<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>prose_contemporary</genre><author><first-name>Jean-Marie</first-name><middle-name>Gustave</middle-name><last-name>Le Cl�zio</last-name></author><book-title>Printemps et autres saisons</book-title><annotation><p>Cinq saisons, cinq nouvelles, cinq femmes ; Libbie-Saba, Zob��de, la boh�mienne aux roses, Gaby et Zinna. Une par nouvelle. Une par saison. Cinq femmes vues ou entrevues, r�v�es, pour tenter de dire la fragilit�, l'�tranget� et la recherche de l'amour, la recherche de soi-m�me, l'errance et l'appartenance, la m�moire ou l'oubli, le temps qui ne passe pas et les lieux anciens qui s'enfuient.</p></annotation><date>1989</date><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>fr</lang><src-lang>fr</src-lang></title-info><document-info><author><nickname>papamuller</nickname></author><program-used>calibre 2.69.0, FictionBook Editor Release 2.6.6, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date value="2018-01-20">20.1.2018</date><src-url>lib.rus.ec</src-url><src-ocr>Scan &amp; OCR: &#x410;&#x43D;&#x43E;&#x43D;&#x438;&#x43C;</src-ocr><id>343e965c-2b36-4af7-90ae-385e29838ca9</id><version>1.0</version><history><p>1.0 � &#x421;&#x43E;&#x437;&#x434;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; fb2. &#x421;&#x442;&#x440;&#x443;&#x43A;&#x442;&#x443;&#x440;&#x430; &#x43A;&#x43D;&#x438;&#x433;&#x438;, &#x444;&#x43E;&#x440;&#x43C;&#x430;&#x442;&#x438;&#x440;&#x43E;&#x432;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; &#x442;&#x435;&#x43A;&#x441;&#x442;&#x430;,�&#x431;&#x435;&#x433;&#x43B;&#x430;&#x44F; &#x432;&#x44B;&#x447;&#x438;&#x442;&#x43A;&#x430;. &#x41E;&#x431;&#x440;&#x430;&#x431;&#x43E;&#x442;&#x43A;&#x430; &#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442;&#x430;&#x43C;&#x438;. &#x41E;&#x431;&#x43B;&#x43E;&#x436;&#x43A;&#x430;, &#x434;&#x435;&#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442;&#x43E;&#x440;. (papamuller, 4PDA; &#x44F;&#x43D;&#x432;&#x430;&#x440;&#x44C;-&#x444;&#x435;&#x432;&#x440;&#x430;&#x43B;&#x44C; 2018�&#x433;.)</p><p><strong>&#x41D;&#x435; &#x437;&#x430;&#x43F;&#x443;&#x441;&#x43A;&#x430;&#x439;&#x442;&#x435; &#x441;&#x43A;&#x440;&#x438;&#x43F;&#x442; �&#x413;&#x435;&#x43D;&#x435;&#x440;&#x430;&#x43B;&#x44C;&#x43D;&#x430;&#x44F; &#x443;&#x431;&#x43E;&#x440;&#x43A;&#x430;�. &#x42D;&#x442;&#x43E; &#x443;&#x431;&#x44C;&#x435;&#x442; &#x444;&#x43E;&#x440;&#x43C;&#x430;&#x442;&#x438;&#x440;&#x43E;&#x432;&#x430;&#x43D;&#x438;&#x435; &#x442;&#x435;&#x43A;&#x441;&#x442;&#x430; &#x43F;&#x43E; &#x43F;&#x440;&#x430;&#x432;&#x438;&#x43B;&#x430;&#x43C; &#x444;&#x440;&#x430;&#x43D;&#x446;&#x443;&#x437;&#x441;&#x43A;&#x43E;&#x439; &#x43F;&#x443;&#x43D;&#x43A;&#x442;&#x443;&#x430;&#x446;&#x438;&#x438; &#x438; &#x441;&#x438;&#x43D;&#x442;&#x430;&#x43A;&#x441;&#x438;&#x441;&#x430;.</strong></p></history></document-info><publish-info><book-name>Printemps et autres saisons</book-name><publisher>�ditions Gallimard</publisher><city>Paris</city><year>1991</year><isbn>978-2070383771</isbn><sequence name="Folio" number="2264"/></publish-info></description><body><title><p>J.M.G. LE CL�ZIO</p><p>Printemps et autres saisons</p></title><section><title><empty-line/></title><p>J.M.G. Le Cl�zio est n� � Nice le 13�avril 1940 ; il est originaire d�une famille de Bretagne �migr�e � l��le Maurice au XVIII<sup>e</sup> si�cle. Il a poursuivi des �tudes au Coll�ge litt�raire universitaire de Nice et est docteur �s lettres.</p><p>Malgr� de nombreux voyages, J.M.G. Le Cl�zio n�a jamais cess� d��crire depuis l��ge de sept ou huit ans : po�mes, contes, r�cits, nouvelles, dont aucun n�avait �t� publi� avant <emphasis>Le proc�s-verbal, </emphasis>son premier roman paru en septembre 1963 et qui obtint le prix Renaudot. Son �uvre compte aujourd�hui une vingtaine de volumes. En 1980, il a re�u le Grand Prix Paul Morand d�cern� par l�Acad�mie fran�aise pour son roman <emphasis>D�sert.</emphasis></p></section><section><title><p><emphasis>Printemps</emphasis></p></title><section><title><empty-line/></title><p>�a me fait quelque chose quand les jours s�allongent, que la lumi�re grandit et que le soleil se couche de plus en plus � l�ouest, au-dessus des collines, comme s�il allait faire le tour complet de l�horizon. Il y a du pollen dans l�air, des moucherons, beaucoup de choses minuscules qui tourbillonnent. J�ai l�impression que tout bouge et danse partout, dans le genre d�un tressaillement.</p><p>C�est la premi�re fois que je sens cela. Il me semble que jusqu�� maintenant, �a ne m��tait jamais arriv�. Pourtant j��tais contente � l�arriv�e du printemps, mais je ne voyais pas les choses bouger. C��tait comme cela, autrefois, � Nightingale. Ensuite, quand nous sommes venus en France, je n�avais pas besoin de m�arr�ter pour voir danser le pollen et les moucherons, pour compter les �tincelles de la mer. Je ne m�occupais plus des saisons.</p><p>C��tait peut-�tre � cause de l�endroit o� j�habitais, cette vieille maison silencieuse sur la colline des Baumettes, au-dessus du nuage laiteux de la ville. Elle s�appelait la Roseraie, mais on aurait mieux fait de l�appeler la maison aux acanthes, parce qu�elles avaient envahi tout le jardin. En tout cas, c�est ce que disait le Colonel.</p><p>Il y avait des terrasses abrit�es, de hautes fen�tres avec des volets gris perle, des tapis, des portes vitr�es. Je n�avais jamais fait attention au luxe, parce que je vivais dans cette maison prot�g�e comme dans un ch�teau. Je me souviens, quand nous sommes arriv�s dans cette ville, apr�s Nightingale, le Colonel m�avait emmen�e en bas, dans les vieux quartiers autour du port. J�avais onze ans, et je n�avais jamais encore vu cela. J�avais tr�s peur, enfin, ce n��tait peut-�tre pas exactement de la peur, plut�t une sorte d�horreur, un sentiment de r�pulsion pour tout ce que je voyais dans cette ville basse, les ruelles �troites, sales, le linge suspendu entre les immeubles, les fa�ades l�preuses, les portes qui ouvraient sur des escaliers noirs qui soufflaient une odeur froide de cave. Et les gens, surtout, tous ces gens qui marchaient, si nombreux, cette foule serr�e, ces visages, ces regards, ces bruits de voix et ces cris, ces mains qui vous touchaient, qui vous frappaient. Ces gens �taient venus d�un autre monde, ils �taient si pauvres, ils semblaient surgir du fond des caves humides comme des grottes, leurs visages �taient tach�s d�ombre.</p><p>J�avais serr� tr�s fort la main du Colonel Herschel, je lui avais dit : � Viens, allons-nous-en, partons d�ici ! � Mais lui m�avait serr� la main encore plus fort, et il avait continu� � marcher dans les ruelles, jusqu�� ce qu�on ait travers� compl�tement la vieille ville et qu�on soit sortis du c�t� de la mer. Un autre jour, comme je m��cartais d�un mendiant qui tendait la main � la sortie d�une �glise, il s��tait mis en col�re : � Les pauvres ne sont pas des malades ! � Il avait dit cela, je m�en souviens, et de la honte que j�avais ressentie.</p><p>Le Colonel Herschel, je l�ai toujours appel� comme cela, je ne sais pas pourquoi. Quelquefois je l�appelais Colonel, tout simplement, c��tait le petit nom que je lui avais donn�. C��tait dr�le, parce qu�il est plut�t petit et mince, et ce nom �tait tr�s solennel. Amie disait que c��tait � cause des gens qui venaient le voir, autrefois, et que j�avais r�p�t� le nom qu�on lui donnait : Colonel, mon Colonel. Amie s�appelait Aim�e de son vrai nom. Alors je disais qu�ils �taient mes vrais parents. Je connaissais ma m�re mais elle m��tait indiff�rente. Je n�imaginais pas que j�allais tout quitter, la ferme de Nightingale avec ses champs immenses, et puis la vieille villa sur les collines, les jardins o� les merles crient chaque soir, pour venir justement dans l�endroit qui m�avait fait tellement horreur la premi�re fois que j�avais march� dans la vieille ville avec le Colonel Herschel. C�est arriv� brusquement durant l�hiver, quand ma m�re est revenue et qu�elle m�a prise avec elle.</p><p>C�est arriv�, et maintenant, tout est diff�rent. C�est comme si j�avais chang� de vue. La couleur du ciel, la mer, les feuilles des marronniers, les palmiers, les visages et les gestes des gens, les bruits des mots, je ne reconnais plus rien. Apr�s cela, je suis tomb�e malade. C��tait l�hiver, l�appartement de ma m�re �tait froid et humide, il n�y avait presque jamais de soleil. J�ai eu une grippe qui s�est compliqu�e, une pneumonie. J�allais vers la mort. Je n�avais jamais pens� que �a pourrait m�arriver, que je pourrais ressentir une chose pareille. On tombe, on glisse lentement vers le bas. Chaque jour, on fait un geste de moins. On ne mange plus, on n�arrive plus � boire. Le verre est contre les l�vres et la gorge est serr�e, le liquide coule de chaque c�t� de la bouche et inonde la poitrine. Dans le corps, il y a du feu qui br�le quand on respire. L�air ne peut plus entrer.</p><p>Ma m�re essayait de me soigner. Elle restait � c�t� de moi, jour et nuit, pendant des semaines. Elle avait quitt� son travail de m�canicienne pour rester avec moi. Elle, la personne que j�avais le plus ha�e au monde, �tait sans cesse � c�t� de moi, me tenant la main, m��pongeant le front, me donnant � boire un th� br�lant et sucr� que je recrachais aussit�t, et tout cela, sans parler, simplement en me regardant, sans me quitter des yeux. Je n�aurais pas support� une seule de ses paroles, elle devait le savoir. Et quand je m�assoupissais, elle aussi dormait sur sa chaise, la t�te appuy�e sur son bras, et d�s que je la regardais, elle se r�veillait.</p><p>Ce que j�aimais le plus, c��tait voir le soleil se coucher � l�ouest, sur les collines qui deviennent comme des nuages bleus. La maison de ma m�re est un appartement au sixi�me �tage, sous les toits, sans vue et presque sans soleil. Il y a deux petites fen�tres basses, ferm�es par des grillages � cause des rats. Je me souviens de ce que j�ai ressenti quand je suis entr�e dans cet appartement pour la premi�re fois. Non pas pour passer, comme quand on va voir une pauvresse, mais pour y vivre, pour y rester des mois, des ann�es. Un d�sespoir comme jamais je n�avais imagin�, un trou noir, je tombais en arri�re sans espoir de pouvoir remonter.</p><p>C��tait le plein hiver, il pleuvait, la nuit tombait t�t. La nuit semblait monter de tous les soupiraux, des portes des maisons, pour envahir les ruelles de la vieille ville. Quand je suis partie, avec une valise et le fameux sac de plage o� il y avait �crit mon nom, Amie m�a embrass�e et elle a dit : � Tu reviendras d�s que tu auras un instant. Ta chambre restera toujours pr�te. � Ma chambre, dans l�appartement de la vieille villa, avec le papier rose aux murs, le couvre-lit de satin, les rideaux mousseux, et le petit bureau avec tous mes livres et tous mes papiers. Je n�ai pas pris grand-chose, juste deux ou trois livres que j�aimais, ma pendulette, une brosse � dents, un peu de linge. Je n�avais plus de jouets ni de poup�es. �a n�avait pas d�importance. Je savais que ce n��tait pas vrai. Je partais pour ne jamais revenir. Ils sont rest�s sur le seuil de la maison, pour me regarder partir. Ma m�re avait un visage dur et ferm�, elle avait mis des lunettes noires. Elle �tait maigre, noire. Je ne comprenais pas ce qu�elle avait dit � Monsieur et Madame Herschel pour qu�ils me laissent partir.</p><p>Pourtant, les premi�res semaines, je suis revenue un peu, comme ils l�avaient dit. Mais je ne voulais plus rester. Quelque chose avait chang� en moi. J�allais jusqu�� la chambre rose, je restais assise sur le bord du lit, sans toucher � rien, sans �carter les rideaux, comme une �trang�re. Eux m�avaient laiss�e seule dans la chambre, en pensant que j�allais retrouver mes habitudes, jouer, ou lire, ou me coucher sur le lit. Mais j��tais rest�e glac�e, et j��tais ressortie de la chambre, le regard dur. Ensuite, pendant tr�s longtemps je n�ai m�me plus voulu entrer dans cette chambre. Ce n��tait plus ma chambre. Je n��tais plus la m�me. Je venais voir Monsieur et Madame Herschel juste quelques minutes, le samedi apr�s-midi, et puis je retournais chez ma m�re.</p><empty-line/><p>J�aime quand les jours deviennent longs et qu�ils semblent durer des mois, des ann�es. J�ouvre les yeux, le matin, le jour se l�ve. Il y a d�j� de la lumi�re dans la grande chambre, jusque dans l�alc�ve. Ma m�re est tr�s pauvre. Elle n�a rien pour vivre, juste son salaire de m�canicienne. Elle travaille dans un atelier qui s�appelle Atlas. Elle fait des boutonni�res sur des pantalons, elle coud des fermetures � glissi�re. Mon p�re l�a quitt�e, autrefois. Il a disparu. Il est parti un jour, et il n�est jamais revenu. Il est mort, quelque part en France, en travaillant sur un chantier. Ma m�re ne m�en a jamais parl�. Je l�ai entendu un jour, c��tait Madame Herschel qui racontait cela � quelqu�un, et je l�ai entendu. Ou bien peut-�tre que je l�ai invent�, je ne sais plus.</p><p>Je n�avais pas un an quand il est parti. Alors ma m�re est partie, elle aussi. C�est Madame Herschel qui m�a recueillie. Ma m�re a pris le bateau, elle a travers� la mer, toute seule. Elle est all�e jusqu�� Paris, jusqu�en Allemagne. Elle est fr�le et petite, quelquefois elle a encore l�air d�une enfant. Elle peut faire des choses tr�s difficiles.</p><p>Quand mon p�re est mort, elle n�a rien gard� de lui, ni papiers, ni photos. Elle a seulement gard� son nom, Zayane. C�est un beau nom qui r�sonne bien. Elle a jet� tout ce qui lui appartenait. Personne n�est jamais venu la voir, personne ne lui a jamais �crit, ma m�re est toute seule. Elle s�est brouill�e avec toute sa famille. Les fr�res et les s�urs de son mari, naturellement, elle n�en parle jamais. Ils ne s�occupent pas d�elle. Peut-�tre que personne n�avait �t� content de son mariage. Je pensais souvent que les gens de la famille de mon p�re n�avaient pas approuv� son mariage. � cette �poque-l�, je crois qu�elle �tait la personne que je ha�ssais le plus au monde.</p><p>Ma m�re a jet� tout ce qui avait appartenu � mon p�re, tout ce qui lui avait ressembl�. Je ne savais m�me pas � quoi il ressemblait. Est-ce qu�il �tait grand, petit, maigre ou fort ? Est-ce qu�il �tait tr�s brun de peau comme elle, de quelle couleur �taient ses yeux ? Jamais je ne lui ai rien demand�, mais ma m�re a des cheveux noirs et des yeux marron, et j�ai toujours pens� que j�avais les cheveux couleur d�acajou et les yeux jaune-vert � cause de mon p�re. � l��cole, une amie m�a dit que les filles ressemblent toujours � leur p�re. Alors je me regardais souvent dans le miroir, pour essayer de le voir dans mon reflet. Je fron�ais les sourcils et avec de l�eau je collais mes cheveux en arri�re pour ressembler � un homme.</p><empty-line/><p>Quand je suis venue habiter cette maison l�preuse, dans la rue de la Loge, j�ai pu savoir tout cela mieux qu�avant. Le soir, il faisait si froid. Ma m�re s�enveloppait dans une couverture grise, comme un Indien, et elle s�asseyait sur le lit dans l�alc�ve, et elle cousait avec ses grosses lunettes de myope � monture de plastique. C��tait comme s�il y avait un fant�me, assis � c�t� d�elle sur le lit, la silhouette de mon p�re. Elle �coutait la radio en sourdine, puis elle �teignait. J�entendais son souffle r�gulier, je crois qu�elle ne s�endormait jamais avant moi.</p><p>Au d�but, il y avait Gianni qui venait dans l�appartement. Gianni, c��tait le petit ami de ma m�re. C�est un Italien, grand et fort, un peu chauve avec encore des cheveux blonds boucl�s, un visage tranquille marqu� par les rides. Il a des mains et des pieds immenses, des �paules larges, mais il est doux et il a des yeux d�un vert tr�s p�le que j�aime bien. Il travaillait sur un bateau. Il ne venait pas tout le temps, seulement deux ou trois jours par mois.</p><p>Je ne voulais pas lui parler. Quand il arrivait, je m�en allais. Ou bien, quand je revenais du lyc�e, j�entendais sa voix � travers la porte, je sentais son odeur jusque dans les escaliers. Je redescendais, je m�asseyais sur la marche d�ardoise du seuil, pour attendre qu�il s�en aille. Je ne supportais pas qu�il soit l�ami de ma m�re.</p><p>Alors il laissait des cadeaux pour moi, souvent, du chocolat, un journal d�<emphasis>Akim</emphasis>, des boucles d�oreilles, des petits savons parfum�s. Mais je n�y touchais pas. Je laissais l� ses cadeaux, l� o� il les avait mis, et ma m�re les faisait dispara�tre.</p><p>�a me fait quelque chose de ne pas savoir � quoi ressemblait mon p�re. �a fait comme un trou dans ma m�moire, un vide. Au lyc�e, toutes elles savent comment est leur p�re, m�me celles dont le p�re est mort, comme Corinne Dario, avec qui je suis amie. Une fois, elle m�a montr� une photo us�e et �corn�e, qui repr�sentait un homme tr�s jeune, avec des lunettes, une petite moustache. Il tenait une jeune femme enlac�e, et ils riaient tous les deux, ils avaient l�air heureux. Il s�appelait Henri, il est mort de maladie il y a tr�s longtemps, quand Corinne �tait encore un b�b�. Moi, je ne sais m�me pas comment s�appelait mon p�re, son petit nom. Je n�ai que le nom qu�il m�a laiss�, ce nom de Zayane. Parfois, je crois que je vais arriver � me souvenir, puis �a s�en va. Je ne sais pas si c�est vraiment important, dans le fond. Peut-�tre qu�il n�a jamais exist�.</p><p>Ce qui me fait quelque chose, c�est de penser qu�il y a des gens qui disparaissent, comme �a, m�me si ce n�est pas forc�ment votre p�re. Peut-�tre � cause de cela j�ai toujours eu peur que les gens ne s�en aillent, ne reviennent jamais. Peut-�tre que je r�ve que mon p�re revient, non pas ici, en France, mais � Nightingale, et que rien ne reste inachev�. Je ne l�ai dit � personne. Je n�y pense pas vraiment. C�est seulement le soir, �a vient comme une ombre. Quand Amie allait � Mehdia, autrefois, et qu�elle tardait, quand le soir arrivait j�entendais les cris des merles dans le jardin, et je sentais une angoisse terrible grandir en moi. Je tournais dans la maison, je sortais dans le jardin, j�essayais de voir la route, au bout du champ, pour guetter la voiture verte. J��tais au bord des larmes. Le Colonel se moquait de moi, mais je crois qu�il finissait par ressentir la m�me chose. Depuis, je ne peux plus entendre les cris des merles le soir.</p><p>Quand ma m�re est venue, et qu�elle m�a emmen�e, je me souviens, j�avais tout pr�par�, j��tais pr�te � frapper, � mordre, j�avais en moi une duret� incomparable, une m�chancet�. Je ne voulais pas qu�elle parle de mon p�re. Je ne voulais pas qu�elle dise son nom. Rien qui pouvait me faire croire qu�il avait exist�.</p><p>Je crois bien qu�elle l�avait senti, qu�elle avait devin� cette haine, et c�est pour cela qu�elle ne m�avait rien dit. Je crois que c�est � ce moment-l� qu�elle a d� jeter tous les papiers et les photos, pour qu�il ne reste rien de visible. Alors, quand j��tais sortie de ma maladie, j�avais vu cette belle lumi�re au-dehors, parce que maintenant le soleil se couchait tout � fait � l�ouest, loin derri�re la ligne violette des collines, et j�avais eu envie de dispara�tre, comme mon p�re.</p><p>C��tait la premi�re fois que je voulais cela tr�s fort. C��tait en moi, �a me faisait presque mal, dans le genre d�un coup qu�on re�oit et qui laisse une marque sur le ventre, ou dans le dos, et on ne peut pas cesser d�y penser. Tout �tait si beau au-dehors. Je sortais t�t le matin, d�s que le soleil �tait apparu, ou m�me un peu avant. Je traversais en courant les ruelles sombres, jusqu�� la porte dans les remparts. Tout d�un coup j��tais au bord de la mer.</p><p>Il y avait le ciel, immense, tr�s pur et tr�s clair, irr�el, contre la mer encore noire. L�air �tait froid de la nuit. Les oiseaux de mer commen�aient leur travers�e d�est en ouest, vers l�embouchure de la rivi�re. C��tait � cause d�eux et du ciel que j�avais envie de dispara�tre. J�allais au bout de la digue, en sautant sur les brisants, j�attendais que le soleil monte au-dessus de la mer en faisant briller les vagues. Les oiseaux tourbillonnaient. Ils avaient faim. Quelquefois, j�emportais du vieux pain, ou des restes de viande, des pelures. Les mouettes mangeaient n�importe quoi. Elles criaient. Elles se disputaient la nourriture. Elles avaient des yeux cruels. C��tait comme le ciel, net et coupant, sans fausse piti�.</p><p>Je pensais � ma m�re, � la fa�on dont elle m�avait abandonn�e. Je pensais � l�argent que Monsieur et Madame Herschel lui avaient donn� pour qu�elle me laisse. Elle m�avait vendue. C��tait cela, ma m�re m�avait vendue comme une esclave.</p><empty-line/><p>Cela, je ne l�ai pas su. C�est ma m�re qui me l�a dit. Durant l�hiver, quand je venais d�entrer dans le petit appartement de la Loge, sombre et humide, et j��tais si mal que je pleurais, je lui disais qu�elle n��tait rien du tout, qu�elle n��tait pas ma m�re, que c��tait Amie qui �tait ma m�re. Alors elle m�a parl� de l�argent qu�ils avaient donn�, beaucoup d�argent pour qu�elle s�en aille et qu�elle me laisse � eux. Quand elle m�a dit �a, d�abord je ne voulais pas la croire, mais elle l�a dit et redit, elle a dit combien, elle a dit qu�Amie avait apport� les billets, tout neufs, par petits paquets, sur la table de la salle � manger, devant elle, et ma m�re faisait le geste de compter les billets l�un apr�s l�autre, de les fourrer dans son sac. Elle �tait partie. Elle m�avait laiss�e, � Nightingale, dans une bo�te en carton parce qu�elle n�avait pas de berceau. Elle disait cela, et elle pleurait sans faire de bruit. Elle avait seize ans.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Les gens venaient me voir. Il y avait des gens que je ne connaissais pas. Ils restaient debout, sur le pas de la porte, ils disaient des choses � ma m�re, puis ils s�en allaient. M�me Gianni est venu un jour, il avait apport� des fleurs. Il n�a pas os� entrer. Mais �a m��tait �gal qu�il soit venu, puisque j�allais mourir.</p><p>J�ai connu une femme tr�s belle. Elle habitait un appartement d�une pi�ce au premier �tage. Une fois j��tais pass�e devant sa porte, je l�avais aper�ue. Elle avait un beau visage r�gulier, des cheveux teints au henn�. Elle est venue s�asseoir � c�t� de mon lit, sur une chaise. Elle restait l� pendant que ma m�re sortait travailler, ou bien allait faire des courses. Je voyais sa silhouette � contre-jour. Elle �tait silencieuse, elle aurait pu �tre muette. Elle ne parlait presque pas fran�ais, juste quelques mots. Elle venait de Tunisie. Elle avait une longue robe blanche et un foulard blanc qui enveloppait ses cheveux. Elle n�avait pas d��ge. Parfois elle �tait tr�s p�le, fatigu�e, parfois elle semblait fra�che et jeune, avec des pommettes lisses et des yeux brillants. Elle s�appelait Samira. Apr�s, j�ai su qu�elle s�appelait Semmana. Quand elle �tait petite, son p�re lui avait donn� ce surnom parce qu�elle �tait grasse et ronde comme une caille. Moi aussi je l�ai appel�e Semmana.</p><p>Je crois que c�est pour elle que j�ai recommenc� � vivre. Elle venait chaque matin, elle s�asseyait sur la chaise � l�entr�e de l�alc�ve et elle me regardait. Elle ne disait rien. Elle �tait l� seulement. Au d�but, je ne voulais pas d�elle, je criais : � Allez-vous-en ! � Mais elle restait immobile. Malgr� la lumi�re du jour derri�re elle, je pouvais voir briller ses yeux. Elle avait des yeux tr�s grands et noirs, des yeux doux d�enfant. Quand elle �tait rest�e suffisamment, elle partait. Elle laissait un peu de bouillon chaud dans une tasse, sur une petite table, devant mon lit, et d�s qu�elle �tait partie, je buvais. Ma gorge se desserrait, je sentais le liquide chaud descendre dans mon corps. Puis il y avait la nuit, et je dormais.</p><p>Un jour, je me suis lev�e. J�ai march� dans l�appartement. Il y avait si longtemps que j��tais rest�e couch�e, ma t�te tournait. C��tait �trange. Je suis all�e jusqu�� la fen�tre grillag�e. En appuyant ma joue contre le carreau froid, j�ai vu un morceau du ciel.</p><p>Avec le ciel, je sais m�amuser. Je joue � dispara�tre. Je choisis quand je vais revenir. Dix ans, vingt ans apr�s. Tout a chang�. Personne ne se souvient plus de moi. Je peux marcher dans les rues, sans rien reconna�tre. Je peux tout regarder avec un �il dur et froid, dans le genre des mouettes. C�est le ciel qui m�aide � faire cela. Il peut me rendre cruelle comme la lumi�re du matin. Le soir, ou l�apr�s-midi, ce n�est pas pareil. Les nuages sont doux, il y a de la brume qui estompe. La nuit, il y a la peur, la tendresse, la chaleur des chambres, l�odeur de l�haleine sous les draps. Mais c�est le matin que je peux m�en aller, �tre une autre. Je suis all�e comme cela tr�s loin, de l�autre c�t� de la mer, jusqu�� Mehdia, et je suis revenue. J�ai vol� comme une mouette, j�ai franchi tous les obstacles, je me suis battue contre tous les autres. La lumi�re s�est accroch�e � ma peau comme une poussi�re de mica.</p><p>Quand ma m�re m�a racont� cette histoire, � propos de l�argent que Madame Herschel lui avait donn�, d�abord je ne pouvais pas y croire. Apr�s, je suis tomb�e malade, et je suis rest�e enferm�e dans le petit appartement froid et sombre, sans sortir. Monsieur et Madame Herschel ont voulu me voir, mais j�ai refus�, j�ai cri� : allez-vous-en, ne revenez jamais plus ! Ils sont rest�s sur le pas de la porte, sans oser entrer, puis ils sont repartis. Apr�s cela, j�ai gu�ri, et le printemps est arriv�. Jamais je n�avais attendu le printemps avec autant d�impatience. Maintenant, il �tait l�, j��tais libre. J�allais dispara�tre. Je partirais dix ans, vingt ans, le temps qu�il faudrait pour qu�ils soient tous morts. Tous, Amie, le Colonel Herschel, ma m�re, Morgane, Green. Qu�il ne reste que le ciel, la lumi�re qui explose, la mer.</p><empty-line/><p>J�ai oubli� de parler de Green, et du petit jardin public adoss� � la mer. J�aime bien ce jardin. Il n�y a presque personne, seulement quelques vieux qui lisent le journal au soleil, d�autres qui bavardent. C�est l� que je suis venue m�asseoir la premi�re fois, avec Green. Je l�ai rencontr� en m�me temps que Morgane, � la fin de l�hiver. Il n�y avait pas encore la belle lumi�re cruelle du matin.</p><p>Je ne savais pas qui �tait Green, ni o� il vivait. Je ne savais rien de lui. Nous nous sommes assis l�, � l�abri de la haie de tro�nes, parce que le vent �tait froid. Il y avait toujours les m�mes vieux, les m�mes pigeons. Des enfants, peut-�tre, parce que c��tait un mercredi. Je ne m�en souviens pas tr�s bien. Nous avons parl�, parl�. Au d�but, �a m�intimidait, cet homme si grand, avec des rides sur son visage, ses yeux verts, ses cheveux o� il y avait des fils blancs. Les filles du lyc�e l�appelaient comme �a, Green, parce qu�il �tait toujours habill� en vert, un blouson et un pantalon. Marie-Louise, elle, l�appelait par son pr�nom, un dr�le de pr�nom, Joseph. Il venait quelquefois chercher Marie-Louise � la sortie du lyc�e, il avait une vieille moto Terrot, avec le joint de culasse qui �tait foutu. Un jour, comme elle n��tait pas l�, c�est moi qu�il a emmen�e. On est all� � toute vitesse sur l�autoroute, puis il est revenu en ville, et on s�est arr�t� pour parler, dans le petit jardin, pr�s de la mer. On a parl� pendant des heures, et puis on a eu faim, et on est all� manger au caf� d�un grand h�tel, et �a aussi, c��tait intimidant, cette salle sombre avec l��clat des verres tr�s blancs et les nappes, les assiettes bord�es d�un fil dor�, les roses dans les vases. Il y avait de la musique douce, une odeur d�encens, ou de poussi�re, des gens qui parlaient en anglais. Nous avons parl� longtemps, je ne sais plus de quoi. Il disait qu�il �tait journaliste free-lance, reporter, qu�il allait bient�t partir pour l�Afrique. J�ai mang� une salade, et Joseph du poisson. J�ai tremp� mes l�vres dans son verre de vin, acide, un peu aigre. L�apr�s-midi, une belle lumi�re d�or filtrait par les fen�tres. On n�entendait pas les bruits des autos, juste de temps en temps un coup de klaxon �touff�. La vie n�existait pas dans cet endroit, la vie �tait rest�e au-dehors. Apr�s tout ce qui s��tait pass�, cette histoire de billets de banque et tout �a, j�avais �t� bien malade, je crois. J�avais perdu la t�te, je restais couch�e sur mon lit sans forces. Je ne bougeais plus, je ne voulais plus manger. Je buvais seulement un peu d�eau froide, et ma gorge se fermait. Ma m�re ne comprenait rien. Elle pr�parait � manger, chaque jour, � deux heures, en revenant de l�atelier. Elle servait sur la petite table devant la fen�tre. Elle servait dans deux assiettes, et elle s�asseyait comme si j�allais venir manger. � travers mes cils je regardais sa silhouette fr�le � contre-jour, la vapeur montait du plat de semoule. C��tait bizarre, je ne reconnaissais plus les odeurs. Ma m�re cuisinait les choses que j�aimais, de la ratatouille, des tomates, du douez. Mais l�odeur qui venait jusqu�� moi �tait incompr�hensible. Parfois elle se changeait en une �pouvantable odeur d�excr�ments, je devais boucher mon nez et ma bouche avec ma main. Ma m�re ne disait pas : � Tu viens d�jeuner ? � Elle attendait un instant, puis elle mangeait � toute vitesse, et elle allait jeter ce qui restait dans l�autre assiette, sans rien dire. Je pensais que j�allais bient�t mourir, et �a m��tait �gal.</p><p>Cet apr�s-midi, avec Green, c��tait la premi�re fois que je manquais les cours. Je me souviens, j�ai demand� un bloc de papier et une enveloppe, et j�ai �crit moi-m�me le mot d�excuse. J�ai demand� � Green : � Pourquoi est-ce que vous m�avez emmen�e ici ? Qu�est-ce que vous voulez ? � Il a dit : � Pourquoi vous me demandez �a ? Je ne veux rien. � On a march� dans les rues, j�avais trop froid pour aller en moto. � un moment, j��tais fatigu�e, je me suis serr�e contre lui, j�ai appuy� ma t�te contre son blouson, il a mis son bras autour de mes �paules. On est rest�s un bon moment immobiles, comme si on regardait la mer. Il �tait tr�s grand, jamais je n�avais �t� � c�t� de quelqu�un d�aussi grand. � un moment, des types sont pass�s pr�s de nous, ils m�ont regard�e avec un dr�le d�air. Ils avaient des yeux inquisiteurs, m�chants. L�un d�eux a dit quelque chose, et j�ai entendu distinctement, il disait : � Tu crois que c�est une Arabe ? � Ils se sont mis � rire. Joseph, lui, n�avait rien entendu. Je lui ai dit : � Allons-nous-en, vite ! � Je sentais comme une br�lure, mon c�ur battait fort, je ne sais pas si c��tait la peur, ou la col�re. J�avais envie de dire : � Je suis une Zayane ! � Je me suis �loign�e de Green, nous avons march� en sens inverse. Nous sommes retourn�s dans le petit jardin, sur un banc � l�abri. J�ai voulu fumer une cigarette am�ricaine, la fum�e s��parpillait dans le vent. Il �tait tard d�j�, il n�y avait plus de vieux, ni de pigeons. J�avais h�te de retourner dans la vieille ville, dans la rue de la Loge, monter l�escalier d�ardoise, jusqu�� l�appartement. Il m�a �crit son nom et son adresse, son num�ro de t�l�phone. Je pensais que je ne le reverrais jamais.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>C�est quand le printemps a commenc� que j�ai pens� � Nightingale. J�allais avoir dix ans, � Mehdia, � l�embouchure de la rivi�re Sebou. Nightingale, c��tait le nom de la ferme de Monsieur et Madame Herschel. Je ne me rappelle plus pourquoi elle s�appelait comme �a. Amie disait que c��tait � cause d�un rossignol qui chantait le soir, dans un arbre, pr�s de la maison que le Colonel faisait construire. Mais elle avait parl� aussi d�une femme qui s�appelait comme �a, pendant la guerre, autrefois. � Nightingale, la lumi�re et le ciel ne devaient pas cesser d�exister, jamais. Il y avait les champs de bl� jusqu�aux rives du fleuve, et de l�autre c�t�, la for�t de ch�nes-li�ges, jusqu�aux premi�res collines. Quelquefois, quand il faisait clair, on voyait les hautes montagnes qui brillaient au loin. Du c�t� de la mer, les dunes de sable jaune, sem�es de plantes �pineuses.</p><p>Je vois cela comme dans un r�ve, comme si �a n��tait pas vrai, comme si une autre l�avait v�cu � ma place. C��tait le premier printemps o� j��tais libre. � la fin de l�hiver, Amie m�avait retir�e de l��cole, parce que j�avais �t� gravement malade. J�avais eu une coqueluche qui avait d�chir� ma poitrine pendant des semaines. Je toussais et je vomissais. J�avais les yeux pleins de sang. Pour cela, au d�but, quand je suis tomb�e malade, dans le petit appartement de ma m�re, � la Loge, j�ai cru que �a allait �tre comme autrefois, mais cette fois j�allais mourir, puisqu�il n�y avait plus Amie pour s�occuper de moi.</p><p>Cette ann�e-l�, c��tait en 56, je le sais � cause de ce qui s�est pass�, les bombes qui explosaient dans les march�s, � Rabat, � Mekn�s, � Casablanca. Tout le monde disait qu�il allait y avoir la guerre. Les champs, autour de Nightingale, allaient jusqu�� l�infini. Les dunes aussi �taient sans fin, elles commen�aient la mer. Je courais � perdre haleine � travers le bl� et le sorgho, jusqu�� la route qui menait au puits, puis je remontais la colline, l� o� je voyais la ville, les remparts, et au-del�, la tache sombre des ch�nes jusqu�aux montagnes. Le soleil br�lait le visage et les mains, il me semblait que je n�avais jamais encore senti ainsi la br�lure du soleil. Loin des salles de classe de l��cole des s�urs, poussi�reuses, ferm�es, loin du bourdonnement monotone des ma�tresses, des cris aigus des enfants.</p><p>Mon ami, c��tait Hassan, le fils du contrema�tre du Colonel Herschel. Il avait un an de moins que moi, mais il �tait vif et agile. Il avait la t�te ras�e, avec juste une m�che de cheveux qui pendait sur sa nuque. Il ne parlait aucune autre langue que le chleuh.</p><p>Avec lui, je partais en courant � travers champs. Je voulais qu�il c�de, qu�il dise quelque chose, � arr�te ! � ou � barka ! � m�me dans sa langue. Mais lui, hors d�haleine, s�arr�tait et me regardait de ses yeux sombres et brillants comme des pierres, sans dire un seul mot.</p><p>C�est cela que je voudrais retrouver, maintenant, cette impression de duret� et de bonheur, l�odeur de la terre s�che et des plantes, le go�t de cuivre des raisins, le bruit coupant des feuilles de ma�s qui s�entrechoquaient dans le vent. C�est en moi, c�est entr� en moi comme un soleil, cette ann�e-l�, peut-�tre parce que c��tait la derni�re ann�e � Nightingale.</p><p>Il y avait les bruits de la guerre qui grandissaient. Un jour, un ami du Colonel Herschel est venu � la ferme. Il s�appelait Buisson. Amie avait pr�par� un repas pour lui, du poulet avec des raisins secs. Il �tait venu avec ses chiens, deux grands chiens-loups qui avaient fait peur � notre chienne Lassie. Il mangeait, il parlait fort, il expliquait que les Arabes avaient un truc pour mettre le feu � retardement aux plantations de bl�, avec une pince � linge. Pendant qu�il racontait cela, j�arr�tais de manger, je restais suspendue � ses paroles. Alors Amie me chassait de table : � Va jouer au jardin, ce ne sont pas des choses pour toi. � Je courais dans les champs, le c�ur battant, je cherchais les pinces � linge partout, dans les sillons, dans les recoins de muraille, pr�s des ceps de vigne, m�me du c�t� de la noria. Le soleil br�lait. Je sentais la chaleur dans mon dos, � travers la robe de toile. Lassie courait avec moi, elle haletait. Le soleil faisait battre mon c�ur, il faisait un bruit de guerre. C��tait le soleil des incendiaires.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Je suis sortie dehors. C��tait la premi�re fois depuis longtemps, je retrouvais les rues, j�avais le vertige. J�ai d� m�appuyer aux murs. C�est alors que j�ai rencontr� Morgane, et que je suis entr�e pour la premi�re fois dans le Caf� des Aveugles, sur la place. Peut-�tre que je lui ai parl� la premi�re, je ne me souviens plus tr�s bien. Il y avait du soleil, l�air �tait l�ger et doux, il y avait du monde dans les rues, des filles � jupe courte, des hommes press�s, des vagabonds, des militaires, des femmes de m�nage, des enfants qui n�allaient pas � l��cole, des types patibulaires, des Italiens au regard na�f, des vieux qui parlaient nissart, des travailleurs kabyles encore couverts de laine, des gitans r�mouleurs de ciseaux, rempailleurs de chaises, des touristes hollandais, am�ricains, sud-am�ricains, des bonnes s�urs en civil, des trafiquants, des policiers, des inconnus. Tous, allant et venant dans les ruelles encore dans l�ombre, et je me laissais porter par eux, sans savoir o� j�allais, chancelante, �blouie, je marchais au milieu d�eux, j��tais vivante.</p><p>Je sentais cela tout d�un coup. Je sentais mon corps, mes mains, mon visage, je sentais le froid des caves, les odeurs, j�entendais les bruits, les voix. C��tait comme si c��tait la premi�re fois.</p><p>Je me souvenais tout d�un coup de choses tr�s anciennes, si lointaines que �a n��tait plus qu�une vapeur qui flottait en moi, portant la lumi�re des ann�es. Une voix �touff�e et l�g�re, qui chantait en moi, � mon oreille. J��tais si petite qu�on m�avait mise dans un carton � l�gumes, envelopp�e dans un linge, � m�me le trottoir, et les gens passaient, s�en allaient, sans me voir. � c�t� de moi il devait y avoir une femme, une silhouette cach�e dans un manteau en haillons, et qui tendait la main vers les passants. Les gens s�en allaient, s�en allaient. Et seule la voix chantonnait � c�t� de moi, et ce n��taient pas des paroles, c��tait avant les paroles, juste une musique qui m�entourait et me tenait chaud, une musique qui me prot�geait des regards dans la rue.</p><p>Cela venait, partait, revenait, un balancement, un bercement. Autour de moi, sur la place, tout �tait vibrant, tendu. Le ciel �tait lisse et bleu. Il y avait si longtemps que je ne l�avais pas vue, j�ai voulu aller jusqu�� la mer. Au bord de la plage, j�ai march� vers le soleil. Le vent soufflait par rafales froides, un vent charg� de sel. La mer roulait des vagues, j��coutais le bruit du d�ferlement. Cela commen�ait derri�re moi, puis remontait vite le long du rivage, me d�passait, fermait son arc. Puis la mer se retirait en raclant les galets. Les mouettes dansaient dans la frange d��cume, elles s�envolaient un peu chaque fois que la mer allongeait sa vague. Ou bien elles montaient dans le vent, au-dessus de moi, penchant leur t�te, et je voyais briller leur �il aiguis�. Je crois que j�ai march� toute la matin�e, puis je suis revenue vers la vieille ville, par les rues que je ne connaissais plus. Je tremblais de faim et de fatigue, mais c��tait magnifique, c��tait magique.</p><p>Quand j�ai rencontr� Morgane, j��tais sur le point de tomber. Elle m�a prise par le bras, elle m�a entra�n�e vers la place, elle m�a fait asseoir � l�int�rieur du caf�. Elle l�appelait le Caf� des Aveugles, parce qu�elle disait qu�il y avait des chaises partout, et les gens qui entraient se cognaient dans les chaises vides. Ils �taient �blouis par la lumi�re du soleil, et ils entraient dans le caf� obscur � t�tons, l�air �gar�.</p><p>Morgane m�a dit : � Tu trembles ? Il faut que tu manges. Tu n�as pas d�argent ? �</p><p>Elle a fait un signe au gar�on, elle a command� des choses � manger, un steak, des frites, du fromage. Pour elle, elle a pris un caf� noir. Elle n�avait pas faim. Elle fumait des cigarettes am�ricaines, nerveusement, ses longs doigts bougeaient tout le temps. Je me souviens de son visage. Elle avait un profil �trange, quelque chose d�assyrien, des yeux en amande brillants, d�un noir profond, des cheveux mi-longs, fris�s et rouges, des sourcils arqu�s, la peau mate et p�le, un cou tr�s long o� on voyait palpiter les art�res. J�ai vu tout cela d�un coup, je ne pourrais pas l�oublier. Ce qui m�a fait quelque chose, c�est qu�elle m�a parl� d�embl�e comme si elle me connaissait depuis toujours, que c��tait hier que nous nous �tions quitt�es, qu�elle m�avait donn� rendez-vous ici, dans le Caf� des Aveugles, comme d�habitude. Je ne crois pas qu�elle m�a dit son nom alors, j�ai d� l�apprendre ensuite, et le nom de son mari, Sacha, et Mina, la fille de Sacha, que je n�ai jamais vue.</p><p>� Mange, ma ch�rie, tu veux boire du vin ? Tu sais, ce n�est pas possible, je ne peux pas supporter, ils t�auraient march� sur le corps, ils seraient pass�s sur toi sans te voir. Je pensais � autre chose, je t�ai vue sans te voir, et puis un peu plus loin, je me suis dit : merde, elle va tomber ! Mais c�est qu�elle va tomber par terre ! J�ai couru, je t�ai rattrap�e � temps. Les gens sont cruels, ils ne voient rien. Il y a un homme, je l�ai vu dans ses yeux, il t�avait regard�e, il a d�tourn� son regard ailleurs, il a continu� son chemin� Mange vite, tu vas aller mieux, tu vas voir, tout va aller maintenant. �</p><p>Elle parlait pour elle et pour moi. Je ne sais plus si j�avais faim ou non. Je mangeais, je la regardais. Je souriais faiblement. Elle buvait son caf� br�lant, elle agitait ses m�ches de cheveux rouges. Elle avait de beaux bracelets de cuivre aux poignets, une couleur de feu. Elle m�en a donn� un, tout de suite, je ne sais pas pourquoi. Elle �tait comme cela, elle voulait donner tout ce qu�elle avait.</p><p>Apr�s, on s�est vues presque tous les jours, au Caf� des Aveugles. C��tait le mois d�avril, il y avait encore le vent froid de l�hiver, les nuages qui passaient dans le ciel, mais les jours �taient longs, ils grandissaient, et le soleil se couchait de plus en plus � l�ouest, au-dessus des collines mauves, le ciel jaune �tait de plus en plus vaste, les ombres devenaient longues.</p><p>Quelquefois, avec Morgane, on partait � l�aventure, dans les collines. Ou bien on s�asseyait sur la plage, pour regarder la mer. Elle attendait toujours, devant la petite fontaine de la place Vieille, et on allait s�asseoir au caf�. Elle disait : � Tu sais ? J�ai r�v� que j�allais mourir. J�ai r�v� que tout ce que j�avais v�cu allait s�arr�ter, qu�il ne resterait plus rien. C��tait terrifiant, c��tait � �a faisait un vide devant moi, j�avais l�impression que je tombais. Et puis tu es arriv�e, je t�ai vue, comme tu es, avec ton �ternel vieux machin marron sur le dos, tes cheveux boucl�s, tes chaussures de petit gar�on, comme tu �tais quand je t�ai vue pour la premi�re fois, que tu avais l�air un peu perdue, tu t�accrochais aux murs, et �a m�a arr�t�e, �a m�a retenue, tu ne peux pas savoir, tu dois croire que je suis dingue, pourtant c�est vrai, c�est�� �</p><p>Toujours, quand elle me voit Morgane commence la m�me histoire, comme si on ne s��tait pas quitt�es. Elle fume trop. Elle est si p�le, avec ses sourcils noirs qui font une ombre sur ses yeux brillants. Elle a un cahier de feuilles blanches pour dessiner. Son mari Sacha est peintre, et elle dit qu�elle n�a jamais os� lui montrer ce qu�elle fait. Elle dit qu�il est avec elle comme si elle �tait toujours une petite fille. Elle dit qu�elle a peur de lui, qu�elle le d�teste. Mais elle ne peut pas s�en aller. Il est �g� et malade, ils ont v�cu dix ans ensemble, et l�an dernier, il lui a demand� de l��pouser. Morgane a essay� de le quitter plusieurs fois, mais Sacha a essay� de se suicider. Il a mang� du verre pil�, ou bu de l�eau de Javel, quelque chose comme �a, et il a fallu l�emmener � l�h�pital. Elle raconte tout cela d�un air un peu lointain, comme si ce n��tait pas elle, comme si elle l�avait lu dans le journal. Morgane dit qu�elle n�a jamais vu un visage comme le mien. Elle a des sortes de craies tr�s noires dans une petite bo�te en m�tal, et quand je suis dehors avec elle, elle essaie de me dessiner. Elle dit que Sacha aurait d� faire mon portrait, ou une statue. Mais maintenant, il est trop vieux, il boit trop.</p><empty-line/><p>Heureusement il y a le fils de Madame Truchi. Il habite de l�autre c�t� de la rue, au-dessus de la boulangerie de ses parents. Il a dix-sept ans, mais il para�t beaucoup moins. Quand je suis venue habiter ici, il a commenc� � m�envoyer des lettres. Il ne les mettait pas dans la bo�te aux lettres, mais il les laissait devant la porte, quand il savait que je devais sortir. Sur l�enveloppe, il mettait mon nom : Mademoiselle Zayane. Lui s�appelle Lucien. Il ne va plus au lyc�e, il travaille dans la boulangerie. Il a d�j� la peau tr�s blanche, comme s�il �tait saupoudr� de farine.</p><p>J�aime beaucoup sa grand-m�re. C�est une vieille dame italienne, avec des cheveux teints en noir coiff�s en bandeaux. Elle est habill�e de noir, avec un col de dentelle et un petit tablier. Avec ses cheveux en bandeaux, et son visage ovale, elle a l�air de venir d�un autre si�cle, ou d�un tableau. Elle est toujours douce et souriante. Au d�but, quand je suis venue habiter � la Loge, j�allais acheter le pain chez elle, en rentrant du lyc�e. Elle me disait : � Signorina. � Quand j��tais malade, elle demandait de mes nouvelles : � Comment va la Signorina ? �</p><p>Lucien m�envoyait des lettres chaque jour, je trouvais �a dr�le. Il n�osait pas me parler. Il �crivait des choses bizarres, des po�mes, avec des rimes, il disait que j�avais l�air de venir d�une autre plan�te, que j��tais du pays d�ailleurs, il disait qu�il voulait apprendre ce que je savais d�un autre monde� Il mettait des points de suspension partout. C��tait un peu difficile � comprendre. Quelquefois, quand j�entrais dans la boulangerie, je le voyais au fond du magasin, en short et en chemisette � cause de la chaleur du four.</p><p>Un jour, il m�a parl�, il m�a pr�t� son v�lomoteur. C��tait un B�b� Peugeot tout ce qu�il y avait de vieux, le mod�le avec les carters arrondis, qu�il avait repeint en orange. Il m�a dit : � Si tu veux, je te le donne. � Je n��tais jamais all�e � v�lomoteur. Il m�a montr� comment on faisait, avec la poign�e pour changer de vitesse.</p><p>Je me souviens, la premi�re fois que je suis sortie avec le B�b� Peugeot, j�ai fait le tour de la vieille ville, puis j�ai roul� sur le trottoir le long de la mer. C��tait une journ�e d�hiver, grise et froide. Il n�y avait personne d�autre que les mouettes qui couraient sur les galets. J�ai roul� � toute vitesse au milieu des voitures arr�t�es. C��tait magnifique, jamais je n�avais ressenti cela auparavant. J��tais libre, je pouvais aller o� je voulais, jusqu�au bout de la ville, dans les collines, jusqu�aux quartiers inconnus. Le vent froid faisait pleurer mes yeux. Je fr�lais les voitures immobiles, je descendais du trottoir pour franchir les places, je grimpais les ruelles entre les poubelles. Je pouvais parcourir en quelques instants ce qui aurait n�cessit� des journ�es enti�res � pied, j�allais jusqu�� la gare, jusqu�au port, jusqu�� l�a�roport. Je ne connaissais pas cette ville. Il y avait de grands espaces obscurs, des avenues rectilignes, des murailles d�immeubles blancs. Il y avait des quartiers d�Indochinois, des march�s � la sauvette, des rues louches, des magasins luxueux �clair�s de lumi�re platine.</p><p>Je ne pensais � rien de tout cela en roulant. Il y avait seulement la vibration du moteur dans mes poignets, la terre qui glissait sous mes pieds, le vent froid qui coupait le souffle.</p><p>Tout le mois d�avril, Lucien m�a pr�t� le B�b� Peugeot, chaque matin. Le matin, il travaille � la boulangerie. Quand je sors, il appara�t, couvert de farine. Il d�fait l�antivol, il le met autour du guidon. Il dit : � Fais attention quand m�me. � Quand je grimpe sur le B�b�, j�ai les yeux qui brillent. C�est Lucien qui dit �a. Il m�a dit que c�est pour �a qu�il me pr�te le v�lomoteur, pour voir briller mes yeux. Jamais personne ne m�a rien dit d�aussi gentil.</p><p>Il y a eu beaucoup de choses ce printemps-l�, des bonnes et des mauvaises. Mais je crois bien qu�il n�y a rien eu de mieux que ces promenades sur le B�b� Peugeot, � travers la ville, t�t le matin, quand l�air est encore froid et qu�on r�veille m�me les pigeons. C��tait bien, c��tait vraiment bien. J�ai eu l�impression de recommencer � vivre, que je pouvais recommencer � rester en vie, qu�il y avait quelque chose pour moi, ici. Je ne sais pas comment le dire, quand on a �t� tout pr�s du bord, je me souviens, je regardais le vide par la fen�tre du sixi�me �tage, et je pensais que je pourrais tomber, tomber, sans fin, pour l��ternit�. Ce n�est pas seulement le B�b�, c�est aussi la voix de Lucien, ses yeux tr�s doux, sa peau si blanche, et la vieille dame italienne dans la boulangerie, avec sa robe noire et ses bandeaux. Alors j�ai un peu honte de ce que j�ai fait � son petit-fils, parce qu�apr�s �a n��tait plus pareil, j�ai eu l�impression que j�avais cass� quelque chose. Il ne m�a plus jamais �crit de lettres bizarres.</p><p>Un apr�s-midi, pendant que ma m�re �tait � son atelier Atlas, j�ai rencontr� Lucien dans la rue et je lui ai demand� s�il voulait voir l�endroit o� j�habitais. Il m�a suivie jusqu�en haut de l�escalier, il est mont� derri�re moi, et j�ai pris la clef attach�e autour de mon cou et j�ai ouvert la porte. La maison �tait silencieuse, peut-�tre que tout le monde �tait sorti. M�me le serin de la dame du troisi�me ne disait rien. Dans le petit appartement, il faisait moins sombre que d�habitude, la lumi�re passait � travers les persiennes et faisait des taches blanches en haut des murs.</p><p>Lucien est rest� debout dans la pi�ce, sans rien dire. Il ne regardait m�me pas autour de lui. Il faisait d�j� chaud dans l�appartement, � cause du soleil qui br�lait le toit. J�avais des taches de sueur sous les bras, mon T-shirt collait � mon dos. J�avais l�impression de sentir mauvais, et en m�me temps j�aimais cette odeur, �a faisait battre mon c�ur plus vite et plus fort, comme quand on a couru. C��tait peut-�tre � cause des escaliers.</p><p>On s�est assis dans l�alc�ve, sur le bord du canap�. On parlait, ou on ne parlait pas, je ne sais plus, �a n�avait aucune importance. Je n�avais rien � dire. Lucien aussi sentait la sueur, son visage enfantin brillait dans la p�nombre. Il a voulu m�embrasser, mais moi je n�avais pas envie. Je l�ai repouss�. Et en m�me temps, sans comprendre pourquoi je faisais �a, j�ai enlev� mon T-shirt et je l�ai fait passer par-dessus ma t�te, et je suis rest�e assise devant lui, sans bouger. Il regardait ma peau et mes seins, et j�entendais le bruit de sa respiration et les battements de mon c�ur. � �coute. � J�ai pris sa main et je l�ai pos�e sur ma poitrine, pour qu�il sente les coups. Il a commenc� � me caresser, et malgr� la chaleur, je sentais tous les poils de mes bras qui se h�rissaient. Il avait des mains tr�s douces, je me souviens que je lui ai dit que �a devait �tre � cause de la farine. Mais il ne riait pas. Il �tait tendu, et quand il s�est serr� contre moi, j�ai senti qu�il tremblait. �a m�a paru �trange, et moi aussi, j�avais peur jusque-l�, et d�un seul coup j�ai cess� d�avoir peur. Je voyais ce que j��tais en train de faire, et �a m��tait �gal. J�avais envie d�aller jusqu�au bout, devenir une femme. Je ne voulais plus faire semblant.</p><p>C��tait �trange, en v�rit�, peut-�tre que c��tait d�aller sur le v�lomoteur qui m�avait fait comprendre cela, en filant vite � travers les rues o� j�avais march� si lentement, en laissant derri�re moi tant de gens, de maisons, de noms, de num�ros. J�ai demand� : � Tu as d�j� fait l�amour ? � Lucien m�a regard�e, comme s�il ne savait pas quoi dire. Peut-�tre qu�il croyait que je me moquais de lui. Il a dit � non � de la t�te, sans parler. Son visage brillait de sueur, il tremblait en s�appuyant sur les bras. Je l�ai aid� � enlever sa chemise et son T-shirt, et son pantalon. En dessous, il �tait en maillot de bain. Je me suis rappel� qu�il allait � la piscine chaque apr�s-midi, avec des camarades. Il avait une peau lisse et tr�s blanche comme son visage, ses cheveux et ses poils �taient boucl�s par la sueur. Il s�est pench� sur moi, il a pos� ses l�vres sur ma poitrine, sur mon cou. Il essayait de me d�shabiller, mais il n�y arrivait pas bien, alors je me suis lev�e, et j�ai enlev� moi-m�me mon pantalon et mon slip. Maintenant mon c�ur ne battait plus fort du tout. C��tait bien de ne plus avoir tous ces v�tements, je sentais ma peau se rafra�chir et se s�cher. J�avais l�impression que Lucien m�avait enduite de farine, comme un poisson qu�on va frire. Puis il s�est couch� sur moi, et il a essay� de faire l�amour, mais il n�y arrivait pas du tout. Il tremblait de plus en plus, sa respiration �tait oppress�e, son corps ruisselait de sueur. � un moment, j�en ai eu assez. Je l�ai repouss�, et lui, il s�est accroch� � moi comme si j��tais un morceau de bois, il restait serr� contre mes seins, contre mon ventre, tous ses muscles �taient tendus comme des cordes. Pour me d�gager, j�ai d� glisser sous lui, je me suis laiss�e tomber du lit, j�ai d�fait le n�ud de ses bras et je me suis relev�e. Il restait en travers du canap�, son corps tr�s blanc jet� � plat ventre, la t�te enfonc�e dans les plis de la couverture. Il respirait fort, j�ai cru qu�il pleurait. Mais quand je me suis rhabill�e et que je me suis assise sur le canap� � c�t� de lui, il s�est redress� d�un coup. Il avait une dr�le d�expression, � la fois triste et en col�re. Ses yeux brillaient avec une sorte de m�chancet�.</p><p>Je ne sais pas ce qu�il a dit, ou ce que j�ai dit, ni m�me si on a dit quelque chose. Il me semble qu�il a parl� des filles en g�n�ral, ou d�une autre fille. Vraiment, je ne m�en souviens plus. Il s�est rhabill� � la h�te. Il �tait assez habile, je me souviens qu�il a enfil� son pantalon et son maillot de bain en m�me temps. �a m�a fait un peu rire de voir �a. Dans la p�nombre, son corps �tait mince et fin comme celui d�une jeune fille, sauf le sexe, tout petit et recroquevill� dans la touffe noire, et il l�a cach� tr�s vite, avec honte.</p><p>Moi je pensais que je ne devais pas �tre comme tout le monde, parce que je n�avais honte de rien. Je pensais que c��tait peut-�tre pour �a que �a n�avait pas march�, parce que je ne me conduisais pas comme devaient se conduire les filles.</p><p>Quand il est parti, et qu�il a claqu� la porte, en disant juste : � Allez, au revoir �, j�ai commenc� � ressentir le vide et le froid, parce qu�il ne m�a m�me pas regard�e, il ne m�a pas demand� quand on devait se revoir. Je l�ai entendu d�valer le vieil escalier qui tremblait, j�ai entendu le bruit de ses pas dans la rue, puis �a s�est m�l� aux autres bruits. L�apr�s-midi, la Loge �tait un quartier silencieux. Il y avait des pigeons qui marchaient dans la goutti�re, leurs ongles grin�aient sur le zinc. Je me suis allong�e sur le canap�, dans l�alc�ve, sans m�habiller, et j�ai regard� la lumi�re briller sur mon corps. La chaleur du soleil montait sur le toit, il y avait des craquements dans les tuiles. Je ne sais plus ce que je pensais � ce moment-l�, � quoi je r�vais. Je flottais dans le demi-sommeil, c��tait agr�able. Je pensais peut-�tre que c��tait la premi�re fois. Je pensais qu�il s��tait pass� quelque chose, et en m�me temps qu�il n�y avait rien. J�attendais. Il y avait comme de la fi�vre au fond de moi, une onde chaude qui allait et venait, dans mes jambes, dans mon ventre, dans mes seins, jusqu�� mon visage. Je passais mes mains sur mon corps, je dessinais les formes, les creux. J�attendais, et aussi je n�attendais rien. C�est difficile de dire �a autrement. C�est simple a comprendre, non ?</p></section><section><title><empty-line/></title><p>La nuit, je ne peux pas dormir. C�est impossible. Il y a cette �lectricit�, en moi, et partout, dans l�air, des �tincelles dans le noir, sous les draps, comme des boules qui roulent autour de moi. Il y a des �clairs en nappes, dans le ciel, sur le plafond. J�ai les yeux ouverts, j�attends. Je ne sais pas ce que j�attends. J��coute sonner les heures au clocher de la cath�drale. J��coute la respiration de ma m�re. Elle dort dans l�alc�ve, sur le canap�-lit. L�autre jour, elle n�a rien dit. Mais j�ai compris qu�elle savait, � propos de Lucien Truchi. Des gens lui ont dit, et aussi que j�allais sur le v�lomoteur, � toute vitesse dans les rues. Elle n�a rien dit. Mais elle a un dr�le d�air, un regard durci. � la fa�on dont elle a pris possession du canap�-lit, en changeant les draps, et en retournant le matelas, j�ai compris qu�elle savait tout. De toute fa�on, elle ne pouvait rien dire. Si elle avait dit quelque chose, je n�aurais pas support�. Je serais partie. D�ailleurs elle serait bien mal plac�e pour dire quelque chose, avec son marin italien qui vient la voir dans l�appartement.</p><p>Il y a longtemps que je pense � faire �a, et je vais le faire : un jour, fermer la porte � clef, accrocher la clef au clou qui est au-dessus de la porte, et m�en aller, marcher dans les rues de la ville. Prendre le train. Peut-�tre jusqu�� Marseille, ou bien jusqu�en Espagne. Prendre le bateau et retourner dans mon pays, de l�autre c�t� de la mer, � Mehdia, retourner � Nightingale. Revoir la for�t des ch�nes-li�ges, les champs, les dunes, l�estuaire de la rivi�re, les remparts. Que reste-t-il de Nightingale maintenant ? Quand le Colonel Herschel est parti, � cause des incendies et des bombes, il a tout laiss�, comme s�il devait revenir. Les meubles, les outils, les serres, tout est rest� l�-bas. Le gouvernement am�ricain lui avait dit de partir, � cause de la base, des attentats. Mais il ne croyait pas que c��tait pour toujours. Maintenant, le temps a pass�. Les cabanes des ouvriers ont d� s�effondrer, et la grande maison de briques ne doit plus avoir de portes ni de fen�tres. Quelqu�un a dit un jour � Madame Herschel, je m�en souviens, que les gens avaient tout emport�, tout ce qu�on pouvait emporter, tout ce qui �tait en bois ou en fer. M�me les chemin�es. M�me les goutti�res et les arceaux de la tonnelle.</p><p>C�est pour cela que je n�arrive pas � dormir. Je suis deux. Il y en a une ici, dans l�appartement de la Loge, allong�e sur le lit pliant, en train de nager au milieu des �clairs et des �tincelles ; et une autre qui est rest�e l�-bas, � Nightingale, pr�s de la mer, avec le ciel si clair, cach�e dans les touffes d�herbe des dunes, �coutant le chant des criquets, la musique des vagues.</p><p>Au printemps, il y avait les mariages. C�est peut-�tre un de mes plus vieux souvenirs, l�ann�e o� ma m�re �tait revenue � Mehdia. Elle �tait venue me voir � Nightingale. Elle �tait si jeune, elle avait l�air encore d�une enfant. Elle riait et elle chantonnait tout le temps, elle me parlait dans sa langue que je ne comprenais pas. Je ne me souviens plus de son visage, mais je n�ai pas oubli� la fa�on dont elle �tait habill�e. C��tait une robe longue tr�s claire, et il y avait ce ch�le blanc qu�elle portait sur la t�te et les �paules, s�rement, et qui ne laissait voir que les yeux. Elle cachait sa bouche quand elle mangeait, ou quand elle riait. Elle me montrait comment on danse, pieds nus sur le carrelage de la cuisine, au pied des escaliers. Peut-�tre qu�elle travaillait pour Amie, ou bien elle habitait en ville, je ne sais plus. Mais elle passait son temps avec moi, elle m�emmenait me promener, et elle me faisait danser, pieds nus, en martelant le sol de plus en plus vite. Cela, je ne l�ai pas oubli�. M�me maintenant, je me souviens d�elle en ce temps-l�, et je ne peux pas m�emp�cher de l�aimer, et pourtant je la d�teste.</p><p>Je me rappelle le mariage de Jamila. Ma m�re m�avait pr�par�e, elle m�avait habill�e et coiff�e, pour aller au mariage de sa cousine Jamila. C�est ce nom-l� qui est rest� en moi. Ma m�re m�avait fait des tresses, en m�lant de la laine aux cheveux, et elle m�avait mis du rouge sur les joues. C��tait la premi�re fois, je voyais mon visage dans le miroir, je ne me reconnaissais pas. Ensuite elle m�a emmen�e, nous avons march� sur la route jusqu�� Mehdia, et nous avons pris le car pour Kenitra. J��tais dans une grande ville que je ne connaissais pas, avec des avenues plant�es d�arbres, de grands immeubles, et toutes ces petites maisons blanches et pauvres, chacune avec sa cour int�rieure. Il y avait des ch�vres, des poulets. Partout, il y avait des enfants, des femmes voil�es aupr�s des fontaines. Il y avait des bruits de voix, des musiques �tranges qui sortaient des maisons, les postes de radio qui r�p�taient tous la m�me chanson d�un bout � l�autre des rues.</p><p>Nous sommes d�abord all�es dans la maison de la fianc�e. Le mariage ne devait pas avoir lieu dans cette maison, qui �tait trop petite pour la f�te. La m�re de Jamila avait lou� une autre maison plus loin, � l�autre bout de la rue. Jusqu�au soir nous sommes rest�es dans la maison de la fianc�e, pendant qu�elle se pr�parait. C��tait une maison propre, simple et belle dans la lumi�re blanche, avec une cour de terre battue o� il n�y avait rien qu�une jarre d�eau. Je suis rest�e assise dans la cour, et de temps en temps j�allais regarder par la petite porte la chambre o� la fianc�e se pr�parait. Elle �tait assise en tailleur sur un coussin, et les femmes autour d�elle peignaient ses cheveux et fardaient son visage. � c�t� d�elle, dans un coffre, il y avait ses bijoux qui luisaient dans la p�nombre. Ma m�re �tait avec les femmes, elle parlait et elle riait. On entendait un bruit de musique dans le lointain, des cris d�enfants.</p><p>Quand le soir est venu, la fianc�e et sa m�re sont parties pour l�autre maison, et avec ma m�re j�ai suivi le groupe des femmes. Il faisait d�j� sombre dans la ruelle, il n�y avait pas encore de feux allum�s dans les maisons. Je sentais une impression tr�s forte, je ne l�ai jamais oubli�e, c��tait comme de la peur, et en m�me temps j�avais tr�s envie de voir ce qui allait arriver. Mon c�ur battait la chamade. Le froid de la nuit arrivait, il y avait une brume qui recouvrait les �toiles brillantes.</p><p>Dans l�autre maison, la f�te avait commenc�. La cour �tait tr�s grande, d�j� pleine de monde. Dans la cour, les braseros rougeoyaient, des femmes �ventaient les charbons avec des soufflets, et des odeurs �tranges montaient, se m�laient � la fum�e. Je n�avais jamais senti des odeurs comme celles-l�. Cela sentait le cumin, le poivre, le gingembre, la coriandre. La fum�e du piment grill� prenait � la gorge, emp�chait de parler. Je suivais ma m�re, je m�accrochais � sa robe tellement j�avais peur de tout. J��tais �merveill�e.</p><p>� un bout de la grande cour, des hommes �taient assis, envelopp�s dans leurs manteaux de laine, ils fumaient des cigarettes, et la lumi�re des braseros �clairait leurs visages. Ma m�re m�a montr� l�un d�eux : � Regarde, c�est le fianc� de Jamila. �</p><p>Les enfants couraient dans la cour pieds nus, les filles riaient et leur jetaient de petits cailloux, ou des noyaux. Je suis rest�e assise par terre � c�t� de ma m�re, pendant qu�elle pr�parait � manger devant un brasero. Elle avait mis des morceaux de viande � cuire dans une marmite � pression sans couvercle, caboss�e et noircie, comme je n�en avais jamais vu. J��coutais l�huile cr�piter, je respirais l�odeur de l�ail et de l�oignon. Je m��tais mise tout pr�s du brasero, � cause du froid de la nuit, et puis la lumi�re rouge du charbon me rassurait. Des enfants venaient s�asseoir � c�t� de moi, ils me parlaient dans leur langue chleuh. Il y avait des filles qui touchaient mes cheveux, ma robe de petite fille fran�aise, elles regardaient avec curiosit� mes chaussures vernies. Elles riaient, elles se moquaient un peu, puis elles allaient ailleurs.</p><p>Je me souviens d�un visage, je ne l�ai jamais oubli�. Longtemps, j�ai pens� que �a devait �tre elle, Jamila, celle qui s��tait mari�e cette nuit-l�. Mais j�ai compris ensuite que ce n��tait pas possible. Pendant que la f�te commen�ait, la fianc�e devait rester cach�e dans une chambre, avec sa m�re et ses parentes, avec tous ses voiles pour le mariage. Cette jeune fille est venue � c�t� de moi, et son visage �clair� par le brasero est rest� marqu� dans ma m�moire. Elle �tait si jeune, � peine sortie de l�enfance. Ses yeux �taient longs, entour�s d�un mince fil de kh�l, ils luisaient d�un noir profond dans la nuit, et l�arc parfait de ses sourcils donnait � son visage une expression de tristesse �trange au milieu du bruit et de l�agitation joyeuse de la f�te. La jeune fille s�est assise devant le brasero, elle s�est tourn�e vers moi et elle m�a regard�e avec ses yeux profonds qui m�interrogeaient. Je ne savais pas ce qu�elle voulait, mais elle demandait quelque chose, comme cela, rien qu�avec ses yeux, et maintenant encore �a me trouble et �a fait battre mon c�ur. Je me souviens aussi qu�elle avait quelque chose d�extraordinaire, entre les yeux, sur la peau du front, une marque tatou�e en forme d��toile, en forme d�insecte. Elle me regardait sans rien dire. Apr�s, elle est partie, elle est all�e rejoindre les femmes, � l�autre bout de la cour.</p><p>Il y avait des cris, de la musique. L�air �tait froid, je me serrais avec les autres enfants devant la chaleur du brasero. L�odeur du charbon se m�lait � celle de la nourriture. Je me sentais ivre. Peut-�tre que j�avais mang� trop de g�teaux au haschich. Avec des filles de mon �ge, j�ai march� jusqu�� l�autre bout de la cour, l� o� les femmes pr�paraient la p�te d�amande. Je buvais le th� �pre et br�lant dans un petit verre. Contre le mur de la maison, il y avait l�orchestre, des joueurs de rebec et d�autres qui frappaient sur de petits tambours de terre cuite. � c�t�, les femmes entouraient les shaftras, les danseuses ob�ses couvertes de bijoux et de pi�ces d�or, qui portaient des plumes d�autruche noires dans leurs cheveux. Au milieu du cercle des femmes, une danseuse � genoux balan�ait son buste, balayait le sol avec sa longue chevelure noire, et frappait les colliers de pi�ces avec ses mains. La fum�e �tait �cre, il y avait des �clats de lumi�re, des lueurs rouges, des ombres. J�avais peur, j��tais ivre. Je dansais avec les autres filles, j�avais �t� mes souliers vernis et je dansais en martelant la terre durcie.</p><p>Les voix des femmes �clataient tout � coup, �a faisait un dr�le de cri aigu, comme un sanglot, et les tambours r�sonnaient au fond de ma poitrine. Je dansais en tournant sur moi-m�me, sans m�arr�ter, frappant la terre avec la plante de mes pieds et les talons, et tout le monde tournait avec moi, les yeux des filles brillaient, leurs colliers s�entrechoquaient, je voyais briller l�ivoire de leurs dents dans leur visage sombre.</p><p>Je me suis assise par terre. J�avais le vertige. Les g�teaux me donnaient la naus�e. Tout d�un coup, elle est revenue vers moi, la fille aux yeux peints de kh�l, portant l��trange signe sur son front. Elle m�a pris la main, elle a approch� de mes l�vres un verre de th� amer, violent. Elle ne disait rien. De toute fa�on, il y avait tellement de bruit et de musique, tellement de tourbillons dans la cour que je n�aurais pu entendre sa voix. Elle est rest�e longtemps assise � c�t� de moi, � regarder la f�te. Par instants, je sentais son regard sur moi, ses yeux sombres et brillants qui me scrutaient. Puis son visage s��clairait, elle riait, et je riais avec elle, sans savoir pourquoi. Vers minuit, les enfants s��taient endormis les uns apr�s les autres. Ils s��taient couch�s � m�me la terre, la t�te appuy�e sur leur bras.</p><empty-line/><p>Avec mon amie, j�ai march� dans la cour, de brasero en brasero. Les femmes continuaient � cuisiner. Il y avait la lueur des braises, la fum�e prenait � la gorge. Et toujours, sans cesse, la musique, les roulements des petits tambours, et la voix des femmes qui chantaient, qui sanglotaient. J�avais le vertige. Mon amie m�a guid�e par la main, � travers la cour, jusqu�� une petite porte qui donnait sur un terrain. Elle m�a tenue pendant que je vomissais. J��tais si fatigu�e, je crois que je pleurais. Elle m�a emmen�e jusqu�� la grande maison, elle m�a trouv� un coin, entre des enfants endormis. Je me suis couch�e par terre, et il me semblait que j��tais sur un radeau qui s�en allait le long d�un fleuve interminable. Dehors, par la porte ouverte, j�apercevais le ciel, les �toiles. La jeune fille est rest�e un long moment contre moi, pour me tenir chaud. Je sentais sa respiration calme, son bras autour de mes �paules. Jamais personne ne m�avait serr�e comme cela.</p><p>Je me souviens de cette longue nuit. Parfois, des femmes venaient, elles parlaient fort, elles riaient, je ne comprenais pas ce qu�elles voulaient. Certaines avaient des torches �lectriques, elles �clairaient les visages, elles cherchaient leurs enfants. Elles t�taient les corps endormis, elles passaient la main sur les t�tes, dans les cheveux. Elles disaient des noms, d�une voix aigu�, Ali, Samira, Salima� Je ne pouvais pas dormir. J�avais les yeux br�lants, la gorge s�che. J��coutais tous les bruits, la musique qui ne cessait pas, qui grandissait, le roulement des petits tambours de terre, la voix stridente de la chanteuse, les pieds des shaftras qui martelaient le sol. J��coutais la respiration tranquille de la jeune fille. Elle dormait, et son corps �tait appuy� contre moi. La nuit �tait longue. Elle n�avait pas de fin. Je pensais que le jour ne reviendrait peut-�tre plus jamais.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>L�air l�ger. La libert�, courir les rues. Sur le B�b� Peugeot, le plus loin possible, pour sentir le vent, rouler sur le trottoir entre les autos arr�t�es, le long de la mer, aller vers le soleil. Tout est possible. C�est ce que je voulais, je crois, faire tout ce qui est possible. En m�me temps, j�avais peur, j��tais au bord du vide, comme dans un r�ve. Il y a l��tendue d�ombre, on peut tomber. On peut se perdre.</p><p>Le vent, le soleil, la mer. Je sens la vie, dans mon ventre, dans ma poitrine, dans mes mains. C�est comme un fourmillement. Il y a quelque chose qui a chang�, je ne suis plus la m�me, jusqu�� la pointe de mes cheveux. C�est dangereux, c�est effrayant de le dire. Il ne faut jamais se regarder dans les miroirs, ni m�me dans les vitres des magasins, ni sur les carrosseries des voitures. B�b� Peugeot a un r�troviseur sur la poign�e gauche. Lucien l�a install�, il �tait tr�s fier. � force de le retourner, j�ai fini par le casser, et il pend lamentablement sous le guidon. Je ne veux pas voir mon reflet, ni le regard des autres. Je ne veux voir que le ciel, m�me gris.</p><p>Les journ�es sont longues, longues. Le matin, je m�en vais en m�me temps que ma m�re, avec mon sac, comme si j�allais au lyc�e. Le soir, je reviens quelquefois avant elle. Je ne monte pas tout de suite. Je reste assise sur le seuil, pour le cas o� Gianni serait en haut.</p><p>Les heures sont longues comme des mois, comme des ann�es. Quand je reviens, le soir, je suis ivre de tout ce que j�ai vu, du vent, de la lumi�re du soleil, du regard des gens. Je ne mange pas. Le soleil mange mon visage. J�ai mis des lunettes noires, des lunettes � monture plastique imitation �caille que j�ai achet�es au bazar � Tout � cinq francs �. J�ai toujours le vieux manteau marron avec des manches trop longues. C�est lui que j�avais quand je suis arriv�e, par le bateau. Quand Amie me l�a donn�, il �tait immense comme un peignoir, elle avait roul� les manches. Elle disait : � Tu as l�air d�un clown ! � Moi je l�aimais, je ne voulais plus le quitter. Je dormais avec, sur le pont du <emphasis>Commandant Qu�r�, </emphasis>je m��tais envelopp�e dedans comme dans une couverture.</p><p>Je ne voulais pas aller dans la cabine avec Amie et le Colonel. Le bateau roulait lentement dans la nuit, sur la mer invisible. C��tait un �t�, il faisait doux, le vent �tait ti�de. J�ouvrais les yeux, je voyais le ciel �toil� que cachaient de temps � autre les volutes de fum�e. J��tais sur le dernier pont, � c�t� des grandes chemin�es.</p><p>Je n�ai pas oubli� cette nuit-l�. Elle semblait immense et sans fin, elle aussi, comme lorsque j��tais all�e aux noces de Jamila. Mais c��tait une autre nuit, un autre monde. Je m�en allais. Je ne savais pas o� j�allais. Peut-�tre que je croyais que je partais en vacances. C��tait comme pour les vacances, il y avait beaucoup de monde sur le bateau, les gens allaient et venaient d�un pont � l�autre, les enfants couraient, les b�b�s pleurnichaient. La plupart des gens n�avaient pas de couchette, ils dormaient � m�me le pont, envelopp�s dans des couvertures. D�autres avaient trouv� des transats, ils avaient mis autour d�eux tous leurs effets, les valises, les cartons. La vibration des machines changeait avec les oscillations du bateau. Du c�t� des chaloupes, il y avait des jeunes gens, j�entendais par instants leurs rires, un air de guitare. Je crois que j�ai compris que je m�en allais pour toujours.</p><empty-line/><p>Ma m�re est rentr�e plus t�t, elle m�a attendue sur le seuil de la maison. Quand je suis arriv�e, elle n�a rien dit, mais elle avait sa t�te des mauvais jours. Elle avait les l�vres serr�es. Quand on est entr�es chez elle, elle a dit : � O� �tais-tu ? � Elle avait une dr�le de voix sourde. J�ai cru qu�elle allait me frapper. Je me suis mise devant la porte, j��tais pr�te � m�en aller. Je n�ai pas voulu inventer quelque chose. Je lui ai dit : � Je ne suis pas all�e au lyc�e. � �a fait bien des semaines que je ne vais plus au lyc�e. J��cris moi-m�me les mots d�absence. De toute fa�on, elle ne sait pas �crire. J�ai regard� dans un dictionnaire quelle maladie je pourrais avoir. Des rhumatismes. J�ai trouv� �a, des rhumatismes articulaires. Avec �a, je peux m�absenter quand je veux. Je suis all�e quand m�me aux cours de Miss Butterworth, parce qu�elle est dr�le, avec ses taches de rousseur. Et j�aime bien l�anglais, c�est la langue du Colonel. J�aime bien �couter Radio Tanger, The Voice of America, ou aller voir les films am�ricains. Les autres cours, la chimie, les maths, le fran�ais, l�histoire-g�o surtout, je ne pouvais plus les supporter. J��cris les mots sur un beau papier gris que j�ai achet� aux Galeries Lafayette. Je ne voulais pas qu�on sache que ma m�re ne sait pas �crire. J�ai achet� de belles enveloppes doubl�es de papier satin. J��cris le mieux que je peux. J�invente un style :</p><p>� Cher Professeur,</p><p>� Ma fille me rendra folle.</p><p>� Ces crises continuelles me font souffrir peut-�tre plus qu�elle, les m�decins en perdent leur latin.</p><p>� Mais si elle n�y est pas par le corps, sachez que ma fille est sans cesse pr�sente par l�esprit. Elle relit les livres, elle raconte le cours comme si elle y �tait. Elle est impatiente d��tre de nouveau sur pied. Ne lui en veuillez pas ! �</p><p>J�invente les pr�noms : Saba, Henriette, Lucienne. J�invente les adresses, le num�ro de t�l�phone. J�invente ma m�re. Elle ne s�appelle plus Mariem, elle s�appelle Jamila. Elle s�appelle Elsa, ou Sarah, elle s�appelle H�l�ne. Elle travaille dans un grand bureau tout en verre, comme les banques, ou bien dans un immeuble de ciment gris avec une moquette d�un bleu profond. Il y a du marbre, des glaces, des plantes vertes qui montent jusqu�au plafond.</p><p>J�invente sa vie, ses voyages, ses amants. Mon p�re est s�par� d�elle, il vit � l�autre bout du monde, il est marin, pas comme Gianni, un capitaine de la marine marchande, sur un grand porte-conteneurs qui va jusqu�� Yokohama, jusqu�� Hawaii.</p><p>J�invente d�autres maladies. Une affection rare du fond de l��il, due � un trop fort rayonnement d�ultraviolets.</p><p>� Ma fille Sarah, Saba, risque de perdre la vue, imaginez mon d�sarroi ! D�s demain je l�emm�ne consulter le Professeur Leroy � Lyon, il est peut-�tre le seul qui puisse la sauver. Je ne peux croire qu�elle ait � renoncer � tout jamais aux �tudes. A-t-on le droit de lui cacher la v�rit� ? Si je lui r�v�lais la gravit� de son �tat, elle perdrait confiance en moi, en vous� � bient�t j�esp�re, � la gr�ce de Dieu. �</p><p>C�est � ce moment-l� que j�ai achet� mes lunettes noires, au bazar.</p><p>Ma m�re ne m�a rien demand�. Peut-�tre qu�elle ne savait rien de tout �a. Le lendemain, elle n�est pas all�e � la fabrique Atlas. Lucien attendait pr�s de la boulangerie, � c�t� du B�b� Peugeot. Il faisait beau, il y avait les cris stridents des martinets.</p><p>� Habille-toi. � J�ai voulu mettre le vieux manteau marron, mais ma m�re s�est mise en col�re. � Pas cette salet�. � Elle a jet� le manteau par terre. J�ai mis une veste propre. J�ai march� dans la rue, un peu derri�re elle. Je ne savais pas o� elle m�emmenait.</p><p>On a march� jusqu�� cette grande avenue, dans le centre de la ville, o� habite le docteur Haven. C�est une femme de cinquante ans, un peu grosse, avec des cheveux d�color�s en jaune. Elle est gyn�cologue. Je ne savais pas bien ce que �a voulait dire. Je ne comprenais pas pourquoi ma m�re m�avait emmen�e l�. Ma m�re est rest�e dans le bureau, et la grosse femme m�a fait allonger sur une civi�re recouverte d�un papier. Elle m�a fait �carter les jambes, et elle a regard� dans mon sexe, elle avait des gants de caoutchouc, et un instrument froid. Mon c�ur cognait, j�avais peur, j�avais honte. Ensuite, elle a enlev� ses gants, et j�ai attendu sans bouger sur la civi�re. Elle a dit : � C�est fini, tu peux te rhabiller. � Elle m�a pos� des questions, d�une dr�le de voix un peu embarrass�e. Elle m�a demand� si j�avais eu des relations avec des hommes. Je n�avais plus peur, j��tais en col�re. J�ai dit oui, avec plusieurs. Elle m�a regard�e, elle a simplement dit : � Eh bien, �a ne se voit pas. � Alors j�ai compris pourquoi ma m�re m�avait emmen�e l�, chez cette femme. J�ai senti plus fort la col�re, la rage. Mon c�ur battait tr�s vite, le sang br�lait mon visage. Je voulais repartir, j�ai ouvert la porte et j�ai descendu l�escalier de l�immeuble tr�s vite, j�ai couru dans la rue, sans attendre ma m�re.</p><p>Je ne voulais pas retourner chez ma m�re, � la Loge. Je ne savais pas o� aller. J�avais le vertige. D�une cabine, j�ai t�l�phon� � Amie, � la clinique. Les autos passaient en klaxonnant, je ne sais pas pourquoi, comme des animaux qui jettent un cri et puis s�en vont. Le ciel �tait lourd, plomb�. Maintenant j��tais si fatigu�e. La voix d�Amie a r�sonn� dans l��couteur, lointaine, faible. Je ne comprenais pas ce qu�elle disait. J�ai raccroch�, et j�ai march� vers la colline, jusqu�� la villa des acanthes. � l��tage, les volets �taient ferm�s. Le Colonel n��tait pas l�, il �tait peut-�tre sur le chemin de la clinique, ou bien il �tait all� acheter de quoi manger.</p><p>Je me suis assise sur le seuil, et j�ai regard� le chemin en l�attendant.</p><p>Je me souviens, c��tait avant qu�on ne parte de Nightingale, avant l��t�. Le Colonel m�avait donn� rendez-vous � la sortie de l��cole, il �tait venu me chercher dans sa belle Hillman verte. Il m�a emmen�e jusqu�aux collines, au-dessus de la rivi�re, pour me montrer les serres qu�il avait achet�es. On s�est arr�t�s devant un chemin de terre qui grimpait jusqu�en haut d�une colline. Au milieu de la for�t de rouvres, il y avait une vieille maison ruin�e, et les serres. Le Colonel m�a fait visiter les serres. Il marchait au milieu des anthuriums comme un g�n�ral qui passe ses troupes en revue. Sur les tiges tr�s droites apparaissaient d�j� les calices couleur de corail.</p><p>Je suis rest�e en arri�re, pendant qu�il inspectait les serres avec Ali, le jardinier. Il touchait la terre, il examinait le syst�me d�instillation d�eau. Il avait invent� tout un appareillage pour que les fleurs soient comme dans leur climat d�Afrique tropicale. L�eau tombait goutte � goutte sur des plaques de t�le peintes en noir chauff�es par les rayons du soleil, et s��vaporait � l�int�rieur de la serre. Il faisait tr�s chaud, �a sentait l�humus, la moisissure.</p><p>Le Colonel �tait tr�s surexcit�. Il m�a pris la main, il m�a entra�n�e jusqu�en haut, l� o� il y avait un hangar, � c�t� de la maison d�Ali. Dans le hangar, des centaines de cartons �taient pr�ts, avec leurs feuilles de papier de soie pour emballer les anthuriums. Amie avait m�me dessin� les �tiquettes, un rossignol avec �crit au-dessous, en lettres rouges, la marque de fabrique : <emphasis>Nightingale.</emphasis></p><p>Le Colonel parlait avec animation, son visage �tait rajeuni, ses yeux brillaient. Il avait oubli� ses soucis, les emprunts, la guerre. Il parlait du grand march� aux fleurs, � Paris. Les anthuriums arriveraient apr�s une nuit d�avion-cargo, et le lendemain, les merveilleux calices seraient dans tous les magasins de la capitale. Il pensait aussi � l�Angleterre, � la Hollande, � l�Allemagne. � Tu seras mon ambassadrice. � Il disait �a en plaisantant, mais peut-�tre que j�y croyais. Le mois d�apr�s, on est partis de Nightingale, pour ne jamais revenir. La seule chose que le Colonel a emport�e, c��tait la Hillman verte. Il s��tait battu pour qu�elle voyage sur le m�me bateau. On l�avait mise dans un grand filet, dans le genre de ceux qui servent � charger les vaches, le m�t l�avait hiss�e au-dessus du pont, et l�avait descendue au fond de la cale. Malgr� le d�part, j�avais �t� �merveill�e de voir l�auto du Colonel entrer dans le ventre du bateau.</p><empty-line/><p>Finalement, je suis all�e jusqu�� la clinique. Amie partageait une petite chambre avec une vieille femme italienne tr�s douce. Amie �tait p�le, ses beaux cheveux �taient coup�s tr�s court, on voyait la forme de son cr�ne. Elle avait tellement maigri qu�elle semblait de la taille d�une petite fille. Il y avait des mois que je ne l�avais vue, et �a m�a fait quelque chose. Elle parlait d�une voix faible, presque inaudible. Sur la table, il y avait un bouquet de fleurs que le Colonel avait apport�. Le Colonel �tait pench� au-dessus du lit de sa femme, il lui tenait la main, comme s�il lui disait au revoir. Il avait l�air ind�cis. Tout pouvait se briser en lui, � chaque instant. Amie me regardait de ses yeux fi�vreux, peut-�tre qu�elle attendait que je parle de moi, de ma vie. Peut-�tre qu�elle voulait seulement entendre le son de ma voix. J�ai essay� de parler de Nightingale, de tout �a, de la maison, des champs de bl�, des dunes et de la mer. Le Colonel et Amie me regardaient. Je savais bien qu�ils allaient se laisser prendre, qu�ils allaient oublier le pr�sent. �a me faisait quelque chose de les tromper aussi facilement. Ils �taient si vieux, si gentils et inoffensifs. J��tais avec eux, l�, dans cette chambre, et je menais une autre vie, j�errais dans les rues jusqu�� la nuit, j�allais me promener avec un homme mari�, j��crivais moi-m�me des lettres d�excuses au lyc�e et j�inventais le nom de ma m�re. Il ne restait vraiment plus rien de la petite fille que j�avais �t�, plus rien de ma vie d�autrefois. C��tait comme si j��tais devenue tout d�un coup orpheline. � Morgane, comme elle me demandait o� �taient mes parents, j�avais dit : � Ma m�re est morte, et mon p�re est parti, bien avant ma naissance, je ne l�ai jamais connu. � Elle m�avait dit : � Si tu veux, je pourrais t�adopter. � �a l�avait fait rire, parce qu�elle �tait trop jeune, mais peut-�tre qu�elle y avait pens� vraiment, peut-�tre que j�aurais aim� vraiment �a.</p><p>Apr�s, j�ai fait comme si j�avais un rendez-vous important, une course pour mes �tudes, n�importe quoi. Le Colonel a dit : � Je vais te ramener. � J�ai dit non, je pr�f�rais rentrer en bus, il valait mieux qu�il reste encore aupr�s de sa femme. Il est rest� debout, toujours ind�cis, les bras un peu �cart�s. J�ai embrass� Amie et le Colonel, et je suis partie en courant. Je ne voulais pas qu�il change d�avis, qu�il me ram�ne en ville dans sa voiture verte. Je ne pouvais plus supporter cette couleur.</p><p>Dehors, il y avait un nuage du soir devant le soleil. Il faisait froid, le vent soulevait la poussi�re. C��tait bien d��tre seule, de marcher seule, de n�avoir personne � aller voir.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>La nuit, j��coute les coups de mon c�ur. J�attends, les yeux ouverts, je ne sais pas ce que j�attends. C�est comme si c��tait cach�, que �a allait appara�tre. Autrefois, tout �tait simple et facile. J��tais Saba, c��tait le nom que j�avais re�u � ma naissance, et ma famille c��tait Monsieur et Madame Herschel. J�allais � l��cole de Mehdia, il y avait des enfants des soldats am�ricains, des Fran�ais, des Arabes. On parlait dans n�importe quelle langue. �a ne m�int�ressait pas beaucoup. Ce que j�aimais, c��tait cette grande maison avec des briques autour des portes et des fen�tres, au milieu des champs de sorgho et des vignes, et le grand jardin plant� de tomates, de haricots, d�artichauts, et juste derri�re commen�aient les dunes piqu�es de chardons, et le bruit de la mer.</p><p>C�est cela que j�attends, chaque nuit, ici, dans l�appartement de la Loge. Que tout revienne en arri�re, vers ces ann�es-l�, le ciel bleu si clair, les champs, la tache sombre de la for�t de ch�nes-li�ges, la ligne des montagnes. L�air du matin o� dansaient les moucherons, l�estuaire du fleuve o� volaient les martinets et les libellules, les champs d�herbe s�che avec les gu�pes et les abeilles. Le soir, les oiseaux qui passaient le long de la plage, les mouettes, les vols de courlis qui jaillissaient quand je courais � travers les champs avec Lassie.</p><p>Dans la chambre sans fen�tre, je vois la lueur du jour qui arrive, qui emplit la pi�ce o� dort ma m�re. Je suis fatigu�e d�attendre. Bient�t le r�veil va sonner, ma m�re va se lever pour pr�parer du caf�. Je vais devoir me lever � mon tour, je vais sortir, commencer une nouvelle journ�e. C�est �a qui me fait peur, et pourtant je voudrais que �a soit d�j� l�, que ce qui doit arriver arrive.</p><p>� Nightingale, quand le jour se levait, j��tais dehors avant tout le monde. Lassie �tait avec moi. Lassie, elle est arriv�e chez nous un jour, sans qu�on sache d�o�. Elle �tait sloughi, avec une belle robe beige sans tache, et Amie lui avait trouv� ce surnom, � cause des films qu�on avait vus au Centre culturel am�ricain. Au d�but, elle ne se laissait pas approcher, et quand on lui donnait � manger, elle attendait qu�on se soit �loign�s pour venir jusqu�au plat. Elle mangeait avec les oreilles rabattues en arri�re, sans cesser de nous observer. Et un jour, sans que je comprenne pourquoi, elle est rest�e quand je me suis approch�e d�elle. Je l�ai caress�e doucement, sur la t�te, le long du nez. Elle s�est laiss� faire. Je l�ai embrass�e. Je lui ai dit son nom dans l�oreille, doucement : � Lassie, Lassie� � On est devenues les meilleures amies du monde.</p><p>C�est � �a que je pense, allong�e sur le lit, dans l�appartement de la Loge, avec les coups de mon c�ur, les bruits de l�aube dans les ruelles, la lumi�re grise qui passe par la fen�tre de la pi�ce o� dort ma m�re. Il me semble que c�est le m�me jour qu�autrefois, � Nightingale. Je vais bient�t sortir, je vais chasser le froid � travers les champs de bl�, r�veiller les cailles et les courlis, et la chienne sera juste derri�re moi, les oreilles dress�es, les yeux brillants. Je la vois, je sens son haleine sur mes jambes nues, j�entends le bruit haletant de sa respiration. Dans un creux de terrain, je vais tomber par terre dans la terre douce et ti�de comme du sable, et Lassie sera avec moi, je sentirai la vie dans son corps, elle mordillera mes mains.</p><p>Quand le Colonel Herschel a d�cid� de quitter Mehdia, apr�s les massacres de Kh�nifra, � la fin de l��t�, il n�a rien dit. Un jour, il a emmen� Lassie dans la Hillman Imp verte. � Qu�est-ce qu�il va faire ? � J�ai demand� cela � Amie, et ma voix devait �tre bizarre, parce que j�avais devin�. � Pourquoi le Colonel emm�ne Lassie ? � Amie ne mentait jamais. Elle �tait accabl�e. Elle restait assise dans le fauteuil pliant, devant la porte. Pour la premi�re fois, je crois qu�elle m�a menti. Elle a d� parler du v�t�rinaire, d�un vaccin, de gens qui allaient adopter Lassie, je ne me rappelle plus. � �a n�est pas vrai, elle va mourir ! On va lui faire une piq�re pour la tuer ! Elle va mourir, elle va mourir ! � Je suis partie en courant, � travers les champs, � travers les dunes. Je suis all�e loin, jusqu�� la rivi�re. Les p�cheurs revenaient avec leurs casiers, ils tiraient les barques sur la plage. D�autres remontaient le fleuve, dans les felouques aux voiles pench�es, en suivant l�onde de la mar�e. Tout le jour j�ai couru dans les dunes, le long de la mer, devant les villas vides. Je me souviens de cette journ�e-l�. Le ciel �tait si beau et si clair, la mer d�un bleu profond, avec les nappes d��cume qui �tincelaient. Je ne pleurais pas. Je courais pour ne pas pleurer. Je ne voulais pas sentir le vide.</p><p>Apr�s, je n�ai jamais plus parl� de Lassie, � personne. Je ne voulais surtout pas qu�ils en parlent. Elle �tait sortie de ma vie, pour toujours.</p><empty-line/><p>La nuit, dans l�appartement de la Loge, c��tait bien quand m�me, parce qu�il y avait tous ces bruits. La respiration de ma m�re dans l�alc�ve, les gens qui marchaient dans les ruelles, et je m�exer�ais � reconna�tre les pas : les pas press�s des gens qui rentraient tard du travail, les pas furtifs des vieilles, les pas tra�nants des clochards et des ivrognes. Quand il n�y avait vraiment aucun bruit, j�entendais le sanglot lointain de la fontaine, sur la place. Quelquefois, il y avait tout d�un coup un poste de radio allum� dans la nuit, �a faisait un bruit de musique espagnole, �a s�arr�tait. Il y avait les coups lents des heures au clocher de la cath�drale, et en hiver le vent qui soufflait dans les goutti�res, la pluie qui glissait sur le toit, comme un bruit de la mer. C��tait bien d��tre les yeux ouverts et d��couter les bruits, �a m�emmenait loin, jusque de l�autre c�t� de la mer, jusqu�� Mehdia. Les souvenirs s�accrochaient � la nuit, c��tait autrefois, c��tait hier, c��tait la m�me chose. Quand Monsieur et Madame Herschel sont venus habiter la Roseraie, l��tage de cette vieille maison un peu d�cr�pie sur la colline, avec ce jardin aux acanthes, tout �tait silencieux et vide. Il n�y avait pas de souvenirs. La vie s��tait arr�t�e au moment o� ils �taient mont�s sur le pont du <emphasis>Commandant Qu�r�, </emphasis>pour regarder s��loigner la ville blanche au bord de la mer.</p><p>La nuit, j�ai l�impression que rien ne peut changer, que le temps s�arr�te et flotte dans le silence. Ici, dans l�appartement de la Loge, je suis vraiment seule, personne ne pourra me dire ce que je dois faire. Mon nom, mon �ge, ma famille, mon lyc�e, mes amis, j�invente tout, je suis libre d�en faire ce que je veux.</p><p>Je me rappelle, la fois o� je suis partie dans la nuit. C��tait cet �t� o� tout s�est d�cid�, l��t� o� les r�coltes br�laient, o� les villes br�laient, o� les soldats marchaient dans les rues. Je me souviens, parce que l�air �tait encore frais dans la nuit, le ciel �tait rempli d��toiles. Je voulais voir le ciel, guetter les m�t�ores, je voulais entendre les criquets chanter. J�avais de l��lectricit� dans tout le corps, je ne pouvais pas dormir. J��coutais le bruit du vent dans les tamaris, le grincement de l��olienne au bout des champs, j��coutais le crissement continu des insectes, �a faisait un bruit qui gonflait et d�croissait, pareil � la mer. Plus loin, quelque part dans les arbres, la chouette sifflait � intervalles r�guliers, comme quelqu�un qui appelle.</p><p>Ma chambre �tait tr�s grande � Nightingale. C��tait l�ancienne salle � manger. Quand j�avais eu dix ans, je ne voulais plus dormir dans la m�me chambre qu�Amie, alors elle avait mis mon lit dans cette pi�ce. Il y avait deux portes-fen�tres tr�s hautes, et � travers les lattes des volets, je voyais la lumi�re de la nuit. Jamais je n�ai revu une lumi�re pareille, blanche, brillante, qui accrochait des �tincelles sur les murs et sur le plafond. Je croyais que c��taient ces �tincelles que je respirais, qui entraient en moi, me faisaient tressaillir. Mon c�ur battait vite et fort. J�ai mis un pull par-dessus ma chemise de nuit, j�ai ouvert les volets, je suis sortie pieds nus dans la nuit. Mon c�ur battait comme si j�allais affronter des dangers.</p><p>J�ai march� dans les champs, jusqu�� la rivi�re. � un moment, j�ai eu peur, parce qu�une ombre venait vers moi. C��tait Lassie. Elle a peut-�tre compris, parce qu�elle n�a pas aboy�. Elle m�a suivie, en trottant un peu de travers comme elle faisait. Je me sentais rassur�e avec elle.</p><p>J�ai march� � travers les champs de sorgho. Je me souviens du bruit des lames dans le vent, de la couleur de la lune. La lune �tait belle et ronde ;�Amie disait que c��tait parce que des b�b�s allaient na�tre. C��tait brillant, �tincelant, c��tait bien, avec le vent froid qui soufflait sur la terre froide, les bruits stridents des insectes, le murmure de la rivi�re qui grandissait entre les dunes. Les tiges des sorghos �taient plus hautes que moi, j�avan�ais sans voir o� j�allais, guid�e seulement par mon instinct. Mon c�ur battait dans ma poitrine, dans mes tempes, je sentais une sorte de vertige. Jamais je n�avais compris � quel point c��tait bien d��tre seule au milieu des champs, d�aller par des sentiers que j�inventais, de dispara�tre sous les sorghos. Il y avait l�odeur �cre des plantes, je sentais sous mes pieds les mottes de terre dures, les feuilles coupaient mes l�vres. Et quand je levais le regard, je voyais la lune des b�b�s qui �taient en train de na�tre.</p><p>J�ai d�bouch� sur les dunes, l� o� on voit l�estuaire de la rivi�re, et de l�autre c�t�, tr�s loin, les lumi�res de Mehdia. J�entendais le bruit r�gulier de la mer. � droite, les balises � l�entr�e de l�estuaire, et au-del� de la ville, le grand nuage blanc au-dessus de la base am�ricaine.</p><p>Je vois tout cela encore, maintenant, dans la chambre de l�appartement de la Loge, comme si c��tait hier, comme si j�avais toujours dix ans. Je sens le froid de la nuit, la brume, les poign�es de sable que le vent me jette au visage. J��tais libre, je me cachais dans le creux des dunes, avec la chienne couch�e contre moi, je sentais l�odeur de la terre. Le monde �tait bien silencieux. Les �toiles brillaient, puis se cachaient dans la brume. La pleine lune descendait derri�re moi, elle �clairait la for�t des ch�nes-li�ges.</p><p>Avant l�aube, je suis retourn�e vers Nightingale. Il fallait longer les dunes, traverser les champs de sorgho, les plantations de haricots et de tomates. La route de la noria �tait encore immobile. L��olienne tournait dans le vent en faisant son bruit de moteur. Dans les huttes des paysans, le feu brillait d�j�. � un moment, en courant sur le sentier, j�ai �corch� mon orteil contre une pierre. Le sang et la poussi�re ont fait un caillot contre l�ongle. Je ne ressentais m�me pas la douleur.</p><p>Les coqs enrou�s criaient d�une ferme � l�autre. Le Colonel disait toujours qu�il prendrait sa carabine et qu�il les descendrait les uns apr�s les autres.</p><p>J�entends le bruit de la respiration de ma m�re. Elle aussi, elle est partie de chez elle, une nuit, et elle n�est jamais revenue. Peut-�tre qu�on voulait la marier de force, ou bien elle a suivi un homme de passage. Elle a quitt� le village des Zayane, dans la montagne, elle a march� jusqu�� la mer. Son p�re �tait un guerrier, un fils du grand Moha ou Hammou qui avait fait la guerre aux Fran�ais, � Kh�nifra. Quand ma m�re a quitt� la montagne, elle avait mon �ge, et d�j� elle me portait dans son ventre. Elle a voyag� seule dans toutes ces villes qu�elle ne connaissait pas, elle a travaill� dans les fondoucs, sur les march�s. Celui qui �tait mon p�re avait pris le bateau, il est all� travailler de l�autre c�t� de la mer, en France, en Allemagne peut-�tre. Mais il n�est jamais revenu. Il est mort en tombant d�un �chafaudage, ou bien de maladie. Il n�a rien laiss� derri�re lui, pas m�me son image.</p><p>Ma m�re m�a dit un jour qu�elle avait re�u une lettre en fran�ais, et le patron du restaurant o� elle travaillait l�a lue pour elle. Dans la lettre, on disait que mon p�re �tait mort � Marseille. Ensuite, mes oncles et mes tantes Zayane sont venus de la montagne, pour ramener ma m�re, parce qu�ils voulaient lui trouver un autre mari, et me garder avec eux. Ma m�re a dit oui, et une nuit elle s�est �chapp�e, elle s�est cach�e dans un fondouc jusqu�� ce que ses fr�res et ses s�urs se lassent de la chercher et retournent dans la montagne. Alors, elle a d�cid� de partir, elle aussi. Elle m�a mise dans une bo�te de carton, et elle a voyag� en camion et en autocar. Dans les march�s, elle s�asseyait par terre, avec la bo�te � c�t� d�elle, et elle attendait qu�on lui donne � manger. Et un jour, elle est arriv�e � Nightingale, et elle a d�pos� le carton sur le sol de la cuisine, elle a pris les billets de banque du Colonel, et elle est partie.</p><p>Tout �a, c�est mon histoire, mais je peux y penser maintenant comme si c��tait vraiment arriv� � quelqu�un d�autre. Je peux penser � mon p�re inconnu, qui est mort � Marseille au moment o� je commen�ais � vivre � Kh�nifra. Je peux imaginer ma m�re, elle n�avait que seize ans, elle �tait si fragile, avec ses yeux de biche, ses cheveux coiff�s en nattes, et pourtant elle �tait si audacieuse, si forte. Un jour le Colonel m�a parl� d�elle, quand il l�a rencontr�e pour la premi�re fois, elle portait ce tout petit enfant sur la hanche. Il y avait quelque chose qui troublait son regard, comme des larmes. Il la revoyait toujours, cette jeune femme au visage d�enfant, l�allure sauvage et d�cid�e, et le b�b� qu�elle tenait contre elle et qui su�ait son lait. Lui qui �tait si riche, si puissant, qui avait command� aux hommes pendant la guerre, le malheur et la jeunesse de ma m�re le subjuguaient, le rendaient timide et d�risoire. Ce qui l��mouvait, lui, le soldat de l�arm�e am�ricaine, c��tait le secret sombre et �pre dans les yeux de cette femme, un secret semblable au pays des Zayane, les montagnes et les for�ts de rouvres, la lumi�re dure dans ses yeux, la m�chancet� de l�enfance interrompue.</p><p>Elle respire lentement, � c�t� de moi, dans l�alc�ve. Je pense � ce qu�elle m�a fait. Je pense qu�elle errait sur les routes blanches de poussi�re, devant son ombre, et j��tais serr�e contre sa hanche dans les plis de sa robe, je su�ais le lait de sa poitrine. Je pense qu�elle m�a laiss�e dans la maison des Herschel, endormie dans le carton, et Amie m�a prise et m�a pos�e doucement dans le lit blanc qu�elle avait pr�par� � c�t� du sien, dans sa chambre. Je pense aux billets de banque roul�s et li�s par un �lastique, qu�elle avait cach�s dans les pans de sa robe serr�e par une ceinture, entre ses seins. Je pense � la route vide devant elle, personne ne l�attendait, personne ne l�aimait. Le bateau qu�elle a pris pour Marseille, le pont inf�rieur charg� d��migrants, et le voyage � travers ce pays inconnu, o� personne ne parlait sa langue, o� personne ne lui ressemblait. Je pense aux endroits o� elle a v�cu, � Marseille, en Allemagne, � Hambourg, le travail, l�eau qui fait gercer les mains, les ateliers o� on se br�le les yeux. Peut-�tre qu�elle roulait d�j� les billets de banque avec un �lastique et qu�elle les cachait dans sa chambre, dans un carton � chaussures, comme elle fait encore maintenant ? Je pense � ce qu�elle m�a fait, quand elle a os� m�emmener chez ce docteur Haven, et j�ai d� m�allonger sur cette civi�re, et les mains gant�es de cette femme, et son dr�le d�air quand elle posait ses sales questions, quand elle a dit : � �a ne se voit pas. � J�ai un poids sur la poitrine. Je voudrais bien redevenir comme avant, � Nightingale, avec Lassie, et je courais dans la nuit froide, et j�entendais le bruit des insectes. J��tais libre, libre comme la mer, libre comme le vent. Je croyais que rien ne pouvait m�atteindre. Je croyais que je ne grandirais jamais, que je ne serais jamais une femme avec de gros seins qui bougent quand elle marche, et des jambes lourdes, une femme que les hommes regardent, avec toutes ces gaines, ces soutiens-gorge, ces rouges � l�vres et ces faux cils, ces poudres aux joues. Je voulais garder un corps lisse et dur, pouvoir courir, sauter, nager, pouvoir me cacher, dispara�tre. Je voulais avoir toujours un visage comme les enfants, avec un front comme un caillou lisse, des yeux qui n�ont pas de vide, qui n�ont pas l�air de regarder � travers les trous d�un masque.</p><p>C�est bizarre, les yeux. Ils sont comme des fen�tres, quand on voit � travers eux, c�est qu�ils sont vides. Les yeux que j�aime sont lisses et durs, ils sont pareils � des gouttes.</p><p>Je me souviens maintenant, cela me br�le, me fait mal au fond de moi, comme si quelque chose voulait changer, comme si quelqu�un voulait appara�tre. Quand je suis venue vivre ici, � la Loge, avec ma m�re, c��tait le commencement de l�hiver, il y a six mois � peine, et �a fait comme si c��tait il y a six ans. Une nuit, j�ai commenc� � avoir mal au ventre. J�avais si mal que je repliais les jambes et que je mordais ma main pour ne pas g�mir. Je ne voulais pas g�mir, surtout, je ne voulais pas que ma m�re m�entende, qu�elle vienne. Je ne comprenais pas ce qui �tait en train de m�arriver. Quelque chose changeait en moi, et le sang coulait, inondait mes cuisses, tachait les draps. Personne ne m�avait jamais rien dit. Amie ne parlait jamais des choses des femmes, elle disait qu�il y avait des choses que les enfants ne devaient pas savoir, il y avait des mots que les enfants ne devaient pas dire. Malgr� la douleur, je me suis lev�e pour aller aux toilettes. Je voulais me laver, laver mes draps et ma chemise. Ma m�re s�est r�veill�e, elle a vu le sang. J�avais honte. � Va-t�en, je suis malade. � J�avais une petite voix. Ma m�re m�a aid�e � me laver, elle m�a apport� des linges, une chemise propre. J��tais si fatigu�e, si malade, je me suis assise sur mon lit, dans l�alc�ve, les genoux contre le menton. Ma m�re a fait chauffer de l�eau pour le th�, elle a jet� les feuilles de menthe am�re. J�ai bu le th� br�lant, et �a m�a un peu calm�e. � Alors, maintenant, tu sais ce que c�est une femme. � Ma m�re me parlait doucement. Elle me caressait les cheveux, je sentais sa main chaude sur ma nuque. Jamais elle ne m�avait parl� comme cela. Elle me parlait de la lune qui r�gle les femmes, du sang qui coule pour que tout soit neuf dans leur corps, pour que les enfants puissent na�tre et grandir. �a me faisait peur, je m�en souviens maintenant, �a me faisait peur et en m�me temps �a m��merveillait. Il y avait quelque chose d�autre au fond de moi, j��tais devenue quelqu�un d�autre. Je pensais que si j��tais rest�e chez Monsieur et Madame Herschel, rien ne serait arriv�. J��coutais ces histoires de lune et de sang, ces histoires d�enfants qui grandissent dans le ventre. Je ne voulais pas pleurer, pas g�mir, je serrais mon front contre mes genoux. La lune, c��tait celle de Mehdia, quand elle montait si belle dans le ciel de velours, et que les dunes et les �pis de sorgho �tincelaient. La lune n�avait pas besoin du sang des femmes.</p><p>Apr�s, je suis tomb�e malade. Il y a eu cette histoire de billets tout neufs �tal�s sur la table de la cuisine, et le carton o� j��tais pos� sur le carrelage. Je ne pouvais plus supporter tout cela, ni cette chose qui voulait grandir au fond de moi, qui voulait que je change.</p><p>Quand le printemps est arriv�, c��tait vraiment la premi�re fois, parce que j�avais chang�. J��tais quelqu�un d�autre.</p><p>Maintenant, je le sais bien. Je vais m�en aller. Je vais partir sur les routes de poussi�re, comme ma m�re, quand elle avait suivi mon p�re et qu�elle avait quitt� pour toujours le pays Zayane. Moi aussi, je vais marcher devant mon ombre. Maintenant que je le sais, mon c�ur bat tr�s fort, je sens des fourmillements dans les jambes. Comme autrefois. Je vais sortir, et dehors la nuit sera brillante. Il y aura une lune pleine, non pas la lune qui fait saigner les femmes, mais une lune libre et ronde, lisse comme le visage des enfants. Je vais courir contre le vent, je vais aller dans d�autres villes, peut-�tre jusqu�� Paris, jusqu�� Hambourg. Peut-�tre que je vais rencontrer l�homme qui sera mon mari, il me semble que je le vois marcher sur la route, grand et sombre comme mon p�re. Avec lui j�irai jusqu�au bout du monde. Je suis libre, je suis nouvelle. Je suis quelqu�un d�autre. Je ne peux plus attendre.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>J��tais dans la rue. Je ne savais pas o��j�allais. Comme dans un r�ve, j�entendais le bruit de mes pas. J�entendais les moteurs des voitures. C��tait ailleurs, c��tait quelqu�un d�autre qui marchait. C��tait peut-�tre � cause de ce qui avait chang� en moi, ce qui �tait nouveau.</p><p>� huit heures du matin, d�j� les voitures roulaient dans les orni�res des rues et des boulevards. Les gens �taient press�s. Quand ma m�re est partie pour l�atelier Atlas, j�ai voulu lui dire que je n�allais pas revenir, ni ce soir, ni jamais, que je n��tais plus all�e au lyc�e depuis des mois, que je n�irais plus jamais au lyc�e, ni nulle part. Mais je n�ai pas os�. Je n�ai pas peur d�elle, mais on ne sait pas de quoi elle est capable. Elle pourrait m�enfermer � clef, comme elle avait dit une fois, � cause du fils de Madame Truchi. Alors je n�ai rien dit. J�ai mis la clef autour de mon cou, machinalement. Un dr�le de collier. Un jour, Morgane a vu la cordelette autour de mon cou, elle l�a tir�e : � Qu�est-ce que tu as l� ? Une amulette ? � Quand elle l�a vue, �a l�a fait rire : � Ah non, une clef ! Un truc de petite fille sage, une clef autour du cou, pour ne pas se perdre ! �</p><p>Les arbres ont des feuillages serr�s, d�un vert sombre. Les marronniers, les m�riers, les pittosporums. Il y a une odeur de pollen, les abeilles sont ivres, les moucherons dansent dans l�air du matin.</p><p>Il me semble que c�est la premi�re fois que je suis dehors, depuis si longtemps. Il me semble que je suis enfin libre, apr�s l�hiver. Comme si j�avais dormi. La lumi�re allume les choses. Jamais je n�avais vu comme �a les b�ches bleues des camions, les plastiques jaunes, les lignes peintes sur la chauss�e, les grilles des jardins, les vitres. Il y a des �tincelles sur les chromes des autos, sur les poutrelles, sur les plaques de zinc des toits.</p><p>Je marche au hasard. Quand on est parti pour ne pas revenir, le moindre recoin a une importance nouvelle, chaque seconde qui passe, chaque visage. Je marche le long des coques des voitures. J�ai pris ma veste rouge, un pantalon de toile noire, et des sandales chinoises. La seule chose de valeur que j�emm�ne, ce sont des demi-lunes d�or. C�est ma m�re qui me les a donn�es, pour mon anniversaire. Elles appartenaient � sa m�re, et avant elle � sa m�re. Elles sont vraiment Zayane. Elles sont fines, l�g�res comme des copeaux, avec un fil d�or pour passer dans les oreilles. Je les ai mises dans un mouchoir, dans la poche de mon pantalon, pour que ma m�re ne les voie pas.</p><p>Je ne pouvais pas les laisser. Elles sont la seule chose qui soit vraiment � moi, qui m�a �t� donn�e quand je suis n�e, qui est pass�e � travers toute mon histoire. Pas une chose qu�on m�a donn�e ensuite, pas une chose pr�t�e. Une chose qui est venue d�avant moi, comme mon nom.</p><p>Il y a beaucoup de monde dans les rues, d�j�.</p><p>La lumi�re de l��t� m��blouit. Je suis all�e dans les rues qui longent la mer, j�ai regard� les vitrines des magasins : les chaussures, les montres, les sacs, les tapis, les g�teaux. J�ai un peu d�argent. Des billets enroul�s dans la poche de mon pantalon. Moi aussi, je roule les billets ! Quand j�ach�te quelque chose, je sors le rouleau et je tire un billet. Les marchands n�aiment pas trop �a, ils examinent le billet en transparence, ils tirent dessus pour l�aplatir.</p><p>Ce n�est pas l�argent de ma m�re. C�est de l�argent que j�ai gagn� en baby-sitter, pour des gens que m�avait indiqu�s Morgane. Une femme blonde, une parfumeuse, qui s�appelle Ketty, et son fils de douze ans. Il s�appelle Martial. Il est horrible.</p><p>La parfumeuse me traitait comme une bonne. Elle faisait comme si elle ne se souvenait plus de mon nom : � Aria, donne un verre d�eau. Aria, le t�l�phone. � Mais �a m��tait �gal. C�est bien de gagner de l�argent. La parfumeuse habitait pas tr�s loin de Monsieur et Madame Herschel, en haut de la colline, un grand appartement moderne avec vue sur la ville et la mer. Peut-�tre que je lui t�l�phonerai pour savoir si je peux venir travailler. �a m�est �gal qu�elle m�appelle Saba, Aria ou Zora, ou n�importe quoi.</p><p>Je suis all�e au Caf� des Aveugles. Peut-�tre que je n�ai pas vraiment envie de rencontrer Morgane, mais c�est bien de s�asseoir � la terrasse, au soleil. J�ai mon sac Liberty, avec des affaires. C�est Morgane qui m�a donn� le sac. Je lui avais dit mon petit nom, Libbie, celui qu�Amie m�avait trouv�, alors elle m�avait montr� ce qui �tait �crit sur la fermeture � glissi�re, Liberty : � Tu vois, il �tait � toi. �</p><p>Le caf� est bien, il y a tout le temps des gens nouveaux. Le gar�on est gentil, il s�appelle Raoul. C�est un grand type brun, avec une tonsure. Quand j�arrive, il vient tout de suite, il m�apporte un caf� noir. Je n�ai m�me pas besoin de demander. Dans mon sac Liberty, il y a une brosse � dents et du dentifrice (j�aime beaucoup me brosser les dents, je suis maniaque). Il y a aussi une brosse � cheveux et un peigne en plastique bleu, un tube de rouge � l�vres (je n�en mets jamais), du rouge � ongles vermillon (pour aller avec ma veste). Un T-shirt et des slips de rechange. Des lunettes noires. Un paquet de cigarettes am�ricaines (mais je ne fume pas). Un briquet jetable. Un bloc de papier quadrill�, et au fond, en vrac, trois ou quatre Bic. Un livre en portugais que m�a pr�t� Morgane, <emphasis>A Sibila</emphasis>, d�Agustina Bessa Luis. Je voulais prendre un livre � moi, mais le seul que j�aie trouv�, c�est le Guide Bleu du Maroc de 1925. Il appartenait au Colonel, et quand je suis partie je l�ai emmen� avec moi. J�aime bien le dessin sur la couverture, une locomotive et une vieille automobile, et au-dessous, �crit en lettres d�or : <emphasis>Le Chemin de fer et la Route</emphasis>.</p><p>Chaque fois que je me sens un peu perdue, je prends le Guide, je l�ouvre au hasard, et je lis les descriptions des villes, des monuments, les itin�raires. Je regarde les cartes, et c�est comme si je connaissais sans conna�tre, comme si j�y �tais all�e en r�ve, dans une autre vie. Il y a aussi un livre que j�aurais aim� emporter, mais je n�ai pas os�. C�est une �dition ancienne de <emphasis>Sans famille</emphasis>, qui appartenait � Madame Herschel. Je l�aime beaucoup. Je me souviens, elle me l�a donn�, un jour, avant qu�on ne parte de Nightingale, parce qu�elle savait que je l�aimais tant. Je crois que jamais rien ne m�a fait autant plaisir, parce que c��tait son livre, et qu�elle me le donnait avec tout ce qu�il contenait, ces images que j�avais regard�es si souvent, Remi jouant de la harpe, Capi et le g�n�ral Joli-C�ur, Vitalis et Remi marchant dans la neige au milieu de la for�t des loups, et les mots, surtout, la premi�re phrase du livre qui me donnait le frisson : � Je suis un enfant trouv�. �</p><p>C��taient ces mots qui r�sonnaient en moi, parce que je devais apprendre plus tard que j��tais moi aussi une enfant trouv�e, et je frissonnais comme si j�avais devin� dans le livre ma propre histoire, et que Remi �tait mon fr�re.</p><p>J�ai attendu longtemps, au Caf� des Aveugles, mais Morgane n�est pas venue.</p><p>Alors j�ai recommenc� � marcher. � midi, le monde se pressait sur le grand boulevard. Il y avait des lyc�ens. J�ai mis mes lunettes noires pour que personne ne me reconnaisse. Dans une encoignure de porte, un gitan jouait de la guitare et chantait en espagnol pour une toute petite fille qui l��coutait en mangeant une sucette. C��tait bien. Maintenant je n��tais plus anxieuse ni impatiente. J�avais en moi du bonheur. C��tait peut-�tre le gitan et sa guitare, ou parce qu�il y avait un couple d�amoureux qui avan�ait sans voir personne, ou au contraire une vieille femme avec de dr�les de chaussures de tennis qui traversait le boulevard sans se soucier des autos.</p><p>Je pensais que j��tais libre d�aller o� je voulais. Je pouvais partir, ne jamais revenir. C�est une impression vraiment extraordinaire : rien ne peut vous retenir, vous partez et tout �a, cette ville, ces rues, ces gens n�existeront plus. Il y a d�autres villes, Bruxelles, ou Rome, ou Londres, par exemple. Il y a d�autres gens, d�autres yeux, d�autres paroles.</p><p>Je me souviens de mon arriv�e ici, quand Monsieur et Madame Herschel ont quitt� Mehdia, et que le <emphasis>Commandant Qu�r�</emphasis> est entr� dans le port de Marseille. Je ne me souviens pas bien de ce qu�il y avait avant, Tanger, Oran. Je me rappelle seulement la ligne de la c�te, cette bande grise dans l�aube, les cris des mouettes. Amie dormait encore dans la cabine, elle avait �t� malade toute la nuit. Je m��tais r�veill�e sur le pont, les v�tements mouill�s par les embruns. Le Colonel �tait venu me rejoindre. Il �tait p�le, fatigu�. J�ai pens� pour la premi�re fois qu�il �tait vieux.</p><p>Nous avons regard� la c�te grise, l�entr�e du port, les montagnes crayeuses. J�avais la gorge serr�e, parce qu�on arrivait, je savais qu�il allait falloir trouver cette ville, ces gens, faire sa place. En m�me temps, j�avais comme de la fi�vre, mon c�ur battait vite, j�allais peut-�tre trouver un secret, un tr�sor.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Bon, je suis all�e dans le fameux petit jardin adoss� � la mer. J�aimais bien ce jardin. Il n�y a personne en g�n�ral, seulement quelques vieux qui papotent au soleil. Je m�asseyais du c�t� de la haie de tro�nes, � l�abri du vent, l� o� j��tais venue la premi�re fois, avec Green.</p><p>Green habite dans le grand immeuble blanc, de l�autre c�t� du jardin. De l�endroit o� j��tais assise, je pouvais surveiller le balcon de son appartement, les fen�tres du living. Quelquefois Green descend dans le jardin, entre midi et deux, avec sa femme et son fils. Sa femme est grande et belle, avec une longue chevelure blonde et soyeuse qui brille au soleil. Elle a des vestes en fourrure, du renard, du loup, quelque chose comme �a, de moche. J�ai dit un jour � Green : � Comment peut-elle porter des peaux d�animaux ? � Il a hauss� les �paules. Il s�en fiche. Il n�aime pas que je lui parle de sa femme. Quelquefois il vient dans le jardin tout seul, avec un bouquin. Il s�assoit sur un banc, il attend que je vienne lui parler. Sa femme vient le rejoindre, et je dois m�en aller. Son fils s�appelle Mickey. Il est joli, il a beaucoup de cheveux noirs tr�s boucl�s, des yeux qui rient tout le temps.</p><p>Je reste l�, dans l�ombre des tro�nes, je les regarde. Souvent, il ne me voit m�me pas. Mais sa femme me reconna�t. Elle a un dr�le de regard, rapide, m�chant. �a veut dire : � Je t�ai vue. � Je me l�ve, il faut que je m�en aille. Je marche comme si �a m��tait bien �gal, comme si je n�avais pas peur. Mais j�ai les jambes en coton et les oreilles qui bourdonnent. J�ai le c�ur qui bat trop vite, mes pens�es se bousculent. Je pense que je suis une idiote, que je n�ai que ce que je m�rite. Je pense que c�est la derni�re fois que je viens dans le jardin, que je ne reverrai plus jamais cet homme. Et puis, tout de suite apr�s, je pense que je suis libre d�aller o� je veux, de parler � qui je veux. Rien n�a vraiment d�importance. �a me para�t dans le fond incroyable que cette femme soit jalouse, elle qui est si belle, qui a de si beaux cheveux.</p><p>Un jour, Green m�a emmen�e sur sa moto, sur la grande route qui longe la mer. C��tait encore un peu l�hiver, parce qu�il faisait froid, et les vagues roulaient sur les galets. On est rest�s tout l�apr�s-midi sur la plage, � l�abri derri�re les barques �chou�es. Puis on est all�s dans un petit h�tel, juste devant la mer. C��tait bizarre, c��tait la premi�re fois que j�allais dans une chambre d�h�tel avec quelqu�un. �a n�avait pas l�air tout � fait vrai.</p><p>Toute la fin de l�apr�s-midi, on est rest�s assis sur le lit, sans rien faire d�autre que parler. Il y avait le bruit de la mer qui entrait par la fen�tre. Green me parlait de ses voyages, � l�autre bout du monde, en Inde, en Indon�sie. Il voulait �tre un grand reporter, aller dans les pays o� il y a des choses terribles � r�v�ler au monde, la guerre en Alg�rie, l�Indochine, l�esclavage des Indiens en Am�rique du Sud. C��tait �a qu�il voulait faire, et non pas les chiens �cras�s. Il disait que je pourrais partir avec lui, on traverserait le Sahara. � un moment, il m�a regard�e, il a dit : � Saba, tu es belle, je voudrais te peindre en libert�. � Je lui ai dit que �a tombait bien, c��tait ce que voulait dire mon nom, Libbie. Je ne sais pas comment �a s�est fait, il a commenc� � m�embrasser, sur le bras, puis sur la bouche. Peut-�tre qu�il savait ce qu�il faisait. Il avait l�air d�avoir une certaine habitude, pas comme Lucien. C�est bizarre, moi je ne savais pas que �a devait se passer comme �a, je n�y avais jamais pens� en venant avec lui dans cette chambre d�h�tel.</p><p>Vers le soir, il s�est endormi. Il restait �tendu sur le dos, la t�te appuy�e contre moi. Il avait de la barbe qui avait pouss� sur ses joues, il avait l�air fatigu�. Je pensais � sa femme et � son fils qui devaient l�attendre, dans l�immeuble blanc, � c�t� du petit jardin. Je pensais qu�il allait inventer quelque chose pour expliquer son retard. Il parlerait de son travail, ou bien de sa moto qui �tait tomb�e en panne. Sa femme ne le croirait peut-�tre pas. De toute fa�on �a n�avait aucune importance.</p><p>J�avais un go�t bizarre dans la bouche. Je me suis lev�e pour aller prendre une douche et me brosser les dents. Quand je me suis lev�e, il a pouss� un dr�le de cri, il s�est r�veill�, il m�appelait : � Saba ? Saba ? O� es-tu ? � Je ne voulais pas r�pondre, il avait une voix trop aigu�, et puis je suis sortie de la salle de bains, je lui ai dit : � Qu�est-ce que tu as ? � Il s�est habill� � la h�te. Il a dit : � Il faut que je parte. � Je lui ai dit : � Reste encore cinq minutes. Apr�s tu iras o� tu voudras. � Je sentais la solitude. C��tait b�te, je savais exactement ce qui m�arrivait, et pourtant je ne pouvais rien y changer. Je ne voulais rien lui demander. Je ne voulais pas lui parler de sa femme, de son fils. On a fum� des cigarettes. Moi je faisais semblant, je n�avalais pas la fum�e, �a m��c�urait. Il faisait comme s�il ne pensait � rien, mais je voyais bien qu�il attendait le moment de s�en aller. Je me suis habill�e, moi aussi, � la h�te. � Allez, on s�en va, maintenant. � Il essayait de m�embrasser. � Va-t�en, pr�pare-toi, il faut qu�on rentre maintenant. � Finalement on est partis en quelques secondes. On est pass�s devant la r�ception, sans m�me dire au revoir. La Terrot a eu quelques difficult�s � d�marrer, � cause du joint de culasse. Apr�s, on est all�s � toute vitesse sur la route. C��tait la nuit.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Dans cette ville, entre midi et deux heures, les gens mangent. C�est bizarre comme ils mangent. Si on leur disait que midi est � deux heures, ils mangeraient entre deux et trois. Je marche dans les rues vides. Il n�y a personne, les autos sont rang�es le long des trottoirs (et quelquefois sur les trottoirs). Il n�y a que quelques vieilles, quelques pigeons, deux ou trois paum�s qui ont perdu l�heure. Je marche en chantonnant tout ce qui me passe par la t�te, <emphasis>One potato, two potatoes, </emphasis>et la chanson de Gershwin, <emphasis>Wadoo wadoo, Zimbanbaddledoo Zimbanbaddledoo, Bee Bee Bee Bee, Bee Bee Bee, Scatty wy, Scatty wy yeah !</emphasis></p><p>Comme je ne savais plus o� aller, je suis all�e au bord de la mer, sur la plage. Je me suis assise contre le mur de sout�nement, � l�abri du vent, pour essayer de fumer encore une de ces fameuses cigarettes am�ricaines. Je n�aime pas la fum�e des cigarettes quand je suis enferm�e. Ce que j�aime, c�est voir la fum�e tourbillonner dans le vent, au soleil. Comme je n�ai pratiquement rien mang� depuis hier, la cigarette me fait tourner la t�te. Quand je ferme les yeux, il me semble que la terre bascule en arri�re et que l�horizon se redresse comme un mur. C�est une impression �trange, pas vraiment d�sagr�able. J�aime bien penser � la mer comme � un mur, et � tout ce qui se trouve de l�autre c�t�.</p><p>Il y a quand m�me quelques gens qui marchent sur cette plage. Ils sont d�gingand�s, ils tr�buchent sur les cailloux, ils ressemblent � de grands �chassiers. Il y a aussi des p�cheurs immobiles, et des clochards qui dorment. Maintenant le bruit des autos a recommenc�, il emplit de nouveau les rues. Les gens ont fini de manger. Au lyc�e, les enfants sont assis sur leurs chaises, ils �coutent parler les professeurs. Si on y pense, �a aussi c�est une chose bizarre, tous ces gens assis, partout. Assis pour �couter, pour manger, pour �crire, pour conduire les autos. Moi, ce que j�aime, � part marcher, c�est �tre couch�e. Je pense que ma m�re non plus ne devait pas aimer �tre assise. Elle marchait sur les routes de poussi�re, comme mon p�re, elle marchait devant son ombre, ou bien sur les routes, en Allemagne, en Hollande, ou dans les rues de Paris. Quand ma m�re revient de l�atelier Atlas, elle se met dans l�alc�ve, et elle se couche. Quand mon p�re a quitt� ma m�re, l�ann�e de ma naissance, il a d� s�engager comme marin sur un chalutier qui voyageait le long de la c�te d�Afrique, pour p�cher les homards en Mauritanie. Je suis s�re que c�est comme �a qu�il a d�barqu� un jour � Marseille, et qu�il est mort. Peut-�tre qu�il est tomb� du haut d�un de ces immeubles vertigineux qui sont comme des falaises grises au bord des routes. Ou bien il a �t� poignard� sur la Canebi�re, pour une question d�argent, pour un mot, pour rien, et il est mort par terre pendant que les gens faisaient un d�tour.</p><p>C�est pour cela que j�ai voulu m�en aller, je crois, pour savoir qui �tait cet homme. Pour faire comme lui. J�ai dit � ma m�re, sans crier, avec une voix dure, je lui ai dit : � Je ne veux plus qu�il vienne. � Elle m�a regard�e. � Qui ? De qui tu parles ? � Elle savait ce que je voulais dire. J�ai dit : � Gianni. L�Italien. S�il revient ici, c�est moi qui m�en irai. � Elle s�est mise en col�re. Elle a cri�, avec son dr�le d�accent d�Afrique qui d�forme tout : � Si tu continues, je te ferai enfermer. Je te mettrai en maison de correction. �</p><p>Mais le soir, quand je suis revenue, et que j�ai tourn� la clef dans la serrure, j�ai compris que Gianni ne reviendrait pas. Dans l�appartement, il n�y avait plus ses affaires, la petite valise avec son imprim� pied-de-poule, et son poste de radio � transistors et antenne avait disparu aussi. �a m�a fait un dr�le d�effet. C��tait la premi�re fois que ma m�re faisait quelque chose pour moi.</p><p>Quand elle est arriv�e, j�avais pr�par� � manger. J�ai �t� gentille avec elle, je l�ai embrass�e, j�ai vers� de l�eau dans son verre. Je parlais avec elle, gaiement, comme si nous �tions de vieilles amies. Je lui posais des questions, je lui racontais ma journ�e, les copines de classe, les b�tises qu�elles disaient. Je lui ai dit que j�avais trouv� cette personne qui avait besoin de moi pour garder son fils en fin de semaine, une parfumeuse avec un dr�le d�accent, Morgane dit qu�elle est libanaise. Mais je ne lui ai pas parl� de Morgane. Je sais qu�elle ne l�aimerait pas. Elle ne voudrait pas qu�on se voie.</p><p>Ce que je voulais, c��tait lui poser des questions, sur mon p�re. Qu�elle me parle de lui, comment il s�appelait, comment elle l�a connu, comment elle est partie avec lui. Elle avait seize ans, et tout de suite j�ai �t� dans son ventre. Quand je suis n�e, il est parti. Il n�a rien dit, il n�a pas �crit, il n�a pas envoy� d�argent. Puis il est mort.</p><empty-line/><p>Je suis retourn�e dans le petit jardin qui tourne le dos � la mer. Naturellement, Green n�y est pas. Il travaille � son journal, il fait des reportages. Les nuages passent devant le soleil, il fait froid, et je me sens tr�s seule. Je pense que si je mourais, ou si je partais pour la Belgique, il n�y aurait rien de chang� pour les autres. Le Colonel continuerait � remuer ses souvenirs dans la grande chambre de la maison aux acanthes, Amie continuerait sa vie dans la chambre de la clinique, � c�t� de la vieille dame sourde. Ma m�re dormirait dans l�alc�ve, chaque nuit, apr�s son travail aux ateliers Atlas. Elle mettrait toujours la vieille bouilloire caboss�e sur le camping-gaz, pour pr�parer son th� amer. Peut-�tre que Gianni recommencerait � venir, il ram�nerait sa petite valise pied-de-poule et son fameux poste de radio � antenne, pour �couter les ondes du monde entier, le matin, � l�heure du caf�.</p><p>Rien ne bougerait, rien ne changerait. M�me Semmana continuerait sa vie dans le petit appartement obscur du premier, sans jamais voir le soleil, douce et r�sign�e comme une tourterelle en cage. Peut-�tre qu�elle serait la seule qui penserait � moi quand je n�y serais plus. Je me souviens comme elle me parlait, rien qu�avec son regard, quand j��tais malade. J�ai tr�s envie de la voir, de monter l�escalier et de frapper � sa porte, pour voir son visage encore une fois.</p><p>Mais je ne suis plus seule tout � coup. � c�t� de moi, sur le banc, il y a un homme d�un certain �ge, avec des cheveux gris. Il n�a pas la peau tr�s nette, plut�t frip�e comme du vieux papier, et ses habits sont chiffonn�s aussi. Il a pos� son journal sur le banc, � c�t� de moi. J�ai vu les titres : <emphasis>Mitsouko, la belle Eurasienne </emphasis>et<emphasis>L�Homme a vaincu l�espace ! </emphasis>Je veux penser � autre chose. J�essaie d��crire une lettre. Dans mon sac Liberty j�ai pris le cahier de litt�rature de Mademoiselle Risso, et j�ai arrach� une double feuille. � qui vais-je �crire ? Au d�but, j�ai cru que j�allais �crire � Morgane, et puis au bout d�un instant, c��tait plut�t � Green. J�ai m�me mis, quelque part : � voyez-vous, cher Monsieur� � Maintenant, je ne sais plus. D�ailleurs, j�ai bien trop froid pour �crire. �a doit �tre parce que je n�ai rien pris depuis hier, juste un caf� noir ce matin. Et puis, il devient difficile de se concentrer avec cet �trange bonhomme � c�t� de moi, qui s�agite et toussote sans arr�t.</p><p>Il a pouss� son journal, et maintenant il est assis tout pr�s, je sens sa jambe qui touche la mienne, et son odeur, pas tr�s nette non plus. Je le regarde avec �tonnement, et lui penche un peu sa figure vers moi, il a de dr�les d�yeux vides et tristes comme ceux d�un chien. Il dit quelque chose, j�ai du mal � comprendre. Je dis : � Quoi ? Qu�est-ce que vous dites ? �</p><p>J�entends sa voix qui dit assez bas, avec un ton de blague qui ne va pas avec ses yeux :</p><p>� On pourrait faire un ballet, un petit ballet � quatre yeux. � Il prononce : � Quatre-z-yeux. �</p><p>Bon, je hausse les �paules et je m�en vais sans rien dire. J�entends sa voix qui crie des noms, une voix aigre, d�sagr�able, m�chante :</p><p>� Mireille ! Carmen ! Pamela ! �</p><p>Il devait vraiment se demander de quel pays j��tais !</p><p>J�ai achet� un journal au kiosque, je suis entr�e dans un bar du bord de mer, pour me r�chauffer. C�est calme et luxueux, comme le restaurant o� j��tais all�e avec Green. Il y a des banquettes en moleskine grenat, des tables en marbre. Il y a une musique de somnambules. Ce n�est pas mal.</p><p>J�ai achet� le journal pour les annonces de boulots. Tr�s vite je vois qu�il n�y a rien pour moi. Rien que des dactylos et des secr�taires bilingues. Je suis bilingue, mais sans illusions. Il y a aussi les annonces bidon, belle j.f. pour d�fil�s mode, plastique impec., ou peintre r�put� cherche mod�le f. pour poser nue.</p><p>Peut-�tre que je pourrais retourner travailler � garder Martial, le fils de la parfumeuse. Il n�est pas tr�s m�chant. Il est petit et maigre, avec une tignasse rousse emm�l�e et des taches de rousseur sur la figure et sur tout le corps. Il a un nez mince et effil�. Il a de beaux yeux jaunes, cern�s. Je crois que c�est parce qu�il se masturbe tout le temps. Sous son lit, il a une collection de revues porno, m�me des am�ricaines et des allemandes. Il m�a dit qu�il a commenc� l�allemand en sixi�me. C�est une belle langue, il me lisait en d�clamant ce qui �tait �crit � c�t� des photos porno. �a, c��tait quand m�me dr�le, et on terminait par des fous rires.</p><p>Quand sa m�re arrivait, il entendait le bruit de la voiture dans la rue, et il cachait toutes les revues sous son lit. � Pourquoi tu ne lis pas autre chose ? � Je lui ai pos� la question.</p><p>Quelquefois, il �tait vraiment horrible. Apr�s le d�ner, quand sa m�re �tait sortie pour aller au cin�ma avec son petit ami, Martial mettait les doigts dans sa bouche pour vomir tout ce qu�il avait mang�. Je ne sais pas pourquoi il faisait cela. Apr�s, il �tait tout p�le et malade, il s�allongeait sur le divan et il geignait. Il ne voulait pas parler. Il m�a dit qu�il avait appris � se faire vomir quand il �tait tout petit, son p�re habitait encore avec sa m�re.</p><p>La parfumeuse ne parlait jamais de cela. Pourtant elle le savait s�rement. Martial m�a dit qu�il l�avait fait devant elle. Peut-�tre qu�il voulait seulement qu�on s�occupe un peu de lui. Peut-�tre qu�il voulait avoir l�air horrible. Apr�s, il �tait p�le comme un mort, avec un dr�le de regard terne et brouill�. Je crois que je n�aurai pas le courage de retourner l�-bas.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Morgane habite un grand appartement, dans un immeuble moderne d�o� on voit la mer partout devant soi, comme si on �tait au sommet d�une falaise. C�est la premi�re fois que je viens chez elle. Jusqu�� pr�sent, on se voyait au Caf� des Aveugles, ou bien dans la rue. Je me demandais comment �a se faisait qu�on se rencontre si souvent au hasard, dans les rues de la vieille ville. Je sortais de la Loge, je prenais la rue Rossetti, j�allais jusqu�� la fontaine o� se r�unissent les clochards, puis � gauche jusqu�� la petite place que j�aime bien, o� il y a cette fontaine qui fait sa musique, et Morgane �tait l�, assise sur le rebord de pierre, en train de fumer une cigarette comme si elle n�attendait personne.</p><p>J��tais si fatigu�e, je ne savais plus o� aller. J�ai t�l�phon� � Morgane. J�avais son num�ro, elle l�avait �crit sur la premi�re page d�un livre qu�elle m�avait pr�t�, elle disait qu�elle n�avait jamais lu un livre aussi beau, <emphasis>A Sibila</emphasis> d�Agustina Bessa Luis. Au t�l�phone, elle avait une dr�le de voix un peu �touff�e, un peu filtr�e, elle a dit : � Viens tout de suite, ma ch�rie, ou plut�t, non, reste o� tu es, je viens te chercher. � Je l�ai attendue pr�s de la cabine t�l�phonique, le long du mur qui borde le petit jardin de Green. Les autos roulaient devant moi, �a faisait un bruit de rivi�re en crue, un bruit de mer en temp�te. Je fermais les yeux. Il y avait des autos qui ralentissaient, ils devaient croire que j��tais une prostitu�e, ils m�appelaient, ils disaient des noms : � Mireille ! Carmen ! � ou bien : � Fatima ! � Ou peut-�tre comme l�autre type � cheveux gris : � Un petit ballet � quatre-z-yeux ! �</p><p>Je ne sais pas pourquoi, je croyais que Green allait arriver, avec sa moto, au bon moment. Il passerait justement par l�, il soul�verait son casque, il sourirait, comme lorsqu�il venait m�attendre � la sortie du lyc�e.</p><p>Morgane est arriv�e dans son taxi. Elle ne veut pas conduire, elle dit qu�il faut passer un examen, elle ne veut plus d�examens. Elle va � pied, ou en taxi. Je suis mont�e dans le taxi, elle m�a embrass�e. � Mais qu�est-ce qui t�arrive, ma Libbie ? Dans quel �tat tu es, je parie que tu n�as rien mang� depuis des jours, tu es pr�te � tomber. Tu aurais d�, il fallait m�appeler, venir, tu sais bien que je ne sors presque pas, il y a tout le temps quelqu�un, Sacha, ou Mina, il fallait venir tout de suite, pas errer dans les rues, tu ne te rends pas compte. �</p><p>Elle parle vite et beaucoup, et moi j�ai la t�te renvers�e en arri�re sur le dossier, j�ai l�impression que je suis en train de tomber. C�est vrai, je me rends compte maintenant que j��tais sur le point de m��crouler, encore quelques minutes, quelques pas dans la rue et je serais tomb�e par terre.</p><p>� Je ne voulais pas� Je croyais� � Je bafouille.</p><p>� Tu ne voulais pas quoi, me d�ranger ? Tu ne te rends pas compte, arr�te ton cin�ma, je t�en prie, tes foutues politesses. Me d�ranger, toi ! �</p><p>Elle m�a install�e dans une petite chambre rose, � l�arri�re, sur la cour. � L� tu seras tranquille. C�est mon bureau, si tu vois ce que je veux dire. Le matelas par terre est bon, moi je dormirai dans le living. Sacha habite l�autre moiti�, tu le verras si �a te chante. Tu ne g�neras personne. Et personne ne te g�nera. �</p><p>Elle est sortie faire des courses. Je me suis allong�e sur le matelas, et j�ai dormi.</p><empty-line/><p>Quand je me suis r�veill�e, il �tait tard. J�ai march� pieds nus jusqu�aux toilettes. Morgane �tait dans le living, comme si elle m�attendait. Par la grande baie vitr�e, j�ai vu le soleil en train de se coucher. La mer �tait d�j� toute grise, laide. Mais le ciel �tait d�un jaune magnifique.</p><p>Morgane m�a fait asseoir. Il n�y avait pas de si�ges dans la grande pi�ce, seulement des coussins partout, de toutes les couleurs. Morgane a allum� un b�ton d�encens.</p><p>� Tu as faim ? J�ai pr�par� des p�tes fra�ches. �</p><p>Un jour, on avait mang� ensemble, dans un petit bistro italien, j�avais go�t� � toutes les p�tes. Il y avait un plat dont le nom m�avait fait rire, �a s�appelait <emphasis>mierda de can.</emphasis></p><p>J�aimais bien �tre ici. On �tait suspendu, entre ciel et mer, on n��tait nulle part. Il y avait une musique un peu monotone qui venait d�un haut-parleur cach�, comme chez le dentiste. C��tait doux et triste, �a montait et �a descendait avec un bruissement de tambours. C��tait turc, ou persan, je ne sais plus.</p><p>Apr�s, on a mang� les p�tes dans des bols. Sacha, le mari de Morgane, est venu. Je ne l�avais jamais vu. J�ai �t� un peu �tonn�e, parce qu�il �tait vieux, l�air malade. Il soufflait fort. Il avait un front tr�s haut, d�garni, qui brillait. Il avait d� �tre grand et fort, et maintenant il �tait lourd, maladroit, vo�t�. Mais il avait des yeux bleu acier tr�s froids. Il posait son regard sur vous, et �a faisait une impression de distance, de m�chancet� indiff�rente. J�ai pens� tout de suite qu�il ha�ssait Morgane, qu�il me ha�ssait aussi.</p><p>Il n�a pas voulu manger. Il m�a regard�e, et il a dit � Morgane :</p><p>� Alors, c�est elle ? Elle est tr�s jolie. �</p><p>Je me souviens que j�ai rougi, je ne sais pas pourquoi. Comme si j��tais quelque chose que Morgane avait trouv� dans la rue, ou dans un bar, au hasard.</p><p>Morgane l�a rembarr� : � �coute, tu ne vas pas commencer, laisse-la tranquille. � Mais lui continuait � me regarder avec ses yeux m�chants, il r�p�tait :</p><p>� Elle est tr�s jolie, tr�s jolie� �</p><p>Apr�s tout, il �tait peintre. Il ne faisait pas de portraits, seulement des sortes de taches g�om�triques dans des couleurs plus froides que ses yeux, gris, bleu, vert, blanc.</p><p>On a mang� des p�tes, et Sacha buvait du whisky dans un grand verre o� il ajoutait de temps en temps un peu d�eau Perrier. Apr�s, il est all� se coucher. Avec Morgane, on est rest�es seules dans le living, � parler et parler. Je n�avais jamais parl� comme �a. M�me avec Green, quand on �tait dans l�h�tel, et qu�on avait parl� sur le lit, �a n��tait pas comme �a.</p><p>Avec Morgane, on glissait doucement, on allait de tous les c�t�s. On fumait, on �coutait de la musique. Elle a mis un disque de Mozart, puis un de Debussy, un de Beethoven, et <emphasis>Carmina Burana. </emphasis>Je buvais du whisky, c��tait amer, �a faisait tourner la t�te. De temps en temps, Morgane se levait, elle allait jusqu�� la grande vitre, elle regardait la nuit. Elle m�a prise par la main, elle m�a fait voir la nuit, la mer disparue, le vide, les �toiles des r�verb�res et les feux des autos sur des routes obliques. J�ai voulu ouvrir la fen�tre, mais la baie �tait verrouill�e. Morgane a dit : � C�est � cause de Sacha. Quelquefois, la nuit, il se l�ve, il veut passer par la fen�tre. � Elle aussi, elle avait peur du vide. Elle s�approchait de la glace avec pr�caution, elle la touchait du bout des doigts avant de regarder.</p><p>C��tait si bien. Je ne pensais plus � ma m�re, ni � Monsieur Herschel, ni � Amie, ou si je pensais � eux, c��tait comme je voulais faire, comme j�ai dit. Partir, dix, quinze ans, et quand je reviens, tout a chang�, tout le monde m�a oubli�e.</p><p>Ensuite, j�ai eu froid, je crois. Il y avait comme une brume dans la grande pi�ce. C��tait peut-�tre � cause de la fum�e des cigarettes. J��tais si fatigu�e. Pendant que Morgane parlait, je me suis endormie. Les lumi�res �taient toutes grises. J��tais allong�e sur les coussins, la t�te appuy�e contre mon bras, et Morgane �tait � c�t� de moi. Elle ne parlait plus � ce moment-l�, je m�en souviens, et le dernier disque s��tait arr�t�. Il n�y avait que le bruit de la mer, comme une respiration, le bruit des pneus des voitures.</p><p>Il pleuvait. Morgane s�est pench�e sur moi, je sentais son souffle sur mon visage. Sa main d�faisait les boutons de ma chemise, je sentais ses doigts sur ma peau, curieusement ils �taient durs, noueux, on aurait dit des bouts de bois. C��tait curieux, cette main qui touchait ma poitrine, le souffle chaud sur mon visage, mais je ne pouvais pas voir ses yeux, ni sa bouche, je voyais seulement son ombre, ses cheveux qui faisaient deux grandes ailes rouges de chaque c�t� de sa t�te. Il y a eu un moment o� je trouvais �a bien, puis il y a eu un moment o� je n�ai plus support�. Je me suis mise debout, j�ai rattach� maladroitement les boutons de ma chemise. J�ai dit : � Il faut que je parte d�ici. � Morgane a dit : � Non, �coute, il est tard, il pleut, tu ne peux pas t�en aller, reste. � Elle avait une voix enrou�e. J�ai dit : � Non, il faut que je parte tout de suite. � Je cherchais autour de moi mes affaires, mon sac Liberty. Je ne savais plus o� j��tais. Morgane a dit : � �coute, reste dormir, tu partiras demain. Il est trop tard, o� est-ce que tu vas aller maintenant ? � J��tais si fatigu�e, je ne savais m�me plus o� j�avais mis mon sac de plage. Je suis all�e laver mon visage � l�eau tr�s chaude, puis je me suis couch�e dans la petite chambre, sur le matelas � m�me le sol. Morgane a dit : � Je vais dormir sur les coussins dans le living, si tu as besoin de quelque chose. � Elle n�a pas ferm� tout � fait la porte, et dans le noir, j�ai surveill� le rai de lumi�re tant que j�ai pu garder les yeux ouverts.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Je suis all�e au Caf� des Noctambules. Je ne veux plus retourner au Caf� des Aveugles, je n�irai plus jamais. C�est curieux, j�ai l�impression qu�il s�est pass� des mois et des ann�es, que j�ai vieilli et que tout a chang�, que plus rien n�est comme avant, comme je voulais faire, comme j�ai dit. J�ai l�impression que je suis plus pr�s de quelque chose, mais je ne sais pas de quoi. Peut-�tre que je ne vois plus comme avant. Ou alors, peut-�tre que je suis tr�s fatigu�e, comme apr�s un long voyage.</p><p>J�ai voulu �crire encore une lettre. J�ai pris le fameux cahier de litt�rature, l� o� Mademoiselle Risso voulait qu�on �crive nos � cristaux � � elle raconte toujours la m�me histoire, les mines de sel de Salzbourg, les rameaux qui s��taient chang�s en cristaux, et Stendhal. Il n�y en avait qu�un, je l�avais recopi� dans un livre du Colonel, �a disait : � <emphasis>Le temps est un enfant qui joue au trictrac </emphasis>(H�raclite). � J�ai arrach� encore une double feuille, au centre. J�ai commenc� � �crire :</p><p>� Cher Monsieur. �</p><p>Mais j�avais beau regarder la page, je n�arrivais pas � commencer ma lettre. J�ai pens� que peut-�tre je n�avais rien � dire, rien qui me donne envie de le dire, � lui, ni � personne, surtout pas � lui.</p><p>Apr�s cet apr�s-midi dans l�h�tel, avec Green, je ne m��tais pas sentie diff�rente. C��tait comme s�il ne s��tait rien pass�. Pourtant, si j�avais �t� voir le docteur Haven, elle n�aurait pas pu dire en ricanant comme l�autre fois : � �a ne se voit pas. � Apr�s, je n�avais plus �t� vierge, et il y avait eu un peu cette souffrance et ce sang qui avait tach� le drap, quand j�avais �t� ouverte, et normalement j�aurais d� �tre quelqu�un d�autre. J�aurais d� me sentir une femme, avec un corps et des seins de femme, des pens�es nouvelles. Mais je n�y avais m�me pas pens�. Simplement, quand j��tais retourn�e � la Loge, j�avais senti une grande solitude. Ma m�re ne savait pas. Elle avait d�n� tr�s t�t et elle s��tait couch�e dans l�alc�ve. Quand j��tais rentr�e, elle n�avait rien dit.</p><p>Je pensais que j��tais comme elle, maintenant, je pouvais avoir moi aussi un enfant cach� dans mon ventre, et partir pour un autre monde. Ou bien traverser la mer, jusqu�� Mehdia, aller dans les dunes, jusqu�� Nightingale, au milieu des champs de sorgho et de haricots.</p><p>Apr�s, Green n��tait pas revenu, ni le lendemain, ni le jour suivant. Je suis all�e dans le petit jardin qui tourne le dos � la mer, et l� je l�ai vu. Il �tait avec sa femme et son petit gar�on Mickey. Il y avait aussi son chien Tobie. Quelquefois je ne me souvenais plus si c��tait le chien qui s�appelait Mickey et le gar�on Tobie. Green riait, il jouait avec le petit gar�on, il ne voyait rien d�autre. Sa femme avait de belles lunettes de soleil cin�ma, de beaux cheveux blonds. J��tais � moiti� cach�e derri�re une charmeraie, je les regardais qui riaient et s�amusaient. Le petit gar�on �tait assis par terre dans l�all�e, il jouait � lancer en l�air une petite auto. C�est pour cela que j�avais �crit sur le cahier de litt�rature la phrase d�H�raclite. C��tait il y a deux mille cinq cent ans, c��tait maintenant.</p><p>Puis un jour, j�avais t�l�phon� chez lui, comme �a, sans r�fl�chir. Il m�a dit, tr�s vite, comme si je le d�rangeais : � Rappelle demain matin, � neuf heures. � J�ai rappel� n�importe quand, surtout pas � neuf heures. � All� ? All� ? � C�est dr�le, une voix qui dit all� ? dans le vide. C��tait la voix de sa femme. Elle avait une voix d�sagr�able, un peu trop aigu�.</p><p>Apr�s, je ne suis plus retourn�e au lyc�e, parce que je ne voulais plus voir les visages des autres, ni les professeurs. Je ne sais pas s�il est all� m�attendre, avec sa moto. Peut-�tre qu�il a parl� � quelqu�un d�autre. Peut-�tre qu�il a recommenc� avec Marie-Louise. Mais moi je vois bien que je ne pourrai plus �crire une lettre.</p><empty-line/><p>� midi, je suis entr�e dans la vieille ville. D�j� j�avais un peu oubli�. Je ne faisais pas semblant. Vous �tes ailleurs quelques jours, une nuit, rien du tout, et voil�, les choses ne sont plus pareilles, il y a une tache, un volet, une moto accroch�e � un arceau, un vieux assis dans l�encoignure d�une porte.</p><p>Il y avait du soleil. D�j� l��t�. Les cris stridents des martinets, les bruits de voix dans les cuisines, les tintements de la vaisselle. Les cris des enfants dans les cours des immeubles. J�ai suivi le m�me chemin, sans m�en rendre compte, rue de la Poissonnerie, rue Place-Vieille, la fontaine, rue Centrale, l�autre fontaine que je n�aime pas, avec toujours plus ou moins de m�gots dans le bassin. Rue Droite, rue de la Loge. Je suis mont�e jusqu�au couvent. J�aurais bien voulu voir le vieux cur�, l�abb� Giaume avec sa soutane us�e. Quand il sortait dans la rue, il y avait toujours des grappes d�enfants qui le suivaient, qui couraient autour de lui, qui le tiraient par les pans de sa soutane. Il riait. Il avait toujours des bonbons dans les poches, il les lan�ait aux enfants. Il y en avait un qu�il aimait particuli�rement, un gar�on trop gros, les autres l�appelaient Gros-Tas. Son vrai nom c��tait B�chir. Je crois qu�il �tait un peu simplet, comme l�abb� Giaume.</p><p>Je suis redescendue jusqu�� la maison. Les fen�tres du sixi�me �taient comme toujours, avec le grillage et les persiennes ferm�es. Plus loin, j�ai vu le B�b� Peugeot de Lucien, accroch� au poteau d�interdiction de stationner. C��tait toujours le m�me antivol bleu � chiffres, qui s�ouvrait quand on faisait 3771. Il ne m�a jamais expliqu� pourquoi il avait choisi ces chiffres-l�.</p><p>J�ai mont� l�escalier d�ardoise. Au d�but, je ne savais pas trop ce que j�allais faire. Quand je suis arriv�e sur le palier du premier, j�ai eu envie de voir Semmana. Je l�entendais � travers la porte, elle chantonnait en faisant la cuisine. Il y avait une bonne odeur de pommes de terre et de viande, une odeur de douez. Semmana n�a pas son �gale pour pr�parer le douez. M�me ma m�re ne sait pas le faire aussi bien. �a me donnait le vertige, parce que je n�avais rien mang� depuis la veille, depuis les p�tes fra�ches � la tomate de Morgane. Je suis rest�e appuy�e au chambranle de la porte, � �couter les bruits de Semmana, sa voix qui chantonnait, � respirer l�odeur qui me faisait d�faillir. Et puis, je ne sais pas si elle m�a entendue, ou si elle a devin� que j��tais derri�re la porte, elle est venue ouvrir. Elle m�a regard�e. Elle avait un foulard blanc nou� autour des cheveux, parce qu�elle venait de les teindre au henn�. Il y avait encore des gouttes rouges qui coulaient sur ses tempes. Elle a dit simplement : � Entre. �</p><p>Je suis entr�e dans la petite pi�ce sombre o� elle faisait la cuisine. Il y avait juste la place pour une chaise. Semmana m�a fait asseoir, et elle est retourn�e devant le fourneau.</p><p>� Il doit rentrer ? �</p><p>Elle a compris ce que je voulais dire.</p><p>� Non, pas maintenant. Tout � l�heure. Ce soir, il va rentrer. �</p><p>Elle savait que je n�aimais pas son mari. C��tait un homme brutal, un ivrogne. Ma m�re disait qu�il la battait tous les soirs.</p><p>� �a sent bon. C�est pour lui ? �</p><p>Semmana a ri.</p><p>� Pour lui, oui, pour moi, pour toi. C�est pour toi. Tu as faim ? �</p><p>Elle parlait avec son dr�le d�accent kabyle, elle confondait les consonnes, elle m�langeait des mots dans sa langue. Elle avait un si beau visage, avec des pommettes tr�s hautes, une bouche souriante, l�arc parfait de ses sourcils, et ce nez l�g�rement aquilin, fin, rac�. Elle avait des yeux couleur d�ambre, couleur de cuivre vert. J�aurais aim� �tre comme elle, j�aurais aim� qu�elle soit ma m�re. Moi, j��tais comme un fruit sec et br�l�. J�aimais la couleur de sa peau, douce, dor�e comme le miel. Je lui ai dit, quel dommage qu�elle ne soit pas ma m�re. Elle n�a pas eu l�air �tonn�e. Au contraire, elle m�a regard�e avec cet air de gentillesse un peu moqueuse que j�aimais bien, et elle a dit : � �a va, �a va, ma fille. � Elle a dit cela, <emphasis>benti, </emphasis>ma fille. C��tait bien.</p><p>On a commenc� � manger, dans la m�me pi�ce. Elle a mis une caisse debout devant la petite table, en guise de chaise pour elle. J�avais l�impression que �a faisait des mois que je n�avais pas mang�. En mangeant, on parlait de choses et d�autres, comme si c��tait un jour ordinaire, comme s�il ne s��tait rien pass�. Semmana hochait la t�te de temps en temps, elle disait : � �a va, ma fille, �a va. � C��tait bien. C��tait paisible. J�avais l�impression que �a faisait des ann�es que je n�avais pas connu cette tranquillit�. J�aurais aim� tout oublier, et qu�il ne reste personne d�autre qu�elle et moi, dans ce petit appartement gris sans fen�tre sur le jour, avec les bruits qui r�sonnaient dans la cour �troite, les radios, les voix des enfants, des femmes. On n�a pas parl� de moi, ni de ma m�re. Seulement, � un moment, je lui ai dit, j�avais la gorge serr�e parce que le temps passait, que son mari allait revenir et que je devais m�en aller. Je lui ai dit : � Tu sais, Semmana, je ne voudrais pas aller dans une maison de correction. �</p><p>Je croyais qu�elle ne comprendrait pas. Mais elle s�est pench�e vers moi, elle m�a embrass�e sur le front, elle m�a dit : � Tu es ma fille, � moi aussi. � Elle n�a pas dit �a comme �a, elle l�a dit en arabe, et c��tait bien plus doux et plus fort, comme un serment. J�ai senti mes yeux se remplir de larmes. J�ai compris tout d�un coup pourquoi j��tais revenue jusqu�� la Loge, pourquoi j�avais mont� l�escalier �troit jusqu�� sa porte. J�ai compris que c��tait elle, elle �tait au centre de cette ville, son c�ur et son �me, tout �tait en elle, ici dans ce petit appartement sans lumi�re, c��tait elle la reine de ce monde. Sans elle, peut-�tre que rien ne resterait. Sans elle, les pauvres abandonneraient leurs maisons, laisseraient les enfants au coin des rues. Sans elle, il ne pourrait pas y avoir de paix ni de douceur, seulement la pauvret� et l�envie qui rongent, les crimes de sang, les filles qu�on emm�ne en voiture pour les vendre, les hommes ivres dans les cantines, les clodos, les �th�romanes dans les escaliers, avec leurs flacons et leurs tampons.</p><p>Je me suis lev�e, j�ai mis mon assiette dans l��vier. Je n�avais que quelques pas � faire pour aller jusqu�� la porte. J�ai embrass� Semmana, encore, j�ai pris de la lumi�re de ses yeux. Puis je suis mont�e en haut de l�immeuble, jusqu�au sixi�me, j�ai pris la clef que j�avais toujours autour du cou, je l�ai tourn�e lentement dans la serrure.</p><p>L�appartement �tait exactement comme je l�avais laiss�, �aurait pu �tre il y a quelques heures � peine, avec les persiennes tir�es, l�alc�ve avec le divan et ses coussins, la table de formica et les deux chaises devant la fen�tre. J�ai march� � travers la pi�ce, jusqu�� la commode avec le r�veil-matin, les deux serre-livres en coquillages, et la bo�te � g�teaux dans laquelle il y a tous les papiers, dans laquelle ma m�re avait rang� l�avis de d�c�s de mon p�re. J�ai eu envie de laisser un mot quelque part, mais � quoi bon ? Elle ne sait pas lire, et de toute fa�on �a aurait fait un peu cin�ma.</p><p>Je me suis allong�e sur le divan, dans l�alc�ve. L�apr�s-midi, c��tait bien pour dormir ou pour r�ver. On garde les yeux ouverts et on voit le reflet de la fen�tre sur le plafond. Quand il y a du soleil dans la rue, on voit marcher les gens � l�envers. Quelquefois une auto, ou une benne, un cyclomoteur. Il n�y a pas beaucoup de bruit, seulement des bruits lointains, assourdis, comme dans des tuyaux.</p><p>J��tais tr�s fatigu�e. J�avais envie de dormir. Un peu avant le soir, je suis repartie. J�ai laiss� mon sac de plage Liberty � c�t� de la table. Finalement c��tait mieux que d��crire un mot.</p><p>Avec l�argent qui me restait, j�ai pris un taxi jusqu�� la clinique o� �tait Amie. C�est vraiment une belle clinique, au milieu d�un jardin. Il y a un bassin o� nagent des poissons rouges un peu d�color�s. On voit toute la ville, couverte d�une brume laiteuse, les collines sombres qui ressemblent � des �les. Il y a un grand bruit qui monte de tout �a, qui fait peur, un bruit qui ressemble � des voix parlant toutes ensemble. J��tais assise sur un banc de pierre, devant le mur de la clinique, avec Amie qui �tait quelque part dans une salle. Je pensais � Mehdia, � l�embouchure du grand fleuve. Je pensais aux champs de sorgho, et � Nightingale, la maison devant la for�t de ch�nes-li�ges. Je pensais � cela comme si �a n�existait pas vraiment, comme si je l�avais lu dans le fameux <emphasis>Guide du Chemin de fer et de la Route. </emphasis>Comme si quelqu�un me l�avait racont�.</p><p>Un jour, ma m�re m�a parl� des Zayane. Elle m�a parl� du grand Moha ou Hammou, qui �tait venu pour reconqu�rir les terres de Kh�nifra, avec toutes les tribus des montagnes. Elle m�a racont� la grande ville qu�il avait faite, avec les palais, les musiciens et les danseurs, les gens qui venaient travailler de toutes les parties du monde. Quand elle racontait cela, c��tait comme une histoire de djinns et de mages. Alors tous les guerriers de la montagne s��taient r�unis, les A�t Affi, les A�t Abdi, les A�t Ziddouh, les A�t Raho. Ils avaient entour� le Siyed, le Zayane. Les Fran�ais avaient d� s�enfuir au loin, vers la c�te. Elle racontait cela comme une l�gende, la grande ville berb�re, o� on ne parlait plus l�arabe ni le fran�ais, la ville o� les brigands devenaient des saints. Elle disait cela, elle disait le nom du grand Moha ou Hammou, parce que c��tait le nom br�lant d�o� nous �tions n�es.</p><p>� Pourquoi ne sommes-nous plus l�-bas, dans cette ville ? � J�avais le c�ur qui battait plus fort, je m�en souviens, parce que je croyais que je connaissais enfin le secret de ma naissance. Ma m�re n�a pas r�pondu. Elle a dit seulement : � Maintenant, nous n�avons plus de terre, nous devons errer sur les routes, Dieu l�a voulu. �</p><p>Elle et mon p�re �taient partis de cette ville, comme tous les Zayane, comme tous les vaincus. Les soldats �trangers �taient revenus, ils avaient conquis la grande ville fortifi�e, les routes, les ponts, les champs de bl� et les for�ts de ch�nes-li�ges, ils avaient pris les fleuves jusqu�� leurs sources. Comme des guerriers aveugles les Zayane erraient sur les routes.</p><empty-line/><p>Plus tard, je suis entr�e dans la chambre o� �tait Amie. Elle �tait toujours � la m�me place, comme si elle n�avait pas v�cu. Seulement, elle �tait plus p�le, elle tenait les yeux ferm�s. J�ai cru qu�elle dormait. Je me suis assise � c�t� d�elle, sur la chaise chrom�e, je l�ai regard�e. � un moment, dans son souffle elle a dit quelque chose. Ses l�vres ont boug�, mais je n�ai pas compris ce qu�elle murmurait. Ses paupi�res se sont soulev�es, et j�ai vu la goutte de vie accroch�e dans ses yeux. J�ai pris sa main, si l�g�re, si maigre, je l�ai serr�e longuement, pour faire passer un peu de chaleur. Peut-�tre qu�elle ne m�a pas reconnue. Peut-�tre qu�elle a cru que c��tait son mari.</p><p>J�avais envie de lui parler, qu�elle m�entende, qu�elle se souvienne. Je croyais que si elle se souvenait, elle pourrait revenir dans notre monde. Je lui ai dit : � Nightingale� Nightingale. � J�ai dit aussi : � La maison� Les champs, les vignes, la for�t� Tu te souviens ? La cabane, au bout du jardin� Je m��tais cach�e, tu criais mon nom : Libbie ! Libbie !� Ta voix r�sonnait loin dans les champs, �a faisait fuir les oiseaux, et Hassan, le fils du contrema�tre, criait lui aussi, en imitant ta voix aigu�. Tu te souviens ? � Je parlais doucement, j�avais une voix monotone, comme si je r�citais un texte par c�ur.</p><p>Dehors, la lumi�re d�clinait. Il n�y avait personne d�autre dans la chambre. Le lit qui avait �t� occup� par la vieille dame sourde �tait vide, les draps tendus jusqu�en haut. C��tait d�j� comme si elle n�avait pas exist�. On l�avait emmen�e, elle �tait morte. Elle avait cess� de respirer dans la nuit, ou au petit matin. C�est dr�le, les gens qui s�en vont. Vous d�tournez les yeux, juste un instant, et quand vous regardez � nouveau, il n�y a plus personne.</p><p>Pour cela, je tenais la main d�Amie serr�e bien fort dans ma main, je guettais la goutte de vie dans ses yeux. Elle �tait d�j� si loin, si fragile. Elle �tait pareille � la flamme d�une bougie.</p><p>� Tu te souviens, quand avec Lassie on avait trouv� le b�b� li�vre, dans les dunes ? Il s��tait cach� derri�re une touffe de chardons, comme si on n�allait pas le voir, tout petit, avec ses oreilles rabattues en arri�re, ses gros yeux qui brillaient. C�est Lassie qui l�avait trouv�. Elle s��tait arr�t�e devant lui, elle tendait son museau, avec pr�caution, elle avait peur de lui ! Je l�ai ramass�, tu m�as dit qu�il fallait bien tenir la t�te vers moi et mettre une main sous ses pattes pour qu�il ne se blesse pas avec ses griffes. Apr�s on l�a rel�ch� dans les dunes, je l�ai regard� filer entre les herbes, la tache blanche de sa queue et ses oreilles dress�es ! � Je ne savais m�me pas si elle m�entendait. �videmment, �a ne doit pas �tre commode d��couter une histoire quand on a une sonde dans le nez et un goutte-�-goutte dans le bras. Mais �a ne faisait rien, je continuais. C��tait pour moi plus que pour elle. Je ne pouvais pas entendre le silence dans cette chambre trop blanche, la fin d�apr�s-midi du dimanche, quand tous les visiteurs sont partis, les couloirs vides, le jardin vide, et ce lit neuf o� la vieille dame sourde n�existait plus.</p><p>Je parlais, je parlais, de tout �a, de Nightingale, les champs de sorgho, les vignes, la grande for�t des rouvres, et les dunes, et la mer � l�endroit o� le mascaret remonte la rivi�re Sebou. C��tait des histoires peut-�tre, car rien n�avait exist� avant l�appartement de la Loge et la grande maison d�labr�e en haut de la colline des Baumettes o� habitaient le Colonel et Amie. Est-ce que les choses cessent d��tre vraies quand elles s��loignent dans le temps ? J�aurais voulu le lui demander maintenant, � Amie, qu�elle le dise. Qu�elle ouvre les yeux encore, pour que je voie sa vie, et qu�elle r�ponde. Qu�elle raconte un peu, � son tour, ce qu�elle avait v�cu autrefois, comment c��tait, � Nightingale. Qu�elle raconte quand elle m�avait prise, dans ma bo�te en carton, pour me porter dans son lit. Quand elle m�avait trouv�e sur le sol de la cuisine, comme si un djinn m�avait apport�e l�, dans le vent de sable.</p><p>� Tu te souviens, je n�avais m�me pas une robe, j��tais envelopp�e dans de vieux chiffons � fleurs, alors tu m�avais habill�e avec une robe de ta plus grande poup�e, celle qui s�appelait Lucie et que tu avais gard�e depuis ton enfance, tu te souviens, cette grande poup�e avec des yeux bleus et des cheveux filasse. Un jour, je l�ai fait tomber, elle s�est cass�e, et toi tu as pleur�, comme si c��tait vraiment ton enfant� �</p><p>Mais si �a n��tait pas vrai, pourquoi est-ce que tu m�as menti ? Pourquoi est-ce que tu as invent� cette histoire � l�eau de rose, ce canon abandonn� dans le vent, � la porte de ta cuisine, ce b�b� envelopp� dans des chiffons � fleurs, cette petite fille tomb�e du ciel. Est-ce que c��tait donc si terrible, si horrible, cette table o� tu avais compt� les billets de banque, un par un, tout craquants et tout neufs, comme quand on ach�te un cheval ou une vache, ou une auto, et qu�on veut aller plus vite, forcer la d�cision du vendeur, le s�duire avec la vue de l�argent sur la table.</p><p>� Tu te souviens ? � Mais je ne savais plus de quoi il fallait se souvenir. Il y avait tant de choses, et peut-�tre qu�aucune n��tait vraiment vraie.</p><empty-line/><p>Je suis partie. Je suis all�e jusqu�� la maison de Monsieur Herschel, en haut de la colline des Baumettes, je me suis assise sur les marches de l�escalier. J�aimais bien ce jardin. La maison s�appelle la Roseraie, mais le Colonel dit toujours qu�on devrait bien l�appeler la maison des acanthes, parce qu�il y en a tellement, et si belles, avec leurs tiges bien droites au-dessus des feuilles en plateau, et toutes ces fleurs �pineuses blanches et mauves comme des fleurs de chardon.</p><p>L�ann�e o� on a quitt� Nightingale, c��tait � la fin de l��t�, je m�en souviens bien. Au printemps, il y avait tant de fleurs d�anthurium dans les serres. Tous les cartons �taient pr�ts dans les hangars, avec le dessin du rossignol fait par Amie. Monsieur Herschel allait � chaque instant voir les fleurs coup�es, il v�rifiait les emballages dans le papier de soie. On attendait son ami Monsieur Buisson. Il devait venir avec son camion pour emporter les fleurs jusqu�� l�a�roport. Il avait pass� un accord avec une compagnie d�avions-cargos. Les fleurs avaient leur place pour Paris, pour Bruxelles, pour Francfort. C��tait la premi�re fois. Bient�t il y aurait des cartons avec le dessin d�Amie dans toutes les boutiques de fleuristes du monde. Je serais l�ambassadrice des fleurs, j�irais partout pour en parler. Avec Amie, nous irions dans les beaux h�tels, dans les restaurants. Les fleurs ouvriraient leurs calices couleur de corail dans les plus belles maisons du monde.</p><p>Mais Monsieur Buisson n�est pas venu avec son camion, ni ce jour-l�, ni les autres jours. Le Colonel a t�l�phon�, il a cherch� d�autres camions, il a pris sa voiture avec une dizaine de cartons sur la banquette arri�re. Il n�a rien trouv�. Il n�y avait pas d�avion-cargo r�serv�. Tout �tait faux, invent�. Monsieur Buisson �tait parti avec la provision que lui avait donn�e le Colonel. C��tait un tra�tre. Il avait vendu tout ce qu�il poss�dait, et il avait lev� le camp. Les fleurs sont mortes dans leurs cartons, comme dans de petits cercueils. Celles qui n�avaient pas �t� coup�es ont fl�tri sur leurs tiges, parce qu�il faisait trop chaud dans les serres. Alors le Colonel a fait un grand tas avec les fleurs et les cartons, et il a tout br�l�. �a a fait une grande fum�e grise qui sentait mauvais, comme quand les champs de bl� br�laient, � cause des pinces � linge des insurg�s. C��tait plus que jamais l��t� des incendiaires.</p><p>Nous avons quitt� Nightingale. Je ne savais pas o� j�allais. J��tais � nouveau une Zayane. Je ne pouvais pas avoir de maison.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Le soir, il y a les cris angoiss�s des merles dans les jardins. Ils volent de plante en plante, � la recherche d�un endroit o� passer la nuit. Mais peut-�tre que ce n�est pas cela qui les inqui�te. C�est la nuit qui vient, l�ombre qui grandit, le soleil qui s��teint derri�re la terre. Ils sentent le froid de l�espace, ils voient la lumi�re bleue de la lune, ou bien quelque chose se d�chire en eux, leur fait mal.</p><p>Le ciel devient jaune. Les fen�tres de la maison aux acanthes s�allument dans le soleil couchant. Le fa�te des palmiers est encore dans la lumi�re, et en bas, la nuit unit les feuilles des acanthes comme sur l�eau d�un lac. Il y a des sortes de moustiques tigr�s qui se posent sur moi, piquent mes bras, mes chevilles.</p><p>Je sais ce qui me manque ici. C�est peut-�tre pour cela que les cris des merles me font tressaillir. Quand la nuit arrivait � Mehdia, je m�en souviens, avec Amie nous marchions jusqu�� l�estuaire du fleuve, jusqu�aux murs de la ville. Nous passions par la porte de la mer, et nous entrions dans le palais en ruine qui ressemblait � la demeure des g�nies. Nous marchions entre les murs effondr�s, couverts de ronces. Nous entendions les cris des oiseaux.</p><p>C��tait un soir, peut-�tre le dernier soir que nous avons pass� dans ce pays, je ne me rappelle plus. L�air �tait doux et l�ger, le ciel �tait jaune comme maintenant, avec des bandes de nuages. Je ferme les yeux � demi, il me semble y �tre encore. Amie me tenait par la main. Sa main �tait douce et ti�de, je la serrais tr�s fort, il me semblait que nous nous parlions ainsi. Avec elle je regardais le ciel, la mer, le fleuve qui semblait arr�t� par la mar�e. Il y avait des bateaux de p�che qui entraient lentement dans l�estuaire, leurs longues voiles effil�es pench�es comme des ailes. Je savais que je ne verrais plus jamais cela. Je savais que m�me si je le voulais tr�s fort, m�me si je revenais, je ne le verrais plus. J�avais des larmes dans les yeux, et en m�me temps je voulais tout voir, tout prendre, comme si je devais passer le restant de ma vie � m�en souvenir.</p><p>� un moment, Amie a dit : � Ecoute ! � Par la porte de la mer, dans le vent l�ger, j�ai entendu la voix du muezzin qui appelait. Tr�s loin, pareille � un mince fil se d�roulant dans l�air, on l�entendait sans l�entendre, je veux dire, pas seulement avec les oreilles, mais aussi avec les yeux, avec le visage, avec la respiration, c��tait l�ger et pr�cis, c��tait un regard, une couleur, un frisson.</p><p>Maintenant, ici, dans le jardin abandonn�, o� Amie ne vient plus, j�entends cette voix, elle m�unit � l�autre c�t� du monde, � l�autre versant de ma vie.</p><empty-line/><p>J�ai redescendu la colline des Baumettes, par les escaliers et les ruelles qui vont tous vers les grandes avenues, comme les ruisseaux vers les fleuves. La nuit brillait de tous les c�t�s. Je me souviens, au d�but, quand j�allais m�asseoir sur le pas des portes, et que je regardais les lumi�res des caf�s, les hommes, les filles fard�es, en attendant que l�amant de ma m�re s�en aille de chez elle. � pr�sent, tout cela me para�t si loin, si diff�rent. Peut-�tre que je suis vraiment devenue quelqu�un d�autre.</p><p>J�ai commenc� � marcher dans les rues de la vieille ville. Il y avait beaucoup de monde dehors. Des vieux, des jeunes, des gens d�ici et d�ailleurs. Dans les bistros, la musique arabe g�missait. Il y avait des odeurs de restaurants italiens, de la friture, du caf�. Il y avait de vieilles femmes habill�es en noir assises sur leurs chaises devant leur porte, des enfants qui couraient en criant. � un moment, j�ai �t� reconnue par des enfants. Ils m�entouraient, ils criaient : � Saba ! Saba ! � C��tait bizarre, �a me faisait quelque chose d�entendre mon nom. Il y en a un qui m�a accompagn�e jusqu�� la Loge. Il �tait tr�s brun, avec de grands yeux de velours. � Toi, comment tu t�appelles ? � Je lui ai demand� cela. Il m�a dit : � Moi, je m�appelle Rachid. � Il marchait un peu en retrait, sans me quitter des yeux. Il avait un pantalon tach�, et de vieux baskets trop grands. � Il y a longtemps que tu es ici ? � Quand je lui parlais, il se rapprochait un instant. � Moi ? Hier soir. � En passant, il m�a montr� une porte. � J�habite ici. �</p><p>Un peu plus loin, la boulangerie �tait ouverte. La belle dame italienne �tait sur le pas de la porte. Quand je suis pass�e, elle m�a souri, elle a dit : � Attendez. � Elle est revenue avec une miche. � Elle m�est rest�e de cet apr�s-midi. �</p><p>On est arriv�s devant la porte de ma maison. J�ai donn� la miche � Rachid. � Bon. Au revoir, Rachid. � Il a dit seulement merci, et il est reparti en courant vers la place.</p><p>Dans l�escalier, en passant, j�ai dit bonsoir � Semmana, comme chaque soir. Elle avait l�air fatigu�, elle avait un pansement sur la tempe, l� o� son mari l�avait frapp�e. Mais ses beaux yeux verts brillaient de la lumi�re que j�aime. Elle m�a dit, comme elle dit toujours : � C�est bien, ma fille. C�est bien. �</p><p>J�ai continu� � monter. Je suis pass�e devant l�appartement des gitans, devant celui de la vieille Ida, qui est un peu folle. Partout, il y avait des bruits de voix, des radios, l�odeur de la nourriture. La minuterie s�est �teinte comme toujours, un peu avant que je n�arrive au sixi�me, et j�ai continu� � t�tons. Sous la porte, il y avait un rai de lumi�re �lectrique. Je n�ai plus eu qu�� frapper. Je ne voulais pas entendre le bruit de la clef dans la serrure.</p><p>� �Chkoun ? �</p><p>J�ai dit b�tement :</p><p>� Moi. �</p><p>Je pensais : si elle crie, si elle dit quelque chose de d�sagr�able, je m�en vais pour toujours. J�irai � l�autre bout du monde, m�me au Canada.</p><p>Mariem a ouvert la porte. Je ne voyais pas bien son visage � cause de l�ampoule �lectrique. Elle m�a paru si fr�le, si petite. Elle avait des lunettes que je ne connaissais pas. Elle avait son tablier � fleurs roses et bleues qui lui donnait l�air d�une petite fille. Elle n�arrivait pas � parler. Elle a fait un pas vers moi, elle m�a serr�e contre elle, et nous sommes entr�es ensemble par la porte �troite, comme si nous dansions. Elle disait mon nom, elle disait aussi � ya kbidti �, c�est dr�le, �a veut dire � mon petit foie �. Tout d�un coup, j�ai �t� tr�s fatigu�e. Je me suis assise sur la chaise, devant la table en formica, et j�ai commenc� � pleurer, pendant qu�elle m�apportait un verre de th� br�lant, je crois bien que j�ai m�l� mes larmes au breuvage amer.</p></section></section><section><title><p><emphasis>Fascination</emphasis></p></title><p>Elle est apparue de nouveau, cette nuit. Pourquoi de nouveau ? Est-ce que je l�avais vraiment d�j� vue, ailleurs, dans un autre temps ? Est-ce que je l�avais seulement rencontr�e ? Pourquoi ai-je eu alors cette impression, ce coup au c�ur, quand elle est entr�e, cette nuit, dans cette salle immense, accompagn�e de cette vieille au regard de sorci�re, toutes deux v�tues de noir comme les tziganes, et qu�elle a commenc� � traverser le restaurant, sans souci pour l��moi qu�elle provoquait, son beau visage d�daigneux �clair� et capt� par les jeux de lumi�re et d�ombre venus des plafonniers ? Pourquoi alors ai-je senti sa pr�sence, avant m�me de l�avoir vue, de les voir toutes deux, quand elles avaient pouss� la porte vitr�e, venues du myst�re de la nuit dans cette ville terrible, comme r�fugi�es dans cette salle immense au bruit de voli�re ? Oui, j�ai senti cela en moi, comme un regard �tranger, comme un mouvement de l�air sur ma peau, un danger presque, et elles entraient dans cette salle, immense et �trang�re, elles deux dans les mouvements lents des plis de leurs robes noires, elle si jeune et belle, au visage �tincelant, elle si vieille et noire, froiss�e, s�che et ratatin�e, avec ce regard ferm�, durci, comme l�ombre d�orbites vides. Mais pourquoi mon c�ur battait-il plus vite, plus fort, comme si cet instant avait une importance extr�me, et rien de ce que je vivais, rien de ce que j�avais v�cu n��taient au hasard ? Je me suis lev� un peu de ma chaise, je crois, comme pour partir, ou pour aller au-devant d�elle, je ne sais plus. Je les regardais avancer � travers l�immense salle, suivant une ligne en diagonale, elle devant, impassible, s�arr�tant devant chaque table, suivie de la vieille qui se vo�tait, et dont le regard courait plus vite qu�elle, cherchant quelque chose qu�elle ne parvenait pas � retenir. Quand elles sont arriv�es au fond de la salle, alors seulement j�ai compris ce qui les avait attir�es dans cette salle de restaurant qui n��tait pas pour elles. � chaque arr�t, la vieille tirait � demi de son cabas une rose d�j� � moiti� fan�e, et la proposait aux d�neurs, qui d�tournaient leur visage avec ennui, avec d�go�t peut-�tre. Ou bien �tait-ce la beaut� presque inconcevable de la jeune gitane, son visage sombre, ses yeux ardents et absents, sa bouche �clatante, ses longs cheveux noirs libres sur ses �paules, ses mains aux poignets si fins, tout son corps souple et l�ger dans cette longue robe noire de satin us�, dansante comme une ombre, c��tait elle qui obligeait les gens � d�tourner leur regard, � fuir dans l�abri d�une conversation fausse, d�une indiff�rence feinte, ou m�me, � quelques reprises, d�une col�re r�v�latrice. Oui, plusieurs fois, je vis des femmes, et un homme, au moment d��tre sollicit�s par la vieille mendiante, les chasser d�un geste v�h�ment, �levant une voix que la peur rendait aigre et criarde. Les saltimbanques continuaient � avancer � travers la grande salle, qui peu � peu devenait silencieuse et vide. C�est-�-dire que moi, assis � ma table au centre de la salle, je ne voyais plus les autres convives, je n�entendais plus le brouhaha de leurs voix. Au contraire, je percevais de fa�on presque insupportable chaque mouvement des deux femmes, et il me semblait que j�entendais chaque son de leur voix, ou plut�t, la voix monotone et geignarde de la vieille au regard de sorci�re, et le silence d�daigneux de la belle jeune femme qui marchait devant elle, et s�arr�tait elle aussi de table en table, mais sans se retourner, le regard fix� au loin, dans le vague, et brillant d�un �clat dur, presque effrayant. Moi, mon c�ur battait de plus en plus fort dans ma poitrine, et je sentais la sueur mouiller mes paumes. De quoi avais-je peur ? En quoi les deux boh�miennes (car maintenant je ne pouvais plus douter qu�elles fussent boh�miennes, � leur robe longue, � leurs cheveux d�faits, au noir charbonneux des yeux de la jeune femme, au visage en lame de couteau de la vieille mendiante) pouvaient-elles me menacer ? Pourtant, c��tait ainsi : je ressentais cette sc�ne comme si elle n�avait de sens que pour moi, parce que j�y �tais. Comme si les deux femmes en noir n��taient pas entr�es dans la salle de ce restaurant pour vendre leurs fleurs, mais pour me chercher.</p><p>Quand j�ai eu compris cela, mon c�ur s�est mis � battre plus vite et plus fort. La peur, ou maintenant, la col�re, qui obscurcissait mon esprit, m�obligeait � rester, � regarder. Je ne pouvais pas attendre qu�elles aient poursuivi leur recherche comme cela, de table en table. Je ne pouvais plus le supporter. J�allais crier, peut-�tre, en frappant sur ma table, crier : � Ici ! Regardez-moi ! Je suis ici ! ici ! � Quand la jeune femme a tourn� la t�te vers moi, comme si elle avait senti mon regard durci, obscurci, qu�elle avait devin� mon cri muet. Elle s�est tourn�e tout enti�re vers moi. Elle �tait alors d�une beaut� �blouissante. Sous la lumi�re du plafonnier qui l��clairait comme un projecteur sur une sc�ne de th��tre, son visage �tait net et �blouissant, pareil � une sculpture, mais avec quelque chose d�ardent et de vivant dans son regard sombre, dans le dessin de ses l�vres, dans l��clat de ses pommettes. Elle avait saisi son poignet gauche dans sa main droite, et elle le serrait dans un geste d�impatience et il me semblait, malgr� la distance, que je voyais sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration, au m�me rythme que la mienne !</p><p>Alors, tout d�un coup, mon appr�hension �tait partie. Je ne sentais plus ni col�re, ni peur, ni impatience m�me. Je sentais l�ivresse plut�t, parce que cette femme inconnue me regardait, plongeait son regard dans le mien. Je n�avais jamais v�cu cela nulle part, jamais je ne m��tais senti autant perdu par le gouffre d�un regard. En moi, c��tait plus qu�en moi, c��tait dans toute cette salle, et au-del�, dans cette ville anonyme dans la nuit, des choses, des images passaient, s�en allaient, glissaient pour remplir un autre monde, une autre vie. Pour cela, je restais debout, immobile, pour cela, j��tais gagn� peu � peu par un incompr�hensible et stupide bonheur. Combien de temps est-ce que cela a dur� ? Je ne sais plus, je ne pourrai jamais le dire. Des heures et des jours, j�ai �t� debout dans cette salle de bal, o� les habitants se mouvaient pareils � des fant�mes, tandis que la vieille folle remontait de table en table en secouant une s�bile aigriarde, ou en geignant, marmonnant des impr�cations ou des pri�res. Des heures, des jours, le regard sombre de la jeune boh�mienne a flamb� comme un cierge, et j�ai senti glisser loin de moi les d�sirs, les chaleurs, les choses. Tout ce que j�avais v�cu pendant ces dix-huit ans o� je n�avais pas �t� l�, o� j�avais oubli�, ces dix-huit ans sans signification ni v�rit�, o� j�avais exist� comme en r�ve, faiblement, sans rien retenir ni chercher, au jour le jour, dix-huit ann�es d�errances vaines, d�amours volages, de restaurants, de bals vides, de voyages anonymes o� les plans sont des labyrinthes et les projets d�avenir des mascarades et des leurres.</p><p>Dix-huit ann�es qui m�avaient s�par� d�elle, de son regard, de cette flamme sombre qui brillait dans ses pupilles, de sa beaut� si parfaite qu�elle �tait �ternit�, v�rit�. Le temps �tait pass� comme dans un r�ve, parce que c��tait ma vie r�elle, dans ces villes, avec ces gens, mon m�tier, mes amis, mes ma�tresses, mes voyages qui n�avaient pas de r�alit�, simples reflets dans les yeux de la boh�mienne, indiff�rents et br�lants, plus forts qu�aucune lumi�re de bal. C�est pour cela que mon c�ur battait avec cette fr�n�sie, comme s�il cherchait � briser la prison de sa cage. Maintenant le pont du regard de la boh�mienne m�unissait � l�autre versant de moi-m�me, et abolissait l�irr�guli�re fronti�re du temps. J��tais moi-m�me, enfin, de nouveau moi-m�me. Rien n�avait chang� en moi, j��tais cet enfant de treize ans qui rentrait chez lui apr�s la classe, montant le boulevard en portant ses livres et ses cahiers entour�s d�un �lastique. Le long du boulevard (la route qui allait vers l�Italie, o� passaient les poids lourds, les autocars, les autos dans un nuage continu de gaz br�l�s) je montais vers le haut de la colline, vers le col. Un peu apr�s un grand virage o� les pneus grin�aient, je voyais ce b�timent de sept �tages au bord de la route, un peu semblable � un grand paquebot vide. Je ne l�aimais pas, et pourtant c��tait lui qui attirait mon regard. Les �tages sup�rieurs, comme le pont des navires de luxe, �taient vides, aveugles. Parfois un rideau tremblait dans le vent contre l�espagnolette, je voyais un visage, un p�le visage de fant�me. Mais c��taient les �tages inf�rieurs, ou, pour mieux dire, le sous-sol qui attirait mon regard. L�, sous la terre, vivaient des gens que je ne faisais qu�entrevoir, qui grouillaient dans leurs cellules si sombres que la lumi�re des ampoules �lectriques nues brillait m�me � midi. Il y avait de la musique, des odeurs de cuisine, des voix d�enfants, des rires, des pleurs, des mots dans une langue inconnue, dure et violente, ou bien douce parfois, pareille � de la musique.</p><p>Elle est l�, maintenant, tout pr�s de moi, si pr�s que je pourrais la toucher. Elle me regarde de ses yeux profonds, brillants, de son regard que je ne peux �viter, dont je ne peux me soustraire, de son regard qui m�interroge. Puis j�entends sa voix. Elle me parle. Elle dit des mots, j�entends sa voix basse, un peu rauque, son accent �trange � espagnol, russe, portugais ? Elle dit, venir, para�tre, souvenir, comme cela, en roulant les r et en accentuant la derni�re syllabe. Elle se tourne vers sa m�re, cette vieille au regard de sorci�re qui mendie de table en table, elle lui parle dans sa langue inconnue, o� je reconnais en effet des mots d�espagnol, gracia, alabad, ou malpais, je ne sais plus. Est-ce de moi qu�elle parle ! La vieille m�a regard� bri�vement, d�un regard charg� de haine, et s�est d�tourn�e pour continuer sa progression entre les tables des noceurs indiff�rents.</p><p>C�est son regard que j�ai reconnu. C�est lui qui me ram�ne longtemps en arri�re, � cette maison blanche au bord du boulevard. Je reviens de l��cole, l�hiver, montant lentement le boulevard de corniche, et d�s que j�ai pass� le virage � un grand b�timent sale o� est �crit, en lettres arrondies d�avant-guerre un mot, un nom que je n�oublierai jamais, qui alors a pour moi quelque chose de magique, de vaguement mena�ant, un nom �crit ainsi :</p><cite><subtitle>JUDEX</subtitle></cite><p>J�aper�ois la maison blanche o� vivent les �trangers, dans leur sous-sol sombre. Chaque fois que je passe pr�s d�elle, mon c�ur bat plus vite, � cause de ces voix, de ces bruits, des visages de femme qu�on entr�aper�oit dans les soupiraux, ou d�un enfant dont la voix pleure en sourdine, pas comme les enfants des riches, mais doucement, et longtemps, longtemps. Un apr�s-midi, comme je monte la c�te, peut-�tre plus vite qu�� l�ordinaire, sans m�y attendre, elles sont l� : au pied de la maison blanche, dans la petite all�e qui m�ne � l�entr�e du sous-sol, une �troite bande de terre saupoudr�e de ces hideux gravillons blancs que les propri�taires r�pandent dans les jardinets de la colline, elles sont l� : la vieille femme v�tue de noir, au regard de sorci�re, assise sur une chaise de paille, et devant elle, debout, maigre dans ses habits noirs, immobile comme si elle attendait vraiment quelqu�un, ou quelque chose, la petite fille. Son visage est tr�s p�le, mang� par son �paisse chevelure noire, par ses yeux immenses, brillants. Comme j�avance, elle se tourne un peu vers moi, et elle me regarde, et comme aujourd�hui, son regard m�envahit et me lib�re, me change. Mais je ne devrais pas parler d�aujourd�hui, puisque aujourd�hui n�existe pas. C�est son regard d�alors, br�lant, fi�vreux dans son visage p�le, ce regard de d�tresse, d�interrogation aussi, cet appel, cette annonciation qui n�ont pas cess�, ann�e apr�s ann�e. Il est rest� en moi, semblable � une lumi�re qui br�le dans la nuit, qui ne cesse pas de br�ler. Je crois que je me suis arr�t� un instant sous ce regard. Jamais je n�avais imagin� que ce regard pouvait exister, ici, dans cette maison, je veux dire dans le malheur de ce souterrain sans lumi�re, dans la prison o� l�on disait que vivaient les esclaves. Debout au milieu de l�all�e, la petite fille v�tue de noir �tait immobile, elle ne faisait pas attention aux autres gens qui se h�taient sur le trottoir. C��tait moi seulement qu�elle regardait, comme si j��tais celui qu�elle avait attendu (moi comme si elle m�avait attendu), moi seulement qu�elle avait choisi. Combien de temps suis-je rest� arr�t� sur le bord du trottoir, attach� � son regard sombre et myst�rieux d�enfant, le c�ur battant vite, ne sachant plus rien d�autre ? Je ne sais plus, et aujourd�hui je me demande si j�ai vraiment cess� d��tre l�. Mais je m�en souviens maintenant, apr�s toutes ces ann�es qui n�ont plus aucun sens, je me souviens d��tre venu, encore et encore, � chaque instant, guettant l�heure o� la jeune boh�mienne quitterait l�ombre humide du sous-sol pour rester avec son a�eule sur le sentier de gravillons. Le soleil d�hiver �clairait ses v�tements, ses cheveux, allumait un reflet plus chaud sur la peau de son visage. Un jour, la chaise �tait vide, et la petite fille �tait assise � la place de sa grand-m�re, et quand elle me vit, elle se leva, et courut presque vers moi, puis s�arr�ta, peut-�tre effray�e de ce geste. � Est-ce qu�elle est malade ? � J�ai demand� cela, je crois. Elle r�pondit aussit�t : � Non, ce n�est pas cela. Elle a d� faire une course en ville. � Elle r�pondait, et ces paroles insignifiantes, elle les disait de sa voix claire comme si c��taient les mots les plus importants du monde. Et pour moi, ils �taient importants, en effet, et je sentais autre chose qui passait au dehors des mots, dans son regard, dans la lumi�re, dans la beaut� de son visage, de son front, de ses cheveux, et ses �paules et son corps fragile dans la robe noire. � Et vous, o� allez-vous ? � Je me souviens aussi de la honte qui m�avait emp�ch� de dire que cette route que je suivais, chaque jour, �tait celle qui allait de la maison de ma grand-m�re au lyc�e, route d�risoire et banale, qui enlevait toute n�cessit� � notre rencontre, en faisait un banal accident sur le chemin des �coliers. Alors je ne lui disais jamais : � Je vais au lyc�e � mais : � Je vais l�-bas �, ou � Je dois aller par l�. � Et elle ne me demandait pas ce que c��tait, ce � l�-bas �. En revanche, j��tais heureux de pouvoir lui dire que je montais chez ma grand-m�re, que j�allais chez ma grand-m�re, pour d�jeuner, ou pour passer la nuit, parce que je me sentais plus proche d�elle, comme elle, qui vivait avec sa grand-m�re (mais cette vieille en noir n�avait rien de comparable avec ma grand-m�re, si douce et tendre, elle �tait dure et effrayante, et les jours o� elle �tait assise sur la chaise, je me contentais de faire un sourire des yeux, et la petite fille en noir me suivait du regard, n�osant pas bouger elle non plus, ni rien dire, seulement avec cette expression d�inqui�tude et cet appel dans son regard sombre, qui me poursuivait et faisait battre mon c�ur longtemps apr�s que j�avais pass� le second virage).</p><p>J�aimais voir la petite fille v�tue de noir, chaque fois que je revenais du lyc�e, ou les samedis et dimanches, quand je pouvais fl�ner dans les rues du quartier. Pourtant, pas une fois je ne me suis interrog� sur elle, pas une fois je n�ai cherch� � savoir ce qu�elle faisait, quand elle n��tait pas debout dans l�all�e �troite de l�immeuble. J�aurais d� lui poser des questions, lui demander ce qu�elle aimait, ce qu�elle voulait, guetter les r�ponses dans ses yeux, �couter battre son c�ur, serrer ses mains d�enfant, essayer de donner quelque chose, de partager quelque chose. Mais je crois que pour moi, au fond, elle n�existait pas. Elle �tait un fant�me, une apparition, toujours � la m�me place absurde, au bord de ce boulevard d�enfer grondant de camions et d�autos, dans le froid cruel et dans la solitude de ce couloir, au pied des grands immeubles, devant les soupiraux des sous-sols desquels elle s��tait �chapp�e quelques instants, � la mani�re des prisonniers qu�on a�re dans les cours vides des b�timents carc�raux. Je crois que pour moi elle �tait un r�ve, d�j�, magique et myst�rieux, une image ensorcelante et fragile, mais exil�e de toute vie r�elle, avec cette tristesse et ces secrets que les vivants ne peuvent pas percevoir. Saltimbanque, comme cette autre petite fille que je voyais alors, chaque saison de No�l, sur la grande place battue par les vents, maigre et bleuie dans son collant paillet�, et qui se contorsionnait devant son p�re, un dr�le de sourire crisp� sur son pauvre visage sans enfance. Mais moi je ne savais pas voir cela, je ne pouvais pas le comprendre. Ce que j�aimais, c��tait le r�ve justement, cette image noire et fi�vreuse, ce regard attach� au mien avec une intensit� qui me troublait et m�amusait � la fois, ce regard d�animal sauvage que je d�couvrais, et qui ne ressemblait � rien de ce que le monde r�el pouvait me montrer, ce regard qui �tait amour et mort, d�sir, crainte et savoir d�j�, fiert� et d�dain d�j�, peut-�tre�</p><p>Je me souviens maintenant, du fond de cette salle immense, vide, effrayante, sous le regard de cette jeune femme inconnue qui efface le monde, je me souviens de chacun de ces instants que je croyais oubli�s. Un apr�s-midi avant l��t�, un jour de grand vent et de ciel bleu, un dimanche certainement puisque je n��tais pas enferm� dans la prison du lyc�e, je suis all� jusqu�� la grande maison blanche, jusqu�� l�all�e de graviers. Il n�y avait pas la chaise de paille, et je crois bien que j�ai eu un pincement au c�ur, en pensant qu�elles n��taient plus l�, qu�elles �taient parties, l�horrible vieille et la f�e v�tue de noir. J�ai march� sur l�all�e de gravillons, en essayant d�emp�cher les semelles de mes tennis de crisser. De quoi avais-je peur, comme aujourd�hui ? Ce n��tait peut-�tre pas la peur, mais la solitude, dans cette journ�e, avec ce ciel immense et vide, comme ici, dans cette salle, et le va-et-vient obs�dant des autos sur le boulevard, et ces fen�tres aveugles des immeubles, au-dessus de moi, ces fen�tres au regard aveugle. Comme j�approchais de la porte du sous-sol, tout � coup elle est apparue, devant moi. La lumi�re brillait sur ses cheveux et dans ses yeux, et pour la premi�re fois, elle souriait, et son visage exprimait la libert�, une sorte de joie sauvage. C��tait une expression si forte, si br�lante dans ses yeux que je ne pouvais pas soutenir son regard. Alors elle n��tait pas une enfant. Elle �tait une femme vraiment, elle venait � moi comme une femme, belle, libre, d�sirable. Elle a march� jusqu�� moi, elle m�a touch� de ses mains, et pendant un instant nous sommes rest�s immobiles, dans le vide du vent, au milieu de l�all�e en gravillons. Je n�ai plus jamais ressenti cela nulle part, cette impression d�avoir perdu mon apparence, d��tre devenu un pur regard, un d�sir. Puis quelque chose s�est rompu. J�ai senti la crainte, � nouveau, non plus la solitude, ni le vide, mais la crainte d��tre d�rob�, de devenir un autre, de changer mon destin. J�ai d� reculer, et elle, l�enfant v�tue de noir, elle a d� sentir ce froid qui �tait en moi, qui gagnait. Elle m�a dit des mots, elle m�a parl� de sa voix un peu rauque de petite fille �mue, qui faisait battre mon c�ur et me rejetait dans la honte. � Qu�est-ce qu�il y a ? Qu�est-ce que vous voulez ? � Son regard tout � coup assombri m�interrogeait avec insistance, cherchait au fond de moi la v�rit�. Mais moi je ne voulais pas la lui dire. Je pensais seulement que j�allais partir, rejoindre les camarades de classe qui m�attendaient sur les quais pour une partie de ballon, ou bien monter l�escalier jusqu�� l�appartement de ma grand-m�re et m�enfouir dans un fauteuil pour lire les dictionnaires en �coutant les bourrasques et en regardant la lumi�re du soleil. � Elle n�est pas l� aujourd�hui, elle ne reviendra pas avant ce soir. � La petite boh�mienne parlait encore, et l��motion faisait ressortir son accent �trange, sonore, maladroit. � Mais moi, je ne peux pas rester, je dois � � Je voulais dire quelque chose, et je ne pouvais pas trouver de raison valable. Cela n�avait plus de sens. Elle m�a regard� tandis que je reculais, l�ombre creusait ses orbites comme celles de la mort. Alors d�un seul coup je suis parti, en marchant d�abord, puis, de plus en plus vite, en courant, �perdu, essouffl�, la t�te r�sonnant des coups de mes pieds sur le trottoir du boulevard. Je ne sais pas o� je suis all�, je ne me souviens plus o� j�ai err�, cet apr�s-midi-l�, dans les rues vides entre les jardins des villas. Plus rien de tout cela n�existe aujourd�hui, tout s�est effac�. Quelque temps apr�s, on a d�moli l�immeuble v�tuste dont les boh�miens avaient squatt�ris� le sous-sol. Quand j�ai demand� timidement au contrema�tre du chantier, il a seulement hauss� les �paules. � O� ils sont partis ? Comment voulez-vous que je le sache ? ils sont all�s ailleurs, n�importe o�. Ces gens-l�, �a ne reste pas longtemps au m�me endroit. � Je n�ai pas revu la petite fille en noir, ni sa grand-m�re au regard m�chant. Le temps les a englouties, et les mouvements de ma vie les ont effac�es de ma m�moire.</p><p>Jusqu�� cette nuit, o� elles ont apparu � nouveau, bri�vement. Alors la jeune femme s�est arr�t�e devant moi, elle m�a regard�. Puis d�un seul coup, elle a d�tourn� son regard, avec une expression cruelle de d�dain et de col�re. La grande salle vide r�sonnait � nouveau des brouhahas des noceurs. La musique jouait un air faussement enjou�, une rumba qui creusait un vertige dans mon corps. Entre les tables, la vieille femme au panier de roses et la jeune femme v�tue de noir glissaient tr�s vite, disparaissaient. Un instant encore, comme dans un r�ve, j�ai vu leurs silhouettes devant la porte, puis elles se sont engouffr�es dans la nuit.</p></section><section><title><p><emphasis>Le temps ne passe pas</emphasis></p></title><p>D�abord, je voudrais vous dire qui �tait Zob��de, comme elle �tait belle, unique. Mais au moment de le dire, je ne sais plus tr�s bien par o� commencer. Je ne me souviens plus comment je lui ai parl� pour la premi�re fois, ni de ce qu�elle m�a dit. Je me souviens seulement du jour o� je l�ai vue, sur la petite place au-dessus de la rue Rossetti. Maintenant, tout a chang�, la rue o� j�habitais n�est plus la m�me, les immeubles v�tustes ont �t� raval�s, on en a chass� les gens pour vendre les appartements � des Allemands et � des Anglais. Maintenant, il y a des magasins nouveaux, qui vendent des choses bizarres comme des tapis persans ou des dentelles normandes, de l�encens, des bougies parfum�es. Les escaliers o� les enfants jouaient en poussant des cris stridents, les passages, les cours o� s�chaient les draps, tout cela est diff�rent, peut-�tre parce que Zob��de n�est plus l�. Elle a disparu, non seulement du pr�sent, mais aussi du pass�, comme si on l�avait effac�e, comme si elle s��tait jet�e du haut d�une falaise, ayant fait un trou dans le ciel de tous les jours, du haut d�un immeuble, dans le bleu br�lant pour dispara�tre ainsi que les oiseaux, qu�on ne trouve presque jamais morts dans la rue.</p><p>Zob��de, c��tait le nom que je lui avais trouv�. Son vrai nom, c��tait Zoubida. Moi, je m�appelle David, et pour s�amuser, elle m�appelait Daoud. C�est comme cela que j�avais invent� ce nom, Zob��de. Mais c��tait un jeu entre elle et moi.</p><p>Je n�ai jamais tr�s bien su d�o� elle venait. Elle avait cach� ses traces, d�s le d�but. Tout en elle �tait myst�rieux. La premi�re fois que je l�ai vue, c��tait sur la petite place, l� o� les gar�ons se r�unissaient en sortant de classe, pour jouer au ballon, ou pour boxer. Elle est pass�e sans regarder personne, elle a disparu dans les rues sombres. Je ne me rappelle plus tr�s bien comment elle �tait habill�e, parce que le souvenir que je garde d�elle, c�est cette photo qu�elle m�a donn�e un jour, quand on a commenc� � se voir. Une photo d��cole, o� elle est assise au premier rang. Sur cette photo, je la trouve tr�s belle, tr�s �trange. Il y a une �tincelle en elle, dans son regard sombre, au fond de ses yeux. Pourtant, elle est v�tue de ces habits trop grands, trop vieux, des enfants pauvres. Une jupe blanche, avec un volant bizarre au-dessous des genoux, un jupon de boh�mienne. Une chemise de gar�on avec les poignets retrouss�s pour �tre � sa taille, et d�affreuses chaussettes montantes en laine noire, et des chaussures, non pas des sandales de petite fille, mais des escarpins trop grands, dont les lani�res semblent d�tach�es.</p><p>Je ne sais pas combien de fois j�ai regard� cette photo, pour essayer de comprendre. Comme s�il y avait une histoire secr�te �crite sur ces visages, que j�allais pouvoir d�chiffrer. Elle m�a apport� la photo un jour, quand nous allions nous promener dans les jardins publics, et elle m�a dit tous les noms des gar�ons et des filles qui �taient sur la photo avec elle, c��tait une litanie qu�elle r�citait par c�ur. � Martine Eyland, C�cile Sappia, Marie-Antoinette Lieu, Ra�ssa Laabi, Alain Pag�s, Sophie Gerardi, Maryse Aubernet, Nadia Cohen, Pierre Barnoud, Fadila� � Je me souviens de certains de ces noms, j�avais �cout� avec attention sa voix quand elle les pronon�ait, et c��tait la chose la plus importante du monde.</p><p>Ce que je vois, c�est son visage surtout, le visage qu�elle a � cet �ge, sur la photo, l�arc parfait de ses sourcils comme dessin�s au charbon, ses yeux sombres et profonds, brillants, et cette chevelure noire o� s�accroche la lumi�re. Quand je l�ai connue, elle portait encore les cheveux en une seule natte �paisse qui descendait jusqu�� ses reins. Jamais elle ne se montrait avec les cheveux d�faits, et j�imaginais cette chevelure noire tombant en pluie sur ses �paules et dans son dos. Sur la photo, elle est assise au premier rang, sa jupe prise entre ses genoux � la mani�re des boh�miennes, son regard dirig� droit vers l�objectif, sans timidit� ni coquetterie. Elle regarde, pour se d�fendre, pour d�jouer les pi�ges, peut-�tre. � cette �poque-l�, quand je l�ai connue sur la petite place, derri�re chez moi, elle ne portait jamais de lunettes noires.</p><p>C�est ce regard que je ne peux pas oublier. Sur la photo, elle est assise tr�s droite, les mains pos�es sur ses genoux, les �paules carr�es, le visage l�g�rement en arri�re par le poids de sa tresse. Son front est lisse, barr� par les arcs de ses sourcils, et dans son regard br�le l��tincelle rapide de sa vie. Elle regarde � travers le gla�age de la photo, il me semble qu�elle est le seul visage dot� d�un regard au milieu des inconnus. J�ai souvent essay� d�imaginer ce qu�elle pouvait �tre, pour les autres, pour Martine, et Sophie, Maryse Aubernet, Nadia Cohen, ou pour les deux gar�ons de sa classe, ce Pierre Barnoud au visage timide de blond, ou cet Alain qui grimace un peu. Comment est-ce qu�elle a pu vivre avec eux sans qu�ils la voient ? Un jour, quand j��tais chez elle, dans les derniers temps, elle m�a parl� pour la premi�re et unique fois du Lyc�e Fran�ais, des professeurs, du trajet qu�elle devait faire � pied, � l�aube, pour venir du bidonville, et le soir, pour rentrer. Elle a dit cela, qu�elle n�avait pas d�amis, qu�elle ne parlait � personne, qu�elle croyait qu�elle �tait invisible. Et moi je regarde son visage, sur la photo, et je ne vois plus qu�elle.</p><p>Au d�but, avec Zob��de, je jouais � cache-cache. C��tait peut-�tre � cause de la pauvret� dans laquelle elle avait v�cu toute son enfance, ou bien parce qu�elle ne voulait rien savoir de moi, ni de personne. Plusieurs fois, je l�ai vue passer et dispara�tre dans les ruelles �troites. Un soir, apr�s la classe, je l�ai suivie, pour d�couvrir son adresse, son secret. Ce n��tait pas la premi�re fois que je suivais quelqu�un dans les rues. Je peux m�me dire que j��tais assez fort dans cet exercice. J�avais suivi comme cela plusieurs types louches, et des filles qui ne s�en �taient m�me pas aper�ues. Mais avec Zob��de, �avait �t� une v�ritable aventure, qui m�avait entra�n� � travers toute la ville.</p><p>Je me souviens de cette marche interminable, les places qu�elle traversait, les carrefours entre deux voitures. On �tait all�s plus loin que la gare, dans les quartiers que je ne connaissais pas. Il y avait des n�ons qui brillaient, des caf�s, des h�tels, des gens embusqu�s, des prostitu�es aux yeux fatigu�s. Toujours, devant moi, la silhouette de Zob��de, qui marchait vite, bien droite, sa jupe bleue, son blouson, et la longue natte noire qui se balan�ait dans son dos.</p><p>Jusqu�� cet immeuble ordinaire, contre la voie ferr�e, avec ce nom bizarre �crit au-dessus de la porte en lettres moul�es dans le pl�tre : <emphasis>Happy days. </emphasis>Apr�s elle, je suis entr� dans le hall, et j�ai lu � la h�te les noms �crits sur les bo�tes aux lettres, pendant que la minuterie tictaquait, ces noms dont je me souviens encore maintenant comme de noms magiques, �crits � la main sur des bristols fix�s aux bo�tes. Balkis, Savy, Sauvaigo, Eskenazy, Andr�, Delphin. Au bout de la rang�e, �crit d�une jolie main sur un rectangle de papier d��colier punais� sur la bo�te, ce nom qui est devenu pour moi le nom le plus important du monde, le plus beau, le nom que je crois avoir toujours entendu : Alcantara. Ensuite, j�ai m�me os� monter quelques marches de l�escalier, de dr�les de marches en ardoise us�es au centre qui vous faisaient perdre l��quilibre. J�ai �cout� les bruits qui r�sonnaient dans la cage d�escalier, les �clats de voix, des cris d�enfants, les grognements d�animaux des postes de t�l�vision.</p><p>C��tait l� que Zob��de habitait, avec sa m�re, je l�ai su un peu plus tard. Elles vivaient toutes les deux seules, et sa m�re ne sortait jamais parce qu�elle ne parlait pas autre chose que l�arabe. Plusieurs fois j�ai suivi Zob��de jusqu�� l�immeuble, puis je rentrais chez moi, le c�ur battant, le visage br�lant, parce que j�avais l�impression de commettre une trahison. Et peut-�tre que c��tait vraiment une trahison. Un soir, c��tait au commencement de l��t�, les classes �taient finies, Zob��de est venue vers moi. Je m�en souviens bien, c��tait le long d�un haut mur de pierre qui longeait la voie ferr�e, il n�y avait aucune issue pour que je puisse m��chapper. Elle est venue vers moi, et je ne me rappelle pas bien ce qu�elle m�a dit, mais je sentais la br�lure du soleil sur le haut mur qui avait chauff� toute la journ�e, et les yeux de Zob��de qui me regardaient avec col�re. Elle a dit quelque chose comme :</p><p>� Pourquoi marches-tu tout le temps derri�re moi ? �</p><p>Je n�avais pas envie de nier.</p><p>� Tu crois peut-�tre que je ne t�ai pas vu, derri�re moi, comme un caniche ? �</p><p>Elle m�a regard� un bon moment comme cela, et puis elle a hauss� les �paules et elle est partie. Moi, je restais contre le mur, je croyais que j�allais tomber, je sentais un vide au fond de moi. Pourtant, c�est apr�s cette rencontre que nous sommes devenus amis. Je ne comprends pas bien pourquoi tout a chang�. Peut-�tre qu�au fond, �a l�avait fait rire de parler de moi comme d�un caniche. Simplement, un jour, elle est venue sur la placette et elle m�a invit� � me promener. Nous avons march� dans les jardins poussi�reux. C��tait le matin, et l�asphalte fondait d�j� sous la chaleur. Elle avait une jupe claire et une chemise blanche aux poignets retrouss�s, comme sur la photo. Par le col ouvert, je voyais sa peau brune, la forme l�g�re de ses seins. Elle �tait jambes nues, pieds nus dans des sandales. Nous avons march�, en nous tenant par la main. Je crois que c�est ce que j�ai aim�, quand elle m�a montr� cette photo. Parce qu�elle �tait encore tout pr�s de ce temps-l�, il me semblait qu�en fermant les yeux, en �coutant sa voix, en sentant son odeur, j��tais avec elle dans cette �cole, avec les autres. Comme si je l�avais toujours connue.</p><p>C��tait vraiment l��t�, m�me les nuits �taient chaudes. � peine lev�, j��tais dehors. Mon p�re et ma m�re se moquaient de moi, peut-�tre qu�ils se doutaient de quelque chose. Ils imaginaient un flirt, une fille du quartier, la fille des voisins du dessous. Marie-Jo, tr�s p�le, avec de beaux cheveux blonds. Ils ne savaient pas.</p><p>Nous nous voyions chaque jour. Nous partions ensemble, au hasard des rues, vers la mer, ou bien, vers les collines, pour �chapper au bruit des voitures. Nous restions assis sous les pins, � regarder la ville blanche, brumeuse. D�s dix heures du matin, il faisait si chaud que ma chemise collait � mon dos. Je me souviens de l�odeur de Zob��de, jamais je n�avais senti une telle odeur, piquante, violente, qui me g�nait au d�but, puis que j�aimais, que je ne pouvais plus oublier. Une odeur qui voulait dire quelque chose de sauvage, un d�sir, et �a faisait battre mon c�ur plus fort. J�avais seize ans, ce mois-l�, en juin, et bien qu�elle n�e�t que deux ans de plus que moi, j�avais l�impression de ne rien savoir, d��tre un enfant. C��tait elle qui d�cidait tout, quand elle me verrait, o� on irait, ce qu�on ferait et ce qu�on dirait. Elle savait o� elle allait. La chaleur de l��t�, les rues, les pins au soleil, cela pesait et enivrait, cela faisait perdre la m�moire. Un jour, je lui ai dit :</p><p>� Pourquoi tu veux me voir ? Qu�est-ce que tu veux ? �</p><p>� Comme �a. Pour rien. Parce que j�en ai envie. �</p><p>Elle me regardait avec moquerie. Je ne savais pas ce que je voulais d�elle. Simplement regarder son visage, ses veux sombres, toucher sa peau, tenir son corps dans ses v�tements blancs, sentir son odeur.</p><p>Quelquefois, nous allions nous baigner, t�t le matin, ou vers le soir, quand la plage se vidait. Sous ses habits, Zob��de avait un minuscule bikini noir. Elle entrait dans l�eau d�un seul coup, et elle nageait longtemps sous l�eau, puis elle ressortait, avec ses cheveux noirs qui flottaient autour d�elle. D�s qu�elle revenait sur la plage, elle les r�unissait en torsade pour les essorer. Sa peau �tait luisante, m�tallique, toute h�riss�e par le froid. Elle allumait une cigarette am�ricaine, et nous regardions la mer battre le rivage, pousser les d�tritus. Le ciel �tait voil� de brouillard, avec le soleil rouge. Je me souviens que je lui ai parl� de Venise. � Oui, �a doit �tre comme �a � Venise. � Mais j�ai pens� que c��tait peut-�tre comme �a dans son pays, en Syrie, au Liban, ou peut-�tre en �gypte, ce pays dont elle ne parlait jamais, comme si elle n��tait n�e nulle part.</p><p>Un apr�s-midi, nous �tions allong�s sur les aiguilles de pin, dans la colline, nous nous sommes embrass�s pour la premi�re fois. Moi, je faisais cela vite et maladroitement, comme au cin�ma, mais elle, tout de suite m�a embrass� avec violence, sa langue bougeant dans ma bouche comme un animal. J��tais effray�, subjugu�, c��tait le contact le plus �troit que j�avais jamais eu avec un �tre humain. Elle a fait cela trois ou quatre fois, puis elle a d�tourn� son visage. Elle riait un peu, elle disait, en se moquant de moi : � Je suis le diable ! � Je ne la comprenais pas. J��tais ivre, il me semblait que j�avais le go�t de sa salive dans ma bouche, la lumi�re de l�apr�s-midi �tait �blouissante. Entre les f�ts des arbres, je voyais la ville blanche, et la vapeur qui montait peu � peu de la mer, les scintillements des milliers de voitures, dans les orni�res des rues. Zob��de est partie en courant � travers les bosquets. Elle jouait � se cacher derri�re les arbres, derri�re les rochers. Il y avait d�autres couples, dans les clairi�res, et des voyeurs embusqu�s. En haut de la colline, les voitures passaient lentement. Zob��de montait encore plus haut, elle se cachait dans des creux, contre des vieux murs. J�entendais son rire quand je m�approchais. Je la d�sirais, et j�avais peur qu�elle ne s�en rende compte. Quand la nuit tombait, nous redescendions vers la ville, par des escaliers jonch�s de graines de cypr�s. Les oiseaux du soir poussaient de dr�les de cris angoiss�s. En bas, nous nous s�parions brutalement, sans rien dire, sans nous fixer de rendez-vous, comme si nous ne devions jamais nous revoir. C��tait son jeu, elle ne voulait rien qui la retienne. J�avais peur de la perdre.</p><p>C�est � cette �poque qu�elle m�a donn� sa photographie. Elle l�a mise dans la vieille enveloppe jaune, elle me l�a donn�e : � Tiens, c�est pour toi. Je veux que tu la gardes pour moi. � J�ai dit b�tement, solennellement : � Je la garderai toute ma vie. � Mais cela ne l�a pas fait rire. Ses yeux brillaient �trangement, avec fi�vre. Je comprends maintenant, quand je regarde la photo, c��tait elle qu�elle donnait. Comme si elle n�avait jamais eu d�autre vie, d�autre visage. Alors c�est tout ce qui me reste d�elle.</p><p>Il y a les derniers instants, marqu�s en moi, malgr� l�invraisemblance, la confusion, qui font que je crois quelquefois les avoir r�v�s, quand je suis avec Zob��de sur le toit de cet immeuble abandonn�, la nuit, � regarder les �toiles de la ville. Comment est-ce que cela a �t� possible ? Je n�ai jamais pu retrouver l�immeuble, je n�ai jamais compris ce qui m�est arriv� cette nuit-l�, comment tout cela s�est pass�. Je suppose que Zob��de avait tout pr�vu, sans vraiment y penser, � sa fa�on, je veux dire qu�elle savait s�rement qu�on ne devait pas se revoir. Elle avait s�rement d�cid� bien avant cette nuit-l� qu�elle partirait, qu�elle laisserait tout ce qu�elle connaissait, et que sa m�re silencieuse devrait aller travailler l� o� on voudrait d�elle, et qu�elle ne rentrerait plus dans le petit appartement des combles de <emphasis>Happy days. </emphasis>Pourtant, c�est le souvenir de cette nuit qui me semble le plus extraordinaire, tr�s proche du monde de la photo d��cole, je crois que c�est cette nuit-l� que j�ai �t� le plus pr�s d�elle. Sur la plage, nous avons regard� les feux d�artifice du 14 juillet. Il faisait chaud et humide, les nuages des fus�es tra�naient comme de la brume au-dessus de la mer. Et tout � coup, sur la plage, il y a eu cette bagarre. Dans l�obscurit�, des hommes se battaient, des Arabes d�un c�t�, des militaires du contingent de l�autre. La foule nous a port�s vers eux, nous a fait tomber sur les pierres. Les visages grima�aient dans les �clats de lumi�re, j�entendais les d�flagrations qui r�sonnaient sur toute la ville. Il y avait des cris de femmes, des insultes, et je cherchais Zob��de, puis j�ai re�u un coup de poing sur la tempe, et j�ai vacill�, sans tomber. J�ai entendu la voix de Zob��de qui m�appelait, elle a cri� mon nom une seule fois � Daoud ! � et je ne sais pas comment, elle a pris ma main et m�a entra�n� au loin, sur la plage. Nous nous sommes arr�t�s pr�s du mur de sout�nement. Je tremblais sur mes jambes. Zob��de m�a serr� contre elle, et nous avons cherch� les escaliers, pour nous enfuir. Nous avons travers� la foule avant que les lumi�res ne reviennent, et nous avons couru � travers les rues, sans savoir o� nous allions, zigzaguant entre les voitures.</p><p>Au bout de cette course, nous nous sommes arr�t�s devant cet immeuble en construction, une carcasse de b�ton vide et silencieuse au milieu d�un terrain vague. Par des �chelles, nous sommes mont�s d��tage en �tage, jusqu�en haut. Le toit �tait comme un d�sert, avec des gravats, des scories, des bouts de fer. Le vent soufflait tr�s fort, le vent de la mer, le vent qui use les falaises. Zob��de s�est assise contre une chemin�e, un r�servoir, je ne sais plus, et elle m�a fait asseoir � c�t� d�elle. C��tait vertigineux. Il y avait le bruit du vent qui chargeait par intermittence, le bruit du vent venu du fond du ciel noir, par-dessus les toits des maisons, par-dessus les rues et les boulevards.</p><p>La nuit commen�ait. Apr�s la chaleur �touffante du jour, les lumi�res des fus�es, les bruits de la foule, et ce combat terrible sur la plage, dans le noir, les visages grima�ants, les �clats de lumi�re des fus�es, les sifflements, les cris, la nuit apportait la paix, il me semblait que j��tais d�ailleurs, tr�s loin, dans un pays �tranger, que j�allais pouvoir tout oublier de cette ville, les ruelles, les regards des gens, tout ce qui me retenait, me faisait mal. Je sentais un frisson, mais ce n��tait pas le froid, c��tait la peur, et le d�sir. Il y avait la lumi�re de la ville, une sorte de bulle rouge qui recouvrait la terre devant nous. Je regardais le visage de Zob��de, son front, ses l�vres, l�ombre de ses yeux. J�attendais quelque chose, je ne savais quoi. Je l�ai entour�e avec mon bras, j�ai voulu attirer son visage, mais elle s�est �cart�e de moi. Elle a dit seulement, je crois, � non, pas comme �a, pas ici� � Elle a dit : � Qu�est-ce que tu veux ? � C��tait moi qui lui avais pos� la question, avant. � Rien, je ne veux rien. C�est bien d��tre ici, de ne rien vouloir. � Il me semble que j�ai dit cela, mais peut-�tre que je l�ai r�v�. J�ai peut-�tre dit encore : � C�est bien, on a tout le temps, maintenant. � On dit tant de choses dans une vie, et puis ce qu�on a dit s�efface, �a n�est plus rien du tout. Cela, ce que je voulais entendre, dans la musique du vent, dans le grondement des voitures qui montait des rues de la ville, avec cette bulle de lumi�re rouge autour de nous, comme si nous �tions pris dans une aurore bor�ale. Dire � une fille, comme au cin�ma : � Je t�aime. Mon amour. � L�embrasser, toucher ses seins, coucher avec elle dans les collines, avec le bruit du vent, l�odeur des pins, les moustiques, sentir sa peau douce, entendre son souffle devenir rauque, comme si elle avait mal. Quand un gar�on reste la nuit avec une fille, est-ce que ce n�est pas �a qui doit se passer ? Mais je tremblais, je n�arrivais m�me plus � parler. Elle a dit : � Tu as froid ? � Elle m�a serr� contre elle, en passant les mains sous mes bras. � Tu veux qu�on s�embrasse ? � Ses l�vres ont touch� les miennes, et j�ai essay� comme elle avait fait, dans la colline, avec ma langue. Tout d�un coup, elle m�a repouss� durement. Elle a dit : � Je fais ce que je veux. � Elle s�est lev�e, elle a march� jusqu�au bord du toit, les bras �tendus, comme si elle allait s�envoler. Le vent agitait ses habits, ses cheveux. La lumi�re rouge faisait une aur�ole bizarre autour de son corps. Je pensais qu�elle �tait folle, mais �a ne me faisait plus peur. Je l�aimais. Zob��de est revenue, elle s�est blottie contre moi. Elle a dit : � Je vais dormir. Je suis si fatigu�e, si fatigu�e. � Je ne tremblais plus. Elle a dit encore : � Serre-moi tr�s fort. �</p><p>Moi je n�ai pas dormi. J�ai regard� la nuit tourner. Le ciel �tait toujours plein de cette cloque de lumi�re rouge, on ne voyait presque pas d��toiles. C��tait autre chose qui tournait, qui bougeait. La ville r�sonnait comme une maison vide. Zob��de dormait vraiment. Elle avait cach� sa t�te dans le creux de son bras, et je sentais son poids sur ma cuisse. Elle ne s�est pas r�veill�e, m�me quand j�ai pos� sa t�te sur mon blouson roul�, et que je suis all� � l�autre bout du toit pour pisser dans le vide, sous le vent des chemin�es.</p><p>� l�aube, elle s�est r�veill�e. J�avais mal partout, comme si on m�avait battu. Nous nous sommes quitt�s sans nous dire au revoir. Quand je suis rentr� chez moi, mes parents n�avaient pas dormi. J�ai �cout� leurs reproches, et je me suis couch� tout habill�. J�ai �t� malade pendant trois jours. Apr�s, je n�ai pas revu Zob��de. M�me son nom avait disparu de la bo�te aux lettres.</p><p>Maintenant, chaque �t� qui approche est une zone vide, presque fatale. Le temps ne passe pas. Je suis toujours dans les rues, � suivre l�ombre de Zob��de, pour essayer de d�couvrir son secret, jusqu�� cet immeuble au nom si ridicule et triste, <emphasis>Happy days. </emphasis>Tout cela s��loigne, et pourtant, cela fait encore battre mon c�ur. Je n�ai pas su la retenir, deviner ce qui se passait, comprendre les dangers qui la guettaient, qui la chassaient. J�avais le temps, rien n��tait important. Je n�ai gard� d�elle que cette photographie d�une �cole o� je n�ai m�me pas �t�. Le souvenir de ce temps o� chaque jour �tait la m�me journ�e, une seule journ�e de l�existence, longue, br�lante, o� j�avais appris tout ce qu�on peut esp�rer de la vie, l�amour, la libert�, l�odeur de la peau, le go�t des l�vres, le regard sombre, le d�sir qui fait trembler comme la peur.</p></section><section><title><p><emphasis>Zinna</emphasis></p></title><section><title><empty-line/></title><p>Il s�appelait Tomi, mais Zinna l�appelait Gazelle, � cause de son autre nom, Arzel, parce qu�elle disait que c��tait ce que �a voulait dire, en arabe. C��tait peut-�tre pour �a qu�il savait courir si vite. D�ailleurs, le directeur du Centre s�appelait Monsieur Poisson, et le meilleur ami de Tomi s�appelait Lucien la Belette, parce que son nom, c��tait Bellet.</p><p>Il n�avait jamais vu une personne comme Zinna, de toute sa vie. �trange, avec un visage si pur et doux un peu pench� de c�t�, et ces yeux verts qui regardaient au loin, � travers vous, ces yeux qui cherchaient quelque chose dans le ciel, un nuage, un oiseau, une �toile, on ne savait pas.</p><p>Tomi n�avait pas oubli� cet hiver, il venait d�arriver au Centre, apr�s cette histoire de vol de v�lomoteur et tout �a. Il �tait parti de Vaujours, de chez les Herbaut, la famille o� il �tait plac�. Jamais plus il ne retournerait l�-bas. Il gardait tout le temps dans la poche de son blouson le certificat du bureau d�orientation scolaire, o� il y avait �crit une petite phrase qui disait, pas apte aux �tudes, orientation CAP de ma�on. Il gardait toujours ce papier sur lui, et il se disait que si un jour il devenait quelqu�un, il sortirait ce papier o� il y avait �crit : ma�on.</p><p>Il quittait le Centre t�t le matin. Il disait qu�il allait �tudier � la biblioth�que. Mais eux s�en moquaient. Il �tait l� juste pour quelques mois, avant de partir pour Paris, pour le CAP. Il marchait au hasard dans les rues de cette ville qu�il ne connaissait pas. Il ne savait m�me pas le nom des rues. Il allait dans les caf�s, dans la vieille ville, c�est l� qu�il avait rencontr� Rochet, on l�appelait Rosette. C��tait un dealer.</p><p>Du c�t� de la mer, il y avait toujours plus ou moins de mouettes qui planaient dans le vent en geignant. C�est dans cette ruelle qu�il avait vu Zinna pour la premi�re fois.</p><p>Elle avait ce manteau gris de pauvresse, bizarre, qui s��vasait aux hanches comme une redingote, et pourtant, m�me habill�e comme �a elle �tait belle. Elle marchait vite, avec son visage inclin�, elle �tait p�le, avec des pommettes tr�s lisses. Elle ne regardait personne. Tomi s��tait �cart� pour la laisser passer. Il avait quatorze ans, il �tait d�j� plus grand qu�elle. Elle �tait pass�e, elle avait souri � peine, elle avait disparu, vraiment comme une inconnue, comme une femme qu�on aper�oit sur un quai de gare et qui glisse et se d�fait dans un reflet.</p><p>Dans la lumi�re de l�hiver, ses cheveux faisaient autour de son visage une aur�ole presque rouge. C��tait �a qui avait fait battre le c�ur de Tomi, cette chevelure fris�e qui captait la lumi�re. Et il y avait en elle cette �tranget�, cette absence. � ce moment-l�, il ne savait rien d�elle, ni son nom de Zinna, ni qu�elle �tait juive. Tomi n�avait personne au monde, � quatorze ans il avait tout fait et tout vu, il �tait voleur, sniffeur de colle, menteur et fugueur, mais il �tait vierge et il n�avait aucune id�e de ce qu��tait une femme, c�est-�-dire, pas d�autre id�e que celle que les gar�ons du Centre avaient sur le sexe des femmes, par les allusions, les photos porno et les films X. Et ceux qui parlaient le plus fort �taient ceux qui avaient le plus peur. Alors Zinna, cette fa�on qu�elle avait de marcher, de regarder, son visage inclin� et ses cheveux couleur de cuivre, tout cela �tait entr� dans Tomi, il ne pouvait plus l�oublier. C��tait cela qui faisait battre son c�ur, m�me aujourd�hui apr�s tout ce qui s��tait pass�, c��tait cela qui le rongeait.</p><p>Elle apparaissait tous les jours au m�me endroit, dans la ruelle qui longe l�Op�ra, et au bout on voyait le soleil briller sur la mer, et les mouettes chass�es par le vent. Tomi avait pass� la plus grande partie de sa vie � Vaujours, il ne savait pas qu�il y avait des oiseaux sur la mer, ni ce vent, ni cette lumi�re. Zinna �tait si �trange. C��tait comme si elle sortait de la mer. Elle avait toujours ce manteau gris, le m�me qu�elle portait � son arriv�e, en d�barquant du bateau. Le matin, � cause du froid, elle serrait ses cheveux dans un ch�le noir, et son visage paraissait p�le, ses yeux �taient encore plus lointains, transparents.</p><p>Chaque jour, Tomi venait l�, dans cette ruelle, il attendait qu�elle apparaisse. Il ne voulait rien voir d�autre de cette ville. Il ne voulait plus parler aux autres gar�ons, ni m�me � Lucien la Belette. Il regardait le man�ge des dealers, sur la petite place, qui attendaient la venue de Rosette. Puis il retournait vers la ruelle, parce que c��tait l�heure o� Zinna sortait de l�Op�ra.</p><p>La ruelle �tait un corridor glac�. Les filles, les jeunes gar�ons s�en allaient vite. Personne ne faisait attention � Tomi. Il y avait aussi ce bar, avec des tourniquets de cartes postales et des souvenirs en coquillages. Tomi les regardait ind�finiment, en tournant le dos au vent.</p><p>Vers midi, les �l�ves sortaient en se bousculant, ils jaillissaient par la petite porte de l�Op�ra, ils couraient dans la ruelle. Ils �taient habill�s en anoraks et en jeans. Certains portaient des instruments de musique dans des �tuis, des violons, des clarinettes. Il y avait de grandes filles sveltes aux cheveux courts, des jeunes filles avec des chignons de danseuses, en collant noir sous leurs manteaux. Tomi aimait bien les voir sortir de l�Op�ra. Ils allaient chez eux. Ils avaient des parents qui les attendaient dans des voitures, il faisait si froid que les �chappements faisaient des nuages de fum�e. Si Tomi n�avait pas eu Zinna � attendre, il serait mort de froid, l�, dans cette ruelle. Il ne savait m�me pas pourquoi il l�attendait. Il n�imaginait pas qu�il pourrait ne pas la voir, ne pas rencontrer son regard, son sourire. Il n�essayait pas de comprendre. Peut-�tre qu�il pensait qu�elle �tait la femme de m�nage, qu�elle nettoyait les sols de l�Op�ra, avec de l�eau de Javel, quand les �l�ves en anorak �taient partis.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Elle est entr�e dans l�Op�ra. C��tait la fin de l�apr�s-midi, un samedi, je m�en souviens. Il n�y avait presque personne dans la b�tisse, seulement le concierge sourd, et quelques �l�ves attard�s. D�s que je suis entr�, j�ai entendu sa voix. C�est �trange, c�est comme si je l�avais reconnue tout de suite, avant m�me de l�avoir vue. C��tait une voix, comment dire ? irr�elle, c�leste. J��tais attir� par sa voix comme si on me tirait en avant. J�allais � travers les couloirs, j�ouvrais les portes les unes apr�s les autres, sur toutes ces salles vides. Tout � fait en haut des escaliers, au bout du couloir, il y avait une porte entrouverte. C��tait une pi�ce dont les volets �taient toujours ferm�s, avec des fen�tres tourn�es vers la mer comme des yeux d�aveugle.</p><p>Je l�ai vue. Elle �tait debout, v�tue de sa robe informe, avec ces escarpins blancs � talons hauts qui donnaient l�impression que ses jambes �taient arqu�es. Sur une chaise, pr�s de la porte, il y avait l�affreux manteau gris qu�elle avait pli� avec soin, comme si elle �tait chez le docteur.</p><p>Ce que j�ai vu surtout, c�est son visage. Elle �tait tourn�e de trois quarts, et la lueur de l�ampoule �lectrique nue faisait une sorte de flamme au-dessus de sa t�te. Elle chantait, seule devant le piano ferm�, cet air de <emphasis>Don Giovanni, </emphasis>Donna Elvira, <emphasis>mi tradi quell� alma ingrata, </emphasis>et tout �tait diff�rent. Son regard maintenant �tait tourn� vers moi, le vert de ses iris me br�lait, jamais je n�avais ressenti une telle �motion. Zinna chantait, comme si c��tait pour moi, comme si elle �tait enfin arriv�e jusqu�� moi, et que j��tais venu l� o� je devais, en suivant le fil de sa voix, � travers la solitude et l�amertume de ma vie.</p><empty-line/><p>C�est d�elle que je veux me souvenir, de sa voix surnaturelle. Comment �tait-elle arriv�e ? Je ne sais pas, je ne l�ai jamais su. Il me semblait que c��tait elle que j�attendais, depuis toujours, que c��tait elle pour qui j�avais v�cu, le Conservatoire, les r�p�titions interminables, l�ennui de ces salles grises o� j�enseignais le violoncelle, les concerts de routine. Je ne sais pas pourquoi, j�ai pens� � mon grand-p�re Cha�m. Il me semble qu�il l�a connue, elle, il me semble que c�est par lui qu�elle est venue jusqu�� moi, parce qu�il ne peut pas y avoir de hasard.</p><p>C�est �trange, je lui ai parl� tout de suite de mon grand-p�re Cha�m, qui �tait premier violon � l�Op�ra de Mostaganem. Elle avait l�air si jeune, presque une enfant, malgr� ses habits d�mod�s. � Que voulez-vous, mademoiselle ? � J�ai demand� cela d�abord, un peu rudement, parce que je ne voulais pas qu�elle se doute de mon �motion. Elle m�a dit qu�elle voulait apprendre � chanter, suivre des cours de chant. J�ai pens� la renvoyer au secr�tariat, pour une inscription, j�ai failli dire � ou peut-�tre l�ai-je dit vraiment.�� � vous savez, je suis tr�s occup�, je ne peux rien faire pour vous �. Depuis que les huissiers ont emport� le piano Steinway de Juliette pour payer les cr�anciers, je n�ai pas d�autre endroit o� pratiquer. Zinna, elle est rest�e � la m�me place, sous l�ampoule �lectrique. Je lui ai demand� o� elle avait appris � chanter, je lui ai dit : � Chantez encore, je vous �coute. � Elle a chant� un air <emphasis>de Lucie de Lammermoor, </emphasis>et un air de l�<emphasis>Italiana in Algeri, </emphasis>et j�ai compris ce que j�avais su tout de suite, quand je montais l�escalier � sa recherche, que c��tait bien elle que j�avais attendue depuis toujours, pour qui j�avais v�cu la musique. Sa voix �tait facile et l�g�re, elle entrait en moi, elle r�veillait les plus anciens souvenirs. Apr�s, elle m�a racont� qu�elle avait appris toute seule, autrefois, au Mellah, en �coutant les disques de son oncle Moch�. Quand ils avaient d� partir, son oncle �tait mort, et elle avait quitt� son p�re. Elle travaillait pour vivre, elle faisait des m�nages, elle gardait des enfants. Elle n�avait jamais quitt� son manteau gris.</p><p>C�est comme cela qu�elle �tait entr�e dans ma vie. Chaque jour, en fin d�apr�s-midi, quand l�Op�ra �tait d�sert, elle venait dans la chambre aux volets ferm�s, pour une le�on de musique.</p><p>Ensemble on r�p�tait les grands airs, <emphasis>Faust, Rom�o et Juliette, La Boh�me, </emphasis>surtout les italiens, elle savait toutes les paroles, sans les comprendre, <emphasis>A�da, la Traviata, Il Trovatore. </emphasis>Elle avait une belle voix. Quelquefois on chantait ensemble, le passage qu�elle pr�f�rait, c��tait dans <emphasis>Don Giovanni</emphasis> :</p><empty-line/><p><emphasis>� L� ci darem la mano, l� mi dirai di si.</emphasis></p><p><emphasis>Vedi, non � lontano,</emphasis></p><p><emphasis>partiam, ben mio, da qui� �</emphasis></p><p>Et Zinna :</p><p><emphasis>� Vorrei, e non vorrei, mi tr�ma un poco il cor, felice, � ver, sarei, ma puo burlarmi ancor, ma puo burlar mi ancor ! �</emphasis></p><p>Surtout, l�air d�Anna :</p><p><emphasis>� Non mi dir, bell�idol mio, che son io crudele con ti, tu ben sai quant io t�amai� �</emphasis></p><empty-line/><p>Je voulais savoir des choses sur elle, je voulais conna�tre sa vie. Un jour, je lui ai pos� des questions : � Est-ce que tu vis seule ? Est-ce que tu as quelqu�un ? � Elle m�a regard� de son regard froid, m�fiant. Puis elle a cess� de venir, et je me suis aper�u que j�avais plus besoin d�elle, qu�elle de mes le�ons, et �a m�avait fait mal, honte, �a m�avait emp�ch� de dormir. J�avais besoin de l�entendre chanter <emphasis>L� ci darem la mano. </emphasis>C��tait risible et insupportable. Moi, Jean Andr� Bassi, violoncelliste � l�Op�ra, � cinquante ans pass�s, mari� � Juliette, tellement solitaire, vivant dans ce grand appartement v�tuste de la rue de l�Op�ra.</p><p>C�est Juliette qui a voulu qu�elle vienne vivre � la maison. Il y avait, sur le m�me palier, une chambre ind�pendante qui devait servir autrefois pour la domestique, et qu�on appelait � la chambre inond�e � parce que l�eau y entrait chaque fois qu�il y avait un orage. C�est l� que Zinna s�est install�e, durant cette ann�e extraordinaire et terrible qui a pr�c�d� sa disparition. Elle �tait dans une p�riode difficile, elle n�avait plus d�argent, nulle part o� aller. Elle avait rencontr� Juliette � la maison, et elle lui avait tout de suite plu. Juliette �tait malade, ses crises d�asthme �taient de plus en plus rapproch�es, de plus en plus fortes. Elle disait : � Jure-moi que tu ne m�enverras pas � l�h�pital, qu�on ne me mettra pas dans un poumon d�acier. � Elle m�a charg� de demander � Zinna de rester avec elle. � Comme �a, elle sera moins seule �, ai-je dit � Zinna. J�avais peur qu�elle refuse, et en m�me temps, je n�arrivais pas � l�imaginer tout pr�s, � chaque instant. Zinna a dit oui, tr�s simplement. Un matin, elle est arriv�e dans la chambre inond�e. Elle n�avait rien d�autre qu�une petite valise, et son fameux manteau gris. Elle est venue accompagn�e d�un jeune gar�on que j�ai pris d�abord pour un gitan, sombre, avec de beaux yeux sans cesse aux aguets. Quand elle a vu que je le regardais, elle m�a dit son nom, un nom �trange : Gazelle. Elle a dit aussi : � C�est un voleur, mais il est gentil. � Il l�accompagnait partout. Quand elle venait pour la le�on de musique, en fin d�apr�s-midi, � l�Op�ra, il s�asseyait par terre, dans le couloir, devant la porte, ou bien il restait sur les marches de l�escalier. Il ne voulait pas entrer dans la salle aux volets ferm�s.</p><p>Cette ann�e-l� �tait extraordinaire, brillante. Je m�en souviens, maintenant que plus rien n�existe. M�me Juliette �tait transform�e. Elle avait le regard plus vif, quand elle parlait de Zinna. Elle �tait press�e, impatiente. Sans cesse elle allait frapper � sa porte. Elles restaient ensemble des heures, elles se parlaient. Elles allaient se promener, elles faisaient des courses. Mais Zinna ne rentrait jamais chez nous.</p><p>Rien n��tait comme avant. Zinna �tait sans cesse pr�sente, m�me si je ne la voyais qu�au moment des le�ons, ou parfois, au hasard, dans les rues voisines, dans les escaliers. Je ne comprenais pas ce qui m�arrivait. C��tait peut-�tre de l�amour, du d�sir, mais alors je n�y pensais m�me pas. Pas un instant je n�avais imagin� cela. Peut-�tre que c��tait elle, sa jeunesse, sa beaut�, ou bien le son de sa voix, qui m�avaient envo�t�, qui m�avaient li�.</p><p>Je me souviens, un apr�s-midi de printemps, il pleuvait � verse. J��tais rentr� fatigu� par les r�p�titions, tremp� jusqu�aux os. J�avais mont� les escaliers, et elle �tait l�, assise devant la porte. L�eau cascadait de la goutti�re dans sa chambre, elle avait l�air d�sempar�. J�ai pris un seau et des serpilli�res, et tous les deux nous avons �pong� le sol de sa chambre, essay� de colmater les fuites sous la fen�tre. � la fin, nous nous sommes assis sur le lit de camp, �puis�s et tremp�s, et nous avons ri et parl�, comme s�il n�y avait aucune diff�rence, que nous avions le m�me �ge, que nous avions toujours v�cu ensemble. C��tait si simple, si facile d��tre l�, avec elle. Sa chevelure rouge brillait de gouttes d�eau. Elle parlait du Mellah, des march�s, le souk des tanneurs, le souk des forgerons, elle parlait des maisons, des fondoucs. Moi, je lui parlais de Mostaganem comme si j�y avais v�cu avec mon grand-p�re Chaim, des soir�es o� le th��tre brillait de toutes ses lampes. Je n�avais plus d��ge, Zinna n�avait plus d��ge. Tout �tait neuf et lumineux. L�orage continuait, la pluie cascadait sous la fen�tre, mais �a n�avait plus aucune importance.</p><p>Zinna �tait inscrite pour le concours. Elle r�p�tait chaque apr�s-midi, dans la salle aux volets ferm�s. Maintenant, il y avait des �l�ves qui restaient pour l�entendre. Quand elle chantait l�air de <emphasis>Don Giovanni, L� ci darem la mano,</emphasis> ou le r�citatif, <emphasis>crudele ? </emphasis>l�, dans cette pi�ce v�tuste o� le soleil n�entrait jamais, il y avait de la magie, une force myst�rieuse. Oui, c��tait le bonheur, le d�sir qui s��panouissaient dans cette pi�ce, qui an�antissaient le reste. J�attendais l�instant des r�p�titions avec une impatience grandissante. Plus rien ne comptait, mes propres essais au violoncelle, avec l�orchestre, m�ennuyaient. Les autres musiciens s�en rendaient compte. Ils savaient. Ils chuchotaient des choses. L�un d�eux, un fl�tiste du nom de Santucci me prit un jour � part, il voulait me dire quelque chose, il n�y arrivait pas : � Mon vieux, il faut te ressaisir� Tu comprends, il ne faut pas te laisser aller. � Je l�ai regard� m�chamment : � Me ressaisir ? Me laisser aller ? Tu me prends pour un objet trouv� ? � Ils �taient inquiets, jaloux. Maintenant, je peux imaginer qu�ils �taient attir�s, eux aussi, par la voix, par la flamme au-dessus de sa chevelure, par son regard transparent. Qu�ils avaient devin�, eux aussi, que ce ne serait pas toujours ainsi, que �a n��tait qu�un instant, une vibration, un battement, et que le silence et le vide qui s�ensuivraient seraient encore plus terribles.</p><p>Maintenant, Zinna est partie. Elle n�a pas dit o� elle allait. Elle ne s�est pas pr�sent�e au concours. Elle s�est effac�e, simplement. Un soir, longtemps d�j� apr�s son d�part, Juliette a eu une crise plus grave. Elle �tait allong�e sur le carrelage, p�le, le visage creus�. Elle respirait mal, comme si son diaphragme devait soulever un poids terrifiant. Je l�ai trouv�e l� en rentrant de l�Op�ra. Son regard brillait de souffrance et d�inqui�tude.</p><p>� Est-ce que Zinna est l� ? � Elle a dit cela lentement, en me serrant la main de toutes ses forces. � Tu veux que je l�appelle ? � J�ai dit cela comme on parle � un enfant malade, pour le calmer. Elle a secou� la t�te. � Non, non, je veux seulement. � Elle me regardait avec une sorte d��tonnement, comme si ce qu�elle disait ne venait pas d�elle. Elle a dit : � Tu l�aimes. � Ce n��tait pas une question. Je ne sais plus ce que j�ai dit, ce que j�ai fait. J�ai d� t�l�phoner � police-secours. Malgr� mes promesses, j�ai laiss� les infirmiers l�emmener � l�h�pital. Zinna n�est jamais revenue dans cette maison.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>� Tu sais, Gazelle, quand j��tais toute petite, il n�y avait pas de plus beau quartier que le Mellah. �</p><p>Zinna commen�ait toujours ainsi. Elle s�asseyait sur la plage, et Tomi se mettait � c�t� d�elle. C��tait g�n�ralement le matin. Le soir, elle disparaissait. Elle allait voir des gens, loin, � l�autre bout du monde, elle allait dans des restaurants qui brillaient comme des paquebots. Sur la plage, le matin, c��tait bien. Les mouettes tourbillonnaient. C��tait comme s�il n�y avait rien d�autre au monde, que tout pouvait durer une �ternit�.</p><p>� Alors, nous habitions une maison tr�s vieille, �troite, juste une pi�ce en bas o� couchait mon p�re avec mon oncle Moch�, et moi j��tais dans la chambre du haut. Il y avait une �chelle pour grimper sur le toit, l� o� �tait le lavoir. C��tait moi qui lavais le linge, quelquefois Khadija venait m�aider, elle �tait grosse, elle n�arrivait pas � grimper l��chelle, il fallait la pousser. � c�t� de chez nous, il y avait la maison bleue. Elle n��tait pas bleue, mais on l�appelait comme �a parce qu�elle avait une grande porte peinte en bleu, et des fen�tres � l��tage aussi �taient peintes en bleu. Il y avait surtout une fen�tre tr�s haute, au premier, qui donnait sur un balcon rond. C��tait la maison d�une vieille femme qu�on appelait la tante Rahel, mais elle n��tait pas vraiment notre tante. On disait qu�elle �tait tr�s riche, qu�elle n�avait jamais voulu se marier. Elle vivait toute seule dans cette grande maison, avec ce balcon o� les pigeons venaient se percher. Tous les jours j�allais voir sa maison. De son balcon, je r�vais qu�on pouvait voir tout le paysage, la ville, la rivi�re avec les barques qui traversaient, jusqu�� la mer. La vieille Rahel n�ouvrait jamais sa fen�tre, elle ne se mettait jamais au balcon pour regarder. Peut-�tre que �a lui �tait �gal de voir tout �a, peut-�tre qu�elle n�y pensait m�me pas. Peut-�tre qu�elle �tait triste, parce qu�elle n�avait personne avec qui partager le paysage. Elle avait toujours v�cu dans cette grande maison, elle y �tait n�e, et quand son p�re et sa m�re �taient morts, elle �tait rest�e seule. �</p><p>Zinna parlait lentement, comme si elle cherchait � se souvenir. Tout �tait si loin, perdu de l�autre c�t� de la mer. Tomi se serrait contre elle, sur la plage. Zinna mettait son bras autour de ses �paules. Jamais aucune fille ne l�avait serr� comme cela. Il ne sentait plus le froid, ni la faim, il n�avait plus peur de l�avenir. Il ne retournerait plus jamais dans le Centre. La police ne le retrouverait pas, il saurait s�enfuir et se cacher. C��tait pour �a qu�il s�appelait Gazelle.</p><p>Zinna parlait de sa ville, les ruelles qui descendent, les escaliers, les portes secr�tes, les passages, et en bas, le grand fleuve avec la vague de la mar�e qui pousse les branches mortes et chasse les mouettes.</p><p>� Tu sais, Gazelle, le Mellah c��tait le monde pour moi. Je ne sortais presque jamais du quartier, ou alors juste pour aller voir l�embarcad�re, ou bien avec l�oncle Moch�, dans les magasins. Quelquefois aussi on allait dans le cimeti�re, au-dessus de la mer. Mon oncle aimait bien les cimeti�res. Au Mellah, je connaissais chaque rue, chaque cour, chaque recoin des maisons. C��tait tellement grand, et il y avait tant de monde qu�on pouvait na�tre et mourir l�, sans jamais en sortir. Comme la vieille Rahel. Mon oncle Moch� �tait tailleur, enfin, pas vraiment tailleur. Il avait une machine � coudre. De temps en temps, quelqu�un venait le voir avec un coupon de tissu : Moch�, combien veux-tu pour me faire un complet avec �a ? Moch� secouait la t�te : mon pauvre ami, tu parles d�argent, ou de temps ? Parce que si c�est une question d�argent, je peux te faire ton complet pour rien, sans �tre pay�. L�, mon oncle attendait deux ou trois secondes, pour juger de l�effet sur son interlocuteur. Puis, quand le client souriait, il coupait net : mais si c�est de temps que tu me parles, mon pauvre ami, je crois que tu aurais tellement � attendre que tu ferais mieux d�aller l�acheter tout fait, ton complet. Crois-moi, ce n�est pas de la mauvaise volont�, mais si tu voyais la montagne de travail que j�ai, tu t�en irais tout de suite au souk acheter ton complet. Mon oncle Moch�, c��tait un h�bleur, mais je m�amusais bien avec lui. C��tait lui qui m�emmenait en promenade jusqu�au fleuve, ou au march� pour acheter des l�gumes. L�apr�s-midi, il me faisait �couter ses disques d�op�ra, il m�apprenait les paroles en italien, il chantait avec moi. Il m�emmenait aussi dans les fondoucs, pour �couter la musique des Andalous, et voir les danseurs tourner, ils avaient de grands ciseaux qu�ils grattaient en rythme, ils chantaient avec une voix aigu�, mon oncle les imitait bien. �</p><p>Zinna montrait � Tomi, sur la plage, elle dansait pieds nus sur les galets, en frappant dans ses mains, elle chantait les chansons andalouses avec une voix aigu�, �trange comme les cris des mouettes. Apr�s, elle racontait encore, et Tomi se serrait contre elle, pour entendre sa voix r�sonner dans son corps.</p><p>� C��tait bien, au Mellah, on n��tait jamais seul. Il y avait du monde partout, tout le monde se connaissait, se saluait, se regardait. Quand je descendais vers le fleuve, par les escaliers, les autres enfants venaient avec moi, on se retrouvait � chaque coin de rue, on criait, on s�appelait : Fadel ! Sa�d ! Salomon ! Moussa ! On allait jusqu�� l�endroit o� la mer s�arr�te, on jetait des pierres dans la vase, on regardait voler les mouettes, les courlis. On regardait l�embouchure du fleuve, avec les barques des p�cheurs et le soleil qui se couchait dans la mer, je me souviens, j�ai pens� que c��tait �a le bout du monde, qu�il n�y avait rien au-del�. �</p><p>� Et ta m�re, Zinna ? �</p><p>� Ma m�re est morte quand j�avais cinq ans, de la typho�de. Je ne me souviens pas d�elle. Mon p�re, j�avais peur de lui, mais il ne m�a jamais battue. Mais c��tait mon oncle Moch� que j�aimais. Il �tait un peu fou. Il ne savait pas travailler. Mon p�re disait qu�il n��tait bon � rien. Quand mon oncle se f�chait, il parlait en arabe, ou en italien, comme dans les op�ras. Il disait : scellerato ! perfido ! crudele ! �a me faisait rire. �</p><p>� Mais il t�aimait, ton p�re ? �</p><p>� Oui, il m�aimait bien, � sa fa�on. Mais il avait des probl�mes d�argent. Et puis avec la guerre, c��tait difficile. Les gens quittaient le Mellah. Ils ne savaient pas o� aller. Les vieux ne voulaient pas s�en aller, ils avaient toujours v�cu l�, ils ne pouvaient m�me pas imaginer comment c��tait, en France. Mon oncle Moch� ne voulait pas y penser. Un jour, il est revenu d�une promenade, il �tait inquiet. C��tait � cause de la vieille Rahel, elle s��tait fractur� le col du f�mur, on l�avait emmen�e � l�h�pital. Ses neveux �taient venus de France pour vendre sa maison. Elle ne pourrait plus y retourner. C��tait �a qui bouleversait l�oncle Moch�. Et quand on a d� partir, apr�s l�ind�pendance, mon p�re a vendu tout ce qu�il avait, il a fait les valises et il a achet� les billets de bateau, pour tout le monde. Mais l�oncle Moch� n�a pas support�. C��tait le d�but de l�hiver, il s�est couch�, on a cru que c��tait la grippe. Le bateau devait partir dans quinze jours. Il est mort le jour o� on devait s�en aller, ou peut-�tre le jour d�apr�s. Moi je savais que c��tait parce qu�il ne voulait pas partir. Alors mon p�re a fait l�enterrement, et on a pris le bateau d�apr�s. �</p><p>Tomi se serrait contre Zinna, il �coutait sa voix dans sa poitrine. Il pensait qu�il avait �t� l�-bas, lui aussi, dans cette ville blanche avec des portes bleues, avec ces escaliers, ces passages, et la rivi�re, l�embarcad�re, et le cimeti�re au-dessus de la mer, les murs ocre, les portes qui avaient des noms si beaux, la Porte du Retour, la Porte du Vent. Pour �a, il ne voulait plus rentrer au Centre, dormir dans le dortoir avec les autres gar�ons, entendre leurs bruits obsc�nes et sentir leurs odeurs, surtout maintenant que Lucien la Belette �tait parti vivre ailleurs, chez des gens, tr�s loin, en Alsace.</p><p>� Tu sais, Gazelle, au Mellah, il y avait des enfants partout, dans la rue, dans les boutiques, aux carrefours � c�t� des fontaines, sur les rives du fleuve, ils restaient assis � regarder les barques. Partout, il y avait des enfants qui jouaient, qui parlaient, ils te parlaient, ils t�appelaient par ton nom quand tu passais� �</p><p>Tomi fermait les yeux, comme pour dormir.</p><empty-line/><p>La nuit, Tomi attendait devant l�immeuble moderne, sur la colline. Quand Zinna rentrait seule, il entrait avec elle. Son appartement �tait tout blanc, presque sans meubles, juste des coussins par terre. C��tait extraordinaire, comme dans un film. Pour dormir, Zinna mettait une longue chemise blanche. Tomi se couchait contre elle, pour avoir chaud. Dans le noir, elle lui parlait encore du Mellah, et des cimeti�res. Tous les cimeti�res o� elle allait, si beaux, si calmes, avec les tombes des pauvres et les dalles de pierre des riches sur lesquelles �taient grav�s leurs noms, et l�herbe qui poussait. Il y avait des �cureuils qui habitaient dans les tombes. On entendait la rumeur du vent, la mer sur les r�cifs. Quelquefois, le vendredi, les familles venaient, avec les vieux qui r�citaient des pri�res, ils marmonnaient, �a faisait un bruit de gu�pes. Autrefois, Tomi avait peur des cimeti�res, mais maintenant, � cause de Zinna, il allait souvent dans le cimeti�re en haut de la ville. Quelquefois, Zinna allait avec lui, ils marchaient entre les tombes, ils lisaient les noms, et puis ils s�asseyaient tout � fait en haut, l� o� on voyait la mer, et les cargos lents qui avan�aient le long de l�horizon.</p><p>La nuit, il �coutait parler Zinna. Il l�entourait avec ses bras. Il sentait la chaleur de son corps, sa verge devenait dure. Le d�sir lui faisait mal, comme une br�lure. Mais il n�osait pas bouger, de peur de rompre le charme. Il avait peur que Zinna le renvoie dans la nuit, et il faudrait � nouveau courir pour �chapper aux policiers. Alors il restait immobile, tendu, il �coutait le souffle de Zinna. Quand son souffle devenait r�gulier, il murmurait : � Tu dors ? � Elle ne r�pondait pas.</p><p>Alors Zinna �tait d�j� la ma�tresse d�Orsoni. Tomi le savait. Rosette parlait de �a, un jour, dans le bar o� il se pavanait. Tomi le ha�ssait. Mais il ne voulait pas y penser. Peut-�tre qu�il avait peur de ce qui allait arriver.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>Si belle, Zinna, dans sa robe �carlate, quand elle entrait dans le hall de l�h�tel Martinez, accompagn�e du clignotement des flashes des photographes, traversant la foule jusqu�au grand escalier, et la lumi�re brillait sur ses �paules, embrasait sa chevelure, allumait les diamants de son diad�me, le seul cadeau qu�elle avait accept� d�Orsoni. Un peu en retrait, comme entra�n� dans son sillage, Orsoni, son visage jaune, ses cheveux coup�s en brosse, cet air de bont� apais�e que montrent parfois les fripouilles et les politiciens parvenus au sommet de leur carri�re, et qui n�ont plus rien � d�sirer que le reflet d�honorabilit� que leur font miroiter les journalistes.</p><p>Ils �taient pr�sents, justement, en un ballet incessant de photographes qui accompagnaient Zinna dans sa marche triomphale. Comme elle souriait sans r�pondre, c��tait � l�homme d�affaires qu�ils adressaient leurs questions : � Ma�tre ! S�il vous pla�t ! Un mot sur vos projets ! Quelle est votre position dans l�affaire Darnay ! Ma�tre ! � Orsoni, d�un geste impatient, chassait ces insectes puis, condescendant, avant de franchir le seuil prestigieux : � Messieurs ! <emphasis>Hic non est locus.�</emphasis> � Et il disparaissait dans le hall de l�h�tel, tandis que les reporters �berlu�s se r�p�taient la formule en l��corchant.</p><p>Zinna, nul n�aurait pu reconna�tre ce qu�elle �tait, cinq ans auparavant, quand elle entrait par la petite porte de l�Op�ra, v�tue de son manteau redingote gris, avec ce regard transparent et lointain des enfants perdus. Aujourd�hui, dans le hall de l�h�tel, son regard �tait du m�tal dur, et la lumi�re brillait sur son visage et sur ses �paules comme sur une coque.</p><p>C��tait elle que je voulais voir. Depuis qu�elle �tait partie, un jour, sans dire o� elle allait, je l�avais cherch�e. Apr�s la maladie de Juliette, j��tais dans un �tat de choc, je ne savais plus ce que je faisais. J�errais dans les rues, la nuit, dans l�espoir d�apercevoir Zinna, au hasard, comme un �clair, dans une voiture qui passe, dans un reflet. J�avais m�me demand� � une agence de filature (l�air goguenard du d�tective quand il examinait la photo). J�avais mis des annonces dans les journaux. Et un jour, dans un magazine de mode, sur cette photographie. Semaine apr�s semaine, j�avais remont� la piste. D�s que les le�ons de musique �taient finies, ou bien entre midi et trois heures, entre les r�p�titions, j�allais � l�h�m�roth�que. C��tait la fin avril, le concours approchait. Il y avait une chaleur lourde dans l�air, quelque chose d��lectrique, les orages �clataient en fin d�apr�s-midi, inondant la chambre qui �tait rest�e vide depuis le d�part de Zinna. Depuis que Juliette �tait revenue de l�h�pital, elle �tait sans courage. Avec elle, je ne parlais jamais de ce qui s��tait pass�, ni de cet apr�s-midi o� j��tais entr� dans la chambre de Zinna. C��tait si lointain, c��tait vieux comme un r�ve � demi oubli�.</p><p>Le festival lyrique approchait. Il fallait que tout soit fini avant, que je sache tout. Zinna serait l�. Tout le monde parlait d�elle, et d�Orsoni. C��tait lui qui avait propuls� Zinna, comme d�autres avant elle. L�argent, les relations, le monde du spectacle s��tait ouvert devant elle. La nouvelle d�esse avait commenc� son ascension. Dans la salle sombre de l�h�m�roth�que, je ne pouvais d�tacher mon regard de la photo de l�Op�ra de Vienne, ces anneaux de lumi�res entourant la sc�ne, et l��toile ouverte sur le plafond. C��tait cela dont Zinna avait r�v�, s�rement, autrefois, quand elle travaillait dans la solitude de la pauvret�, quand elle montait l�escalier jusqu�� la chambre aux volets ferm�s. Elle ne pensait pas aux femmes qu�Orsoni avait fa�onn�es avant elle, celles � qui il avait tout appris, jusqu�� leur propre nom, et qui ensuite �taient tomb�es : retourn�es � leurs machines � �crire, � leurs s�ances de pose, � leurs exp�dients, ou bien plus bas encore, devenues entra�neuses, strip-teaseuses, taxi-girls. Et maintenant, on parlait aussi, � mots couverts, de celles qui �taient tomb�es vraiment. Apr�s ces mois de f�te, la rupture avait �t� insupportable, elles n�avaient pas support� le vide. On parlait d�elles comme d�absentes, comme de mortes.</p><p>C��tait cela qui me serrait le c�ur. Au lieu de pr�parer les concours, les r�p�titions, avec une h�te f�brile je feuilletais tout l�apr�s-midi les quotidiens, les revues, � la recherche de Zinna, fuyant jour apr�s jour sur des traces incertaines.</p><p>Elle apparaissait, tout au d�but, sur le yacht de Ma�tre Orsoni, le <emphasis>Dedalus</emphasis>. Le <emphasis>Spiegel</emphasis> la montrait, de profil, avec un riche industriel allemand, lors de l�inauguration d�un h�tel � Amsterdam. Dans une revue su�doise, elle �tait photographi�e devant un voilier de comp�tition construit par les chantiers de Turku, en Finlande. Sur certaines de ces photos, en retrait, toujours souriant de son air rassurant d�honn�te homme, je rep�rais la figure d�Orsoni. � c�t� de lui, on distinguait son lieutenant, un jeune Italien du nom de Pagnoli, qui, selon ce que disait la rumeur, �tait attach� � son ma�tre par des liens qui n�avaient rien d�amicaux. Pagnoli avait d�fray� la chronique quelques ann�es auparavant, lors de l�assassinat du s�nateur Rabam, un psychiatre proche du pouvoir, poignard� dans sa baignoire comme Marat. Pagnoli avait �t� le suspect num�ro un, puis l�accus� au centre d�un proc�s retentissant, avant d��tre innocent� par un non-lieu arrach� � la force du poignet par Ma�tre Orsoni. Depuis, les journalistes malintentionn�s avaient chang� son nom en Pugnale, et l�on disait qu�il �tait devenu le factotum de celui qui l�avait sauv� de la prison.</p><p>Dans <emphasis>La Stampa</emphasis>, j�avais lu un bref article sur le r�le que Zinna devait tenir dans la version film�e de l�<emphasis>Otello</emphasis> de Verdi, mis en sc�ne par Ettore Scola et coproduit par Orsoni. Le film devait �tre tourn� � Vienne, � Rome et en Tunisie. L��t� suivant, elle apparaissait � Venise, � Bologne, � Rome. C��tait vide, terrifiant, son visage illisible, ses yeux absents. Maintenant, sur la plupart des clich�s, elle portait d�immenses lunettes noires qui mangeaient son visage, et une robe noire qui la faisait para�tre encore plus mince, plus fr�le. C��tait un tourbillon qui l�emportait � travers le monde, dans la nuit, de lumi�re en lumi�re, br�lant son visage, ses yeux, sa voix.</p><p>Au bout de sa route, il y avait le festival o� j��tais venu. Je l�ai vue, un instant, perdu dans la foule qui se pressait aux marches de l�h�tel. Je voulais crier son nom, mais ma gorge restait nou�e. De toute fa�on, est-ce qu�elle m�aurait entendu ? Juste un �clair, sa robe rouge sombre, l��clat de feu de sa chevelure, la blancheur irr�elle de ses �paules. Son visage lisse, lointain, fatigu� comme celui d�une enfant. Les photographes me bousculaient, me repoussaient en arri�re. D�j� d�autres femmes arrivaient, montaient les marches de l�h�tel, les flashes cr�pitaient. J�avais la naus�e. Dans un caf�, pr�s de la gare, alors que la pluie recommen�ait � tomber, j�ai commenc� � �crire une lettre. Je voulais la remettre au concierge de l�h�tel. Sur la feuille blanche, ne sachant pas quoi �crire, j�ai mis les premiers mots du duettino qu�elle chantait avec moi, autrefois, dans la chambre aux volets ferm�s, tandis que je l�accompagnais au piano :</p><poem><stanza><v>� <emphasis>L� ci darem la mano, l� mi dirai di si</emphasis></v><v><emphasis>Vedi, non � lontano, partiam, ben mio, da qui.</emphasis></v><v><emphasis>��Vorrei, e non vorrei, mi tr�ma un poco il cor,</emphasis></v><v><emphasis>felice, � ver, sarei, ma puo burlarmi ancor�</emphasis> �</v></stanza></poem><p>Mais j�ai arr�t� l� ma lettre. Je l�ai froiss�e en boulette, je l�ai jet�e, et je suis parti sous la pluie, dans toutes ces rues combles, ces rues o� il n�y avait personne.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>P�le, maigre, dans sa robe noire. Zinna ne bougeait plus de l�appartement, dans l�immeuble neuf en haut de la colline. Quand Tomi est revenu l�, apr�s toutes ces ann�es, il a eu peur, parce que c��tait devenu si vide. Rien n�avait chang� vraiment, mais c��tait l�abandon, la solitude. Zinna dormait sur un matelas de plage qu�elle d�roulait chaque soir � m�me le sol, et qu�elle roulait le matin pour le cacher dans un placard. Autour d�elle, sur de grandes feuilles de papier, elle dessinait avec des feutres de couleur d��tranges dessins faits d��toiles et de cercles concentriques. � Ce sont des visages, tu les vois bien, Gazelle ? Il y a tellement de visages, tout le temps, ils mangent ta vie, ils mangent tes yeux. �</p><p>Elle avait un pick-up en mauvais �tat, genre Teppaz, sur lequel elle passait � longueur de journ�e de la musique douce, des bongos, du xylophone, des steelbands. Elle faisait du th�. Elle le pr�parait � la mode de son pays, dans une th�i�re en fer-blanc avec un chapeau pointu surmont� d�un bouton rouge en forme de cerise confite. Elle fumait beaucoup, des cigarettes anglaises, ou de l�herbe, de la Marie-Jeanne. Avec Tomi, clic ne parlait presque pas. Elle avait de temps en temps un dr�le de rire �touff�. Elle avait des rides am�res autour de la bouche. Tomi n�osait plus se serrer contre elle, comme autrefois. Il n�osait plus prendre sa main. Il y avait si longtemps, peut-�tre qu�elle ne s�int�ressait plus � lui. Il �tait trop grand.</p><p>Elle avait d� commencer � se shooter quand elle vivait avec Orsoni. Un jour, Tomi est entr�, elle �tait en peignoir, dans la salle de bains, pench�e sur le lavabo. Tomi a cru d�abord qu�elle s��tait bless�e. � Qu�est-ce que tu as ? Tu t�es fait mal ? � Elle s�est retourn�e, elle avait cette dr�le d�expression sur son visage, de la souffrance, de la peur. C��tait horrible. Tomi est rest� immobile. Elle est pass�e devant lui, le sang coulait le long de son bras, d�goulinait sur le carrelage blanc. Elle faisait une vilaine grimace. � Je me suis rat�e. � Elle s�est litt�ralement laiss�e tomber par terre, contre un mur. Son peignoir �tait ouvert sur sa poitrine nue, Tomi voyait nettement ses c�tes. Puis une sorte de nuage est pass� sur son visage, elle respirait profond�ment, comme quelqu�un qui a plong�.</p><p>Tomi n�a pas parl� de �a. Il ne voulait pas y penser. Il sentait la honte, la col�re. C��tait � cause des places o� les gens tra�nent la nuit, � cause des coins de porte, des couloirs vides, des filles paum�es, des gosses qui reniflent la colle entre deux voitures. C��tait un vide qui aspirait, qui engouffrait.</p><p>Quand il avait retrouv� Zinna, apr�s toutes ces ann�es, �a n��tait pas le hasard. Un moment il l�avait cru. Elle marchait dans la rue, vers lui, avec ces lunettes noires qui mangeaient sa figure. Son c�ur s��tait mis � bondir dans sa poitrine. Il avait appel� : � Zinna ! � Il avait couru jusqu�� elle. Elle l�avait serr� contre elle. Mais il �tait si grand maintenant que c��tait le visage de Zinna qui s�appuyait contre sa poitrine. Un moment il avait cru que tout allait recommencer comme autrefois, quand ils marchaient sur la plage au milieu des mouettes, ou quand ils s�asseyaient sur une tombe, et qu�elle parlait du Mellah.</p><p>Mais Zinna n�allait plus � la plage. La lumi�re du soleil l��blouissait, lui donnait le vertige. Elle ne sortait que le soir, pour acheter des cigarettes, des trucs � manger, de la bi�re. Elle portait tout le temps ses lunettes noires et des robes � manches longues.</p><p>Plusieurs fois par semaine, elle allait la nuit du c�t� de la gare. Elle cherchait les petits dealers. Rosette disait � la femme blanche �, avec un ricanement de m�pris. Tomi connaissait bien Rosette. Jamais il n�aurait voulu travailler pour lui. Zinna allait le chercher dans les bars autour de la gare. C��tait � vomir. Tomi tombait dans un trou noir. Tout devenait faux, mensonge, grimace. Les vieux souvenirs �taient des bobards, tout disparaissait devant le nouveau visage de Zinna, cet air �pre qu�elle avait parfois, ce regard affam�, comme quelqu�un qui se perd, qui trompe les autres. Non, ce n��tait pas le hasard qui l�avait guid�e. Le hasard, c��tait comme la musique, �a ne pouvait plus exister avec cette faim qui rongeait son c�ur. � quel moment avait-elle commenc� sa chute ? Tomi essayait de se souvenir de son corps, de ses bras, de la saign�e des coudes, de ses pupilles. Peut-�tre qu�elle avait d�j� commenc�, quand ils se voyaient chaque jour sur le chemin de l�Op�ra. Orsoni la tenait d�j�, il l�avait d�j� li�e, sur son maudit <emphasis>Dedalus, </emphasis>avec cette gouape de Pugnale, tous ces f�tards, ces gens � la d�rive, qui allaient de port en port, � Trieste, � Venise, � Istanbul.</p><p>Une fois, elle a parl� des cinq ans pendant lesquels elle avait v�cu sur le bateau d�Orsoni. Elle a parl� de l�Italie, de la Gr�ce. Elle racontait tout �a comme si elle l�avait imagin�. Tomi �tait assis, pas comme autrefois sur la plage, mais sur le parquet de la grande pi�ce vide, devant la fen�tre, en regardant le soleil suivre sa courbe au-dessus des immeubles. Il avait envie de se serrer contre elle, comme il faisait alors, pour sentir son c�ur battre et entendre sa voix r�sonner dans sa poitrine. Mais il avait mal, � cause de la jalousie, parce qu�il ha�ssait cet homme puissant qui avait pris Zinna � son pi�ge. Pourtant, il aimait l�entendre parler de ses voyages, de la mer : � Tu sais, Gazelle, toujours les dauphins faisaient la course avec notre bateau. Je me mettais tout � fait � l�avant, contre le m�t, on allait vers la Gr�ce, la mer �tait lisse, calme, sombre, belle. Quand les dauphins sortaient de l�eau, tout pr�s, �a faisait un bruit, tu ne peux pas imaginer, �a donnait le frisson. Ensuite, le bateau est arriv� devant la ville d�Ath�nes, on voyait toutes les maisons, les immeubles, les collines avec les temples. Les dauphins alors sont repartis en arri�re, ils n�aimaient pas le bruit de la ville. Ils sont retourn�s vers le centre de la mer� �</p><p>Elle n�avait plus d�argent. Elle n�avait que la clef de cet appartement, Orsoni avait pay� pour un an. Rosette ne voulait plus la fournir. Partout on savait qu�Orsoni l�avait laiss�e tomber. Dans un bar, pr�s de la gare, quand il avait fini de d�charger les camions, Tomi avait rencontr� Rosette. Rosette lui avait dit : � Qu�est-ce que tu fous avec cette fille ? Elle est paum�e, elle va finir chez les dingues. � Tomi l�avait repouss� d�une bourrade. Il ha�ssait Rosette, il ha�ssait le monde entier. Dans les rues, il courait jusqu�� la nuit. Il travaillait � la gare, puis il allait dans les bars qui ne fermaient pas. Il y avait des clochards, des somnambules. Tomi ne voulait pas rentrer dans l�appartement. Il appr�hendait de voir Zinna assise contre son mur, si p�le, les yeux si vides.</p><p>Un m�decin lui avait donn� des m�dicaments, �a la calmait, elle n�avait pas l�air de souffrir, mais son regard n�accrochait plus la lumi�re. Tomi lui apportait de la nourriture, du pain, des fruits. Elle ne touchait � rien. La seule chose qu�elle acceptait, c��taient les oranges. Tomi les coupait en deux, apr�s avoir enlev� l��corce. Elle su�ait la pulpe. Elle �tait si faible qu�elle devait s�appuyer au mur pour marcher dans l�appartement. Tomi l�accompagnait partout, m�me pour l�asseoir sur la cuvette des W.-C. Elle se laissait faire comme un enfant. La nuit, il l�allongeait sur le matelas de plage, il l�enveloppait dans une couverture. Elle grelottait de froid. Lui �tait si fatigu� qu�il s�endormait le matin, couch� par terre, la t�te appuy�e sur son coude. Quand il se r�veillait, � midi, son c�ur battait, il avait peur que Zinna ne soit morte. Il lui parlait, il r�p�tait : � Zinna, r�veille-toi, Zinna, Zinna, s�il te pla�t ! � Jusqu�� ce qu�elle entrouvre ses paupi�res et qu�elle le regarde. Mais elle ne parlait pas.</p><p>Une nuit, pourtant, il s�est r�veill�, la gorge serr�e. Il a eu beau lui parler, la secouer, elle n�a pas voulu ouvrir les yeux. � Zinna, Zinna, s�il te pla�t ! � Il ne savait plus quoi faire. Il avait mal dans la poitrine. Il a couru en bas de l�immeuble, � la recherche d�un t�l�phone qui ne soit pas d�moli. Le m�decin SOS est venu, il a regard� les yeux de Zinna. Il a regard� les uns apr�s les autres les flacons de m�dicaments vides. Alors il a fait venir une ambulance, et ils l�ont emmen�e.</p></section><section><title><empty-line/></title><p>C��tait un r�ve, ou un cauchemar, entre les deux. Tomi n��tait plus retourn� dans l�appartement, dans l�immeuble neuf en haut de la colline. Il allait dans la petite rue o� il avait rencontr� Zinna, autrefois. C��tait si loin qu�il ne se souvenait plus si c��tait vrai ou faux. Il �tait m�me entr� dans l�Op�ra, il avait mont� l�escalier o� il s�asseyait pour �couter chanter Zinna. Il aurait voulu entendre � nouveau sa voix, si l�g�re et irr�elle, qui emplissait toutes les salles vides. Il �tait all� jusqu�� la chambre aux volets ferm�s sur la mer, avec cette ampoule �lectrique nue qui br�lait au-dessus de ses cheveux. Mais l�Op�ra �tait d�sert. Dans la chambre, le piano �tait poussi�reux. Il y avait longtemps que plus personne ne l�avait touch�.</p><p>C��tait la fin de l�hiver. Dans quelques jours, le printemps serait l�. Il y avait d�j� du monde dans les rues, des filles en robe claire, des gar�ons en polo. Sur les placettes, les enfants couraient et jouaient au ballon, sans s�occuper des dealers, des trafics, des rendez-vous. C��tait comme �a pour lui, autrefois. Quand il s��chappait de la famille Herbaut, � Vaujours, rien n�avait d�importance. Le mal, c��tait les autres, les grands, ceux qui allaient trop loin et qui tombaient de leur haut. Dans le quartier de la gare, Tomi a crois� Rosette. Il a d�tourn� les yeux, comme s�il n�existait pas. Il ne connaissait plus personne dans cette ville.</p><p>� l�h�pital, Zinna partageait une chambre avec six autres femmes. Son lit �tait � c�t� de la fen�tre. � travers les barreaux on voyait un palmier et le ciel bleu. � c�t� d�elle, il y avait une vieille grand-m�re qui s�appelait Sophie. Elle avait essay� de se suicider. Elle avait attach� le cordon de sa robe de chambre � la tringle des rideaux, elle avait mis le n�ud autour de son cou, et quand elle avait saut� de l�escabeau, la tringle s��tait d�croch�e en cassant un carreau. Alors on l�avait emmen�e, et on l�avait mise l�, � c�t� de Zinna.</p><p>Quand Tomi est venu, elle a dit : � C�est ton amoureux ? Mais c�est encore un poussin ! �</p><p>Dans le lit blanc, avec ses cheveux attach�s par une barrette, et sa chemise propre, Zinna avait l�air d�une petite fille. Tomi s�est assis sur la chaise, � c�t� du lit. Il ne parlait pas. Il ne voulait pas qu�elle parle. C��tait comme au d�but, tout � fait au d�but, quand ils se croisaient dans la ruelle, devant l�Op�ra.</p><p>Il attendrait. Il avait tout le temps, maintenant. La nuit, il allait travailler au march�-gare, � charger et d�charger les camions. Le jour, il restait avec Zinna, il la regardait, il l��coutait respirer. Il tiendrait sa main longue et fine, pour sentir sa chaleur. Il n�y aurait plus d�h�tels � Amsterdam, ni de bateaux, ni d��les en Gr�ce. Il ne laisserait plus personne d�truire Zinna, sa voix, son regard.</p><p>� Emm�ne-moi, Gazelle, je voudrais tellement retourner chez moi, �tre enfin chez moi. � Elle avait dit �a un jour, quand elle �tait malade, avant qu�on ne l�emm�ne � l�h�pital. Elle �tait si faible qu�elle ne pouvait plus marcher, plus manger, plus dormir. Le vide �tait en train de la d�vorer.</p><p>Maintenant, Tomi savait bien ce qu�il ferait. Un jour, ils marcheraient ensemble hors de l�h�pital, comme s�ils allaient au bout de la rue, juste faire un petit tour avant la nuit, et revenir � l�heure du repas. Au bout de la rue, il y aurait encore une rue, encore une autre. Il y aurait des routes � travers la campagne, des champs, des herbes et des coquelicots. Ils continueraient � marcher, sans se retourner. La nuit serait magnifique, avec des pluies d��toiles. Comme ils ne sauraient pas o� aller, Tomi conduirait Zinna jusqu�� Vaujours. C��tait son vrai pays, les terrains vagues entre les immeubles, les collines, les petites maisons r�guli�res. Il lui montrerait la maison des Herbaut, comme s�il y �tait n�. Ensuite ils iraient jusqu�au canal de l�Ourcq, voir glisser lentement les bateaux. Ce serait l��t�, il ferait chaud, ils pourraient dormir dehors, contre un talus. Ensemble, ils ne se perdraient jamais. � nouveau, il se serrerait contre elle, il �couterait sa voix dans sa poitrine, pendant qu�elle parlerait encore de sa ville lointaine, aux ruelles �troites, aux maisons tr�s blanches avec leurs portes bleues, et m�me de la fen�tre au balcon arrondi o� la vieille Rahel ne viendrait jamais voir la mer.</p></section></section><section><title><p><emphasis>La saison des pluies</emphasis></p></title><p>Est-ce qu�il pleuvait sur la rade, ce jour de f�vrier 1929, quand Gaby Kervern est mont�e dans la pirogue qui emmenait les passagers jusqu�au <emphasis>Britannia</emphasis> ? Sur le grand navire, d�j� l��le semblait lointaine, ses pitons s�effa�aient dans les nuages. Il y avait des gens sur les quais, sous leurs parapluies noirs. Partir �tait une d�livrance. Sur son visage, sur son corps, Gaby sentait une lumi�re nouvelle, violente, pareille � son d�sir de vivre. D�j� elle oubliait. Elle ne pensait plus � ce qu�avait �t� sa vie jusque-l�, son enfance, la pauvret� dans la maison de bois de Vacoas, la mort de son p�re.</p><p>Est-ce qu�elle pensait � Claude Portai, Ti coco comme on l�appelait, quand ils allaient vagabonder � travers les cannes, ou bien sous la pluie jusqu�� la grande Mare aux Vacoas, pour �pier les Indiennes en train de se laver les cheveux ? Maintenant, elle est comme devant la fen�tre du temps, ouverte sur un ciel sans limites, sur une mer sans fin. Elle ne peut plus entendre le bruit des trains qui man�uvrent dans le foss� de la voie ferr�e, ni les camions qui roulent dans la rue, ni ces rumeurs qui montent d��tage en �tage, qui entrecroisent leurs liens insignifiants. Elle entend seulement la musique de la pluie sur les toits de t�le, les ruisseaux qui coulent sur la terre rouge, elle sent le fr�missement des feuilles, le vent, le frisson qui avance sur les champs de canne.</p><p>Ti coco, on lui avait donn� ce sobriquet, personne ne savait pourquoi, peut-�tre � cause de la ritournelle, <emphasis>ti la soif, ti coco</emphasis>, parce qu�il �tait si petit et si gentil, avec son visage �pais de cafre, ses yeux fendus, et cette dr�le de fa�on qu�il avait de trottiner derri�re Gaby, comme un chien. Il n�avait qu�un an de moins qu�elle, mais elle lui parlait comme s�il �tait le plus petit de ses fr�res. Elle l�emmenait partout. Elle lui commandait, et il faisait tout ce qu�elle disait, tout de suite, sans h�siter. Un jour, elle s�en souvient peut-�tre, elle lui avait dit : � Ti coco, vole-moi des mangues. � Il avait escalad� le haut mur de la propri�t� Valens, sur la route de Plaines Wilhelms, et il avait rapport� les mangues. Les chiens avaient lac�r� son pantalon et sa jambe saignait, mais son visage �tait tout �clair� et ses yeux brillaient comme deux fentes noires. C��tait l�ann�e de ses douze ans, jamais Gaby n�avait v�cu une ann�e aussi libre. Son p�re �tait d�j� malade, il restait toute la journ�e � la maison, enferm� dans sa chambre, et Gaby courait les routes des Quinze Cantons.</p><p>Et puis, brusquement, avec la cruaut� bouleversante des filles, Gaby n�avait plus voulu de lui. Ti coco ne comprenait pas. Il venait tous les jours l�attendre dans la rue, un peu loin, comme s�il avait honte. Gaby l��vitait, passait par-derri�re, elle rusait, elle se sauvait. Il y avait une fille �trange avec elle, Ananta, une Indienne en sari rose, qu�elle avait rencontr�e en se baignant � la rivi�re. Maintenant, c��tait elle son amie. C�est avec elle que Gaby allait se baigner pr�s de la cascade. Toute une ann�e, elle a v�cu avec elle, chaque jour. Elles allaient � la rivi�re, elles marchaient sur la route, abrit�es sous le m�me grand parapluie noir. Avec Ananta, elle a mis des fleurs sur l�autel de la d�esse Lakshmi, dans le creux de l�arbre Peepul. Ensemble elles partaient sur les chemins, jusqu�� la rivi�re, elles parlaient, elles riaient. Lui n�existait plus. Cela dura cinq ann�es, au long desquelles Ti coco resta dans l�ombre, esp�rant un impossible retour. Tout le monde savait. Ses amis se moquaient de lui, lui jouaient des tours. Gaby ne lui parlait m�me plus. Quand elle le croisait, avec l�Indienne au sari rose � ce n��tait jamais le hasard �, sur la route du coll�ge, ou bien dans les rues de Curepipe, elle ne d�tournait pas la t�te. C��tait bien pire : elle le regardait, le bleu de ses iris transparent d�indiff�rence.</p><p>Ti coco n�avait plus la figure aussi large, ni les yeux aussi fendus et brillants. Il �tait devenu un adolescent triste, avec un corps ch�tif et une grosse t�te, une allure de sang-m�l� pauvre. Il travaillait dans le magasin de tissus de son p�re � Curepipe.</p><p>Quand le p�re de Gaby est mort, Ti coco a cru que les choses allaient changer. C��tait apr�s la sc�ne terrible de la mise en terre. Gaby s��tait appuy�e contre lui, son visage tout gonfl� par le chagrin. Il avait senti � nouveau l�odeur si douce de ses cheveux, la chaleur de son corps. Elle s�appuyait contre son �paule, elle pleurait. Elle parlait avec une dr�le de voix, en cr�ole comme autrefois quand ils se perdaient dans les champs de canne br�lants, en �t�, du c�t� des Quinze Cantons, une dr�le de voix presque gaie, comme si elle avait retrouv� son �me d�avant. Lui n�osait rien dire. Son c�ur battait � lui faire mal. Il �tait plus malheureux qu�elle. Peut-�tre qu�il avait devin� que c��tait la derni�re fois.</p><p>Un mois plus tard, Gaby s�est embarqu�e pour l�Europe.</p><empty-line/><p>C�est comme cela que je la vois, quand elle est arriv�e � Bordeaux pour la premi�re fois, en d�barquant du paquebot <emphasis>Britannia</emphasis>, au cours du mois de mars 1929. Elle avait dix-huit ans, elle ne connaissait rien de ce pays. Tout allait commencer. Elle �tait ambitieuse, ardente. Elle �tait �blouissante de beaut�, grande, avec le teint h�l� des cr�oles, et cette masse de cheveux noirs qui contrastait avec le bleu de ses yeux.</p><p>� la mort de son p�re, il ne lui restait rien. Sa m�re �tait morte � sa naissance. Sa tante Emma, qui l�avait recueillie � Curepipe, s��tait facilement laiss� convaincre que Gaby devait partir pour l�Europe. Il n�y avait pas de place pour Gaby dans cette �le. Elle d�testait tout ce qui lui rappelait son enfance, la pauvret�, la solitude, la maladie. Elle d�testait la chaleur lourde des lagons, la v�g�tation qui envahissait les jardins, l�ondoiement lent des Indiennes en sari. Ce qu�elle ha�ssait par-dessus tout, c��taient les fi�vres et les cyclones. Plus tard, quand elle en parlait, Gaby les confondait dans un m�me frisson d�horreur, la pesanteur de l�air, le silence qui pr�c�dait le d�ferlement du vent et de la pluie, et le trouble glac� qui envahissait son corps avant la mont�e de la fi�vre.</p><p>Gaby �tait mont�e � bord du <emphasis>Britannia, </emphasis>et elle n��tait sortie de sa cabine que lorsqu�elle avait �t� s�re que l��le n��tait plus qu�une vague brume bleue accroch�e � l�horizon, quelque part � l�est, l� o� commen�ait la nuit.</p><p>Sur le <emphasis>Britannia, </emphasis>Gaby avait pass� un mois extraordinaire, dans l�insouciance et le luxe des grands salons, sur les ponts lumineux des premi�res, regardant les couchers de soleil sur la c�te d�Afrique, le scintillement de la lune sur la mer, � l��quateur. Elle s��chappait de la cabine des troisi�mes et � la garde des deux vieilles jumelles pimb�ches � qui sa tante l�avait confi�e, pour aller visiter les premi�res, gr�ce � la complicit� d�un lieutenant en uniforme blanc.</p><p>C�est comme cela que je l�imagine, si belle, attirante, dans sa robe l�g�re en coton bleu � col blanc, qu�elle avait agr�ment�e d�une ceinture achet�e en cachette au bazar de Port-Louis, ses cheveux noirs coiff�s en chignon sous un chapeau de paille � larges bords. Parlant avec tout le monde, dans les salons qui tanguaient lentement, ou bien assise sur une chaise longue et regardant le sillage qui s��cartait sur la mer, dans la brise l�g�re de la fin de l�apr�s-midi. R�vant peut-�tre � ce qu�allait �tre sa vie, dans ce pays myst�rieux dont elle ne savait rien, Bordeaux, r�vant � ce qui l�attendait, Henriette, la cousine de sa m�re, Paris, le Champ-de-Mars (le vrai), le th��tre, l�op�ra, les grands magasins, les voyages en train au bout du monde.</p><p>C�est comme cela que je veux la voir, encore, telle qu�elle �tait, quand elle a descendu la coup�e du <emphasis>Britannia, </emphasis>dans le froid de l�hiver fran�ais, apportant avec elle la lumi�re et la douceur de son �le, le bleu magique de la mer des Indes, l��clat de l��cume sur les r�cifs, les for�ts, les lames brillantes des cannes, le chant des oiseaux. Elle devait avoir cela en elle, comme une gr�ce, qui �blouissait tous les hommes. Alors pour elle la vie �tait une f�te, une promesse. C��tait cela que l�on cherchait en elle, qu�on voulait lire : la jeunesse comme si elle �tait �ternelle, la gaiet�, la libert� cr�oles, qui transparaissaient dans sa voix, dans son accent chantant. Elle le savait, et elle s�amusait de ce charme. Elle chantait volontiers des chansons cr�oles, en s�accompagnant elle-m�me au piano, dans les salons de Bordeaux o� on l�invitait. Ceux qui l�ont connue � cette �poque n�ont pas oubli� sa voix, quand elle chantait ces chansons un peu tristes, qu�elle rythmait avec ses pieds nus, dansant quelquefois en imitant le d�hanchement des femmes de son pays, et leur accent dans cette langue �trange o� les mots devenaient autres.</p><p>C�est durant ces ann�es-l� qu�elle a rencontr� Jean, qu�ils se sont fianc�s. Lui, c��tait un gar�on plut�t renferm�, avec un joli visage de fille, un teint tr�s clair, et ce nom en une seule syllabe �nergique, Prat, qui n�allait pas avec son caract�re timide. Il terminait des �tudes de droit � Paris, et voulait devenir avocat. Mais sa famille avait pr�vu un autre avenir, et comptait bien qu�il reprenne en main la manufacture de robinets et de clapets dont il avait h�rit� � la mort de son p�re. C�est alors qu�il avait rencontr� Gaby Kervern au cours d�un bal, � Bordeaux, o� la jeune fille avait �t� invit�e par son cousin Charles, le fils de Henriette, un aspirant fade qu�elle d�testait, et qu�elle soup�onnait de pr�f�rer la compagnie des jeunes gens � celle des femmes.</p><p>C��tait le premier grand bal de Gaby, et elle y avait retrouv� l��blouissement du pont des premi�res sur le <emphasis>Britannia. </emphasis>Dans la grande salle de l��cole des Sciences, �clair�e par des lustres de cristal, Gaby tourbillonnait dans sa robe l�g�re, et son visage et ses �paules brillaient du rayonnement des tropiques. Dans sa chevelure noire, une fleur d�hibiscus faisait une tache violente, sensuelle.</p><p>Jean avait �t� subjugu�. Un mois plus tard, ils �taient fianc�s, et moins de six mois apr�s le bal de l��cole des Sciences, ils se mariaient � Paris, avec pour seuls t�moins un camarade de facult� de Jean, et un employ� de la mairie du douzi�me arrondissement, puisqu�ils allaient habiter dans le petit appartement de Jean, derri�re la gare de Lyon.</p><p>Gaby �tait mineure, et sa tante Emma lui avait envoy� sans h�siter son autorisation. La famille Prat �tait richissime. Elle voyait d�un mauvais �il le mariage de Jean avec cette cr�ole pauvre, qui parlait en chantant, et qui avait des cheveux si noirs et une peau si mate. Sans le dire franchement, ils laissaient entendre qu�il y avait eu des m�langes chez les Kervern, du sang noir, du sang indien peut-�tre � cette chevelure qui descendait jusqu�� ses reins quand elle les peignait, et ce go�t qu�elle avait d�y piquer des fleurs aux couleurs vives, au parfum capiteux. Jean n��coutait pas les ragots de ses s�urs, il �tait �perdument amoureux. Gaby �tait entr�e dans sa vie comme un mirage, comme un �blouissement, avec la gr�ce et la force d�une plante tropicale, d�un oiseau, et tout ce qu�il savait s��tait m�tamorphos�, comme par l�effet d�une magie.</p><p>Cela aussi, c��tait ce que disaient ses s�urs, sa m�re. Gaby l�avait envo�t�. Il �tait compl�tement sous sa coupe. Au lieu de poursuivre ses �tudes de droit, Jean sortait tous les soirs. Ils allaient au th��tre, aux concerts, ils allaient danser. Peu apr�s leur mariage, Jean emprunta pour acheter une auto. Il se laissa s�duire par un mod�le co�teux, une Dodge blanche d�capotable, puissante et rapide. Pour payer ses dettes, et les d�penses de son nouvel appartement, Jean demanda sa part d�h�ritage. Le r�glement eut lieu dans une atmosph�re d�orage. La famille Prat, � tort ou � raison, jugea que Gaby �tait la seule responsable. C��tait une intrigante, elle avait d�cid� de ruiner Jean. Elle ferma ses portes.</p><p>Jean avait repris l�affaire des robinets. Une fois par mois, il allait � Bordeaux, et rendait visite � sa m�re. Personne ne voulait entendre parler d�� elle �. Ils parlaient d�argent, des b�n�fices de la manufacture.</p><p>Chaque week-end, Jean et Gaby quittaient Paris, � bord de la Dodge. Ils parcouraient les routes de Normandie, roulant � tombeau ouvert. C��tait Gaby qui conduisait. Elle portait de petites lunettes de rallywoman, des vestes de cuir. Ils allaient � La Baule, � Guingamp, � Trouville, � Deauville. Ils allaient en Bretagne, � Perros-Guirec, � Beg-Meil.</p><p>L��t� �tincelait sur la mer, entre les pins. Les nuits �taient magnifiques. Gaby �coutait le chant des crapauds, elle s�enivrait de l�odeur du go�mon. Souvent, elle sortait de la chambre de la petite maison de p�cheurs qu�ils avaient lou�e, et elle s�en allait dans la nuit. Jean se r�veillait en sursaut, comme s�il avait senti qu�il �tait seul dans le lit. La fen�tre ouverte laissait passer le vent, le crissement des vagues sur les dunes. Il sentait une sorte de peur monter en lui, comme un enfant perdu, c�est cela que lui disaient ses s�urs autrefois quand il pleurait. Il courait � travers la lande, il appelait : � Gaby ! Gaby !� � Il y avait le bruit des vagues, l�odeur du go�mon, et dans les marais, les crapauds qui chantaient. Sur les dunes, � la lumi�re de la lune, Gaby l�attendait. Elle frissonnait dans le vent de la mer. � Viens� �</p><p>Leurs corps s�enla�aient. Sur le sable froid, la peau douce, ti�de, vivante. Il voyait son visage qui brillait, ses yeux clairs, la masse noire de ses cheveux d�faits. Ils �taient dans le creux de la dune, le vent sifflait dans les feuilles des chardons. � Attends� Il n�y a personne ? � Elle riait en silence. Elle l�entra�nait dans le sable, dans les feuilles piquantes. Sa peau �tait couleur de lune, ses yeux couleur de mer, sa chevelure aussi belle que la nuit. Il �coutait son souffle devenir rauque. � Je t�aime, je t�aime. � Il r�p�tait les mots, comme s�ils l�entra�naient encore plus profond en elle, effa�ant le reste du monde. La mer, les dunes, la nuit, le bruit du vent et les vagues, c��tait elle, il n�y avait qu�elle. Elle l�emportait, il glissait en elle comme une barque sur la mer, comme s�il n�y avait pas de fin, pas de mort, que tout devait durer toujours.</p><p>Apr�s l�amour, ils restaient �tendus dans le sable, l�g�rement endormis, les yeux entrouverts sur la nuit. Puis Gaby avait froid, elle se rhabillait � la h�te. Elle �tait assise, le vent secouait sa chevelure. � J�ai faim. � Son visage resplendissait de la lumi�re de la lune. Sa main �tait chaude et forte, elle serrait la main de Jean, elle l�entra�nait. Ils retournaient dans la chambre de la maison de p�cheurs, ils s�endormaient � l�aube. Dans la chambre, l�air �tait presque �touffant, il y avait l�odeur de la bruy�re.</p><p>Il y avait d�autres nuits. Toutes ces nuits sans dormir, l��t�. Les routes � la clart� de la lune. Gaby voulait rouler sans phares, pour voir les �toiles. La Dodge filait � toute vitesse dans les chemins creux, le long de la mer, les roues bondissaient sur les mottes, sur les branches.</p><p>Entre les mains de Gaby, la Dodge �tait plus qu�une automobile. C��tait un navire qui traversait les mers, qui voguait dans la nuit. � c�t� d�elle, emmitoufl� dans son manteau de cuir, Jean regardait les lumi�res des villages danser dans le lointain, apparaissant, disparaissant au gr� des collines, et il pensait � des ports perdus sur une c�te �trang�re.</p><p>Ils roulaient parfois toute la nuit, et � l�aube, rompus de fatigue, ils s�endormaient dans une chambre d�auberge, au hasard, sans m�me demander o� ils �taient. Ils avaient des aventures. Ils s�enlisaient dans des sables, ou bien ils se perdaient. � l�entr�e de la for�t de Broc�liande, ils cass�rent un ressort, et durent attendre qu�un forgeron fabrique les nouvelles lames. � Foug�res, � la fin de l��t�, un orage terrifiant s�abattit sur eux, le ciel nocturne griff� d��clairs, des gr�lons gros comme des pierres faisant un bruit d�enfer. La capote creva, laissant passer un flot glac� que Jean r�ussit � d�vier gr�ce � son manteau de cuir roul� en goutti�re. Un gr�lon brisa un phare. L�eau torrentielle entoura la Dodge comme un vrai bateau. Gaby et Jean pass�rent toute la nuit, serr�s l�un contre l�autre, immobiles au milieu de la tourmente. Rien ne sembla plus terrible et plus beau � Jean, que cette nuit glac�e et �blouissante d��clairs, et la douce haleine de sa femme qui s��tait endormie, le visage cach� dans le creux de son �paule.</p><empty-line/><p>C�est elle que je veux voir, encore. Gaby, sur le pont du <emphasis>Britannia,</emphasis> appuy�e � la lisse, regardant le sillage qui s��carte sur la mer sans fin. Elle emportait avec elle l��tincelle sur le bord des feuilles des cannes, le cr�puscule qui commence � l�est, au-dessus de la Mare aux Vacoas, les temp�tes dans la baie de Rivi�re Noire. M�me apr�s ces ann�es pass�es loin de l��le, elle gardait cette lumi�re en elle, quelque chose de brillant, de dansant dans son regard, sur sa peau, dans sa chevelure. C��tait peut-�tre le ciel de fi�vres, � la saison des pluies, quand les nuages sont pareils � des fum�es d�incendie. C��tait son souvenir le plus ancien, lorsque l�ouragan les avait surpris, dans la cabane de bois de Rivi�re Noire, et que les rouleaux arrivaient en grondant sur la plage, comme s�ils cherchaient � d�vorer la terre. Il y avait son p�re, elle entendait sa voix qui criait : � Pour l�amour du ciel ! �loignez-vous de la porte ! � Elle s��tait blottie contre une femme, elle ne se souvenait m�me pas de son nom. Elle entendait cette voix de femme qui r�citait des pri�res, elle n�avait jamais oubli� ces mots en latin.</p><p>Il y avait tout cela en elle, alors : la l�g�ret� de la lumi�re, et la peur qui se cache derri�re les choses, la peur qui voile le regard. Quelquefois, Jean la scrutait : � Qu�est-ce qu�il y a ? Qu�est-ce que tu ressens ? � Il voulait comprendre. Il voulait savoir ce qu��tait cette nue, quand l�iris devenait tout � coup sombre et terne. � Je ne sais pas. Laisse-moi, �a va passer. � La voix de Gaby effrayait Jean davantage. � Mais qu�est-ce que tu as ? Tes mains sont froides. Tes l�vres sont toutes blanches. �</p><p>Elle frissonnait. Elle se mettait au lit, sous les couvertures, elle demandait � Jean de fermer les persiennes et de tirer les rideaux. Dehors, l��t� passait vite. Les nuages l�gers glissaient dans le ciel de Beg-Meil.</p><p>Jean ramena Gaby � Bordeaux, pour pouvoir s�occuper de la manufacture. Gaby s��tiolait. Le m�decin de la famille Prat, un vieil homme nomm� Lajariette, diagnostiqua la malaria, mais la quinine n�apporta pas d�am�lioration. Les crises duraient parfois des semaines. Gaby restait prostr�e sur son lit, son regard vide tourn� vers la fen�tre, comme si elle guettait le passage des nuages, ou le vol des oiseaux.</p><p>Jean d�cida d�emmener Gaby dans le Midi. Ils partirent un beau jour de printemps�1938, dans la Dodge blanche. C��tait le jour m�me de l�Anschluss.</p><p>� nouveau, Gaby ressentait l�ivresse du mouvement. La voiture roulait � grande vitesse sur les routes d�sertes de l�hiver, entre les arbres encore nus qui accrochaient la brume. Chaque nom de ville ou de village �tait une aventure : Libourne, Castillon. Gardonne, Monpazier, Cahors, Caussade. Albi. C��tait la premi�re fois que Gaby allait vers la mer M�diterran�e. � nouveau, elle se sentait libre. Elle �tait belle, rayonnante, malgr� la p�leur des jours de maladie. C��tait elle qui conduisait. De temps � autre, Jean la regardait, son visage �clair� par le soleil du matin, sa chevelure nou�e en chignon sous la casquette de velours. Quand elle conduisait, il aimait cet air de s�rieux qu�elle prenait, son regard fix� sur la route o� filaient les peupliers.</p><p>Il l�appelait � Amazone �. Il aimait se laisser emporter par l�auto entre les mains de Gaby, dans ce tourbillon de vitesse qui semblait ne jamais devoir s�arr�ter.</p><p>Gaby d�couvrit la M�diterran�e � Saint-Cyr-les-Lecques. Ils lou�rent une maison devant la mer, pendant toute la dur�e de l��t�38. Jamais Jean n�avait ressenti une telle ardeur, un tel bonheur. La maison �tait petite et v�tuste, habit�e par des geckos. L�apr�s-midi, Gaby fermait les volets bleus et ils s��tendaient sur le lit, nus sur les draps blancs, pour �couter le concert des cigales. Dehors, les pins craquaient de chaleur, il y avait une odeur de s�ve et de r�sine, forte comme l�encens. Apr�s l�amour, Gaby r�vait les yeux ouverts, respirant lentement. Peut-�tre qu�elle pensait au poids de l�air, autrefois, � Vacoas, � la peur qui grandissait en elle quand elle courait au-dehors pour chercher les signes de la temp�te.</p><p>Maintenant, tout �tait diff�rent, et pourtant, elle ressentait la m�me inqui�tude, la m�me menace qui serrait sa gorge. C��tait peut-�tre de se dire : � Je suis heureuse. � Elle ne voulait pas penser � l�avenir, surtout. Elle ne voulait pas entendre, quand Jean lui parlait de la guerre.</p><p>Maintenant, il y avait cet enfant qui arrondissait d�j� son ventre et gonflait ses seins. Elle ne l�avait pas dit tout de suite � Jean. Elle avait attendu un mois. Elle avait peur en parlant de rompre ce fragile �quilibre. C��tait comme cela qu�elle avait toujours fait, pour tout. Ne pas dire, attendre.</p><p>Jean devait retourner � Bordeaux, pour les affaires. Les robinets et les clapets marchaient mal, il y avait des gr�ves. Pourtant, Jean avait aim� les id�es nouvelles, il admirait Blum. Sa m�re disait que c��tait elle, la cr�ole, qui avait souffl� ces mauvaises id�es. Mais Gaby ne parlait jamais de politique. Simplement, quand Jean avait d�cid� la semaine de quarante heures, Gaby avait dit : � C�est bien. � Ce n��taient pas des id�es. Gaby jugeait tout avec son c�ur. Pour elle, le monde �tait clair, sans soucis. La seule fois qu�elle avait visit� l�atelier, elle avait dit � Jean : � Les pauvres, il y a tellement de bruit. � Jean avait fait installer des cloisons, mis les moteurs sous cache, avait distribu� des prot�ge-oreilles. Gaby savait tout, d�instinct, elle ne se trompait pas. Tout le monde l�aimait, � la fabrique. Mais elle ne pouvait pas rester, il fallait qu�elle s�en aille toujours, qu�elle voie autre chose.</p><p>Cet hiver-l�, ils all�rent s�installer � Nice, o� Jean avait une parente, Colombe, une tante paternelle qu�il aimait bien. Elle leur trouva cette petite maison rouge sur les collines, enfouie dans un jardin rempli de palmiers et d�alo�s, avec une terrasse � balustres turquoise d�o� on voyait toute la mer, du cap d�Antibes au cap d�Ail.</p><p>Cette ann�e-l� fut la plus belle, la plus longue qu�elle e�t jamais v�cue. Il y avait, parmi les choses qui lui avaient �t� donn�es pour son mariage, une jolie pendulette en verre et en cuivre, dans un �tui de cuir, avec un cadran �maill� o� l�on pouvait lire, non seulement les heures et les secondes qui trottaient, mais aussi le quanti�me du mois, le jour de la semaine et les phases de la lune. � chaque instant, le regard de Gaby se posait sur cette pendule, comme si elle cherchait � lire le mouvement r�gulier de son bonheur.</p><p>Son �tat ne lui permettait plus que de courtes promenades, � petits pas, les mains soutenant son ventre dilat�. Ses sorties se limitaient � parcourir l�all�e de gravillons qui conduisait jusqu�� l�observatoire, o� elle s�appuyait, la hanche contre la balustrade, pour regarder r�veusement la ville brumeuse.</p><p>Le vent froid soufflait des montagnes enneig�es, mais les palmiers continuaient � crisser dans le jardin, et le soleil brillait sur les griffes des alo�s. Gaby �coutait le chant des tourterelles invisibles, comme autrefois dans l�oc�an gris des cannes. C��tait comme s�il n�y avait plus de temps, ou plut�t, comme si le temps n�avait plus d�importance, plus d�impatience, qu�il avait cess� de s�enfuir.</p><p>Gaby attendait pendant des heures, maintenant, sans bouger, sans parler.</p><p>� Qu�as-tu ? Tu es malade ? � demandait Jean. Il ne la reconnaissait plus, elle qui autrefois ne pouvait pas rester en place. Lui, au contraire, devenait f�brile, inquiet. Il voyageait sans cesse entre Nice et Bordeaux, par le train de l�apr�s-midi, ou bien il allait � Paris pour ses affaires, pour vendre des biens, placer de l�argent. La politique, la crise �conomique, la guerre, tout l�assombrissait. Elle, elle restait assise au soleil, dans le fauteuil d�acajou, le seul souvenir de son p�re, que sa tante Emma avait fait envoyer par paquebot. Son regard se perdait sur la mer. Quand elle avait froid, elle tirait le fauteuil dans la petite salle � manger tendue de vieux rose, scrutant le cadran �maill� de la pendulette, o� l�aiguille des secondes trottait sans arr�t, s�amusant parfois � faire sonner le carillon � r�p�tition.</p><p>� Rien, je suis bien, c�est tout. �</p><p>Elle se serrait contre Jean, un peu de biais � cause de son ventre. Elle �tait toute chaude, gonfl�e. Avec effarement il regardait son corps nu, si blanc, les seins aux pointes violettes, le ventre tendu comme une citrouille m�re, luisant comme un astre. Elle le voulait, elle l�attirait vers elle, il sentait le rayonnement de sa peau, de sa vie, cela le bouleversait, le faisait presque trembler.</p><p>� Tu sens, comme j�ai chaud ? Viens, mets ta main l�, tu vas sentir, il donne des coups ! �</p><p>C��tait pour cela que le temps n�existait plus, � cause de la vie qui se formait, qui rayonnait.</p><p>La tante Colombe venait tous les jours, quand Jean n��tait pas l�. Elle �tait la seule � avoir accept� la femme de Jean. Elle l�appelait : � Ma belle �. Elle avait un accent gascon que Gaby aimait bien.</p><p>Elle restait assise � c�t� d�elle, sans parler. Elle partageait le r�ve de Gaby, sa douceur, elle prenait un peu de chaleur. Peut-�tre qu�elle se souvenait. Elle avait eu autrefois une fille. C��tait il y avait tr�s longtemps, cinquante ans peut-�tre, mais elle pouvait encore r�ver. Un mois apr�s la naissance, sa fille �tait morte. Elle avait dit cela une fois, et elle n�en avait plus parl�. Gaby avait pleur�, et Colombe l�avait rassur�e. � Mais c��tait il y a si longtemps. Maintenant, �a n�est plus pareil. �a n�arrive plus. �</p><empty-line/><p>Quand le printemps est arriv�, il y a eu la mobilisation g�n�rale. Jean Prat est mont� dans un train, vers le nord. Gaby �tait fatigu�e, elle n�est pas all�e l�accompagner � la gare. Elle est rest�e seule dans la villa, sans pleurer. La tante Colombe s�est install�e dans la maison, et c�est l� que le b�b� est venu au monde, une semaine et demie apr�s. C��tait un gar�on. Il arriva facilement dans un monde en d�route.</p><p>La tante Colombe alla d�clarer l�enfant � la mairie. Gaby voulait le pr�nom qu�elle aimait le mieux, � cause de la musique des syllabes : Inigo. � la mairie, les employ�s ne voulurent rien savoir, et la tante Colombe finit par accepter qu�ils inscrivent l�enfant sous le nom d�Ignace. Gaby en pleura de rage, puis elle d�cida d�en rire. L�enfant s�appela Ini, tout bonnement.</p><p>Les mois, les ann�es pass�rent, �loignant le bonheur de fa�on irr�m�diable. Il y eut l�armistice, l�occupation italienne. Il y eut les gens d�filant dans les rues de Nice pour r�clamer l�expulsion des Juifs. Il y eut les Italiens dans les villes des collines, la Gestapo allemande dans l�h�tel de l�Ermitage. Il y eut les cartes de rationnement, le lait mouill�, le pain noir, la viande avari�e. Ini tomba malade, son joli visage devint p�le, sa peau gerc�e et rid�e comme celle d�un vieillard.</p><p>Gaby se nourrissait de pelures, de fruits qu�elle mendiait au march�, de trognons. Elle, jadis si rieuse et insouciante, �tait devenue sombre, anxieuse. La nuit, elle ne pouvait pas dormir. Enferm�e dans la villa, derri�re les volets bouch�s avec du carton et du papier bleu, � cause du couvre-feu, elle �coutait les bruits, tressaillant quand le gravier des all�es crissait sous les pattes d�un chat en maraude.</p><p>Les nouvelles venaient du nord. Les hommes revenaient de la guerre. Ils s��taient �chapp�s des camps, ils avaient march� � travers champs et montagnes, pendant des mois. Ils arrivaient par la Suisse, par les vall�es de Savoie. Certains avaient travers� la mer, ils �taient en Alg�rie, au Maroc. D�autres �taient retourn�s dans leur famille, ils avaient retrouv� leurs rues, leurs maisons. Ils faisaient parvenir des lettres, par les cur�s, par les chauffeurs.</p><p>Mais Jean ne revenait pas. Depuis le jour de son d�part vers le nord, il n�avait pas envoy� une seule lettre. La famille Prat �tait toujours la m�me, hostile, ferm�e. Elle ne voulait rien savoir de Gaby ni de son fils. Mais par la tante Colombe, Gaby sut qu�ils n�avaient pas eu de nouvelles. Jean �tait parti � la guerre, il avait �t� d�vor�, il avait disparu, il ne restait plus rien de lui.</p><p>Gaby essaya de se renseigner aupr�s des gens qui �taient revenus du front, elle demanda aux pr�tres. Personne ne savait rien. Personne n�avait vu Jean. Ils racontaient les soldats d�sarm�s, errant dans la campagne, les g�n�raux emmen�s par les gendarmes menottes aux mains, les colonnes de civils qui fuyaient le long des routes, emportant leurs biens dans des poussettes d�enfant. C��tait comme si les gens n�avaient plus de noms. C��tait comme si personne n�avait plus de m�moire.</p><p>Gaby attendait, dans la maison aux volets ferm�s, dans le jardin envahi par les herbes folles. Les jours o� la tante Colombe ne venait pas, Gaby ne s�habillait pas. Elle restait en robe de chambre, assise sur le fauteuil d�acajou, pendant qu�Ini jouait dans le soleil p�le de l�hiver.</p><p>Il y eut le d�part de la Cinqui�me Arm�e italienne, en 1943, et l�installation progressive des Allemands. Un jour, des soldats sont venus, pour emporter les pneus de la Dodge, toujours gar�e dans l�all�e centrale du jardin. Puis, un matin, sur le poteau du portail, apparut un signe �trange trac� � la craie, le dessin de deux cr�neaux. Gaby n�y avait pas fait attention, croyant que c��taient des enfants qui avaient fait cela pour s�amuser, mais la tante Colombe devint p�le et agit�e. � Tu sais ce que �a signifie ? Ta maison est r�quisitionn�e. Tu vas avoir � t�en aller. � Selon elle, c��tait le propri�taire, Monsieur Gendre, qui avait d�nonc� Gaby parce qu�elle ne payait plus son loyer.</p><p>Les jours qui suivirent, Gaby resta prostr�e, assise sur le fauteuil devant la porte, sans m�me oser sortir. Ini jouait avec insouciance dans les all�es du jardin, il s�amusait � imiter les cris des chats � demi sauvages qui bougeaient dans les massifs d�acanthes.</p><p>C�est la tante Colombe qui s�occupa de tout. Elle trouva le petit appartement sous les toits, non loin de chez elle, dans la rue Reine-Jeanne. Un matin, un officier de la Kommandantur, accompagn� d�un gendarme fran�ais, est venu lui signifier l�expulsion. Elle avait vingt-quatre heures pour s�en aller. Par une belle matin�e ensoleill�e de d�cembre, Gaby quitta la maison des collines. Dans le char � bancs, elle avait empil� � la h�te les meubles, le linge, les affaires de cuisine. Elle s�est assise sur le fauteuil d�acajou qui brinquebalait au rythme des pas du cheval. Ini �tait assis sur ses genoux, ses cheveux blonds brillaient au soleil. Il riait aux �clats.</p><empty-line/><p>Ini ne parlait pas. Longtemps, Gaby avait feint de croire que �a n��tait rien, un simple retard. La tante Colombe s�inqui�tait. � Tu devrais le mener voir un docteur, un sp�cialiste. � Gaby se mettait en col�re. � Mais il n�a rien, il n�est pas malade ! � Elle pensait qu�il avait le c�ur faible, qu�il �tait timide. Il imitait le bruit des animaux, il riait facilement.</p><p>Gaby n�avait pas pardonn� � la tante Colombe. Elle ne voulait plus la voir. Elle ne voyait plus personne. Maintenant, dans la mansarde voisine, vivait un homme du nom de Sguilario, un charlatan qui se disait gu�risseur. Il avait �cout� le c�ur de l�enfant. � Quel �ge a-t-il ? Dix ans ? Mais, Madame, savez-vous qu�il a le c�ur d�un enfant de trois ans ? � Pour Gaby, les mots de Sguilario avaient �t� une r�v�lation. C��tait donc pour cela qu�Ini ne parlait pas. Il avait le c�ur d�un enfant de trois ans. Il avait trois ans.</p><p>Il �tait si joli, quand il �tait tout petit, avec son visage lisse, sa peau fine et claire, ses yeux l�g�rement obliques d�un bleu myosotis, ses cheveux blonds. Il <emphasis>lui</emphasis> ressemblait tellement. Mais Gaby ne voulait m�me plus penser � ce nom. Lui, il n�avait jamais exist�.</p><p>Quand, apr�s la guerre, Gaby avait fait une demande de pension, l�arm�e avait refus�. Pouvait-elle prouver que son mari �tait mort � la guerre ? On avait de bonnes raisons de croire qu�il avait d�sert� au moment de la mobilisation g�n�rale. Il ne s��tait jamais pr�sent� � son poste, personne n�avait entendu parler de lui. Il avait re�u son ordre de route, et il �tait parti, sans uniforme, sans fusil. D�ailleurs beaucoup de soldats n�avaient pas re�u de fusil. Pouvait-elle seulement affirmer qu�il �tait mort ? Beaucoup d�hommes, au moment de la mobilisation, avaient tout abandonn� pour ne pas aller au front. L�enqu�te devait suivre son cours, �tablir les faits. Elle serait pr�venue. En attendant, Gaby n�avait plus rien pour vivre.</p><p>Elle s��tait referm�e. Elle ne voulait plus rien savoir, surtout pas de sa belle-famille. D�ailleurs, eux l�avaient reni�e. L�affaire des robinets avait fait faillite. Il n�y avait eu aucun partage. Le produit de la vente des hangars n�avait pas suffi � rembourser les dettes. La m�re Prat �tait morte d�une crise cardiaque, les enfants s��taient �gaill�s. Ils �taient un peu partout dans le monde, en Angleterre, en Argentine, au Br�sil. Des trafiquants, des chevaliers d�industrie. Solange, l�a�n�e, avait �pous� un collaborateur, un espion des nazis, qui avait �t� ex�cut� � coups de revolver dans le restaurant du Lutetia. Elle �tait devenue � demi folle. Elle accusait Gaby d�avoir fait assassiner son mari, de l�avoir enterr� dans le jardin de la villa des collines.</p><p>Gaby n�avait plus rien. Peu � peu, elle avait vendu tous les objets qui lui appartenaient, les souvenirs d�autrefois, du temps de son mariage, des ann�es heureuses : les meubles en marqueterie, les coffrets, les assiettes � filigrane, l�argenterie. Elle avait vendu ses bijoux, un � un. Elle allait chez un brocanteur arm�nien du quartier des musiciens, un certain Amadouny, accompagn� de son fils. Ses mains maigres sortaient de son sac, envelopp�e dans un mouchoir comme si elle avait �t� vol�e, la bague de saphir clair que la tante Emma lui avait donn�e avant son d�part, et qui avait �t� rapport�e des Indes par l�anc�tre Corentin, au temps des corsaires. Ini avait la m�me couleur d�yeux. Amadouny avait regard� longuement la bague. Il avait dit : � Si vous n��tes pas oblig�e de la vendre, Madame, gardez-la. Je ne pourrai jamais vous donner ce qu�elle vaut. � Gaby avait hauss� les �paules : � Si vous ne pouvez pas me donner ce qu�elle vaut, donnez-moi ce que vous voulez. � Avec la bague, Gaby avait pay� les arri�r�s de loyer, l��picerie, elle avait achet� des habits neufs pour Ini, et plac� un peu d�argent � la banque.</p><p>Mais l�argent partait. Sguilario venait � chaque instant, il devait imprimer son livre, un livre qui r�v�lerait au monde ses secrets, ses pouvoirs. Gaby, qui avait appris � se m�fier de tout, accueillait avec enthousiasme cet homme bavard, rus� et corpulent qui savait si bien d�celer ses mis�res. Elle lui donnait de l�argent, elle lui confiait des bijoux � vendre, des objets � monnayer. Des tableaux, des livres disparaissaient. La jolie pendulette de son mariage, qu�elle avait regard�e si longtemps en attendant Ini, suivit le m�me chemin. Depuis la mort de la tante Colombe, il n�y avait plus personne entre Gaby et le monde. Sguilario le savait, il devenait de plus en plus pressant, de plus en plus audacieux. Maintenant, un voile couvrait les yeux de Gaby, comme une brume sur le bleu de ses iris. Peu � peu, le contour des choses s�estompait. Elle ne distinguait plus les traits des visages. Quand elle sortait dans la rue, elle avan�ait � petits pas, serr�e contre Ini, son bras entourant les �paules de l�enfant.</p><p>Sguilario �tait fou. Dans la chambre o� vivait Gaby, il d�clamait � tue-t�te des po�mes, des discours philosophiques. Ini avait une peur instinctive de cet homme. Comme ces chats qui, � l�entr�e d�un intrus, disparaissent sous les meubles, Ini se cachait o� il pouvait, sous les tables, dans les placards � balais, derri�re les rideaux. Pour Sguilario, c��tait devenu un jeu cruel. Il partait � la recherche de l�enfant, feignant d��tre aveugle, frappant les meubles et les chaises avec sa canne, criant de sa voix qui roulait : � Je vais te trouver ! Je vais te d�vorer ! � Ini �tait terrifi�. Le c�ur battant � se rompre, il regardait depuis sa cachette, avec des yeux fixes, les chaussures de Sguilario qui faisaient craquer les lattes du plancher.</p><p>Gaby ne comprenait pas. � travers la brume de ses yeux, elle voyait la silhouette massive de l�homme pench�e sur Ini. Elle entendait les cris, les grondements. Quand c��tait fini, Ini venait se blottir contre elle, elle sentait son c�ur qui battait tr�s vite, comme celui d�un animal affol�. � Laissez-le ! Vous lui avez fait peur. � Sguilario battait en retraite. Il faisait comme s�il regrettait. Il partait � reculons, il regagnait sa mansarde. Mais Ini ne le quittait pas des yeux. Ses iris clairs, couleur de saphir, restaient fix�s sur la porte longtemps apr�s que l�homme avait disparu.</p><p>Au printemps, Gaby tomba malade. Au d�but, �a n��tait qu�une grippe, la grippe asiatique, avait m�me diagnostiqu� Sguilario. Peut-�tre une pouss�e de malaria. Gaby br�lait, elle avait mal au dos et aux membres, elle restait allong�e sur le lit, elle regardait Ini qui jouait � c�t� d�elle, dans un halo. Les tisanes et les compresses vinaigr�es de Sguilario n�eurent d�autre r�sultat que de d�clencher plus t�t les vomissements et les maux de t�te. Gaby souffrait tant qu�elle restait recroquevill�e sous les draps, les mains appuy�es sur son cr�ne. Elle n�ouvrait plus les fen�tres. C��tait terrible, cette lumi�re du printemps qui filtrait � travers les persiennes, avec les roulades interminables du serin de la vieille Madame M�ller, et les cris stridents des martinets dans le ciel. Ini restait immobile, assis par terre aupr�s du lit, � guetter l�arriv�e de son bourreau.</p><p>Un apr�s-midi, pourtant, Gaby sortit de sa torpeur. C��tait la fi�vre qui lui donnait des forces, qui lui faisait comprendre. Elle �tait p�le et maigre, avec des yeux br�lants, les l�vres bleues de froid. � Je vais mourir. � Elle disait cela lentement, et c��tait une pens�e glac�e, enivrante � la fois, qui l�obligeait � marcher. Tout � coup Sguilario la vit devant lui, droite et forte dans sa chemise de nuit, avec sa chevelure grise emm�l�e par la fi�vre, et ce regard surtout, qui le br�lait dans la p�nombre. Il l�cha Ini qu�il tenait � moiti� sous lui. Il se mit � reculer. Il crut un bref instant qu�elle avait recouvr� la vue. � Je ne voulais pas� je ne savais pas� � Il avait peur, il cherchait � gagner du temps, pour atteindre la porte. Le regard bleu de Gaby luisait comme une arme. � Allez-vous-en ! Sortez d�ici, ne revenez jamais ! � Elle serrait Ini contre elle. Elle criait, maintenant, et cette voix qui venait de ce corps rong� par la maladie faisait frissonner l�homme, l�obligeait � fuir. � Allez-vous-en ! Allez-vous-en, ne revenez jamais plus ! � Quand elle fut s�re que Sguilario �tait parti, elle s�appuya sur Ini et elle retourna vers le lit. La pens�e de la mort ralentissait son corps, le rendait �tranger. Elle prit la main d�Ini, elle la serra longuement.</p><p>C�est la faim qui sauva Gaby. Quand il eut fini de manger tous les biscuits, les cro�tons de pain et les pommes de la cuisine, Ini alla gratter � la porte de Madame M�ller. La vieille dame entra dans l�appartement derri�re lui, elle vit d�un seul coup d��il la salet�, l�abandon, les linges souill�s, et Gaby toute blanche sur le lit, les yeux teint�s de sang. � Seigneur� � C�est tout ce qu�elle put dire. Malgr� son �ge, elle sortit t�l�phoner. Le m�decin ordonna le transfert imm�diat � l�h�pital. � M�ningite c�r�bro-spinale � dit-il � Madame M�ller. � Elle est perdue. Qui va s�occuper de l�enfant ? � Madame M�ller prit Ini chez elle, en attendant de pouvoir trouver une place dans une institution. La maladie de Gaby fut longue et difficile, elle gu�rit enfin, mais elle avait compl�tement perdu la vue. Elle retourna quelque temps dans l�appartement sous les toits, puis, gr�ce � l�argent de la pension arriv� miraculeusement, elle put trouver une petite chambre au Carmel, dans une vieille maison �clair�e par le soleil, comme celle o� Ini �tait n�.</p><empty-line/><p>Quand il entra chez la vieille Madame M�ller, Ini parla pour la premi�re fois. Dans le petit appartement sombre, une fen�tre donnant sur la cour �tait d�cor�e d�une tulipe rouge que le soleil allumait. Ini marcha jusqu�� la fen�tre, il toucha le vitrail. � Lu-mi�re. � Ce furent ses toutes premi�res paroles.</p><p>La vieille dame comprit qu�il se passait quelque chose de miraculeux. Elle fit entrer Ini dans une institution sp�cialis�e, puis il alla � l��cole. En moins d�un an, il avait rattrap� le retard. Il savait lire et �crire, calculer. Il se passionnait pour les sciences naturelles, pour la physique. Sa seconde chance fut un professeur de sciences naturelles, converti au bouddhisme, Charles Behr, qui se prit de passion pour cet enfant presque sauvage. Chaque jeudi, chaque dimanche, ils partaient sac au dos pour de longues promenades � travers les collines, � la recherche de nids d�oiseaux, de fossiles, de plantes, de t�tards.</p><p>Maintenant, gr�ce � l�argent de la pension qui arrivait r�guli�rement, Gaby n�avait plus de soucis pour l�avenir, pour l��ducation d�Ini. Quand l�homme de la Barclay�s est venu la voir, dans la petite chambre du Carmel o� elle se reposait, elle s�est anim�e, elle a tendu les mains vers lui, pour toucher son visage, le front, les yeux. L�employ� de banque �tait g�n�, il avait presque peur.</p><p>� Enfin, il a fallu tout ce temps ! � Gaby a dit cela sans amertume, avec une sorte d�amusement. L�homme lui a fait signer les papiers, en guidant sa main, il est reparti pr�cipitamment. Il ne lui a pas dit la v�rit� sur cette pension. Il est possible qu�elle ne l�ait jamais sue.</p><p>Maintenant, assise dans son fauteuil d�acajou, le seul souvenir qui lui reste de l��le, elle est toujours belle, � cinquante-six ans, si �l�gante, avec son �paisse chevelure d�un noir intense o� courent � peine quelques fils d�argent, cette natte qu�elle ram�ne sur l��paule droite, comme autrefois, quand elle allait se baigner � la rivi�re avec Ananta. Son visage aux paupi�res ferm�es est harmonieux. Mais elle n�est pas indiff�rente, ni lointaine. Tous les hommes ont pass�, l�orage de la vie les a dispers�s, la guerre les a r�duits en cendres. Il y a eu ce grand embrasement, lorsque Gaby est tomb�e malade, et tout a disparu dans cette br�lure. Maintenant, la paix est en elle, la souffrance a poli son visage comme une eau.</p><p>Le d�sir est entr� en elle de retourner l�-bas, chez elle, dans son �le, � Vacoas. C�est un d�sir tr�s fort, continu, qu�elle ne comprend pas elle-m�me. Apr�s la terrible maladie, Gaby �tait dans cette chambre du Carmel, seule, � bout de forces. Dans son lit, elle restait immobile, comme si ses bras et ses jambes avaient �t� bris�s. Elle restait immobile, avec seulement cette lueur vague devant les yeux, comme autrefois, quand elle regardait le jour se lever � travers la moustiquaire.</p><p>� l�aube, quelque chose est venu, s�est approch�. Gaby �tait aux portes de la mort. Elle �coutait le bruit, un bruit � la fois tr�s doux et violent, qui venait de l�autre bout du monde, un froissement incessant qui grandissait au fond d�elle, r�veillait sa m�moire. Elle s�est mise � trembler. Elle ouvrait la bouche pour appeler, mais comme dans les mauvais r�ves, aucun son ne sortait de sa gorge. Le bruit grandissait, grandissait, et � pr�sent, elle le reconnaissait. C��tait le bruit de la pluie qui arrive, comme autrefois, dans la maison de son p�re. Le toucher l�ger et insistant des gouttes sur les toits de zinc, le murmure des goutti�res, les ruisseaux coulant tous ensemble jusqu�� la grande mare qui se tache de sang.</p><p>Elle se souvenait alors, quand la pluie arrivait � Vacoas, elle le savait longtemps avant. Tout devenait si obscur, il y avait un nuage sombre sur la terre et sur les champs de canne, jusqu�aux pointes des montagnes. Il y avait ce froid dans son corps, ce long frisson.</p><p>Elle n�avait pas cru qu�elle reconna�trait cela un jour, cette pluie qui tombe du ciel comme une chose vivante, qui glisse sur la pente des toits, arrache les feuilles des arbres, tambourine sur les vitres branlantes de la maison. Comme autrefois, elle sentait l�odeur de sa m�re qu�elle n�a pas connue, m�l�e secr�tement � l�odeur de la terre, aux feuilles pourrissantes, � l�odeur des goyaves et des mangues, � l�odeur �cre de la papaye ouverte sur la table de la cuisine, au parfum enivrant du galant-de-nuit.</p><p>Maintenant, devant elle, dans la lumi�re nuageuse, il y avait une silhouette debout, qui la regardait. V�tue d�une robe l�g�re, un sari, avec ses cheveux noirs cascadant sur ses �paules, et dans son visage obscur, ce regard bleu qui br�le. Gaby restait clou�e sur sa couche, incapable de bouger, tandis que la silhouette surnaturelle la regardait, la consid�rait. Puis tout � coup, l�apparition s�est d�tourn�e, s�est effac�e. Il ne restait que la lumi�re du jour qui d�croissait avec le matin. C�est alors que Gaby avait d�cid� de retourner chez elle, co�te que co�te, pour retrouver Ananta.</p><empty-line/><p>Est-ce qu�il pleuvait encore, quand le dernier paquebot de l�India Steamship a mouill� dans la rade, sur la route de Bombay, et quand les canots � rame ont conduit les passagers jusqu�au m�le ? C��tait le vendredi 24�f�vrier 1967, la lune pleine glissait fantastiquement entre les nuages, dans l�obscurit� de la nuit qui arrivait. Il y avait exactement trente-huit ans, la jeune fille aux cheveux si noirs, aux yeux si bleus, v�tue de sa robe l�g�re et coiff�e de son incroyable chapeau de paille, s�abritait sous son ombrelle pour gagner le bord du <emphasis>Britannia.</emphasis></p><p>C�est Ini qui prend soin de Gaby, qui la guide. Il est un homme, maintenant, il est plus grand qu�elle. C�est elle qui cache son visage contre sa poitrine, quand elle est lasse, ou quand elle a peur.</p><p>Gaby sentait son c�ur battre fort dans sa poitrine, tandis qu�elle marchait sur le quai, appuy�e sur le bras d�Ini. Elle �coutait le brouhaha des gens qui attendaient les passagers, de toutes ses forces, elle cherchait � reconna�tre les voix, les bruits. Il y avait une odeur de fruit pourri, les restes du march� de la journ�e sous la pluie, la douceur ti�de de l�ombre des grands arbres. � Regarde, l�, c�est l� qu�il sont, les arbres de l�Intendance, tu les vois ? � Ini serra sa main, il murmura : � Oui, je les vois, ils sont grands, et forts� � La foule s��cartait devant eux, ils passaient comme des spectres. Les enfants couraient, criaient, il y avait un bruit de musique, des odeurs de poisson frit, d�huile.</p><p>Dans la chambre de l�h�tel-pension, pr�s du port, Gaby s�asseyait sur la chaise de paille, devant la fen�tre ouverte, pour entendre les bruits de la rue. Il y avait les klaxons des autos, les bruits de pas courant sur les trottoirs.</p><p>� Regarde, Ini, pourquoi y a-t-il tant de monde dans la rue, pourquoi crient-ils comme �a ? �</p><p>Elle avait peur, tout � coup. Elle refermait la fen�tre. Il y avait si longtemps qu�elle attendait cet instant, et maintenant, il lui semblait que tout lui �chappait. � Ce n�est rien, maman. Ce sont des gens qui manifestent pour l�ind�pendance. �</p><p>Gaby ne comprenait pas. Elle pensait qu�elle serait dehors jusqu�� la nuit, comme autrefois, pour respirer les odeurs, pour �couter le bruit de la pluie sur les toits, et � pr�sent elle ressentait une inqui�tude sourde, comme avant la temp�te.</p><p>� Mais qu�est-ce qu�ils veulent ? Ils vont tout br�ler ! � Elle se souvenait des incendies dans les champs, le ciel qui devenait rouge, jusqu�� Plaines Wilhelms.</p><p>Ce qu�elle voulait, c��tait revoir Ananta. Mais apr�s tant d�ann�es, qui pouvait lui dire ce qu�elle �tait devenue ? Gaby ne savait m�me pas son nom. Le taxi qui grimpait la route du Sucre jusqu�� Vacoas tomba deux fois en panne. Enfin, il s�arr�ta � un carrefour o� �tait un petit march�, avec des �tals de l�gumes et de poisson s�ch�. Le chauffeur palabra longuement avec les marchands. Il revint en haussant les �paules. Personne ne connaissait Ananta. Il n�y avait aucune trace. Il laissa Gaby et Ini dans un h�tel de Curepipe. Gaby sentait le courage l�abandonner. Quelle folie de chercher quelqu�un, apr�s une vie. La nuit, elle s�est laiss� emporter ailleurs, dans l�oc�an des cannes grises, sous le ciel charg� de nuages. Les martins fuyaient comme des vol�es de feuilles dans le vent. Sur les mares couraient les frissons. Gaby se souvenait maintenant de la chanson que chantait Ananta, quand elles allaient se baigner � la rivi�re.</p><poem><stanza><v>� Dans bois tourterelles</v><v>Napas la peine pou gagne mari</v><v>Tellement mo content mo Zabella</v><v>Mo lizi� collecolle av li !</v><v>A�oh ! �</v></stanza></poem><p>Toute une ann�e elles ont v�cu ensemble, jour apr�s jour. Alors il n�y avait pas d�avenir. Rien n�avait d�importance, que d�aller se promener dans les champs, apr�s l��cole, le long des chemins br�lants, et de se baigner � la rivi�re, en laissant flotter ses cheveux dans le courant.</p><empty-line/><p>Ti coco est venu. Comment a-t-il appris le retour de Gaby ? C�est peut-�tre Esprit Thompson, l�agent de la Barclay�s, qui l�a pr�venu, � cause de la pension. Ti coco est entr� dans l�h�tel, il l�a vue. Elle �tait assise dans un fauteuil de rotin, avec une th�i�re fumante sur la petite table. Il a regard� un long moment l��clat de sa chevelure noire, son visage lisse aux yeux ferm�s. � un moment, elle s�est tourn�e vers lui, pour sentir sa pr�sence. Ses yeux �taient toujours bleus, mais ils regardaient de c�t� sans voir.</p><p>� Mademoiselle Kervern ? �</p><p>Gaby a tressailli en entendant son nom. Elle a reconnu tout de suite la voix.</p><p>� Ti coco ! �</p><p>Debout, elle a march� vers lui, si vite qu�elle a renvers� le fauteuil de rotin. Elle a press� la paume de ses mains sur le visage de Ti coco, elle a dessin� le contour de son nez, sa bouche, ses oreilles, elle a pass� sa main dans les cheveux boucl�s. Ensemble, ils ont march� dans le salon de l�h�tel, jusqu�au sofa.</p><p>� Tu n�as pas chang� ! �</p><p>Elle riait, elle parlait sans s�arr�ter. Ti coco, lui, �tait comme autrefois. Il ne savait pas ce qu�il devait dire. Ini arriva un peu plus tard. Il regarda avec curiosit� ce petit homme trapu, � la peau si noire, avec une t�te si large.</p><p>Par Ti coco, Gaby a su qu�Ananta �tait all�e vivre dans un quartier pauvre de Vacoas, du c�t� de la Caverne. Elle travaillait dans une plantation de th�. Mais il y a tr�s longtemps qu�il n�a pas eu de ses nouvelles.</p><p>Gaby n�a pas voulu que Ti coco l�accompagne. Par une journ�e magnifique, �blouissante de lumi�re, elle marchait sur la route, appuy�e au bras d�Ini. Elle demandait � Ini de lui dire ce qu�il voyait, mais c��tait pour tromper son appr�hension. Ini lui racontait les jardins fleuris, les petites huttes de bois avec leurs toits de t�le. Il racontait les femmes qui marchent sur la route, portant leur binette en �quilibre sur la t�te, les enfants presque nus qui courent. Dans les rues des villages, les postes de radio �taient allum�s, les gens parlaient fort, il y avait des groupes d�hommes aux carrefours. Gaby s�inqui�tait. Elle serrait le bras d�Ini :</p><p>� Rentrons � l�h�tel. �</p><p>Il y avait quelque chose qu�elle ne comprenait plus, qui la rendait �trang�re.</p><p>� Mais ce n�est rien, maman, c�est � cause de l�ind�pendance. �</p><p>Toute la nuit, les voitures klaxonnaient. Il y avait des gens qui criaient, qui chantaient. On entendait de la musique au loin, aux carrefours. Gaby tenait les mains d�Ini, elle frissonnait.</p><p>� C�est ton pays, maintenant �, disait Ini.</p><p>� Est-ce que j�ai un pays ? � disait Gaby.</p><empty-line/><p>Chaque jour, chaque matin, elle parcourait les rues des quartiers pauvres, appuy�e sur Ini. Au d�but, les enfants avaient peur. Maintenant, ils suivaient Gaby et Ini, sans se moquer, mais avec l�insolence des merles. Ils s�approchaient, pour mieux voir ce grand gar�on blond au visage lisse, et cette femme au longs cheveux noirs qui regardait au loin comme les aveugles. Ils savaient ce qu�ils cherchaient, ils couraient devant eux dans les rues, en criant le nom :</p><p>� Ananta ! Ananta ! �</p><p>Un jour, en parlant � l��picier chinois, Ini apprit une nouvelle terrible : Ananta �tait morte, juste apr�s la guerre. Elle n�avait pas surv�cu aux privations. Ses enfants �taient �lev�s par la famille de son mari, mais le Chinois ne savait pas o� ils �taient all�s vivre. Peut-�tre qu�ils �taient partis pour l�Inde, ou pour l�Angleterre. Ini n�a pas voulu le dire � Gaby. Il a continu� � faire comme si Ananta �tait vivante, et qu�un jour ils la retrouveraient.</p><p>En 1967, pendant l�hiver austral, Gaby et Ini sont all�s vivre dans un campement, une hutte de corail et de branchages, en haut de la falaise � Grisgris, du c�t� de Souillac.</p><p>C�est Ti coco qui a tout arrang�. � Vacoas il n�y avait plus de place pour Gaby Kervern. La vieille maison de famille s��tait effondr�e apr�s la guerre, � la mort de la tante Emma, parce qu�il n�y avait plus personne pour faire la chasse aux carias. Le terrain avait �t� divis� entre les cr�anciers, et maintenant, � la place, il y avait un petit immeuble de ciment. La route du Sucre passait au ras des fen�tres, devant des jardini�res o� poussait l�herbe folle.</p><p>Les bourgeois de Vacoas et de Curepipe, tous les gens bien qui connaissaient les Kervern, maintenant �taient morts, ou bien ils avaient chang� de visage. Quand ils ont su que Gaby �tait revenue, ils sont venus la voir, par curiosit�. C��tait celle dont le mari avait disparu pendant la guerre, on ne savait pas o�, on disait qu�il avait d�sert�, qu�il �tait all� au bout du monde. Le venin des s�urs Prat avait coul� jusqu�ici. Et puis il y avait ce sang-m�l�, ce cafre, qui avait un dr�le de nom. Alors les bourgeois s��taient �cart�s. Pour Gaby, �avait �t� un soulagement. Elle pr�f�rait rester seule, avec sa m�moire, pour �tre pr�te le jour o� Ananta viendrait.</p><p>� Grisgris Ini a d�couvert la mer, non pas la mer sans fin de l�Oc�an sur lequel cognait l��trave du paquebot, mais la mer sauvage, qui se brise sur la falaise, qui court en longs rouleaux jusqu�au rivage, entre les r�cifs. Avec les enfants noirs du village, il apprit � plonger les yeux ouverts pour glisser sur le fond o� brillent les oursins violets. Il apprit � p�cher, arm� d�un harpon fabriqu� avec une tige et un clou. Chaque midi, il revenait pour faire cuire les poissons, les hourites. En une saison, il devint un gar�on fort et hardi, la peau br�l�e par le soleil, les cheveux presque blancs de sel. Mais il n�avait pas chang�. Il gardait le go�t du silence et du secret. Il continuait � parler avec les mains, avec les yeux. Les enfants noirs avaient appris son langage. Il imitait les cris des oiseaux de mer, le croassement des gasses, le sifflement des martins. Son meilleur ami, c��tait Omar, le fils de Meriem, la Comorienne qui vivait dans une hutte de planches, � l�entr�e du village. C�est lui qui apprit � Ini les cachettes des poissons, dans les creux des rochers, les nids des hourites.</p><p>Gaby passa une saison heureuse, dans cette hutte isol�e, sans confort. C��tait comme autrefois, la maison sur la colline, le temps qui glissait lentement, au rythme de la pendule de cuivre, le soleil qui voyageait d�un bout � l�autre du ciel, pendant qu�Ini jouait avec les chats sauvages. Elle n�avait pas besoin qu�on lui parle. Elle restait assise devant la porte de la hutte, sur une caisse en guise de fauteuil. L�apr�s-midi, quand il revenait de la p�che, Ini s�asseyait � ses pieds, et elle caressait ses cheveux mouill�s. En serrant sa main, elle pouvait voir tout cela, l��clat de la mer, le passage des nuages devant le soleil, le vol lent des cormorans au-dessus de l��cume. Parfois, un grand cargo s�immobilisait � l�horizon, comme devant une �le d�serte. Les enfants couraient sur la plage, allumaient des feux. Ils criaient.</p><p>Les pluies sont revenues. Le vent mauvais soufflait de la mer, les vagues faisaient un bruit de forge. Ti coco est venu avec une auto, pour emmener Gaby et son fils. Comme ils n�avaient pas d�autre endroit o� aller, il les a emmen�s chez lui.</p><p>Quelque chose avait chang� en lui. Sa voix �tait rauque, alt�r�e. Pour la premi�re fois, Gaby s�est inqui�t�e de lui : � Qu�est-ce que tu as ? Tu es malade ? � Ti coco a plaisant�. � Rien, juste un chat dans la gorge. � Les affaires l�emp�chaient de se soigner. Il �tait sans cesse dans les entrep�ts. Il importait des tissus de l�Inde, de la Chine. Il allait voir les banquiers de la rue des Remparts. C��tait un homme important.</p><p>� Pourquoi tu ne te maries pas ? � lui a demand� Gaby, avec la cruaut� tranquille d�autrefois. Il a regard� son visage lisse, aux pommettes hautes, ce front ent�t�, et la belle chevelure si noire, coiff�e en une natte �paisse. Il a dit :</p><p>� Parce que tu ne veux pas m��pouser. �</p><p>Elle a �clat� de rire :</p><p>� Toi, �pouser une veuve de soldat inconnu ! Une aveugle ! �</p><p>Pourtant, depuis son retour, Gaby avait chang�. Maintenant qu�Ini �tudiait au Coll�ge Royal, elle �tait plus proche de Ti coco. Elle restait avec lui, apr�s le d�jeuner, sur la varangue, ils parlaient d�autrefois, des promenades dans les Quinze Cantons, de la Mare aux Vacoas. Elle sentait une sorte d�impatience, comme si le temps perdu devenait br�lant.</p><p>La pluie tombait chaque fin d�apr�s-midi, elle cascadait devant la varangue, sur les toits, elle remplissait le jardin. Gaby �coutait la musique. C��tait toujours � Ananta qu�elle pensait. Chaque jour, avec la vieille servante, elle parcourait les ruelles pauvres, du c�t� de la Caverne, ou jusqu�� Moka, pour parler aux vieilles femmes qui mouraient de cancer, aux m�res abandonn�es, aux filles de quinze ans enceintes et prostitu�es dans les h�tels paradisiaques de la c�te. Elle avait retrouv� la langue d�autrefois, le rire, la moquerie, la tendresse cr�ole. Les promenades �taient un bavardage sans fin. C��tait peut-�tre comme cela qu�elle retrouvait Ananta, dans son r�ve.</p><p>Cela faisait un an d�j� qu�Ini �tait parti pour Londres, gr�ce � une bourse d��tudes du Coll�ge Royal. C�est Ti coco qui, une fois de plus, a tout arrang�. Puis il s�est �teint doucement, aux premiers jours de 1968, sans avoir connu l�ind�pendance. Quand il est parti pour l�h�pital, il savait qu�il ne reviendrait plus. Il a longuement serr� les mains de Gaby, pour dire adieu. Elle ne s�est pas rendu compte que c��tait pour la derni�re fois. Il ne pouvait plus parler, mais dans une lettre, il a demand� aux m�decins de ne rien dire � Gaby. Il a fait son testament avec soin, comme il avait toujours g�r� ses affaires, l�guant tous ses biens � Ini, et l�usufruit � Gaby. C�est Esprit Thompson, l�agent de la Barclay�s, son complice de toujours, qui s�occuperait de tout. Un matin, � l�aube, l�infirmi�re de l�h�pital g�n�ral l�a trouv� mort dans son lit. Il n�avait pas cherch� � l�appeler, et ses voisins de chambre ne s�en �taient m�me pas aper�us. Il �tait parti en silence, comme il avait toujours v�cu.</p><p>L�enterrement a �t� tr�s rapide, sans c�r�monie. Ti coco n�en voulait pas. Avec la vieille servante noire, Gaby �tait seule. Elle a suivi le cercueil de bois jaune jusqu�au bout, jusqu�au trou creus� dans le petit cimeti�re de Ph�nix. Il y avait l�odeur de la terre mouill�e, les chants des oiseaux dans les massifs. Gaby n�a pas pleur�. Elle est rest�e droite jusqu�� la fin. Mais quand elle est rentr�e dans la petite chambre, dans la maison de Ti coco, elle a senti une douleur, une brisure en elle, un froid insurmontable.</p><p>Pour la premi�re fois depuis longtemps, la fi�vre est revenue, elle s�est gliss�e dans le corps de Gaby, comme avant la temp�te. � la fin de f�vrier, la temp�te est venue, en effet, violente, terrifiante. Le vent de l�ouest soufflait entre les montagnes, s�engouffrait dans Plaines Wilhelms, labourait les champs de canne. La vieille maison en bois grin�ait comme un navire secou� par la mer. Dans la nuit, un arbre voisin, un eucalyptus, d�un seul coup s�est renvers�, dans un bruit de tonnerre. Gaby errait dans la maison vide, br�lante de fi�vre et d�lirant, quand la vieille Th�r�sa l�a retrouv�e. � Ini ? O� est Ini ? Pourquoi ne r�pond-il pas ! Il s�est encore cach�, il a peur de ce cochon, de ce monstre ! � La vieille Th�r�sa cherchait � la calmer : � �a n�est rien, Madame Gaby, Ini est � Londres, vous savez bien. � Gaby ne l��coutait pas. � Ini ! O� es-tu ? Ini, est-ce que tu m�entends, r�ponds-moi ! Il est parti, il n�y a plus personne, tu peux venir ! Ini, je t�en prie ! � Puis elle s�est effondr�e en sanglots. Il y avait si longtemps qu�elle n�avait pas pleur�, maintenant les larmes sortaient d�elle comme une eau bienfaisante, comme la pluie sur les toits et dans le jardin inond�.</p><p>� la fin, elle s�est couch�e, apais�e. Mais ses forces avaient d�clin� cette nuit-l�. Le m�decin, appel� par la vieille Th�r�sa, lui trouva un pouls irr�gulier, une tension trop basse. Gaby ne voulait pas entendre parler d�h�pital. Elle se redressa sur le lit, son visage tendu par l�inqui�tude. � Je vous en prie, dites � Ini de venir, maintenant, dites-lui qu�il vienne le plus vite possible. �</p><p>La r�ponse au t�l�gramme arriva le lendemain soir, presque en m�me temps que l�avion d�Ini. Mais Gaby ne s�en rendit pas compte. Elle �tait d�j� ailleurs, sur un chemin d�autrefois, du c�t� des Quinze Cantons, l� o� les femmes marchaient lentement, au milieu des champs de canne. Il y avait une lumi�re intense, irr�elle. Sur le chemin, Gaby voyait la silhouette v�tue d�un sari rose, qui l�attendait. Elle reconnut le visage de la jeune fille, l�arc parfait des sourcils, la ligne pure du front, les yeux brillants comme des gouttes. Un sourire �trange flottait sur ses l�vres. Gaby avan�ait vers elle, prenait sa main, et ensemble elles marchaient sur le chemin jusqu�� une rivi�re, qui coulait lentement entre les rives charg�es de plantes. Sur l�eau elles l�chaient des barques de p�tales, puis elles entraient jusqu�� ce que leurs cheveux flottent autour d�elles comme des algues. Puis, elles suivaient un chemin sur l�autre rive, � travers les collines silencieuses, et au bout du chemin, il y avait le grand arbre Peepul o� vit la d�esse.</p><p>Ini est rest� nuit et jour dans la chambre, aupr�s de Gaby. Il ne comprenait pas ce qui �tait en train d�arriver. Il tenait sa main serr�e dans la sienne, comme il faisait, quand il voulait qu�elle voie par ses yeux. Une seule fois, elle a parl�. C��tait au soir de la fameuse journ�e du 12�mars, les bandes de jeunes gens couraient dans la rue, ils c�l�braient l�ind�pendance en jetant des p�tards. Le bruit des explosions a fait tressaillir Gaby. Elle a serr� la main de son fils. Elle a dit son nom en entier, Inigo. Le nom qu�elle avait r�v� pour lui avant qu�il ne vienne dans le monde.</p><p>Elle est morte sans faire de bruit, pendant qu�il dormait sur le lit de camp, � c�t� d�elle. Peut-�tre qu�il pleuvait sur les collines, la pluie froide et vague de l�aube, qui rend tout lointain et �ph�m�re.</p><p>Avec la solitude, Ini a appris la v�rit�. C�est l�agent de la Barclay�s qui lui a tout expliqu�, pour l�h�ritage, et pour la pension de Gaby. � pr�sent, �a n��tait plus un secret. �a n�avait plus d�importance. Ti coco n�avait jamais quitt� l��le, il n��tait pas all� � la guerre. Il n�avait jamais voulu se marier. Toute sa vie, il s��tait occup� du magasin de tissus, � Curepipe. Comme il n�avait pas besoin d�argent, il �tait devenu tr�s riche. Sa seule fantaisie, �avait �t� de mettre des roupies de c�t�, et de les faire envoyer � Gaby, tous les trois mois, comme si c��tait une pension. Il ne lui a jamais dit, il n�a jamais voulu qu�elle le sache. C��tait son secret. Peut-�tre qu�elle ne l�a jamais compris. C��tait comme autrefois, quand elle marchait sur la route, pour rejoindre Ananta, et qu�elle passait � c�t� de Ti coco sans le voir, avec cette cruaut� inconsciente des filles trop belles. Sur le ciment de la tombe, dans le petit cimeti�re de Phoenix, Ini a fait graver leurs noms, avec seulement les dates de naissance et de d�c�s. Maintenant, ils sont enfin couch�s l�un contre l�autre, pour l��ternit�.</p></section></body><binary id="cover" content-type="image/jpeg">/9j/2wBDAAUDBAQEAwUEBAQFBQUGBwwIBwcHBw8LCwkMEQ8SEhEPERETFhwXExQaFRERGCEYGh0dHx8fExciJCIeJBweHx7/2wBDAQUFBQcGBw4ICA4eFBEUHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh7/wAARCAJYAWoDASIAAhEBAxEB/8QAHAAAAgIDAQEAAAAAAAAAAAAABQYEBwABAwII/8QAXRAAAAUDAgMFBQQGBgYECQsFAQIDBAUABhESIRMiMQcUMkFRFSNCUmEzYnGBCBYkQ3KRNFOCkqGxJWOissHRF0Sz8DY4VXN1g5PC4QkmNTdFVGRldsPSKWaUo7T/xAAbAQACAwEBAQAAAAAAAAAAAAAAAQIDBAUGB//EADERAAICAQQBBAEDBAEEAwAAAAABAhEDBBIhMUEFEyJRMgYUYSNCcYEkM0OxwVJy4f/aAAwDAQACEQMRAD8A+us1larMUqHuN1lRn0gxYJa3z1q0KPQy6oEL/Ma8x8jHvymMxkmbwC9RQXBQP8KYyXWhqFLysVDtRdSsk1YoAbAqLqAQv8x2r1FvmMqwSfxr1F40VDKayJwOQwZxsIdaAJVZQ+4piKt2JVlpuRax7BHAKOHCmkhRHYN6yDlo6bj038W6I6bKFAxVSAOgwfQcb0AEK3XgS7gHnQVK5YVVws3aulXyqJzJqlZIHWAhw+ETAGM/nToA6FboRE3BESrlVqwlEFHKOeM2HJV08fMQdworTAzVW9VcTnBNIyhtegOugomH+QUqwPaZYs9Pr29DTh3kq31d4bEZL6kMDgeJycu+29RAcM1ma85rAGgD1mthXmszQB6GvI0Gnbmg4Ry3ayT3S7d6gbNESCqusJeukhciIB69K4urthmCfGmCv4ZD+uft+Gn/AHsiAfnigA/qrYGpRvbtCtWzvZXttd8Uss4I3ZmQaHUKc5x5QEQ2DPXem0AABMAeQ4oAyt5pfLd1vKXn+p6D4zmZKgZdZJFMTkblD+sOGxBHyAd6O5+tAHqthUaSdt46Pcv3ZjEbtkTrKmAudJChkREPw3ofZ9wxV2W4yuGDWUWjnqYqIKKJimIgBhKOQHpuA0AGMVvNYPpWqdgbzWZryFbpAes1leaygDY1gVqsoA2NYHStVgUAbGthWs1maBGxrzWxGtUDMrK1mszQBusrK3tigDmAb1ut1qgD3mszWYrXSgiJ3bo2bOex+7SuW6axSw7g5QMTI6gIOnH54qL+jy3Qb9itolbpEIU0WkcwlKAZMbIjnHnvU/tm37I7yH/8lc/9mNR+wQuexOzN/wD7HQ/3aBhPtMYNpLs+n2LtPiIuGR0jl+hsVVv6L7pxakzdvZHIriqtb7vvEdn42avMH8hx/eq3L1/8FJUP/wAIb/MKpzt6WJYHazZ3a2iApxpzBCT+AzlIwZTP+XN/ItSERf019Ml2YyIa1QShlGywlIfSB1lVNBQN6gUmocepi1eluAUluxSZAACEYIATHpwwqkv0oiHH9F24ny5BK5kHLd4co9SAZcmgn9kgFD8qu63gKNuRgmEAAGSGREf9WWokiq/0t71kbW7P2cfCK8CTuB6SPTWL4kSG8Zy+g9Az9as20IGPta32UFEoggzZNyJpkDzHGTGH7wiIiI1Sn6cEI9XsS3rmZpnVRgZci7rRvpSNjJvyEofzq+ol6hJxreRaKFVQcpEVTOUcgYpgAQGgAYWDZFvL9aygkD4Y7uChg8RyawOGR88b/wA6NVRl53bfcT+knbvZ82uVoMPMN+9KB7OT4qIF15IBvrp64q7wN7wUgEonAuoQ1b/yp0B6EcEH8ao3sbKUv6SXbHgAAQWaf4hmrwU+zqj+x3QP6TPbGAdROy/wCgRevlQGZuVowm28Ekkq9l3CXeCNG4ajFR6CqoPhITO2RHcelEZOQQio5V+6HCJDEKP9s5Sh/iYKo7s8bBJfpPdp7eTdSrZ+mi07lwXPDAWvoH0zv/aNSGW7A3RGy8tIQiRHDeXjeGZ0zXIAGKQ48pyiAiBijvuHpvRxwoRBBRwqOEkyCc5vQADI/wCVLsZZNvxt3uLqSI7Vm3Dbup3ThyZQwo9dGDbYyGelH3bYrtis0UH3TghkT/gYoh/xp0BRH6JrhS+ZO8u1OZHjSUlIjHtTD/1ZsmGQTL6BuFXdcES2moN7DviprNHqBkVk1C6imKIY6VRP6Giatrp3l2aSoAhKw8qLgCD++ROGAUL9OUP51fE3IN4iHeSr1QE2rNudwscw4AClKIj/AIBSEypv0omxU+zy0UQ/cXZFkA34G05qz7wuKIttFJaTXMCjxYrZo3SIJ1nCptikTKG4j/gHUaqz9JpyD/sss6WKnwgdXPErgT01iJv+NQ+3LC/6RfZUzkV3iEWoZ2QipFDJftXQukwfF5fgNAFhw87BW3NsbXPBKwB5XWLRQ5S6HqxeYxBMURHi435uvlRVW4TEcShAgpYyEcYSqOdKZUjCBdRhKJjgIgHrioMnYNtSD+OeSxZF8rGOiu2IuH6g8FYvQ5d+tJXb7LSNxv4rsdgHB05W4jcWTcFH+hxofaGH6nxpD/402A4Wt2hwd02CreMXGzS8aXXyCz94sUviMQueYv1qT2e3dC3TYTO6olPukOsRQyYrEKiBCJmEphEAHBQDSNEGkVHwFolg4puRuzYszIopl+EgEEAAfX8a+coFCRX/APk9lUY7PH9nriYA80e8jxP9nNIZfkbexJWGPPRENISUQBOIk4RKUpnCYdTpEOJTGL1x6+WaNW7ORlxQzeZhXSb2OdE1oLpmyBg/4CA7CA7gNQ+ztZsrY9sqx2nuZo5qCWjpp0F6fSqt/RO4/sm+OFn2T+tTz2fjwadXNo+7n/HNAF3VleQr0FFAZWVlaGgDdZWgrY0AZWVoBrM0AbrKwK0NAG60NZWUAYOK1WVlAG60I1lZQBlZWVlAHSvI7VleFS60jk1CXUUQyHlq25R9aCIq9tg8PsdvEf8A8mc/9mNLdj20tdH6N1twCE2+hFHEI2w8aD7wmAzgPxoqNgSbuxBsuZupzIxanunLk6Yg8Xb6s8IymcBtyiYC5xTszboMmaDFokVFs3TKkkmUNilAMAAUxgG7LXdTFkfq02uB5HmUag2WepplOuoXTgR1G6CPrW5W0GVwWelb10qjLFIoiodYxATMc6RwMUwgG2cl39cjTHWUxiX2tdnrPtGgzQExNyLOJOYh1EGZUyioYo5DUcSiOPpUl3ZIP+zd3ZUjPSLlBdmDQjzJSOCFAuM6igGR/Gmk1YWosAXFQDFharW3FAUkGSDQjQxXpuLxSFLjnz1z50Ft6xyWw2Fla85JRsUI8keYSrooc2cJawESB9MiFN4jWsUABY22INlLHmTMEncufGqQcBqcDgMAAG8g+6GAqJGWVER3aFMXwgs9NJyzUjZcii2pIpS48JcbeEP8fWmasoQHgxTCgJQUMQR21Fxkv1DNVzC9kFuQt6Prvipq5m8w/Ewu1faGoq2ocjkolx+HpVlDjFecUxCpN2HHTjuOXmZq4HxI56k9btzvQKiKiY5KJykANW/rXq67HhbhuBncZzvI2cYlEjaQj1eEtoHqQ+wgcv0EKagremkAKiowjFQ7hR06fO1OU67owGNo+QAAAAofgFFMh6VsQrmagBdn7MgZqebXAs3VaTTUokQkmapkXBSD8AmDYxfoYBCu8hbDSXaA0uF27mGodWzgxSpK/wDnCkANf4Dt9KOANegGgLFG+Oz637xjWEZMGkAYx5yqt0G7kyRAUIGCHEA6iXyqZd9m2/d1vEg7ibrP0EzFUSXOqBXCKhfCoRQMCU/1CmEelYAU0MARNtFZ8AX81LTRmv8ARhfrAbQPzDoAuofqNQ2fZ/AM71k7yauJVKbkyFScOO9avdl6EKUwCBSh6BTYavIUgASdrx5Gco2M9llTSh9TpZR1lTGnTpIOOQMeQVHsKyYSybcC3oMXZoshjCm3dq8cqYGERMUNQZ0jkch9aZg6VlNALDKyWEbGjERD+RjYg+oBZILcpCm6kIYwCcgbm2Ads8umjULERcHDNYeGZJMWLVPhoopBgpQ/7/zqbWhoYHryrVaCvVIDM1g71mKygDK1WVlAGVlYFZQButDWVlAGVlZWUAZWVg5rVAGxrVbzWhGgDYDWVqsz9aBHQOlbyAdelaDpWAO9AhSl+02wIl0ZpI3jDMly+JJwvwzB+QhmvCnaZYKRyFcXXHNgPjSZxrSKOenMcoB/jVGfpxIJBP2K9BMvGMssQRxuJeKQShn6b19JzEVHzUWtEyjRJ2yco8JZFUoGKYBLjoNAyUguiu1SctVUl26oak1UjgYhg9QENhr3Xy5+hLMSTW4brsfvSi0SyMC7VM4iIImBbhm0+gGDA49Qr6lwOoSgG4biGelF2DNBkTAUA3GlOxO0O0r4eyzO2pMXisStwnOUhKUdxDUUR8RclHcKak1QOfKKqahi9eEcDaf4sdKBWvZ9q2m7kXNvQrONXkVhXei3EPeHHI5EPIMiOwYCgQeCtgNaMJSABjnIUB6ZMACb8PWoz6RjmRileSDRqYwZIVwuRMTfhkaCRJLWGHFaTORQgHIYpij0Eo5AfwpKJ2hxDntYb9n8cq3dPE2S7p+oAgJW2gSlKmI+Zx15EPIACgB4rQhWhMHkIGDpkBqDIy0XHKglISkezUMOCEXdFIYfyEdqCJPrYDXnVyAfJRKOMCA5DA9K5mWTK5I2MomCxwyVPWGoweoBQB1Ea0IVBNMRJZH2caXjAeDsDYXifF/u5zXaSeM41uLmRdtmKADpFVysUhAH8TjQBIxWsVwj3bN+hx2LtB4iPRRuqVQg/wBoBxXV0ug1RBV0smgQehlDAAUAe62FQJWahokxCSszGRp1Psyu3ZEtf4ZGpaSqapCKJKEOkpuRQo5KYPUB86CR7NWBUWTk2EckCr580aJj0M4WBMDD6BnqNdWbpq7TBRq6buCCGdSKpThjf0H6UAdR6VgdK1WwoEYPStBWxrAoAyt15zW80Aeq0PWtZrKBmVlZWBQBg1rNbGtUAbrK1WwoAysrBrVAjea1WVoaAN1oazNaoAysrYBW6BHWtB1rdZQB8v8A6dJzElLC0lz+0L7f2k6uSem7/fRB29uWQLJ6omBUnco/SIigIhjWIJiYTY64qmv05VCll7C1b/tC3+8lX04UckD00h/lSZIq/sO7I2PZrDSPEkVJGZlhDvr1MTJhpLnBSBnIAAmMOeuRqruzOOk2v6Ud8WQWWk3EcLYpnSrh4oovwQAhyJAoJsgBuIICPoFfUJ/CP4V89dm3/js9pP8A6KJ/+zSBFhw/Y7aMReby4YgH8ek/Zd0cx7Z0dNA/T3mw5A+3XNVj+ivH+yO2rtWikXDtZszXIigDhUxzAUFD43ER9a+kyeMPxr53/R0/8YntlD/8wL/2g1ISYI/TFjzQN42LdsWVYso4lQIGp0oZITlEgl5NWA/LFXiv2e2tJxjhrOwzKYXehhy5eogqqc4h4gEfDjyxjFU/+m7nT2bj/wD3EH/u19Hj9qP8Yf50Az53/QxkpNJO+LQdu1XTS3pXgsuKcTcMgiYolD6cgD+Y0vW/Z9sj+mzckJ7AZDHkiu9kaYHhlVMmlqNj1ETG/vUY/Q/Af197Xv8A06H++vXSAHH6e1x//p4n/YpULhUMc+3+70uyTsgVVt1m1aPVFAZxaGj3aZzZOZTH3QAw/jioXZMpbEZYTD2vbVyyEo9RK6lXb+BXXWduDhzZMJRz1wABtjpS5+nlCPpPsri5hoAnTi5MTuCB5EUIJAN+RtP86uLsynm1y9n8FNsDakHLFIQ38JilApi/kYBD8qGwKx7AFLpiu0u7bePbs+xsUwi6hhkW5yA23+zJq30jzYJ5UlXVb7eE/TPt5hbqisUnMx+XpkxE5jENxOIBdWdGrhl3Dp5Yr6kFwmLgW4rpCsBOIKevnAvTVj0ztmvny9v/AB6bEz/5CN/+9UWhIYv0j7AthTsXuF01go5u8imgvGTlJAAWTMmYDD7zxjkM53rP0dI0bs7J4m6b1/09KOklEkVH/PwUCGEpQAPIRwIiPUfWmzt8z/0IXnn/AMir/wCVA/0TjCf9Ha0/UEVf+1NTsCvrIbo2X+mfJ2hb5TMYKXie9qsEjaUCK8MD6ik6B0x+dc/07IWNZWxB3e2a6JZKVSbisChsHJpMYAEudI4EgeVSXe36f7X/APT3/wCwNSf09cF7H4cw+c+l/wBkpQMta2LLhgt1FSci2UxIv0CKyDt8iVcy5zkATY1BylDIgBQwAB5VT1vSCvZD+kyl2ds1jqWdcqZFmLAxslj1lNX2foXUXTj0EPlr6GhViO4dgs3OCiB2iJ0zlHIGKJAEBCvmftLKN4/psW3GxYiYIBu2PILJdE+GcyxtX+yX8TU2IKXL2kQ9o/pUTifaEXhRoxjZCFcqpcRJmUeYxgLv9oOoDHAMhpAOlW3YVqwUTcc7eFsumSkZciaCwJsh1IgoTXqUKIbc2oM48wGh96WfY3a01kI+YbFFzDulmXe0+RdmtymHSb5RA2cDsNVX+j/CT3Zb2+S3ZseTPIwDuLPItcjt4sFV0/Cb4BxsPKNIZ9NZrQjmtdQrdCREwBrKysDamBlbztWqygDYVlYFZQMysrKygZlaGt1oaAMCsEaysoEZWVlZQBlea9VoaANVutVlAj3mszXkazFAHatD0rdaoApztT7EXPaPMNZCfvx0iVkUxWiLWNTIVLJs53EcjsG/0qy7ZYS0YxBrLTntoxCFKmqZoVE+wYybSOBEfwosPSt+dA7OTgqh2ypEVARWOUSkU0gbSPrgetVdBdjoQ/aE8vxpfE8M3IbPTHRRFJYu3Jp07F22Dyq1RCtBToDg/TcKMVUWzpRqscggVYhAMYg+oAOw1W9j9jcfaF3vLqirnuI0lIn1yJnCiZiucjqEDBp2yb06VZ4eKtG60hFc9p3ZFD9o0i1c3LcE/wAFibWxbtFk0iIH25/AOoduo05pRT0lv+zP1ikhcY09/wBKXHx/c05+uKJlrBoGVv2edjkBYc65l7fnrkIs9PrfEXeFVI6HVnJwEnXc24YHfrXW8OymOnr3aX1FzUjb9ztScLvjMqZyrJ9NJ0zlEDcu1WIHSspoYEibbRbRDmPlHSk4D7UL5SQKUwLZ206QACFJjbSBcUkwnY8jar5YbFva4rZjVj61I1MEXLcpvUgKEESfkNWhit42pEQLbcAyhiLKJrOXj5xjvL50pxF1sdMj5AGRwUNgyPrSZL9jMBLXs3vV/PXOe4G44QdEekJwihkQKBQLgAADDgPPNWaFaAN6AFq97LZXjABBzUrLgxUS4bojZxwu8/x4Dp9AwFcezixoqwIkYiAkpo8cAG4TZ45KsVERHIiQRLkN/LOKbK0IUAVmPYta/wCvX68+2bn/AFj16+/e0Az006dOnToxtjFIv6eZQN2OwxDcwFn0QHPn7o9fQ1fP/wCmVHT112tFWva9tTUu6RkSPl1G7QwpJlBMQANWMCIiPl0pjLETsJwnCtmls3lPW0zFuUotWZk1EybdUuKBhT/ABxRDs67OrbsRq8JDIKrO35+I9kHh+M6cm65Oceu++MY+lFbQlCSsC2cGYyDBUqZCKt3jYyKhDAUMhgwb/iFF6QhPGw2rKflbit6XkYiWllyqvVCGKqktpKBQAyRwEmwBsIAAhnrU22bTZxEi+mlXLmRm5EpSO5B1gVBTL4UiAHKmmHXSHURyOaZK1TsZgVoc1gDW6QGBW8VqvWdqBHmsrQVsKBm6yszWqBmZrM1lZQBlZWqzrQIyt1lZQIyvNeq0NAG6ysCsoGaxWYrdZQFGVlZWUAdB3rQlzWs1vVigRghtWhHel26bwj4N7HRZSKvZeT1AzjmwAZwqBRyc3oUgeZhEAoZI9oSFvScaxvOGcQKUmtwGz4zhNdtxx6JqKAPuxHyyGPrQA6b+daGq/wD0gL1l7F7PHc7BQ6kk5IUQ4nLwWoD0WPnccDjAB1Eagfo93NMy/Z1bKUjATZzLM9a0sudEUlTiIiJx59W4j8tAFoB1rBDetBvSlf1/R9qSkHBC1Wfz08sKMcwREAFTT4jmMOAKQPX/AAoAbvOtmCq37R+0iW7P4pKeuG0kzwYrFRdO2EhxVGuodIGMmYhchn0GnYJUzm2STEA3JLiuiVZqmVcqYLlMGQwc2wbUDCG9ZVddjXa017SHtwsUrcfQziDVKi4TdKkMInETAIcvTAkGuHbT2qOOy5mjKvrNdSsSsoCQO0H6ZNKghnSJBDIUDLN8s15AwCYQAQEQ60KlJGSG11ZOFhxk3wtCrtmYuAS4hjFAwFE47B161Rv6L1+3tdBLqmn1trS6rmX94og9RSSa4IBeEBTjnBQ9OtBE+iB2rBGkrtk7QC9nVrLT6tsycw3SKGs7Y6ZSImEcBxBMbIFyIBkAHrQw/aTLydnN56zbRPcJzMSu10ivSpESMJciiU+B1qAHUoBtQBZIDW6S4W/o5Tsub37cTVxbjQzcV10XwaTpYMJdOOoiIhsGN8hXCHum9J2305+HstFNsuQVWrV/IcF04S6lHRoEqZjF3ADDtnegB5rWRDoIhSt2Y3zC39b5pWKFVBRuoZB60cF0rNFi9SHL5fj02obBdoMvdUW9mrStxGQhkVlEUDrvOCs94ZsGMkXSIYyBgDUJc4oRIfM5Gspe7OrnRvSyWF0IsV2JXoqB3dfGtPhnMmIGxtnJBphoImwCspM/Xd3JXhK2za8SjJOIUqftRZdzwUkDqBkiQDpEROIbjtgPWutiXmvcTy4WstArW+7g3BUHCS6xT6gFPXxCiX4MdB86AG0a0NV7ZnaK6v5u/f2VCoOIhq4Mgi+knIoA6MTxCQhSmHR942n8K82X2mpzfaHK9nlwQYQtyMEe8ppkccZByjsOsh9ID0HOBKFAEntxJ2hn7PXH/RkoBJwF0840a+Dvq0a+XV06+WaabX9t/q1F/rGdueY7on34zf7MVsc2PzpV7ZO0gezO3xmlrSlZhkAF1OGxyFSSMI4ADiYchv6ANGrZu5lJ9mjS+ZBP2YzVjfaC5Tm1cBPAmHIh1wADSYDCHWvVV0btDnlrGNe7KzwexBmovE26MgUH5mohkFeHp04EN9OvOPrtThCTSEjbUfOKB3RB2xTeiCpscIhi6uYfoFNkgqPWspDt+/Hl5Hcu7HgU30Q3UFEkrIuu7N3Rg8QogBTGOUPnECh6ZqTEX60Pef6m3FGrQNwqEE7VE6nFbviB8aCuC6vqUQAwelADnXkarbtu7WE+zBFFd7akxJNVTAXvaJ0yIFOPwCYRzn8qLvLvnJVEq9kWuhONgJkXbqQBogobTq0pG0mE/pqwBc+dMQ6VlV32TdqTG+n0zAOIZ3BXFCLcJ5GuFCqaebSJimDqGrqOPMPWjVyXgSMuaOtSKYJyM7IJHcgkZfhpN25BADLKmwIlDI4AAKIiNIQ1VlJ0Jej91f6lmTNvLRz0keZ+RymtxWq6YHAmCHwAiOTbgIBjFONAGhrVZWwoA3WVlazQMzNbrzW+lAWbHFaxWBmt0AdNq1pATlKPQw4CtZrNwMUfMo5CgR8x9k7u47v/AEhb+uSOkmTVaPTFg3Fw1FYqaAK6AIUoGLjwZH1EasbtT7Mro7Q7Z9gSt5xbRqKxVhM0hxKfUXpuKg1Xxk1uw/8ASCmLhkWjg1l3Tqy/ImJ0mahh16T46YU1fiBvpV0n7QLddIolt6RZ3E8cae7to5cqpj58zCGyYB1ETYxQPoVP0imh4/8ARouJmo5UdKtItJI6yniWEh0wE4/UcZo1+jzv2G2XnziEv8xrx+kNFyE52JXOwjWxnL1VjqIgnuY+DFMbHrsUcetLP6O9+2wp2TWnCpSILTTZqVmpGJEEzgqhTCHMX4S45tQ4DFKwLnwGmgtwt7Zaum91T6EaitEkMKEg6AAFsU3iwYegDRnA5r5t/S8dScffHZ/JSqD9zZbR4VWQQQIY6Z1CqAYdZQ64IGQz6DU2xBj9JyeeXL2EXK4hIwxYEE0RUkHmUhcF45fsE8ah3+I+Ax0qxOwH/wCpWx//AES3/wAgpO7cpk/aJ2HXIwsNi5nU3LYqhnBUTpkEhDlOYEwMAGUUwXYoBvnrRH9GK7I+b7L4KLaIPeLExqbZ6YyBiESWIOnRkwBkfPbNRolQk/oh/wD1kdsH/p0v/aLUS/Tux/0Eh/6Xb/5Hpf7KHbfso7dO0KJu8VItnPOCu4+QWRMLdb3hzFLr0iADg/8AMtTf0xjSt39lSbq22blxFMniaq6gIny530F4ZcZEoahETY/CgC/bd/8ABeOH1jUv+yCqG/QRH/5iXWl5luA/+7VxdmE2Nw2VHqBEy8adNokidGQaigfUBAAcAPUPrVD/AKMM5H9nCt32leorQsqWXM4bEWaqD3oogIcghkD/AExUSJa36ToZ/R9vbz/0fn+ShBrP0Y26TTsEtAiRAJxGIrHH1MdQ4jQ39I2cTX7DpmOKwkhlJpgBGscDNQ64ajh4ykA2jABkc/hUr9GSUauOyG34JQjtrJxbLhO2zpqoicggYdwA4BkNw3CpAVj+nVIvna9lWqV53aNkHZlHZvXSdIpTDnbl1iNXm3t+7GqCSSPaCuUqZAKUQhW3ltSN+lZ2WPu0OzWj23ua4Icx1WqP9embGtMM7auUohnzLUrs87aoF1CoMr3VcW1crdMhHrJ8xVSExwAAEyfKOvIhnAetAwn2XdlDOxpW5ZIlwSsovcYftoOE0yFE2TDqACh4uc386+fUJTtL/RolVIhzGGnrFO8EzdUOUgAO/KoH2Z/Uh9hGvqVKZkZa2pySaxryPSBqf2YdxyuFR4Y+94XUgasaQHceogFLVq9ocHIWA2Z9oyKcRKKNUyycZJtxKKptJdQkTNnWU/ljPX1oAP8AZTdlrXnZjeatIATZKKH4zcxNB0FxMJlCmJ8I6hEdthznzpqEN81T36K9ku7Qs+ccLtXLBtLTCztgzc6gWRbZ0pcQo9DCQAEfPpmriIOcZoGfLfaxF9pXZT2rznahZLc8tBTWhWVagnxCEMX4VChzAXzBQvTcBq1OwztUtrtTZv3rFkVhMpAQsiywBlB+Eqmr4yeWeodBqXa9/C0eTcbeQLxHAlHCbB49QMRu8a6uUSHEMZDoIDjqGM+SV2Y2sQvbfed+2c0FpCO4wW0epwtCDt4OkxlEyjj3YG8+gjqxUQLFcXBa9qvU7RgI8ikyoAqpQkYgUBIBhyKigF5ESCI51HEOtUtD+2Tfp3NF51Bk1eKwRx4DVUyhUid3HSUTCUuo3qIBj0qJ+itdjG2nN0wV+oyjK+JGSFwudSPVXWdgUMaMkKPQ2oQDOObapF4yMjbH6V9v3/csFIR0E9ju5pqAidY6eSaMqFTA2k2fhDV+NTEWb+liTX+jpdv0RR/7Ylb7OYUly/owQ0EdXhEk7YI0A2nVoExRABx5742oT+k/MFkOwyWhUI6UGXmUUzNWBGSiiwFKsURE4EAQJsGdxrj2eXFItv0Zm5YBtIBccFEIJDHi0OVYVSn3LpMXfX0DFISKrs/tKv8A7CHbSyO0e2RkLeRyk3WIHPwB/qVPAsX7g4EA2qwf0qLqYOf0YW7y0HKJYqZVbNk1UtsNvk/2dAl/ip0vO6LAuOwXjCbRMZdVsfXDroH76VyJOVMqXj1gfYMfzxS7anY+q8/RWadnE8Hd5RwmLrm5u5uBPrIH5bFH8TVEkPPYQzSY9ilmN0PswiET/wBo4azf4mGqh/TwFSOgrKuZkrwZGOlFQRUL4igJAHb8ylp27E7mC1bMj7Fv4QgJuDS7mAuhw3eIk8CyKuNJgEBxpzq26UA7VoNXtyvi3oiKSX/U2CVM6kpQyehF2oIh7pER+0wAYEwbBmgDX6ZK5pL9HFN8fkFZ5HLm/ExBMP8AiargsBBs17PLcbs0wSQSimwFKHl7stVF+ma6Te9mH6pw8c+fSDh4iqRuzZnOCSaeeukMAG4AFWd2XTTGQ7OYlyUyyAMo1FF0ks3UROiYiQAYpimDOdvKmKinrJDgfp53qUNuLD6//wDWjU79JCzr8YXdGdrPZ8sdd/GtRbu2JA1CdMDCICCf7wogI5KG/TFLVozjdP8ATHuW73DSSbwMmxMyayCrBYqJ1QKkQOYSdBEo71dC91OoftVlImcTURgFWDVRlIqFw2RcCB+IkdToUTYKIZ67+lIKE3sD7boTtHmUYmZiPZF3Ion4eoNRFS/vCpmHmL0yJBq7Q61RU1bkddX6SVpXRaCQHSiElnM/JtQw3U+FFLV0Mr4s48utXqUciI00ButhWD0rVMRsN6wQrArY0DPNbzWqygRsM1vNeR1V5yegDuOa8jmvWhUf3Zv5VnCU/qzfyoA8qgVRIyZyEOUeoGDID+VRmjJm0KYrVm2agbxcBAier8cBUsSK+ZBD8q1wz+ZaAPJceQ1zIiimcTppJEOPUSkABH866mIYAEdG3mNbEhgDcv8AjQB4zmt4KYmk2gxB6gYMh/KsDpuYob43MFbNkviEAz6iFFgZqwGC7Y6AAYCvOOXHQB8gDFbwGRANzB136VgjgOYxQD+IKLHZ6DOnGw/QSgNa3x6flWhDAgXUACPQBNXgTAAfaEDHXJwosLPWTCOoRMI/jWxOIiAmABEOgiGRCvOtMAAeKnv/AKwKwVUgDUKiYhnGdYVGxHQBOAiYpjZHzrycxzeIwjWuIXYAWT5+gCqG9YIfQu3nxAosDW4iA5EMdBzXsxjZARPqEPUM15AxchqOmGemThv/AI1sxDiAjoEADqOQqVgbyOdWQH860YQEdRgATB0EQyNeBxo1AYunzHUGKwpybgJyZD7wf86jYHodw3GsEB8s/lXkTplABMqQM9MnDes4hcgHGS3HAc4b1Khmx5igBuYPIDbgFZq5QDYADpt0rAwJsai5zjxB1rDGKUBDWTl65OG1MZhRMA5AfzrYCYC41GEfxzWgPgNICH862HhEQ8vrSImAdQoAAKnAfoNaOofIDqMA+oDvWwx11gH51o2PUBH8aAN9TlVMBROGwGEu4fnWug4KFbABAAEwBj8etaMHUQH8qANCAGIJTFKYAHODFAd/zr1vsO31wGK0GRLkMYDqIiAVoDAGeYo49DANAz0CqhR2UHH41vWYTahMOr1zXkA1dBCtCYpeqiQF6bnCixnUFFfJQcV4UExgEphESj1Aeg1oMZ2MX6c4V5wIj4iD/bD/AJ0CbNkKUgYIQpQHqABivW2OlYP00/3wrRjCHUC/3wp0I9YyHWvPQawBz0Ev98K84MA7af74UUB7zWCIVrSYfh/xCsFM/wAo/wAwpDs0IBWedbAinyD/ADr0BFP6sf506EazWbVvQp8hqzhq/wBUf+VID5Fui5LmkLwWSlJB7B+7NxGTaRULwTHMGjI/BgPLel9W7LwjEX7j2zK+5UIgmqo+OfSqbdIuPqXfNF+zowSN2SEslHIdwE63BTeKl3P4U/F6dRLQ4zG3phFz+skcky7yukPtSLHg93wXVqUSMI8ojsBg6jprj+9KX5FcEHUrgn3ME5i1LnCUcqFBAX/eztwQUUMBh6+MEygYBHrvWr1lipwjMjWWcpElSt0xURWVEVG5De8OUxvs/p0zSQ8lUX7CSTZHPpeOlEwSExScZM4CJlCavBlMAAQ65GmNC3kGbF06SlRTcRLZJNRVY/EMQ2nPXb3enbh9c7/SoSyEzzZFxSUPZRZWakjuEVUXBW0Y+McV3WS6UTlDVzpl6ibbffFR7CLc80D29XNwSxYNFXiPgbH1rHKny+H4cafOse3Lak3bzck3HoQaSqTluDrmW7pwUi6il05Pzatg6ZoMdBJC1W5YozheIaNzA24CqfGevFBMbUoX7pOpBzjpTk5f3OxbR5u+4U42cBw8OV1BIQDaSSOiYdJHiyn2h/vCPL9KiK3mW/Yy6dB5iKhSR5hBqBtaykgP2fNnUb0AgY21V7t9pIq3o6skQBOPVRCSkHQgkVbjGIX3RVNPNjppxtTNwLTQkZ5m2fOItXkXBRgHNlFDmXE2kdRQ4mgShv6VByJUR7flkGViN21yzJFZidZHO9OmfJkCpqkwmY3xAUMCPoG1V/dyku4uJhbduKu1WzpYkgssoYD8fUp7tQvN4dO4EHzr1ZzxxHX0qwQh2FxnbRqyizTXyiTWQ4kS+px0if0Dam6BF/8A6bXekgkVgReOjQrVzuk4DmMpxNOnw8oelRch9hNNJM9xLpuZc70LXaYWUUIc/i5vF1KbSXONw8qBXpbUPHNEIhZN4wt1dyV+5kHRjrOlBx7shk/EVE+rAeef4a8sW5ZaTaTr+TNHNJJipLSyTdLuxzFJgxEgMPKPKUNh69fOiTe6z9oEqT2cg7TlZdidJhHP0jcCPT2KLpVQeU+CkHGOg4DyqDJlcWYMi1uJpIBaCi0JFKLGUA5zkIoc+5FR1b4LgAwHoPrTFbz9k0La5o8qrhud2/dKx5jAcDpkDCZxxvkxjAOB9B9KXL1WuKef3Xcc3OAuW32iLBu5QS4aa3ENhMpSZ5cl3zkR+tO9tezrIYQN2y0LmWk4o7ZpHpchG7dEuvvDjV4lNRdX11VbL5EWBnVgzU5dwQDpwRFSQWSUW5ylM0TKIiqVBX1DIZKX5ai9sKTeGOhb0DcCsj3NiZRUWgnFEEi+7NqN1MYQ6j0piaXepcN2O5BgxXKwg4lVNAF10wMZQUgUMqJfTc2NO+9CwfJWxbDmckDxaDYQbncW+wXFJR6soPEBMBERMVAhBIIkHqJjAYaI2JHSEt5y4C1C32+DgyQcRgjHmHjpIl06VTm+UOgk8+ojtT/bcVE2y0n04uUdzTwiOXKT92cnEP8AaGNzchSpl+HqPWl7s3LMPrYlb9dNlncncLlYEcqaOA1+FMunbSI8nLjHnQ9CacxdnSckxWBvCSTttFJuHamsXjg7korqJF8WkhQNkw/LtTpvgldHK/7h/XhGJklHpoFq54ThzFlEe65Ip7tNT5lD/KHQNxqB+vkOg0dtVohR6B3J5CYeiwOjqVDGEClKYdKerAAbbwiPxV17WLoKR7G9xiys2nfnb9k+VbakEDC70GXMXfUUSYyH4elS+zqBlEY+6JiQk0WTdwX3CyrcyLVwQ2pZUx0jFydEpOcAHGMgFEnRFASGW4DVzfiyDsjdFqqdmdQwGSI4UMJU9KYfaF1iOBqR2HLNp1v7IlHqpe6yntNJZVM5+8Kl+D/VlAecfXpSreq80Z7CsRkF2cU4yuxF00K0RMUAMoU5yFDHOXoA52EBq8LYSfQVtWqyZMTLvGUaaQeK8MCkMkumbholDxZ1eY9KT5FsCV1QCTSes72W/M/i2T17cElrX31lIZRNQ3+r1coeVVharq3LzvmHTJFO1VDCLl0sDw5zH9+oosZboUce7wUfKrBjYCPj7QuAszKcBd6waR8yooJSHbo8PPCS08vEHz36mpXtm5Ixr2fhbVl2KPGlxO1SOpzi4U08PiuDF+IPFp6VKMhlst7kRm7FG540Wbx6inwQVapDsr4dPy/e5fKtyEY8/VksOs/bOlxEhe8JibT94+M+L0DpQdBpIxsO8CLXx7PamjIdmkjwCCvwkyqqm/A2wat6YZmQG2iMWTniLmwQiLdLxHOYu+AHccBV+4guANcrp2WPl5oHqb5aFDCSag6EUz8L959AMbXp/hpQs+4rncdnqJbj4KEY7avRVeoj+1uCcxjG4fQvL4cfdqT2mzre2+zOfkVm/GGTf8IEvgOdQ2nUb8C7b0u9m0iVzbdqS8cAvrvkhGDSOr7xNsHxKqF+VNLoTpmodgmHOySeTmVwuhinIiikJIJhHLCJ1BD7QVR8ti9RxTD2t3pKRtuXHI20cwIwzojF/wAXw6+XiYD0wbFD4+Kty37lbrTdyvo6XSbvHIOThwwVb8qfFH4S6+ukN8UGuyNb3sD224EHCJUVfbstIO0v6SfVpKhp+/4tQ01ksdCzcU3P9oyNpQjd4YjJ3oUWSAeH4j8yv8QF6V9BWM3tyARJCRBSomBI6ixjZOZVNMdOswiPXFU1Dd3DtWF0s1QZt4sqTl1wfs2jZAhjcL5dRjm8q5q9raScvGNI22liu5MrYjsUltZyNtZjcIxdIY5TZz9OlV45zbuTugi9petyOQcRyRUTYAzsobD/AMf7VUreFoxD+1J6BYuJJuDG4kU26aph5zLFKUVdRubh51D/AGad2aE33KJQkeBxUZbvQ8JXy1G4ZP7tUteEm5nG9yN450KEtPXh3fuoK/Ztk09OfulExvEFTWWU+wbIna8z9lTDYkfIqLxgagbJ6x18LlKU/wDCc3TP41Wcsq7Rl3qR1VyiCuN1Df8AOrr/AEi423LZhbfhGyAr3MDNEVnefdnRL/vc3T0qjH3eu/cV/wATiL83P4jFHzD6V0/TfjJiXR7I5XAN1lv/AGp/+dbB0uYcAut/7U//ADqIInKOBAa9FN9BCvQxkn0FEvvC5Q2crf8AtT/865C5Xzu5X/8Aan/51yUHAbCNc9Rh6jQ4ryEmSk3Sxc++WD/1x/8AnXQXTkQAQdOQ/Bc//Oh+rmroJ9qiFEvvzz/704/9up/zrvHv3K0u2ZqvXYpKH0KftSnJnwmznyGh3hr0goqmYToqCmfGNQUZse/HS7Jx4ZLI9egYoA9c6wHx94P/AM66+1ZH/wAov/8A/KU/50PKIFEMdK6akvWnKIqLqFjraIwIMO9i87y6axiQ4IzPylLp1cwI6d9Y9Oah3dnpIp8olh9JyCZGqyCafOmBtPvE/wCswO/TGNwqDeoKuZaUO2UVKzFU7ONEqxTHFEpyYKOecCjnb8BqKmFrN0ni79tLoPmiWsJX2orhwt8KRTF5dOPzrw8lQrDq1ox7bs+JISTxUIlN2AD7spBblKr4ymNzahDrgB+KiHdXd0R8Tb/fUSRDqTck9oJhg7xFPxKn+LYvr15cUkXASTk2rB+/TFUjQSN0ku7aFVyGLzD4vmNgBxkQqwYsLvlFH87MXMDq3Y0pkl2ncOH3ggF0FS0lANGTbZCo0JKxVi2Vurs3FwysQ4lknDk7Bmmk44iqxiKaDCmXTtggFMIZyAB03qwOzQsAFss0LXUjUWCUompLKOksKJlLqMmQpuhjAQC6sfSlp+3YSXZ1A2pYchKhOhIOX4okAwInD99zfEQgm0ah3GoVvryJi2/baKCTWIXkFQTXT5jOeIuTjGKoOwlKUobiHhqXY0w12oXura00ybWQwK3erCd2qXha1jHEuTcYpjDq1euw4/GuMU6uB6yaW9IpykSzFwLuQnUg1pHAUjKKD4efiemMF6DU+W7NAkC3XONnfeHqT/iPxz9m1Nq+HoY4E5wH1oUEfJXQaUjrOkkUY8zFtHJuDKq8ZyRQvKTV4C8xdJv7VQkyVA+zrH9jIuJNY/elpNvxGrdAeM9ZtsmNrU08glOXk0h930pwv0gxESVlZpWLF82SQTOxIf8AahRU6lA3h0nN4j5yFDbiYSMayYAuszt6OK4193YPuF3hJNP7P+tWOCnwBgMVFWcT6txwaklNKqvnYLKuU24F4PcipfvE/hwOomnpnV65pdjHVzcltBGMG9xrrvHMc3cuFWoBxiJiiBdHi5TJ/AHkNVZbri4DKRlx2wLxUHgrJKtnyqXMmJubz0Jogc2ADbeofaYMy/QYuct/ZUi3/ZXcenoO4+FNqp5JgBi50Bn1zUnsskGEfaUy4COfi8REQftsZBTSuU34IlDqY9NxItkt3GqP4mMtYkMgCzR+s9O/aGKZIDp6TGMfTyH0lyIZ6AAetQpNrflySj1CfdIrHdd7SZt1A+3ccpVOHnHDx8QjsUNW1OQK265c3dNhb4u5RFVNuDWPJoTdcQ2kqZebVpP0Ew4+H5ql27OC/uUWMIy4yB5ByKgLJc7U5USlcm5vQ3KHrpMI71CDku+gAarIkXZlvWjGnWJNSArJkexWkTquhKBQIpn93pKfNEO2G3odCy0yktSPKZNQHLeVEffSAiYqYJfPqPzZ1+RdgqVa0ZcEPY7W5hMm+WOYqkSwFX32tZVQynN8xykKAegbBSkZ9c11S7I91QqZkHMykgEci251A4vEUKnv4ykLoE/kBsdRqxKx2O1nyMnJwcdIDbcqwQMmRmmnwtTZXjrZWUTDbUgRIClA224eVQG1tOP+nNy/Frrt+z23Fas1XReAiKhdX5E1bjjqJcUiDI3HeEhKJBOvoCOYyKzorAVTcZujkv2nylJ4N9ij0pyiXzuzIuTl5xs5uH2g/BKMNgvBXMj/AEcBL94+r6CJS+tTqhgu9JKXu+IlZJe1eE4bpnhI1AV9CZSqG44nFLbUYC5ybpuPpTI6j7jmkXEa9u9s+g0Gg+1EXTbhuWbQuE1iJ6fhHTyk8+o0dl5WAuNL2DMncjHA47o0fAgbKwpk4jtXl5i506QHz5gqnpOathS22tsspky/fpRRw+kEmCpJAAPqMQhkzfahnYfSi9wnwWWu0aIShJJVKJno6DaKnMVZ1r4CukqaDZMpjfATGT46012KwUZXe/kbjmEnsiwjQMifSJTCkvqHQY3hOb5QDpVO2M7bTjC1rekW4qsSmKPdSe7KosB/eOTmKXVwOH6jupV+SZLIf2g9WuBs47mKvfCpgr1OXciSWk3y/CFVbaJChdaVtXEKMOeTFuwGVbCKTZrrIKviN7wviMPn5BpqyYcsDHtkZJH2e2iipf6P4SO+kC6lf9kurVVO9qoh/wBJEAgk27tENLbXV7p/93+bGn98fpqN05qi9sLWSdR7SauK5wh2CcSqEbCteR04wlzavh06ev02q5IgmWB/0gQk7fvdGkiirEJNOIGEdZ1HKi5eX+7zD6VHsyNcItp0yUl7WejIuU0Vlufhh4dJTddIeePOg3ZJZ8jH2kw7qePSfoRwLg/TU1HKisOoihkxD0KIAUd9v5+E3Ti3bFhrcbBKyr4RBMixeQ51lVVFP7w9RAenNTc7ItCb+kPIRDOw3jMHOTmuDDRJLwOBRS94f8jbY9aM9ngs7CwqqAP3lrWh7Tctmqu3fXKupTUbpsmKZaUu1JBA7uHbXHF8JoyIizhkI5XIqLKDxF3S3xfkHnQS4kbjS7Sbks2FFeLZXAtxHaT/AKpogHG1KGL9nsX8uUKnFbiUeCw+xlWZ7UL9XvS5zMHsEyUWZpMHglDJ1Ps26Zfp4sjQ+X7Tbk/V/tDkotjwBcSqLBo4aBr7uHTQX+74g25q49jdiPG9kxF5SDhVzFHfDJpRqBtAcJMpyHMsPkJxDYA60Yi+0i3ozs3Y3IrEpNZd69TFJgiTSlwiH1ACRvQoBuI9TVBuiLdE5tGx/Zh2OqO5BwR/IKIEfvmyixdfH8QImJ10AJulJXYCv+tPaPJXS5S7kiziyp8FtyEMc2khQ+mcZpVi27G/e05eXk3x0WK8ody5TVIbVwADiiI+WwF6VY3ZTIEdxwqRzcqATlw8TKQlRUFBAvKXh9E0yl+LzqRGPBZ8+ykpCESRjlVEgeSKHejpn0GBAurXgfLqFK9r2u2k7memZN0GQIvHEaxTbc5+DxfGp+PUc0d7QpgzBZEI/hpIqONaePjObVXmw2pYRy0bSDl97XWBeXVSL/rScNMhv97TTuMpOMX0Oyov0l0V3N49/bmWGLYh7MYcVPQRfR9ppNq1KY6CYfwqoFyiY+s+cl6/X7tNPaKkCbxczkxmq5TiRBmdcyhykAeYx8+EwiI7fSgL8gGYg6LgADwh6/Wr9JOpjXaJZWbFe3HckCKrZYFE08cTl1D9RoOqTg6gVMXUUucFHNY3XFpjhjkM6+H82PWjS72LWXfgGMuG/GD3fxDuJfyroxy5ML5d2aGlLtAHfGfLpW/KuwhpiUwUMJhUX0lL8BQKXm39c11j46SfNTuWzce7EA4nXNsQukuRDPrW/HqU/wAlRW8YPHIGx517TBU5hAmMhuOfSuaYiJ8/SvQCfVrEdJh229KsSk3uiR6OmrIaulbDfcK8AAgUMjkBrNQ5AADFX3SsR0IIawDyr0JU81yEhgEM7AYoGAfUBr1/dpe7GSsdF1W3abkJeVQk4ZkvwYpJmiKQmIjo/rlPP+ewjUp9BuJqzRhigDKDjHXFdOlEupTFMYy/L8JPDgK9XHPMLnbd3SaPrVRZpd2ScuVTpHVJ4dB/uj55pfmJsYxkjC8dyR48/paTHUsg1QNy7J7iUxvGH0rw8Y2JizbhHa4i3LqfqHdt8L4XEE2wc2vV4SlDqIYzmrybvWyzhinbjh9cILtDhI6PdoBp/deWkyhvCA9KS7QultEOWgQbl80Zioki8jXQaGpEjb8NNT5hDm5/yqAqwuBV40iIubByBnYrP0QdY5ETakzG8il0+XUahJjYDuebgbRkhPBzJnlxn48c5BMB1RaRdOrh/AbPgAf4s1LmpZwWwYq6CRaryccpNGzVZUdSiZCLHOqZMhNxMcwFJkA8NSjJkXgLctpwk3G4FnjyXI67prUIiZQxW6Q6uYxTmLrEDfDRe1nEgjdZY8zmJZzCKpuMRXxNzm8JUyl8JdPwAOA5c71bkntoOj2lb0i4YySaNzroSj2UBV1FN9TU6upPmap8wl93558qN3M2nHs24j4sIKIZMW6KjrT40EgJ9qoUvJxPgxkMhQ+/5+HfdozCAjHCK7KGRMIiDXUcXSn2nvdXNr+fYAqNMl9pOmeiPlkgmHWHcYH7v4eGZQptRvpq6jt0qqToTZEsu65cTwz+4riUTYtxBQ4ummefm5eXJ9QlL5dfKht0TqE3fUK8k5FBcvdSqOGyKRSG1l1cIhjacl1asmIP51xnUFXLRywt8AYEjE+7C15XPh1F46ixvD8RdPlUS1LZm5C3xk1BYNodJQ6iiwiUxVCopF05TIGo3N8YDuP8NAVYPbluR5LJS4N0+7QkykdRhykbIODfKiX4PUaPXgaTg4WBsiJuNAE59ZUsi1YJbgiZXl4mkurJubl8wqx/0d2gNLNlJy4iN3Y96L3N0sfjaxMX0+XT8I70JK1gmlwsr7mLwZS04oDhR66bpe6a6UT8Igpjyp+8EmANvkAqW8m0NUYyh4WOnEmfcUmQFRdqS2f3+rSgHNvyddPrpoG1lf1TaSzE8bHuUolocZeRSdaERWX1KAXxCKnENqLpDz1UjWlN3A2t9FCNhXhWZGXeHBHihRReKlzqOJTAXTjIG6+VCJa3xcSEXHkk0u4g3bOXbBw618c5NRTcxQ8Oo2A/tDUFsj+ToiPcfCOJ4zBGdUREiJG0vOoIu+CDJExdSDPg9PeD8edvpTf2syjKGt6TcW5G4lIeHT4Ug1HQRsUT+75jeIQH4A3Gly8bijezGAJBQ0czO+SdtFHIuSGUUftVCiBTgYBATiQ4hsbGAAApJh7dlJNKfn75m5BvFC4WIWPcJaO8LJcoKGTEwAXh/wCdWqPkfZJ7KnVozFn3bMdoLLSVjIIrnMVQ4HXOqmYBJ94TiXWJR2D0oyted0uC2epJvG+puq3erAmX9pXDmMkkmXw7+DIbZpBRibaCy3LeQjnbqSdd1WRfIKKaVSqqGAyx0/NVPVoAvQfWrplgVtNK0I91BqcZ66Buksto70BG6Hu9RfhKJj6hLnrpqU3YC6p2lXTCWGoFw2vxpqedyHdVhLoFqjwuXhm+np18/ipb7OkVZG4Bc9npwJNBHt03kpPuCHRXVW8eEzb8TPTR5Vb91y0YFmLGdrNkk0X/AAHzhdInITwqcL75ycoaegV8+Mb3NKz5CtngW2h3tU6ChdyNETJgmQhS+ZipgOPqIVBTcuUuBSdD5ZVoKXRP5bkWewzo3s5aZcq8A6BSJ+94CewaTm6dR8Q0+X32gQltC3Yqt0CLoJAhHxarXnQPq0mPzbbF2A3nUKwpVaz3Jns/b7xg0j0zAYygnWbtm5yFFJQwiIAUxsb6Sj1qoHaUbP8AaSChZV6uqu74oGdDwQA/H1cMpjZ5QJuAhv8AShLcJssDtakVpW8SW8aXRjHBoTTIJOSAQyhnBeUoKl3MYBMXYcVMQghmJZo3nJtjLd3dIRkeotpOTgi25uDp8RhN1z0Cp9uWrGSvaJJC5dx9wyLF0Vsu6XIJxVMobUcomDYwpgUNhxXda7LbcNJCdj45o0hLbdmQjAIGDqOi4KJ9XkUdYZ9dg86XubgaoHyUxOJ3HOPIu4RZoO5RtDqnBr7lBsiXwIm0jrN8GsNs06w7pdu5QjpGE9mv3b84pNuLr7u2T8JzG+IxtXN9dqWnJZKHSVi0LxijST5XWmoqz2Zk6m3Lyl5vCbyE2RoxYEk3m7smHTIyBit0G7BM3F4/vlCGMI8T4seIR9aae8GCp5ZraSadxqMGL68Zl2dK3247g1+HJjehfEI+vSqyv9m7s5xHzDAozT98mbjSiqvH9rOT/bGMj4+CT4fL8af+2iRYNbYiBRJx0weNga+HXwtWkyhS+Ixj82PKhNxNih2oRjZzNrNHqvBdSijoNBItgUxlE2aRfm+YoedSXA07BPat2rTMMoFpQz8CqNWaLZZxwigG7fScEy6cbmMbO1VYutFuLDjwOs9TmW7xXhpmTMDcWZgDGgR6m1gOadr+g2/aD24LjHKiiwfu2w4VS4ehsJTcRX7uClN1ojL2tC3j2uRVsRaKyDIFOO/Iqr/RGgeEpflJo049RNU7K0QbBgpq9461GTJYrFmzb+znI40HkedQy2n7pCG0CI1eEJbFtJSa7ggslnjICRoCkl7tNYxfeF+XkLsNT+zSCgo4U0WnuYGF0tiiHVy61FUUV1fEX4duvNWzP21uWsMu2bg3YtTunqrVZHncrLnwkl93Wf8AwpP5wUvssSAF8uFyTdpNoUEH8WT3rtVLnIp/d9PpW7nkR7P7Okb7cNxfT9yyeI5NXV7kNIlL5fCX+de4t2SHeoOZpkQZ2VUULEtEi8NIySedWChsUA1DtVffpA3g4lO0eFg3D9dpHR6qRlG6Q/CT4v8Aznp6fWhPanJkEVhIx11ydqSE7IFKLVo4ObiKnIRRdcxtKhj76jc23SlV+mVB4qgmVYpMEMHFHfchaulWNt9l2FKXXNt3CTiZcFjmBlU+Ms0YcXUY6f3jfN61SsidBR0odmiog1EwgimobUcC/eH1rr+m43Oboa6NtwTT18QnEyXBd8aR9aKNmVsPGue/O497/rOZDT90cZD86AgPw+lewUxy+tdHJopPyTUww6bviRCYuilM11FWItjUUSjtqyFeo+bWYsnUa2DQyUAcgmOSiY22rf1qDHLpJNXTdZd2mk4T5uB8fNnSJR2xmo7YEv8ArbIVQ8uHq8X5VgeCeOVTdlymmbcmanImVuiZA5CYOOrIHHPX+VcaJtW8UdU5HB3oEOX3YmTzpDT4tvLNR5FBL2iAILNRS+4f8uo1fh1ORXuIyhHwcCH2/wB0tYOOTx+APvahrqs1UarcNwmcinxkN+PlXlREpCpmKsQ4mLkSh1L9BrZF2VdHVJHiR6zrVukoQmgNxEDZ3/AMVz0H+Q/8grPdACfCV94cnP15TZHb67Vr3H9WT++NQnDKWuSL7nWsZ7JRj4i40HSyiqLdN0mBiI+HUbVq5vxMNNUTAspGDTkTGOxA4EOZbik7yp8JdKhfEYfLPUKrKam+P3j2e4inq0hwe9pJI910kT5uEnq/kIj4qi3OwYFsXu9vXM5XF2oSRVDPBJy6t1PIvBNpIGjrXkFCyiIy9kluRknETKLSVXO4bP1VTJinqSTImYdKqiP703MP4fnQ+93Ec8K6jo+IXcvUConVlGDcQMpoLpMXQYQMAm8y9fpSdbA3syVgkWGWKDsxOG6S2yVRX98oXfTkur8Pxq578fN7atqYm2cim9uF27RfOXCAakzGExtCeC7afIdxHIbjvUJrokxfgk5A16LXhIyMHErAQGzYuFXKhzcLGn1Auk2swBuA0KuxaEgLYlIYI1UHPHRQVMHuliEMPEMpp1CYwnLuCojjwgNQ7n7SU2bWa75Ft42bkypEMVFvk4pGKHE3HYnoJQD4uu1KUrc8Oe2VI+It4YrjrkaqOSOlFFFm4FARIpqAdXP57Vft3EbJ7eZYEaTFwg3FE8lMoAzbeMRboqajJqJ6fBo0hydR608qzVyWtGI+0Wi8Gu9evJIFVA/cgPuDG28jmLyYzivdsQ0Z+qVt3c/cMHsXEJljUmb5r3VHvJlOZdRx4g9Q2EfDQq+JUH8c7hgmZOYXuGRAXQClxzMkQHVobKag1ZLp5dqU3ZI32PWuhJ90Vl2C7qMdkK5fMGjvWLxznCQLFN8/j26edPkxGP3sO6mFWESo6hWDw60eCWEG2nmKgVTYupMv+3SjcCzCCWdK2pJtIq41FAleGwT1kZIppcPSppyTrzj97VSvciU3M2xKPUpyVUK8dETWbMVdSbw5S+8crJ6gHUJumetVtbhtj7Zl3Jq25D8d01TFyqrIcEyvCMkikngiuku2RUA2w560r9oNy9nTpm+joNskV+noFUyuoCPBH7RPl8Rg6Abrn6UPshB/LQEisydtXpY1kmzTUbtOEZFuXmOTUbYDasbhnrSnaUGS6b7ZcONenjxFLjZc41/uxVKpp8Ov0CpxgDYwWdcsks1YRMg9f93S/wBHoqcHjIijxeMoTSb7Q2OQtPUj+rZXctdce1fRqUgkzSjfZjXnYcLmcGMXUHNqMUg/Woka+b3fcR4JCRiIi37VUK2hlMGRF6p8PN/t/wB0PirIc6xZxK1ptpKIkQhyp8RmoVRy3W75xuOobplThmES9cUpIVUcJuDuK8G0fKJxy65ZV2i8cmIrhdMxPd+81fZl0F28smzTJodv0H7F3OO2cYuom4IV22BRwZNBwBgTFT7MqAFAc55jGoZft0nuy4F3UW6F3CREUrLqtkfcIqOePwkdRRwPIBQ1ZHHpXFKJSiuz6Q4zVdyZFgk2eoIyQqN1nGkyqiy5fIhCGDBQ3E1TlHaESB2Nre0e12clW7lv3A7ojhRR1yAdt3nVyFLy/TSHlqq05m3SStzxE6zRlpcGa6zZRq6T5DrKK/aiY37sny9RCqssFqhZdrPpBB+irLzj7u0eo/Yf0Zk3+0XMn1LrMbSXP0qyrEJJwzm3LfUM4fkXdC7JINGxyJpp6cDxzahDWP44IFKXA6oh9t0NAJOHbyZOiUjZIhGhXhimIIlyZXSmXxl5SED0qsuzmy4hUELouFm2XbLNDrqEIGSoqmWAqJE0i9Tm+XyGmjt17neS6LsW6UCxj2xzMJR0mJ+K3RH+ek6hsF9anxsHM2d2dlmSSjF8xtpoLhmmml3fiODm1cRQTDz46FD02qHEV8STA3aJJu3kghGWq3dIpP1HjJZSQNkiIAUAVSIU3hIHxG8hqvmdjyrzSSBQSk0Y8oODL94KRubn0cXORxkQNgvUQDNNk3MIzN1RasVbj6aSFE7Mqn2aKYmD3vDT/rdSm5jjuOmmeFc2s1gWUW9tuXRhlVW70FSq7kdcwlKsUv2ifLvjpTi6KkOyLSciHji0bZYRrJo1KVVUvxmKojznWH5hMBsfTFQGNuxtn2ukJ3RQYJvzSSy6qmo4lIUpkwKn4hxp6+eany05IRsY8bljcEMZBR+umpz4MXUbxcxSkE3n0oH2nul3b2XNCt150iKRWfD8He3HhTKXSXPDJ57gAjtmkojZOI5uEDOVrbk2MygLgrhePfL8FBIRzlNPPMbPmXoOAx501RMTbtqWf7MhmpWUcnrM7VTHnVS8ShuX4j/Zh6BSRb8DPyZnoI3I2j1AfApJP87NkeEXSkmbf4uXNH2yUNHWclDQZ15lNJXIpuuc4lUV0+L66dqnCVB0V32uOH81ZkdJLDwXjq4WYItvd5bhqNw0i/dAumtRls3IHbO8uKebr+w418vImfyHJ4uVP+zq6bUyWZEubuvD2cDhEI+FV78+VTRKfhufha+puXfXUaXz+uKxQuc0sRaQO4kGr9LXxDFTMYpS/DpTLz6KN9cCqzrHSEa/7blHQL98VkXDVkkqAYTxoWUX8XwkS658zVUtjTDsvaHNGjlUhU9myCLaQchxgQApeVT72PCHpV0NQTXu6EmWUYqkGl4xtyPUR/p7gwaVXaur93p5hH0rlHsmjDsgnEbaTbrKOAdtmW2gq+kS8VfOnlyYpilDoAaatTBFhdnqKLGwYBFRnkXfvEC/O409f5FzQe9Z63TJCL2TGSc+30kBFonrAFUy6il6/ln12pVayc7OdsyHZyzBePgo2DHhpCrzKaki5V4nzD0A38VNLy1X7WDNZ1psGxWrl4Z27cqGAzdukKwCJSn6ioYpRH6VKRJIg3rJzKExKz0cQEQi2seyQdLI/ZEUNxHGn7xw5RN+VIqMWvcj5S41Geq47rkXEdGOVUuRm1TLzHKn8w+EDDT32sSUlIy8f2e21G8Fv3pr7Rd/APNq06jehetNkq/tmCFRQHAd4jGp2obc/EU/dE+8P3d6hGO4LKU/SSkBcWxJM2+OBFuU2u3RMqYaSl0/Mf3ma+dijkpR+7V/dqscq27OrykllCZPKIopoAfUCRSlHYfzEa+fyjyl/hrr+jSuUyLR6APStee9eSm9K869969NH5Adc0QZyy7NsRFMwlAhjnIIBnnMXTmhomLXgTFqjNp45OySdBx1N8fhcIAajw9HJ/Dgxs+eQoQqYhwASlwcPGf5q5dQ5d65uXJEyABRyf4vu1nenx4lY97ZL1G2MAjnzEetehP7vx0JJIqCfSBMmrYe0DKFyXHFDWTbqWqo6zFjY1FsLJqk174CuvER+YKWyncmyImGopnLgDCGoetQl6jBvoNjPoZ+1Fa7ZacWaYi3T8dbrGjCJvmT04MUTbCcNy0OnIp7Ix0XJMkGabJVM+GqSwCofnDUYSeqgm5PIcdKbphZmu0etF59Eztsc4d34nIYy26g4xsUS76f8a92ECKHZ49mGLds+COKRVFqDMcqOCmHhGBT5QEw58xx0ryLkRI89cLha649G3o1CTRUehIMku8+5X90YvMn+70ByaNt6GXJcxrNduI49so8c6iysYCquvhvDcP3pi9OU2oSkDb+VatRCUg04q9yNmDRoLcSKNHgfblIc2rf4jjzCHoWvTO5W032qW0ZGQQuN6su6EQTYaCNjmIbg8Pz5A5tHQOUanGNgxQSjZCXh2Z1pjvdyKv1nrdEyOOQyZdS/EMXwhpz6D5BTXa9rW37K/Wa65sFnwLEPrDk8ReX4dBh1bioPTpQi4GPBbEbP5UZN84iklUDLrAQUSmDBhL5GPqDIF8ulEZm4Gcja0ZLOYJaPEoOUmbwmlNu45AKBVNPVQdGoc7cwZolKxJkB01Rua9rqbHfuoqNiY/MeVqiJ0FVuVMpjJ/675wDNF7fiHDK6rVVShF4xiZwUvFV1a3JwQN8OcbacZ6hqpktxdFOKg5F1NzIOJKKwP7KTWQpTfD0DSQuwGGlOYk5FRyMg/EXLdVRyyit1USN9P2ipeoGU5c9cZ1UnLcNEmPlYeet+4braYRXlJFAr+HAP2kjMD+8QKc3Lv48/e3pbveZmF7Xj7Ui4x+Uipu+uhO00HwYxk26XL9pgN9fxDRVQjlG0oyzbTlokxnf26yKhuO4/fKGUHoUpA5DAHUelWLFpn7OrQhSvJNSXvOfBJszi3XPwUw+zTDTzAUPFqHyqaYxTtuZYJWvf7WQXXZJpoJgm1Kw4PFFFLSmZRPSOnJi+L8xofadvvJGdj2Asg5o0pIzujvDZo7xxNI6jAfVp3EA6DXWRUcGNI2zZTcFJBZX2eCzZXWgu2KX9p4iim+oTb52DGwVu1WMOysZ5MGtJ++F4RxGhMJL8YjcSm0goRPrqEfD/wDGqdwHG2LbUjndtoPoZVE8ism5RkFE9uG3KY3C06h5lFC4ER6+VGDS6lnJuVpCQRTu6UXblOkl7w7ddQ6aiy63w6U0+UpPTrXHs/myNwVbOo6XPbqj7CKbrSXhqf1uo3P7sC69unMNTJqFZGUhI8s4U8upKrK/0BQqjziacpF+LdLSIaqFOhWRZ+TQsF9dKBkGMqzVw3bGUaa0REiZuGI6sc3vDGMUMhzFo2ENIXDBRMbb8y3bKMykfrtUhKY73VzGUUR8P8Jc/Sh0wybyl2purr/Z4OCQOuk0DUfvjlT3aaWo3xCHDz/DTDc7JgWxrWtaNQVI8dqJtHRWv9JwTOSE/AxiZ+gjUZPaOKFG7O1BdxFFO5thuzlHQmRYrPVNZk2ZldPFN97UXPp+VXvAsXakK0FFm6bJHjjpN00ltRFhMAZXN6Z2L+BjVS7e0O8OYK30gEUVG6Ld4LxMvEPqOpw+Hp5ipgUph6/LVqdrCEcaEbNWqLF8wMHBd4ljNe5IpfFq/i6+vSmst+B7Srbvnn0PKzLGXiW8rHooR7dZJQ2eGVJz4Eil1Zwf4c/nXftCVmrzlpGxIoeHDI8AXPFSwY75T3ni+ESF3EfLpS0wuizo27mE4gQJhtFgdRjFt0joNCaMcI/NzHMCgmyYeu1Tuw2Bke0N+4ln8s/bRoO3K8ssV3pM6Kr+7KGNhEeURzuG1XRZEY7hPbUZbr6fuuREr9kucqLNmGjvi2jhpq/KXXw9Y+unNC7UCQbNUJ2QbLMWraJZEbpRyhlDgkoUxSl0m3FQNzmz6hU/tHaxszc93t2jdu+QZKsm6DYihiJ8VPl0/TGrQPr60VTkbpepu4tu+gZR2yOqMrKJutDVAFB/o6eC59yUukoF61SlQMn9oh3KlkNIi4HPeDTqoM+FHc4ppicqnvfmMQhdxrZFJmOkp2TKV9CxKKCJWqjlruRsmQxzfkY3XO9LUPKrS/bJKLR6h0GjGGQ1mUL7pMQACCQo+Qm1E39Qqwo1u44Rk5AzhFZUEn0moKue8nU1aEktWdKP3Qq18iSKjdM2TfstjUjHkLbhns+UVh5lheo+L6H28i9BoGjd8ijeUYSNnEYyJSYpNeK0baxEnMb3if8AWBqz9B6UV7VY1/J3bZ9ttyv5R0SPUk3Z3SpkA0GVMY2r+rKQvLq86rm3k4OQvxJdqEtGQoD3hz3VLjqtC/Fp05H6AI7+tWXYki9/1lnoey1bdt2CBlMTApN49VNTU5EnNqeOPlUMURHT5AIUoWiR1EdsiEG3LKvUIJBzJrNlwTOus5M3DjYENhETCUCiPkFPbNq0bW2WbdiJnjtUgSKyqu/F07FU1f6vSAgQNh22oQj2fpOphJS3WEjFM5FouM08bb4R0/ZJ82rc2+fLpUHkb76EwdCv56Tu+dvuaQdxakZDqotDPj6youTiCAaQDYQAphEADzCnuWdpQEmWIj41czNhB5WHhaCINyEUEf8A1iinQPQpqTLbde0YVjFWXbricWgDoszOpEdAuDrH1cPT8KJA5x1b0yz93ybjtXuCMQKwVMzSK1TR4mhM6xm6hVF/Ux/CQodACkpExyg5uDnm0hhoh3hpFM0eKCOFNCjXiY4ni06qjXJJrwEepbNusnSr1Fm3TWAphEqBnKxSgIGHqcqYHH6VLtNijA9mjKUj48ikk/i2zp0Yf3ixCAXiD+AaQxXeSQln8wom7gTLCJGyickZYEyGMOrUIlIGQEglwAVok9pJKyFENXzKPZPJ1ygiZd0RRQNWdCRfdpo58zD4h9RqXcsXFOrmgGjgCi9SWcyogA7eHSVQ33tXKFeXraFkXkQ4cuRXYw7oinBSV9wLrUbxG+ni0/lRSQbLOZxF6qxBAU1DiurrzkgFMYpcfU5vyxRZWuCp/wBIZ4gr2V3c3IxVAzWWbpFU4OwgXxnA3njzr5UTEDEAvnivq79I24lluzuQjWYI90TelaOVAPvxx+1AgeePOvk8PDkOuK6npbqUiRsOUBryJq5nOICIVzOYQCu6piO2a2AjvXEhs9RrYnHAhV0cnA0jqsqVMgAPxUWD2MNuryBvcr8JVRsl9/UmmX/Z1HpYcqidTT8lE46L4zVrx1/6Sc3DD5Mf/GvPa7PvmacUTnaZFDzyBk0+IcgGMUvzGEolAP8AGmeZ7vE2+k7BcO8HT9lMA+6Qv7Qr/eNoD+1QeFeoQrZd4jwhkFdbdunze55eZYf8g/OuCjpw6GEYHRx3X7Mn9rV/j1rnuW40R+H+QxcrAIuLg1/J0n/tE2Pj6AOkKVBRaCIjj/Oi97TJJNdk2bB+xxyHdkDf1mDCY5/zOY38qGhKbf0VvUscaRHLPc7PoCNftn7ddw6dqqrLiDmTkQR0IonPnTxTBuCYlAM464x50BnJyZKZBohM5ZmE0ggoC+AMTWOMF20m8gLgNjBXdyYS26uxaroMkHf7OnHtUuOsJCbcQdQ5zpNscfP8KiA0mF7ignkuIcKV7sip7oOIZpq0/Zl6hoL1HFc9I5yGeXzdzyMK8khVYsyLORcyer3+kCl0Il0+7x5586hdmFoLzT+AuNw2bwMTGNlGyTlLnPILG1e8UL4vi3P0x0phi4S8rWXci0RjhjWfeV1CKpkUVWJ/FqEvOXYC9a92jKPGbN37SZoEjWAIKqPG46jpnMQTJ8vzCYQKJfhyAVV7lE7ER1ORdz3iMQwtiKbJo93aiousJgSM3McVVgP1AglDAF8+tQrmb8N3DW86eg3ZRkaRy4SLyhxjnOYc/KYS6C/UBLRuGl7fMdNK9EkfZSJFgKmsXgvXgudRjrmOXY2g+3pjVimSwY6Nj7y4K0GgkURjWTn2t78igKaja09PxDygAenWrnP+BUQXrhncTS2jStuJx7QC4cK7gVQmrVpTNq1GN9MYolasGqX2gDaPXRYRDUqSDRZVIRePDajCb/VpH1dfMdgp1mEk0U5C57kkI8ZpqLlnElRUKQI5txft9Ph1EKb/AIVxYx1upn/ZnRl2UC1RVNIKf/aJx+LPiMUpvP16VkciTQPt2Mawk0iUGfsmVLFNzP4/uhV8OfAUxv63V4hIGMBuNVLeyNxXVfbi6Ydu/Scv+KIGMfQfQ3IBFTpmKADpAA29MiFWdOXL2jMBfpxK7B8Z8ocItymiTvHB+FQ33fgD1oI0h4hGOBFBBwxTRbIxzt07dGIdR6bmVQTSLz7nNuGwBVm/aJnCPG37Mt564hG6EwUwNuH7TE2tRRUu/ET20mIHkOQxvUQ1yKjJxUEtHMrbCABZwj7K98mZQEuNy/CZVRTSQQ3wFQLmgZBBRmZjIIxijp84TbpJ6h+XUrq/dE5d9fTpU3soZ+2I4TM5Bd9IRjw3cmuNZNGnnXUNjlL4QAcCPkFEJbRLgaLng17ftGIVO/fpPo5M55pV0ppR7y5KUSpeYF+Udh9KSLcj5S4u0OCuBu5RhHxHPeAcCOvvBfs+J6iYxuQC4DIfQKYO0S/26bKShHS0pGve+L5SFLiJKom0+JT4ccw68ZHmorZrOLUuJxd8iaOImi4QQiIti9BVNy7KloIJTYyIABs6cco5EacVQuznYhLiua8L1mpyP7oVkmkyTbY5ED69Wfy9fIaOyTpo2csYSJky/tbTiJrJtec+pTSdXj/c5h0CGTDR5hNW9EMJ6SXeiyOSVcpOjKqZI5EhNKin/L60qTMaVRTv3sdBhEtrWcvEcj4HKpi8P3ny6jag/hNtSnHcO6Fy8b4ZW5KN46FnGU8ZFk2YpGFqbnHPKfVqypoDkAPLmpnYvJS7px7b4BBA3SfImmVRa+45dXutWr4+ok8qUpq3GzG+7Nhl4RuVOPQRcyHdR1lcZL9rxDfCc/kHTqNNd2y0DY9lPYZJ0Hf5NcFlcMNYtg082r+s331+lSqyKYetSHfFjrlkpOOSau5EiTdJg2wQE25NWlIoYHBjafyz50mX5JxtrW4yh1I183YunXeRbMJDRxFje85y6clSA+wYo5BdosO+t1+u1XeppPVlzyL1UpcqAkQpSFKAeAFDZ38qrHtam20m3RgWqLNkqSSMczQhjKqqawKBRMqHXAZ0l8qlGNE27CXZdFXBdsg9km8ihxHZnGhqkrrFv8JdaerPC/Hz00dlmyUxITvstx7JZxEkQe9KJF0PlGiWoyWnYv4/2ae7Ss1hERcnCQrYzB+uVN6q8S5Fz4DlDSb9zq6Z6+lJfabbLm07dfKTy7hixTbEZwHdFP6QtzLLqr6vCY5+o9fShckWhGg5GRR7MLomXrUgu7glG7dMxFsKJuNXEAhi+QGMAbegVbl1unFlt3kzNmXf3aaNTCFj0R1924ZPt+H05TqbVXSUy3g4aB0klXwN1kZd33lFDUuktyl9enwiO4hQa9LlVvPtpbv7Xby7CYcKItk0lnWT8Tw/DsUoddHTzqxSsECADtBvCLlbleryz1KObd2fP1PGfUYv7KbzNzb6PLzpgsF+DUWNv+xxHgNVnMoqm9VbKD8yimnGxC7EJ61IuXtFnLTaP7AtYrZjCJCduDnGt04XNqKq51fMf/AKZv0fXpV5VivIECfnbkdYVTUc6zsmbfl4qhfi5umfxpSVgNyxf1gtyJViI1cGCg600h9wcmS6tRvP8h3EaLN5OTILdJNdVnEN25jOTqKYcrrD4Uc+RQ6D1yO21Qu0GachMIRJC6HjVY7jn98GNPDTVMbT8Pi286CtXiVsJugkGHBhoJEXr+QznvhhD3WnyNrW201Xinumo/YP4nSNuGHDtcnLfSaskHoNAbuVI7kBQpVSqOFVPwJ/MNqr1xNyy/as8AI8EpKckh98HIsmmUNSZU9W3h3Gqwtp1cbyXXUiVnCUpLlWI4Uahz4UPzeWdPwiPpVxWXbrs/6Q0eocDCEcbvbt0mBzoEOVuXk8PLzf4VdLHsBuy34VYZCAshOEcHdsnka0SKIjjipJiAqfzNpDNRVJMJK4kikkpAzaMUXTfg1H3bmSNpKk3RU+Lh6jZDpnfyqHIrxkA/mLpGe4bCAhixccw4fD4b0/OYpfm1cuweVMPZha8fa8GybN1l5AGyekTiOoDLmETnEPvaj+Lrt1qUpEkCYtu2cQ1vSV1Ov1bGGfqSbpLifswlTMYpUv9ZjrnzGjDRyaZlYibKLheJbxys46+DvB1CjwCf3d9PrprRrIbDHIR8rHrCi9MsZUFltfd0eGbnN/yDbNKk7dhiSL+KjgcEt+NcItQI1DWd6sZL3KWrwlRL4qjvoHwINy22C/ZPGuRFfiyJXT5VEVdJzuFh1F+ukPOvncQEoiUeobDX1o7cRyVq2t7RWQBdNF8oo5VV/qS6ccvr5V8mOxDjHEPMwjWv0yfzYUcjDzDXNQ29aMIgAiI1xMYRDNd/3AOmciAgNbA241xKI4zWhOO9ReekBIasVlY50+xyg4STAfvGzt/Kp79U+kgDyafBj0o1Doh/0ZuPX2u2XJ9/Gohv5DSo8WUMYuR1aen4VwvzkdD8IX9nhdTBRN5Z/nWl3Kyy4rcTA6NJa5qCJkgKYNgHb61zxsHrWiKozSnbo6azGHxZCvfuvSuSZTYHBdgrWtP1qRA+j4llINHRpblExmizxLuCZSHSyYpfhEfH4AL/FWotkircsOxYxqSysEwy/dNxE53Bx8XE5gHSTw8v4Vq2JeHj4v2k676RRwkfvrhqnpVNgw50F8Jykz0D4jUxxacbJRjl3FLCqZdokzVVWUKKRuJq0deYDcMpM6dteK4U42URCc4xjyPHTHjNDW82UA8nFtDGT47kxCqIadXU4qKAUceRRqqbyYO7cd3Hb0fIxvF4OlVFjxT8dXicxebfWT5vzzT/2EQBSRMjcM+ZwUFJBI8eI85FD9fefFq17+tFJFO246Umblk5d6s/cNVGyJWqPGcpp/Z8Qxfr4x8xJ0p7qJtFUQ71wWyrailZ5iRF6sRR5xiFHuxDufdjq8RjgUpjj5AG3nTqvfsc/l3lw+zG7hKQmisIVs1f6Dt+FkvFUT6GKc24G8qW46QethNH91YPon9nUcNxUIQeMZPUX72n49H8IUN7PmSEu9dNirKoPEjLquE+7kFFu3DYqpR/rBNsBegfWrHPhyrgjdFpORCUuCVRkhBjEw6hnM0mPCOs4ecUvuk9PhL93oNNUNIso5eXkW0WAqADYMd60IACpfDzfIXnEnQBqtn4hL2ndzC3XSM1OBItW6qfC944DTpA6nQNJD9BDz3GuVwTaM2lNQEJJCDNVwg4lVA5MFbN9KhvmKUVdJA9areOwiE7z73DSg3myN37vD9JigB/tkx0/ujfcN5eddOzf2g6cmYTaqQzKUs3W70q01rEAuriFN/rsm8Xl18qN9mloRiDWCcu5OdV4WtZgjIcL3h/CY6afi26ah/Gpr+81o65vZ8TFtilSO4UUdqL6hOYxRKOxAwBhMPIG+rzGq+g20BJRqAg7hRnAZmkXSU0s2BrkWzAqhuQpumo/jNnqP413VcRnZ72QpTLS2niiL5YoKC79w6ecxja9Rfsw9CUtsUoV7IxyQyaKIiL9u/d8M5EcIppqftBdQ8QU1TZ9KIXM0YX/NuHz24xkIlkqiyjmSKhykVI3IBlVTFN11mEAA3lkfWrtlD3Cjb1wsCWmzlJojJdF7KrJpRhkciudH7NATG5uEAqF39euadbcjLduGJZNkHLmHViFxOWQbqlSRI+VV0G4RsahEBLpzjpnNNCSL3S1L+pkQuRB/jhaePwg+04vKXxDzYz8pa0/YNTx75/bjIH8Mk7ORokmqQNa2ximBQ3gKTUJh9cB6VCUrH0J8uhckR2ePXReKsck3hwLxL3jxbj6Spol9RPzif+H61l6EmZqUtpsEnEyC0ERZWUOmOGSztExTKAobbiGKXqQPM1Te2C5iIkavGAyn6xkSBFq3Ef2loXVzPOIbkBTGohQ3HmzVXdodhXHbsSR/IPQ7w5dGci0B3rXQIqbSU6oF+Yeo+Y1fGO0ixntuPAb8Ruqcu0HqHDWeKoIjrdLo6eYQT6Clp/D6VinZ7O3BckhNcBxF2qvpFq6NzuuDw/doJl+vTHQOg1H7MI9IZ0hplvCKt2smRMr8R4KzxYpdPdU/uj0N5BzDV3oyMjCxsi9uIOAsdQWjcsf+1HZImJqAxvmMJuUodRqqU6JRQm29Z8Giyh7WBo6VZwJVnL5cyeDunKpNRymKGxkwwBdumKU+yy07bbXipLzSZpZoGR2SP+zql8SiZS+o8oZpvWbqWJ2XtGjySKV5KgKQHO1FZ1oENkQRLuVQRMORGpzp0lE2+xsGLjJgJKaapA57kPDXZIiOc4HYphAByA1HdYULktdnalL2xJXnZrhFnEG4qDRkRPiOAbAOBWUMb96XyoT2i3e7vOEjLYKK4nRmFU0GqvIuBOEmVMVNW/xKnEw1ZCd4WuhckV2Z2y0JIoHZKJqppqYKo4A+AA5vUvUaTHa8Za/bZHs3MSu9uIorKe2FleCnILLeIymr9wmXoAbjWl8iY0ynZqJeyY3Z1akg3XlJBMHbqVWS9yuiT4OJ/gHpSR2kzEB2e3KxO1txi/7QESIrrSJVjEZM1tHLpT6qcvMOds0MvLtEnC3xdfeJJ7AyqwezY9Jq24qRG3i+z9VuoGDoG9J1u2sS7LiQgXkos0mlnJBdCQe8okTMXHi+bPUM7VJcCujxalju7oYyF2S1wtYCOF2bXIukjmIY5uYxg0/COQx9cVaPZTMW7ajhOLtN83MtJqKN3VwynDIRThlEwoIpl3JnbGvYfypd7WrqPNhbtiwLSVStdgwKVZtHo6+8q8xUzh8xeXz/ABCm97BWzaPZE3i3kdFrSxowjydVfNu8mjeL0UFMuDZEdgL5AXNFgO8KJJQsvdU0Kot41p3FBMNG/wAxuXl3NVF9pTuOGz30a2dOHEo7lCPVVeN7tMDajFS0+FQwFLuIBgtOM9KwNvdmkf2bx8mLYGYs3SSq7jQ4VIvrOcxk9wTMXblMIhgS157LLYj7qF9OyFtDE2NCpLETTEOM6lT/AHlNuIUC+RMBUFGhAD9Fts49qXLOtl1Uu4oot1Vk+iaJjcZT+0IJ6avC1pQziZF0zdNe7t2jyTkCcUNajlbT4vLSQumqYvC4Vm/ZrLNLUiYe24e5XndGCTdPgLqNgKXKhs8wl1CPX1pvtFyq/tyZewnZyZuzO1ZFVOmID7QKHuzJ/wBo3UA+GrlOgJl9s7Vvp+k7QbuLhXYoqpoNiqcNuLkxNR1TfNoyXBvMRCmLiXp2fdl9sQtuW22nJVNscXaSrrnT1j/eMbJsVIst83koqcF6y1KxcoozdPE0tCJjFxjh+pQLpL+VMcm2fnl267Nki50OBchqHScSExoIU3lkwh/KgSAVrx0wZZ/ct/akFFjrKqFz7hu0TS8H8+vrQE7OfBQ923ku2b2/EQHfkGqIYRM5NqxqL82nYM02rqOnzRJN0Dhy4l3bNmoikl7huQNRlCfw6S7/AF01Txpl3eLpy9mHblCHPMuXCkMDUywOOF7tFD+xp1iHSs24slwC+0udbyFvtlG7TgFRi1m/dca9B3SZjFNy7ag/wr56lVNb05/mIUP8Ar6fe3HG3DdDa0QTKSKZoJvVHPBwKh1ESplJy+HBt9PrXyy5D36oH8QHMH8hxWnRcWTs4mERDrXIw586wR+teBDG+a6ynIhRsw5r0HkHqbGa5lHNMyDFu3spKRVbpKqrvhKmc3iKBSf8xz+VUZctFuODmrZEGRUbxTqLL4z6NX9gwf8AOg5z5Ur2ssKrhRYwZOc2RGvBCCZTYM1TCNck5S3cHgc6MZ86wBEa9AkqY/hHFdlETImADFwONQVa3fBGMONwRijlbwchhIplHuhIivxFKQ2owB+YB/KgZj8w7edGmz7/AEK0Z4+zUU4n9vp/lQ0xkdQ7edVwZOZ9ACZKViDpLKovDKqlZtNRStGiAHHiLiQB6BnrTzGRcNIRbSFazXGcKFKOI9HgnOi2HmPq+UDfF1x0oFKJwZoxNKZTVeNYlQXR0GoFVVerHDnIcA8JfWj1rTTyGM2l1m7ZYDRTxw47qlu2zuggpp8JRLt+FcO7MqEe9J2R7lFQi8kKrBOJbumoNPtHDk6ukpVOnQurAen1olLS0g/uKBF44K8SkSqu2XC9yddZbUmXjlLumKYcn05ho3Ny8LEXGlOv4EJJRk1at0VAS0As55jG5g5Q06gKGnfIBVWTMpMxPaa/mZ+ORCUFRZMGiiWghcpaS8vUvqH1yNaIrcKXB3vpynat1LwLyIRmRjFClbmRHQQggVMVNy/a4Amkc9M/Sicb+q0AyTmriF+wdXGgo9LHtfC35vdcT4uGPLpL+dJTaam2LBJkLRdw5eMtTXbJ2+lXm/sm+LPUKnSlu9otxvoy67vYPFY6TeIte96CgbSXwkAoeEgFzirXjpdi2Eu3rzfxrdpPRZRQkjJrFVclS15MbxcTVsGOvrmmyzrUh5aMAxzrW5MGMRN17vgh3cdShV3RTGzuBc5Cul3pWvBJxjKJUZuGjR0o/WU4hgKKBfsWwFDxHE2c0Hg3UlNTEpDlJ+2S6pHLpRUNazdP0Lq32LziX0rPu2sVUP8ABvU4u+ZVxISq0+RkCMaiqCe2NOoxkjGN4fLAddNA4y6kZIJhNysiCZnLl4k6WSxwGaPxcvxY0kDHQaLngmFoxb6akUUjOFpPAJsGp+AzJwvdn95y83iHPTVVYXHeLZ2wk2DlmgdcbeCNZuWuxCCotxFlFPUx/COOlPHDeSLVtGHh0bRZqyDD3KcWogg2ape+cmc9E9WwKayl1iHpUKHaXcnLRckvMRLaLt9Lh/tSPAIKinvFEi/1hgHkAfu1zj7tc/qfb8o5heBGRzNw4agq7TIkJ0UuDr+Yph1bAAbj/aoG4vp0q0iWCsaLjuorOuFJgUUXGNPhMXZY2jp0wNSasGxjvDtKGYcRsV2fSMqUztQ6jh/Ge70I/Cl82tMunP8AaAKEuWs4n2ItlGzUHbQZPuiiSpuGKhc6dZtWOVQ3i05ER600dnfZ2+uaWfzcy5bFbKpo8NFBt3U+g3vASMmXGkxPP1oV2pWvbb6fbW+1dOQcJOWkW1ZtCCuRu3MoJ9JBDlKccGE+RzSBnBRe2ms9KTnaWzOumqdD2Yq0SP3Ui7YnO3Lvr4Y8pNeMCNV0dO4Lu7RBmpBRFjLSL8ulgq3MQDl5Tfw8IhfrkaflJ5aRuN5LNFppe2ImcSRaRy501zGcJpCTkS6CQMAIZHFBrRhFpRhIXOlNMk1I9k5yCvvigqY+kyxi+FEVPhIH5VNcCbosrs9s+3fZghck4VaOhu8KNADkImKynGFfm5im8JQL581auh2QHq12TDsH3sN0z47SGEyZEUy6jAYyerAqCbh7BkQCqvduplrFuXyablKOdyjSMIo9T0mUSTKoACI+Y/X6F9KY2duo352nnDUwViYdmzE549/g5QAhvCboorjxj/KoONklInNLnvK4ZtC7LhiC+y0350oKG4QIqO3hvsy/w/EY49Kb129xWVCM0o8GM5fVzOVzqq96yQVUyGMoGfmJ4ShS12Hw727b5e3kDRsVpEnFhbzcDaCcQTjqcB5jpDImHzGm7ubO8JR6aFkWacHAPVmJONyYWVIPGcmP4tefCHmFT9uvIyk+x5BG3rlmL4uMHzJxboiKXoLpQeGYihvn8Q6A/Ojt0TodopmEzNOAt2Qt5o/cvnI7HBHwoETKbmUMfy/tVKiFoEYB41eyUSlABNpJi0cqGF3KpN1CmNw09zFyfcTGDI81LwNv1gnGJbhIzeOk3awx5YtQvehEyvu0Dm6AiQvOGwiXzpxkKhL7XeGZ7GuUZBq7FWMbiJUFNYtcF08A5h5hMXG+fWiXYzFtl+1mDauXThkYEjrGMoJd1hSynt8lTe16BaKX07VhSPkNahFHYP1C6DrKqaQKnyhyh6n60yWrEupOBt+OtiRZsXXtpwkRv3TmUcah0q8cudPDJ0KOwcvzVNT2kRzgn8xac07t/s/jodw7X70gZ0sprKzRZpARE4mH1OZQw56jtQfs6YxD63pq9LtUeyyMs7KUCqG1jqQQMZRdQNXMiQfhHyqD+rfsPt3OSTk15V2JJADPkHZVnKnuvdrmTSD3Zg89Ww9cVKbWrZDSKhVJgyaDEiYnVAro/eXhDJ/ZaS4KqY/UT7EKG3SoTY0C2NtSszdUPbtyyTZw8uhZGSlhBrlZJP8A6shqN4clKY2gPKrj7VJCUfEUteLbKqOAaOCtjAHDTAvCKnpKboXImEc+WmlbsbZwT86F8GbuGU5LSCxY8BVMc6bQEyplMn8BdHgE49OYA60s3hfjwl+33bcLIOHyix0GkagmTKSQEQHjK6uhRDJvxER9Kn2DEm6rddTd/wANbttOUZYAFszQBIdg4Pj8XiKHUTefWvqiTiXdvvXcnDP0TkSYKM4m3G+kqZxPpMKxjZyJsh18gr5i/R3bzS94u5yIFMF4uOUbsTKeEHTn3SWfwDWb+zVqw0jaDibtuAh3UhKzbyWUbO3jgDFcGapAKaipTeEpDGDYfMKFwES5EkG4RbKDfNgKJkyGMml4ON4jY/PzqE8STjwkbmlXajkkaVdZJAimnQUADBRqKaeZqneGK/RymcSJnEfEAjp/92p9wAxLbb5IwJaFkzIlJ8wiXA/71S3EyvxvCYNbUCs/k2EGqMIaXfugS1+z0TG0pcMvxKHHl36AU1A7LZyRbGhmcYs/JHkiFnwuigXvCnEWObSZMvrmhESMDdIyDNZsMJBs1GcKCZ1eIs9IiXVwtOkdRjG9Kamco0juziVfpohBoNBO0cJcb35gTLzFJ+HKTlrJKI2LjiC9nTClxrtvfLmQ96qr4CIpcvDL14mr1r5NdK5cKjjqcR/mOa+r70kuLbPtvK6MfHxP7I1S58uVC6feG+YCm3r5PfciwlEOu9T9Nle7/RJriyKoImGvOrAV7AAxvXg3Wu2I7NgIIicSiYpSiJseVSAfrGiu4mPqSKfWmAdAEetdIFwCCz1Mf+tMVW397GP8QChgBp29Kp7Jp1f8nRHHGpobMfY0H7UXDd19mn/qw31fzoLCggVwku6S1twNlQoeI30/n/hTBJLPLhFmAe6Ko44CSf0/h9ACqM06Zv0mO4crnwDISSbsXxF34cQoAfkD610u0EnCcVIIqZKsyIQ5B8RDFyA5r1crJnHPFI9EOIcun3n41Bj5F4ySVQOkRZuoIgZJwTUXV8xflH8Khjq1NDyuSTxshGJoDRqzmufB+7UldwkvgU2vdsdSaxN/vb1ritf61f8AwrUkYZquj6MVSbpM5mHZQrJ8LoNTF02E2jim8XobSQvT1HVWrTjUp5obhiyAFGCQJrJrHQTE4p/vh+YmnTjAl9a3ahZNtcU4vLr8Zu8Yd2BVyjrBPSr7v4QL82MdQ1Uw30vCx1jhbbxysVRdqZRJs1a6+8D8XBDYNQ9cemrFcWXJmqhdtwsm6LCd4RH2UyfLKNkA9+iCxTdfvYNzax2EahQdllm3E1c0oYs03QdF/aU5UnfVlub3npwx6iTr6VMaJTtrWMrBCi8ydgZyo/bu+CKaIGLqS0h8AFNv5ifb4aGxtsltu0VzFMY0e6cAKiS7PSc+P6o3iMff4dgDVUVJQ4b5EQrEknbKbkZqAayc07NGCyjQFrx9Jj8y6qhc8qXUPrUyJkZX9YEJ5VdxKxfFOv3MRM2anE3gU4Zv3QdAJvSpHoyUdF3DIRhnqHtMTNg7sOrQiUxTGL+Pl+NMjaRbMpRCObrdyIyZpGKm7OZcijzV70UQN0LjYS+daJ/IdhDtCtOObRjBVGG0yr5Mi3DTf6EE/wD+P8P8VQ7LkJC4O0BvASKyDZsudVu6M1DQssQpdSi6jnxmx0/DYKgz1wuO0W/GFrJEeIRZnSfE70QqZ2xAL70+Q8CYBuAeVFGzw0Q8fyEI9QG3j8Zqo6FRJbOnlTUMn4+m23lVcY7CFHqf7REHF4JIsAGctmHbJEbJ8RUjVdybYqqnL778D1yf2o5cwqTotqHdM3OpkyeOFiqGSSA2pRVNsXcgiIjo1COADfahAKkcxgmkZlnGPJHQLVjFI/sxFSm061i9Cl082oN8/jVlW7apmlsBdUDEB7wFi94mpLCC6XiM7PoxzD8Jdhx1q5uiVi3dsfFFu56whlyPAjIFBm2ZuUxclST0CChVzBykMACJy4AcD13rj2RW/JSaMIuwBVBHIuHKrtLWm3Jw+GmkQvTWv1HAYAPOoYg3ROtAx82Ca8mJ3krEQrn5U+XUqqHvNZTZHA9dVPdtSP6uN7gXmBQQTiohsWJj+9+BNU3Mvp1bKajY0DuGk2KUmINPnknY1gP2y6ESitJv1sftRluIrp5sKGwJjadxHoHSkjsnF4i/ZOizMUg7O8GQV47jToS6aMY0jkdgNjI1Gt1G5bgcw6T9siu3gmCpkGrrxqLF5jGMX7/p5UftSK7v2POLhu622C5jH1l9pJGIKe/zF5uGGrbG+aqb+bh9Ca4NQR7daRituzUgwh7fFsu6AGnEZvlVQX+0UN8RPlwO/pVf3bJw0F2Vq2mkwFFeTAJFw3DUC6K2vk4xTfu+H4eu+41YLG3IqQcTUnFHiZmTQSBs1aMffHWV8RldShvl2LjoGoOtKLCTst5dL93cUHLXTIsXv+ilQ9yD8R1G0LoiP7vT4QHpV+N9kkSu2e9u0FlbMJb7ssbBkMikCYcQi7pNHhFLrN14OfFkMDRGD7Pf1KhpS4m15pFWkWBotgu0SOumB3IlImJRAAHVsoI4DG+aUoiMc3N2qpS19oIt1H7Y7wO9e5TVMZPUkXp4Scv5VKm468BnkYG3wBxIlfn4ckwd+7doaU/3JR5SEHfWG41JsdjjeF0xvCs2LhpdNmwagVNq+UUMlkiICRYqoAUAyJwwGkc75pc7QpCPhxirrSj00n0pca8w5aA9EQ4Kf2CaqIDpDIDnV13poinUbbERGRMq3jl3RckYt3epfhCpza00dAibHiE2fpQhx2YDOkS7Sr1upB42eK6jCk3Kkd4fi6ESFLvgo+Yem31qEMgVYU7IrejkZNGaQlhfXfPK95KcY73saCnMsbSb7Queh/SiMVbdzxlwtbjfItH3HVUjWzplhd0yLxzGUcaC8pTGLuIeXSkeW7WrlTdfqRCXAqQirk6TqfeolI4BP5C/1aZPInXyrdo3Hb7Dtfiv1OYz8zbsNF8MwNSaFpFdQ3vF1tWA0ioYu9NQvyF2HLZZIN3KoPyP7slxkAUcSCqPu27P7QplPlX8tA7+lckrsmYWZdhEy8VBKxEWg4O5k4/QRTieLGnzE++oPMuKe7ek3k5LSLA0a8gSJ54zZq6IAQ5DF5Trm/eL+I4hkdIaaRe0iBYQMeWKj5ck+8fsjOymcKkUOGBKi36/B74xtIb6t+haSjyKgb2HW7FPV5CbuZGcdXI9brPWqUetwTKImPpzpKPjWPqxnbFWL2gKP7asF8/UjEIxy5kEWsW1HQKibNMn9GT5R0mHpjzGmOybSgrYh1oZlLQJ36SKDM8iUmVQKUTbgICPvMmxq6Bihho2NV7U2Nrxp3zpdmqSckJCQHicMiJdJUkyfMJlNxpy+QAhu3C1oRSaiGz5utEWodlDNFedZc6+lRdY2r4Ujjox05TVTNhW2j7FSl3oaVnca+VOIuffOyF92bBeifxCBx3zX0Bc7mPg28tJlkhnph2OVEce4XR0/wBH8PuylLuJfLVv1rykrFex3a8vZwEg1Ynvi63QXcgqr/RSF1cyYB0L0qCmAksZ2NtuBQQ7NYEYQtxzrZkjILe/HBUi610ym9C6g/HUNPVjIt5G+YaTIssikrhJk2BHCgsW5jYVMP7sh1jZEPj86SLvvKy4GPjIhh3pdaNcEcvGDNE4dxwUSrGUUMAYwA4DA4CrOh0piUj2PGjPYRGTcXgNmqusXwJkynz/ABJ82xfWrJSHBAa3raH2szbOUARZMyC+96POJ1nChipfxELzUR7XZePVdngBXEVO5KKKgH7kx9JCF5fEI6jdOgBUnshlHtzRk7ek5Bqw6h3BUItBykIGTSKmAagHbUAiP+FBL7kLRaS5ZV6Lp7JrGMzbd2HUGkmnJfx1mrLnl7dFkURoCQiGMEkKEAvCwDRyVu0TbAYV3KpQMYxdJuffxVX0dbUonGNpGejlHCce3dKOWrrJOA5dq6g06fTzq3lpNZG4WrbShxGjkBSRxr/bFdKZeb7qerm+9USWudd12gPICNZqDBRLVQ8gZvj9oWxkC776ugB+NUxlZGQlXYYW/Zc5j2iCpAQjkG5lVCaUxMZQBVEDdBMOcZ+lfKEscTv1wH4D19S/pAvDo2BF233BZq5dpA7fquBH3WR1FLvtnoA/w18rSJwM9Wx8Rq3en4q3f6Jp2R+tFZ2BUjE2DgHKTls/alcoqpDkMDkBIb0MUQEBChQ7USSm3xY1vHKqAs3Q8BThnT+HpXTla6J41jqpAwNlK31UqWYQU/6tprmb3f3aLLPaonPCtkWjUWiupwYmVg8ijT9ARpSmtVylsCsOtw1f/wATzG/3arEAExgKGcjt/aoy8mJZs2JCnWOCbIA0FEuDpYHVgB8t6z5YWuDXhzrG7YTlUmaoKzB5BEFjqOjIJ/GHDMUpAx9dW34UtOzamufOvCywqmE5xyYdxEa8KG1NutTjDaVTyqfRuIBM6xtf2QeMPSopm4ahx0zU1sCRm4adli+EP6yuHN6VPplD/FH0i1mgYC+cN/aazK3IVEO7N3/u3h1NRTKl1F/tZ6+lRbfTnJU7++ZoOO5ZkI3agkOhuKxygVFQmNwKTmEwh1H8KHwbQ0mLyWXWZx8GdJFo6O/UMHhNtoKXYTbjyhsHl1p9vdKOLZluRsDEIooqKJPRMktwUcqGMYurVn3XxaRD5a5e4yA40VBSN7Tbm+SwjJnDFIL5QDHJqUWNskUvygbcRpemb0WkLhM7XBJczGKcpRQJOdaB3br3eS+RdCfNih84VyxWZSblFi8cJrNF3IJjpI71cyfE/PcR9KJpN00nc0YFW4NUmDsijhJLZ25/fG+6Uo+lRjKiJq2rcFPswY5cLJOWovHxD+unlx/Cc3KH9rFRyxoHi1JVJ0xjUXaZm7qMWTKQeN8KaCextPN4uoj1qyuyZFoHZK/uJVFsibDpNs5XN9qkmQ3B4X3gN0LVaQj6FTuBi7erSjR2tpfoFcxxHbVBI5SlUU4SgjnVp8WQx6UpRsZ6tqz3M9MyzqMjCotiqGQdFI7HiFQKnpBEwBsprEoCI+Q7UekGqPs2Jt94g3j0O8g4dKJqgqRQEk8AkYQ3EQMIAAeY7Vw9pOBhe/8AtJYWa7ziKtIvhR6KqJjcqpdJuL9AKcQDzGnd9ckRbrx1wULecmUjFV0lUt3DcqRBMBFscoibyEOukaqkrC7K1hYx2dV77RBVkRKN7lEpAoRFZRZRXie8U25RHfz2Nppiut5bMmda2p5i5L7HbuAaxZVuCB3JUNRl9O/E1m+uADYKVWr9w6iW0mqmzQgU5daRYKGaGVUyJOcnDA/MiJg2z0wNMXZFCE7gpc0mKj1wEYpgi6mEUjrcqepQ3XJdt9i9fPNWp0PsDNYh/BWfJOnBIqJeEjWqMenwjHXkHao8qhRNvqKG222dVF+0xkq4j1+zxK2kiyHfSt20jjWo8WL7wyhlCgGoyYcQv92jR5Asf3ONkXCwSDlQ75gqsqQWSoJpbKtdWs3KbYCD+OcVBYlkXZ2dxLdrfdnUbxnKISEMVbjrB4lE98G+EgGxuPTNSiRHFhItIp03t9wQoOGUbrF8/wCRR65US6fdyY2kTH+7S7et/wB1W9DMWidlNoVuLojNV0n7/gh/UJ6uUx9PN6Uqw1wy4XBNxM5baUvMvnXAfXAPFW7ombkU4SJg8g3HSOQ5h8qVe0PulzTKKdkDMyaSCZxYpGdC5EjdPz4enKfh6b7ad6nBbSbGg922xMNn8QzZOYiUduFAQdikBV0NJRWVcn0coGNgpS48OTetA7QsufOlCNRgppyeXfnUEiTsEl0tJdKIm+XJeYTYDl286YbKtW/E7NiVfbCZYeVWIoqyVDd8oqr9hpMX3ZtBeYSY2p6u5CN7PoC6r5bPopzdCgGaAu0LkEnLnwkA3XSVPffzqadCoRbEGEW7UX8EeZ/YI7hN/wDSCuVpNyc3DMJdQ/Zk0mwHpvRbsjjSyd7SUy9lGMQ1k3Do7bKeDJokW4hTcQvKnq0+AeoVXfZ0+hoCxJ27H7M8jLqP0gjk1Q9yisTqosp06m2L56asLs8QtiYt5UkkKJeK1TFS203J1SOQTLy+LBuNzYKXIh+NOaELl5tTXdMQa0Sgi54iKRWTFqrwVuDxTaNShhybUXUYMdC71ZXabKsjnibZjYVBvbFqrnkpBUR5CGak1FS0/VQxS/fHVQDsjuGNtg0W1kLZMSXcNFZBdUEhUO3TOsCCSAF+4UdWry6eVR/0mZGEGNlC26LhF+vKpxC7Qu5Hej3ygkL4ze805N67UkhladmybS5r5ZNTsmybl2/VcOHy5eKQhDpG92KQ8ohrHOR+gVZ0VZ8hE3hLtD2aja5/Y5EAFisZUjwwnA51RMPhNpIJhJ8On60ko9mD+Gu5qxLcyreLdomK/dNPt0fdcRRJRP4SauXUfanSxIZi3ePwWu49wrXB+wsQMqKwmQV5TGLgwABhKXccZApfrRPoidIZqymwuqPtU7+4Lbdgm4lnDv3HEWUMX3aZ9uFwybm15zUUkVZ3ZoaTlxQTmAbRRjM3fDKogs8VVNwylU8OSFLvjqNRu0i9olRKJte32r8llkdkCUj1GvDFZBvpDlVzzEU67jkakNppmt2huLLukUIq0mDThEgR8HGEvEPpMXYpifMYae0C77KGCaxwQABpnmLNs6fCk1yRwscmoptJfvDuSlVmMN2XTb67LtkxcSzkeEoo0am183MVuX4eIcec30KUACpVvXUWOtY1yEagslLsEX7P3Xv+Kcugf4dZuGQoBv4hpGvSScsQ9szkgyfyBXPdo9kl75KLc8L+lLl6mWDwlDypZJfNx+hjM9esJJ8+GFQk33GS0SCKaoIutSnvCpJk6Jm+NUw9QKUKWbhu+Tle7Rcc1SQVZ+5TUUTV7qz1G0pq6TB9oJdx64pK7MrVk1e2Y0M9UfOJJaLO6dquFuCr7wPFqKbOrT61ckOzbWXaQtdIPDJidyrw0jDnV9kkUdQmMYTcvp51lmqIsTu1S1mdj9lUq+kLkdy0lKAEc2MY/JlZTiKJ/e2LqE47+VF4e64tt2WN1wvVRYzO2edEUCkIodMunhcXY2xjYwTqP8NVf26u7smb1YW/J2qNuEQa4YRCTkqieByc6gH2KJh3z5hgAqyexDuj/svjI2WlgfSDwopMY/QRyRu2Lq0ai/Xrjr4a0yjRMmWnc173FCCRBATwKUe2w5MGCuHnE5kETG8RdOwnDYNNK6bZxKXWcLNjGaza2m6qhlVldZHkk5Df+4boAdNOas3thipprZsbLwgAweQ6ZmzZBTmAeP7lPl8OoOoelDYaFTtO3kWDw4kcvVyLyQpF08IDG0lKXrjIAbf0DP0rLml8932SaHFIY6GaS0oLYEjxqZhTVU3/AGjHvfvbdKpnspeSMzKmbuXiKgu5fWuiA6cJ6QEMeoiIU8XKu4ZdgaSg7PZ94Id6W5D4WXMb+zy1VbR6nYVqGlGxSHdJnFFk4Hm4igmNlQnqAgG1ZsnwyOAPlALtomlLhl5ZyFxpyoqvzkBgKR01I9JPYAx4MZ9B361SjxPCxx+tXEeKkYfs6l7wnAVQSk3TcjVsmHO4zqNzfL61UD9XjrmV06dRs49K7Ome2yaRDrzjzrYjUqPfi2LoACiIj5pFP/vdK3NsajGRJh4Z5JcyYCmmHjUU2KX86OQ7aMiEJB/IJJvHHDOixRUJkqix8FBQfuEDUIB5jivatwguy7u4wgh/VNfGp/8AxqLGYueZW769SjmjVmqpumbhE0l5SgAeo1j3OTdnWjCGOEdnLYFa5Qk26oiJuCcptx64EBAP8KZV2zF8WQlQnGbR24Objt3ChtR9ZsjpDSID/Ohac8DZEhGkYwFQNjqLp8XX+RtgqE1FphQ7o48Q3gKQPOm7lyxQpfGPJKdQqy0d3xBIAapch1/hOb7ueu1QWcc5c/ZIjj/v50QaEWd6CO1hKkQeRM9MyAcFskihhL/vub8aozatw4R1tB6PDU1LJwgI1t8xShrVT1fQ2alBbuQ8Q/yqWu6EpCCmRQTZ8wokR6fQXKIdKqhlyz5s6Op0miw1GMC4gBaPtlCNj2qzl3LpEEeNH8FMObTzG/h6nDHxUuQCVxrT7+GgkYldAA7wtwDcZBNEpjF1I+RTaTKABD9Q5q2xk5pzCgg0k3EXGCnlN6/c8PikJ9iUxMCYdPQfmDYKEsIlk9ilmQHNwlVeL3tBsqTi/DxDF6FTJ5a/LUABgari6PnrJjwMvPa548XCibciQ8NsY/cEebTw1PAsYCbYHpQ+VEWVoXG3t3jmZJgZUc/bt+b4vlz48/lTCc7WHgWUO1dg5ln5zpu01HWzRFfUon7vVoKY5C6hEOmrFJTl5IIWbNzXee5vZNFs0BJJI26JhxzaeXw9AHceb1qUY8kWMFp248kLVhXB+9d1wk2iysRHAu1tXGUNqyU3LyiIYqTarY7lvPgaPfOCoNmjFQjZVIg93LqMZDh/Txcm/NVnsbgt3s/7OIotwrKyKMU4TQAiewpDoDl/4/2qr1E8wjAkkGdqPYLvqyzni97SWX5ilKmbSbmTT5vx86JMTYups73bNXDttGEbIoJAig+OxIKxDj0SDOwAPmONgoBLdzIcLXj0Gb5wYEQWM21pcdwp4tKZshrL4dYbY1Yp5nYi+5RKPRk0jHjo5qJl3xHYCip6lNj7UR8xANgrrZK0JIXBFyMLCoR7ZsumZydJ2YTmWVNpTSwp8XmGjoG+9RjPYNGk+z2Vh7fTK4jmcnFRJg78+Yici64ip9lpN8JOJjlDmGi7Nso+lLgdKIJGs1m5TjnCiyRwXk1uKnrQTS+YS8NMdsaNgojOhdbEWjUrhAVGoiqJyyCizrCfN7xMvKUxPmARyFRYGLkZOXD/AOcc4xWSbuTLNX6OsolNyp8NTT7tfxBvk3mFKEqmp/Q10eo6Ett8effuX7h68ljKxqbwrXQm21G08JDUXCejw8vUKOXipER1m3OoSBjHMgxapsG4qJHy4KibPD4ZRyYA8QdN6kSNutl2McV+/UQVjZMgtHpHxDkFVRXSCRylxqMTxCqIAI+ddbrQlWMenEIzZyyz+UboJuksCmzIopqNqU++VPGPSktyyKbXBLwVa8dXQ0uiLt+SkgibgeoHFMXXu0IwHKWkulQoeIC8giYeqhs9KauzFKEho2TvN099tyENGkZqulh0giAnFMR220gBcF+gb0i2i+G+pyXJOvGUqZy7OZjEKtjftBE9Q8NNyX7EoatQBvmnCekG0AZiyXhOGxiW3doyKcJFWXnHK+rhpnULgFEEvFzBmrprcCGWUtl8ZzMey5h00F/GLPI07lwBeK7UKXiOEADcEgSHSA+o7VXvaDYCfZz2bLpP5YXCk0/bFjGCo8QVOH9qOrbSUfX02pykrriLQZqxNyKLvEnbQzSOmOF3nuvD4YrNOXfSKmoAN0DoPSqll72Rvy+FZi9XWWEUDhyVqKmgFEf3TNMvzibxGz0LVmHH2AW7KIftGu1oy7u0WkYGJdLdybJqIET4pfCcpVA0jpN1PuIaqM3M+upC5msbbDBiqdmKrg088Aq53b7TpOpxPhHPIQu3qAUWgbkuu7OzsY2EmbTtE7tuqBmo6kDptdfu+7+SYad9eRz1pqt27ULfnYrs/saBYzSerhvTNn3CUUU0Fyrp044XxCccifyqMmSSBsrcbeKeDOyMytCzJXndzKxynH1lRIU3DXTNuVM3QqecZ3HeqhTcv7e7P311q9+jLkuOSOMa5Hxrs86ljhkMlDVpADhjPlTyQYZG1puPgZFGD76VypdDVZtx3XCTPp44CbAlA/wE/OkmHi1e0a7EStiyH6tRiJGSTh+4FZZAmnl0hnJjn8YEDbyoxw2WQYU7NposM/uOYbSI3I9ex3Hepki1+8Jn/i0+fmPQQp2sCDnCQ0s9fsl5y5XjVsJUkUcBHlU5VjF0l0mUBPzL16eVE5IxOz/scIyb2wV+aQQVHUoddkog2zkxnKhjagU1eHoHpXiRiNV2PLZavLsb2tBxrUwjEujKCm8VEDcLV11gBtvp1qUnuFQOGNtWfvNKRlkXxGsaw7zGRayvdUWjdsXSiVf7yinp0AvWo8F2ax913i2nJkUZNjIKuFXHCTXJ39ypzaOb4Uy/GGwhQ2Ps53dT2WmZe9HCjI6vEdFlWv7c4ZtubSn+JeoYAPxr6FjUYIW8CyI2Fq0Mx75wgNqEEhKUpSfwjqz+VU3YFY3QT2X2tIPSPx7rARLZqoip9mmssY3BN8ukpeYDeXL60is17rn+0dEsNG+3HTAiyaayiKHDTcKeFVyoUvvCEL11b1bN+XbEQNuxmm23b+RlZNUsfHPUtLl0uU+CHUxzcMNQ407YxXNGJP2e2k7j2S8UkoTnknKrruwtSibVsXA6s9A3DNTugaCfZRbtk2qMrDRUmhL3S9D/AEs6FPxn8yEH4Uw8iFr1cL2Pt5wOEXTePZin3pciXEIUcgBSBjcTmEQAAAOo1WVgzc3/AKWv99DoIMo9RYGbEGuhZydMux1FM/Mbf1o/caX632pbDK4rsQiGAj3uaU4mg7hyUeVL7piePV/DUcs7aGuRviZBC4oR0WUg40zh5MLJxbB+jqFIpNJeKI/d8x8xEfSnSIhY5u3RZt2zdBwXzBsmlxvmUwQA60n2us7SuiWXRVWWZCkiVsIpY4DchcFT67lMPMY+wB9aCX7fbtouWFt1wj7fl0B4eecjZroMbi8vw6S6g/s0OQxa7cu0545usbftYpnqzdUrchUTButnGC7cw6ts1Z0LZjeOdtnU1LyL57wynXbqqAVLWIfKX67VSnZTAPIC4xnvbDeT4UQ1fvE2xdf7Q4HJQKPxYLuPTFXL2emuaRk7mlbmjmSCAOSDHqkVKcnB5vDp+9WfJwTiwd23JllJmyrbBAFQPKJuFEuIVLQkmUdWn0CqyvuViweR55MqJmKkgmskzAcCcvMU38AgAAGKIX9cqN13bHIxqSJXbZUx1HRFdHCKGM/xZ+XzxVVtrckrs7TjMXwywlY5WmXTltwe7ol5uUpvDy9AHqNY8a9931QSQ2ds00lK9mWpgZAWCrlszQSDbhkIQygkAPQBwIjXzs8+PXVx9q67aHtu1rWat0VnkgJ5ZZ05T98misb9mS1fDkvMOPWqbfAICqA/Oau3olWNS+ycV4IY16bAfjEAgZOI7V4zRm0WoOZLjK/Ztyax/Hyrflkoxs06HTS1GZY4+SAsCpVVBV+0qXHnUBsqgmP9K/4fCBvKi80xVeKA6SJuYcCHr9aIR0eixRKnsIH3MPzfSsE9ZFQtI9Fp/QMr1UoTfC8g5rbiC7f3vulKLR8U1ZNwTAoCfzOIbjUzOTCNcxU1kEPSufl1E2qZ6rD6bp8DuEeSC8agBDh/rAH8qx+uUFRJncqZRH8K9KLCouCY9D4z/KgblY6j8wCPXBB/DNW4lZk1uo/b/wCw22fNGxHCxveaFRwHTrXgboU9P9ihf2aqiXr/AMK4Z+laYYkcLX62S27eC/nEHdMbFPmCjfjtQW7tGNnTXPHV80tWr3OU9WT9Magqc7a2+VghInkQbw2FQbNBVUbHwX7QiZS+LmNgTnzgmkA60PeXLPPItZ/IuXDKMR7txEkmpiC4W+IvzlMPgMIB0odPzVusoksE8jH0ssbvAKd/aqtlmTxXmLw87l9Oby3qjZZ4ti57HjhQB02jxkF5EVVMEEzYjPSbTym/eF0742xXVds6UlIorwUYYwyetqkjxFyE4aXu9Ke+rm6f8qPQ9tM4MwIOGks+eKALRBAHOCCqUhuMYpvIpTCABnYcYHrXG0lGLu4ZCagZFwyRtRh3hroa5WcOjfBw/oGw48qa5I0NULaSMlKDN3SaLfzKIotwaHV5iLF5jcQuALqHVkRx9K9T0YaNbSFwOIV/xZaZE6KgOuYGqbbUpzGN4dWwAO2dqPRsg2hOzpK40nIPncoJXLvuQFMKR9PMkibzW0+tK0xdLx1ajeMTbmXh3a3d3rkeRI5ftAQ5sm1D0x5jvVaVDaBVpW45iZCLnWUsuioWHWekK6J7luB+XSomb4h88BgetPPZkDcLscWqwjGCGkO8kHHGDKYaSqm5eVRTxgQOgUBvBuu2hV7ilGDBu8i0myR48JAyyy5zcocc3ypjsBPXVmmXslFMnZt+sEi5BtKvJBYC8L/rCv7xQ3kUdPnnABSqwCUq9QtNopPN458wTZpDGu1hYJL+0BL4fEbGkOurYfKq5h7rXnYUF0Jl+L0x8Kl4SiKJOX7QqmrBvlDOB9K8dsNyN3abtFQzgEFm5kmyiTvWiusY5edTTthMu/OAZ1bUxLydt2VCRFuM0/ayyZQGIBICgs4ciU2t0PxZxyp9QHpT9sldgm52LJgzk2JJxOHZIJO0Wykk1OooIqaeJ0zqAA5QN5DqxSfDXFIMGT6SepOGkRwjv2LpzqX765KgZNqkZQwATb3hw2+HerGlHc4paUm5ta3Rh0UuEAqHT1vD6jAYeHxOuM6jCXqIDp2AKWnoO01nFs2PBsp1U50UiuiNV1mrZYxdPFT4g6UTaDG1CIiGegVPHKhdG+zaItxe149xYzecWknaiRjvJRVJNCKSTDUupy8unVvgdx6UYtSVVeFgZ+4ncRFxDZNRwncbgvCUMoYeGRMhBzpERKICf+VLbm0XbhgXs7tKSO6RSMRtcCaivA72/MO3DRMGv3fXVnGNOae75jI+Pkw7NZV4mFuw0Yg9nZV6HvFyJZI3RKmn8IGHP1HrWhxUpuf2MqTtUkXEs+fTbB8M5bzR8DfifYtjKnDWRAgBjJQwIib4vOojq27hmbujzNm0TP54KB+7KJAibgpcyahSjr0p+Z8c1WnOxRrLO1j2Vqw9yW9CRhhA5UyOnQuF1SmM4UQ8ZeXoOBAOlAl3id03XJSFuWu/il45QAYd5RMmnICop4ltQBp5fgIO4bVJy2oBjkLQgrYtORl7wuMr8TCCsmrCbkOK3DBJkmiYuClEhS77CAelLLu17ulrqd9oluSTaxDywawZqyGHbdl4TLqdNKXL0/lUJ5A3bMjBWRDwb9Fk5nnJ5Vymrlk8ckUKKihegpppl6AP+NT49zbs5cc5Jleo+3nAHRBWeHXFoEBT7Lf5CF8fQegBmiTod0DW0bEXMLNkmL4zOIarJN3JHJTLST1wvpLkxi/Zj4i+gaqvfs3hHtu2us2XuGDM8dIqrOV0SFO5WXzpIcDhgAAhdiiG+d6W04U0nb4yMupAzMI6SRDhFOdNsfxftCfThmKbm6eDal/tDGFcJxtpxssgoSYWanVFsQxCM2jdLGspxwICobbI+W9URnuE0Mfblbj6alLSgSOH4syuFhdNkldZ3DdApVDHP8IqCbkAB+au3YXHHaJyF1vTyyczKv1nDmO4utNNIhuGQ4/Njw5/Lyqu56+b3Ywa94SQTrFhOPlkI5uKqehRtpx7zl4ur3eQOTAHCl7sXti6rujHrOEuVxFIuDkYOig51mUbZE6hR/qyl1BpH1NVtVwQLzuqUUZN4iTlharPnSx2aUe10IHeprK+7TMb/VkLkfUaLkuqCaXEFxOZaOYR8gUjFIFU8rHWIb7D+EviMbYM7VWrVpZz51Kyt6SJ55lFvwYW++k1hIdMS6Sm1Jo4MoUD76sYCqx7VbTeISqzmDYyD9BVVyqo1SbHOmzSL4h4nTfxjjpyh1qpIdn0TIT1oPBle0aOM2fP0R9jlUMOvWOrry/Y6zcgeYhVQ3Cx7RO1W5gswDxLBjCOsv36TsyzMVdWlMvMGsVCeECdR6jVcWNblzSpHyLGOdNSIpFfKqux4DIhE/3i3QuPTG+auTsAsSJuK0U7glHUgxXVmjvWyke60HV0+7931HhjqwOQHPrV0I7RtBK4LHu5C0VLWhJwJwCiDJXvKXAV4Qr8QxifDyfEcfF0CgPbOtMwtiCEkALvnDsyXvEi/Yh77/Hpq641VeVzwiswyQZtnKqKTZZNVZBYQKUESDnSqIYHAjpEQz5V8sdunaAhcb0YOEXF7FNlVv2lXkO7cm1cRT+H4Sl9N6peG5VfRGj6QYSa8n2YNrkO2bsPbhUVFg+AiBCfxeEC71833R2gCvf1y3Qwa6k5GLPFx5/ARojp4WoC/FydA8utP81C3XdNi2VB28bBVYZFSQc8bAR7fh6dBvoI83qI7BTx2XdklnMCIyksyCZkQcF4CrkcppY06A0eETcuweWfOpY40SJPYxEs0uza2k04laNXXTT4xAS0nPpKBeKf7pCgb+9TH2jXPHwtuOE25gR0AIJkbp8hPFpLq6b9aJX3ecPaVnS0yC3EKl7rYOYyhuhdX49a+db2m1L3mncJBNHC8GwYGerKfYncaPiTMbbc/l901Z9RH3KT68ompbRUjHDV+m0ZySzAAj1joJtUj85dRNZ1jCXYxhE2A32008QslDwlszjoklLIGVUWcSgv0tffC6fdJJmN4i/UfOo8jHSCYNoFzbLa3GkG+Mm2bNlNZXJ+AmoZQVP3hhL1OO3lQztMkl5K3GEIVt7JZouT96T71rK4Pp4mvw6tPoHrqrDkit7j4VFkfk0itWRrgvq8UpFYTO3LhykmkYQAxwHVghNP3fTrS1erJWMumSjFlkllGrg6ah0i6SicB5sB+Oatmx5Ulh9n01PR7IDTbpYY1nIYKKaJdOrigPz/AHutUi8MZRQTnMImMIicR8xruaZ7pX4Q0RjFAaa7XTFGLOf+sNmlXGDZGnaGLiLbl8hLmj1KVYkl9no/0ti3ahyfhBBASrjwxHAAFa4ehwKZR5SBjNeUSlKI4HevTcoEIoZQ3MJvOuQnck2e9h+VowVTasY2DpURRbSc2dq7HUAoCJhDAUGl3Ok5gKPUAqax73Zl1eqWImPD6VUxKPKYm1B24a3ZAzuY+Kmv1AIg0NnIE2GobACBIkHyA4mroY1UaPO6zJ7mWLR0E+ZQo/eriIDkev8AKuaZxF+Ufv1MEpvv/wAquiuDl5p3Nl1y4BItAXjV337EJuK/7/o74dFX3avAVHWYCG8Qh92uVvFup1cCRTxoSrhVFzLLcbkXeE1cPl1CGnBdg9Q1BTZBtmcK9WuyTYLPSjxlGsKDD3zYE+bKmodO3iE4ZDPrSpLTail6PJi3SLSLN2mJY5w5ABWdmJnXpDGwCYcAHnWJSs8udJGJQLZ0KwVj35myaKjlVAoFVUIZRYdJDiH2e+R053o92bsk4S0lk0HiThrJvjKKlOfSuQxQ0BpPkREgFz5bjtSUS43LEJeal3zlvO99VOjFNQKdo3VIGABZMB1bCI4Eeg10sVi+mrYNdsxIqHYsjFbtY5IwlcrrCYRMRMSl5dhEcD0pSjtIovC5om1m0Y7fpmB0mg1KKaiYiVI6gYKBiiGMG3AMjVQXc7t9NxMLMSqndtxaJ96abIIKk3UBIptjqibAZ/Oul7HdNuyyLkWbdRs2kGgIrFXAxzaiqG0mIOcGHGCmD1pWaRiDZ+0i0XL14kgmReQ4A6hFUQ1DwShkAENgER89qriSsIu1LuCKh4R3DMfa8tK95WfqyCaykmo45SmUKHyeXkHWmy53LQ7eXs6JKkIqoCkwYunXBQYIGzlcFdsG1b5EcD0rjCkTcRbY0wyQXmdHciCnGawIZQf6MY2A4aweMD5HFNE3HTCSfElI5g8apPShCMeTu48MnvFFFf3mALyk9dNTln3eBJAK8YqQjEUpV9bQTLcjkHiyhlUBOm80Jot0DKJm0qIibn04AR5aGs4K4Ll7TZW45WDlYt4B0WcZHvg7rww0e/ORQmxSpF4hymDbJqkN5aPioYhmsjIILTzkrpyZ0mQiLMSkNxDGDGAOIFEpQx1H6Vjy7Lyje0R8eMlizBQhW6nFfiQv7H4jAbyLubcpMiIVZjnV8EiVFtoyQQSVtv2vBmRdn9hyZRO5VVKmhpPr1Bo1m8AdPFTZDoyruHmSKvYBBVBUHK5IJ0PDQDQUpTqEx7woABsEyGDG67ANDn14M7ziYIlxyKdkuCCk9SUjwMfiJGNw0zY2IUgm5hIPl1qLB3ZPto1xcCa5JTuTty8Wd8jJGUJxO7tslL8BDcwiHUKjKI0eyWrOwfGdEX4UjJuVlTrScn9gjwOZIymnWZY5ClJt4A+tIN5z9+uYgLTdW0k3VmDiij3Mv7W5OXAkKZQfGmADj6+KrzdrzS8QWamr2h3EWZqfiSbVEojGrm8IJkNyKI+eo+9AkJ184kEW83Mtm6UJHlFCeFprbSpNReMomYNi6/Bt1HpSU6CSKosOwLmtq4UZm5XacU87oi5bK+1NByK8XSXUOBKYwF+AR3CrQUdxctcttpw9wXZdJnjr2idz37DVM/hH3e4JmE3Qg9PLxUK7Pr1Ruy4ZKTlSMTYfj7KhTIcyqSCXu+Hvp3N1L60Ej7mSt6/Jm8J9RZF+wjEF2kMkiYiKay+sop+75eXbx75Eas27yCYSWdzZf11/VYcCu79mx6TsVEO7tCp/tJ+blTLq6nOP+dDuz9jbMS2QfyDO3jrx7Y/tTur4ro6oj4SplNkur1PuAfiNLF1XGwuOwGke1uFzM3O/Fogkz7odr3I2s3EKoYx8KHUN08sdcVbPZLYV7Q9ijHDdsZBvRV9+r7PI6UZh4uB6G+cfKicB0Ebju977Fk4IFDoOzNEEyuGLQwA3QVVKjwjmMXQU/N8NB5yxW0iWadNeO4nEmxY4TJqqGTi0eHwVE26Ym99kvrgM1XN9wkk37RmLCB7SV5fjOyMnYyYe7QOmfiF4nwKJ/GBA3DpVm3XMXTa1vt4O55dlGist3kJxBpwSOUS8yjVNMu2o4chANv4qjDFt8km7K57VoyQWgpOOc3++fwUNJs41o17t3khFu66vh32NyhvgR/hpu7MWs1ZnYs4k3kLKMzGHiKN0dJDq8vDQNp33+Mc7jXLtdhrTZ25BLv7gNbRF5BV29YC07yqucw5AFAA25MAAZ+tWhJpT0hDQaFuwBY9R8q2UWWRUAE2ZBDUoPDAcifhAAlD61OUrK6KpUcXXbdkmPJRDFw8mFeM0dC0KiLI/xKLfKQeoZwGdhqcwutCEsxi8uGLll3Ltu2eukWgKl7wjxfeK+iZfuYwcKeJGcRdxy6d321IxcN3jTpe+8LJCJspplAoDqEwh0HpURpe0E0LK9p0nFqsSO2pItjG8T9oUTQMYxuJ8BRE+ooAHlUVGyZUHb92ph2iu0LattF8jEpLCmKABgXqhh93qT+HHkQfOrWkLvOhfcL2f2f3dE7JMO990al4bdIpOVAqnX+P60rX32jdnz+ZkJFGEZQd2tYojhtNEDvRkFjfAXh8plA+Y3Qf4aWv0c5B/FXO+ODUWqcmKQqnflHjKNw1atPU4mObTv0Hmq2XIrL3ngu2Os1nGouIpKUlXRUlvda0U0zfaafiMobyMO1Uj2udlTCEsx7cbaC9nKR4lI1COcKKlUS1hpVcAf89Qh1ES+lfQBXSEkDiLJJGVdRygEcmInqIRQwauGA+pSiX8M0KnWBuA5V7xl53UcAKmxCl+HzDWPrgaeR7AK+7L46QS7LmRbydvgQllUXvuE+gAqoYqSpvU33sAHKABVov7ni2kIgrCcBYO9EDAqpH5/wCz8QeHT1qprWibii7DkLiZGkZW4X79EJBNchtMeJSjjWmb7QxdQm1B5nLTEuwjiW5bIsI5BY7x2QSKKDyfVX+IQ3yNYdRn9vG510W41bo5347i5Ria15SX9nxypCGVTVajwsatQjq8XQuKk9m0aSLK6cRCndIpVBFtx1ktJ1iJjyYz5Dkwj6iOaqm65eZuW8ZBQ8kZjFMljAKTov2SGvBtRuvMJsBTtJTT4Z4ttRjFZ85wmmssA602QF8RebfSHn6Vz8iyR/CNkm0SncogSX71MxyC7FSVWTfLcXWRvq5tXqbl0k0htVSXm9bvpySdpyvGK5keUE2+nRnbkyIjoDyCnDt/kISAtBtbVsSq0q4kZMijhwGnmKn0Aun4dRwz+VVRO2desGukuu2cGSIBVSrpgHu9uh/Qd6v0+JOKk32WLizhd8tJrRqbB2KoM2ymhBINPC4gFHWt/GIaQzVfrmx4t6PyJ1lFnCSh1lVCKCK+nGA22H6iOaALFwO29d/BGkVpHnqUtOkIbMajtuVOkkxtQ7elPEIUAiUDepKp9QVpHrP0q/6uRP6OwbuPyrq8NqQHb61wDUDgDB5V0XMJkTYDoUa5UflFnspZdvXhA50qB2uM+EKEvzlMoU3lpAK7gooYBKIbBsNQHQjqxXRwYr5PH6/VOSJThYDtjJ9dOBCvDNQCuSKD0xvUQpjAQTG8thrETaVSgYdhrTs8HM/ctSTZNSSBc2CH5xHlD1pjKgjpDJl+nyhScAAQ3UfpUjK3zqf3ho2MhPUxfg+gRby0dY4XHcPHcQySZGJHIpqtXTlLV7svUQN/AIZx1rtGGknrBzMyzyS9oIumyMY1RWMxKxEqRlFjFApBAyaZTbmEPyrxesolNrt30wpKvLct1HfI8NB6up4SpdB1+pvIKDxk+nH2HLzPszuMiql7NQk27pU5zuFOZbVxDCXUIdR8g01iiqOATezi3bcmLPVkb2iEgPIGEYZ2kJiicQHTzKF2Lk+o46w3qx5Vw5t+IC5W5knQBHkbQD7uxP2t4Yxh08Iu2/KXpSBEqybHstirkMHdF1hSK1XTSKXPiT4pifEUpPixuO9JUvA3OpfD0rlskshCNkRUSWPwycJXlTKimXPMfOwBv4s0lH3BWXm3lmSbZvLSZyuQauU28qbhagMufJj4L4CYMJC6fu0puZxJgk/NO2gsOsVtLYqutFU6afKlpTADfXGcl5hoKUi8R2bS1sSMe9ZASVI6VI2V4x/cl5uHq5PF1yPzUr2vPuoJwk+PEyq7AjnvzFUzwpTolMbKmkvx6sG8wxiqXj3eRj5bokNFRYrxzNim2EVO6i1V0MFFPsVTajDxDatgz+dSXr7vDxkvcdvuJosE1WSSYx4nVanW+JxxPhwb4Q8zGpwLcqSUQhesuBGLeJS1qA6S1ndOXOkwaUyjp5fmEetKZpkZa+mMW4j2JIFuCx3SzDim9yolxFkl9OCcTVpLnoA7VXGNDYsT1pzDiMdvUFVn8coQhhICvvl9RyhgxTEzsXoBNx5aU14VSbu+TVioAzOMdFcO27BssVEUwTLlFLVvpOBi6xKOM1ZTG7WgOFJ60o+dAFXAr91NwOCmYv8AUmMPLkpc7+WrzoTYcdd0za53jFuxO2cvmhFhH+muicXVwOUM6c82+MF1Voxy2kKFq8bPSgYBKVkGr9N+ukuBDvnOSN1S8MyZi6fj8RdBwwI75p1i7eZRUQ6VO1epwyRUhK5bOeF3h6BTKHUTTPkTYJsIbF8+lO9yzkvLSzz9TItqzRbq++uF22Iui/KibwIkzk5QPy4/PNNMXCMn5U2E4/YL3Y0bC+wgnoSboqCcCJGKGfEfYwbjp26VOTsmkVbbt3lemSbMYiLjmqgJimweNTkOm1SQ4yzkSlACmKqboUDCAfWkpi2XvFwxmJ6SXnXU0gfgxMI/7qZiAK7ZAxRJ15gIOA8805doLIq9rKRyUsu+le7H9pTUWHuHDkx92Rf9WRPomT7tcrats9oT0G+mnQwxnpStUUGCBUxOfRkSKlwOvPmI9B336UpT2CLGb2Y9eSJJRQxDItkHAIMVEicRY6ge84h/B8JTa/MaH2yZCYVW7OZtqMlBu0+9PpsVNDo7wFeJwlBIPj1efQAoVOvrlJbLKDQMzcDJLpN+8iwOgkzMYdWhPT/SPUT+VTL6NEFtsIl1ZL7vayYA1kIVtgyBlDcNPi8xT6T9RKHlqqqDGNLm1LKmH/6xRE5HBJN3XDVfqpEOGhIPeJ7/AA/DqDcKX55i8kBM3tg7AzIirN06BgtzyImMY3A4hcm4fLnVjcNVDxi7OibGVQul0lb8a4WTYOWcQtggnTNlYSHHqU4iXPngN6JTbW3mkJLs7KYuFQWaJJun6D1MgNyAXCSe/UwgIn9MBvU8iokmV28mLun7xNaEXa9vJO1GrxV3DskeB3Vc2kTG4u4m3LnyppSd3dxJtNK4QmUWsyzj1mapSJszHKTiuDJHwIgUvhz5jTIg8aOoV+m2WbvZlKPMkSVjWRU3ThEDEzgxuhg88bbhigFwSllWw1ViLfYOGksm1BvGxqTvP7U51FIoJtx4xPEcudqmsm5NVyDVA8yUfcvbTOTElajCDgoBL/Sb14b3qAiXUJC4NoMobyEegU2Ppa4pS4GU0xUBC3kC4KnErawxwjGEp9hKZQ/uybiGKq6KcWi0Lc8jexJ+4p48wEcDQExMgosVPTzaR0KHPp/lVou1bRsu12QltxzDOJF6iRaDSeFS4hljF1Y5h6fJttUpuyLGK31pmQaxLWHfoHTFsVSQUIp3vk+LhqeApif79JvaC2K59roqN2M5HwSyTaAtvhGTUFyb3YCufbiJCYxjdetDnN5SMPCHcxBStomY4yKMXHpcMrdchdRSl0iY3EOXmFTTjO9V5dUjcMwyIunIziE8qdBeNgE9J9CJffFMdQxteoR5t9xHyoiIsA8BLt+zSOibBgY/TNSxG9wtY05XJWZC7aCmNubHUx9wz0qz7ig5eNjnqVtvI+PjRQSTarNzgDxHQA6sm+POQ5aFneL3LcsaWMOwgEY9ksnJSACUOCpo52aafmYPGY3lQ222c20Yy7CNi3slHOEyqMlZFzwkhW0gUpSKeerSJh+gjUMs5cNLgDx2CyC/6lyK7oHSrYkgpwHLvZZwptxDGL5c1DP0hrvfQVtgsrFKh39LgBv9iqPxDjcBwXb6012yIR7Vw3LbnAd24lxHLkhssxcqFKZTQX4vhz+VUx+kOtLSsez0iq74LpRdQUUhOQCkIACOQ/HfPSnklvkkLoXoPtOcIdjQWiAyqz5dZ3lXP2h1FCmKbV4jGDpinriLqvkVUnSSC0TCkTKC5NDcdSXn6dPF5fnUjsrtuDt7syZzjm22LuTaZllVVR2QNp1F5tXLgvNpD86ry8nbq8JtxJN49dAqcYimPB+zITxF6+hfP1qjPHeyVhy674cGPE2IzLHyiCgthXMVHWs7WN4cn+IpDdQHyp7LaEGSSK3jpKXLc844VUVR4vDaroFNqWN/5k/h65x0qvuzS3Ehuxg8QbAzjTFWRUVMrwVnaSQcxdPQvENpIJw3xtRWCfTcw/n7slWrlSScMXKIHbgHdo5qQ5CaETZ5twEMh6UTSHHkxxaKEzfcJIo8BiyjBOq6a8PwNkuYxi/Mby9f5UL7WLydSKLsWyRmsY6+zKADk5MYDV6iGKIJXPsHfy8UxDmDUjjUQmkSm8twEB6UhXa+QMgt3JdXgkEvCTceLT03Dy2rkaXI8koYl4OnHFSbEqU0oSJATKBk1EigcxQ21Yzv9aXVR1KDRyTegPDHGEvk+cwFxqx069PpS+oOlSvW4VUaMXUjmOwjTzFBmFbD9z/jSKcdxp7hv/oRuH3P+NZ9f+CPVfpX/rTf8HTQPF19AEK6LHArcxfMQ61yVVyfAdArHQ6m+Q6gFcvarVHsJvdF2LZlRBUa4OR3yNenYDx9X1rmtkcD1rtY4nz7K+0cgE2PpXg3MGK9iOdvOsOGAwHWrkY5mkRAREBokTGgvXp60LDAGruUw6Q6dPWmkZZy5PpplbUrNsTN1XMH7Bj5Du7Zo+HX7MOp4dKnjEv3A6jt0pbvG1lI60hZXAAxYpOjvVAUS0A5IHxo6ts6OhMbj+FP8ak2jiLjExdwSpu9qoNygcpEV1EyajG6juGwAHlmqynLje3oowNNrP0GZ5FJsfIKHTTbh8JlOmrV0J1CuRCRioYWVtXqPs9gwuEU2iLBEvEVal9w1U0jp1GLnUHQf7VeYKBgV5aWvCRNICdGUMaLaP8AWsgqRMvvDHMUNf4HENh0hTxec1cMXHxTNgCzhZBwi4fcJT7QniAvmYvwh6eKhUSE87eIhGOO4yKzBT2gq/SNoTcKK6uQvxcPoGdvDUfcokCbmbnYN12LgIRNKa1qpYdHIzZkKUuon3jB5+lIJ21xmmQZTgqSMSqkUSEFTmQRDPDKRT4C6cfj+VWHOFOsETasPLMJ4IoTpu3TkutVRJx7xQ2kviNjxeYctdXsW0ZmYLjGHMR+6MLlnqEFU0gTwCRDiGCFERDyHaoPL7fi7FVi+wLEyCHc3DY5YNVsRdUFnWsrIpVTG46ZjFyYyhuUhMfjRntPWhYu3lOCqZdhLtTNsHU/aFz+JNRTTggkDTnTgBz616UmW0eL2IdnTXUBdI65UUjcQHwh7nJ8jgqSYbkwG41PsZFWQcXA8knqjNyzb+0nKJ0C8IHIjzAQRAcF4QblyG41BSokeey5vbqEQFwmQQFnxCNyd65EWZ0S6SoGDUJubmPrHzNTLfNyW66t12dg/wC7QcYJP1kaxyPBM8E32fDWL4c+YeYdcUlMu7Rl5jIxMb7eTkQWfvI9JUpEE23hT4mnO3no6iNdmkyEPZjNrHxRTQk6udU8edTK5jLe5bpGN00jzGAOuPOr8c90FP7F5PcKk5NPSkraMQlKqq8FyWTMt3Jqj8RWpUC78/hHONY79KKvY6Jk59m3uXUF8rpETTUhdaJm/iN71TUJNWnlDP40vtlS+y5Q8bFDEJpvjqIlUc++FZDCZANnSOk2B05zuFG5C40o8W8Yu57vcXc++zQuyKGIiJSlAoKATcc6sgOcFxuNQWSwHCKi2kSLIWLleV9mte7kbGS4Ecm6UV8YG06eJ5dRofHnVVu47SSlmK1yoisdEcYO0KccpHOT4+XoGR60Gvq5UrgtJ0C86SJaqcNuiku2KVu5WUIBSnMY2DAUNzFyAdBpea3hbzOCc+zg9tzLRwRkm7mdPek9tPIoUA5QAuvn6BtQqlzF2h2Ncq4kF5tSSQF4u8YgLdJ0I61m5jB75XH7tbHKQMDsNKRL1cvLwRO5ExSouu+EYJPuCuLj7NMpVNwWMnzGMUNs7BmuMwjIzVqQj2XkwYLJGSVWkzrftqvxeLYR5eUqfXwgI07WxYqaDhWeOgVk17oqKkkb3PD1fHzaxKpp6h8I6hoeT+BJiL+k1HxPs6MT9tI94ZoCUkJxMulBWV1lVKUpfP4gH7tS71eNEuz4FVE1128gcXir8rNEyZlj4TBJVNXBwTTwOTFABDFRZqftsvaGL+MmGUk2txrxu9zQGIsK5lC+8TXT51vpxPyohLQDc8/EzjF8wllWLbQ+hJNPjOUC8qn45OY3jH7vXFapZLoR0goS1G05HSQXK4jLiW7s24AK8YyB/JTh+HTp30HERT6jRS7bcZyiUZFnt0LKuRQ7xWGUSd8dqsbiafeCToZTVkphHrShFxkg+usYiKeNkyot38u8cKLaljqOORUElNOB0FAAzjatoA9hYju0U5PKWu8h1o5QHjcTptnJQ1gQqnRQ4GwOrG2ahH4k7sOWHHv2EUWXuSOuMH8IKTiLQcBrBBTSVEoKJ/vDHNqMUB3KQtLN03HDxFxreyHzlJ4xT4bu43bUy4O1h5VOAnsXV6nzmiLVz2lwvZ8yfJ3THg9EiJ20JID+1HAviPk2Ofy0jkRCp9vlCIi5p6pBSk4ePVVFOLWR1kMsvp1ODN88qOrkAhNz771NqhM8RNkW9bJW8ynGuXAByR7li94LqWFVPUoro3wX4CJCJRHT9a929bt4y92t5w4laEQlOE1cSTcovZBX1UxkSnBLl1jgA8q5I2koqxkLhi3Dh8u7fh7YmJBt7PaMSgbmRbNjcxj/AA56B0ovakbczC6Xdt2TcFsx3d3hDzKyLLB9ZjailKUTciHlkohvtRIRXdyylwf9L6cNZcMdkuzkHPcovPH51P6Rq+bJdhHPSrE7Mr8mZkJOLu2VAJRpKgmDTJU0yE8JSpaQ8QeHT6U2W+0Vs8lw3vc0Y3l5VfIHeRXJ7kvi0FN9n9fPFBbb7NuzORsto81OkHi5O/N1FB9+hxh1JmL5mMQu+9UznYLkNPI+UJMS7lwMgqxXSO37qr9igT4uHp8OTdTDVfXRFISTJ9G24ub2o7BEAapv9Gs5fhU+HT6h58tOZyzLxQ5n0jIuFWyoNykWWA2gvlk+AyIl36V1h4wMPWKxUFXCanXHPp6l/l0rlwy75qNFnaEtnad7K9nbK1AOFrMWiaycgxAxXR3Kyn3tXL8+OgFrpdxIe2reStqLdmTfsI8oyDkqSgJCYCiXOv8AeCOdsBTZbz65kbmZW5DWkxZRSSpCOna/n7r3h/mMYR28wxtUe5LVUu5cEIaZlRW75wjJ8T9lQVz8v3C/41uy5f4K1jslRDNtHdngyJu4d+k47uzVMQ50iaeUvNy7n1HE3/8AGl63DOXXZxIInFFshHtiRLVJr1crB4jlU/qRNzD9ab7ilnrRE52KEZIxKK4xZ0lEyic4JFwJgL0wPXagE5LwTqKjyNU+7NkimbMUGigCYpShlQwp9cCO1c/U6n241Rrw4rkpWVdItDoDoMKZNhSIoQNz59frS/JxTbjHZmKooqkAmHVtjIdasU6UW6BU7UTgtqA5zKBylHHWkiYM4PIqAXQsAgA6wHA/iP0rJpsvzOls/pleP2Ig3KYTGKT4gMHU30GgTk2s/JTZdj0MHQAxVU0vCBQ5BN9BpRUDBNRa9jh5s5UkR+pqfof/AOimweXDpAAeYaeoU+YhuP3Kq1/EEep/Sq/q5F/BFTfJg6FE3r1olyHRHFA3zTDsqifkbcKJszgc4CQeg4EtYJKKpxPQaWeWalDIAHhuGfSYMhUUx89B2ohLo6VRxvQ0xd66uJ8Hj9YtuVowfWsEBEM1o3hrRc43q0x3weDZDevYGDAbh/KvBsiFYGcBuP8AKppGTJ2fUSdlLC7ftpVkkiKPGcR2JFX9oE371MpcaTB4hEevpXSOs+6eJEWnLtgfgK3fu6964KLdb67YDX1EnUPLxUftiTEz5uhb0EkxWDvPdVpF1xEQT/f6lPD3j0DoAVxgY1ndExL3e8lpSFiYl2qDEGLnR3tYhjEMoYceI+nQPXca4a5M6BF2kRt25bpWczQmXWagX2eGpHhn0lKjpUzp4ZPPzqG7jriTuFvI24Zf/RLRFzIMBkPtFkTalOGY3iKHiER3GnRBBa5mkgq5tJbuKKSLdQpPcrqLJm1AVPibaQ8xHc40NuaPfOrfAEWyCcoo1Ip35VPBOGY3vBMYuPfcPr5elVSFQPB1IR/Zu+ftLSeNlBmjidBQOOd3qJqWMbpp08o46D0pQRmpF3FgN3XSMzBu3OgoRgYUTdqafdG5QMXQXfk2Dp8VGbs7S3SNutDxEeEewZrKtSG8abzT4B5t9Wrm2HAB1pXuacjbllCQy9wtlAYcUU3CMWYAUU/1ZvLX8w/8qtgqG+Rts+5IuHcwtrOGspDMD8aTMdyiCh3BzKaUMm39yBdxyOajXVdfDtKQc2vMSCspLrCmbuyOpA4eHm89ydCj5UbIZrExEnHsrc0med1ZKrmVVKlzcvDR21GKUu4hsFS45YrWFm3QMiMmUbKg2V70p3lAVOEVFP3extiacEz+8+7VMcl+AlGip7Nnu0C55X9Wo6QQKio24bpZjDJG4jdPm0Z0gG3TGQp0sVUit0vgnpoUJ9dyjwBjdJE3/E/6rw/CPoON0x3AafbfiLajrMXLcZUYkjqR785aMFeCk2AhsJlRJgTc3URxvXhGMsiabjAyoOBQciR8kc6Pdl0tWoxVSn3EuC82eoh5Vp97dFOuBSVgN9DLlt8wEQKLuQkSi0cd744uBKr4CiYNQ8ENRB4gBv0zSdeaF2SaD5z7SiZyXlXRCOkmzXgugIgUqijbiFEA4JC6dZgDAianm9EIS05SGeN02UWfvffCv9WVlGyaXMubm0m5jdS4EB8hpUvOZi7jur9WOzxVWemJ1FNsaVMkBTIoCb3hSiHTIBk+Q32qOndWIBrIurltq5LuvcHKEg3UBeOKcP2JwTh8PhJlL4uH8Jg2+tQytmclGQMW/WQiFmbHiO3zgDEFwqsr4lOXXsmXAZDpqr6It9rD2TaLmcfybc5GLYWxQUTMqZwrnoYvlkwABCgG29VpEuYk5X10y8awkLncOkXL1Rh+0gzVUNpQQKXV5F3HO4j/AA1OUhJGiWzb8j3D2+57hEnHu0Y6SV1uZBIvMnqT+EynkcOvnQa/LyFz2hrWqmwl0ICHad2CLyVb339aoXOkxQ9B/wA6cL1Xj4eKkm523f0kkkU5Ngol3rCyqmrigYuDgZMvLpIPINVVb0Gb9YlUDFlmrMzo3tObI4Nr9nGNpKXhmL4gPsI7jy1DTy3w3/Y3wxljovswGzJFeQmZZygu6BSSj00kmTYjnwpl8PF5A5sFESBzU0QnZeWOnlrmCVWhW6rgndEGA96Ude68DdQ3P4d8jnHNjw1lhW9bchcJnwKpXLIwTY5lHDFFUANp5UkhTUx15tWOv0pmdWm6YFC54JJlCSaKn7XEqrd67mZY3vDNvhTVEuw+nNTlkJxiR7aj1jsLjlwtyUjXLhmKhlZBAxTJAO4lRHoXHXI7jQG7O1xvBx0KgeLl45fuvBTOszKD1EhthXMXwlOp8IDuIUQVv+LuSWC33zVohDxT0orupcip+9LGzwyJ8PwGDSY3NsXH1ruhMWLcUZKzjpacA7lYjFePbKEdd8wX90X4sl6G6kqhfHskUz2g2tckiaQnJZ5Fyr146RWM5cu9Dpuj4S8QuxE9Y7aOvnTpF3A8UQnFrgl3UWsk4bArwD8FFw2RIYqKCa45P4+fHxaqYLNt6IVFa6oSJcveKktxGb0O88hVfeaUFPD/AFRciIiO/QKNXKldDFqEdHM0jvXjUyncGJ0irJnWN7rCamSG4Jep/MfpVubLdENtkSDeOYe3lmzZs+aRCZCOhfOlUnxycTm0ddPEP1KQAz61u7bispjbzuVhG4wMw94pxF017k6eGD4dJg66vIKhwV1W/ZjqTtaRWUPIN+G8fOnYFbR7N7/Z3H8emdWKDzqDDtKvRoebmECxMOsDNy/4hTnUP4tQG8XMbSUNtqIfKaj9kZKjvMNlFbaRtlzMyTecbu1O7MFUT4U1q/0wxOvBHw6atJcF2Us5bP3aBnyZ0UcJIAnkCFwXoOAA2cgHXFTV2savPrTLeVeKmjGfAaxevChTZzr1+L+z0oBZzeLk4twM7KC4lmi3FdJJ8nA4n2aXE/eG++H5VXm4onBBBQkY1buX5CqILKKAo494JgUOb4gAeg0LksLyoOI9fPem+VOH8GnlLpNQ+4XcTl4wgkHvCS+14vwfwmHxF+o0vyEfcksyZRkE47imspl48IuVJZJuXmECAPrjf8ArFCcJySiyO5hu57wRs9c0hNOd3peE191rOnpJ+7+H8aBWbfTZC23TsoP0VY1JIVUkeTirOFdJdWrm38WAqPA2i4vztHVd3oxXGAifdpMu/lOTbxHU0/CJuoh1Hag/a3ddsqSaVoWMTuh1H5XEg7aNeEdTT4SJl1azafKtE9Lfkkp0PpnDdfs2ZLvO4t5Z6Kzlikr9s3RMryn5viEtIJHLiOVcIRr3U3cHU5uAUTH8tzdfyoxwXNy2mDwe/BFMmyMaDvuus6hS/NzefmIVwVgO5qrOUFAFAWqioGFYuA89h/41x9bJ7VRs0q+RFXTURiRXK8sxZVQ/I4cSHCOc39WQh8AUQ+o70hzaCzdZRVRuk3DRjZymoChvm5BHFMLtwt7NMQyJBbOdPulkgOJjiGnUGeg/Wgqrpgg7FiQp+46haLimngp9IZ1ZHpitWnnvXRslCvJXM4npROQSkMoVYQE5DDsH/KgaZipgcBSAwiUQwYOn1pmuJJsmEiZAxzJkUwUwG6j6/hSmocTLCI7hjFeo07OfPg4CXA4CniKyMK3+gDSSO5hEKcYc5yQaAiGcgNR16+B6L9MTbzTv6MVExFgOUoAI9fSsFTgGFQohqHy8qxI5V0xMJi/QM7V4U1gJTcMDCX+VYEmuJHoHJT5xEeVKVUutMRE3nmg5hDzxmjKqCmgVBOQufLNCHRQSOPOU2a6GGVI8/wCoRcp7jkIYrXTyrY1gj5VpRx5JnjfOa5iJs+OuuBGvYNxx5VJNmd0fXC0mqna5nMLON1mIKCm0SkEuAVTh6dWr+sD1MFJcAspd9nQ1tNXCSAqxz6V38ArFcH16PQ25cD5VBuCYO6bvlXNstI9sLEwRjWUUHjJOBPp0op/XVvq2AN6sWwLQs61oRvIrSD59PJgLUjNTJkmh1RKI40bY5g5vMMVxq2oyI9x8fOSESDW85UYdIEURQcpLbvTofMmbOk2nSXV50syqUpdLOWh3jhxLlK6IKjlTk4AfMnwyhzE8JsbD5VbEpbVpyb1KWkJd2SUMBiEFXkUTKUogOkPTlN+I4qvbfZuJJ80tuynEtboKkFxJGW9+sgRb7EyZR5vDzaaoXYPkFX9DNZDswh0WjZodJRYihkGiRiLtygf3oFKbY5xDz9aTrEtplcHam3c2bGi3i2arYe7PebPN+/LtqETbjo25atu7YZ13dtFLHNJMo1JFRq3VMYiKpkyazrmVDf3g/CHnQ1wnG200cSUwVuo/fsCNU2B3SpDgkqb7X0RN6BsGC5+Krvc2BEWXVxEk+1L2dK5ikGbp+quIBludb7ME0TfEnq31CG1D+1GPmBiQMo5cCktI+0ZnuglFrgpSp98Nw/swE/KQo/jVj2nAmbM027y97eZmYqFZtStnRFzCUfsUvD8fUwBsNJ5LfnXcdC2Y6eN7bh13YtlW6Y+8lS94NpOpjbSQPr+VSxuhhy80v1gtSBhbcbe0HKhO9LPg0n0s9XKYyhjairB4PMakIR8jC9k6L5gL6OF0mkuqyFTKirlY+nu3MXoCJdGgPM1emBl+yowxsoMe/d86TR24bZMADzcLoJOII/GOwE004TUjMEt4l0tAavO+tgUTMgtqO2OoXlVTJsCmTcu3l0xVVB0Uxc8OXtCvWEio+STGKhyuW6yZIvQeLSTQKZQwlMbBuflAfWt9lMEpZ1+jc8lkG3cBLHv1f2VHvC3KbSXPvCgUv86ztKkbogW426zKlFe0lXT+RXj1MJrNuKUgiOsAUwXSYcZ+IaBTNzJ3NadmQUuQXa4TJwSdqHyRZDjaNBi+JMpSbYENw326VsStEUy2+0C2YYWLrjXK+bC1aIi2BwrngFH/AFZftFDats1GiLBj2/Z9FwEc8iTTDtuiZsPGK1OB9fG1q6eZb6lN05t6B2Q+kYlxMHb/ALSKLkpSqMdS/eycTIL6jfu0/dEAg+Woa7N4+aanXaObiilkwY6Zl+2RKd4yMofToMbwmKIm15/IaxY/I7HgLvLCuDJXFBBGHKU7kX8c14pXAl+2XN8SaJzbB/ZGleafhf0Xa80m4KVUBWeMmDh0UHTgEzl96KZfFzF2L09RqurDk5iTv+bjLbdolcOVDpGUM7UI5coFNww4fzGKXnAnT8cVZj2zIQt4Q6bFV7GHcRSxVmwk51GifKVMxUfDj6DkfzqUo7BvknvLjNDRrhnBJd8nV3zYkgwULq4BB95ymTL1U6jjpUqD7SYuLsdCamQ9kEXVEFSM40yYpnP9TCbOP6zpQK8O/o26jLkup7GxSTnWKqCJhcNDaDaWpeXPP4NSmdA1wbtZOCsaJc2xCopryS5O7NpZQpTrkKXqoXPPk35BUbsQZtuGLKP0IeUtpuhbbBsd+llQwLmOqYwf+s1F3DHQDUXuiLtKMYxcxLOWECnBAu+RBoqUi5R4XIkmX5gDr9aGXVd71fQze2uiAxLAF/bRFDn/AGlPTwyeEOUVfyxS52pxULNJw8ZMSPD7k5VXm36ek6yDk3DJ3Qvw85uhz7AFSxxG2MtvOrnVt1rdqMpKP52RbF71HF0Hy18ReH0BNQPiHzHaiVqOJtvbiT9o0SFs6Kd09CRIBJJoc25SbhzBgetJbKSk05NC6H1quYoko4IWO9lKlPxwAmlP6mKQpebbAj02ohN3e4moori3r99hP49Uqc8Zdrw9RNWnUbiZyb5SE6jsOArFmhvi4fZoiepEkOre6cpdcDc4JHSIcrLuBHyL8qexTm0BkNx5QpihX7ObIyi/1Wj20oor3lyqDlIEA97xEtZi7mx126Gpcc3tcjOyJ+diAiWvHEETu2KJsjzaS5UE2BW+4QBDNaYzaTntOt6xbXWSj4oQBabeFLhZw5TJ9kt5F+pCefWtmFVjUPozSVuxmn28zEw7wJGRSQkpVYGxFGqZjEUMcohr1AGsAApRHA0Ql4GEmnDZoiP7RGlRcrjHuuAubk5fdFLq2L613eOiSV4S4tx4SdsJEcpOldQpkeLJGL/dAvT+KliXcQ10tHxlV5aHkHYmSi3cXzPHKXKZTJShlPJtt/Kq5xsI8Dba8WEm7l3Itn/cB0NmvtCP4J1OH/iYur8M0XVjI1dr7OUMkk4VRMUhsl4ggX4sfSgdpskIKK/8IZgRS0J/trwzjR58on6m5vKuytzNG+Xaz5ippVKg1NwTcUc/aBn60LKKqEbthza1lpwza5YqLl5EoiKSLXQLlD4tWrYv/GlPsXBnasI2uE7aOKkEMDziLaFF1HJhMHi3MUoFL4Q+7QztcuCFuu+ZBZ/bruTSapi2jxSkjNDHIXqUxTFHOdum+w4r3Zqlgw3dwGEmRlu4d3UKKpVmQH1cTVq66g8PSpJxiri7TJdhtm7RePox24FyyYCmQSRSPITvSiulP3PxF081db1dIPReN10dKLT028P/AH6URTfxK8DNNYtlMNX71TiouV1A1lMGAE38IDsWq+lF13QK9+1O3SihjqKoeHi6t+UfEHiCuRqYb0uTbo43ZtZ/HrsmrxJIDMSqgGDDgSlL+O4DSs3MoWL7+JA0ODrrIJqZEdjY6jtkaKtX4AussCQcUFP6GohqA5TcpdgHA76Qx+dFZtaVc2lGSMsiXLU67ZREQ94mYqg5z6AOdIB5YGtEaxm7IynppVZZJ2YyZQpbABHamadWRFZ4iRMd/rS2qGhbFenwKrObkRxEcCYBp+jSkTjWiIhnJN6QThkc/WrBU0ot0RD4UyVT6h0kvo9R+loJOcpfQFTZGQkcgBxRHp6VNECcQyYgbI/yqcmJCiYR3qG6OUoCOncelc+OSWR0+zvLT48Mbj0QHjMDlExCm0/jQlRMSnxpGjxXRMYNsA1CcoJqD7rWIjW7FOuDja/TrI90AUb0rQh6V0cJmTOICXFcwEQLW1cnnJJx7PP513Auwc41y6mrprAPhp7ihxPskpHsirKybspZ1wAo+6VUJo4xlfh1Z06C7gXzqY/koyLknEYLoCuJJ77pZ0l7k63C1cLUUv2hPdlwP40qw8o6KArwkcg84zpaTVyr3lbglL8On49XTbag19XIoxf6X8Uzcgu2auWr9wBR7lq+0MUv9Z8Jte+a4ETHQ6Jrd2iIpi7L3Nd0mmohIg54yKZxyUV3CnwmVKYxQL5YGghrxWi2bj2eLeMcsZTvBOIroF8h/FuYxtW2nbbpUda4I5K+IoiSopQbldJd6dwkY7ZwJSHMmocS8xjDgukodQClqznETIC8mpFozfCjKpJkKKWjKXvMGLqxq0dRzuPTzqElYpErtPu26rsRhpC18uI5smg8bAilxHbFY+dSQKfGUmkM7DjIUZipptOW37EnYz/TyKJ3rkwgbXxfCY6+r5Cc2kNvSiNmOHsemykXrctuERPzpI+5XVWU5uFwzbaT+PACGPyovMXtJSj6SkEbMiEmbNcyDlTRx3qxA8JS6epTH6h9DelWzn7lDQh2JYls3LdaBY+7o15NEdFcquYxqcgM0U0/7oGObTzdAqxRjbUjbgZw11CaQXBo9UBYvP3ZtoL3hdZT/cEnQdqXbPmQj5NrHxEU+Q9pNzoGaHRSKRLimMfJTeLQBS5xnfNSXQOZC5l7dQXboon4PtCR5iHTbKK6itNOnBlVupvLHSnu3gkK7HspmmUWe4kr/fGiB0yMekm1MuuIKcqenUPKrp0hnpil/tOjb2iJCOOU7mUKxbA2bIuBTWXBVQptWpBM2E9Oou3lX0Dct3A1YN48kGusgsocp1eIkidsin4Dl+8Q2k2moNvOBYOWLqEWiZZVprM/kDRx0ZE+r4Sl0gXUqbl9POpPUz/v5JbRAQkUm92JWe/gF3kgsRlFxsgruRrwy6gUKGOQwGAwmDIicQzgKkMrft9re9vTDVeDi4hAFwMCTRU7pUgcTjqqBp9yY3hDO+Ngowo8RkXjhRa8+6pPnYqHIsXWvHFLyqETT/drCqblP+YeKpDaJupa2nEO/erXId3rTUdij3J6mgb7QpfiUMOnx4xSjkIMTkLmYFgpKTayMTbrGQcNI2K4iWhZBsA+NTT9NxDeu14XhMzzdG3GLeH9nKthXkF2DUqyj4gYxxCF8BB30h8fKNC2Nv8AsVXBm0V7CVW4TFtKgZ1x1jFymhvgNPxibYaaoKBhnE0q7txm4UO1AzN46dcRCLTWA3B9xqMJlMF1EAoDgKjF0CFa2uzKwPaopST65Id2sAuUW3dTIIpopkL9oY3MYw+hR+gVY9uW/aMY3ZIuZCK787bJKgm6NxlHBC+H4tePuBS3PWjHOLnmlnUo4fodwM2HvTv7Nzx+UyenwpgXk0h92o0nYFuyXbSWO76KEVGxAKpJpPEjn1mAxS/Xf5etKMpz/N2J0MmF4djLyMe5JFtXbvQm0W1KPHB/3Yl4nKUo/J0AmoRrtLsva7FNQLiLFyDUDuHrds6SXXV1cuoTYHhlHmLpLjbT8tLLq2X5ljOVzvG1vsyKEdcNYQcuyCAEFIhFc6SmxgVQxjpQp/ck4mCd4RbS3WLxuii0ZJNXWp4ggsqBcCTGDiQgCOR2DIbbUlHkklZ0TuW4k7iLakAqdBVs8TaS8SiJVmRGqaYidfvBty7iGNXmFZc8Gu7eqWrDSLlJM7t0+uaWkSlEhCGIUxyHAu6p8CGNPkajHaUhHyEKu0g5f2RbCIlLIyrkNQyxU1feaVE+dYweflSvOXHEGvG/pRSaaxwO3qaUcU8fnSbuvu1VFOpSATbT5jv8NaoEWqG+3JsLqXexcei3tRvHxxAKZ2rzlUHlTOQurwaOYSlDGaXUbGkJg7lxdSJWLZomiLeQlOQxljK8pUyl5QRU8wPuAUvkSuuXsZg6ljRKzEFu7KCunw3blUpim0qLG8JdGxThtnbrRu5IaNc2koqxue4k1pByTjoSq4k7oiQgncNwA25zl2APmE2Kze3T7LUxjdBM3fdDeJaykfbMRa75Fwi6aRezp5zG1opjyimQPXr1601tY2SYWU/hr3kDTUhIAqCEjGMylFumYcgoYRDOs5txCqcGakrVAiLVk9fniYdmyRWWOCYMF3awnLrKb4zpbB8ghRmwIiWRKvf7WWWjrdDje00XSy650R4mkxEuvGNy41h01bVqmuEV2OjO5rUt+1htqPXeuVGwAaTdOWhi8ZQRAqYcTwnEwjgAAfKhEoSamrrlFYK4XCsBBFMMo74KSvvQLq1Ni9eTw5zkB1UThLtlpCK7vNhGv4qOBaSlzSDTCLUynMkhp/eLBq2/s+dH7afSidhIqXFHtlFHyqwgwaJJNEU09XKsb/eHO9Zr3f8AgXRVSlxKqrNUk3DlJAdZk0BSyscpS6tenPi+ua6Wy4fNl051wz70Vz3g7YjlQugNSfPq1DjXgu3nVgOlIGRaMnMlMxyrh0kcsLgNB1yG8tOdJs/MeiCEHEkikbfesY15hTVoeKaSoG/s+L8K5vswWRRjxZNu0V5GQMS4jW0sC6MgsqPIudv01em+xv8AKiEfZqKb9JU3EA5R5NHn9786rdG4mURcEq4iJlErZ/KnD2WskcgJ+9+1T+E316CHLVxWRIA4DjqmAn/mxzUtRGOKlJXZGK3Bs8IoDGQVi3qKLguQIpjOCgYDKhj7wBvVT9obQ0P3tb7Vmsnx25gDUTUYwjw9/Ccurwh5VesM5QIoVz7nuYGFVXPyY5uX4apO/JV7MWWWUWWyz4wAybgGlInmbT8w46jWWOpU5KVdHR02FqXBWBSo62UcZJNRHJhcjn7bVpNpHG/QNvSjUzJx724XrGHbrxcIwa+6bd6VK2ES+HiBgRMYTb48x6jQqNRQWai7WdMxI2UIcEXIG0ql1BqDbqHTIZDIUbErNxAKN2aqQrqPzppHBsdNI6I9FALgTFAuNi4Ea3xyNLk05IpdCK8cpJAuyWZRLbw+/wCAbikyXOrP/caRzeId8/WrEl4nTx1XA8IQ5Psze+Npzjfeq8HqP413NHPdZkyw4PDZIyzgiQdRMFPjlPjR66YB0KXSP1CleCQzl0f4RwWmVF2VsVMmBNrKP8xqjWZN+RJeD2P6e0so6Wbl3IFNna5gE5iiGRDGfpUtLUcqgH39K7nTTVVAmjRgPKvYJlABKXqFUuUU04nUx4MmKMoy5Ai4kBTJSjt5YrqBiqFDhk0HAOo11UI8IrqBIpgx1r2iu4A4cRAuPXFWTpco5sMdS2z8fwCJBq6A4nOIGD6BUISnLkNselNLkTYMcFEy4DOkQpccmEygmHGRGtWDK5Kmcn1LSRxS3Lz/AAcyV0z98a5lzmt5N9K0o4rVH1lMyhmhHjiBZxKEnwuAyBfAJmbhgTIiUuBKORyA+dDpCRuiGJJyaAM3z6WNqIBUNTdFYpdQkTx1AS7AUQxkRzQkQ9nXEjIN2/HWB05z3pX+lq8PVp05+Au4nHrR2PWBAQdC/BukmrxHZDHyUTmRwApnDqoIZESgGAEQzXnfdo5yJE/Gz8/bcS8cNGDJ0B28iqm5OCZE+F+5KHkoPTHkG1e7bk2btUyTlqR299qcNJq5S1GVBMnE1G/qzkNyibNTpo0Tclut5G4EjN41ow7w+alWTDQ3Kb3Xi/eGIXIlDfO9KbI0WupEsJceKCYlVRTDmXUD92gbmDV7vSAnzkR2pSluJIySuCIavzXGHeWbOKSF+iUPeEGTNtpNqyJhAOoh5Ubik27qIi4r2gyQAzZIFn4OcLk+NduoYps6D9QHr5bV5l04IX6t02+TvzYzYzYhRU0Ejnn2fvCbiUwl26b0TvFduhOFhIxrHrIvid2yooUnvype8OoYvPy+Qht5UZH0RoARk1NNIh0EI6L7MdypStGSqqS67MpuYx/7unG+Q9KVIu57jaTcgjHj+sO/+lBbJ60QR4ekyptXVQTbAfPKOqrA7LbDjGLJQrqcXUlWj9J5r7rrIdUC9EvJQwl8/Wl9zDx8c6cMCCaJZC8SQVSk2G71XXsUyhR5i55hJ671bDJQLgO3A+jSsmbuXdySQsY73Ls7jh6lj8wlKtpEFFS5DAG23qP2QdpAxVjzawvBeItWqXBUlXG/FU1FMlxCl8InLqD+KjF7MyQjGVuCzpFsds8BEBcvAMdBmp4TlbJ+DUBS4xtgNhGq8vxNaWsNggaaLIzjtbiN2DUpUAWbJ+E4m25ftDlKIZCpRjuH0SYhzISyTpk1vFui1dNtYlmSmy0WNuZRNTTqMVPT1Hbw1x/6TL5n1OJJXUkis2bIkasgL3XvIH24pjDuX5vQa5x1jryM09iCXDKoXedmiYAfeLgmDKhtRc6kuFyAQRycaYHczd85aLC2/wBUkjy0mPckbkUOBDiiTVqAyZSidM5dOnfatD4I1Q1OkWsiWSiGJo59LM4pEXKawmJ3Iq3jdB0IYxS8wad/DS5ctzXrEMLciWyzd+xfyGWM6GjgvBJumbhp54ZMfAbcR3pRNL3IxvFxcb+CZoPCl4jGPFrkiYELpwJs6RTDqPzeVTYOaSdx8Y+CJZs5WUZuPZzdMnuHComADLaP3ONXKJfSqYxCwzBIPZC4WszOwDyJVVdDxm/tA3Db/vEzl8zFUN1SHcOvSvEBFMLivIyVmSDOVeosS+9MPAJkyvvBUUDc23KQgbgG40KtCTTadnLF9JQ/tw8zPuQ/ahOc/uyGTKYxvXl5QD8Kcz2Co6gysXplLJTiFQfKC0W91KmMX7Ty5gHl0h0qe2F/NWR5IykHOLEk4JKMcBHvk9c7LPljlFABERBq305EwFKGAz46gmhrUVB9LWxIOknwNgMxZmjy7JcvFMXbIBp6EHcBoshaV3yE4tJKT8VIA3mOKwZuljE76fVp9/8Ae+AoG3r3cSl4RiY3DPpwoTConBrClfhxAcqH0oppgHyhzGP59OlUyhOf4KycaEq7o9uvMNLWYycskwdsdTuKEP2qHbp6ljnN8ODeLHXGw1IgHZHIXOpbCkQomqqCMW5XKoLxUyyOkFTF0iOrRuBh2JzUXhIMFrscTV2NXq11NkVgdqNZBJEHC39ThPPDOJeUSjnkohb0deKrZJRKyG8C2jmr9s3GHwQusfs8nU5tJy/vfT0zWmMiPYvXnEWykk6bwkgc4LSbKAOmCgrhxtSayp2RfnJ4Rzt4qcJJEra/I/syTbA5YKK8Bq7lNXHcHTSMtq1adJikU8w8/wAKgWm2k0ZVjD221k4pFhHuW6ZjKpOWRJBcxcnA4c5iJ8xtuf8AIKWrWhX9pXEnFy0ZIPJ8dYpLNnSp02MWb7VykJsgVU/w43Aai47yaC8/Gv7jdykpMowCCyVykeJswJxnxgS0oqcRPpw9POFCLrloFieLNHxrWEg03swzVRTdHIQzkv2bhMv4bCHTJsUwdnNuSE2ScmrriV7Z7u6aDCqJJ8F8ZLf3QG8ZgMXYc9R1DS5ZrAvaLEzMzdEZIMYeLVWZRRmAciGpXiKBw9zKGz4jeXSrZfGDl9FT7BSMdMyVvQFxP2Ur7J4bJJNs0H+m5UUMofT8qelPOcj609W1Zsvdtpod8uAjAgitHNV3iHDWMgZXUXh/Br+90rx2dWio07OHMjAtZhwKgufYrhZXX+zLe7wYhdt+Y448qmM1VG1sQj25bMSUlUhO2b90bnOswbfCmVDqX/PzqmWQR6uuxrWjIxqhbyQmgGbU4OjN3fHSIPqZTc5ebbJNgGpFtSiyOY10IIgzaE6+NT+8XVt5n86Bu3kVd7UbabwU+31mRQbJ91VagRmQ+tfGoAJ/aMI+tEnf6syKknOhJnFSSMAJtF+GUUDlDAAJwHJ84DAj1x5Vg1kW2iaCbiX7M3EYjCz9sxLxuln373nSz93H+fWl2x4yPteeUhG8ym7RfnBVk4EoEBPWHK3wb48b9elV61gnLN33/vDJ0UXXjUdcI/y+EwY2/wARpsYydrOIsydxtZBvGt0u5tUyhxhOoVTl0mL8XmBqeSU8sds3aGml0WHcjty0tiRRbtQWcOyd0UH7p+US/n/wqoVHz5KJWBqgqMYyUMhwxU0kIcm2NwyYPLFPCs+2l7NSKtGvmKCgcVGQlBKTipoG5vpxDeRvOhC0czd9mcUXKSZlBO+FPvBf2YpzGFPp6huOa5ODA8G5Xds6kMt+CsoGXZFUWFIoOjaNKZ3Ae6R5fCUg+MQH12rsvcUkSbCbWVUWA2k5wTPoN4cfD4NttsYDpUSOYPAm1nayAKgnqWUOn8Cfh1af7VQlmPBF2luIKky38Xi1eE1dpwhOlJWaHtVyo89pVye23HtNBDg94/d82kmeXYw7j+NV4CeB4dMc2CItwD3uU9vtOXY29CxaYmEUg89P/PTXY0yWLFX0ZccfdyrH9hWIbFA4FU8CZMm/GpbcCnAVDBkCn2rmkIGSdnKOC+EfwrpFhxEjFHbcBEfpWLPTTa/g9/olscIf5JZQMoIGEMGUNq/IK5oaCOFE8+81ZGupXAGdrqgGSpFAgfjUONKLhy7eGHYvKAfWqIpu2/Bqcvbaine4nHUTIVTrt5VDVXIcCYEebYAxXRc3CZiruKgmDcfrQxysItiqBucqghkKWPG5q2U6jULFKq5JahkwSE4lLk5RwA/SvKrdFdICAkmJ9IDgArgsmcxG5dIgIbCP41LVLwDlwOB8OavVx4iZpbczvKuBbOTfXWtP0CpZOqqfzl/2s1GyX5i/yGurjlweN1WGpcH0xMw0w4mHia7RA6BU1u4JoDlV4kfHeDAbzMRMMj6ZAPKjDW2I9G2WUzbHcjrs0v2ssqrnPutWopS5Euj0pQZuWMk2BdYzhZNJEpwS7/oED+FRVQviT1+Z/SmlpcULDWIDa3nyYSjRisoLtsHGIdYT8pNRvEGnpXnJW6o5VClLSB4SNZNb8buEBWHvjBI7XW2U4huYxi+LUBNgSH8a9ybpO43rULfkW5ZKOdptowvdeG9cmMf7Qxce7EnhDA9P4ai34pMM56PbuFHkqiudGRUF+JDvUlgJpLq07FTHoH8/KtxVsRK7leZTmJB0/bKd5k3vCwRn6m1dQ+XIdearG0kmCRY87FwDaVk3C4ihCswMqs1S8blwXxF1afeFzzb70hzstIxMxDXCUjN6RuLtcGIuOhlVdJlS8uVCgXz9aYuNKz1oSMAqZtDKEa8HvbpXJMGQ/dmTHmMcdwz5daDW0yfSMDBLLllFzxafC4qOF0XCJubmTzrKUegmEOtJfBcldDCC6xZ1aKeSazoBcGRT7qODht8XlyE3KcNs9a62L+rTt4lKtpOaMm0E6ShJFXjrCUxtRnSKm/MBC6M1yT7ND3ddn6yPREsejpTdJKK8P7P4vy8O/WijdGzLIZuSxsKykH8crlHvYlRdE5eMoPNy6U/IBCoQalwidGRMG/bzK615oCjERLXvJnJh0R5VlFzGDhk/eKcLSA/WhztvGSk2DNnGoTff9Yvk36XDFsgnp4mhPb5ikL6jtSezfGvS+13b+ccsIhFhxwRkBMsmg5+LhlMYCl5twN5BXe4rjkZVJ+5kget7muIiiEcpHocbiIp8PbmHwj83WtW1si2HohonF3RPXL7XYkhztWzLugujtlGDY3vC+HOk4Y2S6+ddrPuI0yDiZkJJnFgCp3BU24Y7p7/Shw+Xm1dN+vWo5F5l8jNKxL+GWGSRQZO5IynGW5Q4ZfdF+yUJzHMffAacUs3NILz1vQUK3cAo5O6P3tgwDuxV0WxuHxeYdYGEvOUo+W4UShvIjg8uKNey8s5uMgxlxJJtkkWroNYKkT1chdXKYqw8wHHoO2K4Xy0tqIbMy3M2cRMm6EqTZmipk0a3Pp0pJ7b9NxNnTnYArjEzEJdNqt05WKfOlFXRACQFXgqACOoqKptXyePHSj/ZXGvZC5HCr29WtyW21UWHiPEicc5yGLqMYw/e6DmhQobiLN+d6tVrBQSnZ+YYlp7xL9vycVlfEqibxfFjfYBrY2ke55UJyzp1Ru7iFWybqFWTVWEFS/Cb4dJzdRDbFWAij7QOhdTBbhPpxcp0QM546bZAD/a/JqEv5V0u1jejY09I20Meqq4agk3bMw9+4cl8J98AXH0pp0QSK7v+N/Vpud+zuaTbmn3YZO3TMCzbg6uIYyXiNrN0PsABXrsztSzbmnXrm4ZgisqzlCDHKs25ke8Dp0p6VDZ4peXXgnTqNG5xpYrA6Nw3+hPr3KyZkbk74rkBOkkOwFTwBAHVnVkNzFpImkzXIjFNm66UFEptySPGSSV/ZDqfZoIhsPg3Njz3q1fEkkNULBBaRp15dk0LRuq6cq97SdZI5RE3iQ5c95A22R8tqilupzewrNLQixCBLHrA6NMnMgy43FLwxcq/EbR0JnGdNcmka1hgRtOelJRVlbuty1aqp59oqOdRUUilLzaSfEP517Xtm1YWyJaJKoZmnMLotHiKQ8REPPhNzahDV8xz7+lJJIZ2dsmK6UXYc/PIL+zwbumisYOxlDGNqb8f5h8OvrUr212r2fbCXd7RBwxEhDorTT7IsAMrp4XNj8Az+NMVvx9hS8u1gLUaCZ5EIIyPBIQxUgOlq0kKJgDJgyOr6jSy+Uku0C5VpKPVlliwLs6D+236yZO7gGkxTnNqHiJgbmEB/KqIqiaIcg7u2WuhB20hLkjnUaVZWXRYpcFVAFPdlURN4VtKe4Dn8AqRE3o6v6Ab2bZCkXbTGJbcVw/eKKgKXvzJgmmUnUxxHcRz8VMjVzELSLi40rwkpuLjkDPHTFmoYn2fgIZMPITCH8hoHZswxnrxLccvGN7RMmxbnYidT3Ch1NRi5+DR8QENz696vhP+ClKjoN3sVbqC3GTmYbt2bhGEi2qOpPJ9Xv3HhxpJzdevSvduXG0TdjE2w1l12QOlk2M0Jtay7oQ1GSUOfGrONOdgDpTZO/qba8nDOJidTXcsUFG0LpVA51BXDUo4Pj7w7CI4x9arqNYNbWhIVqV7EXHFNhWWfSTIDrkbu11ADVpA2oxSpmMGADxDkcVGUQYbuWRuubt5xHzF3PGAgnxHTFVIiBFP9UmfxmNq3EvmFVlcUHdYi3f25HLvlmjU4uj92KchCJ/xeLPkHUat51Dmno5UUyx6rRFx7twU+Cn0/F83Tal+9zsrdh25WjiSGcmXfdmKZXJ0Tpo+H3Zt+UnlrwNZsc918AIthXZApHQI7UPGOif0tJZA4iz0+ES/Fv5fL507QCDebgpQIeaQBmqsoZR2uroFycPEsUmPCH41j18jaUisRhKp3JNtQM2FxIFK1kG4qBzG7wAaFihylwcBonZco0U47d21Kpjgt0uGkQ3vjG1aeXGnm3E1Slixx/BURp/YQuS20ZCUjo9zDuH8QyaEHQkO2kvwm+YoeIAHoNLkpwOKoJOKQFVilTKdEwJCQhcEDp5U4XnIIkKqzbPxw5Sw5bpKchDnNp1F2yb/ACpbZNTtmQumjtbvgAIJ6RwCeQAMh+QVydfP4qNcM3YF2VrIMtBniqZkXAp8+EBz/aNQkwgisLP3q3FS/d+InxVaj1myFMCycbHSSZh346QlV/8AaFwf/Gkb2fDvSA+boPI4qhzkTTSMB0igGQ3OPP8AzqeHJukzqKdRoq1RLMadb5Fh88c2fSojZXN0CI/EA+Wnmx60bm2a0aqVFyCa5ynSOmCSxTkMUMjvp2/nSu2U1S4rK/P/AJ16XC92NlOnyLHqIyYxMQ/Y1zj4dWquiIlbNRVDzyao6JTFjVi+QbVp8oAtG5C/EAANYk7k7+z3OOXxVfR7SKdOIKABzLCJhqU1SArApfMxgGusimBEyJkDZMoB/OvCagaCJ+YAI1HJkuLX8mvHjqcZr6IE4pggJCPQaHlOUGqSYdRN/wAa3JKCqqc2cgFRGwGM5TDyAQrXiwpYzzebUynqb++BhcF1PUQD4cV4WKBnACYfCapPEIU5lRDcKBLuDnWMOcAI5qmMXOXB1NTmjp48+WblCiR0Ji4xXgCZAB01yWMY25hERruVQ+kOnSuhjqKpnl9QnObePhH0jJWFcMOq6St5kzdiYRKjI8cO9iIlyoBCdTkz4QHpQR+SXh3KViIMnb0Vkj99aoh+zqKpYMIk+6HxbD5VcMc2ZXDFi7GHlGZQBDB0gHvT0FAzjidMY8Rg6VPm1oBpDpSrqLLItUG3duLGF46iBR8Wk+xt/wAa8p+4ce1ZxdtlC3FCsYc8OJgSVXTkEQdOFh0HXRD99p8ZSj4d9qa7xkouSuZ+inJgBWDjh92OHAaiQpNJU9XxBq2ABz8Q0clELZm4aLQat3zxn3kpFHazU3EOdPVpSU1c3DA3Jt50mt4V+uRnCybbFpovEnoyqcfy8bxGJ5G4GrkyIDtVsH7vfFEtlHGJhUojsRlXKjcYwZcp+EdqPHPIc+koGL+5Ln0/GpbOObrnK5apS7V22ZkbNmUE/wBAM/CXLtQccom/Ghszc10Nu1r2fa6TeUZkTOeMZd10JGJ8JVC6g6D6j8td5iYbOnftSXknErGMwUIu2M27omssBSmAhU0zAIgKhwDUfbYfStU21/soCql+O4JmlaMbGrXDDD7tWUF1oF4p4jF8tPy+uN6TZxa8o+Wi11gRWkif01NyHGPoWLnuxim+2AiZdjZ+Wnd+yhf1Xi3M2KSTXhgR45bplKVFUNxImA8ynkAj6BQ+1FHZwLdKgSN2v2yhyuGCSQFI0RD7FRMR3JtuI+gVLFkUb4ExeZQqEdFuYq4iXUKcww9nsOC11gmXi8YxtPi5OUggH3qgsremYJu8uJhczeL7kxMkCRhM8EqSxdPufx/LQHWnllxrnux8Yky+YrHc9+Ygm/4PempTaVUuH+7359txCuFyr2dd7xC3IiActIpkQzh3KLGMdRHImANJSbGOYCBsfc3pVvv5I/jwKhHYTM4adVmAj2bcrEO8Ku8cNAeGhp08pNOofIfMetN1nDbQRjx/b0gW4ZcjYntWXkXRkCNxVPypJKm5i4Dl1gAjRT2TCy8ayYF9qwaTlt+zRjtQ2BKT96KfRPX5V5juzZBW6fb0mpByTx24Iu6jyttDLh8Th60Sl+In1+Yw1XHU41+fAtjfREvbTNu5JxGyPd7hjmARzWPRDWmh8xU1PAprLq0gO+d6beyyObt4s7JBBnLEXUWVkHD0CpLoFOHvRUTLyhjYA/hzXCXtSQjGDVpDPljnI9FVN60bgsuYA1GMfl2ES+RfSu9uwsek2exS794VR1qRUK8bgkqqZQdZhUTLzCA7gG/hGqnnrgikFHtyg04MfCh3BVTQLBg6R/pAeFMpS+EqJ/FrHaseXbJQbVhJoR4oRzsFDyLgD6tBSfIABsImyAB9KQ3cknCzlxBHKO3qEc1YRDkV1eMoCqiv2DbVtyG332xtRK8bcmzNp2Ki7oinxUisxUi1OTj8xtXG/qc+QgO9Xe2STPN0sZmaTn7kkrdbsYF4yXEJN4t3lYiJk+X+0c3THSoLq7kDpXa49kFWfRThowt6HUda0RNwNBh06schebPQKEylhOnVjITNy3A4HJmzUrRdbhMm/wDWajb6sF6bfDR2J7Loldtb7xVhGotmrhV0K4ujpHXSKbUmZMcjq1m/l9a1Raj2RQYte229jOVJN1Jln5gxwccF1ymYrfERRQueuopN9qc2TS3FXCsUW2Gzpz3lLvyzTSUAWVKJldIF8YBgQzSRDWvJGuTBZNkzbPJAj2Zaq6x5E9ShSGU3Nq17Diuz/wDWaTmLoZQS8itOpRqnsNMIwrNMyJhAqvMbmMppENJh671QluJHqMaM5Nuu2bWu6tuWfrJJcI4mOnwCqiY2BHoI4IOK53bGMntxNUrcgX6cg0Z6DyTRbuqHiMGw4NrMImyIGznGKJtJ65YVH2LczZFk4RKTugtmvIpw2+pbxcynNy7edK8bectCz0e5iyykxHkZnWPFkRMmcDl1AblMG5QMbAB5YrPssLPUSytubgp6RiWs8V+L8kGs1i33B4nBJzuOXGrPiHOc8oULdnt2TuJPsrj5szG1mMGJlRFr7x490ZMY33g+by5gCnoI24Lca226iHRW6D9U765Wj5qlx0uLzGMUunCeOmA3GpTS1LZt4lwX7OyOzmPXYoqJNNfCRHm4vh5lP+Fb1korool5bxLdThZ62wI3WbxiS7laecpuEnHETHBm5dI40FKcTF8uWmHs1jJ1xLmvFgjFQTdk2ReO0nWogOOJ4dtOkmvxawDemGw2lutTD2gw6k7JQNrMVkMPClFN6UienlLp5TevoFFWVwNrgjOPIW0DZlPu2bkqCq3DXbopm+0MX4m4fD038sVOcrIhWChrsbTUpJTsr3uCkhK6Seq6k1kFBD7IUwACiTVsAhzCG+3Smt4Zw3t39gakcyaKZu4p69KgrDjTp/xz9M0UIDT2g+mpkXCZwDANA94DdD7v4m5vPelS9hkZGAY3DbJl1XACQGrl014ZEvh+bUY3rWPL4Jo7EGyZB0tHSNsIrXDgirsXSWv35i83/LPnVYpFM+NeISzUSP8A2h3cwAkbQn7v3fxeEC7gbyqxGsfdmAdrzsArMCmUjhTu5ifF4javEbFRAN3Q60w4cJKLJFUUOqAakzCG2MfEWqnKiIsLpjFRgM7imo9OSUAn2Z9KeB5iG4XzGAvXzrm1MqUAERUFRTUQnzF/nRR4kIyMgaQMZZ3hJ4uJE0y8ivhxqHBvDgE8h4dqAzCjZZJu6SXFZsiTiaky8Iwm/AfP6VztTDdRfhlVkxwsjJACI8VPB/efCbSUegUklBFuElhABT70YSGEcjgR86axfD7MWfd34KXdjcPP/frSCuZVRqqgIFKJjF1imORz/wDGsmixOM+zfPLwV7eZkiSaqSRAARKUolJ0J9fzpZzw1w896a7jYcaakVCgqmKRSgGQ2Ly9RpWeombuhTMUQHSBt/PO9e103EDPHJ8rGdsoPs5ZQptjmMNeWxTODICHwkAajMDiNvmEepREKKMSiEYkoXACJcVhk3FSv7o+haeKzSx/TVnVTKoKlHORrhgUI4xj+tdVRURVABxgQoY/crqlMiUQxmo4obqRu1moWKLS6IAiGkfPNYxLxH6JQDqNctWBEK7wuTSpfQoCNdDJxB0ePxNy1Eb+wwuGlMxfOgixRBUQGjjgwBv9KCmHW8AB8xrPpuLOr6tUlE8mIbG47V1AEsBuNeFR5xLWwRNjpWqzlOL8H0tf5nEZfTK0JGclmTYPeMFI93oc8HSUqaRjDtpE++4ZxTZYzKy3rUY2ZhzuxZjus+eHV/h9C+Lffp5V8/xSd6N+02MVdR4yMoYOKn3ockXR/rNX0L5+Q0zWX2hMJm55Ak25Qgklcrp48BNP7r1MY3zetef9R02VY/cxLdX+ji4IpLa2XvJ2bbcGCt+KDOzvCHWCIK+40G5S6U9g5PXr50Ou+1IubKqiuis8VNowlFSqiOD/AO4UPu4pCua8Llj3UZCxhVkGrsvEFIQMY2g3KG3yjjVt60Rh71s8XlwJHSWFdiPeWLbUYxlVzEwfl+XbG/rWGU5zp/Q5YkvITleylFpbrtJ/Og2t5QDOHqTVtrknenwmBT4hDw8oYHzpVDsPuFzEgzjp5gyLIiQ3dXQ+/BP93xPL6iUPOmCzu1CAlHMVbvczoKpNhUdy0goXgJ6f3RdXp0wON9qdi2y7lWiyJXaCMQ818EQTN3pTV8Rjav7pSbBV88ubFXuRoo2pdCpYlnyMDJqRspPzbxs01JtUFFUyoORMXKg8IA+LrtvVWXfdUdKXy4gbci28TGuCi1WOKKplFSkDA4AMBgDbhjfyq47wgJwqZYG3J2WbezGqRFFjuQ1qGUNgxdWMhgvUwbhST2gxMBJSTGCYPSd/aPE2kY1M6BYB1brHNjBwMbpny61Zh1CbticAP2fzMKNxSsc8D2S2ex/cGsu6SNrbERT3XHVtqH6DsFdLeua1oKRdM2Uig2ZxRkTR7xjqMM0JgEBUMXzWyI4A2xfSp92Wm/uC1Xh27haKFgKv+hk9Kgi5ESpmLpwBio6fxzSnY8Dc91SkxIM0ygdiouoRVkHdTcUEOCXTy6C46j9Ota8WbTzT+RU0xxRlX04/F89I3XC8lWzPgt3+FGQET0qLmDxag66/B/OrCh7ntRzaDi47baC1jG6ugVA3UJp91zdTFN/n1qn7tlgkSSgNophIvCRazZOVZyGnuwp6TCqYukMAGKj9nk3ddu2nFv27GTY8N4sycsWKSSJ3qWgy3GU4meYnwnxjBcULT+7BSuh3ReMZNoRp2qMXGKGUakAqjFIR1mJzFLw1De7E4+ZeuKUrvUjZNrLOmFxPCSSbhRs1BYoiuKxdImAohzAYB238i0j9nc3cUi4jRZzAyDJOMXVcg/f8YoPk8rGc8PqAad9I532qzWqz+Gim9yOFyyzczYjl+/SjyIrLqB+6UT67l6adwHYc1XPH7LXNkFyUgw7OpZa43sdKP0GztJ81UKqqKgoOSqAJhIU4dFRHbfzNVgRNxtIJk4bx1nImZyTpFs5IorxBbY1FKUEhADDylDxCIfh52RGXLByfHQt183VOYERcomQ1935vizj32rrpDABvSr2iWNcS8wxkbTdwPtxFLKqPG0Kaze86BnVn69Qq33t3FBRXknIOZK52luR0alb6jB+ZZqg3IbBESEMdRY2eQTh6fCUasCWuu34ho9jJdZNUY5Jm1Kmo5/paxy8Ti+HJfhxWN2ZjNIw8wsi+VAwPZpBmQQkGy4ajnVL8IkAOUxfiKWg95XrbtyTEXDOogotJV0i5CWal0EOJFNJMee3RTP8AlVie8iuAy8uVtbzoIeRTlm/s9pkH8UHG7wsubHF4ZudQxfP0oZCyk7ISsO+g7iNMEXUMo7UKpwSmITH7KbX4DGyJziHoWmdS4kmMrFScu/YOJkgLKOWqZ9fDDxHVT0lzp/Gp8AyXmRRmzSMe8evDHkko87T3aaKhdJdRg3wJPhDz1VCMhiNBT983W8TYR1tsQTL30igyHPrSLsmVLV4Sl5cjnfrU+Hl3c1HN15Jg4G7WsUs1OscuhqVM3iUKt4QUJ5B/jR2/husj17BwsW2lFhaHSaP2nuCR7lQvMZTVy+HlAfKiNlxU1bENFjezlu6cd0PwolrqWyoXw8M3hNt18s1Ob3x2vojQh9mL9mjDP45Qsi7lJFJU7RV46Ksq4UPhsmUvxE6DnIAIBnHUa8Xlc03Z8I1t2/G6klHKpKpqLpuTBxDjp0lMYvRH4Rzvy70UuLsud3E+b3feUN7BaoDxCtLfT/adGd+Op1EwF+MPwqCrdtjyzqZtdzbRl5PKqSJlnXHUd+EqaZfmyPix0Au9W1Fc0OKOr18S1uwLuEHI+zhf6iog2MKzImoS6xKc2TGE3Qob0WU7LjOWElJOXspJnGOQj48qqZQfJM0/tOTYCic3Q3kSirK2gYS7C3WMaLwI84giAqAkxSAmnSJwHImOPTG29LVwTjtt27BLJ6gklGpEhQI6K+Tdm4/D0F0/Zph1NnAhSjLcRlGwg0lJKFcewmrp8wRaFwGVSrncH/reJuXxfCFRopH2aAPpKWk5SUUcEI5FUdBDKDnGgobEDr06/lUBtJMbtu+VgGUY/jn0Qq5IkPcDHyfVzFNpNoLnqUAHpRVVuzi451L3GkKyxQKpGkUkeGY6xjcPIE9Q9R881hnBxEGxfgtGCkit3z3m6fNyG1c2MelQW7xs9YPE27VJRITC3KA8uQNvjHlVfu0p2Zk2cQu4Wt5isJk3hmTzQoQDG04Mb4zG+EA8s09MYxds4CNcGYmKDoiTUUmCpFxRKX94nq8/FqDrUXHoLIrW2zamcX7GinzFNIjkZB0Pv+Kb90n5aSF6iOcjXSWbx/t1rFogCIcP3Dfx6+EUNRv+NSGd2QzwskWEKmCrZx3BPvoe9Jo8RtI76PIKBy7hQjEnuEzF7wXiLAURVTKYcGEoh9Kq1GTbLbXRKJBurhKxEn3rvKTZMms3A082OhcD5UoxQFXjFV1VkuJ5E+Tlp4vgGX6qSunPdOABPqfVp1af9qk9lb/IpwVlgaCcDp+8/ItVY+EScrE24GSKq8iuqvgVE/tF9XhKXxY+vlVZu1V3KxlnDhVdQfjUNkcAGAD8gAKti84AgxzvivDNk/nOHKcxfUev4VWk9E+zY1m8UX1d51GAunGAA2kB+o5AdvpXoPS5f0ETS5Z1iAMpBuS4ERAdqJxInCOR152EaG2wcQj3hBHIgADRGJV1xQmHqU44patJKdfZ9C9Hk2sP/wBTrLGMsYhwyAasUIV5U1DiAhzYzRdZT9n1GAOXehblfjNhDSAAJhGlp30L1KMtr+kQgDACNdIkRB0qID8A1yHYohXuIENTgwj0LWucbg0cDBL/AJEZBcmOETG+C70LTJl9goYARosgTQ233yHWhnMZyGnoFZsSuzraxXs/wc1sFVMXrv1rMjW+GY6pg+vWvQp79a0Lg5c4Oy3wFhDX82kZCTzC9DtmqqvO28XvPu6txLnemMLIsC+L5QhUZNuEouid0dzHpGIT6JcxscTzxVSsknsw+URB0RuimnqMortkpfCUA8xqNa0u+h58JaLfdwdIiZT+Hp4c+Y1genfalyc3dfgLdphL0i7xZQtyTDluCKZEknSoaOG1T8PKX4v8xoNC2ZJXHMzJ7dlWzxm0wIO3TsrU6urw4KYc58hq6b9vjswvqDRm77GVB4zLgIxqobWoOPCVTT/PNfMix+CoJkRMUomEQDONvKtulfuxdKqMs1s/Phl+wT257WbtrBuiQaM2RE1ZF62AEl8peIOIfSJi6zf+7VwxfaLHWvbhQfSaDNBqqHBSSS4gqZ8RUy6vgN1xsAV8n9nPsuZuxyrPzjaJIRgucHDjcvGAnugHG+nVjOKPXJFXTandpn2h7RMlocve6gY4MF1C/vDadJTD4tvLTWTUen421t4YnNn0+je0PfoLW4V1Hq96UOkVdBU5QBuUgCdQ2QAQOOwBsHpXK3Oyu37ak2T2KhU27xo3V4b4pyqHE5hHBzgfcQ6AGA6VSVv9stsx6cg6mYF9NquSFKki7WIPxAYQOYOoCbfcA9KuHsbuyz5R8gpa9vrsGUioQiYAY/ESWwJlAMIm0gmAelcfUafVYk66JR2oMNQmoZsdxNrRCL1oJP28EuJk3xG0l31G+8OKUQjXRr+RO24MVbaevjQwCfWJzc2pTTyajG59NMU5JDcHeOLG+xGHtbuIOgVMod7p5tWlPl0gbb8aYbeigRhjoOBMlqPpUIdUypzGDoCgjvkf8K5cbxdckrXkU7gKQLUlWKbMkeySbOWyqeCb6h8enTq+8HrVc37Y0kU0U4LJP1irmbN23deKcjMhh0rHHryn+TIYH6VeN0xEYYUhWAouTF1KIHEdAgHQqmnbA/XrWRcYnHJGi5F0ssVwgPeQUHocwfFpwUpS+RS+VPFrpaf+27FLEp9MoqymqEfawyTUjIW9tHcNhflS94odc/8A1lP+qHTsbfFWLJ3BGoXBHxq6AGY6SKxSofYe0FPCgr8OA8QedDJHsdkUuz8WFhza6K745VZFqq+5HiOcfLnk6gHSsU7ApJvORS0Rc70GLNcjl2DsecFk/iS07agL5CH513kt/ky9BS8WxbqMtGtGbePuTLZP2rHBhMVzG1KE6ZMUC/GP4Uv33OHIyVtr2ZMLzpVgbJXCi1TQORbT4VDfQ2w9MhT9EewkEbc0u1wkcikwaAlldwdMTanAp6uXPiHV0pI7TAuqG7QWHdpGVXYLvCKik6S0Nu8l+Ixvhz5Z2AahB7QIcszt6CZRZLrm5CacLl748VD7dN5jSmUTagMUpw5QL0peta2FWbWKWteQehIPZRZPBXIdyKmTVq+05imybBugDTayjJy5runLlc6Vot2oaOBJ0kT9rUbm0l1F+HQb4g69a83ja7ZoyjpU8iwby3FH2nJHdKnJo8WgSF5VP4ih8tWb6ItHoYOOcySzNBx35lGsSR03I49zkpdRW5DF5tPmJ/PlCmq2CDbJZ5wwkkUYFZn3xJP4WXzGN8WxeYMbZqvLckU3DJnFRyJsTMtwHXHXAqBCkNqFUTkEdQm2DBQ3AMU6zBn6bVe23MjHLxygk4YI+/WUTLzKKGV1AX8C9PKlHgQAGesxxaR1gnHCrVYVmzaUfyGhdcfEZUqRTeEDaSc1BYS7ndpRsk4IEhdjEwopJu3bngk5SpmW0cusvNyh5Y6b0Vn46yDXcFxTB7Zt1guH+j2Z2vEIudLl1qpAAaMasaB6j616JPuGF1QkqhGoTtuyYGTiUuDoRRXKYTH4KfnnBcfhV7jQrOlgy845upe3Zl05bvpKT9pyjR065QZY9yRD+sA/jEoAG1GLGQg4nsqlb5WjI40i0kHrqOdcL9q4/EMCRNPzfcDaoSF6t7SQa3l2iwBjXU8IVFk5Bpo4YdRKYTfJ5/4UpWvdEQuvb0LENJBVdS5HT92ksGgztY32Bzf6snUfoWrkwCFwJXLE2nbjFVtcrGVYNjzE87ZJ6zKHOUxgKPwbeevoFMvY2YkK7lZ2QcwMjPTTQvuohXlbkKX/AGsm8Y+tKTmS7UO0a0f1Zt9ZGUQfvlvaUok50FBPPKkbVgdIdfrVjztoW8+XVsiFgu5yLJmm5ZS0UOg6IgG+TG2LqN1J0Hzp5CLJcxbMtdcCu8ZySsbcHdjkV9n8zIVuXmMU2DcQPCFDJOPspa10I3tijma06gHE4xR9884f70uk3i09SfnSr2e3Fcklfb2zbigV3DmO4qh1TLlSOCeAEBES4BQRAwCBw/lTnOM7bNwbelSOEX7tqs5j1uDx8ET8tXTUHh9RqtZtknGuQYi2nO9nCV9NIW3badIkWAVCLSK3Q/w8Mvzehs0wRMSxhxK+i5GVOod0YpkXDwyhUwDfUGrcDdfOkIsrG2s8l3R003LZVqZNYzo2lVsImICahU8auUAzgOv0pysqa4PCaf0xo2bZTFX4/irDkzVXBBBCUVUeCIrNUCrB1HHvVzG8P+7UJbiK4BVH4OhP+dY1cPXzt44W96Dnop6Km5dOn0AKIezlVBwI+70F1/lWDJnS7LccHPoAXQ9RWZumSCqXFFwkgdPH2PQTFPnzx6UKK54Ox9eA8Wr/AJhRe9UUWqKCaIBkTlOI/wCVK4v+7e6TBP5jnPnrU8cdyEwZeCkwmxfJoPUQKdAyxxMXBik8gJnoI1T14uE14220k1dXd2JkVCfKbiGN/kYKt6612wxMmsKypTOUSpEEAwU4B1AuroAVStwbcEPxrvemunL/AEXRXxRHtpYEXxiiOxyiWj0MJtLgDBjSbBaU25hSWIcPIc04s1CmMGkOpQEau1nn6Z7D9PS3JfaPLvSVE/8AjQZUqnDAdXKPQPSjMgIcIcdaFrkKBQEDbj1Co6Z1GkafVYbp7pEFc2w11Y4BJYA8wCo64+WK7sc/zEK1y/FnEwP+tFB1ABMwKP0oUc4pmMJetF19KDMwFHYA2oKmHGIJjbVl0/Nna9R+O1L6PHHOAY9fOs4o+tbOBQIABv61rKVaqRw572xndvnRGbloiloIvp1H68TGcFz59a7RVtuTnOsYhnBkyaNJ/AK2Ni46YzT7MW0vIMxcA3Aq7RzxGyfLo/8ANl38Qm3wG1Aooj9FwVNZ+CyqR9axy7b52JjpnNcx6r4vaVwwKUvkVjOg+RcCzfBwuH+41+D8qjMmZ3aZUyKpE4eAyc2MiI043+yVcHUFVYOMLj3ZPj1G65AKkMYN3bzTHBQM7ENagaNZm3nzFHoNbv3SWNNGRaWTytM7WFbwrxF0skAYveImRmkrwvGfmN7vVvt9KLO7sfNbPi7Xukrv2Io+Oo/fMHJu+uOXZA2rbY22+di/SuvZ/PxcHCtWEoCYGM8Ouu4J4UdeA3KPoAeXSvF3WIR0oDnvnI8KQjXiDo1q/wDvF9f7NYlqlvan0W59PtSoq6fNFC+H2MnIJNdAcj1Qh1Cj55MQAAaeuxp9PooyrBmZJKIdNhBwq7cGRTBQPCUhi9VByOC+eKWritxODugI924OMYdxoF8knr5c83L8weg1cdhybeI7O0jMWltmAyutim5ca3RHAm0oqrF8BceMTeQeVa9bkUsO1K7MUFyXHa6M5ZNooGjo4kuzimBCNVUlimWdic/9X0TKBjZMbPSnqPj3LdFk4mCEWc8MRcmb9BcCXoBPMA8vOvmeK7QJ2zoi60YhNiipAA3Z95bLFctiFU6q5/fGOf0DYP4arOC7Xu0GKeHVJdEg4RWcFXXbrKak1BAeYMdQAfQBCuTH02Ure4FTPtyRZLqovAK9RBZVsOlur4SbfaATyH186WmMGjJvWDkzdwugzS92rxTE5/D7xPVzGHx79AqpjdvFq3Bdpfa3foOERQ92CKetQXWr7VTHiKAcunNOdlfpE2Q8mIqCZMHrXivO7quXIaCEIOoCqfXJi4x9etYH6Xq5T/H4/f8A+FkZRXktruZiPCLKvTESII6E0yAUAKOwDqHcA8gDyqMcgSMo4Mo0clUKqQG5UziXABsYMjsAeYj51F4JJxrhd6tgXneGiyg86p/kKX4tHy+XWjfd8lFh+2ZSDXnifb/xG/5VUobfJBysQG1t3Kj2ke228LEot4xgo2aKpDzvDqf1hsZKQP8AOjFtWwi7P7Rlo0dSI9FXZl0XB/m0/c8IGHqO9H4WOGPaEQM40N25FFNQh9iY/wDnip0UAguKwL98BP8AeKeL730xWmM3O/4IyQkXTazpuu4cNBAGHEPwWiSpkVjrm+ZTw/z2xVSTzmZj3dqNJNdESNBct+/Nks5cKeJuX1KPzV9GvHjAxhixcJCs4yTh5yO5fT8KFOoezJsEkXyEa6NH6RTTT20CXwmL97O9PFlhO9ruiE4tFetrfMyOydOWjHvqIC/aNFEdhR0aeEooYvL66Q86Xm03FTVhISLiDSjlVQcgBuF7k4phzF4fQyYcob4wNWy+av37Ry6WkXq6KoEUDi/Yt+EbUYyen/HVSTIxcnNskG7pr3RV0YyiYLAYyOhU4mMqGjlNr26dMfWp7yuqK3YrNF+0r2TMRUG2lkGb0XCiHMjI6kRMRJQvhHUYQxj0GnSxECWnE27HzjaWlnaaSjqPSSYZCJVN4j6SmzsPl6UqS0e8nO2ecVZkYwK7dm5B8LoD44QJcPi/NqHyKX5dqKKmuuEjJCNczf8ApUYFg2aSDUTHRTQNq954dZdfhH+da580KwzLTftYGlwOrlay0MM03BIqzU3EbLtycukm5veG65Coy/Z1cr6w5G4DXFHqT4CL9Jyk4Mmc4/CQyhscgF5dvwqZZHZzFwHc7hkUVn6IJpujSR1PCsGxgFLpw87gf61D7VLjFeOlLTdrJxsKoqm7RVMn712kG4plHoBNWwG+tKM6IsL9jbc1u9jhrkhhK/kpcVHAhn3aYh7svh5SlJ51xmrn9h9m/t19PgymHrsij5gw06xDwmTLq/zDalRlDXXBdkdsRkKii+LPrSXCBQdBW4OE/d6vL730Gu199hr09tw60fJSsg6UFqgZrynBmkb7TT5mx13xVssavsV0dkb/AJd1ZS3tC2JVaek03Z2q7VLfBdPDMbSPLjzKPXqAUbuuakrUsEjaafy0u6dlTFq6Bp7wp9XMly+nTO2a5W7C3tFjNT60hBCCnDKHe+OiLdEvxlKXJdx/OkXtS7UDxl3uVoZJyzepKGbSAKOBUayBC8pTkDqU31DekoWx1Z3Wb3HdffWdwLlWZOmCqyTZyikR1lLwk1adf4Z/CidnFkVWzd45YKa3pRTPxUTJ8ES8uDZ6jgC9NqmxMkxuNuVeLWRI24PCEqaWFfm4ihlOb7ufMKWHV1s4/tFXKvISDFuswIx/aQ4yagl8PE1bo5+n3azbfc4+iGwb41+iVAQZCiCSI78TxnOP3R8qMPpBqyjQkXK5E0uFxDKKjsXfFJDVBJog5ZueI4eN1zFOJ9yAYeYnN57DTHKvlEYpFUQUae8S4h0OfxehTgIda5OaG6i/DLbYuTc0Lge9iydcMT6CH24ZsfEBQHNRV0kRDjcXiKKf3dvSmKeWIAIN1gBV0onson4OY2rm+9QaQaI8dJoiIc+r/GtiW0obFm8yk7g34gaypgpgfQwlqlp5cjhfKRNApplIAemOo1dN8NTp2ysOvmSIP5+o1TK6SRpUMmyURKX8Q012PTeDXpo+4DDE90AD1pktxYp0NA+Im1AV8CcTB08qm24cSSOM8ohXRzrfA73pOb2NSl98Bl2XIqCPTFBlzCGKNuQEzdQ3TFAFT5MI+tZNMuzserupJfZzVDOM11jQMCimkMjtXnqnvUyDAAOoY4bbYrTllthycjR43LOqXQSliH4WknxYyPpQlVwRP3CQ5D4jURkeI5W4ZDCmmGMj60HXRAq5gLgC/wCdZ9Mr5Z0vUs1Ooo6bmJvivZShpDmCuIjgBCvOfrWpHJbs+s7ztAr0Q9kyDxFLPvG/dymLrL00n6gAdcdKXZO0m7aLBZl3QHTlTQ5lZBXweXKkG2Px3qz5E8YDYeKmCnePs9DjhqfxB/zqvpOdtlRI0fJd9Olr0nMg1FQCj5G1CHXNeExavPPibuibjFFdTcO2ayrMW6TyUEN2wqClzin8eku+nV0IP40pTRnMGZK4V3XfX0iPExkpyBq8XE+99KZZy1m68qLGOlB4nUHSo8Du5v8AWG+Iv18hpYPGIqt0SqOEdh93nn4nzG1dNuv1r02HIqK2rA03cD2cWbKuTIrLokOGkEylKUB9NPlip1p3Y1bOG6c8Dlw3bnKZHSoAGIJfIM+WKN3Db0fMO0PYriDR7u1IobhK6O8LG/i+75BSpLoMnwqHSDhLgpwxTTT5fw9R/GtsXhyJRoyyhnim2yRfF0Fm5t+4brK90UUykQ4afzEA2zUhleshGwhUYwV2bo6BU3ChgKZM6YbBoDyEQ6j1qCDeOGTBFz3JFZoBE+F8Cnw6tRfEajl5QzORgUpWIjmzMqDYhAArgBBQADA7eRhHy61NRxxai0UOGRxdMSHCZ0TCRZJRIxwA+g+QEQHcBEPrXNg34q4IgbBjdPrRErSRVZN3TriG4yYHIc/mUNg/yovbehMX3Bb8VdwmVMgmIB0wJnKmQHz0htirpzptfRRDEEHVusHTGLM34PfEf2ceEn9uUvNq9dQdM7AIdKG23DIvnsmlvlAeL7r5QUMXTp+tM7d85t1kuuyWZcFYOO2V+2JyF8SifzB5b9aC9lDkTTr1pwVFRWaCOUz+925zac+dY55GsMp/RfCFZEXNZU4d+Eeqgc3AjVVZVVr3rB2iyfu09SigjynLsBQ6jtV921K5il5BdZVUTp8QqCieg+sPETGR5w/l9K+UmIR5DsXEwAqD7VR4qQOeCKiP+s8tOd8+XNRjtQvn2f3KTsNyIMI5wcPaTYmsVHCniKtq8Ah8O2/WuRLSe+6TI5lto+g7Nu9hddvJOJEWRl3bs/Ci3Kug7MEjeFT6k0/gNM0dJuphBRyio1RjVVBBmZLVxVCh1ESj13zVd9gNvqu+yOLn3siog4XLkjtsHvhbFObKXMX5ttfUabL2481GANrukHyjN+RNVJpwleAbw6tRjaSmTL1AKvy4HFSc1wjPGQTbpF4GHKAZFXZUU9Byai8pdWeYR9a9ybYO7gi3jt0+RXhp6M6fl+akG1kJNtcojNnfyHsdP3TVHiOkyCsbSU/E8KhgLzCHw1ZJJQVhTOxet1gSHDkCH1aR/wCH4Vyv2EIv4cFqyfZEUhzSYItHWWjAiZjHZocvFMJslKY/XaiQ4QVKqKRziQugqYKYTKPoBcbdAqSs4Kq0OVRVuXzATG06g/4UJbOIk0cq/TIqVEipkiGXAUuKYvUS53EPrVn7eeL5x5DiRHbMiC5ePu6leyTtPCgkDhH9dOrHgDpSQ4tBma+X0eiyVeunCSTxVVV9pTQOGdBBL1MRPUIlKbYd6fnTpZOLUKoK5NaYGTIzDiGEc9MhtkfOuLJg8ZunSqjVuXiKAo4dGEOOYMByYDfAVT+6rwL2r8i/dLa5YSH9mxzlaeKm1Ims0S069HhMYpS83hqi+0iOjXL9rabGNkEZWRWDhqyAmJwzKcpSad+UOo+o19OSC/d11Fo1sKz44ZIfh40G/wCJfpQosQg6ngGXtfvj1hoU9ruNKWs/i935mENNaMOq3eCEsVeRdLcFlQU9AWyoLFwvCxJ9TvJsNyppaVdP3jdPWgsX2sxyztxOupzu8Rz+zYpJLQs54fLqWH6m2DRt60Zu3s5gkLyG53YitHvm5kFI4G+6rg5udTV8uP8AGq97Smgqykb2d2zbEHKvHcedRuZQOdlzfuzdEQ9RHYR3roRmsmb2itulYzG7U3Nw9n8hJwbU0Y8AgpHOcEjnaiJ9PEAh9IHTDqJgyIDSiycsv+mpRCFVNc7oESKouI4wKJpcNLn93jSJzG5foHrS7bViHuO3zRqAyEe4afswrBxXLVVbVqMn90pPM4bCNCFbbb2Jeb1vcffnzFFkDYjqJW0fbfvNXXb5a0RSTor3FqzkjB35cDJ7GlWjJYFCJC/RDhpp/eVE3iKToAhXAYB81W7jIBHXYxQT4rk32J11tfLxA6GKPg1B060uKNkU7hK6txylOReCEGKFI4C3SLy8Pm5lMl5vxp/hnTiRiHDmObtyNw0caPWa61zgXw8M30N1IPTrXPnP28jh9CrgW3IDHrh38rVq3B0prSae88XhIA7ZIHrXK6EV0V43SiksAvNCnxfCOn/EtTZZdER4CayKLVNxxCaP90DfXUbevEoi4eRDxtFKgk8MiYWx/QwFHR/jVEPlJRELk/Id5MsALs2gtk+BgPgN8XL1E9QmwuGLpIXAtR/Zy93FPmLp3ANRvn9QHcK6XQq1jlnDkI5qpILmTWdOEi8xzlKBTkKHQoZAR/OhT6ScEVOQDgPENrOX4RN649frVu3kR07RFk0rbVwApioTQTAZ6/XoFVBMBwJlIFg973Mp/wDZ8VfRsvbyMb2OJXhMKLOfaDkibaObn4JTaskDUIAI+W2Pu1V3bTaVsW4aDcQL+XB+/aid5DSoZcMeggYTiUBEo7gADXY0uCUYy3fwbNE6yoq1XIlxXSIOmjIoDjqenPsbta2buvVrbVyvpdmMgoCLU7ACDhTqGvV5beVGLlsW07Z/SHWsmRm3zK3EFkQVkFftEymS1dcY3NtqxtXQcLib4Z/azJ1+PIpygCm2FM/VTegxEeETjD8e1NV/MohG6nLOHeKvotsubgL/ANaX/vtn86V5FQTK6TfZ1hwvatp6LXyWWfutceERgAVBEAKIj5UbYNgSQ1Dg5h6l9K5RbMSJGWV6CG30qQxIY65sDyhmoZ8u7hGj0zRe21OT5ZipDiA4EBL1/CgrtIxVzGARwPWjpjCRA2QwAdRGgTlYFlzGLkACpaXlFfq6UG2jjnICGmuxUuUOXyrlkPSvQKDjzracCyzLdvJcHILPDC6x4NY+D1q3Wt5x07GKlQeN0DcP/rAaC/2gDxYr5hOocmN8fw7VJZSghsoIh/7341yNX6RHNTi6oz4da7qRck7ak2jGrv3bNGXyfWmKQ+6IH3SF8f50jqOEV0eIkoqiu3TKmiCzYyyRS76zGMPTG2wbBnau9rXnJQ66RTPRFH0z/s0ck2aks479bpiqqq78Mn8QG0m/u+eQrFDdhdSOg6lyheERioxNFmWPSdOxXMs5AgHMsYo5IIYzw/P0oW9bxz8iMexbcGcc+9F/37QTRp+z9P8AjnTRp+SHjpNAJGQ78+dhxHKUWGju59XxasEMbH0AAoI6btisFUMChgxBBQf3moTavEHi0+m1dGLrkpl8gVHwyizFhJLtwAXqx0my2Pd6iDuG3mPp50yrhZ8as0RlU1Eo1uTjKstYnVdLasGKYfgz5elTZBhLv51shAtV3Ek7bqGbMTEAiKCIFwCpAHYDiG4j1paPGlnzqN9DsZXBEESAGS7BpMc3zbh5Vc8kZcuXBBRa428nK/ZqBuN2irb7FxEJGTAqrM5xFBMA6aBHfAedAm7hSOBQzYxnrJMQIscBDSAj1Nq/yp1g7JlINsL54iydFVAUkleObDc3mJi45gH5aa2trIPWyTw52SzxqXCTaPZpmIcvqYAHmH6DUcmtw4vjD5IrWmyTW58MqyUmVX9s93QMrwy7HLxPCX06UCjX7qOdkdsljoLk8KhRwIU3yfZ1NGdtULfOnNrPVRIk0bZBwTGc6yDsX6b70IvWzJ+zZMI2ebJEciUDfsyxVi5+TJR8f3a34tjVJnOnvi05IcYTtUK7AqN1QjBfh6jg7bJftWv4fu6fpUTtohmNrXwaLZGeAK0e2dOQN4DKqE1GN/COQx+dQJbs1m4SzHEvJN3JHfeEyd0Ijq0lMGRE4gOSiG22P8q9dr7h5M3CSZPHOWbP2e1bJ/sqiZScNDHD5t9h8/PrVePDhU37PCJZN9Lei07Vv6Yafo+QkZbzIJMWgLpSvIobuaJVeImobmAC69Ww561jKAvpxYdqubVVWYs5JBZV7iRAjDgqH1cVTocv3xzn0r53QeKotjoEXVKRXY5AEwAb8Q8/zrq3lnrdmo2QcuUiLF0LFIqIFUL8oh6VOWD6KbPtRtP/AKk2+6N7HlWYMEgXSfulzCydCrym0G8/obqBNNebieXZDz8dbFjxxYwJMDS0lJlIU5Ej7aiBq5ds+Eeua+MZObmJIqJXkq/cAiGhIFHJxAhfQN9qvzsAnkJGKefro7crxDdFVQiZTcM67jUXOtT4zgUvKX8q5mbR/t4Od2Sqy6Ul5CItxcyzt89EEzqnKmXnfuTG0gOP3aevfl8t6qJl21XpGtpVnLrx6SyUhwHJnaShz6tJtXNuG3pipV03RNBdB14xtJg3QdZInJnVORJUAyVVbhgJRKXqBPLNDbn7NUJiDWm30ygtcK7bjIIkKk1UeqmHUY50zABhT8gHzrHgXtr+v8SX+BhhO0e4Sy75L2Sg4BYO8qtvaGhq3JwuXSb4sl5/IQHar47NGzeVg424zndARymdduVwsbXpP82/8q+NLR7J7tk1m5nCXsVuo8Bmbvy3BWUD95wy9DYL64+lfU94qQcDe8K+azTFFvCxwIrsDGzob/uzh8ORNtvVmXQYIwckuhPI2Wa6TTKrxUicNQfEJNtVQjGeiHuUVcfvFXI8hP7PzVUl09shZNmULdDuyDVXMq5dK8EhG33FAyHEEegBvUdl299mEdEINm7ifcMR1pCkqxUWOof+L4jD9RqrUaWeVr20EH9lou1+FFquHL/ujIP3im5j6ebV6/kFQmq8S7ZrufZirdN6HBB6lyC4J85viLj60psO1aJfyaNvksa62rUUuJx3LDSi3J83Ptp/zphau7SXbMl48e/mdJ4Yoq+7IA/X4Sl/xrky0mXB+bSv7df+mXblIn2zEN7Ks9tFx5XUws3Ic2AD3q+pQxvPAaebpSbeTGMJYj55d1lldu5Jbhli2A8BRf8Aqvi5VPXFN7yccR8fIuVWLZV6kkIlYtXocUUSk8xHYpQ9a+P7tuWQvW6YdKMRcoP03ggTv8iKqQrCfk68pSh81djSp5sin1RQ48UOUknfdstVbjn4l9HuZEWbKPSOGtY4FV/eG+FUU+TV1p7k1xYMHs13dw34ahAFqCvQh/h+bbxCagti3ncLaSnrVvBFWfbxiAqvu4ik61rGN7vgDtp0B16iA0z2jOx/6pp3Im346AoFBRkYNeTG5eGb5s+tGr8FLQtgIoyXstwDSQSdJ8SKU5v2kofeH6edekQMwcgqskVETjnADv8A2R866qvCSjxdJ22TjFwUOaOASZBJP4CY+AcedD3KcM/IzVX7wd8iiJDimpskA7iOn4hz51kRARrqcrDKDxkUhdCP2iahuTG/lsaoCCKThdogyRSRdqHN3hw5U5DmObl5vgKAVFuwj+KWVdcnI04/vE98G+HT5bG61370HdiKIpiJTgGBMICAgIZyH0rbCNQU/sV8n0fIwqhuwiyGRZeGFdvJIqgr3v3KwlMoOEz45s+W29fNN7WLIxV4uBvu/wC24uUXHWVJ06XdLH9BU4ZB4YD5a/5V9idjEc1f9ldki5KVYGaQuU9v3uowF/MNRq+Ee2J533tQuV+biCK0ouHPv4TY/wAMY/KvRJJqLfclZdhe2V/Q+dmtqT1qdu1gry7FIGMhJAdm/aLAu1dFAgjlNQoYHr02H6Uz9sHZ/Ndof6TN1xMFJwbV0n3Y/BeODEVUJwCajEKBR1AXz/EKdv0MioXP2WqR733xoC4AcsxHqnyFN/mYwVAaD/8A1CHY+fAN/wD8QVcsdInLLud0VE57PriXl5VgiRoVCEVURkpVwrwmaIlEepxDOR8igAjWozs+RlDLFsq5Ii6HqKPGWZNwUQX0h1EhVShxPy3+lXp+mAX2R2fRcZGAmQr+bWeuxxuofSY2/wCZv9kK+brAmpKJ7R7Zl0VfetpNENvMpjAUxfzARD8658sMYy2ryehWry5MfvSa46VfQNWKcxhKsUSiGoBIflMUwDjSIeQ17UUTaG1ZqzP0t2CEB22PCRwARN8zSdqpgHRURMQxvz0AP51SrxwdyOM1VPTvdydGHrEViTh+TOrh2KusM7DUbYP5V4KI5ENq9BncB9K0KKj0cnJmyZncmb61LKUNIdOlQ+gV0ATY607K2E36IbmDxedDRESjketHHJAENXn5UNctxMAiHXzqUMl8M5ft1zE5N3BPjolFyS0e6FdsY6eeuk4gP86X1eUumvce4wYSDUMuJM04sm1FiQErbgmWF9KSDQVeqnc01dH4Af19a7Tb6zi4WK+kZt3+7IoHCSJj0wIjSEBQHmryZIM6grBLTq7s1e//AAWyu7Res1QJK+0VTFICYIFEDGOJcinjxAAD1HpRqLgPYMegog9MRwoQ4KvOp2qJg1GTSDf+9Vb2VcraMdd1NEkcAoAkWVBQSHAc5AufIPIwVaNvPTrNXT7vKR5JYATOUmCAUAHBSIF+EADbI9a5Gvjk0/SN+FxlxYqv7sljP3TJaUcsIhAeG2EoajuEi/AXlwBh8zDSmzlmTNzJHbO37NogAqN9enWChvhMYnUv1qyZFgyfsXSKskZNFJfHMYxW6gj1JqEM7etA5Hs5bGiStzqN1BUATg8BQVESl8sFLuJvTNW4NVpYKp/Ajlhkb3Lo62BctrP4lcbi4UGkqGQdh9srp06tPmY5vI1RoK7rfZPnB4hBmQyOVAbn94j/AKspdQZOsPiE/wDKkvtGat452xheOsv7PY8PpyCPi5fMpR880DIdNjHuMqChIH0iCfCzpJ8XN8PlXT/ZxkrT7MEtU1LbXRe9uXi/uVhIAiiVW6eFsksJEAXR+Lhm/rvx6hVe9oh+0gzd6F0REx/RkkwUUEFiJop82nUXb8+tVyrJPFjmEypjCfzNuIU9CR9AQr5wkmnMAu0Imm6ExxBnxPF7vw69O2/SrMOmWlfHNkMmX3rERNoU7BR2LxIpi7ETEBE6mfp5AHqNRK6CUQUEp+UQ65q1Yjszt0vZevdVyzThB+8a8SJaNUtyH/d8TVuYp/QOgb1vnkWPvyc2rKjppsa8Xtu97Yj76Ofp8NRPlNoVDAkUwO2QHr6htSyu3WQXOiumZJQg6TFMGDAPmAhXggBrEB6CFWbYyXyRBN3Q0trwuOIe6oq43yRklNSfd1TFSz6gXp/Om+EeMb6uQru4bmFtKuFUe8Cr+/8Am+msTdOhaVu0O22FvrsDQcgaQYOmiapnRk/CsJcmS9Nv50qlUEA5gzWeWNZCX4n1Hf05ccNDHfDH+yyqAdIrpMUiHeImN9qomYM6vINAfWvn+5xcNJN0io4cCmtg5Mrjzpm5i6/UQzUj9YzPbfAzuefLvW+E0mTkTLJqJ+Wk2eQS+ldbruEk+yK+XXVBYFDBwnIa9GS/Cp10/QenlWPBpZ6e93knOSZ0LOOZC3H7Z+6Zqd1bN2zFJQN9GrmFMC7avUxt6Z+zq1VLqtJCOYw7xSQ7+cQdJyAGRTJ4ffI5DT9DE3Gq3mGRoxNkCqyR1nLcFzIlzqSKYR0gbIdRAAN+A1qLVenXKk1FUVxH3YJZ1Z+gBWyeMp7Pobsqgu1NhereOtBxOoxbQcO1ZHV3Ihvu5wCmfLarUuvtO7OLBfSEDKRoOphwcqz0WjTWmssPxZ1cv4V8uLdpfaMwkAIrdk4dVppLw1lTcgh6lHoID60pLPHEi/VfOlBOusYx1DD8RhHIjWKeDd8n4LaLh7Ru2SRuGReMLZ0QsG/RBJ02MzT4xwDr73GdI+nlVUFETHECm0EA2Sh6VFKcQPnyCvD9bBNvGbpV0MaohLuj6I/R4hYYtouJmTQSeu5hVZJqkIm0g2b8q+fx4mfwCrOupKMStQ5SskmbRokCDQrYNOg4+DfqOPwr5e7FDSr2/wCDhW0gskivxdZAPsBRLqMGPrpCvox6dWVRA6iLlQEiAmHJp6fcrkeoLZlafKZW+kVC9O9bSuhys8F0nlQp1B1AYxtgMYPMPpTOLdGQIR60ekcKNxId+RsGTCUNwEpfhD6VLdsGK9zKiO6INveKfw+Io/gO1baqh3lJWIBBIFU9aigfs5uQ2kqapR8f5dawqdELF68lillFJVJ4DtHkRTMZfiq+EvLp6gHoFDZuTLOzAO3awMkXJypt24BoInp5TqGEoDgOXpiiF/N3Mgbu8jGMQBLQIv2ihSaDfCXVt0L69OlRxhWQlR7mPdeGl7tNTUfiZNk2TfBtW2MoQ/J0Rsvi0r0tC2uz+CjY+9WS6sPpFZwKKuhyHNxCcpeXflD6+VfKPaKwtW47ufTdrXGyZMnrk6qjGUIdus0MYcmDoPEJnOBDf6UySoLKxwoogCPDT0Jpn06NPxG0B8fNuI1UDswEdK5OBxE412tNqp5m93g0QR9E9jPaDYNjR0fa7e7xSZt33tOZkBYqh35UOjdAmNXDDBcmNjONgGiSF89kqf6TCvar+v8Almoz0d19lONYK8DhZ8Ph+vrt9a+V1NWrPrXhTVj8K6G4lsPrDtUv2xL1iHEE8uICtO+HfxMoDRX9lE3iSWT06hAdRsCGepdtt6msxpbVv3OlcFwTKEs0YrFXbsIpMx1HRyjkusxgAqZchkc7/UKTWrhX2ciGMhw81GWWWUPkHagfcD4awxyt+D1GXQxxJJybtWF+0i7Ja8r0kLnl0yFcPDgBSEEcJplDBSF+gB5+uqlk44rqo6clJw+IAl9MVwOOasTb7MEowS+J6IG+a6B1GvAeteyGoFHhGjb9alFKXSG/lXHlMUdq7k0aA28qBhZYDHUE3hCoiwYHIBmp64YEQDcKhrkExcgOKVnP/lgt+3KcNQDgfShKhcFEBDA0ac5KGryChqolVATlq2L+yucfKOzZ4PKVUTaB8P0qaAgIcphx60EwOeo1LarimQCHN51Xkx2uCzHl55CKKxy504ERHajMVcLxioGgC6Oh6AlMUR5RAfrXUhBHOoNv86xZMfFM2Ys22VouVGX9u24oxwzV5AIhr/3g+/8AjTmBohgiVgIqpcNL3iiZOunxF1fN9Ar5/hpNyz90krwyf4VYLE7d/HMknJhdKmPg6ecGKX1IHmevOazQ7GlZ1sWVZFaIN3RAXRcCCbeD7m67ooTSu41cQnwrCAdBKHw1zXLGlk1CSKb2T0hhy+UL9oTwl6FAdQBsAU7njAcPgcIu0mwpbJgoOBS/511uSBLJt0UXiznjB/1hJT4f4fr9aS9Ummoy6I/s8a5iuRE7tZ9xSgsF4tyjj+id1a8E/wD6zSXGrHkOc1OtA7VTv1lSbJVjoMKo6vGpncAN9QCp8qd7GPQLHPpTuIKE4zp0p7nim8On4jGDyztmhz12C0usytczeUEUj97MZXUdM+rlV4nxG/CuhvlNd8f+Cv24Q8Cfd8Hb8c1O5iGa78FluEInDkDOwCH3gGrAl3VwNUbTdTTpgCiQd2atlG3GOgBUuXUnsX6BSo8me/FcNpdYXa8eqJUuJszJ/rMFwJhz0GgEVd5m75oxlx9txiSYp8Nz+7+L3Zh3KbV59RreoTnFXzRhlGON2vIyXdFJTjRy+NDuu+mKJvaKygmzgcbJgGKrBoZrFy3+lI8r5MvESOiY4l3EuAMAh5hkDB9QpkG7xQbvmzZuv+1j7wOLyAj4tP8AFXe4YMXtnpXSo7Yk0OSskmiQZWMfTxMYAPl8614Lx/F+TLlj/d9Gom7Y9isvb4qvEbUkQRTk0m6KZ1TCn++TBQMEUz5h5UkOdJXBioiJ0sjoMbqIZ2z9cV0Vbror8J0kZscBDWVYBKYoD5iA711kY5dkuKZhKsUNwVRHUmYPUB862QVGOctzsghsNMvZm1F7fcO2GHGaTM5yswLjUsmBTGPjVtsACP5UtUd7P5f2DcpJco+8QbuAT/iOicn/AL1WSRAgPTpLOVlUAUBMVTaAUNqMBfLI1Likx7ym5Q4pVElC6zk2056b/D+Nc42I70gmoaRZMkjCJMKq/KX5Q338hpq7KnTFvNnQkI2WfIqaMt49umqd3gwco6xAQ/s71TLgDJOFcJTwNwHjqjqcKulNRzr6vh5viJ0286G3GxRZOyJtk10sHAhCLbGNjqfHlnPzeVfR8badrTbQRiDu4hZIPed9MCHdzG8WrV8QeZM/hmqi7XbNcWuLRdaSg3SrrV7lkUwK6fg2xgQwXOQ+auRp9as+VY2qBqlZXqxyl26VHOoAKeteVlijjbI1HObUoGNq60YUH5Fjfo8yPs3tdh1hTSPxeKiXieRjJmx+GemfLNfSizj3CbJk+S4XDOKrhmpqS4v9WTzNjzH1r46tN33O4mDjw8Ncptfy/D/xr62ZNRj26SSTdI5UyAchSBnGQz1/HevPetQSzKRPwDmzdB8LRdkisl9qg5I85OYvTl/HVvXR03QYueOiCPdEg1qfxF+L8h6UQF5xrc9qIoYW0Y7up49Wrm5R+putBrmMi0gHjZXbJAKf5tzb4rm7m2UOInz86hKOleAsqgi26J934vHybJynA/XI6dw2odBLyaLaReyj4FYlNwXhnbk1Ko6xHl0h5BpwNauVBVTDxB8iq1wYmvmyjnTp1fUeu1CSDuBRMLRFTVnhj4+Xb886hroR6IUOw/tsFMPv9HKg2jjET/ZzGMTUXTvkAEDY8q+epEgA74YGAQKXqFXFdvAbwSgsHsik0V9wKbtTVnl8Q6d8iOofTmqoZAiRXOpI2pIxetdD09Upf6NGPsgr4KGmo6o4LivauTHzXM9dlL7JTl/8Q81foHjUmoDwlCede1ScRHQQmcdRzS3kc+ldCicgZKqIVn/aqLbidVesSyQUMi6J6umuZRLUMiyoD1qWxEXMmg20kKRU2nw5xUnGimGo3Pg6agAK9AIiG2K4CqUqglMToNZxUxHlKNFFkc0SSAjisyauAqiPgCta1ai0w91DU5ExDCT61xEBERCsrKijIQXaeoBocZPSNZWUMaOaxQxzdajCUc83SsrK0IzndqfSOqiKZ9QaqysqnKkX4pMkpJqeOrB7NUXfeQWwmqHNz/L+FZWVxPU38EdfS9lhrxazzS5RYs1Tl6aVAIYv3hEemK4tmYsJpR0QVTNyJjwyFUKYxlPPVq3zWVleT3O6OpRKlgarxcg7dhxAO20nIp7vp1EuPDj6VW0pDR7ht+r0bHolcNUjuWyzQTaXGr4TasDqD/CsrK6vp7aUmjLm8Cd2gtHsWmxYrtwIVENKWgcmH4jasdRz51J7PLLlJKYI/kI92zhkAFwuuqHDKPmXSceo58qysr0scso6VTXbOLmX/J9vwHrYsSEGNNIFksvhIoooCv2Kf9X4QETZ6Y9fpXl5GyNvBxnLdFmqunkFE0vfEL8RUS7gUB+caysrmafWZdRqMvuPpqjbLDDHFbSevaEjNtVW8zbb5ABSBVKQV53Oj5zb83L5elR7QeqwDq5LdiCK3LCRyJ3qpBApBT08puXI6i+oB90fhrKyt+BtpoozKqK4uOEFmZB43RUTj3hOI3BQ4GN9c4/EKDFLpMBfUcVlZXUicmZYjdhGWZdzWCmm0Nc7N0k3XcKIo8VZPUTVwkT52x0EcbelQrxJbDZ4nI2UvMtyFyKpHolKZI/ypiXqAetZWVTLlJkjzadwRvt9q6uxJzOxxCmw1dOTCQ5x8An3HWAD5Z/Greh7+7PpWNjYqRjUYKUAxkPaTRuB0GxR+MmTDoEA8v5VlZVOrwxkWJ0IHbHYNuW4LNzBXchLgYdCqWPffeVLp20D6D51WvD97WVlX6Ztw5dlHk9I5FYpA6ibFfZCHH9kMEXnGS4bVHXw/u/eGsrK43r3/b/3/wCiR6uVXUmDR0KhFHJiicuMmKQPr9etBZNGMUbODPOKRM5wBsbOoxwDzx9aysrhafpEGIklFHWlilQAOnIIFDnJ5CNaeQyyShHKSTcibg5iOOKTUbyxo+nWsrK6UGVMEXQDdnbawGeqmUT+w4ChTcFQfh9fzqqjZEqhR6hWVldnQ9MtgQdBvOvIkDG9ZWV14dDl+R4EtaAo5rKypUQk6PRk8edToM2iXan9FArKyoZFUWXaV3midLgbcN4oPz8386gG5aysqmDuKL9RFRyOj2mTFdcVlZU2RxdH/9k=</binary>
</FictionBook>