<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>sci_linguistic</genre><genre>ref_ref</genre><author><first-name>Jean</first-name><last-name>Maillet</last-name></author><book-title>365 expressions de nos grands-m�res</book-title><annotation><p>Jean Maillet conna�t ses classiques ! Il part � la recherche des origines parfois surprenantes des expressions pr�f�r�es de nos grands-m�res. Celles qui ont berc� notre enfance et qui nous charment encore aujourd'hui par leur d�su�tude et leur originalit�.</p><p>Ethnologue de la langue fran�aise, il m�ne l�enqu�te au fil des pages pour nous r�v�ler ce qu'�tait <emphasis>un patachon, un as de pique ou de la gnognotte</emphasis>. Malicieuses, imag�es, ces expressions sans �ge font encore notre bonheur quotidien et t�moignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l�histoire populaire du fran�ais !</p><p><emphasis>Jean Maillet est sp�cialiste de la langue fran�aise, il a publi� de nombreux ouvrages dont </emphasis>Langue fran�aise : Arr�tez le massacre !</p></annotation><date>2012</date><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>fr</lang><src-lang>fr</src-lang></title-info><document-info><author><nickname>papamuller</nickname></author><program-used>calibre 2.69.0, FictionBook Editor Release 2.6.6, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date value="2017-07-18">18.7.2017</date><src-url>lib.rus.ec</src-url><src-ocr>Scan &amp; OCR: &#x410;&#x43D;&#x43E;&#x43D;&#x438;&#x43C;</src-ocr><id>2f89b0a7-a6e3-4089-9e5a-96af2efadbe2</id><version>1.0</version><history><p>1.0 � &#x421;&#x43E;&#x437;&#x434;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; fb2. &#x421;&#x442;&#x440;&#x443;&#x43A;&#x442;&#x443;&#x440;&#x430; &#x43A;&#x43D;&#x438;&#x433;&#x438;, &#x444;&#x43E;&#x440;&#x43C;&#x430;&#x442;&#x438;&#x440;&#x43E;&#x432;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; &#x442;&#x435;&#x43A;&#x441;&#x442;&#x430;, &#x441;&#x43D;&#x43E;&#x441;&#x43A;&#x438;, &#x43F;&#x435;&#x440;&#x435;&#x43A;&#x440;&#x435;&#x441;&#x442;&#x43D;&#x44B;&#x435; &#x441;&#x441;&#x44B;&#x43B;&#x43A;&#x438; &#x432;&#x43D;&#x443;&#x442;&#x440;&#x438; &#x434;&#x43E;&#x43A;&#x443;&#x43C;&#x435;&#x43D;&#x442;&#x430;, &#x431;&#x435;&#x433;&#x43B;&#x430;&#x44F; &#x432;&#x44B;&#x447;&#x438;&#x442;&#x43A;&#x430;. &#x41E;&#x431;&#x440;&#x430;&#x431;&#x43E;&#x442;&#x43A;&#x430; &#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442;&#x430;&#x43C;&#x438;. &#x41E;&#x431;&#x43B;&#x43E;&#x436;&#x43A;&#x430;, &#x434;&#x435;&#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442;&#x43E;&#x440;. (papamuller, 4PDA; &#x438;&#x44E;&#x43B;&#x44C;-&#x430;&#x432;&#x433;&#x443;&#x441;&#x442; 2017�&#x433;.)</p><p><strong>&#x41D;&#x435; &#x437;&#x430;&#x43F;&#x443;&#x441;&#x43A;&#x430;&#x439;&#x442;&#x435; &#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442; �&#x413;&#x435;&#x43D;&#x435;&#x440;&#x430;&#x43B;&#x44C;&#x43D;&#x430;&#x44F; &#x443;&#x431;&#x43E;&#x440;&#x43A;&#x430;�. &#x42D;&#x442;&#x43E; &#x443;&#x431;&#x44C;&#x435;&#x442; &#x444;&#x43E;&#x440;&#x43C;&#x430;&#x442;&#x438;&#x440;&#x43E;&#x432;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; &#x442;&#x435;&#x43A;&#x441;&#x442;&#x430; &#x441;&#x43E;&#x433;&#x43B;&#x430;&#x441;&#x43D;&#x43E; &#x43F;&#x440;&#x430;&#x432;&#x438;&#x43B;&#x430;&#x43C; &#x444;&#x440;&#x430;&#x43D;&#x446;&#x443;&#x437;&#x441;&#x43A;&#x43E;&#x439; &#x43F;&#x443;&#x43D;&#x43A;&#x442;&#x443;&#x430;&#x446;&#x438;&#x438; &#x438; &#x441;&#x438;&#x43D;&#x442;&#x430;&#x43A;&#x441;&#x438;&#x441;&#x430;!!!</strong></p></history></document-info><publish-info><book-name>365 expressions de nos grands-m�res</book-name><publisher>�ditions de l�Opportun</publisher><city>Paris</city><year>2012</year><isbn>978-2360751709</isbn><sequence name="HORS COLL"/></publish-info></description><body><title><p>JEAN MAILLET</p><p>365 expressions de nos grands-m�res</p></title><epigraph><p><emphasis>Pour Jean-Pierre RODRIGUEZ,</emphasis></p><p><emphasis>affectueusement,</emphasis></p><p><emphasis>au nom de nos valeurs partag�es.</emphasis></p></epigraph><section><title><p>Une merveilleuse imagerie lexicale</p></title><epigraph><p><emphasis>Seulement les grands-m�res, madame Rostaing, c�est comme le mimosa, c�est doux et c�est frais, mais c�est fragile. Un matin, elle n��tait plus l�.</emphasis></p><text-author>(Marcel PAGNOL, Na�s)</text-author></epigraph><epigraph><p><emphasis>Les vieux ne meurent pas, ils s�endorment un jour et dorment trop longtemps.</emphasis></p><text-author>(Jacques BREL, Les Vieux)</text-author></epigraph><p>Restent de nos grands-m�res des souvenirs parfum�s qui �veillent des mots ou que des mots �veillent. Ces mots ne sont jamais banals. Ils nous parlent d�un temps certes r�volu mais, eux, ne meurent ni ne dorment. Ils continuent de faire vivre longtemps, tr�s longtemps, m�me quand nous sommes � notre tour devenus vieux, l�enfant qui est en nous.</p><p>Manquerait plus que ces mots disparaissent ! Ils sont si pleins de malice et de po�sie, d�une expressivit� si vive et si vitale dans un monde o� la langue s�affadit � mesure que la pens�e se d�labre ! Ils sont aussi parfois empreints d�une paillardise bon enfant, rarement vulgaire, alors que bien des formules d�aujourd�hui s�avilissent � mesure que les m�urs se corrompent.</p><p>Les expressions de nos grands-m�res sont d�une inventivit� sans cesse renouvel�e : elles jouent de l�euph�misme, de l�hyperbole, de la m�taphore, de l�ironie, de l�archa�sme, de la m�tonymie. Il leur arrive m�me de promouvoir de l�argot ou des r�gionalismes l� o� la langue acad�mique manquerait d��loquence. Elles coulent de source quand la parole moderne se tarit � force d�aller � vau-l�eau. � l�image de la musique dont elles �pousent souvent rythmes et m�lodies, les expressions de nos grands-m�res savent exprimer l�inexprimable. C�est bien pourquoi elles nous enchantent. Revivifions donc ces locutions d�antan : elles m�ritent de nous survivre. Qui parle de nostalgie ? Il s�agit de renaissance. Qui parle d�obsolescence ? Il n�y a que r�surrection, car les mots de nos grands-m�res peuvent �tre des paroles en devenir.</p></section><section><title><p>ARGENT</p></title><section><title><p id="link_32">Cracher au bassinet</p></title><p>� C�est toujours aux petites gens de <emphasis>cracher au bassinet</emphasis> ! � La rengaine revenait souvent dans la bouche de grand-m�re, pourtant tr�s �conome mais dont les revenus, bien trop chiches, ne pouvaient emp�cher que fussent douloureuses des ponctions consid�r�es comme bien trop fr�quentes. Il faudrait avoir � la bourse au roi de Chine �, disait-elle, r�interpr�tant � sa fa�on le patronyme du c�l�bre banquier britannique.</p><p><emphasis>Cracher au bassinet</emphasis>, c�est donc donner de l�argent mais � contrec�ur. L�expression, apparue au XIX<sup>e</sup> si�cle, a remplac� <emphasis>cracher au bassin</emphasis>, que l�on trouve d�s le XVI<sup>e</sup> si�cle, d�abord dans les <emphasis>Contes et discours d�Eutrapel</emphasis> de No�l du Fail (1585), juriste et �crivain breton : � [�] vous cracherez dans le bassin tout ce que vous avez jamais hum� et d�rob�, comme faisait l�empereur Vespasien, qui disait ses receveurs ressembler une �ponge�[�] �. Au moins Du Fail proposait-il dans ce m�me ouvrage une mani�re de consolation puisque, selon lui, � [�] quand la bourse s�est r�tr�cie, la conscience s��largit �. En parlant de � ce que vous avez d�rob� �, Du Fail rattache l�expression � l�origine �tymologique que lui attribueront No�l et Carpentier en 1831 dans leur <emphasis>Philologie fran�aise ou Dictionnaire �tymologique</emphasis>. Il s�agirait d�une locution employ�e � la cour des Miracles � dans le langage des gueux et des filous � qui devaient � venir d�poser dans un bassin qui �tait plac� aux pieds du chef supr�me [le Roi de Thunes ou Grand Co�re], l�offrande ou r�tribution � laquelle chacun des membres de leur soci�t� �tait tenu �. La m�me <emphasis>Philologie fran�aise</emphasis> fait aussi allusion � � ces aum�nes qu�� certains jours solennels on ne peut honn�tement se dispenser de faire en jetant par compagnie quelque pi�ce d�argent dans le plat des marguilliers �. Le verbe <emphasis>cracher</emphasis>, employ� seul, a eu d�s le XV<sup>e</sup> si�cle le sens argotique de � parler � (cf. <a l:href="#link_37">infra</a>, <emphasis>tenir le crachoir</emphasis>) puis � faire des aveux �, notamment sous la contrainte, avant de signifier � payer �, donner de l�argent de mauvaise gr�ce se r�v�lant aussi p�nible que d�avouer ce que l�on aurait voulu garder secret.</p></section><section><title><p>Au prix o� est le beurre</p></title><p>Le beurre fut longtemps consid�r� comme un produit de luxe r�serv� aux nantis (l�huile �galement, bien que dans une moindre mesure). Les pauvres, eux, devaient souvent se contenter de saindoux (graisse de porc fondue) pour faire leur cuisine. Le beurre est ainsi devenu dans bien des expressions le symbole de l�argent, de l�aisance, du profit, voire de l�abondance, comme <emphasis>mettre du beurre dans les �pinards</emphasis>, � am�liorer ses revenus �, <emphasis>faire son beurre</emphasis>, � r�aliser de bons b�n�fices �, <emphasis>vouloir le beurre et l�argent du beurre (et la cr�mi�re par-dessus le march�)</emphasis>, � ne pas vouloir choisir entre deux profits oppos�s �, <emphasis>l�assiette au beurre</emphasis>, � source de profits plus ou moins honn�te et souvent li�e au pouvoir politique �, etc. Dans <emphasis>au prix o� est le beurre !</emphasis>, il devient une sorte de r�f�rence pour exprimer la chert� de la vie, l�exclamation venant toujours � propos pour clouer le bec � l�enfant g�t� qui, passant devant l�une de ses vitrines pr�f�r�es, qu�mande bonbon ou joujou :</p><p>� Dis, grand-m�re, tu veux bien me l�acheter ? Regarde, c�est pas cher ! � Et l�a�eule de r�pliquer : � Ben voyons, au prix o� est le beurre ! �</p><p>Paradoxalement, l��quation � beurre = argent � est contredite dans <emphasis>compter pour du beurre</emphasis>, � �tre consid�r� comme une quantit� n�gligeable �. L�expression, probablement issue de jeux enfantins, semble se rattacher � une autre, plus ancienne, <emphasis>ne pas vendre son beurre</emphasis>, signifiant � faire tapisserie � en parlant d�une jeune fille qu�aucun danseur ne vient inviter dans un bal : � Manquer un quadrille, faute de cavalier, c�est une v�ritable humiliation pour une personne qui n�est pas trop disgraci�e par la nature. � S�, on appelle cela (passez-moi l�expression<emphasis>) ne pas vendre son beurre</emphasis>. Quand une jolie femme a eu le malheur de �ne pas vendre son beurre�, il faut qu�elle y pense au moins huit jours entiers avant de s�en consoler. � (E. Dupr�, <emphasis>Le Docteur Caritan</emphasis> in <emphasis>Revue contemporaine</emphasis>, 1857).</p></section><section><title><p>Un gros bonnet</p></title><p>Il fallait �tre au moins directeur du Comptoir national d�escompte, patron des galeries Farfouillette (on ne parlait pas encore de PDG) ou commandant d�armes de la place de Trou-en-Cambrousse pour que grand-m�re s�exclame d�un ton mi-moqueur, mi-respectueux : � C�est un gros bonnet ! � Dans son esprit, le qualificatif �tait plus li� � la notabilit� qu�� la richesse.</p><p>Pour s�r, ces gens-l� sont d�importance, comme ceux � l�origine de la locution : clercs de justice (basoche et magistrature) caract�ris�s par leurs bonnets carr�s et docteurs en Sorbonne symbolis�s par leurs bonnets ronds, tout ce beau monde, lors de d�bats tr�s s�rieux, exprimant son accord en opinant justement du bonnet. D�signant d�abord ces respectables et doctes personnes, l�expression <emphasis>gros bonnet</emphasis> s�est par la suite appliqu�e � tous les riches et puissants : grands banquiers, hauts grad�s, cadres dirigeants, PDG de tout poil, dont Jules Vall�s pr�tendait qu�ils sont partout consid�r�s, sauf � Paris : � On sait bien que les gros bonnets couvrent souvent des t�tes vides. On n�a pas le respect des personnages dans ce Paris, parce qu�on n�en a pas la peur � (<emphasis>Le Tableau de Paris</emphasis>, 1882�1883).</p></section><section><title><p>�a ne se trouve pas sous le sabot d�un cheval</p></title><p>C�est �videmment d�argent qu�il est question, celui que l�on gagne � la sueur de son front, non en boursicotant ou en jouant � la loterie. Bien s�r, pour les turfistes qui misent sur le bon bourrin, l�argent peut se trouver, dans un sens figur�, <emphasis>sous le sabot d�un cheval</emphasis> mais c�est l� une tout autre histoire !</p><p>L�expression fut d�abord <emphasis>cela ne se trouve pas dans le pas d�un cheval</emphasis> comme il est attest� d�s 1640 chez Antoine Oudin avec cette explication : � Ne se trouve pas facilement. � <emphasis>Pas</emphasis> y est synonyme de � trace �. L�allusion est tacite : ce que l�on trouve g�n�ralement apr�s le passage d�un cheval, c�est du crottin et l�on a beau le nommer � l�or noir des jardins �, il faut �tre le � pauv� paysan � imagin� par Fernand Raynaud pour penser que le crottin peut rapporter beaucoup d�argent !</p><p><emphasis>�a ne se trouve pas sous le pas d�une mule (d�un mulet)</emphasis> est une autre variante.</p></section><section><title><p>Qui paie ses dettes s�enrichit</p></title><p>Avoir des dettes : pour nos grands-m�res, l�horreur absolue, la cause de tous les cheveux blancs, la raison des nuits sans sommeil, la peur du qu�en-dira-t-on, l�opprobre, l�ignominie !</p><p>La sagesse recommandait donc de se contenter de ce que l�on avait, de se priver m�me plut�t que de devoir de l�argent et si, par malheur, on devait tout de m�me emprunter, il fallait s�acquitter au plus vite de sa dette pour recouvrer un esprit libre et �viter de tomber dans le maelstr�m infernal, celui qui ne cesse d�ajouter les int�r�ts au capital et de vous appauvrir encore plus, tant p�cuniairement que moralement. Mieux valait �tre la petite fourmi �conome plut�t que la cigale d�pensi�re et emprunteuse de la fable. L�adage disant que <emphasis>qui paie ses dettes s�enrichit</emphasis> prodiguait donc un conseil fort avis�, m�me si certains, comme L�on Bloy, ont pr�tendu le contraire, avec humour et non sans une certaine mauvaise foi : � QUI PAIE SES DETTES S�ENRICHIT. J�avoue ma compl�te inexp�rience. J�ai assez souvent pay� mes dettes, quelquefois aussi les dettes des autres, et je ne remarque pas que ma richesse en ait �t� consid�rablement augment�e � (L�on Bloy, <emphasis>Ex�g�se des lieux communs</emphasis>, 1902).</p><p>Question subsidiaire et d�actualit� : que vaut le proverbe pour les pays europ�ens qui, en pleine crise �conomique mondiale, peinent ou faillent � rembourser leur dette publique ?</p></section><section><title><p>Les doublures se touchent</p></title><p>L�argent coule ou tend � couler, ce qui correspond bien au qualificatif de � liquide �. C�est en effet parce que les pi�ces de monnaie et les billets de banque peuvent circuler librement qu�ils sont imm�diatement disponibles et ne n�cessitent aucune formalit� administrative pour passer de main en main, que l�on parle d�argent liquide<a l:href="#n_1" type="note">[1]</a>. Billets et pi�ces coulent si ais�ment qu�ils filent entre les doigts et qu�il faut souvent, trop souvent, rendre visite aux distributeurs automatiques.</p><p>Point de ces automates du temps de nos grands-parents (point non plus de ch�ques ni de cartes de paiement) : quand l�argent liquide filait trop vite, on venait � en manquer, in�vitablement, et force �tait d�attendre la paye suivante pour que portefeuille et porte-monnaie se regonflent, opportun�ment. Dans l�intervalle, ces objets de maroquinerie �taient affect�s d�une douloureuse �tisie et grand-m�re se lamentait : <emphasis>les doublures se touchent !</emphasis> Avouerai-je que je l�ai parfois soup�onn�e d�utiliser la formule pour ne pas avoir � y mettre la main ?</p></section><section><title><p>�pargne, �pargne, c�est pas des truffes !</p></title><p>Je tiens cette savoureuse expression, comme quantit� d�autres, d�un mien beau-fr�re, qui lui-m�me l�avait entendu dire � ses grands-parents sarthois chaque fois que l�on avait la main trop lourde, en se servant ou en servant autrui.</p><p>Dans la Sarthe, comme dans quelques autres r�gions de France, les <emphasis>truffes</emphasis> (prononcez <emphasis>trufjes</emphasis>) ne d�signent pas ces champignons ascomyc�tes on�reux, tr�s recherch�s, qui font la fiert� des P�rigourdins (l�exclamation serait alors incoh�rente) mais tout bonnement les pommes de terre : nourriture du pauvre par excellence, les � patates � �taient bon march� et l�on pouvait en manger � sati�t�, ce qui n��tait �videmment pas le cas pour des denr�es plus ch�res qu�il fallait � �pargner �, entendons, �conomiser. Alors, si dans une soir�e mondaine vous voyez le loufiat servir le caviar � la louche, n�h�sitez pas � lui dire : � �pargne, �pargne, c�est pas des truffes ! �</p></section><section><title><p>Mettre (avoir) du foin dans ses bottes</p></title><p>L�expression suppose un bon fonctionnement de ce que l�on appelle aujourd�hui � ascenseur social � puisqu�elle s�applique � celui qui, issu d�un milieu modeste, a r�ussi � devenir riche<a l:href="#n_2" type="note">[2]</a>. Certes, <emphasis>mettre du foin dans ses bottes</emphasis>, c�est jouir d�un meilleur confort. En outre, pouvoir chausser des bottes, c�est d�j� mieux que de devoir se contenter de sabots, fussent-ils garnis de paille. Du sabot � la botte, comme d�ailleurs de la paille au foin, il y a, sans nul doute, am�lioration du standing. Alain Rey et Sophie Chantreau pensent que l�expression joue �galement sur l�autre acception du mot <emphasis>botte</emphasis> : � meule �, une meule de foin bien pleine et bien serr�e pouvant symboliser le � paysan parvenu �, pour reprendre un titre de Marivaux.</p><p>Fureti�re (1690) mentionne une expression �quivalente : � <emphasis>Cet homme a mis de la paille en ses souliers</emphasis> [signifie] que c��tait un gueux qui est devenu riche en peu de temps. �</p></section><section><title><p>Quand il n�y a point de foin au r�telier, les chevaux se battent</p></title><p>Autre proverbe issu du monde paysan. On dit aussi <emphasis>les chevaux se mordent.</emphasis> On trouve �galement : <emphasis>Quand il n�y a point de foin au r�telier, les �nes se battent</emphasis> (�mile Gaboriau, <emphasis>L�Ancien Figaro</emphasis>, 1826). La signification est claire : la mis�re est source de conflits. Grand-m�re disait cela en parlant de m�nages o�, � cause d�un manque d�argent, maris et femmes se querellaient. C�est en effet le contexte habituel o� l�on utilise cette locution proverbiale, comme dans cet extrait du policier Pierre Louis Canler (1797�1865), chef de la s�ret� parisienne : � [�] j�ai une de mes anciennes amies qui avait quitt� son mari, parce qu�� eux deux ils f� la mis�re par quarteron, si bien qu�ils ne pouvaient plus rester ensemble, parce que, vous savez, quand il n�y a plus de foin au r�telier, les chevaux se battent [�] � (<emphasis>M�moires de Louis Canler</emphasis>, ch. XLI, 1861). Le proverbe s�applique aussi aux domaines social et politique ; il nous dit alors que la mis�re des peuples est la cause de r�voltes, de r�volutions ou de guerres : � Ramener la prosp�rit�, c�est en Mac�doine, par exemple, l�unique secret d�une pacification d�finitive. �Quand il n�y a plus de foin au r�telier, les chevaux se battent�, dit un vieil adage fran�ais. Que le paysan mac�donien s�enrichisse, et il n�y aura bient�t plus ni Bulgares, ni Turcs, ni Grecs, mais seulement des propri�taires pr�occup�s d�engranger leurs r�coltes et de mettre � l�abri leurs �conomies. � (Ren� Pinon, <emphasis>L�Europe et la jeune Turquie � Les aspects nouveaux de la question d�Orient</emphasis>, ch. II, 1913.)</p></section><section><title><p>Pauvre comme Job</p></title><p>Selon un manich�isme d�une aimable na�vet�, grand-m�re avait tendance � diviser la soci�t� entre les � riches comme Cr�sus � (ceux qui ont <emphasis>la bourse au roi de Chine</emphasis>) et les <emphasis>pauvres comme Job</emphasis>, se rangeant un peu exag�r�ment dans cette seconde cat�gorie.</p><p>Job est un patriarche biblique dont le nom signifie � ha� � en h�breu. Bien qu�il incarne l�homme juste, il est victime des multiples malheurs que Satan lui envoie et, du � plus grand des fils de l�Orient �, il devient le plus d�muni des serviteurs de Dieu : � Mes soupirs sont ma nourriture, et mes cris se r�pandent comme l�eau. Ce que je crains, c�est ce qui m�arrive ; ce que je redoute, c�est ce qui m�atteint. Je n�ai ni tranquillit�, ni paix, ni repos, et le trouble s�est empar� de moi � (Job, III, 24�26). Ainsi se plaint-il dans le livre de l�Ancien Testament qui porte son nom (le premier des Livres po�tiques). Pauvre, Job l�est donc devenu, assur�ment, d�un point de vue moral tout autant que mat�riel puisque la tradition le repr�sente nu sur un fumier, mais il continue pourtant de croire en la perfection divine. � Quand vous auriez tous les sceptres, toutes les couronnes, l�empire de l�univers, si vous n�avez pas Dieu, vous n�avez rien ; et quand vous seriez sur le fumier comme Job, si vous avez Dieu, vous avez tout �, nous dit le pr�dicateur Jean-Baptiste Massillon (1663�1742) dans son <emphasis>Sermon pour le jour de P�ques</emphasis>. Force est pourtant de constater que l�expression <emphasis>Pauvre comme Job</emphasis> ne retient que la d�ch�ance du personnage, non son in�branlable foi !</p></section><section><title><p>Ne pas mettre tous ses �ufs dans le m�me panier</p></title><p>� J�ai avis� � tout. Il ne faut pas mettre tous ses �ufs dans le m�me panier ! J�ai des cartouches et des souliers dans un souterrain, un ancien tombeau sous la colline Saint-Michel, � deux pas d�ici� J�ai des balles et de l�eau-de-vie dans trois villages de la c�te. J�ai du riz et des gibernes dans les ruines du couvent. J�ai� � (George Sand, <emphasis>Cadio</emphasis>, huiti�me partie, sc�ne premi�re, 1868). Ainsi s�exprime l�aubergiste et royaliste Rebec dans la pi�ce que George Sand situe au printemps 1793, pendant l�insurrection contre-r�volutionnaire de Vend�e. La prudence et la pr�voyance du personnage sont affaire de bon sens et rendent parfaitement compte du proverbe qu�il cite : savoir r�partir ses biens en plusieurs endroits afin de ne pas se retrouver d�muni en cas de coup dur. L�image est explicite : quelle que soit la solidit� du panier, s�il vient � tomber, tous les �ufs que vous y avez mis seront perdus. De la m�me mani�re, le richard qui investit toute sa fortune en une seule soci�t� risque fort de se retrouver sur la paille en cas de krach.</p><p>Pour grand-m�re, bien s�r, il s�agissait plus d��pargne que de sp�culation boursi�re : <emphasis>ne pas placer tous ses �ufs dans le m�me panier</emphasis> revenait � mettre quelques �conomies sur un livret de l��cureuil et � en �changer d�autres contre quelques napol�ons.</p></section><section><title><p>Toucher le pactole</p></title><p>Il faut, pour cela, gagner � la loterie ou h�riter d�un oncle d�Am�rique. � Source d�une fortune, de profits impr�vus �, telle est, depuis 1800, la signification de <emphasis>pactole</emphasis>.</p><p>Pactole (<emphasis>Pakt�los</emphasis>, en grec) fut d�abord le nom d�une rivi�re (aujourd�hui le Sart �ay) confluant avec l�<emphasis>Hermos</emphasis> dont le nom actuel est Gediz, en Turquie. Le Pactole traversait le royaume de Lydie. La l�gende nous dit que, sur les conseils de Dionysos, Midas, roi de la Phrygie voisine, s�y lava les mains pour conjurer le v�u qu�il avait bien imprudemment �mis et que ce fourbe de Dionysos avait exauc� : transformer en or tout ce que le souverain phrygien touchait� tout, y compris, funeste impr�voyance, aliments et boissons. C�est � la suite de cet �pisode que le Pactole se mit � rouler des sables aurif�res, ce qui lui valut le surnom de <emphasis>Khrusorrhoas</emphasis>, � fleuve qui roule de l�or �. L�infortune du roi de Phrygie fit la fortune du roi de Lydie qui se trouva vite en possession d�une immense richesse et sous son r�gne (561�542 av. J.-C.), cette ancienne contr�e de l�Asie mineure connut l�opulence. Au fait, quel est le nom du souverain Lydien ? Cr�sus, bien s�r !</p></section><section><title><p>Coucher sur la paille</p></title><p><emphasis>Coucher sur la paille</emphasis> (l�expression appara�t chez Fureti�re en 1690) fut autrefois le lot des prisonniers (la fameuse � paille humide des cachots �), des militaires en man�uvres ou encore des moines et moniales entendant suivre la R�gle�� qui oblige � coucher sur la paille et � faire maigre quatre jours de la semaine et durant l�Avent � (Adrien Augustin de Bussy de Lamet, Germain Fromageau, <emphasis>Dictionnaire des cas de conscience</emphasis>, 1740). Qu�il soit voulu (par mortification religieuse ou asc�se philosophique) ou subi, ce mode de couchage symbolise l�extr�me d�nuement. Les mod�les ne manquent pas, qu�ils soient bibliques (Job sur son fumier, l�enfant J�sus dans la cr�che) ou philosophiques (Diog�ne de Sinope dormant dans une jarre garnie de paille). L��quation � paille = mis�re � se retrouve dans <emphasis>�tre sur la paille</emphasis>, � �tre dans le besoin �, <emphasis>finir sur la paille</emphasis>, � mourir dans le d�nuement � et <emphasis>mettre quelqu�un sur la paille</emphasis>, � le ruiner �.</p></section><section><title><p>�a ne mange pas de pain</p></title><p>� Fais-nous donc un petit sourire, �a ne mange pas de pain ! � disait grand-m�re quand elle me voyait triste.</p><p>Cela ne co�te rien et peut faire plaisir ou rapporter un petit quelque chose, tel est en effet le sens actuel de cette locution famili�re, plus ou moins �quivalente de � si �a ne fait pas de bien, �a ne peut pas faire de mal �. L�allusion au pain que l�on mange est �videmment une m�taphore de l�argent que l�on d�pense, par n�cessit�, le pain �tant la base de l�alimentation. L�expression �tait d�j� mentionn�e par Fureti�re (1690), mais avec une signification plus n�gative puisqu�il y est question de choses sans int�r�t : � On dit aussi, des papiers et autres choses inutiles qu�on garde, Cela ne <emphasis>mange</emphasis> point de pain. �</p><p>Gaston Esnault (1965) nous apprend que <emphasis>Manger du pain rouge</emphasis>, c�est � vivre d�assassinats �, comme dans cet extrait d�Eug�ne Sue : � Il m�a fait observer que s�il ne mangeait pas de <emphasis>pain rouge</emphasis>, il ne fallait pas en d�go�ter les autres�[�] � (<emphasis>Les Myst�res de Paris</emphasis>, premi�re partie, ch. XII, 1842).</p></section><section><title><p>C�est un panier perc�</p></title><p>D�faut impardonnable pour grand-m�re qui savait �conomiser jusqu�au moindre bouton de culotte (il faut dire qu�elle �tait couturi�re et que sa grosse bo�te en fer o� elle gardait des boutons de toutes tailles, de toutes formes, de toutes couleurs et de toutes mati�res �tait un v�ritable coffre aux tr�sors !) : � Comment ! Il ne te reste plus rien de l�argent de poche que ta m�re t�a donn� ! Tu es un vrai panier perc� ! �</p><p><emphasis>�tre (un) panier perc�</emphasis>, c�est donc � d�penser sans compter � et ce, depuis Saint-Simon (1675�1755) qui en fait l�une de ses expressions favorites : � Ce cardinal �tait un panier perc� qui, avec de grands biens, de grands b�n�fices, et les premi�res charges de la cour de Rome, y �tait m�pris� par le d�sordre de ses d�penses, de ses affaires, de sa conduite et de ses meurs�[�] � (<emphasis>M�moires</emphasis>, tome cinqui�me, ch. XII, 1710). Ce <emphasis>panier perc�</emphasis> est � rapprocher du tonneau des dana�des qui, n�ayant pas de fond, se vide � mesure qu�on essaie de le remplir.</p><p>L�expression eut auparavant une autre signification, not�e comme vulgaire chez Antoine Oudin�(1640) : � Il est sot comme un panier perc�, <emphasis>c�est un grand badin</emphasis>. � L�image est ici celle du cerveau qui ne parvient � s�impr�gner de rien. Par une m�taphore voisine, <emphasis>panier perc�</emphasis> a aussi qualifi� celui qui oublie tout ou qui ne peut garder un secret. Toutes ces significations sont chez Philibert-Joseph Le Roux (1735).</p></section><section><title><p>Un fils � papa</p></title><p>Il est n� coiff� (allusion au morceau de membrane f�tale qui reste coll� sur le cr�ne d�un b�b� au moment de la naissance et qui est suppos� lui porter chance) ou, comme disent nos voisins d�outre-Manche, avec une cuiller d�argent dans la bouche car <emphasis>fils � papa</emphasis> d�signe tout jeune homme dont le confort mat�riel est assur� par la richesse et la haute situation de son p�re (30�% des �lus de notre R�publique, pr�tendait en 1990 un article du <emphasis>Nouvel Observateur</emphasis>) puis, par extension, les fils de bourgeois compar�s au fils de prol�taires. Le succ�s de l�expression est sans doute li� � celui du vaudeville de Maurice Desvalli�res, justement intitul� <emphasis>Le Fils � Papa</emphasis>, cr�� en 1913, et qui fut � l�origine d�une op�rette de Jean Gilbert, <emphasis>La Chaste Suzanne</emphasis>, dat�e de 1937, elle-m�me port�e � l��cran la m�me ann�e par Andr� Berthomieu.</p><p>Traiter quelqu�un de <emphasis>fils � papa</emphasis>, c�est le d�pr�cier en lui reprochant de ne rien faire, de vivre dans l�oisivet�, parfois dans l��go�sme, souvent dans l�orgueil et de m�priser une certaine France, celle qui, pour reprendre la formule d�un ex-pr�sident, � se l�ve t�t � pour aller au travail.</p><p>Si ma grand-m�re n�a pas connu le pr�sident en question, elle a connu des <emphasis>fils � papa</emphasis> et c�est peu dire qu�elle ne les aimait pas.</p></section><section><title><p>P�ter dans la soie</p></title><p>Formule croustillante qui se moque des riches (qui couchent ou s�habillent dans de la soie, �toffe luxueuse par excellence) en les consid�rant d�un point de vue quasi scatologique (p�ter). Elle relativise le pi�destal o� certains placent une aristocratie qu�ils id�alisent et dont elle rabat l�orgueil (il est vrai que bien des nantis pr�tendent parfois p�ter plus haut que leur cul). Elle nous fait penser � la c�l�bre phrase de Montaigne : � Et au plus eslev� throne du monde, si ne sommes nous assis que sus nostre cul. � (<emphasis>Essais</emphasis>, Livre III, ch. 13, 1588), citation que l�on modernise en � Sur le plus haut tr�ne du monde, on n�est jamais assis que sur son cul. �</p><p><emphasis>P�ter dans la soie</emphasis> en dit donc bien plus que l�explication qu�on lui attribue g�n�ralement, � vivre dans l�opulence �. L�expression appara�t dans le <emphasis>Nouveau Larousse illustr�</emphasis> de 1898 avec une variante : � P�ter dans la soie, dans le velours, etc. �</p><p>En 1900, dans <emphasis>Farandole des pauv�s P�tits fanfans morts</emphasis> (<emphasis>Soliloques du pauvre</emphasis>), le po�te Jehan Rictus d�cline l�id�e de belle fa�on :</p><poem><stanza><v>� Nous, on n�est pas des p�tits fifis,</v><v>des p�tits choy�s, des p�tits bouffis</v><v>qui n� font pipi qu� dans d� la dentelle,</v><v>dans d� la soye ou dans du velours</v><v>et sur qui veill�nt deux sentinelles :</v><v>Maam� la Mort et M�sieu l�Amour. �</v></stanza></poem></section><section><title><p id="link_22">�a peut !</p></title><p>La r�plique �tait quasi syst�matique quand nous nous extasions devant le beau cadeau que grand-m�re nous offrait, pour notre anniversaire, No�l ou les �trennes :</p><cite><p>� Waouh, c�est superbe !</p><p>� �a peut ! �</p></cite><p>Un mod�le de contraction et de concision digne des Laconiens car ce <emphasis>�a peut !�</emphasis>�tait riche de multiples sous-entendus que chacun comprenait : � Oui, ce cadeau peut �tre superbe parce qu�il ma co�t� bonbon (autre expression favorite de notre a�eule) ; je br�le d�envie de vous dire combien je l�ai pay� mais je ne le dirai pas car ce serait mals�ant et je sais les convenances ; cependant, je suis contente que vous l�appr�ciiez car bien que votre grand-m�re ne soit pas tr�s riche, vous voyez qu�elle n�h�site pas � faire des sacrifices pour g�ter ses petits-enfants et montrer ainsi tout l�amour qu�elle leur porte. � Oui, tout cela �tait bien implicite dans le <emphasis>�a peut !�</emphasis>de grand-m�re ; nous l�attendions � chaque offrande et nous en amusions gentiment. Son �cho r�sonne toujours dans nos c�urs et malgr� toutes ces longues d�cennies depuis lesquelles grand-m�re se pulv�rise sous terre, nous continuons de lui dire merci.</p></section><section><title><p>Coucher sous les ponts</p></title><poem><stanza><v>� Sous les ponts de Paris</v><v>Lorsque descend la nuit,</v><v>Tout�s sort�s de gueux se faufilent en cachette</v><v>Et sont heureux d�trouver une couchette</v><v>H�tel du courant d�air,</v><v>O� l�on ne paye pas cher,</v><v>L�parfum et l�eau c�est pour rien, mon marquis,</v><v>Sous les ponts de Paris. �</v></stanza></poem><p>Ce refrain d�une fameuse chanson dont Vincent Scotto �crivit la musique en 1914 nous explique ce que <emphasis>coucher sous les ponts</emphasis> signifie : �tre � la rue, ne pas avoir les moyens de se payer un toit, �tre un � gueux �. Toutefois, les paroles de Jean Rodor donnent � l�expression un parfum de plaisir et de libert� bien �loign� des sentiments de grand-m�re quand, feignant de devoir conna�tre une prochaine indigence � force de ponctions budg�taires, elle prof�rait cette menace : � Si �a continue, j�irai coucher sous les ponts ! � Fatalisme des gens modestes qui, malgr� toute une vie de labeur, ne b�tissaient aucun ch�teau en Espagne. Ils craignaient plut�t de basculer un jour en dessous du seuil de pauvret�. R�sign�s, ils faisaient leur cette boutade d�Anatole France : � [�] �tre citoyen ! Cela consiste pour les pauvres � soutenir et � conserver les riches dans leur puissance et leur oisivet�. Ils y doivent travailler devant la majestueuse �galit� des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. � (<emphasis>Le Lys rouge</emphasis>, ch. VII, 1894.)</p></section><section><title><p>Il ne faut pas compter les �ufs dans le cul de la poule</p></title><p>Cette sage maxime, populaire un peu partout en France mais notamment en Saintonge (grand-m�re y vivait !) et dont on nous dit qu�elle trouve son exacte traduction au Br�sil (grand-m�re n�y a jamais mis les pieds !), signifie qu�il est imprudent de pr�tendre jouir d�un bien avant de le poss�der ou de se f�liciter � l�avance d�un succ�s hypoth�tique. C�est la version vulgaire et paysanne du proverbe inspir� d�une fable de La Fontaine (<emphasis>L�Ours et les Deux Compagnons</emphasis>)�et d�une histoire cit�e au XV<sup>e</sup> si�cle dans les <emphasis>M�moires</emphasis> de Philippe de Commynes : � Il ne faut pas vendre la peau de l�ours avant de l�avoir tu�. � On trouve dans une traduction du <emphasis>Don Quichotte</emphasis> de Cervant�s une amusante d�clinaison de notre proverbe : � [�] qui compte l��uf au cul de la poule, est en danger de n�avoir que la coque ; et quand la vigne est en fleur, il n�est pas temps de compter le vin dans sa cave ; et qui tire en l�air n�attrape pas l�oiseau [�] � (<emphasis>Suite de l�histoire de l�incomparable Don Quichotte de la Manche</emphasis>, tome troisi�me, ch. XLV, 1741).</p></section><section><title><p>Manger � tous les r�teliers</p></title><p>Il y avait bien du m�pris dans la voix de grand-m�re lorsqu�elle disait d�un ton p�remptoire : � Celui-l� mange � tous les r�teliers. � Le profiteur de toutes les situations, de tous les moyens de s�enrichir, l�individu sans scrupules, � celui-l� �, rabaiss� au niveau du b�tail, �tait ainsi stigmatis� pour le restant de ses jours.</p><p>C�est d�abord chez Beaumarchais que l�on trouve la formule, du moins une tr�s proche variante, dans la bouche d�un Bridoison b�gue :</p><cite><p><strong>� BRID�OISON : </strong>A-t-il vu mon-on secr�taire, ce bon gar�on ?</p><empty-line/><p><strong>FIGARO : </strong>N�est-ce pas Double-Main, le greffier ?</p><empty-line/><p><strong>BRID�OISON : </strong>Oui ; c��-est qu�il mange � deux r�teliers. �</p><text-author>(<emphasis>Le Mariage de Figaro</emphasis>, III, 13, 1784.)</text-author></cite><p>La m�taphore est souvent utilis�e dans le monde politique. Dans sa <emphasis>Com�die du diable</emphasis>, Balzac fait dire � Satan : � [�] si mes ministres veulent se contenter de vingt-sept sin�cures outre leur portefeuille, si mes conseillers d��tat ne mangent pas � plus de quinze r�teliers, certain que mes chefs de bureau se contenteront de trente millions d��pingles [�] � (ch. I in <emphasis>Romans et contes philosophiques</emphasis>, 1831). Dans une diatribe contre le socialisme, le monarchiste Henri Wallon (1812�1904) parle des � b�tards qui n�ont aucun sexe et ne sont d�aucun genre. Ceux-l� ont deux estomacs, deux ventres ; ils ont un pied dans tous les partis pour manger � tous les r�teliers � (in <emphasis>Bulletin de censure</emphasis> du 31 janvier 1849).</p></section><section><title><p>�a se so�le et �a se nippe</p></title><p>L�exclamation �tait in�vitable quand l�une de ses filles ou de ses brus exhibait le v�tement qu�elle venait de s�acheter. Grand-m�re disait cela par automatisme et sans m�chancet� mais la phrase e�t pu, dans d�autres bouches, rev�tir m�pris et ironie, le � �a � ravalant la personne au rang d�objet, l�id�e de so�lerie laissant entendre une d�pravation des m�urs et l�argotique � se nipper � pour � s�habiller � d�valorisant <emphasis>ipso facto</emphasis> l�habit, quelque neuf qu�il f�t. La � nouvelle-v�tue � �tait ainsi, pourrait-on dire� habill�e pour l�hiver.</p><p>D�o� vient donc le verbe <emphasis>nipper</emphasis> ? De l�argot <emphasis>nippes</emphasis>, � v�tements �, lui-m�me issu de <emphasis>guenip(p)e</emphasis>, mot archa�que attest� d�s 1496 sous la forme <emphasis>guenyppe</emphasis> dans le <emphasis>Myst�re de saint Martin</emphasis> d�Andr� de La Vigne o� le mot d�signe une femme de mauvaise vie, malpropre et infr�quentable : � Ces grans genoppes, flatries et us�es, / Vieux lorpidons, caroignes et cabas, / Ordes guenyppes, rid�es et bris�es [�]. � Une telle maritorne �tant g�n�ralement habill�e de hardes, de haillons, <emphasis>guenippe</emphasis> (contract� en <emphasis>gnippe</emphasis> en 1605) ou <emphasis>guenipe</emphasis>, a ensuite d�sign� une � loque �, un � chiffon �, signification attest�e par exemple chez Cotgrave dans son <emphasis>Dictionarie of the French and English Tongues</emphasis> (1611). <emphasis>Guenipe</emphasis> est d�ailleurs donn� dans ce m�me ouvrage comme �quivalent de � guenille �. Haillons, femme de mauvaise vie� l��tymologie de <emphasis>nippes</emphasis> est d�cid�ment bien p�jorative.</p></section><section><title><p id="link_29">Il lui manque toujours cent sous pour faire un franc</p></title><p>Autant dire que cet �ternel fauch� est toujours pr�t � vous demander les cent sous qui lui manquent. Grand-m�re �tait assez bienveillante quand l�un de ses nombreux petits-enfants venait ainsi qu�mander (elle disait � piailler �). D�un naturel g�n�reux, elle s�en amusait et nous donnait la pi�ce en disant, de mani�re plus pr�cise : � Ah ! Celui-l�, il lui manque toujours dix-neuf sous pour faire un franc ! � Elle n�avait pourtant pas connu la monnaie de l�Ancien R�gime !</p><p>Expliquons-nous. Par la loi du 15 ao�t 1795, le syst�me mon�taire d�cimal rempla�a le syst�me duod�cimal ; furent alors institu�s le franc, ses d�cimes et centimes ; disparurent <emphasis>ipso facto</emphasis> les anciennes monnaies : la livre, le sou et le denier. Le sou fit cependant de la r�sistance puisque l�on continua, jusqu�� la mise en circulation, en janvier 1960, du franc lourd (nouveau franc), � nommer <emphasis>cent sous</emphasis> la pi�ce de cinq francs. Est-ce � cette long�vit� que l�on doit la persistance d�expressions faisant r�f�rence au(x) sou(s) alors m�me que le franc l�a rel�gu� au rancart depuis plus de deux si�cles et qu�il a lui-m�me c�d� sa place � l�euro depuis plus d�une d�cennie ? Toujours est-il que l�on continue de <emphasis>parler gros sous</emphasis> plut�t que de � parler argent �, que les avares et les �conomes pensent toujours qu�<emphasis>un sou est un sou</emphasis> et non qu� � un euro est un euro �,�tandis que le philanthrope, qui n�a pas (pour) <emphasis>un sou de</emphasis> m�chancet�, n�est pas non plus <emphasis>pr�s de ses sous</emphasis>. Tel clochard et mendiant est <emphasis>sans le sou</emphasis> (ou : il � n�a pas le sou �), il n�a pas <emphasis>un sou vaillant</emphasis> (comprenons � un sou qui vaille �, qui ait de la valeur), pas m�me pour acheter quelque chose � <emphasis>trois francs six sous</emphasis> (voir <a l:href="#link_38">infra</a>), ni une babiole de <emphasis>quatre sous</emphasis> (voir <a l:href="#link_38">infra</a>). Comment, dans ces conditions, rester <emphasis>propre comme un sou neuf</emphasis> ? Quand au panier perc�, celui qui d�pense sans compter, <emphasis>il lui manque toujours dix-neuf sous pour faire un franc</emphasis>. Consid�rant qu�un franc valait vingt sous, un tel individu est donc toujours presque fauch�. Au moins, si l�on prend la locution en son sens litt�ral, quand bien m�me cet insouciant est presque toujours � court d�argent, ne peut-on pas lui reprocher de <emphasis>ne pas avoir le premier sou</emphasis> pour entreprendre quelque chose : ce premier sou, il le poss�de et en profite bien pour vous emprunter les dix-neuf autres ! Et s�il lui manque toujours cent sous pour faire un franc, c�est dire, math�matiquement parlant, qu�il est non seulement raide mais qu�en plus il a des dettes !</p></section><section><title><p id="link_38">Trois francs six sous</p></title><p>Dans un c�l�bre sketch<a l:href="#n_3" type="note">[3]</a>, le regrett� Raymond Devos (1922�2006) nous explique qu�en le multipliant, on peut acheter quelque chose avec rien : � Une fois rien� c�est rien ! Deux fois rien� ce n�est pas beaucoup ! Mais trois fois rien !� Pour trois fois rien, on peut d�j� acheter quelque chose� et pour pas cher ! � Il aurait pu ajouter que trois fois rien ne vaut que <emphasis>trois francs six sous</emphasis>, c�est-�-dire, � tr�s peu d�argent �.</p><p>Trois fois rien, <emphasis>trois francs six sous</emphasis> ? Voire ! � l��poque o� le sou valait un vingti�me de franc, trois francs six sous repr�sentaient, pour un ouvrier, le salaire d�une journ�e ou, si l�on en croit Balzac, ce qu�il fallait environ, par jour, pour vivre : � Apr�s, que vous faut-il pour vivre ?� trois francs par jour ? � (<emphasis>Le Cousin Pons</emphasis>, 1847). � titre de comparaison, une loi du 23 flor�al, an�V (12 mai 1797) pr�voyait une indemnit� journali�re de cinq francs pour les chefs de brigade, quatre francs pour les chefs de bataillon et d�escadron, trois francs pour les capitaines, deux francs cinquante pour les lieutenants et sous-lieutenants. Autre �l�ment de r�f�rence, la fameuse pi�ce de cent sous de nos grands-m�res, soit cinq francs, donn�e comme une somme non n�gligeable dans le proverbe : <emphasis>Faire de cent sous quatre sous et de quatre sous rien</emphasis>, c�est-�-dire � dilapider son argent en faisant de mauvaises affaires �.</p><p><emphasis>Trois francs six sous</emphasis>, ce n��tait donc pas rien ! Et que dire de <emphasis>quatre sous</emphasis>, locution voisine qualifiant aujourd�hui un objet sans valeur, tel un bijou en toc ? Par quel myst�re ces expressions se sont-elles � ce point d�valu�es pour ne plus signifier que des clopinettes ? L�usage de l�euro risque d�ailleurs de les faire tomber, avec beaucoup d�autres, dans les oubliettes du lexique !</p></section><section><title><p>Chez ma tante</p></title><p>Si certains ont la chance d�avoir un oncle d�Am�rique dont ils comptent bien profiter de tout ou partie de l�h�ritage, j�appris que, pour d�autres, c�est une tante qui devait �tre richissime. Du moins l�ai-je longtemps cru� jusqu�au jour o� je sus que ceux qui allaient <emphasis>chez</emphasis> [leur] <emphasis>tante</emphasis> quand ils avaient besoin d�argent, se rendaient au mont-de-pi�t� et non chez un membre fortun� de leur famille.</p><p>C�est en Italie en 1462 que fut cr�� le <emphasis>Monte di Piet�</emphasis>. Barnab� de Terni, r�collet italien, fit appel � la g�n�rosit� des riches bourgeois de P�rouse (<emphasis>Perugia</emphasis>) pour amasser une importante somme d�argent lui permettant d�alimenter un �tablissement de pr�ts sur gages. Le moine voulait ainsi combattre la rapacit� des cupides usuriers de sa r�gion. C�est par une traduction fautive de l�italien <emphasis>monte</emphasis> (� montant �, de la m�me famille que <emphasis>ammontare</emphasis>, � amonceler, entasser �) que le premier �tablissement fran�ais similaire, fond� � Avignon en 1610, prit le nom de mont-de-pi�t�. Celui de Paris verra le jour vingt-sept ans plus tard et, petit � petit, la plupart des grandes villes ouvriront leur propre mont-de-pi�t�. En 1918, tous ces �tablissements deviendront caisses de Cr�dit municipal.</p><p>Il est �videmment moins d�shonorant de dire qu�on a oubli� <emphasis>chez sa tante</emphasis> l�objet de valeur qu�on a en r�alit� mis en gage. On raconte que ce serait le mensonge invent� par le petit-fils de Louis-Philippe quand il mit sa montre au mont-de-pi�t� parisien pour honorer une dette de jeu. La premi�re attestation de l�expression date en tout cas de 1827. On pr�tendait auparavant, par un m�me souci de discr�tion, que l�on avait mis sa montre, son manteau ou sa m�daille de premi�re communion � au clou � (1823).</p></section><section><title><p>Payer � temp�rament</p></title><p>Il ne s�agit �videmment pas de payer selon son humeur (son temp�rament) mais selon une planification (l�anglicisme <emphasis>planning</emphasis> n�existait pas du temps de grand-m�re) permettant de r�gler par acomptes ou paiements successifs �chelonn�s dans le temps. � Temp�rament � est issu du latin <emphasis>temperamentum</emphasis>, � combinaison proportionn�e des �l�ments d�un tout, proportion, mesure �, � rapprocher de <emphasis>temperare</emphasis>, � disposer convenablement, combiner �, qui a donn� le fran�ais � temp�rer �.</p><p>L�expression est devenue quelque peu vieillotte depuis l�apparition du cr�dit<a l:href="#n_4" type="note">[4]</a> � la consommation � la fin du XIX<sup>e</sup> si�cle et surtout depuis son d�veloppement au lendemain de la Premi�re Guerre mondiale. Cette fa�on d�acqu�rir un bien (meuble) sans avoir � le payer int�gralement en une seule fois permit aux gens modestes d�am�liorer leur confort mais nos grands-parents n�en us�rent qu�avec mesure et prudence, r�pugnant � s�endetter (voir <emphasis>Qui paie ses dettes s�enrichit</emphasis>) et craignant toujours une possible arnaque (grand-m�re parlait d�� entourloupette �). � Paris toutefois, une forme populaire de cr�dit connut un meilleur succ�s, celle des fameux � bons de la Semeuse � mise en place par la Samaritaine : en se rendant directement rue du Louvre ou par l�interm�diaire de d�marcheurs, les consommateurs de jadis versaient sur un compte des sommes ensuite converties en bons qu�ils pouvaient d�penser dans le grand magasin des bords de Seine, celui dont le slogan pr�tendait qu�on y trouvait de tout.</p></section><section><title><p>Manger de la vache enrag�e</p></title><p>Les deux guerres mondiales, les maigres revenus, bref, les temps difficiles ont souvent, trop souvent, contraint nos grands-parents � <emphasis>manger de la vache enrag�e</emphasis>, c�est-�-dire � conna�tre une vie de privations, � ne se procurer que difficilement les ressources les plus indispensables � la vie. L�id�e est bien s�r celle du mis�reux qui, n�ayant pas les moyens de manger de la nourriture saine, en est r�duit � manger de la viande normalement impropre � la consommation, celle d�animaux atteints de maladie et abattus pour raisons d�hygi�ne.</p><p><emphasis>Manger de la vache enrag�e</emphasis>, c�est aussi une fa�on de s�endurcir, de se fortifier, de tremper son caract�re pour �tre capable d�endurer des �preuves en tous genres, �ducation que pr�nait notamment Mme �mile de Girardin (1804�1855) : � O tendres m�res ! d�fiez-vous des m�thodes faciles ; les m�thodes faciles font les cerveaux paresseux, les cerveaux paresseux font les sots ; aimez vos enfants, [�] mais ne supprimez point pour eux les difficult�s de la vie [�] bourrez-les de friandises, de g�teaux, de drag�es, de confitures, mais ne supprimez jamais de leur ordinaire ce mets g�n�reux qui donne la force et le courage, [�] cet aliment supr�me dont se nourrissent d�s l�enfance les grands industriels, les grands guerriers et les grands g�nies : la vache enrag�e ! � (<emphasis>Le Vicomte de Launay, Lettres parisiennes</emphasis>, ann�e 1844, lettre seizi�me.)</p><p>L�expression appara�t d�s 1611 sous la forme <emphasis>il a mang� de la vache enrag�e</emphasis> chez Cotgrave dans son <emphasis>Dictionarie of the French and English Tongues</emphasis>.</p></section><section><title><p>Se saigner aux quatre veines</p></title><p>� Toute m�re du peuple veut donner, et � force de se saigner aux quatre veines, donne � ses enfants l��ducation qu�elle n�a pas eue, l�orthographe qu�elle ne sait pas � (Edmond et Jules de Goncourt, <emphasis>Id�es et sensations</emphasis>, 1866).</p><p>Tel est bien le contexte courant o� <emphasis>se saigner aux quatre veines</emphasis> prend son habituel sens figur� : celui des parents et grands-parents qui se privent m�me de l�essentiel pour que leurs enfants et petits-enfants suivent des �tudes, quelque co�teuses qu�elles soient, et puissent ainsi acc�der � une situation enviable qu�eux-m�mes n�ont jamais connue. La locution trouve sa force dans la sacro-sainte abn�gation, dans l�extr�me privation qu�elle exprime : celle de son propre sang indispensable � la vie comme l�argent l�est � la subsistance. Absente du <emphasis>Dictionnaire de la langue fran�aise</emphasis> de Littr� comme des sept premi�res �ditions du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis>, l�expression est �videmment r�cente. Elle semble cependant d�riv�e d�une plus ancienne, <emphasis>se faire saigner aux quatre membres</emphasis>, signifiant � se faire d�poss�der de ses biens, se faire plumer �, comme dans <emphasis>L�Histoire d�un conscrit de 1813</emphasis> d�Erckmann-Chatrian�(1867) : � [�] apr�s nous �tre fait saigner aux quatre membres par les fr�res de l�Empereur, nous allons perdre tout ce que nous avions gagn� par la R�volution �. Au sens propre, <emphasis>(se) saigner aux quatre membres</emphasis> fait d�abord r�f�rence au supplice mortel que devaient subir les coupables d�imposture, de f�lonie ou de trahison, comme en atteste la marquise de Cr�quy � propos de Charles de Bourbon-Montmorency-Cr�quy dans une page o� les deux expressions se trouvent rapproch�es : � Il m�accusait [�] d�avoir sollicit� et obtenu un ordre du Roi Louis�XVI pour le faire <emphasis>saigner aux quatre membres</emphasis>, et voici le texte de sa narration : �[�] on me mit absolument nu ; on me lia sur une chaise de bois, apr�s quoi Madame et M. de Cr�quy montr�rent l�ordre qu�ils avaient apport�, en commandant � leur chirurgien de m�ouvrir les quatre veines.� � (<emphasis>Souvenirs de la marquise de Cr�quy, 1710 � 1802</emphasis>). La mort de S�n�que demeure sans doute l�exemple le plus c�l�bre de cette horrible sentence : le philosophe, impliqu� dans la conjuration de Pison, fut en effet condamn� par N�ron � se faire ouvrir les veines. La sc�ne a �t� immortalis�e dans un tableau monumental peint en 1615 par Rubens. Ajoutons que l�expression <emphasis>se saigner aux quatre veines</emphasis> est probablement renforc�e par la symbolique du chiffre quatre repr�sentant souvent la pl�nitude, la totalit�.</p></section></section><section><title><p>B�TISE ET FOLIE</p></title><section><title><p>Avoir une araign�e au plafond</p></title><p>C�est l��quivalent d�une docte expression latine : <emphasis>musca in cerebro</emphasis>, � une mouche dans le cerveau �.</p><p>Quand mon fr�re et moi nous mettions � crier, � chanter � tue-t�te, � courir dans tous les sens, bref, quand nous p�tions un plomb (bien que cette expression ne f�t pas encore en usage), grand-m�re se vissait un doigt sur la tempe et faisait mine de s�alarmer : � Ils ont une araign�e au plafond ! � Petit, je comprenais bien l�analogie entre un plafond et la calotte cr�nienne mais je me demandais par quel prodige une araign�e avait pu y p�n�trer.</p><p>Alfred Delvau (1866) rattache la m�taphore � ce qu�il nomme � argot de Breda-Street �. Breda-Street est le nom anglicis� et quelque peu cod� du quartier Br�da situ� aux environs de Notre-Dame de Lorette, la rue Br�da ayant �t� rebaptis�e Henri-Monnier en 1905. Le quartier �tait fr�quent� par les dames de petite vertu qui disaient donc de certains clients maniaques, fous ou distraits, qu�ils avaient <emphasis>une araign�e dans le plafond</emphasis>. Delvau nous propose, avec le m�me sens, d�autres locutions tout aussi savoureuses : <emphasis>avoir une chambre � louer</emphasis> (tellement plus imag�e que la plus r�cente <emphasis>case de vide</emphasis> !), <emphasis>avoir une �crevisse dans la tourte, avoir une �crevisse dans le vol-au-vent, avoir une hirondelle dans le soliveau</emphasis>. Pour Virma�tre (1894), <emphasis>avoir une araign�e dans le plafond</emphasis> est synonyme de � loufoque � et appartient � l�argot du peuple.</p></section><section><title><p>Travailler du chapeau</p></title><p>� Le pauvre, il travaille du chapeau ! � C��tait avec une certaine compassion que grand-m�re parlait ainsi de quelque voisin atteint de s�nilit�, de g�tisme (� il est devenu gaga � �tait une autre fa�on de d�plorer sa d�raison), de d�rangement mental (� Alzheimer � n��tait pas encore entr� dans le vocabulaire) et elle illustrait parfois son assertion de quelques anecdotes abracadabrantes qui nous effrayaient ou nous faisaient pouffer de rire. Bien entendu, nous comprenions qu�ainsi travailler n�avait rien � voir avec l��tat de modiste ou de chapelier.</p><p>Dans notre expression, le <emphasis>chapeau</emphasis> est une m�taphore de la t�te (notons que l��tymologie de chapeau a sans doute un lien avec le latin <emphasis>caput</emphasis>, � t�te �) et le verbe <emphasis>travailler</emphasis> est plut�t � prendre soit au sens de � fermenter, subir une agitation interne �, � l�image du vin qui travaille, soit � celui de � subir une ou plusieurs forces entra�nant une d�formation �, � l�instar d�une planche de bois qui gauchit � force de travailler. On imagine assez bien un cerveau d�rang� produisant d�innombrables petites bulles de folie ou se mettant � gondoler. D�ailleurs, le verbe � d�lirer � contient aussi l�id�e de d�formation, de conduite d�viante par rapport � la ligne droite puisque son �tymologie latine, <emphasis>delirare</emphasis>, signifie � sortir du sillon �.</p><p>Une variante amusante : <emphasis>travailler de la toiture</emphasis>. Vincent Auriol l�utilise dans son <emphasis>Journal du septennat</emphasis> : � Quand ils ont entendu de Gaulle d�clarer : �Au reste, qu�est devenu Laval ?�, un certain nombre ont dit : �Il travaille de la toiture�. � (Vol. 6, 1947�1954).</p></section><section><title><p>Bouch� � l��meri</p></title><p>Essentiellement compos� de corindon (alumine cristallis�e), l��meri est une roche m�tamorphique dont la poudre, coll�e sur du papier ou de la toile, constitue un excellent abrasif, notamment utilis� pour polir bouchons et goulots qui, de ce fait, s�ajustaient parfaitement l�un � l�autre : flacons et bouteilles (chimiques et pharmaceutiques en particulier) �taient ainsi herm�tiquement bouch�s. L�expression joue sur le sens figur� de <emphasis>bouch�</emphasis> dont Fureti�re (1690) nous donne cette illustration : � On dit figur�ment, qu�un homme a l�esprit <emphasis>bouch�</emphasis>, quand il est peu intelligent, quand il a la conception dure et tardive. � <emphasis>Bouch� � l��meri</emphasis> signifie donc � parfaitement idiot, born�, dont l�esprit est totalement ferm� � et s�applique � celui dont on dit aussi qu�il � en tient une couche � parce que, de par son esprit �pais, il manque singuli�rement de finesse intellectuelle. On trouve l�expression figur�e d�s 1897 dans le huiti�me volume de la revue <emphasis>La Gaudriole</emphasis> : � Il faudrait que je fusse vraiment bouch�e � l��meri, ma m�re, pour qu�il en soit autrement ! �</p></section><section><title><p>B�te � manger du foin</p></title><p>On a dit aussi : <emphasis>�tre b�te � manger du chardon</emphasis>, variante qui se trouve dans le <emphasis>Grand dictionnaire universel du</emphasis> XIX<sup>e</sup><emphasis>si�cle</emphasis> de Pierre Larousse (1867) avec cette explication : � Se dit d�une personne excessivement born�e, par allusion � la stupidit� proverbiale de l��ne, et � son go�t prononc� pour les chardons. � <emphasis>B�te � manger du foin</emphasis> est ant�rieur puisque attest� d�s 1774 : � [�] tout homme est admirable, excellent, d�licieux, ou maussade � donner des vapeurs, ennuyeux � p�rir, b�te � manger du foin [�] � (R�ponse de [Jean-Baptiste] Gresset, directeur de l�Acad�mie fran�aise, au discours de r�ception de M. Suard, le 4 ao�t 1774, in <emphasis>�uvres de Gresset</emphasis>, tome second). Dans ce m�me registre de � dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es �, on trouve �galement <emphasis>B�te � manger de la choucroute sans boire</emphasis>, comme dans cet extrait du <emphasis>Journal amusant</emphasis> du 14�ao�t 1875 : � Madame V� est b�te � manger de la choucroute sans boire. Elle a deux enfants [�]. On la f�licitait sur la bonne mine de l�a�n�. �Oh ! fit-elle, cela n�a rien d��tonnant, c�est qu�il a pris du lait d�a�nesse.� �</p><p>De qui grand-m�re parlait-elle quand elle pr�tendait qu�<emphasis>il</emphasis> ou <emphasis>elle �tait b�te � manger du foin</emphasis> ? Bien qu�il y ait prescription et par respect pour les descendants, je garderai le silence.</p></section><section><title><p>Imb�cile heureux</p></title><p>Entendons � imb�cile et heureux de l��tre �, donc absolument incurable. On peut aussi consid�rer que l�<emphasis>imb�cile</emphasis>, n�ayant pas conscience du caract�re tragique de la vie, est <emphasis>heureux</emphasis> de vivre, malgr� ou gr�ce � son imb�cillit�. � propos, qui a dit : � L�optimiste est un imb�cile heureux, le pessimiste un imb�cile malheureux � ? Georges Bernanos dans <emphasis>La Libert�, pour quoi faire ?</emphasis> (Gallimard, 1953).</p><p>Qu�il soit heureux ou malheureux, l�imb�cile est �tymologiquement celui qui manque de soutien, qui est donc physiquement faible puisque le latin <emphasis>imbecillus</emphasis> est d�riv� de <emphasis>im bacilum</emphasis> (diminutif de <emphasis>baculum</emphasis>), litt�ralement � sans b�ton �. C�est ce sens qui pr�valait dans la locution � le sexe <emphasis>imb�cile</emphasis> �, synonyme au XVII<sup>e</sup> si�cle de � sexe faible � et que l�on trouve, entre autres, dans l�<emphasis>�dipe</emphasis> de Pierre Corneille�(1659) : � Le sang a peu de droits dans le sexe imb�cile � (acte I, sc.3).</p><p>C�est ce m�me sens de faiblesse physique que l�on trouve chez Pascal (1623�1662) quand il �crit : � L�homme, imb�cile ver de terre � (<emphasis>Pens�es,</emphasis> 1657).</p><p>�quivalent de � d�bile � (originellement : � qui manque de force physique �), il a, comme lui, gliss� du sens physique au sens intellectuel pour d�signer une personne d�pourvue d�intelligence.</p><p>M�dicalement parlant, un <emphasis>imb�cile</emphasis> est un arri�r� dont l��ge mental est interm�diaire entre celui de l�idiot (2�ans) et celui du simple d�bile (7 ans). Qu�il soit <emphasis>heureux</emphasis> semble donc logique puisque le bonheur est souvent li� � l�innocence, celle de l�enfant.</p></section><section><title><p id="link_01">�tre bon pour Lafond</p></title><p>Lafond est aujourd�hui un quartier de La Rochelle. Au XIX<sup>e</sup> si�cle, c��tait un village situ� aux portes de la ville. En 1829 y fut construit un asile d�ali�n�s (devenu l�h�pital psychiatrique Marius-Lacroix). La Rochelle �tant le chef-lieu de la Charente-Maritime (Charente-Inf�rieure jusqu�en 1946), Lafond devint rapidement, pour tout le d�partement, la r�f�rence absolue en mati�re d��tablissements pour malades mentaux. Les d�ments �taient auparavant accueillis � l�h�pital g�n�ral de La Rochelle ou dans les hospices de Rochefort et de Saintes. En langage populaire, on ne parlait pas d�asile d�ali�n�s et encore moins d�h�pitaux psychiatriques, mais, de mani�re assez peu nuanc�e, d�asiles de fous. On en craignait les mauvais traitements qui conjuguaient flagellation, opium et camisoles de force. Devoir �tre intern� � Lafond pour y terminer ses jours (car la folie �tait tenue pour ingu�rissable) �tait donc une perspective peu r�jouissante et l�on pr�f�rait tourner la chose en d�rision. � Ils finiront par m�envoyer � Lafond �, disait parfois grand-m�re, lasse de notre incessante turbulence ou fatigu�e d��tre tourn�e en bourrique ou, quand l�un de nous faisait le z�bre : � Il est bon pour Lafond ! � Bref, Lafond �tait aux Charentais maritimes ce que Sainte-Anne �tait aux Parisiens (voir <a l:href="#link_39">infra</a>).</p></section><section><title><p>Saint Couillon, priez pour nous !</p></title><p>Que la chose soit claire, ma grand-m�re �tait trop bien �lev�e pour admettre cette expression dans son vocabulaire. Elle �tait pourtant bien en usage du temps de notre enfance et si ce n��tait grand-m�re, c��tait donc nos fr�res a�n�s ou nos parents qui nous la servaient pour souligner, qui nos comportements, qui nos propos ben�ts, simplistes ou na�fs. Dans cette famille ath�e, c��tait, avec saint-frusquin et Saint-Glinglin, l�un des rares saints que l�on invoquait : non seulement il nous confrontait � notre niaiserie, mais il �tait aussi un moyen de railler la religion et les bigotes. D�ailleurs, � y bien r�fl�chir, je me demande si le <emphasis>saint Couillon</emphasis> en question n��tait pas la version vulgaire d�un saint un peu plus convenable, invent� en 1769 par le malicieux Voltaire pour donner cours � son anticl�ricalisme : saint Cucufin. Le saint fantaisiste, qui vient d��tre l�objet d�un service � la cath�drale de Troyes, descend du ciel � dans une nu�e �clatante �. Il veut d�fendre un pauvre paysan contre les foudres du clerg� local : le bougre a os� travailler le dimanche et pour l�en punir on veut d�truire son semoir ! Le bon Cucufin s�adresse en ces termes au gardien des capucins : � Ne casse point le semoir de ce bon homme ; [�] il travaille pour les pauvres apr�s avoir assist� � la sainte messe. C�est une bonne �uvre [�] ; va dire de ma part � monseigneur l��v�que qu�on ne peut mieux honorer les saints qu�en cultivant la terre.�[�] Gloire � Dieu et � <emphasis>saint Cucufin</emphasis>. �</p></section><section><title><p id="link_39">�tre bon pour Sainte-Anne</p></title><p>Sainte-Anne est l��quivalent parisien du Lafond rochelais (voir <a l:href="#link_01">supra</a>).</p><p>En plaisantant, on a souvent dit, surtout � la fin du XIX<sup>e</sup> si�cle, � �tre bon pour Charenton � pour � �tre bon pour l�asile �, � �tre fou �. L�asile de Charenton (aujourd�hui Charenton-le-Pont Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne) fut en effet l�un des plus anciens et des plus c�l�bres asiles psychiatriques. Fond�e en 1641 par les Fr�res de la Charit� (ou Fr�res hospitaliers), ordre institu� en 1540 par le religieux portugais saint Jean de Dieu, la Maison royale de Charenton a accueilli des � handicap�s mentaux � d�s le XVIII<sup>e</sup> si�cle ainsi que certains prisonniers c�l�bres comme le marquis de Sade qui, d�ailleurs, y mourut. En 1651 fut cr�� � Paris un nouvel asile d�ali�n�s, tout aussi c�l�bre, qui prit le nom de Sainte-Anne. L�expression � �tre bon pour Sainte-Anne � vit donc aussi le jour. L�h�pital de Charenton fut reconstruit et devint en 1838 l�h�pital Esquirol, du nom de son concepteur. Une maternit� y fut adjointe en 1920. De son c�t�, Sainte-Anne est devenu un important h�pital psychiatrique o� des sommit�s telles que Jacques Lacan ou Jean Delay ont exerc�.</p><p>Le centre hospitalier Sainte-Anne fut ainsi nomm� en hommage � celle qui, selon les �vangiles apocryphes, aurait �t� la m�re de la Vierge Marie et dont le culte connut une grande ferveur au Moyen �ge.</p></section><section><title><p>�tre tabaillot</p></title><p>Ou <emphasis>tabaillaud</emphasis> ou encore <emphasis>tabayaud</emphasis>, l�orthographe ne pouvant qu��tre phon�tique puisqu�il s�agit d�un r�gionalisme que seuls les Saintongeais, les Poitevins, les Angoumoisins et les Vend�ens connaissent. On est <emphasis>tabaillot</emphasis> quand on a le cerveau d�rang�, quand on est azimut�, barjo, cingl�, fada, frapp�, sinoque, toqu�, zinzin, etc. L�origine du mot est inconnue, mais il semble bien que la racine <emphasis>tab</emphasis>- soit fr�quemment associ�e � l�id�e de folie puisqu�on trouve, avec le sens d�idiot, de simple d�esprit, <emphasis>taberlo</emphasis> en Ard�che, <emphasis>taborniau</emphasis> et <emphasis>taberl�</emphasis> en Savoie et Suisse romande. Dans le <emphasis>Dictionnaire de la langue fran�aise et de tous ses dialectes du</emphasis> IX<sup>e</sup><emphasis>au</emphasis> XV<sup>e</sup><emphasis>si�cle</emphasis> (1881) de Fr�d�ric Godefroy, plusieurs mots commen�ant par <emphasis>tab</emphasis>- sont associ�s aux notions de frappe et de bruit :</p><cite><p>Tabor, s.m., bruit, tapage, vacarme.</p><p>Taborerie, s. f., bruit, vacarme.</p><p>Taborie, s. f., bruit, tapage, vacarme.</p><p>Taborini�re, s. f., celle qui bat du tambour.</p><p>Taborneor, s. m., celui qui bat du tambour.</p><p>Taborner, v. n., battre du tambour.</p><p>Taborois, s. m., grand bruit.</p><p>Tabourder, v. n., frapper, heurter,</p><p>etc.</p></cite><p>Ajoutons un vieux mot poitevin constituant une mani�re de synth�se : <emphasis>tabus</emphasis>, � bruit, trouble et agitation d�esprit � : � Tout me foit do tabus tont y s� �baff�<a l:href="#n_5" type="note">[5]</a> � (<emphasis>La Ministresse Nicole, dialogue poictevin</emphasis>, 1665).</p><p>On peut donc supposer qu�� force de frapper, d��tre frapp� ou d��tre expos� au bruit, on devient <emphasis>tarborniau, taberl�, taborlo</emphasis> et, peut-�tre, <emphasis>tabaillot</emphasis>. La m�me id�e se retrouve dans le moderne � frappadingue �.</p></section><section><title><p>L�idiot du village</p></title><p>Le grec <emphasis>idios</emphasis> signifie � sp�cial, priv�, particulier �. Il a donn� <emphasis>idi�teia</emphasis>, � �tat du simple particulier �, � l�origine du latin <emphasis>idiota</emphasis>, � qui n�est pas connaisseur � (donc, � ignorant, inculte �), qui a donn� le fran�ais � idiotie �. Il est int�ressant de voir que <emphasis>l�idiot du village</emphasis> se rapproche tout autant de l��tymologie grecque que du d�riv� latin. � �tre trop particulier, on est rejet� par les autres et de l�ignorance � l�innocence, il n�y a qu�un pas (d�ailleurs, ne parle-t-on pas aussi, avec le m�me sens, de <emphasis>l�innocent du village</emphasis> ?). On trouvait autrefois, dans chaque hameau, dans chaque bourgade, dans chaque village, un personnage simple d�esprit qui n�avait pas vu les f�es se pencher sur son berceau. Parce qu�il �tait diff�rent, il �tait en butte aux pers�cutions des gamins, � leurs farces parfois cruelles (cet �ge est sans piti� !). On le ridiculisait sous des surnoms injurieux. Il �tait la cible et la ris�e de tous les habitants. <emphasis>L�idiot du village</emphasis> a progressivement disparu � mesure de l�urbanisation et de l�exode rural. Au mieux, il est devenu anonyme, au pire il s�est retrouv� intern� dans quelque h�pital psychiatrique �tiquet� sous un nom scientifique compliqu�. Il a toutefois laiss� sa trace dans le lexique sous forme d�une expression en usage chez les grands-m�res quand les enfants s�agitent ou grimacent : � On dirait l�idiot du village ! �</p></section><section><title><p>Tu yoyotes</p></title><p>C�est en 1930 que l�homme d�affaires am�ricain Donald Duncan, fondateur de la <emphasis>Duncan Toys Company</emphasis>, acquit et d�posa la marque Yo-Yo. Duncan fut le plus important fabricant de ce jouet consid�r� comme l�un des plus anciens du monde. Le Yo-Yo, dont le nom amusant est d�origine philippine, avait d�j� connu une grande mode dans les ann�es 1920. Son succ�s devint mondial au d�but des ann�es 1960 et il connut une nouvelle vogue dans les ann�es 1980 quand certaines marques de soda utilis�rent le Yo-Yo comme produit d�riv�.</p><p>En 1932, soit deux ans apr�s le d�p�t de la marque Yo-yo, le verbe <emphasis>yoyoter</emphasis> fit son entr�e dans la langue fran�aise avec le sens de � jouer au Yo-Yo �, preuve du triomphe plan�taire remport� par le jouet. L�expression <emphasis>jouer au Yo-Yo</emphasis> ou <emphasis>faire du Yo-Yo</emphasis> prit aussi le sens de monter et descendre alternativement en parlant, par exemple, des prix, des cours de la bourse ou encore, plus r�cemment, du poids changeant de celle ou celui qui suit un r�gime.</p><p>De � jouer au Yo-Yo �, le verbe <emphasis>yoyoter</emphasis> a pris le sens de � perdre la t�te, d�railler, devenir fou �, l�id�e de versatilit� appliqu�e � l�esprit �voquant celle de la folie. Remarquons d�ailleurs qu��tre versatile, c�est �tre lunatique (�tymologiquement soumis aux influences de la lune, comme la mar�e qui monte et descend), donc sujet � une humeur changeante, � des acc�s p�riodiques de folie (cf. l�anglais <emphasis>to be lunatic</emphasis>, � �tre fou �). On trouve aussi des d�clinaisons plaisantes de <emphasis>yoyoter</emphasis> dont le compl�ment propose toujours une m�taphore de la t�te : <emphasis>yoyoter de la toiture, de la cafeti�re</emphasis> ou encore, <emphasis>de la touffe</emphasis> : � Et toi, tu yoyotes de la touffe ! jeta Olivier oubliant le beau langage � (Robert Sabatier, <emphasis>Olivier 1940</emphasis>, 2003).</p></section></section><section><title><p>BOUGRES</p></title><section><title><p id="link_02">Un dr�le d�argousin</p></title><cite><p>� Le b�ton est la logique des argousins. Si, l��t�, un for�at a soif, et qu�il ose demander � boire, un argousin dit aussit�t : �Que celui qui veut boire l�ve la main.� Le for�at qui n�est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, ob�it ; alors, un des argousins de garde se rend aupr�s de lui, le frappe rudement en lui disant : �Bois un coup avec le canard sans plume, potence.� �</p><text-author>(Eug�ne-Fran�ois Vidocq, <emphasis>Les Voleurs, physiologie de leurs m�urs et de leur langage</emphasis>, 1836).</text-author></cite><p>Vidocq, bagnard �vad� devenu chef de la S�ret� en 1809, �tait connaisseur en mati�re d�<emphasis>argousins</emphasis>, ces gardes-chiourme qui traitaient les bagnards comme les bourreaux, leurs supplici�s. L��tymologie d�<emphasis>argousin</emphasis> est, du reste, le portugais <emphasis>algoz</emphasis>, � bourreau �, avec influence de l�espagnol <emphasis>alguacil</emphasis>, � alguazil, agent de police �. � Agent de police �, � gardien de prison � sont d�autres significations d�<emphasis>argousin</emphasis>, mot qui fait partie des cent que Bernard Pivot a voulu sauver.</p><p>Quand grand-m�re nous traitait de <emphasis>dr�les d�argousins</emphasis>, elle ne nous compara�t �videmment � aucun de ces pr�pos�s du monde carc�ral. Elle choisissait le mot pour ses sonorit�s cocasses o� l�on entendait du Gargantua et du B�hanzin (dernier roi du Dahomey, dont le nom d�clenchait le rire). Elle disait <emphasis>dr�le d�argousin</emphasis> comme elle aurait dit � dr�le de z�bre �.</p></section><section><title><p>La b�te noire</p></title><p>Cette b�te a-t-elle un rapport avec le mouton noir qui, dans bien des langues, symbolise celui qui d�roge � la norme et qui, pour cette raison, est rejet� du groupe ? Toujours est-il qu��tre <emphasis>la b�te noire</emphasis> de quelqu�un c�est �tre la personne que ce quelqu�un d�teste plus que tout autre. L�expression s�applique aussi � ce que l�on n�aime pas et que l�on est pourtant oblig� de subir comme avaler de l�huile de foie de morue, faire la vaisselle ou sortir les poubelles. On qualifie encore de <emphasis>b�te noire</emphasis> ce pourquoi l�on n�est pas dou� et que l�on doit cependant faire : � La cuisine, c�est sa b�te noire ! � Delvau (1866) donne de <emphasis>b�te noire</emphasis> une d�finition synth�tique : � Chose ou personne qui d�pla�t, que l�on craint ou que l�on m�prise. �</p><p>Moins famili�re mais avec le m�me sens fut la <emphasis>b�te d�aversion</emphasis> : � Je crus encore que vous vous souviendriez que l�ingratitude est ma b�te d�aversion ; de bonne foi, je ne puis la souffrir, et je la poursuis en quelque lieu que je la trouve [�] �, d�clare Mme de S�vign� � sa fille (lettre du 16 octobre 1689). La marquise dit aussi, simplement, <emphasis>ma b�te</emphasis>, en parlant notamment de d�fauts qu�elle ex�cre : � Je craindrais l�avarice, qui est ma b�te, mais je suis bien en s�ret� de cette vilaine passion � (Lettre du 24 juillet 1689 � Mme de Grignan).</p></section><section><title><p id="link_03">Chez Dache</p></title><p><emphasis>Envoyer � Dache</emphasis>, c�est cong�dier, mettre � la porte, envoyer promener. <emphasis>Dache</emphasis> y repr�sente <emphasis>D�che</emphasis> (autrefois <emphasis>Diache</emphasis>), signifiant � diable �, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais : <emphasis>Va t�in dire cha � D�che !</emphasis> Selon Esnault (1965), le mot serait attest� d�s 1866 dans l�argot des ouvriers. <emphasis>Envoyer � Dache</emphasis>, c�est donc � envoyer au diable �. Quelque vingt ans plus tard, chez les militaires du Second Empire, on compl�tait ainsi la formule : � <emphasis>� Dache</emphasis>, perruquier des zouaves �, lui donnant ainsi une connotation toute coloniale et la rapprochant d�une expression synonyme : � Envoyer chez Plumeau � (voir <a l:href="#link_40">infra</a>).</p><p>Quand je demandais � grand-m�re o� elle allait et qu�elle me r�pondait : <emphasis>Chez Dache</emphasis> ! je ne pouvais donc qu��tre perplexe et m�me quand elle ajoutait parfois, pour la rime et le rire : � marchand de pataches �, je savais bien que <emphasis>Dache</emphasis> n��tait pas l��picier du coin.</p></section><section><title><p>Quelle (sale) engeance !</p></title><p>Petite entorse � la th�matique : c�est plut�t une expression de mon grand-p�re qui, libre penseur, anticl�rical et digne partisan de cette Troisi�me R�publique qui avait berc� une grande partie de sa vie, disait des cur�s (qu�il traitait aussi de � corbeaux �) : � C�est <emphasis>une sale engeance</emphasis> ! �</p><p><emphasis>Engeance</emphasis> ne rev�t plus gu�re aujourd�hui que cette acception p�jorative : � cat�gorie de personnes consid�r�es comme m�prisables ou d�testables �, mais le mot avait aussi chez Littr� cette autre signification : � Race, en parlant de certains animaux domestiques. �</p><p>� l�origine, un verbe disparu au XVI<sup>e</sup> si�cle : <emphasis>engier</emphasis>, � accro�tre, augmenter, faire pulluler �. <emphasis>Engier</emphasis> (ou <emphasis>aengier</emphasis>) eut aussi, par extension, le sens d�� embarrasser d�une sotte ou d�une mauvaise engeance � (chez Littr�, � l�entr�e <emphasis>enger</emphasis>), d�finition qui vaut �galement pour <emphasis>engeancer</emphasis>, verbe de la m�me famille, aujourd�hui vieilli : � On a souvent � se repentir de s��tre <emphasis>engeanc�</emphasis> de certaines gens. � (Fr�res Bescherelle, <emphasis>Dictionnaire usuel de tous les verbes fran�ais</emphasis>, 1843). L�un des premiers emplois d�<emphasis>engeancer</emphasis> para�t li� � l�agriculture et aux jardins, comme chez Olivier de Serres : � Aucune plante n�y a-t-il au jardin plus ais�e � s�engeancer et � se maintenir, que le houblon, lequel tir� des bayes et buissons (o� il croist sans artifice) par jettons enracin�s, se reprend tr�s-facilement en toute terre � (<emphasis>Le Th��tre d�agriculture et mesnage des champs</emphasis>, 1600).</p><p>Toutes ces id�es devaient �tre pr�sentes dans la t�te de grand-p�re quand il traitait la gent eccl�siastique de <emphasis>sale engeance</emphasis> et sans doute pensait-il, en bon bouffeur de cur�s, qu�il en va de quelques esp�ces d�hommes comme de certaines mauvaises herbes : elles prolif�rent comme du chiendent.</p></section><section><title><p>Ce n�est pas une enfant de Marie</p></title><p>Grand-m�re �tait croyante avec simplicit�, sans pros�lytisme ni ostentation. Comment parvint-elle � supporter toute une longue vie son m�cr�ant de mari qui, par exemple, lui lan�ait d�un air goguenard chaque dimanche matin quand elle allait � la messe : � Donne bien le bonjour de ma part � Monsieur le cur� et � sa dame ! � ? Pr�nomm�e Marie, elle vouait un culte secret � la Sainte Vierge. Avait-elle, dans son adolescence, rejoint les Enfants de Marie, congr�gation dont l�enseignement �tait fond� sur la d�votion mariale et dont chaque jeune fille membre �tait � appel�e � une plus haute perfection que le commun des fid�les � ?</p><p>De cette congr�gation est n�e une image d��pinal, celle de la demoiselle pure, ing�nue, discr�te, prude et soumise, � qui l�on donna le qualificatif d�<emphasis>enfant de Marie</emphasis>. L�expression fut vite mise � la n�gative pour d�signer toute jeune fille lib�r�e, � qui on ne la fait pas, bravant les r�gles, voire carr�ment d�vergond�e, bref, tout le contraire d�une sainte-nitouche.</p></section><section><title><p>B�ton merdeux</p></title><p>Au sens propre (si l�on ose dire !), il s�agit d�un ustensile si souill� qu�on ne peut le saisir par aucun bout. Au sens figur�, c�est un individu acari�tre au caract�re si d�testable qu�on ne sait comment l�aborder. C�est en ce sens que grand-m�re disait (rarement et � voix basse) de quelque connaissance peu fr�quentable : � C�est un <emphasis>b�ton merdeux</emphasis>. � L�expression a ensuite �volu� pour d�signer toute situation si d�licate, tout probl�me si �pineux qu�on ne sait comment les appr�hender. Le b�ton en question a peut-�tre �t� l�accessoire principal d�un jeu d�enfants, celui que cite Rabelais au chapitre XXII de <emphasis>Gargantua</emphasis> (1534), entre � pet en gueulle � et � brandelle �, parmi quelque deux cent vingt autres auxquels s�adonnait le fils de Grandgousier : � Guillemin, baille my ma lance. � La r�gle de ce jeu est donn�e par l�abb� Fran�ois Guyet (1575�1655) dans l�une des nombreuses notes qu�il �crivit en marge de son Rabelais : � On bande les yeux � l�un de la troupe, lequel on traite de Chevalier. En cet �tat il commande � son �cuyer, soit Guillemin ou Robin, de lui bailler sa lance. �Attendez, Monsieur�, r�pond l��cuyer, �je vous l�agence�. L��cuyer disant ensuite � son Ma�tre qu�il lui pr�sente effectivement une lance : dans le temps que Monsieur le Chevalier ouvre la main pour empoigner cette lance, son �cuyer lui met en main un b�ton qu�il a pris le loisir d�enduire de m� � l�endroit que l�autre doit toucher. � On voit ici que � Guillemin � est construit sur l�ancien verbe <emphasis>guiller</emphasis>, � tromper, attraper �, �galement � l�origine de � guilledou � (voir <a l:href="#link_12">infra</a>, <emphasis>Courir le guilledou</emphasis>).</p><p>Est-ce la v�ritable origine du <emphasis>b�ton merdeux</emphasis> ? Une autre possible source est �voqu�e dans certaines pages de litt�rature pornographique qui, pas plus que le b�ton en question, n�est � mettre entre toutes les mains, par exemple :</p><poem><stanza><v>� Oh ! par ma foi, moi qui suis sans culture,</v><v>J�appelle un con un con, et dis sans bouffissure</v><v>Qu�un vit de bougre est un b�ton merdeux [�] �</v></stanza></poem><cite><text-author>(<emphasis>L�Odiss�e en raccourci</emphasis>, in <emphasis>Origine des puces</emphasis>, 1793)</text-author></cite><p>Quand on sait que � bougre � (d�formation de � bulgare � datant du XII<sup>e</sup> si�cle) fut un surnom donn� aux sodomites, on comprend l�allusion graveleuse.</p></section><section><title><p>Un dr�le de paroissien</p></title><p>Comme � argousin � (voir <a l:href="#link_02">supra</a>) ou � zigomar � (voir <a l:href="#link_41">infra</a>), le <emphasis>paroissien</emphasis> est souvent qualifi� de <emphasis>dr�le</emphasis> quand il d�signe, non le fid�le d�une paroisse, mais un individu peu recommandable bien que sympathique. Quand, � la suite d�une b�tise, grand-m�re me disait : � Tu me fais <emphasis>un dr�le de paroissien</emphasis> ! �, je pouvais en conclure qu�elle ne m�en voulait pas trop. En ce sens, le mot est attest� d�s 1585 dans les <emphasis>Contes et discours d�Eutrapel</emphasis> de No�l du Fail : � Je connois le paroissien, qui pour son vin du coucher, entonne volontiers, en franc fief et nouvel acqu�t, un pot de vin tout comble [�] � (ch. XIX).</p><p>En 1963, Jean-Pierre Mocky joue sur les sens propre et figur� de l�expression quand il intitule son film <emphasis>Un dr�le de paroissien</emphasis> : Bourvil y joue le r�le d�un bourgeois oisif, Georges Lachaunaye, qui assure ses revenus et ceux de sa famille en pillant les troncs des �glises parisiennes.</p></section><section><title><p id="link_40">Envoyer quelqu�un chez Plumeau</p></title><p>L�expression est synonyme d�� envoyer � Dache � (voir <a l:href="#link_03">supra</a>), envoyer promener, sur les roses, un �quivalent argotique de � va voir l�-bas si j�y suis �. Esnault nous dit que <emphasis>Plumeau</emphasis> serait une alt�ration de <emphasis>Plumepatte</emphasis>, personnage de l�gende appartenant � un r�giment de hussards et faisant fonction de barbier�(d�o� aussi <emphasis>chez Plumepatte, le perruquier des zouaves</emphasis> dont l�attribut fut repris avec � Envoyer � Dache � � voir <a l:href="#link_03">supra</a>). Ce <emphasis>Plumepatte</emphasis>-l� est cit� par �mile Gaboriau dans son livre <emphasis>Le Treizi�me Hussards</emphasis>, publi� en 1861. De la m�me ann�e date un ouvrage satirique de Charles Dumay<a l:href="#n_6" type="note">[6]</a> : <emphasis>M.�Jules Baizef de Plume-patte ou Les �tapes d�une gloire calicoti�re.</emphasis> Plusieurs auteurs de th��tre donn�rent aussi � leur personnage principal le nom de Plumepatte : <emphasis>Les Aventures de Thomas Plumepatte</emphasis>, pi�ce en cinq actes de Gaston Marot cr��e en 1895, <emphasis>L�Affaire Plumepatte</emphasis>, folie-vaudeville en un acte de Ren� Dubreuil repr�sent�e en 1911. C�est dire combien <emphasis>Plumepatte</emphasis> fut populaire, popularit� � laquelle la cocasserie du patronyme ne fut pas �trang�re.</p><p>De nos jours, la r�f�rence � Plumepatte n�est plus per�ue. <emphasis>Plumeau</emphasis> est d�sormais assimil� � l�ustensile de m�nage et, pour la plupart, l�expression en �voque d�autres issues du m�me contexte : <emphasis>Oust ! Du balai !</emphasis> ou encore, <emphasis>D�barrassez-moi le plancher !</emphasis> Pour quelques-uns, elle renvoie au nom d�un cabaret montmartrois des ann�es 1950 o� se produisirent de nombreux artistes (L�o Ferr�, entre autres).</p><p>On explique aussi l�expression en faisant allusion � un M. Plumeau qui aurait �t� fripier (marchand de v�tement d�occasion). <emphasis>Va te faire voir chez Plumeau</emphasis> serait alors une autre fa�on de dire : <emphasis>Va te faire rhabiller !</emphasis></p></section><section><title><p id="link_41">Un dr�le de zigomar</p></title><p>Pour s�r, un tel individu est bizarre, aussi bizarre que le nom qu�il porte : il est une esp�ce de Gugusse (alt�ration d�Auguste, souffre-douleur du clown blanc), un cousin de Zigoto (ou Zigoteau, lui-m�me descendant de Zig ou Zigue), celui qui fait l�int�ressant, le z�bre, le zouave, le zozo, un peu zinzin (dr�lerie du � z � !).</p><p><emphasis>Zigomar</emphasis> fut d�abord le personnage �ponyme d�une s�rie de 164 feuilletons de L�on Sazie, parus en 1909 et 1910 dans le quotidien <emphasis>Le Matin</emphasis>. Digne successeur de Rocambole et distingu� pr�d�cesseur de Fant�mas, ce Zigomar �tait un criminel cagoul� de rouge, chef d�une bande d�apaches � zigouillant les femmes avec f�rocit�. Leur signe de reconnaissance ? Un � Z � majuscule brod� sur leur cagoule ou dessin� d�un geste a�rien, comme le � z � de Zorro, sign� de la pointe de l��p�e. Est-ce par r�f�rence � ce h�ros que <emphasis>zigomar</emphasis> est entr� dans l�argot militaire pour d�signer un sabre de cavalerie (1915) ? Un autre <emphasis>Zigomar</emphasis> intervient dans plusieurs pi�ces de th��tre dues � un autre L�on, L�on Gandillot (1862�1912), vaudevilliste et journaliste � succ�s. Le nom fit flor�s et prit la place de Zig et Zigoto pour qualifier avec humour et une certaine cordialit� un individu dont les comportements surprennent : � � preuve qu�elle est entr�e au �106� et qu�� son jour de sortie son �poux est venu la chercher et l�a ramen�e chez lui��� � pour lui faire repriser ses chaussettes !�� Tout de m�me, c�est un dr�le de Zigomar ! fit Mignon. � (Jean Galtier-Boissi�re, <emphasis>La Bonne Vie</emphasis>, 1925.)</p></section></section><section><title><p>BRUITS ET D�SORDRES</p></title><section><title><p>Faire du barouf</p></title><p>En mati�re de bruit, grand-m�re poss�dait un vocabulaire vari�. Emp�chions-nous le grand-p�re de faire sa sieste qu�elle nous accusait d�avoir fait du <emphasis>barouf</emphasis>, du boucan, du chambard, du potin ou du ramdam.</p><p><emphasis>Barouf</emphasis> nous vient de l�italien <emphasis>baruffa</emphasis> qui d�signe un proc�s, une querelle, une bagarre, donc un conflit n�cessairement bruyant. Le mot serait entr� en France dans la deuxi�me moiti� du XIX<sup>e</sup> si�cle <emphasis>via</emphasis> les ports de la M�diterran�e, en particulier celui de Marseille o� la variante <emphasis>baroufo</emphasis> fut en usage avec le sens de � rixe �, le radical occitan <emphasis>bar</emphasis>-, que l�on retrouve dans <emphasis>barat</emphasis>, � tromperie � et <emphasis>barata</emphasis>, � bavarder � (� l�origine de � baratin �), ayant pu avoir une influence. L�id�e de d�saccord, de contestation, li�e � celle d�arbitrage judiciaire (proc�s), fut sans doute contenue dans la toute premi�re �tymologie remontant au germanique commun et qui se retrouve en allemand moderne dans <emphasis>Berufung</emphasis>, � appel, recours �. Les variantes <emphasis>baroufle</emphasis> et <emphasis>baroufe</emphasis> ont aussi d�sign� une violente altercation : � M�me je vous dirai que les gabiers ont fait une grande baroufe, la seconde nuit, contre des Allemands, et il y a eu du mal avec les couteaux � (Pierre Loti, <emphasis>Mon Fr�re Yves</emphasis>, 1883).</p></section><section><title><p>Faire du boucan</p></title><p>Dans la Bible et l�imagination populaire, le <emphasis>bouc</emphasis> est depuis toujours un animal maudit. Le L�vitique, par exemple (XI), nous parle d�un <emphasis>bouc</emphasis> que la communaut� d�Isra�l chassait chaque ann�e dans le d�sert apr�s l�avoir charg� symboliquement des mal�dictions de tout un peuple (d�o� l�expression � <emphasis>bouc</emphasis> �missaire �). Mi-homme, mi-<emphasis>bouc</emphasis>, le Satyre de la mythologie grecque est probablement devenu l�incarnation du d�mon, pr�sidant au sabbat des sorci�res et � leurs rites orgiaques. Ce � <emphasis>bouc</emphasis> d�abomination �, comme disait Bossuet, est donc un puissant symbole de d�bauche. Il est alors logique que l�expression � faire le <emphasis>bouc</emphasis> � ait eu le sens de � fr�quenter les mauvais lieux �.</p><p>Dans plusieurs d�partements du centre de la France (Allier, Creuse et Puy-de-D�me),�<emphasis>boucan</emphasis> est un �quivalent dialectal de � <emphasis>bouc</emphasis> �. Cela peut expliquer que le verbe <emphasis>boucaner</emphasis> ait �t� li� � des attitudes de d�bauche aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> si�cles, <emphasis>boucan</emphasis> �tant, au XVIII<sup>e</sup>, synonyme de � bordel � et <emphasis>boucani�re</emphasis>, de � prostitu�e �. Parce que ces lieux mal fam�s devaient r�sonner d�un certain tapage, <emphasis>boucaner</emphasis> puis faire du <emphasis>boucan</emphasis> ont signifi� � faire beaucoup de bruit �.</p><p>Il existe un autre <emphasis>boucan</emphasis> d�signant au XVI<sup>e</sup> si�cle un gril de bois sur lequel on faisait fumer de la viande ou du poisson, du tupi-guarani <emphasis>moka�m, mukem, bokaem</emphasis>. En est issu le verbe <emphasis>boucaner</emphasis> ayant le sens de � fumer de la viande � puis, par m�tonymie, chasser des b�tes sauvages pour en fumer la viande �.</p></section><section><title><p>Quel charivari !</p></title><p>L�origine �tymologique de <emphasis>charivari</emphasis> est mal connue mais son premier sens est pr�cis : tapage que l�on fait � l�occasion de certaines noces : celles d�un remariage ou celles d�un couple mal assorti. La tradition en remonte au Moyen �ge, l�un des premiers charivaris �tant, en litt�rature, celui du <emphasis>Roman de Fauvel�</emphasis>de Gervais du Bus, mis en musique par Philippe de Vitry (1320) : Fauvel est un �ne personnifiant tous les vices ; son nom est en effet form� des initiales F pour flatterie, A pour avarice, U (= V) pour vilenie (infamie), V pour vari�t� (inconstance), E pour envie et L pour l�chet�. �conduit par Dame Fortune, Fauvel se r�signe � �pouser Vaine Gloire. L�immense charivari qui est organis� le soir de leurs �pousailles (musique cacophonique, percussions de po�les et chaudrons, vocif�rations, chants paillards, etc.) souligne la discordance de leur union. C�est � l�occasion de cette �uvre m�di�vale que le mot <emphasis>charivari</emphasis> est entr� dans la langue fran�aise sous la forme <emphasis>chalivali�</emphasis>ou <emphasis>calivaly</emphasis>. Par extension, le mot, � partir du XV<sup>e</sup> si�cle, a d�sign� un grand tumulte avec ustensile de cuisines pour faire injure � quelqu�un, puis, simplement, un grand bruit n� d�un grand d�sordre : � Mettez tous ces docteurs en pr�sence : quel charivari ! quel tapage ! quel brouhaha ! quelle confusion de langues ! chacun pour faire valoir son opinion � (Louis Le Roy, <emphasis>Le Charlatanisme d�masqu�</emphasis>, ch. 1<sup>er</sup>, 1824).</p></section><section><title><p>C�est la foire d�empoigne !</p></title><p>� D�<emphasis>empogne</emphasis> �, disait grand-m�re. Si elle avait connu le sens ancien de l�expression, sans doute ne l�aurait-elle jamais employ�e, elle qui �tait si pudique !</p><p>En 1872, dans son <emphasis>�tude sur le langage populaire</emphasis>, le philologue Charles Nisard nous donne, pour <emphasis>�tre de la foire d�empoigne</emphasis>, cette d�finition : � �tre port� aux attouchements grossiers � l��gard des femmes. � Ceux qui �taient <emphasis>de la foire d�empoigne</emphasis> avaient donc une f�cheuse tendance � mettre la main au panier, � fr�quenter les pince-fesses, � ne pas se priver de privaut�s, bref, c��taient de sacr�s p�p�res pervers, surtout si l�on consid�re qu�<emphasis>empoigner</emphasis> signifie � saisir vigoureusement � pleine main �. Des mains baladeuses, l�expression <emphasis>foire d�empoigne</emphasis> a gliss� vers les mains furtives et fureteuses, celles des pickpockets, voleurs � la tire et � l��talage, <emphasis>acheter � la foire d�empoigne</emphasis> prenant le sens de � voler � : � [�] ce n�est qu�une fin de non-recevoir qu�inspire � ces n�gociants notre qualit� de barbares, soup�onn�s d�acheter tout sans payer,�� <emphasis>� la foire d�empoigne</emphasis> � comme disent les troupiers �. (Georges de K�roul�e, <emphasis>Un Voyage � P�kin</emphasis>, ch. VI, 1861).</p><p>De nos jours, la <emphasis>foire d�empoigne</emphasis> ne qualifie plus qu�une cohue o� chacun essaie, par tous les moyens, de s�emparer de ce qu�il d�sire, lors d�un h�ritage, par exemple, ou dans les grands magasins, le tout premier jour des soldes.</p></section><section><title><p>Quelle p�taudi�re !</p></title><p>Dans le <emphasis>Tartuffe</emphasis> de Moli�re, Mme Pernelle explique en ces termes pourquoi elle s�enfuit si vite de chez sa fille�Elmire :</p><poem><stanza><v>� Oui, je sors de chez vous fort mal �difi�e :</v><v>Dans toutes mes le�ons j�y suis contrari�e,</v><v>On n�y respecte rien, chacun y parle haut,</v><v>Et c�est tout justement la cour du roi P�taud. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Acte I, sc.1.)</text-author></cite><p>Rabelais, ayant d�j� fait allusion � ce <emphasis>roy P�tault</emphasis> dans son <emphasis>Tiers livre</emphasis> (1546), peut �tre � l�origine de cette expression apparue un demi-si�cle plus tard : � <emphasis>La cour du roy P�tauld o� chascun est ma�tre</emphasis>. �</p><p>En 1829, Alexandre Dumas p�re proposa au th��tre du Vaudeville une parodie de sa propre pi�ce <emphasis>Henry III et sa cour</emphasis>. Il intitula ce travestissement <emphasis>La Cour du roi P�taud</emphasis>. Il donna ce m�me titre au chapitre XXVI de son <emphasis>Joseph Balsamo</emphasis> (1849) o� il rapporte une dispute entre Louis XI et son ministre Choiseul.</p><p>� la m�me �poque enfin, le dessinateur caricaturiste Honor� Daumier compara�t devant la cour d�assises, est incarc�r� six mois � la prison Sainte-P�lagie puis � l�asile du Dr Pinel, pour avoir publi� <emphasis>La Cour du roi P�taud</emphasis> (1832). Il faut dire que la lithographie �tait une cinglante satire des m�urs de la monarchie louis-philipparde.</p><p><emphasis>Quid</emphasis> de ce <emphasis>roi P�taud</emphasis> ?</p><p>Pour certains, il �tait le chef de la corporation m�di�vale des mendiants. Littr� nous explique que le patronyme est � un terme burlesque form� du latin <emphasis>petere</emphasis>, demander, mendier. Mais l�historique para�t montrer que <emphasis>p�taud</emphasis> est synonyme de <emphasis>p�teur</emphasis>. �</p><p>Roi de la Cour des Miracles, roi des pets, l�un et l�autre ? En tout cas, ce roi est � l�origine du mot <emphasis>p�taudi�re</emphasis> que l�on trouve en premier lieu dans les <emphasis>M�moires</emphasis> de Saint-Simon (1694) avec le sens d� � assembl�e confuse o� chacun est le ma�tre � :</p><cite><p>� <emphasis>Apr�s une longue p�taudi�re, il fut r�solu que le roi serait inform� de cette insolence</emphasis> � (36, 160).</p></cite></section><section><title><p>Faire du potin</p></title><p>Dans la Normandie d�autrefois, les femmes se r�unissaient l�hiver � la veill�e, chacune pr�s de son pot de terre cuite o� rougeoyaient des braises, et se livraient � leur occupation favorite : caqueter, faire des comm�rages, dire du mal des voisins. Le pot �tait appel� <emphasis>potine</emphasis> et cette mani�re de dire des petites m�disances fut qualifi�e de <emphasis>potinage</emphasis> d�s 1625-55 :</p><poem><stanza><v>� Je n�eus pas fait chinq pas ayant tel avantage,</v><v>Que ie courus o brit d�un troupel de Quellin,</v><v>Qui ne s�entrescoutest dedans leu potinage,</v><v>Et fezest pu de brit que claquets de moulin. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(David Ferrand, <emphasis>La Muse Normande</emphasis>, tome III.)</text-author></cite><p>Dans le tome I du m�me ouvrage est mentionn� le mot <emphasis>potin</emphasis> au sens de � comm�rage � :</p><poem><stanza><v>� O tout su vieux potin encore rien ne dit ;</v><v>Chela ne me fait rien qu�embreluquer l�esprit. �</v></stanza></poem><p>Appara�tra ensuite le verbe <emphasis>potiner</emphasis>, � bavarder, faire des cancans �. Flaubert, ce grand Normand, l�utilise dans une lettre � Edmond de Goncourt du 19 mars 1879 : � Entre deux �preuves, t�chez de trouver le temps de potiner avec votre ami qui vous embrasse. �</p><p>D�riv� de <emphasis>potin</emphasis> et de <emphasis>potiner, potini�re</emphasis> a d�sign�, � la fin du XIX<sup>e</sup> si�cle, le lieu, souvent un salon mondain, o� les femmes avaient coutume de se r�unir pour �changer des <emphasis>potins</emphasis>. De la <emphasis>potine</emphasis> � la <emphasis>potini�re</emphasis>, de <emphasis>faire des potins</emphasis> � <emphasis>faire du potin</emphasis>, l��volution lexicale s�est montr�e bien misogyne puisque les propos de ces dames ont �t� finalement assimil�s � un vacarme assourdissant : une bonne raison pour les f�ministes de faire un <emphasis>potin</emphasis> de tous les diables !</p></section><section><title><p>Faire du ramdam</p></title><p><emphasis>Ramdam</emphasis> est l�abr�viation (d�origine maghr�bine) de � ramadan �, de l�arabe <emphasis>ramad�n</emphasis>, � neuvi�me mois de l�ann�e de l�h�gire �, mois pendant lequel les musulmans ne doivent ni manger, ni boire, ni fumer, ni avoir de relations sexuelles, entre le lever et le coucher du soleil. Le mot appara�t d�s 1703 dans <emphasis>Observations curieuses sur le voyage dans le Levant par Fermanel, Fauvel, Baudoin et Stochove</emphasis> : � Il y en a un [je�ne] g�n�ral et r�gl� qui dure toute une Lune, et l�appellent <emphasis>Ramadan</emphasis> ou <emphasis>Ramazan</emphasis>, du nom du mois o� il �choit, qui est le dixi�me [<emphasis>sic</emphasis>] de leurs mois, et la raison pour laquelle il ont plut�t choisi ce mois que les autres, est qu�ils disent qu�en ce mois-l� Dieu mit l�Alcoran entre les mains de Mahomet, et lui conf�ra cette loi-ci pleine de gr�ces, qui doit, suivant leurs sentiments, sauver tout le monde. �</p><p>Dans les ann�es 1890, <emphasis>faire ramdam</emphasis> a signifi� � je�ner � chez les soldats d�Afrique puis, <emphasis>faire du ramadam</emphasis> a pris son sens actuel (depuis 1896) par allusion � la liesse et au tapage nocturnes qui, chez les musulmans, sont suppos�s suivre les journ�es d�abstinence. Exemple lexical d�islamophobie ?</p></section></section><section><title><p>COMPORTEMENTS</p></title><section><title><p>Faire marcher son monde � la baguette</p></title><p>C�est ce que ma grand-m�re maternelle disait de ma grand-m�re paternelle qu�elle traitait aussi parfois de � Marie-j�ordonne �.</p><p>� quelle baguette l�expression fait-elle allusion ? Pas � celle du chef d�orchestre ni � celle du tambour, encore � moins celle, magique, du prestidigitateur, mais incontestablement, � celle que le ma�tre utilisait pour punir ses �l�ves, ou avec laquelle une autre esp�ce de ma�tre frappait ses esclaves, bref, une f�rule. L�expression n�est plus que figur�e. Le Roux (1735) r�pertorie deux expressions ant�rieures, aujourd�hui inusit�es : <emphasis>commander � baguette</emphasis> (� prendre une autorit� de ma�tre, commander avec orgueil et haut la main, d�un ton de voix fier et arrogant, et ordonner absolument en souverain �) et <emphasis>servir � baguette</emphasis> (� servir avec soumission, le chapeau bas et avec respect, ramper et se soumettre comme un esclave �). <emphasis>Faire marcher son monde � la baguette</emphasis> �quivaut � la premi�re.</p></section><section><title><p>Faire la bamboula</p></title><p>Quand les lendemains de f�tes nous nous plaignions d��tre fatigu�s, grand-m�re nous clouait gentiment le bec d�un � voil� ce que c�est que de faire la bamboula ! �, <emphasis>bamboula</emphasis> �tant parfois remplac� par � nouba �. Nous sentions bien qu�il y a avait de l�Afrique l�-dessous� en effet !</p><p>Une <emphasis>bamboula</emphasis>, c�est d�abord un tambour africain, appel� <emphasis>bombalon</emphasis> au XVII<sup>e</sup> si�cle. Parlant des habitants d�une �le de Guin�e, Michel Jajolet de La Courbe nous dit : � Ils ont certain instrument fait de bois et fort grand, appel� bombalon qui, �tant frapp� avec un b�ton, s�entend � ce qu�on pr�tend de plus de quatre lieues � (<emphasis>Premier voyage du sieur de La Courbe fait � la coste d�Afrique en 1685</emphasis>). Le P�re Labat, explorateur et missionnaire (1663�1738) parle, lui, de <emphasis>baboula</emphasis>.</p><p><emphasis>Bamboula</emphasis> d�signe aussi la danse que les Noirs d�Afrique ex�cutaient au son de cet instrument, mais l�expression <emphasis>faire la bamboula</emphasis> est beaucoup plus r�cente : dans son ouvrage <emphasis>Le Poilu tel qu�il se parle</emphasis> (1919) Gaston Esnault nous apprend qu�elle �tait utilis�e avant 1914 par les tirailleurs alg�riens avec le sens de � faire la bombe, se so�ler comme un n�gre �. Il nous pr�cise aussi que <emphasis>bambouillat</emphasis> fut en 1855 synonyme de � n�gre � et que le qualificatif de <emphasis>bamboula</emphasis> fut appliqu�, soit � un tirailleur s�n�galais, soit, dans un usage plus g�n�ral, � un � n�gre �. De telles expressions nous disent aujourd�hui tout le racisme qui pr�sida � la colonisation africaine.</p></section><section><title><p id="link_05">Mener une vie de b�ton de chaise</p></title><p>On imagine que celui qui menait une vie aussi mouvement�e, aussi agit�e, aussi d�sordonn�e, recevait la d�sapprobation de grand-m�re. Elle ne parlait d�ailleurs pas de b�tons mais de barreaux, trahissant ainsi son ignorance de l��tymologie.</p><p>Ces b�tons sont les longues barres de bois qui permettaient aux chaises � porteurs d��tre� port�es par deux laquais, un devant, un derri�re, et, � fouette, cocher (si l�on peut dire), � nous, la tourn�e des grands-ducs ! � se r�jouissaient alors les nobles de l�Ancien R�gime. Mais, halte-l� ! Un � l�ger � petit probl�me de chronologie se fait jour : l�expression � mener une vie de b�ton de chaise � n�appara�t qu�� la toute fin du XIX<sup>e</sup> si�cle � une �poque o� ces brancards avaient �t� depuis longtemps mis au rancart. Le regrett� Claude Duneton (1935�2012), dans <emphasis>La Puce � l�oreille</emphasis> (1978), nous explique cette tardive apparition de diverses fa�ons, en particulier par la vogue que connurent alors les spectacles historiques notamment adapt�s des romans de cape et d��p�e, genre <emphasis>Les Trois Mousquetaires.</emphasis></p></section><section><title><p>Triste comme un bonnet de nuit</p></title><p>Malgr� l��poque o� il vivait son grand �ge, grand-p�re, en bon citadin et contrairement aux vieux campagnards, ne portait pas de bonnet de nuit. Grand-m�re pouvait donc dire de tel ou tel qu�il �tait <emphasis>triste comme un bonnet de nuit</emphasis>, l�honneur de grand-p�re restait sauf !</p><p>Le bonnet de nuit �tait de mise sous l�Ancien R�gime, quand la mode des perruques (que l�on �tait pour dormir) obligeait � avoir les cheveux courts, voire � se raser le cr�ne. Petit � petit, le bonnet de nuit ne fut plus port� que par les vieilles personnes et l�on en vint � adopter ce syllogisme : les vieillards portent un bonnet de nuit, les vieillards sont tristes et ennuyeux, donc le bonnet de nuit symbolise la tristesse et l�ennui. Ajoutons que les gens �g�s �tant g�n�ralement des couche-t�t, ils dorment quand la jeunesse fait la nouba. Chez Le Roux (1735), on trouve � <emphasis>Triste comme un bonnet de nuit sans co�ffe</emphasis>. � cause qu�un [<emphasis>sic</emphasis>] bonnet en cet �tat est sans ornement, et sans propret�. �</p><p>� [�] moy qui, � force d�entendre des lamentations, dois estre triste comme un bonnet de nuit sans co�ffe. H� bien ! tenez, ne voil�-t-il pas encore ? Un bonnet de nuit sans co�ffe ! Depuis que je connais cet animal, je ne dis que des sottises � (Br�court, <emphasis>L�Ombre de Moli�re</emphasis>, sc. II, 1674).</p></section><section><title><p>Se monter le bourrichon</p></title><p><emphasis>Bourrichon</emphasis> est un synonyme familier de � t�te �. Il est d�riv� de <emphasis>bourriche</emphasis>, � panier sans anse qui contient des victuailles�(gibier, poissons, hu�tres) � et qui peut repr�senter le prix � gagner lors de loteries populaires. <emphasis>Bourriche</emphasis> a, du reste, rev�tu la m�me signification que <emphasis>bourrichon</emphasis>. Comparer la t�te � un r�cipient est d�ailleurs, en argot, chose courante : bocal, cafeti�re, carafe, carafon, fiole, saladier, tasse, terrine, timbale, th�i�re, tirelire, urne� qui dit mieux ?</p><p><emphasis>Se monter le bourrichon</emphasis>, � se monter la t�te, se faire des illusions �, pratiquer l�autopersuasion, l�expression se trouve chez Flaubert d�s avril 1860. C�est d�ailleurs la toute premi�re occurrence du mot : � Oh ! Comme il faut se monter le bourrichon pour faire de la litt�rature ! Et que bien heureux sont les �piciers ! � (Lettre � Louis Bouilhet).</p><p><emphasis>Monter le bourrichon � quelqu�un</emphasis>, � lui en faire accroire, le bercer d�illusions � appara�t aussi chez Flaubert : � il faut que je monte joliment le bourrichon � mon public : il faut que je fasse baiser un homme, qui croira enfiler la lune, avec une femme qui croira �tre bais�e par le soleil � (29 novembre 1860, cit� dans le <emphasis>Journal des Goncourt</emphasis>).</p><p>Flaubert, qui a d�cid�ment aim� le mot, utilise �galement <emphasis>Se remonter le bourrichon</emphasis> au sens de � se remonter le moral � : � Je crois que tu te d�soles, peut-�tre, en vain. Il faut se remonter le bourrichon. Tu as d�j� pass� par de mauvaises phases. � (Lettre � Jules Duplan du 7 ao�t 1861.)</p></section><section><title><p id="link_04">Tourner en bourrique</p></title><p>Une bourrique et un �ne (ou une �nesse), c�est kif-kif bourricot (voir <a l:href="#link_42">infra</a>)� sauf que les mots de <emphasis>bourrique, bourricot</emphasis> et <emphasis>bourriquet</emphasis> (de l�espagnol <emphasis>borrico</emphasis>, � �ne �) sont souvent plus p�joratifs. <emphasis>Quelle bourrique ! Tu es t�tue comme une bourrique !</emphasis> Qui est ainsi trait� se voit accus� d�un coup de b�tise et d�ent�tement. �tre une <emphasis>bourrique</emphasis>, c�est non seulement ne rien comprendre mais, qui plus est, ne faire aucun effort pour comprendre ; ce peut �tre aussi s�obstiner b�tement. La bourrique est donc un <emphasis>�ne b�t�</emphasis>, au sens figur� comme au sens propre puisque la raison d��tre d�un b�t est d��quiper les b�tes de somme d�o� une autre expression, <emphasis>�tre charg� comme une bourrique</emphasis>, signifiant � porter de lourds et nombreux fardeaux �.</p><p>D�un amalgame de ces diverses locutions est sans doute n� <emphasis>tourner en bourrique</emphasis> qui accumule les notions de b�tise et de charges ext�nuantes. <emphasis>Faire tourner quelqu�un en bourrique</emphasis>, c�est en effet l�abrutir (faire d�elle une brute) en lui imposant d�insupportables exigences. Diantre, voil� qui n�est pas rien ! Pas d�affolement, cependant, car la formule rel�ve le plus souvent de la synecdoque, c�est-�-dire qu�elle dit le plus pour le moins. Quand, en effet, une maman reproche � ses sales gosses de la faire <emphasis>tourner en bourrique</emphasis>, elle veut juste leur faire comprendre qu�ils l��nervent, qu�ils lui font perdre patience, qu�elle est exc�d�e par leur agitation ou leurs j�r�miades.</p><p>Selon Esnault (1965), <emphasis>bourrique</emphasis> a �galement rev�tu des significations argotiques : gourgandine en 1809, agent de la s�ret� en 1877, d�lateur en 1883, gendarme en 1917. En 1894, Virma�tre ne lui donnait toutefois que le sens d�� indicateur � (argot des voleurs) ; on dirait aujourd�hui � balance �.</p></section><section><title><p>Faire voir sa boutique</p></title><p>Dans mon enfance, les tabous sexuels �taient la norme : appeler de leur nom v�ritable les � parties naturelles � �tait inimaginable dans la conversation courante et grand-m�re usait de m�taphores pour nous rappeler, mon fr�re et moi, � l��l�mentaire pudeur. Elle nous parlait de � petit oiseau � ou, plus souvent, de <emphasis>boutique</emphasis> : � Ne fais pas voir ta <emphasis>boutique</emphasis> � tout le monde ! �, ou encore, � Ce n�est pas beau de mettre ainsi sa <emphasis>boutique</emphasis> � l�air ! �. Ce mot n�eut longtemps pour nous que ce sens, un peu licencieux malgr� tout.</p><p>L�image �tait coh�rente puisque le mot <emphasis>boutique</emphasis> est li� � l�id�e d��talage, de marchandises que l�on montre, et elle ne date pas d�hier puisqu�en 1640, dans ses <emphasis>Curiosit�s fran�aises</emphasis>, Antoine Oudin nous apprend que l�on disait � <emphasis>la Boutique</emphasis>, pour la nature ou le membre viril � et que � <emphasis>la Boutique est ferm�e</emphasis>, se [disait]d�une femme qui ne fait plus d�enfants. �</p><p>En 1954, l�ann�e de mes sept ans, l�actrice et chanteuse Mistinguett utilisait la m�taphore � propos d�un souvenir d�enfance o� il est justement question d�un exhibitionniste : � Le jour o� j�avais averti ma m�re, elle m�avait dit de marcher devant, comme si de rien n��tait. L�autre commen�ait � montrer sa boutique comme d�habitude, mais quand il aper�ut ma m�re, il se cavala comme un fou. Il avait raison ! � (<emphasis>Toute ma vie</emphasis>, volume 1, p. 23.)</p></section><section><title><p>C�est le cadet de mes soucis</p></title><p><emphasis>Cadet</emphasis> ! Le mot fait ressurgir deux vieilles images. La premi�re : un soldat de la R�volution, bon enfant et qui multiplie tout par trois : <emphasis>Cadet</emphasis> Rousselle. La seconde : un petit monsieur en haut-de-forme avec une bouche grotesque et dans la main gauche un encrier d�o� sort une �norme plume : une caricature de l�acteur Coquelin <emphasis>Cadet</emphasis> qui tr�nait sur un manteau de chemin�e. �videmment, quand grand-m�re faisait taire mes r�criminations d�un cat�gorique <emphasis>C�est le cadet de mes soucis</emphasis>, ces images me venaient alternativement � l�esprit et le <emphasis>cadet</emphasis> en question signifiait tout sauf � le dernier, le moindre, le plus petit �.</p><p>L�histoire de ce mot est �patante : <emphasis>cadet</emphasis>, � chef �, � capitaine � et � cadeau � ont la m�me origine ! Au commencement fut la lettre <emphasis>capitale</emphasis> (du latin m�di�val <emphasis>capitellus</emphasis>, � petite t�te �, diminutif de <emphasis>caput</emphasis>, � t�te �). Cette lettre capitale se disait <emphasis>capdel</emphasis> ou <emphasis>cabdel</emphasis> en ancien proven�al, le mot ayant aussi le sens de � chef �, c�est-�-dire � t�te � mais aussi � celui qui commande<a l:href="#n_7" type="note">[7]</a> �. La lettre capitale �tait, en t�te d�un texte ou d�un chapitre, toujours enjoliv�e, histori�e selon la tradition des enluminures m�di�vales. On parlait alors de lettre <emphasis>cadel�e</emphasis> (XV<sup>e</sup> si�cle), mot qui est � l�origine de � cadeau �, mais c�est l� une autre histoire. <emphasis>Cadet</emphasis> est l��quivalent gascon du proven�al <emphasis>capdel</emphasis>. Comment, de ce premier sens de � chef �, le mot <emphasis>cadet</emphasis> en est-il venu � d�signer le deuxi�me n� d�une famille ? Une tradition remontant au XV<sup>e</sup> si�cle nous donne la clef de l��nigme : les fils pu�n�s (n�s apr�s les a�n�s) des familles gasconnes devenaient g�n�ralement chefs militaires (mousquetaires) dans les arm�es du roi de France, enr�l�s par exemple dans la compagnie des � <emphasis>cadets</emphasis> de Gascogne �. Le chef-d��uvre d�Alexandre Dumas (1802�1870) les a immortalis�s. La tradition concerna aussi d�autres �coles militaires. Par la suite, le sens de <emphasis>cadet</emphasis> a �volu� de � celui qui est n� apr�s l�a�n� � � � celui qui est le plus jeune �.</p></section><section><title><p>Faire devenir ch�vre</p></title><p>� Vous finirez par me faire devenir ch�vre ! � s��criait grand-m�re quand on la faisait� bisquer (verbe qui vient du proven�al <emphasis>bisco</emphasis>, � mauvaise humeur �, lui-m�me issu de <emphasis>bico</emphasis>, � bique, ch�vre �).</p><p><emphasis>Faire devenir ch�vre</emphasis> est, de nos jours, un �quivalent de <emphasis>Faire tourner en bourrique</emphasis> (voir <a l:href="#link_04">supra</a>) mais tel ne fut pas le premier sens de l�expression. On trouve chez Rabelais le verbe <emphasis>chevreter</emphasis><a l:href="#n_8" type="note">[8]</a> : � Advenent le cas, ne seroit-ce que pour chevreter ? Autresfoys est-il advenu : advenir encores pourroit � (<emphasis>Tiers livre, Prologue de l�auteur</emphasis>, 1546). <emphasis>Devenir ch�vre</emphasis>, c�est donc se d�piter, c�est-�-dire �prouver du chagrin m�l� de col�re. On dit aussi d�une personne qu�elle <emphasis>prend la ch�vre</emphasis> quand elle s�emporte pour un rien, qui, facilement, <emphasis>prend la mouche</emphasis> (voir infra). Moli�re utilise l�expression dans <emphasis>Sganarelle�</emphasis>ou <emphasis>Le Cocu imaginaire</emphasis> (1660) : � Mais c�est prendre la ch�vre un peu bien vite aussi � (sc�ne�XII). Ce caract�re col�rique et braque de notre <emphasis>caprin</emphasis> se retrouve dans des mots de m�me �tymologie comme <emphasis>caprice</emphasis> ou se <emphasis>cabrer</emphasis> (du latin <emphasis>capra</emphasis>, � ch�vre �).</p></section><section><title><p>Se noyer dans un crachat</p></title><p>Fureti�re (1690) explique ainsi l�expression : � On dit hyperboliquement d�un malheureux qu�il se noyeroit dans un crachat. � L�hyperbole est pr�cis�e dans les additions du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> (1<sup>re</sup> �dition, 1694) : � On dit proverbialement d�un homme malheureux et malhabile qu�il se noyeroit dans son crachat [�]. � Aujourd�hui, le d�sarroi et l�affolement devant un probl�me � r�soudre, si insignifiant soit-il, ont supplant� le malheur et la maladresse, <emphasis>noyer</emphasis> rev�tant le m�me sens figur� que la locution quasi synonyme, � se laisser submerger �. Ces nuances apparaissent au XIX<sup>e</sup> si�cle, notamment chez Littr� (1872-77), avec, en plus, la notion d��chec : � Se noyer dans son crachat, dans un crachat, �chouer, se perdre en des cas ou rien n��tait si facile que de r�ussir. � <emphasis>Se noyer dans une goutte d�eau</emphasis> �tait aussi en usage au XVII<sup>e</sup> si�cle, comme dans cet extrait de Bossuet : � Vous voyez tr�s-bien le foible de celui du pauvre M.�de Cambrai, qui s��gare dans le grand chemin, et qui a voulu se noyer dans une goutte d�eau � (Lettre � M. de La Loub�re du 1<sup>er</sup> juin 1698).</p><p>Le � verre d�eau � remplace souvent aujourd�hui la � goutte � ou le � crachat �, mais le pusillanime n�en est pas pour autant sauv� de la noyade.</p></section><section><title><p>�tre (comme) cul et chemise</p></title><p>� Ces deux-l�, ils sont <emphasis>cul et chemise</emphasis> ! �</p><p>En disant cela de deux personnes qu�elle connaissait (mais �vitait de fr�quenter), grand-m�re n�en soulignait pas seulement la proximit�, l�ins�parabilit�, mais aussi la coupable complicit�, l�ind�cence du mot <emphasis>cul</emphasis> devant n�cessairement donner � la phrase un tour p�joratif.</p><p>D�s 1640, Antoine Oudin nous fournit une expression approchante : � <emphasis>Ce n�est qu�un cul et une chemise.</emphasis> Ils sont toujours ensemble ; ils ont de grandes intelligences � et Fleury de Bellingen, en 1656, en emploie une autre : � [�] elle a ajout� que c�estoient deux culs dans une chemise ; c�est � dire deux intimes et parfaits amis, qui semblaient avoir un m�me esprit, un m�me sentiment, et une m�me inclination � (<emphasis>L��tymologie ou Explication des proverbes fran�ois</emphasis>, XXVIII).</p></section><section><title><p>Virer sa cuti</p></title><p>Le jour de la cuti �tait un jour de larmes, le scarificateur �tant pour la plupart des �coliers un instrument de sacrificateur. C��tait le m�decin scolaire qui pratiquait nagu�re la cuti (abr�viation de � cutir�action �, du latin <emphasis>cutis</emphasis>, � peau �).</p><p>Une r�action n�gative prouvait que le bacille de la tuberculose ne nous avait jamais rendu visite. On devait alors se pr�parer � une autre journ�e de pleurs : celle o� on nous injecterait le vaccin contre la tuberculose (le fameux B.C.G., sigle pour bacille Calmette Gu�rin, du nom des inventeurs de cette inhumaine torture). Si la r�action �tait positive (rougeur et durcissement de la peau), cela voulait dire que l�on avait �t� en contact avec le microbe et que, ouf ! on �tait immunis� par la bienheureuse entremise d�une primo-infection naturelle. On disait alors que l�on avait <emphasis>vir� sa cuti</emphasis>. L�expression ne tarda pas � prendre un sens figur�et, dans les ann�es 1950, l�on se mit � dire de celui qui changeait de mode, d�opinion, de conviction, notamment dans le domaine politique, qu�il avait <emphasis>vir� sa cuti</emphasis> : � L�intellectuel de gauche avait, selon l�expression des militaires d�Alg�rie, �vir� sa cuti� � (Pierre Miquel, <emphasis>La IV</emphasis>e <emphasis>R�publique, Hommes et pouvoirs</emphasis>, Bordas, 1972).</p></section><section><title><p>La belle �loise !</p></title><p>Le soir du 14 juillet, apr�s la retraite aux flambeaux, l�exclamation ne cessait de fuser (c�est le cas de le dire) pendant le feu d�artifice tir� sur la plage de Fouras et grand-m�re n��tait pas en reste : � Oh, la belle verte ! Oh la belle bleue ! Oh la belle �loise ! � Ces cris d�admiration saluaient les gerbes illuminant le ciel car, en Saintonge (comme en Vend�e, en Angoumois et en Poitou), une <emphasis>�loise</emphasis> (prononcez <emphasis>�lo�ze</emphasis>) est un � �clair �.</p><p>Le mot est attest� en vieux fran�ais, notamment chez Montaigne pour qui notre vie � n�est qu�une �loise dans le cours d�une nuit �ternelle � (<emphasis>Essais</emphasis>, livre second, chapitre XII, 1582). Dans <emphasis>Origines de la langue fran�aise</emphasis>, le grammairien Gilles M�nage (1613�1692) prend cette citation pour illustrer le mot <emphasis>�loise</emphasis> dont il dit : � C�est un vieux mot qui signifie �clair, et dont on use encore � pr�sent en quelques provinces de France, et particuli�rement en Poitou [�] Il vient d�<emphasis>elucia</emphasis> qui a �t� fait d�<emphasis>elucere</emphasis>, �luire, briller� en latin. Existe aussi cet autre r�gionalisme, <emphasis>�loiser</emphasis>, �faire des �clairs� �.</p></section><section><title><p>Se regarder en chiens de fa�ence</p></title><p>C�est ainsi que nous nous toisions, mon fr�re et moi, quand l�un avait fait une crasse � l�autre. � Avez-vous fini de vous regarder en chiens de fa�ence ? � demandait grand-m�re.</p><p>Les <emphasis>chiens de fa�ence</emphasis>, je connaissais. Parmi de nombreux autres bibelots (maman parlait d�<emphasis>acqueries</emphasis>, mot charentais d�signant de � vieux objets sans valeur �, des � nids � poussi�re �), deux dogues semblaient se d�fier du regard, face � face, immobiles, sur le buffet des grands-parents. Je n�appris que bien plus tard d�o� venait la <emphasis>fa�ence</emphasis> dont ils �taient faits.</p><p>On a d�abord dit <emphasis>terre de Fayence</emphasis> (1532), puis <emphasis>Faenze</emphasis> (1589), <emphasis>Faiance</emphasis> (1642) et enfin <emphasis>fa�ence</emphasis> (fin XVII<sup>e</sup> si�cle) pour d�signer cette c�l�bre c�ramique originaire de Faenza. Cette petite ville italienne de la r�gion d��milie poss�de d�ailleurs un mus�e international de la c�ramique. La fabrication de vaisselle de c�ramique qui remonte au XII<sup>e</sup> si�cle y est toujours un artisanat florissant.</p></section><section><title><p>Se lever du pied gauche</p></title><p>La gauche (je ne parle pas de politique !) a toujours eu mauvaise r�putation. Est-ce parce que le mot est, selon certaines hypoth�ses, issu du verbe <emphasis>gauchir</emphasis>, lui-m�me d�riv�, <emphasis>via</emphasis> l�ancien fran�ais <emphasis>guenchir, ganchir</emphasis>, � faire des d�tours �, du francique �<emphasis>wenkjan</emphasis>, � vaciller � ? Toujours est-il que le c�t� en question, m�me au-del� le mot qui le d�signe, est frapp� d�anath�me depuis l�Antiquit�.</p><p>Les augures romains �taient investis du pouvoir de comprendre l�attitude des dieux � l��gard de Rome et de pr�dire l�avenir en interpr�tant divers signes dont le vol des oiseaux (le latin <emphasis>auspicum</emphasis>, � observation des oiseaux � a d�ailleurs donn� le fran�ais � auspices �, dont on sait qu�ils peuvent �tre bons ou mauvais comme l�<emphasis>augure</emphasis> peut �tre favorable ou non). La science divinatoire des augures leur permettait donc de conseiller s�nateurs et magistrats. Si, par exemple, un vol d�oiseaux venait de la gauche, le pr�sage �tait d�favorable, d�o� le sens de � sinistre �, issu du latin <emphasis>sinistra</emphasis>, � main gauche �. L�augure �tait bon si le vol surgissait de la dextre (= droite). � Gauche � se substitua au fran�ais senestre, � c�t� gauche � (�galement d�riv� de <emphasis>sinistra</emphasis>) quand � dextre � fut remplac� par � droit(e) �.</p><p>Gauche, sinistre ? M�mes connotations. Comment apr�s cela s��tonner que <emphasis>se lever du pied gauche</emphasis> soit associ� � la mauvaise humeur et que la journ�e en soit mal engag�e ?</p></section><section><title><p id="link_07">Soupe � la grimace</p></title><p>� Bien s�r nous e�mes des orages� � Quel couple peut se vanter de n�en avoir jamais eus ? Orage ou brouille passag�re, le r�sultat se traduit bien souvent par une <emphasis>soupe � la grimace</emphasis>, l�image �tant celle d�un repas pris en face d�un visage rev�che : celui de votre conjoint dont la moue renfrogn�e traduit l�inimiti�. L�expression ne semble pas remonter au-del� du XX<sup>e</sup> si�cle et l�id�e de repas en a progressivement disparu, celle d�accueil hostile �tant seule conserv�e.</p><p>Une autre, un peu plus ancienne, nous parle de � soupe aux larmes � mais, plus que de l�hostilit�, c�est de la tristesse qu�elle exprime : � Londres est maintenant d�testable, poursuivit Reggie avec un grand s�rieux. Je n�aime pas, vous savez� La guerre� Partout � Londres, c�est comme une soupe aux larmes � (Francis Carco, <emphasis>Les Innocents</emphasis>, 1916).</p><p>Ajoutons que celui qui mange la <emphasis>soupe � la grimace</emphasis> doit aussi souvent � dormir � l�h�tel du cul tourn� � (voir <a l:href="#link_43">infra</a>), la gu�guerre conjugale �tant ainsi pleinement consomm�e.</p></section><section><title><p>Avoir l�air grimaud</p></title><p>Toujours dans le registre de la mauvaise humeur, citons <emphasis>avoir l�air grimaud</emphasis>, expression aujourd�hui plut�t sarthoise mais issue du vieux fran�ais : � Voil� donc pourquoi Almanzine vous paroissoit avoir l�air grimaud, et les yeux loup-garou ! � (Alain-Ren� Lesage, <emphasis>Achmet et Almanzine</emphasis>, I, IV, 1728). <emphasis>Grimaud</emphasis> est encore attest� chez Littr� (1872-77) o� l�adjectif est ainsi d�fini : � Qui est d�humeur chagrine, maussade. �</p><p>L��tymologie de <emphasis>grimaud</emphasis> est le francique �<emphasis>grima</emphasis>, � masque �. Entre autres significations aujourd�hui tomb�es dans l�oubli, Littr� nous pr�cise que <emphasis>grimaud</emphasis> est l�un des noms vulgaires de la chouette.</p></section><section><title><p id="link_11">Une Marie-j�ordonne</p></title><p>C�est le surnom que grand-m�re donnait � toutes les femmes qui font marcher leur monde (et plus particuli�rement leur mari) � la baguette, qui aiment commander :</p><cite><p>� <strong>Caroline</strong>. Oh ! maman, sois tranquille, nous saurons bien nous en tirer, si Victor surtout veut me laisser faire.</p><empty-line/><p><strong>Victor</strong>. Oui, cela ira � merveille pourvu que Caroline ne se m�le pas de faire sa <emphasis>Marie j�ordonne</emphasis>. �</p><text-author>(Victor Cholet, <emphasis>La soir�e</emphasis>, sc�ne I, in <emphasis>Petits proverbes dramatiques � l�usage des jeunes gens</emphasis>, 1837.)</text-author></cite><p>Au XIX<sup>e</sup> si�cle apparut <emphasis>faire sa demoiselle j�ordonne</emphasis>, appliqu�e � une petite fille qui veut tout r�genter.</p><p>L�expression est au nombre de celles qui d�clinent le tr�s r�pandu pr�nom Marie pour d�noncer le trait dominant (moral ou physique) d�une femme : <emphasis>Marie-couche-toi-l�</emphasis> (voir <a l:href="#link_44">infra</a>), <emphasis>Marie-bon-bec</emphasis>, � femme bavarde un peu forte en gueule �, nous dit Alfred Delvau (1866). Charles Virma�tre (1894) mentionne aussi <emphasis>Marie-sac-au-dos</emphasis>, � femme toujours pr�te �, <emphasis>Marie-pique-rempart</emphasis>, � femme qui r�de la nuit sur les remparts, aux environs des postes de soldats �.</p></section><section><title><p id="link_16">M�chant comme la gale, comme une teigne</p></title><poem><stanza><v>� Ce pel�, ce galeux, d�o� venait tout leur mal �</v></stanza></poem><cite><text-author>(La Fontaine, <emphasis>Les Animaux malades de la peste</emphasis>, fables, VII,�I).</text-author></cite><p>�tre <emphasis>m�chant</emphasis> (ou <emphasis>mauvais</emphasis>) <emphasis>comme la gale</emphasis>, c�est �tre tr�s m�chant. Produite par un acarien (sarcopte) qui creuse des galeries dans la peau pour y d�poser ses �ufs, la gale est une maladie particuli�rement contagieuse qui provoque d�insupportables d�mangeaisons. On comprend qu�elle soit qualifi�e de <emphasis>mauvaise</emphasis> ou <emphasis>m�chante</emphasis> et qu�elle soit, dans l�expression, le symbole de ce qu�il faut fuir. En l�occurrence, le mal est trois fois pr�sent : chez celui qui en est atteint, chez celui qui l�attrape et dans la maladie elle-m�me. On dit aussi <emphasis>Mauvais comme une teigne</emphasis>, autre maladie tr�s contagieuse, dermatose du cuir chevelu produite par des champignons microscopiques, � l�origine de pelades.</p><p>Ces expressions apparurent au XIX<sup>e</sup> si�cle mais d�autres d�sign�rent d�s le XVII<sup>e</sup> si�cle ce (ou ceux) dont il faut �viter la compagnie : � Qui se sent galeux, qu�il se gratte � et � cela tient comme teigne � (Oudin, 1640).</p></section><section><title><p>As-tu fini de melouner !</p></title><cite><p>� Entre les dents, boun�gen ! sais pas ce qu�a meloune �</p><text-author>(Jean-Henri Burgaud des Marets, <emphasis>Fables et Contes en patois saintongeais</emphasis>, 1849).</text-author></cite><p>En Vend�e et dans les Charentes, on <emphasis>meloune</emphasis> quand on chantonne la bouche ferm�e. Il est probable que l�on imite ainsi le bourdonnement du � bourdon (le mot � bourdon � est d�ailleurs une onomatop�e) que l�on appelle <emphasis>melon</emphasis> dans ces m�mes r�gions, peut-�tre parce qu�il cherche le miel (<emphasis>mel</emphasis> en latin).</p><p><emphasis>Melouner</emphasis> signifie aussi � grommeler, ronchonner �.</p><p>Mon fr�re avait cette habitude, pendant qu�il s�affairait � une occupation captivante, d�exprimer sa joie de vivre en <emphasis>melounant</emphasis> (chantonnant) toutes sortes d�airs qu�il improvisait plus ou moins. Cela avait le don d��nerver grand-m�re qui se mettait elle aussi � melouner (ronchonner) : � As-tu bient�t fini de melouner ? �</p></section><section><title><p>En prendre plein les mirettes</p></title><p>� On en prend <emphasis>plein les mirettes</emphasis> ! � s�exclamait grand-m�re pendant le bouquet d�un feu d�artifice ou au pied d�un sapin de No�l illumin�, mettant ainsi des mots sur notre �merveillement.</p><p>� �merveillement � et <emphasis>mirettes</emphasis> ont d�ailleurs une �tymologie commune, le latin <emphasis>mirus</emphasis>, � �tonnant, merveilleux � que l�on retrouve dans le verbe <emphasis>mirari</emphasis>, � s��tonner, admirer � (� l�origine de � mirer �) et l�adjectif <emphasis>mirabilis, mirabilia</emphasis> qui a engendr� � merveille �. Les <emphasis>mirettes</emphasis> sont donc les yeux, surtout quand ils permettent de s��merveiller et manifestent admiration et/ou �tonnement : � Il a fait de ces <emphasis>mirettes</emphasis> en d�couvrant son cadeau ! �</p><p>Le mot fut employ� � partir de la fin du XIX<sup>e</sup> si�cle dans � l�argot des voyous �, pour Delvau (1866), celui � des voleurs �, pour Virma�tre (1894), souvent pr�c�d� de � belles � comme dans la chanson de Vincent Scotto :</p><poem><stanza><v>� Or un soir qu�il sortait de l�atelier</v><v>Elle aborda l�ouvrier lui disant :</v><v>�Si l�on s�aimait</v><v>T�as de belles mirettes, tu m�plais.� �</v></stanza></poem><cite><text-author>(<emphasis>La Vip�re du trottoir</emphasis>, 1919).</text-author></cite><p>Esnault (1965) mentionne l�expression � avoir du sommeil <emphasis>plein ses mirettes�</emphasis> �.</p><p>En amoureux du bel argot, Pierre Perret utilise souvent le mot dans ses chansons, comme dans <emphasis>Marina</emphasis> : � Ils te prendraient pour la Sainte Vierge / Tes belles mirettes et tes vingt berges �.</p></section><section><title><p>Avoir du sang de navet (dans les veines)</p></title><p>Jugement d�finitif quand nous manquions de courage�(pour descendre seuls � la cave, par exemple) ou de force (quand nous �chouions, autre exemple, � desserrer le couvercle d�un bocal de confiture). Nous en concluions, incr�dules, que les l�gumes avaient du sang (blanch�tre pour le navet) et qu�� la faveur de leur ingestion celui-ci passait dans nos veines. Autre cons�quence, qui nous plaisait davantage car nous avions les navets en horreur, ne pas en manger nous emp�chait <emphasis>ipso facto</emphasis> d�an�mier plus avant notre bravoure et notre vigueur.</p><p>L�expression semble ne pas �tre apparue avant le d�but du XX<sup>e</sup> si�cle.</p><p>Expliquant aussi la gen�se de l�expression, d�autres connotations n�gatives associ�es au l�gume existent ou ont exist� : �uvre d�art sans valeur ni int�r�t (par analogie avec la fadeur du navet<a l:href="#n_9" type="note">[9]</a>), pet sonore (le navet provoque des flatulences), interjection signifiant � non ! �, ces deux derni�res acceptions �tant r�pertori�es par Delvau (1866).</p></section><section><title><p>Avoir les nerfs en pelote</p></title><p>C�est la manifestation d�un agacement, d�une irritation extr�me. Dat�e de 1901 (dans <emphasis>L�Argot au</emphasis> XX<sup>e</sup><emphasis>si�cle</emphasis> d�Aristide Bruant, � <emphasis>Col�re</emphasis>), l�expression <emphasis>se mettre les nerfs en pelote</emphasis> fait partie de toute une liste o� le mot <emphasis>nerfs</emphasis> au pluriel est associ� aux notions d�exasp�ration, d�excitation, etc. : <emphasis>taper sur les nerfs</emphasis>, � �nerver, irriter �, (1816, <emphasis>porter sur les nerfs</emphasis> dans <emphasis>L�Hermite de Guyane</emphasis> d��tienne de Jouy), <emphasis>un paquet</emphasis> (ou <emphasis>une boule</emphasis>) <emphasis>de nerfs</emphasis>, � personne tr�s nerveuse �, <emphasis>avoir les nerfs � fleur de peau</emphasis>, � �tre irritable �, <emphasis>�tre sur les nerfs,</emphasis> � �prouver une grande tension nerveuse �, autant d��tats qui peuvent mener � la <emphasis>crise de nerfs</emphasis> (1825, dans la <emphasis>Physiologie du go�t</emphasis> de Brillat-Savarin) au cours de laquelle on doit <emphasis>passer ses nerfs sur quelqu�un</emphasis> pour esp�rer retrouver son calme, etc.</p></section><section><title><p>Mener quelqu�un par le bout du nez</p></title><p>Grand-m�re disait cela de certain fils ou gendre qui n�avait pas assez de caract�re pour s�opposer aux volont�s et caprices de sa femme : � Ce grand nigaud se laisse <emphasis>mener par le bout du nez</emphasis> ! �</p><p><emphasis>Mener quelqu�un par le bout du nez</emphasis>, c�est, au sens figur�, le conduire sans effort l� o� on veut aller : pas besoin de l�attacher, juste le saisir par son appendice nasal !</p><p>L�expression existait d�j� � la Renaissance sous une forme tr�s proche, <emphasis>mener par le nez</emphasis> : � [�] quand vous �tes tous ensemble, vous vous laissez mener par le nez � tels de qui chacun de vous � part ne voudrait pas prendre le conseil en ses priv�es affaires. � (Jacques Amyot, <emphasis>Caton le censeur</emphasis>, in traduction de <emphasis>Vies des hommes illustres</emphasis> de Plutarque, XV, 1559-65.)</p><p>Le <emphasis>bout du nez</emphasis> supplante le simple <emphasis>nez</emphasis> d�s 1807 dans un compte-rendu de <emphasis>Il Podesta di Chioggia</emphasis>, op�ra d�Orlandi : � Il est amoureux de Rosine, sa servante, qui se moque de lui et le m�ne comme un sot, par le bout du nez � (<emphasis>M�morial dramatique, ou Almanach th��tral, pour l�an 1807</emphasis>).</p></section><section><title><p>Je m�en bats l��il</p></title><p>� Apr�s tout, fais comme tu veux ; moi, je m�en bats l��il ! � Ainsi se traduisait tout le d�pit de grand-m�re quand on refusait de suivre ses conseils. Aurait-elle �t� plus vulgaire qu�elle aurait dit : � Je m�en tamponne le coquillard ! �, le <emphasis>coquillard</emphasis> �tant un d�riv� argotique de � coquille �, m�taphore pour d�signer l�anus. <emphasis>S�en tamponner le coquillard</emphasis> est donc synonyme de � s�en torcher �. Pourtant (mais grand-m�re l�ignorait) <emphasis>s�en battre l��il</emphasis> fait allusion � la m�me partie de l�individu : Le Roux, par exemple, nous pr�cise que l��il est une image � pour le trou du fondement, l�anus � et il compare <emphasis>S�en battre l��il</emphasis> � � S�en battre les fesses �. La Fontaine et La Champmesl� ne devaient pas mieux que grand-m�re saisir le sous-entendu en faisant dire � Blaise Bouvillon : � Je m�en bats l��il. Suis-je un com�dien ? Qu�un autre fasse mieux � (<emphasis>Ragotin</emphasis> ou <emphasis>Le Roman comique</emphasis>, IV, VII, 1684). Aujourd�hui, encore plus vulgairement, on se bat (toujours virtuellement) une autre partie anatomique quand on pr�tend se moquer de quelque chose, ou l�on dit, toujours avec autant de finesse, qu�on n�en a rien � secouer.</p></section><section><title><p>Il est un peu ol�-ol�</p></title><p>Ou <emphasis>oll�-oll�</emphasis>. Celui que grand-m�re qualifiait ainsi �tait plut�t fantasque, peu s�rieux, incons�quent, aimant la plaisanterie, ne censurant jamais ses propos, bref, quelqu�un de libre (trop libre ?) dans son comportement et son langage.</p><p>Petit � petit, l�expression a �volu� vers la grivoiserie, <emphasis>ol�-ol�</emphasis> qualifiant alors histoires ou attitudes libertines, �grillardes, � assortir d�un carr� blanc.</p><p>Cet <emphasis>ol�-ol�</emphasis> nous vient d�outre-Pyr�n�es, de l�exclamation <emphasis>ol� !</emphasis> (<emphasis>�ole !</emphasis>), bravo d�brid� par lequel les f�tards espagnols manifestent leur joie et leur approbation, ou qui ponctuent les corridas quand les aficionados saluent les passes du torero.</p></section><section><title><p>Une vie de patachon</p></title><p>Elle n�a rien � envier � la <emphasis>vie de b�ton de chaise</emphasis> (voir <a l:href="#link_05">supra</a>).</p><p>Sous l�Ancien R�gime, une patache �tait soit un bateau � fond plat utilis� par les gabelous pour arraisonner les contrebandiers, soit un petit navire de guerre pouvant servir d�escorteur.</p><p>� la fin du XVIII<sup>e</sup> si�cle, le nom a aussi �t� donn� � une diligence mal suspendue qui pouvait vous transporter pour un bon prix � condition que vous ne soyez pas trop soucieux de votre confort. Le cocher, baptis� <emphasis>patachon</emphasis>, menait une vie d�bauch�e, profitant de chaque arr�t pour boire un coup. En 1898 appara�t l�expression <emphasis>mener une vie de patachon</emphasis>. Elle est encore en usage, quand bien m�me pataches et <emphasis>patachons</emphasis> ont depuis longtemps disparu de la circulation.</p></section><section><title><p>Errer comme une �me en peine</p></title><p>Me voyait-elle faire les cent pas, l�air malheureux, d�s�uvr� et perdu, que grand-m�re tenait aussit�t � me consoler : � Tu erres comme une �me en peine !�Viens l� me raconter ton chagrin. �</p><p>L�expression connut un certain succ�s tout au long du XIX<sup>e</sup> si�cle : � [�] et comme il faudrait probablement qu�il soit toute la journ�e � son bureau, � son atelier ou � sa boutique, je serais comme une pauvre �me en peine pendant son absence ; je me forgerais mille chim�res � (Eug�ne Sue, <emphasis>Les Myst�res de Paris</emphasis>, tome III, ch. IX, 1842-43).</p><p>Ne croyez pas qu�<emphasis>�me en peine</emphasis> qualifie m�taphoriquement celui dont les pens�es sont moroses. Elle d�signe l��me d�un d�funt qui, ayant p�ri de ce qu�au Moyen �ge on appelait la malemort (mort violente ou mort par suicide), continue d�errer dans le monde des vivants. Encore r�pandue dans certaines campagnes, cette croyance recommande pri�res et rituels pour que ces malheureux revenants soient enfin lib�r�s. Le refrain d�une chanson de Brassens fait irr�v�rencieusement r�f�rence�� ces �mes errantes : � Le bon Dieu me le pardonne, c��tait un peu vrai. Qu�il me le pardonne ou non, D�ailleurs, je m�en fous, J�ai d�j� mon �me en peine : Je suis un voyou � (<emphasis>Je suis un voyou</emphasis>, 1954).</p></section><section><title><p>Glisser comme un pet sur une toile cir�e</p></title><p>La toile cir�e �tait l�indispensable accessoire des repas. On en recouvrait la table avant de mettre le couvert. Le reste du temps, la toile cir�e attendait debout dans un coin de la cuisine, enroul�e autour de son manche � balai. Il est clair que si rien n�y attachait, taches de vin ou de sauces en disparaissant d�un simple coup d��ponge, un pet projet� � sa hauteur ne pouvait qu�y glisser rapidement, aussi insaisissable que l�image qu�il suscite.</p><p>Ce <emphasis>pet qui glisse sur une toile cir�e</emphasis> symbolise donc l��ph�m�re, tout ce qui dispara�t en un clin d��il sans laisser la moindre trace. L�expression s�est peut-�tre construite � partir d�une autre m�taphore sur le pet : <emphasis>d�chirer la toile</emphasis>, allusion non � la transparence mais au bruit (<emphasis>d�chirer la toile</emphasis> s�est aussi employ� pour un bruit de fusillade). Me revient alors en m�moire la plaisanterie d�un oncle qui, � chacune de ses flatuosit�s sonores, s��criait : � N�en d�chirez pas tant, je n�en veux qu�un m�tre ! �</p></section><section><title><p>N��tre pas (bon) � prendre avec des pincettes</p></title><p>L�expression fait allusion aux grandes pincettes que l�on utilise pour d�placer braises et b�ches dans une chemin�e plut�t qu�aux petites pincettes de chirurgie ou de laboratoire. Elles permettent de tisonner sans se br�ler. Au sens figur�, <emphasis>n�est pas � prendre avec des pincettes</emphasis> toute personne r�pugnante tant d�un point de vue physique que moral, tout individu au caract�re si d�testable qu�il vaut mieux ne pas s�en approcher et encore moins le toucher. La locution fut d�abord employ�e � l�affirmative, <emphasis>prendre avec des pincettes</emphasis> signifiant � traiter avec beaucoup d��gards, de prudence, de r�serves, de circonspection �, soit dans un sens positif pour une personne �minemment respectable, soit dans un sens n�gatif si l�on fait r�f�rence � quelqu�un de susceptible. Assortie de la n�gation, l�expression devient une hyperbole : la personne ou la situation est telle que m�me la plus grande pr�caution (les pincettes) se r�v�lerait inutile. En ce sens, on la trouve d�s 1809 : � M. de Livry nous avait appris dans un de ses pr�c�dens ouvrages, que le monde n��tait pas bon � prendre avec des pincettes (Jacques Bath�lemy Salgues, <emphasis>Vari�t�s, chronique de Paris</emphasis> in <emphasis>Mercure de France</emphasis>, 1809).</p></section><section><title><p>Je ne suis pas tomb�e de la derni�re pluie</p></title><p>Ou <emphasis>n�e de la derni�re pluie</emphasis>. Grand-m�re avait cette r�plique quand on mettait son savoir en doute ou que l�on tentait de lui en faire accroire.</p><p>Sauf dans les pays arides ou en p�riode de grande s�cheresse, la derni�re pluie est n�cessairement r�cente, tomb�e de fra�che date. Elle symbolise donc la nouveaut�, l�inexp�rience et, par voie de cons�quence, la jeunesse, l�innocence et la na�vet�. Ne pas �tre tomb� de la derni�re pluie, c�est donc �tre un vieux de la vieille, pouvoir agir ou parler en connaissance de cause : � [�] ils vont se fourrer dans des endroits dont vous n�avez pas id�e. Je ne suis pas tomb� de la derni�re pluie, vous savez. Laissez-moi parler, ne vous en faites pas � (Jean Giono, <emphasis>Le Hussard sur le toit</emphasis>, 1951).</p><p>L�expression est synonyme de <emphasis>ne pas �tre n� d�hier</emphasis> ou <emphasis>de la derni�re couv�e</emphasis>.</p></section><section><title><p>Gai comme une porte de prison</p></title><p>Variantes : aimable, agr�able, accueillant, gracieux, etc. L�expression est directement compr�hensible, jouant ironiquement sur l�antiphrase, l�opposition entre l�adjectif et la comparaison. �tre gai, accueillant, etc. de cette fa�on, c�est �videmment ne pas �tre <emphasis>gai</emphasis> du tout, �tre m�me carr�ment rev�che, acari�tre, manifester un sale caract�re. Au-del� de la sombre apparence d�une porte de ge�le, massive, garnie de serrures, de verrous et de gros clous � large t�te, la comparaison s�appuie sur les connotations n�gatives li�es � la prison : solitude, inconfort, privation de libert�, obscurit�, etc.</p><p>L�expression est r�pertori�e en 1863 dans le <emphasis>Dictionnaire des spots ou proverbes wallons de Joseph Dujardin</emphasis>.</p><p>Autres exemples d�expressions antiphrastiques : � Bronz� comme un cachet d�aspirine, fris� comme un h�risson, l�ger comme un �l�phant, souple comme un verre de lampe, franc comme un �ne qui recule. � Liste non exhaustive.</p></section><section><title><p>Prout-proute ma ch�re</p></title><p>� Oh ! Celle-l�, qu�est-ce qu�elle m��nerve avec ses mani�res et sa bouche en cul de poule. Elle est vraiment <emphasis>prout-proute ma ch�re</emphasis> ! � Grand-m�re aurait pu dire aussi � b�gueule � (originellement, � qui est bouche b�e �), � snob � (initialement, � qui n�est pas de l�universit� de Cambridge �), � Marie-Chantal � (personnage super snob imagin� par Jacques Chazot), � cul pinc� �, cette derni�re expression ayant pu faire na�tre notre <emphasis>prout-proute</emphasis>, un cul pinc� ne pouvant �mettre que des pets aristocratiques, dans le suraigu, comme les voix artificiellement haut perch�es de ces mijaur�es chichiteuses.</p><p>Le <emphasis>prout-proute</emphasis> est plaisamment renforc� de <emphasis>ma ch�re</emphasis>, ponctuation orale pr�f�r�e des pimb�ches de tout poil, en alternance avec � ch�re amie �.</p></section><section><title><p>Ne pas demander son reste</p></title><p>La locution est r�pertori�e dans la premi�re �dition (1694) du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> : � On dit <emphasis>qu�un homme ne demande pas son reste, s�en va sans demander son reste</emphasis>, pour dire qu�ayant re�u quelque mauvais traitement il se retire promptement de crainte de pis. � <emphasis>Le Grand vocabulaire fran�ois</emphasis> de 1773 pr�cise : � Mauvais traitement de fait ou de paroles. � Le contexte en est souvent une correction que l�on inflige � un vaurien :</p><cite><p>� [�] je me suis foul� le genou.</p><p>��Vraiment ?</p><p>��D�honneur ! Heureusement pour le maraud, car je ne l�aurais laiss� que mort sur la place, je vous en r�ponds.</p><p>��Et qu�est-il devenu ?</p><p>��Oh ! Je n�en sais rien ; il en a eu assez, et il est parti sans demander son reste. �</p><text-author>(Alexandre Dumas, <emphasis>Les Trois mousquetaires</emphasis>, vol. 1, ch. XXV, 1844.)</text-author></cite><p>Le <emphasis>reste</emphasis> en question fait ironiquement allusion � la somme d�argent que l�on vous doit.</p><p>L�allusion est plus explicite dans cette autre expression, <emphasis>partir sans attendre la monnaie</emphasis>, qui reprend l�id�e contenue dans <emphasis>rendre � quelqu�un la monnaie de sa pi�ce</emphasis>, � lui rendre la pareille, en termes de coup bas ou d�insulte �.</p></section><section><title><p id="link_06">Jouer rip(e) (Rip ?)</p></title><p>R majuscule ou minuscule ?</p><p>Je crus longtemps qu�en disant de quelqu�un qu�il avait <emphasis>jou� ripe</emphasis>, comprenons, qu�il avait fichu le camp, on faisait allusion � <emphasis>Rip</emphasis>, op�ra-comique en trois actes de Robert Planquette, dont mon p�re, baryton amateur, chantait souvent le fameux � air de la paresse �. Planquette composa l��uvre en 1884 d�apr�s une pi�ce de Boucicault, elle-m�me adapt�e du roman <emphasis>Rip Van Winkle</emphasis> de Washington Irving. Il est vrai que le personnage �ponyme part dans les montagnes pour fuir sa mar�tre de femme. Fausse piste �tymologique ? Pas si s�r. Esnault (1965) nous dit que dans l�argot du th��tre am�ricain, <emphasis>jouer (to play) Rip Van Winkle</emphasis>, c�est � faire rel�che �. Il semble cependant plus probable que <emphasis>jouer rip</emphasis> soit construit d�apr�s <emphasis>riper</emphasis>, synonyme familier de � partir, s�en aller �. Toujours selon Esnault, <emphasis>faire la ripe</emphasis> signifiait � partir rapidement � dans l�argot des ouvriers. Delvau (1866) et Virma�tre (1894) donnent � <emphasis>riper</emphasis> le sens d� � embrasser furtivement �.</p></section><section><title><p>Il ne faut pas �tre plus royaliste que le roi</p></title><p>C��tait pour grand-m�re une exhortation � nous contenter de ce que nous avions mais le v�ritable sens du pr�cepte nous parle plut�t de z�le : celui dont font preuve tous ceux qui, par leurs opinions, veulent aller plus loin que leur chef de file. C�est en effet dans un contexte politique que l�expression vit le jour, comme nous le rappelle Chateaubriand : � La grande phrase re�ue, c�est qu�<emphasis>il ne faut pas �tre plus royaliste que le roi</emphasis>. Cette phrase n�est pas du moment ; elle fut invent�e sous Louis XVI : elle encha�na les mains des fid�les, pour ne laisser de libre que le bras du bourreau � (<emphasis>De la monarchie selon la charte</emphasis>, deuxi�me partie, ch. XLI : <emphasis>La faction poursuit les royalistes</emphasis>, 1816).</p></section><section><title><p>Je te vois venir avec tes gros sabots</p></title><p>Nous montrions-nous plus tendres qu�� l�habitude, avec force c�lins et bisous, que grand-m�re, par cette affirmation, nous montrait qu�elle n��tait pas dupe. Pour s�r, notre soudaine gentillesse ne la trompait pas le moins du monde : elle lisait dans nos ruses comme dans un livre ouvert. Autant dire que nos intentions �taient cousues de fil blanc. Avec des gros sabots, on marche en effet sans discr�tion, leur claquement pr�venant tout le monde de notre arriv�e.</p><p>Dans ses <emphasis>Prologues tant s�rieux que fac�tieux</emphasis> (1610), Jean Gracieux, alias Bruscambille, com�dien de l�H�tel de Bourgogne, critique ainsi les attentes des spectateurs en mati�re d�effets que l�on qualifierait aujourd�hui de � sp�ciaux � : � Quant aux feintes, je vous entends venir, vous avez des sabots chauss�s ; c�est qu�il faudrait faire voler quatre diables en l�air, vous infecter d�une puante fum�e de foudre, et faire plus de bruit que tous les armuriers de la rue de la Heaumerie. �</p></section><section><title><p id="link_27">Dire une pri�re � saint Foulcamp</p></title><p>C�est une fa�on bien imag�e de dire � s�en aller discr�tement, filer � l�anglaise � ou encore � jouer ripe � (voir <a l:href="#link_06">supra</a>). L�expression est nordique, utilis�e � Valenciennes et, dans la forme � saint Fous-le-camp �, � Cambrai. Je crois bien cependant l�avoir entendu dire � ma grand-m�re saintongeaise : importation datant de la Grande Guerre ?</p><p>Parmi les quelque 3 000 chansons compos�es par Albert Willemetz (1887�1964), il en est une, �loquemment intitul�e <emphasis>Sur la route de Saint-Foulcamp</emphasis> et ironiquement sous-intitul�e � chanson de route et de d�route �, qui fait allusion � la retraite de l�arm�e franco-britannique pendant la bataille de la Somme � l��t� 1916.</p><p><emphasis>Foulcamp</emphasis>, saint fantaisiste qui est cens� prot�ger les p�teux et les couards, est une belle trouvaille de l�imagination populaire, au m�me titre que saint Lambin, qui veille sur les nonchalants, que sainte Caquette sous l��gide de laquelle se placent les bavardes, etc.</p></section><section><title><p>Avoir la danse de Saint-Guy</p></title><p>C�est d�abord un mal qui, au Moyen �ge, frappa une grande partie de l�Europe. Des convulsions, des mouvements saccad�s, d�sordonn�s et involontaires en �taient les sympt�mes les plus spectaculaires. On avait cru remarquer que la maladie gagnait en intensit� � mesure que l�on se rapprochait du 15 juin, f�te de saint Guy (ou saint Vit). On en conclut le saint responsable et on se mit � l�invoquer pour obtenir la gu�rison de ce mal end�mique.</p><p>Saint Guy est pr�sent� par l�hagiographie comme un enfant d�une douzaine d�ann�es, originaire de Lucanie (ancienne r�gion d�Italie). Il aurait accompli des miracles, gu�rissant notamment de l��pilepsie le fils de Diocl�tien, ce qui n�emp�cha pas le cruel empereur, pers�cuteur des chr�tiens, de le martyriser vers 303. On l�invoque contre la morsure des animaux venimeux, la l�thargie et, bien s�r, la danse de Saint-Guy, pathologie aujourd�hui connue sous le nom de � chor�e �, du grec <emphasis>khoros</emphasis>, � troupe de danseurs � (que l�on retrouve dans � chor�graphie �). La danse de Saint-Guy est aujourd�hui devenue rare mais l�expression �tait encore employ�e par grand-m�re pour se moquer de nous quand, par jeu, nous nous mettions � gigoter dans tous les sens : � As-tu attrap� la danse de Saint-Guy ? �</p></section><section><title><p>As-tu fini de me seguer ?</p></title><p>Mani�re r�gionale de dire : � As-tu fini de me suivre, d��tre toujours sur mes talons ? � Les glossaires du Poitou, de Saintonge et de l�Aunis donnent deux autres infinitifs : <emphasis>s�gre</emphasis> et <emphasis>sigre.</emphasis> L��tymologie est le latin <emphasis>sequi</emphasis>, � suivre �, qui a donn� le fran�ais � suivre � (<emphasis>via</emphasis> le bas latin <emphasis>sequere</emphasis>), l�espagnol <emphasis>seguir</emphasis>, et l�italien <emphasis>seguire</emphasis> dont la forme <emphasis>segue</emphasis>, proche de notre variante saintongeaise, se lit sur les partitions musicales pour indiquer que l�on doit jouer ce qui suit comme on a jou� ce qui pr�c�de.</p><p><strong>N.B.</strong> Le fran�ais <emphasis>second</emphasis> et ses d�riv�s ont la m�me origine : est en effet qualifi� de second tout �l�ment qui <emphasis>suit</emphasis> le premier auquel il est implicitement compar�.</p></section><section><title><p>�tre soupe au lait</p></title><p>Petits, nous nous en r�galions : on verse un litre de lait chaud pr�alablement bouilli avec une gousse de vanille sur du pain rassis et une dizaine de morceaux de sucre et on laisse cuire � feu tr�s doux pendant dix minutes. Avant de servir, on ajoute une noix de beurre et une cuill�r�e � soupe de cr�me fra�che. Voil� une excellente recette de <emphasis>soupe au lait</emphasis>, digne de nos grands-m�res. Mais attention � ce que le lait ne monte ni ne d�borde quand il bout ! Ce bouillonnement et ce d�bordement presque impr�visible sont vite devenus une m�taphore d�abord de la col�re (<emphasis>monter comme une soupe au lait</emphasis>) avant de devenir celle du col�reux, de l�irascible qui se laisse facilement emporter (<emphasis>�tre soupe au lait</emphasis>).</p></section><section><title><p>S�ennuyer � cent sous de l�heure</p></title><p>On retrouve notre sou, ind�tr�nable dans le langage populaire malgr� son officielle et plus que bicentenaire disparition. Pour une exacte mise � jour, il faudrait dire � s�ennuyer � cinq francs de l�heure �,�mais ces idiotismes, m�me dans le domaine mon�taire, n�ont cure ni des changements de syst�mes ni des �quations math�matiques. On trouve, �� et l�, quelque tentative de modernisation, comme, par exemple, chez Colette en 1910 (� Elle avait des plumes comme �a ! et puis un manchon comme �a ! et une gueule � s�emm�er � cent francs de l�heure !�� Si elle les touche, les cent francs de l�heure, elle n�a pas � se plaindre ! � <emphasis>La Vagabonde</emphasis>), mais les bons vieux sous r�sistent.</p><p><emphasis>S�ennuyer, s�emb�ter, se barber, se raser, s�emm�er � cent sous de l�heure</emphasis> marquerait donc un ennui mortel, fruit d�une oisivet� totale, un supr�me enquiquinement, ran�on d�un d�s�uvrement tel qu�on devrait, paradoxalement, �tre pay� pour cela. On peut toutefois se demander si quelque boulot mal r�mun�r�, quoique particuli�rement monotone, ne serait pas � l�origine de la locution, un emploi de mod�le par exemple, comme dans cet extrait d�un texte paru en 1935 au <emphasis>Mercure de France</emphasis> : � C�est plus propre que de faire voyeur pour les peintres, reprit Marinette avec dignit�. J�en avais marre. Des s�ances de sellette et de canap� � cent sous l�heure, c�est pas digne. Maintenant, je gagne tr�s bien ma vie. Chez Mme Jacqueline, rue des Bons-Enfants. �</p></section><section><title><p>Se faire du tintouin</p></title><cite><p>� Une scolopendre s��tant introduite dans l�oreille, elle en sortit au bout de trois ans, et le malade fut gu�ri d�un <emphasis>tintouin</emphasis> que lui causoit cet insecte �</p><text-author>(Fran�ois Boissier de Sauvages, <emphasis>Nosologie m�thodique</emphasis>, vol. 2, ch. VII, 1771).</text-author></cite><p>Littr� d�finit ainsi le <emphasis>tintouin</emphasis> : � Sensation trompeuse d�un bruit analogue � celui d�une cloche qui tinte, et d� � un �tat morbide du cerveau ou une l�sion du nerf auditif. � D�j�, en 1690, Fureti�re proposait une proche d�finition, parlant d�une � inqui�tude d�esprit �.</p><p><emphasis>Tintouin</emphasis> serait une d�formation de <emphasis>tintin</emphasis>, �quivalent onomatop�ique de � tintement �.</p><p>Du tintement (on parlerait aujourd�hui d�acouph�nes) au trouble qu�il provoque, voire au d�rangement d�esprit (dans les deux sens du terme), l�expression a �volu� par m�tonymies successives pour ne plus signifier aujourd�hui qu�ennuis (<emphasis>avoir du tintouin</emphasis>) ou inqui�tude (<emphasis>se faire du tintouin</emphasis>). Le mot a sans doute s�duit par son amusante allit�ration.</p></section></section><section><title><p>CONTENTEMENT</p></title><section><title><p id="link_15">C�est pain b�nit</p></title><p>� l�origine, un tr�s ancien usage catholique : chaque dimanche, pendant la messe paroissiale, l�officiant aspergeait d�eau b�nite une certaine quantit� de pain selon un rituel tr�s pr�cis. Ce <emphasis>pain, b�nit</emphasis> mais non consacr� (contrairement � l�hostie) �tait ensuite distribu� aux fid�les qui ne communiaient pas. Le pain et le vin non consacr�s mais b�nits recevaient le nom d�eulogies (du grec <emphasis>eulogia</emphasis>, � louange �, � l�origine du fran�ais � �loge �) ; ils �taient suppos�s offrir aux fid�les le pardon des fautes v�nielles. La coutume voulait aussi que du <emphasis>pain b�nit</emphasis> f�t envoy� aux amis et parents de la paroisse n�ayant pu venir � l��glise. C��tait une fa�on de les honorer. Les familles devaient, � tour de r�le, apporter le pain � la messe dominicale.</p><p>Dans l�expression, le <emphasis>pain b�nit</emphasis> symbolise ce qui est excellent, appr�ciable et appr�ci�. Ce sens figur� est d�j� mentionn� chez Oudin (1640) : � <emphasis>C�est pain b�nit</emphasis>, c�est bien employ�, il m�ritait bien d��tre trait� de la sorte. �</p><p>Autre rejeton lexical : � C�est pass� par la bo�te � <emphasis>pain b�nit !�</emphasis> � (voir <a l:href="#link_15">infra</a>).</p></section><section><title><p id="link_08">�tre benaise</p></title><p>Variantes : <emphasis>beunaise, ben�se, ben�ze</emphasis>.</p><p>Tout �tre heureux de vivre et dont le sourire b�at trahit le contentement a droit � cette appellation, fr�quente en Charentes, Poitou et Vend�e. C�est la forme r�gionale de � bien aise �. L�expression nous fournit l�occasion de rendre hommage � l�excellent barde saintongeais, ami de la famille, auteur de monologues en vers et en prose, de chansons et de pi�ces en <emphasis>parlanghe</emphasis> (langue r�gionale picto-saintongeaise, le mot � patois � ayant d�sormais mauvaise presse), �variste Poitevin dit Gouleben�ze (1877�1952), la <emphasis>goule</emphasis> d�signant le � visage � mais aussi la � bouche � et, partant, le � bagout �. � Gouleben�ze � peut donc se traduire par � la bonne bouille � ou � la bouille r�jouie �.</p></section><section><title><p>C�est du billard !</p></title><p>L�expression fait ici directement r�f�rence au jeu de billard, plus exactement � la table parfaitement plane et recouverte d�un tapis de drap qui minimise les frottements, de sorte que les billes y roulent ais�ment. C�est ce roulement facile qui est � l�origine de la locution imag�e, <emphasis>c�est du billard !</emphasis> signifiant � �a roule ! � (expression cousine), � c�est tr�s facile ! �, � �a va tout seul, sans probl�me �.</p><p>Esnault (1965) mentionne une autre signification : <emphasis>�a, c�est du billard !</emphasis> pour � c�est une chance heureuse �, allusion � un � effet � de billard r�ussi.</p><p><emphasis>Billard</emphasis> s�emploie aussi dans d�autres expressions imag�es :</p><p>��<emphasis>passer sur le billard</emphasis>, � sur la table d�op�ration � (voir infra) ;</p><p>��<emphasis>avoir un �il qui joue au billard</emphasis>, � loucher � (plus vulgairement, � avoir un �il qui dit merde � l�autre �) (voir infra) ;</p><p>��<emphasis>d�visser son billard</emphasis>, � mourir �.</p></section><section><title><p>Une personne bien comme il faut</p></title><p>Grand-m�re parlait ainsi de son vieil ami d�enfance, petit monsieur vieille France, toujours �l�gant, poli, travailleur, honn�te, avec une bonne situation, etc. <emphasis>Bien comme il faut</emphasis> signifiait pour elle le summum de la biens�ance, du correct, du recommandable.</p><p>Notons que dans la bouche de grand-m�re, <emphasis>bien comme il faut</emphasis> �tait sup�rieur au simple <emphasis>comme il faut</emphasis> qui, lui, ne d�passe pas le � juste convenable �.</p><p>Appr�hend�e globalement, l�expression <emphasis>comme il faut</emphasis> est, depuis le XVIII<sup>e</sup> si�cle, utilis�e, non plus comme adverbe, mais bien en tant qu�adjectif qualificatif, chez Stendhal, par exemple en 1830 dans <emphasis>Le Rouge et le Noir :</emphasis> [�] � tout le monde ici va vous appeler monsieur, et vous sentirez l�avantage d�entrer dans une maison de gens comme il faut [�] � (vol. 1, ch. VI). Le journaliste Eug�ne Chapus publie m�me en 1855 (sous le pseudonyme de M. le vicomte de Marennes) un <emphasis>Manuel de l�homme et de la femme comme il faut</emphasis>, paru dix-huit ans plus t�t sous le titre <emphasis>Th�orie de l��l�gance</emphasis>.</p></section></section><section><title><p>CUPIDON</p></title><section><title><p id="link_10">Il y a anguille sous roche</p></title><p><emphasis>Tel croit guiller Guillot que Guillot guille</emphasis>. Cet ancien proverbe que nous rapporte Littr� utilise un verbe au moins tout aussi ancien, <emphasis>guiller</emphasis>, signifiant � tromper, s�duire �. Le sens de <emphasis>guiller</emphasis> subsiste probablement dans <emphasis>guilledou</emphasis> et peut-�tre aussi dans <emphasis>guilleret</emphasis>, mots o� � s�insinuent des connotations �grillardes, surtout si l�on �voque le sens particulier que <emphasis>guiller</emphasis> rev�t en Poitou : � se glisser, se faufiler �. Pierre Guiraud (1982) fait r�f�rence � <emphasis>guiller</emphasis> pour expliquer notre <emphasis>anguille sous roche</emphasis>. Il est plausible que la symbolique sexuelle de cette visiteuse de la mer des Sargasses � la famili�re <emphasis>anguille de cale�on</emphasis> en est une belle illustration � se soit aussi faufil�e dans la gen�se de notre expression. La localisation <emphasis>sous roche</emphasis> correspond � une r�alit� zoologique : l�anguille en effet se r�fugie volontiers dans des crevasses pour se prot�ger de la lumi�re du jour.</p><p><emphasis>Guiller</emphasis>, guilledou, faufilage, insinuation au propre et au figur�, autant d��l�ments pouvant rendre compte du sens vraisemblablement premier de <emphasis>il y a anguille sous roche</emphasis>, expression �voquant les soup�ons que l�on nourrit notamment � propos d�une liaison sentimentale tenue secr�te. Tel est le cas, par exemple, dans <emphasis>Le Bourgeois gentilhomme</emphasis> quand Nicole dit � Mme Jourdain, apr�s avoir appris que M. Jourdain, avec la complicit� de Dorante, aspire � � toucher le c�ur � de sa � belle marquise � : � Ma foi, madame, la curiosit� m�a co�t� quelque chose ; mais je crois qu�il y a quelque anguille sous roche, et ils parlent de quelque affaire o� ils ne veulent pas que vous soyez � (Moli�re, <emphasis>Le Bourgeois gentilhomme</emphasis>, acte III, sc�ne 7, 1670). La locution a pris un sens plus g�n�ral : � Pour entreprise qui se trame sous main, conspiration cach�e et secr�te, dessein ou fourberie concert�e en cachette �, selon la jolie d�finition de Philibert-Joseph Le Roux (1735).</p></section><section><title><p>Avoir le b�guin</p></title><p>� J�ai bien vu les yeux doux que tu lui faisais : tu <emphasis>as le b�guin</emphasis> pour elle ! � me disait grand-m�re en se moquant gentiment d�une amourette naissante. Elle disait aussi : � Tu en pinces pour elle. �</p><p>L�expression <emphasis>avoir le b�guin</emphasis> est le r�sultat d�une �volution en trois �tapes.</p><p>�tape n�1 : fondation au XII<sup>e</sup> si�cle � Li�ge d�une communaut� de religieuses : les <emphasis>b�guines</emphasis>. Ces moniales se consacraient � Dieu sans prononcer de v�ux perp�tuels. <emphasis>B�guine</emphasis> peut �tre issu de �<emphasis>beggen</emphasis>, � r�citer des pri�res � en moyen n�erlandais (cf. l�anglais <emphasis>to beg</emphasis>).</p><p>�tape n�2 : ces religieuses portaient une coiffe qui re�ut, par m�tonymie, le nom de <emphasis>b�guin</emphasis>, mot qui s�appliqua ensuite � toutes sortes de coiffes attach�es sous le menton.</p><p>�tape n�3 : rencontre de l�expression <emphasis>se coiffer d�une femme</emphasis>, � en devenir amoureux � (attest�e chez Oudin en 1640) avec � �tre coiff� d�un <emphasis>b�guin�</emphasis> �. <emphasis>�tre emb�guin�</emphasis> prend alors le sens de � tomber amoureux �, � se laisser prendre aux charmes de �.</p><p>Derni�re �tape : <emphasis>�tre emb�guin�</emphasis> est concurrenc� par <emphasis>avoir le b�guin</emphasis>, expression qui va conna�tre une faveur toute particuli�re � la fin du XIX<sup>e</sup> si�cle et au d�but du XX<sup>e</sup> si�cle.</p></section><section><title><p id="link_36">Elle tient mieux sur le dos qu�une bique sur ses cornes</p></title><p>Les filles faciles ont toujours eu mauvaise r�putation, surtout avant que se produise la lib�ration des m�urs. Cette �mancipation n��tait pas encore advenue du temps de nos grands-m�res et, la vieille morale chr�tienne assimilant les filles lib�r�es � des catins, bien des moqueries couraient sur celles qui n��taient pas � comme il faut �. Elles avaient droit aussi aux surnoms les plus m�prisants (voir <a l:href="#link_44">infra</a><emphasis>Une Marie-couche-toi-l�</emphasis>).</p><p><emphasis>Elle tient mieux sur le dos qu�une bique sur ses cornes</emphasis>, disait� mon grand-p�re (jamais de la vie grand-m�re ne se serait permis un tel �cart de langage !) de telle dr�lesse dont le comportement ol�-ol� d�frayait le Landerneau local. La comparaison, peu flatteuse, aurait de quoi faire bondir les f�ministes. Qui plus est, <emphasis>bique</emphasis> est parfois employ� p�jorativement pour � femme � ou � jeune fille � : une � vieille <emphasis>bique�</emphasis> � est une femme m�chante, une � grande <emphasis>bique�</emphasis> �, une grande jeune fille maigre. Abandonnons donc ces plaisanteries d�un autre �ge, d�sormais politiquement incorrectes.</p></section><section><title><p>Vaut mieux �tre cocu que ministre, on n�assiste pas aux s�ances</p></title><p>Autre expression de grand-p�re. Pr�f�rer le cocufiage � un portefeuille minist�riel a de quoi surprendre. La raison invoqu�e nous �claire-t-elle sur ce qu�il pensait des charges minist�rielles en particulier et des hommes politiques en g�n�ral<a l:href="#n_10" type="note">[10]</a> ? Je crois plut�t qu�il ne r�sistait pas � l�envie de faire un bon mot et participait de bon c�ur � cette grivoiserie franchouillarde qui, depuis la nuit des temps, fait des maris cocus un sempiternel vaudeville. � propos, saviez-vous pourquoi <emphasis>cocu</emphasis> vient de � coucou � ? Deux bonnes raisons � cela : d�une part, la femelle pond ses �ufs dans le nid d�oiseaux �trangers, d�autre part, le m�le se d�sint�resse de sa prog�niture et n�a pas l�instinct de vivre en couple.</p></section><section><title><p id="link_43">Dormir � l�h�tel du cul tourn�</p></title><p><emphasis>L�h�tel du cul tourn�</emphasis> va g�n�ralement de pair avec la � soupe � la grimace � (voir <a l:href="#link_07">supra</a>) : cette mani�re pour un couple de dormir dos � dos est la suite logique d�une sc�ne de m�nage : � Il a �t� oblig� de se faire violence pour para�tre ferme, ils se sont couch�s f�ch�s et elle a dormi � l�h�tel du Cul Tourn� � (Anna Gavalda, <emphasis>L��chapp�e belle</emphasis>, 2001).</p><p>L�<emphasis>h�tel</emphasis> est souvent d�clin� en argot de fa�on plaisante :</p><cite><p><emphasis>L�h�tel de la modestie</emphasis> est un h�tel bon march� ou une mauvaise auberge (Delvau, 1866) ;</p><p><emphasis>L�h�tel du rat qui p�te</emphasis> d�signe un � cabaret populacier � (<emphasis>idem</emphasis>) ;</p></cite><p>Dans l�argot des voleurs, l�<emphasis>h�tel des quatre colonnes</emphasis> d�signait la � salle commune du d�p�t de la pr�fecture de police � (Virma�tre, 1894).</p><p>N�oublions pas non plus l�<emphasis>h�tel des courants d�air</emphasis>, bien connu des clochards qui dorment sous les ponts.</p></section><section><title><p id="link_09">Fr�quenter</p></title><p>En emploi absolu (sans compl�ment), <emphasis>fr�quenter</emphasis> est une expression saintongeaise (mais �galement attest�e en Poitou et Vend�e) dont ma famille en g�n�ral et grand-m�re en particulier faisaient grand usage. � Il ne <emphasis>fr�quente</emphasis> toujours pas ! � ou � On ne le voit plus depuis qu�il <emphasis>fr�quente</emphasis> ! � signifiaient respectivement et tr�s �tonnamment : � Il n�a toujours pas de petite copine � et � On ne le voit plus depuis qu�il a une amoureuse. � On peut supposer que ce sens de <emphasis>fr�quenter</emphasis> vient d�un emploi transitif particulier du verbe : � <emphasis>fr�quenter</emphasis> (aller habituellement dans) la maison de la personne dont on est �pris �. En ce sens, on trouve dans <emphasis>Les Femmes savantes</emphasis> de Moli�re la forme <emphasis>fr�quenter chez</emphasis> : � Sans doute, et je le vois qui fr�quente chez nous � (II, 2, 1672).</p><p><emphasis>Fr�quenter</emphasis> n�a qu�un vague rapport avec la forme pronominale <emphasis>se fr�quenter</emphasis> qui n�implique pas forc�ment une relation sentimentale.</p></section><section><title><p>Une fricass�e de museaux</p></title><p>Une fricass�e d�signe d�abord, au sens propre, un rago�t, une gibelotte (de viandes blanches ou de poissons) puis, par extension, un fricot, un plat simple, modeste, peu on�reux, souvent au menu de ceux qui n�ont pas � assez de fric � (calembour d�un� go�t douteux).</p><p>De cette <emphasis>fricass�e</emphasis>-l� ne demeure, dans notre expression, que l�id�e de m�lange, m�lange de museaux, non pas en vinaigrette, mais � la faveur d�effusions avec force embrassades. Bref, une <emphasis>fricass�e de museaux</emphasis>, c�est simplement un �change effr�n� de bisous.</p></section><section><title><p>Avoir un galant</p></title><p><emphasis>Galant</emphasis> et � gal�jade � ont une �tymologie commune : l�ancien verbe <emphasis>galer</emphasis>, � s�amuser �, notion bien pr�sente chez le <emphasis>vert galant</emphasis>, cet homme d�un certain �ge, amateur de drague, de bagatelle et de gaudriole, comme chez la femme <emphasis>galante</emphasis>, � femme l�g�re et facile �, id�e pr�sidant aussi � l�ancienne signification du mot <emphasis>galanterie</emphasis>, � intrigue amoureuse, liaison passag�re �, sens bien �loign� de l�acception moderne, � courtoisie envers les dames �. <emphasis>Galant</emphasis> et <emphasis>galanterie</emphasis> �voquent aussi le marivaudage tel que repr�sent� dans les tableaux baptis�s � f�tes <emphasis>galantes�</emphasis> � (de Watteau ou de Fragonard, par exemple). Il y a sans doute un peu de tout cela dans le <emphasis>galant</emphasis> de notre expression, autrefois employ� en Saintonge au sens de � petit ami �, � amoureux �, voire � fianc� �. T�moin cet extrait d�un monologue de Gouleben�ze (voir <a l:href="#link_08">supra</a>, <emphasis>�tre benaise</emphasis>) : � <emphasis>Ol arrive ine dr�lesse � et ine jholie prr� exempl�lle � astheur all� avait son galant avec elle� et ol allait pas pianghement parc�que les parents v�liant pas l�mariajhe</emphasis><a l:href="#n_11" type="note">[11]</a> ! � (<emphasis>H�rodiade aux ar�nes de Saintes</emphasis>.)</p></section><section><title><p>Il y a de l�eau dans le gaz</p></title><p>L�expression a �t� revivifi�e en 1962 par Claude Nougaro dans sa chanson <emphasis>Le Jazz et la Java</emphasis> : � Il y a de l�orage dans l�air, il y a de l�eau dans le gaz entre le jazz et la java. �</p><p>L�image est celle de l�eau qui �teint la flamme du fourneau et, faisant fuir le gaz, risque aussi de provoquer l�explosion. Claude Duneton (2001) explique l�expression par un incident se produisant fr�quemment dans les ann�es 1920�1930 quand le gaz de houille, charg� de vapeur d�eau, arrivait irr�guli�rement jusqu�au r�chaud des m�nag�res. L�eau et le gaz n�ont jamais fait bon m�nage, pas plus que mari et femme quand, � force de disputes, le ciel conjugal tourne � l�orage. C�est bien alors le m�nage qui menace d�exploser.</p><p>Une autre expression, issue d�un m�me contexte m�nager, v�hicule une id�e semblable : � Le torchon br�le. �</p></section><section><title><p id="link_12">Courir le guilledou</p></title><p>Si � fr�quenter � (voir <a l:href="#link_09">supra</a>) ou � avoir un galant � (<emphasis>idem</emphasis>), c�est avoir un ou une petit(e) ami(e), en tout bien tout honneur, <emphasis>courir le guilledou</emphasis> est moins convenable puisqu�il s�agit alors de rechercher des aventures amoureuses. L�expression est un peu surann�e, beaucoup moins que � courir la pr�tentaine � (voir <a l:href="#link_45">infra</a>), un peu plus que � courir la gueuse �.</p><p>D�o� vient ce joli mot de <emphasis>guilledou</emphasis> ? Peut-�tre de l�ancien verbe <emphasis>guiller</emphasis>, � tromper, s�duire � dont il a d�j� �t� question (voir <a l:href="#link_10">supra</a>, <emphasis>Il y a anguille sous roche</emphasis>) et qui, en Poitou, a le sens de � se glisser, se faufiler �. <emphasis>Courir le guilledou</emphasis> nous parlerait donc d�une mani�re douce de s�insinuer. On voit en l�occurrence ce qui peut se glisser et o� cela se faufile. On trouve <emphasis>courir le guildrou</emphasis> dans l�<emphasis>Histoire universelle</emphasis> (1616�1630) d�Agrippa d�Aubign� : � Avisez � choisir, ou de complaire � vos Proph�tes de Gascongne et retournez courir le guildrou [�] � (vol. 8, ch. XXIV).</p></section><section><title><p>Elle a vu le loup</p></title><poem><stanza><v>� Je la feray dancer, mais le bransle du loup. �</v></stanza></poem><p>Tel est le projet du page dans <emphasis>Tyr et Sidon</emphasis> (acte IV, sc�ne X), tragi-com�die que Jean de Sch�landre (1584�1635) �crivit en 1608, projet �rotique puisque <emphasis>danser le branle du loup</emphasis> est une mani�re d�guis�e de dire � faire l�amour �. Ce <emphasis>branle du loup</emphasis> se nommait aussi, de fa�on plus imag�e, <emphasis>le branle de un dedans et deux dehors</emphasis> : � Je croy que tu ne te ferois point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors � (Odet de Tournebeuf, <emphasis>Les Contens</emphasis>, acte III, sc�ne IV, 1584, in <emphasis>Ancien th��tre fran�ois</emphasis>).</p><p>Ces locutions ne laissent gu�re de doute sur la m�taphore sexuelle assimilant le loup au membre viril, m�taphore peut-�tre sugg�r�e par l�interpr�tation �quivoque que l�on a pu faire d�un autre proverbe existant au moins depuis le XVI<sup>e</sup> si�cle : <emphasis>Quand on parle du loup, on en voit la queue.</emphasis> Dire d�une jeune fille qu�<emphasis>elle a vu le loup</emphasis>, c�est donc pr�tendre qu�elle n�est plus vierge, ce que Le Roux (1735) exprime de fa�on aussi d�licate que savoureuse : � [�] lorsqu�on parle d�une fille, cette mani�re de parler signifie avoir de l�exp�rience en amour, avoir eu des galanteries &amp; des intrigues dans lesquelles l�honneur a re�u quelque �chec. � Ce m�me Le Roux nous pr�cise qu�<emphasis>avoir vu le loup</emphasis> s�emploie � pour avoir de l�exp�rience [�] et se dit d�une personne qui a voyag�, vu du pays ou �t� � la guerre [�] �.</p></section><section><title><p id="link_44">Une Marie-couche-toi-l�</p></title><p>Du temps de grand-m�re, la morale jud�o-chr�tienne vouait encore les p�cheresses aux flammes de l�enfer et, bien que J�sus ait pardonn� les p�ch�s de Marie Madeleine, l�opprobre que suscitaient les femmes faciles (� trop facile �, ajoute Delvau en 1866) s�exprimait par bien des noms d�oiseaux : � C�est une tra�n�e, une chienne, une d�vergond�e, une catin, une roulure, une pute. � Grand-m�re parlait plut�t de <emphasis>Marie-couche-toi-l�</emphasis>, qualificatif plus imag�, moins vulgaire et moins violent.</p><p>On a vu qu�en langage populaire le pr�nom Marie entre dans plusieurs expressions d�signant le trait physique ou moral dominant chez une femme (voir <a l:href="#link_11">supra</a>, <emphasis>Une Marie-j�ordonne</emphasis>). <emphasis>Marie-couche-toi-l�</emphasis> (avec � m � majuscule ou minuscule) en fait partie.</p><cite><p>� Les fleuristes, murmura Lorilleux, toutes des Marie-couche-toi-l�.</p><p>��Eh bien, et moi ! reprit la grande veuve, les l�vres pinc�es. Vous �tes galant. Vous savez, je ne suis pas une chienne, je ne me mets pas les pattes en l�air, quand on siffle ! �</p><text-author>(�mile Zola, <emphasis>L�Assommoir</emphasis>, ch. X, 1878).</text-author></cite></section><section><title><p id="link_14">Faire du plat � quelqu�un</p></title><p>� Ma parole, il t�a fait du plat ! � s�amusait grand-m�re quand maman s��tait un peu trop attard�e � parler avec un voisin ou un commer�ant. L��quivalent � il t�a fait la cour � aurait �t� trop � prout-proute ma ch�re � et � Il t�a cont� fleurette �, trop archa�que.</p><p><emphasis>Faire du plat</emphasis> ? Est-il question de cuisine, d�un plat aux petits oignons qu�un galant vous servirait en faisant le joli c�ur ? Pas du tout, <emphasis>le plat</emphasis> serait ici la variante abr�g�e du <emphasis>plat de la langue</emphasis> pr�sent dans une ancienne locution, <emphasis>donner du plat de la langue</emphasis>, ainsi d�finie par Oudin (1640) : � Flatter, parler avec �loquence. � Claude Duneton (2001) voit plut�t dans ce plat un raccourci de <emphasis>platine</emphasis>, terme d�argot mentionn� chez Delvau (1866) avec cette signification : � Faconde, �loquence gasconne � et illustr� par � <emphasis>Avoir un fi�re platine.</emphasis> Parler longtemps ; Mentir avec assurance. � D�Hautel (1808) avait d�j� relev� <emphasis>platine</emphasis> comme synonyme de � bonne langue �, � voix forte �, � gosier rustique �, pr�cisant, � <emphasis>Il a une bonne platine</emphasis>, se dit d�un grand babillard �. Lor�dan Larchey (1855) assimile <emphasis>platine</emphasis> � � bagou �.</p><p>Bref, selon les cas, celui qui <emphasis>fait du plat</emphasis> � une femme est un beau parleur, un fieff� baratineur ou un sacr� bonimenteur.</p></section><section><title><p id="link_13">Avoir un polichinelle dans le tiroir</p></title><p>L�expression se trouve chez Lor�dan Larchey (1855) avec cette citation d��mile Villars : � Sais-tu ? lui dit sa femme, je crois avoir un polichinelle dans le tiroir. Le mari comprend, la femme est <emphasis>int�ressante</emphasis>. � (Voir <a l:href="#link_46">infra</a>, <emphasis>�tre dans une situation int�ressante</emphasis>).</p><p><emphasis>Avoir un polichinelle dans le tiroir</emphasis>, c�est un �quivalent comique et quelque peu irr�v�rencieux pour � �tre enceinte �. Plut�t que le personnage querelleur, balourd, ridicule et vantard de la commedia dell�arte (<emphasis>Polichinelle</emphasis> s��crirait dans ce cas avec une majuscule et ne serait pas pr�c�d� de l�article), c�est la marionnette, bossue derri�re et devant, coiff�e d�un tricorne, que l�expression �voque. On trouve <emphasis>Polichinelle</emphasis> dans <emphasis>Un secret de Polichinelle</emphasis>, le personnage, parlant � tort et � travers, est en effet incapable de garder un secret. On peut d�ailleurs se demander si l�id�e de quelque secret honteux, qu�on ne peut dissimiler bien longtemps, n�est pas connot�e dans <emphasis>Avoir un polichinelle dans le tiroir.</emphasis></p></section><section><title><p id="link_45">Courir la pr�tentaine</p></title><p>C�est une autre fa�on de <emphasis>courir le guilledou</emphasis> (voir <a l:href="#link_12">supra</a>), donc � �tre toujours en qu�te d�escapades, d�aventures amoureuses �. Avant de rev�tir ces connotations �rotiques, l�expression n�a rien signifi� d�autre qu�� aller par monts et par vaux, courir �� et l�, sans but �. La notion de gaudriole n�est attest�e qu�au XVIII<sup>e</sup> si�cle chez Fureti�re (1690)�et ne concerne, semble-t-il, que les femmes : � PR�TENTAINE. Terme burlesque, qui ne se dit qu�en cette phrase proverbiale : ils ont �t� tout le jour courir la <emphasis>pr�tentaine</emphasis> ; pour dire, ils sont all�s de�� et del�, sans dessein. On dit qu�une femme court la <emphasis>pr�tentaine</emphasis>, pour dire, qu�elle fait des promenades, des voyages contre la biens�ance, ou dans un esprit de libertinage. �</p><p>Bourde courante : <emphasis>pr�tentaine</emphasis> est d�form� en � pr�trentaine �, comme s�il s�agissait d�une fantaisie qui vous prend avant votre trenti�me ann�e. D�apr�s Fureti�re qui cite Virgile � l�appui de son explication, <emphasis>pr�tentaine</emphasis> viendrait du � bruit que font les chevaux en galopant �. Bloch et Wartburg confirment en rapprochant <emphasis>pr�tentaine</emphasis> de <emphasis>pretintaille</emphasis>, mot normand signifiant � collier de cheval garni de grelots �. Ajoutons que <emphasis>pretintaille</emphasis> a aussi d�sign� aux XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> si�cles un ornement que les femmes mettaient sur leurs robes. Dans le Perche et le Morvan <emphasis>pertintaille</emphasis> signifie � bibelot �, � fanfreluche �, � bagatelle �. Curieuse co�ncidence lexicale : � bagatelles � (au pluriel) a eu le sens d��� amourette � et aujourd�hui la � bagatelle � c�est, famili�rement, l�amour physique.</p></section><section><title><p>Jouer les sainte-nitouche</p></title><cite><p>� Les uns cryoient : Saincte Barbe !</p><p>Les aultres : Sainct George !</p><p>Les aultres : Saincte Nytouche ! �</p></cite><p>C�est dans le chapitre XXVII du <emphasis>Gargantua</emphasis> de Rabelais (1534) que <emphasis>sainte Nytouche</emphasis> appara�trait pour la premi�re fois. Elle s�y trouve en bonne compagnie : sainte Barbe, patronne des artilleurs et des canonniers (qui a donn� son nom au magasin � poudre sur un navire) et saint Georges, patron des cavaliers. <emphasis>Sainte Nitouche</emphasis> (on a dit aussi � sainte Mitouche �) symbolise les fausses prudes qui affectent la vertu et l�innocence alors que tout le monde sait bien leur penchant pour la bagatelle. Son nom est malicieusement forg� sur l�expression � n�y pas toucher � ou � n�y touche pas � que l�on peut comprendre de deux fa�ons : une interdiction � celui qui voudrait tenter sa chance (� bas les pattes ! �) ou un certificat de bonnes m�urs pour la demoiselle qui ne saurait � manger de ce pain-l� � (� je ne suis pas celle que vous croyez ! �). Tout semble indiquer que ce diable d�Alcofribas Nasier (anagramme forg� par et pour Fran�ois Rabelais) serait le cr�ateur de <emphasis>sainte Nitouche</emphasis>.</p></section><section><title><p id="link_46">�tre dans une situation int�ressante</p></title><p>L��tat de grossesse fut longtemps tabou, du moins n�employait-on pas les v�ritables mots pour le dire. Chez les gens bien �lev�s, on avait recours � des p�riphrases. Des expressions comme � �tre en espoir de famille �, � �tre dans l�attente d�un heureux �v�nement �, � attendre famille<a l:href="#n_12" type="note">[12]</a> � �taient pr�f�r�es au trop direct � �tre enceinte �. <emphasis>�tre dans une situation (position) int�ressante</emphasis> (ou <emphasis>dans un �tat int�ressant</emphasis>) fait partie de la m�me liste. Entendons : une situation � laquelle on doit porter de l�int�r�t, de l�attention. Bien s�r, le <emphasis>polichinelle dans le tiroir</emphasis> (voir <a l:href="#link_13">supra</a>) rel�ve d�un langage populaire et, dans ce domaine, les m�taphores argotiques sont l�gion, les unes plus vulgaires que les autres : elles n�ont �videmment pas leur place dans un livre sur les expressions de grand-m�re.</p></section></section><section><title><p>DESTIN</p></title><section><title><p><emphasis>Alea jacta est</emphasis></p></title><p>Saura-t-on jamais pr�cis�ment o� C�sar a prononc� cette phrase c�l�bre ? O� coulait donc l�antique Rubicon ? La question est l�objet d�une vieille et interminable controverse.</p><p>Ce dont on est s�r, c�est que le fleuve c�tier servait de fronti�re entre la R�publique romaine et la Gaule cisalpine et que le s�nat de Rome interdisait � tout g�n�ral romain de le franchir avec ses l�gions ou ses cohortes.</p><p>En 50 av. J.-C., apr�s ses prouesses en Gaule, C�sar lui-m�me avait �t� somm� de remettre ses l�gions au s�nat et de revenir � Rome comme simple citoyen. Son ambition le poussant cependant � affronter Pomp�e qui venait de recevoir les pleins pouvoirs de ce m�me s�nat, C�sar d�cida de marcher sur Rome avec son arm�e. Au moment de franchir le Rubicon, il h�sita un instant, comme effray� de son audace, puis prit sa d�cision en s��criant � <emphasis>Alea jacta est !�</emphasis> � que l�on traduit par � Le sort en est jet� ! � ou � Les d�s sont jet�s ! �.</p><p>Grand-m�re disait cela parfois pour faire comprendre qu�il ne servait � rien de regretter une d�cision prise, un acte accompli. Maman, fille d��migr� polonais, disait plut�t� <emphasis>mektoub</emphasis>, mot arabe signifiant litt�ralement � ce qui est �crit �.</p></section><section><title><p>C�est la faute � pas de chance</p></title><p>La correction grammaticale exigerait que l�on dise <emphasis>c�est la faute</emphasis> de <emphasis>pas de chance.</emphasis> Ainsi formul�e, l�expression ne peut �tre que populaire ou famili�re, comme l�est le <emphasis>c�est la faute � Voltaire</emphasis> et <emphasis>c�est la faute � Rousseau</emphasis> du Gavroche hugolien, tomb� par terre, le nez dans le ruisseau. D�ailleurs, c�est souvent quand nous nous �corchions les genoux que grand-m�re s�chait nos larmes en disant � <emphasis>c�est la faute � pas de chance</emphasis> � et nous admettions, entre deux reniflements, que le manque de chance n��tait imputable � personne. Bel encouragement au sto�cisme ordinaire, celui qui doit nous permettre d�affronter les petits bobos de la vie.</p></section><section><title><p>Au petit bonheur la chance</p></title><poem><stanza><v>� C�est un petit bonheur que j�avais rencontr�</v><v>Il �tait tout en pleurs sur le bord d�un foss� �</v></stanza></poem><p>La chanson de F�lix Leclerc illustre bien ce <emphasis>petit bonheur</emphasis> sur lequel on tombe par hasard<a l:href="#n_13" type="note">[13]</a> et qui ne peut �tymologiquement que vous �tre b�n�fique (� heur � et � augure � ont la m�me �tymologie : le latin <emphasis>augere</emphasis>, � faire cro�tre �). L�heur peut �tre bon ou mauvais (malheur) comme la <emphasis>chance</emphasis> peut �tre propice ou n�faste (<emphasis>chance, via</emphasis> le latin populaire <emphasis>cadentia</emphasis>, est issu du latin classique <emphasis>cadere</emphasis>, � tomber �, par r�f�rence � la mani�re dont tombent les d�s : elle est ce qui �choit). Bonheur, chance, augure, d�s, autant dire que l�expression est un condens� de providentialisme : faisons confiance au hasard en esp�rant qu�il nous sourie. Soyons disponible et, advienne que pourra !</p></section><section><title><p>�tre dans de beaux draps</p></title><p>Un vase cass�, une promesse non tenue, un v�tement neuf d�chir�, bref, une b�tise consid�r�e comme irr�parable et grand-m�re ne manquait pas de me dire : � Eh bien, t�es dans de beaux draps ! � sous-entendu, � tu vas te prendre une sacr�e rouste quand tes parents seront de retour ! � Sottement, je m�attendais � subir la punition traditionnelle : aller au lit sans d�ner, mais pourquoi <emphasis>dans de beaux draps</emphasis>, fallait-il y voir un tour ironique ? Et pourquoi ce pr�sent de l�indicatif puisque la sanction, m�me imminente, restait � venir ?</p><p>L�expression �tait autrefois plus explicite puisque l�on pr�cisait : <emphasis>dans de beaux draps blancs</emphasis>, �voquant ainsi une p�nitence humiliante que l��glise r�servait au p�ch� de luxure : le repentant devait aller � la messe tout de blanc recouvert, reconnaissant ainsi l�abomination dont il s��tait rendu coupable. On suppose que les autres ouailles devaient alors le tourner en d�rision, ce que confirme une autre expression, aujourd�hui oubli�e : � <emphasis>Draper une personne</emphasis> : se moquer, en m�dire � (Oudin, 1640).</p></section><section><title><p>Il ne faut pas dire : � Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. �</p></title><p><emphasis>Il ne faut jurer de rien</emphasis> ou, forme moderne stylistiquement bien pauvre, <emphasis>il ne faut jamais dire jamais</emphasis>, sont des proverbes �quivalents. Grand-m�re avait virtuellement recours � cette fontaine chaque fois que nous d�clarions, s�rs de notre fait : � Pas de danger ! � ou � Jamais je ne ferai �a ! �</p><p>L�adage est empreint de sagesse : ne sachant pas ce que l�avenir r�serve, on ne doit pas affirmer aujourd�hui que l�on ne fera pas demain ceci ou cela, quelle qu�en soit la grande improbabilit�. Dans son <emphasis>Histoire des proverbes</emphasis> (1803), No�l-Laurent Pissot rapporte une anecdote qu�il pr�tend � l�origine de la maxime : parut un jour � la cour de Fran�ois 1<sup>er</sup> un charlatan nomm� <emphasis>signor Fontani</emphasis> qui pr�tendait d�tenir une eau miraculeuse capable de gu�rir tous les maux de l�humanit�. Un vieux courtisan, toujours en pleine forme, riait de ceux qui utilisaient ce rem�de en disant : celui qui n�a jamais connu de maladie ne boira jamais l�eau <emphasis>del signor Fontani</emphasis>. Le courtisan pourtant tomba malade et dut se r�soudre � avaler un grand verre de l�eau pr�tendue salutaire. <emphasis>Fontani</emphasis> lui dit alors, narquois : � On ne doit jamais dire, Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. � Histoire trop belle pour �tre vraie.</p><p>L�expression est attest�e d�s le XVII<sup>e</sup> si�cle.</p></section><section><title><p>Comme la mis�re sur le pauvre monde</p></title><p>Il y a bien de la fatalit� l�-dedans. Les utopistes ont beau vouloir nous persuader de lendemains qui chantent, la mis�re semble in�luctable, du moins pour le pauvre monde qui, par d�finition, y est forc�ment condamn�. D�ailleurs, il serait illogique de parler d�adversit�, la mis�re n��tant pas, en l�occurrence, un sort contraire. Elle s�abat donc, impitoyable, inexorable, avec avidit� et sans pr�venir.</p><p>L�expression caract�rise tout ce qui se produit soudainement et avec force. Qualifiant tout ce qui tombe brusquement, on la trouve dans les contextes les plus inattendus comme chez le critique Alexandre Natanson qui, dans un article de sa <emphasis>Revue blanche</emphasis> parle de fortissimo � sur lequel les musiciens de l�Op�ra comique se jettent comme la mis�re sur le pauvre monde � (1891).</p><p>Expression synonyme, plus r�cente et nettement moins d�cente, � comme la v�role sur le bas clerg� �, clerg� que l�on a qualifi� d�abord d� � espagnol � puis de � breton �.</p></section><section><title><p>Manger les pissenlits par la racine</p></title><p>Bien qu�il soit impr�visible, le destin nous assure tous de ce repas souterrain et <emphasis>post-mortem</emphasis>.</p><p>Le pissenlit fut autrefois baptis� <emphasis>dent-de-lion</emphasis> et encore aujourd�hui dans bien des langues (latin <emphasis>dens leonis</emphasis>, anglais <emphasis>dandelion</emphasis>, italien <emphasis>dente di leone</emphasis>, portugais <emphasis>dentedile�o</emphasis>, allemande <emphasis>L�wenzahn</emphasis>, etc.) � cause de la forme caract�ristique de ses feuilles mais, en fran�ais, ce sont ses vertus diur�tiques qui lui ont donn� son deuxi�me nom : <emphasis>pissenlit</emphasis> (d�abord � pisse-en-lit �, d�s le XV<sup>e</sup> si�cle) car, bue en bouillon, la plante peut faire pisser au lit. Parce qu�elle est commune dans tous les jardins, tous les champs, toutes les prairies, tous les terrains, y compris les cimeti�res, la plante s�est retrouv�e dans l�expression on ne peut plus imag�e <emphasis>manger (bouffer) les pissenlits par la racine</emphasis>, � �tre mort et enterr� �. Il semble que Victor Hugo soit le premier � l�avoir mentionn�e, dans sa pr�sentation du gamin de Paris : � Il a ses jeux � lui, ses malices � lui dont la haine des bourgeois fait le fond ; ses m�taphores � lui ; �tre mort, cela s�appelle <emphasis>manger des pissenlits par la racine</emphasis> [�] � (<emphasis>Les Mis�rables</emphasis>, tome III, livre premier, chapitre II, 1862).</p></section><section><title><p>Entre quatre planches</p></title><p>De temps en temps, grand-m�re, lasse de tracas trop souvent r�p�t�s, aspirait � un repos v�ritable qu�elle ne conna�trait, se lamentait-elle, qu�<emphasis>entre quatre planches</emphasis>, c�est-�-dire, et bien qu�il en faille au minimum six pour le construire (cette incoh�rence m�a toujours intrigu�), dans un cercueil.</p><p>Notons que l�expression sert justement de titre au chapitre VI du huiti�me livre des <emphasis>Mis�rables</emphasis>, Jean Valjean �chappant � Javert par le subterfuge d�une fausse inhumation, et Hugo de faire ce commentaire : � Les quatre planches du cercueil d�gagent une sorte de paix terrible. Il semblait que quelque chose du repos des morts entr�t dans la tranquillit� de Jean Valjean. �</p></section><section><title><p>�a lui passera avant que �a me reprenne</p></title><p>Quand, adolescent, il m�arrivait, par exemple, de rentrer tard le soir, mes parents s�inqui�taient de mes escapades. Grand-m�re alors les rassurait d�un : � Ne vous en faites pas. <emphasis>�a lui passera avant que �a me reprenne</emphasis> ! � �tait-ce la voix de l�exp�rience, elle qui, disait-on, avait toujours eu la vie rang�e d�une petite fille mod�le ?</p><p>L�expression, apparue au d�but du XX<sup>e</sup> si�cle, sous-entend en effet que l�on en est d�j� pass� par l� et que, comme toutes les folies de la jeunesse, celle dont on fait grief aujourd�hui, dispara�tra bien un jour. <emphasis>�a me revienne</emphasis> remplace parfois <emphasis>�a me reprenne</emphasis> comme chez Jean Giono dans <emphasis>Regain</emphasis> (1930) : � Tu veux que je la laisse ?�� Non, mais c�est pour dire. Tu es un bandit, G�d�mus ; tu ne peux plus vivre sans cette femme.�� Ah ! tu te fais des id�es. � mon �ge� �a te passera avant que �a me revienne. Tu ne vois pas que je lui fais tra�ner la voiture ? �</p></section></section><section><title><p>F�CHEUX</p></title><section><title><p>Quelle plaie !</p></title><p>Quand grand-m�re parvenait � se d�barrasser d�un g�neur qui lui avait trop longtemps tenu la jambe et le crachoir, elle accompagnait son ouf de soulagement d�un cat�gorique : � Quelle plaie, celui-l� !�Dieu me pr�serve de tels casse-pieds ! � L�expression est toujours de mise mais avons-nous conscience de la r�f�rence biblique qu�elle contient implicitement, � savoir les dix plaies d��gypte, catastrophes que Dieu fit s�abattre sur le pays de Pharaon pour inciter celui-ci � lib�rer le peuple d�Isra�l ? L�Exode, dans ses chapitres 7 � 12, nous �num�re ces dix fl�aux : l�eau du Nil chang�e en sang, le pullulement de grenouilles, l�invasion de moustiques, la vermine, la peste du b�tail, les furoncles, la gr�le, la pluie de sauterelles, les t�n�bres, la mort des premiers-n�s �gyptiens.</p><p>Le mot � plaie �, du latin <emphasis>plaga</emphasis>, � coup mortel �, est de m�me �tymologie que le verbe � plaindre �, l�anglais <emphasis>plague</emphasis>, � fl�au, plaie, mais aussi peste �, ou l�allemand <emphasis>Plage</emphasis>, � calamit�, tourment �.</p></section><section><title><p>Quel pot de colle !</p></title><p>Pour s�r, cet importun ne vous abandonne pas, h�las, si facilement et vous voudriez bien pourtant qu�il vous l�ch�t les basques, ou, forme actuelle d�riv�e, les baskets. En ce sens, <emphasis>quel pot de colle !</emphasis> �quivaut � <emphasis>quelle plaie !</emphasis> (voir ci-dessus). Grand-m�re pourtant employait l�interjection dans une tout autre circonstance : quand, en mal de tendresse, je l�embrassais comme du bon pain et qu�elle tentait de desserrer ma trop �touffante �treinte : � T�es un vrai pot de colle ! � J��tais coutumier de ces d�bordements d�affection, au point que mon fr�re a�n� m�avait gentiment surnomm� � La Glu �.</p><p><emphasis>Pot de colle</emphasis> est souvent employ� comme adjectif (� Ta copine, elle est un peu <emphasis>pot de colle</emphasis> ! �), emploi � vedettis� � en 1977 par le film de Philippe de Broca : <emphasis>Julie pot de colle.</emphasis></p></section><section><title><p>Ton p�re n�est (n��tait) pas vitrier</p></title><p>On conna�t l�anecdote d�Alexandre le Grand qui, de passage � Corinthe, voulut rendre visite � Diog�ne de Sinope dont la r�putation �tait parvenue jusqu�� lui. Arriv� devant le tonneau o� le philosophe pr�tendait vivre comme un chien, Alexandre, qui aimait la philosophie pour avoir �t� l��l�ve d�Aristote, se fit grand seigneur : � Demande-moi ce que tu veux, dit-il au vieil homme, et tu l�auras. � Diog�ne r�pondit simplement : � �te-toi de mon soleil ! � On peut se demander qui, des deux personnages, faisait vraiment de l�ombre � l�autre. Si Diog�ne avait v�cu de nos jours, la repartie aurait pu �tre : � Bouge de l� ! Tu n�es pas transparent � ou encore : � Eh ! Ton p�re n�est pas vitrier ! �, plaisanterie bienvenue pour faire comprendre � un enquiquineur qu�il est dans notre champ visuel, l�esp�ce de ces f�cheux qui se croient seuls au monde n��tant malheureusement pas en voie d�extinction.</p></section></section><section><title><p>FAMILLE</p></title><section><title><p>Qui baise berce</p></title><p>Merci au beau-fr�re qui m�a fait conna�tre cette formule qui vaut tant par sa bri�vet� que par son allit�ration : b�-b�. Compte tenu du premier verbe, elle appartient plus logiquement � un langage grand-paternel que grand-maternel. De b�b�, il en est effectivement question, celui que la fille (ou belle-fille) a mis au monde et qu�elle voudrait bien faire garder par les parents (ou beaux-parents) le temps, par exemple, d�un week-end en amoureux. Pourtant, si � lorsque l�enfant para�t, le cercle de famille applaudit � grands cris �, comme l��crit Victor Hugo dans <emphasis>Les Feuilles d�automne</emphasis>, la liesse familiale ne va pas toujours jusqu�� vouloir jouer les nounous pendant que les parents se payent du bon temps. <emphasis>Qui baise berce</emphasis> n�admet donc pas de r�plique : � Vous avez fait un enfant, vous devez vous en occuper ! �</p></section><section><title><p>Qui tient de p�re et m�re n�est point b�tard</p></title><p>Lorsque l�enfant para�t� parents et amis se penchent sur le berceau, �merveill�s ou faisant mine de l��tre, et chacun y va de sa comparaison : � Il a le nez et les oreilles de son p�re �, � les yeux et la bouche de sa m�re �, � moins qu�il ne soit le portrait crach� de l�un et/ou de l�autre, etc., au point que l�on se demande si le pauvre rejeton a vraiment un trait qui lui soit personnel. Mani�re pour le p�re de sentir son honneur sauf (cet enfant est bien de moi !) et pour la m�re d��prouver une l�gitime fiert� (nous ne saurions le renier !). Mais l�affirmation peut aussi �tre moqueuse pour d�noncer chez un rejeton les m�mes travers caract�riels que ceux du p�re ou de la m�re : avarice, t�te de mule, �go�sme, orgueil, etc. L�expression, pleine d�un bon sens populaire (saveur du <emphasis>point</emphasis>) frisant la tautologie, vient alors affirmer haut et fort, sur un ton forc�ment goguenard, une v�rit� tenue pour premi�re.</p></section><section><title><p>� la mode de Bretagne</p></title><p>Il est des arbres g�n�alogiques dont les rameaux sont si �cart�s qu�on a parfois bien du mal � formuler le lien de parent� qu�ils indiquent : Isidore est le fils du cousin germain de ta m�re. Pour toi, Isidore est donc un cousin issu de germain. CQFD. Pour des parents si �loign�s que l�on ne fr�quente que tr�s peu, voire pas du tout, et qui ne portent le nom de cousin que par une sorte de bienveillance lexicale, grand-m�re avait une expression : <emphasis>� la mode de Bretagne</emphasis>. Il est vrai que dans les familles bretonnes d�antan, les relations �taient �troites, m�me entre parents �loign�s : � Nulle part la parent� ne s��tend aussi loin qu�en Bretagne : elle y d�passe le douzi�me degr�, en se comptant double dans plusieurs cas �, nous explique Pierre-Marie Quitard (1842) qui cite aussi cette anecdote : � On raconte qu�un capucin, pr�chant � la prise d�habit de la fille de sa cousine germaine, s��cria : �Quel honneur pour vous, � ma cousine, qui devenez la belle-m�re du Seigneur, et quelle gloire pour moi qui vais �tre l�oncle du bon Dieu � la mode de Bretagne !� �</p></section><section><title><p>C�est son portrait tout crach�</p></title><p>Pourquoi prenons-nous tant de plaisir � souligner les ressemblances entre parents, pourquoi nous en �tonnons-nous toujours puisqu�apr�s tout elles ne sont que naturellement normales compte tenu des lois de l�h�r�dit� d�couvertes voici cent cinquante ans par Gregor Mendel ? Quand de telles ressemblances confinent � la copie conforme, l�expression convenue vient syst�matiquement aux l�vres : <emphasis>C�est son portrait tout crach� !</emphasis> Pourquoi donc cette id�e de crachat que d�aucuns trouveraient peu rago�tante ?</p><p><emphasis>Cracher</emphasis> est souvent employ� pour ce qui a trait � la parole, en particulier lorsqu�il s�agit d�exprimer une v�rit� que l�on aurait pr�f�r� garder pour soi : � Il a <emphasis>crach�</emphasis> le morceau �, dit-on d�un pr�venu qui finit par avouer. De celui qui parle sans vous laisser parler, on dit qu�il vous � tient le <emphasis>crachoir�</emphasis> � et autrefois, par moquerie, on disait des latinistes qu�ils � <emphasis>crachaient</emphasis> du latin �. Par analogie entre la salive et la semence, un parall�le a �t� �tabli entre <emphasis>cracher</emphasis> et reproduire, la � reproduction � pouvant d�ailleurs �tre prise dans les deux sens du terme : g�n�tique et pictural. Ce sens pictural est attest� d�s le milieu du XV<sup>e</sup> si�cle dans le <emphasis>Mist�re du vieil testament</emphasis> :</p><subtitle>� LE PAINTRE</subtitle><poem><stanza><v>Je le vous feray tout poch�,</v><v>Par Dieu et ne s�auriez dire</v><v>Que ce ne fust il tout crach�,</v><v>Sans qu�il y ait rien � redire. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Tome VI, ch. XLV, vers 48571-48574.)</text-author></cite></section><section><title><p>La famille tuyau de po�le</p></title><p><emphasis>Tuyaux de po�le</emphasis> fut une expression d�argot d�signant autrefois des bottes (de cavalier), un pantalon �troit de fantassin ou encore un chapeau haut de forme. <emphasis>Tuyau de po�le</emphasis> prend un sens tout diff�rent et nettement moins convenable quand il s�agit d�une famille puisqu�il est alors question de relations incestueuses. L�image est cr�ment �loquente : les tuyaux de po�le s�emmanchent les uns dans les autres. Jacques Pr�vert nous donne une belle illustration d�une telle famille dans sa pi�ce justement intitul�e <emphasis>La Famille tuyau de po�le</emphasis> ou <emphasis>Une famille bien unie</emphasis> (1933).</p><p>Je ne peux pas croire que notre pudique grand-m�re comprenait l�exacte allusion sexuelle quand elle pr�tendait que les (Biiiiiiiip !) qui habitaient en face de chez nous �taient une <emphasis>famille tuyau de po�le</emphasis>.</p></section></section><section><title><p><emphasis>IDEM</emphasis></p></title><section><title><p>Bise mon cul, mon cul te bise</p></title><p>C�est ainsi que dans la famille on exprimait l��galit�, l��quivalence, l�identique : � Que pr�f�res-tu, l��clair au chocolat ou au caf� ? � R�ponse du p�re : � C�est bise mon cul mon cul te bise. � Grand-m�re �tait offusqu�e et nous �clations de rire. L�expression, plus espi�gle que vulgaire, rempla�ait avantageusement le banal � �a m�est �gal � ou l�indiff�rent � Comme tu veux �. Nous plaisait sa sym�trie presque parfaite mettant l�accent sur ce gros mot frapp� d�interdit.</p><p>De telles gauloiseries appartiennent � une tradition populaire remontant au moins � No�l du Fail chez qui <emphasis>baise mon cul</emphasis> est le surnom d�une �p�e : � Voil�, disoit-il, la lev�e du bouclier de l��p�e seule, et de l��p�e baise mon cul � deux mains � (<emphasis>Propos rustiques</emphasis>, 1547). Rabelais donne le m�me sobriquet � l��p�e de Gymnaste : � Si sacque son esp�e Baise mon cul (ainsi la nommoit-il) � deux mains, et tranch�t le Cervelat en deux pi�ces � (<emphasis>Quart Livre</emphasis>, ch. XLI, 1548-52). L�expression � miroir � entre aussi, chez Victor Hugo, dans la composition d�un surnom : � Cette affreuse face de Gribouille-mon-cul-te-baise [�] � (<emphasis>Quatre-vingt-treize</emphasis>, deuxi�me partie, livre troisi�me, ch. VII, 1874). Il n�y a pas � dire, mon p�re avait des lettres !</p></section><section><title><p>C�est l�h�pital qui se moque de la charit�</p></title><p>Avant d��tre l��tablissement public m�dical o� l�on op�re et soigne, l�h�pital fut un hospice (m�me �tymologie), souvent baptis� h�tel-Dieu, o� l�on soignait les indigents. Telle est bien la d�finition que propose Fureti�re (1690) : � Lieu pieux et charitable o� on re�oit les pauvres pour les soulager en leurs n�cessit�s. � La notion d�h�pital fut donc originellement li�e � celle de charit�. D�ailleurs, de nombreux �tablissements hospitaliers prirent le nom d�h�pital de la charit�un peu partout dans le monde : Berlin, S�ville (<emphasis>Hospital de la Santa Caridad</emphasis>), Paris, Dijon, Saint-�tienne et� Lyon. C�est � Lyon, en 1894, que serait n�e notre expression. Elle d�nonce celui qui critique, chez autrui, un d�faut qu�il pourrait se reprocher � lui-m�me.</p></section><section><title><p id="link_42">Kif-kif bourricot</p></title><p>Esnault (1965) date de 1883 la premi�re attestation de <emphasis>kif-kif bourricot</emphasis>. L�expression, litt�ralement : � pareil � l��ne �, serait pass�e d�Alg�rie en France � comme superlatif de toute ressemblance �, v�hicul�e par les soldats d�Afrique du Nord. C�est une extension comique de <emphasis>kif-kif</emphasis> (Delvau, 1866), � autant comme autant �, elle-m�me redoublement de <emphasis>kif</emphasis>, arabe maghr�bin signifiant � comme � (<emphasis>kayfa</emphasis>, � comment �, en arabe classique). <emphasis>Kif-kif</emphasis> appara�t en 1839 dans un compte-rendu relatif � l��glise de Constantine : � Ils [les Arabes] finissent toujours leurs �loges � Marie par ces mots : <emphasis>Kif-kif soa soa cutsa, hahana, achouq l�l� Mariem</emphasis>. Tous ensemble, vous et nous, nous aimons beaucoup madame Marie � (Abb� Suchet, <emphasis>Nouvelles lettres sur Constantine</emphasis> in <emphasis>L�Ami de la religion et du roi</emphasis>, tome 102). En 1914 appara�t l�expression <emphasis>C�est du kif</emphasis>, � c�est la m�me chose �, expression devenue aujourd�hui �quivoque puisque <emphasis>kif</emphasis> d�signe aussi le cannabis : ce kif-l� vient de l�arabe <emphasis>kef</emphasis>, � �tat de b�atitude � et a donn� le verbe <emphasis>kif(f)er</emphasis>, si� pris� de la jeune g�n�ration.</p></section><section><title><p>C�est du pareil au m�me</p></title><p>Expression tautologique : <emphasis>pareil</emphasis> et m�me sont en effet <emphasis>synonymes</emphasis>. La comparaison est donc savoureuse puisque les deux termes sont identiques et que chacun d�eux signifie justement � identique �. Pour filer la m�taphore et clore le chapitre en le synth�tisant, on pourrait dire que, dans l�expression, <emphasis>pareil</emphasis> et <emphasis>m�me</emphasis> sont � kif-kif bourricot � ou � bise mon cul mon cul te bise �.</p></section></section><section><title><p>LIT</p></title><section><title><p id="link_23">Au lit, Gaborit !</p></title><p>Parmi les expressions de grand-m�re, celle-ci tient une place de choix. Elle nous la servait presque chaque soir quand nous l�embrassions avant d�aller rejoindre Morph�e. Elle m�est longtemps apparue �nigmatique car, de toute �vidence, la rime ne pouvait seule la justifier. Qui �tait donc ce <emphasis>Gaborit</emphasis> dont nous endossions souvent l�identit� en m�me temps que notre veste de pyjama ? <emphasis>Gaborit</emphasis>, il est vrai, �tait un nom de famille tr�s r�pandu dans ma Saintonge natale ? Et si l��tymologie de ce patronyme �tait �clairante ? Comme Gabet, Gabot, Gabin, Gabard, Gabereau, Gaboriau, etc., <emphasis>Gaborit</emphasis> vient de <emphasis>gaber</emphasis>, vieux mot fran�ais pour � moquer, railler � ; <emphasis>gaber</emphasis> est encore mentionn� chez Littr� qui nous dit aussi qu�un <emphasis>gabeur</emphasis> est � celui qui <emphasis>gabe</emphasis>, se moque �. Le v�n�r� lexicographe fait ce commentaire : � Vieux mot qu�il n�est pas mauvais de remettre en usage. � En saintongeais, un <emphasis>gaban</emphasis> est un � vagabond �, un � croquant �, un � chenapan � (Pierre J�nain, <emphasis>Dictionnaire du Patois saintongeais</emphasis>, 1869) et Andr� �veill� nous confirme que <emphasis>Gaboriau</emphasis> et <emphasis>Gabory</emphasis> sont des � noms d�hommes d�riv�s du vieux fran�ais : <emphasis>gabeor, gabeour</emphasis>, railleur, farceur � (<emphasis>Glossaire saintongeais</emphasis>, 1887). Voil�. Je peux aller me coucher moins ignorant.</p></section><section><title><p>Au lit, marin, la puce � faim !</p></title><p>Variante tourangelle d�<emphasis>au lit, gaborit !</emphasis> Grand-m�re qui �tait native de Ch�tellerault avait donc d� l�entendre dans sa jeunesse. <emphasis>Marin</emphasis> y est employ� au sens de <emphasis>moussaillon</emphasis>, synonyme familier de � petit mousse �, d�signant dans la marine un apprenti de moins de seize ans. L�expression, qui promet au futur dormeur d��tre � mang� � par les puces de lit, nous parle d�un temps o� l�hygi�ne �tait bien trop rudimentaire pour �radiquer ces importuns visiteurs nocturnes : � D�s le matin Cataut se plaignit � sa m�re / Des puces de la nuit, du grand chaud qu�il faisait : / On ne peut point dormir<a l:href="#n_14" type="note">[14]</a> [�] � (La Fontaine, Le <emphasis>Rossignol</emphasis> in <emphasis>Contes</emphasis>, tome II).</p></section><section><title><p>Aller au plume</p></title><p>Un <emphasis>plumard</emphasis>, nous dit Virma�tre (1894) est, dans l�argot du peuple, un � lit de plumes �, pr�cisons, un matelas de plumes. Esnault en fait remonter le premier emploi � 1881, date o�, chez les � voyous � (Esnault <emphasis>dixit</emphasis>) appara�t aussi le verbe se <emphasis>plumarder</emphasis>, � aller se coucher �. <emphasis>Aller au plume</emphasis>, c�est donc � aller au lit �, <emphasis>plume</emphasis> �tant un raccourci de <emphasis>plumard</emphasis>. Proche du <emphasis>plumard</emphasis>, un <emphasis>plumon</emphasis> d�signe, surtout dans le Nord-Ouest, une couette garnie de duvet ou de plumes (de canard ou d�oie) ; c�est donc l�exact �quivalent de l�<emphasis>�dredon</emphasis>, mot issu du danois <emphasis>ederdun</emphasis>, � duvet d�eider �, l�eider �tant un gros canard marin des oc�ans subarctiques.</p></section><section><title><p>Un lit rembourr� avec des noyaux de p�ches</p></title><p>On dit aussi cela d�un fauteuil ou d�un coussin. C�est �videmment l�image de l�inconfort par excellence, d�autant qu�un noyau de p�che, en plus d��tre dur, est aussi rugueux. Dans la sixi�me �dition du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> (1835), l�expression est plus concise : � <emphasis>Un matelas, un coussin rembourr� de noyaux de p�ches</emphasis>, un matelas, un coussin fort dur. � La comparaison, toutefois, est d�j� employ�e au d�but du XVII<sup>e</sup> si�cle : � [�] je me fis donner un m�chant matelas aussi dur que s�il avoit �t� rembourr� avec des noyaux de p�che [<emphasis>sic</emphasis>] � (<emphasis>M�moires de Madame du Noyer �crits par elle-m�me</emphasis>, tome V, 1710).</p></section><section><title><p>Ronfler comme une machine � battre</p></title><p>La comparaison est paysanne et r�gionale (<emphasis>ronfier coume ine machine � battre</emphasis>, dit-on en Saintonge) et la <emphasis>machine � battre</emphasis> est une � batteuse � (anc�tre de la moissonneuse-batteuse). Elle �grenait le bl� lors de la traditionnelle op�ration des battages, pr�lude � une f�te � l�issue de laquelle quelques buveurs cuvant leur vin devaient bien ronfler de la sorte, c�est-�-dire d�une mani�re excessivement bruyante. Ramuz, dans <emphasis>Adam et �ve</emphasis> (1932) nous offre une belle description de l�engin : � L�air est comme une machine � battre en plein fonctionnement, avec ses roues, ses palettes, ses tr�mies, son tuyautage, tout un syst�me d�engrenages ; elle bourdonne, elle g�mit, elle craque, elle crie, elle ronfle, elle crache, elle tousse � [�] � Bonne nuit, les petits !</p></section><section><title><p>� schlof !</p></title><p>Ou <emphasis>Au schlof</emphasis>. Cette injonction d�aller au lit �tait beaucoup plus p�remptoire qu�<emphasis>au lit, Gaborit !</emphasis> (Voir <a l:href="#link_23">supra</a>). Elle n�intervenait que lorsque, faisant la sourde oreille, nous tardions � aller nous coucher.</p><p><emphasis>Schlof</emphasis> est issu de l�alsacien <emphasis>schlofen</emphasis>, alt�ration de l�allemand <emphasis>schlafen</emphasis>, � dormir �. Selon Esnault (1965), le mot est attest� en argot d�s 1807. Delvau (1866) mentionne m�me le verbe <emphasis>schloffer</emphasis>, � dormir, se coucher �, pr�cisant qu�il s�emploie � dans l�argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fr�quentation d�ouvriers alsaciens ou allemands. Ils disent aussi <emphasis>Faire schloff.</emphasis> �</p></section><section><title><p>Le cin�ma des deux toiles</p></title><p>Nous habitions � Saintes en face du cin�ma Rex. C��tait pour mon fr�re et moi une v�ritable aubaine. Nous n�avions que la rue � traverser pour aller voir <emphasis>Fanfan la tulipe, Si Versailles m��tait cont�, Les Dix Commandements, La Strada, La Fl�che et le Flambeau, Les Travaux d�Hercule</emphasis>, et autres films des ann�es 1950. D�abord le jeudi apr�s-midi puis, plus tard, le soir � 21�heures. Nous demandions parfois � grand-m�re de nous accompagner aux s�ances nocturnes. Elle n�acceptait que tr�s rarement, rejetant notre proposition par l�expression consacr�e : � Je pr�f�re aller au <emphasis>cin�ma des deux toiles</emphasis>. � La traduction en est facile : � Je pr�f�re aller me coucher �, les <emphasis>deux toiles</emphasis> �tant, bien s�r, les deux draps entre lesquels elle se glissait. Les ados d�aujourd�hui disent <emphasis>aller se faire une toile�</emphasis>pour � aller voir un film �. Couche-tard inv�t�r�s, ils choisissent rarement le <emphasis>cin�ma des deux toiles</emphasis>.</p></section></section><section><title><p>M�T�O</p></title><section><title><p>C�est le bon Dieu qui fait son lit</p></title><p>Les jeunes enfants (et aussi certains adultes) ont une peur bleue de l�orage, au point de se mettre � trembler comme une feuille, de se blottir sous les couvertures (quand ce n�est pas carr�ment sous le lit), de se boucher les oreilles, etc. Peur animale, incontr�lable, et l�on a beau se dire que la peur n��vite pas le danger : rien n�y fait. Cette phobie ne m��pargnait pas, d�autant que d�effroyables racontars couraient sur la foudre s�agglutinant en boules de feu qui passaient par les fen�tres et pouvaient se mettre � vous poursuivre. Alors, quand je me crispais au premier roulement de tonnerre grondant au lointain, grand-m�re inventait d�abracadabrantes histoires :<emphasis> c�est le bon Dieu qui fait son lit !</emphasis>�� et je me demandais � quoi servait d��tre le bon Dieu si l�on ne pouvait pas s�offrir les services d�une femme de m�nage � ou bien encore : <emphasis>c�est le bon Dieu qui roule ses tonneaux !</emphasis> et, bien qu�ayant entendu parler de ses vignes, j�avais du mal � m�imaginer le Seigneur en vigneron. Je fis plus tard la connaissance, toute livresque, de Jupiter et des commandes qu�il passait r�guli�rement � Vulcain. Alors, apprenant que des foudres peuvent �tre aussi d��normes tonneaux, religion, mythologie, tonnerre et viticulture se mirent � danser dans ma t�te une ronde pas tr�s catholique. Il faut toujours dire la v�rit� aux enfants !</p></section><section><title><p>Il mouille</p></title><p>Sachez qu�en Saintonge, comme ailleurs dans l�Ouest, il ne pleut pas, il <emphasis>mouille</emphasis>, et si la pluie est fine, il ne pleuvote ni ne bruine, mais mouillasse. Vous trouvez curieux cet emploi impersonnel de <emphasis>mouiller ? Quid</emphasis> alors de la chanson enfantine : � Il pleut, il mouille, c�est la f�te � la grenouille � ? <emphasis>Mouiller</emphasis> r�ussit l� o� � pleuvoir � �choue : il se souvient de son �tymologie pour nous dire que, par un tel temps, tout s�amollit : la terre, les plantes, jusqu�� notre humeur. Quant au participe pass�, il nous �voque mieux le r�sultat que l�adjectif � pluvieux �. Deux exemples. Un dicton paysan : � De sainte B�atrice la nu�e / Assure six semaines mouill�es � ; une citation de Bernard Palissy : � S�il advient une ann�e fort mouill�e et que ledit arbre aye grande quantit� de fruit, tu trouveras que ledit fruit sera fade � (<emphasis>Recepte v�ritable</emphasis>, 1563).</p></section><section><title><p>Le pot � eau</p></title><p>Les vieilles gens ont toujours mille et une astuces pour pr�voir le temps, et surtout, savoir s�il va � mouiller � (voir ci-dessus). Au-del� de la banale grenouille qui, du fond de son bocal, grimpe � l��chelle, il y a leurs rhumatismes, surtout ceux du genou, qui se r�veillent quand le temps se met � l�humidit�, le halo brumeux qui se forme autour de la lune, les nuages moutonneux dans le ciel, etc. Chez nous, l�imparable signe pr�curseur �tait le pot � eau, non pas la cruche en gr�s arborant une c�l�bre marque de pastis, mais le train de vingt heures et des poussi�res qui passait � quelques centaines de m�tres de chez nous. Par temps sec, l�arriv�e de ce Royan-Saintes ne se manifestait que par un chuintement lointain alors qu�� l�approche d�un jour pluvieux, nous l�entendions beaucoup plus nettement, avec, dominant le soufflement, la percussion rythm�e des roues sur les rails. Alors, levant un index expert, grand-m�re annon�ait : � C�est le pot � eau qui passe ! �</p></section></section><section><title><p>NOURRITURE</p></title><section><title><p>Quel arsouille !</p></title><p>C��tait l�un des bons mots de grand-m�re. Me voyait-elle boire � grandes gorg�es ? L�exclamation ne se faisait pas attendre, m�me si j��tanchais ma soif d�un simple verre d�eau : � <emphasis>Quel arsouille !�</emphasis> � Comprenant qu�elle me traitait d�ivrogne, je voyais dans <emphasis>arsouille</emphasis> un d�riv� populaire et superlatif de � se so�ler � dont la consonne� liquide serait devenue consonne� mouill�e (comme de juste, du reste, l�exacte �tymologie d�<emphasis>arsouille</emphasis> pourrait �tre <emphasis>se ressouiller</emphasis>, � se <emphasis>souiller</emphasis> � nouveau �). Avant de s�appliquer � un � pochtron �, <emphasis>arsouille</emphasis> d�signa un voyou, du genre de ceux qui se d�pravent, se d�bauchent et peuvent, le cas �ch�ant, devenir piliers de bistrots. On donna aussi, au XIX<sup>e</sup> si�cle, le nom d�<emphasis>arsouille</emphasis> � tout individu malpropre et mal habill� et, � la m�me �poque, � un bourgeois qui s�encanaille. C�est d�ailleurs dans la premi�re moiti� du XIX<sup>e</sup> que v�cut, bri�vement, Charles de La Battut (1806�1835), noceur imp�nitent et plein aux as. Par sa personnalit� originale et son comportement outrancier, il connut une formidable c�l�brit�. Il aimait � se d�guiser, de sorte que les Parisiens le prirent pour Lord Seymour (1805�1859), dandy anglais passionn� de sports �questres, r�sidant en France. Lequel des deux pr�tendait se comporter � en milord avec les arsouilles et en arsouille avec les milords � ? La question fait d�bat. Toujours est-il que le surnom de � Milord l�<emphasis>Arsouille</emphasis> � fut d�cern� � l�un d�entre eux. � Milord l�Arsouille � qualifia ensuite � tout homme riche qui fait des excentricit�s crapuleuses � (Delvau, 1866) avant de devenir en 1950 le nom d�un c�l�bre cabaret parisien situ� dans le premier arrondissement.</p></section><section><title><p>C�est pass� par la bo�te � pain b�nit</p></title><p>Pour le <emphasis>pain b�nit</emphasis>, voir <a l:href="#link_15">supra</a>, <emphasis>c�est pain b�nit</emphasis>.</p><p>Cette plaisante expression, employ�e pour consoler celui qui s�engoue (s��trangle, s��touffe) en mangeant, se moque un tant soit peu de l��glise et de ses rituels puisqu�elle laisse entendre que nous aurions deux gosiers, l�un o� glisserait sans probl�me la nourriture ordinaire que nous avalons et l�autre, assimil� � une <emphasis>bo�te</emphasis> (en l�occurrence, le larynx), qui s�obstruerait douloureusement quand nous mangeons de m�chants aliments type <emphasis>pain b�nit</emphasis>. Une expression �quivalente semble teint�e du m�me l�ger anticl�ricalisme : � avaler par le trou du dimanche �, un � trou � qui ne servirait donc qu�une fois par semaine, le jour du Seigneur (� dimanche � vient du latin <emphasis>Dies dominicus</emphasis>), pour avaler� l�hostie et qui donc, s�obstruerait en toute autre circonstance.</p></section><section><title><p>Ah beurnoncion !</p><p>(ou <emphasis>Ah beurnancio, abeurnoncio, abrenotion</emphasis>, etc.)</p></title><p>Dans les Charentes, donc chez mes a�eux, on exprimait ainsi son d�go�t, son aversion, toujours sous une forme exclamative. Ainsi la vieille Nanette s��crie-t-elle en faisant une grimace devant une grande marmite o� � <emphasis>jhe creis bien qu�ol �tait des o�s de chr�tiens qu�a fasait bouill�</emphasis><a l:href="#n_15" type="note">[15]</a> � : � <emphasis>Ab�rnotion !�</emphasis> � (Dr. Jean, <emphasis>La M�rine � Nastasie</emphasis>, 1903), interjection que l�on peut traduire par � Pouah ! �, � Quelle horreur ! � ou par une onomatop�e plus contemporaine : � Beurk ! �</p><p>Les variantes orthographiques sont nombreuses (le <emphasis>parlanjhe</emphasis> saintongeais est, comme la plupart des langue r�gionales, essentiellement oral) mais l�origine semble incontestable : le latin eccl�siastique <emphasis>ab renuntio</emphasis>, � J�y renonce ! �, formule rituelle par laquelle les nouveaux convertis au christianisme devaient r�pondre quand le pr�tre leur demandait : � <emphasis>Uturm abrenuntiat Diabolo et pompeis ejus</emphasis><a l:href="#n_16" type="note">[16]</a> ? �</p><p>� n�en pas douter, il ne saurait y avoir plus horrible abomination que Satan et ses �uvres !</p></section><section><title><p>Encore un(e) que les boches n�auront pas</p></title><p>On peut bien s�r remplacer <emphasis>boches</emphasis> par tout autre nom d�ennemi � qui l�on ne donne rien, avec qui l�on ne partage pas plus. Grand-p�re lan�ait cela d�un ton victorieux apr�s avoir vid� son verre, termin� une bouteille (grand-m�re buvait un peu de vin mais ne s�en faisait pas gloriole) ou � la fin d�un bon repas. L�expression est �videmment n�e en temps de guerre, p�riode o� la haine est lexicalement prolixe. Le mot <emphasis>boche</emphasis> date de la guerre de 1870. Il vient d�<emphasis>Alboche</emphasis>, lui-m�me d�formation d�<emphasis>Allemoche</emphasis> pour � Allemand �. Il fut d�abord utilis� dans l�expression � t�te de <emphasis>boche</emphasis> � signifiant � t�te dure � ou � t�te de bois �, sans doute sous l�influence de � caboche �, terme populaire pour � t�te � depuis le XII<sup>e</sup> si�cle. Les deux sens se sont fusionn�s en 1914, les Allemands ayant une r�putation de brutes donc de � t�tes dures �. Depuis le rapprochement franco-allemand commenc� dans les ann�es 1950, le mot <emphasis>boche</emphasis> est devenu politiquement incorrect. Il �tait d�j� quelque peu d�suet au cours de la Seconde Guerre mondiale o� on lui pr�f�rait parfois les termes injurieux de � fritz �, � fris� � ou � fridolin �, issus de Fritz, pr�nom particuli�rement r�pandu (ou suppos� tel) en Allemagne.</p><p>Le tr�s p�joratif � schleu � ou � chleuh � vient d�un mot arabe d�signant une tribu berb�re du Maroc. Il fut d�abord utilis� par les soldats combattant au Maroc au cours de la Premi�re Guerre mondiale pour d�signer un soldat des troupes territoriales. En 1940, il fut repris par les troupes fran�aises pour qualifier tout soldat allemand.</p></section><section><title><p>Avoir toujours un boyau de vide</p></title><p>Il y avait toujours chez grand-m�re, dans le buffet de la salle � manger, une bo�te en fer color�e d�images et remplie de g�teaux : petits-beurre, langues-de-chats, sabl�s, cigarettes en chocolat. Alors, quand au sortir de l��cole je faisais halte chez elle, la tentation �tait trop grande : � Je peux en prendre un ? � Grand-m�re ouvrait en souriant le coffret aux tr�sors : � Celui-l�, il a toujours un boyau de vide ! � C��tait la phrase appropri�e aux petites gourmandises, signification induite par l�unicit� du boyau. Plus g�n�ralement, avoir un boyau de vide, c�est � avoir faim �.</p><p>Dans sa forme originelle, l�expression avait une signification quelque peu diff�rente. Dans le <emphasis>Nouveau dictionnaire fran�ois</emphasis> (1793), en effet, il n�est pas question de petite faim mais de repas copieux : � On dit proverbialement et bassement, d�un grand mangeur qui est toujours pr�t � faire bonne ch�re d�s qu�on l�invite, qu� <emphasis>Il a toujours six aunes</emphasis> [plus de sept m�tres !] <emphasis>de boyaux vides.</emphasis> � Le gros mangeur en question semble bien aussi se doubler d�un pique-assiette. En 1851, chez Prosper Poitevin, l�expression est simplifi�e : � <emphasis>Avoir toujours quelques boyaux vides</emphasis>, se dit d�un homme qui a toujours bon app�tit. � En 1888 appara�t chez Lucien Rigaud : � <emphasis>Avoir les boyaux en d�tresse</emphasis>, �tre � jeun, avoir faim. �</p></section><section><title><p id="link_18">Toute brebis qui b�le perd la goul�e</p></title><p>En ces ann�es 1950, les repas familiaux n�allaient pas, pour les enfants, sans contraintes et interdits. Il fallait se laver les mains, mettre le couvert, nouer sa serviette autour du cou, ne pas se servir seul, ne pas poser les coudes sur la table, fermer la bouche en m�chant, ne pas l�cher son couteau, ne pas se tortiller sur sa chaise, terminer son assiette, ne pas faire de restes de pain, et, surtout, ne pas parler la bouche pleine, voire ne pas parler du tout, sauf pour demander � boire, poliment, bien entendu. Avions-nous l�audace de dire un mot que grand-p�re nous remettait dans le droit chemin : � Toute brebis qui b�le perd la goul�e ! � une <emphasis>goul�e</emphasis> ou <emphasis>goula�e</emphasis> d�signant une � bouch�e � (ou une � gorg�e �) dans tous les parlers du Centre-Ouest. L�assertion �tait �quivoque : allions-nous �tre exclus de la table si nous parlions ou �tions-nous en danger de nous faire voler ce que nous avions � manger, � l�image d�une brebis que se fait chiper sa touffe d�herbe pendant qu�elle b�le ?</p></section><section><title><p>Danser devant le buffet</p></title><p>� Ce n�est pas encore aujourd�hui qu�on dansera devant le buffet ! � disait parfois grand-m�re en se mettant � table.</p><p><emphasis>Danser devant le buffet</emphasis>, c�est � n�avoir rien � manger �, le buffet �tant, on l�aura compris, compl�tement vide. Mais la fringale est-elle � ce point jubilatoire que l�on se mette � danser ? Que peut-on faire devant un buffet vide, surtout quand on a la bourse et l�estomac dans le m�me �tat ? Pleurer, se lamenter, se morfondre, mais certainement pas <emphasis>danser</emphasis>, pas m�me une� danse du ventre ! Alors ? Pierre Guiraud (1982) explique l�emploi de ce verbe par un calembour possible sur � fringale �, et <emphasis>fringaler</emphasis>, �quivalent de � danser � au XVI<sup>e</sup> si�cle, issu de <emphasis>fringuer</emphasis>, � sauter, gambader � dont notre actuel � fringant � semble la seule survivance.</p></section><section><title><p>Le chien l�est attach� � la champieure, ici !</p></title><p>Une bonne �me m�a fait conna�tre cette exclamation de son grand-p�re manceau. Par cette expression imag�e, le paysan sarthois nous fait tout simplement ( !) comprendre qu�il a soif.</p><p><emphasis>Champieure</emphasis> est une contraction de <emphasis>Chantepieure</emphasis> repr�sentant le fran�ais � chantepleure<a l:href="#n_17" type="note">[17]</a> �, mot joliment �vocateur d�signant le robinet du tonneau, par �vocation du liquide (vin ou cidre) qui coule ou goutte. En Normandie et dans le Berry, on parle de <emphasis>champlure</emphasis>. Si l�on y attache le chien, cela emp�che �videmment qu�on aille remplir la bouteille de vin. De fa�on plus explicite, on entend dire parfois : � On boit d�bons coups mais <emphasis>le chien l�est attach� � la champieure</emphasis> ! �</p></section><section><title><p id="link_17">T�iras manger avec les chevaux de bois</p></title><cite><p>� Si tu ne viens pas � table s�ance tenante, tu iras manger avec les chevaux de bois !</p><p>��J�arrive ! �</p></cite><p>Les chevaux de bois ne se nourrissent que de rires d�enfants et de musiques de limonaires. Aller manger avec eux, c�est donc �tre assur� de garder le ventre vide.</p><p><emphasis>Manger, bouffer</emphasis> ou encore <emphasis>briffer avec les chevaux de bois</emphasis>, au sens de � ne pas manger �, est une expression de la Premi�re Guerre mondiale : � Pristi ! Heureusement que Anna m�a fait une bonne musette, sans cela j�aurais �t� oblig� de manger avec les chevaux de bois � (Robert Wilden Neeser, <emphasis>Lettres de mon soldat</emphasis>, 1915�1916).</p><p>Pour dire � je�ner �, les poilus de 1914 ont eu recours � bien d�autres locutions imag�es : � se mettre la tringle �, � bouffer des briques �, � becqueter du bois �, � manger des clarinettes � (cf. Esnault, <emphasis>Le Poilu tel qu�il se parle</emphasis>, 1919).</p></section><section><title><p>J�en mangerais sur la t�te d�un Chinois galeux</p></title><p>Pour dire que rien ne pourrait l�emp�cher de manger de tel plat dont elle raffolait (la salade verte, par exemple), grand-m�re adaptait de cette fa�on plaisamment exotique une vieille expression : <emphasis>On en mangerait sur la t�te d�un galeux.</emphasis> Dans <emphasis>Un roi sans divertissement</emphasis> (1947), Jean Giono fait dire au gendarme Langlois :�� Et fais-moi donc un gratin de choux, au four, avec de la panure. Des choux, avec ce temps, j�en mangerais sur la t�te d�un galeux.�Et il n�y en aura s�rement pas � Saint-Baudille. �</p><p>Il faut en effet que le mets soit particuli�rement succulent pour accepter d�en manger m�me dans de telles conditions (rarissimes, reconnaissons-le) : on sait � quel point la contagieuse et m�chante gale �tait redout�e (voir <a l:href="#link_16">supra</a>, <emphasis>M�chant comme la gale</emphasis>). Le Chinois auquel grand-m�re faisait r�f�rence �tait vraisemblablement issu de la sinophobie de sa jeunesse associ�e � la crainte du � p�ril jaune � des ann�es 1920.</p><p>Variante lanc�e un jour par une belle-s�ur, qui nous fit bien rire : � J�en mangerais sur la t�te d�un S�n�galais galeux. �</p></section><section><title><p>On n�engraisse pas les petits cochons avec de l�eau claire</p></title><p>Tordions-nous le nez parce qu�un petit moucheron �tait inopportun�ment tomb� dans notre assiette ou que nos couverts n��taient pas d�une propret� �clatante ? Grand-m�re avait une r�plique toute faite : � <emphasis>On n�engraisse pas les petits cochons avec de l�eau claire</emphasis>. �</p><p>D�un point de vue plus g�n�ral, le proverbe nous dit aussi qu�il n�est pas toujours bon d�avoir trop de scrupules.</p><p>Bien qu�on le pr�tende d�origine qu�b�coise, il semble universel. Dans le nord de la France, par exemple, on dit : � <emphasis>Ichi, on n�ingresse pos les pourch�aux � l�eau claire</emphasis> � ; en Franche-Comt� : � <emphasis>On n�angr�s p� l� p� avou d�y� ky�r</emphasis> �, etc.</p><p>La maxime est fond�e, comme souvent, sur une id�e re�ue : s�il est vrai que l�estomac du cochon lui permet de dig�rer toute sorte de nourriture, il n�est pourtant pas dans sa nature de n�aimer qu��pluchures et d�tritus.</p></section><section><title><p>Faire collation</p></title><p>Oh, ces tartines de pain beurr�es accompagn�es d�une barre de chocolat Menier, Tobler ou C�moi ! Elles nous attendaient syst�matiquement � cinq heures, � la sortie de l��cole. C�est ainsi que, sans m�me nous inqui�ter de l�impr�cision horaire, pourtant flagrante, nous aimions � faire quatre heures �. Le quatre heures de mon enfance �tait le go�ter d�aujourd�hui. Grand-m�re, elle, disait autrement : � Avez-vous fait collation ? �</p><p>�trange histoire que celle de ce mot <emphasis>collation</emphasis> issu du latin <emphasis>collatio</emphasis>, � r�union, rencontre � et aussi, � �change de propos, confrontation, comparaison �. Au XII<sup>e</sup> si�cle, <emphasis>collation</emphasis> d�signa l�action de conf�rer un b�n�fice, notamment eccl�siastique (sens conserv� de nos jours). Chez les moines du Moyen �ge, une <emphasis>collation</emphasis> fut �galement une conf�rence, une lecture faite le soir pendant le repas. Par m�tonymie, le mot a ensuite d�sign� le repas l�ger lui-m�me, g�n�ralement pris le soir par les moines (XV<sup>e</sup> si�cle) ou, plus g�n�ralement, par les catholiques en p�riode de je�ne (XVI<sup>e</sup> si�cle). Il s�appliqua enfin � tous types de petits repas dont le go�ter. Le <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> nous pr�cise, dans sa sixi�me �dition (1835) que l�on prononce les deux � l � de <emphasis>collation</emphasis> quand il s�agit du b�n�fice eccl�siastique mais pas quand il est question du repas l�ger.</p></section><section><title><p>Lever le coude</p></title><p>� S�il ne levait pas si souvent le coude, ce serait quelqu�un de bien ! � Si, bien �lev�s, on ne devait pas mettre les deux coudes sur la table pendant le repas, il ne fallait donc pas non plus en lever un si l�on voulait �tre bien consid�r�. J�y perdais mon latin� jusqu�au jour o� je compris que le coude lev� repr�sentait le geste du buveur qui porte le verre ou, pire, la bouteille � sa bouche. <emphasis>Lever le coude</emphasis>. Dire de quelqu�un qu�il <emphasis>l�ve le coude</emphasis>, c�est le traiter d�ivrogne, d�alcoolique, en usant d�un euph�misme.</p><p>L�expression date du XVIII<sup>e</sup> si�cle. Elle a deux synonymes : <emphasis>plier le coude</emphasis> (attest� en 1584 dans les <emphasis>Ser�es</emphasis> de Guillaume Bouchet) et <emphasis>hausser le coude</emphasis>, apparu au XV<sup>e</sup> et toujours en usage. Oudin (1640) r�pertorie deux autres �quivalents de <emphasis>hausser le coude</emphasis> : l�une, �nigmatique, <emphasis>hausser le temps</emphasis>, l�autre plus explicite, <emphasis>hausser le gobelet</emphasis>.</p></section><section><title><p>Manger du cr�coui</p></title><p>Voil� une bien �trange mani�re d�� aller manger avec les chevaux de bois � (voir <a l:href="#link_17">supra</a>). L�expression, particuli�rement cocasse, m�a �t� souffl�e par mon beau-fr�re qui la tient lui-m�me de sa grand-m�re sarthoise. Elle ne peut �tre comprise sans l�anecdote qui lui est associ�e : un paysan �tait si radin qu�il ne nourrissait gu�re son �ne. Quand on lui demandait : � As-tu pens� � donner � manger � ton �ne ? �, il r�pondait invariablement : � J�cr� qu�oui<a l:href="#n_18" type="note">[18]</a>. � � force de � J�cr� qu�oui �, la pauvre b�te finit par mourir de faim et <emphasis>manger du cr�coui</emphasis> prit le sens de � ne rien manger du tout �.</p></section><section><title><p>Il vaut mieux faire envie que piti�</p></title><p>La prosp�rit� a son revers de la m�daille : la jalousie m�chante (l�envie) qu�elle suscite chez les autres. La pauvret� a sa consolation : la piti� qu�elle fait na�tre, parfois. Le proverbe nous dit que la premi�re situation est pr�f�rable � la seconde.</p><p>Plut�t qu�en parlant des riches, grand-m�re nous ressortait l�adage quand elle �voquait une personne grassouillette ou qu�elle nous voyait manger d�un bon app�tit.</p><p>Dans son <emphasis>D�go�t du monde</emphasis> (1739), Eustache Le Noble cite la maxime apr�s en avoir fait un commentaire moralisateur : � Il n�y a point de vengeance plus h�ro�que, que celle qui tourmente l�envie � force de bien faire. Fais bien et tu ne manqueras pas d�envieux ; fais mieux et tu les confondras. L�envie boit elle-m�me la plus grande partie de son venin. Le secret de tourmenter les envieux, c�est de bien vivre. Il vaut mieux faire envie que piti� � (Maxime 43).</p></section><section><title><p>� la bonne franquette</p></title><p>Grand-m�re �tait bonne cuisini�re mais ne s�en vantait pas. Quand elle invitait amis ou parents � d�jeuner et qu�elle leur avait pr�par� un superbe repas, elle annon�ait avec une modestie un tantinet hypocrite : � Oh, vous savez, je n�ai rien fait d�extraordinaire. � la bonne franquette, comme on dit ! � Suivaient, �videmment, de gastronomiques agapes.</p><p><emphasis>Franquette</emphasis> est de m�me �tymologie que <emphasis>franc, franche</emphasis>, et signifie donc litt�ralement � en toute franchise � puis, par extension, � sans chichis, en toute simplicit� �, ce qui, soulignons-le, n�exclu pas que le repas soit copieux et de qualit�. Le repas <emphasis>� la bonne franquette</emphasis> n��quivaut donc pas exactement � celui que l�on offre � � la fortune du pot �, c�est-�-dire, en s�accommodant des aliments dont on dispose. <emphasis>� la bonne flanquette</emphasis> fut autrefois une variante, sans doute due � une prononciation roul�e du � r � initial. Jusqu�� la fin du XVIII<sup>e</sup>, on a dit � parler <emphasis>� la franquette</emphasis> �, � agir <emphasis>� la franquette</emphasis> �, etc. dans le sens de � sans fa�on, ing�nument, franchement � : � H� ! oui, oui, vous autres grosses dames vous n�allez point tout d�abord � la franquette : vous faites toujours semblant de vous d�guiser les choses � (La Fontaine, <emphasis>La Coupe enchant�e</emphasis>, sc. II, 1688).</p></section><section><title><p>Pr�parer le frichti</p></title><p>En argot militaire, <emphasis>frichti</emphasis> (<emphasis>fricheti</emphasis>) signifia � festin � (d�abord en 1834 dans le parler lorrain de la Meuse, puis, selon Esnault, en 1855, chez les soldats de Crim�e) puis simplement � repas �. Deux hypoth�ses �tymologiques s�affrontent. L�une, tr�s r�pandue<a l:href="#n_19" type="note">[19]</a>, propose une alt�ration de l�alsacien <emphasis>fristick</emphasis>, � petit d�jeuner � (issu de l�allemand <emphasis>Fr�hst�ck</emphasis>), l�autre, propos�e par Pierre Guiraud (1982) y voit un d�riv� de � fricotis �, � rapprocher de <emphasis>fricot</emphasis>, d�abord � viande en rago�t � puis � repas �, dont l��tymologie est le verbe � fricasser �, lui-m�me issu de � frire �. On dit aussi <emphasis>pr�parer le fricot</emphasis>. Notons que <emphasis>frichti</emphasis> est associ� � l�id�e de cuisiner, pr�parer le repas et non � celle de manger.</p></section><section><title><p>Faire godaille</p></title><p>Grand-p�re adorait �a. Quand il ne restait plus que quelques cuill�r�es de bouillon dans le fond de son assiette (� calotte), il y m�langeait un peu de vin rouge et portait l�assiette � la bouche.</p><p>On fait donc <emphasis>godaille</emphasis> en Saintonge et en Vend�e comme on fait � chabrot � (ou � chabrol �) dans le Limousin et le Sud-Ouest. � Chabrot � vient de l�occitan <emphasis>cabro, chabro</emphasis>, � ch�vre �, car on boit le m�lange en lapant comme une ch�vre. D�ailleurs, on dit aussi en Saintonge � boire � chevrot �.</p><p>� <emphasis>Jhe manjhe la soupe, fais ine boune godaille avec dau vin roujhe</emphasis>� � (�variste Poitevin dit Gouleben�ze, <emphasis>Le Ch�rentais qui manjhe six fou�es par jhour</emphasis>).</p><p><emphasis>Godailler</emphasis> a exist� en vieux fran�ais avec le sens de � boire avec exc�s et souvent �, un <emphasis>godailleur</emphasis> �tant celui qui aime � <emphasis>godailler</emphasis> (Littr� mentionne les deux mots, <emphasis>godailler</emphasis> �tant qualifi� de populaire). <emphasis>Faire godaille</emphasis> n�a pas cet aspect p�joratif.</p><p>L��tymologie de <emphasis>godaille</emphasis> est l�anglais <emphasis>good ale</emphasis>, � bonne bi�re �, puis � bonne boisson �, l�ale �tant en Angleterre une bi�re ambr�e, dont la couleur n�est d�ailleurs pas sans rappeler le m�lange bouillon et vin. L�expression aurait-elle �t� adopt�e quand la Saintonge fut possession anglaise entre 1152 et 1371 ?</p></section><section><title><p id="link_19">Avoir la goule fine</p></title><p>La <emphasis>goule</emphasis> d�signe dans bien des dialectes r�gionaux la bouche, du latin <emphasis>gula</emphasis>, � gosier, gorge �, le mot <emphasis>goul�e</emphasis> signifiant � bouch�e � ou � gorg�e � (voir <a l:href="#link_18">supra</a>, <emphasis>Toute brebis qui b�le perd la goul�e</emphasis>). Le Charentais � bade la <emphasis>goule�</emphasis> � quand il est bouche b�e (� bader � est de la m�me famille que � badaud �). <emphasis>Goule</emphasis> peut avoir le sens plus g�n�ral de visage. Avoir la � <emphasis>goule</emphasis> enfarin�e �, c�est avoir le sourire b�at de celui qui se r�jouit � l�avance. Quand donc a-t-on <emphasis>la goule fine</emphasis> ? Quand on a un joli visage mais aussi et surtout quand on est gourmet, friand, capable d�appr�cier ce qui est bon, ce qui est <emphasis>gouleyant</emphasis>. L�expression est aussi employ�e en Normandie. Pardonnez mon chauvinisme mais, phon�tiquement, cette <emphasis>goule fine</emphasis> a une autre gueule que � fine gueule �.</p></section><section><title><p>Cailler sur le jabot</p></title><p>Si le <emphasis>jabot</emphasis> d�signe en fran�ais une poche de l��sophage pr�c�dant le g�sier et, par extension, la partie de la chemise qui recouvre la poitrine, le m�me mot signifie, dans le Centre-Ouest, la base du cou, la gorge ou la poitrine. <emphasis>Cailler</emphasis>, c�est se transformer en caillot. L�image est donc celle d�une nourriture que l�on ne r�ussit pas � dig�rer (voire � totalement avaler), celle qui vous reste sur l�estomac, vous �c�ure et vous donne envie de vomir. Ainsi, quand je rechignais � manger ma soupe ou tout autre nourriture que je trouvais peu rago�tante, grand-m�re s�effor�ait de m�y contraindre en me disant : � N�aie pas peur, �a ne va pas te cailler sur le jabot ! �</p></section><section><title><p>Un pet-de-nonne</p></title><p>Oh le joli bruit que fait la p�te � choux en plongeant dans l�huile de friture gr�sillante ! Ce doux chuintement explique � lui seul le nom de cette p�tisserie sans qu�il soit n�cessaire de le justifier par une anecdote<a l:href="#n_20" type="note">[20]</a>.</p><p>Le pet-de-nonne �tait la gourmandise traditionnelle de Mardi gras ou de la Chandeleur, en alternance avec les traditionnelles cr�pes. Grand-m�re les r�ussissait � merveille et j�aimais voir les petites boules de p�te se retourner toutes seules dans le bain de friture, comme par magie, quand le c�t� immerg� �tait dor� � point. J�avais pour mission de les retirer et de les saupoudrer de sucre. Le plus difficile �tait alors d�attendre que ces <emphasis>pets</emphasis> soient suffisamment refroidis pour me jeter dessus comme la mis�re sur le pauvre monde.</p></section><section><title><p>Mange ton poing et garde l�autre pour demain</p></title><cite><p>� Grand-m�re, j�ai (encore) faim !</p><p>��Eh bien, mange ton poing et garde l�autre pour demain ! �</p></cite><p>C��tait le genre de r�ponse qui me mettait hors de moi. D�autant que je ne savais pas moi-m�me quoi r�pliquer � une telle � faim � de non-recevoir. Du coup, je l�aurais bien mang�, mon poing� de rage ! Manger son poing, c�est ce que font les b�b�s quand la t�t�e se fait attendre. Fallait-il que je sois consid�r� comme un nourrisson que l�on ne nourrit pas, du moins pas assez ?</p><p>Se retenir en se mordant le poing pour ne pas exploser quand, insatisfait d�une situation et malgr� force protestations, on ne r�ussit pas � obtenir gain de cause, telle serait l�id�e d�abord contenue dans l�expression que d�aucuns pr�tendent marseillaise.</p><p>Elle connut un certain succ�s au XIX<sup>e</sup> si�cle.</p></section><section><title><p>Un go�t de revenez-y</p></title><p>On dit aussi parfois <emphasis>un go�t de reviens-y.</emphasis></p><p>Bien des mets ont ce go�t si vous avez � la goule fine � (voir <a l:href="#link_19">supra</a>) : un civet de chevreuil sauce grand veneur, un coq au chambertin, une �clade de moules ou des escargots � la saintongeaise (pour les Charentais), une bouillabaisse (pour les Marseillais), un cassoulet (pour les Castelnaudariens), une choucroute (pour les Alsaciens), un aligot (pour les natifs de l�Aubrac), un excellent champagne, une tarte au fraises, etc. Ce <emphasis>go�t de revenez-y</emphasis>, c�est celui qui vous pousse irr�sistiblement � vous resservir.</p><p>La cuisine de grand-m�re avait toujours ce petit go�t.</p><p>Au-del� des plaisirs de la table, le <emphasis>go�t de revenez-y</emphasis> caract�rise aussi tout ce qui est agr�able et � quoi on revient avec plaisir (D�Hautel, 1808).</p><p>On trouve dans <emphasis>La Muse normande</emphasis> de David Ferrand (1638) : � <emphasis>Il y a bien du revenezy</emphasis> : Il y a retour � un ancien �tat de choses. �</p></section><section><title><p>Les routes sont bonnes par ici�</p></title><p>On pr�cise, si n�cessaire : � on verse peu ! � L�expression joue sur le double sens de <emphasis>verser</emphasis>, � basculer et tomber sur le c�t� en parlant d�un v�hicule � et � faire couler un liquide �.</p><p>Grand-p�re disait cela quand il �tait invit� et que son verre restait d�sesp�r�ment vide. Si l�h�te ne comprenait toujours pas, il compl�tait la phrase : � � on verse peu ! � Bien s�r, � la table des parents, la pr�cision n��tait pas n�cessaire : papa lui servait du vin en se confondant en excuses. Grand-p�re respectait ainsi deux r�gles �l�mentaires de savoir-vivre : l�une qui interdit de se servir quand on est invit�, l�autre qui proscrit toute demande directe.</p></section><section><title><p>Manger � s�en faire p�ter la sous-ventri�re</p></title><p>Au sens propre, une <emphasis>sous-ventri�re</emphasis>, c�est la partie du harnais qui passe sous le ventre d�un cheval. Au sens figur�, le mot est un �quivalent familier de � ceinture � et si cette ceinture passe sous le ventre, on peut en conclure que celui qui la porte a d�j� l�estomac bien rebondi. Il fait donc partie des mangeurs excessifs, de ceux qui s�empiffrent, qui engloutissent de si grandes quantit�s qu�ils peuvent en faire � p�ter � leur ceinture.</p><p>Delvau (1866) donne <emphasis>S�en faire p�ter la sous-ventri�re</emphasis> comme synonyme de <emphasis>S�en faire p�ter le cylindre</emphasis> : � Se dit, dans l�argot des faubouriens, de toute chose faite avec exc�s, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait faire �clater un homme,�� c�est-�-dire le tuer. �</p></section><section><title><p>Tout lui fait ventre</p></title><p>Petit, je n��tais pas difficile � nourrir. Je mangeais toujours ce que l�on mettait dans mon assiette, sans ren�cler. Il m�arrivait m�me de faire des m�langes insolites (genre melon pain d��pices ou banane rillettes), voire, par grandes faims et disettes passag�res, d�avaler des aliments plus tr�s frais comme pain rassis ou fromage racorni, ce que voyant, grand-m�re ne manquait pas de feindre la stup�faction : � Celui-l�, tout lui fait ventre ! �</p><p>C�est avec une signification approchante que le <emphasis>Grand vocabulaire fran�ois</emphasis> de 1773 mentionne l�expression : � On dit proverbialement et figur�ment, <emphasis>tout fait ventre</emphasis> ; pour dire que les viandes les plus communes rassasient, nourrissent comme les plus d�licates. � En Provence, on pr�cise : <emphasis>Tout fai ventre mai que i�entre</emphasis>, � tout fait ventre pourvu que tout y entre � ou � tout ce qui entre fait ventre �, le proverbe signifiant aussi, plus g�n�ralement : on est pr�t � accepter, sans faire la fine bouche, tout ce qui peut servir notre int�r�t. � Faire fl�che (ou feu) de tout bois � dit � peu pr�s la m�me chose.</p></section><section><title><p>Ventre affam� n�a point d�oreille</p></title><p>La faim peut devenir une obsession telle que seul le besoin de l�assouvir vous occupe l�esprit et que l�on ne peut ni ne veut rien entendre d�autre.</p><p>Le proverbe est cit� par Rabelais. Au chapitre X de <emphasis>Pantagruel</emphasis> (1532), le h�ros rencontre un curieux personnage qui lui d�bite le proverbe en latin : � <emphasis>Venter famelicus auriculis carere dicitur.</emphasis> � Dans le <emphasis>Quart livre</emphasis> (1548-52), Rabelais reprend la m�me id�e : � Gaster sans aureilles feut cr�� � et, plus loin, � Je vous certifie qu�au mandement de messere Gaster tout le ciel tremble [�] � (ch. LVII). C�est aussi, chez La Fontaine, la moralit� de la fable <emphasis>Le Milan et le Rossignol</emphasis> (IX, 18).</p><p>La faim et les p�riodes de famine �tant aussi vieilles que le monde, on comprend que la m�taphore soit apparue d�s l�Antiquit�. Dans sa <emphasis>Vie des hommes illustres</emphasis>, Plutarque en attribue la paternit� � Caton l�Ancien : � Un jour, le peuple romain r�clamait instamment et hors de propos une distribution de bl� ; Caton, qui voulait l�en d�tourner, commen�a ainsi son discours : �Citoyens, il est difficile de parler � un ventre qui n�a point d�oreilles.� � (II, 239, traduction d�Alexis Pierron).</p></section><section><title><p>Avoir la reconnaissance du ventre</p></title><p>On parlait parfois du fils Tartempion qui, � seize ans, avait fui le domicile de sa m�re (son p�re ayant lui-m�me, depuis des lunes, pris la cl� des champs) pour int�grer quelque secte d�o� il ne donnait plus aucune nouvelle. � Il n�a m�me pas la reconnaissance du ventre �, disait grand-m�re. Comprenant � il n�a m�me pas de reconnaissance pour celle qui l�a port� dans son ventre �, je faisais fausse route.</p><p>La <emphasis>reconnaissance du ventre</emphasis>, c�est la gratitude que l�on �prouve pour qui vous a nourri et, par extension, pour qui vous a procur� un bien-�tre mat�riel. On la distingue souvent de la � reconnaissance du c�ur �, affection que l�on �prouve en total d�sint�ressement. L�historien �douard Fleury oppose ces deux sentiments � propos de Camille Desmoulins : � Camille avait si souvent et si bien d�n� chez le g�n�ral [Dillon], qu�il eut pour son h�te la reconnaissance du ventre, quand il n�avait pas su trouver en lui-m�me la reconnaissance du c�ur pour tant d�autres de ses amis � (<emphasis>Saint-Just et la terreur</emphasis>, vol. 1, ch. VIII, 1852).</p></section><section><title><p>Avoir les yeux plus grands que le ventre</p></title><p>Constatation rituelle quand, m��tant servi copieusement de dessert ou de plat de r�sistance, j�en laissais une bonne partie dans l�assiette. Il est vrai que devant une tarte aux mirabelles ou un hachis Parmentier (grand-m�re �tait, pour l�un comme pour l�autre, championne du monde), je pr�jugeais souvent de mon app�tit.</p><p>L�expression est aussi utilis�e dans d�autres contextes que celui de la nourriture : quand on voit trop grand, que l�on pense pouvoir faire plus que ce dont on est capable. C�est ainsi que Montaigne nous dit dans ses <emphasis>Essais</emphasis> (1580) � propos de la d�couverte de nouveaux mondes : � J�ay peur que nous ayons les yeux plus grands que le ventre, et plus de curiosit�, que nous n�avons de capacit�. Nous embrassons tout, mais nous n��treignons que du vent � (Livre I, ch. XXX, <emphasis>Des Cannibales</emphasis>).</p><p>On a dit aussi <emphasis>Avoir les yeux plus grands que la panse</emphasis> et <emphasis>Avoir plus grands yeux que grand� panse</emphasis>, deux variantes encore mentionn�es par Littr� (1863-72).</p></section><section><title><p>�tre zirou</p></title><p>C�est ce que grand-m�re reprochait � mon fr�re qui, devant un bifteck, passait un temps infini � extraire m�ticuleusement le moindre petit morceau de nerf qu�il �cartait sur le c�t� de l�assiette : � Qu�est-ce qu�il est zirou ! � Vous ne trouverez ce mot dans aucun dictionnaire, sauf de saintongeais, de poitevin et de vend�en.</p><p>Dans ces parlers r�gionaux, �tre <emphasis>zirou</emphasis> signifie � �tre d�licat, difficile, facilement d�go�t� �, surtout en parlant de la nourriture. � Tu me fais <emphasis>zire</emphasis> ! � s��criera celui qui n�aime pas les anguilles et voit son voisin s�en r�galer. Le <emphasis>zire</emphasis>, c�est donc l�horreur, le d�go�t, l�aversion. On trouve ce mot d�s 1665 dans <emphasis>La Ministresse Nicole, dialogue poictevin</emphasis> : � <emphasis>Tout mon quieu en souffrene et qu�o me foit grond zire�</emphasis> � (Tout mon c�ur en souffre et cela me fait grand d�go�t).</p></section></section><section><title><p>PAROLES</p></title><section><title><p>Mentir comme un arracheur de dents</p></title><p>Le mot � dentiste � ne fait son entr�e au dictionnaire qu�en 1728 lorsque Pierre Fauchard (1679�1761) publie <emphasis>Le Chirurgien dentiste, ou Trait� des dents</emphasis>, ouvrage consid�r� comme ouvrant la voie � l�odontologie moderne. Auparavant, on parlait plus commun�ment d�<emphasis>arracheurs de dents</emphasis>, le seul et unique moyen de traiter une dent g�t�e �tant alors de l�arracher. Ces <emphasis>arracheurs de dents</emphasis> �taient aussi le plus souvent chirurgiens (pratiquant essentiellement la saign�e), barbiers et marchands ambulants. Ils exer�aient leur � art � sur les places publiques, dans les foires ou les march�s. Les op�rations s�effectuant sans anesth�sie, ces � praticiens � devaient affirmer qu�elles �taient indolores pour �viter que le client terroris� ne se carapate.</p><poem><stanza><v>� Je tire les dents de la bouche ;</v><v>Mais c�est avec un tel compas</v><v>Que d�s le moment que j�y touche</v><v>On sent que je n�y touche pas. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(<emphasis>L�Arracheur de dents aux dames</emphasis>, in <emphasis>Le Cabinet satyrique</emphasis>, 1700.)</text-author></cite><p>D�ailleurs, pendant chaque intervention, on faisait jouer des instruments bien sonores comme des trompettes afin que d�autres clients potentiels n�entendent pas les cris de douleur de la pauvre victime.</p></section><section><title><p>Tout juste, Auguste !</p></title><p>De nombreuses expressions famili�res marquant l�accord, l�assentiment, l�approbation, avec un soup�on d�ironie, suivent le m�me sch�ma linguistique. <emphasis>Tout juste, Auguste ! Tu l�as dit, bouffi ! Tu parles, Charles ! Un peu, mon neveu !</emphasis>, en sont les exemples les plus connus. Bien s�r, les derniers termes n�ont d�autre int�r�t que le plaisir de la rime qu�ils fournissent, �tant entendu que l�on ne s�adresse ni � Auguste, ni � une personne rondouillarde. <emphasis>Idem</emphasis>, l�interlocuteur ne se pr�nomme pas plus Charles que vous n��tes son oncle. � ces interjections plaisantes, ponctuations d�un dialogue populaire et bon enfant, on peut ajouter <emphasis>� la tienne, �tienne ! �a colle, Anatole ! Fonce, Alphonse ! Au hasard, Balthazar ! etc.,</emphasis> que grand-m�re utilisait sans mod�ration en fonction des circonstances. Citons aussi deux modernes anglicismes que grand-m�re n�a pas connus : <emphasis>Cool, Raoul !</emphasis> et <emphasis>Relax, Max !</emphasis>, destin�s, par exemple, � celui qui r�agit trop violemment � vos propos.</p></section><section><title><p id="link_31">Tailler une bavette</p></title><p>Ne voyons aucun rapport avec cette pi�ce de b�uf que le boucher taille dans la partie inf�rieure de l�aloyau, partie qui, par sa forme, rappelle le grand <emphasis>bavoir</emphasis> que l�on attache au cou des b�b�s. Aucun rapport� si ce n�est une �tymologie commune : le verbe <emphasis>baver</emphasis> qui, outre son sens propre (si l�on peut dire) de � laisser couler de la salive �, a depuis bien longtemps le sens populaire et figur� de � parler �. D�ailleurs, <emphasis>bavarder</emphasis> s�explique de la m�me fa�on.</p><p>L�expression est plus ancienne qu�on ne le croit puisque Fureti�re (1690) la donne comme un synonyme de � caqueter � : � On dit proverbialement et bassement, que les femmes vont tailler des <emphasis>bavettes</emphasis>, quand elles s�assemblent pour caquetter [<emphasis>sic</emphasis>]. � <emphasis>Baver</emphasis> et � cracher � �tant s�mantiquement proches, il n�est pas �tonnant que l�un comme l�autre ait pris, en langage argotique, le sens de � parler � (voir <a l:href="#link_37">infra</a><emphasis>Tenir le crachoir</emphasis>).</p><p>Par un curieux hasard, c�est souvent avec son boucher que grand-m�re taillait une <emphasis>bavette</emphasis> et savez-vous comment il s�appelait, je vous le donne en mille et suis pr�t � cracher pour le jurer : M. Plat (voir <a l:href="#link_14">supra</a>, <emphasis>faire du plat</emphasis>).</p></section><section><title><p id="link_35">En raconter de belles</p></title><poem><stanza><v>� L�un de l�autre, entre nous, nous savons des nouvelles,</v><v>Et tous deux nous pourrions en raconter de belles ;</v><v>Au lieu qu�� l�avenir, si nous ne faisons qu�un,</v><v>Nous ne craindrons plus rien de l�ennemi commun. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Colin d�Harleville, <emphasis>Le Vieux c�libataire</emphasis>, II, 7, 1792.)</text-author></cite><p>Curieuse fa�on pour Ambroise de s�attirer les faveurs de Mme �vrard ! Quel chantage lui fait-il, en somme ? Si elle refuse de devenir sa femme, il dira publiquement tous les secrets honteux qu�il sait � son sujet. Tel est bien le sens d�<emphasis>en raconter de belles</emphasis>. L�expression, elliptique, laisse entendre ironiquement qu�il n�y a justement rien de beau dans ce que l�on va raconter : toutes ces choses peu honorables que d�aucuns tiennent � dissimuler, des histoires de famille, des attitudes coupables, des actes condamnables, des fautes commises mais jamais avou�es, bref, des cadavres dans le placard.</p></section><section><title><p>Ficher son billet</p></title><p>Grand-m�re ne pariait jamais. Elle pr�tendait que, dans chaque pari, il y a toujours un voleur et un couillon (elle disait plut�t � imb�cile �). Alors, au lieu de : � Je vous parie que� �, elle nous annon�ait : � Je vous fiche mon billet que� �, et cela voulait dire qu�elle �tait bigrement s�re de ce qu�elle avan�ait, qu�elle pouvait m�me en mettre sa main � couper.</p><p>� Affirmer �, � certifier �, � assurer � sont synonymes de <emphasis>ficher son billet</emphasis>. L�expression a connu plusieurs variantes. Plut�t que de <emphasis>ficher son billet</emphasis>, on pouvait le <emphasis>donner</emphasis>, le <emphasis>signer</emphasis> ou le <emphasis>foutre</emphasis>. Le billet en question, c�est celui sur lequel on pourrait �crire et signer ce que l�on d�clare, partant du principe que si les paroles s�envolent, les �crits restent. Id�e contenue dans la d�finition que propose Delvau (1866) : � <emphasis>Ficher son billet</emphasis> (<emphasis>en</emphasis>). Donner mieux que sa parole, faire croire qu�on y engagerait m�me sa signature. �</p></section><section><title><p>C�est le bouquet !</p></title><p><emphasis>Bouquet</emphasis> et � bosquet � ont la m�me �tymologie : le francique �<emphasis>bosk</emphasis>, � buisson �. Du <emphasis>bouquet</emphasis> d�arbres on est pass� au <emphasis>bouquet</emphasis> de fleurs, <emphasis>bouquet</emphasis> symbolisant d�s lors ce qu�il y a de plus beau, au sens propre comme au sens figur�. Notons que � anthologie � (du grec <emphasis>anthos</emphasis>, � fleur � et <emphasis>legein</emphasis>, � cueillir �) et � floril�ge � (du latin <emphasis>florilegium</emphasis>) nous racontent une histoire similaire.</p><p>Depuis 1798 (cinqui�me �dition du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis>), le mot <emphasis>bouquet</emphasis> s�applique au <emphasis>bouquet</emphasis> d�artifice : � Paquet de diff�rentes pi�ces d�artifice qui partent ensemble. La gerbe de fus�e, ou girandole, qui termine le feu d�artifice, s�appelle par excellence, <emphasis>Le Bouquet</emphasis>. �</p><p>C�est � ce <emphasis>bouquet</emphasis>-l� que l�expression fait r�f�rence mais ironiquement, car il n�est pas l�apoth�ose d�une s�rie festive mais le dernier num�ro d�un feuilleton catastrophique. Ce bouquet-l�, c�est le pompon.</p></section><section><title><p>Le mot de Cambronne</p></title><p>Tout le monde le conna�t. Chacun l�a dit au moins X fois dans sa vie, sauf grand-m�re, du moins, jamais devant moi. En avait-elle la vell�it� que seule la premi�re syllabe fusait et que, par la gr�ce d�une censure imm�diate, le mot se m�tamorphosait en � mer�credi �. Cependant, comme il fallait bien, de temps en temps, y faire allusion, ne serait-ce qu�en rapportant un t�moignage ou pour souhaiter bonne chance au petit-fils qui passait son bachot, des p�riphrases venaient � propos : � Il �tait dans une telle col�re qu�il lui a sorti <emphasis>le mot de cinq lettres</emphasis> ! �, ou bien, � Je ne te souhaite pas bonne chance mais je te dis le <emphasis>mot de Cambronne</emphasis> ! � Grand-m�re se privait ainsi d�un plaisir non n�gligeable, car, mis � part le v�u de r�ussite, <emphasis>le mot de Cambronne</emphasis> permet de ne rien garder sur le c�ur. On peut m�me, gr�ce � lui, exprimer toutes sortes de sentiments, en jouant sur l�intonation : la col�re (intonation longue et criarde), le refus (intonation courte et mezzo voce), l��merveillement (apr�s � oh ! � et dans un registre aigu), la surprise (m�me tessiture, mais pr�c�d� de � oh ! � et suivi de � alors �).</p><p>Pierre Jacques �tienne Cambronne (1770�1842), g�n�ral d�Empire commandant la Vieille Garde � Waterloo, aurait d��abord r�pondu par deux fois au g�n�ral anglais Colville qui le sommait de se rendre : � La Garde meurt mais ne se rend pas ! � Devant l�insistance de Colville, Cambronne aurait ensuite, d�une voix de stentor, prof�r� un � merde ! � retentissant. Le fait, longtemps mis en doute, est attest� par Antoine Deleau qui se trouvait � c�t� de Cambronne en ce 18 juin 1815 mais le t�moignage de Deleau est lui-m�me contest�. Merde, alors !</p></section><section><title><p>O� est Untel ? Dans sa chemise !</p></title><p>� Grand-m�re, peux-tu me dire o� est maman ?�� Oui, dans sa chemise ! � Encore une r�plique qui me mettait en rogne. Pourquoi ne pas me dire franchement : � Je n�en sais rien � ou � cherche-la, tu finiras bien par la trouver ! � ou � Elle ne doit pas �tre bien loin �. Grand-m�re souriait : je me faisais avoir � chaque fois.</p><p>On trouve en Picardie une plaisanterie analogue et encore plus explicite :</p><p>� <emphasis>D�o� qu�il est ?�� Il est din s�k�mise et pi s�t�te ale passe !�</emphasis> �</p><p>Traduction : � O� est-il ?�� Il est dans sa chemise et sa t�te d�passe ! �</p><p>Il semble bien que ce soit l� l�origine de cette petite blague.</p></section><section><title><p>Une histoire � la graisse de chevaux de bois</p></title><p>Virma�tre (1894) nous en donne le sens : � Quand un boniment [discours pour attirer la foule] est par trop fort, on dit dans le peuple : c�est un boniment � la graisse de chevaux de bois. � Nous sommes donc dans le langage des bonimenteurs, des charlatans dont les paroles, les arguments, ne sont que mensonges et ne valent pas plus que les rem�des qu�ils vantent. Les pseudo-rem�des en question pouvaient �tre des onguents justement fabriqu�s avec de la graisse de cheval. On trouve par exemple dans <emphasis>La Presse m�dicale belge</emphasis> du 13 f�vrier 1859 le compte rendu d�un proc�s engag� devant le tribunal du Havre contre un certain Odi�vre, surnomm� le sorcier de Saint-Eustache, qui pr�tendait soigner de pauvres bougres en leur vendant au prix fort des orvi�tans et pommades � base, notamment, de � graisse de cheval prise chez l��quarisseur �. Une premi�re locution, <emphasis>� la graisse de cheval</emphasis>, a pu d�j� signifier � sans effet, insignifiant, pas plus efficace que les onguents des bonimenteurs �.</p><p>Peut-on alors imaginer une substance encore plus inop�rante que la graisse de cheval ? Oui, celle de <emphasis>chevaux de bois</emphasis> que l�on ne peut trouver qu�au pays de l�absurde, un pays � la Lewis Caroll o� rien ne tient debout, o� tout est <emphasis>� la graisse de chevaux de bois.</emphasis> Pour d�cliner cette formule saugrenue, on a invent� des graisses encore plus farfelues : <emphasis>d�abat-jour, de hareng saur, d�h�risson</emphasis>, la moins extravagante de toutes �tant sans doute <emphasis>la graisse d�oie</emphasis>, r�ellement utilis�e en gastronomie. En tout cas, voil� bien des formules pour qualifier ce qui est <emphasis>� la gomme, � la noix</emphasis>, et doit �tre tenu pour aussi m�prisable que <emphasis>de la roupie de sansonnet</emphasis>.</p></section><section><title><p>En boucher un coin</p></title><p>Certaines nouvelles laissent sans voix ceux qui les apprennent. Abasourdis, ahuris, d�concert�s, stup�faits, il n�en croient pas leurs oreilles et restent bouche b�e. Bouche b�e, donc grande ouverte ? Il serait plus exact de dire � bouche bouch�e �, car la bouche est bien ce que l�expression d�signe par <emphasis>coin</emphasis>, comprenons � angle en creux �, � angle rentrant �, ce qui correspond bien au dessin d�une bouche, surtout vue de profil. Ceux � qui l�on <emphasis>en bouche un coin</emphasis> sont en effet incapables d�articuler le moindre mot. Pr�cisons au passage que � bouche � et <emphasis>boucher</emphasis> (� obturer �) n�ont pas la m�me �tymologie : � bouche � vient du gaulois <emphasis>bocca</emphasis> qui a aussi, <emphasis>via</emphasis> le latin, donn� � bec �, et <emphasis>boucher</emphasis> est issu du latin populaire �<emphasis>bosca</emphasis>, � broussailles �, les bouchons ayant d�abord �t� constitu�s de touffes de paille ou de feuillage (cf. le francique �<emphasis>bosc</emphasis>, � buisson �). Voil� de quoi en <emphasis>boucher un coin</emphasis> � tous ceux qui croyaient que � bouche �, � bouch�e �, � boucher � et � bouchon � partageaient la m�me origine !</p></section><section><title><p id="link_37">Tenir le crachoir � quelqu�un</p></title><p>On a vu que <emphasis>cracher</emphasis> eut, d�s le XV<sup>e</sup> si�cle, le sens populaire de � parler, dire<a l:href="#n_21" type="note">[21]</a> � (voir <a l:href="#link_32">supra</a>, <emphasis>cracher au bassinet</emphasis>) et, plus pr�cis�ment, � dire de mani�re affect�e et m�prisante � : � Maistre Florentin Teste-molle, / Crachant tousjours loy ou chapistre [�] � (Guillaume Coquillard, <emphasis>L�Enqu�te d�entre la simple et la rus�e</emphasis>, v.�887, 1478). Cette �quation linguistique entre <emphasis>cracher</emphasis> et � parler � (comme entre � baver � et � bavarder �) explique le sens de <emphasis>tenir</emphasis> (ou <emphasis>conserver</emphasis>) <emphasis>le crachoir</emphasis> : � garder la parole sans laisser � son interlocuteur la possibilit� de placer un mot �. Bien que le mot <emphasis>crachoir</emphasis> existe au moins depuis Rabelais (� Fiantoient au fiantoir, pissoient au pissoir, crachoient au crachoir, toussoient au toussoir [�] � (<emphasis>Tiers livre</emphasis>, ch. XV, 1546), l�expression <emphasis>tenir le crachoir � quelqu�un</emphasis> ne semble pas ant�rieure au XIX<sup>e</sup> si�cle, l�une des premi�res attestations figurant en 1846 dans le <emphasis>Dictionnaire des mots les plus usit�s dans le langage des prisons</emphasis>, suppl�ment � un ouvrage �crit par un d�tenu anonyme : <emphasis>L�Int�rieur des prisons</emphasis>. On peut penser qu�elle devint encore plus famili�re lorsque, dans les ann�es 1890, les premi�res lois furent vot�es interdisant de cracher dans les lieux publics, lieux qui furent, d�s lors, �quip�s de crachoirs.</p></section><section><title><p>Qui parle derri�re moi parle � mon cul</p></title><p>L�expression, on s�en doute, ne fut jamais prononc�e par grand-m�re dont les bonnes mani�res et le langage polic� lui avaient valu le surnom de � petite comtesse � (il est aussi vrai que Comte �tait son nom de jeune fille), mais elle est assez ancienne pour avoir pu figurer au lexique d�une autre grand-m�re, notamment li�geoise ou namuroise puisque la maxime a son �quivalent en dialecte de Wallonie d�s le XIX<sup>e</sup> si�cle : � <emphasis>Qui dj�se dr� mi, dj�se � m �cou</emphasis>. � Elle permet de consid�rer avec m�pris ceux qui m�disent de vous sans jamais oser vous affronter directement, de les ignorer et de continuer votre chemin, insensible aux ragots, comm�rages, cancans et calomnies qui peuvent courir sur votre compte. Le dada�ste Francis Picabia (1879�1953) reprit la formule sous une forme encore plus d�daigneuse : � Ceux qui parlent derri�re moi, mon cul les contemple � ou, � Ceux qui m�disent derri�re mon dos, mon cul les contemple. �</p></section><section><title><p>Tu dirais �a � un cul-de-jatte, il te donnerait un coup de pied o� je pense<a l:href="#n_22" type="note">[22]</a></p></title><p>Voil� une r�plique apte � d�noncer sottise ou insolence. Imaginer qu�un cul-de-jatte puisse retrouver miraculeusement une jambe et son usage pour vous botter le derri�re en dit long sur l��normit� que vous venez de prof�rer.</p><p>Cette plaisanterie appartient � un autre �ge o� les infirmes en g�n�ral, les <emphasis>culs-de-jatte</emphasis> en particulier, �taient l�objet de plaisanteries de mauvais go�t, comme cette blague� �cul�e du <emphasis>cul-de-jatte</emphasis> chez le coiffeur :</p><cite><p>� Je vous coupe les pattes ?</p><p>��Non mais, dites donc, vous voulez mon pied au c� ?</p><p>��Je vois. Monsieur s�est lev� du pied gauche ce matin !</p><p>��Si vous continuez sur ce ton, je ne mettrai plus les pieds chez vous.</p><p>��Ne vous f�chez pas, c��tait juste pour vous faire marcher ! �</p></cite><p>Deux explications au mot <emphasis>cul-de-jatte</emphasis> : le bas du corps de ces infirmes �voque le fond arrondi d�une jatte, ou il s�agit d�une r�f�rence � l�appareil qu�utilisaient les estropi�s pour se maintenir. L��crivain Paul Scarron (1610�1660) paralys� des jambes en �tait� r�duit � cette extr�mit�. Dans son <emphasis>Testament</emphasis>, il �crit en 1660 :</p><poem><stanza><v>� Moi, qui suis dans un cul de jatte,</v><v>Qui ne remue ni pied ni patte,</v><v>Et qui n�ai jamais fait un pas,</v><v>Il faut aller jusqu�au tr�pas. �</v></stanza></poem></section><section><title><p id="link_33">Dame !</p></title><p>Cette exclamation populaire a valeur d�affirmation, d�insistance et peut aussi souligner l��vidence. Elle n�est plus gu�re utilis�e de nos jours qu�en Bretagne, dans le Maine et le Centre-Ouest mais, elle �tait fr�quente aux XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> si�cles, chez Moli�re, Marivaux ou Beaumarchais, par exemple :</p><cite><p>� Dame ! oui, je lui dis tout� hors ce qu�il faut lui taire �</p><text-author>(Beaumarchais, <emphasis>Le Mariage de Figaro</emphasis>, III, 9, 1778).</text-author></cite><p>Il s�agit d�une abr�viation de <emphasis>Par Nostre Dame, Dame-Dieu</emphasis> ou <emphasis>Dame-Deu. Nostre Dame</emphasis> fut aussi abr�g� en <emphasis>Tredame</emphasis> :</p><cite><p>� Tredame ! monsieur, est-ce que madame Jourdain est d�cr�pite, et la t�te lui grouille-t-elle d�j� ? �</p><text-author>(Moli�re, <emphasis>Le Bourgeois gentilhomme</emphasis>, III, 5, 1670).</text-author></cite><p>L�interjection est synonyme de <emphasis>Pardi !</emphasis>, alt�ration de � pardieu �.</p></section><section><title><p>�a d�pend� C�est tout d�pendu, y�a plus rien � pendre</p></title><p>Parmi les r�ponses qui d�plaisaient � grand-m�re je citerai : � Je ne l�ai pas fait expr�s �, � Ce n�est pas ma faute �, � Ce n�est pas moi � et <emphasis>�a d�pend</emphasis>. Chacune d�clenchait sa repartie appropri�e, dans l�ordre : � Manquerait plus que �a ! �, � �a n�est pas la mienne, non plus ! �, � C�est sans doute le pape ! � et <emphasis>C�est tout d�pendu, y�a plus rien � pendre.</emphasis> Jeu de mot sur les deux sens du verbe <emphasis>d�pendre</emphasis>, � d�crocher ce qui est pendu � et � �tre subordonn� � �, <emphasis>c�est tout d�pendu</emphasis> �tait une fa�on de refuser mon h�sitation, mon ind�cision, mon manque de franchise, car mon <emphasis>�a d�pend</emphasis> voulait trop souvent dire � peut-�tre � ou � je ne sais pas quoi r�pondre �.</p></section><section><title><p>Une histoire � dormir debout</p></title><p>Devinette fac�tieuse :</p><cite><p>� Connaissez-vous l�histoire du lit vertical ?</p><p>��Non.</p><p>��C�est une histoire � dormir debout ! �</p></cite><p>L�expression est ici prise au pied de la lettre, mais quel sens figur� a pu cr�er cette �quivalence entre <emphasis>� dormir debout</emphasis> et � absurde � ou � difficile � croire � ? Il serait en effet plus coh�rent que l�histoire f�t ennuyeuse, amenant ainsi l�interlocuteur � non seulement s�assoupir mais aussi dormir sans s��tre couch�. Elle serait alors bien appropri�e au � jeu de l�ennui �, cher � Jean Carmet : on choisit une victime � laquelle on raconte une histoire longue et d�nu�e de tout int�r�t. Est d�clar� vainqueur le conteur qui aura r�ussi � faire b�iller son interlocuteur en un minimum de temps.</p><p>Telle fut bien la signification premi�re de l�expression, le conte �tant si ennuyeux ou si invraisemblable que vous vous en d�sint�ressez au point d�avoir sommeil : � Ce sont des contes � dormir debout. <emphasis>These are most idle, frivolous or foolish tales</emphasis><a l:href="#n_23" type="note">[23]</a> � (Cotgrave, 1611). De l�absence d�int�r�t � la futilit�, de la futilit� � l�invraisemblable, l�expression a chang� de signification pour ne plus rev�tir aujourd�hui que la derni�re : <emphasis>une histoire � dormir debout</emphasis>, c�est une histoire qui ne tient pas debout, ce que pense Michel Onfray du r�cit d�Adam et �ve,�� tout juste bon � grossir le rang des contes ou des histoires � dormir debout � (<emphasis>Trait� d�ath�ologie</emphasis>, Grasset, 2005).</p></section><section><title><p>Qui s�excuse s�accuse</p></title><p>Rappelons d�abord qu�on ne doit pas s�excuser soi-m�me mais prier autrui de bien vouloir accepter vos excuses. Faute �vit�e si l�on applique la maxime. Que nous dit-elle ? Qu�en s�excusant, on avoue avoir fait quelque chose de mal. Donc, si personne ne vous accuse, ne vous excusez surtout pas ! Elle est, en somme, assez immorale et n�incite gu�re � assumer ses propres responsabilit�s ;�elle peut m�me encourager les moins scrupuleux � accuser les autres � leur place. Le proverbe a vraisemblablement gagn� sa popularit� gr�ce � sa rime riche (on peut m�me parler de paronymie, les deux mots �tant presque homonymes). Il est employ� d�s le XIV<sup>e</sup> si�cle dans le <emphasis>Myst�re de la Passion</emphasis> d�Arnoul Gr�ban (v. 1425 � v. 1485) :</p><poem><stanza><v>� D�autre part, vous avez mespris,</v><v>car, quant meschant homme s�excuse</v><v>et en s�excusant il s�accuse,</v><v>c�est petite excusacion. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Vers 3464�3467.)</text-author></cite><p><emphasis>Excusatio non petita est accusatio manifesta</emphasis> (� L�excuse non demand�e est une accusation manifeste �) en est la version latine.</p></section><section><title><p>Fi d�garce !</p></title><p>Interjection favorite de grand-p�re.</p><p><emphasis>Fi</emphasis> n�a pas ici le sens que l�on trouve dans la simple interjection <emphasis>fi !</emphasis> (ou <emphasis>fi donc !)</emphasis> qui marque le m�pris, le d�go�t ou le bl�me, ces deux petites lettres �quivalant � � C�est mal ! � ou � C�est honteux ! �. Ce <emphasis>fi</emphasis>-l� est d�suet et ne s�emploie plus gu�re que dans l�expression <emphasis>faire fi de</emphasis>, � d�daigner, ne pas tenir compte de �.</p><p>Dans <emphasis>Fi d�garce ! fi</emphasis> est l�alt�ration de � fils � et aurait donc valeur d�insulte (� fils de garce �) si l�expression n��tait pas, la plupart du temps, seulement employ�e pour dire l��tonnement ou l�admiration, notamment en saintongeais. Rappelons que <emphasis>garce</emphasis>, avant d��tre un terme grossier et vulgaire appliqu� � une femme d�bauch�e, n��tait consid�r� que comme le f�minin de � gar�on �, ce qui, nagu�re, �tait encore le cas en Saintonge, Angoumois, Aunis et Gironde.</p></section><section><title><p id="link_34">Bonnes gens</p></title><poem><stanza><v>� Bonnes gens, �coutez la triste ritournelle</v><v>Des amants errants en proie � leurs tourments. �</v></stanza></poem><p>Au d�but de la <emphasis>Complainte des infid�les</emphasis> (musique de Mouloudji et paroles de Sacha Guitry), <emphasis>bonnes gens</emphasis> est synonyme de � braves gens �. C�est une formule destin�e � attirer l�attention du bon peuple, comme dans le fameux appel m�di�val qui conjugue le verbe ou�r : � Oyez, oyez, <emphasis>bonnes gens</emphasis> ! �</p><p><emphasis>Bonnes gens</emphasis>, comme l�employait souvent grand-m�re, n�avait gu�re cette signification. Comme le dit Pierre J�nain dans son <emphasis>Glossaire saintongeais</emphasis> (1869), c�est une � exclamation de bonne piti� � qui incite l�interlocuteur � se lamenter sur la triste nouvelle dont on discute.</p><cite><p>� Savez-vous, bonnes gens, qu�elle est bien malade ! �</p></cite><p>Tr�s fr�quente en Saintonge, cette exclamation prend souvent la forme locale <emphasis>bounes ghens</emphasis> (ou <emphasis>boun�ghens</emphasis>) dont le � h � note la prononciation aspir�e du � g �, typiquement charentaise.</p></section><section><title><p>Discuter le bout de gras</p></title><p>On peut, de la m�me fa�on, � tailler une bavette � (voir <a l:href="#link_31">supra</a>). Il n�est d�ailleurs pas exclu que l�une (<emphasis>discuter le bout de gras</emphasis>) soit issue de l�autre (� tailler une bavette �) car on dit aussi <emphasis>tailler le bout de gras</emphasis>. Si tel n�est pas le cas, l�origine de ce <emphasis>bout de gras</emphasis> est �nigmatique. Mentionnons toutefois l�hypoth�se pertinente qui fait de l�expression une traduction de l�anglais <emphasis>to chew the fat</emphasis>, litt�ralement � m�cher le gras �, expression que le parler cockney substitue � <emphasis>to chat</emphasis>, � bavarder �. Rappelons comment les Cockneys (Londoniens issus de la classe ouvri�re) se comprennent entre eux : ils remplacent un mot donn� par une expression qui rime avec ce mot (on parle de <emphasis>rhyming slang</emphasis>). Ainsi <emphasis>stairs</emphasis> (� escaliers �) devient <emphasis>apples and pears</emphasis> (� pommes et poires �), <emphasis>mouth</emphasis> (� bouche �) est remplac� par <emphasis>north and south</emphasis> (� nord et sud �), etc.</p></section><section><title><p>En ce temps-l��</p><p>J�sus dit � ses disciples : � Vous m�avez cass� ma pipe ! �</p><p>et � ses ap�tres : � Vous m�en paierez une autre ! �</p></title><p><emphasis>En ce temps-l�</emphasis>� Commencer une phrase par ces mots peut ne rien dire qui vaille. On s�attend en effet � des propos nostalgiques sur un pass� � jamais enfui et qui �tait forc�ment meilleur qu�aujourd�hui, un discours plus ou moins triste, du genre Pr�vert/Kosma�(� En ce temps-l� la vie �tait plus belle / Et le soleil plus br�lant qu�aujourd�hui �) ou Trenet (� En ce temps-l�, nous vivions ensemble. / En ce temps-l� l�amour nous aimait. �). Bref, des paroles � vous flanquer le bourdon et qui se concluent in�vitablement par � C��tait le bon temps ! �. Alors, quand quelqu�un commen�ait son la�us par <emphasis>En ce temps-l�</emphasis>, mon m�cr�ant de grand-p�re l�interrompait net et, se mettant � paraphraser les �vangiles, faisait un fac�tieux distinguo entre <emphasis>disciples</emphasis> et <emphasis>ap�tres�</emphasis>pour se fendre d�un petit blasph�me : � <emphasis>En ce temps-l�� J�sus dit � ses disciples : �Vous m�avez cass� ma pipe !� et � ses ap�tres : �Vous m�en paierez une autre !</emphasis>� �</p></section><section><title><p>Pas de �a, Lisette !</p></title><p>Quand grand-m�re nous surprenait � faire quelque b�tise (les exemples sont trop nombreux pour n�en choisir qu�un), elle y mettait bon ordre en s��criant : � Pas de �a, Lisette ! �, ce qui �tait dissuasif sans �tre aussi p�remptoire que � Je t�interdis de faire �a ! �. La terminaison rigolote de ce mignon pr�nom f�minin adoucissait l�injonction. Comme Cosette, Louisette ou Suzette, Lisette avait des airs de soubrettes ou de cousettes qui nous faisaient cesser nos b�tes amusettes.</p><p>Richelet (1680) nous dit que Lisette est un � nom de femme dont on se sert dans les chansons et dans les �pigrammes �. Le pr�nom connut un succ�s aux XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> si�cles qui le fit adopter par bien des auteurs, notamment Marivaux qui, dans plusieurs pi�ces, l�applique tour � tour � une servante, une suivante, la ma�tresse d�Arlequin ou une paysanne d�lur�e qui n�a pas sa langue dans sa poche (<emphasis>La Double inconstance, Le Prince travesti, Le D�nouement impr�vu, La Seconde Surprise de l�amour, Le Jeu de l�amour et du hasard, L��cole des m�res, L�Heureux Stratag�me, La M�prise</emphasis>, etc.). <emphasis>Pas de �a, Lisette !</emphasis> ressemble � une r�plique (r�elle ou imagin�e) de com�die ou de vaudeville, devenue en tout cas tr�s populaire. Lor�dan Larchey (1861) pr�tend qu�il s�agit d�une � formule n�gative due sans doute � la vogue de cette chanson connue : <emphasis>Non ! non ! vous n��tes plus Lisette</emphasis> �, mais cette chanson de B�ranger (1780�1857) est, de toute �vidence, bien post�rieure � la locution.</p></section><section><title><p>C�est-y que tu causes ou c�est-y que t�as le menton qui te branle ?</p></title><p>J�avais parfois tendance � manger des syllabes, � bredouiller ou � parler dans ma barbe virtuelle. Mon grand fr�re s�en moquait en me lan�ant : � Articause, quand tu cules ! � Grand-p�re, lui, soulignait le caract�re inaudible de ma parole par cette in�narrable question : � C�est-y qu� tu causes ou c�est-y qu� t�as l� menton qui t� branle ? �, plus truculente que l�ordre banal : � Parle plus fort, je n�entends pas ! �. Grand-p�re avait ainsi des saillies drolatiques qui mettaient toute la famille en joie. Je dois cependant � la v�rit� de pr�ciser que, dans cette difficult� de perception, son oreille endurcie �tait en cause, plus que mes pr�tendus murmures.</p></section><section><title><p>Pas de messes basses sans cur�</p></title><p>C��tait une rengaine de notre enfance : nous surprenait-elle en train de nous chuchoter � l�oreille quelque secret suppos� inavouable dont elle se sentait injustement exclue que grand-m�re s��criait d�une voix r�probatrice : � <emphasis>Pas de messe basse sans cur� !�</emphasis> �</p><p>Sans doute ne savions-nous pas alors qu�une messe est dite � basse � quand elle est non chant�e. Elle s�oppose � la grand-messe ou messe haute. Parce que le pr�tre ne fait qu�y r�citer des pri�res en tournant le dos � l�assistance, celle-ci peine � le comprendre, ayant ainsi la d�sagr�able impression d��tre exclue de la c�l�bration. On pense au conte de No�l d�Alphonse Daudet o� le chapelain, impatient de profiter du r�veillon, � se rue sur son missel et d�vore les pages avec l�avidit� de son app�tit surexcit� �, rendant ses pri�res encore plus inaudibles : � Entre le clerc et lui, c�est � qui bredouillera le plus vite. Versets et r�pons se pr�cipitent, se bousculent. Les mots � moiti� prononc�s sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s�ach�vent en murmures incompr�hensibles � (<emphasis>Les Trois Messes basses</emphasis> in <emphasis>Les Lettres de mon moulin</emphasis>, 1870).</p><p><emphasis>Dire des messes basses</emphasis> a donc pris le sens figur� de � parler � une seule personne, en apart� et en chuchotant �. Celui qui se livre � la chose, �videmment consid�r�e comme impolie, ne peut qu�appeler la r�probation d�autrui, voire de son confident.</p></section><section><title><p>Napol�on est mort</p></title><p>L�expression a de quoi interloquer. Elle nous ridiculisait quand nous nous �tonnions d�apprendre une nouvelle qui n��tait pas si nouvelle que �a.</p><cite><p>� Savais-tu que le fils de l��picier fr�quentait<a l:href="#n_24" type="note">[24]</a> la fille de la boulang�re ?</p><p>��Tiens, Napol�on est mort ! �</p></cite><p>L�exclamation, particuli�rement elliptique, correspondait � : � Bien s�r que je le sais. Cela ne date pas d�hier. C�est comme si tu m�annon�ais que Napol�on est mort. �</p><p>Ce <emphasis>Napol�on est mort</emphasis> nous remettait aussit�t en m�moire les paroles d�biles d�une comptine qui connaissait alors un certain succ�s dans les cours de r�cr�ation :</p><poem><stanza><v>� Napol�on est mort � Sainte-H�l�ne,</v><v>Son fils L�on lui a crev� l�bidon.</v><v>On l�a r�trouv�, assis sur une baleine,</v><v>En train d�sucer des ar�tes de poisson. �</v></stanza></poem></section><section><title><p>Donner des noms d�oiseaux</p></title><p>Esp�ce de b�casse ! Canard boiteux ! Vieille chouette ! Jeune coq ! T�te de linotte ! Poule mouill�e ! Voil� bien <emphasis>des noms d�oiseaux</emphasis> qui sont autant d�insultes. <emphasis>Idem</emphasis> quand on parle d�un � dr�le de moineau � pour un type bizarre, que l�on traite une femme stupide de � dinde �, une prostitu�e de � grue �, une jeune fille niaise et na�ve d�� oie blanche �, que l�on qualifie de � pigeon � ou de � dindon de la farce � celui qui se fait rouler, etc. Il n�est donc pas �tonnant que <emphasis>noms d�oiseaux</emphasis> soit devenu synonyme d�� insultes �. Quand nous �tions en p�riode d�hostilit�, mon fr�re et moi nous injurions copieusement et les mots qui volaient �taient souvent bien plus offensants que cela. Grand-m�re intervenait en nous priant quand m�me de ne pas nous donner ainsi des <emphasis>noms d�oiseaux</emphasis>.</p><p>Pourtant, la gent ail�e n�est pas toujours consid�r�e de fa�on p�jorative et murmurer � celui que l�on aime � ma petite colombe �, � mon petit canard en sucre �, � mon petit oiseau des �les �, ou, plus populairement, � ma poule � ou � mon poulet �, c�est, loin de l�injurier, le cajoler et l�attendrir. <emphasis>Se donner des noms d�oiseaux</emphasis> aurait eu cette premi�re acception, si l�on en croit Lor�dan Larchey (1861) qui nous dit que c�est � roucouler amoureusement �.</p></section><section><title><p>Ma parole !</p></title><p>Nous avions, mon fr�re et moi, de fr�quents affrontements et les coups pleuvaient, pour un oui, pour un non. Les combats avaient lieu dans le grand couloir attenant � l�appartement des grands-parents. Alors, affol�e par le ramdam, grand-m�re sortait de chez elle et, les deux poings sur les hanches, feignait l��tonnement, prenant � t�moin un spectateur imaginaire : � Ma parole ! Ils sont encore en train de se battre ! �</p><p>Emploi bizarre de cette exclamation qui ne peut �videmment pas ici se comprendre comme une forme abr�g�e de � Je vous donne (vous avez) ma parole � (voir ci-dessous, <emphasis>parole d�honneur</emphasis>). La signification serait plut�t : � Je vous prends � t�moin que je n�en crois ni mes yeux ni mes oreilles. � En ce sens, on a autrefois employ� une expression plus qualifi�e :�<emphasis>Ma parole supr�me !</emphasis> Plusieurs auteurs rapportent par exemple cette exclamation de Pierre-Jean Garat, c�l�brissime chanteur du temps de Marie-Antoinette : � Ma parole supr�me ! c�est trop de f�licit� pour un mortel ! � Garat rejoignit les muscadins, ces godelureaux royalistes qui affectaient de parler sans prononcer les � r �. <emphasis>Ma parole supr�me !</emphasis> �tant l�une de leurs pr�ciosit�s de langage, cela devait donner : � Ma pa�ole sup��me ! c�est t�op de f�licit� pou� un mo�tel ! �</p></section><section><title><p>Parole d�honneur</p></title><p>Grand-m�re ne promettait jamais rien qu�elle ne p�t tenir : un tour de man�ge � la f�te foraine, des cr�pes pour Mardi gras, une s�ance de cin�ma le jeudi apr�s-midi. Bien s�r, la promesse �tait assortie de la sacro-sainte condition : � si vous �tes sages ! � mais, comme son serment �tait � tous les coups garanti par sa <emphasis>parole d�honneur</emphasis>, il s�av�rait toujours plus fort que notre vell�it� de sagesse. La formule �tait parfois remplac�e par une autre, plus famili�re, mais qui l�engageait tout autant : � Cochon qui s�en d�dit ! �</p><p>Donner sa <emphasis>parole d�honneur</emphasis> c�est promettre solennellement en mettant son honneur en jeu. Apr�s l�avoir donn�e, il faut la tenir si l�on veut �tre respect� comme un � homme de parole �. Une <emphasis>parole d�honneur</emphasis> ne doit donc pas �tre une � parole en l�air �. D�ailleurs, �tymologiquement� parlant, aucune parole ne saurait �tre � en l�air � puisque le mot est issu du latin chr�tien <emphasis>parabola</emphasis>, � parabole � mais aussi � discours grave �, dont un d�riv�, <emphasis>parabolor</emphasis>, signifiait � s�exposer, se jeter dans le danger, risquer sa vie �.</p><p><emphasis>Donner parole</emphasis> eut, d�s le XII<sup>e</sup> si�cle, le sens de � promettre � : � Que d�amer vous donge parole<a l:href="#n_25" type="note">[25]</a> � (Beno�t de Sainte-Maure, <emphasis>Le Roman de Troie</emphasis>, v. 13621, c. 1165).</p></section><section><title><p>Parole d��vangile</p></title><p>On devrait donc pouvoir se fier � une � parole d�honneur � (voir ci-dessus) comme on peut se fier � une <emphasis>parole d��vangile</emphasis>.</p><p>Du grec <emphasis>euangelion</emphasis>, � bonne nouvelle �, form� sur <emphasis>eu</emphasis> signifiant � bien � et <emphasis>angellein</emphasis> voulant dire � annoncer � (qui nous a �galement donn� � ange �), le mot <emphasis>�vangile</emphasis> est un emprunt du XII<sup>e</sup> si�cle au latin eccl�siastique <emphasis>evangelium</emphasis>. Du sens g�n�ral de � bonne nouvelle �, le mot a gliss� vers la signification plus pr�cise de � bonne nouvelle de la parole du Christ �. Il a ensuite d�sign� chacun des quatre livres du Nouveau Testament o� sont consign�s la vie et les enseignements de J�sus : les <emphasis>�vangiles</emphasis> dits synoptiques (i.e. qui peuvent, gr�ce � leurs nombreuses convergences, �tre lus en parall�le : selon saint Mathieu, saint Marc et saint Luc) et le quatri�me <emphasis>�vangile</emphasis> ou <emphasis>�vangile</emphasis> selon saint Jean.</p><p>C�est dire si, dans notre monde longtemps r�gi, voire r�gent� par le christianisme, une parole assimil�e � celle des �critures ne peut �tre que fiable, par excellence, digne de foi.</p><p>� � � majuscule ou � � � minuscule ? L�un ou l�autre puisque Littr� nous propose la distinction suivante : � �vangile prend un � majuscule quand il s�agit de la loi de J�sus-Christ, des livres qui contiennent sa vie, et du recueil de ces livres. Il prend un � minuscule quand il s�agit de la partie de l��vangile que le pr�tre dit. �</p></section><section><title><p>Que le diable te patafiole !</p></title><p>Le hasard de l�alphabet nous fait passer de la parole d��vangile � celle du diable pour une expression qui vaut mal�diction puisque <emphasis>patafioler</emphasis> est un vieux mot pour � maudire �, encore en usage dans plusieurs langues r�gionales dont le saintongeais. Grand-m�re demandait indiff�remment au bon Dieu ou au diable de nous <emphasis>patafioler</emphasis>, anath�me qui ne tombait (patatras !) que lors d�une situation conflictuelle r�sultant en une vexation pour la pauvre vieille.</p><p><emphasis>Patafioler</emphasis> au sens de � maudire, confondre � proc�de d�une �tymologie obscure dans laquelle � patatras � a d� cependant jouer un r�le. Dans certaines r�gions (Dauphin� notamment), <emphasis>patafioler</emphasis> veut dire enivrer : l�influence de � patatras � et de � fiole � semble alors ne faire aucun doute.</p></section><section><title><p>Ma pauvre dame !</p></title><p><emphasis>Dame !</emphasis> : cette interjection, qui ponctue un discours familier pour souligner une �vidence (voir <a l:href="#link_33">supra</a>), ne doit pas �tre confondue avec <emphasis>Ma pauvre dame !</emphasis> ou <emphasis>Ma pauv�dame !</emphasis> relevant �galement du langage populaire, formules orales employ�es m�me si l�on ne s�adresse pas � une dame en particulier ou m�me si l�on s�adresse � une dame riche, et qui n�ont d�autre but que de solliciter avec une once d�ironie l�attention et la sympathie de l�interlocuteur (on parle de fonction phatique du langage). Dans certains cas, la formule �quivaut � � bonnes gens � (voir <a l:href="#link_34">supra</a>) et peut pr�c�der l�annonce d�une nouvelle plus ou moins triste : � 25 septembre.�� Mort de Bony. Sanglots de sa femme (paysanne ; pur Granville). �Ah ! ma pauvre dame ! Son corps qui �tait si maigre ! [�] C�est � 11 heures qu�il est mort, ma pauvre dame. [�] Ah ! ma pauvre dame ! Son pauvre visage qui �tait si p�le ! [�] Je l�aimais tant, ma pauvre dame !� � (Victor Hugo, <emphasis>Choses vues</emphasis>, 1854).</p></section><section><title><p>C�est une pierre dans mon jardin</p></title><p>Grand-p�re osait parfois critiquer grand-m�re. Oh ! pas directement, toujours sous forme d�allusions :</p><p>� Je ne sais pas si j�ai d�pens� de l�argent en allant au bistrot (il s�offrait parfois un petit verre de blanc le dimanche matin) mais moi, mes sous, je ne les donne pas au cur� !</p><p>� �a, c�est une pierre dans mon jardin ! � r�pliquait grand-m�re.</p><p>De jardins, elle n�en avait pas, du moins �taient-ils secrets et m�taphoriques, comme celui de sa foi que seule trahissait son assiduit� � la messe dominicale.</p><p>Avec le sens de remarque d�sobligeante adress�e � quelqu�un, l�expression est ancienne. On la trouve chez Mme de S�vign� : � [�] respecter les Gouverneurs et les Gouvernantes ; de ne point leur dire d�injures, de ne point jeter de pierres dans leur jardin � (Lettre � Mme de Grignan du 30 octobre 1675).</p></section><section><title><p>Faire de la r�clame</p></title><p>Si le mot � publicit� �, dans son sens commercial, existe depuis 1829, il n�est apparu dans le langage courant qu�au d�but du XX<sup>e</sup> si�cle et plus encore quand la soci�t� de consommation a fait main basse sur la presse, les ondes, les �crans et les murs de nos villes. Auparavant, on ne parlait gu�re de publicit� mais de <emphasis>r�clame</emphasis> (de l�ancien fran�ais <emphasis>reclaim</emphasis>, � appel, invocation �), mot qui d�signa d�abord, dans les ann�es 1830, un petit article de journal faisant, contre paiement, l��loge d�un produit. Dix ans plus tard, le sens de <emphasis>r�clame</emphasis> s��largit � tout moyen permettant d�attirer l�attention d�autrui, en particulier des consommateurs. On disait aussi qu�un produit �tait � en <emphasis>r�clame�</emphasis> � quand il �tait en solde ou, pour employer une expression plus moderne, en promotion. <emphasis>Faire de la r�clame</emphasis> signifiait soit faire de la publicit� commercialement parlant, soit, de mani�re plus g�n�rale, faire l��loge de ceci, de cela, d�un tel, d�une telle.</p><p>Quand grand-m�re promettait de <emphasis>faire de la r�clame</emphasis>, c��tait plut�t mauvais signe, car le ton �tait ironique et la critique s�annon�ait plus n�gative que positive. Ainsi, quand un commer�ant avait voulu la rouler, le mot de � margoulin � lui venait aux l�vres et la menace �tait prof�r�e sans attendre : � Comptez sur moi, je vais vous faire de la r�clame ! �</p></section><section><title><p>Vas-y, Robic !</p></title><p>C��tait une moquerie plus qu�un encouragement. Y avait droit tout cycliste amateur, et singuli�rement, tout grimpeur d�un certain �ge ahanant le long d�un raidillon en appuyant sur les p�dales de sa petite reine. Bien s�r, l�expression �tait n�e d�une v�ritable incitation � la victoire et d�une admiration sinc�re pour Jean Robic, Biquet pour les intimes, coureur �minemment populaire, vainqueur de la grande boucle en 1947 et du mondial de cyclo-cross trois ans plus tard. L�exclamation se d�clina ensuite en fonction des nouveaux champions : <emphasis>Vas-y, Bobet !</emphasis> (Louison Bobet, trois fois victorieux du Tour de France), <emphasis>Vas-y, Anquetil !</emphasis> (Jacques Anquetil, 5 victoires), etc. La formule connut un regain de popularit� � partir de 1952 quand Zappy Max, l�homme des jeux de midi et du Radio-Circus, devint le d�lirant reporter de <emphasis>Vas-y Zappy</emphasis>, feuilleton radiophonique dont grand-m�re ne ratait aucun �pisode.</p></section><section><title><p>Des si et des mais</p></title><p><emphasis>Si</emphasis>, adverbe, peut introduire une condition : � Je rangerai ma chambre <emphasis>si</emphasis> j�ai le temps. �</p><p><emphasis>Mais</emphasis>, conjonction de coordination, peut introduire une objection : � Il faudrait que je fasse mes devoirs d��cole <emphasis>mais</emphasis> j�ai la flemme. �</p><p><emphasis>Si</emphasis> et <emphasis>mais</emphasis> deviennent substantifs dans l�expression <emphasis>des si et des mais</emphasis> qui offre (depuis le milieu du XV<sup>e</sup> si�cle) une �quivalence concise et pratique � � des conditions et des objections � : � La commission a trouv� des mais et des si au sujet de l�envoi de M. Durand � Cazeaux, et il n�y a pas encore de d�cision prise � (Prosper M�rim�e, Lettre � Francisque Michel, 1849).</p><p>L�expression est mentionn�e dans la premi�re �dition du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> (1694) : � Il ne faut pas mettre tant de si et de mais. �</p><p>On trouve toujours <emphasis>des si et des mais</emphasis> quand on rechigne � faire quelque chose et si l�on s��coutait, � force de <emphasis>si</emphasis> et de <emphasis>mais</emphasis>, on ne ferait jamais rien, ce que me reprochait grand-m�re quand j�avan�ais quelque mauvaise raison pour me d�filer.</p></section><section><title><p>Avec des si, on mettrait Paris en bouteille</p></title><p>M�me substantivation que dans � des si et des mais � (voir ci-dessus). Cette locution proverbiale remet les pieds sur terre � tous les utopistes et id�alistes (� Si la nature humaine �tait meilleure� �), tous les r�veurs (� Si j��tais riche� �), tous les nostalgiques (� Si j�avais su� �), bref, tous les songe-creux qui, coup�s des r�alit�s, se nourrissent de sp�culations et, plus globalement, tous ceux qui ont tout simplement tendance � abuser des subordonn�es hypoth�tiques.</p><p>D�Hautel (1808) mentionne ainsi la locution : � Avec des si et des mais on mettroit Paris dans une bouteille. �</p><p>Ne condamnons pourtant pas ces faiseurs de r�ves ; sans eux, la vie serait triste, les arts et la po�sie auraient fui notre monde et l�innocence, qui parfois fait des miracles, y p�rirait trop vite :</p><poem><stanza><v>� Un gamin de Paris</v><v>M�a dit � l�oreille</v><v>Si je pars d�ici</v><v>Sachez que la veille</v><v>J�aurais r�ussi</v><v>� mettre Paris en bouteille ! �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Mick Micheyl, <emphasis>Un Gamin de Paris</emphasis>, 1951.)</text-author></cite></section><section><title><p>Couper le sifflet � quelqu�un</p></title><p>Le <emphasis>sifflet</emphasis> en question n�est pas le m�me que celui de deux sous dont une expression nous dit qu�il pend sous le nez (voir <a l:href="#link_47">infra</a>). Employ� autrefois famili�rement pour la gorge, le gosier�(d�s sa premi�re �dition de 1694, le <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> dit plus doctement : � la trach�e art�re, ou le conduit par lequel on respire �), le mot est rest� dans l�expression qui signifie soit � laisser interloqu�, sans voix, sans repartie �, soit � couper la parole � (�quivalent de � couper la chique �), dans les deux cas, � emp�cher de parler � : � Ne me parlez pas des journaux ; l�Empereur savait bien leur couper le sifflet, � tous ces merles de journalistes � (Alcide Joseph Lorentz et �mile de La B�dollierre, <emphasis>L�Invalide</emphasis>, in <emphasis>Les Fran�ais peints par eux-m�mes</emphasis>, 1861).</p><p>L�expression a rev�tu, jusqu�au XIX<sup>e</sup> si�cle, une autre signification : � trancher la gorge �, mani�re encore plus radicale et exp�ditive de couper la parole. Delvau (1866) nous dit cela de belle fa�on : � <emphasis>Couper le sifflet � quelqu�un</emphasis>. Le forcer � se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extr�me, soit en lui prouvant �loquemment qu�il a tort de parler, ce qui vaut mieux. �</p></section><section><title><p>Il n�y�a pas de� qui tienne</p></title><p>La premi�re mouture de l�expression fut sans doute : <emphasis>Il n�y a pas de mais qui tienne</emphasis>, formule utilis�e par les adjudants et autres chefs militaires pour couper court � toute contestation de leur ordre :</p><cite><p>� Soldat Bidasse, vous serez de garde cette nuit.</p><p>��Mais, mon adjudant�</p><p>��Il n�y a pas de mais qui tienne ! �</p></cite><p>Le � mais � a ensuite �t� remplac� par tout autre mot contestataire, �touff� dans l��uf :</p><cite><p>� Vous me taperez ce rapport lundi prochain.</p><p>��Mais lundi, je serai en cong�</p><p>��Il n�y a pas de cong� qui tienne ! �</p></cite><cite><p>� Tu me promets d��tre gentil avec ton petit fr�re.</p><p>��On verra �</p><p>��Il n�y a pas de on verra qui tienne, c�est tout vu ! �</p></cite></section><section><title><p>Ce n�est pas tout �a !</p></title><p>Si l�expression <emphasis>Ce n�est pas tout, �a !</emphasis> fut un temps employ�e pour signifier qu�un �l�ment nouveau n�avait rien chang� � la situation, que rien n��tait r�gl�, elle ne sert plus aujourd�hui que de transition d�une action � une autre : � Ce n�est pas tout �a, il faut maintenant que l�on pr�pare le repas. � Bien souvent, elle n�est plus qu�un pr�texte pour ne pas s�attarder davantage, une formule pour prendre cong� : � Ce n�est pas tout �a, mais nous ne sommes pas d�ici ! � ; � C�est pas tout �a, mais nous avons de la route � faire ! � Parfois, dans ce contexte, elle se suffit � elle-m�me : � Bon, c�est pas tout �a, hein ! � Variante permettant aussi de couper court (� une conversation un peu longuette, par exemple) : � C�est bien joli tout �a, mais il se fait tard ! �</p></section><section><title><p>Et tout et tout</p></title><p>Comprenons : � Et quantit� d�autres choses du m�me genre. � <emphasis>Et tout et tout</emphasis> remplace famili�rement <emphasis>et c�tera</emphasis> (litt�ralement : � et quant au reste �), ce dernier presque toujours �crit en abr�g� (etc.) et dont l�origine latine peut �tre ressentie comme trop savante. Le <emphasis>et c�tera</emphasis> reste toutefois bien pratique pour les orateurs et �crivains qu�il dispense d�une �num�ration exhaustive donc fastidieuse : � L�orchestre �tait au grand complet avec violons, violoncelles, contrebasses, trompettes, clarinettes, fl�tes, hautbois, etc., etc. � <emphasis>Et tout et tout</emphasis> a quelque chose de plus enfantin, de plus badin : � Je vous offre tous mes v�ux de bonheur, de sant�, de prosp�rit�, de r�ussite, <emphasis>et tout et tout</emphasis>. �</p><p><strong>N.B.</strong> Si l��num�ration ne contient que choses d�plaisantes, pr�f�rons l�italien <emphasis>et tutti quanti</emphasis>, g�n�ralement d�pr�ciatif : � [�] elle s��tait senti [�] de l�antipathie m�me pour les MANGEURS D�HOMMES, et dans cette classe elle rangeoit les rois, les empereurs, les sultans, les czars, les princes, les ducs, et quelquefois encore les marquis, les comtes, les vicomtes, les barons, les chevaliers, les �cuyers, et TUTTI QUANTI. � (M�rard de Saint-Just, <emphasis>L��piphanie</emphasis> in <emphasis>Espi�gleries, joyeuset�s, bons-mots, folies, des v�rit�s</emphasis>, 1789.)</p></section><section><title><p id="link_28">Et tout le toutim(e)</p></title><p>L�expression est redondante puisque <emphasis>toutim(e)</emphasis> signifie � tout �, en argot. Le mot est attest� d�s 1596 dans <emphasis>La Vie g�n�reuse des Mercelots, Gueux et boesmiens</emphasis> : � Croyez que mon maistre entervoit toutime<a l:href="#n_26" type="note">[26]</a> � et aussi : � pour savoir si j�entervois le gourd et toutime<a l:href="#n_27" type="note">[27]</a> �, et encore : � Bier sur le toutime<a l:href="#n_28" type="note">[28]</a> �, autant d�exemples qui confirment que <emphasis>toutime</emphasis> fit d�abord partie de l�argot des voleurs, comme l�affirme Delvau (1866).</p><p><emphasis>Toutime</emphasis> est rest� dans la locution <emphasis>Et tout le toutime</emphasis>, � et tout le reste �, elle-m�me devenue d�su�te mais encore abondamment utilis�e par les auteurs de romans policiers des ann�es 1950 � 1970 (Auguste Le Breton, Albert Simonin, Alphonse Boudard, etc.).</p></section><section><title><p>Et tout le tralala</p></title><p><emphasis>Tralala</emphasis>, c�est d�abord une onomatop�e caract�ristique des chansons populaires dont un premier exemple se trouve en 1790 dans le <emphasis>Chansonnier national</emphasis> : � Toutes les fillettes vont au son du violon, su� l� vert gazon, danser en rond. <emphasis>Tra la la la la la</emphasis> � (<emphasis>Ronde du retour de la noce</emphasis>). Elle est aussi dans le refrain des comptines enfantines : � Sur l�air du <emphasis>tra la la la</emphasis>, sur l�air du tra de ri de ra tralala � (<emphasis>La M�re Michel</emphasis>). Les enfants l�utilisaient enfin pour se moquer de leurs camarades ou les narguer : � Tralala ! tralalal�re ! �</p><p><emphasis>Tralala</emphasis> s�appliqua plus tard (1860) aux flaflas des toilettes luxueuses, d�o� l�expression <emphasis>�tre en grand tralala</emphasis> pour �tre en habit de c�r�monie ou tenue de gala. Du luxe des smokings et robes de soir�e, le sens de <emphasis>tralala</emphasis> a gliss� vers les c�r�monies elles-m�mes, r�ceptions trop guind�es qui confinent � l�esbroufe, au chiqu�, au m�as-tu-vu : � Aussi la fougue et l�audace, la verve et tout le grand <emphasis>tralala</emphasis> de l�excentricit� f�minine ne font-ils pas d�faut aux soir�es du jardin Mabille � (Charles Monselet, <emphasis>Le Monde parisien</emphasis> in <emphasis>L�Artiste, revue de Paris</emphasis>, 1847).</p><p>Enfin, la formule <emphasis>et tout le tralala</emphasis> prit le sens de � tout ce qui s�ensuit �, les id�es de complications et d�attitudes mani�r�es y �tant implicites, comme dans l�expression synonyme, � et tout le tremblement �.</p></section><section><title><p>La mettre en veilleuse</p></title><p>C�est d�abord une lampe que l�on mettait en <emphasis>veilleuse</emphasis>, lampe � huile, dont on baissait l�intensit� par mesure d��conomie. Par analogie, <emphasis>mettre en veilleuse</emphasis> s�est dit � partir des ann�es 1930 pour � avoir une activit� r�duite �. <emphasis>La mettre en veilleuse</emphasis> appara�t ensuite avec le sens de � se taire, parler moins fort � ou, dans un style plus argotique, � ne pas trop la ramener �. Dans � la ramener � ou <emphasis>la mettre en veilleuse, la</emphasis> fait r�f�rence � la parole : il ne s�agit donc plus de lumi�re mais de son ou, en l�occurrence, de ton, la mise en veilleuse s�imposant � celui qui veut �viter qu�on le fasse taire par quelque moyen peu catholique : � Mais Ali n�avait pas l�air de jouer : �Vas-tu la mettre en veilleuse ? fit-il. Vas-tu la fermer, ta sale gueule ?� � (Auguste Le Breton, <emphasis>Du rififi chez les hommes</emphasis>, 1953).</p><p>Quand grand-m�re nous demandait de <emphasis>la mettre en veilleuse</emphasis> pour �couter � les informations �, c��tait �videmment sur un ton beaucoup moins agressif.</p></section><section><title><p>Des vertes et des pas m�res</p></title><p>On peut en voir mais on peut aussi en dire ou en entendre et il s�agit dans tous les cas d�horreurs, d�incongruit�s, d�inconvenances. Dans le domaine de la parole, <emphasis>vert</emphasis> a toujours renvoy� � un lexique peu convenable ou, du moins, peu ch�ti�, l�expression � langue verte �, n�en d�plaise aux �cologistes, s�appliquant d�abord � l�argot (et ce n�est pas pour rien que Delvau intitule en 1866 son c�l�bre ouvrage <emphasis>Dictionnaire de la langue verte</emphasis>). De propos <emphasis>verts</emphasis> � des propos salaces, il n�y a qu�un pas. Une autre signification de la couleur <emphasis>verte</emphasis> (celle des fruits non encore � maturit�) a engendr�, <emphasis>via</emphasis> un jeu de mots, <emphasis>des vertes et des pas m�res</emphasis>. En raconter <emphasis>des vertes et des pas m�res</emphasis>, c�est, somme toute, � en raconter de belles � (voir <a l:href="#link_35">supra</a>). Les trois adjectifs sont d�ailleurs rassembl�s dans une expression m�di�vale, <emphasis>en bailler de belles, de vertes et de m�res</emphasis> : � Et s�elle est autre, ce qui advient souvent, vous pouvez penser s�il a assez � souffrir ; et s�elle luy en baille de belles, de vertes et de meures � (<emphasis>Les Quinze joyes du mariage</emphasis>, v. 1410).</p></section></section><section><title><p>PHYSIQUE</p></title><section><title><p>Il biserait une bique entre les cornes</p></title><p>Nous retrouvons l�animal dont bien des locutions se moquent, une sorte de� bouc �missaire lexical, pour ainsi dire (voir <a l:href="#link_36">supra</a>, <emphasis>Elle tient mieux sur le dos qu�une bique sur ses cornes</emphasis>). Il est encore ici question de <emphasis>bique</emphasis> et de <emphasis>cornes</emphasis> ; le contexte, toutefois, n�est plus la gaudriole mais l�aspect physique. Les gens du Centre et du Poitou diront plut�t � <emphasis>Y bigerait eune bique ent� les cornes</emphasis> � et les Auvergnats, en occitan, remplaceront la bique par la ch�vre : � <emphasis>B�jaio n� chabr� entre la bana</emphasis>. � Pas besoin d��tre chevrier pour savoir que les cornes d�une ch�vre ne sont pas � ce point �cart�es qu�un �tre d�une corpulence normale puisse y passer le visage. Celui qui peut r�ussir la chose est donc n�cessairement d�une maigreur extr�me.</p></section><section><title><p>Elle bique de l��il</p></title><p>En Vend�e et Saintonge, <emphasis>biquer de l��il</emphasis>, c�est soit � loucher �, soit � cligner de l��il �. Dans ces m�mes r�gions ainsi qu�en Bretagne, le Nord et l�Est, <emphasis>biquer</emphasis> et <emphasis>rebiquer</emphasis> signifient � d�passer, se dresser, se recourber vers le haut �, notamment en parlant d�une m�che de cheveux rebelle. La <emphasis>bique</emphasis>, c�est-�-dire la ch�vre, semble encore � l�origine de ces expressions, du moins ses cornes car elles se dressent et s��loignent l�une de l�autre en dessinant une courbe, ce qui est une image du strabisme et de la m�che mutine.</p><p><emphasis>Rebiquent</emphasis> aussi les coins de cols et les pointes de moustaches : � Massif, ce g�ant aux yeux bleus, au regard transparent, porte moustache blanche, �paisse, qu�il soigne, taille, lisse et fait se rebiquer de chaque c�t� comme si les pointes devaient marquer le centre de ses joues � (Yves Navarre, <emphasis>Biographie</emphasis>, 1981).</p><p>J�avais, petit, le cheveu rebelle et grand-m�re me disait � T�as la m�che qui r�bique �. J�avais beau vouloir la rabattre avec de la gomina, plus j�en mettais, plus elle <emphasis>rebiquait</emphasis>.</p></section><section><title><p>Bille de clown</p></title><p>L��il vif et rieur, un tantinet narquois, un sourire fendu jusqu�aux oreilles avec l�air filou de celui qui est toujours pr�t � faire une farce, ou, au contraire, le regard ahuri et le sourire niais, voil� ce qu�est une <emphasis>bille de clown</emphasis>. Le clown auquel on pense est plut�t l�auguste, certes ben�t mais sans cesse de bonne humeur malgr� les paires de claques qu�il re�oit de son partenaire, clown blanc au chapeau conique et au visage enfarin� ; Zavatta plut�t qu�Alex.</p><p>Il est aussi des <emphasis>billes de clown</emphasis> ridicules qui trahissent une intelligence indigente et d�clenchent les sarcasmes. L�expression prend alors valeur d�insulte comme dans cet extrait de Pagnol quand une boule puante � explosa sur le sommet du cr�ne de Tignasse, dont la longue chevelure en fut si merveilleusement empest�e qu�il dut se r�signer � la sacrifier, et � nous r�v�ler ainsi son v�ritable visage, c�est-�-dire une aimable bille de clown �. (<emphasis>Le Temps des amours</emphasis>, ch. III, 1977.)</p><p>En argot, la <emphasis>bille</emphasis>, c�est la t�te (mais le m�me mot peut d�signer l�argent, la monnaie). Delvau (1866) nous cite <emphasis>la bille � ch�taigne</emphasis>, � figure grotesque � et l�on conna�t aussi <emphasis>la bille de billard</emphasis> qui s�applique aux cr�nes chauves ainsi que <emphasis>la dr�le de bille</emphasis> de celui qui est d��u ou m�content.</p></section><section><title><p id="link_20">Grand �chalas</p></title><p>Un <emphasis>�chalas</emphasis> est un pieu en bois servant de tuteur � un cep de vigne, une tige de houblon ou un arbuste : � Chaque souche est munie d�un grand �chalas de 2,30�m et souvent de 3 m�tres et d�un petit �chalas attach� en contre-fort ou en pied de ch�vre � (Jules Guyot, <emphasis>Sur la viticulture de l�Est de la France</emphasis>, 1863). Par comparaison, <emphasis>un grand �chalas</emphasis> d�signe une personne grande et maigre que l�on peut, pour les m�mes raisons, qualifier de � grande perche � : � Je crois la voir encore, donnant la main � ce grand �chalas en cheveux longs [�] � (Choderlos de Laclos, <emphasis>Les Liaisons dangereuses</emphasis>, Lettre V, 1782). L�expression figur�e appara�t chez Fureti�re (1690) avec cette explication : � On dit proverbialement qu�un homme est droit comme un <emphasis>�chalas</emphasis>, quand il se tient droit avec une affectation extraordinaire ; que c�est un vrai <emphasis>�chalas</emphasis>, qu�il a aval� un <emphasis>�chalas</emphasis>, quand il est maigre et d�li�. � <emphasis>En �chalas</emphasis> peut aussi qualifier un membre quasi squelettique : � Mais cette maladie ambulante, v�tue de beau drap, balan�ait ses jambes en �chalas dans un �l�gant pantalon � (Balzac, <emphasis>La Cousine Bette</emphasis>, ch. XV, 1846).</p></section><section><title><p>Une gueule d�empeigne</p></title><p>En Saintonge, � goule � remplace <emphasis>gueule</emphasis> (voir <a l:href="#link_19">supra</a>, <emphasis>avoir la goule fine</emphasis>). � Goule � ou <emphasis>gueule d�empeigne</emphasis>, l�expression a plusieurs sens. Elle peut d�signer :</p><p>��un visage antipathique, laid, repoussant, ridicule : � Elle avait �une gueule d� empeigne� qui n��tait pas distingu�e du tout et elle boitait comme la Constitution � (No�l Amaudru, <emphasis>L�Homme aux lunettes d�or</emphasis>, 1888) ;</p><p>��une personne bavarde, qui n�a pas sa langue dans sa poche : � Quelle gueule d�empeigne ! Et ce culot ! Je ne sais pas s�il chante depuis longtemps dans les rues, mais � ce m�tier-l�, avec une gueule pareille, il couchera plus souvent au poste que chez lui, j�en ai peur � (Henry Poulaille, <emphasis>Le Pain quotidien</emphasis>, 1931) ;</p><p>��un � palais assur� contre l�irritation que causerait � tout autre l�absorption de certains liquides frelat�s � (Delvau, 1866), un � palais habitu� aux liqueurs fortes � (Virma�tre, 1894).</p><p>Quand grand-m�re me traitait de <emphasis>goule d�empeigne</emphasis>, je veux croire qu�elle n�avait que la deuxi�me d�finition en t�te.</p><p>Mais, qu�est-ce qu�une <emphasis>empeigne</emphasis> ? C�est la partie d�une chaussure, au-dessus de la semelle, qui va du cou-de-pied jusqu�� la pointe (de l�ancien fran�ais <emphasis>piegne</emphasis>, � m�tatarse �). La comparaison ne fait aucun doute : l�ouverture de l�empeigne �voque une gueule grand ouverte.</p></section><section><title><p>Friser � plat</p></title><p>Combien de fois mes � baguettes de tambour � m�ont-elles attir� ce lazzi ?</p><p><emphasis>Friser � plat</emphasis>, voil� un oxymore dont je me serais bien pass� ! �tait-ce ma faute si la nature ne m�avait pas gratifi�, sinon de boucles, du moins d�ondulations naturelles ? Si je ressemblais plus � Passepoil (Bourvil) qu�� Lagard�re (Jean Marais) dans <emphasis>Le Bossu</emphasis> d�Andr� Hunebelle ?</p><p>Je pouvais au moins me consoler en pensant que le persil <emphasis>plat</emphasis> est moins amer que le persil <emphasis>fris�</emphasis> et qu�en litt�rature bien des <emphasis>Frise-�-plat</emphasis> sont sympathiques. Si seulement j�avais alors connu <emphasis>Frise-�-plat</emphasis>, �pouvantail amoureux des oiseaux, sorti de l�imagination de Gr�goire Archier en� 2010 ?</p></section><section><title><p>Elle est gironde</p></title><p>Pour tout un chacun, la <emphasis>Gironde</emphasis><a l:href="#n_29" type="note">[29]</a>, c�est l�estuaire situ�, en aval de Bordeaux, entre le Bec d�Amb�s (o� la Dordogne conflue avec la Garonne), et l�oc�an Atlantique, estuaire qui a donn� son nom au d�partement. Alors, quand j�entendais dire de telle fille qu�elle �tait <emphasis>gironde</emphasis>, je pensais qu�elle venait de ce pays, au sud de ma Charente-Maritime. J�appris plus tard que <emphasis>gironde</emphasis> �tait un mot d�argot pour une jeune fille � jolie et bien en chair �, ses rondeurs ne l�emp�chant pas de tourner (<emphasis>gyrare</emphasis> en latin) la t�te des gar�ons. Une autre �nigme vint alors troubler mon esprit : pourquoi appelait-on <emphasis>petite gironde</emphasis> cette vieille femme laide qui vendait des journaux en tra�nant sa carriole dans les rues de Saintes ? Tout devint enfin clair quand on me r�v�la que <emphasis>La Petite Gironde</emphasis> fut, de 1872 � la Lib�ration, le nom d�un quotidien r�gional remplac� en ao�t 1944 par <emphasis>Sud-Ouest</emphasis>.</p></section><section><title><p>La poup�e � Jeanneton</p></title><p>D�une femme � plate comme une limande � (voir ci-dessous), grand-m�re disait qu�elle �tait comme <emphasis>la poup�e � Jeanneton</emphasis>. Mais elle n�allait pas plus loin, la comparaison �tant implicite pour tout le monde sauf pour moi. Je ne la compris que quand la deuxi�me partie de l�image me fut d�voil�e, au d�tour d�une lecture : � Qui avait ni fesses, ni t�tons. � Cette <emphasis>poup�e �</emphasis> (ou <emphasis>de</emphasis>) <emphasis>Jeanneton</emphasis> semble remonter loin dans le temps. Delvau la cite dans son <emphasis>Dictionnaire �rotique moderne</emphasis> (1864) : � <emphasis>N�avoir ni cul ni t�tons, comme la poup�e de Jeanneton</emphasis>. Se dit d�une femme maigre, qui n�a ni gorge ni fesses,�� l�envers de la V�nus Callipyge. � Victor Hugo a failli y faire r�f�rence dans <emphasis>Les Chansons des rues et des bois</emphasis> (1866) mais le quatrain n�est rest� que sous forme de notes :</p><poem><stanza><v>� Un falbala contre nature</v><v>L�exag�re, aussi pense-t-on</v><v>Qu�elle a la maigre architecture</v><v>De la poup�e � Jeanneton. �</v></stanza></poem></section><section><title><p>Plate comme une limande</p></title><p>Pour s�r, une telle fille ne peut �tre � gironde � (voir ci-dessus) puisqu�elle manque de rondeurs. Dans ces ann�es-l� o� les canons de beaut� exigeaient qu�une jolie fille ait ce qu�il faut l� o� il faut, �tre <emphasis>plate comme une limande</emphasis> �tait r�dhibitoire. D�Hautel (1808) dit plaisamment la chose : � Se dit m�chamment d�une femme maigre et d�pourvue des agr�mens ext�rieurs de son sexe. � Balzac qualifie ainsi � la s�che madame Phellion, petite femme plate comme une limande et qui gardait sur sa figure la s�v�rit� grim�e avec laquelle elle professait la musique [�] � (<emphasis>Les Petits Bourgeois</emphasis>, in <emphasis>Sc�nes de la vie parisienne</emphasis>, 1855).</p><p>Le mot <emphasis>limande</emphasis>, seul, a autrefois d�sign� une � femme maigre et plate<a l:href="#n_30" type="note">[30]</a> �.</p><p>Il est vrai que la <emphasis>limande</emphasis> se classe dans la cat�gorie des poissons plats (scientifiquement nomm�s pleuronectes, � qui nagent sur le c�t� �) avec la sole, le fl�tan, le turbot et la plie.</p><p>Esnault (1965) nous apprend qu�au rugby on fait la <emphasis>limande</emphasis> quand on reste longtemps � terre en tenant le ballon.</p></section><section><title><p>Avoir un �il qui dit merde � l�autre</p></title><p>Vous l�aurez compris : grand-m�re rempla�ait <emphasis>merde</emphasis> par � zut � ou � crotte �.</p><p>L�expression est une savoureuse m�taphore pour � loucher � et, des injustices de la nature, le strabisme est parmi celles qui ont fait na�tre le plus d�images populaires. Esnault (1965) cite, chronologiquement :</p><cite><p>��avoir un �il qui joue au bill� (billard)�et l�autre qui marque les points (1927) ;</p><p>��avoir un �il qui fait pignon fixe et l�autre qui fait roue libre�(1928) ;</p><p>��avoir un �il qui fait le tapin et l�autre qui guette les bourr�<a l:href="#n_31" type="note">[31]</a> (1930) ;</p><p>��avoir un �il libertin et l�autre jaloux (1960) ;</p></cite><p>On pourrait ajouter � avoir une coquetterie dans l��il � (si le strabisme est l�ger), � avoir les yeux qui se croisent les bras �, etc.</p><p>D�cernons toutefois une palme � Mathurin Regnier (1573�1613), po�te libertin :</p><poem><stanza><v>� Ses yeux, bordez de rouge, esgarez, sembloient estre</v><v>L�un � Montmartre, et l�autre au chasteau de Bicestre :</v><v>Toutefois, redressant leur entre-pas tortu,</v><v>Ils guidoient la jeunesse au chemin de vertu. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Satyre X)</text-author></cite></section><section><title><p>Long comme un jour sans pain</p></title><p>L�expression semblait surtout de mise lors des visites aux nouveau-n�s. Avez-vous remarqu� comment, dans les chambres de maternit�s, on compare � qui mieux mieux ? (cf. <emphasis>Qui tient de p�re et de m�re n�est point b�tard</emphasis>). Apr�s avoir parl� de la bouche du grand-p�re, des yeux de la m�re et du menton de l�oncle Paul, on commente le poids et la taille. Si le b�b� est d�une taille au-dessus de la moyenne on utilisera l�hyperbole : � <emphasis>Il est long comme un jour sans pain</emphasis>. � On peut s��tonner d�une comparaison aussi n�gative quand il est question d�un nourrisson car, devoir attendre toute une longue journ�e sans ne rien se mettre sous la dent n�a rien de tr�s r�jouissant. Bien s�r, la m�taphore peut s�appliquer � tout autre personne qu�un enfant. Elle est alors synonyme de � grand �chalas � (voir <a l:href="#link_20">supra</a>). Me revient en m�moire cet immense jeune homme dont le gigantisme �tait une infirmit�. Quand on lui demandait s�il faisait chaud l�-haut, il nous r�pondait invariablement : � Et en bas, est-ce que �a sent la m� ? �</p><p>Revenons � notre <emphasis>jour sans pain</emphasis> : il est d�j� mentionn� chez Oudin (1640) mais avec une signification temporelle, � <emphasis>long comme un jour sans pain</emphasis>, fort long, fort lent �.</p></section><section><title><p id="link_21">Tout pigac�</p></title><p><emphasis>Pigac�, picass�</emphasis> ou <emphasis>pigeass�</emphasis> s�emploie en Saintonge et Poitou pour dire � tachet�, mouchet�, marquet�, piqu� �, notamment de blanc et de noir. L�occitan a <emphasis>picassa, picata</emphasis>. Une �tymologie propose le latin <emphasis>pica</emphasis>, � pie �, oiseau dont le plumage est bien blanc et noir : <emphasis>� Pigeass�e au meillou quem plume d�Ajasse�</emphasis> � (Jean Boiceau de la Borderie, <emphasis>Gente Poitevin�rie</emphasis>, 1605),�� ajasse � �tant l�un des noms r�gionaux de la pie. <emphasis>Pigac�</emphasis> a �galement eu le sens de � bariol� � : � Nous les mettrons hors de ces villes / Nous les envoierons promener / Avec leur drapeau pigac� � (Chanson royaliste du Bas-Poitou, 1793).</p><p>Grand-m�re employait le mot <emphasis>pigac�</emphasis> pour d�crire la cosse de certains haricots ou un visage constell� de taches de rousseurs.</p></section><section><title><p>Ouvrir ses quinquets</p></title><p>Le pharmacien Antoine Quinquet (1745�1803) perfectionna en 1785 la lampe � huile invent�e trois ans plus t�t par le physicien suisse Aim� Argand (1755�1803). On parla d�abord de � lampe � la Quinquet �. Le nom propre se lexicalisa et les <emphasis>quinquets</emphasis> �clair�rent les estaminets, les h�tels, les th��tres, etc. : � Le bonheur n�est pas un quinquet de taverne �, nous dit Aragon dans <emphasis>Prose du bonheur et d�Elsa</emphasis> (1956). Une amusante expression apparut alors dans l�argot de l�op�ra : <emphasis>cracher sur les quinquets</emphasis> se disait d�un chanteur qui se produisait trop pr�s de la rampe.</p><p>Par comparaison, le mot, devenu populaire, d�signa les yeux � partir de 1808. Delvau (1866) cite <emphasis>Belle paire de quinquets</emphasis> pour des � yeux �merillonn�s �, <emphasis>Allumer ses quinquets</emphasis> pour � regarder avec attention �, <emphasis>�teindre les quinquets</emphasis> pour � crever les yeux �.</p><p>Esnault (1965) donne la forme argotique abr�g�e, <emphasis>quinq�s</emphasis>, et le verbe <emphasis>quinqser</emphasis>, � regarder �.</p><p>Quand un enfant ouvrait les yeux au sortir du sommeil, grand-m�re disait : � Il a ouvert ses quinquets. �</p></section><section><title><p>La beaut� ne se mange pas en salade</p></title><p>L�expression est encore en usage : � Sa petite amie n�est pas tr�s belle.�� Et alors ? La beaut� ne se mange pas en salade ! �</p><p><emphasis>Salade</emphasis> a de nombreux sens argotiques : m�lange, mensonge, boniment, etc. Selon Esnault (1965), le mot a d�sign� chez les pickpockets le � m�lange d�or et de billon [monnaie de faible valeur] que la �main� retire de la poche fouill�e �.</p><p><emphasis>Ne pas se manger en salade</emphasis> signifie � ne rapporter aucun avantage, ne procurer aucun profit � : � La grandeur nationale ne se mange pas en salade � (Jacques Sapir, <emphasis>Le Nouveau</emphasis> XXI<sup>e</sup><emphasis>si�cle</emphasis>, Seuil, 2008).</p><p>L�expression nous fait donc comprendre que la beaut� n�est ni n�cessaire ni suffisante pour faire vivre un m�nage : � Certes, il n��tait pas beau. Mais la beaut� ne se mange pas en salade, et il �tait si brave. Elle tenait � lui qui tenait � elle. Est-ce autre chose, l�amour ? � (Albert Camus, <emphasis>La Mort heureuse</emphasis>, 1936-38.)</p></section><section><title><p>Elle a regard� le soleil � travers une passoire</p></title><p>� �ph�lides � est le nom scientifique des taches de rousseur, du grec <emphasis>h�lios</emphasis>, � soleil � et <emphasis>�pi</emphasis>, � � cause de �. Il est vrai que les taches de rousseur s�accentuent apr�s une longue exposition au soleil. Pourquoi taches de � rousseur � ? Parce qu�elles sont plus fr�quentes chez les roux. On les appelle aussi � taches de son �, expression adopt�e par Fran�ois Copp�e pour intituler un po�me de son recueil <emphasis>Arri�re-saison</emphasis> (1887) dont voici le premier quatrain :</p><poem><stanza><v>� Sur ta peau si tendre et si lisse,</v><v>Dont ma bouche sait la douceur,</v><v>Le soleil d��t�, par malice,</v><v>A mis des taches de rousseur. �</v></stanza></poem><p>�ph�lides, taches de son ou de rousseur sont de jolis noms, mais ces petites pigmentations g�n�tiques donnent aussi lieu � des quolibets : on fait r�f�rence au <emphasis>Poil de carotte</emphasis> de Jules Renard, on �voque des � chiures de mouches � ou (moquerie et imagination font souvent bon m�nage) on imagine une observation de l�astre solaire <emphasis>� travers une passoire</emphasis>. Grand-m�re avait parfois recours � cette image mais, plus souvent, elle parlait d�un visage � tout pigac� � (voir <a l:href="#link_21">supra</a>).</p></section></section><section><title><p><emphasis>PRESTO</emphasis></p></title><section><title><p>D�caniller</p></title><p><emphasis>D�caniller</emphasis>, c�est d�abord � d�camper, ficher le camp � : � [�] en avant marche, d�canillons ; j�ai besoin de prendre l�air, �a empoisonne ici � (Eug�ne Sue, <emphasis>Les Myst�res de Paris,</emphasis> seconde partie, ch. V, 1842).</p><p><emphasis>D�caniller</emphasis>, c�est ensuite � se lever, sortir du lit � (Virma�tre, 1894, dit aussi, � se lever de sa chaise �) :�� Est-ce que tu te moques des paroissiens, sacr� faignante ? Allons, houp ! d�canillons ! Il faisait d�j� claquer le fouet au-dessus du lit � (�mile Zola, <emphasis>L�Assommoir</emphasis>, ch. XII, 1878).</p><p>L�origine �tymologique est sujette � controverse. Pour certains, le verbe serait issu de <emphasis>quenis, quenil</emphasis>, formes nordiques de � chenil �, <emphasis>d�caniller</emphasis> signifiant alors, � l�origine, � sortir du chenil, de la niche � (on trouve dans la Sarthe les variantes <emphasis>d�ch�niller</emphasis> et <emphasis>d�canicher</emphasis>). Pour d�autres, il faut y voir <emphasis>canille</emphasis>, � jambe � dans le Lyonnais (cf. <emphasis>canne</emphasis>, de m�me sens dans le langage populaire). <emphasis>D�caniller</emphasis> serait donc � jouer des cannes �, � prendre ses jambes � son cou �. On peut enfin supposer une influence de <emphasis>cagne</emphasis>, � indolence, paresse �, dans le Midi.</p><p>En Aunis et Saintonge, on <emphasis>d�canille</emphasis> quand on se l�ve de bonne heure. En Vend�e, on <emphasis>d�canige</emphasis> plut�t.</p></section><section><title><p>Jouer la fille de l�air</p></title><p>C�est une fa�on famili�re d�exprimer la fuite, la disparition soudaine. Qui est donc cette <emphasis>fille de l�air</emphasis> ? Une l�gende allemande nous la pr�sente comme une jeune et belle meuni�re qui, pour ne pas �pouser le marchand de farine que lui impose son p�re, appelle le vent � la rescousse et en devient la fianc�e, se transformant en une sylphide �vanescente, vaporeuse et l�g�re. Jules Verne lui consacre un long po�me intitul� <emphasis>La Fille de l�air</emphasis>. En voici la premi�re strophe :</p><poem><stanza><v>� Je suis blonde et charmante,</v><v>Ail�e et transparente,</v><v>Sylphe, follet l�ger, je suis fille de l�air,</v><v>Que puis-je avoir � craindre ?</v><v>Une nuit de m��teindre ?</v><v>Qu�importe de mourir comme meurt un �clair ! �</v></stanza></poem><p>C�est toutefois par le biais d�une autre <emphasis>fille de l�air</emphasis>, r�le titre d�une � f�erie � � succ�s �crite en 1836 par Provost et les fr�res Cogniard, que l�expression s�est popularis�e : <emphasis>La Fille de l�air</emphasis>, op�rette en trois actes, fut repr�sent�e en ao�t 1837 au Folies-Dramatiques. Elle met en sc�ne une f�e baptis�e Azurine qui, pour s��tre laiss� s�duire par un villageois du nom de Rutland, est condamn�e � perdre ses ailes et � ne plus jamais quitter la terre. Comment expliquer alors qu�ayant perdu la facult� de s�esquiver, cette fille de l�air-l� ait pu faire na�tre une locution exprimant justement la d�robade ? La chose para�t peu logique. C�est que la v�ritable justification se trouve dans un autre vaudeville, jou� quelques mois apr�s dans le m�me th��tre et avec autant de succ�s. Il a pour titre <emphasis>La Fille de l�air dans son m�nage</emphasis> et propose une suite � l�op�rette. Les auteurs, Honor� et Delaporte, y d�peignent le couple malheureux que forment Azurine et Rutland. Mais, miracle ! Gr�ce � un propice talisman, Azurine retrouve ses ailes et peut fort heureusement quitter le monde d�ici-bas o� nul bonheur ne l�attendait.</p><p>La locution a fait flor�s dans le milieu : elle s�applique parfaitement � l�aptitude du monte-en-l�air, genre Lupin, qui, comme par enchantement, parvient toujours � �chapper � la police.</p></section><section><title><p>Faire fissa</p></title><p>En maintes occasions, il fallait <emphasis>faire fissa</emphasis> : quand nous avions tra�n� au lit et qu�approchait l�heure d�aller � l��cole, quand, ayant d�ball� tous nos jouets, il nous fallait les ranger avant que les parents reviennent, quand nous �tions en promenade et qu�un gros orage mena�ait, etc.</p><p>Cette mani�re de se d�p�cher nous vient d�Afrique du Nord puisque ce mot sabir est issu de l�arabe alg�rien <emphasis>fis-sa�</emphasis>, � � l�heure m�me, tout de suite �. Esnault nous pr�cise que l�expression �tait courante dans les chambr�es d�Afrique avant 1870.</p><p><emphasis>Faire fissa</emphasis> a connu une certaine vogue chez les auteurs de polars : � [�] j�ai tout juste eu le temps de boire un Nescaf� avant de partir. Fallu faire fissa� On m�a pr�venu encore dans les toiles � (Alphonse Boudard, <emphasis>Les Matadors</emphasis>, 1966).</p></section><section><title><p>Minute, papillon !</p></title><p>Du verbe <emphasis>papillonner</emphasis>, Delvau (1866) propose une jolie d�finition : � Aller de belle en belle, comme un papillon de fleur en fleur. � C�est une mani�re bien agr�able de butiner. Elle est, par d�finition, superficielle : volage est celui qui en use et, � jouer avec le feu, il risque bien de s�y br�ler les ailes. Au-del� de l�amour inconstant, on peut <emphasis>papillonner</emphasis>, non d�un c�ur � l�autre mais d�une chose � l�autre, sans but v�ritable, un peu gratuitement, par jeu, oisivet� ou incapacit� � se fixer, � rester calme et seul pour prendre du recul. Pascal n�a-t-il pas dit que � tout le malheur des hommes vient d�une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre � (<emphasis>Pens�es</emphasis>, fragment 126, <emphasis>Divertissement</emphasis>) ? � S�agiter comme des ailes de papillon � est une autre acception de <emphasis>papillonner</emphasis>.</p><p>Frivolit�, fr�n�sie, fr�tillement et, au final, fragilit�, fr�fr�fr�, mots dont l�assonance m�me �voque des battements vains et futiles. C�est � tous ces fi�vreux, tous ces agit�s qui courent sans but, qui parlent sans raison, qui r�pondent sans r�fl�chir, que l�on a envie de dire, les invitant � l�attente : � Minute, papillon ! �</p></section><section><title><p>On n�est pas aux pi�ces</p></title><p>Grand-m�re n�aimait pas qu�on la bouscule. Elle faisait tout � petits pas. Alors, quand elle voulait se joindre � nos �quip�es et que nous essayions de lui faire presser l�allure, nous avions droit � � Minute, papillon ! �, imm�diatement suivi de � <emphasis>On n�est pas aux pi�ces !</emphasis> �. Qu�elle estim�t avoir ainsi tout son temps nous exasp�rait. Se vengeait-elle d�avoir d�, dans son pass� de petite main, coudre � n�en plus finir pour gagner son pain ?</p><p>Telle est bien l�origine de l�expression�<emphasis>�tre aux pi�ces</emphasis>, � �tre r�mun�r� en fonction du nombre de pi�ces produites �. Ramen� � l�heure, le salaire ainsi gagn� �tait souvent d�risoire : � Il a d�abord travaill� aux pi�ces. Faute d�entra�nement, il a eu beaucoup de peine au d�but � d�passer un gain de soixante-dix, ou quatre-vingts centimes de l�heure [�] � (Jules Romains, <emphasis>Mont�e des p�rils</emphasis> in <emphasis>Les Hommes de bonne volont�</emphasis>, 1935).</p></section><section><title><p>� la sauvette</p></title><p>Aujourd�hui, seuls les marchands du 1<sup>er</sup> mai ont le droit de vendre leur muguet <emphasis>� la sauvette</emphasis>. Dans tous les autres cas, ce mode de vente est ill�gal puisque tout commer�ant doit payer une patente pour exercer sa profession. Les marchands ambulants sont souvent des marchands clandestins : quand ils voient la mar�chauss�e se profiler � l�horizon, il doivent remballer la camelote dare-dare et se sauver, d�o� le qualificatif <emphasis>� la sauvette</emphasis>.</p><p>De nos jours, certains escrocs tentent de revendre des tickets de m�tro <emphasis>� la sauvette</emphasis> en faisant, bien s�r, un b�n�fice. Des voyageurs press�s se laissent parfois estamper, surtout quand les guichets sont encombr�s de files d�attente mais R.A.T.P. et S.N.C.F. veillent au grain.</p><p>Par extension, l�expression a rev�tu le sens de � vite fait � et, comme ce qui est vite fait ne saurait �tre bien fait, <emphasis>� la sauvette</emphasis> signifie aussi � sans soin, de fa�on b�cl�e � : � Je vis � la sauvette, je travaille � la sauvette, je fais les courses � la sauvette, je mange � la sauvette quand il n�est pas dans la chambre � (Violette Leduc, <emphasis>Ravages</emphasis>, Gallimard, 1955).</p></section><section><title><p>En voiture, Simone !</p></title><p>Si l�on en croit Patrice Louis<a l:href="#n_32" type="note">[32]</a>, l�expression ferait r�f�rence � Simone Louise de Pinet de Borde des Forest, agricultrice passionn�e d�automobiles qui obtint son permis de conduire en 1929 et s�illustra dans plusieurs courses et rallyes entre 1930 et 1957. Les pilotes de courses �tant plus nombreux parmi les hommes que chez les femmes et compte tenu de l��poque ou Simone de Borde des Forest acquit sa notori�t�, la formule laisse transpara�tre une certaine incr�dulit� ironique quant � l�aptitude du sexe faible � tenir un volant. L�expression compl�te est en effet : � En voiture, Simone, c�est moi qui conduis, c�est toi qui klaxonnes. �</p><p>Associ�e � l�origine � l�excitation des voyages en automobile (grand-m�re l�utilisait quand nous partions � la mer dans la 401 familiale), l�expression s�est ensuite g�n�ralis�e pour exhorter tout un chacun � se mettre en route, en action, au travail.</p></section><section><title><p>Faire vinaigre</p></title><p>Si l�huile est onctueuse et coule lentement, le vinaigre est vif et acide. Cette consid�ration est sans doute � l�origine des injonctions � � l�huile ! � et � au vinaigre ! � associ�es depuis le d�but du XIX<sup>e</sup> si�cle au jeu de la corde � sauter : dans les cours de r�cr�ation, quand une camarade criait � � l�huile ! �, la fillette devait sauter lentement ; elle se mettait � acc�l�rer quand elle entendait � au vinaigre ! �</p><p>Cette pratique semble pouvoir justifier le sens de <emphasis>faire vinaigre</emphasis>, � se d�p�cher �.</p><p>Le <emphasis>vinaigre</emphasis> intervient dans d�autres locutions :</p><p>��son acidit� explique qu�une personne triste et rabat-joie soit trait�e de � pisse-<emphasis>vinaigre�</emphasis> � (pour Oudin, en 1640, un pisse-vinaigre est un avare) ;</p><p>��la transformation du vin en vinaigre rend compte de l�expression � tourner <emphasis>vinaigre�</emphasis> �, � s�aigrir � donc, � devenir orageux, conflictuel �. Grand-m�re disait plut�t : � Tourner en bouillon de moules � (voir <a l:href="#link_48">infra</a>).</p></section></section><section><title><p>PR�TENTION</p></title><section><title><p>Fier comme Artaban</p></title><p>Quand grand-m�re croisait une connaissance qui, l�ignorant ou ne la voyant pas, manquait � la saluer, elle exprimait son d�pit d�un � Regarde-moi un peu celui-l�, il est fier comme Artaban ! �. Elle se moquait aussi de cette voisine b�tasse qui d�formait l�expression en � fier comme un p�tit banc �. Mais savait-elle qui �tait Artaban ?</p><p>Le fr�re de Darius I<sup>er</sup> ? Le capitaine des gardes de Xerx�s I<sup>er</sup> ? L�un des cinq rois de la dynastie parthe des Arsacides ? Le h�ros imaginaire de <emphasis>Cl�op�tre</emphasis>, roman-feuilleton �crit de 1647 � 1658 par Gautier de Costes de La Calpren�de ? L�un d�entre eux, � coup s�r, mais lequel ?</p></section><section><title><p>Se croire sorti de la cuisse de Jupiter</p></title><p>Si l�on s�en r�f�re � la mythologie, se croire sorti de la cuisse de Jupiter, c�est se prendre pour Bacchus. � l�origine, on trouve une histoire de coucherie et de jalousie olympiennes. Jupiter tombe amoureux de S�m�l� et lui fait un enfant. Comme il se doit, Junon en con�oit jalousie et vengeance. Quand Jupiter demande � S�m�l� ce qu�il peut faire pour la rendre heureuse, Junon souffle insidieusement la r�ponse suivante : � Te voir dans toute la splendeur de ta gloire. � Jupiter a jur� par le Styx et ne peut se d�savouer, tout dieu des dieux qu�il soit. H�las ! car, pour le c�leste souverain, se montrer dans sa gloire ne peut aller sans force d�ploiement d��clairs, de tonnerre et de foudre. Laissons Ovide achever le r�cit : � Le corps d�une mortelle ne put supporter le fracas qui �branlait les airs ; elle fut consum�e par les pr�sents de son �poux. L�enfant imparfait est arrach� du sein de sa m�re et, tout fr�le encore, cousu (s�il est permis de le croire) dans la cuisse de son p�re, o� il ach�ve le temps qu�il devait passer dans les flancs maternels. Ino, s�ur de sa m�re, entoura furtivement son berceau des premiers soins ; ensuite elle le confia aux nymphes de Nysa, qui le cach�rent dans leurs antres et le nourrirent de lait �. (<emphasis>Les M�tamorphoses</emphasis>, III, 308�315, traduction de Georges Lafaye).</p><p>L�histoire nous apprend que Bacchus/Dionysos ne continua gu�re � se nourrir de lait.</p><p>Celui qui, aujourd�hui, emploie la locution ne se doute pas qu�il fait r�f�rence au dieu de la Vigne et du Vin. Pour lui, <emphasis>se croire sorti de la cuisse de Jupiter</emphasis>, c�est �tre orgueilleux, �tre imbu de soi-m�me, se croire sup�rieur aux autres.</p></section><section><title><p>La huiti�me merveille du monde</p></title><p>Il ne manque pas de candidats � cette distinction supr�me. On l�a d�cern�e au Camp du Drap d�or, village somptueux mais �ph�m�re o� Henry�VIII rencontra Fran�ois�I<sup>er</sup> du 7 au 24 juin 1520. Cependant, ce titre enviable a plus souvent et plus logiquement �t� attribu� � certains monuments aussi remarquables que durables, comme, par exemple, les temples d�Abou-Simbel en basse Nubie (selon l��gyptologue Christiane Desroches-Noblecourt), ceux d�Angkor au Cambodge, le Taj Mahal en Inde, l�abbaye du Mont-Saint-Michel en France, l�Alhambra de Grenade en Espagne, ou, toujours en Espagne, mais pr�s de Madrid, le palais de l�Escurial que Th�ophile Gautier tient cependant pour � le plus grand tas de granit qui existe sur la terre �. Il ajoute ironiquement que � chaque pays a sa huiti�me merveille, ce qui fait au moins trente huiti�mes merveilles du monde � (Voyages en Espagne, 1843).</p><p>L�expression est consacr�e par Fureti�re (1690) : � On dit aussi, C�est une des sept merveilles du monde, pour dire c�est quelque chose de rare, d�excellent. On dit aussi dans le m�me sens que c�est la huiti�me merveille du monde. �</p><p><emphasis>Huiti�me merveille du monde</emphasis> peut �galement s�appliquer � une personne que l�on admire et/ou que l�on ch�rit. En ce sens, un enfant est bien souvent consid�r� par ses parents comme <emphasis>la huiti�me merveille du monde</emphasis>.</p><p>Profitons de l�expression pour rappeler la liste, donn�e comme la plus officielle, des Sept Merveilles du monde de l�Antiquit�, constructions toutes remarquables par leurs proportions gigantesques : les pyramides d��gypte, les jardins suspendus de Babylone (� c�t� du palais de Nabuchodonosor�II), la statue chrys�l�phantine de Zeus Olympien (�uvre du sculpteur Phidias), le temple d�Art�mis � �ph�se, le tombeau du roi Mausole � Halicarnasse, le phare d�Alexandrie et le colosse de Rhodes.</p></section><section><title><p>Vouloir p�ter plus haut que son cul</p></title><p><emphasis>Vouloir p�ter plus haut que son cul</emphasis>, ou <emphasis>plus haut qu�on a le cul</emphasis> (grand-m�re att�nuait la verdeur du propos en rempla�ant <emphasis>cul</emphasis> par � derri�re �), c�est vouloir se faire passer pour plus riche, plus intelligent, plus�, plus � qu�on ne l�est, ne pas vouloir se m�ler au bas peuple, aspirer � des sommets que l�on ne peut atteindre, vivre au-dessus de ses moyens, etc.</p><p>Celui � qui l�on pr�te cette vell�it� ne se prend assur�ment pas pour de la merde. Il est d�ailleurs cocasse de voir qu�on se moque des pr�tentieux en les rabaissant souvent � un stade anal. Dans ses m�moires, le duc de Luynes nous rapporte un <emphasis>Discours politique sur les affaires pr�sentes</emphasis> o� la m�taphore scatologique est abondamment fil�e. En voici un �chantillon : � La reine d�Espagne est un b�ton merdeux qu�on ne sait par quel bout prendre ; elle a toujours eu, vous le savez, la fureur de p�ter plus haut que le cul. Qu�en est-il arriv� ? Le roi de Prusse nous a p�t� dans la main, et le roi de Sardaigne nous a chi� du poivre � (<emphasis>Juillet 1746</emphasis> in <emphasis>M�moires du duc de Luynes</emphasis>).</p><p>L�expression, on le voit, est ancienne. Elle est mentionn�e d�s 1640 par Oudin sous une forme voisine : � <emphasis>On ne s�auroit p�ter plus haut que le cul</emphasis>, on ne peut faire au-del� de son pouvoir. �</p></section><section><title><p>�tre sorti de Saint-Cyr</p></title><p>Le grec <emphasis>Kyrikos</emphasis>, � qui appartient au seigneur �, a donn� le latin <emphasis>Cyricus</emphasis> et <emphasis>Quiricus</emphasis>. Plusieurs saints ont port� ce nom dont le plus c�l�bre est un enfant de cinq ans qui fut martyris� � Tarse en Cilicie vers 304 sous le r�gne de Diocl�tien. Alors que le juge Alexandre pronon�ait la condamnation de chr�tiens, l�enfant se serait �cri� : � Moi aussi, je suis chr�tien ! � Le juge aurait alors saisi l�enfant par une jambe et lui aurait fracass� la t�te contre un mur. La m�re de Cyricus, Julitte, fut aussi victime des pers�cutions de Diocl�tien. Ils sont tous deux f�t�s localement le 16 juin (parfois sous les noms de Quirico et Giulitta). Le culte de saint Cyr, nom fran�ais de saint Cyricus, se r�pandit rapidement en Gaule. Ses reliques �taient conserv�es dans l��glise de Volnay (C�te-d�Or).</p><p>La v�n�ration de ce saint est � l�origine d�une quarantaine d�hagiotoponymes, sans compter ceux d�riv�s du nom gascon de saint Cyr : saint Cricq. On trouve aussi Saint-Cirq, Saint-Cirgue, Saint-Cergue et Saint-Cirice. C�est �galement le nom d�un mont dans le d�partement du Lot et d�une cha�ne de montagnes dans celui des Bouches-du-Rh�ne.</p><p>Le Saint-Cyr concern� par l�expression est �videmment le chef-lieu de canton des Yvelines, pr�s de Versailles, Saint-Cyr-l��cole, o� Mme de Maintenon a cr�� en 1686 une maison d��ducation devenue sous Napol�on I<sup>er</sup> une �cole militaire de grand renom, �cole d�truite en 1944 et transf�r�e � Co�tquidan (Morbihan). Les �tudiants sortant de cette �cole �taient munis d�un s�rieux bagage �ducatif et culturel, d�o� l�expression � �tre sorti de Saint-Cyr �, utilis�e pour d�signer les personnes tr�s instruites et plus souvent � la forme n�gative pour dire d�une aptitude qu�elle est rudimentaire ou d�une connaissance qu�elle est �l�mentaire : � Il n�y a pas besoin d��tre sorti de Saint-Cyr ! �</p></section></section><section><title><p>PROVERBES</p></title><section><title><p>Fais du bien � ton �ne, il te chiera une crotte</p></title><p>Variante : � Fais du bien � un baudet, tu recevras un pet<a l:href="#n_33" type="note">[33]</a>�(ou un coup de pied). � Existent, selon les r�gions, d�autres proverbes �quivalents o� l��ne est remplac� par le chien ou le cochon. Il s�agit dans tous les cas de d�noncer l�ingratitude humaine : non seulement celui envers qui vous avez �t� bon ne vous en sera pas reconnaissant mais il peut m�me se montrer hostile � votre �gard. La nature est ainsi faite que l�homme n�aime gu�re �tre redevable ; aussi la morale chr�tienne recommande-t-elle de faire le bien de fa�on d�sint�ress�e.</p><p>Cela n�emp�che pas certains saint-bernard d��tre pr�ts � tout pour rester dans la m�moire de ceux qu�ils ont aid�s, <emphasis>a fortiori</emphasis> quand il les ont sauv�s, � l�image de cet in�narrable M. Perrichon qui, apr�s avoir �vit� � Daniel de tomber dans une crevasse de la mer de Glace, lui d�clare : � Vous me devez tout, tout ! Je ne l�oublierai jamais ! � (Eug�ne Labiche, <emphasis>Le Voyage de Monsieur Perrichon</emphasis>, acte II, sc. X). La sollicitude de M. Perrichon envers son oblig� ira m�me jusqu�� le contraindre � devenir son gendre. Il est des sauveurs qui ne se laissent pas si facilement oublier !</p></section><section><title><p>Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois</p></title><p>Ce c�l�bre proverbe est toujours en usage, mais il revenait si souvent dans la bouche de grand-m�re qu�il devait ici trouver sa place. Il est d�ailleurs si bien connu que grand-m�re se contentait du d�but, � <emphasis>Au royaume des aveugles</emphasis>� �, et tout le monde comprenait.</p><p>Il met l�accent sur la relativit� des talents et des connaissances. Tel guitariste amateur, parvenant � jouer tant bien que mal la m�lodie du film <emphasis>Jeux Interdits</emphasis>, sera consid�r� comme un virtuose par ceux qui sont musicalement incultes. Les Diafoirus ne pourront jamais abuser que des malades imaginaires ignorant jusqu�aux rudiments de la m�decine. Connue au XVI<sup>e</sup> si�cle sous la forme <emphasis>Entre aveugles borgnes sont Rois</emphasis> (Jean-Antoine de Ba�f, <emphasis>Les Mimes</emphasis>, second livre, 1581) et correspondant � la formule latine <emphasis>Inter caecos regnat strabus</emphasis> d��rasme, cette maxime peut �tre rapproch�e de la parabole biblique des aveugles : � Laissez-les : ce sont des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! � (Matthieu, 15, 14).</p><p>Variantes : � Au pays des culs-de-jatte, les boiteux sont rois � et � Au pays des boiteux chacun pense qu�il marche droit. �</p></section><section><title><p>D�un bourricot, on ne fera jamais un cheval de course</p></title><p>Le petit Bidule, enfant du quartier, n�obtenait � l��cole que des r�sultats affligeants. Pour peu que soit �voqu� son cas, grand-m�re affirmait en haussant les �paules :�� D�un bourricot, on ne fera jamais un cheval de course ! �</p><p>Les Corses connaissent aussi le proverbe : <emphasis>� ch� nasce sumere �n diventa cavallu</emphasis>, � Qui na�t bourricot ne devient pas cheval �.</p><p>Autrement dit : � N�esp�rons pas trouver chez quelqu�un ce qu�il n�est pas �, ce qui, sans vouloir comparer une jeune fille et un bourricot, correspond � cet autre adage : � La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu�elle a<a l:href="#n_34" type="note">[34]</a> �.</p></section><section><title><p>Ne conna�tre quelqu�un ni d��ve, ni d�Adam</p></title><p>Bien que l�on se r�f�re � <emphasis>�ve</emphasis> et <emphasis>Adam, conna�tre</emphasis> ne doit pas �tre pris au sens biblique du terme : � Adam connut �ve, sa femme. Elle devint enceinte et enfanta Ca�n � (Gen�se, 4, 1). <emphasis>Ne conna�tre quelqu�un ni d��ve, ni d�Adam</emphasis>, c�est bien n�en avoir jamais entendu parler. Si, cr�ationniste convaincu, on croit mordicus que toute l�humanit� descend de ces deux habitants du jardin d��den originel, ne pas ainsi conna�tre quelqu�un c�est �videmment ne pas le conna�tre du tout, encore moins le compter dans son lignage (on a dit aussi : � <emphasis>Il ne m�est ni d��ve, ni d�Adam</emphasis> �), voire en nier tout simplement l�existence.</p><p>Petite remarque : <emphasis>ni d��ve, ni d�Adam</emphasis> laisse supposer que ces tout premiers procr�ateurs auraient eu chacun une prog�niture distincte, donc qu�ils auraient, l�un et l�autre, commis l�adult�re. Blasph�me lexical ! Avoir croqu� la pomme, cela suffit bien � nos malheurs ! Pour que l�orthodoxie soit sauve, il faudrait dire : cette personne m�est �trang�re, m�me si je remonte � Adam et �ve ; mais on ne d�figure pas un proverbe, d�autant que celui-l� remonte, sinon � Adam et �ve, du moins � l�aube du XVIII<sup>e</sup> si�cle : dans la <emphasis>R�ponse � l�apologie du p�re Bouhours faite en 1700</emphasis>, l�auteur parle d�� une histoire et [de] bruits qui ont eu pour principal fondement la grossesse scandaleuse d�une fille, qu�ils [les messieurs de Port-Royal] ne connaissaient ni d��ve ni d�Adam [�] �.</p></section><section><title><p>Manger son pain blanc le premier</p></title><p>D�j�, Rabelais nous disait de son Gargantua qu�� il mangeoyt son pain blanc le premier � (<emphasis>Gargantua</emphasis>, ch. XI, 1534). L�expression �tait donc connue d�s le d�but du XVI<sup>e</sup> si�cle. Elle fait partie d�une longue liste o� le pain est la m�taphore de l�excellence (<emphasis>C�est pain b�nit,</emphasis> voir <a l:href="#link_15">supra</a>), de la bont� (<emphasis>Comme du bon pain</emphasis>), du travail (<emphasis>Du pain sur la planche</emphasis>), du partage (<emphasis>Rompre le pain avec quelqu�un</emphasis>), de la profusion (<emphasis>Comme des petits pains</emphasis>).</p><p><emphasis>Manger son pain blanc le premier</emphasis>, c�est conna�tre une situation moins enviable que la pr�c�dente, affronter le malheur apr�s avoir joui de la f�licit�.</p><p>Si c�est le r�sultat de votre incurie, de votre insouciance, ne vous en prenez qu�� vous-m�me ; si c�est un imparable coup du sort, soyez sto�que.</p><p>C�est plut�t dans le premier cas et sur un ton de reproche que grand-m�re recourait au proverbe. Elle qui �tait l�incarnation de la pr�voyance et de l��conomie �tait en effet peu encline � plaindre celui qui, ayant jet� l�argent par les fen�tres, se retrouvait sur la paille.</p></section><section><title><p>� tout p�ch� mis�ricorde</p></title><poem><stanza><v>� � tout p�ch�, mis�ricorde</v><v>Je n�ai pas m�rit� la corde</v><v>Si dans le vin je me saborde</v><v>C�est l� trop-plein d�amour qui d�borde<a l:href="#n_35" type="note">[35]</a> �.</v></stanza></poem><p>Il faut donc pardonner toutes les fautes ? Les pr�dicateurs avertis ne manqueront pas d�ajouter : encore faut-il que le p�cheur se soit pr�alablement repenti ! Si Dieu est mis�ricordieux, ce n�est pas � l�homme d��tre justicier.</p><p>On trouve le proverbe mentionn� chez Fureti�re (1690). Il exhorte au pardon, � l�indulgence. Il �quivaut � <emphasis>Ne pas vouloir la mort du p�cheur</emphasis> et fait �cho � � Que celui qui est sans p�ch� lui jette la premi�re pierre �, allusion � l��pisode �vang�lique de la femme adult�re�(Jean, 8, 7).</p><p>Grand-m�re me rassurait ainsi d�une faute commise, toujours une faute sans gravit�, un tout petit p�ch�, comme d�avoir mang�, sans permission, tout un bocal de confiture : si grand-m�re et le bon Dieu �taient dispos�s � m�absoudre, mon estomac, lui, s�en trouvait parfaitement indispos�, dans les deux sens du terme.</p></section><section><title><p>� pisser contre le vent, on mouille sa chemise</p></title><p>La seconde partie de ce proverbe fut ajout�e post�rieurement. On trouve <emphasis>Pisser contre le vent</emphasis> chez Oudin (1640) qui nous en donne cette explication : � Faire une chose dont le mal ou le dommage retombe sur nous. � La signification actuelle vanterait plut�t la pertinence d�une attitude opportuniste : r�gler sa conduite en fonction des circonstances, en demandant � ses scrupules de la mettre en veilleuse. Diable ! Voil� qui est bien immoral. Certains hommes politiques, suivant en cela l�exemple du grand Talleyrand (diable boiteux !), en ont fait depuis longtemps leur devise : suivez mon regard !</p><p>Dans un registre voisin, Rabelais nous parle de Gargantua adolescent qui � pissoyt contre le soleil � (<emphasis>Gargantua</emphasis>, ch. XI, 1534). Pour Littr� (1872-77), <emphasis>pisser contre le soleil</emphasis>, c�est � offenser ses amis � ; il pr�cise qu�� uriner contre le soleil �tait d�fendu par d�anciennes religions �. Fureti�re (1690) mentionne, sans explication, <emphasis>pisser contre le ciel</emphasis>.</p></section><section><title><p>Entre deux pommes pourries, il n�y a pas grand choix</p></title><p>C�est la version fructif�re de � choisir entre la peste et le chol�ra �. Devant ce dilemme corn�lien, certains choisissent� de ne pas choisir : tel peut �tre le cas lors d�une �lection mais la solution de voter blanc ou nul est-elle plus satisfaisante ? Esp�rer que les autres trancheront � votre place, c�est aussi prendre un risque, la situation induite pouvant devenir une� pomme de discorde.</p><p>Un proverbe �quivalent se trouve en 1623 chez Shakespeare : � [�] <emphasis>there�s small choice in rotten apples�</emphasis> � (<emphasis>The Taming of the shrew</emphasis>, I, 1), que Fran�ois-Victor Hugo traduit ainsi : � Il y a peu � choisir entre des pommes pourries. � (<emphasis>La M�g�re apprivois�e</emphasis>, I,1.)</p></section><section><title><p>D�shabiller saint Pierre pour habiller saint Paul</p></title><p>Ou <emphasis>d�couvrir saint Pierre pour (couvrir) saint Paul.</emphasis></p><p>� Rem�dier � un inconv�nient par un autre � ou � Payer ses dettes en en faisant de nouvelles � ou encore � d�rober � l�un pour donner � l�autre �, telles sont les significations que l�on donne � ce proverbe. Dans <emphasis>Saint-Julien de Bailleure, historien bourguignon,</emphasis> de L�once Raffin (1926), on en trouve cette explication : � Un pape fit d�couvrir l��glise de Saint-Pierre au Vatican, laquelle �tait couverte de lames de cuivre, pour en faire couvrir celle de Saint-Paul hors les murs de la ville. � L�information est-elle historiquement fond�e ? Toujours est-il que les basiliques Saint-Paul et Saint-Pierre sont bien les deux plus grandes basiliques de la ville aux sept collines et que les �glises originelles furent �difi�es au d�but du IV<sup>e</sup> si�cle sur ordre de l�empereur Constantin � l�emplacement des tombeaux des saints martyrs.</p><p>La Tradition a rendu les ap�tres Pierre et Paul ins�parables. Ils sont l�un et l�autre consid�r�s comme les piliers de l��glise romaine. Ils �vang�lis�rent tous deux la ville imp�riale et furent tous deux martyris�s sous N�ron entre 64 et 67, Paul d�capit� et Pierre crucifi� la t�te en bas.</p></section><section><title><p>�tre comme saint Thomas</p></title><cite><p>� Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n�enfonce pas mon doigt � la place des clous et si je n�enfonce pas ma main dans son c�t�, je ne croirai pas ! �</p><text-author>(Jean, 20, 25).</text-author></cite><p>Ainsi l�ap�tre Thomas exprime-t-il son incr�dulit� quand on lui annonce que J�sus est ressuscit�. Son scepticisme sera lev� huit jours plus tard, quand il sera face au Christ et qu�il aura v�rifi� par lui-m�me que ses stigmates correspondent bien aux marques de la crucifixion et au coup de lance. L��pisode a �t� maintes fois repr�sent� par les artistes sous le titre � L�Incr�dulit� de saint Thomas �, par le Caravage, Girolamo, Rubens, Rembrandt, Signorelli, etc.</p><p>Thomas �tait aussi appel� Didyme, les deux mots signifiant � jumeau �, de l�aram�en <emphasis>t��mm�</emphasis> pour l�un et du grec <emphasis>didumos</emphasis> pour l�autre. Le doute qu�il exprime devant la r�surrection du Christ et son besoin de voir pour croire a fait na�tre le proverbe <emphasis>�tre comme saint Thomas</emphasis> qui sous-entend � ne croire que ce que l�on voit �.</p><p>Paradoxalement, mon m�cr�ant de grand-p�re invoquait saint Thomas pour justifier son ath�isme : � Je suis comme saint Thomas, disait-il, je croirai au petit J�sus le jour o� je le verrai ! �, ce qui me rem�more cette repartie du chanoine Kir�� un d�put� qui niait l�existence de Dieu au pr�texte qu�on ne l�avait jamais vu : � Et mon cul ? L�avez-vous vu mon cul ? Mir�tes-vous jamais mon post�rieur ? Contempl�tes-vous ne serait-ce qu�une seconde le fond de mon rectum ? Non ? Et pourtant Il existe ! �</p></section><section><title><p>On n�est jamais si bien servi que par soi-m�me</p></title><p>C�est ce que doivent penser les pique-assiettes qui ne r�pondent aux invitations que pour se goberger � l�occasion des cocktails et r�ceptions qui suivent spectacles et c�r�monies, et j�en ai connu de voraces qui n�h�sitaient pas � vous �craser les orteils ou � vous rentrer le coude dans les c�tes pour revenir au saint buffet qu�ils venaient � peine de quitter.</p><p>Bien s�r, le proverbe est souvent servi plus positivement : n�attendons pas que les autres fassent � votre place ce que vous �tes en mesure de faire. La sagesse recommande en effet de ne compter que sur soi. Simone de Beauvoir y voit un autre avantage non n�gligeable : � �On n�est jamais si bien servi que par soi-m�me� Il faut s�arranger dans la vie pour n�avoir besoin de personne, pour ne jamais rien demander, ce qui permet de n�avoir non plus rien � donner � (<emphasis>L�Existentialisme et la sagesse des nations</emphasis>, 1948).</p><p>Le pr�cepte �quivaut � la moralit� du <emphasis>Chartier embourb�</emphasis> de La Fontaine : � Aide-toi, le Ciel t�aidera � (VI, 18).</p></section><section><title><p>Quand on n�a pas de t�te, il faut avoir des jambes</p></title><p>� Et le sucre ? � Refusant de noter par �crit les commissions que grand-m�re me confiait, j�oubliais toujours au moins un article. Il me fallait alors retourner chez l��picier du bout de l�avenue. � Quand on n�a pas de t�te, il faut avoir des jambes ! �</p><p>Ne pas avoir de t�te, c�est n�avoir qu�une t�te de linotte ou une cervelle d�oiseau, ce qui revient au m�me ; �tre �tourdi, distrait, toujours dans les nuages.</p><p>La t�te et les jambes, embl�mes de l�intellect et du physique, sont souvent oppos�es. Peut-on avoir l�une sans les autres ? L�une et les autres ? Dans <emphasis>La t�te et les jambes</emphasis>, jeu t�l�vis� d�autrefois, cr�� par Jacques Antoine et pr�sent� par Pierre Bellemare, la � t�te � d�signait un candidat intellectuellement dou�, les � jambes � �taient celles de son partenaire, sportif de haut niveau qui devait r�ussir une performance physique quand la � t�te � avait �t� d�faillante. Plus tard, t�te et jambes appartinrent � une seule et m�me personne dans <emphasis>Cavalier seul</emphasis>, autre �mission populaire du petit �cran. Un candidat s�y r�v�la aussi brillant dans les exploits intellectuels (litt�rature) que dans les performances sportives (en l�occurrence, l��quitation). Son nom ? Laurent Fabius. Il avait alors vingt-trois ans.</p></section></section><section><title><p>RIEN (OU PAS GRAND-CHOSE)</p></title><section><title><p>C�est l�Arl�sienne !</p></title><cite><p>� Comme il �tait tr�s beau, les femmes le regardaient ; mais lui n�en avait qu�une en t�te,�� une petite Arl�sienne, toute en velours et en dentelles, qu�il avait rencontr�e sur la Lice d�Arles, une fois.�� Au mas, on ne vit pas d�abord cette liaison avec plaisir. La fille passait pour coquette, et ses parents n��taient pas du pays. Mais Jan voulait son Arl�sienne � toute force. Il disait :</p><p>��Je mourrai si on ne me la donne pas. �</p></cite><p>On pr�vient Jan que la petite Arl�sienne est une fieff�e coquine mais le mariage a lieu et, comme de juste, l�Arl�sienne est infid�le. Jan essaie un temps de tromper son monde en affichant un visage toujours gai mais, rong� par la douleur, il finit par se donner la mort.</p><p>Cette nouvelle d�Alphonse Daudet fait partie des c�l�bres <emphasis>Lettres de mon moulin</emphasis> (1869). En 1972, l��crivain en tira un drame en trois actes dont la musique de sc�ne fut compos�e par Georges Bizet. Jan y devient Fr�d�ri. Parce que, dans la pi�ce de th��tre, le personnage de l�Arl�sienne n�appara�t jamais en chair et en os, <emphasis>jouer l�Arl�sienne</emphasis> s�applique � celle ou celui dont on ne cesse de parler mais que l�on ne voit jamais. <emphasis>C�est l�Arl�sienne</emphasis> peut aussi se dire d�un �v�nement, d�une d�cision, d�une loi que l�on attend en vain.</p></section><section><title><p>Peau de balle et balai de crin</p></title><p>Trois petits chats, chapeau de paille, paillasson, somnambule, bulletin, tintamarre, marabout, bout de ficelle, selle de cheval, cheval de course, etc. On conna�t ce proc�d� des charades dites � � tiroir � et des chansons dites � en laisse �.</p><p>Notre expression le met en pratique pour nous faire passer de la <emphasis>balle</emphasis> au <emphasis>balai de crin</emphasis> sans autre raison que le jeu phon�tique.</p><p>Dans l�argot des voyous (Gaston Esnault <emphasis>dixit</emphasis>), <emphasis>Peau de balle</emphasis> est attest� depuis 1877. La <emphasis>balle</emphasis> en question constitue avec sa voisine une partie non n�gligeable de ce que d�aucuns appellent les � bijoux de famille �. L�argot, qui est assez riche en la mati�re, nous parle aussi de � baloches � qu�Esnault (1965) fait d�river de balocher, � osciller en pendant � (�quivalent populaire de � ballotter �). Delvau (1866) avait d�j� pr�cis� que le peuple � dit cela � propos des choses �. Cette <emphasis>peau de balle</emphasis> est donc, curieusement, consid�r�e comme sans valeur puisque l�expression signifie � rien du tout �. L�allusion �tait beaucoup plus explicite dans <emphasis>la peau de mes balles</emphasis> (1899), locution synonyme devenue d�su�te. Elle est moins �vidente dans <emphasis>peau de z�bi</emphasis>, expression n�e en 1870 dans les r�giments de Zouaves. � Z�bi � est pourtant bien une variante de l�arabe <emphasis>zobb</emphasis> qui perdit l�une de ses deux bilabiales (� b �) en int�grant notre vocabulaire (1894).</p></section><section><title><p>Pas plus de� que de beurre en branche</p></title><p>Le karit�<a l:href="#n_36" type="note">[36]</a>, dont le nom signifie � arbre � beurre � en wolof, pourrait pr�tendre � expliquer l��tymologie de notre expression mais ce serait peu logique puisque le karit� a justement � du beurre � dans ses branches. On pourrait aussi faire allusion aux � beurr�s �, poiriers qui donnent des fruits � chair <emphasis>fondante</emphasis> mais ce serait aussi une fausse piste. Faut-il alors penser au sens argotique de <emphasis>beurre</emphasis>, � argent �, consid�rant que l�argent ne pousse pas dans les arbres�(l�<emphasis>assiette au beurre</emphasis>, par exemple, d�signe le pouvoir en tant que source de revenus) ? Peu probable. D�o� vient donc ce <emphasis>beurre en branche�</emphasis>que l�on �voque pour signifier l�absence ou la p�nurie ? Myst�re.</p><p>On trouve aussi <emphasis>pas plus de� que de beurre en broche</emphasis>, variante plus compr�hensible puisque du <emphasis>beurre</emphasis> embroch� au-dessus d�un feu est forc�ment appel� � dispara�tre vite. Les deux expressions ne semblent pas remonter au-del� du XIX<sup>e</sup> si�cle. Une autre variante, plus r�cente, d�g�n�re dans le trivial : � Pas plus de �sozial� dans toute cette aventure que de beurre au cul ! Impossible ! � (Louis-Ferdinand C�line, <emphasis>Bagatelles pour un massacre</emphasis>, 1937). On trouve aussi : <emphasis>que de beurre en bouteille</emphasis>, � <emphasis>au balcon</emphasis>, � <emphasis>sur la main</emphasis>. Compte tenu de sa signification, l�expression peut en effet varier l�incoh�rence � l�infini.</p></section><section><title><p>Des clopinettes</p></title><p>Ce � rien � aurait pu figurer dans la rubrique � argent � ou le chapitre � travail �, l�expression �tant souvent employ�e dans de tels contextes ; travailler pour <emphasis>des clopinettes</emphasis>, c�est se donner de la peine pour presque rien. La cat�gorie � nourriture � aurait pu �galement faire l�affaire : � manger <emphasis>des clopinettes�</emphasis> �, c�est n�avoir pas grand-chose � se mettre sous la dent. En ce sens, on trouve aussi <emphasis>cropinettes</emphasis> : � C�est fini les <emphasis>cropinettes</emphasis> ! et les sauces courant d�air � (Louis-Ferdinand C�line, <emphasis>Mort � cr�dit</emphasis>, 1936). Esnault (1965) fait de <emphasis>cropinettes</emphasis> un synonyme d�� excr�ments �. <emphasis>Clopinette</emphasis> est vraisemblablement un diminutif de <emphasis>clope</emphasis> (au masculin), argot pour � m�got �, donc � bout de m�got �, c�est-�-dire, vraiment peu de choses.</p><p>Le mot est d�abord apparu sous forme d�interjection dans l�argot des �coliers (1925)�pour dire � non � : <emphasis>Des clopinettes !</emphasis></p><p>La locution, tr�s populaire, a de nombreux �quivalents argotiques : � des prunes �, � des n�fles �, � des queues de cerises �, � des clous �, etc.</p></section><section><title><p>De la crotte de bique</p></title><p>Si <emphasis>crotte de bique !</emphasis> est un substitut populaire et enfantin du mot de Cambronne (parfois affubl� de dr�les de compl�ments : <emphasis>crotte de bique � ressort, crotte de bique en zinc</emphasis>, etc.), <emphasis>de la crotte de bique</emphasis> �quivaut � quelque chose de peu de valeur, voire de pas de valeur du tout. L�expression, gentillette, est de celles qui font rire les enfants :</p><poem><stanza><v>� Des yaourts aux crottes de bique</v><v>Qui �loignent les moustiques</v><v>Des yaourts au pipi de chat</v><v>Contre le tabac. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Anne Sylvestre, <emphasis>Les Yaourts � tout</emphasis> in <emphasis>Fabulettes�10</emphasis>, 1999.)</text-author></cite><p>Tous ceux qui ont eu l�ineffable chance de voir des <emphasis>crottes de biques</emphasis> savent que, bien que mignonnettes (elles ressemblent � de petites drag�es noires), elles sont ridiculement insignifiantes compar�es au crottin de cheval ou � la bouse de vache. Qui plus est, le crottin de cheval est un excellent engrais (on l�appelle l�or noir des jardins) et les bouses sont diversement employ�es : comme fertilisant (l�agriculture biodynamique en est friande), pour mouler des objets en bronze (depuis l��ge du m�me nom !), comme combustible (ne pas oublier de les faire pr�alablement s�cher !), comme onguent pour les br�lures, etc.</p><p>Mais n�y a-t-il pas une certaine injustice � compter pour rien la <emphasis>crotte de bique</emphasis> ? Je connais un agriculteur qui la recommande pour fumer vignes et potagers, quant au paysan saintongeais, il la vante comme rem�de souverain contre la fi�vre : cinq crottes dans un verre de vin blanc deux fois par jour pendant huit jours. Si le c�ur vous en dit !</p></section><section><title><p>Un empl�tre sur une jambe de bois</p></title><p>Grand-m�re se plaignait parfois de rem�des qui ne venaient pas assez rapidement � bout de sa toux. Elle pestait alors contre le m�decin de famille. � Ses m�dicaments ne me font pas plus d�effet qu�un empl�tre sur une jambe de bois ! �</p><p>L�image est �loquente : la raison d��tre d�un empl�tre est de se ramollir � la chaleur du corps et d�ainsi diffuser ses bienfaits en adh�rant bien � la peau. On imagine qu�appliqu� sur une jambe de bois, un cataplasme n�a qu�une efficacit� tr�s relative, bien que la jambe de bois soit alors plus en cause que l�empl�tre ! L�expression remonte au XVIII<sup>e</sup> si�cle : on la trouve chez Jean-Fran�ois Ferraud (<emphasis>Dictionnaire critique de la langue fran�aise</emphasis>, 1787-88) : � <emphasis>Mettre un empl�tre sur une jambe de bois</emphasis>, employer un rem�de, ou un moyen fort inutile. � Ferraud mentionne aussi ce proverbe, aujourd�hui disparu : <emphasis>O� il n�y a point de mal, il ne faut point d�empl�tre.</emphasis></p><p>Au-del� de la simple m�decine, <emphasis>un empl�tre sur une jambe de bois</emphasis> s�utilise aussi dans des domaines plus abstraits comme ceux de la politique ou de l��conomie : � La discrimination positive a un petit relent am�ricain d�<emphasis>affirmative action</emphasis>, mais elle n�est gu�re mieux qu�un empl�tre sur une jambe de bois � (Jack Lang et Herv� Le Bras, <emphasis>Immigration positive</emphasis>, Odile Jacob, 2006).</p><p>On dit �galement : <emphasis>un caut�re sur une jambe de bois</emphasis>, un � caut�re � permettant de cicatriser les tissus par br�lure.</p></section><section><title><p>C�est de la gnognotte</p></title><p>Ou <emphasis>gnognote</emphasis>. On trouve m�me au d�but du XIX<sup>e</sup> si�cle : <emphasis>nioniote.</emphasis></p><p>En mettant l�expression � la forme n�gative, grand-m�re nous faisait ainsi comprendre qu�elle appr�ciait les choses � leur juste valeur : � Dis donc, ce petit vin rouge, c�est pas de la gnognotte ! �</p><p>Le redoublement du � gn � �voque le gnangnan, le n�ant, ce qui est tout autant niais que ni�, donc ce qui �quivaut � rien. Une <emphasis>gnognotte</emphasis> fut d�abord, dans le Centre de la France, une � niaiserie �, une � bagatelle � (Hippolyte-Fran�ois Jaubert, <emphasis>Glossaire du Centre de la France</emphasis>, 1855) ou, en Saintonge, un � mauvais bonbon dont on amuse, abuse les enfants (Pierre Jonain, <emphasis>Dictionnaire du patois saintongeais</emphasis>, 1869). En mati�re de termes r�gionaux, on trouve aussi en Savoie <emphasis>gnognoler</emphasis>, � �tre ind�cis �, � rapprocher de <emphasis>niougne</emphasis>, � fille sotte et lente �. Autant de mots onomatop�iques pour dire l�inanit�.</p></section><section><title><p>�a ne vaut pas un pet de lapin</p></title><p>Puisqu�il n�est que du vent, le <emphasis>pet</emphasis> est, par excellence, le symbole du rien, <emphasis>a fortiori</emphasis> si le <emphasis>pet</emphasis> en question n�a rien d�humain.</p><p>En tant qu��talon de ce qui ne vaut rien, le <emphasis>pet de coucou</emphasis> a pr�c�d� le <emphasis>pet de lapin</emphasis>.�Le coucou n��tant pas en odeur de saintet� lexicale (� maigre comme un coucou �, �tymologie de � cocu �, etc.), son pet ne peut �tre qu�infiniment d�risoire. Le <emphasis>lapin</emphasis> n��tant gu�re mieux loti (du � coup du lapin � � � poser un lapin �, en passant par la � peau de lapin �, le successeur du connil a inspir� des expressions bien n�gatives), son <emphasis>pet</emphasis> ne saurait avoir une plus grande valeur : � Je ne crois pas aux Messies litt�raires. Proust m�ennuie � la mort, et je tiens M. Giraudoux pour un pet de lapin � (Louis Aragon, <emphasis>La D�fense de l�infini</emphasis>, fragments in�dits, 1986, posthume).</p></section><section><title><p>Ni quoi ni qu�est-ce</p></title><p>Qu�est-ce donc que ce <emphasis>ni quoi ni qu�est-ce</emphasis> ? Un autre synonyme de � rien du tout �, construit sur des r�ponses n�gatives � deux questions sous-entendues et m�langeant plaisamment les formulations :</p><cite><p>��De quoi est-il question ? Qu�est-ce ?</p><p>��Je ne sais ni de quoi il s�agit ni ce que c�est ; autrement dit : je n�en sais rien du tout.</p></cite><p>La formule vaut par son allit�ration en � qu �.</p><p>Une forme ancienne a exist� au XII<sup>e</sup> si�cle, attest�e dans <emphasis>La Vie de saint Thomas Becket</emphasis> de Guernes de Pont-Sainte-Maxence (1172-74) : � N�il ne voleient faire pur Deu ne �o ne quei � (vers 2772 � ou encore � Mais il reis d�Engleterre ne lur dist �o ne quei � (vers 1237) o� <emphasis>ne �o ne quei</emphasis> peut se traduire par � ni �a, ni quoi �.</p><p>On retrouve la formule sous la plume de Corneille : � [�] Qu�une dame arrivant, c�est l� le beau du jeu, / Sans dire quoi, ni qu�est-ce, au m�pris de sa flamme [�] � (<emphasis>L�Amour � la mode</emphasis>, V,II, 1656). Scarron et Marivaux l�utilis�rent aussi et, plus pr�s de nous, Proust : � �Elle n�a dit ni quoi ni qu�est-ce et puis elle est partie�, grommelait Fran�oise qui aurait d�ailleurs voulu que nous en fissions autant � (<emphasis>� l�ombre des jeunes filles en fleurs</emphasis>, p. 225, in <emphasis>� la recherche du temps perdu</emphasis>, 1918).</p></section><section><title><p>�tre de la revue</p></title><p>Grand-m�re tentait parfois sa chance � la Loterie nationale. N�ayant pas les moyens de s�offrir un billet entier, elle se contentait d�un dixi�me qu�elle payait dix francs (apr�s 1960, soit mille anciens francs). Elle ne gagnait jamais et, une fois le tirage effectu�, s�amusait de sa malchance : � Je suis encore de la revue ! �</p><p>On a pens� que l�expression �tait d�origine militaire, les soldats qui doivent �tre pass�s en revue lors de prises d�armes ou d�autres c�r�monies officielles devant dire adieu � une �ventuelle permission. Claude Duneton (1978) y voit plut�t un jeu de mots sur le verbe � revoir � et � �tre de revue �, celui qui a �chou� � une comp�tition, un examen, etc. �tant appel� � � se faire revoir � pour tenter sa chance � nouveau. En ce sens, <emphasis>�tre de la revue</emphasis>, c�est � devoir repasser � (devant un jury).</p></section><section><title><p>Un petit rien tout neuf qui court tout seul dans une coque d��uf</p></title><p>Oh, grand-m�re et ses cadeaux (voir <a l:href="#link_22">supra</a>, <emphasis>�a peut !)</emphasis> ! Ils �taient toujours pr�cautionneusement emball�s et devoir d�nouer le ruban, d�chirer le papier, ouvrir la bo�te, mettait notre patience � trop rude �preuve. Nous br�lions d�envie de savoir :�� Qu�est-ce que c�est ? � Grand-m�re riait de notre excitation, mais elle n�aurait trahi la surprise pour rien au monde, pr�f�rant nous taquiner : � C�est un p�tit rien tout neuf qui court tout seul dans une coque d��uf. � Le petit rien tout neuf se r�v�lait toujours �tre un merveilleux grand quelque chose qui comblait des d�sirs que nous croyions secrets. Les grands-m�res sont souvent magiciennes.</p></section><section><title><p>Faire tintin</p></title><p>Dans l�une de ses fac�ties (<emphasis>Eulenspiegel et l�aubergiste</emphasis>, 1515), Till l�Espi�gle paie l�odeur du r�ti pour laquelle l�aubergiste lui r�clame deux pistoles, en faisant tinter une pi�ce sous le nez de celui-ci : � Voyez, le son de mon argent profitera autant � votre coffre que l�odeur de votre r�ti a profit� � mon estomac. � <emphasis>Faire tintin</emphasis>, c�est donc d�abord faire entendre le tintement d�une pi�ce de monnaie. En Dauphin�, la locution est attest�e d�s 1503 avec le sens de � payer en monnaie sonnante � (pour �tre valable, une pi�ce de monnaie devait bien sonner et son poids devait faire pencher le plateau d�un tr�buchet, d�o� l�expression � monnaie sonnante et tr�buchante �). Doit-on aussi penser au tintement des verres et des couverts entrechoqu�s dans les cantines militaires quand la nourriture �tait trop peu abondante et que les soldats faisaient ainsi comprendre qu�ils ne voulaient pas que � faire tintin � ? S�agit-il du � tintin � de la sonnette que tire sans succ�s celui qui fait du porte-�-porte ? Toujours est-il que l�expression refait surface en 1935 dans le langage des troupiers avec le sens de � se priver, faire ceinture �.</p><p>Esnault (1965) mentionne la variante <emphasis>Faire tintin-ballon</emphasis>.</p></section><section><title><p>�a ne vaut pas tripette</p></title><p>� Et tout pour la trippe ! � nous dit Rabelais dans son <emphasis>Quart Livre</emphasis> (ch. LVII), signifiant ainsi que toutes les activit�s humaines n�ont d�autre objet que de satisfaire l�estomac. La nourriture fut de tout temps une sorte de r�f�rence absolue. Ce qui <emphasis>ne vaut pas tripette</emphasis> ne vaut donc vraiment rien du tout. Le mot <emphasis>tripette</emphasis> se rencontre d�s le XV<sup>e</sup> si�cle, dans les <emphasis>Cent Nouvelles nouvelles</emphasis>, avec le sens de � petite tripe �, si seule et si petite qu�on ne peut la d�guster ni � la lyonnaise, ni � la mode de Caen.</p><p>L�expression est attest�e en 1743 dans le <emphasis>Dictionnaire de Tr�voux</emphasis> : � On dit en Champagne, il ne vaut pas tripette ; et cela signifie, il ne vaut rien. Je n�en donnerais pas tripette, je n�en fais aucun cas. Le peuple de Paris le dit aussi dans le m�me sens. En Lorraine, trupes ou tripes signifie chose de n�ant. �</p></section></section><section><title><p>SALES GOSSES</p></title><section><title><p>La barbe !</p></title><p>Comprenons : � Arr�te, tu m�ennuies ! � Par cette interjection, grand-m�re nous faisait comprendre que nous d�passions les bornes par notre bavardage, notre chahut, nos pleurnicheries, nos j�r�miades et j�avais quelque peine � faire le lien entre des poils de menton et ce renvoi sur les roses.</p><p>On trouve, en 1866, l�expression <emphasis>faire la barbe</emphasis><a l:href="#n_37" type="note">[37]</a>, � ennuyer �. S�agit-il d�une allusion aux propos souvent ennuyeux qui se tiennent chez le barbier, � la longueur de l�intervention (<emphasis>faire la barbe</emphasis> prend un certain temps pendant lequel on s�ennuie) ? La m�me notion d�ennui s�exprime dans notre contraction, <emphasis>La barbe</emphasis> ! ainsi que dans le sens figur� du verbe <emphasis>barber</emphasis> (1882), signification d�j� pr�sente en 1851 dans le synonyme <emphasis>raser</emphasis>.</p><p>Il est donc logique que l�on crie <emphasis>La barbe !</emphasis> aux raseurs � de tous poils et que l�on associe le geste � la parole en se grattant la joue ou le menton.</p></section><section><title><p>Prendre (ramasser) un billet (une place) de parterre</p></title><p>Nous en ramassions plus souvent qu�� notre tour, quand justement nous nous ramassions, lors de rod�os � bicyclette ou en patins � roulettes (l�anglicisme <emphasis>rollers</emphasis> et ce qu�il d�signe n�existaient pas encore !). Suivaient in�vitablement les paroles �nervantes, � Je vous avais pr�venus ! �, sans effet l�nifiant sur nos coudes et genoux �corch�s.</p><p>Le jeu de mots est clair entre tomber <emphasis>par terre</emphasis> (Lor�dan Larchey pr�cise � � plat ventre �) et s�asseoir au <emphasis>parterre</emphasis>, aux places qui, au rez-de-chauss�e d�un th��tre, se situent derri�re les fauteuils d�orchestre. L�expression figur�e est mentionn�e en 1839 dans le <emphasis>Dictionnaire des dictionnaires</emphasis> et, dans un contexte quelque peu d�cal�, on trouve cet emploi en 1852 :</p><cite><p>� Faut-il que j�aie peu de chance ! J��tais en train de m�esbigner, v�lan, je re�ois mon billet de parterre.</p><p>La balle qui l�avait abattu, c��tait son billet de parterre. Quelle singuli�re m�taphore ! �</p><text-author>(Fran�ois Pardigon, <emphasis>�pisodes des journ�es de juin 1848</emphasis>, ch. VIII).</text-author></cite></section><section><title><p>C�est un brise-fer</p></title><p>J�avais droit � ce qualificatif � chaque fois que, par sottise ou maladresse, je cassais ou ab�mais quelque objet pourtant consid�r� comme assez solide. Grand-m�re me traitait plut�t de <emphasis>brise-tout</emphasis>.</p><p>Le nom commun <emphasis>brise-fer</emphasis> s�int�gre � notre vocabulaire en 1862 mais plusieurs personnages, r�els ou fictifs, l�avaient d�j� endoss� comme surnom :</p><p>��un �v�que du Puy-en-Velay ainsi nomm� � cause de son caract�re emport� (XI<sup>e</sup> si�cle) ;</p><p>��un valet dans <emphasis>L�Apr�s-soup� des auberges</emphasis>, com�die de Raymond Poisson (1665) ;</p><p>��un faux brave dans <emphasis>L��le des foux</emphasis> [<emphasis>sic</emphasis>], com�die en deux actes de Louis Anseaume, (1761) qui se pr�sente en chantant : � Je suis la terreur du monde / Rien ne r�siste � mon bras, / Et ma valeur furibonde / Porte en tous lieux � la ronde / Le ravage et le fracas � ;</p><p>��un roi dans <emphasis>Berlingue</emphasis>, parodie en cinq actes de Jean-�tienne Despr�aux (1777) ;</p><p>��un sergent dans <emphasis>La Veuve de Cancale</emphasis>, parodie en trois actes de Pierre Germain Parisau (1780) ;</p><p>��un �cuyer ami du duc de Savoie dans <emphasis>Le Page du duc de Savoie</emphasis> d�Alexandre Dumas (1855) ;</p><p>��un h�ros des contes populaires de Haute-Bretagne, <emphasis>Brise-Fer</emphasis> (1869), etc.</p><p>C�est dire si Beno�t Brisefer, h�ros de bandes dessin�es sorti en 1960 de l�imagination du dessinateur Peyo, eut de nombreux pr�d�cesseurs.</p></section><section><title><p>Donner une calotte</p></title><p>Cette calotte-l� n�a qu�un lointain rapport avec celle qui, depuis la fin du XVIII<sup>e</sup> si�cle, symbolise le clerg� et que bien des bouffeurs de cur�s voudraient mettre � bas. Le rapport lointain est la forme arrondie, de la coiffe eccl�siastique pour le clerg� (rouge pour les cardinaux<a l:href="#n_38" type="note">[38]</a>), de la main pour celle qui nous concerne puisqu�elle d�signe une tape donn�e sur la t�te (notons que la main �pouse alors la forme de la <emphasis>calotte</emphasis> cr�nienne). Le mot appara�t en 1808 chez D�Hautel : � <emphasis>Donner une calotte</emphasis> ou <emphasis>des calottes � quelqu�un</emphasis>. Signifie, en terme populaire, le frapper durement � la t�te ; se porter sur lui � des voies de fait. � D�autres dictionnaires pr�cisent, � donner un coup du plat de la main �. Progressivement, <emphasis>calotte</emphasis> a pris le sens de � gifle �, � claque �. <emphasis>Calotter</emphasis>, � donner des calottes � est mentionn� chez Lor�dan Larchey (1861) avec une citation dat�e de 1838.</p></section><section><title><p>Merci, mon chien !</p></title><p>R�gle �l�mentaire de politesse n�1 : toujours accompagner une demande de � s�il vous pla�t � ou � s�il te pla�t �.</p><p>R�gle �l�mentaire de politesse n�2 : ne jamais oublier de dire merci, � table notamment, quand on vous a servi, mais attention ! M�me si votre merci est renforc� de � bien � ou � beaucoup �, il ne suffit pas !</p><cite><p>� S�il te pla�t, grand-m�re, tu veux bien me donner encore du chocolat ?</p><p>��Tiens, encore un carr� !</p><p>��Merci.</p><p>��Merci qui ? Merci, mon chien ?</p><p>��Merci, grand-m�re.</p><p>��Ah, tout de m�me ! �</p></cite><p>L�injonction se trouve chez Balzac, non pas � propos d�un remerciement mais d�une simple r�plique � laquelle n�est pas adjoint le nom de l�interlocuteur :</p><cite><p>� Je ne sais pas ce que vous voulez dire.</p><p>��Mon chien ? dit aigrement la vieille fille.</p><p>��Ma cousine, reprit humblement Pierrette. � (<emphasis>Pierrette</emphasis> in <emphasis>Sc�nes de la vie de Province</emphasis>, 1839.)</p></cite></section><section><title><p>Donner de la confiture � un cochon</p></title><cite><p>� Regarde dans quel �tat tu as mis la belle chemise que je t�ai offerte ! Autant donner de la confiture � un cochon ! �</p></cite><p>On attribue au cochon un estomac solide et une certaine propension � n�aimer que des �pluchures, restes de repas et autres d�tritus. Lui donner de la confiture serait donc un aberrant g�chis : il en est indigne, ce qui ne signifie d�ailleurs nullement qu�il ne l�appr�cierait pas.</p><p>Un passage du Nouveau Testament a sans doute donn� naissance � l�expression : � Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacr�, ne jetez pas vos perles aux porcs, de peur qu�ils ne les pi�tinent et que, se retournant, ils ne vous d�chirent �. (Matthieu, 7, 6). L�id�e biblique, contrairement � celle de la confiture que l�on donnerait aux cochons, ne concerne que le domaine spirituel : seuls les esprits ouverts aux � mondes d�en haut � seraient aptes � comprendre la v�rit� divine (symbolis�e par les perles). Dans le cas contraire, l�homme non touch� par la gr�ce (assimil� aux chiens ou aux porcs) risque de s�en prendre violemment � celui qui tente de le convertir. Ces consid�rations �vang�liques sont �videmment assez loin de l�id�e de boustifaille contenue dans l�expression !</p></section><section><title><p id="link_25">Filer un mauvais coton</p></title><p>Grand-m�re pr�tendait que nous <emphasis>filions un mauvais coton</emphasis> quand nous commettions b�tise sur b�tise ou que, non seulement nous refusions de lui ob�ir mais qu�en plus nous lui parlions mal. En <emphasis>filant ce mauvais coton</emphasis>, nous nous mettions, paradoxalement, dans de beaux draps.</p><p>L�id�e est celle d�un coton de mauvaise qualit� qui ne peut donner qu�une �toffe cotonneuse, � l�aspect r�che. Les significations propre et figur�e se retrouvent au XVIII<sup>e</sup> si�cle dans l�expression <emphasis>Jeter du coton</emphasis>, ainsi mentionn�e dans la quatri�me �dition du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> (1762) : � On dit qu�<emphasis>Une �toffe jette son coton, du coton</emphasis>, pour dire, qu�Elle jette une esp�ce de bourre, de duvet, qui ressemble � du coton. On dit figur�ment et proverbialement, d�Un homme dont la r�putation et les affaires sont ruin�es, qu�<emphasis>Il jette un vilain coton</emphasis>. Et ironiquement, <emphasis>Il jette l� un beau coton</emphasis>. �</p><p>L��quivalence <emphasis>jeter un mauvais coton</emphasis> = � �tre malade � appara�t plus tard (1835, sixi�me �dition du <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis>).</p></section><section><title><p>�tre aux cent coups</p></title><p>Il ne s�agit ni de cent coups de fouet, ni de cent coups de b�ton, de trique, d��p�e, de couteau, de poing, de pied, de fusil, de canon, de tonnerre� Ces <emphasis>cent coups</emphasis> sont ceux qui cognent dans votre poitrine quand, sous l�effet d�un �norme stress ou d�une extr�me inqui�tude, votre c�ur se met � battre la chamade, et de tels coups de c�ur n�ont rien de tr�s agr�able. <emphasis>�tre aux cent coups</emphasis> est le lot de tout parent dont l�enfant a disparu, surtout si celui-ci a l�habitude <emphasis>de faire les quatre cents coups (</emphasis>voir ci-dessous). M�me r�action chez celui qui apprend qu�un proche vient d�avoir un accident, chez l�employ� consciencieux dont la charge de travail est inversement proportionnelle au d�lai imparti par le patron et qui doit, pour le coup, en mettre un coup (� Ne pas savoir o� donner de la t�te � est l�une des acceptions donn�es par Alfred Delvau).</p><p>L�expression ne semble pas remonter au-del� du XIX<sup>e</sup> si�cle. Zola, par exemple, l�utilise dans <emphasis>L�Assommoir</emphasis> (1877), d�crivant ainsi l�attitude de Coupeau devant les Lorilleux : � [�] il faisait le chien couchant, guettait sortir leurs paroles, �tait aux cent coups quand il les croyait f�ch�s � (Ch. III). Certains disent, peut-�tre par confusion, � �tre aux quatre cents coups �.</p></section><section><title><p>Faire les quatre cents coups</p></title><p>En 1959, ceux de Fran�ois Truffaut ont rendu Jean-Pierre L�aud c�l�bre dans le r�le d�Antoine Doinel. Faire toutes sortes de frasques, d�exc�s, de b�tises, autant de folies qu�il est possible d�en faire, au m�pris des bonnes mani�res, de la raison, du danger et des lois, c�est <emphasis>faire les quatre cents coups.</emphasis> Au-del� de l�insouciance, l�expression �voque une vitalit� d�bordante et un d�sir de � mordre la vie � pleines dents �.</p><p>On a d�abord dit <emphasis>faire les quatre coups</emphasis>, o� <emphasis>quatre</emphasis> symbolise la totalit� (cf. � couper les cheveux en quatre �, � se saigner aux quatre veines �, etc.) : � [�] � la porte des Jacobins, il faut avoir mauvaise mine, �tre sans-culotte, ressembler � un brigand, et � un sc�l�rat, capable de faire les quatre coups �. (<emphasis>Le P�re Duchesne</emphasis>, 1792.) Dans le <emphasis>Dictionnaire du patois du pays de Bray</emphasis> (1852), de Jean-Eug�ne Decorde, on trouve : � Quatre-vingt-dix-neuf coups (avoir fait les), avoir men� une vie aventureuse et d�r�gl�e. � L�expression s�est aussi beaucoup d�clin�e avec <emphasis>cent coups</emphasis>, et ce, d�s le d�but du XIX<sup>e</sup> si�cle : elle est ainsi r�pertori�e dans plusieurs dictionnaires, dont celui de d�Hautel (1808) et celui d�Antoine Caillot (1826) : � <emphasis>Il a fait les cent coups</emphasis> veut dire que l�homme dont on parle a fait toutes sortes de mauvaises actions. � La variante <emphasis>cent dix-neuf coups</emphasis> est aussi attest�e chez M�rim�e (<emphasis>Les M�contens</emphasis> in <emphasis>Revue de Paris</emphasis>, 1830), Eug�ne Sue (<emphasis>Le Colonel de Surville</emphasis> in <emphasis>L��cho des feuilletons</emphasis>, 1859), Zola (<emphasis>L�Assommoir</emphasis>, 1877), Proust (<emphasis>Sodome et Gomorrhe</emphasis> in <emphasis>� la recherche du temps perdu</emphasis>, 1921), etc. Compl�tons la liste avec <emphasis>quatre cent dix-neuf</emphasis> chez Labiche (<emphasis>La Fille bien gard�e</emphasis>, 1850), <emphasis>cinq cents</emphasis> chez Flaubert (<emphasis>Correspondance</emphasis>, 1853), <emphasis>cinq cent dix-neuf</emphasis> chez le critique litt�raire D�sir� Nisard (<emphasis>De quelques parisianismes populaires</emphasis>, 1876), <emphasis>cent ung (sic)</emphasis> chez Balzac (<emphasis>La Belle Fille du portillon</emphasis> in <emphasis>Contes drolatiques</emphasis>, 1832�1837) et m�me <emphasis>cent mille coups</emphasis>, aussi chez Balzac (<emphasis>Le P�re Goriot</emphasis>, 1835),�� propos des Parisiennes : � Si leurs maris ne peuvent entretenir leur luxe effr�n�, elles se vendent. Si elles ne savent pas se vendre, elles �ventreraient leurs m�res pour y chercher de quoi briller. Elles font les cent mille coups. Connu, connu ! �</p></section><section><title><p>Ne pas savoir quoi faire de ses dix doigts</p></title><p>C��tait la ritournelle de grand-m�re quand elle me voyait d�s�uvr� : � Regardez-moi celui-l�, il ne sait jamais quoi faire de ses dix doigts ! � Il faut dire que du temps de ma jeunesse, les loisirs �taient nettement plus limit�s qu�aujourd�hui !</p><p>L�expression est � rapprocher de <emphasis>ne rien faire de ses dix doigts</emphasis> qui signifie � ne rien faire du tout �, soit par totale incapacit�, soit par paresse incurable. Le <emphasis>Dictionnaire de l�Acad�mie fran�aise</emphasis> r�pertorie l�expression d�s l��dition de 1762, avec cette d�finition : � On dit proverbialement d�un homme qui ne travaille point, qu�il ne fait �uvre de ses dix doigts. � Sur le plan symbolique, � dix � est le nombre totalisateur par excellence, puisqu�il est la somme des quatre premiers nombres (la <emphasis>T�traktys</emphasis> de Pythagore) et la fin du cycle des neuf premiers. Parce qu�elle fait r�f�rence aux dix doigts plut�t qu�aux deux mains, l�expression est donc plus �loquente. Remarquons que <emphasis>ne rien faire de ses dix doigts</emphasis> �quivaut � <emphasis>se tourner les pouces</emphasis>, paradoxe dont Raymond Devos aurait pu faire un sketch. Il n�aurait sans doute pas manqu� d�y faire intervenir le poil qui pousse in�vitablement dans la main de celui qui ne fait rien de ses dix doigts, ce m�me poil qui emp�che le fain�ant de <emphasis>mettre la main � la p�te</emphasis>.</p></section><section><title><p>Tourner comme un �cureuil en cage</p></title><p>Pour Delvau (1866), dans l�argot du peuple, <emphasis>faire l��cureuil</emphasis>, c�est � faire une besogne inutile, marcher sans avancer �. L�expression n�est plus gu�re employ�e mais l�on y trouve une allusion � ces cages mobiles ou �quip�es d�un tourniquet que l��cureuil, prisonnier, faisait tourner sans cesse, constatation � l�origine de <emphasis>Tourner comme un �cureuil en cage</emphasis> dont le sens figur� est � s�agiter inutilement, marcher en tous sens, faire les cent pas, par angoisse ou impatience �. La locution est devenue symbolique de la course souvent vaine de l�homme moderne, pr�cipit� quotidiennement dans un rythme effr�n�, une folle effervescence. Le chansonnier Armand Gouff� (1775�1845) pour se moquer de cette inutile agitation employait d�j� la m�me m�taphore : � Coco dans sa cage mobile, / Court toujours et n�arrive point ; / Apr�s cent tours, apr�s cent mille, / Il se retrouve au m�me point. / Sur cette terre o� je s�journe, / J�aper�ois du m�me coup d��il / L�homme qui tourne, tourne, tourne ; / Je vois partout mon �cureuil � (<emphasis>Mon �cureuil, chanson morale</emphasis>, 1804). Plusieurs autres expressions zoologiques �voquent cette incapacit� � rester en place, cette nervosit�, mais alors qu�elle est, chez l�homme, volontaire et gratuite, elle est, pour les animaux priv�s de libert�, subie et symptomatique d�une v�ritable n�vrose : <emphasis>tourner comme un lion (un fauve) en cage, faire l�ours en cage</emphasis>.</p></section><section><title><p>Quelle gabegie !</p></title><p>Vers l��ge de douze ans, je me suis senti une �me de p�tissier : � moi la farine (une livre au moins), les �ufs (pas plus d�une demi-douzaine), le beurre (300 g devaient suffire), le sucre (� volont�), la levure (quelques paquets) et, vogue la gal�re (c�en �tait une !), sans recette ni conseils, j�enfournais des p�tes improbables prenant � la chaleur des couleurs et des formes bizarres. La cuisine �tait �videmment transform�e en un �trange no man�s land, mi-capharna�m, mi-champ de bataille, qui faisait se lamenter ma m�re � son retour du travail : � Quelle gabegie ! �</p><p>Au XIX<sup>e</sup> si�cle, une <emphasis>gabegie</emphasis> �tait une � fraude �, une � supercherie � (Littr�), signification encore en usage r�gionalement.</p><p>Le mot, qui ne signifiait que � fraude, tromperie, supercherie � au XIX<sup>e</sup> si�cle (signification encore r�gionalement en usage), n�a aujourd�hui que le sens de � d�sordre, chaos, abomination, gaspillage, r�sultant d�une mauvaise gestion � : tel �tait bien le cas. <emphasis>Gabegie</emphasis> serait issu d�un ancien verbe, <emphasis>gaber</emphasis>, � railler �, toujours en usage dans certains dialectes r�gionaux (voir <a l:href="#link_23">supra</a>, <emphasis>Au lit, Gaborit !</emphasis>) : la moquerie, j�y avais effectivement droit quand on jetait un �il ou une dent sur mes �uvres culinaires.</p><p>On trouve aussi le dialectal <emphasis>gabiller</emphasis>, � gaspiller �, en Haute-Normandie.</p><p>Le d�sordre, le gaspillage et la confusion �voqu�s par le mot <emphasis>gabegie</emphasis> concern�rent d�abord l�administration et il semble bien que le journaliste normand r�volutionnaire Jacques-Ren� H�bert ait �t� le premier � employer <emphasis>gabegie</emphasis> en 1790 dans son c�l�bre <emphasis>P�re Duchesne</emphasis> pour d�noncer le projet de convention girondine.</p></section><section><title><p id="link_24">Une fess�e � vous faire saigner les gencives</p></title><p>Elle �tait souvent promise mais rarement donn�e. L��tait-elle que la violence annonc�e n��tait jamais atteinte : de cette fess�e administr�e, nos gencives ne subissaient aucun contrecoup. La menace avait tout de m�me de quoi faire peur. D�o� mes parents la tenaient-ils ? D�un sketch c�l�bre de Bach et Laverne (duo comique constitu� en 1927) enregistr� en 78 tours et que nous ne nous lassions pas d��couter sur le vieux gramophone � aiguille : <emphasis>Toto, mange ta soupe.</emphasis> Voici l�extrait incrimin� :</p><cite><p>� Monsieur refuse de manger de la bonne soupe gagn�e � la sueur du front de son p�re.</p><p>��De son pauvre p�re !</p><p>��De son bon p�re. De son bon p�re qui va lui flanquer une fess�e � lui faire saigner les gencives s�il ne mange pas sa soupe tout de suite ! �</p></cite><p>Le sketch fut repris par Fernand Raynaud en 1961.</p></section><section><title><p>Mettre le hol� � quelque chose</p></title><p>L�interjection <emphasis>Hol� !</emphasis> s�utilise depuis le milieu du XIV<sup>e</sup> si�cle pour interpeller (� Hol� ! Vous, l�-bas ! �) ou pour mod�rer, voire faire cesser une action. En 1622, dans <emphasis>Les Caquets de l�accouch�e</emphasis>, appara�t la locution <emphasis>Mettre le hol�</emphasis> avec la signification qui est toujours la sienne, � Mettre fin (� une querelle), mettre bon ordre � : � [�] une entre autres, voulant mettre le hola, monstra de quelle estoffe estoit sa robbe : Ce n�est pas, dit-elle, aux femmes � s�entremesler si avant dans les affaires [�] � (<emphasis>La Seconde apr�s-disn�e du Caquet de l�Accouch�e</emphasis>). On trouve aussi, dans le m�me ouvrage, <emphasis>Faire le hol�</emphasis> avec le sens d�� intervenir brusquement dans une conversation � : � L�accouch�e fit le hol� pour parler de l�imprimerie [�] � (<emphasis>La Troisi�me apr�s-din�e</emphasis>).</p><p>Quand grand-m�re voulait <emphasis>mettre le hol�</emphasis>, c��tait bien en g�n�ral pour interrompre nos bagarres ou couper court � nos chamailleries.</p></section><section><title><p>Jeux de mains, jeux de vilains</p></title><p>Pour mettre le hol� (voir ci-dessus) � des disputes qui s�envenimaient, grand-m�re nous rappelait le sage adage : <emphasis>Jeux de mains, jeux de vilains</emphasis>. Nous comprenions, bien s�r, qu�il �tait <emphasis>vilain</emphasis> (laid, m�chant et honteux) de se battre entre fr�res. Sans doute notre bonne vieille comprenait-elle la m�me chose, incit�e en cela par une autre expression : <emphasis>Il va y avoir du vilain</emphasis>, � Les choses vont mal tourner, vont tourner vinaigre �.</p><p>Pourtant, quand le proverbe apparut, un <emphasis>vilain</emphasis> �tait un paysan et, par extension, une personne du bas peuple. L�explication de Fureti�re (1690) confirme cette premi�re signification : � [�] pour dire qu�il n�y a que les gens rustiques et mal appris qui se frappent, ou se mettent en danger de se blesser en se jouant �. Dans <emphasis>La Fleur des proverbes fran�ais</emphasis> (1851), Pierre Alexandre Gratet-Duplessis suppose que le dicton � a d� prendre naissance dans un ch�teau, dans la cour de quelque grand seigneur, o� l�on pensait que la chasse, les tournois et les exercices militaires �taient les seuls d�lassements qui convinssent � la noblesse ; et qu�il fallait laisser aux vilains, c�est-�-dire, aux gens de la classe inf�rieure, ces jeux d�un ordre moins relev�, qui ne demandaient autre chose que la vigueur ou l�adresse de la main. � Ultime pr�cision, donn�e en 1868 dans <emphasis>L�Interm�diaire des chercheurs et curieux</emphasis> : � Sous l�Ancien R�gime, les nobles avaient le duel � l��p�e ; les vilains n�avaient, pour vider leurs querelles, que les armes plac�es au bout de leurs bras par dame Nature. �</p></section><section><title><p id="link_48">�a va finir (se terminer) en bouillon de moules</p></title><p>C�est, en Saintonge, l��quivalent de <emphasis>�a va tourner vinaigre</emphasis>. D�une discussion qui est devenue orageuse, le paysan charentais disait : � O s�est en al� en bouillon de moucles � (<emphasis>moucles</emphasis>, pour � moules �, respecte l��tymologie <emphasis>musculus</emphasis> qui nous a aussi donn� la <emphasis>mouclade</emphasis>, typiquement charentaise). Le <emphasis>bouillon de moules</emphasis> symbolise ici le brouet noir peu app�tissant. Profitons de l�occasion pour rendre hommage � la merveilleuse moule de bouchot qui vit le jour en 1246 � Esnandes (Charente-Maritime), dans la baie de l�Aiguillon : l�Irlandais Patrice Walton, jet� par un naufrage sur une plage de la pointe Saint-Cl�ment, eut l�id�e de planter des pieux dans la vase, entre lesquels il tendit des filets pour pi�ger les oiseaux. Il s�aper�ut alors que des moules, accroch�es � ces pieux, grossissaient en prenant un tr�s bon go�t.</p></section><section><title><p id="link_47">�a vous pend au nez comme un sifflet de deux sous</p></title><p>Menace d�une punition imminente, toujours promise, rarement donn�e, comme la fess�e suppos�e faire saigner les gencives (voir <a l:href="#link_24">supra</a>) : � Vous allez �tre priv�s de dessert ! �a vous pend au nez comme un sifflet de deux sous ! � Grand-m�re avait de dr�les de fa�ons de parler. Avait-on jamais vu un sifflet pendre au nez, f�t-il bon march� ?</p><p>Dans <emphasis>A Dictionary of french idioms</emphasis> (1830) de William A. Bellenger, on trouve : <emphasis>Autant lui en pend au nez</emphasis> (traduit par <emphasis>It may be his case</emphasis>), expression qui �tait d�j� attest�e, selon Rey et Chantreau, au XIII<sup>e</sup> si�cle sous la forme <emphasis>autretant lui en pend sor le nez</emphasis>, entendons, � cela risque de lui arriver comme c�est arriv� � son voisin �. La menace imminente est donc d�j� pr�sente, l�image �tant peut-�tre celle du poing mena�ant tendu sous le nez de celui que l�on va frapper. On trouve chez D�Hautel (1808), avec le m�me sens : <emphasis>Cela lui pend au nez comme une citrouille.</emphasis> Le <emphasis>sifflet de deux sous</emphasis> (on dit aussi <emphasis>de deux ronds</emphasis>) remplace la � citrouille � au tout d�but du XX<sup>e</sup> si�cle, <emphasis>sifflet</emphasis> qui doit signifier � morve � (l�enfant morveux siffle en respirant et encore plus en reniflant), les <emphasis>deux sous</emphasis> �tant la m�taphore des deux narines. De l�expression premi�re, <emphasis>pendre au nez</emphasis>, et par association directe d�id�es sans qu�une coh�rence s�mantique soit recherch�e pour autant, l�expression a donc �volu� vers <emphasis>pendre au nez comme un sifflet de deux sous.</emphasis></p></section><section><title><p>Mouche ton nez et dis bonjour � la dame</p></title><p>On ajoute parfois d�autres injonctions avant le <emphasis>bonjour � la dame</emphasis> : � Sors les mains de tes poches, remonte tes chaussettes, retire ton b�ret, tiens-toi droit, etc. � Je ne sache pas que de tels ordres aient jamais �t� r�ellement donn�s mais ils constituent la formule arch�typique de la politesse autrefois exig�e des enfants. L�expression est devenue ironique. Elle t�moigne d�un temps o� l��ducation supposait un nombre exag�r� de contraintes : les m�mes se trouvaient engonc�s dans un carcan de bonnes mani�res qui faisaient la fiert� des parents et grands-parents : � Vous avez vu comme il est bien �lev� ! � Il y avait, bien s�r, des pleurs et grincements de dents, voire des rebellions comme en t�moigne cette chanson enfantine de l�entre-deux-guerres, cr��e par Ren� Baer, alias Vittonet : � J�veux pas dire bonjour � la dame qui vient voit maman le mardi et qui m�embrasse et qui me dit : �Qu�il a grandi ! Qu�il a grandi ! C�est vot� portrait, je le proclame.� J�veux pas dire bonjour � la dame. �</p></section><section><title><p>Les deux font la paire</p></title><p>� On dit aussi, Les deux font la paire, quand on voit deux personnes ensemble qui ont les m�mes qualitez, &amp; qui sont bien appari�es ; mais on n�en use gu�re qu�en mauvaise part. � Ainsi Antoine Fureti�re (1690) pr�sente-t-il l�expression, insistant sur son aspect n�gatif (� qualit�s � devant �tre pris ici au sens neutre de � mani�re d��tre �). Dans <emphasis>La Fleur des proverbes fran�ais</emphasis>, Pierre Alexandre Gratet Duplessis donne � la locution une signification carr�ment p�jorative : � Locution famili�re, au moyen de laquelle on caract�rise d�daigneusement certaines liaisons qui n�ont pour fondement ni la probit�, ni l�honneur, ni m�me la d�cence et qui ne peuvent avoir lieu qu�entre des gens assez peu estimables. �</p><p>Cet aspect r�probateur s�est toutefois amoindri, et si l�on dit par exemple de deux garnements qui s�entendent comme larrons en foire pour faire des sottises : � <emphasis>Les deux font la paire ! �</emphasis>, c�est souvent sur un ton amus�. Aujourd�hui, en un sens plus neutre quoique toujours un peu moqueur, la locution nous fait simplement comprendre que deux personnes vont bien ensemble, que leur association est remarquable. Il en va ainsi des couples c�l�bres, dans tous les domaines.</p></section><section><title><p>Un boisseau de puces</p></title><p>Ancienne mesure de capacit� d�une douzaine de litres, le <emphasis>boisseau</emphasis> se pr�sentait sous la forme d�un r�cipient cylindrique. On l�utilisait notamment pour mesurer les graines de c�r�ales. Est-ce parce que l�insecte parasite ressemble � une toute petite graine que notre lexique l�a aussi mis en boisseau ? On imagine en tout cas les centaines de milliers, de millions de puces que cela repr�sente et les bonds innombrables qu�elles doivent y faire. L�image traduit donc plusieurs id�es :</p><p>��l�activit�, le dynamisme : � �veill� comme un boisseau de puces � ;</p><p>��l�excitation extr�me : � Excit� comme un boisseau de puces � ;</p><p>��la nuisance, le harc�lement, la peste dont on ne peut se d�faire : � [�] nous tirons des plans pour nous rendre plus canulants qu�un boisseau de puces, de fa�on � le d�go�ter de son m�tier d�exploiteur et l�amener � nous donner sa d�mission � (�mile Pouget, <emphasis>L�Almanach du P�re P�nard</emphasis>, 1897). C�est en ce sens, quand nous ne cessions de la tarabuster, que grand-m�re s��criait : � Quels boisseaux de puces ! �</p></section><section><title><p>Chanter Ramona</p></title><p>Dans l�argot du XIX<sup>e</sup> si�cle, un <emphasis>ramona</emphasis> �tait un petit ramoneur. Dans son <emphasis>Dictionnaire de la langue verte</emphasis> (1866), Delvau nous en donne cette d�finition : � Petit Savoyard qui, aux premiers jours d�automne, s�en vient crier par les rues des villes, barbouill� de suie, raclette � la ceinture et sac au dos. � Par l�interm�diaire du sens figur� de <emphasis>ramoner</emphasis>, � marmonner � puis � r�primander �, <emphasis>chanter Ramona</emphasis> est devenu un synonyme populaire d�� enguirlander �, de � remonter les bretelles �, de � passer un savon �.</p><p>Il semble cependant que <emphasis>chanter Ramona � une femme</emphasis> ait pr�c�demment rev�tu une signification argotique plus scabreuse : par allusion � la chanson d�amour de Saint-Granier (1927)<a l:href="#n_39" type="note">[39]</a>, il fut d�abord question de � faire la cour � une dame � puis, par une comparaison peu d�licate entre le ramonage et l�acte sexuel, <emphasis>chanter Ramona</emphasis> prit le sens de � faire l�amour �. En 1640, dans ses <emphasis>Curiosit�s fran�aises</emphasis>, Antoine Oudin mentionne comme vulgaire, <emphasis>ramonner</emphasis> (sic) <emphasis>la chemin�e d�une femme</emphasis>, � coucher avec elle �.</p></section><section><title><p>Y en a pas un pour racheter (rattraper) l�autre</p></title><p>C�est parfois ce que le bon peuple se dit la veille d�une �lection, quand aucun candidat n�a ses faveurs. Rengaine connue trahissant le degr� z�ro de la conscience citoyenne : � Tous les politiques sont � renvoyer dos � dos, il n�y en a pas un pour racheter l�autre, qu�ils soient de gauche ou de droite, ou du centre � (Cit� dans <emphasis>Revue fran�aise de politique</emphasis>, vol. 51, P.U.F., 2001).</p><p>Notons au passage que Fran�ois Mitterrand disait la m�me chose des dirigeants du Parti communiste dans les ann�es 1970 : � Il n�y en a pas un pour racheter l�autre. On peut les manipuler comme on veut. Ils sont tous plus b�tes les uns que les autres. Toutes leurs r�actions sont pr�visibles � (Cit� par Franz-Olivier Giesbert dans <emphasis>Le Pr�sident</emphasis>, Seuil, 1990).</p><p>Grand-m�re n�employait cependant pas l�expression pour fustiger ministres, d�put�s ou autres �lus. C�est � mon fr�re et moi qu�elle r�servait le compliment, quand nous nous �tions mis � deux pour faire des �neries.</p></section><section><title><p>Donner du fil � retordre</p></title><p>Quels parents n�ont jamais dit que leur prog�niture leur <emphasis>donnait du fil � retordre</emphasis>, soulignant ainsi les difficult�s rencontr�es pour les �lever dans un chemin aussi droit que possible ?</p><p>Tel ne fut pourtant pas le sens premier de l�expression. Oudin (1640) tient la locution pour vulgaire et en fournit la d�finition suivante : � <emphasis>Donner du fil � retordre</emphasis>, Se prostituer �tre putain �, signification que Rey et Chantreau justifient en ayant recours au sens technique de <emphasis>retordre</emphasis> : � En parlant du fil ou de la ficelle, tordre deux ou trois brins ensemble. � (D�finition de Littr�). L�image est suggestive.</p><p>Cette signification vulgaire fut �ph�m�re puisque, d�s le XVIII<sup>e</sup> si�cle, <emphasis>avoir du fil � retordre</emphasis> a signifi頫 Avoir des embarras, des difficult�s � :</p><poem><stanza><v>� Grands r�viseurs, courage, escrimez-vous :</v><v>Appr�tez-moi bien du fil � retordre ;</v><v>Plus je verrai fumer votre courroux,</v><v>Plus je rirai ; car j�aime le d�sordre. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Jean-Baptiste Rousseau, <emphasis>�pigramme XXIII</emphasis>, aux journalistes de Tr�voux, Livre II, 1743, posthume.)</text-author></cite><p><emphasis>Retordre du fil</emphasis> devait �tre consid�r� comme d�licat et fastidieux, surtout avant que le rouet ne soit invent�. L�article <emphasis>Fil</emphasis> dans <emphasis>L�Encyclop�die</emphasis> de Diderot et d�Alembert (1751�1772) fait allusion � des � efforts consid�rables � et � une � mani�re de retordre [�] trop longue �, ce qui suffit � rendre compte du second sens figur� de <emphasis>Donner du fil � retordre.</emphasis></p></section><section><title><p>Le roi dit : � Nous voulons. �</p></title><cite><p>� Grand-m�re, je veux encore de la grenadine !</p><p>��Le roi dit : �Nous voulons� ! �</p></cite><p>J��tais bien trop petit et trop respectueux de mon a�eule pour oser r�torquer : � Mais nous sommes en r�publique ! �</p><p>Formule rituelle pour rappeler aux enfants qu�il ne faut pas exiger ou du moins, qu�il faut y mettre les formes en assortissant, par exemple, le vouloir d�un conditionnel de bon aloi, ce <emphasis>roi</emphasis> qui dit <emphasis>nous voulons</emphasis>, nous remit bien souvent � notre place. Pourtant, � bien y r�fl�chir, ce <emphasis>nous</emphasis> royal �tait un <emphasis>nous</emphasis> de majest� et non de modestie ; il �tait boursoufl� de toute l�autorit� officielle, de tout le droit divin d�volus aux monarques. � <emphasis>Nous voulons�</emphasis> � exprimait donc une exigence absolue, bien sup�rieure � mon modeste � Je veux �� mais on n�ergote pas avec sa grand-m�re !</p></section><section><title><p>Bon comme la romaine</p></title><p>Ne cherchons l� aucune habitante de Rome, �pouse g�n�reuse et bienveillante d�un Romain de l�Antiquit� : si tel �tait le cas, un � R � majuscule e�t �t� obligatoire. La minuscule nous fait donc tacitement comprendre que <emphasis>romaine</emphasis> est ici un adjectif et qu�un nom commun doit �tre sous-entendu. <emphasis>Quid hoc verbum significat ?</emphasis> La paix romaine�(<emphasis>Pax Romana</emphasis> d�Auguste) ? La vie romaine (<emphasis>dolce vita</emphasis>) ? La charcuterie romaine ?� La laitue romaine. Parfois appel�e � chicon �, elle fut cr��e par les mara�chers romains du I<sup>er</sup> si�cle. Plus croquante et nourrissante que la batavia (de l�ancien nom de la Hollande d�o� cette autre laitue est originaire), la <emphasis>romaine</emphasis> est toujours tr�s pris�e des amateurs de salade. Le premier sens de <emphasis>bon comme la romaine</emphasis> fut � tr�s bon �. De � tr�s bon � � � trop bon � et de � trop bon � �� le sens de l�expression a �volu� en � �tre une victime potentielle �, du genre de celles que nous devenions quand, ayant commis une irr�parable faute et craignant les repr�sailles paternelles, nous entendions cette affirmation proph�tique : � Cette fois, c�est s�r, vous �tes bons comme la romaine ! �</p></section><section><title><p>Sentir le roussi</p></title><p><emphasis>Sentir le roussi</emphasis> est synonyme de � filer un mauvais coton � (voir <a l:href="#link_25">supra</a>) : cette odeur est typique d�une situation qui risque de tourner mal, d�affaires qui deviennent suspectes, d�un personnage en disgr�ce. Le <emphasis>roussi</emphasis> en question est la couleur (rousse) que prend ce qui commence � br�ler : il est alors grand temps d��teindre le feu avant qu�il ne devienne d�vorant.</p><p>L�expression est apparue au XIX<sup>e</sup> si�cle pour �voquer une pratique m�di�vale : <emphasis>sentir le roussi</emphasis> fait d�abord r�f�rence aux h�r�tiques condamn�s au b�cher. De ces m�cr�ants, victimes potentielles des foudres de l�Inquisition, on disait aussi qu�ils � sentaient le fagot �, comme chez Diderot, quand Jacques craint pour son ma�tre : � Mon ma�tre, paix, paix : ce que vous dites l� sent le fagot en diable � (<emphasis>Jacques le fataliste et son ma�tre</emphasis>, 1778-80). Avant le grand embrasement, on demandait aux h�r�tiques de faire � acte de foi � de fa�on � ce qu�ils soient rachet�s dans l�autre monde, d�o� notre mot � autodaf� � qui reprend litt�ralement le portugais <emphasis>auto da fe.</emphasis></p><p>La paternit� de l�expression figur�e <emphasis>sentir le roussi</emphasis> semble pouvoir �tre attribu�e au chansonnier Pierre-Jean de B�ranger : il l�emploie en 1819 dans sa chanson <emphasis>Les Missionnaires</emphasis> :</p><poem><stanza><v>� L�Intol�rance, front lev�,</v><v>Reprendra son allure ;</v><v>Les protestants n�ont point trouv�</v><v>D�onguent pour la br�lure.</v><v>Les philosophes aussi</v><v>D�j� sentent le roussi. �</v></stanza></poem></section><section><title><p>Petit sagouin !</p></title><p>Au sens� propre, un <emphasis>sagouin</emphasis> est une esp�ce de petit singe d�Am�rique (<emphasis>Saguinus</emphasis>) �galement appel� � tamarin �, esp�ce qui compte les ouistitis dans ses rangs. <emphasis>Sagouin</emphasis> est � l�origine un mot tupi, <emphasis>saguim</emphasis>, qui, appliqu� � une personne, d�signe quelqu�un de sale et de peu fr�quentable, comparable aux yahoos, ces andro�des r�pugnants que Gulliver rencontre au pays des Houyhnhnms.</p><p>C�est sans doute l�id�e que grand-m�re avait en t�te quand elle me traitait de <emphasis>petit sagouin</emphasis> : par maladresse ou n�gligence, je venais alors de barbouiller de boue v�tements, mains et visage � force de pigouiller et de gassouiller (en Saintonge, on pigouille et gassouille quand on patauge ou met les mains dans une flaque d�eau bourbeuse).</p><p>Fran�ois Mauriac utilisa le mot comme titre d�un roman paru en 1951 o� il nous raconte la vie peu reluisante du petit Guillou, gar�on de douze ans, malpropre, arri�r�, et m�pris� de tous, y compris de sa m�re.</p><p>Esnault (1965) nous apprend que <emphasis>sagouin</emphasis> d�signa aussi en argot un � �tudiant en droit ou lettres � (1929).</p></section><section><title><p>Faire le z�bre</p></title><p>Faire le clown, le pitre, le zouave (voir ci-dessous), le malin, l�int�ressant, autant d�expressions synonymes pour qualifier le comportement de celui qui veut surprendre ou se faire remarquer en faisant rire la galerie. L�animal est aussi associ� � une id�e de bizarrerie que l�on retrouve dans l�expression <emphasis>un dr�le de z�bre</emphasis>. Les rayures de l��quid� justifient-elles cette dr�lerie, dans la double acception du terme ? L�expression semble relativement r�cente. On pourrait la rattacher � cette anecdote rapport�e par Buffon : Milord Clive ayant rapport� d�Inde une femelle z�bre aurait voulu la faire saillir par un �ne. La � z�bresse � refusant de se laisser approcher, � Clive eut l�id�e de faire peindre cet �ne comme un z�bre : la femelle, dit-il, en fut la dupe, l�accouplement se fit, et il en est n� un poulain parfaitement semblable � sa m�re [�] � (<emphasis>Histoire naturelle</emphasis>, volume 7, 1753�1767).</p><p>Selon Esnault (1965), <emphasis>z�bre</emphasis> fut aussi le surnom donn� � un �l�ve de l��cole des ing�nieurs m�caniciens de la marine (1909) puis, par extension, � un �l�ve de l��cole des �l�ves officiers de marine (1913).</p></section><section><title><p>Faire le zouave</p></title><p>En arabe, le mot <emphasis>Zwawa</emphasis> d�signe une tribu kabyle. C�est une d�formation d�un mot berb�re, <emphasis>Agawa</emphasis>, d�signant une ancienne conf�d�ration compos�e de huit tribus. Lors de la colonisation de l�Alg�rie en 1830, un corps de fantassins est recrut� parmi les Kabyles. Les soldats, d�abord kabyles, re�oivent le nom de <emphasis>zwaves</emphasis>, rapidement transform� en <emphasis>zouaves</emphasis>. Les fantassins d�Alg�rie continueront d��tre appel�s <emphasis>zouaves</emphasis>, m�me quand des Arabes ou des Fran�ais de m�tropole feront partie de ce corps.</p><p>Les <emphasis>zouaves</emphasis> se feront remarquer pour leur discipline et leur bravoure, notamment pendant la guerre de Crim�e (1854�1855). Le mot <emphasis>zouave</emphasis> s�appliquera donc, au XIX<sup>e</sup> si�cle et dans un contexte populaire, � un homme courageux. De l� na�tra, en 1888, l�expression <emphasis>faire le zouave</emphasis> qui sera prise � contre-pied avec le sens de � faire le fanfaron � puis, � se faire remarquer en faisant le pitre �.</p><p>Pr�cisons que l�arm�e vaticane a �galement recrut� un corps de <emphasis>zouaves</emphasis> pontificaux, membre de la garde du pape, dissous en 1871.</p></section></section><section><title><p>SANT�</p></title><section><title><p>Monter (passer) sur le billard</p></title><p>Dans l�argot des poilus de la Grande Guerre, le <emphasis>billard</emphasis> d�signa le terrain d�exercices puis le terrain de combats, <emphasis>monter sur le billard</emphasis> ayant le sens pr�cis de � sortir de la tranch�e pour l�assaut � (Gaston Esnault, <emphasis>Le Poilu tel qu�il se parle</emphasis>, 1919).</p><p>Le <emphasis>billard</emphasis> a �galement qualifi�, � la m�me �poque (1916), la table d�op�ration, <emphasis>monter sur le billard</emphasis> signifiant alors � subir une op�ration chirurgicale �. Le second sens est vraisemblablement d�riv� du premier, ce qui en dit long sur la confiance que l�on accordait alors aux chirurgiens : on courait le risque de quitter la salle d�op�ration et le champ de bataille de la m�me fa�on, les pieds devant. D�o� la peur in�vitablement associ�e � cette perspective : � �Et dis-moi : ton p�re, quand est-ce qu�il se fait op�rer ? Il a la frousse ? T�, pardi, je le comprends, moi aussi j�aurais la frousse. Rien que l�id�e de monter sur le billard, �a me donne le frisson [�]� � (Roger Quillot, <emphasis>Angers</emphasis> in <emphasis>M�moires II</emphasis>, Odile Jacob, 2001, posthume).</p></section><section><title><p>Faire prendre un bouillon d�onze heures</p></title><p>Un <emphasis>bouillon d�onze heures</emphasis>, c�est un breuvage empoisonn� que l�on administre quand on veut se d�barrasser de quelqu�un, que l�on prend quand on veut mettre fin � ses jours. Chez Fureti�re (1690), le mot <emphasis>bouillon</emphasis>, seul, avait d�j� cette signification : � On dit aussi qu�on a donn� le bouillon � quelqu�un, pour dire qu�on l�a empoisonn�. � On n�est pas loin du <emphasis>bouillon de sorci�re</emphasis> aux propri�t�s mal�fiques. Dans son roman <emphasis>Madelon</emphasis> (1863), Edmond About �crit � propos d�un repas de mariage : � �Potage � la d�Artois !� Manges-en, triple brute ! C�est toi qui l�as command� sans consulter les go�ts de ta femme ! Ah ! Que j�aimerais mieux te servir un bouillon d�onze heures, si j��tais s�r que la fortune est au dernier vivant ! � On dirait plut�t aujourd�hui <emphasis>bouillon de onze heures</emphasis>, mais pourquoi <emphasis>onze heures</emphasis> ? Jules Renard semble nous donner la solution par la voix de son personnage <emphasis>Ragotte</emphasis>, h�ros du roman du m�me nom (1909) : � Ce qu�il vous faudrait, dit Ragotte, c�est un bouillon d�onze heures. Oui, � onze heures, on l�avale, � midi, on est mort ! � Claude Duneton (2001) plaide plut�t pour onze heures du soir, la nuit �tant associ�e � la mort et minuit � la derni�re heure de la journ�e. Celui qui prend <emphasis>un bouillon d�onze heures</emphasis> est donc s�r que sa derni�re heure est arriv�e.</p></section><section><title><p>Battre la breloque</p></title><p>D�un beaucoup plus vieux qu�elle, atteint d�un g�tisme se manifestant par des propos incoh�rents, des pertes de m�moire, d�orientation, etc., grand-m�re disait : � Le pauvre vieux, il commence � battre la breloque<a l:href="#n_40" type="note">[40]</a>. � On ne connaissait pas encore le mot d�Alzheimer (attest� en fran�ais seulement � partir de 1988). Attention, celui qui <emphasis>bat la breloque</emphasis> ne � sucre pas [n�cessairement] les fraises � puisque cette deuxi�me expression fait plut�t allusion au tremblement parkinsonien qui peut affecter les personnes �g�es.</p><p>Qu�est-ce donc qu�une <emphasis>breloque</emphasis> ? La chose n�est pas tr�s claire. Littr� parle d�un bijou de peu de valeur que l�on attache � une cha�ne de montre. Ces <emphasis>breloques</emphasis> (<emphasis>breluques</emphasis>, dans le <emphasis>Dictionnaire italien et fran�ois</emphasis> d�Antoine Oudin, 1640) brinqueballent et les mouvements irr�guliers et saccad�s qui les agitent peuvent �tre compar�s � la batterie de tambour du m�me nom (�galement baptis�e <emphasis>berloque</emphasis>) qui �tait jou�e pour appeler les soldats au repas, � une distribution de vivres ou � rompre les rangs (donc � une certaine d�bandade). Le d�sordre, la saccade, l�irr�gularit�, caract�risent ce qui fonctionne mal : <emphasis>battent</emphasis> donc <emphasis>la breloque</emphasis> les appareils sur le point de rendre l��me et les cerveaux d�rang�s.</p><p>Delvau (1866) nous apprend par ailleurs que <emphasis>breloque</emphasis> est un mot d�argot pour � pendule � et que <emphasis>battre la breloque</emphasis>, c�est � d�raisonner comme un pendule d�traqu�e �.</p></section><section><title><p>Battre son dail</p></title><p>Un <emphasis>dail</emphasis>, c�est une � faux � en Aquitaine et dans le Centre-Ouest.</p><p>Rabelais utilise le mot dans le prologue de son <emphasis>Quart Livre</emphasis> : � La mort, six jours apr�s le rencontrant sans coingn�e, avecques son dail l�eust fausch� et cercl� de ce monde. �</p><p>C�est parce que la mort, appel�e la � Grande Faucheuse �, est all�goriquement repr�sent�e comme un squelette muni d�une faux que l�expression <emphasis>battre son dail</emphasis> signifie � �tre � l�agonie � : � [�] all� �tait l�, bounejhent, qu�avait l�roumeau<a l:href="#n_41" type="note">[41]</a> de la mort et qui battait son dail ! � (�variste Poitevin dit Gouleben�ze, <emphasis>H�rodiade aux ar�nes de Saintes</emphasis>).</p><p>On trouve des variantes de <emphasis>dail</emphasis> en occitan : <emphasis>dai</emphasis> et <emphasis>dahl</emphasis> (Languedoc et Gascogne), <emphasis>dal</emphasis> (Limousin) et Mistral, dans son <emphasis>Tr�sor du F�librige</emphasis>, nous dit que � <emphasis>Durandal</emphasis>, l��p�e de Roland, d�rive probablement de <emphasis>duran, dahl</emphasis>, � dure faux �.</p></section><section><title><p id="link_26">Blanc comme un linge</p></title><p>Cette p�leur extr�me traduit g�n�ralement la peur, la stupeur, voire la col�re. Chez nous, elle �tait plut�t la marque d�une sant� chancelante et, quand notre visage �tait � ce point bl�me, il entra�nait quelque affolement � la maison, amorce d�une r�action en cha�ne : hop ! tout de suite au lit, appel du m�decin, recours au thermom�tre, pr�paration d�un bouillon de l�gumes. La panique, toujours disproportionn�e, ne commen�ait � se calmer qu�avec cette constatation salvatrice de grand-m�re : � Ah, tout de m�me, il reprend des couleurs ! �</p><p>L�expression <emphasis>Blanc comme un linge</emphasis> est utilis�e en ce sens au XIX<sup>e</sup> si�cle, dans le c�l�bre journal intime d�Henri-Fr�d�ric Amiel par exemple : � La pauvre Car a �t� boulevers�e aujourd�hui pour son jeune et fragile gar�on qu�on a rapport� de son �cole, sans force et blanc comme un linge � (2 avril 1864).</p><p>Nuances : la blancheur compar�e � celle d�un cachet d�aspirine n�indique pas un �tat maladif mais une absence totale de bronzage. Dire d�un individu qu�il est � blanc comme neige �, c�est souligner son innocence, la blancheur n��tant ici qu�une m�taphore (cf. � candeur �, issu du latin <emphasis>candidus</emphasis>, � blanc �clatant �, �galement � l�origine du mot � candidat �).</p></section><section><title><p>�a sera gu�ri le jour de tes noces</p></title><p>Quand on est encore dans l�enfance, le <emphasis>jour de nos noces</emphasis> appartient � un avenir plus irr�el que lointain. Cela sonne comme une sorte de Saint-Glinglin (voir <a l:href="#link_49">infra</a>). On pourrait tout aussi bien reporter la gu�rison � �P�ques ou � la Trinit� �. Aussi quand, d�un bobo qui nous faisait pleurer � chaudes larmes, grand-m�re pr�tendait, ironique, qu�il serait <emphasis>gu�ri le jour de nos noces</emphasis>, incapables de saisir que la d�rision du propos �tait proportionnelle � l�insignifiance du mal, nous ne pouvions que redoubler de sanglots.</p><p>En saintongeais, cela donne : <emphasis>O serat guari le jhour de tes noces.</emphasis></p></section><section><title><p>Bon pied bon �il</p></title><p>Grand-m�re parlait-elle de d�marche encore fringante et de vue toujours claire en pr�tendant de tel ami qu�il avait <emphasis>bon pied bon �il</emphasis> malgr� son �ge avanc� ? Sans vouloir n�cessairement souligner ces d�tails anatomiques, elle voulait plut�t dire qu�il �tait toujours en bonne sant�, toujours vigoureux, que la vieillesse ne l�avait pas diminu�.</p><p>Tel est bien le sens d�<emphasis>avoir bon pied bon �il</emphasis>, expression attest�e d�s 1640 chez Oudin avec l�explication suivante : � Il est sain. Il prend bien garde � son fait. � Elle fut peut-�tre construite � partir de <emphasis>marcher de bon pied</emphasis> qui ne signifia pas d�abord � marcher de mani�re alerte � mais, toujours selon Oudin, � proc�der comme il faut �.</p><p>On trouve <emphasis>bon pied, bon �il</emphasis> au sens propre chez Moli�re dans <emphasis>Les Fourberies de Scapin</emphasis> (1671) quand Silvestre imagine une attaque des proches d�Argante et feint de se donner du courage en criant : � Point de quartier. Donnons. Ferme. Poussons. Bon pied, bon �il � (II,�9).</p><p><emphasis>Bon pied, bon �il</emphasis> est aussi le titre d�un roman de Roger Vailland publi� en 1950.</p></section><section><title><p>Une mine de papier m�ch�</p></title><p>Elle rivalise avec la � mine de d�terr� �, o� l�allusion directe au cadavre exhum� en dit long sur la fatigue et la fl�trissure qui se lisent sur le visage. Le <emphasis>papier m�ch�</emphasis> est un mat�riau de construction apparu en Orient d�s le VIII<sup>e</sup> si�cle ; il consiste en un m�lange de papier d�tremp�, d�eau, de colle, de pl�tre et parfois de textiles. La couleur blanch�tre et l�aspect grenu de la pr�paration ainsi obtenue offrent en effet l�image d�un visage aux traits tir�s, d�un teint blafard, d�une mine maladive.</p><p>La locution <emphasis>de</emphasis> (ou <emphasis>en</emphasis>) <emphasis>papier m�ch�</emphasis> fut souvent employ�e au figur� comme m�taphore de la faiblesse, tant physique que morale. Ainsi, aux hasard des citations :</p><cite><p>��� [�] � soixante et dix-neuf ans, avec un corps de roseau et des organes de papier m�ch�, je suis ingu�rissable � (Voltaire, Lettre au comte d�Argental, 19 avril 1773) ;</p></cite><cite><p>��� Oui, le vice est moins dangereux que ces �mes de papier m�ch�, et ces t�tes vides � (Julie de Lespinasse, Lettre LXXXVI, 1775) ;</p></cite><cite><p>��� Qui donc vous a donn� la force de l�ingratitude, vous qui �tes comme un homme de papier m�ch� ? � (Balzac, <emphasis>La Cousine Bette</emphasis>, ch. XIII, 1846).</p></cite><p>M<sup>me</sup> de S�vign� utilise l�image du <emphasis>papier mouill�</emphasis> pour qualifier son fils Charles : � C�est une �me de bouillie, [�] c�est un corps de papier mouill�, un c�ur de citrouille fricass� dans de la neige � (Lettre � Mme de Grignan du 22 avril 1671).</p></section><section><title><p>Avoir un pet de travers</p></title><p>D�cid�ment, les expressions de grand-m�re sont l�gion qui honorent le dieu romain des pets et des flatulences, Crepitus, dont on pense, cela tombe bien, qu�il �tait surtout v�n�r� par les vieilles femmes et les enfants.</p><p><emphasis>Avoir un pet de travers</emphasis> compl�te la liste. Celui dont le m�t�orisme ne s��vacue qu�en empruntant ainsi des chemins de traverse est hypocondriaque � plus d�un titre, l�hypocondrie, anxi�t� affectant les malades imaginaires, �tant suppos�e prendre naissance dans les organes de l�abdomen. Le <emphasis>pet de travers</emphasis> caract�rise en effet le geignard adepte du � je ne me sens pas tr�s bien �, r�pondant syst�matiquement � couci-cou�a � au banal � Comment allez-vous ? �. Parce qu�elle ne se plaignait jamais, grand-m�re ne pouvait que rire de ceux qui ont toujours <emphasis>un pet de travers</emphasis>.</p></section><section><title><p>Vomir tripes et boyaux</p></title><p>Lucien Rigaud (1888) mentionne l�expression avec cette d�finition : � Vomir copieusement et avec de grands efforts. �</p><p>Cet �norme et douloureux rejet spasmodique est le signe annonciateur d�une maladie ou d�une simple indigestion. Apr�s avoir <emphasis>vomi tripes et boyaux</emphasis>, on �tait forc�ment � blanc comme un linge � (voir <a l:href="#link_26">supra</a>) et la premi�re cons�quence �tait de rejoindre le lit sans attendre : � la maison, on ne riait pas avec �a.</p><p>L�expression est d�une brutale crudit� : elle nous donne � comprendre que seraient rejet�s non seulement les aliments contenus dans l�intestin mais aussi l�intestin lui-m�me, id�e renforc�e par la redondance � tripes et boyaux � et le pluriel. Belle hyperbole ! Elle faisait partie des expressions de grand-m�re qui devait consid�rer � rendre � ou � vomir � comme pas assez expressifs et � d�gueuler � comme trop vulgaire. Elle employait aussi le populaire � d�gobiller �, form� sur un d�riv� de <emphasis>gober</emphasis>, � avaler � avec le pr�fixe � d�- � indiquant l�action contraire. � Desgobiller � est attest� d�s 1611 chez Cotgrave : � Desgobiller : <emphasis>to spur, cast, or vomit.�</emphasis> �</p></section><section><title><p>Avoir le viroun�</p></title><poem><stanza><v>� Tu me fais tourner la t�te</v><v>Mon man�ge � moi, c�est toi. �</v></stanza></poem><p>S�il avait �t� chansonnier charentais, Jean Constantin, parolier d��dith Piaf, aurait exprim� la m�me id�e en �crivant : � Tu me donnes le viroun�. � Grand-m�re nous accusait de lui <emphasis>donner le viroun�</emphasis> quand, par exemple, d�bordants d��nergie, nous nous poursuivions en courant autour de la table de salle � manger. Variante : � tu me donnes le tournis �, le � tournis � �tant d�abord une enc�phalite du mouton dont le principal sympt�me est le tournoiement de la b�te.</p><p><emphasis>Virouner</emphasis>, c�est, dans l�Ouest, le Nord-Ouest, le Centre, � tourner en rond �. Si le Saintongeais prend une route en lacets, � pied, � cheval ou en voiture, il ne manquera pas de lancer : � O <emphasis>viroune</emphasis> dans ces parajhes ! �</p><p>Avec cette signification, <emphasis>vironner</emphasis> existait en ancien fran�ais, comme l�atteste cet extrait de Bernard Palissy�(qui a longtemps r�sid� � Saintes) : � Spirale est une ligne faite par vo�te en vironnant en forme d�une coquille d�une limace � (<emphasis>Discours admirables</emphasis>, 1580).</p><p>Issu du verbe <emphasis>virer, virouner</emphasis> est un proche parent �tymologique du mot � environ �.</p></section></section><section><title><p><emphasis>TEMPUS</emphasis></p></title><section><title><p>Avoir l��trenne de quelque chose</p></title><p>L�<emphasis>�trenne</emphasis>, c�est le premier usage que l�on fait d�une chose. La locution <emphasis>avoir l��trenne</emphasis> est donc synonyme d�<emphasis>�trenner</emphasis>, apparu au XIX<sup>e</sup> si�cle avec le sens d�� utiliser pour la premi�re fois �. Le sens peut en �tre n�gatif, � �tre le premier � conna�tre les inconv�nients d�une nouvelle situation �. En ce sens, la locution famili�re � essuyer les pl�tres �, utilis�e au figur�, lui est �quivalente.</p><p>Mais d�o� vient le mot <emphasis>�trenne</emphasis> ? Du latin classique <emphasis>strena</emphasis> dont le sens a �volu� de � pr�sage, signe, pronostic � � � cadeau que l�on offre pour servir de bon pr�sage �.</p><p>Il s�agit d�une tradition remontant � l�Antiquit� romaine. � l�occasion de la nouvelle ann�e, l�usage voulait que l�on offr�t � l�empereur des rameaux de verveine coup�s dans le bois consacr� � <emphasis>Strenia</emphasis>, d�esse pr�sidant � la bonne sant�. Cette coutume aurait �t� introduite sous le r�gne suppos� de Tatius Sabinus, roi l�gendaire, qui fut le premier � recevoir ces rameaux de verveine. L�habitude se prit ensuite d�en offrir aux magistrats et autres � personnes de valeur �. Plus tard, des pr�sents de figues, de dates et de miel furent faits aux amis, afin qu�il ne leur arrive que des choses agr�ables et douces pendant le reste de l�ann�e. On offrit plus tard des pi�ces de monnaie et des m�dailles d�argent.</p></section><section><title><p>Il y a belle lurette !</p></title><p>� Il y a belle lurette qu�ils ne se parlent plus ! � disait grand-m�re d�un couple de voisins, f�ch�s depuis des lunes.</p><p>Cette <emphasis>belle lurette</emphasis>-l� est bien ant�rieure � celle dont Marcel Gottlieb fit la fianc�e de Gai-Luron, son personnage de bande dessin�e. On trouve d�j� une <emphasis>Belle Lurette</emphasis>, personnage d�une op�rette �ponyme de Jacques Offenbach repr�sent�e en 1880 au th��tre de la Renaissance, peu de temps apr�s la mort du compositeur.</p><p>Dans <emphasis>il y a belle lurette, belle lurette</emphasis> est une d�formation de � belle <emphasis>hurette�</emphasis> �, alt�ration r�gionale de � belle <emphasis>heurette�</emphasis> �, comprenons � belle petite heure �. L�expression est donc un euph�misme puisqu�elle signifie � fort longtemps �. Elle appara�t en 1841 dans <emphasis>Un monsieur et une dame</emphasis>, com�die-vaudeville de Xavier, Duvert et Lauzanne : � Et pr�t � partir avec mon nourrisson qui l�a retenu il y a belle lurette ! � (Sc�ne X.)</p><p>On trouve, dans le d�partement de l�Yonne, la forme contract�e <emphasis>bellurette</emphasis>.</p></section><section><title><p>Tomber en quenouille</p></title><p>Un proverbe h�breu nous dit que � toute l�habilet� d�une femme est dans sa quenouille �, � rapprocher de cet autre adage : � Femme sage / Reste � son m�nage. � � moi, le M.L.F. ! La <emphasis>quenouille</emphasis>, instrument qui servait autrefois � filer la laine, le chanvre ou le lin, a longtemps symbolis� l�activit� f�minine. Aussi disait-on d�un domaine ou d�un royaume�(loi salique) qu�il <emphasis>tombait en quenouille</emphasis> quand une femme en �tait l�h�riti�re :</p><cite><p>� Le gouvernement des Fran�ois a-t-il toujours �t� monarchique ?</p><p>��Ouy.</p><p>��Les femmes ont-elles part � ce gouvernement ?</p><p>��Non, car le royaume de France ne peut pas tomber en quenouille. �</p><text-author>(Claude Le Ragois, <emphasis>Instruction sur l�histoire de France et romaine, par demandes et r�ponses</emphasis>, 1687.)</text-author></cite><p>La misogynie contestant aux femmes toute aptitude � g�rer quelque propri�t� que ce soit, <emphasis>tomber en quenouille</emphasis> a pris le sens n�gatif de � d�p�rir, �tre laiss� � l�abandon �, l�incurie f�minine faisant p�ricliter le bien plus rapidement que ne le ferait le temps. � moi, les Chiennes de garde !</p></section><section><title><p>Dans le temps</p></title><p>L�expression est un peu vieillotte. On la remplace aujourd�hui par � autrefois �, � jadis � (form� sur le latin <emphasis>jam</emphasis>, � d�j� � et <emphasis>diei</emphasis>, � jours �) ou par � nagu�re � (abusivement, puisqu�il s�agit d�une contraction de � il n�y a gu�re �). La formule est elliptique : <emphasis>dans le temps pass�.</emphasis> Mais, contrairement � ses �quivalents actuels, <emphasis>dans le temps</emphasis> est entour� d�un halo de nostalgie : <emphasis>dans le temps</emphasis>, c��tait forc�ment � le bon temps � car, m�me si l�on fait r�f�rence � des �v�nements neutres, voire malheureux, ils appartiennent � cette �poque r�volue o� nous �tions �videmment plus jeunes. Le <emphasis>temps</emphasis> de l�expression est celui qui a fui :</p><poem><stanza><v>� Le temps s�en va, le temps s�en va, ma Dame,</v><v>Las ! le temps non, mais nous nous en-allons [�] �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Ronsard, po�sie retranch�e des <emphasis>Amours de Marie</emphasis>, 1555).</text-author></cite><p>Variante : <emphasis>dans les temps</emphasis> (� ne pas confondre avec la locution moderne signifiant � � l�heure, dans les d�lais �) : � Je veillerai sur sa femme. Je n�ai pas eu de chance avec la mienne, dans les temps ; mais je vous r�ponds que celle-ci marchera droit � (Alphonse Daudet, <emphasis>La Petite paroisse</emphasis>, 1895).</p></section></section><section><title><p>TOILETTE</p></title><section><title><p>Boutonn� � la Dranem</p></title><p>Charles Armand M�nard (1869�1935) �tait un chanteur et fantaisiste fran�ais qui fit les belles heures du caf�-concert <emphasis>L�Eldorado</emphasis>, de 1900 � 1919. Il cr�a son pseudonyme en inversant son propre nom : Dranem. Parmi ses succ�s, citons <emphasis>Les P�tits pois, Le Trou de mon quai, V�la l� r�tameur !</emphasis>. De 1920 � 1934, il participa � de nombreuses op�rettes ainsi qu�� quelques films. Il compta Maurice Chevalier, Raymond Queneau et Andr� Breton parmi ses admirateurs.</p><p>Son (�norme) succ�s co�ncida avec l�adoption, en 1896, d�un nouveau costume de sc�ne : veste �triqu�e, pantalon ray� trop large et trop court, des chaussures de clown, un ridicule petit chapeau melon et, surtout, un petit gilet dont boutons et boutonni�res �taient d�cal�s. L�artiste �tant particuli�rement c�l�bre � la maison, on disait <emphasis>Boutonner � la Dranem</emphasis> plut�t que � boutonner dimanche avec lundi �.</p></section><section><title><p>Habill� comme le marquis de Carabas</p></title><p>C��tait l�in�vitable compliment quand je v�tais des habits neufs pour la premi�re fois. Grand-m�re mettait la bouche en cul de poule et ayant donn� un petit coup de la t�te : � Hum ! Te voil� habill� comme le marquis de Carabas ! � Elle disait aussi, � comme un petit marquis � et, plus rarement, � comme un milord �.</p><p>L�expression est une allusion directe au c�l�bre conte de Perrault, <emphasis>Le Ma�tre chat</emphasis> ou <emphasis>Le Chat bott�</emphasis> (1697) et, plus pr�cis�ment, � l��pisode o�, gr�ce � un subterfuge, le chat am�ne le roi � offrir de riches v�tements � son ma�tre : � [�] le Chat s�approcha du carrosse et dit au roi, que dans le temps que son ma�tre se baignait, il �tait venu des voleurs qui avaient emport� ses habits, quoiqu�il e�t cri� au voleur ! de toute ses forces ; le dr�le les avait cach�s sous une grosse pierre. Le roi ordonna aussit�t aux officiers de sa garde-robe d�aller qu�rir un de ses plus beaux habits pour monsieur le marquis de Carabas. �</p></section><section><title><p>Habill� comme l�as de pique</p></title><p>C�est �tre mal habill�, mal fagot�, accoutr� bizarrement.</p><p><emphasis>As de pique</emphasis> s�est autrefois appliqu� � quelqu�un de ridicule, de stupide, qui ne m�rite pas le respect, � l�image du Mascarille de Moli�re qui se fait ainsi qualifi� par Marinette : � Taisez-vous, as de pique ! � (<emphasis>Le D�pit amoureux</emphasis>, V, IX, 1656). On trouve aussi, chez Regnard : � Vous croyez, en votre humeur caustique, / En agir avec moi comme avec l�as de pique ? � (<emphasis>Le Joueur</emphasis>, III, XI, 1696). Le grand �chalas, mal fichu, a aussi droit au qualificatif : � Prenez bien garde � ce soldat, / Ou plut�t ce grand as de pique [�] � (Scarron, <emphasis>La Foire Saint-Germain</emphasis>, 1643). Fureti�re (1690) mentionne l�expression <emphasis>C�est un as de pique</emphasis>, un <emphasis>as de tr�fle</emphasis> en pr�cisant que l� � on s�en sert pour injurier quelqu�un que l�on m�prise �. Ce n�est donc pas un hasard si Saddam Hussein �tait repr�sent� par l�as de pique dans un jeu de cartes diffus� par le Pentagone am�ricain pendant la guerre d�Irak. Outre sa valeur symbolique en cartomancie (la mort), l�<emphasis>as de pique</emphasis> d�signe aussi le croupion d�une volaille auquel sa forme l�assimile, ce qui explique qu�il soit aussi appel� troufignon ou croupignon (Hippolyte Fran�ois Jaubert, <emphasis>Glossaire du Centre de la France</emphasis>, 1855). Pr�tendre que quelqu�un est <emphasis>fichu</emphasis> ou <emphasis>b�ti comme l�as de pique</emphasis>, c�est donc, clairement, le comparer � un trou du cul, ce que grand-m�re ignorait quand elle usait de la m�taphore.</p></section><section><title><p>Faire sa plume</p></title><p>� Tu as fait ta plume ! � constatait grand-m�re quand je sortais du cabinet de toilette (la famille n�avait les moyens de s�offrir ni salle d�eau ni salle de bains), d�barbouill� et impeccablement peign�. <emphasis>Faire sa plume</emphasis> pour faire sa toilette est, � l��vidence, une allusion � l�oiseau qui lisse ses plumes avec son bec pour les nettoyer, les remettre en place et les huiler. La comparaison avec l�usage du gant de toilette, du peigne et d�une �ventuelle brillantine est donc tout � fait judicieuse ; <emphasis>faire sa plume</emphasis> ou � lisser ses plumes �, peut �tre, plus que de propret�, un souci de coquetterie : � La princesse n��tait qu�un oiseau, sans cesse occup� de lisser ses plumes [�] � (Alphonse Daudet, <emphasis>Les Rois en exil</emphasis>, III, 1879).</p></section><section><title><p>Et tout le saint-frusquin</p></title><p>Les linguistes ont glos� sur l�origine du mot <emphasis>frusquin</emphasis>. Il semble employ� pour la premi�re fois en 1628-29 avec le sens d� � habit mis�rable � dans <emphasis>Le Jargon, ou langage de l�Argot r�form�, comme il est � pr�sent en usage parmi les bons pauvres</emphasis> d�Olivier Ch�reau : � Polissons sont ceux qui ont des frusquins qui ne valent que froutiere ; en Hyver, quand le gris bo�esse, c�est lors que leur estat est le plus chenastre. � Le mot <emphasis>frusquin</emphasis> est repris en 1710 par Antoine Baudron de Senec� dans son conte <emphasis>La Confiance perdue</emphasis> avec le sens plus large d�� effets �, de � petites choses que l�on poss�de � : � Puis dans deux petits sacs mettant tout son frusquin. � L�adjonction de � saint � est peu post�rieure : c�est une mani�re, sinon de canonisation, du moins de personnification comique, comme dans saint Foulcamp (voir <a l:href="#link_27">supra</a>).</p><p>Le mot <emphasis>frusques,</emphasis> de toute �vidence issu de <emphasis>frusquin</emphasis> et <emphasis>saint-frusquin</emphasis>, appara�t � la toute fin du XVIII<sup>e</sup> si�cle avec l�acception d� � habits de peu de valeur, que l�on traite sans grand soin �.</p><p>Et tout le saint-frusquin a finalement pris le sens de � et tout le reste � (cf. <a l:href="#link_28">supra</a>, <emphasis>et tout le toutim</emphasis>).</p></section><section><title><p>Propre comme un sou neuf</p></title><p>Le sou est ind�tr�nable dans le langage populaire, bien qu�en tant que monnaie officielle il ait disparu depuis plus de deux cents ans. Les nombreuses expressions qui le contiennent en sont la preuve�(voir <a l:href="#link_29">supra</a>, <emphasis>il lui manque toujours cent sous pour faire un franc</emphasis>).</p><p><emphasis>Propre comme un sou neuf</emphasis> en fait partie. Au XIX<sup>e</sup> si�cle, on a d�abord dit simplement <emphasis>propre comme un sou</emphasis> : � Je ne l�ai jamais vu si bien mis que ce jour-l�. Il �tait propre comme un sou � (Victor Hugo, <emphasis>Les Mis�rables</emphasis>, livre onzi�me, ch. III, 1862). L�image est, bien s�r, celle, reluisante, d�une pi�ce de monnaie r�cemment frapp�e. La nouveaut�, implicite dans l�ancienne forme (une pi�ce mise en circulation depuis longtemps ayant troqu� son brillant contre un aspect terne, voire noirci), devient rapidement explicite dans la seconde moiti� du XIX<sup>e</sup> si�cle : � L�unique rue qui le compose est impeccablement droite, propre comme un sou neuf, avec deux ruisseaux, s�il vous pla�t, et deux trottoirs � (Verlaine, Lettre � Lepelletier du 4 octobre 1862).</p></section><section><title><p>�tre, � se mettre � sur son trente et un</p></title><p>C�est �tre chic, bien habill�, <emphasis>tir� � quatre �pingles</emphasis>, mettre son plus beau costume, sa plus belle robe ou, �quivalents argotiques donn�s par Alfred Delvau (1866), <emphasis>l�habit � manger du r�ti</emphasis> et <emphasis>la robe � flaflas</emphasis>.</p><p>Que n�a-t-on pas �crit pour justifier l��tymologie de ce <emphasis>trente et un</emphasis> ! On a propos� une d�formation de <emphasis>trentain,</emphasis> nommant autrefois un drap de luxe dont la cha�ne �tait constitu�e de trente centaines de fils. Improbable ! Le mot <emphasis>trentain</emphasis>, relevant d�un vocabulaire sp�cialis�, ne saurait expliquer une expression aussi courante. �man Martin (1821�1882) fait allusion � un jeu de cartes o� les joueurs cherchent � totaliser le plus beau score, soit trente et un points (explication qui, selon Littr�, � para�t la v�ritable �) ; Claude Duneton (1978) sugg�re le trente et uni�me jour de certains mois, qui aurait donn� lieu � des festivit�s, des revues ou des permissions exceptionnelles, etc.</p><p>On trouve quelques variantes : <emphasis>trente-deux</emphasis> chez les Goncourt, <emphasis>trente-six</emphasis> chez Octave Feuillet, <emphasis>cinquante et un</emphasis> chez Balzac.</p><p>Et si tous ces chiffres ne repr�sentaient que des pointures ou des tailles (parfois peut-�tre fantaisistes) ? La fiert� des petites gens n��tait-elle pas de rev�tir, les dimanches et jours de f�tes, des habits bien � leur taille, parfaitement ajust�s, contrastant avec ceux, plus amples et moins chics, que les travaux des champs, de l�atelier ou de l�usine, les contraignaient � porter les autres jours ?</p></section></section><section><title><p>TOUJOURS PLUS</p></title><section><title><p id="link_30">C�est plus fort que de jouer au bouchon</p></title><p>L�expression signifie � c�est �tonnant, incroyable � ou � c�est tr�s difficile � r�aliser �. Le jeu de bouchon auquel il est fait allusion semble �tre celui que l�on appelle aussi, dans l�Ouest, � jeu de la galine � ou de la � galoche � et dont on trouve la description en 1856 dans un ouvrage de Guillaume Louis et Gustave Bel�ze : <emphasis>Jeux des adolescents</emphasis>. Il est question de d�gommer avec un palet un bouchon sur lequel on a plac� des pi�ces de monnaie, de sorte qu�en tombant, les pi�ces soient aussi pr�s que possible du palet que vous avez d�j� positionn�.</p><p>Voil�, certes, un jeu d�adresse mais est-il � ce point difficile qu�il puisse rendre compte de notre expression ? Pas vraiment. C�est que l�on a oubli� la seconde partie de l�expression : <emphasis>avec un noyau de cerise</emphasis>. On la trouve dans le refrain d�une chansonnette parue en 1860 dans le magazine <emphasis>La Gaudriole</emphasis> et sign�e d� Alexis Dal�s (1813�1893), chanson si populaire qu�elle a donn� naissance � la locution. En voici les premi�re et derni�re strophes :</p><poem><stanza><v>� Tant bien que mal faire un couplet</v><v>�a n�est pas difficile ;</v><v>Mais trouver un nouveau sujet,</v><v>�a devient moins facile.</v><v>Moi, pour refrain de ma chanson,</v><v>J� prends cette balourdise :</v><v>C�est plus fort que d� jouer au bouchon,</v><v>Avec un noyau d� c�rise.</v></stanza></poem><p>[�]</p><poem><stanza><v>Voir un corbeau jouer du piston,</v><v>Un chat fair� l�exercice,</v><v>Ou bien, sur un fil de laiton,</v><v>Danser une �crevisse,</v><v>Voir un� puce en bonnet d� coton,</v><v>Un lapin prendre un� prise�</v><v>C�est plus fort que d� jouer au bouchon,</v><v>Avec un noyau d� c�rise. �</v></stanza></poem></section><section><title><p>Une paille !</p></title><p>La <emphasis>paille</emphasis> symbolise tout le contraire de l�importance : un � homme de <emphasis>paille�</emphasis> � est un homme de rien qui n�agit souvent que comme pr�te-nom, la <emphasis>paille</emphasis> que vous voyez dans l��il du prochain est insignifiante par rapport � la poutre que vous ne voyez pas dans le v�tre, quant au � f�tu de <emphasis>paille�</emphasis> �, il repr�sente le comble de l�inconsistance ou de la l�g�ret�. L�exclamation <emphasis>Une paille !</emphasis> est donc un euph�misme qui, ironiquement, signifie � c�est quelque chose ! �, synonyme de la litote : � Ce n�est pas rien ! �</p><p>Mes grands-parents maternels s��taient rencontr�s en 1899 mais grand-p�re s��tant engag� dans la marine, grand-m�re avait d� l�attendre huit ans avant qu�il ne l��pouse. � Une paille ! � commentait-elle, non sans une l�gitime fiert�.</p></section><section><title><p>Et le pouce !</p></title><p>Revenons aux cadeaux de grand-m�re (voir <a l:href="#link_22">supra</a>, <emphasis>�a peut !</emphasis>). Respectant les bonnes mani�res, elle ne nous en donnait donc jamais le prix. On essayait parfois, en vain, de lui faire cracher le morceau :</p><p>��Tu as d� payer �a une fortune. Au moins dix mille francs (anciens, bien s�r !).</p><p>��Et le pouce ! s�exclamait-elle, et, au ton qu�elle employait, nous comprenions bien que ce pouce-l� repr�sentait beaucoup plus qu�un petit suppl�ment.</p><p><emphasis>Pouce</emphasis> fait r�f�rence � l�ancienne mesure de longueur valant 2,54 cm, soit la longueur moyenne du premier doigt de notre main. <emphasis>Et le pouce !</emphasis> �quivaut aux locutions famili�res d�signant g�n�ralement les d�cimales que l�on consid�re comme n�gligeables, � et quelques �, � et des broutilles �, � et des brouettes �, � et des bananes �, etc.</p></section><section><title><p>Vas-y que j�te</p></title><p>Voil� une locution bien pratique pour marquer l�insistance, la r�p�tition, l�exc�s, l�outrance, l�insupportable. Elle est g�n�ralement suivie du verbe exprimant l�action reproduite � gogo :</p><cite><p>��� Les ouvriers n�ont pas �t� tr�s discrets, et vas-y que j�te tape ! Vas-y que j�te cloue ! Vas-y que j�te scie ! �</p><p>��� Ils se sont encore battus comme des chiffonniers. Et vas-y que j�te frappe ! Vas-y que j�te morde ! Vas-y que j�te tire les cheveux ! �</p></cite><p>Le � te � est expl�tif (on pourrait s�en passer), mais il est emphatique (intensif) et renforce donc l�expression.</p><p><emphasis>Vas-y que j�te</emphasis> a fini par se suffire � lui-m�me, devenant elliptique : � Elle lui a sorti un chapelet d�injures. Et vas-y que j�te ! �</p></section><section><title><p>C�est plus fort que le roquefort</p></title><p>C�est incroyable ! C�est �tonnant ! C�est inadmissible ! C�est un comble !</p><p>Certes, le fromage de <emphasis>roquefort</emphasis> est fort en go�t mais l�expression se justifie surtout par l�allit�ration qui vient opportun�ment la� renforcer. Elle �quivaut � � C�est plus fort que de jouer au bouchon ! � (Voir <a l:href="#link_30">supra</a>).</p><p>� propos, de quel village nomm� <emphasis>Roquefort</emphasis>, le fameux fromage est-il originaire (on en d�nombre une dizaine) ? De Roquefort-sur-Soulzon, commune de l�Aveyron proche de Millau, en bordure du causse du Larzac.</p></section><section><title><p>Jusqu�� plus soif</p></title><p>Il y a de l�extr�misme dans cette locution, celui qui caract�risait certaines de nos attitudes que grand-m�re entendait nous reprocher : � Vous allez donc faire les andouilles jusqu�� plus soif ! � Ce <emphasis>plus soif</emphasis> impliquait l�id�e d�un calice qu�il faudrait boire jusqu�� la lie, d�une coupe rase, que seule une paire de claques appliqu�e � temps aurait pu emp�cher de d�border.</p><p>L�expression originelle fut sans doute servie au pied de la lettre : on boit jusqu�� ce que l�on n�ait <emphasis>plus soif</emphasis>, ce qui semble raisonnablement efficace en cas de p�pie. Vint ensuite le sens figur� o� <emphasis>jusqu�� plus soif</emphasis> continua de signifier � jusqu�au bout �, de souligner m�me la surabondance, comme chez �mile Zola : � Et il y en avait qui faisaient la farce de le t�ter du haut en bas, comme s�il avait eu des �cus dans la viande, pour en sortir ainsi jusqu�� plus soif � (<emphasis>La Terre</emphasis>, troisi�me partie, ch. III, 1887).</p><p>On pourrait aussi dire � jusqu�� sati�t� � (du latin <emphasis>satis</emphasis>, � assez, suffisamment �) mais l�expression est moins �loquente, bien qu�une � assiett�e � y soit contenue phon�tiquement.</p></section><section><title><p>Tant qu�� faire</p></title><cite><p>� Un verre, deux verres, trois verres ! Tant qu�� faire, pourquoi pas toute la bouteille ? �</p></cite><p>On dirait aussi, � pendant que tu y es, pourquoi ne pas boire toute la bouteille ? �</p><p>L�expression <emphasis>tant qu�� faire</emphasis>, tr�s populaire, est consid�r�e comme incorrecte. C�est <emphasis>� tant faire que de</emphasis>, plus acad�mique, qu�il faudrait employer : <emphasis>� � tant faire que de</emphasis> boire, pourquoi ne pas boire toute la bouteille ? � <emphasis>� tant faire que de</emphasis> parler notre langue maternelle, effor�ons-nous de la bien parler.</p><p>L�expression pr�tendue correcte est cependant bien ampoul�e et <emphasis>tant qu�� (faire)</emphasis> se trouve plus d�une fois sous la plume de grands �crivains comme Andr� Gide : � Certainement, tant qu�� m�ennuyer (ce que je trouve toujours inutile), je pr�f�re que ce ne soit pas avec M. � (<emphasis>Journal, 1887�1925</emphasis>) ; comme Fran�ois Mauriac dans son <emphasis>Bloc-Notes</emphasis> :�� Tant qu�� faire de n��tre pas heureux, j�observe de pr�s [�] ce qu�aura �t� notre malheur sous trois r�publiques � (Mercredi 8 septembre 1965).</p></section></section><section><title><p>TRAVAIL</p></title><section><title><p>En baver des ronds de chapeaux</p></title><p>Quand, apr�s un d�licat travail de couture qui lui avait demand� beaucoup de temps, d�efforts et d�attention, grand-m�re nous montrait fi�rement le r�sultat, elle ne manquait pas de pr�ciser : � J�en ai bav� des ronds de chapeaux ! �</p><p>� J�en ai bav� �, tout court, est directement compr�hensible puisque, famili�rement, <emphasis>en baver</emphasis> signifie � peiner, souffrir, devoir supporter une situation difficile �.</p><p>Les <emphasis>ronds</emphasis> peuvent expliquer le premier sens de l�expression, � �tre tr�s �tonn� � : la bouche b�e de celui qui n�en croit ni ses yeux ni ses oreilles a bien la forme d�un <emphasis>rond</emphasis> mais alors, pourquoi <emphasis>baver</emphasis> et pourquoi le pluriel dans le cas d�une t�che p�nible ? Claude Duneton (1990) avance une hypoth�se li�e au travail des modistes, pour qui <emphasis>les ronds de chapeau</emphasis> �taient des ronds de plomb, naturellement lourds, appliqu�s sur les chapeaux pour leur donner leur forme. J�avancerai une autre explication fond�e sur l�existence de deux expressions : � �tre comme deux ronds de flan � (les ronds de flan sont des pi�ces de m�tal taill�es et pr�par�es pour devenir des pi�ces de monnaie, des jetons ou des m�dailles et, par comparaison, des yeux grand ouverts) et � baver des clignots �, locution argotique pour � pleurer � selon Virma�tre (1894). Les <emphasis>ronds de chapeau</emphasis> seraient alors une image des deux yeux qu�un travail harassant ferait pleurer (<emphasis>baver</emphasis>), <emphasis>des</emphasis> marquant dans ce cas la provenance comme dans � baver des clignots �, � transpirer des aisselles �, etc.</p></section><section><title><p>Qui va ch� p�tit va loin</p></title><p>�quivalent saintongeais abr�g� de l�italien <emphasis>chi va piano va sano, et chi va sano va lontano</emphasis> : � qui va doucement va sainement, et qui va sainement va loin �. Dans les Charentes, <emphasis>ch� p�tit � ch� p�tit</emphasis> veut dire � peu � peu �. Un bac � cha�ne inaugur� en 2009, assurant des liaisons sur la Charente entre Dompierre-sur-Charente et Rouffiac, a �t� judicieusement baptis� le <emphasis>Ch� p�tit va loin.</emphasis> Cette jolie formule que l�on peut donc traduire par � Qui va petit � petit, va loin � faisait partie des conseils que nous prodiguait grand-m�re quand nous avions une t�che � ex�cuter. Boileau a d�velopp� la m�me id�e dans son <emphasis>Art po�tique</emphasis> :</p><poem><stanza><v>� H�tez-vous lentement, et sans perdre courage,</v><v>Vingt fois sur le m�tier remettez votre ouvrage,</v><v>Polissez-le sans cesse, et le repolissez,</v><v>Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Chant I, 1674.)</text-author></cite></section><section><title><p>Feignant comme une couleuvre</p></title><p><emphasis>Feignant</emphasis> est la forme famili�re de � fain�ant �. C�est parce qu�elles aiment� l�zarder au soleil que les couleuvres sont assimil�es � des paresseuses. La fain�antise de la couleuvre a quelque chose de sympathique : son caract�re inoffensif autorise une telle comparaison. Remarquons qu�au contraire la vip�re, venimeuse, n�inspire que des images n�gatives : une � vip�re � est une personne dangereuse dont il faut se m�fier et l�on traite de � langue de vip�re � celui (plus souvent, celle) qui aime dire du mal d�autrui.</p></section><section><title><p>Du cousu main</p></title><p>Ayant �t� couturi�re, grand-m�re savait appr�cier � sa juste valeur tout ce qui �tait fabriqu� avec grand soin et minutie. Le compliment lui venait tout naturellement � la bouche : � C�est du cousu main ! � L�expression <emphasis>cousu main</emphasis> fut d�abord une variante de � cousu � la main �, l�ouvrage ainsi confectionn� �tant digne de la haute couture quand celui qui est fait � la machine ne peut convenir qu�au pr�t-�-porter ordinaire. <emphasis>Cousu main</emphasis> s�est ensuite dit de tout ce qui est bien fait, authentique, de valeur, haut de gamme, ce que confirme Elsa Triolet : � C�est travaill� par le menu� Du cousu main ! On s�extasie devant les machines cybern�tiques et quand on veut parler de perfection, on dit, du cousu main !� � (<emphasis>L��me</emphasis>, Gallimard, 1962). La locution s�est ensuite appliqu�e � ce qui ne peut que r�ussir � coup s�r, comme cet �loge de Line Renaud paru en 1982 dans <emphasis>L�Express</emphasis> � propos de son interpr�tation de <emphasis>Folle Amanda</emphasis>, pi�ce de Barillet et Gr�dy : � Mais, avec Line Renaud, c�est du cousu main. Elle a du m�tier, un abattage qui n�est pas celui de la Maillan mais n�est pas moins efficace, elle attire la sympathie du vrai public [�]. �</p></section><section><title><p>Se d�carcasser</p></title><p>Le mot a connu une nouvelle vie dans les ann�es 1980 gr�ce � une c�l�bre r�clame pour une marque d��pices. Grand-m�re n�a pas connu ces spots publicitaires ni le chef, aussi proven�al que moustachu, qui l�incarnait mais <emphasis>se d�carcasser</emphasis> faisait partie de son vocabulaire comme de sa philosophie : elle se <emphasis>d�carcassait</emphasis> bel et bien pour que sa nombreuse prog�niture soit heureuse. Litt�ralement, <emphasis>se d�carcasser</emphasis>, c�est s�extraire de sa carcasse, donc se d�mener comme un beau diable, ne pas �pargner sa peine pour arriver au r�sultat escompt�. Le verbe pronominal n�est attest� qu�en 1821 dans le <emphasis>Petit dictionnaire du peuple � l�usage des quatre cinqui�mes de la France</emphasis> de Desgranges qui le signale toutefois comme un barbarisme : � <emphasis>Se d�carcasser</emphasis>. Se donner beaucoup de mouvement, barbarisme ; ne dites pas : <emphasis>qu�est-ce qu�il a � se d�carcasser</emphasis>, mieux vaut <emphasis>� se tourmenter, � se d�mener</emphasis>. � <emphasis>D�carcasser</emphasis> n�est pas le contraire de <emphasis>carcasser</emphasis>, verbe populaire, aujourd�hui hors d�usage, qui signifiait � avoir un ou plusieurs acc�s de toux, si violent(s) qu�il(s) vous secoue(nt) toute la carcasse �.</p></section><section><title><p>Ne pas avoir de d�main</p></title><p>Ne pas oublier l�accent aigu sur le � e � : il s�agit bien de <emphasis>d�main</emphasis> et non du jour � venir. Celui qui <emphasis>n�a pas de d�main</emphasis> ou qui <emphasis>n�a rien � sa d�main</emphasis> est capable de tout faire de ses deux mains. C�est donc un ambidextre particuli�rement adroit. Utilis� dans le Centre-Ouest, le mot est form� sur <emphasis>main</emphasis> et <emphasis>d�</emphasis>, pr�fixe privatif. Qui est droitier aura sa <emphasis>d�main</emphasis> � gauche et r�ciproquement. Plus g�n�ralement, � �tre <emphasis>� la d�main</emphasis> �, � <emphasis>� sa d�main</emphasis> � ou encore � s�y prendre <emphasis>� la d�main�</emphasis> �, c�est ne pas �tre � son aise pour r�aliser un travail manuel, c�est � ne pas �tre � sa main �.</p></section><section><title><p>� la godille</p></title><p>Quand un v�tement mal coup� ou mal assembl� fait des plis, on dit qu�il � gode � ou qu�il � godaille �. La <emphasis>godille</emphasis> (on a aussi dit <emphasis>goudille</emphasis>) peut �tre de m�me origine : en effet, cet aviron fait avancer le canot � l�arri�re duquel il est plac�, gr�ce au mouvement h�lico�dal (donc non rectiligne) que lui imprime le godilleur. Si ce dernier n�est pas tr�s expert (la technique de la <emphasis>godille</emphasis> est d�licate), le bateau n�ira pas droit, d�o� le premier sens de l�expression <emphasis>� la godille</emphasis> : � en zigzag �, notamment, selon Esnault (1965), chez les cyclistes qui roulent ainsi sous l�effet de la fatigue (1922), puis, plus g�n�ralement, � de travers, en louvoyant � (comme dans un �il <emphasis>� la godille</emphasis> pour un �il atteint de strabisme). L�expression s�est ensuite �largie � tout ce qui est boiteux, fait n�importe comment, sans recherche, sans soin, mal fichu, � la gomme, etc. D�une broderie mal ex�cut�e, grand-m�re disait qu�elle �tait faite <emphasis>� la godille</emphasis>.</p><p>La godille d�signe aussi une technique de ski encha�nant une s�rie de virages et demi-virages.</p></section><section><title><p>� la mistanfl�te (ou mistanflute)</p></title><p>C�est un �quivalent picard de � � la godille � (voir ci-dessus). <emphasis>� la mistanfl�te</emphasis> qualifie ce qui est fait tout de travers. Une comptine traditionnelle demande si l�on sait jouer � de la mistanfl�te, fl�te, fl�te, fl�te� �. Il est en effet probable que <emphasis>mistanfl�te</emphasis> ait un rapport avec l�instrument de musique appel� fl�te � bec qu�un imb�cile essaierait de jouer en soufflant par le milieu, par le � mitan � et non par le bec, confondant ainsi fl�te � bec et fl�te traversi�re.</p><p>L�expression a �galement cours avec la m�me signification en Bretagne (r�gion de Dol), en Wallonie et en Champagne, dans la r�gion de Troyes. En Anjou, on dit d�un paysan habill� en � monsieur � qu�il est v�tu <emphasis>� la mistanflute</emphasis>, sous-entendant que son accoutrement est ridicule.</p></section><section><title><p>�tre au four et au moulin</p></title><p>Pour <emphasis>�tre au four et au moulin</emphasis>, il faut avoir le don d�ubiquit� ou savoir courir tr�s vite. L�expression nous dit donc � quel point il est difficile et peu efficace de faire deux choses en m�me temps ou de vouloir �tre en deux lieux � la fois. Il serait plus logique de dire <emphasis>au moulin et au four</emphasis> puisque la farine est d�abord extraite du moulin avant d��tre cuite au four de boulangerie : on trouve, chez Fureti�re (1690), <emphasis>� Au moulin et au four, chacun va � son tour �.</emphasis></p><p>Cotgrave (1611) cite le proverbe sous une forme un peu diff�rente : <emphasis>Il ne peut �tre ensemble au four, et au moulin.</emphasis> L�expression a d� voir le jour � l��poque f�odale o� le seigneur pr�levait une redevance sur fours, moulins et pressoirs qualifi�s de banaux, c�est-�-dire d�pendant de sa juridiction<a l:href="#n_42" type="note">[42]</a>.</p></section><section><title><p>Aller plus vite que la musique</p></title><cite><p>� D�p�che-toi, grand-m�re, nous allons �tre en retard.</p><p>��Du calme, je ne peux pas aller plus vite que la musique. �</p></cite><p>L�expression m�a toujours sembl� incoh�rente car enfin, la musique ne va vite que si l�on joue allegro, vivace, presto ou prestissimo. Si l�on joue grave, lento ou adagio, la musique va lentement ! Sans doute faut-il alors comprendre que l�interpr�te ne doit pas vouloir jouer plus vite que ne l�indique le tempo, qu�il ne doit surtout pas presser.</p><p><emphasis>Aller plus vite que les violons</emphasis> est une expression �quivalente : � Un moment, je ne peux pas non plus aller plus vite que les violons ; j��tais bien s�re qu�aussit�t arriv� ce serait pour me faire partir � (Henri Monnier, <emphasis>Un Voyage en chemin de fer</emphasis> in <emphasis>Les Bourgeois de Paris</emphasis>, 1854).</p></section><section><title><p>� chaque jour suffit sa peine</p></title><p>Voil� un proverbe capable de mettre un terme au � stress � professionnel : faire simplement sa t�che quotidienne en alternant travail et d�tente sans vouloir tout faire tout de suite est une le�on de sagesse. Grand-m�re l�exprimait tout haut, comme pour justifier le repos qu�elle s�octroyait apr�s son ouvrage.</p><p>L�origine est biblique, elle se trouve dans l��vangile de Matthieu ; l�id�e y est explicit�e : � Cherchez d�abord le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donn� par surcro�t. Ne vous inqui�tez donc pas pour le lendemain : le lendemain s�inqui�tera de lui-m�me. � chaque jour suffit sa peine � (6, 34).</p></section><section><title><p>Avoir un poil dans la main</p></title><p>Qui dit � travail � pense avant tout � t�che manuelle �. Les poils pousseraient-ils au creux des mains inactives comme les herbes folles dans une friche ou la mousse sur les roues d�un moulin abandonn� ? Cette fourrure imaginaire serait cens�e cro�tre sur les paumes des mains qui ne font rien de leurs dix doigts. Littr� nous dit en effet qu�<emphasis>avoir du poil dans la main</emphasis>, c�est �tre fain�ant. Quelle aberration nous a fait passer de cette toison fictive (<emphasis>du poil</emphasis>) � un unique sp�cimen (<emphasis>un poil</emphasis>). Toujours est-il que ce poil demeure le symbole de la paresse, l�une se mesurant d�ailleurs � la longueur de l�autre : les flemmards de tout poil l�ont immense, si long que ce poil leur servirait m�me de canne car, quand on est � ce point cossard, on n�aime pas non plus marcher et, sans canne, on ne bougera pas� d�un poil.</p></section><section><title><p>Faire rel�che</p></title><p>On dit aussi <emphasis>jouer</emphasis> ou <emphasis>afficher rel�che</emphasis>.</p><p>Les artistes et acteurs ont aussi droit � du repos, � de la d�tente, car nul ne peut travailler sans <emphasis>rel�che. Rel�cher</emphasis> est issu du latin <emphasis>relaxare</emphasis> qui veut dire aussi � desserrer �. Les jours o� il n�y a pas de repr�sentation sont donc jours de <emphasis>rel�che</emphasis>. Il arrive aussi, h�las, que les th��tres fassent <emphasis>rel�che</emphasis>, contraints et forc�s par des raisons �conomiques : � Les th��tres sont ruin�s ; que voulez-vous que j�y fasse ? Est-ce � moi, est-ce � vous qu�il sera donn� de prouver � nos ma�tres d�hier que ce serait une honte, et pis qu�une honte, un malheur, que de voir � chaque coin de rue une affiche avec ces mots en gros caract�res pour tout potage : <emphasis>Rel�che ! Rel�che ! Rel�che !</emphasis> Rel�che � Meyerbeer, � Corneille ! Rel�che � Moli�re et � M. Scribe ! Rel�che � Carlotta et � madame Viardot ! � (Jules Janin, <emphasis>Quinze jours de cong�</emphasis> in <emphasis>Revue de Paris</emphasis>, 1849).</p><p><emphasis>Jouer, faire</emphasis> ou <emphasis>afficher rel�che</emphasis>, c�est donc ne pas jouer du tout, et, par extension, ne rien faire : � J�estime avoir suffisamment travaill� pour aujourd�hui. Maintenant, je joue rel�che jusqu�� demain ! �</p></section><section><title><p>De rip et de rap</p></title><p>� Je n�ai pas le temps de faire tout mon m�nage d�une seule traite : je le ferai de rip et de rap. � Grand-m�re voulait ainsi dire � de mani�re d�cousue, un peu ��, un peu l�, � chaque fois que j�aurais un petit moment devant moi �. <emphasis>De rip et de rap</emphasis> se dit en Saintonge. On y entend aussi <emphasis>� la ripe-rape</emphasis> pour � p�le-m�le �. D�o� vient cette curieuse onomatop�e ? Du bruit que feraient deux outils successivement utilis�s : une ripe (avec laquelle le sculpteur taille sa pierre) puis une r�pe (avec laquelle il d�grossit la pierre avant de la polir) ? De l�anglais <emphasis>to rip</emphasis>, � arracher, d�chirer � et <emphasis>to rap</emphasis>, � cogner, frapper, donner un coup sec � (ce dernier verbe a d�ailleurs donn� le <emphasis>rap</emphasis> � inconnu de grand-m�re �, ce style de � chansons � aux paroles r�cit�es en saccades sur un rythme appuy�) ? La chose serait possible puisque la Saintonge fut longtemps sous domination anglaise.</p><p>Dans son <emphasis>Dictionnaire canadien-fran�ais</emphasis> (1894), le linguiste qu�b�cois Sylva Clapin mentionne � gagner sa vie de rip et de rap �. La locution est reprise dans <emphasis>Le Parler populaire des canadiens fran�ais</emphasis> (1909) de Narcisse-Eutrope Dionne avec cette d�finition : � De peine et de mis�re. Ex. Gagner son pain de rip et de rap. �</p></section><section><title><p>Travailler pour le roi de Prusse</p></title><p>On <emphasis>travaille pour le roi de Prusse</emphasis> quand on travaille sans �tre r�mun�r�. Un roi de Prusse aurait donc eu la r�putation d��tre mauvais payeur ? Oui et ce serait Fr�d�ric II (1712�1786), dit Fr�d�ric le Grand, protecteur des arts (il jouait fort bien de la fl�te traversi�re et Jean S�bastien Bach lui d�dia son <emphasis>Offrande musicale</emphasis>) et des lettres. On l�appelait le roi philosophe et il compta Voltaire parmi ses amis : l��crivain fut re�u � Berlin o� il r�sida au ch�teau de Sans-Souci de 1750 � 1753. Mais une brouille �clata entre les deux hommes et Voltaire, quittant l�Allemagne pour Ferney, en Suisse, a pu pr�tendre qu�il avait perdu sa peine et son temps en travaillant pour le roi de Prusse. D�autres anecdotes ne manquent pas qui prouvent l�avarice (ou la sage �conomie) du souverain : il r�tribua assez mal les ouvriers fran�ais qu�il employa, tout comme il n�gligea ses propres soldats et chefs militaires dont l�ordinaire �tait, semble-t-il, plut�t maigre, au point qu�un voyageur anglais d�clara : � L�on n�a jamais vu un soldat gras dans aucun pays ; mais le roi de Prusse n�a pas un sergent qui soit gras. � On raconte enfin qu�en 1744, voulant se garantir la neutralit� de la Russie pour envahir � tranquillement � la Sil�sie, Fr�d�ric II aurait soudoy� un certain Bestoujev afin que celui-ci use de son influence sur le tsar, moyennant une r�compense de 40 000 florins. La Russie laissa bien Fr�d�ric guerroyer mais Bestoujev ne re�ut jamais l�argent promis.</p></section><section><title><p>Un travail de Romain</p></title><p>� <emphasis>J�ai trouv� une Rome de briques, et laiss� une Rome de marbre.�</emphasis> � L�empereur Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.), petit-neveu et fils adoptif de Jules C�sar, aurait prononc� ces mots � propos des grands travaux qu�il fit r�aliser � Rome : r�novation de plusieurs temples, construction du forum qui porte son nom, d�arcs de triomphe et d�aqueducs, reconstruction de la basilique Julia, stabilisation des rives du Tibre, etc. Ces travaux colossaux furent la fiert� du � si�cle d�Auguste �.</p><p>Avant lui, la R�publique puis l�Empire avaient d�j� entrepris l�urbanisation de la Ville �ternelle et de nombreuses autres cit�s. Enfin, parmi les r�alisations importantes du monde romain, il faut mentionner la construction des nombreuses et immenses voies romaines reliant Rome aux grandes villes de l�Italie puis de l�Empire. Des chantiers aussi colossaux ont fait dire � l�historien Antoine-Fr�d�ric Ozanam, parlant de Rome : � Voil� pourquoi son peuple, le plus guerrier du monde, fut aussi un peuple constructeur et laborieux. Voil� pourquoi le travail �tait honor� comme un combat, et la culture comme une conqu�te � (<emphasis>�tudes germaniques</emphasis>, 1847�1849, chapitre VI).</p><p>Par comparaison avec ces gigantesques travaux, <emphasis>Un travail de Romain</emphasis> qualifie une t�che longue et difficile, une �uvre consid�rable n�cessitant d�importants efforts.</p></section><section><title><p>Ne pas avoir les deux pieds dans le m�me sabot</p></title><poem><stanza><v>� J�ai pas deux pieds dans l�m�me sabot</v><v>J�ai d�la vaillance plus qui n�en faut</v><v>Ici qui c�est qui fait l�boulot� c�est mouais. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Ricet Barrier, Bernard Lelou, <emphasis>La Servante du ch�teau.</emphasis>)</text-author></cite><p>Dans cette chanson comique de 1958, on comprend que la servante, capable d�abattre beaucoup de travail, n�ait pas <emphasis>les deux pieds dans le m�me sabot</emphasis>. Pouvoir faire beaucoup de t�ches en peu de temps est en effet l�un des sens de notre expression. Peut-�tre est-il renforc� par l�id�e de labeur associ�e au mot <emphasis>pied</emphasis> dans d�autres locutions comme <emphasis>travailler d�arrache-pied</emphasis>. Elle �quivaut toutefois plus souvent � � �tre d�brouillard, savoir prendre des initiatives �. Employ�e positivement, elle s�applique � une personne embarrass�e, peu d�gourdie, facilement emp�tr�e, car, au sens propre, outre la stupidit� qu�un tel comportement suppose, mettre les deux pieds dans un unique et m�me sabot entra�ne immanquablement l�immobilisme ou la chute. Bien qu�elle fleure bon la campagne et l�ancien temps, quand les paysans chaussaient ces grossi�res chaussures de bois pour vaquer aux divers et nombreux travaux de la ferme, la locution ne semble pas avoir �t� utilis�e avant le XX<sup>e</sup> si�cle.</p></section><section><title><p>Par l�op�ration du Saint-Esprit</p></title><p>C�est ainsi que, selon le Nouveau Testament, J�sus Christ a �t� form� dans le sein de la Vierge Marie : � Voici quelle fut l�origine de J�sus Christ. Marie, sa m�re, �tait accord�e en mariage � Joseph ; or, avant qu�ils aient habit� ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l�Esprit Saint � (<emphasis>Matthieu</emphasis>, 1, 18). Cette op�ration du Saint Esprit est �videmment coh�rente avec la doctrine biblique dite de la � conception virginale � selon laquelle Marie a con�u le Christ tout en restant vierge. Ce dogme repose pr�cis�ment sur une proph�tie d�Isa�e (Ancien Testament) � � Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d�Emmanuel � (<emphasis>Isa�e</emphasis> 7, 14) � reprise par Matthieu (Nouveau Testament) � � Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d�Emmanuel � (<emphasis>Matthieu</emphasis> 1, 23). � Jeune femme � ou � vierge � ? L�ambigu�t� r�side dans la traduction de l�h�breu <emphasis>alma</emphasis> qui pouvait signifier soit � jeune fille �, soit � jeune femme �. Dans la Bible des Septante (entre 300 et 250 av. J.-C.), les soixante-dix traducteurs auraient traduit <emphasis>alma</emphasis> par le grec <emphasis>parthenos</emphasis>, � vierge �.</p><p>Ces consid�rations th�ologiques n�entrent �videmment pas en ligne de compte dans l�expression populaire o� l�on invoque ironiquement l�Esprit Saint pour dire qu�une situation tient du miracle, de la providence, de la magie. Quand, par exemple, une construction instable, une r�alisation fragile, un assemblage pr�caire peut choir � tout moment, comme un ch�teau de cartes.</p><p>Pour une t�che devant laquelle on rechignait, grand-m�re d�clarait : � �a ne se fera pourtant pas par l�op�ration du Saint-Esprit ! �</p></section><section><title><p>Ce n�est pas une sin�cure</p></title><p>� Avoir � s�occuper de loupiots comme vous, ce n�est pas une sin�cure ! � Grand-m�re se lamentait ainsi quand, pendant les vacances d��t�, elle avait la (lourde) charge de nous garder.</p><p>Le mot <emphasis>sin�cure</emphasis> vient de la locution latine <emphasis>beneficium sine cura</emphasis> : � b�n�fice (eccl�siastique) sans travail � (<emphasis>sine cura</emphasis> signifie litt�ralement � sans souci �). Il d�signe une charge ou un emploi o� l�on est pay� � ne rien faire (ou � ne pas faire grand-chose).�<emphasis>Sine cura</emphasis> est attest� en 1715 : � Les Docteurs en Th�ologie et les Chapelains des Seigneurs peuvent poss�der deux B�n�fices avec <emphasis>Cure d�Ames</emphasis> outre les Canonicats, et les B�n�fices qu�ils appellent <emphasis>sine cura</emphasis> Moyennant une dispense du seul Archev�que de Cantorberi [�] � (Georges-Louis Lesage, <emphasis>Remarques sur l�Angleterre, faites par un voyageur dans les ann�es 1710 et 1711</emphasis>, p. 78).</p><p>Par extension, <emphasis>sin�cure</emphasis> s�est appliqu� � une situation de tout repos : � Une place d�inspecteur des Beaux-Arts, sorte de sin�cure, qui ne demande ni assiduit� ni travail, se trouve vacante � (Eug�ne de Mirecourt, <emphasis>�mile de Girardin</emphasis> in <emphasis>Les Contemporains</emphasis>, 1854-58).</p><p>� la n�gative, l�expression qualifie une situation difficile, contraignante, p�nible : � Ce n�est pas une sin�cure que les fonctions d�un membre de bureau de bienfaisance : � il faut y mettre une grande assiduit� et une grande ardeur � [�] � (Alphonse Karr, <emphasis>Une v�rit� par semaine</emphasis>, ch. IV, 1852).</p></section><section><title><p>� la six-quatre-deux</p></title><cite><p>� Aussit�t que je serai seul avec lui, monte dans ta chambre, fais ton paquet � la six-quatre-deux, et d�campe !��</p><text-author>(Maurice Leblanc, <emphasis>Le Bouchon de cristal</emphasis>, ch. VI, 1912).</text-author></cite><p>Pour Delvau (1866), <emphasis>� la six-quatre-deux</emphasis> fait partie de l�argot des bourgeois et signifie � sans soin, sans gr�ce, � la h�te � ; � par-dessus la jambe �, � n�importe comment �, � de mani�re b�cl�e �, ont le m�me sens.</p><p>L�origine d�<emphasis>� la six-quatre-deux</emphasis> est �nigmatique. Certains supposent un emprunt � quelque jeu de hasard, d�autres au vocabulaire musical, une mesure � six-quatre �tant une mesure rapide � deux temps dont l�unit� de temps est la blanche point�e. Une autre explication, ing�nieuse, se r�f�re � une fa�on particuli�rement exp�ditive de dessiner le profil d�un visage : tracez verticalement, de haut en bas et sans lever le crayon, un six, un quatre et un deux. Aurait-on dit de silhouettes ainsi croqu�es � la va-vite qu�elles �taient faites <emphasis>� la six-quatre-deux</emphasis> ? En tout cas, synonyme de <emphasis>� la six-quatre-deux</emphasis>, l�expression <emphasis>� la Silhouette</emphasis> qualifiant tout ce qui �tait rapidement torch� est d�riv�e, comme le mot <emphasis>silhouette</emphasis> lui-m�me, du patronyme d��tienne de Silhouette (1709�1767), ce personnage n�ayant fait qu�un passage �clair au minist�re des Finances</p></section><section><title><p>Faire la souillon</p></title><p>Quand grand-m�re s��chinait � faire le m�nage, la vaisselle, la lessive (point d�aspirateur, de lave-vaisselle ou de lave-linge en ce temps-l� !), elle pr�tendait parfois qu�elle en avait marre de <emphasis>faire la souillon</emphasis>. Elle donnait au mot <emphasis>souillon</emphasis> une signification devenue obsol�te, apparue au d�but du XVI<sup>e</sup> si�cle et encore attest�e chez Littr� : � Souillon de cuisine, ou, simplement, souillon, servante employ�e � la vaisselle et � d�autres bas offices o� l�on se salit beaucoup. �</p><p><emphasis>Souillon</emphasis> n�a plus gu�re que le sens de � personne malpropre �, sens �galement en usage au XVII<sup>e</sup> si�cle : � Vous l�eussiez pris pour un souillon / Qui n�est couvert que d�un haillon � (Scarron, <emphasis>Le Virgile travesti</emphasis>, Livre�II, 1668).</p><p>Notons que <emphasis>souillon</emphasis> a aussi �t� synonyme argotique de � prostitu�e de bas �tage � (1867).</p></section></section><section><title><p>TROMPERIE</p></title><section><title><p>Un attrape-nigaud</p></title><p>� La religion �tait � ses yeux un conte de bonne femme, prolong� pendant des si�cles, et la th�ologie, un attrape-nigauds. � Le monarchiste L�on Daudet s�exprime ainsi � propos d��mile Zola dans <emphasis>Quand vivait mon p�re</emphasis> (1940). Zola pensait donc que la th�ologie �tait un leurre, propre � duper les ben�ts, ce qui ne manque pas de sel quand on sait l�origine biblique de <emphasis>nigaud</emphasis>.</p><p>Alors qu�il est � J�rusalem, J�sus est questionn� par un pharisien, chef des juifs, nomm� Nicod�me : � J�sus lui r�pondit : En v�rit�, en v�rit�, je te le dis, si un homme ne na�t de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.</p><p>Nicod�me lui dit : Comment un homme peut-il na�tre quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa m�re et na�tre ? � (Jean, III, 2�4).</p><p>Nicod�me devient disciple de J�sus. Apr�s la crucifixion, c�est lui qui aide Joseph d�Arimathie � ensevelir le corps du Christ.</p><p>Est-ce parce qu�il pose � J�sus des questions plut�t na�ves que Nicod�me est assimil� � quelqu�un de born� ? Dans les milieux populaires, <emphasis>Nicod�me</emphasis> aurait �t� prononc� <emphasis>Nigod�me.</emphasis> Ainsi serait-il � l�origine de <emphasis>nigaud</emphasis>, apparu d�s le XVI<sup>e</sup> si�cle.</p><p>Une autre hypoth�se fait de <emphasis>nigaud</emphasis> un doublet de <emphasis>niais.</emphasis> Le premier sens de <emphasis>niais</emphasis> est en effet � pris au nid �, l��tymologie latine �tant <emphasis>nidicare</emphasis>, � nicher �.</p></section><section><title><p>Rester en carafe</p></title><p>Pour grand-m�re, <emphasis>rester en carafe</emphasis>, c��tait rester en plan, attendre en vain, notamment quand quelqu�un lui avait � pos� un lapin �. En ce sens, l�expression peut �tre rapproch�e de <emphasis>tomber en carafe</emphasis>, � tomber en panne �, qu�Esnault (1965) explique par l�argot italien <emphasis>scarafon</emphasis>, � insucc�s �. <emphasis>Rester en carafe</emphasis>, c�est aussi ne pas trouver ses mots, rester court, en parlant d�un acteur pris d�un trou de m�moire ou d�un orateur victime d�un passage � vide,�� rattacher � l�argot <emphasis>carafe, carafon</emphasis>, � bouche �, l�id�e �tant alors celle d�une bouche b�e (cf. l�expression argotique <emphasis>fouetter de la carafe</emphasis> pour � avoir mauvaise haleine �). Ces significations populaires du mot <emphasis>carafe</emphasis> (d�abord <emphasis>caraffe</emphasis>) sont dans la droite ligne de son �tymologie, l�italien <emphasis>caraffa</emphasis> qui fut aussi le nom d�une noble famille napolitaine ayant compt� au XVI<sup>e</sup> si�cle le pape Paul IV (Gian Pietro Carafa) dans ses rangs. Paul IV, pape s�v�re et n�potique qui r�gna de 1555 � 1558 et que le po�te Joachim du Bellay traita de � vieille <emphasis>Caraffe�</emphasis> � : � Et dessus le tombeau d�un empereur romain / Une vieille Caraffe �lev�e pour enseigne � (Sonnet 103 in <emphasis>Les Regrets</emphasis>, 1558).</p></section><section><title><p>Compte l�-dessus et bois de l�eau (fra�che)</p></title><cite><p>� Grand-m�re, est-ce que tu m�ach�teras un v�lo neuf pour mon anniversaire ?</p><p>��Compte l�-dessus et bois de l�eau ! �</p></cite><p>Autrement dit : � Tu peux toujours courir ! � ou, encore plus famili�rement : � Tu peux toujours te fouiller ! �</p><p>La locution est ironique puisqu�elle signifie : � N�y compte pas. � Pourquoi a-t-on ajout� au XIX<sup>e</sup> si�cle <emphasis>et bois de l�eau (fra�che)</emphasis> ? Myst�re ! Doit-on comprendre : � Tu peux l�esp�rer comme on peut esp�rer qu�un poivrot boive de l�eau ? � Une formule voisine employ�e par Vidocq en 1829 semble aller dans ce sens : � Oui, crois �a et bois de l�eau, tu seras jamais saoul � (<emphasis>M�moires de Vidocq</emphasis>, ch. XXXVIII).</p><p>On trouve m�me en�1844 : � Oui, compte l�-dessus et bois de l�eau de roche � (Camille Lorrain, <emphasis>La Gloriette</emphasis>, ch. V, in <emphasis>Revue de Paris</emphasis>).</p></section><section><title><p>Tout filou, tout tra�tre</p></title><p>� As-tu fini de me <emphasis>filouser</emphasis> ? � me demandait grand-m�re quand je me faisais plus c�lin qu�� l�habitude. Elle savait alors que je devais avoir quelque chose � lui demander ou � me faire pardonner. Et pour me faire comprendre qu�elle n��tait pas dupe, elle ajoutait parfois : � Tout filou, tout tra�tre ! �</p><p>Le <emphasis>filou</emphasis> est celui qui, par tromperie, parvient � attraper quelqu�un dans ses filets : c�est l�hypoth�se �tymologique de Pierre Guiraud (1982). Il y a donc de la tra�trise dans les intentions et l�attitude de cet enj�leur : le baiser qu�il donne est un baiser de Judas. Le <emphasis>filou</emphasis> fut aussi un tricheur fr�quentant les tripots : un arr�t de 1629 intitul� <emphasis>Arrest contre les filoux et assembl�es de preneurs de tabac</emphasis> enjoint � � ceux qu�on nomme Filoux et s�assemblent en plusieurs maisons de cette ville [�], mendians valides, joueurs de cartes, dez et merelles, surnommez Filoux [de vider] la ville, prevost� et vicomt� de Paris�[�] � (Michel F�libien, <emphasis>Recueil de pi�ces justificatives pour l�histoire de la ville de Paris</emphasis>, 1725). Ces <emphasis>filous</emphasis> savaient singuli�rement <emphasis>filer la carte</emphasis>, c�est-�-dire, � se d�barrasser des mauvaises cartes, qu�on a reconnues � leur envers, en les prenant du paquet, afin de disposer de bonnes au moment de jouer � (Dancourt, cit� par Esnault, 1965).</p></section><section><title><p>La semaine des quatre jeudis</p></title><p>La locution est directement compr�hensible par tous ceux qui, scolaris�s entre 1945 et 1972, ont connu le jeudi comme jour hebdomadaire de repos ou de cat�chisme (par la suite, l�arr�t� du 12 mai 1972 avan�a cette journ�e au mercredi). Une semaine comportant quatre jeudis (et un dimanche) avait alors de quoi faire r�ver tous les petits �coliers de France. Pourtant, il n�est pas certain que la vie scolaire soit � l�origine de l�expression, dont on trouve tr�s t�t des variantes, comme, par exemple, dans l��uvre du po�te Guillaume Coquillart (1452�1510) :</p><poem><stanza><v>� Et tout premi�rement, que l�an</v><v>Mil C.C.C.C.LXX.</v><v>La propre veille de saint Jehan,</v><v>En la sepmaine � deux jeudis [�] �</v></stanza></poem><cite><text-author><emphasis>(L�Enqueste d�entre la simple et la rus�e</emphasis>, 1491.)</text-author></cite><p>Comment doit-on comprendre cette <emphasis>sepmaine � deux jeudis</emphasis> ? Une piste nous est fournie en 1869 dans <emphasis>L�Interm�diaire des chercheurs et curieux</emphasis>, o� l�on nous r�v�le l�existence � Paris, � la fin du XVII<sup>e</sup> si�cle, dans le couvent des cordeliers, d�une �pitaphe latine pouvant �tre ainsi traduite : � Ci-g�t Nicolas, fils cadet de Jean de Saint Quirico [saint Cyr], citoyen de la cit� de Sienne, qui tr�passa en l�ann�e de Notre Seigneur 1338, un dimanche du mois d�ao�t aux deux jeudis. � Une anecdote nous �claire sur ce � mois d�ao�t aux deux jeudis � : le pape Beno�t XII devait faire son entr�e officielle dans Paris lors d�un jeudi de la semaine du 29�ao�t (f�te de saint Jean-Baptiste). Ce jeudi s�av�ra malheureusement si pluvieux que la c�r�monie dut �tre remise au lendemain. Le vendredi �tant un jour religieusement maigre, Beno�t XII donna l�autorisation exceptionnelle de manger de la viande afin que la liesse f�t totale, et l�on baptisa ce jour � deuxi�me jeudi �. Si l�on en croit <emphasis>L�Enqueste</emphasis> de Guillaume Coquillart, cette semaine �tait encore connue en 1470 comme la <emphasis>semaine des deux jeudis</emphasis>.</p><p>En 1532, Rabelais nous parle, lui, d�une <emphasis>sepmaine des troys jeudis</emphasis>. Il la donne comme c�l�bre et pr�tend, de mani�re aussi comique que fumeuse, qu�elle s�explique par des irr�gularit�s bissextiles :</p><p>� En ycelle les Kalendes feurent trouv�es par les breviaires des Grecz. Le moys de mars faillit en Karesme, et fut la my oust en may. On moys de octobre, ce me semble, ou bien de septembre (affin que je ne erre, car de cela me veulx je curieusement guarder) fut la sepmaine, tant renomm�e par les annales, qu�on nomme la sepmaine des troys jeudis : car il y en eut troys, � cause des irr�guliers bissextes, que le soleil bruncha quelque peu [�] � (<emphasis>Pantagruel</emphasis>, ch. I, <emphasis>De l�origine et antiquit� du grand Pantagruel</emphasis>).</p><p>Ces jeudis deviennent quatre au XIX<sup>e</sup> si�cle, l�expression �tant attest�e en 1866 chez Delvau avec cette plaisante d�finition : � Semaine des quatre jeudis : semaine fantastique, dans laquelle les mauvais d�biteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d��tre fid�les, les gens avares d��tre g�n�reux, etc. [�]. On a dit aussi, au XVII<sup>e</sup> si�cle : <emphasis>La semaine des quatre jeudis, trois jours apr�s jamais.</emphasis> �</p><p>L�affaire est entendue : la semaine des quatre jeudis se situe soit � la Saint-Glinglin (voir <a l:href="#link_49">infra</a>), soit aux calendes grecques !</p></section><section><title><p>Prendre des vessies pour des lanternes</p></title><p>Pour une erreur grossi�re, c�est une erreur grossi�re : on ne saurait se tromper plus lourdement. L�expression appara�t d�s le XII<sup>e</sup> si�cle, aux d�pens des m�decins de Salerne (en Campanie)�consid�r�s comme de fieff�s bonimenteurs : � Icel qui vient devers Salerne/Lor vend vessies por lanternes � (Guyot de Provins, <emphasis>La Bible Guiot</emphasis>, vers 1200).</p><p>Pierre Guiraud a voulu expliquer la locution en prenant le mot <emphasis>vessie</emphasis> au double sens de � blague � (blague � tabac et mensonge ou plaisanterie) et le mot <emphasis>lanterne</emphasis> dans un ancien sens figur�, � conte � dormir debout, baliverne �. Duneton (2001) r�fute cette hypoth�se et avance une explication beaucoup plus simple et concr�te : on gonflait autrefois les vessies de porc ou de b�uf pour en faire des sortes de ballons que l�on faisait s�cher ; ces vessies servaient ensuite de r�cipients ou de lumignons, cette derni�re utilisation �tant d�j� attest�e chez le po�te latin Martial : � Pour n��tre point de corne, en suis-je plus obscure ? Et les passants soup�onnent-ils que je ne suis qu�une vessie ? � (Livre XIV, �pigramme�LXII). Les vessies servaient donc, accessoirement, de lanternes de fortune.</p></section><section><title><p>� P�ques ou � la Trinit�</p></title><p>C�est-�-dire � peut-�tre jamais �. Pourtant, contrairement � la Saint-Glinglin (voir <a l:href="#link_49">infra</a>), P�ques et Trinit� sont bien des f�tes du calendrier chr�tien : l�une est c�l�br�e entre le 22�mars et le 25 avril (f�te mobile), l�autre, le dimanche apr�s la Pentec�te qui, elle-m�me, a lieu le septi�me dimanche apr�s P�ques. Alors ?</p><p>L�expression trouve sa justification dans une chanson enfantine, <emphasis>Malbrough s�en va-t-en guerre</emphasis>, apparue � la cour de France vers 1780 :</p><poem><stanza><v>� Malbrough s�en va-t-en guerre</v><v>Ne sait quand reviendra.</v><v>Il reviendra-z-� P�ques</v><v>Ou � la Trinit�.</v><v>La Trinit� se passe</v><v>Malbrough ne revient pas. �</v></stanza></poem></section><section><title><p>Il n�entend que le jour de la paye !</p></title><p>Comprenons : � que quand cela l�int�resse �, ce qui suppose qu�il fait semblant d��tre sourd s�il ne trouve aucun int�r�t personnel � la conversation. Ce jour de la paye, d�un int�r�t � combien primordial, �tait sanctifi� de fa�on argotique chez les ouvriers sous le nom de Sainte-Touche (Delvau, 1866), la veille �tant le jour de Sainte-Esp�rance.</p><p>�mile Zola y fait allusion au douzi�me chapitre de <emphasis>L�Assommoir</emphasis> (1877) :</p><cite><p>� On c�l�brait la sainte Touche, quoi ! une sainte bien aimable, qui doit tenir la caisse au paradis. �</p></cite><p>En 1862, �mile Gaboriau c�l�bre <emphasis>sainte Touche</emphasis> dans <emphasis>Les Gens de bureau</emphasis>, satire de la vie administrative. Il lui compose m�me une pri�re :</p><cite><p>� Oh ! SAINTE TOUCHE, qu�il est doux de c�l�brer le jour de votre f�te ! [�].</p><p>SAINTE TOUCHE, �coutez-nous ! le propri�taire s�impatiente, le restaurateur ne veut plus faire cr�dit [�].</p><p>SAINTE TOUCHE, priez pour nous ! les cr�anciers hurlent � nos chausses.</p><p>SAINTE TOUCHE, ayez piti� de nous !</p><p>SAINTE TOUCHE, exaucez-nous ! �</p></cite></section><section><title><p id="link_49">Attendre la Saint-Glinglin</p></title><p>Le latin <emphasis>signum</emphasis> a donn� le fran�ais � seing �, � signe � et � signature �. � Seing � se retrouve dans � blanc-seing � qui d�signe un mandat ou tout autre document o� n�est appos�e qu�une signature et que le destinataire est libre de remplir comme bon lui semble. On parle aussi de � seing priv� � quand une convention contractuelle n�est garantie que par la signature d�un tiers et non celle d�un officier public. � Seing � a aussi d�sign� la � cloche � des �glises qui, autrefois, rythmait la vie, indiquant les temps de pri�res (matines, v�pres, ang�lus) et annon�ant aussi des �v�nements officiels : mariages, enterrements (glas), dangers et d�clarations de guerre (tocsin, jadis �crit � toque-sein(g) �), etc.</p><p>C�est ce � seing �-l�, signifiant � signal �, qui s�est transform� en <emphasis>saint</emphasis> dans <emphasis>Saint-Glinglin</emphasis>, le seconde �l�ment, onomatop�ique, imitant le son m�me de le cloche. Le <emphasis>glin-glin</emphasis> d�antan correspond au � gling gling � ou au � ding dong � d�aujourd�hui, au <emphasis>Klingel</emphasis> des germanophones, au <emphasis>clang</emphasis> des anglophones, etc. On obtient du coup un dr�le de saint. Comme il ne figure pas au calendrier, on peut �videmment attendre �ternellement que vienne le jour de sa f�te : cette �ch�ance-l� n��choira jamais !</p></section></section></body><body name="notes"><title><p>&#x41F;&#x440;&#x438;&#x43C;&#x435;&#x447;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x44F;</p></title><section id="n_1"><title><p>1</p></title><p>On a autrefois utilis� le curieux oxymore d� � argent sec et liquide � pour qualifier toute somme en esp�ces r�put�e nette et sujette � aucune contestation :</p><poem><stanza><v>� Soixante mille �cus d�argent sec et liquide</v><v>Ont mis notre fortune en un vol bien rapide. �</v></stanza></poem><cite><text-author>(Jean-Fran�ois Regnard, <emphasis>Les M�nechmes</emphasis>, IV, 2, 1705.)</text-author></cite></section><section id="n_2"><title><p>2</p></title><p>Contrairement � celui qui, selon le bon mot de Pierre Dac, parti de rien pour arriver � pas grand-chose, n�a de merci � dire � personne.</p></section><section id="n_3"><title><p>3</p></title><p><emphasis>Parler pour ne rien dire.</emphasis></p></section><section id="n_4"><title><p>4</p></title><p>� Cr�dit � vient du latin <emphasis>creditum</emphasis>, � cr�ance �, participe pass� de <emphasis>credere</emphasis>, � croire �, le cr�ancier � croyant � que son d�biteur sera en mesure de r�gler sa dette.</p></section><section id="n_5"><title><p>5</p></title><p>Tout m�agite l�esprit tant je suis essouffl�.</p></section><section id="n_6"><title><p>6</p></title><p>Charles Dumay fut plus tard nomm� � la t�te de la Direction des Cultes o� Georges Moinaux, alias Courteline, fut r�dacteur et exp�ditionnaire � partir de 1881.</p></section><section id="n_7"><title><p>7</p></title><p>Un autre d�riv� de <emphasis>caput</emphasis>, le bas latin <emphasis>capitaneus</emphasis>, a donn� notre � capitaine �.</p></section><section id="n_8"><title><p>8</p></title><p>Dans l��dition variorum de 1823, le glossaire donne cette d�finition : � Se despiter comme font les ch�vres, qui sautellent et tr�pignent quand on les fasche. �</p></section><section id="n_9"><title><p>9</p></title><p>Claude Duneton (2001) explique l�origine de ce navet par � navet �pluch� � ou � navet ratiss� �, surnoms que les jeunes artistes fran�ais d�avant la R�volution auraient donn�s � l�Apollon du Belv�d�re lors de leur s�jour culturel � Rome. Pour ces artistes contestataires, cette �uvre n�avait (navet ?) rien d�un chef-d��uvre.</p></section><section id="n_10"><title><p>10</p></title><p>� Tous des pharmaciens ! �, disait d�eux un autre grand-p�re.</p></section><section id="n_11"><title><p>11</p></title><p>Arrive une jeune fille (et une jolie, je vous l�assure) ; pr�sentement, elle avait son petit ami avec elle� et �a ne se passait pas tr�s bien parce que les parents ne voulaient pas le mariage !</p></section><section id="n_12"><title><p>12</p></title><p>Et aussi, dans la r�gion de Surg�res (Charente-Maritime), � �tre en projet �.</p></section><section id="n_13"><title><p>13</p></title><p>Le mot hasard lui-m�me vient de l�arabe <emphasis>az-zahr</emphasis>, � jeu de d�s �.</p></section><section id="n_14"><title><p>14</p></title><p>Le conteur entretient ici l�ambigu�t� entre la puce de lit et la � puce � l�oreille �, expression d�signant � l�origine une � d�mangeaison amoureuse �.</p></section><section id="n_15"><title><p>15</p></title><p><emphasis>Je crois bien que c��taient des os de chr�tiens qu�elle faisait bouillir.</emphasis></p></section><section id="n_16"><title><p>16</p></title><p><emphasis>Renoncez-vous au Diable et aussi � ses pompes ?</emphasis></p></section><section id="n_17"><title><p>17</p></title><p>Le mot d�signe aussi une � sorte d�entonnoir � avec � un long tuyau perc� de trous pour faire couler les liquides dans un tonneau sans les troubler � (d�finition de Littr�).</p></section><section id="n_18"><title><p>18</p></title><p>Je crois que oui.</p></section><section id="n_19"><title><p>19</p></title><p>Delvau (1866) confirme cette hypoth�se mais l�associe plut�t � l�argot des ouvriers qu�� celui des militaires : � Rago�t aux pommes de terre,�� dans l�argot des ouvriers, qui prononcent � leur mani�re le <emphasis>Fr�hst�ck</emphasis> [<emphasis>sic</emphasis>] allemand �.</p></section><section id="n_20"><title><p>20</p></title><p>Dans sa <emphasis>France gourmande</emphasis> (1906), Fulbert-Dumonteil raconte qu�� l�abbaye de Marmoutier, pendant la pr�paration d�un repas de la Saint-Martin, une nonne pr�nomm�e Agn�s, g�n�e d�avoir � �cras� une perle � devant ses coreligionnaires, aurait titub� et laiss� tomber une cuill�r�e de p�te � choux dans une marmite d�huile bouillante : inventant ainsi le <emphasis>pet-de-nonne</emphasis>.</p></section><section id="n_21"><title><p>21</p></title><p><emphasis>Idem</emphasis> pour � baver � (voir <a l:href="#link_31">supra</a>, <emphasis>Tailler une bavette</emphasis>).</p></section><section id="n_22"><title><p>22</p></title><p>Variante : Tu dirais �a � un cheval de bois, il te donnerait un coup de pied.</p></section><section id="n_23"><title><p>23</p></title><p>Voil� des histoires particuli�rement futiles, frivoles et b�tes.</p></section><section id="n_24"><title><p>24</p></title><p><emphasis>Fr�quenter</emphasis>, voir <a l:href="#link_09">supra</a>.</p></section><section id="n_25"><title><p>25</p></title><p>� Que d�amour je vous donne parole. �</p></section><section id="n_26"><title><p>26</p></title><p>Mon ma�tre conna�t toutes les techniques de vol.</p></section><section id="n_27"><title><p>27</p></title><p>Pour savoir si je connaissais toutes les techniques d�escroquerie.</p></section><section id="n_28"><title><p>28</p></title><p>Mendier de toutes les fa�ons.</p></section><section id="n_29"><title><p>29</p></title><p>J�en profite pour rappeler au passage que Garonne et Gironde ont la m�me �tymologie. En effet, le nom latin de la � Garonne � �tait <emphasis>Garunda</emphasis> (<emphasis>Garumna</emphasis>/<emphasis>Garunna Garunda</emphasis>). La prononciation saintongeaise de <emphasis>Garunda</emphasis> a donn� <emphasis>Girunda, Gironda</emphasis>, devenue � Gironde �.</p></section><section id="n_30"><title><p>30</p></title><p>On parle aussi, avec tout autant de d�licatesse, de � planche � pain � ou � � repasser � et mon p�re disait de telles femmes qu�elles passeraient derri�re une affiche sans la d�coller.</p></section><section id="n_31"><title><p>31</p></title><p>Agents en civil.</p></section><section id="n_32"><title><p>32</p></title><p><emphasis>Du bruit dans Landerneau, dictionnaire des noms propres dans le parler commun</emphasis>, Arl�a, 1996.</p></section><section id="n_33"><title><p>33</p></title><p>En ch�ti, cela donne : � <emphasis>Fais du bin � ein baudet, te r�chuvras ein pet</emphasis>. �</p></section><section id="n_34"><title><p>34</p></title><p>Dans ses <emphasis>Maximes et pens�es</emphasis>, Nicolas de Chamfort (1740�1794) conteste le bien-fond� de ce proverbe : � Elle donne pr�cis�ment ce qu�on croit recevoir, puisqu�en ce genre, c�est l�imagination qui fait le prix de ce qu�on re�oit. � (Maxime 393.)</p></section><section id="n_35"><title><p>35</p></title><p>Chanson de Francis Lemarque (1917�2002).</p></section><section id="n_36"><title><p>36</p></title><p>Son ancien nom scientifique �tait <emphasis>Butyrospermum parkii</emphasis> (du latin <emphasis>butyrum</emphasis>, � beurre � et de Mungo Park, explorateur du S�n�gal qui d�couvrit ce v�g�tal). En effet, on extrait de ses noix le beurre de karit�.</p></section><section id="n_37"><title><p>37</p></title><p><emphasis>Faire la barbe</emphasis> est not� dans le <emphasis>Dictionnaire royal fran�ois-anglois</emphasis> (1769) avec le sens de � faire un affront �, � rapprocher de l�ancien fran�ais <emphasis>se rebarber</emphasis>, � faire face, tenir t�te �, c�est-�-dire, litt�ralement, � �tre barbe contre barbe � qui a donn� <emphasis>r�barbatif</emphasis>.</p></section><section id="n_38"><title><p>38</p></title><p>Le pape se doit d��tre non-violent. Si l�on dit qu�il a <emphasis>donn� une calotte</emphasis> � quelqu�un, cela ne peut signifier qu�une chose : il a �lev� ce quelqu�un au rang de cardinal.</p></section><section id="n_39"><title><p>39</p></title><poem><stanza><v>� Ramona, j�ai fait un r�ve merveilleux</v><v>Ramona, nous �tions partis tous les deux</v><v>Nous allions lentement</v><v>Loin de tous les regards jaloux</v><v>Et jamais deux amants</v><v>N�avaient connu de soir plus doux [�] �</v></stanza></poem></section><section id="n_40"><title><p>40</p></title><p>L�expression �tait en concurrence avec � perdre la boule �.</p></section><section id="n_41"><title><p>41</p></title><p><emphasis>Roumeau</emphasis> : r�le.</p></section><section id="n_42"><title><p>42</p></title><p>La juridiction seigneuriale ou � ban � s��tendait jusqu�� une lieue de la ville sur un territoire baptis� <emphasis>banleuca</emphasis> en latin m�di�val, � l�origine de � banlieue �.</p></section></body><binary id="cover" 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