<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>love_history</genre><author><first-name>Anne</first-name><last-name>Golon</last-name></author><author><first-name>Serge</first-name><last-name>Golon</last-name></author><book-title>Ang�lique et le roi Part 1</book-title><date/><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>fr</lang><sequence name="Ang�lique" number="5"/></title-info><document-info><author><first-name>Golon,Anne</first-name><middle-name>et</middle-name><last-name>Serge</last-name></author><program-used>calibre 0.9.22, FictionBook Editor Release 2.6, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date value="2014-06-02">2.6.2014</date><id>ccecd7ff-76b2-402a-a73a-4ff3fc3d72b6</id><version>1.0</version></document-info></description><body><section><p><strong>La s�rie</strong></p><p>01�: Ang�lique, marquise des anges 1</p><empty-line/><p>02�: Ang�lique, marquise des anges 2</p><empty-line/><p>03�: Le chemin de Versailles 1</p><empty-line/><p>04�: Le chemin de Versailles 2</p><empty-line/><p>05�: Ang�lique et le roi 1</p><empty-line/><p>06�: Ang�lique et le roi 2</p><empty-line/><p>07�: Indomptable Ang�lique 1</p><empty-line/><p>08�: Indomptable Ang�lique 2</p><empty-line/><p>09�: Ang�lique se r�volte 1</p><empty-line/><p>10�: Ang�lique se r�volte 2</p><empty-line/><p>11�: Ang�lique et son amour 1</p><empty-line/><p>12�: Ang�lique et son amour 2</p><empty-line/><p>13�: Ang�lique et le Nouveau Monde 1</p><empty-line/><p>14�: Ang�lique et le Nouveau Monde 2</p><empty-line/><p>15�: La tentation d'Ang�lique 1</p><empty-line/><p>16�: La tentation d'Ang�lique 2</p><empty-line/><p>17�: Ang�lique et la d�mone 1</p><empty-line/><p>18�: Ang�lique et la d�mone 2</p><empty-line/><p>19�: Ang�lique et le complot des ombres</p><empty-line/><p>20�: Ang�lique � Qu�bec 1</p><empty-line/><p>21�: Ang�lique � Qu�bec 2</p><empty-line/><p>22�: Ang�lique � Qu�bec 3</p><empty-line/><p>23�: La route de l'espoir 1</p><empty-line/><p>24�: La route de l'espoir 2</p><empty-line/><p>25�: La victoire d'Ang�lique 1</p><empty-line/><p>26�: La victoire d'Ang�lique 2</p></section><section><p><strong>Premi�re partie</strong></p><p><strong>La cour</strong></p></section><section><p><strong>Chapitre 1</strong></p><p>Ang�lique sommeillait � demi, l'esprit agit� par de joyeux projets, comme une fillette � la veille de No�l. Par deux fois elle se redressa et battit le briquet pour allumer la chandelle et contempler, dispos�es sur des fauteuils pr�s de son lit, les deux toilettes qu'elle rev�tirait demain pour la chasse du roi et le bal qui suivrait. Elle �tait assez satisfaite de la toilette de chasse. Elle avait conseill� le tailleur pour qu'il s�t donner au justaucorps de velours gris perle une coupe masculine qui contrasterait avec la finesse des formes de la jeune femme. Le grand feutre mousquetaire �tait blanc avec une retomb�e neigeuse de plumes d'autruche. Mais ce qui plaisait le plus � Ang�lique c'�tait la cravate. Un nouveau d�tail de mode sur lequel elle comptait beaucoup pour attirer l'attention et piquer la curiosit� des grandes dames de la Cour. C'�tait un grand n�ud de linon empes�, d�licatement brod� de perles minuscules, qui, apr�s avoir fait plusieurs fois le tour de son cou, s'�panouissait en forme de papillon. L'id�e lui en �tait venue la veille. Elle avait longuement h�sit� devant son miroir, avait chiffonn� au moins dix cravates parmi les plus belles que le mercier de la ��Bo�te d'or�� lui avait fait porter, enfin elle avait r�solu de nouer le ruban ��� la cavali�re��, mais plus grand que celui des hommes. Elle jugeait que le visage des femmes supportait mal le collet raide du justaucorps de chasse. Cette nuageuse blancheur sous le menton redonnait un cachet de f�minit� au costume. Ang�lique se recoucha et se retourna plusieurs fois. Elle songea � sonner pour se faire apporter une tisane de verveine afin de trouver le sommeil. Il lui fallait dormir au moins quelques heures, car la journ�e du lendemain serait lourde. Le rendez-vous de chasse aurait lieu vers la fin de la matin�e, dans les bois de Fausse-Repose. Ang�lique, comme tous les invit�s du roi qui venaient de Paris, devait se mettre en route de bon matin afin de se rencontrer � l'heure dite avec les �quipages venant de Versailles au carrefour des B�ufs. Il y avait en ce lieu, situ� au c�ur de la for�t, des �curies o� les privil�gi�s envoyaient � l'avance leurs chevaux de selle. Ainsi les b�tes �taient encore fra�ches au moment de courre le cerf. Aujourd'hui m�me Ang�lique avait pris soin d'envoyer l�-bas, accompagn�e de deux laquais, sa pr�cieuse jument C�r�s, pur-sang d'Espagne qu'elle avait pay�e mille pistoles. Elle se redressa et ralluma. D�cid�ment la toilette de bal �tait la plus r�ussie. De satin rose feu avec un manteau d'un ��aurore�� plus soutenu et un plastron rebrod� de fines fleurs de nacre rose. Pour parure elle avait choisi des perles ros�s. En grappes pour les pendants d'oreilles, en sautoir de trois tours pour le cou et les �paules, en diad�me ��croissant de lune�� pour la chevelure. Elle les avait acquises chez un joaillier qu'elle affectionnait parce qu'il lui parlait des mers chaudes d'o� venaient ces perles, des longues transactions, des difficiles expertises et des longs voyages accomplis par elles, dissimul�es dans des sachets de soie que se repassaient marchands arabes, marchands grecs ou marchands v�nitiens. Ce commer�ant quintuplait leur valeur par l'art qu'il poss�dait de donner � chaque perle le prix de la raret� et l'impression qu'on avait d� la ravir au jardin des dieux. Malgr� la fortune qu'elle avait d� d�penser pour en devenir propri�taire, Ang�lique n'�prouvait aucune de ces arri�re-pens�es tourment�es qui suivent les trop folles acquisitions. Elle les regarda avec ravissement, pos�es dans leurs �crins de velours blanc, sur sa table de chevet. Pour tous les objets d�licats et pr�cieux que la vie pouvait dispenser elle se sentait gourmande. Cet app�tit de possession �tait la revanche des ann�es de mis�re qu'elle avait connues. Par miracle elle n'arrivait pas trop tard. Il �tait temps encore pour elle de s'orner des plus belles parures, de rev�tir les robes les plus somptueuses, de s'entourer de meubles, de tentures, de bibelots sortant des mains d'artisans r�put�s. Tout cela tr�s co�teux mais tr�s choisi, avec un go�t de femme exp�riment�e mais non blas�e. Ses facult�s d'enthousiasme restaient enti�res. Elle s'�merveillait parfois et remerciait le Ciel en secret de n'�tre pas sortie � jamais bris�e de ses �preuves. Au contraire, son esprit restait juv�nile.</p><p>Elle avait plus d'exp�rience que la plupart des jeunes femmes de son �ge et moins de d�sillusion. Sa vie �tait parsem�e de plaisirs t�nus et merveilleux comme en connaissent les enfants. Lorsqu'on n'a point connu la faim, peut-on jouir de mordre dans un morceau de pain chaud�? Et lorsqu'on a march� pieds nus dans les rues de Paris et qu'un jour on finit par poss�der des perles semblables � celles-ci, n'y a-t-il pas de quoi se croire la femme la plus heureuse du monde�?</p><p>Derechef elle souffla la chandelle, et s'allongeant entr� les draps fins qui fleuraient l'iris, elle s'�tira, songeant�: ��Que c'est bon d'�tre riche, et belle et jeune...�!��</p><p>Elle n'ajouta pas�: ��Et d�sirable��... car cela lui rappela Philippe et sa joie s'�teignit comme au passage d'un sombre nuage.</p><p>Un profond soupir gonfla sa poitrine.</p><p>��Philippe�!��</p><p>En quel m�pris ne la tenait-il pas�? Elle se rem�mora les deux mois v�cus depuis son remariage avec le marquis du Plessis-Belli�re et la situation extravagante � laquelle elle se trouvait accul�e par sa faute. Au lendemain du jour o� Ang�lique avait �t� re�ue � Versailles, la Cour retournant � Saint-Germain, elle-m�me avait d� regagner Paris. Logiquement, elle se devait d'habiter l'h�tel de son mari Faubourg Saint-Antoine, mais, s'y �tant rendue apr�s beaucoup d'h�sitation, elle avait trouv� porte close. Le suisse, interrog�, lui avait dit que son ma�tre suivait le roi et la Cour, et qu'il n'avait pas d'ordres � son sujet. Force avait �t� � la jeune femme de se reloger dans son h�tel du Beautreillis, qu'elle poss�dait auparavant. Elle y vivait depuis lors, attendant une nouvelle invitation du roi qui lui permettrait de trouver son rang � la Cour. Mais rien n'�tait venu et elle commen�ait � se sentir de plus en plus inqui�te, lorsqu'un jour Mme de Montespan, rencontr�e chez Ninon, lui avait dit�:</p><p>��Que vous arrive-t-il, ma ch�re, vous perdez la raison�? Voici la troisi�me invitation du roi que vous n�gligez. Une fois vous aviez la fi�vre tierce, une autre fois c'est votre estomac qui vous donnait des vapeurs, ou bien un bouton sur le nez g�tait votre beaut� et vous n'osiez pas vous pr�senter. Voil� de pi�tres excuses et que le roi ne peut pas priser, car il a horreur des gens malades. Vous allez l'incommoder.</p><p>C'est ainsi qu'Ang�lique avait appris que son mari, pri� par le roi de l'amener � diff�rentes f�tes, non seulement ne l'en avait pas avertie mais encore l'avait ridiculis�e aux yeux du souverain.</p><p>��En tout cas je vous pr�viens, avait conclu Mme de Montespan, j'ai entendu de mes oreilles le roi dire au marquis du Plessis qu'il voulait vous voir participer � la chasse de mercredi. Et t�chez que la sant� de Madame du Plessis-Belli�re ne la fasse pas encore n�gliger nos attentions, a-t-il ajout� avec humeur, sinon je me chargerai moi-m�me de lui conseiller par lettre de retourner dans sa province. En somme, vous �tes au bord de la disgr�ce.</p><p>Atterr�e, puis furieuse, Ang�lique n'avait pas �t� longue � �chafauder tout un plan pour redresser la situation compromise. Elle se rendrait au rendez-vous de chasse et mettrait Philippe devant le fait accompli. Et si le roi lui posait des questions, eh bien, elle dirait la v�rit�. Philippe, devant le roi, ne pourrait que s'incliner. En grand myst�re elle avait fait faire ses toilettes neuves, pr�par� l'envoi de la jument, et son d�part en carrosse le lendemain � l'aube. Une aube qui ne tarderait pas � venir sans qu'elle e�t ferm� l'�il. Elle se contraignit � clore les paupi�res, � ne plus penser � rien et peu � peu glissa doucement vers le sommeil.</p><p>Soudain, son petit chien griffon Arius, roul� en boule sous la courtepointe, tressaillit, puis, se dressant subitement, commen�a � s'�gosiller. Ang�lique l'attrapa et le fourra pr�s d'elle, sous les couvertures en lui ordonnant de se taire. La petite b�te continua � grommeler, fr�missante. Elle consentit � se tenir tranquille quelques instants, puis de nouveau bondit avec des jappements aigus.</p><p>��Qu'y a-t-il, Arius�? demanda la jeune femme agac�e, que se passe-t-il�? Tu entends des souris�?</p><p>Elle lui ferma la gueule de sa main et tendit l'oreille pour essayer de surprendre ce qui agitait ainsi le griffon. Un bruit imperceptible, qu'elle ne put d�finir sur le moment lui parvint. C'�tait comme le glissement d'un objet dur sur une surface polie. Arius grondait.</p><p>��Du calme, Arius, du calme�!</p><p>Elle n'arriverait donc jamais � dormir�! Tout � coup derri�re ses paupi�res closes, �mergeant de lointains souvenirs Ang�lique eut la vision de ces mains sombres, de ces mains sales et rugueuses des voleurs de Paris, qui dans les t�n�bres �paisses de la nuit se posent sur la surface des vitres et font glisser l'invisible diamant � d�couper. Elle se redressa d'un bond. Oui, c'�tait bien cela. Le bruit venait du c�t� de la fen�tre. Les voleurs�!...</p><p>Son c�ur battait si violemment qu'elle n'entendait plus que ses coups sourds et pr�cipit�s. Arius s'�chappa et se remit � pousser des aboiements aigus. Elle le rattrapa et l'�touffa presque pour le faire taire. Lorsqu'elle r�ussit de nouveau � tendre l'oreille elle eut l'impression que quelqu'un �tait dans la pi�ce. Elle entendit battre la fen�tre. ��Ils�� �taient entr�s.</p><p>��Qui est l�? cria-t-elle, plus morte que vive.</p><p>Personne ne r�pondit, mais des pas s'approch�rent de l'alc�ve.</p><p>��Mes perles�?�� songea-t-elle.</p><p>Elle lan�a la main en avant, saisit une poign�e de bijoux. Presque aussit�t le choc �touffant d'une lourde couverture s'abattait sur elle. Des bras noueux l'encercl�rent et la paralys�rent, tandis que d'une corde on essayait de la ligoter. Elle se d�battit comme une anguille, hurlant � travers les �paisseurs du tissu. Elle r�ussit � se d�gager, retrouva sa respiration pour lancer�:</p><p>��Au secours�! Au sec...</p><p>Deux gros pouces meurtrirent sa gorge, �trangl�rent son cri d'appel. Elle suffoqua. Il lui semblait que des �clairs rouges �clataient devant ses yeux. Les jappements hyst�riques du griffon devenaient de plus en plus lointains...</p><p>��Je vais mourir, songea-t-elle..., �trangl�e par un cambrioleur�!... Oh�! c'est trop idiot�!... Philippe�!... Philippe�!...��</p><p>Tout s'�teignit enfin.</p><p>*****</p><p>En reprenant connaissance, la jeune femme sentit un objet glisser de ses doigts et tomber � terre sur le dallage, avec un bruit de boules.</p><p>��Mes perles�!��</p><p>Engourdie elle se pencha par-dessus le bord de la paillasse o� elle �tait �tendue, et aper�ut le sautoir de perles ros�s. Elle avait d� le garder serr� dans son poing crisp�, tandis qu'on l'enlevait et qu'on l'amenait dans ce lieu inconnu. Les yeux hagards d'Ang�lique firent le tour de la pi�ce. Elle �tait dans une sorte de cellule o� le brouillard de l'aube p�n�trait lentement par une petite fen�tre en ogive grill�e luttant contre la lumi�re jaune d'une lampe � huile dans une niche. L'ameublement comportait une table grossi�re et un escabeau � trois pieds ainsi que le mauvais lit, fait d'un cadre de bois et d'une paillasse de crin.</p><p>��O� suis-je�? Entre les mains de qui�? Que me veut-on�?��</p><p>On ne lui avait pas vol� ses perles. Ses liens �taient d�nou�s mais la couverture la couvrait encore par-dessus sa l�g�re chemise de nuit de soie rose. Ang�lique se pencha, ramassa le collier, qu'elle mit machinalement � son cou. Puis elle se ravisa et l'�tant, le glissa sous le traversin.</p><p>Au-dehors, une cloche argentine se mit � tinter. Une autre lui r�pondit. Le regard d'Ang�lique accrocha, pendu au mur de chaux, une petite croix de bois noir garnie d'un rameau de buis.</p><p>��Un couvent�! Je suis dans un couvent...��</p><p>En �coutant avec attention elle pouvait surprendre les �chos lointains d'un orgue et de voix psalmodiant des cantiques.</p><p>��Qu'est-ce que tout cela signifie�? Oh�! mon Dieu, que j'ai mal � la gorge�!��</p><p>Elle resta l� un moment, prostr�e, les pens�es en d�route, voulant se persuader qu'elle vivait un mauvais r�ve et qu'elle allait enfin se r�veiller de ce cauchemar absurde. Des pas r�sonnant dans le couloir la firent se redresser. Des pas d'homme. Son ravisseur, peut-�tre�? Ah�! Ah�! Elle ne le laisserait pas quitte des explications. Elle ne craignait point les bandits. Elle lui rappellerait, si n�cessaire, que le roi des argotiers, Cul-de-Bois, �tait de ses amis.</p><p>On s'arr�tait devant la porte. Des clefs tourn�rent dans la serrure et quelqu'un entra. Ang�lique demeura un instant stup�faite � la vue de celui qui se dressait devant elle.</p><p>��Philippe�!</p><p>Elle �tait � cent lieues d'imaginer l'apparition de son mari. Ce Philippe, qui n'avait pas daign� depuis deux mois qu'elle �tait � Paris lui rendre la moindre visite, m�me de politesse, et se souvenir qu'il avait une femme.</p><p>��Philippe�! r�p�ta-t-elle. Oh�! Philippe, quel bonheur�! Vous venez � mon secours�?...</p><p>Mais quelque chose de glac� et d'insolite dans le visage du gentilhomme arr�ta l'�lan qui la jetait vers lui.</p><p>Il se tenait devant la porte, camp� dans ses hautes bottes de cuir blanc, magnifique dans son justaucorps de daim gris souris soutach� d'argent. Sur son col de dentelle en point de Venise, les boucles de sa perruque blonde tombaient, soigneusement dispos�es. Son chapeau �tait de velours gris � plumes blanches.</p><p>��Comment vous sentez-vous, Madame�? demanda-t-il. Votre sant� est-elle bonne�?</p><p>On aurait dit qu'il la rencontrait dans un salon.</p><p>��Je... je ne sais pas ce qui m'est arriv�, Philippe, balbutia Ang�lique en plein d�sarroi. On m'a attaqu�e dans ma chambre... On m'a enlev�e et amen�e ici. Pourriez-vous m'expliquer quel est le mis�rable qui a commis ce forfait�?</p><p>��Tr�s volontiers. C'est La Violette, mon premier valet de chambre.</p><p>��...�?</p><p>��Sur mon ordre, compl�ta-t-il obligeamment.</p><p>Ang�lique bondit. La v�rit� �clatait. En chemise, pieds nus sur les dalles froides, elle courut jusqu'� la fen�tre, se cramponnant aux grilles de fer. Le soleil se levait sur le beau jour d'�t� qui verrait le roi et sa Cour chasser le cerf dans les bois de Fausse-Repose. Mais Mme du Plessis-Belli�re n'y serait pas pr�sente. Elle se retourna, hors d'elle.</p><p>��Vous avez fait cela pour m'emp�cher de para�tre � la chasse du roi�!</p><p>��Comme vous �tes intelligente�!</p><p>��Ne savez-vous pas que Sa Majest� ne me pardonnera jamais cette supr�me impolitesse, qu'elle va me renvoyer en province�?</p><p>��C'est exactement le but que je veux atteindre.</p><p>��Oh�! vous �tes un homme... diabolique.</p><p>��Vraiment�? Sachez que vous n'�tes pas la premi�re femme qui me fait ce gracieux compliment.</p><p>Philippe riait. La col�re de sa femme semblait avoir raison de son caract�re taciturne.</p><p>��Pas si diabolique que cela apr�s tout, reprit-il. Je vous fais enfermer au couvent afin que vous puissiez vous r�g�n�rer dans la pri�re et les mac�rations. Dieu lui-m�me ne peut y trouver � redire.</p><p>��Et combien de temps devrai-je rester en p�nitence�?</p><p>��Nous verrons�!... nous verrons. Quelques jours pour le moins.</p><p>��Philippe, je... Je crois que je vous hais.</p><p>Il rit de plus belle, les l�vres retrouss�es sur ses dents blanches et parfaites dans un rictus cruel.</p><p>��Vous r�agissez � merveille. Cela vaut la peine de vous contrarier.</p><p>��Me contrarier�!... Vous appelez �a contrari�t�? Effraction�!... Enl�vement�! Et quand je pense que c'est vous que j'ai appel� � mon secours quand cette brute a essay� de m'�trangler...</p><p>Philippe cessa de rire et fron�a les sourcils. Il s'approcha d'elle pour examiner les traces bleues qui marbraient son cou.</p><p>��Bigre�! Le pendard y a �t� un peu fort. Mais je me doute que vous avez d� lui donner du fil � retordre et c'est un gar�on qui ne conna�t que la consigne. Je lui avais prescrit de mener l'op�ration avec le plus de discr�tion possible afin de ne pas attirer l'attention de vos gens. Il s'est introduit par la porte du fond de votre orangerie. N'emp�che, la prochaine fois je lui recommanderai moins de violence.</p><p>��Car vous envisagez une ��prochaine fois���?</p><p>��Tant que vous ne serez pas mat�e, oui. Tant que vous redresserez votre front t�tu, que vous me r�pondrez avec insolence, que vous chercherez � me d�sob�ir. Je suis Grand Veneur du roi. J'ai l'habitude de dresser les chiennes f�roces. Elles finissent toujours par me l�cher les mains.</p><p>��J'aimerais mieux mourir, dit Ang�lique sauvagement. Vous me tuerez plut�t.</p><p>��Non. Je pr�f�re vous asservir.</p><p>Il plongeait son regard bleu dans le sien et elle finit par d�tourner les yeux, oppress�e. Le duel qui les opposait promettait d'�tre farouche, mais elle en avait vu d'autres. Elle le brava encore�:</p><p>��Vous �tes trop ambitieux, je crois, Monsieur. Vous me voyez curieuse de savoir ce que vous envisagez pour parvenir � ce but�?</p><p>��Oh�! j'ai le choix des moyens, fit-il avec une moue. Vous enfermer, par exemple. Que diriez-vous de prolonger un peu votre s�jour ici�? Ou encore... Je puis vous s�parer de vos fils.</p><p>��Vous ne feriez pas cela.</p><p>��Pourquoi pas�? Je peux aussi vous couper les vivres, vous r�duire � la portion congrue, vous contraindre � me qu�ter votre pain...</p><p>��Vous dites des sottises, mon cher. Ma fortune est � moi.</p><p>��Ce sont des choses qui s'arrangent. Vous �tes ma femme. Un mari a tous les pouvoirs. Je ne suis pas si sot que je ne trouve un jour le moyen de faire passer votre argent � mon nom.</p><p>��Je me d�fendrai.</p><p>��Qui vous �coutera�? Vous aviez eu l'habilet�, je le reconnais, de gagner l'indulgence du roi. Mais apr�s votre impair d'aujourd'hui j'ai bien peur qu'il n'y faille plus compter. Sur ce je vous quitte et vous laisse � vos m�ditations car je ne dois pas manquer le d�part de la meute. Je pense que vous n'avez plus rien � me dire�?</p><p>��Si, que je vous d�teste de toute mon �me�!</p><p>��Ce n'est rien encore. Un jour vous supplierez la mort de vous d�livrer de moi.</p><p>��Qu'y gagnerez-vous�?</p><p>��Le plaisir de la vengeance. Vous m'avez humili� jusqu'au sang mais moi aussi je vous verrai pleurer, crier gr�ce, devenir une loque, une malheureuse � moiti� folle.</p><p>Ang�lique haussa les �paules.</p><p>��Quel tableau�! Pourquoi pas la salle de torture pendant que vous y �tes, le fer rouge sous la plante des pieds, le chevalet, les membres bris�s�?...</p><p>��Non... Je n'irai pas jusque-l�. Il se trouve que j'ai un certain go�t pour la beaut� de votre corps.</p><p>��Vraiment�? On ne s'en douterait gu�re. Vous le manifestez bien peu.</p><p>Philippe, qui se trouvait d�j� pr�s de la porte, se d�tourna, les yeux mi-clos.</p><p>��Vous en plaindriez-vous, ma ch�re�? Quelle heureuse surprise�! Ainsi je vous ai manqu�? Vous trouvez que je n'ai pas assez sacrifi� � l'autel de vos charmes�? N'y a-t-il donc pas encore assez d'amants pour y rendre hommages, que vous r�clamiez ceux d'un mari�? J'avais pourtant eu l'impression que vous ne vous �tiez pas pli�e sans d�sagr�ment aux obligations de votre nuit de noces, mais je me suis peut-�tre m�pris...</p><p>��Laissez-moi, Philippe, dit Ang�lique qui le regardait avancer avec appr�hension.</p><p>Elle se sentait nue et d�sarm�e dans sa fine chemise de nuit.</p><p>��Plus je vous regarde et moins j'ai envie de vous laisser, dit-il.</p><p>Il l'enla�a, la plaqua contre lui. Elle frissonnait et une envie terrible d'�clater en sanglots nerveux lui serrait la gorge.</p><p>��Laissez-moi. Oh�! Je vous supplie, laissez-moi.</p><p>��J'adore vous entendre supplier.</p><p>Il l'enleva comme un f�tu de paille et la laissa retomber sur la paillasse monastique.</p><p>��Philippe, avez-vous song� que nous sommes dans un couvent�?</p><p>��Et apr�s�? Vous imaginez-vous que deux heures de s�jour dans ce pieux asile vous font b�n�ficier du v�u de chastet�? D'ailleurs, qu'� cela ne tienne. J'ai toujours pris grand plaisir � violer les nonnes.</p><p>��Vous �tes le plus ignoble personnage que je connaisse�!</p><p>��Votre vocabulaire amoureux n'est pas des plus tendres, fit-il en d�grafant son baudrier. Vous gagneriez � fr�quenter le salon de la belle Ninon. Tr�ve de simagr�es, Madame. Vous m'avez rappel�, fort heureusement, que j'avais des devoirs � remplir envers vous et je les remplirai.</p><p>Ang�lique ferma les yeux. Elle avait cess� de r�sister, sachant par exp�rience ce qu'il pouvait lui en co�ter. Passive et d�daigneuse elle subit l'�treinte p�nible qu'il lui infligeait comme une punition. Elle n'avait qu'� imiter, songeait-elle, les �pouses mal mari�es���et Dieu sait qu'elles �taient l�gion���qui se font une raison, pensent � leurs amants ou disent leur chapelet, en acceptant les hommages du quinquag�naire ventripotent auquel les a li�es la volont� d'un p�re int�ress�. Ce n'�tait pas, �videmment, tout � fait le cas de Philippe. Il n'�tait ni quinquag�naire ni ventripotent, et c'�tait elle, Ang�lique, qui avait voulu l'�pouser. Elle pouvait bien s'en mordre les doigts aujourd'hui. C'�tait trop tard. Elle devait apprendre � conna�tre le ma�tre qu'elle s'�tait donn�. Une brute, pour qui la femme n'�tait qu'un objet � travers lequel il poursuivait, sans nuances, la recherche d'un assouvissement physique. Mais c'�tait une brute solide et souple et dans ses bras il �tait difficile d'�garer sa pens�e ou de dire des paten�tres. Il menait l'aventure au galop, en guerrier que commande le d�sir et qui a perdu l'habitude, dans les exaltations et les violences des soirs de bataille, de faire la place au sentiment.</p><p>Cependant au moment de la l�cher il eut un geste l�ger, qu'elle crut plus tard avoir r�v�: il posa sa main sur le cou renvers� de la jeune femme, � l'endroit o� les doigts grossiers du valet avaient laiss� leurs marques bleuies et il s'y attarda un instant comme pour une imperceptible caresse.</p><p>D�j� il �tait debout, la couvant d'un �il m�chant et goguenard.</p><p>��Eh bien, ma belle, vous voil� plus sage il me semble. Je vous l'ai dit. Bient�t, vous ramperez. En attendant, je vous souhaite un agr�able s�jour dans ces lieux aux murs �pais. Vous pourrez y pleurer, hurler et maudire � loisir. Personne ne vous entendra. Les religieuses ont ordre de vous donner � manger mais de ne pas vous laisser mettre un pied dehors. Or, elles ont la r�putation de s'acquitter fort bien de leur r�le de ge�li�res. Vous n'�tes pas la seule pensionnaire forc�e de ce couvent. Bon plaisir, Madame�! Il se peut qu'au soir vous entendiez passer les cors de la chasse du roi. Je ferai sonner une fanfare � votre intention.</p><p>Il sortit sur un �clat de rire moqueur. Son rire �tait d�testable. Il ne savait rire que dans la vengeance.</p><p>*****</p><p>Apr�s son d�part Ang�lique resta longtemps immobile, envelopp�e dans la grossi�re couverture, o� s'attardait un parfum d'homme compos� d'essence de jasmin et de cuir neuf. Elle se sentait lasse et d�courag�e. Les angoisses de la nuit jointes � l'irritation de la dispute l'avaient livr�e � bout de nerfs aux exigences de son mari. Violent�e, elle n'avait plus de forces et son corps plongeait dans un engourdissement proche du bien-�tre. Une naus�e aussi subite qu'impr�visible lui monta aux l�vres et elle lutta un moment, la sueur aux tempes, contre un incoercible malaise. Retomb�e sur sa paillasse elle se sentit plus d�prim�e que jamais. Cette d�faillance confirmait des sympt�mes qu'elle avait voulu m�conna�tre depuis un mois. Mais maintenant il lui fallait se rendre � l'�vidence. La terrible nuit de noces qu'elle avait v�cue au Plessis-Belli�re et dont elle ne pouvait se souvenir sans rougir de honte avait port� ses fruits. Elle �tait enceinte. Elle attendait un enfant de Philippe, de cet homme qui la ha�ssait et qui avait jur� de se venger d'elle et de la tourmenter jusqu'� la rendre folle. Un moment Ang�lique se sentit accabl�e et eut la tentation de se laisser aller et de renoncer � la lutte. Le sommeil la gagna. Dormir�! Apr�s elle reprendrait courage. Mais ce n'�tait pas le moment de dormir. Apr�s il serait trop tard. Elle aurait provoqu� la col�re du roi et serait bannie � jamais de Versailles et m�me de Paris. Elle se leva, courut jusqu'� la porte de gros bois qu'elle martela de ses poings jusqu'� s'�corcher, criant, hurlant�:</p><p>��Ouvrez-moi�! Sortez-moi de l�!</p><p>Le soleil maintenant p�n�trait � flots dans la cellule. � cette heure les �quipages du roi se rassemblaient dans la cour d'honneur, les carrosses des invit�s parisiens franchissaient la porte Saint-Honor�. Ang�lique seule manquerait au rendez-vous.</p><p>��Il faut que je sois pr�sente�! Il faut que je sois pr�sente�! Si je m'ali�ne le roi, je suis perdue. Seul le roi peut tenir Philippe en respect. Il faut que je rejoigne la chasse royale co�te que co�te�!��</p><p>��Philippe n'a-t-il pas parl� des cors de la chasse du roi que je pourrais percevoir d'ici�? Je serais donc dans un couvent aux environs de Versailles�? Oh�! il faut absolument que je r�ussisse � sortir d'ici.��</p><p>Mais tourner en rond dans sa cellule n'apportait aucune solution. Enfin un bruit de lourds sabots r�sonna dans le couloir. Ang�lique s'immobilisa, pleine d'espoir, puis regagna son grabat o� elle s'�tendit avec son air le plus doux. Une grosse clef tourna dans la serrure et une femme entra. Ce n'�tait pas une religieuse mais une servante en gros bonnet de percale et v�tements de futaine qui portait un plateau.</p><p>Elle grommela un ��bonjour�� sans am�nit� et commen�a � disposer sur la table le contenu du plateau. Celui-ci semblait maigre. Un flacon d'eau, une �cuelle d'o� venait une vague odeur de lentilles au lard, un pain rond.</p><p>Ang�lique observait la servante avec curiosit�. C'�tait peut-�tre le seul contact qu'elle aurait avec l'ext�rieur pour la journ�e enti�re. Il fallait profiter de l'occasion. La fille ne semblait pas �tre une lourde paysanne comme on en trouve g�n�ralement � balayer les clo�tres. Jolie m�me, avec de grands yeux noirs pleins de feu et de rancune et une fa�on de remuer les reins sous ses cottes de futaine qui en disait long sur ses activit�s pass�es. L'�il averti d'Ang�lique ne pouvait s'y tromper pas plus qu'elle ne se m�prit sur la qualit� des jurons que la fille laissa �chapper en faisant tomber par m�garde la cuill�re du plateau. C'�tait � n'en pas douter l'une des plus accortes vassales de sa Majest� le Grand Co�sre, roi des Argotiers.</p><p>��Salut, frangine, murmura Ang�lique.</p><p>L'autre se retourna d'un coup et ses yeux s'�carquill�rent en voyant Ang�lique �baucher le signe de reconnaissance des truands de Paris.</p><p>���a alors�! fit-elle quand elle fut un peu revenue de sa stup�faction, �a alors�! Si je m'attendais... On m'avait dit que tu �tais une vraie marquise. Eh bien�! ma pauvre m�me, toi aussi tu t'es fait piper par ces salauds de la compagnie du Saint-Sacrement�? Pas de chance, hein�! Avec ces oiseaux de malheur plus moyen de faire son boulot tranquillement�!</p><p>Elle vint s'asseoir au pied de la paillasse de la prisonni�re, croisant sur sa poitrine provocante son fichu de laine grise.</p><p>��Six mois que je suis dans cette turne. Tu parles si je rigole�! C'est du nanan de te voir. �a va me distraire un peu. Dans quel quartier travaillais-tu�?</p><p>Ang�lique eut un geste vague�:</p><p>��Un peu partout.</p><p>��Et qui est ton ��barbillon���?</p><p>��Cul-de-Bois.</p><p>��Le Grand Co�sre�! M�tin, ma belle, tu es soign�e. Pour une nouvelle tu as tes grandes entr�es. Car tu es nouvelle, pour s�r. J't'avais jamais reluqu�e avant. Comment t'appelles-tu�?</p><p>��La Belle Ang�le.</p><p>��Et moi c'est La Dimanche. Oui, on m'a donn� ce nom-l� � cause de ma sp�cialit�. Je ne travaillais que le dimanche. Une id�e qui m'�tait venue comme �a pour ne pas faire comme tout le monde, et une bonne id�e tu peux m'en croire. Je l'avais bien accommod� mon turbin. Rien que devant les �glises que j'allais battre le pied. Et dame, ceux qu'�taient pas tr�s d�cid�s en entrant, ils avaient le temps de r�fl�chir en faisant leurs pri�res. Une belle fille apr�s une bonne messe, pourquoi pas�? �a me donnait plus de clients que je n'en pouvais satisfaire, � la sortie. Mais quel boucan chez les b�gueules et les d�vots�! � croire que tout Paris manquait la messe � cause de moi�! Ah�! ils s'en sont donn� du mal pour me faire arr�ter�!</p><p>Ils sont all�s jusqu'au parlement pour r�clamer mon enfermement. Ce sont des supp�ts de l'Enfer que ces d�vots. N'emp�che, ils sont forts. Voil� o� j'en suis maintenant. Aux Augustines de Bellevue. C'est mon tour de chanter v�pres. Et toi, comment �a t'est arriv�?</p><p>��Un protecteur qui voulait me chambrer pour son compte. Je l'ai fait marcher, cracher au bassinet, puis... des n�fles. Il ne me revenait pas. Seulement il a d�cid� de se venger en m'envoyant au couvent jusqu'� ce que je change d'avis.</p><p>��Il y a vraiment du vilain monde, quand m�me, soupira La Dimanche en levant les yeux au ciel. Sans parler que c'est un radin ton ami. J'ai entendu quand on discutait le prix pour te garder ici avec la M�re Sup�rieure. Vingt �cus pas plus, comme pour moi. C'est ce que paie la compagnie du Saint-Sacrement pour qu'on me garde sous les verrous. � ce r�gime-l� tu n'as droit qu'aux pois et aux f�ves.</p><p>��Le salaud, s'�cria Ang�lique, bless�e au vif par ce dernier d�tail.</p><p>Pouvait-on imaginer personnage plus rebutant que ce Philippe�! Et avare avec cela. Jusqu'� la marchander au tarif d'une fille de la galanterie�!</p><p>Elle saisit le poignet de La Dimanche.</p><p>���coute�! Il faut que tu me sortes de l�. J'ai une id�e. Tu vas me pr�ter tes v�tements et m'indiquer par o� je dois passer pour trouver une porte qui donne sur la campagne.</p><p>L'autre se rebiffa�:</p><p>��Rien que �a�! Et comment que je pourrais t'aider � sortir d'o� j'ai pas pu me tirer moi-m�me�?</p><p>��Ce n'est pas la m�me chose. Toi, les nonnes te connaissent. Elles te rep�reraient tout de suite. Moi, aucune ne m'a encore vue de pr�s, � part la M�re Sup�rieure. M�me si elles me rencontrent dans les couloirs je peux leur raconter n'importe quoi.</p><p>��C'est vrai, reconnut La Dimanche. Tu es arriv�e ficel�e comme un saucisson. Y faisait pleine nuit encore. On t'a mont�e tout droit ici.</p><p>��Tu vois�! J'ai de bonnes chances de r�ussir. Vite, passe-moi ton cotillon.</p><p>��Doucement, marquise, grommela la fille, l'�il mauvais. ��Tout pour moi, rien pour les autres��, c'est ta devise � ce qu'il me semble. Et qu'est-ce qu'elle gagnera l�-dedans la pauvre Dimanche que tout le monde oublie derri�re ses grilles�? Des em... oui-d� et peut-�tre un cul-de-fosse un peu plus profond encore.</p><p>��Et ceci, dit Ang�lique qui d'une main preste pass�e sous le traversin, ramena au jour le sautoir de perles ros�s.</p><p>Devant ce ruissellement de splendeur couleur d'aurore La Dimanche fut tellement saisie qu'elle ne sut que pousser un long sifflement d'admiration.</p><p>��C'est du toc, �a, frangine�? souffla-t-elle �perdue.</p><p>��Non. Soup�se un peu. Tiens, prends-le. Il est � toi si tu me donnes un coup de main.</p><p>��Sans blague�?</p><p>��Parole. Avec cela, le jour o� tu sortiras tu auras de quoi te nipper comme une princesse et t'installer dans tes meubles.</p><p>La Dimanche faisait passer d'une main � l'autre le bijou princier.</p><p>��Alors, tu te d�cides�?</p><p>��D'accord. Mais j'ai une id�e meilleure que la tienne. Attends-moi. Je reviens.</p><p>Elle fit glisser le collier dans les profondeurs de sa jupe et sortit. Son absence se prolongea une �ternit�. Enfin elle reparut essouffl�e, un paquet de v�tements sous un bras, un pot de cuivre pendu � l'autre.</p><p>��C'est la M�re Yvonne, c'te poison qui m'avait croch�e, ouf�! J'ai pu l'envoyer pa�tre. D�p�chons-nous. Parce que la traite des vaches va �tre bient�t finie. � cette heure les femmes viennent chercher le lait � la ferme du monast�re. Tu vas mettre ces hardes de vach�re, tu prendras ton pot et ton coussinet, tu descendras par l'�chelle du pigeonnier que je vais t'indiquer et quand tu seras dans la cour tu te m�leras aux autres et tu t'arrangeras pour sortir avec elles par le porche. Mais prends garde que le lait te tienne bien en �quilibre sur la t�te.</p><p>Le plan de La Dimanche se r�alisa sans encombre. Moins d'un quart d'heure plus tard Mme du Plessis-Belli�re en jupon court ray� rouge et blanc, la taille prise dans un corselet noir, tenant d'une main ses souliers���trop grands���et de l'autre l'anse du pot de cuivre qui vacillait dangereusement, se retrouvait marchant sur la route poudreuse avec la louable ambition d'atteindre Paris, qu'on apercevait l�-bas, fort loin dans la vall�e, � travers une brume de soleil.</p><p>Elle �tait arriv�e sur la fin de la distribution dans la cour de ferme o� des s�urs converses, apr�s avoir trait les vaches, r�partissaient le lait � des femmes charg�es de le porter dans Paris ou sa banlieue.</p><p>Une vieille religieuse qui pr�sidait � l'appel s'�tait bien demand� d'o� sortait cette derni�re venue, mais Ang�lique avait pris son air le plus ben�t et r�pondu � toutes les questions dans son patois poitevin, et comme elle s'obstinait � tendre quelques sous���g�n�reusement avanc�s par La Dimanche���on l'avait quand m�me servie et laiss�e aller.</p><p>Maintenant il fallait se h�ter. Elle se trouvait � mi-chemin entre Versailles et Paris. Apr�s r�flexion elle avait jug� que se rendre directement � Versailles �tait folie. Pouvait-elle se pr�senter devant le roi et sa Cour en jupon ray� de Margoton�? Mieux valait rentrer � Paris, retrouver ses atours, son carrosse et rejoindre au galop la chasse � travers bois.</p><p>Ang�lique marchait vite, mais elle avait l'impression de ne pas avancer. Ses pieds nus se heurtaient aux cailloux aigus. Lorsqu'elle mettait ses gros souliers elle les perdait et tr�buchait. Le lait clapotait, le coussinet glissait.</p><p>Enfin la carriole d'un chaudronnier qui allait vers Paris la rejoignit. Elle lui fit de grands signes.</p><p>��Pourriez-vous me charger, l'ami�?</p><p>��Bien volontiers, la belle. En �change d'un b�cot je vous conduis jusqu'� Notre-Dame.</p><p>��N'y comptez pas. Mes baisers je les garde pour mon promis. Mais je vous donnerai ce pot de lait pour vos lardons.</p><p>��Tope-l�! C'est une aubaine. Montez donc, fille aussi belle que sage.</p><p>Le cheval trottait bien. � 10 heures on �tait dans Paris. Le chaudronnier la conduisit fort avant sur les quais. Apr�s quoi Ang�lique courut comme un elfe jusqu'� son h�tel, o� le suisse faillit tomber � la renverse en reconnaissant sa ma�tresse d�guis�e en bavolette des faubourgs.</p><p>Depuis le matin les domestiques s'interrogeaient sur les myst�res de cette demeure. � l'effroi d'avoir constat� la disparition de leur ma�tresse s'�tait ajout� l'�tonnement lorsque le valet de M. du Plessis-Belli�re, un grand escogriffe fort insolent et arrogant, s'�tait pr�sent� pour r�quisitionner tous les chevaux et les carrosses de l'h�tel Beautreillis.</p><p>��Tous mes chevaux�! Tous mes carrosses�! r�p�ta Ang�lique, m�dus�e.</p><p>��Oui, Madame, confirma l'intendant Roger, survenu.</p><p>Il baissait les yeux, aussi confus de voir sa ma�tresse en corselet et bonnet blanc que s'il l'avait vue toute nue.</p><p>Ang�lique r�agit vaillamment.</p><p>��Qu'importe�! J'irai qu�ter le secours d'une amie. Javotte, Th�r�se, d�p�chez-vous. Il me faut un bain. Pr�parez mon justaucorps de chasse. Et qu'on me fasse monter un en-cas avec un flacon de bon vin.</p><p>Le timbre clair d'une horloge �grenant les douze coups de midi la fit sursauter.</p><p>��Dieu sait l'excuse que Philippe aura invent�e pour expliquer mon absence � Sa Majest�! Que j'avais pris m�decine et que j'�tais au lit tordue de naus�es... Il en est bien capable, l'animal�! Et maintenant sans mon carrosse, sans mes chevaux, arriverai-je seulement avant le coucher du soleil�? Maudit Philippe�!��</p></section><section><p><strong>Chapitre 2</strong></p><p>��Maudit Philippe�! r�p�ta Ang�lique.</p><p>Cramponn�e � la porti�re, elle regardait avec inqui�tude le chemin creus� d'orni�res o� le minable carrosse avan�ait tant bien que mal.</p><p>La for�t s'�paississait. Les racines des �normes ch�nes saillaient de la boue comme de gros serpents verts et s'entrecroisaient jusqu'au milieu de la route. Mais pouvait-on appeler route cette ravine boueuse, d�j� labour�e par le passage r�cent d'innombrables voitures et cavaliers�?</p><p>��Jamais nous n'arriverons, g�mit la jeune femme en se tournant vers L�onide de Parajonc assise � ses c�t�s.</p><p>La vieille Pr�cieuse r�tablit d'un coup sec de son �ventail l'�quilibre de sa perruque qu'un cahot avait d�plac�e et r�pondit ga�ment�:</p><p>��Ne soyez pas brouill�e avec le bon sens, ma toute belle. On finit toujours par arriver quelque part.</p><p>��Cela d�pend en quel �quipage et au bout de combien de temps, riposta Ang�lique, dont les nerfs �taient vifs. Et lorsque le but du voyage est de rejoindre la chasse royale, qu'on devrait d�j� s'y trouver depuis six heures et qu'on risque d'y parvenir � pied et pour entendre sonner la retraite, il y a de quoi devenir enrag�e. Si le Roi s'est aper�u de mon absence il ne me pardonnera jamais cette nouvelle incivilit�...</p><p>Un choc violent accompagn� d'un craquement sinistre les projeta l'une contre l'autre.</p><p>��La peste soit de votre vieille guimbarde�! s'�cria Ang�lique, elle est moins solide qu'un baril � harengs. Tout juste bonne � faire une flamb�e�!</p><p>Cette fois Mlle de Parajonc se vexa�:</p><p>��Je vous conc�de que mon ��cabinet�� volant n'a pas les qualit�s des merveilleux carrosses que renferment vos �curies, mais vous avez �t� bien aise, ce me semble, de le trouver � votre disposition ce matin, puisque M. du Plessis-Belli�re, votre mari, avait jug� bon et fac�tieux de faire emmener tous les chevaux disponibles dans un lieu myst�rieux connu de lui seul...</p><p>Ang�lique soupira de nouveau.</p><p>O� �taient les houssines amarante broch�es d'or et frang�es de soie rouge de son �quipage particulier�? Elle qui s'�tait tant r�jouie de pouvoir enfin assister � une chasse royale dans les bois de Versailles�!</p><p>Elle s'�tait vue parvenant au rendez-vous des invit�s d'honneur avec son attelage de six chevaux couleur d'�b�ne, ses trois laquais en leur livr�e bleue et jonquille flambant neuve, le cocher et le postillon bott�s de cuir rouge avec leurs feutres empanach�s de plumes. On chuchoterait�:</p><p>��� qui est ce somptueux �quipage�?</p><p>��C'est � la marquise du Plessis-Belli�re. Vous savez, celle qui... On ne la voit pas souvent. Son mari la cache. Il est jaloux comme un tigre... Mais il para�t que le roi s'est inform� d'elle...</p><p>Elle s'�tait pr�par�e avec le plus grand soin � cette nouvelle journ�e d�cisive. Elle �tait bien r�solue � ne plus se laisser �carter. Une fois qu'elle aurait mis un pied � la Cour elle y mettrait les deux et Philippe aurait beau jeu de chercher � l'�vincer�! Ang�lique attirerait les regards par sa beaut�, son �l�gance, son originalit�. Elle s'imposerait, s'accrocherait, s'incrusterait comme tous les autres, parasites et ambitieux. Fi de la timidit� et de la discr�tion�!</p><p>Mlle de Parajonc pouffa malicieusement derri�re son �ventail.</p><p>��Sans �tre grande devineresse je pourrais vous dire vos pens�es. Je reconnais votre visage de bataille. Quelle forteresse vous pr�parez-vous � conqu�rir�? Le Roi lui-m�me... ou votre mari�?</p><p>Ang�lique haussa les �paules.</p><p>��Le Roi�? Il est d�j� pourvu et bien gard�. Une femme l�gitime�: la reine, une ma�tresse en titre�: Mlle de La Valli�re, et toutes les autres. Quant � mon mari, pourquoi vous imaginez-vous que je m'int�resserais � une place forte qui s'est d�j� rendue�? Est-il congruant���pour employer une de vos expressions���que deux �poux une fois le contrat �tabli continuent � s'int�resser l'un � l'autre�? C'est du dernier bourgeois�!</p><p>La vieille fille gloussa.</p><p>��M'est avis que ce charmant marquis continue cependant � s'int�resser � vous d'une bien curieuse fa�on�!</p><p>Elle passa la langue sur ses l�vres s�ches avec gourmandise.</p><p>��Racontez-moi encore tr�s ch�re. C'est un des r�cits les plus amusants que j'aie jamais ou�. Est-ce bien vrai�? Plus un cheval dans vos �curies ce matin, lorsque vous avez voulu prendre la route de Versailles�? Et la moiti� de vos laquais disparus. M. du Plessis a d� se montrer g�n�reux envers vos gens... Et vous n'aviez rien soup�onn�, rien entendu�?... Vous �tiez plus fine mouche dans le temps, ma mie�!</p><p>Un nouveau choc les secoua. Javotte, la petite chambri�re qui se tenait assise en face d'elle sur l'inconfortable strapontin, fut projet�e en avant et vint �craser le n�ud de toile d'or avec lequel Ang�lique retenait � sa ceinture sa cravache d'�cuy�re. Le n�ud fut r�duit � l'�tat de chiffon et Ang�lique dans son �nervement gifla la gamine, qui reprit sa place en pleurnichant. Volontiers Ang�lique e�t compl�t� la distribution en appliquant une main �nergique sur le visage pl�tr� de blanc de c�ruse de L�onide de Parajonc. Elle savait que celle-ci jubilait devant ses d�boires. Pourtant c'est � la vieille Pr�cieuse, voisine et semi-confidente de ses peines, qu'elle s'�tait adress�e dans son d�sarroi lorsque, devant l'inqualifiable tour de Philippe, elle n'avait eu d'autre ressource que d'emprunter un carrosse ami. Mme de S�vign� �tait aux champs. Ninon de Lenclos l'aurait bien secourue, mais sa r�putation de grande courtisane l'�cartait de la Cour et son �quipage risquait d'�tre reconnu. Quant aux autres relations parisiennes d'Ang�lique, ou ces dames �taient, elles aussi, en ce jour � Versailles, ou elles n'y �taient pas, et alors il ne fallait rien esp�rer de leur jalouse ranc�ur. Restait Mlle de Parajonc.</p><p>Mais Ang�lique, malade d'impatience, avait d� attendre que la vieille fille, tr�s excit�e, e�t rev�tu ses plus beaux atours d'un grotesque d�mod�, que la servante e�t ��d�labyrinth頻 longuement les cheveux de sa plus belle perruque, qu'on e�t d�graiss� la livr�e du cocher, astiqu� le vernis du pi�tre carrosse.</p><p>Enfin on avait pris la route. Et quelle route�!...</p><p>��Cette route�! Cette route g�mit-elle, cherchant une fois de plus � distinguer une clairi�re parmi le tunnel resserr� des gros arbres.</p><p>��Rien ne sert de vous morfondre, dit doctoralement Mlle de Parajonc. Vous n'allez r�ussir qu'� vous g�ter le teint. Et ce serait dommage. Cette route est ce qu'elle doit �tre. C'est au roi qu'il faut vous en prendre puisqu'il lui pla�t de nous emmener patauger en de tels lieux. J'ai ou� dire que jadis il ne passait gu�re par ici que quelques convois de b�ufs qu'on amenait de Normandie, d'o� le nom de Chemin des B�ufs qu'on nous a indiqu�. Notre feu roi Louis XIII y venait chasser, mais il ne lui serait pas venu � l'id�e d'y entra�ner toute la fine fleur de sa Cour. Louis le Chaste �tait un homme sens�, simple et raisonnable.</p><p>Elle fut interrompue par un craquement, suivi de secousses incoercibles. Le carrosse se pencha de c�t�, puis quelque chose racla fortement les pierres du chemin, et enfin une roue se d�tacha tandis que les trois voyageuses �taient pr�cipit�es l'une sur l'autre.</p><p>Ang�lique se trouvait tout au fond, du c�t� de la roue bris�e et elle pensait avec d�sespoir � son bel habit d'amazone qui supportait le double poids de Mlle de Parajonc et de Javotte. Elle n'osait pourtant pas trop bouger pour se d�gager, car la vitre s'�tait bris�e contre le sol et il ne manquerait plus qu'elle se coup�t et s'inond�t de sang�!</p><p>L'autre porti�re s'ouvrit et le petit laquais Flipot pencha vers elle son visage fut�.</p><p>��Pas trop de mal, Marquise�? haleta-t-il.</p><p>Ang�lique n'�tait pas en �tat de le rappeler � un langage plus correct.</p><p>��Et la vieille Bastille, elle tient toujours�?</p><p>��Elle tient, r�pondit assez ga�ment L�onide, qui n'aimait rien tant que les aventures mouvement�es.</p><p>��Insolent, passe-moi ta main et aide-moi � sortir de l�. Flipot l'agrippa de son mieux. Avec l'aide du cocher qui avait r�ussi � calmer les deux chevaux et � les d�teler, les deux femmes et la petite servante se retrouv�rent bient�t debout dans le chemin boueux.</p><p>On s'en tirait sans m�me une �gratignure.</p><p>La situation n'en restait pas moins piteuse et d�sesp�rante. Ang�lique renon�ait � �clater en impr�cations. La col�re n'e�t servi � rien. Tout �tait perdu�! Non seulement elle n'arriverait pas � rejoindre aujourd'hui la chasse royale, mais JAMAIS elle ne pourrait retourner � la Cour�! Le roi n'excuserait pas cette nouvelle abstention. Devrait-elle lui �crire ou se jeter � ses pieds, essayer de faire intervenir Mme de Montespan ou le duc de Lauzun�? Et que devrait-elle invoquer comme motif�?... Un accident de carrosse�? Apr�s tout, c'�tait la v�rit�, mais qui aurait malheureusement un accent de mauvais pr�texte. N'invoquait-on pas toujours un accident de carrosse en cas de retard embarrassant�? Elle s'assit sur une souche et s'absorba dans des r�flexions si am�res qu'elle ne remarqua pas l'approche d'une petite troupe de cavaliers.</p><p>��Vl'a du monde, dit Flipot � mi-voix.</p><p>Il y eut un silence pendant lequel on n'entendit que le clapotement des chevaux qui avan�aient au pas. Puis Mlle de Parajonc chuchota�:</p><p>��Dieu du Ciel, ce sont des bandits�! Nous sommes perdus�!</p></section><section><p><strong>Chapitre 3</strong></p><p>Ang�lique releva la t�te. Dans la p�nombre du chemin creux les nouveaux venus n'avaient pas, en effet, fort bonne mine. C'�taient de grands hommes maigres au teint basan�, aux yeux sombres, portant ces moustaches et barbiches noires qui se d�modaient depuis quelques ann�es et qu'on avait perdu l'habitude de rencontrer en Ile-de-France. Ils �taient v�tus d'une sorte d'uniforme d'un bleu pass�, avec des broderies d�teintes ou arrach�es. Les plumes de leurs feutres d�lav�s �taient maigres. Certaines casaques, loqueteuses. Pourtant presque tous portaient l'�p�e. En t�te deux gaillards soutenaient des banni�res richement d�cor�es bien que fort d�chir�es et trou�es. Des banni�res qui sans aucun doute avaient connu le vent chaud des combats.</p><p>Quelques hommes de troupe qui marchaient � pied portant des piques et des mousquets pass�rent indiff�rents devant le carrosse renvers�. Mais le premier cavalier, qui devait �tre le chef, s'arr�ta devant le groupe que formaient les deux femmes et leurs domestiques.</p><p>��Mordious, belles personnes, le dieu Mercure qui prot�ge les voyageurs semble vous avoir vilainement abandonn�es�?</p><p>Contrairement � ses compagnons il �tait assez bien en chair. Cependant les plis flottants de son justaucorps prouvaient qu'il avait d� conna�tre jadis un embonpoint plus satisfaisant. Lorsqu'il souleva son chapeau il montra un visage jovial et basan�. Son accent chantant ne pouvait tromper sur ses origines. Ang�lique lui sourit gracieusement et r�pondit sur le m�me ton�:</p><p>��Monseigneur, vous �tes gascon, pas moins�!</p><p>��On ne peut rien vous cacher, � la plus belle des divinit�s de ces bois�! En quoi pouvons-nous vous �tre utile�?</p><p>Il se penchait un peu vers elle pour l'examiner et elle eut l'impression de le voir tressaillir. Brusquement elle fut certaine d'avoir d�j� rencontr� cet homme quelque part. Mais o��?... Elle r�fl�chirait � cela plus tard. Toute au probl�me pr�sent, elle dit vivement�:</p><p>��Monsieur, vous pouvez nous rendre le plus grand des services. Nous devions rejoindre la chasse du Roi mais nous avons eu un accident. Il n'est pas question de remettre aussit�t en �tat ce vieux carrosse. Mais si quelques-uns d'entre vous nous prenaient en croupe ma compagne et moi ainsi que la chambri�re et nous conduisaient jusqu'au carrefour des B�ufs, nous vous serions tr�s oblig�es.</p><p>��Au carrefour des B�ufs�? Nous y allons nous-m�mes. Cabelious, cela tombe bien�!</p><p>Il ne fallut pas plus d'un quart d'heure aux cavaliers qui avaient pris en croupe les trois femmes pour atteindre le lieu du rendez-vous.</p><p>Au pied des coteaux de Fausse-Repose la clairi�re apparut encombr�e de carrosses et de chevaux. Cochers et laquais jouaient aux d�s en attendant le retour des ma�tres ou buvaient � la modeste auberge foresti�re, qui n'avait jamais connu pareille aubaine. Ang�lique aper�ut son palefrenier. Elle sauta � terre en criant�:</p><p>��Janicou, am�ne-moi C�r�s�!</p><p>L'homme courut vers les �curies.</p><p>Quelques secondes plus tard Ang�lique �tait en selle. Elle guida la b�te hors de la cohue, puis elle piqua des deux, s'�lan�ant vers la for�t.</p><p>*****</p><p>C�r�s �tait une b�te fine, �l�gante, � la robe luisante et dor�e qui lui valait ce surnom de la d�esse de l'�t�. Ang�lique l'aimait pour le luxe de sa beaut�, car elle avait trop de soucis en t�te pour s'attacher aux b�tes par amiti�. Mais C�r�s �tait fort douce, et Ang�lique la montait avec plaisir. Elle lui fit quitter le sentier et la lan�a dans le talus pour atteindre la cr�te d'une colline. La jument tr�bucha dans le haut tapis de feuilles mortes puis se ressaisit et gravit rapidement la pente. Au sommet, les arbres continuaient de cacher l'horizon. Ang�lique ne pouvait rien apercevoir. La jeune femme pr�ta l'oreille. Les lointains aboiements de la meute lui parvinrent, arrivant de l'Est, puis l'appel d'un cor que d'autres cors reprirent en ch�ur. Elle reconnut la sonnerie du ��bat l'eau�� et sourit.</p><p>��La chasse n'est pas termin�e. C�r�s, ma jolie, faisons diligence. Nous parviendrons peut-�tre � sauver l'honneur.</p><p>Suivant la cr�te de la colline, elle remit la b�te au galop. Elle filait entre les arbres serr�s aux branches noueuses et feuillues, � travers la profondeur et la sauvagerie de cette for�t demeur�e presque inviol�e depuis des temps fort recul�s et que hantaient seuls parfois quelques chasseurs ou braconniers isol�s, leur arbal�te sur l'�paule, ou des bandits cherchant refuge. Louis XIII et le jeune Louis XIV avaient arrach� � leur sommeil s�culaire les vieux ch�nes druidiques. Le souffle de sa Cour brillante passait � travers les brouillards stagnants, et les parfums des dames venaient se m�ler � la senteur profonde des feuilles et des champignons.</p><p>Les aboiements se rapprochaient. Le cerf pourchass� devait avoir r�ussi � franchir la rivi�re. Il ne s'avouait pas vaincu et poursuivait sa course, talonn� par les chiens. Il venait dans cette direction. Les cors sonnaient entra�nant la chasse. Ang�lique se remit en marche plus lentement puis s'arr�ta de nouveau. Le galop sourd des chevaux approchait. Elle sortit du couvert des arbres. Au-dessus d'elle une combe de verdure se creusait doucement, laissant apercevoir dans le bas-fond les miroitements d'un mar�cage. Tout alentour la for�t dressait sa barri�re obscure, mais de l'autre c�t� l'on apercevait le ciel barr� de longs nuages charbonneux, entre lesquels un soleil p�le descendait doucement. L'approche du cr�puscule ouatait de brouillard le paysage, noyait les verts et les bleus profonds dont l'�t� parait les arbres. Mille ruisselets descendant de la colline conservaient sa fra�cheur au vallon. L'aboiement compact de la meute �clata soudain. Une forme brune bondit � l'or�e du bois. C'�tait le cerf, une tr�s jeune b�te aux cors � peine divis�s. Son galop fit jaillir des gerbes d'eau � travers le mar�cage. Derri�re lui la masse des chiens d�vala comme un fleuve blanc et roux. Puis un cheval �mergea du taillis, mont� par une amazone au justaucorps rouge. Presque simultan�ment et de toutes parts des cavaliers d�bouch�rent et descendirent le long de la pente herbeuse. En un instant le bucolique et tendre vallon fut envahi d'un tumulte barbare o� se m�laient les aboiements tenaces des chiens, les hennissements des chevaux, les interpellations des chasseurs et la fanfare �clatante des cors qui venaient d'entonner l'hallali. Sur le d�cor sombre de la for�t les riches v�tements des grands seigneurs et nobles dames se r�pandirent en nu�es multicolores et les derniers rayons du soleil faisaient �tinceler broderies, baudriers et panaches.</p><p>Cependant, le cerf, dans un supr�me effort, avait r�ussi � rompre le cercle infernal. Profitant d'une trou�e il se ruait � nouveau vers l'abri protecteur des fourr�s. Il y eut des cris de d�ception. Les chiens embourb�s se rassembl�rent avant de repartir. Ang�lique poussa doucement C�r�s en avant et commen�a, elle aussi, � descendre. Le moment lui semblait propice pour se m�ler � la foule.</p><p>��Inutile de poursuivre, dit une voix derri�re elle. La b�te n'en a plus que pour quelques instants�; traverser les bas-fonds ne servirait qu'� vous crotter jusqu'aux yeux. Si vous m'en croyez, belle inconnue, demeurez donc ici. Il y a gros � parier que les valets profiteront de cette clairi�re pour venir y recoupler les chiens. Et nous serons frais et nets pour nous pr�senter au Roi...</p><p>Ang�lique se retourna. Elle ne connaissait point le gentilhomme qui venait de surgir �quelques pas d'elle. Il avait un agr�able visage sous une ample perruque poudr�e. Son habit �tait fort recherch�. Il �ta, pour saluer la jeune femme, un chapeau couvert de plumes neigeuses.</p><p>��Que le diable m'emporte si j'ai d�j� eu l'occasion de vous rencontrer, Madame. Cela n'est pas possible car je n'aurais pu oublier votre visage.</p><p>��L'occasion�? � la Cour, peut-�tre�?</p><p>��� la Cour, protesta-t-il indign�. Mais j'y vis, Madame, j'y vis�! Vous n'auriez pas pu passer inaper�ue � mes yeux. Non, Madame, ne cherchez pas � me duper. Vous n'�tes jamais venue � la Cour.</p><p>��Si, Monsieur.</p><p>Elle ajouta apr�s un petit silence�:</p><p>��Une fois...</p><p>Il se mit � rire.</p><p>��Une fois�? Comme c'est charmant�!</p><p>Ses sourcils blonds se fronc�rent, il r�fl�chissait.</p><p>��Quand donc�? Au dernier bal�? Non�: aucune souvenance. Et m�me... C'est inimaginable, mais je parierais que vous n'�tiez pas au rendez-vous de Fausse-Repose ce matin.</p><p>��Vous semblez conna�tre tout le monde ici...</p><p>��Tout le monde�? C'est vrai�! Je suis bien plac� pour cela et je sais qu'il faut se souvenir des gens pour qu'ils se souviennent de vous. C'est un principe que j'ai cherch� � appliquer depuis ma plus tendre jeunesse. Ma m�moire est imbattable�!</p><p>��Eh bien, dans ce cas voulez-vous �tre mon cic�rone dans cette compagnie que je connais mal�? Vous me donnerez les noms. Ainsi, je serais curieuse de savoir qui est cette amazone en rouge qui suivait de si pr�s les chiens. Elle pique � merveille. Un homme ne pourrait aller plus vite.</p><p>��Vous tombez bien, dit-il en riant. C'est Mlle de La Valli�re.</p><p>��La favorite�?</p><p>��H� oui�! La favorite, acquies�a-t-il d'un air suffisant qu'elle ne s'expliqua pas sur-le-champ.</p><p>��Je ne la croyais pas une chasseresse si consomm�e.</p><p>��Elle est n�e � cheval. Dans son enfance elle montait sans selle les chevaux les plus fougueux.</p><p>Elle partait au galop. On la voyait sauter l�-dessus comme une balle. Ang�lique le regarda avec �tonnement.</p><p>��Vous semblez conna�tre de tr�s pr�s Mlle de La Valli�re.</p><p>��C'est ma s�ur.</p><p>��Oh�! fit-elle, suffoqu�e. Vous �tes...</p><p>��Le marquis de La Valli�re pour vous servir, belle inconnue. Il �ta son chapeau et lui caressa moqueusement le nez du bout de ses plumes blanches. Elle se d�gagea, un peu vex�e, poussa sa monture et descendit vers le creux du vallon. La brume s'y �paississait, dissimulant les mares d'eau stagnante. Le marquis de La Valli�re la suivait.</p><p>��Tenez, que vous avais-je dit�? s'exclama-t-il � nouveau. On sonne la retraite non loin d'ici. La chasse est termin�e. M. du Plessis-Belli�re a d� prendre son grand couteau et ouvrir bien proprement la gorge du cerf. Avez-vous jamais vu ce gentilhomme dans ses supr�mes fonctions de Grand Veneur�?... Le spectacle en vaut la peine. Il est si beau, si �l�gant, si parfum� qu'on le croirait � peine capable de se servir d'un canif... Eh bien�! il vous manie un coutelas comme s'il avait �t� �lev� en compagnie de ces messieurs de l'Apport-Paris, les compagnons �corcheurs.</p><p>��Philippe �tait d�j� c�l�bre dans sa jeunesse pour la mise � mort des loups, qu'il pourchassait seul dans la for�t de Nieul, dit Ang�lique avec une fiert� na�ve. Les gens du pays l'appelaient ��Fariboul Loupas��, ce qui peut se traduire � peu pr�s comme ��le petit lutin des loups��.</p><p>��� mon tour de vous dire que vous semblez conna�tre bien intimement M. du Plessis.</p><p>��C'est mon mari.</p><p>��Oh�! Par saint Hubert, la chose est plaisante�!</p><p>Il �clata de rire. Il riait volontiers, par go�t et par calcul. Un courtisan enjou� est le bienvenu partout. Il avait d� �tudier son rire avec autant de soin qu'un acteur de l'H�tel de Bourgogne.</p><p>Mais tr�s vite, il s'interrompit et r�p�ta avec souci�:</p><p>��Votre mari�?... Vous �tes donc la marquise du Plessis-Belli�re�?... Oh�! J'ai entendu parler de vous. N'avez-vous... Par le Ciel, n'avez-vous pas d�plu au roi�?</p><p>Il la regardait presque avec horreur.</p><p>��Oh�! voici Sa Majest�, s'exclama-t-il soudain.</p><p>Et la plantant l� il galopa au-devant d'un groupe qui surgissait dans la clairi�re. Parmi les courtisans, Ang�lique reconnut aussit�t le roi.</p><p>Sa mise modeste contrastait avec celle des autres seigneurs. Louis XIV aimait �tre � l'aise dans ses v�tements, et l'on disait que lorsqu'il se trouvait dans l'obligation de rev�tir des habits d'apparat il les quittait aussit�t apr�s la c�r�monie. Pour la chasse, plus encore qu'en autre occasion, il refusait de s'embarrasser de dentelles et de franfreluches. Il portait ce jour-l� un habit de drap brun, tr�s discr�tement rebrod� d'or aux boutonni�res et au rabat des poches. Avec ses �normes bottes de cheval dont les revers le cuirassaient de noir jusqu'� l'aine, il �tait aussi simplement v�tu qu'un hobereau.</p><p>Mais � sa mine personne ne l'e�t confondu avec un autre. La majest� de ses gestes, o� il savait faire entrer beaucoup de gr�ce, de contenance et de s�r�nit�, lui donnait en toutes circonstances un port vraiment royal.</p><p>Il tenait en main une gaule de bois l�ger termin�e par un pied de sanglier. Cette gaule lui avait �t� remise solennellement au d�part de la chasse par le Grand Veneur�; elle �tait primitivement destin�e � �carter les branches qui pourraient importuner le souverain sur son passage�; elle repr�sentait aussi, depuis des si�cles, un insigne honorifique et jouait un grand r�le dans le c�r�monial de la v�nerie.</p><p>Aux c�t�s du roi se tenait l'amazone en justaucorps rouge. Anim� par la passion de la course, le visage un peu maigre et sans r�elle beaut� de la favorite se fardait de rose. Ang�lique lui trouva un charme fragile qui �veilla en elle une secr�te piti�. Sans bien analyser d'o� venait ce sentiment il lui sembla que Mlle de La Valli�re, pourtant parvenue au fa�te des honneurs, n'�tait pas de taille � se d�fendre parmi la Cour. Autour d'elle Ang�lique reconnut le prince de Cond�, Mme de Montespan. Lauzun, Louvois, Brienne, Humi�res, Mmes du Roure et de Montausier, la princesse d'Armagnac, le duc d'Enghien, puis plus loin Madame, la ravissante princesse Henriette, et naturellement Monsieur, le fr�re du Roi, flanqu� de son ins�parable favori le Chevalier de Lorraine. D'autres encore qu'elle connaissait moins mais qui tous portaient sur eux un m�me sceau de grand luxe, de sant� et d'avidit�. Le roi regardait avec impatience vers un petit sentier sous bois. Deux cavaliers y venaient au pas. L'un �tait Philippe du Plessis-Belli�re portant �galement une l�g�re gaule de bois dor�, garnie d'un pied de biche. Ses v�tements et sa perruque �taient � peine d�plac�s par le d�sordre de la chasse.</p><p>Le c�ur d'Ang�lique se serra de col�re et de regret � la vue de sa beaut�. Quelle allait �tre la r�action de Philippe en l'apercevant, apr�s l'avoir laiss�e pantelante, quelques heures plus t�t, au fond d'un couvent�? Ang�lique serra les r�nes dans un mouvement r�solu. Elle le connaissait assez pour savoir que devant le roi il ne risquerait aucun �clat. Mais ensuite�?... Philippe retenait sa monture, un cheval blanc, afin de se maintenir au niveau de son compagnon.</p><p>Celui-ci, un vieillard au visage burin�, le menton marqu� d'une mouche de poils gris � la mode ancienne, ne se h�tait pas. Il accentuait m�me sa lenteur, malgr� l'attente visible du roi, et s'�pongeait d'un air bougon.</p><p>��Le vieux Salnove estime que Sa Majest� l'a encore fait courir trop longtemps, dit quelqu'un pr�s d'Ang�lique. Il se plaignait l'autre jour que du temps du roi Louis XIII on ne s'encombrait pas de tant de ��coureurs�� inutiles qui alourdissent la chasse et la prolongent par leur pr�sence.</p><p>Salnove �tait, en effet, l'ancien Grand Veneur du feu roi. Il avait enseign� au monarque actuel les rudiments de cet art passionnant et lui en voulait de ne pas maintenir les r�gles traditionnelles. Faire de la chasse un plaisir de Cour�! Morbleu�! Le roi Louis XIII ne s'encombrait pas de jupons lorsqu'il lui prenait fantaisie d'aller courir les bois. M. de Salnove ne manquait pas une occasion de rappeler cette maxime � son �l�ve. Il n'avait pas encore tr�s bien compris que Louis XIV n'�tait plus le gar�onnet joufflu qu'il avait hiss� jadis pour la premi�re fois sur un cheval. De son c�t� le roi, par courtoisie et affection, maintenait le vieux serviteur de son p�re � son poste. Philippe du Plessis, Grand Veneur en fait, ne l'�tait pas en titre. Il le montra lorsque, parvenu � quelques pas du roi, il remit au marquis de Salnove la gaule au pied de biche, insigne de son titre.</p><p>Salnove la prit et selon le c�r�monial re�ut � son tour des mains du roi la gaule au pied de sanglier qu'il lui avait remise au d�part.</p><p>La chasse �tait termin�e. Cependant le roi demanda d'un ton sec�:</p><p>��Salnove, les chiens sont-ils las�?</p><p>Le vieux marquis souffla encore pour reprendre haleine. Son �puisement n'�tait pas feint. Tous ceux qui avaient particip� activement � la chasse�: courtisans, piqueurs et valets, �taient fourbus.</p><p>��Les chiens�? fit Salnove avec un haussement d'�paules. Oui, pas mal, comme cela.</p><p>��Et les chevaux�?</p><p>��Je crois bien.</p><p>��Et tout cela pour deux cerfs sans cors, dit le roi avec humeur.</p><p>Il jeta un regard autour de lui sur la foule amass�e. Ang�lique eut l'impression que ce regard impavide o� l'on ne pouvait rien lire, l'avait effleur�e et reconnue. Elle se recula un peu.</p><p>��C'est bon, dit le roi, nous chasserons mercredi.</p><p>Il y eut un silence contraint et comme atterr�. Certaines dames se demandaient avec effroi comment elles feraient pour se remettre en selle le surlendemain. Le roi r�p�ta un peu plus haut�:</p><p>��Nous chasserons apr�s-demain, entendez-vous Salnove�? Et cette fois nous voulons un dix-cors.</p><p>��Oui, Sire, j'entends du premier mot, r�pondit le vieux marquis.</p><p>Il salua tr�s bas, puis s'�carta�; mais en disant assez haut pour �tre entendu des invit�s de la chasse�:</p><p>��Ce qui me pique c'est que j'entends toujours demander si les chiens et les chevaux sont las et jamais les hommes...</p><p>��Monsieur de Salnove�! le rappela Louis XIV.</p><p>Et lorsque le Grand Veneur fut � nouveau devant lui�:</p><p>��Sachez que chez moi les hommes de chasse ne sont jamais fatigu�s... Du moins c'est ce que j'entends, moi.</p><p>Salnove s'inclina derechef.</p><p>Le roi se remit en marche, entra�nant derri�re lui la foule bigarr�e des courtisans, qui n'avaient plus d'autre ressource que de redresser vaillamment l'�chine. En passant devant Ang�lique, le roi marqua un temps d'arr�t. Son regard lourd et imp�n�trable la fixait et pourtant ne semblait pas la voir. Ang�lique ne baissa pas la t�te. Elle se disait qu'elle avait toujours brav� sa peur et que ce n'�tait pas aujourd'hui qu'elle allait perdre contenance. Elle regarda le roi, puis lui sourit avec naturel. Le souverain tressaillit comme s'il avait �t� piqu� par une abeille, et ses joues se color�rent.</p><p>��Mais... n'est-ce pas Mme du Plessis-Belli�re�? demanda-t-il avec hauteur.</p><p>��Votre Majest� a la bont� de se souvenir de moi�?</p><p>��Certes, et beaucoup plus que vous ne semblez vous souvenir de nous, r�pondit Louis XIV en prenant son entourage � t�moin d'une telle inconscience et d'une telle ingratitude. Votre sant� est-elle enfin r�tablie, Madame�?</p><p>��Je remercie Votre Majest�, mais ma sant� a toujours �t� fort bonne.</p><p>��Alors comment se fait-il que vous ayez par trois fois d�clin� nos invitations�?</p><p>��Sire, pardonnez-moi, mais elles ne m'ont jamais �t� communiqu�es.</p><p>��Vous m'�tonnez, Madame. J'ai moi-m�me averti M. du Plessis de mon d�sir de vous voir participer aux f�tes de la Cour. Je doute qu'il ait pu �tre assez distrait pour l'oublier.</p><p>��Sire, mon mari a peut-�tre jug� que la place d'une jeune femme �tait en sa demeure � tirer l'aiguille plut�t que d'�tre d�tourn�e de ses aust�res devoirs par le spectacle des merveilles de la Cour.</p><p>D'un m�me mouvement tous les chapeaux emplum�s se tourn�rent, avec celui du roi, vers Philippe, qui sur son cheval blanc �tait la statue m�me d'une rage impuissante et glac�e. Le roi comprit � demi. Il avait de l'esprit, et l'art de tourner avec tact les situations embarrassantes. Il �clata de rire.</p><p>��Oh�! Oh�! marquis, est-ce possible�! Votre jalousie est-elle si grande que vous n'h�sitez devant aucun moyen pour soustraire � nos yeux le charmant tr�sor dont vous �tes propri�taire�? C'est pousser trop loin l'esprit d'avarice, croyez-moi. Je pardonne pour cette fois, mais je vous condamne � faire bonne figure aux succ�s de Mme du Plessis. Quant � vous, Madame, je ne veux pas vous pousser trop loin dans le chemin de l'insoumission conjugale en vous f�licitant d'avoir pass� outre aux d�cisions d'un �poux par trop autoritaire. Mais votre esprit d'ind�pendance me pla�t. Prenez donc part sans r�ticence � ce que vous appelez les merveilles de la Cour. Je me porte garant que M. du Plessis ne vous fera pas reproche.</p><p>Philippe, le chapeau � bout de bras, s'inclina profond�ment, d'un mouvement ample presque outr� de soumission. Autour d'elle Ang�lique ne voyait plus que des sourires empress�s sur des masques qui, trois secondes plus t�t, ne respiraient qu'une curiosit� avide � la d�chirer en mille pi�ces.</p><p>��F�licitations�! lui dit Mme de Montespan. Vous avez l'art de vous mettre dans des situations impossibles, mais aussi celui de vous en tirer � merveille. Cela ressemblait aux tours d'adresse des baladins du Pont-Neuf. Au visage du roi j'ai cru que vous alliez avoir toute la meute � vos trousses. L'instant d'apr�s vous faisiez figure de victime audacieuse qui a franchi les mille obstacles et jusqu'aux murs d'une prison pour r�pondre co�te que co�te � l'invitation de Sa Majest�.</p><p>��Vous ne croyez pas si bien dire�!</p><p>��Oh�! racontez-moi cela.</p><p>��Peut-�tre... un jour.</p><p>��Racontez. Ce Philippe est donc tellement �pouvantable�? Quel dommage�! Lui si beau...</p><p>Ang�lique d�tourna la conversation en donnant le galop � son cheval. Par un chemin creux, cavaliers, chiens et valets descendaient le coteau de Fausse-Repose, tandis que les cors sonnaient � l'arri�re pour guider les retardataires. Bient�t, dans une �claircie, apparut le carrefour encombr� par les �quipages.</p><p>� l'or�e du bois se tenait la compagnie de militaires loqueteux dont le commandant avait secouru Ang�lique et Mlle de Parajonc. Lorsque le cort�ge royal parut, deux joueurs de fifres et de tambourins qui se tenaient en t�te commenc�rent � jouer une marche militaire. Derri�re eux s'�branl�rent les deux porte-banni�res, puis le chef suivi de ses officiers et de leurs petites troupes.</p><p>��Grands dieux, dit une voix de femme, quels sont ces �pouvantails en loques qui osent ainsi se pr�senter devant le roi�?</p><p>��Remerciez le ciel de n'avoir pas eu affaire aux �pouvantails de trop pr�s dans ces derni�res ann�es, s'exclama en riant un jeune seigneur au teint vigoureux. Ce sont les r�volt�s du Languedoc�!</p><p>Ang�lique demeura comme frapp�e par la foudre.</p><p>Le nom�! Le nom qu'elle cherchait depuis qu'elle avait distingu� dans la p�nombre du sous-bois le visage balafr� du gentilhomme gascon, lui sautait � l'esprit�:</p><p>��Andijos�!</p><p>C'�tait Bernard d'Andijos, le gentilhomme toulousain, le joyeux pique-assiette du Gai Savoir, toujours promenant sa bedaine satisfaite d'une partie de chansons � une partie de bal. Et c'�tait lui qui soudain avait galop� � travers le Languedoc, semant le brandon d'une des plus terribles r�voltes provinciales du temps�!...</p><p>Elle revoyait, dans l'aube sale d'un triste matin, cet autre compagnon des jours heureux, le jeune Cerbaland, � demi ivre, tirant son �p�e et s'�criant�:</p><p>��Mordious�! Vous ne connaissez pas les Gascons, Madame. �coutez tous. Je pars en guerre contre le Roi.</p><p>�tait-il l� aussi, Cerbaland, parmi ces fant�mes �merg�s d'un autre temps et qui semblait � Ang�lique extr�mement lointain, bien que sept ann�es � peine se fussent �coul�es depuis la condamnation inique du comte de Peyrac1, qui avait �t� � l'origine de tous ces troubles�?</p><p>��Les r�volt�s du Languedoc, r�p�tait pr�s d'elle la voix un peu sosotte de la jeune femme. Mais n'est-ce pas dangereux de les laisser approcher du roi�?</p><p>��Non, rassurez-vous, r�pondit le gentilhomme au teint color�, qui n'�tait autre que le jeune Louvois, ministre de la Guerre. Ces messieurs viennent faire leur soumission. Apr�s six ann�es de brigandages, pillages et escarmouches contre les troupes royales, on peut esp�rer que notre belle province du Sud-Ouest va rentrer dans le sein de la couronne. Mais il n'a fallu rien moins qu'une campagne personnelle de Sa Majest� pour faire comprendre � ce seigneur d'Andijos l'inutilit� de sa r�bellion. Notre prince lui a promis la vie sauve et l'oubli de ses fautes pass�es. En �change, il doit s'entremettre pour calmer les capitouls2 des grandes villes du Sud. Gageons que Sa Majest� n'aura d�sormais de plus fid�les sujets.</p><p>��N'emp�che, ils me font peur�! dit la petite dame avec un frisson.</p><p>Le roi avait mis pied � terre, imit� en cela par tous les cavaliers et cavali�res de son entourage.</p><p>Andijos arriv� � quelques m�tres du groupe fit de m�me. Ses v�tements d�teints, ses bottes us�es, son visage barr� d'une cicatrice fra�che, tout en lui contrastait avec la brillante soci�t� vers laquelle il s'avan�ait. Il �tait l'image du vaincu auquel il ne reste que l'honneur, car il gardait les yeux bien droits et la t�te haute.</p><p>Arriv� devant le roi, il tira vivement son �p�e. Il y eut un mouvement des courtisans, qui voulaient s'interposer. Mais le Toulousain ayant appuy� son arme au sol, la brisa d'un coup sec et jeta les deux tron�ons aux pieds de Louis XIV. Puis s'avan�ant encore d'un pas il s'agenouilla et baisa la cuisse du roi.</p><p>��Le pass� est le pass�, mon cher marquis, dit celui-ci en posant l�g�rement sa main sur l'�paule du rebelle en un geste qui n'�tait pas d�nu� d'amiti�. Il est permis � chacun de se tromper, et les sujets y sont plus enclins que les rois. Ceux-ci ont re�u l'investiture divine et peuvent avec une clart� plus certaine guider les peuples. Mais ne croyez pas que ce droit soit sans devoirs�; il comporte notamment celui de pardonner. Mes sujets rebelles, lorsqu'ils ont eu l'audace de prendre les armes contre moi, m'ont donn� peut-�tre moins d'indignation que ceux qui, se tenant pr�s de ma personne, me rendaient devoirs et assiduit�s alors que je savais qu'en m�me temps ils me trahissaient et n'avaient pour moi ni v�ritable respect, ni v�ritable affection. J'aime la franchise des actions. Relevez-vous, donc, marquis. Je regrette seulement que vous ayez bris� votre vaillante �p�e. Vous m'obligerez � vous en offrir une autre, car je vous nomme colonel et vous confie quatre compagnies de dragons. Maintenant accompagnez-moi jusqu'� mon carrosse. Vous y prendrez place, et je vous invite � Versailles.</p><p>��Votre Majest� m'honore, dit le brave Andijos dont la voix tremblait, mais je ne suis pas en �tat de me montrer � ses c�t�s. Mon uniforme...</p><p>��Qu'� cela ne tienne�! J'aime une livr�e qui sent la poudre et la guerre. La v�tre est glorieuse. Je vous la rendrai. Vous porterez aux prochaines f�tes le m�me justaucorps bleu � revers rouges, mais qui sera brod� d'or au lieu d'�tre trou� par les balles. Et cela me donne une id�e... Savez-vous, messieurs, continua Louis XIV en se tournant vers ses familiers, que depuis longtemps j'ai dans l'esprit de cr�er un habit pour ceux que je tiendrai plus particuli�rement en estime. Qu'en dites-vous�? L'Ordre des Justaucorps bleus�?... M. d'Andijos en serait le premier chevalier.</p><p>Les courtisans applaudirent � cette trouvaille. On pouvait d�j� deviner que les justaucorps bleus feraient l'objet de comp�titions acharn�es... Bernard d'Andijos pr�senta ses trois principaux officiers.</p><p>��J'ai donn� ordre pour que votre compagnie soit re�ue cordialement ce soir et puisse faire bombance, dit le roi. M. de Montausier, veuillez prendre en charge tous ces braves. Ensuite chacun courut vers son �quipage.</p><p>Assoiff�s, les chasseurs appelaient les limonadiers, petits marchands attitr�s de la Cour et qui la suivaient dans ses moindres d�placements. Le temps de s'envoyer un gobelet au fond du gosier, il fallait d�j� repartir. La nuit tombait. Le roi �tait impatient de regagner Versailles. Les lanternes et les torches s'allum�rent.</p><p>Ang�lique, tenant C�r�s par la bride, ne savait � quel parti se r�soudre. Elle �tait encore sous le coup de l'�motion que lui avait caus�e l'apparition d'Andijos et des r�volt�s du Languedoc. La voix du roi qui lui �tait parvenue���voix tr�s belle et qui, malgr� sa jeunesse, avait parfois des inflexions paternelles����tait tomb�e sur son c�ur effray� et endolori, comme un baume. Elle avait pris pour elle certaines paroles. Se ferait-elle reconna�tre d'Andijos�? Lui parlerait-elle�? Que pourraient-ils se dire�? Un nom serait entre eux. Un nom qu'ils n'oseraient prononcer. Et la grande ombre noire du supplici� planerait sur eux, �teignant l'�clat des lampions de la f�te... Un carrosse, en tournant, la fr�la.</p><p>��Que faites-vous�? lui cria Mme de Montespan par la porti�re. O� est votre �quipage�?</p><p>��� vrai dire je n'en ai point. Ma voiture a vers� dans un foss�.</p><p>��Montez donc avec moi.</p><p>Un peu plus loin elles charg�rent Mlle de Parajonc et Javotte, et tout le monde s'en revint sur Versailles.</p></section><section><p><strong>Chapitre 4</strong></p><p>Les bois, � l'�poque, enserraient �troitement le ch�teau. En d�bouchant du couvert des arbres on l'apercevait tout proche sur sa colline, et dans la nuit les hautes fen�tres scintillaient, envahies par les �toiles mouvantes des flambeaux qui allaient et venaient. L'animation �tait grande. Le roi avait fait porter un ordre comme quoi il ne repartirait pas dans la soir�e � Saint-Germain, ainsi que pr�vu. Il allait demeurer trois jours encore � Versailles. Au lieu de plier bagage il fallait au contraire pr�voir le coucher de Sa Majest�, de sa Maison et de ses invit�s d'honneur, installer le cantonnement des chevaux, organiser les repas. L'avant-cour �tait tellement encombr�e de v�hicules, de soldats et de valets que l'�quipage de Mme de Montespan dut faire halte sur la place. Les dames descendirent. Ath�na�s fut aussit�t happ�e par un groupe joyeux. Ang�lique s'attarda pr�s de Mlle de Parajonc.</p><p>��Il faut vous h�ter pour ne pas manquer la c�r�monie de la cur�e, dit la vieille fille d'un air entendu.</p><p>��Qu'allez-vous devenir�? interrogea Ang�lique.</p><p>��Je vais m'asseoir sur cette borne cavali�re. Ce sera bien le diable si je n'aper�ois pas quelque visage de connaissance parmi ceux qui s'en retournent sur Paris. Je ne suis pas invit�e du Roi, moi. D�p�chez-vous, ma belle. Tout ce que je vous demande c'est que vous veniez me faire le r�cit des enchantements v�cus dans le rayonnement de l'astre.</p><p>Ang�lique le lui promit, l'embrassa et la laissa l�, dans la nuit brumeuse, avec sa mante et son bonnet � rubans ros�s d'un autre �ge, son vieux visage blanc et sa na�ve joie d'avoir pu approcher de si pr�s la Cour, en ce jour m�morable.</p><p>Ang�lique, elle, franchissait le cercle magique et montait vers les �lus.</p><p>��Dans le rayonnement de l'astre��, se r�p�ta-t-elle tandis qu'elle atteignait � travers la cohue le point de concentration de la foule.</p><p>C'�tait tout au fond contre le b�timent central du ch�teau, dans la troisi�me petite cour qu'on appelait la Cour des Cerfs. Sous l'apparent d�sordre le triage des personnalit�s qui devaient entourer le Roi pendant la cur�e �tait fort surveill�. Ang�lique fut arr�t�e par un garde suisse � hallebarde, et un ma�tre des c�r�monies s'informa respectueusement de ses titres. D�s qu'elle eut d�clin� son nom il la laissa passer et la guida m�me � travers les escaliers et les salons jusqu'� l'un des balcons du premier �tage, qui donnait sur la Cour des Cerfs. Celle-ci �tait illumin�e d'innombrables torches. La fa�ade de briques ros�s du palais, o� se mouvaient des ombres empanach�es, en �tait comme embras�e et les mille arabesques des balcons, des goutti�res, des pots-�-feu, dor�s � la feuille d'or, �tincelaient en de chatoyantes broderies sur un fond pourpre.</p><p>*****</p><p>La sonnerie des cors �clata.</p><p>Le roi s'avan�a au balcon central, la reine � ses c�t�s. Les princesses du sang, les princes, les gentilshommes de premier rang les entouraient. Du fond de la nuit, montant la colline, l'aboiement de la meute s'approchait. Deux valets de chiens �merg�rent de l'ombre � la grille de la Cour des Cerfs et entr�rent dans le cercle de clart�. Ils tra�naient une sorte de paquet innommable d'o� d�goulinaient le sang et des lambeaux de boyaux�; c'�tait la mou�e, compos�e par les visc�res des deux cerfs tu�s et que l'on transportait sur la peau d'une des b�tes fra�chement �corch�e. Derri�re eux d'autres piqueurs en livr�e rouge apparurent, ayant sur leurs talons la meute des chiens affam�s qu'ils tenaient en respect avec de longs fouets.</p><p>Philippe du Plessis-Belli�re descendit le perron � leur rencontre, ayant en main la gaule au pied de biche. Il avait eu le temps de rev�tir un uniforme �tincelant, rouge aussi, mais avec quarante boutonni�res dor�es, horizontales, et vingt verticales sur les deux poches. Ses bottes de cuir jaune, �taient � talons rouges, avec des �perons de vermeil.</p><p>��Il a la jambe aussi bien faite que celle du roi, commenta quelqu'un pr�s d'Ang�lique.</p><p>��Mais sa d�marche a moins de gr�ce. Philippe du Plessis a toujours l'air de partir en guerre.</p><p>��N'oublions pas qu'il est aussi mar�chal.</p><p>Le jeune homme fixait avec attention le roi au balcon. Celui-ci fit un signe de sa gaule personnelle.</p><p>Philippe remit alors son insigne au page qui le suivait. Il s'avan�a vers les valets et leur prit � pleines mains la charge gluante. Son riche habit de soie, de dentelles et de passementeries fut imm�diatement inond� de sang. Impassible et magnifique le gentilhomme porta la mou�e jusqu'au centre de la cour et l'y d�posa devant le demi-cercle des chiens dont les jappements et les abois se multipliaient jusqu'� se transformer en rauques hurlements. Les piqueurs les tenaient en respect sous le fouet, r�p�tant�:</p><p>��Arri�re�!... chiens, arri�re�!</p><p>Enfin, sur un autre signe du roi, ils furent l�ch�s. Ils commenc�rent � d�vorer avec des clappements de gueule f�roces. Leurs dents aigu�s brillaient. On sentait que ces chiens, entra�n�s journellement, nourris de viande crue, �taient de v�ritables fauves. Il fallait � ceux qui les dressaient et les disciplinaient des qualit�s de belluaires. Philippe se tenait plus proche que tous les autres du cercle sauvage, sans autre arme qu'une mince cravache. Il en frappait parfois, comme n�gligemment, les limiers pris de querelle et pr�ts � s'entr'�gorger. Et les b�tes aussit�t se s�paraient grondantes, mais mat�es. L'audace et le sang-froid du Grand Louvetier, ainsi debout avec ses somptueux habits ensanglant�s et sa t�te d�daigneuse si blonde, ses dentelles, ses bagues, ajoutaient un �l�ment �trange et s�duisant au spectacle sauvage.</p><p>Ang�lique, partag�e entre le d�go�t et une exaltation passionn�e ne pouvait d�tourner les yeux. Tous les assistants �taient, comme elle, fascin�s.</p><p>��Mordious�! grommela pr�s d'elle une voix d'homme, � le voir on ne le croirait capable que de croquer des drag�es et de conter fleurette. Eh bien�! de ma vie je n'ai rencontr� un homme de chasse qui os�t se m�ler de si pr�s � la cur�e sans risquer d'�tre attaqu�.</p><p>��Vous l'avez dit, Monsieur, approuva le marquis de Roquelaure qui se tenait sur le m�me balcon. Quand vous vous serez un peu familiaris� avec la Cour vous entendrez souvent r�p�ter que notre Grand Louvetier est un des personnages les plus curieux de toute la compagnie.</p><p>��Je vous crois sans peine, Monsieur, r�pondit Bernard d'Andijos. Dans le mouvement qu'il fit pour saluer son interlocuteur il d�couvrit le visage d'Ang�lique tourn� vers lui. � la lueur vive des torches ils se reconnurent. Ang�lique eut un petit sourire triste.</p><p>��Tu quoque Brute3, murmura-t-elle.</p><p>��C'est donc bien vous, Madame, fit-il d'une voix �touff�e. Dans la for�t, ce tant�t j'h�sitais. Je n'en croyais pas mes yeux. Vous ici... � la Cour... VOUS, Madame�?</p><p>��Comme vous y �tes vous-m�me, monsieur d'Andijos.</p><p>Il voulut dire quelque chose, avec un �lan de protestation, mais se tut. Leurs regards se quitt�rent et revinrent vers la Cour des Cerfs, o� l'on venait de jeter les deux carcasses en p�ture. Les os craquaient s�chement. Poursuivant le ballet barbare les piqueurs tournaient autour de la meute, claquant leurs fouets, criant�:</p><p>��Hallali�! chiens... Hallali�! Hallali�!</p><p>��On lutte, murmura Andijos, on frappe, on tue... C'est comme un feu qui vous d�vore... � la fin, la r�volte... devient une habitude... On ne peut plus arr�ter l'incendie... Et un jour on ne sait plus pourquoi l'on hait, ni pourquoi l'on se bat... Le Roi est venu�!</p><p>Six ann�es de gu�rillas sans merci, sans espoir, avaient touch� d'amertume son �me joviale et bon enfant. Six ann�es � mener une vie de brigand, de gibier traqu� � travers ces terres arides du Midi, o� le sang vers� s�che trop vite, devient noir. Accul�s, ses partisans et lui, aux dunes sablonneuses des Landes, enlis�s, rejet�s � la mer, ils avaient vu venir ce roi plein de cl�mence, ce jeune roi implacable, mais qui leur disait</p><p>��Mes enfants...��</p><p>��Ce roi est un grand Roi, dit Andijos d'un ton ferme. Il n'y a pas de d�shonneur � le servir.</p><p>��Vous parlez d'or, tr�s cher, acquies�a derri�re eux la voix du marquis de Lauzun.</p><p>Une main pos�e sur l'�paule d'Ang�lique l'autre sur celle d'Andijos il passa entre eux son visage rieur, toujours grima�ant de quelque malice.</p><p>��Me reconnaissez-vous, moi Antonin Nompar de Caumont de P�guilin de Lauzun�?</p><p>��Comment ne vous reconna�trais-je pas�? grogna Andijos. Nous avons commis nos premi�res sottises ensemble. Et m�me pas mal d'autres. La derni�re fois que nous nous sommes vus...</p><p>��Oui... Hum�! Hum�! toussota P�guilin, s'il m'en souvient bien nous �tions tous les trois au Louvre...</p><p>��Et vous croisiez le fer avec Monsieur, fr�re du roi...</p><p>��Qui venait d'essayer d'assassiner Madame ici pr�sente.</p><p>��Avec l'aide de son cher ami le chevalier de Lorraine.</p><p>��Mes exploits m'ont valu la Bastille, dit Lauzun.</p><p>��Et � moi, de devenir un hors-la-loi.</p><p>��Quant � vous, Ang�lique mon ange, quel sort vous a donc �t� r�serv� � la suite de cette m�morable soir�e�?</p><p>Ils l'interrogeaient du regard, mais elle ne r�pondit pas, et ils comprirent son silence. Le marquis d'Andijos poussa un profond soupir.</p><p>��Je ne pensais pas, certes, que nous nous reverrions un jour ainsi.</p><p>��Ne vaut-il pas mieux se revoir ainsi que de ne pas se revoir du tout�? fit remarquer l'aimable P�guilin. La roue tourne, Monsieur, fr�re du roi, se tient � quelques pas de nous, toujours tendrement appuy� sur le bras de son favori, mais nous autres nous sommes bien vivants... et bien en place ce me semble. Paix au pass� comme l'a si bien dit Sa Majest� aujourd'hui m�me. Et prudence, mes agneaux�!... Veillons � ce que l'�il du ma�tre ne se pose pas sur notre groupe, pr�t � y voir le bourgeon d'une cabale en puissance. Prudence�!... Je vous aime, mais je vous fuis...</p><p>Un doigt sur les l�vres comme un valet de com�die il les quitta et se faufila � l'autre extr�mit� du balcon.</p><p>Sur le pav� de la Cour des Cerfs il ne restait plus que des d�bris de carcasses bien nettoy�es. Le dernier valet des chiens planta sa fourche dans le forhu, constitu� de la panse lav�e des deux cerfs, et se mettant � marcher il appela les chiens�:</p><p>��Ta�aut�! Ta�aut�!��les guidant vers le chenil.</p><p>Les cors annon�aient la derni�re phase de la cur�e.</p><p>Puis ce fut la sonnerie de la retraite.</p><p>On quitta les balcons.</p><p>� l'entr�e des salles illumin�es l'incorrigible P�guilin de Lauzun, gesticulant, singeait un boni-menteur de foire�:</p><p>��R�jouissez-vous, mesdames et messieurs. Vous avez assist� au spectacle le plus �poustouflant qu'on ait vu jusqu'� ce jour�: M. le marquis du Plessis-Belli�re dans son num�ro de grand dompteur. Vous avez fr�mi, messieurs. Vous avez trembl�, mesdames. Vous auriez souhait� �tre louves pour avoir � vous plier sous la f�rule d'une si belle main. Et maintenant les fauves sont repus, les dieux sont satisfaits. Il ne reste plus rien du cerf qui ce matin bramait glorieusement au fond des bois. Venez, mesdames et messieurs. Allons danser�!...</p></section><section><p><strong>Chapitre 5</strong></p><p>On ne dansa point car la musique du roi, dont ses vingt-quatre violons, n'�tait pas encore parvenue de St-Germain. Mais tout autour du grand salon du rez-de-chauss�e des gaillards aux poitrines larges soufflaient dans des trompettes. Ces fanfares martiales �taient destin�es � soulever l'�mulation des estomacs. Des officiers de la Bouche commen�aient � d�filer apportant d'innombrables bassins d'argent fin emplis de friandises, de parfums, de fruits. D�j� sur quatre grandes tables enjuponn�es de nappes damass�es, on avait dress� des plats, les uns abrit�s de cloches de vermeil ou d'or, les autres maintenus au chaud sur des coupes de m�tal remplies de braise�; d'autres encore �talaient � la convoitise des regards�; perdreaux en gel�e, faisans en mac�doine, r�ts de chevreuil, pigeons � la cardinal, cassolettes de riz au jambon. Au centre de chaque table il y avait un grand plat de fruits d'automne autour desquels �taient huit porte-assiettes garnis de figues et de melons. Ang�lique qui apportait un �il professionnel aux choses gastronomiques d�nombra huit entr�es dans les intervalles des r�tis et quantit�s de salades dans les vides. Elle admira la beaut� du linge, parfum� � l'eau de n�fle, l'art des serviettes pli�es en toutes sortes de formes. Et il ne s'agissait que d'une ��simple�� collation�!</p><p>Le roi s'y assis seul avec la reine, Madame et Monsieur. Le prince de Cond� voulut � toute force les servir la serviette � l'�paule, ce qui mit M. de Bouillon, le grand chambellan charg� de ces fonctions, hors de lui�: Il n'osa pas trop manifester �tant donn� la haute parent� du prince.</p><p>� part cet incident tout le monde se pourl�cha de bon c�ur. Les couvercles soulev�s r�v�laient quatre hures de sanglier, �normes et noires, nageant dans un rago�t de truffes vertes et d�gageant une odeur divine, des coqs de bruy�re avec toutes leurs plumes rouges et bleues, des li�vres farcis de drag�es au fenouil, et tant de potages qu'on ne pouvait les go�ter tous. On leur pr�f�rait les vins rouges agr�ablement choisis parmi des crus mineurs mais bien cors�s, et qu'on venait de ti�dir dans les jarres en y plongeant une barre de m�tal rougie. Ang�lique se r�gala d'une caille � la po�le et de quelques salades que le marquis de La Valli�re lui passait avec empressement. Elle but un verre de vin de framboise. Le marquis insistait pour qu'elle pr�t du rossoli, ��la liqueur du badinage��. Un page leur porterait deux verres dans l'encoignure d'une fen�tre et l'on badinerait. Elle se d�roba. Sa curiosit� et sa gourmandise satisfaites, elle songea de nouveau � Mlle de Parajonc assise sur sa borne dans les brouillards mar�cageux du soir. D�rober pour sa vieille amie les reliefs de la table royale �tait du dernier commun�; pourtant c'est ce qu'elle fit avec dext�rit�. Dissimulant dans les larges plis de sa robe un pain sabl� d'amandes et deux belles poires elle se glissa hors de la cohue. � peine avait-elle fait quelques pas au-dehors qu'elle fut h�l�e par Flipot. Il lui apportait son manteau, une lourde cape de satin et velours qu'elle avait laiss�e tant�t dans le carrosse de L�onide.</p><p>��Te voil� donc�! La voiture a pu �tre r�par�e�?</p><p>��Bernique�! Y a plus rien � en tirer. Quand on a vu que la nuit venait, nous deux le cocher et moi, on a regagn� la grand-route et on s'est fait v�hiculer jusqu'ici par des tonneliers qui montaient sur Versailles.</p><p>��As-tu rencontr� Mlle de Parajonc�?</p><p>��Par l�-bas, fit-il avec un geste vers les bas-fonds obscurs o� s'agitaient des lanternes. Elle parlait avec une autre de vos frangines de Paris et j'ai entendu qu'elle lui disait qu'elle pourrait l'emmener dans son carrosse de louage.</p><p>��J'en suis bien aise. Pauvre L�onide�! Il faudra que je lui offre un nouvel �quipage.</p><p>Pour plus de s�ret� elle demanda � Flipot de la conduire � travers l'invraisemblable cohue de voitures, de chevaux et de chaises � porteurs jusqu'� l'emplacement o� il avait aper�u Mademoiselle de Parajonc. Elle la vit de loin et reconnut dans ��l'autre frangine de Paris�� la jeune Madame Scarron, cette veuve si pauvre et digne, qui venait souvent � la Cour en solliciteuse, dans l'espoir d'obtenir un jour un emploi ou une charge modeste la tirant enfin de sa perp�tuelle mis�re.</p><p>Elles montaient toutes deux dans un carrosse public d�j� bond�, occup� surtout par des petites gens dont beaucoup aussi �taient des solliciteurs. Ceux-ci s'en retournaient bredouilles de leur journ�e versaillaise. Le roi avait fait dire qu'il ne recevrait pas aujourd'hui les placets. Demain, apr�s la messe.</p><p>Certains qu�mandeurs demeuraient sur place, quitte � dormir dans un coin de cour ou dans une �curie du hameau. D'autres, regagnant Paris, prendraient au petit matin le coche d'eau du Bois de Boulogne, puis coupant � travers bois, se retrouveraient, tenaces, dans l'antichambre du roi, leurs suppliques � la main.</p><p>La voiture publique s'�branlait lorsque Ang�lique l'atteignit et elle ne put se faire voir de ses deux amies. Celles-ci repartaient enchant�es de leur journ�e � la Cour o� elles connaissaient tout le monde bien que personne ne les conn�t. Elles �taient de ces abeilles actives qui gravitent autour de la ruche souveraine et font leur miel du moindre incident passant � leur port�e. Elles ��savaient�� mieux la Cour que bien des femmes qui y �taient admises d'embl�e par leur haut lignage, mais manquaient d'exp�rience, ignorant les arcanes compliqu�es de l'�tiquette, des pr�rogatives auxquelles donnaient droit le rang mais aussi parfois le favoritisme, la protection du roi ou d'un grand. Elles �taient d�j� au courant sans doute de l'affront que M. le prince de Cond� avait fait � M. de Bouillon en prenant la serviette pour servir le Roi. M. de Bouillon devait-il en demander r�paration�? M. le Prince �tait-il en droit d'agir du fait de son titre et de son pass� glorieux�? La Ville et la Cour allaient en discuter longuement. L�onide de Parajonc trancherait apr�s de longs d�bats ce cas �pineux. Mme Scarron �couterait, r�fl�chirait, approuverait ou ne dirait rien... Ang�lique se promit de les visiter sous peu. Elle avait besoin de leurs conseils. Elle mit son manteau sur ses �paules, puis donna le pain et les fruits qu'elle avait apport�s au petit laquais.</p><p>��C'est rudement beau ici, marquise, chuchota le gamin, les yeux brillants. Avec les tonneliers nous avons d�barqu� du c�t� des cuisines. La Bouche du Roi, qu'ils appellent �a. Oui, la Bouche du Bon Dieu qu'on pourrait dire. Le Paradis �a ne peut pas �tre mieux. Il y fait chaud et il y sent bon. Tant de volailles sur les broches que �a vous donne le tourniquet... Tu marches dans la plume jusqu'aux genoux... Et tous ces cuisiniers qui vous bichonnent leurs sauces avec des manchettes de dentelles jusqu'aux phalanges, l'�p�e au c�t�, le grand ruban de je ne sais quoi sur le ventre...</p><p>N'�tait son titre d'invit�e du roi, Ang�lique aurait volontiers suivi son petit domestique pour jouir � son tour du spectacle d�crit. En regardant vers l'aile droite du ch�teau au rez-de-chauss�e duquel �taient install�es les cuisines on devinait l'animation pittoresque dans un grand flamboiement de fours et de braseros en plein air qui s'avan�aient jusqu'au bord des jardins du Midi.</p><p>��J'ai vu Javotte aussi par l�, dit Flipot. Elle montait installer les appartements de Mme la Marquise.</p><p>��Mes appartements�? fit Ang�lique surprise.</p><p>Elle n'avait pas encore envisag� dans quelles conditions elle allait passer la nuit ici.</p><p>��Para�t que c'est l�-haut.</p><p>De ses grands bras toujours en girouette il d�signait le ciel profond�ment noir o� les combles du palais ne se distinguaient plus que par leurs rang�es de lucarnes illumin�es.</p><p>��Y avait aussi La Violette, le valet de chambre de M. le marquis, qui disait qu'on avait d�j� dress� l�-haut le lit du ma�tre. Alors la Javotte voulait y porter votre baluchon. M'est avis qu'elle voulait aussi s'en faire conter un brin par La Violette...</p><p>Des claquements de fouet et des appels les contraignirent � se ranger contre le parapet qui fermait la grande cour d'entr�e. Ils virent passer des fourgons et plusieurs fiacres puis deux carrosses d'o� descendirent une nu�e d'abb�s en perruque poudr�e, rabat de dentelles, redingote et bas noirs, souliers � boucl�s.</p><p>On dit que c'�tait la Chapelle du Roi qui arrivait. Peu apr�s ce furent les musiciens avec leurs instruments, et les choristes, un groupe d'adolescents emmitoufl�s jusqu'aux yeux, qu'un petit homme sanguin et agit� poursuivait de recommandations hargneuses�:</p><p>��N'ouvrez pas la bouche que vous ne soyez � couvert. Je vous assomme � coups de canne si vous respirez. Rien n'est plus dangereux pour la voix que le brouillard de ce maudit coin.</p><p>Ang�lique reconnut M. Lulli, celui qu'on appelait le Baladin du Roi et qu'elle avait plusieurs fois �t� entendre � Paris, dirigeant des ballets charmants dont il se pr�tendait l'auteur. On le soup�onnait d'imposture tant son caract�re ex�crable s'accordait mal avec ses �uvres.</p><p>��D�niche-moi Javotte, dit Ang�lique � Flipot, et quand tu l'auras trouv�e tu me l'enverras�; ou plut�t reviens toi-m�me pour me guider vers la chambre qui m'est r�serv�e. Je crains de me perdre.</p><p>��M'sieur le marquis vous l'a pas montr�e�?</p><p>��J'ignore m�me o� est M. le marquis, r�pliqua-t-elle s�chement.</p><p>��Ce mec-l�... commen�a Flipot qui avait ses id�es personnelles sur la fa�on dont le mari de sa ma�tresse se comportait envers celle-ci.</p><p>Elle le fit taire d'une bourrade et avant de le laisser aller lui t�ta par habitude les poches de sa livr�e. Elle aimait bien Flipot et en aurait volontiers fait son page s'il avait pu se d�barrasser de son parler argotier, de son nez morveux et de sa d�testable manie de ��vendanger�� autour de lui de menus objets qui ne lui �taient pas destin�s. Mais chacun sait qu'on se d�barrasse difficilement d'une premi�re �ducation. Ang�lique trouva dans ses poches une tabati�re, une bague, deux colliers de verroterie que devaient pleurer en ce moment quelques filles de cuisine, un mouchoir de dentelle.</p><p>���a va pour cette fois, lui dit-elle, s�v�re, mais que je ne t'y prenne jamais avec de l'or ou des montres.</p><p>��Des montres�? Pouah�! dit Flipot d'un air d�go�t�. J'aime pas ces b�tes-l�. �a vous regarde et �a jaspine comme si c'�tait vivant.</p><p>Tandis qu'elle revenait vers les salons, l'animation ambiante ne pouvait plus la distraire de son souci. D'un instant � l'autre il lui faudrait se retrouver devant Philippe. Elle ne parvenait pas � d�cider d'une attitude�: Furieuse�? Indiff�rente�? Conciliatrice�? Debout au seuil des grandes salles illumin�es elle le chercha des yeux et ne le vit pas. Apercevant � une table Mme de Montausier et diverses dames dont Mme de Roure qu'elle connaissait, elle alla s'y asseoir avec l'intention de tenir une partie. Mme de Montausier la regarda d'un air saisi puis se levant elle lui dit qu'elle ne pouvait se mettre l�, qu'� cette table il n'y avait que les dames qui pouvaient monter dans le carrosse de la reine et manger avec elle.</p><p>La jeune femme s'excusa. Elle n'osa plus s'asseoir � une autre table de peur de commettre un nouvel impair, et d�cida de partir elle-m�me � la recherche de sa chambre. Aux premiers �tages, il n'y avait point de logements pour les courtisans. Hors les appartements royaux, d'immenses pi�ces de r�ception �taient en cours d'am�nagement. Par contre les greniers offraient de multiples chambrettes grossi�rement cloisonn�es et r�serv�es en principe pour la valetaille, mais o� les plus grands seigneurs �taient trop contents de trouver ce soir un refuge. Il y r�gnait une activit� de ruche, chacun allant de cellule en cellule parmi le d�sordre des coffres et des garde-robes qu'apportaient les domestiques, l'�nervement des dames � leur toilette houspillant des servantes encombr�es d'�normes robes et l'inqui�tude de la plupart des invit�s guettant au hasard des couloirs �troits, le ��trou�� qui leur �tait r�serv�.</p><p>Des mar�chaux-des-logis en uniforme bleu, pr�pos�s � cette t�che, achevaient d'�crire � la craie sur les portes les noms des occupants de chaque chambre. Des groupes �mus les suivaient dans un murmure de d�ception ou de cris satisfaits. Ang�lique fut h�l�e par le malin Flipot�:</p><p>��Psst�! par ici, Marquise.</p><p>Il ajouta, m�prisant�:</p><p>��Elle est pas grande votre ��carr�e��. C'est-y possible d'�tre log� comme �a dans le palais du Roi�!</p><p>Toutes ses id�es sur le luxe des grands �taient boulevers�es. Javotte se pr�senta, les joues rouges et l'air troubl�.</p><p>��J'ai l� votre n�cessaire, Madame. Je ne l'ai point l�ch�.</p><p>En p�n�trant plus avant Ang�lique d�couvrit la cause de ce trouble. C'�tait La Violette, le premier valet de chambre de son mari.</p><p>Ce solide gaillard n'avait de modeste que son nom, La Violette. C'�tait un g�ant, jovial comme un soldat, d�lur� comme un Parisien, quoiqu'il f�t du Poitou, et roux comme un Anglais, parmi lesquels il devait compter des anc�tres, de ceux qui occup�rent l'Aquitaine aux XIVe et XVe si�cles. Bien � son aise, malgr� sa taille de d�bardeur, dans sa livr�e et dans son r�le de valet, il �tait souple, alerte, industrieux, toujours bavard et renseign�. Mais sa faconde disparut d'un coup lorsqu'il aper�ut Ang�lique, et il la consid�ra bouche b�e comme une apparition. �tait-ce la m�me femme que quelques heures plus t�t il avait roul�e comme un saucisson et remise aux bonnes s�urs du couvent des Augustines de Bellevue�?</p><p>��Oui, c'est moi, pendard de valet�! hurla Ang�lique, flambante de col�re. Hors de ma vue imm�diatement, mis�rable, qui as failli �trangler la femme de ton ma�tre�!</p><p>��Ma�me... Ma�me la marquise, b�gaya La Violette, retrouvant dans son d�sarroi un accent paysan, c'est point ma faute. C'est M. le marquis qui... qui...</p><p>��Hors d'ici�! t'ai-je dit.</p><p>Le bras tendu, elle se mit � l'accabler du plus grand choix d'insultes qu'elle tenait � sa disposition dans le patois de son enfance. C'en �tait trop pour La Violette, qui s'effondra. Presque tremblant, les �paules basses, il passa devant elle et se dirigea vers la porte. Sur le seuil, il se heurta au marquis.</p><p>��Que se passe-t-il�?</p><p>Ang�lique savait faire face.</p><p>��Bonsoir, Philippe, dit-elle.</p><p>Il abaissa sur elle un regard d'aveugle. Mais soudain elle vit son visage se convulser, ses yeux s'agrandir dans une expression de consternation stup�faite, puis d'effroi et peu � peu presque de d�sespoir.</p><p>Elle ne put s'emp�cher de se retourner, persuad�e qu'elle apercevrait au moins le diable derri�re elle.</p><p>Elle ne vit que le vantail branlant de la porte sur lequel un des fourriers bleus avait inscrit en blanc le nom du marquis.</p><p>��Voil� ce que je vous dois�! explosa-t-il tout � coup en frappant du poing � plusieurs reprises contre la porte, voil� l'affront que je vous dois... La d�consid�ration, l'oubli, l'abandon du Roi... la disgr�ce...</p><p>��Mais... comment cela�? fit-elle, persuad�e qu'il devenait fou.</p><p>��Vous ne voyez donc pas ce qu'il y a d'�crit sur cette porte�?</p><p>��Si fait... votre nom.</p><p>��Oui, mon nom�! C'est bien cela, ricana-t-il, mon nom. Et c'est tout.</p><p>��Mais que voudriez-vous donc qu'il y ait d'autre�?</p><p>��Ce que j'y ai vu depuis des ann�es dans toutes les r�sidences o� j'ai suivi le Roi, et ce que votre sottise, vos insolences, vos... imb�cillit�s me valent de voir supprimer aujourd'hui. Le POUR... Le POUR�!</p><p>��Le pour...�? Pourquoi�?</p><p>��POUR monsieur le marquis du Plessis-Belli�re, fit-il les dents serr�es, bl�me de rage et de douleur. ��POUR...�� le mot, l'invite sp�ciale de Sa Majest�. Avec lequel le roi marque son amiti� comme si lui-m�me vous accueillait au seuil de cette chambre.</p><p>Le geste avec lequel il d�signait l'�troite mansarde encombr�e, rendit � Ang�lique son sens de l'humour�:</p><p>��Moi, je trouve que vous vous frappez beaucoup trop pour votre ��POUR��, dit-elle en se retenant d'�clater de rire. C'est un oubli d'un des fourriers, voyons, Philippe. Sa Majest� a toujours pour vous la plus grande estime. N'est-ce pas vous qui avez �t� d�sign� pour porter ce soir ��le bougeoir�� au coucher du Roi�?</p><p>��Eh bien, non, fit-il, et voil� bien la preuve du m�contentement du roi � mon �gard. Cet insigne honneur vient de m'�tre retir� il y a quelques instants � peine�!</p><p>Les �clats de voix du jeune homme avaient attir� dans le couloir les occupants des chambres voisines.</p><p>��Votre femme a raison, marquis, intervint le duc de Gramont, vous vous frappez � tort. Sa Majest� a pris Elle-m�me la peine de vous avertir que si Elle vous demandait de renoncer ce soir au ��bougeoir�� c'�tait pour en honorer le duc de Bouillon qui ne se remettait pas d'avoir �t� oblig� de c�der son service � Monsieur le Prince pendant la collation.</p><p>��Mais le POUR�? Pourquoi pas de POUR�? cria Philippe en frappant de nouveau la porte avec d�sespoir. C'est � cause de cette garce-l� que je vois diminuer ma faveur�!</p><p>��Et en quoi suis-je fautive pour votre sacr� POUR�? cria � son tour Ang�lique gagn�e par la col�re.</p><p>��Vous m�contentez le roi par vos retards � ses invitations, vos arriv�es intempestives...</p><p>Ang�lique suffoquait.</p><p>��Vous osez me reprocher cela, alors que c'est vous qui... qui... Tous mes carrosses, tous mes chevaux partis...</p><p>��En voil� assez, dit froidement Philippe.</p><p>Il leva la main. La jeune femme sentit que sa t�te �clatait et elle vit papillonner l'�clat des chandelles sur un fond sombre. Elle porta la main � sa joue.</p><p>��Allons�! Allons�! marquis, dit le duc de Gramont, ne soyez pas brutal.</p><p>Ang�lique avait l'impression de n'avoir jamais subi pareille mortification. Gifl�e�! Devant ses domestiques et devant les courtisans, au cours d'une sc�ne de m�nage sordide. Le rouge de la honte au front, elle appela Javotte et Flipot, qui sortirent de la pi�ce un peu ahuris, l'un portant la ��layette�� et l'autre le manteau.</p><p>��C'est cela, dit Philippe, allez coucher o� vous voudrez et avec qui vous voudrez.</p><p>��Marquis�! Marquis�! Ne soyez pas grossier, intervint une fois de plus le duc de Gramont.</p><p>��Monseigneur, ��charbonnier est ma�tre en sa cassine��, r�pliqua l'irascible gentilhomme en fermant sa porte au nez de l'attroupement.</p><p>Ang�lique se fraya un passage et s'�loigna sous les commentaires faussement apitoy�s et les sourires ironiques. Un bras surgissant d'une porte la happa.</p><p>��Madame, dit le marquis de La Valli�re, il n'y a pas une femme dans Versailles qui ne souhaiterait recevoir de son �poux l'autorisation que vous a donn�e le v�tre. Prenez donc au mot ce grossier personnage et acceptez mon hospitalit�.</p><p>Elle se d�gagea avec impatience.</p><p>��Je vous en prie, Monsieur...</p><p>Elle voulait fuir au plus vite. En descendant les vastes escaliers de marbre, deux larmes de d�pit perlaient � ses yeux.</p><p>��C'est un sot, un esprit mesquin sous des airs de grand seigneur... Un sot�! Un sot�!��</p><p>Mais c'�tait un sot dangereux et elle avait forg� elle-m�me les cha�nes qui la liaient � lui, elle lui avait donn� des droits redoutables, ceux d'un �poux sur son �pouse. Acharn� � se venger d'elle, il ne lui ferait aucune gr�ce. Elle devinait avec quelle t�nacit� sournoise et quelle satisfaction il poursuivrait le but de l'asservir, de l'humilier. Elle ne connaissait qu'un d�faut � son armure�: le sentiment extraordinaire qu'il portait au roi et qui n'�tait ni de la crainte, ni de l'amour mais une fid�lit� exclusive, un d�vouement invincible. C'�tait sur ce sentiment qu'il fallait jouer. Se faire du roi un alli�, obtenir de lui une charge permanente � la Cour, qui obligerait Philippe � s'incliner devant ses obligations, peu � peu mettre Philippe dans l'alternative ou de d�plaire au roi, ou de renoncer � tourmenter sa femme. Et le bonheur, dans tout cela�? Ce bonheur auquel, malgr� tout, elle avait r�v� timidement lorsqu'un soir, dans le silence de la for�t de Nieul, la lune s'�tait lev�e toute ronde au-dessus des tourelles blanches du petit ch�teau Renaissance, pour c�l�brer sa nuit de noces... Am�re d�faite�! Amer souvenir�!</p><p>Pr�s de lui tout avait �chou�.</p><p>Elle douta de ses charmes et de sa beaut�. De ne pas se sentir aim�e une femme ne se sent plus aimable. Pourrait-elle poursuivre le combat dans lequel elle s'�tait engag�e�? Elle savait ses propres faiblesses. C'�tait de l'aimer et aussi de lui avoir fait du mal. Dans son �pre ambition, sa volont� forcen�e de triompher de l'adversit�, elle l'avait contraint, accul�, lui mettant en main le march� ou de l'�pouser ou de jeter son nom et celui de son p�re � la col�re du roi. Il avait pr�f�r� l'�pouser, mais il ne pardonnait pas. Par la faute d'Ang�lique, la source sur laquelle ils auraient pu se pencher tous deux �tait pollu�e, la main qu'elle aurait pu lui tendre lui faisait horreur.</p><p>Ang�lique regarda ses deux mains blanches, ouvertes devant elle, avec d�couragement et tristesse.</p><p>��Quelle tache ne pouvez-vous y effacer, � ravissante Lady Macbeth�? demanda pr�s d'elle la voix du marquis de Lauzun.</p><p>Il se pencha.</p><p>��O� est le sang de votre crime�?... Mais vos menottes sont glac�es, ma jolie. Que faites-vous dans cet escalier � courants d'air�?</p><p>��Je n'en sais rien.</p><p>��Esseul�e�?... Avec de si beaux yeux�? C'est impardonnable. Venez donc chez moi.</p><p>Un groupe de jeunes femmes les joignit avec des exclamations. Mme de Montespan �tait parmi elles.</p><p>��Monsieur de Lauzun, nous vous cherchions. Ayez piti� de nous.</p><p>��Voici une piti� bien facile � faire na�tre en mon c�ur. En quoi puis-je vous �tre agr�able, mesdames�?...</p><p>��Logez-nous. Il para�t que le roi vous a fait construire un h�tel dans le hameau. Ici nous n'aurons m�me pas droit � un carreau dans l'antichambre de la reine.</p><p>��Mais n'�tes-vous pas filles de la reine vous-m�mes ainsi que Mme du Roure et Mme d'Artigny�?</p><p>��Si fait, mais notre chambre habituelle a �t� toute d�molie par les peintres. Il para�t qu'on veut y mettre Jupiter et Mercure... au plafond. En attendant, ces dieux nous chassent...</p><p>��Eh bien, ne vous d�solez pas. Je vous conduis toutes � mon h�tel.</p><p>Ils sortirent. Dehors le brouillard devenait de plus en plus dense, apportant l'odeur de la for�t proche.</p><p>Lauzun appela un laquais avec une lanterne et guida le groupe des jeunes femmes en contrebas de la colline.</p><p>��C'est ici, dit-il en s'arr�tant devant un amoncellement de pierres blanches.</p><p>��Ici�? Quoi donc�?</p><p>��Mon h�tel. Il est bien vrai que le roi m'en fait b�tir un, mais on n'a encore pos� que la premi�re pierre.</p><p>��Vous �tes un mauvais plaisant�! siffla Ath�na�s de Montespan furieuse. Nous faire geler jusqu'aux moelles, patauger dans les gravats...</p><p>��Prenez garde de ne pas tomber aussi dans un trou, pr�vint P�guilin obligeant. On a beaucoup remu� de terre par ici.</p><p>Mme de Montespan repartit, tr�bucha � plusieurs reprises et se tordit la cheville. Elle �clata de nouveau en impr�cations et jusqu'au ch�teau d�cerna au marquis des �pith�tes que n'eussent pas d�savou�es les soldats du corps de garde.</p><p>Lauzun riait encore lorsque le marquis de La Valli�re, en passant, lui cria qu'il allait �tre en retard pour ��la chemise��. Le roi gagnait sa chambre et les gentilshommes se devaient d'�tre pr�sents au ��petit coucher�� lorsque le premier valet donnerait la chemise au Grand Chambellan, qui lui-m�me la passerait � Sa Majest�. Le marquis de Lauzun quitta pr�cipitamment ces dames, non sans leur confirmer qu'il leur offrait quand m�me l'hospitalit�... dans sa chambre, qui �tait situ�e ��quelque part l�-haut��. Les quatre jeunes femmes, suivies de Javotte, regagn�rent donc les combles o� la presse �tait, selon l'expression de Mme de Montespan, ��� faire craquer les boiseries��. Apr�s bien des recherches elles finirent par d�couvrir l'inscription honorifique sur une petite porte basse�:</p><p>��POUR le marquis P�guilin de Lauzun.��</p><p>��Heureux P�guilin�! soupira Mme de Montespan. Il a beau faire toutes les sottises du monde le roi continue � le traiter en favori. C'est pourtant un homme d'une taille peu avantageuse et d'une mine m�diocre.</p><p>��Mais il compense ces deux d�fauts par deux grandes qualit�s, dit Mme du Roure. Il a beaucoup d'esprit et un je ne sais quoi qui fait que quand une dame le conna�t une fois elle ne le quitte pas volontiers pour un autre.</p><p>C'�tait sans doute aussi l'avis de la jeune Mme de Roquelaure, que l'on trouva dans la chambre en tr�s simple appareil�; sa servante achevait de lui passer une chemise de linon brod�e de dentelles arachn�ennes et destin�e � ne voiler aucun des avantages de la belle. Apr�s un moment de trouble elle se ressaisit et dit tr�s gracieusement que, puisque M. de Lauzun envoyait de ses amies se mettre � couvert chez lui elle aurait tort de le prendre en mauvaise part. C'�tait bien le moins qu'on s'entraid�t en une circonstance aussi exceptionnelle qu'un s�jour � Versailles.</p><p>Mme du Roure �tait enchant�e car elle avait depuis longtemps soup�onn� Mme de Roquelaure d'�tre la ma�tresse de P�guilin et elle en avait enfin la certitude. La chambre n'avait de vaste que sa lucarne ouverte sur les bois. Le lit � courtines que les valets achevaient d'y dresser l'emplissait tout enti�re. Lorsque tout le monde fut entr� il n'y avait plus moyen d'y tourner. Heureusement, vu son exigu�t�, il y faisait chaud et le feu dans la petite chemin�e flambait joyeusement.</p><p>���a, fit Mme de Montespan en retirant ses souliers boueux, d�barrassons-nous un peu de l'esprit de ce maudit P�guilin.</p><p>Elle roula aussi ses bas tremp�s, et ses compagnes l'imit�rent. Elles s'assirent toutes quatre sur le carreau dans leurs grandes jupes et tendirent leurs jolis pieds � la flamme.</p><p>��Si l'on mangeait des croquignoles r�ties�? proposa encore Ath�na�s.</p><p>La servante fut envoy�e aux cuisines, en revint avec un marmiton en bonnet blanc qui portait une corbeille remplie de p�te crue et une longue fourchette � deux dents. On l'installa dans un coin de l'�tre avec ses ustensiles. Mme d'Artigny tira de son aum�ni�re un petit tapis en peluche qu'elle �tala et un jeu de cartes qu'elle se mit � battre prestement.</p><p>��Jouez-vous�? demanda-t-elle � Mme du Roure.</p><p>��Volontiers.</p><p>��Et vous, Ath�na�s�?</p><p>��Je n'ai plus un sol. J'ai tout perdu hier soir chez Mme de Cr�qui.</p><p>Ang�lique se r�cusa. Elle voulait parler avec Mme de Montespan. Mme d'Artigny insistait�; il fallait �tre quatre pour sa partie. En d�sespoir de cause elle embaucha l'un des valets et le g�te-sauce.</p><p>��J'savions point jouer avec des cartes, M'dame, fit le gamin intimid�.</p><p>��Alors faisons une bassette, dit la comtesse en prenant un cornet � d�s.</p><p>��Et moi, M'dame la Comtesse, j'avions point trop d'argent � perdre, dit le valet sournois.</p><p>Mme d'Artigny leur jeta � tous deux une bourse, tir�e de son in�puisable aum�ni�re.</p><p>��Voil� pour commencer. Et vous n'avez pas besoin de vous fendre la bouche jusqu'aux oreilles. Je m'en vais vous regagner �a en quelques coups.</p><p>Ils commenc�rent � jeter les d�s. Le marmiton tenait d'une main le cornet et de l'autre sa fourchette � croquignoles.</p><p>M. de Lauzun revint, accompagn� d'un gentilhomme de ses amis. Celui-ci prit la place du valet. M. de Lauzun et Mme de Roquelaure s'all�rent mettre au lit. Une fois qu'ils eurent tir� les courtines on ne s'occupa plus d'eux.</p><p>Ang�lique prenait du bout de ses doigts les friandises br�lantes et les grignotait m�lancoliquement en songeant � Philippe. Comment le r�duire, comment le vaincre, ou tout au moins comment �chapper � sa vindicte et ne pas lui permettre de g�cher sa destin�e si p�niblement �chafaud�e�?</p><p>Elle se rappelait les conseils de ce philosophe de la p�gre Cul-de-Bois, lorsque du fond de son antre o� il tr�nait dans son plat de bois il lui disait�:</p><p>��Ne te laisse pas dominer par Calembredaine, sinon tu mourras... De l'autre mort, la pire, celle de toi-m�me...</p><p>Mais pouvait-on comparer le grossier Calembredaine au marquis raffin�?... Ang�lique en arrivait � se demander si ce n'�tait pas ce dernier qui �tait le plus redoutable�?... Un jour viendrait o� ses tracasseries stupides, comme celle des carrosses d�rob�s, c�deraient peut-�tre � des voies de fait plus dangereuses. Il savait, lui, comment l'atteindre. En ses fils, ou en sa libert�. S'il lui prenait la fantaisie cruelle de torturer Florimond et Cantor ainsi qu'il l'avait d�j� fait, comment pourrait-elle les d�fendre�?... Heureusement les deux petits gar�ons �taient � l'abri � Monteloup o� ils se faisaient du bon sang en courant la campagne avec les petits croquants du Poitou. Leur sort n'�tait pas pour elle un souci imm�diat. Elle se dit qu'elle �tait bien sotte de se morfondre en terreurs imaginaires, alors qu'elle vivait sa premi�re nuit � la Cour, � Versailles.</p><p>Le feu devenait vif. Elle demanda � Javotte de lui passer son n�cessaire et y prit deux �crans � feu en parchemin d�licatement d�cor�. Elle offrit l'un d'eux � Mme de Montespan. La belle jeune femme admirait le coffret, qui �tait de cuir rouge doubl� de damas blanc et ferr� d'or. L'int�rieur contenait, s�par�s par des cloisonnements, un bougeoir d'ivoire, un sac de satin noir avec dix bougies de cire vierge, un carrelet � mettre les �pingles, deux petits miroirs ronds et un autre plus grand en forme d'ovale, garni de perles, deux bonnets de dentelles accompagnant une chemise de toile fine, un �tui d'or � trois peignes, un autre pour les brosses.</p><p>Ces derniers objets �taient des chefs-d'�uvre, d'�caill� blonde et rouge rehauss�e d'arabesques d'or.</p><p>��Je les ai fait tailler dans les carapaces de ces tortues que l'on p�che dans les mers chaudes, expliqua Ang�lique, il ne s'agit pas de corne de b�uf, encore moins de sabot d'�ne.</p><p>��Je vois, soupira avec envie la marquise de Montespan. Ah�! que ne donnerais-je pour poss�der d'aussi charmants accessoires�! Alors que c'est tout juste si je n'ai pas d� mettre mes bijoux en gage pour acquitter ma derni�re dette de jeu. Je ne l'ai pas fait. Comment aurais-je pu para�tre ce soir � Versailles�? Monsieur de Ventadour, auquel je dois mille pistoles, attendra. C'est un galant homme.</p><p>��Mais n'avez-vous pas �t� nomm�e fille d'honneur de la reine�? Cette charge n'est pas sans vous apporter des avantages...</p><p>��Peuh�! Une mis�re�! J'ai vu doubler les frais que je devais consacrer � mes toilettes. J'ai d�pens� deux mille livres pour ce d�guisement que je portais au ballet d'Orph�e que M. Lulli a compos� et qu'on a dans� � Saint-Germain. Oh�! c'�tait une chose charmante. Mon travesti surtout. Le ballet aussi d'ailleurs. J'�tais en nymphe avec toutes sortes de fanfreluches imitant les herbes d'une source.</p><p>��Le roi �tait en Orph�e naturellement. Il a ouvert le branle avec moi. Benserade en a parl� dans sa chronique. Le po�te Loret aussi.</p><p>��On parle beaucoup en g�n�ral des attentions que le roi a pour vous, fit remarquer Ang�lique.</p><p>Les sentiments que Mme de Montespan lui inspirait �taient assez mitig�s. Elle enviait en elle, sinon sa beaut� un peu semblable � la sienne, toutes deux �tant poitevines de belle race, du moins sa radieuse audace d'allure et de paroles. Pr�s d'Ath�na�s, Ang�lique, malgr� ses dons de r�partie facile, se sentait inf�rieure et se taisait de pr�f�rence. Elle avait conscience de la grande s�duction du langage de la jeune marquise�: tout ce qu'il y avait d'exag�r� dans ses id�es �tait fondu et li� par une �locution d�licieuse, de sorte que l'on �tait tout surpris de n'en �tre nullement choqu�. Ce genre d'�loquence, o� le naturel et la gr�ce faisaient passer, admirer m�me une conversation presque cynique, �tait un talent de famille�: on l'appelait la langue Mortemart.</p><p>Les deux s�urs de Mme de Montespan, Mme de Thianges et Marie-Madeleine, la ravissante abbesse de Fontevrault, leur fr�re, le duc de Vivonne, en �taient, chacun, abondamment pourvus. On les redoutait, tout en se r�galant de leurs discours. C'�taient aussi une famille consid�rable que celle des Mortemart de Rochechouart. Ang�lique de Sanc�, poss�dant, comme il se doit, l'armorial de sa province, ne laissait pas d'�tre impressionn�e par la magnificence des souvenirs qui se rattachaient � l'une des plus grandes maisons du Poitou. Jadis Edouard d'Angleterre avait donn� une sienne fille � un seigneur de Mortemart. Et l'actuel duc de Vivonne avait eu pour parrain et marraine le roi et la reine m�re.</p><p>Dans les yeux d'un bleu splendide de Mme de Montespan ou pouvait �voquer l'orgueil de leur un peu folle devise�:</p><p><emphasis>Avant que la mer f�t au monde Rochechouart portait les ondes</emphasis></p><p>Cela ne l'avait pas emp�ch�e d'arriver � Paris fort pauvre, sans autres biens qu'un vieux carrosse, et de se d�battre depuis son mariage dans d'odieux embarras d'argent. La jeune femme, tr�s fi�re et plus sensible qu'on ne le croyait, en souffrait � pleurer. Ang�lique connaissait, mieux que quiconque, les humiliants probl�mes dans lesquels la glorieuse Montespan se d�battait. Elle avait eu maintes fois l'occasion, depuis qu'elle connaissait le m�nage, de calmer � point les cr�anciers irascibles, en pr�tant une somme qu'elle ne reverrait jamais et dont on ne songeait m�me pas � la remercier. Ce qui n'emp�chait pas Ang�lique d'�prouver un plaisir certain � obliger les Montespan. Parfois elle s'interrogeait sur cette amiti� singuli�re, se disant qu'Ath�na�s �tait au fond tr�s peu sympathique, et que la plus �l�mentaire prudence aurait m�me d� lui conseiller de s'�carter d'elle. Mais la vitalit� de la jeune femme l'attirait. Le flair d'Ang�lique l'avait toujours conduite d'instinct vers ceux qui �taient destin�s � r�ussir. Ath�na�s �tait de ceux-l�. Son ambition d�bordait comme la mer dont elle se pr�valait�; il valait mieux la suivre et se laisser porter par le flot, que d'essayer d'aller � contre-courant.</p><p>De son c�t�, Ath�na�s devait trouver commode d'avoir dans ses relations une amie aussi g�n�reuse, dont la fortune �tait solide car due � des affaires commerciales, amie que l'on pouvait cependant fr�quenter sans d�choir. Ang�lique, malgr� sa beaut�, ne lui portait pas ombrage.</p><p>� l'allusion qu'avait faite son amie sur la faveur du roi, le visage de Mme de Montespan, qui refl�tait ce soir un souci profond, se d�tendit un peu.</p><p>��La reine ach�ve une grossesse, Mlle de La Valli�re en commence une autre Le moment para�t propice pour attirer l'attention du roi, fit-elle avec son sourire �tincelant toujours piqu� au coin d'un peu de m�chancet�. Oh�! Ang�lique, que m'entra�nez-vous � dire, et m�me � penser�! Je serais bien marrie et bien honteuse si le roi voulait faire de moi sa ma�tresse�; je n'oserais plus me repr�senter devant la reine, qui est une si bonne femme.</p><p>Ang�lique ne fut pas tout � fait dupe de cette protestation vertueuse. Il y avait pourtant certains aspects du caract�re d'Ath�na�s qui l'�tonnaient, sans qu'elle p�t d�m�ler s'il s'agissait d'une apparence hypocrite ou d'un sentiment sinc�re�: sa pi�t� entre autres. La frivole Montespan ne manquait pas une messe, ni un office, et la reine r�p�tait � qui voulait l'entendre qu'elle �tait bien satisfaite d'avoir enfin une suivante qui montr�t de la ferveur.</p><p>��Vous souvenez-vous, reprit Ang�lique en riant, de cette visite que vous avions faite ensemble avec Fran�oise Scarron chez la devineresse Mauvoisin�? Vous vouliez d�j�, me semble-t-il, lui demander si vous r�ussiriez � vous faire aimer du Roi...</p><p>��Amusettes�! fit la marquise avec un geste qui se moquait de ses propres caprices. D'ailleurs je n'avais pas encore �t� nomm�e dans la suite de Sa Majest� et je cherchais les moyens de m'�lever � la Cour. La Voisin ne nous a dit que des sottises...</p><p>��Que nous serions toutes trois aim�es du Roi�!</p><p>��M�me Fran�oise�!</p><p>��Oh�? pardon. Si j'ai bonne m�moire, le destin de Fran�oise doit �tre plus brillant encore. Elle �pousera le Roi�!</p><p>Ensemble elles rirent de bon c�ur.</p><p>��Fran�oise Scarron�!... Reine de France�!</p><p>Les joueurs ne prenaient pas garde � leur ga�t�. On n'entendait que le bruit des d�s remu�s dans les cornets, celui des �cus que les gagnants glissaient dans leurs bourses. Le g�te-sauce laissait br�ler ses croquignoles.</p><p>Ang�lique prit une b�che et la disposa dans l'�tre.</p><p>��J'ai aper�u Fran�oise ce soir m�me. Elle quittait Versailles apr�s avoir attendu vainement l'occasion de remettre une nouvelle supplique au Roi. Pauvre Fran�oise�!</p><p>��Elle exag�re avec ses suppliques. On la voit partout. Elle �tait aussi mardi � Saint-Germain. Le Roi lui a tourn� promptement le dos, et je l'ai entendu dire au duc de Saint-Aignan�: ��Il pleut en v�rit� des m�moires de Mme Scarron�; quand cessera-t-elle de m'obs�der�?��</p><p>��Heureusement que cette r�flexion n'est pas tomb�e dans l'oreille de la pauvre suppliante�!</p><p>��Oh�! Quand elle aurait eu l'oreille afflig�e de ce mauvais compliment, cela ne l'e�t pas d�go�t�e de solliciter�; je connais Fran�oise, rien ne lasse sa pr�venance. Il y a deux ans qu'elle demande sans succ�s. Savez-vous ce qu'il en est r�sult�? C'est qu'elle se pr�sente de plus en plus fr�quemment. On va finir par la confondre avec un personnage des tapisseries de St-Germain, de Versailles ou de Fontainebleau.</p><p>��C'est une fa�on de se faire remarquer. Et Fran�oise a de beaux yeux, un teint s�duisant et la plus jolie tournure du monde.</p><p>��Elle est un peu trop brune, vous ne trouvez pas�? Mais je reconnais qu'elle a de l'obligeance, de la capacit�. Elle m�riterait d'obtenir une petite charge modeste. Il est rare de rencontrer une dame de bonne �ducation et pourtant si souple.</p><p>��Oui... souple comme la pauvret� apprend � l'�tre��, se dit Ang�lique. Ath�na�s de Montespan avait d�pens� en ce petit pan�gyrique sur son ancienne amie de pension Fran�oise d'Aubign� toutes ses possibilit�s de s'int�resser � quelqu'un d'autre qu'� son �tincelante personne.</p><p>��Que je suis malheureuse�! soupira-t-elle brusquement. Figurez-vous que je dois 1 800 livres � mon ma�tre-carrossier, qui est aussi sellier et qui m'a procur� mon harnachement d'aujourd'hui. Je ne sais pas si vous avez remarqu� la beaut� du cuir�? Je l'ai voulu dor� � croire qu'il �tait brod�, comme une �toffe. Une vraie merveille�!</p><p>��De 1 800 livres...</p><p>��Oh, la dette n'est pas �norme�! Je ferais fi volontiers des plaintes du sieur Gaubert et le prierais d'attendre au m�me titre que ses confr�res, ma�tre-tailleur, ou brodeur, ou joaillier. Mais mon insupportable Pardaillan de mari s'est, entremis avec lui pour engager une paire de pendants d'oreilles � trois branches garnie de trois gros diamants, � laquelle je tiens beaucoup. Si je n'ai pas pay� demain, je perds ma parure�! Avez-vous jamais vu un mari se m�ler de toutes ces affaires avec autant de maladresse et d'inconscience�? Il ne sait pas retenir l'argent... Il joue�! Il joue�! Je ne peux lui faire entendre raison pour le jeu. Avec cela les id�es les plus extravagantes... Je vois le moment o� je vais finir ma vie comme ma tante de Bellegarde, vous savez, la duchesse�?... Elle est de sa famille, non de la mienne, je m'empresse de le dire... Son mari s'est pris de jalousie contre elle. Il a 75 ans et elle 55. Il la s�questre dans son ch�teau, la prive du n�cessaire et elle en est r�duite � rompre ses draps pour s'en faire des chemises... Voil� ce qui m'attend pour avoir eu l'imprudence d'accepter cette alliance. Tous ces Pardaillan de Montespan ont quelque chose de bizarre.</p><p>Ang�lique, la joue encore br�lante de la gifle assen�e par Philippe, ne trouvait pas les histoires de Mme de Montespan extr�mement dr�les. Son expression r�jouissait visiblement la maligne jeune femme.</p><p>��Ne remuez donc pas de sombres id�es. Vous tenez votre Philippe par d'autres liens que l'affection conjugale. On dit que vous le laissez puiser sans mesure dans vos coffres de marchande.</p><p>� la Cour, Ang�lique voulait �tre la marquise du Plessis-Belli�re et rien d'autre. L'allusion de Mme de Montespan � ses activit�s commerciales lui fit grincer des dents.</p><p>��Et vous, ne vous pr�occupez donc pas de savoir si je me laisserai s�questrer ou non, fit-elle, en col�re. Il sera bien temps de mesurer alors ce que vous aurez perdu. Si vous �tiez une femme intelligente vous m'aideriez plut�t � m'attacher � la Cour, par exemple en m'indiquant une charge vacante que je pourrais acqu�rir. Ath�na�s leva les bras au ciel.</p><p>��Ma pauvre petite, qu'imaginez-vous�! Une charge vacante � la Cour�? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Tout le monde est � l'aff�t, et m�me � prix d'or on ne peut gu�re se pourvoir.</p><p>��Vous avez pourtant bien acquis celle de fille d'honneur de la reine.</p><p>��Le Roi m'a d�sign�e lui-m�me. Souvent je l'avais fait rire lorsqu'il venait chez Mlle de La Valli�re. Sa Majest� a pens� que je distrairais la reine. Le roi a beaucoup d'attentions pour sa femme. Il tenait tellement � ma pr�sence pr�s d'elle, qu'il a eu la d�licatesse de payer le surplus d'une charge que j'aurais �t� bien en peine d'acquitter. Mais il faut des protections���et c'en est une que celle du Roi�!���Voyons un peu par qui vous pourriez passer�? Ou bien vous pourriez cr�er quelque chose � votre usage et pr�senter la requ�te � Sa Majest�. Votre proposition sera examin�e par le Conseil d'En Haut. Si vous parvenez � la faire enregistrer au Parlement vous �tes en place.</p><p>��Cela m'a l'air bien difficile et compliqu�. Que voulez-vous dire exactement par cr�er quelque chose � mon usage�?</p><p>��Eh bien, je ne sais pas, moi... Il suffit d'avoir un peu d'imagination... Tenez, voici un exemple r�cent. Je sais que le sieur du Lac, ma�tre d'h�tel du marquis de La Valli�re, s'est associ� avec Collin, valet de chambre de la duchesse, pour demander la gr�ce de percevoir deux sols par arpent sur tous les terrains vagues compris entre la commune de Meudon, vers Saint-Cloud et le hameau de Chagny, situ� pr�s de Versailles. L'id�e est g�niale car avec le choix que le roi a fait de ce pays, on va acheter beaucoup de terres par l�. Et que comprend-t-on au juste par terrains vagues�? Le placet �tant recommand� par Mlle de La Valli�re le Roi a imm�diatement souscrit. Il ne lui refuse jamais rien. Le Parlement n'a pu qu'enregistrer. Ces deux petits messieurs nantis d'un tel privil�ge risquent de se retrouver un beau jour tout gonfl�s d'�cus... C'est d'ailleurs un tort de notre favorite de faire la part si belle � la valetaille�!</p><p>��Elle ne sait pas dire non. Le roi commence � �tre g�n� de cette nu�e de solliciteurs dont elle l'accable. Le premier en t�te est son fr�re le marquis�: un v�ritable g�nie dans l'art de la requ�te. Vous pourriez le consulter avec profit. Il vous conseillera d'autant plus volontiers que j'ai cru m'apercevoir que vous ne lui �tiez pas indiff�rente...</p><p>��En attendant je peux vous pr�senter � la reine. Vous lui parlerez. Il se peut que vous reteniez son attention.</p><p>��Faites cela, dit Ang�lique avec �lan. Et je vous promets que je trouverai dans mes coffres de marchande de quoi apaiser votre ma�tre-sellier.</p><p>La marquise de Montespan �tait ravie et ne le cacha pas.</p><p>��Entendu. Vous �tes un ange... Vous seriez un archange si vous pouviez me procurer par-dessus le march� un perroquet. Oui, un de ces grands oiseaux des �les dont vous faites commerce... Vous savez, avec des plumes rouges et vertes... Oh�! J'en r�ve.</p></section><section><p><strong>Chapitre 6</strong></p><p>� l'aube Mme de Montespan b�illa et s'�tira. Elle avait continu� � bavarder avec Ang�lique � b�tons rompus, l'inconfort de la pi�ce ne leur permettant gu�re de s'�tendre pour se reposer un peu.</p><p>Le marmiton ronflait, appuy� contre la chemin�e. Mme d'Artigny s'�tait �clips�e. Mme de Rouvre et le jeune homme qui leur avait servi de partenaire au jeu devisaient � voix basse, accroupis c�te � c�te sur le dallage. Il n'�tait pas question d'amour mais d'�pre comptabilit�. Ang�lique entendait les mots ��charges... vacation... quartiers... surplus��.</p><p>Derri�re les courtines du grand lit deux corps ensommeill�s se retourn�rent, b�ill�rent aussi, puis il y eut un murmure tendre.</p><p>��Je crois que je ferais bien de descendre aux �tages, dit Ath�na�s. La reine va appeler ses dames d'honneur. Je veux �tre l� une des premi�res pour l'accompagner � la messe. Venez-vous�?</p><p>��L'heure n'est peut-�tre pas tr�s propice pour me pr�senter � Sa Majest�!</p><p>��Non. J'attendrai plut�t votre retour de la chapelle. Vous vous tiendrez sur le passage. Mais il faut que je vous montre auparavant les bons endroits pour que vous puissiez en toutes circonstances voir Leurs Majest�s et, si possible, en �tre vue. C'est un art difficile. Descendez avec moi. Je vous indiquerai aussi un petit cabinet des bains attenant aux appartements de la reine, dont les filles d'honneur peuvent disposer pour se rejoindre et se recoiffer. Avez-vous d'autres toilettes que votre justaucorps de chasse�?</p><p>��Oui, dans un coffre. Mais il faut que je mette la main sur mon petit laquais afin de l'envoyer chercher cela chez mon mari.</p><p>��Mettez quelque chose de simple pour le matin. Le Roi apr�s la messe recevra les solliciteurs puis ira travailler avec ses ministres. Ce soir, par contre je crois qu'il y aura com�die et petit ballet. Vous pourrez sortir vos plus beaux bijoux. Maintenant, venez.</p><p>*****</p><p>Hors de la pi�ce il faisait glacial et humide. Mme de Montespan descendit les escaliers sans souci des courants d'air qui soufflaient sur ses belles �paules nues.</p><p>��Vous n'avez pas froid�? demanda Ang�lique.</p><p>La marquise eut un geste insouciant. Elle avait l'endurance des courtisans habitu�s � supporter les pires incommodit�s, le froid comme la chaleur, dans des salles ouvertes � tous les vents ou au contraire �touffantes sous les flammes des milliers de chandelles, la fatigue des longues stations debout, des nuits blanches, le poids des robes surcharg�es de dorures et de bijoux.</p><p>Une complexion robuste, l'agitation et surtout la bonne ch�re tenaient chaud � ces mondaines, h�ro�ques sans le savoir et ravie de leurs supplices. Ang�lique avait conserv� la frilosit� des mal-nourris. Elle ne pouvait gu�re se passer de manteaux. Elle en avait chez elle toute une collection. De tr�s beaux. Celui qu'elle portait �tait en carrelets altern�s de velours et de satin, d'un bleu-vert assorti � ses yeux. La capuche s'ornait d'une dentelle de Venise qu'elle pouvait rabattre sur son visage quand elle d�sirait ne pas �tre reconnue.</p><p>Madame de Montespan la quitta � l'entr�e de la Salle des Festins. � part les sentinelles suisses en faction, immobiles comme des statues avec leurs hallebardes et leurs fraises empes�es, nul ne semblait encore �veill� dans le grand palais. La clart� du jour commen�ait � peine � fondre l'obscurit� des salons. Galeries et vestibules b�aient sur les t�n�bres comme autant de grottes immenses et fabuleuses o� l'on devinait la luisance des ors et des glaces. La plupart des chandelles �taient mortes.</p><p>��Je vous laisse, chuchota la dame d'honneur de la reine, gagn�e par la solennit� d'un silence bien rare en ces lieux. Il y a par l� un petit boudoir o� vous pourrez vous asseoir en attendant. Les courtisans qui doivent assister au lever du roi ne vont pas tarder � para�tre. Sa Majest� est matinale. Bient�t nous nous reverrons.</p><p>Elle s'�loigna et Ang�lique alla ouvrir la porte, dissimul�e dans une tapisserie, qu'on lui avait indiqu�e.</p><p>��Oh�! pardon, dit-elle, en refermant aussit�t.</p><p>Elle aurait pu se douter qu'un recoin, si petit soit-il, du moment qu'il comportait un divan, ne pouvait �tre occup� que de galante fa�on.</p><p>��C'est curieux, songea-t-elle, je ne pensais pas que Mme de Soubise poss�dait une aussi jolie poitrine. Elle cache son jeu et ses charmes.��</p><p>Le partenaire, naturellement, n'�tait pas M. de Soubise. Cela aussi elle-aurait pu s'en douter. � Versailles, on fermait les yeux sur la licence, mais des �bats conjugaux auraient sembl� du dernier bourgeois et choqu� tout le monde.</p><p>Ang�lique n'avait plus que la ressource d'errer � travers les grandes salles d�sert�es. Elle s'arr�ta dans la premi�re. C'�tait la Salle Ionique, appel�e ainsi pour les douze colonnes qui soutenaient la corniche. Il faisait maintenant assez clair. On pouvait distinguer la gr�ce des blanches volutes d�roulant leur frise au bord de l'ombre comme les vagues d'une mer paisible sur un oc�an obscur. Le plafond avec ses profonds caissons d'or et d'�b�ne demeurait invisible. Le cristal des lustres en surgissait, merveilles gel�es, stalactites de f�erie suspendues par d'invisibles fils. Au mur trois jeux de glaces refl�taient les crois�es peu � peu envahies par la clart� du jour.</p><p>La jeune femme alla s'appuyer contre les montants de marbre et regarda au-dehors. Le parc, lui aussi sortait de la nuit. La terrasse sabl�e au pied du ch�teau, d�pouill�e, sans ombre, avait la nettet� d'une gr�ve. Les flots de brouillard stagnaient plus bas, enveloppant les hautes charmilles taill�es s�v�rement et dont l'architecture b�tissait une sorte de ville fant�me, aux murailles blanches et bleut�es gardant le secret des jardins parfaits avec leurs parterres de broderies, leurs pi�ces d'eau noire et verte o� les cygnes s'avan�aient. Lorsque le soleil surgirait on verrait miroiter ces eaux de loin en loin, des deux bassins de la terrasse � celui de Latone, � celui d'Apollon, trac� comme un disque d'argent, puis � la croix d'or du Grand Canal, o� s'arr�taient, dompt�es, d'autres eaux, mortes et sauvages, celles des grands mar�cages, domaine du canard et de la sarcelle, et qui s'�tendaient au-del� � perte de vue.</p><p>��� quoi r�vez-vous, Marquise�?</p><p>La voix �tait chuchotante et le personnage qui en �tait propri�taire, invisible. Ang�lique regarda autour d'elle avec l'impression d�concertante que seule la statue de marbre qui lui faisait face avait pu lui adresser la parole.</p><p>��� quoi r�vez-vous, Marquise�?</p><p>��Mais... qui parle�?</p><p>��Moi Apollon, le dieu de la beaut� � qui vous avez eu l'amabilit� de venir tenir compagnie en cette heure matinale.</p><p>��...</p><p>��Il fait frisquet, n'est-ce pas�? Vous encore vous avez un manteau, mais moi, je suis tout nu. Ce n'est pas chaud vous savez, un corps de marbre.</p><p>Ang�lique sursauta, regarda derri�re la statue et ne vit rien. Un paquet de hardes multicolores pos� � terre, contre le socle, attira cependant son attention. Elle se pencha et y porta la main. Le paquet fit alors un bond de cabri et dans une pirouette, un curieux petit gnome surgit devant elle, rabattant le capuchon dont il se voilait le visage.</p><p>��Barcarole�! s'exclama Ang�lique.</p><p>��Pour vous servir, Marquise des Anges.</p><p>Le nain de la reine s'inclinait dans une profonde r�v�rence. Il n'�tait pas plus haut qu'un enfant de sept ans. On oubliait, devant la difformit� de ce petit corps trapu pos� sur de petites jambes torses, la beaut� de son visage intelligent. Il �tait coiff� d'un chapeau de satin cramoisi orn� de m�dailles et de grelots. Son pourpoint et son justaucorps �taient aussi de satin, mi-partie cramoisi et noir, mais sans grelots ni ornements. Il portait des manchettes de dentelles et une �p�e en miniature.</p><p>Il y avait fort longtemps qu'Ang�lique ne l'avait vu. Elle trouva qu'il avait l'air d'un gentilhomme et le lui dit.</p><p>��N'est-ce pas�? fit Barcarole satisfait. � la taille pr�s je crois que je peux �galer n'importe lequel de ces beaux seigneurs qui se pavanent ici. Ah�! si notre bonne reine voulait consentir � m'�ter ces quelques grelots que je porte encore sur mon chapeau, elle me ferait un plaisir sensible. Mais elle pr�tend qu'en Espagne les bouffons portent toujours des grelots, que si elle n'entend plus ce petit carillon autour d'elle elle sera encore plus triste. Heureusement mes deux compagnons et moi nous avons un alli� inattendu. C'est le Roi. Il ne peut pas nous supporter. Il ne perd pas une occasion, lorsqu'il vient chez la reine, de nous chasser de quelques coups de canne. Nous nous sauvons avec des cabrioles en faisant sonner bien fort toute notre bimbeloterie. � toutes occasions, pendant qu'il converse ou m�me en des conjectures plus intimes et d�licates, nous secouons fr�n�tiquement nos sonnailles. Cela le met de fort m�chante humeur. La reine a fini par s'en apercevoir. Elle soupire alors et ne dit plus rien quand par hasard un de nos grelots arrach�s n'a pas �t� recousu. Bient�t nous entreprendrons d'obtenir un autre privil�ge.</p><p>��Lequel�?</p><p>��La perruque, dit Barcarole en roulant des yeux blancs. Ang�lique riait.</p><p>��Je crois que vous devenez pr�tentieux, monsieur Barcarole.</p><p>��Je cherche � m'�lever, � me pousser dans le monde, dit le nain avec suffisance.</p><p>Mais dans son regard d'homme m�r elle savait lire l'expression m�lancolique et l'ironie. Il se moquait de lui-m�me.</p><p>��Je suis tr�s heureuse de te revoir, Barcarole. Parlons un peu.</p><p>��Ne craignez-vous pas pour votre r�putation�? L'on va jaser sur nous. Si votre mari me provoque en duel�?...</p><p>��Tu as une �p�e�?</p><p>��C'est vrai�! � c�ur vaillant rien d'impossible. Je vais donc vous faire ma cour, belle marquise. Mais regardons � la crois�e. Les gens penseront que nous admirons les jardins et ne pourront soup�onner mes d�clarations enflamm�es.</p><p>Il trottina vers la fen�tre et colla son nez � l'une des vitres comme font les enfants.</p><p>��Que dites-vous du lieu�? C'est plaisant n'est-ce pas�? Marquise des Anges, toi, une grande dame, tu ne renies donc pas ton amiti� avec le bouffon de la Reine�?</p><p>Ang�lique �tait debout pr�s de lui, les yeux tourn�s aussi vers les jardins. Elle posa sa main sur l'�paule du petit homme.</p><p>��Les souvenirs qui nous unissent ne sont pas de ceux qu'on renie, Barcarole.</p><p>Elle ajouta plus bas�:</p><p>��Le voudrait-on m�me, qu'on ne le pourrait...</p><p>Le soleil maintenant dissipait le brouillard. Le jour serait pur. Un de ces jours aussi doux et lumineux qu'un jour printanier. D�barrass�es de la brume, les charmilles retrouvaient leur teinte verte, les bassins des transparences bleut�es, les fleurs de vifs coloris. Les jardiniers arrivaient avec leurs brouettes et leurs r�teaux. Ils �taient fort nombreux mais paraissaient petits � l'�chelle de la vaste esplanade.</p><p>��Parfois, dit Barcarole � voix basse, notre reine s'inqui�te. Elle ne m'a pas vu de tout le jour. O� peut �tre pass� son nain pr�f�r�?... Il est � Paris, n'en d�plaise � Votre Majest�. Pour rendre hommage � une autre Majest� qu'aucun de ses sujets ne se permettrait de n�gliger, le grand Co�sre Cul-de-Bois, roi des Argotiers. Oh�! des sujets de notre esp�ce, marquise des Anges, il n'y en a pas beaucoup. Capables de cracher au bassinet des bourses remplies, aussi grosses qu'un melon. Je crois que Cul-de-Bois m'aime bien.</p><p>��Moi aussi, il m'aime bien, dit Ang�lique.</p><p>Et elle �voqua le visage impressionnant du cul-de-jatte. Qui pouvait soup�onner ces promenades clandestines qui parfois conduisaient la belle marquise du Plessis-Belli�re, masqu�e, v�tue de serge, jusqu'au fin fond du Faubourg Saint-Denis�? Et chaque semaine, des domestiques de sa maison, choisis parmi d'anciens compagnons de la matterie, portaient l�-bas des corbeilles contenant vins fins, volailles et r�tis.</p><p>��Ne crains rien, Marquise des Anges, murmura encore Barcarole, nous autres savons bien garder le secret. Et n'oublie pas qu'avec nous tu ne seras jamais seule, ni en danger... m�me ici.</p><p>Il se d�tourna et d'un geste emphatique de son petit bras engloba le d�cor splendide.</p><p>��Ici�!... Dans le palais du roi o� chacun est plus seul et menac� qu'en aucun lieu de la terre...</p><p>*****</p><p>Les premiers courtisans commen�aient d'arriver, dissimulant un b�illement derri�re leurs manchettes de dentelles. Leurs talons de bois r�sonnaient loin sur les dalles de marbre. Des valets parurent portant des b�ches. On allumait des feux dans les monumentales chemin�es des salons.</p><p>��La ��vieille�� ne va pas tarder. Tiens, la voici.</p><p>Ang�lique vit passer la silhouette d'une femme d'un certain �ge, envelopp�e dans une mante � capuchon. Elle portait sur ses cheveux gris une coiffe paysanne empes�e faite du plus fin linon. Quelques gentilshommes sur son passage tir�rent le pied pour une l�g�re r�v�rence. Elle ne parut pas les voir. Elle allait son chemin avec une majest� tranquille.</p><p>��O� s'en va-t-elle�?</p><p>��Chez le Roi. C'est Mme Hamelin, sa nourrice. Elle a conserv� le privil�ge d'entrer avant qui que ce soit dans sa chambre, le matin. Elle lui ouvre ses rideaux et l'embrasse dans son lit. Elle s'informe s'il a bien dormi et s'il se sent dispos. Ils causent un brin. Les grands de ce monde tr�pignent � la porte... Quand elle se retire, on ne la revoit plus de tout le jour. On ne sait pas o� elle se terre, avec son rouet... C'est un oiseau de la nuit que la ��vieille��. Mais les ministres, les princes et les cardinaux chaque jour d�vorent le chagrin de voir cette tr�s petite-bourgeoise de Paris obtenir le premier sourire du monarque et lui d�rober souvent sa premi�re faveur.</p><p>*****</p><p>Le roi se levait.</p><p>Sur les pas de la nourrice qui se retirait entraient les trois m�decins en leurs robes noires, coiff�s, sur d'opulentes perruques de boucles blanches, du chapeau pointu insigne de leur estimable profession. L'un apr�s l'autre, ils t�taient le pouls du roi, s'informaient de sa sant�, �changeaient quelques mots latins, puis sortaient. Alors avait lieu la premi�re entr�e, les princes du sang. Devant les princes du sang inclin�s, le roi �tait sorti de son lit. Le grand chambellan lui passait sa robe de chambre que le premier valet soutenait. Sa Majest� avait le droit de mettre elle-m�me son haut-de-chausses, puis un des grands officiers se pr�cipitait pour attacher les jarreti�res.</p><p>Le fait de pr�senter la chemise �tant le privil�ge du premier gentilhomme il fallait attendre que celui-ci par�t, marchant fi�rement � la t�te de la deuxi�me entr�e, compos�e de membres de la haute noblesse et de seigneurs sp�cialement autoris�s. Le roi ayant re�u sa chemise, le premier valet de chambre pr�sentait la manche droite, le premier valet de la garde-robe aidait � passer la manche gauche. La troisi�me entr�e, compos�e de ducs et des pairs, se bousculait dans un murmure heureux, une multitude de r�v�rences qui ployaient les justaucorps brod�s comme un champ de fleurs sous un vent d'orage.</p><p>Cependant le ma�tre de la garde-robe attachait la cravate. C'�tait son droit. Mais le cravatier l'ayant jug�e mal mise, la touchait et m�me la renouait. C'�tait aussi son droit. � condition qu'il se f�t assur� auparavant qu'aucun officier sup�rieur de la chambre ne se trouvait pr�sent.</p><p>La quatri�me entr�e, celle des secr�taires d'�tat, la cinqui�me entr�e, celle des ambassadeurs, la sixi�me entr�e, violette et pourpre, celle des cardinaux et des �v�ques, emplissaient peu � peu la chambre du Roi.</p><p>Le Roi, d'un regard, reconnaissait chacun et notait les absences. Il posait des questions, s'informait des comm�rages et s'amusait d'une r�ponse spirituelle. Et les saints du Paradis versaillais, songeant aux simples mortels rel�gu�s au-del� des portes dor�es, savouraient la joie ineffable d'�tre admis � contempler le roi en robe de chambre.</p></section><section><p><strong>Chapitre 7</strong></p><p>Ang�lique avait vu d�filer tous les ��saints�� ayant droit � l'acc�s du sanctuaire.</p><p>��Nous, nous sommes les ���mes du purgatoire��, lui dit en riant une des dames qui �taient d�j� l� en grands atours, d�sireuses de se trouver les premi�res sur le passage du roi et de la reine lorsque ceux-ci se rendraient � la chapelle.</p><p>Le marquis du Plessis-Belli�re avait fait partie de la seconde entr�e. Ang�lique attendit d'�tre bien s�re de l'avoir vu p�n�trer dans la chambre du roi. Elle s'�lan�a ensuite dans les �tages, eut toutes les peines du monde � se retrouver dans le d�dale des couloirs encombr�s d'un d�sordre innommable o� r�gnait l'odeur de la poudre d'iris et des chandelles �teintes.</p><p>Le sieur La Violette fourbissait les �p�es de son ma�tre en fredonnant une chanson. Il s'offrit humblement � lacer Mme la marquise. Ang�lique le mit dehors sans ambages. Elle s'habilla tant bien que mal n'ayant pas le temps de partir � la recherche de Javotte ou d'une chambri�re. Puis elle repartit en courant et arriva � temps pour voir passer le petit cort�ge de la reine. Celle-ci avait le nez rouge, malgr� la poudre dont elle avait fait couvrir son visage poupin. Elle avait pass� toute sa nuit � pleurer... Le roi n'�tait pas venu, m�me pas ��une petite heure��, comme elle le confiait avec d�solation � ses suivantes, et c'�tait une omission bien rare car Louis XIV avait toujours � c�ur de sauvegarder les apparences en venant se glisser, ne serait-ce qu'une ��petite heure��, dans le lit conjugal. Pour y dormir le plus souvent, mais enfin, il venait. C'�tait encore cette La Valli�re qui l'avait enflamm� en jouant � l'amazone, � la Diane chasseresse, hier dans les bois.</p><p>Le groupe de la reine croisa celui de La Valli�re, se rendant �galement � la chapelle. Marie-Th�r�se passa tr�s digne, sa l�vre espagnole tremblant sur des sanglots ou sur des injures contenues. La favorite fit sa r�v�rence humblement. Quand elle se releva Ang�lique vit ses yeux bleus tr�s doux et qui avaient une expression un peu traqu�e. Dans la lumi�re et l'�clat de Versailles elle n'�tait plus chasseresse, mais biche aux abois. Le jugement d'Ang�lique se confirmait. Elle n'�tait pas de force. Sa faveur d�clinerait si ce n'�tait d�j� fait�!</p><p>Marie-Th�r�se avait bien tort de la craindre. Il y avait non loin de l� des rivales, toutes pr�tes et bien plus redoutables...</p><p>Un peu plus tard le roi revint de la chapelle et sortit dans les jardins. On l'avait inform� que quelques malades scrofuleux des environs, apprenant son s�jour, s'�taient rassembl�s derri�re les grilles dans l'espoir d'obtenir le ��toucher�� miraculeux. Le roi ne pouvait leur refuser cela. Ils n'�taient pas nombreux. Ce ne serait qu'une c�r�monie rapide, ensuite Sa Majest� recevrait les placets des solliciteurs dans le salon de Diane. Un jeune homme de la suite du roi fendit la foule et s'inclina devant Ang�lique.</p><p>��Sa Majest� fait rappeler � madame du Plessis-Belli�re qu'elle compte sans faute sur sa pr�sence � la chasse, demain, � la premi�re heure.</p><p>��Remerciez Sa Majest�, dit-elle raidie d'�motion, et confirmez-lui que ma mort seule pourrait m'emp�cher d'�tre pr�sente.</p><p>��Sa Majest� n'en demande pas tant. Mais elle a bien sp�cifi� que si vous aviez quelque emp�chement, elle serait d�sireuse d'en conna�tre le motif.</p><p>��Je le ferai, vous pouvez l'en assurer, monsieur de Louvois. C'est bien vous, n'est-ce pas�?</p><p>��En effet.</p><p>��Je voudrais vous parler. Serait-ce possible�?</p><p>Louvois parut �tonn� et dit que si Mme du Plessis demeurait dans la galerie il pourrait peut-�tre la joindre au moment o� le roi gagnerait son cabinet de travail apr�s la remise des placets.</p><p>��Je vous attendrai. Et veuillez confirmer � Sa Majest� ma pr�sence demain � la chasse.</p><p>��Non, vous n'irez pas, dit la voix de Philippe � son oreille. Madame, la femme doit ob�issance � son mari. Je ne vous ai jamais donn� l'autorisation de para�tre � la Cour et vous vous y �tes introduite contre ma volont�. Je vous donne l'ordre de vous en aller et de regagner Paris.</p><p>��Philippe, vous �tes absurde, r�pondit Ang�lique du m�me ton bas, absurde et maladroit par-dessus le march�. Vous avez tout avantage � ce que je paraisse � la Cour. De quel droit me tracassez-vous ainsi�?</p><p>��Du droit que vous avez pris de me tracasser la premi�re.</p><p>��Vous �tes pu�ril. Laissez-moi donc tranquille.</p><p>��� condition que vous quittiez imm�diatement Versailles.</p><p>��Non.</p><p>��Vous n'irez pas demain � cette chasse.</p><p>��J'irai�!</p><p>Louvois n'�tait pas t�moin de leur discussion, car il s'�tait �loign� pour rejoindre la suite du roi. Leurs voisins les regardaient d'un air goguenard. Les sc�nes de m�nage des Plessis-Belli�re �taient en passe de devenir c�l�bres�!</p><p>Le plus proche d'eux, faisant mine de regarder ailleurs, �tait le jeune marquis de La Valli�re avec son profil d'oiseau moqueur.</p><p>Ang�lique rompit pour �chapper au ridicule.</p><p>��C'est bon, Philippe. Je m'en vais. N'en parlons plus.</p><p>Elle le quitta et se contenta de traverser la galerie et de se r�fugier dans un des grands salons o� il y avait moins de monde.</p><p>��Si j'avais une charge officielle � la Cour, je d�pendrais du roi et non de l'humeur de cet extravagant��, se r�p�tait-elle.</p><p>Comment se faire octroyer une telle charge, et surtout rapidement�? C'est pourquoi elle avait pens� brusquement � Louvois tandis qu'il lui parlait. Son imagination commerciale travaillait d�j�. Elle s'�tait souvenue que du temps o� elle avait mont� son affaire des carrosses � cinq sous dans Paris, Audiger lui avait parl� de ce Louvois grand courtisan et homme politique, mais �galement propri�taire d'un privil�ge sur les diligences et les transports entre Lyon et Grenoble.</p><p>C'�tait certainement du m�me Louvois qu'il s'agissait. Elle ne le savait pas si jeune, mais il ne fallait pas oublier qu'il �tait fils de Le Tellier, Secr�taire d'�tat et Chancelier du Roi pour le Conseil d'En Haut.</p><p>Elle allait lui proposer un �change d'affaires, essayer d'obtenir son appui et celui de son p�re... Le marquis de La Valli�re louvoyant de groupe en groupe cherchait � la rejoindre. Son premier mouvement fut de s'�clipser, puis elle se ravisa. On lui avait parl� de ce marquis de La Valli�re, tr�s � l'aff�t d'un tas de combinaisons pouvant lui rapporter. Il ��savait la Cour�� mieux qu'aucun autre. Elle pourrait se renseigner aupr�s de lui.</p><p>��Je crois que le roi ne vous a pas tenu rigueur de votre retard d'hier � la chasse, lui dit-il en l'abordant.</p><p>��Et voil� pourquoi vous osez poursuivre votre petite intrigue avec moi��, pensa-t-elle. Mais elle s'obligea � lui faire bonne figure. Lorsqu'elle lui parla d'une charge � la Cour, il rit de piti�.</p><p>��Ma pauvre petite,... vous d�raisonnez�! Ce n'est pas une mais dix personnes qu'il faudrait tuer pour mettre en vacation le moindre petit emploi. Songez donc que tous les offices de la chambre du roi et de la reine ne se vendent... que par quartiers.</p><p>��C'est-�-dire�?...</p><p>��Qu'on ne peut les acqu�rir que pour trois mois. Apr�s quoi ils sont remis aux ench�res. Le roi lui-m�me en est agac�, car il voit tout le temps des visages nouveaux dans des emplois o� il aimerait bien conserver ses habitudes. Comme il ne veut � aucun prix se s�parer de Bontemps, son premier valet de chambre, il doit sans cesse aider celui-ci non seulement � racheter sa charge mais encore � payer le droit de pouvoir la racheter. Et cela fait des m�contents.</p><p>��Seigneur, que de complications�! Le roi ne peut-il imposer sa volont� et interdire ces transactions bizarres�?</p><p>��Il faut bien essayer de contenter tout le monde, fit le marquis de La Valli�re avec un geste qui montrait que, pour lui, ces m�urs �tranges �taient aussi in�luctables que le retour des saisons.</p><p>��Mais vous-m�me, comment vous arrangez-vous�? On m'a dit que vous �tiez tr�s bien pourvu�?</p><p>��On exag�re. Je poss�de la charge de lieutenant du roi, des plus modiques quant � la solde. Avec quatre compagnies � �quiper et entretenir, mon rang � soutenir � la Cour, je n'en verrais pas le bout si je n'avais quelques id�es personnelles qui...</p><p>Il s'interrompit pour arr�ter par le bras quelqu'un qui passait.</p><p>��Ont-ils �t� condamn�s�? interrogea-t-il avec anxi�t�.</p><p>��Oui.</p><p>��� la roue�?</p><p>��� la roue, avec d�collation.</p><p>��Parfait, dit le jeune marquis avec satisfaction. C'est pr�cis�ment une de mes sp�cialit�s, expliqua-t-il � Ang�lique dont l'�tonnement na�f le flattait. Je m'occupe surtout des ��biens en d�sh�rence��. Vous ne savez pas ce que c'est, je parie.</p><p>��Je me suis occup�e de beaucoup de choses, ma foi, j'avoue que...</p><p>��Eh bien, vous n'ignorez pas que lorsqu'un des sujets du royaume est condamn� � la peine capitale, ses biens, quelle que soit leur importance, reviennent � la couronne. Le roi en dispose et g�n�ralement en fait pr�sent � ceux qu'il d�sire favoriser. Ma sp�cialit� est d'�tre � l'aff�t de ces affaires et d'�tre le premier � en faire la demande. Le roi aurait mauvaise gr�ce de me refuser. Cela ne lui co�te rien, n'est-ce-pas�? Ainsi je viens de suivre le proc�s du vicebailli de Chartres, un grand et franc voleur charg� de beaucoup de crimes. � force de ran�onner la r�gion il a fini par se faire arr�ter ainsi que deux de ses complices en brigandage, les sieurs de Cars et de La Lombardi�re. Comme vous venez de l'entendre ils sont condamn�s. On va leur trancher la t�te. Bonne affaire pour moi�!</p><p>Il se frotta les mains.</p><p>��C'�tait le renseignement que je guettais ce matin et pourquoi je n'ai pas suivi le roi pendant le ��toucher des �crouelles��. J'esp�re qu'il ne se sera pas avis� de mon absence�; mais je ne pouvais manquer la nouvelle. Ces bandits ont de gros biens sans compter les produits de leurs larcins, j'ai r�dig� � l'avance ma demande pour en �tre b�n�ficiaire. Je vais pouvoir pr�senter mon placet � l'instant m�me. Dans tout ceci c'est la rapidit� qui compte. Et aussi le flair. Tenez, j'ai une autre piste, plus d�licate, mais o� je compte encore bien aboutir et arriver bon premier. C'est celle du comte du Retorfort, un Fran�ais qui vient d'�tre tu� au service du roi d'Angleterre � Tanger. Si je parviens � prouver que ce Retorfort �tait anglais, je pourrai me mettre sur les rangs pour son h�ritage, car les biens des �trangers r�sidant en France retombent �galement dans le domaine royal, apr�s leur mort...</p><p>��Mais comment pourrez-vous prouver que ce Fran�ais �tait anglais�?</p><p>��Je m'arrangerai. Il me viendra une id�e. J'en suis fertile... Je vous laisse, toute belle, car je crois que Sa Majest� ne va pas tarder � remonter des jardins.</p><p>��Ce beau seigneur ne manque pas d'habilet� en effet��, se dit Ang�lique un peu d�concert�e, ��mais il a des fa�ons de chat cruel et une mentalit� de charognard.��</p><p>Louvois revenait et repassant aupr�s d'elle s'inclina l�g�rement et chuchota qu'� son grand regret il �tait oblig� d'assister le roi dans une deuxi�me audience, suite � quoi il se ferait un plaisir de lui consacrer quelques instants ��car apr�s il �tait encore du service de la table de Sa Majest� et n'aurait vraiment pas de moment � lui��.</p><p>Ang�lique acquies�a avec r�signation, se mettant � admirer la facult� de travail du jeune roi qui, couch� disait-on vers 3 heures du matin, s'�tait trouv� debout pour la messe � 6 heures et �tait depuis ��en affaires�� sans d�semparer�!</p><p>Louvois en la quittant s'�tait dirig� vers un jeune homme habill� � la diable et qui avait l'air un peu d�plac� dans l'�l�gante assembl�e. Son visage tann� contrastait avec sa cravate de dentelle et sa perruque, qu'il semblait supporter malais�ment. Il rendit un salut sec et confirma�:</p><p>��Oui, je suis l'envoy� de l'Ile Dauphine.</p><p>Puis les deux personnages s'engouffr�rent dans le cabinet du roi, malgr� les protestations indign�es et v�h�mentes d'un autre gentilhomme d'allure militaire, qui venait d'arriver.</p><p>��Monsieur, le roi m'a convoqu� pour cette heure et de toute urgence. Je dois passer en premier�!</p><p>��Je sais, monsieur le Mar�chal, mais je suis militaire aussi et je dois ex�cuter les ordres du roi qui, apprenant que Monsieur ici pr�sent venait d'arriver, a donn� l'ordre de le faire passer avant quiconque.</p><p>��J'ai pr�s�ance sur tous les mar�chaux, et je ne souffrirai pas qu'un vulgaire officier de marine me dame le pion.</p><p>��Cet officier est l'invit� du roi et il a donc toute pr�s�ance, � mon grand regret, monsieur de Turenne.</p><p>Turenne, un rude soldat de 52 ans, bl�mit, puis se raidit.</p><p>��Sa Majest� ne semble gu�re avoir de consid�ration pour la charge dont elle m'a elle-m�me gratifi�. C'est bon. Elle me reconvoquera quand elle aura un peu plus de temps � consacrer aux vieux serviteurs���et aux gens utiles.</p><p>Turenne traversa la foule des courtisans comme s'il passait en revue ses troupes. Ses yeux tr�s noirs fulguraient sous ses �pais sourcils grisonnants. Deux jeunes enseignes qui se tenaient en faction � l'une des portes tir�rent aussit�t leurs sabres au clair et l'encadr�rent.</p><p>��Oh�! mon Dieu, est-ce qu'on va l'arr�ter�? s'exclama Ang�lique boulevers�e.</p><p>Le marquis de La Valli�re, qui se retrouvait comme par hasard � ses c�t�s, �clata de rire.</p><p>��Qu'�tes-vous donc, ch�re amie, pour pr�ter � notre souverain d'aussi noirs desseins�? On dirait que vous n'avez jamais quitt� votre province, pardi. Arr�ter monsieur le mar�chal�! Et pourquoi donc, grands dieux�?</p><p>��Ne vient-il pas de prononcer des paroles insultantes contre le roi�?</p><p>��Baste�! M. de Turenne a son franc-parler comme tous les militaires. Lorsqu'il est victime d'un passe-droit il enrage. En quoi il n'a pas tort. Et c'est fort juste qu'il ait le privil�ge de poss�der une garde particuli�re de cavalerie et deux enseignes qui doivent l'accompagner sabre au clair partout o� il tient son quartier, m�me chez le roi.</p><p>��S'il a des privil�ges aussi importants, pourquoi se f�che-t-il pour peu de chose�? Le marquis se raidit.</p><p>��Je partage moi-m�me un peu l'irritation de notre mar�chal. Comme chef supr�me de l'arm�e il doit passer le premier partout. L'arm�e est le premier corps du royaume.</p><p>��Avant la noblesse�? demanda-t-elle taquine.</p><p>Le sourire d�daigneux du jeune La Valli�re s'accentua�:</p><p>��Votre question est d'une petite-bourgeoise. Dois-je vous rappeler que l'arm�e c'est la noblesse et que la noblesse c'est l'arm�e�? Quels sont ceux qui re�oivent l'obligation de payer l'imp�t du sang, dans le royaume�? Les nobles�! D�s mon plus jeune �ge, mon p�re m'a enseign� que je devais porter l'�p�e et que cette �p�e et ma vie �taient au service du roi.</p><p>��Vous n'avez pas besoin de me faire la le�on, dit Ang�lique, qui avait rougi. Mes origines sont au moins aussi nobles que les v�tres, Monsieur de La Valli�re. Vous pouvez vous renseigner. Et de plus je suis l'�pouse d'un mar�chal de France.</p><p>��Nous n'allons pas nous brouiller pour si peu, dit le marquis en �clatant de rire. Vous �tes un peu na�ve mais charmante. Je crois que nous serons d'excellents amis. Si vous m'avez vu prendre la mouche, c'est que nous trouvons � la Cour que mon royal ��beau-fr�re�� fait la part un peu trop belle aux bourgeois et aux gens du commun. Ainsi, faire passer avant M. de Turenne un navigateur mal d�grossi...</p><p>��Ce navigateur rapportait peut-�tre des nouvelles int�ressant particuli�rement Sa Majest� en ce moment�?</p><p>Une main se posant sur son �paule la fit tressaillir. Elle vit devant elle un personnage v�tu de sombre, et que tout d'abord, malgr� ses efforts de m�moire elle ne parvint pas � situer. Une voix rauque, basse et cependant pleine d'autorit� et d'intransigeance, retentit � ses oreilles�:</p><p>��Pr�cis�ment, madame, il faut que vous m'accordiez sur-le-champ un entretien urgent � ce sujet.</p><p>��Quel sujet, monsieur�? fit Ang�lique, troubl�e.</p><p>La Valli�re, tout � l'heure fier gentilhomme, multipliait les r�v�rences.</p><p>��Monsieur le ministre, je vous supplie de rappeler � Sa Majest� ma tr�s humble supplique, concernant mon indication de la vacation de la succession du Vice-bailli de Chartres. Vous savez que ce grand bandit vient d'�tre condamn� � avoir le col tranch�.</p><p>L'aust�re personnage lui jeta un regard sans am�nit�.</p><p>��Hum-m... nous verrons, grommela-t-il.</p><p>Ang�lique venait de reconna�tre en lui M. Colbert, le nouveau surintendant des Finances et membre du Conseil d'En Haut.</p><p>Colbert laissa le courtisan courb� et entra�na d'une poigne sans r�plique Mme du Plessis dans un recoin de la galerie, au-dehors.</p><p>Entre-temps Colbert avait fait signe � un commis qui le suivait et il attira � lui le contenu d'un grand sac de velours noir dans lequel il y avait une masse de dossiers. Il en tira un feuillet jaune.</p><p>��Madame, vous savez, je pense, que je ne suis ni courtisan, ni un noble, mais un marchand drapier. Or, depuis les affaires que nous avons trait�es ensemble j'ai appris que vous �tiez, quoique noble, dans le commerce... C'est en somme � un membre des corporations marchandes que je m'adresse en votre personne, pour vous demander un conseil...</p><p>Il cherchait � donner un ton badin � ses paroles, mais il n'avait pas la mani�re. Ang�lique fut outr�e. Quand donc, ces gens-l� cesseraient-ils de lui jeter son chocolat � la t�te�? Elle pin�a les l�vres. Mais en regardant Colbert, elle s'avisa qu'il avait le front mouill� de sueur malgr� le froid. Sa perruque �tait un peu de travers et il avait certainement bouscul� son barbier ce matin.</p><p>La pr�vention de la jeune femme tomba. Allait-elle faire la pimb�che�? Elle dit tr�s pos�ment�:</p><p>��J'ai en effet des affaires de commerce, mais de bien peu d'importance aupr�s de celles que vous traitez, monsieur le ministre. De quelle fa�on puis-je vous �tre utile�?</p><p>��Je ne sais encore, madame. Voyez vous-m�me. J'ai trouv� votre nom comme propri�taire � part enti�re sur une liste de la Compagnie des Indes Orientales. Ce qui a retenu mon attention, c'est que je n'ignore pas que vous faites partie de la noblesse. Votre cas est donc particulier et comme on m'a dit depuis que vos affaires �taient prosp�res, j'ai pens� que vous pourriez m'�clairer sur certains d�tails qui m'�chappent au sujet de cette compagnie...</p><p>��Monsieur le ministre, vous savez comme moi que cette compagnie, de m�me que celle des Cent Associ�s qui la doublait et dont j'avais aussi cinq actions, travaillait au commerce des Am�riques, qui aujourd'hui toutes ne valent plus un sol�!</p><p>��Je ne vous parle pas de la valeur des actions, qui en effet ne sont plus cot�es, mais de vos profits r�els que vous avez pourtant d� tirer de ce commerce o� d'autres perdaient de l'argent.</p><p>��Mon seul profit r�el a �t� celui de m'instruire sur ce qu'il ne fallait pas faire et j'ai pay� tr�s cher cette le�on. Car ces affaires �taient g�r�es par des voleurs. Ils comptaient sur des gains miraculeux, alors que ces affaires qui se passent en pays lointains sont surtout le fruit du travail.</p><p>Le visage creus� de rides dues � l'insomnie de M. Colbert s'�claira d'une sorte de sourire qui gagnait ses yeux sans d�tendre les l�vres.</p><p>��Ce que vous me r�v�lez serait-il donc en quelque mani�re ma propre devise�: ��Le travail peut tout���?</p><p>��...��et c'est la volont� qui donne le plaisir � tout ce qu'on doit faire��, r�cita Ang�lique d'une traite et en levant un doigt, ��et c'est l'application qui donne la joie.��</p><p>Le sourire �claira compl�tement le visage ingrat du ministre, au point de le rendre avenant.</p><p>��Vous connaissez m�me la phrase de mon rapport sur la dite compagnie de navigation lointaine, dit-il avec un �tonnement et une pr�cipitation passionn�s. Je me demande s'il y en a beaucoup parmi les honorables actionnaires de la compagnie qui se sont donn� la peine de lire ma phrase.</p><p>��J'�tais int�ress�e de savoir ce que pensait du sujet le pouvoir que vous repr�sentez. L'affaire en elle-m�me �tait viable et logique.</p><p>��Mais alors, vous croyez qu'une telle entreprise peut et doit marcher�? redemanda le ministre vivement.</p><p>Mais aussit�t il se calma et c'est d'un ton neutre et monocorde qu'il �num�ra les avoirs secrets de Mme du Plessis-Belli�re, alias Mme Morens�:</p><p>��Part enti�re sur le vaisseau ��le Saint-Jean-Baptiste�� de 600 tonneaux, �quip� pour la course avec 12 canons et en marchand et qui vous rapporte du cacao, du poivre, des �pices et du bois pr�cieux de la Martinique et de Saint-Domingue...</p><p>��C'est exact, confirma Ang�lique. Il fallait bien faire marcher mon commerce de chocolaterie.</p><p>��Vous y avez mis le corsaire Guinan, comme commandant�?</p><p>��En effet.</p><p>��Vous n'ignoriez pas, quand vous l'avez pris � votre service, qu'il avait appartenu � M. Fouquet, actuellement en prison�? Avez-vous song�, madame, � la gravit� d'une telle conduite, ou est-ce Fouquet qui vous avait conseill�e�?</p><p>��Je n'ai jamais eu l'occasion de parler � M. Fouquet, dit Ang�lique.</p><p>Elle �tait loin d'�tre rassur�e. Colbert s'�tait toujours montr� un ennemi acharn� de Fouquet, et il avait sournoisement tiss� la toile dans laquelle celui-ci avait fini par se laisser prendre. Tout ce qui avait trait � l'ancien surintendant menait sur un terrain br�lant.</p><p>��Et ce bateau, vous l'envoyez commercer en Am�rique. Pourquoi pas aux Indes�? s'enquit brusquement Colbert.</p><p>��Aux Indes�? J'y ai song�. Mais un bateau fran�ais ne saurait faire cavalier seul, et je n'ai pas les moyens d'en acheter plusieurs.</p><p>��Pourtant vers l'Am�rique votre ��Jean-Baptiste�� va son chemin sans histoires�?</p><p>��Il n'y a pas � craindre les corsaires barbaresques. Avec ceux-ci un navire seul n'a aucune chance de d�passer le Cap Vert et s'il n'est pas arraisonn� � l'aller il le sera au retour.</p><p>��Mais comment font donc les navires des Compagnies des Indes Hollandaises et Anglaises, qui sont extr�mement florissantes�?</p><p>��Ils vont en groupe. Ce sont de v�ritables flottes de vingt � trente navires de gros tonnage qui quittent La Haye ou Liverpool. Et il n'y a jamais plus de deux exp�ditions par an.</p><p>��Mais alors pourquoi les Fran�ais n'en font-ils pas autant�?</p><p>��Monsieur le ministre, si vous ne le savez pas, comment le saurais-je�? Question de caract�re peut-�tre�? Ou d'argent�? Moi seule pouvais-je m'offrir une flotte personnelle�? Il faudrait aussi, pour les navires fran�ais, une escale de ravitaillement, coupant en deux la longue route des Indes Orientales.</p><p>��� l'Ile Dauphine4, par exemple�?</p><p>��� l'Ile Dauphine, oui, mais � condition que ce ne soient pas des militaires et surtout pas les gentilshommes qui aient le commandement supr�me dans une telle entreprise.</p><p>��Et qui donc alors�?</p><p>��Mais simplement ceux qui ont l'habitude d'aborder aux terres nouvelles, de commercer et de compter, je veux dire les marchands, r�pondit Ang�lique avec force et soudain elle �clata de rire.</p><p>��Madame, nous parlons de choses s�rieuses, protesta M. Colbert offusqu�.</p><p>��Excusez-moi, mais j'imaginais entre autres un gentil seigneur comme le marquis de La Valli�re dans le r�le de chef de d�barquement chez les sauvages.</p><p>��Madame, mettriez-vous en doute le courage de ce gentilhomme�? Je sais qu'il en a donn� d�j� des preuves au service du roi.</p><p>��Ce n'est pas une question de courage. Comment agirait M. le marquis de La Valli�re d�barquant sur une plage et voyant accourir � lui une nu�es de sauvages tout nus�? Il en �gorgerait la moiti� et transformerait les autres en esclaves.</p><p>��Les esclaves repr�sentent une marchandise n�cessaire et qui rapporte.</p><p>��Je ne le nie pas. Mais lorsqu'il s'agit d'�tablir des comptoirs et de faire souche dans un pays, la m�thode n'est pas bonne. C'est le moins qu'on puisse dire, et qui explique l'�chec des exp�ditions et pourquoi les Fran�ais qui demeurent sur place sont massacr�s p�riodiquement.</p><p>M. Colbert lui jeta un regard o� il y avait de l'admiration.</p><p>��Du diable si je m'attendais...</p><p>Il gratta son menton mal ras�.</p><p>��J'en ai plus appris en dix minutes qu'en plusieurs nuits blanches pass�es sur ces rapports malheureux.</p><p>��Monsieur le ministre, mon avis est sujet � caution. J'�coute les r�criminations des marchands et des navigateurs mais...</p><p>��Cet �cho n'est pas � n�gliger. Je vous remercie, Madame. Vous m'obligeriez consid�rablement si vous consentiez � m'attendre encore une demi-heure dans l'antichambre�?</p><p>��Je n'en suis plus � une demi-heure pr�s, Monsieur le ministre...</p><p>Elle revint dans l'antichambre o� le marquis de La Valli�re l'informa avec une mauvaise joie que Louvois avait demand� apr�s elle, puis �tait parti d�jeuner. Ang�lique r�prima un mouvement de contrari�t�. C'�tait bien sa chance. Elle attendait sp�cialement cette entrevue avec le jeune ministre de la Guerre pour solliciter sa charge � la Cour et maintenant, par suite de cette rencontre inopin�e avec Colbert qui lui avait parl� de commerce maritime, elle avait perdu l'occasion. Or, le temps pressait. Quelle id�e saugrenue pouvait germer encore dans le cerveau de Philippe�? Si elle lui r�sistait trop ouvertement il serait bien capable de la faire enfermer. Les maris avaient une autorit� absolue sur leur femme. Il fallait qu'elle s'implante ici avant qu'il ne soit trop tard... Ang�lique faillit tr�pigner de rage et son d�couragement redoubla lorsque des courtisans annonc�rent que Sa Majest� remettait ses audiences au lendemain et que tout le monde pouvait s'en aller.</p><p>Au moment o� elle s'acheminait vers la sortie le commis de M. Colbert l'aborda�:</p><p>��Si Madame la marquise veut bien me suivre. On l'attend.</p><p>La pi�ce o� l'on venait d'introduire Ang�lique �tait de belles dimensions, mais moins spacieuse qu'un des salons. Seul le plafond tr�s haut s'ouvrant sur les nu�es bleues et blanches d'un paysage de l'Olympe, lui donnait des proportions intimidantes. Aux deux crois�es, de lourds rideaux de soie bleu fonc�, broch�s de fleurs de lys d'or et d'argent �taient assortis � la m�me soie qui habillait les fauteuils � grands dossiers et les trois tabourets rang�s le long du mur. Les boiseries �taient, comme toutes celles de Versailles, orn�es d'�l�gants travaux de stuc repr�sentant des fruits, des pampres, des guirlandes et brillant de tout l'�clat de l'or neuf soigneusement appliqu� sur chaque moulure, feuille � feuille. L'accord entre l'or et le bleu profond conf�rait � l'ensemble un cachet � la fois grave et somptueux. Ang�lique jugea cela d'un coup d'�il. C'�tait une pi�ce d'homme, cr��e pour un homme.</p><p>M. Colbert �tait debout, lui. tournant le dos. Dans le fond de la pi�ce il y avait une table faite d'une seule lourde plaque de marbre noir, soutenue par des pieds de lion en bronze dor�. De l'autre c�t� de la table il y avait le roi.</p><p>Ang�lique en resta bouche b�e...</p><p>��Ah, voici mon agent de renseignement, dit le ministre en se retournant. Je vous prie, madame, approchez et veuillez mettre Sa Majest� au courant de votre exp�rience de... d'armateur en somme, � la Compagnie des Indes, qui �claire si singuli�rement bien des aspects de la question.</p><p>Louis XIV, avec la courtoisie dont il honorait chaque femme, m�me des plus modestes, s'�tait lev� pour la saluer. Ang�lique, �perdue, s'avisa qu'elle n'avait m�me pas fait sa r�v�rence de Cour et plongea dans une profonde g�nuflexion, en maudissant M. Colbert.</p><p>��Je sais que vous n'avez pas l'habitude de plaisanter, monsieur Colbert, dit le roi, mais je ne m'attendais pas � ce que cet agent de renseignement porte-parole des navigateurs que vous m'annonciez se pr�sent�t sous les traits d'une des dames de la Cour.</p><p>��Mme du Plessis-Belli�re n'en est pas moins une actionnaire tr�s importante de la Compagnie. Elle a arm� un bateau avec l'intention de commercer aux Indes et a d� y renoncer, portant son effort plut�t vers l'Am�rique. Ce sont les raisons de cet abandon qu'elle va nous exposer.</p><p>Ang�lique se demandait quelle attitude adopter. Le roi attendait patiemment. Son regard brun observait la jeune femme, et elle y lut cette sagesse minutieuse et prudente qui devait marquer la plupart des actions de Louis XIV, qualit� si �tonnante chez un souverain de vingt-sept ans, que bien peu encore, parmi ses ministres, s'en �taient avis�s. Sa l�vre se d�tendit dans une expression souriante et il dit avec gentillesse.</p><p>��Pourquoi vous troublez-vous�?</p><p>��Je sais que Votre Majest� n'aime pas les r�putations excentriques. C'en est une il me semble, que d'�tre dame de la Cour et de s'occuper de navigation, et je crains que...</p><p>��Vous n'avez pas � craindre de nous d�plaire en nous parlant ouvertement. Navigation ou autre, vous verrez qu'� la Cour on trouve de tout, et pour ma part, je ne m'�tonne plus de rien. Si M. Colbert estime que vos renseignements peuvent nous �clairer, parlez donc, Madame, avec le seul souci, qui j'esp�re est le v�tre, de bien servir nos int�r�ts.</p><p>Il la laissa debout, afin de marquer qu'il la recevait au m�me titre que ses collaborateurs qui, quels que soient leur �ge et leurs dignit�s, ne devaient jamais s'asseoir devant lui, � moins qu'il ne les y invit�t en particulier.</p><p>Elle dut expliquer au roi pourquoi son navire avait renonc� � trafiquer avec les Indes Orientales malgr� les profits qu'elle escomptait en tirer. C'�tait � cause du danger que repr�sentaient les Barbaresques croisant au large du Portugal et des c�tes d'Afrique, et dont la seule industrie consistait � piller les navires isol�s. N'exag�rait-elle pas les d�savantages repr�sent�s par ces pirates�? Bien des vaisseaux fran�ais naviguant seuls, revenaient glorieusement du long p�riple par le cap de Bonne-Esp�rance. Ang�lique fit remarquer qu'il ne s'agissait pas de bateaux marchands, mais de corsaires comptant sur leur vitesse pour �chapper aux Barbaresques, et qui revenaient les cales presque vides, se contentant du trafic de l'or, des perles et des pierres pr�cieuses. Mais un navire de gros tonnage, bourr� de marchandises, �tait incapable de fuir les rapides gal�res alg�riennes ou marocaines. Il �tait comme un gros bousier assailli par des fourmis. Les canons souvent tiraient trop loin. Il ne restait alors � l'�quipage que d'avoir le dessus au moment de l'abordage. C'�tait ainsi, gr�ce aux matelots de ��Saint-Jean-Baptiste��, que par deux fois son navire avait pu �chapper aux rapaces. Cela n'avait pas �t� sans de sanglants combats. L'un s'�tait pass� au large du Golfe de Gascogne, l'autre � l'escale de l'�le de Cor�e. Beaucoup de marins avaient �t� tu�s ou bless�s. Elle avait renonc�...</p><p>Le roi l'�coutait songeur.</p><p>��C'est donc une question d'escorte�?</p><p>��En partie, Sire. Les Anglais et les Hollandais partent en groupe, escort�s par des navires de guerre, et parviennent ainsi � maintenir leur commerce.</p><p>��Je n'aime pas beaucoup ces marchands de harengs sal�s, mais il serait sot de ne pas prendre � nos ennemis leurs m�thodes en ce qu'elles ont de bon. Vous allez mettre cela sur pied, Colbert. D�parts importants de gros navires marchands, escort�s par des navires de guerre...</p><p>Le roi et le ministre discut�rent un long moment sur les d�tails de ce projet, puis le souverain se tournant vers Ang�lique lui demanda brusquement pourquoi elle se montrait sceptique sur sa r�alisation. Elle dut avouer que les voyages collectifs ne plaisaient pas au caract�re fran�ais. Chacun aime mener son affaire � sa fa�on. Certains armateurs se trouveraient pr�ts � prendre la mer alors que d'autres manqueraient d'argent pour armer. On avait d�j� cherch� � faire l'union n�cessaire pour former d'importants convois, et jamais on n'y �tait parvenu.</p><p>La main de Louis XIV se posa sur la table et s'y appuya avec force.</p><p>��Cette fois ils agiront sur l'ordre du Roi, dit-il.</p><p>Ang�lique regardait cette main o� se trahissait le poids d'une volont� souveraine. Il y avait plus d'une heure qu'ils se trouvaient dans ce bureau, et elle avait la sensation que le roi ne la laisserait pas aller, qu'elle ne lui e�t livr� enti�rement le fruit de ses exp�riences heureuses ou malheureuses d'armatrice. Il avait le don de poser les questions, d'obliger ses interlocuteurs � faire le point. Quelles �taient les autres raisons d'�chec pour la navigation vers les Indes Orientales�? La longueur du voyage, le manque d'escale fran�aise sur la route... Il y avait d�j� song�. N'avait-elle pas entendu dire que deux ans plus t�t, une exp�dition �tait partie pour s'assurer la possession de l'Ile Dauphine�? Oui, elle ne l'ignorait pas, mais personne ne comptait trop l�-dessus car cette exp�dition �tait vou�e � l'�chec. Le roi sursauta et serra les dents.</p><p>��Comment savez-vous d�j� cela�? Je viens de recevoir l'envoy� de M. de Montevergue, le chef de l'exp�dition. Son second a touch� Bordeaux il y a quelques jours. Il �tait � Versailles ce matin et avait ordre de ne rien communiquer � quiconque avant de m'avoir vu. Je l'ai re�u toutes affaires cessantes, et il vient de sortir de mon cabinet. Se serait-il permis de bavarder�?</p><p>Il fallait tout dire. Comment les gens de mer �taient depuis longtemps au courant des difficult�s de l'exp�dition de l'�le Dauphine, certains navires ayant pris � leur bord des malades ravag�s par le scorbut ou bless�s par les sauvages... Comment les armateurs se trouvaient renseign�s plus vite que le roi gr�ce au syst�me des assurances pay�es entre navires de diff�rentes nations et qui se chargeaient du courrier... Pourquoi l'exp�dition �tait vou�e � l'�chec, n'�tant que militaire alors qu'il aurait fallu des marchands, etc... Elle parlait avec assurance de ces choses de la mer, car, ainsi que ceux qui poss�dent une imagination vive, chaque mot pour elle cr�ait un tableau pr�cis, et l'attention soutenue du roi l'encourageait.</p><p>Aux portes de ce bureau s'arr�taient les rumeurs frivoles, les papotages incoercibles de la Cour, et le sort du monde pouvait s'y jouer alors qu'au-dehors tournait la f�te. Ainsi travaillait le roi, capable de s'isoler de tout pour ne poursuivre, � chaque moment, qu'un seul but. Lorsqu'il se leva, Ang�lique s'aper�ut seulement qu'elle �tait fatigu�e, qu'elle avait tr�s faim et qu'elle venait de s'entretenir deux heures avec le roi comme avec un ami de longue date. M. Colbert se retira. Ang�lique allait l'imiter quand le roi la retint.</p><p>��Veuillez demeurer, Madame.</p><p>Il contourna la table pour venir la rejoindre. Il �tait d�tendu, affable. Il ouvrit la bouche, puis renon�a � parler. Son regard errait sur ce visage de femme lev� vers lui, et soudain, semblait d�couvrir au-del� des apparences s�duisantes de cette f�minit�, ce qu'il n'y cherchait jamais�: une �me, une pens�e, une personnalit�.</p><p>Il dit doucement, d'une fa�on r�veuse�:</p><p>��Viendrez-vous � ma chasse demain�?</p><p>��Sire, j'en ai la ferme intention.</p><p>��Je parlerai au marquis du Plessis afin qu'il vous garde dans ces bonnes intentions.</p><p>��Sire, je vous remercie.</p><p>Le silence retomba. Le c�ur d'Ang�lique cogna deux fois dans sa poitrine, sans qu'elle s�t pourquoi, et elle eut conscience de rougir.</p><p>Sur ces entrefaites, le premier gentilhomme de la Chambre du Roi, le duc de Charost, se pr�senta. Sa Majest� assisterait-elle au Grand Couvert ou d�sirait-elle �tre servie en particulier�?</p><p>��Puisque le Grand Couvert est pr�vu, ne d�cevons pas les badauds qui ont fait le voyage de Versailles pour y assister, dit le roi. Allons d�ner.</p><p>Ang�lique fit une r�v�rence, qu'elle renouvela � la sortie du Cabinet du roi. Sa Majest� lui dit encore�:</p><p>��Je crois que vous avez des fils�? Sont-ils en �ge de servir�?</p><p>��Sire, ils sont bien jeunes�: sept et neuf ans.</p><p>��Ils ont l'�ge du Dauphin. Celui-ci va bient�t quitter le gouvernement des femmes et �tre remis � un pr�cepteur. Je voudrais lui donner en m�me temps des compagnons qui partageraient ses jeux et le d�gourdiraient un peu. Pr�sentez-les-nous.</p><p>Sous le regard envieux des courtisans rassembl�s, Ang�lique fit une troisi�me r�v�rence.</p></section><section><p><strong>Chapitre 8</strong></p><p>Le roi d�nait.</p><p>Une arm�e de serviteurs command�s par leurs ��officiers�� avait dress� la table et dispos� protocolairement les si�ges, et le grand chambellan apr�s inspection avait ouvert la salle aux membres de la Cour d�sireux d'assister au repas de Sa Majest�. Ceux-ci s'�taient rang�s dans un ordre fix� d'avance tandis que dans l'antichambre et les corridors se pressait le public qui allait �tre admis � d�filer devant la table de son roi. Celui-ci �tait apparu dans l'encadrement de la porte, s'arr�tant et s'inclinant pour r�pondre � la r�v�rence des personnes d�j� pr�sentes. Puis il �tait entr� en souriant et avait pris place � table.</p><p>Aussit�t, Monsieur, son fr�re, s'�tait pr�cipit� et s'inclinant tr�s bas lui avait donn� la serviette.</p><p>Debout derri�re le souverain, le grand chambellan, M. de Bouillon, tenait la sienne d'une main ferme et son regard disait clairement qu'il ne laisserait plus � personne, m�me � un prince du sang, le droit de la lui usurper.</p><p>Dans l'antichambre des gardes invitaient la foule � laisser le passage libre, tandis que s'avan�ait un cort�ge, ressemblant quelque peu � une procession. Un garde en grande tenue pr�c�dait des serviteurs portant sur leurs �paules une �norme ch�sse couverte d'une �toffe brod�e d'or et d'argent�; derri�re les porteurs venaient le ma�tre d'h�tel muni de son b�ton de commandement, l'huissier de salle, le gentilhomme panetier, des officiers, des clercs et des valets d'office. La ch�sse contenait ��la nourriture du roi��.</p><p>Devant la table royale la foule d�filait lentement. Bourgeoises et bourgeois de Paris, petits employ�s, artisans, ouvriers, femmes du peuple, chacun prenait du spectacle tout ce que sa m�moire pourrait contenir de souvenirs moins �blouissants par le luxe des cristaux ou de la vaisselle d'or que par la vue du roi de France mangeant l�, dans sa gloire. Le roi parlait peu mais il avait l'�il � tout. Ang�lique le vit � plusieurs reprises se soulever l�g�rement pour saluer une dame de la Cour entrant, tandis que le chambellan se h�tait de faire apporter un tabouret. Pour d'autres dames il n'y avait ni salut ni tabouret. C'�taient les dames ��non assises��, les plus nombreuses. Ang�lique en faisant partie, elle commen�ait � ne plus sentir ses jambes.</p><p>Mme de Choisy qui �tait � ses c�t�s lui chuchota�:</p><p>��J'ai entendu ce que le roi vous disait tout � l'heure � propos de vos fils. Ma ch�re, vous avez une chance�! N'h�sitez pas. Vos fils iront loin si vous les habituez ainsi � ne fr�quenter que des gens de qualit�. Ils s'accoutumeront de bonne heure � la complaisance et il leur en restera toute leur vie cet air de civilit� qui permet de r�ussir � la Cour. Voyez mon fils l'abb�. Je l'ai �lev� dans ce dessein d�s son plus jeune �ge. Il n'a pas vingt ans et d�j� il a su si habilement se placer qu'il est sur le point d'obtenir un �v�ch�.</p><p>Mais Ang�lique, pour l'instant, �tait moins sensible � l'avenir de Florimond et de Cantor qu'� la possibilit� de se mettre quelque chose sous la dent et si possible dans des conditions confortables.</p><p>Elle quitta la salle des festins aussi discr�tement qu'elle put et tomba un peu plus loin sur une r�union de dames install�es autour de petites tables � jeu. Des valets passaient des plateaux de victuailles dans lesquels les belles �l�gantes picoraient, les yeux riv�s sur leurs cartes. Une grande et forte femme se leva et venant � Ang�lique l'embrassa sur les deux joues. C'�tait la Grande Mademoiselle.</p><p>��Je suis toujours contente de vous voir, ma belle. Vous avez boud� la Cour, il me semble. Je m'en suis �tonn�e bien des fois ces derniers mois, mais je n'osais interroger le roi. Vous savez qu'entre lui et moi la conversation commence toujours mal et ne finit jamais bien. Pourtant c'est mon cousin et nous nous appr�cions �norm�ment. Enfin, vous voil�. Vous avez l'air de chercher quelqu'un.</p><p>��Que Votre Altesse m'excuse, mais je cherchais o� m'asseoir.</p><p>La bonne princesse jeta autour d'elle un regard perplexe.</p><p>��Cela ne vous est gu�re possible ici, car nous avons Madame parmi nous.</p><p>��Et je sais aussi que mon rang ne me permet pas de m'asseoir devant vous, Altesse.</p><p>��C'est ce qui vous trompe. Vous �tes dame de qualit� et je ne suis que petite-fille de France par mon grand-p�re Henri IV. Vous avez donc le droit de vous asseoir devant moi, sur un carreau ou m�me sur un tabouret, et je vous l'accorderais bien volontiers ma petite amie, mais devant Madame, qui est fille de France par son mariage avec Monsieur, c'est absolument, absolument impossible.</p><p>��Je comprends.</p><p>Ang�lique poussa un petit soupir.</p><p>��Mais j'y songe, reprit la Grande Mademoiselle, venez donc partager notre jeu. Nous cherchons une partenaire. Mme d'Arignys vient de nous quitter compl�tement d�sargent�e.</p><p>��Comment pourrais-je jouer sans m'asseoir�?</p><p>��Mais vous pourrez vous asseoir, s'exclama l'autre agac�e. Venez. Venez donc.</p><p>Elle l'entra�na faire sa r�v�rence � Madame, qui nantie d'un jeu de cartes d'une main et d'une aile de volaille de l'autre lui d�dia un sourire distrait. Cependant Ang�lique n'avait pas encore pris place qu'elle fut happ�e par Mme de Montespan qui traversait, toutes voiles dehors.</p><p>��Voici le moment que je vous pr�sente � la reine. D�p�chez-vous.</p><p>Mme du Plessis balbutia des excuses alentour et suivit son amie � grands pas.</p><p>��Ath�na�s, dit-elle, en chemin, �clairez-moi sur la question du ��tabouret��. J'y perds mon latin. Quand, pourquoi, dans quelles circonstances et � quel titre une dame de la Cour a-telle le droit de poser son derri�re sur un si�ge�?</p><p>��� peu pr�s jamais. Ni devant le roi, ni devant la reine quand elle n'appartient pas � la famille royale. Cependant il y a toutes sortes de r�gles et d'exceptions. Ah�! le droit au tabouret�! Se le faire accorder c'est le r�ve de chacun et surtout de chacune depuis la Cour des vieux rois celtes. Je me suis laiss� conter qu'en ce temps-l� ce droit ne s'appliquait qu'aux hommes. Il a surv�cu � la Cour de France et pour les femmes aussi. Le tabouret est un signe de tr�s haut rang ou de tr�s grande faveur. On le poss�de lorsqu'on fait partie de la Maison de la reine ou de celle du roi. Il y a aussi les pr�textes.</p><p>��Les pr�textes�?</p><p>��Le jeu par exemple. Si vous jouez vous pouvez �tre assise, m�me devant les souverains. Si vous faites des travaux d'aiguille, aussi. Il faut au moins avoir aux doigts quelque chose qui fasse penser � un ouvrage. Il y a des mijaur�es qui se contentent de tenir un n�ud de rubans � la main. Enfin vous voyez qu'on peut s'accommoder de mille fa�ons...</p><p>*****</p><p>La reine �tait aux mains de ses femmes, qui la paraient et la coiffaient pour les f�tes du soir. Sur une console �taient ouverts les �crins contenant certains bijoux de la couronne. Marie-Th�r�se les essayait tour � tour�: carcans de diamants mont�s sur or ou sur vermeil, pendants d'oreilles faits d'un seul diamant taill� en poire chacun d'une grosseur presque unique au monde et qu'on disait venus des Indes, bracelets, diad�mes. Ang�lique, apr�s avoir accompli de multiples r�v�rences et bais� la main de la reine, se tenait un peu en retrait. Elle songeait � l'Infante qu'elle avait vue le soir de son mariage avec le roi, � Saint-Jean-de-Luz. O� �taient les p�les cheveux de soie blonde gonfl�s par les postiches, les lourdes jupes � l'espagnole tendue hi�ratiquement par le vertugadin d�mod�? La souveraine �tait maintenant v�tue � la fa�on fran�aise, mais ces modes n'allaient pas � sa silhouette repl�te. Son teint d�licat, tr�s blanc et rose, jadis conserv� par l'ombre des palais madril�nes, s'�tait couperos�. Elle avait facilement le nez rouge. On �tait �tonn� de la majest� naturelle de cette pauvre petite personne si d�savantag�e. Malgr� sa pi�t� et son peu d'esprit elle poss�dait de l'enjouement. Son humeur �tait bien espagnole dans ses col�res jalouses et la passion qu'elle vouait au roi. Elle aimait les divertissements de la Cour et les petits potins, et la moindre attention du roi la ravissait na�vement.</p><p>Apercevant le regard d'Ang�lique fix� sur elle, elle dit, d�signant le carcan de diamants qui �tincelait sur sa poitrine et ses �paules�:</p><p>��Il faut regarder l�... et non pas l�, acheva-t-elle en montrant son visage avec un sourire humble.</p><p>Dans un coin, des nains jouaient avec les griffons favoris de la reine. Barcarole adressa � Ang�lique un clin d'�il complice.</p><p>Il y eut ensuite promenade dans les jardins car le temps �tait doux, l'heure aussi. Puis avec l'arriv�e des flambeaux un grand remue-m�nage secoua la Cour, chacun se h�tant � sa toilette.</p><p>Ang�lique put rev�tir la sienne dans l'antichambre des filles de la reine. Mme de Montespan lui fit remarquer que les bijoux qu'elle avait apport�s �taient trop modestes pour la soir�e. Il n'�tait plus temps d'en envoyer qu�rir d'autres � l'H�tel du Beautreillis, � Paris. Deux orf�vres lombards, attach�s � la Cour, lui furent exp�di�s sur-le-champ avec leurs �crins�; moyennant une ��modique�� redevance ils louaient quelques heures des parures, d'ailleurs fort belles�; toute une liasse de papiers � signer les garantissaient du risque de voir leurs augustes clientes filer on ne sait o� avec leurs bijoux d'emprunt. Ang�lique signa, et d�lest�e de la ��modique�� redevance qui s'�levait pourtant � deux cents livres (�!)���avec cela elle aurait pu s'acheter au moins deux bracelets de valeur���elle descendit jusqu'� la grande galerie du rez-de-chauss�e o� �tait dress� le th��tre. Le roi avait d�j� pris place. Les rigueurs de l'�tiquette ne laissaient pas un si�ge disponible. Ang�lique dut se contenter de percevoir les �clats de rire des spectateurs des premi�res places.</p><p>��Que pensez-vous de la le�on que nous donne M. Moli�re�? dit une voix � son oreille. N'est-elle pas des plus instructives�?</p><p>La voix �tait si affable qu'Ang�lique crut r�ver en reconnaissant Philippe, dress� pr�s d'elle � sa fa�on d'apparition, dans un habit de satin rose broch� d'argent que seuls son teint de drag�e et sa moustache blonde pouvaient lui permettre de porter sans para�tre ridicule. Il souriait, Ang�lique s'effor�a de r�pondre avec naturel�:</p><p>��La le�on de M. Moli�re est certainement des plus dr�les, mais de l'endroit o� je suis j'avoue que je n'en con�ois rien.</p><p>��C'est un grand dommage. Laissez-moi vous aider � gagner quelques rangs.</p><p>Il lui passa un bras autour de la taille et l'entra�na. On leur faisait place volontiers. La faveur de Philippe, connue de tous, rendait les gens empress�s � leur �gard. De plus son rang de mar�chal lui accordait de grandes pr�rogatives, comme celle de pouvoir faire entrer son carrosse dans la cour du Louvre ou de s'asseoir devant le roi. Cependant sa femme n'en b�n�ficiait pas.</p><p>Ils purent se placer tr�s facilement sur la droite de la sc�ne. Il fallait rester debout mais on entendait � merveille.</p><p>��Nous voil� � point je crois, dit Philippe. Nous voyons le spectacle et le roi nous voit. C'est parfait.</p><p>Il n'avait pas retir� sa main de la taille d'Ang�lique�; au contraire, il inclinait encore son visage vers le sien et elle sentait contre sa joue le fr�lement soyeux de sa perruque.</p><p>��Est-il absolument n�cessaire que vous me serriez d'aussi pr�s�? demanda-t-elle s�chement � voix basse, ayant d�cid� que, toute r�flexion faite, cette nouvelle attitude de son mari ne pouvait �tre que suspecte.</p><p>��Absolument n�cessaire. Votre m�chancet� a trouv� habile de mettre le roi dans son jeu. Je ne veux pas que celui-ci doute de ma bonne volont�. Ses d�sirs sont des ordres.</p><p>��Ah�! c'est donc cela�? fit-elle en le regardant.</p><p>��C'est cela... Et continuez � me fixer ainsi dans les yeux quelques secondes. Personne ne doutera plus que M. et Mme du Plessis-Belli�re se sont r�concili�s.</p><p>��Est-ce tr�s important�?</p><p>��Le roi le souhaite.</p><p>��Oh�! Vous �tes...</p><p>��Tenez-vous tranquille.</p><p>Son bras �tait devenu un v�ritable cercle de fer, bien que sa voix rest�t mesur�e.</p><p>��Vous allez m'�touffer, esp�ce de brute�!</p><p>��Voil� qui me ferait grandement plaisir. Patience, cela viendra peut-�tre. Mais ce n'est ni le jour ni l'heure... Tenez, voici Arnolphe qui fait lire � Agn�s les onze maximes du mariage. Pr�tez l'oreille, Madame, je vous prie.</p><p>*****</p><p>La pi�ce qui se jouait n'avait pas encore �t� pr�sent�e en public. Le roi en avait la primeur. On voyait en sc�ne Arnolphe, qui sur le point de convoler en justes noces, remettait � sa jeune femme un long grimoire.</p><p><emphasis>...Et voici dans ma poche un �crit important.</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Qui vous enseignera l'office de la femme.</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>J'en ignore l'auteur�; mais c'est quelque bonne</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>�me Et je veux que ce soit votre unique entretien.</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Voyons un peu si vous le lirez bien.</emphasis></p><p>Moli�re jouait le r�le d'Arnolphe. Son spirituel visage savait refl�ter les sentiments tatillons et soup�onneux d'un bourgeois � l'esprit un peu court. La femme du com�dien, Armande B�jart, �tait �galement � sa place sous les traits d'Agn�s, jeune beaut� soi-disant ignorante et sotte. D'une voix fra�che et docile elle lisait�: Celle qu'un lien honn�te</p><p><emphasis>Fait entrer au lit d'autrui</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Doit se mettre dans la t�te</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Malgr� le train d'aujourd'hui</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Que l'homme qui la prend ne la prend que pour lui.</emphasis></p><p>��Je vous expliquerai ce que cela veut dire, r�pliquait Arnolphe. Mais pour l'heure pr�sente il ne faut rien que lire.</p><p><emphasis>Elle ne se doit parer</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Qu'autant que peut d�sirer</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Le mari qui la poss�de</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>C'est lui que touche seul le soin de sa beaut�...</emphasis></p><p>Ang�lique �coutait distraitement. Elle aimait bien la com�die, mais sentir Philippe si proche la troublait.</p><p>��Si cela pouvait �tre vrai��, songeait-elle, ��qu'il me t�nt ainsi contre lui, sans rancune et sans souvenirs de nos dissentiments.��</p><p>Elle avait envie de se tourner vers lui et de lui dire�:</p><p>��Philippe, cessons d'agir comme des enfants boudeurs et hargneux... Il y a en nous, de l'un � l'autre, beaucoup de choses qui nous permettraient de nous entendre et peut-�tre de nous aimer. Je le sens et je le crois. Tu fus mon grand cousin que j'admirais et dont je r�vais petite fille.</p><p>Elle lui jetait des regards furtifs, surprise que son trouble � elle ne se communiqu�t pas � ce corps magnifique, si viril malgr� sa pr�ciosit� de mise. Les ragots avaient beau colporter des horreurs sur le compte du marquis du Plessis, il n'�tait pas un petit Monsieur, ni un chevalier de Lorraine�: c'�tait le dieu Mars, le dieu de la Guerre, dur, implacable et froid comme le marbre.</p><p>Derri�re le d�guisement, o� donc se r�fugiait la chaleur vivante de cet homme qui semblait d�pourvu des r�actions �l�mentaires d'un homme�? Ang�lique avait la sensation qu'elle n'�tait pour lui qu'une statue de bois�; c'�tait tr�s d�primant. Monsieur Moli�re, dans son enseignement de ��l'�cole des Femmes��, n'avait song�</p><p>qu'aux hommes comme tous les autres, de ceux qui, bourgeois ou gentilshommes, ragent quand ils sont tromp�s, se ridiculisent pour une paire de beaux yeux et changent de couleur parce qu'une jolie femme s'appuie un peu trop languissamment contre eux. Mais pour un Philippe du Plessis-Belli�re, la psychologie du grand com�dien resterait en d�faut. Par o� l'atteindre�?...</p><p>*****</p><p>Sur la sc�ne Arnolphe venait de d�couvrir que non seulement Agn�s ne l'aimait pas mais encore n'avait de flamme que pour le blond Horace. Il �clatait en impr�cations�:</p><p><emphasis>Je ne sais qui me tient qu'avec une gourmade</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Ma main de ce discours ne venge la bravade.</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>J'enrage quand je vois sa piquante froideur</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Et quelques coups de poing satisferaient mon c�ur.</emphasis></p><p>Moli�re �tait magnifique dans sa fureur bouffonne et pourtant si humaine. On savait le com�dien jaloux et tortur� par la coquetterie de la trop charmante B�jart. Chose �trange d'aimer et que, pour ces tra�tresses,</p><p><emphasis>Les hommes soient sujets � de telles faiblesses�!</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Tout le monde conna�t leur imperfection</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscr�tion</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Leur esprit est m�chant et leur �me fragile</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Rien de plus infid�le�; et malgr� tout cela</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Dans le monde on fait tout pour ces animaux-l�!...</emphasis></p><p>��Ha�! Ha�! Ha�! s'exclamaient les spectateurs.</p><p>��Les imb�ciles�! dit Philippe � mi-voix. Ils rient et pourtant il n'y en a pas un parmi eux qui ne soit pr�t � tout faire pour ces ��animaux-l࠻.</p><p>��Ils ont du sang dans les veines, eux au moins, riposta Ang�lique.</p><p>��Et de la sottise plein le c�ur�!</p><p>��Ah�! c'est trop me braver, trop pousser mon courroux... hurlait Arnolphe.</p><p><emphasis>Je suivrai mon dessein, b�te trop indocile,</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Et vous d�nicherez � l'instant de la ville.</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Vous rebutez mes v�ux et me mettez �</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>bout, Mais un cul de couvent me vengera de tout�!...</emphasis></p><p>Le parterre croulait sous les rires.</p><p>��La fin me pla�t assez, dit Philippe. Qu'en pensez-vous, Madame�?</p><p>��Ce Moli�re est un habile homme, reprit-il un peu plus tard, alors que, la repr�sentation finie, chacun revenait vers la salle de bal en passant par les jardins. Il sait qu'il �crit en premier lieu pour le roi et la Cour. Aussi met-il en sc�ne des bourgeois et des petites gens. Mais comme il peint l'homme �ternel chacun se reconna�t quand m�me sans se sentir atteint.</p><p>��Apr�s tout ce Philippe n'est pas si sot��, pensa Ang�lique avec surprise. Il lui avait pris le bras, familiarit� qu'elle ne consid�rait pas sans appr�hension.</p><p>��Ne craignez donc pas que je vous br�le, dit Philippe. Il est entendu que je ne vous causerai aucun dommage en public. C'est un principe de v�nerie. Le dressage doit se mener � huis clos et en t�te � t�te. �a, faisons le point de nos affaires, voulez-vous�? Premi�re partie. Vous gagnez la premi�re manche en me contraignant � vous �pouser. Je gagne la seconde en vous infligeant une petite correction m�rit�e. La ��belle�� vous reste, puisque malgr� mes interdictions vous vous pr�sentez � Versailles et y �tes re�ue. Je m'incline et nous entamons la seconde partie. Je gagne la premi�re manche en vous enlevant, vous gagnez la seconde en vous �vadant. Je serais d'ailleurs curieux de savoir comment. Bref, nous en sommes � la ��belle��. � qui restera-t-elle cette fois�?</p><p>��Le sort en d�cidera.</p><p>��Et la valeur de nos armes. Il se peut que vous soyez encore triomphante. Vos chances sont grandes. Mais attention�! Je veux vous pr�venir d'une chose�: la fin du tournoi sera pour moi. J'ai la r�putation d'�tre tenace dans mes projets et de m'accrocher � mes positions. Combien pariez-vous qu'un jour vous vous trouverez, par mes soins, au fond d'un couvent de province � filer la quenouille, sans espoir d'en jamais sortir�?</p><p>��Combien pariez-vous qu'un jour vous serez follement amoureux de moi�?</p><p>Philippe s'immobilisa et respira profond�ment, comme si cette seule supposition le bouleversait d'indignation.</p><p>��Eh bien, parions, puisque vous le proposez, reprit Ang�lique en riant. Si vous gagnez je vous abandonne toute ma fortune, mon commerce, mes bateaux. Quelle importance pour moi, n'est-ce pas, de poss�der tout cela puisque je serai clo�tr�e, d�figur�e, d�charn�e, devenue idiote sous le poids des tourments�?</p><p>��Vous riez, dit-il, en la regardant, vous riez, r�p�ta-t-il, mena�ant.</p><p>��Que voulez-vous, on ne peut pas toujours pleurer.</p><p>Mais des larmes soudaines emplirent ses yeux et comme elle levait la t�te pour le regarder il vit � la racine de son cou gracile, sous le collier qu'elle avait lou� pour les dissimuler, les meurtrissures qu'elle lui devait.</p><p>��Si je gagne, Philippe, murmura-t-elle, je vous demanderai de me donner ce pendentif d'or que votre famille tient depuis les temps lointains des premiers rois et que chaque a�n� doit accrocher au cou de sa fianc�e. Je ne me souviens plus tr�s bien de la l�gende qui est attach�e � ce collier, mais je sais qu'on racontait dans le pays qu'il avait le pouvoir magique de donner aux femmes de la famille du Plessis-Belli�re la vertu de courage. Pour moi vous avez d�daign� la tradition.</p><p>��Vous n'en aviez pas besoin, riposta Philippe brusquement.</p><p>Et la plantant l�, il marcha � grands pas vers le palais. Le lendemain � l'aube toute la Cour, � cheval, d�valait vers la for�t. La chasse fut tr�s r�ussie. � midi, un cerf splendide couronn� de dix cors, s'effondrait sur la mousse.</p><p>Le retour pour Saint-Germain fut d�cid� aussit�t apr�s la cur�e. Ang�lique, elle, rentrait sur Paris dans un carrosse pr�t� par Mme de Montespan. Au moment du d�part, elle vit le prince de Cond� qui lui adressait de loin des moulinets amicaux avec sa canne. Elle s'en fut lui faire sa r�v�rence.</p><p>��Monseigneur, lui dit-elle, la Cour est un lieu bien surprenant. Vous qui avez une grande exp�rience de ce monde, pourriez-vous me donner des conseils�?</p><p>��Mon petit, lui r�pondit-il, � la Cour vous n'aurez que trois choses � faire�: dire du bien de tout le monde, demander tout ce qui vaquera, et vous asseoir o� vous pourrez�!</p></section><section><p><strong>Chapitre 9</strong></p><p>Ang�lique retournait de Versailles � Paris en fiacre.</p><p>Le trajet lui parut court tant ses pens�es s'entrem�laient dans sa t�te. Elle avait du mal � imaginer que trois jours � peine s'�taient �coul�s. Toute cette vie nouvelle � la Cour l'intriguait, l'inqui�tait, la ravissait aussi. Elle �tait loin d'en d�m�ler les fils complexes. Le faste et les r�jouissances l'avaient moins subjugu�e cette fois que la vie bouillonnante de ce monde ferm�, r�gl�e comme un ballet et explosive comme un volcan. Le calme de son h�tel de la rue du Beautreillis lui ferait du bien. Elle �tait p�trie de courbatures, particuli�rement aux genoux, cons�quence des multiples r�v�rences distribu�es. Elle songea que l'�tat de courtisan devait aider � entretenir la souplesse des muscles jusqu'� un �ge avanc�. Pour sa part elle manquait encore d'entra�nement.</p><p>��Un bain chaud, un petit souper, et au lit�! Philippe ne me fera pas enfermer au couvent d'ici demain. Et, qui sait, la semonce du roi le maintiendra peut-�tre en respect pendant un moment.��</p><p>D�j� son optimisme reprenait le dessus. Elle regarda Paris, le trouva bien gris dans le soir � c�t� des perspectives dor�es de Versailles, mais reposant. Le portail donnant sur la grande cour d'entr�e de son h�tel �tait ouvert � deux battants.</p><p>��Je vais r�primander vertement le portier de ce d�sordre��, se dit-elle en sautant � terre, profitant de l'arr�t momentan� du v�hicule de louage devant la loge du suisse. Flipot, dont la vivacit� �tait toujours devanc�e par celle de sa ma�tresse, fit un saut pour venir soutenir la queue de son manteau.</p><p>��Pardon, excuse, Marquise, bredouilla-t-il.</p><p>Ang�lique ne le reprit m�me pas, tellement le spectacle qu'elle voyait l'absorbait.</p><p>��Mais c'est une v�ritable foire de village dans mon propre h�tel, ma parole�!</p><p>La cour, qu'elle avait laiss�e particuli�rement vide trois jours auparavant, �tait maintenant encombr�e d'un amoncellement de cal�ches, fiacres de louage, chaises � porteurs et jusqu'� trois carrosses, plut�t modestes il est vrai, mais fort envahissants.</p><p>��M'est avis, Marquise, qu'il y a chez vous comme qui dirait une descente de la ville. C'est-y qu'on prend votre turne pour la bonne auberge... sauf vot' respect�?</p><p>Mme du Plessis se fraya un passage assez difficile � travers la cohue h�t�roclite des cochers et valets de bas �tage sans aucun doute car la plupart n'avaient ni livr�e ni insignes, et qui maintenant ne reconnaissaient m�me pas la ma�tresse du lieu. L'un d'eux, un rustre au nez rouge et puant le vin, ne lui laissa le passage qu'en maugr�ant.</p><p>��Te presse pas, ma belle, t'arrives trop t�t�! Il y a bien d'autres personnes, plus importantes, qui attendent depuis le matin.</p><p>Flipot brailla � l'insolent que c'�tait la patronne � qui il s'adressait. L'autre se troubla � peine�:</p><p>��Ne cherche pas � m'�pater. La patronne d'ici c'est une grande dame qui est riche � millions et que le roi ne quitte pas d'une semelle � ce qu'il para�t. Elle s'am�nerait pas ici dans une vieille guimbarde et juste avec un petit laquais comme toi par-derri�re. Moi, qui ne suis qu'au service du premier valet de La Valli�re, eh bien�! tout premier valet qu'il est, il est quand m�me plus rupin que ta marquise. Tiens, pige-moi son carrosse, l� dans le coin. Vous n'auriez quand m�me pas le toupet de pr�tendre �tre re�us avant lui�? Non, mais des fois�!</p><p>Ang�lique poussa le personnage et passa, poursuivie par les hu�es de la valetaille et quelques exclamations joviales.</p><p>Cachant son inqui�tude croissante elle p�n�tra dans son antichambre, qu'elle trouva archi-bond�e de personnes qui lui �taient totalement inconnues.</p><p>��Th�r�se�! Marion�! appela-t-elle.</p><p>Aucun de ses domestiques ne parut. Par contre son exclamation apaisa un peu le brouhaha des ��envahisseurs��.</p><p>L'un d'eux portant une riche livr�e et une multitude de rubans fon�a sur elle... pour plonger aussit�t dans une r�v�rence de Cour qu'aucun prince n'e�t d�savou�e.</p><p>��Que Mme la marquise excuse l'extr�me libert� que je me suis permis de prendre, commen�a-t-il tout en p�lissant et en cherchant f�brilement quelque chose sous les pans de sa redingote. Ah�! enfin�! soupira-t-il d'aise en extirpant un rouleau de parchemin nou� d'un splendide n�ud de soie, tout en poursuivant�:</p><p>��Je suis le sieur Carmin, le premier valet de chambre de La Valli�re, et je viens vous remettre une supplique pour le ��privil�ge de location�� des carrosses entre Paris et Marseille...</p><p>� la vue du papier calligraphi�, toute la foule des mis�reux endimanch�s parut soudain fleurir de rectangles blancs. On e�t dit une envol�e de mouettes... sauf que les ��oiseaux�� restaient, eux, bien l�.</p><p>��Moi aussi, j'ai une supplique�: je suis ancien capitaine d'armes de Louis le Treizi�me. Reconnaissez ma barbe carr�e. C'est pour un privil�ge-location de chaises de spectacles royaux qui comblerait d'aise un des plus vieux serviteurs de la royaut�...</p><p>Le pauvre vieux tremblotait malgr� sa mise martiale et faisait peine � voir. Une grosse vieille dame qui, elle, devait �tre de bonne noblesse, mais dont le ch�le rapi�c� plusieurs fois trahissait la pauvret�, se jeta � terre aux pieds d'Ang�lique, en bousculant le v�t�ran.</p><p>��Je suis la baronne de Vaudu, mais pour soutenir mon rang j'ai mille difficult�s. Obtenez-moi seulement l'exclusivit� du d�chargement des charrettes de mar�e � la porte de Paris et vous ferez le bonheur de mes vieux jours.</p><p>Par une r�action nerveuse, Ang�lique fut saisie d'une envie irr�sistible de pouffer. Avec des hoquets dans la voix elle demanda�:</p><p>��La mar�e�?... Mais, ma pauvre baronne, je vous vois mal distinguer un hareng d'un maquereau...</p><p>La vieille dame se redressa et lui jeta un regard vip�rin.</p><p>��Fi donc, ma ch�re marquise�! Ce n'est pas � moi de m'occuper de ces horreurs. Bien entendu je trouverai un vieux Marseillais pour m'affermer au comptant et au viager le privil�ge que votre faveur aupr�s de notre tout-puissant souverain, ne manquera pas de m'obtenir. Quelques sols pour chacune des charrettes de poisson qui franchissent la Porte Saint-Denis.</p><p>Un petit vieillard � la barbiche rare �carta d�lib�r�ment, avec une force inattendue, la baronne.</p><p>��Madame du Plessis-Belli�re, c'est moi que vous devez �couter, je vous en conjure, car je viens pour une d�couverte scientifique, mais c'est ultra-secret.</p><p>��Monsieur, je ne vous connais pas et je n'ai pas � vous conna�tre. Allez voir M. Colbert�: il s'int�resse aux savants.</p><p>Un long colosse � l'aspect d�bonnaire accompagn� d'un aimable jeune homme s'interposa�:</p><p>��Parlons-en de ce drapier grigou�! Il ne conna�t rien aux Belles-Lettres, pas plus qu'aux sciences. Madame, au moins ne soyez pas injuste pour Monsieur Perrault et pour moi, car nous nous sommes vus chez Mlle de Lenclos, et aussi chez Mme de S�vign�.</p><p>��Ah�! je vous reconnais, Monsieur de La Fontaine, et aussi, je crois, Monsieur Perrault. C'est bien vous, n'est-ce pas, qui �tes intendant aux B�timents du roi�?</p><p>��Oui, Madame, r�pondit le jeune homme en rougissant presque.</p><p>��Entrez l� vous deux, leur dit Ang�lique. (Elle les poussa dans une des pi�ces du rez-de-chauss�e qui lui servait de cabinet de travail. ) Ouf�! fit-elle une fois qu'elle eut r�ussi � refermer la porte sur eux.</p><p>Elle s'aper�ut que le vieillard � barbiche avait profit� de l'occasion pour se faufiler, mais n'eut pas le courage d'entamer une discussion pour s'en d�barrasser. Quant � M. de La Fontaine elle ne lui avait jamais parl�, mais elle avait vu tant de fois et partout sa longue silhouette v�tue � la diable et sa perruque un peu mit�e toujours pos�e de guingois, que c'�tait presque une vieille relation. On disait que c'�tait un gar�on de Belles Lettres et qui faisait des vers. On le disait aussi fort r�veur, jusqu'� en oublier pendant trois semaines qu'il �tait mari�. Il amusait Ninon par ses distractions et son esprit. Ang�lique ne lui accordait pas une sympathie sans restrictions, d�celant chez ce pensionn� du roi les mille ruses des pique-assiette, qui ne savent vivre que de mendicit� d�guis�e.</p><p>��Comment et pourquoi vous �tes-vous fourvoy�s dans cette foire�? interrogea-t-elle avec s�v�rit�. Ignoriez-vous que j'�tais � Versailles�?</p><p>��Au contraire�; nous le savions. Et c'est pour vous cueillir aussit�t votre retour de ces lieux b�nis que nous avons fait antichambre depuis ce matin. Le bruit de votre faveur...</p><p>��Mais qu'est-ce donc, cette faveur dont on me rebat les oreilles�! s'exclama Ang�lique. Que diable, je ne suis pas la seule personne qui ait �t� re�ue � Versailles�! J'y paraissais quasi pour la premi�re fois.</p><p>��Ce qui n'a pas emp�ch� le roi de vous retenir plus de deux heures seul � seul.</p><p>��Seul � seul�? Il y avait M. Colbert, et c'�tait dans le cabinet de travail de Sa Majest�.</p><p>��C'est presque plus grave que si vous aviez �t� re�ue dans son alc�ve. Le fait est rare, inou�: une femme dans le cabinet de travail de Sa Majest�...</p><p>��Si vous saviez de quoi nous nous sommes entretenus, vous ne feriez pas tant d'histoires. Il �tait question de... Et puis non, cela ne vous regarde pas.</p><p>��Vous avez raison, susurra La Fontaine avec un geste qui signifiait qu'un simple mortel comme lui n'avait pas � entrer dans le secret des dieux. Il nous suffit de savoir que Jupiter a rencontr� V�nus et cette rencontre ayant eu lieu sous le patronage de Mercure, l'Olympe r�unie ne peut qu'augurer les plus grandes f�licit�s d'un tel �v�nement.</p><p>Ang�lique se laissa tomber sur un divan et ouvrit son �ventail.</p><p>��Je ne suis pas V�nus et, tout compte fait, le roi ne m'a pas paru si proche de Jupiter. Quant � M. Colbert, si vous l'avez d�j� trait� de Mercure, cela ne m'�tonne pas que vous l'ayez m�content�; il a d� croire que vous vous moquiez, car malgr� ses grandes capacit�s il n'a rien d'un homme qui porte des ailes aux talons.</p><p>��Pr�cis�ment, c'est � sa grande intelligence commerciale que je faisais allusion. Ignorez-vous que Mercure est consid�r� comme le dieu du Commerce�?</p><p>��J'ignorais. Et M. Colbert aussi, sans doute. Quelle triste chose que l'ignorance�! dit-elle avec une moue d'ironie.</p><p>��Et voil� pourquoi ce ministre obtus professe un tel m�pris pour les Belles-Lettres, dit le po�te d'un ton un peu aigri.</p><p>��Vous exag�rez, sans doute...</p><p>��Comment comprendre autrement l'acte de vandalisme qu'il vient de commettre en retirant leurs pensions aux trois quarts des �crivains soutenus par Sa Majest�.</p><p>��Mais n'ai-je pas entendu dire que c'�tait pour les examiner avec soin et les rendre � la plupart d'entre eux, sans doute augment�es�?...</p><p>��En attendant, comment peut vivre un po�te qui n'a pour tout potage que le jeton de l'Acad�mie des Belles-Lettres fix� � trente-deux sous par jour�?</p><p>��Avec trente sous vous pouvez acheter une livre de bon beurre, deux poulets, une douzaine d'�ufs, un pot de cidre et deux livres de pois chiches ou de f�ves. Et il vous en restera encore pour aller boire du chocolat ��� la Naine Espagnole��, dit en riant la jeune femme qui voyait enfin o� voulait en venir ce po�te aussi pratique que r�veur.</p><p>Le bon La Fontaine prit un air de comique navr�.</p><p>��H�las�! ch�re marquise, si vos comptes sont impitoyablement exacts, vous jugez pour nuls bien des impond�rables qui existent. Ainsi pour l'institution des jetons de l'Acad�mie nous sommes astreints � des heures de pr�sence, � justifier nos activit�s, comme si l'activit� d'un po�te pouvait se mesurer � l'aune de drap�! En bref, nous travaillons beaucoup plus, donc nous avons beaucoup plus faim.</p><p>Ang�lique s'�tait lev�e et avait pris une bourse dans sa cassette.</p><p>��Voici pour vous permettre d'attendre le retour de votre pension, Monsieur de La Fontaine. Quant � ma faveur pr�s du roi, n'y comptez pas trop car vous savez que la trompette de la Renomm�e s'y entend pour faire une montagne du moindre caillou.</p><p>La mimique du po�te montrait que pour l'instant le viatique d'Ang�lique avait combl� ses esp�rances.</p><p>��Et vous, Monsieur Perrault, s'informa-t-elle, tourn�e vers le jeune homme, que d�sirez-vous�?</p><p>��Moi, Madame, sursauta-t-il, mais... Non... je ne crois pas... c'est-�-dire... ce sont vos d�sirs qui priment.</p><p>��Oh�! alors, dans ce cas-l�, je vous les avouerai sans ambages. Je voudrais qu'on me laisse tranquille, et prendre un bon bain.</p><p>����Suzanne au bain��, s'exclama La Fontaine, lyrique, oh�! le charmant tableau�!</p><p>Comme elle se dirigeait vers une petite porte donnant sur ses appartements il lui embo�tait le pas.</p><p>��Je ne suis pas Suzanne, dit-elle cat�gorique, et vous n'�tes pas des vieillards.</p><p>��Si, moi, s'empressa le troisi�me visiteur, qu'elle avait oubli�.</p><p>��Comment, vous�?</p><p>��Je suis un vieillard, si c'est cela que vous demandez, belle dame... et aussi je suis Savary, apothicaire, et je dois vous voir en priv� pour une affaire qui regarde le roi, vous, et surtout la science.</p><p>��Oh�! piti�, g�mit-elle. J'ai mal � la t�te, ne comprenez-vous pas�? Et ni les muses ni la Science ne me sont d'aucun secours. Tenez, prenez cette bourse vous aussi, mais partez�!</p><p>Le petit barbichu ne parut pas voir l'argent qu'elle lui tendait mais s'approchant d'elle lui mit d'autorit� quelque chose dans la bouche que dans sa stup�faction elle avala aussit�t.</p><p>��Ne craignez rien, madame�! Ce sont des boulettes contre les maux de t�te les plus rebelles, dont j'ai rapport� le secret d'Orient, car je suis droguiste-apothicaire comme je viens d'avoir l'honneur de vous le dire, et aussi ancien marchand d'Orient.</p><p>��Marchand, vous�? s'�tonna Ang�lique examinant la figure ch�tive du vieil homme.</p><p>��Je suis attach� aux deux �chevins du Bureau de Commerce de Marseille, et c'est ainsi que j'ai entendu M. Colbert parler de vous comme ayant un commerce maritime.</p><p>La jeune femme observa avec r�ticence que son seul bateau ne faisait que le commerce des Indes Occidentales, mais nullement d'Orient.</p><p>���a ne fait rien, s'obstina-t-il, je n'en ai pas � votre bateau, mais au sujet d'une affaire qui int�resse la personne du roi et vous-m�me.</p><p>Ang�lique e�t bien voulu l'envoyer aux quatre diables. D'ailleurs les deux gloires de l'Acad�mie se retiraient enfin fort civilement par une porte de derri�re.</p><p>��Ma demande va vous para�tre extr�mement singuli�re, continuait le pharmacien, indiscr�te et voire saugrenue. Tant pis�! Car j'esp�re tout de vous et ne puis reculer. J'abr�ge. Sa Majest� va recevoir dans quelques jours un ambassadeur extraordinaire dont elle ignore encore elle-m�me la visite. En tout cas c'est officieux. J'abr�ge encore. C'est l'envoy� de Sa Majest� Nadreddin Chah in Chah de Perse, et qui viendra n�gocier un trait� d'assistance mutuelle et d'amiti� avec le roi de France.</p><p>��Et vous �tes un agent secret du Chah de Perse�? se moqua-t-elle.</p><p>Le visage du vieux monsieur se rembrunit d'une peine qui le fit ressembler � un b�b� malheureux. Il poursuivit, en geignant�:</p><p>��H�las�! j'aurais bien voulu l'�tre�! Et je ne m'en serais pas plus mal acquitt� qu'un autre. Le persan, le turc, l'arabe et l'h�breu sont des langues que je pratique et �cris couramment. J'ai �t� quinze ans esclave d'abord chez le Grand Turc � Constantinople, puis en �gypte et j'allais �tre achet� par le sultan du Maroc, qui avait entendu parler de mes connaissances m�dicales lorsque, par l'entremise des P�res de la Mercy, un mien parent a obtenu mon rachat. Mais la question n'est pas l�. Ce que je veux, c'est que, dans l'int�r�t de votre roi ainsi que dans le v�tre et celui de la Science, vous parveniez � vous procurer un faible �chantillon d'une denr�e rarissime que l'ambassadeur de Perse va certainement apporter � notre monarque. Il s'agit d'un liquide min�ral appel� ��moumie��, faute de mieux. Les Persans le poss�dent � l'�tat pur, tandis que moi je n'ai pu en obtenir que des �chantillons pr�lev�s dans les tombeaux �gyptiens sur les momies pr�cis�ment, qu'il servait � embaumer.</p><p>��Et c'est cette salet� que vous venez de me faire avaler�? s'exclama Ang�lique.</p><p>��Ne vous sentez-vous pas mieux�?</p><p>Surprise elle s'aper�ut que sa migraine avait disparu.</p><p>��Vous �tes un magicien�! observa-t-elle avec un sourire non voulu.</p><p>��Un chercheur scientifique tout au plus, Madame. Et si vous pouviez me procurer un �chantillon de cette liqueur je vous b�nirais, car cela m'aiderait dans les travaux auxquels j'ai consacr� toute ma vie. Je n'ai jamais pu en obtenir une goutte. Je l'ai seulement vue dans un flacon qui �tait gard� par trois mameluks. Vue et hum�e. Cela pue � cent toises � la ronde. Odeur �pouvantable autant que d�licieuse. Cela tient du cadavre et du musc... C'est merveilleux�! exulta-t-il.</p><p>Elle commen�ait � soup�onner qu'elle avait peut-�tre affaire � un fou ou � un bonhomme atteint de s�nilit� pr�coce. ��D'abord ne pas le contrarier��, se dit-elle. Elle essaya de se d�barrasser de son visiteur en reconduisant avec douceur. Elle promit de faire son possible. Encore qu'elle dout�t qu'elle p�t avoir acc�s � ce cadeau, surtout si pr�cieux.</p><p>��Vous pouvez tout�! affirma-t-il avec force. Il faut absolument vous trouver l� lorsque l'ambassadeur viendra remettre son pr�sent. Et si jamais l'entourage du roi et surtout ses m�decins ignares m�prisaient la valeur de cet objet et commettaient le blasph�me de vouloir le jeter, promettez-moi d'en recueillir la moindre goutte. O, surtout, SAUVEZ MA MOUMIE MIN�RALE�!</p><p>Ang�lique promit tout ce qu'il voulut.</p><p>��Merci�! Merci mille fois, � belle Madame�! Vous me rendez l'espoir. Avec une souplesse surprenante il s'agenouilla devant elle et toucha plusieurs fois le tapis de son front chenu.</p><p>Puis il se releva en s'excusant de cette habitude orientale qu'il avait conserv�e de sa longue captivit� chez les Barbaresques.</p><p>Ang�lique renouvela ses promesses tout en le poussant insensiblement vers la sortie. Elle ne put se retenir de lui demander pourtant ce qui lui valait cette invasion subite de solliciteurs.</p><p>Le vieillard se redressa, d�gris� et paraissant tr�s ma�tre de lui et tr�s lucide. Il dit qu'ayant aper�u Ang�lique il avait compris qu'elle �tait cr��e pour prendre la premi�re place partout o� elle passait.</p><p>��Mais o� donc m'avez-vous aper�ue�?</p><p>��� la Cour.</p><p>��� la Cour�? Vous�?</p><p>��Ne vous ai-je pas dit que j'�tais attach� aux �chevins du Commerce de Marseille�?</p><p>Sans s'expliquer davantage, il continua�:</p><p>��Je ne peux ignorer votre fortune montante aupr�s du roi, pour les raisons que vous ont expos�es ce tant�t ces messieurs de l'Acad�mie. Mais ce qui vous met en valeur c'est aussi le discr�dit de Mme de La Valli�re qui va en augmentant � la Cour.</p><p>��Le discr�dit�? Je la croyais � l'apog�e de sa faveur.</p><p>��Elle l'est, madame�; mais un savant comme moi peut inf�rer que d�j�, rien que de ce fait, sa chute ne saurait qu'�tre proche puisque, � un sommet de courbe, un ��maximum�� comme l'e�t dit Descartes, correspond fatalement une retomb�e appel�e ��minimum��. Mais � ces pr�visions, en quelque sorte math�matiques, j'en vois d'autres�; naturelles et de l'ordre instinctif, des ph�nom�nes qui font que les rats quittent le bateau en p�ril. Les habitu�s ordinaires de Madame de La Valli�re, et jusqu'� son premier valet de chambre, ont d�sert� pour venir chez vous. Cela signifie que dans la course qui se pose�: � savoir qui sera la prochaine favorite de Sa Majest� vous partez bonne gagnante.</p><p>��Absurde�! fit Ang�lique avec un haussement d'�paules. Ma�tre Savary, vous avez beaucoup trop d'imagination pour votre �ge.</p><p>��Vous verrez�! Vous verrez�! dit le petit vieux, dont les yeux p�till�rent derri�re les verres de son gros lorgnon.</p><p>Il s'�clipsa enfin.</p><p>*****</p><p>Rest�e seule, Ang�lique enregistra alors que quelque chose avait chang� dans la maison. C'�tait le silence subit et total.</p><p>Elle agita une sonnette, n'osant se risquer dans l'antichambre. Au bout d'un moment elle entendit le pas de Roger, son ma�tre d'h�tel, qui parut.</p><p>��Madame, votre souper est servi.</p><p>��Il est bien temps�! Mais o� sont tous les solliciteurs�?</p><p>��J'ai fait courir le bruit que vous �tiez repartie secr�tement pour Saint-Germain. Et tous ces abrutis ont aussit�t quitt� l'h�tel, � votre poursuite. Que Mme la marquise m'excuse, mais nous ne savions comment faire face � une telle affluence.</p><p>��Vous devriez le savoir, ma�tre Roger, sinon je me priverai de vos services, dit-elle d'un ton cassant.</p><p>Le jeune ma�tre d'h�tel se plia en deux en affirmant que d�sormais il trierait avec le plus grand soin tous les visiteurs.</p><p>Ang�lique soupa l�g�rement d'un potage, d'un salmis d'�ufs de carpes, d'un orge mond� et d'une salade de surgeon de choux qu'on appelait alors brocoli. Elle se mit au lit et dormit d'un trait.</p><p>Le lendemain, avant toutes choses, elle s'installa � son �critoire et r�digea une missive � l'adresse de son p�re en Poitou. Elle lui mandait d'exp�dier au plus t�t sur Paris, avec leurs domestiques, ses deux fils Florimond et Cantor, dont il avait la charge depuis plusieurs mois. Quand elle sonna pour faire venir le ��galopeur�� attitr� de sa maison, le ma�tre d'h�tel lui rappela que l'homme en question avait disparu depuis quelques jours avec les chevaux, ainsi d'ailleurs que tout le personnel attach� aux �curies. Mme la marquise n'ignorait pas que ses �curies �taient vides de v�hicules, de b�tes et d'hommes, � part deux chaises � porteurs oubli�es.</p><p>Ang�lique eut toutes les peines du monde � se contenir devant le subalterne. Elle dit � Roger que lorsque ces sacripants de valets se pr�senteraient il devrait les faire jeter dehors � coups de b�ton, et leur retenir leurs derniers gages. Ma�tre Roger, toujours calme, fit remarquer qu'il y avait peu de chances de les voir se pr�senter, car ils avaient d�j� �t� engag�s au service de M. le marquis du Plessis-Belli�re. D'ailleurs, ajouta l'homme, la plupart de ces gar�ons n'avaient pas vu malice au fait de transporter les chevaux et les carrosses de Mme la marquise dans les communs de M. le marquis.</p><p>��Vous ne devez ob�ir qu'� moi ici�! fit Ang�lique.</p><p>Elle se reprit, dit � ma�tre Roger qu'il devait se rendre au plus vite � la place de Gresve, o� l'on pouvait embaucher des valets. Ensuite � la foire de St-Denis, pour les chevaux. Un attelage de quatre b�tes, plus deux coursiers de rechange suffiraient. Enfin il faudrait faire venir le carrossier de la rue qui, � l'enseigne de la ��Roue dor�e��, lui avait d�j� fourni ses voitures. Cela s'appelait de l'argent jet� par les fen�tres, et de la part de Philippe c'�tait du vol, ni plus ni moins. Pourrait-elle le d�noncer aux sergents du guet ou en justice�? Non, elle ne pouvait rien que subir. Et c'�tait bien l'attitude la plus contraire � son temp�rament.</p><p>��Et pour la lettre que Madame la marquise voulait envoyer en Poitou�? s'enquit le ma�tre d'h�tel.</p><p>��Faites-la exp�dier par la poste publique.</p><p>��Le d�part de la poste n'a lieu que le mercredi.</p><p>��Qu'importe�! La lettre attendra.</p><p>Pour se calmer les nerfs Mme du Plessis-Belli�re se fit porter en chaise Quai de la M�gisserie, o� elle avait son entrep�t d'oiseaux des �les. Elle y choisit un perroquet multicolore qui sacrait comme un boucanier de Saint-Christophe, mais ce d�tail n'�tait pas pour offusquer les oreilles de la belle Ath�na�s, au contraire.</p><p>Ang�lique y joignit un n�grillon, rev�tu aux couleurs de l'oiseau�: turban orange, justaucorps vert, culotte rouge, bas rouges brod�s d'or. Avec des souliers de laque noire aussi reluisants que sa frimousse, le petit Maure ressemblait � ces porte-torch�res v�nitiens de bois peint, dont la mode commen�ait � se r�pandre.</p><p>C'�tait un cadeau princier. Ang�lique savait que Mme de Montespan l'appr�cierait et � ses yeux, le sacrifice �tait bien plac�. Alors que des imb�ciles, sur des indices mal fond�s, s'empressaient de voir en elle une future favorite, elle serait presque la seule � faire sa cour dans la bonne direction. Elle ne put s'emp�cher de rire � cette pens�e que l'humanit� �tait donc stupide�!</p><p>*****</p><p>En attendant, son ��affaire de Cour�� � elle n'�tait pas r�solue. Et dor�navant il faudrait ajouter aux d�sagr�ments de d�marches innombrables et st�riles, celles qui �gareraient dans son antichambre les solliciteurs de tous poils, importuns et mauvais comme des taons en plein mois d'ao�t�!</p><p>Trois d'entre eux l'attendaient d�j� d'un pied ferme lorsqu'elle rentra rue du Beautreillis. Elle vit rouge et faillit les saisir au collet pour les jeter dehors.</p><p>��Bonjour Ang�lique, firent-ils d'une m�me voix.</p><p>La p�nombre ne lui avait pas permis de reconna�tre sur-le-champ ses trois derniers fr�res�: Denis, Albert et Jean-Marie.</p><p>Elle les voyait p�riodiquement et quand ils avaient besoin de subsides. Denis, qui �tait devenu un �norme gaillard de vingt-trois ans, servait aux arm�es, dans le r�giment de Touraine. Toute sa maigre solde d'officier �tait engloutie dans ses dettes de jeu. Il allait jusqu'� vendre son cheval, louer son valet. Albert et Jean-Marie, qui avaient dix-sept et quinze ans, �taient encore pages, l'un chez M. de Saint-Roman l'autre chez le duc de Mazarin. Ang�lique ne perdit pas son temps � leur demander ce qu'ils voulaient. De l'argent, comme d'habitude. Elle alla � sa cassette et leur compta quelques �cus en se dispensant aujourd'hui de leur faire la le�on. Denis et Jean-Marie se retir�rent satisfaits. Mais le jeune Albert la suivit jusque dans sa chambre.</p><p>��Maintenant que tu es en bonne place, Ang�lique, il va falloir que tu m'obtiennes un b�n�fice eccl�siastique�!</p><p>��Combien poss�des-tu pour l'acqu�rir�?</p><p>��Tu m'aideras. J'ai entendu dire que l'abbaye de Nieul allait tomber en vacation. Ang�lique, qui commen�ait � d�grafer son corsage devant la psych�, se retourna�:</p><p>��Tu n'es pas fou�?...</p><p>��L'abbaye de Nieul est situ�e sur vos terres du Plessis...</p><p>��Point du tout�! C'est un �norme domaine ind�pendant, une v�ritable seigneurie. Il y a d'ailleurs plusieurs b�n�ficiaires qui en d�pendent. L'abb� est le principal, mais il doit aussi avoir re�u les ordres et r�sider.</p><p>��Par l'interm�diaire de Raymond notre fr�re j�suite, je pourrais obtenir des dispenses...</p><p>��Tu as re�u un coup d'estoc, ce n'est pas possible, mon pauvre ami�! lui dit sa s�ur en le regardant avec m�pris.</p><p>Elle ne l'aimait gu�re. Il avait une beaut� p�le assez proche de celle de Marie-Agn�s, mais elle ne reconnaissait pas dans son long corps d�gingand� la robustesse des gar�ons de Sanc�. Elle lui trouvait des mani�res sournoises qui n'�taient pas dans le genre de la plupart des membres de sa famille. En somme, il ressemblait � Hortense.</p><p>��Un petit d�bauch� comme toi, abb� de Nieul�! Tout de m�me, il y a des limites�! Je sais la vie que tu m�nes. Il n'y a pas si longtemps tu te faisais soigner par un empirique du Pont-Neuf pour une maladie de gar�on que tu avais attrap�e le diable sait o�. Tu vois, je suis bien renseign�e...</p><p>Le jeune page avala sa salive d'un air offusqu�.</p><p>��Je ne te savais pas si b�gueule. Cela te va d'ailleurs fort mal. Tant pis�! Je me passerai de tes services.</p><p>Il s'�loigna d'un pas hautain, mais lui jeta avant de refermer la porte�:</p><p>��J'arriverai quand m�me � mes fins. J'arrive toujours � obtenir ce que je veux.</p><p>En cette derni�re boutade, il �tait bien un Sanc�.</p><p>L'instant d'apr�s elle ne songeait d�j� plus � lui. On venait d'annoncer le sieur Binet, son coiffeur. Elle go�ta un moment de d�tente � se remettre entre les mains de l'homme de l'art et � le voir disposer avec soin ses peignes, ses fers, son petit r�chaud de vermeil, ses flacons, ses bo�tes d'onguent.</p><p>��Les affaires vont-elles, Binet�?</p><p>��Elles pourraient aller mieux, Madame.</p><p>��Votre esprit inventif se trouve-t-il en d�faut pour cr�er de nouvelles merveilles sur la t�te de ces dames et de ces messieurs�?</p><p>��Oh�! l'esprit inventif est encore une des denr�es dont je dispose le plus facilement et qui me co�te le moins cher. Vous a-t-on parl� de ce baume � la cendre d'abeille que j'ai compos� pour fortifier les cheveux rares�? Cela donne beaucoup d'esp�rance � bien des personnes qui n'ont pas la fortune de poss�der une chevelure comme la v�tre, Madame.</p><p>D'une main experte il soulevait la masse de boucles soyeuses d'un blond bruni travers� de reflets plus clairs, comme des coul�es de soleil.</p><p>��J'ai ou� dire que vous aviez eu le plus grand succ�s � Versailles et que vous aviez retenu longuement l'attention du roi.</p><p>��Je l'ai entendu dire aussi, fit Ang�lique avec un soupir r�sign�.</p><p>��Madame, saviez-vous que ma modeste profession risque d'�tre atteinte cruellement et que j'ai song� � vous pour une intervention qui nous sauverait peut-�tre, nous modestes artisans-perruquiers, d'un grave pr�judice�?</p><p>Sans attendre il lui expliqua qu'un monsieur Du Lac avait sollicit� du roi la permission d'�tablir ��un bureau�� dans Paris o� toutes les perruques seraient apport�es pour y �tre contr�l�es et y �tre appos�es d'une marque au-dedans de la coiffe avec d�fense d'en d�biter qu'elles ne soient contr�l�es, sous peine de confiscation et de cent livres d'amende. Pour le droit de contr�le, le sieur Du Lac se r�servait de percevoir dix sols par perruque.</p><p>��La chose est contrariante pour vous, mais il est presque certain que le roi refusera d'y donner suite. Il ne s'occupe pas de telles sottises...</p><p>��C'est ce qui vous trompe, Madame. Le sieur Du Lac fait partie de la maison de Mlle de La Valli�re, et Sa Majest� accepte tous les placets pr�sent�s de sa part. Celui dont je vous parle est d�j� � l'�tude au Conseil d'En Haut.</p><p>��Alors tu n'as qu'� faire pr�senter un placet contradictoire par les mains de quelqu'un de puissant dans l'entourage du roi.</p><p>��Par exemple vous, Madame, s'empressa de dire Binet en sortant imm�diatement d'un sac une missive cachet�e. Votre bont� ne refusera pas de s'entremettre pour d�poser cette juste r�clamation entre les mains de Sa Majest�...</p><p>Ang�lique balan�a un instant sur ce qu'il convenait de faire. Elle tenait � �tre bien coiff�e. Une femme qui sait de quels �l�ments se compose sa r�ussite dans le monde, ne contrarie pas son coiffeur alors que s'ouvre la saison des grandes f�tes de l'hiver. Elle prit donc le placet, mais refusa de s'engager. Binet �clata de satisfaction.</p><p>��Madame vous pouvez tout, j'en suis convaincu, je vous connais depuis trop longtemps. Vous allez voir, je vais vous parer comme une d�esse.</p><p>��Ne d�pense pas ton g�nie trop t�t. Je ne t'ai rien promis et je ne sais comment diable je m'y prendrai... Que t'imagines-tu�? Je n'ai aucune place � la Cour, o� je n'ai �t� que deux fois.</p><p>Mais l'optimiste Binet lui faisait toute confiance. Il la retint deux heures sous sa d�pendance volubile et enthousiaste. Apr�s quoi Ang�lique ne put s'emp�cher de sourire � son miroir.</p><p>��J'ai compl�t� ma r�clamation d'une requ�te, expliqua encore Binet avant de la quitter. Je sollicite l'emploi de perruquier pr�s de Sa Majest�.</p><p>��Ton ambition tombe mal. Il se trouve que nul dans le royaume n'a moins besoin de tes services que le roi. Il poss�de une chevelure naturelle qui vaut toutes les perruques du monde et qu'il ne sacrifierait pas sans r�pugnance.</p><p>��La mode est la mode, fit Binet, sentencieux. Les rois eux-m�mes doivent s'incliner devant elle. Or la mode est � la perruque. Elle donne de la majest� au visage le plus commun, de la gr�ce aux traits les moins engageants. Elle pr�serve les chauves du ridicule et les vieillards des coryzas, et elle prolonge pour tous deux l'�ge des agr�ables conqu�tes. Qui peut se passer de perruque d�sormais�? T�t ou tard le roi y viendra. Et moi, Fran�ois Binet, j'ai mis au point un mod�le sp�cialement �tudi� pour Sa Majest�, qui lui permettra de porter perruque sans pour cela sacrifier sa chevelure ni la dissimuler enti�rement.</p><p>��Vous m'intriguez, monsieur Binet.</p><p>��Madame, je ne confierai mon secret qu'au roi seul.</p><p>*****</p><p>Le lendemain, Ang�lique, ayant d�cid� qu'elle ne pouvait plus se passer de l'atmosph�re de la Cour, prit le chemin de Saint-Germain-en-Laye, dont Louis XIV avait fait depuis trois ann�es sa r�sidence habituelle.</p></section><section><p><strong>Chapitre 10</strong></p><p>Ang�lique mit pied � terre � l'entr�e des jardins. Les abords �taient plus anim�s encore qu'� Versailles. Toute la petite ville participait � la vie de la Cour. Badauds, solliciteurs, fonctionnaires, domestiques allaient et venaient librement. La terrasse, longue de plus de cinq lieues, r�alis�e par Le N�tre, s'allongeait dominant l'un des plus beaux panoramas de l'Ile-de-France.</p><p>� l'instant m�me le roi arriva dans son carrosse tir� par six chevaux isabelle blancs somptueusement harnach�s, entour� de quatre cents seigneurs tous � cheval et le chapeau � la main. L'extraordinaire assembl�e se d�tachait en multiples coloris sur les frondaisons rousses de la for�t, tandis qu'au loin s'apercevait la plaine aux tons bleu doux et vert cendr� o� brillait le cours ondoyant de la Seine.</p><p>Le marquis de La Valli�re, l'un des premiers offrit � Ang�lique d'�tre son cavalier, puis le marquis de Roquelaure, Brienne, Lauzun, s'arr�t�rent. Ces messieurs �taient fort excit�s, discutant la derni�re nouvelle � l'ordre du jour. Le roi avait fait venir son tailleur afin de lui donner des directives au sujet des fameux justaucorps bleus dont il voulait cr�er l'ordre tr�s peu monastique, sinon tr�s honorifique. Soixante gentilshommes seraient �lus. Ils pourraient suivre le roi dans ses petits voyages de plaisir sans en demander la permission. Ils rev�tiraient � cet effet l'uniforme qui serait aux yeux de tous l'�clatant t�moignage de l'amiti� que le souverain leur portait�; casaque de moire bleue, disait-on, doubl�e de rouge, brod�e d'un dessin d'or et d'un peu d'argent, avec les parements et la veste rouges.</p><p>��Notre ami Andijos nous doit une agr�able surprise, dit Lauzun. Je crois que sa faveur est au plus haut point et que nous pouvons nous promener ensemble sans scrupules. Connaissez-vous les grottes de Saint-Germain, ma beaut�?</p><p>Sur sa r�ponse n�gative il lui prit le bras et l'enlevant d'autorit� � ses autres admirateurs, l'emmena voir ces curieuses grottes anim�es ou parlantes, qui dataient du bon roi Henri. Des artistes italiens, les Francinet, �tablis en 1590 comme ��ma�tres dans l'art d'utiliser les eaux pour l'embellissement des parcs et des jardins��, les avaient peupl�es de toute une mythologie m�canique que l'eau faisait comme vivre et parler. La premi�re grotte �tait habit�e par Orph�e, qui jouait de la harpe. Des animaux paraissaient tour � tour, chacun poussant le cri de son esp�ce. La deuxi�me abritait un berger qui chantait, accompagn� d'un ch�ur d'oiseaux. Dans la troisi�me, o� l'on pouvait voir un Pers�e automate d�livrant Androm�de tandis que des tritons soufflaient dans leurs conques, Lauzun et sa compagne rencontr�rent Mlle de La Valli�re et quelques-unes de ses suivantes. Elle �tait assise au bord d'un des bassins, laissant tremper ses doigts fins dans l'eau murmurante.</p><p>Le marquis de Lauzun lui fit sa cour et la jeune femme lui r�pondit avec enjouement. Rompue depuis sa jeunesse aux r�gles de la conversation, une longue habitude du monde avait eu raison de sa timidit� et de la honte qu'elle ne pouvait s'emp�cher d'�prouver depuis qu'elle �tait devenue au su de tous la ma�tresse du roi. Elle souffrait de para�tre, mais demeurait ais�e et gracieuse. Son regard glissa vers Ang�lique avec int�r�t.</p><p>��Mlle de La Valli�re attire l'affection mais pas le d�vouement, fit remarquer celle-ci, tandis qu'elle continuait sa promenade sous le couvert des galeries de verdure. Lauzun ne releva pas ses paroles.</p><p>Il l'examinait du coin de l'�il. Elle poursuivit son raisonnement�:</p><p>��Ces valets et ces pique-assiette qu'elle entretient sans le savoir et presque sans le vouloir, sont pr�ts � l'abandonner au moindre mauvais vent. Il n'y a certainement pas eu dans l'Histoire de favorite moins exigeante pour elle-m�me et qui cependant donne autant l'impression de piller le Tr�sor Royal. Les prot�g�s de Mlle de La Valli�re repr�sentent un fl�au. On les retrouve partout, les dents longues, tendant la main et insatiables.</p><p>��Vos petites id�es sur les petites coteries de la Cour me semblent d�j� assez claires pour votre petite exp�rience, dit Lauzun. Attendez�! fit-il en s'arr�tant, et levez les yeux vers les arbres, s'il vous pla�t.</p><p>Ang�lique s'ex�cuta sans comprendre.</p><p>��Admirable�! soupira Lauzun. Vos yeux deviennent alors verts et liquides comme une eau de source. On s'y rafra�chirait.</p><p>Il lui baisa les paupi�res. Elle l'�carta d'un l�ger coup d'�ventail.</p><p>��Ne vous croyez pas oblig� de jouer au satyre parce que nous sommes en for�t.</p><p>��Il y a pourtant longtemps que je vous adore.</p><p>��Votre adoration est de celles dont on fait les bonnes amiti�s. Je voudrais que vous la mettiez � mon service pour me permettre d'acqu�rir une charge � la Cour.</p><p>��Ang�lique, vous �tes une enfant beaucoup trop s�rieuse. On vous montre de beaux joujoux m�caniques et vous les regardez distraitement en songeant � vos devoirs d'�cole. On vante vos beaux yeux et vous parlez charges et emplois.</p><p>��Qui n'en parle pas ici�?</p><p>��On parle aussi des beaux yeux�!... Et de l'amour, dit Lauzun en passant un bras c�lin autour de sa taille.</p><p>Elle ne voulut pas l'entendre et le pr�c�da pour entrer dans la quatri�me grotte, o� Vulcain et V�nus voguaient ensemble sur une coquille argentine. Il y avait foule, et comme elle s'approchait elle reconnut le roi.</p><p>��Ah�! voici la charmante bagatelle, fit celui-ci en l'apercevant.</p><p>Ang�lique ex�cuta sa premi�re grande r�v�rence de la journ�e. Elle la renouvela pour Monsieur et Madame, qui �taient �galement pr�sents.</p><p>Le roi s'�tant mis � parler avec le marquis de Lauzun elle se m�la au groupe des dames et des courtisans et les suivit pendant la promenade � travers les jardins. Peu apr�s P�guilin revint, la prit par la main et la conduisit pr�s du roi.</p><p>��Sa Majest� a deux mots � vous dire...</p><p>Ang�lique fit une nouvelle r�v�rence et resta � hauteur de Sa Majest� tandis que le gros de la suite se maintenait � quelque distance.</p><p>��Encore deux apart�s de ce genre et je vais voir doubler le nombre des solliciteurs � mes portes��, pensa-t-elle.</p><p>��Madame, dit le roi, depuis notre derni�re entrevue � Versailles nous avons eu maintes fois l'occasion de nous f�liciter des vues tr�s justes, tr�s sages et tr�s nouvelles que vous nous aviez expos�es. Et nous avons pens� que nous vous en avions bien mal remerci�e. Si vous avez quelque faveur � nous demander c'est avec le plus grand plaisir que nous y soucrirons.</p><p>��Sire, Votre Majest� a d�j� eu la bont� de s'int�resser � l'avenir de mes fils.</p><p>��Cela va de soi�! Mais n'auriez-vous pas une requ�te plus pr�cise � m'adresser�?</p><p>Ang�lique pensa aussit�t � la demande de Binet et tira de son corsage le placet violemment parfum� aux essences de Provence du perruquier-coiffeur.</p><p>��Un coiffeur�? dit le roi surpris. Je vous parlais d'une requ�te de plus d'importance.</p><p>��Mais un coiffeur est quelqu'un de tr�s important, affirma Ang�lique, s�rieuse. Et, � mes yeux, celui-ci l'est plus que tous les autres coiffeurs de Paris car c'est le mien. En outre il affirme poss�der un secret qui permettrait � Votre Majest� de porter perruque sans pour cela sacrifier ni m�me cacher ses cheveux, qu'elle a fort beaux.</p><p>��Vraiment�? s'exclama le roi en s'arr�tant au milieu de l'all�e. Comment cela est-il possible�?</p><p>��Le sieur Fran�ois Binet m'a dit qu'il ne confierait son secret qu'� Votre Majest�, seul � seul.</p><p>��Le diable m'emporte si j'ai la patience d'attendre jusqu'� demain pour conna�tre la solution du probl�me�! Je suis sans cesse � me poser la question�: Couperai-je�? Ne couperai-je pas�? Mais, si cet artiste���dont j'ai entendu dire grand bien d'ailleurs���a trouv� vraiment le moyen de concilier ces deux extr�mes, ma parole, je le ferai duc�!...</p><p>Riant, avec cet entrain auquel il se laissait aller dans ses moments de d�tente, Louis XIV fit signe � son premier gentilhomme, lui remit le placet de Binet et lui donna des ordres pour qu'on f�t venir le perruquier � Saint-Germain.</p><p>*****</p><p>En regagnant, vers le soir, son logis parisien Ang�lique �prouvait une joie pu�rile d'avoir ainsi obtenu si rapidement sa premi�re requ�te. Elle se sentait presque toute-puissante, tout en devant s'avouer que ses propres affaires n'�taient gu�re avanc�es. Elle avait pris part � une collation suivie d'un petit bal, parl� avec une infinit� de gens, ex�cut� un nombre incalculable de r�v�rences et perdu 100 livres au cours d'une petite partie���assise���de lansquenet. N�anmoins, le lendemain et les jours suivants elle reprenait le chemin de la Cour. Elle ne voyait plus Philippe nulle part. Les �chos lui avaient appris qu'il avait �t� envoy� pour une inspection de quelques jours en Picardie. �tait-il en disgr�ce�? Non, car le Grand Louvetier avait rev�tu l'un des premiers la fameuse casaque bleue tant brigu�e. Ang�lique avait vu aussi le marquis de Louvois. � ses demandes d'�changes d'affaires, le ministre avait lev� les yeux au ciel et commenc� � exposer la situation ridicule et d�sastreuse dans laquelle il se trouvait. Certes il �tait propri�taire, et depuis longtemps, des b�n�fices des transports entre Lyon et Paris. Mais ne voil�-t-il pas qu'un fieff� coquin, un nomm� Collin, avait eu l'audace de demander ce m�me privil�ge et que le roi le lui avait accord�. Il se trouvait maintenant dans l'obligation de traiter avec un damn� valet de bas �tage, soit pour se faire rendre ses droits en accordant audit Collin un substantiel d�dommagement, soit en partageant avec lui, soit en abandonnant tout. Naturellement ce Collin appartenait � la maison de Mlle de La Valli�re, ce qui rendait la situation �pineuse vis-�-vis du roi. Louvois s'�tendit longuement et avec maussaderie sur cette d�sagr�able affaire et en oublia les compliments qu'il avait pr�par�s pour la ravissante marquise dont la beaut�, l'air � la fois sagace et ing�nu, commen�aient � hanter ses r�ves.</p><p>Le marquis de La Valli�re, que la longue conversation avec Louvois avait rendu nerveux, vint trouver Ang�lique, des reproches aux l�vres, mais se d�rida lorsqu'elle lui demanda s'il avait r�ussi � ��angliciser�� son Fran�ais mort � Tanger et dont il convoitait les biens. Oui, cette naturalisation posthume �tait en bonne voie. Les services de renseignement du marquis de La Valli�re lui avaient r�v�l� une origine �cossaise dans l'ascendance du pauvre comte de Rotefort.</p><p>Et les biens du vice-bailli de Chartres �taient-ils tomb�s dans son escarcelle�? Haussant les �paules, Jean-Fran�ois de La Baume Le Blanc, marquis de La Valli�re, laissait entendre � la fois qu'il �tait parvenu � ses fins et que la part obtenue ne suffisait pas � son app�tit.</p><p>*****</p><p>Par deux fois P�guilin de Lauzun r�ussit � entra�ner Ang�lique dans un coin tranquille avec le dessein tr�s avou� de lui prendre quelques baisers. Sans avoir l'air d'y toucher, elle s'informa de M. le duc de Mazarin. Ses scrupules religieux l'avaient-ils entra�n� � se d�faire enfin d'une de ses charges au profit de M. de Lauzun�?</p><p>Les joues rouges d'excitation, P�guilin lui dit que oui et que non. C'�tait un vrai casse-t�te, mais sur le point d'aboutir. M. le duc de Mazarin s'�tait en effet d�mis de sa charge de grand-ma�tre sur la pri�re de Madame de Longueville, qui avait dessein de la faire acheter pour monsieur son fils. Mais le trait� venant d'�tre conclu, lorsque Mme de Longueville avait demand� l'agr�ment du roi, celui-ci avait dit que la transaction ne lui convenait point, qu'il n'avait pas su que M. le duc de Mazarin voul�t s'en d�faire. M. le duc de Mazarin avait dit alors qu'il ne voulait plus la vendre. Le roi s'�tait mis en scrupules � son tour de la lui laisser. Il avait fix� lui-m�me le prix, r�solu d'en faire faire les fonctions par M. de Louvois et que celui qui en aurait le titre n'agirait que pour les actions de guerre. Et il avait propos� � M. de Lauzun de quitter sa charge de g�n�ral des dragons et de prendre celle, effective, de grand-ma�tre... Comme Mme du Plessis pouvait s'en douter, Lauzun s'�tait senti bless� de devoir remplir une charge dont les fonctions seraient exerc�es par M. de Louvois. Il avait suppli� humblement Sa Majest� de lui donner une place aupr�s de sa personne dans laquelle il p�t agir selon qu'il le jugerait � propos. Que s'il prenait celle de grand-ma�tre il aurait des d�m�l�s avec M. de Louvois. Le roi avait lou� les sentiments de M. de Lauzun et voulant lui donner des marques d'une plus grande confiance, il lui avait remis la garde de sa personne entre les mains et pris r�solution de lui donner une charge de capitaine des gardes du corps. En cons�quence il avait fait le comte de Ludre, grand-ma�tre. Celui-ci avait donn� sa charge de premier gentilhomme � M. de Gesvres, qui s'�tait d�fait de celle de capitaine des gardes du corps du roi entre les mains de M. de Lauzun. Qui avait donn� sa charge de colonel-g�n�ral des dragons � M. de Roure. Lequel s'�tait d�fait de celle qu'il avait dans les chevaux-l�gers et dont le prix avait servi � r�compenser M. le duc de Mazarin de sa charge de grand-ma�tre.</p><p>*****</p><p>Voil� comment Ang�lique entendit la chose. Les mains jointes sur ses genoux et l'air appliqu� elle fit ses classes, apprenant d'une part les arcanes compliqu�es des intrigues et de l'autre que le plus habile syst�me de d�fense d'une jolie femme qui veut fuir des hommages trop empress�s consiste � lancer l'audacieux dans le r�cit de ses espoirs et de ses ambitions pratiques. �tonn�e, elle s'apercevait qu'en cette Cour qu'on disait si galante, l'amour passait parfois apr�s l'int�r�t et, comme l'aurait cont� le fabuliste La Fontaine, le petit dieu �ros devait souvent se retirer bredouille devant le couple redoutable que formaient la Fortune aveugle, mont�e sur sa roue, et Mercure aux pieds ail�s.</p><p>Le roi orchestrait tout ce ballet compliqu� avec une conscience pointilleuse jamais lass�e, attentive. Il ��avan�ait�� tous ceux qui servaient autour de sa personne. Il fallait �tre vu et revu. Une insolence co�tait moins cher qu'une absence.</p><p>*****</p><p>Elle apprit peu apr�s que Binet avait re�u la charge de premier perruquier du roi. Il s'�tait acquis la reconnaissance de son souverain en lui pr�sentant une perruque qui comportait des ouvertures par lesquelles Sa Majest� pouvait faire sortir d'amples m�ches de sa propre chevelure. Ainsi le roi n'aurait pas � sacrifier sa parure naturelle, tout en profitant cependant des avantages et des commodit�s de la perruque. Toute la Cour voulut se faire coiffer par lui ou porter des perruques de sa cr�ation. On ne s'estimait � la mode qu'apr�s �tre pass� entre ses mains. Les �l�gants cr��rent un mot nouveau.</p><p>��Que pensez-vous de ma ��binette���? se demandaient-ils au passage.</p></section><section><p><strong>Chapitre 11</strong></p><p>Aux premi�res neiges, qui furent pr�coces cette ann�e-l�, toute la Cour s'en fut � Fontainebleau. Les paysans de la r�gion avaient r�clam� l'appui de leur seigneur, le roi de France, pour venir les aider � se d�barrasser des loups, qui leur causaient de grands ravages. � travers la campagne immacul�e, sous le ciel gris et bas, la longue file de carrosses, de fourgons, de cavaliers et de coureurs � pied s'�branla.</p><p>C'�tait toute une ville qui d�m�nageait. � la ��Bouche du Roi��, � ��la Chapelle du Roi��, � ��la Maison du Roi��, s'adjoignaient celle de la Reine, le jeu de paume, la maison militaire, la v�nerie et le mobilier de la couronne, jusqu'aux tapisseries somptueuses qu'on accrocherait aux murs pour se pr�server du froid. On y resterait huit jours � chasser le loup, ce qui n'emp�cherait pas bal, th��tre et ces charmantes collations de minuit appel�es ��m�dianoche��. La nuit venue, les torches de r�sine s'allum�rent aux porti�res. Dans un ruissellement de larmes de feu l'on parvint � Fontainebleau, l'ancienne r�sidence des rois de France au XIVe et dont Fran�ois Ier, qui l'avait aim�e, avait fait un des joyaux de la Renaissance avant d'y recevoir Charles Quint.</p><p>� Fontainebleau l'�tiquette se rel�chait un peu. Toutes les dames, m�me celles qui n'avaient pas droit au tabouret, pouvaient s'asseoir devant le roi et la reine, certaines sur un coussin, les autres sur le carreau. Ang�lique songea que par ce froid elle n'abuserait pas de la permission. La Grande Mademoiselle, qui aimait jouer les cic�rones, lui fit visiter la demeure royale. Elle lui montra le Th��tre chinois, la galerie Henri II et l'appartement o�, dix ans plus t�t, la reine Christine de Su�de avait fait assassiner son favori Monaldeschi. Mademoiselle avait bien connu la singuli�re souveraine du Nord, lors de son passage en France.</p><p>��Elle s'habillait de telle fa�on qu'elle ressemblait plut�t � un joli gar�on. Il n'y avait pas une seule femme dans sa suite�; un valet de chambre l'habillait, la mettait au lit et, puisqu'il faut tout dire, calmait ses d�sirs quand l'un de ses favoris ne se trouvait pas l� pour y r�pondre. La premi�re fois qu'elle a vu notre jeune roi, qui �tait timide � l'�poque, elle lui a demand� tout de go et devant la reine-m�re s'il avait des ma�tresses. Le cardinal Mazarin ne savait comment d�tourner la conversation, et le roi �tait aussi rouge que la robe du cardinal... Il serait moins embarrass� aujourd'hui...</p><p>Ang�lique l'�coutait distraitement, cherchant des yeux Philippe. Elle ne savait trop si c'�tait par d�sir ou crainte de le voir. Il n'y avait rien de bon � augurer de leur rencontre. Il n'aurait pour elle qu'un mot dur, un regard m�prisant. Mieux valait qu'il par�t l'ignorer, moins courtois � son �gard qu'envers n'importe quelle autre femme de la Cour. Il semblait avoir admis sa pr�sence, mais ce n'�tait peut-�tre qu'une tr�ve par �gard pour les recommandations du roi�? Ang�lique demeurait sur le qui-vive et pourtant, lorsqu'elle apercevait Philippe, elle ne pouvait s'emp�cher d'�prouver un sentiment complexe fait d'humble admiration et de secret espoir, dans lequel elle reconnaissait ses r�ves de jadis, lorsqu'elle n'�tait qu'une petite fille gauche devant l'�l�gant cousin aux boucles blondes.</p><p>��Combien sont durs � mourir nos r�ves d'enfants�!�� songea-t-elle.</p><p>Philippe demeura invisible pendant la premi�re journ�e d'arriv�e � Fontainebleau. Il pr�parait la chasse. On r�p�tait � l'envi combien les paysans �taient terroris�s par les fauves. Des moutons avaient �t� enlev�s jusque dans les bergeries. Un enfant de dix ans attaqu� et �gorg�. Une bande particuli�rement dangereuse semblait men�e par un grand m�le ��aussi gros qu'un veau��, affirmaient les manants qui l'avaient vu r�der aux abords des hameaux. Son audace �tait incroyable. Il venait souffler et gratter le soir aux portes des chaumi�res, o� les enfants, hurlant de peur, se serraient contre leur m�re. D�s le cr�puscule chacun se terrait.</p><p>*****</p><p>La chasse prit tout de suite un tour violent et implacable. On allait sus � la b�te fauve. Les paysans en grand nombre s'�taient pr�sent�s, arm�s de fourches et d'�pieux. M�l�s aux piqueurs ils aidaient � guider les chiens. Personne ne restait en arri�re. Gentilshommes et amazones connaissaient les loups. Il n'y en avait gu�re qui n'eussent �cout�, dans leur enfance, au fond des ch�teaux, le r�cit de leurs m�faits, et c'�tait la m�me haine ancestrale envers le carnassier redoutable, le loup fl�au des campagnes, qui entra�nait nobles et croquants sur les sentiers sauvages. Vers le soir six cadavres s'alignaient d�j� dans la neige.</p><p>Entre les branches rousses des arbres, les c�l�bres rochers de la for�t de Fontainebleau, les surprenantes falaises noires, les belv�d�res de gr�s, les balcons frang�s de gla�ons, vibraient de l'appel continu des cors.</p><p>Ang�lique venait de d�boucher dans une petite clairi�re qui formait un tapis blanc, �troitement gard�e, comme au fond d'un puits moussu, par un �boulis de gros rochers. Le chant des cors s'y r�percutait d'une fa�on harmonieuse et prenante. Elle arr�ta son cheval et �couta, reprise par la m�lancolie de r�miniscences lointaines. La for�t�! Il y avait si longtemps qu'elle ne s'�tait pas trouv�e en for�t. L'air humide aux senteurs de vieux bois et de feuilles mortes balaya d'un coup des ann�es �coul�es dans la puanteur bruyante de Paris, pour la ramener � ses premi�res joies dans la for�t de Nieul. Elle regarda les arbres aux tons chauds de rouille et de pourpre que l'automne n'avait pas encore d�pouill�s. La neige qui fondait avec un bruit de source avivait le coloris des feuillages et leur donnait, sous la caresse d'un timide soleil, un �tincellement de mati�res pr�cieuses. Dans la p�nombre du sous-bois Ang�lique vit briller les perles rouges d'un buisson de houx. Elle se souvint qu'on en cueillait par brass�es �</p><p>Monteloup, aux environs de No�l. Il y avait si longtemps de cela�! Le pr�sent d'Ang�lique du Plessis-Belli�re pouvait-il rejoindre le pass� d'Ang�lique de Sanc� par le modeste truchement d'un brin de houx�?</p><p>��La vie ne nous s�pare jamais de nous-m�mes��, se dit-elle, exalt�e comme si elle e�t re�u une promesse de bonheur.</p><p>C'�tait enfantin peut-�tre, mais elle n'avait pas encore renonc� aux mouvements pu�rils qui sont l'apanage de toutes les femmes. S'y abandonner �tait maintenant un luxe qu'elle pouvait s'offrir.</p><p>Elle glissa de son cheval et apr�s avoir jet� la bride de C�r�s sur une branche de noisetier, elle courut jusqu'au buisson de houx. Parmi les brimborions que toute �l�gante avait � sa ceinture, elle trouva un petit canif � manche de nacre avec lequel elle entreprit sa cueillette. Cela n'allait pas sans mal.</p><p>Ang�lique ne se rendit pas compte que le son des cors et le brouhaha de la chasse s'�loignaient, pas plus qu'elle ne per�ut tout d'abord l'agitation de C�r�s, qui tirait sur ses r�nes avec nervosit�. Elle ne r�alisa l'�moi de la b�te qu'� l'instant o� C�r�s, avec un hennissement de panique, arracha la branche de noisetier et s'enfuit au grand galop droit devant elle.</p><p>��C�r�s, appela Ang�lique, C�r�s�!</p><p>C'est alors qu'elle vit ce qui avait caus� la fuite de la jument. De l'autre c�t� de la clairi�re, encore � demi cach�e par les halliers, une forme r�dait.</p><p>��Le loup��, pensa-t-elle.</p><p>Lorsque celui-ci sortit du couvert des branches, s'avan�ant � pas peureux sur le tapis immacul�, elle sut que c'�tait le grand m�le terreur de la contr�e. Une b�te �norme, en v�rit�, grise et rousse comme la for�t, le dos arqu�, le poil h�riss�. Il s'immobilisa, ses yeux phosphorescents fix�s sur Ang�lique. Elle poussa un cri aigu.</p><p>Le fauve sursauta, eut un recul, puis commen�a � se rapprocher, les babines retrouss�es sur ses crocs f�roces. D'un instant � l'autre il allait bondir... La jeune femme jeta un regard derri�re elle � la haute falaise qui la dominait.</p><p>��Il faut absolument que j'essaie de me hisser le plus haut possible.��</p><p>Elle prit son �lan et r�ussit � s'�lever un peu, mais bient�t dut s'arr�ter. Ses ongles glissaient sur une surface lisse o� elle ne trouvait aucune prise.</p><p>Le loup avait saut� en avant. Mais il n'avait r�ussi qu'� accrocher le bas de sa robe. Retomb� il la guettait, r�dant, les yeux inject�s de sang. Elle cria encore de toutes ses forces. Son c�ur battait si fort qu'elle n'entendait plus d'autres bruits que ses coups sourds et d�sordonn�s. H�tivement, elle rassembla quelques mots d'une pri�re.</p><p>��Seigneur�! Seigneur�! Ne permettez pas que je meure si b�tement�!... Faites quelque chose�!...</p><p>Un cheval d�boucha au grand galop, freina des quatre fers dans un nuage de poudre neigeuse. Son cavalier sauta � terre.</p><p>Comme dans un r�ve Ang�lique vit s'avancer le Grand Louvetier, son mari, Philippe du Plessis-Belli�re. Ce fut une vision si extraordinaire qu'en une seconde tous les d�tails lui saut�rent aux yeux.</p><p>Philippe �tait sangl� dans un justaucorps de peau blanche, garni de larges broderies d'argent. La doublure de fourrure au col et aux revers des manches �tait de la m�me couleur blonde que sa perruque.</p><p>Il s'avan�ait d'un pas �gal, dans ses bottes de cuir blanc galonn�es d'argent. En sautant de cheval, il avait arrach� ses gants. Ses mains �taient nues. La droite tenait un couteau de chasse effil�, � poign�e d'argent.</p><p>Le loup s'�tait retourn� vers ce nouvel adversaire. Philippe marchait sur lui sans h�te, mais de fa�on implacable. Il n'�tait plus qu'� six pieds du loup lorsque celui-ci bondit, la gueule rouge ouverte sur ses crocs aigus.</p><p>D'un geste rapide comme l'�clair le jeune homme lan�a en avant son bras gauche. Sa main se referma comme une tenaille autour du cou de la b�te. De l'autre main, d'un seul coup il lui fendit le ventre de bas en haut. Le fauve se d�battait avec des r�les horribles, dans un �claboussement de sang. Enfin sa d�fense s'effondra. Philippe rejeta de c�t� le corps pantelant qui s'�croula, tandis que les entrailles se r�pandaient sur la neige. De toutes parts les piqueurs et les cavaliers envahissaient la clairi�re. Les valets retenaient la meute d�lirante autour du cadavre.</p><p>��Joli coup, monsieur le mar�chal, dit le roi � Philippe.</p><p>Dans le d�sordre, la situation d'Ang�lique passait encore inaper�ue. Elle avait pu se glisser au bas du rocher, essuyer ses mains �gratign�es, retrouver son chapeau. Un des piqueurs lui ramena son cheval. C'�tait un vieil homme blanchi sous le harnais de la v�nerie et qui avait son franc-parler. Lanc� sur les traces de Philippe il avait assist� � la fin du combat.</p><p>��Vous nous avez fait une belle peur, madame la marquise�! dit-il. Nous savions que le loup �tait par l�. Et quand on a vu votre cheval revenir les �triers vides et qu'on a entendu votre cri�!... Foi de piqueur, Madame, pour la premi�re fois j'ai vu M. le Grand Louvetier devenir p�le comme la mort�!</p><p>*****</p><p>Ce ne fut qu'au hasard de la f�te qui suivit qu'Ang�lique put se retrouver en face de Philippe. Elle avait en vain cherch� � le joindre depuis le moment o�, dress� dans son justaucorps sanglant, il lui avait jet� un regard furibond avant de remonter � cheval. Nul doute, il avait �t� sur le point de lui administrer une paire de gifles. Malgr� cela, elle estimait qu'une femme qui a eu la vie sauv�e par son mari lui doit au moins quelques remerciements.</p><p>��Philippe, lui dit-elle d�s qu'elle put le saisir entre deux tables du Grand Couvert, je vous suis tellement reconnaissante... Sans vous, c'en �tait fait de moi.</p><p>Le gentilhomme prit le temps de poser sur le plateau d'un valet qui passait le verre qu'il tenait en main puis, prenant le poignet d'Ang�lique il le lui serra � le briser.</p><p>��Quand on ne sait pas suivre une chasse � courre on reste chez soi � faire de la tapisserie, dit-il � voix basse, avec col�re. Vous ne cessez de me mettre dans des situations ridicules. Vous n'�tes qu'une paysanne grossi�re, une marchande sans �ducation. Un jour je saurai bien m'arranger pour vous faire chasser de la Cour et me d�barrasser de vous�!</p><p>��Pourquoi n'avoir pas laiss� Messire Loup se charger de l'affaire, comme il en mourait d'envie�?</p><p>��J'avais � tuer ce loup et votre sort m'importait peu. Ne riez pas, vous m'exasp�rez. Vous �tes comme toutes les femmes, qui s'imaginent invincibles et qu'on mourrait pour elles avec joie. Je ne suis pas de cette esp�ce. Vous apprendrez un jour, si vous ne l'avez pas compris, que moi aussi je suis un loup.</p><p>��Je veux en douter, Philippe.</p><p>��Je saurai vous le prouver, fit-il avec un sourire froid qui allumait dans son regard l'�tincelle des mauvais jours.</p><p>Il lui prit la main avec une douceur dont elle ne se m�fia pas, pour l'�lever jusqu'� ses l�vres.</p><p>��Ce que vous avez mis entre nous, Madame, le jour de notre mariage���la haine, la ranc�ur, la vengeance���ne s'effacera jamais. Tenez-vous-le pour dit.</p><p>Il avait contre ses l�vres le fin poignet. Soudain il le mordit cruellement. Il fallut � Ang�lique toute sa ma�trise mondaine pour ne pas hurler de douleur. En se reculant elle �crasa de son talon le pied de Madame qui se levait de table et qui, elle, cria. Ang�lique tr�s rouge puis tr�s p�le, balbutia�:</p><p>��Que Votre Altesse m'excuse�!</p><p>��Ma ch�re, vous �tes d'une maladresse...</p><p>Philippe rench�rit, d'un ton m�content�:</p><p>��En effet, prenez garde un peu � vos mouvements, Madame. Le vin ne vous r�ussit pas.</p><p>Ses yeux brillaient d'ironie m�chante. Il s'inclina tr�s bas devant la princesse, puis quitta ces dames pour suivre le roi, qui se dirigeait vers les salons. Ang�lique prit son petit mouchoir de dentelle et l'appliqua sur la morsure. La douleur brutale lui avait port� un coup au c�ur. Elle se sentit mal. Le regard brouill� elle se faufila entre les groupes et r�ussit � gagner un vestibule o� il faisait plus frais.</p><p>Elle s'assit sur le premier sofa venu, dans un des renfoncements qui encadraient les fen�tres. Avec pr�caution elle souleva le morceau de linon roul� en boule et vit son poignet bleui�; des gouttes de sang sombre y perlaient. Avec quelle sauvagerie il l'avait mordue�! Et quelle hypocrisie ensuite�! ��Prenez garde � vos mouvements, le vin ne vous r�ussit pas.�� On allait r�pandre le bruit que Mme du Plessis �tait ivre � bousculer Madame... Une jeune femme incapable de se tenir dans le monde�!...</p><p>Le marquis de Lauzun qui passait, lui aussi en habit bleu, reconnut la silhouette f�minine assise.</p><p>��Cette fois je vais vous gronder, dit-il en s'approchant. Encore seule�!... Et toujours seule�!... � la Cour�!... Et belle comme le jour�!... Et r�fugi�e, pour comble de scandale dans ce coin choisi des amoureux, si discret et si bien cach� qu'on l'a surnomm� le cabinet de V�nus�! Seule�!.. Vous �tes un d�fi aux r�gles de la biens�ance la plus �l�mentaire pour ne pas dire aux lois de la Nature tout court.</p><p>Il s'assit pr�s d'elle, affichant l'expression s�v�re d'un p�re en train de tancer sa fille.</p><p>��Quelle mouche vous pique, mon enfant�! Quel d�mon morose vous habite pour vous entra�ner � d�daigner les hommages, � fuir la compagnie des galants�! Oubliez-vous que le Ciel vous a fait don des plus grands charmes�?... Voulez-vous faire aux dieux l'insulte... Mais que vois-je�?... Ang�lique, mon c�ur, ce n'est pas s�rieux�!</p><p>La voix chang�e, il lui prit le menton d'un doigt et la contraignit � relever la t�te.</p><p>��Vous pleurez�? � cause d'un homme�?...</p><p>Elle fit signe que oui avec de petits hoquets convulsifs.</p><p>��Alors l�, dit Lauzun, ce n'est plus une faute, c'est un crime. Votre t�che essentielle devrait consister � faire pleurer les autres... Mon petit, il n'y a pas un homme ici qui vaille la peine qu'on verse des larmes pour lui... � part moi, bien entendu. Mais je n'ose esp�rer...</p><p>Ang�lique essaya de sourire. Elle r�ussit enfin � articuler�:</p><p>��Oh�! mon chagrin n'est pas grave. C'est surtout nerveux... Parce que j'ai mal.</p><p>��Mal�? O� cela�?</p><p>Elle lui montra son poignet.</p><p>��Je voudrais bien savoir quel est le sagouin qui vous a trait�e de cette fa�on�! s'�cria P�guilin, outr�. Nommez-le-moi, Madame, et je vais lui demander raison de ce pas.</p><p>��Ne vous indignez pas, P�guilin. Il a, h�las, tous les droits sur moi.</p><p>��Voulez-vous dire qu'il s'agit du beau marquis votre �poux�? Ang�lique ne r�pondit pas, mais se remit � pleurer.</p><p>��H�! Que peut-on attendre de mieux d'un mari, fit P�guilin d'un air d�go�t�. C'est assez dans le style de celui que vous vous �tes choisi. Mais aussi pourquoi vous obstinez-vous � le fr�quenter�?</p><p>Ang�lique s'�touffait dans ses larmes.</p><p>��Voyons�! Voyons�! reprit plus doucement P�guilin, il ne faut pas vous mettre dans cet �tat. Pour un homme�! Et par surcro�t, pour un mari�!... Mais vous �tes d�mod�e, mon tr�sor, vous �tes malade ou... D'ailleurs il y a en vous depuis longtemps quelque chose qui ne va pas. Voici d�j� un moment que je voudrais vous en entretenir... Mais d'abord mouchez-vous.</p><p>D'une batiste immacul�e tir�e de sa propre poche il lui essuya gentiment le visage et les yeux. Elle voyait tout pr�s d'elle son regard brillant et moqueur, et dont la Cour enti�re, y compris le souverain, avait appris � redouter l'�clat de malice. L'existence mondaine, les d�bauches marquaient d�j� d'un pli les coins de sa bouche sarcastique. Mais il y avait sur toute sa physionomie une plaisante expression de vie et de contentement. Il �tait du Sud, un Gascon br�lant comme le soleil et vif comme la truite qu'on p�che dans les gaves des Pyr�n�es.</p><p>Elle le regarda avec amiti�. Il sourit.</p><p>���a va mieux�?</p><p>��Je crois.</p><p>��Nous allons arranger cela, fit-il.</p><p>Il laissa passer un moment, l'examinant en silence avec attention. Ils se trouvaient isol�s du va-et-vient de la galerie que parcouraient sans cesse courtisans et valets. Il fallait monter trois marches pour acc�der � ce renfoncement presque enti�rement occup� par le canap�, dont les accoudoirs dissimulaient aux regards les occupants.</p><p>Par ce cr�puscule h�tif de l'hiver, la seule clart� leur venait de la fen�tre, o� jouait l'or rouge du soleil couchant. On pouvait apercevoir, d�j� envahie de brume, une terrasse sabl�e avec des vases de marbre, et le miroitement d'un bassin.</p><p>��Vous dites que ce coin discret o� nous nous trouvons s'appelle le cabinet de V�nus�? s'informa Ang�lique.</p><p>��Oui. L'on y est, autant qu'il se peut en cette Cour, � l'abri des curiosit�s, et la rumeur publique raconte volontiers que les amants trop impatients y viennent, parfois, sacrifier � l'aimable d�esse. Ang�lique, n'avez-vous pas quelque tort � vous reprocher envers celle-ci�?</p><p>��Envers la d�esse des amours�?... P�guilin, je lui reprocherais plut�t de se montrer oublieuse � mon �gard.</p><p>��Je n'en suis pas si certain, fit-il r�veur.</p><p>��Que voulez-vous dire�?</p><p>Il secoua la t�te, m�dita, un poing sous le menton.</p><p>��Sacr� Philippe�! soupira-t-il, qui saura jamais ce qui se cache dans ce dr�le de corps�? N'avez-vous jamais essay� de glisser quelque poudre bienfaisante dans son verre, le soir avant qu'il n'aille vous rejoindre�? On dit que le baigneur La Vienne, dont l'�tablissement est rue du Faubourg-St-Honor�, a des drogues propres � rendre la vigueur aux amants �puis�s par de trop fr�quents sacrifices, aussi bien qu'aux vieillards ou � ceux qu'une complexion peu chaleureuse d�tourne de l'autel de V�nus. Il y a entre autres une substance nomm�e pelleville dont on dit merveille.</p><p>��Je n'en doute pas. Mais ces m�thodes ne me plaisent gu�re. Il faudrait au surplus que j'aie parfois l'occasion d'approcher Philippe d'assez pr�s pour atteindre au moins... son verre. Ce qui ne m'arrive pas souvent.</p><p>Les yeux de P�guilin s'arrondirent.</p><p>��Vous ne voulez pas dire que votre �poux est si compl�tement indiff�rent � vos charmes qu'il en vient � ne jamais se pr�senter dans vos appartements�?</p><p>Ang�lique eut un petit soupir trembl�.</p><p>��Oui, c'est ainsi, fit-elle d'un ton morne.</p><p>��Et... qu'en pense votre amant en titre�?...</p><p>��Je n'en ai point.</p><p>��Quoi�?</p><p>Lauzun sursauta.</p><p>��Alors, disons... vos amis de passage�?</p><p>��...</p><p>��Vous allez peut-�tre oser m'avouer que vous n'en avez point�?</p><p>��J'oserai, en effet, P�guilin, car c'est la v�rit�.</p><p>��In-vrai-sem-bla-ble�! murmura P�guilin en faisant mine de s'effondrer comme sous l'annonce d'une tragique nouvelle... Ang�lique, vous m�ritez une fess�e.</p><p>��Comment�? se rebiffa-t-elle, mais ce n'est pas ma faute.</p><p>��Tout est de votre faute. Quand on a votre peau, vos yeux, votre tournure, on ne peut s'en prendre qu'� soi d'un pareil g�chis. Vous �tes un monstre, une cr�ature exasp�rante et redoutable�!</p><p>Il lui posa un doigt dur contre la tempe.</p><p>��Qu'y a-t-il l�, dans votre m�chante petite caboche�? Des calculs, des projets, des �chafaudages p�rilleux d'affaires compliqu�es qui laissent pantois jusqu'� M. Colbert et tout marri M. Le Tellier�? Les graves bonshommes vous tirent leur calotte et les jeunes, affol�s, ne savent comment garder leurs derniers sols de vos mains rapaces. Et avec cela, un visage d'ange, des yeux qui vous noient dans leur lumi�re, des l�vres qu'on ne peut regarder sans avoir envie de les meurtrir de baisers�! Votre cruaut� atteint au raffinement. Vous vous composez des apparitions stup�fiantes de d�esse... Et pour qui�? Je vous le demande�?</p><p>La violence de Lauzun d�montait Ang�lique.</p><p>��Que voulez-vous, hasarda-t-elle, j'ai tant � faire.</p><p>��Que diable une femme peut-elle avoir � faire d'autre que l'amour�?... En v�rit�, vous n'�tes qu'une �go�ste enferm�e dans une tour que vous vous �tes construite pour vous pr�server de la vie.</p><p>Ang�lique demeura surprise de tant de perspicacit� sous cette perruque l�g�re de courtisan.</p><p>��C'est cela et ce n'est pas tout � fait cela, Lauzun. Qui peut me comprendre�?... Vous n'avez pas �t� en Enfer...</p><p>Elle abandonna sa t�te en arri�re et ferma les yeux, prise d'une grande lassitude. Tout � l'heure elle �tait br�lante, mais maintenant il lui semblait �prouver la froideur de son sang dans ses veines. Quelque chose qui ressemblait � la mort o� � l'approche de la vieillesse. Elle eut envie d'appeler P�guilin � son secours et en m�me temps sa raison lui d�montra que ce sauveteur pourrait l'entra�ner vers d'autres dangers�; elle d�cida de s'�loigner du terrain glissant. Elle se redressa et demanda d'un ton enjou�:</p><p>��Au fait, P�guilin, vous ne m'avez pas dit si vous aviez enfin obtenu votre charge de grand-ma�tre�?</p><p>��Non, dit calmement P�guilin.</p><p>��Comment non�?</p><p>��Non, vous m'avez d�j� fait le coup � plusieurs reprises, mais cette fois je ne me laisserai pas pi�ger. Je vous tiens et vous n'en �tes pas quitte avec moi. Pour l'heure ce n'est pas ma charge de grand-ma�tre qui m'int�resse, mais de savoir pourquoi votre vie de femme se trouve r�fugi�e l�, dans votre petit cr�ne dur, et non pas l�, ajouta-t-il en posant une main pr�cise sur la poitrine de la jeune femme.</p><p>��P�guilin�! protesta-t-elle en se levant.</p><p>Mais il la rattrapa prestement et la basculant contre son bras droit, il glissa la main gauche sous ses genoux, lui faisant perdre l'�quilibre et la contraignant � se retrouver � demi �tendue sur le divan, le buste appuy� contre lui.</p><p>��Taisez-vous et tenez-vous tranquille, ordonna-t-il en levant un doigt magister. Laissez la Facult� examiner le cas. Je le crois critique, mais non d�sesp�r�. Allons, un bon mouvement. R�citez-moi sans mani�res les noms de tous les gentils seigneurs qui tournent autour de vous et perdent le sommeil � la seule �vocation de votre personne.</p><p>��Ma foi... Croyez-vous qu'il y en ait tant�?</p><p>��Je vous interdis de para�tre surprise de ma question.</p><p>��Mais P�guilin, je vous assure que j'ignore � qui vous faites allusion.</p><p>��Comment, vous ne vous �tiez m�me pas aper�ue que le marquis de La Valli�re s'agite comme un papillon fou lorsque vous paraissez, que Vivonne, le fr�re d'Ath�na�s, bredouille, lui si glorieux, que Brienne fait des mots d'esprit... MM. de Saint-Aignan, et Roquelaure, et jusqu'� ce sanguin de Louvois qui n'a plus que la ressource de se faire saigner lorsqu'il vient de converser dix minutes avec vous...</p><p>Elle riait, �gay�e.</p><p>��Je vous d�fends de rire, trancha P�guilin. Si vous ne vous �tes pas aper�ue de tout cela c'est que vous �tes encore plus atteinte que je ne croyais. Vous ne sentez donc pas tout ce feu, toutes ces flammes qui vous environnent�? Par Belz�buth, vous avez une peau de salamandre...</p><p>De l'index il lui effleura le cou.</p><p>��On ne dirait pas pourtant.</p><p>��Et vous, Monsieur de Lauzun, vous ne vous placez pas sur la liste des enflamm�s�?</p><p>��Oh non, pas moi, protesta-t-il vivement. Oh�! non, je n'oserais jamais, j'aurais trop peur.</p><p>��De moi�?</p><p>Les yeux du marquis se voil�rent.</p><p>��De vous... et de tout ce qu'il y a autour de vous. Votre pass�, votre avenir, votre myst�re.</p><p>Ang�lique le regarda un peu fixement. Puis elle eut un frisson et cacha son visage contre l'habit bleu.</p><p>��P�guilin�!</p><p>P�guilin-le-l�ger �tait un vieil ami. Il �tait li� � son drame ancien. � tous les recoins tragiques de sa vie elle l'avait vu surgir comme une marionnette de com�die. Il apparaissait, disparaissait, reparaissait.</p><p>Il �tait l� encore ce soir, toujours semblable � lui-m�me.</p><p>��Non, non, non, r�p�ta-t-il. Je n'aime pas courir de grands risques. Les tourments du c�ur m'effraient. Ne comptez pas sur moi pour vous conter fleurette.</p><p>��Alors que faites-vous en ce moment�?</p><p>��Je vous console, ce n'est pas la m�me chose.</p><p>Son doigt descendait le long du cou satin�, dessinait quelques signes, suivant la courbe du collier de perles ros�s dont l'�clat laiteux luisait contre la peau blanche.</p><p>��On vous a fait bien du mal, murmura-t-il tendrement, et vous avez ce soir un gros, gros chagrin. Mordious�! s'impatienta-t-il, cessez donc de vous raidir comme une �p�e. On dirait, ma parole, que jamais une main d'homme ne vous a touch�e�! J'ai diablement envie de vous donner une petite le�on...</p><p>Il se pencha. Elle chercha encore � se d�rober mais il la maintint avec vigueur. Ses gestes avaient l'autorit� de ceux d'un homme qui n'en est plus � compter ses bonnes fortunes�; son regard luisait �trangement.</p><p>��Vous nous avez assez tenu la drag�e haute, petite dame�! L'heure de la vengeance a sonn�. D'ailleurs je meurs d'envie de vous cajoler et je crois que vous en avez grand besoin.</p><p>Il se mit � l'embrasser � petits coups sur les paupi�res, sur les tempes. Puis ses l�vres chaudes se pos�rent au coin de la bouche d'Ang�lique.</p><p>Elle tressaillit. Le coup de fouet subit d'un d�sir animal la fouailla. Il s'y m�lait une sorte de curiosit� un peu perverse � l'id�e de conna�tre par exp�rience les talents du c�l�bre Don Juan de la Cour.</p><p>C'�tait P�guilin qui avait raison. Philippe ne comptait pas. La f�te folle, le ballet dor� de la Cour entra�naient Ang�lique. Elle savait qu'elle ne pourrait toujours vivre en marge de la ronde, seule, dans ses belles robes et ses bijoux de prix. Elle glisserait parmi les autres, semblable aux autres enfin, entra�n�e par le flot des intrigues, des compromissions et des adult�res. C'�tait une boisson forte, empoisonn�e et d�licieuse. Il lui fallait boire � la coupe pour ne pas mourir.</p><p>Elle poussa un profond soupir. Avec la bienfaisante chaleur des caresses masculines elle retrouvait le go�t de l'insouciance. Et lorsque les l�vres du marquis de Lauzun se pos�rent sur les siennes elle leur r�pondit, d'abord h�sitante puis peu � peu accord�e � leur passion. L'�clat des flambeaux et des torch�res que deux processions de valets apportaient et disposaient le long de la galerie les s�para un instant. Ang�lique ne comprenait pas comment l'obscurit� �tait l� d�j�. Pr�s du recoin un domestique disposait sur une console un flambeau � six branches.</p><p>��H� l'ami, chuchota P�guilin pench� par-dessus l'accoudoir du canap�, va donc accrocher plus loin ta lanterne.</p><p>��Je ne peux pas, Monsieur. Je risque de m'attirer des reproches de Monsieur l'officier des lumi�res, responsable de cette galerie.</p><p>��Alors souffle au moins trois chandelles, r�pliqua le marquis en lui lan�ant une pi�ce d'or.</p><p>Il se retourna et reprit la jeune femme dans ses bras.</p><p>��Tu es l�? Comme tu es belle�! Comme tu es savoureuse�!</p><p>L'attente les avait exasp�r�s tous deux. Ang�lique g�mit et mordit violemment l'�paulette moir�e du bel habit bleu. P�guilin rit tout bas.</p><p>��Doucement, petite louve... On va vous contenter... Mais l'endroit est passant�; laissez-moi diriger la man�uvre.</p><p>Elle lui ob�it, haletante et docile. Le voile dor� de l'oubli voluptueux tombait sur ses peines. Elle n'�tait plus qu'un corps ardent, affam� de son seul plaisir, et sans souci du lieu o� elle se trouvait, ni m�me du partenaire adroit qui la faisait vibrer.</p><p>��Mon enfant, vous avez beaucoup p�ch�, mais vu le repentir dont vous avez fait preuve et l'ardeur avec laquelle vous avez entrepris de r�parer vos fautes, je ne crois pas devoir vous refuser la b�n�diction du petit dieu Eros, ni son absolution. Comme p�nitence vous r�citerez...</p><p>��Oh�! vous �tes un affreux libertin, protesta-t-elle encore languissante, avec un petit rire de gorge.</p><p>P�guilin prit une boucle de cheveux blonds et la baisa. Il s'�tonnait, en secret, de sa propre joie. Rien qui ressembl�t au sentiment d�sabus� qui suit l'assouvissement. Pourquoi�? Quelle sorte de femme �tait-ce donc�?</p><p>��Ang�lique, mon ange, je crains d'oublier mes bonnes r�solutions... Oui, je br�le d'en conna�tre davantage. Voulez-vous... Je t'en prie, viens chez moi, ce soir, apr�s le coucher du roi.</p><p>��Et Mme de Roquelaure�?</p><p>��Baste�!...</p><p>Ang�lique se d�tacha de l'�paule o� elle s'attardait et ramena sur sa poitrine les dentelles de son corsage. Son geste demeura en suspens.</p><p>� quelques pas d'eux, se d�tachant en noir sur le d�cor incandescent de la galerie illumin�e, il y avait un personnage immobile. Nul n'avait besoin de discerner ses traits pour le reconna�tre�: Philippe�!</p><p>P�guilin de Lauzun poss�dait une longue exp�rience de ce genre de situation. D'une main preste il rectifia le d�sordre de ses v�tements, se dressa, et s'inclina profond�ment.</p><p>��Monsieur, nommez-moi vos t�moins�; je suis � vous...</p><p>��Et ma femme est � tout le monde, r�pondit Philippe de sa voix lente. Je vous en prie, marquis, ne d�rangez personne.</p><p>La jambe cambr�e, il salua au moins aussi profond�ment que P�guilin et s'�loigna de sa d�marche superbe.</p><p>Le marquis de Lauzun semblait transform� en statue de sel.</p><p>��Par le diable�! jura-t-il, jamais je n'ai rencontr� un mari de cette esp�ce.</p><p>Tirant son �p�e il sauta d'un bond les trois marches de l'estrade et s'�lan�a derri�re le Grand Louvetier.</p><p>Il d�boucha ainsi, tout courant, dans le Salon de Diane � l'instant m�me o� le roi, suivi des dames de sa famille, sortait de son cabinet.</p><p>��Monsieur, cria P�guilin de sa voix claironnante, votre attitude m�prisante est une insulte. Je ne la supporterai pas. Votre �p�e doit en r�pondre.</p><p>Philippe abaissa sur son rival gesticulant le regard de ses yeux froids.</p><p>��Mon �p�e appartient au roi, Monsieur. Je ne me suis encore jamais battu pour des putains.</p><p>Dans sa rage Lauzun retrouvait son accent m�ridional�:</p><p>��Je vous ai fait cocu, Monsieur�! hurla-t-il, ivre de d�pit, et j'exige que vous m'en demandiez r�paration.</p></section><section><p><strong>Chapitre 12</strong></p><p>Ang�lique se dressa sur son lit, la t�te lourde, la bouche am�re. L'aube pointait, couleur de cendre.</p><p>Elle passa les doigts dans ses cheveux emm�l�s. La peau de son cr�ne lui faisait mal. Elle voulut prendre son miroir sur la table de chevet et grima�a de douleur. Sa main �tait gonfl�e. Ang�lique consid�ra la plaie de son poignet avec h�b�tude. Et brusquement le souvenir lui revint�: Philippe�!</p><p>Elle se jeta hors de son lit, enfila ses mules en tr�buchant. Il fallait au plus t�t courir aux nouvelles, savoir ce qu'�taient devenus Philippe et Lauzun. Le roi avait-il r�ussi � les convaincre de ne pas se battre�? Et s'ils se battaient quel sort attendait le survivant�? L'arrestation, l'emprisonnement, la disgr�ce�?...</p><p>De quelque c�t� qu'elle tourn�t les yeux, elle ne voyait qu'une situation �pouvantable et sans issue.</p><p>Un scandale�! Un affreux scandale�!</p><p>La honte la consumait comme un brasier au seul souvenir de ce qui s'�tait pass� � Fontainebleau.</p><p>Elle revoyait Philippe et P�guilin tirant l'�p�e et se mettant en garde sous l'�il m�me du roi, MM. de Gesvres, de Cr�qui et de Montausier les s�parant, Montausier tenant � bras-le-corps le bouillant Gascon qui hurlait�: ��Je vous ai fait cocu, Monsieur�!�� et tous les yeux de la Cour se tournant vers Ang�lique empourpr�e, dans sa robe somptueuse, couleur d'aurore, au d�sordre �loquent.</p><p>Par quel prodige de volont� avait-elle r�ussi � s'avancer quand m�me jusque devant le roi pour lui adresser, ainsi qu'� la reine, sa plus grande r�v�rence, puis � s'�loigner, tr�s droite, entre deux haies de regards moqueurs ou scandalis�s, de murmures, de rires �touff�s, et sur la fin d'un si profond et terrifiant silence qu'elle avait eu envie de saisir sa jupe � deux mains et de s'enfuir en courant.</p><p>Mais elle avait tenu bon jusqu'au bout, elle �tait sortie sans avoir h�t� le pas, puis �tait all�e s'effondrer plus morte que vive sur une banquette de palier dans un endroit d�sert et mal �clair�.</p><p>C'est l� que Mme de Choisy l'avait rejointe peu apr�s. Avalant sa salive avec des mines de pigeon scandalis�, la noble dame avait inform� la marquise du Plessis-Belli�re que Sa Majest� �tait en train de sermonner M. de Lauzun en t�te � t�te, que M. le Prince s'�tait charg� de l'�poux offens� et qu'on esp�rait que cette d�sagr�able querelle en resterait l�. Cependant Mme du Plessis comprendrait que sa pr�sence � la Cour devenait ind�sirable et Mme de Choisy avait �t� charg�e par le roi de lui signifier d'avoir � quitter Fontainebleau dans l'heure m�me.</p><p>Ang�lique avait accueilli le verdict presque avec soulagement. Elle s'�tait jet�e dans son carrosse et avait roul� toute la nuit malgr� les grognements du cocher et des laquais, qui craignaient de se faire assaillir par des bandits en traversant la for�t.</p><p>��Voil� bien ma chance�! se dit-elle en contemplant avec amertume son image aux paupi�res bleuies de fatigue dans la haute psych� de son cabinet de toilette. Il y a chaque jour et chaque nuit � la Cour un nombre incalculable de femmes qui trompent leur mari avec la plus grande aisance du monde, et pour une fois que cela m'arrive, le feu du Ciel tombe sur la terre. Pas de chance, vraiment�!��</p><p>Elle �tait au bord des larmes. Elle commen�a � agiter toutes ses sonnettes. Javotte et Th�r�se parurent, b�illantes et ensommeill�es. Elle leur ordonna de l'aider � s'habiller, puis envoya qu�rir Flipot et lui dit de courir jusqu'� l'h�tel du marquis du Plessis, rue du Faubourg Saint-Antoine et de rapporter tout ce qu'il pourrait comme nouvelles. Elle achevait de s'habiller lorsque le bruit d'un carrosse p�n�trant lentement dans la cour de son h�tel la figea, le c�ur battant. Pourquoi venait-on chez elle � 6 heures du matin�? Qui�?... Elle se rua dans le vestibule, descendit quelques marches d'un pas d�faillant et se pencha par-dessus la rampe.</p><p>Elle aper�ut Philippe, suivi de La Violette qui tenait deux �p�es et de l'aum�nier particulier du marquis.</p><p>Le marquis du Plessis leva la t�te.</p><p>��Je viens de tuer M. de Lauzun, dit-il.</p><p>Ang�lique se cramponna pour ne pas tomber. Son c�ur se remettait � battre. Philippe�!</p><p>Il �tait vivant�!</p><p>Elle descendit rapidement et vit en s'approchant que le plastron et le gilet de son mari �taient macul�s de sang. Pour une fois il portait son manteau sans �l�gance, car il retenait son bras droit de l'autre main.</p><p>��Vous �tes bless�! fit-elle d'une voix blanche. Est-ce grave�? Oh�! Philippe, il faut vous panser. Venez, je vous en prie�!</p><p>Elle le guida, en le soutenant presque, jusqu'� sa chambre, et sans doute �tait-il fort �tourdi car il la suivit sans commentaire. Il se laissa choir lourdement dans un fauteuil et ferma les yeux. Il �tait blanc comme sa collerette.</p><p>Ang�lique, les mains f�briles, saisit sa trousse d'accessoires de couture, prit des ciseaux et commen�a � d�couper l'�toffe raidie de sang tout en ordonnant aux servantes d'aller chercher de l'eau, de la charpie, de la poudre, des baumes et de la liqueur de la reine de Hongrie.</p><p>��Buvez cela, fit-elle d�s que Philippe se ranima un peu.</p><p>La blessure ne paraissait pas grave. Une longue estafilade partait de l'�paule droite jusqu'au sein gauche mais n'avait entam� que la surface des chairs. Ang�lique la lava, y appliqua de la moutarde de Maille et de la poudre d'�crevisse. Philippe subit tous ces soins sans sourciller, m�me au contact de la moutarde. Il paraissait r�fl�chir profond�ment.</p><p>��Je me demande comment l'on va pouvoir r�gler cette question d'�tiquette�? dit-il enfin.</p><p>��Quelle �tiquette�?</p><p>��Pour l'arrestation. En principe, c'est le capitaine des gardes du corps du roi qui proc�de � l'arrestation des duellistes. Mais l'actuel capitaine des gardes n'est autre que le marquis de Lauzun. Alors�? Il ne peut s'arr�ter lui-m�me, n'est-ce pas�?</p><p>��Il le peut d'autant moins qu'il est mort, fit remarquer Ang�lique avec un rire nerveux.</p><p>��Lui�?... Il n'a pas une �gratignure�!</p><p>La jeune femme demeura en suspens, sa bande de toile � la main.</p><p>��Mais ne venez-vous pas de me dire...</p><p>��Je voulais savoir si vous alliez vous �vanouir.</p><p>��Je n'allais tout de m�me pas m'�vanouir pour un P�guilin de Lauzun... J'�tais navr�e, bien s�r... Mais alors, c'est vous, Philippe, qui avez �t� battu�?</p><p>��Il fallait bien se d�vouer pour arr�ter cette stupidit�. Et je n'allais pas trancher une amiti� militaire de vingt ann�es avec P�guilin pour une... bagatelle.</p><p>Son teint blanchissait, son regard se voilait sous une d�faillance.</p><p>��Le roi vous appelle ainsi je crois�: Bagatelle.</p><p>Les yeux d'Ang�lique se remplirent � nouveau de larmes. Elle posa la main sur son front. Comme il avait l'air faible, lui si dur�!</p><p>��Oh�! Philippe, murmura-t-elle, quel g�chis�! Et vous veniez de me sauver la vie�!... Oh�! Pourquoi les choses n'ont-elles pas tourn� autrement�?... J'aurais tellement aim�... pouvoir vous aimer.</p><p>Le marquis leva la main d'un geste imp�ratif qui imposait silence.</p><p>��Je crois que les voici, dit-il.</p><p>On entendit dans l'escalier de marbre r�sonner des �perons et des sabres. Puis la porte s'ouvrit avec lenteur et le comte de Cavois passa un visage effar�.</p><p>��Cavois�! dit Philippe. Tu viens m'arr�ter�?</p><p>Le comte approuva d'un hochement de t�te navr�.</p><p>��Le choix est bon. Tu es colonel des mousquetaires, et apr�s le capitaine des gardes du roi, c'est bien � toi en effet que doit revenir la fonction. Que devient P�guilin�?</p><p>��Il est d�j� � la Bastille.</p><p>Philippe se redressa p�niblement.</p><p>��Je te suis. Madame, veuillez avoir l'obligeance de me poser mon pourpoint sur les �paules.</p><p>Mais depuis qu'elle avait entendu prononcer le nom de la Bastille, un vertige s'�tait empar� d'Ang�lique. Tout recommen�ait�!... Une fois de plus on venait de lui arracher son mari pour l'enfermer � la Bastille. P�le jusqu'aux l�vres elle joignit les mains.</p><p>��Monsieur de Cavois, oh�! je vous en supplie, pas � la Bastille.</p><p>��Madame, je suis au regret, mais ce sont les ordres du roi. Vous n'ignorez pas que M. du Plessis y a gravement contrevenu en se battant en duel malgr� les �dits s�v�res qui l'interdisent. Cependant ne vous tourmentez pas. Il sera bien trait�, bien soign� et son valet a re�u l'autorisation de l'accompagner.</p><p>Il tendit le bras � Philippe pour que celui-ci p�t s'y appuyer. Ang�lique eut un cri de b�te bless�e�:</p><p>��Pas � la Bastille�!... Enfermez-le o� vous voudrez, mais pas � la Bastille�!</p><p>Les deux gentilshommes, qui gagnaient la porte, tourn�rent vers elle le m�me regard d'incompr�hension offusqu�e.</p><p>��Et o� voudriez-vous donc qu'il m'enferm�t�? dit Philippe, outr�. Au Ch�telet peut-�tre�? Avec les croquants�!</p><p>*****</p><p>Tout recommen�ait�! L'attente, le silence, l'impossibilit� d'agir, la catastrophe irr�m�diable. Elle se voyait � nouveau parcourant la route, tr�buchante, et d�j� l'angoisse l'�touffait comme en ces cauchemars o� l'on cherche en vain � s'enfuir, clou� au sol par des pieds de plomb. Elle crut pendant quelques heures qu'elle allait perdre la raison. Ses servantes, boulevers�es de voir en cet �tat leur ma�tresse qu'elles connaissaient sous un jour plus �nergique, entrevirent enfin une solution pour la calmer.</p><p>��Il faut aller voir Mlle de Lenclos, Madame. Mlle de Lenclos.</p><p>Elles la mirent presque de force dans sa chaise � porteurs. Le conseil �tait bon. Seule Ninon avec son �quilibre, son exp�rience, sa compr�hension humaine, son c�ur exquis, pouvait �couter Ang�lique sans la prendre pour une folle ou se scandaliser.</p><p>Elle ber�a la jeune femme dans ses bras, l'appela ��mon doux c�ur�� et lorsque sa panique parut d�cro�tre un peu elle entreprit de lui d�montrer combien l'incident �tait de peu d'importance. Maints exemples �taient l� pour en t�moigner. C'�tait chaque jour qu'on voyait des maris se battre en duel pour venger leur honneur outrag�.</p><p>��Mais... la Bastille�!</p><p>Le nom abhorr� s'inscrivait en lettres rouges devant les yeux d'Ang�lique.</p><p>��La Bastille�! Mais l'on en sort, ma ch�rie.</p><p>��Oui, pour �tre jet� au b�cher�!</p><p>Ninon lui caressa le front.</p><p>��Je ne sais � quoi vous faites allusion. Sans doute y a-t-il dans vos souvenirs un �v�nement atroce qui s'y rattache et vous fait perdre votre sang-froid. Mais lorsque vous aurez retrouv� un peu votre saine raison habituelle vous consid�rerez, comme moi, que le renom de la Bastille, s'il impressionne, n'effraie pas. C'est le cabinet noir du roi. Pouvons-nous compter un seul de nos beaux seigneurs qui n'y ait s�journ� quelque temps pour payer une insolence ou une indiscipline auxquelles leur caract�re bouillant les entra�ne trop souvent�? Lauzun lui-m�me y retourne pour la troisi�me fois, si ce n'est la quatri�me. Et son exemple prouve bien que l'on sort de la Bastille et pour se retrouver parfois plus honor� qu'avant. Laissez donc au roi le temps et le droit de faire sentir sa f�rule � ce troupeau indisciplin�. Il sera le premier � soupirer apr�s le retour de ce m�chant lutin de Lauzun ou de son Grand Louvetier...</p><p>� force de bonnes paroles elle r�ussit � ramener le calme dans l'esprit d'Ang�lique, qui convint que son effroi �tait ridicule et mal fond�.</p><p>Ninon lui recommanda de ne rien tenter sur-le-champ afin de laisser les remous s'effacer�:</p><p>��Un scandale chasse l'autre�! La Cour en est fertile�! Patience. Je gage que d'ici huit jours un autre nom remplacera le v�tre sur les l�vres des cancaniers.</p><p>Sur ses conseils Ang�lique prit la r�solution d'aller faire retraite au couvent des Carm�lites o� sa jeune s�ur Marie-Agn�s �tait novice. C'�tait la meilleure solution pour s'isoler des mondains � l'aff�t, tout en demeurant sur place.</p><p>*****</p><p>Sous son b�guin de nonne la jeune Marie-Agn�s de Sanc�, avec ses yeux verts et son visage aigu au sourire rus�, ressemblait � un de ces anges un peu inqui�tants par leur gr�ce qui vous accueillent aux porches des vieilles cath�drales. Ang�lique s'�tonnait de la voir persister dans sa d�cision de prendre le voile alors qu'elle atteignait � peine vingt et un ans. Une vie de privations et de pri�res semblait si peu en accord avec le temp�rament de sa cadette, dont on disait d�j� � douze ans qu'elle avait le diable au corps, et dont la br�ve carri�re parmi les filles de la reine n'avait �t� qu'un feu br�lant de courtes et libertines aventures. Ang�lique gardait l'impression que sur le chapitre de l'amour Marie-Agn�s avait beaucoup plus d'exp�rience qu'elle. Cela semblait �galement l'avis de la jeune religieuse qui, apr�s avoir �cout� sa confession avec une moue indulgente, soupira�:</p><p>��Que tu es jeune encore�! Pourquoi te mettre � l'envers pour une histoire aussi banale�?</p><p>��Banale�! Marie-Agn�s. Je viens de t'expliquer que j'ai tromp� mon mari. C'est un p�ch�, il me semble�?</p><p>��Rien n'est plus banal que le p�ch�. C'est la vertu qui est rare. Si rare de nos jours qu'elle en devient originale.</p><p>��Ce que je ne comprends pas, c'est comment cela est arriv�. Je ne voulais pas, mais...</p><p>���coute, dit Marie-Agn�s de ce ton tranchant qui �tait commun � la famille, ces choses-l� on les veut ou on ne les veut pas. Et si on ne les veut pas on n'a qu'� ne pas vivre � la Cour.</p><p>C'�tait l� peut-�tre l'explication de sa rupture totale avec le monde. Dans le silence ouat� de la sainte demeure, o� venaient mourir les bruits de la ville, Ang�lique envisagea un instant de faire p�nitence. La visite de Mme de Montespan suspendit ses �lans vers le Ciel et la ramena aux complexes probl�mes de la terre.</p><p>��Je ne sais si ma d�marche est sage, lui dit la belle Ath�na�s, mais tout compte fait il m'a paru utile de vous avertir. Vous agirez comme vous voudrez, et surtout ne me mettez pas en avant. Solignac a pris � son compte cette histoire de duel. C'est dire que les affaires de votre mari tournent mal.</p><p>��Le marquis de Solignac�? Mais de quoi se m�le-t-il�?</p><p>��Comme toujours, de la d�fense de Dieu et de ses droits sacr�s. Je vous ai pr�venue que c'est une cr�ature chagrine et contre-disante. Il s'est mis en t�te que le duel �tait un des pivots de l'h�r�sie et de l'ath�isme, et, saisissant l'occasion de celui de Lauzun et de votre mari, il presse le roi de se montrer s�v�re afin, dit-il, ��de faire un exemple��. � l'entendre il faudrait allumer les flammes d'un b�cher.</p><p>Voyant Ang�lique p�lir, l'�tourdie marquise lui donna un coup d'�ventail amical.</p><p>��Je plaisantais. Mais prenez garde�! Ce furieux d�vot est fort capable d'obtenir au moins un emprisonnement prolong�, une disgr�ce �clatante, que sais-je�! Le roi pr�te l'oreille car il se souvient que Lauzun l'a trop souvent irrit�. Et il n'est pas content de voir que ces deux gentilshommes ont pass� outre � ses d�sirs d'accommodement. Le duel en soi ne le choque pas. Cependant c'est une question de loi. Enfin, l'avis g�n�ral, c'est que le torchon br�le. � votre place, j'essaierais de m'interposer pendant qu'il est encore temps et que l'esprit du roi balance.</p><p>Ang�lique laissa l� ses livres de pri�res et quitta dans l'heure m�me la pieuse demeure.</p><p>*****</p><p>Ninon de Lenclos, qu'elle retourna voir, s'obstinait � ne pas prendre au s�rieux cette histoire de mari tromp�. Qui serait assez sot pour en faire un proc�s�? Quand l'�pid�mie est g�n�rale les m�decins ne s'occupent pas des cas particuliers. Louis XIV, auquel on avait rapport� ce mot, avait souri. C'�tait bon signe. Cependant la courtisane fron�a les sourcils lorsque Ang�lique lui dit le r�le qu'on pr�tait � M. de Solignac. Elle se souvenait du temps o� Richelieu avait fait tomber de nobles et folles t�tes sous la hache du bourreau afin de ��faire un exemple�� et d'obliger les jeunes seigneurs � renoncer � cette d�testable habitude des duels qui les d�cimaient.</p><p>��Si M. de Solignac s'est mis dans la t�te que la cause de Dieu avait �t� atteinte par l'�p�e de votre mari, nous pouvons �tre s�res qu'il importunera le roi avec l'ent�tement que d'autres mettraient � obtenir une faveur.</p><p>��Croyez-vous que le roi soit capable de se laisser influencer�?</p><p>��Ce n'est pas une question de faiblesse de sa part. M�me si le roi juge M. de Solignac insupportable, les arguments que celui-ci met en avant sont de poids. Il a la loi religieuse et la loi tout court avec lui. Si le roi est mis au d�fi d'appliquer l'une et l'autre, il ne peut passer outre. La chose n'aurait pu s'arranger qu'en l'entourant de discr�tion. Et voil� ce qu'entonne la trompette aux cent bouches.</p><p>Ang�lique baissait la t�te et r�fl�chissait. Maintenant qu'il y avait une bataille � soutenir, elle avait cess� de s'affoler.</p><p>��Si j'allais voir M. de Solignac�?</p><p>��Essayez.</p></section><section><p><strong>Chapitre 13</strong></p><p>Sous la pluie qui tombait � verse, Ang�lique demeura quelques instants immobile, devant les grilles du ch�teau de Saint-Germain. On venait de l'informer que la Cour �tait en d�placement � Versailles. Elle faillit renoncer. Puis se ressaisissant elle remonta en carrosse.</p><p>��� Versailles, cria-t-elle au cocher.</p><p>Celui-ci en grommelant fit tourner son attelage.</p><p>� travers les vitres ruisselantes, la jeune femme regardait d�filer les arbres d�pouill�s de la for�t, envelopp�s de brouillard gris.</p><p>Pluie, froid, boue�! C'�tait l'hiver maussade. Et l'on aspirait apr�s les nouvelles tomb�es de neige scintillante qu'apporterait No�l.</p><p>Ang�lique ne sentait pas ses pieds glac�s. De temps � autre elle avait une moue et dans ses yeux s'allumait ce que Mlle de Parajonc appelait son regard de bataille. Elle revivait son entrevue avec le marquis de Solignac. Celui-ci, sur sa demande, avait consenti � la recevoir. Non pas chez lui, encore moins chez elle, mais avec toutes sortes de myst�res, dans un petit parloir glacial du couvent des C�lestins. Loin des reflets de la Cour, o� sa haute taille et sa perruque monumentale lui conf�raient une certaine noblesse d'allure, le grand chambellan de la reine lui �tait apparu comme un personnage chafouin et inexplicablement soup�onneux.</p><p>Tout semblait lui fournir pr�texte � s'indigner. Et il n'avait pas cach� � Ang�lique que sa tenue, pour une entrevue aussi solennelle, manquait de modestie.</p><p>��Vous croyez-vous encore sous les lustres de la Cour, Madame, et me prenez-vous pour un de ces blondins capables de s'enflammer comme un papillon � la vue de vos charmes�? J'ignore pour quelle raison vous avez voulu me rencontrer, mais �tant donn� la triste situation dans laquelle votre l�g�ret� vous a mise, ayez au moins la pudeur de voiler ces funestes app�ts, qui portent la responsabilit� d'un grand malheur.</p><p>Elle ne devait pas cesser d'aller de surprise en surprise. M. de Solignac, les yeux � demi-clos, ne laissant filtrer qu'une lueur incisive, lui avait alors demand� si elle je�nait le vendredi, si elle faisait l'aum�ne, et si elle avait vu ��Tartuffe�� et combien de fois�? Tartuffe �tait une pi�ce de M. Moli�re qu'on disait mal accueillie par les personnes pieuses. Ang�lique n'�tant pas � la Cour au moment o� la com�die avait �t� pr�sent�e au roi n'y avait pas assist�.</p><p>Ang�lique, m�sestimant la force que repr�sentait la compagnie du Saint-Sacrement, se mit en col�re. La discussion s'envenima et devint aigre.</p><p>��Malheur � celui ou � celle par qui le scandale arrive�! conclut le marquis intransigeant.</p><p>Ang�lique le quitta en pleine d�faite. Sa col�re lui tenait lieu de courage. Elle d�cida de voir le roi.</p><p>Elle passa la nuit dans une auberge des environs de Versailles. D�s la premi�re heure elle attendait dans le salon des solliciteurs apr�s avoir fait sa r�v�rence � la nef d'or qui sur la chemin�e de marbre repr�sentait la personne du roi. L'heure des placets ramenait sous les plafonds ouvrag�s de Versailles son habituel contingent de vieux militaires sans pensions, de veuves spoli�es et de nobles ruin�s, pauvres �paves qui, lasses de se voir abandonn�es du sort et des hommes, s'adressaient au roi tout-puissant et dont Mme Scarron, debout non loin de l�, dans sa mante us�e, repr�sentait un des types les plus accomplis et presque le symbole. Ang�lique ne s'�tait pas fait reconna�tre d'elle. Elle gardait la voilette de son capuchon rabattue sur son visage.</p><p>Lorsque le roi passa elle demeura profond�ment s'agenouill�e, se contentant de lui remettre le placet qu'elle avait pr�par� et o� Mme du Plessis-Belli�re suppliait humblement Sa Majest� de lui accorder un entretien.</p><p>Elle nota avec esp�rance que le roi, apr�s avoir jet� un regard sur la supplique, la conservait en main au lieu de la remettre, selon l'usage, � M. de Gesvres. Ce fut pourtant celui-ci qui, lorsque la foule, se fut dispers�e, s'approcha de la silhouette voil�e et la pria � voix basse de le suivre. Peu apr�s la porte du cabinet du roi s'ouvrit devant elle.</p><p>Ang�lique ne s'attendait pas � �tre si rapidement exauc�e. Le c�ur battant de fa�on d�sordonn�e elle fit quelques pas et se laissa de nouveau tomber � genoux d�s que la porte se fut referm�e.</p><p>��Relevez-vous, Madame, fit la voix du roi, et approchez.</p><p>La voix n'�tait pas m�chante.</p><p>La jeune femme ob�it et arriv�e devant la table elle osa �carter son voile. Il faisait tr�s sombre�; des nu�es de pluie venaient d'envahir le ciel et l'on entendait au-dehors le bruit de l'eau �claboussant le sable des parterres. Malgr� la demi-obscurit�, elle pouvait distinguer l'�bauche d'un sourire sur le visage de Louis XIV. Il dit avec bonne gr�ce�:</p><p>��Je suis marri qu'une de mes dames se croie oblig�e � tant de myst�re pour m'aborder. Ne pouviez-vous para�tre et vous annoncer au grand jour�? Vous �tes femme de mar�chal.</p><p>��Sire, ma confusion est telle que...</p><p>��Bon, nous y venons. J'accepte votre confusion en excuse. Il e�t �t� plus sage pour vous de ne pas quitter Fontainebleau avec tant de pr�cipitation l'autre soir. Cette fuite n'�tait pas � la hauteur de la dignit� dont vous aviez fait preuve au cours du p�nible incident. Ang�lique retint un mouvement de surprise�; elle fut sur le point de faire remarquer au souverain que c'�tait sur son ordre, transmis par Mme de Choisy, qu'elle s'�tait �loign�e.</p><p>Mais il tranchait de nouveau.</p><p>��Laissons cela. Quel est l'objet de votre visite�?</p><p>��Sire, la Bastille...</p><p>Elle s'interrompit, le souffle coup� par l'�nonc� de ce seul mot. Sa phrase �tait mal commenc�e. Elle se troubla et se tordit les mains.</p><p>��Entendons-nous bien, dit le roi avec douceur. Pour qui venez-vous interc�der�? Pour M. de Lauzun ou pour M. du Plessis�?</p><p>��Sire, s'�cria Ang�lique avec feu, le sort de mon mari est mon seul souci�!</p><p>��H�las�! que ne l'a-t-il toujours �t�, Madame�! Si j'en crois les rumeurs il me semble bien que pendant un instant, peut-�tre bref, mais certain, le sort du marquis et son honneur m�me sont pass�s � l'arri�re-plan de vos pr�occupations�?</p><p>��C'est vrai, Sire.</p><p>��Vous le regrettez�?</p><p>��Je le regrette, Sire, de toute mon �me.</p><p>Sous le regard p�n�trant, il lui revint � l'esprit ce qu'elle avait entendu dire de la curiosit� du souverain pour la vie priv�e de ses sujets. Mais cette inquisition se doublait d'une discr�tion absolue. Le roi savait, mais ne parlait pas. Plus m�me�: il faisait taire.</p><p>L� encore, il manifestait surtout l'int�r�t profond qu'il portait aux �tres et le d�sir de les conna�tre par le secret pour y trouver le plus s�r moyen de les guider et � l'occasion de les asservir.</p><p>Ang�lique, de ce visage s�rieux tendu vers elle et model� de clart� bl�me, revenait aux deux mains pos�es sur la table noire, mains au repos, immobiles et puissantes, sans un fr�missement.</p><p>��Quel temps�! fit-il brusquement en �cartant son fauteuil pour se lever. On demanderait les chandelles en plein midi. Je ne peux rien distinguer de votre visage. �a, venez pr�s de la fen�tre que je vous examine.</p><p>Elle le suivit, docile, et lorsqu'ils furent dans l'embrasure de la crois�e o� glissait la pluie�:���Je ne peux croire vraiment que M. du Plessis soit aussi indiff�rent aux charmes de sa femme qu'� l'usage qu'elle en fait. Il doit y avoir de votre faute, Madame. Pourquoi n'habitez-vous pas l'h�tel de votre mari�?</p><p>��M. du Plessis ne m'y a jamais convi�e.</p><p>��Curieuses fa�ons�! Allons Bagatelle, contez-moi donc ce qui s'est pass� � Fontainebleau.</p><p>��Je sais que ma conduite n'a pas d'excuses, mais mon mari venait de m'offenser... gravement, en public.</p><p>Elle eut un regard machinal vers son poignet, qui portait encore des traces r�v�latrices de l'offense. Le roi prit cette main, la regarda et ne dit rien.</p><p>��Je m'�tais assise � l'�cart. J'�tais dans l'affliction. M. de Lauzun est pass�... Elle dit comment Lauzun avait entrepris de la consoler d'abord verbalement puis de fa�on plus concr�te.</p><p>��Il est bien difficile de r�sister aux entreprises de M. de Lauzun, Sire. Son habilet� est si grande que lorsqu'on songe � s'indigner ou se d�fendre on se trouve dans une situation telle qu'on ne saurait la d�voiler sans risquer la plus grande confusion.</p><p>��Ah�! Ah�! C'est donc ainsi qu'il proc�de�!...</p><p>��M. de Lauzun a tant d'exp�rience. Il est rou�, sans scrupules, et au fond le meilleur c�ur du monde. Enfin Votre Majest� le conna�t mieux que moi.</p><p>��Hum�! fit le roi, goguenard, cela d�pend dans quel sens vous l'entendez, Madame.</p><p>��Vous �tes charmante lorsque vous rougissez ainsi, reprit-il. Il y a en vous de tr�s plaisants contrastes. Vous �tes timide et audacieuse, gaie et grave... L'autre jour j'ai visit� les serres d�j� en place et j'ai voulu voir les fleurs qu'on y a mises � l'abri. Parmi les tub�reuses j'ai remarqu� une fleur qui troublait l'ordonnance des couleurs. Les jardiniers voulaient l'arracher, disant que c'�tait un rejeton sauvage. Elle �tait, en v�rit�, aussi �clatante que les autres et pourtant diff�rente. C'est � cette fleur que vous me faites songer quand je vous vois parmi mes dames... Et maintenant je balance et serais port� � croire que les torts sont du c�t� de M. du Plessis...</p><p>Les sourcils du monarque se rapproch�rent et son visage, tout � l'heure si affable, s'assombrit.</p><p>��Sa r�putation de brutalit� m'a toujours d�plu. Je ne veux � ma Cour des gentilshommes qui t�moigneraient pr�s des �trangers que les m�urs fran�aises demeurent grossi�res et m�me barbares. Je pr�ne la courtoisie envers les dames comme une discipline n�cessaire au bon renom de notre pays. Est-ce vrai que votre mari vous bat, et cela en public�?</p><p>��Non�! lan�a Ang�lique, t�tue.</p><p>��Ouais�! Je crois que le beau Philippe retirerait grand bien d'une m�ditation un peu prolong�e entre les murs de la Bastille.</p><p>��Sire, je suis venue pour vous demander de le lib�rer. Sortez-le de la Bastille, Sire, je vous en conjure�!</p><p>��Vous l'aimez donc�? Votre mariage pourtant me para�t plus jalonn� d'amers souvenirs que d'heureux rapprochements. Vous vous connaissiez � peine, m'a-t-on dit, et mal tous deux�?</p><p>��� peine, mais depuis si longtemps. C'�tait mon grand cousin... lorsque nous �tions enfants...</p><p>Elle le revit avec ses boucles blondes sur son col de dentelles, dans cet habit bleu ciel qu'il portait la premi�re fois qu'il �tait apparu au ch�teau de Sanc�. Elle sourit, son regard tourn� vers la fen�tre. La pluie avait cess�. Un rayon de soleil surgit entre deux nu�es, faisant luire les pav�s de marbre, o� un carrosse � houssine orang�e p�n�trait, tir� par quatre chevaux noirs.</p><p>��D�j� il refusait de m'embrasser, soupira-t-elle, et il agitait son mouchoir de dentelle avec horreur autour de lui lorsque nous l'approchions, mes petites s�urs et moi.</p><p>Elle se mit � rire.</p><p>Le roi la fixait. Il la savait tr�s belle mais pour la premi�re fois il lui semblait la voir tr�s proche. Il voyait le grain de sa peau, la fra�cheur duvet�e de ses joues et la pulpe de ses l�vres. Il per�ut son parfum � un mouvement qu'elle fit pour �carter une m�che blonde sur sa tempe. Elle d�gageait une impression de vie chaleureuse. Brusquement il tendit les mains vers cet objet attirant et s'en saisit. Il la trouva merveilleusement souple. Il se pencha vers cette bouche qui souriait. Elle �tait savoureuse et ti�de � souhait. Il l'entrouvrit, trouva les dents, lisses et dures comme de petites perles...</p><p>La stupeur d'Ang�lique �tait si grande qu'elle demeura sans r�action, la t�te renvers�e sous la pression du baiser jusqu'� ce que la chaleur de cette bouche la p�n�tr�t et la f�t tressaillir violemment. Alors ses deux mains se crisp�rent sur les �paules du roi. Il rompit d'un pas et dit, tr�s calme et souriant�:</p><p>��Ne craignez rien. Je voulais seulement d�partager les responsabilit�s et me rendre compte s'il n'y avait pas, de votre chef, quelque d�faut de froideur, de r�ticence, susceptible de paralyser les �lans l�gitimes d'un �poux.</p><p>Ang�lique ne fut pas enti�rement dupe de l'excuse. Elle avait assez d'exp�rience pour avoir senti que le roi venait de se trouver devant elle en proie � un d�sir irr�sistible.</p><p>��Je crois que Votre Majest� apporte � l'�tude de cette question plus de conscience que le sujet n'en m�rite, dit-elle avec un sourire.</p><p>��Vraiment�?</p><p>��Vraiment.</p><p>Le roi recula encore et retourna s'asseoir derri�re sa table de travail. Cependant il souriait et ne paraissait pas f�ch�.</p><p>��Qu'importe�! Je ne regrette pas d'avoir pouss� trop loin la proc�dure. Mon opinion est faite d�sormais... M. du Plessis est le dernier des imb�ciles. Il a m�rit� cent fois sa m�saventure et j'aurai soin de le lui faire remarquer moi-m�me. J'esp�re qu'il tiendra compte, cette fois, de mes avis. Je veux aussi l'envoyer � l'arm�e, en Picardie, quelque temps pour la le�on. Mais ne pleurez plus, Bagatelle, on vous rendra bient�t votre grand cousin.</p><p>Sous les fen�tres, dans la cour de marbre, descendait du carrosse orang� M. de Solignac, grand chambellan de la reine.</p></section><section><p><strong>Chapitre 14</strong></p><p>Mme du Plessis-Belli�re revint chez elle la t�te en feu. Cette fois elle trouva la cour de son h�tel encombr�e d'une malle de poste d�j� d�tel�e et de laquelle on d�chargeait force bagages.</p><p>Sur les marches du perron, deux petits gar�ons aux joues rouges l'attendaient en se donnant la main.</p><p>Ang�lique tomba de son haut.</p><p>��Florimond�! Cantor�!</p><p>Elle avait compl�tement oubli� la lettre exp�di�e en Poitou r�clamant leur venue. Cette arriv�e �tait-elle opportune ou non�?</p><p>La joie de les revoir l'emporta sur ses inqui�tudes. Elle les embrassa de bon c�ur. Ils �taient aussi emprunt�s, taciturnes et sots que de gros campagnards venant pour la premi�re fois � la ville. Chauss�s de souliers � clous, leurs bas de laine en tire-bouchon, leurs v�tements puant le fumier. Mais Ang�lique demeura stup�faite de la taille de Cantor, qui � sept ans �tait aussi grand que son a�n�, lui-m�me d�j� bien �lanc�. Il n'y avait aucun point commun entre les deux fr�res, � part leur chevelure abondante et fris�e, noire chez Florimond, ch�tain clair chez Cantor. Florimond �tait un enfant du Sud, au regard chaud et vif. Les yeux verts de Cantor ressemblaient � la plante d'ang�lique qui luit dans la p�nombre liquide des marais poitevins. Leur limpidit� avait quelque chose d'imp�n�trable et ne livrait rien. Barbe, la servante qui les avait �lev�s, d�gela l'atmosph�re en apparaissant. Elle �tait ravie de se retrouver � Paris. Elle se voyait mal, disait-elle, entamant l'hiver au fond d'un ch�teau de province entre des paysans obtus et deux m�chants gamins que le grand air avait d�cha�n�s. On ne pouvait plus rien en faire. Et Monsieur le baron, leur grand-p�re, leur passait toutes leurs volont�s ainsi que la vieille nourrice. Il n'�tait que temps qu'on les m�t entre les mains d'un bon ma�tre qui leur enseignerait l'alphabet sans m�nager les coups de verge.</p><p>��Ils vont aller � la Cour, lui confia Ang�lique � voix basse, pour �tre compagnons de Monseigneur le Dauphin.</p><p>Barbe ouvrit les yeux tout ronds d'extase, joignit les mains et contempla ses deux bandits avec un respect accru.</p><p>��Faudrait voir � leur apprendre quelques mani�res�!</p><p>��Et � porter l'�p�e et le plumet.</p><p>��Et � faire la r�v�rence.</p><p>��Et � se moucher, � ne pas cracher, � ne pas p... partout.</p><p>��� parler et � r�pondre aux dames autrement que par des grognements de porc...</p><p>L'�ducation compl�te et rapide des deux jeunes futurs courtisans posait �videmment un probl�me. Mme de Choisy se chargea de le r�soudre. On la vit se pr�senter d�s le lendemain � l'h�tel de Beautreillis, flanqu�e d'un petit abb� mince comme une fille dans son justaucorps noir et qui ouvrait des yeux de biche sous les bouclettes de sa perruque poudr�e. Elle le pr�senta comme appartenant � la branche cadette des Lesdigui�res du pays de Chartres, ce qui lui donnait une famille de qualit� et de bon renom, mais de peu de biens. Elle avait �t� charg�e par ces gens, auxquels elle �tait apparent�e, de pousser le jeune Maurice dans le monde. Elle ne pouvait mieux faire, � son sens, qu'en le recommandant � Mme du Plessis-Belli�re afin que celle-ci lui confi�t l'�ducation de ses deux fils. Il avait fait de bonnes �tudes et avait servi comme page chez l'archev�que de Sens. Mme de Choisy ajouta qu'un pr�cepteur devait lui �tre adjoint, ainsi qu'un ma�tre � danser, un �cuyer d'�curie et un ma�tre d'�p�e. Elle avait trois gar�ons sous la main qui feraient l'affaire. Un nomm� Racan de la maison de Bueil. Il avait �tudi� le droit mais s'�tant trouv� trop pauvre pour racheter une charge d'avocat, il voulait se mettre en service. Le ma�tre � danser �tait un petit-fils du marquis de Lesbourg, vieux seigneur de Flandres, qui, comme on sait, a toujours eu des chevaliers de la Toison d'Or dans sa maison. Le troisi�me �tait d'une autre sorte, car il appartenait exceptionnellement � une famille tr�s riche dont il aurait pu �tre l'unique h�ritier, mais il lui avait pris l'id�e de se faire valet gladiateur, de sorte qu'il avait perdu son h�ritage. Il savait manier toutes les armes connues, y compris l'estocade et l'arquebuse, et il apprendrait aux enfants l'art du carrousel, de la course de bague et tout ce qu'on voudrait. En bref, c'�tait un vaillant goguenard. Madame de Choisy recommandait �galement deux demoiselles de Gilandon, du pays de Chambord. Leur grand-m�re �tait de la maison de Joyeuse, leur s�ur avait �pous� le comte des Roches. Elles n'�taient point sottes, mais sans beaut� et se contenteraient de fort peu comme gages, leur p�re les ayant ruin�es parce qu'il avait trouv� leur m�re enceinte � son retour d'Espagne.</p><p>��Mais que ferai-je de ces demoiselles�? demanda Ang�lique.</p><p>��Vous les prendrez dans votre suite. On ne vous voit qu'accompagn�e de servantes � bonnet. Cela ne sied pas � une grande dame de votre renom, qui se doit d'aller en avan�ant � la Cour.</p><p>Elle expliqua � Ang�lique que dans une maison bien conditionn�e on devait trouver parmi les domestiques, tous les ordres de l'�tat�: le clerg�, dans la personne des aum�niers et des pr�cepteurs, la noblesse avec le gentilhomme, l'�cuyer, les pages ou suivantes, la bourgeoisie avec l'intendant, le ma�tre d'h�tel, les valets de chambre, le chef cuisinier, enfin le peuple�: foule de laquais et servantes, gar�ons d'office et de cuisine, postillons et palefreniers. Mme du Plessis ne poss�dait pas un train digne de sa r�putation et de son rang. Mme de Choisy ne demandait qu'� l'aider. Elle esp�rait que la jeune marquise avait assez de s�rieux pour ne pas oublier de veiller � ce que ses gens de maison fassent leurs pri�res matin et soir et re�oivent r�guli�rement les sacrements.</p><p>Ang�lique n'avait pas encore r�ussi � d�m�ler le r�le jou� par Mme de Choisy � Fontainebleau. Celle-ci avait-elle fait du z�le en interpr�tant � tort les ordres du roi�? Alors qu'elle paraissait indign�e, voici qu'aujourd'hui elle d�bordait d'obligeance. C'�tait une dame qui avait d�pass� la quarantaine, mais dont les yeux avaient encore ��du feu�� et le sourire du charme. Il y avait cependant en elle quelque chose qui refroidissait l'amiti�. La valetaille racontait volontiers que sa maison �tait une esp�ce de conciergerie. D�s qu'une fille �tait entr�e chez elle, elle n'en pouvait plus sortir�; elle les faisait travailler et les ch�tiait rudement. Son suisse n'osait ouvrir la porte sans son ordre, et pour avoir enfreint la consigne une fois il avait �t� fouett�. Elle avait fait donner les �trivi�res � une servante, qui avait failli en mourir. On disait aussi qu'elle avait fait donner le fouet � son propre mari, mais qu'elle en avait eu un tel repentir que, pour faire p�nitence, elle �tait all�e se mettre jusqu'au cou dans un marais.</p><p>Ang�lique pensait que les gens grossissaient les ragots, et n'ajoutait pas foi � ces extravagances. Mais la propension de Mme de Choisy � s'occuper des affaires des autres ne laissait pas d'�tre embarrassante. Dans la crainte de lui voir encore avancer de nouveaux prot�g�s, Ang�lique, un peu submerg�e par les Racan, Lesdigui�res et Gilandon, prit le tout y compris les demoiselles.</p><p>D'ailleurs il devenait urgent de remettre Florimond et Cantor entre des mains pr�pos�es � leur dressage. Ils en �taient � l'�ge o� l'on monte � cheval sur tout ce qui peut s'enfourcher. � d�faut des mulets de leur grand-p�re, ils se contentaient de la rampe en bois pr�cieux du grand escalier et le premier moment de timidit� pass�, l'h�tel du Beautreillis retentissait du bruit des batailles et des galopades.</p><p>Ces tracas domestiques ayant gagn� quelques journ�es, ce fut par la rumeur publique qu'Ang�lique apprit la lib�ration de Philippe. Il ne vint pas la voir. Elle h�sitait sur ce qu'il convenait de faire. Mme de Montespan insista pour qu'elle repar�t � la Cour la t�te haute.</p><p>��Le roi vous a pardonn�. Chacun sait qu'il vous a re�ue longuement. Il a tanc� en priv� M. du Plessis, mais le soir m�me celui-ci a eu l'honneur de ��pr�senter la chemise�� au coucher du roi � Saint-Germain. Tout le monde a compris en quelle amiti� Sa Majest� vous tenait l'un et l'autre.</p><p>Mme de Choisy appuya ces paroles. Le roi ayant �mis le souhait de voir Mme du Plessis pr�senter ses fils, elle devait obtemp�rer sans attendre que ces bonnes dispositions se soient �vapor�es de la pens�e royale. Mme de Choisy avait vu Mme de Montausier, femme du futur pr�cepteur du Dauphin et l'actuelle gouvernante des enfants de France. On convint d'un jour. C'est ainsi que Florimond et Cantor furent pr�sent�s � la Cour, lors d'un passage � Versailles. Tous deux v�tus de satin bleu canard avec le nombre qu'il fallait de rosettes et de rubans, avec bas blancs � baguette d'or, hauts talons, une petite �p�e d'argent guilloch� au c�t�. Sur leur toison fris�e ils portaient des chapeaux ronds de feutre noir avec une plume rouge non pas en panache, mais d�bordant sur le revers, selon la mode toute nouvelle qui commen�ait � s'imposer. Comme il faisait froid et qu'il avait neig� ils portaient un manteau de velours noir sou-tache d'or. L'abb� de Lesdigui�res disait que Florimond savait tout naturellement ��porter le manteau��, ce qui est un art qui s'acquiert de naissance. Certaines personnes du commun n'y parviennent jamais.</p><p>Cantor �tait plus gauche. La petite suite de ces messieurs avouait �tre � peu pr�s tranquille sur la fa�on dont se comporterait Florimond, qui avait assimil� rapidement courbettes et ronds de jambe. On ne savait trop qu'esp�rer de Cantor, qui pouvait tr�s bien r�ussir quand il voulait. Il n'y avait qu'� prier le Ciel de l'inspirer dans le bon sens. L'appartement r�serv� aux enfants royaux avait un cachet intime peu habituel � la r�sidence versaillaise. Il y faisait chaud. Dans un coin il y avait une voli�re et les deux berceuses de la petite Madame portaient les coiffes de leurs campagnes d'origine, un d�licat �difice de dentelles d'un grand prix. Avec celle de Mme Hamelin, la vieille nourrice du roi, qui venait souvent l� filer sa quenouille, cela faisait des battements d'ailes blanches apportant de la ga�t�. Mme de Montausier, qui �tait une bonne femme, n'avait pas �lev� son royal pupille trop � la dure. Le temps viendrait assez t�t pour lui de s'incliner sous la f�rule des pr�cepteurs et de se plier aux r�gles de l'�tiquette qui entraverait chacun de ses pas d'enfant. C'�tait un gros petit gar�on, la bouche toujours un peu entrouverte car il avait le nez ��facilement g�t頻, disait sa gouvernante. D'intelligence moyenne il semblait d�j�, � six ans et demi, mal � l'aise dans son r�le difficile de fils de Louis XIV. Attitude qu'il devait garder toute sa vie. Il avait grandi en enfant unique, deux petites princesses �tant mortes d�s leur naissance et dont l'une �tait noire comme une Mauresque, disait-on, ��car la reine avait bu trop de chocolat en l'attendant��.</p><p>Ang�lique songea � part elle que ses fils avaient, malgr� un d�grossissement h�tif, plus de gr�ce, d'aisance, et pour tout dire de prestance, que l'h�ritier de la couronne. Elle les regarda avec admiration lorsqu'ils salu�rent avec un ensemble parfait, le pied cambr�, le chapeau bas, et qu'ils s'avanc�rent l'un apr�s l'autre pour baiser la main que le Dauphin leur tendait avec appr�hension en guettant du regard l'encouragement de Mme de Montausier. Et elle �clata d'orgueil lorsque Florimond dit d'une voix naturelle et gentille, quoique respectueuse�:</p><p>��Monseigneur, vous avez l� un bien joli coquillage.</p><p>Il se trouvait que ce coquillage �tait une d�coration personnelle du Dauphin, un joyau sans pareil qu'il avait trouv� le matin m�me dans le sable du parterre, et dont il n'avait plus voulu se d�faire, exigeant qu'on l'accroch�t sur son habit entre la croix de Saint-Louis et celle de grand amiral de la flotte, caprice auquel les dames d'honneur avaient fini par c�der. La r�flexion de Florimond ramena l'int�r�t du Dauphin sur son tr�sor, qu'il voulut aussit�t montrer en d�tail � ses nouveaux amis. Puis, sa timidit� enfuie il les entra�na admirer sa collection de marmousets de poterie, son petit canon et son plus beau tambour, qui avait des ailes de toile d'argent.</p><p>Tant d'intuition de la part de Florimond dans l'emploi de la flatterie et dans le commerce des grands combla d'aise ses �ducateurs. Le petit abb� et le pr�cepteur Racan se jetaient des regards entendus et Ang�lique, tr�s satisfaite, se promit de leur bailler le soir une gratification de trente �cus.</p><p>Sur ces entrefaites et selon le protocole pr�vu, la reine, une dizaine de ses suivantes et quelques gentilshommes se pr�sent�rent.</p><p>Apr�s �changes de r�v�rences Cantor fut convi� � chanter devant la souveraine. L� il y eut un l�ger accroc dans le parfait d�roulement de la pr�sentation, car l'enfant ayant mis un genou � terre, pr�luda par les premi�res notes de sa chanson pr�f�r�e�:</p><p><emphasis>Le roi a fait battre tambour</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Pour voir toutes ses dames...</emphasis></p><p>L'abb� se pr�cipita et dit que le luth �tait mal accord�. Tandis qu'il resserrait les cl�s de l'instrument il parla � voix basse � son pupille, qui de la meilleure gr�ce du monde entama ensuite une autre chanson. L'incident fut � peine remarqu�, en particulier de la reine, qui, Espagnole, n'avait aucune id�e du folklore fran�ais. Ang�lique se souvint vaguement que la premi�re chanson, compos�e au si�cle dernier, avait trait aux amours ill�gitimes du roi Henri IV. Elle fut reconnaissante � l'abb� d'avoir �cart� � temps la b�vue. D�cid�ment, elle remercierait encore Mme de Choisy du bon choix de ses recrues. La voix de Cantor ne pouvait �tre compar�e qu'� celle d'un ange. Elle �tait d'une puret� indicible, et pourtant ferme, bien soutenue avec des notes longues qui ne fl�chissaient pas. Elle �tait claire et cristalline, mais sans la fadeur un peu niaise des voix enfantines. Les dames, qui s'�taient pr�par�es � �couter avec politesse l'enfant prodige, furent bient�t au comble du ravissement. Florimond, qui avait tout d'abord retenu l'attention, passait au second plan. On s'avisait de la bonne mine du petit chanteur, moins beau que son fr�re, mais avec des yeux d'une nuance rare, qui s'emplissaient de lumi�re quand il chantait. M. de Vivonne �tait le plus enthousiaste de tous, et le d�sir de flatter Ang�lique n'�tait pour rien dans ses compliments dithyrambiques. Ainsi que beaucoup de joyeux viveurs de la Cour il poss�dait quelques talents secrets, pratiqu�s en amateur et comme pour se jouer. Vivonne, fr�re de Mme de Montespan, tout en �tant capitaine des gal�res et lieutenant g�n�ral des mers, versifiait, composait, jouait de plusieurs instruments de musique. � maintes reprises on lui avait confi� l'arrangement des ballets de la Cour. Il s'en tirait fort bien. Il demanda � Cantor d'interpr�ter quelques-unes de ses chansonnettes en les choisissant parmi les moins lestes de son r�pertoire. Il y avait m�me une ariette pour messe de No�l, pleine de gr�ce gentille, qui transporta toute l'assembl�e. La reine voulut absolument qu'on all�t qu�rir M. Lulli sur-le-champ. Le surintendant de la musique du roi faisait r�p�ter ses choristes � la chapelle. Il se pr�senta de mauvaise gr�ce, mais son visage bougon et enlumin� se d�tendit lorsqu'il eut �cout� l'enfant. Une voix de cette finesse �tait rare, dit-il. Il ne voulut pas croire que Cantor atteignait � peine ses huit ann�es�; il avait un ��coffre�� de onze ans. D'ailleurs le musicien se rembrunit aussit�t et fit la lippe. La carri�re du petit ph�nom�ne �tait destin�e � �tre br�ve, sa voix �tant de celles que la mue d�truit presque � coup s�r. � moins qu'on n'en fit une voix ��� castre�� en le privant de sa virilit� vers dix ou onze ans. De telles voix �taient tr�s recherch�es. Les jeunes �ph�bes au visage imberbe et au timbre s�raphique demeuraient le plus bel ornement des chapelles princi�res d'Europe. On les recrutait surtout parmi les fils de musiciens pauvres ou baladins, d�sireux d'assurer � leurs enfants une carri�re, � d�faut d'une vie normale mais vou�e � la m�diocrit�.</p><p>Ang�lique poussa de hauts cris. Ch�trer son vigoureux petit Cantor�! Quelle horreur�!</p><p>Dieu merci, il �tait gentilhomme et sa destin�e n'aurait pas � souffrir de la perte de ses dons. Il apprendrait � manier l'�p�e au service du roi et s'assurerait une nombreuse descendance. Les avis de M. Lulli donn�rent mati�re � quelques plaisanteries dans le ton de la Cour, o� dames et seigneurs s'entendaient � manier le vert langage. Cantor passa de mains en mains et fut cajol�, compliment�, encourag�. Il acceptait les hommages avec son air habituel de matou paisible mais qui n'en pense pas moins.</p><p>On convint que lorsque Monseigneur le Dauphin serait remis aux mains des hommes, Florimond et Cantor prendraient place parmi les seigneurs de sa suite afin de l'accompagner au man�ge, au jeu de paume et fort bient�t, � la chasse.</p></section><section><p><strong>Chapitre 15</strong></p><p>On �tait en cette saison o� Paris s'�veille peu � peu, aux sons des violons et au bruit des rires.</p><p>Malgr� la paix des trait�s, l'habitude de la guerre avait continu� � tenir la plupart des gentilshommes absents.</p><p>Ang�lique s'apercevait avec humeur qu'elle avait de la peine � suivre le mouvement. Sa prochaine maternit� commen�ait � l'alourdir. L� encore, Philippe �tait la cause d'un handicap qui l'obligerait bient�t � se tenir � l'�cart du monde. Elle avait beau se serrer, et la mode �tre g�n�reuse pour les formes �panouies, elle ne pouvait plus endosser ses plus belles toilettes. C'�tait bien encore sa chance que cet enfant f�t le plus gros de ceux qu'elle avait port�s�!</p><p>En dehors des festivit�s royales elle continuait � se rendre � St-Germain, o� chacun pouvait se pr�senter sans invitation. La marche des affaires du royaume emplissait les couloirs d'un monde h�t�roclite o� les commis des ministres, la plume d'oie � l'oreille, c�toyaient des ambassadeurs, o� de doctes �chevins discutaient gravement des march�s parmi les grandes dames jouant de l'�ventail.</p><p>Elle y rencontra certain jour le vieux pharmacien Savary qui s'�tait pr�sent� chez elle comme solliciteur, et qu'elle avait surnomm� dans son esprit ��le mage��. Il semblait aussi � son aise dans la brillante assembl�e qu'un poisson dans son bocal. Il lui adressa une mimique confidentielle.</p><p>��Madame, n'oubliez pas... la moumie.</p><p>��Et quand donc viendra-t-il votre ambassadeur, avec sa moumie�?</p><p>��Chut�! Je vous pr�viendrai, je vous guiderai alors, pas � pas. En attendant, silence, discr�tion�!...</p><p>Une jeune femme qui passait s'arr�ta en poussant un petit cri, et saisit le vieux Savary par son rabat pour le regarder passionn�ment. Ang�lique reconnut Mlle de Brienne.</p><p>��Monsieur, dit-elle � voix basse, je vous connais. Je sais que vous �tes devin, et m�me un peu sorcier. Voulez-vous convenir d'un march�?</p><p>��Vous vous trompez, Madame. J'ai ma petite r�putation, c'est vrai, et l'on dit du bien de moi dans la maison, mais je ne suis qu'un modeste savant.</p><p>��Je sais, insista-t-elle, ses beaux yeux brillant comme des escarboucles, je sais que vous pouvez beaucoup. Vous avez des philtres que vous avez ramen�s d'Orient. �coutez, il faut absolument que vous m'obteniez un ��tabouret�� du roi. Faites votre prix.</p><p>��Ces choses-l� ne s'obtiennent pas par de l'argent.</p><p>��Alors je serai � vous corps et �me.</p><p>��Mais vous �tes folle, ma pauvre pitchoune�!</p><p>��R�fl�chissez, monsieur Savary. Cela ne doit pas vous �tre tellement difficile, � vous. Et je ne vois plus d'autre moyen de contraindre l'esprit du roi � m'offrir un tabouret. Je le veux, je le veux absolument. Je suis pr�te � tout pour cela�!</p><p>��C'est bon�! C'est bon�! On r�fl�chira, dit le vieil apothicaire, conciliant.</p><p>Mais il refusa la bourse que Mlle de Brienne voulait, � toute force, lui glisser.</p><p>��Dans quoi me trouverais-je engag� si j'acceptais, dit-il � Ang�lique lorsque Mlle de Brienne les eut quitt�s. Vous voyez comme elles sont, ces dr�lettes�! Un tabouret�! Un tabouret devant le roi�! Voil� ce qu'elles ont en t�te d�s qu'elles ont mis un pied � la Cour.</p><p>Hochant du chef avec indulgence il tira des basques de son habit un grand mouchoir � carreaux dont il commen�a d'essuyer les verres de son lorgnon.</p><p>��H�! H�! Monsieur Savary, je ne suis pas loin de vous attribuer un certain pouvoir d'envo�tement. Les plus difficiles beaut�s de la Cour viennent se jeter � vos pieds...</p><p>��Ne me prenez pas pour un satyre. Je n'y suis pour rien. Des jeunes femmes et surtout des jeunes filles ont parfois des audaces qui d�concertent un vieux roulier de la mer comme moi. Cette �cervel�e est rong�e d'ambition plus encore qu'une odalisque de harem.</p><p>��Vous avez connu des harems�?</p><p>��Naturellement, puisque mes drogues trouvaient parmi ces dames leur client�le pr�f�r�e. Oh�! Ce n'�tait pas chose courante de voir un homme, m�me au poil gris, p�n�trer dans ces enceintes. On m'y conduisait les yeux band�s et encadr� de trois eunuques cimeterre au poing. Une fois, sous le voile qui couvrait le visage d'une favorite du sultan ottoman Ibrahim, une voix fran�aise m'interpella. Il s'agissait d'une jolie fille de La Rochelle qui avait �t� enlev�e � l'�ge de seize ans par les Barbaresques. Mais ne m'embarquez pas sur mes souvenirs, Madame. Pour l'heure pr�sente nous ne devons nous occuper que de la moumie. Puis-je vous rappeler votre promesse de me donner votre assistance�?</p><p>��C'est entendu. Je ferai de mon mieux et je ne vous r�clamerai pas de tabouret. Mais je crois que vous vous illusionnez sur mon pouvoir.</p><p>Ma�tre Savary l'examina d'un �il scrutateur.</p><p>��Je ne suis nullement devin, comme l'insinue la petite �cervel�e, mais je peux quand m�me vous pr�dire que vous, vous aurez un tabouret, et pourtant je ne vous vois gu�re restant longtemps assise quelque part et surtout � Versailles, et m�me devant le roi...</p><p>��Si jamais j'obtenais un tabouret, alors que je ne peux d�j� obtenir un emploi, sachez que je ne serai pas assez sotte pour le quitter de mon propre chef�!</p><p>��Madame, ne vous f�chez pas. En Orient vous apprendriez que la col�re disperse les forces vitales. Or vous avez besoin de conserver toutes vos forces.</p><p>��Pour guetter l'arriv�e de votre moumie�? persifla-t-elle.</p><p>��Pour cela et pour autre chose aussi, r�pondit le vieil homme avec am�nit�.</p><p>Elle allait lui r�pondre par quelque sarcasme lorsqu'elle s'aper�ut qu'il s'�tait �clips� sans bruit.</p><p>��C'est probablement dans les pays �tranges o� il vendait ses drogues qu'il a appris � marcher et � s'�vanouir comme un pur esprit, pensa-t-elle, mais il est amusant...��</p><p>Un peu plus tard elle retrouva Mlle de Brienne � une table de jeu.</p><p>��Qu'avez-vous pu obtenir du petit apothicaire, lui demanda la jeune fille avidement, vous a-t-il promis son concours�? On le dit plus fort que la devineresse Mauvoisin pour influencer � distance.</p><p>Ang�lique se contenta de sourire et battit les cartes. Mlle de Brienne �tait une jolie brune, piquante, un peu exalt�e et surtout tr�s mal �lev�e. Elle �tait � la Cour depuis son enfance. C'est dire que sa cervelle d'oiseau �tait impr�gn�e d'une morale particuli�re. Le jeu, la boisson et l'amour �taient pour elle des passe-temps aussi inoffensifs que la tapisserie et la dentelle pour les jeunes bourgeoises.</p><p>Elle perdit ce jour-l� 10 000 livres5 en jouant contre Ang�lique. Elle avoua qu'elle ne saurait se les procurer imm�diatement pour r�gler sa dette.</p><p>��Je vous l'avais bien dit que ce satan� droguiste vous porterait chance, fit-elle avec une moue d'enfant sur le point de pleurer. Que pourrais-je lui promettre pour qu'il s'occupe aussi de moi�? Voil� pr�s de 30 000 livres que je perds en une semaine. Mon fr�re va encore me chanter pouilles et dire que je le ruine...</p><p>Puis voyant qu'Ang�lique ne semblait gu�re d�cid�e � lui accorder un trop long cr�dit�:</p><p>��Voulez-vous racheter ma charge de consul de Candie�? J'�tais en pourparlers pour la vendre. Elle vaut 40 000 livres.</p><p>Au mot de ��charge�� Ang�lique avait dress� l'oreille.</p><p>��Consul�? r�p�ta-t-elle.</p><p>��Oui.</p><p>��De Candie�?</p><p>��C'est une ville, je crois, renseigna Mlle de Brienne.</p><p>��O� est-ce donc�?</p><p>��Je n'en sais rien.</p><p>��Mais une femme ne peut pas �tre consul�!...</p><p>��Si fait. Voici trois ans que j'en suis propri�taire. C'est une des charges qui ne n�cessitent pas obligatoirement une r�sidence effective et, par contre, elle donne un certain rang � la Cour, o� n'importe quel consul, m�me en jupon, a la permission et m�me l'obligation de r�sider. En l'achetant, j'esp�rais aussi que les b�n�fices seraient int�ressants. H�las�! il n'en est rien. Les deux g�rants que j'ai mis l�-bas sont des forbans, et trafiquent pour leur compte tout en me faisant payer leurs frais de repr�sentation. Je ne devrais pas vous dire �a puisque je vous propose de la racheter, mais je suis tellement sotte. Et peut-�tre que vous vous en tirerez mieux que moi. 40 000 livres, ce n'est pas cher. Moi, cela me remettra � l'aise et je pourrai r�gler mes dettes.</p><p>��Je r�fl�chirai, dit Ang�lique vaguement.</p><p>Elle �tait quand m�me un peu d�mont�e. Consul de France�! Elle avait envisag� beaucoup de titres, mais pas celui-l�.</p><p>Elle partit � la recherche de Savary et eut la bonne fortune de le retrouver.</p><p>��Vous qui avez tant voyag�, pouvez-vous me dire o� se trouve Candie�?</p><p>��Candie�? Pardi oui, je le sais. Bien que je n'y sois jamais all�. Et je le regrette. C'est une �le de la M�diterran�e tr�s int�ressante. On trouve l�, et l� seulement, une substance appel�e ladanum et qui reste encore aujourd'hui la seule mati�re connue, avec le musc, pour donner de la fixit� et de la permanence aux meilleurs parfums. J'en ai quelques �chantillons en petites vessies tr�s minces. Cela se pr�sente comme une substance gommo-r�sineuse, d'origine probablement v�g�tale, mais j'ignore d'o� elle provient exactement, et comment on la r�colte...</p><p>��Ce qui m'int�resserait, Monsieur Savary, c'est de savoir � qui appartient Candie et si les Fran�ais y ont grand pouvoir.</p><p>Ma�tre Savary m�chonnait r�veusement la pointe de sa barbe.</p><p>��Candie�! Candie�! Il faudra que je retourne l�-bas�; on ne peut laisser le myst�re du ladanum dans l'inconnu...</p><p>��Candie, fit une voix derri�re eux, ah�! l'�le de Cr�te, le labyrinthe, le Minotaure, tous les souvenirs cruels de la Gr�ce. Vous int�ressez-vous � l'histoire des Anciens, Madame�?</p><p>Ang�lique reconnut le po�te La Fontaine, qui apr�s l'avoir salu�e adressa plusieurs r�v�rences � Savary. Puis il prit famili�rement le bras de la jeune femme et l'entra�na en expliquant�:</p><p>��Je salue toujours les gens dont j'ai vague souvenance, mais le plus souvent je ne peux me rappeler leur nom. O� ai-je rencontr� ce noble vieillard�? Qui pourra me le dire�?</p><p>��Moi, car vous l'avez rencontr� en mon h�tel. Maintenant renseignez-moi sur Candie.</p><p>��Fi�! Candie est un nom trop nouveau. C'est l'�le de Cr�te qu'il faut dire. Le miel et le lait coulent au pied du Mont Ida o� Th�s�e tua le Minotaure. Voulez-vous que je vous conte la l�gende d'Ariane�?</p><p>Ang�lique se r�cusa avec politesse. Elle aimait s'instruire, mais le soir tombait et il lui fallait regagner Paris.</p><p>��Au moins acceptez l'hommage que je m'appr�tais � vous faire, dit le po�te en tirant un livret d'un sac de peluche us�e. Ce jour a �t� un grand jour pour moi, car j'ai �t� remettre au roi un exemplaire de la premi�re �dition de mes Contes. Je voulais vous en remettre un aussi, car c'est gr�ce � votre g�n�rosit� que l'impression m'en a �t� rendue possible.</p><p>Ang�lique remercia. Elle avait d�j� entendu parler de ces contes. Ninon de Lenclos les appelait ��le br�viaire d'une femme sensible�� et en avait fait courir des copies. Le po�te lui-m�me lisait partout ces galanteries renforc�es avec le sang-froid qu'il e�t mis � la lecture d'un sermon... Mme de S�vign� disait qu'il imitait parfois Boccace, mais qu'il le surpassait par l'ing�nuit� de pouvoir lui parler pertinemment de son �uvre. Il la traita d'��adorable m�c�ne��. Elle eut beaucoup de peine � se d�barrasser de lui.</p></section><section><p><strong>Chapitre 16</strong></p><p>L'int�rieur de M. Colbert et son cabinet de travail gardaient l'apparence d'un confort bourgeois sans recherche. L'homme froid que Mme de S�vign� surnommait avec un petit frisson ��Le Nord�� n'avait pas la folie du luxe. L'�conomie lui �tait une qualit� par trop h�r�ditaire. Sa vanit�, il la mettait ailleurs�: dans la tenue impeccable et minutieuse de ses comptes et l'�tablissement de son arbre g�n�alogique.</p><p>Pour cela il ne l�sinait point et payait de nombreux commis pr�pos�s � rechercher dans les grimoires une ascendance qui le rattacherait tant soit peu � la noblesse. Petite faiblesse qui ne l'emp�chait pas de discerner lucidement les d�fauts des grands seigneurs et l'influence qu'allait prendre la bourgeoisie, seul corps � la fois actif et intelligent du royaume. Mme du Plessis s'excusa de le d�ranger. Elle �tait sur le point d'acqu�rir, dit-elle, la charge de consul de Candie et sachant que le ministre avait la haute main sur la distribution de ces postes, elle sollicitait ses avis. Colbert, d'abord renfrogn�, se d�tendit. Ce n'�tait pas souvent qu'avant de se faire adjuger un emploi, les belles �cervel�es s'avisaient de penser aux cons�quences. La plupart du temps lui, Colbert, recevait le r�le ingrat de mettre un peu d'ordre dans la jonglerie des placets, se trouvant dans l'obligation de suspendre les demandes par trop folles ou incongrues, ou encombrantes pour la bonne marche des affaires, ou trop lourdes pour les finances, r�le qui lui attirait de nombreux ennuis parmi les r�clamantes d��ues.</p><p>Ang�lique vit que la nomination d'une femme comme Consul de France ne le choquait pas. C'�tait chose courante.</p><p>Entre l'opinion professionnelle de ma�tre Savary, et mythologique du bon La Fontaine sur l'�le de Candie, il en �mit une troisi�me.</p><p>� ses yeux, Candie, capitale de la Cr�te, repr�sentait le meilleur march� d'esclaves de la M�diterran�e. C'�tait m�me le seul endroit o� l'on pouvait se procurer des Russes, race d'hommes solides, sobres et qu'on obtenait pour 100 � 150 livres chacun. On les rachetait aux Turcs qui les avaient captur�s en leurs continuelles batailles d'Arm�nie, d'Ukraine, de Hongrie ou de Pologne.</p><p>��Cet apport n'est pas n�gligeable pour nous � l'heure o� nous portons notre effort sur la marine et o� il s'agit d'augmenter le nombre des gal�res royales en M�diterran�e. Les Maures, Tunisiens ou Alg�rois que nous capturons dans les combats avec les pirates fournissent du mauvais travail. On s'en sert surtout pour compl�ter les �quipages quand il y a p�nurie, ou pour les �changer avec des chr�tiens captifs en Barbarie. Quant aux condamn�s de droit commun, les for�ats, ils n'ont aucune r�sistance, ne supportent pas la mer et meurent comme des mouches. Jusqu'alors les meilleurs rameurs ont donc �t� recrut�s parmi les Turcs, et aussi parmi ces Russes dont Candie est le march�. Ce sont au surplus d'excellents marins. Je me suis laiss� dire que le fond des �quipages sur les voiliers anglais �tait constitu� par ces m�mes esclaves russes. Les Anglais en font cas et se montrent bons payeurs envers ceux qui peuvent leur en procurer. Pour toutes ces raisons Candie me semble un point qui ne manque pas d'int�r�t.</p><p>��Quelle est la situation des Fran�ais l�-bas�? interrogea Ang�lique, qui ne se voyait tout de m�me pas tr�s bien en marchande d'esclaves.</p><p>��Nos repr�sentants y sont respect�s, je crois. L'�le de Cr�te est une colonie v�nitienne. Depuis quelques ann�es les Turcs se sont mis en t�te de s'en emparer et l'�le a d� repousser plusieurs assauts.</p><p>��Mais alors, il est dangereux d'y placer son argent�?</p><p>��Cela d�pend. Le commerce d'une nation peut parfois b�n�ficier des guerres si elle n'y prend pas parti. La France a de bonnes alliances, aussi bien avec Venise qu'avec la Corne d'Or.</p><p>��Mlle de Brienne ne m'a pas cach� que cette charge ne lui rapportait quasi rien. Elle en accuse ceux qui ont obtenu le poste de g�rance et qui, dit-elle, travaillent pour leur propre compte.</p><p>��C'est fort possible. Fournissez-moi leurs noms et je pourrai proc�der � une enqu�te.</p><p>��Alors... vous soutiendrez ma candidature � cette charge, monsieur le ministre�?</p><p>Colbert demeura silencieux un moment, les sourcils fronc�s. Il dit enfin�:</p><p>��Oui. De toutes fa�ons elle gagnera � �tre entre vos mains, Mme Morens, plut�t que dans celles de Mlle de Brienne ou m�me de n'importe quel gentilhomme �cervel�. D'autre part cela cadre absolument avec les projets que j'avais pour vous.</p><p>��Pour moi�?</p><p>��Oui. Croyez-vous que nous acceptions facilement de voir des comp�tences comme les v�tres demeurer inutilis�es pour le bien de l'�tat�? C'est un des grands dons de Sa Majest� que de faire fl�che de tout bois. En ce qui vous concerne, Elle a de la difficult� de se persuader qu'une jolie femme peut ajouter � ses charmes d'autres qualit�s, d'intelligence pratique. Je l'ai convaincue que vous pourriez lui rendre les plus grands services. De plus votre fortune est grande et bon teint. Cela vous donne du pouvoir.</p><p>Ang�lique se rembrunit.</p><p>��J'ai de l'argent, c'est entendu, fit-elle, mais certes pas de quoi sauver le royaume.</p><p>��Qui vous parle d'argent�? C'est de travail qu'il s'agit. C'est le travail qui reformera le pays et reconstituera sa richesse disparue. Voyez, j'�tais simple marchand de drap, me voil� ministre, mais cela ne me flatte pas. Tandis que je suis fier d'�tre directeur des manufactures royales. Nous pouvons et nous devons faire mieux en France qu'� l'�tranger. Mais nous sommes trop divis�s. Je ne sais ce qui me prend de vous raconter cela. Vous avez un certain don d'�couter et de vous int�resser aux pens�es d'autrui. Ce don, vous allez l'utiliser pour nous aupr�s de tous. Vous flatterez les barbons par votre attention. Pour les jeunes gens la s�duction de votre personne suffira. Pour les femmes votre �l�gance les persuadera facilement de suivre vos opinions. En somme, vous disposez d'armes non n�gligeables.</p><p>��Et dans quel but devrais-je d�ployer tout cet arsenal�?</p><p>Le ministre s'accorda encore quelques instants de r�flexion.</p><p>��Tout d'abord vous ne devrez pas quitter la Cour. Vous y serez attach�e, vous la suivrez dans ses d�placements et vous devrez vous �vertuer � y conna�tre le plus de monde possible et le plus pr�cis�ment.</p><p>La jeune femme eut de la peine � dissimuler l'intense satisfaction que lui donnaient ces prescriptions.</p><p>��Ce... travail ne me semble pas tr�s redoutable.</p><p>��Alors nous vous utiliserons pour diff�rentes missions qui auront trait surtout au commerce maritime, au commerce tout court et � ses d�riv�s, entre autres�: la mode.</p><p>��La mode�?</p><p>��J'ai ajout� la mode pour convaincre Sa Majest� de vous confier � vous, femme, des attributions plus graves. Je m'explique. Par exemple je veux surprendre le secret du ��point de Venise��, cette dentelle qui fait fureur et qui jusqu'ici est rest�e inimit�e. J'ai essay� d'en interdire la vente, mais ces messieurs et dames se repassent cols et manchettes sous le manteau et voici plus de 3 millions de livres par an qui filent en Italie. Que ce soit ouvertement ou en fraude, c'est d�plorable pour le commerce fran�ais. Alors qu'il n'y aurait aucune raison de ne pas surprendre le secret de cette dentelle dont nos �l�gants raffolent, afin d'en �tablir une manufacture ici.</p><p>��Il me faudrait aller � Venise.</p><p>��Je ne crois pas. � Venise, vous seriez soup�onn�e, tandis que j'ai de bonnes raisons de croire que c'est � la Cour m�me que les agents fraudeurs r�sident. Par eux, on pourrait remonter la fili�re, savoir au moins o� ils se ravitaillent. Je soup�onne deux d�put�s au commerce marseillais. Ce trafic doit leur rapporter des fortunes immenses...</p><p>Ang�lique �tait songeuse.</p><p>��Ce genre d'activit� que vous me demandez ressemble fort � l'espionnage...</p><p>M. Colbert en convint. Le mot ne le choquait point. Des espions�?... Tout le monde en employait et partout.</p><p>��Le commerce marchera de pair. Ainsi des nouvelles actions de la Compagnie des Indes orientales vont �tre �mises prochainement. Votre champ de placement sera la Cour. � vous de lancer la mode des Indes, de persuader les avares, que sais-je�? Il y a de l'argent � la Cour. Il ne faut pas qu'il tourne en fum�e, en gaspillage... Enfin, vous voyez que vous aurez maintes occasions d'exercer vos talents. L'embarrassant pour nous �tait de donner � votre charge une allure officielle. Laquelle�? S'il fallait la cr�er, sous quel titre�? Votre consulat de Cr�te va servir de fa�ade et d'alibi.</p><p>��Les b�n�fices en sont maigres.</p><p>��Ne faites pas la sotte�! Il est bien entendu que pour votre travail officieux vous toucherez de grosses pr�bendes. On les fixera pour chaque affaire. Vous pourrez prendre des int�r�ts dans celles qui r�ussiront.</p><p>Par habitude, elle marchanda.</p><p>��40 000 livres c'est beaucoup.</p><p>��C'est une pinc�e de sel pour vous. Songez qu'une charge de procureur se paie 175 000 livres et celle de mon pr�d�cesseur, le ministre des Finances, 1 400 000 livres. Le roi l'a prise � son compte car il me voulait en cette place. Mais je me sens redevable envers le roi. C'est pourquoi je ne me reposerai tranquille que lorsque je lui aurai fait gagner plusieurs fois cette somme par la prosp�rit� de son royaume.</p><p>*****</p><p>Voici la Cour, se disait Ang�lique. Elle est, ce soir o� nous dansons au Palais-Royal, telle que le peuple na�f se l'imagine ��ruisselante de lumi�re et le th��tre d'une f�te �ternelle.��</p><p>Sous le masque de velours qui dissimulait son visage elle suivait des yeux les couples qui dansaient.</p><p>Le Roi venait d'ouvrir le bal avec Madame. Il repr�sentait Jupiter dans le ballet de ��L'Olympe en f�te��. � lui seul il �blouissait les regards. Le port du masque ne pouvait lui conserver l'incognito. Le sien �tait d'or. Un casque d'or � feuillage enrichi de cabochons et de ros�s de diamant dressait sur sa t�te une cr�te de plumes couleur feu. Tout son costume �tait de brocart d'or et rayonnait des mille feux des diamants ench�ss�s dans des broderies. Pour vanter demain ce costume, le po�te Loret lui-m�me ne saurait que dire.</p><p><emphasis>L'habillement de ce prince,</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Valait au moins une province...</emphasis></p><p>��Tant de richesse��, pensait Ang�lique. ��Voici la Cour.��</p><p>Monsieur, qui recevait son fr�re, se devait de pr�senter une tenue plus modeste. On reconnaissait pourtant sa silhouette rondelette et sautillante, boursoufl�e de satin, d'hermine. Son masque �tait de dentelle.</p><p>Monsieur le prince se trahissait � ses turquoises. Monsieur le duc par ses perles. Un ��fleuve�� � barbe blanche, couvert d'�cailles d'argent, de guirlandes de roseaux, et d'herbes marines en satin bleu et vert, fr�la Ang�lique. Un �ole, en costume de plumes blanches et aurore, un moulin � vent sur la t�te l'entra�na dans une ��corrante��. Elle suivit la danse rapide, o� la danseuse passait d'un cavalier � l'autre. Ses mains se posaient sur des mains bagu�es �tincelantes et qui miroitaient au passage. Masque d'or, masque d'argent, masques de velours, masques de dentelles, masques de satin. Des rires aigus, des parfums. L'odeur des vins et l'odeur des ros�s. Les parquets �taient jonch�s de p�tales. Des ros�s en d�cembre...</p><p>Voici la Cour. Folie. Profusion. Mais si l'on s'approche, quel �tonnement�! L'on voit un jeune roi secret et qui tire les ficelles de ses marionnettes. Et si l'on s'approche encore, les marionnettes elles-m�mes laissent tomber le masque. Elles sont vivantes, d�vor�es de passions br�lantes, d'ambitions coriaces, de d�vouements �tranges... Sa r�cente conversation avec M. Colbert avait ouvert � Ang�lique des horizons insoup�onn�s. En songeant au r�le qu'il voulait lui attribuer elle se demandait si tous ces masques ne cachaient pas, eux aussi, leurs missions clandestines. ��Il n'est pas dans les projets du roi de laisser inutilis�es les comp�tences...��</p><p>Jadis en ce m�me Palais-Royal, qui s'appelait alors le Palais-Cardinal, Richelieu avait promen� sa simarre violette et ses projets d'ordre de domination. Pas un �tre qui p�n�tr�t ici et qui ne f�t � son service. Son r�seau d'espionnage �tait comme une immense toile d'araign�e. Il employait beaucoup les femmes. ��Ces cr�atures, disait-il, ont le don naturel de com�die et de dissimulation��... Le jeune roi reprenait-il � son compte les m�mes principes�? Comme Ang�lique quittait la danse, un petit page lui remit un pli. Elle s'�carta pour le lire. C'�tait un mot de M. Colbert.</p><p>��Consid�rez, �crivait-il, que vous poss�dez la charge de Cour permanente que vous aviez brigu�e, dans les conditions stipul�es. Votre titre de Consul de France de Candie vous sera remis demain.��</p><p>Elle plia la lettre et la glissa dans son aum�ni�re. Un sourire jouait au coin de ses l�vres. Elle avait triomph�.</p><p>Et, � tout prendre, il n'y avait rien de bizarre � ce qu'une marquise f�t Consul de France, en ce monde o� les baronnes s'occupaient de poissons, o� les duchesses requ�raient le monopole des chaises de th��tre, o� le ministre de l'Arm�e sollicitait la charge des relais de poste et o� les plus grands d�bauch�s du royaume �taient propri�taires de b�n�fices eccl�siastiques.</p></section><section><p><strong>Deuxi�me partie</strong></p><p><strong>Philippe ou la guerre en dentelles</strong></p></section><section><p><strong>Chapitre 1</strong></p><p>Ang�lique se d�v�tit avec lenteur. Elle avait d�clin� l'offre de ses servantes et des demoiselles Gilandon. Son esprit �tait tout occup� � revivre les derni�res phases de sa victoire. Aujourd'hui m�me son intendant avait remis � celui de Mlle de Brienne 40 000 livres bien sonnantes, tandis qu'elle recevait de M. Colbert et de la part du roi sa ��nomination��. Elle avait appos� son cachet sur un nombre impressionnant de paperasses, sabl� plusieurs pages d'�criture et pay� encore quelques ��poussi�res�� � titre de taxes et autres, qui s'�levaient quand m�me � 10 000 livres suppl�mentaires.</p><p>Elle n'en �tait pas moins tr�s satisfaite, avec cependant une arri�re-pens�e inqui�te quand elle songeait � Philippe.</p><p>Qu'allait-il dire quand il apprendrait la chose�? Nagu�re il l'avait mise au d�fi de se maintenir � la Cour, laissant bien entendre qu'il ferait tout de son c�t� pour l'en �loigner. Mais son s�jour � la Bastille et son �loignement � l'arm�e avaient laiss� � Ang�lique tout loisir de mener � bien ses affaires. Elle triomphait... Non sans remords. Philippe �tait revenu de Picardie une semaine auparavant. Le roi en avait lui-m�me inform� Mme du Plessis-Belli�re, laissant entendre combien l'intention de lui plaire l'avait conduit � passer l'�ponge sur une faute grave. La faute grave, en l'occurrence, �tant l'indiscipline dont Philippe s'�tait rendu coupable en se battant en duel. Apr�s avoir remerci� Sa Majest� de sa cl�mence, Ang�lique s'�tait interrog�e sur ce qu'il convenait de faire. Quelle doit �tre l'attitude d'une femme vis-�vis d'un mari que l'on a mis en prison parce qu'elle l'avait tromp�? Elle h�sitait mais tout portait � croire que l'attitude de son mari serait beaucoup plus nette. Bafou�, bl�m� du roi, perdant sur tous les tableaux, son humeur pour Ang�lique ne devait gu�re s'�tre adoucie. Ang�lique, ayant consid�r� loyalement tous les griefs r�els que Philippe pouvait avoir envers elle, comprit qu'elle devait s'attendre au pire. D'o� sa h�te � conclure un march� qui dressait une barri�re entre elle et l'ostracisme de son �poux. Maintenant c'�tait chose faite. De Philippe, aucune manifestation. Il �tait all� rendre ses devoirs, disait-on, au roi, qui l'avait re�u avec affection. Ensuite on l'avait vu dans Paris, chez Ninon. Puis par deux fois il avait accompagn� le roi � la chasse. Aujourd'hui m�me, alors qu'elle signait des feuillets chez M. Colbert, il �tait dans le bois de Marly.</p><p>Avait-il d�cid� de la laisser en paix�? Elle aurait voulu s'en convaincre. Mais Philippe l'avait habitu�e � des r�veils cruels. Ce silence n'�tait-il pas plut�t celui du tigre qui s'appr�te � bondir�? La jeune femme soupira.</p><p>Absorb�e par ses pens�es elle d�grafait le plastron � n�ud de satin, d�posant une � une les �pingles dans une coupe d'onyx. Elle �ta son corsage, d�noua les aiguillettes de ses trois jupes, qui tomb�rent autour d'elle en plis lourds. Elle enjamba le rempart de velours et de soie et prit sur le dossier d'un fauteuil la chemise de fin linon que Javotte y avait pr�par�e. Puis elle s'inclina pour d�nouer ses jarreti�res de soie-satin, orn�es de pierres pr�cieuses. Ses gestes �taient tranquilles et songeurs. Ces derni�res semaines elle avait perdu son agilit� coutumi�re. Tout en �tant ses bracelets elle s'approcha de la coiffeuse afin de les remettre chacun dans leur �crin. Le grand miroir ovale lui renvoya son image, dor�e par la lumi�re douce des chandelles. Avec un plaisir un peu m�lancolique elle d�tailla la perfection de son visage o� la carnation des joues et des l�vres avait une fra�cheur de rose. La dentelle de la chemise d�gageait la courbe des �paules, d'une rondeur juv�nile et qui soutenaient le cou lisse et renfl�. ��Ce point de Venise est d�cid�ment une merveille. M. Colbert a raison de vouloir l'apprivoiser en France.��</p><p>Elle touchait du doigt la garniture arachn�enne. � travers les fleurs ajour�es du d�licat travail sa peau nacr�e semblait briller. Le morceau de dentelle descendait fort bas sur les seins, laissant transpara�tre deux fleurs plus sombres.</p><p>Ang�lique leva ses bras nus pour d�tacher la parure de perles, pos�e en diad�me sur ses cheveux. Ses boucles tombaient, lourdes avec de chauds reflets. Et malgr� sa taille �paissie que r�v�lait le linge vaporeux, elle se dit qu'elle �tait belle. La question insidieuse que lui avait pos�e Lauzun la hanta.</p><p>��Pour qui�?</p><p>Elle �prouva la solitude de son corps � la fois trop convoit� et d�daign�. Avec un nouveau soupir elle se d�tourna et prenant sa robe de chambre de taffetas pourpre elle s'en enveloppa soigneusement.</p><p>Qu'allait-elle faire ce soir�? Elle n'avait pas sommeil.</p><p>Allait-elle �crire � Ninon de Lenclos�? Ou � Mme de S�vign�, qu'elle avait un peu n�glig�e�? Ou �tablir quelques comptes, selon la studieuse habitude de son temps de commer�ante�?</p><p>Un pas d'homme s'avan�a dans la galerie et commen�a de monter rapidement l'escalier, faisant sonner ses �perons. C'�tait sans doute Malbrant, l'�cuyer d'�curie de Florimond et de Cantor surnomm� Malbrant-coup-d'�p�e qui rentrait apr�s une joyeuse tourn�e. Mais le pas s'approchait.</p><p>Ang�lique s'�tonna. Puis, dans un seul sursaut, comprenant qui pouvait venir l�, elle voulut bondir vers la porte afin de pousser le verrou.</p><p>Il �tait trop tard. La porte s'ouvrait et dans l'encadrement le marquis du Plessis-Belli�re apparut.</p><p>Il avait encore sa redingote de chasse gris d'argent orn�e de fourrure noire, son chapeau noir avec une seule plume blanche, ses hautes bottes noires couvertes de boue et de neige fondue. Entre ses mains, prot�g�es de gants � crispins, noirs aussi, il tenait son long fouet � chiens.</p><p>Il demeura un instant immobile, plant� sur ses jambes �cart�es, et enveloppa d'un coup d'�il le tableau de la jeune femme blonde devant sa coiffeuse, parmi le d�sordre de ses atours et de ses bijoux. Un lent sourire d�tendit ses l�vres. Il entra, refermant la porte, et ce fut lui qui d'un doigt sec fit claquer le verrou.</p><p>��Bonsoir, Philippe, dit Ang�lique.</p><p>En le voyant, un sentiment mitig� de peur et de joie faisait bondir son c�ur. Il �tait beau. Elle ne se souvenait plus qu'il f�t si beau et du cachet de perfection qu'il savait donner � toute sa personne. C'�tait le plus beau gentilhomme de la Cour. Et il �tait � elle, comme elle avait r�v� qu'il le f�t lorsque, fillette passionn�e, elle regardait le bel adolescent.</p><p>��Vous n'attendiez pas ma visite, Madame�?</p><p>��Si fait. Je l'attendais... Je l'esp�rais.</p><p>��Vous ne manquez pas de courage, ma parole. N'aviez-vous pas de bonnes raisons de craindre mon courroux�?</p><p>��Certes. Et c'est pourquoi je pensais que plus t�t cette entrevue aurait lieu mieux cela vaudrait. On ne gagne rien � reculer le moment d'avaler une m�decine am�re.</p><p>Le visage de Philippe fon�a sous une col�re folle.</p><p>��Petite hypocrite�! Tra�tresse�! Vous auriez beau jeu de me faire croire que vous souhaitiez me voir alors que vous vous empressiez de me damer le pion. Ne viens-je pas d'apprendre que vous avez acquis deux charges permanentes � la Cour�?</p><p>��Ah�!... vous �tes au courant, fit-elle faiblement.</p><p>��Oui. Je suis au courant, aboya-t-il hors de lui.</p><p>��Et vous ne... vous ne semblez pas en �tre satisfait�?</p><p>��Esp�riez-vous donc me satisfaire, alors que vous vous �tes arrang�e pour me faire mettre en prison afin de tisser en paix votre toile d'araign�e�? Et maintenant... maintenant vous croyez m'avoir �chapp�. Mais le dernier mot n'est pas dit. Je vous ferai payer cher votre march�. Et vous n'avez pas compt� dans le prix la correction que je vais vous administrer.</p><p>Son fouet claqua contre le parquet avec un bruit sec de d�tonation. Ang�lique poussa un cri. Sa r�sistance c�dait.</p><p>Elle se r�fugia pr�s de l'alc�ve et se mit � pleurer. Non, non, jamais elle n'aurait la force de revivre l'affreuse sc�ne du Plessis.</p><p>��Ne me faites pas de mal, Philippe, supplia-t-elle. Oh�! je vous en prie, ne me faites pas de mal... Songez � l'enfant.</p><p>Le jeune homme s'arr�ta net. Ses paupi�res se r�tr�cirent.</p><p>��L'enfant... Quel enfant�?</p><p>��Celui que je porte... votre enfant�!...</p><p>Un lourd silence pesa entre eux, troubl� seulement par les sanglots �touff�s d'Ang�lique.</p><p>Enfin le marquis �ta soigneusement ses gants, les posa, ainsi que son fouet sur la table-coiffeuse, et marcha vers sa femme d'un air soup�onneux.</p><p>��Montrez-moi cela, dit-il.</p><p>Il �carta les bords du peignoir puis soudainement, rejetant la t�te en arri�re �clata de rire.</p><p>��Mais c'est ma foi, vrai�! Ma parole�! Vous �tes pleine comme une vach�re�!</p><p>Il s'assit pr�s d'elle au bord du lit et lui saisit les �paules pour l'attirer.</p><p>��Pourquoi ne l'avoir pas dit plus t�t, petite b�te indocile�? Je ne vous aurais pas effray�e.</p><p>Elle pleurait � petits coups nerveux, l'esprit en d�route.</p><p>��Allons, ne pleurez plus, ne pleurez plus, r�p�tait-il.</p><p>C'�tait une chose si �trange que d'avoir la t�te contre l'�paule du brutal Philippe, le visage perdu dans sa perruque blonde au parfum de jasmin, et de sentir sa main caresser doucement ce flanc o� tressaillait une vie nouvelle, encore enfouie dans les limbes de la gestation.</p><p>��Quand doit-il na�tre�?</p><p>��Bient�t... En janvier.</p><p>��C'est donc au Plessis, reprit-il apr�s un instant de m�ditation. J'avoue que je m'en r�jouis. Il ne me d�pla�t pas que mon fils ait �t� con�u sous le toit de ses anc�tres. Hum�! Il faut croire que les violences et la hargne ne lui font pas peur. Ce sera un guerrier, j'en accepte l'augure. N'avez-vous pas par-l� quelque chose pour boire � sa sant�?</p><p>Il alla lui-m�me chercher sur la cr�dence d'�b�ne deux hanaps de vermeil et un flacon de vin de Beaune qu'on y pla�ait chaque jour pour les visiteurs probables.</p><p>��Allons buvez�! M�me si trinquer avec moi ne vous agr�e pas, il est de bon ton que nous nous f�licitions de notre ouvrage. Pourquoi me regardez-vous avec cet �tonnement stupide�? Parce que vous avez encore trouv� le moyen sournois de me d�sarmer�?... Patience, ma belle. J'ai trop de satisfaction � la pens�e de mon h�ritier pour ne pas vous m�nager. Je respecterai la tr�ve. Mais nous nous retrouverons plus tard. Le diable fasse que vous ne profitiez pas encore de ma bont� pour me jouer quelques-uns de vos mauvais tours... En janvier dites-vous�?... Bon. D'ici l� je me contenterai de vous tenir � l'�il.</p><p>Levant le coude, il but d'un trait puis jeta la coupe sur le dallage en criant�:</p><p>��Vive l'h�ritier des Miremont du Plessis de Belli�re�!</p><p>��Philippe, murmura Ang�lique, vous �tes vraiment l'individu le plus �tonnant, le plus d�concertant que j'aie jamais rencontr�. Pas un homme qui, ayant re�u de ma part un tel aveu dans un tel moment, ne m'aurait cri� � la face que je voulais lui faire endosser une paternit� dont il n'�tait pas responsable. J'�tais persuad�e que vous m'accuseriez de vous avoir �pous� alors que j'�tais d�j� enceinte.</p><p>Philippe remettait ses gants avec soin. Il lui jeta un long regard sombre et presque furieux.</p><p>��Sans d�montrer, fit-il, que malgr� les lacunes de mon �ducation je sais quand m�me compter jusqu'� neuf et que si cet enfant n'�tait pas le mien, la nature vous aurait d�j� contrainte � le mettre au monde, j'ajouterai ceci�: Je vous crois capable de tout et de quelques petites choses en plus, mais pas de ce genre de bassesses.</p><p>��Elles sont pourtant coutumi�res aux femmes... De vous qui les m�prisez tant, j'imaginais une r�action de doute.</p><p>��Vous n'�tes pas une femme comme les autres, dit Philippe d'un ton rogue. Vous �tes ma femme.</p><p>Il sortit � grands pas, la laissant r�veuse et remu�e d'une �motion qui ressemblait � l'esp�rance.</p></section><section><p><strong>Chapitre 2</strong></p><p>Par un matin bl�me de janvier o� l'�clat de la neige posait des reflets irr�els sur les sombres tapisseries, Ang�lique sentit que son heure �tait venue. Elle fit appeler la sagefemme du quartier du Marais, Mme Cordet, dont elle avait retenu les offices. Plusieurs grandes dames de ses amies la lui avaient recommand�e. Mme Cordet avait le caract�re d�cid� et la bonhomie n�cessaire pour r�ussir aupr�s d'une client�le difficile. Elle amenait avec elle deux apprenties-matrones, ce qui lui donnait de l'importance. Elle fit dresser devant l'�tre une grande table � tr�teaux o� l'on ��travaillerait�� plus confortablement. Un brasero fut apport� pour �lever la temp�rature de la chambre. Les servantes roulaient des bandes de charpie et faisaient bouillir de l'eau dans des bassines de cuivre. Mme Cordet mit � tremper des simples et la pi�ce s'embauma d'odeurs m�dicinales qui rappelaient la campagne sous un soleil d'�t�.</p><p>Ang�lique se sentait terriblement nerveuse et agac�e. Cet accouchement ne l'int�ressait pas. Elle rageait qu'il n'y e�t personne pour faire cela � sa place. Incapable de rester dans son lit, elle allait et venait s'arr�tant devant la fen�tre pour contempler la rue toute blanche et ouat�e de neige. � travers les petits carreaux sertis de plomb on devinait les silhouettes floues des passants. Un carrosse, tanguant et roulant, se frayait difficilement passage, et le souffle des quatre chevaux s'�chappait en nuages bleut�s dans l'air cristallin. Le ma�tre du carrosse criait � la porti�re. Le cocher jurait. Les comm�res riaient. On �tait au lendemain de l'�piphanie, jour de liesse pass� entre les �normes galettes dor�es et les hanaps de bon vin rouge et blanc. Tout Paris avait le gosier en feu d'avoir trop cri� ��Le Roi boit��.</p><p>� l'h�tel du Beautreillis on avait fait bombance, comme il se devait, autour de Florimond, petit roi de la f�ve, couronn� d'or et levant son verre de cristal sous les vivats. Aujourd'hui, chacun avait sommeil et b�illait. C'�tait bien le jour pour mettre un enfant au monde�!</p><p>Pour tromper son impatience Ang�lique s'informait de d�tails domestiques. Avait-on recueilli tous les restes pour les pauvres�? Oui, quatre corbeilles avaient �t� distribu�es ce matin, devant le porche aux b�quillards du coin.</p><p>Et deux pots d'aum�nes avaient �t� port�s aux Enfants bleus, les orphelins du quartier du Temple, v�tus de bleu, et aux Enfants rouges, les orphelins de l'H�tel-Dieu, en habits rouges.</p><p>Avait-on tremp� les nappes, rang� la vaisselle, lav� les couverts � l'eau de son et r�cur� les couteaux � la cendre de foin�?...</p><p>Mme Cordet essayait de calmer sa patiente. Quel besoin avait-elle de s'occuper de ces d�tails�? Sa domesticit� �tait assez nombreuse pour qu'elle laiss�t de tels soucis au ma�tre d'h�tel. Elle avait bien autre chose � penser. Justement, Ang�lique ne voulait pas y penser.</p><p>��On ne croirait jamais que vous en �tes � votre troisi�me enfant, remarquait la sagefemme, grondeuse. Vous faites autant de com�die que pour un premier.</p><p>Elle en avait fait, certes, moins. Elle se revoyait � l'instant de la naissance de Florimond, jeune m�re tendue, effray�e, mais pourtant silencieuse. Elle �tait bien plus courageuse en ce temps-l�. Elle avait de la force en r�serve, celle des jeunes b�tes qui n'ont pas v�cu et se croient invincibles.</p><p>Un visage se penchait vers elle. Une voix tendre et profonde lui disait�:</p><p>��Mon �me... tu souffres. Pardonne-moi. Je n'imaginais pas que tu devrais endurer tout cela...�� Le grand comte de Toulouse s'�mouvait de la torture qui broyait le corps bien-aim�. Comme elle �tait heureuse en ce temps-l�!</p><p>Aujourd'hui, trop de coups avaient sap� son �nergie. Ses nerfs �taient devenus fragiles.</p><p>��C'est que l'enfant est trop gros, g�mit-elle. Les autres n'�taient pas si gros...</p><p>��Bah�! Bah�! Vous m'en contez. J'ai crois� votre cadet dans l'antichambre. B�ti comme il l'est aujourd'hui, il n'a pas d� faire rire non plus celui-l�, quand il a mis son nez dehors.</p><p>La naissance de Cantor�! Elle ne voulait plus s'en souvenir. C'�tait un cauchemar f�tide, un gouffre obscur et glacial o� elle avait connu toutes les douleurs. Mais en songeant � l'horrible H�tel-Dieu, o� tant d'innocents poussaient leur premier cri sur terre, Ang�lique eut honte de ses j�r�miades, et cela l'incita � se montrer raisonnable. Elle consentit � s'asseoir dans un grand fauteuil, un coussin sous les reins, un tabouret sous les pieds. Une des demoiselles Gilandon lui proposa de lui lire quelques pri�res. Ang�lique l'envoya promener. Que faisait cette caillette dans une chambre d'accouch�e�? Elle n'avait qu'� rejoindre l'abb� de Lesdigui�res, et s'ils n'avaient rien de mieux � se dire tous les deux, elle ne les emp�chait pas de prier pour elle et m�me d'aller planter un cierge en l'�glise Saint-Paul. Enfin les souffrances �tant devenues plus fr�quentes et plus fortes, Mme Cordet la fit �tendre sur la table devant le feu. La jeune m�re ne retenait plus ses plaintes. C'�tait l'instant difficile et angoissant o� le fruit pr�t � se d�tacher semble arracher les racines de l'arbre qui l'a port�. Les oreilles d'Ang�lique bourdonnaient sous l'assaut des vagues douloureuses. Elle crut entendre un remue-m�nage au-dehors, et une porte claqua. La voix de Th�r�se dit�:</p><p>��Oh�! v'la Monsieur le Marquis.</p><p>Elle ne comprit qu'en voyant � son chevet Philippe dress�, magnifique et insolite parmi ces femelles affair�es, dans sa redingote de Cour avec son �p�e, ses manchettes de dentelles, sa perruque, son chapeau au panache de plumes blanches.</p><p>��Philippe�! Que faites-vous l�! Que voulez-vous�? Pourquoi venez-vous�?</p><p>Il eut une expression ironique et hautaine.</p><p>��C'est aujourd'hui la naissance de mon fils. La chose m'int�resse, figurez-vous�!</p><p>L'indignation ranima Ang�lique. Elle se dressa sur un coude.</p><p>��Vous �tes venu pour me voir souffrir, cria-t-elle. Vous �tes un monstre. L'homme le plus cruel, le plus ignoble, le plus...</p><p>Un nouveau spasme lui coupa la parole. Elle se rejeta en arri�re, cherchant son souffle.</p><p>��Allons�! Allons�! dit Philippe. Il ne faut pas s'�nerver.</p><p>Il posa la main sur son front moite et commen�a � le caresser lentement, tout en murmurant des paroles qu'elle percevait � peine mais dont le bourdonnement l'apaisait.</p><p>��Calme�! Calme�! Tout va bien�! Courage, ma belle...</p><p>��C'est la premi�re fois qu'il me caresse, songea Ang�lique. Il retrouve pour moi les gestes et les mots qu'il a au chenil ou � l'�curie pour la chienne ou la jument en train de mettre bas. Pourquoi pas�? Que suis-je d'autre en ce moment qu'une pauvre b�te... On dit qu'il peut rester patiemment des heures � les rassurer... que les plus sauvages lui l�chent les mains...��</p><p>Il �tait bien le dernier homme dont elle e�t attendu du secours en cet instant. Mais il serait dit que Philippe du Plessis-Belli�re ne cesserait jamais de l'�tonner. Sous sa main elle se d�tendait et reprenait des forces.</p><p>��S'imagine-t-il que je ne saurais pas mettre son enfant au monde�? Je vais lui montrer de quoi je suis capable. Je ne pousserai pas un cri�!��</p><p>��C'est bien�! C'est bien�! disait la voix de Philippe. Ne crains rien... Et vous autres, esp�ce d'empot�es, soutenez-la un peu. Qu'est-ce que vous f...</p><p>Il s'adressait aux matrones comme aux valets du chenil.</p><p>Dans la demi-inconscience du dernier instant Ang�lique leva les yeux sur Philippe. Dans ce regard cern�, agrandi et comme voil� d'une douceur path�tique, il eut la vision de ce que serait son abandon... Cette femme qu'il s'imaginait p�trie de duret� ambitieuse et de calculs sournois �tait-elle capable de faiblesse�? Ce regard traversait le pass�. C'�tait celui d'une petite fille en robe grise qu'il tenait par la main et qu'il pr�sentait aux rires moqueurs de ses amis�:</p><p>��Voici la Baronne de la Triste Robe��.</p><p>Philippe serra les dents. Il posa vivement la main sur ce regard.</p><p>��Ne crains rien, r�p�ta-t-il, ne crains plus rien maintenant...</p><p>��C'est un gar�on, dit la sage-femme.</p><p>Ang�lique voyait Philippe tendre � bout de bras un petit paquet rouge, dans un linge, en criant�:</p><p>��Mon fils�! Mon fils�!</p><p>Il riait.</p><p>On transporta la jeune femme dans son lit aux draps parfum�s, o� la bassinoire de cuivre avait pass� et repass�.</p><p>L'invincible sommeil des accouch�es s'appesantissait sur elle. Elle chercha des yeux Philippe.</p><p>Il se penchait sur le berceau de son fils.</p><p>��Maintenant je ne suis plus int�ressante��, se dit-elle, frapp�e de d�ception. Cependant une impression de bonheur la poursuivait dans son repos.</p></section><section><p><strong>Chapitre 3</strong></p><p>Ce fut lorsqu'on d�posa pour la premi�re fois le b�b� dans ses bras qu'Ang�lique r�alisa ce que cette�: nouvelle existence signifiait.</p><p>Le poupon �tait beau. On l'avait �troitement emmaillot� de bandelettes de lin bord�es d'un galon de satin qui maintenaient ses bras et ses jambes et s'enroulaient en capuchon autour de sa t�te. Il ne montrait qu'une ronde frimousse de porcelaine blanche et rose, o� s'ouvraient deux prunelles d'un bleu vague mais qui bient�t deviendraient du m�me saphir transparent que celles de son p�re.</p><p>La nourrice et les servantes r�p�taient, admiratives, qu'il �tait blond comme un poussin et dodu comme un amour.</p><p>��Cet enfant est sorti de mon sein, se dit Ang�lique, et pourtant ce n'est pas le fils de Joffrey de Peyrac�! J'ai m�l� mon sang, qui n'appartenait qu'� lui, � un sang �tranger.</p><p>Atterr�e, elle voyait en lui le fruit d'une trahison qu'elle n'avait pas r�alis�e jusqu'alors. Elle dit � mi-voix�:</p><p>��Je ne suis plus ta femme, Joffrey�!</p><p>Ne l'avait-elle pas voulu ainsi�?</p><p>Elle se mit � pleurer.</p><p>��Je veux revoir Florimond et Cantor, cria-t-elle au milieu de ses sanglots. Oh�! je vous en supplie, qu'on fasse venir mes fils.</p><p>Ils vinrent. Ils s'avanc�rent et elle tressaillit � la vue du hasard qui ce jour-l� leur avait fait rev�tir un m�me costume de velours noir. Diff�rents et semblables avec leurs tailles �gales, leurs teints mats et leurs chevelures �paisses tombant sur le grand col de dentelle blanche, ils se donnaient la main, geste familier, dans lequel depuis leur petite enfance ils semblaient puiser la force de suivre les chemins de leur destin�e menac�e. Ils salu�rent et s'assirent tr�s poliment sur deux tabourets. Le spectacle inhabituel de leur m�re �tendue entre ses draps les impressionnait.</p><p>Ang�lique prit sur elle pour dominer le d�sarroi qui lui serrait la gorge. Elle ne voulait pas les �mouvoir.</p><p>Elle leur demanda s'ils avaient vu leur nouveau fr�re�? Oui, ils l'avaient vu. Qu'en pensaient-ils�? Selon toute apparence, ils n'en pensaient rien. Apr�s s'�tre consult� du regard avec Cantor, Florimond affirma que c'�tait un ��charmant ch�rubin��. Les r�sultats des efforts conjugu�s de leurs quatre pr�cepteurs �taient r�ellement remarquables. La m�thode o� entraient en bonne partie coups de verge et coups de r�gle, y �tait certainement pour quelque chose, mais plus encore la mentalit� des deux enfants, plies tr�s t�t � d'affreuses disciplines. Parce qu'ils avaient subi la faim, le froid et la peur, ils semblaient s'adapter � tout. On leur ouvrait la cl� des champs�: aussit�t ils galopaient et se transformaient en sauvages. On leur imposait de riches costumes, l'obligation de saluer et de composer des compliments�: ils devenaient alors de parfaits petits seigneurs.</p><p>Elle s'avisait pour la premi�re fois de cette souplesse inn�e de leur caract�re. ��Souples comme la pauvret� apprend � l'�tre�!��</p><p>��Cantor, mon troubadour, ne nous chanterez-vous pas quelque chose�?</p><p>L'enfant alla chercher sa guitare et pr�luda de quelques accords.</p><p><emphasis>Le roi a fait battre tambour</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Pour voir toutes ses</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>dames Et la premi�re qu'il a vue</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Lui a ravi son �me...</emphasis></p><p>��Tu m'as aim�e, Joffrey. Et je t'ai ador�. Pourquoi m'as-tu aim�e�? Parce que j'�tais belle�?... Tu �tais tellement �pris de beaut�. Un bel objet dans ton palais du Gai-Savoir... Mais tu m'aimais plus que cela�! Je l'ai su lorsque tes bras durs m'�treignaient jusqu'� me faire g�mir... J'�tais pourtant enfantine encore... Mais int�gre. C'est pour cela peut-�tre que tu m'as tant aim�e...��</p><p><emphasis>Marquis, dis-moi la connais-tu</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Qui est cette jolie dame�?</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Et le marquis a r�pondu</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Sire le Roi, c'est ma femme.</emphasis></p><p>��Ma femme...</p><p>��L'autre nuit comme il a dit ces mots, le blond marquis au regard imp�n�trable�! Je ne suis plus ta femme, Joffrey�! Il me revendique. Et ton amour s'�loigne de moi comme une barque qui m'abandonne sur un rivage glac�. Plus jamais�! Plus jamais�!... C'est difficile de se dire�: plus jamais... d'admettre que tu deviennes une ombre pour moi aussi.��</p><p><emphasis>Marquis tu as plus de chance que</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>moi D'avoir femme si belle</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Si tu voulais me l'accorder</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Je me chargerais d'elle.</emphasis></p><p>Philippe n'est point revenu la voir. Il ne lui a plus manifest� d'int�r�t. Il la d�daigne maintenant qu'elle a accompli son ouvrage. � quoi bon esp�rer�! Elle ne le comprendra jamais. Que disait Ninon de Lenclos � son sujet�:</p><p>��C'est un noble par excellence. Il se met en transe pour des questions d'�tiquette. Il craint une tache de boue sur son bas de soie. Mais il ne craint pas la mort. Et quand il mourra il sera solitaire comme un loup et ne demandera aucun secours � personne. Il n'appartient qu'au roi et � lui-m�me.</p><p><emphasis>Sire si vous n'�tiez le roi</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>J'en tirerais vengeance</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Mais puisque vous �tes le roi</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>� votre ob�issance.</emphasis></p><p>Le Roi... Le roi tout-puissant qui marche en ses jardins fastueux. Le givre a par� les charmilles de nouvelles f�eries. Suivi du vaste cort�ge empanach� il va de bosquet en bosquet. Les marbres ont l'�clat de la neige. Au bout d'une all�e mauve C�r�s, Pomone et Flore, statues d'or, �tincellent et se mirent dans la glace d'un bassin rond. Le Roi tient sa canne dans sa main gant�e, cette main de jeune homme et de souverain, qui elle aussi tranche les destins, distribue la vie et la mort.</p><p><emphasis>Adieu mon c�ur, adieu ma vie</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Adieu mon esp�rance</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Puisqu'il nous faut servir le Roi</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>S�parons-nous d'ensemble...</emphasis></p><p>��Seigneur Dieu�! N'est-ce pas la chanson que Cantor a failli chanter devant la reine l'autre jour, � Versailles�! Sans l'abb� de Lesdigui�res, quel impair il commettait�!... L'abb� est d�cid�ment de ressource. Il faudra lui faire remettre une autre gratification.��</p><p><emphasis>La Reine a fait faire un bouquet</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>De belles fleurs de lyse</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Et la senteur de ce bouquet</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>� fait mourir marquise.</emphasis></p><p>��Pauvre reine Marie-Th�r�se�! Elle serait bien incapable d'envoyer � ses rivales des bouquets de fleurs empoisonn�es, comme le fit jadis Marie de M�dicis � l'une des favorites du Vert-Galant. Elle ne peut que pleurer en tamponnant son nez rougi. Pauvre reine�!...��</p></section><section><p><strong>Chapitre 4</strong></p><p>Mme de S�vign� �crivit � Mme du Plessis-Belli�re pour lui donner des nouvelles de la Cour�: ��Aujourd'hui, � Versailles, le Roi a ouvert le bal avec Mme de Montespan. Mlle de La Valli�re y assistait, mais elle ne dansa point. La Reine, qui est rest�e � Saint-Germain, ne fait pas grand bruit...��</p><p>La traditionnelle visite d'accouch�e qui devait se prolonger jusqu'aux relevailles rev�tit � l'H�tel du Beautreillis un �clat inaccoutum�.</p><p>La faveur avec laquelle le roi et la reine avaient accueilli leur nouveau sujet en ce monde incitait les repr�sentants du Tout-Paris � venir faire leur cour au chevet de la belle marquise.</p><p>Ang�lique montrait fi�rement le coffret de satin bleu, moir� de fleurs de lys, pr�sent de la reine, et qui contenait un grand lange en toile d'argent, et deux draps d'Angleterre �carlate, une mante de taffetas bleu et un choix d�licieux de petites chemises en toile de Cambrai, de b�guins brod�s et de bavettes fleuries.</p><p>Le Roi y avait joint deux drageoirs de vermeil et de pierreries garnis de confiseries. M. de Gesvres, le Grand Chambellan, avait remis lui-m�me les pr�sents de Leurs Majest�s � la jeune m�re, ainsi que leurs compliments. Ces attentions royales, pour flatteuses qu'elles fussent, ne d�rogeaient pas � l'�tiquette�: la femme d'un mar�chal de France y avait droit. Mais il n'en fallut gu�re plus pour relancer, telle une flamme un instant �touff�e, le bruit que Mme du Plessis-Belli�re avait pris ��entre ses lacs�� le c�ur de Sa Majest�. Il y eut m�me des mauvaises langues pour laisser entendre que le solide poupard qui tr�nait sur un coussin de velours cramoisi entre sa nourrice et sa berceuse avait dans les veines du sang de Henri IV. Ang�lique d�daignait les allusions et haussait les �paules. Ces gens �taient fous, mais � tout prendre distrayants�! Sa chambre ne d�semplissait pas. Elle recevait dans sa ruelle comme une Pr�cieuse. Beaucoup de physionomies, un peu oubli�es, reparurent � cette occasion. Sa s�ur Hortense, la femme du procureur, vint avec toute sa nich�e. Elle se haussait un peu plus chaque jour sur les degr�s de la grande bourgeoisie et elle ne pouvait d�daigner une relation aussi en vue que sa s�ur, la marquise du Plessis-Belli�re. Mme Scarron vint �galement. Par hasard Ang�lique n'avait pas de visite. Elles purent deviser tranquillement.</p><p>La compagnie de la jeune veuve �tait agr�able. Toujours d'humeur �gale, elle semblait ignorer la m�disance et l'ironie, la violence et la bouderie. Elle n'�tait ni ennuyeuse, ni chagrine. Ni s�v�re. Ang�lique s'�tonnait de ne pouvoir �prouver � son �gard l'amiti� chaleureuse et confiante que lui inspirait Ninon de Lenclos. Fran�oise, elle, demeurait en bas car dans la lutte entreprise elle n'entendait abandonner ni sa vertu, ne sa dignit�. D'une �conomie scrupuleuse elle ne d�pensait pas un sol inutile. Prudente, elle ne s'engageait dans aucune affaire hasardeuse. Malgr� sa pauvret� et sa beaut�, on ne lui connaissait ni dettes... ni amant. Elle se contentait de pr�senter des placets avec une inalt�rable pers�v�rance. Mendier au roi n'est pas mendier. C'est r�clamer du royaume sa part de vie, sa place au soleil. Jusqu'ici on la lui avait refus�e. Elle �tait si pauvre. Avec la richesse on pouvait obtenir un peu plus.</p><p>��Je n'aime pas me poser en exemple, lui expliqua Fran�oise, mais consid�rez que j'ai pr�sent� au roi en personne ou par l'interm�diaire d'amis haut plac�s plus de 1 800 requ�tes�!</p><p>��Hein�? s'exclama Ang�lique en se dressant sur son lit.</p><p>��Et qu'� part quelques maigres b�n�fices qui m'ont �t� retir�s presque aussit�t, je n'ai rien obtenu. Mais je ne me d�courage pas. Car un jour viendra o� ce que je peux proposer d'honn�te et d'utile pour le service de Sa Majest� ou de quelque grande famille prendra son prix... Peut-�tre � cause de sa raret� m�me.</p><p>���tes-vous si s�re que votre syst�me a du bon�? J'ai entendu raconter que Sa Majest� se plaignait ��qu'il pleuvait des m�moires de Mme Scarron comme des feuilles d'automne�� et que vous �tiez sur le point de devenir � ses yeux un personnage aussi immuable que ceux des tapisseries de Saint-Germain et de Versailles.</p><p>La s�r�nit� de Fran�oise ne parut pas alt�r�e.</p><p>��Votre nouvelle n'est pas mauvaise. Quoique le roi s'en d�fende, rien ne lui pla�t tant que l'assiduit�, et pour r�ussir il faut d'abord attirer l'attention du souverain. C'est chose faite me dites-vous. Alors je suis certaine d'atteindre mon but.</p><p>��C'est-�-dire�?</p><p>��Le succ�s�!</p><p>Il y avait dans son regard une flamme br�lante. Elle continua en baissant le ton�:</p><p>��Je suis tr�s m�fiante avec les bavards, mais vous ne l'�tes pas, Ang�lique�! Car si vous discourez volontiers et non sans esprit, c'est souvent pour donner le change sur vous-m�me et pour dissimuler ce qu'il y a de plus cher en vous. Continuez � vous taire ainsi. C'est la bonne fa�on pour se m�ler au monde, tout en demeurant � l'abri. Moi, je me tais depuis des ann�es. Mais je vous ferai, � vous, une confidence dont je n'ai encore fait part � personne et qui vous expliquera le secret de ma pers�v�rance�: J'ai �t� l'objet d'une proph�tie.</p><p>��Voulez-vous parler de ces pr�dictions saugrenues que nous avait faites la devineresse Mauvoisin, certain jour o� nous �tions all�es la visiter toutes trois, Ath�na�s de Montespan, vous et moi�?</p><p>��Non. � vrai dire, la Voisin m'inspire assez peu de confiance. Elle cherche par trop ses effets dans sa cruche de vin. La proph�tie � laquelle je songe m'a �t� faite � Versailles, il y a trois ans, par un jeune ouvrier. Vous savez que beaucoup de gens simples, qui travaillent manuellement et dont le cerveau n'a jamais �t� cultiv�, poss�dent ce don de double vue. C'�tait un apprenti-ma�on b�gue et qui avait un pied-bot. Je traversais l'un des chantiers autour du palais, o� Sa Majest� entreprend toujours de nouveaux embellissements. Ce gar�on s'est lev�, est venu � moi et m'a fait de profondes r�v�rences. Ses compagnons �taient intrigu�s mais ne se moquaient pas car ils le connaissaient pour devin. Il a dit alors, avec un regard illumin�, qu'il saluait en moi ��la premi�re femme du royaume�� et qu'� cette place o� nous �tions il voyait le palais de Versailles plus majestueux et plus immense encore, et tous les courtisans s'inclinant, le chapeau � la main, sur mon passage. Lorsque le d�couragement me gagne, ces paroles me reviennent en m�moire et je retourne � Versailles, puisque c'est l� que le destin m'attend.</p><p>Elle eut un sourire, mais ses yeux sombres continuaient � briller d'un feu ardent. Venant d'une autre le r�cit e�t fait sourire Ang�lique. De la part de Mme Scarron elle en demeura impressionn�e. Elle la voyait maintenant sous son vrai jour. D�mesur�ment ambitieuse, avec un amour-propre sans limite. Humble et modeste � la surface, tenace et p�trie d'orgueil au fond.</p><p>Loin de sentir augmenter son antipathie, son amiti� avec Mme Scarron lui parut plus pr�cieuse � conserver.</p><p>���clairez-moi, dit-elle, vous qui avez tant de lumi�res sur bien des choses. J'avoue que je ne con�ois rien aux obstacles qui se dressent devant moi, � la Cour. J'ai soup�onn� longtemps mon mari d'intriguer...</p><p>��Votre mari est un innocent. Il sait ce qui se passe car il a une grande exp�rience de la Cour, mais aucune envie d'intervenir. En v�rit� vous �tes trop belle�!</p><p>��Comment cela peut-il me nuire�? Et � qui�? Il y a des femmes plus belles que moi, Fran�oise�! Ne me flattez pas stupidement.</p><p>��Vous �tes aussi trop... diff�rente.</p><p>��Le roi m'a d�j� dit quelque chose comme cela, murmura Ang�lique, r�veuse.</p><p>��Vous voyez�! Non seulement vous �tes parmi les femmes les plus belles de la Cour, vous avez les moyens de vous parer admirablement, vous charmez ou amusez votre entourage d�s que vous ouvrez la bouche, mais encore vous poss�dez cette chose inappr�ciable que tant de beaut�s frivoles r�vent d'acqu�rir sans jamais y parvenir...</p><p>��Quoi donc�?</p><p>��Une �me, dit Mme Scarron d'un ton lamentable.</p><p>L'ardeur s'�tait �teinte sur son visage. Elle regardait ses deux mains charmantes pos�es sur ses genoux, et que les durs travaux du m�nage avaient meurtries malgr� les soins qu'elle en prenait.</p><p>��Dans ces conditions, comment voulez-vous �viter de... de faire lever des l�gions d'ennemis sous vos pas... d�s que vous paraissez, acheva-t-elle dans un souffle d�sol�.</p><p>Et elle �clata en larmes.</p><p>��Fran�oise, supplia Ang�lique, ne me dites pas que vous pleurez � cause de moi ou de mon �me�!</p><p>��Non... � vrai dire. C'est parce que je pensais � mon propre sort. �tre femme, �tre belle et avoir une �me, quelle douleur, comment parvenir jamais � trouver son chemin... Combien de chances m'ont �t� refus�es d�j� � cause de cela�!</p><p>L'incident acheva de persuader Ang�lique que Mme Scarron ne serait jamais son ennemie et qu'elle �tait quand m�me vuln�rable, et aussi � bout de nerfs. Peut-�tre la r�flexion du roi � son sujet l'avait-elle plus atteinte qu'elle ne voulait le laisser para�tre�? Avec remords Ang�lique se dit que la jeune veuve n'avait sans doute pas mang� � sa faim depuis longtemps. Elle faillit sonner pour lui faire apporter un en-cas, mais se reprit de crainte de la blesser.</p><p>��Fran�oise, dit-elle avec �nergie, s�chez vos larmes. Et pensez � la proph�tie de votre compagnon-ma�on. Ce que vous consid�rez comme nuisible repr�sente au contraire un s�rieux atout qui vous m�nera plus loin que d'autres. Car vous �tes habile et vous avez d�j� obtenu de hautes et s�rieuses protections. Mme d'Aumont vous patronne, m'a-t-on dit.</p><p>��Et Mme de Richelieu et Lamoignon �galement, compl�ta Mme Scarron, qui avait domin� ce moment de faiblesse. Voil� trois ans que je fr�quente assid�ment leurs salons.</p><p>��Salons aust�res, fit Ang�lique avec une grimace. Je m'y suis toujours ennuy�e � mourir.</p><p>��On s'y ennuie, mais on y avance doucement. Voil� o� le danger vous guette, Ang�lique. Et voil� votre erreur. Et c'est par la m�me erreur que Mlle de La Valli�re court � sa perte. Depuis que vous fr�quentez la Cour vous n'avez pas song� encore � d�partager vos ennemis. Vous n'�tes ni du clan de la reine, ni de celui de Madame ou des princes. Vous n'avez pas fait votre choix ni entre les ��importants�� et les ��muguets��, ni entre les ��libertins�� et les ��d�vots��.</p><p>��Les d�vots�? Croyez-vous qu'ils aient un bien grand r�le � jouer�? Dieu ne m'a pas paru particuli�rement en place, parmi ce beau monde.</p><p>��Il y est, croyez-moi, et non sous l'aspect du Seigneur indulgent dont nous aimons � retrouver l'image dans nos missels, mais sous celui du Dieu de Justice qui tient les verges.</p><p>��Vous me confondez.</p><p>��L'Esprit du mal ne rev�t-il pas � la Cour son masque le plus dangereux�? C'est le Dieu des arm�es qu'il faut pour l'en chasser.</p><p>��En somme, vous me conseillez de choisir entre Dieu et le Diable�?</p><p>��C'est cela m�me, approuva Mme Scarron doucement.</p><p>Elle se leva, reprit son manteau et son �ventail noir, qu'elle n'ouvrait jamais afin d'en cacher l'usure. Apr�s avoir bais� le front d'Ang�lique, elle s'�loigna sans bruit.</p></section><section><p><strong>Chapitre 5</strong></p><p>��Voil� bien le moment de parler de Dieu et du diable, Madame. Quel affreux malheur�!</p><p>Barbe, le visage cramoisi, se penchait entre les courtines. Elle se trouvait l� depuis un moment. C'�tait elle qui avait raccompagn� Mme Scarron jusqu'� la porte. Puis elle �tait revenue, l'�il hagard. Ses soupirs et ses sanglots convulsifs ne parvenant pas � attirer l'attention de sa ma�tresse absorb�e dans ses r�flexions, elle se d�cidait � prendre la parole�:</p><p>��Madame, quel affreux malheur�!</p><p>��Que se passe-t-il encore�?</p><p>��Notre Charles-Henri a disparu.</p><p>��Quel Charles-Henri�?</p><p>Ang�lique ne s'�tait pas encore habitu�e au nom de son dernier-n�: Charles-Henri Armand Marie Camille de Miremont du Plessis-Belli�re.</p><p>��Le b�b�, veux-tu dire�? La nourrice ne sait plus o� elle l'a mis�?</p><p>��La nourrice aussi a disparu. Et la ��berceuse��. Et la petite qui roule les bandes. Enfin toute la ��maison�� de M. Charles-Henri.</p><p>Ang�lique rejeta ses couvertures en silence et commen�a � s'habiller.</p><p>��Madame, geignit Barbe, vous �tes folle�! Une grande dame accouch�e de six jours ne peut se lever.</p><p>��Alors, pourquoi es-tu venue me chercher�? Je suppose que c'est dans l'intention que je fasse quelque chose�? Au cas o� ce conte � dormir debout aurait une base r�elle. Mais je te soup�onne fort de te laisser aller � un certain penchant pour le cruchon de vin. Depuis que l'abb� a pris en main les gar�ons, tu ne quittes plus l'office. L'oisivet� ne te vaut rien.</p><p>Cependant elle dut se rendre � l'�vidence�: la sobri�t� de la pauvre Barbe n'�tait pas en cause. L'appartement r�serv� au b�b� se r�v�la d�sert. Son berceau, son coffre contenant ses v�tements et ses langes, ses premiers jouets et jusqu'� son flacon d'huile d'absinthe et de cr�me de civette dont la nourrice lui frottait le nombril, avaient disparu. Les domestiques, ameut�s par Barbe, se pressaient, atterr�s, devant la porte. Ang�lique fit son enqu�te. Depuis quand n'avait-on pas vu la nourrice et ses aides�? Dans la matin�e encore la petite �tait venue aux cuisines chercher une bassine d'eau chaude. Les trois gardiennes du petit seigneur avaient solidement d�n�, comme � l'habitude. Ensuite il y avait eu un vide. On d�couvrit qu'� cette heure o� la valetaille se laisse en g�n�ral gagner par une douce somnolence digestive, le portier �tait all� faire une partie de quilles avec les gar�ons d'�curie dans la cour donnant sur l'arri�re de la maison. La loge et la cour d'entr�e �taient donc rest�es d�sertes une bonne heure. Plus de temps qu'il ne fallait pour laisser passer trois femmes portant sous le bras l'une un b�b�, l'autre un berceau, la derni�re un coffret de layette.</p><p>Le portier jura que la partie de quilles n'avait dur� qu'un quart d'horloge.</p><p>��Alors c'est que tu �tais de m�che avec ces sc�l�rats, lui jeta Ang�lique.</p><p>Elle lui promit de le faire b�tonner, ce qui n'�tait jamais encore arriv� � aucun de ses serviteurs. � mesure que les minutes passaient d'�pouvantables histoires d'enfants martyrs, enlev�s et immol�s lui revenaient en m�moire. La nourrice lui avait �t� recommand�e par Mme de S�vign�, qui la jugeait simple et accorte. Mais comment se fier � cette engeance des domestiques, qui ont � la fois un pied dans la maison des ma�tres et l'autre dans la redoutable ��matterie�?��</p><p>Flipot accourut sur ces entrefaites, criant qu'il savait tout. Avec le flair d'un ancien ��mion�� de la Cour des Miracles il avait �t� prompt � trouver la piste. Charles-Henri du Plessis-Belli�re avait tout simplement d�m�nag� avec sa ��maison�� chez monsieur son p�re, rue du Faubourg-Saint-Antoine.</p><p>��Maudit Philippe�!</p><p>Elle ne pouvait feindre devant ses gens, qui l'avaient vue cinq minutes auparavant �perdue d'anxi�t�. Aussi elle laissa �clater sa col�re. Et elle leur dit, pour les gagner, qu'on allait profiter de cette occasion pour rosser la valetaille insolente du marquis du Plessis qui les traitait de ��larbins de marchande�� alors qu'ils avaient aussi bien droit que les autres � la livr�e ��chamois et bleu�� de la maison, qu'elle �tait re�ue et honor�e par le roi... Elle dit � chacun de s'armer et tous, nantis de b�tons, de hallebardes ou d'�p�es, depuis le dernier marmiton jusqu'au jeune abb�, prirent le chemin du Faubourg-Saint-Antoine. Ang�lique �tait dans sa chaise � porteurs.</p><p>Cela faisait une belle troupe et un beau tapage. Les gens du quartier, friands de ces rixes, qui n'�taient pas rares entre les diff�rentes domesticit�s des grands seigneurs, suivirent le mouvement avec entrain.</p><p>Le flot alla battre la porte de ch�ne noir de l'H�tel du Plessis. Le suisse, � la fen�tre grill�e de sa loge, essaya de parlementer. Il avait ordre de M. le marquis de n'ouvrir � personne. PERSONNE, sans exception, de tout le jour.</p><p>��Ouvre � ta ma�tresse, rugit Malbrant-Coup-d'Ep�e, en brandissant deux p�tards d'artificier surgis, par quel miracle�? des basques de son habit, ou toi de Coup-d'Ep�e, je pose ces deux ��flambeaux�� sous ton nez et je fais sauter la porte coch�re et ta loge.</p><p>Racan avait d�j� allum� une longue tige d'amadou.</p><p>Le portier, terrifi�, dit qu'il allait ouvrir la porte de c�t� � Mme la marquise, � condition que toute la canaille reste dehors. Sur la promesse d'Ang�lique qu'il n'y aurait ni bataille ni assaut imm�diats, il entreb�illa l'huis et elle s'engouffra, suivie des demoiselles de Gilandon, dans l'H�tel. � l'�tage elle n'eut pas de peine � trouver les transfuges. Elle gifla la nourrice, se saisit du b�b� et allait redescendre lorsque La Violette se dressa devant elle. Lui vivant, le fils de M. le marquis ne quitterait pas la maison de son p�re. Il en avait fait serment. Ang�lique l'apostropha en dialecte du Poitou dont il �tait, comme elle, originaire. L'arrogant valet finit par perdre contenance. Il s'�croula � genoux devant elle, la suppliant avec des larmes dans la voix de le prendre en piti�. M. le marquis l'avait menac� des pires ch�timents s'il laissait partir l'enfant. Entre autres de le chasser. Et cela n'�tait pas possible. Il �tait avec M. le marquis depuis des ann�es. Ils avaient tu� ensemble leur premier �cureuil � la fronde, dans la for�t de Nieul. Il l'avait suivi dans toutes ses campagnes. Cependant un laquais � livr�e chamois et bleu galopait � franc �trier sur la route de Saint-Germain, dans l'espoir d'atteindre le marquis avant que ses valets et ceux de sa femme ne se soient entr'�gorg�s dans Paris.</p><p>Il fallait gagner du temps.</p><p>L'aum�nier du marquis arriva pour essayer de faire entendre raison � la m�re d�poss�d�e. En d�sespoir de cause on alla qu�rir l'intendant de la famille, M. Molines. Ang�lique ne le savait pas � Paris. En reconnaissant sa silhouette aust�re, toujours droite et assur�e malgr� les cheveux blanchis, sa vindicte tomba. Avec Molines, on pourrait s'entendre.</p><p>L'intendant la pria de prendre place et de s'asseoir au coin du feu. Il fit des compliments sur le bel enfant qu'il s'�tait r�joui de voir na�tre au foyer de son ma�tre.</p><p>��Mais il veut me l'enlever�!</p><p>��C'est son fils, Madame. Et, croyez mon �tonnement, mais je n'ai jamais vu un homme de sa condition aussi stupidement heureux d'avoir un fils.</p><p>��Vous le d�fendez toujours, fit Ang�lique avec humeur. Je l'imagine mal, heureux de quelque chose, sinon de la souffrance qu'il inflige. Sa m�chancet� d�passe de loin le tableau assez sombre que vous m'en aviez trac�.</p><p>Elle consentit pourtant � renvoyer ses gens et � patienter jusqu'� l'arriv�e de son mari, � condition que Molines servirait d'arbitre impartial.</p><p>Lorsque � la nuit tombante Philippe entra, les �perons claquants, il trouva Ang�lique et l'intendant en conversation amicale au coin de l'�tre.</p><p>Le petit Charles-Henri, pr�cieusement serr� contre un sein jaloux, t�tait avidement sa m�re. Le mouvement des flammes moirait de reflets la gorge blanche et ronde de la jeune femme. Ce spectacle surprit assez le gentilhomme pour donner � Molines le temps de se lever et de prendre la parole. Il dit combien Mme du Plessis avait �t� boulevers�e par le d�part de son enfant. M. du Plessis ignorait-il que le jeune Charles-Henri devait �tre nourri par sa m�re�? La sant� du b�b� n'�tait pas aussi florissante que son aspect ext�rieur pouvait le laisser croire. Le priver du lait de sa m�re mettrait sa vie en danger. Quant � Mme du Plessis, son mari ignorait-il qu'elle risquait la fi�vre quarte�? C'est le moindre des ennuis que pouvait causer un allaitement brusquement interrompu.</p><p>Oui, Philippe ignorait tout cela. Ces consid�rations �taient certes trop �loign�es de ses pr�occupations habituelles. Le visage rogue, il avait beaucoup de difficult� � cacher un m�lange d'inqui�tude et de scepticisme. Mais Molines savait ce qu'il disait. Il �tait p�re de famille et m�me grand-p�re.</p><p>Le marquis eut un dernier sursaut de d�fense.</p><p>��C'est mon fils, Molines�! Je veux qu'il demeure sous mon toit.</p><p>��Mais qu'� cela ne tienne, Monsieur le marquis, Mme du Plessis y demeurera avec lui.</p><p>Ang�lique et Philippe tressaillirent et gard�rent un silence obstin�. Puis ils �chang�rent un regard d'enfants boudeurs sur le point de se r�concilier.</p><p>��Je ne peux laisser mes deux autres fils, dit Ang�lique.</p><p>��Ils s'installeront de m�me ici, affirma Molines. L'h�tel est vaste.</p><p>Philippe ne le d�savoua pas.</p><p>Molines prit cong�, sa mission accomplie. Philippe continua � marcher de long en large, jetant par instants un regard sombre � Ang�lique, qui donnait toute son attention � l'app�tit du jeune Charles-Henri.</p><p>Le marquis finit par attirer un tabouret et s'asseoir pr�s de la jeune femme. Ang�lique lui jeta un regard inquiet.</p><p>��Ouais, dit Philippe. Vous avez peur, avouez-le, sous vos airs insolents. Vous ne vous attendiez peut-�tre pas � ce que les choses tournent ainsi. Vous voici dans la tani�re du loup. Pourquoi me regardez-vous de cet air soup�onneux parce que je m'installe � vos c�t�s�? M�me un paysan, lorsqu'il n'est pas une brute, trouve plaisir � s'asseoir pr�s de l'�tre pour regarder sa femme nourrir son premier-n�.</p><p>��Pr�cis�ment, Philippe, vous n'�tes pas un paysan... et vous �tes une brute.</p><p>��Je vois avec satisfaction que votre ardeur guerri�re n'est pas �teinte.</p><p>Elle tourna la t�te vers lui d'un mouvement plein de douceur et le regard du jeune homme glissa de ce cou gracile au sein blanc contre lequel l'enfant s'�tait endormi.</p><p>��Pouvais-je imaginer que vous me joueriez si vite un si m�chant tour, Philippe�? Vous vous �tiez montr� bon pour moi l'autre jour.</p><p>Philippe sursauta comme s'il avait re�u une insulte.</p><p>��Vous vous m�prenez. Je ne suis pas bon. Je n'aime pas voir une b�te de race mise � mal par un mauvais accouchement. C'est tout. C'�tait ma t�che de vous aider. Mes opinions sur l'esp�ce humaine et sur la suavit� des femmes en particulier n'en sont point chang�es. Je me demande d'ailleurs comment des �tres qui s'apparentent de si pr�s � l'esp�ce animale peuvent encore se permettre d'avoir de l'orgueil. Vous n'�tiez plus si fi�re l'autre matin. Et comme les chiennes les plus r�tives, � l'heure de l'enfantement, vous trouviez la main du ma�tre rassurante.</p><p>��Je ne le nie pas. Mais votre philosophie est un peu courte, Philippe. Parce que vous vous entendez mieux avec les b�tes qu'avec les humains vous jugez ceux-ci d'apr�s ceux-l�. Une femme pour vous ne repr�sente qu'un vague m�lange entre la chienne, la louve et la vache.</p><p>��En y ajoutant l'esprit du serpent.</p><p>��Le monstre de l'Apocalypse, en somme.</p><p>Ils se regard�rent en riant. Philippe serra ses l�vres pour ravaler ce mouvement de gaiet� spontan�e.</p><p>��Le monstre de l'Apocalypse, r�p�ta-t-il en fixant le visage d'Ang�lique que la flamme avivait de rose.</p><p>��Ma philosophie en vaut bien une autre, reprit-il apr�s un moment de silence. Elle me met � l'abri des illusions dangereuses... Ainsi l'autre matin, � votre chevet, je me suis souvenu d'une lice la plus f�roce de la meute, que j'assistai une nuit enti�re lorsqu'elle mit au monde une port�e de sept chiots. Son regard �tait presque humain, elle s'abandonnait � moi avec une simplicit� touchante. Deux jours plus tard elle �gorgea un petit valet qui avait voulu s'approcher de ses chiots.</p><p>Soudain curieux il interrogea�:</p><p>��Est-ce vrai ce qu'on m'a dit, que vous aviez fait poser des p�tards devant la loge du suisse�?</p><p>��Oui.</p><p>��S'il n'avait pas capitul� vous l'auriez fait sauter�?</p><p>��Oui, je l'aurais fait, dit Ang�lique, farouche.</p><p>Philippe se dressa en �clatant de rire.</p><p>��Par le diable qui vous cr�a, vous finirez par m'amuser. On peut vous accorder tous les d�fauts de la terre, mais pas celui d'�tre ennuyeuse.</p><p>Il lui posa les deux mains � la naissance du cou.</p><p>��Je me demande parfois s'il y a d'autres solutions que celle de vous �trangler ou de...</p><p>Elle ferma les yeux sous l'�treinte de ses mains.</p><p>��Ou de�?</p><p>��J'y r�fl�chirai, dit-il en la l�chant, mais ne triomphez pas trop t�t. Pour l'instant vous �tes en mon pouvoir.</p><p>*****</p><p>Ang�lique se donna le temps de s'installer sous le toit de son mari, avec ses fils et leurs domestiques, et les quelques serviteurs qu'elle d�sirait avoir � ses c�t�s. L'h�tel �tait sombre et n'avait pas la gr�ce neuve de l'h�tel du Beautreillis. Mais elle y trouva, pour elle, un appartement ravissant et dans le meilleur go�t du jour. La Violette lui dit que cet appartement avait �t� jadis celui de la marquise douairi�re mais que M. le marquis l'avait fait enti�rement retapisser quelques mois plus t�t. �tonn�e Ang�lique n'osa pas demander ��Pour qui�?��</p><p>Peu apr�s, une invitation du roi pour un grand bal � Versailles lui fit quitter sa nouvelle demeure. Pour une grande dame � la Cour, nantie de deux charges, elle avait assez donn� de temps � ses devoirs familiaux. Il fallait reprendre le train mondain. Philippe s'y consacrait. Elle le voyait moins encore depuis qu'elle habitait chez lui qu'en vivant � la Cour. Comprenant que les soir�es au coin de l'�tre ne se renouvelleraient pas, Ang�lique reprit le chemin de Versailles.</p><p>*****</p><p>Dans la soir�e, le bal s'annon�ant, elle eut toutes les peines du monde � trouver un coin pour changer de toilette. C'�tait le souci permanent des dames lorsqu'on campait � Versailles. Du moins pour celles qui sacrifiaient encore � la vertu de la pudeur. Pour les autres, le pr�texte de s'offrir aux regards complaisants �tait facile.</p><p>Ang�lique se r�fugia dans une petite antichambre attenant aux appartements de la reine. Avec Mme du Roure, elles se pr�t�rent mutuellement assistance, leurs femmes de chambre demeurant introuvables. Les all�es ou venues �taient nombreuses. Les gentilshommes au passage lan�aient des galanteries, certains, avec empressement, proposaient leur aide.</p><p>��Laissez-nous, messieurs, protestait Mme du Roure en poussant des cris de pintade, vous allez nous mettre en retard, vous savez que le roi a horreur de cela.</p><p>Elle dut s'absenter pour aller chercher des �pingles.</p><p>Ang�lique, seule un instant, en profitait pour agrafer ses bas de soie, lorsqu'un bras muscl� la saisit par la taille et la bascula, toutes jupes trouss�es, sur un petit sofa. Une bouche gourmande se riva � son cou. Outr�e, elle poussa un cri, se d�battit avec violence, et d�s qu'elle put se d�gager gifla l'insolent par deux fois, � tour de bras. Sa main ne retomba pas une troisi�me fois, et elle demeura m�dus�e devant le roi qui se tenait la joue.</p><p>��Je... je ne savais pas que c'�tait vous, balbutia-t-elle.</p><p>��Je ne savais pas non plus que c'�tait vous, fit-il avec humeur. Ni que vous aviez de si belles jambes. Pourquoi diable les mettre au jour pour vous f�cher ensuite�?</p><p>��Je ne peux pas enfiler mes bas sans montrer mes jambes.</p><p>��Et pourquoi venez-vous enfiler vos bas dans l'antichambre de la reine, sinon pour montrer vos jambes�?</p><p>��Mais parce que je n'ai pas un trou o� me mettre pour mon ajustement.</p><p>��Insinuez-vous que Versailles n'est pas assez grand pour votre pr�cieuse personne�?</p><p>��Peut-�tre. C'est vaste, mais �a manque de coulisses. Pr�cieuse ou non, ma personne doit rester sur le th��tre.</p><p>��Et voil� toutes vos excuses pour votre conduite inqualifiable�!...</p><p>��Et voil� toutes les v�tres pour votre conduite non moins inqualifiable�!</p><p>Ang�lique se redressa en tapotant ses jupes nerveusement. Elle �tait en col�re. Mais un coup d'�il jet� sur la physionomie assez marrie du souverain lui rendit son sens de l'humour. Elle �baucha un sourire. Les traits du roi se d�tendirent.</p><p>��Bagatelle, je suis un sot�!</p><p>��Et moi, je suis trop vive.</p><p>��Oui, une fleur sauvage�! Croyez-moi, si je vous avais reconnue, je ne me serais pas comport� de cette fa�on. Mais, en entrant, je n'ai vu qu'une nuque blonde et, ma foi, deux jambes admirables et... tr�s attirantes.</p><p>Ang�lique le regarda de biais et eut la moue indulgente et gaie qu'une femme adresse � un homme pour lui signifier qu'elle n'est pas trop, trop f�ch�e, � condition qu'il ne recommence plus. M�me un roi avait le droit de se sentir tout ben�t devant ce sourire.</p><p>��Me pardonnez-vous�?</p><p>Elle lui tendit la main, et il la baisa. Elle n'y avait pas mis de coquetterie. C'�tait le geste franc qui termine la querelle. Le roi se dit que c'�tait une femme d�licieuse. Un peu plus tard, comme elle traversait la cour de marbre, elle tomba sur un garde qui paraissait chercher quelqu'un et qui l'aborda�:</p><p>��Je viens de la part du grand chambellan de Sa Majest� pour vous informer que votre appartement est retenu en haut de l'aile des princes du sang � droite. Dois-je vous y conduire, Madame�?</p><p>��Moi�? Vous devez faire erreur, mon brave.</p><p>L'homme consulta une tablette.</p><p>��Mme du Plessis-Belli�re, c'est bien ce nom. Je croyais avoir reconnu Madame la marquise.</p><p>��En effet.</p><p>�tonn�e, elle suivit le militaire. Il lui fit traverser les appartements royaux, puis ceux des premiers princes du sang. Au bout de l'aile droite, un des fourriers en casaque bleue achevait d'inscrire � la craie sur une petite porte�:</p><p><emphasis>POUR Madame du Plessis-Belli�re.</emphasis></p><p>Ang�lique eut un �blouissement. De joie, elle faillit sauter au cou des deux militaires. Elle leur donna plusieurs pi�ces d'or�:</p><p>��Voici de quoi boire � ma sant�.</p><p>��On vous la souhaite bonne et gaillarde, r�pondirent-ils avec un clin d'�il entendu.</p><p>Elle leur demanda de pr�venir ses laquais et ses servantes pour y faire porter sa garde-robe et son lit. Puis elle prit possession, avec un plaisir enfantin, de son appartement, compos� de deux pi�ces et d'un r�duit.</p><p>Assise sur son coussin Ang�lique m�dita avec ravissement sur les sensations grisantes qu'inspirent les bonnes gr�ces d'un monarque. Puis elle ressortit pour contempler une fois de plus l'inscription�:</p><p><emphasis>POUR Madame du Plessis-Belli�re.</emphasis></p><p>��Ainsi vous l'avez obtenu, ce fameux POUR�!</p><p>��Il para�t que les ��hommes bleus�� ont inscrit votre POUR�?</p><p>La nouvelle avait d�j� fait long feu. En arrivant au seuil de la salle de bal Ang�lique �tait l'objet de l'admiration et de l'envie. Elle rayonnait. L'arriv�e du cort�ge de la reine doucha un peu son enthousiasme.</p><p>La souveraine saluait gracieusement sur son passage les personnes qu'elle remarquait. Mais devant la marquise du Plessis-Belli�re elle affecta de ne pas la voir et prit un air glacial. Son attitude n'�chappa pas aux assistants.</p><p>��Sa Majest� la reine vous fait grise mine, glissa le marquis de Roquelaure. D�j� elle reprenait espoir devant la faveur d�clinante de Mlle de La Valli�re, mais voici qu'une nouvelle rivale se dresse encore, plus �blouissante.</p><p>��Laquelle�?</p><p>��Vous, ma ch�re.</p><p>��Moi�? Encore cette sottise�! soupira la jeune femme, exc�d�e.</p><p>Elle n'avait vu dans le geste du roi que ce qu'il y avait mis sans doute�: le d�sir de se faire pardonner et de rem�dier, en ma�tre de maison, � une incommodit� dont elle s'�tait plainte. Les courtisans y voyaient une nouvelle preuve de son amour pour elle. Ang�lique, contrari�e, s'attarda � l'entr�e de la salle de bal. Cette salle �tait toute tendue de tapisseries aux vifs coloris. Trente-six chandeliers, descendant de la vo�te, l'�clairaient de leurs innombrables bougies. Se faisant vis-�-vis on avait dress� des gradins o� prenaient place, � droite les dames, � gauche les seigneurs. Le roi et la reine avaient une loge r�serv�e. Au fond, sur une estrade encadr�e de guirlandes de feuillage dor� se tenaient les musiciens, sous la direction de M. Lulli.</p><p>��La reine a pleur� � cause de Mme du Plessis-Belli�re, chuchota une voix rauque. On lui a dit que le roi �tait en train d'installer les appartements de sa nouvelle ma�tresse. M�fie-toi, marquise�!</p><p>Ang�lique n'eut pas besoin de baisser les yeux et de se retourner pour reconna�tre d'o� venait cette voix qui semblait sortir de terre. Sans bouger elle r�pondit�:</p><p>��Seigneur Barcarole, n'ajoutez pas foi � de telles paroles. Le roi ne me convoite pas. Enfin pas plus que n'importe quelle autre dame de son entourage.</p><p>��Alors, m�fie-toi encore plus, marquise. On te pr�pare un mauvais coup.</p><p>��Qui cela�? Pourquoi�? Que sais-tu�?</p><p>��Pas grand-chose. Je sais seulement que Mme de Montespan et Mme du Roure sont all�es chez la Voisin pour trouver le moyen d'empoisonner La Valli�re. Elle leur a conseill� de d�saffecter l'esprit du roi par la magie et, d�j�, Mariette, son pr�tre sacril�ge, a fait passer des poudres sous le calice.</p><p>��Tais-toi�! fit-elle dans un sursaut d'horreur.</p><p>��M�fie-toi de ces garces. Le jour o� elles se mettront en t�te que c'est toi qu'il faut faire passer de l'autre c�t�...</p><p>Les violons attaquaient le pr�lude au rythme d'une cadence vive et charmante. Le roi se leva et, apr�s s'�tre inclin� devant la reine, il ouvrit le bal avec Mme de Montespan.</p><p>Ang�lique s'avan�a. Il �tait temps pour elle de prendre place. Dans l'ombre d'une tenture, le gnome chapeaut� de plumes ricanait...</p></section><section><p><strong>Chapitre 6</strong></p><p>Le Roi s'occupait des affaires qui regardaient la guerre. Il fit dresser un camp dans la garenne de Saint-Germain. Les tentes �taient fort belles. Celle de M. de Lauzun���rentr� en gr�ce���avait trois pi�ces tendues de soie cramoisie. Il y re�ut le roi et l'on donna une grande f�te. � Fontainebleau, o� la Cour se rendit ensuite, des troupes �taient rassembl�es et les dames eurent le spectacle des revues militaires o� le roi aimait � faire admirer la discipline et la belle tenue des hommes.</p><p>La Violette fourbissait l'armure de son ma�tre, le corselet d'acier, plus d�coratif que n�cessaire, que le mar�chal porterait sous ses cols de dentelles. La tente rebrod�e valait 2 000 livres. Cinq mulets porteraient les bagages. Les chevaux de selle �taient pr�vus. Et les mousquetaires de la compagnie personnelle de M. du Plessis �taient enti�rement �quip�s d'un drap chamois aussi �pais qu'un �cu d'argent, avec buffleteries dor�es et culotte de peau blanche � coutures d'or.</p><p>Oui, l'esprit du temps �tait � la guerre. L'appel de la ribaude qui, s'en allant sur les rives de la Seine en criant�: ��Eh�! Roi de France, quand donc nous donneras-tu la guerre... la belle guerre�!��... n'�tait-il pas parvenu jusqu'au jeune souverain qui, lui aussi, humait dans le vent l'appel de la gloire�?</p><p>Seule la guerre donne la gloire. Le triomphe des armes compl�te la grandeur des souverains.</p><p>La guerre �mergeait de sept ann�es de paix comme un fant�me rayonnant o� chacun, depuis le roi, les princes, les gentilshommes, jusqu'au peuple mouvant des spadassins d�s�uvr�s, des t�tes chaudes en qu�te d'aventures, reconnaissait l'app�tit de sa race pour le grand jeu �pique du combat. Les bourgeois, les artisans et les paysans n'�taient pas consult�s. Auraient-ils montr� de la r�ticence�? Que non pas. La guerre pour la nation qui l'entreprend c'est la victoire, promesse d'enrichissement, r�ves fallacieux de se lib�rer d'insupportables servitudes. Ils avaient confiance en leur roi. Ils n'aimaient pas les Espagnols. Ni les Anglais, ni les Hollandais, ni les Su�dois, ni les Imp�riaux.</p><p>Le moment semblait venu de montrer � l'Europe que la France �tait la premi�re nation du monde et n'entendait plus ob�ir, mais dicter ses ordres. Le pr�texte manquait. Des casuistes furent charg�s par Louis XIV de l'extraire du pass� et du pr�sent politiques. Apr�s avoir beaucoup r�fl�chi on d�couvrit que la reine Marie-Th�r�se, enfant du premier lit de Philippe IV d'Espagne, avait sur la Flandre un droit d'h�ritage, � l'exclusion de Charles II, enfant du second lit. L'Espagne fit remarquer que ce droit n'�tait fond� que sur un usage exclusivement local de la province des Pays-Bas qui excluait de la succession les enfants du second lit en faveur de ceux du premier et qu'elle, l'Espagne, ma�tresse de ces provinces, n'avait pas � en tenir compte. Qu'elle rappelait d'ailleurs qu'en se mariant au Roi de France, Marie-Th�r�se avait renonc� solennellement � tout l'h�ritage espagnol.</p><p>La France r�pondit que l'Espagne n'ayant pas vers� les cinq cent mille �cus qui, d'apr�s le trait� des Pyr�n�es, devaient �tre compt�s au Roi de France pour la dot de Marie-Th�r�se, ce manque de parole annulait les promesses pr�c�dentes.</p><p>L'Espagne r�pliqua qu'elle n'avait pas � verser cette dot, puisque celle stipul�e pour la fille de Henri IV lorsqu'elle �tait devenue reine espagnole en 1621 n'avait pas �t� acquitt�e plus fid�lement par la Cour du Louvre.</p><p>La France arr�ta l� les r�miniscences des diplomates, en se basant sur le principe qu'en politique il faut avoir la m�moire courte.</p><p>*****</p><p>L'arm�e partit en conqu�te pour les Flandres et la Cour � sa suite se mit en route pour un voyage d'agr�ment.</p><p>C'�tait le printemps. Printemps pluvieux il est vrai, mais cependant c'�tait la saison qui avec les pommiers fait �clore les projets belliqueux. Il y avait autant de carrosses � la suite des troupes que de canons et d'�quipages de guerre.</p><p>Louis XIV voulait que la reine, h�riti�re des villes picardes, f�t acclam�e aussit�t comme souveraine dans chaque cit� conquise. Il voulait �blouir par son faste des populations habitu�es depuis plus d'un si�cle � l'occupant espagnol, arrogant mais mis�rable. Il voulait enfin porter le premier coup d'estoc � l'industrieuse Hollande dont les lourds vaisseaux s'en allaient sur les mers jusqu'� Sumatra et Java, tandis que la flotte fran�aise, r�duite � n�ant, risquait de se voir partout surclasser dans le domaine commercial. Pour donner aux chantiers fran�ais le temps de construire des navires il fallait ruiner la Hollande.</p><p>Mais ce dernier but Louis XIV ne l'avouait pas. C'�tait un secret entre Colbert et lui.</p><p>*****</p><p>Sous la pluie diluvienne, carrosses, chariots, montures de rechange avan�aient par des routes o� la pi�taille, l'artillerie et la cavalerie de l'arm�e avaient pr�c�demment d�fil�. Ce n'�tait que ravines et mares de boues.</p><p>Ang�lique partageait le carrosse de Mlle de Montpensier. La princesse lui avait rendu son amiti� depuis que M. de Lauzun �tait sorti de la Bastille. � un carrefour un attroupement les arr�ta autour d'une voiture qui venait de verser. On leur dit que c'�tait celle des dames de la reine. Mademoiselle aper�ut Mme de Montespan sur le talus. Elle lui fit de grands signes.</p><p>��Venez avec nous. Il y a une place.</p><p>La jeune femme les rejoignit, sautant de flaque en flaque, sa troisi�me jupe relev�e pardessus la t�te. Elle s'engouffra dans le carrosse en riant.</p><p>��Je n'ai jamais rien vu d'aussi dr�le, raconta-t-elle, que M. de Lauzun avec tous ses cheveux dans son chapeau. Le roi est par l� qui le tient depuis deux heures � sa porti�re. La perruque de M. de Lauzun �tait tellement impr�gn�e d'eau qu'il a fini par l'enlever.</p><p>��Mais c'est horrible�! s'exclama la Grande Mademoiselle. Il va prendre mal.</p><p>Elle fit presser les chevaux. Au premier tournant leur voiture rejoignit celle du roi. Lauzun, � cheval, se trouvait l� en effet, ruisselant, avec l'air d'un moineau d�plum�. Mademoiselle prit sa d�fense d'une voix path�tique.</p><p>��Mon cousin, vous n'avez donc pas une once de c�ur�? Vous risquez de faire attraper la fi�vre tierce � ce malheureux gentilhomme. Si vous �tes inaccessible � la piti�, consid�rez au moins la perte que vous feriez en la personne d'un de vos plus valeureux serviteurs.</p><p>Le roi, l'�il fix� � une lorgnette d'�b�ne et d'or, ne se d�tournait pas. Ang�lique regardait autour d'elle. Ils se trouvaient sur une l�g�re �minence et dominaient la plaine picarde brune et mouill�e. Une petite ville, brune aussi dans sa ceinture de remparts profilait ses cr�neaux sous le ciel bas. Derri�re le r�seau t�nu de la pluie elle paraissait morte comme une �pave au fond des eaux.</p><p>La tranch�e fran�aise l'entourait d'un cercle noir implacable. Une seconde tranch�e, doublant la premi�re �tait en voie d'ach�vement. � l'arri�re les feux des canons point�s vers la ville jetaient � brefs intervalles une lueur rouge�tre dans le cr�puscule. Le bruit des d�tonations �tait assourdissant. La Grande Mademoiselle se bouchait les oreilles puis reprenait son discours.</p><p>Le roi enfin abaissa sa lorgnette.</p><p>��Ma cousine, dit-il pos�ment, vous avez de l'�loquence, mais vous choisissez toujours fort mal le moment de vos harangues. Je crois que la garnison va se rendre.</p><p>Il transmit � Lauzun l'ordre de cesser le feu. Le marquis partit au galop. Un mouvement se discernait, en effet, � la porte de la citadelle.</p><p>��Je vois le drapeau blanc, cria la Grande Mademoiselle en battant des mains. En trois jours, Sire�! Vous avez eu cette ville en trois jours�! Ah�! comme c'est passionnant la guerre�!</p><p>Le soir, � l'�tape, dans la petite ville conquise, alors que les acclamations des habitants battaient aux portes de l'h�tel o� se logeait la reine, M. de Lauzun s'approcha de Mademoiselle et lui exprima sa reconnaissance pour son intervention. La Grande Mademoiselle sourit. Une onde rose vint farder son teint encore d�licat. Elle s'excusa pr�s de la reine d'avoir � quitter sa table de jeu, pria Ang�lique de la remplacer et entra�na Lauzun dans l'embrasure d'une fen�tre.</p><p>Le regard brillant, lev� vers lui, elle buvait ses paroles. � la lueur att�nu�e d'un cand�labre pos� pr�s d'eux sur une console, elle paraissait presque jeune et jolie.</p><p>��Ma parole, mais elle est amoureuse�!�� se dit Ang�lique attendrie. Lauzun avait son visage de s�ducteur. Il y m�lait savamment la dose de respect n�cessaire. Maudit P�guilin de Gascogne�! Dans quelle aventure n'allait-il pas encore se fourvoyer en s'attachant le c�ur d'une petite-fille de Henri IV�!</p><p>La pi�ce �tait bond�e mais silencieuse. On jouait en quatre tables. Les annonces monotones des joueurs et le tintement des �cus empil�s troublaient seuls le murmure de l'apart� galant qui se prolongeait.</p><p>La reine aussi avait une physionomie heureuse. � sa joie de compter une ville de plus parmi les perles de sa couronne, se m�laient des satisfactions plus intimes. Mlle de La Valli�re n'�tait pas du voyage. Elle �tait demeur�e par ordre du roi � Versailles. Avant de se mettre en campagne Louis XIV avait, dans un acte public enregistr� par le Parlement, fait don � sa ma�tresse du duch� de Vaujours, situ� en Touraine, et de la baronnie de Saint-Christophe, deux terres ���galement consid�rables par leurs revenus et le nombre de leurs mouvances��... Et il avait reconnu la fille qu'il avait eue d'elle, la petite Marie-Anne, qui deviendrait Mlle de Blois. Ces faveurs �clatantes ne trompaient personne, ni l'int�ress�e elle-m�me. C'�tait le cadeau de rupture. La reine y voyait un retour � l'ordre, une sorte de liquidation des erreurs du pass�. Le roi l'entourait d'attentions. Elle �tait � ses c�t�s lorsqu'on entrait dans une ville, et partageait les soucis et les espoirs de la campagne. Une sourde inqui�tude venait encore serrer le c�ur de la souveraine lorsque son regard tombait sur le profil de cette marquise du Plessis-Belli�re dont on lui avait dit que le roi s'entichait et qu'il lui avait impos�e dans son entourage.</p><p>Une tr�s belle femme vraiment, dont le regard clair avait du s�rieux, les gestes une gr�ce � la fois retenue et spontan�e. Marie-Th�r�se d�plorait la m�fiance qu'on avait �veill�e en elle. Cette dame lui avait plu. Elle aurait aim� en faire sa confidente. Mais M. de Solignac disait que c'�tait une femme libertine et sans pi�t�. Et Mme de Montespan l'accusait d'avoir une maladie de peau, contract�e dans des milieux de bas �tage qu'elle fr�quentait par vice. Comment se fier aux apparences�? Elle paraissait tellement saine et fra�che et ses enfants �taient si beaux�! Si le roi en faisait sa ma�tresse, quel ennui�! Et quelle douleur�!... N'y aurait-il jamais de repos pour son triste c�ur de reine�?</p><p>*****</p><p>Ang�lique, qui savait combien sa pr�sence �tait p�nible � la reine, profita du premier pr�texte pour s'�loigner.</p><p>La maison mise � la disposition des souverains par le bourgmestre �tait �troite et incommode. Les suivantes et premiers gentilshommes y �taient empil�s tandis que le reste de la Cour et l'arm�e prenaient leurs quartiers chez l'habitant. L'accueil de la population �vitait violence et pillage. On n'avait pas � prendre, puisqu'on donnait si volontiers. Le bruit des chansons et des rires parvenait amorti jusqu'au fond de l'h�tel mal �clair� o� flottait encore le parfum m�nager de la tourte picarde, cette immense tarte aux poireaux couverte de cr�me et d'�ufs que trois dames de la ville �taient venues pr�senter sur un plat d'argent. En se heurtant aux coffres et aux bagages Ang�lique monta l'escalier. La chambre o� elle avait �lu domicile avec Mme de Montespan se trouvait sur la droite. Les chambres du roi et de la reine � gauche.</p><p>Une petite ombre se dressa sous la veilleuse � huile et un masque noir aux deux yeux d'�mail blanc �mergea.</p><p>��Non, M�d�me, n'entre pas.</p><p>Ang�lique reconnut le n�grillon qu'elle avait offert � Mme de Montespan.</p><p>��Bonsoir Naaman. Laisse-moi passer.</p><p>��Non M�d�me.</p><p>��Qu'y a-t-il�?</p><p>��Qu�qu'un...</p><p>Elle distingua un murmure tendre et crut deviner un galant secret.</p><p>��C'est bon. Je m'en vais.</p><p>Les dents du petit page d'�b�ne brill�rent dans un sourire complice.</p><p>��Le ��Oa��, M�d�me. Le ��Oa��... Chut�!</p><p>Ang�lique redescendit l'escalier, pensive.</p><p>Le Roi�! Et Mme de Montespan�!</p><p>*****</p><p>Le lendemain, tout le monde partait pour Amiens.</p><p>Habill�e de bon matin, Ang�lique s'en fut chez la reine, comme l'y appelait son service. Elle trouva � l'entr�e Mlle de Montpensier tr�s agit�e.</p><p>��Venez voir dans quel �tat est Sa Majest�. C'est une piti�!</p><p>La reine �tait tout en larmes. Elle dit qu'elle venait de vomir et qu'elle n'en pouvait plus. Mme de Montausier la soutenait en g�missant et Mme de Montespan se r�criait encore plus fort en r�p�tant combien la douleur de Sa Majest� �tait compr�hensible. On annon�ait que la duchesse de La Valli�re venait de rejoindre l'arm�e. Elle �tait arriv�e � l'aube, ayant roul� toute la nuit et s'�tait pr�sent�e pour faire ses r�v�rences � la reine.</p><p>��L'insolente�! s'�criait Mme de Montespan. Dieu me garde d'�tre jamais ma�tresse du roi�! Si j'�tais assez malheureuse pour cela je ne pourrais avoir l'effronterie de me pr�senter devant la reine�!</p><p>Que signifiait ce retour�?</p><p>�tait-ce le roi qui avait mand� sa favorite�?</p><p>Il fallut pourtant se rendre � l'�glise, o� la Cour devait entendre la messe avant de prendre la route.</p><p>Marie-Th�r�se monta � la tribune. La duchesse de La Valli�re s'y trouvait d�j�. La reine ne la regarda pas. La favorite redescendit. Elle se pr�senta � nouveau devant la souveraine alors que celle-ci montait en carrosse. Mais la reine ne lui dit rien. La d�ception �tait trop am�re. Elle ne pouvait prendre sur elle pour faire bon visage, comme elle s'y �tait astreinte tant bien que mal lorsque la liaison de son royal �poux demeurait officieuse. Dans sa rage elle d�fendit qu'on lui port�t � manger. Elle interdit aux officiers de troupe de son escorte de laisser passer quiconque devant son carrosse de peur que Mlle de La Valli�re ne rejoign�t le roi avant elle.</p><p>Vers le soir, le d�fil� des �quipages qui cahotaient sur la route d�couvrit l'arm�e, d'une petite hauteur. Mlle de La Valli�re comprit que le roi devait �tre l�-bas. Avec le courage du d�sespoir elle fit courir son carrosse � travers les champs � toute bride. La reine l'aper�ut et entra dans une effroyable col�re. Elle voulait ordonner aux officiers de poursuivre le carrosse et de l'arr�ter. Tout le monde la suppliait de n'en rien faire et de se calmer. L'arriv�e du roi lui-m�me qui venait au-devant de la reine par un autre chemin interrompit la sc�ne tragi-comique.</p><p>Il �tait � cheval, crott� jusqu'aux yeux et de fort bonne humeur. Il mit pied � terre et s'excusa de ne pouvoir monter dans la voiture � cause de la boue. Mais lorsqu'il eut parl� quelques instants avec la reine � la porti�re, son visage s'assombrit. De bouche en bouche on eut la confirmation que l'arriv�e de Mlle de La Valli�re n'avait �t� ni voulue, ni m�me souhait�e par le roi. Quelle nouvelle la timide amante avait-elle apprise pour l'entra�ner � surmonter son habituelle patience�? Quelles craintes�? Quelles certitudes�? Seule � Versailles, combl�e d'honneurs et de richesses, elle avait r�alis� son abandon. Prise de vertige, les nerfs � bout elle avait command� son �quipage, et �tait partie au grand galop vers le nord, d�sob�issant pour la premi�re fois au roi. Tout plut�t que de ne pas savoir, d'esp�rer le c�ur transi ou d'imaginer celui qu'on aime dans les bras d'une autre...</p><p>*****</p><p>Elle ne parut pas au d�ner de l'�tape suivante. Le cantonnement �tait �pouvantable. Un bourg o� il n'y avait pas quatre maisons de pierre. Le reste n'�tait que masures de torchis. Ang�lique, qui errait avec les demoiselles Gilandon et ses trois servantes � la recherche d'un g�te, rencontra Mlle de Montpensier, aussi d�pourvue qu'elle.</p><p>��Nous voici vraiment � la guerre, ma petite. Mme de Montausier couche sur un tas de paille dans un cabinet, les filles de la reine dans un grenier sur un tas de bl�, et moi je crois bien que je vais me contenter d'un tas de charbon.</p><p>Ang�lique finit par trouver une grange remplie de foin. Elle se hissa par l'�chelle jusqu'au faux grenier o� elle dormirait plus tranquille tandis que ses filles demeuraient en bas. Une grosse lanterne pendue aux solives projetait sa lueur rousse � travers la p�nombre. L� encore Ang�lique vit surgir, comme une sombre apparition tout enturbann�e de satin cramoisi et vert pomme, la frimousse noire et les yeux blancs du n�grillon Naaman.</p><p>��Que fais-tu l�, petit diablotin de l'enfer�?</p><p>��J'attends M�d�me Montespan. Je garde son sac pour elle. M�d�me Montespan, elle aussi dormir l�.</p><p>La belle marquise apparut au sommet de l'�chelle.</p><p>��Bonne id�e, Ang�lique, de venir partager ma ��chambre verte�� comme disent les braves militaires. Nous pourrons faire une partie de piquet si le sommeil tarde � nous visiter.</p><p>Elle se laissa tomber dans le foin, s'�tira et b�illa avec une volupt� f�line.</p><p>��Comme on est bien�! Quelle couche d�licieuse�! Cela me rappelle mon enfance, dans le Poitou.</p><p>��� moi aussi, dit Ang�lique.</p><p>��Il y avait un grenier � foin tout pr�s de notre pigeonnier. Mon petit amoureux m'y rejoignait. C'�tait un berger de dix ans. Nous �coutions roucouler les colombes en nous tenant la main.</p><p>Elle d�grafa son bustier trop raide. Ang�lique l'imita. D�barrass�es de leurs deux premi�res jupes les pieds nus dans l'herbe s�che, elles se pelotonn�rent, retrouvant d'agr�ables sensations primitives.</p><p>��Du berger au roi, chuchota Ath�na�s, que pensez-vous de mon destin, ma ch�re�?</p><p>Elle se redressait sur un coude. La lumi�re chaude et comme myst�rieuse de la vieille lanterne avivait sa carnation magnifique, la blancheur de ses �paules et de sa gorge. Elle eut un rire un peu gris�.</p><p>���tre aim�e du roi, quelle ivresse�!</p><p>��Vous semblez tout � coup bien certaine de cet amour�? Vous en doutiez encore il y a peu de temps.</p><p>��Mais maintenant j'ai re�u des preuves qui ne me laissent aucun doute... Hier soir, il est venu... Oh�! je savais qu'il viendrait, que ce serait au cours de ce voyage. La fa�on dont il a laiss� La Valli�re � Versailles n'�tait-elle pas d�j� un gage de sa volont�? Il lui a donn� quelques petites choses en cadeau de rupture.</p><p>��Des petites choses�! Un duch�-pairie�? Une baronnie�?</p><p>��Peuh�! � ses yeux � elle cela doit para�tre �blouissant. Et elle s'imagine sans doute que sa faveur est au pinacle. C'est pour cela qu'elle s'est crue autoris�e � rejoindre la Cour. Ha�! Ha�! elle tombait bien mal... Mais moi je ne me contenterai pas de v�tilles. Il ne s'agit pas qu'il me traite comme une fille de l'Op�ra. Je suis une Mortemart�!</p><p>��Ath�na�s, vous parlez avec une assurance qui m'effraie. �tes-vous r�ellement devenue la ma�tresse du roi�?</p><p>��Si je le suis, sa ma�tresse... Oh�! Ang�lique, comme c'est amusant de se sentir toute-puissante sur un homme de cette trempe�! Le voir p�lir et trembler... Supplier, lui, tellement ma�tre de ses nerfs, si solennel et majestueux, et m�me redoutable parfois. C'est bien vrai ce qu'on racontait. En amour il est sauvage. Il n'a plus de contenance ni de raffinement. Il est tr�s gourmand mais je ne crois pas l'avoir d��u.</p><p>Elle parlait en riant follement, roulant sa t�te blonde dans le foin et s'�tirant avec des gestes de nonchalante impudeur qui semblaient recr�er une sc�ne encore proche, au point que son attitude parut insoutenable � Ang�lique.</p><p>��Eh bien�! voil� qui est parfait, fit-elle s�chement. Les curieux vont enfin savoir qui est la nouvelle ma�tresse du roi et je vais �tre d�barrass�e de soup�ons ridicules dont ils m'importunent.</p><p>Mme de Montespan se redressa vivement.</p><p>��Oh�! non, ch�rie�! Pas cela. Surtout pas un mot�! Nous comptons sur votre discr�tion. Le moment n'est pas encore venu de me donner ouvertement la place. Cela cr�erait trop de complications. Ayez donc l'obligeance de continuer � jouer le r�le que nous vous avons assign�.</p><p>��Quel r�le�? Et qui cela, nous�?</p><p>��Eh bien�!... le roi et moi.</p><p>��Voulez-vous dire que vous vous �tes entendus le roi et vous pour faire courir le bruit qu'il �tait amoureux de moi afin de d�tourner les soup�ons de votre personne�?</p><p>Ath�na�s surveillait la jeune femme entre ses longs cils. Ses yeux de saphir eurent un �clat pervers.</p><p>��Mais bien s�r. Cela nous arrangeait, vous comprenez. Ma situation �tait d�licate. J'�tais fille d'honneur de la reine d'une part, et amie intime de Mlle de La Valli�re de l'autre. Les attentions du roi � mon �gard auraient vite cristallis� les ragots sur mon nom. Il fallait allumer un contre-feu. Je ne sais pourquoi on s'�tait mis � parler de vous. Le roi a accr�dit� la rumeur en vous comblant de bienfaits. Actuellement, la reine vous bat froid. La pauvre Louise fond en larmes � votre seule vue. Et personne ne songe plus � moi. Le jeu a �t� men�. Je sais que vous �tes assez intelligente pour avoir compris d�s le d�but. Le roi vous en est tr�s reconnaissant... Vous ne dites rien�? Seriez-vous f�ch�e�?</p><p>Ang�lique ne r�pondit pas. Elle arracha un brin de paille et le mordilla un peu nerveusement. Elle se sentait secr�tement bless�e et plus sotte qu'il n'est permis de l'�tre. C'�tait bien la peine de savoir ruser avec les plus habiles commer�ants du royaume�! Sur un certain plan d'intrigues mondaines elle serait toujours la m�me, avec un fond de na�vet� paysanne ind�crottable.</p><p>��D'ailleurs pourquoi le seriez-vous�? reprenait doucereusement Mme de Montespan. La chose est flatteuse pour vous et vous en avez retir� d�j� des b�n�fices et de l'�clat. Vous semblez d��ue�? Non, je n'imagine pas que vous ayez pu prendre cette petite com�die au s�rieux... D'abord, vous �tes amoureuse para�t-il. De votre mari. Comme c'est dr�le... Il n'est pas tr�s empress�, mais si beau. Et l'on dit qu'il s'amadoue...</p><p>��Voulez-vous faire une petite partie de cartes�? demanda Ang�lique d'une voix neutre.</p><p>��Volontiers. J'ai dans mon sac un jeu complet. Naaman�!</p><p>Le n�grillon passa le n�cessaire de voyage. Elles jou�rent quelques tours sans conviction. Ang�lique, l'esprit ailleurs, perdit, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Mme de Montespan finit par s'endormir, un sourire aux l�vres. Ang�lique ne parvint pas � l'imiter. Elle se rongeait un ongle, au comble de l'irritation, et, � mesure que la nuit s'�coulait, la t�te farcie d'id�es vengeresses. D�s demain le nom de Mme de Montespan serait sur toutes les l�vres. La belle marquise avait �t� bien imprudente. Car Ang�lique n'�tait pas dupe des paroles hypocrites. Ath�na�s avait go�t� un plaisir raffin� � lui d�voiler son triomphe et le r�le qu'elle lui avait attribu� � son insu. S�re d�sormais de l'appui du roi et de son emprise elle s'�tait offert la joie de d�chirer � belles dents une femme qu'elle jalousait depuis longtemps mais qu'elle m�nageait par int�r�t. Elle n'avait plus besoin d'elle, ni de ses �cus. Elle pouvait l'humilier et lui faire payer cher les quelques succ�s que la beaut� et la richesse de Mme du Plessis lui avaient �t�s.</p><p>��Imb�cile�!�� se dit Ang�lique, plus exasp�r�e encore contre elle-m�me. Elle s'enveloppa dans son manteau et se glissa jusqu'� l'�chelle. Mme de Montespan continuait de sommeiller, abandonn�e avec ses atours dans le foin comme une d�esse sur un nuage.</p><p>Dehors l'aube naissante avait un go�t de pluie. Venant de l'Est o� le ciel rougissait entre deux nuages, montait le son des fifres et des tambours. Les r�giments levaient le camp. Ang�lique pataugea dans la boue visqueuse et parvint jusqu'� la maison de la reine, o� elle savait qu'elle trouverait Mlle de Montpensier. Dans l'entr�e elle aper�ut assise sur un banc, grelottante, mis�rable, Mlle de La Valli�re, accompagn�e de deux ou trois serviteurs et de sa jeune belle-s�ur, morne et ensommeill�e. Elle fut tellement saisie par cette image de d�solation qu'elle s'arr�ta malgr� elle.</p><p>��Que faites-vous l�, Madame�? Vous allez p�rir de froid.</p><p>Louise de La Valli�re leva ses yeux bleus, trop grands dans son visage cireux. Elle tressaillit comme �veill�e d'un songe.</p><p>��O� est le roi�? dit-elle. Je veux le voir. Je ne partirai pas d'ici sans l'avoir vu. O� est-il�? Dites-le-moi.</p><p>��Je l'ignore, Madame.</p><p>��Vous le savez, j'en suis certaine�! vous le savez...</p><p>Ang�lique, dans un �lan de piti�, prit les deux mains maigres et glac�es qui se tendaient vers elle.</p><p>��Je vous fais serment que je l'ignore. Je n'ai pas vu le roi depuis... je ne sais plus depuis quand et je vous promets bien qu'il ne se soucie gu�re de moi. C'est folie de rester l� par cette nuit froide.</p><p>��C'est ce que je ne cesse de r�p�ter � Louise, g�mit la petite belle-s�ur, elle est � bout de forces et moi aussi. Mais elle s'ent�te.</p><p>��N'avez-vous pas une chambre retenue dans le village�?</p><p>��Si fait, mais elle voulait attendre le roi.</p><p>��Tr�ve de sottises�!</p><p>Ang�lique saisit �nergiquement la jeune femme sous le bras et l'obligea � se lever.</p><p>��Vous allez d'abord vous r�chauffer et vous reposer. Le roi ne vous saurait aucun gr� de lui montrer ce visage de revenante.</p><p>Dans la maison o� l'on avait r�serv� un abri � la favorite, elle pressa elle-m�me les laquais d'aviver le feu, fit passer la bassinoire entre les draps humides, pr�para une tisane et mit au lit Mlle de La Valli�re avec une autorit� bourrue contre laquelle celle-ci ne se r�volta pas. Allong�e sous les couvertures qu'Ang�lique avait fait ajouter, elle paraissait extr�mement fr�le. L'�pith�te ��d�charn�e��, qu'un pamphl�taire venimeux lui avait attribu�e nagu�re, ne semblait pas exag�r�e. Ses os saillaient sous la peau. Elle �tait au septi�me mois d'une grossesse, la cinqui�me en six ann�es. Elle n'avait que vingt-trois ans et derri�re elle d�j� un �blouissant roman d'amour, devant elle une longue vie et des larmes br�lantes � verser. � l'automne encore Mlle de La Valli�re, en amazone, avait brill� d'un dernier �clat. On ne pouvait la reconna�tre aujourd'hui tant le changement �tait profond.</p><p>��Voil� donc � quoi l'amour pour un homme peut r�duire une femme��, se dit Ang�lique avec un renouveau de col�re.</p><p>Et se rappelant la confidence de Barcarole au sujet des rivales qui voulaient l'empoisonner, elle frissonna...</p><p>Elle s'assit au chevet du lit et prit entre ses mains vigoureuses et fermes cette autre main fluette o� les bagues tournaient, trop larges.</p><p>��Vous �tes bonne, murmura Louise de La Valli�re. Pourtant on m'avait dit...</p><p>��Pourquoi �coutez-vous ce qu'on dit�? Vous vous faites mal inutilement. Je ne peux rien contre les mauvaises langues. Je suis comme vous...</p><p>Elle fut sur le point d'ajouter ��aussi stupide que vous. Je n'ai �t� qu'un paravent involontaire��. Mais � quoi bon�? Pourquoi orienter la jalousie de Louise dans une autre direction�? Elle d�couvrirait assez t�t une trahison qui lui serait plus sensible que toutes les autres puisque venant de sa meilleure amie.</p><p>��Dormez maintenant, murmura-t-elle. Le roi vous aime.</p><p>Charitable, elle affirmait la seule chose capable de calmer la douleur de ce c�ur d�chir�.</p><p>Louise eut un petit sourire d�sol�.</p><p>��Il me le prouve bien mal...</p><p>��Comment pouvez-vous dire cela�? Ne vient-il pas de vous t�moigner son affection par des titres et des dons qui ne laissent aucun doute sur le bien qu'il vous veut�? Vous �tes duchesse de Vaujours et votre fille ne sera pas condamn�e � l'obscurit�.</p><p>La favorite secoua la t�te. Des larmes coulaient lentement de ses yeux clos, le long de ses tempes. Elle qui avait toujours h�ro�quement cach� ses grossesses au prix de maux indicibles, elle qui s'�tait vu enlever ses enfants d�s la premi�re heure de leur naissance et qui n'avait pas eu la libert� de pleurer la mort de trois fils, paraissant au bal souriante afin de donner le change, elle qui avait cherch� de son mieux � d�mentir sa scandaleuse situation, elle s'�tait vu tout � coup d�clarer m�re de la fille du roi par une mesure publique sur laquelle on ne l'avait m�me point consult�e. Et ne disait-on pas que le marquis de Vardes allait �tre rappel� de son exil afin de l'�pouser par ordre du roi�?... Les paroles de consolation, les encouragements, les conseils �taient vains. Ils venaient trop tard. Ang�lique ne parla plus et lui tint seulement la main jusqu'� ce qu'elle se f�t endormie.</p><p>En revenant vers la maison de la reine elle vit de la lumi�re au carreau. Elle songea � la reine qui, elle aussi, attendait le roi, inventant mille suppositions crucifiantes et l'imaginant dans les bras de La Valli�re alors que celle-ci s'�tait morfondue � l'�tage au-dessous une partie de la nuit.</p><p>� quoi bon crier le nom de la vraie rivale�? Ajouter une nouvelle goutte de venin � la mixture empoisonn�e�?</p><p>Mme de Montespan avait bien raison de dormir si tranquillement dans son nid de foin. Elle savait���elle avait toujours su���que Mme du Plessis ne parlerait point.</p><p>*****</p><p>Charleroi, Armenti�res, Saint-Vinoux, Douai, Oudenarde, le fort de la Scarpe, Courtrai, tombaient comme des ch�teaux de cartes. Le roi et la reine de France �taient re�us avec le dais, harangu�s par les �chevins, et, apr�s avoir travers� les rues tapiss�es, s'en allaient entendre le Te Deum dans une de ces vieilles �glises du Nord en dentelle de pierre, et dont la fl�che aigu� semble percer le ciel lourd.</p><p>Entre deux Te Deum la guerre dans une br�ve convulsion �branlait l'horizon de ses coups de canon ou de mousquet. Les garnisons risquaient des sorties, parfois sanglantes. Mais les Espagnols �taient peu nombreux et surtout l'Espagne �tait loin. Coup�s de tous renforts, et sous la pression des habitants qui ne tenaient pas � souffrir des affres de la famine pour la gloire de l'occupant, ils se rendaient.</p><p>Sous Douai le cheval d'un garde du roi fut tu� � ses c�t�s. Louis XIV s'exposait beaucoup. L'odeur de la poudre le grisait. Il e�t volontiers pris la t�te d'un escadron chargeant.</p><p>Ayant mis le si�ge sous Lille, il descendit chaque jour dans la tranch�e comme un simple grenadier, au grand souci des courtisans. Certain jour M. de Turenne voyant le roi couvert de terre par un boulet qui venait de tomber pr�s de lui, le mena�a de quitter le si�ge s'il persistait � se montrer aussi imprudent. Mais le roi, qui s'�tait avanc� � la vue de l'arm�e et jusqu'au pied des palissades, h�sitait � marquer un recul. Le mar�chal du Plessis-Belli�re lui dit�:</p><p>��Prenez mon chapeau et donnez-moi le v�tre�: si les Espagnols visent au panache ils s'y m�prendront.</p><p>Le jour suivant le roi s'exposa moins. Philippe re�ut le cordon bleu.</p><p>*****</p><p>L'�t� venait.</p><p>Il faisait maintenant tr�s chaud. La fum�e des mortiers envoyait des petits nuages dans un ciel bleu pervenche immuable.</p><p>Mlle de La Valli�re �tait rest�e � Compi�gne. La reine rejoignit l'arm�e et avec elle Mlle de Montpensier, la princesse de Bade, Mmes de Montausier et de Montespan dans son carrosse, et dans celui qui suivait Mmes d'Armagnac, de Bouillon, de Cr�qui, de B�thune et du Plessis-Belli�re, toutes horriblement fatigu�es et assoiff�es. Elles eurent la surprise en d�barquant de croiser un �quipage compos� d'un chariot o� �tincelaient agr�ablement � la vue de rafra�chissants morceaux de glace et qu'escortaient trois ou quatre escogriffes aux moustaches d'�b�ne, aux regards sombres et � l'uniforme rapi�c�. L'officier qui les accompagnait � cheval achevait d'�ter le moindre doute sur leur origine. Avec sa fraise godronn�e opulente et son air altier c'�tait un pur hidalgo de Sa Majest� tr�s Catholique.</p><p>On expliqua aux arrivantes que M. de Brouay, gouverneur espagnol de Lille, envoyait chaque jour, soit par galanterie, soit par bravade, de la glace au roi de France.</p><p>��Priez-le, dit celui-ci au porteur, de m'en envoyer davantage.</p><p>��Sire, r�pondit le Castillan, mon g�n�ral la m�nage parce qu'il esp�re que le si�ge sera long et il craint que Votre Majest� n'en manque.</p><p>Le vieux duc de Charost qui se trouvait aux c�t�s du roi cria � l'envoy�:</p><p>��Bon, bon, recommandez bien � M. de Brouay de ne pas imiter le gouverneur de Douai, qui s'est rendu comme un coquin.</p><p>���tes-vous fou, Monsieur�? dit vivement le roi surpris d'un tel discours. Vous encouragez mes ennemis � la r�sistance�?</p><p>��Sire, c'est une question d'amour-propre familial, s'excusa le duc. Brouay est mon cousin�!</p><p>En attendant la vie de Cour continuait au camp.</p><p>La plaine �tait couverte de tentes bariol�es, plac�es par sym�trie. Celle du roi, la plus vaste, se composait de trois salles, d'une chambre et de deux cabinets, le tout tendu de satin de Chine et garni de meubles dor�s.</p><p>Le lever et le coucher avaient lieu exactement comme � Versailles. Des repas somptueux �taient offerts, dont on jouissait particuli�rement en songeant aux Espagnols qui, derri�re les sombres remparts de Lille, n'avaient que des raves � ronger. � l'arm�e fran�aise le roi recevait les dames � sa table.</p><p>Un soir, au souper, son regard tomba sur Ang�lique, plac�e non loin de lui. Les r�centes victoires du souverain, et celle, plus intime, qu'il avait remport�e sur Mme de Montespan, avaient un peu brouill�, dans la joie du triomphe, ses habituelles facult�s d'observation. Il crut apercevoir la jeune femme pour la premi�re fois depuis la campagne et lui demanda aimablement�:</p><p>��Vous avez donc quitt� la capitale�? Que disait-on � Paris quand vous �tes partie�?</p><p>Ang�lique lui planta au visage un regard froid.</p><p>��Sire, on disait v�pres.</p><p>��Je demande ce qu'il y avait de nouveau�?</p><p>��Des pois verts, Sire.</p><p>Les r�pliques auraient paru dr�les si elles n'avaient �t� prononc�es sur un ton aussi glac� que les yeux de la belle marquise.</p><p>Le roi en demeura coi de stupeur et comme il n'avait pas l'esprit prompt, ses joues se color�rent.</p><p>Mme de Montespan sauva une fois de plus la situation, en �clatant de son rire enchanteur. Elle dit que le jeu � la mode consistait � r�pondre de fa�on la plus saugrenue quoique pr�cise aux questions pos�es. C'�tait � Paris dans les salons et les ��ruelles�� des Pr�cieuses un feu roulant de calembours. Mme du Plessis y �tait tr�s habile. Chacun aussit�t voulut l'essayer. Le repas se termina joyeusement.</p><p>Le lendemain, Ang�lique achevait de se poudrer devant son miroir, sous l'�il int�ress� d'une vache, lorsque le mar�chal du Plessis-Belli�re se fit annoncer. Comme toutes les grandes dames aux champs, elle ne souffrait pas des incommodit�s du voyage. Du moment qu'elle pouvait faire dresser sa coiffeuse quelque part, f�t-ce dans une �table, tout allait bien. L'odeur de la poudre de riz et des parfums se m�lait � celle du fumier, mais ni la grande dame en d�shabill� vaporeux ni les bonnes vaches blanches et noires qui lui tenaient compagnie n'�taient incommod�es de part et d'autre. Javotte pr�sentait la premi�re jupe en satin rose p�kin� de vert p�le, Th�r�se s'appr�tait � nouer les rubans.</p><p>� la vue de son mari Ang�lique renvoya les servantes, puis elle continua de se pencher avec soin vers le miroir. Le visage de Philippe s'y refl�tait derri�re elle et c'�tait un visage d'orage.</p><p>��On me rapporte de m�chants bruits sur vous, Madame. J'ai cru devoir me d�placer pour vous sermonner sinon vous punir.</p><p>��Quels sont ces bruits�?</p><p>��Vous avez montr� de l'humeur au roi, qui vous faisait l'honneur de vous adresser la parole.</p><p>�tes-vous N'est-ce que cela�? dit Ang�lique en choisissant une ��mouche�� dans une petite bo�te d'or guilloch�. Il y a bien d'autres bruits qui courent sur mon compte et qui auraient d� depuis longtemps vous �mouvoir. Il est vrai que vous ne vous souvenez de votre qualit� de mari que lorsqu'il s'agit de me faire sentir la f�rule matrimoniale.</p><p>��Avez-vous, oui ou non, r�pondu au roi avec insolence�?</p><p>��J'avais mes raisons.</p><p>��Mais... Vous parliez au roi�!...</p><p>��Roi ou non, �a ne l'emp�che pas d'�tre un gar�on qui a besoin d'�tre remis en place.</p><p>Un blasph�me n'e�t pas caus� d'effet plus �pouvantable. Le jeune homme parut suffoquer.</p><p>��Vous perdez la raison, ma parole�!</p><p>Philippe fit quelques pas de long en large, puis s'appuya contre la mangeoire de bois et se mit � regarder Ang�lique tout en mordillant un brin de paille.</p><p>��Ouais�! Je vois ce que c'est. Je vous ai laiss� un peu de jeu en l'honneur de monsieur mon fils que vous portiez et nourrissiez et vous en avez conclu que vous pouviez relever la t�te. Il est temps de reprendre le dressage.</p><p>Ang�lique haussa les �paules. Elle se retint pourtant de lancer une r�plique trop vive et donna toute son attention � son miroir ainsi qu'� la d�licate op�ration de fixer une ��mouche�� au coin de sa tempe droite.</p><p>��Quel ch�timent choisirai-je pour vous apprendre comment l'on doit se tenir � la table des rois�? reprit Philippe. L'exil�? Hum�! Vous trouveriez encore le moyen de repara�tre � l'autre bout du chemin, � peine aurais-je tourn� le dos. Une bonne correction de mon fouet � chiens que vous connaissez d�j�? Oui. Il me souvient que vous en �tiez sortie la t�te assez basse. Ou bien... Je songe � certaines humiliations qui semblent vous �tre encore plus cuisantes que la m�che de chanvre et je suis assez tent� de vous les infliger.</p><p>��Ne vous fatiguez donc pas l'imagination, Philippe. Vous �tes un magister trop scrupuleux. Pour trois mots lanc�s au hasard...</p><p>��...qui s'adressaient au roi�!</p><p>��Le roi est parfois un homme comme les autres.</p><p>��C'est ce qui vous trompe. Le roi est le roi. Vous lui devez ob�issance, respect, d�votion.</p><p>��Et quoi encore�? Dois-je lui laisser le droit de r�genter mon destin, de ternir ma r�putation, de bafouer ma confiance�?</p><p>��Le roi est le ma�tre. Il a tous les droits sur vous.</p><p>Ang�lique se retourna vivement pour guetter Philippe d'un �il noir.</p><p>��Oui-da�!... Et s'il prenait au roi fantaisie de me vouloir pour ma�tresse, que devrais-je faire�?</p><p>�tes-vous Y consentir. N'avez-vous pas compris que toutes ces dames, plus belles les unes que les autres et parure de la Cour de France, sont l� pour le plaisir des princes�?...</p><p>��Permettez-moi de trouver votre point de vue de mari plus que g�n�reux�! � d�faut d'affection pour moi votre instinct de propri�taire, au moins, devrait se rebiffer.</p><p>��Tous mes biens appartiennent au roi, dit Philippe, de ma vie je ne saurais lui refuser la moindre chose.</p><p>La jeune femme eut une exclamation de d�pit. Son mari avait le don de la blesser � vif. Qu'avait-elle esp�r� de sa part�? Une protestation trahissant un sentiment de jalousie�? C'�tait encore trop. Il ne tenait m�me pas � elle et le lui laissait entendre sans fard. Ses attentions passag�res au coin de l'�tre ne s'�taient adress�es qu'� celle qui avait eu l'honneur d'engendrer son poupon d'h�ritier. Elle se d�tourna, hors d'elle, renversa sa bo�te de mouches, prit d'une main tremblante de col�re, un peigne, puis un autre. Philippe, derri�re elle, l'observait avec ironie.</p><p>Le chagrin d'Ang�lique creva en un flot de paroles am�res.</p><p>��C'est vrai, j'oubliais. Une femme n'est pour vous qu'un objet, une pi�ce du mobilier. Tout juste bonne � mettre des enfants au monde. Moins qu'une jument, moins qu'un valet. On l'ach�te, on la revend, on s'offre des honneurs avec son honneur � elle, on la met au rebut quand elle a cess� de servir. Voil� ce que repr�sente une femme pour les hommes de votre esp�ce. Tout au plus, un morceau de g�teau, un plat de rago�t sur lequel ils se jettent quand ils sont affam�s.</p><p>��Plaisante image, dit Philippe, et dont je ne nie pas la v�rit�. Avec vos joues brillantes et votre tenue l�g�re, je confesse que vous me semblez fort app�tissante. Ma parole, je sens ma fringale s'�veiller.</p><p>Il s'approcha � petits pas et posa deux mains possessives sur les �paules rondes de la jeune femme. Ang�lique se d�gagea et referma �troitement l'ouverture de son corsage.</p><p>��Pour cela, n'y comptez pas, mon cher, dit-elle froidement.</p><p>Philippe, d'un geste furieux, rouvrit le corsage et fit sauter trois agrafes de diamants.</p><p>��Est-ce que je vous demande si cela vous pla�t, petite mijaur�e�? gronda-t-il. N'avez-vous pas encore compris que vous m'appartenez�? Ha�! Ha�! c'est bien l� o� le b�t vous blesse. La fi�re marquise voudrait encore qu'on l'entour�t de pr�venances�!</p><p>Rudement, il la d�pouillait de son corsage, d�chirait sa chemise et lui prenait les seins avec une brutalit� de mercenaire un soir de pillage.</p><p>��Oubliez-vous donc d'o� vous sortez, Madame la marquise�? Vous n'�tiez jadis qu'une petite croquante au nez sale et aux pieds crasseux. Je vous revois en jupon perc�, les cheveux dans les yeux Et d�j� pleine d'arrogance.</p><p>Il relevait son visage pour le maintenir tout pr�t du sien, lui serrait les tempes si durement qu'elle avait l'impression que ses os allaient �clater.</p><p>���a sort d'un vieux ch�teau croulant et �a se permet de parler au roi avec insolence�!... L'�table, voil� votre d�cor, Mlle de Monteloup. Cela vous va assez bien de vous y retrouver aujourd'hui. Je vais r�veiller vos souvenirs champ�tres.</p><p>��Laissez-moi�! cria Ang�lique en essayant de le frapper.</p><p>Mais elle se meurtrit les poings contre sa cuirasse et dut secouer ses doigts endoloris avec un g�missement. Philippe �clata de rire et l'enla�a tandis qu'elle se d�battait.</p><p>���a, petite berg�re, morveuse, laissez-vous trousser sans histoires.</p><p>Il l'enleva vigoureusement � pleins bras et la porta sur un tas de foin dans un coin obscur de la grange.</p><p>Ang�lique criait�:</p><p>��Laissez-moi�! Laissez-moi�!</p><p>��Taisez-vous�! Vous allez ameuter toute la garnison.</p><p>��Tant mieux. On verra ainsi comment vous me traitez.</p><p>��Le beau scandale�! Mme du Plessis viol�e par son mari.</p><p>��Je vous hais�!</p><p>Elle �touffait � demi dans le foin o� sa lutte l'enfon�ait. Elle r�ussit cependant � mordre jusqu'au sang la main qui la maintenait.</p><p>��Mauvaise b�te�!</p><p>Il la frappa plusieurs fois sur la bouche. Puis il lui ramena les bras au dos, paralysant ses mouvements.</p><p>��Bon Dieu�! soufflait-il, riant � demi, jamais je n'ai eu affaire � pareille enrag�e. Il y faudrait tout un r�giment.</p><p>Ang�lique, suffoqu�e, perdait ses forces. Il en serait cette fois-ci comme des autres fois. Elle devrait subir l'humiliante possession, cet asservissement bestial qu'il lui infligeait et contre lequel son orgueil se cabrait. Son amour aussi. L'amour timide qu'elle portait � Philippe et qui ne voulait pas mourir, et qu'elle ne voulait pas avouer.</p><p>��Philippe�!</p><p>Il parvenait � ses fins. Ce n'�tait pas la premi�re fois qu'il menait ce genre de lutte dans l'ombre d'une grange. Il savait comment maintenir sa proie et en user, tandis qu'elle palpitait sous lui haletante, �cartel�e.</p><p>L'ombre �tait profonde. Il y dansait de minuscules points d'or, parcelles de poussi�res que captait un mince rayon de soleil entre deux planches disjointes.</p><p>��Philippe�!</p><p>Il l'entendit appeler. Sa voix rendait un son �trange. Lassitude ou griserie involontaire provoqu�e par la senteur du foin, tout � coup Ang�lique se rendait. Elle en avait assez de la col�re. Elle acceptait l'amour et l'emprise de cet homme qui se voulait cruel. C'�tait Philippe, celui qu'elle aimait d�j� au temps de Monteloup. Qu'importait qu'elle f�t meurtrie jusqu'au sang�! C'�tait par lui.</p><p>Dans un �lan qui la d�livrait, elle s'acceptait femelle sous l'exigence du m�le. Elle �tait sa victime, sa chose. Il avait le droit d'user d'elle comme il lui plairait. Malgr� la tension sauvage qui le poss�dait en cet instant Philippe per�ut ce mouvement d'abandon qui soudain l'amollissait. Craignait-il de l'avoir bless�e�? Il ma�trisa un peu son aveugle d�lire, chercha � deviner ce que cachait l'ombre, et la qualit� nouvelle du silence. En se penchant il re�ut la caresse de son souffle l�ger sur sa joue et il en ressentit une �motion qui le fit tressaillir violemment et l'abattit contre elle, faible comme un enfant. Il jura � plusieurs reprises pour se donner une contenance. Il ignorait, en se s�parant d'elle, qu'il avait �t� sur le point de la mener au bord du plaisir. Il l'�pia du coin de l'�il dans la demi-obscurit�, devinant qu'elle rajustait ses v�tements, et chacun de ses mouvements envoyait vers lui son chaud parfum de femme en sueur. Sa r�signation lui parut suspecte.</p><p>��Mes hommages vous d�plaisent fort � ce qu'il m'a sembl�. Mais sachez que je vous les inflige comme une punition.</p><p>Elle laissa passer un instant avant de r�pondre d'une voix douce, un peu voil�e�:</p><p>��Ce pourrait �tre une r�compense.</p><p>Philippe bondit sur ses pieds comme devant un danger subit. Une faiblesse anormale demeurait en lui. Il e�t souhait� s'�tendre � nouveau dans le foin ti�de, pr�s d'Ang�lique, pour �changer avec elle de simples confidences. Tentation inconnue et qui l'indigna. Mais les mots de d�fense mouraient sur ses l�vres.</p><p>La t�te vide, le mar�chal du Plessis sortit de la grange avec l'impression d�primante que cette fois il n'avait pas eu le dernier mot.</p></section><section><p><strong>Chapitre 7</strong></p><p>Un apr�s-midi br�lant de juillet s'appesantissait sur Versailles. Ang�lique, pour trouver la fra�cheur, s'en fut en compagnie de Mme de Ludre et de Mme de Choisy se promener le long du Berceau d'eau. Cette all�e �tait agr�able par l'ombre de ses arbres et encore plus par la magie d'une infinit� de jets d'eau qui jaillissaient des deux c�t�s, derri�re une banquette de gazon et se r�unissaient en arceaux liquides, formant une vo�te sous laquelle on pouvait se promener sans �tre mouill�.</p><p>Ces dames crois�rent M. de Vivonne, qui les salua et aborda Ang�lique.</p><p>��J'avais projet de vous entretenir, Madame. Je m'adresse � vous aujourd'hui non pas comme � la plus d�licieuse nymphe de ces bois, mais comme � la m�re sage que l'Antiquit� a r�v�r�e. En un mot je voudrais vous demander votre agr�ment pour attacher votre fils Cantor � mon service.</p><p>��Cantor�! Mais en quoi un enfant si jeune peut-il vous int�resser�?</p><p>��Pourquoi veut-on avoir � ses c�t�s un oiseau m�lodieux�? Cet enfant m'a charm�. Il chante � merveille, joue � la perfection de plusieurs instruments de musique. Je voudrais l'emmener dans mon exp�dition afin de continuer � versifier et profiter de sa voix d'ange.</p><p>��Votre exp�dition�?</p><p>��Ne savez-vous pas que je viens d'�tre nomm� amiral de la flotte et que le roi m'envoie pourfendre les Turcs, qui assi�gent Candie, en M�diterran�e�?</p><p>��Si loin�! s'exclama Ang�lique. Je ne veux pas laisser partir mon fils. D'abord il est bien trop jeune. Un preux chevalier de huit ans�?...</p><p>��Il en para�t onze et ne serait pas perdu parmi mes pages, qui sont tous gar�ons de bon lignage. Mon ma�tre d'h�tel est un homme d'un certain �ge, lui-m�me p�re de nombreux enfants. Je lui recommanderai particuli�rement ce charmant nourrisson. Et par ailleurs, Madame, n'avez-vous pas des int�r�ts � l'�le de Candie�? Vous vous devez d'envoyer un de vos fils d�fendre votre fief.</p><p>Refusant de prendre au s�rieux la proposition, Ang�lique dit cependant qu'elle r�fl�chirait.</p><p>��Il serait habile de votre part de contenter M. de Vivonne, fit remarquer Mme de Choisy lorsque le gentilhomme les eut quitt�es, il est tr�s bien en place. Sa nouvelle charge de lieutenant g�n�ral des mers en fait un des plus grands dignitaires de France.</p><p>Mme de Ludre tordit sa bouche en un sourire vinaigr�.</p><p>��Et n'oublions pas que Sa Majest� est chaque jour plus dispos�e � le combler, ne serait-ce que pour gagner les bonnes gr�ces de la s�ur dudit amiral.</p><p>��Vous parlez comme si la faveur de Mme de Montespan �tait un fait accompli, remarqua Mme de Choisy. Cette personne montre pourtant de la pi�t�.</p><p>��Ce qu'on montre et ce qu'on est ne vont pas toujours de pair. L'exp�rience du monde aurait d� vous l'apprendre. Quant � Mme de Montespan, peut-�tre aurait-elle pr�f�r� garder son aventure secr�te, mais son jaloux de mari ne lui en a pas laiss� le loisir. Il fait autant de scandale que s'il avait pour rival un quelconque ��muguet�� de Paris.</p><p>��Ah�! Ne me parlez pas de cet homme. C'est une esp�ce de fou et le plus grand blasph�mateur du royaume.</p><p>��Il para�t que derni�rement il s'est pr�sent� � un petit souper de Monsieur sans perrruque, et comme on s'en �tonnait il a dit qu'il avait deux bosses au front qui l'emp�chaient de se garnir le chef. C'est d'un dr�le�! Ha�! Ha�! Ha�!</p><p>��Ce qui est beaucoup moins dr�le c'est l'affront qu'il a os� infliger au roi, hier m�me � Saint-Germain. Nous revenions d'une promenade sur la grande terrasse lorsque nous avons vu s'avancer l'�quipage de M. de Montespan tout couvert de houssines noires avec glands d'argent. Lui-m�me �tait en noir. Le roi, tr�s affable, s'est inqui�t� et lui a demand� de qui il �tait en deuil. Il a r�pondu d'une voix lugubre�: ��De ma femme, Sire.��</p><p>Mme de Ludre repartit � rire de plus belle, imit�e par Ang�lique.</p><p>��Riez, mesdames, riez�! fit Mme de Choisy outr�e. Il n'en demeure pas moins que ces fa�ons d'agir sont dignes du carreau des Halles et d�shonorent la Cour. Le roi ne pourra plus les supporter longtemps. M. de Montespan risque la Bastille.</p><p>��Voil� qui arrangera tout le monde.</p><p>��Vous �tes cynique, Madame.</p><p>��Mais le roi ne peut pas se r�soudre � cette extr�mit�: ce serait un aveu public.</p><p>��Quant � moi, dit Ang�lique, je suis bien aise que cette histoire de Mme de Montespan sorte enfin au jour. J'en ai tra�n� le poids de comm�rages qu'on avait la sottise de colporter �</p><p>propos du roi et de ma modeste personne et dont on s'aper�oit aujourd'hui qu'ils n'avaient aucun fondement.</p><p>��Il est vrai que pour ma part j'ai �t� longtemps persuad�e que vous alliez succ�der � Mlle de La Valli�re, dit Mme de Choisy comme � regret. Mais je dois reconna�tre que votre vertu s'est montr�e inattaquable.</p><p>Elle semblait lui en vouloir d'avoir mis en �chec sa propre perspicacit�.</p><p>��Pourtant vous ne risquiez pas d'avoir un mari aussi incommode que M. de Montespan, fit remarquer Mme de Ludre, dont les fl�ches �taient toujours soigneusement empoisonn�es. D'ailleurs on ne le voit plus � la Cour depuis que vous y �tes...</p><p>��Depuis que j'y suis la guerre n'a cess� de l'appeler aux fronti�res. En Flandre d'abord, en Franche-Comt� ensuite.</p><p>��Ne vous vexez pas, tr�s ch�re, je plaisantais�! Et ce n'est qu'un mari apr�s tout.</p><p>Tout en devisant les trois dames remontaient la grande all�e qui menait vers le ch�teau. Elles �taient � chaque instant oblig�es de se garer des ouvriers et des valets qui, arm�s d'�chelles, suspendaient des lampions � tous les arbres et le long des charmilles. Au c�ur des bosquets retentissaient des coups de marteau h�tifs. Le parc se pr�parait � la f�te.</p><p>��Peut-�tre serait-il temps d'aller rev�tir nos atours, dit Mme de Choisy. Il para�t que le roi nous r�serve des surprises merveilleuses, mais depuis que nous sommes arriv�es toute la compagnie se bat les flancs tandis que Sa Majest� travaille dans son cabinet.</p><p>��La f�te doit commencer avec le cr�puscule. Je crois que notre patience sera r�compens�e.</p><p>Le roi voulait c�l�brer par de grandes f�tes son triomphe sur le terrain des armes. La glorieuse conqu�te des Flandres, la fulgurante campagne d'hiver en Franche-Comt� avaient port� leurs fruits. L'Europe �tonn�e tournait ses regards vers ce jeune souverain, trop longtemps consid�r� comme le petit roi trahi par les siens. On avait d�j� entendu parler de son faste. On d�couvrait son audace de conqu�rant et son machiav�lisme politique. Louis XIV voulait des f�tes dont le bruit franchirait les fronti�res, ponctuant d'un coup de gong �blouissant l'orchestration de sa renomm�e.</p><p>Il avait charg� le duc de Cr�qui, premier gentilhomme de la chambre, le mar�chal de Bellefonds, premier ma�tre d'h�tel, et Colbert, en tant que surintendant des b�timents, de pr�sider � l'organisation des spectacles, festins, constructions, illuminations et feux d'artifice. Eux, ils avaient leurs auxiliaires habituels, Moli�re, Racine, Vigarani, Gissey, Le Vau, une �quipe compos�e de gens exp�ditifs et d�sireux de plaire au ma�tre. Les plans furent vite arr�t�s et ex�cut�s.</p><p>Comme Ang�lique se pr�sentait dans la galerie d'en bas v�tue de sa robe d'un bleu turquoise glac�e sur laquelle une profusion de diamants jetaient des reflets iris�s, le roi sortit de son appartement.</p><p>Il n'�tait pas v�tu plus somptueusement qu'� l'ordinaire, mais d'une humeur charmante. Chacun comprit que l'heure des plaisirs sonnait.</p><p>Les grilles du ch�teau furent ouvertes au populaire, qui envahit les cours, les grands salons et les parterres, ouvrant des yeux �baubis et courant d'un point � l'autre du parc pour voir passer le cort�ge.</p><p>Le roi tenait la main de la reine. Celle-ci, boulotte, enfantine, et supportant vaillamment sur ses petites �paules une robe rebrod�e d'or plus lourde qu'une ch�sse m�rovingienne, ne se tenait plus de joie. Elle adorait les grands d�ploiements d'apparat. Et aujourd'hui le roi la mettait � l'honneur et lui tenait la main. Son c�ur meurtri par la jalousie connaissait un peu de r�pit, les bonnes langues de la Cour ne parvenant pas � se mettre d'accord sur le nom de la nouvelle favorite.</p><p>Mlle de La Valli�re et Mme de Montespan �taient bien l�, l'une fort accabl�e, et l'autre fort enjou�e � son ordinaire, et aussi cette Mme du Plessis-Belli�re, plus belle et plus singuli�re que jamais, et Mme du Ludre, et Mme du Roure, mais elles se m�laient � la foule et aucune n'avait droit � des honneurs particuliers.</p><p>Le roi et la reine, suivis � distance par la Cour, descendirent � pied � travers les gazons, sur la droite du ch�teau vers la Fontaine du Dragon r�cemment �difi�e, et dont le roi voulait faire admirer la beaut� et les ing�nieuses combinaisons. Au milieu d'un grand bassin, un dragon, le flanc perc� d'une fl�che, vomissait comme le sang de son corps, un gros bouillon retombant en pluie. Des dauphins nageaient ici et l�, l'onde giclant de leurs gueules ouvertes. Mont�s sur des cygnes dont les becs laissaient fuser de fins jets d'eau, deux amours fuyaient le monstre mena�ant tandis que deux autres l'attaquaient par-derri�re. Les statues �taient rev�tues d'or vert, � part les cygnes d'argent, et sous les gerbes entrecrois�es des eaux la sc�ne avait des luisances irr�elles de profondeur sous-marine.</p><p>Quand tout le monde s'en fut extasi�, le roi reprit sa marche, et lentement l'on s'en alla par les all�es du berceau d'eau, celles qui contournaient le bassin de Latone et menaient au grand Parterre, vers les voies pleines d'ombre du Labyrinthe. Comme on y parvenait, le ciel devenait pourpre sous les derniers rayons du soleil. Les arbres prenaient une teinte bleue, mais il restait encore assez de lumi�re pour faire �tinceler les images multicolores que formaient les groupes des statues. � l'�poque, tout le parc de Versailles �tait r�chauff� par l'ardeur d'un coloris primitif. Les sculptures qui n'�taient pas recouvertes d'or �taient peintes ��au naturel��.</p><p>� l'entr�e du Labyrinthe, Esope le Phrygien, en bonnet rouge, le corps difforme envelopp� d'un manteau bleu, accueillait les princes les yeux ironiques et la bouche malicieuse. Devant lui se tenait l'Amour pour signifier que si ce dieu nous jette quelquefois dans un labyrinthe d'inconv�nients, la malice et le bon sens nous donnent aussi parfois le moyen de les d�m�ler et de les surmonter.</p><p>Le roi prit la peine d'expliquer gracieusement l'all�gorie � la reine, qui approuva et trouva le groupe fort pittoresque.</p><p>Le Labyrinthe lui-m�me, ornement indispensable des jardins princiers d'alors, rev�tait � Versailles un lustre singulier. C'�tait un carr� de jeune bois fort �pais et touffu o� se croisaient et s'enchev�traient une infinit� de petites all�es tellement m�l�es les unes aux autres qu'il �tait malais� de les suivre et de ne pas s'�garer.</p><p>� chaque d�tour on poussait de l�gers cris admiratifs en d�couvrant l'un des trente-neuf groupes de plomb colori�s, au milieu de petits bassins de coquillages et de fines rocailles, dispos�s l� pour la distraction du promeneur. Ils mettaient en sc�ne les animaux des fables d'Esope et certains oiseaux au plumage �clatant directement copi�s sur ceux de la M�nagerie. Trente-sept quatrains de Benserade, grav�s en lettres d'or sur des cartels de bronze contaient l'anecdote.</p><p>Jusque-l� il ne s'agissait que d'une promenade comme la Cour en entreprenait chaque jour � la suite du ma�tre, jamais lass� d'admirer la beaut� et les progr�s de son jardin. Mais brusquement, � l'intersection de cinq all�es, la compagnie d�boucha dans un merveilleux cabinet en forme de pentagone. Sur les fonds des grandes charmilles, chaque c�t� du pentagone �tait orn� d'une architecture de feuillage, soulign�e de guirlandes et dont le socle central supportait trois vases de marbre orn�s de fleurs rouges, ros�s, bleues et blanches. Au milieu du cabinet une haute gerbe d'eau dressait sa colonne neigeuse, et, entourant le bassin dont elle jaillissait, il y avait cinq tables de marbre faisant face aux cinq all�es. Elles �taient s�par�es par des pots de fa�ence supportant des orangers aux fruits confits, et chacune �tait garnie d'une succulente surprise. L'une repr�sentait une montagne o� dans plusieurs esp�ces de cavernes on voyait diverses sortes de viandes froides. L'autre portait un palais miniature fait de massepains et de p�tes sucr�es. La troisi�me �tait charg�e d'une pyramide de confitures s�ches. Une autre d'une infinit� de coupes de cristal et de vases d'argent remplis de toutes sortes de liqueurs. La derni�re offrait un assortiment d'objets en caramel, brun, blond ou roux, parfum�s au chocolat, au miel ou � la cannelle... On prit le temps de louer l'agr�ment de cette salle fra�che et r�confortante, puis des mains avides d�molirent le palais de massepains, pill�rent les caramels et s'empar�rent des coupes de liqueurs.</p><p>Assis alentour sur des si�ges de gazon, nobles dames et nobles seigneurs entreprirent le plus gai des pique-niques.</p><p>Du point m�dian o� ils se trouvaient, ils avaient vue sur les cinq all�es qui chacune �tait bord�e d'arcades de cypr�s alternant avec des arbres fruitiers en pot, leurs branches garnies de fruits splendides. Tout � l'heure chacun, en repartant glanerait, au long du chemin, poires, pommes, p�ches, c�drat, cerises.</p><p>� l'extr�mit� d'une perspective la statue du dieu Pan jetait un dernier �clat d'or, tandis que vers l'Est deux satyres et deux bacchantes dansant profilaient leurs silhouettes sombres sur un ciel vert p�le.</p><p>��Quelque bon g�nie nous a transport�s sur les rives de l'Astr�e�! s'exclama Mlle de Scud�ry.</p><p>��Bient�t nous allons apercevoir sur les rives du charmant Lignon bergers et troupeaux enrubann�s�!</p><p>Et soudain, avec la nuit, une infinit� de lumi�res jaillirent et coururent le long des bosquets et des charmilles. Les bergers et les berg�res annonc�s parurent, chantant et dansant, tandis que d'un grand rocher quarante satyres et bacchantes agitant des thyrses et des tambours de basque, s'�lan�aient, environnaient l'aimable compagnie pour la guider vers le lieu du th��tre.</p><p>Une cal�che, une chaise � porteurs attendaient le roi, la reine, les princes et les emport�rent au long des avenues des tilleuls.</p><p>Le th��tre o� devait se donner la com�die avait �t� �lev� sur un grand espace au croisement de l'all�e royale et de plusieurs autres all�es. L� les choses se brouill�rent par manque de service d'ordre. Le public populaire ��qui voulait voir�� et les invit�s d'honneur, les courtisans, formaient une multitude compacte et hurlante � laquelle la pr�sence des satyres et des bacchantes communiquait une allure de saturnale.</p><p>La porte s'ouvrit devant la cal�che du souverain, puis se referma. La chaise de la reine ne put en franchir l'obstacle. Vainement les porteurs hurlaient-ils�:</p><p>��Place � Sa Majest� la Reine�!</p><p>Nul ne bougeait. Durant une demi-heure dans un tumulte furieux se disputant l'entr�e, Marie-Th�r�se, bouillante de col�re, dut se r�signer � l'attente. Enfin le roi vint la chercher lui-m�me. Ang�lique, d�s les premiers instants de la bataille, s'�tait retir�e du combat. Son bon sens lui conseillait de ne pas risquer sa fragile toilette dans ce pugilat. Elle s'�carta donc de la fourmili�re grouillante, croisa quelques personnes qui, comme elle, se r�signaient � l'attente. La com�die durerait longtemps. Mais la nuit �tait douce et le parc de Versailles, avec ses illuminations et le bruissement de ses jets d'eau jaillissant au c�ur de tous les bosquets, offrait � ses yeux un spectacle f�erique. Elle go�ta d'�tre seule. Dans une niche de verdure ponctu�e de lampions comme un ciel �toile, un petit pavillon de marbre l'attira. Elle monta trois marches et s'appuya contre l'une des fines colonnades. Une odeur de ch�vrefeuille et de ros�s grimpantes flottait autour d'elle. La clameur de la foule d�croissait. En se retournant elle crut r�ver. Un fant�me blanc comme neige s'inclinait devant elle, au bas des marches. Quand il se redressa elle reconnut Philippe. Elle ne l'avait pas revu depuis leur bataille dans la grange, cette �treinte que Philippe avait voulue m�chante et qui lui laissait, quoi qu'elle s'en d�fend�t, un souvenir troublant. Tandis que la Cour revenait vers la capitale, le mar�chal du Plessis demeurait dans le Nord puis conduisait l'arm�e en Franche-Comt�. Ang�lique �tait au courant de ses d�placements par la rumeur publique car, naturellement, ce n'�tait pas Philippe qui se serait donn� la peine de lui �crire.</p><p>Elle lui �crivait, elle, parfois, des petits billets o� elle parlait de Charles-Henri et de la Cour et dont elle esp�rait, bien en vain, la r�ponse.</p><p>Tout � coup il �tait l�, levant sur elle ses yeux impassibles, mais une ombre de sourire adoucissait ses l�vres.</p><p>��Je salue la baronne de la Triste Robe, dit-il.</p><p>��Philippe�!... s'�cria Ang�lique. (Elle �tala � deux mains sa lourde jupe de brocart. ) Philippe, il y a pour dix mille livres de diamants sur cette robe.</p><p>��Celle que vous portiez jadis �tait grise avec des petits n�uds de ruban bleu clair au corsage et un col blanc.</p><p>��Vous vous souvenez de cela�?</p><p>��Pourquoi ne m'en souviendrais-je pas�?</p><p>Il monta les marches et s'appuya contre l'une des colonnes de marbre. Elle lui tendit la main. Apr�s une imperceptible h�sitation, il la baisa.</p><p>��Je vous croyais aux arm�es, dit Ang�lique.</p><p>��Un message du roi m'a pri� de regagner la Cour afin de me montrer � la grande f�te qu'il voulait donner ce soir. Je dois en �tre l'un des ornements.</p><p>La derni�re phrase ne trahissait aucune fatuit�: � peine la satisfaction d'un r�le qu'il acceptait avec une pointilleuse ob�issance. Le roi voulait dans sa suite les plus belles dames et les plus superbes seigneurs. Il n'aurait pu se passer, en un tel jour, d'un des plus beaux gentilshommes de sa Cour. ��Le plus beau sans doute��, se dit Ang�lique en le d�taillant, svelte et magnifique, dans son costume de satin blanc rebrod� d'or. La poign�e de l'�p�e �tait d'or fin. Et dor�s les talons de ses souliers de peau blanche. Des mois et des mois encore qu'elle ne l'avait vu�!</p><p>��Est-ce le roi qui vous retient aux arm�es�? demanda-t-elle soudainement.</p><p>��Non�! Je l'ai pri� de me maintenir dans mon commandement.</p><p>��Pourquoi�?</p><p>��J'aime la guerre, dit-il.</p><p>��Avez-vous re�u mes lettres�?</p><p>��Vos lettres�? Euh�! oui... je crois.</p><p>Ang�lique ferma son �ventail d'un coup sec.</p><p>��Savez-vous seulement lire�? fit-elle avec d�pit.</p><p>��Que voulez-vous, aux arm�es, j'ai autre chose � faire que de m'occuper de la Carte du Tendre et de ses fadaises.</p><p>��Toujours aussi aimable�!</p><p>��Toujours aussi agressive... Je suis ravi de vous retrouver en de bonnes dispositions. � vrai dire, je vous ferai un aveu. Votre humeur guerri�re me manquait un peu. La campagne militaire �tait assez morne. Deux ou trois si�ges de villes, quelques escarmouches... Vous auriez certainement eu une id�e pour animer cela.</p><p>��Quand repartez-vous�?</p><p>��Le roi m'a fait dire qu'il me voulait � la Cour d�sormais. Nous allons avoir le temps de nous disputer.</p><p>��Le temps aussi pour autre chose, dit Ang�lique en le regardant dans les yeux.</p><p>La nuit �tait si douce et leur isolement si parfait dans l'abri du petit temple d'amour, qu'elle �prouvait toutes les audaces. Il �tait revenu. Dans la cohue de la f�te il l'avait cherch�e. Il n'avait pu r�sister au d�sir de la joindre. En s'abritant derri�re l'ironie il lui faisait l'aveu qu'elle lui avait manqu�. N'�taient-ils pas en route tous deux vers quelque chose de merveilleux�?</p><p>Philippe ne parut pas comprendre, mais ses mains prirent un peu durement les bras d'Ang�lique, �cartant les bracelets pour en caresser la peau lisse. Puis, d'un doigt n�gligent il souleva les lourds colliers de pierres pr�cieuses qui s'arrondissaient sur les �paules et la gorge de la jeune femme.</p><p>��Place forte trop bien d�fendue, dit-il. J'ai toujours admir� l'art qu'avaient les belles de s'offrir � demi nues et cependant inabordables.</p><p>��C'est l'art de la parure, Philippe. L'armure des femmes. C'est ce qui fait le charme de nos f�tes. Ne m'avez-vous point trouv�e belle�?</p><p>��Trop belle, dit Philippe, �nigmatique. Dangereusement belle.</p><p>��Pour vous�?</p><p>��Pour moi et pour d'autres. Mais qu'import�, cela vous agr�e. Vous tr�pignez de plaisir � l'id�e de jouer avec le feu. On ferait plus facilement un pur-sang d'un cheval de labour qu'on ne changerait la nature d'une gourgandine.</p><p>��Philippe�! s'exclama Ang�lique. Oh�! quel dommage�! Vous commenciez � parler comme un vrai ��muguet��.</p><p>Philippe riait.</p><p>��Ninon de Lenclos m'a toujours recommand� de tenir la bouche close.</p><p>��Se taire, ne point sourire, �tre beau, passer et dispara�tre, voil� votre genre, disait-elle. Je conna�trais les pires ennuis � m'en �carter.</p><p>��Ninon n'a pas toujours raison. J'aime vous �couter parler.</p><p>��Pour les femmes, un perroquet suffirait.</p><p>Il lui prit la main et ils descendirent les degr�s de marbre.</p><p>��Le son des violons vient de s'amplifier. Le th��tre a d� ouvrir ses portes. Il est temps de rejoindre le roi et sa suite.</p><p>Ils revinrent par une all�e garnie de petits arbres fruitiers dans leurs pots d'argent. Philippe �tendit la main et cueillit une pomme rose et rouge.</p><p>��Voulez-vous ce fruit�? dit-il.</p><p>Elle accepta presque timidement et sourit en rencontrant ses yeux. La cohue bruyante les s�para. Les spectateurs discouraient sur les m�rites de la pi�ce et le g�nie de Moli�re, les rires qu'il avait d�cha�n�s avaient rass�r�n� les esprits. La nuit �tait compl�tement venue, mais le v�lum profond du ciel et des bois formait le d�cor id�al � l'�difice de lumi�re devant lequel on s'arr�tait maintenant. Nouveau palais de r�ve, fragile vision d'une nuit surgie au d�tour d'une all�e, il �tait gard� par des faunes dor�s, jouant des instruments rustiques sur des pi�destaux de verdure, dans des vases transparents d'o� fluaient des cascatelles d'eaux vives. Les lumi�res lui faisaient une carapace cristalline.</p><p>Le roi s'arr�ta un instant pour louer cette apparition, puis il p�n�tra dans le palais �ph�m�re. Le plafond �tait construit de verdures reli�es par de fines menuiseries constell�es d'or. Sur la corniche s'alignaient des vases de porcelaine emplis de fleurs s'intercalant avec des boules de cristal lumineux qui parsemaient la vo�te de lumi�re d'arc-en-ciel. Suspendus � des gazes d'argent ou bien � des guirlandes de fleurs, d'innombrables lustres �clairaient ce salon des Mille et une Nuits. Entre chacune de ses portes, deux grands flambeaux encadraient une fl�che d'eau qui, retombant en nappe moir�e sur plusieurs conques superpos�es, s'allait perdre dans de grands bassins. Dans le fond correspondant � la porte d'entr�e un buffet, dress� sur des degr�s, assemblait de merveilleuses pi�ces d'orf�vrerie, bassins, vases, cassolettes, pots, aigui�res d'argent destin�s au service de la bouche du roi.</p><p>Au milieu de la salle on apercevait le cheval P�gase, ailes d�ploy�es, frappant du sabot la cime d'un haut rocher et en faisant jaillir la fontaine d'Hippocr�ne. Au-dessus du cheval symbolique, parmi les verdures de sucre, des arbrisseaux aux fruits confits, des herbages de p�tes et de caramels, des lacs de confitures, Apollon et les Muses, tenant conseil, semblaient pr�sider � la table royale festonn�e de fleurs, charg�e de bassins d'argent et dress�e en forme circulaire autour du rocher de P�gase.</p><p>C'�tait le moment du Grand Souper. Le roi prit place et les dames dont il avait souhait� la compagnie form�rent autour de lui une couronne brillante. Chacune avait rivalis� de splendeur dans sa toilette.</p><p>Ang�lique vit, avec un certain soulagement et un peu de d�pit, qu'elle n'�tait pas d�sign�e pour la table royale. Elle ne pouvait gu�re s'attendre � cet honneur. Depuis la campagne des Flandres l'attitude du roi � son �gard demeurait ambigu�. Il ne lui avait jamais t�moign� son m�contentement et son affabilit� ne semblait pas s'�tre att�nu�e. Pourtant une barri�re s'�tait dress�e entre eux, au point qu'elle se demandait parfois si elle n'�tait pas seulement tol�r�e � la Cour.</p><p>D'un coup d'�il ironique elle releva les noms des �lues encadrant le Roi-Soleil et se dit qu'� quelques exceptions pr�s, c'�tait une assembl�e de fieff�es gourgandines au pass� lourd de d�bauches.</p><p>Nul n'ignorait que Mme de Bounelle-Bullion, femme d'un secr�taire d'�tat, retrait�e de la galanterie, tenait un tripot dans sa maison, ni que la ��Carte de la Cour�� avait assign� l'Ile des Plaisirs pour demeure habituelle � Mme de Brissac. La mar�chale de La Fert� et la comtesse de Fiesque rivalisaient de mignardises. On feignait d'oublier que l'Histoire amoureuse des Gaules du terrible Bussy-Rabutin les avait couvertes de sarcasmes. Plus loin, la duchesse de Mecklembourg, ancienne amazone de la Fronde, dont les intrigues et les amours avaient fait grand bruit, �talait son faste et ses bajoues.</p><p>Parmi les exceptions on pouvait citer la grave Mme de La Fayette, et dans une certaine mesure la triste duchesse de La Valli�re, qui rel�gu�e � l'extr�mit� de la table grignotait avec m�lancolie les mets offerts par les officiers du roi. Personne ne s'occupait plus de la favorite d�chue. Louis XIV n'arr�tait point son regard sur elle.</p><p>Quel visage f�minin occupait son esprit alors qu'il d�vorait avec son app�tit coutumier la ch�re abondante des cinq services de chacun cinquante-six plats que M. le Duc, premier ma�tre d'h�tel, faisait servir par de prestes valets�?</p><p>Mme de Montespan non plus ne faisait pas partie de la table royale. On vint dire � Ang�lique qu'elle devait se placer � celle que tenait Mme de Montausier. Les autres tables avaient �t� dress�es sous des tentes, pr�sid�es par la reine et des dames d'honneur�; celle de Mme de Mautausier comprenait quarante couverts. Ang�lique s'assit entre Mlle de Scud�ry qu'elle connaissait un peu pour avoir fr�quent� son salon du Marais et une femme qu'elle dut regarder � deux fois avant de se convaincre de sa pr�sence.</p><p>��Fran�oise�! Vous ici�!</p><p>Mme Scarron sourit, rayonnante.</p><p>��Oui, ma ch�re Ang�lique�! Je dois avouer que je suis presque aussi incr�dule que vous et peux � peine croire � ma chance lorsque je songe au triste �tat dans lequel j'�tais il y a seulement quelques mois. Saviez-vous que j'ai failli partir pour le Portugal�?</p><p>��Non, mais j'avais entendu dire que M. de Cormeil voulait vous �pouser.</p><p>��Ah�! ne me parlez pas de cette histoire. Parce que j'ai refus� cette demande j'ai perdu tous mes appuis et toutes mes amiti�s�!</p><p>��M. de Cormeil n'est-il pas fort riche�? Il vous e�t assur� une large vie et � l'abri de vos perp�tuelles anxi�t�s.</p><p>��Mais il est vieux et de plus terriblement d�bauch�. C'est ce que j'ai dit � ceux qui me pressaient d'accepter. Ils se sont montr�s surpris et m�contents, jugeant que ma situation ne me permettait pas de faire la difficile et que je ne l'avais pas �t� autant jadis quand j'avais accept� M. Scarron. Ils ont continu� � me bl�mer. J'ai dit � ce sujet � Mme la mar�chale tout ce que j'ai pu trouver de plus fort et de plus sens�, mais elle me condamnait, elle m'imputait mes malheurs. Seule Ninon m'a donn� raison. Son approbation m'a un peu consol�e de la cruaut� de mes amis... Que pensez-vous de la comparaison qu'on a os� me faire de cet homme avec M. Scarron�? Oh�! Dieu, quelle diff�rence�! Sans fortune, sans plaisirs, il attirait chez moi toute la bonne compagnie�; or M. de Cormeil l'aurait ha�e et �loign�e. M. Scarron avait cet enjouement que tout le monde sait et cette bont� d'esprit que presque personne ne lui a connue�; l'autre ne l'a ni brillant ni badin, ni solide�: s'il parle, il est ridicule. Mon mari avait le fond excellent. Je l'avais corrig� de ses licences, il n'�tait ni fou, ni vicieux par le c�ur, d'une probit� reconnue, d'un d�sint�ressement sans exemple...</p><p>Elle parlait avec feu � mi-voix, avec cette passion � laquelle elle se laissait aller parfois lorsqu'elle �tait en confiance. Et Ang�lique, qui subissait le charme de sa personnalit�, se dit � nouveau qu'elle �tait r�ellement belle et attirante.</p><p>Elle d�tonnait un peu par la simplicit� de sa mise, mais sa robe de velours rouge brun aux chauds reflets rouges, choisie avec go�t, son double collier de jais et de petits rubis, seyaient � sa carnation et � sa chevelure de brune.</p><p>Elle dit comment, r�duite � la derni�re extr�mit�, elle avait finalement accept� d'accompagner comme troisi�me dame d'honneur, presque comme chambri�re, la princesse de Nemours qui allait �pouser le roi du Portugal. C'est en faisant sa tourn�e d'adieu qu'elle avait revu Mme de Montespan. Celle-ci s'�tonna. Mme Scarron d�crivit sa mis�re.</p><p>��Mais sans me ravaler, vous pouvez m'en croire. Ath�na�s m'a �cout�e avec attention quoi qu'elle f�t � sa toilette. Vous savez que nous sommes anciennes amies de pension et de la m�me province, comme vous Ang�lique. Depuis qu'elle est � Paris j'ai eu l'occasion de lui rendre de menus services. Enfin elle m'a assur� qu'elle se chargerait de parler au roi de ma pension supprim�e et des placets inutiles. J'en ai �crit un nouveau sur son conseil, o� je terminais en disant�: ��Deux mille livres, c'est plus qu'il n'en faut pour ma solitude et pour mon salut.�� Le roi l'a re�u avec bont� et���miracle���ma pension a �t� r�tablie�! En allant remercier Ath�na�s � Saint-Germain, j'ai eu l'honneur de voir Sa Majest�, qui m'a dit�:</p><p>��Madame, je vous ai fait attendre longtemps�; mais j'ai �t� jaloux de vos amis�: j'ai voulu avoir seul ce m�rite aupr�s de vous.�� Est-ce que des paroles aussi gracieuses n'effacent pas pour moi toutes ces longues ann�es usantes�? Depuis je respire, je vis, je ne suis plus rong�e de mesquins soucis. J'ai retrouv� ma soci�t� qui me faisait grise mine, repris l'habitude du monde, et... me voici � Versailles�!</p><p>Ang�lique l'assura avec chaleur qu'elle s'en r�jouissait, elle aussi, sinc�rement. Mme de Montespan, qui passait derri�re elle, posa une main l�g�re sur l'�paule blanche de sa prot�g�e.</p><p>��Alors... contente�?</p><p>��Ah�! ch�re Ath�na�s, toute ma vie t�moignera de la reconnaissance que je vous porte�!</p><p>Les tables se vidaient. Le roi venait de se lever avec sa suite et s'engageait dans une longue all�e, tandis que la foule affluant de tous c�t�s sur l'emplacement du festin recevait licence de piller les plats et les corbeilles de g�teaux et de fruits abandonn�s. L'all�e semblait ferm�e � son extr�mit� par une palissade de lumi�re. Mais elle s'ouvrit � l'approche du cort�ge. Et ce fut dans un nouveau concert d'eaux cascadantes et ruisselantes, dans un nouveau d�ploiement d'arabesques de lumi�re, de tritons argent�s et de grottes de rocaille, l'apparition d'un autre d�dale enchanteur.</p><p>De couloir de verdure en tonnelle de fleurs on passait entre deux rang�es de satyres riants, ou de gerbes d'eau, on contournait des bassins o� jouaient des dauphins d'or, on voyait tout � coup les couleurs de l'arc-en-ciel que d�ployait � chaque pas un ing�nieux syst�me lumineux.</p><p>Ce promenoir f�erique aboutit dans la salle construite pour le bal et qui �tait par�e de porphyre et de marbre. Du plafond � pans d�cor�s de soleils d'or sur fond azur� retombaient des lustres d'argent. Des banderoles de fleurs se balan�aient � la corniche, et entre les pilastres qui soutenaient celle-ci �taient m�nag�es des tribunes et deux grottes r�serv�es aux musiciens, o� l'on apercevait Orph�e et Arion pin�ant la lyre. Le roi ouvrit le bal avec Madame et les princesses. Puis dames et gentilshommes s'avanc�rent � leur tour, d�ployant le luxe de leurs toilettes en des figures complexes. Les danses anciennes se conduisaient plus rapides sur un rythme frivole de farandoles. Les nouvelles �tonnaient par leur lenteur hi�ratique. Elles �taient beaucoup plus difficiles � suivre, tout �tait dans la pose du pied et les gestes �tudi�s des bras et des mains. Un invincible mouvement, pr�cis, minutieux, presque m�canique comme celui d'une horloge entra�nait les vivants automates dans une ronde inlassable, une chor�graphie apparemment sereine mais qui, peu � peu, soutenue par la musique s'emplissait d'une tension informul�e. Il y avait beaucoup plus de d�sir contenu dans ces patientes approches, ces fr�lements de mains aussit�t s�par�es, ces lents d�tours d'un regard br�lant, ces gestes alanguis et toujours inachev�s d'offrande ou de refus que dans la plus endiabl�e des ��corrante��. La Cour au sang chaud s'engouait de ces rythmes apparemment sages. Elle reconnaissait sous ce masque hypocrite l'approche de l'Amour, qui est moins l'enfant du feu que celui de la nuit ou du silence.</p><p>Ang�lique dansait bien. Elle prenait un plaisir personnel � se retrouver dans les dessins compliqu�s des ballets. Au passage des doigts retenaient parfois les siens, mais distraite elle n'y prenait garde. Elle reconnut pourtant les deux mains royales sur lesquelles, au hasard d'un rondeau, se posaient les siennes. Son regard alla aux yeux du roi puis se baissa vivement.</p><p>��Toujours f�ch�e�? dit le monarque � mi-voix.</p><p>Ang�lique feignit l'�tonnement.</p><p>��F�ch�e�? Au cours d'une pareille f�te�! Que veut dire Votre Majest�?</p><p>��Une pareille f�te peut-elle att�nuer la ranc�ur que vous me vouez depuis de longs mois�?</p><p>�tes-vous Sire, vous me bouleversez. Si Votre Majest� me pr�te de tels sentiments � son �gard depuis de longs mois, pourquoi ne m'en a-t-elle jamais fait l'observation�?</p><p>��Je craignais trop que vous ne me lanciez � la figure des pois verts.</p><p>La danse les s�para.</p><p>Lorsqu'il repassa devant elle, elle vit que les yeux bruns imp�rieux et doux qu�taient une r�ponse.</p><p>��Le mot craindre ne sied gu�re aux l�vres de Votre Majest�!</p><p>��La guerre me semble moins redoutable que la s�v�rit� de votre jolie bouche.</p><p>D�s qu'elle le put, Ang�lique quitta la danse et vint se cacher au dernier rang des tribunes, parmi les douairi�res qui suivaient les �volutions en jouant de l'�ventail. Un page vint l'y chercher de la part du roi en la priant de le suivre. Le roi l'attendait, hors de la salle de bal, dans l'ombre d'une all�e o� les lumi�res ne projetaient qu'une l�g�re clart�.</p><p>��Vous avez raison, dit-il d'un ton badin, votre beaut� ce soir m'entra�ne au courage. Le moment est venu de nous r�concilier.</p><p>��Est-il bien choisi�? Toute la compagnie ce soir est avide de Votre Majest� et d'ici un moment chacun va la chercher des yeux et s'interroger sur son absence.</p><p>��Non. L'on danse. L'on peut toujours me croire en un autre point de la salle. C 'est l'occasion r�v�e pour �changer quelques mots sans attirer l'attention, au contraire.</p><p>Ang�lique se sentait devenir raide comme une barre de fer. La man�uvre �tait claire. Mme de Montespan et le roi s'�taient entendus � nouveau pour la m�ler au petit jeu dont elle avait nagu�re fait les frais.</p><p>��Comme vous �tes r�tive�! fit-il avec douceur en lui prenant le bras. N'ai-je m�me pas le droit de vous adresser des remerciements�?</p><p>��Des remerciements�? � quel sujet�?</p><p>��M. Colbert m'a dit � plusieurs reprises que vous faisiez merveille dans le r�le qu'il vous avait confi� parmi les personnes de la Cour. Vous avez su cr�er un climat de confiance vis-�-vis d'affaires peu en vogue, expliquer, �clairer les esprits, tout cela sur un plan mondain qui n'attirait pas la m�fiance, au contraire�! Nous ne doutons pas de vous devoir la r�alisation de certains succ�s financiers.</p><p>��Oh�! n'est-ce que cela�? fit-elle en se d�gageant. Votre Majest� n'a pas � me manifester de la reconnaissance. J'y trouve mon int�r�t largement... et cela me suffit.</p><p>Le roi tressaillit. L'ombre o� il l'avait entra�n�e �tait si �paisse qu'elle ne pouvait distinguer ses traits. Le silence qui r�gna entre eux fut embarrass� et tendu.</p><p>��D�cid�ment vous m'en voulez�! Je vous en prie, il faut m'en r�v�ler la cause.</p><p>��Votre Majest� en est-elle tout � fait ignorante�? Cela m'�tonne de sa perspicacit�.</p><p>��Ma perspicacit� se laisse souvent prendre en d�faut par l'humeur des dames. Je ne me sens gu�re assur� sur ce point. Et quel homme, f�t-il roi, peut jamais se vanter de l'�tre�?</p><p>Sous le ton plaisant il paraissait d�sempar�. Sa nervosit� s'en accrut.</p><p>��Retournons vers vos h�tes, Sire, je vous en prie...</p><p>��Rien ne presse. J'ai d�cid� de voir clair dans cette affaire.</p><p>��Et moi j'ai d�cid� de ne plus vous servir de paravent � vous et � Mme de Montespan, �clata-t-elle. M. Colbert ne me paie pas pour cela. Ma r�putation me tient assez � c�ur pour que j'en dispose � mon gr� et n'en fasse cadeau � personne... m�me au roi.</p><p>��Ah�!... C'est donc cela. Mme de Montespan a voulu jouer de vous comme d'une marionnette en d�tournant sur votre faveur pr�sum�e les soup�ons de son insupportable mari. Plan habile en effet.</p><p>��Que Votre Majest� n'ignorait pas.</p><p>��Me traiteriez-vous de fourbe ou d'hypocrite�?</p><p>��Faut-il mentir au roi ou lui d�plaire�?</p><p>��Ainsi voil� l'opinion que vous avez de votre souverain�?</p><p>��Mon souverain n'a pas � se conduire de cette fa�on � mon �gard. Pour qui me prenez-vous�? Suis-je un jouet dont on dispose�? Je ne vous appartiens pas.</p><p>Deux mains violentes happ�rent les poignets d'Ang�lique.</p><p>��Vous vous trompez. Toutes mes dames m'appartiennent par droit de prince.</p><p>L'un et l'autre tremblaient de col�re. Ils rest�rent ainsi un instant, les yeux �tincelants, � se braver.</p><p>Le roi se ressaisit le premier.</p><p>��Allons, nous n'allons pas partir en guerre pour des futilit�s. Me croiriez-vous si je vous disais que j'ai cherch� � convaincre Mme de Montespan de ne pas vous choisir comme victime�? Pourquoi celle-ci�? lui disais-je. ��Parce que, r�pondait-elle, seule Mme du PlessisBelli�re est capable de me surclasser. Je n'admettrai pas qu'on dise que Votre Majest� s'est d�tourn�e de moi pour quelqu'un qui n'en vaille pas la peine.�� Voyez�! C'est la preuve, dans une certaine mesure, de l'estime qu'elle vous porte... Elle vous croyait assez na�ve pour jouer le jeu sans vous en apercevoir. Ou assez sournoise pour l'accepter. Elle s'est tromp�e sur les deux tableaux. Mais il n'est pas juste de me faire porter le poids de votre rancune. Pourquoi ce petit complot vous a-t-il bless�e � ce point, Bagatelle�? Est-ce un grand d�shonneur que de passer pour la ma�tresse du roi�? N'en retiriez-vous pas un certain renom�? Des avantages�?... Des flatteries�?...</p><p>D'un bras caressant il l'attirait contre lui et la retint, lui parlant � mi-voix, pench� vers elle et cherchant � deviner ce visage que lui d�robait l'ombre de la nuit.</p><p>��Votre r�putation ternie, dites-vous�? Non, pas � la Cour. Elle en obtiendrait plut�t un nouveau lustre, croyez-moi... Alors�? Dois-je penser que vous avez fini par vous laisser prendre au pi�ge�? Par croire � la farce�?... Est-ce bien cela�? D��ue�?...</p><p>Ang�lique ne r�pondait pas, le front cach� dans le velours du pourpoint au parfum d'iris�; et sensible � l'enveloppement doux des bras qui la retenaient et qui resserraient leur �treinte. Il y avait si longtemps qu'elle ne s'�tait pas laiss� bercer ainsi. Douceur d'�tre faible, de se sentir pu�rile, et de se faire gronder un peu.</p><p>��Vous, si positive, vous vous �tiez laiss� prendre � l'illusion�? Elle secoua la t�te avec v�h�mence, sans r�pondre.</p><p>��Non, je le pensais bien, dit le roi en riant. Et pourtant, n'y a-t-il eu que com�die�? Si je vous avouais que je ne vous ai pas regard�e sans d�sir et que bien souvent la pens�e m'est venue...</p><p>Ang�lique se d�gagea avec fermet�.</p><p>��Je ne vous croirais pas, Sire. Je sais que Votre Majest� aime ailleurs. Son choix est beau, absorbant, invincible et ne pr�sente que des avantages... � part l'ennui d'un mari soup�onneux il est vrai.</p><p>��Ennui qui n'est pas mince, dit le roi avec une grimace.</p><p>Il reprit le bras d'Ang�lique, et l'entra�na le long d'une all�e d'ifs taill�s.</p><p>��Vous ne vous imaginez pas tout ce que peut inventer Montespan pour me nuire. Il finira par me tra�ner devant mon propre Parlement. Certes, Philippe du Plessis serait un mari plus commode que ce sacripant de Pardaillan. Mais nous n'en sommes pas l�, conclut-il avec un soupir.</p><p>Il s'arr�ta la tenant aux bras pour la regarder bien en face.</p><p>��Faisons la paix, petite marquise. Votre roi vous demande humblement pardon. Resterez-vous de glace�?</p><p>Le charme de son sourire se devinait ainsi que l'�clat de ses yeux. Elle tressaillit. Ce visage pench�, aux l�vres souples et souriantes, au chaud regard, l'attirait invinciblement.</p><p>Avec soudainet� elle s'enfuit, relevant sa lourde jupe bruissante pour courir. Mais elle se heurta vite aux murs clos des charmilles.</p><p>Haletante elle s'appuya contre le socle d'une statue et regarda autour d'elle. Elle se trouvait dans le petit bosquet de la Girandolle, d'un noir de velours sur lequel se dessinait le plumet blanc d'un jet d'eau entour� de dix autres jets qui retombaient en arceaux neigeux dans le bassin rond.</p><p>L�-haut, dans le ciel d'un bleu contenu, la lune, hors des f�eries humaines, jetait sa clart� paisible. De la f�te ne parvenait qu'une lointaine m�lodie. Ici r�gnait le silence que troublaient seuls le chuchotement de l'eau, et les pas du roi qui s'approchait, �crasant de ses hauts talons le sable humide de l'all�e.</p><p>��Petite fille, murmura-t-il, pourquoi vous �tes-vous enfuie�?</p><p>Il la reprit dans ses bras avec force, la contraignant � retrouver sa place dans la ti�deur de son �paule, tandis qu'il appuyait sa joue contre ses cheveux.</p><p>��On a cherch� � vous faire du mal et vous ne le m�ritiez pas. Je savais pourtant de quelle cruaut� les femmes, entre elles, sont capables. C'�tait � moi, votre souverain, de vous en d�fendre. Pardonnez-moi, petite fille.</p><p>Ang�lique d�faillit, l'esprit �gar� par un vertige plein de douceur. Les traits du roi �taient invisibles dans l'ombre de son grand chapeau de cour, ombre qui les enveloppait tous deux tandis qu'elle �coutait sa voix basse et prenante.</p><p>��Les �tres qui vivent ici assembl�s sont terribles, mon petit. Sachez-le. Je les tiens sous ma f�rule, car je sais trop de quels d�sordres, de quelle folie sanguinaire ils sont capables, libres. Pas un qui n'ait une ville, une province, qu'il ne soit pr�t � lever contre moi, pour le malheur de mon peuple. Aussi je les veux sous mon regard. Ici, dans ma Cour, � Versailles, ils sont inoffensifs. Aucun d'eux ne s'�chappera. Mais ce n'est point sans dommage que se c�toient fauves et rapaces. Il faut avoir bec et ongles et griffes pour survivre. Vous n'�tes pas de leur race, ma jolie Bagatelle.</p><p>Elle demanda, si bas qu'il dut se pencher pour l'entendre�:</p><p>��Votre Majest� veut-elle me faire entendre que ma place n'est pas � la Cour�?</p><p>��Certes non. Je vous y veux. Vous en �tes un des plus beaux joyaux. Votre go�t, votre am�nit�, votre gr�ce m'ont ravi. Et je vous ai dit tout le bien que je pensais de vos affaires. Je voudrais seulement que vous �chappiez aux rapaces.</p><p>��J'ai �chapp� � bien pire, dit Ang�lique.</p><p>Le roi, de la main, pesa doucement sur son front pour l'obliger � renverser la t�te en arri�re et mettre en lumi�re, dans le clair de lune, son visage au teint de p�tale. Dans l'�crin sombre des cils, les yeux verts d'Ang�lique avaient des luisances de source gardant son myst�re au fond de quelque for�t. Le roi se pencha et presque avec crainte posa ses l�vres sur ces jeunes l�vres qui soudain avaient un pli amer. Il ne voulait point l'effaroucher, mais bient�t il ne fut plus qu'un homme avide, subjugu� par son d�sir, et le contact de cette bouche satin�e qui, d'abord close et r�tive, avait tressailli, puis s'animait et se r�v�lait savante.</p><p>��Mais... c'est une femme exp�riment�e��, songea-t-il dans un �clair. Intrigu�, il la regardait avec des yeux nouveaux.</p><p>��J'aime vos l�vres, dit-il, elles ne ressemblent � aucune autres. Des l�vres de femme et des l�vres de jeune fille, � la fois... fra�ches et br�lantes.</p><p>Il ne tentait plus d'autres gestes. Et lorsqu'elle se d�tacha de lui lentement il ne la retint pas. Ils demeur�rent ind�cis, � quelques pas l'un de l'autre. Soudain, une s�rie de d�tonations assourdies �branla les frondaisons du parc.</p><p>��Messieurs les artificiers commencent � tirer leurs fus�es. Nous ne pouvons manquer ce spectacle. Revenons, dit le roi � regret.</p><p>Ils march�rent en silence jusqu'aux abords de la salle de bal. La rumeur de la foule ponctu�e par les sourdes explosions du feu d'artifice roula vers eux comme le bruit de la mer. La clart� se fit tr�s vive au d�tour d'un buisson de jasmin. Le roi prit la main d'Ang�lique pour �carter l�g�rement la jeune femme et la contempler.</p><p>��Je ne vous ai point encore f�licit�e de votre toilette. C'est une merveille qui n'a d'�gale que votre beaut�.</p><p>��Je remercie Votre Majest�.</p><p>Ang�lique plongeait dans sa r�v�rence de cour. Le roi, inclin�, le pied cambr�, baisa sa main.</p><p>��Alors�?... Amis de nouveau�?</p><p>��Peut-�tre.</p><p>��J'ose l'esp�rer...</p><p>Ang�lique s'�carta, un peu hagarde, aveugl�e par d'�tranges lumi�res et troubl�e de voir que le ch�teau lui apparaissait dans le lointain comme rev�tu d'une parure de feu sur un fond de t�n�bres.</p><p>Les spectateurs poussaient des cris d'admiration effray�s. Dans l'encadrement de la porte br�lait une figure de Janus � double visage. Les fen�tres du rez-de-chauss�e supportaient des troph�es de guerre lumineux et celles du premier �tage les images enflamm�es des Vertus. Pr�s du fa�te un immense soleil �talait ses rayons. Plus bas, � ras de terre, le b�timent paraissait encercl� d'une balustrade incandescente.</p><p>La cal�che du roi passa, enlev�e par six chevaux fringants que montaient les postillons porteurs de torches. La reine, Madame, Monsieur, Mlle de Montpensier et le prince de Cond� y avaient pris place.</p><p>Ils firent halte devant le bassin de Latone. Celui-ci prolongeait l'embrasement du ch�teau. Il n'�tait plus qu'un lac de feu o� des �tres irr�els s'agitaient sous un berceau chatoyant de gerbes entrecrois�es. D'innombrables vases phosphorescents alternant avec des cand�labres antiques soulignaient les belles courbes du Fer � Cheval. Le roi fit arr�ter sa cal�che un instant, et contempla en silence l'harmonieux dessin des lumi�res. Derri�re les carrosses, la foule accourue emplissait la nuit de cris joyeux. Les v�hicules tourn�rent et prirent la grande all�e bord�e d'une double haie de thermes qui, par un incompr�hensible artifice, paraissaient translucides de clart�. Mais soudain, entre ces statues, jaillirent des gerbes de lumi�re. Dans les profondeurs du grand parc, des myriades de fus�es �clataient avec un bruit de tonnerre. Les bassins s'enflammaient partout comme des bouches de volcans.</p><p>Le vacarme grandissait et de brusques paniques se produisirent. Des femmes apeur�es se r�fugi�rent en courant sous les arbres et dans les grottes. Tout le parc de Versailles flambait. Les canaux, les �tangs devenaient pourpres sous le reflet de brusques incendies. De grosses fus�es tranchaient de leurs lances fulgurantes le ciel noir�; d'autres le sillonnaient de z�brures. D'autres se transformaient en queue de com�tes ou chenilles bariol�es.</p><p>Enfin, � l'instant o� de tous les points de l'horizon s'�lan�aient, formant une vo�te de feu, des gerbes de fus�es, on vit planer dans les airs, comme des papillons �blouissants, un L et un M, les chiffres du roi et de la reine.</p><p>Le vent de la nuit les emporta lentement parmi les fum�es rousses de la f�erie qui s'�teignait.</p><p>Les derni�res lueurs ros�s de la f�te se m�l�rent � celles du ciel qui, vers l'est, se colorait. L'aube naissait.</p><p>Louis XIV donna l'ordre de regagner Saint-Germain. Les courtisans harass�s le suivaient � cheval ou dans leurs propres voitures.</p><p>Chacun se r�p�tait � l'envie qu'on n'avait jamais vu si belle f�te au monde.</p></section><section><p><strong>Chapitre 8</strong></p><p>Une f�te inoubliable, deux promenades amoureuses dans l'ombre d'une all�e, un �merveillement qui �blouissait l'�tre entier, l'emportait sur sa vague dor�e et pourtant un arri�re-go�t d'anxi�t�, qui rendait la bouche am�re et troublait les r�miniscences agr�ables... Voil� o� en �tait Ang�lique au lendemain de la nuit de Versailles. R�dant curieusement � travers sa pens�e vagabonde, un souci mineur revenait et s'imposait � elle, le visage rond du petit Cantor que Monsieur de Vivonne voulait s'adjoindre comme page.</p><p>��R�glons d'abord cette question��, se dit Ang�lique, s'arrachant � la r�verie paresseuse. Elle quitta le divan o� elle se reposait des fatigues de la nuit pass�e. En traversant la petite galerie de l'h�tel du Plessis, la voix de Cantor lui parvint, l�-haut, dans les �tages�:</p><p>Marquis tu es plus heureux que moi d'avoir dame si belle...</p><p>La jeune femme s'arr�ta devant une porte de ch�ne noir. L�, elle h�sita un instant. Elle n'�tait jamais venue jusqu'� cette porte. C'�tait celle des appartements de Philippe. Elle recula en se disant que sa d�marche n'avait pas de sens.</p><p>La voix de huit ans, qui l�-haut chantait les amours ill�gitimes du roi Henri, la fit sourire et elle se ravisa.</p><p>Quand elle eut gratt� � l'huis, La Violette vint lui ouvrir. Philippe devant son miroir achevait de rev�tir son justaucorps bleu. Il allait partir pour Saint-Germain. Ang�lique devait le suivre de peu, convi�e � la partie de la reine et � un petit souper qui suivrait. Les gens de Cour disposent de peu de temps pour r�gler leurs questions domestiques.</p><p>Le marquis, avec courtoisie, ne marqua aucune surprise en voyant sa femme se pr�senter chez lui. Il la pria de s'asseoir et continua sa toilette, attendant sans impatience qu'elle lui communiqu�t l'objet de sa visite.</p><p>Ang�lique regardait Philippe enfiler ses bagues. Il les choisissait longuement, les essayait et examinait d'un �il critique sa main tendue devant lui. Une femme n'y e�t pas apport� plus de soin.</p><p>Elle trouva � ce masque d'homme concentr� sur une t�che si futile la froideur ferm�e de la sottise.</p><p>Que venait-elle chercher pr�s de lui�? Un conseil�? Cela paraissait d�risoire. Elle dit enfin, pour rompre un silence qui devenait embarrassant�:</p><p>��M. de Vivonne m'a demand� de lui donner mon fils Cantor.</p><p>Philippe ne marqua aucun int�r�t. Il poussa un soupir et retira toutes les bagues de sa main droite dont l'ensemble ne lui causait pas satisfaction. Il demeura songeur devant ses �crins ouverts puis, paraissant se souvenir d'Ang�lique, dit avec ennui�:</p><p>��Ah�! Oui�? Eh bien, recevez mes compliments pour cette bonne nouvelle. La faveur de M. de Vivonne est montante, et l'on peut compter sur sa s�ur Mme de Montespan pour la maintenir longtemps � son z�nith.</p><p>��Mais M. de Vivonne doit partir en exp�dition en M�diterran�e.</p><p>��Preuve nouvelle de la confiance que lui t�moigne le Roi.</p><p>��L'enfant est bien jeune.</p><p>��Qu'en pense-t-il�?</p><p>��Qui cela�? Cantor�? Oh�!... il m'a paru content et m�me tr�s d�sireux de suivre ce gentilhomme. Rien d'�tonnant � cela. M. de Vivonne le g�te et le comble de sucreries � toute occasion. Mais ce n'est pas � un gamin de huit ans de d�cider de son sort. J'h�site...</p><p>Les sourcils de Philippe �bauch�rent une mimique surprise.</p><p>��Voulez-vous qu'il fasse carri�re�?</p><p>��Oui, mais...</p><p>��Que de mais�! fit-il avec ironie.</p><p>Elle parla tr�s vite, les joues en feu.</p><p>��M. de Vivonne a une r�putation de d�bauch�. Il a fait partie de la bande de Monsieur. Chacun sait ce que cela veut dire. Je ne voudrais pas confier mon fils � un homme qui risquerait de le corrompre.</p><p>Le marquis du Plessis avait remis � ses doigts un gros solitaire et deux autres bagues. Il marcha jusqu'� la fen�tre, et dans un rayon de soleil en fit miroiter les facettes.</p><p>��� qui voudriez-vous donc le confier alors�? fit-il de sa voix lente. � l'oiseau rare, de m�urs pures, ni intrigant, ni cafard, influent pr�s du roi, combl� d'honneurs par lui et... qui n'existe pas�! L'apprentissage de la vie n'est pas simple. Plaire aux grands n'est pas une t�che facile.</p><p>��Il est bien jeune, r�p�ta Ang�lique. Je crains qu'il ne soit t�moin de spectacles qui heurteraient son innocence.</p><p>Philippe eut un petit rire contenu.</p><p>��Que de scrupules de la part d'une m�re ambitieuse�! Pour moi, j'avais dix ans � peine lorsque M. de Coulmers me mit dans son lit. Et, quatre ann�es plus tard, � peine ma voix avaitelle r�v�l� mon nouvel �tat d'homme que Mme du Cr�cy, d�sireuse de go�ter les bienfaits d'une s�ve printani�re, m'offrait���ou plut�t m'imposait���l'asile de son alc�ve. Elle devait bien compter dans les quarante ans... Que dites-vous de l'alliance de cette �meraude et de la turquoise�?</p><p>Ang�lique demeurait sans parole. Elle �tait absolument atterr�e.</p><p>��Philippe�! Oh�! Philippe�!</p><p>��Oui, cela ne convient peut-�tre pas en effet. Vous avez raison. L'�clat et le vert de l'�meraude nuisent au bleu de la turquoise. Je mettrai plut�t un autre diamant pr�s de l'�meraude.</p><p>Il lui jeta un regard et eut un bref ricanement.</p><p>��Quittez donc cette mine d�confite. Si mes r�flexions vous d�rangent, pourquoi me demander conseil�? Ignorez ou feignez d'ignorer en quoi consiste l'�ducation compl�te d'un jeune gentilhomme. Et laissez vos enfants s'�lever parmi les honneurs.</p><p>��Je suis leur m�re. Il n'y a pas que les honneurs qui comptent. Je ne peux pas les abandonner moralement. Votre m�re n'a donc jamais veill� sur vous�?</p><p>Philippe esquissa une moue de m�pris.</p><p>��Oh�! c'est vrai, j'oubliais... Nous n'avons pas re�u la m�me �ducation. Si mes souvenirs sont exacts vous avez grandi, pieds nus, entre la soupe aux choux et les histoires de revenants. Dans ces conditions, on peut avoir une m�re. � Paris, � la Cour, il n'en va pas de m�me pour un enfant.</p><p>Revenu vers sa table-coiffeuse, il ouvrait de nouveaux �crins. Elle ne voyait pas son visage pench�, mais seulement une t�te blonde qui paraissait ployer sous un ancien fardeau.</p><p>��Nu et grelottant, murmura-t-il, parfois affam�... confi� aux laquais ou aux servantes qui me pervertissaient, telle �tait ma vie ici m�me dans cet h�tel dont je devais h�riter un jour. Mais lorsqu'il s'agissait de me montrer, rien n'�tait trop beau pour moi. Les plus riches costumes, les plus doux velours, les cols les plus fragiles. Des heures enti�res ma chevelure �tait confi�e au coiffeur. Lorsque j'avais termin� mon r�le de parade, je retrouvais mon cabinet obscur et l'abandon au long des couloirs. Je m'ennuyais. Personne ne se souciait de m'apprendre � lire ou � �crire. J'ai consid�r� comme une aubaine de pouvoir entrer en service chez M. de Coulmers, ma jolie figure l'avait s�duit.</p><p>��Vous veniez parfois au Plessis...</p><p>��Trop courts s�jours. Il me fallait para�tre et graviter autour du tr�ne. On n'avance qu'en se montrant. Mon p�re, dont j'�tais le seul fils, n'e�t pas admis de me laisser au fond d'une province. Il s'est f�licit� de me voir faire si rapidement mon chemin... J'�tais tr�s ignorant et n'avais gu�re d'esprit, mais j'�tais beau.</p><p>��Voil� pourquoi vous n'avez jamais rencontr� l'amour, dit Ang�lique comme se parlant � elle-m�me.</p><p>��Que si�! Il me semble qu'en ce domaine mes exp�riences sont nombreuses et diverses.</p><p>��Ce n'est pas l'amour, Philippe.</p><p>Elle se sentait gel�e, triste et pleine de piti� comme devant un malheureux priv� du n�cessaire. ��La mort du c�ur est la pire�!�� Qui donc lui avait dit cela un jour, avec cette m�lancolie d�daigneuse des �lus�? Le prince de Cond�, l'un des plus grands seigneurs par le rang, la fortune et la gloire.</p><p>��N'avez-vous jamais aim�... au moins une fois, d'un sentiment exclusif... une femme�?</p><p>��Si... Ma nourrice sans doute. Mais c'est loin.</p><p>Ang�lique ne sourit pas. Elle le regardait avec gravit�, les mains jointes sur ses genoux.</p><p>��Ce sentiment, murmura-t-elle, qui transpose en un seul �tre la grandeur de l'univers, la douceur de tous les r�ves informul�s, l'�lan et la puissance de la vie...</p><p>��Vous parlez � merveille de ces choses. Non, ma foi, je ne crois pas que pour ma part j'aie jamais connu pareille exaltation... Pourtant, je vois un peu ce que vous voulez dire. Une fois, j'ai tendu la main mais le mirage s'est �vanoui...</p><p>Ses paupi�res voil�rent son regard et, avec son visage lisse, le sourire l�ger de ses l�vres il rev�tit l'expression �nigmatique de ces gisants de pierre qu'on voit sur les tombeaux des rois. Jamais il ne lui avait paru si lointain qu'� l'instant o� peut-�tre il se rapprochait d'elle.</p><p>��C'�tait au Plessis... Je venais d'avoir seize ans et mon p�re m'avait achet� un r�giment. Nous s�journions en province pour le recrutement. Au cours d'une f�te on me pr�senta une jeune fille. Elle avait mon �ge, mais � mes yeux avertis ce n'�tait qu'une enfant. Elle portait une petite robe grise avec des n�uds bleus au corsage. J'avais honte qu'on me la d�sign�t comme ma cousine. Mais quand je pris sa main pour la conduire � la danse je sentis cette main qui tremblait dans la mienne, et cela me causa une sensation nouvelle et merveilleuse. Jusqu'alors c'�tait moi qui avais toujours trembl� devant le d�sir imp�rieux des femmes m�res ou les taquineries piquantes des jeunes coquettes de la Cour. Cette fillette me rendait un pouvoir bafou�. Ses yeux admiratifs me vers�rent un baume, une liqueur grisante, je me sentis devenir un homme et non plus un jouet�; un ma�tre et non plus un valet... Cependant je la pr�sentai en me moquant � mes camarades�:</p><p>��Voici, dis-je la baronne de la Triste Robe. Alors elle s'enfuit�! Je regardai ma main vide et je fus saisi d'un sentiment intol�rable. Celui que j'avais �prouv� le jour o� un oiseau captur� dont j'avais fait mon ami s'�tait envol� de mes mains. Tout me parut gris. Je voulais la retrouver pour apaiser sa col�re et voir � nouveau son regard transform�. Je ne savais comment m'y prendre car mes initiatrices ne m'avaient pas enseign� la fa�on de s�duire une jouvencelle ombrageuse. En passant, j'ai pris un fruit dans une coupe, avec l'intention de le lui offrir par contenance... C'�tait une pomme je crois, rose et dor�e comme son visage. Je l'ai cherch�e dans les jardins. Mais je ne l'ai pas retrouv�e ce soir-l�...</p><p>��Que serait-il advenu si nous nous �tions retrouv�s ce soir-l�?�� songeait Ang�lique.</p><p>��Nous nous serions regard�s timidement... Il m'aurait offert une pomme. Et nous aurions march� sous la lune, nous reprenant la main...��</p><p>Deux adolescents blonds, par les all�es murmurantes de ce parc o� viennent r�der les biches de la for�t de Nieul... Deux adolescents envahis d'un bonheur ineffable, de celui qu'on ne peut go�ter qu'� seize ans, lorsqu'on a envie de mourir sur la mousse en s'embrassant dans l'ombre... Ang�lique n'aurait pas surpris le secret du coffret au poison... Sa vie aurait peut-�tre suivi une autre destin�e...</p><p>��Et cette jeune fille, ne l'avez-vous jamais retrouv�e�? dit-elle � voix haute avec un soupir.</p><p>��Si. Beaucoup plus tard. Et voyez quel ph�nom�ne �trange et de quelles illusions la jeunesse peut parer ses premi�res passions. Car elle �tait devenue plus m�chante, plus dure et � tout prendre, plus dangereuse que toutes les autres r�unies.</p><p>Il �tendit ses deux mains devant lui, doigts �tal�s, d'un air songeur.</p><p>��Que pensez-vous de mes bagues�? L'accord cette fois me semble parfait.</p><p>��Oui, en effet... Mais une seule bague au petit doigt, Philippe, c'est plus discret.</p><p>��Vous avez raison.</p><p>Il �ta les bagues superflues, les remit dans leurs �crins et agitant une sonnette donna l'ordre au valet d'aller qu�rir le jeune Cantor.</p><p>Lorsque l'enfant se pr�senta, Ang�lique et Philippe �taient demeur�s silencieux l'un en face de l'autre.</p><p>Cantor avait une d�marche d�cid�e. Il s'exer�ait � faire claquer les �perons de ses bottes car il revenait du man�ge. Ce qui ne l'emp�chait pas de tra�ner avec lui son ins�parable guitare.</p><p>���a, Monsieur, dit Philippe ga�ment, il para�t que vous partez en guerre�?...</p><p>Le visage toujours un peu taciturne du petit gar�on s'�claira.</p><p>��M. de Vivonne vous a parl� de nos projets�?...</p><p>��Vous y souscrivez � ce que je vois.</p><p>��Oh�! Monsieur, me battre contre les Turcs, ce sera magnifique�!</p><p>��Prenez garde. Les Turcs ne sont pas des agneaux. Ils ne se laisseront pas charmer par vos chansons.</p><p>��Ce n'est pas pour chanter que je veux suivre M. de Vivonne. C'est pour m'embarquer. Il y a longtemps que je pense � cela. Je veux m'en aller sur la mer�!</p><p>Ang�lique tressaillit et ses mains se crisp�rent. Elle revit son fr�re Josselin avec cette flamme dans le regard, elle l'entendit chuchoter passionn�ment�: ��Moi, je m'en vais sur la mer.�� Ainsi le temps �tait d�j� venu de la s�paration�!... On lutte pour ses enfants, on les met � l'abri, on travaille en se disant qu'un jour on vivra avec eux en jouissant de leur pr�sence et qu'on apprendra � les conna�tre.</p><p>Et quand ce jour arrive, voil�!... D�j� ils sont grands. Voil� d�j� qu'ils vous quittent.</p><p>Les yeux du petit Cantor �taient bien nets et sereins. Il savait o� il voulait aller.</p><p>��Cantor n'a plus besoin de moi, se dit-elle. Je le sais. Il me ressemble tant. Est-ce que j'ai jamais eu besoin de ma m�re�? Je courais la campagne, je mordais ma vie � pleines dents. � douze ans je suis partie pour les Am�riques sans seulement regarder derri�re moi...��</p><p>Philippe posa sa main sur les cheveux de Cantor.</p><p>��Votre m�re et moi nous allons d�cider s'il convient de vous donner le bapt�me du feu. Peu de gar�ons � votre �ge ont l'honneur d'entendre tonner le canon. Il faut �tre fort�!</p><p>��Je suis fort, et je n'ai pas peur.</p><p>��Nous verrons, et nous vous ferons part de notre d�cision.</p><p>Le gar�onnet s'inclina devant son beau-p�re et, tr�s grave, sortit, p�n�tr� de son importance.</p><p>Le marquis prit des mains de La Violette un chapeau de velours gris, dont il chassa d'une chiquenaude quelque poussi�re.</p><p>��Je verrai M. de Vivonne, dit-il, et me rendrai compte si ses intentions sont pures vis-�-vis de ce jouvenceau. Sinon...</p><p>��J'aimerais mieux le voir mort�! fit Ang�lique farouchement.</p><p>��Ne parlez pas comme une m�re antique. Cela ne sied pas au monde o� nous vivons. Pour moi, je pense que Vivonne est un esth�te qui s'est engou� du petit artiste comme d'un oiseau familier. Pour lui c'est un bon d�part. Sa charge ne vous co�tera pas un sol. Allons, raisonnez-vous et r�jouissez-vous.</p><p>Il lui baisa la main.</p><p>��Je dois vous quitter, Madame. Le service du roi me requiert et les chevaux devront faire feu des quatre fers pour rattraper mon retard.</p><p>Comme au cours de cette nuit de f�te o� il lui avait offert un fruit cueilli aux jardins du roi, elle chercha son regard p�le et imp�n�trable.</p><p>��Philippe, la petite fille de jadis est toujours l�, vous le savez.</p><p>Plus tard, dans le carrosse qui roulait � travers la campagne empourpr�e du soir, l'emmenant vers Saint-Germain, elle songeait � lui.</p><p>Elle savait maintenant que ce qui lui avait nui aupr�s de Philippe, c'�tait pr�cis�ment l'exp�rience qu'elle avait des hommes. Elle savait trop de choses sur eux. Elle connaissait leurs points faibles, et elle avait voulu l'attaquer avec des armes �prouv�es. Alors qu'elle et lui ne pouvaient se rejoindre que dans la virginit� de leurs c�urs adolescents. Ils avaient �t� cr��s pour se rencontrer � seize ans, lorsqu'ils vivaient tous deux le temps des curiosit�s inavouables et d�vorantes, la prescience des myst�res dans leur puret� non encore ternie, ce temps o� les jeunes corps subjugu�s par un d�sir neuf n'y abordent cependant qu'avec effroi et pudeur, se satisfont de peu, d'un fr�lement de mains, d'un sourire, d�couvrant le paradis dans un baiser. �tait-il trop tard pour retrouver les bonheurs perdus�? Philippe s'�tait �gar� sur les chemins pernicieux. Ang�lique �tait devenue femme, mais les puissances de vie sont si grandes que tout peut refleurir, songeait-elle, comme au-del� des saisons glac�es d'une terre durcie, refleurit le printemps.</p><p>*****</p><p>Et l'�tincelle jaillit. � l'instant le plus inattendu, le feu qui couvait s'anima. Ce jour-l�, Ang�lique se trouvait dans le salon de l'H�tel du Plessis. Elle y �tait descendue pour examiner la pi�ce en vue de la grande r�ception qu'elle donnerait prochainement � la haute soci�t� de la capitale. R�ception qui devrait �tre fastueuse, car il n'�tait pas exclu que le roi y assist�t.</p><p>Ang�lique, avec une moue et de nombreux soupirs, fit le tour de l'immense salon, sombre comme un puits, garni d'un mobilier rigide datant du roi Henri IV et qu'�clairaient en vain deux �normes miroirs aux profondeurs glauques. En toutes saisons il y faisait glacial. Pour lutter contre le froid Ang�lique, d�s son arriv�e, avait fait disposer sur le dallage d'�pais tapis persans enlev�s � ses salons du Beautreillis, mais la douceur blanche de la laine garnie de ros�s accentuait encore l'aust�rit� des lourds meubles d'�b�ne. Elle en �tait l� de son inspection lorsque Philippe entra, venant chercher des d�corations dont il gardait les �crins dans un des secr�taires aux multiples tiroirs.</p><p>��Vous me voyez en souci, Philippe, lui expliqua-t-elle. Recevoir ici me d�prime. Je n'en veux point � vos anc�tres, mais il est rare de trouver une demeure aussi mal commode que la v�tre.</p><p>��Vous plaignez-vous de vos appartements�? demanda le jeune homme sur la d�fensive.</p><p>��Non, mes appartements sont charmants.</p><p>��Ils m'ont co�t� assez cher � retapisser, fit-il, rogue. J'ai vendu mes derniers chevaux pour cela.</p><p>��L'aviez-vous fait pour moi�?</p><p>��Et pour qui voulez-vous que ce soit�? bougonna Philippe en refermant brusquement un tiroir. Je vous �pousais... contre mon gr�, mais enfin je vous �pousais. On vous disait raffin�e, difficile. Je ne tenais pas � subir vos d�dains de marchande cossue.</p><p>��Vous envisagiez donc de m'y installer d�s notre mariage�?</p><p>��Cela me paraissait normal.</p><p>��Mais alors pourquoi ne m'y avez-vous pas convi�e�?</p><p>Philippe s'approcha d'elle. Son visage �tait un m�lange ind�finissable de sentiments confus, mais cependant Ang�lique eut l'impression stup�fiante qu'il rougissait.</p><p>��Il m'a sembl� que les choses �taient si mal commenc�es entre nous qu'une invite de ma part essuierait un refus.</p><p>��Que voulez-vous dire�?</p><p>��Vous ne pouviez que m'avoir en horreur apr�s ce qui s'�tait pass� au Plessis... Je n'ai jamais craint l'ennemi, le roi m'en est t�moin... Mais je crois que j'aurais pr�f�r� me trouver sous le feu de cent canons espagnols plut�t que d'avoir � vous rencontrer ce matin-l� quand je me suis r�veill�... apr�s... Ah�! et puis, tout cela �tait de votre faute... J'avais bu... Est-ce qu'on se m�le d'exasp�rer un homme qui a bu, comme vous l'avez fait... � plaisir... Vous me rendiez f�roce. Vous mangiez, cria-t-il en la secouant, vous mangiez ce soir-l� avec un app�tit honteux, anormal, alors que vous saviez que je m'appr�tais � vous �trangler�!</p><p>��Mais, Philippe, fit-elle m�dus�e, je vous jure que je mourais de peur. Ce n'est pas ma faute si les �motions m'ont toujours donn� faim... Vous vous int�ressiez donc � moi�?</p><p>��Comment peut-on ne pas s'int�resser � vous�? cria-t-il, furieux. Qu'est-ce que vous n'iriez pas inventer pour vous faire remarquer�! Vous pr�senter devant le roi sans invitation... vous faire attaquer par les loups... Avoir des enfants... les aimer... que sais-je�? Ah�! vous n'�tes pas � court d'imagination... Bon Dieu�! quand j'ai vu votre cheval revenir les �triers vides, � Fontainebleau�!...</p><p>Il passa brusquement derri�re elle et la saisit aux �paules, les serrant � les briser. Il questionna � br�le-pourpoint�:</p><p>��Vous �tiez amoureuse de Lauzun�?</p><p>��De Lauzun�? Non, pourquoi�?</p><p>Elle rougit aussit�t, se rappelant l'incident de Fontainebleau.</p><p>��Vous songez encore � cette affaire. Philippe�? Moi, non, je l'avoue, et je suppose que P�guilin n'en fait pas plus de cas. Comment de telles stupidit�s peuvent-elles arriver�? Je me le demande avec col�re contre moi-m�me. C'est le hasard des f�tes, la boisson, l'ambiance, un coup de d�pit. Vous �tiez si dur avec moi, si indiff�rent. Vous me sembliez vous souvenir que j'�tais votre femme que pour m'injurier ou me menacer. C'est en vain que je me faisais belle... Je ne suis qu'une femme, Philippe�!</p><p>��Le d�dain est la seule �preuve qu'une femme ne puisse pas surmonter. Celui-ci lui ronge le c�ur. Son corps s'ennuie, il se languit de caresses. On est � la merci d'un beau discoureur comme P�guilin. Tout ce qu'il m'a dit sur la beaut� de mes yeux ou de ma peau m'a sembl� alors rafra�chissant comme une source en plein d�sert. Et puis je voulais me venger de vous.</p><p>��Vous venger�? Oh�! Madame, vous intervertissez les r�les. C'�tait � moi de me venger et non � vous. N'est-ce pas vous qui aviez commenc� en me for�ant � vous �pouser�?</p><p>��Mais je vous ai demand� pardon.</p><p>��Voil� bien les femmes�! Parce qu'elles ont demand� pardon elles s'imaginent que tout est effac�. N'emp�che que j'�tais bel et bien votre �poux sous la menace. Croyez-vous que pour effacer un aussi grand dommage il vous suffisait seulement de demander pardon�?...</p><p>��Que pouvais-je faire de plus�?</p><p>��Expier�! cria-t-il en levant la main comme pour la battre.</p><p>Mais comme il y avait une lueur gaie au fond de ses yeux bleus elle sourit.</p><p>��L'expiation est parfois douce, dit-elle. Nous sommes loin du chevalet et du fer rouge sous les pieds.</p><p>��Ne me provoquez pas. Je vous ai m�nag�e il est vrai. J'ai eu tort. Je sens d�j� qu'avec la science inimaginable de votre sexe vous �tes en train de me paralyser dans vos lacets comme un simple lapin de garenne dans ceux d'un braconnier.</p><p>Elle rit en renversant doucement la t�te en arri�re pour l'appuyer contre l'�paule de Philippe. Il n'aurait eu qu'un geste imperceptible � faire pour poser ses l�vres sur sa tempe ou sur ses paupi�res. Il ne le fit pas mais elle sentit ses mains se crisper sur sa taille et son souffle se pr�cipiter.</p><p>��Mon indiff�rence vous pesait, dites-vous�? J'avais pourtant eu l'impression que nos rapports vous �taient p�nibles, pour ne pas dire odieux.</p><p>Le rire d'Ang�lique s'�grena.</p><p>��Oh�! Philippe. Avec une seule once d'amabilit� de votre part nos rapports m'auraient paru enchanteurs. C'�tait un si beau r�ve, dont j'avais gard� l'image au fond de mon c�ur depuis le jour o� vous m'aviez donn� la main en me pr�sentant ��Voici la baronne de la Triste Robe��. Je vous aimais d�j� alors.</p><p>��La vie... et mon fouet se sont charg�s de d�truire le r�ve.</p><p>��La vie peut reconstruire... et vous pourriez laisser votre fouet de c�t�. Je n'ai jamais renonc� � mon r�ve. Et m�me quand nous �tions s�par�s, dans le secret de mon c�ur je...</p><p>��Vous m'attendiez parfois�?</p><p>Les paupi�res closes d'Ang�lique faisaient sur ses joues p�les une douce ombre de mauve.</p><p>��Je vous attends toujours.</p><p>Elle sentait les mains de Philippe autour de ses seins devenir en les fr�lant f�briles et tourment�es.</p><p>Il grommela et jura tout bas et elle se retint de rire. Alors il se pencha brusquement pour baiser cette gorge souple et fr�missante.</p><p>��Vous �tes si extraordinairement belle, si extraordinairement femme�! murmura-t-il. Et moi... je ne suis qu'un soudard maladroit.</p><p>��Philippe�!</p><p>Elle regardait, surprise.</p><p>��Quelle sottise avancez-vous l�! M�chant, cruel, brutal, oui vous l'�tes. Mais maladroit�? Non. Non, ce reproche ne me serait pas venu � l'esprit. Vous ne m'avez pas donn�, malheureusement, l'occasion de mesurer une faiblesse qui est souvent celle des amants trop �pris.���Voil� pourtant un reproche que les belles m'ont adress� souvent. Je les d�cevais, para�t-il. � les en croire, un homme dou� de la perfection physique d'Apollon devrait atteindre aussi des records... surnaturels.</p><p>Ang�lique rit de plus belle, gris�e par l'approche d'une folie qui semblait fondre sur eux comme l'�pervier chasseur tombe d'un ciel de lumi�re. Quelques secondes auparavant ils n'�taient que disputes. Maintenant les doigts du gentilhomme s'impatientaient � l'encolure de son corsage.</p><p>��Doucement, Philippe, par gr�ce. Vous n'allez pas mettre en pi�ce ce plastron de perles qui m'a co�t� 2 000 �cus. On dirait que vous n'avez jamais pris la peine de d�shabiller une femme.</p><p>��Pr�caution futile en effet�! Quand il suffit de lever une jupe pour...</p><p>Elle lui posa deux doigts sur la bouche.</p><p>��Ne recommencez pas � �tre grossier, Philippe, vous ne savez rien de l'amour, vous ne savez rien du bonheur.</p><p>��Eh bien, guidez-moi, belle dame. Enseignez-moi ce que vos pareilles attendent d'un amant beau comme un dieu.</p><p>Il y avait de l'amertume dans sa voix. Elle lui jeta les bras autour du cou, abandonn�e, pesante, les jambes l�ches, et doucement il l'entra�na dans la douceur moelleuse du tapis de haute laine.</p><p>��Philippe, Philippe, murmura-t-elle, croyez-vous que ce soit tout � fait l'heure et le lieu pour une telle le�on�?</p><p>��Pourquoi pas�?</p><p>��Sur le tapis�?</p><p>��Oui-da, sur le tapis. Soudard je suis, soudard je reste. Si je n'ai plus le droit de prendre ma propre femme dans ma propre demeure, alors je refuse de m'int�resser � la Carte du Tendre.</p><p>��Mais quelqu'un pourrait entrer�?</p><p>��Qu'importe�! C'est maintenant que je vous veux. Je vous sens chaude, �mue, accessible. Vos yeux brillent comme des �toiles, vos l�vres sont mouill�es...</p><p>Il guettait ce visage renvers�, aux joues marbr�es d'une fi�vre rose.</p><p>��Allons, jeune cousine, jouons un peu ensemble, et mieux qu'en notre jeunesse...</p><p>Ang�lique eut une sorte de petit cri vaincu et tendit les bras. Elle n'�tait plus en �tat de r�sister ni d'�chapper � l'�garement du d�sir. Ce fut elle qui l'attira.</p><p>��Ne soyez pas trop h�tif, mon bel amant, chuchota-t-elle. Laissez-moi le temps d'�tre heureuse.</p><p>Passionn�ment il la saisit et l'envahit, p�n�tr� d'une curiosit� nouvelle qui, pour la premi�re fois, le rendait attentif � la femme, et surpris de voir les yeux verts d'Ang�lique dont il redoutait la duret� se voiler peu � peu d'une anxi�t� r�veuse. Elle oubliait de se raidir�; il n'y avait plus au coin de sa bouche ce d�fi qu'il y avait lu si souvent, mais ses l�vres entrouvertes tremblaient l�g�rement sous le souffle de son effort. Elle n'�tait plus son ennemie. Elle lui faisait confiance. Cela lui donnait le courage de la rechercher avec douceur et, frapp� par instants de r�v�lations �blouissantes, il comprenait qu'elle l'entra�nait vers des voies neuves et myst�rieuses. Un espoir commen�ait de na�tre, un espoir montait en lui, avec le flux r�gulier de la volupt�. L'heure allait venir d'une rencontre enivrante, l'heure �tait venue pour lui de faire vibrer l'instrument de cette f�minit� d�licieuse qui s'�tait si longtemps refus�e. T�che d�licate qui r�clamait des soins patients. Toute sa ma�trise et sa virilit� en �veil, il avan�ait vers une proie qui ne se d�robait plus. Il pensait qu'elle l'avait humili� et qu'il l'avait ha�e jusqu'� la souffrance. Mais en la regardant il sentait son c�ur se fendre sous la pouss�e d'un sentiment inconnu. O� �tait la fi�re jeune femme qui l'avait brav�? Il la voyait tout � coup se remettre � lui comme une bless�e effray�e, et soudain elle avait de petits gestes inachev�s qui semblaient demander gr�ce. Tour � tour fr�missante Ou folle de langueur, roulant la t�te de droite � gauche, d'un mouvement doux et machinal, sur la nappe �pandue de ses cheveux d'or, elle se d�tachait lentement d'elle-m�me, atteignait ce lieu immat�riel et obscur o� deux �tres se retrouvent seuls avec leur plaisir.</p><p>Au long fr�missement qui la secoua brusquement il sut que le moment approchait o� il serait son ma�tre. Chaque seconde qui passait l'exaltait davantage, le p�n�trant d'un sentiment de victoire jamais ressenti, d'une force conqu�rante qui s'�lan�ait s�re d'elle-m�me pour atteindre sa r�compense. Il �tait le guerrier vainqueur d'un difficile tournoi, dont l'enjeu, maintes fois, e�t pu lui �chapper mais qu'il gagnait par sa vigilance et sa valeur. Il n'avait plus � la m�nager. Elle se tendait dans ses bras comme un arc vivant. Tenacement sollicit�e, � l'extr�me limite de sa r�sistance, elle n'�tait plus qu'attente, angoisse et bonheur. Elle c�da enfin et il per�ut la r�ponse secr�te de cette chair, �veill�e par lui et r�jouie de d�lices. Alors il s'y abandonna. Il savait que c'�tait cela qui lui avait manqu� toute sa vie�; sa joie � elle, l'aveu de son corps docile et gourmand, qui se rassasiait longuement, tandis qu'elle reprenait vie avec de grands soupirs �perdus.</p><p>��Philippe�!</p><p>Il pesait sur son c�ur. Il cachait son visage contre elle et parce que la r�alit� lui revenait avec le d�cor aust�re du vieux salon des du Plessis, Ang�lique commen�ait � s'inqui�ter de son mutisme. Instants trop courts de l'abandon. Elle n'osait croire � son propre d�lire, � l'ivresse qui la laissait presque tremblante et faible jusqu'aux larmes.</p><p>��Philippe�!</p><p>Elle n'osait lui dire combien elle �tait reconnaissante du soin qu'il avait pris d'elle. L'avait-elle d��u�?</p><p>��Philippe�!</p><p>Il releva la t�te. Son visage demeurait �nigmatique mais Ang�lique ne s'y trompa pas. Un tr�s doux sourire entrouvrit ses l�vres et elle posa un doigt sur la moustache blonde o� perlait une fine sueur.</p><p>��Mon grand cousin...</p><p>*****</p><p>Naturellement il advint ce qui devait advenir. Quelqu'un entra. C'�tait un laquais qui introduisait deux visiteurs�: M. de Louvois et son p�re, le vieux et terrible Michel Le Tellier. Le vieux en perdit son lorgnon. Louvois devint cramoisi. Outr�s, tous deux se retir�rent. Le lendemain Louvois devait conter l'anecdote � toute la Cour.</p><p>��En plein jour�!... avec un mari�!</p><p>Les amants et les soupirants de la belle marquise pouvaient-ils supporter cette insulte�? Un mari�! Un rival domestique�! La volupt� � domicile�!...</p><p>Mme de Choisy s'en alla � travers la Galerie de Versailles, r�p�tant indign�e�:</p><p>��En plein jour�!... En plein jour�!...</p><p>On en fit des gorges chaudes au lever du roi.</p><p>��Le roi n'a pas tant ri qu'on l'e�t cru, remarqua P�guilin.</p><p>Il n'�tait pas le seul � avoir devin� le d�pit secret du souverain.</p><p>��Tout ce qui touche votre personne lui est sensible, expliqua Mme de S�vign� � Ang�lique. Il vous r�conciliait de bon c�ur avec un �poux irascible. Mais point ne faut exag�rer le d�vouement. M. du Plessis a mis trop de z�le � contenter son souverain. Il paiera peut-�tre d'une disgr�ce, de n'avoir pas compris que certains ordres ne r�clament pas une ex�cution trop pr�cise.</p><p>��Prenez garde � la compagnie du Saint-Sacrement, ma ch�re, glissa Ath�na�s avec une grimace m�chante. Voil� de quoi les irriter.</p><p>Ang�lique se d�fendit, le feu aux joues.</p><p>��Je ne vois pas ce que la compagnie du Saint-Sacrement peut y trouver � redire. Si je ne peux recevoir les hommages de mon mari, sous mon toit...</p><p>Ath�na�s pouffa derri�re son �ventail.</p><p>��En plein jour... et sur le tapis�! Mais c'est le comble du vice, ma ch�re�! �a ne se pardonne qu'avec un amant.</p><p>Philippe, indiff�rent aussi bien aux plaisanteries qu'aux sarcasmes, et peut-�tre les ignorant, passait, superbe. Le roi eut pour lui des duret�s�; il ne parut pas les remarquer. Dans la fi�vre des derni�res grandes f�tes que le roi donnait avant les campagnes d'�t�, Ang�lique ne pouvait se rapprocher de lui.</p><p>Chose �trange, Philippe �tait redevenu glac� � son �gard et quand elle lui parla, au hasard dans le bal, il lui r�pondit d'un ton rogue. Elle finit par se dire qu'elle avait r�v� le doux instant par� de perfection qu'elle tenait au creux de son souvenir comme une rose �panouie aux p�tales de pourpre. Mais les doigts du monde s'�taient acharn�s � massacrer la fleur d�licate, au point qu'elle en rougissait encore. Et Philippe �tait bien � l'image de ce monde, rustre et m�chant. Elle ignorait que Philippe �tait la proie de sentiments complexes inusit�s pour lui, o� les reproches de son orgueil se m�laient � une sorte de peur panique que lui inspirait Ang�lique. Il ne s'�tait senti la force de la dominer que par la haine. Si ce rempart c�dait il tomberait dans l'asservissement. Or, il s'�tait jur� de ne jamais se laisser asservir par une femme. Et il lui arrivait maintenant, lorsqu'il �voquait certaines nuances de son sourire, certains de ses regards, de se sentir malade comme un adolescent. Des timidit�s anciennes le reprenaient. Obnubil� par une vie libertine o� il avait connu plus de d�go�ts que de satisfactions, il doutait d'avoir go�t� un tel instant d'harmonie surnaturelle au cours d'une union physique avec un de ces �tres ex�cr�s et m�prisables que repr�sentaient pour lui les femmes. Fallait-il s'avouer que c'�tait cela qu'on nommait l'amour�? Ou n'�tait-ce qu'un mirage�? La peur de d�cevoir � nouveau le torturait. Il en mourrait de d�pit, se disait-il, et de chagrin aussi. Mieux valait le cynisme et le viol�!...</p><p>Ang�lique, qui n'e�t jamais imagin� de tels tourments derri�re ce visage insensible, �prouvait peu � peu une cruelle d�ception. Les brillantes f�tes ne r�ussissaient pas � l'en distraire. Les attentions du roi pour elle l'irritaient et ses regards appuy�s coulaient dans ses veines un malaise. Pourquoi Philippe l'abandonnait-il�?</p><p>Un apr�s-midi o� toute la Cour applaudissait Moli�re, dans le th��tre de verdure, elle se sentit envahie d'une grande m�lancolie. Il lui semblait qu'elle �tait redevenue cette petite fille pauvre et farouche parmi les pages moqueurs qui, au ch�teau du Plessis, s'�tait enfouie dans la nuit, le c�ur lourd de regrets et de tendresse bafou�e. Le m�me d�sir de fuir l'envahit. ��Je les hais tous��, pensa-t-elle. Et sans bruit elle quitta le ch�teau et fit appeler son carrosse. Elle devait plus tard se rappeler le mouvement impulsif qui l'avait arrach�e � Versailles, et le nommer ��pressentiment��. Car lorsqu'elle parvint, au soir, devant l'h�tel du faubourg Saint-Antoine, un grand remue-m�nage y r�gnait et La Violette la pr�vint que son ma�tre �tait envoy� sur le front de Franche-Comt�, et devait partir demain matin � l'aube. Philippe soupait, seul devant deux flambeaux d'argent, dans la salle � manger aux boiseries noires. � la vue d'Ang�lique, en vaste manteau de taffetas rose, il fron�a les sourcils.</p><p>��Que venez-vous faire ici�?</p><p>��N'ai-je pas le droit d'y revenir quand bon me semble�?</p><p>��Vous �tiez requise � Versailles pour plusieurs jours.</p><p>��J'ai eu l'impression que j'allais tout � coup p�rir d'ennui�; alors j'ai plant� l� tous ces gens insupportables.</p><p>��J'esp�re que votre excuse est fausse, car elle serait inadmissible et vous risqueriez de m�contenter le roi... Qui vous a pr�venue de mon d�part�?</p><p>��Personne, vous dis-je. Je tombe de surprise � la vue de ces pr�paratifs. Ainsi vous seriez parti sans m�me me dire adieu�?</p><p>��Le roi m'avait pri� d'entourer ce d�part de la plus grande discr�tion, et particuli�rement de vous le celer. On sait que les femmes sont incapables de tenir leur langue.</p><p>��Le roi est jaloux��, faillit lui crier Ang�lique. Philippe ne voyait donc rien, ne comprenait donc rien, � moins qu'il ne feign�t l'ignorance�?</p><p>Ang�lique s'assit � l'autre bout de la table et prit le temps d'�ter ses gants de fine peau marqu�s de perles.</p><p>��C'est �trange. La campagne d'�t� n'est pas commenc�e. Les troupes sont encore dans leurs quartiers d'hiver. Je ne connais personne pour l'instant dont le roi se soit d�parti sous pr�texte de guerre. Votre envoi ressemble fort � une disgr�ce, Philippe.</p><p>Le jeune homme la regarda, en silence, si longuement qu'elle crut qu'il n'avait pas entendu.</p><p>��Le roi est le ma�tre, dit-il enfin.</p><p>Il se leva avec raideur.</p><p>��Je dois me retirer car il se fait tard. Prenez bien soin de votre sant� en mon absence, Madame. Je vous fais mes adieux.</p><p>Ang�lique leva vers lui des yeux bouleversants. ��N'aurions-nous pas de meilleurs adieux � nous faire�?�� semblait-elle implorer.</p><p>Il ne voulut pas comprendre. Inclin�, il baisa seulement la main qu'elle lui tendait. Dans le secret de sa chambre la petite cousine pauvre se mit � pleurer. Elle versait les larmes qu'elle avait retenues jadis dans sa fiert� d'adolescente. Des larmes d�courag�es, d�sesp�r�es.</p><p>��Jamais je ne comprendrai ce gar�on�! Jamais je n'en viendrai � bout.</p><p>Il allait partir pour la guerre. Et s'il ne revenait pas�?... Oh�! il reviendrait. Ce n'�tait pas cela qu'elle craignait. Mais l'heure de gr�ce serait pass�e. Par la fen�tre ouverte sur les jardins tranquilles, la lune entrait, et l'on entendait un rossignol chanter. Ang�lique redressa son visage mouill�. Elle se dit qu'elle aimait cette demeure o� s'�touffaient les bruits, parce que c'�tait celle o� elle avait v�cu avec Philippe. Bizarre intimit� que la leur, qui ressemblait plut�t � une d�cevante partie de cligne-musette, chacun courant � ses atours, � ses essayages entre deux obligations � la Cour, deux voyages, deux chasses � courre...</p><p>Mais il y avait eu aussi ces moments fugitifs et comme vol�s � l'avidit� mondaine, ces instants o� Philippe s'�tait assis pr�s d'elle pour la regarder nourrir le petit Charles-Henri, ces conversations o� ils avaient ri en se regardant, ce matin o� Philippe enfilait ses bagues en l'�coutant parler de Cantor, et ce jour si proche o� ils s'�taient laiss�s aller � la folie de leurs corps et o� il l'avait prise avec une ardeur attentive qui ressemblait � de l'amour. Brusquement elle n'y put tenir. Elle se rev�tit, s'enveloppa dans son nuageux peignoir de linon blanc, et vivement, sur ses pieds nus, traversant la petite galerie, elle courut jusqu'� la chambre de Philippe.</p><p>Elle entra sans frapper. Il dormait, nu, en travers du lit. Les lourds draps de dentelle ayant gliss� � demi � terre d�couvraient sa poitrine muscl�e, � laquelle la lueur att�nu�e du clair de lune donnait le brillant et la p�leur du marbre. Son visage �tait diff�rent dans le sommeil. La chevelure courte et boucl�e qu'il portait sous sa perruque, ses longs cils, sa bouche renfl�e, lui communiquaient cet air d'innocence et de s�r�nit� que l'on voit aux statues grecques. La t�te l�g�rement rejet�e vers l'�paule, les mains abandonn�es, il semblait sans d�fense.</p><p>Ang�lique, au pied du lit, retint son souffle pour mieux l'observer. Son c�ur �tait �treint par tant de beaut�, par des d�tails inconnus d'elle et qu'elle d�couvrait pour la premi�re fois�; une petite cha�ne d'or avec une croix enfantine � son cou de gladiateur, un grain au sein gauche, des cicatrices qui �� et l� avaient laiss� le souvenir de la guerre et des duels. Elle posa sa main sur son c�ur pour en surprendre les battements. Il eut un l�ger mouvement. Glissant hors de son peignoir, elle se blottit doucement pr�s de lui. Sa chaleur d'homme bien portant, le contact de sa peau lisse l'enivr�rent. Elle se mit � baiser ses l�vres, elle prit sa t�te pour l'appuyer, lourde et pesante, contre sa poitrine. Il remua, la rencontra dans son demi-sommeil.</p><p>��Toute belle, murmura-t-il tandis que sa bouche effleurait son sein d'un mouvement d'enfant affam�.</p><p>Presque aussit�t il se dressa, l'�il mauvais.</p><p>��Vous�?... Vous ici�! Quelle insolence�! Quelle...</p><p>��Je suis venue vous faire mes adieux, Philippe, mes adieux � ma fa�on.</p><p>��La femme doit attendre le bon plaisir de son mari et non pas s'imposer � lui. D�guerpissez�!</p><p>Il l'empoigna pour l'envoyer hors du lit mais elle se cramponna, suppliant tout bas�:</p><p>��Philippe�! Philippe, gardez-moi�! Gardez-moi cette nuit pr�s de vous.</p><p>��Non.</p><p>Il d�nouait ses bras avec fureur mais elle l'enla�ait de nouveau et elle �tait assez fine pour deviner, � bien des signes, que sa pr�sence n'�tait pas sans l'�mouvoir.</p><p>��Philippe, je vous aime... gardez-moi dans vos bras�!</p><p>��Que venez-vous y chercher, sacrebleu�?</p><p>��Vous le savez bien.</p><p>��Petite impudique�! N'avez-vous pas assez d'amants pour contenter vos embrasements�?</p><p>��Non, Philippe. Je n'ai pas d'amants. Je n'ai que vous. Et vous allez partir pour de longs mois�!</p><p>��C'est donc cela qui vous manque, petite p... Pas plus de dignit� qu'une chienne en chaleur�!</p><p>Un bon moment il continua � jurer, la traitant de tous les noms, mais il ne la repoussait plus et elle se blottissait �troitement, �coutant ses insultes comme la plus tendre des d�clarations d'amour. � la fin il poussa un profond soupir, lui saisit les cheveux pour lui renverser la t�te en arri�re. Elle souriait et le regardait. Elle �tait sans peur. Elle avait toujours �t� sans peur. C'�tait cela qui l'avait vaincu. Alors avec un dernier juron il l'enla�a. Ce fut une �treinte silencieuse et qui, chez Philippe, cachait la crainte d'une d�faillance. Mais la passion d'Ang�lique, la joie presque na�ve qu'elle �prouvait � �tre dans ses bras, son habilet� de femme amoureuse, bonne servante d'un plaisir qu'elle partageait, eurent raison de ses doutes. L'�tincelle jaillit, devint brasier, consuma en Philippe les mauvaises hantises. D'un cri sourd qui trahissait la violence de son plaisir, Ang�lique sut le combler d'orgueil. Il n'avouait rien. L'heure des bouderies, des ranc�urs de la guerre sournoise qui les avait dress�s l'un contre l'autre, �tait encore trop proche. Il chercherait encore � lui mentir. Il ne la voulait pas rassur�e. Et comme elle s'attardait, gisante � ses c�t�s, dans l'entrem�lement de ses longs cheveux d�nou�s�:</p><p>��Allez-vous-en�! lui dit-il brutalement.</p><p>Elle ob�it cette fois avec une docilit� empress�e et caressante qui lui donna envie de la battre, ou. de l'embrasser follement. Il serra les dents, lutta contre le regret de la voir dispara�tre et le d�sir de la retenir, de la garder encore jusqu'� l'aube, blottie dans le creux de son coude, dans l'ombre chaude de son corps, ainsi qu'une petite b�te palpitante et songeuse. Folie�! Futilit�s. Faiblesse dangereuse. Vivement que le vent des batailles et le souffle des boulets dispersent tout cela�!</p><p>*****</p><p>Peu apr�s le d�part du mar�chal du Plessis-Belli�re, ce fut le tour du petit Cantor de rejoindre les arm�es. Au dernier moment, Ang�lique e�t voulu y renoncer. Elle se sentait terriblement triste et assaillie de sombres pressentiments. Elle avait commenc� d'�crire souvent � Philippe en Franche-Comt�, mais il ne r�pondait jamais. Ce silence, quoiqu'elle voul�t s'en d�fendre, la d�primait. Quand Philippe lui avouerait-il qu'il l'aimait�? Peut-�tre jamais. Peut-�tre �tait-il incapable d'aimer�? Ou de s'apercevoir qu'il l'aimait. Ce n'�tait pas un philosophe, mais un guerrier. Croyant de bonne foi qu'il la d�testait il essayait encore de le lui prouver. Mais il ne pourrait pas effacer ce qui avait jailli entre eux, la complicit� inavou�e de la jouissance qui les rejetterait encore l'un vers l'autre, hagards et faibles. Contre cela, ni les d�vots cafards, ni les libertins moqueurs, ni le roi, ni Philippe lui-m�me, ne pourraient rien. Ang�lique fit effort pour s'occuper du d�part de Cantor. Elle disposait de peu de temps. Cantor s'en alla.</p><p>Ang�lique, entra�n�e en d'innombrables r�ceptions, n'eut gu�re le temps de s'appesantir sur l'�motion de ce matin brumeux o� le petit gar�on, rouge de plaisir, se hissa dans le carrosse du duc de Vivonne, accompagn� de son pr�cepteur Gaspard de Racan. L'enfant �tait v�tu d'un costume de moire verte qui seyait � ses yeux, avec beaucoup de dentelles et de rosettes de satin. Ses cheveux fris�s �taient coiff�s d'un grand chapeau de velours noir garni de plumes blanches.</p><p>Sa guitare enrubann�e l'encombrait. Il la tenait pr�cieusement contre lui � la fa�on des enfants pour leur jouet pr�f�r�. C'�tait le dernier pr�sent d'Ang�lique. Une guitare en bois des �les, incrust�e de nacre et que le plus grand luthier de la capitale avait dessin�e et mont�e pour lui.</p><p>Barbe sanglotait dans l'ombre de la porte coch�re. Ang�lique ne voulait pas s'�mouvoir. C'�tait la vie�! Les enfants s'en vont. Mais chaque �tape arrache des liens t�nus et qu'on ignorait, au c�ur des m�res...</p><p>Elle s'informa d�sormais avec un int�r�t accru des affaires de la M�diterran�e. En partant pour donner leur appui aux V�nitiens contre les Turcs qui voulaient s'emparer du dernier bastion de la chr�tient� en M�diterran�e, les gal�res fran�aises se trouvaient rev�tues d'une mission c�leste et le duc de Vivonne et ses troupes m�ritaient le nom de Crois�s. Ang�lique souriait doucement en songeant au petit Cantor, rouage minuscule et innocent de la sainte exp�dition. Elle l'imaginait assis � la proue d'un navire, les rubans de sa guitare flottant dans le bleu du ciel.</p><p>Elle profita de ses rares moments de loisirs � Paris pour reprendre contact avec Florimond. Souffrait-il d'�tre s�par� de Cantor�? N'�tait-il pas jaloux d'avoir vu son cadet s'�tablir si brillamment et convi� d�j� � l'honneur des batailles�? Elle s'aper�ut vite que si Florimond se pr�sentait fort poliment devant elle, il lui co�tait de demeurer tranquille, ne serait-ce que dix minutes. Des occupations multiples l'attendaient�: monter son cheval, nourrir son faucon, soigner son dogue, fourbir son �p�e, se pr�parer pour accompagner au man�ge ou � la chasse monseigneur le Dauphin. Il ne se montrait patient que lorsqu'une le�on de latin avec l'abb� de Lesdigui�res �tait en vue.</p><p>��Ma m�re et moi nous causons, disait-il alors � son pr�cepteur, qui se retirait n'osant insister.</p><p>La conversation se passait surtout en d�monstration des talents de duelliste de messire Florimond. Sous des dehors sensibles et fragiles il avait des go�ts terriblement ��gar�on��. Il ne r�vait que pourfendre, vaincre, tuer et d�fendre son honneur. Il n'�tait heureux qu'une �p�e � la main et s'exer�ait d�j� � tirer au mousquet. Il trouvait monseigneur le Dauphin bien empot�.</p><p>��J'essaie un peu de le d�gourdir, mais h�las�! soupirait-il. De vous � moi, ma m�re, je vous le dis, mais il ne faudrait pas que ma r�flexion parvienne � d'autres oreilles. Cela pourrait nuire � ma carri�re.</p><p>��Je sais, je sais, mon fils, approuvait Ang�lique en riant, un peu inqui�te cependant de cette pr�coce sagacit�.</p><p>Elle savait aussi que le petit Dauphin aurait suivi Florimond au bout du monde, subjugu� par ses yeux noirs pleins de feu et sa vitalit� militaire. Oui, Florimond �tait charmant. Il plaisait et il r�ussissait en tout. Elle le soup�onnait d'�tre profond�ment �go�ste... comme tous les enfants sans doute.</p><p>Mais elle mesurait avec une subtile m�lancolie que lui aussi s'�tait �loign� d'elle. Il virevoltait, l'�p�e au poing.</p><p>��Regardez... Regardez-moi, ma m�re. Je coupe, je feinte... Et je me fends... Voil�, en plein c�ur... Mon adversaire est � terre... Mort�!</p><p>Il �tait beau. La passion de vivre avait allum� sa flamme en lui. Mais dans la peine, voudrait-il encore pleurer sur son �paule�! Les c�urs d'enfant m�rissent vite au brillant soleil de la Cour...</p><p>*****</p><p>La nouvelle de la d�faite du cap Passero parvint au milieu de juin, en pleine f�te, la derni�re que donnait le roi avant d'entreprendre sa campagne de Lorraine. On sut que les gal�res de M. de Vivonne avaient �t� assaillies au large de la Sicile par une flottille barbaresque que dirigeait un ren�gat alg�rois dont les exploits �taient c�l�bres en M�diterran�e et qu'on surnommait le Resquator.</p><p>Vivonne avait d� se r�fugier dans une baie � l'abri du cap Passero. Il se montrait fort abattu. Ce n'�tait pourtant qu'une escarmouche. Deux gal�res seulement sur les vingt qu'il commandait avaient �t� coul�es. Il est vrai que l'une d'elles portait une grande partie des gens de sa maison, et M. de Vivonne avait eu le d�sagr�ment de voir dispara�tre au fond de l'eau ses trois gentilshommes, ses dix officiers de bouche, ses quatre valets, les vingt choristes de sa chapelle, son aum�nier, son ma�tre d'h�tel, son �cuyer, et son petit page avec sa guitare.</p></section><section><p><strong>Chapitre 9</strong></p><p>On ne pr�senta gu�re de condol�ances � Mme du Plessis-Belli�re, car le fils qu'elle avait perdu � Passero n'�tait encore qu'un enfant. Est-ce qu'un enfant compte�? Le calme de l'�t� apportant une tr�ve aux plaisirs de la Cour lui permit de ressasser son chagrin � loisir � Paris.</p><p>Elle ne pouvait croire � l'horrible nouvelle. C'�tait une chose impensable. Cantor ne pouvait pas mourir. Il �tait l'enfant du miracle�! Bien avant de na�tre il avait brav� le poison avec lequel on voulait supprimer sa m�re. Il avait vu le jour sous les vo�tes putrides de l'H�tel-Dieu, parmi les derniers des d�sh�rit�s. Il avait pass� les six premiers mois de sa vie dans une �table, abandonn�, couvert de cro�tes, su�ant de sa petite bouche quelque haillon sale pour calmer sa faim. Il avait �t� achet� par les Boh�miens pour sept sous... Il avait surv�cu au pire�!... Et maintenant l'on osait dire que ce petit corps robuste, indomptable, �tait priv� de vie... Folie�! Ceux qui parlaient ainsi ne connaissaient pas le petit Cantor�!</p><p>Ang�lique refusait absolument d'accepter l'atroce r�alit� des faits. Barbe s'�touffait de douleur jour et nuit�; Ang�lique, inqui�te pour sa sant�, finit par la bousculer un peu.</p><p>��Bien s�r, Madame, bien s�r, murmura la servante � travers ses sanglots. Madame ne peut pas comprendre. Madame ne l'a pas aim� comme moi.</p><p>Ang�lique, atterr�e, la laissa et regagna sa chambre. Elle s'assit pr�s de la crois�e ouverte.</p><p>La saison allait vers l'automne. C'�tait un soir de pluie fine o� miroitait la lumi�re du jour d�clinant.</p><p>Ang�lique mit ses deux mains sur son visage. Son c�ur �tait lourd. Lourd d'un regret que rien ne pourrait jamais effacer. Celui d'avoir trop rarement pris le temps d'attirer le petit Cantor sur ses genoux pour baiser ses joues rondes.</p><p>La physionomie de son enfant lui demeurait myst�rieuse. Parce qu'il lui ressemblait, parce qu'il ressemblait � tous ses petits fr�res de Sanc� qu'elle avait vus grandir autour d'elle, elle ne r�alisait pas assez que Joffrey de Peyrac �tait aussi le p�re de Cantor. L'esprit positif, aventureux et irr�ductible du grand comte toulousain se retrouvait en lui.. Elle le revoyait s'en allant en guerre, grave et p�n�tr� de joie sous son grand chapeau. Elle le revoyait chantant pour la reine, elle entendait sa voix d'ange�: Adieu mon c�ur, adieu ma vie</p><p>Adieu mon esp�rance�!</p><p>Et elle le revoyait encore tout petit, fardeau l�ger qu'elle portait en ce jour d'hiver lointain o� elle l'avait ramen� au Temple, � travers un Paris embaum� par l'odeur des cr�pes de la Chandeleur.</p><p>Le clapotement las d'un cheval, en bas, sur les pav�s de la cour, l'arracha � ses souvenirs. Elle jeta un regard machinal au-dehors et crut reconna�tre la silhouette de Philippe dans le cavalier qui, ayant mis pied � terre montait les marches du perron. Philippe pourtant �tait aux arm�es sur le front de Franche-Comt� o� le roi venait de se rendre. Un second cavalier p�n�trait � son tour sous la vo�te de l'entr�e principale de l'h�tel. Cette fois elle reconnut sans erreur, la haute stature du valet La Violette, courb� sous l'averse.</p><p>C'�tait donc bien Philippe qui venait d'arriver. Elle entendit son pas dans la galerie, avant d'avoir eu le temps de rassembler ses pens�es endolories et il fut l�, couvert de boue jusqu'� la ceinture et pour une fois en assez piteux �tat, son feutre et les revers de sa casaque transform�s en goutti�re.</p><p>��Philippe�! dit-elle en se levant. Mais vous �tes tremp�!</p><p>��Il pleut depuis le matin et j'ai galop� sans arr�t.</p><p>Elle agita une sonnette.</p><p>��Je vais vous faire apporter une collation chaude et peut-�tre faudrait-il songer � une flamb�e�? Pourquoi ne vous �tes-vous pas fait annoncer, Philippe�? Votre appartement est aux mains des tapissiers. Je pensais que votre retour ne pouvait se pr�voir avant l'automne et j'ai song�... que le moment serait opportun pour... faire quelques restaurations.</p><p>Il l'�coutait avec une sorte d'indiff�rence, plant� sur ses jambes �cart�es, comme elle l'avait vu d�j� si souvent se pr�senter.</p><p>��J'ai appris que votre fils �tait mort, dit-il enfin. La nouvelle ne m'est parvenue que la semaine pass�e...</p><p>Il y eut un silence pendant lequel le jour parut baisser brusquement, les nu�es de pluie ayant r�ussi � voiler les derni�res lueurs du couchant.</p><p>��Il avait r�v� de s'en aller sur la mer, reprit Philippe, et il a eu le temps de voir se r�aliser son r�ve. Je connais la M�diterran�e. C'est une mer toute bleue et brod�e d'or comme l'�tendard du roi. Un beau linceul pour un petit page qui chantait...</p><p>Ang�lique se mit � pleurer, les yeux grands ouverts sur Philippe qu'elle ne voyait plus. Il avan�a la main et la posa sur ses cheveux.</p><p>��Vous aviez souhait� qu'il ne f�t pas corrompu. La mort lui a �pargn� ces larmes honteuses que versent en secret les enfants surpris. Chacun son destin. Le sien n'a �t� que joie et chansons. Il avait une m�re qui l'aimait.</p><p>��Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour m'occuper de lui, fit-elle en essuyant ses joues.</p><p>��Vous l'aimiez, r�p�ta-t-il, vous luttiez pour lui. Vous lui avez donn� ce qui �tait n�cessaire � son bonheur�: la s�curit� de votre amour.</p><p>Ang�lique l'�coutait avec un sentiment de perplexit� qui laissait place peu � peu � la plus grande stup�faction.</p><p>��Philippe, s'exclama-t-elle enfin, vous n'allez pas me faire croire que vous avez quitt� l'arm�e et que vous avez couvert 80 lieues par des routes d�tremp�es de pluie seulement pour... pour m'apporter ces paroles de consolation�!</p><p>��Ce ne serait pas la premi�re stupidit� que vous me feriez faire, dit-il, mais je ne suis pas seulement venu pour cela. J'avais aussi un pr�sent pour vous.</p><p>Il se leva prenant dans sa poche une sorte d'�tui de vieux cuir racorni qu'il ouvrit. Il en sortit un collier bizarre compos� d'une cha�ne d'or vert et de trois plaques d'or rose supportant les gros cabochons de deux rubis et d'une �meraude. L'ensemble �tait somptueux mais d'un go�t barbare et ancien fait pour �tre port� par de solides beaut�s aux tresses blondes, telles qu'�taient les reines des premiers temps cap�tiens.</p><p>��Voici le pendentif des femmes de Belli�re, dit-il. Celui qui leur a communiqu�, dans les si�cles, la vertu de courage. Il est digne d'�tre port� par une m�re qui a donn� son fils au royaume.</p><p>Il passa derri�re elle pour le lui agrafer au cou.</p><p>��Philippe, murmura Ang�lique le souffle court, qu'est-ce que cela veut dire�? Qu'est-ce que cela signifie�? Vous souvenez-vous du pari que nous avons fait un jour sur les marches de Versailles�?</p><p>��Je m'en souviens, Madame, et vous avez gagn�.</p><p>Il �carta plus encore les boucles blondes et se pencha pour baiser longuement le creux de sa nuque blanche. Ang�lique demeurait immobile. Le jeune homme la fit pivoter pour voir son visage. Elle pleurait.</p><p>��Ne pleurez plus, dit-il en l'�treignant. Je suis venu pour essuyer vos larmes et non pour vous en faire verser de nouvelles. Je n'ai jamais pu supporter de vous voir pleurer. Vous �tes une grande dame, que diable�!</p><p>��Follement amoureux�! Follement amoureux�! se r�p�tait Ang�lique, voil� ce que signifie le don du collier.��</p><p>Ainsi il l'aimait, et il lui en avait fait l'aveu avec une d�licatesse qui versait un baume sur son c�ur meurtri.</p><p>Elle lui prit le visage � deux mains pour le regarder avec tendresse.</p><p>��Pouvais-je me douter que sous votre terrifiante m�chancet� se cachait tant de bont�! Au fond, vous �tes un po�te, Philippe.</p><p>��Je ne sais plus ce que je suis, bougonna-t-il avec humeur. Ce qui est certain, c'est que vous voil� avec le collier des Plessis-Belli�re sur les �paules et que cela ne va pas sans m'inqui�ter. Aucune de mes anc�tres n'a pu le porter sans r�ver aussit�t guerre et fronde. Ma m�re, ces cabochons sur la poitrine, levait des arm�es en Poitou pour le compte du Prince de Cond�. Vous vous en souvenez comme moi. Et maintenant, que n'allez-vous inventer � votre tour�? Comme si vous aviez besoin d'une dose suppl�mentaire de courage.</p><p>Il la serra de nouveau, appuyant sa joue contre la sienne.</p><p>��Et vous me regardiez toujours avec vos yeux verts, murmura-t-il. Je vous tourmentais, je vous battais, je vous mena�ais, et vous redressiez toujours la t�te, comme une fleur apr�s un orage. Je vous abandonnais pantelante, vaincue et je vous voyais resurgir plus belle que jamais. Oui, c'�tait exasp�rant mais, � la longue, cela finit par inspirer un sentiment de... de confiance. Tant de constance chez une femme�! Je n'en revenais pas. Je finissais par compter les points�: tiendra-t-elle�? me disais-je. Le jour de la chasse royale, o� je vous ai vue affronter avec le sourire le courroux du roi et le mien, j'ai compris que je n'en sortirais jamais. Tout au fond de moi, j'�tais fier que vous soyez ma femme.</p><p>Il l'embrassait � petits coups. Ses l�vres semblaient timides. Inhabitu� � la tendresse, il avait d�daign� jusqu'alors ces manifestations dont il ressentait aujourd'hui le besoin. Il h�sita � toucher ses l�vres. Ce fut elle qui, doucement, chercha les siennes. Elle pensa que ces l�vres d'homme de guerre avaient une simplicit� fra�che et comme ignorante, et que par le plus �trange des hasards, apr�s avoir travers� la vie et avoir �t� salis tous deux par bien des boues, ils �changeaient le baiser chaste et doux qu'ils avaient manqu� jadis, en leur adolescence, dans le parc du Plessis.</p><p>��Je dois repartir, fit-il tout � coup avec sa brusquerie coutumi�re. Voil� assez de temps consacr� aux affaires du c�ur. Puis-je voir mon fils�?</p><p>Ang�lique fit appeler la nourrice qui arriva, tenant sur un bras le petit Charles-Henri, dress� dans ses robes de velours blanc comme un faucon sur le poing du chasseur. Avec ses boucles blondes s'�chappant de son b�guin de perles, son teint rose et ses grands yeux bleus, c'�tait un enfant superbe.</p><p>Philippe le prit dans ses bras, le fit sauter en l'air et le secoua en tous sens, mais ne put lui arracher un sourire.</p><p>��Jamais je n'ai vu un b�b� aussi grave, expliqua Ang�lique. Il regarde chacun d'un air intimidant. Cela ne l'emp�che pas de faire toutes sortes de b�tises, maintenant qu'il commence � marcher... On l'a trouv� tournant le rouet de la chambri�re, la laine �tait tout emm�l�e...</p><p>Philippe s'approcha d'elle et lui tendit l'enfant.</p><p>��Je vous le laisse. Je vous le confie. Gardez-le bien.</p><p>��Celui-ci est le fils que vous m'avez donn�, Philippe. Il m'est cher.</p><p>Pench�e � la fen�tre, avec sa belle poup�e entre les bras, elle le regarda sauter sur son cheval, dans l'ombre de la cour, puis dispara�tre. Philippe �tait venu. Il avait recr�� autour de sa douleur am�re un bonheur vivant. Il �tait le dernier dont elle e�t attendu r�confort. Mais la vie est fertile en surprises. Et elle s'�merveillait de songer que ce soldat intraitable qui avait mis � feu et � sang des villes enti�res e�t galop� quatre jours dans la pluie et le vent parce qu'il entendait en son c�ur l'�cho de ses sanglots.</p></section><section><p><strong>Chapitre 10</strong></p><p>Versailles, en l'absence du roi et de la Cour, �tait plus que jamais livr� aux architectes, aux ouvriers et aux artistes. Ang�lique s'�tant fray� passage parmi les �chafaudages et les gravats, finit par d�couvrir son fr�re Gontran, occup� � d�corer un petit cabinet donnant sur le parterre du Midi. On am�nageait l� un appartement sans d�signation pr�cise, o� l'on avait d� d�penser � profusion le marbre et l'or et tout ce qu'il y avait de plus pr�cieux, pour faire de ces lieux un s�jour enchanteur. Mme de Montespan �tant venue � plusieurs reprises suivre la marche des travaux on comprenait que ces appartements �taient, jusqu'� nouvel ordre, r�serv�s � la favorite.</p><p>Ang�lique jeta un regard distrait � toutes ces merveilles, aux moulures en trois ors repr�sentant des roseaux et des herbes entrelac�s parmi lesquels le peintre pla�ait de ravissantes miniatures aux tonalit�s bleues et ros�s. Elle demanda � son fr�re s'il pouvait un jour prochain venir chez elle, faire les portraits de Florimond et du petit Charles-Henri. Elle n'avait aucun portrait de Cantor et le cuisant regret qu'elle en �prouvait la poussait � fixer sur la toile les traits de ceux qui �taient encore vivants. Pourquoi n'y avait-elle pas song� plus t�t�? Gontran grommela que ce n'�tait pas facile.</p><p>��Je te paierai bien.</p><p>��La question n'est pas l�, ma fille�! Je t'en ferai cadeau � l'occasion. Mais o� trouver le temps de m'�chapper�? Depuis que je suis sur Versailles je ne vois ma femme et mes enfants qu'une fois la semaine, le dimanche. Ici on commence � l'aube. On a une demi-heure pour d�ner � 10 heures et faire collation � 11, et les chefs de chantier surveillent eux-m�mes qu'on ne d�passe pas plus de cinq minutes pour satisfaire ses besoins. Oh�! �a leur donne du travail aux chefs de chantier, avec tous les gars du mar�cage qui ont la dysenterie�!</p><p>��Mais... o� dormez-vous�? O� mangez-vous�?</p><p>��Il y a des dortoirs par l�, fit Gontran avec un geste vague de son pinceau vers la fen�tre, et des gargotes organis�es par corporation. Quant � prendre un jour dans la semaine, ou m�me quelques heures, pas question�!</p><p>��C'est inadmissible�! Tu es mon fr�re et je me fais fort d'obtenir l'autorisation de te lib�rer un peu... � condition que tu consentes � b�n�ficier d'un passe-droit, t�te de bourrin�!</p><p>L'artiste haussa les �paules.</p><p>��Agis � ta guise. Le caprice des grandes dames est sacr�. Je ferai ce qu'on me dira. Tout ce que je demande c'est qu'on ne prenne pas pr�texte de mes absences pour me retirer mon travail et me rejeter � la rue.</p><p>��Tu ne seras jamais � la rue, avec moi�!</p><p>��Je t'ai d�j� dit que je ne voulais pas vivre d'aum�nes, ni de faveurs.</p><p>��Qu'est-ce que tu veux donc, �ternel m�content�!</p><p>��Je veux mon droit, c'est tout�!</p><p>���a va, nous n'allons pas recommencer � nous disputer. Est-ce que je peux compter sur toi�?</p><p>��Oui...</p><p>��Gontran, je voudrais voir ce plafond que tu peignais l'autre jour. Il m'avait paru splendide.</p><p>��Je peignais le dieu de la Guerre. Et la guerre est venue au grand galop.</p><p>Il posa sa palette et l'accompagna au long de la galerie, jusqu'au salon d'angle qu'on venait d'achever. Il jetait un regard soup�onneux autour de lui.</p><p>��J'esp�re que je ne vais pas recevoir de bl�me pour m'�tre absent� quelques instants. Ta compagnie m'absoudra.</p><p>��Gontran, tu exag�res. Tu te vois pers�cut� de partout.</p><p>��J'ai appris � redouter les coups.</p><p>��Tu devrais plut�t apprendre � les �viter.</p><p>��Ce n'est pas facile.</p><p>��Moi j'y suis parvenue, dit Ang�lique avec orgueil. Je suis partie du plus bas et je peux dire sans me vanter que je suis arriv�e au plus haut.</p><p>��C'est parce que tu as lutt� seule et pour toi m�me. Moi, je ne suis pas seul. Je voudrais entra�ner dans mon combat et ma victoire la masse des condamn�s, mais c'est un poids �norme � soulever... L'on nous �miette un � un. Et le ferment de la r�volte mourra avant d'avoir seulement pu prolif�rer.</p><p>Impressionn�e par son ton triste et las, plus encore que par ses paroles, elle ne sut que r�pondre.</p><p>��Vois-tu Raymond parfois�? demanda-t-elle.</p><p>��Le J�suite�? Pfft... Il ne me comprendrait pas. Personne ne peut comprendre. M�me pas toi... Tiens, regarde�!</p><p>Parvenus au centre de la salle ils lev�rent les yeux vers les vo�tes aux vastes plages multicolores entre leur cloisonnement de stuc dor�. Le dieu Mars s'y �lan�ait dans l'apoth�ose du soleil levant, et la clart� de son corps et de son visage �clatait en contraste avec les longues silhouettes noires des loups qui tra�naient son char.</p><p>��Oh�! Gontran�! s'exclama Ang�lique saisie. Oh�! il ressemble � Philippe.</p><p>Le peintre eut un sourire nonchalant.</p><p>��C'est vrai. Il m'a sembl� qu'aucun gentilhomme de la Cour ne pouvait me servir de meilleur mod�le. Cette beaut� invincible, s'�cria-t-il avec une soudaine ardeur, cette perfection du corps et des gestes, quelle jouissance de suivre son passage harmonieux parmi la grandeur de Versailles�!</p><p>Il r�va un instant. Puis se mit � rire.</p><p>��Tu n'as pas besoin de te rengorger comme une dinde. Je ne cherche pas � te flatter parce que c'est ton mari. Tu n'y es pour rien. Tu es belle aussi. Mais lui il est comme hors du temps. Il a cette majest� m�lancolique des statues de la Gr�ce...</p><p>��Tu l'as peint de m�moire�?</p><p>��La m�moire d'un peintre recr�e parfois d'une fa�on plus vivante encore que la r�alit�. Si tu veux je ferai aussi le portrait de ton fils Cantor.</p><p>Les yeux d'Ang�lique se remplirent � nouveau de larmes.</p><p>��Est-ce possible�? Tu l'as si peu connu�! C'est � peine si tu l'as rencontr� une ou deux fois.</p><p>��Je crois que je m'en souviendrai.</p><p>Il plissa � demi ses paupi�res pour recomposer une image lointaine.</p><p>��Il te ressemblait, il avait des yeux verts. Et puis tu me guideras.</p><p>Un homme s'approchait, v�tu de brun, les mains au dos.</p><p>��Le contrema�tre, glissa Gontran.</p><p>Ang�lique prit son air le plus altier pour expliquer que l'artisan avec lequel elle s'entretenait l'int�ressait, qu'elle voulait se l'assurer pour les travaux de son h�tel, et elle mit abondamment en avant M. Colbert et M. Perrault, contr�leur des b�timents du roi. Le contrema�tre se plia en deux � plusieurs reprises et assura qu'il �tait tout d�vou� aux ordres de M. Colbert et de M. Perrault. Elle trouvait � ses traits porcins l'expression dure et inintelligente d'un garde-chiourme.</p><p>En quittant Versailles elle se fit conduire � Saint-Germain. Elle voulait demander aux Montausier si Florimond pouvait se dispenser un ou deux jours par semaine de son service pr�s de monseigneur le Dauphin. Elle rencontrait toujours avec grand plaisir Mme de Montausier, qui nagu�re, lorsqu'elle �tait encore Julie d'Argennes, duchesse de Rambouillet, avait �t� la Pr�cieuse la plus en vue et recherch�e par tous les grands seigneurs de la Cour. On disait que Mlle de Scud�ry, dans son roman � clef�: ��Le Grand Cyrus��, l'avait peinte sous les traits de Cleomire et qu'elle avait inspir� des vers innombrables � Godeau, Voiture, Benserade et bien d'autres.</p><p>�galement remarquable par sa beaut�, par son go�t et ses vertus, elle �tait encore, malgr� les rides de l'�ge, tr�s charmante et pleine d'am�nit�. Ce qu'elle avait de moins sympathique, c'�tait certainement son mari, le duc de Montausier, s�v�re et aust�re et qui pratiquait un amour intraitable de la v�rit�, qualit� fort embarrassante dans un monde o� un peu d'hypocrisie �tait n�cessaire. N� dans la religion r�form�e, il avait abjur� en 1645 pour �pouser la belle Julie d'Argennes.</p><p>��Ce sont en g�n�ral ceux-l� les plus intransigeants��, pensa Ang�lique en se rem�morant ce d�tail.</p><p>��Ma pauvre ch�rie, lui dit Mme de Montausier, en l'embrassant, je vous vois en deuil et je sais pourquoi. Votre peine est de celles dont on finit par s'apaiser mais dont on ne se console pas. Moi-m�me vous m'avez vue bien �mue de la nouvelle. Ce petit gar�on avait toutes les qualit�s.</p><p>Elles parl�rent un moment de Cantor, et Ang�lique exposa sa requ�te pour Florimond. Mme de Montausier assura que le duc n'y verrait pas d'inconv�nient. Le voyage du dauphin, qui devait rejoindre son p�re en Franche-Comt�, avait �t� remis.</p><p>��On pr�voit que Sa Majest� n'envisage pas une longue campagne, cette ann�e. Les ��dames�� elles-m�mes n'ont pas �t� convi�es � la suivre.</p><p>La Cour ne s'�tait pas embarrass�e de l'�trange situation cr��e par l'av�nement de Mme de Montespan aux c�t�s de Mlle de La Valli�re. On disait ��les dames�� tout simplement en y adjoignant la reine par-dessus le march�, � l'occasion.</p><p>��Mme de Montespan s'est montr�e fort attrist�e de cette d�cision. Elle esp�rait �tre d�sign�e seule. Mais le roi ne r�pudiera jamais ouvertement La Valli�re. Du moins tant que la situation de Mme de Montespan risque de faire �clater un scandale...</p><p>��Un scandale s'�touffe.</p><p>��Pas toujours ma petite. C'est que le mari est intraitable. Personne ne s'y attendait mais c'est un fait. Pour un peu le roi se cacherait dans un placard quand M. de Montespan vient � la Cour. Il ne sait par quel bout le prendre. L'autre jour ce fou de Gascon a parcouru toute la grande galerie de Versailles en abordant les uns et les autres et en leur r�p�tant avec son accent in�narrable�: ��Je suis cocu, h� oui, les amis, je suis cocu, cocu et cocu avec un grand C...�� Vous riez et je suis contente de vous �gayer un peu. Mais Mme de Montespan est venue chez moi pleurer toute une journ�e. Elle dit que le roi s'est sauv� en Franche-Comt� � cause de cela... et elle n'a peut-�tre pas tort.</p><p>Sur ces entrefaites, celle dont on s'entretenait se pr�senta, suivie de Mlle Des�illet, sa suivante et du n�grillon Naaman qui portait le perroquet. Mme de Montespan ne prit pas le temps de saluer ses amies. Pour une fois son teint �clatant �tait brouill�. Elle avait, de plus, l'air hagard.</p><p>��Il para�t que mon mari me cherche�? dit-elle. Je suis venue me r�fugier chez vous.</p><p>��Ne vous affolez pas, voyons, ma pauvre amie, dit Mme de Montausier. Cela vous devient une obsession.</p><p>��Je n'en dors plus, g�mit Ath�na�s en s'effondrant sur un canap�. Je ne sais � quelle extr�mit� il va se porter un jour.</p><p>��Calmez-vous. Il fait chaud et cela vous rend nerveuse. Je vais faire venir des rafra�chissements. Vous vous sentirez mieux apr�s.</p><p>Mme de Montespan avec des petits soupirs consentit � tremper ses l�vres dans un verre de sirop d'orgeat. Mais elle demeurait aux aguets.</p><p>��Est-ce que vous n'entendez rien�?</p><p>Les quatre femmes se turent et tendirent l'oreille.</p><p>��Ma foi, il n'y a pas de doute, c'est bien notre Pardaillan, dit Ang�lique tandis que les �clats d'une voix de fanfare retentissaient dans les couloirs.</p><p>��Fermez la porte, je vous en conjure�! s'�cria Ath�na�s.</p><p>Mais Mme de Montausier n'eut pas le temps d'achever son geste. Repoussant brutalement le vantail et le petit n�gre Naaman qui se trouvait sur son passage, M. de Montespan fit irruption et se rua vers sa femme.</p><p>��Ah�! la voil�, cette coquine, cette p... N'esp�rez pas m'�chapper continuellement. Si je vous ai laiss�e en paix c'est que j'avais mes raisons. Mais maintenant ma vengeance est pr�te...</p><p>��Monsieur de Montespan, je crois que vous oubliez les usages, fit remarquer Mme de Montausier avec dignit�.</p><p>Le marquis lui ferma la bouche grossi�rement�:</p><p>��Vous, taisez-vous... C'est � celle-l� que j'en ai. � elle et au roi�!</p><p>Mme de Montausier poussa un cri et porta la main � son c�ur. Mme de Montespan, dans la bataille, savait faire face.</p><p>��Comment osez-vous prononcer le nom du roi sans rougir de honte, insolent�! Cria-telle.</p><p>��Ah�!... Parce que c'est moi qui devrais avoir honte�?</p><p>��Oui. Le roi s'est toujours montr� g�n�reux � votre �gard. Il ne m�rite pas d'avoir � traiter avec un mauvais sujet de votre esp�ce.</p><p>��Ce qu'il m�rite, je vais vous le dire, moi�! hurla Pardaillan. Il m�rite que vous lui colliez la v�role�!</p><p>Ath�na�s poussa un cri offusqu�:</p><p>��La v�role�?... Mais je ne l'ai pas�!</p><p>��Mais vous allez l'avoir, rench�rit-il avec un ricanement effrayant, parce que, moi, je l'ai, et je vais vous la passer, comme il se doit entre bons �poux.</p><p>��Au secours�! Il est fou�! cria Ath�na�s en se r�fugiant derri�re le canap�.</p><p>Son mari courait derri�re elle. Mme de Montausier �tait tomb�e � demi �vanouie d'horreur dans un fauteuil. Les valets et les servantes se pressaient aux portes6. Ang�lique, cramponn�e au bras du marquis, essayait en vain de le retenir et de lui faire entendre raison.</p><p>��Laissez-moi, rugissait-il... Cette gourgandine doit payer.</p><p>��Mais enfin, Pardaillan, c'est quand m�me vous qui l'avez voulu�?</p><p>��Quoi�? fit-il en interrompant sa poursuite. Quoi�? C'est de ma faute si je suis cocu�?</p><p>��Mais oui�! Parfaitement. Pourquoi n'avez-vous pas permis � Ath�na�s de s'�loigner de la Cour quand elle vous le demandait�? Vous l'encouragiez au contraire � rester et � plaire au roi. Et maintenant vous braillez. Vous n'�tes pas logique�!</p><p>��Logique�! fit-il avec un geste de trag�dien. Logique�! Qu'est-ce que la logique�? Ah�! Madame, vous ne connaissez pas les Gascons�!</p><p>��Dieu merci�!</p><p>��Il y a un monde entre ce qui pourrait �tre et ce qui est. Et je ne peux pas supporter ce qui est actuellement entre le roi et ma femme. Laissez-moi, vous dis-je. Je n'ai pas �t� chercher cette v�role au fin fond d'un bouge de la rue du Val-d'Amour pour qu'elle ne me serve � rien... Ah�! la vaurienne.</p><p>Mais, profitant du r�pit obtenu par Ang�lique, Mme de Montespan s'�tait enfuie.</p><p>��Remettez cela � plus tard, marquis, dit Ang�lique.</p><p>Elle le convainquit de l'accompagner, le ramena � Paris et le conduisit jusqu'au Palais du Luxembourg, o� la Grande Mademoiselle prit Pardaillan sous son aile en jurant qu'elle allait le ��gronder cruellement��.</p></section><section><p><strong>Chapitre 11</strong></p><p>De retour � son h�tel, un peu distraite par l'incident, Ang�lique eut la surprise d'y trouver M. de Saint-Aignan retour de Franche-Comt�, et qui avait un pli � lui remettre de la part du roi.</p><p>��Du roi�?</p><p>��Oui, Madame.</p><p>Ang�lique s'isola, pour lire la missive.</p><p>��Madame, �crivait le roi, la part que nous avons prise � la douleur qui vous a frapp�e en la personne de votre fils, mort � notre service, malgr� son jeune �ge, nous incite � nous pencher avec un int�r�t accru sur l'avenir de votre fils a�n�, Florimond de Morens-Belli�re. En cons�quence, nous avons d�sir� l'�lever � des fonctions importantes et l'attacher � notre maison comme page-�chanson sous les ordres de M. Duchesne, premier officier du gobelet. Nous serions heureux de le voir, sans attendre, assumer sa nouvelle charge aux arm�es, et nous d�sirons vivement que vous l'accompagniez en ce voyage.</p><p>��Louis.��</p><p>Mordillant sa l�vre inf�rieure avec perplexit�, la jeune femme s'attardait � contempler la signature, trac�e d'une �criture imp�rieuse�: LOUIS. Florimond �chanson du roi�! Les jeunes h�ritiers des plus grandes maisons de France se disputaient une telle charge, qui co�tait fort cher � acqu�rir. C'�tait un honneur sans pr�c�dent pour l'obscur petit Florimond que de s'y voir nommer. Il ne pouvait �tre question de refuser. Mais Ang�lique h�sitait � l'accompagner. Elle h�sita deux jours. Elle �tait ridicule de bouder ainsi une invitation qui lui permettrait de revoir Philippe et qui venait � point pour l'arracher � de tristes pens�es. Elle se rendit enfin � Saint-Germain pour y chercher Florimond. Mme de Montausier ne la re�ut pas. La pauvre femme �tait au lit, r�ellement malade � la suite des �motions caus�es par le marquis de Montespan. Toute la Cour faisait gorges chaudes de l'incident. Les quelques t�moins ne se montraient pas avares de d�tails et aurait-on voulu oublier l'affaire que le perroquet de la marquise se serait charg� de la rappeler aux quatre vents cardinaux�:</p><p>��Cocu�! Cocu�!�� criait l'oiseau, tr�s excit�. Ses grommellements �taient pleins d'onomatop�es sur le sens desquelles on ne pouvait se tromper et o� l'on distinguait nettement, revenant � tout propos�: ��V�role�! P...�!��</p><p>Les domestiques eux-m�mes se congestionnaient � force de retenir leur hilarit� en public. Mme de Montespan, courageuse, portait haut la t�te, et pour minimiser les ragots affichait de prendre les choses en riant. Mais quand elle vit Ang�lique elle se mit � pleurer, tout en s'informant de ce qu'�tait devenu son mari.</p><p>Ang�lique lui dit que Mademoiselle �tait parvenue � le calmer et que pour l'instant il avait promis de se tenir tranquille.</p><p>Ath�na�s essuya des larmes de rage.</p><p>��Ah�! si vous saviez�! Je suis tellement vex�e de voir que lui et mon perroquet amusent la canaille... J'ai �crit au roi. J'esp�re que cette fois il va s�vir.</p><p>Ang�lique eut un geste dubitatif. Elle ne jugea pas � propos de l'informer qu'elle-m�me avait �t� convi�e par Sa Majest� � rejoindre l'arm�e.</p><p>*****</p><p>Le carrosse atteignit Tabaux dans la soir�e. La nuit tombant, Ang�lique se fit conduire � l'auberge. Elle e�t pu rejoindre le camp, dont on apercevait les bivouacs s'allumant un � un � travers la plaine. Mais elle �tait fatigu�e apr�s deux jours de voyage par les routes d�fonc�es. Florimond dormait, le menton dans son jabot de dentelle frip�e, la tignasse en bataille. Il n'�tait pas pr�sentable. Les demoiselles de Gilandon dormaient, la t�te renvers�e en arri�re et la bouche ouverte. Malbrant-coup-d'�p�e ronflait comme un orgue. Seul l'abb� de Lesdigui�res gardait un maintien distingu� malgr� la poussi�re qui lui fardait les joues. La chaleur avait �t� p�nible et ils �taient tous sales � faire peur.</p><p>L'auberge se r�v�la bond�e, la proximit� de l'arm�e royale animant la petite bourgade. Mais pour la grande dame qui se pr�sentait l� avec son �quipage � six chevaux et tous ses gens les h�teliers se mirent en frais. On trouva deux chambres et une mansarde, dont le ma�tre d'armes se contenta. Florimond se logea avec l'abb� et dans l'autre pi�ce le lit �tait assez vaste pour accueillir Ang�lique et ses deux suivantes. Apr�s des ablutions abondantes, un repas solide � la lorraine avec la tarte au lard, les andouillettes, les petits choux verts au beurre et la compote de prunes, chacun se pr�para � un repos n�cessaire pour affronter, demain, le roi et la vie de cour aux arm�es.</p><p>C�te � c�te derri�re les courtines, les demoiselles de Gilandon avaient repris leur somme et Ang�lique, en peignoir, achevait de brosser ses cheveux lorsqu'on gratta � la porte. Ayant r�pondu d'entrer elle eut la surprise de voir se glisser dans l'entreb�illement la figure espi�gle de P�guilin de Lauzun.</p><p>��Toute belle, me voici�!</p><p>Il entra sur la pointe des pieds, un doigt lev�.</p><p>��Du diable si je m'attendais � vour voir, M. de Lauzun, dit Ang�lique. D'o� venez-vous donc�?</p><p>��De l'arm�e, pardi. � peine la nouvelle de votre arriv�e ici m'�tait-elle parvenue, port�e par la rumeur publique et les panetiers du village, que je pris mon fier coursier...</p><p>��P�guilin, vous n'allez pas encore m'attirer des ennuis�?</p><p>��Des ennuis, moi�? Qu'appelez-vous des ennuis, ingrate�? � propos, �tes-vous seule ici�?</p><p>��Non, fit Ang�lique en d�signant du menton les t�tes innocentes des demoiselles de Gilandon sous leurs bonnets � coques. Et d'ailleurs le serais-je que cela n'y changerait rien.</p><p>��Cessez donc de vous montrer hargneuse. Mes intentions sont pures, du moins en ce qui me concerne.</p><p>Il leva un regard de martyr vers le plafond�:</p><p>��Je n'agis pas pour moi h�las�!... Bon, ne perdons pas de temps. Il faut que vous exp�diiez vos petites pucelles ailleurs.</p><p>Pench� � son oreille il chuchota�:</p><p>��Le Roi est l�, qui veut vous voir.</p><p>��Le Roi�?</p><p>��Dans le couloir.</p><p>��P�guilin, vos gal�jades passent la mesure commune. Je vais finir par me f�cher.</p><p>��Je vous jure que...</p><p>��Vous pr�tendez que le Roi...</p><p>��Chut�!... Du calme voyons. Sa Majest� veut vous voir en secret. Mais vous comprenez bien qu'Elle ne doit pas risquer d'�tre reconnue par quiconque.</p><p>��P�guilin je ne vous crois pas.</p><p>��C'est trop fort�! Exp�diez-les, vous dis-je, et vous verrez si je mens.</p><p>��O� voulez-vous que je les exp�die�? Dans le lit de Malbrant-coup-d'�p�e peut-�tre�?</p><p>Ang�lique se leva et noua r�solument la cordeli�re de sa robe de chambre.</p><p>��Puisqu'il para�t que le Roi est dans le couloir, eh bien, je le recevrai dans le couloir.</p><p>Elle sortit et demeura d�contenanc�e devant la silhouette du gentilhomme qui se tenait pr�s de la porte.</p><p>��Madame a raison, dit la voix du roi derri�re son masque de velours gris. Apr�s tout, ce couloir n'est pas mal. �clair� juste ce qu'il faut, et d�sert. P�guilin, mon ami, voulez-vous aller au pied de l'escalier pour �carter les f�cheux qui pourraient se pr�senter�?</p><p>Il posa ses deux mains sur les �paules de la jeune femme. Puis, se ravisant, il �ta son masque. C'�tait bien le roi. Il souriait.</p><p>��Non, pas de r�v�rence, Madame.</p><p>Il lui reculait ses bracelets pour lui prendre les poignets et l'attirer doucement pr�s de la veilleuse qui br�lait devant une statuette dans sa niche.</p><p>��J'avais h�te de vous revoir.</p><p>��Sire, dit r�solument Ang�lique, j'ai d�j� signifi� � Mme de Montespan que je refusais de me pr�ter � ce r�le de paravent qu'elle m'avait si habilement d�volu, et je voudrais que Votre Majest� comprenne...</p><p>��Vous r�p�tez tout le temps la m�me chose, Bagatelle. Vous �tes pourtant assez intelligente pour trouver un autre th�me.</p><p>��...</p><p>��Allons, vous voyez bien qu'il ne s'agit ce soir ni de paravent... ni de com�die. Si je vous cherchais dans le but que vous me pr�tez, pourquoi prendrais-je la peine de me masquer et de me dissimuler pour vous joindre�?</p><p>La v�rit� de cet argument lui apparut et la laissa d�sempar�e.</p><p>��Alors�?...</p><p>��Alors, c'est tout simple, Madame. Je ne croyais pas vous aimer... mais vous m'avez charm� par je ne sais quel pouvoir insidieux et dont vous semblez vous-m�me ignorante. Et je ne peux oublier ni vos l�vres ni vos yeux... Ni que vous avez les plus jolies jambes de Versailles.</p><p>��Mme de Montespan est belle aussi. Tellement plus belle que moi. Et elle vous aime, Sire. Elle tient � Votre Majest�.</p><p>��Tandis que vous�?...</p><p>Un certain pouvoir de fascination �manait de ces prunelles avides o� veillaient deux �tincelles d'or. Lorsqu'il posa sa bouche sur la sienne elle voulut se d�rober, et ne le put. Le roi insistait, for�ait la d�fense de ses l�vres closes, de ses dents serr�es. Lorsqu'il eut r�ussi � la faire c�der elle perdit conscience, fouaill�e par la violence d'un d�sir de ma�tre, qui ne se connaissait pas d'entraves. Leur baiser se prolongea, br�lant, d�vorant. Il ne la l�cha pas avant qu'elle n'e�t r�pondu � sa passion. Enfin elle se retrouva libre, la t�te vid�e. Sans force, elle s'appuya contre la cloison. Ses l�vres tremblaient, brillantes et meurtries. Le roi sentit sa gorge se serrer sous l'empire du d�sir.</p><p>��J'ai r�v� de ce baiser, dit-il � mi-voix, des jours et des nuits. De vous voir ainsi avec votre t�te renvers�e, vos belles paupi�res closes, votre joli cou qui palpite dans la demi-lumi�re... Vous laisserai-je ce soir... Non, je n'en ai pas le courage. L'auberge est discr�te et...</p><p>��Sire, de gr�ce, supplia-t-elle, ne m'entra�nez pas dans une faiblesse qui me ferait horreur.</p><p>��Horreur�? Je vous ai pourtant sentie fort accessible, et il y a des consentements sur lesquels on ne peut se tromper.</p><p>��Que pouvais-je faire�? Vous �tes le roi�!</p><p>��Et si je n'�tais pas le roi�?</p><p>Ang�lique, toute sa v�h�mence revenue, le brava.</p><p>��Je vous aurais flanqu� une paire de gifles.</p><p>Le roi, furieux, fit quelques pas de long en large.</p><p>��Vous me rendez enrag�, ma parole. Pourquoi ce d�dain�? Suis-je un amant si imparfait � vos yeux�?</p><p>��Sire, n'avez-vous jamais song� que le marquis du Plessis-Belli�re �tait votre ami�?</p><p>Le jeune souverain baissa la t�te avec un peu de g�ne.</p><p>��Certes, c'est un ami fid�le, mais je ne crois pas lui causer grand dommage. Chacun sait que le beau dieu Mars n'a qu'une ma�tresse�: la guerre. Que je lui donne des arm�es et l'ordre de les conduire sur les champs de bataille, il n'en demande pas plus. Il est indiff�rent dans le domaine du c�ur et il l'a prouv� maintes fois.</p><p>��Il m'a prouv� aussi qu'il m'aimait.</p><p>Le roi se souvint des racontars de la Cour, et tourna en rond comme une b�te en cage.</p><p>��Mars frapp� par les traits de V�nus�!... Non, je ne puis y croire�!... Il est vrai que vous �tes bien capable d'accomplir ce genre de miracle.</p><p>��Et si je vous disais�: Sire, je l'aime, il m'aime. C'est un amour neuf et si simple. Le d�truirez-vous�?...</p><p>Le roi l'observa avec attention�; un combat se livrait entre ses passions autoritaires et sa conscience d'homme.</p><p>��Non, je ne le d�truirai pas, dit-il enfin avec un profond soupir. S'il en est ainsi, je m'inclinerai. Adieu, Madame. Dormez en paix. Je vous verrai demain, � l'arm�e, avec votre fils.</p></section><section><p><strong>Chapitre 12</strong></p><p>Philippe l'attendait au seuil de la tente royale. Grave dans son costume de velours bleu soutach� d'or, il s'inclina, lui prit la main et la conduisit, le poing haut lev�, � travers les groupes vers la table couverte de dentelles et d'orf�vrerie o� le roi allait prendre place.</p><p>��Je vous salue, Monsieur mon mari, dit Ang�lique � mi-voix.</p><p>��Je vous salue, Madame.</p><p>��Vous verrai-je ce soir�?</p><p>��Si le service du roi m'en laisse le loisir.</p><p>Son visage restait froid mais ses doigts serr�rent les siens d'un geste complice. Le roi les regardait s'avancer.</p><p>��Y a-t-il plus beau couple que le marquis et la marquise du Plessis-Belli�re�? dit-il � son grand chambellan.</p><p>��Sire, en effet.</p><p>��Ce sont aussi tous deux d'aimables et fid�les serviteurs, dit le roi tristement. M. de Gesvres le regarda du coin de l'�il.</p><p>Ang�lique plongeait dans sa grande r�v�rence. Le roi lui prit la main pour la relever. Elle rencontra son regard sombre qui la d�taillait, depuis sa coiffure blonde entrem�l�e de pierreries jusqu'� son fin soulier de satin blanc, d�passant la robe de brocart garnie de guirlandes de bleuets. Elle �tait la seule femme convi�e au souper du roi et parmi tous les seigneurs qui se pressaient l� il y en avait beaucoup qui, depuis de longs mois de campagne, n'avaient eu le plaisir de contempler une aussi jolie femme.</p><p>��Marquis tu es bienheureux, dit le roi, de poss�der pareil tr�sor. Pas un homme ce soir���et ton souverain est parmi eux���qui n'envie ta fortune. Au moins n'en es-tu pas d�daigneux, nous voulons l'esp�rer. La fum�e des combats, l'odeur de la poudre et la griserie des victoires t'ont parfois rendu aveugle, nul ne l'ignore, au charme du beau sexe.</p><p>��Sire, il y a certaines lumi�res qui peuvent rendre la vue aux aveugles et donner le go�t d'autres victoires.</p><p>��La r�ponse est bonne, dit le roi en riant. Madame, recueillez vos lauriers.</p><p>Il tenait toujours l'une des mains d'Ang�lique dans la sienne mais, d'un de ces gestes pleins de s�duction dont il avait le secret et qu'il se permettait plus volontiers dans l'atmosph�re famili�re des camps, il mit un bras autour des �paules de Philippe.</p><p>��Mars, mon ami, fit-il � mi-voix, le sort te comble mais je n'en serai point jaloux. Ton m�rite et ta fid�lit� me sont chers. Te souviens-tu de ce premier combat, quand nous marchions sur nos quinze ans, et que le souffle d'un boulet a enlev� mon chapeau�? Tu as couru sous la mitraille pour le ramasser.</p><p>��Sire, je m'en souviens.</p><p>��C'�tait folie de ta part. Et tu en as fait bien d'autres depuis � mon service.</p><p>Le roi �tait un peu moins grand que Philippe, brun pr�s de sa blondeur, mais tous deux se ressemblaient par les harmonieuses proportions de leurs corps souples et muscl�s, rompus comme ceux des jeunes gens de leur �poque par des exercices d'acad�mie, l'�quitation et le pr�coce apprentissage de la guerre.</p><p>��La gloire des armes peut faire oublier l'amour, mais l'amour peut-il faire oublier l'amiti� des armes�?</p><p>��Non, Sire, je ne le crois point.</p><p>��Telle est aussi mon opinion... �a, Monsieur le Mar�chal, c'est assez philosoph� pour nous autres soldats. Madame, mettez-vous � table.</p><p>Philippe restait debout, assistant le grand chambellan. Seule femme de l'assembl�e, Ang�lique, � la droite du roi, faisait figure de reine. Le chaud regard du roi guettait son profil pench�, et le reflet du lourd pendant d'oreille qui � chacun de ses mouvements caressait d'un �clair sa joue velout�e.</p><p>��Vos scrupules, Madame, sont-ils apais�s�?</p><p>��Sire, la bont� de Votre Majest� me confond.</p><p>��Il ne s'agit pas de bont�. H�las, Bagatelle ma ch�re que pouvons-nous contre l'amour�? dit le roi sur un ton de passion triste. C'est un sentiment qui ne conna�t pas de demi-mesure. Si je ne puis agir avec bassesse, je suis contraint d'agir avec grandeur et tout homme ordinaire, dans mon cas, s'y trouverait contraint de m�me... Avez-vous remarqu� combien votre fils remplit bien son office�?</p><p>Il lui d�signa Florimond qui assistait le grand �chanson. Quand le roi demandait � boire, le grand �chanson averti par le contr�leur ordinaire allait prendre au buffet un plateau sur lequel �taient pr�par�s une carafe pleine d'eau, une autre pleine de vin et un verre � pied, puis il s'avan�ait vers le grand chambellan, pr�c�d� du petit page qui portait ��l'essai��. C'�tait une tasse d'argent dans laquelle le grand chambellan versait un peu d'eau et de vin. Le chef de l'�chansonnerie la buvait. Preuve �tant faite ainsi que la boisson du roi n'�tait pas empoisonn�e, on remplissait son verre, tenu pieusement par Florimond. Le petit gar�on s'acquittait de ces rites avec une gravit� d'enfant de ch�ur. Le roi lui adressa deux mots, le f�licitant de son adresse et Florimond remercia en inclinant sa t�te boucl�e.</p><p>��Votre fils ne vous ressemble pas, avec ses yeux et ses cheveux noirs. Il y a en lui la gr�ce brune des gens du Sud.</p><p>Ang�lique p�lit et rougit. Son c�ur se mit � battre de fa�on d�sordonn�e. Le roi posa sa main sur la sienne.</p><p>��Comme vous �tes �motive�! Quand donc cesserez-vous de craindre�? Vous n'avez pas encore compris que je ne vous ferai aucun mal�?</p><p>En se levant, la main qu'il posa sur sa taille pour la faire passer devant lui la troubla plus qu'un geste os�.</p><p>Elle revint avec Philippe � travers le camp o� les feux des bivouacs m�laient leurs rougeoiements au halo dor� des chandelles qu'on allumait sous les tentes des princes et des officiers.</p><p>Celle du mar�chal du Plessis �tait de satin jaune rebrod�e d'or. Une merveille d'�l�gance guerri�re qui abritait deux fauteuils de bois pr�cieux, une table basse � la turque, des coussins de lam� d'or pour s'asseoir. Le sol �tait recouvert de tapis somptueux, et une sorte de divan �galement garni de tapisserie conf�rait � l'ensemble un luxe oriental. Un luxe qui avait �t� plus d'une fois reproch� au beau marquis. Le roi en campagne n'�tait pas si bien log� que lui, mais le c�ur d'Ang�lique s'attendrit, �mu par une soudaine r�v�lation. Ne fallait-il pas plus de force d'�me, d'intransigeante volont�, pour charger l'ennemi en col de dentelle et pour para�tre, au soir d'une bataille, les doigts bagu�s, la moustache parfum�e, les bottes �tincelantes, que pour accepter la sueur, la crasse et les poux comme les in�vitables compagnons des campagnes militaires�?</p><p>Philippe d�grafa son baudrier. La Violette entra, suivi d'un adolescent qui �tait en service pr�s du mar�chal. Ils dispos�rent une collation de fruits, de vins et de g�teaux sur la table. Le valet s'approcha de son ma�tre pour l'aider � se d�v�tir, mais celui-ci d'un geste impatient le renvoya.</p><p>��Dois-je faire appeler vos femmes�? demanda-t-il � Ang�lique.</p><p>��Je ne crois pas que ce soit n�cessaire.</p><p>Elle avait laiss� les demoiselles Gilandon et Javotte � la garde de l'aubergiste, n'amenant que la Th�r�se, qui �tait une fille peu farouche. Apr�s avoir aid� sa ma�tresse � rev�tir ses atours, elle avait d'ailleurs disparu et il serait vain sans doute de partir � sa recherche.</p><p>��Vous m'aiderez, Philippe, dit Ang�lique avec un sourire. Je crois que j'ai encore bien des choses � vous apprendre dans ce domaine.</p><p>Elle s'approcha de lui pour poser sa t�te d'un geste c�lin sur son �paule.</p><p>��Content de me revoir�?</p><p>��H�las�! oui.</p><p>��Pourquoi h�las�?</p><p>��Vous prenez trop de pouvoir sur ma pens�e. Je fais connaissance avec les tourments inconnus de la jalousie.</p><p>��Pourquoi vous tourmenter�? Je vous aime.</p><p>Il posa son front sans r�pondre sur son �paule. Dans la p�nombre Ang�lique revoyait les yeux br�lants du roi.</p><p>Au-dehors un soldat se mit � jouer sur son fifre une ritournelle m�lancolique. Ang�lique frissonna. Il faudrait s'en aller, quitter Versailles et ses f�tes, ne plus voir le roi.</p><p>��Philippe, dit-elle, quand reviendrez-vous�? Quand apprendrons-nous � vivre ensemble�?</p><p>Il l'�carta pour la regarder avec ironie.</p><p>��Vivre ensemble, r�p�ta-t-il, est-ce une chose compatible avec l'�tat de mar�chal des arm�es du roi et de grande dame � la Cour�?</p><p>��Mais je voudrais quitter la Cour et me retirer au Plessis.</p><p>��Voil� bien l'engeance�! Il fut un temps o� je vous priais � grands cris de retourner au Plessis et vous vous seriez fait plut�t hacher menu que de m'ob�ir. Et maintenant il est trop tard�!</p><p>��Que voulez-vous dire�?</p><p>��Vous poss�dez des charges importantes. Le roi vous a accord� l'une d'elles gracieusement. Vous en d�mettre le m�contenterait fort.</p><p>��C'est � cause du roi que je veux m'�loigner, Philippe, le roi...</p><p>Elle leva les yeux et lui vit un regard fig�, comme s'il se f�t subitement �loign� d'elle.</p><p>��Le roi, r�p�ta-t-elle avec anxi�t�.</p><p>Elle n'osa pas aller plus avant et machinalement commen�a � se d�v�tir. Philippe paraissait plong� dans une r�verie lointaine.</p><p>��Avec ce que le roi lui a dit ce soir, il comprendra, songea-t-elle... S'il n'a pas compris d�j�... depuis longtemps... Bien avant moi peut-�tre�?��...</p><p>Il s'approcha cependant de la couche o� la jeune femme s'�tait agenouill�e tandis qu'elle d�nouait ses cheveux et il ne repoussa pas les deux bras qu'elle levait vers lui pour les nouer � ses �paules.</p><p>Les mains du jeune homme cherch�rent les formes souples du beau corps qu'elle offrait, nu, sous une �toffe l�g�re. Il caressa la taille cambr�e, le dos moelleux au sillon ti�de et revint aux seins �panouis, un peu lourds depuis sa derni�re maternit� mais qui demeuraient fermes et tendus.</p><p>��Morceau de roi, en effet, dit-il.</p><p>��Philippe�! Philippe�!</p><p>Ils rest�rent un long moment silencieux et comme frapp�s d'une crainte indicible. Quelqu'un h�la au-dehors�:</p><p>��Monsieur le Mar�chal�! Monsieur le Mar�chal�!</p><p>Philippe alla au seuil de la tente.</p><p>��On vient d'arr�ter un espion, expliqua l'envoy�. Sa Majest� vous r�clame.</p><p>��N'y allez pas, Philippe, supplia Ang�lique.</p><p>��J'aurais belle mine de ne pas me rendre � l'appel du roi, protesta-t-il en riant. � la guerre comme � la guerre, ma jolie. Je me dois d'abord aux ennemis de Sa Majest�.</p><p>Pench� sur un miroir, il lissa sa moustache blonde et remit son �p�e.</p><p>��Qu'�tait-ce donc ce refrain que chantait votre fils Cantor�?... Ah�! Oui.</p><p><emphasis>Adieu mon c�ur�! Adieu ma vie</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Adieu mon esp�rance</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>Puisqu'il nous faut servir le roi</emphasis></p><empty-line/><p><emphasis>S�parons-nous d'ensemble.</emphasis></p><p>Elle l'attendit en vain cette nuit-l� dans la tente rebrod�e d'or et finit par s'endormir sur l'�pais divan couvert de soieries. Lorsqu'elle s'�veilla la clart� du jour, irradi�e � travers les parois de satin jaune, r�pandit une intense lumi�re qui lui fit penser que le soleil brillait vif. Mais en sortant elle vit un matin brumeux et triste dont les nuages gris se refl�taient dans de larges flaques. Il avait plu. Le camp boueux �tait quasi d�sert. On entendait un appel de la diane dans le lointain, et le bruit incessant de la canonnade. Sur son ordre, Malbrant-coup-d'�p�e lui amena son cheval de selle. Un militaire lui indiqua le chemin du plateau.</p><p>��De l�-haut, Madame, vous pourrez suivre les op�rations.</p><p>Elle y trouva M. de Salnove, qui avait dispos� ses troupes sur le rebord de la falaise. � droite, se profilant sur le ciel nuageux o� commen�ait d'�merger un timide soleil, un moulin � vent tournait lentement ses ailes.</p><p>En s'approchant Ang�lique d�couvrit le panorama d�j� familier de la bourgade assi�g�e avec sa ceinture de remparts rassemblant ses toits d'ardoises, ses clochers pointus et ses tours gothiques. Une jolie rivi�re lui faisait une �charpe blanche. Les batteries fran�aises �taient rang�es en amont de la vall�e�; l'on pouvait apercevoir trois haies de canons prot�geant les formations d'infanterie dont les casques et les hautes piques accrochaient avec mille �tincelles la lumi�re du soleil. Une estafette lanc�e au grand galop traversait la plaine. Un groupe chatoyant allait et venait � l'avant-garde des lignes. M. de Salnove le d�signa � Ang�lique du bout de sa cravache.</p><p>��Le roi s'est rendu lui-m�me aux avant-postes, de tr�s matin. Il a la conviction que la garnison lorraine ne va pas tarder � se rendre. De la nuit Sa Majest� et ses officiers d'�tat major n'ont pas pris un instant de repos. On avait arr�t� hier soir un espion qui laissa entendre que la garnison essaierait d'attaquer, la nuit m�me. Il y a eu en effet des vell�it�s mais nous veillions et ils ont d� renoncer. Ils ne vont pas tarder � se rendre.</p><p>��Le bombardement me para�t cependant tr�s rude�?</p><p>��Ce sont les derniers feux. Le gouverneur de Dole ne peut pas s'avancer l'arme basse sans avoir auparavant �puis� toutes ses munitions.</p><p>��Mon mari pensait la m�me chose hier au soir, dit Ang�lique.</p><p>��Je suis content qu'il partage mon opinion. Le mar�chal a le flair de la guerre. Je crois d�cid�ment que nous pouvons nous pr�parer � souper victorieusement dans Dole ce soir...</p><p>L'estafette qu'ils avaient aper�ue tout � l'heure apparut au tournant du chemin. L'homme cria, en passant�:</p><p>��Monsieur du Plessis-Belli�re est...</p><p>Il s'interrompit � la vue d'Ang�lique, tira sur les mors et revint en arri�re.</p><p>��Qu'y a-t-il�? Que se passe-t-il�? interrogea-t-elle effray�e. Il est arriv� quelque chose � mon mari�?</p><p>��Oui.</p><p>��Que se passe-t-il�? insista Salnove. Qu'est-il arriv� au mar�chal�? Enfin, parlez, Monsieur. Le mar�chal est bless�?</p><p>��Oui, dit l'enseigne essouffl�, mais ce n'est pas grave... Rassurez-vous. Le Roi est pr�s de lui... M. le mar�chal s'est expos� avec une grande imprudence et...</p><p>Ang�lique d�j� lan�ait sa monture dans le sentier de la colline. Elle faillit vingt fois se rompre le cou avant de parvenir en bas et, une fois l�, laissa flotter les r�nes, lan�ant son cheval � toute allure � travers la plaine.</p><p>Philippe bless�!... Une voix criait en elle�: ��Je le savais... Je le savais que cela arriverait.��</p><p>La ville se rapprochait et les canons, et la herse des piques de l'infanterie dispos�e en carr�s immobiles. Elle n'avait d'yeux que pour le groupe des uniformes chamarr�s, agglom�r�s l�-bas pr�s des premiers canons.</p><p>Comme elle s'approchait, un cavalier se d�tacha et vint � sa rencontre. Elle reconnut P�guilin de Lauzun. Elle lui cria, haletante�:</p><p>��Philippe est bless�?</p><p>��Oui.</p><p>Parvenu � sa hauteur il expliqua�:</p><p>��Votre mari s'est expos� d'une fa�on insens�e�! Le Roi ayant �mis le d�sir de savoir si un simulacre d'assaut h�terait la reddition des assi�g�s, M. du Plessis a dit qu'il voulait reconna�tre le terrain. Il s'est �lanc� sur le glacis que le feu des canons ennemis ne cesse de balayer depuis l'aube.</p><p>��Et... c'est grave�?</p><p>��Oui.</p><p>Ang�lique s'aper�ut que P�guilin avait plac� son cheval en travers du sien pour l'emp�cher d'avancer. Une chape de plomb descendit sur ses �paules. Un froid mortel l'envahit et son c�ur se brisa.</p><p>��Il est mort, n'est-ce pas�?</p><p>P�guilin inclina la t�te.</p><p>��Laissez-moi passer, fit-elle d'une voix sans timbre. Je veux le voir.</p><p>Le gentilhomme ne bronchait pas.</p><p>��Laissez-moi passer�! cria Ang�lique. C'est mon mari�! J'ai le droit�! Je veux le voir.</p><p>Il s'approcha d'elle et d'un bras lui ramena doucement le front contre son �paule dans un geste apitoy�.</p><p>��Vaut mieux pas, ma mignonne, vaut mieux pas, murmura-t-il. H�las�! notre beau marquis�!... Il a eu la t�te emport�e par un boulet�!</p><p>*****</p><p>Elle pleurait. Elle pleurait d�sesp�r�ment, abattue sur le divan o� cette nuit elle l'avait attendu en vain.</p><p>Elle refusait les consolations, refusait qu'on l'entour�t de paroles beno�tes et stupides. Ses suivantes, ses serviteurs, Malbrant-coup-d'�p�e, l'abb� de Lesdigui�res, son fils, demeuraient devant la tente, atterr�s d'entendre le bruit de ses sanglots. Elle se disait que c'�tait impossible, et pourtant elle savait d�j� que cette disparition �tait in�luctable. Et elle ne pourrait m�me plus prendre sur son c�ur, une seule fois, en un geste maternel qu'elle avait tant r�v�, un front p�le et glac� qui n'avait jamais connu de tendresse, baiser ses paupi�res aux longs cils, closes � jamais, et lui murmurer tout bas�: ��Je t'ai aim�... toi le premier, dans la fra�cheur de mon c�ur d'adolescente...��</p><p>Philippe�! Philippe en rose. Philippe en bleu. V�tu de neige et d'or. Perruque blonde. Talons rouges. Philippe et sa main pos�e sur les cheveux du petit Cantor... Philippe la dague au poing, et sa main sur la gorge du fauve. Philippe du Plessis-Belli�re, si beau que le roi l'appelait Mars et que le peintre l'a immortalis� aux plafonds de Versailles dans son char tir� par les loups. Pourquoi n'�tait-il plus�? Pourquoi s'en �tait-il all�? ��Dans un souffle de vent��, comme disait Ninon. Dans le souffle terrible et br�lant du vent de la guerre. Pourquoi s'�tait-il expos� ainsi�? Les termes semblables dont s'�taient servis l'estafette et le marquis de Lauzun lui revinrent en m�moire. Elle se redressa un peu.</p><p>��Pourquoi, Philippe... murmura-t-elle, pourquoi as-tu fait cela�?...</p><p>Le pan soyeux � l'entr�e retomba et elle vit devant elle M. de Gesvres, le grand chambellan, inclin�.</p><p>��Madame, le Roi est l� qui d�sire vous adresser tous ses regrets et l'expression de son immense peine.</p><p>��Je ne veux voir personne...</p><p>��Madame, c'est le Roi.</p><p>��Je ne veux pas du Roi, cria-t-elle, et surtout de ce troupeau de canards dandinants et cancanants qu'il tra�ne derri�re lui et qui vont me regarder sous le nez en se demandant lequel prendra la succession du mar�chal.</p><p>��Madame... fit-il, suffoqu�.</p><p>��Allez-vous-en�! Allez-vous-en�!</p><p>Elle se rejeta en arri�re, le visage enfoui dans les coussins, vid�e de chagrin, d�prise de tout, incapable de r�fl�chir et de se ma�triser un peu pour faire face � la vie qui continuait. Deux mains sur ses �paules, qui la relevaient avec fermet�, lui procur�rent dans le vertige o� elle sombrait une r�confortante impression d'apaisement. Pour Ang�lique il n'y aurait jamais de meilleure consolation que l'appui d'une �paule d'homme, solide et rassurante. Elle crut que c'�tait Lauzun, et sanglota tout haut parmi les plis du justaucorps de velours brun qui fleurait l'iris.</p><p>La violence de son d�sespoir se calma enfin. Elle leva les yeux rougis et rencontra un regard brun et profond, habitu� � briller d'�clairs moins doux.</p><p>��J'ai laiss� ces... messieurs � la porte, dit le roi. Je vous en prie, Madame, ma�trisez votre douleur. Ne vous laissez pas accabler par le d�sespoir. Votre peine me bouleverse...</p><p>Ang�lique tr�s lentement se d�gagea. Elle se redressa et reculant de quelques pas, demeura adoss�e, debout, � la paroi d� satin dor�. Ainsi nimb�e d'or, avec sa robe sombre, son visage p�le et douloureux, elle ressemblait � l'une de ces enluminures anciennes o� des personnages raidis pleurent au pied de la croix.</p><p>Mais ses yeux, fix�s sur le roi, devenaient de plus en plus brillants, comme des escarboucles, et prenaient un �clat dur. Cependant quand elle parla son ton �tait mesur�:</p><p>��Sire, je supplie Votre Majest� de m'accorder la permission de me retirer dans mes terres... au Plessis.</p><p>Le roi h�sita imperceptiblement.</p><p>��Je vous l'accorde, Madame. Je comprends votre d�sir de solitude et de retraite. Partez donc au Plessis. Vous pourrez y demeurer jusqu'� la fin de l'automne.</p><p>��Sire, j'aurais voulu me d�faire de mes charges.</p><p>Il secoua la t�te avec douceur.</p><p>��N'agissez pas sous l'impulsion de votre d�couragement. Le temps calme bien des blessures. Je ne mettrai pas vos charges en vacation.</p><p>Ang�lique eut un faible signe de protestation. Mais l'�clat de ses yeux s'�tait �teint sous ses paupi�res ferm�es et de longues larmes tra�aient � nouveau leurs sillons brillants sur ses joues.</p><p>��Donnez-moi votre accord de retour, insista le roi.</p><p>Elle demeura silencieuse, sans un mouvement. Seule sa gorge �tait agit�e de sanglots muets et convulsifs.</p><p>Le roi la trouva merveilleusement belle. Il eut peur de la perdre � jamais et il recula, renon�ant � lui arracher une promesse.</p><p>��Versailles vous attendra, fit-il avec douceur.</p><p><strong>� suivre</strong></p><p>1 Cf. ��<emphasis>Ang�lique, Marquise des Anges��</emphasis>.</p><p>2 Les ��Capitouls�� �taient dans le Sud-Ouest l'�quivalent des ��maires�� dans le Centre, mais avec des attributions plus dictatoriales.</p><p>3 Toi aussi, Brutus. Mot c�l�bre de C�sar lorsqu'il s'aper�ut de la trahison de son meilleur ami.</p><p>4 Appel�e depuis Madagascar.</p><p>5 La livre valait environ 1 000 francs d'aujourd'hui. Il n'�tait pas rare de voir des gens perdre de pareilles sommes au jeu.</p><p>6 Historique.</p></section></body><binary id="cover" content-type="image/jpeg">/9j/2wBDAAUDBAQEAwUEBAQFBQUGBwwIBwcHBw8LCwkMEQ8SEhEPERETFhwXExQaFRERGCEYGh0dHx8fExciJCIeJBweHx7/2wBDAQUFBQcGBw4ICA4eFBEUHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh7/wAARCAPoAooDASIAAhEBAxEB/8QAHQAAAQQDAQEAAAAAAAAAAAAABAIDBQYAAQcICf/EAF0QAAIBAwMCBAIFBwYHDAgDCQECAwAEEQUSIQYxEyJBUQdhCBQjMnEVQlKBkbLRM2KUobHBFiRDcnSCkiU0NURTVGRzk6LC4RcnNjdjdYTSGCZFVYMoZbPwo8Pi/8QAGwEAAgMBAQEAAAAAAAAAAAAAAgMAAQQFBgf/xAA1EQACAgIDAAICAgECBAUEAwAAAQIRAyEEEjEiQQUTMlFhFCMzQnGBBhUkUqFiscHhkdHx/9oADAMBAAIRAxEAPwDkPV2q6omv34XU70YuZP8ALt+kfnVbXVtWMh3ane/9u38alurpBJrF8cc/WZM/7RquRsBIc9qYN+iVGr6qGz+VL3AH/Lt/Gkxaxqzkk6pe4/69v40LIF8IH3oZSV4xxRKKK+iTudV1UdtVvf8At2/jQkus6sB/wpe/9u38aHHDEn1q3/D/AOH131PBcapfXcWlaFbfy97P2/BfegyZIY9yYUISl4VaHWNWIwNTvSf+vf8AjT8Op61nP1/UP+1f+NXW766+HXRYNt0f03Dr94P/ANR1EZH+qtR3/wCIHrJPLbWGgwR/opp6VmXJk/I//P8A+h/64r7v/p//AKisza3qgfDanqA/G4f+NIk1jUyv/Cl9/SH/AI1edJ+L2g66fq/X/RemXUJ/4zZR+DKn7Kd65+G9u+iHqvoW+Gr6EeWj/wAtB+NEuVFOpqinjX/K7Oe/lnVR/wDql7/27fxpY1nVf/2pe/8Abt/Gokkl8EYp0naK1CyRk1jVQMDVL3+kN/GtLrGruv8Awpe4/wBIb+NAZDCkM5Tyj1qAEpHrerLkLql7x/0hv40pdc1dWyNUvcj/AKQ38aiFO0/jSZi4IK0JbJSbXtbd/Nqt/wD0h/41pdZ1fP8Awrf/ANIf+NR6yEkbq3LngrRJAR0Gvq+rA5Oq339If+Na/LWqsMflW+/pD/xqOkLnvWQ/eqBVZKjVNXUA/lW9/pD/AMa0+sats/4Uvf6Q/wDGgwccUwzHJXFWiEtHrGrmMn8q3v8ASH/jSW1jV9g/3Uvv6Q/8ajSDt71m7MYUD+qqZaJE6vqx7ape/wBIb+NKXV9VHH5Uvf6Q38ajFyDzSlDM2fSoWSDatqxfP5Uvf6Q38aX+WNVBx+VL3n/pDfxqPOe1NncDmrRRKNrOrJHs/Kt6f/qG/jTcerargkare/0hv41HFTWRg7uasjDzqurA5OqXv9Ib+Nb/ACvq5HGqXv8ASG/jQLg7sCsIwMVVEQe2sasFAGp3v9If+NabV9Xxgape8/8ASH/jQB+5gHmtFvKAO9REToNOr6urBTqt7n/SH/jWflfVt+06te/0h/41HEEtk96V91gSOajISZ1fVQMflS9z/pDfxpsa1q+/H5Uvc/6Q38aAJPekEkc+tUWSh1rVgf8AhS9z/pDfxpKavqpJY6pe/wBIb+NRrklPnWRk4xQshKnWdT7flO9/pDfxrTazqwIA1S9/pDfxqOIyO1YUIIzVslEn+WNWHJ1W9/pDfxpz8sap4WfynfZ/0hv41FBSeKIRNsfIqUUFHV9YK8are/0hv40g6xrCqd2qXp/+ob+NDuvFMt2IHNU40QObWtU28ape/wBIb+NJGtauRj8qXv8ASG/jQSR5BzSAjB+O1VSLRIrrWrq3OqX39If+NO/lzViP+FL7H+kP/GovaW82OPwrN2PTip4Rhp1vVdx/3Uvcf6Q/8aVDrGr78/lS+x/pD/xqO27zxWwxXgCrRCUfWdUzkapff0h/40h9b1Q8DVL4f/UP/Go1S1bIJ78UeiEh+VtVHP5Vvj/9Q/8AGsOraqRn8q339If+NALwD60kjknNRJFIkl1rViMflS9/pDfxrcur6sWGNUvf6Q38ajYRkGnQADRpNoF6JJdY1YJ/wpe/0hv40x+WNXLnGqXv9Ib+NB5yCKTDjJzRJOiUSUWraqQc6rff0hv402+sasO2q339Ib+NCkgA4odnHrVtUVdkg2r6rjP5Vvv6Q38a0ur6qVP+6t9/SG/jQAII71vICnFAy0wwavq5P/Ct9x/0h/40ptZ1cjH5Vvv6Q/8AGo8du9YRnse1UrDqw+PVtXJydVvuP+kP/GnF1fV93Oq339If+NRqtlsA0vPm/CpBMgadZ1YdtVvv6Q/8aw6zq7DjVb7+kP8AxoE8sa1GTkjirKbCTrGsAkHVb7+kP/GlrrGsBOdWvv6Q/wDGg3HPetNtA70D0CtkhBrGrEHOqX39Ib+NO/lfViP+FL7j/pD/AMajI3xgU/EwyRVrZbCzrOrFh/upfY/0hv40uXV9VwP91L7+kP8AxoD7x7cVqQjO0GiogV+W9XGf91L7+kN/GkR69qzZH5Uvh/8AUN/GgGO1j603j1HFDItMlTrWr5wNVvv6Q/8AGlw65rCgg6pfH/6h/wCNQwYhuTREcgyBUSJZYl6h1XGW1O9D+/1hv40Idc1jP/C2of0lv41Gb63vqrLLJ1E6nWdSwePrEmP9o1AYB7Nz+NS/U/k1zUIx6XMn7xqE7SFfcUP0V6x6eXEQUNn9dNwyMTtzSXQeHkHkUmEjIPrV2T7LR8P+mrnqzq2y0WDgSvmVv0EHc1JfHPrKO81L/AvpnMXT2l/ZJHF/lnHdjVl+D8w6c+HPWvWTcXSW31OzPzbv/XVe+iybW4+K0MGpWkVzb3kTxN4ibsOfMP7DXK5GVucpP/lNUI/X9lD6c6Xl1JjeXPiW1qDySO9W5emNAgsvFcR7B3keukdZ6Ja6V9JFNDlEQ0K6KXzwdkVVG5xj8RRv0ddI07rT4ndS9RzWMLaRDMwtLY/cVmOAdv4VizTzSt3SPQ8Hm8HiQT/V2k/W/wD7V4cnfp/QZ7YiERH+ej1MfDXWNS+H2tLdadfNfaU5xqFgfVKm/pD2EHTPxiezit1jstUihkWOPgI2cGrL9K630npTTemLzQ7C2s5JHbxvCTb4i4Xg/tpcI5/2qPbTT/z/AEaOb+Q/HcnBGsKTfrWq3S89Of8Ax56QtNE1a16h0If7haynj2v8xvVa5ufOyk13ezki6x+jxrmn4+10TZfWQxzs9f8AxVwiDzop9a6/BzynjqT8PLcvC8ORxZvaRWL5u/eitgZMfnUM6FWyK3syWJfkgDvXXOl/gB1vr2hWmrxGxghuoxIiSyEMFPbIxxVL+FHTUnVfXemaQqllklDS/JBy39Vez+t+tLXo/WuldCRI1i1CXwZE9VQDAP7axZ8sotKIyKTVs8S9edJ6r0f1FNomroq3EWCGQ5V1PYg1LfDDoDU+vtVn07TJ4IZIIfFYzEgYzj0rvf0xOkxeaVY9UW8PntPsZz/NPb+uqj9DQD/DrUh/0L/xrUlmf6uyKSt0QXVn0e+rNA6eutYe6tLmO3G9kjyW2/srjSAgkEc19Bun+poNW6v6l6WvsGSxcbI/04XQD+3NeQPjv0SejOuri3hi22N0TNbfJT6fqo+Pm7WpelNUSek/BXVtR+HX+GcWq2wt/qrXHg7Du4zx/VRHQfwG6h6r6bt9dtNSsYIbgttSTduABI5wPlXbvh9z9GFv/lU//ioz4Q6nJov0ebfU4lDyW9pNNz8mJpL5ORr37DcUnR5i+LXwz1v4f3FompyQ3EN0pMc0OduR3U5Hfmqt0pok/UPUVjotrIkc15MsSs/YEnua9qfETSLL4o/CMSWYErzW63Nq4/MkxyP7RXkv4UW81j8WdCt5wY5YtSjVx/rU6GVyg39oGqZM/EX4P610ZdaTbXN9a3cupzeDEsQPByBzn8RVkg+jj1syAmfTFz/8Y/8A211P6SP/ALS9C/8AzL/xJU/9I3XtX6d+H0d7oty9tcG7jQunfaQc0v8AdJpf5LdI4nH9GvrFj5r/AEwf/vj/APbXPPih0JqXQWqxabqc8E8ssXiqYSSMZx6/hUjcfFj4jZ/9pr/9o/hVV6n6h1rqK8S71rUZ72dV2K0rZwPatMFJPbAbTIaM8eat558tSHTug6r1Dqcem6PZy3dzJ2SNc4+Z9hXT4/o6/EA2njuuno2M+F4+Wop5FB0wkrVnIWJY59K043DCZzV5m+E3XcWtPpJ0G5edF3eRcqR757V6C6P+DGk6T8L5559I8bqW605uLjzeHKy/dX2ocmeMaKULPIRTHendM0+81O+isrC3kuLmVgsccalmY/ICp3rLovqbpgxSa7pslkkxPh7/AM7Hf+2u2/Qq0CwnutY124iWS5t9kMO4fyYOSSPme1VkyqEOxcVborfTv0b+sr228fULux0/+ZISzf1UN1R9HrrfS7V7qzW31KNBnEDYb9hq5/SZ66610PrA6Xpd7cabpwjVozGP5X9dCfA7453FhJd2PXWqtNZ+HmCd03OG/R4pClkS7F6ejifSnSGu9Ta/JoWmWTtfxqzPExCldpwc5q4/+gL4klsfkdce/jJ/GuufDXV+mte+kddar00fEt5tNYyHw9n2mRuor6THxM6p6H1zTLLQJ4IoriBnk3xBjndj1qnmk5KKRapI4y3wA+IwHGmQ/wBIT+NQ3SXwo6u6h1LU7DTraJp9NlEVwrSAbWyR/canf/T58Rh31KH+jp/CurfQ+v7vVpOqtVvX8S4ubiN5G9282auWScY2yKmzmP8A+Hj4id/qVv8A0haD1P4F/EOxtnnOkGcL+bE4Y/210b46fGDrXpb4j3ui6Pd28VnAke1HgDHJUE8/rq1fRy+KWvdc6je6TrlvA8kMQlSeFNoxnBDD9Yq/2ZUu1EUkeS7uzuLO6e2uonhmjba6OMEGr18Pvhb1X1piXTrIw2f/ADmfyofw9/1V2X4tdA2PUXx30KyUYF1B9YvcfoI39/ar18Y+roPhn0NBFpMEUU8h8Gzj/NTA5OPlVy5DdRitsnWjk7fRm1Ixf+01qH/R8Bv41Quvfgz1X0dbSX1zGl3Yr/loecfiPSoi4+J3Xcl/9d/wlvhLnP8AKeX9navS3w6+LXTOv9AxRdXatp8OoFfDuI5W++Pf9dDOc8XuwVJM8yfD74e9RdatdLocCSG22+IXcKBnOP7Ktg+j58QCcfV7MH/SFrqv0XYbGDqTrJNLlE1l9aTwHHquWxVU+PHxR626b+JGo6RpGrG3s4lj2IIUOMoCeSM96n7JzlUQrSRVbn6PfXdtbvNKdPCoNxHj1yKVNjOjd1ODXQ7j4zfEaeJo5eoJWVhgjwk7fsrnEshZnYnJJyafjU1fYByRuL7/AJK6V8Nvgz1X1lbpfRxpZWL/AHZpvzvwHrUb8DOkl6y6/sNLnTdaITPc/wCYvcfr7V6m+O3Wy/DjoSGHSVjivrgeDaAD+S/nfqpWXK01GPoS1s5z/wDhijEOP8KF8XH/ADb/AM6598R/gd1X0lYvqS+HqNin3pIR5lHzHpVNk666vk1X8qSdRai11v3b/Hb+zt/VXp/4c/GHprV+gI4us9WtYtQYNFcRyD+UHv8ArFDKWTFv0rupfR49ETFgoByTjFdP6P8Agb1vr9ml59VjsbeQZVrk7Sf9XvV0+j70FonUHxF1jV9v1vR9MuCbPjyOxPl/YKs30kfi5qvTGpjpfpt47e5EYa4uMAsoPZVz2/GmSyuUukfSL47ZQNR+jl1pZ2huILrTrv8AmRuQ39YrlHUGianoWovYarZzWlwndJVwa6V0F8cesdN1uE6vqTalYlvto58fd+R9K7x8cOktP69+HK63YW4+uRW31i3k9dmN239dGs8sTqX2VSn4eXeivhx1V1dpsmoaFp31m3jfw2beBhv1mq1r+j3+hatcaZqMDW91bttljY8qa9Z/Q9i8L4e3yEcjUH/dWvPv0gs/+lvqHH/Ov7hR4sznkcP6BmuqT/soX5lHaD05rPUV2LTRtPuL2b9GJM4/H2rOmdKudb1yz0m1BM11MsS8dsnGa9o/Uumvg18NZLiOFTLBHyfzriWmcjkfrpJW2XGNnmeD4B/EdofE/JCf5vjpu/Zmqb1R0b1J0vcGHXNKuLT9FmXyt+B7V02/+kT12+oePbLp8NvniHwM/wBfeu8/D3XNH+M3w/lXVLKHeB4N1ER9xv0l/urLLNPHuS0MVSPFHT+j6hrurQ6Xpdu1xdzttjjXuTV7ufgl8Rbe1kuJdBkCIpYnxF/jVn+HfScvSf0mbTQ2HEVy5j/zNhxXqRtftR1p/gtMoWaSx+tRMTnxPPtK4+Xehy8lxa6okT54NEYmKsMODgirj0l8Nereq9IbVdG083FsrFSwcDkfiatX0l+hT0p1ibyziP5P1D7SMjsreorsH0Rn3fCu+jP5t5J+6Kdkz9YKSA8dHkK6jmt55IZRtdGKsPYimo3wakuo/wDh6/8A9If941F4xT2Ctm5JAWrHIK02QM1s4xVMsWrnbTyTZGBwaGU+btxTwXswFWimERttjOTzTbsd1acdsVoEbxxVlPZp1yO/NaVQqksa1NkP8qT3TOaFlpGnwRkU5Cu717VpI9w4FPwIoBzUWizcoATGK0IxgcVkhIXNaExwOKjJZNdXSMvUN+f+kyfvGobexnVvSprrRlHUWoDHP1mT941Cl1AAFAvC9IekxjntTa4OdtOFcxkN29KHHldcHjOKNAvZ2P4ikdP/AEYumNL7Satdm6l98cn++qt8EGTTtWsNTIIZr2Nv9VWWrL9KVvqvS3w90scJHpQdh8+BV0+BVx0JrHQeldOdVQwWd/Ynxbe5eTYW824eb+6vOcj5Y0r9f/5O3+PyfrnLI4tpJ3/i1Vlc+mn41n8QtI1C3lMRm00oSO/c1avhfoetaX9F2aXpq2nm1bV23EwjzgF9v9lUL6WnUmk9VfEHTbDSp1uLe0gWKSaM5BYtzirT8SfjVcdFWOh9NdAX2n3MVrZJ9Zkx4q5xwtOmpdYxRhjKtjP0qdPv5Jeg9W1C38G9eNbe5994KmkfTal46TgP/ISf3Ud8aOr9K6z+GfSGq3F/ZflWK6ie5t45MNHkeby1Xvpkatp+q6r00un3kNz4dswfw2ztyR3ocF/si39WVJkx9HdMm70kdr7p90f/AFQP/urz0n2N7Pb5/k5WH9dejfgFCIOrrGHP/wCmzZ/YK833p/8AzBfexmf+2r/HScsmT/r/AP2dX89hWPkJL+l/9kSMb9ufSmZ27YpFuyjdup2ytpby+ighUvJK4RVHqSa7bZ5/09LfQu6WVYtS6unXJf8Axa3Ptj75/uqk/SM6gv8AWPijObS3nEWmMIoZADwy9z+2vSehHR/hR8IrN9SXw4LGBTPsHLO3f+s1SH+kP8OJmLHTLvJ5ybdP41zoTbm5VYxrSReNHjT4hfBiNL1Tv1LT9j5HKyAfxFcS+ihZTaX8Vdd0uZMS29q8bZ+Tiu0fDH4r9LdZ3k2l6QlxDLBH4m2VAoIzjjB+dA6X0x+SPj/e65bgi31TTiT/ANYCu6l38ZQerLSqSkch686tn6M+k3NqoOIS0Udx84mVd1dU+kR0na9b/DhNV07EtxbR/Wrdx+cmO3668/8A0sfsvjFeY7vDF+7XX/op9dJr/ScnSepP4t7Y5EStzug9v1U7JFxjGaFrbD/hSPF+jDKD6WV2P3qc6DH/APDBJ/8ALLj/AMVWW26a/wAFPhl1HpEZBtiLuaAfoxuuQv6uarvQg/8A4YJf/llx/wCKg7ff+S3uLKp9D/rFZ4b3o+7kAeMma0ye6/nD9VRnxS6Q/wAH/j907rdvDts9U1GJ8jt4u7zfxrhXQ/UN30v1LaazbOySQS549VzyP117Y1GxsfiZ0x0/q+mTqDDcwX8Mh9Np8y/3U2f+3K/7JfZFP+kic9U9BJ//ADP/AMSVf/ipd9HWnSqydbrGdM8ZQA6FvP6dq579Ils9edBxk9tT/wDElSX0qNN1DVvh1Ba6dZz3cou0cpEhYgBSM8fjSUuzii/7Kw3Uf0eEG1NPsT/9M9cG+Md50xedaSzdJQpDphjXaqR7BuxzxQ69BdXKd56d1L+jP/CobqDRdW0a5RNU0+4tGkG5BLGV3D5ZrdDGovTBbs9UfRF6YtLPoaXqDwQby+mYLJ7Rrxt/bVc6psPjxL1VPq1mLyK3E2YII7hdmwdvLV0+inqtve/CmKwhcC5s5ZFkX23HINce6o6x+L+jdZT6INUv96zMI0EYbcPTnFZYOTnIKXVJWj0r1Rfa9a/C261WMRWesw2InbI3bGVcsKY0rqfUrv4Np1LKYzfjSTc5x5fE2VyTrzSvifpfw5utX1nrseA9uPFtTBhju/MzXQuhoZb36PVtbwIZZZtIdFUepKmkziopP/JafZNHlD4i9e9SdZw2669dxzi1LGIJEExnGe34Uf8ABH4l3fw916S5FubmxuQFuYQcEgdiPmKqGsabf2Muy9tZ7ckkDxEK5x3rvv0bvhx0R1h0TNdavZm51CC6ZHAmK+X0rfl6xjvwXBHUNN+Inws69tBZ6ld2QMg/3vegKw/DP91RfUPwB6G1uJ7jRpHsDJyrQt4kf7DXnf4s9Aal0p1he2sNlMtmZibWRh5Wj9MV176IVn1ZDf3hvBdx6H4Rwsudpk9MZrM8f612ixid+gfwK6Mv+iPjxPpN95s2MrxyD7rrxjFdN+L2j/DDUdRtD11eRwXaRnwN8+zKkj9tO3mpWt19ITTbCBgZbTSpxJ8i23+Fci+mTYX1z1hpht7aaYfVDyi59aCLeTJb0TxEzL019H4RsV1e13YOP8bbvRX0N1gDdVx2pDW6zx+H+HmrzB+RNZ//AGZd/wDYt/CvS/0Krea307qGO4DRTLLHuU8H86jzQ6we7LTtl0+I3wp6D6j6pm1bWNXaC+nC+In1hVxgfOrB0b0ponQ3Tl1L0fYJf3DjjMwzKfbd2FeWvpNXUg+L2rASMBlPX+YtdK+hdrlxcNrOh3FwzRoEngQn7vo391VkxyUE7Bi7Yb8GdW1zXfjxrt51HCYLyKzMfgH/ACW1l8tQ/wBNSWU6poIx9n4EnHz3CpzqvVoOifpO2l9N9jZ6naKlw57eby/2qtWn6RvQc/XHStvd6OnjXtkS8aj89DjI/qqRajki/plPw4J8B/hrpPX0WpvqmozWn1RowgjwN27Oe/4V1tPo2dMlAU13UCPkE/hXmltH6k0+6a3Nhf2z55ARlz+yvYP0Zor+H4UW41OOZJvGk/l87sZ470ebsn2TCjXhVvouaWmi6/1npUchkS0u0iDn1xuqT+I2n/BifrG7n6svrUalgeNG87L+bx2pP0ff/bLr3/5j/wCJ64d9IXSdUuvizrU8Gn3MkTSJtdYyQfIKXGPeb3RTdIuvWsHwGi6W1H8jzW/5Q8Bvqux5f5T0rzUzYlNTUug6wOTpt1/2TfwqGnjIkIxzW7Guv3YL2d5+hb4f/pCv8/e+oHH+0KnPps+J+VNBz93wpP7RXLfgD1ZF0f8AEKwvbptlrKfBnP8ANb+Br099IDoU/EDpSC50orJe2hLwY/ygOMj+qs05KGVSl4HVo8+fR/6F6a61bU4+odRaz+reH4JEiruzuz3/AAFdii+jl0bNF4kGsX0qHsyOpH7RXnC+6J6u067+ry6JqCPn0ib+Fetvo02OoaX8LIbTU7aa3n+sStsmUhsE+xquTKUfkpEjFAH0Y9Jt9I0HX9OhfcLbV5Ys+pwABXmv6Qru/wAXNe8T0uPL+GBiu6/AHqa2tfiP1d03cPhrjUZJoM+pBINUr6WHw/voOqz1VYQGWxvEXxvDGdknbn8aPjuszT+ym7RwOKveHwazL8FNHEuf+D/X8DXivpDpfV+o9bt9L0yzlmllcKSFOEHuT6CvavVV7Y/Dv4QeE84DWdj9Wg/nvtwKHmbcYopfFORXPosKqdH6kB2/KUn7q15u+P7E/F3qH/Sj/YK9EfRHl8X4d3j+p1CQ/wDdWuD/ABz0PV7r4r6/NDpt1JE9ySrrCxB4FHx3/vSZUlaQ59GC1jufjDpgkH8lHLIv+cEOK6x9NS7ki6V0e2B8klwzt+of+dcj+Cpv+mfiTo+p3ljdw20cvhzuYm+63Fd9+lX0vcdR9ARXdhGZZrCXxio9Yyp3f2CqzyrkotK4ni9nFekPoRXUp1PqG2H8k0UTkfMFv415veBg2MHPtivW30OumLzRumr3Xr6IxflFlESkd0XOD+vNM5TSxtkiti+rreOP6V/TroPNLYsW/Ha9Qn0jden6U+MfS2uwn/e9uNy+67jupcmvQ659LDTpYOUtN8AP4K9V/wCmp/7WaOfX6of36RBfJJ/0S7OyfFnRLT4hfCk3Nl9pIIPrdmRzlsdv11WfomR+F8N9TVuCL2QEe3lFRn0Q+txeaTcdI6g5ea3Xda5/Q9v1V0/ofpk9MSdSxJ/va8vGuof9ZBu/rzSZXBODCq9nhPqRgdavWHrcP/bUOm5Rk+1SPUJ/3Yu+f8s/9tR6EHk11l4KYnPGTWFsnPtWE7849KT6/KoWhSk4B9KeR8RNTGVJCqeKxQBkE1E6KY7lyB7UsZ5NJXkAClJ5WIJqymZLggMa1F5gaU65x7VkWElIJ8tFVloXEzLxjitbiZCB2rcsnlwtNxhh5qjikShzd5TTdLKEKaRtNLZcSb62IPVWoEdjcyfvGoMHz4qX6vb/APMWosf+cyfvGohME5qmW6HpZTsK57UwhbxEPpuFOyJxTUfDfzatoqzr30sS0tj0RKc7X0tcH+v++mOiNDPUEmkaJyDfhYmx7d/7BUr8fY01j4IdB9RgfyEX1Zz8wuP7qk/o5L9b616ck/5G3eQ/qTH99eX5Uv8A0+Nf/Uer/BZP1x5U/wD6CpfFTo3Q/hn8Q7HTdPuTdCe23uJDkxOTxmprUfg3pq/B9viH+UZjd+a4MGPLjdjbUJ9IWb8sfH2/Un+Rkjg/2Vrtlk35R+ifexf8lbTJ/syGnTdZY09tGL903wm5JUpf1/g4x8PeidO+JvUunWZcWW+B5JJI/wCZxtqG6z6M03pP4l3nTTXv1rwNrRvLz89tXz6FsRl63uTzi3tpD+1hVK+PUv13496n/pUS/hgCrxxajKCk6VjcnLjk5mPJLGt1a+mdK+DLeB1ZeXRP+9dJuXPyGB/515od9+pzP7u39tekegm+odK9d66f+LaWbVT83z/EV5rtPNcO3vR/jlUpMv8A8SZO/Pn/AIDInwTVh6B1yDp/qqx1ua0W8W0kEghLbdxHbnBqsE4zSga7VdlR507V8YPjZd9d9NLog0sWUZlEjt4+/OPTGBXHBJSB5qw+WpGCiqRXpcPhl1nc9D9VW+u21uLkxgq0TNtDgjGCf6/1V2Kf6U+pcNH0rapJ+l9YY/3V5teT7EU28valZMMW7aLTZbPij1pddb9Uya9eW0dvLIipsjJIAAx60L0B1XqfSHUltremPiWFvMhPlkX1U/Kq0X30kvsopQTj1+iI7/rX0mOo9S0i805tE0+NbmFoiwLHGRjNQeifG/W9O+HrdHR6ZZtbG2ktzLk7sP61yFELJuHanlAKYHegWOP9EYVbtvJkl+/+bXTfhn8Z+pOhtLk0y0gtry3aTeonBynHYYPauWQEsNp+96Us7/Xy0UoKemV4dR62+MGrdV63oeqXunWcb6TceMix7vPyDg8/KrufpP6pjB6btP8At2/hXnAuVbymk7yz8mo8EWkv6L2ekF+k9qLcf4L2v9Ib+Fc1+MPxHuPiBeWVzPpsVk1ojIoRy2cnPrXPI3wxFK3YQmihiinaKZZvh91zr/RWrjUNFuNpbyyxsMpIvsRXY7f6SepGAXFx0xYG4j/ypY5rztAdklbmly9TJhxzfyVkTZ0P4mfFHqbrwrDqMyW9ij7ktoRhf1+9WP4bfHDWuidATRfqFvf2sf8AJhztZP181xWSeUx80gSEpyakscXHq/CI6Z8YvilcfEEWQfTYrMWm4jY2dxbHy+VQ3wz+IGu9B6hJeaZNw/8AKQN92SqdHLhcUg53ZonBVREeqNO+k7pN1a51jpaQTDsI2Vgf1morq76TV5PY/VOmdF/J7EYE8zhiv4AV5wDUoNSlx4hbOg/Db4kXXS3XknVOoRSanNKjrJul2li3rnBrrcn0orCT7/ScjH3M4P8AdXmGRgaQrbaueCMnbKuj0230mtObt0i+f+uH8Kguk/jvBoXUOv6s3TrSDV5o5RGtwB4W1cYzjmuBO5WnoG3Cq/RGqJbLT8T+qk6y6yvdfS0a0FyVPhFtxXCgd/1VLfBbr8/D/qKbU/qJvElgMTRh9vqDnOD7VQP51bH6VN/WmqKR0v42/Eq1+IV7Y3kGlPYXFspRmMu7cPQdhUx8N/jv1P0np8enXcaatZR8IsrlXUewb2rjnas8Sh/TBx6taI20eo0+kzobpuuOlbjxf+tU/wBdAaz9J6drbw9J6ahRveacn+oV5r3LW9y0tYIItNnYvhb8aW6QvNZu7rSlvZtVnE0hWXYFOST6H3q7y/Sase7dKbj7/WP/APmvMQkxJspWdzbc1UsEW7ZabR6Vl+kvYPGy/wCCuNwI/wB8f+VecdRuFur6e4RNgkkZwue2TnFCyDFIDYpmPFGHhTHt3PzrqXwy+NHVfR9utkJU1GxT7sFzzt/A+lcpzTtsRzuPrRTgpaZD00fpOxE5m6XbP825/wDKo/WfpNanLBs0vp62tn/TlmMn9WBXne4kUE7fatD+UqlxYf0U2/7Jk9RamvUL69FO0N+05nEkZ24YnPFd76P+khAdNS16t0Z7h1GPGttvn/zlNebW4WmkkINMyYoz9Bjo9UXH0iOjbCEtovSs6z++EiH9Wa4j8UPiZr3XV/4uoP4donENsh8qfP5n51SGbyU0zeWqhhjB2inKUvWds+B/xosOgelJdGuNIuLx5Llpt6yBcZAGP6qvx+k1ojct0xck+5kX+FeVIznmnY2LHFC+NCcnJhWz0f1b9ITSNZ6Z1HS4unLiCS6gaJX3qdueM0N8Lfj8NM0e30Xqyyku4YxsW5Tlgv8AOHrXntm2msViaP8A0sEqJ2Z6t/w8+AX1j8qTadZ/W+//AAed2f2VX/iZ9Imyn0aXSejLGSBZE2fWXGzYP5q15rlppaSuLFOwpSk/S7fC7q8dLde2XUV5byXiQlyyKwBO5SO/66mfjx8RbT4ha3Y31pYS2YtoDEyyMDk7ic8VzRZMhUrSnLkU944uXZleE70X1Ne9LdUWOs2ZYPBIGZQxAdfVTj3r0PP9J7SZIGQ9N3YJUjPjD2/CvL7KN9Mzth6DJhjNqwrHdTnNzeTXGMeI7Nj8TTEa4HetM2RzWwwJAFMBMjXBI9K0+OQPStliCRSQMg+9RkNxj5c1m0kkEVicetbGSO9RIg4hwNqjmsG7d5hTaZVqckLHBzR0VIci5yp9KYnBDZBpyF8Hn1rJUYOM/dNWCJjDHn0p3J3YHashbKsAOBWD7wqUy0zTM2DSAWpxwcGkDNLcbLJPrIY6i1IH/nUn7xqHXJXvUt1s+7qXUsf87k/eNQqFhkVRaDQSRimiMuAKdiUlSaQPIdxo34VZ3voaEddfR11npM83ukv9YtuOcd//ALhS/okNnqy3gPeK0nj/ALK578FevJej+r4ro82cv2dxH6Op/hV+600STpDql+runrgxaLq6GS1ubT/i8xrz3KwvG32+n2O5+Ok5KWKL/muv/e1RZ/jV0D0Noet6p1r1RrUpuLre9tYxHa+/b+2pP6Jl9a9TfCfVenr9vEVJ5UfP6EgrzxrvT/UWu6ybrVdbmvYz/wAZnO96n9FsLrSdOlttI1a7sZZE2vNC20v+PvSp58LqpbOhx/8Aw/z8uOUZJKvp/Z374Mx9F9GdZ3vRPTRF7eG3NxeX3+tgR15n+IEovvjtrFzz4f5Uct+ql9L6b1LomuXFxYa3PYPLGUMsB8z1L/DH4e3+rdWT6zruoY0iybxr66b/ACnyq8eTA3OMZW2jJPgcziOGfPGkmWb4kzjpz4B2ejHi/wCoblryX38JeBXn+0XEe+rl8cOtz1v1vNd2vl021/xexQfmxDtVSiGI9tdDiYnih1ZyOTnefLLJL1sTJk5xWIxxg1jK37K0ATz61uEi42OSKIQHw1YdxQ2xs96dUleM0QKEyks3mprI5zTkud3emzw1Uy0ZGeeK2Rk96zkZwOKTwVyDzVekHg5SEr6mtZkZNw7gVgBchPzhS2O1dq9zV9SrCYHEUSEct60zeuzyL7GibNI1Bdz6UJdMHB2+hqloljbtsyfSsjY8HHetFC/BpQBAA9qIg7Hu3nd61k2d3HpTbSMx+eK1Ex37W7VCqFGQbeO9bb7oC9+5pG0h8gcVpydoK/gasguQjaD60lRnGawKcKTzSzngjtVS2HdeGKDu+VOjGPnSfurn3pRUbc55q1sFMQOOT3rJD2xWpTwvvWlHGTVkbFPjbn1rWS2FWlOAW49q3Gmfu96lE9EhCxINLCuvK+lLjibJJpQyrkelRaI2I2k4JOKzAU96x1LnjgVioeRVWUZKe2002vmBB7ilshUA1vcu7IHepZLEM3pS1OFpEiDZkHmkAMRzVWWLPLcVokl60UYetKAKrzVaIbA4zSCOSfSlruIOe1Ic5UgVZDbcKMGkxEhs59a1gkgD0reGyMVE6ZY++HkAHrW1JViKaXfvBzTxBKEg800F6ESMTkCkxoSDx2pUecEHvS4mIBUjmp4wbGzkZFYgIU5pbnydua1nI4q0imxoDa4NEwoxOR2prA3DNbDsAQpo46JQ4yZBJNDgsDin0yQcnimefF78UTdFjbE7sEc0vZ2YiscDxO9LZTgZpXoQO24sBSVDB8k08y896bbjH41PsgpzhhWmPatS8yCtgc4qNENuMsPnWjGVlwO1JkLAisDknNDWyGuwINaFLbBFJUgnFSirsSvfNOxcg02w83HalxggMRVogsEgAmkucvWlYtgGsk/lMUTIJQ+YH2pbu5ODSVAwDnnNOSnJB28CquyM3HyMn1paKMlR6UiPLYGK2uUkYE96Z9FIUxBVvwpAHApca9/wp0IuBQBUxzq/J6l1LH/OpP3jUYiFmxUj1XID1JqJH/O5P3zUcHIbikovwLhYoGU0M8ueDS1Y7mJphxg5omyqHoe+a6h8NviZNosDaJqtgmqaJOft7N2AJHqVJ7Vy6BvK1LV/MvNLy4lkQUMjg7PRttovQ3UHn6W6yi0xz/xLUfKf20r/ANGvUWf+FunPD/T+uj+FeeluiG2PmRTWXUJkXNrduP5jsa5GT8Ziu2eg4/5/nQj1xzv/AKndNV0voPp7F11Z1nDftD/+naSfM/8AnNXNvif8Upuo7ePQ9BsvyPoUXCW8RwX/AM4+tUFrRs5muEB/HNLg8GGm4OJixfwRi5nM5XKafIlY1BbhRuPeiUAFMeIc/KlIxLZ9K6MY0c1ux1sZxTBwGNLU5ZjmklQWBJ4o0CbVia2mWyfatEqARW1ZQBj9dUQyQKD5qaGc05K270rEXK5PpQzVl1RoklOKyFRjJra5OcVvA24HequiCUOCSO5rfOAc80lfLknvWlJZhiiuiiSs4hLbOxP3aFuyqBdn66ct5dsEkQPJoR/MGA5IobJQtWJXJrFPoTzSogTAFYYOa3Oq7iyjsKJEEQgktmlIDkn2pEWWcYohRgY9asujAQw+dajQAbTWgp3mlJnOTRUUbVRjHpSAMgj0oiXYoGKGDAZFW1ouJsHA2tW5Du5HYUg8nNLwMDFUUYACFLVsLmtjA704AAM1KKZgRVGTWRd8isI962ABgLUIKQsxxSpF2Fn9K2w24I9a0c7gG+6apgtiEbdGD2pYBB3Ad6SNm4j0p1h5AqGqSLsbmU7TTcTAoARzS5QxTvTcYAFWWhLDae9YMYpwgbKbK+i1TLEuSpBJzSwc4z2rTrtHNLDIU470KRYmRTg47U2RgU+mChBpp1Gcg0VEMTgmlnbwB3pKJ5STWbRuBFWCxS8vxTxK8qByKayF5HvSgN2WzimL0piVyWJxjilqF2Ek+atM4CY9abTHcmrb2V4PzJkDFMR7lYg9qcUsaQSVXLe9QqhWAW54psqRuIpLvyMU5jiomXdGQjKnJpnB3EZp9B86YY7ZTTZK4gpipEO1Tnmnwx2gNjNIRSxBNbYFmwKqK0WpWJZVANDH0BoggkEU3KmMVUlsJG9ozn1pDkqQa274IxTUjkiqci0hbnOOK3GpJIxSASVB9qUjMHBpbey6MbCg7qyIqQTTUxY81tc7CallI2xAOM1uMna3NJCqxBzWlYDcM1LJRtcjHPrW5G83fmkAY5JrXHi5qmQIjQ4DU4zA8VqPPHtWyQXwKbFaBY4pwaxPM+SO1bOMDApKdyc4o/oiFrgbvwp1Su0fhTJxz8xS1HAoGTZnVA//ADHqX+kyfvGo9V8oqV6xQx9S6kPe5k/eNRYPkFIDEykq2B2pCvkc9q3LnJzTanI2gVZY+rY5UZrWftMjvW4QVHbNLwAdzcVZVClZg49qRNKS+O1YG547Ul9rt35qMhoAt61tVIbB7VqNeSCe1ZlmPyoGXZp4vPweK2EIHyrCdpHNadvNtzUKN8KppBYd88UqTC8U0RkcVZBalTnPf0rAoAHNaCZQkdxSiuBmh9J4YCMn3paY8Ij1psrghhRAQbQwobCEISCuKeZsg5rUuBt2ikdwc1bRVDUrebikx8NmsPDGsjGahY/G+6ce1aYhHf50geU5rD5pFz61RQVagynz8ACksjEZXt60lSwh25wa2hZPXjFWmShtOJPbFLB5JzWpFJYEcVsIQo96JMoWr4bgZzWRHvv75pLAxuMc1sBid3vRohsnevfgHmkMPPgdqxlYcCsZN3c4qWWjRbDke1LVm2cjvTIGHJNFKrMu4DioQ0drbRjsKUysRgjj0pcce6n5RlVHt3qFMZwSvFLjK5zjmlRxqofnkCsXGM4qeA+iJGZnyO1a52sT6UtNrRc8YNJXGxvUGqRDaBNgY8tW5MYGK1Gqqu40mQgnAqiCGY4IpCbiDmtsrHhQS1NiRlXDd6jCHSxC8ikuC2GArGYsu0HvSo+F2k1TIJkXKYp21VEj3EZNNrGGBO6lxBhGVByKiiWLIBLYGBSNu05IpWwsMA1oLnhieKOiG24QkCkqjkBsUtVDSk7jtFLYpjhqiRTGFGQQw9a0w2/hSpFUDO6tIu9Dz2o0gRskEH5UlXyMAUp1HvTSgc80L9IGWyn7zGkXI5yKTGQRwa3clgmavxWQHZMn508gZVxmmxllzWiSO5qvCVY9nFaSPeSxrEQMM81tTtBANOXgLRjP+aO1JLlOc007cmlbg0Y96qy0hRJ2Fqb3EjmnHBCAUxIdpFA2GjcoACmmn4cU67KT8qQVDHd6UNkMU+QmsRjnNaOAuKSMg4qvsgqSkhm8w9MVhHGSaQM+hob2UKU5rSjLVoDJ4pyMDNRehCjHntWCPGCaWO+KcAHFGo2yhSFivFb8MBtxNOKFEfFIAycE1ob0DRsuSeKR2kJNPeGB2plvv4NC5F0KIVgSlYBJilAbQQBSgGxUsWw74gj/APNF/gd7iT941ABiFIqydZ4k6m1An0uZP3jUA4UE1nXg1DTncoHrWmAQgVtyMfOkk7iKEg5lj93tWZLDBpabSuKQR5uKPwrwUnC9qS68bhT7DEW4008n2ZwKpkGw2WpwMoG3HNCqXY8U6xP66GyzZwWxWpODkCkIHLU4c/dI5qVZGJzk81ka0k8MaWmeBUJZrcVzW93kZT3PalMB5qbx5gT6VUkRMSd2Bmn4S24Z7UgjL7vSltwd3pVJF2YSwNH6Rpt9qsphsLWW4lVC5SNcnaBkmhYkZ69WfQ86LWHRb3qa+gBe4Bhgz+j6/toM+X9cOwUFbPJ867TgjBFI3V0n4/dHHpT4gXtrFFi0nYzQH5Nyf2VzfZipB9oKX9lPToVjdGM0mRdrLitFvLgUtDlcmrKsdfO3bSVYH51st5aRExV+2Qe1ESwhBujY+optc45rImILfOsA83NEiG1cHvW1J59q06gfdpClgee1GiDzMGVcDBpMmCoHqKxHB9K0e/NVZYoLuXOKfhkIjMOMUmDHr708yIz5XvUSBbFRINoOeRShtUbW9TWIpC4FalJYAY5BohdmnGZWA7E1kzFUIx2pSnncw4xSSWlI44NUwkJzuXG3GRST5FGByKfz5QMdq0wDA+9UiC0glm/k4mcj0AzTVxZXiAytA6KO5KmvWH0VuhILDpaTqTVIlaW/H2IkHCIPX9dUD6SPxHtdWuG6V6eSI2MTf41MigeI49P1VmWftPqkMcaRxTSNQl0y5F3DHG8hRlG8ZAyMZqOMZZvck10X4c/DDW+sYo7uO4s7CwZyvj3EoGSDyAO5Nekvh/8AAno3QFjuL6H8rXa8+JKML/s0OXkwx/8AUKONs8YTafeWsUctzbSxJLkxs6EBsd8e9I8PPavRf0x7eCHU9BigiWONYZcBRj1FeeA21gB2zTcWX9kFIGSphWnaTqOoKxsrK4uAv3jHGWx+ymJoJYHaGVGjdTgqwwRXvH4MaFpGkfD7S/ydBEFuLaOaRwM72K8muHfS/wBH0fT9c069soo47m7jbxwnrjGD/WaRi5iyZOiQco9VZwKJMDtSZ1Cg4Ap0MMYXvQ07eYgmugo6FWYjbeMd6RIMLkCkFsEZPFbDEoR3oSrGyc8Glx/yZA4pvkZyKWqkxkdqKPpT2ZIQUwO9MFcCnsZGPammBqNbKTHbfGwnFalcMpBrUZKj5U1PndxVXqizUZK5xS1Vm5xSEyO9OGU9gPSotljhk2jFMbzuP6NbJ3xg45rExjkUV7KMZVIJGcVkWNvbmtMxBI9KXsIi3BuauL2RITcOSFxQ8hJrJWbaFFaYkqBjmgyPYSEknBGKdj4UAitDG/HypbMSMAUJGNtycYpIJ3E0s0kAkVT9IkJJJyPekkEDFKA83NOMgYZqiCIhkZp3aF5NJQYBAp1AScGiiiM2qFgGAp7aAozSlcKmAKUIy2Sa0QiC2aIwgOKSP0qekH2YAFMq2F5FHONERt5ADgUkDzZNbEeWzWnPIAoKIKTcz/do0Wz4HkoaLvVwtrjTvq0WbP8AMH+VPtVdqKcSB6tA/Lt+w/5xJ+8arhIkBqx9YDbrt8B/y8n7xqtFTsyPU1nbCQoqDjjvWjEFJ4reSMAUsbtpJFREMh2gMp705kZxikW6F2Y+orDgHJ9Kss1KSOKZCswHtTr4Y5PasT7nFQsa2ouawealOhbgd6bVWUgGhKHghzkUlh5iaVExLgD0rGwMk+9RuiJCUXI+daHlBAHNKRvNn0rCe+RUslC1VdgDfeNNsByo70uJtx+QpONoZu9URISGwdvtTjMHH4UyBnzUuMYqrLaJfpTS7rXNfstIs03z3UyxqPmTivor0Zodr0903Y6NaLiO2iVM4xuOOT+s15Z+hr0X9e6hueq7yEmGx8sB/wDiH+Ar03031ho2t9R6toVlOGu9LZVnHvken4djXM5c+7pfQ2HxOW/S96T/ACr0hFrsEWbjTmw5HrGf4GvGU/evprr+nW+raRdaddIHhuImjYH2IxXzr680C56a6r1HR7tcS28zKfmPQ/sp/Cy/Dp/QuUadldUDZW1AIrONtLiC4rVJ0UY3MeR3FJVSeaKRVKHFJghdiSoJx2q0y+tGk8oFJPmY0TPZT27BbiKSFioYB1IJB7GsitZZHCIjMx7BRkmiiygfbx96klf51T6dGdUPB9YTQ9QMX6X1d/4VC3NtPBK0UsbI6nBVhgii7IvqaiZQhB70oKGxTagbiDTqkKyg1bKaod8PYV/ClR8qv40pVaVgqgk+wqxad0T1Vf2/j2fT+pTJ7rbtUbS9Aasr7nyimXbzipvVunNe0oZ1HSby1HvLCV/tqK8PH3hUTsqqFJgpisSMIhOaSGOTxTbuWBXNRkocVu+asfwx6Zn6s60sNHiB8OWQGZv0U9TVaZc7dvrV5+F/Vmr9FSXt1pmkx3Nzcw+HHNIDmL5jHf8A8qVkb6tL0NI7h8fPiJZdJaGOiumWEdyI/DkKH+QT9H8TXllnLyFieTyaktZkv76+mvNReaW6mYvI8mcsT61GldrVMWFY1SLHVvLhAgSd1ROwBr2v9GrVr3WfhVp9zqExmnjkkh3HvhTx/Ua8P+u2vZ30Sv8A3TQf6XL/AGis3NSWOwo+nPfppf8ADOhf9RJ/aK86hS68n7tei/po/wDDWg/9RJ+8K87kKGwD3o+MrxoqXp0voD4x9W9J6SulWslvdWafycc6k7PkCD2qq9cdUav1drbanrE4klPChRhUX2A9qgo4+KemiIiBIIp0ccVLslspgzjDYHamJ9pUs3p2p+NynLDNDyyIzN7U5yASEPF9kr5yT6VtE2d/WtgBQDn8BTiW9zMS0cbt+Aqk6LaBnOSQewpSqDgA96XPbzRMBJGy59xWAHA2rzRL0lCAMSbc8GmpCFLYPaiJIpY3KOhDYzgimTE4G4r3q5PZVDRfHY05sLEMfalpaNksVpTggcccUKdlvQPKuFyDTS855p1kfGeSM0lI28QnZxVIlCMbacUZGawxnBJrURJXFWmUzcw8gxWgcgClvwwBrUSl5cKM0fhYy654I7Ugc/qo36jdBt5ifb/mmh5YmWTGMUtlpDaqWOaeWL0JptVO7GafTBbaTVxKoFPB+VZznNLb7232rGXiqIM7CWJrYyTS1zszW0icMDUqyCkGTzT6Jljn0FNz+R1wKWrk9hTYpfZGPIF3CnwwKnBoaEEseKeQYB4rTB2wGhUyjYDQ27buFEXDEIq0GZO+BxmhzVZIxFeJkYraqoUEikhcrkDmnmU+GpPFIe0w0kPIQtuTxRaXZCKNo7UGqB4AMYp1UXaPN6UVKkCGdbsF6h1Bcf8AGJP3jVcKkRrj3qxdXssnUOpe4uJP3jVdJKsAe1Z0gxJDByfant2/aB+ukZUZLHvWu2MGrJZisyuQK0Mu2SeM0qQBCvPPrWlTI3L29ahBUq8cVuF1WNkI5rW4juKQ3cn1qMtGl3KS+eM0o4JyabYlhtBpa4OBQkZkREcjCku3DcVvgycUk5BJIqUUYNwXOKXGCzAkce1KiYM/binQApyKuiWNmM7WdeB7UjDcEinkzk59fSsc84xVUUmMcU7YQyXFwkEKF5HYKqgckmm/CPfmus/Rl6N/wm+ItvcSxt9U05frEpxxkfdH7aVOSirDWz0d0zFD8I/gU0t4wNxbQmWUH1lccL+o4/ZXm34L9dz6F8WYdZvJiYL+YxXhPqHPf9uDXT/pidVRsLDpG3Yb/wDfFxj0/RH99eaJIzGwIOCDmsuHF2i7+wpS+Vn00gZXgDg5BGRXln6ZnRxiubXq+0QlZ/sLnjsfzT+yuufRw6wTq34cWhkk3XlgBbXGfUgDB/ZVl+KfTUPVfRGo6LImXmiJi+Tj7prJhk8M9ly2j5xkY4rEUmpHVbCSyvJrW4jMc0TlHU9wQaERa64s6h8Nvgz1X1XDb3BiWwsZuVnm/OX3Uetekvhx8DekeldlxPB+Vr9e81yuVH4J2FeQLDqjX4HtJI9XvR9UG2ACZvs8dsc173+Gmp3GsdCaNqV2c3FxaI8h9zisPMc4pO9DYtM80/HXonU+qfjmdI0e2AHgRZIGFjWum9KaD8LPhVbQjV7+wfVP8pPccyA/JfzagfpJfEVukNam0zpuzEGsXkC/W7/84J6KteXpry6u7ma5u53mmkbc7O2STRQxyzQVukAnTPoV0x1L011IhOiarZXqjuImyR+qqH8dvhNpPVOiXWqafbpBrEMZdXUYEmPQ15R+GXU19011jYapZ3BiCzKJR+kmeR+zNfQKKRZ7ZJBysiAj8CKzZMb40k0/S0+x8054pILp45VKujFWU+hovSdPutR1aGxsYWnuJ3CRoo5YmrJ8V7COx+IWuW0SbUS9kwP9auj/AERNBttV67k1OaLI0233qf57cD++uplydMbmBGNujq/wt+EPTfRGhDW+oYYrnUo4TLPLL5khwMkCuf8AUP0j9STWWTRNGsxYKcJ4oO5v4V2r493LW3wp12SPP8ht/aQK8NkjG81j4cf3JymFOVOke0vhd11oHxO0Se1vLCFLuNQLm0lwwIPGVzyR/ZWrr4F/DqeeWdtIdfEbdtWZgq/hzXmH4G69NoXxQ0a6QnwpZxBKue6P5T/bn9Ve6pE8SBwDjcuM0jkxlgl8HSZcH29ORX/wQ+HKWcjLYOGVSR/jDe1eSLbSJr7Xvydp8D3E7zGOONBksc4q2fEy41zQetdW0hdVvtsNwyr9s33TyPX511j6I/QsLw3PWV+N0gfwrTP5v6Tf3Vs7vBjc5OyJd3QZ0t8JujehNBXXevriGWcjIWT+ST+bj1NSdl8cfhhavHYwWVzHbJ5UdbMBFH4d/wCquTfSP6uuNf65utN8Ymw08+DCnpu9WrlIQlgAM1Icf9i7TYLl/R7wfQ+iOv8ARRdpY6fqNrIPLMoGR+vuK81/Hb4O3HRxOs6V4lxo5+96tF+Py+dTP0SOory06xm6faYmzvoSyp+jIv8AEV6d6l0u21nRLrSryNZILiIo6sMjmsspy4s6u0Mj8kfODfzXtP6JGP8A0RQf6XL/AGivIvVmitofUd/pTjDW07p+w165+iYCPhHB/pc39orTzt4hcf5I519NEE6/oeP+byf21yXof4fdS9WzKNN02Qxk/wAs52xj9Z4rsH0yADr2h/6O/wC9XH9P6y6osLO3s7PXb2G3tv5GNJNqr+yj46f6I0DKVTZ6A6D+jvpVjGtx1LdPfSEZMKDag/X3NU76WGjabod/oNpplnDawi3fyxrjPI713H4C9R33U/w3sdR1KTxLpHeGRv0tp4P7CK4x9NKT/d7Rh/8AAf8AtrLinN8nrJ+WMlTjo883EiscCium9A1LXtYt9L0q3e5uZ2Cqqjt8zQdtGJHAxkk8CvZf0dPh3b9J9Jpq13H/ALq36+I5P+ST0WtefOsSBxxtlR6T+CHTPS2kflnr2+hkdBl08TbFH/8AdTN78c/h1oZ+odPdKpPDHxlIljWqB9JPr646k6rm0yzmI0vTiYlAP8o/5zVxl23elLx4HkXbIySm06iev+luuvhb8T/9wtW0WC1vJeI0njUbv81xUz039H/onSNbfUpFuL1M5it5mzHH/H9deLrC6mtriOe3do5Y2DI6nlSOxr6L9DX8mo9HaRfzsHluLKKRz7kqCaRyMbw/xemFGV+nlb4x65a9KfGTViND0/UkaKJBHdJlVGwdq6H8D5+gfiHbz2l90Xo9tqNqAzrHF5GU+tcm+lEv/re1THosX7gqy/QzfHXmoD9Kw/8AGK05MSfH/YvaFqVSOm/HToPpHSvhfq95pugWNrcRopSWOMBl8w7GvGUj+cmveP0j8/8Aoe13/ql/eFeDHXyZquBNuDTCyK3ZeulPiLbaXpttp970foWpRwLt8SaD7R/xavTPwx6d+GHXXTUes2PSlhEc7JoSuTG+ORXiiKvXf0Jn39C6x8tR/wD9a1OXjqHZMkHsp/0vOj+num9G0a40HSreweSWRZPCXG8YGM15wGRH869Y/Tc/4B0H/r5P7BXlO3t5J50hiBZ3YBQB3NM4sv8AaVkn6Wj4ZdD6v13rq6XpiEBcNNMw8sa+5r0cNA+EHwhtoRrzQ3+qEc708Vv9j0qzfDnQLH4T/CKbUZUH11bX63dyEfecjhf1cCvHXV2u6h1Fr11q+pzNNcXDliSew9B+qldnyJtJ1FF/xR7A6M+J/wAJ+prn8iwwWsErcRpc2oQP8h6Ur4jfAzpXqW0ln0qzi0u/xmN4fuP+IrxVbyPFIHQkMCCCDgg17t+jp1NcdUfDKyurxy11bsbeVj+cV7H9hFJzYpYV2xyDjkb1LZ4o6v6V1PpnWp9M1OJoZInIUkffA9RUIq+evYX0v+k4b/pSHqWKNRc2DbXIH30PqfwryGg+0ro8bJ+ymLkgfbibafWnCp34FZ9+Q+4p6EbjitChsAFAO4j2omPzLvNajhJldvSlRIfCb2BouvyIDynzZPNZGxIH41ki4OactULLk8YoGm5Iuh6IEE09CCW5HFJiXJp2Nj4uwVrgqFydDN6MMCRxTEEamN6LuAzdzQwygPtik5P5BRlo0pAGB39aWxBABphTlqeTyuFPND7ElUx6MeVgPamgTj7pp4ERvg55WkjZ7mjpUigrqsk9RakAMAXMv7xqCnZSBnvU/wBSEv1BqYjXcBcy8/6xqvOoc9+fasoYpdu0A1p8KfKc1jRnw8ikt5UyO9QtI0JDICD6U4pcAKKRAm4HFY7sshHsOKpIlCy2PvelJmfeCw70mUFkB96xF+zIq3oqqG4ieQO1OgbCDSFUjK0sKXXHqtDZbFK/mPvWMWBGexpAU8n1ralpByO1WUOkDbx3rYJA4pK9zn1rNxRSMZzUIKQsw/CtyHaefWkFyij51oyK7DPpVNlIch3k7K9r/Ro6cj6Q+Fb63ewgXF3GbuUgc+GB5R+zmvLfwi6Xbq/rnT9HiGEaQPM2OyDvXsz4hde9M/DfRLSHUxKRMPDht4Uz5VrBy5t1FDo62eMviBq991X1pqetTxyfbTN4flPCg4AqtT2l0/8Ak3/2TXqk/H74Y+vTt1n/AEaP+NIPx++GIOf8Hbr+jR/xolmklXUGl/ZQfol9RXGhdfLo9xvS21RfC5XjxByv94/XXslvMK892n0gvhtFMs0Wg3UcinIYWkeR/XXbujOpNN6r6ettc0p2e1uFypYYIPqD8xWPktyfZqgonkb6VvRx0PrmTVIYvDttS+1GP0/zv41xfw/6691fSU6UHVHw4umhj3Xmn/4zD88feH7K8NtwSCOUrocWf7IWLqmJRdhHyr3/APBNt/wo6bY/8wSvn6rOZQfSvf8A8DCT8J+nM9vqKUr8h/BFwPM30uXJ+KkgHpbRf2GuNYZ3rsn0vD/62JCvb6tF/Ya44D6g1qwqsaK+x6wR1u4z7MK+kGiDOh2Z/wCjp+6K+cFo5Fyn4j+2vo/095tBsT726fuisf5CXxiFj/keHvjxFj4qa+E4/wAbP9grpX0N7y3tuo9WsZGCzXNurR/Paef7a598eY93xU6gxx/jR/sFQfRHUd/0v1Fa6xYsPEgcEqezr6qfxFbMmP8AZi6/2hSyU/D2z8VNKbXPh/rOmJ96W2Yr+I5H9YrwLcRMjtGe4OK98/D/AKx0XrbQhe6VOHIUCeFvvxMR2I/bXBvjP8EtY/whl1fpWA3drdPveAfejY9/1Vh4U/1XCQ6Ue20cN6Q+sv1PpiRRnebqMLj/ADq+hyP4dqCxxhRn9leafgn8GtYtepbfXOqLMW0Fo4kigflnccg4GeM1efjv8WNN6b0SbR9Kukn1e4QqFXkRAjGTV8pfvnGMQU+qPO/xl1KDVPibrNzbncjXJQN744/ur2F8KdJGi/D3RtPKBWjtFL/5x5P9ZNeDEnMt+jynJZwT+2vodoY3aDZhPWBf7KH8iqjCIeN6bOMdRt8AZdau21KXTvrfit4/3/vevao/xvo8L2+pED+ZLXBfi/YnSfiHrtse6Xj/ANZz/fVVSXitEMEpLcmRPVnrTp7qz4F9PalHqOkfV7a6XIWRIZeM/qq1P8b/AIdD/wDWyf8A9w/8K8R/WGJ5rJZARyarJwov1spSLZ8XNW07WviFqupaVJ4tpPLuR9pG7gc4Nen/AKJn/ukg/wBLm/erxjHuzXs76Jv/ALpIP9Lm/equYuuCgY/yOffTKKprejH1Ns+P9qvPG9vTnmvQ30zF/wB2dDfH/F3H/erz3bOqO+4Zwafxn/sxAl/Nnsj6KYA+E9uPU3Ex/wC9XM/poYPUmj47izb9+uofRZUD4T2cg/PuJj/3q5Z9M9wvVWkD3s2/erFg1yZBy3A5h8DOm/8ACT4l6Zp08e+38TxZ/ki8n+H669u9Y3g0vpDU7xOBb2jsP1LXl36G8CT/ABEvpT96Kwbb+tlr0t8V4/E+HOvoP/2fL+6aDly7Z0v+gcNRPn3qUr3E8sjtuaRyxPuSaAxtp13wx/Gm/vV2RVDtsm56+hnwsXHw50Af9Ai/dFfPm0TMv6q+hPwvXb8PNB/0CL90Vz/yOooPF/M8mfSb/wDe5quTzti/cFT30Osj4jX2497Bv31qu/Sibd8XdUYDssYP+wKsP0N/N8Qr4n0sG/eWtE3/AOk/7C0vkd4+kYP/AFP69/1K/vCvBBHdc174+kWf/U9rv/Ur+8K8BlyJmNZuBKoMOfpoAjy167+hGNvQusH1/KA/cFeQ3fDA169+hGM9DawfT8oD9wU7mO8TKj6BfTfYnRNAP/x5P7BXD/gBoia58U9Htpo98Mc4lf8A1ef7q7f9OAgaP0//ANfJ/YK5j9Ebn4wwJv8A+LS/u0jHKuMW18j1715H06ekr2HqeWOLSXQLOzsVAGRjkfPFcSOifR0//aVl/SXrqPx9sHv/AIS67DHyy2/if7JDf3V4CnkwcUriYu8W7ClJp6PVP5F+jp/+0rL+kvV26L61+EPSGlfkvROotPgtmkMhXxSTuIA7n8BXhoT8YNOeLgritL4afsmD3b9PaXxh+JHQOufDnWdLtdftLm5ktz4KK3dvSvGcX8r4lJZvLTUbc1pw4VhTSZUti1I3E+oNFwDK59TQYKhiRRtu2Ap+VbIPwFjZyqtj0NLjXdG3uaQxJJx6mlAkA5pie2UNmNiPwNbjXAx2pwAGPIPJrCvFUl4WORoUAxzmlKpExJ9DWQnzgZ4FOggkk9zTUtgy2hm5xnv3oUMMbe9E3Rxg49aakj2ldvtSc6+WiQG0iy+70pe0K9biPlwa1k7s+1K8QQ45XdyedtNBjitMMEknnFbAGBU7FJBWvTtH1JqixnYDczcf6xqHC8k571L9VosfVGp55/xmX941DEHHBpLYQ+uAMNWptgTJHFJikByrc0lyGBAqWWaicLkD1p0x+I36qE7UZGT4YYetRFWNTRkrwe1KjAEefakTu2OPem0YgkE8GqZY8sZfbjvToj2Kyj71N27kSZHpTjMWJx941SRBluMD1rcRwCKQmSSG708iYTB7miKMwGI3VuUr2Hem8EPtb0rbgjzChaLMB3eQ0oRU0Tu861N9JaNea/rtlpNlE0k91KsagDJ5Pegk6VkWz0x9Dfo8WmjXXVtymGumMNvkfmL3P7a5V9Jjqr/CX4k3ccMu+00//FoMHy8feI/E5r071Q9v8NPgtNFZLj6jaeDHj/lCO/7a8I39y087zSuWkclmJ7kmsnF+c3kYU/KGHbDikSHccVoHdGHrURzuathQ8Scd69O/Qu6uw170hdTd/wDGLUH/ALw/vry+pzVq+FmvT9NdeaTrMJ4guFEn+YThv6jSM2P9kHEuLpn0RuYo7iF4ZVDI4KsD6g14I+OfSx6R6/1HT0TZbO/i2590Pb+Fe+LZg8av6MoNcI+l70Qda6Zj6itIs3OnfyhHrEf4GsHEydZ9f7DmrR5Cixv717++BLZ+E/ThPb6kgrwBGn45zivoL8FLdoPhX05G3cWKN+0Vq538EBE8xfS5Xd8VZx7WsR/qNcYQY4Ndt+l+jxfFDeBxLaRf31xdRnuO1asD/wBtA3sItI/tUYj1r6NdNHHT1hx/xdP7BXztsY2kuIlA9a+iugrs0KyTHaBP3RWb8gvjEmN/I8V/HX/3p6/j1uf7hVe6F6dv+rup7TQtMUGWdvMx7Io7sasvx5TwvinrgPrcf3Cpv6LOr6bpPxHK38iRNdwGCFm/TJBA/Xitvasdr+haVs6l8QntPg38NItO6bh8O/vX8FrgDzO23zOf1dq4xB8ZfiHZx+EmumRT6yQox/bivY+taVputWot9Ts4LyDOdkqBhVZk+FnQTjnpmw/UpH99cyGfHXzjbHqDfjPJet/FHrvVYvDuOortE9oiE/sFUO5lklcu7szE8sxyTXud/hD8PnPPTVt+pmH99R+p/Az4dXse0aKbc+8UzD++mR5sF9F/q/o8SQsY3DnnBzX0E+FepprHw+0XUI2z4logP4gYP9Yry/8AGf4MXHRkJ1fTZTdaWT5uPNF+P8a6D9EjrKKTTLjpC7lxPC/i2ufzkPcfqNTlpZcalH6Lj8XRUvphdJy2nUlv1LBFi2vF8OUj/lB/EVweOPtX0R6x6b03qrQZ9I1WESQSjv6o3oR868qdb/AnqrRL1jpdodVsvzHh5f8AWKLjcmHXrJ0DKL+jjUgo/pnQtQ6h1yz0nTYHmuJ5AgCjOB6k/IVddC+D/XWs3fgroU9ogPmkuhsUf316B6Q6G6b+EHSd31DfSi51KOLzTH3/AEUFPy8hR0tspJL1nn74z9P6P031PbaLpfJtbONLpv0pvzjXor6KC7fhRB/pc371eU+pdSudc1+81W4OZLmUyH5Z9K9ZfRaXb8J7f/S5v3qXzIuPH6sHG7kc5+mY2zVtFIGQYJMf7QrzoQELEclq9F/TRBW+0GT0EMo/rFecVJMmaPiP/ZiU18me0voqn/1P6f8A9bN++a5R9NUkdU6L/orfvV1v6LEZT4Oacx/PlmI/2zXJvppof8JNFlI8ptWA/wBqsOJ3yZf9xrXwID6IGoiz+KLW7drqzkQfiMEf2V6+1ezTUNLurKXlJ4WjYfIjFfPPoXXJum+rNP1uAkNaTLIfmvqP2V9Bem9Ystf0S11bT5lltrmIOjA+/pQc2DU+/wDZIPVHz36u0WfROpL7S7lCklvMyH5/Oonw8HBr2B9IX4Of4UbuoOn1/wB1UX7WP/lx/EV5c1LQNX028e1vrCeGVDgqyEV1ePmjkQuSa8RHWsaLgnvX0A+F/wD7utAP/wDL4f3RXi/oT4d9S9WakkFnYyw22cyXUqlY0H4+te4eldMTR+mtP0qOUypaWyQhz+dtGM1m/JTTiki8UXfZnjf6TTAfF3V888Rn/uCp/wChwx/9I96vbNgx/rFVv6TuB8YNYGfRP3Fp36K+sCw+LtojthbuB4a0ZHfE1/QEP5Hpn6Ra7vg9rvyhX94V4Ek+81fSLrzRF6j6P1TRNwU3ls8QPsSODXz96o6X1nQtVn03UrGaCaJyuCh5wcZFYuDJKLiNmtldk7JXrz6EH/sNq/8Ap/8A4RXnzoL4W9VdYaisFlYyw2v591KpWNf1nv8Aqr1/8CNC6Y6Z0K80Lp+++u3FpKF1CUdjNt5o+XkXRxJGOzmf04v+DOnfbxZf7BXG/o0arHpHxh0eWUgJPIbc/wCuCB/WRXoj6XXS2odQdE2d3plu881jOWZEGTsI5/sryLa2eq6He2+qS2c1uYJlaNnXGGByP7KvjJT4/Qp6lZ9HtXsotR0y4sZhmOeJo2HuCMV86viF07ddMdWX2jXkZje3lZQD+cueG/XXvj4X9WWfWfRlhrlqwDSxATR7smNx3B/XVK+kB8H4Ou7Ianphjh1mEYVmHEo/RJ9PxrJxs36pOMhnXsjwu65GRS4uSoq5a38NOt9JvJLS76dvQ6nuke5T+BHerT8NvgV1f1HcrLqFo2k2QILSXHlYj5L3rpPLGrsDo16gH4M9DR9UajeX2qgro+nW7yXMmPXb5RXNdQ8NL6VYf5Lcdv4V6t+O17pHw0+FQ6K0IiK41D7xH39v5zN+PavJzlQAB60eLI57Klocgwc0eGXwo9vfFR8KkMCO1FJ8q14xT2FwxjwiT3HNNSAlqIjIWNt3tTChmkJP3cVqkqimVE2gG2sfO/PpS4kBDc1o4XAoUtFocXbwB3pZxxQ5Pmp8DJ4PpRx9KkjJYvsyxpm5ICLjvinJnIXb3pqcfYhjS57ZEIj+6Mj1pksfFYc0tNwYj50tcbiSKzsIQwULyeaUoGBWThdhPrWlYbR+FCyB3VAR+odRc9zdS/vGoWVRjg1KdTEN1DqA7Yupf3jUPI2CMdj3oC6FQqGBpDgqTTkbYXIpHMhOaoghhinYiRGcUkKM4NOqFVai0RjDHOaQeBThGWyKTICRxVMg7EocD0IpQGAc8kUi3ySP66XJxJ+NEkQQv3s0SzfZL7U3tCx5b1NKfGwKKtqiUIJXdvbvSXfB+RpWFY7T3FIBG7BobLYbpdrHc3kMEk6QJI4VpG7ICe5/CvUPwft/hP8AD9l1C56y0691Mpjfjyof5teU9+GFE7vJScuL9n2Eme2uvetvhl1d0xdaHedW2CRXC/eDZKsOQa8v9X9CdN6bp11f6b13pWptEMpbxKRI/wCqufySuaSpbvS8eD9SpMF7Gy3esKlQCKQzZJAFbJZgAaeEgiyRbi5jiaRYg7BS7dlz6mux9G9DdB6drVpfa78QdHlt4pFeSCLdl8HOM44rjFuMODRkn2i4qOHb7JZ7xj+Mfw3jVVPVFkABgYLfwprUvi78Mby0ktrnqOwmhkUq6MCQw/ZXhAKzNn2rfjFW2+9YZcFX6Fdndrvpb4Oy9SSajF1vDFp7yb/q3gscfLd/5V3PTPi98L9PsILK16jtUggjWONQj8KBgDtXhTu+a14uZNtOnxv2VbAs9a/F7UvhN8Q4oJH6ttrS8h4SZVY5HsRjmvO3WGjaXpOumz0nWYdVtSAfrMa7Rk+mM1BQ/wAlT0X3adgwdFSYLdnZfh50t8ONK1Kz1LqDrixuvCYSC2jRgCw5GT616BHxc+H6qFHUtkABjs38K8Q2y8Fm/VWTTDdhf11WXiLI9sqMqPRnxXtfhd1zqa6nB1rZWF4QBIwG4OB2yOKofw2+Gdx1R1fcWtneeLpNlKPEvohw4/m/Oub6fH486Rg4DOFzXvD4ddO2HTfS1rp1goCrGC74w0jHuTSc+R8aKS3YcY9mcQ+MfxZ1PpPV4emek7gxR6dGsc8kh8Qu3tzVIX6QXxATn6xZv+NuP40D8eujOoNF6x1K/uLOWWyupmlS5UZXB9/Y1y4eITs9KbDFCUUUk1s7Gv0i+vl9dM/Xbn+NSFh9JTq6L/fWmabP/mhl/vrhjpt4HepLp7QdY1/UI7HSLCe6nkIAEaE4+ZPoKj4+P+g0n/Z7E6U61034ofDbV2NkIpYoXiuoH8wXK5DfhXj/AEnVb/Q9eiv9MuJLe4t5NyOhx2NeiPAt/gx8Hry2nnEmv6uPuj0bbj9gFea5S0shY9yc0PGxr5V4wHI9hfCf41aD1HYxWmsTpp2pgeYPwknzB/urqcV7ayoJI7iF0PZlcEGvnakgiHfBoy0vr6NSsd5cKvsJSB/bS58BSenRP2Ue5OrevulembZ5dS1W38QDywxtudvwFeWvi98S9R61uiozb6XG/wBjAPX5n51z+SZi++Rix+ZzTbSbm3N2rVg4cMG3tgzk5F26W6AOt2FtqFx1Joum203cXE+HXnH3a9OdC6t0L0l0xaaHZ9UaU8cA5Y3SZZjyT3rxHJMd2MnH40LJKd/c0rPh/bpvRcEz2B8bLbon4g6NbW8fV+k293auWidp1xz3B5riMHwmtRcf4x170xFDnlxdZP7K5a0jgA5NMO7uTkmhhieJUpBWe7OiupegememLDQrTqrSnitIhGGNyuWPqe/vVS+OGn9GfEXSoTB1bpVteWefCczrtOfQ815CiJWVefSiYyWI5OKRj4lS7KWwnK1RNdc9Jjpia3jGs6dqfjBjm0k3hce9Xr4FfF276JuBpeqmW50WT8xfvQn3Hy+VcpuQoPJzTLTIordLGpRqWwbPoT011r0v1FZLdaVrVpKrD7hfDj8V705rWrdM2Vs11qd1psSr2eZl/qzXzvS/mjP2Tsv4GlNezyjEsrt+LGsH+gV/yL7no/4x/G+2ltptB6LkCpJxLeqMf7H8a758MmaX4eaEzOWY2EJJJ7+UV881+0YfjX0J+GA2fDzQRjH+58P7gquZBY4JIuO2ePfpPPt+L+r+vEf7grmWlaldaXqltqVlK0VxbSCSNgeQQc11H6T8Wfi7q5xjiP8AcFcn8L1rfiTeKNf0L+z3B8JfjX0t1ZpMUN9fQ6bqcaASxXB2hj6kHtVv1rqHoVYvrGpalo7qPV3UmvnpakgnBwaIlncBQXY/iayf+XxbtMP9kvo9EfGX4+20trNoHQqCNP5OS9Axx/M/jT/0YOtdC6a6S1q96h1iC2ZrpTiR8u/l9B3Nea5f5WsO/HyrWuLFx6oWrbPUXW30mdOjVoOm9He6H/L3HlU/6vevPvxC+IPU3Wrp+VrpRbo+9II12qtVtmOyhyMyCrjx4w8CZ0r4GfFLUPh3q7HabjSpz/jNuT/3l+de0ekeuul+qdPjudH1W3nLLlot2HX8R3r5zA43UTbXs9u4kt5ZInHZkcqf6qTyOHDI+y0SMmj6WtJa7dzPH+JIrmXxU+MvS/R9rNb211BqOqBSFt4myFPpuNeLLrqTXp7fwJdZ1CSL9BrlyP7ajDKzNliST6ms+LgJO2w3NsmuuepdT6r1qXVdVnaWeQkgFshR7D2FVzHOKJJG+kN/KV0mq8ASFcjaop1W8+GHamicTgjmn2c5Pl703HZKsNQ/4urAetNwYKSM3rW9xFjwPWnYI18HDcZGa205uItKpDA8qUhicgiiSiKoPfimmAGBQ60MSEpyeaeAPcU2iA806T9mD71cfGDLYxKzdqbc/Zp+NKckNg1t8GNRikyeykhpXYSEisDbnJNJAPiEUtB5iMUleFpGpyRHWlztFZdZ8L9dIVzgULIH9UJt6k1IH1upf3jUM5BG0DmrB1aoPUepH/pUv7xqBcBZKWEhLKUUc96UpAXnvmtlQ2MntWFRjiqII35PaskJ4FYSQ1bkO4gVZDagAVoAbu9YVxwaSFCvnNQguNgit7ntWsNuDN61gALZrcRLhg3pVooVI+WC9xW4wzZBpNtjxGDc+1KaTnI49KjLMbgH3pMeOC1KwcAelKIAU0LZaVmiA0gbvisaQ5x6VqP7pIrAn53rVN2WtCCGc4WlFSgwaeiAQZA5puVhnc1VZQ2gAXcR2rSDexx6U8i7lx71iIsTMT60SiQ3CvOPUU9HhixX0puI4YE9jTl1KqDYnGe5pqVIqhsyFG8pphyWfNZyec8U4gBUmlXbCapGRbhJ5qcig8SQt60gKxIJo+zQnzKO9Eo2C9D0IymCKJtlOw57+lMpndgD1o6IbmxjGBT4R+hUmNXDhIxGo5pjw2eQCnZMm4LMOKXEygFvWqaoi0Exp4LDYcY5zXob4SfHSyt7G20Pqn7Pwl2pee4/nfP515xnueNrnBoGVgZCQ2aRyILKth4z6GWmpaF1Fp4e0urLULWQc7WV1II7EVXtR+FXw+1CR5bjpuzDt3MY2f2V4b07VtQ0+XxLG8uLZ/RopSp/qqXi696xQbP8JdW/pLfxrmrhST+Mh3avT1vJ8K/hbpeZrnRdPijHdp5j/earXVHxf6C6K042HSFrb3dx2CW8W2Ifi1eXL7V9T1GTffahd3Le8kzN/bQo+/T4cO/5ysF5P6RPdadU6v1brMmp6tcNI7HyIPuxr6KB6Con8+tAk/d7UsKD93vXQjHVIU2NNGGXd60/EAkWQaalJ8LIGKxFLQ5Jok4xAkrFuxbJPamZZcZUnitTTKse0nFRtxMztx2pc8l+hRgOzzecD0pBmBAWm0jM3fjFL2LkKPSkq/saYfEBwOVpQTNLOFRQOeK2R9mpHqaJRsobjhIcndxRSkBMDvTaR7gea27LGpA74oulEGbl8Dk5oCaTAH405I43kE5pluc+1A5F0LVeN+aOhg8Rd4Wg7UGVgvpVlCfVtNR41G7NNw4+wEn1HOm+nNT1e9hsbG0lmnmcKqhD+2vf3TVkdM6d0/T2729ukZ/UAK8bWXxY6ztLOMW97bwGMYBS2jB/solfjT8RWkUHXjg+8CfwpHJ4WXPS8otZFEsX0rukdTPVkuuwWZltbiFftIxnaR71wK6gaGFkZSGHcEV2C6+MfXb2+G1IMN/rAh/urn3UWp3mv3F5qupOJbqRxuYIFBx8hWjDhnigoSF/sUn4VSAEMayRmJBI4FEIgUsT3pCgbsN2NUNQ5EvjMrMcZFEtEqpICc4WmfDBi3Zxtp7cioRnO5a0Y3Uhdkcw8lMBckU+Pu7aSU2Kv41nYYnw8xvithQIaWvljcmm+fDJqFjQyFJ9KXExMYz2zWAD7vpS0UhQCKFrZZiocFs0yHIY575opEZAM+tDyJyeOc0daI3ZkGWk70+c5A+dMRgh+KKRQZADRY7K+wxFDWhGfzqfbhfwWkW8KhRz3NLPmiOPwrdjtRsS3cgfJCDPrWPye3pW5UIXINJxlR+FLVJB2xy2HkK98Vlw20Lxjil2qYOM9xTdxjdz2pkf+GU/QQtnzEU5K2YkwK1IFBpfCxqTWZ/YfgyTmTHrWFtpPvStoMpeh2fMrGkJkFTMWhOT61gHA4pmQgR8H1ohWO0fhVNkoO6xkZuptSVf+dS/vGoM7vEAapjqrI6m1En/AJ1L+8ai3AL5oC7EnyyAHsa0x44NZJyR8qSQDxmqsgh33ODRETcEmhymCKWpI4qvSDhIZuaZYhZDjtW3NNkY70TZB5iS3HYUsAbfxrIjGEbPc1m0Y71EwkhSYSTIHYVoFS2ccmnYiqqMjvST5SzY7VGUaG5VPFJyMZNEQsDE24cmmXjU+UnANAyJmoWGDg04qEnimoVVTtBolWKcjmrSKNTMu7j0pldr5FJKncSfWloBtJHeha2WOxkbdorJUA5b0pcICLk0iaVWb5U7tono0ZMD5VrmQZptshh7GiY18uKBysIxYtygDiliIAcU8EAUH86tqoyff2olGgOwm3iULnPI4oq3DLx7VqJFzluBRK7EB280yMd2DKQpVAIaiUBVDJ70KG3ED0olGCx7TTG6ASsakPG73oWSfwzt96M2zzERQo0jHsFGTUbeAxnBHnoGMihuQlicn50lSVBI9a2w3Y+dKaPgKD2pTdjPFZuMEAZp1NoO4rnNMqmHAJopFwPeokC5CFBaXCDGaLWNhkAc+taSEYDg4Ip+MEAtyc05JyFOQ6kRKjjGa1JHt3ehp1ATgscVl4+ckDjGKY6SF22yNkyG25zimzJsi7c5pUgYPkUJLu3HJ71lnJ0aUnQ1dMZG9qRGuI+RzSmVs5NORQySEYpN36XFDdvvkJGMAUUsY2nA5omG2KISRW9m0nAp+LE36BKVAxjjB2sc0jb354FFCNuSq5pmRWwUC809xjGJYkby21R3pi7UoBnuamrK3y8UhHCjmg9SjDiVyOM8VTx/ByKUrbRCOgPOe1M5IyT+qiJQAhANCk90rE0M/wCUkdGjMs4B7VZruP8AxRQT27VBdPI3ibj6VY5kWWFFB5rrcONQM3Il9ASKGtvFZcKG5pCMJr+FFPlBpwufqckGcgNStKgT67APUmm76gO7sKeExo4Xkh80z4J8HaDxg5qRv4tjSIh5NCpuWPtk5pqxRaszxyOVordxARO2eKHcAyqKktV4uWYd81FxZa581czLDrKjbGTcdEgIgIG2980LGx8wxyFNSLLsiZfU4oOOM4kJp046VAxd+ke4KNH/ADhzSnGQD8+KcuF3ToB6CtYyAPaszVDbGmCeCyt9/NJIAjw3etgDLn1zSXGH3d+KpqirEbgDxT6AlQWFMIAWY0VGjyFVRSfkKBPYQ8m0Jl/QULMR3A+dFXKFA6MCCB2NDzDagA74p0vCITAB696KjQbs+tDRDLqTRbYBAB9aLFpFSH4VHiFQaUcCIgd6TEqqWOeTSolUQnccmtUZVEVWwa4kCoAaSjgik3ChiR7VpcY+QpLlsaloNsmAYk88UzO2XPyrdkPMSKblbMrMBjzYpt1AqXo2wDOKRLJsbaO1YwIcClvEA3J9Kzv7INqyedlHOKY2Ervzgk09Edu7jNbfaQM8Uhq4hDDoAozRShcChWJzj50Yo8o49KEg71nkdS6ifT61L+8aiUbcQamOtcjqXUU/6VL+8ahlUomapohqRTv78GkKACTnsax34/XSWUj9dB6QIYAsGpp3y54rSsQRntW5GXBxU8Iax4jDFbMe4lTWojjBFKBLNkVaZYpFG6tucGk8ZJFbjIOd1FZadGxkgYpwElgDTecthadClWBNC5ETGlclmHYUuTJIANaEe4kg1psxsFPJofSUbChFz60pWakDdnBrbHBz6USLUbNSuxxx2pS5DgHtSXIBzSQzSD2xV2CxZmbJUdqQAQh96XEmOSKMgtTP5lqm+xGB26NI2MVJQIqIQV5HrT8cMcREePMaen85WJE8vYmmxhQLlYOitnmsVV8Xmu2dZfDrTen/AIEafrk1oRrMskZeQkjyv6Y/CuL45occ1MjXV0LVFdTjuKwKSNq/ePenISu3juO9KdliBYfeNOToBMesdPuru8hs7WF57iZgscaDJYn0Fdm6C+Amt6tLHP1DcDTrbPMSjdIf4VxfR9evNJ1GLUNPmMN1CcxyDup96618CfiZ1Zc/EfTdO1LVp7y2vpvCkWVs4z2I/XWXk5MiXwDhS9PQXS/w16T6TsZW03TQbkRn7eU7nJx/VXhzqLP5YvOP8q39tfRe6/3lKf5h/sr519REfli8H/xW/trDwck5uTk7HZPqiMLrgY9BSVLAqSfWtFQTxTsce4V0qFN6ocQb5BRaL4ZyeRSLSHHLDk0bFCx525WmxgKlIQQANw/ZRMPKMxHAFbdMBcp3p2ZlEYQLgHvWhJRFDZOIxIRkZ7V0vS+rPhOVhh1Pom5jOAJJEn3frxmuY3EoEHhVFyTfaVmzrvQ3Gey+m/hf8LeoNGt9W0zSY57W4XcjLKx/Uee9Sn/oX+HMYyen4iPnI38ar30Q5d/wykQn7l/J/WFNdZ6ibZot4f8A4D/2GvP53OM3Hsa4u1s5TfdL/AzS5dl3b6HE2ceefP8AfUpo/SHwh1NQdI07QrnPbY2T/bXj++uS08+STuY+vzpnT7y6tbhZ7W4lhlQ5R0Ygg+4rof6NpfzYv9jPZetfBboPU4sLpRtH/Sgcj+rtXHPiJ8B9S0KC41HRLr8o2ScmLZ9qo/vroH0cviRfa9H/AIPa/N4l5Gm6CY95F9j8xXbnQMCDjB71l/fn48qnsKlJHzwvLdoYBFgh84aiLfTQbiBx90jmu2/SN6HtdH1yPWrCJFhvm86AcB//ADrlthF9pgjtyK7Mciy41NGLLJwbRHyW4jSRQO5wKg9dh8G3K49Kt94itcKij7xqB6nhGxwfQVshG4MThy3NL+ylvypwKDGcn3zUkV2qvH40GQMlgPWuXJbOi3ROdLgmbB7Y5qzxxKkobHbsKrXSz5uQV9+auGN0xwOwrq8Z/wC2YORKpogApUXO5PXit6USb+IZ5DUVf5X60R2zUfp0qFRN2Yc06LpUXUmmyx38bLcsccY5oCdPDBOe9G3FyJhuHfaKFuG3WznGSDinQdR2Ysfa2iuav55yIwSd1AhWWQnHmFSryL40mV9aTHbK8U8pPqKyZsfeR0oS6Rpg8jyGQFu2BWJKhMoI9KNv4kSGIpyzUKtv4YdiMkrVNVJJku1aIqR8Nu+fFaJIY49ay/hdJFX9dNxbmmwfWsU9SGIfih3uxPtTRBMmAM0ciYZsfo1LdA61p/TvUCarqGkxaosQOyGVsLu9CfepPSJFkx8OvhH1d1lOj2lkbaxJ89zMNqgfL3r1T8Mfgv0r0VCs7QDU9SA5ubhchf8ANX0rlfwu+kBrWq9cWGjajpenw6bdzLboIFKtDuOAe/POK9Tf5OuLy8uS0no0waPBfx2tI7b4na3GigL9Y9B8hXPbljtrqP0gii/E3XFPf6x/cK5bcsNldvyKM8ZN3Y7ZoJAcnGKU+BMqg5OaYQqVG1sHFLjUmdMH1qY2ESCqQuW961Idsb7e+KIC+Q57ihpG8r4HpWx6Fp7A2z5iawY24pcuDHz602MY4rPexn0HWBCuQ3rTTurSyIRxup6w27ju58tNyKgYleSa0L+AL9GGI8XOO1akJZc9uaWmCzLjk1tEBXzUj2y7GoAMtSZFGMmnVVQ52ntTMmfWlP8AiQGJbeRj1o9c7Rx6VHs5Eh49aOWTyj8KAlkl1mFbqLU2HrdS/vGoORAUVflUv1Xl+oNQ5/41L+8aiGyjg9xiomVQOUAHNJQEmly5duK3EpzihosQw4Oa0eAMU88W4jmmnG3IFVRdmu9aztYYFOwjK80lxyeKlFpiC2a3u2gDFJOASAO1KY7lHFBZehQbaN4pcjbkB96bXaEKmkK5JGBkCqtlaHuFTB7isKsHz6EVsMCea35iPlV0SzEJZs0pgoXB7ilIMLgUrwDI/wDnVZaYMA5Pbiire2aTGK7h8GvgRedTQR6p1BLJp+l90Rf5SX+ArtOl9J/Bbpyc2Ph6O112P1iTe39dZ58mMXS2X1PGq2P2gqQ8L6vF2+9XtjUvhb0BrtoskWk20SsMrLanZn9Yrz78bPhNf9Hx/lKwd73TC/3seaIfzv40/DysMteMVOLOPy902V2H6PnwtvOpdWi1rWYWi0eBg65/y7ew+XvQvwX034ZmF9R621L/ABqOb7O0cNt2+/HevWHResdP6zpXidN3EE1lA3hDwVwqkDtis3J5DSqKGQic6+lRCqfCxVUYUXkQA+XNeS5bf8+veHxH/wAFB0//APnHwPyb4q/y33d/OK5Veal8AYkbA0nKDjySUHGz9YVTYOSPaVnlub7Ooue6kk7UZ1JcQTa5e/UP96iZ/Bx+hk7f6sVExbsmtzyWUkPFyMD3q/fAZifit08G7C8WqCFPGe9Xz4Ehh8WenRjveLQZJfBl/wBHvK/I+ozFf+Tb+yvnZqy/7vXjOOfHf+019ErziylGP8mf7K+fOrxbtZu2x3nf+01i/GfKMg8jpoiFhUHgUbBbFhkUXBYyz3EcMMTO0hAUKMkk+mK738M/gdJ9QF/1bcC0hfD/AFZeG2/zj+bXWlkhhVzYncjgzRIm1h6rSo2KEge1eu7Dpb4P+MNPtrbRZZe20yhm/tpjqz4G9Gatb5023k0q49HhOV/WDSn+TxXtALA/7PJ/8oN9IuvKi/pCrX8ROiNV6J1JrfUIyYWOYZlHlkFU+6k3I36VauyatMCqYJdShgMDFRcz/aADvmnbuZ8baCViZFAOSTWbLIfBJHsn6HBz8N7zPrqLfuLXYepAG0K+B9bd/wCyuO/Q4/8AdxeqfzdQb91a7F1DxoV6e/2D/wBlcXPrKx0PD553aYuZAOxc/wBtLtLYm5JP3QKeliMt023tvP8AbR1lEEuXDdgK72KFmec+sS0fC66m07rrRbyGQgi8jTH81uD/AG17cTkZ+VeQ/gr05JrnXmn+GCsFrKJ5Wx228gfrIr16lc78tFKcf7ovjStM5l9Im3Sb4fu7ffinVk/Hkf315kt0KSbV832frXoj6SGrLHpVvpCY8SR/FP8Amj/zrgDKEk3t5vs/StPBg/0KzLycn+4xUg+xDv8Ammq/1LbeLDK6fnCukdE9H6r1RcC2tYjHGv8AKSsPKtdRXo34ddDaf9b6laKeb9K6Oc/glb/9ZjwxUHuX9IRxcTk+96PHM9s4iPkbt7VGmMrwQR5a9paf8Qvg1PcC0ii0+3HvJYBV/bipzW/hd8PurtP+sQ6bZxpMMpcWWBn55FcefM6v5xaOyoxl4eLelVVNQBFW+6LJOJB2q1defBjWOiNQ/KNo/wBe0vP8oPvJ+Iq5fD+f4b6l9Q0jWdGMV2+ENw8nlkaulg5K/SpRVowZor9tN0cT1iPa8g/S5oO3tNlpJPj73FezH+EnQU7bm0NCP+sb+NVH4maR8PehNKjaTphLkyA7It59Pxocf5SGSahCLbYc8SxwuT0edbBcuB/MpmZNiSfNqkXura4vJrmwtvq8EsjMkf6I9qe6bubCx1eG91PTxqFsjEyW5bG/INdbtSsxRRV0teZ3+dKjtf8AF2avUvw30D4b9a6NJqFr0stt4UnhyRyMTg4zwQeapvxfPw90H67oGj6BH+U9uPHzxEf41hhz1PJ+tRfY2zgow7tnCNQhIkHA+7SViDRrn1FE3aD604ySAtIUlYk4HFdFxtmZS+JX9QGTt9jUfAMXS598VJagcSFvQmo6FS12v45rm8mFSRsx+EiuAjH9VBuuCSKLnXaAB2NDOfMyihmtoieyU+HG5fiF0/8A/MoP3xX0bUZiAr5y/DzK/EHQH9PyjB++K+jQB2KR7VxOfG5JD4Hhj4/+f4r9QA9xL/4RXLpue/vXUvpC7R8WOoCP+W/8Irlch8x+Zrrr/gxYtLZkSgjcfSi4sMUIHrQ0WUJ4omN/swwGDmpDRH4SrYzkDgChWUPG3oM0VG/2ecZJFDvGzcDjNbRUfQV1yD7Cm1XawVRnNHJGNrZrUSp4y596T00NuxFmu0sCKWwByT3okKiTEKdwpiRfN+NPS+ALYEmTIcdhTrAkfKtW0Z8Zx6CnXU7SBSKLQHDkq4bsayDADKT5acI8pHvTUScMpPApL8LYieMAg0sYwOKblbIpYY4HNLIH9WE/4QagfT61J+8aivzsnsRUn1Lz1HqSt90XUn7xoZ7YlEdfu4oowsvwCIz2FJXerZFG3HhxxcDmhA+BnFW1RbMBOe9IdMEsaccA8itZ3ALQpWShMZpbEYIxWFducUnkMM+tU9FDca+cmlMMelORpksR6Ugby5BHFKasNUNLhsk09DFj0702E85FO7ztAHpV+FpJihGynAHatmMj9dOW7Fjz60rB8XB7CiSsB6N2qBuTXW/o39AR9W9ZibUYvE02w2yzD9I/mr+vFcughzNsFe0PosaEmk/DKK8Me2fUJWmY/wA3sv8AUKz8qbxY7XpcFbIL6TXXd509aWnS2g/4tJcRbpJI+Nkfbb+uvNNs7qxllYlj97Nev+v/AIT9PdW9QvrGo6hdQ3DRrGVR1Awvbg1XJPgF0g3fV70f/vF/hQ8blYsUaYucHJlK+jP13f23VkPS9zIXsL3cIwT/ACbgEjH44r03qun22p6bNZ3cSyQzIUZWGQQeK5T0p8H+kOn+oLTWLXVLszWz703zLtyP1V1c6lYgc3cGP88Vk5uSOTJ3iMxLqtnh34h9N/4LdY3+lfmRyZj/AMz0r0L9Ef8A9idQP/Tj+4tcu+ljLar15b3NrMsnjWi7ipB5BNdK+h5L4nQmoE/8+P7q0/ky7cawcaqQZ9LhgPhdn1+uJ/fXjC4m3OQ3avZn0vhn4VZH/PE/vrxesZcndVcOX+2E47ExKDKKdK7SQKceEoFYVtFycmtZchEas3B710H4DxE/FTp4n0vFqlQwjdk10H4GIF+KXT/zu1q8kbgwG/D27eea2lHoUP8AZXgHVQF1a8x28Z/7TXv+6/3pKT+gf7K8D6vGrazcRx93uGH/AHjWb8VGlImb1HbPow9BpevJ1XqMIeOI7LNW7E+rfqoL6RXxCvLzWpOm9NmaK1tfLcFDgyN+ifkK9AdA6RHonRumaWibPBtlDf52Of665rrPwJ6e1HU7q+l1y9WS4kLsCV4zS8WeMuQ8svrwKUPh1PLbzP4qyBmBX7uD2r1N9GTri817S7jQtUmM1xZqGhkY5Zk7YP4VHD6PvS/b8vXf7V/hVs+Gvwx0fofV5dTstXnuHkiMRSQqFxnOeKbyuTjywaj6DHE4v0sHxT6Utuq+kLzT3QGcKXgZvzXrwjq6mK5mgYFXiYqw+Yr6JG5tipHjJyP0hXgz4x2sdp8RNchiIKfW3xj58/30rg5JO4sOaRRJ5WyQTmm7YHxlY9s1u42hyoOaRCGaWNPTNapOyUkezvodc/Du8A9b9if9la7NriM+jXkaAsxhYAD8K4z9Dzy9AX2Oxvmx/srXbbyUW9pNOwyEQsR78Vy+RvKy14eJrbovqSadzFol+csf8gauHTXwX6r1Offd26adCfzpTlv2CumaR8ctEutYisLvTZrNHfZ4zSAgfM112B0miWSN1ZGAKsDkEV0s/Mz4dONWJjCMvGVvoHo3SukNN+rWKF5WwZZm+8596T1x1ppXS2nPJcXUcl0f5OBTliajfjRcdS2XTJvenZzEIs/Wdi5fYfUfhXmO9uLm81B5p7l53J87Ock1XD4X+qvJN2Kz8h4qSJTqvXrzX9UuNQvXLPMfL/NX0FNdM6NPrmuW2mQRl2ndVGPQepqOut3h4A9Bgfrrs30c9ISW+vNXZcvCixo3sT3rp8zJ/p8NowceCzZDqWm6fp3SXTTCGNY4bWItI36RA715F+J/Ud71Drt1e3kpKPkQr+iueBXqb413D23w71FkzmTan6j3rx/rKs0zA8gDH9VZfxMLvI/Wb8jSaiVJ5wUcNXVvo3/E246X16LQ9Sus6NdyBMSHIhYnAI9ua4/dg+I4FNW4MQ8QHJzkUWfFGTcWaa+z6UXdvBfWjQTossMi4IIyCDXlX4r9NHpfq020ORbOd9uf/wC/au+fA7qI9TfDTStRkffOsXgT/J08p/sB/XVe+kboq33TlrqO3JtbgZPsG4rm8CbxZ/1v70K5K7Q7f1ss3wi6hOv9HQSTOGurfEU34jtVa+kjoj3/AEmL+NctbEhv801TPo+66dM6ok0mdiIL5QF/6wdq71r2nx6rpF1YTjKTRFD/AHVebH/ouWpLwGL/ANRgr+zxLFaCKPGMFMU20GJ2X3Iqf1+wl07WbnT5Vw0Tsp/upXSejSa31bp+lxjPjyoH+Q/Or09pQ7nNhLtPp/Z3f4U6fH0h8J5NRuPI0yG6fPz+6K819R3U1/qd3e3LmSWaQuzHuSTXoj6QOrR6R0rZ9OWh2eKQGA9I17CvN+ofyzp+H9tc/wDHR/Ypch/83/4NHIl81j/ojLtGLSufehbgYtgwPaj9Q3YOFxuqLCu1qqlu711J2mDjXxIu/A2BvY0DApFwsp7E4qSvFBhYfomggpzH+jnNYOR9G6HgUdr3ESehNC3CCO8m9lFPzqyTQsPfNM36M07uOxHNJltoKMbJf4cqH650IdgNQgP/APkFfRTJEQAr51fD8MOs9CPY/X4P/wCoK+iiHKD8K5H5D6Q1I8LfSG/96+vDvmb/AMIrl7g7/wBddZ+kBGo+LGvg9/HH7orlM/8AKkEetdNbxRAMDBVJ9TTkZLQhV75ocJukC5oqEHIVfQ1ILaKaJdY2iiQn2po7pWypxinJXdiiemKagyHdQeK3/QrqNzErGcHmmIXO/JBNESDMYBHNNopXIpLYYRaMCxVhjPanWhQzKu/OaYiOXC+tER4aUEenetEHcQZfEb2hZmUDvTU4PhkKeadIdifc02cbWBPmxQyiVFgLg7cZ5rUQIUg07tGOe9N5fLAVl8DGUCE7TRItosffodNhGT3p3A96SShfVcobqbU8HaPrcv7xpuxnZAFDZFJ6pQjqPUiWH++5f3zQcLlJBjmhhOhkibvbWGcbs+Y0BPaMqduBTP1t0kGSeKkoblJEAk7Gta6ZdeMV8kQ7xsq5pUanerY9Km57FXVWQAg0ydOfB9BVy4uRbRX7YgAy+AKRLHuYZbkUebF41DegoaUZYELjBpM4yXoUZJ+GoxuO2lrDtce9NqSOMYNOMzKOBnNKSsIR4HmY0lYgTxx70fHGzYApLRBXxjiiljKUqB4V+0KgUYlr4aBm5J5pUcIX7Qe1FFSyA+4oaojlZltbkpGx9W5r3f8AB6FYPhpoEafdFkhH7K8LeaOMr8+K9u/AO/TUfhXokid4rcQt+K8Vh/IP4oPFvZwH6Sd3f2HxPu1SeeOOaJJFAcgdsf3Vy2fV70xn/HZ/+0Nd9+mJ09L4endSxRcLm3nf8fu15nZ23bTzWjBNSxxEddsel1e7BIW6mH+saYj1O63gvdTH/WNCzoWJxSI4WMgUZJPYVJxTHB1xO05yzFj8zmvWH0NBjoLUvnqDfuLXBesugj0r0RoOsXk3+PaluZ4P0F9K779DkY6B1D56g37i1j5ElLHoKMaYf9LYZ+Frj3u4/wC+vGzR7TXsr6Wo/wDVf/8AWR/3148aMsaPiL/bKk6YgnI8M0uMYG2n440U5fvSigzu9K3KILlZpEC7vnV6+CHHxP6f/wBLX+w1RFy2351evgrx8T+n/wDS1/sNMf8AFi3E9t3n+8Zf8w/2V4X0ofWeuLeMjj8oj/8AqV7ovM/UJf8AMP8AZXhK3uvqnVfjdvDu92fweuZ+PWpDsv0e8AD9VCj9DH9VeG+sL7WLLqjVLc6jeDZcuuPHb0P417hsZFntIpEYMrICCDkEEV4/+kxoMuh/EO4uANlvqH28f/i/roPxskpSTJljaRQzrmpd/wApXX/bN/Ggpde1Msd2pXWP+ub+NRksvDEGht27vXUybFRiicj1vUvzNRuv+2b+NRF48k1yZJZGd2OSxOSaK0awudRv4LG0iaWeZwiIoySSanfi50eOi+pU0kXizusCSSEHszdxQOloakUm6XLgn2pmBsTDHvTzBmk57YpkJibj3pL9Do9m/Q2Zm+HV2T2F837q12fXDu0q6P8A8F/7DXFvoaMT8OLxfa+b90V2jW/+CLoD/kX/ALDXMyu8rL+jwtqTY1EbSQS/p+Nei/o/fED67CvTGpviaJf8Wdj98fo153vYN16doJYOTn070fp97NZzxz27NHPEwZHU4IIr1nL4cc+JQfpzo5esrPcM0ccsDRyIGjdcEHsQfSvMvxe6GfpnWJLu2iJsLhtyFfzCfQ12f4R9bQ9XdOIZPLf2+EuV+f6Q/GrF1Po1lr2kzWN3FujkHBPdT6GvO8fPPg5nCX/cfnxrPHR49kTFt4kueFA+eK9FfR5jQdIzvgKWuMHHrgd6411b01c6Hqk+nTjLKcqx7MtdS+jrfJ+T7/TJDiRHWRR7g12PylZONaOV+Pbx5+rLJ8c0eT4d35XJZNp/VmvJGrZEp45DEV7Z6209dT6W1GzOPPCxHHqBkV4t15THM8bLh1OCPnSPw8vg4m7kprImc/u8md8jBoVJCvGae1Ay/WXb0oLcM5NHPUjdFWj199C/UBP0dq+nlvNBeK+35Og/+010v4yqjfD3UN35uxv+8K5F9CSFjo/UF3+a80Uf61Un/wAQronx+1BLXo4WGftLyVV/UOTXJUb5qS/tC8zrDL/oefhey6ZqdvfwNte3kDr+Ir1r0nq0WudPWmqQOGS4iDDHvjkftrxxrIfAX13V3T6MGutc6LdaFIxzaSeJFk/mnv8A111Py2Dvh7r2Jg/Hzr37IP6ROhCy1+DWIUO27XEh/niifo56EJtVvtduEwLZPDgb5nvXUPiv08eoukbmGOPdcQjxIeOSRUDGg6B+DzyuAt0sJL+5kas8OX+zhrEvXoe+P15LyvyrONfGXqAa11veOjeJDbkQR/Lb3/rzXPLrmUsfLubGPSi52LySSk5eQ7j+NM3KktiQco2flXosWJYsahHxGBvtOwK9hkmu44IvKSQufSuuW/0e9Wmtll/LdsNxD48Jq5HeStHeRyoeQQQK6YPpA9V2reALHTmCAAHYf41j5i5Gv0mzjNRjskZfo2Xzpg9RWwz/APAb+NMv9GW5jjLt1NBwM/yB/jUbL9IzrDZkafpg/wBRv41H3P0jutJEKfVNLAIx/Jt/GuRmXOfkkbYzh/7TlPUFt9Tv5bXfv8GV4y2MZwcVG3bMRkUVql5JeXUlzLgySuXbHbJOTQ+1mhzXRaBuyV6BkQ9aaFuXJ/KEH74r6JqAVB7cV86ehS4640NVUf8ACEH74r6KLkRc98Vw/wAg/khsUeIfpAD/ANbev8/5YfuiuVXJPjkYrqPx/OPi3rxJ/wAsP3RXMr1h4tdSD/2kA1sFTHij8aLXGW2nBzQiHzg/On1yhLd8mqi2mV6SMLHaqk5rcflc5rVumVVycU5L5ckc8Vsx20UzSFXKeXuc0zJzPt7c0RGrBYx24zTJUeO570XX47BvZirsmUg0bAhUFs4wKBOS4HYijVVjEcHt3osfuiT8Bi5AGexNNSsBuAFOykEmP1oYvtJzzVTZUUIkbDAUlMBmz605INrbu4piNwJGJ5zWeXoVGsBUIApALY71sNwRSgUxSZBKzXVYz1HqP+ly/vmh7Nxbzq7RiQY7UZ1Oh/wi1HAz/jcv75oaMDjjml9SAsxDHJ4JpcE4+6fSkzqGbI9KRDH58n1qJ9dFpNkvZ38scqqPMAKsFreW08I34WQ1V1VV5XvikNM+5eSMe1b8PJlBe2ZsuJS8LottvYApuBpL6bC+QYcYNQFjrtxCuwnIHqaNGtO/HjcmuguViyR2jJ+nJF6YZLosciF1xkHtSDpAjU8g1uLUJAqleSBzWjfSEjzfM0GT9PqRcHl+zPChQDfxgYNBSbNxK8jtinHd7ktj3rUdqUXxCe9Y5pT8Rog3H0bi5wD6Hmi9yovn7E8UztCbT39TTTFmYknj0rNLQ1bFTSgyKua9M/RA6nEmm3vTE0vnhfx4R/NPf+uvLxjYurVP9H6/qHTet2+rabM0U8Lg8HG4eoPyNZM+P9kaGx0z3n1loFj1N09daPqKb4LhCp/mn0I+Yrxb8SfhZ1L0hqsg+pS3Ni38ncoMrj5+xr1h8K/iNpHW+jq9tMsd8g+3tz95P4j51c5o4pUKSKrqe4YZFc7HmlidNDOqZ857bR7+5uFitraaeVjhY40LE1334IfA6ZbmHqXqxPCSL7SGzcZLfNvlXo+LTdNtnEkNlawkfnLGq1xj48/Fm306zl0DpucNetlJ50OQn4fOn/unm1FUTUPTj/0jerP8I+vpLO3wLDTvsIgO3Hc12L6Hk6N0TqUC/eS93H9aj+FeVpg01y0sjEs5ySa6p9HfrmDo3qd7bUJCun3+EkYH7jDsTTs+BvF1iLjLZ376SWlzap8LrxYELvBKk20ewPP9VeNltWabaqkknygV9CVms9QtOGiuLeVOcEMrKa5/1Npvw56HEuuz6Zp1vPyY12+Zm+QrLxc/RONBzVnlfqzo7U+mtM0281JURtQjMiRZ86AY7j071Wo+HDeh71aPiR1bd9W9STaldYjiHkgiXtGntVcCDwN3v2rrxTrYq9jf+U8lXT4HLu+Keg/6UP7DVe6a0XUde1WLS9LgEt1LnYu4DOBk8mu7/A74Ra5onVVvr/UBigjt8mKNXDEv6ZoM2SMItNkSs9D3H+9JB/NP9leCtb2Rard+6XD/AL1e9XZTGQWXnjvXl74nfBfqFuobu80FYLq1uJWkCmUKyZ5wc96wfjs0cbkpfYzJHtR2P4AdUR9R/D+0V5AbuxUW8y/h90/sov4xdAW3XfTTWmES/jybaZvzD7fgeK8p/DPrTWPhp1xJHdEvD4ng30Gfb+8V7O6U6j0rqbSI9T0m5SeBx6HlT7EehrPng8OTvHxhxdqmeCutOjeoemdSey1TT5YmQ/fA8rfgaj9G0LVdVu0tNNsLi6nf7qRpk19Eb6xs76PZeWsE6foyRhh/XQqWeiaHbyXcdrZWESKS8ixqgA/ECmrnOvCKBxX4N/C2DobS5erurBH9eij8QRntbr/GvNvxH11up+tNR1hgQs87bFz2Udq7L9Ij4tx63FL0303OfqGf8YnH+V+Q+VefX4YnvmtPHxy3OXrKcl4jBGKbl8PxfPRgiLEAdzVn034Ydc6jNGlv07e4fkO6bVx+Jp06XpPT0d9Db/3fX/t9dP7q12jWRnTLgf8Aw2/sqm/BTo49EdDW2kzMr3bsZrll7bj6fqGBV3lxIhUjgjBrjZZJztBLSPDl0hjuZdmQd7cH8aetYgY95A3etdM63+FOuWmtXE2m2rXdlJIzR7e6j51QdT0y80zUGs7qJ4GQDdGe4r2eLkRzRTizj5oOBI9AdRXPS+vwajbvIVV8Txg8OnqK9a9Oazaa5pEOpWLh4JlBGPT5fjXi+OHajyKSdzcfKum/A3rObQr38n3judPnfkf8m3vXP/LcNZo94/yQXE5Dg9nY/ib0qOotJYxD/HIRuiPv8q4v0HqsvTHV8M06tGu7wrhG7gV6USWN0DqwIYZBqidfdA2etSm/sVEV8RliOzmuTxOUoxeLJ4x/K4tz/dD1F4gniubdZomWSORcgg5BFeYfj90jLofUbahFDmxvsurjsr+1dF6b1fqPomN7bqOzY6ShASZOfD//AL4q+XJ6d600LwZTbXtpIOBnkfwNXicuFl7ex/wFjnDlQT8f9M+euqswu3H86hVtpJpkVQSWbAA9a9R9T/RrtrzUWudM13wImPEckW7b+vPNTfR3wf6J6D/3c6h1JLue286PcELEv+r60zLzsda2bVBotH0c+kpOjvhtbx3sYju7pjdT5GCA33QfwUCubfGXqlOoeo8W+DbWmYo2H53uaD+Lvxy/K5/wf6QMi2r8T3Xbf/NHy+dUeKWRsKeXNO/G8eXeWWfrOfzX8UkZe+Zg2T/51bfg3q/5F6liuWcpE0nhS/5pqr3cUgAZ0wuc0R065DSFl8zNx+NdqcFNNP7OYp9YOvo9npIsihlOVIBX8K4d9JjW8i00CKT0M8yj/uium9A6o2odG2d1KNpSLax/zR3/AGV5m+JGqtrPV9/fsxIaUrGPZRwK4P4zi/8AqnfkTp8rP2xKvvZWJCMxkfpc/srd1bs0UsqHncv9lY6BpOOwb+6nsEWc2D6j+yvUPw5v3ZBXaFnDP3qLucC4kJHcDFTF2jBUY+poC8XnJHeqktGvDL7Ie4U7ck1FShlbAPepe5UBXBPYVFTYLgj3rByPo3xdhCqNtJVWzxT3+T/1akOmdD1XqPUFsNHs3urhlLbE9AKQ5JelrY30Tn/DPR/9Oi/fFfRVBmMfgK8j/CX4JdT/AOFtlqPUNulhZWkyysjvl5MHIAxXrWOQYIyK4X5CanNUPgqR4e+kLH4fxb135zj90VzG8j+1r1J8ePhBruvdUzdQaF4V0Ln+UhzhgRXnXr7prWOldVXTtZtvAneMSBdwPB/Ct+LIpY1FeguOysAt4uB2ouIljgjim4Iw2ccGiLY4O0imxTbKa0SMJ+yAx2FO+GXBxx5aKs4Y5LNjjBApMKHJA58tdKEGkJbpg0Hdd2ThaG3gSMPXNGxBmDblxxxQM0W0n9LNVTUdk9ZuQsWwven43cxtzimApAyDzTyfyffk1IP5aLltCEj+8Se1CMoUnnIJqRjjIjc+lBGMHgHnNDl0Uhtw2zimSm2UH5UVjyu3sKF5kb8KRIJCljDKSaTtPtW0LGM45pG56UwrYT1BIi9Rahnn/Gpf3zTFuyOyqPU0jqI7uoNRXt/jcv75pvTB/jcY780ClZVUKu4fDdvY0jYAg/CpDU4wxOPegZVxHimUirG/EbPFIG8nmnjb9gDW/D24OaosZZWJFEwBQ2T6U2clvlTqqQcd6hRKW1/DFFh13A0pJlmk+zXANR8UauNoOPxoiPMOCOcUz90kqFuCXhM2tuUYFSMmjTbNOu2Ty/OgPFDQoyvgmjYL9EZY5Tmn4px+xGRT+hqXT1SEjxCeeKHFmVJJORipwT20hUcYPennjtQnkYH2q8mGD8BhlkitrCi/ebP6qbkiOfLkVK3MMSQswK7s0JJId23g8cVnklE0Qk2K0u6u9Muku7O5mtrhOVkjYqRXQtM+M/xAtbXwhrPj/OaJWb9tcx8R8+ejIvJH/OalyxQn6iOTRc+pfiT1trkJt73Xbjw2/MhPhj+qqJdtKSxdjuHfNFsNq/8AiqPmYlyP66Z+tQ8Ki7NYHG70onyBQUHnPahl5wPepCQCC3DbcsKCK7BN0SGndSa5pUBjs9Z1C3H6McxAqI1LVdQ1KYSX97cXTjs0shY/10KZGkkO4074cWVzQ9aCSNDkAON1EnwxAB2pDhQPLxTW8A8+ampf2C9hlldT2cwuLaeSCVfuvGxVh+sUbL1R1CBt/Luo4/0lv41XrqVkwR601NIxwvvQz0HGCfpY77qzqb6mobX9R8Nu3+MN/GhIurOozIu7X9R8vb/GG/jUMFZ+DSxCo70uUVItRS+hN4813cvcTTPLK7bndzlmPuTUp031P1D07cB9H1e6s+clY3wp/EdjUdHHhxTEvFw1R401TGWdctfj58Qlg8F760cj89rcFqqnWXxE6u6oh8DV9YnlgP8AklO1P2D++qhDJtd99O/fQbaGODHB2kUo36CZYqVzk0hV54GaXnYzKRyaxSAmPWjSoKggErGCDiQcip9PiJ1slsFXqXUQBwB4xquH+TG32oQnjn3oMkV9kpP06DafEnrlUUL1NqP/AGtTdh8RutXZfE6m1E8f8rXL7F2B5OeanbKZRJHny+U0/Bhxv6FTVHQ7L4g9XyzYk6gvfD3/AKdN6td315ru6fxLmSZMvMzfdxVf6f8AtrnC9twNWnwx4hlHfaBW6OKEf4qji8vI8eXZG2MREQDDyEUToJcSyAcDJxS5nSMFgMBR2rfT4d1kkI8uTRz2zPKX+25FoPU2t2triPVrpCoAA8Q9qZteqNblYs2s32duQRMe9Rdym9HyeFFC2Rj5IGccUH64f0LjN9SV1fVNYv7VoLrU55ojyVkkJqpPrGo6Y4ksL66t23YPhykVYL1dsUnpgVTdbLbGAGCCDR/rjVUN4Um5AWq/EvrcXZj/AMJtRwP/AIxqp611DqusOW1DU7y6bdkmWZm/tprUI/8AHmV6j3jxuC1yM0IxyaR6aC1RK9PE/Xw3pXUrGIv4YUEuR6CuW9PfeDfOvS3wFtNOn6rX6zgulvuhz+lT45P0w7UY+XDvKKKxf9Oa/HpfjS6VdeH5X3+H+bSOg9EutU12eyggZ2dx3H3fnXrTwYSuCFx7UDcrpekQzXrRW1soBaSQKF/bWKP5lu10/wDkD/y6K8kVD4i31t0l8O1sLRwksi+DEPXPqa81XpJYynv92r18V+p36j6hRo2Is7fiIZ4Pzqk3Mn2bn82ut+Pwfpw79Zhz5f2ZKXi0R8ryIQwU43nNOxM7RPkEhhQpuX2FmYBQeBT31iTYFjx25rpNNLwpxtekbfLvmCLkYOcU3exMbdCFGQTk0+8jSSmQqOBitO6vbsnJIIJpbbNOOPxIG9hAt5Co7EVCtESykD15qzTsFjdSO5FR09uY0Xj7xOKy5oXE245URzAquP2U/pWqajo9z9a029ns5sbd8TlTj2yKckUFkGO3egL/AIPFZ5x0MirJybrvq6RuepdVwP8ApLfxp6Przq9IyF6l1TGP+ct/GqzZp4jHcOKKghywGBjNZoYewfWK+ixW/XPWBHPUurD/AOqb+NVnqHVNQ1a++saleT3coG0PM5Y4/E1ITRYjb5Coe4j84/nU3LhWNaAh1fioHhx5iDzTsS8jB9abiQhmXFPxr5s+1JQytk3ZuBBKT3wABT8C7E3kY4oPTf5F93OTUiqqAAT3FdbAvhZlyL5DIQNuZT2FR92uJwmOSM1JwqdzegoW9GZN+PkKmSuui4+gbptj71tU3Dj2rVwwLAc8d6dgZSm31NZofyYcrSFc/VSPXNR/IZh86krg7IUHuajW5lb8amXaJEU4bawbsaGKbScccUawyBuoe4TBJBrO/BiQM2UU/hTYfiiD5wfwpAgXA5pMi+onqLjqLUQOT9bl/fND2G5ZQ+fWitfGOo9SPp9bl/fNCW7bSfUZoFokthN7O2SQc0KzMQCTT6hGOWPemrpVVFKnNG1QHolJ2wDTm/KjnmmHPKqBWMTvUCopEChytKGVOQc0i2BLkOeKIYIGwDVpl0bBXJk7ewrFlcIdwyPSkO6cA8AUuFgxIJyPSqt3sjoeindk2+3ai7SUM4Vx5qj4jtc5OKfgwXLE1E9kSskIpsuW7Y9KdF8wYJniosFwCe5FLiUFQ57mmKTAeOIXcTEsQjFge9bMmVX0NDRRO0pPYAUXAFkwrL+uhu/SdUhcMRY96k4IwIwceZaGtV2rhv1U416qKwA5HFPjFJWKbsau5CSQvAoBVYyB27+1OtMzyZIwKIiVMGVv1Chm3J0gkuqNwwqFMrLhh2pi4eSRSp9KduHAUMX5Peh9xJx6VGqLSYiNFC+ITnHpT7ZIGEpjCxLlj25xSmu+AFxirjGg6YuVxGvm5oKScsfIMUqRvEkyTik/efaBQTlfgcI0MTbiylu9KRWyOKcaMvDuPbPeiI4tyYUcD1oKCboSiFn8tOxQurj1z3paxtHKCg4xRkY29/zhVpbFtgrKqpu27iKiXO64zjHPap2ImEN5d2arc8ki3rMwwCeBRTWgsewtGVsbx6URLJtQbB6UJAwkbOPSjDIvhYx6UuLsOiNJO9txzmlgKq01u+3fcPLSkywzniqkWx0yExbfnQrJuTB96KmQqUA9TTJG1mzUeyJi9OVi4UVP2sJJCt7VB6axEyEe9WOJsSAn2rXxofFicjJ/pWNTvz3VxVsQZDoewAIqsdIlWaVj6OKu8EClQxHsTWlSs4H5F1Ih7hAyhiOXB4rNCZ1gmQjC5qQvIVaVSo5QHih7aCQI23hSRmovTPKV43EXIGcSLnyhaj7OVIWKsc5f9lHOZPEdFXgjmgXjTwl2DLCTn50ySAwu41JkhclGgfc2eOPnVP1tctwc5q03bokaIoyWU5+VVvUlGx2AzgftqQdmnj4ekriyma9aZ2NGPxNQzRkrhR+Jq0XyyGJuMlR2qEt1IbOOCaz8rH2kegwytBWl2/hmOPw/Va6PYajPps0NzbSNHKhBV1OCKotlMgmU85B/bVilnR7cReXcw9fSs+ZUkhOZOR1W3+MXVcNqF3Wsx/TeLzVD9QdX611BDJLqN6TGXH2Snavb2rnEmqoluCD514pqTWnCgKMsKzQjDA7aopYsmT0tj3sNwGBymOBn1oKfLW5yfXFQCapNIFLAEg57VKflGGZVDxFQOeK2Q5uL7FP8fPH/AB2N3djKJtm3K5BorwkEigOB5sEUo65bSyKwTzAYA96TNfxuCWssAnJb2o5fkoJ0i48PK1tAt9C0ERCp95u4oQL4Np4m7LZqUN2kgCsnHpWvCjkIwoArJP8AMOMqUTXj4Fx2yCntZmVZwh27c4NIkt2UDcoORmrFIikbc4AqP1XKxoyoCBxkVp435DBm+P2Bl4+bH54QDokW9WUnnI+VRNzChlZi3rkVPSxS3Hm2gLnFR89mxc4PY1efNjjoLEpfYFGgRty0RDu8MyH3pSRMiEFawZEBAHrVQyR9GNhFy4WLAXIIqOv41SIFV+8OakdrGIKw5xTV2iCPLn04p2X5xv6AjpkNABjIHBp+KEcnPNNqhXHPGeKMjjywJP6qxQjboa5UHWEB8PcB6UVBAZWxuGaVbk7I9owCOaVCCrkDiuxih1jRhlO5CTEUXP7aDvYx4aj55FSisvhuCcnFR12cruPZRxQTSUWMhLZGzY+sHj05pSFF5z2pFy69/Uim0DDGRwa5/ZqTNDpoeuZVEUeTkihVCtKWHvS7pNykE4INMwjYAfTND3uVF9aQ+7ArtPpQ042p3zzTxwzGmLjO4A9qklRIiFOFYfKkrExAOaXHhg2R2pxfuj8KS42GJ6iCjXNSGP8Ajcv75qNyF4qQ6j3f4Q6iv/S5f3zUey8e9LlsBCATu4PFbdsgZpC5UmlRoWxnvVW2VVG1GW2kc+lKaN4yN47dq06uGznkGnppmZMtycVaI3QmM5O4CtvId3APNaTdx86fiHPIGKNKwrGGIGO5p+DbnOcGsfapyBmtJsJJNV0VgOVilUtMOc09hll2g4rUDJu8o5qQihEh8y81bh/ZE6G41yT7UUkSgCtwwqhOT2p9NuBmmrHQHZ0NxxlnwKfjiMDDPY9qXGFQ5XmmZrjPk7+1FSRatoVc3BRsqQFPFNoTJhSOB60wQkq9iMU/GwSPPbFVKTYPVfYvYCvI5BrC2FZTgk+lMG5JyD60PLMS+RmrTiikm/R2VxgKe4NIeU5PtTDb9xzSS27A9aXLJbHKFDrEuOTxSC6r5FHesUFlZBnIpyC2MnLcEVV9mHdDTM3tzT0ETupYggN6UZFaAnzd8cUWkDrbEnAC8VbX9AuaQDFHkFMeUDJp+3YKrFRhSRiijCEhkx7d6Hb/AHp4JwDuByKumhLl2FxlpZOecA0eFVUjVhkk0xaQBYTIDyKKVd0LSZ+7jFXGLuwJMFnVQpZj8qrOpAJOT3BJqy3RzC5P6qrWpsPrA/m1M9tDMCobRl4UDvUlMGWABTxt4oK1QNLvbsB2omdj4mPzccUvGtD36BeEzM4YZOKTFuRttOFnDNs75rW5fHXP66GQTehc6tsBprI2tkc4ombn7pyM03MmFY49KutApjdg326Y4Gasx8IRodp3iq5pwDToMc5FWbwyGyVzgVs4tuxOb6LF0QTvnVcL5hnP4VebeVlULjORVD6JVlnl3AkFh/ZV/gAZFI70/Gq9PN/lleRU6Ef5RyVyazA2nC7TT7bQGOKSB5c4zTEkc1OSe2BkMc5wvzoK5VomdsLuU7i3you/ZUgZidoXk5qg9Q63LIZGikMaEbTz3pGbLHH6dTg8WWZ39E7rGr2sRIXzSN6D1qqarqc7iRlwgxgAVGQX4ldd3f8ASNM3jtcTt4QYR55J9a53+vc50jv4uFHFEQt43hyb2yzjBNLs48g4YE0/pWk/WrpYiNw7uKl7bR4RdMuTGmfLUny4r+Rrhhb1EjbKzl2SSyAhd2Aa1cXrRRukUZd9+A9WlbCayh2gCaFwdw9vnUeYbVHWIKNgBYk96zrn9n/gOfFcdyIGe0uvCilkQ4PPNHW8DpaMyxZQ8lhS9SvJJJIbSBwwBxg1LKTBZbWKkeqiss8zrsxsMactAFpbuVDsuRRcVuXcHlR7Cm0vY1bdECynjB7UTb65apdRrMixr2OKzucp7RpioxWzPyfCsm+UEgjsKOt4bExBEjJBGTUhttLlPFt2DEjgU0ifV5smIDcv7Kzz7GqEoArW8RAVAefSkyRtDgY4o+Nw21ovDIHBJrcsSblD53N+w0lZpRYTxQkAeLF2dhn50PJ4UhKGRSD6Zou80tLkFQ5Rvegoun7mJzlty++adDJG78AeDVMHXS1VgS7bWGfKeKWulMICzgMh5BHenGWWydVLNs9Qan9Jms540TeEz33U+XMyf9UZnwUnZTLqx24EQJ55zSrWzjfjZhs1e77SrbvHIhB9qizpzQO/hKH570MOXf8AIXPjNFbvrPEpwnIXg1Aaix8QxSIR5e/vV9lXO4SpgVWupLPawmiwwxwK6XE/ItPrLwx5eMo7iVZTtIYxjIzTtvKPvEUgAMzA5B5pccYDISeM81v7buIqtEzay/Yg+4paHeScjgUFDMFO1VJAzit28mC7MpyfSupjzrrszPHth6ZKN7VHat9lGcHORRSMdjnPpxQU4eWNiRnAoMmVOLQWNUyMEm9FjPfFEIfIAfShMMJgSKdRiGK571gW2aWxV6Ny5HFDxyDaxJ9MUZcD7DBHJ7VFTFkYKB+NU3TK9DrdjjgcDmhLuUlTjuTSXlZBjdjdQzscjBzihlOkUohRYqlOqRtH4UK7EoR8q0sh2j8KHsFQ/wBQsf8ACDUP9Kl/fNAEkg0f1Gh/L+oHP/G5f3zQLIUYeuaUkL9ERrgkmnIsYyDWOmFzSEXCd6sIU4Jxz3rSp2yc0tSAOfSlrtc5QdqqyhvkHmlmQx8H1rM+fDUxIS0nParui0rHZGLR4U80uEgYFNwjf5AP11LWWnkbXlFMinN9YlOoiLaInzKMVJqWVB70ghY1wowaSWxgMa1qKgqYpuxZbkgnkUkz5IHpQrSsWIFaDjAHrSpZUglF2SSMzrha01vKw+6c07pE8KMXlxwOKeu9Vg3lVUA5qWmrYO7oFFvJ68ChpHZWIHIrJL+SaUqG4+VIzIwIxSr/AKDS/sQxDfeO01sAFlRDk1pba4llGBwBUhYaVcGQSIeR71cYOXhbko+ka5bxcGnY7d3cFUP7KsVpogMu+UVN2+n26H7gwKdj40mrkJycuEfCrWOk3LMXZcA0dHpmxW3DNWMIp8qcAU3s4woyc1o/XGK0ZXypyeiF+pg3CqDj15p2SGMeRjkkZoi4KtequMDHND3jKsjFecDAFL6oJtzYFfgraFFPc96BkjKzIuTk4BoieTNoW924pu6fdcK47jaSKVJM0RVIP2GLxFJ4wK1ED4RBb0pPiGQvGeST3rb5SPHutW20BQzdt9mR6CqxqTjxyCO9WCQbbfzHJYmq7qeVfxMZFLyNmjGhel7mkbeew7UVM5T0z7UPprIdx/PNOTbvFBbtS4PQyW2CFmErkdya3Gg8dWBzzzWbiDIVGTmh9zrMp9CeaFhJWS9uihST70m7G0F88EcUnxdpxjjHNNzyGRFHpnimfRVUL04g3CkDGCKs8LEzB88EVW9PiH324xU5aneyEcD1rRx29gZfotnSa4nbHGSM5/CrjbbTtRdytwcntVa6eYgxsIx2GT+qrTEvlDZ5xyK1wTR5X8pLvkWh0Kybtx3E1iHKmmJJgrYJ9Kjb3XLOzLiaQJgdqk8kYLZjxcbJkl8URfXF74ML5PkRMnHrXJda1E3GFUkJntVm6x6hivdyRsSjjGapc+ySQFWxiuJyMn7JfE9nwMDw4kmGaaryMoOcZ71Y7NoUykmCoqt2krou0HAogTNJld/IPA96wTtujpRSW2WfSZGMhNmOc43e4qzafpxEAe4kDyfex7VXemJoorYA/fHpVt02eORtjjapH3vnWbJb9GwoWzRIGRThSvOaq/UtnLDEsowEY8EHmrTeWkbqNsmMiq8kZjvZbG+lM0brmMH0oMct7HSmmit2Phl/Fdtsye/rSbmeRhK6M4wOaRrYjsbpnQEr2GaAm1YNGqFdoPBxWtfLSM/ZXsdtb2dLcocuucg45o2GEXg8YqQFFa0e4tfE2hVk44FFw3Jt7hg0PhhjwtW9PqRVQiz1eexmjt9xU9qsk+tRC0DSPt45J9agL6NLq9S4jjGyEeY+9G6rFY6hZI6LsZV+7SsnWTQUcc0gGa/EkrCCV1XuOfWpHS9fnIEV6M7B5WquR2U+FRDls5qXljklsFi8Da44JA71JY4USMskWWHULtoolnU74nPGPSlpqEsBQucxMKpkepXFqfqspLL7H0oya/eXT9sRy6+lV+heDY52kXGYR3trhefb5VXmP1W6YMDvHrQ2i63LaNtk5QjzfKs1C9+tT+QcN2NBDC4SG/vU4ksdZi8ENGWDeozRthftIp8xBNVWAhTh+wp43ux1Mcm3kUD46679B/ZumWW4lYsVZefegL4KFG9Qw9alrSSC7sx5w7470FeLGv3+wNLhOvjIHJhtXEp+t2KqxmgUgFu1AW4O0hh68VbdUt/sd28bar1xZO7EwtyBmuvxeUlv6OdlxdbEO/hAbFGQOayCRGZWY4PtTQjcABj5iDTWMPuDdq6UeW1utGdxuiUZl2KFXv3pFyp3lY+PLzQjyyxxBxyRTkE5kYuR+bzT45YToBwpkPcZjc7jSkwCrHsa3qKAkmmlIKBSe1Z5Om6GpaCLt8EYPagFVnmyx4omR13qvfNNMW87YwBQXZVDUu1pMYzihXBEhAFPQHzE5pLq7eJIPWga+y0aQjBGfSliPgc0NGrHNKBkwOaGiw3qNh+XdQP/AEqT940KxDKDRevofy/qIPpdS/vGgd4C7fnRgUZIdxA+VJKbSK2rcZpWcgk+1U2CNZ82SDTkD4HathSyYA5py2t2XG4jFRRkynoXhSmcc00IHkkwFNGxxIW5YAUbB4IJAIzRRxN+l9xmwsWRg7kAjtUiDtO0mg/rse7bnkUl76ONxgFs1txqGNaFyuQ9Mc5HtQ9xMIwCeaZe73s7Ad6ZRjNGQx7dqROVsOMRsTnccmlQu7AkClNalWUYqQs7XOMD9VIjjk5UH2io2ACKdxgZAoqGzkdBkEtU9b2CBRvGM1I2dgqqMgYzWyPEXrMsuVFEFaaaHPAIb1qZh05VgOI8471Lw2gC7kUZFFbUEIXadzU+OCCjox5Ob8qIrT7EIzNs4IqUt7ZPB58oragQjGKeUsEAHY0ccajtGbJnbZqOOMHHrTpCAjA4pC4LBh6DBpEkpxxijehUW2xuT7Nn7gGmXdQQCPTOay6kMieHGTnOSaFupmEZAHmFLbNUYaEWcqyTuW+9yQaDu1aQuSexo6GPZKzleydqYuiBEwVfMTilmqJGTlGsFzxjNBTnZPlPzsUaq4hMW3f/AHUFLgyqD3BxSZfxNUVYbFvIkbbzv/upN4fOVUdgM1u2kIaRSON9JZwbhs9jgUG20AJlBa2Xy+XaagNXDZRdvGKsNwxS2CAHB7VB6tuKE45xgVJrTGY2C2Ssqhlo2f765POKDs22oMnjNGybS7nvgDFJj4PaGEXyyAeoNAysVkCEVLwr9ixK4JFROoB1IIHNVNNokWEQNvmwORjvTjR8ct60xp8vGMetFTkBFAHJNSO4phXuguxISJh3ORU/p6oyMVX1zVatGKwyNtyBgmrPpqsSrR9mTOK28bZn5D6psufTEDCGMHlGbge1WUxsoCp5s8E1FaGiW9jb7jhiw71E9TdUT2Tz28BX7OUjA7mmZORHGjzeTi5OVlXUO6gkltRM4bGzbzXNdemNzqm6QgrKc7hQ2r9R6jePJ4rOquc7Aaa0m8s7qYQXkm1/zD7VxM2dzdnpeLw/0RV+khrOnactohhZpG/dqt3NvDkhVII9fer2NNK2ZcEbTxn9KoEqbOf7WEMufUVhx5tHSWJxKqZpUbjsKItL5VJOzLVdJOk7TV4xc2MihgMslUvXNNl0a/aBwD6g02GWOR0gJR6+kvoeqS28kjqwwfSrLpWpPMNkTnvlkNc9tZc8jg5q0aA7LE5Rh4o7UWSKSJD5SLZd6iyWbpHAQfV/aoS5vLlbuOeUh1UcEelbS+nAKuuQe9TtnpNvqVgHg4J+8TWR1H01qNvRW9c+r3SLJy+e9Ve/s5EtzMmNmf2VfINMKXos5SNpOM03rfTUlmJhEpkSRc49jTseWMdITkxu02UXQ7lbTUo2k5XOCfbNXq5SE2gMih2J+zYegqnNolz4hxGc96vGh6dNPpETgFiq7WB9DUzySqSJgTtpgFqGlPhgbW75p5IHcuwcjb3Wjm05oJY5IgcEVlw5hm3lQSwxj51nck/4myKpbBbNCZRkYFSwAyNvpSIPq0kabl2v61tbe4tZiwOYW55oFL+yJkD1Rp6+W8jGTjzVBWUrL52OFzyKv2tWzR2LxyJ5WHBqkXNk0ZVVBwTWrBJSjTE5MdMRJzMWHOact3YscnkdjRTQpsHlIKjB+dF6HpZluMyghO5/CjlKKQpRakRzRTOCxYqR6UFJI4JJPGatur2AEbNGcD096rs9hIy8I2B8qrHUlZMid0FaBd3CXYEbeRferFqUwZEkRd47mobT7XwbcNIuGAqW0Q+NGdgDsh7GkZEm7QdtRoECS3VvKxQ4ByF+VMx2zx3CyrxHIMKfnVrNtDJCGjG0k80G9lHLAwjJAjbco+frQwyJCcnyInUdGYW8L7t7Duag76x23exhsGMjHrV+EDtahTyW9Pao3qDTpbTw5Gj3JswW9q04c/Z0zHkX69opLI0ZfcBgYwKYOVckYGe1TESxXLsrRnO7io/VkVZSUHbjFdCMklaBjJsj92Wy/t3oeRdrkjnIpUrMmQw4IrUUp3LuTIzTIztWw0NHO7BWkZOSo5py4k3SkJ6Gm7fIbd6k1RTQnkIRt5rbkGHgYOKcYMGOfWkqmSc+1GkUNIAsWF7mkeaiGULIgxgYpB2571KJsM6jUjqLUyO31qX941DSqM5/nVPdSj/dnUc9/rUn75qEdQp5PrUYHYbKtjC1oFlJDe1OLkycdsUsICctQES+zVuSSTTfjuCRmlz5XASmdnYnvU8LkrHHdvDzuOayEuWzvOKwIGGDWzhDgVVv6LjFIdRcHOcmlquZPlSFIU9+acRQW70xJsukbjDqsjAZBoiBYnCIvGO9aXCqdvI9a3anDcCnY0l6VJf0S0scYPIzgUVYxh3UqMUKnmRR3qX0eFy4ZhgVoivkZJuoh8UXCAjJqRgiwMMOKYt02y7V5NHxOODjPvWqjk5BalEj245xTYO6SMA9q27AA54waQjbGdiOQOKn0K63ITtHivubPNOuRt78ChoX3bmPOaQrszlTkLVboNQTY8ZjjimXmwpAwTWkLO2McelZcgQyBCAWPNSWx0YJMxsRjaMliM0z3ZBjzZwc1q7MnjRMoJ9DinI2Kk7xz6UpbNHWkNxykq4PuAKGnwIzzkk05cIRIMcDvTcoHhs4GcA1GqDgBWgImYE4zQdxCpnLk4qQZVRDn7xHeg5NrLheTnFIa0aoikBJUA9xmtyQlpo1BHOCaRBkyBfYU7Ac3K5Hrihf0U1Q/dxjYoOOBUBrCZhz7EVY78DwQ3zxUDq0ZNkxH3gw/tpc/svERyIiKvrzT4y0xKjg0goUwhHNO26nxADxS4j2Ptkxrge9AahEGjDDipeNAI898E0FeKpti2OzYp0l8SovZGWS/a4OAAafkcBiM5waYhU4ZycHPFbZWeQjHOaTXxQ0ltKiMul3LcZ7VYrFnSK12gL9nyarumuYLVoj6nmpCC9TChnwFGKasn6oWZ8kO9l71DUYbS3gQOZ5+688CqJq9yTdSPLKGZsncPel6hrFvHGHDFioIUGq7IJbm4V3OUI3eX51yM2SU3bNPGwLFGkbMryt4UMLO59hRk+i3SRI7QBWPIPqKndIS2RvIixbVAJx3qfWSwuQsbzZYnuaySzqLpG5Y21vwpOma9dWg+qXpZ0XhflU80tpqtkPBIMid8etSuo9K2F4rSJMitjg+9UxrO96c1DxVbcm7t7igxzx51cfRnyg6kWvR4/q08fgMyle/wA6guutOlkuTduu5O5I9Kslrc2l3bpNF5ZCPMPY1AdTXGo/V3jMZaH0PvVceMo5AsijKJTYI8ZwPXipy0EgjDONgPYiouOJkPNTlhGZrdVH3s4AroSejHCOyU0eNZDsnfcp9B3q99O21vaQ7EfKt2BqiLE2mXEcjtgtjOaO13XJFCR2ZwuBuxWDPjeTSNEZdHsul/p6PGZI41DgblPzoe5uN2nBZSN5GGoKx6mhS0gDAvIclwfQVGXd+Zo5bgeWNW4FZoYp/Y15IyasB1iWG3uUWInDetSnSF8yzSRkDYeTVeubmO7k7jyny1I6dNFaRNubDNWqcfhRUH8mW4xQ+d2I2EeWq9qcaRXGW/k2HB+da1HWIzFEgbAAzUTcakb+UxoMqq8fjSMWGUPQp5NUDX00i3W6ObCj+2rxp0SXWlRszecJnn1qizRBiJJRhcf11OWWsW6aSylirIuDTMsHJKhMHTtkm076piy42x/ne9Kv9Hh2xEqMr6D1qF6SvllmmlY4GcVbfrtsxCKd7gc0nKpY3SNGJ9lsjfyJG4EhjGfUUSLARjbgKSPSpaNZJYQW8vGc0KZ1lddvODg0mOWTdMfLGkrAZNPeYkJh9nrTElsscbYRSw7gipW2uPBuXtwRgmmtXCAb0O5vUCihml26gyxJw7gB02K+sPEiG048wqMtLGSyPiJkDOCBU1YS+DtVmwJPSip44IWM0qkBuB7UxZ/1ypiXBTjZGQzgwhycbT2FELJHGMLjaT3qPWMG4aNOFJ4rTPIkpt5VzjkGjWzNOFEjazo+W7NnDUdrF/Dd6fLatHkMgAPzqMsbcmVdrY3DzCmtRZ4LqMH7pGD+HvQ1ctCZ4rWynq5tp2JyBuNRV6wDs+4ncc81d9e0bxLJLmLAJGcCqtqdttR02gFVGK6uHLHJuIiUemiCJV9yk81ooyRbhg4pwRn6wYiO3rWSLtUj0re0qKBfKDnHmNJDEDBX1pTgbhg1qUrjvzQ2U1YoHKFvakB8Akd8VqMnaQT3rH2425wcU1OyjTzK5GRggUMWpcKeIzsfSk+SoTZN9VqPy9qQ7f41L++agZhyfXmprqtt3UOpgf8AOpf3jURHgyFTV/QpIH5LcUVEAcL64pIUBTxWWnEjMfalqOw2JmO1iCOe1ISI7cmnJDuHI5zWgxAwaKSKTFQA5wewrThMmlrIq8e9awCxoaCbNomXUjt60fHCjKWLcjih4AQ/uKKjAZiMYpsVSKtIZlcpxjilx7dq54JpucL4u3PalRY7kZ9BVrbLVMmrYbkTByc81PWSBI8iofQ1DFQR+NT8aKUz2ArdiV7OXyJ1JxE2c7EN7ipK3crDkHv61GxQYkPhgkHvUsYdtmgI4701O2ZMtKkadgYzg5cnIFM3e5QAfz+4p6FEMgI74pi5DSBsHsaPdCEkmkaYKilYm4YdqaySSA1a8RVIUEZxTM1wlvEWfAJPFLbpUa4w7SsLUERhQB4gGT8qbWMuTM+M+/vQ1vfMAWjUMSPX1p6S6kNkGWEKASCPaq7KgusovY42x3jcLwOAKTICzHy5zSA/hwxszr3zxRG5X5z3pcNsKWlpDEqjeOx4xQzp5GRfU+tFXeyHw2zwe5FbEO5zkcEcUclbChKiONvIchsZPaknTrgR7wqjPzqZ+rICobzZFPXMIRo1hJddoBz6UE40gv3teEXZ2Csykbd2OaMtNKCXKu+0jOcUu1jMbBY1JYNkmpCESRzM5XODxSJeicuWTTRA9RBRACowQardwC0Z3H1BxVu6iVfq0WU8zEk8VV9UTaFPbjIpUmbeNJOKBtRG6EPjBCik2Z3Ebu+KVfyGSMYGBtwaZt3RJEJPGRQpXI0p6JEnZZZA8xJoRjt05Sw82/IqTjVZJEx2wTig7hkWCMsODn9ua05F8QIytkXDCDESBkg0swEXKYHpRFqgOVzgMaLMexlON3IFIULVsY57GTBstnl74GTUOrlpXbOBVl1cLbWLqPz07VUmcrHWfPLVBYtjiBbiY5zj0zU9o1vC0TbSoYVVre52zDcfLUtDf26MgiY5J5rmZE/EaYf5LV9TaSVViIwaLGhTOBjIIPeq5p2q3YmYxrwvarjpOp3roPHjwCM8CsGX9mPaN+P9b0xg6fd2vmW4cKO4qOv5pJYnt7qPeO6tVgu7x2hO6Nhn5d6rGpXTRkszDB9CO1XhbybkMl1+gG3bw5vsXK+hreo3krx+Dyyjvj1pncZfMkbke4FKs0eZJJ3QqF4NbkkzPJt6QALZiS22pPp2Ayagi5KDPJPam7d0Myo3Ck85o+RoYEBEnGfKRUlJtUSMEnZPdSvBPa+GsSsYx3quWiGSJmkbABp9ba/uziMPgjv71Ip07cQQRSPJhHHm3Uu4441ZbTlIj5oljCSGVcsMqM9qEvLt3jA34QH7o9anRoSzoUCsSveg4tETOXHY9j6VFNPZOjsjIrnwiSFBJHrTU16wfcSOfzRRN5aSXVyY7aA+TsRUPNHLFK0bL5h3+VNVSQrcWLaW4vbrZvOwtgD2qbsxDplswb7Sd+FAqO0xF+4hDSDnipu9W30e1S4uF8S6lXKA+lDN06K39EXO06wrvGGY52+1CSSShJMAbcZatXd5LMFkZgCKY3tNKoIwuOaZFUCtekz0zdeDZzFhtZ/X3qy6XcruC7CciqzYrAITuOcHhRU5YOykyAhVxxWbNHsOxunZbZ7to7cQx8HZyfagoJY4IRh85OSaj7i+VYBhxvdcYoaG53LFFgBieayRwtGiWVek2k6Pqsag5Ow5FIlnQ3whlbgjtQWnSolxPes4zGDioS41BrzURNCeV70cMPdk/bqif6gCWzxLCckAECpycudJQyAZcAgVU72eN/tC+ZNoAqwWF2bqLZLnakYwfnQZIOkBCdMgYLki8VyNrK20t8qslxZq1uJNuWPrUDdwx+LsHOW3E/Kp+CcC0SNpO5yDQ5E01RcloZ2KsQfOHQ8imNTZHt8g+Y+tMX8jx3UjOx2d+PWglvY2Yk5wPSmrHatGWOmWOCNo9OAfBXHeqfrVtG9wrIcYPNPavr8yuI0OEH3lFMST/XbN3Rdq4yPer48JYnZeV94sirywh2SSKMMfX3qDliIJU9qmTeq7LGeGXvQGoMssjeGMV2ITctMx1SRC3C7HxjvTb4C5Peip+cbu4oO483YU2LKYqPzyHB4xWAL4gDjkUxGWhBPvTwZZCT6gUyMgWaAGWxSMfzachUKpPet5H6NXZYf1CpbqDU2/6VL+8ai4cGUkj1qV6hcprepgDP8AjUv75qJtTm4IYdzRChU6Yj49aTbcFlYfm09dBt+F7YpiNsOS3tVlGOxPAHaksuIgfU0qTIOV7GkMTtxUCQkbQqt3OadXO8HHem40BGT3okRneCKEIMtFDRk4+7TkUilmGOwzS4o9kJxTbcDgYNMSBbQNvU7iV5zTmwhQw49a3EgckmlrG5cL6UyCL7JE502p2hifNjmrGvmwqrwBg1CaVGqW4PYnirDCmy3HuTWqGonK5El2bHLRcTOCuCRkVI+E0nhqTgKMGgrZWklGTjBxmpaPaz7R2BwTRxejlcibTTGvqGGaUdsdqg9QcR88gnuKtYy0Lbfwqm69Iwu/BIw3qadF1/IrhN55jEaxupnbI+VATRzaldJFsYIDipHS4X1G6W3B2rH941bLHSo1DSAqAnrXG5/N/XKonouPgGdH6csXXMjMuwD1qTfTNFcC3Dfe/rqBvLu6V3FsxUEYPzqNnW6LR/40Ubuee1eczZc+TcclHSxcaHkkFdUdK3cOZ7GVTDjO3Paq/HcXlpbqzRhyCRVk03bIrC5vpGzkYzRFn05Z3lz9XS5bGc80eH8jLEqyTuh0uB9xRV47mW/RXji5iTJX0o2C9WSRE4+4B5fSrHN0hd6VIXs4/FQZ3D3FR4stHmhuEG60vCchW9/aung/LKbMOXhpKjSj7RAoyTR93YulkrMpDbgRj1qBsri+guR40JYo3J+VXmBvrCK2MAgEV2sWVZUed5/bj7RBQQvGxYhgD8qVqKtES4kbDEelWCSMAZOMCgr2ESQ/d5xVyiqMmPluc3FlX1ZlOxGYkbTziq5qcTywI687TgCrLqWGuoE28BCGqF1QFSPC9+1ZGjvYJRikQt5CUtyx7ZoIKNikDPmFTt7GGtHU+2RUVbjkfI1dbNMZWiRhOyZB2G2mp0RoYQewJzRUsQYuPZM0i5iEdsPxp0vAFLYFCN/ZOCRinr1zbzWsJHD4zT+kRB0VH4OaH18BNQiGciMCs+edR0NW5DPUsixgqH3E8YqtS5IcHjipDVJlkMkuefShIYpJTvI4rn3ZogqQJFFvOwDJzxRE0AtyjsOfWpTR7OJfFuJWB8MdvnUbcjxpZS2e/lpTdyob1qNjumXsjykQofLxVv0e81OKHD4LAZAqP6f0+CK2jKr9oeTUpd3n1MnYAZm4ApGZpvrQ6MUo9ic0uS9mTdIFKH39KMlk0dMpfW8TSd6qMWo30q7UYorelP2ukX94jS+G7HPcmsk8Du7ofGX9EvdanYtE1pZRRIp4zjtUAUYeIIydo+986mdN6a1GXIEage9T1h0jvtSbh9r55FG8sMSqzRDDKRzZY3M7gDKg1JaDatf6gsDjMSc496m9a0pdL1KeQx5hkTyqPShOk5Vt5zNsyS2PwpssnaNoT+t2X7QrOI4+yB2jaOO1B9ciS3+rQPEfDb84elS+iXUaTNuXardmozqS3hv9OILAunKiufBtZNmuWNKBBambeyghEa+VI+W96qsV0konbumeTR3VmoY0lUJ2TL5WHyqI6bhEyrAiFjKcitMV1hbMs59p0iQis5BAHhGxT+2oKfRppGlaJC7Bu5rpdvpAtrZZJHyW/YKz6rGfFMcQLhcnA70iPI6jnx7KH0v07JFeb7lQkb8hz61XurLw32uS7R9hb+Vf1Vduo9Q/3MW2hBR93l+QrnupRugOw5z3Pua2YW5PtIz5YKKqJHzyhiABwakbSyuJY9wBUY9qN6J6avNUlE7RZhiPmq6Jok/1kIwCKvAGPSmzzxhpC8eFz9KJptleRpJITtUHnPepBbuUQFAuAOMmrLfWjgi3hg8SRjyairrR5llbxmwD3UelDGffbGSioaImJpA2WcufT5U/b3P2hTcQwPf2picwQkiKTJBxUdPOoOS2OaYoWKlOK0TV/ewiBYYWIZ/vU3o7xQSHeQPeoVpwMFjhRzmk7nujiBzs9TRLHrQHclLq9T8oBY23bjwBU7ZXF7bpksNrdhVc04W1u2WG9x2JqWieaVRIScH7tBkgnoJSskLe6LNlhwTg0fJeBAkcgwqmoOS4W0jyfMxOfwoV72ebLE+uc0v9dhydFulnikiAADA9xUY8PiO8QXarHg/OhbG6cIS3APc/OiROpUsX5Xn9dDGDgLsGubNIV3SeZmpm5uo7ezMYHmI7iirxmuLczZ847rVeupC8hB4A9KOKt7Lk006NWiI0MhnHc5DetBYfxW2eYDsaPSRXUxsNvHFM2+CuxR3PJrVF9TO6pEVOGkLYGDQzgqMtwRUnJGfF2j1NN3UGCykcinKQshZicke9aikIzxRl3bhY+3mPagxhQc0yLopjyMAh2jNKG7H3aQgVh5M0+IJsDg0xMEK6hdhr+o8c/Wpf3zQNuwF0hPbnNF9Qljr+onHP1qX980NAmAM96IX/AJMuXLOfSkWqEy5zWzuKEuKbtgQ5bdRIqjLgjxeBWSpuTeOKyZCuSpyfWkkts4zj1qmyI1C2FyOecVI2qr94nFB2dvI5BxgGpqwsi5KkbsCiinIqc6M2tjGaavIcQ7wfMaJBJfHoPSk3eDb/AK6bVIBOwK0JYjPpUjBCC4b0PNBQxgAJUtZoNyg524xTMa0VN0SungJ4aEYBOamZm/xfAbkngVFxoDcxIvJ9qknOWYRx/dI/VWhOjmchqwiLdvMQBJcDt6VN2luVXYBnHrQunwETySNwWQfqqXgj2pncc0S8OVysilJA8yrEnJ2YGSCe9Uq8U6hqjyKRFtOAh/Oqw9STDYBljtyQ3tVQs5JDrMcsoZtzDmsnOz9IWkdX8RxGndixcy6RcmN12b8+b2qZttUjeyUCSTYq5JHrQPWEJuWSWAeK6qfL7VEafFdRwHxm8OEjla8zOccslkZ6bFHqutEl+VIzcEsTkHgChzfNNOSfu54FCxwt5mA8uO5rVlErSNz27VSikjREmrXxXZChUfImp7T4nMqq0rCTHYVUS6pOCocupHINXTpe6mSVZ7uNSo9T7VjzxS2aYuf0WGzi1QTrtmlZQPODUd1PoIulaWK0IlxkEd81bIL+xugES5VWxkgetNajfeBGJ4t8rKMbVXvXKhkeOavwdOLkvj6c60C8knu10e9iWOZT5WYctVocw2TbJFKnsVBxVO6p1G9k1aLUI9OliaJsg7cZqbv9Uh6gsoLi3lWO8QYkiPdq9NwuZLDNf0ef/KcDHyY39omyBLHvUgj0NNyBjkbcLigdBvQul4lxkHaR7VJP5lABzntXq4TU49jwGXE8WVx+yD1W1G5HEajBzVYvWCPITGNu/PFXe8haazmViNyjINUq8jZrR8jIzyRSJLrI7fAyucV2+gC+UfV22+q1X7PLXic8buRVqvF2woQMgoarVuNtwGAGN1LlH5HXwy+DJWQeWRBgAqeacmV2tUVefN/dSJgDgAelGYRbNMKT5j2/CnSWgXKqGNDBRZzIM4Gc1CXMwe7d5PMGbtRkOohYJo1OMcY96JXT7c2az5DM6E/ga53LnqkaMKSdsrV9FBJuMYwinOKb2tDbq2CFPY0q6cq3hgZ9Cakb2EfkKFTglT3rC3UTZFJqwPTm/wAUmffznk0D4TSSgD85u1FWalFkT0YU3byLFcJuPGe9K+xj8RZbGZYonIA3RpwKhUvpZ5A0y8lu/tREqPId8L+Vhzj1ppfDjmUzDAX0oYobN2ki26PHZxtCTIJXY4Ye1W6L/c9/EBV4mHb0rnVpfwjaLOPBbuTVvs5pb62jtcEhfvHNZ80JDoSiTFheiS/KwnbH7elTqyHGFNQFlbx20+0AKoH6zR0bvg7c1zcqVnc4rco0J1+JJiAQMlapNpJ9Xv5bYRIH3cYq63KtPGGBwy981V9T0adrwXcA82ecVp4uSPWmK5XEfbtEPS+vI4iillOMZrT3F+GiUKZmPoaXpo1CRhG9qW9N2KtNhpjJEJXTzj0xUlJJ6Myw07kUvq3SLm6003TRGOSM5Kj1qI0JLq1mjIXgDOfauwQxQmNoZ4w6sMEEVXLvp8w3RazQvG55X2o4cisfVgvjp5L8HdI+sXdsI551C/e4NSMcHg5aIhpGoay0qSFgwVo8e9SlramFmdkLbuM+1YoxqdjckEo16U3q/RRJi4RdrtwTVLt7GKK5+rTqGLNwa7FqJjuIXjaLzY4rl+tRxw6sjBGyCc/Kuhim5KkY8seq2dB6GsLew0dxEo+0OTUx4VvFE93LhVAqr9N6xGLZLZT5sc5onX9Qa6MdhajnGWFZOknk+Q5zX66iQ7Txyaq0iRBYSe49KrvWuoxxFo7Mh3IwxqY1W4hsWjtSw3YzJiqX1M8TEmA+dj+2t2ONyszZIpRILxwUZnPPyqJuJC84XJwDmskkkR275B5pFupMjPksSP2V0UtGGTuQTcuCkaA8DvS7e58MnwjwRg0JI3hkY5YjFEwQgW5b1q0qRVodWdmlADdqstndRx2yKG7DkVWLSIFtxPJo4IwcHdgj0oJrtoODSC552klOWO0mlxcBm3EgUMquJecFSaKtGWOZlkIxntQSVBWHwSKyEMTkimw7LG6qxxUlbIkkZfYoXHBpBjggjdWIYv2pfYp6AvrTqMYP4Uxd24A3EYY8gUYkJdwyYIp2fw/EG9TlBzVXT0EvCK2smGC5zxihpHHjbTxipi4eJkRVIGGzUfe24aZsEcnuKfFpiJyaBCRuJB3DuKamkZ2LY4p14mjySDisjeM2jsq7ippyFkRqMrArgcYqNbJG4+9Sd0xkZhigfDA+8aYijIJMLkU8Lh8d6YWMcgUsQcd6JMokepC69TakQODdS4/2zQcbMANw5qX6gTxOqL4AcfWpf3jUe6Z8RzwFNNQr/A3IwWAg8mhITxk8U/I0edoOTTIOGw3arbIbIJPlom2XdHtI/XSFVRxnmn42UAKp5qky/A+3tViMbb8qTnFSCsFlJiOBiopZSCoPapKxjyjuea0Y6QqYO4Cylh6ntWTxqLYEHktS8FmHsTSriMtZrjsH70TkSIzaxF5QueRUpbK0aID3LYoCyV95bb37VLwo2YQ6c/ep8I6FZpBulYa/Lt94LgVPWcKRTEyc5PI96r+lAtPIwUkgZqdsZd9wrnls4q5SpHL5MW5FgtVQFmAzngg0UMLEcUJG4KkZwQeKXcTrFbEscE0cWcfq5SZUdcu45p3t9xjKOe3rQEyOdslqckcYA7VHdQtM965g7OxND6Pqk+lzpHdK3hv2PtXH5fIf8KPZ8TAoJSDoNRmDzwzRSNIucMoqX0fS3v2Eky+VRkoTyalNBs7OW3N3bPukmzlWFTHT9nD4zyyKTIjAEDsK85lyuMZNI7cLyNRKpqccH1c7SEIOCuKjUsHnQG07qeal+u4o21hlgG0g7mANS/SNpa3dnwPDmq1kUYJhPG4vwpkFtdQXRa6XapbGas2labHcMryziRGOAA9b6igaAmK6H2W7OQKikvdL01kZLpiQd23FHXdWgLf9nUOnrCzt22rEoAHBPrU2qwgY4UjtXPNM6stJ13WZkyByG7VadGnMsCzXDKN/O3NcXlcbIto3YM8OtS9JSZbKVStxDEw9dw4rnHVGnW1lq63lowiUngKOKuOoag8heOOzzGvCketQWqWk2qiCMwqjIeQPStPEjkj6K5MoOXZkZZ7ZVkYMoDtnAqegyFQHnAqr9QQzaJaLeW4EqKwDCpywuxdwQ3EfCugJHsa9h+G5DyY+kjw3/iPhrFnWWAQ6l7W4AIBIPNUy6hW2DKZTIAMkD1q8QqHjkTcPMMGoq50yKK1lJALAcH3rqZVs5XAzdG7KlcArHE+fIQRzUDBGpdsYPmqzahEogRSDgGoHTosXMi4G3cO9Co7O9hn8WOTSABcMMY5xRcbobAYLA8mhZ4toKgc0WqhbAZHZTUmMb0inTZWRhyMHk0c1+YdHSNJMl/6qN1C0gl0mRowBKvr7ioFI4mlRFJBUYI+dcjOnGWzdjqaNKjSyog/PqUlDPpkkTctE3Hzodk+rsu0eZaOsjGV2kg55asOSTNkYpaAoEjSJpH7leKAukjbDAc1MXdluido34B4oBIGVSXGRVxkW0B2l1LGCqt2PalzTSTkjcORTZCLcMMetOQQKzmTnHpR6qyr+VDtsLoSr4eePQVY7D8rnB8Roi3oO9L6cgt5J41HLJyTXRdO0q4nAkhtF2t+eRWPNyFB0zVh4/faBel9PldlEzySlhyx9KvWn6QotypUNn5c0/pNnFbwpE6KG/SAqwwpGQuwYOK5Wb/cdnXhkeKNIrR0CHP8AJMQax9EgiTCRd/U1a8BcAqTTN8gWPdto1i0XHkTuis6fpxFxtxtA9AKmIrPk7EDAepo3ToVCFyMZ96NWPauQMZp2PGJyZLdMivqKEedRTRsYojuAqY8PjgUzLECuAOauUKA7MiWsmc5zgVi2gQ7QTUkq8HccYoS5bByDS1HqRNsDubOF0/nVUde6eVbozqodCQTx2q4oxZvxp2a3MkRUrncME1Tk/YEcL1I5XqekLCz3Fo5TbyQKhrfU71bwyCF2ZT7Vduo7SS3AG7ys+DUNfBYreYR7UkA4OPWn4cl6mZ8uP9fhUbqd57q4neIlyOc+lM6Xp0dzcmS4G4kZUUdZQ7oXimJEjNkn5VmfAvEWL7zDC1tjK3oxzToo3UNt4d9KFUIGY0T07p0RiMzsDs4x71I9S6YXnaUvweSD6GhdPE1vAyJh88Cnufx0DGHyIi4hX8qHKgR5wKNmtlRSARj+2tJbG6u/CbIOc1L6borXjKxY+VsYo3kSWxbSQBa2kb2gnxjB7UemmG4ZAhG9+1Td9oYtnVVB/wA2pPS+l7lWjvEJIBzis7zJbsNUymtZywOySIcocGgju3sOM5rp9zGzs6NBEozkkjuKqOr6ZDLd7ok2o/AxVY83b0toJ6Uigu4RBOeUH3P0qj+qNO/Jk+/LMjDIA9KGu0m0+SKWF2Rl7EU1qGozXojDO2QPMTUWNqXZPQLegYakLWINuIb9GpHTOobW5fZcRgs/HagINNiu2AU7nU8/Op3TNBtZYlcRBHUkmmSUUtlO0wi/0eG4hFzZHJx5lqDNnMs4XJGO4qd0e++q30lq/MbA8+1CavfRW1ypiXxC/r7UrG5RdFySkgXUGWzCxNHv3rUM2EhZVUqXOcVMX0xvAZQm1o+AKYjt2mCySgZFaYyEuBAWaqZmLD5HNJuLePeW9c8VNyWMSzOcY9aGvLcFBt4+daIyTB8IGSLY5rYPFF3kYWMn1qP8U+1FYBPa2GPUl/sGSLqT981H352Sup5DDJqY1fEOv6h7m5kz/tmoq6Xe7EjjHetKEqVka5XnA/Ct+HuXngisDrkgr2PFER7W7+tAENmIxgMT94cUqKNlYMe1GSqm+FyMqF7Ugygkqigr/ZVpA2Ks/PKAOw/rqyQZFvs2AA+lV6FhmPb6mrBeNtEQDEYWnQF5GC3Ee3a/iZB7ikCRfBWNmwC2RSpkclpGICnsKDvwVcJ67Mijq3ZILVEppDK/iDvlsCpWRWQFiOUGBUfoEOy0iLDDNyalpf8Ae5RuSx71sx/xMGaT/ZQNpzNhpScljgD3qx6fAcqzL5gOVqvWqbfCVWACHJNWKxuGBndD4nbBNLkpNGbk2Su3YokLAA1C69qiBCyMCU4x71JX92osyhQ7tmc1zjVZ9t44yTuHvQ58v64plfjePLJNtjf1ud3yMnnkkVMyWMWpossnBTG4DuaA0Sza/wDEiRwGQbgCO9T3TFtPLNIuNrpySflXm+XmnK5Hr+LC2okl09PNZSLbQW/hZ+7v9asdgr21744KSeIMEKeFNRGqaDqF8lvqUd2I2jPAzjNT3TFnHDA0czhmIy+DmuNnknhtmnG3jytI571QLuPqGZ5Y9yyHkirr8NoJCpm3rgcYPfFVzqHUbafWJBBHtVTtJarF0UDtLKrAE8t6UWa1jS8NON71snep7aCWzdwgLv5QDXPk6HvdTuFUZVS3mY+groOsl3uMIN0WMBvnU/oNqGgG1gSF5HuaZx8rxQtfZmlieSe/ooel9CRaaqsJXaXGCB2qdsbJBst5yc7uAam+oL9dIgWaSFpF7naKrMfV+m6s31f6u8b8gMB2o3Kc1YawY4otcekQSYcjk8YFB9RaWLLTZbq3QtIMDn0FNdC3t3HeyWN0xmhPMch71c7hUlhaNgGRhhgfWkwT77Dk49aODdcHwoIrSP8Ayk3NSfT8DxWIUj7I/cHtT+saTbX3VEsxc+Hanbso6BVRigHk9B7V6n8VxpX3a8PFfn+ZBJYl6zLdPKUzg7TzQd5uNnGyybju20ZJgxMOw7ZoHw1jhjiyW82Qa6+SFM8/hl2tor2tRqIfGLgkcYHvVe01kEpBDFi/NWTqGIC1j2jlsn9lVW2JXUY88ZI4/XQdWls9FxZLJBuJKON5ZvDwexzQ92yrDhCFweaPkwFY/Oo9YDdSyRMdqkZzVZmoxJh7PTIiA7JDFn+U5Hzpu/09WgF7Adsm7mndWtmtJI9h3bBwaXpV7BNaSRXA8xbgVxcs+2jr40Mwvb3HiAp5tvmqKaVLeVlifdtPak6reGw1iOa3+7gh196Dm2zuZhwWOTisax07NspXEl7TUyy4lWkahfx8LGMA1ExO0bqx5FGzeA8QPAao40yk7QGxy5JPFT/S1uLtipOUqtyDDNg96t/QMbCA4GTmpkqMLKgnOdHRuk9EitpfEnVNv5tX3TpoWQpGVwvoK59PdX4iXZCQPTitWOu3Ns5SQeHjv8647i8kux24QWNUjq0RQlc4FTVnApXdu4rm2idSWs6hJJMSfjV30W98ZMK4I9Oarq1LZcqcSYdVX1FCXbKY+e1EFgOTQV9jwyd2c07VARHrdk8IAc0UTlRgEiorTnQeQ/tqaRY9gbeCPxqdlVAzpejTI2OBgUxKSq4ArJ7+KIEBgfxqHvNbtoy26RQQeQDQSZa/wSErcAkVG3UihyM1GX3UaOrLGQE96hJ9dg8X+XH4E0NSCjX90WiIHPl5qTtyDBtfvVQsNXBODIMH1qYg1KJwBvyflQdWDLIOazYJcxFX5xyK571hbGCaPP2YbjNdJEniKR3Iqv8AVlvHd2qq0Q3JzmrxvrICcnKBzuKBxG6SAb0X/aFRVyP8Ya5Qgqgxx+bUtqqPanxAW3ImNp9aiYLq2huWAQKkq/aIfU10McrVmCSaF39u1zpviJt3jnb6mozRfCZp7SZkjmb7jH+ypp1tmbEV2sSIMlj6fKhZV0e5kKyTxwzDsw/tq+30FTRCR2F3BqDP2ZWyKkrCG5afdBIUaR8NT9qsQuSZ7xZI0bvmibm4W3dbi22uqnPFG5vwR1TLnoosVHh3xzKq4yfWj7zU7SCRFjxt28AVSbTWEvXD42tnFGC4i8XYwJcnisLwOTtkU60TOrWUOtWMot32uVwwHvVGe8jsLhbS4yGg8p3epq12031OY3KyFUZuV+dVX4kQRz3MepRcKRhuO5p/G1Lq/BzXxBb6WHUp88rGByai5oo0mKxcqB3NSnTlmLvRmO7BVvMRUPfMYfFgUneG71rjqVIXVrY2k1zazF4huZG8qj1qaseqIHlEVzAYXI8wqtWcszXAdXxJF3J7Gjbsw6jDHKyrHcBsFh60coL7FONks8yTzvcQHKKDioiaV5pcngLRJBtbbbGP/OgLi5CHAAORzUgrJVBcVxttym7nNSNpMsVsqn87mqis7CTCtxRtjdSNOAz8L2o/1guRaLpUlOcfm96j5YQ1tvU+YcEUq1ugyASOMk05JLEkUjZGO1RLr4SrK3qJCRPlahfL7VLay4ZmCtmoobsVpirF0WbqGNvy9fn3uZP3jUfIGK7COCKmOoxjXb5VP3biX981HSs31cDbgn1rV6Z0RaQb5mHYLSoIixIIwDwDRVsR4jrjOQeaSj7MJ3OeKpItj1/EEiEYPHvQ8YWIHK9xT7HxBgntTYXcuc5IPaiopjtnDunjxwO+KnLuNnb7w4XtUVp+6O6MjcjH7Kk55SrliuVK96ZEXMYYbnjGCQTQN+fF1A+UgKQoqZtU+0UMQCi5qJTfPqo7Eb+au9lx+2WXT48QkBcgKNtLmkBJQ8bV/rouACG3AIoZlSR2Hscmt0fjE5qmpTbH7CNZH3FBgDNTGmRhkTKYDKTgVX/H8CNFQEluDip7Qmef7UHaI02/jQStIz51L0zWcixYBskr+uqpd6Wks1pvY5d/MB7VcNTiLsWYZGzsKqd9qfgagoYBVXsax81f7Nmr8VNudE9YaeljqgEG3aBgH3FSNsLRLyaXf4ZzyfQ0qwt4ryOGUPuWQYBHpUV1Avg3MkCcsWCx/M15/k4Zywo9BwuQnll/gN6ovZBb28Ec7IM5G09xUr0IRcwO7M0bx5ByfvVS+oppo7izt7nh1XDU+uqT2Fv4dkWHiLh2PpWLJg7YlA3Y3c+7Ix7iGXqd47piV+sYGK6lp9hNp9sXtyXgdgwFcp0+xS51lJ2fu2T867NorFNA/lBMFU8fo1XKkoxSG44SlJ1qiInvbma9UofIh/k6uGgXKxTLu/PGSBVL0wNc3G88KM5qxaeXjkTIyPSlSrxGjiYmrct2WrV7SC/s3tnPDDORVVtui4owxXbHls7scmrDA7sMgkelHQzKsW1yBj3pqk1pEy4LI+1s0sieFRFXJb8KguoOqZUjWfT54xCrbZGPOas2t/b6NdGNwhMZGTXG7O2RLuIKTLArkyIx4Jp2DF2dmTPJY4k3079Zkt5b66AzdSs6/wCbRzIFcmlOwYgIMIPu1jruUHNe84eH9OFRPk35LlvNyZTaBp8eDKT6io2KUyOYs5WJc0XqDyi1kQJyW4IqPsEczO7DkjBAqZI9jRwlWNtkX1O7R2du+QMkkfhVVH2l8GB7YIx+NW/qa3adI42UAJxVUa0nXUjGn3fWkdZJHd4couEiTVuWYgkNSdM3tPNx2FPxweGCGyeKRYuY57oJjdIuBmlZ6cdjsVr+JHa7bhYFbdk5yRVd+qzLKJYxgGrFdyRm4Zc7iBjFRLs4V0z2NcPI9nZwr4kdc2cdyheQgyoOB71CbJoXJHI9RUzdrIs/iLkUwyJuwTndQId9AMYlPKpkUuXIbng+1HqVhO1aBuTuctmhbtl/Q2u1hg9yavnw1tvFvhFu7+lUVeCK678LLGCBkvZhWXmWsZq4aTyHVdM0ZJIVDqpU9higde6FtLqKRrbKTYqW07qKyicRrg+1TUeoW04D52j1rn41JR7HRllV0zz7rHT2u6JcM/hPsJ+8PSnemetLvSrnwJmZwexzXdb6K1voZIWQSRsuDmvOHW2hz6X1DOpieOFmJjJrdirNGmZsjcXo7t071CdRtQzvlqlZpXkjxjP4VyD4X6oySiCVz8s11vTX8WTnNYpwcZ9TTCfZWkRzzTW+7OVFRl/1K1lASHJ/E1eFtIZYmWVFIPqaonXPTImt2MJA9gKr9TT9DjljLTRTepeuLvDMmTGpyAO9VBOotT1C78WJZGDnG2rHL04ZAqyHcw+8BUz03o1lpyFii7s8ZFa1kxQiYZQnOetIF0e31a+bZKvhgDvVpsej7XxY5bt2lfHIHarDoNtZuyjgFxk1ZVt7NQDHhzSu8peBtQg6btkGmi2jQELaBQPUVpem4F80RZGxmrPHJbkYOMH2pWUGRnj0oHFkU60U8xXFmC0qswPANBzbZNxc4B7Va7+2a4i2b/KDUXd6eqR8geX1pM1vYUJJROb9T2asCfusaol/YzwSEoN9dP6giMisgGSvaqJcyzpdkSrtweK0cbJSoDLjK5dreJFmSIhTUXgFipbk1Z9ZuWkTYMGq0YWWUylfLXSxuzDJUwSbxVcqC2Afei4Lq4iOFY7GxwTW4gs9yMjj396JubNIrdwW2+1HS+xY092wZRDuBJ5xU/a3kkDKZWI2ryxqCSILDGxbcS2Kb1e6lUhmb7MNihpPRdFpl1c3c0FvCcNjn8ab6uuUXSorVmDNuy2KpdtqsiT5hwGPAJ9KOL3d6cyHdgUP6aaYae6JPpy+e1Z7dGxHJz+um9QSNri4kZgRjOfnUdDvhfLHaR2p2a6jSDMxBI5OPWrap2iN7oi9+chRj3rUckniDBO0Vpo5ZD4uMITwBTsm1sBe4FPQthhuJfBAU+JtoK6yRuPFE6W6RSGST7wGNprWqp4qB1GD3ofGV6RODupdvIQcZ5zTZBLe2KJtbRpnPhjtyad9AUSFmhZQC/rkURNu37DwtIEPh23iDOVFD3XjOiFifMOKGC3stoi7nzMxNC+Gf0qkLmFlZs00FGBxTVIqiwa9sOu6nnv9ak/eNClN9k3I3AcCl9QA/l/UZM8fWpP3jQ67yrHOCBWiKMrEWK7VZj9+kQKn1iVi3OKzzoc+9ORFCzBVycc0VAm1g8Xy7sY5pwrGkJHrTBlwWI4NYgZwrE+tFFFj1nG7MF28NUltAXYOWHlNJsRubeeABSXd9zEcZpouTDolKwStI+CExUVpMXiaqSDwBg0RqNwy26pnkrk010sSZpZiMjNDVyUSfxg2WldxYAdguaHAILeprfiSF3I4G3GKKs4GG7cuOM5NdCS8OUvjaHYLVJLRZcbsycVNaHCIrYoME7zQlpFIdNSTeigMCB71KaYAN5PvQpbs53KyOUXjH7qJGtpXY4VYu1cp61TFzC6krkV0y+1C2FpMApJJ2cVQOr4Ee3WQk7kOMVi5y+J1PwqkrsuHQRLdNxt4hbBwTSdXtFkkRlbe6vkimOgZDHphRjsiK5Gfen9Uv2spJJolSTZzn3rBKsnES+zbx++PnyVWn9kH1Tdxajq8exNrRoFII9aa1BBHGMBt+BgfOmfrUl7rguHhVQzA4Aqc16F/ras6bVIG3Ari31monp4J1dkFoXjSTMqAo6HcTjtVsXUbiyto4rK4afxh9qh7LQ2hE2WpR7IkZZBsdWHfNGgCHWbiNYNqZ4yKGbuRb1As3TdmzRIX9TVnW1WMjioXRGMSJmrNG3i9h6VngvkzoRlcUKgVQyhMkeuaY1G4W0QXEySNHnB2jNOXbTi0dbfaJvzc+tR0WtfU4Ui1SBgfz2xlRTOr8+xc5vxCrvVLS40a5KyNGzIeJOK5j0xIxF34ki7SxAxTXxC1kXmpNBYXRaHP5vH6qlemNP8Aq+nrdXAVEI8oPrW7jYpzaivTkfkc8YYZSf0TkcTKoQeYHmnYbZwp3DHtUDrHVkNhL4FvGruVwG9jTFj1gzyRxzsqLsO8kfnV6z/VRx/BHzv/AMlzZ1+6ZOSRuXIA9ai3R4S3uDTljrA8bZcyIy8kuPamb7UoHuAsY3oSPMDTcfJx5J0xc/xvKww+PgHqKswG8feOajUCPqIjxzjv+qpjUmXwvELBiRlaipbeQXsc0anzck+3FMyRpdkP4WWUk4T00OXUSKxO4BQuSSap+qXsz3YtrR1DM20mrVrtu1zYNDCcM6kFge2K53cGS38G7RSzI5Vj+Fcnm5HDR6D8alki2SV+WtHZCMuPWh7GcTO4cAHFA3F+9zMGJJLd80fpgjYlHTbu43VxpL42duCMuwzr4foRgGo2CwYEEyZwfWpq5sZ4lyj70FDiFyMsQopUZNoY4gl1EhPl+8O9RNxDtJJzU9fNEi4iwW9ajjhoznuaOGwHoCtoGM0YJ4LCurRkadpUMEUrKSoNc5tkzLEqcneKvOvz3Bt4lXYPswKRnXdpD8E+kWyQTrX8mZOn2i37r952FTHT/wAZYL65W2v9LUBeMqO1Ufo+zn/KMsrxgwFCBx96hekdAlk6ona4BhhEvDY+dUo4qonzTuzv2k6to2pss1ncCKcnO1+M1A/ESzXUwyTxqCo4f0qyv0NbNo0E9uvh3BQHxF4P41WdYludLhezvD9bRTw/rWZqUdo2YpRm6Wyj9JRi316KIHPNdg0VyXIxgH1rmXSNl9Z6llmiGI0966xpcIRhtXgDJpeVvsbI9FEOvL1LS0yPM2Kpeq3VzqVwFYHHtU7q8wmcxx+hp3R9OQZncBsUORuqQMOsV3KZfRNZAqEXxCO+M1V5tXsYLgtqFxLIRwETgHFdH65ie3h3W0QkkYYCqK5quit+WYZNQiCKSW2lc96vDGC9F5O812WizdN/ETooTrDcRyxP7NyBV6hvtL1WAnS75UOM+Q815U6stGj6tlt44DFiTgAHBFdi+G3RWsX1jLfRu9tCVARs45rZkx44R7I5+Gcm32+i63x1DTDvW5eSMdyDRendSCdAvDMB6nmoq503qTRrZpZHS7iA8ynk1UZdVtLidjJDNYTejAHGayyha2blOMvNnW479doYsRxyKHvLsTIQnIPrmue6fqOtQMD4ourcjvt5qat7+SXjwWUkUlJWR46M1m3GCydwP21TdW8Il/Fj4UZwaut7JthZ+C3rVJ1p4bhZFfcCT3p+KKEZZshmfTZgULKpxQ2p2VmbYlCp2rkEGoy9jEEkjrh07AVG3E0s+I03xKeDzW6EepincgO/hME5G7cSMjFDRCVzukkZQDVij0m/jdJvDW7yOCtEJ09cXAEk222VT5g1NWWKB/XIiItQidSgcEbeKidXuWkjEakfe71OvpVv9e8LTIjKxzmoDVrK8tdwuICg570yKVlsREok2qnJFT0V8bSIQ7fzar+jOq3CmQFVHJonVbpHuN0RIX0qS26LiOveNLJumGQDQ980ZmBBIz92khmZOByaZMreJtZd3zq6oFvZPWW0WqHj8KEuY2EpZRjJrVvKskSlM7s9qIunLOiFcEDmhSotuxMUCnzzd8d6TO+0Be496O08xSxvBKRuoS/i8PyjBBq07ZRHyAE5AzUppiLHHjBGRzUeyuAOMVL6WCbcl8ZBq29FL0IkVY7QAdzQDRfnZzUq4V4iNucChAgHb0oYSCm7ALqIupHtQOXHFSN9viLYqN3v7VohG0JJTX1/3dvznyi6k/eNCN4hZgo7jiiupsfl7UgGwDdyY/2jQylo+xyAoxWsyM3JGqxqHbzcE0uPYsDGIZdhzS2UMnPcikW4ZCdw5qWUDlQC7txngU5Ankz6elKuI28MKR25p6ADwhgZA5NFEKwyN0igxjcfWnE2su4445qNWVpJvJ2HFPOdtu25yCeDUlkFpbI6+mkkmYk8bcCprQYmhslGMFuTVbXc2orGoLJkc1cbMqIgmORwKZx187ZOQ+sKCbJdzctnc4FS85+zkG4jLBRUZYnEKHGGVi5o6cySG2YABXk5rc3qzkz+Tsfut8dtBbr34Jp03vg6VIS5EjNhSKZ1C4DXydlVeM1G30+4x2yc7Xz+NReGeOJZGmO+IwjiO8kMdzZ96gtZm8e5SKTIDNk/hVhljVoZBjHkwv40DZ6BqWpHMVs0mw4zXP52RRjR3eFBUpIesUZIVgSVu3YVOWOh3t4APD3RgjPzqw9G9JSRr4l9H9oF7Gr3pmnx28ZEcQCk/wBdcHNyVD4o6MMc5ySSpFD1Pp61tLSMm2VHyMsPehtVt7e408So29oxg496u/U1m8mmTMRjbzVQ6WtN1ncSZLKSS2awSy95WjpxgsEH32itxF1vElX8ztV2gNpdabC06hrhm8tVqa3SK754EjcfhVn0qCFn3w+ZFGB8jS2rdju90q0HSu9qBMV3Kg5FH6Fq9peo/gjBHofeoHqe8W2gSCJ8yMPMKog1G50+WS4tpCrA+VfnW2GC4WZFn6ZGr0drlheYbkwM/Ouf9dazc6XDc2EhWQN+sih7L4m3SWywyWCySkY3D0NQ2pb9S1Bby7PJG5gf7KvDhl336Hyc9K14iu6Xah7gTTqyoWBPHpVk6h1X7D6paTbI0Ubc1DajdHa8jHw4lbAA9ar11LcXMuyNydx8tdfjy/07cn6crkxWfqpfRvVJ3kYGJwzj7xrdhY6pdujFWYN2A9qsfRvSYvmaS8m8vquK6tpejaLamGIiJCgA2k8mudn5Uu9o2YccGqfhzqy0O6k06LKvGe/mqKa8/J0628yBizspJHHFd9trDTJDgRofJtwD7VQ/iZ0bPc2oudNjUGI7mUDnmlcfmTi22Fn42PJH4+FIS4N08EKEZPzqWhZ2lKEAAcGqTo8rpcGOUMskZNXHSYvHjBJPIy1er4PL/bDZ438pw1jfx1Qm6sntt7MSVY5FUvqDS1t3DW+Sr919q6PPBuhKkk1TepPBt5Cxl8zEgL+FZ+cktl/h87n/ANih3ts8U2dwGPSjrJn2IoGTT11AkymY8k+lb0uW3guU+sDCds1xZy+J6uC2OvqFwgaM/hQl3C7qHaQjI7VJ6umlq3i21wGY84oF5o5lB7YpMJWh0l1I/DHgZPvmkyLhxGvr3pyRsFmzz6UxGx5d+/pTVozvYXp6bLhDg5Vs1d9Ssbq+sFuoISyKvOO9Vnpe3a7vgqjk+9dx6T0pLfTCgG9nHIPasXJzdGjVx8faLKB0iz2gFtfwO1u5yHUcrV6tNM6e+tx3dlcyBdwLI68k1IQdPyRz/ZxAIOeRxUvZaWryKZYEIHsOKzzy29GqOCC3eiUh1KS7hMMDOoVdoOPSoXVNJg+rSG5bzkEkmrLHbeEi4AX5AVVutbvwbdwufOdtX+yU0VixxhKokd0dpkUVvNcKmDI/FXKQJb2bHsxGKjeloTJbQJIu0Beae1q4VpBGh3AUq+2x6b7UR6R75SfWrFYxL9UEZ8uRyagrHBkPpuqe04DaQauH+Qsjt6IPWNKmVTIH3dymWqlx6jD9beG8tpW82N3tXYLpIpLQrgEgcVUdU0KC5IMeInByQPWpNqPyiFCSyWp+lV1jpjR9Qv4b6O5iDYyQ45/bVu6U1DT9C0wWn1wPkkhB5gKiZdAeEEuu5QP0qN02G1iG3wBkDBJFLWd3YmXGhLTYbqOsy3xMFpbFlPdqTbdNQ3Ee+6iViefu0fZ/V0GVRVz7VKQNhQV7USm5ldOmokdb6Jawx7Y0QADtio+9skLEiLbjsVFWGRiW8v66RKiBC23nFFJEi3Hb2UTUIRh4sYxVH6jteHZCRjjIq99TS+CzkDu2c+9Ui/u1mlww2pnkGn4VRjzScig3ymNJAGwR3zUE8zbiCxzV26l0+CSCS4Dhc9qpP1Cd3wG3HPoK6EJJmW2S+jX08JDtcOkangA1cItRguoCuzxAR5i1UEwzwptkwFFLl1uOBQiMSccilzg34MdMvtuLLT/Euk2xh059/nUFrM2k6lN/K/cqlX3UV/dQ/Vj/ACdGaHEZYftf0qtYWttgqafhuRLZZDGq7jnymhdRiV7lFWPCgc4o+8kW1uGXwcAdjQaX1rCHkkbc7dhToWSQA7Mo24xikQsC7L+dW3nEsm7GKblTY/iI3ejFkpbMFiUrjcKkY8SQNLIQGxUPAD4QanJncRqCSOalBWP2xBl8QHB7GipxHKm3J3LQKZDD04p5JPMCaplJhclvHsVQ3Lc0sK1soPcMaRGyt5W7+lF4R4yobJA4obIPxSkJk42kYpaRAHIHeg7KTdGEccqcVKpHv27jxVfxJ6QWsxsCSOajgRjtVj1GACJ2PNV0ocnitOKegXr0K6pVG1q/ZT925k4/1jSIY/FifP5pFD9SyZ17UNvA+tSfvGn7JpJJzFHx2LVqbMrSMXDMM8Ad6IIMk6mI49zTF5G0saCM7Tu5/Cn2eMykRnAUAH9lSwBMgyy+Ie4oK6uDbiRY/UU9eerI+do4qKnlWRtzelF26lqIbbyMApzz3NZd3GWJH6qAN0cCMDBPemmkJYqD2oOwSjQbpal5mB7571ZrZyjnJBAFQGir4Ks5GQRUpZI6xMRkljWvDS0Z86tWTsTgIkhweO1EJKXeAAjg5xUaHBYY4AXBFP2jAz7sHyitLlejF0r5BTGSS4Ixxik21u8urRJEu5h3UDk1llJ9sUJJLECp3TjaaPrnjTTknAwSOaXnzxxr/JIY21SJLpzpuXULqVr+GWOGMjaMY3V0rRtJs44vDtlEQzyMVX7LqqUjdDEp3cjIp+26idbpEcMpk7lRwK8zypvLK8g3j/kcWOX6vsuP5PSLLKmARwaGlm+ruqUZo+oTCMLcFZom7EDtW9WsI5gZoQWUe1c/Ji1aO9xOVCbp+EXcAXCGOQZjbuKjbDS4rKO4ROFkPapNSiHYOT7VhbzFW71njJpHXyQ7ROYdVRvBcGMZ2oSQfepvoWCU6c8shO1+VBrXxER1ZZobcEquHHvWugdVFyq25UDIwq57YrRNOkzLhkra+0QmrSxz9QXMErkAeVT8qC1vTg+khrcYZDub5gU5rllJba1NvPmlmz39Kk7qJ3sHjTA3pgGvUfjsEMsP+x5f8vzZ8fJjr7kVfQ7NZ7gAqF3g7Gx2NLnW78S4TGWQYYY7in7GabSb6NZUEuGyCKlIYo5RPqMk+0ysfwVa5vFwTfJcZeHb5nJxY8EWvv8A+Sk9RXmYRCYivAAyKB0wGAG4KggdgfepTX7qG8k7hwjbVIHcVGxmR75ICwVG7incp9ZdBWOpRtKi62u9dOBQOu8AuY6Y/JbapaJc+JcJLE2FZ81YOhmjthHa3C5VzgMTUx1ciWlvH4LBUIz8q5P7qdI1wxOUbBm/KGn9OreQlpXwBleTVr6avZNR0xWm3F9hDhhQnRdzDcaBEud/mYHirHZeHEjNsVc9uMVny5Nj8cdaPNfWUEVj1heW6k7Fk8uatfTjxvGjxDC7MMPnQnxhsFXrdJ1i8kg3Ej3pno6Vor36swIDZNei/H5f1tX4ec/NY1kg+vpYNanNpZNOACFFcp1+4muJWedMbzxXQOtblUtVhYnaxycVzjW3FxN4kLExjArXz5KT6owfgsTUO8vsD+tbU2Gg7uaUsAv3TTV4zRgCti6j2rkZIrluJ6OxsMyyZyaegdkJOe9aeZJIW2R802jER9uapxAZIWHhSXQ+sH7Mg5pFzsR8L2zxQsciqQc8etEswYZH6qplrws3QDourBiM4Hau79OOssCMo2n2rgfQLhdTUEck13LpV8gRnjniuTzIrsdTiOsbZfbEIqK2O9GeEmM4FAQSBIwMGlzXRWPAzVRiTUtC7u4WOJiBkiuZdZ3xutQhtU8x35IFW3XdQW3gZwc5Bqj6Dam96ge7kywUZFVaia8WOvkXvR/EW3RV4IXmgZlYXLO/qamtPhG07eKC1G29Q3JNDGFoLFKPege3hY+Zf1VN6YWVR4h/Coa13RsQzcVJRSbSOapR6sOe9Imht2moa/WSKcyIcmpSM7lA9RQl5GxbOKvraM0HUtgq3m+La6+atJCk7YYYPpQ00TFywOKVBIynzHkUqQ+lRI2+nxD87JqQihSNMYqNtp5PzsUSbn0wabGkZ5qTYTIQF70JcXCqpBYc03NMSp5qLvJDnmpOSLhC3shOsFVrbeBxnFc3VMzTRuxzu4JrpusYuNNkG3JUZGK53qE1tHEwdlST0B75p2CXYw54dWROpWN3cSeC8qLADygPJo2CwSO1MVqqq6jLM1Q1xcjiZ2Yy5xkHitS37RoFeYl39AfStM4aM6A9cEYHhnzPnORVWu7RGmMiRfiat9xapFF9ZunAZhwhNQOp3MYiHG38KfCdlMgJo9vAjx8/apHTdRNtAFHnI9axNrjbt4NHWGmwOjbjt2j9tNc9bIo0anf6yivK43sO3tVav4lExCnIB5qd1KHaoaPI54qKeNtx4yTRQBmMWkBklznyii540VlQ+tbjhaJSRkZ9Kabezjd2FW9sFaCQ6h0AOAvNGtEtzGSgySKiQuRkHmjrC6KJtHGBiraJYlWAIU984p8RhOTzTMaYl3uRzzW5ZicrQvROwR4waUAjgjmiLOXZKGPIqHR3MvPYDmj0/kyQaPoUpBkLKruwHDGj4LvZBsA7dqjYeFUmi7fDE7uBnihaQXppriUrKD696E8VPanpmYFyOzUwAvtVR8I1sjepvPr2ogcA3chH+0aKEpWN3QbW4AP6qY6hTdr1+R6XUn7xp9TugwR3NbkZHEWWLpCwPPOaaR/CldmGc0iM7ctngcVqaRWyw7YokqIkC3FwJSwXIzQacnB9KWwLseMEninfqhyvP41QYOv3y+K1AC0jAii3tioAzT1tbtEjyMox6UJQi0lcABSdoqesZHPhM3A9qhI4zglTgZqYsTvjZ93CCn42/RWSN6DDIDNtJwCaLty0RY/mk0NbRmSRXJ4AzT+cE88UyU+uzK438R9X2ASocEHNaFx9a1D63OC+wfdzTbq5jAVfv/dorTLQC9t7VyB4rYY+ormcrkNsk5RhDfpadH1e1DonhueMcCrZZC2u4WkhYHHceoqH07TbC0CncOPUjvUlFFb8y2zCOQDIAPDVwc2aM5U2cPI4OVv0l9H1p9Lk+qyAtGxwC1dBsNkkIkhIaJ1ya5TY3I1BntbyPw5ouxq69FamqP8Akq4cDcPITVxm+1GziZ3GPR+h+p6SkQe7hPPc1EpIWPbn3q4mPfE8T4wRiqqYGhldGXs1Vmx7tHr+FzHKHSfpFaxaRXNtMZfzUPOflXIIrq403qSBrR8hX84B9K7bqsBbSpyBwUOT8q5B9Q8LUZJhh2Zdqim8bcW5DclKdIkdZZnv7e7k+7KclfajEmD3CxAYVkyOaMtdIeaxBuSPGABXP5oqJ1G3msZoiD91tpPvmu/+P5UMejh/keG+RH/oQmtxK2pyYkZOBtGfWlXBmtdIWJ9xR2OaK1Cwn+t/WTDnP5hpGrxXlzpsqsqokYGR7V0ckKbmhONwcYwu6/8Ago+oArIrRsRxyM0rThH+UI2uGJyBjn1pm/hmjnZWICg8HPcUDMzIykc8Vwcjc5NnZpNVfp1XRObiKQtu29h6VKdSzXF/p8dp4QynIIqodEXklxZeFIpDIRg571ZpnuQhEH3yMDJ7GsFLG6Y1qUohfQranYwRrJHIEUnKha6DHexzxho1bj0YYqndJyan4YS4uB5eWAPpU3rV/baZp8tw0mWCkqoPepLEm7Ci5qNM5n8TdURtRLMcsp8tQXSeoSz6gr7PWovqXUW1TVJZ2XYuSFFWHoA2eQrgGRV/bXUxbnHGcfmL9WCc36TnUdit1psk4UF0XkfKuR6lFLal0HbO4fhXYtRuVVxaDy+IcN+FVDq7SktxK5j3jGf1Vu5y+ao5P4TM441DJ79HN58TRhuQaYWF8ZA4qRkYBxmPC1uSRWGEWuc9Ho67EfG8kcm0Dg0sqzAnOKcChtzDuKyMZU7vWqZKoadAMbeTRMH8mpP3h6UySEbkc0TEviAFRQtl/wCCc6TnWHWIjIQA3ArtGhStHPC6nO3k158trg29/DJkkK4ruXTFyJ7OOUHzEDNc3nY3pnQ4L9idSsrtJIA3Gay5kzyO2KrelzyL2PFSs90qWMjt94Dis8Z6NCw9ZFW6wvcRMqnvwKO6RtjBphncYZ14JqparcG41qGCT7peugq8T6dFFEu1UIBqpJ+miU+q6lg0+NorDc48zUBqCMW3jtU3bxhraPLfm0FfNC8ZAPY0UVJIzQnHtSKzcyPuIAPeiLOeUv4ZHOKkYlsycNig9TEcEiSxtgk0Lts0KdKiY0y5Rjh3w49KKuSGXgjmoC/VreZJ14B70dbTbx5jRdq0LcHJd0Injy2KaCZOPaipipU470O+ARz+NLbCT+xxNq45rbSBCSWpmSRFUkelAzz+IuKU2wkthklxu4DCo/UZOPvcU2XVDyDQGqSsUyrYFRdg0opjN9cslrKiMTlTXO9cs1vwZJAUKg8n3q9Egx98kiqz1FDG6HEmxiO1bOM6Zg5q2cz1H63at4TSkj3FJtr1bQLPu8WX2b0FSOtWc7q5DBkAzmqiXkEpUiurFdjmtUiTv9UmmJMsm5vTntQMZmuXVWYAA+tNKgdssSMUVZxqbkKc4Pai6KJEwkqVUICM+9GJMqRhd3nprVZLaPw1jXawGWqKurseIMHFV1sNSokpZGndRuG0etERWsOzLDn0qEhkdmUrkBjUzB4qoJGbcQcCicaQKfZgmqsoG1RjFRiuc+Y5q46fZQ3auJYgTnk1rUun7VpCLfy4WgWZXRc4UiqJgkgUgZQ1IS6XPAckcZoeaFlZlYYFOUrFUJebcAu7GK2g3Nkc0hI0WTnkVIW1uCG2dlGajVEoaSKMndngd6JWNcbRTbRhXwPU0Sudp47Vd2WONCeMHitFirEA8HtTP1h1B9sUwJnMoI7AZFU4tlpkhJlUyfWkDt2pEE+4ESe3FJ8Q0F0W/dAOsSE9Rah7m6k/fNZNJ4ZUKfxobW2J6k1Af9Kk/fNLZMoHJrenZmHZGK7kA780mLaYsEc1vJ++RwK3YBWmDsMLntRNlUZGgRs7eaanuAjEgUVevtbeo4AqHnZmBIGcmhbrZYRHP42Pc8UYxkWFYz6dqjrAbT4jDseKkoZHuJlLLhRS7+gWbRGCAsv4gVI23hpGQgxv7g0l0LKCi7c07BbsNqOCfnWmLcRUnYfEQiKM7SV/ZTdukskzFWztH7aYnUoCQxJo6yWU2aMqFT7+9IzZKFOscexM6Oniwo7IpEYxzU905Zw3GpGeWNSwOFzVavr5NN05YY3DySHOB3zUz0344ijebcM+cn2rz/IU53RyMzUbzSemX65sJDCCq5UenrQDRwwW5ZjgL6Hvmmxr5t4nPMmV7eopi/kXXNDea0QrNH95Qea5ccM0rn//ACZ1CEorq9MTeyEab+ULZfEdBnd7ityalJJb2uo2jYcLvU+xqO6SuXe0On3HEkLbGQ+xoKxulstfuNIk/kC2IifnWzjxauD+thPF1k1H1bX/AEOz9F9WWutKkZIWYjGM+tS/UFhJj6zFz+ktcf8Ahja+N1hNBHc+DBA+9Pn713X+UjxkOprYo2/Tt4crgk0VAu4gMLjGeCDVW17pmK82vbt4ThwRir1rFnjJQHIP7ahJ2aN88YIrHKM8UrR6bFKPJimvQCOBkAjuASVUDPvTeq6XDeW5dyAR2Io8KJyuXKAjk1plATb3ooZujTQyfH7RlEq19DHb3IadyxY+Wq11jPGtiFjOMnt711LXNDivNFSWMANECdw7muD9VahO13JZtESsTcmvY4+bHJx9ni8f4uS5n7UQWv3AmlRFIUKoyfet6ZapcNjaJD6CozU2xPk+oqf6K23NykKriRuFI9a4c1VziegcnEuPT2jMsR2qyMe2KlrazvUVm8GR1U98VculLBPCjimhIYL3NW+00m2FqwXGxwcjHrSFjTdsS+W6qJyTTJb+e+ZbSJvHPBofqPp3WlWa+vmfwMdhXYOn+n7C2naZIz4pbk/KpjUdHtruyktmBdJBgg06U14gceWV3I8b3UAjkYE+fcTipXonxTqQK+x/ZUv8S+mJem9amRm3F2O0/Kq90nJJBqQl3Ar2PNNxRqcZF8txy4JRLX1Cw+rtLu+0Ug/qqsal1Sslu8U0ZJyFJPtVi1do/FEzeaJxgiqP1FbPHE7LEFQvwR7V0M8qk6OT+PwwcV2Xg3qh0+eLxrdcZ7L7VHQRL4e7GW9aaklLbVVcA96eicgFcVz2d5JLwU8cDYEaZJ7/ACoeS2aN8qDt96Jt3AnHpRshWWNlK49vnS3KhnVshZUZxgqP40/EHRVA70a0UKwny+b0NbsozvDABhntUc7Aa2Ql6hWXIU10j4a6m0umeAzFTGe/vVc1yyRtNecLskWmvh7dtBftCzZD9qTmj+zGMwy/XlTO66HchlwCSe5zRWrTMsJbAJ9qrOjXLICGbABqckkSSLJy2RXIvo6O3HbsoGvPItw0ocpKpytTXTHVd3JA9tKPFwOPeguq4lK5CgseMj2qjz3VxZXStbSFGB5IroY4qcTPn9O5QdTX8lr4aSFDjByO1V7Uup7i1DQxs80ueCDwDTfSGppdWm65hd2PfaODURrurJbalIYrFUQH1HessYzlIuWaCjSjsctrjq++uDOlxhR2RV5xV46btNZ1ARfX0aKND5s+tVzpLqBpJ/EVQP5orpularaTKETIcjnIpeZyumiRcnHW2E6nZo8BU8D0NRtnvWYRHLKPU1NSupXGcio6chH3D1qNJgqckPOAEOOaCkJyS3ai3k+zGBn3oKc5DAGgUn4MihieZQuAKDdz3HalyHnHeh33D8KGx6QkylmIPagb/LgqWomUgfhQsihmzzirYSAGmMabdv3R396pfU9xO13h8hCPKB2FXd4JCzFl3J71XtaijMW6cAAtgfhWjjMycyq2Vm0S2lt5CzBUAw7UB+RrSO5S4EJlifjcaMggEl89uq7bdTk/OpZb3T4kVZplKxngegrapOL0cr/qDXWjdOQws8tvMpPIyKrUFjv1F5beENCnIzUn1Zr9vdgJBKzADGMU3psskOkzSFdrMvGaOHZLZTdlR1ZhNq0pztxUZcqfFVu+Kkb+BpLtp++aBYPg8YFbouhYZbgEK2eKkIZWeQJ+YKi4GO1RjFHW42MST3qmEtlk0dwAdp4B7UY94UWQheTUPptwu4LGPTml3EpdnZXAx6VmcNjL0OXb7349aDnhRkIb0rVxdxKfDVuR3NR89yzHEbfjToRFyFtbDaxB+7WW+6NsBuD6U1aysfKxypoiVGQrKg7U26ADRAk0QkU4I706LfCgE8N3oOynw3mOBUvvhMYw3LUPhEyEuIQrMMYxQi4DAHuTip3UxGrorDAI7+9RU0cb7mT82ii7I9h32cY/lEfyfm0Hs/n0wZ1KkHGcYyKY/wBc1CDWs5PUd/kf8bk/fNOSLuwnoBS+ooynUmoEdvrUn7xpneQwVvWtURFjsrhoQgPOaSH2FcUypUmTJ5Wh559sCuO+assPuZMsAD5TQhwW2itPLujU/Km423Ee5pcnegQhFIdU9KkrUkMqgcVFRlnbaDytS1mVVA2cmijvZTDoWbcfMDg8A0SXcygM4XjgChIdkjAspGfUU5IQTlQePWmOxLEGUtfKh5UHmpu5vgsUcCAKD61DW6RswYtgg05OSRkc81g5FSE5U26JDTrUT3wuZ2JjiOQvvVtsJpJ4WQnamOOKr2lsixASHFXLR4I5bdkH5oyK5vJmopKjl8ltt29AVuWaTPBA4NHWiT2aS3MLYDHsD3+VCWeBK8YGCGOKlrJgwMZx5eazZf8A2tGHIpwcXFlOutSk0nqAX20mOc4lX2pzXctfpqFuwkVgJEIqY6y0NpovrcShgVzj51SbPV0tLZ7G6yskROCadhkslTj9aOnhazRUo+rTDem+sbnS9aeWMAeKxV8+legfhlrMl1pL3NzJvVmwhJryrFPazagY2wpfOCfeujdBdWTaQsNpIzGIMwAbsa1zilHzZszQ/wDYeiLm6tphxIFYDPNQOqxjw1mhj8QE4OPSo6x12zuoI5EXO4YqyaatskZMc67W5KtQupraL4nKkncfSrmOSO7iAyIz3FSU9sNi7P11I3dlDKrywA5X2rLKIyRjxFwR3zXLli6So9dj5sckFN/QjRgzsbZ8tGw7fo1xr4sdPtY67NcQLmNzziu5afe6fHfvYhwtwI8qf0q4j8UeqVk1GazMfKOQR7V1uLGWNVI4mXM8uT/bOU6jaSz3A+zJI4wKsvQNjJp+pR3MqHCnIU+lRvTOoK/UqrJHmInGT6V1u00y1itxP4BYtyvzprfypeCs2alX2XjpV/rCrLKMEirjbKfCAPY1UOmv5JY8YOKtlq4SHzntUTOfGWxy0T7Vhn1qSVAsZJqFtbpPFfB9aNW6chh6UmStmjvSOSfSO0P65ZQanC5Vk4YD2rzneXktgCIWI5xk168+Idg+taPPAiZbZkCvInXcRtdSa1ddhTjFbMS7QQzHKV9WOp1PO8H1d8kADk03d6nNcjDyBlx2quRZLA+gpxHfxR3o3JytjoxipaJRWCNlsYNEW6B5MA8HkGgBkgFzx7VI6NIiyMHGR6D2pE/B6asJns454cx+WRfT3pVlKPD2y9xxUkISVDoAc9jSV01JZjg8nvWZSVj9rwGEkSxurxAk+tQk0sttLviJBB7VZTpSRxktIciqzqKYndVbIxRYtsXPSsXd6pc3Vo8TtwaZ0CZrfUo3DYPrTYAW2Bx5iabiOLlCTjmnOOqB7bs7Ja3QaNZFPBqwRTbrYSKeAOaommSs+kwSRn05qTvL+6GnKsJKt+cfeuVPF8qOvjy/GxvqbWoSTbRxebHJqB0S0uNV1NLZYNwY4yBQJY/XPEuSwVjV56e1fStKtlmVkEnce9aP+HHQns8jOkdL9KpYaWkeVjcryMc1Xepulrm7WWO3jJk5wzDijunPiObmMxPbiUrwCoqRuOrLgYYaXlffPNY4uUXbGfrySfxRzmx6Y1nTjvnhKFTwVNTVj1ENJlj+vMIxnBLVftK6m0nUlNtcxmGUjG1hxUR1h0Rp+sw+QBT3DA0z9jn6U406l8WHabrdvdxpLHKHV+2DUoZo3UcjNclgsdR6aZUVyYU96sehdSrPsVyCzGhy41HaCipfZdxGec9qYul252kDNO2kwkTOeaXIuT6VmY1MiHjXdkUzPA+M+lSr2vOR2rUsXk24qkM/ZRBSIduCKbVR7UfJEQxB7U0sa7jjtVXYxS0Nxxou7I+9Vf6ss7QWLtOwhz90nvVoYKigtgYqidcXf1y4FvEpkA4Y+1aONG5HP5c39FK1K8iiUW1q25x96X1NRsOlyXR3hiQee9Td3pttafayAlmHFISWKNBh9sfy710XJfRhSIWfSDDJl1OQaJkhu7rCBCIhxxUvNc201syqkjy98mnbTxlCxJCdzDNF3LpFO1WFLZvDPJPtUVPH4Sk4yD71YeoohbyDxfKfnVed2nvVhTzg1pg7Qn0y1iAJaTt6U5eOCY1hHO3miIrOdm2hexrbwiKZpHGNvGKt7YaQuxLW9spJ8zcUzO7ocgk7u9ZEyySkq2cdhSHUoxMh79hVIjQxOV3YHINNM43kdqWABJuByKTJtJ7Uadi2hVnIAx55qelKPZqUIyRzVdgHiSlVHNS6K4tgh+8KpqyroZgJDsrj8KMY7IxtOSO1CQt59pHenAzM20dhR0Qcu7hp4V3d1oW3baJAfWnWUxsR3z3puaNlZHFRIpsDaMkM3pmilWPaOPSsETeG2PenFXyjj0qyhOvqW6h1A/8ASpf3zUbcSEtzxtNSPUU6r1BfqP8AnUn75qJv2PiEL7inJ0haEQMXMjnsDQ9w24kj7tPwLiBjnvSGUbNuKpvRBLviNAe2M1kUhLZHanFCsqEDJAxTSIQTt96FFIPtFwpbuSakYXKpgcEmgIDtjAAouPylec+tPhoGRJwu/gNt5wOKTmRYwznk8/hQ0bPjAJHNIuXceUMcUWSdoCK+gmA4PPm7mjrBBL5WbkDI+VCWETPGCwxxx86M02PwLyRuWXHNcvLNWxE22rJbThuuWhk5UEZq76IywXwjzhHGAKqHTlu73RkYHDNwTVkmmSK4WRvzWGSKxcj/AHF1OXyPtBdxbLbXu780OTSoGKylyeD6UVfmOW0W4j8wqNuH8IJNyVPf5Vih8o0zHp1EtelLFeWssTchhgL7Vyz4pdMLp7i4t1OGPJ966B03drbS7nP3m4+Yqya/pdnrenSW8qhlK5RgOxrJHkS4eRS+mbOJLpOl/wBzygfs5WL8MO1WXRNY+sNbRSpxEcE+prXVnTrWF9cCJ9wU8Ke9RGkyi1uFZh5l5Ir0nxnHujtP/cho75Z2Uk2lwz2Eg5XLe4qP1bUtagEUUkkm6Jg5b5Vr4a66dUtJY0VUWIZwPSk6lrcT68tk6eJ4x25+Vc3HlnGcoteHMjkcLj/R1Xo7qHxtKMlxEsarGCzE8mozrLrLT7do1troBmUnK0x0rYWWo2E4aRxLkqi5wMelcu6vs/qV9PE8q+LE2DGT3GfStXGcJy7P6NGHkPLJL+x3qHq66k1CO8S58KSNso+ap/VfUEGpX7TyyGSYjLyD1NM9QW7rZv4gJbGQfaqlG6qxLHjFdBu0dJJR8LD0X4c+tRL4wXfJ98+gr0Xp0MFxHHAm1xCB5ge9eTba6aG4JRipzkEHtXXfhv8AEGw050F+XdUXk571map2J5GNyWjvNhbmBcqGC1IrqNvGmNwBrlWrfGLTEVPqFu0oPBUnFBj4iRX0myK1eBwM5zmo3Ssy/pmkdYgvEMjOfU0el0ChCcZHrXMNV62tND0S3vbhWnkl/N7Ck6L8TbLUlWQqkYHcbu1L+U46HKMkzphk+0wTXl34/wClC26qDw4+1Lsf210jrn4oW1lZmPTFEs5Hc9h+FcM6k1261W6a6vpTM59/Sm8ddWPjFyl2IB48L8xS7XH3vWm9+47vQ07GhXn0NaLoaFR5kO3HFOqngYZTyDmt2hDW21eGHelR3Nu7eHJww9aCxtIndH1OF12MPkamrUwByI8IPUmqjaQxBvEibPPYUZJM5c+chQPSseSFsdGiT1PVYLeGRUYMxGPwqoyTo7fe5zRt3CsiHnBqKMALMoHPvTcUUkBNjd+xyNjUPE8hmXJzinruNwpUDPzodcIu71p4pnSuirgTWD2+dxUZAqw2kLSHwyOD2/GuadH6m9leq7ONo4Pzrq1g6M0Vwn3DhgawciDizbgnaoNuuhUksRPL/KOufwqgaj0vrBuZIrbBVPu10/W+pvC00xgdl71BdI6gt/I6qGeVTnHvSMeScYtmt44ykkyp9P2vUejXbSSWUrRjvx3rodl1H4sIH1C5yBzx61Y7PUrUp4FxCBhfzhzS9JGkSF/G+zJPBHakyzfsdyRognjXVFP1K4N5CHj0u5jkz971oLT+peotMmMDNN4Y+6HHpXV7caIqgRyK5Hr71q60/T7oDFojfiKtZOpU5xn8Wmcs6g6s1W7tWhOnEkjlgKrXT1+8eogzW7Ft3r6V3S30SxDDNuufXIoDqHpLTJozLbW4SUDOVFEsqkqoU4pO0b0O+E9skicYHIzUvDKXOd1UbTILi0lMZcqAatFlcjaAeazP0c40tE2p3AZ7UmQKqkd6HimyPlWO5K5PrS5MBR2Dz+2Migp3SNmcjPyp+5LAEk4qv6ncs0hQNwKtj6SRmpXckjtsbatVHXLmC2ke4mYJj1PqaL13VFtY8gc965j1Hq099eM08h8JT5VrbxcTkczk5ETd/wBQQzyHw0DqB5mNRT6oWlODlfb0qCM4lP2WVT296lbSCPwlLH8a6X6YxRiTslLXU5Zp0ht4/MPWpJrmayJZyBI9Qizxac3ixgbj2NA6nqLzMXkkOccUHWw7oX1fdiUKrEMx71E6BCovN+MCmGYSKXdyzE8U2ouoRvQHZT4RpUVZcw0VurOzrkjgZqv6ncKZ3YvuLDgCoqSaVmBZ3z6rmnE2LbeKj7m3YINWokeSwmwl2g8URcuJ8bgBj1qOhZvQ96cYlVPmOahSkIuHCqMVqAkEtnANMncxOaXGpMf4UaBewq3TZJvBHNSlvKuCZBmoePJcDNFwzMisMZqVZKCpNqnlcDvT9ps3ElM8ZoKaTxE3DvmnLSRlcBuN3AofCehkkRIAKDceRTL7tybowQDzT88qhgN3IFMtGzN5WOCOapNltWCXAEbADO2lBuBSr0AJ5sYoTxBTExbE9RRk9RX+e31qT980DdMpcj54qZ6hAOvagp7i5l/fNQ06+bn3pr8EobHCYFaz7ilx4839VIkOGwe9T6LFLtAFbhCk4XuabIJCEdvWlwIXkBBwBVJbBsNi2mFQfenBnxAV7U2ikLj2p2AE8DvTvEQMhKlgCMVqcLLcrEo5PFbgDMG9SKN0rTZbm7SYcbWFBlklC2IlPqmyx6bocxhQOMAKMUfFo7LKwEWQw5qV0xhLdmzjbcUUFvlU/HbhU2ng153Lyuu2cafJmm0it6ZAY9sRT9lK1W3kRlBGEJ5qaEKpc7gODQ/UETLEJydyKwwKXHN8xSl2kmxWglTEtnIdyk8fKjNR05RbOoGBUZpMqRyxTscKG5q43MEd1aCS2bflcgVn5U3ikpf2Z1/xGyrQx7bGNWPmUYBq19KalaXNl4W/7WPy4NRFvpbTzbHJQj096XHor6czzQMSX5b5UvNKGS4N/wDQLFm6Lu/v0j/iX0rHc7NRgXLDhwtcN1ezW11iW3BJGfLmvRmha1+UxPpNyoWWEHGfzhXHPifor6dq5kCYydyt7itv47LJXhm9na4uXq+r+/Bz4V3j2FvqBL7doIH44pEOpzT9RrdEHbbIWOPc8VEdNzLaJciQ7fHFSnR8Qls72QkYmmEae/BzW3JGK7TCnBKUp/2dhkuhZ9GxbCyXXhCRWXuTXKtcmnub43dy++TO5t3c1dZtbiupNtvGTFawYO71bFUi8nW41CEso5zgntxzU48vFXpl4NRbRH9SvjTgdw3sm4iqFKctVv6sEqyl9p8Nk2j2qnHlua33Z24vQw4JfKdqfilCd+9IcYGVpmQ8fOrSoIlIb9osbQv66mdK1WVp03MDk44OKqRbL78ke4qV6YRrrWraAYBdwATQTjFxIdk1TQLzWujAbRQZIl3bSc1x64W9sZikhMb5wwBIrv8AqmqDp3ph4beZBcCPn9lcD1vUvrtzJNKysxJJIFDiutC4uwSa8ldSGbNCSyMV78UxLIcnB4pSguoJ7U+qCTNpMVOAM1IJlogzcChIIcgsozinojNMwjIwoqeBINjRtmQ2KFuV4yp5z3otGKtt2knHFMyBucpgUHoaTRmm3U9mzEruU1JrcM8ZkHc+lAxgNEAe9PbkjGw9scUqUbDTaErNLLIyn2rSo6EOQcetbhkAlDKPNR0rlojvQAiqaplrZF3YMhHh8e9BTW7KuTUpJGSfIK2LaRkZMbjTU6K62ROHhVSRwe1dC+H+sGaxaznc7gcoD7VRru2cADd29Kf0G7e0v45mbAR+fwocsFOJMb6TR1O/VriIqxwKiLNLnTbkXVnOUdTyPepuOSO5t1lTlHGaDOnvPcIofaobLfhXOUlFUzdO3PRN6d1jNPcpFfaeshI+8o5NWCy1TQLqMo8FzFJntjikaPoFjI8ZBAkC8NU7pmggPtwMk9sVnm4SfxRsi5xjtjmn/VUjH1dRj0yOalbSXc33SfwpltFkiUGKQk5+7ipGz05jAwRyr+pNLcOwMs9Ixlwwpu5mGMAVILaOqebmg7m3YSYA71Uo9fCRmpelfuYVMjOeM0zH5eAambmzLNzQ62Kbs5NAkaFKK9HLRsqAfSn2YYx6CmAojPHakSy4bI7YpbX2Ats1ckFDnjNUvWr2KGSUR43Cp6+vMZdmyAcCuVdW3c0OsSRiQkPzitODH+x0K5E3BCtVuJBDLcXPmyMiub390bqVpGUKM8AVbeor+O5sliSXkjmqdqEHhRKY8nJ81dfClFHJyNsJsWAVWxkZqXScNHtQciq/aT7YvDbjJ71IRT+FHhfNTHbBiF3av9XLTuOO1QlxNyMHJNGl5bsAEkg+lR00DK5bB8pq1oY1bNxI5mUGrHbQCS128VE2w3opUearRoNshtjNP6elRyKcaHNJisYLS+jn05LszQlELfmN6Gq7daDJbW3iKKuPiCT7OMBEpq+DPbeGcGlvI7IsdFOispSgcRnj1oe6jYHBNWC5nFvuhDj8KhbhlaXkd6OMrI1QIkZCFl5paKfDw3FOMfzV4pDeQjJzTABcHrgZNPxqWOO2aGjY5JHFLgnZDuHNWimGhEA7HikzOARnjHNI8Ytgngmmpn4GT3qUWL8UmTvmnkvCqt5uPWo9S27NOJjJHcGrSSKQ/PceIu1hxSAie9YqgjBFK8M1ZKHusVEfUuobW/41L++ah3kVpGDHnOBUp1P9rr+olmGRdy4/2zUKyESk/OnGOLpGmJjPzrGcEFj96lKPE5bvmskjycAc1KLu0KiXfbA4wtPx4TaqjI961BEduOcetPKixkY9aJRKv6FHczZHFEQx4I9/estoy+Sf1VIJEcJGAMN3psYX6DKbWmOWyL4RA71duhbNTps05UMV5waqccPgkZYbavfQESCyvSzHYRn9VYPynw47o53LnSsM6SgJllndsM7YwPap/VmhgRGeRUycDJ71S9G1qK31N4IzuRWOcVMdWWj61p8M0EhUQ5PfFedzQucXLSObVSamx+XUI9wJUH5ipC38G/tdrMCp4xVNs3lgUrPzs7NT7TvHNFNbu6KTkn0onxr/AIhqFessE2hbI2WCXbznFG6Wl5ZjibyeuPWoq06lkLFHiDkcF6Nm1izWLeeKVNZ5Lo0Iy44rbdkvJfRlt6kYBp6HUlfgqWx3+dUHV9bgRV8JH3MaB03XpzepHmUKT39KB8ByjYahlktIvdxb2g1aLUIEeKUHDAetMfEnSbfW+m55xkS2yb1yKPsblp7YMsYLEDDexqL6p106VYSpND4iTKVPyrJiU1kWvB/GbvrZxO5KQW8bfnAGl6HqDRaYLeMkN4hc0PqLb4GIGeTitaCjeDcuwA2R5r1LjatnbpdbJ3SNTdYLhmY7nbnPtTFtcveyM4zvLYjxURdXIhsvDRsyOcVcvh3pXjSRzvjbHkge5q5SUE5MU1HEu431DYvF0/JDd5OeVPtXObsKgJX8K7P8RIsdPzOozgVxO5JdigPrSuHk7xbH8bJ+yHYHYkjjtTLnJ4p4L6E020eOc1tNBpAWVuOaO0EmHVYGBwVbOaGQjbwe9Ls5THcB8ZAOM1CUXrW9blk0uSNpBJvXb+Fc6ut6uUHAFTscqSQOQ2cc1DX7LJIdpwauOlQT0DrkdxRMAJ5zxQ6EkAURFIEOCKIFBsBGzBPNP24CzBQC1DoAxGw0dbTiJhwN4+VVINKy06Vp9qYY5XYIPUGntS0m2uYGEflwODUPbzeLMskrMUA7CrIWkntUWFcA1imnBmyCU1soskZs5ykiM+OM0GzSNJ7gn9lWbVYJBNjjI71CuqDIMf66fF2hUlTHYoZPDUpzj1pSwTSEsM1uyLRgLu8hoo3ccAIjwwPelttPRaUWhVpEija4w3oaf2sisCvPoajLu88ySKe1EflRzBsdcfOpUvS/jYJeQMGY7uTQDIY23EcGn5p8ylmJIzxTdzKGjYVoh4Kmy9dEag1xpLoXA8M4Aq76LFDIoIIdsfsrjHSt40F14W/ar8Ve9E1WfTpyHzsHOTXL5uBydI6HEyJq39HYdCtQZQ2KtECBH4qq9KavbT2wlGKnV1SJmOKyR+I3JJt6JgOhA96JDoMGoGG5Dkvnij4bhWApkWxbSbJF5owRnJpq4WORdw70wZYwPMwFMyXUSADcDmioGKMljyMmhLhQASRW59QVVORxUXeakrcLwKRNofFSfhu7YqpOcYHaoS9vgIzGo/Wacubos43E896iLt90hHoTSqRrxQrbAOob/wCr2W9uQXA4/Nqg9UsZpTOHBYHv7irhr7xJp0glQ+E3c/OuaX9wN5jVy6/mZrfxIWYOdkXhG32HnKxt5gOaAtvHExRzuBoie3uI38dFLhu9DvI/irKoKt+cK6iVI5jabH1s0kkG7sT2qRfTWhThgeO1RS3LlhgYINHw3MxBkLlj7Go02WmrBkd45GQDBHIomGT61AyOo3/20DJIWkYnue1PWG7eGPbtVMYmM2MhjuCCDjOKtGhSuZWUxnwsdzUfDp8ciM5OxgcipOwW4Z1XK8DnHrQSkg4wsIjl2odozz3ps+I2QykknINSllpblgzMCvfFO37B7uK2ijAwMHFZXNpmj9cZFO1GwuC7ZzukORUe8fhLubORxXRtTtCrRMEAKrg1V9Rs4xuidRljupmPN2FzwUVjxPOWHIzS3w5zTlxCFYqq4x61qKH1Y8VrjsztCbYOTtJyB6Ur1xj1pwRmMEjnJrJhzxwPWmC3o04cMFVeAOaRKAyYxzRFuRkbznceTSTGzsdg7GqLjsFKNuwMgYp23wMlj2p1tzHBXGKZkyF4HerKYSskcY4bNI8QUDISqYPfNOjOBzUKSN9RgjqC/wCT/vuT980OxAPaiup+OotQXP8AxqX980G+Sc04zfRpVURl/XNLhG+QEDkUrw/s1we9OW6mNix9qNRsj0h9MjAxislQlto71gJkPtiprQdCvNWkBC+HGPz/AHqZJxxq2JnKMF2b0RVqXEgUAn5D1qxWWn3ErI/hMnsDVjtdO03SoW+zE08Y5yKAn1e6YHbGFDHgAdqxLnuT6wMX+oeR/wC34A3GnXEEf2y4HJNSOh60LKyvbYkZeI7TUXqD39wmCxXdxg0D9Vu1jnZlzgYGKDJJ5oOMw4ptfIE0e/lt9TeXOC6+vvXSOlb6LUbGSyvLgxsx8rA1y22RlcO4wV9KlrO6l8MtHIVIPpWXkcaM4V4ys+BZHZ0yfS2C+HCwlA9femLeeOGQW97DgA9/SqnadS6hBEkRbcqjGfWi5NekaErPFuV+d3rWeODMtM50uPKOm+xar2fQoFDLOi7vTPNRs91pUqMsbF2FVK4ltLti0anHbk9qDRJY5iBLtHyo44JR9bHY+JBbWi3GzS9IlE6qikcUbBo0MrAx3OFzwB3qqRX4iKqZO/fmp/SOoLeGSJHj3hDhiPaplhJQ+ILw8mUqg9FwtNKukjQW9y6jHmzQ+raDqN1YTSSyrdGJT9n61LaTq+nXD4hdgCBjNTdk9uLkkOMEcnPeuNPk5sO2guNgyYsvyR5h1BvBnZXUqiMQRQX1oxyYikIRxhh71bvixDaL1Jdy2QH1aVztAqh+E+7gdjXpcb7xR3FBWTOneHNcF5AGAIwDXVujPCNqhhKq2TxXIbCKTeoUHJPYV0rpBZtPhDtExZsbQazcpNrqjNzIroWbq4xTdN3iMgBA8nzrgF7E8dy4K4IPNd56rSR9N8JlIZ8GuR9cWDW9yJ1XC4APzquCusaF8GdfAq7DLZzSWXepUmtjDDOaS3fHpXRR0jZjCrnOKfEQ+rA7uSaGJzwTmt+IyqoB4BoiiQ0xUMUiNxxUTcArO4A4BqSsZ9iSFhncMCgLj1IODmp9kZqMKACe9JdXZuO1bjQ4BJzT8CEtxzVoqPpI2MYhKOeflRkvhyTeIqKBQjiWPYGQgGnEXOcZqrsb4SttNb2kyl33J+jUrZa4Xn8O2hAixyx9KrVtZSz3OGOSe1W600y3s9LIdTuI5as+Sl6aMdvwh9VupDNvj5z3pqa1kliBMZG484qVS3QIpUBlz60dbL4ynaACPSlvL1DeOyp3MRjTyA5HpQEm5QWwamdZWdLohVx71HGUFShQZHc0eOVgZMdIjWkOckUtZ2eLnmslXdkKKQo2jbjvTooW1szcWPH66RK2FIz2rS5R+TS1i8Vse9GwWgYSPGwkU4IORV56c1iC9SO21BgjOMA1VDYDw3Lk5A4qOZZRKCHII7YPagnjU1RFNwdo7ZpKX2nKZLWXdCe2DUjZ6zdrMS7kMfeuY9J9ZXOlqIbnM0Xzq5wdUaNfpvkXwm+Vc3Lx2dHFyISL3pOvcRlpOKstrrFs6AibmuaadJYyrGIZ6lkDooETg1ll8R6dlzudVLSbWdcemDQd1fsRkMeKqzeOzBmDA+9FRXA+40nPtSpyb8NEUvskmvJXB87U20smMk8VHXF+IGCnHNQ2o660bmNcmh/TOZTy44eloklUqNzgfrqK1TWLO0RndwQPnVel/K94ytApVcfsoG/6V1udjPOzHA+7WnHxk3cmZMvNdVEh+p+qLjUGaG38kQ9Peq/aq082CfMRxUreaPcxyMvgkbe5IoOG0mhmDMCuO1dSCjFUjnu5O2NXb3enoInXI9fnQwniuEBdArg8mndYuZZSqSHJXgmgDCxj8p570aWgXfYINujAlWANNxrIjlSDSbUMkhMh71NRJGsQ3gM47/hVt0Ek2wC1s5JftAM0TFp8kb5+eTRsEw2gRoAueMU4ASTzS/2WPhAaTxhHvdCq+mfWnLe8RJAwU7MYNFXDOYkjl27UXIqOhgeUFsgc0NWW9E/p2pqQUQngetSem3FnGzXDDfKO2aq1lIiAg9zUraD7PC0meMfjlZKX934yu7DzNwBUReWxb7ZuW29qKihknlDudqrxWX4dbcoOGJ4NBFOPgWXq1sqV1DuLkkAlu1MLEBuB4A7U/eWsqXLEsdoPNCF95KIcDOM10EYZaGJpmEhA7A1sZY8iiY4PBR965JPc1o/aXBIG0Ad6NMTKI1Hu2smeT2om13qjE0iOP7TDDGOacDBNw9MVb2RaNIyuSD75oSVgZGUDjNOLJH4bMxwaRa7TuIOWqJENy225Q+cjFD4celTCqDbAYpP1VaikF1A+tIgnU+of6VJ+8aRpcKSxP4gzgZFG9bKrdSX3+kyfvGmNKwm9T6rgVoj6YWviMzQhdq44FO20Cvyx9O1PywsWx3oiCOOAAucnFMnNQj/kTLJUaHtPsRJcq0pAXPK1Zb3qKOxt0sbCMBh3ZarO93JKZGBWoCtoqyI4eVzlt3OK5mZftfZ7MWSpvey69O2t5c5nlAk8Xvu9Kn1sbYNh4FJHyqi2fU13GqqpVQODipS26pvNhKohHua5+XBOTuOjDkwZW/6Ram0qyfJ8P8c1Ea1phitSYFALnABqJk1nV5gsqtlT3xTOqale3GN8j+UdqGGHIpK2DiwzUtMgtX06aF2MajJ781CTJPbgM27HrxxU8rXc0i5Rnjzyxq3aZbaZd6UYrqJc/pVtln/Wl2VnRef9S/s57ayyNESpGPSjrR32YmPGKmr7pqG0md4ZfsSP2UFFZQrIPGuAqBec+lR5IPaIs8JaiCxeCqlgdoFC7naQhDkE03fSfWZ1SDmBTjI9alNC0/xGG8eUt3zRVW2OSX9g0Gl3uoXCQ2kbySMw7D0rqXR3QogV5tQtZEwoKu/HNT3R2k2um6WmobQ0z/yWB2qzy2ep6xaxxTysgPfHHFZ3mcnUfAe1veio3ms6RpMj2RjWYeGR5BkA1G6N0/res2X5R02VVTecqTziug2PRumWAYFI5tx8wk5OasmnWkNrbGKK0ESemztTG7XxNEZY1/HZ5Z+J1pdWFy1jdWyC4Hn3q3eqD4hjkBdWz3PPFemPiP8ADifVtWk1NbtCjoSIyOR8q4nqPS05vWjiRk2k8fhWhTU6f2aopNeiendU05FR54IwQwO4nkV0Gz1jTrnYYBlvzVxxXLmsHiG2T1OMEYq79JaXO8kZbaoKdjWTkYYP5M53OwpxssVzLNd4YqrBR3rnfxURo7ePKgDvxXSm8FFMMGGlJxtBrm3xV06+lmjYb9oOCmKri4pxfaviL4mKXZWc5D+bGMU54iKfMM0xJuQ4YYNaQ5bntXSijrMcldccU0WJHFPFVApDbQKsoVC5C4JpE2TWCscZHeqLs3C3Own8KltKtyzCQc4PNQ6MC33asXS9wkDbmXcB6GpLSJBfIk9UWSaONl+6owKFW1ZQGPPyoy7DXCmeM7EzkCgrq7DMpUEbRj8TSotsfJUyy9PWuxDcS7RGB3ND3/1zWpHW1fwreM4OPWo2C8nnjMMjkIB6GibfVvydCPq6ZPqT2NKcXF2NU7XVD2z6nbGNZSWHqa1o5ky8niZA5Y1H6lqguoFl4ExbkDtWW9/sVti4YjBHvQ9W1YxS6umSF8yB+WOPU1BXnheIdpyCasMqI8GJJEyRUDe2q5ISQYqY9FyfYj5SA2FHNM+KFOHH66fmiMQ5OSaj7nLH2ArXBGWTpjp5kDA5qZ0WyF5cLHu2fjURp0YkdVLVOWVncqxmhfgGqk9EWyWm00WsMgmHiJ8qhLzT4g48NgC/b5VMw6xsxb3EZJJxzQ1+INskkYzg5x7UpXewpbIr8nBcjv60/BAytkAYFMLe+fD8E8CnreceMIznzHAo2rQHamTemyzsQAMY4XFTVtcX9ux3PIpxW+ldLeTGVO4Hcua6Jp+gPqSb3jRcDHasjVsOeZY1RUdEm1XUfE3Tl7aEct71d+iOnEu7aS9vo2Df5Mn2q1dP9G2dlpwgICA8yH3NWCC0W1tsIBsAwABS3ji0Z58ybfxZzbVOmQbnbF3blT7UPbdLF5N7RcDjNdAWx8S8Mrk+Y4Hyo97SOHAC80rqxq5KStsp+ndPwxlcLzU3FpI8JgI1z6D3qYhjXnyjNOFVWP7pzV1QqWSUiqdQ6TYiDdJbA474Fco69tbK3snmgjCMPu123UYxPaSjkFhgZrgPxBjuhqQtGYsqntRwj87GYctooF2hXBfuabuUkMKNCM571Y9W0uKS3WeF8yL99ar7zSxqEMZAB4yK1pjkJiUtCCygEVtLl1YeKCTjHHtWQtPdSB2QIFOKVcWsjxfY5LNweO1MTX2Ehy2u2eVhGQEArb6myAMsXC0wmk3EIjLPtU/eNIv4yjFQ/AHahai3oNOSWxN1qU8vmdufStWclxJgO+EJqMJYsvqoPeiI5yAYx3o+tIV2t7DBO8M4KuWCmrLouoq6iUzHnuKqtuAFzIwGaeju44GCKwwaqWPsg4To6B+UrUQALIA1JkuIHQF5lwfnVa0BPrUjs7DYBnmovUblvGljV+FOBg1l/VukNeRElrd7btO0IkyH9qj4GHKj0oBQ7HcRwB3ou0SfYWCZJrXGKSEN27HI3Z28Nzhc5FbVlXnGTng0LK7x4B4bNZFOS/sMUcRc3bH5Jmc9wDTUUn3t5zSRGXbk4PpSBEUU5PrVlDL7sbAeM0/ZyKkuMZyKZOCxNagyJ8+lWS6JckFVJPY054iUIzeUc0yWfP3qnQnYlOq0V+pdROf+NSY/2jTVmoXGVo3qNUTX78N943Eh/wC8aGsiS6+IMAjitvaMY9jHJ1od3AeY8UOCskpZ24xxRVxbkJ5jgelDJbNI6ogrDN/LszHJmMZfF8ONztx6UdFp2y3DO3LcirJ0r004xc3igJ6Ke9WGXStPTl48qpyDWXJyYxdLZz83MhGetlA0ywluJwqwYB4JxVntNCWPHiMGUdwKlmu7GLKwRqo9wKHk1SKIlldCMdqyzzym6hoTPPln/gIhgtIDscBcdwayVdP8xKRMartxdTX915AQO7EVrwZpWIBZfY0Cg3tsqPHmlthl9d2KqUhQ7fUAVB3F8bWR1VvsmHANFXcsVjExmdWYjgVULu7a4vVDNgA+lasUIv3w3cXFfuw251/UVuRC0hKDsMd6EuLm8vrtIEBJc4wKDv5GJBHcHBNOaLrEen3MjSLucDyH2NOlFQ3FbN/6orSROQ250udoZkUsFyVPpUv0YyXWpRPMCtuW4Ge1Ui61GbUbnxHlIZ2xn3q8dKxos8VvuHlGWpGVTjBtvbBeOvUdm6fntp9RUAYihXyrV1gu/J4sR4K8D2rmugDwA11u8zjAFXTpqdpbvZOu2NUz+NZo+iCU0eV7i5YXYLnPB9qtENqIosq+VI4qHsGigJkVQcjFam11raBysW7H3VNOad6CirDZ9OhZGeQkep5qo6n0nbXU5maJoV5IdB3qwaZ9cv0+tX0ipvH8mBgCsvtbi05jbgBsDgqc1X7er7MdDDJy6QZxz4gdI6fdW3+589rFcxA8SvgmqDa3l3Y4HMwf7LKc4Ndb6ttrnXGk2WqIDk+Jt5rmUOmSWWpJZ3e+MxS+IcjjFacGXFl9ZrWCcX1mdN6E6TQS293JEXnZdx3Vcta6R0e/UPc2a+Io5OKjenNZt5EtPqm4vnYaud9Jus3AYK54oMs5Sl6Z1q6PLXxJ+EtzDPLqOihZoBksg7iuO31rcWsxilhMTKcYavXHXPi2R8W0kZ9w86IeK8+/EDRp57iS9VSFJzg0+E5VUjRD5FCLHdg0rbTn1Zw3NIIKSc00uqEMpFbAyOaeYBjSZVAHFQgmBcgnPrU7oMaNc7ScAjioK3RmfYoyCe9W/TNNS3ijct52HloMjpBwjcgq8jdSkKcqfamVhQZMsfC1IXSLHbKyt9qDTCo8gJm44pcXoc1syC0tFtpZQWaVuyjtUe4XaVwSfbFTemJI4cjakSDnPrQtzdwRqWSIbs47d6rvui1DVshWt9vn42k/soiK4tVVoiBvxwaGuI5JGLqGRDQE0Rim4fLd6L6Kk6dolGctmRWY470O86k55pNlexJA0cvGfWgriRVlyj+WpFEthUs6PH93zigZIS+TkitrMjELu5NEqHjGSARTLBasTp8RR9xPFSAvJ4SFibC5yaG8VF5GASucVpZFfgHmo9kom45Iru386ATA5Bpi+hljXeB37j3oWF2jKj09TWapfbLpPMWQJx86HqU3RFTlzKCAcirF0xpLXd2kty5XHNRGmzR3Nw7SDaD2q99MbJGiyo29iamWXWIuO2dG6Vs40EbBAwxgHFdF6bto8hQgPuKq/TEMSQReH5vWr501bKGebkfKssZaOfmyOeSgtlC3McR/OzT10ipbMDQSSm46g2jtGKe1ibYoUHu2KCTJEHtQv1hQPQ5qQmjDvyPSgrECMiVvaj/GRzxVxjZHMFaLHatuo2c05KfLxTXJHNC0MUyJvYiCRu9M1yPq+0kv7+WSFF8RDg12O6G9mBHauWdVRtpvUHjrlopTyKF6Vj8TKJqVonkaMeHtO1xVc14iW4WDw1UIPvV0zVIdOubZrpWALtjb86oWv2kTq7xt50GCKfBGmGTsRVpBbJPtJzF3Jz61KvqmnWkblolVQmFOPWqrHKXkKjIxxTl/bytYiRmG0Z4NHPHY5SHrrVo7oGLsE7fOg7y9QwZEOWHGajo2Hb2ogJvQ7TzTYwSBc5MBBYylgPKfStybh5hxUjbWZ5LdqZ1CIAbE7Uf2C0Bq7sw3HilbNsoJyayJGHcZohdrruIxtoikx4ak1tD4cRxnvikWskcqkeGdzHvTSWjXTeRDg+tH6Vp8rTiCJS7g80Oolq2StvZR+AEk7Ecmi7WKGFYyrblLYNJkbEkdiPzVyxp6Oz3FdjbVByRSG2NS0Rev6bKH+sRISu7jHtULGPtfPwBXQ4B4lq6yY29hVL1G0WK6ZFfK980zBP6ZU4asYBLyrs7+lbkLKxWTtRelQBpMn07Um+jVpO/rTb2Loj0Cl1GO5pxhGjnPtxSFjYT49qdZSAX254orAoZdiVOCa0FbA5px1bwi23GKSpbAoyi5dQ6fL/hHeblwXuHwf9ak29mVYEkcVNa3MsmrXcJOGFy5BP8AnVmnwpK4cpuBBBx/bUlLeznTVp2RWoWhdo405Jqx9N6DBb7GmO6ZsH8KGthEuqEyqDEpwD71M/WoxcxCBODgE+1czk5H/FHJ5c50lH7JTUIWtrfbEN5NVHUrqeO82ywO/Gdq1eoPq88e0PukX0JpE2mxSKWKIW/DmubjyrFqSsxwnCL2in27LPCJpLEoDwvPIoA6ZOZpXceVvSrwmiP5jFtVT3z6UmfTY7ZNzMZcelO/1GNP4oYs7jH4MhdI0yO1iLyKMepqE6h1Kzgikitz580rqTWpodyBthB+7VMurtZbkyy8Z9K0wx9n2Zr4+CWR95DV9cPMWkdj+FB2SF5CWGAayZpJXIA8ueKfgGGEZB34rYlSOtCMUhu5A2PgZOKjhASwZhx6VNm3Cxb85L+ntUfMx3BAOc0VWxiYZpGlu9ygxkMePxq86bYiDVoYMEsOXNQ/RSM99F4gyijJNdH0PTknuZJxhj3zWPM6kIy5KJ3TYVUI8nC4wCKuekaek0yuG3Io4I9qq6IDaRxohA3d6tfTspiVcMOTtxUxRcVZj7diYuQ1rF4AHJ82TURGl1fXrhoSY05UmjNdkmmYLC/mUZ5qV6btWawO4+Y85qpxvRqxT6g8lzJHpb+Xao7A1z7UZ57y9Zg3r61fusLiOwskgk8pk4zXPYpBDclThh71j5aa0d38ZBOPZE9psKIoXcTnk0P1P0/Z6zasdgW5VcI4rS3LDbs7Yp6K7fJJOBWGM3j2jqOHf+RRtNOp9O30YuLVovC/yiDhqts3W9q2gTxzSCS+k/kgvdakbiWC6i8G4VSjehFU7VeiXjvjqGjTrnu0T+v4V1MXLjPTOZn4FO0QcN9rD3oluJmkVjhnPZRUj1H0/batpaokgDtyJB3pInaB2hv7Nkx3HoTR2nS7o2fZvT80L+bTck+vyQMceqON6x0bfWXi7o9wT1XtVM1CxeJDuB/869N3umeMiiBsqwwytVF6i6MSSUJ4ZAJ5IHFTDy71IvJxnHdHEQmEDMxpDK24hea6Jq3Qs0MMjwssgU8rVW1PSZbORQYmRiOBitkcsZfxMsscltoc6W0madhdOgMQPIqVMc814Fj4UNx8gKN6XcW+mgy8E+lN6hcFImFvhTySaTKb7UaFHrEReXUK3QR3wFHPzNNRanJcEhE8o9agWWWWbcxJPzqQtFaOPaAcn2pvRVYrv20WawyYNo496jdSCCVljUE+pqR0qOTwBJMcIe9Q2vXEEM0hhchcUit6H0klYmZpPqKxlAoB71XbxsTsV5NIudUnliEQY7c1qCVQreIfNWiMaWxLkndDbEGPBPehi5CbfXNSNtZSXasYwAFPNNT2bQTBZWUg0cWkAoyB7TJySmTnipVmYx42dqZ0tUacAKAN3GasttaysDtjjcH50LkkOhByKsCSTgc+1MxyOk3IxUvrdmbKcOo5J5oKaNZiCPK1GpIXKNBMkzNa57mouSVpEI9a1JcSWxaLuKHR2OSB+qiiKk7JXRbaabc6Bn2kdhXUPhxpUc1r4ku4kMf1GqT8PUmm1JIYxhXIL8eldj6OtIIIjFbMzBpmJ4rPmdyoVlydIF50CBIoIyDwtXTTlaLTg2ME5NUzTSVCpjJZgAKu1+wh0zBO3ygfhSWqZzozvYL08zM91OR3faKG1mQi5iUfpUboo26UDjBclqjJyZtVYeiDNDVsjkHh/swv66ftDtJX3qPDfac0fbDdg0dUilIMeLcuc4oeXyDGM0chAAHpQF/JhwFHFBWhikCqg2tnnNVfqawtp2Imj3AdsVaiQF49ag785aTbgsO2an67GLJRybqKwS0hdEDKud2KpVwIo3fxXPm81dP6rxcRyZHmJwtc16jheKYBo+AnNMxR2aoSc0mV2SCFp1G7h5M4pnqe+QIttGwyO9Iu2IZZQcFajZonvZmfjdnFPUF2tmpya0hm1Qs4YDvUjDCykYx86d0+zSGEu7EuPekTyLvKIe3eicr8CSF3Fx4FqUBySeRUcsjTuR6VKwWquwBXfkZp+LSoZJFaEEMfT2oe6D6WRUVpvYgsVP4d6djtj4RT581Lzwm0KyOgYela02FbhmmI2jdVqSBqka0xVt7DLx7Q+QpNG6SqCEuo2uTx86Y150itUtWP8mwII9qCbUViUqhxj7vzoavZTk6otCW1sIzIFCs6+agLuaJYtinBHGahE1ZnVt0hzileNvTG7Pzof17LWXRNWd2Y7YxB8D+2o3Wdqxqd2C7c0lJ0jXfKwKjtUdqN4buTOMBTwKOEdlOSoISdo4gE7im5GaSMyOfOTS7NRLBvY4I703Ps8QKv3fWmgNi7Rew9aKSzEkZzwwoVTtHk96krZg68HkVTLWwKSMIhBxmm/EX/AJJKOvkjBAP32+VAbSOMirUiU/s6wuiw3+tagJ1KlbmTB9/NQ1xpc+hXuOZLaYfe/R4qy2ngxa5fLJKN7XD4H+tUrMsVxH4LKHU+4rnZ80o5Wn4eby5pQdI5fLaXZleW3RjCvOTTLamtpKili5Xlh71Y+s7tbF/q0brGmNuB61VdsEtiLhgAQQCadjqUVJoC+zXb7LHo2tWM1wJfFEMh7qfWrnaXNqbcTeMCfauMtblWLB8Ang1J6bfXEb7HnfcR5cnis2fhOW4i8nHgo3FnVp9QtViyJB8xVW6l6mhskC20JmkPcMCAKCiuXECG55z2K1Gay4fcAwCkckis2Li/L5CsKXamik6ldTXt87tuYk96aaCU8+Hke9SF9cQxTDYoC+poee/SWIrH5fnXUivpHag/pAJGwnewA9q2sojfeDzihbhtzn5U0haV87sAUxJ+GhRXjDjM6ggEkk5pMUXiMHP3s5rSsdxBFFWhVpD7jFR6LekXLo22LRPhTyO+K6R09GtvaLCDlzyaqnSa7LaKIJ5jjP4VfNItFWR2YeYcrWF/OZzc0rZJRwKtvEM+bGTR9jFNbDxAMpjOfnWW0PiyR5XjsRUjrbiztwuNylcZHoa2QjaoVCPZ2CaPqLXEstvMgJHmVvU1ZVnubG3gWKMlSMsfSub2909srXsZwol28+tXux1dXjVS+5So3KaTP2zbFUgH4gQG90yNjOFlzwvtXPCXsmcTEHafvZqw9W6isc8pkkMZ/NFcj6l1S+XxJfFKjuOe9Z8mB5NHV4nIlh2dJsNRgdyVlVvkTRb3Q5AbnFea7zqvVFnyspQg8YNS2kfEm+tjm5BkI4waRPgTS0dTHzYN3I76k5ZQXapOxuGQgk8D0965P0/19bajnxQBnn8Kuml63a3aBoH3Ht+FZZ4ZQezowzQyx0Wy8s7HVITFPH35Hyqv3XTNxYnxbB96nuPapC2uiMENzUvZXiMNrcGrhlcRWTjprRWLGeVSfrMJRhxipSAxS+RlBz2yKmbq1tbhcSKu4juveo86aVBUOT+jRPq3bBi2o9WRk+jaZPMw8NVJ74PGaqfXfQa3dis9s+Wj5AUVPX2ma3bo/wBXYFGbIyeahdQ6k13RWEctqXjA5OK6OLA5K4M5eTK4yqS0cWme5hlNuFKbGwykc0JDdu95KJBlOwFdM6ssNN1i5XVdOUK8o3TAelc2ubUQ3rsjZG4jmttKjK3urMaBpCBEuWbtVp0W3WGwVZYg8gGTVYt5JEnwWwB+dVj03UAiCPaXZuC1Z811odgfWQ/rUnh6ezQLtYj7tUN7e6unZ2YEeoq86o6vbMBy4FUxHkid9p7nmphToPK06Il4iku3bwKZkcRy9t1Su5Wcoy8eppm4t4g/krQZ5RSuhGnXDCR/MyIatOkaTp2o2OZA7TDnJqDt4UZI+2fWpq2uXtSrQSAD84UjNbVxNXHUU0pGN0t9kWj3KQc4HtUbZyeDebFlcBGx3q36bqwnZo3HJUiufTM0eqTgMSPEOKnHcp2pF5+sEnEkdeuzevkcAVCNOe/tUlKp8IsfUVCSsEYjvmtUYmTJKxMk2+Xc1EWC7p9oGc0Ccbx7VYuj7QXd+AvPpRPSMyZ0L4baZ+T4BqNxyHXaOK6roqRW1nGIwASMnj3qI6V02OCwhtJArlEBwasSW4RwRjHtWZfKVmHk5LVErpUBkv7cAEneDVk6pZo7BlHdlx+uhelokYs2MhSOaJ6llWTwoD6yDFBL+YiKqAbaDwtPVP0ExURpx3mac+pIqYvR4WmzOPRM1D2ClLIfzuaCKKm6MLHcTUpZgjA+VRW0lgB6nFTFgpHejoi1sMGCO/NA3gLdjRVwyryeKBncGqoatiJcbBUBeEieXPb0xUjdzEDaCagdRuXhWQjkmmJUgWyp6/BKLgBgQm/dVE+Ii+BepHvAEq8V0fXkdokYbmO3OK471zczXWsESK2IxgVcI3M24e3UrN/Iq5jBBxRPT8InlI8vnNQt47Gctj5VJdO3P1aUMRzjinZI0jXBu9hPVMpikSCJQpX7+KD063a43TNyTxRurwC6u1lVt2eDRtpDHZxoqDcc5NJj8Y0Pa3Y9YWrhCE4kxwTRunwuxdUxuUc0+kxlgjDQ+HuPDD2renxPBdPNFlkJx+NId2Pi9GXFu2NtxDuDrtTHoairqBolwp2IPvYq1Eq9uCzcL2J96iNUtZkt3jkXv593yq4wYP7LdFN1S5DzbAS2PU+tAzl3lxjC44NH3KR29wGk83rR8FtDcKZBHldmcVp7dUKlBWQKIyjHGcc1vxpFBUZxRkFsxlHiLhcURPaxkAYwccfOmPQHW0RYkZhtycURBGTyaKi0/eAxOKKitlVcdzmqTLcHQEjNkooIWlqMKxOOKKaNgwLJgE4pueDCEAnBoikhjO3ketFadOI3AYEhmoWJCSFHNSVhCDIdy/d5oWXFWwm8EUwBUkMo9RQHhL6yipKaL7MyZIPqKE2L7ChTGP8AyXy8u5bTW7x4SCRO/f8AGk3uv6qq74Z/D49BTWtR7Nbu4ufNcPyPxpBiVonXbkKO9FLGppNo4bhDtZXNQN3f3bSSyF3Y5Y0xcPLCVXOQByKs/T1gZtT3zIRGRxRPUvS6B1ubXue60iWWGOfRmefIhdIrNnKlymxztNHwwLHDJOwDKvaoO+Vrad1YFGHcUHNq9zsManykYp1Ip4pT/h4WgXkBlLKeyd6g9R1cG4JY5GMAVGNeT/ViM4BFRoDSEKc7iap416Nw8VQ9HdUuGurgsvlVV7UNbzYYqaevLWeGZYmHLDvQpgMTeI3btURtxqK8CFJeXPpS0h8MgZ5Y0m0QvKzKcDjFHrGoQs5yQatsK2D3ZMKrjFK0cia6VGYopPJpq4HjykDsvaiVhjisAxfa59qpotbO6Wd1o8OkQfk66iubmB4/E/XVyv7m2aceDiPjla4x0beRfUooxFyiVe5rme4thNL5D+kKVHHTZiyYl9F0stWtrKFriYGRM4AWo3XdeOpyJDZgoi8sGHNR9giS2vhySrnbuAz61F3d6dPYyRxqx9SadjxurBwxTVUT4uRbIkclsxT9IHjNSkKGBvr0t0qw7eAT2NUC86gEtpvklAGfuqeajLzqfOltbrKeWzhzmlyjZsXHaiF/EbXYJ7nwlkDBWzkVzDq27kmjWNTIMn7wo/XlfxY5/GDq4+7UydBh1Owt5IZghC8jHrQKLs1RUVGmczigLXYV1LZ9SKnNG6VbXb9bO3Iidvzm7Va7foXUp51jh2yA+uK6r0P8PDYwxXFztWY0xtojmox0cL1j4X9U6VcbrWE3Eec7oeak9HtOpLBMz2t1FKvH3DzXqOPSo4QoJb8PQ1lzZ6eqq7Qxg+vrQzqT2Xjzyj4cE0bqbULaQJdwz4H6ScVb9K6giuWG04z+0VctT0Wzn35ZgreiqOKhJ+nNJtbNyyEMezdjWCfHxST2bsXPyR+guO/8VA4YhvanYb2XjdyAaqUGswWU7QTyAhDjdUvDqVtIAYZkIPzrD1lH+TOks8X9FhjuwwLMP1UjVjaPYtJc26yqo7fKo1biMR+ITlR3xTiz/WbR1jGc+h9RR4fbTA5MoyjRy/WytvPLf6fArxbsFB6CucaliS/comwMxJX2q5dV30uj6le2QQ7ZH8gFUq8mEl2SwKccmvRSfZWcFRCrPS5LvP2iqAMipBbf6lZOSTIe3al9PSCK3Ysu7ceDTOtamsbvEVG32HvXPk23RsgoxVgstxEpzjzEc1WdSSVZd0eSp5NP6hNdidpgh8MigRqwEXhlMsa0Y1QuchmOZ9xyK3HKNxA70Msrs/bAJpUkbAk9iabQpMkLQJLjz7T3NaZI459xkJJpu2gxFkt5jSjCjyqA+TigcUFbJrQJYDcy7SQxTatQc0Rg1KSORud/NEwO+lXkU7nKEUHcT/W7yW4J5dsgVcI07I5fCgy6mRYCAcnsKg34J3GjH+6QxwaINkracZTyf7aYtCp7jRDxR7pQPc1134S6KkdtJLLFuZuwNc6sNPMlzGAMgc13roOyWDS4rhkI3jAFDN34Zc8v1w2W7TbNEVXHdRtqQxtf7maathiNePXNPSHzHBpXWkc30nulpcRSZTBLYpF6wm6gsog3IfcaRoAdYi2ewzTNlibrDJOdkX9dDLwYl9Fi6gbw9NK/pnFR+0x2yJ6AUTrzNKIIR2zk01cMNqih8BlsajGZkHoamLdSsf4VEwrmYHPAqTD7UYZ7irKGLuXLEGg5GYkgVkz5B/HikFzhfejkqJF0BX7SeKq54ByagrqTdeFWGQKmNQYmcKO+2o25gJO9RzT4LQucv6Ii9mymduMA1ynrC28V/EA85zuxXVNTUrCynvVC1eFd9yrABXGCT6GqhjXpuwTOYX9mySguMBvu1qCMxrge/erJq9it1YwKG2SRE5PuKj7GJYpCsqBiPf1FV2vTOhEZiCkDLHOO1P2iTCX7xcMcfhQ1xKFu8IuMCjpblrS1DYBkYUDscmT0o8CwUpOpcLjZ7UJpN/PEhWaQAEHionTJxLc7p92D3OaMkCyySLbqfKMZoHrQxJMNluS0q+FL5CNzU/cX8k9qrTphSMZ+VRun24gmkM4ZgBt2j0NEXmpW0duYAudo7e1Ru/CkiOeytZHMkke4HtmpNbaIaUxSPGR5GoTTZJbixWVwqxhtoHripaxtx4BEs32e7yLQ7JKVFZ8oRvE8u2m3uotygcCj9YsWWT7PGD71D3KiOQKV82KcmBZJRzRMvl7H3p2NojjjBqGgWVnwCaktJH2yRyrvweRUoLsHS27SQmQDt2zTU8IZVK88cijvHKZRwMHsB6Um0QHcxxtzUTBALWyjDgjgmpVUWJWynGPT1oK4lSFtyg5zTFzqLsAp5/CrdyLToe1HxdpyvFAbm/QFFi8jdQH25NMmZM+lUkFZf+o5IYdSvCpBPjuAf10xYbki5TO7nmlXlm1zqt2xXCi4b+2nblGt2Cluy9v101zVJI85lmk6DrFfBBmkKjkbQKD621mWwsVZPvOOKjdXmmR4PCcjcQTUZ1LNPdQHcviqq8fKsMuO55FJmSGNd7ZXNRu5L6XxCBuP3qAkhwcE80Rp8fiSZYkc9qkNStUjIk7DtWuKVHV7dfiiNRAYV3c4rUMSK4LDJzxUnDDELYIwwSc5oawhaS/JYZRT5aObjGDbDU/+VejWpsJAG2kY9ag5W3eUNnBq3arEgSQOwBAyBVPuFMcr8dzxSsbLx7JC0RhEG4+dblclWAIwaajk2xEc8ikBgQNuTjuKYqG0x23wWwBTuqCRFXapK49qYjOZVCggk1bodLuLiy2Mi5I4JoqQcVZAdN9RvpTOso3ZUqv4mugaL1W2pXFvA1n4cZQLu+YqvR9PaerRtPD5wckfMVO2VtbQy+IhxgDC+2aW3FDVhcixtqEltI7oyLF2BzURrmqSShILfMhILMRWpLbyHcVcMdwBPpTiyeAm5Agz34rRHJFRopYHGWkA6XYvcRK1zheScGpCLpmO5k+zjlc9ztyaPtNbt7GHB02KeRuzNUvadaXYgMcNnbw5GMhaVKGrLcsjdJDmm/D+4mVA1tEFAxl/SrNpXQllp5zJOjsfzB2FUmTqTVDkrfyDPoKGs9a1Vt5uLyZyTxzQxg2LljyS0juNhZada26gRwK4GMjvUgZrWOLCjzAe1cIj1u7hmDCa4DemTmpW0641OBhufxFH6YqpQL/RkSpnTLq5maY4banoMUHIrHk5J71W7Lr6zZQb2zZfmnNEN13ogzhpVH85Kx5FJvSGQjNfRKNcKh2kNk1B6q6yagUkSYEjykciky9aaNINwlX8DxzTY6o0+Yq7spb8M1l6SS8GdpIrWt6BcXEzLDBkNVMnsdb0y4ltwkpAPJ9hXUbvqmwt4zJu257n2qua31rZMvhW0aysfvsRT4Rm9RjZSztP5MD6Y1e8Ui1vgRCwwWNWq0mk0+LDt4kOco6+1UaTUzdRM7W+0H29qTp2saukJt0+0hB4B9BWqPAyTVuNCsnOxxdORA/EOG7uOqJJyuNz5RfcVTdZMkM48XB3kjHtXRdY+sSzx3Bt2dlGcmqD1XLDPKPsSkisTRdJR0Fi5McsLTNWV+ba2VYnLsfSti4t5ncyMN2M4PvUGFYHIyKRKi4ZvFKtVdKYfZNEsblTlGI24qLl+qMDhQGzQLpOX4cmiYbVnVGb9dGl1JdiHjU4C96Ot7YzRjIyRTCrEkgIPrUtZxyON9vyB3oZyouKsds9IeSAMFO4+lRF9ayW1w6PlGU1d7LUVgRfEVfKMGoXqSL67eNKhGcZNZ8eVylTNM4JQsrOpymcxLnIUYP402vhxwbjwRRt1ZG3t0nZgVkJA+VR8n2gKZGa2xWjG5boOjjtTDE4O8uuW+VWHTLNZrNI1UHPaoeLS3itEmDeVgKs/TdtMy5jOfDXtS3K0DP4sTp9in5RjiGEAPmNds6diRYLeEDIRcge9c/6b0m3u7t7hs+UZI+ddP0K1Is0kAwQMCqicnn5P2LqvokABGOR6VluySTEFfUUoxMwzmlaXHm9QHtuyai8FJaRZrOCOOJlAxxUT05AX1a7vD2ztFSDzhd7Z9DT+gW6pbpj89ixrPJ/FmucKaMuQ31pS4/ChLg75OPSj9SkzedvKgxUcxzI1Mj4ZZCrMOZTRUzMkZyeM0zZghi3pRVyA1uT8qv7KIuKTfJg9txpcwwc+1Dp9nKAPbNP3RIt5G9hTKtgeIjrnzXXB5pxUXKgj8aDHDCQtzmjI2Jmjx931p68FwlvZA9QRlZWYL5MgCqPf2a3Ud0uMBmOD86vWrs3jnJyMkYqoygi3kVATucnPtRxSHQk0UG9gnCtCRlo+/4UCLIM8geTEg7Gr2bESwsRguV8xqp9QWciJcSAEbZABiilCLOhizWQWk26zyPHKoZt3BoO+SZ79oifIh4p6y8e3t/rKnyMSM1rUZoxbxsVId/Ws01TN2PaCdEgS5YxSkoQ2f1VZJYbeyhVlwUL8n3qn6RLL9bLb+AKshPjW5TxM55x7UiehqY5e3yQ27ukQBc7smq3dSF1a5YAO/p8qlb9l8BQxyQMEVU9cu2aeNIvIoGDRYthy+AZbagYlEYYlQe1SVnrjFPBdDleVNVqKTfgdh6miVyZg6tx6D3prijO3bLHLN9YiQMWyW5NDSQxG5QBjt9zSdNuVUBZOOaIkESqqrIGdiTihWg0btrJTvfcQPQiiBbJASxz93ORRWlLKI15VwQcrT31cTyE52kL92pZKsjLIj7wbcfnSw7Fcck7s4rdvEY5VZkwAOQKclIDh1GPYmqCodeFZo9wwD60Dc2IJyvDD+upG0iLK7k4FMyFA7MWzipFlSIlbdiyg7ePlTv1VvlUnabHVtyjI+VFhEx9xaJugbL9cwxWlzcz+F5vGbt7ZqCvD40pcsAuat2tWb3F9dEP4USzPwfxqpXkaR3gVTvRQd3zpeKXaV/Z5aNttgVxG2CygkL61HOu4SbhkNwDUyzlYSucA5ypqNKoINn5wY8D3zUcnYuM7bIe0skhk82Cr+ntS9YVWtAuOAamIrZF3LjJPIPtUbcKJg8Q5OeKrG7nRtjlcpJkTbrnyEnGOKlenNPMrD84E+agxbs7lFBye1W7py3WG3kl2bQB61fMn1jSCz5YwVr0p3UsixtKAOQ2Kqkio8oJ+9nOKmupZmN7IoOTmoayiZp2Zs5Bq4L4G3D8YCrkjw8DvWWMasAAPMTS54jJOE7c5qQsLTFwo75ptDE7Qb01pAmnEsq5VHq5CPegYHGDjFD2Fv8AV7eJMYLHzUXLKit4Q4IHNC7Z0+KknYLLsPfvnvSRLGnkVt2OaC3ywqrcuqsaGvZkkQGE7GU5aq6mlzZKPqKtxvII7UO994ibd3IPFQxdy+C3OKdQDI55PNNjjoCUmSkWoGMgFc4NHQ6tCASUO+oINlSmeTSmyGAz3FM6WAm0WFNTtQF3E7T34paanaiQgHj05qvHC4BIIpiRsSZUn9VX+pfYz9rLNJrFuPLyfbmknVLcsFbIJ+VVrxBtz7VsvkA570uWNfRf7b9LE2oRs2SOBSXvIGBLNxVbklI7EkinLYXFydqDA924FJUG/EBkzRitsmvHjL5D5zUhb26tG7PETkcVC2vgaexeY+I59D2FS+m69G26PwgRjhvStOLjyn6zg838g4/8ON//AGDY9HWVSXJQD39aV+R7EyAseCPT1oWXUvuG5v1gkPaNeRQk2v21i6ib/GGY9zxiuriw4MS+TtnleRyfynJn/tLqv8k9Ja2uFRYwQBwDQV06QEIIuBzgVCXfVEK7mibnPYc1DXvUF9cBhFFw35x71cs8PHtBYvx3Lm7T6v8Asl9f1xdNQqhDMT2qh6ncG/vGnYjBPat6oJZE8eaQlt2DmmmtyNoj5JGa5XIzdmeo4XEXHWgWUB38p7GmWiJc55pd1FLHMEPlzzW4Y5HkAUgknFZKV2dGn4ZCqiPt5qKjh22+4sMn0NMvi2Yq3NORFrhtuMAjiqbGR19GrGzedmbhsVO6ZaywwlxESPWhdPhmt/Mq5qQt/rs/d9meaROSf2HT/oYvHd7ggxEJ3yKj5r0RSEYxnjNWO3tJZmAdgCPzae1jpm3udOaaIeHMnOBQLLjj6glhyT8OeahOcgA8UFAdsm73oq7tXWQhvSkmLYo4remY2XHT4ZLrp9yZCpJzipno8L9bjhDEPjFRHS/iT24j3rgDtU/oCG11BJn2/epEgMjbidC0PTfCuJBGqqPcVeraPw7aMdyBzVV0JQzKS/3j6VbeURfNke1Gto4spXO2Y4GO2Ke0yNWdpPXsKGaVSrZPajtHUG3XB5JoJKkaMfykjNXEkWntj75aprR/LaREnHk5qK6g8UWaqBli4FTFuoW0GRjbGM/spaVodNdWwScqzu/fmhZAO+PvGky3KI+wkLnvTSTo/CnKqaYkZJsPiTYnfIrLhwEC5xTUMgZMBsU3cZyMmiSooG7ykVu8IW1lA48tbRcybe9MalKFtmXkY4OaYvQWrREIwLBl7Ad6Mt5vNg9gM1ELNtYgDt3FOpcbW3A8bexrQ46M8XTG9SdZd3bliarF/ABZgJu3KT2NWGXbK3tUTfyBZJBwERfbvRJUHGY1bwmNYdw/yYJNQvUMUc1rIBjaZMkkVaPI0W0cMEBxVf1OLLvG/wB1uwBoZSNeB0c3W3bwJrcYXwm/bULfoxul2JkRjk+1T+ryraajMGBCyLUUkhFtKpXPi9jUm7VnTxt2DWXiLKCh7d/nVu0SzURq0xIB5z7VXrKPwnUMOG7/ACqwXeoRLZmOBwSorn5NukbVLqrB7/6vcB0BAZOP11RNURvrEgIOQam5rmU3TSc7T6D1pUcLXqOHh2bRnJHenQXUC7K0GKLtJo/TSCVOcgd6EvLcI53NzmibEpDG3uaa9i7olgivOqx8gcmiGiEasxB3DtQ9nlgskZwDUtblJR9oOfaltDUrCNLuAqLuyOPN86etfGNzIysVT2oORgjqsfJByfwoy1uC1ypwCp5NAy+oX4DbV3DG4YbFBXSRwykLk5GPlUhNKSgaM4G7BxS47dHIMg3bjxS+6GJEdHdh0KKAFAwcUDfgklV7f11MzWlvErRooGTniou4RkUEnJz39aOHVsGSoTA+2M5bJbvW9re9R4YlmGTikZk/5Q02hZ3HqO9ZLu7Q/e8d+PlmqnNIsiiXbh2JzipbrD7PVL13faPGYAfrqujMjxlHK8Z/GgwxSjaPL4n2TM1Zn8ONQv2hOTTUqKlsHb7x9aTqM0k06MzBfQgUi6mA04Pj87HNBLVAqGrB0uZER1buwJHypuwV3lIHb0oK1nEjsxJznGKs3TmntJmRsBRyKu1jXZjMkljTY/o+lb38aXGAeKN14x2GjzOcKG4UCpa0jSG3aRiPDUVQ+vdVikP1eNiyjsPnWFZHyMtf0ZOMpZ8ik/Ch3M5a4d2ySxzRNrtRDIw7im5lTw2BXzelaaZZICuMYFdP1HobEXBKvvJ81T/SEazTtJN5gB5aqrTBpAuc1dekYWiIO3IxRJbG44lgQt45B+6OxqLuZnfVhg8KcfjUpLIiKVPPhDzGoGHfLqQZewOaKkdXGmo2T9zCjW7YAGF3VWNmGYjnPNWa8ZltpD6iPiqyniBv1VeNB5UmaCFWzkGn4wFIGM0gKwkyQKfiBYcDnNNoC2IcImQM5NaLFXAzxil3DMSAFA5psHg7mUDtmrJTNu4zyvHvTLeGX3BwB7Um4ly+w/d+VN7CZBs5HtRKKFym0JMmwsMcUiW53YCsakrXQdUu0YpEFHuakrfo+TYr3E6q3sBVvBkyfwRgzfk+Ph/4k6ICFHLhiMgVYLS0ubi1WSKLAHqeBUjbaVYW5DiZXwOQ3rTOoa4kO21tYy57EDsKbj40ofz0cXk/kVyP+Cu3+foTa6VaOni3lyCSfu+lM6hbW0bCGz8n4dqi7i9hyTK5Jz9xfStHV1BVDgION3rT0scREMfJkvm/+xq5tbe384lLyj35qNv4TMwklz24pVzqqBiUQMfc0LFcvdTFSME8jFJydDfhjOL+Q7bQxxL9rj9VbN1BCGdUJY8DPaiVtDs55qG1llhXwlOT3pTyOK8NaXZ+jN1K96jQ7AoznNFWriONVKZI4zULFOoHmJqT012mYBVJHpWHJTNMU3olxYW2oIsjjDLxjNJbT7W0cOI+FNbtU8Fg7EhvamNRnaSNskg5rE77Uak1VgGsRRTyK8YCjHOK3pSxggDk5xTCKu7ex8vrUlo5tFuiYHxketNekSO36S+nw+IWUgg+nFSttaBFO5QS3ahbKaNpMq/yNG3kv1eESZ8o5rFkTb0aFVeiBaOQwiO2VeaQusXFofCvLchGGN9Dz65DFHuVgGPGKitT6gjmszEQCy+9SHeXqI5qH8WV+5QSzMR6mhpYjuAxxT5uUDBh6029yHJwK6iZz5B2gyPBKxTPftVljuJGvoF2YXuTUT03FD9oWG7PY1Z9H05p5wy+b2FZ5bYLdRL/ANM3hjaLwo9px2NWbx72UZJVDmoTpzRLliMZG0/eNXOx0CFw/wBZvchRnApvZQONlx99oCgsxMq+JcEDPnC+tWnTLSNUWKJWwBwWpVrBptrID5dnoaM/K9n4qwrKhb0FBKXYPGuhG6psWZEkbG01KWy+LFtB7iqj1jPPcaqghUpt+7t9afh1u606ONblOSOc1P16DlkDtS0C7NwZYnV1PoTUMY7uzciWFgM55FWTTup9JvxsFwFkAzgmpKNre7XcNrp86pJx9FP5FWsrlX2cd2xgUVOVySfepK+0K2d0kt2Mbqc4XtUNqC3Vk6iWMOGPcUyL7AuLiOJtJJHBHrQGsyK9qyZGfeiDODEMDaTUH1BOVgQA8FuaYl2kU1SIS7nCXJDHHocU6LqOQKF5AOKhNRO67cqxB9QayyuCxIx+GK2tfEzRhTsl0yZULcKScYNRElw0rz/oDjNGWs7GMAnsMioiSVTbSk4G5z60tsdGBN+NswHJJZBg1AaoWeO5CYLhvIaVPeyN4CcZVMVXzq5N1LGuQ+7tSpOjXhhRUeqJBNAJGYhwcH51qykiktbNSAcNg/KkdVo8RJ7hvN+FB2bqsMbbvN6CgT7I6ePTJe6ULeMF5UDIFQt1cvGxBONxo2xu/Eu5YmHnprqHTzGqSPwT2FKqns0SVoO0PwGgLOm5wOM0HqGqNEfDKhcZxj1ovRb22lshbYCXCnb+qgdW0m6knZohvHoaLx7AWyIBjuHxNwM5BrUhROF5FFxaPOrMGOcD+umZLCbaQeKJyT8J0H9NmZZAT2HYVZbZ0uCpRQGA81Vi0tmVwvJNTFv41tKrsSpPJHvQyCRLy2zAF1XGfKTQylo3wvGODUvaSRlAJBneN2K1NDEwJMePzs0rsGJtfJFzxmjIJGWJUJBPcYoOcsNqgYzWkk8xRjzjiooJguTNXrusmQvHyoW4BdMn2p523ZXkkcU3KT4fbtRqkFtkNKDGWGOD60IZGBxmpZoxNGyjuKG+qJ6rzTULZ0frBmn6huYnO7bcv+vzUw0P2zDGMjAqUu7LxuqruWY/ZrM5z+ukXSLGHSMb13ZJ9RzSo/S/weXTcY0VrUQRIwc7j90Chb4s1p4Z49BRN2v+OlWPkLZFaaMtdjIyqnJ+dLk0hl7sjtB0wy3BZ/5PODXQ7OOOC1CsMbeKrloCtxiJNqe1TxQvanxHxgftrHyJuTVmLlSWRkXq+qzMXUcQjgVRNZlSedpAeBxVm6mnjt4zGhyXGKouoTDxRGp7jmtHHxqCtI6HDg1EGllEswJ4VabmYJCw9WpZjyNx7A03dKGXaO+eK11ao6cV1M0uzNzeIpB2n2rp2m28VrYCVDjw1/rqp9I2Zw8xGQO1WW7fMccKnAHLUaWjZgX2C3M32M5z/KtQ2lOI5iPXFb1Lb9XVQcHdTVkSTu7Mpo1Gzf5ElL93Nu204LDmoRZO4NSty5kQE8cGospkrtHpVpUVLY6xG4c5PrT8RCnJ5AprZgAgemafjXMe4d6NqykhEpUoABj1oQyABlQYJp+6JiDZ7+lBiVUmR5Pug80UUVOVRF2NldXt0I4Y2bPr6V0HRenbSwgjedBJPjcT6UjQ5NLeJZrKQIduAhqcj8UCPKhh2Yn0FdXjceK29nh/zH5PPl/24Lqhm4eONCXVViVf21XtS1+2jXwVBx2BpjqbUjLNIIXHhKccfKqa9wJ5W3E89hV8nk9fihHB/FrJWWbtktd6oLoMo4QGou6uJPDYwDBPGaItrGVohI3liJ7mh9QnhRjEBt44rDOcpK2dyGJY1USMuY2RSXbLsM7aDYSActx7UU0gZiCcn3rUcQZwx5Ws7s1pVE3p9jPPJ4iHyqOM1P2MEMAGGDuw5qPW4lVFMaBEHGBUnZQbsXEh2Z7VEm3oTknSphsvhRx4yHYLnbXP9WctPM+MkntVm1eTZM6bipI4qqXbbpiGyD70GV0P48dbBANyAY5zR+jzOk/LYUHBFD2cW9uWxg0S6xRb+4J9ayTNS0yxxq8kZcNkHtRyWURtELjMgOc1T7LUriGQCMllHpUnDqOozwnbGVGayzgzTGcX6iF1s4v5FTAB9qVp8u2QBOOO9M3wUzsxB3Gl2GXkEO3JrSvBLjssFo88NvvDc4yKUNUkuLExMQz7qUxFvajMZPl9agLWV47onAXJ9KVGHdjbpBtzbXBBmIARjwaiLpXXIbzEH0qWbURJZtZEHyng1EliJNhBLVeNMGbsZtsSuo5BJxip6LTraGIlslu6n51D2ikXakdw1WafE6pbQYyOS1NkqEL0P6ftik6OVLqe6jsKu0Hh6dcwSRuScjsOxqpWqtp1slzMS6q2G2966L0Bf6XrjST3FnIqW4GAV+8aXKLbsTnmqLfpFxrF5GEtoURcctnGaH6kuNQ0a38a5mldDw5UZ2irlor2U1r/AItEsZZc89xUUboyag9te22Yn4wR3FC5GSONP0iNOvV1y1EltqjtGO6Hupqc0rS4LZHedjJKeQzHmqfrfSlrpd9JcaXfyR2c7iRwDwnyq/29tB9RjuGnaTbEAuOQeKHx2G4aoAlAuZwiIVKjPNRHUYjhj+3d9qKWzUpaZmvJJQ+FKgD9VVnqHVZIL9kvdMmntBw0gHGKZifaZeTGowIV+oenLqPwI7R4JUT+VSrB8P21pYPDVHkgB3h27MtBa1baNBpn5R06zRjIvmQjgitWfUOsafZwvpu1YhHkQEZ/VWp0vowy6s6Lb9QiKYQT+Qip1biCeEE4cPXCLLXr3rRpTN/iklt6w/nVYfhq2oyTXcV5qDPcQnMIz3SlPGmV2lBHTLrSrSdTshEZx3FVXX+lL2VF+rOHCnOKdtep5IXaK+PhsDgZNTMXUlvGcvypGQarpOP8Qlki/wCRzG40DVILp1ls3YE9wM0ibRrpJFeO3cEDsRXXYNVtLkB45Fx7GlzSWki5xGT+FGsuX+i0oPw4vIVtbYhwA+zlaraSPIwABC7vUV2zU9G067mBNtHkjkio59C0pYTFHAgK9yferjMJKKOWiCUZ3Rk5XAIFRFtorRBpY0Jfkkmuua3Z2EUQSNFj2qO3rVT1y5trYIiR7Y2OCRQybfg+EkUnUdOiNq07pl0Q8mqRpullLo3UzfdbKL71fepL7NqY0XBlbbiq4YZHmVFHlVsZpNOJuxEZqNsWnkuwwj4G0fOk6n411AiTOWYDvR94iyTMTkrG2Me5oDUGcMoIwuOaYlZpeiEFtNZ3fDbju4xVx0m6ZoorcvkuPMQP6qpck8wuw6YKBu2KmdFuSbveSypnJAopKTQtRonr/RJZZFKMUj/Gi4NItbSJkJ8UMPOxqQ0qYzwDJyM92p+7KR2zttwpPNYp97o0w6/ZE3elRb8WyqHVfKw7VXZopcTPKGbZ5Tj3q23N3FHEoLBST6VHP9Wd3jVXcSPk7RxTcbfhUkvRnTFlmtt+WG1cVJ2k32ZMiqf0aa8Pw7fYGKqD90VtkENnvlwNw8o9aKaAjL7GtRnXdgqAUHFBLdZXdjnND3DLNdDdIcAc0y7L4hER8gNHFUimw5bza3mHmaki4Mg2g7QKBMi4MhPm7CtWM6CQCceQ+tGolXQYrDYWPAoMyx5Pnp2/uEMTBB29KhTcjP8AJmjjGQDZ2/Uw0V/dc5D3D5/2qBuJlczMhAwu3j8ac1u9QapdhfzJn49+ajrLb4buM+Y5I/XSk6VnnuqbArqJVXxF5YZyTQ9qXLlm7URfne6xr6sSRStLiM8pAGVBwayzfrZkySdEtotm81whByvcfhRvU08VlamMAeQbialNCtFs7L6xIMKB5a5t1/rDS6i0UL/Y+v41jwp581LxAYMX7nZAavqJuZ3djgHtUAxYucnJz3p67csNtJtxuByO3eu11SVI7sIKEaEyzFFX2rAd7gUiZWd8Dtmj9Ot0kYA91OTUS2PirLJpDtaWQXb+bk0Zas06l/bmh4C7KEK8dj+FEQeSUon3adFbN+FaB79PElXHZTzTUXEwYcAUdcBSrlR948UGqjw8n0NWnZpbCnz4IZh70JjlQOKJeQ4YEeXHFDu29/YgYq6KX8TM7nILYC9qXu2HGeKZwN3663IQUz6mrInQ3cyh8rjPzqPviSBxwKNKbmwKHuUDoy55HarUqYOSNxLp8OtIW7sH1CYsI14UfMVbNUu4I9JuGRgQqZ+YNQfwx1OGTpx9LJAmik3Y9xUX1ZeG21KeFc+CB5hXW4+VQxf5PnfO4mXk/kHG/iis3lxJduIYU2qx5apXRNGgRRNON7Z5FC6HCWufFZR4ecrU9dXEFqAY2yW5YelZ4xU7bOtnyzx9YY1oh+oZFs0Z2cKrfcjHpVIurlpnLE/qqU6lma6umlmcqR90VCxBHkx71jz5H26o6fGxuMfkOW6tkN+2jrb7IF3bKnsKcuIYRZRxo2H7saDtovHlVQxEYP7aXG7obLwk9LhkuLtXkOIs8D3qcmBVmReQvOKVaWKW+nIZWxtP3veg7qcmTw0PLetbeqxR2c39v7p6IXUZXe4eTGV+dCNb+PHnaMntR+plTEsa4BB5NC225QWb34Fc3NktnXxR1SGLO2RWcSHBUUq48GVFjK/rp2aITOWibzEc1lvAi5Ehzmskn9j4o1Z2dlEjSvKAw7CjVv4o4yGwoI4poaQkqeIHOKBntpPEaPGQvY0EakOuUfojL8mSZpB2zxSrB3gm3jGTRwtMx4cYJrdvZhHJkGR6U5KkK2xFzdyyFYmkY5oKVsSlc8irAbe3EO7A3e5pptMt5VacyDdj0oOyQTRXEuVRiSD3qQs1WYY2+c9jUbeRkSM3YZ7VI6dcrHEFI83oaYLsaggkF+QndTzV26f05LpfBXCtnJaq5pMS3F4dv3ieavPT8EcV2icgA+ei9M2fJ1JE9KzS2Bt0kK+Kc7j2NWyxuB0poSW8qRSxjHikryTVg/J0j6Ql1aRZl2fZI3oarmiS63PdSx69YxyndyCvHHarteGNty2XfpW8NzFDIiSRRSDKgDipLqJoLaNbllzztFZbXkM1jBFbxIm1cYXjFRHXkGoXWiw/U5xHJC2WGM7hSXFNg9n4GBdN1i1TS3BX6wAWAPpUwY7bTtLFmhIjiXAycmqv05Lbi8sLmSwuHupYwskifdQ1YeodrSKhO0EgH8KCapDsbtAdrbxwWD3DuVBUkClxi1+pNBcZ8GVQFLDOc0B1peLZdM3LIDkx4iC9zUFL1dbWOkadDqFtJCJ4kBkfupq8S+0TJfUheq7adpjpGnS7njkyUJxge1NtNfW6xRWlmzpEcSkDJBrcui6pD1IlzaXX1yC7cM7nuprpNvbxWJjtY41PiYLsPetznJ/RjTgig6b0xq3jXk9kPqcV0P5SivhbpepaZczy3sweeL7Ln1FTHVkupQu0RZktWfah9TVau31XTFe7a4RQThVP3jU/VSuwZ5rfWiT6z0cdQXwaGUW13GdpGeDQfU0U1vp8VtFMFlhQAsPXFVXp/VNcutUmuVikJZiwZquMmg63e5ubpAqFAfxqo6aTZeS16gXp271d9NhAaSOUBmz+lUdDrWvWJnSV2fdIGG782pnWtct9K0mC2YbbpMgMPQVGW+sx3UYM0KOw4Ax3rUsTaszuUftB971LqrRh4iSGxyKXqOo6vaRo1ypaOTDg1C3+rfbJbx2wVA2eKneobxr7R7EyERKBjHuKCeLr9BRkiM1TXJr6DBUgDniowRPcwxAgk53HdRCwLKiqxKLnuPWnra3O9hFuKqe59qTKNGrFkiVjXLFhLHK4+62cVGvBvlRlyMuSB71c9QtU2ASHfJt7VCPblo1VFAkj5rNmidHj5LKjcSfV7WUtjd4pyKgJHkluXj3FhjP4VaNa0ueRy8S5JPmFC2FvDbW7SXMXnWTa/wCFVjmqo2+lfQQBhG65fd7VOada2jNsG0OTnAqRaz0a5l3BRGH53D82kQaXFb3iPas1x5uSPajm3RI/2ic06PwoApHbNOybpbYxFRhjnmmrfxOWwSuexNOSTpEyo3qM/hWCfdPRqhKEtSIeGy8U4cZ3EkA+lB3Uz2F4kcZHCk4FS11d7pgIY95287fSoXVmRpckbABjPrWjBL+xOXG18UHwXoeCNpEO5jW9ZV7eyMm4SZ+6PahLJmi01yR4237uO9RuoajNdWoi27Vzz7inOPd6Er46A4jJ4zbmwCKakldHKBqJZlZ/u+lB3pAOMc0SRGYJmVQG5BNPROAPN2qNj3Nhy3lzREbFiFBpsUL7BykFWc9qY8SP2FGQIptXVvvYoDYPanwi6COp6w6PrV4JM+W6YH5+ajoIY44GYLjOMVq9tTJq9z4iYzdvnj+dUhcQg2jR8oRgq3vWGe2eayzSKzdqsk7YbHPFS3T1gycMSGLZI96DECtIZJB2PFSC6pHbW7yFhuQ4rn5m2qRmnch3rHXk07SjZw43NwTXHNWuCWd928k81M9VaiZL37Riwzmqk0njXTomSGNa+JhWGNnW4mLqhwtuP4iiVXw7XcBTKwD6zGpz35oq6ZUXwz2pyl8qNfrBYlOAalNJj82VGNxwaBQh2CxryKm9HUl9xH3e9NjGkacUOzolZJVijWJh5iODTlurAZIoCaQSyHI+6eKlbV9ypu5xVo3w0N3HKBT3AzihAScCjL2QCXJx2oJDufimIJj0n3drY96YcADfnk+lOyjyfOhnYmNfkasiZmOwFIf749qcwyx5xkmkAMcZFEWv7NxKQOayVAAD6Um7kddoQVhLPGFPeltA970NWk8lhcme1kKSDs1M3+o3+oXSm5OcnzH3pNy4AAzj3rUcq7gRgmmpujn8jHBS8LPpZ+xAGAFH7aF1meS2hM0gXLfdStafcRx2rbyQBzVd128+slmDsdvYUX7KRyf0uWTYJclrhtzHaKGtIAtwWwSoHFEabDJeyKmCFJ5q32GiQ7Nu3gcFqRCDmzXlzwxRuTKtbWd3fJucFEB5b3FWTp/R1A+tyHEMfofWpiKzgQPbqn2UQyWxVf6i1dmb6vAdkKjHlrpx46xLtP05EufLmfDAOa3fpLdiO24gTtiouSfDll7UNb3Hlck+U0wD4twdjHZiseWfbZ0+Ng/XGghfNMrEZ3HmnmhaS6dFGFx3NClmjKnIAHvW4tRR3eBjl/TFc/K70dHHGkBxXU1vI+FDemKeW5DRlmIB9qxrGVW+sxRs6+ooC4t7oPkxOoPypdJ+B3RNoNR8ICI+T3FLSIQrulfLsOc03ok9/HaBWBbaeSRTkr75N8oGfakyVMZF2DTozOSvIFPW4j8FXbBZSTin4TucJswGOM1u70yYMr2wLEZzRKd+hVXgy0kchB2EL2Ipq5eQB0gB2Ae3epDT7K4eYeNAQDweKlbyCC1s2bao2DPPrS5TrwqrOdXKMpIdfN3xSbBy12qFMLReoXS3d2XiTAJp/RrHxrvJBAx61qg97EN0iydP6fGJlmjdcNyF9qK1Oz1G3kFxbBgmctt9amOk9JG+GJwoLMOT7V0HUOm/qKLJGhmU449KbBUjDkypMmvh9qX5R6atopQyuV3ZfjbRmiahZX2qT6dKyyhc8jkcfOm9N0mKeySRJDDvXa0a8YrWl6ZHpMzfVLZQQTmVu5pM1TEpkssNrazL4IxlsYzWazfW0UBXwWmbjIWtWKCe8XxJEYnnAqMu47lbu4SJW8TPlq0LkSvTmqWqz+EQsbY8iN6URrqW9zPGviDc2cj3rn9jPeS9UpZojls7pWK9qtc9yzagIVXcI+e3c0Ml2YcG4eD09pb39/b2E53IibwPcio7qzQLXXGNvLui2kAMo9Pap3TJrae5MjeWU+Q8f2UVrNza2FsssuAGbbmhimnobKVo5/rv1nSbSHT7JchYsI57ihugtU1lNQCarGxt1yd+PWrR1zpM2t6HCdKkBnDeV19qAt7SS1ijglAEqxgP7ZrdjakYsuloO6u1BDCbqHzT7cJ/NFc2eee9vFieTxJDnJ9a60LCym6eMtyo8iHLCqHoei2thqsuoeJ46Nyn82ndl4LX8Q3ToGg2OVACLzxVsiv/AK1pr+Ax3qmNuO9Uy61FoJZWJbOe2OK1Y64fHMm8xELhQBwaix9nYqU+ipFZ6rt57i7kEieDuBAJFBdL293AgikyRG3lbHcVfLy4tb+JJ5Yw8qAg5HeoSLct2Tu+zPAUDtWiL+gnlTjQxHbM1x4rhVVUyWNO3174lokYHCcA+9MahI0BljYbwcrg0HZzh4FBwQO6mmKLltgNkzbW7mFCANq9jR1uEjAZQDuU5qNW/eMFNo2DBXFaN2RyWAHtSnjZXayUuIVkQMQCflUJqVqmWEOEc9iPejrO/VlbdIY+fKPehrvBdZ13BMny+5rFkxOzocfNRXrl5klcTKM4Hp3pieOFixVQmVwcipe9jW5VpDkEcY9qDv7ACDf4u4EjJHcVhlCpHYw5FRX5ba1W7JjYbRwc0XHcRxHEYwTxmo69tZDcyrETsPIJpDQMtvJK0xGwcAUyrXo1ZP8ABJmaVU8OIAndnNZcQyXEXiFsFRkiqqmoahHcI6MGT1HrU3peuxSMIblfD3+XJpE4NbQyM1L1BVu5iICy7SDgfOsls0uG3tgHOWJ9aZ1XapSeIjap4xTs1zE9uE3Hc3fHpVJP0ucurAIUdZGCcJu4+dRN6ojkZE4O7mrVaQ2sVuC8m7J4+VVzULVo7p2IJDnINPxNsCbtEbudeM4NMFfGLSZyB3py5Uo7Z5qPaeSNWSPse9aBFjqgAkKaIt1G/kd6BtlYgsW5NERGRe57UaAJiInwj8qb8Me9NxyjYAT96k+Og9af4tEs7fdIV1SZmbOZ3PH+dTurI4s1IIJYdvanL2ZItUuAqAgTP3/zjQ97exSRvnyketYJnlGm2Vy+nCQFS/m+VQV9deJbEZ53cj3ozWb+EAIq5YtyahdTAS3ZklDkjPHpSI4vtm3HjTRW9VuCZHDcnOKj4EdbsOBgetOsXnumyvc1jOEmwTzT0tUdNKkFwoZZpHVgpRc80HPIZX83JFLbYTkEjPet2wUyHjI7VI+2MxrYbpFuScnuanvDS3ASNvMw81DadGqQ+NjluAKft0WWcsxxT0buPGl2H4YVEeCuTipCzjC24b84DmgvEOQ3oDijXYLB3was0eMA1B9zN86YgyJgAfSnbjDEH9datDuYn196IBS9HnBKHPehim5CntRPm8PLHnNNREGGRcecng1aCb8NE4ApDkk4pBY44962GBbJq6C8Rsj1PJpDE55pLvmc4PArPvgmqegYu2A3Mfig4GMc0LGMMpzxmj5VKnPoRQEsiBSqjkGrVyjSMvLW0SN0/wDibbW+9USUDDOM0+N7234U2DsGPWhjja0zA5VZZNBsljgVVUZ9TVst7U2lsVYFywytQfTkZa3jZvWre5SExrnxPLuI9q6nBgu/Z+Hl/wA5kbj+pPbK51tcS2egLBaqPrU/DAegrn1zmBY7WQ5OMyNVy6ivPrFxLcp5QMgZ9KoUm9neV2LEnvSeblcsmjqfiOP+rAlIxi0crbfu+i07YyFJmfaAMUHbyF5yHbAI4Jpdq/mKqSQTWBPR3IqkHThJkyc7vaoSZ5La78UDafQGptI5JGVUGDnvUredPwT26PKwZscEUhR7SG9+qAdK1oPGmWC7jyv4VK/Xo7pCwg5PqRUbZ6DDDG++QSOR5QKkIGjjiETRMABtzSZQ6Fp9wmHVFWye08CNA352KiLgBl3gHk0fcxxNtjTt3zTF8qpFtDZGMjFI7JsaoNCbOTylJ8BXOVPtUlDKLePmUcVWvrkUTYck81ksxnkMkUh7EYq5QvwKM69LY+pRpGpDDjvVa6l1Y3wEUL7UAwR70l/E+rhmbgCoaMLLM555ORVY8dPZJzo3bCOEDdyT2q09IafNqM4CEghsAe9RVpYq0avkc/Kr50+iWQjnUbGwCPnWn1GLJOkW7R9LMTRJPGAVHJFXKynDypFdTskXh8YHeqFqOqXdjaC4tUM7lgR+uuhdJ2819pIn1KJYJWACA+maZ5RznHs7HNLc21y9tv3Rj7tSN7ZG9CpG+xSOeaGEVot4ImO2X0oq8UiJVSTBHqKVOVuyQX0C2EL6dKYj+acg+9SFzfackP125+zYdzQSGRn3E78DvQeq2guYxasN4k7irSskpf8AKTGktY3he8tNreJ3kxyaib03Da3JFGMqWwSB2FSmgWEWkWhQM5QDsfStaPN9ZuriUoFO/AOO4oGv6CUkggQxWlsMBQUG5WI5JqufEaUy9LGUBmZXDYXuKsWrzCO3kckYVDjNQMF09xY7JIhtK8k9jRY9bBlKhjoK5n+o28ZLo0n5rUfrV9Z+NPAxCvHwfmaMsPDa9V2hCyQr+aODVS1GOWXUbtnjwzMTs9QPetmCPdmTNLrHZZunFF1p9zbMxKTKQAT2qvxaTd6VPLFcKXiHY+ho7p6SaCLYjHv972q5sIbjTglyqtkc1eV/rkVi+cSgvYW065cjzDPNVTXdEu7G6Lxy7oDyMVdtct4tNnTYMxOpyxPaoS4ka702MFlkRJDyPan4/bXguU2nTRWraecXIGH8vBHvUjqGEiVuU3HnFPwwAXO7ChSec09cxQsMPjPpTn1bAc3fhXEWW9MjSPu2ZJYetDWVuwkz4bpGBgsfWrZbWMDqot4SkR8rH3NTF1psKQNCygqFBx61a5KWi2U27tnitgXUgL90j1odrd2jQhSzPyvtUvq5KRkYOxR2PpQTvJ9TUMfLsJVh6VfeyQVDUFvcLIN0ZIHY1LQ2ksy+EgG5yNoJoLS7iRWWOVgRjgmp17WURfW4JMADOM8ikZXY/HpleurU2t89pceV1bzYPehr2NGTyAhcdq1qBka58aWTcHOSSeabMgBz3wOK5mX+R2MXhCarhIg4GMcVV768IJ4Ofarbfq93ERtAGc1DXfT7GIOr5ZuaVjyJ+m2q+yrPeHxztU7iPSmppVaMLnDZzVgs9Mb62UmiXbjBIqP1rS0h3tbrwh5zT7imRRcvsYtrm4a3EZZmVTkmjbW+Ktkjy9uajLKZo90WeCeaNnWNifDHkAyaiSRL/skY79I2aPPBGRmmLy+8d41yCM9qiGO58ZPFYrhJB71cUkwbCLkgKzjBzUTLjlgKKunLHaGwKFLYUgc0aVsqzExt4NOhwUwe5oUjEZb1NLXd4IBHNOSBH1lOB6ba3gnnNMIRnGe9Ohlq5yqqKo7brmoSR6jer4YXN0/I/GoPUL6aSCR97btuAaO1u4U6zdx44Nw+P9o1G3g/xZ+MbRWat0cOEaIKa2d498jHINDX6hbdmZjuUYAqV2t9SDntuqK12RCQiY5HNUqobjl3yUQ0KSPIsjgDANRl4ri5xipeCMuZPMRgcUFNHiUBhzjuamkbe1sFyTyeMUZpeZZAnuaHwASDyaktFiVJFbGDRQiNgTZAMaRg8JxxTkYWMFWYk/m0neEOMCmGcyTNtJPOfwphsg6XUkbFHdh93mib92XAPamNOG3ztSNQk3cc8VI+jZuo2JZ15YjjFKstmASPWgoZdxZCPWjbLjII5FFJUBh27F3TnPk9KFtCxV39vWjLlF3E5wcUFFxuRO1WnoZLUhSMd+Mc0nadzitglHyKWxwcZHzqUFYxHCVXdjOa0MJknsadD7j5QaRdBTESO9R7JpbBLx/LgVHPGB5ie9GTsSmDQMj8Y9jRx0jFlqbJTSwn1YFxxSZ7eOSQOvG44oL6wyx7FOAafF/CI1VuOKP6MWROzoGgrFFabs5CcVq81Ei2u0A2kdj7iqxpWuxRxywPINpGF/GkX2sReGbcfePc+9bcGZQhRwORwJZM6mZqUb3CoiHju2KhLu3CQ7QMZbmpqOde0TjcwGc1Ea/OBKD2AGOPesGV9pHZ48XHRETwLvEaEke9at1bxhEF8wOAabiLvKzbicdhU/0hpMmp6skARsnzZpE9K2bW+u2TnTmjLLFO1wfPGoKYotoVWRYDtx71Zp9INhaNJECOMEDkmojbGyq7ADB/Xms/7uvhUI91bG5Y7ZIlMSHy93PrQF/LZ26F93mcfdFO6pcMQytkE/mjsKrgt7q6lYBtqr6tQZMspaZox4Yx+SB31gwzlTEGjB/ZT9zeLcwCSEhge602thGZSshHPf51l5YCGL7BcAe1Zqima4ttWQd+iEFx94nmgfrTxNtHbFF3oIUgfeNBeGTnIrSkZJmzdM7KnPmoxE8HAbuaCsFC3qF+2assGnGecMwz7VJNIoO6XR7pkt2GEByD710o6VHc6ckkUf26MFGPUVDdAdOvc3LpGmcDg/o102OztNLiSJ/M6r5vmavG02YOTIF0LTxHDGUAZ1I49qt+rWZXS478S+E8I3Nn1qA0q6MVyD4O31INSnWFy+raGtpA6xGTuc9qLLT8M+N/2V7VJLvV2D6PJsuY2xIG7Ee9WHQYZbe1WCeZXlAySfWgOlrCO1shCGy4YeJJnvVgjijS8kcgNjH4AUCj/ZblXghVSEMXYg9wPej7TwGtfrBVd7HyE96j/rNtdXTI8D5j4znikG8hl1CO0Q7FTke9F0YPZElcsY7CdtuSFJqN0KWU6Wbh12ck4FHavLHbafIWfaChX8TQ+jBTpMaHI8vNA7oNURGpXgvJ0tZBvLDgAdql9O0yxsImmuWctIvY+lMaTopXUZdQeUtGpyikVF6zrjzXkkSlcBsAe1MxQc3QvLk6Ky1WD20gZYWJGearmsx2kV66M+1mzipHQZoraNi7HD8nigOrLS0uQLtSyt2Bp2Ooz0Jm3ONsVpMkEFm2NrNuwKkbdpZVbccAHgVQrueWzVBGSUz3zVg0/ULmSBQvJbANacmNvZlxZUnTJbX7NbvThAY9zHjcO+Kq3hQ6aTbIGbYMtuq8XUwt1jPLEDtUNrml2WowSz+M1tIy+Yil4Z1p+Dcy7FWg+rTNviUZU8gGjEsUlYKxUqFzx3FAWen2mmpNcxTPM2MeY4yafs3nDTOEOGAz8q0yX9GZMko/CtlESN93k0DqF6WjLiTknApuynaWVlnADc1GavC73JWInaOaFQ3silYzqrGSykhVvM/rUbC7pbrbyIQEHb3o55UDIrDzCpDTrazv5ZYJHCtIAFb2pnekOSIXSwtziMr9w4X+bVp06RlhuI5QPu43H0oOXS7XTLXas4aQyZOO4p3OdNnmBzt4pMn2GXRW9ReMDYCSN2Bn1pqJfEAZZQVHlI9xTd7dRJcYYbsUxIUWPxIc7mPGKzcnA0uyOhxMljczIIzBwqKMA0Mk0UFuxJ4HFA6hfTRwDCAqT+uoC+vLhotvIGcmudjjbO11l12TMshW53tyr8igtUvR4bRhFdGODUPFdzNcDaWPHY0i7aU8KDk960uIMIya2N7FExkAGM9qlbW9sFjaJ1G9hUPGrq+Wbj2rVzCS/joe3ep/0Lkgtfq+9sEBs03qkIEUbR4Ymo5JALgPnI9aJu7zxCqQnijS/sTIGI5yRzT9tBGYGZ+9BSzPv5FLiuHYnjy0yCuVgoVMgUBR2pmTyFQvc0U5Vl3H0pmUqZlYdsVokirBQSpzTglOKXhdjGmwOO1LZdnYbxfF1u+JHKXT4/2qH1h1jJxwWTkGpCbadeu0C4zcuSf9Y0FrCJK7jcOBilS0ux5+cuuiGurs29msTICrc5qt3tyryMRyccUfrE+/EWDgL3qA5aYqDmqSS0buNj6x7h+krugkd28xOBSbhIGt8sT4gNat38OHB7g1kg3oGzjJqUmNjuQCIyZMHvUtZoExTcdr5wzck1IwQBi/ptFOUaNGPQ0xY5xxWrZ2LeozwaXchUhwp/XSNOBafg5A71Gh8ZVImrVX+r7lAOKH1MkKpXueCPaj0QwKu7gHmo27m8WWQquKuIzJL6BbPLSEH3qSgBWTg5z6UHYRt4xJ7Yopcq2Qeakth4fAm5CtnPHFR0reErbRxmiZpGwCe+aEn844qIvK9CoiJotwPPrTcz7EzTdizAFT39aVd4AAA4NE9MilcLHbaVGQnODTU5PIHIocqyjG7BpQblQDkDvUqjO5toYlznmgJ2wTx61IzHOW9BUfMNxyPWnRj2EtuwVpctjNZIykYPcClGHBD+1CT8sTVT06Be2JdmJABI2+tPK7qclifxpUZh+q7cfaZ70iRhtIJ7dqS27IqD7Kdh4nm5HIpvUJPHuO+cLyKFt3wnmPJNPWSmWcoD53bAo/opJRdkz0rpD3X+MvGAsbAgH86uiaEINBnjvXiRC7YcewNRri10iytbacr4kSZO38408lpJ1BC93Zylo/uvFn7hpTV7ZmlOU2SmravcRzN9XJELt+cO4PtVa1GaYyl923JxxV3htjbdMra38KyOinbNjlaoOp3cAZTFExK53E9jWDPicX2Rr4uaMl0G5rmOMgStkj1oHVNRjeM7FwccbaBvpZp5MqoC+9DtEzALuxQdrVM2dd2R5vpN7Altw7URa6s0kZikOGFPGxhOWbkioi7gWOQsgIOauMYv0t9ltCb4uztIo4zQizb5NuOcc0QJT4bq1MWce+/QY4NPiqQqbth2nW6yzgHuO1Xnp6EoQ844XtVd03Tz9YyPTtV20mwmmjRvzV70tx7MTll1RdOmryGwjLJmMS96nP99XSTg7jjjPaoPQNLkuXQXJAGcVa5LDFu0Nu20IeD71ojCMTmzbYu5tmaLxA4DEelV6WZpZpbV/EVQNoIqTspppJGgkcgr3BrWnqsdy6lg5B7kUxRiZ5ya8CtGgktrM25dgWYHLe1T5C7MK554qLiSWSTxB2B7e9S9irsR5AfxFLyf4Chv0hL6WSC6aNWKgeo9aRBCQ6zCX7Uc0df2CrdM8zZP3j+HtSDDlDNEuCTjZ6kUWN2SaCdVZJtIJlk3sgDMPXNOaTch9PVtuFK4FVO91K5kv8keVztZastq6x2McfGdtLlB2WpVCywxKHsU2cHb+2qpquiwoWuZXWORpOAPWp/RL6NhsdgoUbQc0B1VZTzyghiEAyDRYrjKgZ/KFgqTSQWEojdGIXIJ9KBtbo3UyJdPlQP1ZpF3bzQWcjMfbApUUTyWiOm1QnLe9aYqKVmWTkzLzTtLvJYoBclH3ZxUvDoccWxkc4A7ioO6sg6fWoJBvU5xU5ot9PHBmc5XZnBqS71ouHT7JE26SoqeJlhUbNNZwh4ZZdjg4IPrUbrupS2bie3ZtmcFfaqzrepteO0yyAbR6d6LHgb2BkzLwsl6dN8MTeCbhS4wi1ucgIzwWrxxyccjtUR09byvb2uZCNxJbNTFxLLGgRmJTuBRSjToFO9lckjFvPLOshZv0aEkucI0rd37j2om9vlS/WJYB5jiobqPxRM0QGzb5jimrYaiadgd/qfemrS/aB/LGcjNCQzzjDlOCMYqVtrJpUWTgZ+98qKVRWxi2LS+M43OhDf20XBcwDTHSYnaxxj1zQsNza2lwTbqJmz3PZai9Vu7eOZwJd1y53Nj7v4UKipaCcaNalZB3aUNvgUYJHcVEibw9yk4xwKtd9c27dOW93DDtdjsce5qp6rbmFw4ziT39DRRXf4sbinXgFqwiSNec8EjFVrUJVFwNoONtWe7IksY1baGUH9dR+pW8ZKuFGQoz865WbD+t6O7xcv7I7ZCWMgacSSoQgBxxRMkoeZhgABaelKhPDVNvBqJuWzc5U+wNBjkpD5pxXpl0++YqnGK1buREckn0NZKCkuRyKVDsUZbgGmONeAdrBZoSgLKODQcZYEgDBFTF2FEXlYn2qK4fdzg1FGvRcnYhc5O/msjU544FaB2ynJzilnGc5xTYr7IOIw2bG7mmJuGCj0rU5KupHakq3iFgO4o29Am1yW5PFPeT5UwQwU+9JAbFVZZ2GZtuv3RjIUtcyHH+tUdrLvE0pZ8Ec0/qb/wC7d6yAjFxJj/aNR9yWk8ZpHz5O1Jm7j1OFOKciq3FyZZwJD3oa38kkjEfhSb3BvGEf5lIE4kj2kgE1VJHUofkmTwB+k3rWkaSQqFG7HpQ8qsgGe1F2b7GBAxkVaVlwjRKxuJIkVvKVFGDJiIPoODUbbnlh3Y1JRgi3UMe/etsY3Gi7oDu4meAnHlz2o7p60LIuR35oK4mAGxWyGOKsujRrb2IkYjgd6Xl0PxfIE1CYgbB94cVEOCHBLfqqS1CVZJiFH66jeAxDcmqitB5NyDLQKVLg8Vgc+KCe+eKy0CiM544pvP2u4ngdqo0Y1UB6c+bGc5HNBTSiIYPNPOfPgcg0Bd7hIVAzVxBzeD1g25255p+6XdBk8YNC6coEuScelE3jfZOo7Yq36Vj/AIAUrKAOc5pBlxgLxQjMTwT2rdrJlnD84q3syv0enkIH3uDQU7HIZTx2NO3kmCCBxQkjl/IlPx6QptBDHhF9D3pqS3AJJPFPAYjCEZIpuctsHBwaCeyrYI6HPHah5sntRty6pFigtx3bwKzyCuzcClpBnsBU3o1upnSUHBU1CW8xGTjkmrX0tZpdsU3hc0UXZWTSLT1Hp+6KGc+YzchvQ1OfCfQruK/udSeZobSAFyPQ1HCK9m0D8krF5IpPLM3fFdA0mzA0ax0RZ2VrhB4jL7fOmZP40c+OStMrPVuttfh3ZxHGMhQPzhVA1B4Xi+yY9+c1Zev1jtNUexgIKwgoD7/OqRdShAsRJ5B5rBmlrqdDiRrYPcXG0MsRJIppZmaPeA2SOaJW32weLjcTWWiz5GdrRe1ZG6Oj6N6fNneHQk44pmS2aT7WWPGOwFF3E1rHITnacelakl8O2MgOSw4zRW0VKkQN5blHChTlu9P6ZaS/WI/IxyfQVN6BatcTfXbl0Cpzg1aOj9Jn1K+3woickrnsaNTVaM82kB6XpjC3W6kOwZII9aunSRRLSWOQgvkkN8qVNod1ay/43F9m2ckDjNE2mjSRyxXGxltpsqz/AKNPj167Odmm5OkSOj6jb204tJi+9D5ie/410DSBpl3EvhTF2I5ye9c7fTnnaK5iOSvDnHcVZ9EW1sLpZllZtv8AJoPU0LSfgu+oR1PozQyPc2zBVx5yO5qDEG3bN4ykqc49asmuzTzQl4tu1+ShPINVdI5HlWNUJdjjFPxQdGbK7LzaNFNY286qAzjLCpODwvKQQCRgiqXrmrC3t4bWFTGY/KcVCLrdzB4aCaQsCWNJnH+hsHosXVVz/uoIEbkeoonRbfdBIZpAoKEcdxVZtYtQ1EmdI2fccmQ1PzlLPTt0zMgHAamX8aYDg2yLm+oxamioTKVbByOxqTEwkvEiwpXGDUF0zcPf6yvhupQNliRVg1fTnttYhkSdY1YZf51eGmVmi+lMftoJUvCmzMLDII96Ja9ll8aGZQgiGFz2Ip+1uImjDKcjPcULfJEXclGcnnAoW25UwFFV8QDXmDac5JxukXbUNZXEovmKglFzvorqi8DzQQHCxGRfKO4o63hsomMkDBkKneKbDURcopvYJJYu86XUUhELYytShswqPNDLnA5WmJLhrl2itlCxJjFD2188MEkU4K5Jw1MjJtUDOJD3YnuLw2u3aSfu7e9Ve/Q2zy28nHmwAoya6HZaisfmkUOB2bHmqIk0+G81CaQKYwW3Jkck1ohOvRPxaJPpmOOPTbYv3VKH6glFtcjLErtzn0Wj7Kykddkchz+dgcCoPqcwyXJQbiR5HVexpEacxvyUSNia2luDKdruBgMKkNYs7G7ijLkpIVAqDszDBLuYFRntTV/cPdXIEbOI9/AFaHC9gd2iS/ICZzFIDj3p+9h+q2KwqGK/nnFISW6s7fxZ49qAjBzRthq0F7uR3Rlz2xQO2g1MrKjx2kNvZNk+uO5plNAnu7lZJYfAQHc7VdbyxaOF5LEjL5ccdqot1qOpJdiGS4ZV53L71Mc3L+I6XxROz2UNvZK8Xmt4B6+pqu6nFLq8UlxG6oIcFkHsKH1fUdSFpghltXbbQ+jXUotZfzfERkOfWmRg0rJje9kZfEKgRH3BiBmhbratoTIMketSE6pDMokA2A5qM1SVGiYqNqE8Zos0Y9dm/C2n8SPnRWQskvcZx7VGiGTxFceYetF+MqRt5c4HJof6wFjz3rlPr5E6S7VsbuBhwTxzWXDDIOO9KunRwJPShrp18RefKRxVqLZGxyZt0eFqNm3LJj3p6ZzuXB4HemvLJJyexzRdWVYh0KYz3NNu2OGpyWQPKUPpSjHuj3t+qmJFWDOxxnk0u1RjJ270uFQXwcYFPlNkgcDgdqhGzbL9mcjsKYEvAou4Xw4yOTkUwIuBwKqirOo3+38tXe44/wAZkyP9Y1DaxOI2maPGDxUr1Avha7dM54aeQ/8Aeql6rKfFbaxIyTSP5M4+KH7JdwK8RvtZV4LVGW52uA1PyXLPI654FZZoGuFBGaJRbOkEzhpY1Udh60Xp8BIC9zTWSZ2VVwual7BIdo52/OmRjTLSFwwrEhdzg0zK7MwCt5aclZDujDblz3oa5yiBohnaa1QRDUWHvNgGSPSrGrtHZCNm7+lVvTIXecMD5z3NTJDNMQ7eVRg0rIrH4lTNFCZcg+U1HzEC5bB9cVJXTALiPsvrQMSBpS+Oxq4rRG7ZIYHh88cUyhjLE98U86kQAjvQe7aSy/rpTNkdIVOSvI9aEZ8sfcU5PIGUZOM0yg8+fSmRQjNO3QmxyLs5PFFXp8jY9RQdqS14AOKJvTsDL3IqT9LxP4EO5yOBzTsLIkZY9zTEjnzADGKHiZy3PIqVZnfoXJl3wQMHtSYIU8ckHFJBc5bHanIQzpuReRyatNtinQ6yqJTg8UNO4V9obKjvRCriEue1Rd/IBGUU8tRT0ArY3O6yRl88elNByI1UCm1GcRftogsiJgDtSGx60NSttQBBz60ZpepT20pKsVzQLPubC+1NknhjwaBOipLsdU0PVml036y17lYxtKE8mugaZry6bCtwGErmLyDvXnO0vnjZl3HFWzQuoLhljjZ9zLwM+1N/ZezFk41yJnqvVDqetS3cYAJIG0+9Qk7Lgkjn2oueKGV5Z5M5PIK+9DnY8flxwec1z+RK5aOphh1iLiLC3IIxkdqD+0RJPNjiiJpCqhc+lDxSLuy7Cs1GiLIW6nZhtY4+Zoee+nKCMlioHHFWRrC3uZA7jj0ApGt2O6PbDEqBV9qdGa8Fyg/RjpsXOozLbM23GN2D3rs3R9pb6NEgaTxMYyR6Vyro+3FvK00x2YHHzq6w3xwu1ioPOKJQlLwx52kjrN5qFhe6ZNAI8suCuaJtJbSe1W3K7VQcoRwTXONN1t2cqMMmMCpS66nt4EYFxvx2HpW1YWo7OS3JPRd2hs44ZAkQCqO+cCqrPr0FpdtFKE2g5Ur3FU2TrWeZ5EHiSRg9ge9EaIb7UJhPHpTPv5IfsKWopMZ1dbLnbX9xqcB+rxMh3ffbtipPTbb6vJ4sriSQjHHpQtnFNbaeZ791tVUYCDtinIr60+rtNb3CyoDyVOcVoSbWjG3sRdxR3s7+KGVUBIOP7aidJ0wajqb2nj4GcA+9S+lSLqTzBGZY2JVpD2NCWunJo9w+pm6aURyHBHakzVOkaccqRa7a4sdOmi0xFZiBs8o9aqHxO1P6ssOnRzESMCxU+1N2OrTajrzzhWiQMGA9TT/xN0SO6s49ZdyCFCNjvzQdur+Q3E+zIv4Z3CyaqqBhnd5hV86z057kC4G8GKPPHrXKOjQNL103Ks4tw/DH2rr+m9T2l6hV1ViBxn1FWri+yByNdusiu6ffyWVrHC1u2wepPejotVjMxTGxiN2Ca3rGlfXnWeGXwkAyFzxVYvZYYr05uY19OTzWhqOQxybhtDmq5utTWZBySeKXbtNCshORkgc1HNOJNWjKTcwYLr71btNs49YQzTfZRE4UD1xQyl00ydXN2hnQhskeVgSrevpQnU1zAkY2uMZqbi8JLWW0VgPD7/OqZrMS+KAW3KzcCpjfaYc40hy11FUxuTdxwc1LaNfW73yZPLcYb0qo53SOPEjRVHbPairW/t4LmMlgSPb1rQ1ejJJKPh0gy+DFIEHlJyTXP7y9ig1CaQyEMX7HtVys9QhvLVNq7dw7ZzVU6n0lfrgaLOG55peKoy+Q2VyhoHlgS/Pi2uG45U0LY2E0Dl2YbRk+b0qT0ayitj4jzsHBwR6U7qE9gYJo3uULEEACmubqkDGl6V/VdSkvY/qYGSDwQaZ0SEW1xtMuZDztFR9zdQW0qxQKRJzlvepLpt1n1FY1ibxWH3qdXWBXrL7p7eJaJHK2DtPm+Vc01lFueov8VcyIPar5qUV5bW0iQjcT5FUemaD6O6bS1uXvNQmSIDOA3vWXHJYk5Mfd+kL1HpF8/Thl8PyJh9pGKrSws8avGoWNGAauj9da/HdW0mlacqzHaA7L6CqQltJd2UlpYWsjtuDM34U7DKUo29DG19ENqoVZGGA6gDBqvahtlhwoPHcVaOo7COwtgbm4HiZAIFUbVbuMzYhc8f10zJOLga8Pa7Q2ykg8+vahJbdhIWz5aKgkX7zsOa1MdycA81xnFKVo6ik2tg0eTkN2zSbqMs3A4A4oyGNM4J5pu5kjUDJ+7ToNkZHSIyxgketbRAzMQuOKy4m9M8E03LcBMAHg8UWwBpo8FvelxOfqzKRWnkU+vJrW4BselMRXghHZecdqkYdjwbiefWo6U4IIHHrRMLeUAGo0VdjlxP3yMgCkLICoPypqQiQkKvpTqx+Uc+lVRZ0HrW8A1W6jdNv+MSEf7VUm/kY4IwQTVj6+YnWbpXbBE0mf9qqp4qJGFfLY5rJCNIxcXHUEgZkxdYU1JaRbKXZmHpQJMctzvTPapXS2K5XHcVpw/wCR7b6tCzGqXGAOKLlYKi4GRSEH27GQdvSnQoMTMOAPSjjV2FdKgc5ySorUwcI+5x27U4HEYJb2obKyO284GK0662RD+nAtcIqHygZNSqHL8nG7vUVpflZiDnPapEnNqzhgG9KzL00x0hsy7mk2ngcU3Ytlm3cH0phHYROM8safsBmTB44pl0VFXNB0pbwdv6PagsDO09zRk5zHyfwoK3I3M7nhaUapukNuMSsuO1YoyoxyK2kiTXeR604TgugHajMnrAo2SK4BJ5py5fxWZmOFHagLvPjCsuJ96CPOKuSLjLqhuWSNm2L+usPAwOcdqQiBD70QVXAZeTVIS57HY4yIwvvzRJQxW52D745pi1fxHCHI28E0feEJbr+gBTYRrYibsgbu6CRlPRfSomRi0ZkLdz2pzVHcTsB90nNDxBiCO4pOSduhsFSHYsLhl70iUsX5HenkRmwoGKcaykZd5agqxqaQAz7JsleDWFsml3KBGIY0yjbjx2FLoqxUWwynI5JqWsHSIlgcMDUXAoLl1o+3G8FsUuYyOixm4kkgch+4FCwy/a4JxzQsUjIpx6ikyFt2e1KjEJyCZpfMSTTNxsmKmI8imjIAPMck1hZSh28GijBdiuwQt80KhWbzelTFpdpLaBpGAaqfqSsSjAnIFGWMr/VlzkmnQ48Zy2BPJot9iEdAxwFB5xVtsIdPuYAgWUyEcHiud6TL4l2sMj7A/AY9gas8Ol9R2x32kLTIOVkX2rUoRhqJgy9pfZLNphhzFHNMWJ7baKi6at5FxNPOrOPNkYqDS71m2ulkuI51c8Z2HGauVnpmq6pbRyzlgpGS2MUrJib2xLm4r0j9C0iw03VAI4Xds/exkftroP1Z7S2kvoLqOCPbmQt6j2zVFvtUOlxiPxCwX87HJ/VVB656t1C8CWsN/Klsx8yjjP6quOFxF7zu2S3XnW15rVw1hazJHZx8e+40F0d1knTgMVykcluT5075qgNPIGLZJIoednYFic0TkjSuPGqPRVh15oGs74bPUTZkqBtcf2VY7TU4tS0b6haQl+dpZzgN868q2cjo4dWwwIIPtXROnOp7yWP6ozsTwFIOM0txsTPjdTuHSugXNvM0sxiTaPzDnii+rp4pdPlsXKliB4bH0xUZ0jPLb6ZvZ23GPnnNQGs3T6heMt1M0cad8dyKW4WwIyUQ7pdNNXT7iG6ZSx5Uj1rU0ul6dE0iEszdifSufXev21jfsUkOyBSq47E1V9R6rupoJIHcszsSp9hWiGFLZHHJlf8Ag6HrnxAvba2eOGaNz2XntVHfqW+ur1ZpZGZmP3RVOvLt5Ww/bPvW1vJIJI3UkY5o6of/AKeMVo7r0Fp1/qGoG5uY3MZXnd611VkitrFoYQiALwBXGugOvreKKGK43B2XBY+lWTWurYbjUEWzkXIXk570Lg8k9nOlNwvRITXrx3zpIwjB449ab1rSmlC3FtMvK559KM0jTItXhF1OwWXHoeKA1gXNmSgYkKcfI0TXz0BCTaImz0yMW8zyyiSZj2BoF4FjkLEFXQ9vem7e5zdOGdgTyCKsFlZWc0KPLc7ZT7+tEoSTtsueRJUwGz1AwzMTvXjjFTl9qK3ejyOgzIq8g96ei06yki2yOhcdiKY00CC6Mc8aCJjgk1JfIVFqO4kNBZ393ZTm3kBKn7ufSq8bHU2md5oMIp7mrV1HHdaJMslkHa3l82RQGuX9zHpsEt3CwFwfIVp8ZJbX2WuyK+tlJPqIAOOKvPSunW9gvimVWuGHAJ7VRlvZUuNy4FF+PeyuWTeP52aOcXJFOckdI1a+t7OyaZ54yQM4B5aqDf3+q69fLawK0URbK/8AnTRgTySXdwSfXLdqmYOobC3tgltEq7FwZGHf8KzxioP47DUk1ZIWWj29hDnUJY0JHmAPLUPrOv2GnWDpZhLdH4Xb3NVrWddMwIhQuSfMzHtVE1zUcBtrlyhJyTxRrAmrmxmLtJ6B9d1WeS5kaR8hvSq9IS8xbORWXE31mTcSQfUUOzFCQO1IyJLw7GNdUEq+cHPOaLa4fwhjgVEwOQwJ5opZNw57VlcbZoUtBH1ry/OmXcuSeaSoGc5p+MKVJ4o4w3ZHMjLjxQ+MHFbCtkE5om5ds444poMxjJyKOtlWIKDk1sIQK1GTWTSMVx6USVbKbFuBuTHcUuPyTqzGh7UkuN3anXx44xzQ1uy+wuZSpJUcMaJWUbR+FMyyhbdlPfPFOpH5Bz6VdFJ2WHrciXVNQYNlvHkA/wBqqrMdpVD3C81PdZS+H1DesFyn1iT96oYtHdNlRj0rMhWJdUkOaXGAryso7cUdppZ2B7cGk6fEnh+Dg5FP2g+0IxwKa1UbQyLtsI25Z5c53cU7yLYgDJIrV0NqR7RjI5rbhiEK8E8UaaojWwXDCPDcmhdytK2/tiidUBjZzuxxQEJ3HHfNPlJJURbZLWiKIwy+lanlKbgvIrVptVcDsBzSJNrMm3kZ5pX0O/oQSUwp74zR9jlQjEZNAEb7javepC0H2jZ52iqvQeP+Zq+LMRtOAO9IBUWjEd6cumXGe2KAuHPh7ewPrQmnKxOnfyzvk5xTsc7ePsf1oNZ/BYhORW7aQmQyHv8AOriZGO3Owq0h4NRcLCSYk0TczARtu7HtTVvGoiEi/rq70Lkx387C0XAi7MnimLaMcsTye1GJtZAG4xVQWxbZqBCsgOO9OalnwipPGM0qDAc+oPahNSkZI2PcCn2AvStXUglnIOcDinrGImVSQaZcB7jHzzipzS7fd9o54ApEV2kMlLqhAt8eYdzSLs+DCcmi55Cr4C9qhdXuGK7M85o5rqUrZG3TPJJk07bxAfrrSAkgntRCELjjtSE7YUjUKoMgHHNScUaokYjYMWHNRrnndjAzRWnkpIGzkGl5UFFkhIQgx64oeaU7hntisdiz5NMTk+v6qCKsOzTnfIrHy4p0oWGFbk0G0mW2+tEJkKrGnRikUPxxBovMMkGsk3RsdoCgCllhs8p7UxlpPOWyDxWhUloW3Y+Gy6yeJ2qzdNda3ekSLGX8eP8ANDntVQlfYjLt7UI7batyKeNP07ZH8UdMuN2+JRMBwMVVNf8AilrVwHt7d/q0WeCPaudls/cpDDP3zSE0KWGKJ656iubob3cs/q9R7tJctuZ9y0NbqDgipB12bV96Yp2Gko+DMkRXNDFGPaip3bNIhPHNQhlvAWzxyBzVs6OggW6R5G8iYJz6moexRXODjB9am9E2JJtHJznHuKJYxWWdRO4WVzGujtKQUj2hUwMcmq51I2y0kvWUJ5No57mmL/XI/wAk20SuyhsMFPbig+urxk0a3thHuMy72I9Ktwo5uNNytnMNQkfzbhw5zUI7MZCig9+DVj1JBJZmQsPwqJMShQxHNG4uKOpF34DiEs2/HpikoBllY/d7GllmDYU8E81uXCqVAoEwtC4ZpUjJRiuO1Suia81mX8ZN7n87PaoRn+yyMZx2pos2zcAAaJOmKyxUl4dY6X64eOVoROyZwAPQ1aH6ttGk8G4cyFh+yuD6fPJGwk9FPNSz6oVVWDspJ4z3psaZhnw02dV1I2MdrvinVCwzj1qvt1K8UixxSBivAz61TbnWmZMSMSSMd6GsbrbJ4udwHvRWkRcXXyOoaR1Bfm6RJEwjeoNXW31W0Cos8CjPZmNcLttXmhk3rKSB3HtR0nULPJFukkk9QM1bxp7Ms+LK/iduutbtbmz8MeGyrw270qt9XXEV1YQRw3KgRn7hrlN11MXMiRTshJ7A9q02utJEI3kJk/Sz2oY4op0g44sy/kWcT2ySOpk5By2aH1DqF4FIjmAXsAKrc87urOzbuO9Qt9dtIVOMYGDR5k0qRoxcWMv5E7c9ReMruHcn0yeDQya/NJH9oxfB8qiq5ubJ4yK2reXg4rNGfVmv/TYyXn166lZgHZQRyBQNzPNMhOSENCA4YAc0/E2Gwfu4qPK5IOOKMfDIX2Y3DOaZuZhuI+fanJ2UYZf1Cg3JeRSR5iaXLT2GvAyMo3mHBHpTkqEDvyRQyZDnFOxMXbls0uhn0KjzzmjIlHhg0Kw8ynHBogMACADRduqJVsSxR2YYpqbYoApx2VRwOTTPDNyKuO1ZGxHl7VuQBYD7+lNucTZHbNLmbzYA9KJ60DYzahyCxpcMu6fGMU60W2INnHFMIBsDHjmqT+iLY/djCj5HmjEJ2L+FBfeBRu5NSKLhFHyqBLQ71kWbqHUE3cC4k/eND2qhLIkfnHNP6nE0/UOqMxBAupM/7RrLaNSu0HKhSaVAFDttIwUvjvxUnosccrO7/dU5oK2wEGQO9HWeUglTgc1JfxotaYqUZcrkfKnEOFTcOUUkmhxGd7DJyB3reoyGGB8OMMoAo4lvwA1Nd1qr7iS57U1aQ7XCkY8tOvIJViQjAArVrzLKx8ygUywox0OrhYnP6eaatiWcfogYpydgIF+QpixbK7B331T8Ya/kKAZbg47ipK3z4ZJ7mgFYmdjj1xR6djg+lDLxDcPrGZTnljxQN1IzPtjGAO9GshkXeeMVG3m6Ji49ar6DzSXgK7+JcbQ+MUtH82A3NNMPKTs8x9a1EGCeKVwBUXhlbfhu8bkLnilwSZGwH9VBTy5OT3NCpO6XOc4qmA2WLZiIFTyKUMNECp59aj7W73tt9+9H20kbP4Y9PWmQQuQUssePJ94UHqM4S1ZXPemGn2S59DQGpTi4faDwKtyKWhuyiMkzSY79qn4ZAtuqfnDvQGmQskORzRCOu5mbiigqLk7E3k2yBsLhjUC7PIp3DmitTuZLg/ZcLQUe786kZJdmMghewogNPxAiPJpEOJGCnOBRcqJJGI0yAKpbRbA5G5wfXtTtu/G0mtTgKoz39KYVWHmzQyjZSdEl3UjPNDzNJ2PYVuMMAGJp9RuXeR5fWhhDqFKVgcS7pAcc0dtYJimcKPMg5NPQ+JtLt2pvoNmljcrnOBWtm3505bSguyyHyntSXJyQo/CmoqwackZFBszsMHtR0iM+c8Gh2tyFJzkVJJkTEJ4apmm5eVzTpTK8CtqgKYek0E3YvTl4Io9cMefSh7NQIsn0ojb5eKZBVsVLY3Mo3Bq1FHkM/wDVTr/yfPNLsl3NsWrr6J4FWfliZyMYWpXQJxHeeJIu4AciiRoLQ6Mtzg5kzhT+FRmg5zeXJyFhiJbPuTgCmP4iNZLJEX/5Qv44h5Ujfbj5ZqwajJNeXDFydgGEB9AKpHTTJPqSK8m15JBk+3NdZv7G2ttOjuA4lAbYCPfFFjfakJzx6Wzm3UFuIwqAZJqDkIwFJ7VZOoQWZ5B6dqqNyS7Mo4I5zTuT8R3Gl2iZK32mAPnWsbmJPOaaMpGB3NZEzk5xWPtbNAvbx5aRMSItpGa25ZNxWkljkHGciruiqs3bOGjIWlysAFx6UhVCpleCTWpGKHBFXYNDoIdfnTzkIEAPpzQ20gAisLMSBUTojQ4bgh8AcVuOdhKZB2pqXIzj2ppZCI+R3qv2NF9RsRbJnmzneaehYFwPWmpD9n+utA4dXBqdy6JOW5kOV3YwKEdWY575rcjB1yO5pLblIO7sKJzsiVCQpAIrEQeETnk1tTuOSe9aI2AqfWlFjG0hs54p4NkUjhFyTWoyufxq7KNOxCjI71mwmQccUptxAFOKxBAwKqi7FQcBt3etwRncfnTaJK7k0Vbhgcmq8ItmOvbPpTiONuK1Mdxz61q1HlZm5JqLZbdDc7YIxTaNtyfzqXOCqlu4oeJ93I7UcXRGKKljg0+kQJGaSz+TAHmzS97KPnVpWUzdy4HkPoKEUkxKhHGadlyw3N7U2h4GajLQpWAOAOaPjDbF/AUD5W5HBo6NW8NefQUrwskNRRV1nUlwctdSZ/2jTsNpHEJM5xt4p3WP/au9UAAG4k/eNKAZpcDtQvREht4gkoRc4yDTjnz7UBG5ua0hZ7hlPoe9LhyXdz2qn6EIM2ZX2HihrtGlfv5RxSwNpyD3NOuVRBkZb1pnhL0MrCVjbGDgcVpE8KGQ+prW7ttJGOTTkbGRW9SBjFX4MWkDTliqR/pLmndNjUyMy87Rk0qDaJAZB8hTumKscFwR94k4qm9MkRJU+ITj504m7acetZCTklu3angoXIFVekOhqLYmC33mmtbt4RchI5A6Y/DafapCPENukjY5FQj5k3sPViaJOzPN27BJYGDqu/jHFD6jMiwLGDz60ZOTEoLDJxxUdOh2iVlyM81GqAsDlJPmA4FCxo7Tbm7Ht8qJLZbFYiY70u9lXQ9aKUzt5HrRhdkGF9fWshjSK13A5Jpt2GeD+NNT0AIvJQI19x3oOBS0pfHlrd3Jl2FEWfEYz2qntl/RIWzlY+PWhtYuDHBhfvUgyFOx4FR13cNLMSeQKtvRUfRuGVxGTmnRkoG96SsYK8CjLOIMMEdqBIc5CoEwQQOKeYkKSuKcC+U4HahN4XcW70aiLbsW8IbDOaHKF2O04ApbShmPPlA4piKUBse9RssIgLKfPyKLeYfVcKMChQQy8elaO9sAfdzzVJFMdQF+QOKdVZHGAfKK3EMLsUd6deRY0Cr3HeooA9geYBMKvc0pSxI3DFYoEsm9uPalO2OBzTEWNyDjNNTuFjwOc0U8DbSTQc0bbOO1XOa8Lihl3ZQPalR5fuK0y7gAaIhjKr86Uo/ZbdD9uFXgDvRAQknFJsowykn3otSiMfXFMhHQqT2MzoqQfqp3Q7cyOrdgxpqaRZX2HjipnQbVnWMJxzTcasDJOkW9blF0aP6wv3MomfU1CnTIV6cugpw0k4VseuBmp7ULZINGWKRxK6ecY/Ch/CSy6Sivrhg31pyyr7elSbTox8eTinZWujNMSS/lu3jPh26FiPc+lXbrW6kttC0uNYvCE25yPXjipr4VdOJdaVJdSqDHO/mHyBqQ+Nmk28eiWV7Em3wH8MAdsGhwSXZIbkf7Gzj9/vntiuecVT7hJlk2Hg5q3Fstj5VBas6/W1VV4A5NbeZj+Nk47pEOwIlVfSi1AXBHY0wyZfcD60uVtqg+lcxGz6NyoW+6eDW1VQuD3pCsCu/PFaVg/NRkQgo/iYzxSSxckdyKediDgeopmEAbgPvVLI2PRq2Dk9qWEJIraYZfYmlrgODmroGxll+0Jz3703KgJ2L2FFAqXYY4ofKiQk1TCTsZKHaM/rpoKcn2p2SQsxXsK0AARz3qidjTtgAA0sK0gznsKbxiU5HFLGQ/B4NWT0VGp3ADtS7lgvetRlgxHpSZT4owPSqLsYfJ4PrS4kBHzFZsYsMDiiCgBBFWkUMMr7sCsG6NskcUYibW3HsazCM20jircSRZkeVUH1NOnAwM0h0YAEelYcnHvVSRLNXBIj8p5FNJI2zjuay6yybgeRWgV8MHsapIuxTk/V2UnmhoFxGcd/anmBYZPekEecAd6KiC0zuBrMsG5pyFQsgVu9JuGHJ+dFGJTYi4DbcZ70P5hgE0T98g1sWpkOR6VTLFWsSsuT3qUjUbF49BQ8MKwoVcebFSkaHw18voKVItOg7WIvD6ivT/ANJl/eNNx/Z+f89qysoZfyLQiFWkbaFOTS5FaMbQrYHesrKNljSAA/dpcysy8JWVlRBf8owISU3MpHyrFVkt3ZUZfnWVlVEtiooWZxT8aMivWVlUy0LWNdwytPNG23yJWVlT7HP+I3frKXihCHG3NNLZt9UOyM571lZRIQyIv1YjlTQVwypDgq1ZWVJg/wDKRrq2dwWiLVGPmK1lZSkUFzrhKEibDVlZTAEb8FXyw96WLZwSwPGKysq0EgXUN6LQEHiOayspci0Hxo+R5KPtkk2/ydZWU1FDcni8ZWhnzlsrWVlEyhHhMRnbWCNicbaysqiD4jcCnP8AJ7aysqyBVp28Sm/DkklrKyrJASF2/m0sLu/MrKyrIwhEZsk0lVVgQaysqFDX1cVnh1lZUZB+38iHyViSZc+SsrKtAiIQ5m/k/WrettLbCMj82srKZh+zNyP5BV2LuCBBKAxmXKhu+DQkjXEsyRysWhhXCoewzWVlWCv/ANnfuiI4rbpyytrXw/Ki7/76h/jVqdvD0uth/KS3Mg2fLHf+2srKXBf7qE4f4HBppvDLbahrxvFB3VlZW/kmrAAiNvFrcsbZxWVlcpGlGvD2J92nfq/FZWVbIgZwy8Vio681lZVEQ/H2+5Sk7/crKyjYLMKsqmhirM1ZWVRDNu6t7dtZWVRY07b63GuKysoUWhbQODk05Gigc1lZTIFM3F3pQjd5KyspiIKkUhcHvSIFfcd3asrKCRTHn3baGXduNZWULIjXnzWScVlZUYQ4hZkztrdupZ8baysq0QdaJy/lTikNbMX8qc1lZTgUOJaNG67qeVWjLbayspQQwm88fnVeLDRNRNjAcP8AyS/nfKsrKzzZZ//Z</binary>
</FictionBook>