<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>antique</genre><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><book-title>GE 02-Amiens-Austen</book-title><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>ru</lang><keywords>antique</keywords></title-info><document-info><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><program-used>calibre 3.44.0, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date>16.8.2020</date><id>4dd1753b-7673-4f3d-b993-4f27edd9b315</id><version>1.0</version></document-info><publish-info><year>0101</year></publish-info></description><body><section><empty-line/><empty-line/><p>*Titre : *La Grande encyclop�die. 2, Amiens-Austen / Larousse</p><p>*Auteur : *Larousse</p><p>*�diteur : *Larousse (Paris)</p><p>*Date d'�dition : *1972</p><p>*Type : *monographie imprim�e</p><p>*Langue : * Fran�ais</p><p>*Format : *P. 613 � 1244 : ill. en noir et en coul. ; 30 cm</p><p>*Format : *application/pdf</p><p>*Droits : *domaine public</p><p>*Identifiant : * ark:/12148/bpt6k12005130</p><p>*Source : *Larousse, 2012-129398</p><p>*Relation : *Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb342941967</p><p>*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35875467g</p><p>*Provenance : *bnf.fr</p><p>Le texte affich� comporte un certain nombre d'erreurs.</p><p>En effet, le mode texte de ce document a �t� g�n�r� de fa�on automatique par un programme de reconnaissance optique de caract�res (OCR). Le taux de reconnaissance obtenu pour ce document est de 100 %.</p><p>downloadModeText.vue.download 1 sur 561</p><p><strong>Volume 2</strong></p><p>Cet ouvrage est paru � l�origine aux �ditions Larousse en 1971 ; sa num�risation a �t� r�alis�e avec le soutien du CNL. Cette �dition num�rique a �t� sp�cialement recompos�e par les �ditions Larousse dans le cadre d�une collaboration avec la BnF</p><p>pour la biblioth�que num�rique Gallica.</p><p>downloadModeText.vue.download 2 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>539</p><p>Amiens</p><p>Ch.-l. du d�part. de la Somme et capit.</p><p>de la R�gion Picardie, sur la Somme, � 70 km environ de la Manche ;</p><p>135 992 hab. (Ami�nois).</p><p>Le site et la situation</p><p>Amiens est la seule ville picarde de plus de 100 000 habitants (plus de 150 000 pour l�agglom�ration en</p><p>1975). Son r�le fut initialement tr�s li� � sa situation et � son site : � 130 km au nord de Paris, Amiens gardait le passage de la Somme, d�fense naturelle � proximit� imm�diate de la fronti�re fran�aise pendant des si�cles, tandis que la rivi�re m�me connaissait un certain courant commercial vers la mer.</p><p>Aussi la ville �tait-elle une crois�e de routes d�invasions et de commerce, ce qui lui assura diverses fonctions, un peu �trang�res � la r�gion m�me.</p><p>La fonction de d�fense, qui avait �t� longtemps assur�e par l�obstacle que constitue la vall�e mar�cageuse, a disparu aujourd�hui.</p><p>La fonction de passage, attest�e d�s la conqu�te romaine, a �t� revivifi�e par le rail au milieu du XIXe s. La ligne Paris-Lille dessert Amiens en 1846 ; l�embranchement Amiens-Boulogne</p><p>cr�e d�s 1848 un noeud ferroviaire centr� sur la bifurcation de Longueau, � quelques kilom�tres � l�est d�Amiens, et compl�t� en 1857 par les liaisons Amiens-Rouen et Amiens-Tergnier-Reims, outre une �toile de lignes d�int�r�t plus local (vers Beauvais, Doullens-Arras, Montdidier-Compi�gne) r�alis�es dans le dernier quart du XIXe s. Actuellement, Amiens demeure un carrefour ferroviaire de premi�re importance. Sa gare a un mouvement journalier de 10 000 voyageurs et de 1 300 wagons. Longueau est un gros centre de triage, et un grand d�p�t d�autorails pour compl�ter l��lectri-fication de la ligne Paris-Lille par la di�s�lisation des autres branches de l��toile ferroviaire. C�est aussi un noeud de routes nationales importantes (Paris-Dunkerque, Le Havre-Valenciennes, Abbeville-Compi�gne), mais la cr�ation du r�seau autoroutier laisse la ville en marge de la liaison Paris-Lille, comme de la future liaison Calais-B�le. Le r�seau de cars centr� sur Amiens ne dessert gu�re qu�un rayon de 30 � 40 km.</p><p>De m�me, Amiens n�a qu�un</p><p>simple terrain d�atterrissage � c�t� des a�rodromes du Touquet et de</p><p>Beauvais-Till�.</p><p>Enfin, il faut noter que la Somme canalis�e n�a qu�un trafic local et tr�s faible, la crois�e des voies d�eau se faisant � l�est d�Amiens avec l�Oise et les canaux du Nord et de Saint-Quentin.</p><p>J.-P. M.</p><p>L��volution historique</p><p>Centre de la cit� des Ambiani, l�ancienne Samarobriva, � Pont sur la Samara (la Somme) �, au confluent de la Somme, de l�Avre et de la Selle, �tait prot�g�e par des marais. Apr�s la conqu�te romaine, la ville devient une station militaire et une �tape de la voie qui relie Lyon � Boulogne-sur-Mer et, de l�, � l��le de Bretagne. Au IIe s., � l�apog�e de l�Empire romain, elle fait figure de ville importante.</p><p>�vang�lis�e par saint Firmin, sans doute vers la fin du IIIe s., elle devient au IVe s. le si�ge d�un �v�ch�. D�j� ravag�e par la premi�re des invasions germaniques vers 256, elle est ruin�e par les Francs en 409.</p><p>Au IXe s., la ville est envahie et pill�e � plusieurs reprises par les Normands, qui l�incendient encore en 925. Elle participe � partir du Xe s. au renouveau de la vie urbaine. Sa bourgeoisie, enrichie par le commerce et l�artisanat, est assez puissante pour lutter contre l�autorit� du comte d�Amiens, avec, il est vrai, l�appui du roi de France Louis VI. En 1117, la charte de la commune est proclam�e. Dans le cadre de la politique g�n�rale d�extension du domaine royal, le comt� d�Amiens est r�uni � la couronne de France par Philippe Auguste en 1185. Par un trait� conclu � Amiens en 1184, Philippe d�Alsace, qui �tait devenu, par son mariage avec �lisabeth de Vermandois, comte de Vermandois, de Valois et d�Amiens, avait d� renoncer � cette possession.</p><p>Le roi de France conc�de une charte qui, de mani�re g�n�rale, confirme la pr�c�dente. Point strat�gique important pour la d�fense de la ligne de la Somme, la ville est entour�e d�une nouvelle enceinte (commenc�e en</p><p>1193), qui marque son importante extension vers le nord, sur la rive droite de la Somme, et vers le sud. Deux activit�s assurent sa prosp�rit� au XIIIe s. : la fabrication des draps et le commerce de la gu�de. Proche du port de Saint-Valery-sur-Somme et des Flandres, Amiens est un centre actif d��changes.</p><p>C�est � Amiens que Saint Louis rend son c�l�bre arbitrage entre Henri III d�Angleterre et ses barons r�volt�s, et casse les Provisions d�Oxford (� Mise d�Amiens �, 23 janv. 1264).</p><p>downloadModeText.vue.download 3 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>540</p><p>Apr�s le d�sastre de Cr�cy (1346), la construction d�une autre enceinte est d�cid�e pour englober les faubourgs qui s��taient �tendus autour de la partie m�ridionale de la ville. Durant la guerre de Cent Ans, Amiens conna�t d�ailleurs des troubles graves. Partisans et adversaires de Charles le Mauvais s�y affrontent en 1358. Des tensions sociales conduisent en 1385 � une r�vision de la Constitution municipale, qui renforce les pouvoirs de l�aristocratie bourgeoise. La ville soutient les Bourguignons contre les Armagnacs et, en 1435, comme les autres villes de la Somme, elle est le prix de la r�conciliation offert par le roi de France au duc de Bourgogne (trait� d�Arras).</p><p>En 1471, elle revient d�finitivement au royaume gr�ce � l�occupation de Louis XI.</p><p>Apr�s l�abandon de l�Artois, en</p><p>1493, par Charles VIII au profit de Maximilien d�Autriche, Amiens demeurera jusqu�en 1659 une place fronti�re essentielle.</p><p>La ville n�adh�re � la Ligue qu�en 1588, apr�s l�assassinat du duc de Guise, dans un sursaut d�autonomie municipale. Ralli�e � Henri IV en 1594, elle est, en 1597, occup�e, non sans complicit�s, par les Espagnols et reprise la m�me ann�e par le roi. En 1598, une citadelle est construite par Jean �rard.</p><p>Introduite � Amiens, � la fin du</p><p>XVe s., par des ouvriers arrageois que les repr�sailles de Louis XI avaient chass�s de leur cit�, l�industrie de la draperie-sayetterie va devenir l�activit� essentielle de la ville. Au XVIIe et au XVIIIe s., celle-ci est le premier centre textile du royaume (plus de 2 000 m�-</p><p>tiers battants au XVIIe s., plus de 5 000</p><p>au XVIIIe). Elle fabrique des �toffes l�g�res de laine s�che non seulement pour le march� int�rieur, mais aussi pour l�exportation.</p><p>Amiens accueille avec faveur la</p><p>paix qui y est sign�e avec l�Angleterre le 25 mars 1802. L��cole pratique de sant�, fond�e en 1804, est confirm�e par d�cret imp�rial en 1806. La ville devient pour un temps ville universitaire, r�le qu�elle retrouvera de nos jours. Au XIXe s., Amiens demeure fid�le � la fabrication des �toffes de laine, mais d�veloppe aussi d�autres industries, qui y sont apparues dans la seconde moiti� du XVIIIe s. : filature et tissage du coton, velours de coton et velours d�ameublement.</p><p>En 1918, l�arm�e britannique installe dans Amiens son quartier g�n�ral.</p><p>Menac�e par l�offensive allemande de Ludendorff (avr.-ao�t 1918), la ville est s�v�rement bombard�e. Pendant la Seconde Guerre mondiale, apr�s de violentes attaques a�riennes, elle est occup�e, le 20 mai 1940, par les troupes allemandes, que la ligne de la Somme ne peut arr�ter. Le bombardement de mai 1944 la touche durement.</p><p>La ville sera lib�r�e le 1er septembre 1944.</p><p>C. E.</p><p>L�industrie</p><p>La fonction industrielle, tr�s ancienne, est aujourd�hui en plein renouvellement. En 1939, le textile, repr�sent� par de vieilles entreprises familiales de taille petite ou moyenne, demeurait la seule industrie notable. La Seconde Guerre mondiale, par ses destructions, a transform� cette situation, cause de stagnation. Le textile, toujours en t�te, a perdu son exclusivit� de jadis et n�occupe plus que 40 p. 100 environ de la main-d�oeuvre industrielle ; beaucoup de firmes ami�noises ont</p><p>fusionn� avec des firmes du Nord (une m�me firme Agache-Willot a repris velours et jute), tout en s�orientant vers la confection plus que vers la filature et le tissage. Toutefois, aucune firme n�occupe encore 500 salari�s, et petits ateliers ou usines s��parpillent dans les faubourgs plus qu�au coeur m�me de la ville. D�s la fin de la guerre, lors de la reconstruction, un premier effort avait �t� fait pour relancer l�industrie � l�ouest de la ville, entre la Somme et la voie ferr�e d�Abbeville, sur une � zone industrielle de compensation �, mais le sol trop mou et le manque de place n�attiraient gu�re de nouvelles industries, alors que les anciennes, comme le textile, ne pouvaient r�aliser les investissements n�cessit�s par un transfert.</p><p>Seules s�y installaient des constructions m�caniques, l�alimentation et des entrep�ts.</p><p>Cependant, l�afflux des ruraux du plateau picard et le peu d�emplois nouveaux offerts par le textile exigeaient une relance industrielle. En liaison avec les tentatives de d�centralisation parisienne, la chambre de commerce d�Amiens entreprit l�am�nagement d�une seconde zone industrielle avec l�aide de la ville et du Fonds national d�am�nagement du territoire. Cette zone, situ�e sur le plateau au nord-ouest de la ville, disposait de larges espaces, d�un sous-sol crayeux et solide, de ressources en eau abondantes, de liaisons ferroviaires et routi�res. De 104 ha en 1954, sa superficie passa � 265 ha en 1965, et on projette de la porter � plus de 300 ha, car elle s�est largement garnie d��tablissements industriels, pour la plupart d�origine non ami�noise.</p><p>Ces implantations nouvelles ont</p><p>modifi� profond�ment l��ventail</p><p>industriel, donnant d�sormais la deuxi�me place � la m�tallurgie (plus de 20 p. 100 de la main-d�oeuvre industrielle), la troisi�me � l�industrie alimentaire (10 p. 100), la quatri�me � la chimie (9 p. 100), et sp�cialement au caoutchouc ; plus loin, l�imprimerie et l��dition. Amiens est ainsi devenue la deuxi�me ville fran�aise du caoutchouc gr�ce � Dunlop, Goo-dyear et Pirelli (depuis plus longtemps � Saleux). Les savons et d�tergents, les charbons synth�tiques et les produits</p><p>pharmaceutiques compl�tent ce secteur de la chimie. Le travail des m�taux groupe l�appareillage automobile et des fabrications plus dispers�es : t�lerie, constructions �lectrom�caniques, �quipement industriel, persiennes, machines pour l�industrie du tabac.</p><p>L�industrie alimentaire est tr�s diversifi�e (produits laitiers, salaisons, biscuiterie, caf�) ; l��dition demeure faible.</p><p>Ce renouveau industriel est certes largement b�n�fique, mais la grande importance des firmes �trang�res comme la pr�pond�rance du caoutchouc et de la m�canique, c�est-�-dire une d�pendance �troite de l�industrie automobile, posent des probl�mes de s�curit� de l�emploi et imposent de diversifier les nouvelles entreprises (imprimerie, alimentation, pharmacie).</p><p>Le commerce et</p><p>les services</p><p>La fonction commerciale et les services sont plus limit�s, quoiqu�ils soient en pleine �volution.</p><p>Amiens a quelques grands magasins</p><p>� filiales de maisons parisiennes pour la plupart � organis�s de plus en plus en libres-services, ainsi que des magasins � succursales d�origine locale, mais le commerce non alimentaire et le commerce de luxe restent encore faibles, et le rayonnement de la ville limit� � 25-30 km environ pour l�essentiel des activit�s. Cependant, le d�veloppement urbain et la cr�ation de la R�gion Picardie tendent � accro�tre son activit� commerciale et son rayonnement. L�actuelle expansion d�Amiens a fait na�tre des centres commerciaux dans les quartiers p�riph�riques (�tou-vie, Pigeonnier, etc.), et de grands supermarch�s apparaissent � l�ext�rieur de la ville actuelle, alors que march�s, braderie et quinzaine commerciale n�attendent que la client�le de la ville ou de l�arrondissement ; la foire-exposition de juin se veut un v�ritable carrefour �conomique de la Picardie.</p><p>Les services s�adaptent peu � peu � la taille r�gionale. Amiens d�pend encore de Lille ou de Paris pour les ch�ques postaux, de Reims pour l�I. N. S. E. E.</p><p>En revanche, l�O. R. T. F. a ouvert un centre r�gional ; la maison de la culture est depuis 1966 un p�le d�attraction</p><p>pour la ville et aussi pour un horizon plus large, voire parisien. Dans le domaine universitaire, malgr� l�influence de Paris et de Reims sur le sud et l�est de la Picardie, Amiens attire les �tudiants de toute la Somme, de la majeure partie de l�Oise, du nord-ouest de l�Aisne, voire du Boulonnais et de la haute Normandie, ce qui retentit sur certaines activit�s locales (librairies, loisirs).</p><p>Amiens est donc en pleine muta-</p><p>tion apr�s un demi-si�cle au moins d�une l�thargie �conomique et d�mographique qui freine encore un peu ce renouveau. La ville manque ainsi de logements modernes pour accueillir downloadModeText.vue.download 4 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>541</p><p>le personnel des services r�gionaux indispensables ou des industries tent�es par la proximit� de Paris (une heure de train), comme elle manque d��tablissements commerciaux d�une certaine classe ; la cr�ation de ces logements ou services nouveaux est une lourde charge financi�re difficile � assumer en peu de temps. La ville et son environnement manquent aussi d�une main-d�oeuvre qualifi�e, que n�a pu pr�parer une formation professionnelle encore faible (sous-scolarisation li�e au grand nombre des communes rurales picardes), et, l� aussi, la naissance et le d�veloppement du centre universitaire sont une t�che co�teuse.</p><p>Or, la population de l�agglom�ration augmente � un rythme rapide (2 p. 100</p><p>par an de 1954 � 1968), du fait de l�immigration essentiellement rurale autant que du cro�t naturel. L�afflux de population se porte surtout vers la p�-</p><p>riph�rie. De grands projets sont donc en voie de r�alisation ou � l��tude : campus universitaire � la p�riph�rie imm�diate de la ville, entour� d��tablissements culturels et hospitaliers ; centre administratif r�gional entre ce campus et la ville actuelle ; allongement de celle-ci le long de la vall�e de la Somme d�amont en aval. Cela va entra�ner de profondes modifications du r�seau de circulation comme de la structure urbaine proprement</p><p>dite (nouvelles rocades, remodelage du centre-ville, nouvelles Z. U. P.</p><p>et zones industrielles), car la ville actuelle est relativement peu dense, m�me apr�s la reconstruction cons�cutive � la derni�re guerre et visant avant tout � reb�tir une cit� aux deux tiers endommag�e.</p><p>Apr�s 1945, Amiens s�est recons-</p><p>truite en tant que ville et centre �conomique local ; depuis 1960, devenue capitale r�gionale, elle s�efforce de s�adapter � ce nouveau r�le.</p><p>J.-P. M.</p><p>&#x25B6; Picardie / Somme (d�part. de la).</p><p>B A. de Calonne, Histoire de la ville d�Amiens (Piteux fr�res, Amiens, 1899-1906 ; 3 vol.). /</p><p>G. Durand, Monographie de l��glise Notre-Dame, cath�drale d�Amiens (Picard, 1901-1903 ; 2 vol.). / E. Maugis, Recherches sur les transformations du r�gime politique et social de la ville d�Amiens des origines de la commune � la fin du XVIe s. (Picard, 1906). / A. Boinet, la Cath�drale d�Amiens (H. Laurens, 1951). /</p><p>P. Vasselle, la Trag�die d�Amiens. Mai-juin 1940 (Librairie Leveillard, Amiens, 1952). /</p><p>J. Estienne, Amiens (Alpina, 1953). / B. Champi-gneulle, Amiens (Challamel, 1955). / Mgr Stourm et M. Eschapasse, Notre-Dame d�Amiens (Hachette, 1960). / P. Deyon, Amiens capitale provinciale, �tude sur la soci�t� urbaine au XVIIe s.</p><p>(Mouton, 1967). / J. Estienne et F. Vasselle, le Bel Amiens (Yvert et Cie, Amiens, 1968). / P. Ou-dart, Amiens (la Documentation fr., 1974).</p><p>Amiens,</p><p>ville d�art</p><p>Vingt-quatre monnaies de cuivre, d�couvertes en 1899, t�moignent de la pr�-</p><p>sence d�une bourgade celtique � ce passage de la Somme. Dans la ville romaine, dont le plan est connu gr�ce aux fouilles, deux �difices �taient fort importants : les thermes et l�amphith��tre, aujourd�hui disparus.</p><p>Au r�gulier quadrillage romain se superpose le r�seau compliqu� de la ville m�di�vale, dont il subsiste d�admirables caves des XIIIe et XVe s. Le monument le plus ancien qui nous soit parvenu est la cath�drale, un des t�moignages majeurs de l�art gothique, tr�s homog�ne, puisque construite de 1220 � 1279 environ. Aux</p><p>XIVe et XVe s. furent compl�t�es les parties hautes de la fa�ade et ins�r�es des chapelles entre les contreforts de la nef.</p><p>L��difice a des dimensions impressionnantes (133 m de longueur ; 42,30 m de hauteur sous les grandes vo�tes) ; un plan remarquable �quilibre nef et choeur de part et d�autre du transept et donne aux �l�ments du chevet une distribution qui en fit un mod�le classique. Quant � l��l�-</p><p>vation � trois �tages de la nef, elle repr�-</p><p>sente avec Reims l�apog�e de la basilique de type chartrain, mais dans une version plus nerveuse, plus �lanc�e. Par un privil�ge unique en France, le programme sculpt� nous est parvenu � peu pr�s intact. Achev�s vers 1236, les trois portails occidentaux, encadr�s par les avanc�es des contreforts, sont tr�s profonds et offrent ainsi de vastes surfaces aux cycles iconographiques : � la porte centrale, le Christ enseignant du trumeau est entour� par les douze Ap�tres et surmont� par le Jugement dernier et la R�surrection des morts ; le portail de droite est consacr� � la Vierge ; celui de gauche aux saints et martyrs v�n�r�s dans le dioc�se, avec, au trumeau, saint Firmin, premier �v�que d�Amiens. Ces trois cycles consacr�s � la Nouvelle Loi sont compl�t�s par une s�rie de Proph�tes plac�s sur l�avanc�e des contreforts. Mais l� portail le plus c�l�bre est celui du transept nord, avec la Vierge autrefois dor�e du trumeau, les douze Ap�tres sur le linteau et la vie de saint Honor� dans le tympan (1260-1270) ; autour de la rose, une roue de Fortune. Enfin, des sculptures du XIVe s. s��chelonnent sur les faces sud et nord de la nef, les plus remarquables �tant l�ensemble de la chapelle du cardinal de La Grange (v. 1375). Parmi le mobilier, des oeuvres exceptionnelles : deux dalles fun�raires en bronze du XIIIe s., des cl�tures de pierre sculpt�es entre 1490 et 1531 et surtout un des plus beaux ensembles de stalles (1508-1519). Au tr�-</p><p>sor, des pi�ces d�orf�vrerie de l�ancienne abbaye du Paraclet.</p><p>Amiens poss�de d�autres �glises, parmi lesquelles Saint-Germain, Saint-Leu, toutes deux du XVe s., et Saint-Acheul, de la fin du XVIIIe s.</p><p>La Seconde Guerre mondiale a fait dispara�tre la plupart des vieilles maisons. Ont �t� restaur�s : le beffroi (XVe et</p><p>XVIIIe s.), le baillage (d�but du XVIe s.), la maison du Sagittaire (fin du XVIe s.), l�h�tel des tr�soriers de France (XVIIe s. et porte remont�e du XVIIIe s.), la fa�ade classique de la caserne Stengel, les b�timents de l�ancienne abbaye des Pr�montr�s (XVIIe-XVIIIe s.) et la fa�ade Louis XVI de l�ancien th��tre.</p><p>Au XIXe s., un urbanisme trop syst�matique a fait dispara�tre la ceinture des remparts. Depuis, par contre, les cr�ations importantes sont rares : le d�cor de Puvis de Chavannes dans l�escalier de l�important mus�e de Picardie (abritant notamment des primitifs picards de la confr�rie du Puy-Notre-Dame), la place de la gare et les vingt-quatre �tages de la tour d�Auguste Perret (1947), la maison de la culture de l�architecte Pierre Sonrel (1965).</p><p>M. E.</p><p>amines</p><p>Nom donn� � tous les d�riv�s alcoyl�s ou aryl�s de l�ammoniac, � savoir : Les d�riv�s I et IV sont les amines primaires, les d�riv�s II, V et VI des amines secondaires et les d�riv�s III, VII et VIII des amines tertiaires ; on downloadModeText.vue.download 5 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>542</p><p>rapproche des amines les sels quaternaires ; par exemple :</p><p>N+(CH3)4, Cl�.</p><p>La nomenclature officielle d�signe les amines primaires du nom du carbure dont elles d�rivent par substitution de NH2 � H, pr�c�d� du pr�fixe amino :</p><p>CH3�CH(NH2)�CH3 amino-2</p><p>propane.</p><p>Les autres amines sont consid�r�es comme des d�riv�s de substitution de l�azote par des radicaux dans l�amine primaire d�riv�e du carbure le plus long ou le plus ramifi� :</p><p>Mais il est courant de d�signer</p><p>les amines d�apr�s notre d�finition, c�est-�-dire comme des d�riv�s de substitution de l�ammoniac ; l�amine ci-dessus s�appellera alors m�thyl-</p><p>�thyl-isopropyl-amine. L�amine &#x3A6;�</p><p>NH2 s�appelle aniline, de sorte que &#x3A6;�N(CH3)2 sera couramment d�sign� par dim�thylaniline.</p><p>Les amines � fonction simple sont rares dans le r�gne vivant ; tout au plus doit-on signaler la pr�sence de trim�-</p><p>thylamine (CH3)3N parmi les produits de putr�faction de la chair des poissons ; mais les alcalo�des et les acides amin�s jouent un r�le fondamental en biochimie.</p><p>Tant dans leurs pr�parations que dans leurs propri�t�s, les amines se pr�-</p><p>sentent de fa�on fort diff�rente, selon que l�azote n�est reli� qu�� des groupes alcoyles ou qu�il est reli� � un radical ph�nylique au moins ; d�o� la division en alcoylamines et en arylamines.</p><p>Pr�paration</p><p>des alcoylamines</p><p>Les alcoylamines se pr�parent par la r�action d�Hofmann : action d�un �ther halohydrique sur l�ammoniac, g�n�ralement en solution alcoolique ; la premi�re phase est une monoalcoylation : Mais ce sel est plus ou moins dissoci� par un exc�s d�ammoniac :</p><p>L�amine primaire se comporte ensuite comme l�ammoniac, conduisant �</p><p>X�, et, les �quilibres se pour-</p><p>suivant, on aboutit g�n�ralement �</p><p>un m�lange de NH3, RNH2, (R)2NH, (R)3N, de leurs sels et du sel quaternaire (R)4N+, X�. Le choix de l�halog�ne, des proportions et du temps de contact permet de modifier l�importance des diverses amines et de leurs sels dans le m�lange, mais il est exceptionnel d�arriver � un r�sultat univoque. C�est pourquoi la pr�paration des amines primaires utilise les m�thodes de blocage.</p><p>Il s�agit de substituer dans NH3 deux hydrog�nes par des radicaux susceptibles d��tre ensuite �limin�s, de fa�on � n�alcoyler que le troisi�me hydrog�ne ; deux r�actifs sont particuli�rement recommand�s : l�isocyanate de sodium NaNCO, que RX transforme</p><p>en R�N=C=O, le phtalimide potass�, aussi transform� en homophtalimide : Les amines secondaires sont obtenues par des blocages semblables : dans R�NH2, on bloque un hydrog�ne sous forme de sulfamide &#x3A6;�SO2NH�</p><p>R ; l�hydrog�ne restant est alcoyl� en que la potasse coupe en</p><p>&#x3A6;�SO3K + R�NH�R&#x2032;.</p><p>Les amines tertiaires s�obtiennent plus facilement par l�action de l�ammoniac sur les alcools en phase gazeuse � 350 �C sur alumine :</p><p>3 CH3OH + NH3 # 3 H2O + (CH3)3N.</p><p>Mais les amines primaires s�ob-</p><p>tiennent avantageusement par hydrog�-</p><p>nation de fonctions azot�es : R�NO2, R�C(=NOH)�R&#x2032; conduisent respectivement � R�NH2, R�CH(NH2)�</p><p>R&#x2032; ; R�C&#x2261;N conduit � R�CH2�NH2,</p><p>etc.</p><p>La pr�paration industrielle des m�-</p><p>thylamines utilise la r�action r�versible � haute temp�rature :</p><p>La seule difficult� r�side dans la rectification serr�e du m�lange.</p><p>Pr�paration</p><p>des arylamines</p><p>La seule pratique est l�hydrog�nation des d�riv�s nitr�s aromatiques : C6H5NO2 + 6 H # 2 H2O + C6H5NH2</p><p>(aniline).</p><p>[R�alis�e par voie chimique (Fe + H2O) ou catalytique (Ni � 180 �C).]</p><p>Les anilines N-alcoyl��s sont pr�pa-r�es � partir de l�aniline :</p><p>Propri�t�s physiques</p><p>Les premiers termes sont tr�s solubles dans l�eau ; la miscibilit� totale dispara�t d�s que l�amine renferme plus de 5 atomes de carbone ; l�eau ne dissout que 3 p. 100 d�aniline.</p><p>Les m�thylamines sont des gaz ;</p><p>on a ensuite des liquides, rarement cristallisables. Les amines primaires liquides sont, comme les alcools, associ�es par liaison hydrog�ne ; celle-ci diminue pour les amines secondaires et dispara�t pour les amines tertiaires, de sorte que les trois amines R�NH2, R�NH�CH3, R�N(CH3)2 ont des</p><p>temp�ratures d��bullition tr�s voisines et sont difficilement s�parables par distillation.</p><p>Propri�t�s chimiques</p><p>La plupart des amines sont basiques : (R)3N + H+ # (R)3N+H.</p><p>Les pKA [cologarithme de la constante de dissociation de l�ion (R)3NH+] sont de l�ordre de 11 pour les amines secondaires (les plus basiques), de 10 pour les alcoylamines primaires et tertiaires (le pKA de NH4+ est voisin de 9) ; de 4</p><p>pour l�aniline, de 0 pour la diph�nylamine &#x3A6;�NH�&#x3A6; ; la triph�nylamine</p><p>n�est plus basique.</p><p>Les amines, comme l�ammoniac,</p><p>complexent des m�taux de transition (Cu+, Ni++, Co++, Ag+, Cu++), mais �galement Al+++, qui n�est pas complex� par l�ammoniac.</p><p>Les amines non tertiaires pr�sentent au moins un hydrog�ne mobile ; celui-ci est substituable par les m�taux alcalins :</p><p>Cet hydrog�ne est alcoylable (r�action d�Hofmann) et acylable :</p><p>Les amines primaires ont des propri�t�s particuli�res : le chloroforme et la potasse les transforment en car-bylamines d�odeur carac-</p><p>t�ristique qui permet d�identifier la fonction.</p><p>L�acide nitreux les transforme en alcool :</p><p>R�NH2 + NO2H # N2 + H2O + ROH.</p><p>� ce point de vue, les arylamines se distinguent des alcoylamines par la possibilit� d�isoler � basse temp�rature un interm�diaire :</p><p>&#x3A6;�NH2 + NO2H # H2O + &#x3A6;�</p><p>N=N�OH (diazo�que).</p><p>Ces diazo�ques se transforment par chauffage en azote et ph�nol, mais constituent des agents de synth�se tr�s puissants.</p><p>Une autre propri�t� des arylamines bisubstitu�es � l�azote est la grande mobilit� de l�hydrog�ne en para sur le noyau benz�nique, qui donne lieu � toutes sortes de substitutions : Tr�s importantes, ces substitutions conduisent en particulier � des colorants : voir ci-dessous</p><p>Base de colorants d�autres types et de nombreux m�dicaments, l�aniline a une grande importance industrielle.</p><p>Son oxydation conduit soit au � noir d�aniline �, soit � la quinone.</p><p>Les sels quaternaires r�sultent</p><p>de la derni�re phase de la r�action d�Hofmann :</p><p>(R)3N + RX # (R)4N+, X�.</p><p>Bien cristallis�s, tr�s solubles dans</p><p>l�eau, ces sels sont �lectriquement neutres ; les bases (ou l�oxyde d�argent en pr�sence d�eau) en lib�rent des � bases ammonium quaternaire �</p><p>(R)4N+, OH�, solides d�liquescents, downloadModeText.vue.download 6 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>543</p><p>tr�s basiques, mais peu stables ; ils se d�composent vers 120 �C :</p><p>(C2H5)4N+, OH� # H2O + (C2H5)3N +</p><p>CH2=CH2.</p><p>C. P.</p><p>aminoacides</p><p>F ACIDES AMIN�S.</p><p>aminoph�nols</p><p>Compos�s poss�dant � la fois la fonction amin� et la fonction ph�nol. Les ph�nols-amine nucl�aire d�rivant du benz�ne sont au nombre de trois : Les plus simples des aminoph�nols ortho et para (R = R&#x2032; = H) sont pr�par�s par nitration du ph�nol et r�duction du nitroph�nol ; il se fait un m�lange des deux isom�res, qui doit �tre s�par� soit au stade nitroph�nol, soit au stade aminoph�nol. Les homologues substitu�s � l�azote se font � partir des aminoph�-</p><p>nols simples par alcoylation. Les aminoph�nols m�ta r�sultent de l�action, � l�autoclave, du diph�nol m�ta (r�sor-cine) sur la solution aqueuse d�une amine non tertiaire.</p><p>Les aminoph�nols sont des solides, � point de fusion �lev�, tr�s solubles dans l�eau bouillante et encore assez solubles dans l�eau froide et dans les solvants organiques (alcool, �ther, benz�ne).</p><p>Neutres aux indicateurs color�s, ils pr�sentent cependant un caract�re amphot�re donnant le sel de sodium de la fonction ph�nol avec la soude et le chlorhydrate de la fonction amin� avec l�acide chlorhydrique.</p><p>L�interaction des fonctions se mani-</p><p>feste surtout chez l�isom�re m�ta ; les deux groupes fonctionnels conf�rent � l�hydrog�ne du carbone 4 une grande mobilit�. Si l�azote est bisubstitu�, l�anhydride phtalique se condense en 4, comme avec le r�sorcinol et conduit � d�importants colorants rouges (les rhodamines).</p><p>Mais, comme les diph�nols ortho et para, les aminoph�nols ortho et para non bisubstitu�s � l�azote sont des r�-</p><p>ducteurs �nergiques, facilement oxyd�s en quinones correspondantes.</p><p>Cette propri�t� justifie leur emploi comme r�v�lateurs photographiques ; le plus commun est le sulfate de N-m�thylparaminoph�nol, plus connu sous le nom de m�tol. Les nombreux d�riv�s du paraminoph�nol sont employ�s en th�rapeutique (ph�n�thidine, saloph�ne, etc.).</p><p>C. P.</p><p>amiral</p><p>Dans les marines militaires fran�aise et �trang�res, grade correspondant � celui de g�n�ral dans les arm�es de terre et de l�air.</p><p>En France, la charge d�amiral appara�t au XIIIe s. parmi celles des grands officiers de la couronne. Sa comp�-</p><p>tence s��tend � l�ensemble des affaires navales, mais Jean de Vienne est sans doute le premier qui ait exerc� un commandement � la mer.</p><p>Supprim�e par Richelieu, r�tablie par Colbert, cette charge dispara�t en 1791. Restaur�e par Napol�on � titre purement honorifique en faveur de Murat, elle subsiste comme une dignit� sous le nom d�amiral de France jusqu�en 1869. Mais le terme d�amiral d�signe surtout un grade dont les trois classes � amiral, vice-amiral et contre-amiral � correspondaient au XVIIe s. aux trois divisions qui se succ�daient dans la ligne de bataille d�une flotte d�ploy�e en vue du combat. Celle du centre, command�e par l�amiral, �tait pr�c�d�e de celle du vice-amiral et suivie de celle du contre-amiral.</p><p>Pour l�assister dans les affaires maritimes, Richelieu cr�e en 1626 un</p><p>Conseil de marine, anc�tre du Conseil de l�amiraut�, comit� consultatif d�amiraux, devenu en 1889 le Conseil sup�rieur de la marine, qui donne son avis sur l�orientation g�n�rale de la politique navale. Le commandement et la pr�paration de la d�fense navale appartiennent � l��tat-major g�n�ral de la marine, cr�� en 1868. Son chef est de droit vice-pr�sident du Conseil sup�rieur de la marine. Par similitude avec les autres arm�es a �t� cr�� en 1945 le rang de vice-amiral d�escadre, compris entre celui d�amiral et celui de vice-amiral. En 1961, l�amiral, chef d��tat-major de la marine, a �t� plac� sous l�autorit� directe du ministre des Arm�es ; il est assist� d�un major g�n�-</p><p>ral et de trois sous-chefs d��tat-major.</p><p>Cette organisation est commune dans ses grandes lignes � toutes les marines militaires.</p><p>A. L.</p><p>Amiraut�</p><p>y Dans la France de l�Ancien R�gime, on appelait Amiraut� un organisme administratif et judiciaire charg� de faire ex�cuter les ordonnances de l�amiral et de juger toutes les causes relevant du droit maritime. Il avait dans ses attributions la police des ports et des c�tes, le commandement des milices gardes-c�tes, la d�livrance des cong�s de mer, le r�glement des prises, bris et naufrages, la perception des rede-vances maritimes, etc.</p><p>On distinguait les amiraut�s particuli�res, sises dans les ports, et les amiraut�s g�n�rales, qui si�geaient aupr�s des parlements et jouaient � l��gard des premi�res le r�le de juridiction d�appel. La</p><p>plus importante, celle du parlement de Paris, portait le nom d�Amiraut� de France, qui formait avec la Conn�tablie et les Eaux et For�ts les juridictions de la Table de marbre.</p><p>y En Angleterre, l�Amiraut� a toujours eu une organisation ind�pendante et originale. C�est un organisme � direction coll�-</p><p>giale qui exer�ait le pouvoir sur la marine par l�interm�diaire du Board of Admiralty, conseil compos� d�un ministre, le Premier lord de l�Amiraut�, et de cinq amiraux, dont l�un porte le titre de Premier lord de la mer, assist� d�un secr�taire permanent.</p><p>Ce syst�me a fonctionn� avec une efficacit� certaine pendant le XIXe s. et les deux guerres mondiales. Le Board of Admiralty a disparu lors de la grande r�organisation de la d�fense, qui, en 1963, a pris acte de la primaut� navale am�ricaine, d�sormais indiscutable. Au si�cle dernier, l�Amiraut� constituait un v�ritable pouvoir dot� de biens propres (elle poss�dait en particulier la majeure partie des actions de l�Anglo-Persian Oil Company). Son influence a �t� souvent pr�pond�rante dans les d�cisions du gouvernement britannique.</p><p>A. L.</p><p>�Amm&#x101;n</p><p>Capitale de la Jordanie ; 520 000 hab.</p><p>environ.</p><p>La ville conserve le nom de Rabbath Ammon, ville principale des Ammonites, population s�mitique parente des H�breux et �tablie au-del� du Jourdain.</p><p>Embellie par Ptol�m�e II Philadelphe, qui l�avait rebaptis�e Philadelphia, et prosp�re � l��poque romaine, elle �tait tomb�e sous les coups des B�douins et n��tait plus qu�un champ de ruines au XIXe s., lorsque des Tcherkesses, r�fu-gi�s du Caucase, s�y �tablirent en 1878</p><p>et fond�rent sur les vestiges de la ville antique une modeste bourgade, qui comptait quelques milliers d�habitants � la fin de la Premi�re Guerre mondiale. C�est alors que l��mir Abdullah y �tablit en 1921 son quartier g�n�ral, avant d�en faire en 1928 la capitale de la Transjordanie.</p><p>L�existence de l�agglom�ration est li�e d�abord � la richesse de ses eaux.</p><p>Dans ce plateau transjordanien d�j� semi-aride (de 300 � 400 mm de pluies), une ville ne peut prosp�rer qu�avec des ressources suffisantes en eau. Celles-ci sont fournies par une tr�s grosse source r�surgente alimentant un cours d�eau p�renne, le seil �Amm&#x101;n, qui s��coule vers le nord-nord-est et constitue une des t�tes de la Zerqa�, qui va rejoindre, apr�s un coude brusque vers l�ouest, downloadModeText.vue.download 7 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>544</p><p>la vall�e du Jourdain. C�est l�, imm�-</p><p>diatement � l�aval des sources, que s�est d�velopp�e la cit�. Le site � une vall�e profond�ment encaiss�e dans un plateau diss�qu� par les nombreuses vall�es affluentes � �tait assez peu favorable � l�expansion d�une grande ville, que devaient g�ner rapidement des pentes raides. Mais la situation, elle, �tait �minemment favorable.</p><p>C�est en effet au nord de la barri�re de la mer Morte que se trouve la premi�re voie de passage transversale ouest-est, � travers l�escarpe orientale du foss� du Jourdain, conduisant de Palestine en Transjordanie, � la hauteur o� se situent obligatoirement les relations. Un itin�raire de rechange, tout proche, est contr�l� par la grosse bourgade d�Al-&#x1E62;al&#x1E6D;, qui �tait la principale agglom�ration du versant oriental du Jourdain � la fin de la Premi�re Guerre mondiale. Mais sa population, arabe et s�dentaire, plus ou moins d�-</p><p>pendante des tribus b�douines locales, avait accueilli assez fra�chement l��mir Abdullah, qui pr�f�ra s�installer chez les Tcherkesses d��Amm&#x101;n.</p><p>Dans le d�veloppement de la ville, des �pisodes d�cisifs furent constitu�s par les �v�nements politiques, qui, � deux reprises et � vingt ans d�intervalle, vinrent secouer la r�gion.</p><p>�Amm&#x101;n restait entre les deux guerres mondiales une capitale tr�s modeste, dont la population �tait estim�e � une vingtaine de milliers d�habitants. Elle ne comptait gu�re que 60 000 habitants en 1948.</p><p>L�arriv�e des r�fugi�s de Palestine lors de la naissance de l��tat d�Is-ra�l la porta � 108 000 habitants en 1952. �Amm&#x101;n, devenue d�s lors la capitale d�un �tat �tendu sur les deux rives du Jourdain, s�accrut rapidement, J�rusalem, coup�e en deux, ne pouvant faire figure de centre pour le nouvel �tat. La population atteignait 246 000 habitants en 1961 et 330 000</p><p>en 1966. Apr�s la guerre de juin 1967, on estime que 100 000 � 150 000 r�fu-gi�s se sont ajout�s � la population de la ville, qui devait d�passer en 1969 le demi-million d�habitants. D�s avant 1967, la proportion des habitants d��Amm&#x101;n n�s en Palestine �tait de</p><p>l�ordre de 50 p. 100. Cette situation n�a pas �t� sans cr�er des tensions internes entre les diff�rents �l�ments, d�autant plus qu�une partie des r�fugi�s vivaient encore dans des camps et qu�au total un quart de la population loge dans des habitats sommaires. Ces tensions ont d�g�n�r� en conflit ouvert en 1970</p><p>lorsque fedayin palestiniens et forces royales jordaniennes se sont affront�s violemment, d�truisant ou endomma-geant la majeure partie de la ville ; les combats ont fait des centaines de victimes dans la population.</p><p>X. P.</p><p>B J. M. Hacker, Modern �Amman, a Social Study (Durham, 1960).</p><p>ammoniac</p><p>Gaz � l�odeur caract�ristique, �cre, p�-</p><p>n�trante et suffocante, de formule NH3, utilis� comme fertilisant et pour la fabrication des engrais azot�s de grande consommation. (V. azote.)</p><p>Fabrication</p><p>Sa synth�se � partir d�hydrocarbures et d�azote atmosph�rique est aujourd�hui une sous-industrie commune du p�trole et de la chimie. Industrialis�e en Allemagne pendant la Premi�re Guerre mondiale, elle permet de passer par oxydation � l�acide nitrique et de remplacer les nitrates auparavant import�s.</p><p>Actuellement, la quasi-totalit� de l�ammoniac dans le monde est produite par synth�se � partir d�hydrog�ne d�origine p�troli�re et d�azote, r�action tr�s exothermique :</p><p>N2 + 3 H2 # 2 NH3 + 22 calories.</p><p>La production mondiale d�engrais azot�s est de 50 millions de tonnes par an, et la taille unitaire des usines d�ammoniac atteint 1 500 t par jour. Les trois �tapes successives de cette fabrication, dans le proc�d� int�gr�, sont la production de gaz de synth�se, sa purification et la synth�se proprement dite.</p><p>Production de gaz de synth�se</p><p>Les proc�d�s anciens de production d�hydrog�ne (gaz � l�eau ou �lectro-</p><p>lyse) ont fait place � la dissociation catalytique d�hydrocarbures gazeux ou liquides suivant la r�action g�n�rale accompagn�e de la r�action partielle CO + H2O # CO2 + H2.</p><p>Dans ce proc�d� dit � de steam-reforming � (reformage � la vapeur d�eau), le catalyseur, constitu� par du nickel sur un support en c�ramique, est plac� dans les tubes d�un four. L�op�ration est continue, le four �tant chauff� au gaz ou au fuel. L�hydrocarbure � dissocier (gaz naturel, butane ou essence) a �t� d�sulfur� au pr�alable afin de ne pas d�sactiver le catalyseur. Il traverse les tubes m�lang� � une quantit� triple de vapeur d�eau et, � 950 �C environ, subit une premi�re dissociation (reforming primaire). Dans un second four, constitu� par une cuve en ma�onnerie dans laquelle on injecte de l�air, se produit le reforming secondaire vers 1 100 �C : le rendement en hydrog�ne est am�lior�, et la proportion voulue d�azote est introduite dans le gaz de synth�se.</p><p>Purification du m�lange</p><p>Elle commence par la conversion catalytique du monoxyde de carbone CO</p><p>en gaz carbonique CO2 ; apr�s refroidissement partiel, le gaz de synth�se passe dans deux convertisseurs, le premier contenant des oxydes de fer et de chrome, le second un oxyde de zinc comme catalyseur. Le gaz carbonique est ensuite absorb� par un lavage avec une solution de mono�thanolamine ou de carbonate de potassium K2CO3, absorbant qui est r�g�n�r� par chauffage.</p><p>Les quantit�s subsistantes d�oxyde de carbone et de gaz carbonique sont converties en m�thane CH4 � l�aide d�un catalyseur � l�oxyde de nickel, suivant les r�actions :</p><p>CO + 3 H2 # CH4 + H2O ;CO2 + 4 H2</p><p># CH4 + 2 H2O.</p><p>Cette m�thanisation est suivie</p><p>d�un passage du gaz sur des tamis mol�culaires, produits absorbants qui retiennent l�humidit� (H2O). On peut</p><p>�galement s�parer cette derni�re par cryog�nie. Le gaz de synth�se passe enfin sur une colonne de rectification pour �liminer le m�thane, l�argon et surtout les traces d�oxyde de carbone, nocives pour la r�action finale.</p><p>Synth�se de l�ammoniac</p><p>Elle s�op�re entre 450 et 500 �C, en pr�sence de catalyseur � base d�oxyde de fer. Une pression �lev�e, entre 140</p><p>et 210 bars, est favorable � l��quilibre r�actionnel, alors qu�une temp�rature trop haute est d�favorable.</p><p>Le passage unique d�une quantit� d�termin�e de gaz de synth�se � travers le catalyseur ne permet de transformer qu�une fraction de l�hydrog�ne et de l�azote en ammoniac. Il est donc n�cessaire de recycler le gaz non r�agi apr�s s�paration de l�ammoniac form� dans le convertisseur.</p><p>Co�t du proc�d�. Le prix du mar-</p><p>ch�, de l�ordre de 1 000 F/t (1976), se r�f�re � de grosses unit�s de production � r�cup�ration de chaleur tr�s pouss�e avec production de vapeur d�eau utilis�e dans les turbines, qui entra�nent des compresseurs centrifuges. N�anmoins, il subsiste de nombreux probl�mes downloadModeText.vue.download 8 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>545</p><p>technologiques, dont la corrosion, qui exige l�utilisation d�alliages sp�ciaux, en particulier pour le four de reforming primaire, o� les tubes sont en acier inoxydable Cr/Ni.</p><p>Stockage</p><p>L�ammoniac anhydre liquide est stock� en bouteilles, citernes ou r�servoirs sous sa propre pression, qui est de 6,5 bars effectifs � 15 �C. Il se liqu�-</p><p>fie � � 33 �C sous pression atmosph�-</p><p>rique et est stock� � faible pression par autor�frig�ration.</p><p>Transport</p><p>Le transport de l�ammoniac liquide se fait par camions-citernes, par rail, par</p><p>barges fluviales, par mer en navires sp�ciaux et enfin par pipe-lines sous pression, m�thode la plus rentable pour les usines situ�es loin des centres de consommation. Aux �tats-Unis, un pipe-line d�ammoniac relie le Texas � l�Iowa (2 000 km), un autre la Louisiane au Nebraska (2 900 km), tandis qu�en U. R. S. S. on en construit un de 2 100 km, allant de Togliatti � Odessa.</p><p>L�ammoniac anhydre peut �tre utilis� comme produit azot� fertilisant directement le sol.</p><p>A.-H. S.</p><p>Les cr�ateurs de la</p><p>synth�se de l�ammoniac</p><p>Carl Bosch, chimiste et industriel allemand (Cologne 1874 - Heidelberg 1940). D�abord professeur � l�universit� de Heidelberg, il devint pr�sident de l�I. G. Farben. Il perfectionna le proc�d� Haber de synth�se de l�ammoniac et en obtint la r�alisation industrielle (1913). Prix Nobel de chimie en 1931.</p><p>Fritz Haber, chimiste allemand (Breslau 1868 - B�le 1934), professeur de chimie physique � l�universit� de Berlin. Apr�s avoir montr� qu�une r�action violente peut �tre l�origine d�une �mission d��lectrons, il parvint � r�aliser en 1910 la synth�se de l�ammoniac, en op�rant par voie catalytique sous tr�s forte pression. Prix Nobel de chimie en 1918.</p><p>Ammonites</p><p>C�phalopodes marins � coquille externe cloisonn�e, comme celle du Nautile actuel.</p><p>Le groupe, apparu au D�vonien</p><p>sup�rieur, est uniquement fossile.</p><p>Les Ammonites ne d�passent pas le Cr�tac� sup�rieur et s��teignent au Ma�strichtien.</p><p>Morphologie</p><p>et anatomie</p><p>La morphologie de l�animal lui-m�me est inconnue. Des observations r�-</p><p>centes laissent supposer que le nombre des bras chez les Ammonites �tait du</p><p>m�me ordre que chez les Dibranchiaux actuels, soit 8 ou 10. On ne sait rien d�autre sur la forme du corps.</p><p>L�organisation interne est res-</p><p>t�e inconnue jusqu�en 1967, date � laquelle H. Cloos et U. Lehmann ont fait conna�tre respectivement pour une forme du Permien et pour une forme du Lias les caract�res de la radula, sorte de langue arm�e de denticules corn�s existant chez les C�phalopodes et les Gastropodes. En 1967 �galement, U. Lehmann �tablit l�existence de la poche � encre chez un genre du Lias.</p><p>Cette poche a �t� observ�e depuis chez une forme cr�tac�e.</p><p>Coquille</p><p>La coquille, dans les conditions normales, est la seule partie de l�Ammonite qui se fossilise. Elle pr�sente de grandes analogies avec celle du Nautile actuel. Elle est divis�e par des cloisons en une succession de loges, ou chambres.</p><p>La derni�re loge, ou chambre d�habitation, est occup�e par l�animal, et on admet que celui-ci s�y tient dans la m�me position que le Nautile, c�est-</p><p>�-dire avec la r�gion ventrale dirig�e vers l�ext�rieur de la courbure de la coquille. L�animal est reli� � la premi�re loge par un tube creux, le siphon, qui traverse toutes les cloisons pour aller s�attacher au fond de la premi�re loge.</p><p>Toutes les loges, sauf la loge d�habitation, devaient �tre remplies, comme chez le Nautile, par de l�air montrant une composition un peu diff�rente de celle de l�air atmosph�rique.</p><p>L�allure g�n�rale de chaque cloison est celle d�un verre de montre � convexit� tourn�e vers l�avant (vers l�ouverture de la coquille), mais dont les bords montrent des ondulations plus ou moins compliqu�es. Les sutures sont les traces du raccord des cloisons avec la surface interne de la coquille ; elles reproduisent les ondulations du bord de la cloison. Les ondulations de la suture vers l�avant sont appel�es selles ; les ondulations vers l�arri�re sont les lobes.</p><p>Les caract�res des lobes et des selles permettent de diviser grossi�rement</p><p>les Ammonites en trois groupes : les Goniatites, au Primaire ; les C�ratites, au Trias ; les Ammonites � sensu stricto �, au Jurassique et au Cr�tac�.</p><p>Dans le premier groupe, selles et lobes sont sans d�coupures ; dans le deuxi�me, les lobes seuls sont d�coup�s ; dans le dernier, enfin, selles et lobes sont plus ou moins profond�ment d�-</p><p>coup�s. Il y a pourtant des exceptions � ce sch�ma trop simple, car, d�s le Permien, on conna�t quelques formes � sutures ammonitiques ; il y en a encore plus au Trias, et, inversement, au Jurassique et au Cr�tac�, on conna�t des Ammonites � sutures tr�s simples rappelant celle des C�ratites ou m�me des Goniatites. Il est n�anmoins certain que, vue dans son ensemble, l��volution de la suture des Ammonites au cours du temps se fait bien dans le sens Goniatite-C�ratite-Ammonite.</p><p>La forme de la coquille est tr�s vari�e. Le type le plus fr�quent est celui d�une spirale plus ou moins serr�e. Parfois, la coquille se d�roule, les tours cessant de se toucher. Si le d�-</p><p>roulement s�accentue, elle est simplement arqu�e ou m�me droite. Il arrive qu�elle s�enroule en h�lice ou combine chez un m�me individu divers types d�enroulement suivant l��ge.</p><p>La section des tours de la coquille est aussi variable que sa forme, et il en est de m�me de l�ornementation. Les coquilles sont plus ou moins compl�-</p><p>tement lisses ; certaines sont orn�es de stries, de c�tes, de tubercules, de piquants ou bien combinent entre elles ces divers �l�ments d�ornementation.</p><p>Aptychus</p><p>On appelle ainsi des pi�ces corn�es ou, plus g�n�ralement, calcaires, le plus souvent doubles. On trouve ordinairement les aptychus isol�s dans les s�diments, et leur vraie nature a �t� longtemps m�connue. On les a observ�s parfois dans des coquilles d�Ammonites fermant exactement l�ouverture, ou n�ayant pas de position pr�cise dans la chambre d�habitation. Les aptychus sont g�n�ralement consid�r�s comme des opercules fermant la coquille, mais ce n�est qu�une hypoth�se (vraisemblable), et leur r�le exact est inconnu.</p><p>Classification</p><p>des Ammonites</p><p>Jusque vers 1850, les pal�ontologistes se contentent de d�crire les multiples formes d�Ammonites, toutes r�unies alors sous le nom g�n�ral d�Ammonites, des noms particuliers �tant r�serv�s aux seules Ammonites � enroulement non spiral�.</p><p>Dans les derni�res d�cennies du</p><p>XIXe s., on commence � subdiviser le genre Ammonites en genres plus d�limit�s, et, actuellement, on compte plusieurs milliers de genres.</p><p>Cette m�me �poque voit l�appari-</p><p>tion des premi�res classifications de type �volutif (auparavant, elles �taient seulement morphologiques), classifications fond�es sur les hypoth�ses paling�n�siques, d�apr�s lesquelles l�ontog�nie d�un �tre vivant est la r�capitulation de la phylog�nie de la lign�e �volutive � laquelle il appartient. Pendant une cinquantaine d�ann�es, ces id�es ont �t� le fil directeur dans les essais de reconstitution de phylums.</p><p>Mais les classifications reposent sur une id�e tr�s diff�rente, celle de l��volution it�rative. Dans cette hypoth�se, les deux groupes stables � �volution tr�s lente que sont les Phylloceras, d�une part, et les Lytoceras, de l�autre, conservant � peu pr�s les m�mes caract�res du d�but du Jurassique � la fin du Cr�tac�, ont donn� � plusieurs reprises naissance � des rameaux distincts, � �volution rapide et dans lesquels la m�me �volution morphologique �</p><p>donc le m�me type d�ornementation</p><p>� a pu se produire ind�pendamment � plusieurs reprises au cours des temps g�ologiques. Ce sont ces id�es que refl�te le trait� de pal�ontologie des Invert�br�s publi� par Moore en 1957.</p><p>Une r�action s�est produite depuis contre un emploi trop exclusif de l��volution it�rative pour interpr�ter l�histoire phylog�nique des Ammonites, et on a tendance actuellement � rendre un r�le plus important � l�id�e d�j� vue de palingen�se.</p><p>Origine et</p><p>affinit�s des Ammonites Les Ammonites ont �t� longtemps</p><p>consid�r�es comme tr�s proches des Nautiles � cause de leur coquille externe cloisonn�e ; les d�couvertes r�-</p><p>centes concernant la radula et la poche � encre conduisent au contraire � les rapprocher des Dibranchiaux actuels (Calmars et Poulpes). La radula des Ammonites est en effet de m�me type que celle des Dibranchiaux et ne ressemble pas � celle du Nautile, dont les �carte aussi la pr�sence d�une poche � encre, absente chez ce dernier.</p><p>On suppose actuellement qu�Ammo-</p><p>nites et Dibranchiaux sont sortis au D�-</p><p>vonien d�un groupe de Nautilo�d�s, les Bactritidoe, pour �voluer ensuite ind�-</p><p>downloadModeText.vue.download 9 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>546</p><p>pendamment en deux rameaux s��cartant de plus en plus l�un de l�autre.</p><p>�volution</p><p>des Ammonites</p><p>Le rameau des Ammonites n�a pas �vo-lu� r�guli�rement. Entre son origine au D�vonien et son extinction � la fin du Cr�tac�, il a subi deux crises majeures, l�une � la fin du Permien, l�autre � la fin du Trias.</p><p>Au Permien moyen, on compte</p><p>douze familles d�Ammonites, chacune avec de nombreux genres. � la fin du Permien, il ne reste plus que deux familles, dont l�une s��teint au Trias inf�rieur sans descendants et dont l�autre est � l�origine de toutes les Ammonites triasiques. Ces derni�res vont devenir encore plus nombreuses que n��taient les Ammonites permiennes, mais, � la fin du Trias, au Rh�tien, tout cet ensemble dispara�t, et on ne trouve plus, de nouveau, que deux familles qui atteignent seules la fin de l��tage pour �tre l�origine de l��norme masse de familles, de genres et d�esp�ces que repr�sentent les Ammonites du Jurassique et du Cr�tac�.</p><p>En r�sum�, le d�veloppement du ra-</p><p>meau des Ammonites n�est pas simple et r�gulier comme on pourrait le penser � premi�re vue. Deux fois au cours de leur longue histoire, les Ammonites ont failli dispara�tre : d�abord � la fin du Primaire, puis � la fin du Trias.</p><p>Et chaque fois, � partir de rares survivants, le groupe s�est d�velopp� de nouveau en une extraordinaire vari�t� de formes et en un nombre immense d�individus.</p><p>J. S.</p><p>B R. C. Moore (sous la dir. de), Treatise on Invertebrate Paleontology (Boulder, Colorado, 1953).</p><p>amn�sie</p><p>F M�MOIRE.</p><p>amnistie</p><p>Institution du droit p�nal par laquelle, � certaines occasions, des infractions*</p><p>commises ne seront pas poursuivies ou des condamnations d�j� prononc�es seront effac�es.</p><p>Les divers types</p><p>d�amnistie</p><p>Cette indulgence est essentiellement d�ordre politique : l��tat estime opportun de faire l�oubli apr�s une p�riode troubl�e ou un av�nement (installation d�un nouveau chef d��tat, promulga-tion d�une nouvelle Constitution). La succession d�amnisties r�p�t�es �</p><p>quinze en vingt-cinq ans, de 1944 � 1969 � risque cependant d�affaiblir la puissance des interdits et de restituer une fausse virginit� judiciaire � des r�cidivistes.</p><p>On retrouve dans toute loi por-</p><p>tant amnistie un fonds commun de principes :</p><p>1o Les effets de l�amnistie sont d�ordre public ; par cons�quent, le juge saisi d�un dossier doit appliquer d�office la loi de pardon d�s que les conditions pos�es par elle paraissent s�appliquer � l�un ou l�autre des pr�venus ou des in-culp�s ; mais, en revanche, ceux-ci ne peuvent plus exiger la continuation des</p><p>poursuites pour b�n�ficier d�un �ventuel appel ou d�un pourvoi en cassation (il leur reste toutefois ouvert le droit de former un pourvoi en r�vision en vue de d�montrer leur innocence) ;</p><p>2o L�oubli d�cr�t� officiellement ne peut jamais faire �chec aux droits des tiers ;</p><p>3o La garantie de cet oubli est assur�e par l�interdiction de faire �tat de la condamnation amnisti�e dans un dossier ou un document quelconque, en dehors des minutes de jugement, d�arr�t ou de travaux historiques.</p><p>Pour obvier aux inconv�nients d�un octroi trop large ou trop fr�quent des amnisties, le l�gislateur dresse la liste des infractions qu�il veut � oublier �, �vitant ainsi � en principe � de couvrir les meurtres, les assassinats, les incendies volontaires, les attentats aux moeurs, les vols qualifi�s, les escro-queries et les abus de confiance. Il en a cependant �t� diff�remment en deux occasions exceptionnelles : la loi du 20 f�vrier 1953 applicable aux Fran-</p><p>�ais incorpor�s de force dans les formations militaires ennemies et le d�-</p><p>cret du 22 mars 1962 amnistiant toute infraction de participation ou d�aide � l�insurrection alg�rienne.</p><p>La liste des infractions auxquelles s�applique la loi constitue l�amnistie r�elle, qui b�n�ficie aux auteurs de ces infractions ainsi qu�� leurs complices quels qu�ils soient : majeurs, mineurs, fran�ais, �trangers, r�cidivistes. Pour des motifs tir�s de circonstances exceptionnelles, le l�gislateur prend parfois en consid�ration la situation des int�ress�s : c�est alors l�amnistie personnelle. On a ainsi retenu en 1919, en 1947 et en 1959 la qualit� d�ancien combattant, d�engag� volontaire, de bless�, de prisonnier, de d�port� ainsi que la qualit� de parent, de conjoint ou d�enfant des personnes appartenant aux cat�gories pr�c�dentes. Dans le cas d�amnistie personnelle, son b�n�fice ne s��tend pas aux coauteurs, complices et receleurs ; seul l�auteur principal attire sur lui l�indulgence l�gale.</p><p>Il est une forme peu d�fendable</p><p>d�amnistie personnelle lorsque la loi</p><p>subordonne l�avantage de l�amnistie au paiement des amendes. En effet, d�une part, on ne peut parler d�oubli total, mais plut�t de � pardon monnay� � ; d�autre part, les individus frapp�s d�une simple amende sont infiniment moins dangereux que ceux qui sont frapp�s d�emprisonnement, qui, eux, b�n�ficieront d�une amnistie gratuite.</p><p>La pratique a encore cr�� la gr�ce amnistiante. C�est la combinaison de l�amnistie, qui efface par une loi les condamnations, et de la gr�ce*, qui ne b�n�ficie qu�� des personnes individualis�es par un d�cret rendu soit par le pr�sident de la R�publique, soit par le Premier ministre. La gr�ce amnistiante, en principe, ne s�applique qu�aux individus d�finitivement condamn�s ; elle peut s��tendre soit aux seules infractions politiques ou militaires, soit aux crimes*, d�lits* et contraventions* de droit commun.</p><p>On a �galement imagin� l�amnistie judiciaire ; la loi d�cide alors que telle cat�gorie de d�linquants, condamn�s</p><p>� pour des faits commis ant�rieurement � une date d�termin�e � � une peine inf�rieure � un taux d�termin� ou affect�e du sursis, b�n�ficiera de l�amnistie. C�est donc en d�finitive le juge qui, en pronon�ant une peine inf�rieure ou sup�rieure au seuil fix� par le l�gislateur, d�cidera d�admettre ou de refuser le b�n�fice de l�amnistie.</p><p>Cette mesure tr�s individualis�e �vite d��tendre l�amnistie aux coauteurs et complices.</p><p>Les effets de l�amnistie</p><p>Selon l��tat de la proc�dure, l�amnistie �teint l�action publique ou efface la condamnation et, s�il y a lieu, arr�te l�ex�cution de la peine. Elle interdit aussi qu�on poursuive sous une autre qualification un fait amnisti�.</p><p>Effa�ant la condamnation, l�amnistie fait remise de toutes les peines principales, accessoires et compl�mentaires, et elle an�antit toute trace au casier*</p><p>judiciaire ; ainsi, la condamnation amnisti�e ne compte plus pour la r�cidive, ni pour la rel�gation, et elle laisse ouvert le droit au sursis pour une infraction ult�rieure. Par contre sont mainte-</p><p>nues les mesures de s�ret� attach�es � la condamnation : suspension, annulation ou retrait du permis de conduire, fermeture d��tablissement, interdiction d�exercer une profession, mesure d�expulsion frappant un �tranger et, en ce qui concerne les mineurs d�linquants, les mesures de r��ducation.</p><p>Ne sont pas non plus atteintes, en principe, par le b�n�fice de l�amnistie : 1o les sanctions professionnelles ou disciplinaires frappant par exemple les avocats, les officiers minist�riels, les fonctionnaires, agents de l��tat ou des collectivit�s, les �tudiants, pour �viter d��mousser l�autorit� hi�rarchique et le sens de la probit� ;</p><p>2o les radiations dans l�ordre de la L�gion d�honneur, sauf r�int�gration � solliciter du Grand Chancelier ; 3o les destitutions de grades, d�emplois ou d�office pour les militaires, les fonctionnaires, etc. (il y a cependant parfois r�ouverture au droit � pension).</p><p>L�amnistie ne saurait non plus supprimer les cons�quences civiles de l�infraction : ainsi, un divorce obtenu sur l�injure grave d�une condamnation du conjoint demeure acquis ; l�action civile d�une victime n�est pas affect�e pour l�obtention de dommages et int�-</p><p>r�ts ; la solidarit� garantissant l�ex�-</p><p>cution des r�parations p�cuniaires persiste entre les coauteurs et complices du m�me crime ou d�lit ; les obligations de remise en l��tat, de travaux ou de restitution au profit de la victime continuent � peser sur le condamn� amnisti�.</p><p>L�application des lois d�amnistie ressortit :</p><p>1o � la juridiction d�instruction ou de jugement si le d�linquant n�a pas encore �t� d�finitivement condamn� ; 2o � la juridiction qui a statu� en dernier lieu (chambre d�accusation s�il s�agit d�une cour d�assises ou d�un tribunal permanent des forces arm�es) lorsqu�il y a eu condamnation d�finitive.</p><p>Les d�bats ne sont pas publics ; ils ont lieu en chambre du conseil.</p><p>Quant � l�action civile, sont comp�-</p><p>tents pour statuer :</p><p>1o les instances civiles si la victime n�a pas encore port� son action devant la juridiction p�nale avant la promulga-tion de la loi ou s�il s�agit de mati�res criminelles ;</p><p>downloadModeText.vue.download 10 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>547</p><p>2o le tribunal correctionnel ou le tribunal de police s�ils ont �t� saisis, ant�-</p><p>rieurement � la loi d�amnistie, par une ordonnance de renvoi ou une citation, mais non au cas d�une constitution de partie civile.</p><p>M. L. C.</p><p>Amorion</p><p>(dynastie d�)</p><p>Dynastie byzantine qui r�gna de 820</p><p>� 867.</p><p>L�Empire byzantin, qui �tait tomb� en quenouille sous le gouvernement de la d�vote Ir�ne (797-802), fut remis sur pied par l��nergique empereur Nic�phore Ier, mais la mort de ce dernier dans un combat contre les Bulgares (juill. 811) donna le signal de nouvelles difficult�s. L�arm�e, m�contente de ses continuelles d�faites, d�pose ses deux successeurs et leur substitue un g�n�ral arm�nien, L�on V (813-820).</p><p>Le blocus de la capitale est bris�, le kh&#x101;n Krum refoul� et le danger bulgare �cart�. Bien qu�il ait jur� de d�fendre l�orthodoxie, L�on se montre � son tour hostile aux ic�nes et entreprend de ressusciter le mouvement iconoclaste.</p><p>Sa tentative se heurte � l�opposition farouche du parti iconophile, qu�il lui faut r�duire par la contrainte : en 815, un concile d��v�ques courtisans ordonne la destruction des images des saints. Mais, � la No�l 820, l�empereur est assassin� en plein office religieux et remplac� par un militaire presque inculte, Michel, dit le B�gue (820-829), originaire d�Amorion en Phrygie.</p><p>La r�action iconoclaste</p><p>Bien que peu favorable aux images, Michel met un terme aux pers�cutions et, dans un souci d�apaisement, interdit toute discussion sur le sujet. Des soucis ext�rieurs mobilisent d�ailleurs toute son attention. Un de ses anciens compagnons d�armes, le Slave Thomas, se proclame empereur, rassemble une grande arm�e et assi�ge Constantinople (821-822) : l�intervention des Bulgares l�oblige � lever le blocus et il tombe aux mains de son rival, qui le fait empaler (823). Vers la m�me �poque, les Arabes enl�vent la Cr�te et commencent la conqu�te de la Sicile.</p><p>Le fils de Michel, Th�ophile (829-842), souverain cultiv� et bon administrateur, r�pudie la politique tol�rante de son p�re et agit vigoureusement contre les partisans des images : il s�en prend particuli�rement aux moines, leurs fa-natiques d�fenseurs, et ne recule pas, � l�occasion, devant des actes de cruaut�.</p><p>Il n�en m�ne pas moins �nergiquement la lutte contre les Arabes, dont l�expansion n�est pas arr�t�e par de grandes victoires byzantines : en 831, Palerme tombe entre leurs mains et, en 838, le calife Mu�tasim s�empare m�me d�Amorion (auj. Sivrihisar), le berceau de la dynastie r�gnante.</p><p>Le redressement</p><p>de l�Empire</p><p>Apr�s la mort de Th�ophile, son</p><p>�pouse Th�odora assume la r�gence au nom de leur fils Michel III (842-867).</p><p>Consciente de l�essoufflement du mouvement iconoclaste, elle abandonne la politique intransigeante de son mari ; le concile de f�vrier 843 r�tablit solennellement le culte des images. C�est le triomphe de l�orthodoxie. La paix int�rieure restaur�e, l�Empire reprend aussit�t la lutte contre les Arabes et la secte des pauliciens, qui prosp�rait sur les confins orientaux. En 856, Michel III secoue la tutelle de sa m�re et prend le pouvoir. Il s�entoure de collaborateurs �minents : son oncle Bardas assure le gouvernement, et Photios pr�side aux destin�es de l��glise (858).</p><p>Le choix de ce dernier d�clenche une nouvelle crise religieuse : � l�int�rieur, sa nomination est contest�e par les partisans d�Ignace, son pr�d�cesseur d�-</p><p>pos� ; � l�ext�rieur, le pape Nicolas Ier refuse de reconna�tre la validit� de son</p><p>�lection. Ainsi commen�ait la grande lutte entre Rome et Byzance.</p><p>La guerre contre les Arabes est</p><p>conduite avec �nergie : Byzance perd la Sicile, mais reprend l�offensive en Asie Mineure, o� des succ�s �clatants rehaussent son prestige. L��glise byzantine s�emploie � introduire dans sa sph�re d�influence des peuples nouveaux : elle pr�pare la conversion des Russes, qui attaquent Constantinople en 860 ; les deux fr�res Cyrille et M�-</p><p>thode sont envoy�s, vers 863, �vang�-</p><p>liser la Moravie, et leur apostolat aura un tel retentissement qu�on les appellera les � ap�tres des Slaves � ; en 864, le prince Boris re�oit son bapt�me de Byzance, et un clerg� grec se charge de l�organisation de la jeune �glise bulgare. Mais la conversion des Bulgares, qui se tournent momentan�ment vers Rome, aggrave le conflit entre la papaut� et Byzance. Le concile de 867</p><p>excommunie le pape, qualifie le Saint-Si�ge d�h�r�tique, critique son immix-tion dans les affaires int�rieures de l��glise byzantine, et Photios envoie � ses coll�gues orientaux une encyclique o� il bl�me la doctrine et les usages de l��glise d�Occident. C�est la rupture.</p><p>Mais le coup d�audace du patriarche conna�tra un triste lendemain : le 23 septembre 867, le Mac�donien Basile assassine son protecteur Michel III et, devenu empereur, se r�concilie avec Rome. Photios est d�pos� � son tour. En d�pit de r�conciliations passag�res, la rupture de 867 sera d�finitive : Byzance ne devait plus tol�rer les pr�tentions universalistes de l��glise romaine, qui avait, au d�but du si�cle, r�pudi� l�universalisme politique de l�Empire byzantin.</p><p>P. G.</p><p>&#x25B6; Byzantin (Empire).</p><p>B J. B. Bury, A History of the Eastern Roman Empire from the Fall of Irene to the Accession of Basil I (802-867) [Londres, 1912]. / A. A. Va-siliev, Byzance et les Arabes, t. Ier : La dynastie d�Amorium (820-867) [Bruxelles, 1935]. /</p><p>F. Dvornik, le Schisme de Photios. Histoire et l�gende (�d. du Cerf, 1950).</p><p>amortissement</p><p>F AUTOFINANCEMENT, BILAN.</p><p>amp�re</p><p>Unit� d�intensit� de courant �lectrique.</p><p>D�finition l�gale</p><p>L�amp�re est l�une des six unit�s de base du syst�me m�trique d�cimal, appel�, par la Conf�rence g�n�rale des poids et mesures, syst�me international d�unit�s SI et rendu obligatoire en France comme syst�me de mesure par le d�cret no 61-501 du 3 mai 1961. Sa d�finition l�gale est celle qui fut approuv�e par la Conf�rence g�n�-</p><p>rale des poids et mesures en 1948 : l�amp�re est l�� intensit� d�un courant constant qui, maintenu dans deux conducteurs parall�les, rectilignes, de longueur infinie, de section circulaire n�gligeable et plac�s � une distance de 1 m�tre l�un de l�autre dans le vide, produirait, entre ces conducteurs, une force �gale � 2.10� 7 newton par m�tre de longueur �, le newton �tant la force qui communique � un corps ayant une masse de 1 kilogramme une acc�l�ration de 1 m�tre par seconde, par seconde.</p><p>D�termination</p><p>En pratique, celle-ci se fait en utilisant non des conducteurs rectilignes, mais des enroulements � spires multiples afin que la force plus grande puisse �tre mesur�e avec plus de pr�cision.</p><p>Partant de la force fix�e par convention dans la d�finition, on calcule la force entre les enroulements construits pour l�exp�rience lorsqu�ils sont parcourus par un courant dont l�intensit� est de 1 amp�re, ce qui suppose que l�on sache d�terminer leur forme et leurs dimensions g�om�triques ; la meilleure pr�cision s�obtient avec des sol�no�des cylindriques. Pour mesurer la force, on suspend l�un des enroulements au fl�au d�une balance, l�autre enroulement restant fixe et plac� de fa�on que la force soit verticale. Si la balance est en �quilibre en l�absence de courant, cet �quilibre est d�truit lorsqu�on lance le courant. On le r�tablit par une surcharge dont on d�termine ensuite la masse. Dans les meilleures exp�riences, cette masse est</p><p>de quelques grammes pour un courant de 1 amp�re. La force est le produit de cette masse par l�acc�l�ration due � la pesanteur. La valeur exacte de cette acc�l�ration doit �tre mesur�e sur place et est de l�ordre de 9,81 m/s 2.</p><p>La force �tant ainsi mesur�e, et la relation entre force et intensit� de courant pr�alablement calcul�e, on en d�duit la valeur de l�intensit� du courant en amp�res. Une telle mesure, qui ne fait appel qu�� la d�finition de l�amp�re et � la th�orie, sans se r�f�rer � aucun �talon �lectrique, est une mesure dite</p><p>� absolue �, et l�appareil utilis� est une balance de courant.</p><p>Cette mesure absolue est tr�s d�licate ; elle n�est effectu�e que rarement et par des laboratoires sp�cialis�s. On conserve son r�sultat sous la forme d��talons permanents, qui permettent de reproduire l�amp�re d�une fa�on plus �conomique et plus rapide. Ces �talons sont des �talons de r�sistance, en fil de manganine par exemple, et des �talons de force �lectromotrice, qui sont des �l�ments volta�ques tels que l��l�ment Weston. On sait mesurer en ohms une r�sistance par une mesure absolue. Si l�on envoie dans les enroulements de la balance de courant et dans une r�sistance connue R le m�me courant �lectrique d�intensit� I, la diff�rence de potentiel qui appara�t aux bornes de la r�sistance est le produit RI de deux facteurs mesur�s l�un et l�autre d�une fa�on absolue. On obtient donc, en volts, une mesure absolue de cette diff�rence de potentiel, permettant, par une simple comparaison potentiom�-</p><p>trique, d�assigner une valeur exacte de sa force �lectromotrice � un �l�ment downloadModeText.vue.download 11 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>548</p><p>volta�que, qui conservera ensuite cette valeur.</p><p>Les �talons de r�sistance et de</p><p>force �lectromotrice peuvent �tre conserv�s, transport�s ou compar�s � ceux d�autres laboratoires ; utilis�s conjointement, ils permettent de reproduire l�amp�re. Le Bureau inter-</p><p>national des poids et mesures compare p�riodiquement les �talons des principaux laboratoires d��talonnage �lectrique et assure l�uniformit� mondiale des mesures �lectriques dans les grands laboratoires avec une pr�cision meilleure que le millioni�me. La valeur assign�e � ces �talons nationaux et aux �talons du Bureau international d�coule d�une moyenne des r�sultats de quelques mesures absolues faites avec beaucoup de soin dans plusieurs pays du monde.</p><p>La conservation de l�amp�re au</p><p>moyen d��talons de r�sistance et de force �lectromotrice ne permet pas d�assurer une permanence parfaite de la valeur de ces �talons pendant plusieurs ann�es. Une autre m�thode pour conserver ou reproduire l�amp�re utilise la relation qui existe entre la valeur du champ d�induction B, cr�� en un point � l�int�rieur d�un enroulement conducteur parcouru par un courant continu, et la fr�quence de pr�cession du proton dans ce champ. Si l�enroulement conserve les m�mes dimensions g�om�triques, ce dont on peut s�assurer, il suffit de retrouver la m�me fr�quence, que l�on sait mesurer avec une pr�cision surabondante, pour �tre certain que l�intensit� de courant �lectrique a �t� reproduite avec la m�me valeur. Les protons que l�on utilise sont les noyaux des atomes d�hydrog�ne de l�eau contenue dans un ballon.</p><p>Avec une bobine auxiliaire, on produit momentan�ment un champ polariseur qui oriente les protons dans une direction perpendiculaire au champ B.</p><p>Ensuite, pendant quelques secondes, les protons � pr�cessionnent � dans le champ B � la fa�on d�un gyroscope et induisent un champ p�riodique dans une autre bobine auxiliaire ; la fr�-</p><p>quence induite est mesurable au millioni�me pr�s.</p><p>Si l�enroulement producteur du</p><p>champ B a une forme et des dimen-</p><p>sions permettant de calculer la valeur de B exprim�e en teslas, la fr�quence observ�e est 42,575 9 MHz/T.</p><p>J. T.</p><p>Amp�re</p><p>(Andr� Marie)</p><p>Physicien et math�maticien fran�ais (Lyon 1775 - Marseille 1836).</p><p>Sa vie</p><p>Son p�re, ancien n�gociant en soieries, exploite un petit domaine � Poley-mieux, pr�s de Lyon. Le jeune Amp�re est �lev� sans ma�tre, � la fa�on de l��mile de Jean-Jacques Rousseau.</p><p>D�une grande vivacit� d�esprit,</p><p>l�enfant manifeste tr�s t�t une curiosit� extraordinaire pour tout ce qui l�entoure. Parlant de lui, plus tard, il �crira : � Avant de pouvoir lire, le plus grand plaisir du jeune Amp�re �tait d�entendre des morceaux de l�Histoire naturelle de Buffon. Son p�re commence � lui enseigner le latin, mais, observant chez lui une exceptionnelle disposition pour les math�matiques (� treize ans, l�enfant compose un trait� sur les sections coniques), il entend la favoriser et lui procure tous les livres utiles. Le jeune homme lit avec avidit� tout ce qu�il peut en litt�rature, en philosophie et en math�matiques. Dou� d�une m�moire �tonnante, il conna�t bient�t, d�un bout � l�autre, les vingt-huit tomes de l�Encyclop�die.</p><p>Il accueille avec transport la R�volution de 1789, dont les id�es le plongent dans l�enthousiasme. Mais, apr�s avoir perdu sa soeur a�n�e, qui a eu une grande influence sur son enfance, il va subir une nouvelle et terrible �preuve : son p�re, qui a accept� imprudem-ment la charge de juge de paix pendant le soul�vement de Lyon contre la Convention, est traduit en 1793 devant le Tribunal r�volutionnaire et ex�cut�.</p><p>Andr� Marie tombe dans une pros-</p><p>tration qui, dira-t-il lui-m�me, � fri-sait l�imb�cillit� �. Mais la lecture de Rousseau, �veillant en lui la passion de la botanique, va le sortir de cette crise.</p><p>Enthousiaste et passionn�, Amp�re</p><p>s�adonne avec une m�me ardeur � la po�sie et � la musique. Il compose, entre autres, une pi�ce romantique dont les vers pr�figurent les M�ditations de Lamartine :</p><p>Tout passe ! C�est ainsi que la course des �ges</p><p>Sur les ailes du temps emporte nos beaux jours,</p><p>Qu�un ciel pur et serein se couvre de nuages,</p><p>Que l�absence succ�de aux plus tendres amours !</p><p>� Fanny ! C�est ici que mon �me</p><p>�perdue</p><p>Nourrira les chagrins dont je suis d�chir�.</p><p>J�y dirai tous les jours : � C�est l� que je l�ai vue !</p><p>En me disant adieu, c�est l� qu�elle a pleur� ! �</p><p>Malgr� les travaux vari�s qui</p><p>auraient pu l�absorber enti�rement, Amp�re n�ignore pas les passions de la jeunesse. L�histoire de son mariage est un vrai roman : il aper�oit un soir � la campagne une jeune fille blonde faisant un bouquet ; il ne l�a jamais vue et ne sait rien d�elle. Il n�en d�cide pas moins sur-le-champ de demander sa main. Et trois ans apr�s, en 1799, il �pouse cette Julie Carron, qui lui donnera un fils, Jean-Jacques, futur �crivain et acad�micien.</p><p>C�est en vue de ce mariage que le jeune Amp�re, sans fortune, doit choisir une profession. Il commence par donner � Lyon des le�ons particuli�res.</p><p>Puis, en 1801, sur l�intervention de quelques amis, il est nomm�, bien que sans dipl�me, professeur de physique � l��cole centrale de l�Ain � Bourg-en-Bresse. Mais la sant� de sa femme commence � d�cliner, et il doit se rendre seul dans cette ville. C�est l� que, tout en �crivant chaque jour � son �pouse, et tout en se livrant � d�int�ressantes exp�riences de chimie, il compose en 1802 ses Consid�rations sur la th�orie math�matique du jeu, ing�nieuse appli-</p><p>cation du calcul des probabilit�s.</p><p>Lalande, puis Delambre, lors de</p><p>leurs voyages d�inspection, remarquent la valeur exceptionnelle des travaux du jeune professeur, qui ne tarde pas � obtenir une chaire de math�matiques et d�astronomie au nouveau lyc�e de Lyon. Mais l�existence dans cette ville lui devient vite insoutenable, car la mort de sa femme, au moment m�me o� allait cesser leur cruelle s�paration, provoque en cet homme sensible un profond abattement. Il contractera en 1806 un second mariage qui ne lui apportera que des d�ceptions.</p><p>Propos� par Delambre, Amp�re ob-</p><p>tient en 1805 une place de r�p�titeur d�analyse math�matique � l��cole polytechnique. Il va d�s lors vivre � Paris, o� il fera une brillante carri�re de professeur. Il devient en 1808 inspecteur g�n�ral de l�Universit�, re�oit en 1809</p><p>une chaire de m�canique � l��cole polytechnique, enseigne en 1824 la physique au Coll�ge de France et professe m�me la philosophie � la Facult� des lettres, car sa science est universelle.</p><p>En 1806, il a �t� nomm� secr�taire du Bureau consultatif des arts et m�tiers, et, en 1814, l�Acad�mie des sciences l�a �lu dans la section de g�om�trie.</p><p>La fin d�Amp�re est assez mis�-</p><p>rable. Il est rest� pauvre, ayant toujours consacr� ses faibles ressources � la construction d�appareils. Sa fille Albine, mari�e � un officier alcoolique et endett�, finit par devenir folle. Lui-m�me est tomb� dans un demi-oubli.</p><p>Au cours d�un voyage d�inspection, Amp�re, �g� de soixante et un ans, us� par le travail et les soucis, tombe malade � Roanne. Il d�sire toutefois poursuivre sa tourn�e. Mais, arriv� � Marseille, il doit s�aliter. C�est alors qu�il adresse � un visiteur cette r�ponse admirable : � Ma sant� ? Il s�agit bien de ma sant� ! Il ne doit �tre question entre nous deux que des v�rit�s �ternelles, des choses et des hommes qui ont �t� funestes ou utiles � l�humanit�. � Il meurt le 10 juin 1836.</p><p>Son oeuvre</p><p>Les premiers travaux d�Amp�re se rapportent aux math�matiques, et si cet</p><p>aspect de son activit� est peu connu, mentionnons pourtant qu�un juge aussi qualifi� qu�Appell le comparait � aux plus illustres, aux Laplace, aux Lagrange, aux Monge, aux Hermite, aux Poincar� �. Au surplus, cette ma�trise dans l�analyse math�matique lui fournira l�outil n�cessaire � ses recherches ult�rieures.</p><p>Lorsqu�il est amen� � enseigner</p><p>la chimie, Amp�re s�adonne � cette science avec la m�me ardeur. Il adopte imm�diatement la th�orie atomique, qui lui permet d�expliquer les lois des combinaisons et de les lier aux r�sultats nouvellement �tablis sur la compressibilit� des gaz. D�s 1814, dans une lettre � Berthollet, il d�veloppe la c�l�bre hypoth�se (formul�e trois ans plus t�t, sans qu�il le s�t, par Avogadro*) selon laquelle tous les gaz renferment, � volume �gal, le m�me nombre de mol�cules.</p><p>Mais c�est en 1820 que se r�v�le son g�nie, lorsque, brusquement, il se tourne vers la physique. En quelques semaines, il va enti�rement cr�er une science nouvelle, aux cons�quences incalculables, et m�riter le titre de</p><p>� Newton de l��lectricit� �, que lui conf�rera Maxwell.</p><p>Le Danois OErsted* vient d�observer la d�viation de l�aiguille aimant�e au voisinage d�un courant �lec-downloadModeText.vue.download 12 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>549</p><p>trique ; personne ne peut expliquer ce curieux r�sultat. Devant l�Acad�mie des sciences, le 11 septembre 1820, Arago* r�alise cette exp�rience, qu�il a vu faire � Gen�ve. Aussit�t, Amp�re rentre chez lui, rue des Foss�s-Saint-Victor (l�actuelle rue du Cardinal-Le-moine), et se met au travail dans la modeste chambre qui lui tient lieu de laboratoire. Dans les huit jours, lui qui �tait absorb� la veille par l�alg�bre, la chimie, la psychologie, il donne � l�Acad�mie une note �tablissant la th�orie du ph�nom�ne. D�s lors, pendant plusieurs semaines, l�Acad�mie des sciences entendra, � chaque s�ance,</p><p>les nouvelles surprenantes de ce monde inconnu o� s�avance Amp�re avec la plus �tonnante promptitude. Celui-ci montre, dans l��lectricit� en mouvement, la source des actions magn�-</p><p>tiques. Il �tudie les actions r�ciproques des aimants et des courants, donnant la r�gle de cette d�viation par rapport � un observateur couch� dans le sens du courant. Il prouve que deux courants ferm�s agissent l�un sur l�autre, cr�ant en un mot toute l��lectrodyna-mique. D�s 1821, il �met l�hypoth�se que les mol�cules des corps sont l�objet de � courants particulaires � et que l�aimantation peut diriger, se montrant ainsi le pr�curseur de la th�orie �lectronique de la mati�re.</p><p>Toutes ces d�couvertes prennent leur aspect d�finitif dans son c�l�bre m�-</p><p>moire de 1827, � l�immortel ouvrage �, dira Henri Poincar� : Sur la th�orie math�matique des ph�nom�nes �lec-trodynamiques uniquement d�duite de l�exp�rience. Amp�re y cr�e jusqu�au vocabulaire de l��lectricit�, notamment les termes de courant (on disait alors conflit) et de tension.</p><p>Il comprend �galement quel im-</p><p>mense domaine d�applications s�offre � ses d�couvertes. Il imagine le galvano-m�tre, invente le t�l�graphe �lectrique et, avec Arago, l��lectroaimant. Enfin, en 1832, apr�s la d�couverte de l�induction par Faraday*, il fait construire � Hippolyte Pixii (1808-1835) la premi�re machine �lectrique � induction.</p><p>Entre-temps, il a donn� une nouvelle preuve d��clectisme avec ses Consid�-</p><p>rations philosophiques sur la d�termination du syst�me solide et du syst�me nerveux des animaux articul�s.</p><p>Sur la fin de sa vie, il entreprend une classification de toutes les connaissances humaines, l�Essai sur la philosophie des sciences, ouvrage qui restera inachev�.</p><p>Quelques mots sur Amp�re</p><p>� Son esprit immense �tait le plus souvent comme une mer agit�e ; la premi�re vague soudaine y faisait montagne ; le li�ge flottant ou le grain de sable y �tait ais�ment lanc� jusqu�aux cieux � (Sainte-Beuve).</p><p>� Jamais un esprit de cet ordre ne son-gea moins � ce qu�il y a de personnel dans la gloire. Pour ceux qui l�abordaient, c��tait un puits ouvert. � toute heure, il disait tout � (Sainte-Beuve).</p><p>� Amp�re, lui, toujours ardent dans ses doutes et dans ses croyances, nous fournit l�image d�une �me mystique et tourment�e, bien plus curieuse de sp�culations incontr�lables que de r�alit�s physiques, et pourtant capable d��difier un jour une th�orie physique in�branlable, d�une extraordinaire importance pratique. Les admirables travaux scientifiques d�Amp�re ne semblent presque que de brefs incidents, interrompant quelques instants le cours de sa pens�e m�taphysique, seule perp�tuellement active � (Marcel Brillouin).</p><p>L�homme</p><p>Une figure ronde et poupine, qu�encadre un collier de barbe, un nez trop court, des yeux globuleux de myope, des sourcils rares, tel est l�aspect d�-</p><p>bonnaire et lourdaud de notre homme.</p><p>Pourtant, quel feu int�rieur se r�v�le lorsqu�il est pris par une id�e ! Quand son int�r�t s�est fix� sur un sujet, Am-p�re sait s�abstraire de tout le reste.</p><p>C�est au compte de cette concentration de tout son �tre sur l�objet de ses recherches qu�il convient de mettre sa distraction l�gendaire : il lui arrive, au tableau noir, d�employer son �charpe pour effacer les signes trac�s � la craie et d�user du torchon en guise de mou-choir. Un jour, il ramasse un caillou dont il admire la couleur ; puis, pensant qu�il a un cours, il sort sa montre pour regarder l�heure ; press�, il glisse le caillou dans son gousset et jette la montre dans la Seine. Chacun conna�t aussi l�anecdote du savant courant apr�s un fiacre pour tracer sur le dos du v�hicule des formules math�matiques.</p><p>Candide et bon, profond�ment sensible, ouvert � tout ce qui est nouveau, soucieux du bonheur de ses semblables, Amp�re r�v�le son amour de l�humanit� en �crivant : � Je poss�derais tout ce que l�on peut d�sirer au monde pour �tre heureux, il me manquerait tout : le bonheur d�autrui. �</p><p>Quelques mots d�Amp�re</p><p>� Perfectionner moi-m�me et les hommes,</p><p>voil� l�id�e que j�ai toujours devant les yeux et fix�e dans mon esprit. Je ne veux ni travailler, ni sentir, ni composer qui ne vise l� ! �</p><p>� Quelle gloire attend celui qui mettra la derni�re pierre � l��difice de la physique moderne ; quelle utilit� ne doivent pas en esp�rer les arts les plus n�cessaires � l�humanit� ! �</p><p>� Heureux ceux qui cultivent une science � une �poque o� elle n�est pas achev�e, mais quand sa derni�re r�volution est m�re ! �</p><p>R. T.</p><p>B L. de Launay, le Grand Amp�re (Perrin, 1925).</p><p>amph�tamine</p><p>F PSYCHOTROPE.</p><p>amphibies</p><p>(op�rations)</p><p>Op�rations qui ont pour objet de d�barquer de vive force des unit�s terrestres sur un territoire c�tier occup� par l�ennemi.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Les op�rations amphibies sont aussi vieilles que la guerre. Au XVe s. av. J.-</p><p>C., le pharaon �gyptien Thoutm�s III lan�a de la mer plusieurs exp�ditions victorieuses contre la Syrie ; les Grecs, puis les Byzantins y excell�rent dans la mer �g�e. Les crois�s du Moyen �ge utilis�rent des navires de transport � fond plat appel�s huissi�res : gr�ce � une large porte (huis) m�nag�e dans la coque, les cavaliers pouvaient sortir � cheval du navire �chou� sur une plage.</p><p>Durant les deux guerres mondiales, les op�rations amphibies connurent des fortunes diverses. Si les Dardanelles (1915) demeurent l�exemple type de l��chec, la situation strat�gique n�e en 1940-1942 de l�occupation totale de l�Europe par Hitler comme de celle d�une grande partie du Pacifique par le Japon obligea les Alli�s � concentrer tous leurs efforts sur les op�rations de d�barquement : leur r�ussite �tait devenue la condition premi�re de la victoire. Aussi, les succ�s qu�ils obtinrent</p><p>de 1943 � 1945 en Italie, en France et dans le Pacifique demeurent-ils, par la qualit� technique et tactique de leur pr�paration et de leur ex�cution, des mod�les du genre. Une place de choix doit cependant �tre r�serv�e � la bataille des plages de Normandie, o�, du 6 au 8 juin 1944, 5 000 navires r�ussirent � mettre � terre 160 000 hommes.</p><p>Cet essor prodigieux des op�rations amphibies ne fut toutefois possible que par l�intervention d�un troisi�me �l�ment, l�aviation, qui apportait � la fois sa protection et la puissance consid�rable de son feu. Toute attaque amphibie est en effet une action de force dont le succ�s est conditionn� par un surcro�t de puissance appliqu� � un ennemi solidement retranch� et en possession de tous ses moyens. La priorit� fut toujours donn�e au d�barquement en � rase campagne �, la conqu�te des ports adverses n��tant envisag�e que dans un deuxi�me temps.</p><p>Sur le plan technique, la difficult� r�sidait d�abord dans la mise au point d�une gamme de moyens tr�s sp�cialis�s, qui comprenaient aussi bien des navires capables de d�barquer des troupes et du mat�riel que des v�hicules et des engins amphibies susceptibles d�assurer imm�diatement un appui de feu et le ravitaillement indispensable au soutien de l�action. C�est de cette double n�cessit� que sont n�s les b�timents sp�cifiques de d�barquement ainsi que la s�rie innombrable des v�hicules amphibies.</p><p>Les b�timents amphibies</p><p>de d�barquement</p><p>Le probl�me pos� par leur construction est particuli�rement complexe, puisqu�il faut concevoir un navire capable de d�verser sur une portion de c�te des unit�s combattantes qui, destin�es � �tre engag�es en mettant pied � terre, doivent disposer imm�diatement de tout leur armement, y compris leurs blind�s. L�id�al est donc de disposer de b�timents qui viennent s��chouer directement sur la plage et qui puissent downloadModeText.vue.download 13 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>550</p><p>d�barquer leur chargement presque instantan�ment. Le b�timent de d�barquement doit donc poss�der un certain nombre de caract�ristiques, notamment un fond plat pour permettre l��chouage, un faible tirant d�eau surtout � l�avant, une �trave ouvrante avec rampe ou porte rabattables. Un immense effort de construction fut accompli par les �tats-Unis, qui engag�rent de 1942 � 1945 plus de 20 000 navires de d�barquement de mod�les les plus divers.</p><p>Le transport du personnel</p><p>L�objectif final consiste toujours � mettre � terre des sections ou com-mandos d�infanterie pour conqu�rir une plage et ses abords imm�diats. Ces premi�res vagues emploient des petits chalands capables de se glisser entre les obstacles qui n�ont pas �t� d�truits par les bombardements pr�alables. Ce sont les LCA (Landing Craft Assault) de conception anglaise, engins bas sur l�eau et munis de moteurs � essence silencieux, ou les LCVP (Landing Craft Vehicle Personal) am�ricains, qui, plus robustes, peuvent emporter une jeep et sa remorque. Derri�re ce premier �chelon interviennent aussit�t les LCI (Landing Craft Infantry), qui transportent une centaine de combattants et sont �quip�s de passerelles sp�ciales mobiles, install�es de part et d�autre de l��trave.</p><p>Le transport du mat�riel</p><p>Il doit imp�rativement accompa-</p><p>gner celui du personnel. On emploie d�abord des petits chalands de 25 � 50 t de type LCM (Landing Craft Mecha-nized), qui peuvent d�barquer un char ou un camion GMC. Une fois la plage am�nag�e, c�est au tour des LCT (Landing Craft Tank) d�entrer en action. Le LCT, b�timent de 290 t, ou sa version fran�aise l�E. D. I. C. (Engin de d�-</p><p>barquement pour infanterie et chars), transporte neuf ou dix chars l�gers ou trois blind�s de 40 t.</p><p>Le transport des chalands de</p><p>d�barquement</p><p>Le probl�me le plus ardu consiste � amener tout ce mat�riel l�ger � pied</p><p>d�oeuvre. Pour y parvenir, les Am�ricains ont con�u en 1942 des navires de type tr�s particulier, le LST (Landing Ship Tank) et surtout le LSD (Landing Ship Dock), d�o� d�rive la version fran�aise du T. C. D. (Transport de chaland de d�barquement) de type Ouragan (1965). Les T. C. D. sont des b�timents de haute mer (5 800 t, 150 m) construits autour d�une cale immergeable, ou radier, pouvant communiquer par une porte avec la mer.</p><p>Ces navires peuvent emporter soit 2</p><p>E. D. I. C., soit 18 LCM, charg�s de chars, soit 1 500 t de mat�riel. Arriv�s � proximit� de la c�te, les T. C. D.</p><p>emplissent leurs ballasts : l�eau monte dans le radier, et il suffit d�ouvrir la porte pour permettre la sortie des LCT</p><p>ou LCM � la mer. Aujourd�hui, ces b�timents sont en outre am�nag�s en porte-h�licopt�res, ce qui a donn� aux �tats-Unis le type LPD (Landing Plat-form Dock), combinaison du LSD et du transport d�assaut. Les LPD, mis en chantier de 1960 � 1968, d�placent de 8 000 � 11 000 t et peuvent embarquer 900 fantassins des Marines, 2 000 t de fret, 6 h�licopt�res lourds et 9 LCM.</p><p>Dans la ligne de ces b�timents, qui forment l��l�ment de base des forces amphibies modernes, les Am�ricains ont con�u en 1968 un navire de 40 000 t, dit LHA (Landing Helicopter Assault), qui, aid� de deux LST, peut mettre � terre une force de 1 800 hommes avec tous leurs �quipements et leurs moyens de feu.</p><p>V�hicules et</p><p>engins amphibies</p><p>Cette famille de mat�riels rel�ve de deux conceptions diff�rentes. Pour les marins, ce ne sont que des moyens de d�barquement dou�s de certaines possibilit�s de d�placement � terre.</p><p>Pour les terriens, au contraire, il s�agit de mat�riels de combat aptes � franchir des fleuves, des bancs d�eau ou, �ventuellement, un bras de mer. De la premi�re conception rel�vent certains engins am�ricains, qui ne sont que de petits bateaux munis de grosses roues pneumatiques. Mais l�effort principal s�est port� sur les amphibies de type terrestre.</p><p>En 1944-45, les Alli�s utilisaient une jeep amphibie et surtout le DUKW</p><p>(Dual Utility Cargo Waterhome),</p><p>baptis� Duck (canard) par les soldats, qui n��tait autre que le camion GMC</p><p>de 5 t, autour duquel on avait install� une coque munie d�une h�lice et d�un gouvernail. � ces mat�riels � roues s�ajoutaient les blind�s amphibies (tels les Crabes et les Alligators, employ�s durant la guerre d�Indochine) et le LVT (Landing Vehicle Tracked) de 3 t, engin � chenilles et � aube, arm� d�un canon de 76 mm. Depuis la guerre, ces mat�riels ont �t� perfectionn�s, tels le bateau-camion BARC de 98 t, le char amphibie am�ricain ONTOS, le camion amphibie anglais STALWART</p><p>(12 t, 6 roues). Certains s�orientent vers l��quipement des blind�s pour franchir des gu�s profonds � l�aide d�un schnorchel et renoncent en fait � l�engin amphibie ; d�autres acceptent que le blind� soit rendu flottable apr�s une adaptation particuli�re (vessies gonflables, panneaux lat�raux), tel le canon automoteur britannique AB-BOTT ; d�autres enfin exigent des v�hicules qui flottent r�ellement, tels le</p><p>� M 113 � am�ricain employ� au Vi�tnam, les divers chars l�gers et transports de troupes � roues ou � chenilles sovi�tiques ou le v�hicule de combat amphibie d�infanterie fran�ais de 13 t (1969).</p><p>Ces derniers types de blind�s sont surtout con�us pour le franchissement des cours d�eau. Ils sont toutefois utilisables � la mer, au voisinage du rivage ou pour une courte travers�e. Leur propulsion est parfois assur�e par le seul effet des chenilles, au prix d�une faible maniabilit�, mais leur sortie d�eau, contre une berge abrupte, peut se r�v�-</p><p>ler difficile. Un amphibie particulier, dit � d�aide au franchissement �, sp�-</p><p>cialement con�u pour aborder, puis am�nager de telles berges, servira de soutien � ces mat�riels.</p><p>A. L.</p><p>Amphibiens</p><p>Classe de Vert�br�s munis de quatre pattes � cinq doigts, et qui se situent, dans la phylog�nie, entre les Poissons (plus anciens) et les Reptiles (plus r�cents). Les Amphibiens actuels �</p><p>3 300 esp�ces environ � comprennent trois super-ordres appel�s Caudata ou Urod�les (300 esp�ces), Apoda ou C�cilies (100 esp�ces) et Salientia ou Anoures. � la fin de l��re primaire ou pal�ozo�que ont v�cu des formes d�Amphibiens assez diff�rentes des es-p�ces actuelles : les Labyrinthodontes.</p><p>Des animaux</p><p>� � double vie �</p><p>Les Amphibiens, longtemps confondus avec les Reptiles, ont �t� isol�s de ces derniers par Alexandre Bron-gniart (1770-1847) sous l�appellation de Batraciens (du grec batrakhos, Grenouille). Le terme d�Amphibien, d� � Linn�, �voque la double vie (larvaire aquatique et adulte terrestre) que m�nent la plupart des repr�sentants de cette classe. Entre ces deux modes de vie se situe une transformation assez brutale, appel�e m�tamorphose ; celle-ci permet � l�organisme aquatique qu�est la larve, semblable � bien des �gards � un Poisson, de devenir un organisme terrestre, moins bien adapt� toutefois � ce nouveau mode de vie que ne le sont les Reptiles, les Oiseaux ou les Mammif�res. Cette m�tamorphose est tr�s importante chez les Anoures, qui perdent � l��tat adulte l�appendice caudal qui servait � la natation, et qui passent de l�alimentation microphage et herbivore du t�tard � l�alimentation carnassi�re de l�adulte.</p><p>Organes et fonctions</p><p>Peau</p><p>Comme chez tous les Vert�br�s, la peau des Amphibiens comporte un</p><p>�piderme pluristratifi�, recouvrant un derme l�che et bien vascularis�.</p><p>L��piderme est souvent r�duit � deux couches chez les larves aquatiques ; il s��paissit lors de la m�tamorphose, et les couches les plus externes, k�ratini-s�es, freinent la d�perdition d�eau par �vaporation. L��paississement constant de la zone corn�e superficielle et son usure, in�gale suivant les r�gions du corps, provoquent l�apparition de mues au cours desquelles elle est rejet�e.</p><p>Alors que le t�gument des Laby-</p><p>rinthodontes �tait arm� de plaques</p><p>dermiques �paisses, la peau des Amphibiens actuels est nue et comporte pour seuls phan�res : 1o des �cailles dermiques profondes, pr�sentes dans la queue des C�cilies, o� elles jouent probablement un r�le antid�rapant lors de la progression de ces animaux dans les terrains meubles ; 2o des formations �pidermiques corn�es tr�s localis�es : bec des t�tards, griffes de certains Crapauds aquatiques comme les Pipa, callosit�s pr�sentes sur le pouce, downloadModeText.vue.download 14 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>551</p><p>l�avant-bras ou l��paule des Anoures m�les pour maintenir l�embrassement lors de l�accouplement ; 3o des formations dentaires, toujours nombreuses et petites, servant soit, chez les t�tards d�Anoures, � r�duire en fines particules les plantes aquatiques dont ils se nourrissent, soit, dans les autres cas, � s�opposer � la fuite de la proie captur�e.</p><p>Il existe dans la peau des cellules glandulaires et des glandes ; certaines produisent un mucus, qui vient lubrifier et tenir humide la surface t�gumentaire, et qui, par les odeurs qu�il �met, joue �galement un r�le lors de l�accouplement chez nombre d�esp�ces ; d�autres s�cr�tent des substances venimeuses, qui ont un r�le protecteur � l��gard des animaux pr�dateurs se nourrissant d�Amphibiens. Le derme sous-jacent contient des cellules pigmentaires, appel�es chromatophores, dans lesquelles le pigment, suivant qu�il est r�-</p><p>parti de fa�on diffuse dans tout le cytoplasme ou concentr� en une masse peu �tendue, permet des changements de coloration. De nombreux Amphibiens ont des couleurs cryptiques, vertes, brunes ou sombres, qui les dissimulent aux yeux de leurs ennemis ; d�autres au contraire montrent des colorations heurt�es, mais dissimulatrices �galement par suite du ph�nom�ne de rupture de silhouette ; enfin, il existe, notamment chez les esp�ces � glandes venimeuses, des colorations pr�moni-trices, d�ailleurs souvent limit�es � la face ventrale de l�animal.</p><p>Squelette</p><p>D�une fa�on g�n�rale, le squelette des Amphibiens est l�ger, bien que solide, et son ossification reste partielle, notamment au niveau du cr�ne. Ce dernier est largement fen�tre, tant au niveau de sa base (fen�tre hypophysaire) que dans sa portion dorsale. Dans la r�gion occipitale s�ossifient deux condyles, qui s�articulent sur la premi�re vert�bre, modifi�e en atlas. Cette articulation, associ�e chez les adultes � la perte de la r�gion branchiale, aboutit � la formation d�un � cou �, et assure une certaine mobilit� de la t�te. Alors que, chez les larves, l�os carr� sur lequel s�articule la m�choire inf�rieure est reli� au neurocr�ne par l�interm�diaire de l�hyomandibulaire, chez les adultes c�est le squamosal, os dermique, qui se soude au carr�, tandis que l�hyomandibulaire devient le stapes (ou columelle) de l�oreille moyenne, laquelle n�est d�ailleurs d�velopp�e que chez les Anoures. Pr�maxillaire, maxillaire, vomer et dentaire peuvent porter des dents.</p><p>La colonne vert�brale se forme</p><p>par ossification enchondrale du corps vert�bral cartilagineux, dont la corde embryonnaire constituait la maquette.</p><p>Chaque vert�bre poss�de un arc neural soud� au corps vert�bral, et qui forme avec lui le canal neural contenant la moelle �pini�re. Les c�tes peuvent exister tout au long de la colonne vert�brale, y compris dans la r�gion caudale, mais on assiste � leur r�duction tant en nombre (notamment chez les Urod�les serpentiformes et de nombreux Anoures) qu�en taille. Les c�tes ne se soudent jamais au sternum. On observe une certaine souplesse de la colonne vert�brale chez les Urod�les qui rampent, alors que chez les Anoures adapt�s au saut se r�alise une ankylose des vert�bres, surtout dans la r�gion pelvienne, en m�me temps qu�une r�duction du nombre des �l�-</p><p>ments constituants.</p><p>Le squelette des membres est du</p><p>type t�trapode normal, avec un stylopode (hum�rus ou f�mur), un zeugo-pode (radius-ulna ou tibia-fibula) et un autopode complexe, portant quatre doigts � l�avant et cinq � l�arri�re. Le stylopode est orient� transversalement,</p><p>comme chez les Reptiles actuels ; il s�articule sur la ceinture (pectorale en avant, pelvienne en arri�re). La ceinture pectorale est, comme chez les Mammif�res, ind�pendante et du cr�ne et de la colonne vert�brale. L�ossification enchondrale fournit un � trois os distincts (scapula, coraco�de et proco-raco�de), tandis que les os dermiques, pr�sents chez les Amphibiens fossiles, ont disparu chez les Urod�les. Cette ceinture assure les larges zones d�insertion des muscles des membres. Chez les Anoures, les �picoraco�des, portions cartilagineuses non ossifi�es, se chevauchent ventralement (disposition arcif�re, comme chez les Crapauds), ou se soudent sur le plan m�dian (disposition firmisterne, comme chez les Grenouilles du genre Rana). La ceinture pelvienne est plus simple. Elle s�ossifie peu chez les Urod�les, le pubis restant souvent cartilagineux. Chez les Anoures, l�adaptation au saut a profond�ment alt�r� la ceinture, et les trois parties constitutives � ilion, ischion et pubis � s�ossifient ou se calcifient.</p><p>Musculature</p><p>La musculature pari�tale, encore tr�s largement segmentaire chez les Urod�les, acquiert des fonctions nouvelles chez les Anoures. La portion dorsale, qui permet la mobilit� lat�rale de la colonne vert�brale chez les formes aquatiques, se r�duit et assure la rigidit� de la charpente du corps. La portion ventrale se d�veloppe et tend � perdre tout r�le locomoteur, pour soutenir la masse visc�rale ventrale. En outre, la musculature pari�tale tend � perdre sa m�tam�rie. Dans la r�gion c�phalique, elle fournit, outre les muscles moteurs oculaires, la masse hypobranchiale, qui forme chez les adultes la partie charnue de la langue.</p><p>La musculature des membres appa-</p><p>ra�t, comme chez les Poissons, sous forme de deux masses, dorsale et ventrale, puis se diff�rencie pour assurer les mouvements complexes de la locomotion terrestre. � partir d�une disposition voisine chez les Urod�les et les Anoures primitifs, la musculature s�est diff�renci�e dans les deux groupes, pour assurer la marche chez les premiers, le saut chez les seconds.</p><p>Une tendance g�n�rale est le remplacement des muscles courts primitifs par des muscles plus longs.</p><p>Tube digestif</p><p>Le tube digestif est g�n�ralement court, car la plupart des Amphibiens sont insectivores et carnassiers ; seules les larves de nombreux Anoures ont une nutrition microphage, qui entra�ne de nombreuses modifications : au niveau pharyngien existe un syst�me de filtres internes pour retenir les particules alimentaires ; ce filtre rend quelquefois les branchies inutiles. Un v�lum assure � l�eau qu�avale le t�tard un mouve-downloadModeText.vue.download 15 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>552</p><p>ment giratoire qui propulse vers le filtre les particules nutritives en suspension.</p><p>Souvent, les l�vres sont pourvues de fines dents en r�pe, qui r�duisent en particules microscopiques les plantes aquatiques. L�intestin est tr�s long et enroul� en une masse volumineuse.</p><p>Chez les adultes, la denture est faible en g�n�ral, et n�assure que la r�tention des proies ; elle peut manquer chez de nombreux Anoures. La langue, qui se d�veloppe au moment de la m�tamorphose, est fix�e dans la r�gion ant�-</p><p>rieure du plancher buccal, et permet, par son extension et sa r�traction tr�s rapides, la capture d�Insectes englu�s dans le mucus qui la recouvre.</p><p>Appareil respiratoire</p><p>Les modes respiratoires sont tr�s va-ri�s chez les Amphibiens. Il existe une respiration branchiale chez les larves (subsistant chez les P�rennibranches n�ot�niques), une respiration pulmonaire chez les adultes, et une respiration cutan�e dans tous les cas. Cette derni�re peut m�me assurer tous les �changes, comme chez les Salamandres sans</p><p>poumons (Pl�thodontid�s). Il existe au plus trois paires de branchies chez les larves ; la cavit� buccale, jouant le r�le de pompe, entra�ne la circulation d�eau le long des lamelles branchiales. Chez les adultes, le poumon a encore une structure simple de sac, que des cloi-</p><p>sons p�riph�riques commencent � subdiviser. Les mouvements respiratoires sont semblables � ceux de la larve et se font par d�glutition d�air.</p><p>La r�gion bucco-pharyng�e a sur-</p><p>tout pour r�le d�assurer la r�gulation thermique par �vaporation et n�exerce aucune fonction respiratoire sp�ciale.</p><p>Le larynx est d�velopp� et les Amphibiens peuvent � chanter �. Ils le font en faisant passer rapidement l�air des poumons dans des sacs vocaux situ�s le plus souvent sous la gorge. La respiration cutan�e, fr�quemment pr�-</p><p>pond�rante, n�est possible que si la peau reste constamment humide. Cette n�cessit� explique en partie la r�partition g�ographique et l��cologie des Amphibiens.</p><p>Appareil circulatoire</p><p>Le passage de la vie aquatique � la vie terrestre entra�ne de profondes modifications de l�appareil circulatoire, notamment au niveau du coeur et des arcs aortiques*. La premi�re cavit� cardiaque (sinus veineux fusionn� avec l�atrium) se subdivise en deux oreil-lettes, la gauche, petite, recevant le sang h�matose venant des poumons, la droite, plus grande, recevant les veines caves. Le ventricule reste unique, mais le bulbe cardiaque se subdivise par une rampe interne, qui est l��bauche de la s�paration des circulations g�n�rale et pulmonaire. Des quatre paires d�arcs aortiques pr�sentes chez les larves d�Amphibiens, la premi�re (no 3 des embryons de S�laciens) devient l�arc carotidien, la deuxi�me devient l�arc aortique (qui a donc deux crosses), la troisi�me subsiste chez les Urod�les, mais dispara�t chez les Anoures ; la derni�re enfin devient l�arc pulmonaire, qui comporte en outre l�art�re cutan�e.</p><p>Le syst�me veineux est �galement modifi�, notamment par l�apparition des veines caves, qui viennent remplacer fonctionnellement les veines cardinales des Vert�br�s � respiration branchiale. Le syst�me lymphatique, complexe, comporte plusieurs</p><p>� coeurs � (jusqu�� 200 chez les C�cilies). Chez les Anoures se d�veloppent</p><p>de grands sinus (ou � sacs �) sous-cutan�s, dont le r�le est peut-�tre de freiner l��vaporation d�eau par la peau.</p><p>Le sang contient des globules rouges nucl��s parmi les plus volumineux qu�on connaisse (jusqu�� 100 � de diam�tre). La teneur en eau peut varier du simple au double au cours de l�ann�e.</p><p>L�hom�ostasie est tr�s imparfaite. Aux glandes endocrines pr�sentes chez les Poissons, il faut adjoindre les parathyro�des, qui r�glent la calc�mie, et qui proviennent de l�involution des poches branchiales larvaires.</p><p>Appareil excr�teur</p><p>Les reins des Amphibiens sont des m�son�phros. Chez les m�les, la portion ant�rieure du rein, segmentaire, perd son r�le excr�teur et devient l��pididyme, organe du tractus g�nital. L�urine est tr�s hypotonique au sang. Les quantit�s excr�t�es sont consid�rables, ce qui montre que les Amphibiens sont encore mal adapt�s � la vie terrestre. Il y a toutefois compensation, chez l�Amphibien � terre, de l�eau �vacu�e par les reins et de celle qui quitte la peau par perspiration. La vessie urinaire des Amphibiens n�est qu�une �vagination de la paroi cloacale ventrale.</p><p>Appareil g�nital</p><p>Chez la femelle, les ovaires ont la structure de sacs contenant des follicules ovariens simples. L��vacuation des ovocytes se fait par les canaux de M�ller, ou oviductes. Les pavillons sont tr�s ant�rieurs, et s�ouvrent au niveau des poumons ; en g�n�ral, les oviductes d�bouchent s�par�ment dans le cloaque. Les testicules du m�le sont des agr�gats d�ampoules spermatiques, downloadModeText.vue.download 16 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>553</p><p>dans chacune desquelles la maturation spermatog�n�tique a lieu synchroni-quement. Nous avons vu que la partie ant�rieure du rein (m�son�phros sexuel) se transforme en �pididyme ;</p><p>le canal d�f�rent est toujours le canal de Wolff, qui repr�sente donc un uro-spermiducte. L�ambivalence sexuelle des embryons de Vert�br�s est ici tr�s nette, notamment chez le Crapaud m�le, o� un organe paratesticulaire, dit � organe de Bidder �, repr�sente un ovaire abortif capable de se d�velopper apr�s castration de l�adulte.</p><p>Organes des sens</p><p>Le passage de la vie larvaire aquatique � la vie adulte terrestre retentit �galement sur les organes des sens.</p><p>Les larves (et quelques adultes rest�s aquatiques) poss�dent des organes de la ligne lat�rale analogues � ceux des Poissons ; ces organes d�tectent les ondes mobiles et sont consid�r�s comme un � tact � distance � ; ils disparaissent � la m�tamorphose. L�oeil se modifie �galement au moment du changement de milieu ; il acquiert des paupi�res et des glandes lacrymales ; la mise au point des images se fait par d�placement du cristallin, comme dans un appareil photographique.</p><p>L�oreille de la larve est comparable � celle des Poissons. Au moment de la m�tamorphose, il se forme une oreille moyenne munie d�un osselet, le stapes.</p><p>L�organe olfactif enfin est en g�n�ral fort complexe et peut comporter plusieurs chambres nasales, dont l�organe de Jacobson, ou organe vom�ro-nasal.</p><p>Chez les C�cilies, un tentacule exser-tile est li� � cet organe et permet l�analyse chimique des objets � palp�s �. Il existe en outre chez les Amphibiens des organes sensoriels gustatifs et cutan�s, que la m�tamorphose modifie apparemment peu.</p><p>Syst�me nerveux</p><p>Le syst�me nerveux des Amphibiens est assez primitif, notamment au niveau du cervelet, bien plus rudimentaire que celui des Poissons. Les h�misph�res c�r�braux sont encore des centres surtout olfactifs et ne comportent pas de formations corticales. C�est au niveau du toit optique, ou tubercules biju-meaux, que se situent les centres nerveux sup�rieurs responsables des comportements les plus complexes dont ces animaux sont capables.</p><p>Reproduction</p><p>Maturation des gam�tes et</p><p>accouplement</p><p>Chez les Amphibiens, les sexes sont s�par�s (animaux gonochoriques). Ils deviennent adultes un � quatre ans apr�s la m�tamorphose, suivant les es-p�ces, et surtout suivant les conditions climatiques. � l�exception des esp�ces des zones tropicales, les Amphibiens se reproduisent au printemps, le repos hivernal �tant n�cessaire � la maturation des gonades. Tr�s souvent, les g�-</p><p>niteurs vont � l�eau pour s�accoupler ; la f�condation est en g�n�ral externe. Il existe toutefois des Amphibiens � f�-</p><p>condation interne, notamment les C�cilies, et assez souvent aussi l�accouplement se d�roule en dehors du milieu aquatique. Si l�on choisit la Grenouille rousse de notre pays comme exemple, l�accouplement a lieu dans une mare, et le m�le capture une femelle en l�enserrant de ses bras ; c�est ce qu�on appelle l�amplexus. La sortie des ovules du cloaque de la femelle et leur passage sur les membres post�rieurs du m�le d�clenchent l�expulsion par ce dernier de sa laitance. La f�condation a lieu aussit�t.</p><p>D�veloppement</p><p>Le d�veloppement embryonnaire se d�roule � l�int�rieur des coques ovulaires. Sa dur�e est fonction de l��cologie des esp�ces : longue dans les eaux froides et calmes, courte chez les esp�ces qui utilisent pour pondre les mares temporaires li�es aux chutes d�eau saisonni�res. Le d�veloppement est en moyenne plus long chez les Urod�les, dont les larves, pr�datrices, doivent �tre pourvues � l��closion d�organes des sens efficaces et de syst�mes de locomotion et de pr�hension d�velopp�s pour la chasse ; chez les Anoures, au contraire, dont les larves � l��closion sont le plus souvent microphages, la sortie des coques ovulaires se produit bien plus t�t. Il s�ensuit que les Urod�les ont en g�n�ral des oeufs bien pourvus en vitellus, gros et peu nombreux, tandis que les Anoures ont des oeufs plus petits et plus nombreux.</p><p>M�tamorphose</p><p>La vie larvaire a une dur�e tr�s variable. Une s�rie de processus complexes, la m�tamorphose, permet de passer du mode de vie larvaire au mode de vie adulte. Tous les adultes sont downloadModeText.vue.download 17 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>554</p><p>pr�dateurs ; les Urod�les conservent la queue de la larve, alors que les Anoures la perdent. Pour ces deux raisons, la m�tamorphose est bien plus l�g�re et fugace chez les premiers, importante et parfois m�me catastrophique chez les seconds. Certaines esp�ces pondent des oeufs assez gros et riches de r�-</p><p>serves pour que tout le d�veloppement embryonnaire, le d�veloppement larvaire et la m�tamorphose elle-m�me puissent s�y d�rouler. De nombreux Amphibiens abandonnent leurs oeufs, mais d�autres leur pr�parent des nids qu�ils surveillent. Il existe m�me des</p><p>� nids vivants � ; les m�les des Rhinodermes, par exemple, abritent les larves dans leurs sacs vocaux ; d�autres, comme les Grenouilles marsupiales ou les Pipa, logent les oeufs dans des sacs qui apparaissent sur la face dorsale de la femelle. Les m�tamorphoses sont facultatives chez certains Urod�les, comme l�Axolotl ; elles manquent totalement chez les P�rennibranches, qui conservent toute leur vie le mode de vie aquatique de la larve.</p><p>�cologie et r�partition</p><p>g�ographique</p><p>Les Amphibiens sont poecilothermes ; leur m�tabolisme est tr�s faible et ne leur permet gu�re d��lever leur temp�rature interne au-dessus de celle de leur milieu. C�est dire que les Amphibiens sont incapables de survivre dans les zones de climat froid, puisqu�ils ne sauraient r�sister au gel. Dans les zones arctiques o� s�aventurent quelques Anoures, les adultes passent l�hiver soit dans des terriers assez profonds pour rester � l�abri du gel, soit dans les torrents dont les eaux rapides ne g�lent jamais. Mais les Amphibiens, nous l�avons vu, sont �galement incapables de r�sister au manque d�eau ;</p><p>leur peau nue, humide pour permettre les �changes respiratoires et assurer le refroidissement de l�organisme par perspiration, est un lieu continuel de perte d�eau ; leurs reins eux-m�mes sont incapables de r�cup�rer l�eau qui a filtr� au niveau des glom�rules de Malpighi. C�est pourquoi les Amphibiens sont �galement exclus des zones d�sertiques et ne subsistent que dans les r�gions �quatoriales, chaudes mais humides ; ils y recherchent le couvert v�g�tal ou deviennent fouisseurs comme les C�cilies. Les Urod�les sont surtout des animaux des climats temp�r�s froids de l�h�misph�re Nord ; les C�cilies habitent les r�gions tropicales humides o� subsiste la for�t dense ; les Anoures sont plus largement r�partis et existent dans toutes les zones �merg�es, Antarctique except�. Le nombre de leurs esp�ces diminue quand on va de l��quateur vers les r�gions polaires.</p><p>En Europe, deux esp�ces de Rana atteignent la toundra du nord de la Su�de ou de la Norv�ge.</p><p>�volution</p><p>Les groupes actuels d�Amphibiens ne sont pas connus avant le Trias, et leur �tude montre qu�il faut les consid�rer comme une faune relique. Au Carbonif�re existent des animaux bien diff�rents, les Embolom�res, qui offrent cette particularit� d��tre aquatiques (tout en poss�dant d�ailleurs, comme leurs anc�tres les Crossopt�rygiens, � la fois des branchies et des poumons), mais qui ont acquis le membre penta-dactyle des Vert�br�s t�trapodes. Ces animaux, probablement pourvus d�une queue aplatie lat�ralement et bord�e d�une nageoire, se nourrissent de Poissons et sont capables, apr�s l�as-s�chement de la mare temporaire qui les abrite, de la quitter pour en gagner une autre. La structure tourment�e de leur dentine, ou ivoire, leur a valu le nom g�n�ral de Labyrinthodontes. Ils se sont �teints au Trias, non sans avoir donn� les Rachitomes, les Phyllospon-dyles et les L�pospondyles. On pense que les seconds ont donn� Urod�les et Anoures, et les derniers les C�cilies.</p><p>Avant de dispara�tre, les derniers Labyrinthodontes, comme Seymouria du Permien, qui ont des caract�res interm�diaires entre Amphibiens et Rep-</p><p>tiles, ont donn� naissance aux Cotylosauriens, Reptiles primitifs qui sont � l�origine et de la lign�e sauropsidienne, conduisant aux Reptiles et Oiseaux actuels, et de la lign�e mammalienne, qui m�ne aux actuels Mammif�res.</p><p>Le sp�cialiste des</p><p>Amphibiens</p><p>Lazzaro Spallanzani, savant italien (Scan-diano, Italie, 1729 - Pavie, 1799), est l�un des fondateurs de la biologie moderne.</p><p>Apr�s des �tudes chez les J�suites de Reggio, il re�oit les ordres mineurs. Entr� � l�universit� de Bologne, il se prend de go�t pour les sciences naturelles et, d�sormais, se consacrera � la biologie. Il enseigne � Reggio, � Mod�ne et � Pavie.</p><p>Le premier, il �lucide exp�rimentalement le m�canisme de la reproduction chez les Amphibiens. Il accouple des Grenouilles femelles � des m�les rev�tus de petits cale-</p><p>�ons, afin de recueillir quelques gouttes de semence, dont ensuite il humectera des oeufs vierges, qui se d�velopperont.</p><p>Il r�alise ainsi au laboratoire la premi�re ins�mination artificielle. Il d�termine avec pr�cision les conditions de la f�condation chez les Amphibiens ; il montre le r�le de la gangue g�latineuse qui entoure l�oeuf ; il constate que la dilution de la semence ne diminue pas le pouvoir f�condant, alors que le filtrage sur papier le fait dispara�tre ; mais son pr�jug� oviste l�a emp�ch� de comprendre le r�le f�condant des animal-cules s�minaux qu�il a observ�s (1770). Il �tudie les actions de la temp�rature, de la cong�lation, des substances chimiques sur les oeufs et la semence. Il tente des hybridations vari�es d�Amphibiens. Vers 1770, il montre que l�exp�rience de Need-ham favorable � la g�n�ration spontan�e comportait une double cause d�erreur, et qu�elle n�avait donc aucune valeur. Reprenant les techniques exp�rimentales de R�aumur, il r�ussit la premi�re digestion artificielle. Ses recherches sur la respiration prouvent que tous les tissus absorbent de l�oxyg�ne et rejettent du gaz carbonique et que la respiration cutan�e chez les Amphibiens et les Reptiles peut �tre plus intense que la respiration pulmonaire.</p><p>A. T.</p><p>R. B.</p><p>&#x25B6; Anoures / C�cilies / M�tamorphoses / Urod�les.</p><p>B G. K. Noble, The Biology of the Amphibia (New York, 1931). / P. P. Grass� et C. Devil-lers, Pr�cis de zoologie, t. II : Vert�br�s (Masson, 1964). / H. W. Parker, Amphibia (Londres, 1969).</p><p>amphibiose</p><p>Fait, pour un organisme, d��tre amphibie, c�est-�-dire d��tre capable de vivre dans deux �l�ments. En g�n�ral, � amphibie � qualifie les animaux susceptibles de vivre aussi bien sur terre (ou dans l�air) que dans l�eau et, par extension, les plantes vivant partiellement ou temporairement hors de l�eau (semi-hydrophytes comme la Sagittaire). On peut distinguer des amphibies stricts et des amphibies successifs.</p><p>Les amphibies stricts</p><p>Ce sont ceux qui, � l��tat libre, passent � peu pr�s indiff�remment de l�eau � l�air et vice versa. Ils sont repr�sent�s par un grand nombre de Mammif�res : les Ornithorynques, Mammif�res primitifs australiens vivant par couples au bord des eaux, creusent un terrier dans les berges et nagent avec aisance en utilisant au mieux leurs mains et pieds palm�s ; les Pinnip�des (Otaries, Phoques, Morses) nagent � la surface de la mer, dans laquelle ils plongent fr�quemment pour chasser leurs proies, et progressent sur la terre ou la glace en rampant et en ondulant ; les Hippo-potames, herbivores, vivent partiellement immerg�s dans les eaux douces, dont ils sortent pour aller au pacage ; les Ondatras et les Castors habitent le bord des eaux et y creusent de profonds terriers.</p><p>Certains Oiseaux vivent aussi indiff�remment sur terre et dans l�eau, notamment les Manchots : sur terre, ils ont une attitude �rig�e et une marche plantigrade ; dans l�eau, ils peuvent s�immerger compl�tement et pratiquent � la perfection le vol sous-marin.</p><p>Parmi les Invert�br�s, citons des Crustac�s Isopodes, qui se tiennent soit dans l�eau des flaques et des ruis-selets, soit � l�air, sur l�argile humide</p><p>des berges, tels Titanethes albus (Slov�nie) et Bureschia bulgarica (Bulgarie). Dans le domaine �pig�, d�autres Isopodes, les Ligies, vivant en g�n�-</p><p>ral dans la zone sublittorale, peuvent p�n�trer et s�journer dans les petites flaques d�eau rest�es au creux des rochers. De m�me, certains Acariens hypog�s (Schwiebea cavernicola) se rencontrent indiff�remment sur la terre humide ou dans les nappes phr�atiques.</p><p>Les amphibies</p><p>successifs</p><p>Ce sont ceux pour lesquels le s�jour dans l�air ou dans l�eau est limit� � certaines p�riodes de la vie (reproduction), de la journ�e (recherche de nourriture) ou de l�ann�e.</p><p>Nous citerons d�abord comme tels des animaux normalement aquatiques ou a�riens subaquatiques qui viennent pondre � terre : quelques Reptiles (Tortues aquatiques, certains Crocodiles et Couleuvres) n�abandonnant l�eau que pour d�poser leurs oeufs dans le sable des plages ou dans des nids, et certains Oiseaux marins qui ne viennent � terre que pour pondre (Pingouins, Albatros, Puffins, Fous, etc.).</p><p>Sym�triquement, certains animaux a�riens ou terrestres sont oblig�s de pondre dans l�eau, car elle seule permet le d�veloppement des oeufs et des larves : beaucoup d�Amphibiens (Grenouilles, Crapauds, etc.), des Insectes de groupes divers (Odonates, Phryganes, Perlides, �ph�m�rides, bien des Dipt�res et quelques Col�op-t�res et L�pidopt�res) dont les adultes a�riens ont des larves aquatiques, quelques Col�opt�res (Dytiscides, Hydrophilides) � larves aquatiques dont les adultes aquatiques sont capables de vivre hors de l�eau, et, parmi les Crustac�s D�capodes, les Crabes terrestres (Geocarcinus, Uca, etc.) et certains Pagurid�s (les C�nobites et le Birgue, qualifi� de � Crabe des Cocotiers �).</p><p>downloadModeText.vue.download 18 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>555</p><p>D�autre part, certains animaux aqua-</p><p>tiques ou terrestres sont susceptibles, en certaines circonstances, d�abandonner temporairement leur milieu habituel. C�est ainsi que les Anguilles, en rampant sur le sol, changent d��tang, ou que des Crustac�s hypog�s (Coecos-pheroma, Stenasellus, Niphargus), en rampant sur l�argile humide de grottes � atmosph�re satur�e d�humidit�, �migrent de flaque en flaque, ou que des Col�opt�res aquatiques (Dytiscides, Hydrophilides) sortent de l�eau en volant pour aller d�une mare � l�autre.</p><p>Des Poissons font des incursions � terre � la recherche de nourriture : Clarias sort de l�eau la nuit dans les champs pour y manger du mil ; le P�riophthalme, qui progresse en b�quillant sur la vase de la mangrove au moyen de ses nageoires pectorales, peut pendant des heures chasser des proies dans des flaques d�eau sans profondeur ; l�Anabas, s�aidant de ses �pines anales et pr�operculaires pour grimper sur les buissons et les arbres bordant les cours d�eau, peut passer plusieurs jours dans les arbres en s�y nourrissant d�Insectes (on le qualifie de</p><p>� Perche grimpeuse �).</p><p>Citons aussi le cas d�animaux marins, dont certains, fix�s, sont � d�couvert � mar�e basse et doivent r�sister � l��mersion pendant de longues heures (�ponges, Actinies, Hydraires, Balanes, Patelles, Moules, Ascidies), alors que d�autres, errants, profitent du retrait de la mer pour courir sur le sable et dans les rochers (divers Crabes, notamment Pachygrapsus et Carcinides) ou pour s��lever dans les rochers au-dessus de la mer (Littorines).</p><p>D�autres �tres aquatiques peuvent supporter une longue �mersion cons�-</p><p>cutive au dess�chement du milieu : Mollusques Pulmon�s (Paludine, Pla-norbe, Pisidie), qui r�sistent au dess�chement estival de leurs mares en s�enfouissant dans la vase ; Poissons Dipneustes, qui, � l�abri dans un cocon de vase, sont capables de r�sister pendant plusieurs mois � l�ass�chement des mar�cages des r�gions tropicales.</p><p>Par ailleurs, certains animaux a�riens ou terrestres font de courtes incursions dans l�eau (soit en plongeant, soit �</p><p>fleur d�eau), essentiellement � la poursuite de nourriture : d�innombrables Oiseaux marins (Albatros, Cormorans, P�licans, Foulques, etc.) ; le Cincle, ou Merle d�eau, qui s�immerge enti�rement et court sous l�eau, quelle que soit la violence du torrent, � la recherche de proies aquatiques ; quelques Araign�es, comme le grand Dolomedes, qui, se tenant constamment au bord de l�eau, peut plonger sous l�eau, soit pour �chapper � un agresseur terrestre, soit le plus souvent pour saisir une proie aquatique entrevue.</p><p>Enfin, dernier cas tr�s particulier d�amphibiose, celui des animaux a�-</p><p>riens qui vivent sous l�eau et qui ne font des incursions hors de ce milieu que pour s�approvisionner en bulles d�air pour leur respiration, tels l�Argyron�te, avec sa cloche � plongeur, et certains Col�opt�res et H�mipt�res.</p><p>Amphibiose et</p><p>respiration</p><p>Les divers amphibies r�solvent diff�remment le probl�me de l�approvisionnement en oxyg�ne. Outre la respiration cutan�e, il existe deux types d�organes respiratoires, qui ne sont g�n�ralement capables d�absorber l�oxyg�ne que d�un seul milieu, air ou eau. Chez les animaux respirant dans l�eau, ces organes (branchies) saillent g�n�ralement � l�ext�rieur, alors qu�ils sont implant�s � l�int�rieur chez les animaux respirant de l�air atmosph�-</p><p>rique (poumons, trach�es).</p><p>Une branchie reste fonctionnelle aussi longtemps que sa surface est humide et que l�oxyg�ne est en contact avec sa surface. Chez les amphibies � respiration branchiale comme les Crabes terrestres, qui se tiennent pendant quelque temps hors de l�eau, cette exigence est remplie par un retour r�-</p><p>gulier dans l�eau et une vie a�rienne nocturne, qui �vite le dess�chement que produirait la chaleur du jour ; de plus, afin d��viter que les diverses lames branchiales n�adh�rent l�une � l�autre au contact de l�air, le bord de chacune d�elles est renfl�, formant un �cart entre elles. Dans le cas des Perches grimpeuses, les chambres branchiales sont munies de lamelles si-</p><p>nueuses, ou organes labyrinthiformes, qui lui permettent de respirer l�air atmosph�rique et de passer plusieurs jours hors de l�eau.</p><p>Chez les Insectes, on distingue : ceux qui ont des � branchies � sang �, comme beaucoup de larves de Tri-chopt�res et de N�vropt�res, et ceux dont les branchies pr�sentent un r�seau tr�s dense de trach�es, � branchies trach�ales �, dans lesquelles l�oxyg�ne dissous traverse les parois des branchies avant d��tre transmis aux trach�es remplies d�air, qui le conduisent vers les endroits o� il est n�cessaire.</p><p>Parmi les amphibies qui respirent de l�air (poumons ou trach�es), il faut distinguer ceux qui sont capables de pr�lever l�oxyg�ne dans l�air et ceux qui, de plus, sont en mesure de le pr�-</p><p>lever dans l�eau � l�aide de branchies.</p><p>Parmi les premiers, citons le Crabe des Cocotiers, qui, � terre, respire constamment de l�air atmosph�rique, et les animaux de moeurs plus aquatiques qu�a�riennes, qui pr�l�vent de l�air � la surface � chaque inspiration : tous les Pinnip�des, les Ch�loniens aquatiques, quelques Amphibiens comme la Grenouille verte, beaucoup d�H�mipt�res et de Col�opt�res, les larves de Moustiques.</p><p>En outre, beaucoup d�Insectes amphibies remplissent d�air une cavit� en surface (Dytiscides), dite � cavit� sous-</p><p>�lytrale �, qui fonctionne comme accu-mulateur d�air lors de la vie aquatique et comme protection contre l��vaporation lors de la vie terrestre, car tous les stigmates sauf un y d�bouchent.</p><p>Chez d�autres Arthropodes, l�air forme une couche � la face inf�rieure de l�animal, entre des soies courtes et denses (Hydrophiles, Punaises d�eau, Argyron�tes). Il existe alors une possibilit� d��changes gazeux entre la bulle d�air fix�e sur l�animal et l�eau ambiante. Ce genre de respiration par</p><p>� branchie physique � et syst�me ouvert de trach�es peut avoir des effets de longue dur�e. La � cloche � plongeur �</p><p>de l�Argyron�te, tiss�e sous l�eau, fonctionne de la m�me mani�re, car l�Araign�e la remplit d�air provenant de la surface.</p><p>Les amphibies qui poss�dent deux syst�mes respiratoires diff�rents (a�-</p><p>rien et aquatique) ont des poumons plus ou moins d�velopp�s en plus de leurs branchies. Les vaisseaux respiratoires capillaires qui se d�veloppent dans la paroi externe de la cavit� branchiale (cas du Crabe terrestre C�nobite) ont un effet de ce type. Chez les Poissons Dipneustes, il existe en g�n�ral � c�t� des branchies deux poumons, qui s�ouvrent dans l�oesophage. Chez des Crustac�s Isopodes (Ligie), on trouve, en plus des branchies, de v�ritables organes � respiration a�rienne accessoire (pseudotrach�es).</p><p>R. H.</p><p>B L. Cu�not, l�Adaptation (Doin, 1925) ; l��volution biologique (Masson, 1951). / F. Brocher, Observations et r�flexions d�un naturaliste dans sa campagne (K�ndig, Gen�ve, 1928). /</p><p>M. Prenant, G�ographie des animaux (A. Colin, 1933). / P. L. Portier, Physiologie des animaux marins (Flammarion, 1938). / H. Bertrand, les Insectes aquatiques d�Europe (Lechevalier, 1955 ; 2 vol.). / J. Dorst, les Migrations des Oiseaux (Payot, 1956). / G. E. Hutchinson, A Treatise on Limnology (Londres, 1957-1967 ; 2 vol.). / A. Vondel, Biosp�l�ologie (Gauthier-Villars, 1964). / W. K�hnelt, Grundriss der �ko-logie unter besonderer Ber�cksichtigung der Tierwelt (I�na, 1965 ; trad. fr. �cologie g�n�rale, Masson, 1969).</p><p>Amphineures</p><p>Terme employ� par von Ihering (1876) pour d�signer une classe de Vers dans laquelle, en raison de la disposition du syst�me nerveux, il pla�ait les Aplacophores et les Polyplacophores, animaux qui de nos jours forment deux classes bien caract�ris�es de Mollusques.</p><p>Polyplacophores,</p><p>Chitons ou Loricates</p><p>C�est un groupe assez uniforme de Mollusques marins � sym�trie bilat�rale, dont la face dorsale porte 8 plaques calcaires transversales successives, articul�es de fa�on � permettre l�enroulement du corps. Le pied, ventral, grand, adh�re puissamment aux rochers. Le manteau, en partie recouvert par les plaques, les d�borde largement pour former une zone marginale plus ou</p><p>moins �tendue, dure, �pineuse, � soies ou cirres : la ceinture. La face ventrale de cette ceinture est d�limit�e du pied, sur tout son pourtour, par la cavit� pall�ale, goutti�re o� les �pines sont dispos�es de l�avant vers l�arri�re, des deux c�t�s du pied. En avant du pied, le disque buccal, bien individualis�, est perc� en son centre de la bouche.</p><p>L�anus se situe � l�arri�re du pied. �</p><p>la bouche, d�o� �mergent lors de l�acte alimentaire les rang�es transversales de 17 dents port�es par le ruban radulaire, font suite un tube buccal, un oesophage, un estomac plus ou moins distinct et un intestin parfois fort long. Le syst�me nerveux, d�pourvu de centres nettement individualis�s, consiste en un anneau p�rioesophagien, d�o� partent vers l�arri�re de longs cordons nerveux � commissures transversales, ce qui lui conf�re des caract�res tr�s primitifs. C�est en effet un syst�me voisin de celui des Ann�lides. Les plaques abritent, sous le p�riostracum qui les rev�t ext�rieurement, un nombre plus ou moins grand de terminaisons sensorielles diff�renci�es en organes de vision, les esth�tes, o� manque le pigment, et les yeux, o� un cristallin surmonte parfois une couche de cellules pigmentaires. Ces yeux coquilliers peuvent �tre tr�s perfectionn�s. Les deux goutti�res pall�ales qui longent le pied de part et d�autre sont parcourues en permanence par un courant d�eau downloadModeText.vue.download 19 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>556</p><p>dirig� de l�avant vers l�arri�re. L�eau admise � la suite d�un l�ger soul�vement de la portion ant�rieure de la ceinture baigne les branchies.</p><p>Beaucoup de Chitons vivent sur des rochers tr�s battus ; ils se d�placent peu. Ils broutent surtout des algues.</p><p>Certains (Cryptoplacid�s), � plaques en grande partie recouvertes par le manteau, habitent les anfractuosit�s des blocs de coraux ; d�autres (Hanleyi-d�s, plusieurs L�pidopleurid�s et des Ischnochitons) vivent en eau profonde.</p><p>Ce sont des animaux � sexes s�par�s, � l�exception d�une forme hermaphrodite. On a reconnu la production par</p><p>les m�les de gamones qui d�clenchent la ponte des femelles. Les oeufs sont abandonn�s au gr� des courants ou fix�s aux roches.</p><p>Aplacophores, ou</p><p>Sol�nogastres</p><p>D�allure vermiforme, de petite taille, ces animaux ont �t� d�couverts par Lov�n (1841), qui les consid�ra comme des Holothuries en raison de leur t�gument �pineux. Ce sont des Mollusques � sym�trie bilat�rale et corps presque cylindrique, d�pourvus de coquille, ayant une t�te distincte ; un profond sillon s�pare le manteau du pied (ce sillon fait d�faut dans l�ordre des Cau-dofoveata). Le tube digestif d�bute par un vestibule pourvu de cirres, qui pr�-</p><p>c�de la bouche. En arri�re de celle-ci, il existe souvent une radula, constitu�e par de petites dents de types tr�s divers.</p><p>L�intestin, droit ou presque, d�bouche dans une cavit� anale post�rieure. La respiration s�effectue par des branchies (ct�nidies) qui �mergent de la cavit�, ou par la paroi de celle-ci.</p><p>Le syst�me nerveux est de type</p><p>ann�lidien. D�une masse c�r�bro�de partent vers l�arri�re deux paires de longs cordons nerveux, reli�s par des commissures transversales. L�appareil reproducteur, assez simple, se complique souvent de stylets copulateurs.</p><p>Les sexes sont presque toujours s�pa-r�s. La comparaison du coelome et des conduits �vacuateurs sugg�re que les Aplacophores ont eu pour anc�tre une forme de Polyplacophore. La d�rivation aurait lieu par enroulement des bords du manteau et r�duction du pied (N�om�niens), lequel a finalement disparu (Cristallophrissonid�s).</p><p>Les Aplacophores, r�pandus de</p><p>l�Arctique � l�Antarctique, vivent dans la vase, � des profondeurs allant de quelques m�tres � plus de 4 000 m, et aussi sur des Zost�res ou des Coelent�r�s, qu�ils broutent. Certains Aplacophores doivent se nourrir de micro-organismes.</p><p>A. F.</p><p>B E. Fischer-Piette et A. Franc, � Classe des Aplacophores. Classe des Polyplacophores �, in</p><p>P. P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. V, fasc. 2 (Masson, 1960). / A. M. Yakovleva, Shell-Bearing Mollusks (Loricata) of the Seas of the U. S. S. R. (J�rusalem, 1965).</p><p>Amphioxus</p><p>Nom usuel donn� � une douzaine d�es-p�ces r�pandues dans le monde entier et constituant l�embranchement des C�phalocord�s, ou Acraniens. On r�unit C�phalocord�s et Tuniciers dans le groupe des Procord�s.</p><p>L�esp�ce commune des c�tes de</p><p>France, Branchiostoma lanceolatum, est un animal de 5 � 6 cm de long, qui vit enfonc� dans le sable en position presque verticale, la partie ant�rieure seule �mergeant dans l�eau libre. Les</p><p>� sables � Amphioxus � se trouvent dans l��tage infralittoral, entre 15</p><p>et 40 m de profondeur. Le corps de l�Amphioxus est d�pigment� et effil� aux deux bouts. L�extr�mit� ant�rieure se termine par un rostre, au-dessous duquel s�ouvre la bouche. La face ventrale porte l�orifice de la cavit� p�ri-pharyngienne, ou atriopore, et l�anus.</p><p>Il existe trois nageoires : une dorsale, une caudale et une ventrale.</p><p>On peut, en observant l�Amphioxus par transparence, voir son organisation interne. Le trait le plus frappant est l�existence de bandes musculaires, ou myotomes, dispos�es m�tam�riquement d�un bout � l�autre du corps, et ayant la forme de chevrons avec la pointe dirig�e vers l�avant. En position dorsale, la corde est une sorte de baguette �lastique � consistance cartilagineuse, annon�ant le squelette des formes plus �volu�es. Le syst�me nerveux, situ� imm�diatement en dessus, est un tube creux � parois �paisses.</p><p>En avant, il ne pr�sente pas de cerveau, mais un simple �largissement de la cavit�, qui constitue la v�sicule c�r�brale. Les organes des sens sont rudimentaires. Une tache pigmentaire a peut-�tre un r�le visuel.</p><p>L�appareil digestif s�ouvre par la bouche, qui est entour�e de tentacules ou cirres buccaux. La bouche donne acc�s � une cavit� ferm�e partiellement en arri�re par un v�lum, qui la s�pare du pharynx. Celui-ci est un tube rigide, perc� de nombreuses fentes</p><p>branchiales, au nombre de 180 paires environ, qui le font communiquer avec la cavit� p�ribranchiale. Dans son plan m�dian, le pharynx est occup� par deux goutti�res pourvues de cellules cili�es ; l�une, dorsale, est la goutti�re �pipharyngienne ; l�autre, ventrale, est l�endostyle. Au pharynx fait suite l�oesophage, qui envoie vers l�avant et � droite un diverticule, ou caecum.</p><p>L�appareil digestif se termine par l�intestin. Comme chez les autres Procord�s, l�alimentation est de type microphage. Un courant d�eau cr�� par les cils qui tapissent la paroi du pharynx apporte les aliments : Diatom�es, Protozoaires, d�bris v�g�taux. Alors que l�eau quitte le pharynx par les fentes branchiales pour gagner la cavit� p�ri-pharyngienne, d�o� elle sort par l�atriopore, les aliments sont englu�s par un mucus qui est s�cr�t� par les cellules de l�endostyle, et ils sont pouss�s dans la goutti�re �pipharyngienne. Ils forment l� une sorte de boudin, qui passe dans l�oesophage, puis dans l�intestin, o� a lieu la digestion.</p><p>Au cours du d�veloppement em-</p><p>bryonnaire, la cavit� coelomique est compartiment�e en divers �l�ments, dont les plus importants sont situ�s de chaque c�t� de la partie dorsale du pharynx. Il existe aussi ventralement, et de chaque c�t� du corps, un coelome g�nital, dans lequel se trouvent log�es les glandes g�nitales m�tam�ris�es, au nombre de 26 paires. Les sexes sont s�par�s, mais les m�les et les femelles sont semblables ext�rieurement. Lors de l��mission des gam�tes, les glandes g�nitales font saillie dans la cavit� p�-</p><p>ribranchiale, et, par rupture des parois, les gam�tes sont rejet�s � l�ext�rieur.</p><p>La f�condation a lieu dans l�eau de mer. L�oeuf donne une larve, qui passe par les stades de blastula puis de gastrula, avant d�aboutir � des stades qui rappellent ceux des Vert�br�s, en particulier par le destin du m�soderme, form� de v�sicules, dont chacune fournit une partie du coelome et un segment musculaire. L�appareil circulatoire est clos. Il n�y a pas de coeur bien d�limit�, et le sang ne renferme pas de cellules sanguines.</p><p>Depuis Kovalevski (1867) et Willey (1894), l�Amphioxus a �t� tr�s �tudi�,</p><p>car on a cru voir en lui un anc�tre direct des Vert�br�s, et on a recherch� toutes les homologies possibles entres ces deux groupes. Mais les caract�res communs que l�on peut d�celer, tels que corde, syst�me nerveux dorsal, myotomes, permettent seulement de rattacher l�Amphioxus � l�ensemble des Cord�s. Dans le d�tail les homologies sont � peu pr�s impossibles. Ainsi il manque � l�Amphioxus les glandes endocrines des Vert�br�s.</p><p>D�autres auteurs consid�rent l�Amphioxus comme un Vert�br� primitif ayant subi des modifications r�gressives par suite de son mode de vie.</p><p>Mais il est plus vraisemblable que l�Amphioxus repr�sente un rameau parall�le � celui des Vert�br�s, ayant simplement avec ceux-ci un tronc ancestral commun.</p><p>Aleksandr Onoufrievitch</p><p>Kovalevski</p><p>Embryologiste russe (Dvinsk [auj. Daou-gavpils], Russie, 1840 - Saint-P�tersbourg 1901). Fr�re du pal�ontologiste Vladimir Onoufrievitch Kovalevski (1842-1883), il fait des �tudes zoologiques � Saint-P�-</p><p>tersbourg, Heidelberg et T�bingen, et enseigne aux universit�s de Kazan (1868), de Kiev (1870) et d�Odessa (1874 � 1890) ; il obtient la direction de la station zoologique de S�bastopol, ce qui facilite ses recherches ; en effet, pour r�colter son mat�riel, il fait des s�jours sur les c�tes de Sardaigne, � Marseille et � Villefranche-sur-Mer. Ses travaux embryologiques int�-</p><p>ressent diff�rents groupes d�Invert�br�s ; ils �clairent de nouveaux rapports entre downloadModeText.vue.download 20 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>557</p><p>eux et les Vert�br�s. Le savant montre que, malgr� leur structure, les Tuniciers sont des Cord�s (1868-1871) ; le d�veloppement des Ascidies rappelle celui des C�phalocord�s (Amphioxus) ; la classe des Appendiculaires (Tuniciers) renferme une famille et un genre qui lui sont d�di�s. Le savant d�crit une pharyngotr�mie chez les Ent�-</p><p>ropneustes (Balanoglosse) ; une double</p><p>rang�e d�orifices branchiaux sur le pharynx permettent � celui-ci de jouer un r�le respiratoire, d�o� le nom d�Ent�ropneustes.</p><p>Chez la Bonellie, un �chiurien, Kovalevski montre que les pr�tendus parasites, identifi�s comme tels par Lacaze-Duthiers, sont en r�alit� les m�les de cet animal, dont la d�termination du sexe d�pend des conditions du d�veloppement. Il est un des fondateurs des Annales du mus�e d�histoire naturelle de Marseille.</p><p>A. T.</p><p>R. D.</p><p>Amphipodes</p><p>Groupe de Crustac�s sup�rieurs, comprenant des formes marines et d�eau douce, de taille g�n�ralement inf�-</p><p>rieure � 2 cm, et dont le corps arqu� est comprim� lat�ralement, du moins chez les formes typiques comme le Gammare et le Talitre. Les Amphipodes constituent un ordre voisin de celui des Isopodes.</p><p>Le Gammare (Gammarus pulex),</p><p>ou Crevette d�eau douce, fr�quente les eaux calmes et a�r�es, o� il nage avec agilit�, sur le c�t� ; on rencontre souvent des couples, le m�le, un peu plus grand, tenant la femelle entre ses pinces.</p><p>La t�te est soud�e au premier segment du thorax ; elle porte deux yeux compos�s sessiles, deux antennules et deux antennes ainsi que les pi�ces buccales, auxquelles s�ajoutent les deux maxillip�des soud�s par la base. Le thorax montre sept segments libres ; � la base de chaque patte, une plaque coxale prolonge le corps sur le c�t� et contribue � donner au corps sa forme comprim�e ; les appendices thoraciques, ou p�r�iopodes, se r�partissent en deux groupes : les quatre ant�rieurs sont dirig�s vers l�avant (les deux premiers, pr�hensiles, se terminent par une pince et sont appel�s gnathopodes), les trois autres, dirig�s vers l�arri�re, permettent la fixation de l�animal � un support et se rel�vent pendant la nage.</p><p>L�abdomen, avec six segments et un telson r�duit, prolonge insensiblement le thorax ; par ses d�tentes, il joue un</p><p>r�le actif dans la nage ; il porte six paires de pattes dirig�es vers l�arri�re, les pl�opodes.</p><p>Les mouvements continuels des</p><p>pl�opodes renouvellent l�eau autour des cinq paires de branchies, fix�es � la base des p�r�iopodes, sous les plaques coxales. Le Gammare se nourrit de d�bris organiques vari�s. Les oeufs se d�veloppent dans une cavit� incubatrice, d�limit�e, sous le thorax, par des plaques d�pendant des p�r�iopodes, les oost�gites ; apr�s leur �closion, les jeunes, d�j� semblables aux adultes, restent quelque temps sous le corps de la m�re.</p><p>Si la morphologie peut para�tre assez uniforme, la biologie des Amphipodes r�v�le une grande vari�t�.</p><p>On conna�t quelques formes dul�aquicoles ; Gammarus pulex, des eaux claires et bien oxyg�n�es, est la plus caract�ristique et la plus fr�quente ; Niphargus, aveugle et d�pigment�, se rencontre dans les eaux souterraines.</p><p>Sur les plages abondent les � Puces de mer � (Talitrus, Orchestia), se rassemblant sous les algues laiss�es par la mer ou fouissant le sable � mar�e montante ; leurs bonds agiles r�sultent de la d�tente de leur abdomen ; elles peuvent supporter des variations importantes de salinit� et s��loigner quelque peu du rivage, gr�ce � leur r�sistance � l��mersion. Les Corophium vivent dans le sable vaseux et y construisent un tube en l�agglom�rant par une s�cr�tion de leurs glandes glutinif�res.</p><p>Dans les algues, on trouve diverses esp�ces de Gammares et les �tonnantes Caprelles, au corps gr�le et � l�abdomen r�duit et d�pourvu d�appendices ; par homochromie, elles s�harmonisent remarquablement avec le milieu.</p><p>Chelura terebrans creuse des galeries dans les bois flott�s et les pilotis, et ses d�g�ts sont redout�s.</p><p>La � Crevette rouge � (Euthemisto), p�lagique, est recherch�e par les Thons ; son abondance est parfois telle que la mer devient rouge.</p><p>Citons des formes commensales :</p><p>Hyperia, aux grands yeux, vit sur les M�duses et s�en nourrit. Le m�le de Phronima est libre et benthique, tandis que la femelle s�installe dans la tunique des Pyrosomes et des Salpes apr�s en avoir mang� les chairs, et y �l�ve ses jeunes.</p><p>Sur la peau des C�tac�s, on ren-</p><p>contre le � Pou de baleine � (Cyamus) ; cinq paires de p�r�iopodes aux griffes solides maintiennent son corps court et plat, nanti d�un abdomen minuscule.</p><p>Des exp�riences conduites sur Orchestia gammarella ont r�v�l� un d�-</p><p>terminisme hormonal de la diff�renciation du sexe ; chez le m�le, une glande androg�ne situ�e dans le dernier segment thoracique assure la diff�renciation de l��bauche g�nitale en testicule et l�apparition des caract�res sexuels secondaires, en particulier la longueur et la robustesse du second gnathopode.</p><p>L�ovaire produit une hormone qui contr�le l�apparition des oost�gites et de leurs soies ovig�res.</p><p>M. D.</p><p>amplificateur</p><p>audiofr�quence</p><p>Amplificateur ayant pour but d�assurer l�amplification de signaux sonores, dont la bande passante s��tend de 25 Hz � 16 kHz, pour les amplificateurs de qualit� moyenne, et de 10 Hz � 40 kHz, pour les amplificateurs du type haute fid�lit�.</p><p>Un tel amplificateur peut �tre assimil� � un quadrip�le. Si s(t) repr�sente le signal d�entr�e, S(t) le signal de sortie, image agrandie de la tension d�en-tr�e, et si l�on pose s(t) = V1, S(t) = V2, le gain en tension aura pour expression Ces amplificateurs sont indispensables � l�entr�e d�une cha�ne d�amplification lorsque la source d�entr�e se pr�sente sous la forme d�un signal de faible amplitude : ce sont des pr�amplificateurs.</p><p>Caract�ristiques</p><p>L�amplificateur est caract�ris� non seulement par la valeur nominale de son gain, c�est-�-dire par un nombre (mo-</p><p>dule du gain), mais aussi par la courbe de variation du module du gain et par la courbe des variations de la phase du gain en fonction de la fr�quence. Ces courbes de r�ponse repr�sentent une fonction complexe. En g�n�ral, le gain est pratiquement constant � 10 p. 100</p><p>pr�s, et la phase varie lin�airement avec la pulsation &#x3C9; dans l�intervalle 2fb (octave sup�rieure de la fr�quence de coupure basse) et fh/2 (octave inf�rieure de la fr�quence de coupure haute, pour un �tage d�amplification, tube ou transistor). L�intervalle qui s�pare fb et fh, pour lesquelles le gain chute est de 30 p. 100, porte le nom de bande passante de l�amplificateur.</p><p>Cette d�finition de la bande passante se con�oit pour les amplificateurs audiofr�quence. En effet, l�oreille n�est pas sensible � la phase des harmoniques ou des partiels composant un son, et la sensibilit� varie suivant une loi logarithmique, de sorte qu�une baisse de puissance de 50 p. 100, qui correspond � une baisse de gain de 30 p. 100, peut, � la limite, �tre tol�r�e.</p><p>La notion de courbe de r�ponse est li�e � la repr�sentation d�un signal de commande par la transform�e de Fourier.</p><p>Si le spectre du signal de commande se situe � l�int�rieur de la bande passante, on peut admettre qu�il est correctement reproduit � la sortie de l�amplificateur, du moins pour une r�ception auditive.</p><p>Dans certains cas, on peut admettre l�existence de maximums aux extr�mi-t�s de la courbe de r�ponse.</p><p>Amplificateur �</p><p>plusieurs �tages</p><p>Pour obtenir un gain suffisant en tension et en puissance, il est indispensable d�utiliser plusieurs transistors downloadModeText.vue.download 21 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>558</p><p>mont�s en cha�ne ; chaque transistor constitue un maillon de la cha�ne et porte le nom d��tage. On peut alors d�finir une classification des amplificateurs en fonction du mode de liaison utilis� pour coupler les �tages successifs de la cha�ne d�amplification. Deux</p><p>types de liaison ou de couplage sont utilis�s, le couplage par r�sistance-capacit� et le couplage par transformateur, moins courant parce que plus on�reux, et r�serv� en fait � l��tage de sortie pour adapter l��tage final � l�organe d�utilisation.</p><p>Amplificateur � couplage par</p><p>r�sistance-capacit�</p><p>Le couplage d�une �lectrode de sortie � une �lectrode d�entr�e se fait par l�interm�diaire d�une capacit� dite</p><p>� de liaison � ou � de couplage �.</p><p>Cette capacit� �limine les composantes continues, ce qui permet de d�terminer � l�avance le fonctionnement statique de chaque �tage ind�pendamment des autres. En revanche, cette capacit� de liaison, associ�e � la r�sistance de fuite et aux r�sistances de stabilisation thermique de l��tage suivant, forme un circuit qui freine l�amplification des fr�quences les plus basses.</p><p>Amplificateur � couplage par</p><p>transformateur</p><p>Le transformateur �liminant toute possibilit� d�alimentation en courant continu, comme pr�c�demment la</p><p>capacit�, on l�utilise plus particuli�rement comme transformateur d�imp�-</p><p>dance, ce type d��tage �tant, en g�n�-</p><p>ral, destin� � permettre d�obtenir en sortie le maximum de puissance.</p><p>Cha�ne d�amplification</p><p>Cha�ne d�amplification ouverte</p><p>La cha�ne est dite � ouverte � si la transmission des signaux ne peut se faire que dans le sens allant de l�entr�e vers la sortie de la cha�ne. En toute rigueur, il n�en est jamais ainsi : il existe presque toujours une liaison parasite qui ram�ne sur l�entr�e d�un �tage une fraction de la tension de sortie. On parle alors de cha�ne ouverte, par opposition � cha�ne ferm�e, ou boucl�e, dans laquelle on ram�ne syst�matiquement une partie du signal de sortie sur un �tage plac� en amont (contre-r�action). Dans une cha�ne d�amplification, le gain total &#x100;V est �gal au produit des gains &#x100;V1 de chaque �tage :</p><p>Repr�sentation de la courbe de gain en r�gime harmonique</p><p>Le gain repr�sent� par son module et son argument (valeur num�rique et phase) est un nombre complexe, d�fini pour chaque valeur de la pulsation. Deux repr�sentations graphiques propres aux nombres complexes sont utilis�es de fa�on courante, la repr�-</p><p>sentation polaire de Nyquist et la re-pr�sentation logarithmique de Bode.</p><p>y Repr�sentation de Nyquist. Elle fait appel au plan complexe : pour chaque valeur de la pulsation &#x3C9;, le gain est repr�sent� par un vecteur d�extr�mit� M, de module AV et d�argument &#x3C6;. Le lieu des points M, lorsque &#x3C9; varie, porte le nom de courbe de Nyquist, et n�a d�int�r�t que dans la mesure o� il est gradu� en pulsation &#x3C9;. En revanche, cette courbe est facile � relever exp�rimentalement. La d�termination du gain total AV est obtenue en mesurant au voltm�tre les tensions d�entr�e et de sortie. La valeur de &#x3C6;</p><p>est obtenue avec un phasem�tre. Cette courbe permet en outre d��tudier la stabilit� de l�amplificateur. Dans ce type de repr�sentation, un gain constant se traduit graphiquement par un arc de cercle, et une r�sonance (maximum de AV) par l�apparition sur cette courbe d�une protub�rance.</p><p>y Repr�sentation de Bode. On trace, s�par�ment, en fonction de la pulsation &#x3C9;, les courbes repr�sentatives de module du gain et de la phase. Au lieu de faire le produit des gains des diff�rents �tages, il suffit d�ajouter les ordonn�es lorsque l�on a port� le logarithme des gains partiels. Cette re-pr�sentation traduit un sens physique, car elle est li�e � la notion musicale d�intervalle de fr�quence. L�intervalle qui s�pare les deux premiers la du piano a autant d�importance que celui qui s�pare les deux derniers, et une graduation lin�aire fait dispara�tre cette �galit�. Une octave est l�intervalle de f � 2f, et une d�cade de f � 10f.</p><p>Sur le plan physiologique, la loi de Fechner pr�cise que la sensation physiologique est li�e au logarithme de l�excitation dans le domaine auditif, qui est pr�cis�ment celui des amplificateurs audiofr�quence. Lorsque l�on</p><p>double la puissance acoustique fournie par une cha�ne d�amplification, la sensation auditive n�augmente que proportionnellement � log 2.</p><p>Distorsions dans</p><p>les amplificateurs</p><p>Tout amplificateur provoque une distorsion du signal, dont les causes sont nombreuses.</p><p>Distorsion de fr�quence ou</p><p>distorsion lin�aire</p><p>Traduisant la d�pendance du gain de la fr�quence, elle est d�autant plus faible que la bande passante est plus large.</p><p>Distorsion de phase</p><p>Elle est �troitement li�e � la distorsion de fr�quence, et provient du temps de d�calage des diff�rentes composantes.</p><p>Dans les amplificateurs audiofr�-</p><p>quence, cette distorsion est sans importance, l�oreille n��tant pas sensible � la phase des harmoniques.</p><p>Distorsion d�amplitude ou</p><p>distorsion non lin�aire</p><p>Due � la non-lin�arit� des caract�ristiques de l��l�ment amplificateur, elle se traduit par des variations du gain A avec l�amplitude du signal d�entr�e : le signal de sortie n�est plus homoth�-</p><p>tique au signal d�entr�e.</p><p>Intermodulation</p><p>Elle provient de la non-lin�arit� des caract�ristiques. Si l�on applique � l�entr�e de l�amplificateur simultan�-</p><p>ment deux tensions sinuso�dales</p><p>la tension effective peut �tre consid�r�e comme la somme de ces deux tensions, d�o� g�n�ration non seulement de pulsations harmoniques, mais aussi de pulsations �gales � la somme</p><p>|&#x3C9; + &#x3C9;&#x2032;| et � la diff�rence |&#x3C9; � &#x3C9;&#x2032;| des pulsations &#x3C9; et &#x3C9;&#x2032; des tensions appli-</p><p>qu�es. Dans les amplificateurs audiofr�quence, les termes somme sont peu g�nants : d�une part, il sont en g�-</p><p>n�ral en dehors de la bande passante ; d�autre part, l�oreille peu sensible aux fr�quences �lev�es peut ne pas les percevoir. En revanche, les termes diff�rence peuvent �tre parfaitement audibles. Cela explique l�importance extr�me attach�e � la r�duction des distorsions dans les amplificateurs � haute fid�lit�. Si l�on cherche � obtenir des taux de distorsion extr�-</p><p>mement faibles, ce n�est pas pour la distorsion en elle-m�me, car l�oreille n�est nullement sensible � des taux de quelques pour-cent, mais uniquement pour r�duire l�intermodulation.</p><p>Bruit de fond</p><p>En l�absence de tout signal d�entr�e, il existe � la sortie de l�amplificateur une tension dont le spectre a la largeur de la bande passante et dont l�amplitude varie de fa�on al�atoire. Cette tension parasite constitue le bruit de fond, qui limite l�amplification des signaux faibles et qui est caract�ris� par le rapport signal/bruit, exprim� en d�cibels.</p><p>Dans un amplificateur de qualit�, ce rapport est de l�ordre de 60 dB ; il d�-</p><p>passe difficilement 80 dB, et est g�n�-</p><p>downloadModeText.vue.download 22 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>559</p><p>ralement de 40 dB avec les disques ou les bandes magn�tiques.</p><p>J. B.</p><p>amplificateur</p><p>�lectronique</p><p>Appareil qui, � partir d�un signal d�en-tr�e de faible amplitude ou de faible puissance, fournit un signal de m�me</p><p>forme capable d�actionner un r�cepteur (haut-parleur, enregistreur, moteur) exigeant une puissance sup�rieure � celle du signal initial.</p><p>L�amplification des signaux �lectriques est utilis�e dans un tr�s grand nombre de domaines : t�l�communications, enregistrement, reproduction des sons et des images, asservissement, �quipements sensibles pour la d�tection et la mesure des ph�nom�nes physiques et biologiques �chappant � l�observation directe, etc.</p><p>L�efficacit� d�un amplificateur se mesure par le rapport de la puissance de sortie Ps � la puissance d�entr�e Pe ; c�est l�amplification A :</p><p>Il est souvent pratique d�exprimer la valeur de l�amplification non par le rapport A, mais par le logarithme d�cimal de ce rapport : c�est le gain G, qui s�exprime en bels ; cette unit� �tant trop grande, on utilise le d�cibel : Si les puissances Pe et Ps sont dissip�es dans des r�sistances �gales, les tensions aux bornes de ces r�sistances �tant ve et vs, on a :</p><p>Classification</p><p>Suivant la fr�quence des signaux � amplifier, on peut classer les amplificateurs �lectroniques en plusieurs cat�gories.</p><p>1. Amplificateurs � tr�s basse fr�-</p><p>quence, de la fr�quence nulle �</p><p>quelques dizaines de hertz, d�sign�s aussi sous le nom d�amplificateurs � courant continu.</p><p>2. Amplificateurs � audiofr�quence AF</p><p>(de 25 Hz � 18 ou 20 kHz), sp�cialement utilis�s dans les domaines des t�l�communications, reproduction des sons, enregistrement sonore et asservissement.</p><p>3. Amplificateurs � vid�ofr�-</p><p>quence VHF (de 25 Hz � 15 MHz),</p><p>notamment utilis�s en t�l�vision et en d�tection �lectromagn�tique (radar).</p><p>4. Amplificateurs � radiofr�quence RF</p><p>(fr�quences sup�rieures � 30 kHz ;</p><p>leur limite sup�rieure, qui augmente continuellement au fur et � mesure des progr�s techniques, se situe actuellement aux environs d�une dizaine de gigahertz).</p><p>On r�partit aussi les amplificateurs dans plusieurs classes (A, B, C), suivant la position du point de repos sur la caract�ristique dynamique repr�sentant la variation de l�intensit� anodique IA en fonction de la tension de grille VG.</p><p>y Amplificateur de la classe A. Le point de repos est situ� au milieu de la caract�ristique. Si l�amplitude du signal appliqu� est faible, les alternances positives et n�gatives du signal entra�nent des variations �gales du courant anodique ; l�amplification est parfaitement lin�aire.</p><p>y Amplificateur de la classe B. Le point de repos est situ� � l�origine de la caract�ristique dynamique ; seule l�alternance positive du signal est amplifi�e. Il en r�sulte une �norme distorsion rendant l�amplificateur inutilisable, � moins d�utiliser un deuxi�me �tage identique amplifiant l�alternance n�gative. On r�alise ainsi un amplificateur sym�trique ou push-pull.</p><p>y Amplificateur de la classe C. Le point de repos est situ� au-del� de l�origine de la caract�ristique dynamique. Ce type d�amplificateur, d�un rendement �lev�, n�est utilisable qu�en radiofr�quences.</p><p>Amplificateurs �</p><p>tubes �lectroniques</p><p>Amplificateurs � tr�s basse</p><p>fr�quence, ou � courant continu</p><p>Lorsqu�ils comportent plusieurs</p><p>�tages, ces amplificateurs sont obligatoirement du type � liaison directe. Ils exigent l�utilisation de sources de tension rigoureusement stabilis�es, en raison de l�impossibilit� de distinguer les variations de courant anodique dues au signal et celles qui sont caus�es par les variations des sources de tension. Ces amplificateurs utilisent g�n�ralement des tubes sp�ciaux, dits � tubes �lectrom�tres �, d�une tr�s grande r�sistance</p><p>d�entr�e (de l�ordre de 1015 ohms).</p><p>Amplificateurs � audiofr�quence</p><p>y Amplificateurs de tension. Le signal � amplifier ve est appliqu� entre la masse et la grille du tube �lectronique. Le signal amplifi� vs est recueilli aux bornes de la r�sistance de charge � travers un condensateur bloquant la tension continue de l�anode.</p><p>Si K est le coefficient d�amplification du tube, &#x3C1; sa r�sistance interne, RA la r�sistance de charge, l�amplification A est donn�e par l�expression</p><p>En pratique, avec les tubes mo-</p><p>dernes, on obtient des amplifications en tension de l�ordre de 50 pour un tube triode et de 100 � 200 pour un tube pentode. La tension amplifi�e par un premier tube peut �tre appliqu�e � la grille d�un second tube : c�est le montage en cascade, qui peut comporter un grand nombre d��tages. L�amplification est alors �gale au produit des amplifications des divers �tages. On obtient ainsi des amplifications de l�ordre du million (�lectro-enc�phalographie).</p><p>y Amplificateurs de puissance. Apr�s plusieurs �tages d�amplification, le signal poss�de une amplitude suffisante pour exciter la grille d�un tube pouvant fournir une puissance de sortie de quelques watts. La question de fid�lit� �tant primordiale, on adopte g�n�ralement un amplificateur de la classe A.</p><p>Le montage en classe B peut n�anmoins �tre adopt� en utilisant un montage sym�trique (push-pull), comportant deux tubes identiques recevant sur leur grille de commande deux signaux en opposition de phase. La distorsion est r�duite par �limination des harmo-downloadModeText.vue.download 23 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>560</p><p>niques pairs, et le rendement de l�amplificateur est maximal. Le montage sym�trique exige le recours � un syst�me inverseur de phase, comportant soit un transformateur d�entr�e � deux</p><p>secondaires, soit un �tage inverseur comportant un ou deux tubes.</p><p>La liaison entre le dernier �tage de puissance et le syst�me command� doit r�aliser l�adaptation des imp�dances des deux circuits. Le plus souvent, la liaison est faite par un transformateur dont le rapport n est</p><p>Zu �tant l�imp�dance d�utilisation et Zp l�imp�dance de la charge que l�on d�-</p><p>sire obtenir. L�imp�dance Zp doit �tre aussi �lev�e que possible pour am�-</p><p>liorer la reproduction des fr�quences basses. La section du circuit magn�-</p><p>tique doit �tre suffisante pour que l�induction reste faible (0,4 � 0,5 T).</p><p>Si l�imp�dance d�utilisation est constitu�e par un haut-parleur, on d�termine g�n�ralement sa valeur � la fr�quence de 1 000 Hz.</p><p>Amplificateurs � vid�ofr�quence</p><p>Leur r�le est d�amplifier, apr�s d�tection, un signal correspondant � une tr�s large bande passante. Avec la d�finition de 625 lignes, la fr�quence de signal vid�o est de l�ordre de 7 MHz au maximum ; au minimum, elle doit �tre de l�ordre de 25 Hz, fr�quence des images � transmettre. La difficult� de transmettre sans d�formation excessive des signaux poss�dant une telle bande passante conduit � utiliser des circuits �quip�s de tubes pentodes, poss�dant des dispositifs de correction. Ces �l�-</p><p>ments de correction comportent le plus souvent des ensembles r�sistance-inductance, mont�s en parall�le avec la r�sistance d�anode de chaque �tage.</p><p>Amplificateurs � radiofr�quence</p><p>Ils sont destin�s � amplifier, avant d�-</p><p>tection, les signaux porteurs de l�information. Ils comprennent obligatoirement des �tages s�lectifs comportant des circuits accord�s sur la fr�quence � recevoir. Ces circuits sont des r�sonateurs (circuits bouchons) devant s�accorder facilement dans une large gamme. Les organes s�lectifs doivent donc pouvoir s�ajuster facilement, m�me par commande unique.</p><p>La liaison entre les �tages HF se fait soit par couplage magn�tique, soit par</p><p>un condensateur fixe C et une r�sistance de fuite R.</p><p>La recherche du gain maximal</p><p>conduit � utiliser un tube pentode.</p><p>L�amplification A obtenue est �gale � p �tant la pente du tube, L la self-induction du circuit bouchon, C la capacit� et R la r�sistance de la self.</p><p>Avec un �tage pentode, l�amplification atteint pratiquement une valeur comprise entre 400 et 450. Lorsque l�on utilise plusieurs �tages � r�sonance en cascade, il faut parfois r�duire la s�lectivit� pour conserver une bande passante suffisante.</p><p>Amplificateurs �</p><p>transistors</p><p>Les principes g�n�raux des amplificateurs � tubes �lectroniques s�appliquent aux amplificateurs � transistors, sous r�serve des dispositions � respecter pour satisfaire les conditions de stabilit� n�cessaires.</p><p>Amplificateurs de tensions</p><p>alternatives</p><p>Le montage le plus g�n�ralement utilis� est celui � �metteur commun : la tension ve � amplifier est appliqu�e entre la base et l��metteur, et la tension amplifi�e vs est recueillie entre le collecteur et l��metteur. La n�cessit� de polariser convenablement la base, ainsi que d�assurer et de stabiliser le courant du collecteur, qui varie beaucoup en fonction de la temp�rature, conduit � modifier le sch�ma de principe. On polarise alors la base au moyen d�un diviseur de tension constitu� par deux r�sistances R1 et R2, tandis qu�une troisi�me r�sistance R3, shunt�e par un condensateur C, assure la stabilisation thermique.</p><p>L�amplificateur peut �tre am�lior� par l�utilisation d�une contre-r�action.</p><p>La r�sistance R1 du pont diviseur est alors reli�e au collecteur ; une partie de la tension de sortie est ainsi r�inject�e � l�entr�e de l�amplificateur, ce qui diminue l�amplification, mais r�duit la distorsion dans une proportion consid�rable. Pour la r�alisation</p><p>d�amplificateurs � plusieurs �tages, on utilise presque uniquement la liaison par r�sistance et capacit�, car le transformateur, co�teux et encombrant, est de plus une source de distorsion.</p><p>Dans le cas d�un amplificateur</p><p>audiofr�quence � deux �tages avec liaison par transformateur, la tension de la base de chaque transistor est pr�-</p><p>lev�e sur un diviseur de tension. Les r�sistances mont�es en s�rie dans les circuits des �metteurs servent � la stabilisation thermique. Elles sont shunt�es par des capacit�s de d�couplage �vitant un effet de contre-r�action. La faible valeur de la r�sistance d�entr�e des transistors conduit � utiliser une valeur �lev�e pour la capacit� du condensateur de liaison (de l�ordre de 20 &#x3BC;F) ; aussi ce condensateur est-il toujours du type �lectrochimique.</p><p>Amplificateurs � couplage direct Ces montages �tant destin�s � l�amplification de faibles courants continus ou de courants variant tr�s lentement, une liaison entre �tages par un ensemble de capacit�-r�sistance ne peut naturellement pas �tre utilis�e. Un montage particuli�rement simple consiste � employer alternativement des transistors npn et pnp. Il est n�cessaire d�utiliser pour le premier transistor un mod�le � faible courant de fuite (type au silicium).</p><p>Une autre disposition, tr�s simple, est le montage dit � Darlington �. Le transistor T1 est mont� en collecteur commun, et son courant d��metteur sert � commander la base du transistor T2. La tension du collecteur ayant peu d�influence sur le fonctionnement d�un �tage � collecteur commun, on peut aussi alimenter le collecteur de T1 en le reliant directement � celui de T2.</p><p>downloadModeText.vue.download 24 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>561</p><p>Amplificateurs op�rationnels</p><p>Ces amplificateurs � courant continu, � grand gain et � grande imp�dance</p><p>d�entr�e, sont constitu�s par des circuits int�gr�s de haute performance.</p><p>J. D.</p><p>&#x25B6; Circuit / �lectronique / Transistor.</p><p>B P. David, Cours de radio�lectricit� g�n�rale (Eyrolles, 1963). / R. Aronssohn et A. V. J. Martin, Pratique et th�orie des semi-conducteurs (�d. Pepta, 1964). / A. Bensasson, Analyse et calcul des amplificateurs haute fr�quence (�d.</p><p>Radio, 1967). / J.-C. Marchais, l�Amplificateur op�rationnel et ses applications (Masson, 1971). / R. Besson, Electronique � transistors (�d. technique et vulgarisation, 1973) ; R�cepteurs � transistors et � circuits int�gr�s (�d.</p><p>Radio, 1976). / R. Amato, Basse fr�quence, calcul et sch�mas (�d. Radio, 1974).</p><p>Amsterdam</p><p>Capitale et plus grande ville des Pays-Bas (province de Hollande-Septentrionale) ; 771 000 hab. (un million pour l�agglom�ration).</p><p>L�histoire</p><p>�difi�e sur une digue (� dam �) qui s��l�ve sur les bords de l�IJselmeer, au confluent de l�IJ et de l�Amstel, Amsterdam (� digue sur l�Amstel �) n�est � l�origine qu�un petit village de p�-</p><p>cheurs, dont la qualit� de ville n�appara�t que dans une charte de 1275.</p><p>Possession des �v�ques d�Utrecht donn�e en fief aux seigneurs de l�Amstel, l�agglom�ration doit � l�un d�eux, Gisbert III, la digue qui la rend insubmersible. Mais, en 1296, le r�le jou� par Gisbert IV dans l�assassinat du comte de Hollande, Floris V, entra�ne la commise du fief par Jean Ier. D�s lors, la cit� devient un instrument de la politique des comtes de Hollande, visant � s�assujettir la noblesse et � capturer � leur profit une partie des courants commerciaux de l�Europe du Nord-Ouest.</p><p>Dot�e � cet effet, d�s l�an 1300, d�une charte, Amsterdam �largit son champ d�action � la Gascogne, � l�Angleterre et surtout aux pays de la Baltique, dont elle importe de la cire, du lin et des c�r�ales, qu�elle redistribue dans les Pays-Bas et les pays rh�nans.</p><p>Aussi adh�re-t-elle � la Conf�d�ration</p><p>de Cologne, qui, sous l�impulsion de la Hanse, combat le Danemark et la Norv�ge. Mais d�s le d�but du XVe s., cette petite cit� (� peine 5 000 habitants) entre en conflit avec les Hans�ates, auxquels elle arrache en 1441 et en 1474, par les trait�s de Copenhague et d�Utrecht, le droit d��couler librement dans les pays de la Baltique les produits de sa p�che (harengs) et ceux de ses industries (brasserie et surtout draperie). N�e apr�s 1350 de l�importation des laines anglaises, cette derni�re activit� prend son essor au XVe s., gr�ce � l�immigration de nombreux tisserands flamands ; en outre, elle stimule l�industrie des constructions navales, dans la mesure m�me o� la Hanse</p><p>interdit � ses membres d�acheter des draps hollandais ailleurs qu�� Bruges, alors qu�il leur est loisible, concurremment avec les Hollandais, d�importer � Amsterdam du bois et des c�r�ales en �change du sel, des harengs, des fruits et du vin qui sont redistribu�s dans le monde baltique : ainsi est-il mis fin au monopole commercial de la Hanse dans les mers du Nord, alors que la prosp�rit� d�Amsterdam est assur�e.</p><p>Effa�ant les traces de l�incendie de 1452, �difiant une nouvelle enceinte d�s 1482, accueillant les r�fugi�s protestants d�Anvers et du Brabant, dont la pr�sence stimule leurs industries, les marchands d�Amsterdam entretiennent n�anmoins de profitables rapports avec l�Espagne et le Portugal, qui, par Lisbonne surtout, leur fournissent les �pices et les soieries qu�ils redistribuent dans l�Europe du Nord. Aussi attendent-ils que Guillaume le Taci-turne occupe leur ville en 1578 pour se rallier officiellement � la R�forme, qui a pourtant p�n�tr� la bourgeoisie locale d�s 1530. La rupture qui en r�-</p><p>sulte avec l�Espagne, le fait que cette derni�re s�empare de Lisbonne en 1580</p><p>et ruine d�finitivement Anvers en 1585</p><p>d�cident brusquement de la vocation imp�riale des marchands d�Amsterdam, d�sormais contraints d�aller chercher eux-m�mes �pices et soieries dans les Indes orientales. Leurs navires arrivent au Malab&#x101;r en 1597, puis gagnent Malacca et les Moluques ; en m�me temps, ils s�implantent dans les possessions ib�riques de l�Atlantique (S�o Tom�, Petites Antilles, etc.), d�o� leurs corsaires partent � la chasse des galions</p><p>espagnols charg�s des richesses de l�Am�rique. Pour exploiter et organiser ce trafic intercontinental, Amsterdam se dote des instruments qui font d�elle la premi�re puissance �conomique du temps : cr�ation de chantiers navals de plus de 1 000 ouvriers, qui construisent une flotte gr�ce � laquelle les N�erlandais deviennent les rouliers des mers ; fondation des grandes compagnies de commerce colonial � monopole, qui font la fortune des Provinces-Unies au XVIIe et au XVIIIe s., Compagnie des Indes orientales en 1602, Compagnie du Nord et Compagnie du Levant en 1614, Compagnie des Indes occidentales en 1621 ; mise en place, en 1609, de la Banque d�Amsterdam, destin�e � rem�dier � l�anarchie mon�taire engendr�e par les guerres de Religion ; �dification entre 1608 et 1611 de la Bourse, o� sont n�goci�s aussi bien les valeurs que les produits alimentaires (vins, harengs, liqueurs, miel, �pices, caf�, th�), miniers (m�taux et pierres pr�-</p><p>cieuses) ou industriels (goudron, poix, cuirs, draps, etc.), seuls les grains, les bois et les toiles �tant commercialis�s en dehors de ce b�timent.</p><p>Assur�s de toujours trouver � Amsterdam un acheteur imm�diatement solvable, les marchands affluent de toutes parts, contribuant � renforcer le cosmopolitisme de cette ville tol�rante, dont 25 � 50 p. 100 de la population est encore catholique en 1650, malgr� l�arriv�e de nombreux r�fugi�s : immigrants protestants du sud des Pays-Bas et de la Rh�nanie ; juifs espagnols et portugais ; plus tard huguenots fran-</p><p>�ais, marchands hans�ates, etc. Aussi sa population cro�t-elle rapidement, malgr� les crises �pid�miques de 1617, 1623-1625, 1635-1636, 1655 et 1663-1664 : 30 000 habitants en 1580, 104 000 en 1640, 185 000 en 1685.</p><p>Laboratoire des techniques finan-ci�re et commerciale (assurances) du monde capitaliste et lib�ral, auquel elle offre, avec la Compagnie des Indes orientales, la premi�re v�ritable soci�t� par actions, champ d�exp�rimentation des premi�res sp�culations � terme d�s 1609-1610, premier march� mondial du XVIIe s. pour les grains, les �pices et les m�taux pr�cieux, enfin lieu privil�-</p><p>gi� d�implantation des industries colo-</p><p>niales (sucreries, travail du cuir, pr�paration des colorants, du tabac, taille des diamants) et des industries du bois (papeteries, constructions navales) ou de la brique, Amsterdam devient la premi�re place d�affaires de l�Europe, et donc des Provinces-Unies, auxquelles elle fournit plus de 25 p. 100 de leurs ressources.</p><p>Heureusement pr�munie contre un</p><p>retour offensif d�Anvers gr�ce aux trait�s de Westphalie de 1648, qui ont c�d� aux N�erlandais les bouches de l�Escaut, cette capitale �conomique des Provinces-Unies en est aussi la capitale intellectuelle et artistique, gr�ce � son</p><p>� �cole illustre �, � son industrie du livre, que consacre le nom d�Elz�vir, � ses artistes, auxquels on doit un h�tel de ville � l�architecture impr�gn�e de classicisme fran�ais et d�innombrables tableaux, dont les plus c�l�bres sont ceux de Rembrandt.</p><p>Mais elle n�en est pas pour autant le seul centre politique, les �tats g�n�-</p><p>raux r�sidant � La Haye et la famille d�Orange, qui domine le pays, lui �tant ext�rieure. Entr�e d�ailleurs en conflit avec celle-ci, notamment sous l�impulsion du clan des Bicker, r�gents d�Amsterdam (1627-1650), la ville doit finalement s�incliner une premi�re fois devant la volont� de Guillaume II en 1650. Directement menac�e par Louis XIV en 1672, elle ouvre les digues qui la prot�gent des eaux, et se rallie par l� m�me � Guillaume III d�Orange, dont l�acceptation de la couronne d�Angleterre contribue apparemment � la conservation de ses int�r�ts, conservation � laquelle est attach� un patriciat qui se r�serve le profitable contr�le du pouvoir municipal, qu�assument en particulier les r�gents d�Amsterdam.</p><p>De tels faits, ainsi que la mont�e de la puissance anglaise, la d�gradation des positions hollandaises en Asie et le d�veloppement des relations directes entre la Baltique et la France, amorcent au XVIIIe s. un d�clin relatif de la place d�Amsterdam, par rapport � celles des autres pays dont les activit�s croissent � un rythme plus rapide. La diminution du tonnage de sa flotte, la moindre importance de sa fonction d�entrep�t sont heureusement compens�es par le</p><p>maintien de ses activit�s financi�res, en raison des facilit�s de cr�dit qu�offre la place, du moins jusqu�aux ann�es 1780. Une nouvelle guerre contre l�Angleterre (1780-1784), l�occupation par les Prussiens en 1787, puis par les forces de Pichegru en 1795 acc�l�rent son d�clin. Capitale de la R�publique batave en 1795, puis du royaume de Hollande en 1806, troisi�me m�tropole de l�Empire fran�ais apr�s Paris et Rome en 1810, enfin capitale des Pays-Bas depuis 1813, elle sera le si�ge du sixi�me congr�s de la IIe Internationale ouvri�re (1904).</p><p>Victime du blocus britannique de 1792 � 1814, puis de l�ind�pendance de la Belgique, qui lui suscite la concurrence d�Anvers � partir de 1832, coup�e de la mer par l�ensablement progressif de l�IJselmeer, enfin bless�e gravement par l�occupation allemande, qui provoque de 1940 � 1945 la d�portation de la fraction juive de sa population (environ 10 p. 100), Amsterdam ne redevient r�ellement un grand centre �conomique que lorsque s�ach�ve sa reconstruction et qu�elle peut assumer de nouveau sa double fonction de port maritime et de port fluvial, gr�ce � l��largissement du canal maritime de la mer du Nord, ouvert d�s 1876, downloadModeText.vue.download 25 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>562</p><p>et gr�ce � la mise en service, en 1952, d�un canal large de 50 m et long de 72 km, qui l�unit au Rhin et qui la rend plus proche de Duisburg que ne l�est sa grande rivale, Rotterdam.</p><p>P. T.</p><p>Le port et le canal</p><p>de la mer du Nord</p><p>Amsterdam fut jusqu�au XIXe s. un port du Zuiderzee : les bassins les plus anciens �</p><p>et les plus petits � se trouvent au nord-est de la vieille ville ; ils ne sont plus gu�re utilis�s aujourd�hui que par la batellerie.</p><p>L�envasement de l�IJ et l�augmentation de la taille des navires rendirent n�cessaire la cr�ation d�un nouvel acc�s � la mer : de 1865 � 1876 fut creus� le canal de la mer du</p><p>Nord (tirant d�eau actuel : 15 m), qui perce le cordon dunaire � IJmuiden ; le port va d�sormais se d�velopper vers l�ouest. Des bassins de plus en plus grands sont am�-</p><p>nag�s sur la rive sud, en relation avec une nouvelle zone industrielle, o� les activit�s li�es au p�trole prennent une place d�terminante. La rive nord, plus anciennement urbanis�e, comprend surtout le vieil ensemble portuaire du Zaan, o� Zaandam, jadis c�l�bre par ses constructions navales, s�est sp�cialis� dans le trafic des bois et de certaines denr�es alimentaires.</p><p>La progression vers l�ouest n�a pas encore rejoint l�agglom�ration d�IJmuiden-Velsen, aux fonctions baln�aires, portuaires et industrielles. Au sud du i canal, on voit les deux grands bassins du port de p�che (le premier des Pays-Bas, avec des prises sup�rieures � 100 000 tonnes par an) et les installations de commercialisation et de traitement du poisson. Au nord s�alignent les �tablissements industriels : les hauts fourneaux (capacit� : 3 Mt) et leur immense bassin min�ralier, une usine d�engrais, une cimenterie, une papeterie. �</p><p>l�entr�e du canal, trois �cluses permettent � la fois de maintenir constant le niveau de l�eau dans le port d�Amsterdam et d�emp�-</p><p>cher la p�n�tration de la salinit� ; la plus grande, longue de 400 m, autorise l�acc�s de navires de 100 000 t.</p><p>J.-C. B.</p><p>La ville actuelle</p><p>En d�pit d�am�nagements consid�-</p><p>rables (canal de la mer du Nord, canal d�Amsterdam au Rhin), le port n�est plus que le second des Pays-Bas (apr�s Rotterdam) et qu�une base de l�activit� urbaine parmi d�autres. Les sources de la prosp�rit� et du renom d�Amsterdam sont � chercher dans ses industries et surtout dans ses activit�s tertiaires.</p><p>Un port et un centre industriel</p><p>Le trafic du port (24 Mt environ) repose surtout sur le maintien d�une fonction d�entrep�t, permise par une longue exp�rience dans le transbordement des marchandises de valeur et par un excellent �quipement en mat�riel de manutention et de stockage. Les entr�es, o� les denr�es tropicales conservent une place de choix, d�passent de loin les sorties. Une partie de ces marchandises</p><p>est r�exp�di�e, souvent apr�s conditionnement, vers, le reste des Pays-Bas et vers l�Allemagne occidentale. Amsterdam et IJmuiden importent aussi les sources d��nergie et les mati�res premi�res n�cessaires � leurs industries, depuis le bois jusqu�au minerai de fer et au charbon.</p><p>En effet, si les industries les plus anciennes sont n�es du port, les nouvelles implantations contribuent � leur tour � d�velopper le trafic maritime et fluvial. Au traitement du cacao, des huiles tropicales, du sucre, du caoutchouc, du diamant (activit� c�l�bre qui a souffert de la pers�cution des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale), il faut ajouter les minoteries, les industries du bois, les chantiers navals de construction et de r�paration, la fabrication des moteurs et des machines, sans oublier les industries l�g�res destin�es surtout au march� urbain, mais ayant des d�bouch�s plus vastes, comme la confection, l�imprimerie, les brasseries (Heineken) ou les distilleries. Les implantations du XXe s. comprennent principalement, hors de la commune, des �tablissements sid�rurgiques (IJmuiden) et a�ronautiques (Fokker, pr�s de l�a�roport de Schiphol), et, � Amsterdam m�me, des activit�s de recherche et de fabrication dans le domaine de l��lectrotechnique et de l��lectronique, ainsi que le centre de recherches de la Shell, qui se rattachent aux fonctions de direction �conomique de la ville, bien que celle-ci partage les si�ges des grandes entreprises avec La Haye et Rotterdam.</p><p>Une capitale nationale et</p><p>internationale</p><p>Amsterdam b�n�ficie d�une impor-</p><p>tante concentration financi�re, dont t�moignent les si�ges des grandes banques (parmi lesquelles la banque nationale : Nederlandsche Bank), les Bourses des marchandises, la Bourse*</p><p>des valeurs (qui assure � elle seule plus de la moiti� des transactions effectu�es aux Pays-Bas). Le secteur ter-downloadModeText.vue.download 26 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>563</p><p>tiaire, qui occupe (y compris le port) 240 000 personnes sur le territoire de la commune (contre moins de 140 000</p><p>pour l�industrie), comprend aussi une multitude de soci�t�s sp�cialis�es dans l�affr�tement, le camionnage, l�import-export, la publicit� et la gamme la plus vari�e des services de niveau sup�rieur que l�on puisse rencontrer aux Pays-Bas. Commerce de gros et commerce de d�tail r�pondent non seulement aux besoins de la population urbaine, mais aussi � ceux des r�gions environnantes et des nombreux visiteurs que re�oit la ville � toute �poque de l�ann�e (environ le tiers des �trangers et plus de la moiti� des Nord-Am�ricains s�journant dans des h�tels n�erlandais alimentent l�activit� d�Amsterdam). � la diversit� des magasins de luxe s�ajoute, il est vrai, l�attrait d�une fonction culturelle sous-tendue par la pr�sence de deux universit�s (plus de 20 000 �tudiants) et du Rijksmuseum, et par un foisonnement de journaux (dont la plupart des grands quotidiens nationaux n�erlandais) et de publications diverses.</p><p>Amsterdam tient une place � part aux Pays-Bas : elle �voque plus une fen�tre ouverte sur l�ext�rieur qu�un reflet fid�le de la mentalit� et de la vie n�erlandaises. Cela ne provient pas seulement de son caract�re cosmopolite ; cela est d� aussi � un certain anti-conformisme, qui suscite la m�fiance d�une soci�t� rest�e dans l�ensemble attach�e aux traditions nationales ; pr�s d�un habitant sur deux n�appartient � aucune confession, un �lecteur sur cinq donne son suffrage � l�extr�me gauche ; voil� des proportions que l�on ne retrouve dans aucune autre grande ville n�erlandaise. Et ce n�est pas par hasard que le mouvement � provo � a connu ses beaux jours � Amsterdam...</p><p>Les quartiers et la banlieue</p><p>Depuis le d�but du si�cle, d�importantes migrations de population ont eu lieu � l�int�rieur de l�agglom�ration et dans les r�gions environnantes ; elles ont accentu� la diff�renciation fonctionnelle et r�sidentielle des quartiers urbains et des communes voisines. On</p><p>peut distinguer sommairement quatre zones concentriques.</p><p>La ville historique, � l�int�rieur du Singelgracht, conna�t l��volution classique des centres de m�tropole : d�peuplement et sp�cialisation dans les fonctions tertiaires. De pr�s de 300 000 habitants vers 1890, sa population r�sidante est tomb�e � moins de 100 000 personnes aujourd�hui, � cause de l�exode des jeunes vers les nouveaux quartiers (dans le centre, les logements sont chers ou v�tustes), des op�rations de r�novation urbaine, et surtout du prestige que conf�re � certaines activit�s une implantation dans la ville du XVIIe s. Ainsi, le long du Herengracht, les bureaux des soci�t�s commerciales, des avocats, des compagnies d�assurances ont peu � peu occup� les vieilles demeures bourgeoises. De la place centrale du Dam partent des rues jalonn�es d��tablissements touristiques et financiers (le Damrak, qui conduit � la gare) ou de commerces de d�tail (Kalverstraat et, plus au sud, Leidses-traat). Au sud-est, Rembrandtsplein constitue avec ses th��tres un des p�les de l�animation nocturne d�Amsterdam. Chaque jour, 200 000 personnes viennent travailler dans le centre ; le maintien de petites industries et d�entrep�ts ainsi que la navette quotidienne des travailleurs y posent d�insolubles probl�mes de circulation et de stationnement. La d�population de cette partie de la ville semble devoir se poursuivre ; la persistance d�un minimum de vie permanente appara�t cependant n�cessaire � la conservation de son potentiel touristique.</p><p>Hors du demi-cercle des canaux</p><p>s��tendent les quartiers d�habitation du XIXe s. et du d�but du XXe s., un peu monotones dans leurs alignements de murs de brique ; sauf dans quelques secteurs plus cossus (au sud-ouest notamment, pr�s de Vondelpark), les habitants appartiennent � la petite bourgeoisie et aux classes populaires.</p><p>Au nord de l�IJ, la fonction r�sidentielle, ici surtout ouvri�re, coexiste avec une pr�sence industrielle li�e au port ; jusqu�� une �poque r�cente, seuls des bacs permettaient la travers�e ; les travaux r�alis�s derni�rement (pont et</p><p>surtout tunnels, dont un en pleine ville) ont sensiblement am�lior� la situation.</p><p>Au-del� de cette premi�re couronne, l�urbanisation s�est faite de fa�on plus vari�e et plus discontinue entre les deux guerres et surtout � partir de 1950. On a voulu �viter une extension lin�aire le long des axes de communication : il en r�sulte des quartiers construits en � open planning � autour d�espaces verts et de pi�ces d�eau, avec de petits immeubles le plus souvent, mais aussi quelques b�timents plus importants o� une d�concentration des activit�s tertiaires a pu �tre r�alis�e dans certains cas (par exemple au sud-est de la ville, pr�s du palais des congr�s). Cette extension r�cente comprend deux groupes principaux de quartiers : au sud-ouest (Slotermeer) et au sud-sud-est de la ville, ce dernier se prolongeant sur le territoire de la commune voisine d�Amstelveen, dont la population d�passe aujourd�hui 60 000 habitants. Mais ces appartements ne suffisent plus � loger les habi-downloadModeText.vue.download 27 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>564</p><p>tants qui abandonnent le centre-ville ; depuis quelques ann�es, la population d�Amsterdam tend � d�cro�tre, en d�pit d�un sensible exc�dent des naissances sur les d�c�s.</p><p>Les communes limitrophes ne</p><p>sont pas les seules � avoir b�n�fici� de cet exode ; depuis d�j� plus d�un demi-si�cle, Amsterdam poss�de une</p><p>� grande banlieue � r�sidentielle, si�ge de migrations quotidiennes vers les emplois de la capitale. La recherche d�un cadre naturel agr�able a ainsi peupl� le Gooi (au sud-ouest du Zuiderzee), les r�gions dunaires de l�ouest, et m�me certaines des terres basses de Hollande-Septentrionale. On s�explique ainsi qu�� Amsterdam le revenu par t�te ne soit sup�rieur que de 15 � 20 p. 100 � la moyenne nationale : une partie des cat�gories ais�es r�side hors de la ville, contribuant � porter le revenu par t�te de certaines communes (Zandvoort, Bussum, Naarden) � 150 ou 200 p. 100</p><p>de la moyenne n�erlandaise.</p><p>Malgr� la domination de Rotterdam sur le plan portuaire et de La Haye dans le domaine administratif, Amsterdam appara�t comme la ville des Pays-Bas qui poss�de les fonctions les plus compl�tes et le rayonnement national et international le plus grand.</p><p>L�urbanisation</p><p>d�Amsterdam</p><p>� Amsterdam, la surface construite a doubl� en une seule d�cennie (1950-1960).</p><p>Autour des canaux concentriques, les</p><p>� Grachten �, qui forment le centre de la ville, s��tait d�velopp�e une ceinture de quartiers monotones, inorganis�s, n�s de la r�volution industrielle du XIXe s. Avec la mise en oeuvre du Plan adopt� en 1935, l�urbanisation a �t� dirig�e essentiellement vers l�ouest et le sud avec la cr�ation de deux nouveaux quartiers : Geuze-veld-Slotermeer, construit autour d�un lac artificiel (130 000 hab. en 1968), et Amstelveen (70 000 hab. en 1968). Ces deux extensions ne suffirent pas � satisfaire les besoins en logements et, en 1962, un nouveau plan d�urbanisme d�cidait trois s�ries de mesures : le d�veloppement r�sidentiel de Nieuwendam-Noord (60 000 hab.</p><p>en 1970) ; l�agrandissement d�Amstelveen par un prolongement des unit�s d�habitations vers le sud (100 000 hab. en 1980) ; la cr�ation d�un quartier au sud-est, Bijlmermeer, dont les premiers habitants s�installaient en 1968, et qui devrait atteindre 110 000 hab. en 1980.</p><p>Le d�veloppement de ce dernier secteur s�imposa en raison de l��tat du sol, un polder situ� 4 m au-dessous du niveau de la mer. Il a n�cessit� une pr�paration co�-</p><p>teuse : rel�vement du sol de 2 m par des apports de sable, drainage, pompage, �dification sur des pieux de b�ton de toutes les constructions. Cette nouvelle extension comporte une zone r�sidentielle de 900 ha, une zone industrielle de 250 ha, des centres socio-culturels (200 ha) et des espaces verts et aires de jeux (400 ha).</p><p>L��tude globale du d�veloppement de l��quipement routier a montr� que la meilleure solution �tait la r�organisation des moyens de transports en commun, qui doivent �tre en mesure d�acheminer 60 p. 100 de la population active � son lieu de travail, et vice versa. C�est ce principe qui pr�sida � l��laboration du plan-masse</p><p>de Bijlmermeer. Le r�seau m�tropolitain comprend trois lignes, et les diff�rents quartiers sont organis�s autour des arr�ts de m�tro ; aucun logement n�est � plus de 600 m d�une station, qui est au coeur d�un centre d�activit� mat�rialis� par des immeubles �lev�s (commerce et �quipements). Les pistes pour cyclistes et les voies pour pi�tons sont au niveau du sol, tandis que le r�seau routier � art�riel � est sur�lev�, solution la moins on�reuse. Une autoroute � fort d�bit relie Bijlmermeer au centre d�Amsterdam.</p><p>L�agencement des immeubles, qui</p><p>comptent une dizaine d��tages, dessine sur le sol des polygones destin�s � cr�er des unit�s de voisinage ou des micro-quartiers. Les espaces verts, tous publics, s�inscrivent � l�int�rieur et � l�ext�rieur de ces unit�s d�habitations, att�nuant la rigidit� des formes d�une construction standardis�e. Une galerie de circulation int�rieure, con�ue comme une aire de rencontres et de contacts, court sans interruption le long de ces grands blocs. Elle comprend une salle de r�union, une biblioth�que, une salle de jeux, une cr�che, un audito-rium, etc. C�est le point de convergence des acc�s verticaux vers les appartements et des acc�s horizontaux vers les garages et les jardins. La densit� de la population sera relativement forte (120 hab. � l�hectare), en raison de l�importance de l�habitat collectif.</p><p>M. M. F.</p><p>J.-C. B.</p><p>B J. E. Elias, De vroedschap van Amsterdam, 1578-7795 (Harlem, 1903-1905 ; 2 vol. ; r��d.</p><p>1963). / L. Dumont-Wilden, Amsterdam et Haarlem (Laurens, 1913). / H. Brugmans, Geschiedenis van Amsterdam (Amsterdam, 1930-1933 ; 8 vol.). / N. W. Posthumus, Inquiry into the History of Prices in Holland (Leyde, 1946-1964 ; 2 vol.). / V. Barbour, Capitalism in Amsterdam in the Seventeenth Century (Baltimore, 1950). / P. J. Mijksenaar, Amsterdam, Ver-leden, Heden, Toekomst (Amsterdam, 1951).</p><p>downloadModeText.vue.download 28 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>565</p><p>/ B. Bruins, Guide d�Amsterdam (Amsterdam, 1963). / A. F. E. Van Schendel et B. Haak, le</p><p>Rijksmuseum d�Amsterdam (Cercle d�art, 1965).</p><p>/ P. Jeannin, l�Europe du Nord-Ouest et du Nord aux XVIIe et XVIIIe si�cles (P. U. F., coll. � Nouvelle Clio �, 1969).</p><p>Amsterdam, centre d�art</p><p>L�art d�Amsterdam se caract�rise par sa r�ceptivit� aux influences internationales, contrairement � celui de Haarlem et � celui de Leyde, qui gard�rent une plus grande autonomie artistique. Toutefois, il d�note un r�alisme bourgeois plus raffin� qu�en ces deux derni�res villes.</p><p>MOYEN �GE</p><p>On construit en 1342 les premiers canaux servant de fortification � la plus ancienne partie de la ville, situ�e le long de l�Amstel et limit�e par la digue (Dam). L�ancienne �glise (Oude Kerk), des XIVe et XVe s., est le principal monument de la ville, typique pour sa construction de style � gothique paysan �. L�int�rieur est d�cor� de peintures murales, devant lesquelles �taient dispos�es les statues des ap�tres. La tour fut d�molie en 1560 et reconstruite en 1566 sur les plans de Joost Janszoon Bilha-mer. La nouvelle �glise (Nieuwe Kerk), second monument gothique, fut d�truite par les incendies de 1421 et 1452, puis reconstruite. L�expansion �conomique prise par Amsterdam d�s le XVe s. n�cessita une nouvelle extension comprenant les � Schreier-storen � (1487), � Sint Anthoniespoort �</p><p>(1488), � Munttoren � et � Montalbaansto-ren �, fortifications qui existent toujours.</p><p>L�architecture civile du Moyen �ge �tait fort �l�gante : maisons en briques rouges d�cor�es de gr�s de Bentheim, avec des boiseries peintes en blanc.</p><p>XVIE SI�CLE</p><p>La peinture se manifeste au d�but du XVIe s., de fa�on typique, avec Jacob Cornelisz. Van Oostzanen (v. 1470-1533), travaillant dans un style mani�riste archa�sant. Son fils Dirk Jacobsz. (v. 1495-1567) parvient � une expression plus personnelle et r�aliste, sous l�influence de l��cole de Haarlem. Il donne � ses portraits de groupes � genre nouveau � une s�v�rit� un peu rigide. L�aust�rit� qui caract�rise l�art d�Amsterdam se retrouve dans les portraits de groupes et de familles attribu�s au Ma�tre Herman. Les copieuses et savoureuses natures mortes de Pieter Aertsen* sont plus mouvement�es et ne pr�sentent pas la froideur que</p><p>l�on retrouve dans les portraits collectifs de Jan Van Amstel (v. 1500-1541) et Cornelis Ketel (1548-1616). Les compositions de Dirck Barentsz. (1534-1592) refl�tent l�influence du mani�risme italien.</p><p>XVIIE SI�CLE</p><p>La ville conna�t une grande extension, principalement apr�s la chute d�Anvers en 1585. Son caract�re moyen�geux dispara�t.</p><p>Le vieil h�tel de ville (Raadshuis) est remplac� par un nouveau (auj. Palais royal), construit entre 1648 et 1655 par Jacob Van Campen (1595-1657). L�architecture civile s�amplifie et s�agr�mente de d�corations de style Renaissance, par exemple ces grands pilastres dont Philips Vingboons (1607-1678) d�core les fa�ades.</p><p>L�importance �conomique de la ville attire les artistes. Nombreux sont les �trangers (surtout Flamands) qui y r�sident, notamment David Vinckboons, Gillis Van Coninxloo ; Saenredam* y peint le Vieil H�tel de ville. �l�ve, en 1623, dans l�atelier de Pieter Lastman, Rembrandt* revient en 1631 � Amsterdam et s�y installe. Son art surpasse rapidement l�esprit bourgeois et terre � terre de ses concitoyens, pour parvenir � un niveau universel. Autour de lui se groupe une �cole comprenant Jacob Adriaensz. Backer, Ferdinand Bol, Govert Flinck, Nicolaas Maes, Carel Fabritius, Gerbrand Van den Eeckhout, etc. Bartho-lomeus Van der Helst peint des portraits, Willem Kalf des natures mortes, Simon de Vlieger, Jan Van de Cappelle et Willem Van de Velde des marines. Adriaan Van de Velde ex�cute des sc�nes animali�res, Meindert Hobbema et Jan Van der Heyden des paysages d�une tranquille po�sie.</p><p>XVIIIE SI�CLE</p><p>L�esprit fran�ais p�n�tre � Amsterdam. Les styles Louis XIV, Louis XV et Louis XVI inspirent les d�corateurs, mais sont adapt�s aux caract�res sp�cifiques de l�architecture locale. La peinture de genre est illustr�e par des petits ma�tres au classicisme �l�-</p><p>gant : Cornelis Troost, Jan Maurits Quin-khard, Tibout Regters, Philips Van Dijk, George et Frans Van der Mijn, Hendrik Pothoven... Sous l�influence fran�aise et principalement celle de Perronneau*, qui s�journa � Amsterdam, Adriaan de Lelie et Wybrand Hendriks peignent d�all�gres compositions mondaines et des portraits.</p><p>Les influences �trang�res se manifestent �galement dans les d�corations peintes de Jurriaan Andriessen et Jacob de Wit.</p><p>XIXE SI�CLE</p><p>Pour abriter les tr�s riches collections du Rijksmuseum, fond� en 1808, Petrus J. H. Cuypers (1827-1921) construit de nouveaux b�timents dans le style de la Renaissance hollandaise (1876-1885). Il donne �galement les plans de la gare centrale, ainsi que de l��glise du Sacr�-Coeur (Heilig-Hartkerk) et de son quartier, qui pr�sente un aspect tout particulier (1875). Adriaan W. Weissman (1858-1923) construit le Stedelijk Museum (1895) et Mendrik P. Berlage (1856-1934) la Bourse (1897-1903), qui marque une date dans l�architecture n�erlandaise. � partir de la seconde moiti� du XIXe s., l�acad�mie des Beaux-Arts de la ville joue un r�le important dans r�volution de la peinture hollandaise, sous la direction enthousiaste d�Auguste Alleb� (1838-1927). George Hendrik Breitner (1857-1923) quitte l�acad�mie de La Haye pour poursuivre ses �tudes � Amsterdam, o� il travaille la plus grande partie de sa vie. Se d�tachant du r�alisme hollandais minutieux, et influenc� par l�impressionnisme, il adopte un style plus d�gag� et plus vigoureux. Sa peinture marque une g�n�ration enti�re d�artistes, parmi lesquels Jan Sluy-ters (1881-1957) et Leo Gestel (1881-1941).</p><p>Ce dernier, quittant Amsterdam, devient l�un des membres de l��cole de Bergen, qui exercera une influence sur toute la Hollande. Richard N. Roland Holst (1868-1938) et Antonius J. der Kinderen (1859-1925) se rattachent plut�t � un symbolisme spiri-tualiste exprim� par la ligne et la couleur.</p><p>XXE SI�CLE</p><p>Vers 1930, l��cole de Bergen regagne Amsterdam, o� Raoul Hynckes (1893-1973) joue un r�le dominant. Un courant que l�on pourrait intituler � nouvel objecti-visme � ou � r�alisme magique � se d�ploie � Amsterdam, principalement autour d�Albert Carel Willink (n� en 1900). Vers 1945, le groupe international de peinture non figurative Cobra* est repr�sent� par Karel Appel pour la ville d�Amsterdam, et groupe des peintres tels que Corneille et Constant. Une nouvelle g�n�ration d�artistes est active dans la seconde partie de ce si�cle : Wessel Couzijn (n� en 1912), Pieter Engels (n� en 1928), Lucebert (n� en</p><p>1924)... Important est le r�le jou� par le Stedelijk Museum, qui organise des expositions d�art contemporain d�importance internationale.</p><p>H. B.-V.</p><p>Amundsen</p><p>(Roald)</p><p>Explorateur norv�gien (Hvitsten, pr�s d�Oslo, 1872 - dans l�Arctique 1928).</p><p>Une vocation</p><p>d�explorateur</p><p>Fils d�un armateur, il est tr�s vite attir� par les voyages dans les r�gions polaires et dira combien il a �t� marqu� par les oeuvres de John Franklin : � Le passage qui, dans le r�cit de sir John, me frappa tout particuli�rement, fut celui o� il relate les souffrances que ses hommes et lui eurent � supporter. Je me sentis br�ler de la curieuse ambition d�endurer les m�mes souffrances [...]</p><p>je pris la r�solution d�finitive de devenir explorateur des r�gions arctiques. �</p><p>Sa m�re, devenue veuve, obtient</p><p>pourtant de lui qu�il entame des �tudes de m�decine. Elle meurt � son tour et le jeune Amundsen peut songer � ses ambitions personnelles : il s�entra�ne par de grandes randonn�es dans la montagne et apprend le m�tier de marin sur des b�timents qui l�emm�nent au large du Groenland.</p><p>En 1897, le jeune homme se fait</p><p>engager comme officier en second dans l�exp�dition que le Belge de Gerlache conduit vers l�Antarctique : Amundsen participe ainsi, en 1898, au premier hivernage effectu� par l�homme dans ces r�gions.</p><p>Le passage du</p><p>Nord-Ouest</p><p>Cette exp�rience polaire n��tait que le tremplin d�une tentative � laquelle Amundsen pensait depuis longtemps : si depuis la fin du XVIe s., avec Cabot, jusqu�� l�exploit avort� de McClure (1850-1854), les essais avaient �t� nombreux pour trouver un passage navigable vers l�Orient, au nord de l�Am�rique, on avait, depuis, abandonn� toute recherche d�un nouvel</p><p>itin�raire que l�on pensait, d�sormais, impraticable pour le commerce (il faudra attendre 1969, avec l�exploit du p�trolier brise-glace Manhattan, pour que l�on envisage de nouveau une utilisation commerciale du passage).</p><p>Mais, � l�aube du XXe s., Amundsen peut trouver des motifs scientifiques tr�s forts pour appuyer ses recherches.</p><p>Avec la caution du grand Nansen, il va d�abord �tudier le magn�tisme terrestre chez un sp�cialiste de Hambourg : la recherche de la nouvelle position du p�le magn�tique est un but essentiel de son exp�dition. En 1902, Amundsen acquiert un vieux cotre de 47 tonneaux, long de 22 m, le Gj�a. Il le remet en �tat, le pourvoit d�un moteur et prend la mer le 16 juin 1903, avec six compagnons. Apr�s une escale au Groenland, le Gj�a traverse la mer de Baffin et p�n�tre le 20 avril dans le d�troit de Lancaster, redoutable passage qui a �t� fatal � bien des pr�d�cesseurs. Cependant, le tout petit navire d�Amundsen peut se faufiler sans difficult� entre les icebergs, et longe bient�t la p�ninsule de Boothia. Il faut affronter un d�but d�incendie et une terrible temp�te, mais les navigateurs sont en mesure, en septembre, de se pr�parer � l�hivernage sur le rivage de la terre du Roi-Guillaume. Un raid avec des tra�neaux et des chiens permet � Amundsen de d�terminer le p�le magn�tique. L��t� revenu, les conditions de s�jour sont si bonnes, et la recherche scientifique si fructueuse, que l�on d�cide d�hiverner de nouveau � � Port-Gj�a �.</p><p>Le Gj�a ne repart que le 13 ao�t 1905, avec une foule de documents scientifiques. Mais on va aborder d�sormais d��troits passages, que nulle embarcation n�a franchis, entre la grande �le Victoria et le continent. Naviguant avec d�infinies pr�cautions, Amundsen r�ussit � franchir les d�troits : le passage du Nord-Ouest est ouvert.</p><p>Cependant, les glaces coupent d�j� la voie vers le d�troit de B�ring, et il faut encore hiverner, pr�s de l�embouchure du Mackenzie. Amundsen reprend la mer au d�but de juillet 1906 et atteint, downloadModeText.vue.download 29 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>566</p><p>avec difficult�, le d�troit de B�ring � la fin d�ao�t. Un petit triomphe sera fait, � Nome, au chef de l�exp�dition et � ses compagnons.</p><p>Les p�les</p><p>La gloire permet � Amundsen de faire de fructueuses tourn�es de conf�rences � travers le monde. Il va d�sormais pouvoir s�attaquer au p�le arctique, dont il pr�voit la conqu�te en utilisant la lente d�rive des glaces polaires vers le nord. Pour cet exploit, Nansen lui confie son beau navire, le Fram. Mais une grande d�ception attend les Scandinaves : c�est � l�Am�ricain Peary que revient l�honneur de planter, le 6 avril 1909, la banni�re de son pays au p�le... Amundsen ne renonce pas, officiellement, � son projet de d�rive, et le Fram part le 6 juin 1910 pour tenter l�exp�rience � partir des passages du d�troit de B�ring. En fait, l�objectif secret du Norv�gien, c�est le p�le Sud : cette fois, il va l�emporter sur un autre Anglo-Saxon, Robert Falcon Scott.</p><p>(V. Antarctique.)</p><p>Le passage du Nord-Est et</p><p>les derni�res exp�ditions</p><p>Cet extraordinaire exploit se conclut �galement par des conf�rences tr�s applaudies dans la plupart des grandes capitales. Amundsen peut r�unir</p><p>les fonds n�cessaires pour se faire construire un nouveau navire, le Maud, et tente encore une d�rive en 1918, en partant du passage du Nord-Est. Il ne peut d�passer le cap Tcheliouskine, � proximit� duquel il doit hiverner.</p><p>En 1919, la banquise est si compacte qu�il doit employer la dynamite pour repartir : il ne retrouve une mer un peu libre que le 12 septembre. Apr�s avoir d�pass� les �les de la Nouvelle-Sib�rie, il se dirige vers le nord pour se faire prendre par le pack. Au bout de quelques jours, c�est l�affreuse d�ception, qui condamne toute sa tentative : la banquise d�rive dans cette r�gion vers le sud ! Amundsen n�a plus qu�� d�gager le Maud des glaces : il va hiverner pr�s de l�extr�mit� orientale de la c�te sib�rienne, dans la baie de la Tchaoun. Nouvel �chec pendant l��t� de 1920. D�courag�, Amundsen abandonne sa tentative de d�rive et</p><p>se tourne vers l�aviation : il a appris le pilotage d�s 1913. Apr�s des essais malheureux en Alaska avec un Jun-ker (1923), il atteint la latitude de 87� 44&#x2032; au cours d�un raid, avec Ellsworth et quatre autres compagnons sur deux hydravions Dornier (1925).</p><p>L�un des appareils sera endommag�, et le deuxi�me aura beaucoup de difficult�s pour ramener tout le monde au Spitzberg.</p><p>Toujours � la pointe du progr�s, Amundsen va encore essayer une nouvelle technique pour explorer l�Arctique : avec un dirigeable construit par l�Italien Nobile, le Norge, il part du Spitzberg, survole le p�le le 11 mai 1926, et gagne ensuite l�Alaska. Si Byrd l�a pr�c�d� par la voie a�rienne, Amundsen n�en conna�t pas moins un v�ritable triomphe lorsqu�il rentre par les �tats-Unis. Cette exp�dition l�ve un des derniers doutes que l�on gardait sur la g�ographie de l�Arctique : aucune terre ne s��tend entre le p�le et la pointe Barrow, sur la c�te de l�Alaska.</p><p>La mort d�Amundsen ajoutera en-</p><p>core � sa gloire : en mai 1928, Nobile avait conduit un nouveau dirigeable, l�Italia, au-dessus de l�Arctique, mais sans Amundsen, auquel l�oppose une certaine rivalit�. On apprend le 9 juin, par la radio, que le dirigeable a d� se poser sur la banquise, et que la situation des Italiens est difficile.</p><p>Amundsen veut faire quelque</p><p>chose pour son ancien compagnon. �</p><p>Troms�, le 18 juin, il monte � bord d�un avion fourni par la France, un</p><p>� Latham � pilot� par Ren� Cyprien Guilbaud (1890-1928), qui avait fait le tour du monde avec un appareil de ce type. Nobile sera sauv� plus tard, mais le � Latham � dispara�t � jamais, quelque part dans l�oc�an Arctique, sous des latitudes dignes de recevoir la d�pouille du conqu�rant du p�le Sud.</p><p>S. L.</p><p>&#x25B6; Antarctique / Arctique.</p><p>B R. Amundsen, En avion vers le p�le Nord (trad. du norv�gien ; Albin Michel, 1926). /</p><p>R. Amundsen et L. Ellsworth, D�Europe en Am�-</p><p>rique par le p�le Nord (trad. du norv�gien ;</p><p>Albin Michel, 1927). / E. Peisson, P�les, l��tonnante aventure de Roald Amundsen (Grasset 1952).</p><p>amygdales</p><p>�l�ment lympho�de essentiel du pharynx. Les amygdales sont situ�es de part et d�autre de l�isthme pharyngien, dans une loge form�e par les � piliers �</p><p>du voile du palais. En fait, le tissu lympho�de de cette r�gion forme un cercle, ou anneau lymphatique de Waldeyer, qui comprend aussi les v�g�tations, ou amygdales pharyngiennes, l�amygdale linguale dans la base de la langue et les amygdales tubaires situ�es � l�orifice pharyngien de la trompe d�Eustache.</p><p>Anatomie</p><p>Les amygdales ont une forme</p><p>d�amande, de volume variable avec les individus et avec l��ge. Elles ad-h�rent � la paroi du pharynx au niveau d�un �paississement, ou coque amygdalienne, mais le clivage chirurgical est possible. La saillie plus ou moins grande de l�amygdale dans la cavit� pharyng�e permet de parler d�amygdales p�dicul�es, sessiles, ou, au contraire, enchatonn�es, lorsqu�elles sont cach�es par le pilier ant�rieur du voile. � leur face interne, on peut noter des d�pressions irr�guli�res, qui repr�-</p><p>sentent les orifices des cryptes amygdaliennes. Les cryptes contiennent du mucus.</p><p>R�le</p><p>Comme l�ensemble du tissu lym-</p><p>pho�de, les amygdales ont un r�le de d�fense. Cependant, elles ne repr�sentent qu�un �l�ment du tissu lympho�de pharyng�. C�est dire que leur suppression, lorsqu�elle est justifi�e, ne saurait �tre consid�r�e comme v�ritablement privative.</p><p>Pathologie</p><p>L�augmentation de volume des amygdales, ou hypertrophie amygdalienne, bien que fr�quemment source de pr�-</p><p>occupations chez l�enfant, ne constitue pas � proprement parler une affection.</p><p>Elle donne parfois des troubles de la voix, plus rarement une g�ne � la</p><p>d�glutition, mais jamais de v�ritable g�ne respiratoire lorsqu�elle est isol�e. L�indication de leur ablation doit �tre particuli�rement nuanc�e devant la constatation de grosses amygdales.</p><p>L�infection</p><p>On ne saurait dissocier l�amygdalite aigu� de l�angine*, les deux termes pouvant �tre utilis�s indiff�remment.</p><p>On peut pourtant noter parfois une localisation �lective du processus pathologique au niveau des amygdales ; c�est le cas en particulier des angines unilat�rales (angine de Vincent par exemple). Les complications � distance, rhumatismales (rhumatisme articulaire aigu, rhumatisme postangi-neux), r�nales (n�phrites), d�pendent du germe en cause et non de la localisation. La r�p�tition des angines constitue une des meilleures indications de l�amygdalectomie.</p><p>Le phlegmon de l�amygdale r�alise une collection purulente situ�e entre l�amygdale et la paroi du pharynx ; c�est dans la zone clivable que le pus devra �tre recherch�. Il entra�ne des douleurs atroces et une importante atteinte de l��tat g�n�ral, avec l�impossibilit� de s�alimenter. Un traitement antibiotique peut parfois amener la gu�rison au tout d�but, mais, en r�gle g�n�rale, l�ouverture chirurgicale et, ult�rieurement, l�amygdalectomie sont n�cessaires. La tendance � la r�cidive est en effet habituelle.</p><p>L�amygdalite chronique est fr�-</p><p>quente et marqu�e par une g�ne pharyng�e, une mauvaise haleine et la pr�sence d�amas blanch�tres dans les cryptes amygdaliennes : le cas�um, qui peut �tre expuls� par pression de l�amygdale. Elle subit g�n�ralement des pouss�es aigu�s, s�accompagnant d�ad�nopathies cervicales ; son traitement n�est gu�re que chirurgical.</p><p>Enfin, l�amygdale peut �tre le si�ge de l�sions tuberculeuses ou syphilitiques.</p><p>Le cancer de l�amygdale a un traitement difficile. La pr�cocit� du diagnostic est le facteur le plus favorable.</p><p>Toute douleur unilat�rale qui persiste en dehors d�une angine impose un examen par un sp�cialiste, surtout si</p><p>elle s�accompagne d�une douleur dans l�oreille du m�me c�t�.</p><p>Chirurgie des amygdales</p><p>L�amygdalectomie, ou ablation chirurgicale de l�amygdale, peut �tre r�alis�e chez l�enfant � l�aide d�un amygda-lotome, form� de deux lames coulissantes : l�une est fen�tr�e, permettant d�engager l�amygdale dans sa lumi�re, l�autre, glissant dans cette lumi�re, permet de d�tacher l�amygdale de la paroi du pharynx.</p><p>Cette intervention se fait g�n�ralement avec anesth�sie de courte dur�e au masque. Chez l�adulte, sous anesth�sie locale ou g�n�rale, on r�alise une dissection de l�amygdale suivant les techniques chirurgicales habituelles ; les suites sont g�n�ralement simples. La complication essentielle est repr�sent�e par l�h�morragie, aussi ces interventions doivent-elles �tre pratiqu�es en milieu chirurgical apr�s �tude de la coagulation sanguine. Une anomalie importante des examens du sang, non corrig�e par un traitement simple, contre-indique l�intervention.</p><p>Celle-ci ne sera pas non plus effectu�e en p�riode d�infection. La caut�risation de l�amygdale, chimique ou mieux downloadModeText.vue.download 30 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>567</p><p>�lectrique, peut se justifier lorsqu�il existe une contre-indication � l�intervention. C�est une m�thode longue et qui ne donne souvent que des r�sultats partiels. Plus r�cemment, on a propos� la cryoth�rapie, c�est-�-dire l�application de froid intense au niveau de l�amygdale ; l�azote liquide (� 180 �C) constitue la source de froid. Cette m�thode presque indolore permet de supprimer le tissu amygdalien qui a pu prolif�rer apr�s intervention ancienne.</p><p>Elle peut �tre utilis�e lorsque la chirurgie est contre-indiqu�e.</p><p>J. T.</p><p>B R. Maduro, Pathologie de l�amygdale (Masson, 1953) / A. Ennuyer et J.-P. Bataini, les Tumeurs de l�amygdale et de la r�gion v�lo-pa-</p><p>latine (Masson, 1956).</p><p>Amyot (Jacques)</p><p>F HUMANISME, PLUTARQUE, TRA-</p><p>DUCTION.</p><p>anabaptistes</p><p>Membres d�une secte religieuse du XVIe s.</p><p>Les anabaptistes ont �t� ainsi nomm�s parce qu�ils rebaptisaient les adultes, le bapt�me des petits enfants �tant � leurs yeux ill�gitime ou nul.</p><p>En fait, ils vont bien au-del� de cette seule remise en question. C�est � une r�volution globale dans l��glise et la soci�t� qu�ils visent :</p><p>y par rapport au catholicisme, consid�r� comme le carrefour de toutes les h�r�sies et de toutes les superstitions, ils refusent radicalement la soumission � la hi�rarchie et affirment l�autorit� de la conscience individuelle, �clair�e par le Saint-Esprit.</p><p>Ils repr�sentent ainsi un ferment de d�sint�gration de toute institution eccl�siastique ;</p><p>y par rapport � la R�forme et � son principe fondamental de l�autorit� de la Parole entendue dans la lecture communautaire de l��criture, ils refusent le recours au � pape de papier �, et s�en remettent � l�inspiration directe, confirm�e par de nombreuses visions et miracles divers ;</p><p>y par rapport � la relation de l��glise avec le pouvoir politique, ils d�noncent la prostitution que repr�sente une liaison, quelle qu�elle soit, refusent le serment, le service militaire, le paiement de l�imp�t, la n�cessit� des magistrats et de la morale traditionnelle.</p><p>C�est un radical � d�p�rissement de l��tat � qu�ils pr�conisent, et la constitution d�une soci�t� nouvelle, sans autre r�gle que les � directions �</p><p>re�ues et transmises par les charisma-tiques, reconnus comme les chefs de la communaut� tout enti�re aux ordres de l�Esprit. � la limite, on le voit, ils reconstituent des �lots th�ocratiques</p><p>tout aussi int�gr�s et autoritaires que les pires formes du cl�ricalisme c�saro-papiste. Leur anarchisme absolu donna naissance � d�absurdes absolutismes.</p><p>En Allemagne</p><p>D�s avant le d�but de la R�forme luth�-</p><p>rienne existent en Allemagne des jacqueries � l��tat end�mique. Les r�volt�s contre l�arbitraire f�odal entendent le grand message De la libert� chr�-</p><p>tienne (1520), de Luther, comme une invite � briser leurs cha�nes et � renverser la hi�rarchie sociale ; de r�volte sauvage qu�il �tait jusqu�alors, le mouvement �volue de plus en plus vers un messianisme r�volutionnaire. Luther, au d�but, esp�re que le peuple �clair� par son message comprendra mieux l�enjeu de la R�forme que les princes aveugl�s par leurs calculs politiques.</p><p>Il se rend bient�t compte que tout risque de sombrer dans le d�sordre : son drame sera d�avoir � faire appel � la violence l�gale pour r�primer le sanglant d�sordre qui mena�ait de tout engloutir ; il cr�era ainsi la tradition luth�rienne allemande de soumission inconditionnelle au pouvoir.</p><p>L�aventure anabaptiste s��tend en suivant des itin�raires o� la trag�die finale est � la mesure des enthousiasmes �chevel�s qui l�ont pr�c�d�e et pr�cipit�e : apr�s avoir r�prim� en 1521 les</p><p>� proph�tes de Zwickau � � le plus c�l�bre est Nikolaus Storck (� 1525)</p><p>�, Luther voit se dresser en face de lui l�un d�eux, Thomas M�nzer (ou M�ntzer) [1489?-1525], qui, aux caract�res g�n�raux de l�illuminisme anabaptiste, ajoute la pr�dication d�une sorte de divinisation de l�homme, lieu de l�incarnation du Fils, par la communication int�rieure du Verbe �ternel. Il veut, en outre, fonder le royaume de Dieu sur l��galit� de tous et la communaut� des biens, et somme les princes de se soumettre � sa constitution divinement inspir�e. Apr�s avoir violemment attaqu� Luther, il se rend � la fronti�re suisse et soul�ve Zurich � o� Zwingli lui-m�me avait quelque temps balanc� sur la question du bapt�me � et toute l�Allemagne du Sud.</p><p>C�est la formidable insurrection paysanne de 1525, r�prim�e partout � coups d�anath�mes et d�ex�cutions</p><p>massives. Plus ils sont rejet�s, plus ils ont de confesseurs et de martyrs, et plus les anabaptistes en concluent qu�ils doivent se retirer de la corruption g�n�rale pour cr�er des cit�s de Dieu, o� ils mettront rigoureusement en pratique tous leurs principes et attendront le triomphe des arm�es c�lestes sur les forces des puissances sataniques des princes au service de toutes les �glises compromises avec le p�ch� du monde. C�est ainsi que M�nzer organise M�hlhausen (Thuringe) en ville sainte, lorsque a lieu, sous la direction de Philippe, le landgrave de Hesse, la bataille de Frankenhausen (15 mai 1525), o� il est fait prisonnier.</p><p>On raconte qu�avant d��tre supplici�, il faiblit et re�ut la communion des mains d�un pr�tre.</p><p>Jean de Leyde</p><p>C�est aux Pays-Bas que, quelques ann�es plus tard, l�anabaptisme resurgit, accompagn� des manifestations les plus extraordinaires : Melchior Hoffmann (ou Hofmann) [v. 1500-1543], disciple de M�nzer, s�est fix� � Amsterdam et a fait des pros�lytes � Haarlem et � Leyde. Deux d�entre eux, le boulanger Jan Matthijsz. de Haarlem et le tailleur Jan Beukelsz.</p><p>de Leyde (� Jean de Leyde �) [1509-1536], fuyant la r�pression, se fixent � M�nster, en Westphalie (1533-1534).</p><p>Dou�s d�une force int�rieure et d�une �loquence peu communes, les deux</p><p>� proph�tes � gagnent � l�anabaptisme toute la ville et ses pasteurs. Une foule d�anabaptistes de toutes origines viennent s�y r�fugier, et on commence � organiser la th�ocratie : les objets de luxe, les oeuvres d�art, les livres sont br�l�s au cours d�une v�ritable � r�volution culturelle � ; la communaut� des biens et la polygamie sont institu�es, et tous les opposants sont bannis. Jan Matthijsz. tu� dans une bataille contre les troupes catholiques venues assi�-</p><p>ger la ville (avr. 1535), Jean de Leyde est nomm� roi de la nouvelle Sion et prend le titre de � roi juste du nouveau temple � ; entour� d�une v�n�ration et d�une crainte g�n�rales, il annonce qu�il va conqu�rir le monde ; il envoie dans toutes les directions vingt-huit ap�tres, charg�s d�annoncer sa venue, et qui seront, � l�exception d�un seul, arr�t�s et ex�cut�s. Exer�ant le pou-</p><p>voir absolu, il tranche lui-m�me la t�te d�une de ses quinze femmes. Plus le blocus se resserre autour de la ville, plus l�exaltation apocalyptique y cro�t.</p><p>Les troupes de l��v�que de M�nster donnent l�assaut le 24 juin 1535 et le</p><p>� triomphe � se termine dans un bain de sang. Apr�s six mois de tortures, Jean et ses principaux lieutenants subissent le 22 janvier 1536 l�affreux supplice de la mort par les � tenailles br�lantes �.</p><p>Malgr� l�h�ro�sme des anabaptistes en face de la mort, dans une pers�cution qui se g�n�ralise et submerge aussi bien les �tats protestants que les �tats catholiques, le mouvement ne se rel�-</p><p>vera jamais des folies de M�nster et de l�effroyable ch�timent qu�elles ont attir� sur la ville. Lorsque l�anabaptisme se manifestera, ce sera d�sormais sous des formes tr�s att�nu�es, comme celle de Menno Simonsz (1496-1561), un ancien pr�tre hollandais qui fondera la secte des mennonites, saints tranquilles et strictement retir�s du monde.</p><p>De m�me, en Angleterre, au XVIIe s., les anabaptistes seront un des courants de la fermentation g�n�rale des esprits et donneront naissance � diverses �glises dissidentes, qui seront des agents de progr�s dans les domaines politique et social, ainsi qu�en ceux de la pi�t� et de la moralit�.</p><p>La crise avait provoqu� le durcissement � constantinien � de la R�forme, et son recours aux m�thodes les plus</p><p>cruelles du catholicisme politique.</p><p>Mais l�h�ritage de l�anabaptisme, repr�sent� par diff�rentes tendances</p><p>� paisibles �, se poursuit jusqu�aujourd�hui en ces courants chr�tiens qui refusent l�alliance de l��glise et du pouvoir, et insistent sur l��l�ment de contestation des institutions et l�exigence de progr�s social repr�sent�s par des communaut�s pauvres, annon�ant l�esp�rance eschatologique et esquis-sant le royaume dans le service d�sint�ress� de la justice et de la paix.</p><p>G. C.</p><p>&#x25B6; Allemagne / Luther / Protestantisme / R�-</p><p>forme.</p><p>B E. Bloch, Thomas M�nzer (Munich, 1921 ; trad. fr. Thomas M�nzer, Julliard, 1965). /</p><p>H. Strohl, Luther, sa vie et sa pens�e (Oberlin, Strasbourg, 1954) / S. H. Williams, Spiritual and Anabaptist Writers (Philadelphie, 1957).</p><p>/ R. Stupperich, Das m�nsterische Ta�fertum.</p><p>Ergebnisse und Probleme der neueren Forschung (M�nster, 1958). / E. G. L�onard, Histoire g�n�rale du protestantisme, t. I (P. U. F., 1961). /</p><p>G. Casalis, Luther et l��glise confessante (�d. du Seuil, 1962). / G. Mury, Christianisme primitif et monde moderne (La Palatine, Gen�ve, 1966). /</p><p>downloadModeText.vue.download 31 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>568</p><p>R. Stauffer, la R�forme (P. U. F., coll. � Que sais-</p><p>je ? �, 1970).</p><p>ana�robiose</p><p>Vie sans air.</p><p>Elle a �t� d�crite en 1861 par Pasteur, � propos de la fermentation butyrique. Cette �tude confirmait les travaux ant�rieurs, qui identifiaient la fermentation � une vie sans oxyg�ne.</p><p>Une Bact�rie ana�robie ne peut cultiver (vivre) en pr�sence d�oxyg�ne libre. Celui-ci peut emp�cher sa multiplication (bact�riostase) ou la tuer (bact�ricidie). L�ana�robiose impose donc aux germes ana�robies des processus respiratoires particuliers.</p><p>Chez les Bact�ries a�robies, les ions H+ lib�r�s par le m�tabolisme ont pour accepteur l�oxyg�ne de l�air. Ils se combinent avec lui par l�interm�diaire de transporteurs successifs, avec gain d��nergie � chaque �tape. L�oxyg�ne peut �tre libre : l�eau oxyg�n�e fournie dans cette voie oxydative est d�grad�e en eau par les peroxydases ou cata-lases. (V. enzyme.) Il peut �tre ionis� : c�est la phosphorylation oxydative, n�-</p><p>cessitant la pr�sence de cytochromes.</p><p>Les Bact�ries ana�robies ne poss�-</p><p>dent pas (� de rares exceptions pr�s) ces enzymes. Pour �liminer les ions H+, elles utilisent des accepteurs exog�nes organiques ou min�raux (nitrates, sulfates), ou des accepteurs endog�nes qui sont des produits interm�diaires du m�tabolisme ; le plus connu est l�acide pyruvique ; il s�agit l� de fermentation.</p><p>Les Bact�ries a�ro-ana�robies</p><p>peuvent employer toutes ces voies.</p><p>En ana�robiose, les Bact�ries ne peuvent cultiver que dans des limites assez basses de rH (potentiel d�oxydor�duction</p><p>Surtout, en respirant, elles abaissent le rH du milieu. La mesure du rH initial et du rH terminal permet de d�finir plusieurs groupes d�ana�robies.</p><p>L�identification des bact�ries ana�-</p><p>robies est donc possible gr�ce � l��tude de leur type respiratoire, de leurs caract�ristiques biochimiques et nutri-tionnelles, de leur morphologie.</p><p>En pathologie, on distingue les ana�robies telluriques, avec spores, toxig�nes ou virulents (les germes du t�tanos, de la gangr�ne gazeuse, du botulisme), et les ana�robies non telluriques, sans spores, moins dangereux.</p><p>Outre ces Bact�ries pathog�nes, les ana�robies ont un int�r�t majeur dans la nature (ana�robies du sol intervenant dans le m�tabolisme de l�azote, la r�duction des sulfates, l�hydrolyse des graisses, la lyse des tissus animaux et v�g�taux dans les sols et les eaux) et en industrie, dans les fermentations et les synth�ses ou transformations biochimiques.</p><p>P. V.</p><p>analeptiques</p><p>M�dicaments capables de restituer, pour un temps plus ou moins long, � un tissu ou � un organe, tout ou partie des fonctions physiologiques qu�il avait perdues par suite d�une atteinte pathologique. L�usage s�est �tabli de r�server le terme aux analeptiques des syst�mes respiratoire et cardio-vasculaire. Ce sont des excitants du syst�me nerveux, dont l�action se manifeste au niveau du cerveau, du bulbe ou de la moelle, ou au niveau de plusieurs de ces r�gions ; ces propri�t�s neuroto-niques sont en g�n�ral compl�t�es par des actions secondaires sur les muscles lisses ou stri�s. La classification des analeptiques ne peut porter que sur leur action pharmacodynamique, car ces substances n�ont entre elles aucun lien chimique, leur structure mol�culaire allant de la plus grande simplicit�, comme le gaz carbonique CO2, � la complexit� d�un alcalo�de comme la strychnine C21H22O2N2.</p><p>Agissent principalement sur le syst�me nerveux central :</p><p>� le camphre, essence concr�te de divers Camphriers, c�tone cyclique, dont la synth�se fut r�alis�e par Haller (1904), actif en solution injectable (huile camphr�e), aujourd�hui remplac� par des substances solubles plus maniables telles que les camphosulfo-nates, la camph�tamide, la nic�tamide,</p><p>le pent�trazol, d�riv�s synth�tiques qui sont, de plus, actifs par voie orale ;</p><p>� des alcalo�des du groupe de la purine (caf�ine et th�ophylline), extraits du cacao ou synth�tiques, la picrotoxine, ou cocculine, alcalo�de de la Coque du Levant, aujourd�hui abandonn�e en raison de sa toxicit�, l�ammoniaque sous forme d�ac�tate et de phtalamate, enfin les aminoalcools, parmi lesquels on trouve l�amph�tamine, l��ph�drine, alcalo�de l�vogyre extrait de divers Ephedra ou synth�tique ;</p><p>� l�adr�naline*, hormone surr�nale, la premi�re hormone connue, d�couverte par Vulpian (1856), synth�tis�e par Takamine (1901), ainsi que la ph�nyl�phrine.</p><p>Parmi les analeptiques agissant directement sur les centres respiratoires, citons le gaz carbonique CO2, qui a �t� employ� sous forme d�inhalation, dilu� � 5 p. 100 dans l�oxyg�ne, sous le nom de carbog�ne, la spart�ine, alcalo�de relativement peu toxique extrait du Gen�t � balais, la pr�thcamide, corps synth�tique. Les alcalo�des des Strych-nos, comme la strychnine, agissent surtout au niveau des muscles, ainsi que l�heptaminol. Bon nombre de ces m�-</p><p>dicaments se retrouvent dans d�autres familles th�rapeutiques, notamment les cortico�des et les psychotropes.</p><p>Leur activit� analeptique ne repr�sente qu�un aspect de leurs propri�t�s th�rapeutiques ; ils ne sont le plus souvent que les adjuvants de m�dicaments plus sp�cifiques.</p><p>R. D.</p><p>B R. Gay, Place des analeptiques dans le traitement des insuffisances respiratoires chroniques (th�se, Paris, 1964).</p><p>analg�sique</p><p>F DOULEUR.</p><p>analyse</p><p>�tude des corps R des nombres r�els et C des nombres complexes, l�analyse groupe tout ce qui est au-del� des calculs finis, tout ce qui exige des appels r�p�t�s � la notion d�infini, au passage � la limite, � l�emploi de</p><p>suites infinies d�op�rations, etc. Les calculs qu�on y fera auront une signification num�rique, mais seulement comme calculs d�approximation (Henri Lebesgue). Autrement dit, l�analyse fait appel, d�une part, � l�alg�bre, d�autre part, � la topologie des corps R et C. Le mot analyse a �t� repris du grec et introduit dans la langue math�-</p><p>matique moderne par Fran�ois Vi�te (1540-1603), qui voulait le substituer au mot alg�bre. Mais il prit peu � peu sa signification actuelle.</p><p>Les calculs approch�s</p><p>babyloniens et grecs</p><p>� un tr�s humble degr�, l�analyse appara�t donc d�s qu�apparaissent des proc�d�s illimit�s de calcul. Sans que l�on puisse affirmer avec certitude que de tels algorithmes se trouvent dans la math�matique babylonienne, on doit noter cette valeur approch�e de</p><p>qui figure dans une tablette de la Haute �poque : 1 ; 24, 51, 10 (num�ration sexag�simale de position). Plus nettement, le proc�d� de H�ron d�Alexandrie (Ier s. apr. J.-C.) pour extraire une racine carr�e est nettement con�u comme illimit� : soit A le nombre dont on veut calculer la racine. On part d�une approximation arbitraire a0 et l�on calcule</p><p>On recommence � partir de a1 et l�on continue aussi loin qu�on le d�sire. De tels proc�d�s, ou d�autres analogues, se retrouvent chez tous les calculateurs du Moyen �ge et de la Renaissance.</p><p>Il convient toutefois de signaler la r�gle des nombres moyens formul�e en 1484 par Nicolas Chuquet (v. 1445-v.</p><p>1500) : Pour r�soudre toute �quation f(x) = 0 (notations actuelles), on prend deux fractions et telles que</p><p>et l�on forme la quantit�</p><p>On recommence ind�finiment les</p><p>calculs en prenant pour nouvelles bornes une des pr�c�dentes et la nouvelle fraction intercalaire.</p><p>Les quantit�s</p><p>irrationnelles</p><p>Cependant, pour que de tels algorithmes illimit�s soient utilis�s, il fallait que les math�maticiens aient pris conscience de l�insuffisance du corps &#x211A;</p><p>des nombres rationnels pour r�soudre les probl�mes essentiels de la g�o-m�trie. Car il ne peut s�agir au d�but que de cela, la g�om�trie, � science du continu �, �tant oppos�e � l�arithm�tique, � science de la grandeur discr�te �. C�est Aristote (384-322 av.</p><p>J.-C.) qui nous rapporte la premi�re preuve, due aux pythagoriciens, de l�existence de grandeurs irrationnelles.</p><p>Si l�on suppose que la quantit� est rationnelle, on peut �crire les</p><p>nombres p et q �tant premiers entre eux. On a la relation p2 = 2q 2 et p est pair, �gal � 2r. Ainsi 4r 2 = 2q 2 ou q2 = 2r 2, et q est pair lui aussi, ce qui est absurde. Une fois reconnue l�existence d�irrationnelles se trouvait soulev�e la question �pineuse : qu�est-ce que le rapport de deux grandeurs ? La r�ponse est donn�e d�une fa�on magistrale au livre V des �l�ments d�Euclide (IIIe s.</p><p>av. J.-C.), que beaucoup, sans preuves convaincantes, veulent attribuer � Eudoxe (v. 406 - v. 355 av. J.-C.). � tout couple de grandeurs de m�me esp�ce se trouve d�sormais rattach� un � rap-downloadModeText.vue.download 32 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>569</p><p>port �, nous dirions un nombre r�el. Ce rapport est d�fini par une � coupure �</p><p>sur l�ensemble Q+ des nombres rationnels positifs, suivant la terminologie de Richard Dedekind (1831-1916) [Ste-tigkeit und irrationale Zahlen, 1872], l�auteur allemand ne faisant qu�analyser le livre V, sans le trahir. Cependant, le probl�me r�ciproque � � � toute coupure sur l�ensemble Q, peut-on associer le rapport de deux grandeurs ? �</p><p>� ne fut jamais r�solu par les Grecs ni leurs successeurs. La r�ponse affirmative que donne Dedekind est une des premi�res apparitions de l�arithm�tisation de l�analyse. C�est un postulat qui d�finit le corps R des nombres r�els logiquement � partir de l�ensemble Q</p><p>des nombres rationnels, et qui fait ainsi dispara�tre l�antinomie entre arithm�-</p><p>tique et g�om�trie. La construction du corps R des nombres r�els se fait de</p><p>nos jours de bien des fa�ons, mais 1872</p><p>reste une date importante, quoique Dedekind ait eu des pr�curseurs comme Charles M�ray (1835-1911) en France, en 1869.</p><p>Les tangentes</p><p>chez les Grecs</p><p>Pour les Grecs, une courbe s�pare le plan en deux domaines distincts, l�ex-t�rieur et l�int�rieur, ou figure. L�ext�-</p><p>rieur peut contenir des droites illimit�es dans les deux sens, ce qui n�est g�n�ralement pas le cas pour la figure.</p><p>Une droite qui passe d�une des deux r�gions dans l�autre est une s�cante.</p><p>Une droite qui a un point commun avec la courbe, mais ne p�n�tre pas dans la figure, est dite tangente. C�est le sens du mot chez les trois grands g�om�tres Euclide, Archim�de (v. 287-212 av. J.-</p><p>C.) et Apollonios de Perga (v. 262 - v.</p><p>180 av. J.-C.), qui �tablissent avec une grande rigueur les propri�t�s des tangentes. La r�gion comprise entre la tangente et la courbe est appel�e angle de contingence. Plus petit que tout angle rectiligne sans cependant �tre nul, un tel �tre math�matique, dont l�existence contredit le livre V des �l�ments, pourtant tr�s solidement construit, am�nera au Moyen �ge et � la Renaissance bien des controverses passionn�es.</p><p>Diorismes</p><p>�troitement li�s au probl�me des tangentes sont les diorismes, ou limitations des probl�mes g�om�triques. Le cas le plus simple se trouve au livre VI des �l�ments. Il concerne la discussion de la parabole en ellipse, c�est-�-dire de l��quation du second degr�. Toute �quation du second degr� n�a pas forc�ment deux racines, le cas limite �tant celui o� le discriminant est nul. Archim�de �tudie lui aussi les cas limites des probl�mes solides (ici du 3e degr�) au second livre de Sur la sph�re et le cylindre. �tudiant le nombre des normales men�es � une conique, Apollonios trouve pour sa part les d�velopp�es de ces courbes. Sir Isaac Newton (1642-1727) et Christiaan Huygens (1629-1695) seront en ce domaine ses successeurs imm�diats. D�une fa�on g�n�rale, lorsque les probl�mes solides</p><p>(de degr� 3 ou 4) seront r�solus par intersection de deux coniques, les cas limites seront ceux o� les deux courbes seront tangentes.</p><p>G�om�trie de la mesure</p><p>quadrature du cercle</p><p>L��tude des tangentes, de l�angle de contingence, des diorismes est � l�origine du calcul diff�rentiel. Le calcul int�gral trouve au contraire sa source dans la mesure des aires et des volumes.</p><p>Le plus ancien probl�me qui soit ici � signaler est celui de la quadrature du cercle. Le papyrus Rhind (v. 1800 av.</p><p>J.-C.) montre que, pour les �gyptiens, le diam�tre d�un cercle �quivalent � un carr� surpasse son c�t� de , ce qui, pour des calculateurs qui n�utilisent que des entiers et des quanti�mes, est une excellente approximation. Si les Babyloniens adoptent g�n�ralement pour le nombre &#x3C0; la valeur enti�re 3, ils utilisent aussi une meilleure approximation en prenant pour la valeur 57,36 (num�ration sexag�simale). Cela revient � �crire Cette approximation se retrouve dans les Sulvas&#x16B;tras hindoues (entre 400 et 200 av. J.-C.), et elle est encore employ�e parfois en Occident au XVe et au XVIe s. Repris par les Grecs, le probl�me de la quadrature du cercle est enfin trait� scientifiquement par Eudoxe et surtout par Archim�de, qui �tablit la double in�galit�</p><p>La m�thode m�me d�Archim�de per-</p><p>mit � Ludolf Van Ceulen (1540-1610) de calculer &#x3C0; avec 33 d�cimales exactes et, en 1573, � Valentin Otho (v. 1550 -</p><p>v. 1605), ainsi qu�en 1586, � Adriaan Anthonisz (v. 1527-1607), d�en donner l�excellente approximation par exc�s . D�j�, le math�maticien</p><p>chinois Tsou Tch�ang Tche (430-501) avait d�duit cette approximation de l�encadrement</p><p>3,141 592 6 &lt; &#x3C0; &lt; 3,141 592 7.</p><p>En 1593, Fran�ois Vi�te fournit le premier algorithme illimit� du calcul du nombre &#x3C0; : Le rapport de l�aire du carr� inscrit � l�aire du cercle s�obtient par une suite illimit�e obtenue en posant</p><p>En 1656, John Wallis (1616-1703)</p><p>donne le r�sultat suivant : Lord William Brouncker (v. 1620-1684) donne pour le m�me nombre</p><p>une fraction continue illimit�e. Nicolaus Kaufmann, dit Mercator (v. 1620-1687), James Gregory (1638-1675), sir Isaac Newton, Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) trouvent des expressions par des s�ries, dont la plus c�l�bre est</p><p>Volumes de la pyramide,</p><p>du c�ne et de la sph�re</p><p>Archim�de nous apprend que la mati�re du livre XII des �l�ments d�Euclide est due � Eudoxe, qui eut en l�occurrence pour pr�curseur D�mocrite (v. 460 - v.</p><p>370 av. J.-C.). Eudoxe y montre que les cercles sont entre eux comme les carr�s � et les sph�res comme les cubes � de leurs diam�tres. Il �tablit de plus, de fa�on rigoureuse, qu�une pyramide ou un c�ne est le tiers du prisme ou du cylindre de m�me base et de m�me hauteur. Pour ce faire, il lui faut utiliser des proc�d�s illimit�s d�approximation, en l�occurrence des s�ries g�om�triques de raison 1/4. On s�est longtemps demand� si des proc�d�s finis n�auraient pas suffi, mais Raoul Bricard (1870-1944) a �tabli, en 1896, que seules les m�thodes infinit�simales �taient ici efficaces. Avec Archim�de, ces m�thodes vont donner toute leur mesure et s�am�lioreront. Il d�termine le rapport entre le volume de la sph�re et celui du cylindre circonscrit , le rapport entre l�aire de la sph�re et celui de son grand cercle (4), les volumes des quadriques convexes de r�volution, l�aire de la parabole et celle de l�ellipse. Il d�finit le centre de gravit� d�une aire plane et celui d�un volume convexe, et il trouve ceux du segment de parabole et des segments de ses quadriques. Il d�finit sa spirale, dont il place la tangente et trouve l�aire. Surtout, il donne aux math�maticiens futurs les techniques essentielles du calcul infinit�simal.</p><p>Les indivisibles</p><p>Des si�cles s��coulent, o� les progr�s en la mati�re sont lents et insignifiants, lorsqu�on ne doit pas d�plorer des re-</p><p>tours en arri�re, ou le grand silence de l�oubli. Cependant, les scholastiques du XIVe s. apportent quelques id�es fructueuses. Dans son ouvrage De lati-tudine formarum, Nicole d�Oresme (v.</p><p>1325-1382) donne une repr�sentation graphique des fonctions (le mot n�est pas encore invent�) dans un rep�re cart�sien. Il s�int�resse aux s�ries et d�montre que la s�rie harmonique est divergente. Mais il faut attendre le XVIIe s. pour que les Occidentaux assimilent vraiment l�oeuvre d�Archim�de, puis la d�passent.</p><p>Johannes Kepler (1571-1630) utilise d�s 1615, avec quelque d�sinvolture, des proc�d�s infinit�simaux de cubature, mais l�ouvrage qui marque le d�but de l��re nouvelle est la Geometria indivisibilibus continuorum nova quadam ratione promota, que donna en 1635 le P. Bonaventura Cavalieri (1598-1647), disciple indirect de Galil�e. S�il se pique de rigueur, sa m�-</p><p>thode des indivisibles n�en reste pas moins contestable. � la m�me �poque, en France, Ren� Descartes (1596-1650), Pierre de Fermat (1601-1665) et Gilles Personne de Roberval (1602-1675) obtiennent des r�sultats remarquables. En Italie, Evangelista Torricelli (1608-1647) am�liore pour sa part les m�thodes de son compatriote et, au milieu du si�cle, des r�sultats essentiels sont acquis : � savoir (en notations modernes) que l�on sait int�grer xa pour toute valeur de a rationnelle diff�rente de � 1, et que pour x� 1 on voit le lien avec les logarithmes connus depuis 1614. On conna�t aussi, gr�ce surtout � Roberval et Torricelli, et � leurs �tudes sur la cyclo�de, les primitives de xm cosn x pour les premi�res valeurs des exposants m et n. Tout cela, toutefois, s�exprime dans une langue purement g�om�trique.</p><p>Les probl�mes direct et</p><p>inverse des tangentes</p><p>Cependant, l��cole fran�aise jetait les bases de la g�om�trie analytique, qu�en 1637 faisait conna�tre la G�o-m�trie de Ren� Descartes. Les trois analystes fran�ais (Descartes, Fermat et Roberval) donnaient des proc�d�s de downloadModeText.vue.download 33 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>570</p><p>construction des tangentes aux courbes.</p><p>Le plus typique est celui de Fermat.</p><p>La courbe d��quation P(x, y) = 0, o� P est un polyn�me, partage le plan en deux r�gions ; l�ext�rieur, o� P(x, y) est positif, l�int�rieur, o� il est n�gatif.</p><p>Pour exprimer que la droite y = ax + b est tangente � la courbe au point x0, y0 [P(x0, y0) = 0], il suffira d�exprimer qu�en x0 le polyn�me P(x, ax + b) passe par le minimum z�ro, ce qui permettra de trouver a et b. Quant au probl�me auquel il ram�ne celui des tangentes, Fermat donne la solution suivante : Si une fonction rationnelle R(x) passe par un extr�mum en x0, et si a est proche de x0, mais diff�rent, l��quation R(x) = R(a) admet deux racines a et a + e, telles que x0 soit compris entre elles. Posons donc R(a + e) = R(a), et ordonnons par rapport � e. La variable e se met en facteur. Simplifions par e. Il vient une �quation de la forme T(a, e) = 0. Faisons enfin e = 0, les racines de T(a, 0) = 0 donnent les extr�mums cherch�s. Les fondements du calcul diff�rentiel sont pos�s. En 1645, Roberval trouve ses quadratrices, qui �tablissent un lien entre le probl�me des tangentes et celui des quadratures, ou calcul des aires. Quant au probl�me inverse des tangentes, il consiste � trouver une courbe dont on donne une propri�t� tangentielle. Il se posait d�j� pour Kepler en 1604, dans ses recherches d�optique, comme il se posa pour Descartes, toujours en optique, dans la d�couverte des ovales qui portent son nom. La d�finition des logarithmes par John Napier (1550-1617) est une question du m�me ordre, mais le probl�me le plus c�l�bre est ici celui que proposa en 1638 Florimond de Beaune (1601-1652).</p><p>Les s�ries enti�res</p><p>Dans la seconde moiti� du XVIIe s., l��cole anglaise s��panouit, avec tout d�abord John Wallis, qui, par son Arithmetica infinitorum (1656), d�gage la m�thode des indivisibles de la g�o-m�trie pure, mais en n�utilisant dans ses preuves qu�une insuffisante induc-</p><p>tion incompl�te. James Gregory cr�e, en 1667, le terme de s�ries convergentes dans sa remarquable Vera cir-culi et hyperboloe quadratura, o� il tente d��tablir la transcendance de &#x3C0;.</p><p>Dans sa Logarithmotechnia (1668), Mercator indique l�aire de l�hyperbole en d�veloppant en s�rie enti�re.</p><p>Mais surtout, Newton, d�s ses travaux de jeunesse, fait un usage constant de ces s�ries, en particulier pour le d�veloppement de (1 + x)&#x3B1; pour toute valeur de &#x3B1; rationnelle (bin�me de Newton, 1665). Avant 1670, il a trouv� les d�veloppements de Arc tgx, Arc sinx, sinx, cosx, etc., et des s�ries analogues pour exprimer les arcs d�ellipse et m�me les segments et les arcs de la quadratrice de Dinostrate (IVe s. av. J.-C.), courbe transcendante imagin�e par les Grecs pour la quadrature du cercle.</p><p>Fluentes et</p><p>fluxions de Newton</p><p>Isaac Barrow (1630-1677), professeur � Cambridge lorsque Newton y �tait �tudiant, avait rassembl� dans ses Lectiones opticae et geometricae, publi�es en 1674 mais profess�es les ann�es pr�c�dentes, l�essentiel des m�thodes et des acquis des g�n�rations ant�rieures dans le calcul infinit�simal. Il am�liore la technique de Fermat. Si, dans l��quation P(x, y) = 0, on donne � x un accroissement a, � y un accroissement e, on peut �crire P(x + a, y + e) = 0, d�o� le rapport des deux accroissements lorsqu�ils sont infiniment petits. Cela lui permet de tracer par exemple la tangente � la courbe P(x, y) = 0. Newton avait collabor� � ce travail de son ma�tre Barrow, mais d�s 1670 ses conceptions sont plus larges. Il consid�re les grandeurs variables comme �tant li�es au temps, variable ind�pendante, durant lequel elles s��coulent. Ce sont les fluentes.</p><p>Les vitesses d��coulement sont les fluxions. Si la fluente x a pour fluxion m, elle devient apr�s l�instant infiniment petit 0, x + m0.</p><p>Dans son De methodis serierum et fluxionum, �crit en 1670 et en 1671, mais qui ne fut �dit� que bien plus tard, Newton d�veloppe gr�ce � ses techniques un tr�s bel ensemble de</p><p>recherches sur les maximums et les minimums, le trac� des tangentes, la courbure des lignes planes, les aires, les longueurs des courbes, les centres de gravit�, la r�solution approch�e des �quations alg�briques, etc.</p><p>Le calcul diff�rentiel</p><p>et int�gral de Leibniz</p><p>Influenc� comme Newton par l�oeuvre alg�brique de Descartes, Leibniz trouve en 1672, � Paris, un ma�tre remarquable en la personne de Christiaan Huygens, qui publiait alors son Horo-logium oscillatorium (1673). Celui-ci y traitait, en particulier, des d�velopp�es et des d�veloppantes des courbes.</p><p>Reconnaissant � la fois les dons remarquables du jeune attach� d�ambassade et son ignorance des derni�res acquisitions des math�matiques, Huygens lui fait lire les bons auteurs, comme Gr�goire de Saint-Vincent (1584-1667) et Biaise Pascal (1623-1662). En 1684, Leibniz rend publics ses proc�-</p><p>d�s et ses notations dans un article de sa revue Acta Eruditorum. Notant dx l�accroissement infiniment petit de la variable x, accroissement qu�il appelle la diff�rence de x (plus tard diff�rentielle), il donne les r�gles �l�mentaires de diff�rentiation des sommes, produits et quotients de variables.</p><p>Il introduit aussi le signe d�int�gration &#x222B;, et obtient des r�sultats analogues � ceux de Newton. Il aura le bonheur de compter parmi ses disciples les deux fr�res Bernoulli, Jacques (1654-1705) et Jean (1667-1748), qui donneront � ses conceptions des d�veloppements consid�rables. Jean initiera aux nouveaux calculs, lors d�un s�jour en France, Guillaume de L�Hospital (1661-1704). L�Analyse des infiniment petits (1696), de ce dernier, est un manuel tr�s clair, qui contribua beaucoup � la vulgarisation des m�thodes nouvelles.</p><p>La notion de fonction</p><p>Si l�id�e de fonction est d�j� nette chez James Gregory et chez Newton (fluentes) entre autres, le mot lui-m�me n�appara�t qu�avec Leibniz, en 1694. Mais il n�a qu�un sens purement g�om�trique : l�abscisse, l�ordonn�e,</p><p>le rayon de courbure... sont des fonctions d�un point d�une courbe. En ao�t 1698, Jean Bernoulli propose de noter X ou &#x3BE; une fonction de x, et Leibniz, en r�ponse � la lettre o� est faite cette proposition, sugg�re les notations</p><p>pour deux fonctions diff�rentes form�es � partir de x. Si elles sont form�es � partir de deux variables, on notera une fonction rationnelle</p><p>sera signal�e par une fonction</p><p>rationnelle enti�re par etc.</p><p>Mais c�est en 1718 que Jean Bernoulli donne une d�finition d�gag�e de toute consid�ration g�om�trique : On appelle fonction d�une grandeur variable une quantit� compos�e de quelque mani�re que ce soit de cette grandeur variable et de constantes. Il repr�sente par X et par &#x3A6;x une fonction de x. La notation fx remonte � Leonhard Euler (1707-1783), qui l�utilise pour la premi�re fois en 1734. Dans son Introductio in analysin infinitorum (1748), celui-ci classe les fonctions en alg�briques et transcendantes, � abondantes dans le calcul int�gral �.</p><p>En 1810, Sylvestre-Fran�ois Lacroix (1765-1843) pr�cise la d�finition de Jean Bernoulli : Toute quantit� dont la valeur d�pend d�une ou de plusieurs autres quantit�s est dite fonction de ces derni�res, soit qu�on sache ou qu�on ignore par quelles op�rations il faut passer pour remonter de celles-ci � la premi�re. On appelle alors � fonctions continues � celles dont toutes les valeurs sont li�es par une m�me loi, ou d�pendent de la m�me �quation. Cette sorte de continuit� est appel�e continuit� eul�rienne, pour la distinguer de la notion qui porte aujourd�hui le m�me nom.</p><p>Les discussions sur le probl�me des cordes vibrantes, abord� par Brook Taylor (1685-1731), Daniel Bernoulli (1700-1782), Jean Le Rond d�Alembert (1717-1783), Leonhard Euler et Louis de Lagrange (1736-1813), ont d�ailleurs amen� l��largissement de la notion de fonction, et Euler �crit en 1759 : ...tout le monde doit � pr�sent reconna�tre l�usage des fonctions irr�-</p><p>guli�res et discontinues... Les fonctions continues �taient pour le moins d�veloppables en s�ries de Taylor, et,</p><p>sur ses vieux jours, Lagrange les appelle analytiques. Cependant, Gaspard Monge (1746-1818) fait un usage fr�-</p><p>quent de fonctions discontinues, que Joseph Fourier (1768-1830), dans ses travaux sur la propagation de la chaleur, d�veloppe en s�ries trigonom�-</p><p>triques, ou s�ries de Fourier. Gustav Lejeune-Dirichlet (1805-1859), �tudiant les conditions que doivent satisfaire les fonctions de la variable r�elle pour �tre d�veloppables en de telles s�ries, donne, en 1837, la d�finition moderne des fonctions uniformes : � chaque valeur de x du domaine de d�finition correspond une valeur de y, que l�on sache ou non la calculer effectivement. C�est m�me de nos jours le sens attach� au mot fonction, sans qualificatif. Pr�cis� et compl�t� ult�rieurement par Bernhard Riemann (1826-1866), le travail de Dirichlet sera, dans les mains de Georg Cantor (1845-1918), une des sources de la th�orie des ensembles.</p><p>C�est avec Augustin Cauchy (1789-1857) que la notion de continuit� perd le sens eul�rien pour prendre le sens actuel : une fonction d�une variable est continue entre des limites donn�es lorsque, entre ces limites, chaque valeur de la variable produit une valeur unique et finie de la fonction, et que celle-ci varie par degr�s insensibles avec la variable elle-m�me (1821).</p><p>En 1861, Riemann signale qu�une</p><p>fonction continue au sens de Cauchy n�est pas toujours d�rivable et, en 1872, Karl Weierstrass (1815-1897) donne un exemple d�une fonction continue qui n�est d�rivable en aucun point. Pour downloadModeText.vue.download 34 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>571</p><p>les fonctions de la variable complexe, Cauchy astreint ses � fonctions monog�nes � � avoir une d�riv�e bien d�finie en chaque point non singulier (1846).</p><p>Ses �tudes sur les � int�grales d�finies prises entre des limites imaginaires �</p><p>(1825) lui permettent de d�velopper en s�rie enti�re toute fonction holomorphe (1831). L�importance de ces travaux th�oriques est sentie davantage gr�ce � l�introduction de nouvelles fonctions, les fonctions elliptiques. � la fondation</p><p>du calcul infinit�simal, les seules fonctions connues (avant m�me l�invention du mot) sont les fonctions alg�briques, o� la variable x et la fonction y sont li�es par une �quation � alg�brique �</p><p>P(x, y) = 0 (P �tant un polyn�me), les fonctions trigonom�triques directes et inverses, les fonctions logarithmique et exponentielle. Les techniques nouvelles am�nent l�apparition d�autres fonctions. N�es des travaux de Jacques Bernoulli, de Giulio Cesare Fagnano dei Toschi (1682-1766), d�Euler, de Lagrange, etc., sur la rectification des arcs de coniques ou de lemniscates, les fonctions elliptiques sont �tudi�es d�s 1797 par Carl Friedrich Gauss (1777-1855) ; mais il ne fait rien conna�tre de ses travaux. Adrien Marie Le Gendre (1752-1833) cultive pendant quarante ann�es cette branche de l�analyse. Il publie l�ensemble de ses travaux entre 1825 et 1832. � la m�me �poque, se pla�ant d�lib�r�ment dans le domaine complexe, les jeunes Niels Abel (1802-1829) et Carl Jacobi (1804-1851) d�couvrent l�inversion des int�grales elliptiques et la double p�riodicit� des fonctions inverses, celles que l�on appelle depuis les fonctions elliptiques. Leur �tude fut approfondie par Joseph Liouville (1809-1882), Arthur Cayley (1821-1895), Karl Weierstrass (1815-1897), Charles Hermite (1822-1901). Elles fournissent � Henri Poincar� (1854-1912) et � Felix Klein (1849-1925) le mod�le des fonctions fuchsiennes ou automorphes. � c�t� des fonctions elliptiques figurent les fonctions ab�liennes et les fonctions alg�briques dans le domaine complexe, �tudi�es particuli�rement par Victor Puiseux (1820-1883) et par Riemann.</p><p>La th�orie g�n�rale des fonctions analytiques de la variable complexe a enfin en Weierstrass son grand th�oricien.</p><p>Quant aux fonctions de la variable r�elle, elles trouvent leur fondement dans la th�orie des ensembles de Cantor, et sont l�objet de pr�dilection de l��cole fran�aise de Camille Jordan (1838-1922), de Ren� Baire (1874-1932), d��mile Borel (1871-1956) et de Henri Lebesgue (1875-1941). Avec Vito Volterra (1860-1940), on peut dire que le XIXe s. est � le si�cle de la th�orie des fonctions �.</p><p>Int�grales d�finies</p><p>Si les g�om�tres de la premi�re moiti� du XVIIe s. utilisent dans la m�thode des indivisibles des sommations d��l�-</p><p>ments infiniment petits, Newton et Leibniz s��cartent de ces m�thodes, donnent la primaut� au calcul diff�-</p><p>rentiel et font du calcul int�gral l�inversion de celui-ci. En langage plus actuel, ils recherchent la primitive d�une fonction, ou l�int�grale ind�finie, les deux mots ayant le m�me sens.</p><p>Avec Cauchy, on revient, d�s 1823, aux conceptions anciennes. Celui-ci d�finit comme la limite de</p><p>l�expression</p><p>S = (x1 � x0)f(x0) +...+ (X � xn�1) f(xn�1),</p><p>la fonction f(x) �tant continue � au sens actuel � entre x0 et X,</p><p>x0 &lt; x1 &lt; x2 &lt; ... &lt; xn�1 &lt; X,</p><p>et les diff�rences x1 � x0, etc., tendant vers z�ro. Cette d�finition de l�int�-</p><p>grale, qui rejoint au fond les conceptions d�Archim�de, se r�v�le particuli�rement f�conde. �tendue par Cauchy � certains cas de discontinuit�, elle l�est plus encore, en 1854, par Riemann. En 1875, Gaston Darboux (1842-1917) donne � la th�orie de l�� int�grale de Riemann � son aspect � peu pr�s d�finitif. Mais Thomas-Jan Stieltjes (1856-1894), en 1894, et Henri Lebesgue, en 1902, donnent deux extensions de la notion d�int�grale d�finie. L�int�grale de Lebesgue s�appuie sur la mesure des ensembles de points, th�orie due � Georg Cantor, Camille Jordan, �mile Borel et Henri Lebesgue.</p><p>Les s�ries</p><p>Les math�maticiens du XVIIIe s. font un grand usage des s�ries, particuli�rement des s�ries enti�res, et Lagrange, dans sa Th�orie des fonctions analytiques (1797), en fait m�me le fondement de toute l�analyse. Cependant, on se fie totalement � la puissance de l�algorithme, sans se pr�occuper suffisamment des conditions de convergence. Cela ne va pas sans cr�er des difficult�s : Les s�ries divergentes sont diaboliques, et c�est une honte d�oser b�tir sur elles une d�monstration, �crit Abel en 1826. La r�action se mani-</p><p>feste d�s 1812 avec Gauss, puis avec Cauchy. Ce dernier d�finit avec pr�-</p><p>cision la convergence des s�ries et en �tablit les crit�res g�n�raux ainsi que les crit�res plus restreints dits � de d�Alembert � (utilis�s par celui-ci en 1768 dans un cas particulier), et � de Cauchy � (1821). Mais ce sont surtout les � suites de Cauchy � qui seront capitales pour le d�veloppement ult�rieur des math�matiques. Pour les s�ries � termes de signes quelconques ou complexes, Cauchy montre que, si la s�rie des modules converge, la s�rie propos�e converge aussi. C�est la � convergence absolue �. Dirichlet �tablit en 1837 que la somme d�une s�rie absolument convergente ne d�-</p><p>pend pas de l�ordre des termes, tandis que, en 1866, Riemann prouve que si une s�rie � termes r�els converge, sans �tre absolument convergente, on peut, par la seule modification de l�ordre des termes, faire prendre � sa somme toute valeur arbitrairement choisie. Les recherches de Cauchy sur les s�ries g�n�-</p><p>rales sont une pr�paration m�thodique � l��tude des s�ries enti�res. Mais, en ce domaine, son expos� est sujet, en 1821, � quelques faiblesses. Pour y obvier, sir George Gabriel Stokes (1819-1903), Ludwig Philipp von Seidel (1821-1896) et Dirichlet cr�ent vers 1840 la notion de convergence uniforme.</p><p>Tout le XIXe s. fera des s�ries enti�res convergentes un des fondements de l�analyse et, en particulier, dans le domaine complexe, Weierstrass, comme d�ailleurs Charles M�ray en France, d�finit une fonction par un d�veloppement en s�rie enti�re au voisinage d�un point r�gulier, la d�terminant ensuite de proche en proche par son prolongement analytique. Cependant, � la fin du si�cle, certains analystes s�attaquent aux s�ries divergentes, qu�Abel avait voulu bannir des math�matiques, et obtiennent quelques succ�s.</p><p>Le calcul des variations</p><p>Sous ce terme, avanc� par Euler en 1766, on entend l��tude des extr�-</p><p>mums, de certaines int�grales. On peut faire remonter ce calcul � la d�monstration de la loi de r�fraction de la lu-mi�re, donn�e par Fermat � la fin de sa vie et fond�e sur le principe du chemin</p><p>minimal. Leibniz et les fr�res Bernoulli r�solvent plusieurs probl�mes analogues, et Euler syst�matise en 1744 les techniques de r�solution. Les principes de minimum de travail, ou de minimum d�action, prennent une importance de plus en plus grande en physique et en m�canique avec Leibniz et Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759). Lagrange fonde d�s 1756 le nouveau calcul sur une base purement analytique. Sa m�thode ne permettant pas de distinguer les maximums des minimums, Legendre �nonce en 1788</p><p>un crit�re dont la d�monstration n�est rendue rigoureuse que par Jacobi en 1836. Le XIXe s. consacre de nombreux travaux � cette branche de l�analyse, qui fait actuellement partie de l�analyse fonctionnelle, selon l�expression de Jacques Hadamard (1865-1963).</p><p>�quations diff�rentielles</p><p>et aux d�riv�es partielles</p><p>Les �quations diff�rentielles, selon l�expression de Leibniz en 1677, apparaissent d�s la d�couverte des nouveaux calculs. Les proc�d�s d�int�gration se perfectionnent tout au long du XVIIIe s., mais c�est le si�cle suivant qui �tablit les th�or�mes d�existence de l�int�grale (ou solution) de l��quation.</p><p>Les �quations aux d�riv�es partielles ne sont explicitement introduites qu�en 1734, par Euler, et leur �tude syst�matique ne commence qu�avec d�Alembert, en 1747, au sujet du probl�me des cordes vibrantes. Les �quations du premier ordre sont r�solues par Lagrange, et Monge en fournit des interpr�tations g�om�triques. L��tude de la courbure des surfaces donne une interpr�tation analogue � celles du second ordre. Ce genre d��quations a �t� tout au long des XIXe et XXe s. la mati�re de nombreux travaux. La Th�orie des distributions (Laurent Schwartz, 1951) est un des aboutissements.</p><p>Les nombres</p><p>transcendants</p><p>Certains nombres, comme &#x3C0;, ne sont atteints, au grand d�sespoir de quelques-uns, ni par la g�om�trie de la r�gle et du compas, ni m�me par des proc�d�s alg�briques. En appelant alg�brique</p><p>tout nombre racine d�une �quation P(x) = 0, o� P est un polyn�me entier sur Q, corps des nombres rationnels, et transcendant tout autre nombre, une premi�re question se pose : y a-t-il des nombres transcendants ? En 1844, Liouville construit effectivement des nombres de cette esp�ce. Les travaux de Cantor sur les ensembles ont d�montr� ult�rieurement leur existence, sans cependant parvenir � en atteindre. En 1872, Hermite �tablit en toute rigueur la transcendance du nombre e, et, en travaillant dans la m�me direction, Ferdinand von Lindemann (1852-1939) montre en 1882 celle du nombre &#x3C0;. Le r�ve des quadrateurs dispara�t � jamais.</p><p>En 1934, Aleksandr Ossipovitch</p><p>Guelfond (1906-1968) prouve que le nombre ab est transcendant, a �tant un nombre alg�brique diff�rent de downloadModeText.vue.download 35 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>572</p><p>0 et de 1, et b un nombre alg�brique irrationnel.</p><p>J. I.</p><p>Quelques grands</p><p>analystes</p><p>Paul Appell, math�maticien fran�ais (Strasbourg 1855 - Paris 1930). Professeur de m�canique rationnelle � la Sorbonne, il devient recteur de l�Acad�mie de Paris en 1920. L�essentiel de son oeuvre se situe en analyse, o� il �tudie les fonctions alg�briques et les fonctions ab�liennes. Son Trait� de m�-</p><p>canique rationnelle, en cinq volumes, est rest� longtemps un ouvrage classique.</p><p>(Acad. des sc., 1892.)</p><p>Bernhard Bolzano, math�maticien, philosophe et th�ologien tch�que de langue allemande (Prague 1781 - id.</p><p>1848). Son oeuvre math�matique, rest�e longtemps en grande partie manuscrite, en fait un pr�curseur de Weierstrass, de M�ray, de Cantor et de Dedekind pour la d�finition de l�ensemble des nombres r�els. Bien avant Weierstrass, il donne un exemple de fonction continue nulle</p><p>part d�rivable. On peut �galement le consid�rer comme un pr�curseur de Cantor pour la th�orie des ensembles et Felix Klein le d�signe comme l�un des p�res de l�arithm�tisation de l�analyse.</p><p>Le R. P. Bonaventura Cavalieri,</p><p>math�maticien italien (Milan 1598 -</p><p>Bologne 1647). Membre de l�ordre de Saint-Jer�me, dit des J�suates, il enseigne les math�matiques � l�universit� de Bologne. En trigonom�trie sph�-</p><p>rique, il donne la premi�re d�monstration correcte de la proportionnalit� de l�aire d�un triangle � son exc�s sph�-</p><p>rique. Mais il est surtout c�l�bre pour son ouvrage Geometria indivisibilibus continuorum (1635), dans lequel est pr�sent�e la premi�re syst�matisation des proc�d�s de cubature et de quadrature d�Archim�de, ou m�thode des indivisibles.</p><p>Gaston Darboux, math�maticien fran-</p><p>�ais (N�mes 1842 - Paris 1917). Professeur de g�om�trie sup�rieure � la Sorbonne, il s�est notamment int�ress� � la th�orie des fonctions, aux int�grales d�finies, aux �quations, aux d�riv�es partielles, mais surtout � la g�om�trie infinit�simale. En 1870, il fonde le Bulletin des sciences math�matiques. (Acad.</p><p>des sc., 1884.)</p><p>Dinostrate, math�maticien grec du IVe s. av. J.-C. Disciple d�Eudoxe, il aurait utilis� une courbe transcendante pour trouver la longueur du cercle en fonction du rayon. Cette quadratrice est le lieu de l�intersection de deux droites anim�es de mouvements uniformes, de translation pour l�une, de rotation pour l�autre. Cette courbe aurait �t� imagin�e par Hippias d�Elis (sophiste du Ve s. av. J.-C.) pour diviser tout angle en parties �gales.</p><p>Joseph Liouville, math�maticien</p><p>fran�ais (Saint-Omer 1809 - Paris 1882). Professeur � l��cole polytechnique, � la Sorbonne et au Coll�ge de France, il fonde en 1836 le Journal de</p><p>math�matiques pures et appliqu�es, dit</p><p>� Journal de Liouville �. En 1846 il publie les travaux d�Evariste Galois et donne en 1844 les premiers exemples de nombres transcendants. Il cr�e avec Hermite, vers 1850, la th�orie abstraite des fonctions elliptiques, �tudie les transformations conformes de l�espace r�el, etc., et exerce sur son si�cle, par son journal et son enseignement, une profonde influence. (Acad. des sc., 1839.)</p><p>&#x25B6; Abel (N.) / Alembert (J. Le Rond d�) / Archim�de / Aristote / Bernoulli / Borel (E.) / Cantor (G.) / Cauchy (A.) / Dedekind (R.) / Descartes (R.)</p><p>/ Euclide / Euler (L.) / Fermat (P. de) / Gauss (C. F.)</p><p>/ Hadamard (J.) / Hermite (Ch.) / Huygens (C.) /</p><p>Jacobi (C.) / Jordan (C.) / Kepler (J.) / Lagrange (L.</p><p>de) / Lebesgue (H.) / Leibniz (G. W.) / Monge (G.)</p><p>/ Napier (J.) / Newton (I.) / Pascal (B.) / Poincar� (H.) / Riemann (B.) / Vi�te (F.) / Weierstrass (K.).</p><p>Al�atoire (variable) / Anneau / Application / Combinatoire / Continu / D�terminant / Diff�rentielle</p><p>/ Ensemble / Espace / Groupe / Hermitien / Int�-</p><p>grale / Matrice / S�rie / Suite / Treillis.</p><p>B R. Woodhouse, A History of the Calculus of Variations in the Eighteenth Century (New York, 1810). / I. Todhunter, A History of the Progress of the Calculus of Variations during the Nineteenth Century (Londres, 1861). /</p><p>M. B. Cantor, Vorlesungen �ber Geschichte der Mathematik (Leipzig, 1880-1908 ; 4 vol.). /</p><p>C. E. Picard, Sur le d�veloppement de l�analyse et ses rapports avec diverses sciences (Gauthier-Villars, 1905). / T. L. Heath, A History of Greek Mathematics (Oxford, 1921 ; 2 vol.). /</p><p>F. Klein, Vorlesungen �ber die Entwicklung der Mathematik im 19. Jahrhundert (Berlin, 1926-1927 ; 2 vol.). / G. Loria, Storia delle matema-tiche (Turin, 1929-1933 ; 2 vol. ; 2e �d., Milan, 1950). / C. B. Boyer, The Concepts of Calculus (New York, 1949 ; 2e �d., 1959) ; A History of Mathematics (New York, 1968). / R. Taton (sous la dir. de), Histoire g�n�rale des sciences (P. U. F., 1957-1964 ; 4 vol.). / H. Lebesque, Notices d�histoire des math�matiques (Gen�ve, 1958). / N. Bourbaki, �l�ments d�histoire des math�matiques (Hermann, 1960). / M. Daumas (sous la dir. de), Histoire de la science (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1960). / P. Dedron et J. Itard, Math�matique et math�maticiens (Magnard, 1960). / F. Le Lionnais, les Grands Courants de la pens�e math�-</p><p>matique (Blanchard, 1962).</p><p>analyse</p><p>de contenu</p><p>Ensemble des techniques d�observation et d�interpr�tation scientifiques des communications.</p><p>L�analyse de contenu</p><p>comme m�thode</p><p>sp�cifique d�observation</p><p>En son sens le plus courant, l�analyse</p><p>de contenu �puise tout le projet des sciences humaines.</p><p>En effet, il suffit de distinguer, dans les mat�riaux soumis � l��tude, le contenu du contenant, pour que la forme et le fond rel�vent d�analyses diff�rentes. En ce premier sens, on pourrait avancer, par exemple, que toute sociologie est r�ductible � une analyse du contenu des ph�nom�nes sociaux, si l�on met � part ce que l�on a appel� apr�s Durkheim la morphologie sociale, laquelle implique, comme son nom l�indique, une �tude des institutions formelles de la soci�t�. L�analyse de contenu appara�t r�ellement vers 1925. Elle est d�abord utilis�e simultan�ment par des �coles de litt�rature, de sociologie et de journalisme. C�est vers 1930 que H. D. Lasswell et son �quipe syst�matisent l�emploi de l�analyse de contenu, qui va devenir un outil classique pour l��tude de la propagande et de l�opinion publique en g�n�ral. Le d�veloppement de l�analyse suit corr�-</p><p>lativement, d�une part, l�int�r�t croissant port� � la connaissance des mouvements d�opinion, et, d�autre part, la diversification et la multiplication des moyens de communication � grande diffusion : on applique l�analyse de contenu en l�adaptant aux mat�riaux fournis par la radio, le cin�ma, la t�l�-</p><p>vision, etc.</p><p>C�est sans doute B. Berelson qui a le plus r�fl�chi aux contraintes et aux possibilit�s de cette technique, et on peut lui emprunter sa d�finition :</p><p>� L�analyse de contenu est une technique de recherche qui a pour objet une description objective, syst�matique et quantitative du contenu manifeste de la communication. � Il faut toutefois dissiper d�embl�e une ambigu�t� possible qui tient � l�usage de l�adjectif � manifeste �. En effet l�analyse cherche � r�-</p><p>v�ler, � travers le contenu manifeste et au-del� de celui-ci, un contenu latent ou dissimul� dont la mise au jour donne au document brut sa pleine signification.</p><p>La psychanalyse ne fait pas autre chose quand elle traite le discours du patient comme un syst�me des signes dont il s�agit de retrouver le code, afin de donner aux mat�riaux offerts leur sens v�-</p><p>ritable et profond. Par ailleurs, le mot</p><p>� communication � dans la d�finition</p><p>de Berelson peut s�appliquer aussi bien aux communications orales (proclamations, entretiens, conversations) qu�� des textes r�dig�s (archives officielles, articles de journaux, lettres).</p><p>Il reste que l�analyse de contenu doit toujours respecter certaines conditions : en premier lieu, elle doit �tre normalis�e. Cela implique une s�lection pr�alable des points de vue selon lesquels l�analyse sera men�e. L�analyse doit ensuite �tre syst�matique ; elle doit permettre d�ordonner tout le contenu dans les cat�gories choisies.</p><p>On exige la plupart du temps des r�-</p><p>sultats quantifi�s et le plus souvent on s�astreint � d�nombrer les �l�ments significatifs, � calculer leur fr�quence.</p><p>La recherche de la signification passe au premier plan : on tend � enrichir le comptage du � nombre de fois � par la recherche des th�mes, en qualifiant leur int�r�t, leur nouveaut�, etc. Ainsi, l�ap-pr�ciation subjective retrouve sa place dans l�analyse du contenu. L�exemple suivant rend la diff�rence d�optique tr�s claire. Pendant la guerre, un commentateur de la radio allemande, annon�ant une victoire de sous-marins, ajoute : � Nous ne sommes pas assez na�fs pour sp�culer sur l�avenir � partir de ce succ�s. � Une telle phrase, isol�e dans un contexte d�lib�r�ment optimiste, n�aurait pas �t� retenue dans une analyse purement quantitative ; qualitativement, elle �tait extr�mement int�-</p><p>ressante, car elle pouvait indiquer une intention de mise en garde du public allemand contre les m�comptes � venir.</p><p>La technique</p><p>Il est admis que toute analyse de contenu doit passer par trois phases : chercher les caract�ristiques du contenu lui-m�me ainsi que sa forme ; analyser et caract�riser les facteurs de l��mission ; interpr�ter le message dans ses effets, afin d�envisager l�accueil qui lui est r�serv�. Les trois d�marches fondent une technique de recherche visant � la d�couverte des liaisons significatives, en dehors du contenu manifeste du message.</p><p>Cette explication appelle plusieurs remarques. Toute communication suppose l�existence d�un � �metteur �, downloadModeText.vue.download 36 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>573</p><p>qui produit un message. Celui-ci est dot� d�un contenu et d�une forme ; il v�hicule une certaine quantit� d�informations destin�e � atteindre un certain but ; un message peut s�adresser � un ou plusieurs r�cepteurs.</p><p>Parmi les divers objectifs que se propose l�analyste (B. Berelson a distingu� jusqu�� 16 usages possibles), il faut d�abord s�arr�ter sur l��tude de l��metteur. Deux cas peuvent se pr�-</p><p>senter : ou bien l�on �tudie la r�action de l��metteur au stimulus provoqu� par l�observateur, et c�est ce qui se produit lors d�un entretien th�rapeutique dirig� par un psychologue ; ou bien (et c�est le cas le plus fr�quent) l�analyste ne peut agir sur le responsable du mat�riel qu�il �tudie, et il lui faut alors inf�rer, � partir d�un contenu inchangeable, certaines caract�ristiques de ses auteurs.</p><p>Puis on entre dans l��tude du message lui-m�me. Les recherches dans ce domaine sont nombreuses et, d�une certaine mani�re, ce sont les plus originales. Ici, l�analyse de contenu peut servir � d�couvrir les tendances d�une �volution. Ainsi, Jakobson et Lasswell, analysant les slogans du Premier-Mai en Union sovi�tique, ont d�couvert que les formules avaient chang� de nature au cours d�une certaine p�riode de temps ; les symboles r�volutionnaires de port�e universelle ont �t� progressivement remplac�s par des mots d�ordre � r�sonance nationale. Citons encore la recherche de V. Isambert-Jamati, qui met au jour le changement des valeurs sociales exalt�es par l��cole au cours du dernier si�cle, au moyen d�une analyse de contenu des discours de distribution des prix.</p><p>� qui parlent les �metteurs du message ? � ceux qu�on appelle les � r�-</p><p>cepteurs �. Ces derniers ne sont pas toujours �vidents. Au-del� d�interlocuteurs apparents, nombre de discours s�adressent en fait � d�autres, qui, pour n��tre pas express�ment d�sign�s, n�en sont pas moins vis�s.</p><p>Quand on interroge le contenu d�un message en lui posant la question</p><p>� comment ? �, on est � la limite de l�analyse quantitative. La plupart du temps, il s�agit d��tudier ici les moyens par lesquels le message cherche � produire, ou produit effectivement, une impression. Les risques de subjectivit�, en l�esp�ce, peuvent �tre r�duits par une analyse quantitative des �l�ments qui concourent � produire un effet : les effets rh�toriques d�accentuation, de r�p�tition, etc., peuvent se pr�ter � une telle �tude. Si les cat�gories restent qualitatives, il est toujours possible d�en pond�rer les donn�es : l�analyse du mat�riel de propagande d�un parti totalitaire, par exemple, peut aboutir � la conclusion que la cat�gorie � appel �motionnel � en rend compte de fa�on majeure ; mais l�importance relative de ce caract�re pourra varier significativement d�un pays � l�autre, le parti restant formellement le m�me.</p><p>Enfin, il faut se demander quel est l�effet du message sur ceux qui le re-</p><p>�oivent. On peut �tudier les r�ponses de lecteurs � un article de presse, ou les effets d�un film sur ses spectateurs.</p><p>Dans une enqu�te c�l�bre, Cantril a analys� en d�tail les ph�nom�nes d�clench�s par un programme radiodiffus� de science fiction qui annon-</p><p>�ait l�invasion de New York par des Martiens. L��tude peut avoir un but de pr�vision, quand il s�agit d�envisager le retentissement d�une campagne �lectorale ou publicitaire. Inversement, on peut, la strat�gie g�n�rale d�un �metteur �tant suppos�e connue, tenter de d�celer ses objectifs, ses buts cach�s, � travers le contenu manifeste de ses messages.</p><p>Technique relativement r�cente,</p><p>l�analyse de contenu a beaucoup �vo-lu� lors de la derni�re p�riode. Les premiers essais se bornaient � analyser l�acte de communication isol� de son contexte. Ult�rieurement, le contenu a �t� envisag� dans le cadre d�une analyse multidimensionnelle, prenant en consid�ration les facteurs qui affectent aussi bien la production que la r�ception du message. Ainsi, on se soucie de plus en plus de l��metteur, on cherche tout ce qui peut avoir trait � la situation sociale de celui-ci (cf. l��tude de</p><p>Lazarsfeld sur les divers types de personnes qui � font autorit� � dans une petite ville).</p><p>Le travail le plus important est celui, pr�alable, de conceptualisation. Avant d�entreprendre une analyse de contenu, il faut savoir clairement ce qu�on cherche, pr�ciser l�objet et les hypoth�ses faites sur celui-ci : la valeur de l�analyse d�pendra ensuite de l�exactitude avec laquelle cette conceptualisation peut �tre traduite en variables dans le plan d�analyse. Ainsi s�imposent un certain nombre d�op�rations :</p><p>1o le choix des cat�gories. C�est la d�marche essentielle de l�analyse de contenu, comme le souligne Berelson, pour qui � une analyse de contenu vaut ce que valent ses cat�gories � ; 2o la quantification du contenu. Pour manipuler scientifiquement le contenu �tudi�, il faut r�duire sa totalit� brute en un nombre fini d�unit�s homog�nes pouvant �tre class�es chacune dans l�une des cat�gories retenues. Le choix du type d�unit� � retenir pour la quantification est fonction de l�appr�ciation par le chercheur du type de messages auquel il a affaire.</p><p>a) La premi�re unit� d�analyse est l�unit� d�enregistrement. C�est un segment de contenu, de nature d�finie, que l�on caract�rise en le classant dans sa cat�gorie. � la limite, l�unit� peut �tre le � mot � ; on choisit g�n�ralement comme unit� le � th�me �. Le d�coupage par th�mes n�offre qu�une faible garantie de fid�lit� ; un m�me th�me s�offre � des expressions tr�s diverses et, parfois, implicites ; plusieurs th�mes peuvent se trouver m�l�s, etc.</p><p>Toutes ces difficult�s am�nent souvent des �carts d�appr�ciation graves d�un analyste � l�autre.</p><p>b) L�item, au sens large, d�signe un document isol� sous la forme o� il est donn� : lettre, manifeste, entretien. Il sert alors � distinguer un �l�ment parmi tous ceux qui constituent le mat�riel �tudi�, quand celui-ci est multiple.</p><p>Mais � item � peut �tre �galement utilis� au sens �troit de ce mot, pour signifier � une unit� d�enregistrement �</p><p>(quelle qu�elle soit).</p><p>c) L�unit� de contexte constitue le cadre de r�f�rence, � l�int�rieur du contenu, auquel l�unit� d�enregistrement peut �tre rapport�e : par exemple, un th�me devra �tre compris dans le contexte de son paragraphe. L�unit� de contexte ne se pr�te pas � une quantification rigoureuse.</p><p>d) L�unit� de num�ration, contrairement aux deux pr�c�dentes unit�s, ne se rep�re pas � la signification de ce qu�on veut quantifier, mais � la fa�on dont on va compter.</p><p>Le probl�me du choix d�un �chan-</p><p>tillon se pose non dans le cas o� l�on �tudie un corpus complet de textes ou de discours, mais dans le cas o� l�on �tudie des �l�ments tr�s vari�s (les journaux de plusieurs ann�es ou une campagne de propagande). Ce choix devient crucial pour la recherche. On le d�termine � partir des th�mes d�analyse, des sources utilis�es et du contenu lui-m�me. La validit� de l�analyse d�-</p><p>pend dans une grande mesure du soin apport� au choix de l��chantillon et ses r�sultats peuvent �tre trait�s selon les diverses techniques utilis�es dans les sciences sociales.</p><p>Validit� et port�e</p><p>On ne saurait nier l�efficacit� pratique de l�analyse de contenu en tant que technique d�observation des mass m�dia. Elle a fait ses preuves aupr�s des politologues et des analystes de la propagande ou de la publicit�. Mais cet outil peut servir � plusieurs fins.</p><p>En lui-m�me, c�est un moyen d�information important pour le chercheur ; lorsque les �metteurs des messages ont disparu ou sont inaccessibles, lorsque leurs intentions ne peuvent �tre sond�es par enqu�te directe, l�analyse de contenu offre la possibilit� non de d�crypter le message, mais plut�t de d�crire ses intentions ; par exemple, pendant la guerre froide, la disgr�ce de tel dirigeant sovi�tique se mesurait souvent au nombre d�apparitions de son nom dans la presse. En fait, toutes les analyses de situations politiques ou �conomiques ont aujourd�hui peu ou prou recours aux diverses techniques de l�analyse de contenu.</p><p>Quant � l�exactitude des r�sultats, le doute reste permis, car, si l�on se limite � une analyse quantitative tr�s rigoureuse, les r�sultats obtenus seront d�autant plus s�rs que leur int�r�t sera limit�. Ici comme ailleurs, on en est encore � rechercher le bon �quilibre entre la rigueur scientifique et la f�condit� des r�sultats.</p><p>J. L.</p><p>B P. F. Lazarsfeld, B. R. Berelson et H. Gandet, The People�s Choice : How the Voter Makes up his Mind in a Presidentiel Campaign (New York, 1944 ; 2e �d., 1948). / H. D. Lasswell, N. Leites et coll., Language of Politics. Studies in Quantitative Semantics (New York, 1949). / B. R. Berelson et M. Janowitz (sous la dir. de), Reader in Public Opinion and Communication (Chicago, 1950). / B. R. Berelson, Content Analysis in Communications Research (Chicago, 1952). /</p><p>L. Festinger et D. Katz (sous la dir. de), Research Methods in the Behaviorat Sciences (New York, 1953 ; trad. fr. les M�thodes de recherches dans les sciences sociales, P. U. F., 1959 ; 2e �d., 1963 ; 2 vol.). / I. de Sola Pool (sous la dir. de), Trends in Content Analysis (Urbana, Illinois, 1959). /</p><p>R. Pinto et M. Grawitz, M�thodes des sciences sociales (Dalloz, 1964, 2 vol. ; 3e �d., 1969). /</p><p>M.-C. Unrug, l�Analyse du contenu (�d. universitaires, 1974).</p><p>analyse</p><p>dimensionnelle</p><p>F �QUATION DE DIMENSIONS.</p><p>analyse</p><p>factorielle</p><p>M�thode d�analyse statistique employ�e surtout en psychologie diff�rentielle et visant � exprimer, en fonction de variables hypoth�tiques (facteurs), downloadModeText.vue.download 37 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>574</p><p>les corr�lations constat�es entre certaines variables observables.</p><p>Pr�sentation g�n�rale</p><p>de la m�thode</p><p>L�analyse factorielle est issue des tra-</p><p>vaux de sir F. Galton (1822-1911) et de ses �l�ves (K. Pearson, Y. Edgeworth, etc.) sur les corr�lations. Elle a surtout �t� d�velopp�e en psycholo-</p><p>gie par C. Spearman (1863-1945), L. L. Thurstone (1887-1955), etc. Les exemples ci-dessous seront emprunt�s au domaine de la psychologie. Mais les m�mes techniques peuvent bien entendu �tre utilis�es dans d�autres domaines, et elles l�ont �t�.</p><p>Le r�sultat, dans un test*, constitue un exemple de variable observable : ce r�sultat varie d�un individu � un autre, lorsque plusieurs individus sont examin�s � l�aide du m�me test. On peut faire l�hypoth�se que ces variations observables manifestent l�existence de variations interindividuelles dans d�autres variables non directement observables, les facteurs, que l�on va chercher � mettre en �vidence. Pour cela, on utilise plusieurs variables observables, plusieurs tests par exemple, choisis de fa�on telle que certains facteurs interviennent probablement � la fois dans plus d�un test. On juge qu�il en est ainsi lorsque ces tests pr�sentent entre eux des corr�lations non nulles, c�est-�-dire lorsque le classement des sujets dans l�un des tests permet de pr�voir dans une certaine mesure leur classement dans l�autre (v. statistique).</p><p>L��tude de la fa�on dont les tests se regroupent ainsi d�apr�s les corr�lations existant entre eux peut fournir des indications sur le nombre et la nature des facteurs susceptibles d��tre invoqu�s pour expliquer les r�sultats qu�ils fournissent. Si plusieurs tests utilisant tous le maniement du langage dans des t�ches diverses pr�sentent entre eux des corr�lations plus �lev�es que celles qui sont observ�es entre ces tests particuliers et les autres, ce fait est compatible avec l�existence d�un facteur verbal : les individus examin�s tendent � se diff�rencier de la m�me fa�on chaque fois qu�ils utilisent le langage, malgr� la diversit� des t�ches qu�ils accomplissent en l�utilisant.</p><p>On remarquera que cette constatation ne pr�juge pas de la nature de ce facteur verbal, qui peut correspondre � des in�galit�s dans l�apprentissage scolaire ou familial du langage, ou manifester la pr�sence de caract�ristiques constitutionnelles diff�rentes d�un</p><p>individu � l�autre et qui interviennent de fa�on non n�gligeable dans l�emploi du langage.</p><p>Quelques</p><p>aspects techniques</p><p>On peut d�signer par sji la note obtenue par un individu i dans un test j ; par x1i, x2i, x3i, etc., les mesures de l�individu i dans les facteurs x1, x2, x3, etc. ; par cj1, cj2, cj3, etc., des coefficients (coefficients de � saturation �) devant �tre appliqu�s respectivement aux facteurs x1, x2, x3, etc., pour exprimer les poids avec lesquels ils interviennent dans le test j. Les m�thodes d�analyse factorielle d�crivent alors la note au test comme une fonction lin�aire des notes en facteurs :</p><p>sji = cj1x1i + cj2x2i + cj3x3i + etc.</p><p>Si l�on consid�re deux tests j et k, on peut faire l�hypoth�se que leurs r�sultats d�pendent de deux cat�gories de facteurs : ceux qui sont communs aux tests j et k, et ceux qui ne sont pas communs. En supposant qu�il n�existe qu�un facteur M commun aux deux</p><p>tests, qu�un facteur J sp�cifique au test j et qu�un facteur K sp�cifique au test k, on peut �crire, en conservant la forme du mod�le g�n�ral et en d�signant maintenant par ajm et akm les coefficients de saturation des deux tests j et k dans le facteur commun M, et par u les coefficients de saturation des facteurs sp�cifiques :</p><p>sji = ajmxmi + ujxji ;ski = akmxmi + ukxki.</p><p>La corr�lation rjk entre les deux tests j et k serait alors �gale �</p><p>rjk = ajmakm.</p><p>Si, au lieu d�un seul facteur commun, il en existe plusieurs, et que l�on d�signe par une sommation �tendue � tous les facteurs communs, on peut �crire</p><p>L�observation fournit toutes les corr�lations entre les tests consid�r�s deux � deux, lorsque ces tests ont �t� tous appliqu�s aux m�mes individus.</p><p>Le probl�me consiste � d�terminer le nombre minimal de facteurs communs n�cessaires pour rendre compte des</p><p>corr�lations avec une approximation suffisante et � trouver les saturations de chaque test dans chacun des facteurs. Si l�on n�impose aucune autre condition, ces saturations ne sont pas d�termin�es de fa�on univoque. On peut passer d�une table de saturations r�pondant au probl�me � une autre table y r�pondant �galement par une multiplication matricielle (� rotation �</p><p>des axes repr�sentant g�om�triquement les facteurs).</p><p>Quelques r�sultats</p><p>en psychologie</p><p>Les r�sultats obtenus par l�analyse factorielle pr�sentent une diversit� qui est apparente dans la mesure o� elle refl�te seulement le choix de solutions techniquement diff�rentes dans la conduite de l�analyse. Dans ce cas, l�une des solutions peut toujours se ramener � une autre par une simple transformation formelle. Dans d�autres cas, la diversit� est r�elle et peut tenir au fait que l�on a utilis� des tests diff�rents ou diff�rents groupes de sujets.</p><p>Dans le domaine cognitif, on a mis r�guli�rement en �vidence l�importance d�un facteur g�n�ral � toutes les �preuves, importance qui a pu faire croire � C. Spearman que ce facteur g�n�ral �tait seul pr�sent dans ce domaine. En fait, des facteurs moins �tendus renforcent les corr�lations observ�es au sein de certaines cat�-</p><p>gories d��preuves : celles qui font appel au langage (facteur verbal), celles qui n�y font pas appel (facteur non verbal). Des facteurs plus restreints encore renforcent les corr�lations entre certains groupes plus �troits d��preuves, au sein des groupes pr�c�dents : celles qui font appel � la compr�hension du mat�riel verbal (V), � l�aisance formelle dans le maniement des mots (W), au maniement d�un mat�riel num�rique (N), � la re-pr�sentation de lignes ou de surfaces (S), etc. Cette pr�sentation � hi�rarchique � des r�sultats est celle que pr�f�rent adopter les psychologues anglais, qui, � la suite de C. Spearman, ont utilis� l�analyse factorielle (sir C. Burt, P. E. Vernon, etc.). Les psychologues am�ricains, suivant en cela L. L. Thurstone, pr�f�rent souvent une autre pr�sentation, utilisant</p><p>des facteurs � obliques �, c�est-�-dire en corr�lation, pour traduire les faits qui s�expriment, dans la hi�rarchie anglaise, par des facteurs de groupe larges et par un facteur g�n�ral.</p><p>Les r�sultats obtenus dans l��tude des aspects non cognitifs de la personnalit� sont moins coh�rents, en partie certainement du fait des difficult�s que l�on rencontre pour d�crire objectivement les diff�rences individuelles dans ce domaine. On peut cependant rapprocher les plus g�n�raux des facteurs adopt�s par des chercheurs diff�rents, utilisant des �preuves et des m�thodes d�analyse diff�rentes. Pour R. B. Cat-tell, ces facteurs sont au nombre de deux. L�un oppose l�introversion � l�extraversion, l�autre l�int�gration (ou adaptation) � l�anxi�t�. H. J. Eysenck retient �galement deux facteurs principaux : introversion-extraversion et neuroticisme.</p><p>M. R.</p><p>B C. Spearman, Abilities of Man, their Nature and Measurement (Londres, 1927 ; trad. fr.</p><p>les Aptitudes de l�homme, leur nature et leur mesure, Conservatoire national des arts et m�tiers, 1937). / L. L. Thurstone, Multiple Factor Analysis (Chicago, 1947). / P. E. Vernon, The Structure of Human Abilities (Londres, 1950 ; trad. fr. la Structure des aptitudes humaines, P. U. F., 1952). / H. J. Eysenck, The Structure of Human Personality (Londres, 1952). / R. B. Cat-tell, Personality and Motivation Structure and Measurement (New York, 1957). / M. Reuchlin, M�thodes d�analyse factorielle � l�usage des psychologues (P. U. F., 1964).</p><p>analyse</p><p>imm�diate</p><p>Recherche et s�paration des constituants d�un m�lange.</p><p>Les substances naturelles sont</p><p>ordinairement des m�langes : h�t�-</p><p>rog�nes, si on y peut distinguer des parties diff�rentes, homog�nes dans le cas contraire. Les proc�d�s d�analyse imm�diate permettent d�extraire de ces m�langes des corps que ces m�mes proc�d�s ne peuvent fractionner : ce sont des corps purs. On distingue, pour les m�langes h�t�rog�nes, les proc�d�s de triage : � main, pour</p><p>des m�langes grossiers de solides ; par densit�, en utilisant un liquide dont la masse volumique est interm�diaire entre celles des constituants ; par l�vigation, si un courant liquide entra�ne les parties les moins denses ; par flottation : un minerai (sulfure) peut �tre s�par� de sa gangue apr�s addition d�huile de flottation (cr�osote) et contact avec un courant d�eau ; la gangue, mouill�e, tombe au fond, alors que le sulfure, non mouill�, flotte et est entra�n� ; magn�tique, si un constituant est attirable � l�aimant. La d�cantation, la filtration, la centrifugation permettent de s�parer les solides des liquides.</p><p>Les brouillards, les fum�es sont trait�s dans les filtres � chocs, dans les cyclones ; ou par un proc�d� �lectrostatique (Cottrell) : suivant l�axe d�une chemin�e dans laquelle passe la fum�e, est tendu un fil ; on maintient entre fil et chemin�e une diff�rence de potentiel �lev�e : les particules en suspension, �lectris�es au contact du fil, sont repouss�es vers les parois et entra�n�es par courant d�eau.</p><p>downloadModeText.vue.download 38 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>575</p><p>On applique aux m�langes ho-</p><p>mog�nes des proc�d�s utilisant un changement d��tat : la cristallisation fractionn�e, � partir d�une solution contenant plusieurs sels ; la cong�-</p><p>lation fractionn�e d�un m�lange</p><p>liquide ; la liqu�faction fractionn�e d�un m�lange gazeux ; la distillation fractionn�e d�un m�lange liquide, utilis�e dans le fractionnement des p�troles, des liquides alcooliques, de l�air liquide. Dans ce dernier proc�d�, la vapeur issue d�un m�lange liquide en �bullition passe dans une colonne de rectification comportant un gar-nissage int�rieur ou des plateaux superpos�s, au contact desquels les parties les moins volatiles de la vapeur se condensent et font retour � la chaudi�re, alors que les plus volatiles continuent leur marche ascendante et sont condens�es. L�effusion � travers une paroi poreuse est employ�e pour fractionner les m�langes de gaz,</p><p>la vitesse d�effusion de chaque gaz �tant inversement proportionnelle � la racine carr�e de sa densit�.</p><p>Certains solides pr�sentent un in�-</p><p>gal pouvoir d�adsorption pour diff�-</p><p>rents gaz, ce qui permet un fractionnement ; ainsi le charbon de bois adsorbe, � basse temp�rature, plus �nergiquement le n�on que l�h�lium.</p><p>C�est aussi l�in�gal pouvoir d�adsorption qui est utilis� dans la chromatographie* d�adsorption, alors que la chromatographie de partage repose sur l�in�gale solubilit� que chacun des corps du m�lange pr�sente pour deux liquides non miscibles.</p><p>Un corps n�est pur que s�il r�siste � l�ensemble des m�thodes de fractionnement de l�analyse imm�diate ; ainsi, dans la distillation fractionn�e des m�-</p><p>langes d�eau et d�alcool, il s��chappe au sommet de la colonne non pas de l�alcool pur, mais un m�lange dit</p><p>� az�otrope � � 95 p. 100 d�alcool, dont le point d��bullition, le plus bas de tous ces m�langes, est un peu inf�-</p><p>rieur � celui de l�alcool pur ; bien que pr�sentant un point d��bullition parfaitement d�fini sous la pression atmosph�rique, cet az�otrope n�est pas un corps pur, car on peut en extraire l�eau qu�il contient par d�autres proc�d�s d�analyse imm�diate.</p><p>Un cas analogue se pr�sente avec</p><p>les m�langes eutectiques, obtenus lors de la cong�lation fractionn�e de certains m�langes ; bien que fondant � point fixe, ils sont r�solus par d�autres proc�d�s.</p><p>R. D.</p><p>analyse m�dicale</p><p>F LABORATOIRE.</p><p>analyse min�rale</p><p>Op�ration qui se propose : 1o de reconna�tre les �l�ments dans les corps ; 2o de doser ces �l�ments.</p><p>Analyse qualitative</p><p>Les proc�d�s en sont chimiques ou physiques. Les proc�d�s chimiques font appel � des r�actifs, corps fournissant, avec un ou plusieurs �l�ments, une r�action chimique reconnaissable � ses caract�res ou � ses produits ; c�est ainsi que l�hydrog�ne sulfur� fournit, avec les solutions des sels d�un certain nombre de m�taux, comme Ag, Pb, Hg, Cu..., un sulfure insoluble ; la couleur du pr�cipit� et ses propri�t�s, par exemple un essai de dissolution dans divers acides, permettent d�identifier les m�taux pr�sents dans la solution. D�autres r�actifs, HCl, NH3..., compl�tent l�action de H2S. On tend de plus en plus, cependant, � utiliser, pour gagner du temps, des r�actifs non pas seulement s�lectifs comme les pr�c�dents, mais sp�cifiques, c�est-�-</p><p>dire qui ne fournissent une r�action caract�ristique, pr�cipit�, coloration..., qu�avec une seule substance ; mais ces r�actifs sont peu nombreux.</p><p>Les m�thodes pr�c�dentes exigent que l�on dispose de plusieurs grammes de substance ; on peut cependant, si c�est n�cessaire, utiliser des pratiques de microanalyse, analyse � la goutte, ainsi que des observations dans le champ d�un microscope.</p><p>Les r�actions pr�c�dentes s�ob-</p><p>servent aux temp�ratures ordinaires ; on a recours aussi aux temp�ratures plus �lev�es ; c�est ainsi que l�on peut</p><p>produire, dans la flamme du chalumeau et au contact d�un morceau de charbon de bois, la r�duction de la substance par le carbone, pour identifier ensuite les produits de r�duction. Un autre proc�d� thermique est dit � � la perle de borax �, perle que l�on forme dans un petit anneau de platine par fusion du borax et qui, normalement incolore, se colore diversement apr�s avoir �t� plong�e dans la solution � analyser et � nouveau chauff�e : en bleu avec un sel de cobalt par exemple, en jaune avec downloadModeText.vue.download 39 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>576</p><p>un sel de fer. Plus rapide encore, et n�utilisant aucun r�actif, est l�essai � la flamme : un fil de platine est tremp� dans la solution � analyser, puis port� dans la flamme ; un certain nombre de m�taux colorent la flamme : le sodium en jaune, le potassium en violet, le ba-ryum en vert, etc.</p><p>Les proc�d�s physiques sont op-</p><p>tiques ou �lectriques. Les premiers reposent sur l�observation de spectres d��mission ou d�absorption : on obtient un spectre d��mission de la substance quand elle est plac�e dans une flamme, ou entre les �lectrodes d�un arc, ou encore au contact d��tincelles. Le spectre obtenu au spectroscope montre un certain nombre de raies caract�ristiques de chacun des �l�ments de la substance ; un rep�rage sommaire de ces raies peut �tre fait d�apr�s la couleur ; plus pr�cis cependant, et plus g�n�ral, est leur re-p�rage par rapport � un spectre connu, celui de l�arc au fer par exemple ; la m�thode est tr�s sensible. On obtient un spectre d�absorption d�une substance quand on interpose celle-ci entre une source de rayonnement complexe infrarouge, visible ou ultraviolet, et un spectroscope ; on compare le spectre obtenu � celui du rayonnement incident. On observe les r�gions d�absorption, parties du spectre pour lesquelles la substance est peu transparente.</p><p>Contrairement au spectre d��mission, le spectre d�absorption caract�rise non pas un atome, mais un groupe d�atomes ou une mol�cule : ainsi le permanga-nate de potassium pr�sente un maxi-</p><p>mum d�absorption pour la longueur d�onde de 520 m&#x3BC;, d� au groupement MnO4.</p><p>Les proc�d�s �lectriques comportent ordinairement des mesures, plut�t que de simples observations.</p><p>Analyse quantitative</p><p>L� encore, les proc�d�s sont vari�s, chimiques ou physiques. Les m�thodes chimiques sont pond�rales ou volum�triques. La m�thode est pond�rale quand on isole la totalit� de l��l�-</p><p>ment recherch� en un pr�cipit� que l�on p�se. Ainsi l�on peut doser l�ion Ba2+ dans une solution en le pr�cipi-tant � l��tat de sulfate BaSO4. Si toutes pr�cautions sont prises pour qu�au moment de la pes�e le pr�cipit� soit pr�sent dans sa totalit�, la m�thode pond�rale peut fournir des r�sultats tr�s pr�cis, car les balances utilis�es permettent, sur des pr�cipit�s de plusieurs d�cagrammes, d�appr�cier le dixi�me de milligramme ; certaines d�entre elles, qui sont des microbalances, permettent, pour une charge de l�ordre du gramme, d�appr�cier le dixi�me de microgramme. La m�thode est volum�-</p><p>trique quand le dosage d�un �l�ment en solution s�effectue par addition d�une liqueur titr�e jusqu�� l�instant pr�cis o� la totalit� de l��l�ment a r�agi ; la masse de l��l�ment recherch� se d�duit du volume de liqueur titr�e ajout�. �</p><p>cette cat�gorie appartiennent les dosages acide-base et les dosages d�oxydor�duction. On op�re en pr�sence d�un indicateur de fin de r�action : c�est ordinairement un corps color�, dont la teinte varie au moment o� la r�action de dosage s�ach�ve. En dehors des liqueurs titr�es, les m�thodes volum�triques utilisent des pipettes jaug�es et des burettes gradu�es ; avec le ma-t�riel courant, l�erreur possible est de l�ordre de 0,05 ml ; elle est cependant beaucoup plus faible avec certaines microburettes.</p><p>Le dosage chimique des m�langes</p><p>gazeux n�cessite des techniques et un mat�riel sp�ciaux ; il comporte des mesures de volumes accompagnant</p><p>l�absorption successive par des r�actifs appropri�s de chacun des constituants du m�lange ; la vieille m�thode de</p><p>combustion eudiom�trique de Cavendish en fournit un exemple.</p><p>Les m�thodes physiques sont essentiellement optiques ou �lectriques.</p><p>Les m�thodes optiques font appel � l�absorption de la lumi�re par la solution contenant le corps � doser. Cette absorption ob�it, en lumi�re mono-chromatique, � la loi de Lambert-Beer : Log I0/I = A = k.c.l. ; l�extinction A, ou absorbance, de la solution, d�finie comme le logarithme du rapport des intensit�s lumineuses incidente I0</p><p>et transmise I, est proportionnelle � la concentration c de la solution et � l��paisseur l travers�e. La relation permet donc en principe le calcul de c si l�on mesure I ; c�est le r�le des photom�tres d�absorption, ou colorim�tres, qui en r�alit� permettent la comparaison de l�intensit� transmise par la solution �tudi�e et de celle qui est transmise par une solution de concentration connue. Ces m�thodes se signalent par leur extr�me sensibilit�, ce qui permet de les utiliser pour la recherche des traces ; leur pr�cision, par contre, n�est jamais tr�s �lev�e, de l�ordre de 1 p. 100.</p><p>Les m�thodes �lectriques r�pondent � des besoins divers. En mesurant la conductivit� �lectrique de la solution (conductim�trie), on peut calculer la concentration d�un �lectrolyte ; on peut effectuer un titrage en solution en suivant la variation de conductivit� ; ou encore, dans une chromatographie* en phase gazeuse, doser successivement les gaz sortants en mesurant la conductivit� du gaz pr�alablement ionis�. Par des mesures de diff�rence de potentiel (potentiom�trie), on peut suivre, aux fins de dosage, les variations de pH</p><p>d�une solution. La polarographie* permet l�identification d�un ion et la mesure de sa concentration ; la m�thode est r�serv�e aux faibles concentrations.</p><p>Au moyen de l��lectrolyse (coulom�-</p><p>trie ou �lectrogravim�trie), on peut doser un �l�ment par pes�e de son d�p�t sur une �lectrode ; la m�thode se pr�te � des s�parations des d�p�ts suivant leur nature.</p><p>Parmi les m�thodes modernes de</p><p>dosage dont les applications vont croissant, citons : la m�thode par spec-</p><p>trographie de masse ; la m�thode par dosage de la radio-activit�, naturelle ou provoqu�e ; dans ce dernier cas, le dosage s�effectue � l�aide de radio-isotopes obtenus par exemple en exposant la substance � un bombardement de neutrons. La sensibilit� est extr�me, la m�thode est applicable � la recherche de traces d�impuret�s.</p><p>R. D.</p><p>B G. Chariot, Th�orie et m�thode nouvelle d�analyse qualitative (Masson, 1946) ; les M�-</p><p>thodes de la chimie analytique (Masson, 1960).</p><p>/ V. Auger, Principes de l�analyse chimique (A. Colin, 1947). / H. Gu�rin, Trait� de manipulation et d�analyse des gaz (Masson, 1952).</p><p>/ C. Duval, l�Analyse chimique quantitative (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1970).</p><p>analyse</p><p>organique</p><p>�l�mentaire</p><p>Recherche et dosage des �l�ments contenus dans un compos� organique.</p><p>Les �l�ments les plus courants dans la mol�cule organique, C, H, N, sont dos�s par des m�thodes qui n�ont pas subi, depuis 120 ans, de modifications de principe ; il s�agit de � min�raliser �</p><p>ces �l�ments � l��tat de gaz carbonique ou d�eau, dont il existe des absorbants sp�cifiques, ou d�azote gazeux, appr�-</p><p>ci� par volum�trie.</p><p>La min�ralisation s�op�re par chauffage vers 1 000 �C d�un poids connu de substance en pr�sence d�un exc�s d�oxyde cuivrique. Les difficult�s r�sident dans le choix d�un appareillage bien anhydre, dans le balayage du tube laboratoire par un gaz sans action sur les absorbeurs et dans un chauffage r�gulier et progressif. Pour le dosage du carbone et de l�hydrog�ne, le balayage est r�alis� par un courant d�oxyg�ne pur ; pour celui de l�azote, par un courant de gaz carbonique pur, celui-ci �tant �limin� par barbotage dans la potasse. Jusqu�� ces derni�res ann�es, l�oxyg�ne n��tait dosable que par diff�rence, mais de nos jours on proc�de autrement : la substance est pyrog�n�e, l�oxyg�ne est lib�r�, soit � l��tat d�eau, soit � l��tat de gaz carbonique, soit</p><p>� l��tat de monoxyde de carbone. Le passage de ces gaz sur carbone pur � 1 100 oC les convertit en monoxyde de carbone, dos� par lib�ration de l�iode de l�anhydride iodique.</p><p>Les halog�nes (Cl, Br, I) sont transform�s en sels de calcium par chauffage � 800 �C avec la chaux vive, et les halog�nures de calcium sont dos�s par argentim�trie ; mais il existe de nombreuses autres m�thodes de min�ralisation des halog�nes.</p><p>Le soufre, le phosphore, l�arsenic sont transform�s, par chauffage en tube scell� avec l�acide nitrique, en acides sulfurique, phosphorique, ars�nique, dont il existe des dosages pr�cis. Les m�taux sont transform�s en sulfates par chauffage avec l�acide sulfurique, que l�on renouvelle jusqu�� oxydation totale du carbone ; � partir de ces sulfates, le m�tal est dos� par des r�actifs sp�cifiques, ou par �lectrolyse.</p><p>Il existe pour l�azote des m�thodes de dosage moins g�n�rales : la transformation en sulfate d�ammonium, la distillation de l�ammoniac apr�s alcali-nisation et le dosage de ce gaz.</p><p>Le fluor, le bore, le silicium, le mercure n�cessitent des m�thodes particuli�res, variables selon les cas.</p><p>La pr�cision d�une analyse a une tr�s grande importance lorsqu�on cherche � d�terminer la formule brute d�un compos� un peu compliqu�. Elle est de l�ordre de 2/1 000 pour les halog�nes et la plupart des m�taux, de l�ordre de 5/1 000 pour le carbone et l�azote, de 1</p><p>� 5 p. 100 pour l�hydrog�ne (selon la teneur, car la moindre trace d�humidit� des appareils peut avoir une influence importante si cette teneur est faible) ; l�oxyg�ne est dos� avec une pr�cision de 2 � 5 p. 100, selon la teneur ; pour les �l�ments rares (F, B, Si, Hg), la pr�-</p><p>cision est comparable.</p><p>Les progr�s r�cents de l�analyse organique r�sident dans le perfectionnement des appareils, qui a permis d�op�rer sur moins de substance, sans perdre de pr�cision, et en r�duisant la dur�e des op�rations.</p><p>downloadModeText.vue.download 40 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>577</p><p>Autrefois, il convenait, pour chaque dosage, de mettre en oeuvre environ 0,3 g de substance, et l�op�ration durait 3 heures pour le dosage de H, de C et pour celui de N (macroanalyse). Il a �t� possible de r�duire ce poids � 0,1 g (semimicroanalyse), � 10 mg (microanalyse), enfin � 1 mg (picoanalyse) ; le dosage du carbone et de l�hydrog�ne ne demande alors qu�un quart d�heure environ.</p><p>De nos jours, toutes les analyses sont confi�es � des laboratoires sp�cialis�s.</p><p>C. P.</p><p>B L. Velluz, M. Pesez et P. Poirier, M�thodes et r�actions de l�analyse organique (Masson, 1952-1954 ; 3 vol.).</p><p>ananas</p><p>F BROM�LIAC�ES.</p><p>anaphylaxie</p><p>F ALLERGIE.</p><p>anarchisme</p><p>Id�ologie qui refuse l�autorit�, sp�cialement celle de l��tat, et qui pr�conise la libert� absolue et la spontan�it�.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Chacun a de l�anarchisme, pens�e ou mouvement, une vue personnelle.</p><p>Aussi est-ce avec prudence que l�on doit tenter une d�finition de port�e g�n�rale. Il semble n�anmoins que l�on puisse affirmer avec quelque assurance que la pens�e anarchiste, dans ce qu�elle a d�essentiel, se pr�sente en un double volet : un refus et une affirmation. � Plus d�autorit�, ni dans l��glise, ni dans l��tat, ni dans la terre, ni dans l�argent �, proclame Proudhon dans l�Id�e g�n�rale de la r�volution au XIXe si�cle (1851). Cet antiautori-tarisme, qui s�exprime sp�cialement dans l�anti�tatisme, est m�me, selon Bakounine, ce qui distingue essentiellement l�anarchisme des autres �coles</p><p>socialistes. Il �crit en effet : � Les communistes [autoritaires] croient devoir organiser les forces ouvri�res pour s�emparer de la puissance politique des �tats. Les socialistes r�volutionnaires</p><p>[anarchistes] s�organisent en vue de la destruction ou, si l�on veut un mot plus poli, en vue de la liquidation des �tats. � Ce caract�re � n�gatif � de la doctrine a �t� �galement jug� essentiel par Elis�e Reclus, qui �crivait dans les Temps nouveaux, en mai 1895 : � Ce n�est [...] pas sans raisons que le nom d�� anarchistes �, qui, apr�s tout, n�a qu�une signification n�gative, reste celui par lequel nous sommes universellement d�sign�s. On pourrait nous dire � libertaires �, ainsi que plusieurs d�entre nous se qualifient volontiers, ou bien � harmonistes �, � cause de l�accord libre des vouloirs, qui d�apr�s nous constituera la soci�t� future ; mais ces appellations ne nous diff�rencient pas assez des autres socialistes. C�est bien la lutte contre tout pouvoir officiel qui nous distingue essentiellement. �</p><p>Sur le second volet de la pens�e anarchiste est inscrit le mot : libert�.</p><p>Mot susceptible, certes, de bien des interpr�tations, mais que l�on peut, en l�occurrence, d�finir ainsi : la libert� r�sulte avant tout, pour les anarchistes, de l�action de minorit�s agissantes impulsant les masses, puis organisant production et consommation selon les principes du f�d�ralisme, c�est-�-dire partout, et en toutes circonstances, de bas en haut. Et l�on fera confiance � la spontan�it� que Proudhon pr�nait d�j� dans le Repr�sentant du peuple, en mai 1848, lorsqu�il �crivait : � L�organisation du travail ne doit pas partir du pouvoir ; elle doit �tre spontan�e. �</p><p>Id�e reprise presque mot pour mot par Bakounine : � Je pense que l��galit� doit s��tablir dans le monde par l�organisation spontan�e du travail et de la propri�t� collective des associations de production, librement organis�es et f�-</p><p>d�ralis�es dans les communes. � Spontan�it� que l�on a vu se manifester soit dans l�action offensive ou d�fensive face � l�autorit�, soit dans les essais de r�alisations libertaires en soci�t� capitaliste (associations de production, coop�ratives de consommation, �coles, etc.) ou en soci�t�s en voie de lib�ration (Ukraine de Nestor I. Makhno en</p><p>1917-1918, Catalogne de la C. N. T. -</p><p>F. A. I. en 1936-1937).</p><p>Mais tout changement dans l��tat soci�taire serait impossible s�il fallait compter sur un r�veil des masses, et</p><p>� les destin�es humaines d�pendent de l�action d�un nombre peu consid�rable d�individus �, affirmait Malatesta. Ces minorit�s agissantes ne s�imposeront pas, mais � persuaderont et remorque-ront les plus arri�r�s par la force de la raison et de l�exemple � (Malatesta, le R�veil, 10 mars 1906). En prise sur le monde du travail, elles � portent en elles l�avenir �, et jou�rent un r�le essentiel lorsque les anarchistes appliqu�rent leurs efforts de propagande au milieu syndical.</p><p>Le f�d�ralisme est le principe cl� qui doit pr�sider aux r�alisations libertaires et � l��dification en tous domaines de la soci�t� nouvelle. Seule son application sauvegardera l�autonomie toujours menac�e de l�individu, et c�est pourquoi</p><p>� la future organisation sociale doit �tre faite seulement de bas en haut, par la libre association et f�d�ration des travailleurs, dans les associations d�abord, puis dans les communes, dans les r�gions, dans les nations, et finalement dans une grande f�d�ration internationale et universelle � (Bakounine).</p><p>Comme la F�d�ration ouvri�re du</p><p>district de Courtelary l�exprimait dans sa d�claration de principes au congr�s jurassien de 1880, � sur les ruines du vieux monde politique �, se r�aliseront ainsi � l�autonomie de l�individu, du groupe, de la commune, de la r�gion, et leur f�d�ration surgissant spontan�ment des manifestations de la vie populaire �.</p><p>Une d�finition de</p><p>l�anarchisme</p><p>La formule qui condense tout le mouvement libertaire [...] � sorte de devise br�ve et synth�tique, claire, simple et concr�te</p><p>� est celle-ci : � Bien-�tre et libert� ! �</p><p>Bien-�tre, non pas seulement pour la majorit� ou pour la presque totalit� des individus, mais pour la totalit� de ceux-ci, sans distinction ni exception d�aucune</p><p>sorte. Ce � bien-�tre � appelle, il exige l�abolition de l�appropriation priv�e � et par cons�quent la mise en commun � du sol, du sous-sol, des mati�res premi�res, des produits de toute nature, des moyens de production, de transport et de communication, en un mot, du capital sous toutes ses formes : c�est le communisme.</p><p>Libert�, non pas seulement platonique et de droit, mais r�elle et de fait, non pas seulement pour l�immense majorit�, mais pour la totalit� des individus, sans distinction ni exception d�aucune sorte. Cette</p><p>� libert� � comporte, elle n�cessite la disparition de l��tat, qu�il soit monarchique, r�publicain ou prol�tarien : c�est le communisme libertaire.</p><p>S. Faure, Encyclop�die anarchiste (1935).</p><p>Les formes de</p><p>la lutte anarchiste</p><p>L�action terroriste</p><p>En avril 1877, le militant italien Carlo Cafiero �crivait � Errico Malatesta :</p><p>� Le fait insurrectionnel, destin� � affirmer par des actes les principes socialistes, est le moyen de propagande le plus efficace, et le seul qui, sans tromper et corrompre les masses, puisse p�-</p><p>n�trer jusque dans les couches sociales les plus profondes et attirer les forces vives de l�humanit� dans la lutte que soutient l�Internationale � (Bulletin de la F�d�ration jurassienne, 3 d�cembre 1876). Pourquoi cette d�claration ?</p><p>C�est que, constatant l�inefficacit� de la propagande �crite ou parl�e, Cafiero et ses amis de la F�d�ration italienne �taient arriv�s � cette conclusion : pour toucher les ouvriers et les paysans qui, apr�s leur journ�e de travail, sont trop �puis�s pour r�fl�chir � l�exploitation dont ils sont victimes et m�diter les moyens d�y mettre fin, il convient de leur faire des � le�ons de choses �, de leur pr�senter l�id�e socialiste marchant � en chair et en os, vivante, devant le peuple � (Bulletin de la F�-</p><p>d�ration jurassienne, 5 ao�t 1877). Et ils imagin�rent ainsi la � propagande par le fait �, qu�ils inaugur�rent, cette m�me ann�e 1877, par l��quip�e de B�-</p><p>n�vent, qui consista surtout � incendier les archives communales de quelques villages de la province, � s�emparer de</p><p>l�argent per�u au titre des imp�ts pour le distribuer � la population, etc.</p><p>Cette propagande aurait pu se d�velopper sous des formes pacifiques : constitution d�ateliers communistes, de magasins coop�ratifs, organisation de mutuelles, etc. La r�pression dont �taient victimes, en certains pays, Espagne ou Russie par exemple, les militants socialistes ou anarchistes conduisit des th�oriciens libertaires � recommander � la r�volte permanente par la parole, par l��crit, par le poignard, le fusil, la dynamite... � (Kropotkine), et � propagande par le fait �</p><p>devint d�s lors synonyme d�action terroriste. Une telle propagande ne s�exer�a cependant ni en tous lieux ni � toutes �poques, et elle ne fit le plus souvent que r�pondre � la r�pression.</p><p>Deux opinions anarchistes</p><p>sur les attentats</p><p>� L�attentat individuel proc�de des m�mes causes et poursuit le m�me but que la R�volution sociale elle-m�me. (S. Faure, Encyclop�die anarchiste.)</p><p>� Les attentats ne sont pas un rem�de, il me para�t. Ils ouvrent des portes ouvertes, s�ils concordent avec le sentiment g�n�ral ; ou ils sont un effort perdu, ou presque, s�ils ne rencontrent pas ce sentiment g�n�ral.</p><p>� Faisons donc autre chose. �tudions et soyons avant tout intelligents. On ne remue pas le monde � et ce monde d�traqu� de nos jours encore � avec de la force irr�fl�chie, des impulsions [...]. � (M. Nettlau, Encyclop�die anarchiste.)</p><p>downloadModeText.vue.download 41 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>578</p><p>L�action �ducative</p><p>Les anarchistes ont toujours consid�r� l��ducation et l�instruction comme des facteurs r�volutionnaires d�terminants. La besogne r�volutionnaire, dit J. Grave, consiste avant tout � � fourrer des id�es dans la t�te des individus �</p><p>(les Temps nouveaux, 12 d�c. 1896).</p><p>Et les th�oriciens anarchistes Bakou-</p><p>nine et Kropotkine, apr�s Proudhon, ont pr�conis� l�instruction int�grale, th�orique et pratique, pour � pr�parer chaque enfant des deux sexes aussi bien � la vie de la pens�e qu�� celle du travail, afin que tous puissent �galement devenir des hommes complets �</p><p>(Bakounine).</p><p>Des essais nombreux furent tent�s, que ce soit par Paul Robin � Cempuis de 1880 � 1894, par Francisco Ferrer Guardia (1859-1909) avec son essai d��cole moderne � Barcelone, par S�-</p><p>bastien Faure � La Ruche pr�s de Ram-bouillet, de 1904 � 1917.</p><p>L�anarchisme et l��cole</p><p>y Appel de Francisco Ferrer Guardia, sign�</p><p>� La Escuela Moderna, Barcelone � et publi� dans les Temps nouveaux, 26 janvier 1902 :</p><p>� ... L�arithm�tique est un des plus puissants moyens d�inculquer aux enfants les id�es fausses du syst�me capitaliste [...]</p><p>L��cole Moderne de Barcelone fait appel � ceux des amis de l�enseignement rationnel et scientifique qui s�occupent sp�cialement de math�matiques pour la composition d�un recueil de probl�mes faciles, vraiment pratiques, dans lesquels il ne serait absolument pas question d�argent, ni d��pargne, ni de b�n�fices. Les exercices devraient porter sur la production agricole et manufacturi�re, sur la bonne r�partition des mati�res premi�res et des objets fabriqu�s, sur les moyens de communication et de transport des marchandises, sur le travail humain compar� au travail m�canique et les avantages des machines, sur les travaux publics, etc. �</p><p>y Travaux demand�s � des �l�ves de l�enseignement primaire par l�instituteur �mile Caffin (1858-1936), qui exer�a � non sans incidents � dans l�Oise et dans la Seine : Samedi 25 juin 1921</p><p>Copie</p><p>Ce n�est pas encore l�heure.</p><p>Tant que le peuple ne verra pas clairement, aussi clairement qu�il voit que 2 b�-</p><p>tons pos�s � c�t� de 3 b�tons font 5 b�-</p><p>tons, tant qu�il ne verra pas, dis-je, cette</p><p>v�rit� que les journaux qu�il lit le plus, Petit Parisien, Petit Journal, n�ont qu�un but : le tromper, l�amuser niaisement pour l�exploiter, le Capital n�aura rien � craindre.</p><p>Il faut qu�une r�volution, c�est-�-dire une transformation, soit m�re dans les esprits pour qu�elle puisse devenir une r�alit�.</p><p>�criture</p><p>La paix ne se fera que par la v�rit�.</p><p>On peut �tre un h�ros sans ravager la terre.</p><p>L�histoire enseigne qu�autrefois on mettait les voleurs en croix. Aujourd�hui, les temps sont meilleurs : on met les croix sur les voleurs.</p><p>Conjugaison</p><p>Je d�barque le monarque.</p><p>L�action antimilitariste :</p><p>l�Association internationale</p><p>antimilitariste</p><p>Les anarchistes se refusent � la guerre, qui, pour eux, n�a pour objet que de d�fendre non le patrimoine commun des hommes d�une m�me nation, mais les privil�ges de la minorit� qui d�tient le pouvoir.</p><p>Les anarchistes sont donc antimilitaristes, et c�est ainsi que se constitua, � l�issue du congr�s anarchiste international d�Amsterdam (ao�t 1907), l�Association internationale antimilitariste. D�pos�e par Malatesta, sign�e avec lui par C. Cornelissen, F. Domela Nieuwenhuis, R. de Marmande, Ramus, Thonar, la motion suivante y fut vot�e le 30 ao�t : � Les anarchistes</p><p>[...] engagent leurs camarades � et en g�n�ral tous les hommes aspirant � la libert� � � lutter selon les circonstances et leur temp�rament, et par tous les moyens, � la r�volte individuelle, au refus du service isol� ou collectif, � la d�sob�issance passive et active et � la gr�ve militaire � pour la destruction radicale des instruments de domination.</p><p>� Ils expriment l�espoir que les peuples int�ress�s r�pondront � toute d�claration de guerre par l�insurrection.</p><p>� Ils d�clarent penser que les anarchistes donneront l�exemple et seront suivis. �</p><p>Propagande</p><p>antimilitariste</p><p>Le IVe congr�s de la Federaci�n Obrera R�gional Argentina (1904) d�cide la cr�ation d�un � Fonds du soldat � destin� � aider les d�serteurs et � assurer la d�fense de ceux qui sont condamn�s pour propagande antimilitariste. Le congr�s adopte la motion : � Consid�rant que le militarisme est le fl�au de la classe travailleuse et le d�fenseur du capital et donc la cause de tout l��chec des gr�ves, les participants d�cident la formation d�une commission charg�e d�entrer en contact et de nouer des accords avec toutes les ligues antimilitaristes du monde. �</p><p>downloadModeText.vue.download 42 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>579</p><p>L�action syndicale</p><p>y En France. Dans la plupart des pays, les anarchistes ont privil�gi� l�action syndicale. La France en fournit un bon exemple. En effet, apr�s avoir consid�r� le mouvement syndical avec m�fiance, parfois m�me avec hostilit�, les anarchistes y ont d�ploy� une grande activit� au lendemain de la flamb�e terroriste des ann�es 1892-1894, marqu�e par les attentats de Ravachol, Vaillant, Henry, Caserio.</p><p>On retiendra tout particuli�rement les noms de Fernand Pelloutier, secr�-</p><p>taire de la F�d�ration des Bourses du travail de 1895 � sa mort (1901), et d��mile Pouget, secr�taire adjoint de la C. G. T. et responsable de son journal la Voix du peuple de 1900 � 1909.</p><p>Cependant ce n�est pas sans inqui�-</p><p>tude, parfois, que certains militants et th�oriciens libertaires virent les compagnons consacrer toutes leurs forces � un mouvement qui n��tait � leurs yeux qu�un moyen, et non une fin. Et c�est ainsi qu�au congr�s anarchiste international, tenu � Amsterdam en ao�t 1907, on vit E. Malatesta, s�opposant � Pierre Monatte, fixer avec fermet� les limites</p><p>qui, selon lui, �taient celles du mouvement syndical :</p><p>� [...] Encore une fois, l�organisation ouvri�re, la gr�ve, la gr�ve g�n�rale, l�action directe, le boycottage, le sabotage et l�insurrection arm�e ellem�me, ce ne sont l� que des moyens.</p><p>L�anarchie est le but. La r�volution anarchiste que nous voulons d�passe de beaucoup les int�r�ts d�une classe : elle se propose la lib�ration compl�te de l�humanit� actuellement asservie, au triple point de vue �conomique, politique et moral. Gardons-nous donc de tout moyen d�action unilat�ral et simpliste. Le syndicalisme, moyen d�action excellent � raison des forces ouvri�res qu�il met � notre disposition, ne peut pas �tre notre unique moyen.</p><p>Encore moins doit-il nous faire perdre de vue le seul but qui vaille un effort : l�anarchie ! �</p><p>y En Italie. L�Italie du d�but du si�cle voit refleurir l�anarchisme � travers le syndicalisme r�volutionnaire. R�action au r�formisme en vigueur dans le parti socialiste, influence de Georges Sorel sur Arturo Labriola, Enrico Leone, E. C. Lon-gobardi, apparition surtout de nouvelles couches de travailleurs en sont les principales causes. La gr�ve g�n�rale des 16-20 septembre 1904, avec occupations d�usines et cr�ation de conseils ouvriers, r�v�le les vertus de l�action directe. � l�int�-</p><p>rieur de la C. G. T., cr��e en 1906, Alceste De Ambris constitue la fraction � l�Action directe �, qui compte 200 000 adh�rents (1907). Mais la gr�ve insurrectionnelle de Parme de juin 1908, nullement soutenue par la C. G. T., est �cras�e par les forces de l�ordre. Au congr�s de Bologne (1910), � l�Action directe � compte encore 150 000 adh�rents. Tandis que certains intellectuels comme Arturo Labriola se rallient � la conqu�te coloniale, � l�Action directe � m�ne campagne contre la guerre de Libye (1911) et se transforme en 1912</p><p>en � Union syndicale italienne � :</p><p>� Le prol�tariat n�obtiendra que ce qu�il saura conqu�rir �, proclame Alceste De Ambris. Au congr�s de Milan (1913), o� sont repr�sent�s</p><p>100 000 adh�rents, Armando Borghi fait adopter une motion en faveur de la gr�ve g�n�rale, qui sera mise en oeuvre, d�s l�ann�e suivante, � l�occasion de la � semaine rouge � d�An-c�ne. Mais le mouvement se divise sur la question de la guerre : tandis que les partisans de l�intervention font scission, avec De Ambris, pour fonder l�Union italienne du travail, les internationalistes, group�s autour d�Armando Borghi, feront campagne contre la guerre, souvent au prix de leur libert�.</p><p>y En Argentine. Les premi�res soci�-</p><p>t�s de r�sistance font leur apparition en Argentine en 1887. Organis� par Pietro Gori, se tient en mai 1901 le congr�s constituant de la F. O. R. A.</p><p>(Federaci�n Obrera Regional Argentina), dont les socialistes se s�pare-ront en 1902. Tandis qu�il est d�-</p><p>cid�, en 1904, de cr�er un � Fonds du soldat �, destin� � venir en aide aux d�serteurs, le Ve congr�s adopte les principes du communisme anarchique : � Nous nous organisons pour que les �tats politiques et juridiques existant actuellement soient r�duits � des fonctions purement �conomiques et remplac�s par une libre F�d�ration de libres associations de producteurs libres. � Grossie des syndicalistes r�volutionnaires en 1907, la F. O. R. A., � son apog�e, regroupera 500 000 adh�rents. Mais, sous l�effet de la r�pression et de la concurrence socialiste, le IXe congr�s d�avril 1915</p><p>renonce aux principes du commu-</p><p>nisme anarchique. Sous le nom de</p><p>� F. O. R. A. del V Congreso �, une minorit� fid�le fait scission, qui sera tr�s agissante pendant la � semaine tragique � de 1919, et la seule organisation � tenter de s�opposer au coup d��tat du g�n�ral F. Uriburu en 1930.</p><p>En 1935, une Federaci�n Anarco-Comunista Argentina (F. A. C. A.) lui succ�dera.</p><p>Essais de soci�t� anarchiste</p><p>� trois reprises au moins dans l�histoire, il fut donn� aux anarchistes de vivre, � l��chelle d�une soci�t� et en une vaste r�gion, l�exp�rience d�un monde libertaire.</p><p>Ce fut le cas lorsque N. I. Makhno (1884-1934), d�non�ant l�autorit� et en usant � l�occasion, domina l�Ukraine de l��t� 1918 � ao�t 1921, � la t�te d�une arm�e paysanne � la fois libertaire et disciplin�e. Mais cette histoire</p><p>� qui reste � �crire � fut avant tout militaire.</p><p>Ce fut �galement le cas en Bavi�re, mais la R�publique sovi�tique qu�en avril 1919 dirig�rent les anarchistes Gustav Landauer et Erich M�hsam</p><p>(1878-1934) ne dura que quelques jours.</p><p>En Espagne, par contre, o� les forces libertaires m�nent depuis longtemps une action importante et de masse �</p><p>rappelons les noms des militants de premier plan que furent au temps de la Ire Internationale Rafael Farga y Pellicer, Gaspar Senti��n, Anselmo Lorenzo �, les anarchistes de la C. N. T. -</p><p>F. A. I. b�n�fici�rent en juillet 1936, et pendant une ann�e environ, de conditions relativement favorables pour tenter en certaines r�gions (Catalogne, Andalousie, Levant et surtout Aragon) des essais de vie libertaire. Leur organisation syndicale, la C. N. T., groupait alors 1 200 000 membres, et d�passait ainsi les effectifs de l�U. G. T. sociali-sante. Ces essais, exalt�s par les anarchistes, furent d�cri�s par leurs adversaires marxistes.</p><p>Milieux libres</p><p>Le retour � la vie communautaire, qui fut celle des premiers �ges de l�humanit�, a souvent tent� les hommes. Certains anarchistes, en divers pays et � toutes �poques, ont essay� de cr�er ainsi des � milieux libres �, o�, sans attendre, il leur serait possible de vivre en communaut�, chacun conservant toute initiative et toute libert�.</p><p>Des militants comme Kropotkine et �lis�e Reclus montr�rent les dangers de ces � colonies �, de ces � �lots libertaires � vou�s, selon eux, � l��chec, car, dans la soci�t� actuelle, � tout s�encha�ne � et � il est impossible � toute tentative, si isol�e soit-elle, de se soustraire compl�tement � sa funeste action � (la R�volte, 4 mars 1893).</p><p>downloadModeText.vue.download 43 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>580</p><p>Extrait d�un rapport fait �</p><p>un pl�num C. N. T. relatif</p><p>aux probl�mes agraires :</p><p>1o Proc�der � l��tablissement de la col-lectivisation de la terre, de mani�re � ce que les petits propri�taires n�aient � aucun moment � souffrir de notre action �manci-patrice et de ses cons�quences. Afin qu�ils ne se convertissent pas en ennemis ou sa-boteurs de notre oeuvre, on respectera, en principe, la culture priv�e des terres qu�ils peuvent travailler de leurs propres bras ; 2o toutes les terres expropri�es seront contr�l�es et administr�es par le syndicat, et seront cultiv�es collectivement au b�n�fice direct des syndiqu�s, par cons�-</p><p>quent de tous les travailleurs en g�n�ral ; 3o c�est �galement le syndicat qui exercera le contr�le de la production, ainsi que de l�acquisition des produits n�cessaires aux petits propri�taires qui, provisoirement, continueront � cultiver directement comme il est dit ci-dessus [...].</p><p>(D�apr�s le Libertaire, 18 septembre 1936.) La colonie � Cecilia �,</p><p>au Br�sil</p><p>Loin d��tre un cas isol�, la colonie � Cecilia �, qui fournit le th�me d�une c�l�bre chanson anarchiste, a longtemps retenu l�attention des contemporains. Parti de G�nes le 20 f�vrier 1890, un noyau de huit anarchistes italiens, auxquels se joint, � Gibraltar, une famille de paysans espagnols, s�installe en avril 1890 pr�s de Palmeira (Paran�) pour tenter d�y r�aliser le communisme absolu, ou, selon l�inspirateur, Giovanni Rossi, � une colonie anarchiste, laquelle puisse donner � la propagande une d�monstration pratique que nos id�es sont justes et r�alisables, et � l�agitation r�volutionnaire en Europe des secours financiers �. En 1891, la colonie compte pr�s de deux cents personnes. Mais les difficult�s sont grandes : � Les premiers colons de la Cecilia, aussit�t arriv�s, au lieu de trouver des jolies petites maisons, eurent � constater que les cultures avaient �t� d�truites par les bestiaux. � C�est souvent la famine. La plupart prennent le chemin de Curitiba, laissant une quarantaine de personnes install�es dans quelques mai-sonnettes en bois qui constituent le village</p><p>� Anarchie �. Et, tandis que l�un emporte la caisse, d�autres s�approprient des lopins de</p><p>terre. Sans parler d�autres difficult�s, plus inattendues : � Nous menons une vie enti�-</p><p>rement libre, sans aucune loi, sans aucun r�glement, et nous nous trouvons parfaitement bien, sauf quelques petites chicanes entres les femmes, pas encore convaincues des principes anarchistes, mais on passe outre [...]. Ce qui nous tourmente le plus, c�est que le libre amour n�a pas encore p�n�tr� dans le coeur de nos compagnes, ce qui produit beaucoup d�ennui � ceux qui sont seuls, et malgr� cela personne n�a manqu� de respect aux femmes. Nous serions bien aises que quelques femmes convaincues viennent nous rejoindre bient�t. �</p><p>En d�pit de la venue de nouveaux compagnons, l�exp�rience prend fin dans le courant de l�ann�e 1894.</p><p>J. M. et R. P.</p><p>Figures d�anarchistes</p><p>Mikhail Aleksandrovitch BAKOU-</p><p>NINE. V. l�article.</p><p>Camillo Berneri, anarchiste italien (Lodi 1897 - Barcelone 1937). Collaborateur d�Umanit� nova et de La Rivolta, Camillo Berneri est exil� par le fascisme. Pendant la guerre civile espagnole, il assure les �missions italiennes de Radio-Barcelone et tombe sous les balles de la police politique sovi�tique.</p><p>Carlo Cafiero, anarchiste italien (Bar-letta 1846 - Nocera Inferiore 1892).</p><p>De noble et riche famille, ami et admirateur de Marx, Cafiero vend tous ses biens pour aider Bakounine. En prison, il r�dige un r�sum� du Capital de Marx.</p><p>Buenaventura Durruti, anarchiste espagnol (Le�n 1896 - Madrid 1936).</p><p>Fils d�un cheminot, ouvrier m�canicien dans les chemins de fer et bient�t r�vo-qu� en raison de son action militante, Buenaventura Durruti est un r�volutionnaire professionnel en maint pays d�Europe et jusqu�en Am�rique du Sud.</p><p>Il vit ses derniers exploits d�agitateur et d�organisateur � Barcelone en juillet 1936, puis en Aragon, que lib�re la colonne qu�il dirige. Appel� devant Madrid menac�, il est mortellement bless� le 19 novembre � la t�te de ses hommes ; il expire le 20.</p><p>S�bastien Faure, anarchiste fran�ais (Saint-�tienne 1858 - Royan 1942).</p><p>Candidat du parti ouvrier dans la Gironde en octobre 1885, S�bastien Faure fait sa premi�re d�claration anarchiste en 1888. Journaliste, chansonnier, il est avant tout orateur de grand talent.</p><p>Ricardo Flores Mag�n, anarchiste mexicain (San Antonio Eloxochitl�n, Oaxaca, 1873 - prison de Leavenworth, Kansas, 1922). L�� ap�tre de la r�volution sociale mexicaine � (Diego Abad de Santillan) en est aussi le pr�curseur. Son journal Regeneraci�n (1900), organe du parti lib�ral mexicain, annonce la temp�te qui emportera le r�gime de Porfirio D�az en 1911. Son programme du parti lib�ral (1906) pr�figure les grandes revendications sociales de la r�volution. Ennemi de tout � jacobisme � et de toute autorit�, il �volue ouvertement � partir de 1908</p><p>vers le communisme anarchiste. Son mot d�ordre, � Terre et libert� �, anime-ra les arm�es de Zapata et continuera de secouer le continent sud-am�ricain.</p><p>Manuel Gonz�lez Prada, anarchiste p�ruvien (Lima 1848 - id. 1918). Aristocrate p�ruvien, mari� � une Fran-</p><p>�aise, ce disciple de Renan, po�te aussi remarquable que raffin�, se r�v�le le critique le plus aigu de la soci�t� de son temps et le plus prestigieux propagandiste du communisme libertaire au P�rou.</p><p>Pietro Gori, anarchiste italien (Messine 1865 - Portoferraio 1911). Avocat, po�te, dramaturge, sociologue r�put�, ce � chevalier de l�id�al �, comme l�appellent ses contemporains, est, avec Malatesta, l�un des principaux propagandistes italiens de l�anarchie dans le monde. � Nouvel Orph�e, le camarade Gori a le don d�apprivoiser les bourgeois, qui accourent en foule �couter sa parole. � (Les Temps nouveaux, 24-30 septembre 1898.)</p><p>Jean Grave, anarchiste fran�ais (Le Breuil, Puy-de-D�me, 1854 - Vienne-en-Val, Loiret, 1939). De 1883 � 1914, Jean Grave dirige le R�volt�, auquel succ�dent le R�volt� et les Temps nouveaux. Il se voulut le vigilant gardien de la pure doctrine.</p><p>�mile Henry, anarchiste fran�ais (Saint-Martin-Provensals, Espagne, 1872 - Paris 1894). Auteur de plusieurs attentats, Henry fut guillotin�. Il avait d�clar� � ses juges : � Vous avez pendu � Chicago, d�capit� en Allemagne, garrott� � Jerez, fusill� � Barcelone, guillotin� � Montbrison et � Paris, mais ce que vous ne pourrez jamais d�truire, c�est l�anarchie. Ses racines sont trop profondes ; elle est n�e au sein d�une soci�t� pourrie qui se disloque, elle est une r�action violente contre l�ordre �tabli. Elle repr�sente les aspirations �galitaires et libertaires qui viennent battre en br�che l�autorit� actuelle, elle est partout, ce qui la rend insaisissable. Elle finira par vous tuer. �</p><p>Piotr Alekse�evitch KROPOTKINE. V.</p><p>l�article.</p><p>Errico Malatesta, anarchiste italien (Santa Maria Capua Vetere, pr�s de Caserte, 1853 - Rome 1932). �tudiant en m�decine � Naples et d�j� r�publicain, il est converti � l�anarchisme par l��cho de la Commune de Paris. Au congr�s de Berne, il pr�conise la � propagande par le fait �. Condamn� � seize mois de prison pour avoir particip� � l�insurrection de B�n�vent (1877), il vit en exil jusqu�en 1914. Rentr� en Italie, il est consid�r� comme le principal responsable de la � Semaine rouge �</p><p>d�Anc�ne. Exil� de nouveau, il rentre en Italie en d�cembre 1919.</p><p>Louise Michel, anarchiste fran�aise (ch�teau de Vroncourt, Haute-Marne, 1830 - Marseille 1905). Institutrice � Paris, affili�e � l�Internationale, elle combattit dans les rangs des commu-nards et fut d�port�e en Nouvelle-Ca-l�donie (1871). Amnisti�e (1880), elle reprit sa propagande r�volutionnaire.</p><p>� Ceux qui savent tes vers myst�rieux et doux, Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donn�s � tous, Ton oubli de toi-m�me � secourir les autres, Ta parole semblable aux flammes des ap�tres</p><p>[...] Ceux-l�, femme, devant ta majest� farouche, M�ditaient... � (Victor Hugo,</p><p>� Viro Major �, Toute la lyre) [v. COMMUNE DE PARIS].</p><p>�lis�e Reclus, g�ographe et anarchiste fran�ais (Sainte-Foy-la-Grande 1830 -</p><p>Thourout, Belgique, 1905). Fils d�un pasteur, auteur d�une monumentale G�ographie universelle (1875-1894), anarchiste militant, il participa � la Commune, ce qui le fit condamner � la d�portation et ensuite au bannissement.</p><p>&#x25B6; Communisme / Internationale / Proudhon (P. J.) / Socialisme / Syndicalisme.</p><p>B P. Eltzbacher, Der Anarchismus (Berlin, 1900 ; trad. fr. l�Anarchisme, Giard, 1923). /</p><p>H. Arvon, l�Anarchisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1951 ; 4e �d., 1968). / J. Joll, The Anarchists (Londres, 1964). / D. Gu�rin, l�Anarchisme (Gallimard, 1965) ; Ni Dieu, ni ma�tre (�d. de Delphes, 1966 ; nouv. �d., Masp�ro, 1970). / P. Ansart, Marx et l�anarchisme (P. U. F., 1969) ; Naissance de l�anarchisme (P. U. F., 1970). / M. Nettlau, Histoire de l�anarchie (�d.</p><p>du Cercle, 1971). / H. Dubief, les Anarchistes, 1870-1940 (A. Colin, 1972). / A. Lehning, Archives Bakounine (Leyde, en cours d��dition).</p><p>FRANCE. J. Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914) [Soci�t� universitaire d��d. et de librairie, 1955] ; Ravachol et les anarchistes (Julliard, coll. � Archives �, 1964).</p><p>ESPAGNE. R. Lamberet, Mouvements ouvriers et socialistes. l�Espagne (1750-1936) ; [les �d.</p><p>ouvri�res, 1953]. / G. Brenan, le Labyrinthe espagnol (Paris, Ruado Ib�rico, 1963). / E. Giralt, A. Balcells et J. Termes, Els Moviments socials a Catalunya, Pais Valenci� i les Illes (Cronologia, 1800-1939) [Barcelone, 1967]. / C. M. Lorenzo, les Anarchistes espagnols et le pouvoir (�d.</p><p>du Seuil, 1969). / J. B�carud et G. Lapouge, Anarchistes d�Espagne (Balland, 1970).</p><p>RUSSIE. P. Archinoff, l�Histoire du mouvement makhnoviste (Libr. internationale, 1929). /</p><p>A. Skirda et coll., les Anarchistes pendant la R�volution russe (la T�te des feuilles, 1973).</p><p>ITALIE. A. Lucarelli, Carlo Cafiero (Trani, 1947). / L. Fabbri, Errico Malatesta (Naples, 1951). / A. Borghi, Mezzo secolo di anar-chia (1898-1945) [Naples, 1954], / E. San-tarelli, Il Socialismo anarchico in Italia (Milan, 1959). / P. C. Masini, Storia degli anarchici italiani, 1862-1892 (Milan, 1969).</p><p>AM�RIQUE LATINE. D. Abad de Santillan, Ricardo Flores Mag�n el apostol de la Revoluci�n social mexicana (Mexico, 1925). / Federaci�n anarquista del Per�, El Anarcosindicalismo en el Per� (Mexico, 1961). / M. Gonzalez Prada, Horas de lucha (Lima, 1964).</p><p>Quelques dates</p><p>essentielles</p><p>juillet 1868 Bakounine adh�re � la section</p><p>centrale de Gen�ve de l�Internationale.</p><p>1872 Une section fran�aise de l�Association internationale des travailleurs (A. I. T.) est fond�e � Buenos Aires.</p><p>avril 1877 Cafiero et Malatesta inaugurent dans la province de B�n�vent (Italie) la propagande par le fait, le�on de choses de socialisme.</p><p>octobre 1880 Le congr�s de la F�d�ration jurassienne, auquel participent Kropot-downloadModeText.vue.download 44 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>581</p><p>kine, �lis�e Reclus et Cafiero, se prononce pour le communisme anarchiste.</p><p>1882-1886 Incendies et attentats en Andalousie, attribu�s � la soci�t� secr�te la</p><p>� Mano Negra �. Sauvage r�pression.</p><p>1885 Arriv�e de Malatesta en Argentine. Il va fonder les premi�res soci�t�s de r�sistance (1887).</p><p>1886 Aux �tats-Unis, cinq compagnons (George Engel, Adolph Fisher, Louis Lingg, Albert Richard Parsons, August Spies) sont ex�cut�s. Ils avaient �t� accus�s, faussement semble-t-il, de complicit� avec ceux qui, d�but mai 1886, � Chicago, avaient lanc� des bombes contre un d�tachement de police au cours de la gr�ve qui suivit la manifestation du 1er mai pour l�obtention de la journ�e de 8 heures.</p><p>janvier 1891 Au congr�s de Capolago, auquel participent Malatesta et Francesco Saverio Merlino, s�organise un parti socialiste anarchiste r�volutionnaire, ouvert � tous les socialistes italiens. Un an plus tard, les anarchistes se s�parent d�finitivement des socialistes.</p><p>1892-1894 S�rie d�attentats terroristes en France, avec Ravachol, Vaillant, �mile Henry, Caserio.</p><p>mai 1901 Congr�s constituant de la F. O. R. A. (Federaci�n Obrera Regional Argentina).</p><p>1904 Constitution � Lima de l�Uni�n de Tra-bajadores Panaderos, anarcho-syndicaliste.</p><p>1906 Programme du parti lib�ral, de Ricardo Flores Mag�n.</p><p>ao�t 1907 Au congr�s anarchiste international tenu � Amsterdam, opposition de Monatte, au nom du syndicalisme r�volutionnaire, et de Malatesta, au nom de l�anarchisme.</p><p>13 octobre 1909 Ex�cution de Francisco Ferrer Guardia, � Montjuich.</p><p>octobre 1910 - septembre 1911 Cr�ation de la C. N. T. espagnole (Confederaci�n Nacional del Trabajo), de tendance libertaire.</p><p>juin 1914 � Semaine rouge � d�Anc�ne, suivie d�une gr�ve g�n�rale dans toute l�Italie. Malatesta lance en vain des appels � l�insurrection.</p><p>f�vrier 1915 Manifeste contre la guerre, sign� notamment par Malatesta et Domela Nieuwenhuis.</p><p>14 mars 1916 Publication dans la Bataille du � Manifeste des Seize �, sign� par Kropotkine, Grave, etc., et favorable � l�union sacr�e.</p><p>�t� 1918-1921 En Ukraine, entre Don et Dniepr, Nestor I. Makhno, lib�r� de prison, o� il vient de s�journer neuf ann�es, prend la t�te d�une arm�e paysanne et tient en �chec Anton Ivanovitch Denikine et Piotr Nikola�evitch Wrangel. Il signe un trait� d�alliance avec les bolcheviks en octobre 1920. Apr�s la d�faite des Blancs, les bolcheviks se retournent contre Makhno, qui doit s�exiler. Il meurt � Paris en 1934.</p><p>janvier 1919 Les anarchistes argentins dirigent un soul�vement populaire, qui se solde par un �chec et une dure r�pression.</p><p>avril 1919 Les anarchistes Gustav Landauer et Erich M�hsam dirigent durant quelques jours la R�publique sovi�tique de Bavi�re.</p><p>d�cembre 1919 Un congr�s de la C. N. T., tenu � Madrid, donne une adh�sion provisoire � la IIIe Internationale. Angel Pesta�a est d�l�gu� au IIe congr�s de l�Internationale communiste, auquel il assiste en juillet 1920.</p><p>juillet 1920 Lepetit et Vergeat, anarchistes fran�ais, assistent au IIe congr�s de l�I. C. �</p><p>Moscou ; ils p�rissent en mer � leur retour.</p><p>ao�t-septembre 1920 Les anarchistes italiens tentent de transformer en r�volution les occupations d�usines.</p><p>juin 1922 La conf�rence nationale de la C. N. T. espagnole retire son adh�sion � l�Internationale communiste.</p><p>juillet 1922 Congr�s de Saint-�tienne de la C. G. T. U. Les anarchistes et leur leader Pierre Besnard perdent la direction au profit des communistes.</p><p>d�cembre 1922 Reconstitution � Berlin par les anarchistes de l�Association internationale des travailleurs (A. I. T.).</p><p>juillet 1926 Le manifeste publi� apr�s le congr�s anarchiste tenu � Orl�ans r�affirme les principes du mouvement.</p><p>juillet 1927 Cr�ation de la Federaci�n Anarquista Ib�rica (F. A. I.).</p><p>23 ao�t 1927 �lectrocution, aux �tats-Unis, de N. Sacco et B. Vanzetti, anarchistes italiens d�tenus depuis avril 1920 pour un meurtre dont ils s�affirmaient innocents.</p><p>29 mai 1931 L�anarchiste Michele Schirru est fusill� en Italie pour avoir voulu attenter � la vie de Mussolini.</p><p>1935 Constitution de la Federaci�n Anarco-Comunista Argentina (F. A. C. A.).</p><p>17 juillet 1936 En r�plique � Franco, les r�publicains espagnols organisent la r�sistance ; les anarchistes contr�lent la Catalogne.</p><p>19 novembre 1936 B. Durruti est mortellement bless� devant Madrid.</p><p>5 mai 1937 Assassinat, par la Gu�p�ou, de C. Berneri � Barcelone.</p><p>10 ao�t 1937 Dissolution du conseil d�Aragon, dirig� par les anarchistes.</p><p>septembre 1968 Congr�s international des f�d�rations anarchistes, � Carrare.</p><p>1er-4 ao�t 1971 Congr�s international des f�d�rations anarchistes r�uni clandestinement � Paris.</p><p>Anatolie</p><p>Partie asiatique de la Turquie. Cette d�nomination est employ�e par les ar-ch�ologues qui �tudient les premi�res civilisations de cette r�gion, de pr�f�-</p><p>rence � Asie Mineure.</p><p>G�ographie</p><p>Couvrant environ 700 000 km 2 (si on en retire les fragments du couloir syrien et de la haute M�sopotamie qui font partie de la Turquie), la presqu��le d�Anatolie est une incontestable unit� g�ographique ; elle se distingue en effet des pays voisins soit par son relief, soit par son climat. Elle est compos�e surtout de plateaux (de 1 000 � 1 500 m d�altitude) et de d�pressions (entre 700</p><p>et 1 200 m) parsem�es de lacs et de lagunes ; ce pays �lev� constitue une zone de cheminement facile, un pont entre l�Europe et le Proche-Orient. � la p�riph�rie, de puissants massifs montagneux (cha�ne Pontique, Taurus, Anti-Taurus, Kurdist&#x101;n, monts d�Arm�nie), qui d�passent parfois 4 000 m, g�nent les communications � l�est du pays et isolent de l�int�rieur la c�te septentrionale et la c�te m�ridionale ; par contre, l�axe de circulation est-ouest trouve, pour gagner le littoral de l��g�e, les vall�es les plus larges de l�Anatolie.</p><p>Cependant, � l�ouest comme dans le reste de la p�ninsule, les plaines basses restent p�riph�riques et d�une �tendue limit�e. La seule qui m�rite d��tre mentionn�e est la Cilicie, qui, communiquant plus ais�ment avec la Syrie et la M�sopotamie qu�avec l�int�rieur de l�Anatolie, a parfois �chapp� � l�influence des civilisations anatoliennes.</p><p>La hauteur des cha�nes, qui forment �cran, la complication du relief, qui, dans le d�tail, prend souvent l�aspect d�une marqueterie, expliquent les forts contrastes de climat et de v�g�tation qu�on rencontre actuellement en Anatolie. Les moyennes de pr�cipitations varient beaucoup suivant les districts ; la Cilicie cultive le coton et la canne � sucre ; la Lycaonie est couverte d�une steppe piquet�e de lagunes sal�es ; le littoral de la mer Noire porte une belle for�t de type japonais ; l�Ionie a � le plus beau ciel et le meilleur climat � du Proche-Orient, et l�Arm�nie est couverte de neiges la moiti� de l�ann�e.</p><p>Mais ces diff�rences, qui sont dues pour une part � l�action d�vastatrice des populations, �taient certainement moins marqu�es � l��poque o� l�homme �laborait les premi�res civilisations originales de l�Anatolie.</p><p>L�apparition et l�essor</p><p>des premiers villages</p><p>(VIIIe-VIe mill�naire)</p><p>On a trouv� dans la p�ninsule des vestiges des civilisations pr�historiques qui se sont succ�d� depuis l�Abbe-villien (au moins 500 000 ans). Au Pal�olithique sup�rieur, les habitants de l�Anatolie sont, comme ceux du reste du Proche-Orient, en retard sur les chasseurs de la prairie froide de l�Europe. Mais, comme la presqu��le n�a subi que localement les conditions glaciaires, ses populations, qui ne se sont pas �troitement adapt�es � un genre de vie sp�cialis� comme les Magdal�niens du Sud-Ouest europ�en, poursuivent leurs lents progr�s techniques � l��poque du r�chauffement climatique (� partir du IXe mill�naire).</p><p>Leur pays n�ayant pas encore de districts aussi secs qu�� l�heure actuelle, elles trouvent un peu partout � l��tat sauvage les v�g�taux et les animaux, dont l�utilisation va sugg�rer le passage de la collecte et de la chasse � la culture et � l��levage : les anc�tres des bl�s engrain et amidonnier, de l�orge, du millet italien, de l�avoine et du seigle, du lin, de l�amandier, du noyer, du pommier et du pistachier, de la lentille et du pois, plantes qui, pour la plupart, se rencontrent actuellement encore � l��tat sauvage en Anatolie ; et si dans cette r�gion on ne trouve plus en libert� que les animaux qui sont � l�origine du cheptel ovin et caprin, les os abandonn�s par les groupes de chasseurs montrent que les habitants de l�Anatolie ont �galement connu � l��tat sauvage les anc�tres des bovins, du porc et du cheval.</p><p>Cependant, il n�est pas certain que cette r�gion ait parcouru, sans apports ext�rieurs, toutes les �tapes du M�solithique, ce stade de transition entre l��ge des chasseurs et celui des villages, qui est par excellence la p�riode des inventions. Et c�est brusquement</p><p>qu�apparaissent, dans la seconde moiti� du VIIIe mill�naire, les premi�res agglom�rations d�Anatolie : �ay�n� tepesi (pr�s des sources du Tigre), Asikli h�y�k (Lycaonie), Hacilar (Pisidie). Elles se composent de maisons en briques crues au plan rectilin�aire, avec parfois des fondations en pierre et un enduit de pl�tre peint sur le sol et les murs. Leurs habitants ignorent la poterie, mais, dans l�une d�elles, �ay�n�, on fabrique d�j� des outils par mar-telage du cuivre � chaud. La connaissance de l�agriculture n�est certaine que pour Hacilar, qui cultive l�orge � deux rangs, l�amidonnier, l�engrain et les lentilles.</p><p>� partir de ce stade, l�Anatolie a rattrap� et va bient�t devancer les autres r�gions �volu�es du Proche-Orient (Kurdist&#x101;n, haute M�sopotamie, Palestine). � �atal h�y�k (Lycaonie), entre 6500 et 5500 environ, une agglom�ration, qui n�est qu�un village puisque ses habitants vivent essentiellement de l�agriculture, atteint la taille d�une ville. Le site, qui couvre 13 ha, est ceint et prot�g� par un cercle de pi�ces downloadModeText.vue.download 45 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>582</p><p>sans fen�tres ni portes. Avec un millier de ces demeures, l�agglom�ration doit grouper 6 000 personnes, effectif qui explique les progr�s techniques r�alis�s dans tous les domaines. Les esp�ces cultiv�es se sont am�lior�es et multipli�es ; on a domestiqu� le chien, les ovins et les caprins ; les fouilles de �atal ont r�v�l� les plus anciens tissus connus, tir�s vraisemblablement de la toison du mouton et de la ch�vre. Les artisans, qui ont invent� la poterie vers les d�buts de l�occupation du site, ont ensuite l�id�e de la peindre. Si l�emploi du cuivre reste ici limit� aux bijoux, le travail du bois, de la pierre et de l�os donne toute la gamme des outils et des armes d�sirables. D�autre part, la vari�t� des mati�res premi�res employ�es suppose un commerce r�gulier avec les groupes humains du Taurus et de la Syrie du Nord. Si nous ignorons pratiquement tout de l�organisation sociale � �atal, la pr�sence de sceaux</p><p>familiaux (fabriqu�s en terre cuite) � partir de 5700 montre l�importance que la propri�t� priv�e a prise avant la fin de l�agglom�ration. De plus, on d�duit la pr�dominance politique des pr�tres du nombre important des sanctuaires trouv�s presque � chaque niveau. Ce sont des pi�ces au plan banal, mais contenant des idoles en pierre ou en terre cuite et orn�es de reliefs et de fresques. Les symboles figur�s (taureau, b�lier, vautour, � d�esse m�re �,</p><p>� dieu jeune �, seins, mains) �voquent d�une part les rites fun�raires (le cadavre est livr� aux oiseaux de proie, et c�est un squelette envelopp� de tissus qu�on enterre sous une des banquettes de la maison), d�autre part la croyance � une grande d�esse, divinit� de la Fertilit� et de la F�condit� des humains, ma�tresse des Animaux sauvages et souveraine de l�Au-del�.</p><p>Les villages fortifi�s</p><p>(VIe-IVe mill�naire)</p><p>La civilisation de �atal h�y�k, qui aura �t� de loin la plus importante agglom�-</p><p>ration que l�humanit� ait connue avant l�apparition des villes, semble d�cliner et dispara�tre sans intervention ext�-</p><p>rieure vers 5600. Les villages des mill�naires suivants ne gardent au mieux qu�une partie de son h�ritage culturel : fresques de symboles g�om�triques, d�esse m�re accompagn�e du l�opard et tr�nant, qu�on retrouvera encore dans la Cyb�le anatolienne du Ier mill�naire av. J.-C. Le lent dess�chement des d�pressions int�rieures diminue le rendement des meilleurs terroirs et interdit le recours � l�irrigation. L�Anatolie est donc morcel�e en petites unit�s culturelles qui font des progr�s (domestication du porc, des bovins et de l��ne, travail du cuivre), mais plus lentement que la M�sopotamie voisine, dont l�influence se fait sentir dans le Sud-Est anatolien o� l�on trouve, au Ve et au IVe mill�naire, des poteries des styles Halaf et Obe�d.</p><p>� l�autre extr�mit� du � pont � anatolien, les relations devaient �tre �galement fr�quentes, mais on en discute encore l�importance historique. Les sp�cialistes ne sont pas d�accord sur le r�le que des colons ou des influences culturelles venus d�Anatolie auraient pu jouer dans le grand essor de la civi-</p><p>lisation agricole qui se manifeste en Mac�doine et dans la p�ninsule hell�-</p><p>nique � partir du VIIe mill�naire, dans les Balkans depuis le VIe mill�naire, en Cr�te et dans les Cyclades apr�s 4500.</p><p>On en sait encore moins sur la nature des populations qui ravagent p�riodiquement l�Anatolie apr�s l�abandon de �atal h�y�k : M�solithiques attard�s ou pasteurs des r�gions pauvres de la p�ninsule anatolienne, qui ne cessent de guetter leurs voisins. Qu�il s�agisse ou non de v�ritables invasions, le p�ril est clairement d�montr� par les progr�s de l�art des fortifications depuis Hacilar II (2e niveau � ici, � partir de la surface), vers 5400, jusqu�� Mer-sin XVI a (Cilicie), vers 4100 : murs �pais de 1,50 m � 3,60 m, pour lesquels on emploie la brique crue, puis les fondations en pierre, les portes flanqu�es de tours, les meurtri�res.</p><p>Forteresse et centres</p><p>m�tallurgiques</p><p>(v. 3300-2200)</p><p>L�ins�curit� persistante n�emp�che pas les progr�s de la technique et de l�organisation sociale, qui se manifestent dans la seconde moiti� du IVe mill�-</p><p>naire. Sans doute sous l�effet de la demande des peuples de l��g�e, de la Syrie du Nord et de la M�sopotamie, les habitants de l�Anatolie mettent en valeur les richesses de leur sous-sol (or, argent, cuivre, plomb, �tain, fer).</p><p>Ainsi se d�veloppe une m�tallurgie locale, qui parvient � r�aliser un bronze d��tain (Troie II, v. 2400) et � traiter les minerais de fer, dont elle tire des armes d�apparat. Nous connaissons cette production par les � tr�sors �</p><p>cach�s dans les maisons et surtout dans les � palais � assi�g�s (Troie II, Poliochni dans l��le de Lemnos) ou enfouis dans les s�pultures, dont les plus connues sont les � Tombes royales � (Alaca h�y�k en Cappadoce ; Horoztepe et Mahmatlar, au Pont). Les</p><p>� �tendards � (objets cultuels figurant le soleil, le taureau ou le cerf divin), les idoles, les armes et les bijoux retrouv�s sont la propri�t� de chefs locaux, qui contr�lent et taxent la m�tallurgie et le grand commerce. Ceux-ci r�sident dans de puissantes forteresses, qui ne prennent un caract�re urbain qu�� la fin de la p�riode et dans des cas tr�s</p><p>limit�s : on ne peut qualifier de ville un site comme Troie I (v. 3300-2800), qui mesure 90 m de diam�tre et ne comporte qu�une dizaine de demeures relativement modestes, celle du chef (un m�garon, c�est-�-dire une grande pi�ce rectangulaire � foyer central pr�c�d�e d�un porche) et de ses principaux fid�les. � partir de ces repaires, les bandes guerri�res montent des attaques contre les forteresses rivales, et l�histoire des sites d�Anatolie est, au IIIe mill�naire, ponctu�e d�incendies et de destructions massives.</p><p>Les cit�s-�tats et leurs</p><p>princes (XXIVe s.-XVIIIe s.)</p><p>La Cappadoce, dont les forteresses contr�lent les gisements m�tallif�res et les passes du Taurus, est, avant la fin du IIIe mill�naire, le berceau d�une nouvelle civilisation qui s��tendra � la majeure partie de l�Anatolie et durera jusqu�au XIIe s. av. J.-C. Certains veulent y voir l�apport d�un peuple de langue indo-europ�enne, les Hittites, qui domineront le centre de la p�ninsule apr�s le XVIIIe s., mais il s�agit avant tout de l��volution interne du vieux fonds culturel anatolien plac� dans de nouveaux cadres politiques : l�Anatolie passe du stade des forteresses � celui des villes � �galement fortifi�es �, ayant chacune un chef qui se dit roi et se fait b�tir un v�ritable palais. Et si l�on veut ajouter � ce facteur essentiel un apport ext�rieur, ce sera d�abord celui des marchands de la M�-</p><p>sopotamie et de la Syrie du Nord, dont la pr�sence en Cappadoce est attest�e depuis la fin du XXIVe s. : les ma�tres de l�Empire m�sopotamien d�Akkad (v. 2325-2200) les secourent contre les brimades des roitelets locaux.</p><p>La situation n�a gu�re chang�</p><p>lorsque des colonies marchandes</p><p>d�Assyriens et d�Amorrites de Syrie, qui d�pendent du roi d�Assour en haute M�sopotamie, s�installent, � partir de 1920, dans une douzaine de cit�s en Cappadoce. Les princes de ces villes tentent, sans grand succ�s, d�imposer leurs volont�s aux �trangers, qui sont forts de leur solidarit� : en effet, sur les consignes d�Assour, ils sont, dans chaque cit�, group�s en une chambre de commerce (k�roum en assyrien)</p><p>d�pendant du grand k�roum de Kanesh (actuellement K�ltepe). Ce sont ces marchands qui tirent la meilleure part de l�exploitation des mines du Taurus : ils ont le monopole de la vente en Cappadoce du cuivre local et dirigent la fabrication du bronze avec l��tain qu�ils ont apport� ; ils vendent �galement les tissus de qualit� fabriqu�s au pays downloadModeText.vue.download 46 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>583</p><p>des Deux-Fleuves. Les profits r�alis�s leur permettent d�exp�dier � Assour de fortes quantit�s d�or et d�argent, tir�s des gisements anatoliens, ainsi que de bronze. Leurs activit�s ont �t� r�v�l�es par les fouilles op�r�es dans le faubourg de Kanesh, o� leur k�roum �tait install� et o� l�on a trouv� des dizaines de milliers de tablettes commerciales sur lesquelles la langue assyrienne est �crite en cun�iformes. � proximit�, le tell de la cit� indig�ne de Kanesh a livr� aux arch�ologues une v�ritable ville, dont les d�buts se situent avant l�arriv�e des Assyriens. D�s la fin du IIIe mill�naire, Kanesh est un grand centre de la nouvelle culture anatolienne avec sa belle c�ramique peinte et ses curieuses idoles sch�matiques en alb�tre ; bient�t, on la ceint d�une muraille et on y construit, sur le plan du m�garon, le plus ancien temple d�Anatolie. � l��poque du k�roum, la cit� prend de l�extension, et ses princes s�y font b�tir des palais. Dans ces �difices, � Kanesh et dans les palais d�autres villes d�Anatolie centrale (A�em h�y�k, au nord-ouest d�Aksaray ; Kara h�y�k, pr�s de Konya), des ivoires et des sceaux t�moignent des rapports avec la Syrie et l��gypte du Moyen Empire, tandis que des vases trouv�s au comptoir de Kerma, en Nubie, sont des copies de mod�les anatoliens.</p><p>Les rapports difficiles entre les chefs locaux et la communaut� des riches �trangers condamnent celle-ci � une fin tragique. � Kanesh, une premi�re phase du k�roum dure de 1920 � 1850</p><p>environ et se termine par un incendie ; relev�, le k�roum reprend son activit� de 1800 � 1740, puis il dispara�t d�finitivement, sans doute sous les coups des indig�nes. Avec l�expulsion des mar-</p><p>chands �trangers, l�essor �conomique s�arr�te en Cappadoce et une partie de leur apport culturel est an�anti : l��criture, qui avait �t� utilis�e dans les palais anatoliens � pour transcrire de l�assyrien �, sort d�usage pour un si�cle. Mais les habitants de l�Anatolie centrale continuent � employer le cylindre-sceau, o� les th�mes m�sopotamiens interpr�t�s par les Syriens du Nord se m�lent aux sujets tir�s de la mythologie et du rituel anatoliens, et leur art poursuit ses progr�s sans rejeter les influences ext�rieures re�ues au d�but du IIe mill�naire.</p><p>L�installation des</p><p>� Indo-Europ�ens �</p><p>La th�orie traditionnelle, fortement battue en br�che depuis quelque temps, veut que les parlers indo-europ�ens aient �t� diffus�s par des groupes partis de la grande steppe eurasiatique et plus pr�cis�ment de la steppe pontique.</p><p>On a donc suppos� que les langues de structure indo-europ�enne parl�es au IIe mill�naire en Anatolie y avaient �t� apport�es de l�ext�rieur vers 2000</p><p>par des peuples qui seraient pass�s par les D�troits ou par la r�gion du Caucase pour p�n�trer dans la p�ninsule.</p><p>Mais ce sont l� des hypoth�ses qui ne reposent sur rien de solide : que les groupes de langue indo-europ�enne soient depuis tr�s longtemps en Anatolie ou qu�ils y soient parvenus seulement � la fin du IIIe mill�naire, qu�ils aient proc�d� � une invasion destructrice ou � une infiltration lente et pacifique, aucun de ces ph�nom�nes, dans un pays qui ignore totalement l��criture jusqu�� la fin du XXe s. av. J.-C., n�est susceptible de fournir un objet mat�-</p><p>riel sur lequel l�arch�ologue puisse poser une �tiquette d�appartenance linguistique.</p><p>Les seuls renseignements s�rs</p><p>concernant les langues parl�es � la haute �poque en Anatolie proviennent des archives de Kanesh (XXe-XVIIIe s.) et de celles de l�Empire hittite (XVIIe-XIIe s.) � Hattousha (actuellement Bo&#x11F;azk�y).</p><p>Les noms propres des clients indig�nes des marchands assyriens appartiennent � un certain nombre de langues de types vari�s ; un petit groupe d�habitants portent des noms hattis (tir�s du</p><p>parler ancien de la Cappadoce, qui est d�j�, � l��poque du k�roum, une langue morte) ; un autre �l�ment minoritaire appartient au peuple hourrite, qui, � partir de la fin du IIIe mill�naire, a �tendu son domaine de la haute M�-</p><p>sopotamie � l�Anatolie orientale et � la Syrie ; il y a d�autre part � Kanesh deux communaut�s de langue indo-europ�enne : les Louwites, qui sont peu nombreux, et la majorit� de la population, qui parle un dialecte apparent� au hittite de l��poque imp�riale. Ces donn�es sont compl�t�es par celles des rituels de Hattousha, qui emploient les langues vivantes ou mortes des diff�-</p><p>rents peuples anatoliens, dont l�Empire a adopt� les dieux. � c�t� du hourrite et du hatti, d�une structure tout � fait particuli�re, on y trouve quatre langues indo-europ�ennes : le n�shite (parler de la ville de N�sha, que les modernes nomment le hittite), langue officielle de l�Empire ; le louwite, parl� en Anatolie m�ridionale ; le pala�te, employ� dans la future Paphlagonie ; enfin l�ahshou, impossible � situer. Aux langues des rituels, il faut ajouter celle des inscriptions hi�roglyphiques de l�Empire, qui serait un dialecte louwite.</p><p>Ces indications montrent que l�Anatolie, qui avait toujours �t� morcel�e, du fait de son relief, en zones culturelles relativement diff�renci�es, reste au IIe mill�naire divis�e en unit�s linguistiques de toutes tailles. Qu�ils soient, au tournant des IIIe et IIe mill�naires, arriv�s en Anatolie ou parvenus � la position de classe dirigeante, les groupes de parlers indo-europ�ens se sont fondus rapidement avec les peuples anatoliens appartenant � d�autres types linguistiques, et les langues des textes de Hattousha sont surtout indo-europ�ennes par leur structure, leur vocabulaire �tant en majorit� emprunt� � des langues d�autres sortes.</p><p>Le royaume hittite</p><p>(XVIIIe-XIIe s.) et les peuples</p><p>contemporains du reste</p><p>de l�Anatolie</p><p>Les fouilles de Kanesh ont r�v�l� le palais d�un prince, Anitta (avant 1740), que les Hittites de l��poque imp�riale consid�raient comme le fondateur de leur puissance. Mais il y a, dans l��tat actuel de la documentation, un hiatus</p><p>entre la dynastie d�Anitta, originaire de la ville de Koushshar, et celle qui, au XVIIe s., est install�e dans Hattousha, qui sera la capitale de l�Empire jusqu�� la destruction de ce dernier. L��tat de Hattousha, qui ne domine gu�re en Anatolie que la Cappadoce, la Cilicie, le Taurus et l�Anti-Taurus, devient tr�s vite un empire composite tourn� vers la domination du couloir syrien, plus riche et plus �volu� que la p�ninsule anatolienne.</p><p>Mais si les Hittites* doivent �tre trait�s, pour cette raison, dans un article particulier, l��tude de l�Anatolie au IIe mill�naire doit signaler les �tats et les peuples qui �taient leurs contemporains dans la p�ninsule. � l�est, sur l�Euphrate sup�rieur, ce sont de petits royaumes hourrites, d�pendant de l�empire du Mitanni (XVe-XIVe s.), puis de l�Assyrie (XIIIe s.). Au nord, dans la cha�ne Pontique, vivent les Kaska, des Barbares qui en sont encore � la phase des villages ind�pendants et ne cessent de venir piller le pays hittite. Au centre et au sud-ouest, on a du mal � localiser de fa�on pr�cise les �tats, en majorit� louwites (dont le principal est l�Ar-zawa), que les rois de Hattousha tente-ront � plusieurs reprises de soumettre.</p><p>Au nord-ouest, Troie VI (v. 1850-1280) est une cit� importante, sans relation avec les Hittites et uniquement tourn�e vers le monde myc�nien. Ses m�gara appartiennent � cette �cole architecturale des modestes palais de l�Ouest anatolien, dont les arch�ologues qui les ont fouill�s veulent � tout prix qu�ils aient influenc� Cnossos. �</p><p>la sixi�me ville ruin�e par un s�isme, succ�de Troie VII a (v. 1280-1240), qui semble bien avoir �t� pill�e et br�-</p><p>l�e � la suite d�un si�ge, et qui serait donc l�Ilion d�Hom�re.</p><p>Bien avant cette date, les c�tes de l�Anatolie avaient attir� les marchands de l��g�e : les Minoens de Cr�te ont surtout recherch� les escales sur la route qui les menait en Syrie et ont fond� � Milet et � Ialysos (auj. pr�s de Trianta, Rhodes) des comptoirs qui ont dur� de 1550 � 1450 environ. Ils sont remplac�s par les Myc�niens de la p�ninsule hell�nique, qui, plus nombreux et plus hardis, se sont cependant install�s de pr�f�rence dans le m�me</p><p>secteur sud-ouest de l�Anatolie, fondant des �tablissements autonomes (Milet, M�sgebi et Assarlik, sur le continent ; Ialysos, Calymnos et Cos, dans les �les), o� l�on retrouve souvent leurs tombes caract�ristiques en tholos.</p><p>Quant aux vases myc�niens, ils ont �t� livr�s en abondance sur toute la c�te m�diterran�enne de Troie � Tarse, et quelques exemplaires sont m�me parvenus sur le littoral du Pont et � l�int�-</p><p>rieur de l�Anatolie. Cette g�ographie des trouvailles ne favorise pas la fameuse hypoth�se du caract�re myc�-</p><p>nien ou ach�en (comme dit Hom�re) du royaume de Ahhiyawa, qui fut en conflit avec les Hittites au XIIIe s. ; en tout cas, on ne peut pas le placer dans la p�ninsule.</p><p>Le d�racinement des</p><p>peuples (XIIIe-XIIe s.) et</p><p>les si�cles obscurs</p><p>(v. 1200-900)</p><p>Les civilisations anatoliennes du IIe mill�naire disparaissent dans une catastrophe qui frappe l�ensemble du Proche-Orient. Le mouvement des</p><p>Peuples de la mer et du Nord, comme disent les textes de l��gypte � le seul �tat m�diterran�en qui ait surv�cu � l��preuve �, entra�ne des groupes venus les uns du Sud-Est europ�en et de l��g�e, les autres du pourtour anatolien, que les Hittites n�avaient jamais soumis. Les premi�res populations errantes d�racinent et emm�nent avec elles les s�dentaires, dont elles ont ravag� les terres ; les cit�s sont incendi�es, les petits royaumes d�Anatolie et l�Empire hittite lui-m�me disparaissent au d�but du XIIe s. Certains des Barbares responsables de ce d�sastre vont ensuite attaquer la haute vall�e du Tigre : les Assyriens, qui les downloadModeText.vue.download 47 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>584</p><p>arr�tent l�, nomment les Kaska, sortis de la cha�ne Pontique, et les Moushki (sans doute un groupe phrygien bas� dans le Taurus). Mais, en dehors de ces confins, l�historien ignore tout du destin de l�Anatolie apr�s le passage des envahisseurs. Le secret de l�aci�ration</p><p>du fer, pratiqu�e d�s le XVe s. en haute Cilicie et constituant un monopole pour les rois hittites, est divulgu� � la faveur du d�placement des populations ; mais, ce progr�s except�, les si�cles obscurs apr�s 1200 correspondent dans la p�-</p><p>ninsule � un recul de la civilisation et sans doute, pour autant que l�on puisse le savoir, � un retour � la vie pastorale.</p><p>Civilisations et �tats</p><p>d�Anatolie avant la</p><p>conqu�te perse (IXe-VIe s.)</p><p>Vers 900, le Proche-Orient commence � se relever de la terrible crise, et, au contact de la M�sopotamie et de la Syrie, plus avanc�es, de nouvelles organisations politiques commencent leur essor en Anatolie. Ce sont d�abord le royaume d�Ourarthou, aux confins de la Turquie et de la Transcaucasie sovi�tique actuelles, et les petits royaumes � n�o-hittites � de Syrie septentrionale et du Sud-Est anatolien ; un peu plus tard, la pr�dominance en Anatolie passe � des peuples situ�s plus � l�ouest, les Phrygiens, puis les Lydiens, au voisinage desquels s�affirment des unit�s culturelles de moindre importance. (V. Hittites.)</p><p>L�Ourarthou (IXe-VIe s.)</p><p>Jusqu�au Ier mill�naire av. J.-C., l�Anatolie orientale, pays de hautes montagnes et de bassins isol�s, �tait rest�e tr�s arri�r�e. Pour r�sister aux exp�ditions de pillage que les Assyriens reprennent dans cette r�gion au d�but du IXe s., les minuscules royaumes de la cuvette du lac de Van, dont la population semble apparent�e aux Hourrites, se liguent pour former un �tat puissant, que les textes locaux appellent Bia�ni, Na�ri ou Haldi, mais � qui les scribes d�Assyrie donnent le nom g�ographique d�Ourarthou, car il comprend le massif montagneux qui a gard� de nos jours le nom � peine transform� d�Ararat. Parti du mod�le assyrien, ce nouvel �tat �labore une culture originale, r�v�l�e par les fouilles r�-</p><p>centes � Altintepe, pr�s d�Erzincan, � Argishtihinili (actuellement Armavir), � Erebouni (actuellement Arin-berd), � Teish�baini (actuellement Karmir-Blour), pr�s d�Erevan, � Kefkalesi</p><p>et � Toushpa, au voisinage du lac de Van. Des murs d�appareil cyclop�en prot�gent les villes, domin�es par leur citadelle. Les rois y consacrent � leurs divinit�s (Haldi, seigneur de la Guerre ; Teish�ba, dieu de l�Orage ; Shiwini, le Soleil) de petits temples carr�s avec une fa�ade � fronton et � colonnes ; au voisinage, un palais, orn� de fresques et dont le toit est parfois soutenu par des piliers en pierre ou des colonnes en bois, comporte plus de magasins que de pi�ces d�apparat.</p><p>Sortant de leurs montagnes, les</p><p>rois d�Ourarthou colonisent les pays arri�r�s du Nord et de l�Est (foss� de l�Araxe, cuvette du lac Sevan, haute vall�e de l�Euphrate) ; partout ils font creuser des canaux d�irrigation, et, l� o� l�altitude le permet, ils r�pandent la culture de la vigne et des arbres fruitiers. Leurs sujets mettent en valeur les gisements m�talliques et deviennent des sp�cialistes du bronze, du fer et, � l�imitation des Syriens, de l�or et de l�ivoire.</p><p>On a d�couvert un grand nombre</p><p>d�inscriptions royales, o� les cun�iformes, qui ont supplant� l� les � hi�-</p><p>roglyphes � locaux, transcrivent de l�assyrien ou de l�ourarth�en, mais leurs formules st�r�otyp�es ren-downloadModeText.vue.download 48 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>585</p><p>seignent assez mal sur l�histoire �v�-</p><p>nementielle et m�me sur la suite des diff�rents souverains. On devine cependant les grands traits de l��volution de la domination des rois d�Ourarthou. Profitant de la crise int�rieure qui frappe l�Assyrie entre 828 et 746, ils soumettent au tribut les Mann�ens de la r�gion du lac de Rez&#x101;ye et les N�o-Hittites du Sud-Est anatolien et de la Syrie du Nord. Mais Sardouri, fils d�Argishti, qui s�est proclam� � Roi des rois �, est chass� de Syrie (743) par l�Assyrien T�glatphalasar III, qui vient l�assi�ger dans Toushpa (735), sa capitale. Son fils, Rous�, qui tente de reconstituer son empire, voit ses �tats envahis par les Cimm�riens et par Sar-</p><p>gon II d�Assyrie, et il se suicide (714).</p><p>Ses successeurs r�tablissent la situation et, ayant renonc� � la domination sur les Mann�ens et les N�o-Hittites, ont des rapports corrects avec les Assyriens. Mais les invasions continuent au Proche-Orient, et l�Ourarthou dispara�t au d�but du VIe s., d�truit sans doute par les M�des et par les Scythes. Bient�t apr�s, la pr�dominance en Anatolie orientale passe � un autre groupe ethnique, celui des Arm�niens.</p><p>Cependant, l�Ourarthou, qui avait su r�aliser une synth�se originale des styles de la M�sopotamie et de la Syrie, a eu le temps d�influencer la production artistique des Scythes, de la Phrygie et de la Gr�ce archa�que, et de donner une premi�re version de ce qui sera l�apa-d�na perse (salle au toit soutenu par des rang�es de colonnes).</p><p>Les royaumes de Phrygie et</p><p>de Lydie (VIIIe-VIe s.)</p><p>Les Phrygiens, qui seraient un peuple de langue indo-europ�enne venu</p><p>de Thrace � la fin du XIIIe s., se sont concentr�s dans le bassin du Sakarya ; dans le reste de l�Anatolie, ils ne constituent qu�une aristocratie guerri�re, et c�est ainsi qu�un de leurs rameaux, les Moushki, s�est install� au milieu des N�o-Hittites du Taurus. Apr�s 800, la vie urbaine reprend de l�importance en Anatolie, et les Phrygiens sont r�unis en un grand royaume, dont les souverains se seraient appel�s en alternance Gordias et Midas. Leur capitale a �t� retrouv�e � Gordion, dont les tombes princi�res, faites d�une chambre de bois sous tumulus et remplies de riches offrandes, ont r�v�l� l�habilet� des bronziers et des ivoiriers locaux.</p><p>Le style de leurs oeuvres et l�emploi � Gordion, d�s la fin du VIIIe s., d�un alphabet assez proche du type grec et vraisemblablement, comme lui, tir� du mod�le ph�nicien indiquent que la civilisation phrygienne doit beaucoup � ce carrefour de la Syrie du Nord, o� se rencontrent Ourarth�ens, Assyriens, Chypriotes, Ph�niciens et N�o-Hittites.</p><p>Mais le royaume phrygien est de</p><p>courte dur�e : si ses ma�tres tiennent t�te aux Assyriens dans le Taurus, ils sont submerg�s par les Cimm�riens,</p><p>qui d�truisent Gordion vers 690. La pr�dominance politique en Anatolie passe alors � la Lydie, sous la domination de laquelle des dynasties phrygiennes locales survivent.</p><p>Les Lydiens, qui seraient, comme les Hittites, un amalgame des vieilles populations anatoliennes et des envahisseurs � parler indo-europ�en du IIe mill�naire, occupent essentiellement la r�gion � l�ouest de l�Anatolie, entre le M�andre et le Caicos. Au d�but du VIIe s., ils connaissent un brusque essor ; c�est le moment o� Gyg�s (v.</p><p>687-652), fondateur d�une nouvelle dynastie, impose sa domination sur la moiti� occidentale de l�Anatolie, avant d��tre vaincu et tu� par les Cimm�riens.</p><p>Ses successeurs, qui finiront par d�barrasser la p�ninsule de ces Barbares, arr�tent la progression des M�des sur le fleuve Halys et r�ussissent � imposer leur protectorat aux villes grecques de l�Asie. Mais le dernier roi lydien, Cr�-</p><p>sus, est pris et mis � mort par le Perse Cyrus (547). La r�putation de richesse de l�infortun� et de son �tat a �t� confirm�e par les fouilles de Sardes, la capitale ; � proximit�, des tumulus g�ants, comme celui d�Alyatt�s, p�re de Cr�sus, qui mesure 355 m de diam�tre, montrent les moyens puissants dont cette monarchie dispose. Mais si la Lydie, riche de ses gisements d��lectrum, a peut-�tre initi� les cit�s hell�-</p><p>niques � la frappe de la monnaie, elle est, dans les autres domaines, tributaire de la civilisation grecque, � qui elle doit en particulier son alphabet.</p><p>L�hell�nisation</p><p>de l�Anatolie</p><p>(VIIe s. av. - IIe s. apr. J.-C.) L�apparition, � partir du VIIe s., d��critures inspir�es du mod�le hell�nique, de monuments fun�raires originaux ou de petits �tats r�v�le � l�historien les autres communaut�s culturelles de l�Anatolie du Ier mill�naire av. J.-C. : sur la c�te de la mer Noire, les Bithyniens, les Paphlagoniens ; dans la partie sud de l�Anatolie, les Cariens, les Lyciens, les Pisidiens, les Pamphyliens, les peuples de Cilicie. La domination perse fond�e par Cyrus ne s�impose en Anatolie que dans les r�gions d�acc�s commode et laisse persister</p><p>la marqueterie politique et culturelle de la p�ninsule ; si la colonie perse en Cappadoce et au Pont s�impose comme une aristocratie locale, les Ach�m�-</p><p>nides n�entravent pas la formation de nouvelles principaut�s en Bithynie et en Paphlagonie. Apr�s les Perses, la dynastie gr�co-mac�donienne des S�-</p><p>leucides (IIIe-Ier s. av. J.-C.) doit, plus rapidement et de fa�on plus �tendue, abandonner l�Anatolie aux rois locaux.</p><p>Pendant ce temps, l�hell�nisation, commenc�e d�s le VIIe s., triomphe peu � peu des cultures indig�nes ; mais la persistance des dynasties sacerdotales, des noms propres � racine louwite en Lycie et en Cilicie montagneuse, de l�emploi du phrygien dans les inscriptions fun�raires (jusqu�au IIe s. apr. J.-</p><p>C.) montre la r�sistance du vieux fonds culturel anatolien. Ainsi se constitue une Gr�ce d�Asie, appel�e � constituer la base de la puissance byzantine, avant d��tre annihil�e par l�expansion des Turcs (XIe-XXe s.), qui, � partir d�Atat�rk, remettront en honneur le souvenir des peuples anatoliens ant�rieurs aux Grecs.</p><p>Textes historiques</p><p>� Kanesh (Cappadoce, XVIIIe s.), inscription sur un poignard : � Palais d�Anitta Roi. �</p><p>� Van (Ourarthou, IXe s.), inscription sur un mur : � Inscription de Sardouri, fils de Loutipri, roi superbe, roi puissant, roi de l�univers, roi du pays de Na�ri, roi qui n�a pas d��gal, pasteur admirable, qui ne craint aucun combat, roi qui a abaiss� ceux qui ne voulaient pas se soumettre � son autorit�. � moi Sardouri, fils de Loutipri, roi des rois, tous les rois me font porter le tribut.</p><p>Sardouri, fils de Loutipri, dit : ce calcaire, je me le suis procur� dans la ville d�Alniou-nou ; j�ai �lev� ce mur. �</p><p>La tradition grecque concernant la fin de Midas : � Les Cimm�riens ont � plusieurs reprises envahi les provinces qui s��tendent � la droite du Pont, soit la Paphlagonie, soit m�me la Phrygie, l�une de ces incursions en ce dernier pays co�ncidant pr�cis�ment avec l��poque o� le roi Midas mit fin, dit-on, � ses jours en buvant du sang de taureau. � (Strabon, G�ographie, I, III, 21.) Les sujets de Cr�sus, d�apr�s un auteur grec : � Presque tous les peuples habitant en de�� du fleuve Halys avaient �t� sou-</p><p>mis ; except� les Ciliciens et les Lyciens, Cr�sus avait soumis et tenait en sa suj�tion tous les autres : Lydiens, Paphlagoniens, Mysiens, Mariandyniens, Chalybes, Thraces Thyniens et Thraces Bithyniens, Cariens, Ioniens, Doriens, �oliens, Pamphyliens. �</p><p>(H�rodote, I, 28.)</p><p>G. L.</p><p>&#x25B6; Arm�nie / Assyrie / Cappadoce / Hittites / Iran</p><p>/ M�sopotamie / Phrygie / Syrie / Turquie.</p><p>B C. W. Blegen, Troy (Cambridge Ancient History, no 1, 1961). / J. Mellaart, Anatolia c.</p><p>4000-2300 B.C. (Cambridge Ancient History, no 8, 1962) ; Anatolia before c. 4000 B.C. and c. 2300-1750 B.C. (Cambridge Ancient History, no 20, 1964) ; Earliest Civilizations of the Near East (Londres, 1965 ; trad. fr. Villes primitives d�Asie Mineure. Les premi�res civilisations, Sequoia-Elsevier, Bruxelles, 1969). / P. Garelli, les Assyriens en Cappadoce (A. Maisonneuve, 1963) ; le Proche-Orient asiatique des origines aux invasions des Peuples de la mer (P. U. F., coll. � Nouvelle Clio �, 1969). / E. Akurgal, Orient und Okzident, die Geburt der griechischen Kunst (Baden-Baden, 1966 ; trad. fr. Orient et Occident, A. Michel, 1969). / R. D. Barnett, Phrygia and the Peoples of Anatolia in the Iron Age (Cambridge Ancient History, no 56, 1967).</p><p>/ S. Lloyd, Early Highland Peoples of Anatolia (Londres, 1967). / U. Bahadir Alkim, Anatolie I (Nagel, 1968). / H. Metzger, Anatolie II (Nagel, 1968). / B. Piotrovsky, Ourartou (Nagel, 1969).</p><p>Catalogue. L�Art au pays des Hittites (exposition du Petit-Palais, 1964 ; �dit� par la R�union des mus�es nationaux, 1964).</p><p>anatomie</p><p>Science qui �tudie la structure des �tres vivants, par opposition � celle qui �tudie leur fonctionnement.</p><p>D�finition et domaine</p><p>Le terme d�anatomie a vraisemblablement �t� cr�� par Th�ophraste, �l�ve d�Aristote, et appliqu� au monde v�g�-</p><p>tal. Il provient du verbe grec anatem-nein, qui signifie � diss�quer �. L�anatomie est donc, au sens propre, l��tude de la structure des animaux (anatomie) ou des v�g�taux (anatomie v�g�tale), telle qu�elle appara�t � la suite de la dissection.</p><p>Le sens moderne du terme s�est assez</p><p>nettement �loign� de ce sens originel, et cela pour des raisons diverses, qui proviennent des progr�s r�alis�s dans les m�thodes d��tude elles-m�mes.</p><p>C�est ainsi que lorsque les moyens d�investigation ont repouss� les limites du visible, notamment gr�ce � l�invention de la loupe, puis du microscope, il a fallu distinguer l�anatomie macroscopique (visible � l�oeil nu) de l�anatomie microscopique. Cette derni�re est souvent, et � tort, confondue avec l�histologie, qui est l��tude des tissus dont sont compos�s les divers organes, et quelquefois avec la cytologie, qui est l��tude des cellules dont sont constitu�s les tissus.</p><p>D�autres progr�s techniques ont</p><p>entra�n� la naissance de nouvelles branches de l�anatomie. On peut ainsi parler d�anatomie radiologique, avec l�utilisation des rayons X, ou d�anatomie biochimique, avec la localisation d�un certain nombre de constituants chimiques de la mati�re vivante.</p><p>Un autre progr�s fort important dans l��tude des �tres vivants a �t� celui de downloadModeText.vue.download 49 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>586</p><p>la physiologie, ou �tude des fonctions.</p><p>Apr�s avoir cherch� comment �taient construits les �tres organis�s, les savants ont cherch� � savoir comment ils fonctionnaient. On a longtemps oppos� � l�aspect dynamique de la physiologie, qui exige des �tudes � sur le vivant �, l�aspect statique de l�anatomie, qui peut tr�s bien s��tudier sur des animaux morts ou qui exige m�me souvent, pour l�anatomie microscopique, l�histologie et la cytologie, des � fixations �. Cette antith�se est aujourd�hui d�pass�e, et l�introduction r�cente de la notion d�anatomie fonctionnelle montre assez l�imbrication �troite qui lie d�sormais la forme et la fonction.</p><p>Nomenclature</p><p>Le latin a toujours �t� la langue de la science m�dicale, et l�anatomie n��chappe pas � cette r�gle.</p><p>Au XVIe s., Harvey, Willis �crivaient en latin. Mais, en 1770, Hunter publie un atlas en latin et en anglais. Au cours des si�cles suivants, les travaux anatomiques devinrent de plus en plus nombreux, et les d�couvertes et les synonymes se multipli�rent.</p><p>� la fin du XIXe s., la confusion �tait tr�s grande tant les m�mes faits �taient d�crits sous des noms diff�rents, rendant toute compilation, toute comparaison impossibles.</p><p>En 1887, la Deutsche Anatomische Gesellschaft entreprit un effort de standardisation et publia en 1895 la Basle Nomina Anatomica (B. N. A.), r�duisant les 50 000 termes utilis�s au chiffre plus raisonnable de 5 528. Jusqu�� la Seconde Guerre mondiale, plusieurs congr�s ou soci�t�s savantes apporteront quelques modifications.</p><p>En 1950, au cinqui�me Congr�s international d�anatomie, tenu � Oxford, sept r�gles furent adopt�es comme base d�une nomenclature internationale de l�anatomie : parmi celles-ci l�utilisation du latin �</p><p>chaque pays conservant la libert� de traduire dans sa propre langue � et le rejet des �ponymes.</p><p>En 1955, le sixi�me Congr�s international d�anatomie, tenu � Paris, confirme ces principes de base et r�vise la nomenclature B. N. A., maintenant officiellement appel�e N. A. P. (Nomina Anatomica Parisiensa).</p><p>� l��vidence, si l�utilisation des termes nouveaux et du latin est souhaitable, elle doit �tre mesur�e.</p><p>L�utilisation exclusive de la nomenclature N. A. P. rendrait impossible toute lecture des livres m�dicaux ant�rieurs employant les mots classiques. C�est pourquoi, si l�on doit s�efforcer d�utiliser les mots nouveaux et la nomenclature latine, il faut encore rappeler l�ancienne nomenclature consacr�e par l�usage, sous peine d��tre illisible.</p><p>Les diverses branches</p><p>de l�anatomie</p><p>L�anatomie descriptive</p><p>Dite encore g�n�rale ou analytique, elle cherche � isoler les divers syst�mes et appareils : os, muscles, vais-</p><p>seaux, nerfs, visc�res. L��tude de chacun de ces syst�mes ou de ces appareils s�est �rig�e en une science autonome, qu�on appelle ost�ologie (squelette), arthrologie (articulations), myologie (musculature), angiologie (vaisseaux), n�vrologie (nerfs), splanchnologie (visc�res), etc. L�anatomie descriptive est applicable telle quelle � l��tude des animaux. Les �l�ments qu�elle fournit constituent le fondement des �tudes de l�anatomie compar�e, sur laquelle nous reviendrons. Sur les animaux domestiques, elle entre dans le cadre de l�anatomie v�t�rinaire, qui a longtemps �t� centr�e sur le Cheval, avec des consid�rations plus accessoires sur la Vache, le Mouton, la Ch�vre ou le Porc.</p><p>L�anatomie topographique</p><p>Alfred Velpeau (1795-1867) fut l�initiateur de cette discipline, qui �tudie les divers syst�mes et appareils d�une r�gion donn�e de l�organisme. Ce sont surtout les exigences chirurgicales qui sont � l�origine de cette branche de l�anatomie. Il existe par exemple une anatomie topographique tr�s pr�-</p><p>cise de la t�te, du cou ou des r�gions abdominale et p�rin�ale. Des �tudes analogues existent en m�decine v�t�rinaire, et, plus r�cemment, certains des animaux qui servent habituellement de</p><p>� cobayes � aux physiologistes (Singe, Chien, Chat, Rat) ont �t� l�objet d��tudes topographiques approfondies.</p><p>Au niveau du cerveau, les inter-</p><p>ventions par �lectrodes sans tr�pana-tion pr�alable ont rendu n�cessaire l��tude de l�anatomie topographique de cet organe, et la n�cessit� de pouvoir rep�rer de l�ext�rieur les structures internes est � l�origine des �tudes st�r�otaxiques. La t�te de l�individu �tudi� � homme ou animal d�exp�-</p><p>rience � est plac�e dans un appareil de contention qui d�termine les trois plans de rep�re d�un tri�dre trirectangle. Le plan horizontal passe par les conduits auditifs et la m�choire sup�rieure ; les plans lat�raux sont d�finis par rapport au plan de sym�trie du cr�ne, et les plans ant�ropost�rieurs par rapport au niveau auriculaire. L��tude d�un grand nombre d�enc�phales et des variations individuelles qui les caract�risent permet ainsi de rep�rer par trois coor-</p><p>donn�es bien d�finies toute structure interne sur laquelle on veut intervenir (pour pratiquer, par exemple, une �lec-trocoagulation). Ces coordonn�es permettent ensuite de r�aliser la descente de l��lectrode avec exactitude, en ne pratiquant � cet effet, dans la calotte cr�nienne, que le petit orifice n�cessaire � son passage.</p><p>La n�cessit�, pour les anciens anatomistes, de figurer par le dessin, aussi pr�cis�ment que possible, les r�sultats de leurs dissections les a souvent fait recourir � de grands artistes. Citons simplement L�onard de Vinci, qui, d�ailleurs, se livra lui-m�me � des dissections sur l�Homme (jusqu�� l�interdiction que le pape L�on X lui en fit).</p><p>De l� est n�e l�anatomie artistique, qui substitua rapidement aux repr�sentations des dissections celles du corps de l�Homme vivant et lui fit rechercher, en m�me temps que les canons de la beaut�, la disposition des organes internes, la musculature notamment �</p><p>en diverses positions et au cours des mouvements.</p><p>La typologie et l�anthropologie</p><p>Elles ont toujours l�Homme pour sujet d��tude, font une large part � la variation individuelle et recherchent des corr�lations entre diverses structures anatomiques et des �l�ments raciaux.</p><p>(V. anthropologie physique.)</p><p>R. B.</p><p>L�anatomie humaine</p><p>Elle d�crit le corps humain normal du point de vue morphologique et macroscopique.</p><p>L��tude syst�matique sur le cadavre d�un organe, d�une r�gion, portant sur un nombre statistiquement valable de sujets, permet de d�crire l�aspect le plus fr�quent, les diff�rentes vari�t�s et leur pourcentage : ces notions sont particuli�rement importantes pour le chirurgien. Par exemple, l�anatomie classique ne d�crivait qu�une art�re h�patique. Cette disposition ne correspond qu�� 55 p. 100 des sujets, et, en r�alit�, l�art�re h�patique peut �tre unique, double ou triple (art�res h�-</p><p>patiques gauche, moyenne et droite), chaque branche ayant une origine et un trajet diff�rents.</p><p>Pour mieux conna�tre la forme et la constitution d�un organe, on utilise aussi sur le cadavre des techniques d�injection de produits plastiques color�s dans la cavit�, des vaisseaux ou des conduits excr�teurs. On obtient ainsi un � moule � ou un � squelette � de l�organe � �tudier. Ces m�thodes ont ainsi permis de donner une description plus pr�cise des poumons et du foie (�tude de la � segmentation � du foie*, capitale pour la chirurgie de cet organe).</p><p>� c�t� de ces recherches sur le cadavre, dont l�int�r�t pratique est ind�-</p><p>niable, il existe aujourd�hui une anatomie radiologique. Les progr�s de la technique radiologique, l�existence de produits opaques inoffensifs � ing�rer ou � injecter permettent maintenant des investigations tr�s pr�cises sur le vivant.</p><p>Outre les classiques opacifications du tube digestif (transit oeso-gastro-duod�nal, lavement baryt�), les opacifications des voies biliaires (chol�cystographie, cholangiographie intraveineuse), du canal rachidien (saccoradiculographie au m�thiodal), il faut insister sur les progr�s immenses et r�cents de la radiographie vasculaire. On met en �vidence les gros troncs art�riels (aortographie, art�riographie carotidienne), le coeur (angio-cardiographie), les branches de l�aorte abdominale (art�riographie � s�lective � du tronc coeliaque, de l�art�re m�sent�rique sup�rieure, des art�res r�nales) ; il est �galement possible d�opacifier les veines (phl�bographie, spl�no-portographie, cavographie) et les lymphatiques (lymphographie).</p><p>On peut ajouter � ces examens les techniques d�opacification perop�ratoires (cholangiographie, il�oportographie) et en rapprocher l��tude des organes par injection dans l�organisme d�une substance radio-active, �limin�e s�lectivement par cet organe ; c�est ainsi qu�on obtient une cartographie du corps thyro�de par l�iode 131, un scintillogramme r�nal au bichlorure de</p><p>mercure marqu�, un scintillogramme h�patique � l�or collo�dal (v. isotope).</p><p>On comprend ainsi les immenses possibilit�s que l�anatomie radiologique offre au m�decin et au chirurgien pour affirmer le diagnostic pr�cis, d�couvrir une l�sion d�butante et appliquer une th�rapeutique ad�quate. Ces progr�s sont d�ailleurs une des raisons du</p><p>� co�t � �lev� de la m�decine moderne.</p><p>Ph. de L.</p><p>L�anatomie pathologique</p><p>Elle prit son essor avec Giambattista Morgagni (1682-1771) ; elle �tudie les alt�rations des organes ou des tissus par suite de maladies, de traumatismes ou de malformations cong�nitales. Elle a longtemps �t� confin�e � l�autopsie, qui est une recherche, apr�s la mort (naturelle ou pathologique), des corr�lations liant les signes cliniques observ�s sur downloadModeText.vue.download 50 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>587</p><p>le vivant aux alt�rations anatomiques ou histologiques constatables � la dissection. C�est la m�thode anatomo-clinique, qui s�est surtout d�velopp�e au XIXe s. et a rendu c�l�bres des m�decins comme Xavier Bichat (1771-1802) ou Guillaume Dupuytren (1777-1835).</p><p>Au niveau du cerveau, cette m�thode a conduit aux localisations corticales. La correspondance d�une maladie comme l�aphasie et de l�sions de l�aire corticale dite � de Broca � est le t�moignage d�une corr�lation fonctionnelle entre le signe clinique (l�aphasie*) et le signe anatomique (la l�sion, d�origine souvent vasculaire).</p><p>On peut subdiviser cette anatomie pathologique en anatomie pathologique g�n�rale, quand elle recherche les caract�res, les causes et les cons�-</p><p>quences de processus comme les tumeurs, les inflammations, les malformations, et en anatomie pathologique sp�ciale, quand elle situe cette m�me �tude au niveau particulier d�un organe. Enfin, l�anatomie pathologique est capable, depuis quelques d�cennies, d�ajouter aux r�sultats des autop-</p><p>sies ceux des biopsies, c�est-�-dire des observations sur le vivant.</p><p>Les progr�s de l�anesth�sie g�n�-</p><p>rale ou locale, l�observation stricte de l�asepsie permettent aujourd�hui la chirurgie exploratrice, le pr�l�vement d�une portion d�organe pour des recherches histologiques ou biochimiques, les examens endoscopiques (empruntant les orifices naturels).</p><p>Les diverses branches de l�anatomie que nous avons pass�es en revue jusqu�ici appartiennent � la m�decine et � la chirurgie, et ont l�Homme pour objet. Mais l�Homme fut longtemps un sujet d��tude difficile. Dans l�Europe occidentale et le monde m�diterran�en, o� naquit l�anatomie, la dissection humaine fut longtemps sacril�ge et interdite, et les anatomistes se tourn�rent tout naturellement vers les animaux pour se livrer � leurs �tudes. C�est donc � l�origine dans un but utilitaire que les savants cherch�rent � �lucider l�organisation d�autres esp�ces animales, mais c�est l�, sans doute, qu�il faut voir les premi�res �bauches de ce que sera plus tard l�anatomie compar�e.</p><p>L�anatomie compar�e</p><p>Elle ne consiste pas � comparer l�anatomie de deux esp�ces, comme on</p><p>compare deux objets, mais elle cherche ce qui rassemble et ce qui diff�rencie, ce qui est fondamental et ce qui est secondaire dans l�organisation des esp�ces. On ne peut la dissocier des id�es de classification, d�une part, impossible sans elle, et d��volution, de l�autre. N�e des travaux de Georges Cuvier* (1769-1832), de Lamarck*</p><p>(1744-1829), de Richard Owen (1804-1892), d�Ernst Haeckel (1834-1919), l�anatomie compar�e recherche l�unit� du monde vivant dans sa diversit�.</p><p>Histoire de l�anatomie</p><p>Jusqu�� Galien (IIe s. apr. J.-C.).</p><p>L�anatomie serait n�e en �gypte, si l�on en croit l�Encyclop�die de d�Alembert, des travaux des embaumeurs. Il existe effectivement deux papyrus, du IIIe et du IIe mill�naire, qui donnent quelques</p><p>�l�ments d�anatomie. L��gypte resta d�ailleurs pendant des si�cles un centre fort c�l�bre de science m�dicale, et c�est � Alexandrie que viendra Galien, au IIe s. de notre �re, pour y apprendre la m�decine. La Gr�ce fut aussi un des berceaux de l�anatomie humaine.</p><p>D�apr�s Pausanias, en effet, c�est la fille d�Aristod�me, roi mess�nien du VIIIe s. av. J.-C., qui fut l�objet de la premi�re autopsie l�gale. Offerte en sacrifice aux dieux, elle fut proclam�e enceinte par son pr�tendant, qui voulait ainsi la sauver. L�op�ration montra qu�il n�en �tait rien.</p><p>Au VIe s. av. J.-C., Pythagore*, �tudiant l�acoustique avec son �cole, d�couvrit le tympan et le lima�on de l�oreille. C�est un pareil souci de l�exactitude scientifique qui conduisit peu � peu, au VIIe et au VIe s. av. J.-C., les grands pr�tres du dieu Ascl�pios (l�Es-culape des Romains), ou Ascl�piades, � devenir de vrais m�decins, rempla�ant les incantations et les pri�res par des soins donn�s en connaissance de cause.</p><p>Ces m�decins �crivirent cinquante-neuf ouvrages, dits � hippocratiques �, r�dig�s au IVe s. av. J.-C., et rassembl�s au IIIe s. av. J.-C. par des savants d�Alexandrie. C�est � Hippocrate* de Cos (460 - v. 377), appartenant � une famille d�Ascl�piades, que l�on doit la plupart de ces ouvrages, mais d�autres �coles de m�decins (celle de Sicile avec Emp�docle, celle de Crotone avec Alcm�on, celle de Cnide avec D�mocrite) y particip�rent. C�est un souci de g�n�ralisation � �tudier la maladie plus que soigner le malade � qui est � l�origine de cette mise au point. De cette �cole hippocratique, la nomenclature anatomique a retenu bon nombre de termes, parfois latinis�s ensuite, comme raph�, symphyse, arthrose, ol�crane, cubitus. Un autre Grec � qui l�anatomie est �galement redevable fut Aristote*. Ce dernier est le v�ritable fondateur de l�anatomie compar�e ; il fut le premier � donner des figures d�anatomie, portant sur des animaux � l�exclusion de l�Homme, comme</p><p>c��tait le cas d�j� de la plupart des membres des �coles hippocratiques.</p><p>Les Ptol�m�es d�Alexandrie pour-</p><p>suivirent l��lan cr�� par Hippocrate et Aristote en Gr�ce : ils favoris�rent en</p><p>�gypte la dissection humaine, tabou partout ailleurs dans le monde antique.</p><p>C�est ainsi qu�H�rophile, Grec de Chalc�doine qui v�cut en �gypte du temps des premiers Ptol�m�es, se livrait � des dissections publiques et en fit, aux dires de Tertullien, plus de six cents.</p><p>Ennemi farouche des syst�mes et partisan de la m�thode exp�rimentale, il amena l�anatomie au niveau m�me o� elle sera dix-huit si�cles plus tard. Il a r�dig� un ouvrage, De l�anatomie, qui n�a pas �t� retrouv�, mais on conna�t quelques-unes de ses d�couvertes. Il vit dans le cerveau, qu�il diss�qua, le si�ge de l�intelligence (que ses devanciers, Aristote compris, pla�aient dans le coeur) ; il distingua les nerfs des tendons musculaires (que la langue populaire continue de confondre), les art�res des veines, d�crivit les lymphatiques (qui ne seront red�couverts qu�en 1622</p><p>par Gaspare Aselli) et montra que les art�res contiennent du sang et non de l�air, malgr� leur nom, et qu�elles proviennent, comme les veines, du coeur et non du foie ; il d�crivit et nomma le duod�num, et il fut le premier � utiliser le pouls comme moyen de diagnostic.</p><p>�rasistrate, un peu plus jeune qu�H�-</p><p>rophile, fut �l�ve de celui-ci � Alexandrie avant de professer � Antioche, puis � Samos. Plus syst�matique que son illustre ma�tre, il adapta les faits � ses th�ories et redonna aux art�res le soin de distribuer dans tout le corps le � souffle vital �. Il vit toutefois les valvules cardiaques, qu�il nomma, et se montra plus dou� dans l��tude des fonctions que dans celle des structures, au point qu�on peut le consid�rer comme le � p�re de la physiologie �.</p><p>En 30 de notre �re, un Romain,</p><p>Aulus Cornelius Celsus, compila ses pr�d�cesseurs et donna en latin des descriptions anatomiques qui, si elles n��taient pas originales, n�en eurent pas moins un grand int�r�t pour la nomenclature. C�est l� qu�on trouve en effet des termes encore en usage aujourd�hui, comme abdomen, anus, cartilage, hum�rus, occiput, radius, scrotum, ut�rus, tibia.</p><p>L��cole d�Alexandrie se maintint fort longtemps, et, au IIe si�cle de notre �re, Galien (v. 131 - v. 201), Grec de Pergame, y vint apprendre l�anato-</p><p>mie avec Marin, dont les oeuvres ont downloadModeText.vue.download 51 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>588</p><p>�t� perdues, mais qui fut c�l�bre en son temps. Il fut longtemps m�decin � Rome, aupr�s de Marc Aur�le, puis de Commode, et r�digea un tr�s grand nombre d�ouvrages. Devant l�impossibilit�, dans la Rome devenue chr�-</p><p>tienne, de diss�quer des cadavres, il exp�rimenta sur les animaux les plus proches de l�Homme, et notamment sur le Boeuf, le Porc et le Singe. Tr�s imbu de lui-m�me, tr�s pol�mique avec ses contradicteurs, plus soucieux de la perfection de ses th�ories que de l�exactitude de ses observations, il n�en fut pas moins c�l�bre en son temps, et son enseignement sera transmis, sans modification, pendant douze si�cles. Ses connaissances du squelette et des muscles sont celles de son ma�tre Marin. Ses th�ories du souffle cosmique, p�n�trant le corps avec l�air inspir�, et des trois esprits, naturel (foie), vital (coeur) et animal (syst�me nerveux), qui s�opposent aux d�couvertes qu�avait faites H�rophile, retarderont de plus d�un mill�naire une d�couverte aussi fondamentale que celle de la circulation du sang, que les Grecs d�Alexandrie avaient soup�on-n�e, sinon d�montr�e. Galien se servit d�une nomenclature fort confuse et utilisa fr�quemment des nombres. On lui doit toutefois des termes comme anastomose, carotide, �pididyme, pancr�as, uret�re, glotte, p�ritoine, etc. Un contemporain de Galien, Julius Pollux, r�digea un Onomasticon (ou Lexique), glossaire d�anatomie o� de nouveaux termes virent le jour, comme trochanter, atlas, axis, clitoris, amnios, gas-trocn�mien, etc.</p><p>Jusqu�� Harvey (XVIIe s.)</p><p>L�appui conjugu� que Galien trouva tant aupr�s de l�Empire romain que de l��glise fit consid�rer rapidement son oeuvre comme parfaite et d�finitive, et � gela � pendant pr�s de dix si�cles</p><p>toute recherche anatomique. Les travaux des m�decins consisteront longtemps non plus � faire des autopsies ou des dissections de cadavres, mais � commenter un des textes de Galien.</p><p>C�est � Alexandrie que l�enseignement de Galien se maintint le plus longtemps, et c�est en 640, aupr�s de Paul d��gine, que les m�decins arabes puis�rent leur science, apr�s avoir traduit Galien et Aristote. �Al&#x12B; ibn al�Abb&#x101;s, qui v�cut � Ch&#x12B;r&#x101;z au Xe s., �crivit le K&#x101;mil al-</p><p>&#x1E63;in&#x101;�a, qui servit longtemps de manuel aux �tudiants. Avicenne* publia vers l�an mille le Canon de la m�decine, ouvrage de pure compilation, qui atteignit l�Europe occidentale via l�Espagne. La transmission de ces textes anciens par l�interm�diaire d�une traduction arabe nous a laiss� quelques termes arabes, comme nuque, saph�ne, c�phalique, basilique, pie-m�re et dure-m�re.</p><p>La renaissance de l�anatomie eut lieu au XVe s. ; ce furent surtout les dessinateurs, tels L�onard de Vinci*, Albrecht D�rer*, Michel-Ange* ou Rapha�l*, qui refirent des dissections.</p><p>Vinci, notamment, diss�qua trente cadavres avant de se voir rappel� � l�ordre par le pape L�on X. Il fit des mesures de proportions et �tudia les muscles, le coeur, le cerveau, les visc�res, le foetus. On lui doit plus de sept cent cinquante dessins et plus de cent vingt notes anatomiques. Nombre de ses d�couvertes furent ignor�es et downloadModeText.vue.download 52 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>589</p><p>perdues pour ses contemporains, mais Vinci pr�para l�arriv�e de V�sale, qui naquit quelques ann�es avant sa mort.</p><p>Andreas Witing (1514-1564), Belge n� d�une famille de m�decins de Wesel (d�o� son nom latin de Vesalius, francis� en V�sale), vint � Paris en 1533 �tudier la m�decine avec Sylvius (Jacques Dubois d�Amiens), qui connaissait bien mieux les textes de Galien que l�anatomie elle-m�me. Avec un de ses condisciples, Michel Servet, il voulut v�rifier le bien-fond� des cours et se mit � diss�quer des cadavres. Il poursuivit ses �tudes � Venise, soutint sa</p><p>th�se � Padoue � l��ge de vingt-deux ans et devint, l�ann�e suivante, professeur de chirurgie et d�anatomie. Plus courageux que ses coll�gues, surtout � une �poque o� il n��tait pas rare de mourir de septic�mie apr�s avoir travaill� sur des cadavres non aseptis�s ou mal conserv�s, il diss�quait lui-m�me et notait les erreurs de Galien. Il compara en 1540 l�anatomie humaine � celle du Singe et comprit l�origine de certaines des erreurs de Galien, qui n�avait pu travailler sur l�Homme.</p><p>Apr�s trois ann�es de travaux, il publia � B�le, en 1543, De corporis humani fabrica, livre fait uniquement de ses propres dissections et illustr� par les dessins de Jean de Calcar, �l�ve de Titien. Ce livre, qui apportait la r�volution dans le monde de l�anatomie, re�ut plus de critiques que d��loges.</p><p>L�impulsion, toutefois, �tait donn�e, et le si�cle qui suivit vit une floraison de grands anatomistes, comme Fallope (1523-1562), Bartolomeo Eustachi (1524 - v. 1574), Fabrici d�Acquapendente (1533-1619), m�decin de Galil�e, ou Adriaan Van der Spieghel (1578-1625), qui ont tous attach� leur nom � quelque structure anatomique. De cette �cole italienne datent des termes comme alv�ole, choane, synovie, corps calleux, amygdale, hippocampe. Le Suisse Michel Servet (1511-1553), condisciple de V�sale, d�couvrit la circulation pulmonaire.</p><p>William Harvey (1578-1657), qui</p><p>fut l��l�ve de Fabrici, publia en 1628</p><p>l�Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus. Dans ce livre, avec lequel il est classique de faire d�buter la physiologie, Harvey</p><p>� suppose � l�existence de capillaires entre les troncs art�riels et veineux, seule hypoth�se raisonnable expliquant la circulation du sang. Ces capillaires, qu�il a cherch�s toute sa vie sans les voir, c�est un Italien, Marcello Malpighi (1628-1694), qui les verra le premier sur une pr�paration de poumon de Grenouille, observ�e � la loupe.</p><p>L��poque moderne</p><p>C�est de la fin du XVIe s. que date le microscope et c�est alors qu�ont pu commencer les �tudes d�anatomie</p><p>microscopique et d�embryologie, mais il faudra attendre deux si�cles pour</p><p>que le microscope, perfectionn�, soit devenu un instrument vraiment utile.</p><p>Pendant ces deux si�cles, l�anatomie macroscopique traditionnelle se maintint et fut m�me � l�origine de nombreuses soci�t�s scientifiques ou philosophiques. Les travaux des anatomistes conduisirent � la publication de nombreuses monographies et, � partir de ces derni�res, de trait�s d�ensemble.</p><p>Signalons en particulier la dynastie des Alexander Monro, professeurs titulaires � �dimbourg de p�re en fils, de 1720 � 1846.</p><p>D�s le d�but du XIXe s., toutefois, l�anatomie changea profond�ment, sinon brusquement. Les travaux d�anatomie microscopique et d�embryologie, l�essor donn� � l�anatomie compar�e par Cuvier, l�apport consid�rable fourni par la pal�ontologie (anatomie des �tres vivants d�autrefois), tout cela concourut � ajouter peu � peu � l��tude de l�Homme, sur lequel on avait accumul� tant de documents, celle des animaux. En 1859, Darwin*, en publiant son livre sur l�origine des esp�ces, ne fit que renforcer cette tendance, qui s��panouira vraiment avec notre si�cle. D�s lors, l�anatomie macroscopique traditionnelle devient l�anthropologie, et son enseignement se confine peu � peu aux seules facult�s de m�decine. L�anatomie humaine n�en progresse pas moins ; l�antisepsie de Lister, l�asepsie de Pasteur rendent dissections et interventions chirurgicales moins al�atoires. La biom�trie et l��tude des variations font leur apparition. Les techniques microscopiques permettent d�aller de l�organologie � l�histologie et de mieux d�finir les alt�-</p><p>rations pathologiques. Les divers visc�res, en particulier les glandes endocrines, longtemps m�connues, voient peu � peu leurs fonctions pr�cis�es.</p><p>Les exp�riences sur le vivant, rendues possibles par l�anesth�sie, autorisent le grand bond en avant de la physiologie. Les am�liorations techniques, tant biophysiques que biochimiques, sont autant d�outils nouveaux aux mains des m�decins.</p><p>L�anatomie</p><p>microscopique</p><p>L�anatomie et, d�une fa�on plus g�n�-</p><p>rale, la biologie furent profond�ment</p><p>modifi�es par l�apparition de l�observation microscopique, vers la fin du XVIe s.</p><p>Le microscope naquit entre 1590 et 1600, vraisemblablement en Hollande.</p><p>Mais il resta si imparfait jusqu�au d�but du XIXe s. par suite de ses aberrations nombreuses que les lentilles simples, ou loupes, qui permettaient des grossissements de 200 diam�tres, lui furent longtemps pr�f�r�es. C�est �galement un Hollandais, le drapier Antonie Van Leeuwenhoek* (1632-1723), qui est � l�origine des �tudes microscopiques.</p><p>Citons de m�me son compatriote Jan Swammerdam (1637-1680) et surtout l�Italien Marcello Malpighi, anatomiste qui a laiss� son nom � de nombreuses structures (glom�rules r�naux, corpuscules spl�niques, couche germinative t�gumentaire, tubes excr�teurs des Insectes, pour ne citer que les plus connues). C�est lui qui a donn� corps � l�hypoth�se de Harvey sur la circulation sanguine, en observant les capillaires sur le poumon de Grenouille, puis sur le patagium (membrane allant des membres sup�rieurs aux membres inf�rieurs) des Chauves-Souris. � ses contributions anatomiques sur le poumon, le rein, la rate, le foie, la langue, les trach�es des Insectes, il faut adjoindre l��tude du d�veloppement du Poulet et celle de l�anatomie v�g�tale.</p><p>C�est de cette �poque, en 1667, que date la d�couverte de la cellule*. Il est vrai que son � inventeur �, l�Anglais Robert Hooke (1635-1703), qui avait observ� une lamelle de li�ge, n�en tira nulle g�n�ralit�. Il fallut attendre Cas-par Friedrich Wolff (1733-1794) pour voir formuler une th�orie cellulaire, qui restera elle-m�me en sommeil jusqu�en 1838, date � laquelle le botaniste Matthias Jakob Schleiden (1804-1881), puis l�anatomiste Theodor Schwann (1810-1882) y verront l�unit� de structure et de fonction du monde vivant.</p><p>La substance vivante de la cellule, dont on n�avait vu jusque-l� que la membrane p�riph�rique, est d�crite en 1835</p><p>par le Fran�ais F�lix Dujardin (1801-1860) sous le nom de sarcode. On lui pr�f�rera, � partir de 1843, le terme de protoplasme, propos� par le botaniste allemand Hugo von Mohl (1805-1872).</p><p>C�est Maximilian Johann Schultze (1825-1874) qui identifie, en 1850, le protoplasme v�g�tal au sarcode animal</p><p>et donne au monde vivant une unit� de structure, qui, depuis, s�est r�v�l�e �tre �galement une unit� de composition chimique.</p><p>Au moment m�me o� un Fran�ais,</p><p>Georges Cuvier, �tait � l�origine de la renaissance de l�anatomie compar�e, un de ses contemporains, Xavier Bichat, dans son Anatomie g�n�rale appliqu�e � la physiologie et � la m�decine, publi�e en 1801, donnait � l�histologie ses bases et sa m�thode.</p><p>Bichat renon�a au microscope, encore fort imparfait � l��poque, et travailla � l�oeil nu et � la loupe ; il n�en d�crivit pas moins plus de vingt types de tissus, dont il proposa une classification. En fait, les Fran�ais furent � l�origine peu nombreux dans cette science, tandis que l��cole allemande florissait avec les Rudolf Virchow (1821-1902), Walter Flemming (1843-1905), le Suisse Rudolf Albrecht von K�lliker (1817-1905), etc. Le tissu nerveux se colore mal par les m�thodes histologiques classiques et n�cessite l�emploi d�im-pr�gnations argentiques, auxquelles sont li�s les noms de l�Italien Camillo Golgi (1844-1926) et de l�Espagnol Ram�n y Cajal (1852-1934).</p><p>Les m�thodes d��tude histologiques et cytologiques ont beaucoup �volu� depuis quelques ann�es. La culture de tissus*, les techniques histochimiques, la microscopie* �lectronique ont donn� � ces sciences un nouvel et r�cent essor.</p><p>Plan de coupe</p><p>Il est habituel, en anatomie topographique, d�utiliser des coupes : soit coupe r�elle faite sur cadavre conserv� et trait�, soit sch�ma. On d�termine ainsi dans l�espace trois plans de coupe : frontal, sagittal, horizontal, que l�on peut combiner dans des directions obliques.</p><p>Position anatomique</p><p>La description des organes n�cessite une position de r�f�rence du corps humain : il est admis que sur un sujet debout, les bras le long du corps, la paume des mains regardant en avant, l�axe de r�f�rence passe par le centre du corps, verticalement. Ainsi peut-on d�finir la position d�un organe par rapport � cet axe, par rapport � une struc-</p><p>ture voisine ou selon sa direction dans les trois dimensions de l�espace : pour ce faire, on utilise les adjectifs ant�rieur et post�rieur, sup�rieur et inf�rieur, interne et externe, ou les adverbes en avant, en arri�re, etc., pour d�signer les directions.</p><p>Au niveau des mains, la face ant�rieure est palmaire et la face post�rieure dorsale. Au niveau des pieds, on utilise les termes de plantaire et de dorsal.</p><p>Par exemple, l�art�re f�morale commune arrive � la cuisse en passant sous l�anneau crural : celui-ci est limit� en avant par l�arcade f�morale, en dehors par la bandelette ilio-pectin�e, en dedans par le ligament de Gimbernat, en arri�re par le ligament de Cooper. Dans l�anneau crural, on trouve de dehors en dedans, situ�s dans la gaine vasculaire : l�art�re f�morale, la veine f�-</p><p>morale, les lymphatiques profonds et les ganglions inguinaux profonds.</p><p>downloadModeText.vue.download 53 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>590</p><p>L�anatomie compar�e</p><p>Notions g�n�rales</p><p>L��tude de la structure des animaux conduit � deux r�sultats fort diff�rents.</p><p>La mise en �vidence de ce qui unit ou de ce qui diff�rencie les esp�ces conduit tout d�abord � d�finir une g�-</p><p>n�alogie au sein du monde animal et � proposer de ce dernier une classification suivant un ordre syst�matique. Par cet aspect, l�anatomie compar�e fait le lien entre la science morphologique et la zoologie. Elle permet la d�finition des grandes unit�s du r�gne animal, celles qui ne sont pas r�ductibles l�une � l�autre et qu�on appelle embranchements, ainsi que celle des subdivisions de ces unit�s en classes, en ordres et en familles. Elle est �galement conduite � imaginer entre les classes d�un m�me embranchement des formes interm�-</p><p>diaires hypoth�tiques ou � donner aux diverses classes un anc�tre hypoth�-</p><p>tique (arch�type). L��tude morphologique des esp�ces fossiles (pal�ontologie) ou une meilleure exploration du milieu terrestre ont quelquefois fourni aux anatomistes l�occasion de comparer les structures r�elles aux r�sultats</p><p>de leurs sp�culations. Mais la pal�ontologie n�est pas la seule science qui apporte des �l�ments � l�anatomie compar�e. Les �tudes embryologiques ont rapidement montr� tout l�int�r�t qu�il pouvait y avoir non seulement � comparer les modes de d�veloppement des divers groupes animaux (embryologie compar�e), mais � rapprocher la morphologie de certains stades embryonnaires de celle de formes adultes.</p><p>De plus, l�embryologie a permis la mise en �vidence de deux principes fondamentaux en anatomie compar�e : l�homologie et l�analogie. On appelle homologues des organes qui ont m�me origine embryonnaire, m�me structure fondamentale, mais qui peuvent ne pas avoir la m�me fonction. Ainsi sont homologues le bras de l�Homme, l�aile de l�Oiseau ou la nageoire de la Baleine ; ces trois organes, d�origine commune, ont des structures et des fonctions locomotrices qui sont command�es par le milieu dans lequel se meut chacun de ces animaux. Sont �galement homologues les os qui assurent l�articulation de la m�choire et sa suspension au cr�ne chez les Poissons (hyomandibulaire, carr� et articulaire), ainsi que les osselets de l�oreille moyenne des Mammif�res (�trier, enclume et marteau) ; dans ce cas, les fonctions diff�rent profond�ment, puisqu�il s�agit dans un cas de nutrition et dans l�autre d�audition, sans que ces organes cessent d��tre homologues. C�est un des grands m�rites de l�anatomie compar�e d�avoir pu �tablir une telle homologie ; ce n�est que tr�s r�cemment qu�une forme reptilienne fossile a permis de fournir la preuve mat�rielle de cette correspondance.</p><p>On appelle analogues des organes qui ont m�me fonction, mais des structures distinctes et des origines embryologiques diff�rentes. Ainsi sont analogues la nageoire caudale des Poissons et celle des C�tac�s, deux groupes de Vert�br�s aquatiques qui doivent assurer leur d�placement dans le m�me milieu. Cette analogie r�sulte de la convergence des modes de vie de ces deux groupes d�animaux.</p><p>Un autre r�sultat sp�culatif qu�au-</p><p>torise l�anatomie compar�e conduit � l�anatomie fonctionnelle ; par l� se cr�e le lien entre anatomie et physiologie.</p><p>Les corr�lations fonctionnelles liant les organes entre eux sont en effet telles que toute modification importante de l�un des organes entra�ne une modification corr�lative de l�autre. L��tude, de pr�f�rence quantitative, d�un grand nombre d�esp�ces voisines, mais de biologie vari�e, permet de dresser la liste des organes qui �voluent dans le m�me sens et qui ont donc de grandes chances d��tre li�s fonctionnellement.</p><p>Cet aspect de l�anatomie compar�e est fort utile dans le cas o� ces liaisons fonctionnelles sont difficiles � mettre en �vidence, par exemple dans le syst�me nerveux.</p><p>Il est alors possible de rapprocher soit des organes r�cepteurs sensoriels de leurs centres nerveux de projection, soit des centres c�r�braux entre eux, soit enfin des centres moteurs de leurs effecteurs.</p><p>Esquisse historique</p><p>On consid�re classiquement Aristote comme le p�re de la zoologie ; il est tout aussi l�gitime de lui attribuer la paternit� de l�anatomie compar�e.</p><p>Des nombreuses observations directes qu�il fit du monde animal, y compris par la dissection, il tira une conception de l�organisation animale et de la classification qui restera incomparable, en d�pit de ses imperfections, pendant pr�s de vingt si�cles. Aristote eut le g�nie de comprendre d�embl�e le principe des corr�lations structurales et fonctionnelles, l�existence et la signification des organes vestigiaux, et enfin le principe d�une �volution animale depuis les formes primitives simples jusqu�aux formes sup�rieures complexes, avec transformation concomitante de l�organisation.</p><p>L��cole italienne, en r�veillant l�in-t�r�t pour l�anatomie humaine, suscita les travaux parall�les, sur les esp�ces animales, de savants comme les Italiens Ippolito Salviani (1514-1572) et Ulisse Aldrovandi (1522-1605), et les Fran-</p><p>�ais Guillaume Rondelet (1507-1566) et Pierre Belon (1517-1564). Ces descriptions, bien qu�elles soient encore imparfaites, aboutissent � la Zootomia</p><p>democritea de Marco Aurelio Severino (1580-1656), premi�re tentative d�explication raisonn�e de l�organisation animale, ou aux travaux de l�Anglais Thomas Willis (1621-1675), premier � avoir utilis� le terme d�anatomia comparata avec le sens que nous lui donnons encore. Le XVIe si�cle vit aussi l��closion des �tudes embryologiques, dont Fabrici d�Acquapendente fut l�initiateur et qui conduisirent rapidement Harvey � l�adage toujours v�rifi� : Omne vivum ex ovo (Tout �tre vivant provient d�un oeuf).</p><p>Le XVIIIe si�cle fournira lui aussi des �tudes pr�liminaires � l�anatomie compar�e, notamment gr�ce au grand retentissement qu�eurent les travaux du Su�dois Linn�* et les publications du Fran�ais Buffon*. Toute la seconde moiti� de ce si�cle verra fleurir les monographies, alors que la morphologie sort peu � peu du r�le mineur d��tude pr�paratoire aux travaux physiologiques, qu�Albrecht von Haller (1708-1777) ou F�lix Vicq d�Azyr (1748-1794) voulaient lui r�server, pour s��riger en science autonome.</p><p>Goethe* d�finit ainsi l�anatomie compar�e comme la science qui s��l�ve du particulier pour parvenir � la conception d�un plan d�organisation g�n�rale.</p><p>C�est �galement le principe sur lequel s�appuie Lorenz Ockenfuss, dit Oken (1779-1851), et, malgr� les r�-</p><p>sultats auxquels il est souvent parvenu, c�est lui qui a mis l�accent sur la n�cessit� de rechercher ce qui rapproche les esp�ces plut�t que de mettre en �vidence ce qui les diff�rencie. C�est l� le premier passage des �tudes analytiques aux vues synth�tiques.</p><p>En m�me temps, l��cole fran�aise, avec notamment �tienne Geoffroy</p><p>Saint-Hilaire (1772-1844), mettait en �vidence la multiplicit� de fonctions que peut avoir un m�me organe d�un groupe animal � l�autre et pr�parait la notion d�homologie, encore impr�cise jusqu�alors.</p><p>L�anatomie compar�e en �tait arri-v�e l� quand Georges Cuvier* d�cida, en quelque sorte, de tout reprendre � la base ; il r��tudia l�anatomie d�un grand nombre de groupes d�animaux en par-</p><p>tant de l�id�e que l�organe ne se comprend que si l�on conna�t l�organisme tout entier et que si l�on a une id�e pr�cise de la fonction de cet organe.</p><p>De plus, comme les organes montrent dans leur fonctionnement une d�pendance r�ciproque, il en r�sulte la loi importante de la corr�lation entre les parties. Cuvier a �galement utilis� la r�ciproque de cette loi, � savoir que, si l�on conna�t parfaitement un organe, on peut en d�duire la conformation de downloadModeText.vue.download 54 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>591</p><p>l�organisme tout entier ; il en a m�me fait la d�monstration � partir des restes fossiles de la Sarigue du gypse de Montmartre. Le zoologiste russe Karl Ernst von Baer (1792-1876) appliqua � l�embryologie des principes fixistes voisins de ceux de Cuvier. Mais les fixistes et Cuvier, malgr� son autorit�, ne purent s�opposer longtemps � l�id�e d��volution qu�avaient �mise Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire, et que modifiera ult�rieurement Charles Darwin. Les r�sultats que fournissent l�anatomie compar�e, l�embryologie et la pal�ontologie concordent pour s�opposer au fixisme dogmatique de Cuvier ; ils conduisent l�Allemand Haeckel � formuler sa � loi biog�n�-</p><p>tique fondamentale �, reprise au zoologiste allemand �migr� au Br�sil Fritz M�ller (1821-1897). Cette loi, suivant laquelle � l�ontog�nie est une r�capitulation abr�g�e de la phylog�nie �, fut formul�e en 1864 dans une brochure �crite en faveur des th�ses de Darwin.</p><p>Si Haeckel se montra trop enthousiaste � son �gard, au point d�infl�chir les faits quand c��tait n�cessaire, elle demeure exacte dans son principe et les anatomistes ont maintes occasions d�en v�rifier le bien-fond�.</p><p>L�anatomie compar�e n�a pas de</p><p>m�thodes qui lui soient propres ; elle profite et des progr�s techniques que le morphologiste ou le physiologiste r�alisent et de l�accumulation de documents qui r�sultent de la prolif�ration des recherches en cours de nos jours.</p><p>L�anatomie v�g�tale</p><p>L�anatomie v�g�tale, si elle a pour objet d��tude un ensemble d��tres vivants plus restreint en nombre et moins h�t�rog�ne que l�anatomie animale, a une histoire qui lui est parall�le. Elle est n�e en Gr�ce des travaux de Th�ophraste (v. 372-287 av. J.-C.), �l�ve d�Aristote. Th�ophraste combattit la th�orie, classique alors, qui interpr�-</p><p>tait les v�g�taux comme des animaux immobilis�s, et imposa les notions de r�gne animal et de r�gne v�g�tal. Il observa et d�crivit les plantes, et il chercha � les classer en utilisant les crit�res les plus divers, tels que l�existence et la forme du tronc, des fleurs et des fruits, la persistance du feuillage, etc. Les descriptions qu�il donne sont minutieuses et parfois �tonnamment modernes.</p><p>Mais son exemple ne fut pas suivi, et la botanique naissante se confina vite aux aspects utilitaires de l�agriculture et de la pharmacop�e, comme on peut s�en rendre compte en parcourant l�Histoire naturelle de Pline l�Ancien (23-79 apr.</p><p>J.-C.). Seul le Grec Dioscoride (Ier s.</p><p>apr. J.-C.), contemporain de Pline, sut faire encore des observations. Il eut, comme Galien, l�honneur d��tre traduit par les Arabes, et il fournira au Moyen �ge l�essentiel de la connaissance des</p><p>� simples �.</p><p>Le Moyen �ge se contenta d��tudes livresques, � l�exception de l�Allemand Albert le Grand (v. 1200-1280), qui fut �galement zoologiste. Dans son trait� Des plantes, celui-ci �tudia la morphologie de fa�on pouss�e et fit de fort perspicaces descriptions. Cette heureuse exception ne sera renouvel�e qu�au XVIe s. avec la Renaissance.</p><p>Les savants retournent alors � la nature, identifient les plantes aux descriptions anciennes et cherchent � les classer. Ils accumulent ainsi des donn�es morphologiques essentielles. Citons parmi eux Gaspard Bauhin (1560-1624), qui eut le m�rite de chercher une classification naturelle et pr�para ainsi l�oeuvre de Linn�. C�est de cette �poque que datent l�habitude de conserver les plantes en herbiers et la cr�ation des premiers jardins botaniques, qui apparurent en Italie. En 1593, Montpellier fut la premi�re universit� fran�aise � suivre cet exemple ; Paris ne suivit qu�en 1635, par la cr�ation du Jardin du roi, que</p><p>dirigea � ses d�buts le c�l�bre Gui de La Brosse (� 1641).</p><p>Le XVIIe si�cle vit la naissance de l�anatomie microscopique en botanique comme en zoologie. Ce sont souvent les m�mes hommes qui ont effectu� leurs recherches dans les deux r�gnes, et en particulier Malpighi, dont les ouvrages d�crivent l�essentiel des divers tissus des plantes sup�rieures.</p><p>� la m�me �poque, Nehemiah Grew</p><p>(1641-1712) retrouve dans les tiges et les racines les cellules que venait de d�couvrir Hooke. Les nombreuses �tudes de morphologie compar�e qui suivront aboutiront, au XVIIIe s., � la recherche d�une classification des plantes, o� s�illustreront successivement l�Anglais John Ray (1627-1705), le Fran�ais Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), le Su�dois Linn� (1707-1778) et les trois Jussieu : Antoine (1686-1758), Bernard (1699-1777) et Antoine Laurent (1748-1836). Le XVIIIe si�cle vit �galement l��panouissement de la physiologie v�g�tale, avec les travaux de Nicolas Th�odore de Saussure (1767-1845).</p><p>Le XIXe si�cle apporte peu de changements ; on recourt toutefois de plus en plus � l�histologie pour la classification des plantes, et le Fran�ais Philippe Van Tieghem (1839-1914) consacrera sa vie � l��tude de l�organisation v�g�-</p><p>tale, famille par famille. Les v�g�taux inf�rieurs, Algues et Champignons, jusque-l� n�glig�s, sont activement �tudi�s. L��poque contemporaine, en confirmant l�unit� structurale et biochimique des �tres vivants, applique aux repr�sentants des deux r�gnes les m�mes progr�s techniques dans les m�thodes d��tude.</p><p>R. B.</p><p>B J. Delestre, les Travaux anatomiques � travers les �ges (Le Fran�ois, 1939). / H. Rouvi�re, Anatomie humaine descriptive et topographique (Masson, 1942 ; nouv. �d., revue par G. Cordier, 1959 ; 3 vol.). / G. Paturet, Trait� d�anatomie humaine (Masson, 1949-1963 ; 5 vol.). / R. Gr�goire et S. Oberlin, Pr�cis d�anatomie (Bailli�re, 1953-1954 ; 2 vol.). / G. Cordier, Paris et les anatomistes au cours de l�histoire (Impr. de l�Administration centrale, 1955).</p><p>/ C. Singer, A Short History of Anatomy and Phy-</p><p>siology from the Greeks to Harvey (New York, 1957). / M. Daumas (sous la dir. de), Histoire de la science (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1960). / M. Bari�ty et C. Coury, Histoire de la m�decine (Fayard, 1963). / C. Gillot, �l�ments d�anatomie (Flammarion, 1965-1969 ; 6 vol.). / G. Olivier, Anatomie anthropologique (Vigot, 1965). / J. Barcsay, Anatomie artistique de l�homme (Vincent, Fr�al et Cie, 1966). / J. Cady et B. Kron, Anatomie du corps humain (Maloine, 1969-1971 ; 7 vol.). / A. Delmas, l�Anatomie humaine (P. U. F., coll. � Que sais-je ? � 1974). / T. Petren et F. Roux, Introduction � l�anatomie humaine (P. U. F., 1975).</p><p>Anaxagore,</p><p>Anaximandre,</p><p>Anaxim�ne</p><p>F IONIENS.</p><p>Ancien Empire</p><p>Nom donn� par les historiens modernes � une �poque de l�histoire d��gypte s��tendant de 3200 � 2190 av. J.-C. environ. L�Ancien Empire va de la fin de la pr�histoire aux troubles sociaux qui ruin�rent une premi�re fois l��conomie de la vall�e du Nil et pr�c�d�rent de peu les grandes invasions aryennes du IIe mill�naire sur l�Asie. C�est le premier �ge de la civilisation pharaonique : un syst�me �conomique se constitue, une tradition politique s��tablit et s�affirme, une soci�t� s�ordonne.</p><p>Les deux premi�res</p><p>dynasties (3200-2778) :</p><p>l�ordre pharaonique</p><p>s�instaure</p><p>� la fin de la pr�histoire, une premi�re mutation s�achevait : mettant fin au r�gime tribal anarchique, un regroupement en deux royaumes s��tait effectu�, conforme � la dualit� g�ographique de l��gypte, l�un unifiant le Delta sous la monarchie de Bouto, l�autre pla�ant toute la Haute-�gypte sous l�autorit� des rois de Nekhen. L�histoire commence lorsqu�un �nergique chef su-diste, Narmer (peut-�tre le l�gendaire M�n�s d�H�rodote), descend le Nil, d�fait les nordistes et, ceignant pour la premi�re fois le pschent (r�union de la mitre blanche de Haute-�gypte et du mortier rouge de Basse-�gypte),</p><p>fait son entr�e solennelle � Bouto, en roi vainqueur de l��gypte unifi�e, ou</p><p>� double pays �. (C�est ce que content les images sculpt�es sur la grande palette de schiste, dite � de Narmer �, au mus�e du Caire.)</p><p>La capitale est �tablie � This (pr�s d�Abydos) : c�est l� que r�gnent les deux premi�res dynasties (cette division en � dynasties �, d�origine vraisemblablement �gyptienne, nous ayant �t� transmise notamment par Man�thon</p><p>[IIIe s. av. J.-C.]) ; mais avec, semble-t-il, un s�r instinct politique, Narmer jette d�j� les fondations de Memphis, � la pointe du Delta, position charni�re entre les deux �gypte, ville tr�s vite appel�e � un grand avenir. Sur ces premiers r�gnes, les sources sont, pour l�historien, relativement humbles ; les n�cropoles royales d�Abydos, de Saqqarah, d�H�louan et les tombes des courtisans apportent certes leur contribution : les objets d�couverts t�moignent d�abord, avec �vidence, de l�existence d�un art, aux principes d�j� constitu�s, et de la ma�trise acquise par les artisans (vases magnifiques taill�s dans les pierres les plus dures, tablettes et manches de couteaux d�cor�s, en ivoire, bijoux de cuivre, d�or sertis de pierres pr�cieuses) ; la perfection �quilibr�e atteinte par l�expression graphique est manifeste dans la st�le du roi Djet (mus�e du Louvre), quatri�me roi de la Ire dynastie.</p><p>De ce que nous apportent images</p><p>sculpt�es, fragments de textes et titulatures, mais surtout (jusqu�� la Ve dynastie) les Annales de la � pierre de Palerme �, on peut d�duire que, si des r�voltes locales eurent lieu, les nouveaux souverains furent assez puissants pour � nouer � solidement et d�finitivement les deux parts de leur royaume. De ce fait, on peut discerner plusieurs raisons.</p><p>Tout d�abord, il semble que la cr�ation d�une �conomie nouvelle, rationnelle, ait �t� une pr�occupation imm�-</p><p>diate des premiers monarques (cf. la downloadModeText.vue.download 55 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>592</p><p>t�te de massue du roi Scorpion [Oxford, Ashmolean Museum]). Cons�quence in�vitable des �v�nements : l��troite vall�e de Haute-�gypte, qui, jusque-l�, se tendait uniquement vers l�Afrique, s�ouvre d�sormais aussi sur le monde m�diterran�en, d�bouch� essentiel.</p><p>Cons�quence intelligente du syst�me monarchique : le roi, qui d�tient tous les pouvoirs, va, au moyen d�une administration centralis�e et coordinatrice, ma�triser la crue annuelle du Nil et recr�er un nouveau � paysage � pour les besoins de l�homme ; en un patient labeur, on remblaie la vall�e pour �viter l�inondation totale des zones basses et on comble les d�pressions ; des milliers d�ouvriers, avec leurs hoyaux et leurs couffins, pour �viter la divagation de l�eau et irriguer utilement le plus de sable possible, creusent des canaux artificiels. L��conomie pharaonique est n�e : issue de la monarchie, elle devient l�un de ses puissants soutiens (aux p�-</p><p>riodes de trouble, quand la royaut� est �branl�e, quand l�administration n�est plus centralis�e, c�est la r�cession �conomique et la famine).</p><p>Les premiers souverains, qui s�affirment ainsi par quelques d�monstrations militaires, li�es de fa�on n�cessaire � la vie m�me de leur royaume, �tablissent aussi, de mani�re durable, les principes m�mes de la nouvelle monarchie.</p><p>Celle-ci est, par essence, divine : le roi est un dieu, un Horus (faucon c�leste, patron des princes vainqueurs qui vinrent du sud), comme l�affirment tant les bas-reliefs sculpt�s sur les palettes votives de schiste que le premier �l�ment des premi�res � titulatures �.</p><p>Cela explique l�importance officielle accord�e d�s l�origine aux f�tes des dieux, qui servaient parfois � d�signer l�ann�e m�me o� elles se c�l�braient.</p><p>Mais des temples qui s��lev�rent alors, aucun ne nous est parvenu ; nous en connaissons l�existence seulement par des bas-reliefs.</p><p>La monarchie est aussi, par ses origines m�mes, un symbole d�union ; sa dualit� fondamentale est rappel�e notamment par deux autres �l�ments de la titulature : le souverain d��gypte demeurera (jusque sous les C�sars) nebty, � celui des deux d�esses � (�</p><p>savoir Mekhabit, le vautour, et Oua-djet, le serpent, divinit�s tut�laires de Haute- et de Basse-�gypte), et ne-sout-bit, � celui du roseau et de l�abeille �</p><p>(caract�ristiques de la flore et de la faune de l�une et l�autre part de son royaume), et cela � partir d�Oudimou (5e roi de la Ire dynastie).</p><p>D�j� des rites s�instaurent, qui veulent garantir, par la magie des gestes et des formules, la p�rennit� du nouveau syst�me politique : c�est la f�te Sed, jubil� trentenaire c�l�br� pour la premi�re fois sous Oudimou �galement.</p><p>Enfin, les monarques des deux pre-mi�res dynasties, qui s�ach�vent avec Khasekhemoui (dont la t�te en schiste, conserv�e � l�Ashmolean Museum</p><p>d�Oxford, est un des premiers chefs-d�oeuvre de la statuaire �gyptienne classique), semblent avoir �tabli quelques-uns des �l�ments de gestion politique essentiels (cela se laisse seulement deviner, actuellement, d�apr�s les sceaux des fonctionnaires, o� sont inscrits leurs titres et le nom du souverain). Le roi para�t avoir concentr� en ses mains le pouvoir, sans interm�diaire encore avec les diff�rents organes administratifs. L�administration centrale groupait les diverses � maisons � royales, et, dans ce pays essentiellement agricole, elle �tait alors surtout orient�e vers les besoins divers de l��conomie des champs et de la consommation. Elle comprenait : la maison des champs, qui veillait sur les domaines et les r�coltes ; la maison des eaux, qui coordonnait les diff�rentes observations nilom�triques, planifiait l�irrigation et, en cas de crue trop basse, prenait les mesures n�cessaires pour �viter la famine ; la maison blanche (administration des finances), qui r�partissait les imp�ts en nature en fonction de l��tiage de la crue du Nil (condition des moissons), emplissant de grain lourd ses vastes greniers ; l�intendance de l�arm�e. Des archives royales ont d�j� d� exister.</p><p>L�administration provinciale avait pour cadre, sans doute d�s la Haute �poque, une circonscription que les Grecs appel�rent nome (en �gyptien : sepet), c�est-�-dire un ensemble de terres artificiellement d�limit�es en</p><p>fonction des besoins et des n�cessit�s de l�irrigation et du rendement agricole. � la t�te de chacun de ces nomes (trente-huit sous l�Ancien Empire), un fonctionnaire d�l�gu� par le pouvoir central (�dj-mer, le monarque), v�ritable � pr�fet �, �tait charg� de la surveillance et de l�entretien des canaux ; il avait la responsabilit� de la prosp�rit� �conomique et fiscale de sa province. Autre fonction importante du monarque : le recensement (attest� depuis le r�gne d�Adjib, 6e souverain de la Ire dynastie), ou � relev� de l�or et des champs �, c�est-�-dire des biens immeubles et meubles (ceux-ci, ali�-</p><p>nables, pouvant alors �tre compris comme moyens d��change), op�ration assez importante pour servir de point de rep�re pour la chronologie. Les litiges juridiques �taient r�gl�s dans la downloadModeText.vue.download 56 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>593</p><p>capitale de chaque nome par le tribunal (djadjat), mais nous ne connaissons pas avec pr�cision le droit civil du temps.</p><p>Il n�y a pas alors de possession ni d�h�r�dit� de fonctions : le roi d�signe et dispose souverainement. Ainsi s�annonce d�j�, dans sa nature et dans ses composantes essentielles, la future gestion pharaonique. Trois dynasties allaient �tablir et parfaire l�institution, dont l�essor se poursuivait depuis plus de trois si�cles.</p><p>Le premier �ge d�or de la</p><p>monarchie pharaonique</p><p>(2778-2423) de la IIIe �</p><p>la VIe dynastie</p><p>L�av�nement de Djoser (en 2778 environ) est une �tape d�cisive dans l�histoire de la civilisation �gyptienne. Sa statue (retrouv�e dans le serdab de sa pyramide de Saqqarah, actuellement au mus�e du Caire) nous le montre, souverain majestueux, figure virile et �nergique. Il eut la chance d�avoir, ou l�intelligence de choisir, comme conseiller un homme de g�nie, Imhotep : �crivain, artiste, gu�risseur, sa r�putation de sagesse (fort durable) lui valut d�acc�der � la divinit�, et, plus</p><p>tard, les Grecs l�assimil�rent � leur Ascl�pios.</p><p>Djoser �tablit d�finitivement sa capitale � Memphis. Si, politiquement, son r�gne est mal connu, dans le domaine de l�art il marque une v�ritable r�volution. D�sormais, la pierre taill�e (jusqu�ici tr�s peu employ�e) devient mat�riau d�architecte. Les formes architecturales m�mes sont r�nov�es : la premi�re pyramide (� parois non lisses, mais comportant six degr�s) se dresse sur le plateau de Saqqarah ; l�ensemble (pyramide et monuments cultuels annex�s �tant ceints d�un mur de 1 600 m environ) tire admirablement parti, pour la premi�re fois aussi, du site naturel, que borne au loin la falaise libyque, magistrale transposition en pierre du tas de sable qui, dans les s�pultures pr�dynastiques, formait la plus humble couverture au corps.</p><p>Sur les successeurs de Djoser, nous n�avons gu�re de renseignements</p><p>pr�cis.</p><p>C�est aussi essentiellement par leurs tombeaux, domin�s, en superstructure, par la forme pyramidale achev�e, que sont connus les pharaons de la IVe dynastie : ces Kheops, Khephren, Mykerinus (notamment), fils ou fr�res les uns des autres, mais compagnons ins�parables pour la post�rit� et dont les noms ont franchi (depuis 2700 av.</p><p>J.-C.) pr�s de cinq mill�naires pour frapper notre imagination. Qu��taient ces souverains ? Ne croyons pas H�rodote, le Grec cr�dule, aux �coutes de ses guides ou de ses �niers bavards et inventifs, qui lui contaient sans doute que Kheops fit travailler � mort ses malheureux sujets et m�me prostitua sa fille pour �lever son tombeau, que le r�gne de Khephren fut aussi tyrannique, etc.</p><p>Nous allons d�sormais sortir du domaine de la l�gende ou du t�moignage fragmentaire, insuffisant, trop purement graphique (relevant de l�arch�ologie au moins autant que de l�histoire), avec la Ve dynastie : les documents �crits, cher souci des historiens, nous apportent alors leur t�moignage pr�cieux. En effet, avec la pierre, l��criture (compl�ment organique du dessin) trouve</p><p>son support id�al, support d��ternit�, et ce n�est pas l� la moindre cons�quence de la � r�volution � d�Imhotep. Cette abondante litt�rature lapidaire se d�veloppe en longues colonnes sur les parois int�rieures des pyramides royales (� partir d�Ounas, dernier souverain de la Ve dynastie, textes religieux) et sur les murs des chapelles des tombes priv�es, ou mastabas : officiers ou administrateurs content leur odyss�e ou leur vie provinciale, non, bien s�r, avec un souci historique, mais dans un but religieux d�termin�, magie verbale.</p><p>Enfin, les � sagesses �, des contes de cette �poque, reproduits ult�rieurement sur papyrus (nouveau support de l��criture, plus maniable, en usage � la fin de l�Ancien Empire), compl�tent nos</p><p>� sources � sur ces temps plus anciens (que n�avons-nous retrouv� copie de la sagesse d�Imhotep � laquelle font allusion des textes post�rieurs !).</p><p>Que fut donc l�histoire connue</p><p>de l��gypte en son premier</p><p>�panouissement ?</p><p>Dans cette monarchie absolue, la so-ci�t�, l��conomie, la politique convergeaient autour du roi-dieu, de par son essence m�me m�diateur oblig� entre les hommes et les divinit�s, potentat magicien.</p><p>Le � sphinx de Gizeh � demeure</p><p>l�image m�me de cette conception.</p><p>Autre t�moignage : les hymnes des textes des pyramides. Le roi mort, que l�immortalit� atteint d�abord par la magie des mots que scandent sur sa momie des desservants du culte fun�-</p><p>raire, monte, glorieux, au ciel :</p><p>� R�veille-toi, r�veille-toi / L�ve-toi</p><p>/ Assieds-toi / Secoue la terre loin de toi / � Je viens ! // Il monte au ciel comme les faucons / Ses plumes sont comme celles des oies / Il s��lance au ciel comme la sauterelle / Il s�envole loin de vous, hommes / Il n�est plus sur la terre / Il est au ciel / Aupr�s de ses fr�res les dieux ! / Le ciel parle /</p><p>La terre tremble / Le ciel r�sonne / La terre g�mit / C�est Horus qui vient / O</p><p>R�, ton fils vient � toi // Les portes du ciel s�ouvrent devant toi / Les portes de l�eau fra�che s��cartent devant toi</p><p>/ Tu trouves R� debout / Il te prend par la main / Il te conduit dans les deux demeures divines du ciel //...</p><p>Il trouve les dieux debout / Drap�s dans leurs v�tements / Leurs sandales blanches aux pieds / Ils jettent leurs sandales blanches / Ils enl�vent leurs v�tements : / Notre coeur n�a pas connu la joie avant ton arriv�e. // J��tends le bras vers les hommes / Les dieux viennent � moi en s�inclinant / De ton �clat, � R�, je me suis fait des degr�s sous mes pieds // � � Orgueil du dieu royal. Admirable pouvoir suggestif des rythmes et des images !</p><p>Religion et royaut� sont indissolublement li�es dans le syst�me pharaonique. Le culte du Soleil, R�, prenant alors (depuis H�liopolis, son centre principal, � quelques kilom�tres au nord de Memphis) une grande extension, le cinqui�me �l�ment de la titulature royale, � partir de Khephren, est le nom de � fils de R� �, inclus dans un</p><p>� cartouche � (en �gyptien shenou, d�un mot signifiant � encercler � ; symbole graphique de la souverainet� du roi sur � tout ce qu�encercle le Soleil �) ; l�alliance se resserre sous la Ve dynastie, dont les trois premiers souverains, selon la l�gende, seraient les fils charnels de R� et de la femme d�un de ses pr�tres. L�Horus � se solarise �.</p><p>Le monde de la vall�e la</p><p>politique int�rieure</p><p>Autour du dieu-roi se groupent la vie de l��tat (administration et clerg�) et celle des hommes (soci�t� hi�rarchis�e).</p><p>L�essentiel du pouvoir temporel est de � commander � et de � juger �. Le roi peut exercer publiquement cette double fonction, en donnant audience, assis sur son tr�ne, devant la porte de son palais. Mais c�est naturellement par l�interm�diaire de l�administration qu�il gouverne r�ellement. � ce pays, en plein d�veloppement, l�administration thinite ne pouvait plus suffire.</p><p>� partir de Snefrou (1er roi de la IVe dynastie), un vizir (tjaty), cr�ature royale, ma�tre de l�ex�cutif, a la responsabilit� de l�administration centrale. Il est assist� de � directeurs de missions �, qui assurent une liaison</p><p>constante avec l�administration provinciale ; il est aussi le chef de la justice et le directeur des archives royales ; il pr�side �galement deux des plus importants services de l��tat, l�agriculture et le tr�sor.</p><p>Le nombre des fonctionnaires dans chaque � maison � est consid�rablement accru : chefs, sous-chefs, directeurs adjoints. Une importante classe de scribes se d�veloppe : r�dacteurs fins lettr�s, calame en main, papyrus d�roul� sur les genoux, oeil attentif, ils sont initi�s � tous les secrets de l��tat et apportent leur concours indispensable � toute la machine administrative. Ces conseils d�un p�re � son fils t�moignent de leur importance :</p><p>� Vois, il n�y a aucun m�tier qui ne soit sans un ma�tre, except� celui du scribe ; il est son ma�tre [...]. Le scribe est d�livr� des travaux manuels ; il est celui qui commande [...]. Sois scribe pour que tes membres soient lisses et que tes mains deviennent douces, pour que, v�tu de blanc, tu puisses sortir magnifi� et que les courtisans te saluent. � Parmi eux pouvait �tre choisi le vizir, du moins apr�s la IVe dynastie (au d�but, les vizirs �taient fils royaux).</p><p>Les cadres de l�administration provinciale ne furent pas modifi�s, mais les monarques (ceux de Haute-�gypte, les plus �loign�s de la capitale, notamment) tendirent � une ind�pendance de plus en plus grande : on en verra les cons�quences d�sastreuses � la fin de la VIe dynastie.</p><p>Servir le roi-dieu �tant un devoir, les fonctionnaires sont, � l��poque archa�que, simplement nourris. Puis la confusion se faisant entre ce service � personnel � et celui de l��tat, les serviteurs du royaume sont pourvus de salaires, de distinctions honorifiques : promotions, peu � peu cumul de charges (autre fait dangereux), dotations fun�raires royales (terrains, st�les, sarcophages), etc. � Je sollicitai de la Majest� du ma�tre que l�on me rapport�t de Tourah (carri�res de calcaire, en face de Memphis) un sarcophage de calcaire. Sa Majest� accorda qu�un chancelier divin embarqu�t, avec une troupe de marins plac�e sous son autorit�, pour rapporter de Tourah ce sarcophage � mon intention. Et il le</p><p>rapporta, dans un grand navire royal, avec son couvercle, et une fausse porte, et une table d�offrandes. Jamais on n�avait accompli pareille chose pour aucun serviteur ; mais c�est que j��tais excellent pour le coeur de S. M., j��tais agr�able au coeur de S. M., c�est que S. M. m�aimait. � (Biographie d�Ouni ; downloadModeText.vue.download 57 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>594</p><p>r�gne de Pepi Ier, VIe dynastie.) Le fa-voritisme �tait n�. Vienne un souverain faible...</p><p>Si le roi incarne l�omnipotence de l��tat, dieu, il est aussi le sup�rieur naturel de tout clerg� : il dispose absolument du pouvoir spirituel.</p><p>C�est lui le constructeur de tous les temples des dieux ; il est seul officiant sur tous les bas-reliefs. Pour chaque culte, il d�l�gue ses pouvoirs � un grand pr�tre ; celui-ci est le repr�sentant du roi, qui le nomme ; ce sont les fils m�mes du souverain qui exercent souvent cette fonction dans les sanctuaires importants (celui de Ptah � Memphis, celui de R� � H�liopolis) ; en province, ce sont fr�quemment les monarques.</p><p>Le grand pr�tre officie au nom du roi ; il est aussi administrateur des biens du temple : si le souverain veut favoriser un dieu, il fait notamment don de terres, qui accroissent le domaine sacerdotal et le pouvoir temporel du grand pr�tre, que sa richesse m�me pourrait inciter � quelque ind�pendance. Cette fusion �tat-clerg�, temporel-spirituel, peut donc, progressivement, entra�ner un danger politique.</p><p>Le roi, instance sup�rieure de tout �l�ment directeur du pays, est le chef d�une soci�t� de type f�odal. Imm�-</p><p>diatement autour du souverain, en son palais de Memphis, vit une cour de parents et de hauts fonctionnaires choisis par lui (� gens royale � selon A. Moret) ; les dignitaires provinciaux viennent rejoindre en leur vieillesse cette cour, � laquelle aspire tout fonctionnaire. Au-del�, hors de l�attirance</p><p>directe du palais, le reste de la population, citadins, agriculteurs, artisans, ouvriers, travaille pour le roi, la cour et les temples. Pas d�esclavage, mais des tenanciers libres, ou des corv�ables, ou des serviteurs qui pouvaient �tre vendus ou lou�s, mais qui pouvaient aussi d�tenir des biens et en disposer � leur gr�.</p><p>De cette soci�t�, la famille est la cellule essentielle : autorit� paternelle (jusqu�� la majorit� des enfants), droit d�a�nesse, ind�pendance juridique de la femme en sont les principaux ressorts l�gaux. Le droit, respect�, de chacun n�emp�che pas la coh�sion familiale.</p><p>� Prends femme tandis que tu es jeune encore, afin qu�elle puisse te donner des fils, car un homme est consid�r� en proportion du nombre de ses enfants</p><p>[...]. Fonde un foyer et aime ta femme dans la maison, ainsi qu�il convient, nourris-la, habille-la, le parfum est un rem�de pour son corps. Rends son coeur joyeux, aussi longtemps qu�elle vit ; elle est un champ fertile pour son seigneur. � � Les fils sont � un b�ton pour le grand �ge �. (Sagesse de Ptahhotep, vizir du roi Isesi, Ve dynastie.) La vie en soci�t� rel�ve d�une morale id�aliste, d�un humanisme profond, n� sur les rives du Nil. Trois mille ans avant les �vangiles, une morale purement la�que (un vizir en son grand �ge transmet � son fils des conseils, fruits de son exp�rience) propose les grands principes de charit�, d�humilit�, d�amour, de justice, de concorde et de paix : � Si tu es devenu un grand apr�s avoir �t� petit, si tu as acquis de la richesse apr�s avoir connu le besoin dans la ville, n�oublie pas les temps anciens. Ne sois pas avare de tes richesses, qui te sont venues comme un don du dieu. Ne sois pas orgueil-leux de ce que tu sais et ne te fie pas au fait que tu es un homme savant.</p><p>Prends conseil de l�ignorant comme du sage, car les limites de la science ne peuvent �tre atteintes [...]. Une parole heureuse est plus cach�e que la pr�-</p><p>cieuse pierre verte, et on peut la trouver chez les servantes pench�es sur la pierre � moudre. Ce ne sont pas les dispositions des hommes qui se r�alisent, mais bien le dessein du dieu. La v�rit� est bonne, et sa valeur est durable [...]</p><p>elle est comme un droit chemin devant l�homme, qui ne sait pas ; l�aventure du mal n�a jamais conduit � aucun port. Ne mets pas la crainte chez les hommes, ou le dieu te combattra de m�me. Car si quelqu�un pr�tend employer la violence pour gagner sa vie, le dieu lui �tera le pain de la bouche ; s�il le fait pour s�enrichir, le dieu lui dira : � Je retirerai � de toi cette richesse � ; si c�est pour battre les autres, le dieu en fin de compte le r�duira � l�impuissance. Ne mets pas la crainte devant les hommes, car telle est la volont� du dieu. Pr�serve-leur la vie dans la paix et tu obtiendras qu�ils te donnent volontiers ce que tu serais oblig� de leur prendre par la menace [...]. Que l�amour que tu ressens passe dans le coeur de ceux qui t�aiment, fais que les hommes soient aimants et ob�issants. �</p><p>(Ptahhotep.) La mis�ricorde est fait banal en �gypte ancienne, avec cette profession de foi ind�finiment r�p�t�e :</p><p>� J�ai donn� du pain � celui qui avait faim, j�ai donn� de l�eau � celui qui avait soif, j�ai donn� des v�tements � celui qui �tait nu... � Soci�t� nouvelle, mais civilisation d�j� vieille et raffin�e.</p><p>Les pays �trangers</p><p>(khasout) la politique</p><p>ext�rieure</p><p>Pays jouxtant l�Asie, tendu de</p><p>l�Afrique � la future Europe, l��gypte de l�Ancien Empire n�avait pas de fronti�res politiques, mais des fronti�res naturelles : la mer M�diterran�e, une zone de d�serts � l�est et � l�ouest, les cataractes du Nil au sud (peu � peu franchies).</p><p>La civilisation imp�riale (mais non encore imp�rialiste) a une double vocation, comme ses terres : l�agriculture, la plus ancienne, mais aussi le commerce et les �changes, vers lesquels l�attirent les villes de la c�te depuis les d�buts de l�histoire.</p><p>L�arm�e, form�e alors de milices locales recrut�es selon les besoins par les monarques et plac�es sous leur contr�le (mis � part le petit corps de police permanent directement rattach� � l�autorit� royale), �tait un moyen d�exp�ditions commerciales beaucoup plus que de conqu�tes : infanterie essentiellement, arm�e de la fronde et de</p><p>l�arc.</p><p>Pour les rois de l�Ancien Empire, qui voulaient seulement accro�tre leurs ressources par le commerce, trois directions essentielles :</p><p>� Vers le sud, la Nubie, en qu�te d�or et de pierres pr�cieuses, de plumes d�autruche, d�ivoire et d��b�ne ; sous le roi Djer (Ire dynastie), il semble que des exp�ditions �gyptiennes aient atteint la deuxi�me cataracte (Ouadi-Halfa) ; le long des pistes, des graffiti t�moignent de ces marches. Sous la Ve dynastie, ce point fut m�me d�pass� ;</p><p>� � l�est, vers le Sina� et le pays de Pount (Somalie) par la mer Rouge ; le roi Snefrou (IVe dynastie), le premier, semble-t-il, envoya d�importantes missions royales vers les mines de cuivre.</p><p>Des allusions, dans les textes, � des ex-p�ditions vers Pount, riche en produits pr�cieux : myrrhe, �lectrum, encens ;</p><p>� Au nord-est, il semble que, d�s la Ve dynastie, Byblos, le grand port ph�nicien, reconnut la suzerainet� de l��gypte ; le roi Ounas est repr�sent� en effet, dans le temple de la ville, embrass� par la � Dame de Byblos �, figur�e comme une d�esse Hathor ; et le plus ancien acte de Byblos connu est �crit en hi�roglyphes. Cette intervention est �videmment dict�e par des motifs �conomiques (assurer un d�-</p><p>bouch� pr�cieux aux villes du Delta), certainement plus importants encore, � cette �poque, que l�int�r�t militaire et politique qu�avait l��gypte � surveiller ses acc�s asiatiques. Il semble que la Ve dynastie ait �galement �tendu le protectorat pharaonique sur l�int�rieur du pays ; les bas-reliefs de la tombe d�Inti � Dechacheh content l�exp�dition qui amena la prise de la ville de Nedia sur le territoire de la future Palestine (la Palestine existe � partir de la XIXe dynastie �gyptienne [Nouvel Empire]) : une garnison �gyptienne y fut vraisemblablement install�e pour assurer la garde de l�importante voie commerciale qui reliait la c�te � syrienne � � la mer Rouge et � l�Arabie.</p><p>Il faut noter qu�Inti avait avec lui des alli�s b�douins : ce qui semblerait prouver que les r�gions limitrophes de l��gypte, du c�t� de l�Arabie, vivaient</p><p>d�j� sous une sorte de protectorat �gyptien.</p><p>Il est �galement vraisemblable que les �gyptiens, � la fin de l�Ancien Empire, ont �t� en rapport avec la Cr�te par l�interm�diaire de Byblos.</p><p>Ces diverses op�rations rel�vent moins d�une politique concert�e de conqu�tes que de la mise en place d�une �conomie d��tat et de la protection de ses int�r�ts. Mais les directions de la politique ext�rieure traditionnelle de l��gypte sont donn�es.</p><p>Le d�clin de l�Ancien</p><p>Empire (jusqu�en 2263)</p><p>Le d�but de la VIe dynastie (r�gnes de Teti, de Pepi Ier) demeure dans la tradition. Pepi Ier (cinquante ans de r�gne) semble avoir �t� un souverain �nergique et un grand b�tisseur. Son fils a�n�, Merenr�, �tant mort cinq ans apr�s son accession au tr�ne, le fr�re cadet, Pepi II, lui succ�de vers 2370 : le souverain a alors six ans et il va r�gner quatre-vingt-dix ans (c�est le plus long r�gne connu de l�histoire). D�s lors, tous les �l�ments en puissance susceptibles de saper l�institution pharaonique se pr�cisent ; le trop long r�gne de Pepi II, souverain faible, pr�cipite la d�cadence.</p><p>Les cadres de l��tat sont peu �</p><p>peu accapar�s par une oligarchie qui va �touffer le syst�me monarchique ; gouverneurs de province et dignitaires m�nent les affaires d�une mani�re de plus en plus consciente et d�cid�e, ont leur cour personnelle et sont combl�s d�honneurs. � Ouni, d�j� charg� de dignit�s palatines, religieuses et judiciaires, est confi� le pouvoir militaire supr�me, puis la charge nouvelle de</p><p>� gouverneur du Sud � (dernier soubre-saut du pouvoir royal : le roi donne � un dignitaire favori le soin de surveiller les administrateurs provinciaux �loign�s). Terme de l��volution : la fonc-downloadModeText.vue.download 58 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>595</p><p>tion devient h�r�ditaire, consacrant</p><p>l�ambition de grandes familles.</p><p>� cela s�ajoutent des forces d�opposition venues des classes les plus humbles : de larges couches populaires pr�tendent aux richesses et � la propri�t�, et engendrent � la fin de la VIe dynastie une r�volution sociale.</p><p>Crise politique, crise �conomique, crise morale aussi de l�homme isol�, angoiss�, priv� soudain de la s�curit� des habitudes sociales traditionnelles � � Voyez, celui qui ne pouvait construire pour lui une barque est propri�taire de bateaux, celui qui en avait les regarde : ils ne sont plus � lui.</p><p>Voyez, celui qui ignorait la cithare poss�de une harpe. Voyez, la femme qui mirait son visage dans l�eau poss�de un miroir de bronze. Toute bonne chose a disparu ; il ne reste pas le noir de l�ongle. La terre tourne comme le tour du potier. � (Lamentations d�Ipou-our.) C�est une double prise de</p><p>conscience : historique, individuelle.</p><p>Et la nostalgie du royaume tranquille et de la vie d�autrefois rena�t : � Cela est bon quand les navires remontent le courant. Cela est bon quand le filet est tendu et les oiseaux soudain pris. Cela est bon quand les mains des hommes �l�vent des pyramides, et creusent des �tangs, et plantent des arbres pour les dieux. Cela est bon quand les hommes sont ivres et quand ils boivent le coeur joyeux. Cela est bon quand la joie est dans chaque bouche et que les chefs des nomes, de leurs maisons, contemplent ces r�jouissances, v�tus de fine �toffe. � (Lamentations d�Ipou-our.) Apr�s les troubles de la premi�re p�-</p><p>riode interm�diaire, des rois viendront du sud, et la monarchie rena�tra avec le Moyen Empire.</p><p>C. L.</p><p>&#x25B6; �gypte / Moyen Empire / Nouvel Empire.</p><p>B G. Steindorff, Die �gyptischen Gaue und ihre politische Entwicklung (Leipzig, 1900). /</p><p>A. Moret, Du caract�re religieux de la royaut� pharaonique (Leroux, 1903) ; le Nil et la civilisation �gyptienne (La Renaissance du livre, coll.</p><p>� �vol. de l�Humanit� �, 1926). / J. H. Breasted, Ancient Records of Egypt. Historical Documents, t. I (Chicago, 1906). / L. Borchardt, Das Grabdenkmal des K�nigs Sa�hu-reh (Leipzig,</p><p>1910-1913 ; 2 vol.). / A. H. Gardiner, T. E. Peet et J. &#x10C;erny, The Inscriptions of Sinai (Londres, 1917 ; 2e �d., 1952) / P. Montet, Sc�nes de la vie priv�e dans les tombeaux �gyptiens de l�Ancien Empire (Les Belles Lettres, 1925) ; Byblos et l��gypte (P. Geuthner, 1929). / A. Scharff, Die Altert�mer der Vor- und Fr�hzeit �gyptens (Berlin, 1929-1931 ; 2 vol.). / G. A. Reisner, Mycerinus. The Temples of the Third Pyramid at Giza (Cambridge, Mass., 1931). / J. Pirenne, Histoire des institutions et du droit priv� de l�Ancienne �gypte (Bruxelles, 1932-1935 ; 3 vol.) ; Histoire de la civilisation de l��gypte ancienne, t. I (La Baconni�re, Neuch�tel, 1961).</p><p>/ J.-Ph. Lauer, Fouilles � Saqqarah : la pyramide � degr�s (Leroux, 1936 ; 2 vol.) ; le Probl�me des pyramides d��gypte (Payot, 1948). /</p><p>E. Drioton et J. Vandier, l��gypte (P. U. F., coll.</p><p>� Clio �, 1938 ; 4e �d., 1962). / H. Jacobsohn, Die dogmatische Stellung des K�nigs in der Theologie der alten �gypter (Gl�ckstadt, 1939).</p><p>/ T. S�ve-S�derbergh, �gypten und Nubien (Lund, 1941). / I. F. S. Edwards, The Pyramids of Egypt (Harmondsworth, 1947 ; trad. fr. les Pyramides d��gypte, le Livre de poche, 1967).</p><p>/ H. Frankfort, Kingship and the Gods (Chicago, 1948 ; 6e �d., 1969 ; trad. fr. la Royaut� des Dieux, Payot, 1951). / W. C. Hayes, The Scepter of Egypt, t. I : From the Earliest Times to the End of Middle Kingdom (New York, 1953). /</p><p>J. Vercoutter, �gyptiens et Pr�hell�nes (A. Maisonneuve, 1954) ; � Das alte Reich �, in Asche-rweltgeschichte, t. I (Francfort-sur-le-Main, 1965). / J. Yoyotte, � l��gypte �, dans Histoire universelle, t. I (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1956). / Z. Zaba, les Maximes de Ptahhotep (Prague, 1956). / G. Posener, S. Saune-ron et J. Yoyotte, Dictionnaire de la civilisation �gyptienne (Hazan, 1959). / C. Aldred, Egypt to the End of the Old Kingdom (Londres, 1965).</p><p>Anciens et</p><p>des Modernes</p><p>(querelle des)</p><p>Pol�mique de litt�rature et d�esth�tique qui se poursuit en France pendant une partie du XVIIe et du XVIIIe s. La querelle des Anciens et des Modernes avait pour th�me central un jugement de l�Antiquit� gr�co-latine par comparaison avec la France de Louis XIV, principalement en litt�rature, accessoirement dans d�autres domaines de l�art et de la pens�e. Ont �t� dits � Modernes �</p><p>ceux qui contestaient que les auteurs de l�Antiquit� fussent in�gal�s. Les � Anciens � furent ceux que cette opinion</p><p>scandalisa.</p><p>Les limites de la querelle</p><p>Son �volution</p><p>Si l�on prenait en consid�ration tous les textes relatifs � un tel jugement par comparaison, on pourrait dire que la querelle dure deux si�cles ; Pascal et Chateaubriand seraient des Modernes.</p><p>Mais la querelle est d�finie aussi par l�antagonisme marqu� de deux camps, qui luttent d�influence � l�Acad�mie et dans le monde. D�ailleurs, le parall�le entre les Temps modernes et l�Antiquit�, s�il fournit au d�bat litt�raire son motif central, est loin de l��puiser. Enfin, les Modernes sont toujours pris � partie, ouvertement ou non, en tant qu�auteurs. Leurs productions indignent leurs adversaires au moins autant que leurs opinions. La querelle ainsi entendue dure une cinquantaine d�ann�es, des environs de 1675 aux environs de 1725 ; encore ces limites sont-elles arbitraires dans l��tat actuel des connaissances, qui ne permet pas de dire quand l�opposition entre Anciens et Modernes a cess� d��tre significative pour les contemporains.</p><p>Au fil des ans, la querelle a chang� de visage ; les Anciens perdent un � un leurs appuis les plus prestigieux, les plus grandes figures de l��ge classique, Racine, La Fontaine, La Bruy�re, Bossuet ; Boileau, leur chef, une fois mort, des po�tes comme Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741) ou Louis Racine (1692-1763), une �rudite comme Mme Dacier (1647-1720), un journaliste comme l�abb� Pierre Desfontaines (1685-1745) ne sauraient remplir dignement leur place. L�audience des Modernes s�agrandit au contraire.</p><p>Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), �lu � l�Acad�mie en 1710, est plus que Charles Perrault (1628-1703) un auteur � succ�s. La caution de Fontenelle vaut plus en 1720 qu�en 1690.</p><p>Les changements dans le cadre social de la vie litt�raire semblent jouer aussi en faveur des Modernes. C�est au caf� que La Motte tient s�ance tous les jours. Le salon de Mme de Lambert et surtout celui de Mme de Tencin sont actifs en faveur du parti moderne.</p><p>L��pisode central</p><p>(1687-1694)</p><p>� l�Acad�mie, le 27 janvier 1687, Boileau se scandalise publiquement en �coutant lire un po�me de Ch. Perrault, le Si�cle de Louis le Grand, o� les contemporains sont mis au-dessus des gloires antiques. Les �crits pol�miques se succ�dent pendant sept ans, allant de l��pigramme au trait�. Des �clats se produisent, en 1693 notamment, lors de la r�ception de La Bruy�re � l�Acad�mie : les Modernes voient dans son discours de remerciement un affront pour eux autant qu�un outrage � la m�moire du Grand Corneille, dont la cause posthume se trouve largement li�e � la leur (il y a � cela plusieurs raisons, dont la plus apparente, mais non la plus int�ressante, est que Thomas, le fr�re du Grand Corneille, et Fontenelle, son neveu, sont parmi les premiers du parti). Entre Perrault et Boileau une r�conciliation de pure forme a lieu en ao�t 1694, sous les auspices du Grand Arnauld. La querelle devient moins voyante.</p><p>Les d�bats annexes</p><p>La querelle du merveilleux</p><p>Depuis le milieu du si�cle, on a renouvel� l��pop�e en puisant sa mati�re dans l�histoire des temps chr�tiens et en substituant les miracles (le merveilleux chr�tien) aux prodiges de la tradition �pique. C��tait � la fois s�affranchir de l�imitation des Anciens et alarmer une certaine pi�t�. Jean Des-marets de Saint-Sorlin (1595-1676) r��dite son Clovis (1673) avec une pr�-</p><p>face qui retourne contre ses d�tracteurs le grief d�impi�t�. Boileau se saisit de la question et remanie en cons�quence le chant III de son Art po�tique, qui est pr�s de para�tre.</p><p>La querelle de l�harmonie</p><p>Elle para�t prendre forme vers 1709, date d�un Discours de La Motte sur la po�sie. Les Modernes, au nom de la raison, proclament la sup�riorit� de la prose sur la po�sie, le pouvoir expressif des sons et du nombre �tant ni� ou d�pr�ci�. Long d�bat qui int�ressera particuli�rement le th��tre : possibilit� d�une trag�die en prose, pr��minence de la repr�sentation sur le texte</p><p>th��tral.</p><p>La querelle d�Hom�re</p><p>En 1714, La Motte, qui ignore le grec, publie une Iliade en vers fran-</p><p>�ais, r�duite de vingt-quatre � douze chants et purg�e de la grossi�ret� des premiers �ges. Riposte tr�s pol�mique downloadModeText.vue.download 59 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>596</p><p>de Mme Dacier, savante traductrice d�Hom�re. Par contraste, la courtoisie que La Motte met dans sa r�plique est remarqu�e.</p><p>La querelle n�ologique</p><p>Sous le nom de n�ologie, les Anciens attaquent dans les ann�es 20 les audaces de style qui perp�tuaient chez La Motte, Fontenelle et leurs amis une vari�t� de pr�ciosit� ; Marivaux est une de leur cibles, qui ne craint pas d�affirmer que des pens�es neuves demandent un langage nouveau.</p><p>Int�r�t historique</p><p>de la querelle</p><p>On s�accorde � penser que le motif central de la querelle est le type du probl�me mal pos�. L�int�r�t historique de la querelle tient d�abord � ce qu�elle d�note la fragilit� interne de la doctrine classique. Celle-ci ne pouvait pas concilier longtemps une inspiration rationaliste avec la v�n�ration des Anciens. Ensuite, la querelle fait apercevoir une dualit� id�ologique profonde, car aux oppositions d�ordre litt�raire qui ont fourni leur �tiquette aux deux partis, on en voit s�ajouter de diff�rents ordres, qui se superposent aux premi�res. Intellectuellement, les Anciens s�opposent aux Modernes</p><p>comme des humanistes � des scientifiques. Sur le plan philosophique, si un certain rationalisme est commun aux deux partis, les Modernes ont en propre la hardiesse avec laquelle ils critiquent l�autorit� ; et ils formulent l�id�e de progr�s en v�ritables devanciers des philosophes. On remarque aussi que si les Anciens sont des car-</p><p>t�siens, leurs adversaires sont sensibles � l�influence de Malebranche. En religion, co�ncidence � peu pr�s sans faille entre l�appartenance ancienne et des penchants jans�nistes ou du moins gal-licans ; sym�triquement, connivence certaine entre J�suites et Modernes. Du point de vue moral, les Anciens ont le go�t du s�rieux et se scandalisent volontiers. L�enjouement, la mondanit�, l�indulgence, la courtoisie � l��gard de l�adversaire sont des valeurs dont les Modernes sont unanimes � se r�clamer. Celles-ci sont bien illustr�es par le Mercure galant, mensuel litt�raire � l�usage des gens du monde, qui appartient au parti moderne. � l��gard des femmes, l�opposition des deux partis fut aussi significative. Les Modernes furent leurs partisans d�cid�s. Derri�re un � art po�tique � se profilait une certaine id�e de l�homme.</p><p>J.-P. K.</p><p>B A. Adam, Histoire de la litt�rature fran-</p><p>�aise au XVIIe s. (Domat, 1949-1956 ; 5 vol.). /</p><p>F. Deloffre, Marivaux et le marivaudage (Les Belles Lettres, 1955). / R. Bray, la Formation de la doctrine classique en France (Nizet, 1956). /</p><p>P. Clarac, Boileau (Hatier, 1965).</p><p>Andalousie</p><p>En esp. ANDALUC�A, r�gion de l�Espagne m�ridionale.</p><p>L�Andalousie est un ensemble de</p><p>huit provinces (Almer�a, Cadix, Cordoue, Grenade, Huelva, Ja�n, M�laga et S�ville ; 87 000 km 2 ; 5 971 000 hab.</p><p>[Andalous]), dou� d�une forte originalit�. Tous les voyageurs ont d�crit ses paysages riants, la douceur de son climat, les splendeurs de son pass� prestigieux, la chaleur de son peuple, dont les chants et les danses ont conquis une place de choix dans le folklore mondial. Pourtant, si enchanteresse qu�elle paraisse, cette r�gion est l�une des plus pauvres d�Espagne : une masse mis�-</p><p>rable de journaliers agricoles se dispute le travail de la terre, qui appartient � une minorit� de grands propri�taires ; le ch�mage est chronique ; les gr�ves et les r�voltes jalonnent son histoire.</p><p>Les ensembles</p><p>r�gionaux</p><p>Le bassin du Guadalquivir Vaste d�pression triangulaire s�ouvrant sur l�Atlantique, barr�e au nord par la sombre masse de la sierra Morena et domin�e au sud par les falaises calcaires blanch�tres des premiers contreforts des cordill�res B�tiques, le bassin du Guadalquivir constitue le coeur de l�Andalousie. Les s�diments essentiellement marneux qui s�y sont accumul�s au Tertiaire ont �t� model�s en un fouillis de collines que dominent la Loma d�Ubeda � l�est et les Alcores et l�Aljarafe aux abords de S�ville.</p><p>Repouss� vers le nord, le Guadalquivir �tale sur sa rive gauche des niveaux de terrasses �tag�es. L�ouverture sur l�Atlantique facilite la p�n�tration des influences oc�aniques : si l��t� est sec et torride (maximums sup�rieurs � 45 �C), pendant le ti�de hiver les perturbations remontent la vall�e et d�versent des pluies non n�gligeables (600 mm dans la r�gion cordouane).</p><p>Aussi, la mise en valeur de cette r�gion fut-elle pr�coce. D�s l��poque romaine, les traits essentiels de la vie rurale �taient acquis : bl� et olivier se partageaient le sol. L�olivier occupe les sols bien drain�s (terrasses, Alcores, Aljarafe, pi�mont des cordill�res B�tiques), et le bl� les terres lourdes, les plus fertiles. Pr�s de Montilla, les sols calcaires sont plant�s de vigne.</p><p>R�cemment on pratiquait encore le syst�me triennal traditionnel : un an de bl�, un an de jach�re herbeuse, un an de jach�re labour�e, m�me sur les plus riches sols. En effet, la terre, accapar�e par de grands propri�taires (les propri�t�s de plus de 250 ha couvrent plus de 43 p. 100 de la surface du sol dans la province de S�ville), �tait essentiellement destin�e � un �levage extensif de bovins ; les �levages de taureaux de combat sur les basses terres qui bordent le Guadalquivir sont un h�ritage de cette forme d�exploitation, qui continue � dominer dans la sierra Morena, o� pr�s de la moiti� de la surface des grands domaines sont des pacages et des friches. Pourtant, la petite propri�t� n�est pas absente : elle se partage les terres bien cultiv�es et finement parcell�es qui ceinturent les gros villages ; elle contraste avec les immenses pi�ces</p><p>de culture de la campi�a, piquet�e d�haciendas, qui se signalent de loin par la tour de leur ancien pressoir � huile, et de cortijos, regroupant autour d�une cour ferm�e l�habitation et les b�timents d�exploitation.</p><p>Depuis un si�cle, cette agriculture extensive conna�t de profondes mutations. L�olivier a gagn� beaucoup de terres, surtout dans la province de Ja�n, premi�re province ol�icole espagnole, tandis que la r�gion de S�ville se sp�cialisait dans l�olive de table.</p><p>L��levage a c�d� la place � la culture m�canis�e du bl�, dont les rendements ont �t� am�lior�s par l�emploi des engrais (18 � 20 quintaux � l�hectare).</p><p>L�assolement biennal s�est substitu� � l�ancien syst�me : un an de bl�, un an de jach�re cultiv�e (l�gumineuses).</p><p>� c�t� du bl�, la culture du ma�s s�est d�velopp�e. L�irrigation, � laquelle les �leveurs s��taient toujours oppos�s jusqu�� ce qu�ils aient entrevu la rentabilit� de la culture de la betterave, a gagn� les terrasses du Guadalquivir : 145 000 ha sont aujourd�hui arros�s et produisent l�gumes, betterave, luzerne, agrumes et coton. Cette derni�re culture s�est en effet consid�rablement d�velopp�e apr�s 1950, gr�ce � la protection douani�re dont on l�a entour�e, tant sur les terres irrigu�es que sur les terres s�ches.</p><p>Cependant, ces transformations</p><p>n�ont pas sensiblement modifi� les conditions d�existence de la masse des journaliers, qui, entass�s dans de gros villages d�passant couramment 10 000 habitants, se r�unissaient chaque matin sur la place dans l�espoir d��tre embauch�s � la t�che par les r�gisseurs des grands domaines. Si leur sort s�est am�lior�, c�est gr�ce � l��migration vers Madrid et plus encore vers la France, la Belgique et l�Allemagne f�d�rale.</p><p>Beaucoup ont quitt� la campagne</p><p>pour gagner les villes, o� le march� de l�emploi n�est pas toujours � la mesure de leurs espoirs. Il en est r�-</p><p>sult� un rapide accroissement urbain : Ja�n (78 000 hab.) est un gros march� rural et un centre administratif ; Cordoue* (236 000 hab.) et S�ville*</p><p>(548 000 hab.) sont devenues d�impor-</p><p>tants centres industriels. Le � plan de Ja�n � a favoris� l�industrialisation de Linares (60 000 hab.) et de La Caro-lina, qui, au d�bouch� du d�fil� de Despe�aperros, b�n�ficient d�importantes mines de plomb et ont �t� dot�es d�usines chimiques et d�ateliers de constructions m�caniques. Le centre minier de Pe�arroya, dont la production houill�re a fortement diminu�, fait vivre 24 000 habitants gr�ce � ses usines m�tallurgiques et chimiques, en cours de modernisation.</p><p>La fa�ade atlantique</p><p>� l�aval de S�ville, le Guadalquivir s�oriente vers le sud et p�n�tre dans une vaste plaine mar�cageuse, les Marismas, qui, � l��poque romaine, constituaient encore une lagune, progressivement colmat�e depuis, � l�abri du cordon de dunes d�Arenas Gordas.</p><p>Environ 50 000 ha y ont �t� ass�ch�s et mis en culture dans de gigantesques domaines : la production essentielle est celle du riz, qui d�passe aujourd�hui celle de la province de Valence.</p><p>De part et d�autre des Marismas, le paysage des campi�as se prolonge dans le Condado de Niebla au nord et la r�gion gaditane au sud. Toutefois, la vigne y occupe une place importante, surtout aux environs de Jerez de la Frontera, o� les vins de qualit� (x�r�s, sherry) et les eaux-de-vie, vendus en grande partie � l��tranger, sont la source de grands profits.</p><p>La vie littorale est tr�s active : la position strat�gique du golfe de Cadix et du d�troit de Gibraltar a favoris� la croissance de trois ports importants. Huelva, au nord, profite d�un riche arri�re-pays minier : les c�l�bres mines de R�otinto, nationalis�es, et celles de Tharsis, apr�s avoir surtout fourni du cuivre, produisent 2 Mt de pyrite de fer, export�es en grande par-downloadModeText.vue.download 60 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>597</p><p>tie vers toute l�Europe occidentale. Sur les mines se sont fix�es des industries vari�es (fonderies, explosifs, chimie</p><p>lourde, engrais). Mais c�est surtout Huelva (97 000 hab.), d�clar�e p�le de promotion, qui attire les implantations industrielles nouvelles : m�tallurgie, p�trochimie, chimie lourde, cellulose et fibres artificielles.</p><p>Cadix (136 000 hab.), �tablie sur un rocher reli� � la terre par un tombolo, est le point de d�part vers l�Afrique et une escale entre la M�diterran�e et l�Atlantique. Un complexe industriel s�est d�velopp� autour de sa baie, bord�e de vastes salines : constructions navales et a�ronautiques, fabrication d�armes, industries alimentaires.</p><p>Alg�siras, un peu � l��cart der-</p><p>ri�re les massifs gr�seux couverts de ch�nes-li�ge du Campo de Gibraltar, mais bien situ�e au fond d�une large baie � l�extr�mit� orientale du d�troit de Gibraltar, est le premier port de passagers espagnol gr�ce � ses relations quotidiennes avec Tanger et Ceuta.</p><p>Une part notable de ses 80 000 habitants, comme de ceux de La L�nea (60 000 hab.), s�employait � Gibraltar.</p><p>Le conflit avec la Grande-Bretagne � propos de cette base a conduit le gouvernement espagnol � mettre sur pied un plan de d�veloppement industriel pour assurer le r�emploi de la main-d�oeuvre et des ruraux qui abandonnent la terre : une raffinerie de p�trole, d�j� en fonctionnement, et des chantiers navals en sont les premiers �l�ments.</p><p>Modernis�e et industrialis�e, la p�che compl�te les activit�s portuaires d�Alg�siras, de Cadix, de Huelva et anime les petits ports d�Ayamonte, d�Isla Cristina et de Barbate de Franco.</p><p>Enfin, depuis quelques ann�es, cette c�te est gagn�e par le tourisme, qui fait se multiplier les h�tels et villas le long des magnifiques plages de sable.</p><p>Les cordill�res B�tiques</p><p>�difi�es par de vigoureux plissements en plusieurs �tapes � l��re tertiaire, les cordill�res B�tiques, plus qu�une barri�re continue, sont un ensemble de massifs aux formes lourdes, juxtapos�s suivant une direction dominante S.-O.-N.-E. Un chapelet de bassins et de couloirs (Ronda, Antequera, Grenade, Guadix, Baza) y dessine un sillon s�parant deux cha�nes parall�les. Celle</p><p>du Sud, plus continue et plus �lev�e, porte le point culminant de la p�ninsule (3 478 m dans la sierra Nevada). Celle du Nord (les cordill�res subb�tiques) est coup�e d�ensellements transversaux parfois si larges (nord-ouest d�Antequera) que la montagne est repouss�e � l�horizon de v�ritables plaines. Aussi, le paysage des campagnes du bassin du Guadalquivir p�n�tre-t-il jusqu�au coeur des cordill�res : c�r�ales et olivier ont gagn� toutes les terres qui ne sont pas trop accident�es, l�olivier tendant � se d�velopper aux d�pens du bl�.</p><p>La s�cheresse plus marqu�e, � l�abri des montagnes, a oblig� tr�s t�t � irriguer. Aliment�e par les eaux de fonte des neiges de la sierra Nevada, la vega de Grenade est le plus vaste ensemble irrigu� : betterave, tabac, chanvre, lin, ma�s, f�ves, pommes de terre et peupliers en rangs serr�s forment au coeur de l��t� une immense tache de verdure de 44 000 ha au milieu des collines br�l�es par le soleil. Des barrages r�cemment construits sur les affluents du Genil ont permis d�arroser dans la m�me r�gion 10 000 ha de terres de secano (culture s�che), sur lesquelles les rendements sont am�lior�s et les cultures diversifi�es.</p><p>Les montagnes offrent leurs p�turages aux ovins et aux caprins ; certaines sont couvertes de beaux man-teaux forestiers (sierra de Cazorla), que l�Administration cherche � �tendre par une pers�v�rante politique de reboisement.</p><p>La population se concentre dans les vegas des bassins int�rieurs, alors que les montagnes ne cessent de se vider par l��migration. Les petites villes, �clatantes de blancheur, serr�es autour de leurs vieux ch�teaux, vestiges de la longue lutte entre chr�tiens et maures, ne sont que des march�s ruraux, anim�s parfois par des industries alimentaires : Antequera (42 000 hab.), Ronda (28 000 hab.), Priego de C�rdoba (25 000 hab.) et Loja (25 000 hab.) sont les plus importantes. La seule grande ville, Grenade* (190 000 hab.), doit sa fortune � des facteurs historiques plus que g�ographiques : de sa fonction de capitale du royaume arabe d�Espagne, elle a h�rit� son rayonnement r�gional et surtout un patrimoine arch�ologique</p><p>de tr�s grande valeur. Si son r�veil date de l�implantation de la culture de la betterave � sucre dans sa vega au d�but du si�cle (la v�a Col�n fut construite avec les fortunes sucri�res), son essor est avant tout li� au tourisme et � ses fonctions administratives, commerciales et intellectuelles. En revanche, les activit�s industrielles manquent de dynamisme, ce qui limite les possibilit�s d�accueil des ruraux, qui doivent �migrer vers Madrid et Barcelone.</p><p>Aussi, en d�cr�tant, � compter de 1970, Grenade p�le de d�veloppement industriel, les autorit�s entendent asseoir sur des bases plus solides la croissance de la ville.</p><p>L�Andalousie des steppes</p><p>� l�est de Grenade, l�aridit� augmente : les hauts bassins de Guadix et de Baza, les corridors du Nacimiento et d�Almanzora ainsi que la c�te d�Almer�a sont les r�gions les plus s�ches de l�Espagne (113 mm de pluies par an au Cabo de Gata). La v�g�tation naturelle se r�duit � une steppe x�rophytique, et les reliefs d�charn�s dominant de vastes glacis d��rosion pr�sentent un authentique cachet d�sertique.</p><p>Les hauts bassins int�rieurs sont vou�s � la culture extensive du bl� dur sur de tr�s grandes propri�t�s ; les ja-ch�res et les maigres pacages sont parcourus par des troupeaux d�ovins et de caprins. Dans la province d�Almer�a, la surface cultiv�e n�occupe que le quart du sol et est, pour l�essentiel, un secano � tr�s faible rendement, o� l�orge doit alterner avec une jach�re de deux ans.</p><p>La population se concentre dans les p�rim�tres irrigu�s, qui font figure de v�ritables oasis et o� le raisin est une sp�cialit� d�j� ancienne pr�s d�Almer�a. Mais d�autres cultures tendent � se d�velopper : les orangers et surtout l�horticulture suivant la technique originale de culture sous le sable, qui h�te la production et permet la vente comme primeurs � des prix �lev�s sur le march� europ�en. Ces cultures gagnent toute la c�te entre Almer�a et Motril.</p><p>Les montagnes sont vides en dehors de quelques petits centres miniers, o� l�on extrait du fer (Alquife) et du plomb. La production est export�e par</p><p>Almer�a (115 000 hab.), qui, au fond d�un large golfe, dresse son vieux ch�teau arabe sur les contreforts de la sierra de G�dor. Centre commercial et administratif, cette ville conna�t depuis quelques ann�es un certain d�veloppement industriel. Son climat lumineux et ses paysages arides ont attir� l�industrie cin�matographique et le tourisme.</p><p>L�Andalousie de la M�diterran�e</p><p>Le rameau m�ridional des cordill�res B�tiques isole en bordure de la M�diterran�e une frange c�ti�re bien prot�-</p><p>g�e des vents frais et pluvieux en hiver et temp�r�e en �t� par la mer : c�est la Costa del Sol. Les montagnes y sont lac�r�es par des rivi�res torrentielles, qui construisent � leur d�bouch� dans la mer des deltas dont la progression s�est acc�l�r�e avec l�exploitation abusive de pentes mal prot�g�es par une maigre v�g�tation. Ces plaines delta�ques, ais�ment irrigables et ti�des en permanence, ont fix� des cultures tropicales : canne � sucre, corossolier, bananier dans les plaines de V�lez M�laga, d�Almu��car et de Motril ; orangers et citronniers dans la Hoya de M�laga, o� la mise en irrigation de 20 000 ha est en cours. Les terres s�ches y sont infiniment vari�es suivant la pente, l�exposition et le sol : c�r�ales, olivier, vigne, amandier et figuier parviennent � s��lever jusqu�� 1 000-1 500 m sur les pentes m�ridionales de la sierra Nevada dans la pittoresque r�gion de l�Alpujarra. Dans les monts de M�laga, le vignoble a acquis une r�putation mondiale par sa production de vins et de raisins secs de qualit�.</p><p>Un trait original de la vie rurale de cette partie de l�Andalousie est la pr�-</p><p>dominance de la petite et de la moyenne propri�t�. Aussi, les contrastes sociaux sont-ils moins accus�s qu�ailleurs, et les petits villages, ainsi que les nombreux petits cortijos isol�s, richement fleuris, respirent une aisance relative, que le r�cent essor touristique explique en grande partie. Les h�tels, les immeubles en copropri�t�, les villas envahissent le littoral et montent � l�assaut des collines, engloutissant les traditionnels petits ports de p�che, dont beaucoup sont des fondations ph�niciennes ou grecques. La fi�vre touris-</p><p>tique a d�abord touch� M�laga et ses abords occidentaux : Torremolinos, de renomm�e mondiale, Fuengirola et Marbella. Elle gagne maintenant vers l�ouest en direction d�Estepona et vers l�est jusqu�� Motril.</p><p>M�laga profite de cet essor : sa population est pass�e � plus de</p><p>374 000 habitants en absorbant des ruraux de toute sa province, attir�s par ses activit�s diverses. Le port exporte les riches produits agricoles de la r�-</p><p>gion et importe les mati�res premi�res pour les industries (petite m�tallurgie, chimie, textile) venues s�ajouter aux traditionnelles industries alimentaires.</p><p>C�est en m�me temps la porte de sortie vers l�Afrique du Nord et une escale pour le cabotage p�ninsulaire. La ville �tend son attraction commerciale jusque dans la haute vall�e du Guadalquivir et est un grand centre administratif. Fond�e par les Ph�niciens sur la colline de Gibralfaro, elle s�est d�velopp�e vers l�ouest, o� elle ne cesse de s��tendre en direction de l�embouchure du Guadalhorce.</p><p>R. L.</p><p>downloadModeText.vue.download 61 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>598</p><p>L�histoire</p><p>de l�Andalousie</p><p>Les origines</p><p>L�Andalousie, o� la l�gende place le jardin des Hesp�rides, est connue depuis des temps tr�s anciens sous le nom de B�tique (� cause du plus grand fleuve qui l�arrose, le B�tis, aujourd�hui Guadalquivir). D�abord peupl�e par les Ib�res, la B�tique est ensuite colonis�e par les Ph�niciens et les Grecs, et occup�e par les Carthaginois. Les Ph�-</p><p>niciens y fondent d�importants comptoirs : Gades (auj. Cadix), Corduba (auj. Cordoue), Malaca (auj. M�laga) et Abdera (auj. Adra). Th��tre de la rivalit� entre Carthage et Rome, cette r�gion est conquise par Scipion l�Africain en 206 av. J.-C. Elle assimile profond�ment la culture romaine ; d�s la fin du Ier s. av. J.-C., les grandes villes</p><p>y ont perdu leur caract�re ph�nicien.</p><p>Cordoue est la patrie de S�n�que et de Lucain ; It�lica, fond�e par Scipion, est le berceau du po�te Silius Italicus et des empereurs Trajan et Hadrien. La B�tique est � cette �poque le grenier de Rome. En 409, une invasion nordique permet aux Vandales d�occuper la r�gion, qui devient l�Andaluc�a (nom d�origine incertaine). En 415 se cr�e un important royaume wisigoth en Espagne, tandis que les Byzantins s�installent dans une partie de l�Andalousie.</p><p>La colonisation arabe</p><p>En 711 le Berb�re &#x1E6C;&#x101;riq ibn Ziy&#x101;d bat le dernier roi des Goths, Rodrigue, pr�s du Guadalete (ou dans la lagune de La Janda, selon d�autres sources) ; la r�gion passe ainsi aux mains des Arabes, de m�me que l�Espagne tout enti�re sept ans plus tard. Cordoue devient la capitale d�un �mirat, puis d�un califat extr�mement important et l�un des centres les plus brillants de la culture musulmane en Occident. �Abd al-Ra&#x1E25;m&#x101;n Ier, Omeyyade exil� et �mir de 756 � 788, rompt les liens qui unissaient l�Espagne au califat �abb&#x101;sside.</p><p>Puis �Abd al-Ra&#x1E25;m&#x101;n III* (912-961) se proclame calife en 929, et Cordoue fait r�gner son autorit� sur tout al-Andalus.</p><p>Ses principaux successeurs sont : al-</p><p>&#x1E24;akam II (961-976), Hich&#x101;m II (976-1009) et Hich&#x101;m III (1027) ; celui-ci est d�tr�n� en 1031, ce qui provoque le morcellement de ce territoire en</p><p>� taifas* �, ou principaut�s gouvern�es par des roitelets. C�est sous le r�gne d�al-&#x1E24;akam II, dont il est le grand cadi, et de Hich&#x101;m II, dont il est le ministre tout-puissant, qu�appara�t Mu&#x1E25;ammad ibn Ab&#x12B; �&#x100;mir, le futur al-Man&#x1E62;&#x16B;r (1002), v�ritable Hannibal musulman, fl�au de l�Espagne chr�tienne.</p><p>Une fois le califat divis� en plus de vingt principaut�s, les chr�tiens reprennent de plus en plus de terrain malgr� les contre-attaques des Almoravides* et des Almohades*. Le personnage le plus attachant de cette p�riode est sans doute Muhammad al-Mu�tamid, roi de S�ville de 1069 � 1095, fils et successeur d�al-Mu�ta&#x1E0D;id, de la dynastie des �Abb&#x101;dides*. Il conquiert plusieurs villes et demande l�aide de l�Almoravide Y&#x16B;suf ibn T&#x101;chf&#x12B;n pour</p><p>lutter contre Alphonse VI de Castille, que Y&#x16B;suf bat � Zalaca (ou Sagrajas) en 1086. Mais Y&#x16B;suf le trahit, et al-Mu�tamid, le roi po�te, � le nouveau David �, est battu par le � Goliath �</p><p>africain, qui, s�emparant de S�ville, le fait encha�ner pr�s de l�Atlas, � &#x100;rhm&#x101;t, au sud de Marrakech.</p><p>La Reconquista*</p><p>La victoire almoravide n�est que de courte dur�e, d�autant plus que les souverains de Castille (Alphonse VIII), d�Aragon (Pierre II) et de Navarre (Sanche VII) donnent un nouvel �lan � la Reconquista en �crasant les musulmans pr�s de Ja�n, � la bataille de Las Navas de Tolosa (1212). La Reconquista avance alors � grands pas ; cependant, les chr�tiens ne viennent � bout du petit royaume de Grenade*</p><p>qu�en 1492. Les musulmans qui se maintiennent dans ces zones sont qualifi�s de � mud�jars �.</p><p>L�Andalousie a donc �t� soumise</p><p>pendant huit si�cles � l�influence de l�isl&#x101;m, et l�on ne saurait nier l�essor que celui-ci lui a donn� notamment dans le domaine agricole (introduction de la culture de nouveaux fruits et de m�thodes jusqu�alors inconnues). On assista aussi, gr�ce � l�isl&#x101;m, au d�veloppement de la vie urbaine, � laquelle particip�rent de nombreux artisans, qui travaillaient le cuir, les m�taux, le bois, la c�ramique, la laine et la soie, et de nombreux commer�ants, subordonn�s � une administration municipale pr�-</p><p>cise et complexe. Partout resplendit l�art musulman et s��panouit la vie intellectuelle. &#x211A;u�on se souvienne d�Ab&#x16B;</p><p>Muhammad �Al&#x12B; ibn &#x1E24;azm de Cor-</p><p>doue (994-1064), auteur du Collier de la colombe, c�l�bre trait� de l�amour platonique empreint d�une grande fra�-</p><p>cheur, d�Averro�s* (1126-1198) et de Maimonide* (1135-1204).</p><p>Les � capitulaciones � de Santa Fe, qui marqu�rent la fin de la Reconquista avec la prise de Grenade en 1492, reconnurent aux musulmans le droit de conserver le culte mahom�tan et la loi du Proph�te.</p><p>Le probl�me</p><p>des morisques</p><p>Cependant, le cardinal Cisneros*, en d�saccord avec l�excellente politique du comte de Tendilla, gouverneur militaire de Grenade, et du fr�re Her-nando de Talavera, premier �v�que de la ville, veut obliger les mud�jars de Grenade � se convertir. Cette mesure provoque le m�contentement des Maures, qui tentent tout d�abord de se soulever (1500). Mais, apr�s s��tre heurt�s aux troupes du roi Ferdinand le Catholique, ils d�cident de se soumettre ; en 1501 se produit un nouveau soul�vement, plus violent. Le roi veut tout d�abord se montrer cl�ment, mais, sur le conseil de Cisneros, il finit par contraindre tous les mud�jars de Castille et de Le�n � choisir entre l�expulsion et la conversion au christianisme.</p><p>La plupart d�entre eux optent pour la seconde solution ; � partir de ce moment-l�, ils sont consid�r�s comme des � morisques � et constituent l�une des couches les plus importantes de la soci�t� andalouse. Ils perfectionnent le syst�me romain d�irrigation qui leur a �t� transmis par les � mozarabes � et introduisent dans la langue castillane un grand nombre de termes d�origine arabe.</p><p>Malgr� les efforts de Philippe II, qui interdit la langue arabe et tente de faire dispara�tre les coutumes des anciens envahisseurs, l�assimilation et la conversion des morisques ne sont qu�apparentes (nouvelle insurrection de Grenade et des Alpujarras en 1568) ; aussi Philippe III d�cide-t-il de chasser ces derniers hors d�Espagne, ce qui entra�ne de graves cons�quences pour l��conomie espagnole. En Andalousie m�me, ces r�percussions se font beaucoup moins sentir, car le sud du pays est particuli�rement prosp�re depuis la d�couverte de l�Am�rique (1492) par Christophe Colomb, qui a choisi Palos (Huelva) comme port de d�part. S�ville jouit alors du monopole du commerce avec les nouvelles colonies, monopole qui en fait la ville la plus importante et la plus riche de la P�ninsule.</p><p>Du XVIIe si�cle � nos jours</p><p>En 1641 se produit la � conspiration d�Andalousie �, soul�vement de nobles qui profitent du m�contentement g�n�-</p><p>ral de la nation pour essayer de faire</p><p>triompher des id�es s�paratistes : il s�agit de faire de l�Andalousie un royaume ind�pendant gouvern� par Gaspar Alonso P�rez de Guzm�n (�</p><p>1664), duc de Medinasidonia. Le complot �choue.</p><p>� la fin du XVIIIe s., le P�ruvien Pablo de Olavide y J�uregui (1725-1803) essaie vainement d�installer en Andalousie six mille colons d�origine allemande et flamande.</p><p>Pendant la guerre d�Ind�pendance, l�Andalousie est l�un des centres de r�sistance les plus acharn�s aux Fran-</p><p>�ais, aussi bien au point de vue militaire, comme le prouve la bataille de Bail�n (1808), qu�au point de vue politique, comme le montrent les � Cortes de Cadix � (1810). C�est C�novas del Castillo (1828-1899), originaire de M�laga, qui r�dige le c�l�bre � manifeste de Manzanares �, qui d�bouche sur la restauration, en vue de l��tablissement d�une monarchie moderne.</p><p>L�un de ses camarades d�universit�, Emilio Castelar (1832-1899), n� � Cadix, est de tendance politique plus li-b�rale, ce qui l�am�ne � prendre part au mouvement r�volutionnaire de 1866. Il doit s�exiler � Paris ; � son retour, il s�oppose � la candidature d�Am�d�e de Savoie au tr�ne d�Espagne. Castelar est l�un des fondateurs de la Ire R�publique (11 f�vr. 1873). On lui doit l�abolition de l�esclavage � Porto Rico et des ordres militaires traditionnels d�Alc�ntara, de Santiago, de Calatrava et de Montesa. Mais la d�gradation sociale fait �chouer sa politique de r�formes.</p><p>La diff�rence existant entre la classe poss�dante et le peuple, mis�rable, fait na�tre en Andalousie un brigandage end�mique, essentiellement dans les zones les plus d�sh�rit�es de la sierra Morena.</p><p>Vers 1870 apparaissent en Andalousie les premiers groupes anarchistes.</p><p>En deux ans, ce mouvement prend</p><p>beaucoup d�ampleur.</p><p>Au XXe s., l�Andalousie conna�t toute une s�rie de r�formes d�ordre social et �conomique. Les paysans anarchistes les jugent insuffisantes et, sous la dictature de Primo de Rivera, pourtant un</p><p>Andalou, se soul�vent pr�s de Cadix.</p><p>Jusqu�en 1936, l�Andalousie constituera l�un des deux grands foyers anarchistes de l�Espagne, l�autre �tant la Catalogne.</p><p>En 1932, les travailleurs r�pondent au � pronunciamiento � de Sanjurjo, favorable � la monarchie, par une gr�ve g�n�rale. Pendant la guerre civile, de sanglants conflits se produisent dans les quartiers ouvriers de S�ville et de Grenade. Malgr� de consid�rables efforts d�industrialisation, tous les probl�mes sont loin d��tre r�solus : l��mi-downloadModeText.vue.download 62 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>599</p><p>gration vers les autres provinces et vers l�Europe persiste.</p><p>Le g�nie andalou se manifeste �</p><p>l��poque contemporaine dans la litt�-</p><p>rature (Antonio Machado, Juan Ram�n Jim�nez, Federico Garc�a Lorca, Rafael Alberti, Luis Cernuda, Manuel Altolaguirre, Emilio Prados et Vicente Aleixandre), dans la peinture (P. Picasso) et dans la musique (Manuel de Falla).</p><p>R. G.-P.</p><p>&#x25B6; Almohades / Almoravides / Cordoue / Espagne / Grenade / Reconquista / S�ville.</p><p>B J. Guichot, Historia general de Andaluc�a (Madrid, 1869-1871). / J. Ortega y Gasset, Teor�a de Andaluc�a (Madrid, 1942). / E. L�vi-Proven�al, Histoire de l�Espagne musulmane (G. P. Maisonneuve, 1947-1953 ; 3 vol.). / J. Ser-met, Espagne du Sud (Arthaud, 1953).</p><p>Andersen</p><p>(Hans Christian)</p><p>�crivain danois (Odense 1805 - Copenhague 1875).</p><p>La vie de Hans Christian Andersen para�t sortir d�un conte et sa propre exp�rience forme l�un des �l�ments fondamentaux de son oeuvre.</p><p>Hans Christian connut une jeunesse mis�rable mais libre. Il courait les</p><p>champs le jour et �coutait le soir les r�-</p><p>cits fantastiques que lui lisait son p�re, pauvre cordonnier et libre penseur exalt� qui s�engagera dans les arm�es napol�oniennes. La mort de ce p�re et le remariage de sa m�re donn�rent une nouvelle orientation � sa vie. �g� de quatorze ans, sachant tout juste lire et �crire, Andersen part pour Copenhague, d�cid� � conqu�rir la c�l�brit� au th��tre. Silhouette pittoresque, il d�-</p><p>concerte les directeurs de th��tre, abasourdis par ses d�clamations grandilo-quentes. Andersen est engag� comme choriste, mais sa voix mue et il perd sa place. Il �crit cependant des trag�dies, qu�il pr�sente sans tarder au directeur d�un th��tre, Jonas Collin. Celui-ci refuse ses manuscrits, mais, pressen-tant des dons exceptionnels chez cet adolescent opini�tre, obtient pour lui une pension et l�admission � l��cole latine de Slagelse. Andersen s�obsti-nera cependant toute sa vie � trouver le succ�s au th��tre, soit sous son nom (la Mul�tresse, 1839), soit sous des pseudonymes ou dans l�anonymat pour d�sarmer une critique malveillante (Le roi r�ve, 1840 ; la Nouvelle Chambre de l�accouch�e, 1840).</p><p>Des trois ann�es pass�es � Slagelse, Andersen gardera un souvenir p�-</p><p>nible : surmen� par un intense travail de rattrapage, il doit, en outre, subir l�ironie du recteur et les railleries que sa gaucherie inspire � ses condisciples. C�est l�, cependant, qu�il �crit son premier chef-d�oeuvre, l�Enfant mourant (1827). Devenu bachelier, il publie � ses frais un po�me en prose d�inspiration fantastique, Voyage � pied du canal de Holmen � la pointe orientale d�Amager (1829), puis</p><p>s�inscrit � l�universit�, o� il passe ses examens de th�ologie et de philosophie. En 1830, une bourse de voyage lui ouvre les chemins de l�Europe.</p><p>Andersen parcourt l�Allemagne et la Suisse. D�sormais, d�s qu�il souffrira trop de l�incompr�hension de la critique ou d�un amour d��u, il repartira.</p><p>C�est en Italie surtout que sa nature sensible s��panouit. Chaque grande ville lui r�serve un choc artistique, chaque �tape est la cl� d�un ouvrage (l�Improvisateur, 1835) ou l�occasion d�un souvenir (le Livre d�images sans images, 1840 ; le Bazar d�un po�te,</p><p>1842 ; En Su�de, 1851). Si ses romans sont toujours marqu�s au coin de la po�sie, Andersen ne se sent vraiment � l�aise que dans les r�cits de moindre �tendue, les contes. Tr�s vite, il modifie le titre de son premier recueil (Contes racont�s aux enfants, 1835) en Contes et histoires. Le fantastique qu�il fait jaillir de la r�alit� la plus quotidienne appartient � tous. S�il r�veille le peuple f�erique des vieilles l�gendes (la Reine des neiges, le Petit Elfe Ferme-l�OEil, la Petite Sir�ne), son imagination anime les moindres objets (la Berg�re et le ramoneur) et transfigure les aventures les plus am�res : l�Intr�pide Soldat de plomb, gisant dans le ruisseau, lui rappelle sa passion malheureuse pour la canta-trice Jenny Lind ; le Vilain Petit Canard qui se mue en cygne majestueux est une parabole autobiographique.</p><p>Au plaisir limpide de l�enfance, les contes ajoutent � l�intention des adultes une le�on d�ironie (les Habits de l�empereur) et la d�ploration discr�te de la mort (l�Ombre, le Compagnon de voyage, la Petite Marchande d�allumettes). En fondant sa po�sie et sa philosophie sur la piti�, en donnant la victoire, dans le combat de la vie, aux humbles et aux patients, Andersen a atteint l�esprit de l�homme et le coeur de l�enfant. C�est � cela qu�il doit � par-del� les honneurs officiels, les amiti�s royales, les statues �lev�es de son vivant et les d�corations qui firent de sa vie, selon son propre aveu,</p><p>� un beau conte, riche et heureux �</p><p>� l�immortalit�.</p><p>S. C.</p><p>&#x25B6; Conte / Folklore et litt�rature / Scandinaves (litt�ratures).</p><p>B P. V. Rubow, H. C. Andersens Eventyr (Copenhague, 1927). / Publi� par Det Berlinske Bogtrykkeri � l�occasion du 150e anniversaire de l�auteur, Un livre sur le po�te Hans Christian Andersen. Sa vie, son oeuvre (Copenhague, 1955). / E. Nilsen, H. C. Andersen (Copenhague, 1963).</p><p>Anderson</p><p>(Sherwood)</p><p>�crivain am�ricain (Camden, Ohio, 1876 - �tat de Panam� 1941).</p><p>En 1919, Winesburg, Ohio, recueil de nouvelles r�alistes sur la vie quotidienne d�une petite ville du Middle West, rendit Sherwood Anderson brusquement c�l�bre. Rompant avec les clich�s du roman de terroir, avec les conventions polies et l�optimisme obligatoire de la litt�rature bien-pensante, Anderson �voquait franchement la d�-</p><p>tresse des provinces am�ricaines, leurs probl�mes financiers, moraux, sexuels m�me. Censur� par les prudes, acclam� par les lib�raux, il fut consid�r� comme</p><p>� le lib�rateur des lettres am�ricaines �.</p><p>Il les lib�rait en effet quant au fond, en r�cusant les bienfaits du progr�s � l�am�ricaine, et quant � la forme, en accumulant les � petits faits �, les � petits d�tails �, cr�ant ainsi une technique � la fois r�aliste et impressionniste, qui influen�a profond�ment Hemingway, Erskine Caldwell, Nathanael West, James T. Farrell et Faulkner.</p><p>C�est surtout dans la nouvelle que l�art des � petits faits � permet � Anderson de donner la pleine mesure de son talent. Dans ses recueils, Winesburg, Ohio (1919), The Triumph of the Egg (1921) et Horses and Men (1923), il choisit le r�le du spectateur ahuri et intrigu�, qui devait donner le ton au r�alisme sophistiqu� des ann�es 20.</p><p>� Tourgueniev am�ricain �, Anderson d�crit la vie des petites bourgades am�ricaines menac�es par l�industrialisation, l�urbanisation et la concentration capitaliste, qui d�ferlent sur la Prairie et an�antissent le vieux r�ve jeffersonien d�une d�mocratie de petits propri�taires ruraux, d�une soci�t� o� chacun serait en harmonie avec ses semblables, avec la nature et avec Dieu.</p><p>Contre l�optimisme yankee, il �voque la solitude, la frustration, l�angoisse, qui sont la ran�on de l�efficacit� et de la rentabilit� : le bonheur ne pousse plus o� la � r�ussite � est pass�e.</p><p>Sous l�humour apparent, ses oeuvres constituent une critique en profondeur des valeurs mat�rielles de la soci�t� am�ricaine, en particulier le culte de l�argent et de la r�ussite, qui ali�nent l�homme, en font un � grotesque �, habit� d�ambitions artificielles dont la satisfaction n�apaise pas l��tre profond.</p><p>L�industrialisation a perdu le paradis, dissoci� la sensibilit� et transform�</p><p>les hommes en monstres m�caniques.</p><p>Anderson d�crit des � �mes provinciales � quittant la campagne pour faire carri�re � Chicago, o� elles ne trouvent qu�une vie d�grad�e, une sorte de mort vivante (� Bouteilles de lait �). Des nouvelles comme � l�OEuf � ou � Je suis un imb�cile � sont les meilleurs exemples de la d�nonciation du mythe de la � r�ussite � qui ne d�bouche que sur l�amertume. Des nouvelles comme</p><p>� Je voudrais savoir pourquoi � ou</p><p>� L�homme qui devint femme � sont caract�ristiques de ce talent ironique et nostalgique, de cet humour triste et touchant : les hommes sont perdus, tandis que les chevaux repr�sentent la perfection de l��tat de nature (Horses and Men, 1923). Seuls les Noirs sont peut-�tre encore capables de spontan�it� naturelle (Dark Laughter, 1925).</p><p>Ce drame de la d�shumanisation,</p><p>Sherwood Anderson l�avait v�cu lui-m�me. Ses romans (Many Marriages, 1923 ; Dark Laughter, 1925) drama-tisent son exp�rience personnelle. N� dans un milieu tr�s pauvre, ruin� par la m�canisation (son p�re �tait artisan, fabricant de harnais pour chevaux), Anderson fut tour � tour fermier, livreur, palefrenier, d�bardeur avant de r�ussir dans la publicit� et la vente par correspondance. Brusquement, � trente-six ans, il abandonna affaires, femme et enfants pour �crire et bourlinguer. Il avait r�alis� que la � r�ussite � d�trui-sait en lui l�homme. Il s�en explique dans un article qui symbolise pour une g�n�ration d�intellectuels am�ricains la r�bellion contre les valeurs mat�-</p><p>rialistes d�une soci�t� domin�e par l�argent : How I left Business for Literature (1924). Ce retour � la nature et cette qu�te de l�art salvateur s�inscrivent dans la tradition anarchiste am�ricaine, qui, de Thoreau � Henry Miller, est toujours en qu�te d�amour et d�une communaut� id�ale o� fuir Metropolis.</p><p>En 1917 d�j�, dans un curieux roman social, Marching Men, Anderson d�-</p><p>non�ait la puissance de coercition et de destruction d�une Am�rique embrigad�e par une organisation totalitaire qui pr�figure �trangement le fascisme.</p><p>downloadModeText.vue.download 63 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>600</p><p>Sherwood Anderson n�a pas le</p><p>souffle d�un Dreiser, mais, h�ritier de la tradition r�aliste am�ricaine, il l�a transform�e pour devenir sans conteste l�anc�tre de l� � �ge du roman am�ricain �, comme l��crit Faulkner : � Anderson �tait le p�re de la g�n�ration d��crivains � laquelle j�appartiens. Il incarne la tradition litt�raire que nos successeurs poursuivront. Il n�a jamais �t� estim� � sa juste valeur. �</p><p>J. C.</p><p>&#x25B6; �tats-Unis / Nouvelle / Stein (Gertrude).</p><p>Anderson</p><p>(Carl David)</p><p>Physicien am�ricain (New York 1905).</p><p>Anderson fait ses �tudes � l�institut de technologie de Californie, � Pasadena ; il y obtient en 1939 une chaire dans la division de physique, math�matiques et astronomie. Toute son activit� de chercheur est essentiellement consacr�e � l��tude des rayons gamma et du rayonnement cosmique.</p><p>L��tude des rayons cosmiques, en vue de laquelle il participe � plusieurs ascensions stratosph�riques, aboutit en 1932 � la d�couverte de l��lectron positif ; cette d�couverte confirme la th�orie de l�Anglais Dirac, qui avait postul� l�existence de cette particule, et vaut � son auteur le prix Nobel de physique pour 1936, � l��ge de trente et un ans.</p><p>Il faut noter qu�� cette �poque on ne conna�t que deux particules �l�-</p><p>mentaires, l��lectron n�gatif, de masse extr�mement petite, et le proton, notablement plus massif, mais �lectris� positivement. Pour �tudier le comportement des corpuscules cosmiques � leur travers�e de la mati�re, Anderson utilise une grande chambre de Wilson � axe horizontal et place une lame de plomb formant �cran au milieu de cette chambre ; il y fait aussi r�gner un champ magn�tique intense, qui atteint une dizaine de milliers de gauss. Parmi les nombreux clich�s ne montrant que des images classiques, il en d�couvre un qui retient aussit�t son attention : on y observe la trajectoire en arc de</p><p>cercle d�une particule, dont la courbure est diff�rente au-dessus et au-dessous de l��cran. Le sens de parcours de la particule est manifeste, puisque celle-ci ne peut que perdre de l��nergie en traversant le plomb. Mais le champ magn�tique incurve sa trajectoire vers la gauche, alors qu�un �lectron e�t �t� d�vi� vers la droite. D�autre part, la finesse de la trajectoire exclut la possibilit� d�un corpuscule aussi lourd que le proton ; il ne peut, en cons�quence, s�agir que d�un �lectron positif.</p><p>Par la suite, Anderson et bien</p><p>d�autres, notamment Blackett*, Giuseppe Occhialini (n� en 1907) et, en France, les �poux Joliot-Curie*, observent la naissance de ce positon en m�me temps que celle d�un �lectron n�gatif. La production d�une telle paire correspond � la disparition d�un photon gamma. Et l�on est fond� � penser que le rayon gamma, immat�riel, s�est mat�rialis� en deux particules de charges oppos�es, conform�ment � la formule d��quivalence de la masse et de l��nergie.</p><p>Cette m�me technique d�emploi</p><p>des chambres de Wilson va, en 1937, donner � Anderson et � Seth Henry Neddermeyer (n� en 1907) l�occasion d�une deuxi�me d�couverte dans la composante p�n�trante du rayonnement cosmique : il s�agit de celle du m�son &#x3BC;. L�existence de cet � �lectron lourd � avait �t� pr�vue quelques an-n�es plus t�t par le Japonais Yukawa, qui voyait dans cette particule l�agent de coh�sion du noyau de l�atome.</p><p>R. T.</p><p>Andes</p><p>Cha�ne de montagnes de la partie occidentale de l�Am�rique du Sud, du nord du Venezuela au d�troit de Magellan.</p><p>Les Andes constituent un immense complexe montagneux dressant une barri�re continue sur une longueur de pr�s de 7 500 km.</p><p>Pourvues de climats vari�s, r�sultant de diff�rences d�altitude et surtout de latitude, elles ont �t�, au moins dans leur partie centrale, le cadre de civili-</p><p>sations indiennes, pr�c�dant la p�n�tration espagnole.</p><p>Ces civilisations traditionnelles, confront�es avec l��poque coloniale, puis avec le monde moderne, n�ont pas pu s�adapter et peuvent �tre consid�-</p><p>r�es comme une des causes du sous-d�veloppement des Andes. Pourtant, l�occupation humaine pr�sente d�importants contrastes.</p><p>Quelques points privil�gi�s,</p><p>quelques villes rev�tent un aspect moderne par leurs constructions, leurs fonctions, leurs universit�s, tandis que les hauts bassins, les hautes vall�es n�offrent encore qu�un habitat primitif, qui abrite un groupe humain analphab�te et pratiquant une agriculture dont les m�thodes n�ont gu�re vari� depuis des si�cles.</p><p>La division politique a fix� la r�partition du complexe montagneux entre un certain nombre d��tats. Ceux-ci, en g�n�ral, poss�dent non seulement la partie andine, � vrai dire la plus peupl�e, mais �galement des plaines littorales � l�ouest et une partie des grandes plaines int�rieures en contrebas des Andes � l�est.</p><p>Un immense complexe</p><p>montagneux</p><p>au climat vari�</p><p>Le relief</p><p>L�architecture du relief s�organise autour de longs alignements de cha�nes et de cr�tes plus ou moins parall�les � la c�te, formant un bourrelet continu entre le Pacifique et le reste de l�Am�-</p><p>rique du Sud. Ces longues cha�nes sont s�par�es par des �l�ments de hautes terres plus ou moins planes ou par des vall�es plus ou moins profondes. Les plus hauts sommets sont form�s non pas par ces longues cr�tes, mais par des reliefs surimpos�s, dus � des volcans : c�est ainsi que l�Aconcagua approche 7 000 m et que plusieurs autres volcans d�passent 6 000 m.</p><p>On peut diviser les Andes en trois grandes zones distinctes : les Andes septentrionales, les Andes centrales et les Andes m�ridionales.</p><p>y Les Andes septentrionales commencent au Venezuela par la cha�ne de M�rida et se prolongent en Colombie par la cha�ne orientale de Colombie. Au Venezuela, la cha�ne de M�rida atteint d�j� parfois 5 000 m ; toutefois, elle ne forme pas encore une ligne de hauteurs continues, mais elle est coup�e par un certain nombre de d�pressions. C�est en Colombie que commencent les v�ritables Andes septentrionales, dont le relief est constitu� de cha�nes plus ou moins parall�les, convergeant vers le sud et s�par�es par des vall�es (la Cordill�re orientale est s�par�e de la Cordill�re centrale par la vall�e du Magdalena, tandis que la vall�e du Cauca s�pare la Cordill�re centrale de la Cordill�re occidentale). Dans cette derni�re, les altitudes ne d�passent gu�re 2 500 m ; la Cordill�re centrale est beaucoup plus �lev�e, avec des pics d�passant 5 000 m, tandis que la Cordill�re orientale, qui prolonge la cha�ne v�n�zu�lienne, est plus fragment�e et comporte tant�t une zone de montagnes avec des cr�tes, tant�t une zone de hauts plateaux, et en particulier celui o� est situ�e la capitale, Bogot�.</p><p>Au sud de la Colombie, la Cordill�re centrale et la Cordill�re orientale se rapprochent et, en �quateur, ne forment plus qu�une seule grande cha�ne, appel�e Cordill�re orientale. Ainsi, � partir de cet �tat, les Andes se pr�-</p><p>sentent-elles comme un complexe de montagnes constitu� par deux grandes cr�tes parall�les s�par�es par de hauts plateaux. Ceux-ci, o� est situ�e notamment la capitale, Quito, ont une altitude moyenne sup�rieure � 2 000, voire 3 000 m ; ils ne sont jamais tr�s larges et prennent l�aspect de hautes vall�es, parfois de hauts bassins, dont la largeur ne d�passe cependant jamais 50 ou 60 km.</p><p>La Cordill�re occidentale est en g�n�ral moins �lev�e que la Cordill�re orientale, dont les altitudes d�passent souvent 5 000 m, mais, en revanche, en raison de la pr�sence des volcans, elle poss�de les plus hauts sommets des Andes septentrionales, avec le Chimborazo (6 272 m). Ces Andes �quato-riennes se terminent, au sud de l��quateur et au nord du P�rou, par une zone</p><p>un peu plus confuse, comportant plusieurs cha�nes parall�les pr�c�dant le relief plus vaste et plus net des Andes centrales.</p><p>y Les Andes centrales sont form�es, du P�rou � la Bolivie et au nord du Chili, de deux grandes cordill�res, downloadModeText.vue.download 64 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>601</p><p>la Cordill�re orientale et la Cordill�re occidentale, s�par�es par de tr�s vastes �l�ments de plateaux dont la largeur peut d�passer 700 � 750 km.</p><p>Ces hauts plateaux, fa�onn�s par un syst�me d��rosion li� � un climat semi-aride, sont caract�ris�s par l�endor�isme et se divisent donc en une s�rie de bassins ferm�s. Certains de ces bassins sont occup�s par des lacs, tel le lac Titicaca. La Cordill�re orientale, tr�s �lev�e, est surmont�e de volcans encore actifs, tandis que la Cordill�re occidentale constitue l�une des plus grandes cha�nes volcaniques du monde, mais comporte surtout</p><p>des volcans datant de l��re tertiaire, culminant entre 5 500 et 6 700 m.</p><p>Ces Andes centrales se resserrent progressivement dans la partie septentrionale du Chili ; le plateau s�parant les deux cordill�res devient de plus en plus �troit, et appara�t alors le troisi�me �l�ment, les Andes m�ridionales.</p><p>y Les Andes m�ridionales sont caract�ris�es par la disparition progressive, vers le sud, de l��difice andin.</p><p>L�ensemble montagneux se r�duit</p><p>dans la partie centrale du Chili � la Cordill�re occidentale, qui, d�abord �lev�e, avec de tr�s grands volcans, dont l�Aconcagua, s�abaisse peu � peu jusqu�� une altitude inf�rieure � 3 000 m � la pointe m�ridionale de l�Am�rique du Sud. Ici, la caract�ristique int�ressante est la part de plus en plus importante de l��rosion glaciaire, qui fa�onne la montagne et lui donne un aspect de haute montagne, malgr� les altitudes relativement basses.</p><p>Les climats et les syst�mes</p><p>morphoclimatiques Il n�existe pas, � proprement parler, de climat sp�cifique des Andes. Mais, par suite de l�altitude, chaque partie de la montagne est affect�e d�un climat nuanc� par rapport au climat g�n�ral de la zone climatique dans laquelle elle s�inscrit.</p><p>Les climats actuels opposent les Andes tropicales humides septentrionales, les Andes centrales, o� dominent des ph�nom�nes de s�cheresse, et les Andes m�ridionales, o� r�gne le froid.</p><p>y Les Andes septentrionales appartiennent en g�n�ral � la zone �quatoriale ou � la zone tropicale humide.</p><p>Aussi sur les bas versants du c�t� pacifique r�gnent la for�t �quatoriale et l�ambiance chaude et humide correspondant � ce type de v�g�tation.</p><p>En revanche, le bas versant oriental est recouvert d�une for�t plus s�che et plus a�r�e, cons�cutive � un climat � saison s�che marqu�e, comme celui des � llanos � du Venezuela.</p><p>Les vall�es int�rieures du Cauca et du Magdalena sont bien arros�es en toutes saisons, avec deux maximums de pluviosit�, en mars-mai et en octobre-d�cembre. Au-dessus de ce premier �tage se trouve la zone dite</p><p>� temp�r�e �, zone interm�diaire, au climat assez uniforme, relativement agr�able, comme celui du bassin de Bogot� ou de Quito, plus agr�able lorsque le climat est plus sec, plus p�nible lorsqu�il provoque des</p><p>brouillards, comme � Bogot�. Ces climats ont une moyenne de temp�rature correspondant � celle des climats temp�r�s, mais avec une diff�rence capitale : les temp�ratures sont uniformes tout au long de l�ann�e, et l�alternance se manifeste non pas entre une saison froide d�hiver et une saison chaude d��t�, mais entre le jour, g�n�-</p><p>ralement chaud, parfois m�me tr�s chaud si le soleil brille, et la nuit, au contraire tr�s froide par suite de l�altitude. Ainsi, � Quito, il peut faire tr�s chaud durant la journ�e, tandis que la temp�rature nocturne peut s�abaisser au point de n�cessiter un chauffage dans les maisons.</p><p>Au-dessus de cette zone dite � tem-</p><p>p�r�e � se trouvent les hauteurs plus froides, plus venteuses, plus d�sol�es, les paramos, o� le climat est d�j� beaucoup plus rigoureux. Enfin, sur les tr�s hauts sommets, comme le Chimborazo, dans le centre de l��quateur, la neige couvre pratiquement l�ensemble des versants.</p><p>y Dans les Andes centrales, entre 6 et 25� de lat. S., les bas versants refl�tent l�ambiance climatique g�n�rale de la zone, c�est-�-dire l�aridit�. Celle-ci r�sulte de la latitude, mais surtout de l�influence du courant froid de Humboldt ou du P�rou, qui longe les c�tes, remontant vers le nord, et donne un climat d�pourvu de pluie, mais affect� par des brouillards. Aussi, vue d�avion, cette zone andine appara�telle comme surgissant d�une mer de nuages qui n�est autre que la mer de brouillard envahissant les bas versants. Ceux-ci pr�sentent l�aspect de longs versants d�sertiques ou semi-d�sertiques. Cependant, � partir de 4 000 m, les quelques pr�cipitations suffisent � enneiger les plus hauts sommets (Huascaran, Nudo Coropuna au P�rou, Sajama en Bolivie, Cerro de Tocorpuri � la fronti�re bolivo-chilienne). � l�est de ce versant occidental d�sertique, les hautes surfaces planes (la puna) ont un climat sec et froid, et sont couvertes d�une petite herbe plus ou moins continue. Enfin, la Cordill�re orientale, qui limite � l�est ces hautes terres, est plus arros�e et retrouve l�alternance de bas versants chauds et humides jusqu�� 2 000 m, d�une zone interm�diaire temp�r�e humide et de hauts sommets enneig�s (Illampu et Illimani, en Bolivie, de part et d�autre de La Paz) ; l�ensemble des versants, � l�exception des parties froides des hauts sommets, est couvert de for�ts.</p><p>y Dans les Andes m�ridionales, plus �troites, il n�y a plus de variations climatiques d�ouest en est, mais plut�t un fractionnement en latitude correspondant au fractionnement des zones climatiques de la partie m�ridionale de l�Am�rique du Sud. C�est d�abord, entre 25 et 30� de lat. S., le d�sert du Chili septentrional, d�sert g�n�ral aussi bien de la zone c�ti�re que de la zone d�altitude, � r�gionalis� � par</p><p>des diff�rences de temp�rature entre le d�sert chaud du niveau de la mer et le d�sert froid des hautes terres (c�est le d�sert de l�Atacama).</p><p>Progressivement, entre 30 et 33� de lat. S., le climat devient semi-aride, avec des pluies permettant l�apparition d�abord d�une steppe rare, puis d�une steppe � �pineux. Cette zone prend des allures relativement vari�es selon l�altitude, mais l�essentiel des hautes terres est caract�ris� par un climat temp�r� sec. Entre 33 et 40� de lat. S., dans la r�gion de Santiago notamment, le Chili b�n�ficie d�un climat de type m�diterran�en, avec des �t�s chauds et secs, des hivers froids et humides.</p><p>Ensuite, � partir de Valdivia, le climat devient temp�r� pluvieux, puis plus franchement froid et pluvieux. Cette derni�re zone conna�t des climats tr�s humides, car elle re�oit de plein fouet les grands vents d�ouest caract�ristiques de la zone temp�r�e (le contraste pluviom�trique est frappant entre le sud chilien et le nord du pays, pratiquement jamais arros�). Ces vents, frappant l��difice andin, provoquent de tr�s grandes pr�cipitations, qui permettent une v�g�tation de grande for�t temp�-</p><p>downloadModeText.vue.download 65 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>602</p><p>r�e ou froide. Vers le sud enfin, jusqu�� la Terre de Feu (qui d�passe 55� de lat. S.), les pr�cipitations tombent de plus en plus souvent sous forme de neige et favorisent la naissance de glaciers qui, � l�extr�mit� des Andes, descendent jusqu�au niveau de la mer.</p><p>Entre les glaciers pousse une v�g�-</p><p>tation de toundra. Ces zones froides sont naturellement tr�s r�pulsives pour l�homme, bien que l�altitude s�abaisse sensiblement et ne d�passe qu�assez exceptionnellement 4 000 m au sud du 40e degr� de latitude.</p><p>Ce sont les Andes tropicales et centrales qui ont �t� les foyers d�une civilisation traditionnelle et qui abritent actuellement les groupes humains les plus nombreux, tandis que les Andes m�ridionales, froides et enneig�es, n�ont qu�une population tr�s �parse.</p><p>De la civilisation traditionnelle au sous-d�veloppement actuel</p><p>Les groupes humains dans les</p><p>Andes</p><p>Lorsque, au XVIIe s., les conqu�rants espagnols gravirent les Andes � la recherche de l�or, ils rencontr�rent une v�ritable civilisation indienne, n�e dans ces hautes terres. Le groupe humain actuel est le r�sultat de ce choc et de cette interaction entre les civilisations pr�colombiennes, fond�es sur une �conomie agricole, et la colonisation espagnole, fond�e sur l��conomie mini�re. Il faut ajouter qu�apr�s l�ind�pendance, au d�but du XIXe s., les Andes furent partag�es entre divers �tats, dont, en g�n�ral, elles ne constitu�rent qu�une partie du territoire, souvent la plus peupl�e.</p><p>La mise en place du peuplement</p><p>C�est dans les hauts plateaux des Andes centrales que s�est d�velopp� l�Empire inca, qui, au XVIe s., regroupait des groupes humains issus du peuplement indien form�, sans doute, par une migration venue d�Asie dix mille ou quinze mille ans auparavant. La so-ci�t� �tait hi�rarchis�e, avec une suj�-</p><p>tion �troite de la masse des travailleurs agricoles � une minorit� urbaine. En dehors de ces Andes centrales, d�autres groupes humains indiens existaient, �pars et moins civilis�s, en particulier dans le Sud.</p><p>La colonisation espagnole s�est</p><p>traduite d�abord par la mise en place d�une administration, ensuite par la formation d�un nouveau groupe humain, d� aux Espagnols immigr�s et dont le haut niveau de vie �tait assur� par l�exploitation des mines et l��levage extensif pratiqu� dans les grandes propri�t�s. La main-d�oeuvre �tait fournie par les Indiens astreints au travail forc� ou r�duits en esclavage.</p><p>La population actuelle refl�te cette double origine. Au sein des �tats ind�-</p><p>pendants, la densit� est toujours plus forte dans la partie andine que dans les autres zones naturelles. En Co-</p><p>lombie, les trois quarts des habitants vivent dans la montagne. En �quateur, 56 p. 100 de la population se trouvent dans les hauts bassins, malgr� la raret� des terres. Au P�rou, la majorit� des habitants vit encore dans les hauts plateaux, mais on constate que la croissance d�mographique y est beaucoup moins rapide que dans la partie littorale.</p><p>Le groupe humain andin est carac-t�ris� par une grande pr�dominance de la population indienne ; on compte environ 10 millions d�Indiens � purs �</p><p>(dont 4 700 000 au P�rou, 2 500 000 en Colombie et 2 millions en �quateur).</p><p>Les Blancs sont tr�s peu nombreux, car ils habitent surtout les grandes villes du littoral. Le reste de la population est form� par les m�tis, qui jouent un r�le important dans l�encadrement de la vie �conomique.</p><p>Comme dans le reste de l�Am�rique latine, la population est en accroissement rapide. Il est possible d�estimer le taux d�accroissement naturel annuel de cette zone � 30 ou 35 p. 1 000, rythme tr�s rapide, r�sultant du taux de natalit� sup�rieur � 40 p. 1 000, tandis que le taux de mortalit� se situe g�n�ralement entre 10 et 13 p. 1 000. Aussi, la population andine est-elle d�une extr�me jeunesse, la tranche d��ge des moins de quinze ans constituant environ 45 p. 100 de la population totale.</p><p>Face � cette croissance d�mogra-</p><p>phique et aux archa�smes �conomiques de la montagne andine, il se manifeste chez cette population une certaine mobilit� : elle se d�place soit des hautes terres vers la r�gion littorale du Pacifique, en migrations tant�t temporaires, tant�t d�finitives, int�ressant aussi bien les ruraux que les urbains, soit � l�int�rieur m�me de la montagne, de la campagne vers les villes ou de la campagne vers les activit�s mini�res ; enfin il existe des migrations pionni�res de la montagne vers les terres tropicales de l�int�rieur.</p><p>Malgr� ces mouvements, la population des Andes demeure importante et reste marqu�e par une faiblesse g�n�-</p><p>rale du niveau de vie et par un taux downloadModeText.vue.download 66 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>603</p><p>d�analphab�tisme consid�rable. La plupart du temps, l�Indien, qui forme cependant l�essentiel de cette population andine, reste pratiquement en marge du syst�me mon�taire aussi bien que de la vie culturelle et vit en �conomie presque ferm�e, de productions alimentaires d�autosubsistance entra�-</p><p>nant des carences dans son r�gime alimentaire. Il n�utilise les petites rentr�es d�argent, obtenues par quelques rares ventes, que pour l�achat d�un peu de sel, d�un peu d�eau-de-vie et de quelques outils. Sur le plan culturel, l�indig�ne est presque toujours illettr� et analphab�te ; il ignore la plupart du temps l�espagnol et ne parle qu�une langue indienne.</p><p>L�agriculture et</p><p>l��levage</p><p>L�agriculture de subsistance</p><p>Sur les hautes terres andines, Indiens et m�tis vivent g�n�ralement d�une petite agriculture de subsistance.</p><p>Celle-ci se pratique dans de minuscules exploitations, qui sont souvent de petites propri�t�s priv�es de 3 � 5 ha, assurant � peine la subsistance d�une famille. Ainsi, en �quateur, pr�s de 100 000 propri�taires poss�dent moins d�un hectare et sont, la plupart du temps, oblig�s de travailler comme salari�s dans les grandes propri�t�s pour accro�tre leurs ressources. Ces mini-propri�t�s sont en g�n�ral le r�sultat de la division des terres des communaut�s paysannes indiennes ; parfois m�me, les communaut�s indig�nes ont conserv� cette forme communautaire de propri�t� du sol, comme en certaines r�gions de la Bolivie, de l��quateur et du P�rou.</p><p>Toutes ces petites exploitations familiales ne pratiquent gu�re l�irrigation et font surtout des cultures s�ches, au gr� des pr�cipitations, dans la mesure o� celles-ci assurent l�eau n�cessaire � la croissance des plantes. Afin de multiplier les chances d�obtenir une certaine production, chaque exploitation comporte en g�n�ral des parcelles</p><p>s�par�es, r�parties sur l�ensemble du terroir cultiv� par le village. Pratiquement, tous les travaux sont ex�cut�s � la main ; toutefois, certains paysans utilisent une charrue tir�e par des boeufs. Quand l�exploitation est trop petite pour permettre un temps de ja-ch�re suffisant au repos des terres, le parcage des animaux sur les parcelles apporte au sol un peu d�engrais animal destin� � le fertiliser.</p><p>Que la terre soit rest�e propri�t� communautaire ou qu�elle soit devenue propri�t� priv�e, il existe dans cette agriculture andine des traditions de travail en commun, r�unissant les familles paysannes � certaines phases du calendrier agricole.</p><p>Sur ces parcelles tr�s exigu�s, travaill�es de fa�on archa�que et pr�caire, la culture des c�r�ales est particuli�rement importante. R�ussissant dans tous les climats r�gnant sur les hautes terres (avec toutefois des diff�rences de rendement), le ma�s constitue la c�r�ale de base ; il est consomm� sous forme de g�teaux, de galettes ou de pains et commence aussi � entrer dans l�alimentation animale. Au ma�s s�ajoute le riz, cultiv� surtout en �quateur et au P�rou, uniquement sur les bas versants organis�s en terrasses. Le bl� n�est pas l�objet d�une grande culture, mais offre une ressource d�appoint sur les plus hautes terres, impropres � la culture du ma�s, par exemple sur les hauts plateaux boliviens ou sur les terres situ�es vers 3 000 m en �quateur. Enfin, ces cultures sont compl�t�es par un certain nombre d�autres c�r�ales peu connues, vestiges de plantes cultiv�es avant l��poque coloniale.</p><p>Avec ou apr�s le ma�s, la pomme</p><p>de terre joue un r�le fondamental dans l�alimentation des populations, et les Indiens en cultivent de nombreuses vari�t�s. Enfin, d�autres l�gumineuses locales, haricots, pois chiches, f�ves, tiennent une place non n�gligeable dans le r�gime alimentaire des paysans, sans emp�cher ce r�gime d��tre, la plupart du temps, insuffisant et inadapt� � une alimentation �quilibr�e.</p><p>Les plantations des moyens</p><p>versants en climat humide</p><p>Sur les moyens versants, situ�s entre 1 000 et 2 000 m d�altitude dans la zone de climat �quatorial ou tropical humide, au Venezuela, en Colombie et en �quateur, s�est d�velopp�e une importante culture du caf�, particuli�-</p><p>rement adapt�e aussi bien au sol qu�au climat de ces versants. Le caf� colombien est r�put� dans le monde entier pour sa qualit�.</p><p>Ces plantations de caf� n�ont pas pour cadre de grandes propri�t�s, mais tant�t de moyennes, tant�t de petites propri�t�s et donnent ainsi naissance � une cat�gorie particuli�re d�agriculteurs assez ais�s, que la possession de quelques hectares de caf� suffit � diff�-</p><p>rencier fondamentalement de la masse des petits paysans. C�est parmi ces derniers que se recrute la main-d�oeuvre temporaire des petites plantations de downloadModeText.vue.download 67 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>604</p><p>caf�, peu m�canis�es, o� l�essentiel du travail s�effectue � la main.</p><p>Les grandes haciendas chiliennes des versants et des vall�es</p><p>Au Chili, dans les vall�es, sur les bas versants ou les hauts versants des Andes, le grand domaine est la r�gle dans la propri�t� du sol. D�passant souvent 2 000 ha, cultiv�s � la fois par une main-d�oeuvre permanente et par des ouvriers agricoles temporaires, ces grandes fermes sont consacr�es partiellement � l��levage sur des p�turages naturels, partiellement � des cultures s�ches et partiellement � l�exploitation de la for�t qu�elles englobent.</p><p>Mais faute d�investissements et</p><p>d�int�r�t de la part du propri�taire, en raison m�me de l�immensit� de ses terres, faute d�une intensification des cultures, l�hacienda traditionnelle reste le domaine des faibles rendements par rapport � la superficie cultiv�e et � la quantit� de main-d�oeuvre employ�e.</p><p>La r�mun�ration de cette main-d�oeuvre est constitu�e, la plupart du temps, par le droit de pratiquer un certain nombre</p><p>de cultures de subsistance pour ses besoins personnels.</p><p>Les latifundia d��levage de</p><p>l�Altiplano bolivo-p�ruvien</p><p>La tr�s grande propri�t� appara�t de nouveau dans les Andes tropicales s�ches du P�rou et de la Bolivie. Une petite partie de ces terres est c�d�e � des paysans pour leur permettre d�y pratiquer leur agriculture de subsistance, et le reste est consacr� � l��levage extensif des moutons. Ces grands domaines ont parfois �t� regroup�s par de grandes soci�t�s d��levage, qui ont donn� � cette utilisation de la terre un caract�re plus sp�culatif, en vue de la production � une grande �chelle de la laine et de la viande.</p><p>�tant donn� le r�le fondamental jou� par l�agriculture dans l��conomie de ces pays andins, notamment dans leur �conomie de subsistance, les �tats ont tent� de rem�dier au moins partiellement aux d�s�quilibres n�s de la structure fonci�re par des essais de r�forme agraire. Dans ce but, des s�ries de lois ont �t� promulgu�es au cours de ces derni�res ann�es d�abord en Bolivie, plus tardivement au Venezuela, en Colombie, au Chili et au P�rou ; seul l��quateur semble n�avoir pas encore affront� ce probl�me. (V. Am�rique latine.)</p><p>La mis�re des campagnes, qui</p><p>touche le petit paysan comme l�ouvrier permanent ou temporaire des grandes propri�t�s, aboutit � des migrations vers les villes ou vers les zones d�industrie extractive, sans que ces points d�aboutissement des migrations offrent de meilleures conditions de vie.</p><p>L�industrie extractive</p><p>Malgr� l�absence d�une exploration syst�matique des ressources min�rales, mais gr�ce � l�utilisation de moyens n�s des r�cents progr�s scientifiques, il est possible d�affirmer la tr�s grande richesse des gisements miniers de cette zone montagneuse. Ces gisements sont li�s � l�histoire g�ologique et abondent en minerais de toutes sortes : m�taux pr�cieux, connus d�s l��poque pr�co-</p><p>lombienne et qui furent l�une des motivations de la colonisation espagnole ; importants gisements d��tain de la Bolivie ; gisements de cuivre du P�rou, de la Bolivie et surtout du Chili ; minerais de fer, de mercure. Outre ces minerais particuli�rement abondants, l�Am�rique andine poss�de �galement des gisements plus modestes de zinc, de plomb, d�antimoine, de mangan�se, de tungst�ne, de soufre, de molybd�ne, etc.</p><p>� ces richesses mini�res, auxquelles s�ajoutent dans les avant-pays de tr�s grandes r�serves de p�trole, concentr�es sur les bords de la montagne, correspond une tradition d�exploitation des gisements : les mines de m�taux pr�cieux, d�or et d�argent, firent la r�putation fabuleuse de la Bolivie et du P�rou. Actuellement, l�or et l�argent ne pr�sentent plus une grande importance dans l��conomie mini�re des pays andins, mais l�exploitation de l��tain, du cuivre, du fer et, plus accessoirement, des autres minerais a pris la rel�ve et pose des probl�mes graves.</p><p>En effet, le d�veloppement des grands pays industriels provoqua l�int�r�t de ces pays pour les richesses mini�res de l�Am�rique andine, dont l�exploitation fut alors organis�e � l�aide de capitaux �trangers, pour des �conomies �trang�res.</p><p>C�est ainsi que les mines d��tain boliviennes furent au d�part et pendant longtemps la propri�t� de grandes familles �trang�res. En 1952, l��tat bolivien d�cida de nationaliser les vingt-quatre grandes mines en exploitation, soit pr�s de 80 p. 100 des r�serves d��tain. Actuellement, les mines nationalis�es occupent environ les deux tiers des ouvriers mineurs. La mis�re du mineur est tr�s grande et les conditions de travail extr�mement dures, les mines se situant � une altitude de 3 500, voire 4 000 m.</p><p>downloadModeText.vue.download 68 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>605</p><p>Au Chili, l�industrie du cuivre a pris le relais de la monoproduction du nitrate, qui s�effectuait non pas dans les</p><p>Andes elles-m�mes, mais sur la bordure pacifique du d�sert d�Atacama. La grande industrie mini�re, fournissant environ 90 p. 100 de la production, fut longtemps (jusqu�en 1970) aux mains de grandes entreprises �trang�res (essentiellement nord-am�ricaines) poss�-</p><p>dant leurs fonderies sur place et exportant le produit du premier traitement.</p><p>Entre 1950 et 1965, l�Am�rique</p><p>andine est devenue une zone d�exploitation intensive du minerai de fer. �</p><p>vrai dire, la grande compagnie nord-am�ricaine Bethlehem Steel poss�dait depuis longtemps de gros int�r�ts dans les mines de fer du Chili. Mais, plus r�cemment, elle s�est implant�e au Venezuela et au P�rou, tandis que d�autres grandes compagnies nord-am�ricaines et une compagnie japonaise ont mis en exploitation au Venezuela, au Chili, au P�rou et en Colombie les gisements de minerai de fer � haute teneur nouvellement d�couverts, dont la qualit� int�-</p><p>resse particuli�rement les sid�rurgies des grands pays industriels.</p><p>Ainsi les pays andins demeurent-ils, le plus souvent, des pays d��conomie de mati�res premi�res, dont les richesses brutes du sous-sol partent vers les grandes villes des pays industriels, les privant ainsi de la prosp�rit� qu�ils pourraient tirer de la transformation de leurs abondantes ressources mini�res.</p><p>Certes, une certaine industrie de transformation commence � appara�tre, avec quelques tentatives d�industries sid�rurgiques pour utiliser le minerai de fer, quelques usines travaillant les autres minerais. Mais toutes ces implantations se font dans les p�les de croissance que sont les grandes villes.</p><p>Or, celles-ci se situent sur les marges des Andes, dans les plaines bordant le Pacifique, bien plus que dans la montagne andine elle-m�me, qui reste une zone d��conomie archa�que tant en ce qui concerne l�agriculture que l�utilisation des richesses du sous-sol.</p><p>Les villes et</p><p>les transports</p><p>Cependant, les Andes sont riches d�une tradition urbaine ancienne, puisqu�elles comptaient d�j� � l��poque pr�colombienne des cit�s incas comme Cuzco, Quito, Arequipa et que l��poque colo-</p><p>niale y laissa une tradition hispanique de construction des villes avec un plan particulier, comportant notamment une place centrale. Mais quand elles se trouvaient dans les Andes elles-m�mes, ces villes se sont g�n�ralement peu d�velopp�es, et celles du littoral ont pris le commandement de l�organisation moderne de l�espace, incluant la montagne dans leur zone p�riph�-</p><p>rique d�influence. Font exception des centres comme Medell�n ou Bogot� en Colombie, M�rida au Venezuela, Quito en �quateur, Arequipa au P�rou, qui, situ�s au coeur des Andes, demeurent des cit�s importantes, tandis que La Paz est la capitale de la Bolivie. Pourtant, la plupart de ces centres urbains des Andes, centres administratifs, politiques et culturels de l��poque coloniale, n�ont pas directement particip� � l��volution n�e de l��conomie moderne et du d�veloppement du commerce et de l�industrie. Ils restent des villes de r�sidence des grands propri�taires fonciers ou des centres d�exploitation mini�re, ou encore, lorsqu�ils se trouvent sur un axe de circulation transandin, des villes de transit ; ils ne constituent jamais les p�les du d�veloppement moderne de l�espace r�gional. Seules Bogot� et Medell�n sont vraiment des m�tropoles importantes et ont une influence sur l��conomie de leur espace environnant.</p><p>La Paz n�est que la capitale politique d�un pays particuli�rement pauvre, typiquement andin. Quant aux autres zones de la montagne, elles d�pendent surtout de villes p�riph�riques, telles Lima pour le P�rou, Santiago ou Valpara�so pour le Chili, Caracas pour le Venezuela. En �quateur, l�importance �conomique de Guayaquil est bien plus grande que celle de Quito.</p><p>Ces villes littorales sont g�n�ralement reli�es � la montagne andine par un certain nombre d�axes de transport, axes ferroviaires (malgr� les difficult�s de construction qu�ils rencontrent) ou routiers. En outre, malgr� l�immensit� de la barri�re qu�elles constituent entre le Pacifique et la partie orientale de l�Am�rique du Sud, les Andes sont travers�es par quelques axes transandins, comme l�axe ferroviaire permettant de passer d�Argentine au Chili ou la route conduisant de la plaine pacifique p�ruvienne � la plaine int�rieure situ�e</p><p>� l�est de la barri�re montagneuse. Le r�seau andin comporte aussi un certain nombre de lignes de chemin de fer plus locales, en particulier dans les Andes de Colombie ; mais il s�agit toujours de moyens d�assez faible capacit�, par suite de la raideur des pentes. Quant aux routes, leur �tat est souvent assez pr�caire. Aussi est-ce encore l�avion qui franchit le plus souvent les Andes, assurant les relations entre les pays tourn�s vers l�Atlantique et ceux de la c�te pacifique, mais accentuant davantage la marginalit� de la montagne.</p><p>Ainsi, les Andes sont-elles dans leur ensemble une r�gion de hautes terres qui ont connu une civilisation tr�s originale � l��poque indienne, ont assur� la prosp�rit� espagnole par l�abondance de leurs richesses mini�res, mais qui sont devenues actuellement des terres d��conomie sous-d�velopp�e, de mis�re et d��migration. Il ne faut cependant pas oublier que l��conomie andine s�int�gre dans les �conomies nationales, sur lesquelles elle p�se proportionnellement � l�extension m�me de la montagne � l�int�rieur du territoire de chaque �tat : au Venezuela, o� les Andes ne forment qu�une petite partie du pays, au Chili, o�, malgr� leur extension plus grande, elles offrent des conditions diff�rentes de mise en valeur, elles n�affectent que faiblement l��conomie nationale, tandis qu�elles p�sent de tout leur poids en Bolivie, o� elles constituent l�essentiel de l�espace habit� et mis en valeur. Entre ces deux types de pays, la Colombie, l��quateur et le P�rou forment des cat�gories interm�diaires.</p><p>M. R.</p><p>&#x25B6; Am�rique latine / Am�rique pr�colombienne</p><p>/ Bolivie / Chili / Colombie / �quateur / Indiens /</p><p>P�rou / Venezuela.</p><p>B UNESCO, la Urbanizaci�n en America Andina (Li�ge, 1962). / P. Cunill, l�Am�rique andine (P. U. F., coll. � Magellan �, 1966).</p><p>Andhra Pradesh</p><p>�tat de l�Inde, dans le Deccan ; 275 000 km 2 ; 43 503 000 hab. Capit.</p><p>Hyder&#x101;b&#x101;d.</p><p>L��tat a �t� form� en 1953-1956</p><p>par le regroupement des territoires de langue telugu. Son nom provient de l�ancien empire de l�Andhra (Ier-IIIe s. apr. J.-C.), qui s��tendait sur les bassins de la Krishn&#x101; (Kistn&#x101;) et de la God&#x101;vari. D�veloppant pr�s de 1 000 km de c�tes le long du golfe du Bengale, l�Andhra Pradesh s��tire entre 13 et 20� de lat. N. On peut y distinguer, selon l�usage traditionnel, trois grandes provinces : le Teling&#x101;na (districts int�rieurs du Nord), le R&#x101;yalas&#x12B;m&#x101; (districts int�rieurs du Sud, appel�s autrefois � Ceded Districts � : Kurnool, Anantapur, Cuddapah, Chittoor) et la r�gion des Sark&#x101;rs (ou Circars), sur le littoral.</p><p>Les caract�res physiques</p><p>Appartenant � l�ensemble g�ologique du Deccan, l�Andhra Pradesh comprend trois r�gions morphologiques bien distinctes.</p><p>Les plateaux de l�int�rieur</p><p>Les plateaux de l�int�rieur sont constitu�s principalement par des gneiss. Ils s��l�vent progressivement d�environ 150 m dans l�Est � 600-750 m dans l�Ouest. Ils ont l�aspect d�une p�n�-</p><p>plaine ondul�e, parsem�e de monadnocks innombrables, formant des collines rocheuses et des entassements de blocs. La continuit� de cette surface est fr�quemment interrompue par des dykes de dol�rites et des rochers de quartz (ces derniers aux environs de Hyder&#x101;b&#x101;d). Au nord-est se creuse l�auge de la God&#x101;vari, au fond plat (de 100 � 200 m d�altitude), dans laquelle sont conserv�s des s�diments du Lower Gondwana (du Carbonif�re au Permien), consistant surtout en schistes, en gr�s et en calcaires. La chape des laves du Deccan (m�sozo�que et c�no-zo�que) ne recouvre que certaines portions du Teling&#x101;na � l�ouest et au nord.</p><p>Les collines orientales</p><p>Les collines orientales, appartenant au bourrelet discontinu des hauteurs orientales du Deccan, comprennent deux groupes de structure tr�s diff�-</p><p>rente. Les Gh&#x101;ts orientaux forment, jusque dans la r�gion de Vijayavada</p><p>(Bezwada), l�extr�mit� sud des Gh&#x101;ts, ou collines de l�Orissa, bordure relev�e et diss�qu�e du Deccan. Ce ne sont ici que des collines de faible altitude (de 400 � 500 m), form�es de roches anciennes. Le syst�me du Cuddapah (Kadapa) est form� de s�diments primaires (schistes, quartzites, calcaires, etc.), dont les cha�nes d�crivent un vaste croissant entre la Krishn&#x101; et la Penn&#x101;r. Ces cha�nes sont �troites, d�altitude m�diocre (de 300 � 600 m en moyenne, culminant toutefois � plus de 1 000 m) ; les monts P&#x101;lkonda, � l�ouest, et les monts Velikonda, � l�est, enveloppent des bassins int�rieurs nivel�s en glacis, comme le bassin de Cuddapah.</p><p>La plaine littorale</p><p>La plaine littorale, alluviale, s��largit dans les grands deltas de la God&#x101;vari et de la Krishn&#x101;.</p><p>Le climat, chaud et humide en g�n�-</p><p>ral, pr�sente certaines diff�rences r�-</p><p>gionales qui sont de grande importance pour la vie humaine. La zone littorale est la plus favoris�e, avec une pluviosit� de 1 � 1,2 m, d�croissant du nord au sud. Les plateaux int�rieurs sont plus secs, la pluviosit� s�y abaissant downloadModeText.vue.download 69 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>606</p><p>� 600-800 mm, voire � 500 mm dans le R&#x101;yalas&#x12B;m&#x101; ; ces districts du Sud, particuli�rement affect�s par les irr�-</p><p>gularit�s de la mousson, ont toujours �t� consid�r�s comme une r�gion de famines. La majeure partie des pluies, provenant de la mousson du Sud-Ouest, se produisent en �t� ; toutefois, le Sud est affect� par les pluies d�octobre � d�cembre, qui caract�risent le Coromandel.</p><p>� ce type de climat correspond une for�t s�che d�cidue, mieux conserv�e dans les r�gions montagneuses. Mais la for�t s�est souvent d�grad�e en broussailles x�rophiles. Dans les r�gions delta�ques, une for�t de mangrove frange la c�te.</p><p>La population</p><p>Les habitants ont g�n�ralement le teint assez fonc�, qui caract�rise les Indiens du Sud. Ils parlent en tr�s grande majorit� une langue de la famille dravidienne : le telugu. Mais une longue domination musulmane a entra�n� l�immigration de musulmans du Nord, dont la pr�sence fait de l�urd&#x16B; la deuxi�me langue du pays. Ces musulmans sont essentiellement des citadins ; et en raison de leur concentration � Hyder&#x101;b&#x101;d, l�urd&#x16B; demeure la principale langue de relations dans la capitale. Au point de vue religieux, l�hindouisme domine largement ; musulmans et chr�tiens ne forment que de petites minorit�s.</p><p>La densit� moyenne de la population approche 160 habitants au kilom�tre carr�. Mais la disparit� des ressources r�gionales entra�ne une distribution tr�s in�gale de cette population. La zone littorale, aux sols plus riches et mieux arros�s, a des densit�s d�passant 200 habitants au kilom�tre carr�, voire 400 dans les aires delta�ques. �</p><p>l�int�rieur, les densit�s tombent g�n�-</p><p>ralement au-dessous de 120 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>L�Andhra Pradesh est un des �tats les moins urbanis�s de l�Inde : la proportion de la population rurale avoisine 80 p. 100 de la population totale. Cette soci�t� � base paysanne est repr�sent�e surtout par la caste des Reddis (culti-vateurs propri�taires), mais aussi par des communaut�s analogues, comme les K&#x101;pus et les Kammas. D�anciens �leveurs de b�tail, les Gollas, sont devenus ouvriers agricoles. � la base de la pyramide sociale sont les M&#x101;las et les M&#x101;digas (anciennes communaut�s d�intouchables). En marge vivent les nombreuses tribus des aires montagneuses, notamment les Chenchus et les Y&#x101;n&#x101;dis.</p><p>La population urbaine vit sur-</p><p>tout dans des bourgades et des villes de moyenne importance : Vijayavada (316 000 hab.), noeud ferroviaire ; les ports de Visakhapatnam (351 000 hab.) et de K&#x101;kin&#x101;d&#x101;</p><p>(164 000 hab.) ; des centres ruraux comme Gunt&#x16B;r (270 000 hab.), Wa-rangal (208 000 hab.), R&#x101;jahmundry (166 000 hab.), Eluru (108 000 hab.),</p><p>Nellore (106 000 hab.), Kurnool (100 000 hab.). L�agglom�ration de Hyder&#x101;b&#x101;d-Sekunder&#x101;b&#x101;d (env. 2 millions d�hab.) doit son importance � son pass� politique, � son r�le de capitale. Sa situation dans la partie pauvre de l��tat freine son d�veloppement �conomique.</p><p>L��conomie</p><p>L��tat est � pr�dominance nettement agricole et est l�un des �tats les mieux irrigu�s de la R�publique indienne gr�ce � ses deux grands fleuves, la Krishn&#x101; et la God&#x101;vari. Plusieurs grands barrages ont d�velopp� un syst�me d�irrigation tr�s ancien, notamment le Nagarjunasagar Scheme sur la Krishn&#x101;. Cependant, la zone littorale reste favoris�e par les facilit�s d�irrigation, le climat et les sols alluviaux.</p><p>Les cultures vivri�res repr�sentent, de beaucoup, l�essentiel de la production agricole. Les c�r�ales couvrent 62 p. 100 des surfaces cultiv�es : riz (4 Mt), divers millets, sorgho, mil, �leusine, ma�s. Gr�ce � ses grands deltas, l�Andhra Pradesh est un des �tats indiens dont la production est exc�-</p><p>dentaire. Les l�gumineuses couvrent 10 p. 100 des superficies cultiv�es.</p><p>Les cultures commerciales, peu</p><p>d�velopp�es dans le Teling&#x101;na et le R&#x101;yalas&#x12B;m&#x101;, font la richesse des districts c�tiers. La canne � sucre (135 000 ha ; 1 Mt) est une culture en expansion, � l�int�rieur comme dans les Sark&#x101;rs. Le tabac (152 000 ha ; 128 000 t) est une des grandes cultures, pratiqu�e dans les districts de Gunt&#x16B;r, de Krishn&#x101; et de God&#x101;vari. L�Andhra Pradesh d�tient dans l�Inde un quasi-monopole du tabac de Virginie. Les ol�agineux (10 p. 100 des surfaces cultiv�es) sont repr�sent�s par l�ara-chide, le s�same, le ricin (ce dernier surtout au Teling&#x101;na) ; les �pices le sont par le piment rouge, ou chilli, le curcuma, ou safran des Indes. En revanche, le coton est assez peu d�velopp�. Dans le domaine de l��levage, l�Andhra Pradesh se distingue par son troupeau ovin (8 millions de moutons, 4 millions de ch�vres), le plus nombreux de l�Inde. L��levage bovin (12 millions de boeufs et vaches, 7 millions de buffles) est remarquable en</p><p>raison de la c�l�bre race d�Ongole, que l�on �l�ve dans tout l��tat, mais sp�cialement dans le district de Gunt&#x16B;r.</p><p>Les activit�s industrielles sont repr�-</p><p>sent�es surtout par des artisanats dispers�s, parmi lesquels le coton tient la premi�re place (600 000 m�tiers et 3 millions de travailleurs). Mais l�Andhra Pradesh poss�de des ressources en charbon (auge permienne du Teling&#x101;na) : les principaux centres de production sont R&#x101;magudam et</p><p>Kott&#x101;gudam (avec centrales �lec-</p><p>triques). On exploite aussi diverses mati�res premi�res min�rales, notamment le mica (district de Nellore), les minerais de fer et de mangan�se, l�amiante. Les industries de transformation utilisent surtout des mati�res premi�res agricoles (c�r�ales, ol�agineux, tabac, sucre, etc.) ; mais, sauf pour le tabac (Gunt&#x16B;r, Hyder&#x101;b&#x101;d) et le papier (Adilab&#x101;d, R&#x101;jahmundry), les industries de caract�re moderne sont peu importantes. Des industries diverses foisonnent dans les villes, notamment celle de Hyder&#x101;b&#x101;d (engrais, textiles, ciment, ateliers ferroviaires, etc.). Des constructions navales sont implant�es � Visakhapatnam.</p><p>Pays pauvre, l�Andhra Pradesh est d�favoris� par les sols, le climat et l�isolement des r�gions int�rieures, ainsi que par l�arri�ration de ses populations (le taux moyen d�alphab�tisation n�est que de 25 p. 100). Et, en d�pit de la prosp�rit� des r�gions littorales, il est affect� par la mis�re de sa paysannerie, qui est la cause des troubles sociaux qui ont agit� le Teling&#x101;na d�s 1947.</p><p>J. D.</p><p>&#x25B6; Hyder&#x101;b&#x101;d.</p><p>Andorre</p><p>Pays des Pyr�n�es.</p><p>La g�ographie</p><p>L�Andorre est une cellule montagnarde de 465 km 2, enclav�e entre l�Espagne et la France dans la zone axiale pyr�-</p><p>n�enne, et plac�e sous la cosuzerainet� de la France et de l��v�que d�Urgel (Espagne).</p><p>Elle correspond au bassin sup�rieur du Valira, qu�enserrent � l�ouest, au nord et au sud-est des cr�tes oscillant entre 2 400 et 3 000 m (pic de la Coma Pedrosa, 2 975 m ; col ou port d�Envalira, donnant acc�s � la France, 2 407 m). Au sud-ouest, la vall�e profond�ment creus�e du Valira (840 m � la sortie d�Andorre) assure une communication ais�e avec l�Espagne.</p><p>Les glaciers quaternaires ont a�r� cette masse montagneuse en creusant des cirques, en modelant des auges et en excavant de petits bassins. C�est dans ces derniers que se sont fix�s les hameaux, dont le plus �lev�, Soldeu, est �tabli � 1 825 m. Les accumulations glaciaires et fluvio-glaciaires qui en tapissent le fond sont mises en culture, ainsi que les moindres d�p�ts accroch�s aux versants et retenus par des murets soigneusement entretenus.</p><p>Au total, les cultures ne couvrent que 4 p. 100 de la surface du sol.</p><p>Au relief s�ajoute en effet l�obstacle climatique. Les temp�ratures sont basses (9,1 �C de moyenne annuelle aux Escaldes, � 1 155 m d�altitude) ; le gel est fr�quent ; le manteau neigeux persiste de un � cinq mois suivant l�altitude. Cependant, l��t� est relativement chaud et permet � l�olivier de remonter jusqu�� 900 m et � la vigne de r�ussir jusqu�� plus de 1 000 m. Les pr�cipitations, m�diocres (de 700 � 1 000 mm suivant l�altitude), tombent surtout au printemps et en �t� : elles entretiennent une humidit� suffisante pour rendre possible la culture du ma�s jusque vers 1 200 m ; mais le tabac la supplante le plus souvent et monte m�me jusqu�� 1 600 m.</p><p>Ces diverses cultures sont associ�es aux c�r�ales (bl�, orge, seigle), aux f�ves, aux pois et aux pommes de terre, qui deviennent les seules cultures possibles dans les hautes vall�es. Enfin, tous les fonds sont soulign�s par un ruban vert de prairies irrigu�es, et les champs de luzerne tendent � �tre d�velopp�s.</p><p>L�activit� principale est en effet l��levage : les p�turages naturels, qui sont propri�t� communale, couvrent</p><p>43 p. 100 de la surface du sol. Ils sont lou�s chaque �t� par parcelles, une partie restant en libre parcours. Ils nourrissent d�abondants troupeaux de bovins et d�ovins andorrans et �trangers. Pendant le long hiver, les ovins sont envoy�s en transhumance vers les plaines voisines d�Espagne et de France. Une partie des bovins est vendue � l�automne ; les autres ne passent que les mois les plus froids � l��table et montent pa�tre dans les hautes vall�es, o� sont les � bordes � (abris et habitations rudimentaires), aux saisons interm�diaires.</p><p>downloadModeText.vue.download 70 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>607</p><p>La for�t couvre la surface restante.</p><p>L�arbre le plus r�pandu est le pin : pin sylvestre jusqu�� 1 600-1 700 m, pin noir au-del� et jusqu�� 2 200 ou 2 400 m suivant l�exposition. Cette for�t fournissait autrefois du charbon de bois aux forges qui traitaient le fer extrait de petits gisements locaux.</p><p>Mais cette industrie, comme le travail de la laine, a p�riclit� avec la concurrence de la grande industrie. Jusqu�� une date r�cente, les seules activit�s non agricoles �taient l�extraction de lauses dans des carri�res, le sciage du bois et surtout la contrebande. L��migration saisonni�re vers l�Ampurd�n et le vignoble languedocien permettait d�accro�tre les revenus, et l��migration d�finitive vers Barcelone, B�ziers, Perpignan et Narbonne maintenait la population au-dessous de 6 000 habitants.</p><p>Vers 1930, la construction d�une usine �lectrique aux Escaldes et l�ouverture de routes carrossables qui la desservent ont r�veill� la vie andorrane avec l�apparition du tourisme et le d�veloppement du commerce. Puis, au milieu des difficult�s n�es des guerres dans les �tats voisins, les Andorrans ont su exploiter leur statut politique et juridique pour accumuler des capitaux, qu�ils ont investis apr�s guerre dans l�am�nagement des pistes de ski et la construction d�h�tels. Il en est r�sult� un grand essor du tourisme ; en m�me temps, la vente de marchandises � bas prix attirait les visiteurs et les touristes</p><p>europ�ens se rendant en Espagne. De ce fait, les passages frontaliers au Pas de la Casa ont atteint les chiffres records de 1 600 000 en 1962 et en 1964.</p><p>La population s��l�ve aujourd�hui � 25 000 habitants, dont plus de la moiti� group�e dans l�agglom�ration d�Andorre-les-Escaldes, dont le luxe t�moigne du niveau de vie �lev�.</p><p>Mais cette expansion rapide reste fragile : une moins grande tol�rance des douanes fran�aises et la mont�e des prix en Andorre ont d�j� diminu�, ces derni�res ann�es, le nombre des visiteurs.</p><p>R. L.</p><p>L�histoire</p><p>Les vall�es qui constituent aujourd�hui la principaut� d�Andorre font partie, au temps des incursions sarrasines, de la � marche d�Espagne �. Au IXe s., les paroisses de ces vall�es appartiennent aux comtes d�Urgel, mais ceux-ci les c�dent, par la suite, � l��v�que d�Urgel.</p><p>Au XIe s., l��v�que en c�de les droits (contre serment de fid�lit�) aux Ca-boet ; ces droits �choient, par succession, aux comtes de Foix (XIIIe s.). Les Andorrans, gr�ce � une sentence arbitrale (les par�ages), se donnent alors une organisation politique, administrative et judiciaire d�inspiration f�odale, qu�ils ont conserv�e en substance (1278).</p><p>D�s lors, le pays est d�finitivement plac� sous la double suzerainet� de l��v�que d�Urgel et du comte de Foix, dont les droits passent, par l�interm�diaire de la maison d�Albret, � la couronne de France (1607). Depuis Napol�on Ier, le gouvernement fran-</p><p>�ais a � Andorre un d�l�gu� permanent, qui est actuellement le pr�fet des Pyr�n�es-Orientales. Cependant, les droits des deux puissances n�ayant gu�re �t� d�finis depuis 1278, des difficult�s sont n�es. Ainsi, en 1953, un conflit fut provoqu� par l�existence de Radio-Andorre.</p><p>La Constitution</p><p>andorrane</p><p>Le pr�sident de la R�publique fran�aise et l��v�que d�Urgel sont cosuzerains �</p><p>coprinces � de la principaut� d�Andorre ; chacun d�eux nomme un viguier, qui exerce la justice et sert d�interm�diaire entre le suzerain et le syndic, et un baile, qui juge en premier ressort en mati�re civile. Deux fois par an se r�unissent les corts, qui forment une esp�ce de cour d�assises.</p><p>Chacune des six paroisses poss�de un conseil compos� de deux consuls et de quatre conseillers �lus par les chefs de famille. Un conseil g�n�ral de vingt-quatre membres �lit le procureur g�n�ral, ou syndic g�n�ral des vall�es : celui-ci exerce le pouvoir ex�cutif.</p><p>Chaque ann�e, les d�l�gu�s de l�Andorre paient solennellement un tribut au d�l�-</p><p>gu� permanent du gouvernement fran�ais et � l��v�que d�Urgel. La langue de l�Andorre est le catalan.</p><p>P. P.</p><p>B D. Astraudo, les Petits �tats d�Europe (Impr. de l��claireur, Nice, 1932 ; 3e �d., 1937).</p><p>/ J. M. Guilera, Una historia d�Andorra (Barcelone, 1960). / B. B�linguier, la Condition juridique des vall�es d�Andorre (Pedone, 1970). /</p><p>Les Probl�mes actuels des vall�es d�Andorre (Pedone, 1970).</p><p>Andrea</p><p>del Castagno</p><p>Peintre italien (Castagno, dans le Mugello, v. 1419 - Florence 1457), connu principalement comme fresquiste.</p><p>Enfant prodige descendu de la montagne, o� il gardait des troupeaux, Andrea del Castagno passait pour le peintre de la rudesse et de l��pret�.</p><p>C��tait l�image un peu sommaire r�-</p><p>pandue par la biographie fantaisiste de Giorgio Vasari*, qui l�opposait ainsi � une autre tendance de la peinture florentine du XVe s., celle de l�Angelico*</p><p>et de Domenico* Veneziano. De nombreuses recherches men�es � bien depuis une trentaine d�ann�es permettent de cerner plus pr�cis�ment la personnalit� d�Andrea del Castagno.</p><p>Fils de paysans, tr�s t�t victime des guerres seigneuriales qui d�chiraient</p><p>la Toscane d�alors, Andrea di Bartolo, dit Andrea del Castagno, commen�a jeune sans doute, sinon d�s l�enfance, sa carri�re de peintre. Sur sa formation on sait peu de chose : il a probablement travaill� � Florence � o� il passera la plus grande partie de sa vie � avec Paolo Schiavo (1397-1478), puis avec Filippo Lippi* et Paolo Uccello*. Sa premi�re oeuvre notoire �tait de nature � accr�diter la l�gende du � peintre de la rudesse � : c��tait une fresque ornant le palais du Podestat, repr�sentant dix rebelles pendus par un pied sur l�ordre de Cosme de M�dicis. En 1442, Andrea del Castagno �tait � Venise, o� il peignait Dieu le P�re, des saints et des proph�tes sur les vo�tes de l�abside de l��glise San Zaccaria. Il aurait �galement travaill� aux mosa�ques de San Marco, comme l�avait fait avant lui Paolo Uccello ; l�attribution qu�on lui a faite du carton de la Dormition de la Vierge est aujourd�hui tr�s discut�e, mais l�importance de sa pr�sence � Venise ne l�est pas, car on pense qu�elle a influenc� l�art de Mantegna*. En 1444, Andrea del Castagno travailla au monast�re de Santa Maria degli Angeli � Florence ; de la m�me ann�e datent le portrait (perdu) de l�humaniste Leonardo Bruni, qui fut chancelier de la r�-</p><p>publique de Florence, et la commande d�un carton de vitrail pour la coupole de Santa Maria del Fiore, repr�sentant la D�position. Andrea del Castagno prenait ainsi place parmi les artistes les plus en vue de la cit�, Donatello*, Ghiberti* et Uccello �tant charg�s des autres vitraux. Cette premi�re p�-</p><p>riode de l�oeuvre se ressent fortement, par son luminisme, de l�influence de Domenico Veneziano, � tel point que l�on a cru reconna�tre la main de ce peintre dans les fresques de San Zaccaria. � cette influence est attribuable la pr�sence des ombres port�es dans la Crucifixion du monast�re florentin de Sant�Apollonia.</p><p>Ce cycle de fresques est l�oeuvre la plus c�l�bre d�Andrea. La Crucifixion, la D�position et la R�surrection forment le registre sup�rieur, et la C�ne le registre inf�rieur. La monumentalit� des personnages rappelle le style de Piero* della Francesca ; la composition est remarquable par la rigueur g�om�-</p><p>trique, analogue � celle des d�corations</p><p>de marqueterie qui �taient de mode � la m�me �poque. L�effet obtenu est l�animation d�un espace clos, qui se modifie selon le point de vue d�o� le spectateur le regarde. Mais dans le d�tail des attitudes appara�t un go�t du mouvement que l�on retrouve dans l�Assomption de San Miniato (� Berlin) et surtout dans le David (Washington, peint sur cuir), qui datent de 1449-50. Dans ces deux oeuvres, le traitement des v�tements, des ciels refl�te une certaine pr�ciosit� issue du style gothique international, tandis que le mouvement de t�te de la Vierge, la d�marche de David, sa che-velure annon�ant les personnages de Botticelli se teintent d�un mani�risme �loign� de la rudesse.</p><p>Entre 1451 et 1453, Andrea del</p><p>Castagno travailla � un autre cycle de fresques, � l��glise San Egidio, o� il s�agissait de continuer l�oeuvre de Domenico Veneziano. Il repr�senta l�Annonciation, la Pr�sentation au Temple et la Mort de la Vierge. � Legnaia, � la sortie ouest de Florence, la loggia de la villa Carducci fut d�cor�e de fresques repr�sentant les Hommes et les femmes illustres. Cet ensemble (des environs de 1450) a �t� transport� � l�ancien monast�re de Sant�Apollonia. Le choix des personnages (Boccace voisine avec Esther et avec des hommes d��tat florentins) illustre les buts auxquels un citoyen doit consacrer sa vie selon les trait�s d��ducation humanistes : le gouvernement de l��tat, les armes, les �tudes et la puret� des moeurs.</p><p>Dans cette s�rie de portraits, Andrea del Castagno fait preuve de qualit�s sculpturales et tire parti des ressources de la perspective en construisant des trompe-l�oeil : le bras ou le pied des personnages sortent du cadre, �tablissant un lien entre le spectateur et le tableau. � la Santissima Annunziata, en 1454-55, Andrea ex�cute un Saint Julien, la Trinit� apparaissant � trois saints et une Crucifixion (transport�e � Sant�Apollonia). En 1456, � la cath�-</p><p>drale de Florence, il peint en trompe l�oeil la statue �questre de Niccol� da Tolentino. En comparant cette fresque � celle qui lui fait pendant, la statue de John Hawkwood par Uccello, on peut appr�cier chez Andrea del Castagno un sens du mouvement presque baroque.</p><p>Apr�s avoir admir� l�aspect �pre</p><p>de sa mani�re, la critique d�art y a d�couvert une certaine gr�ce, due � la lumi�re claire, aux effets de clair-obscur, � la vari�t� des attitudes, et surtout downloadModeText.vue.download 71 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>608</p><p>cette recherche d�un espace nouveau, caract�ristique de la premi�re Renaissance florentine.</p><p>E. P.</p><p>B M. Salmi, Corso di storia dell�arte, t. II : Paolo Uccello, Andrea del Castagno, Domenico Veneziano (Florence, 1946) ; Andrea del Castagno (Novare, 1961). / A. M. Fortuna, Andrea del Castagno (Florence, 1957).</p><p>CATALOGUE : L. Berti, Mostra di quattro maes-tri del Primo Rinascimento (Florence, 1954).</p><p>Andrea Pisano ou</p><p>da Pontedera</p><p>Sculpteur et architecte italien (Pontedera ?, pr�s de Pise, v. 1290-1295 -</p><p>Orvieto v. 1348).</p><p>Il fut certainement l�un des artistes les plus appr�ci�s de ses contemporains. Dans la d�cennie qui pr�c�da sa mort, on l�investit successivement des charges de ma�tre d�oeuvre des cath�-</p><p>drales de Florence (1340), Pise et Orvieto (1347). Il fut aussi ing�nieur militaire, s�il est bien exact que Gautier de Brienne, tyran de Florence, l�ait charg� de divers travaux de fortification. Pourtant, son r�le exact reste difficile � cerner, puisque la porte de bronze plac�e au portail sud du baptist�re de Florence est la seule oeuvre incontestablement de sa main qui nous soit parvenue.</p><p>Dans cet ensemble de vingt-huit panneaux, qu�il ex�cuta de 1330 � 1336</p><p>et qui constitue l�un des sommets de la sculpture italienne, vingt panneaux narrent l�histoire de saint Jean-Baptiste, les autres �tant consacr�s aux all�gories des Vertus. La technique employ�e (chaque �l�ment a �t� fondu s�par�ment avant d��tre ins�r� dans un cadre pr�par� � l�avance) rel�ve plus de l�orf�vrerie que de la sculpture, et sans doute Andrea re�ut-il cette double formation � Pise, o� son p�re, en tant que</p><p>notaire, avait instrument� � diverses reprises pour l�Opera del Duomo. Ces d�buts pisans n�expliquent cependant qu�en partie la connaissance de l�art gothique fran�ais, dont t�moignent de nombreux d�tails (la forme quadri-lob�e des m�daillons en particulier).</p><p>C�est sans doute de Lorenzo Maitani (v. 1275-1330) et des sculpteurs d�Orvieto qu�Andrea tient son go�t pour les formes souplement drap�es et les visages fins et m�lancoliques. N�anmoins, c�est principalement l�art de Giotto*, son intime ami selon Vasari, qui a marqu� Andrea. D�j� perceptible dans les sc�nes de la vie du Pr�curseur, cette influence �clate, au point de vue iconographique et stylistique, dans les figures des Vertus. Or, apr�s la mort de Giotto (1337), Andrea Pisano, qui avait sans doute d�j� travaill� au campanile de la cath�drale de Florence, fut charg� d�en continuer la construction.</p><p>Il est difficile de savoir ce qui revient � l�artiste lui-m�me dans la d�coration alors mise en place. Si les huit grandes statues des niches semblent avoir �t� ex�cut�es sous sa direction par des collaborateurs, on s�accorde � attribuer � la main m�me d�Andrea quinze des m�daillons hexagonaux (sc�nes de la Gen�se et all�gorie des Arts et des Techniques) qui ornent la base du campanile. Selon les th�ories les plus r�centes, certains auraient �t� ex�cu-t�s du vivant m�me de Giotto et sous sa direction, ce qui expliquerait la singuli�re conformit� de ces sculptures � l�id�al esth�tique du plus grand peintre m�di�val italien.</p><p>En partant de ces deux ensembles, est-il possible de regrouper sous le nom d�Andrea Pisano une partie des tr�s nombreuses sculptures italiennes du XIVe s. qui appartiennent au m�me courant artistique ? La pr�sence, aux c�t�s d�Andrea, de son fils Nino Pisano rend encore plus d�licate la solution de ce probl�me difficile. N� vers 1315, mort en 1368, Nino succ�da � son p�re comme capomastro de la ca-th�drale d�Orvieto, mais conserva cette charge peu de temps (1348 ?-1353 ?).</p><p>En 1357-58, on le retrouve comme orf�vre � Pise ; deux Vierges � l�Enfant</p><p>� l�une � Santa Maria Novella de Florence, l�autre sur le tombeau de Marco Cornaro � Santi Giovanni e Paolo de</p><p>Venise � portent sa signature. La tradition lui assigne en outre le groupe de l�Annonciation � Santa Caterina de Pise et la c�l�bre Madonna del latte, jadis � Santa Maria della Spina (mus�e de Pise), ce qui permet de lui attribuer aussi la Vierge de l�Annonciation en bois du mus�e du Louvre.</p><p>Compte tenu de l��tat actuel des recherches, on peut admettre qu�Andrea Pisano fut, d�s 1335-1340, � la t�te d�une bottega particuli�rement active, o� son fils joua de bonne heure le r�le de chef d�atelier sans qu�on puisse clairement discerner ce qui lui revient en propre. Certaines oeuvres (Madone � l�Enfant d�Orvieto) furent sans doute ex�cut�es par Nino sur un projet d�Andrea. Le rayonnement de cet atelier, situ� peut-�tre � Pise, fut consid�rable. Les types statuaires les plus remarquables du Trecento italien (Vierge debout portant l�Enfant, groupes d�Annonciation) y furent sinon cr��s, du moins perfectionn�s. Apr�s la mort d�Andrea vers 1348, l�atelier perp�tua le style calme et monumental de son fondateur, mais nuanc� d�une gr�ce souriante qui semble appartenir en propre � Nino. Un certain renouvellement, d� peut-�tre � des contacts avec l�art gothique fran�ais, se manifeste aussi parfois dans l�agencement des drap�s. Jusqu�� la fin du si�cle, l�influence de ce remarquable foyer cr�ateur se fera sentir au fond des provinces les plus �loign�es de la Toscane, donnant naissance parfois � des oeuvres de caract�re presque artisanal, mais o� survit, encore quelque chose de la souveraine �l�gance des prototypes.</p><p>J. R. G.</p><p>B I. Toesca, Andrea e Nino Pisani (Florence, 1950). / L. Becherucci, Andrea Pisano nel com-panile di Giotto (Florence, 1965).</p><p>Andri&#x107; (Ivo)</p><p>�crivain yougoslave (Dolac, pr�s de Travnik, 1892 - Belgrade 1975).</p><p>Andri&#x107; est l�un des rares �crivains de sa g�n�ration � qui, dans l�actuelle Yougoslavie, puisse s�appliquer pr�-</p><p>cis�ment l��pith�te de yougoslave, et non pas simplement de serbe ou de</p><p>bosniaque. En effet, bien que rest� tr�s proche de son terroir natal, il sait d�pouiller ses personnages, divers dans le temps et l�espace, de leurs particularismes de caste, de race, de religion, pour mettre en valeur l�homme �ternel.</p><p>Il fait des �tudes de slavistique � Zagreb, Vienne et Cracovie, et, comme membre de l�organisation r�volutionnaire Mlada Bosna (Jeune Bosnie), il est intern� par les Autrichiens de 1914 � 1917. Apr�s avoir termin� son doctorat � Graz, il fait carri�re dans la diplomatie. De prison, il a ramen� un petit ouvrage de notes lyriques, Ex Ponto, suivi deux ans plus tard, en 1920, d�Inqui�tudes. Ce sont deux volumes de notations intimes, d�o� la haine de l�ennemi est absente, mais o� il exprime sa souffrance d�homme, tout comme le h�ros de sa premi�re nouvelle, le Voyage d�Alija Djerzelez (1921), preux redout� sur les champs de bataille, se trouve sans d�fense et d�sarm� devant l��ternel f�minin. D�s lors, Andri&#x107; trouvera sa voie dans les nouvelles, dont les th�mes sont surtout emprunt�s au pass� de la Bosnie, terre de contrastes, occup�e tour � tour par les Turcs et les Autrichiens, o� se c�toient trois religions (catholicisme, orthodoxie et isl&#x101;m). Un monde mouvant et bigarr� de commer�ants, d�artisans, de pachas et de beys, d�officiers autrichiens, de filles, de d�bauch�s, de gueux, de riches, avec leurs conflits de passions, d�int�r�ts, de conceptions, de coutumes, de parlers m�me, lui fournit une incomparable toile de fond, riche en couleur locale, mais o� il sait retrouver, dans la diversit� des actes et des attitudes de ses personnages � l��gard de l�amour, de la vie, de l�amiti�, de la mort, l�homme d�pouill� de ses contingences. Grand artisan du mot et de la phrase, il p�se soigneusement chaque expression pour cerner ses personnages, un peu comme l�entomologiste d�crivant l�insecte qu�il voit se d�mener sous sa loupe, tout en sachant fort bien qu�il n�est pas en son pouvoir de changer quoi que ce soit � ce qu�il observe, ce qui n�est pas sans colorer son oeuvre d�une certaine tristesse.</p><p>Mais cette indiff�rence apparente de l�observateur impartial n�a cependant rien de froid. C�est ainsi qu�il professe une sympathie manifeste pour certains</p><p>monuments, notamment pour ces ponts</p><p>� turcs � en dos d��ne qui sont l�un des charmes de la Bosnie et constituent comme des charni�res entre les pays et les hommes.</p><p>Entre les deux guerres, Andri&#x107; a une activit� r�duite : il se contente surtout d�accumuler des mat�riaux, bien qu�entre 1924 et 1940 il ait fait para�tre cinq recueils de nouvelles. Mais, � la Lib�ration, il publie coup sur coup quatre romans et plusieurs recueils de nouvelles. Il est un pont sur la Drina (1945), paru la m�me ann�e que la Chronique de Travnik et Mademoi-selle, obtient le premier prix du roman du gouvernement f�d�ral yougoslave, et son oeuvre est couronn�e par le prix Nobel en 1961.</p><p>L�oeuvre capitale d�Andri&#x107; est</p><p>constitu�e par ses nouvelles, dont le cadre est mieux adapt� � son talent. Ses romans en effet ne sont souvent qu�une suite de nouvelles rattach�es par un lien un peu l�che (comme le pont, dans Il est un pont sur la Drina). La nouvelle, par ses dimensions restreintes, lui a mieux permis de rester en contact avec le peuple, avec l�humain : c�est ce qui donne toute sa valeur � son oeuvre.</p><p>H. B.</p><p>androg�nes</p><p>� l�origine, m�dicaments susceptibles de suppl�er, chez l�homme, � une insuffisance de la s�cr�tion interne des testicules, c�est-�-dire des hormones m�les ; par la suite, les androg�nes ont trouv� de nombreuses applications downloadModeText.vue.download 72 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>609</p><p>th�rapeutiques chez la femme comme chez l�homme.</p><p>En 1889, Charles �douard Brown-</p><p>S�quard montre l�action dynamo-</p><p>g�ne des extraits testiculaires sur les animaux m�les castr�s. En 1891,</p><p>A. d�Arsonval d�montre l�existence d�une s�cr�tion interne du testicule.</p><p>Puis A. P�zard, Iscovesco, Busquet</p><p>prouvent la non-sp�cificit� des extraits testiculaires, et d�montrent qu�il est possible de les injecter � un animal, m�le ou femelle, d�une autre esp�ce.</p><p>Enfin Moore, Gallagher, puis Maino et Frattini isolent les hormones m�les naturelles : l�androst�rone, l�isoan-drost�rone, la d�hydroandrost�rone et la testost�rone.</p><p>Activit� physiologique</p><p>des androg�nes</p><p>Outre leur action stimulatrice sur les organes g�nitaux m�les, qui fut logiquement recherch�e � l�origine, les androg�nes font preuve d�autres activit�s, notamment :</p><p>� d�activit� anabolisante prot�ique ; diminuant l�excr�tion azot�e et s�opposant ainsi au catabolisme des prot�ines, ils en favorisent le stockage par l�organisme et tendent � augmenter les masses musculaires ;</p><p>� d�activit� antifolliculinique ; antagonistes des oestrog�nes, ils diminuent la motilit� ut�rine et r�duisent les troubles de l�hyperfolliculinie ; en outre, les androg�nes favorisent la r�tention du phosphore, du calcium, du sodium (donc celle de l�eau) � tr�s fortes doses, par antagonisme avec l�ant�hypophyse ; ils peuvent inhiber la spermatogen�se chez l�homme, l�ovulation et la lactation chez la femme.</p><p>M�dicaments androg�nes</p><p>Toutes les pharmacop�es anciennes mentionnent des m�dicaments androg�nes prescrits empiriquement dans un dessein de rajeunissement physique et intellectuel. C�est seulement � la suite des travaux des physiologistes de la fin du XIXe s. que seront introduits en th�rapeutique des extraits glandulaires qui ressortissent � l�opoth�rapie. On utilise ainsi des poudres de testicules animaux, obtenues par dessiccation � basse temp�rature, et des extraits glyc�rines injectables. Ces m�dicaments ne sont pas d�pourvus d�activit�, mais leur teneur en principes actifs, ou hormones androg�nes, est faible. La pr�-</p><p>paration des hormones naturelles par extraction constitue un progr�s, mais le faible rendement de cette op�ration en limite encore l�emploi. Seule la</p><p>synth�se par voie chimique, non seulement des hormones naturelles, mais surtout de nombreux d�riv�s voisins, a permis le d�veloppement de la th�-</p><p>rapeutique androg�ne telle qu�on la pratique actuellement, et son extension � des indications anabolisantes ou progestatives qu�on �tait autrefois loin de soup�onner. Les hormones androg�nes ne sont pas toxiques, mais leur emploi prolong� peut n�anmoins conduire � des d�sordres graves par leur action virilisante chez la femme (hirsutisme, acn�, arr�t de l�activit� ovarienne) et chez l�enfant (modification du timbre de la voix, retard de croissance, soudure pr�matur�e des �piphyses).</p><p>Bien que les androst�rones soient les premi�res hormones naturelles isol�es des extraits testiculaires, la plus importante est la testost�rone, dont les premi�res semblent d�river ; c�est un d�riv� st�ro�de*, aujourd�hui produit par synth�se, androg�ne actif, dou� de propri�t�s virilisantes. En raison de l�extension de la th�rapeutique anabolisante, la recherche pharmacologique de nouvelles hormones synth�tiques a conduit � l�introduction de nouveaux d�riv�s, voisins de la testost�rone, anabolisants mais peu virilisants ; le nombre de ces nouveaux corps montre qu�il n�en est pas de parfaits, et que leur utilisation doit rester soumise � un contr�le m�dical strict. Ces corps sont administr�s par la voie orale ou par la voie intramusculaire ; beaucoup d�entre eux, salifi�s par des acides organiques de haut poids mol�culaire, permettent des injections tr�s espac�es (effet retard). Enfin, la m�dication an-tioestrog�nique, dite � progestative �, fait souvent appel aux associations de la progest�rone avec d�autres hormones : oestrog�nes ou progest�rone.</p><p>Principaux m�dicaments</p><p>androg�nes</p><p>y Virilisants :</p><p>a) extraits opoth�rapiques (orchitine [extrait de testicule]), s�rum d�animaux m�les jeunes (taureau) ;</p><p>b) testost�rone ;</p><p>y Anabolisants : st�ro�des d�riv�s de la testost�rone (androstanolone, andros-</p><p>t�nediol, �thyloestr�nol, m�thandriol, m�thylandrost�nolone, nor�tandrolone, nortestost�rone, oxymest�rone, oxym�-</p><p>thalone, stanozolol) ;</p><p>y Progestatifs : associations avec les hormones oestrog�nes ou avec la progest�rone.</p><p>R. D.</p><p>B U. Munch, Die Ausscheidung von nat�rli-chen Androgenen und �strogenen in der Milch (Munich, 1954). / W. Engert, Die Androgene und ihre Wirkung (W�rzburg, 1957).</p><p>�ne</p><p>F �QUID�S.</p><p>an�mie</p><p>Terme utilis� classiquement en m�decine pour d�finir les d�ficiences du sang en globules rouges (ou h�maties). D s�agit en r�alit� d�un trouble li� � la diminution de l�h�moglobine circulante, par rupture de l��quilibre entre la production et la destruction (ou la perte) des globules rouges et de l�h�moglobine.</p><p>Le diagnostic d�an�mie</p><p>Ce diagnostic peut �tre port� � l�occasion de signes r�v�lateurs tels que p�leur g�n�ralis�e des t�guments et des muqueuses, essoufflement, souffle cardiaque ou manifestations h�morragiques. Un examen clinique complet est toujours indispensable pour pr�ciser le degr� de retentissement de l�an�-</p><p>mie et tenter d�en d�celer la cause. En pratique courante, cependant, le diagnostic est affirm� par les examens biologiques compl�mentaires. C�est ainsi que l�h�mogramme permet d�ap-pr�cier le nombre de globules rouges et de globules blancs par millim�tre cube de sang (normalement, pour les globules rouges, 4,5 � 5,7 millions par millim�tre cube chez l�homme et 4,2 � 5,3 millions chez la femme ; pour les globules blancs, entre 5 000 et 10 000</p><p>par millim�tre cube). Cet examen pr�-</p><p>cise encore la morphologie des �l�-</p><p>ments (recherchant par exemple une anisocytose, ou in�galit� de taille), leur colorabilit� (v�rifiant s�il y a ou non anisochromie, c�est-�-dire des diff�-</p><p>rences d�affinit� tinctoriale). Par ailleurs le chiffre des plaquettes doit �tre compris entre 120 000 et 240 000 par millim�tre cube. Il faut aussi pr�ciser la quantit� d�h�moglobine : on l�exprime de pr�f�rence en grammes par cent millilitres de sang (normalement 14 � 17 g chez l�homme, 12 � 16 g chez la femme) ou � d�faut en pourcentage (normalement 100 p. 100). Enfin, l�h�-</p><p>matocrite doit toujours �tre mesur� : il indique le volume r�el des h�maties par rapport � celui du sang (normalement, entre 40 et 45 p. 100 chez l�homme, entre 38 et 42 p. 100 chez la femme). Cet examen est � la base de l��tablissement de donn�es plus approfondies, telles que le volume globulaire moyen, la concentration corpusculaire h�moglobinique moyenne et la charge moyenne en h�moglobine. � partir de ces examens et de l�ensemble clinique, il est possible de pr�sumer du type d�an�mie rencontr�, et d�orienter les recherches par des examens sp�cialis�s, indispensables notamment en cas d�an�mie chronique isol�e. Le dosage du fer s�rique doit en premier lieu compl�ter les examens h�matologiques p�riph�riques (valeur normale �chelonn�e entre 80 et 160 microgrammes par cent millilitres de sang chez l�homme, entre 60 et 140 microgrammes par cent millilitres chez la femme). Ainsi on peut adopter une classification distinguant les an�mies microcytaires hypochromes par carence en fer, les an�mies macrocytaires m�galoblastiques et normochromes, les an�mies h�molytiques.</p><p>Les an�mies</p><p>hypochromes</p><p>Elles sont d�finies actuellement par une concentration corpusculaire h�-</p><p>moglobinique moyenne inf�rieure</p><p>� 30 p. 100, alors que la normale est de 34 � 2 p. 100. La valeur globulaire, autrefois utilis�e, est en fait une donn�e fausse. Ces an�mies sont habituellement microcytaires, avec un volume globulaire moyen inf�rieur � 80 microns cubes (normalement 86 � 96 microns cubes) ; les h�maties sont p�les sur l��talement.</p><p>Si le fer s�rique est inf�rieur � 60 microgrammes, on dit qu�il s�agit d�une an�mie sid�rop�nique. La forte</p><p>diminution des r�serves de fer explique le faible coefficient de saturation de la sid�rophiline, alors que cette prot�ine elle-m�me est augment�e. Cliniquement, on retrouve une asth�nie, un certain degr� de p�leur avec parfois ko�lonychie (d�formation de l�ongle, dont la surface devient concave), une s�cheresse des muqueuses entrant dans le cadre d�un syndrome de Plummer-Vinson. Les causes le plus fr�quemment trouv�es en sont avant tout des h�morragies distillantes, qu�il convient de rechercher soigneusement (h�morragies g�nitales, urinaires, intestinales). Parfois, il s�agit de carences alimentaires telles qu�on peut en observer au cours de la grossesse ; plus rarement, une malabsorption digestive par achylie (absence de chyle) gastrique, apr�s gastrectomie, par exemple, est incrimin�e. En fait, ce probl�me quotidien de m�decine g�n�rale n�est pas downloadModeText.vue.download 73 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>610</p><p>toujours r�solu, et l�on parle d�an�mies hypochromes ferriprives idiopathiques, plut�t que de la classique � chlorose essentielle des jeunes filles �. Le traitement consiste dans l�administration orale de sels ferreux (th�rapeutique martiale).</p><p>Par ailleurs, il existe des an�mies hypochromes hypersid�r�miques (avec fer s�rique �lev�) par trouble de la formation d�h�moglobine, qui peut si�ger � divers niveaux, avec accumulation de fer non h�minique. Parmi les causes de ces an�mies, on rel�ve, outre des h�moglobinopathies dans leurs formes h�t�rozygotes (voir plus loin an�mies h�molytiques), les intoxications par le plomb, ou saturnisme, d�exceptionnelles carences en vitamines B6 et de rarissimes an�mies sid�roblastiques h�r�ditaires. De plus, bon nombre d�an�mies observ�es au cours des maladies infectieuses sont � rattacher � ce type, en raison d�une mauvaise r�utilisation du fer accumul� dans les cellules r�ticulo-endoth�liales.</p><p>Les an�mies</p><p>macrocytaires</p><p>m�galoblastiques normochromes</p><p>Elles se caract�risent par un volume globulaire moyen sup�rieur � 96 microns cubes et un diam�tre moyen des h�maties sup�rieur � 8 microns, tandis que la concentration corpusculaire h�-</p><p>moglobinique moyenne reste normale.</p><p>On consid�re en effet, aujourd�hui, qu�il n�existe pas d�an�mies hyper-chromes de ce type. On note souvent aussi une leucop�nie, et sur l��talement de gros polynucl�aires hypersegment�s. Le my�logramme (examen de la moelle osseuse) est ici absolument n�cessaire pour pr�ciser la cause de l�an�mie.</p><p>En France, la principale cause est ind�niablement l�an�mie de Biermer, due � un d�faut de s�cr�tion du � facteur intrins�que � gastrique, probablement d�origine immunologique, cela �tant peut-�tre la cons�quence d�un d�sordre g�n�tique. Les sympt�mes de la maladie de Biermer sont les suivants : p�leur intense des t�guments et des muqueuses, langue d�papill�e (glossite verniss�e de Hunter), troubles gastriques, t�moignant de l�anachlorhydrie, et neurologiques, allant d�une simple abolition des r�flexes achill�ens � une scl�rose combin�e de la moelle avec parapl�gie et ataxie (syndrome neuro-an�mique). Les examens h�matologiques r�v�lent une an�mie tr�s marqu�e, parfois inf�rieure � un million de globules rouges par millim�tre cube, avec anisocytose, macrocytose, po�kilocytose et polychromatophilie.</p><p>Surtout, on retrouve des m�galoblastes dans le sang p�riph�rique et dans la moelle. Par ailleurs, l�anachlorhydrie gastrique r�siste aux injections d�histamine, et l�on peut d�celer des anticorps dits � anti-muqueuse gastrique �.</p><p>Le dosage microbiologique de la vitamine B12 reste encore du domaine des laboratoires tr�s sp�cialis�s, de m�me que les �preuves d�absorption de vitamine B12 marqu�e par un radio-isotope au cobalt.</p><p>Sur le plan physiopathog�nique,</p><p>il faut retenir les travaux de Castle, Whipple, Minot et Murphy. Wipple, en 1924, montra que le foie de veau �tait le meilleur aliment r�parateur de l�an�-</p><p>mie exp�rimentale du chien. Minot et Murphy, en 1926, prouv�rent que l�an�mie de Biermer �tait �galement curable par l�ingestion de foie de veau.</p><p>Castle, en 1928, d�couvrit en faisant ing�rer � des bierm�riens de la viande mac�r�e dans le suc gastrique qu�il r�-</p><p>parait leur an�mie. En revanche, apr�s ingestion de l�un ou l�autre isol�ment, il n�y avait aucune action, et la viande mac�r�e dans du suc gastrique de bierm�riens �tait inop�rante. Ainsi �tait d�couverte la pr�sence d�un facteur antipernicieux, n�cessaire � la maturation globulaire et r�sultant de l�interaction d�un facteur intrins�que contenu dans le suc gastrique et d�un facteur extrins�que contenu dans la viande et assimil� � la vitamine B12, isol�e en 1948 � partir du foie. La conduite th�rapeutique d�coule de ces constata-tions physiopathologiques : l�administration parent�rale de vitamine B12 est indispensable � la survie des malades atteints d�an�mie de Biermer, alors que la prise orale est inactive. Succ�dant aux doses d�attaque qui sont fonction de l�intensit� de l�an�mie � r�parer, la dose d�entretien d�pend �videmment des besoins individuels.</p><p>On rapproche de l�an�mie dite</p><p>� pernicieuse � de Biermer certaines an�mies m�galoblastiques observ�es apr�s gastrectomie totale (constante) ou partielle (cons�cutive � une gastrite du moignon ou � une malabsorption). Lorsqu�il n�y a pas d�achylie et que l��preuve au cobalt marqu� (test de Schilling) n�est pas concluante, il convient de rechercher une carence en acide folique, ce qui ne peut �tre r�alis� que par la pratique d�un test de charge � l�histidine. Si l�acide folique ne peut �tre consid�r� comme le facteur antipernicieux, son action sur l��rythropo��se et sur la leucopo��se est indiscutable, au m�me titre que celle du facteur antipernicieux, et, comme ce dernier, il se trouve stock� dans le foie. Cela explique certaines interf�-</p><p>rences avec la carence en vitamine B12</p><p>et en cas d�affection h�patique. Mais lorsque le test � l�histidine est franchement positif (�limination d�un m�tabolite interm�diaire dans les urines), il faut s�en tenir au diagnostic de carence folique et tenter de lui assigner une cause. Tout d�abord, on �voque une</p><p>carence alimentaire, bien classique en zone tropicale, non exceptionnelle en Europe (de nombreuses observations ont �t� faites � ce propos dans les pays anglo-saxons), mais alors souvent associ�e � d�autres carences protidiques ou calciques. Les malabsorptions intestinales sont ensuite � rechercher ; elles pourraient �tre confirm�es par biopsie j�junale (sprue tropicale, ent�ropathies exsudatives). Un accroissement des besoins peut �galement �tre � l�origine de telles an�mies (grossesse, h�molyses ou certaines h�mopathies malignes). Il faut encore penser � une cause m�dicamenteuse telle que la prise d�anti�pi-leptiques ou d�antifoliques. Enfin, on peut incriminer exceptionnellement les cirrhoses.</p><p>Les an�mies</p><p>h�molytiques subaigu�s</p><p>ou chroniques</p><p>Elles sont tr�s importantes � conna�tre et � d�pister avant la survenue toujours possible de grandes crises d�h�molyse.</p><p>Les stigmates en sont les suivants : une augmentation de la bilirubine libre dans le plasma, du stercobilinog�ne f�cal, du fer s�rique et de l�urobilinu-rie ; des signes de r�g�n�ration moins sp�cifiques que les pr�c�dents, sous forme d�une r�ticulocytose (ou augmentation des r�ticulocytes, qui sont de jeunes h�maties) et tr�s accessoirement d�une �rythroblastose m�dullaire. Cliniquement, les an�mies h�molytiques se traduisent le plus souvent par l�association d�un sub-ict�re (jaunisse), de signes d�an�mie et d�une grosse rate.</p><p>Dans un certain nombre de cas, les seules donn�es fournies par l�interrogatoire concernant l�histoire de la maladie h�molytique font �voquer le diagnostic : une notion d�atteinte familiale fait imm�diatement envisager la possibilit� d�une maladie de Min-kowski-Chauffard, qu�attestera ensuite l�existence d�une microsph�rocytose, d�une forte diminution de la r�sistance globulaire aux solutions osmotiques et d�une s�questration des h�maties au sein de la rate hypertrophi�e. Cette maladie peut �tre longtemps latente, puis donner lieu � des accidents brutaux d�h�molyse et � des pouss�es de spl�nom�galie tr�s douloureuses. Dans son d�terminisme, on invoque une alt�-</p><p>ration de la paroi globulaire. Mais cette th�orie �tiopathog�nique est assez incertaine. Un fait demeure : la gu�-</p><p>rison remarquable de tous les troubles cliniques apr�s ablation de la rate (spl�nectomie), alors m�me que subsiste la microsph�rocytose, seul t�moin d�sormais de cette maladie g�n�tique � transmission dominante.</p><p>Tout aussi �vocatrice est la notion ethnique qui sugg�re le plus souvent une h�moglobinopathie. Chez les sujets de race noire, il s�agit essentiellement de la dr�panocytose due � la pr�sence d�h�moglobine S, soit sous forme homozygote (tr�s grave), soit sous forme h�t�rozygote (relativement mieux support�e). Les h�maties porteuses de cette h�moglobine anormale ont une f�cheuse tendance � se d�t�riorer sous l�effet d�une privation m�me partielle en oxyg�ne. La dr�panocytose est �maill�e d�accidents thrombotiques multiples, responsables d�infarctus visc�raux et osseux � r�p�tition. Les malades homozygotes (sicklan�miques) meurent pr�cocement, ou survivent dans des conditions tr�s difficiles ; les malades h�t�rozygotes sont � l�origine de la survivance de la tare, mais peuvent �galement, dans certaines conditions (notamment � l�occasion de voyages a�riens dans des appareils mal pressuris�s), faire des accidents identiques � ceux des malades homozygotes. Cette maladie, d�crite essentiellement chez les Noirs (africains et am�ricains), se voit dans une faible proportion chez les Grecs et chez les Turcs. Ses rapports avec le degr� d�im-paludation des r�gions touch�es sont toujours discut�s.</p><p>Chez les sujets originaires du littoral m�diterran�en, c�est surtout � la thalass�mie qu�il faudra penser. Celle-ci est due � la persistance anormale d�h�-</p><p>moglobine foetale F, dans des proportions variables qui conditionnent une classification en trois formes : majeure, mineure et minime. Dans cette derni�re, on observe seulement en fait une �l�vation de la fonction A2 de l�h�moglobine adulte A. Le diagnostic de la thalass�mie majeure, ou maladie de Cooley, repose chez l�enfant sur son aspect ch�tif, son faci�s mongolo�de et la pr�sence �ventuelle d�ulc�res de jambes. Le pronostic en est particuli�-</p><p>rement sombre. Les formes mineures et surtout minimes peuvent n��tre diagnostiqu�es que plus tardivement, en downloadModeText.vue.download 74 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>611</p><p>raison de leur latence, et m�me simplement � l�occasion d�examens syst�-</p><p>matiques (pr�sence de cellules-cibles sur frottis de sang). Le diagnostic de certitude est apport� par l��lectropho-r�se de l�h�moglobine et par l��tude de la r�sistance de l�h�moglobine � la d�naturation alcaline, singuli�rement augment�e pour l�h�moglobine F, alors que toutes les autres h�moglobines sont sensibles � cette d�naturation.</p><p>D�autres h�moglobinopathies peuvent �tre encore observ�es, dues � la pr�-</p><p>sence d�h�moglobine C chez l�Africain (souvent associ�e � l�h�moglobine S et alors pourvoyeuse d�h�molyse), D ou E chez l�Asiatique, H, I, J, K dans des cas beaucoup plus rares.</p><p>Si l�on a la notion par ailleurs de pouss�es d�h�molyse � l�occasion de la prise de certains m�dicaments ou d�ingestion de f�ves, il convient de demander un dosage des enzymes intraglobulaires (d�ficit en glucose phosphod�shydrog�nase, responsable notamment du favisme). En pr�sence d�un effondrement paradoxal du fer s�rique � l�occasion d�une h�molyse subaigu� ou chronique, on peut �tre amen� � porter le diagnostic de maladie de Marchiafava-Micheli, qui se traduit en outre par une fuite de fer dans les urines, et pratiquer un test qui objective la fragilit� anormale des h�maties en milieu acide. L�autre nom de cette curieuse affection est l�h�moglobinurie paroxystique nocturne, en raison de l��mission d�urines lie-devin au matin pendant les acc�s h�molytiques, contrastant avec un aspect normal durant le jour. Il faut enfin savoir chercher une cause immunologique � certaines an�mies h�molytiques subaigu�s ou chroniques. Tout � fait � part et avant d�envisager les grandes an�mies aigu�s, il y a lieu de rappeler les an�mies chroniques dues � un m�lange d�h�molyse et d�insuffisance de production m�dullaire. Elles</p><p>s�accompagnent le plus souvent d�une pancytop�nie (diminution du nombre de tous les globules, rouges et blancs) p�riph�rique et s�observent au cours des leuc�mies, de certains cancers, d�intoxications ou de th�rapeutiques m�dicamenteuses prolong�es (benzol, moutarde azot�e, sels d�or, pyrimidine, chloramph�nicol), apr�s exposition aux radiations ionisantes, lors de certaines insuffisances r�nales, ou enfin caract�risent certaines maladies h�r�-</p><p>ditaires (maladie de Fanconi).</p><p>Telles apparaissent les an�mies</p><p>chroniques, isol�es ou non, d�observation quotidienne dans la pratique m�dicale courante. Les probl�mes �tiologiques qu�elles posent ne sont pas toujours faciles � r�soudre et imposent dans un certain nombre de cas des investigations pouss�es. Ce serait donc une erreur que d�entreprendre un traitement avant d��tre s�r de l�existence de l�an�mie et avant d�avoir �clairci sa vari�t� ainsi que son m�canisme.</p><p>Les an�mies aigu�s</p><p>et suraigu�s</p><p>Bien diff�rentes sont les an�mies suraigu�s, impliquant une th�rapeutique d�urgence. Elles sont certes beaucoup plus rares que les pr�c�dentes et s�accompagnent le plus souvent d�un tableau clinique qui sugg�re fortement le diagnostic. Il suffit de citer les grandes h�morragies aigu�s, soit externes, �videntes, soit internes, d�allure parfois plus trompeuse. N�anmoins, la chute impressionnante de la tension art�rielle et l�acc�l�ration du pouls, qui � s�af-fole �, imposent une th�rapeutique im-m�diate. Devant ces cas, l�exp�rience prouve qu�il faut transfuser du sang rapidement et suffisamment.</p><p>De m�me, les grandes crises h�molytiques sont tr�s suggestives. L�accident transfusionnel aigu, se traduisant par des signes de choc avec frissons, h�moglobinurie puis anurie, requiert l�exsanguino-transfusion d�urgence. Il peut s�agir d�incompatibilit� dans le syst�me de groupe A.B.O., mais bien plus souvent l�incompatibilit� a lieu au niveau du syst�me Rh�sus ou d�un sous-groupe m�connu. � propos des an�mies h�molytiques inh�rentes aux</p><p>incompatibilit�s de type Rh�sus, il y a lieu de rappeler la possibilit� d�accidents foeto-maternels par sensibilisation lors de grossesses ou de transfusions ant�rieures de m�res Rh�sus n�gatif. Le tableau est toujours tr�s �vocateur et l�on ne dispose pour y rem�dier que de l�exsanguino-transfusion dans les d�lais les plus brefs.</p><p>Certaines septic�mies sont � l�origine de grandes crises h�molytiques. Telles sont les septic�mies apr�s avortement, dues au germe Welchia perfringens, requ�rant les m�mes m�thodes que pr�c�demment. L�h�molyse observ�e au cours de l�acc�s pernicieux du paludisme doit en �tre rapproch�e. D�autres causes paraissent beaucoup plus rares, du moins sous nos climats, comme certaines morsures de serpents, qui commandent l�administration parent�-</p><p>rale de cortico�des. Enfin, de grandes crises h�molytiques peuvent survenir au cours de maladies auto-immunes, n�cessitant l�administration de cortico�des en perfusion veineuse et de globules rouges lav�s.</p><p>De toute fa�on, au-dessous d�un</p><p>chiffre que l�on peut fixer � 1 million de globules rouges par millim�tre cube, la vie est imm�diatement menac�e. Il faut donc traiter au plus vite, en particulier dans le cas d�une maladie de Biermer avec signes neurologiques mena�ant d�une scl�rose combin�e.</p><p>De la m�me fa�on, certaines an�mies hypochromes par carence en fer (telle l�an�mie des mineurs par ankylosto-miase) peuvent exiger une transfusion de culot globulaire en urgence, suivie d�une recharge en fer rapide et intense.</p><p>Au total, s�il faut condamner une pr�cipitation parfois excessive face � certaines an�mies mal expliqu�es, il ne faut pas davantage se laisser abuser par la bonne tol�rance apparente de certaines an�mies intenses, dont l��volution secondaire pourrait �tre catastrophique, faute d�un traitement appropri�.</p><p>M. R.</p><p>Les grands sp�cialistes</p><p>de l�an�mie</p><p>Anton von Biermer, m�decin suisse (Bombay 1827 - Breslau 1892). Il fut l�un des premiers � d�crire l�an�mie pernicieuse, et surtout � en individualiser le tableau d�sormais classique, qui a permis de lui d�cerner la d�nomination de l�affection.</p><p>George Richards Minot, m�decin et biologiste am�ricain (Boston 1885 - id.</p><p>1950). Professeur � l�universit� Harvard, il proposa, d�s 1926, avec Murphy, de traiter l�an�mie pernicieuse de Biermer par ingestion massive de foie cru. Cette d�couverte, qui est � la base de la notion de principe antipernicieux, lui valut le prix Nobel en 1934.</p><p>William Parry Murphy, m�decin am�-</p><p>ricain (Stoughton, Wisconsin, 1892).</p><p>Professeur � l�universit� Harvard, il a montr� avec Minot, en 1926, que l�ingestion de foie corrigeait la maladie de Biermer. Prix Nobel 1934.</p><p>George Hoyt Whipple, m�decin et</p><p>physiologiste am�ricain (Ashland, New Hampshire, 1878 - Rochester, New York, 1976). Professeur au John Hop-kins Hospital (1908), � l�universit� de Californie (1914) et � l�universit� Rochester de New York (1921-1952), il d�cela le r�le capital qui revient au foie dans la r�paration des pertes en h�maties et donc dans l��rythropo��se. Cette d�couverte du principe antian�mique du foie (1924) lui valut le prix Nobel en 1934.</p><p>B M. M. Wintrobe, Clinical Hematology. Lee and Fibiger (Philadelphie, 1942 ; 6e �d., 1967).</p><p>/ P. Chevallier, les An�mies et polycyth�mies chroniques (Monographies m�dicales et scientifiques, 1960). / J. Bernard et J. Ruffi�, H�matologie g�ographique. �cologie humaine. Caract�res h�r�ditaires du sang (Masson, 1966).</p><p>/ M. Paget (sous la dir. de), les An�mies. �tudes cliniques et biologiques (Expansion scientifique fran�aise, 1966). / J. Bernard, Maladies du sang (Flammarion, mise � jour annuelle).</p><p>anesth�sie</p><p>Suppression de la sensibilit�.</p><p>L�anesth�sie peut �tre spontan�e, pathologique, ou au contraire provoqu�e dans un dessein th�rapeutique.</p><p>Spontan�e, c�est la privation partielle ou g�n�rale de la facult� de sentir, et plus particuli�rement de sentir la douleur. Rencontr�e, avec un grand nombre de modalit�s dans plusieurs �tats pathologiques, c�est un �l�ment s�m�iologique important dans les affections neurologiques. (V. sensibilit�.) Provoqu�e, c�est une insensibilit� artificiellement produite pour supprimer la douleur qui accompagne la plupart des interventions chirurgicales.</p><p>C�est celle que nous �tudierons ici.</p><p>L�anesth�sie moderne comprend,</p><p>outre l�insensibilit� provoqu�e, ou analg�sie, la surveillance et la sauvegarde de toutes les fonctions vitales plus ou moins troubl�es par la maladie ou par les techniques anesth�siques elles-m�mes.</p><p>Comme l�anesth�sie � spontan�e �</p><p>de certaines maladies nerveuses, l�anesth�sie chirurgicale peut �tre g�-</p><p>n�rale (et accompagn�e de sommeil) ou locale, portant sur une partie plus ou moins �tendue du corps.</p><p>L�anesth�sie g�n�rale peut s�administrer par plusieurs voies (la voie respiratoire, la voie veineuse, la voie rectale), ainsi que par la mise en oeuvre de l��lectricit� ou du froid.</p><p>Les modalit�s de l�anesth�sie locale ne sont pas moins nombreuses.</p><p>Suivant la localisation recherch�e, il peut s�agir d�anesth�sie par contact, d�infiltration locale, d�anesth�sie tronculaire, rachidienne (p�ridurale ou sous-arachno�dienne).</p><p>Th�ories de</p><p>l�anesth�sie</p><p>Le m�canisme exact de l�anesth�sie, quelles que soient ses modalit�s, est aussi mal connu et par cons�quent aussi controvers� que le fonctionnement intime des cellules vivantes et plus sp�cialement des cellules nerveuses.</p><p>downloadModeText.vue.download 75 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>612</p><p>Le fait que la plupart des agents anesth�siques sont beaucoup plus solubles dans les lipides que dans l�eau a fait dire que des modifications physiques s�opposaient au fonctionnement de la cellule sans la d�truire si la dur�e et l�intensit� d�action ne d�passaient pas certaines limites. L�adsorption des agents anesth�siques par les mol�cules prot�iques a �t� �galement invoqu�e, ainsi que la g�ne au passage du courant �lectrique par le gonflement des particules intracellulaires.</p><p>En ce qui concerne l�anesth�sie locale (comme pour l�action des curares), il est fait appel � des notions de polarit� �lectrique locale et plus pr�cis�ment membranaire, avec de s�duisantes conclusions th�oriques et pratiques.</p><p>Le plus simple est de consid�rer les ph�nom�nes d�oxydor�duction intracellulaires et leurs variations en fonction de la p�n�tration plus ou moins forte des agents anesth�siques dans les cellules, et plus pr�cis�ment dans les lipides intracellulaires.</p><p>L�imbibition se fait � partir du plasma sanguin d�autant plus rapidement que l�anesth�sique a une plus grande affinit� pour les graisses. Arriv� � son but, il y ralentit, y suspend le cours normal des oxydor�ductions, mais partiellement et pour une dur�e limit�e � son s�jour in loco, et non comme ferait la privation totale d�oxyg�ne.</p><p>Or, de toutes les cellules de l�organisme, celles qui consomment le plus d�oxyg�ne, et qui sont donc les premi�res � souffrir de cette hypoxie, sont les cellules nerveuses sup�rieures, celles du cerveau.</p><p>Le premier signe de l�anesth�sie chirurgicale sera l�inconscience, le sommeil. Puis les autres se succ�deront, dans un ordre qui ne rel�ve que de la physiologie de chaque tissu.</p><p>L�art de l�anesth�sie consiste � employer des drogues maniables et � les utiliser de mani�re telle que leur action soit r�versible, enti�rement.</p><p>Effets et modalit�s</p><p>de l�anesth�sie</p><p>Syst�me nerveux Les effets les plus marqu�s se font sentir sur le syst�me nerveux central pour l�anesth�sie g�n�rale, sur le syst�me nerveux p�riph�rique pour l�anesth�sie locale. Nous avons vu que les premiers �taient en rapport avec une hypoxie particuli�re des centres nerveux sup�-</p><p>rieurs. Les seconds sont le fait de l�interruption de la conduction des nerfs, sensitifs ou moteurs. Les anesth�siques usuels ont peu d�influence sur le syst�me nerveux autonome (sympathique et parasympathique). L��ther est un excitant du sympathique, au d�but de son action. Ensuite, il redevient silencieux et, si sa concentration devient excessive, il laisse se d�velopper une paralysie du syst�me nerveux autonome.</p><p>Le thiopentone a une l�g�re activit� para-sympathicotonique, au d�but de son action. Les curarisants, quant � eux, poss�dent des propri�t�s sympa-thicolytiques plus ou moins marqu�es suivant leur type.</p><p>Appareil respiratoire</p><p>Dans la vie normale, la respiration subvient aux besoins de l�organisme en oxyg�ne. Lorsque les conditions sont modifi�es par la maladie ou par un artifice tel que l�anesth�sie, la fonction respiratoire se trouve plus ou moins perturb�e.</p><p>Il en d�coule l�obligation, assum�e par l�anesth�siste, de veiller � ce que la respiration soit respect�e ou suppl��e par la respiration artificielle. Celle-ci a paru longtemps se limiter aux m�-</p><p>thodes de Schaefer ou de Silvester, mais en r�alit� les anesth�sistes mettaient au point les techniques modernes. Depuis une quinzaine d�ann�es, l�anesth�-</p><p>siste peut, avec ses mains ou � l�aide d�appareils � insuffler de l�air et de l�oxyg�ne dans les poumons, corriger la d�pression respiratoire.</p><p>Les troubles de la respiration que les premiers anesth�sistes redoutaient le plus �taient la toux et l�apn�e (arr�t respiratoire). La premi�re n�est que le signe de l�irritation des voies a�riennes sous anesth�sie trop l�g�re, et la seconde est reconnue et combattue tr�s ais�ment.</p><p>On peut aussi observer une respiration trop ample (hyperpn�e) ou une respiration trop rapide (tachypn�e), souvent dues � l�hypoxie (manque d�O2) et � l�hypercapnie (exc�s de CO2), ou au contraire une respiration trop faible (hypopn�e) ou trop lente (bradypn�e), souvent li�es � l�intoxication m�dicamenteuse.</p><p>Ces troubles sont tous neutralis�s dans leurs effets m�taboliques par la ventilation artificielle, manuelle ou m�canique.</p><p>Les obstructions qui s�opposent</p><p>au libre passage de l�air ont de nombreuses causes, mais leur effet est toujours le m�me : l�asphyxie, avec ses corollaires, l�hypoxie et l�hypercapnie. Si le gaz carbonique en exc�s ne peut pas �tre rejet� � l�ext�rieur, il s�y ajoute une acidose. (V. acido-basique</p><p>[�quilibre].)</p><p>Les causes d�obstruction sont la chute de la langue en arri�re et l�adduction forc�e des cordes vocales (obstructions hautes), les spasmes bronchiques, l�oed�me pulmonaire, le refoulement du diaphragme par le contenu abdominal (obstructions basses).</p><p>Pour lutter contre l�obstruction haute, on peut propulser simplement la m�choire inf�rieure en avant (contre la chute de la langue) et introduire un tube endotrach�al (v. ci-apr�s), ou, dans les cas extr�mes, pratiquer une trach�otomie. (V. trach�e.)</p><p>En cas d�obstruction basse, on utilise certains m�dicaments (antispasmodiques et anti-inflammatoires [cortico�des], tonicardiaques et diur�tiques), ou bien le chirurgien lib�re le mouvement diaphragmatique.</p><p>Appareil circulatoire, foie, rein La circulation a pour objet de porter jusqu�aux cellules de l�organisme l�oxyg�ne (acquis gr�ce � la respiration) et les principes nourriciers �labor�s dans les organes digestifs et dans le foie.</p><p>Le muscle cardiaque est relative-</p><p>ment ind�pendant du syst�me nerveux, mais il ne peut fonctionner que s�il est lui-m�me bien irrigu�. Il souffre tr�s vite du manque d�oxyg�ne et d�aliments �nerg�tiques. En outre, son fonctionnement exige que son contenu, le sang, soit toujours sous une certaine pression. Lui se charge de faire varier cette pression, ce qui a pour r�sultat de faire circuler le liquide vital. Encore faut-il que la masse de ce liquide soit toujours suffisante.</p><p>L�anesth�siste doit donc : 1o veiller au maintien de la masse sanguine, au besoin avec l�aide de la transfusion ; 2o prot�ger le muscle cardiaque contre tout toxique ; 3o prot�ger le coeur contre les influences nerveuses capables d�interf�rer avec l�automatisme cardiaque ; 4o �viter tout ce qui augmente ou l�ve excessivement les r�sistances vasculaires p�riph�riques, c�est-�-dire tout ce qui favorise la vaso-constriction ou la vaso-dilatation excessives (chaleur, froid excessifs, drogues sympathicotoniques ou vaso-pl�giques, etc.).</p><p>Les effets de l�anesth�sie g�n�-</p><p>rale sur le foie sont li�s � la nature des drogues utilis�es. D�o� la grande importance et le d�veloppement de la recherche pharmacologique visant � cr�er l�agent anesth�sique parfait, c�est-�-dire d�pourvu de toxicit� et d�effets secondaires ind�sirables. Cet agent n�existe pas encore, et c�est en composant avec les effets secondaires de drogues de plus en plus purifi�es que l�anesth�siste conduit son action.</p><p>Sur le rein, les agents anesth�-</p><p>siques modernes ont peu d�effets. Mais l�anesth�sie par elle-m�me, surtout lorsqu�elle s�accompagne de modifications importantes de la circulation r�nale, peut en avoir de tr�s marqu�s.</p><p>On admet que toute s�cr�tion devient impossible au-dessous de 6 ou 7 mm de mercure de pression sanguine. Il est possible de maintenir des chiffres bien sup�rieurs, donc sans danger.</p><p>Le sang lui-m�me (globules rouges et blancs) ne souffre pas de l�anesth�-</p><p>sie, mais la masse sanguine devant �tre constamment maintenue par des transfusions*, ce sont les accidents de celle-ci qui doivent �tre �vit�s.</p><p>Les autres syst�mes, organes ou appareils sont th�oriquement � l�abri de l�action directe des anesth�siques.</p><p>La r�animation</p><p>De nos jours, l�op�r� ne subit pas l�acte chirurgical sans apport d�eau, d��nergie ou d��lectrolytes. C�est cette remise en condition qui a re�u le nom de</p><p>� r�animation* �. Elle commence avant l�intervention, et comprend le r�gime alimentaire ad�quat, la r�hydratation (s�il y a lieu), la recharge en glycog�ne, ou en hormones, ou en globules rouges.</p><p>Elle se poursuit pendant l�op�ration, au cours de laquelle tous les d�s�quilibres sont corrig�s d�s leur d�tection.</p><p>Les adjuvants</p><p>de l�anesth�sie</p><p>Le curare</p><p>Le curare a fait son apparition en 1942 en anesth�siologie, lorsque sa purification a �t� obtenue r�guli�rement. Il a d�abord �t� utilis� pour �viter les fractures (des vert�bres) provoqu�es par les convulsions qui accompagnaient les �lectrochocs. Puis il est progressivement devenu le plus pr�-</p><p>cieux des adjuvants de l�anesth�sie, car il d�termine (et sans risque grave si l�anesth�siste est comp�tent) un rel�chement musculaire excellent, m�me sous anesth�-</p><p>sie l�g�re.</p><p>Mais le curare n�est pas anesth�sique ni surtout analg�sique. Il ne faut donc pas n�-</p><p>gliger les facteurs propres de l�anesth�sie, la narcose et l�analg�sie, afin d��viter toute sensation p�nible pendant l�op�ration.</p><p>� l�origine, c��tait le poison des fl�ches que les Indiens du haut Amazone employaient pour la chasse. Le gibier atteint �tait paralys� plus souvent que tu�. Sa capture �tait d�s lors facile. Il pouvait ensuite �tre transport� jusqu�� l�habitation downloadModeText.vue.download 76 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>613</p><p>villageoise sans s�alt�rer en cours de route, comme le gibier mort le ferait rapidement dans ces pays chauds et humides.</p><p>Le curare a �t� import� en Europe pendant les XVIe et XVIIe s. par des voyageurs, mais il n�a �t� �tudi� de fa�on scientifique qu�� partir de 1840, par Claude Bernard.</p><p>Extrait d�une vari�t� de Chondrodendron, le curare, ou d-tubocurarine, est un compos� bis-benzyl-iso-quinolinique ; il paralyse les muscles stri�s (sauf le coeur), c�est-�-dire tous les muscles du squelette, en bloquant les impulsions nerveuses conscientes au niveau de la � plaque motrice � neuro-musculaire. Pour pouvoir �tre franchie, cette jonction doit �tre sous l�influence de l�ac�tylcholine form�e sur place au moment voulu. Le curare interf�re avec ce corps et le rend inactif. L�action se fait sentir en deux ou trois minutes et dure d�un � trois quarts d�heure.</p><p>Les muscles sont atteints dans un ordre r�gulier, les moins puissants en premier : les paupi�res se ferment, les muscles de la face et du cou perdent leur tonus, enfin les muscles du tronc et des membres, les abdominaux restant actifs, quoique leur force soit diminu�e. L�effet du curare se dissipant, le retour � la normale se fait en sens inverse.</p><p>La respiration ne serait arr�t�e qu�avec des doses excessives, mais sa faiblesse justifie les pr�cautions prises pour l�assister.</p><p>Le curare et divers substituts de synth�se sont devenus des moyens pr�cieux pour rendre l�anesth�sie moins toxique.</p><p>Pour un m�me degr� de rel�chement, les doses d�anesth�sique sont r�duites � la concentration suffisante pour que l�op�r� n�ait aucune conscience ni souvenir de l�acte op�ratoire. Des op�rations majeures peuvent �tre faites avec une grande facilit� pour le chirurgien et une grande s�curit�.</p><p>Parmi les d�riv�s synth�tiques employ�s, certains agissent par un processus identique � celui du curare naturel, tel le triiodo�thylate de gallamine, synth�tis� par Daniel Bovet, prix Nobel en 1957, et qui est tr�s souvent employ�.</p><p>Mais certains curarisants (appel�s d�polarisants, car ils agissent th�oriquement sur les potentiels membranaires des cellules) ont un m�canisme presque oppos� : ils produisent, tr�s rapidement, une accumulation de choline dans la plaque neuro-musculaire telle que l�influx ne peut</p><p>la franchir, et le r�sultat est exactement le m�me que lorsque la choline est en quantit� trop faible. Cette � curarisation � par exc�s de choline est le fait de la succinyl-choline, t�te de file des curarisants de cette cat�gorie.</p><p>Inject�e comme le curare proprement dit, cette drogue donne un rel�chement musculaire absolu, mais cet �tat ne dure que quelques minutes (habituellement), parce que l�exc�s de choline est rapidement corrig� par la cholinest�rase intacte.</p><p>L�intubation trach�ale</p><p>La mise en place, dans les voies a�riennes sup�rieures, d�un tube semi-rigide communiquant � son extr�mit� avec l�air ambiant ou une r�serve d�oxyg�ne sous la forme d�un ballon incorpor� au � circuit �</p><p>de l�appareil d�anesth�sie est un appoint extr�mement pr�cieux, qui permet des interventions tr�s importantes, et qui peut sauver l�existence d�un grand nombre de malades ou de bless�s. C�est le premier temps de toute intervention importante et de tout � secourisme � majeur.</p><p>Les anesth�sistes utilisent deux m�thodes.</p><p>La premi�re consiste � passer un tube de caoutchouc ou de plastique dans le nez, jusque dans la trach�e. Le geste est aveugle, mais la respiration guide le m�decin entra�n�. La seconde consiste � placer un tube en passant par la bouche, sous le contr�le de la vue, gr�ce � un laryngoscope � vision directe. Le calibre du tube peut �tre plus important que dans la premi�re m�thode, et un ballonnet gonfl� autour du tube assure une �tanch�it� parfaite du circuit.</p><p>Autres m�thodes</p><p>d�anesth�sie</p><p>L�anesth�sie rectale</p><p>Elle remonte � Gwathmey, qui, en 1913, utilisa le pouvoir d�absorption de la muqueuse rectale � l��gard de certaines substances pour produire l�anesth�sie, en introduisant un m�lange bien dos� d�huile et d��ther. Beaucoup plus tard, la m�me technique fut employ�e en mettant � profit les propri�t�s du tribromo�thanol, puis du penthiobarbital sodique. L��tablissement de l�anesth�sie demandant un temps assez</p><p>long, et la qualit� de l�insensibilit� n��tant pas toujours suffisante, l�anesth�sie �tait souvent compl�t�e par de petites doses d�un autre agent (inhalatoire le plus souvent), ou par une curarisation prudente.</p><p>Il en est r�sult� une nouvelle conception du r�le de l�anesth�sie rectale, qui a �t� pendant longtemps qualifi�e d�anesth�sie de base.</p><p>L�anesth�sie par r�frig�ration</p><p>Connue empiriquement depuis au moins cent cinquante ans (Dominique Larrey, 1812), elle a �t� �tudi�e et pr�n�e par Frederick M. Allen en 1942.</p><p>Sa forme moderne consiste � entourer le membre (car seuls les membres peuvent �tre ainsi trait�s) de glace concass�e �</p><p>sans adjonction de sel � dans une toile imperm�able dispos�e de fa�on � permettre l��vacuation de l�eau de fusion. Un garrot, lui-m�me plac� sur une partie r�frig�r�e, limite l�extension (par voie sanguine) et du froid et de l�infection, s�il en existe une.</p><p>Les avantages de cette m�thode, par ailleurs difficile � mettre en pratique, sont ind�niables : l�infection �ventuelle est mise en sommeil, son extension est ralentie, le traitement chirurgical peut donc �tre retard� de plusieurs jours. Si une amputation ou un acte chirurgical de m�me importance est pratiqu�, le seul �l�ment sensible et par cons�quent justiciable de l�anesth�sie locale sera le nerf grand sciatique.</p><p>Aucune intoxication ne viendra s�ajouter � l�agression premi�re.</p><p>L�anesth�sie �lectrique</p><p>Propos�e par Ars�ne d�Arsonval en 1890</p><p>apr�s ses travaux sur les courants de haute fr�quence, elle a �t� d�velopp�e par L. Ra-binovitch et S. Leduc.</p><p>Le premier employait un courant</p><p>continu interrompu (cent fois par minute) pour produire une anesth�sie locale, ou une rachianesth�sie si les �lectrodes �taient plac�es sur le cou et la r�gion lombaire.</p><p>Le second arrivait � produire l�anesth�sie rachidienne ou l�anesth�sie g�n�rale en faisant passer un courant interrompu entre la t�te et les lombes. Mais les succ�s paraissent plus fr�quents avec les techniques d�riv�es des �lectrochocs, o� le courant</p><p>est �tabli entre diff�rents points du cr�ne.</p><p>L�anesth�sie �lectrique n�est pas employ�e actuellement en chirurgie humaine, mais de nombreux travaux de physiologie laissent penser qu�un avenir int�ressant lui est ouvert.</p><p>L�anesth�sie locale</p><p>L�anesth�sie locale comporte plusieurs modalit�s. La plus simple est l�anesth�sie de contact, ou topique. Une goutte de coca�ne, ou d�un succ�dan�, d�pos�e dans le cul-de-sac conjonctival d�termine en quelques minutes une insensibilisation parfaite de la conjonctive, et m�me de la corn�e. Cette anesth�sie de surface est �galement employ�e pour les muqueuses (bouche par exemple) avec des produits similaires, ou pour la peau, mais alors par le proc�d� de la vaporisation d�un jet de chlorure d��thyle ou de m�thyle, qui abaisse la temp�rature locale au point que les terminaisons nerveuses deviennent temporairement incapables d�enregistrer des stimuli douloureux tels qu�une piq�re ou un coup de lan-cette. L�anesth�sie par r�frig�ration, d�crite plus loin, est une extension de cette m�thode, mais d�une port�e beaucoup plus consid�rable.</p><p>L�anesth�sie locale la plus cou-</p><p>rante est l�infiltration proca�nique de la r�gion � inciser ou � diss�quer. La profondeur de l�infiltration est variable suivant l�intervention projet�e. Les possibilit�s sont presque illimit�es, et, si dans certains pays l�infiltration anesth�sique est r�serv�e � la petite chirurgie, dans les pays de l�Est des op�rations majeures (jusques et y compris la grande chirurgie intrathoracique) sont totalement conduites sous anesth�sie par infiltration progressive des plans.</p><p>L�anesth�sie r�gionale</p><p>Le degr� suivant est repr�sent� par l�injection de l�anesth�sique local au plus pr�s d�un nerf d�termin� (et non plus au niveau des terminaisons sensitives). Suivant que le nerf est purement sensitif, ou purement moteur (le facial par exemple), ou mixte, les effets seront l�insensibilit� � la douleur (analg�sie) ou la paralysie temporaire des muscles, ou les deux � la fois, sur le</p><p>territoire correspondant.</p><p>Si l�anesth�sique local est introduit par injection au contact d�un tronc nerveux, l�anesth�sie est dite � tronculaire �, et elle int�resse tous les nerfs n�s du tronc nerveux.</p><p>Enfin, l�anesth�sie rachidienne permet de rendre insensible une partie encore plus importante du corps ; elle est encore choisie de pr�f�rence � toute autre m�thode par nombre de praticiens, notamment en obst�trique et en urologie. Elle comporte la rachianesth�sie proprement dite et les anesth�-</p><p>sies p�ri, �pi- ou extradurales.</p><p>La rachianesth�sie consiste � injecter l�anesth�sique dans le liquide c�phalo-rachidien, par ponction lombaire, lui permettant d�agir directement sur la moelle �pini�re.</p><p>Les anesth�sies para-, �pi- ou extradurales consistent � injecter l�anesth�sique dans l�espace situ� en dehors de la dure-m�re (la plus externe des m�ninges) et dans le canal rachidien osseux.</p><p>Ces anesth�sies extradurales</p><p>agissent sur l�origine des nerfs rachidiens sans toucher la moelle.</p><p>Les anesth�sies rachidiennes rendent insensible toute la partie inf�rieure du corps. Leur int�r�t est rehauss� par le fait qu�elles d�terminent un blocage de la cha�ne sympathique, qui se traduit par une vasodilatation p�riph�rique et une accentuation du p�ristaltisme intestinal.</p><p>Quelles que soient ses modalit�s, l�anesth�sie locale ou r�gionale fournit une analg�sie parfaite, en conservant la conscience ainsi que le r�flexe laryng�, qui prot�ge les poumons contre l�envahissement par des liquides en cas de vomissement ; elle permet une surveillance facile de l�op�r�, qui peut parler, et son insensibilit� se prolonge dans la p�riode postop�ratoire. Malheureusement, les inconv�nients ne sont pas n�gligeables (hypotension, infection locale, etc.) ; ils sont proportionnels � l��tendue du territoire � traiter.</p><p>La majorit� des anesth�siques locaux actuellement utilis�s sont des amides ; ils ont rel�gu� au second plan les alcalo�des (coca�ne), et ils ne donnent qu�exceptionnellement des r�actions d�intol�rance. Les principaux sont la downloadModeText.vue.download 77 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>614</p><p>lignoca�ne, d�une dur�e d�action d�une � deux heures, la carboca�ne, plus active et s��liminant plus lentement, et la bupivaca�ne, d�action tr�s prolong�e (cinq heures).</p><p>J. V.</p><p>L�anesth�sie en</p><p>odonto-stomatologie</p><p>L�anesth�sie est une des parties les plus importantes en odonto-stomatologie, car le praticien de cette sp�cialit� op�re sur la r�gion buccale et dentaire, qui est fortement innerv�e par deux des trois branches du nerf trijumeau : le nerf maxillaire sup�rieur et le nerf maxillaire inf�rieur. Une bonne anesth�sie est indispensable pour la d�tente et l��quilibre nerveux du patient ; elle est n�cessaire � la bonne qualit� de l�acte op�ratoire.</p><p>L�odonto-stomatologie comporte</p><p>toute une s�rie d�actes de technique op�ratoire qui demandent des m�thodes d�anesth�sie appropri�es et proportionnelles � l�intervention effectu�e.</p><p>L�anesth�sie g�n�rale, l�anesth�sie r�gionale, l�anesth�sie locale doivent non pas se concurrencer, mais �tre utilis�es respectivement par le sp�cialiste suivant des indications pr�cises.</p><p>Anesth�sie g�n�rale</p><p>L�anesth�sie g�n�rale est utilis�e en odonto-stomatologie chaque fois qu�il est difficile d�obtenir une bonne anesth�sie loco-r�gionale ou locale chez des malades tr�s �motifs, ou pr�sentant des l�sions inflammatoires tr�s �tendues, ou bien encore ayant une constriction intense des maxillaires (trismus).</p><p>Les appareils d�anesth�sie utilis�s comportent soit des syst�mes dits � � circuits ouverts �, soit des syst�mes dits � � circuits ferm�s, ou clos �.</p><p>Anesth�sie r�gionale et</p><p>anesth�sie locale</p><p>L�anesth�sie r�gionale, ou tronculaire, peut s�effectuer sur le tronc nerveux maxillaire sup�rieur ou le tronc nerveux maxillaire inf�rieur, et �galement sur les branches de ces deux nerfs.</p><p>L�anesth�sie loco-r�gionale le plus utilis�e en odonto-stomatologie porte sur le nerf dentaire inf�rieur pour les interventions effectu�es sur le maxillaire inf�rieur.</p><p>L�anesth�sie locale est obtenue</p><p>par une injection de solution anesth�-</p><p>sique aux points d��mergence du nerf, � l�endroit m�me o� doit se pratiquer l�intervention.</p><p>L�anesth�sie locale par badigeonnage avec des solutions � forte concentration anesth�sique (� 10 p. 100 et 15 p. 100) s�emploie pour obtenir une anesth�sie superficielle des muqueuses buccales avant une piq�re, une pointe de feu, ou en vue de l�ajustage d�une bague de couronne. L�anesth�sie locale par injection s�obtient par l�infiltration avec une solution anesth�sique de la zone m�me o� doit se pratiquer l�intervention, ou de son voisinage imm�diat.</p><p>On utilise enfin des anesth�sies portant directement sur la pulpe dentaire appel�es anesth�sies intrapulpaires, dont un nouveau proc�d� tr�s efficace a �t� mis au point, utilisant des solutions anesth�siques de tr�s basse tension superficielle et de diffusion rapide.</p><p>Les incidents de l�anesth�sie locale sont rares, du fait de la faible toxicit� des solutions anesth�siques utilis�es actuellement. La lipothymie, ou perte de connaissance avec conservation de la respiration et de la circulation, n�est pas rare ; il suffit dans ce cas de mettre le patient en position allong�e, t�te basse, pour voir cette manifestation dispara�tre rapidement. Les syncopes vraies sont exceptionnelles, et demandent le secours des tonicardiaques et parfois de l�oxyg�noth�rapie.</p><p>C. M. S.</p><p>Les agents</p><p>anesth�siques g�n�raux</p><p>Les gaz</p><p>y Le protoxyde d�azote (N2O) fut le premier employ� ; abandonn�, puis repris tr�s timidement entre les deux guerres mondiales, il est revenu en force beaucoup plus tard.</p><p>Il est facile � produire et � stocker.</p><p>Son point critique assez �lev� permet de le conserver en tubes d�acier sous une pression relativement faible, 51</p><p>atmosph�res, et � l��tat liquide.</p><p>Comme pour tous les gaz compri-</p><p>m�s, la d�tente pr�alable � leur issue doit se faire dans un appareil sp�cial, le manod�tendeur, qui comporte un manom�tre donnant la pression � l�int�-</p><p>rieur du cylindre.</p><p>Ce gaz, d�odeur doucereuse, non</p><p>irritant, incolore, est plus lourd que l�air (une fois et demie). Il est quinze fois plus soluble dans le plasma sanguin que l�azote, et cent fois plus que l�oxyg�ne.</p><p>Il est �limin� sans avoir subi aucun changement, par les poumons, et en moins de deux minutes si la ventilation est correcte.</p><p>y L��ther, liquide volatil, relativement inerte, chimiquement l�ger (d = 0,719), d�gage des vapeurs</p><p>lourdes (d = 2,6, soit deux fois et demie la densit� de l�air) beaucoup plus solubles dans les graisses que dans l�eau, inflammables et explosives. Son point d��bullition est relativement bas : 35 �C. Excellent anesth�sique � partir d�une concentration dans l�air alv�olaire de 3 p. 100, il passe dans l�organisme sans s�alt�rer, et il est �limin� par la voie respiratoire. L�hyperventilation peut donc en acc�l�rer le retrait.</p><p>L�inhalation d��ther produit une acc�l�ration du rythme cardiaque au d�but, une vaso-constriction ou une vaso-dilatation provisoires suivant la profondeur de l�impr�gnation ; la ten-</p><p>sion art�rielle commence � s�abaisser apr�s la premi�re demi-heure ; la pression du liquide c�phalo-rachidien augmente ; en somme, l��ther produit une hyperactivit� du syst�me sympathique adr�nergique, avec quelques effets de rebond.</p><p>Irritant pour les muqueuses, il les fait s�cr�ter abondamment et, au d�but de l�inhalation, il provoque la toux, des spasmes du larynx, des bronches, et m�me l�apn�e r�flexe. Ces ph�no-m�nes n�apparaissent pas si l�administration est prudente, et ils disparaissent quand l��th�risation s�approfondit.</p><p>D�autres �thers que l��ther sulfurique ont �t� �prouv�s en anesth�-</p><p>sie. Leurs avantages sur l��ther n�ont pas �t� suffisamment remarquables, sauf pour le m�thoxyflurane, qui jouit de la faveur de nombreux praticiens. Parmi ces �thers, citons l��ther divinylique, l��thyl-vinyl-�ther, le trifluoro-�thyl-vinyl-�ther.</p><p>y Le chlorure d��thyle, employ�</p><p>comme r�frig�rant, en projection sur la r�gion destin�e � �tre incis�e, est aussi un anesth�sique g�n�ral d�action rapide et fugace, qui a connu un grand succ�s entre les deux guerres.</p><p>Son utilisation la plus rationnelle �tait li�e � sa grande puissance et au fait que, comme le chloroforme, il n�est pas irritant pour les voies a�riennes su-p�rieures. On s�en est donc servi pour commencer une anesth�sie qui devait �tre prolong�e � l��ther.</p><p>Au reste, ses propri�t�s, ses avantages et ses inconv�nients sont proches de ceux du chloroforme.</p><p>y Le chloroforme a �t� obtenu en 1831 simultan�ment par Justus von Liebig, Samuel Guthrie et Eug�ne Soubeiran. Nomm� et �tudi� par</p><p>Jean-Baptiste Dumas, class� parmi les anesth�siques par Pierre Flourens en 1847, le chloroforme, ou trichlo-rom�thane, a �t� utilis� en anesth�sie clinique � Londres, la m�me ann�e.</p><p>James Young Simpson l�a rendu populaire, notamment en obst�trique, et en quelques mois il a pris sa place � l��ther.</p><p>C�est un liquide presque incolore, de formule CHCl3, lourd, d�odeur douce�tre, ininflammable, mais d�compos� en phosg�ne (COCl2) par la lumi�re, en pr�sence d�air.</p><p>Sa marge de s�curit� n�est pas tr�s grande. Il demande � �tre manipul� avec pr�caution. Il est excr�t� tel quel par les poumons, et son �limination demande plusieurs heures. Dix fois plus puissant que l��ther, il est aussi beaucoup plus toxique, notamment pour le muscle cardiaque et le foie.</p><p>Il est maintenant supplant� par l�halothane ou 2 bromo-2 chloro-1,1,1-trifluoro-�thane. Ce chloroforme moderne est �galement tr�s puissant, et il a les avantages et quelques inconv�nients du chloroforme.</p><p>y M�lange az�otrope. Un m�lange de deux ou plusieurs liquides volatils est dit � az�otrope � quand ses constituants ne peuvent pas �tre s�par�s par distillation fractionn�e, mais seulement par chromatographie gazeuse.</p><p>L�halothane et l��ther ont �t� employ�s m�lang�s dans la proportion de 68 parties d�halothane pour 32 parties d��ther (en volumes), et le point d��bullition, qui est de 50 �C pour l�halothane seul, devient alors 51,5 �C.</p><p>y Le cyclopropane ou trim�thyl�ne (C3H6), est un hydrocarbure satur� isom�re du propyl�ne.</p><p>Incolore, douce�tre � sentir, il p�se une fois et demie plus que l�air, et il se liqu�fie � la temp�rature ordinaire sous une pression de 5 atmosph�res. Il est huit fois plus soluble dans les graisses que dans l�eau. Il est explosif quand il est m�lang� avec l�oxyg�ne ou le protoxyde d�azote. Ce grave d�faut est en partie responsable de son abandon.</p><p>Les anesth�siques intraveineux</p><p>C�est Pierre Cyprien Or�, professeur de physiologie � Bordeaux, qui a le premier inject� du chloral � un t�tanique, en 1872. Nikola� Pavlovitch Kravkov � Saint-P�tersbourg en 1905 et Max Page � Londres en 1912 injectent de l�h�donal ; en 1909, Ludwig Burkhardt admi-</p><p>downloadModeText.vue.download 78 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>615</p><p>nistre du chloroforme ou de l��ther par la voie veineuse.</p><p>y Les barbituriques. Les premiers barbituriques employ�s par cette voie furent le di�thyl et le diallyl barbiturate, m�lang�s. I. W. Magill utilisa le pentobarbital en 1930. H. Weese et W. Scharpff eurent encore plus de succ�s avec l�hexobarbital, �tudi� en Angleterre par Ronald Jarman en 1933. Le penthiobarbital sodique, synth�tis� en 1932 par Volwiler et Tabern, a �t� popularis� par John S. Lundy en Am�rique en 1934, et a conquis la premi�re place mondiale.</p><p>Une simple piq�re au dos de la main ou sur l�avant-bras suffit aujourd�hui pour produire la narcose en quelques secondes, en escamotant les temps les plus p�nibles de l�induction anesth�-</p><p>sique, sans suffocation ni excitation.</p><p>La suite des op�rations s�effectue sans que le patient en garde le souvenir, et se termine par un r�veil progressif et sans agitation.</p><p>Comme il a �t� dit ailleurs, pour �viter que la narcose se prolonge ind�-</p><p>ment, on administre la quantit� minimale de penthiobarbital compatible avec un confort total de l�op�r�.</p><p>En dehors de son action sur le centre respiratoire, le penthiobarbital d�prime le syst�me autonome, le sympathique plus que le parasympathique, d�o� la toux et le laryngospasme des injections trop lentes ou trop faibles, qui laissent trop longtemps intacts les r�flexes trach�aux sensibles � la pr�sence de mucus, de sang, ou d�une canule.</p><p>La pupille, dilat�e d�abord comme toujours sous l�effet de l��motion, se contracte ensuite et se stabilise ainsi. Les yeux se placent en position indiff�rente, et leur tension diminue sensiblement, toutes conditions tr�s favorables � certaines interventions d�ophtalmologie.</p><p>Les autres effets sont tr�s modestes.</p><p>L�ut�rus gravide, par exemple, ne perd rien de son tonus ; par cons�quent, les manoeuvres qui r�clament l�atonie ut�-</p><p>rine n�cessitent une autre anesth�sie (versions).</p><p>L�appareil digestif garde sa physiologie intacte. Le d�lai impos� par les autres anesth�sies � l�alimentation naturelle, du fait du retard du transit intestinal, n�a pas de justification ici.</p><p>L�anesth�sie intraveineuse par barbiturique est excellente pour les gestes de courte dur�e, la r�duction de luxations, les manipulations diverses ; elle demande � �tre associ�e � d�autres anesth�siques (volatils ou gazeux), ou � des curarisants, dans les op�rations chirurgicales majeures.</p><p>y Autres anesth�siques intravei-</p><p>neux. L�h�misuccinate d�hydroxydione sodique est un st�ro�de*, le premier corps de ce genre � �tre employ� comme agent anesth�sique. Remarqu� comme tel par Selye en 1941, il fut utilis� d�abord en Californie par Murphy en 1955. L�irritation de l�endoveine qu�il d�clenche l�a emp�ch� d�acc�der � la place qu�il semblait devoir prendre. De plus, il est encore moins utilisable seul que le penthiobarbital. En revanche, il exerce une influence moins marqu�e sur la respiration, et il a une certaine activit� analg�sique qui explique le bien-�tre des op�r�s pendant les premi�res heures qui suivent l�op�ration.</p><p>Le 4-hydroxybutyrate de sodium est d�riv� d�une neuro-hormone pr�sente dans l�organisme normal, capable de bloquer le passage des impulsions nerveuses au niveau des synapses centrales ou p�riph�riques. Il est purement narcotique et pas tr�s puissant, mais il n�exerce aucune influence nocive ni sur la respiration ni sur la circulation.</p><p>Ses effets doivent � sauf exceptions rarissimes � �tre renforc�s par des adjuvants tels que des analg�siques ou des tranquillisants.</p><p>La proca�ne et la lignoca�ne (ou lido-ca�ne) sont d�excellents analg�siques par voie intraveineuse, mais elles ne</p><p>produisent de v�ritable anesth�sie qu�� des doses p�rilleuses, et elles ne sont donc employ�es que comme compl�-</p><p>ment d�une anesth�sie l�g�re.</p><p>La neuroleptanalg�sie</p><p>C�est un �tat particulier � et qui permet des op�rations chirurgicales majeures</p><p>� produit par l�administration le plus souvent intraveineuse de nouveaux et puissants agents analg�siques, associ�s � des s�datifs non moins puissants. Le sommeil profond n�est pas n�cessaire ni recherch�. Le malade se � d�sint�-</p><p>resse � de l�activit� chirurgicale dont il est l�objet. En cas de besoin, de petites doses de narcotiques lui procurent un sommeil l�ger ais�ment interrompu par une stimulation sensorielle, telle que la voix de son anesth�siste. Il n�y a pas de d�pression respiratoire v�ritable ; un ordre provoque ais�ment une respiration ample et efficace.</p><p>Les agents utilis�s ont chang� fr�-</p><p>quemment pendant les dix derni�res ann�es, et la qu�te pour l�agent parfait se poursuit, comme pour les barbituriques. Actuellement, la faveur va � la ph�nop�ridine et au fentanyl, analg�-</p><p>siques, ainsi qu�au d�hydrobenzp�ri-dol (de la s�rie des butyroph�nones), comme tranquillisant et catatonique.</p><p>La chlorpromazine est l�aboutis-</p><p>sement (1950) de longues recherches de Paul Charpentier (Rh�ne-Poulenc Specia).</p><p>En association (ou cocktail lytique, ou m�lange Ml) avec la prom�thazine (connue depuis 1945 comme antihistaminique*), elle a �t� � l�origine des multiples vari�t�s d�anesth�sie � potentialis�e � ou d�anesth�sie � sans anesth�sique �, propos�es au fur et � mesure des progr�s de la pharmaco-logie. Associ�e elle-m�me � l�hypothermie provoqu�e, cette combinaison a donn� naissance � l�hibernation*</p><p>artificielle.</p><p>La chlorpromazine inhibe pratiquement toutes les cellules (effet narco-biotique de Decourt), et notamment la formation r�ticul�e du cerveau. Elle ne touche pas le cortex c�r�bral, bien qu�elle provoque un �tat de somnolence</p><p>et qu�elle annule l�anxi�t�. Contrairement aux barbituriques, elle respecte les trac�s �lectro-enc�phalographiques, m�me quand le sujet s�endort.</p><p>Elle d�prime les centres de r�gulation thermique, ce qui explique son emploi en hypothermie provoqu�e.</p><p>L�appareil respiratoire r�agit habituellement � l�abaissement du m�tabolisme par une r�duction de la ventilation. La d�pression du syst�me circulatoire est du m�me ordre : l�hypotension est constante ; elle est li�e � la vasopl�-</p><p>gie p�riph�rique, � la neutralisation des effets de l�adr�naline* normalement s�cr�t�e par tout organisme qui se d�fend (blocage des &#x3B1;-r�cepteurs), et cela aussi bien � la p�riph�rie que dans le territoire splanchnique, jouant ainsi un r�le � protecteur � � l��gard des sympt�mes du choc, du moins</p><p>pr�ventivement.</p><p>La chlorpromazine potentialise les effets des anesth�siques et des analg�-</p><p>siques les plus divers, des hypnotiques et des curarisants.</p><p>Le chlorhydrate de prom�thazine</p><p>est un hypnotique assez puissant, et il potentialise les barbiturates. Ses autres effets sont assez voisins de ceux de la chlorpromazine, et les compl�tent heureusement.</p><p>Il est surtout employ� en pr�anes-th�sie (ou pr�m�dication), mais il peut rendre service dans un grand nombre de conditions. En dehors de son r�le dans l�anesth�sie potentialis�e chirurgicale, il a �t� mis en oeuvre pour calmer les enfants subissant des examens p�nibles, pour att�nuer le hoquet pendant une op�ration, ou dans les heures suivantes, pour soulager les douleurs de l�accouchement (associ� � la p�thidine).</p><p>J. V.</p><p>Les appareils</p><p>d�anesth�sie et</p><p>de r�animation</p><p>Le premier � masque � fut un gant de su�dine lentement impr�gn� d��ther.</p><p>Les plus r�cents appareillages comportent des machines tr�s complexes</p><p>et tr�s vari�es, capables de distribuer des gaz sous pression r�glable, � d�bit variable ou automatiquement r�gl� par les r�actions de l�op�r�. Ces appareils comportent des dispositifs de surveillance automatis�s et de traitement des insuffisances respiratoires ou cardiaques, d�clench�s par l�appareil lui-m�me apr�s interpr�tation �lectronique.</p><p>Les circuits</p><p>On a donn�, il y a une trentaine d�an-n�es, le nom de circuit � tout parcours des gaz respiratoires, �tudi� et mis en oeuvre du point de vue de l�anesth�-</p><p>sie-r�animation. R�trospectivement, le terme (parfois impropre, tous les parcours ne suivant pas une ligne plus ou moins circulaire) a �t� appliqu� aux m�thodes anciennes et l�on distingue maintenant quatre syst�mes : le circuit ouvert, le circuit semi-ouvert, le circuit semi-ferm� (qui n�est absolument pas comparable au pr�c�dent) et le circuit ferm�.</p><p>Le circuit ouvert est le masque de compresses imbib�es d�anesth�sique volatil (�ther, chloroforme, etc.). L�air atmosph�rique transporte les vapeurs actives en p�n�trant dans le poumon, et l�expiration se fait �galement � l�air libre. Le premier appareil a �t� celui de W. Th. G. Morton, le fameux ballon dont une copie se trouve sous le d�me du Massachusetts General Hospital de Boston. Les vapeurs �taient aspir�es par une embouchure, et l�air expir� �tait rejet� � l�ext�rieur. Le masque tel qu�on le conna�t actuellement appara�t bient�t, la valve expiratoire venant faciliter les gestes du malade comme ceux du m�decin.</p><p>Le circuit semi-ouvert n�est pas autre chose que la recherche d�une concentration un peu plus forte en vapeurs anesth�siques et en gaz carbonique exhal�, pour faciliter le d�but de l�anesth�sie. Il est r�alis� � l�aide d�un manchon de carton ou de toile, pos� debout autour du masque.</p><p>downloadModeText.vue.download 79 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>616</p><p>Le circuit semi-ferm� est venu ensuite. Pour l��tablir, il faut un appareil complexe comprenant une source de gaz (oxyg�ne et protoxyde d�azote par exemple) � d�bit r�glable, un tuyau d�amen�e au patient avec barbotage dans une bouteille d��ther ou de chloroforme, une valve inspiratoire pr�s d�un ballon-r�servoir, un tuyau ramenant les gaz expir�s vers la source, une valve expiratoire, un raccord et un masque pour le malade.</p><p>Si ce circuit (qui peut �tre � juste titre appel� circulaire) apporte au malade plus de gaz qu�il ne peut en respirer, la r�inhalation est partielle et r�gl�e par l�anesth�siste.</p><p>Ce m�me appareil devient un appareil � circuit ferm� si la fourniture de gaz respiratoire charg� de vapeurs anesth�siques est limit�e � la capacit� d�absorption de l�op�r�. Le circuit respiratoire est alors compl�tement ind�pendant de l�air atmosph�rique : l�op�r� moyen absorbe les 300 cm 3</p><p>d�oxyg�ne d�livr� par le d�bitm�tre, et restitue une quantit� � peu pr�s �gale de gaz carbonique (CO2). Celui-ci doit �videmment �tre �limin�, et pour cela un canister (r�cipient) plein de chaux sod�e est inclus dans le circuit : l�absorption du gaz carbonique (CO2) peut �tre parfaite pendant un quart d�heure environ, au terme duquel il est indispensable de changer de canister.</p><p>Les meilleures conditions d�application de ce type de circuit sont celles o� un gaz puissant comme le cyclopropane est employ� seul avec l�oxyg�ne. Mais c�est l� un agent anesth�sique on�reux, et, pour des raisons d��conomie, Ralph Milton Waters a simplifi� l�appareil vers 1930, tout en am�liorant l��puration. L�arriv�e d�oxyg�ne et d�anesth�sique se fait pr�s du masque bien appliqu�, herm�tique ; les gaz expir�s passent une premi�re fois dans le canister, pour aller dans le ballon-r�-</p><p>servoir, et une seconde fois, en va-et-vient, pour aller du ballon au patient, en s�enrichissant au passage d�une ration fra�che d�oxyg�ne. Le circuit est alors aussi ferm� que celui d�un sous-marin en plong�e.</p><p>Par un retour naturel des choses, ce</p><p>syst�me simplifi� a �t� adopt� dans presque tous les cas, et il suffit d�en-trouvrir la valve d��chappement tout en augmentant l�apport d�oxyg�ne pour revenir imm�diatement au syst�me semi-ferm�. Il existe donc deux types de circuits ferm�s : le circuit circulaire, �galement appel� circuit filtre, et le circuit en va-et-vient. Un jeu de d�bit judicieusement r�gl� les transforme tous les deux, � la demande, en circuits semi-ferm�s.</p><p>Les appareils</p><p>Commenc�e avec des instruments tr�s modestes, et d�abord avec un peu de tissu et un flacon, la technique anesth�-</p><p>sique s�est exerc�e � l�aide d�appareils de plus en plus �labor�s. L�un des plus connus, utilis� en France pendant plus d�un demi-si�cle, est l�appareil d�Om-bredanne. Il donne de l��ther en circuit semi-ferm�. Il a �t� ensuite adapt� au chlorure d��thyle par Camus. En Angleterre, les appareils � barbotage d�oxyg�ne dans l��ther ou le chloroforme �</p><p>tel l�appareil de Boyle � sont devenus, en passant en Am�rique, de grandes machines aliment�es en oxyg�ne, en azote, en acide carbonique, en h�lium, en protoxyde d�azote, en cyclopropane, en �ther, en chloroforme, en trichlor�-</p><p>thyl�ne, et maintenant en halothane et en m�thoxyflurane, qui peuvent �tre rapidement transform�es en respirateurs m�caniques dot�s d�enregistreurs de la respiration, de l��lectrocardiogramme, de la tension art�rielle et veineuse, etc.</p><p>L��volution �tait donc amorc�e</p><p>depuis quelques ann�es lorsque l��pi-d�mie de poliomy�lite de Copenhague (1952) donna l�essor � la respiration m�canique par voie interne (par opposition au poumon d�acier, qui agit sur la cage thoracique).</p><p>Avec les progr�s des connaissances en mati�re de respiration et d�appareils respiratoires, avec les progr�s de l�anesth�sie non inhalatoire, le nombre d�anesth�sistes utilisant pour tout appareil � d�anesth�sie � les respirateurs m�caniques et les circuits d�crits plus haut ne fait qu�augmenter.</p><p>L��volution des techniques se fait dans ce sens par l�emploi d�appareils complets de surveillance, les moniteurs (ou</p><p>monitors) r�alisant le monitorage (ou monitoring).</p><p>J. V.</p><p>Les pionniers de</p><p>l�anesth�sie</p><p>William E. Clark, m�decin am�ri-</p><p>cain de Rochester. Il donne de l��ther pour une avulsion dentaire en 1842, quelques mois avant la tentative de Long.</p><p>Crawford Williamson Long, m�de-</p><p>cin am�ricain (Danielsville, G�orgie, 1815 - Athens, G�orgie, 1878). El�ve de la premi�re �cole de m�decine cr��e en Am�rique (universit� de Pennsylvanie), praticien � Jefferson (Jackson County, G�orgie), il donne la premi�re anesth�sie � l��ther, sur le jeune James Venable, le 30 mars 1842 ; mais il ne publie son exp�rience que sept ans plus tard.</p><p>Joseph Fran�ois Malgaigne, chirurgien fran�ais (Charmes 1806 - Paris 1865). Il est le premier en France � employer l��ther, le 12 janvier 1847.</p><p>William Thomas Green Morton, m�-</p><p>decin am�ricain (Charlton, Massachusetts, 1819 - New York 1868). Dentiste devenu �tudiant en m�decine, partenaire d�Horace Wells, puis spectateur de la tentative de ce dernier avec le protoxyde d�azote, il exp�rimente sur le chien, puis sur le jeune Eben Frost pour une avulsion dentaire (mais � l��ther, comme Long), le 30 septembre 1846. Le 16 octobre 1846 a lieu au Massachusetts General Hospital de Boston la s�ance d�o� l�on est convenu de faire dater l�anesth�sie chirurgicale.</p><p>Le chirurgien John Collins Warren extirpe une tumeur de la joue de Gilbert Abbott, sous �ther.</p><p>John Snow, m�decin anglais (1813 -</p><p>1858). Fils d�un fermier de York, il devient pr�sident de la Soci�t� de m�decine de Londres. Il est le plus grand et le premier des anesth�sistes</p><p>� plein-temps �. Entre autres, il invente la m�thode de chloroformisation � � la reine �. Plusieurs ann�es avant les travaux de Pasteur, il affirme que le cho-</p><p>l�ra se transmet par l�eau de boisson. Il meurt � quarante-cinq ans, apr�s avoir publi� un grand livre sur l�anesth�sie inhalatoire, fond� sur des milliers de cas cliniques : Du chloroforme et de quelques autres anesth�siques (1858).</p><p>Horace Wells, dentiste am�ricain (Hartford, Vermont, 1815 - New York 1848). Dentiste de profession, il se trouve dans la salle des f�tes d�Hartford o� Gardner Quincy Colton</p><p>(1814-1898), chimiste et conf�rencier itin�rant, d�montre les propri�t�s in�-</p><p>briatives du protoxyde d�azote. Un spectateur mont� sur la sc�ne pour</p><p>� faire rire � (d�o� le nom de gaz hila-rant) s��tant bless� sans para�tre en souffrir, Wells, frapp� par cet �v�nement, se fait extraire une dent sous l�influence du gaz, et sans aucune douleur (11 d�c. 1844). Apr�s plusieurs exp�riences heureuses, il va � Boston pour convaincre les �tudiants de l��cole m�dicale de Harvard, mais sa d�monstration est un fiasco. Wells a une fin pr�matur�e et mis�rable.</p><p>B P. J. Flagg, The Art of Anaesthesia (Philadelphie, 1916 ; 7e �d., 1944). / R. R. Macintosh, Essentials of General Anaesthesia (Oxford, 1940 ; 5e �d., 1952) ; Lumbar Puncture and Spinal Analgesia (Edimbourg, 1951) ; Local Analgesia. Head and Neck (Edimbourg, 1955).</p><p>/ N. A. Gillespie, Endotracheal Anesthesia (Madison, Wisconsin, 1941 ; nouv. �d., 1965).</p><p>/ J. Adriani, The Chemistry of Anaesthesia (Oxford, 1946) ; Techniques and Procedures of Anesthesia (Springfield, Illinois, 1947). / R. R : Macintosh, W. W. Mushin et H. G. Epstein, Physics for the Anaesthesist (Oxford, 1946 ; 3e �d., 1963 ; trad. fr. Physique pour les anesth�sistes, Arnette, 1968). / V. Robinson, Victory over Pain.</p><p>A History of Anesthesia (New York, 1946). /</p><p>B. M. Duncum, The Development of Inhalation Anaesthesia (Londres, 1947). / F. T. Evans (sous la dir. de), Modern Practice in Anaesthesia (Londres, 1949). / T. A. B. Harris, Mode of Action of Anaesthetics (Edimbourg, 1951). / E. Aron, Histoire de l�anesth�sie (Expansion scientifique fr., 1955). / J. Baumann, E. Kern, J. Lasner,</p><p>� Anesth�sie. R�animation � (dans Encyclop�-</p><p>die m�dico-chirurgicale, t. 37, �d. techniques, 1958). / N. du Bouchet et J. Le Brigand, Anesth�sie. R�animation (Flammarion, 1958 ; nouv.</p><p>�d., 1963-1965 ; 2 vol.). / W. W. Mushin (sous la dir. de), Automatic Ventilation of the Lungs (Oxford, 1959 ; r��d., 1969). / E. G. Wood-Smith (sous la dir. de), Drugs in Anaesthetic Practice</p><p>(Londres, 1962). / P. C. Lund, Peridural Analgesia and Anesthesia (Springfield, Illinois, 1966).</p><p>/ Le D�veloppement d�une sp�cialit� : l�anesth�siologie (Lethielleux, 1969). / G. Vour�h et coll., les Analg�siques et la douleur (Masson, 1971). / M. Hanquet, Manuel d�anesth�siologie (Masson, 1972).</p><p>Quelques grandes dates</p><p>de l�anesth�sie</p><p>Jusqu�� la moiti� du xixe s., on ne pouvait recourir qu�� des simulacres, telles la mandragore sous l�oreiller ou l�odeur du vinaigre opiac�, et � des exhortations � la r�signation. La douleur naturelle �tait endur�e, la douleur chirurgicale �tait r�duite dans sa dur�e par la dext�rit� des op�rateurs. Les recherches cependant se downloadModeText.vue.download 80 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>617</p><p>poursuivaient en vue de soulager malades et op�r�s.</p><p>v. 1540 Paracelse et Valerius Cordus combinent et distillent le � vitriol sucr� �, plus tard appel� �ther (1730) par le chimiste allemand Frobenius.</p><p>1772 Joseph Priestley synth�tise le protoxyde d�azote.</p><p>1817 Wilhelm F. Sert�rner isole la morphine (v. alcalo�de).</p><p>1824 Henry Hill Hickman insensibilise de petits animaux par le gaz carbonique.</p><p>1831 Justus von Liebig, Samuel Guthrie et Eug�ne Soubeiran d�couvrent, sans se conna�tre, le chloroforme.</p><p>1842 William E. Clark et Crawford W. Long tentent les premi�res anesth�sies � l��ther.</p><p>Deux ans plus tard, Horace Wells se sert du protoxyde d�azote pour l�avulsion dentaire.</p><p>16 oct. 1846 Morton donne de l��ther � un patient op�r� par le Dr Warren d�une tumeur de la joue. L��v�nement se trouve comm�mor� au Massachusetts General Hospital de Boston.</p><p>1847 Pierre Flourens reconna�t les pro-</p><p>pri�t�s anesth�siantes du chloroforme et du chlorure d��thyle. Le professeur d�accouchements James Young Simpson les met � profit la m�me ann�e en Grande-Bretagne.</p><p>1853 John Snow donne le chloroforme � la reine pour la naissance du huiti�me enfant de la reine Victoria.</p><p>1860 Albert Niemann purifie la coca�ne, d�j� identifi�e par Gaedcke (1855).</p><p>1862 Quincy Colton remet en honneur le protoxyde d�azote, oubli� apr�s la mort d�H. Wells.</p><p>1871 Le chirurgien allemand Friedrich Trendelenburg utilise un orifice de trach�otomie pour donner une anesth�sie endotrach�ale.</p><p>1872 L�on Labb� et F�lix Guyon, sur les conseils de Cl. Bernard, pr�parent les op�-</p><p>r�s par la morphine. Or� de Bordeaux injecte du chloral par la veine.</p><p>1878 William Macewen pratique l�intubation trach�ale par voie buccale.</p><p>1882 August Freund synth�tise le cyclopropane. Sigmund Freud inspire � Karl Koller l�id�e d�insensibiliser la corn�e par l�instillation de coca�ne.</p><p>1883 La coca�ne est prescrite par James Leonard Corning pour calmer la n�vralgie dentaire.</p><p>1894 Dudley Tait et Guido Caglieri pratiquent la premi�re anesth�sie rachidienne.</p><p>1895 Alfred Kirstein construit le premier laryngoscope � vision directe.</p><p>1898 August Bier donne la premi�re anesth�sie efficace par voie sous-arachno�-</p><p>dienne, et Th�odore Tuffier popularise la m�thode en France.</p><p>1901 Jean Sicard et Fernand Cathelin proposent l�anesth�sie �pidurale (ou caudale).</p><p>Le premier barbiturique, la di�thylmalony-lur�e, est invent� par Emil Fischer et Joseph von Mering.</p><p>1905 Alfred Einhorn synth�tise la proca�ne.</p><p>1921 I. W. Magill et E. S. Rowbotham d�veloppent l�anesth�sie endotrach�ale.</p><p>1928 John S. Lundy lance le thiopentone (barbiturique intraveineux � action rapide).</p><p>I. W. Magill et E. S. Rowbotham d�crivent l�intubation � � l�aveugle �.</p><p>1933 Ralph Milton Waters met au point le circuit ferm� sur chaux sod�e, absorbant le CO2 et �conomisant le cyclopropane.</p><p>1942 Frederick M. Allen publie ses travaux sur l�anesth�sie par r�frig�ration ; Griffith et Johnson font conna�tre leurs travaux sur le curare. La premi�re est encore mal connue.</p><p>Le second a le succ�s que l�on sait. � la m�me �poque, Robert R. MacIntosh met au point le laryngoscope � lame courbe, non traumatisante, aboutissement de la longue �volution de cet instrument depuis J. Chevalier-Jackson en 1907.Les premi�res anesth�sies vraies ont donc �t� administr�es par voie pulmonaire. Pendant pr�s de cent ans, les recherches ont vis� � am�liorer les techniques et les appareils relatifs � cette voie d�introduction.Avec l�adoption de la voie veineuse, l��tape pulmonaire dispara�t, les appareils se simplifient, mais des pr�occupations plus physiologiques que techniques am�nent les connaissances sur l�anesth�sie au stade de l�anesth�siologie, science o� la r�animation s�associe aux divers modes d�insensibilisation et d�immobilisation adapt�s aux circonstances les plus vari�es, pour rendre les patients aptes � subir les traitements chirurgicaux.</p><p>an�vrisme</p><p>Dilatation d�un vaisseau sanguin. Il existe des an�vrismes art�riels, veineux et art�rio-veineux. On parle aussi d�an�vrismes du coeur.</p><p>An�vrismes art�riels</p><p>ou art�riectasies</p><p>Un an�vrisme art�riel ne se produit que s�il existe une alt�ration de la m�dia, couche r�sistante de la paroi art�-</p><p>rielle. (V. art�re.) Cette alt�ration �tait consid�r�e il y a cinquante ans comme �tant presque toujours d�origine syphilitique. Aujourd�hui, la syphilis tertiaire est devenue plus rare, et son diagnostic n�est plus port� abusivement gr�ce � l�appoint de la biologie. Les an�vrismes syphilitiques sont rares et ne sont gu�re vus qu�au niveau de la crosse aortique.</p><p>La cause la plus fr�quente de l�an�-</p><p>vrisme art�riel est l�art�rioscl�rose, ou ath�rome. Ses localisations les plus fr�quentes sont l�aorte abdominale, l�art�re poplit�e, et m�me l�aorte thoracique.</p><p>Les autres maladies de la m�dia ar-t�re sont beaucoup plus rares. Ce sont :</p><p>� soit des affections cong�nitales du tissu �lastique : arachnodactylie (maladie de Marfan), �lastorrhexie (syndrome de Groenblad-Strandberg) ;</p><p>� soit des malformations localis�es.</p><p>C�est le cas de la plupart des an�-</p><p>vrismes art�riels cr�niens qui se d�veloppent l� o� naissaient chez l�embryon des art�res collat�rales disparues au cours du d�veloppement. On parle alors d�an�vrismes vestigiaux. C�est le cas �galement des an�vrismes du sinus de Valsava (premier centim�tre de l�aorte) ;</p><p>� soit des affections acquises, art�-</p><p>rite allergique, p�riart�rite noueuse, art�rite bact�rienne donnant des an�-</p><p>vrismes � mycotiques �, selon un terme anglo-saxon import�.</p><p>Quant au traumatisme, il peut provoquer un an�vrisme sur une art�re saine et a fortiori sur une art�re ath�romateuse. Les traumatismes r�p�t�s en un m�me point, tels qu�en donne le contact d�une art�re sur un relief osseux pathologique, ou tels que le r�alise le jet systolique qui gicle sur la paroi en aval d�une st�nose, peuvent entra�ner une ectasie par usure de la m�dia.</p><p>Un traumatisme unique entra�nant une rupture de l�intima et de la m�dia avec soufflure de l�adventice, comme on le voit sur l�aorte thoracique, une rupture compl�te de l�art�re avec formation d�un h�matome, comme on le voit sur les membres, peut aussi �tre � l�origine d�un an�vrisme. Dans ce dernier cas, le sac an�vrismal est form� uniquement de caillots organis�s, et ne contient plus aucun �l�ment de la paroi art�rielle primitive : c�est un � faux an�vrisme �. � l�oppos�, les autres an�vrismes art�riels, dits � vrais �, sont limit�s par un sac form� par la paroi art�rielle refoul�e.</p><p>An�vrismes art�riels vrais ou faux</p><p>peuvent �tre sacciformes ou fusiformes, selon leur disposition lat�rale ou axiale par rapport � l�art�re. Les an�vrismes fusiformes sont les plus fr�quents ; il existe d�ailleurs tous les interm�diaires entre eux et les m�ga-art�res ath�romateuses.</p><p>Citons encore l�an�vrisme diss�-</p><p>quant de Laennec, plus souvent appel� h�matome diss�quant ou dissection aortique parce qu�il frappe presque exclusivement l�aorte*. Il est caract�-</p><p>ris� par un clivage longitudinal de la m�dia alt�r�e (m�dia n�crose). Le sang occupe la cavit� du clivage � partir d�une d�chirure de l�intima, qui si�ge habituellement sur la partie initiale de l�aorte. Par sa pression, il �tend la dissection en longueur et souffle les couches externes jusqu�� entra�ner leur rupture. Parfois, le sang qui a chemin� dans la dissection rejoint la lumi�re aortique plus loin, gr�ce � une autre d�chirure intimale.</p><p>Le contenu des an�vrismes est du sang parfois totalement fluide, plus souvent en grande partie thrombos�, surtout d�s que l�an�vrisme est large.</p><p>Au niveau d�un an�vrisme, la circulation sanguine est perturb�e par le brusque changement de calibre.</p><p>L��coulement, de laminaire, devient turbulent, avec des zones de stase, d�o� les thromboses. Les tourbillons entra�nent la formation d�un souffle audible � l�auscultation et d�un fr�-</p><p>missement (ou � thrill �) palpable, qui est la traduction tactile de la vibration sonore.</p><p>Le devenir in�luctable d�un an�-</p><p>vrisme est d�augmenter de volume, et ce d�autant plus qu�il est d�j� plus important (selon la loi de Laplace, la force pressante re�ue par les parois est proportionnelle au rayon) ; plus un an�vrisme cro�t, plus il provoque de complications :</p><p>� compression ou �rosion des organes voisins ;</p><p>� migration d�un caillot soit � distance en aval, entra�nant un accident isch�-</p><p>mique localis� distal, soit � l�int�rieur de l�an�vrisme, entra�nant la throm-</p><p>bose massive de celui-ci et l�isch�mie de tout le territoire d�aval ;</p><p>� rupture dans un organe creux, une cavit� s�reuse ou les tissus voisins, entra�nant la mort par l�importance de l�h�morragie (an�vrisme aortique) ou l�infarcissement de tissus vitaux (an�-</p><p>vrisme intracr�nien).</p><p>Traitement</p><p>Il est essentiellement chirurgical. Cependant, tous les an�vrismes art�riels ne peuvent �tre op�r�s. La cure poursuit deux buts : la d�connexion de la poche et la restauration de la continuit� art�rielle.</p><p>Pour d�connecter de la circulation et au besoin extirper un an�vrisme, on peut le diss�quer enti�rement des tissus voisins et lier soit son collet, s�il s�agit d�un rare an�vrisme sacciforme � collet �troit, soit tous les vaisseaux aff�rents ou eff�rents, ce qui interrompt le courant sanguin. Matas, de La Nouvelle-Orl�ans, a montr� d�s 1888 que l�on pouvait �viter cette dissection, souvent inutile et dangereuse pour les �l�ments voisins, en ouvrant d�embl�e la poche et en suturant de l�int�rieur soit son collet (endoan�vrismoraphie restauratrice), soit tous les orifices vasculaires (endoan�vrismoraphie oblit�rante). Il est rare qu�une op�ration restauratrice downloadModeText.vue.download 81 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>618</p><p>ait pu �tre pratiqu�e, et les n�cessit�s circulatoires locales imposent souvent la reconstruction de l�axe art�riel o� si�geait l�an�vrisme au moyen d�une autogreffe veineuse, d�une homogreffe art�rielle ou d�une proth�se en Dacron.</p><p>Si des op�rations reconstructives ont pu �tre pratiqu�es avec succ�s d�s le d�but de ce si�cle sur les an�vrismes art�riels des membres, ce n�est qu�en 1951 que Charles Dubost, de Paris, r�alisa pour la premi�re fois la cure d�un an�vrisme de l�aorte abdominale. Certaines zones, telle l�aorte thoracique, n�cessitent des mesures perop�ratoires particuli�res pour diminuer les besoins</p><p>en oxyg�ne (hypothermie) ou assurer la circulation (circulation extracorporelle) d�organes tels que le cerveau, qui ne peuvent subir une anoxie prolong�e.</p><p>An�vrisme veineux</p><p>Plus souvent appel� phl�bectasie, il est habituellement observ� au niveau des varices, o� il est la cons�quence d�une hypertension endoveineuse. Exceptionnels sont les an�vrismes veineux cong�nitaux sans �l�vation de pression ; ils ne sont pas graves.</p><p>An�vrismes</p><p>art�rio-veineux</p><p>C�est une communication directe entre une art�re et une veine. Les premiers cas observ�s comportaient de larges poches interm�diaires, et c�est Hunter qui cr�a le terme en 1757 en dis-tinguant l�an�vrisme art�rio-veineux de l�an�vrisme art�riel. Mais l�ectasie manque souvent, et on pr�f�re maintenant la d�nomination de fistule*</p><p>art�rio-veineuse. L�usage a cependant consacr� le terme d�an�vrisme pour certaines de ces fistules, ainsi l�an�-</p><p>vrisme circo�de, qui est une fistule art�-</p><p>rio-veineuse cong�nitale sous-cutan�e avec aspect angiomateux et dilatation veineuse variqueuse.</p><p>An�vrisme du coeur ou</p><p>an�vrisme ventriculaire</p><p>C�est une complication assez fr�-</p><p>quente des infarctus du myocarde. Il si�ge surtout sur la face ant�rolat�-</p><p>rale du ventricule gauche. Son sac est form� de fibres scl�reuses r�sultant d�une n�crose du myocarde, doubl�e du p�ricarde qui y adh�re. Comme les an�vrismes art�riels, il peut se rompre, ou, du fait des caillots qu�il contient, �tre la source d�embolies art�rielles.</p><p>Mais, de plus, il entra�ne une insuffisance ventriculaire gauche et peut s�accompagner d�acc�s de tachycardie ventriculaire, prenant leur origine dans le myocarde distordu de la r�gion du collet. Sa cure radicale est une acquisition chirurgicale r�cente. Ses indications restent rares ; c�est la r�section avec suture du collet, effectu�e sous circulation extracorporelle.</p><p>J. T.</p><p>B P. Bonnet, les An�vrismes art�riels intracr�niens (Masson, 1955). / A. Porchet-Brauchli, Zum klinischen Bilde des Anevrysma dissecans (B�le, 1956). / M. Trimaille, R�sultats du traitement chirurgical des an�vrismes art�riels et art�rio-veineux (th�se, Strasbourg, 1957). /</p><p>W. Slama, les Aspects radiologiques des an�-</p><p>vrismes diss�quants (th�se, Paris, 1962).</p><p>Angelico (Fra)</p><p>Peintre italien (Vicchio di Mugello v.</p><p>1400 - Rome 1455).</p><p>Artiste de la premi�re Renaissance, contemporain de Donatello*, Fra Angelico (Guidolino di Pietro, en religion Fra Giovanni da Fiesole, dit il Beato) donne ses premi�res oeuvres connues � l��poque o� meurt Masaccio*. � ce moment, la peinture est en plein d�sarroi � Florence, aucun style n�est r�ellement d�fini. En 1436 para�t le trait� de L. B. Alberti*, Della pittura, �loge de l�inspiration pittoresque, fertile en d�-</p><p>tails, par opposition � l�art monumental de Masaccio. Le grand repr�sentant de cette nouvelle conception est Fra Angelico ; sa formation de miniaturiste l�oriente directement vers la mani�re tendre et courtoise du style gothique international. Ses d�buts sont obscurs</p><p>� il commence � peindre tard � et, de plus, il parvient jusqu�� nous entour� d�une l�gende mystique que Vasari s�est appliqu� � renforcer. Dominicain au couvent de Fiesole, dont il est prieur en 1449-1452, il avait �t� pressenti par le pape Nicolas V pour une nomination � l�archev�ch� de Florence. Il faut le replacer dans l�ambiance intellectuelle dont se nourrissent les diff�rents foyers de recherche � Florence, au milieu du quattrocento.</p><p>Moine dominicain, thomiste, son</p><p>programme pictural tient de la propagande : rallier humanisme et religion, que les attaques des observantins, au d�but du XVe s., avaient s�par�s, mettre au profit de l�art ancien les recherches nouvelles, afin d��laborer un humanisme chr�tien, o� le r�alisme acquerra une dimension po�tique. L�insucc�s des repr�sentants de la grande lign�e novatrice, Donatello et Masaccio, au-pr�s des Florentins, permet � � l��l�-</p><p>gant classicisme m�di�val � d�aboutir, avec des personnalit�s comme la sienne ou celle de Ghiberti*. Ils ont en commun ce m�me amour des rapports harmonieux �tablis entre les �tres et l�espace, entre les formes envelopp�es et les formes enveloppantes.</p><p>Pour eux, la perspective se d�couvre de fa�on empirique, elle n�est pas un a priori de construction, un � vertige �.</p><p>Dans le Couronnement de la Vierge (v.</p><p>1434-1435, Louvre), la composition se fait sur un plan vertical, et conserve de l�esprit gothique ses d�tails pittoresques et le chatoiement des couleurs ; de l�art des enlumineurs vient la repr�sentation des paysages para-disiaques dans la pr�delle. Cette tradition picturale, qui m�ne de Simone Martini* � l�Angelico en passant par Gentile da Fabriano (v. 1370-1427) et Lorenzo Monaco (v. 1370 - apr. 1422), recherche dans la cr�ation d�un univers de l�gende un moyen onirique d��viter les grandes questions th�ologiques qui ont secou� le Moyen �ge.</p><p>Le grand m�rite de Fra Angelico est de ne s��tre pas cantonn� dans cette impasse, et d�avoir su adapter son art aux nouvelles d�couvertes ; m�rite d�autant plus grand qu�il ne s�agit pas d�une simple �volution, mais d�un changement radical qui met en cause non seulement la production artistique d�une �poque, mais encore les fondements de la mentalit� nouvelle qui appara�t � l�aube des Temps modernes. Le passage � l�esprit humaniste implique que la v�rit�, qui jusqu�ici �tait donn�e, soit maintenant construite par l�homme seul. Le d�bat se trouve illustr� dans la Crucifixion du couvent de San Marco (1440) ; le Christ est entour� de deux groupes, les saintes femmes et les docteurs : on peut aller � Dieu par deux voies, le coeur et la science. L�origine directe de cette nouvelle orientation se trouve dans les fresques de Masaccio, � San Maria del Carmin� de Florence (1425). Au couvent de San Marco, reconstruit entre 1436 et 1452 par Michelozzo, la suite des fresques (v.</p><p>1437-1445) relate, de cellule en cellule, la vie du Christ ; d�pouillement et aust�rit� viennent en droite ligne de Giotto* ; les corps s�imposent, maintenant, avec un model� sculptural qui rappelle le parti monumental de la</p><p>sculpture fran�aise du XIIIe s.</p><p>Les derni�res oeuvres r�alis�es � San Marco pr�cisent le sens nouveau que Fra Angelico donne d�sormais � son art ; dans une figure comme celle du Christ aux outrages, la minutie un peu �triqu�e des petits plis serr�s a fait place � un style plus ample : les grands plis de la robe du Christ s��talent g�n�-</p><p>reusement sur le sol. Lorsqu�en 1447</p><p>il est appel� � Orvieto pour ex�cuter aux vo�tes de la cath�drale une sc�ne de jugement dernier, il est en pleine possession de ses moyens ; la figure du Christ est caract�ristique de la derni�re �tape de sa carri�re, marqu�e par deux s�jours � Rome. Interrompu par la mort, le second fut court. C�est sans doute durant le premier, vers 1447-1449, qu�il compose au Vatican deux ensembles de fresques, dont un seul subsiste, celui de l�oratoire de Nicolas V : sur les murs sont figur�es des sc�nes de la vie de saint �tienne et de saint Laurent, la vo�te �tant r�serv�e aux �vang�listes et les pilastres d�angles aux docteurs de l��glise. La vie des saints se d�roule dans un cadre d�architecture antiquisante, les perspectives s�ouvrent sur des paysages fid�lement d�crits, l�ombre port�e des personnages les int�gre d�finitivement � l�espace. L�inspirateur n�est plus Giotto, mais son grand contemporain � Rome, Pietro Cavallini (v. 1250 - v.</p><p>1340).</p><p>Toutes ces recherches du peintre, sa curiosit� naturelle � l��gard des r�alisations les plus r�centes dans le domaine de l�art, le fondement doctrinal qu�il apporte � son oeuvre le placent bien dans le milieu intellectuel florentin du quattrocento, o� l�on red�couvre Platon et les philosophes de l�Antiquit�, o� la perspective donne lieu � des constructions de l�esprit qui, au nom de la r�alit� math�matique, pourraient perdre de vue un sens de l�humain plus simple, plus direct. Ici, Fra Angelico s��carte de ses contemporains, il compose avec deux �poques, entre l�acquis gothique et les apports nouveaux, entre la po�sie et le r�alisme, pour �laborer une somme � partir de laquelle l��ge d�or de la seconde Renaissance sera possible.</p><p>J. B.</p><p>B G. Bazin, Fra Angelico (Hyp�rion, 1941).</p><p>/ J. Pope-Hennessy, Fra Angelico (Londres, 1952). / G. C. Argan, Fra Angelico (Gen�ve, Skira, 1955). / M. Salmi, Il Beato Angelico (Milan, 1958). / S. Orlandi, Beato Angelico (Florence, 1964). / R. Chiarelli, l�Angelico al convento di San Marco (Gen�ve, 1965). / U. Bal-dini, Tout l�oeuvre peint de Fra Angelico (Flammarion, 1973).</p><p>Angers</p><p>Ch.-l. du d�part, de Maine-et-Loire, anc. capit. de l�Anjou, sur la Maine ; downloadModeText.vue.download 82 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>619</p><p>142 966 hab. (Angevins) [165 000 hab.</p><p>pour l�agglom�ration].</p><p>La situation</p><p>Angers doit aux avantages conjugu�s de son site et de sa situation la brillante fortune de son histoire, comme sa place dans l�organisation actuelle des pays de la Loire. N�e sur une �chine de schistes et de quartzites primaires recoup�e par la Maine, la ville commande, de sa position dominante d�une trentaine de m�tres, face � l�ouest, un �tranglement de sa vall�e. Proche de la Loire, � laquelle elle semble tourner le dos, mais dont ne la s�parent que 8 kilom�tres de prairies inondables, elle lie tr�s t�t aussi son destin � celui du grand fleuve.</p><p>Ville de contact entre Bassin parisien et Armorique, point de convergence hydrographique entre l��ventail affluent de la Maine (Mayenne, Sarthe, Loir) et sa confluence en Loire, carrefour de routes pr�cocement exprim� entre Maine, Normandie, Bretagne, Poitou et Touraine, port longtemps fr�quent� par une batellerie active, Angers remonte � une tr�s haute antiquit�. C�est aux premiers si�cles de notre �re une prosp�re cit� marchande (Juliomagus). De sa rive escarp�e, elle projette outre-Maine un faubourg actif (la Doutre). Les vicissitudes de l�histoire lui donnent, aux XIe, XIIe et XIIIe s., rang de capitale. De la mise en valeur de sa position, de sa</p><p>promotion politique, Angers a conserv� un caract�re monumental qui, par la densit� de son patrimoine artistique, la distingue de maintes villes de province de sa dimension. Toute la vieille ville, dans les limites de ses anciens remparts aras�s au si�cle dernier, dans son vaste quadrilat�re de boulevards int�rieurs (1 500 m sur 1 000 m), se pare d�un pass� prestigieux.</p><p>Les fonctions urbaines</p><p>Servie par un appareil de n�goce et de services � l�image des besoins de sa province, Angers commande</p><p>aujourd�hui une fonction r�gionale active. Sur 64 000 actifs, son secteur tertiaire en occupe 37 000 (58 p. 100).</p><p>Principal march� du d�partement, au contact de trois r�gions d��conomies compl�mentaires (Anjou blanc s�dimentaire bois�, Anjou noir armoricain � dominante herbag�re, Vall�e d�Anjou aux cultures d�licates), la ville en centralise les transactions (produits d��levage, vins, l�gumes, fruits, graines de semence, fleurs, produits de p�pini�re).</p><p>Elle-m�me se consacre depuis des si�cles, dans sa proche banlieue, � une riche production horticole : cultures mara�ch�res (choux-fleurs, artichauts, oignons, haricots verts), fruiti�res (poires, pommes, cerises, fraises), florales (an�mones, rosiers, dahlias, hortensias bleus naturellement color�s par ses sols ardoisiers), porte-graines, arbustes de p�pini�re. Ses foires sont fid�lement suivies : foire aux vins d�Anjou, foire-exposition. L��tablissement d�un march�-gare d�int�r�t national, sp�cialis� dans la commercialisation des fruits et l�gumes, consacrait en 1960 une fonction de redistribution particuli�rement bien adapt�e � son �conomie. Son r�seau bancaire couvre la r�gion. H�tellerie et tourisme tirent b�n�fice de la fr�quentation du passage (lignes ferr�es Nantes-Paris et Nantes-Lyon, dix routes nationales) et d�une insigne concentration d�oeuvres d�art.</p><p>La ville diffuse un quotidien r�gional.</p><p>Ses fonctions de services ne sont pas moins diverses. Si�ge de pr�fecture, de cour d�appel, d�une �cole militaire du g�nie, d�un �v�ch�, Angers dispose aussi d�un �quipement intellectuel de</p><p>valeur. Elle poss�de : li�es � sa mission agricole, une �cole nationale d�ing�-</p><p>nieurs des techniques horticoles, une �cole sup�rieure d�agriculture et de viticulture, une station de recherches d�arboriculture fruiti�re, de viticulture et d�oenologie ; li�s � sa promotion r�-</p><p>gionale, plusieurs �tablissements d�enseignement sup�rieur (facult� mixte de m�decine et de pharmacie, coll�ges universitaires litt�raire, scientifique, juridique, universit� catholique), des �tablissements sp�cialis�s (�cole nationale d�ing�nieurs d�arts et m�tiers, �cole nationale de musique, art dramatique et danse, �cole sup�rieure de sciences commerciales, �cole des beaux-arts), des centres de recherche (laboratoire de physiologie v�g�tale).</p><p>Elle rassemble plusieurs soci�t�s savantes, organise des manifestations culturelles et sportives (canotage, r�-</p><p>gates, �cole de pilotage d�Avrill�).</p><p>Dans le contexte de son d�ve-</p><p>loppement pr�sent, c�est l�industrie n�anmoins � fait nouveau � qui</p><p>�paule le mieux l��conomie d�Angers.</p><p>Longtemps assujettie aux possibilit�s assez restreintes du milieu local, elle s�est soudainement vivifi�e, depuis une quinzaine d�ann�es, de substantiels apports du dehors. Certaines de ses anciennes branches demeurent actives : distilleries (liqueurs), allumettes, articles de p�che, parasolerie, arts graphiques, confection, ardoisi�res surtout qui, aux portes de la ville (Tr�-</p><p>laz�), livrent sur le march� plus de la moiti� de la production fran�aise. Cependant, Angers a vu en 1965, avec la fermeture d�une importante fabrique de toile � voile, b�ches et cordages, la fin d�une industrie ancestrale. Seules ont surv�cu, reprises par d�autres firmes, celles d�articles de camping et de sport ainsi que de c�bles m�talliques, vers lesquelles elle avait tent� deux formes originales de reconversion. Mais le relais �tait pris. Une grosse fonderie-tr�filerie, relayant en 1922, sur la commune de Montreuil-Belfroy, une petite downloadModeText.vue.download 83 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>620</p><p>usine, et diversifiant progressivement ses fabrications, produit, sur un march� en constante expansion, aciers doux, alliage d�aluminium, tubes de magn�-</p><p>sium. D�autres entreprises ont suivi plus tardivement, fabriquant, en une gamme �tonnamment diverse, r�cepteurs de t�l�vision, calculateurs �lectroniques, pi�ces d��clairage (projecteurs) pour l�automobile et l�aviation, machines agricoles (moissonneuses-batteuses), cabines t�l�phoniques inso-noris�es, mat�riel a�ronautique. L�industrie emploie � Angers 40 p. 100 de la population active.</p><p>Le d�veloppement</p><p>urbain</p><p>Un diagnostic objectif oblige � reconna�tre � Angers, � c�t� d�un r�el dynamisme, quelques signes de faiblesse.</p><p>Son infrastructure de transport est insuffisante. En cours de modernisation sur le plan routier (N 23 Paris-Nantes), celle-ci pr�sente sur le plan ferroviaire de graves lacunes. Con�ue par le chemin de fer, d�s ses origines, comme une �tape et non comme un carrefour, Angers manque de relations directes avec la plupart des villes de l�Ouest et du Centre-Ouest, Rennes, Laval, Poitiers, Niort, La Rochelle : l�absence de toute liaison avec Rennes, en particulier, est tr�s vivement ressentie.</p><p>Le rayonnement dont font preuve, par ailleurs, trois de ses voisines (Nantes, Le Mans et Tours) la met assez mal � l�aise dans un arri�re-pays qu�elle ne peut gu�re �tendre au-del� de son d�partement. M�me sur son propre territoire, son audience est contest�e par deux de ses sous-pr�fectures, Saumur et Cholet, qui, �conomiquement actives et jalouses de leurs pr�rogatives, d�fendent leur autonomie et entretiennent chacune une chambre de commerce. Son ascension contemporaine n�a pas suivi le rythme d�mographique des grandes villes voisines. Si, de 1801 � 1968, elle quintuple (comme Nantes), Rennes septuple, Le Mans et Tours d�cuplent. Son d�veloppement universitaire �touffe entre ces quatre villes. Le ralentissement du d�veloppement industriel lui-m�me, li� au margi-nalisme de certaines de ses entreprises et au march� de l�emploi, alourdi par le poids d�une d�mographie tr�s exc�-</p><p>dentaire, l�a fait classer dans les zones</p><p>d�aide maximale � l�industrialisation (zone I) en 1968.</p><p>L�impulsion donn�e � la ville par son enrichissement et son rajeunissement fonctionnels ne s�en est pas moins traduite, dans la physionomie urbaine, par de profonds changements. Le</p><p>XIXe si�cle les y avait pr�par�s. Autour du vieux noyau s��taient moul�s apr�s 1840, directement accol�s au centre marchand, des quartiers nouveaux, vers le sud et l�est surtout, guid�s par la gare (Saint-Laud), les routes des Ponts-de-C� et de Saumur, la route du Mans.</p><p>Une ville nouvelle naissait, bien trac�e, faite de petites maisons basses, tranchant par la tonalit� claire de sa pierre de tuffeau avec la vieille ville, la � ville noire � aux rues �troites, sombres, bord�es de maisons de schiste rev�tues d�ardoise. Apr�s 1945, la construction a pris une forme mixte de petit habitat individuel et de b�timents collectifs de masse. Des ensembles r�sidentiels ont surgi dans tout le p�rim�tre urbain : au nord, o�, au-del� d�une emprise ferroviaire (gare Saint-Serge) enti�rement remodel�e, une � Z. U. P. � (Briol-lay) groupe, sur 82 ha d�anciennes terres de cultures, 2 600 logements ; au sud, o�, sur 155 ha de terres mara�-</p><p>ch�res, un autre programme porte sur 4 800 logements (Sainte-Gemmes-sur-Loire) ; vers l�ouest surtout, o�, d�bordant hardiment pour la premi�re fois le vieux faubourg de la Doutre, une ville neuve de pr�s de 3 000 logements et de 16 000 habitants (Belle-Beille) borde aujourd�hui la route de Nantes. Des zones industrielles ont �t� trac�es et am�nag�es (Saint-Serge et �couflant au nord, la Croix-Blanche, Saint-Barth�lemy � l�est, Belle-Beille � l�ouest). Belle-Beille voisine en outre avec un campus universitaire, en cours d�am�nagement sur 200 ha.</p><p>Le territoire communal est largement d�bord�. La ville mord � l�est sur Tr�-</p><p>laz� et Saint-Barth�lemy-d�Anjou, au nord-ouest sur Avrill� (a�rodrome) et Montreuil-Belfroy, � l�ouest sur Beaucouz�, au sud sur Sainte-Gemmes-sur-Loire, Les Ponts-de-C�, M�rs-�rign�.</p><p>Expression politique d�un �tat de fait g�ographique, un district urbain d�Angers est n� en 1968, rassemblant dix communes. Le peuplement gagne vite</p><p>le front suburbain. Tandis qu�entre 1968 et 1975 Angers enregistrait un accroissement de la population de 6 p. 100, Les Ponts-de-C� progres-saient d�un tiers, Beaucouz� de plus de 50 p. 100, alors que la population d�Avrill� doublait. Partout des chantiers, une impression d�inach�vement, de renouvellement aussi d�une cit� en pleine mutation.</p><p>Y. B.</p><p>&#x25B6; Anjou / Loire (pays de la) / Maine-et-Loire (d�part. de).</p><p>B C. Urseau, la Cath�drale d�Angers (H. Laurens, 1929). / J. Levron, Angers (Van Oest, 1947) ; Angers, son ch�teau, ses monuments (Arthaud, 1953). / R. Planchenault, les Tapisseries d�Angers (Caisse nationale des monuments historiques, 1955). / F. Lebrun (sous la dir. de).</p><p>Histoire d�Angers (Privat, Toulouse, 1975).</p><p>Angers, ville d�art</p><p>De l��poque faste du XIIe s., Angers a conserv� des monuments, t�moignages d�un style gothique � la fois tr�s novateur et d�une haute originalit�. Ce style se caract�rise par une vo�te surhauss�e, bomb�e, dite � vo�te domicale � ; le syst�me est employ� pour la premi�re fois � la nef unique de la cath�drale Saint-Maurice (milieu du XIIe s.), orn�e de superbes vitraux de la fin du XIIe s., puis il s�all�ge dans le choeur et le transept, o� se multiplient les nervures (d�but du XIIIe s.). Il d�montre sa perfection et son �l�gance � la Trinit� et dans les trois nefs �gales, longues de 60 m, de la grande salle des malades de l�h�pital Saint-Jean, fond� en 1175 par Henri II Plantagen�t.</p><p>Mais la virtuosit� ultime est atteinte avec le choeur de l��glise Saint-Serge (XIIIe s.), d�une l�g�ret� souveraine.</p><p>Au temps de Saint Louis, devenue un avant-poste strat�gique du royaume de France face � la Bretagne, Angers fut entour�e d�une enceinte nouvelle et dot�e d�une forteresse, l�une des plus importantes du temps, construite entre 1230 et 1240. C�est un pentagone irr�gulier d�un p�rim�tre de pr�s d�un kilom�tre, flanqu� de dix-sept tours rondes ; leur grande hauteur, 40 � 60 m, et les bases talut�es sont bien con�ues pour r�sister � l�escalade comme � la sape ; les assises altern�es de schiste et de granit� d�notent une int�ressante</p><p>recherche d�corative. � l�int�rieur, depuis 1954, une double galerie construite par les Monuments historiques a permis de pr�-</p><p>senter la prodigieuse tenture de l�Apocalypse. Unique par ses dimensions actuelles (107 m), elle marque une date cl� dans l�art de la tapisserie. Elle a �t� command�e par le duc m�c�ne Louis Ier d�Anjou, fr�re du roi Charles V, au tapissier le plus c�l�bre de Paris, Nicolas Bataille, qui traduisit les cartons du peintre Hennequin (ou Jean) de Bruges (Jan Bandol ou Bondolf). Les registres de comptes le mentionnent entre 1373 et 1379. Sur des fonds alternativement bleus et rouges, les sc�nes symboliques du texte de saint Jean sont illustr�es avec un sens �gal du grandiose et du fantastique. Soixante-huit sc�nes compl�tes subsistent sur la centaine de l�oeuvre originale, qui se r�partissaient en sept pi�ces accompagn�es de versets calligraphi�s et encadr�s de bordures. C�est le roi Ren� d�Anjou, n� dans ce ch�teau, qui l�guera la tenture de l�Apocalypse � la cath�drale d�Angers, en 1480. D�autres ensembles de tapisseries des XVe et XVIe s. (Anges portant les instruments de la Passion, la Dame � l�orgue, la Reine des Amazones, la Vie de saint Maurille, la Vie de saint Florent) forment une magnifique anthologie de cet art, en partie � des bords de la Loire �. Pour downloadModeText.vue.download 84 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>621</p><p>enrichir ses collections dans ce domaine, la ville d�Angers a acquis en 1967 la tenture de Jean Lur�at* le Chant du monde, en dix pi�ces.</p><p>� la fin du Moyen �ge, le domaine de l�architecture civile t�moigne d�une heureuse activit� et de la prosp�rit� de la nouvelle bourgeoisie. La maison d�Adam (fin XVe s.) est � pans de bois, agr�ment�s de sculptures gaillardes. Le logis Barrault (v.</p><p>1490), tr�s caract�ristique du style flamboyant, garde le souvenir de quelques h�tes illustres : Marie de M�dicis, le ma-r�chal de Br�z�, le duc de Rohan. Il abrite aujourd�hui la biblioth�que et le mus�e, fier notamment des oeuvres du sculpteur romantique David d�Angers. Le logis Pinc� (v. 1520-1530) repr�sente la Renaissance, l��poque o� Rabelais vient � Angers visiter son grand oncle aubergiste, et o� Cl�-</p><p>ment Janequin*, grand polyphoniste de</p><p>la � Bataille de Marignan �, est ma�tre de la psallette de la cath�drale. Les passions d�cha�n�es par les guerres de Religion faillirent �tre fatales au ch�teau ; ses tours �chapp�rent de peu au d�mant�lement d�Henri III, gr�ce au sang-froid du gouverneur Donadieu de Puycharic. Plus tard, en 1661, ses cachots re�urent le surintendant Fouquet, arr�t� � Nantes. Il joua son dernier r�le militaire en 1793, face � l�attaque de l�arm�e vend�enne.</p><p>F. E.</p><p>anges et d�mons</p><p>�tre spirituel, inf�rieur � Dieu dans la th�ologie juive, chr�tienne et islamique.</p><p>Bien des peuples ont cru � l�existence d��tres spirituels interm�diaires entre Dieu et l�homme, et bien des religions leur ont adress� un culte. D�une certaine fa�on, l�on pourrait dire que la croyance en ces �tres spirituels fait partie du patrimoine commun d�une grande partie de l�humanit�. Pour expliquer certains ph�nom�nes dont il ne d�couvre pas les causes, l�esprit humain est naturellement port� � supposer l�existence d��tres invisibles agissant d�une fa�on myst�rieuse. Et, selon la nature des effets produits, ces �tres spirituels sont consid�r�s comme bons ou mauvais.</p><p>Ces sp�culations sont confirm�es par des r�v�lations positives dans le juda�sme (Ancien Testament), dans le christianisme (Nouveau Testament) et dans l�isl&#x101;m (Coran).</p><p>L�Ancien Testament appelle les</p><p>anges des � messagers �. Et, en effet, ces �tres spirituels, qui forment aupr�s de Dieu une sorte de cour, sont ses messagers pour remplir pr�s des hommes diverses fonctions d�information ou de protection, voire de punition des impies. On a souvent dit que la croyance aux anges s��tait r�pandue chez les juifs lors de l�exil (VIe s. av. J.-C.), au contact de la religion babylonienne. Et pourtant, d�s la Gen�se, les anges sont mentionn�s en de nombreux r�cits, qu�il est bien difficile d�attribuer tous � des remaniements postexiliques : apparition � Sara, � Lot, � Agar, � Abra-</p><p>ham, � Jacob, etc. Toutefois, � partir de l�exil, les anges jouent un r�le de plus en plus grand.</p><p>� c�t� d�eux, d�autres �tres spirituels, les d�mons, cherchent � nuire aux hommes, surtout en les poussant au mal. Le serpent de la Gen�se semble bien le symbole d�un tel �tre d�moniaque.</p><p>Cette croyance aux anges et aux</p><p>d�mons �tait si r�pandue chez les juifs au IIe s. av. J.-C. qu�elle a influenc� profond�ment la pens�e des ess�niens.</p><p>Selon Flavius Jos�phe, chaque ess�-</p><p>nien devait, � son entr�e, s�engager par serment � � conserver avec respect les noms des anges �. � &#x211A;umr&#x101;n, la R�gle de la guerre associe d�un c�t� les anges et les justes, d�un autre c�t� les d�mons et les p�cheurs, dans la guerre qui doit aboutir � la destruction d�finitive des impies ; les anges bons sont command�s par Michel et les anges mauvais par B�lial. Surtout, le Livre d��noch pr�-</p><p>sente une v�ritable ang�lologie, bien coh�rente : � Les anges existent depuis le commencement du monde. Tous</p><p>furent d�abord saints et spirituels, et des myriades le sont rest�s. Ce sont les anges fid�les qui forment l�arm�e du ciel, l�arm�e de Dieu... Ils remplissent une double mission aupr�s de Dieu : d�un c�t� ils le b�nissent, le glorifient et l�exaltent ; de l�autre ils lui servent d�interm�diaires aupr�s des mauvais anges, des hommes et du monde... Les satans n�ont d�autre r�le que de faire le mal : ils tentent les anges et les s�-</p><p>duisent, ils accusent les hommes devant Dieu, et il semble qu�ils sont charg�s d�ex�cuter les jugements divins sur les p�cheurs condamn�s aux supplices �ternels. � (F. Martin.)</p><p>Bien que nous ne connaissions le juda�sme � orthodoxe � que par des ouvrages moins anciens, nous constatons qu�ils refl�tent la m�me croyance fonci�re aux anges et aux d�mons.</p><p>Le Nouveau Testament est en par-</p><p>faite harmonie sur ce point avec le ju-da�sme ambiant. Certes, il combat certains exc�s qui risquaient de pr�senter les anges comme sup�rieurs au Christ, ou d��touffer la v�ritable vie spirituelle sous des pratiques superstitieuses. Mais</p><p>toujours il suppose comme certaine l�existence des anges. L�ange Gabriel annonce la naissance de Jean-Baptiste et celle de J�sus, des anges aver-tissent les bergers de la naissance du Sauveur, d�autres interviennent dans les r�cits de la Passion du Christ et de sa r�surrection. Les Actes des ap�tres, les �p�tres et plus encore l�Apocalypse les mentionnent souvent. En somme, l�existence des anges est une donn�e ferme et constante de tout le Nouveau Testament.</p><p>Les anges mauvais, dont le chef est le diable, ou Satan, sont responsables de la tentation de J�sus et de la trahison de Judas ; ils tentent aussi les disciples et ils s�ment l�ivraie parmi le bon grain ; ils sont condamn�s au feu �ternel (Matthieu, XXV, 41). Sous des termes diff�rents (� d�mons � ou</p><p>� esprits impurs �), le Nouveau Testament d�signe les esprits mauvais responsables de diverses maladies, et surtout de maladies nerveuses. M�me si la science moderne impute ces maladies � des causes naturelles, il n�en reste pas moins que leur attribution � une cause d�moniaque confirme la croyance admise par J�sus et ses disciples � l�existence et � l�action multiforme d�esprits pervers, acharn�s � combattre Dieu et � pers�cuter les hommes. Aussi la pri�re essentielle des chr�tiens, le � Notre P�re �, contient-elle une requ�te particuli�re pour demander � Dieu de nous tenir � l��cart du � pervers �.</p><p>� la suite de l�Ancien et du Nouveau Testament, et peut-�tre sous leur influence, le Coran parle tr�s souvent des anges, et professe une doctrine analogue � celle du juda�sme et du christianisme. Ce point de doctrine est m�me consid�r� comme l�un des plus importants : � L�homme bon est celui qui croit en All&#x101;h et au Dernier Jour, aux Anges, � l��criture et aux Proph�tes �</p><p>(Coran, II, 172). Au contraire, l�� infid�le � est d�fini comme � celui qui est ennemi d�All&#x101;h, de ses Anges, de ses ap�tres, de Gabriel, de Michel � (II, 92). De m�me, l�existence du d�mon ne fait aucun doute, car il a tent� Adam et il continue � tromper et � s�duire les hommes.</p><p>Les th�ologiens chr�tiens ont beau-</p><p>coup sp�cul� sur la nature m�me des anges ; mais toutes les th�ories �chafaud�es ne reposent pas sur de r�elles bases scripturaires ; elles sont surtout l�application des principes philosophiques de chaque �cole. Aussi les conciles, surtout le 4e de Latran en 1215 et le 1er du Vatican en 1869-1870, ont-ils bien soin d�affirmer seulement l�existence des anges et des d�mons, sans se prononcer sur leur nature.</p><p>Le rapprochement de quelques</p><p>textes bibliques permet de distinguer plusieurs classes parmi les anges : l��p�tre de Jude attribue � Michel le titre d�� archange � ; la Gen�se et Isa�e parlent des � ch�rubins � et des � s�ra-phins � ; l��p�tre aux �ph�siens �nu-m�re � les principaut�s, les puissances, les vertus, les dominations � et celle aux Colossiens ajoute � les tr�nes �. En compl�tant par � les anges � en g�n�-</p><p>ral, on obtient les neuf choeurs, qui ont si largement inspir� la pi�t� populaire.</p><p>Certes, le culte adress� aux anges et les exorcismes contre les d�mons ont pu d�g�n�rer parfois en superstition ou en magie. Mais, � condition de se garder de tels exc�s, le culte des anges est consid�r� comme sain et l�gitime, ainsi qu�en t�moignent l��criture, les P�res de l��glise avec Justin et Ath�nagoras au IIe s., Orig�ne au IIIe s., Eus�be de C�sar�e et Ambroise au IVe s., et comme le confirme toute l�histoire de la spiritualit� chr�tienne.</p><p>J. C.</p><p>downloadModeText.vue.download 85 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>622</p><p>downloadModeText.vue.download 86 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>623</p><p>Anges (les)</p><p>Dynastie byzantine, qui r�gna de 1185</p><p>� 1204.</p><p>La mort affreuse d�Andronic Com-</p><p>n�ne, d�pec� vivant par une populace</p><p>en furie le 12 septembre 1185, scelle le r�gne s�culaire de la dynastie homonyme. Un membre de la noblesse, Isaac Ange, qui a sauv� sa libert� et sa vie en sabrant le favori du basileus honni, est proclam� empereur.</p><p>Isaac II Ange</p><p>(1185-1195)</p><p>Il t�moigne d�une grande �nergie pour conserver � l�empire son int�gralit� territoriale, mais sa politique int�rieure laisse libre cours aux abus que son pr�-</p><p>d�cesseur a voulu extirper : v�nalit� des charges, corruption des fonctionnaires, fiscalit� �crasante, extorsions �hont�es des percepteurs. Le faste de la Cour et les caprices dispendieux du prince ach�vent de vider les caisses de l��tat : pour couvrir les frais de son mariage avec la fille du roi de Hongrie, le basileus doit recourir � un imp�t extraordinaire sur les troupeaux. Le morcellement des anciennes provinces et la croissance ininterrompue des grands domaines priv�s contribuent � diminuer l�autorit� du gouvernement central et � favoriser l�omnipotence des latifundiaires. Le premier soin du nouvel empereur est de d�barrasser l�empire des Normands qui, sous Andronic Comn�ne, ont envahi la Mac�doine et progressent vers Constantinople. Deux d�faites successives les obligent � �vacuer imm�diatement Thessalonique, puis plus tard Durazzo et Corfou. La disparition de ce danger est opportune, car, � la fin de la m�me ann�e (1185), l�empire doit affronter la r�volte des populations balkaniques exasp�r�es par le fardeau excessif des imp�ts.</p><p>L�insurrection des Bulgares et des Va-laques aboutit � la s�paration totale de la Bulgarie d�avec Byzance.</p><p>En 1186 et 1187, Isaac lance plusieurs exp�ditions contre les Bulgares, mais sans succ�s d�cisif. Tourment� au m�me moment par l�expansionnisme serbe et des mouvements s�paratistes, il se r�signe � composer avec les insurg�s : on leur abandonne la r�gion comprise entre le Danube et la cha�ne des Balkans. Ce second Empire bulgare, dont le tsar sera couronn� par un l�gat du pape (1204), devait �tre une �charde dans le flanc de l�empire jusqu�� sa destruction par les Ottomans en 1396. Ce conflit r�gl�, un danger au-</p><p>trement redoutable se pr�sente : la croisade de Fr�d�ric Barberousse. Isaac, apr�s lui avoir promis libre passage, fait volte-face. Il incarc�re les ambassadeurs allemands et s�abouche avec Saladin pour ruiner cette entreprise.</p><p>Barberousse, second� par les Serbes et les Bulgares, traite le territoire imp�-</p><p>rial en pays ennemi : une fois la Thrace ravag�e, il se pr�pare � marcher sur la capitale. Le basileus aux abois capitule : par le trait� d�Andrinople (f�vr.</p><p>1190), il s�engage � r�parer ses torts et � faire passer les crois�s en Asie Mineure. Apr�s leur d�part, il entreprend de restaurer l�autorit� imp�riale sur les populations slaves. Il bat �tienne Nemanja, joupan de Serbie, sur la Morava (automne 1190), et l�oblige � restituer ses conqu�tes r�centes, mais ses tentatives pour soumettre les Vala-quo-Bulgares (1190-1194) se soldent par de graves �checs. Au moment o� il pr�pare contre eux une nouvelle exp�-</p><p>dition, avec l�appui du roi de Hongrie, il est renvers� par son fr�re (avr. 1195), qui le fait aveugler et emprisonner.</p><p>L�effondrement</p><p>Alexis III Ange (1195-1203), ambitieux frivole et poltron, abandonne la campagne en cours et rentre dans la capitale. En politique int�rieure, son r�gne est une succession de d�sordres, d��meutes et de conspirations. L�ar-m�e, compos�e enti�rement de mercenaires �trangers, n�a plus que des effectifs r�duits et mal pay�s ; la flotte de guerre dispara�t, et les pirates italiens �cument les c�tes en toute impunit�.</p><p>Cette faiblesse, tout en facilitant le d�membrement du territoire, emp�che l�empire d�intervenir efficacement � l�ext�rieur. En Asie Mineure, les Turcs s�installent en Paphlagonie et ravagent la vall�e du M�andre. En Serbie, le gendre du basileus, �tienne Ier Nemanji&#x107;, � qui son fr�re a�n� disputait le tr�ne, d�sesp�rant d��tre aid� par Byzance, se tourne vers la papaut� et renvoie son �pouse byzantine. En Bulgarie, Alexis s�av�re incapable de soutenir son alli� Ivanko, qui avait usurp� le pouvoir. Les chefs bulgares Ivanko et Dobromir Khriz, r�fugi�s dans l�empire, se r�voltent et se taillent des fiefs dans la p�ninsule balkanique (1199-</p><p>1200). Alexis parvient � s�emparer du premier par la ruse, mais il �choue contre le second, dont la principaut� du Vardar tombe aux mains du tsar Ka-lojan. Le nouveau souverain bulgare, ennemi farouche des Grecs, ne m�nage pas ses attaques : non content d�occuper une partie importante de la Mac�-</p><p>doine, il enl�ve Varna (1201) et force Byzance � reconna�tre ses conqu�tes.</p><p>Les Occidentaux assaillent � leur tour l�empire � la d�rive : l�empereur d�Allemagne Henri VI, qui avait h�rit� de la couronne de Sicile, exige la cession de la r�gion comprise entre Durazzo et Thessalonique, et la participation des Byzantins � la croisade qu�il organise (1195), cependant que son fr�re Philippe de Souabe, l��poux d�une fille d�Isaac II Ange, affiche des pr�tentions au tr�ne des basileis. Alexis III, inti-mid�, consent un �norme tribut annuel, qu�il n�arrive pas � r�unir. La mort inopin�e d�Henri VI (1197) diff�re le d�part de la croisade, mais le projet est repris par le pape Innocent III, obs�d� par la reconqu�te des Lieux saints, qu�il se propose de r�aliser avec l�appui d�un Empire byzantin pr�alablement soumis � la papaut� (1198).</p><p>Un concours de circonstances fait de Venise le ma�tre d�oeuvre de l�entreprise. Furieuse de voir ses privil�ges commerciaux en territoire byzantin remis en cause � chaque av�nement et toujours p�niblement ren�goci�s, ses colonies locales victimes de brimades et parfois de massacres, et inqui�te de la concurrence de G�nes et de Pise, la R�publique maritime d�cide d�asseoir sur le tr�ne un basileus � sa d�votion, voire de d�truire l�empire. Le vieux doge Enrico Dandolo s�y emploie, en transformant l�exp�dition vers la Terre sainte en instrument de conqu�te. Les crois�s rassembl�s � Venise s�engagent, pour acquitter leur passage, � conqu�rir Zara (Zadar) au profit de la R�publique (1202). Sur ces entrefaites, Alexis Ange, fils d�Isaac II, qui s��tait �vad� des ge�les de Constantinople et cherchait vainement en Occident des alli�s pour restaurer son p�re, int�resse les chefs de la croisade � son projet, et promet de les r�mun�rer largement pour leurs bons offices. On signe l�arrangement final � Corfou, et, d�s le 24 juin 1203, la flotte des crois�s d�file sous</p><p>les murailles maritimes de Constantinople. La ville tombe entre leurs mains le 17 juillet : Alexis III s�enfuit en emportant le tr�sor et est remplac� par Isaac II et son fils Alexis IV.</p><p>Ce dernier, incapable d�honorer les promesses faites � Corfou, tente de lanterner les crois�s, cependant que ses sujets l�accusent d�avoir vendu son royaume aux Latins. Le coup d��tat de la fin de janvier 1204 lui co�te la couronne et la vie, et son parent, Alexis V</p><p>Doukas, surnomm� Murzuphle, un</p><p>antilatin farouche, monte sur le tr�ne.</p><p>Cette r�volution de palais pr�cipite le d�nouement de la trag�die. Les crois�s pr�textent le meurtre de leur ancien prot�g� pour assaillir de nouveau Constantinople : leur plan n�est plus d�asseoir sur le tr�ne un pr�tendant byzantin, mais de conqu�rir � leur profit un empire dont ils ont d�j� fait le partage. La ville tombe en leur pouvoir le 13 avril 1204, et Baudouin, comte de Flandre, est proclam� empereur du nouvel �tat latin de Constantinople.</p><p>P. G.</p><p>&#x25B6; byzantin (Empire).</p><p>B A. Frolow, Recherches sur la d�viation de la IVe croisade vers Constantinople (P. U. F., 1955). / C. M. Brand, Byzantium Confronts the West 1180-1204 (Cambridge, Mass., 1968).</p><p>angine</p><p>Inflammation du pharynx et des</p><p>amygdales.</p><p>Les angines sont les t�moins de</p><p>la lutte de l�organisme contre une infection bact�rienne ou virale. Cette d�fense se fait gr�ce aux formations lymphatiques de la r�gion du cou. Le diagnostic des angines est important, car elles sont parfois l�indice d�une maladie grave.</p><p>Le plus souvent, l�attention est attir�e par des douleurs spontan�es ou survenant lors de la d�glutition (� mal pour avaler �). Dans certains cas existent des c�phal�es, des naus�es, un malaise g�n�ral plus ou moins marqu�. On retrouve souvent des ganglions douloureux. Ces signes peuvent man-</p><p>quer ; par contre, la fi�vre est en r�gle pr�sente. L�examen de la gorge, diversement motiv�, montre des aspects qui �voquent parfois un diagnostic. Syst�-</p><p>matique chez un malade f�brile, il est compl�t� par un examen g�n�ral.</p><p>Vari�t�s d�angines</p><p>Les angines �ryth�mateuses</p><p>Il s�agit d�angines rouges, ou pultac�es (avec des � points blancs �), ou �ryth�-</p><p>mato-pultac�es (rouges avec � points blancs �) ; ces angines peuvent �tre microbiennes ou virales.</p><p>y Elles sont domin�es par les angines streptococciques, que l�on soup�onne si le d�but est brutal, avec naus�es, fi�vre �lev�e, et surtout si gorge et amygdales sont tr�s rouges et parsem�es d�enduits blanch�tres. La preuve de l�origine streptococcique ne peut �tre faite que par le pr�l�vement de gorge. Celui-ci est fait en touchant avec un �couvillon st�rile la paroi pharyng�e et les amygdales.</p><p>Un milieu de culture est ensemenc�.</p><p>downloadModeText.vue.download 87 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>624</p><p>Le r�sultat du laboratoire revenant rapidement (24 h), il est possible de poursuivre ou de commencer un traitement antibiotique. Celui-ci pr�-</p><p>viendra la survenue de complications fr�quentes, mais non constantes, de certains streptocoques, tels le rhumatisme articulaire aigu et la glom�ru-lon�phrite aigu�. Dans la scarlatine, l�angine, tr�s intense, s�accompagne de l�sions linguales d�aspect et d��volution caract�ristiques. (V.</p><p>streptocoque.)</p><p>y D�autres germes peuvent �tre � l�origine d�angines rouges, mais plus rarement, tels le staphylocoque, le pneumocoque, parfois le m�ningo-coque (responsable de m�ningites purulentes aigu�s), que l�on peut retrouver dans la gorge de personnes vivant au contact d�un malade atteint de cette maladie. Sa recherche permet un traitement pr�ventif qui emp�che</p><p>l��pid�mie.</p><p>y Certaines angines rouges sont dues � des virus. Elles s�observent au cours de la grippe, du zona, de la rougeole, des oreillons, mais aussi dans la poliomy�lite, les affections � virus coc-sackie, etc.</p><p>Le traitement des angines rouges est fond� sur les gargarismes et collu-toires, qui diminuent la douleur, et les antibiotiques, qui �vitent les complications. Le traitement syst�matique peut d�velopper des allergies et emp�cher la survenue de l�immunit�.</p><p>La r�p�tition de ces angines, ou de leurs complications, fait proposer l�ablation des amygdales. Mais il importe de savoir, pour d�cider l�op�-</p><p>ration, si les amygdales constituent un foyer infectieux chronique au lieu d��tre un moyen de d�fense.</p><p>Les angines ulc�reuses</p><p>(Pharynx rouge, parsem�</p><p>d�ulc�rations.)</p><p>y Lorsqu�elles sont bilat�rales, elles doivent faire craindre l�existence d�une h�mopathie (leuc�mie par</p><p>exemple), qu��limineront ou confirmeront les examens du sang. De toute fa�on, ces maladies peuvent �tre responsables de surinfections graves, du fait des diminutions des d�fenses de l�organisme. L�angine prend alors un aspect gangr�neux.</p><p>y Unilat�rales, les angines ulc�reuses sont le plus souvent d�origine bact�-</p><p>rienne. Il peut s�agir d�une infection � germes ana�robies ; il peut s�agir d�une angine de Vincent, angine ul-c�ro-n�crotique caus�e par une association fuso-spirillaire (bacille fusiforme ana�robie et spirilles buccaux habituellement saprophytes), que l�examen bact�riologique reconna�t facilement. Cette angine particuli�re, rare, est curable par la p�nicilline.</p><p>y Une angine ulc�reuse unilat�rale, avec amygdale indur�e, ganglion</p><p>indolore, doit �voquer chez l�adulte un chancre syphilitique. L�examen du pr�l�vement, la s�rologie feront le</p><p>diagnostic (v. syphilis). Mais il faut �voquer aussi (diagnostic diff�rentiel) un cancer amygdalien.</p><p>Au cours de la typho�de peut s�observer une angine avec petites ulc�rations gris�tres, qui gu�rit spontan�ment.</p><p>Les angines phlegmoneuses</p><p>Le phlegmon de l�amygdale se voit chez les sujets ayant une amygdalite chronique. Le traitement antibiotique peut l�enrayer s�il est pr�coce. Le plus souvent, la suppuration �volue. Appara�t une douleur atroce avec oed�me du voile du palais, trismus (impossibilit� d�ouvrir la bouche). La temp�rature est �lev�e. Lorsque le pus est collect�, il est indispensable d�inciser le phlegmon. L�amygdalectomie �vitera la r�cidive.</p><p>Les angines v�siculeuses</p><p>Elles sont d�origine virale. L�herpan-gine est due � un virus Coxsackie A.</p><p>Les v�sicules, petites, s�observent au fond de la gorge. Elles se rompent, laissant des ulc�rations qui gu�rissent en quelques jours. La surinfection est �vit�e par les d�sinfectants locaux.</p><p>L�angine herp�tique est plus rare que la stomatite, observ�e lors de la primo-infection herp�tique.</p><p>Les angines pseudo-</p><p>membraneuses</p><p>Elles sont tr�s importantes.</p><p>y La plus grave est l�angine dipht�-</p><p>rique. La forme commune est la plus fr�quente. Chez un malade p�le, fatigu�, subf�brile (peu de fi�vre), ayant des douleurs pharyng�es, surtout lorsqu�il avale, l�examen de la gorge montre la fausse membrane. C�est un enduit blanc, nacr�, opalin, dont Trousseau a soulign� l�adh�rence, la coh�sion, l�extensivit�. La constatation de ce signe conduit � rechercher si le sujet est vaccin� ou non contre la dipht�rie ; dans tous les cas, le pr�l�-</p><p>vement de gorge est n�cessaire pour isoler le germe responsable. Il faut injecter du s�rum antidipht�rique, isoler le malade, rechercher des porteurs de germe dans son entourage par pr�-</p><p>l�vement de gorge, et revacciner les proches. L�angine dipht�rique n�est que l�expression locale d�une maladie g�n�rale. Il existe des angines malignes (o� la mort est constante).</p><p>L�aspect des fausses membranes est h�morragique. Il existe une inflammation ganglionnaire majeure et des douleurs atroces. Surtout l��tat g�n�-</p><p>ral est effondr�. La mort survient du fait de complications. Ces formes ne se voient pas chez les sujets bien vaccin�s. Il existe des formes trompeuses et des formes domin�es par la localisation au larynx (croup). Il faut insister sur l�importance de la vaccination, qui repr�sente le meilleur traitement pr�ventif de la maladie. Elle doit �tre et demeurer g�n�ralis�e � toute la population. (V. dipht�rie.)</p><p>y La mononucl�ose infectieuse peut �galement �tre responsable d�angine pseudo-membraneuse, et pose parfois un diagnostic difficile avec la dipht�rie. Le diagnostic repose sur l�examen du sang et des examens s�rologiques. Le traitement de cette maladie b�nigne doit �viter la surinfection et les douleurs.</p><p>Enfin, il existe des angines � levures, avec enduit blanch�tre de toute la cavit� buccale. Elles s�observent chez de grands malades ou chez des sujets ayant re�u des antibiotiques durant une p�riode prolong�e. Elles t�moignent du d�s�quilibre de la flore digestive.</p><p>Elles n�cessitent un traitement local et g�n�ral.</p><p>Pour conclure, on peut dire que, m�me minimes, les angines ne doivent pas �tre n�glig�es, car elles peuvent �tre l�indice d�une maladie grave.</p><p>y L�angine de poitrine d�signe vulgairement la douleur ressentie lors des atteintes coronariennes. Cette douleur est intense, suffocante, angoissante, d�o� sa d�nomination courante (lat.</p><p>angere, suffoquer). [V. coronaire.]</p><p>P. V.</p><p>Angiospermes</p><p>Plantes � fleurs et � graines, caract�ri-s�es par une f�condation double (existence d�un albumen) et par un fruit</p><p>clos.</p><p>Caract�res g�n�raux</p><p>Les Angiospermes constituent le sous-embranchement de beaucoup le plus important des Phan�rogames. En effet, il r�unit environ 270 000 esp�ces, chiffre qui augmente chaque ann�e de quelques milliers par suite des d�couvertes des botanistes syst�maticiens ; ces esp�ces sont group�es en 300 ou 400 familles, suivant les conceptions des auteurs.</p><p>On s�pare les esp�ces de cet �norme sous-embranchement en deux classes, suivant le nombre de cotyl�dons que poss�dent leurs graines. On distingue ainsi les Monocotyl�dones, � un seul cotyl�don, et les Dicotyl�dones, qui en poss�dent deux.</p><p>La caract�ristique fondamentale de ce sous-embranchement r�side dans la structure de l�organe femelle : le carpelle. C�est un organe foliac�, clos, referm� sur lui-m�me, et qui se transforme en fruit apr�s f�condation : � l�int�rieur se trouvent les ovules, qui �voluent en graines. Du fait de la structure du carpelle, le grain de pollen ne peut arriver jusqu�� l�ovule, et tout un m�canisme sp�cial permet le d�placement des gam�tes m�les du grain de pollen aux noyaux reproducteurs.</p><p>Les Angiospermes sont en majo-</p><p>rit� des esp�ces ayant des racines, des tiges, des feuilles et des fleurs. Ce ne sont que les adaptations secondaires � des milieux extr�mes (d�sertique ou aquatique) ou � une biologie tr�s particuli�re (parasitisme) qui provoquent l�atrophie, voire la suppression, de certains organes : r�duction du syst�me foliaire pour les plantes d�sertiques, suppression de la racine pour les parasites.</p><p>La morphologie et la structure des racines, des tiges et des feuilles caract�-</p><p>risent les Angiospermes d�une mani�re moins rigoureuse que les fleurs. Alors que les Gymnospermes ont surtout des aiguilles persistantes (il y a bien des exceptions, tel le Ginkgo � feuilles aplaties et caduques), chez les Angiospermes, les feuilles ont ordinairement</p><p>la forme de lames vertes plus ou moins d�coup�es, qui ne vivent le plus souvent que l�espace d�une saison (mais les feuilles de Romarin, par exemple, sont tr�s �troites et persistent plusieurs ann�es) [v. aussi feuille, racine, tige].</p><p>Reproduction sexu�e</p><p>Les organes reproducteurs ont chez les Angiospermes l��volution la plus pouss�e et ce sont eux, par leur beaut�, leur structure, et surtout leur biologie, qui caract�risent ce sous-embranchement. Mais on rencontre de tr�s impor-downloadModeText.vue.download 88 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>625</p><p>tantes variations dans la morphologie et m�me dans la structure de la fleur*.</p><p>La f�condation</p><p>Le transport du grain de pollen de l��tamine sur le stigmate, puis la p�n�tration du tube pollinique (germination du grain de pollen) dans les tissus femelles jusqu�� l�oosph�re sont chez les Angiospermes les premiers actes de la f�condation, dont l�essentiel est la fusion entre les gam�tes m�les et femelles.</p><p>Une fois le tube pollinique arriv� au niveau des synergides du sac embryonnaire, le noyau v�g�tatif se r�sorbe, et il ne reste plus alors que les deux ga-m�tes m�les ordinairement nus, sans cils, qui se d�versent dans le sac, l�ex-tr�mit� du tube pollinique �tant alors g�lifi�e.</p><p>� ce moment, les deux noyaux</p><p>polaires du sac embryonnaire vont ordinairement fusionner pour former un noyau � 2 n chromosomes (noyau secondaire), qui alors s�unit � un des deux anth�rozo�des pour donner l�oeuf accessoire � 3 n chromosomes, lui-m�me origine de l�albumen*.</p><p>Enfin, le dernier noyau du sac embryonnaire, tr�s riche en substance chromosomique et le plus souvent dispos� au-dessous des synergides, va</p><p>fusionner avec le deuxi�me anth�ro-zo�de pour donner l�oeuf vrai, qui apr�s de nombreux cloisonnements fournira l�embryon de la nouvelle plante. Cette f�condation est tr�s sensiblement la m�me dans tout le sous-embranchement des Angiospermes (sauf de tr�s rares exceptions : Fagac�es), et elle s�oppose ainsi � celle des Gymnospermes, qui n�ont pas d�albumen.</p><p>Une fois ces ph�nom�nes de f�condation termin�s, l�ovule puis l�ovaire subissent d�importantes transformations, qui les font respectivement devenir graine* et fruit. Le complet d�veloppement de la graine s�effectue � l�int�rieur m�me de l�ovaire : c�est une des caract�ristiques des Angiospermes.</p><p>Origine des</p><p>Angiospermes</p><p>Ces plantes, qui sont probablement les plus r�centes des Phan�rogames, ont leurs repr�sentants les plus anciennement connus dans le Jurassique sup�-</p><p>rieur. Cependant, d�s le Cr�tac�, de nombreux restes de v�g�taux Dicotyl�-</p><p>dones ont pu �tre identifi�s et rapport�s � des familles actuelles : Araliac�es, Euphorbiac�es, Laurac�es, L�gumineuses, Magnoliac�es, Myrtac�es ; Mo-rac�es, Fagac�es ; �b�nales, �ricales et Primulales. Enfin, comme Monocotyl�dones, on a remarqu� des esp�ces des familles des Arac�es, Cyp�rac�es, Liliiflores et Palmiers. L�origine de ces esp�ces doit �tre recherch�e bien plus dans les groupes des Gymnospermes primitives (Cycadales et Ginkgoales) que chez les Cryptogames vasculaires.</p><p>En effet, certaines Angiospermes poss�dent des particularit�s anatomiques voisines de celles des Gymnospermes primitives. D�autres caract�ristiques archa�ques quant � l�organisation florale (Pip�rac�es, R�s�dac�es, Violaria-c�es) militent aussi en faveur de cette th�se.</p><p>Enfin, on pense que l�origine des Angiospermes ne serait pas monophy-l�tique, mais polyphyl�tique : les Angiospermes ne d�riveraient pas toutes des m�mes Gymnospermes, mais les unes des Bennettitales, les autres des Corda�tales, l�anc�tre commun �tant</p><p>encore plus primitif (Cryptogames vasculaires archa�ques).</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Angkor</p><p>Le plus c�l�bre et le plus important des sites arch�ologiques du Cambodge, � une dizaine de kilom�tres au nord de la ville moderne de Siemr�ap.</p><p>Angkor (du sanskr. nagara, ville, capitale) comprend plus de 80 sites class�s, certains consid�rables, group�s dans le voisinage ou � l�int�rieur de l�enceinte d�Angkor Thom. Leurs dates s��chelonnent, environ, entre 650</p><p>et la fin du XIIIe s. Capitale fond�e par Ya&#x15B;ovarman Ier (889 - v. 900), pill�e par les Chams en 1177, reconstruite par Jayavarman VII (1181 - v. 1218), elle a �t� la r�sidence de presque tous les souverains khmers jusqu�� sa prise par les arm�es d�Ayuthia* (1431). D�crite par l�envoy� chinois Zhou Daguan (Tcheou Ta-kouan) [v. 1296], signal�e par les missionnaires europ�ens d�s la fin du XVIe s., Angkor a �t� r�v�l�e � l�Occident par les descriptions des voyageurs de la seconde moiti� du XIXe s. (Henri Mouhot, Adolf Bastian, J. Thomson, etc.) et, surtout, par les premi�res missions fran�aises (Francis Garnier, Louis Delaporte, Lucien Four-nereau, etc.). Apr�s la cession des provinces de Battambang et de Siemr�ap par le Siam (1907), l��cole fran�aise d�Extr�me-Orient, qui y avait d�j� cr�� un centre d��tudes, s�est vu confier</p><p>� l�exploration, la conservation et la restauration � des monuments d�Angkor. C�est essentiellement leur �tude qui a permis de retrouver l�histoire du Cambodge* et celle de son art, que le site suffirait presque � illustrer.</p><p>La premi�re Angkor</p><p>Parmi les monuments ant�rieurs � la fondation de la ville, Prasat Ak Yum semble fournir le premier exemple de temple sur pyramide � gradins (� temple-montagne �), type d��difice caract�ristique de l�architecture khm�re et r�serv� aux temples personnels des souverains.</p><p>En fondant Ya&#x15B;odharapura (� la ville qui pr�serve la gloire �), Ya&#x15B;ovarman Ier</p><p>entend garantir la royaut� en y affirmant la pr�sence de Siva et en la rattachant aux fondations de sa dynastie par un syst�me complexe : fondation au b�n�fice de ses anc�tres dans l�ancienne capitale d�laiss�e ; lien �tabli avec le Phnom Kul�n (o� avait �t� ins-downloadModeText.vue.download 89 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>626</p><p>taur� le rituel royal) en d�tournant la rivi�re qui y prend source jusqu�� la nouvelle capitale ; cr�ation d�un vaste bassin sacr� � l�est ; construction au sommet du Phnom Bakheng, � mont</p><p>central �, d�un temple-montagne, dont les 109 sanctuaires soulignent le symbolisme �labor�. Abandonn�e de 921</p><p>� 944 au profit de Chok Gargyar (auj.</p><p>Koh Ker), Angkor sera r�occup�e par R�jendravarman II, qui, pour r�tablir la continuit�, construira deux temples-montagnes, M�bon oriental (952) et Pr� Rup (961), l�une des grandes r�ussites khm�res, et commencera le Palais Royal, achev� par son successeur. Du d�but du XIe s., T� K�v, premier temple-montagne enti�rement en gr�s, est demeur� inachev�, mais le Baphuon, �lev� un demi-si�cle plus tard, couvert de bas-reliefs, t�moignera d�une hardiesse qui lui a �t� fatale, exigeant des travaux de reprise totale. Dans le m�me temps, le creusage du Baray occidental, d�di� � Vi&#x1E63;&#x1E47;u, pla�ait la cit� sous une double protection et constituait une r�serve d�eau suppl�mentaire.</p><p>Angkor Vat</p><p>(la cit�-monast�re)</p><p>�difi� par S&#x16B;ryavarman II (1113 - v.</p><p>1150), aussi remarquable par l��quilibre de son plan que par le classicisme de ses proportions, c�est le temple-montagne achev� et le chef-d�oeuvre de l�architecture khm�re. Bord�e par un large bassin-foss�, une enceinte de 5,6 km de tour, avec entr�e monumentale � l�ouest, enferme le complexe �tage de trois galeries, avec pavillons axiaux et tours-sanctuaires aux angles des deux �tages sup�rieurs, conduisant au sanctuaire central, d�une admirable �l�vation. � l�ouest, le clo�tre cruci-</p><p>forme, qui unit les deux galeries inf�-</p><p>rieures, est une composition d�une �tonnante noblesse. La sculpture est d�une richesse et d�une distinction extr�mes : d�cors courants des murs, des cadres de portes, avec leurs d�licates figures f�minines et le jeu savant des rinceaux, et, surtout, tout au long de la galerie du premier �tage, le vaste ensemble de bas-reliefs illustrant l��pop�e indienne.</p><p>En raison de son orientation, que sa destination vishnuite pourrait suffire � expliquer, on a souvent insist� sur la destination fun�raire d�Angkor Vat. Il a �t� transform� en temple bouddhique peut-�tre d�s le XVe s. ; ses bas-reliefs ont �t� achev�s, avec moins d�art, vers le milieu du XVIe s.</p><p>Angkor Thom (la cit�</p><p>grande, puissante)</p><p>C�est la nouvelle Ya&#x15B;odharapura, construite par Jayavarman VII pour succ�der � celle ruin�e par les Chams, que les chroniques et une �pigraphie tardive d�finiront comme la � cit� d�Indra �. Enfermant le Palais Royal transform� et embelli (terrasses � des �l�phants �, � du Roi L�preux �...), ainsi que des temples ant�rieurs, dans une puissante muraille de 12 km de tour, haute de 8 m, entour�e d�une douve large de 100 m, dot�e en outre d�un important syst�me de canaux, elle est moins une place forte que la cit� des dieux par excellence, microcosme centr� sur le B�yon, temple o� triomphe le symbolisme architectural et o� toutes les anciennes divinit�s du royaume s�int�grent � la perspective mah&#x101;y&#x101;nique. Devant cinq portes monumentales prot�g�es par les Gardiens des Orients, des chauss�es bord�es, sur chaque c�t�, de 54 g�ants portant embrass� un n&#x101;ga mat�rialisent l�arc-en-ciel d�Indra, qui permettra d�acc�-</p><p>der du monde des humains au monde des dieux (Paul Mus)... D�autres grandes fondations de Jayavarman VII pr�cisent la signification d�Angkor Thom : Banteay Kdei, en l�honneur du Jina ; T� Prohm (1186), au b�n�fice de sa m�re et de son ma�tre spirituel ; Preah Khan (1191), au b�n�fice de son p�re et symbole de la victoire finale sur le Champa ; Neak Pean, garant d�une royaut� qui se veut universelle.</p><p>J. B.</p><p>&#x25B6; Ayuthia / Cambodge / Champa.</p><p>B L. Finot, V. Goloubew et G. Coed�s, le Temple d�Angkor Vat (Van Oest, 1928-1932 ; 7 vol.). / G. Coed�s, Pour mieux comprendre Angkor (A. Maisonneuve, 1947). / M. Glaize, les Monuments du groupe d�Angkor. Guide (Saigon, 1948 ; nouv. �d., A. Maisonneuve, 1964). / H. Marchal, Angkor (A. Guillot, 1955).</p><p>/ B. P. Groslier, Angkor, hommes et pierres (Arthaud, 1956 ; nouv. �d., 1965) ; Angkor et le Cambodge au XVIe si�cle (P. U. F., 1958). /</p><p>H. Stierlin, Angkor (Fribourg, 1970). / J. Vassi-liou, Angkor (Moranc�, 1971). / M. Giteau, Histoire d�Angkor (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1974).</p><p>Angleterre</p><p>En angl. ENGLAND, une des quatre entit�s de l�archipel britannique (Angleterre, Galles, �cosse, Irlande), la plus �tendue (130 000 km 2) et de beaucoup la plus peupl�e : 46 millions d�habitants.</p><p>L�unit� britannique s�est faite autour de l�Angleterre, par l�annexion successive du pays de Galles (1536), de l��cosse (1707) et de l�Irlande (1800) ; mais cette derni�re s�est en partie d�ta-ch�e d�elle en 1921. La langue anglaise s�est impos�e aux autres r�gions britanniques. L�Angleterre fait figure d��l�-</p><p>ment moteur des �les Britanniques, le plus riche et le plus actif. Elle groupe plus de 80 p. 100 de la population du Royaume-Uni.</p><p>Le relief</p><p>Il se divise en deux grands ensembles.</p><p>Des massifs anciens, pliss�s � l��re primaire, ont �t� soumis � de longues phases d�aplanissement, coup�es de courtes p�riodes de surrection. Au nord, le petit massif du Cumberland, o� se trouve le point culminant de l�Angleterre (le Scafell, 970 m), est form� de schistes et de roches volcaniques, et la cha�ne pennine est une longue vo�te calcaire et gr�seuse d�axe nord-sud. Mais alors que les glaciers quaternaires ont model� un relief montagnard en Cumberland (lacs de cirque, parois abruptes, lacs �troits et profonds de</p><p>fond de vall�e), la cha�ne pennine n�a que des plateaux monotones d�passant rarement 500 m. � l�ouest, le massif gallois se prolonge en Angleterre par un alignement de longues cr�tes d�axe S.O.-N.E., franchies en cluses par la Severn ; quelques pointements isol�s s�avancent jusque dans les Midlands.</p><p>La p�ninsule du sud-ouest ne pr�sente que de molles collines taill�es dans downloadModeText.vue.download 90 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>627</p><p>les schistes, domin�es �� et l� par de petits massifs granitiques (Dartmoor, Bodmin Moor) et, un peu � l��cart, de petits blocs comme les Mendip et les Quantock. La c�te, d�coup�e par des avanc�es rocheuses et les longs rentrants ramifi�s des estuaires, attire un grand nombre de visiteurs et vaut au Sud-Ouest le rang de premi�re r�gion touristique britannique.</p><p>Dans l�Angleterre centrale et orientale, un empilement de roches s�dimentaires repose en discordance sur les massifs anciens ; l��rosion diff�-</p><p>rentielle a d�gag� des escarpements en roche dure, qui forment l�ossature du relief. Les Midlands, o� affleurent des roches tendres (argiles et gr�s rouges), ont un relief mou, encore att�nu� par l��paisse couche de moraine abandonn�e par les glaciers quaternaires ; il en est de m�me des trois prolongements qui contournent les massifs anciens, la plaine du Cheshire au nord-ouest, le val de Trent au nord-est, le val de Evesham au sud. Le bassin de Londres a un relief plus diff�renci� ; la tranche des couches s�dimentaires les plus dures, mise au jour par l��rosion, fait face � l�ouest ; les deux escarpements principaux traversent toute l�Angleterre en diagonale ; l�un � l�ouest, taill� dans les calcaires jurassiques, porte successivement les noms de Cotswolds, Lincoln Edge, Cleveland Hills ; l�autre, plus � l�est, donne les hauteurs crayeuses de Purbeck, de White Horse, des Chiltern, les Lincoln Wolds, les Yorkshire Wolds.</p><p>Dans l�intervalle des escarpements,</p><p>l��rosion a d�blay� les roches tendres, donnant des d�pressions comme le val d�Oxford, le val de York et surtout les Fens, qui n�ont que quelques m�tres au-dessus ou au-dessous du niveau de la mer. Dans le Sud-Est anglais, entre la Tamise et la Manche, le relief r�sulte du soul�vement, sans doute tertiaire, de la vo�te de craie du Weald, et de son creusement ult�rieur par l��rosion.</p><p>Les plateaux de craie se terminent brusquement au-dessus de la fosse du Weald par une muraille (North Downs, South Downs) qui en fait le tour, sauf l� o� les perc�es des rivi�res l�interrompent ; les blanches falaises de craie de Douvres et de Beachy Head ont valu � l�Angleterre le nom d�Albion.</p><p>Le climat et</p><p>la v�g�tation</p><p>Le climat, tout en restant oc�anique, l�est moins que celui de l�Irlande, des Galles ou de l��cosse, gr�ce � l��cran que lui offrent ces trois r�gions, face aux d�pressions barom�triques venues de l�ouest. Seuls, le massif du Cumberland, le nord de la cha�ne pennine, le Dartmoor ont un climat oc�anique montagnard, caract�ris� par de tr�s fortes pr�cipitations (plus de 4 m par an sur les sommets du Cumberland), en partie neigeuses l�hiver, par de tr�s basses temp�ratures moyennes (2 �C</p><p>en hiver, moins de 13 �C en �t�), par un faible ensoleillement (moins de 1 300 heures par an) et par de violentes rafales de vent. L�exc�s des pluies, l�insuffisance de l��vaporation, le lessivage des sols qui en r�sulte ne permettent la croissance que d�organismes peu exigeants tels que les sphaignes, les joncs ; la d�composition de ces plantes donne � la longue une tourbe acide.</p><p>Les Midlands sont un milieu plus cl�ment ; les temp�ratures estivales atteignent 15 �C, l�ensoleillement 1 400</p><p>� 1 600 heures par an, la pluviosit� est plus mod�r�e (750 mm par an environ).</p><p>La fa�ade orientale de l�Angleterre, avec moins de 550 mm de pluies par an, souffre souvent de la s�cheresse ; ses �t�s, assez chauds (17 �C), sont favorables � une bonne maturation des c�r�ales ; le maximum d��t� des pr�cipitations, unique en Grande-Bretagne,</p><p>est d�j� un trait continental. La c�te de la Manche enfin, tr�s ensoleill�e (parfois plus de 1 800 heures par an), attire touristes et retrait�s. La formation v�g�tale dominante de l�Angleterre centrale et orientale �tait � l��tat naturel la ch�naie ; sur les sols calcaires secs poussait la fr�naie (vall�es prot�g�es des Pennines), sur les sols crayeux la h�traie (Chiltern, Downs) ou la pelouse rase � f�tuque ; dans les Fens amphibies, les eaux calcaires issues des plateaux bordiers favorisaient la croissance du roseau et du gla�eul des marais ; leur d�composition donna la tourbe basique noire, de nos jours sol agricole de tr�s haute qualit�, mais fragile. Il subsiste peu de chose de la v�g�tation naturelle, intens�ment d�frich�e ; l�Angleterre est l�une des r�gions les plus d�bois�es d�Europe.</p><p>Les divisions r�gionales</p><p>Bien que l�Angleterre soit une des nations les plus anciennement constitu�es d�Europe, l�une des plus homog�nes, des plus solides, bien qu�elle jouisse d�institutions anciennes et respect�es, elle n�en pr�sente pas moins, sur le plan �conomique, une opposition tr�s marqu�e entre une zone p�ri-ph�rique traditionaliste, qui retient difficilement sa population, et une zone m�tropolitaine riche, bien pourvue d�activit�s modernes, menac�e de congestion. Ce d�s�quilibre a �t� un motif d�inqui�tude pour les gouvernements successifs. Tous se sont efforc�s, depuis quarante ans, d�y rem�dier par une politique d�am�nagement du territoire. Malgr� les r�sultats obtenus, les in�galit�s fondamentales subsistent. Elles fournissent un crit�re de division en cinq r�gions, les trois premi�res, p�riph�riques, les deux autres, m�tropolitaines :</p><p>Le Nord, au-del� de la Trent, qui rassemble trop de vieilles industries (celles qui firent la prosp�rit� du pays au XIXe s.) et pas assez d�industries r�-</p><p>centes et d�emplois tertiaires ; La p�ninsule du Sud-Ouest, r�gion touristique et agricole, mal desservie en moyens de communication modernes, et qui n�a gu�re d�industries en dehors de Bristol et de ses environs ;</p><p>L�Est-Anglie et le Lincolnshire, r�gion rest�e tr�s rurale et totalement d�pourvue de grande agglom�ration industrielle ;</p><p>Les Midlands, p�pini�re de tech-</p><p>niques nouvelles, o� foisonnent les industries jeunes et prosp�res ; Enfin, le Sud-Est anglais, qui re-gorge d�activit�s tertiaires tr�s diversifi�es et d�industries modernes, o� l�agriculture elle-m�me a �t� accapar�e par les citadins.</p><p>Le Nord anglais</p><p>Il demeure la grande r�gion charbonni�re employant 250 000 des</p><p>350 000 mineurs britanniques. La pr�-</p><p>sence du charbon lui valut d�attirer, au XIXe s. (� l��poque o� la houille �tait la seule source d��nergie), les industries m�tallurgiques et textiles, qui en utilisaient de grosses quantit�s. Mais la diminution de la demande de houille, de produits m�tallurgiques lourds, de tissus de laine et de coton a nui � l��conomie r�gionale. Les industries de remplacement ont relay� en partie les industries anciennes, et celles-ci se sont modernis�es. Mais le paysage urbain, souill� par les vestiges industriels downloadModeText.vue.download 91 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>628</p><p>et immobiliers du XIXe s., fait encore souvent figure de conservatoire de l��re victorienne.</p><p>De part et d�autre de la cha�ne</p><p>pennine, les couches de houille ont �chapp� � l��rosion. Au pied m�me de la cha�ne, l�affleurement de la houille a permis de l�extraire � ciel ouvert d�s le XIIe s. ; au-del�, du fait du d�versement vers l�ouest de l�anticlinal pennin, les couches de houille s�enfoncent rapidement � l�ouest sous les roches s�dimentaires plus r�centes. Les gisements de l�Est, plus accessibles, assurent une grosse partie de la production britannique : celui de Derby-Nottingham 25 p. 100, le Yorkshire 25 p. 100, le Northumberland-Durham 20 p. 100, alors que les gisements de l�Ouest</p><p>(Lancashire, Cumberland) n�en fournissent ensemble que 5 p. 100. Devant la concurrence des autres sources d��nergie (le gaz de la mer du Nord est livr� jusque sur les bassins houillers), les houill�res nationales ont d� rationaliser la production (abattage et chargement m�caniques, extraction � ciel ouvert en Nottinghamshire, fermeture de nombreux puits, notamment sur le flanc ouest aux couches faill�es et inclin�es, traitement des charbons pour les rendre sans fum�e). L�effectif des mineurs a diminu� de moiti� de 1947</p><p>� 1969.</p><p>La sid�rurgie disposait au XIXe s. du minerai de fer interstratifi� dans les couches de charbon, de l�h�matite du Cumberland, de la minette des Cleveland. Mais ces ressources sont presque �puis�es, et n�ont �t� que partiellement compens�es par la mise en exploitation de la minette jurassique du Lincolnshire, � Scunthorpe ; l�essentiel doit �tre import�. Comme pour le charbon, c�est la fa�ade est de la cha�ne pennine qui concentre la plus grande partie de la production d�acier. � l�ouest, le Lancashire n�a qu�une petite aci�rie � Irlam (t�les fines), et, dans le Cumberland, il ne subsiste plus que Workington (rails) et Barrow (plaques de blindage). Le Nord-Est a encore un petit centre sid�-</p><p>rurgique � l�int�rieur, � Consett, mais les deux principaux, � Middlesbrough et Lackenby (profil�s lourds, ronds � b�ton, tuyaux de grosses sections), sans trop s��loigner du charbon � coke du Durham, b�n�ficient du voisinage de la c�te pour recevoir les minerais �trangers. Ce Nord-Est est la premi�re r�gion sid�rurgique. � Scunthorpe, le minerai local, avec l�appoint de minerais import�s, est transform� sur place en gueuses de fonte, exp�di�es surtout � Sheffield. Sheffield a abandonn� la r�duction du minerai pour se consacrer, � partir de fonte et de ferrailles, � la fabrication des aciers sp�ciaux, des inoxydables et des ferro-alliages, pour lesquels elle a le premier rang en Grande-Bretagne.</p><p>Les trois estuaires du Nord-Est</p><p>(Tyne, Wear, Tees) sont �galement au premier rang, avec l�estuaire de la Clyde, pour les constructions navales.</p><p>La Tyne surtout est long�e de chantiers navals r�nov�s, mais l��troitesse du fleuve limite le tonnage des navires lanc�s. Les fusions d�entreprises et fermetures de chantiers, cons�quences de la concurrence �trang�re et de mauvaises relations de travail, ont r�duit l�emploi. L�estuaire du Humber, � Hull, a des chantiers de construction de bateaux de p�che, et l�estuaire de la Mersey une entreprise de radoub � Bir-kenhead. Barrow-in-Furness construit de gros p�troliers et des sous-marins � propulsion atomique.</p><p>Les industries m�tallurgiques fines sont peu repr�sent�es dans ce Nord, gros producteur de m�taux. Les</p><p>constructions ferroviaires de Darlington (ville qui vit rouler le premier train � vapeur du monde en 1825) ont d� fermer. Pourtant, Sheffield reste la capitale de la coutellerie. Leeds et Manchester fabriquent des machines textiles, Rotherham, Doncaster, Leeds, Manchester des machines-outils, de l�appareillage �lectrique, etc. Le Lancashire est la r�gion la plus favoris�e � cet �gard, gr�ce � l�installation, apr�s 1960, sous la pression du gouvernement, de trois usines d�automobiles sur les bords de la Mersey ; elles se sont ajout�es � deux importantes usines pr�existantes, l�une de camions � Ley-land, l�autre de voitures de grand luxe � Crewe ; hors du Lancashire, l�industrie de l�automobile n�est fix�e qu�� Leeds.</p><p>Le Lancashire est aussi le mieux servi en constructions a�ronautiques, � Manchester, Preston, Chester, mais il en existe aussi � Hull.</p><p>Les deux plus gros foyers britanniques d�industries chimiques se trouvent aussi dans le Nord, essentiellement gr�ce � l�impulsion des Imperial Chemical Industries. C�est le charbon qui, � l�origine, a attir� I. C. I. � Billingham (estuaire de la Tees), et accessoirement les gisements de sel et de sulfate de calcium, situ�s sous l�usine m�me. Mais on utilise maintenant bien d�autres mati�res premi�res, l�azote de l�air, l�eau de mer, les produits p�troliers, les phosphates import�s, et bient�t la potasse des Cleveland. L��norme complexe de Billingham-Wilton fournit des engrais agricoles, des insecticides, des herbicides, des mati�res</p><p>plastiques, des fibres artificielles, des ar�mes synth�tiques. Il a �t� renforc� en 1967 par l�ach�vement de deux usines p�trochimiques � Teesside.</p><p>En Lancashire-Cheshire, ce sont les gisements de sel gemme qui provoqu�rent l�industrie chimique, avant la houille, le sable, le gaz carbonique du calcaire des Pennines et les corps gras import�s. De l� sont n�s l�industrie du chlore et de la soude � Northwich et Runcorn, les colorants et produits pharmaceutiques � Manchester, le verre plat � Saint Helens (la capitale downloadModeText.vue.download 92 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>629</p><p>britannique du verre), les carri�res de calcaire et cimenteries des environs de Buxton, le raffinage des m�taux non ferreux � Bootle, et surtout les huiles, savons, tourteaux et margarines � Liverpool et Ellesmere Port. Quatre raffineries de p�trole compl�tent l�industrie chimique, plus diversifi�e que dans le Nord-Est. Un troisi�me district d�industries chimiques commence � appara�tre sur les bords du Humber, � Grimsby-Immingham (farines de poisson, engrais, textiles artificiels, caoutchouc, raffinage du titane). Deux raffineries de p�trole se sont fix�es en 1967</p><p>sur les rives de l�estuaire.</p><p>Le Nord d�tient l�essentiel des</p><p>industries textiles ; le Yorkshire a 70 p. 100 de l�industrie laini�re britannique, le Lancashire 90 p. 100 de l�industrie cotonni�re. L�industrie laini�re b�n�ficia � l�origine du voisinage des troupeaux de moutons pennins, de la puret� des eaux fournies par la montagne, puis, au XIXe s., de l�abondance de la houille n�cessaire au fonctionnement des broches et des m�tiers. L�agglom�ration de Leeds est la premi�re du monde pour la production laini�re et la seconde, apr�s New York, pour la confection. Le Lancashire doit sa fortune cotonni�re � une vieille tradition textile (travail du lin), aux relations du port de Liverpool avec le sud des �tats-Unis, grand producteur de coton, � la pr�sence de houille et d�eaux douces</p><p>issues des gr�s pennins, � la courageuse main-d�oeuvre irlandaise. Mais, depuis 1920, la concurrence �trang�re et l�apparition des textiles nouveaux ont entra�n� une rude contraction de l�industrie et un regroupement financier beaucoup plus marqu� qu�en</p><p>Yorkshire. L�agglom�ration de Manchester garde l�essentiel de la filature et de l�appr�t, le district de Blackburn-Burnley, l�essentiel du tissage ; mais les tissus de coton sont de plus en plus m�lang�s de fibres artificielles.</p><p>Les industries alimentaires se localisent sur les estuaires du Humber (o� Grimsby et Hull sont le premier et le second port de p�che britanniques, et les deux principaux centres de conserverie et de surgel�s de poisson et de l�gumes) et de la Mersey, surtout � Liverpool (meuneries, biscuiteries, raffineries de sucre, margarine). L�agriculture n�a qu�un r�le effac� dans le Nord, sauf dans les vals de York, de la Trent et de Eden ; ailleurs, elle se contente de fournir du lait, des oeufs et des l�gumes frais aux march�s imm�diats.</p><p>Liverpool, de loin le premier port du Nord et le premier port exportateur britannique, joint � la gamme d�industries d�j� cit�es celles du tabac et des bois et papiers ; un canal maritime, le seul d�Angleterre, le relie � Manchester.</p><p>Alors que la cha�ne pennine est</p><p>presque d�serte � mais non sans utilit�, car elle fournit aux 14 millions d�habitants qui vivent dans le Nord de gros volumes d�eau et des buts de promenade �, des agglom�rations</p><p>industrielles se pressent � ses pieds, ou m�me, comme Sheffield ou la banlieue est de Manchester, s�immiscent dans ses vall�es. Toutes les grandes villes sont soit � proximit� des bassins charbonniers, car leur d�veloppement date pour l�essentiel du XIXe s., soit sur la c�te. Leur attrait est en g�n�-</p><p>ral m�diocre ; m�me les stations baln�aires (Blackpool sur la c�te ouest, Scarborough sur la c�te est) manquent d�agr�ments. Le Yorkshire a toutefois une belle ville d�eaux, Harrogate, le district des lacs du Cumberland d��l�-</p><p>gantes petites stations (Windermere, Ambleside), et la cha�ne pennine de petits centres touristiques (Buxton).</p><p>Les autorit�s locales s�efforcent de</p><p>faire dispara�tre les d�chets industriels et les taudis. Newcastle, Leeds, Manchester reconstruisent activement leur centre. L��tat a fond� plusieurs villes nouvelles, quatre en Lancashire, trois en Durham. Mais un gros effort de r�-</p><p>novation reste � faire.</p><p>La p�ninsule du</p><p>Sud-Ouest</p><p>Elle rappelle un peu la Bretagne, de l�autre c�t� de la Manche. C�est aussi un massif hercynien d�altitude mod�-</p><p>r�e (rarement plus de 300 m ; le point culminant est � 621 m), form� surtout de schistes et de gr�s. La moiti� est de la p�ninsule, sculpt�e dans la couverture s�dimentaire secondaire, pr�sente une s�rie d�escarpements en roche dure regardant vers l�ouest et de d�pressions en roche tendre, parfois d�altitude tr�s downloadModeText.vue.download 93 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>630</p><p>basse (marais du Somerset). Comme en Bretagne, la c�te est haute et rocheuse au nord, basse et d�coup�e de rias au sud. L�effilement de la p�ninsule vers l�ouest, l�encaissement du r�seau hydrographique dans le plateau, la longue p�n�tration des estuaires, la n�cessit� de contourner les masses granitiques sont autant d�obstacles � la circulation dans le sens est-ouest ; aussi la r�gion a-t-elle longtemps souffert d�isolement. Elle n�a �t� reli�e � Londres par la voie ferr�e qu�apr�s 1880 ; encore les trains sont-ils de plus en plus lents � mesure qu�on s�enfonce vers l�ouest ; malgr� l�intensit� du trafic touristique estival, le Sud-Ouest ne dispose encore d�aucune autoroute, mais seulement de courts tron�ons de d�gagement.</p><p>Gr�ce � l��loignement et � la protection d�un relief coup�, les Celtes de la p�ninsule �chapp�rent au premier choc des invasions anglo-saxonnes du Ve s. ; des royaumes ind�pendants subsist�rent longtemps ; ils ne furent d�finitivement soumis qu�au IXe s. La structure agraire diff�re profond�ment de celle de l�Angleterre � saxonne � ; d�frichements et enclosures se pour-</p><p>suivirent tout au long du Moyen �ge. Il en r�sulte un paysage de petits champs carr�s, enclos de haies �paisses ou, sur les c�tes �vent�es, de murs de pierres s�ches ; des chemins creux sinueux les desservent. L�habitat dispers� en hameaux et en fermes isol�es a contribu�, ainsi que le bocage touffu, au maintien des traditions ; la langue ga�lique n�a disparu qu�au XVIIIe s.</p><p>Apr�s son rattachement ferroviaire au bassin de Londres, la r�gion a pu exploiter, pour une client�le �loign�e, ses deux avantages naturels : la beaut� de ses paysages, favorable au tourisme, et la douceur de son climat, utile � l�agriculture.</p><p>Le tourisme est devenu la ressource essentielle des comt�s de Cornwall et du Devon, o� il fournit plus d�emplois que l�agriculture ou l�industrie ; alors que le Sud-Ouest n�a que 3 600 000 habitants, il re�oit 6 500 000 visiteurs par an, 22 p. 100 du total des vacanciers britanniques ! Malheureusement, les touristes affluent en majorit� en juillet-ao�t (d�o� le surpeuplement de l�appareil h�telier, malgr� l�appoint des pensions de famille, des caravanes, des camps de vacances, des locations de chambres par les agriculteurs), et surtout sur la c�te, ne faisant dans l�int�-</p><p>rieur que de rapides incursions. Tout un chapelet de stations s��gr�ne de Weston super Mare � Lyme Regis : Ilfracombe, Westward Ho, Bude, Newquay, Saint Ives, Penzance, Falmouth, Dartmouth, Teignmouth, Sidmouth. La reine des stations baln�aires est Torquay-Paign-ton (80 000 hab. permanents et plus de 1 million de visiteurs par an). Le manque de main-d�oeuvre estivale dans l�h�tellerie a pour f�cheuse contrepartie un ch�mage hivernal assez �lev�.</p><p>Les stations les plus r�put�es (Ilfracombe, Torquay) ont une nombreuse population de retrait�s. L�int�rieur a aussi quelques hauts lieux touristiques, le monast�re de Glastonbury, sur une �le au milieu des marais, la ville d�eaux de Cheltenham, o� vivent de nombreux officiers en retraite, et surtout celle de Bath, la premi�re de Grande-Bretagne, connue des Romains et tr�s fr�quent�e au XVIIIe et au XIXe s.</p><p>Le climat oc�anique a, dans le Sud-Ouest, une nuance m�ridionale. Certes, les vents sont vifs et les pr�cipitations un peu abondantes (800 mm environ par an sur le plateau, 1 500 mm sur les sommets), mais elles se r�partissent assez �galement entre les saisons. Les �t�s sont trop frais pour la maturation du bl�, d�o� la fid�lit� du Sud-Ouest � la culture du m�teil, un m�lange d�avoine et d�orge. Mais l�ensoleillement relativement long et la douceur de l�hiver (plus de neuf mois sans gel � l�extr�mit� de la p�ninsule) autorisent une saison v�g�tative prolong�e.</p><p>Aussi le Sud-Ouest est-il le royaume de l�herbe ; les bonnes prairies occupent 65 p. 100 de la superficie agricole utile, et les pacages grossiers d�altitude 15 p. 100. En g�n�ral, les pr�s restent en herbe de trois � neuf ans, puis on les retourne ; on y cultive du m�teil pendant un an ou deux, et on les couche de nouveau en herbe. Dans les marais du Somerset et les basses vall�es, l�herbe irrigu�e au printemps et en �t� occupe tout l�espace agricole.</p><p>Sur cette immense �tendue d�herbe, l��levage laitier est pratiqu� toute l�an-n�e � l�ext�rieur. En �t�, la production laiti�re suffit juste � la consommation locale, renforc�e par l�afflux touristique ; en hiver, il reste d�importants downloadModeText.vue.download 94 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>631</p><p>exc�dents, exp�di�s vers Londres par trains et camions ; le bassin laitier de Londres s��tend en hiver jusqu�� Exe-ter ; le Cornwall, trop �loign�, s�adonne � la production de cr�me. On engraisse les veaux m�les sur les herbages r�pu-t�s du Devon. Aussi l��levage bovin procure-t-il 50 p. 100 des revenus agricoles, et l��levage des ovins (pratiqu� surtout sur les hauteurs), des porcs et de la volaille, 33 p. 100. La production v�g�tale occupe donc une place r�duite.</p><p>Le march� londonien des fruits et des l�gumes, �loign�, ne s�ouvre gu�re � la production du Sud-Ouest, pourtant favoris�e par une maturation pr�coce et la possibilit� d�utiliser les algues comme engrais. Les cultures mara�-</p><p>ch�res banales l�emportent (choux,</p><p>choux-fleurs d�hiver, pommes de terre primeurs). Les cultures fruiti�res ne sont importantes que dans la vall�e de la Tamar. L�extr�me Ouest toutefois (Land�s End, �les Scilly), excentrique, a d� s�orienter vers les cultures florales, dont les produits (an�mones, jonquilles de plein champ) peuvent �tre exp�di�s par avion.</p><p>La p�che, jadis florissante, a presque disparu. La base navale de Plymouth d�cline. La raret� du charbon a �t� fatale au d�veloppement industriel. Il ne subsiste plus en Cornwall � r�gion qui fut pendant deux mill�naires la premi�re productrice d��tain du monde</p><p>� que deux ou trois petites mines en fonctionnement. Les carri�res de kaolin, autour de Saint Austell, demeurent les plus importantes d�Europe (2 Mt par an), mais la terre blanche est exp�di�e ailleurs. Les industries alimentaires se dispersent dans de petites villes assoupies. L�industrie moderne tend � se rassembler � Bristol et dans ses environs : l�industrie laini�re � Stroud, Bradford-on-Avon, Frome, Wellington ; celle du cuir � Street ; la ganterie � Yeovil ; la transformation des produits import�s � Bristol, l�unique port important (sucre, papiers et bristols, tabac, pour lequel Bristol a le premier rang en Grande-Bretagne). Les replis strat�giques, � la veille de la Seconde Guerre mondiale, valent � Bristol une industrie a�ronautique (on y travaille au � Concorde �) et � Yeovil le titre de � capitale de l�h�-</p><p>licopt�re �. Mais les plus grosses unit�s industrielles sont sur la c�te proche de Bristol : trois centrales atomiques, raffinage du plomb et du zinc, noir de carbone, engrais fabriqu�s � Severn-side par I. C. I., r�servoirs pour produits p�troliers arriv�s par cabotage (la r�gion n�a pas de raffinerie). Bristol a 425 000 habitants, et Bath, qui fait partie de sa banlieue, 80 000. Dans la plus grande partie de la r�gion, la densit� s�abaisse au-dessous de 60 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>L�Est-Anglie et</p><p>le Lincolnshire</p><p>C�est la r�gion la moins peupl�e du pays : 2 500 000 habitants seulement entre Grimsby et l�agglom�ration londonienne, soit une densit� moyenne de</p><p>120, faible pour l�Angleterre ; dans les Fens, elle tombe � moins de 50. Cette r�gion est encore moins industrialis�e que la p�ninsule du Sud-Ouest, et totalement d�pourvue de houille. Mais sa richesse agricole en fait depuis longtemps le � grenier de l�Angleterre �.</p><p>Le relief mod�r� est l�un des facteurs favorables � l�agriculture. Deux escarpements au regard vers l�ouest, de plus en plus rapproch�s vers le nord, en dessinent les traits essentiels ; l�escarpement jurassique s�amincit et s�abaisse vers le nord, jusqu�� ne plus former qu�une mince cr�te rectiligne haute de 40 � 70 m, mais bien marqu�e ; l�escarpement de la craie, tr�s net au sud, o� il prolonge les Chiltern, et au nord (Lincoln Wolds), o� il atteint 167 m, s�abaisse dans l�intervalle et dispara�t dans la travers�e du Wash ; dans cette partie centrale, il a �t� probablement d�fonc� et racl� par le glacier scandinave quaternaire. La moraine de ce glacier recouvre d�un �pais manteau la couche de craie doucement inclin�e vers la mer du Nord ; pr�s de Cromer, elle a �t� model�e en une rang�e de lourdes collines. Sableuse et meuble � l�ouest et au nord, la moraine de fond devient de plus en plus lourde � mesure qu�on approche de Londres. Son �paisseur, mince � l�ouest, o� ses d�bris grossiers recouvrent � peine la craie du Breckland, donnant des sols tr�s pauvres, augmente progressivement vers l�est, o� ses �l�ments fins, tri�s par les eaux de fonte, sont particuli�rement fertiles entre Cromer et Norwich. Entre les deux escarpements, les argiles jurassiques, creus�es par l��rosion, forment une plaine basse, � l��coulement difficile ; ce sont les Fens, recouverts de vase marine au bord du Wash, de tourbe plus � l�int�rieur. Le drainage des Fens, entrepris en grand au XVIIe s., a eu pour cons�quence le tassement de la tourbe et sa combustion par l�oxyg�ne de l�air ; aussi, quelques districts tourbeux sont-ils sous le niveau des hautes mers ; rivi�res et canaux de drainage s��coulent entre des lev�es artificielles, � plusieurs m�tres au-dessus de la plaine ; le drainage ne peut se faire qu�� l�aide de pompes, et la c�te doit �tre attentivement prot�g�e par des digues, travail et surveillance on�reux, mais rentables. Les Fens,</p><p>tant vaseux que tourbeux, sont d�une exceptionnelle fertilit� ; malheureusement, la tourbe se consume � un rythme inqui�tant ; l� o� elle a disparu, elle ne d�couvre qu�un m�diocre sous-sol d�argile et de cailloux.</p><p>� la haute qualit� des sols, sauf au sommet des escarpements et dans le Breckland, o� les plantations de conif�res ont remplac� la lande primitive, s�ajoute l�avantage d�un climat assez chaud en �t� et sec (moins de 600 mm de pr�cipitations par an, parfois moins de 550 mm), qui se pr�te bien � la culture des c�r�ales.</p><p>C�est de l�Est-Anglie que partit la � r�volution agricole � du XVIIIe s.</p><p>La rotation quadriennale du Norfolk, mise au point alors (bl�, navets, orge, prairies artificielles), eut un immense succ�s au XIXe s. ; elle n�a disparu du Norfolk que vers 1940, du Lincolnshire vers 1960 ; des troupeaux d�ovins de plusieurs milliers de t�tes broutaient les navets et glanaient les c�r�ales.</p><p>Mais l�introduction de la betterave � sucre en 1925 a amen� l��limination du navet par la betterave, et du m�me coup la disparition de l��levage ovin. La culture de la pomme de terre de saison, en r�gression dans d�autres r�gions, tend � se rassembler dans les Fens tourbeux, o� ses rendements sont �lev�s.</p><p>Aujourd�hui, le bl�, l�orge, la betterave et la pomme de terre occupent les trois quarts de la superficie arable, les Fens poussant davantage la culture des racines, les plateaux, celle des c�r�ales ; aussi, la r�gion, qui n�a que 15 p. 100</p><p>de la surface de l�Angleterre-Galles, en produit-elle la moiti� du bl�, 40 p. 100</p><p>de l�orge, la moiti� des pommes de terre, 80 p. 100 du sucre. Mais ces cultures �puisent les sols ; aussi essaie-t-on diverses � cultures de repos �, la moutarde, la luzerne, transform�e en cubes concentr�s pour l��levage intensif, les haricots et les petits pois de plein champ pour conserveries.</p><p>Les cultures mara�ch�res sp�cia-</p><p>lis�es, souvent irrigu�es, ont aussi beaucoup progress� depuis un si�cle : carottes sur les sols sableux, c�leri sur les sols tourbeux (la premi�re r�gion downloadModeText.vue.download 95 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>632</p><p>britannique pour ces deux cultures), oignons, choux-fleurs d��t�, choux de Bruxelles, fraises et cassis. Les Fens vaseux ont aussi des vergers, o� se m�lent pommiers, poiriers, groseilliers, mais la r�gion est dans l�ensemble beaucoup plus l�gumi�re que fruiti�re.</p><p>Les cultures florales, souvent fond�es par des Hollandais, ont fait leur apparition depuis 1920, surtout pour les fleurs � bulbes (tulipes, jacinthes, narcisses, jonquilles) ; les Fens cultivent plus de bulbes que la Hollande ; le Norfolk a des cultures de rosiers et m�me de lavande de parfumerie.</p><p>Parmi les cultures de repos, l�herbe de fauche ou de broutage trouve aussi sa place, en particulier sur les sols argileux de l�Essex ; les marais mal drain�s et les d�versoirs de crue des Fens servent aussi de p�turage permanent.</p><p>La r�gion produit assez de lait pour sa consommation, et peut m�me en exp�dier vers Londres, en �t�, quand les exc�dents du Devon se tarissent.</p><p>Mais c�est surtout l��levage pour la viande qui est le plus pratiqu�. Depuis plusieurs si�cles, on ach�te aux foires d�automne des bouvillons maigres d�Irlande et d��cosse, que l�on engraisse � l�aide de collets de betterave, d�orge brass�e, de c�r�ales, de cubes de luzerne ; on vend ensuite les bovins gras sur le march� de Londres. Depuis 1955</p><p>se sont install�s d��normes �levages de porcs et, en libert� ou en batteries, des �levages de poulets, canards, dindes ; de m�me, des �levages de poules pon-deuses en batteries. Le march� londonien, tout proche, est insatiable.</p><p>Les industries principales de la r�-</p><p>gion sont li�es � l�agriculture : sucreries, meuneries, brasseries, s�cheries de luzerne, conserveries de l�gumes (la r�gion l�emporte de loin sur toute autre, surtout si on y ajoute Grimsby, pour la production des conserves et surgel�s), usines de pr�paration de la viande de porc, fabrication d�engrais, de machines agricoles, de mat�riel d�emballage, de cl�tures m�talliques, etc. Mais elles sont si dispers�es qu�elles n�ont suscit� aucune agglom�ration indus-</p><p>trielle. Les deux plus grandes villes de la r�gion, Ipswich et Norwich, n�ont que 120 000 habitants chacune. Trois autres villes sont riches en industries non agricoles : Lincoln (moteurs, mat�riel d�excavation), Peterborough (moteurs, fabrication des briques � partir des argiles jurassiques), Cambridge enfin, premier centre universitaire britannique avec Oxford, et qui a attir� des industries de haute technique (radio, instruments scientifiques). Les deux centrales atomiques de Sizewell et de Bradwell s�imposaient dans cette r�gion, qui manque de charbon, donc d��lectricit�.</p><p>L�encombrement du port de Londres a redonn� vie aux petits ports de commerce r�gionaux (King�s Lynn, Ipswich), tandis que les vieux ports de p�che de Yarmouth et Lowestoft connaissent un profond d�clin.</p><p>La c�te � l��cart des Fens attire les touristes (Skegness, Cromer, Yarmouth, Clacton), de m�me que les �tangs artificiels (broads) du Norfolk.</p><p>Le Lincolnshire et l�Est-Anglie</p><p>manquent d�industries, de villes importantes, d�animation. Le gouvernement veille au maintien de son caract�re rural ; sauf � Peterborough, aucun grand d�veloppement industriel et urbain n�y est pr�vu.</p><p>Les Midlands</p><p>On appelle ainsi la r�gion centrale de l�Angleterre, comprise entre le pays de Galles, le Nord anglais, l�Est-Anglie et le bassin de Londres. C�est la seule qui soit d�pourvue de fa�ade maritime, et qui ait quelques points situ�s � plus de 100 km des c�tes.</p><p>Ses ressources naturelles ne la</p><p>favorisent gu�re. Autour du massif gallois, qui d�borde largement sur les Midlands, autour des pointements de roches anciennes qui percent la couverture s�dimentaire et morainique de la plaine centrale, plusieurs gisements houillers ont contribu� au d�veloppement industriel, mais ils sont petits, faill�s, et fournissent ensemble moins de 10 p. 100 de la production nationale. Le minerai de fer interstratifi�</p><p>s�est �puis�, et les hauts fourneaux s��teignent, � l�exception de ceux qui transforment le minerai � faible teneur de l�escarpement jurassique (Melton Mowbray, Corby, Kettering). Les argiles � feu, le p�trole de la Trent inf�rieure (100 000 t par an, presque toute la production nationale) ajoutent peu. L��loignement relatif des grands estuaires, par o� entrent les mati�res premi�res import�es, et la m�diocrit� des ressources locales ont contraint les industries � se tourner vers les productions l�g�res, celles qui exigent beaucoup de travail pour un faible poids.</p><p>Or, ce sont pr�cis�ment ces industries l�g�res qui jouissent depuis cinquante ans de la plus grande prosp�rit�, alors que les industries textiles et les industries lourdes du Nord sont en d�clin ou stagnantes ; de l� le paradoxe : la seule r�gion int�rieure de Grande-Bretagne est aussi la plus industrialis�e !</p><p>L�industrie foisonne dans toute la r�gion, mais plus particuli�rement dans sa moiti� ouest, et transforme toutes les mati�res premi�res, sp�cialement les m�taux. Elle a gard� une structure morcel�e ; une foule de petites et moyennes entreprises se partagent le travail, la sp�cialisation de chacune n�emp�chant pas une adaptation rapide aux variations de la demande ; elles ont entre elles des contacts �troits par le biais de la sous-traitance et le regroupement des pi�ces d�tach�es dans les entreprises de montage. Seule, l�industrie du mat�riel de transport s�organise en grosses unit�s de production et int�gre de nombreuses industries ancillaires (sellerie, caoutchouc, machines-outils, etc.).</p><p>Les Midlands rassemblent la moiti� de l�industrie automobile nationale : fabrication de pi�ces forg�es et moul�es dans le Pays Noir, de moteurs et de pi�ces embouties � Wolverhampton et Birmingham, d�engrenages � Leamington Spa, de roues � Wellington, de freins � Coventry, de pneumatiques � Birmingham, Stoke-on-Trent, Burton-on-Trent, montage des automobiles, tracteurs, autobus, v�hicules militaires � Coventry, Birmingham, Solihull, Tamworth, des camions-citernes � Wolverhampton, des motocyclettes � Meriden. Nottingham fabrique � elle seule 80 p. 100 des bicyclettes</p><p>anglaises. Coventry a des constructions a�ronautiques, Derby fabrique du ma-t�riel ferroviaire roulant et a une grosse usine de moteurs d�avions.</p><p>Le Pays Noir n�a pas de rival pour la fonderie et la m�canique lourde (turbines, alternateurs, mat�riel de mine et de raffinerie, grosses machines-outils, artillerie, r�servoirs m�talliques), la serrurerie, les coffres-forts, les cha�nes et courroies, Coventry et Birmingham se r�servant le mat�riel t�l�phonique et les petites machines-outils, Derby le mat�riel de jardinage, Rugby et Stafford l��lectronique, Birmingham, enfin, les fabrications les plus fines, petits outils, armurerie, joaillerie et instruments de musique. Le � trio �</p><p>Pays Noir - Birmingham - Coventry dirige l�industrie m�tallurgique de tout l�ouest des Midlands.</p><p>L�essentiel de l�industrie c�ramique nationale (vaisselle de table, rev�tements r�fractaires, isolants �lectriques) se concentre aussi dans l�ouest, � Stoke-on-Trent et aux environs, gr�ce � la pr�sence d�un petit bassin houiller et d�argiles � feu, et surtout gr�ce � l�initiative d�un grand industriel du XVIIIe s., Josiah Wedgwood.</p><p>La moiti� orientale des Midlands, sans n�gliger le travail des m�taux, se consacre aux cuirs et aux fibres textiles. Northampton, Leicester et les petites villes comprises entre elles (Wellingborough, Kettering, Hinckley) concentrent 60 p. 100 de l�industrie britannique de la chaussure. C�est Northampton qui inaugura, � la fin du XVIIIe s., la fabrication en s�rie des chaussures militaires, et elle a gard� la sp�cialit� de la chaussure masculine.</p><p>L�industrie est plus r�cente � Leicester, et davantage tourn�e vers la client�le f�minine et enfantine. Les stades successifs de la fabrication et le montage se dispersent dans de petits ateliers.</p><p>L�industrie britannique de la dentelle est presque tout enti�re � Nottingham, et 60 p. 100 de la bonneterie et passementerie � Hinckley, Leicester, Loughborough, Nottingham, Mansfield et les villages interm�diaires. Le Lancashire ayant accapar� la quasi-totalit� de l�industrie cotonni�re, et le Yorkshire la majorit� de l�industrie laini�re,</p><p>les Midlands durent se rabattre sur la fabrication des tricots, qui s�est peu � peu diversifi�e (bas et chaussettes, costumes de sport et de plage, layettes, chandails, lacets, rubans, etc.) et ouverte aux fibres synth�tiques. L�ouest des Midlands a peu d�industries textiles (Nylon � Coventry).</p><p>Aux confins des Midlands et de</p><p>l�Est-Anglie s��tend le principal district de production des briques et tuiles (un tiers de la production nationale), � l�int�rieur du triangle Bedford-Kettering-Peterborough, o� affleurent des argiles tr�s pures et plastiques ; il b�-</p><p>n�ficie de la proximit� des deux plus importantes aires b�ties d�Angleterre, les agglom�rations de Londres et de Birmingham.</p><p>Diverses activit�s (pharmacie et tabac � Nottingham, brasseries � Burton et Birmingham, confiserie � Birmingham, cristallerie � Stour-bridge) compl�tent une riche gamme industrielle.</p><p>La population des Midlands est</p><p>tr�s urbanis�e. Les sept plus grandes agglom�rations (Birmingham et Pays Noir, Stoke-on-Trent, Coventry, Nottingham, Leicester, Derby, Northampton) regroupent plus de la moiti� de la population totale (8 500 000 hab.).</p><p>Les villes ont un aspect tr�s industriel, surtout celles de l�Ouest, et leur patrimoine immobilier laisse souvent � d�sirer, en particulier � Stoke et dans le Pays Noir. Mais de grands travaux d�urbanisme mettent un peu d�ordre dans un paysage souvent sale et chao-downloadModeText.vue.download 96 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>633</p><p>tique ; deux villes nouvelles s��difient � Redditch et Telford pour recevoir la population des quartiers que l�on d�-</p><p>molit. Le centre de Coventry, d�truit par les bombardements de 1941, a �t� magnifiquement reconstruit.</p><p>L�agriculture n�a qu�un r�le modeste dans l��conomie des Midlands. Entre l�Est-Anglie, c�r�ali�re, et le pays de Galles, vou� � l��levage, les Midlands</p><p>pratiquent une agriculture mixte ; plus on va vers l�ouest humide, plus la part des cultures fourrag�res et de l�herbe augmente dans les rotations. L��levage bovin (surtout laitier) domine. Les plateaux de l�ouest s�adonnent � l��levage ovin, les environs des villes � l�aviculture, et certains petits districts fertiles (environs de Bedford, val de Evesham, bassins de Hereford et de Worcester) � la culture mara�ch�re et fruiti�re.</p><p>Le Sud-Est anglais</p><p>Le quadrilat�re Dorchester-Buckingham-Colchester-Douvres constitue la r�gion m�tropolitaine par excellence de l�Angleterre, et m�me de tout le Royaume-Uni, la r�gion la plus peupl�e (16 millions d�habitants sur moins de 30 000 km2), la plus prosp�re (le niveau moyen des revenus est plus �lev� que partout ailleurs), la mieux pourvue d�emplois industriels et tertiaires, la plus composite sur le plan social, la plus riche en agr�ments et distractions.</p><p>Elle doit ces privil�ges � la pr�sence d�une agglom�ration de 8 millions d�habitants, Londres, longtemps premier port et ville la plus peupl�e du monde, capitale du plus vaste empire de l�histoire, point d�origine des grandes lignes ferroviaires et a�riennes ainsi que des autoroutes les plus charg�es, si�ge d�un �tat qui est de nos jours le premier client et le premier banquier des entreprises, le plus gros employeur, le m�c�ne le plus g�n�reux, le premier diffuseur d�informations.</p><p>La r�gion londonienne gagne sur</p><p>les autres r�gions anglaises d��normes avantages � avoir en son sein un tel foyer de puissance ; 1 400 000 salari�s viennent chaque jour de 80 km � la ronde travailler dans ses usines et ses bureaux ; lorsque ceux-ci se d�centralisent, faute de place ou de main-d�oeuvre, c�est encore dans ce cercle de 80 km de rayon qu�ils se fixent le plus volontiers. L�agriculture, profond�ment modifi�e dans ses structures par l�expansion londonienne, a un d�bouch� tout proche, mais, il est vrai, tr�s exigeant. Les plages doivent faire face, chaque semaine pendant la belle saison, � un afflux r�mun�rateur de Londoniens. Enfin, la proximit� du continent donne un avantage suppl�-</p><p>mentaire au Sud-Est londonien.</p><p>L�industrialisation du Sud-Est date pour l�essentiel du XXe s. La r�gion, � l�exception de Londres, de quelques ports et des villes de constructions ferroviaires (Ashford, Swindon), �tait rest�e purement agricole au XIXe s., le bassin houiller profond du Kent n��tant exploit� que depuis 1918 et ne donnant que 2 Mt de charbon par an.</p><p>Entre les deux guerres mondiales, la mise au point du moteur �lectrique et du moteur � combustion interne ainsi que l�utilisation croissante du camion comme moyen de transport lib�r�rent l�industrie de la tyrannie des bassins houillers et des voies ferr�es. Aussi, les industries l�g�res n�es de la seconde r�volution technique (industries de l�automobile, des m�taux l�gers, de la radio, du cin�ma, des appareils �lectriques, des aliments pr�par�s), d�daignant les paysages enfum�s du Nord, s�implant�rent-elles dans les petites villes du Sud-Est, � faible distance de l��norme march� londonien.</p><p>Le caract�re attrayant des usines nouvelles les distingue des casernes industrielles du Nord. La main-d�oeuvre afflua d��cosse, du pays de Galles, du Nord anglais, r�gions o� le ch�mage d�mobilisait de nombreux travailleurs. Gr�ce � l�afflux des travailleurs d�autres r�gions (et de retrait�s et d�immigrants venus du Commonwealth et de l��tranger), la population du Sud-Est a augment� beaucoup plus que celle de l�ensemble du royaume depuis 1921. Travaillant d�abord pour le march� national, les industries nouvelles ont peu � peu supplant� les vieilles industries du Nord comme principales exportatrices ; or, le Sud-Est est particuli�rement bien �quip� en services a�-</p><p>riens et en services maritimes r�guliers (services traditionnels, ou en containers, ou roll on - roll off [camions entrant charg�s dans la cale des navires], ou par hydroglisseurs).</p><p>L�a�ronautique, du fait de replis strat�giques � la veille de la Seconde Guerre mondiale, n�est plus l�exclusivit� du Sud-Est, mais elle est encore pr�sente (montage des avions) � Ste-venage, Hatfield, Weybridge, Shore-ham, Cowes. L�industrie automobile, sans avoir le r�le qui est le sien dans les Midlands, anime Luton, Duns-</p><p>table, Cowley pr�s d�Oxford, Swindon, Abingdon, Slough, Dagenham. Les</p><p>petits chantiers navals de Rochester et du Solent construisent de petites unit�s (fr�gates, p�niches fluviales, yachts, hydroglisseurs). L��lectronique et le mat�riel �lectrique ont une place de premier plan � Swindon, Southampton, Portsmouth, le meuble � High Wy-combe et dans la vall�e de la Lea, les peintures, vernis et produits d�entretien en grande banlieue ; les industries alimentaires sont omnipr�sentes. Les deux seuls grands ensembles industriels en dehors de Londres se situent aux deux entr�es de la r�gion, l�estuaire du Solent (raffinage du p�trole et p�trochimie) et celui de la Tamise (trois raffineries de p�trole, traitement du gaz saharien import�, cimenteries et fabriques de papier journal). Malgr� la diffusion g�n�ralis�e de l�industrie, certaines vieilles cit�s historiques comme Canterbury, Winchester, Salisbury, Tunbridge la tiennent � l��cart, mais elles sont maintenant l�exception.</p><p>Les industries nouvelles ont nui � l�agriculture, en d�tournant une partie de sa main-d�oeuvre. Les plateaux calcaires de l�Ouest (plaine de Salisbury, White Horse Hills), divis�s en champs immenses enclos de fil de fer, pratiquent depuis la Seconde Guerre mondiale une rotation orge - prairies artificielles ; celles-ci servent � l��levage des vaches laiti�res pour le march� de Londres et des stations c�ti�res.</p><p>Les vals argileux de la fosse du Weald (val de Kent, val de Sussex) pratiquent aussi l��levage laitier. Des troupeaux de moutons � t�te noire errent sur les Downs et, en �t�, sur les marais littoraux (marais de Pevensey, de Rom-ney). Sur les sols les plus pauvres, on �l�ve en semi-libert� des milliers de poules Sussex.</p><p>Mais ce sont surtout les cultures d�licates qui font la r�putation du Weald, le jardin de l�Angleterre. � la diff�rence de l�Est-Anglie, les cultures l�gumi�res (pommes de terre nouvelles et choux-fleurs sur le bas plateau du nord-est du Kent) passent ici � l�ar-ri�re-plan, au profit des houblonni�res (environs de Maidstone) et des cultures fruiti�res, pratiqu�es sur les versants ensoleill�s. Les comt�s de Kent-Sur-</p><p>rey-Sussex produisent 30 p. 100 des prunes, groseilles et cassis d�Angleterre, 40 p. 100 des pommes, 50 p. 100</p><p>des poires et des framboises, 75 p. 100</p><p>des cerises, 90 p. 100 des noisettes.</p><p>Les vergers renferment souvent deux cultures diff�rentes, pommiers et groseilliers par exemple, et parfois une troisi�me culture au sol (fraises). Les rendements � l�hectare sont encore plus �lev�s dans les p�pini�res du Sussex, les champignonni�res des versants crayeux, dans les serres de la vall�e de la Lea et des environs de Worthing, o� l�on obtient deux r�coltes par an : tomates ou chrysanth�mes l��t�, concombres ou laitues l�hiver.</p><p>La beaut� de certains paysages, ver-doyants, touffus, pleins d�arbres fruitiers fleuris au printemps, ne pouvait manquer d�attirer l�attention de Londoniens en qu�te de calme. Aussi, dans les districts qui sont � la fois proches de Londres, attrayants et bien desservis par de nombreuses voies ferr�es (vall�es des Chiltern, Downs du Nord), les cols blancs les plus fortun�s ont-ils achet� la moiti� ou plus des exploitations agricoles, m�me les plus grandes.</p><p>Ils se rendent chaque jour par le train � leur bureau londonien et pratiquent en fin de soir�e et de semaine une agriculture � temps partiel peu intensive (c�r�ales, �levage pour la viande) mais bien outill�e ; en leur absence, des salari�s s�occupent du manoir. Comme aux alentours des grandes villes des �tats-Unis, l�agriculture est devenue une activit� de loisirs pour citadins.</p><p>De m�me, la c�te de la Manche imite la c�te atlantique des �tats-Unis, vou�e aux loisirs. De Southend � Weymouth, elle est devenue un parc de vill�giature et de tourisme. Les stations les mieux reli�es � Londres (Southend, Brighton) offrent aux touristes du week-end les agr�ments du th��tre, du casino, du music-hall, du mini-golf, des machines � sous et � disques, des arcades de tirs.</p><p>Pour ceux qui s�journent plus longtemps, un dispositif d�accueil est en place, h�tels, pensions de famille, parcs de caravanes, ainsi qu�une gamme plus large de distractions, golf, �quitation, surf, r�gates de Cowes. Enfin, les villes les plus �l�gantes, Bournemouth, Worthing, Eastbourne, ont une population</p><p>permanente de retrait�s riches, qui habitent des villas cossues, de styles vari�s.</p><p>De nombreux ports de voyageurs</p><p>pars�ment la c�te : Harwich, Tilbury, Ramsgate, Douvres, Folkestone, Newhaven, Southampton pour la petite navigation ; Southampton pour la navigation au long cours. Le port de guerre de Portsmouth est en d�clin, et le trafic des marchandises se concentre � Southampton ainsi que sur la Tamise, en aval de Londres (Gravesend, Tilbury).</p><p>Cette c�te m�ridionale est en fait un immense � Londres-plage �, dont l�activit� se con�oit en fonction de la capitale.</p><p>Le creusement d�un tunnel sous la Manche accro�trait encore les privil�ges g�ographiques (�changes �co-downloadModeText.vue.download 97 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>634</p><p>nomiques, tourisme, etc.) du Sud-Est anglais.</p><p>C. M.</p><p>&#x25B6; Birmingham / Grande-Bretagne / Leeds /</p><p>Liverpool / Londres / Manchester / Sheffield.</p><p>B V. Grande-Bretagne.</p><p>L�histoire de l�Angleterre</p><p>L�Angleterre doit la particularit� de son histoire � un peuple original, o� l��l�ment germanique (anglo-saxon) pr�domine.</p><p>Cependant, d�s avant la venue d�cisive des Anglo-Saxons, elle s�est nettement individualis�e.</p><p>AVANT LES ANGLO-SAXONS :</p><p>LA BRETAGNE (JUSQU�AU VE S. APR. J.-</p><p>C.)</p><p>y Les premi�res populations de</p><p>l�Angleterre</p><p>Elles peuvent �tre reconnues � partir du IIIe mill�naire av. J.-C. Deux d�entre elles ont laiss� des t�moignages significatifs.</p><p>L�une, venue de la p�ninsule Ib�rique, a</p><p>�difi� le long de la c�te ouest des m�galithes (Stonehenge). L�autre, du type alpin, venue du sud-est, se distingue par les coupes que l�on trouve dans les tombes (� Beaker folk �). Les deux cultures se sont m�l�es dans la plaine de Salisbury, � l��ge du bronze.</p><p>y Les Celtes</p><p>Ils vont faire passer l�Angleterre � l��ge du fer. Si ces Celtes appartiennent tous au m�me groupe linguistique (Celtes-P, usant de dialectes brittoniques, distincts de ceux des Celtes d�Irlande), ils sont venus en vagues successives, auxquelles correspondent au moins quatre civilisations diff�rentes.</p><p>De 700 � 400 av. J.-C., des immigrants originaires de la Hollande et surtout de la Champagne se sont install�s dans le Sud-Est, o� ils ont d�velopp� une culture proche de la p�riode de Hallstatt. � partir de 400 av. J.-C., le Sud-Ouest, par le commerce de l��tain, est entr� en relation avec la Galice et l�Armorique ; sous l�influence de ces contr�es appara�t une culture caract�ristique du La T�ne moyen (villages lacustres, forts, nombreux objets en fer, poteries). � la m�me �poque, dans le Nord-Est, s�installe une aristocratie guerri�re issue des � Parisii � de Gaule. Vers 75 av. J.-</p><p>C., des Belges, Celtes m�l�s de Germains, disposant de lourdes charrues, capables de d�fricher, utilisant la monnaie, viennent s��tablir sur les bords de la Tamise.</p><p>y Les Romains</p><p>Les liens �troits entre la Bretagne et la Gaule ont entra�n� d�j� l�intervention de C�sar (55-54 av. J.-C.). En 43, Claude entreprend la conqu�te : elle ne sera effective qu�avec Agricola (78-83), envoy� par Vespasien en raison de la r�sistance des Celtes. La romanisation reste tr�s superficielle, surtout en dehors du bassin de Londres. Les villes, avant tout camps militaires, les villae, les routes nombreuses, des ouvrages comme le mur d�Hadrien (v. 122-130) ne permettent vraiment ni la d�fense ni le contr�le de la Bretagne.</p><p>LES ANGLO-SAXONS (450-1066)</p><p>y Les Ve et VIe s. :</p><p>l��tablissement des Anglo-Saxons en Bretagne</p><p>En 407, les derni�res l�gions romaines quittent la Bretagne. Celle-ci est d�s lors abandonn�e � elle-m�me. � partir de 450 apparaissent les envahisseurs germaniques.</p><p>Les Saxons. Install�s depuis le Ier s. dans l�actuel Holstein, ils essaient de descendre vers le sud. Leur insucc�s en Gaule les d�-</p><p>tourne vers la Bretagne, o� ils s�installent dans la partie m�ridionale (Essex, Sussex, Wessex, v. 500).</p><p>Les Angles. Ils vivaient sans doute dans les �les proches du Jutland ; leur mouvement est difficile � distinguer de celui des Saxons, dont ils se rapprochent beaucoup par la langue et la civilisation.</p><p>Les Jutes. Voisins des Francs sur les bords du Rhin, ils viennent s��tablir en Bretagne, dans une zone difficile � d�terminer.</p><p>Les populations bretonnes sont en grande partie repouss�es, formant des zones de peuplement purement celtiques (Cornouailles, pays de Galles), ou partant sur le continent (peuplement de l�Armorique en Gaule). Les villes sont abandonn�es. Les quelques Celtes demeur�s sur place adoptent tr�s vite la langue des envahisseurs : population et soci�t� de l�Angleterre sont vite et enti�rement germanis�es.</p><p>y L�essor de la civilisation anglo-saxonne</p><p>Une lente pacification politique le rend possible. Sept royaumes anglo-saxons (Kent, Essex, Wessex, Sussex, Northumbrie, Mercie, East-Anglia) se sont constitu�s, formant l�Heptarchie. Ils se livrent d�abord de terribles luttes : l�h�g�monie passe du Kent (v. 600) � la Northumbrie, puis � la Mercie, dont le roi Offa entreprend de grandes r�formes. Mais l�apparition en 793</p><p>des Danois affaiblit les royaumes du Nord, bient�t conquis : c�est alors le Wessex qui domine. Son plus c�l�bre roi, Alfred le Grand, vainqueur des Danois � Edington (878), lui assure la prosp�rit�. Ses successeurs, en particulier Edgar (959-975) et son ministre saint Dunstan, r�ussissent � maintenir cette situation jusque vers 980.</p><p>Si la politique a peu mis en rapport les royaumes anglo-saxons avec la chr�tient�</p><p>occidentale, l�introduction du catholicisme en Angleterre a permis de nouer des liens culturels et religieux nombreux. En 597, le pape Gr�goire le Grand envoie en Angleterre une mission dirig�e par Augustin, qui d�barque dans le Kent et s�installe � Canterbury, dont il est le premier �v�que, et bient�t l�archev�que (601). Son succ�s est rapide, et deux r�actions pa�ennes au cours du VIIe s. n�emp�chent pas l��glise d�Angleterre de cro�tre. Th�odore de Tarse (668-690) parfait son organisation, centr�e sur les deux archev�ch�s de Canterbury et d�York. Les monast�res se multiplient eux aussi. Gr�ce � eux, appara�t une culture tr�s riche.</p><p>y Xe et XIe s. :</p><p>Anglo-Saxons et Scandinaves</p><p>Au cours du IXe s., les Danois avaient r�ussi � prendre pied en Angleterre : ils s��taient install�s dans le Danelaw, au nord d�une ligne allant de l�embouchure de la Tamise � celle de la Dee. Les rois du Wessex les contiennent : mais, sous le r�gne de Harald Bl�tand (v. 940 - v. 986), le Danemark est devenu une puissance redoutable. D�s lors, des entreprises de grande envergure se d�veloppent : le roi Sven (Svend) Tveskaegg et surtout son fils Knud (Knut) conqui�rent le pays de 1013 � 1017. Mais l��normit� de son empire (Groenland, Norv�ge, Danemark) emp�che Knud de s�occuper suffisamment de l�Angleterre. En dehors du Danelaw, l�implantation Scandinave n�est que superficielle. � la mort de Knud (1035), des guerres �clatent entre ses h�ritiers. Un prince anglo-saxon qui s��tait r�fugi� en Normandie, Edouard le Confesseur, monte sur le tr�ne d�Angleterre (1042). Entour� de conseillers normands, il m�contente aussi bien l�aristocratie anglo-saxonne, qui se r�volte sous la conduite de Godwin, que les Scandinaves, qui font sans cesse appel � l�ext�rieur. Le principe de la l�gitimit� monarchique est mis en cause lorsque Harold, le fils de Godwin, se fait admettre comme l�h�ritier d�un tr�ne auquel il n�a nul droit. Il devient roi en 1066 : downloadModeText.vue.download 98 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>635</p><p>mais Normands et Scandinaves sont pr�ts � s�opposer � lui.</p><p>LA SOCI�T� ANGLO-SAXONNE</p><p>Elle est caract�ris�e par l�existence d�une couche de paysans libres, les ceorls, et d�une classe noble, celle des thegns. Elle conserve tout au long de cette p�riode certains traits effac�s ailleurs sur le continent : importance de la justice publique, rendue devant les assembl�es d�hommes libres. Mais, en raison des guerres, le roi est amen� � s�entourer de fid�les, qu�il s�attache en leur c�dant ses droits sur des terres et des paysans : la condition de ceux-ci se d�t�riore, le thegn les contr�lant plus �troitement depuis son � manoir �. Les n�cessit�s de la d�fense dans cette soci�t� avant tout rurale l�ont rapproch�e de la soci�t� f�odale qui s�est d�velopp�e sur le continent.</p><p>LA CULTURE ANGLO-SAXONNE</p><p>Les monast�res anglo-saxons ont �t� fond�s par des adeptes de la r�gle de saint Beno�t, comme saint Wilfrid et saint Beno�t Biscop (� Jarrow), ou par des moines irlandais (� Lindisfarne). Dans les deux cas, les religieux anglais vont allier � la contemplation l��tude et l�activit� �vang�lique : d�o� la grande f�condit� de ces monast�res. Des moines en partent tr�s vite pour aller convertir les pa�ens de Germanie : saint Willibrord, ap�tre des Pays-Bas, et saint Boniface, qui �vang�lise les populations rh�nanes, sont les plus c�l�bres.</p><p>Le rayonnement culturel anglais est tout aussi grand : ce sont des moines irlandais qui ont d�abord transmis leur savoir aux Anglais. Mais l�organisation syst�matique d��coles dans les cath�drales et les monast�res suppose un �norme travail de red�couverte des fondements de la culture antique, surtout de la grammaire et de la litt�rature latines. Charlemagne, d�sireux d�am�liorer le niveau de l��glise franque, fera appel � un ma�tre d�York, Alcuin. Deux personnages symbolisent bien l��clat et les limites de cette culture, B�de le V�n�rable et Alfred.</p><p>B�de (673-735). Il passe toute sa vie comme moine � Jarrow. Disposant l� d�une biblioth�que, il �crit de nombreux ouvrages qui montrent les centres d�int�-</p><p>r�t d�un intellectuel du VIIe s. : un trait� de chronologie (pour d�terminer la date de P�ques, il faut des connaissances math�-</p><p>matiques et astronomiques) et une Historia ecclesiastica de l�Angleterre, o� la croyance</p><p>aux miracles ne l�emp�che pas de faire montre de sens critique.</p><p>Alfred le Grand (v. 849-899). Ce la�que, en m�me temps qu�un grand roi, est un lettr� qui, avec l�aide de quelques moines, traduit de latin en anglais Bo�ce, saint Gr�-</p><p>goire et B�de.</p><p>LES NORMANDS (XIE - XIIE S.)</p><p>y La conqu�te</p><p>Outre le roi de Norv�ge Harald H�rdr�de, Harold a pour rival le duc de Normandie, Guillaume le Conqu�rant : des liens familiaux attachaient ce dernier � Edouard le Confesseur, et il consid�rait Harold comme son oblig� depuis qu�une temp�te avait jet� ce dernier sur la c�te fran�aise.</p><p>Le 25 septembre 1066, Harold �crase les Norv�giens � Stamfordbridge.</p><p>Le 14 octobre 1066, Harold est battu et tu� par le duc de Normandie � la bataille de Hastings, et, le 25 d�cembre, Guillaume est couronn� roi d�Angleterre � l�abbaye de Westminster. De 1067 � 1071, il parach�ve sa domination en r�primant les r�voltes du Kent et de la Northumbrie, et en repoussant plusieurs exp�ditions scandinaves. Il peut alors s�attacher � l�organisation de sa conqu�te. Le Domesday Book en est l�exemple le plus remarquable.</p><p>y Les successeurs de Guillaume</p><p>Ses int�r�ts normands ayant entra�n� Guillaume dans une guerre contre le roi de France Philippe Ier, il est tu� devant Mantes (1087). Ses trois fils, Robert Courteheuse, Guillaume le Roux (roi de 1087 � 1100) et Henri Ier Beauclerc (roi de 1100 � 1135), se livrent de terribles luttes. Mais Henri sait reprendre la politique de son p�re : il renforce sa l�gitimit� en �pousant la princesse saxonne �dith ; il s�appuie sur un clerg� bien organis� par Lanfranc, archev�que de Canterbury (� 1089), et son successeur saint Anselme (� 1109) ; il renforce l�efficacit� de l�administration mise sur pied par Guillaume. Sur le continent, il conserve la Normandie et d�joue victorieusement les entreprises du roi de France Louis VI. � sa mort, cependant, il ne laisse qu�une fille, Mathilde, mari�e au comte d�Anjou Geoffroy Plantagen�t. Jusqu�� 1154, la guerre civile fait rage entre elle et �tienne de</p><p>Blois, neveu d�Henri. � cette date, le fils de Mathilde peut monter sur le tr�ne.</p><p>LE DOMESDAY BOOK</p><p>C�est le � livre du Jugement dernier �. Cette enqu�te, men�e dans toutes les paroisses du pays, pour conna�tre les tenants des manoirs, les terres et les paysans dont ils disposent, est la plus grande entreprise administrative du Moyen �ge. On peut mesurer par cet exemple sa pr�cision :</p><p>� L�abbaye de Grestein tient du roi Penton.</p><p>Avant, c��tait un manoir de la reine �dith.</p><p>Il y a pour 6 charru�es de terre, � peu pr�s 180 ha, 2 sont exploit�es directement par le seigneur, 5 vilains et 27 bordiers (paysans libres) ont 3 charru�es. Il y a une �glise et 5 esclaves. Du temps du roi �douard, cela valait 10 livres et aujourd�hui 8 livres. �</p><p>Ainsi appara�t une Angleterre o� l�aristocratie anglo-saxonne a disparu devant des ma�tres normands, o� les paysans libres sont plus nombreux que les autres ; on s�aper�oit aussi que des zones immenses sont occup�es par la for�t, que le roi s�est en grande partie r�serv�e et qu�il gouverne par une loi sp�ciale.</p><p>LES PLANTAGEN�TS</p><p>y Henri II (roi de 1154 � 1189)</p><p>Il h�rite � la fois de l�Angleterre, de la Normandie et des domaines angevins : son mariage avec Ali�nor d�Aquitaine lui apporte tout le sud-ouest de la France, et il impose sa suzerainet� � la Bretagne et � l�Irlande. Il est donc � la t�te d�un vaste empire. Il y a deux n�cessit�s pour lui : se d�fendre contre le roi de France et gouverner les barons anglais, dont il a besoin et auxquels la guerre civile a donn� des habitudes d�ind�pendance.</p><p>y La d�fense contre le roi de France.</p><p>Henri II l�assure en renon�ant � l�arm�e f�odale, qu�il remplace par une arm�e moins nombreuse mais plus disciplin�e et sold�e.</p><p>L�efficacit� de cette m�thode est d�montr�e par les succ�s militaires d�Henri II, mais son co�t rend plus difficile encore le probl�me du gouvernement.</p><p>y Le gouvernement de l�Angleterre. Henri II veut des Anglais � la fois ob�issance et argent. Pour cela, il r�organise l�administration anglo-normande, donnant leur visage d�finitif � plusieurs institutions : celle des</p><p>sh�rifs, repr�sentant le roi dans les comt�s ; celle de l��chiquier, o� les m�mes sh�rifs viennent faire contr�ler les sommes qu�ils ont lev�es pour le roi ; celle des juges itin�rants, qui surveillent les fonctionnaires royaux et assurent l�ordre public.</p><p>Malgr� l�efficacit� de son gouvernement, Henri II se heurte � une dure opposition, illustr�e notamment par Thomas Becket.</p><p>y Henri II et Thomas Becket</p><p>y Favori d�Henri, devenu archev�que de Canterbury, Thomas Becket refuse de satisfaire les demandes d�argent dont le roi accable l��glise. Celle-ci est solidaire de l�aristocratie face au roi : Becket repr�sente donc un danger pour l�autorit� royale.</p><p>Lorsque deux chevaliers de la Cour l�assassinent en pleine cath�drale de Canterbury, tout le monde en rend Henri II responsable.</p><p>Si celui-ci doit publiquement s�humilier, la mort de Becket n�en affaiblit pas moins l�opposition � son pouvoir.</p><p>y Les successeurs d�Henri II</p><p>Richard Coeur de Lion (roi de 1189 � 1199), �loign� par la croisade (1190-1194), Jean sans Terre (roi de 1199 � 1216), sans autorit� et malheureux � la guerre (reconqu�te de la Normandie, du Poitou, de la Touraine et de l�Anjou par Philippe Auguste [1204-1205] ; invasion de l�Angleterre par Louis de France [1216]), et enfin Henri III (roi de 1216 � 1272), qui monte sur le tr�ne � neuf ans, sont incapables de r�sister � la pouss�e de l�aristocratie. Certes, les barons tiennent leurs terres du roi, et ils lui doivent fid�lit�, mais ils repr�sentent un groupe homog�ne avec lequel il faut compter, surtout si on lui demande quelque chose.</p><p>Et la guerre continuelle contre les Cap�-</p><p>tiens oblige � toujours leur demander de l�argent. Pour eux, deux cons�quences en d�coulent :</p><p>� dans la vie politique, l�aristocratie fait reconna�tre ses droits. La Grande Charte (1215) n�est pas appliqu�e ; la r�volte des barons conduite par Simon de Montfort finit par �chouer (1265). Il n�emp�che que, peu � peu, les principales d�cisions sont prises pour le roi par un conseil dit � en parlement �, o� sont convoqu�s tous les lords tenant des terres directement du roi, les pr�lats et, plus tard, les repr�sentants des bourgs et de la petite noblesse des comt�s (les commons). Ce � Parlement �, qui commence � fonctionner sous �douard Ier</p><p>(1272-1307), repr�sente pour l�aristocratie une tr�s importante garantie ;</p><p>� dans le domaine �conomique, l�emprise de l�aristocratie sur les paysans s�accro�t.</p><p>La paysannerie anglaise glisse de la libert� vers le � vilainage � : le vilain, autrefois paysan libre, est maintenant assimil� � un serf.</p><p>Les � manoirs �, autant que des centres d�exploitation agricole, sont des centres judiciaires contr�lant la condition juridique des paysans et leur exploitation financi�re.</p><p>Seuls les paysans qui ont particip� au vaste mouvement de d�frichement ont le plus souvent conserv� leur libert�.</p><p>y �douard Ier (roi de 1272 � 1307) L�Angleterre para�t avoir retrouv� un certain �quilibre. Le roi peut mener � bien la conqu�te du pays de Galles (1277-1284) et il contr�le un moment l��cosse (1296-1306). Mais l�, il exc�de ses possibilit�s.</p><p>Son successeur, �douard II (1307-1327), est �cras� par les �cossais � Bannockburn (1314), et doit de nouveau faire face � une r�volte des barons. Il finit assassin� en 1327 par sa femme Isabelle de Valois et son favori Roger Mortimer of Wigmore.</p><p>CRISES ET MUTATIONS DES XIVE ET</p><p>XVE SI�CLES</p><p>y Les conditions nouvelles</p><p>Diverses crises secouent alors l�Europe.</p><p>L�Angleterre les conna�t aussi.</p><p>y La guerre. C�est la guerre de Cent Ans.</p><p>Les origines dynastiques du conflit (le roi d�Angleterre pr�tendant �tre l�h�ritier l�gitime des Cap�tiens directs contre les Valois) ne l�emp�chent pas d�avoir une signification �conomique : protection de la Guyenne, source des vins et d�bouch� pour les c�r�ales anglaises, origine de revenus (soldes, ran�ons, pillages) pour une aristocratie qui voit ses profits fonciers stagner.</p><p>y Les famines et les �pid�mies. L��quilibre entre la population toujours croissante et la production agricole, bloqu�e par suite du d�frichement des derni�res terres rentables, est devenu pr�caire au d�but du XIVe s. De mauvaises r�coltes entra�nent de terribles famines (1315-1316) : la population anglaise, affaiblie, est une proie</p><p>facile pour la peste, qui frappe � plusieurs reprises � partir de 1348. Dans l�ensemble, la population a diminu� d�un tiers, d�o� une p�nurie de main-d�oeuvre qui freine la production. Le marasme �conomique s�installe.</p><p>y Les crises mon�taires. L�Europe a alors peu de sources de m�taux pr�cieux. La p�nurie d�or et d�argent se fait durement sentir, les prix baissent, tandis que le roi d�Angleterre, comme les autres souverains, trafique sur la monnaie qu�il frappe. Plus personne n�a confiance en celle-ci. Les difficult�s financi�res s�en trouvent accrues et, par l�, le roi d�pend plus encore de ses sujets.</p><p>�douard III (roi de 1327 � 1377) masque les difficult�s de la p�riode par ses victoires sur le continent (Cr�cy, 1346 ; Poitiers, 1356), qui apportent de grands profits � l�Angleterre : ainsi Calais, d�o� les Anglais peuvent exporter la laine vers les Flandres, downloadModeText.vue.download 99 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>636</p><p>et le Poitou. La r�action fran�aise sous Charles V fait perdre leurs avantages aux Anglais. Richard II (roi de 1377 � 1399) se trouve aux prises avec toutes sortes de difficult�s : r�volte des paysans (1381), h�r�sie de Wycliffe (� 1384). Il �choue dans son effort pour restaurer l�autorit� monarchique, malgr� le succ�s que repr�-</p><p>sente la conqu�te de l�Irlande : l�aristocratie le remplace par Henri IV (roi de 1399 � 1413), le premier des Lancastres. Sous son r�gne et celui de son fils Henri V (roi de 1413 � 1422), qui, apr�s Azincourt (1415), conquiert plus de la moiti� de la France et installe son h�ritier � Paris, avec l�accord du duc de Bourgogne et de la reine Isabeau de Bavi�re (trait� de Troyes, 1420), le pouvoir royal progresse. Au fond, rien n�est chang� et la faiblesse d�Henri VI (roi de 1422 � 1461), d�abord mineur, puis fou, permet aux factions aristocratiques de se livrer une lutte acharn�e : c�est la guerre � des Deux Roses �, opposant aux Lancastres les princes de la maison d�York. En 1461, �douard IV devient roi, r�tablit l�ordre, les finances, et termine la guerre de Cent Ans par l�accord de Picquigny (1475) avec Louis XI. Mais le massacre de ses enfants par son fr�re Richard III (roi de 1483 � 1485)</p><p>ruine cette oeuvre, et, lorsque Henri Tudor bat et tue Richard � la bataille de Bosworth, se cl�t une �re de troubles qui laisse la grande noblesse exsangue.</p><p>LES TUDORS</p><p>y Henri VII (roi de 1485 � 1509) Henri Tudor, devenu Henri VII, fonde la dynastie des Tudors. Entour� d�hommes de loi, il assure le retour � l�ordre en supprimant tous les rivaux de sa famille. Il prend soin de gouverner avec l�accord du Parlement, inaugurant ainsi une politique de coop�ration entre la monarchie, la noblesse et surtout la gentry. De m�me, sa diplomatie profite de la rivalit� entre la France et les Habsbourg.</p><p>y Henri VIII (roi de 1509 � 1547) Il continue la m�me politique, mais avec plus d��clat. Des finances abondantes, une justice bien contr�l�e permettent au gouvernement d�Henri et de son ministre, le cardinal Wolsey, de jouir d�une autorit� incontest�e � l�int�rieur, tandis qu�� l�ext�-</p><p>rieur le trait� de paix universelle de 1518</p><p>et le Camp du Drap d�or (rencontre avec Fran�ois Ier, 1520) r�v�lent leur prestige.</p><p>Mais, � partir de 1529, Henri VIII se s�pare de Wolsey (mort en 1530) : c�est que l�essor du pouvoir royal se d�veloppe maintenant sur le terrain religieux.</p><p>y Les successeurs d�Henri VIII</p><p>�douard VI (roi de 1547 � 1553), fils d�Henri VIII et de Jane Seymour, devient roi � dix ans. Sous son r�gne, l��glise anglaise �volue vers le protestantisme sous la conduite de Thomas Cranmer, qui compose les deux premiers Books of Common Prayer (1549 et 1552) et publie les � quarante-deux articles � de l��glise d�Angleterre (1553). �douard mourant de tuberculose, son ministre Northumberland essaye d�imposer lady Jane Grey, arri�re-petite-fille d�Henri VII, comme reine. Mais � la mort du roi, le Conseil se rallie tr�s vite � la catholique Marie Tudor. Marie Ire Tudor (reine de 1553 � 1558), fille de Catherine d�Aragon, ram�ne, avec le concours du cardinal Pole, l��glise anglaise au catholicisme. Elle projette d��pouser le roi d�Espagne Philippe II. Ce brusque changement entra�ne des r�voltes, comme celle qui est conduite par sir Thomas Wyat en 1554. D�s</p><p>lors, le r�gime se montre f�roce pour les opposants : lady Jane Grey et Thomas Cranmer sont parmi les victimes de � Marie la Sanglante �. Sa politique pro-espagnole l�am�ne � lutter contre la France : la seule cons�quence en est la perte de Calais (1558), ce qui est grave pour le commerce anglais.</p><p>y �lisabeth Ire (reine de 1558 � 1603)</p><p>Fille d�Henri VIII et d�Anne Boleyn, elle va r�tablir la situation. � l�int�rieur, sa politique traduit exactement les aspirations de la gentry et de la bourgeoisie. Bien conseill�e par des hommes de valeur comme le chancelier William Cecil, elle gouverne en accord avec le Parlement. En mati�re religieuse, elle restaure l��glise nationale, mais son � anglicanisme �, tel qu�il appara�t dans le troisi�me Common Prayer Book (1562) et les � trente-neuf articles � de 1563, est un compromis mod�r� entre des principes protestants et des formes catholiques.</p><p>Elle lutte aussi bien contre les calvinistes que contre les catholiques. � l�ext�rieur, sa politique traduit les nouvelles aspirations maritimes de son pays. Si elle essaye de r�cup�rer Calais, elle se tourne surtout contre la puissance maritime espagnole, qui s�effondre lorsque l�Invincible Armada est d�truite en 1588. Au moment o� appara�t cette Angleterre capitaliste et maritime monte sur le tr�ne (1603) Jacques VI Stuart, roi d��cosse, qui devient Jacques Ier d�Angleterre. M�me si les deux couronnes ne seront fondues qu�en 1707 en un royaume uni, c�est d�s 1603 que l�histoire de l�Angleterre laisse la place � celle de la Grande-Bretagne.</p><p>LES TRANSFORMATIONS DE LA SOCI�T�</p><p>ANGLAISE</p><p>La r�volte des paysans (1381), par son ampleur, est le signe des tensions qui existent dans la soci�t� : les paysans, r�clamant leur libert�, prennent Londres et massacrent les conseillers du roi. En fait, les modifications sont sensibles partout.</p><p>Dans les couches sup�rieures, la notion de noblesse se double de celle de gentry : cela d�signe des gens d�origine parfois modeste qui, par la guerre ou l�exercice d�une profession n�cessaire (juristes qui, autant que des hommes de loi, sont des managers des manoirs), ont pu amasser un capital, acheter des terres et finissent</p><p>par s�amalgamer � l�ancienne aristocratie, d�cim�e par les guerres continuelles.</p><p>Dans les couches inf�rieures, le manque de main-d�oeuvre, qui r�sulte de la baisse de la population, permet aux paysans de b�n�ficier de conditions plus favorables, malgr� la r�sistance farouche des grands propri�taires (d�o� la r�volte de 1381). En tout cas, � la fin du XVe s., presque tous les paysans sont libres. Peu sont propri�taires, mais on a d� leur consentir des baux de fermage � long terme, qui leur ont permis de s�enrichir. Les propri�taires ont cependant tourn� la difficult� en rempla�ant la culture, consommatrice de main-d�oeuvre, par l��levage du mouton, puisque Calais permet � l�Angleterre d�exporter sa laine dans les meilleures conditions. Pour installer leurs troupeaux, ils enclosent leurs terres (mouvement des enclosures), en interdisant ainsi l�usage aux petits paysans.</p><p>S�il n�y a plus de serfs, il y a maintenant des pauvres qui quittent la campagne pour les villes. En outre, les profits que d�gage cette agriculture commerciale permettent l�accumulation d�un capital : c�est en Angleterre que va na�tre le capitalisme.</p><p>LA NAISSANCE DU CAPITALISME</p><p>Les mouvements des enclosures et l��levage du mouton ont assur� � la gentry et � la bourgeoisie des villes des profits qu�elles vont investir � l�ext�rieur. Le capital qui a �t� amass� finance les d�buts de l�expansion anglaise. Sous �lisabeth Ire na�t la marine anglaise (� la t�te de laquelle s�illustre sir Francis Drake), profitant de l��limination du concurrent espagnol. Sir Walter Raleigh fonde la Virginie sur les c�tes d�Am�rique du Nord (1584-85) et explore la Guyane (1596). En 1566-1568, sir Thomas Gresham fonde le Royal Exchange de Londres.</p><p>J. P. G.</p><p>&#x25B6; Grande-Bretagne.</p><p>B J. B. Block, The Reign of Elizabeth, 1558-1603 (Oxford, 1936 ; 2e �d., 1959). / F. M. Sten-ton, Anglo-Saxon England, c. 550-1087 (Oxford, 1943 ; 2e �d., 1947). / E. Perroy, la Guerre de Cent Ans (Gallimard, 1946). / A. L. Poole, From Domesday Book to Magna Carta, 1087-1216</p><p>(Oxford, 1951 ; 2e �d., 1955). J. D. Mackie, The Earlier Tudors, 1485-1558 (Oxford, 1952). /</p><p>M. Powicke, The Thirteenth Century, 1216-1307 (Oxford, 1953). / J. Boussard, le Gouver-</p><p>nement d�Henri II Plantagen�t (d�Argences, 1957). / M. McKisack, The Fourteenth Century, 1307-1399 (Londres, 1959). / E. F. Jacob, The Fifteenth Century, 1399-1485 (Londres, 1961).</p><p>anglicanisme</p><p>Principes, doctrines et institutions propres � l��glise anglicane, qui est l��glise officielle d�Angleterre.</p><p>L��glise anglicane est n�e des d�-</p><p>m�l�s d�un souverain autocrate avec le Saint-Si�ge ; elle ressortit donc plus, � son origine, � un conflit d�autorit� � l�int�rieur du catholicisme qu�� un mouvement spirituel ou th�ologique.</p><p>Les tentatives de r�forme de l��glise s��taient pourtant manifest�es en Angleterre comme ailleurs : d�s le XIVe s., John Wycliffe, philosophe et th�ologien d�Oxford (v. 1320 - 1384), avait mis en cause, au nom de l��criture, l�autorit� du pape et des conciles ; il avait traduit la Vulgate en langue vulgaire et, appuy� au d�part par de larges cercles de la noblesse, il avait exerc� une profonde influence dans la population. C�est seulement apr�s sa mort qu�une pers�cution extr�mement rigoureuse s��tait d�clench�e contre ses disciples, les � lollards, �vang�-</p><p>listes pauvres et ardents �. Traqu�s par une inquisition impitoyable, ceux-ci men�rent une existence clandestine jusqu�au d�but du XVIe s.</p><p>Henri VIII et</p><p>�douard VI</p><p>Henri III, qui r�gna sur l�Angleterre de 1509 � 1547, avait re�u � Oxford une formation th�ologique et devait, originellement, devenir clerc ; encore en 1521, il avait �crit contre Luther l�� assertio septem sacramentorum �, qui lui valut de se faire d�cerner par L�on X</p><p>le titre de � defensor fidei �. Mais les complications de sa vie conjugale le mirent en conflit avec Rome. Comme son chancelier, le cardinal Thomas Wolsey, qui �tait �galement l�gat pontifical, ne se montrait pas assez docile, Henri le d�posa en 1529 et obligea le clerg� � reconna�tre d�sormais le roi comme chef de l��glise d�Angleterre (1531). En 1534, le Parlement ap-</p><p>prouva l�ordonnance � pr�par�e par Thomas Cromwell � qui, sous le nom d�Acte de supr�matie, stipulait que le roi devait �tre � accept�, regard�, reconnu comme unique et supr�me chef sur terre de l��glise d�Angleterre �.</p><p>L�opposition � ces mesures � qui pr�-</p><p>voyaient notamment la suppression des couvents et l�attribution de leurs biens � la Couronne, laquelle en redistribuait une bonne partie � la noblesse � fut cruellement r�prim�e et, au cours des pers�cutions qui suivirent, il apparut bien qu�Henri n��tait en rien � pass� � la R�forme � : il faisait pendre comme tra�tres les catholiques fid�les et br�ler comme h�r�tiques ceux de ses sujets qui avaient cru l�heure venue de faire acte de protestantisme...</p><p>� l�origine donc, l��glise anglicane est une dissidence catholique : sans doute, profitant de la rupture des liens avec Rome, diverses influences �vang�liques se firent sentir, et les n�cessaires relations politiques avec les �tats protestants eurent des r�percussions sur l��volution spirituelle de l�Angleterre. Toutefois, apr�s que le roi lui-m�me eut manifest� quelques vell�it�s protestantes, il publia en 1539 un acte en � Six Articles �, connu comme l�� �dit sanglant �. Cet acte maintenait les positions catholiques les plus traditionnelles en ce qui concernait la downloadModeText.vue.download 100 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>637</p><p>transsubstantiation, la r�servation aux pr�tres de la coupe eucharistique, le c�-</p><p>libat et la chastet� du clerg�, les messes priv�es, la confession auriculaire, etc.</p><p>Et la fin de la vie du roi �chappa compl�tement � l�influence de la R�forme.</p><p>Apr�s la mort de ce dernier et sous le r�gne du faible �douard VI (1547-1553), les nobles influents, soutenus par les courants wycliffiens et approuv�s par le Parlement et la majorit� du clerg�, anim� par l�autorit� des th�ologiens ouverts aux id�es de Luther (notamment Thomas Cranmer [1489-1556], l�archev�que de Canterbury), favoris�rent une r�forme limit�e du culte et du dogme. Une nouvelle litur-</p><p>gie vit le jour : en 1549 fut publi� le Book of Common Prayer qui, � travers des r�visions successives, mais superficielles (1552, 1662, 1871-72, etc.), est rest� jusqu�aujourd�hui la charte cultuelle de l��glise anglicane. Contenant des indications et des formulaires pour la c�l�bration du culte dominical et quotidien, pour les pri�res dans les diverses circonstances de la vie, pour la c�l�bration de l�eucharistie et des c�r�monies diverses, et, en outre, un cat�chisme et une confession de foi, le Book of Common Prayer a exerc� une influence consid�rable parmi les fid�les de l��glise d�Angleterre. Il repose sur d�anciennes liturgies anglaises, mais aussi sur des textes plus sp�cifiquement li�s � la R�forme, tels la � simplex et pia deliberatio � de Martin Bucer et Melanchthon et le � br�viaire r�form� � de 1535. Cranmer, charg� de corriger le premier projet, entretint � ce sujet une correspondance fournie avec Melanchthon, Calvin, Bucer et Pierre Martyr Vermigli. Th�ologiquement, le Book of Common Prayer se distingue radicalement de la doctrine catholique : la transsubstantiation, la r�servation des esp�ces, l�adoration du saint sacrement, la pri�re pour les morts, l�onction des nouveau-n�s et des malades en sont absents.</p><p>L�intense fr�quentation de l��criture, qu�il pr�voit et organise, le fit appara�tre, � l��poque, comme r�solument protestant : le psautier doit �tre int�gralement chant� chaque mois ; l�Ancien Testament doit �tre lu une fois et le Nouveau trois fois chaque ann�e.</p><p>On comprend que ce livre fut utilis� tr�s t�t non seulement dans les �glises �piscopales d��cosse, d�Irlande, des �tats-Unis et de l�Empire britannique, mais aussi, avec quelques modifications minimes, dans les communaut�s</p><p>� m�thodistes �.</p><p>En 1553 paraissait la nouvelle</p><p>confession de foi, correspondant � la nouvelle liturgie : les � quarante-deux articles �, o� l�on trouvait, � c�t� d�affirmations d�sormais classiques sur la justification et sa place centrale dans la pr�dication et la vie de l��glise, une conception purement calvinienne de l�eucharistie. D�ailleurs, � partir</p><p>de 1547, l�influence luth�rienne en Angleterre avait �t� remplac�e par celle du calvinisme, dont de nombreux et �minents repr�sentants (P. M. Vermigli, Bernardino Ochino, M. Bucer, Jan &#x141;aski) vinrent r�sider dans le pays, cependant que Calvin, infatigable �pistolier, dirigeait � distance Cranmer, Edward Seymour, duc de Somerset, et �douard VI lui-m�me.</p><p>�lisabeth Ire</p><p>Sous le r�gne de la � catholique � ou</p><p>� sanglante � Marie Tudor (1553-</p><p>1558), fille de Catherine d�Aragon, une courte et terrible contre-r�formation se d�cha�na (r�tablissement de la juridiction romaine en 1554, nombreuses ex�cutions, b�cher pour Cranmer, fuite vers le continent de nombreux</p><p>� �vang�liques �).</p><p>Ce bref et tragique interm�de eut pour cons�quence de d�tacher d�finitivement le peuple de Rome et du catholicisme politique, d�j� repr�sent� par l�influence espagnole. �lisabeth Ire (1558-1603) n�eut aucune peine � reprendre l��volution dans le sens du protestantisme, mais surtout d�une �glise anglicane d��tat. En 1559, le Parlement r�affirma la � supr�matie royale � et le serment qui la reconnaissait. D�sormais, le souverain �tait d�si-gn� et servi comme � chef supr�me de l��tat dans les choses eccl�siastiques et politiques � : l�annonce de la Parole et l�administration des sacrements lui �chappaient donc. Dans le m�me temps, l�Acte d�uniformit� r�tablissait les formes du culte, et, en 1563, les</p><p>� trente-neuf articles � d�finissaient la doctrine, l�g�rement att�nu�e dans un downloadModeText.vue.download 101 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>638</p><p>sens plus luth�rien que le strict calvinisme des � quarante-deux articles �.</p><p>Les traits principaux</p><p>de l�anglicanisme</p><p>L��glise d�Angleterre prenait petit � petit son visage d�finitif : les images, le crucifix, les chants et les v�tements</p><p>liturgiques ont �t� conserv�s du catholicisme ; la doctrine, qui est � l�arri�replan de ces formes ext�rieures, est profond�ment enracin�e dans la pens�e de la R�forme luth�ro-calviniste. Un point capital pour le dialogue oecum�nique contemporain, la � succession apostolique �, a �t� maintenu. Tout cet �difice �tait et reste garanti par l�existence d�une monarchie qu�il appuie et � qui il est strictement soumis : le service de Dieu et l�ob�issance au souverain sont d�sormais une seule et m�me chose, et l�alliance entre le tr�ne et l�autel est une des alliances les plus strictement codifi�es que l�on puisse imaginer.</p><p>Toutefois, le temp�rament anglais, l��quilibre des lois et des coutumes font que ce syst�me, loin de conduire � l�instauration d�un r�gime cl�rical autoritaire, a permis une souplesse et une libert� remarquables dans l�interpr�tation et l��volution de la doctrine, la manifestation de diff�rentes tendances (� Haute � et � Basse � �glise), la naissance d��glises � dissidentes �</p><p>sur le territoire du Royaume-Uni et une tr�s large ouverture aux grands probl�mes de l�affrontement de l��glise au monde moderne : mission industrielle, limitation des naissances, ordination de la femme, recherches th�ologiques modernes.</p><p>Et si, au cours des XVIIIe et XIXe s., l�influence statistique et fondamentale de l��glise d�Angleterre sembla constamment d�cro�tre au profit des communaut�s dissidentes, il n�en est pas de m�me au XXe s., o� un profond renouveau, � la fois doctrinal, spirituel et �thique, la travaille ; il est certain, notamment, que les origines socio-politiques de son existence donnent � l�anglicanisme une sorte de � vocation naturelle � � l�abord de ces dimensions du t�moignage chr�tien, et cela est d�une importance particuli�re � l��poque de la � sociologisation � que traversent toutes les Eglises, depuis que s�est manifest�e au niveau oecum�nique une conscience croissante de l�immensit� des probl�mes du monde et des responsabilit�s des chr�tiens � leur �gard.</p><p>Anglicanisme et</p><p>oecum�nisme</p><p>L��glise anglicane est membre du</p><p>Conseil oecum�nique des �glises ; elle a donn� � ce dernier plusieurs de ses pionniers (William Temple, George Bell), deux de ses pr�sidents (les archev�ques de Canterbury, Geoffrey Fisher et Arthur Michael Ramsey), ainsi que de tr�s nombreux th�ologiens, clercs et la�cs dans les diff�rentes branches de son activit� (Foi et constitution, Vie et mission, Missions) ; elle a contribu� � la naissance de plusieurs unions d��glises, notamment au sud de l�Inde ; elle poursuit avec l��glise catholique romaine un dialogue privil�gi� et exigeant. Dans la mesure o� ce sont les positions traditionnelles qui d�terminent l�avenir de l�oecum�nisme, elle a certainement une position cl� entre les grandes �glises catholique et orthodoxe, d�une part, et les diff�-</p><p>rentes branches de la famille protestante, d�autre part : aux unes l�unissent la succession apostolique, les formes du culte et le sens particulier de sa responsabilit� politique ; aux autres l�enracinement dans l��criture sainte et l�essentiel du message de la R�forme.</p><p>Mais, comme toutes les Eglises, elle conna�t aujourd�hui des affrontements � l�int�rieur, qui, plus que les enracinements traditionnels, annoncent les lignes de forces et de regroupements oecum�niques � venir.</p><p>G. C.</p><p>&#x25B6; Angleterre / Eccl�siologie / �glises protestantes / Elisabeth Ire / Grande-Bretagne / Henri VIII</p><p>/ OEcum�nisme / Protestantisme / R�forme.</p><p>B G. Bell, S. C. Carpenter et E. Milner-White, l�Anglicanisme (trad. de l�anglais, P. U. F., 1939). / P. Hughes, The Reformation in England (Londres, 1950-1954 ; 3 vol.). / Ch. S. Neill, Anglicanism (Harmondsworth, 1958 ; trad. fr.</p><p>l�Anglicanisme et la communion anglicane, �d.</p><p>du Seuil, 1961). / E. G. L�onard, Histoire g�n�-</p><p>rale du protestantisme, t. I et II (P. U. F., 1941). /</p><p>M. Simon, l�Anglicanisme (A. Colin, coll. � U 2 �, 1969). / Aspects de l�anglicanisme (P. U. F., 1974).</p><p>Anglo-Normandes</p><p>(�les)</p><p>En angl. CHANNEL ISLANDS, groupe d��les britanniques de la Manche, pr�s de la c�te normande : Jersey, Guernesey, Aurigny (Alderney), Sercq (Sark) ; 128 000 hab.</p><p>La g�ographie</p><p>L��loignement et le caract�re insulaire, l�archa�sme des institutions politiques, l�atmosph�re provinciale, les noms fran�ais, les survivances du patois normand, la prohibition de l�usage de l�automobile � Sercq donnent aux �les un charme ind�finissable, tr�s go�t� des touristes. Quant aux r�sidents riches, originaires de Grande-Bretagne (Jersey abriterait une trentaine de millionnaires en livres sterling), ils appr�cient surtout l�absence de droits de succession et de taxes d�achat ainsi que la l�g�ret� de l�imp�t sur le revenu (taux maximal : 20 p. 100), qui font des �les autant de petits paradis fiscaux.</p><p>L�archipel n�a que 195 km 2 de superficie. Il se compose de quatre �les principales (Jersey, la plus grande, qui mesure 15 km sur 9, Guernesey, Aurigny et Sercq) et de plusieurs �lots. Ce sont des fragments du massif armoricain, s�par�s du continent par la remont�e postglaciaire du niveau marin. Les �lots �mergent peu ; des mouvements tectoniques tertiaires ont bascul� les �les principales : Aurigny et Guernesey vers le nord, Jersey vers le sud. Les plateaux, couverts de loess, diss�qu�s par les vall�es, atteignent au maximum 60 m d�altitude dans le sud d�Aurigny, 100 m dans le sud de Guernesey, 130 m dans le nord de Jersey, d�o� ils tombent sur la mer par des falaises assez abruptes. Les c�tes, basses dans le nord de Guernesey, dans l�ouest et le sud de Jersey, s�ornent de belles plages.</p><p>Le climat est doux et ensoleill�. Le mois le plus froid, f�vrier, a des temp�-</p><p>ratures moyennes de 5 �C au niveau de la mer. Le gel et la neige se manifestent rarement, et la pluviosit� n�est pas excessive : 750 mm de pr�cipitations par an au bord de la mer, 1 000 mm au sommet des plateaux. L�eau potable manque ; on y suppl�e � Guernesey par la distillation de l�eau de mer.</p><p>L�agriculture est l�activit� principale � Guernesey et la seconde, apr�s le tourisme, � Jersey. Les exploitations agricoles ont rarement plus de 4 ha de superficie, divis�s en petits champs</p><p>complant�s de pommiers, enclos de talus et de haies. Comme dans le bocage normand, l�habitat se disperse en petits hameaux et fermes isol�es.</p><p>L��levage laitier constitue la ressource essentielle ; les races bovines locales, Jersey et Guernesey, de petite taille, � la robe blanc et beige, valent par la haute teneur en mati�res grasses de leur lait et se sont r�pandues dans tout le monde temp�r�. Jersey, bien expos�e au sud, ajoute � l��levage la culture en pleine terre des tomates, des pommes de terre primeurs, des fleurs, coup�es et exp�di�es par avion vers le march� londonien. Guernesey, plus dens�ment peupl�e, a d� intensifier davantage ses pratiques agricoles ; les serres n�y occupent pas moins de 450 ha, surtout dans le Nord, ce qui constitue une des plus fortes concentrations d�Europe.</p><p>On y fournit des tomates en �t�, des concombres en hiver pour le march� britannique. La production ne peut suffire � la consommation locale ; le ravitaillement quotidien est import� d�Angleterre.</p><p>L�industrie, assez importante au XIXe s. (constructions navales, tricots et jerseys, extraction du granite), avait totalement disparu vers 1940 ; elle revient discr�tement (�lectronique) dans les deux villes principales : Saint-H�-</p><p>lier (27 000 hab.), � Jersey, et Saint-Pierre-Port (16 000 hab.), � Guernesey.</p><p>Le r�le du tourisme grandit d�ann�e en ann�e. Jersey, qui n�a que 74 000</p><p>habitants, re�oit 500 000 visiteurs par an, Guernesey (51 500 hab.) 200 000, Sercq (600 hab.) 50 000, la plupart pour la journ�e � partir de Guernesey, et Aurigny (1 850 hab.) quelques milliers. Les touristes viennent surtout de Grande-Bretagne, d�Irlande et, en petit nombre, de France. L�a�roport de Jersey a des relations a�riennes r�guli�res avec trente-huit villes britanniques et quelques villes fran�aises (Carteret, Caen, Saint-Malo, Paris), et il y a aussi des services maritimes en direction de Weymouth et de Granville. Mais les �les sont de petits mondes clos dont on a vite fait le tour ; elles conviennent particuli�rement aux petites vacances, aux r�sidences secondaires, aux week-ends ; les h�teliers accordent au printemps des prix sp�ciaux aux jeunes ma-</p><p>ri�s, qui viennent par centaines passer aux �les de romantiques lunes de miel...</p><p>C. M.</p><p>L�histoire</p><p>L�histoire des �les Anglo-Normandes est avant tout domin�e par leur situation g�ographique, � proximit� de la France et de l�Angleterre. Aujourd�hui encore, si Jersey, Guernesey, Aurigny, Sercq et d�autres petites �les d�pendent de la Grande-Bretagne, deux groupes d��lots, les Roches-Douvres et les �les Chausey, appartiennent � la France, tandis que ce n�est qu�en 1953 que la souverainet� de la Grande-Bretagne sur les Minquiers et les �crehou a �t� reconnue.</p><p>Les hommes pr�historiques ont</p><p>laiss� des traces dans les grandes �les ; les Romains les ont annex�es � leur Empire ; les premiers chr�tiens les ont �vang�lis�es (saint Samson � Guerne-downloadModeText.vue.download 102 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>639</p><p>sey et saint Magloire � Sercq au VIe s.).</p><p>Mais l�histoire des �les commence en fait avec leur annexion au duch� de Normandie par le duc Guillaume Longue-�p�e en 933. C�est en tant que duc de Normandie que le roi d�Angleterre a conserv� sa souverainet� sur les �les, alors que, depuis 1204, la Normandie continentale �tait redevenue fran�aise. Aussi, les �les ont-elles gard� leurs propres institutions et coutumes pendant tr�s longtemps. Malgr� la r�vision constitutionnelle intervenue apr�s la Seconde Guerre mondiale, qui a, entre autres, substitu� aux conseils traditionnels des assembl�es �lues au suffrage universel, tandis que les lieutenants gouverneurs �clipsaient les baillis comme repr�sentants de la couronne d�Angleterre, l�archa�sme des institutions reste frappant : ainsi, bien des aspects (mineurs...) de la f�odalit� y subsistent, comme en t�moigne le fait que la Dame de Sercq ait seule le droit d��lever des pigeons dans l��le.</p><p>Rien d��tonnant � ce que ces �les soient devenues aujourd�hui un � paradis</p><p>fiscal �.</p><p>Les �les ont �t� sans cesse ravag�es au cours de leur histoire. Malgr� tout, elles ont �t� un refuge pour bien des exil�s : Charles II et son historien lord Clarendon (� Jersey en 1646, en 1649</p><p>et en 1650), de nombreux pr�tres et aristocrates chass�s par la R�volution fran�aise, ainsi que Victor Hugo (� Jersey de 1852 � 1855, puis � Guernesey de 1855 � 1870).</p><p>Depuis longtemps, la population</p><p>d�origine normande a diminu� par rapport aux immigrants. Ce mouvement s�est acc�l�r� depuis 1945.</p><p>J. P. G.</p><p>B J. H. Le Patourel, Medieval Administration of the Channel Islands, 1199-1399 (Londres, 1937). / A. J. Eagleston, The Channel Islands under Tudor Government, 1485-1642 (Cambridge, 1949). / G. R. Balleine, The Bailiwick of Jersey (Londres, 1951). / C. P. Le Huray, The Bailiwick of Guernesey (Londres, 1952). / R. Vercel, les Iles Anglo-Normandes (A. Michel, 1956).</p><p>/ J. Uttley, The Story of the Channel Islands (Londres, 1966). / Les Iles Anglo-Normandes (Hachette, 1971). / C. Guillot, les Iles Anglo-Normandes (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975).</p><p>angoisse</p><p>Sentiment de malaise profond d�termin� par l�impression diffuse d�un danger imminent mal d�finissable, l�angoisse est un ph�nom�ne tr�s g�n�-</p><p>ral constitutif du psychisme.</p><p>Le concept d�angoisse est au coeur du courant philosophique moderne : bien qu�on le rencontre d�j� dans l�oeuvre de saint Augustin et surtout dans celle de Pascal. L�angoisse a re�u un statut ontologique avec la philosophie existentielle de Kierkegaard, Heidegger et Sartre notamment.</p><p>Parall�lement, le courant psychanalytique, qui exclut toute consid�ration d�ordre m�taphysique, �tudie le r�le de l�angoisse en tant qu��l�ment formateur de personnalit� normale et pathologique. Pour Freud (1926), l�angoisse est un signe pr�monitoire du danger pour le moi �manant d�une menace pulsionnelle. Les sources profondes</p><p>de l�angoisse se constituent � partir de la d�pendance absolue du nourrisson � son environnement et principalement � sa m�re, qui, apr�s avoir pr�sent� une ad�quation parfaite � ses besoins (dont le prototype est la vie intra-ut�rine), offre une carence progressive g�n�ratrice d�angoisse, et contre laquelle il se forge des m�canismes de d�fense.</p><p>Si ces exp�riences pr�coces ne sont pas trop traumatisantes, l�individu sera capable de r�soudre avec succ�s les ex-p�riences ult�rieures imaginairement analogues.</p><p>A. D.</p><p>&#x25B6; Augustin (saint) / Existentialisme / Freud (S.) /</p><p>Heidegger (M.) / Kierkegaard (S.) / Klein (M.) / Moi</p><p>/ OEdipe (complexe d�) / Pascal (B.) / Psychanalyse /</p><p>Psychose / Sartre (J.-P.).</p><p>Angola</p><p>Anc. AFRIQUE-OCCIDENTALE PORTUGAISE, �tat de l�Afrique australe, sur l�Atlantique ; 1 246 700 km 2 ; 5 673 000 hab.</p><p>(Angolais). Capit. Luanda.</p><p>Les donn�es physiques</p><p>Le relief</p><p>Une plaine c�ti�re, presque enti�rement constitu�e de s�diments cr�ta-c�s, tertiaires et quaternaires, s��tend le long des rivages de l�Atlantique sur une largeur n�exc�dant nulle part 150 km. La c�te est basse, sableuse, avec de nombreuses fl�ches de sable dirig�es vers le nord, enserrant des lagunes ouvertes souvent profondes.</p><p>Le passage aux plateaux cristallins de l�int�rieur se fait par un escarpement g�n�ralement brutal, de 800 m de moyenne de hauteur, d�compos� par endroits en plusieurs paliers. Une fois cet escarpement franchi, on acc�de aux vastes aplanissements dans des granites, des gneiss ou parfois des gr�s, qui couvrent la plus grande partie du pays, entre 1 000 et 2 000 m d�altitude.</p><p>Ici et l� se dressent des reliefs r�siduels en inselbergs dans les roches les plus dures, granites ou quartzites.</p><p>Le climat et la v�g�tation</p><p>Le climat de la r�gion c�ti�re, chaud et humide au nord (800 mm � 1 m de pluies dans l�ann�e), devient subd�sertique vers le sud (400 mm � Luanda, 233 mm � Lobito, 50 mm � Mo��-</p><p>medes) : les eaux froides du courant de Benguela ass�chent et refroidissent l�atmosph�re littorale. Dans le Nord, on note des traits encore �quatoriaux, avec des temp�ratures moyennes su-p�rieures � 24 �C sur la c�te. C�est le domaine de la for�t pluviale, g�n�ralement d�grad�e en savanes humides ou pr�sentant un paysage de parc. Les cordons littoraux, en arri�re desquels s��tendent des mangroves, portent des cocoteraies. Entre Luanda et Benguela, la moyenne annuelle des temp�ratures diminue (22 �C), en m�me temps que la pluviosit� (entre 250 et 500 mm).</p><p>La v�g�tation naturelle est une savane de plus en plus s�che � acacias et � baobabs ou un bush. Au sud de Benguela, c�est la transition vers le d�sert du Namib (temp�rature moyenne annuelle de 20 �C ; moins de 250 mm de pluies). Dans l�extr�me Sud, autour de Mo��medes, la v�g�tation se limite � des touffes �parses, et le fleuve Cunene est � sec la plus grande partie de l�an-n�e. Les hautes terres de l�int�rieur re�oivent des pr�cipitations estivales importantes (moyennes annuelles</p><p>entre 800 et 1 800 mm) et ne pr�sentent donc nulle part l�aridit� de la c�te m�ridionale, m�me si les plateaux du Sud connaissent une saison s�che bien marqu�e. Le climat tropical d�altitude est favorable � l�installation de colons europ�ens.</p><p>R. B.</p><p>L�histoire</p><p>Autochtones et immigrants</p><p>Les traditions orales indiquent pour premiers habitants de l�Angola de petits hommes, adonn�s � la chasse et � la cueillette, les Twas, sans doute de type bochiman. L�immigration bantoue commence au Ier mill�naire avec les Ambundus, qui forment des petites communaut�s d�agriculteurs sachant travailler le fer. Au XIVe s. ou au d�but du XVe, des Kongos de la rive nord du fleuve soumettent les Ambundus et organisent une structure �tatique �labor�e mais fragile, le royaume du Kongo,</p><p>dont l�influence s�exercera au XVIe s.</p><p>sur une grande partie de l�Angola.</p><p>Dans l�un des petits �tats tributaires du Kongo, le Ndongo, peupl� de Pend�s, le roi portait le titre de � n�gola � ; les Portugais en tireront le nom du pays.</p><p>L�arriv�e des Portugais :</p><p>la traite et la premi�re guerre</p><p>En 1482, Diego Cam d�couvre et remonte l�estuaire du Congo : c�est peut-</p><p>�tre la voie d�acc�s vers le royaume du Pr�tre Jean. Il y dresse une pierre de possession, padr�o (1483). Des relations confiantes s��tablissent avec le roi Nzinga Nkuwu, baptis� en 1491. Le successeur de celui-ci, Afonzo Ier (1506 - v. 1543), pousse � l�europ�anisation de son royaume. Mais, d�s 1485, des colons portugais plantent � S�o Tom� de la canne � sucre et commencent � importer des esclaves du continent. Pour mieux diriger le trafic, le roi du Ndongo s�installe pr�s de Luanda. L�essor des plantations br�-</p><p>siliennes accro�t les besoins de main-d�oeuvre. P. Dias de Novais, charg� d�une mission au Kongo en 1558, atteint l�Angola en 1560 ; il obtient en 1574, par l�entremise des J�suites, une concession d�environ 200 km de c�tes au sud du Cuanza, � charge de conqu�-</p><p>rir l�int�rieur et de mettre le pays en valeur et en �tat de d�fense. Arriv� en 1575 � Luanda avec un premier groupe de colons, il d�veloppe l�exportation des esclaves, que lui fournit le roi d�Angola. Mais, vers 1580, celui-ci met � mort les Portugais r�sidant � sa cour : c�est le d�but de la premi�re guerre, faite de conqu�tes laborieuses (1583) et de razzias d�esclaves, et qui durera jusque vers 1625. Apr�s la mort de Dias en 1589, la Couronne �</p><p>alors espagnole � reprend ses droits et applique le syst�me am�ricain des encomiendas : chaque chef est plac� sous le � protectorat � d�un Blanc, missionnaire ou soldat.</p><p>L��quilibre des forces :</p><p>XVIIe - XIXe si�cle</p><p>L��tendue de la domination portugaise reste tr�s limit�e. En 1611, un fort est �rig� � Ambaca, � 200 km dans l�int�-</p><p>rieur ; en 1617, le gouverneur Cerveira Pereira fonde Benguela, � 400 km</p><p>au sud de Luanda. La d�pendance de l�Angola � l��gard du Br�sil appara�t en 1641, lorsque les Hollandais, qui ont conquis le Pernambouc, s�emparent de Luanda pour s�assurer la fourniture des esclaves n�cessaires ; et inversement en 1647, quand la mission de recouvrer l�Angola est confi�e au g�n�ral Correia de S�, grand propri�taire br�-</p><p>silien nomm� gouverneur de l�Angola, qui reconquiert Luanda en 1648. Dans l�int�rieur, un certain �quilibre s��ta-downloadModeText.vue.download 103 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>640</p><p>blit avec les principales communaut�s noires : le Matamba, dont s�est empar�e la reine du Ndongo, Jinga, au pouvoir despotique ; le Kongo, o� des guerres men�es de Luanda affaiblissent le royaume sans assurer la domination portugaise ; le Kasanje, fond� vers 1614 par des Lundas (ou Loundas) avec des tribus de nomades</p><p>� razzieurs � Jagas, qui avaient d�vast� au si�cle pr�c�dent le Kongo ; les Ovimbundus, commer�ants et guerriers venus du nord-est, qui occupent � partir du XVIIe s. les plateaux de l�arri�re-pays de Benguela en incorporant les peuples pasteurs indig�nes.</p><p>Malgr� les efforts du gouverneur Sousa Coutinho (1764-1772) pour</p><p>d�velopper une v�ritable colonisation agricole, mini�re et industrielle, la traite n�gri�re reste la principale</p><p>activit� �conomique du pays. Bannie th�oriquement en 1836, elle ne s��teint que vers le milieu du si�cle, gr�ce aux efforts conjugu�s de l�Amiraut� britannique et du gouverneur Da Cunha.</p><p>Quant � l�esclavage, dont la source est officiellement tarie en 1858, il survivra longtemps sous la forme du travail forc�.</p><p>La deuxi�me guerre de conqu�te</p><p>et l�implantation administrative Le trait� anglo-portugais du 26 f�vrier 1884, reconnaissant les droits du Portugal sur l�embouchure du Congo, provoque un conflit diplomatique qui d�bouche sur l�acte final de la conf�-</p><p>rence de Berlin. La dotation que le Portugal obtient par les trait�s cons�cutifs de 1886 avec l�Allemagne, de 1891 et de 1894 avec l��tat ind�pendant du Congo, de 1891 et de 1905 avec l�Angleterre et de 1886 et de 1901 avec la France (pour le Cabinda), si elle met fin pour le Portugal au r�ve d�un empire transafricain, n�en repr�sente pas moins un territoire bien plus vaste que celui sur lequel s�exerce sa domination en 1885. Aux possessions traditionnelles ne sont gu�re venus s�ajouter en effet que Mo��medes, au sud (1840), Hu�la, dans l�int�rieur (1845), et Am-briz, au nord de Luanda, occup� en 1855 sous le gouvernement de Guil-herme de Brito Capelo.</p><p>La conqu�te de l�arri�re-pays est pr�par�e par les explorations de Silva Porto, qui, install� vers 1845 sur le plateau de Bi�, en plein pays ovim-bundu, tente la travers�e de l�Afrique en 1852 ; de Serpa Pinto, qui la r�ussit en 1877-1879 ; et surtout de Herme-negildo de Brito Capelo et R. Ivens, qui, � la m�me date, parcourent la plus grande partie de l�int�rieur, avant de traverser le continent en 1884.</p><p>Des op�rations militaires sont me-n�es d�s 1872 contre les Dembos, au nord-est de Luanda, o� elles devront</p><p>�tre reprises en 1907-1910 sous le gouvernement de Paiva Couceiro. La r�volte du pays bailundo est mat�e en 1902. Un soul�vement du pays kongo se produit en 1913. Plus laborieuse est la conqu�te du sud du pays : la r�sistance des Kwanyamas dure pr�s de vingt-cinq ans. Ce n�est gu�re que vers 1920 que la domination portugaise devient effective.</p><p>Parall�lement � la conqu�te, le gouvernement s�efforce d�encourager la colonisation en institutionnalisant par les codes de 1899 et de 1911 le travail forc�. Laborieux aussi, le d�veloppement de l�infrastructure �conomique commence en 1903 avec la construction du chemin de fer de Benguela : la jonction avec le Katanga se fera de 1927 � 1929, ann�e qui voit l�essor du port de Lobito, fond� en 1905. Les exportations de la Diamang (Compan-hia de diamantes de Angola), v�ritable soci�t� concessionnaire (� capitaux belges et anglais) de la majeure partie du district du Lunda, � partir de 1921, constituent pour l�Angola de l�entre-deux-guerres la source la plus importante de ses revenus. La colonisation agricole europ�enne reste faible. Le r�-</p><p>gime de Salazar renforce les pouvoirs de l�administration. Les affirmations d�assimilation restent une fa�ade : en 1950, l�Angola ne compte que 30 000</p><p>assimilados (parlant portugais) sur 4 millions d�habitants. Le syst�me de l�indig�nat, qui comporte le contr�le des mouvements et du travail des Africains, est consid�r� comme l�une des principales causes de l�insurrection nationaliste.</p><p>La mise en valeur et la troisi�me guerre.</p><p>� partir de 1961, le produit industriel brut s�accro�t de 15 p. 100 par an. Le premier plan sexennal de d�veloppement portugais (1953-1958) comportait pour l�Angola 2,3 milliards d�escudos d�investissements, le deuxi�me plan (1959-1964) 4,7 milliards et le plan intercalaire (1965-1967) 7,2 milliards.</p><p>Les hostilit�s �clatent en f�vrier 1961 � Luanda, en mars dans le nord du pays. Durant les six premiers mois, 30 000 Africains et 2 000 Portugais</p><p>auraient �t� tu�s. Mais bient�t des dissensions se font jour entre les deux principaux mouvements nationalistes, le Mouvement populaire de lib�ration de l�Angola (M. P. L. A.), cr�� d�s 1956 par le docteur A. Neto et M. de Andrade, et l�Union des populations downloadModeText.vue.download 104 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>641</p><p>de l�Angola (U. P. A.), de Roberto Holden. En avril 1962, l�U. P. A. et le parti d�mocratique angolais (P. D. A.) de E. Kunzika s�unissent au sein du Front national de lib�ration de l�Angola (F. N. L. A.). Un troisi�me parti, l�Union nationale pour l�ind�pendance totale de l�Angola (U. N. I. T. A.), de J. Savimbi, s�allie rapidement au F. N. L. A.</p><p>Devant l�extension de la gu�rilla, le Portugal accro�t son effort militaire en Angola, mais l�avenir de la colonie ne semble pas s�rieusement menac� quand se produit au Portugal le coup d��tat du 25 avril 1974, qui porte au pouvoir le g�n�ral de Spinola et des officiers hostiles � la guerre coloniale.</p><p>La solution f�d�raliste que ceux-ci pr�-</p><p>conisent est d�sapprouv�e par l�aile gauche de l�arm�e portugaise et surtout par les mouvements de lib�ration.</p><p>Mais ces derniers ne parviennent pas � s�entendre pour coordonner leurs actions dans les r�gions qu�ils contr�lent.</p><p>Le M. P. L. A. re�oit l�aide de</p><p>l�U. R. S. S. ; le F. N. L. A., apr�s avoir re�u une aide mat�rielle de la Chine populaire, re�oit l�aide des �tats-Unis en mat�riel et en techniciens.</p><p>J.-C. N.</p><p>L�ind�pendance</p><p>En juin, puis en octobre 1974, les trois mouvements signent des cessez-le-feu s�par�s. De nombreux incidents raciaux �clatent et la population blanche commence � retourner au Portugal.</p><p>Lors des pourparlers engag�s en janvier 1975 avec le gouvernement portugais � Portim�o, dans l�Algarve, les trois mouvements se mettent d�accord</p><p>pour constituer un gouvernement de transition avant l�ind�pendance, pr�-</p><p>vue pour le 11 novembre 1975. Malgr� cela, les mouvements de lib�ration entament entre eux une v�ritable guerre, aliment�e par les convoitises des grandes puissances sur les richesses du sous-sol angolais. D�s juillet, les combats s��tendent � l�ensemble du territoire, et des milliers de r�fugi�s affluent dans le Sud-Ouest africain. Le 11 novembre, lors de la proclamation de l�ind�pendance, deux r�gimes sont en pr�sence : la R�publique populaire du M. P. L. A. et la R�publique d�mocratique et populaire du F. N. L. A. et de l�U. N. I. T. A. Finalement, gr�ce � l�aide d�cisive de volontaires cubains, le M. P. L. A. prend, au d�but de 1976, un avantage d�finitif sur ses adversaires, pourtant soutenus directement par l�Afrique du Sud. D�s le 21 f�vrier, le Portugal, suivi de nombreux autres pays, reconna�t la R�publique populaire d�Angola, pr�sid�e par Agostinho Neto.</p><p>La population et</p><p>la vie �conomique</p><p>La population</p><p>� part les Bochimans du Sud (districts de Bi� et de Hu�la), la population noire appartient en majorit� au type bantou.</p><p>Dans le Sud, les Cuissos, les Ovam-bos, les Hereros sont essentiellement des pasteurs, pratiquant secondairement l�agriculture. Les Lundas et les Tchokw�s des provinces du Nord-Est sont des agriculteurs, de m�me que les Ovimbundus, sur les hautes terres � l�ouest de Nova Lisboa. Les deux principales cultures vivri�res sont le ma�s et le manioc. Les ethnologues distinguent neuf groupes ethniques, divis�s en une centaine de tribus et sous-tribus.</p><p>La quasi-totalit� de la population blanche (250 000 environ en 1974) a quitt� l�Angola apr�s le coup d��tat de Lisbonne, point de d�part du processus d�ind�pendance.</p><p>Les villes</p><p>Luanda, capitale de l�Angola, a une population de 350 000 habitants (dont 50 000</p><p>Europ�ens, ce qui en fait la troisi�me ville</p><p>portugaise apr�s Lisbonne et Porto). Premier �tablissement europ�en en Afrique au sud de l��quateur, cr��e il y a quatre si�cles, Luanda est une ville pittoresque o� abondent les vestiges du pass� : vieilles �glises de la ville haute, maisons de style colonial, forteresse S�o Miguel, etc. La ville basse, de construction plus r�cente, comporte un quartier des affaires et les immeubles, souvent ultra-modernes, des grandes administrations. Luanda est le second port de l�Angola, avec un trafic de 1,5 Mt et 50 000 passagers.</p><p>Benguela, ville ancienne, aux �difices coloniaux, est un port de p�che ; elle est supplant�e aujourd�hui par Lobito (100 000 hab.), qui, construite sur une fl�che littorale de sable, est devenue, gr�ce � son port en eau profonde, le premier port de l�Angola (trafic l�g�rement sup�rieur � celui de Luanda). Terminus de la voie ferr�e, Lobito dessert les mines du Katanga et les mines de fer de l�arri�re-pays. Le port comprend 1 000 m de quais d�accos-tage sur des fonds de 10,50 m, des silos � c�r�ales d�une capacit� de 20 000 t, des chargeurs de minerais d�bitant 4 000 t � l�heure, 20 000 m2 d�entrep�ts couverts et 72 000 m2 non couverts, deux pipe-lines � carburants, une centrale �lectrique et un puissant appareillage de levage et de remorquage.</p><p>Mo��medes, port de p�che � l�origine, s�est �quip�e r�cemment pour la manutention du minerai de fer, exploit� dans l�arri�re-pays.</p><p>Huambo (ancienn. Nova Lisboa) est la ville la plus importante de l�int�rieur (80 000 hab.). Situ�e � 1 700 m d�altitude, sur la voie ferr�e de Benguela, elle est le principal centre de la province de Huambo, voire de l�ensemble des plateaux du Centre.</p><p>L�agriculture, l��levage et la</p><p>p�che</p><p>L�Angola est le premier producteur africain de caf� et le troisi�me du monde (avec la C�te-d�Ivoire). Environ 525 000 ha sont plant�s en Robusta et en Arabica, sous ombrage, surtout dans la zone foresti�re du Nord, dans la r�gion de Cazengo, le long de la voie ferr�e de Luanda et dans la r�gion de Porto Amboim. La production d�passe 200 000 t. Le caf� repr�sente en valeur</p><p>environ 40 p. 100 des exportations de l�Angola ; la moiti� de la production est achet�e par les �tats-Unis.</p><p>Le sisal, dont la culture s�est d�velopp�e surtout � partir de 1960, est aujourd�hui le troisi�me produit d�exportation de l�Angola. Sa culture se pratique sur le plateau de Benguela, autour de Cubal et de Ganda, de part et d�autre de la voie ferr�e ainsi qu�autour de Lobito, de Gabela et de Malange.</p><p>Le coton, dont on a essay� d�introduire les vari�t�s �gyptiennes, est cultiv� dans trois r�gions : le district de Za�re, la r�gion de Luanda-Cuanza et celle de Malange.</p><p>La canne � sucre a fait l�objet, au d�but du si�cle, de gros investissements de la part de grandes soci�t�s.</p><p>C�est en effet une culture irrigu�e, ayant n�cessit� la construction de barrages (sur le Catumbela, le Dande).</p><p>Environ 40 000 t sont export�es, dont la plus grande partie est dirig�e vers la m�tropole.</p><p>Le ma�s, base de l�alimentation</p><p>d�une grande partie de la population, est le quatri�me produit d�exportation.</p><p>Sa production est le fait d�un grand nombre de petits planteurs africains et europ�ens, qui obtiennent de faibles rendements.</p><p>Le cacao est cultiv� dans l�enclave de Cabinda, et le palmier � huile dans les vall�es humides et bois�es pr�s du Congo, sur le bas Cuanza et dans l�enclave de Cabinda. Il faut encore noter les cultures du tabac, des agrumes, du bananier et de l�ananas, surtout pour l�exportation.</p><p>L��levage bovin est surtout d�velopp� dans les savanes et les steppes du Sud, o� des efforts sont faits pour multiplier les points d�eau et lutter contre les trypanosomiases. Le mouton karakul a �t� introduit aux portes du downloadModeText.vue.download 105 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>642</p><p>d�sert, autour du centre exp�rimental de Caraculo, proche de Mo��medes.</p><p>La p�che est une activit� ancienne (surtout sardines et harengs). Elle donne lieu � une industrie traditionnelle du s�chage ainsi qu�� la fabrication tr�s moderne d�huiles, de farines et d�engrais.</p><p>Les ressources mini�res et</p><p>l�industrie</p><p>Le diamant (deuxi�me produit d�exportation) vient en t�te. Il est exploit� dans le Nord-Est (district forestier de Lunda) par le Diamang, l�une des plus importantes entreprises de l�outre-mer portugais, qui, en plus de l�exploitation mini�re, a pris en main l�ensemble du d�veloppement �conomique du district.</p><p>Le fer (3,8 Mt) est exploit� par la Compagnie mini�re de Lobito dans les importants gisements de Cu�ma, de Cassinga et de Bailundo (teneur avoisinant 63 p. 100). Le minerai est transport� par voie ferr�e vers Lobito et Mo��medes.</p><p>Le p�trole a �t� d�couvert en 1955</p><p>pr�s de Luanda. La production est relativement �lev�e (7 Mt). Elle satisfait la totalit� des besoins int�rieurs et permet une exportation croissante. Une raffinerie a �t� construite � Luanda (capacit� : 600 000 t).</p><p>D�importantes r�serves de cuivre ont �t� reconnues � Bembe, dans le Nord, ainsi que du charbon sur le plateau de Benguela.</p><p>L�industrialisation de l�Angola</p><p>concerne surtout le travail des ma-ti�res premi�res locales : c�ramiques, textiles, conserveries de fruits et de l�gumes, industries li�es � la p�che, industrie du caf� soluble, papeterie, sel marin sur la c�te m�ridionale.</p><p>Les voies de communication</p><p>Le r�seau ferr� (3 200 km), qui appartient � une soci�t� d��tat, consiste surtout en un ensemble de voies de p�-</p><p>n�tration vers l�int�rieur : Luanda-Malange (426 km) par Salazar, avec une bretelle Zenza-Dondo ; Mo��medes-Serpa Pinto, avec une bretelle jusqu��</p><p>Chiange (821 km) ; Porto Amboim-Gabela (123 km), desservant la r�gion cotoni�re et caf�i�re de l�Amboim.</p><p>Le chemin de fer de Benguela</p><p>(1 850 km entre Lobito et Lubumbashi</p><p>[Za�re]) est la grande voie transversale de l�Afrique, qui permet de rejoindre les chemins de fer du Mozambique. De nombreux centres urbains et des plantations se sont d�velopp�s le long de cette voie ferr�e tandis qu�une bretelle dessert les mines de fer de Cu�ma.</p><p>Le r�seau routier consiste en</p><p>5 000 km de voies permanentes, g�n�-</p><p>ralement bitum�es (bitume angolais provenant de la plaine c�ti�re centrale), et en 40 000 km de routes de second ordre et de pistes.</p><p>L�infrastructure a�rienne repose sur l�a�roport international de Luanda et l�a�roport de d�gagement de Huambo (anc. Nova Lisboa) ; il existe une vingtaine de terrains secondaires.</p><p>R. B.</p><p>B R. Delgado, Historia de Angola (Benguela, 1948-1955 ; 4 vol.). / J. H. Wellington, Southern Africa, a Geographical Study (Londres, 1955). /</p><p>J. V. Duffy, Portuguese Africa (Londres, 1959) ; Portugal in Africa (Cambridge, Mass., 1962). /</p><p>D. Birmingham, Trade and Conflict in Angola...</p><p>1483-1790 (Londres, 1966). / P. Moser, la R�volution angolaise (Tunis, 1966). / M. Valahu, Angola cl� de l�Afrique (Nouv. �d. latines, 1967). /</p><p>J. A. Marcum, The Angolan Revolution, t. I : The Anatomy of an Explosion... 1950-1962 (Cambridge, Mass., 1969). / M. De Andrade et M. Olli-vier, la Guerre en Angola. Une �tude socio-�conomique (Masp�ro, 1971).</p><p>Angoul�me</p><p>Ch.-l. du d�part. de la Charente, sur la Charente ; 50 500 hab. (Angoumoisins).</p><p>Angoul�me est le centre d�une agglom�ration d�environ 100 000 personnes, la premi�re (avec Poitiers et La Rochelle) entre Loire et Gironde.</p><p>La vieille ville occupe un site d�fensif sur un promontoire calcaire, entre la Charente au nord et un de ses affluents, l�Anguienne, au sud, dominant la plaine d�une trentaine de m�tres. Vers</p><p>l�est, deux courts vallons, descendant l�un vers la Charente, l�autre vers l�Anguienne, isolent un �peron, ne laissant qu�un �troit passage (suivi par la route de P�rigueux) vers les plateaux de l�Angoumois. Dans cette vieille ville, ceintur�e de murailles jusqu�en 1738, alternent des secteurs d�habitat serr�, le long de ruelles �troites, et des espaces plus a�r�s, o� des b�timents publics ont succ�d� � des monast�res et � des petits ch�teaux. L�ouest est un quartier de r�sidence extr�mement v�tust� ; l�, au-dessus de l�ancien rempart du Midi, se dresse la cath�drale Saint-Pierre, de loin le monument le plus important de la ville. Construit dans la premi�re moiti� du XIIe s., c�est un �difice � nef unique, couverte de quatre coupoles de grand diam�tre. Le clocher du croisillon nord est le plus beau de l�Angoumois ; la fa�ade, dont l�ordonnance des parties hautes a �t� alt�r�e par les s�v�res restaurations de Paul Abadie (� partir de 1866), pr�sente, sur le th�me du Jugement dernier, un riche d�cor sculpt� r�parti dans des arcatures (le tympan de la porte est moderne). L�est de la vieille ville a attir� d�s le d�but du XIXe s. l�administration pr�fectorale et municipale (quartier du Parc), la banque, des commerces de d�tail tr�s vari�s et le commerce de gros (quartier Saint-Martial). Malgr� l�am�nagement de rampes au XIXe s., l�acc�s de cette vieille ville reste difficile.</p><p>Tout autour ont prolif�r� les faubourgs et se sont d�velopp�es les banlieues. Apr�s les d�vastations dues aux bombardements a�riens de la derni�re guerre, le quartier de la gare a �t� remodel�. L�Houmeau proprement dit est une longue rue bord�e d�entreprises industrielles de taille modeste et d�habitations vieillies, sinon v�tust�s. Au-del� de la Charente, le long de la route de Saintes, Saint-Cybard est une banlieue r�sidentielle. La fonction r�sidentielle domine encore dans les banlieues nord et est, o� se rencontrent aussi d�assez nombreuses usines. Le long de la route de Bordeaux, l�extension de la ville a soud� Saint-Michel � l�agglom�ration. � l�est, sur le plateau, la silhouette �lanc�e des immeubles (1 500 logements H. L. M.) domine des quartiers plus anciens et les blocs des casernes de la route de P�rigueux. Les</p><p>anciennes communes rurales de Soyaux et de L�Isle-d�Espagnac sont devenues des villes de 12 748 et de 5 082 habitants. Au nord, sur la route de Paris, Le Gond-Pontouvre compte 5 313 habitants. De ces communes, o� moins de 10 p. 100 des habitants sont encore des ruraux, partent chaque matin les plus gros effectifs de travailleurs vers Angoul�me. Seul, aujourd�hui, l�a�roport s�pare Ruelle (8 352 hab.) de la ville ; de m�me, au sud, La Couronne (6 568 hab.) est isol�e sur la route de Bordeaux.</p><p>La fonction tertiaire l�emporte sur l�industrie, pourtant ancienne. Entre 1850 et 1860, la mise en service des voies ferr�es de Paris � Bordeaux et vers Saintes a ruin� la navigation fluviale, qui s�est �teinte au d�but du XXe s.</p><p>La fonction de relation d�Angoul�me est aujourd�hui li�e � la voie ferr�e et � l��toile routi�re qui diverge de la ville.</p><p>Ville de passage, Angoul�me n�est cependant pas une ville de tourisme : l�h�tellerie y est peu d�velopp�e. En revanche, l�activit� administrative et commer�ante y est tr�s vive.</p><p>La fonction de relation a permis l�essor de l�activit� industrielle, qui, � l�origine, �tait li�e � la richesse en eau gr�ce � la Charente et ses petits affluents (Touvre, Bo�me). Tr�s t�t, Angoul�me s�est orient�e vers la papeterie de renomm�e internationale. Fond�e au XVIIIe s., la Fonderie nationale de Ruelle (qui utilisait des fontes du P�rigord) est, avec l�usine des moteurs Leroy, au Gond-Pontouvre, la principale entreprise de l�agglom�ration ; au sud, les Ciments Lafarge sont �tablis � La Couronne. L�immigration des ruraux au XIXe s. a fourni la main-d�oeuvre � cette industrie, qui s�appuie sur les apports d��lectricit� pyr�n�enne et sur le gaz de Lacq.</p><p>Capitale des pays charentais, Angoul�me n�a cependant pas un grand rayonnement : son influence est limit�e par celles de Cognac � l�ouest, de Poitiers au nord et de Limoges � l�est ; elle entre par ailleurs dans la zone d�attraction de Bordeaux.</p><p>S. L.</p><p>Anguille</p><p>Poisson t�l�ost�en d�eau douce, au corps allong� d�pourvu de nageoires pelviennes, et qui gagne la mer pour s�y reproduire.</p><p>L�Anguille europ�enne (Anguilla</p><p>anguilla) est un poisson au corps serpentiforme presque cylindrique, dont les nageoires dorsale et anale sont en continuit� avec la nageoire caudale.</p><p>Les rayons des nageoires sont mous ; la vessie natatoire reste reli�e � l�oesophage par le canal pneumatique ; les orifices branchiaux, ou ou�es, sont fort petits et permettent aux Anguilles d�effectuer, sans p�rir d�asphyxie, de longs d�placements nocturnes dans les herbes humides ; les �cailles, petites et incluses dans la peau, laissent cette derni�re lisse et gluante, gr�ce � une abondante s�cr�tion de mucus. Le dos est vert brun�tre, et les flancs sont jaunes. Les m�les mesurent de 30 � 50 cm, et les femelles de 40 � 70 cm, exceptionnellement 1 m.</p><p>L�Anguille vit sur les c�tes et dans les fleuves et les �tangs de l�Europe occidentale. Elle s�enterre g�n�ralement le jour et se nourrit la nuit en avalant toute sorte de nourriture animale. �</p><p>l�automne, certaines Anguilles, celles qui ont pass� de cinq � neuf ans (m�les) ou de sept � treize ans (femelles) en eau douce, cessent de s�alimenter ; elles acqui�rent une couleur argent�e, de gros yeux et commencent une avalaison qui les m�ne en mer d�s l�hiver. On ne sait pas ce qu�elles y deviennent, car les downloadModeText.vue.download 106 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>643</p><p>captures d�Anguilles en mer sont tr�s rares, et les exp�riences de marquage n�ont pu fournir de r�sultats.</p><p>C�est le Danois Johannes Schmidt qui d�couvrit, en 1925, l�aire de ponte de l�Anguille, situ�e dans l�oc�an Atlantique, en mer des Sargasses.</p><p>Les oeufs sont pondus vers 500 m de profondeur ; ils se d�veloppent en remontant lentement vers la surface, o� �closent des larves foliac�es et trans-</p><p>parentes, longues de 5 � 6 mm et ar-m�es de dents fort aigu�s. B. Grassi et S. Calandruccio ont montr�, d�s 1897, que ces larves, d�crites sous le nom de Leptocephalus, �taient les stades larvaires d�Anguilles ou d�esp�ces voisines de l�ordre des Anguilliformes.</p><p>La croissance des larves est lente. En deux ans et demi, elles passent de 10</p><p>� 75 mm, et la d�rive de l�Atlantique Nord les conduit de la mer des Sargasses aux c�tes d�Europe situ�es entre le golfe de Gascogne et le nord des �les Britanniques. Elles cessent alors de s�alimenter, perdent leurs dents et se m�tamorphosent en civelles, jeunes Anguilles un peu plus petites que les leptoc�phales. Les civelles remontent les fleuves en hiver et au printemps, et donnent lieu � une p�che active.</p><p>Les autres esp�ces du genre An-</p><p>guilla sont toutes tropicales et vivent au Japon ou dans les oc�ans Indien et Pacifique Ouest. L�esp�ce am�ricaine A. rostrata, qu�on trouve sur les c�tes et dans les fleuves de l�est des �tats-Unis, se distingue de l�esp�ce europ�enne surtout par le nombre plus faible des vert�bres (de 103 � 111 au lieu de 110 � 119). Son aire de ponte est tr�s voisine, et elle a donn� lieu r�cemment � une hypoth�se nouvelle. D�apr�s O. W. Tucker (1959), en effet, il n�existerait qu�une seule esp�ce atlantique, qui d�riverait soit vers l�Europe en deux ans et demi, soit vers les �tats-Unis en huit � dix mois.</p><p>Les g�niteurs de la mer des Sargasses seraient tous am�ricains, les Anguilles argent�es d�Europe succombant toutes avant d�atteindre le lieu de ponte.</p><p>Cette hypoth�se a �t� r�fut�e depuis, mais il serait �videmment plus satisfaisant pour l�esprit de capturer des A. anguilla en mer des Sargasses. Le probl�me de l�origine des Anguilles de la M�diterran�e demande aussi, pour �tre r�solu, la capture de leptoc�phales et d�adultes immatures dans le d�troit de Gibraltar.</p><p>Les autres esp�ces de l�ordre des Anguilliformes ont en commun avec l�Anguille le corps �lanc�, l�absence de nageoires pelviennes, la peau nue et visqueuse, et l�existence de larves leptoc�phales. On range au voisinage des Anguilles les Mur�nes, qui vivent dans</p><p>les mers chaudes et sont fortement carnassi�res, les Congres, poissons cosmopolites marins d�eau profonde, dont les jeunes vivent dans la zone n�ritique de nos c�tes, ainsi qu�un nombre consid�rable d�esp�ces des grands fonds, g�n�ralement de petite taille, mais au corps tr�s allong�. On peut prendre comme type de ces derniers le genre Nemichthys, dont le corps peut compter jusqu�� 500 vert�bres et s�ach�ve par un filament tr�s allong�. Ces poissons vivent vers 1 000 m de profondeur, se nourrissent de Crevettes et subissent, au cours de leur d�veloppement, des m�tamorphoses complexes pour passer de l��tat de leptoc�phale microphage � l��tat d�adulte pr�dateur.</p><p>R. B.</p><p>B L. Bertin, les Anguilles (Payot, 1951).</p><p>anhydrides</p><p>F ACIDES.</p><p>animal</p><p>�tre vivant caract�ris� ordinairement par son aptitude aux mouvements</p><p>rapides, voire � un d�placement ais� du corps tout entier, et par un r�gime alimentaire h�t�rotrophe, tr�s souvent form� de particules organiques consistantes, g�n�ralement ing�r�es en un seul point du corps (bouche), puis dig�-</p><p>r�es et enfin absorb�es par les cellules.</p><p>Celles-ci ne sont pas entour�es d�une paroi pecto-cellulosique et n��laborent pas leurs r�serves glucidiques sous la forme de grains d�amidon. La forme sp�cifique d�un animal est en g�n�ral beaucoup moins soumise que celle d�un v�g�tal � l�influence des conditions du milieu. La reproduction ne comporte pas de spores (sauf chez les sporozoaires) et la long�vit� de l��tre issu de l�oeuf f�cond� est toujours strictement limit�e.</p><p>H. F.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Th�ophraste (v. 372-287 av. J.-C.) subdivisa, le premier, l�ensemble des �tres vivants en deux r�gnes : animal et v�g�tal. Ce n�est qu�� la fin du XIXe s.</p><p>qu�Haeckel (1834-1919), ayant montr� la parent� des formes animales les plus simples (Protozoaires) avec les formes v�g�tales les plus simples (Protophytes), proposa la cr�ation d�un r�gne sp�cial, celui des Protistes. Plus r�cemment, les �tudes ultrastructurales et biochimiques ont montr� l�unit� du monde vivant et l��volution probable des r�gnes animal et v�g�tal � partir d�une origine commune.</p><p>On a longtemps consid�r� comme</p><p>�l�ment fondamental de l�animal la mobilit� ou, son corollaire, la sensibilit�. Pendant des si�cles m�me, le terme d�animal a �t� plus ou moins synonyme de nerveux. C�est ainsi que, dans les conceptions de Galien (v.</p><p>131 - v. 201), les esprits � animaux �</p><p>circulent du cerveau vers les diverses parties du corps par l�interm�diaire des nerfs ; en embryologie descriptive, on oppose encore le p�le animal de l�oeuf, situ� dans le futur ectoderme, qui �voluera partiellement en syst�me nerveux, au p�le v�g�tatif, situ� dans le futur endoderme, qui �voluera pour fournir les divers organes digestifs.</p><p>Or, tous les animaux ne sont pas mobiles, ni dou�s par cons�quent de la sym�trie bilat�rale, qui accompagne presque toujours la mobilit�. On qualifiait autrefois de Zoophytes divers �tres fix�s ou s�dentaires, notamment bon nombre de Cnidaires (Coraux, Actinies), de Bryozoaires (l��tymologie fait d�ailleurs de ces derniers des animaux-mousses) ou d��chinodermes (Comatules). De plus, le syst�me nerveux n�est pas caract�ristique du r�gne animal, puisqu�il manque enti�rement dans l�embranchement des Spongiaires, de m�me que chez les Protistes � affinit�s animales, ou Protozoaires.</p><p>Une autre d�finition du r�gne animal se r�f�re � l�incapacit� que montrent les animaux � effectuer les synth�ses organiques. On dit qu�ils sont h�t�rotrophes, alors que les v�g�taux, pourvus de chlorophylle ou de pigments voisins et capables, gr�ce � eux, de synth�tiser les mol�cules organiques � partir d�eau, de sels min�raux et de gaz carbonique, sont autotrophes. Les Champignons sont bien h�t�rotrophes comme les animaux, mais ils n�ont</p><p>ni bouche ni appareil digestif, et leur parent� avec les Algues est �vidente.</p><p>Les Protistes</p><p>Parmi les Protistes, �tres vivants unicellulaires, ce sont surtout les Flagell�s qui posent un probl�me d�appartenance aux r�gnes animal ou v�g�tal. Certains d�entre eux, en effet, renferment dans leur protoplasme des chloroplastes pourvus d�un pigment chlorophyllien, alors que la majorit� en est d�pourvue.</p><p>On fait des premiers des Phytoflagell�s ; ils appartiennent au grand groupe des Algues ; les autres sont des Zoofla-gell�s. Tous sont des formes mobiles, gr�ce � un ou plusieurs organites t�nus, appel�s flagelles ; ces organites sont le plus souvent situ�s ant�rieurement et � tirent � la cellule. De ce point de vue, il est impossible de distinguer downloadModeText.vue.download 107 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>644</p><p>les formes animales des formes v�g�-</p><p>tales, les unes et les autres montrant la m�me mobilit�. Mais la pr�sence ou l�absence de chloroplastes ne constitue pas non plus une fronti�re simple entre les esp�ces animales et v�g�tales : on conna�t des Algues qui se comportent en saprophytes, apr�s avoir perdu leur chlorophylle et la possibilit� d�effectuer des synth�ses organiques. Ce sont les Eugl�nes qui ont �t� �tudi�es de la fa�on la plus d�taill�e � ce sujet.</p><p>Chez l�esp�ce Euglena gracilis, on conna�t ainsi une forme &#x3B1;, verte, capable de vivre � la lumi�re sur un milieu purement min�ral ; sa croissance, qui est alors lente, s�acc�l�re sur un milieu riche en substances organiques ; l�Eugl�ne montre alors une alimentation � la fois autotrophe et saprophyte.</p><p>La forme &#x3B2;, incolore, est obtenue en cultivant la forme &#x3B1; � l�obscurit� sur un milieu riche en substances organiques. Les plastes ont perdu leur chlorophylle, mais subsistent. Remise � la lumi�re, la forme &#x3B2; reverdit tr�s rapidement et redevient autotrophe, m�me apr�s un s�jour tr�s long � l�obscurit�.</p><p>On conna�t �galement une forme &#x3B3;, incolore, qui appara�t sporadiquement</p><p>dans des cultures de la forme &#x3B1; � la lumi�re. Cette forme est instable et donne souvent naissance, lors d�une bipartition, � une forme &#x3B1;, qui reverdit, et � une forme &#x3B4;, d�pourvue de plastes et donc incolore et stable. Cette forme &#x3B4; s�apparente � des esp�ces d�Eugl�nes incolores du genre Astasia.</p><p>On trouve des formes analogues � cette forme &#x3B4; chez de nombreuses autres Algues unicellulaires, qui sont donc saprophytes et diff�rent peu, dans la physiologie de leur nutrition, des Champignons, sinon des animaux eux-m�mes. Cette impr�cision des fron-ti�res, toutefois, cesse au niveau des esp�ces pluricellulaires, c�est-�-dire entre les M�taphytes, ou plantes, et les M�tazoaires, ou animaux.</p><p>L��volution du</p><p>r�gne animal</p><p>Les efforts de Linn� et de ses pr�d�-</p><p>cesseurs pour donner des animaux une classification raisonn�e n�avaient pas pour simple but d�ordonner, � des fins purement utilitaires, un ensemble h�t�-</p><p>roclite d�objets apparemment disparates. Linn� cherchait un plan d�organisation bien d�fini, propre aux �tres vivants, et la notion d��volution, si elle n�est pas �vidente dans son propos, y est implicite. Cuvier (1769-1832) s�op-posera d�ailleurs � cette notion, tandis que Lamarck (1744-1829), Darwin</p><p>(1809-1882) et Haeckel (1834-1919) lui apporteront un appui d�cisif. Ind�-</p><p>pendamment de toute consid�ration pa-l�ontologique, l�anatomie et l�embryologie compar�es permettent d�ordonner les principaux embranchements connus en une suite logique qui est parall�le � la suite chronologique du d�veloppement de l�oeuf.</p><p>L�oeuf f�cond� subit une segmentation qui aboutit � la r�alisation d�une sph�re creuse que limite un feuillet p�riph�rique appel� blastoderme. Ce stade de d�veloppement existe chez tous les animaux, sous des formes parfois alt�r�es, mais il est partout transitoire. Un second processus embryonnaire, la gastrulation, transforme le stade pr�c�dent en un organisme pourvu de deux feuillets : l�ectoderme externe et l�endoderme interne.</p><p>L�endoderme, � r�le digestif, s�ouvre � l�ext�rieur par un orifice unique, le blastopore, servant � la fois de bouche et d�anus. Ce stade, transitoire chez la plupart des animaux, constitue l��tat d�finitif de trois embranchements : les Spongiaires, les Cnidaires et les Ct�-</p><p>naires. Ces animaux sont dits � diploblastiques � (� deux feuillets). Chez tous les autres animaux, il se r�alise un troisi�me feuillet, le m�soderme, qui vient s�intercaler entre les deux autres ; il vaut � tous les autres embranchements d��tre appel�s � triploblastiques � (� trois feuillets).</p><p>Le m�soderme �volue dans cer-</p><p>tains cas en un tissu conjonctif plein, ou parenchyme, et dans d�autres cas en �l�ments pairs et successifs, qui se creusent ensuite de cavit�s dont l�ensemble forme le coelome. Parmi les premiers, ou Acoelomates, il faut ranger les Plathelminthes, les M�so-zoaires, les N�mertiens, les N�ma-thelminthes, les N�matorhynques et les Rotif�res. Tous les autres embranchements sont les coelomates, m�me si parfois les formations coelomiques s�oblit�rent ensuite, et tous sont fondamentalement m�tam�ris�s (faits d��l�ments identiques qui se r�p�tent de l�avant vers l�arri�re), m�me si cette m�tam�rie dispara�t secondairement.</p><p>� partir de ce stade, le r�gne animal a �volu� suivant deux voies parall�les.</p><p>Dans la premi�re voie, la bouche de l�adulte se forme � l�emplacement de l�orifice blastoporal de la larve diploblastique (Protostomiens) et le syst�me nerveux est en position ventrale (Hyponeuriens). Cette voie est jalonn�e par les embranchements des Ann�lides, des Lophophoriens, des Mollusques et des Arthropodes. Dans la seconde voie, c�est l�anus de l�adulte qui se forme � l�emplacement de l�orifice blastoporal, et la bouche est une n�o-formation plus tardive (Deut�rostomiens) ; le syst�me nerveux est en position dorsale (�pi-neuriens). Chez les �chinodermes, les Pogonophores et les Stomocord�s, le syst�me nerveux est encore tr�s primitif et peu distinct de l��piderme ; chez les Tuniciers, les C�phalocord�s et les Vert�br�s, au contraire, il est plus �volu�. Il n�existe �videmment pas de raisons autres qu�anthropomorphiques</p><p>pour estimer que la voie deut�rostomi-enne est plus �volu�e que l�autre.</p><p>Contrairement � toute logique, les fossiles ne fournissent pas � l��volution du r�gne animal les preuves que les biologistes en attendent. En effet, alors que la Terre existe depuis quatre � cinq milliards d�ann�es, il n�y a gu�re que les six cents derniers millions d�ann�es (depuis le Cambrien) qui fournissent des t�moignages fossiles.</p><p>Bien qu�on d�couvre, depuis quelques ann�es, de plus en plus de fossiles ant�cambriens, la pauvret� des roches anciennes est telle qu�on a longtemps consid�r� celles-ci comme azo�ques.</p><p>Or, d�s le Cambrien, presque tous les embranchements actuellement connus sont pr�sents, si bien que l��volution qui a conduit � la diversification des embranchements nous �chappe tout � fait. En revanche, la diff�renciation de certaines classes, et notamment l��volution compl�te des Vert�br�s, appara�t dans les couches des terrains des �res pal�ozo�que ou primaire, m�so-zo�que ou secondaire et c�nozo�que ou tertiaire. Des d�couvertes de fossiles comme Ichthyostega, le Cotylosaurien Limnoscelis, Archoeopteryx, le Th�rap-downloadModeText.vue.download 108 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>645</p><p>sid� Dicynodon, animaux respectivement interm�diaires entre Poissons et Amphibiens, Amphibiens et Reptiles, Reptiles et Oiseaux, Reptiles et Mammif�res, apportent des arguments d�cisifs en faveur de la th�orie �volutive et confirment par ailleurs les r�sultats des �tudes effectu�es par les m�thodes de l�anatomie compar�e.</p><p>L�organisation animale</p><p>Chez tous les �tres vivants, qu�ils soient uni- ou pluricellulaires, animaux ou v�g�taux, existent des fonctions de relation avec le milieu, des fonctions de nutrition, qui assurent la survie des individus, et des fonctions de reproduction, qui assurent la survie de l�esp�ce. Les fonctions de relation sont plus sp�cialement d�velopp�es dans le r�gne animal. Au cours de l��volution,</p><p>ce sont successivement des organites intracellulaires, des cellules isol�es, puis des organes qui assurent chacune de ces fonctions primordiales.</p><p>Fonctions de nutrition</p><p>Chez les animaux � organisation �le-v�e, les organes de la vie de nutrition appartiennent aux syst�mes digestif, circulatoire, respiratoire et excr�teur.</p><p>Le r�le de ces organes est de porter au niveau de chaque cellule les �l�ments n�cessaires � son m�tabolisme (les m�tabolites proviennent de l�appareil digestif, et les mol�cules d�oxyg�ne de l�appareil respiratoire) et de conduire au-dehors les �l�ments � �liminer par la respiration (gaz carbonique) ou le syst�me excr�teur. Chez les animaux � structure simple (embranchements diploblastiques et Vers plats), chaque cellule peut pr�lever directement dans le milieu o� elle vit l�oxyg�ne qui lui est n�cessaire et y rejeter ses d�chets.</p><p>Les organes de la nutrition sont alors limit�s au seul tube digestif, en cul-de-sac, et il n�existe pas d�appareil circulatoire. Le plus complexe de ces embranchements, toutefois, celui des Vers plats, comprend des esp�ces parasites, les T�nias, chez lesquels l�appareil digestif lui-m�me fait d�faut. L�appareil circulatoire est pr�sent chez tous les autres embranchements ; on peut consid�rer que le parenchyme des Vers plats, par l�interm�diaire de son tissu interstitiel fluide, joue un r�le de transport analogue. Le sang a toujours pour r�le de v�hiculer les m�tabolites provenant de la digestion ; son intervention dans le transport des d�chets azot�s ou dans celui des gaz respiratoires est moins g�n�ralis�e. Ainsi, on trouve chez les �chinodermes un syst�me aquif�re, distinct de l�appareil circulatoire et qui a un r�le d�excr�tion.</p><p>De m�me, les Arthropodes terrestres, notamment les Insectes, pr�sentent un syst�me de conduction des gaz, les trach�es, qui se ramifient jusqu�au niveau cellulaire et conduisent directement l�oxyg�ne aux cellules.</p><p>Fonctions de reproduction</p><p>La reproduction asexu�e (c�est-�-dire</p><p>sans l�intervention de cellules sp�cialis�es appel�es gam�tes, qui renferment la moiti� du patrimoine g�n�tique de l�esp�ce) est bien moins r�pandue chez les animaux que dans le r�gne v�g�tal.</p><p>De m�me que les facult�s de r�g�n�ration, elle est d�autant plus intense que l�animal est plus primitif.</p><p>La reproduction sexu�e met en jeu des organes sp�ciaux : les gonades (testicule dans le sexe m�le, ovaire dans le sexe femelle) et le tractus g�nital, qui a pour r�le d��vacuer au-dehors des gam�tes ou les oeufs. Dans deux embranchements au moins (An-n�lides et Vert�br�s) s��tablissent des connexions entre le tractus g�nital et les voies d�excr�tion. Les esp�ces sont gonochoriques (sexes s�par�s) ou hermaphrodites (sexes tous deux pr�sents chez le m�me individu) ; dans ce dernier cas, toutefois, l�autof�condation est toujours impossible ou exceptionnelle. La parth�nogen�se fait intervenir le seul gam�te femelle, mais elle peut �tre consid�r�e comme un mode particulier de la reproduction sexu�e, dont elle d�rive par �volution. Dans d�autres cas, on peut observer l�existence simultan�e de processus sexu�s et asexu�s, comme dans la schizoga-mie des Ann�lides (formation d�une cha�ne d�individus sexu�s � partir d�un individu unique) ou la polyembryonie humaine (formation de jumeaux identiques par partition d�un oeuf f�cond� unique).</p><p>Fonctions de relation</p><p>Les modifications survenant dans le milieu o� vit l�animal sont recueillies par des cellules ou organes sp�cialis�s appel�s r�cepteurs ; ceux-ci analysent les modifications physiques (toucher, vision, audition) ou chimiques (go�t, olfaction). Les animaux sont capables de r�agir aux modifications externes d�favorables gr�ce � des effecteurs qui sont soit des organites locomoteurs (cils, flagelles), soit des cellules sp�-</p><p>cialis�es (cellules myo�pith�liales et fibres musculaires). Le bon fonctionnement des effecteurs pour r�aliser la locomotion n�cessite la pr�sence de points fixes et rigides, que fournit le squelette, que ce dernier soit externe (carapace, coquille, etc.) ou interne downloadModeText.vue.download 109 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>646</p><p>(tissu fibreux, cartilage, os). Spongiaires mis � part, il s�intercale chez tous les animaux, entre r�cepteurs et effecteurs, un syst�me de conduction, le syst�me nerveux. L�abondance des r�cepteurs sensoriels dans la r�gion ant�rieure chez les esp�ces mobiles y provoque l�accumulation de cellules nerveuses, r�alisant un syst�me nerveux central ou � cerveau �. Il n�existe pas de cerveau* chez les Cnidaires ou les �chinodermes, ni chez la plupart des autres formes fix�es. Le cerveau appara�t chez les Plathelminthes, et son importance ne fait que cro�tre au cours de l��volution. � son r�le d�analyse des modifications du milieu ext�rieur (sensibilit� ext�roceptive) s�ajoutent en effet d�autres r�les d�analyse des modifications du milieu interne (sensibilit� int�roceptive), puis du contr�le des effecteurs musculaires (sensibilit� proprioceptive). Le cerveau est tout d�abord le lieu o� s��laborent les r�-</p><p>flexes ainsi que les comportements st�-</p><p>r�otyp�s (instincts). Peu � peu, chez les formes sup�rieures, il acquiert en outre la possibilit� de m�moriser ses exp�-</p><p>riences pass�es (r�flexes conditionn�s) et de s�adapter ainsi aux situations inattendues. Les capacit�s d�abstraction, notamment par le langage, sont l�apanage d�un nombre restreint d�esp�ces et ne se d�veloppent vraiment que chez l�Homme.</p><p>R. B.</p><p>Le comportement</p><p>animal</p><p>Le comportement animal est d�une telle diversit�, ne serait-ce qu�en raison de la multiplicit� des formes zoologiques, qu�il serait fastidieux de passer en revue les diverses esp�ces et leurs conduites caract�ristiques, ou m�me de regrouper celles-ci sous les rubriques des principaux comportements, sans donner tout d�abord une id�e d�ensemble de la mani�re dont le comportement animal a �t� connu, abord� et �tu-di�, ainsi que des principaux probl�mes</p><p>qui se sont pos�s � cette occasion.</p><p>Historique</p><p>Le comportement animal a successivement int�ress� les chasseurs, les conteurs, les philosophes, puis les naturalistes et enfin les physiologistes et les psychologues, passant ainsi au cours des si�cles par l��tat de connaissance pratique, puis th�ologique et enfin scientifique.</p><p>y Pr�histoire et Antiquit�. Les peintures rupestres pr�historiques, le folklore des soci�t�s primitives ainsi que les mythologies d�Orient et d�Occident t�moignent de la part qui �tait faite � l�animal et � son comportement dans les pr�occupations de nos anc�tres. Cela se con�oit, car deux types de rapport exist�rent entre les premiers hommes et les animaux.</p><p>Ce fut tout d�abord celui d�une rencontre sur un m�me territoire, dont l�occupation et le contr�le �taient n�cessaires � la survie des uns et des autres. Puis eut lieu l��tonnante entreprise de la domestication de certaines esp�ces, oblig�es au commensalisme avec l�Homme chasseur, puis agriculteur. On comprend l�anthropomorphisme foncier de ce premier mode de connaissance. Par la suite, la domination de l�Homme sur l�animal devint un fait accompli, si bien que les Anciens ont effectu� peu de notations objectives sur le comportement des animaux (Aristote), et le Moyen �ge, mis � part ses � bestiaires � fantaisistes et moralisants, s�y est encore moins int�ress�.</p><p>y La th�ologie m�di�vale et la th�orie des � animaux-machines �. Le christianisme s�para totalement</p><p>l�Homme, dou� d�un principe spirituel, du restant de la cr�ation, animaux compris, et de l� date sans doute l�ambigu�t� qui p�se sur la mani�re dont on situe la conduite des animaux par rapport � celle de l�Homme. En effet, comme ils sont dou�s de mouvement ou � anim�s �, c�est-�-dire en raison du caract�re manifeste de leur conduite et de son analogie avec celle de l��tre humain, on leur accorde le nom d�animaux (du latin anima, �me), ce qui semble leur reconna�tre les</p><p>m�mes fonctions comportementales qu�� l�Homme. Cependant, la religion leur d�nie si bien une � �me � ou un</p><p>� esprit �, ou, si l�on veut, l�attribue d�autorit� � l�Homme et � lui seul, que le terme de b�te devient synonyme d�absence ou de d�faut d�un tel principe directeur de la conduite.</p><p>Cette dualit� refl�te en fait le conflit entre l�anthropomorphisme spontan� populaire, voire celui de libres penseurs comme Montaigne, et la rigueur de th�ologiens comme Malebranche ou de philosophes comme Descartes.</p><p>Selon Descartes, la conduite des animaux diff�re fondamentalement de la n�tre, car le langage leur manque et, de plus, leurs diverses � industries � (nidification, par exemple) sont �troitement sp�cialis�es, alors que l�Homme peut trouver la solution d�une grande vari�t� de probl�mes : ils n�ont que des � instincts �, alors que la � raison �, instrument universel, est un caract�re humain. Cette dichotomie aboutit � l��tude de l�� esprit � humain par le philosophe, d�un c�t�, et � celle du comportement animal par le physiologiste, de l�autre.</p><p>y Observations naturalistes et progr�s de la physiologie du XVIIe au XIXe s. L�opinion de Descartes n��tait pas partag�e par les observateurs de la nature, et La Fontaine lui a oppos�, sous forme de fables (les Deux Rats ; le Renard et l�OEuf), des observations montrant que les animaux pouvaient �tre capables de � pr�voyance �, d�entraide et de solution de probl�mes pratiques. Dans un domaine plus</p><p>scientifique, de nombreux naturalistes s�attach�rent simplement � �tudier pour lui-m�me le comportement des Insectes principalement (R�aumur).</p><p>D�un autre c�t�, la physiologie</p><p>des r�flexes se d�veloppa � partir du XVIIIe s., et les m�canismes de la motricit� chez les Vert�br�s furent de mieux en mieux connus, surtout par les travaux de sir Charles Sherrington (1857-1952). Ce sont des �tudes de physiologie et non de comportement ; mais leur importance est grande en ce qu�elles constituent la premi�re approche exp�-</p><p>rimentale r�elle des actes �l�mentaires.</p><p>De plus, elles ont offert le cadre propice � la d�couverte et � l��tude des</p><p>r�flexes conditionn�s.</p><p>y La th�orie de l��volution et le probl�me des instincts. Les progr�s de la zoologie aboutirent � la conception selon laquelle les formes animales d�rivent les unes des autres ; l�une des principales cons�quences en �tait la r�int�gration de l�esp�ce humaine dans la lign�e des Vert�br�s. Par cons�quent, la dualit� caract�risant le comportement de l�Homme par la seule � raison � et celui des animaux par les seuls � instincts � n�avait plus lieu d��tre.</p><p>Selon Darwin*, toutes les conduites ne subsistent pas : celles qui sont d�favorables � la survie de l�individu ont moins de chances d��tre transmises � la descendance que celles qui aident � son adaptation au milieu de vie ; la s�lection vitale s�exerce aussi bien sur les comportements que sur les variations morphologiques et physiologiques.</p><p>Ces principes de s�lection adaptative annoncent d�j� les id�es des b�havioristes du XXe s.</p><p>Cependant, ces apports capitaux de Darwin, fond�s sur des observations concr�tes, ne donn�rent lieu qu�� des sp�culations philosophiques (Spen-cer). La r�action contre ces tendances prit deux formes bien diff�rentes, downloadModeText.vue.download 110 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>647</p><p>sans rien perdre des principaux acquis darwiniens.</p><p>y L��thologie et les objectivistes.</p><p>Une premi�re forme de progr�s dans nos connaissances du comportement animal vint de naturalistes � de terrain � et non de laboratoire, plus orient�s vers l�observation dans les conditions naturelles que vers les dissections ou les sp�culations th�oriques. Il s�agit surtout de zoologistes de langue allemande, sp�cialistes des Oiseaux et des Poissons, se d�fendant de tout parti pris doctrinal qui puisse fausser leurs interpr�tations, mais d�-</p><p>sirant avant tout fournir des descriptions exactes des comportements ob-</p><p>serv�s en toute objectivit� (d�o� leur nom d��cole : les objectivistes). Nous leur devons maintes notions capitales, telles que celle de l�Umwelt (mani�re dont l�environnement est sensorielle-ment connu par l�animal) et celle des</p><p>� stimuli d�clencheurs � (formes ou sons qui donnent l�occasion de se manifester � des conduites complexes, de nature sociale ou sexuelle le plus souvent, lorsque certains besoins organiques les y pr�disposent). De tels travaux furent principalement men�s par Oskar Heinroth, Jakob Johann von Uexk�ll et, plus pr�s de nous, par Konrad Lorenz, Nikolas Tinbergen et G. P. Baerends.</p><p>y Les tendances r�ductionnistes.</p><p>D�autre part, les progr�s de la physiologie et de la biochimie donn�rent naissance � des conceptions tendant � r�duire l��tude du comportement animal (ou humain) � celle de ses m�canismes biologiques suppos�s.</p><p>La plus connue est la th�orie des tropismes, �mise par le biologiste Jacques Loeb (1859-1924) et destin�e � rendre compte de r�actions consistant en d�placements orient�s dans un champ d��nergie physique : gravitaire s�il s�agit du g�otropisme, lumineuse dans le cas du phototropisme, �lectrique pour le galvanotropisme, etc.</p><p>Loeb les concevait comme des r�actions �l�mentaires caus�es par l�action directe de l��nergie stimulatrice sur la constitution physico-chimique de l�organisme, y compris ses organes moteurs, sans que le fonctionnement r�flexe intervienne en l�occurrence, de sorte que la r�action avait un caract�re fatal et non adapt� ; cette th�orie est r�sum�e par cette boutade : � L�animal va l� o� le m�nent ses pattes. �</p><p>Loeb tendait � nier jusqu�au r�le du syst�me nerveux dans l�organisation du comportement ; son but �tait, en fait, non seulement de rapprocher l�Homme des animaux, mais de rapprocher ces derniers des v�g�taux et d�attribuer aux m�mes m�canismes les courbures de croissance des racines et des tiges et les courbures d�orientation de la locomotion animale. Cela pr�tait par trop le flanc aux critiques, et des biologistes n�odarwiniens, tel E. Rabaud, �luci-</p><p>d�rent en termes de r�flexes un certain nombre de r�actions tropistiques.</p><p>Cependant, si l�on entend le terme de r�flexes au sens �troit, correspondant par exemple aux coordinations motrices �tudi�es par Sherrington, il s�en faut de beaucoup que l�on puisse analyser en de tels �l�ments de r�ponse isol�s les actions complexes dont l�existence pose pr�cis�ment le probl�me d�un psychisme animal. D�une part, ces actions complexes peuvent �tre inn�es et sp�cifiques, se manifestant comme l�expression de motivations sociales ou sexuelles. D�autre part, l�animal est capable de modifier sa conduite pour l�adapter ; par exemple, il est capable d��tre dress� : c�est l�approche exp�-</p><p>rimentale qui a principalement permis d��tudier cette seconde sorte de comportements complexes.</p><p>y Les r�flexes conditionn�s et le b�haviorisme. Les d�veloppements m�mes de la physiologie devaient amener Pavlov* et Bechterev � la d�couverte de r�ponses r�flexes non inn�es, mais acquises par l�animal au cours d�exp�riences r�p�t�es en laboratoire dans des situations identiques.</p><p>C�est au cours d��tudes de physiologie alimentaire que Pavlov d�couvrit que les s�cr�tions salivaires et gastriques pouvaient s�effectuer � la simple perception d�un son de cloche pr�c�dant la pr�sentation de l�aliment.</p><p>Il se r�v�la que la m�thode ainsi d�-</p><p>crite �tait insuffisante pour explorer le fonctionnement du cerveau. Par contre, les ph�nom�nes observ�s �taient suffisamment complexes pour �tre �tu-di�s pour eux-m�mes et constituaient un authentique domaine d��tude de comportement. Or, c�est en des termes inspir�s du fonctionnement r�flexe que John B. Watson, � la m�me �poque (1907), avait d�fini le comportement (behavior) ; il faisait de celui-ci l�objet m�me de la psychologie en tant que discipline scientifique, s�appliquant aussi bien � l�Homme qu�� l�animal.</p><p>La r�flexologie russe fournit ainsi une base exp�rimentale et th�orique � la psychologie animale naissante.</p><p>Gr�ce � ces d�couvertes et � ces red�finitions, le dualisme Homme-animal, d�j� r�fut� sur le plan biologique</p><p>par la th�orie de l��volution, l��tait d�finitivement sur le plan psychologique : les m�canismes du conditionnement rendent compte de l�adaptation de tout individu � son milieu.</p><p>De toutes ces �tudes il ressort que le comportement se modifie en se r�p�-</p><p>tant, et le choix de celui qui est adapt� appara�t comme le r�sultat d�un processus d�� essais et erreurs � r�gi par la loi de l�effet (�nonc�e par Robert L. Thorndike).</p><p>y Le conditionnement instrumental ou</p><p>� op�rant �. La quantit� de sp�culations th�oriques suscit�es par l�interpr�tation de ces exp�riences entra�na une nouvelle r�action dont l�auteur est Burrhus Frederic Skinner (n� en 1904). Celle-ci prit la forme d�un retour � la description fid�le des faits concrets dans toute leur complexit�, comme le faisaient les objectivistes ; cependant, il ne s�agissait plus d�observation du comportement de sujets libres, mais de pure exp�rimentation en laboratoire.</p><p>Le but et la m�thode de Skinner</p><p>consistent � contr�ler du plus pr�s possible les conditions d�environnement de l�animal afin de d�terminer celles qui l�am�nent � modifier ses conduites. C�est pourquoi, loin d�admettre les �tudes en milieu naturel, Skinner � �pure � au maximum l�ambiance exp�rimentale : le Pigeon ou le Rat est plac� dans une cage (� bo�te de Skinner �) o� il ne trouve qu�une mangeoire et un levier, agenc�s de telle sorte qu�en appuyant sur celui-ci il peut remplir celle-l� ; telle est du moins la situation de base, qui peut �tre rendue plus complexe. Aucun stimulus, en principe, ne contraint l�animal � effectuer cet appui, ou � r�ponse instrumentale �, et, s�il le r�p�te � maintes reprises, c�est uniquement en raison de la satisfaction alimentaire qui en r�sulte pour lui. Le terme de r�flexes est donc abandonn� dans la mesure o� il se r�f�re au sch�ma comportemental de Watson, inspir� de la physiologie de l�arc r�flexe ; au contraire, le pri-mat est accord� � l�action de l�animal, dont la probabilit� d�apparition est r�gl�e en retour par ses cons�quences (r�ponse-r�compense).</p><p>Skinner a donc �rig� en principe directeur du comportement animal (et humain) cette s�lection des conduites par l�usage en donnant � la loi de l�effet, mentionn�e plus haut, une importance �quivalente � celle que prend le m�me principe de s�lection, en mati�re de variation g�n�tique cette fois, dans la th�orie de Darwin.</p><p>La connaissance du comportement</p><p>animal a donc, en somme, rencon-</p><p>tr� deux principaux obstacles : tout d�abord l�anthropomorphisme na�f, ensuite la tendance � la sp�culation th�orique d�tach�e des faits r�els. Le contact avec ceux-ci a d� �tre r�tabli � plusieurs reprises sous l�impulsion de naturalistes (transformistes, objectivistes), de physiologistes (r�flexolo-gistes) et de psychologues (b�havioristes, skinn�riens).</p><p>�tudes actuelles, exp�rimentales et comparatives</p><p>y Biologistes et psychologues face au comportement animal. En fait, on trouve d�une part les travaux des biologistes et des �thologistes, et d�autre part ceux des psychologues et des psychophysiologistes ; dans le premier cas on parlera plus volontiers de � psychologie compar�e � et dans le second de � psychologie exp�rimentale animale �. Or, ce serait une erreur que de vouloir qualifier de</p><p>� psychologie animale � l�un seulement de ces ensembles de recherches et de rattacher l�autre � une discipline scientifique diff�rente. En fait, chacun de ces ensembles se rattache effectivement � un corps de savoir plus g�n�ral, biologie ou psychologie, ce qui n�emp�che pas que les m�thodes d��tudes puissent �tre communes. Il convient donc de pr�ciser cette distinction portant sur les deux secteurs de la psychologie animale, leurs buts et leurs m�thodes.</p><p>1. BIOLOGIE ET COMPORTEMENT. Pour un zoologue, le comportement des individus d�une esp�ce animale caract�rise celle-ci au m�me titre que sa situation �cologique en g�n�ral. Le comportement peut m�me caract�riser l�esp�ce tout autant que sa morphologie : c�est finalement une partie de son</p><p>ph�notype ; des animaux d�apparence semblable peuvent avoir des conduites �l�mentaires tr�s diff�rentes : le Chien aboie et boit en lapant, tandis que le Loup hurle et boit par succion ; chez les petits Passereaux, les vari�t�s locales diff�rent souvent plus par la ligne m�lodique de leur chant que par leur plumage. En somme, � partir des anciennes observations des � moeurs �</p><p>des animaux par les premiers naturalistes s�est constitu�e une � syst�matique comportementale �. Celle-ci d�bouche logiquement sur une � g�n�-</p><p>tique comportementale �, qui consid�re les particularit�s du comportement de chaque esp�ce animale comme relatives � des g�nes d�termin�s et vise � savoir, par des exp�riences de croise-downloadModeText.vue.download 111 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>648</p><p>ment, lesquels sont dominants et lesquels sont r�cessifs.</p><p>C�est pourquoi, de m�me qu�on peut comparer entre elles diverses esp�ces pour en tirer des conclusions concernant leur �volution phylog�n�tique, tout aussi bien peut-on comparer de m�me leurs comportements, comme</p><p>l�ont fait Lorenz et ses �l�ves. Ceux-ci ont �tabli, par exemple, chez diverses esp�ces d�Oies sauvages la mani�re dont la conduite de cour nuptiale d�-</p><p>rive de conduites agressives ; en effet, celles-ci entrent en conflit avec la motivation g�nitale ou avec des � tabous � inn�s d�agression vis-�-vis du sexe oppos� et sont alors d�tourn�es vers un objet de substitution ou bien se � d�chargent � � vide. La r�solution de ce conflit de tendances se ritualise sous des formes d�autant plus compliqu�es et �loign�es de la manifestation des conduites �l�mentaires d�attaque ou d�approche sexuelle que l�esp�ce manifeste un plus grand degr� d��volution biologique. De tels faits ouvrent des perspectives sur l��volution du comportement animal dans un cadre temporel qui est � l��chelle des temps g�ologiques.</p><p>Ces �tudes mettent en oeuvre, aussi souvent que possible, la m�thode exp�-</p><p>rimentale. On peut citer en exemple les travaux de Nikolas Tinbergen (n� en 1907) sur la reconnaissance des parents par la jeune Mouette d�apr�s la pigmentation du bec de ceux-ci : l�exp�rimentateur pr�sente � la jeune Mouette divers becs artificiels diversement color�s et d�termine pour quels mod�les elle r�pond par l�attitude d�attente de la nourriture. Cette</p><p>� m�thode des leurres � a �galement permis de d�terminer que c��tait la couleur rouge du ventre du partenaire qui am�ne l��pinoche m�le � le consid�rer comme un rival et � l�attaquer.</p><p>On a donc pu ainsi mieux conna�tre la mani�re dont l�animal per�oit son environnement biologique et l�on a d�fini quels sont les � stimuli d�clencheurs �</p><p>propres � chaque esp�ce en relation � une conduite d�termin�e.</p><p>2. LA PSYCHOLOGIE ET L�ANIMAL.</p><p>Pour le psychologue, au contraire du biologiste, le comportement n�est pas seulement un indice int�ressant ou un moyen d��tudes du r�gne animal : il est en soi un objet d��tudes dont il importe de conna�tre les lois g�n�rales. Le fait d�utiliser des sujets animaux facilite simplement certaines approches exp�-</p><p>rimentales que la morale n�autoriserait pas s�il s�agissait de sujets humains. De plus, en �tudiant des organismes moins complexes que l��tre humain, on peut esp�rer atteindre chez eux, sous une forme simple et pure, certaines fonctions comportementales �l�mentaires.</p><p>En raison du caract�re primordial accord� aux variables � situationnelles �, on perd de vue l�aspect de spontan�it� du comportement, et en cherchant � tenir constants les facteurs relatifs aux animaux �tudi�s, afin de faciliter la comparaison des r�sultats obtenus dans diff�rentes situations exp�rimentales sans l�entacher de la variabilit� attribuable aux sujets eux-m�mes, on est conduit � restreindre consid�rablement le nombre des esp�ces animales pouvant fournir des sujets d�exp�rience.</p><p>De plus, par souci de rapprochement avec la psychologie humaine, ce sont principalement les Mammif�res qui ont �t� �tudi�s, et m�me il ne s�agit que de deux ou trois esp�ces : le Chien pour les �tudes de conditionnement classique et le Rat ou parfois le Macaque pour les</p><p>travaux des b�havioristes et de leurs successeurs. Mais il y a plus encore : toujours dans le but de r�duire la variabilit� d�origine biologique, on a s�lectionn� des lign�es pures de Rats de laboratoire, de sorte qu�une �tude donn�e ne concerne m�me pas l�esp�ce Rattus Norvegicus, ni m�me sa vari�t� albinos domestique, mais une souche d�termin�e au sein de cette vari�t�, qui conf�re leur pedigree aux sujets et les caract�rise. En outre, lorsqu�on sait que les sujets doivent �tre d��ge comparable et qu�on pr�f�re les m�les aux femelles pour �viter les fluctuations comportementales dues au cycle ovarien, on voit que le risque est grand d�aboutir non point � une psychologie g�n�rale, mais � une monographie concernant le Rat albinos m�le de souche Wistar, �g� de huit � dix semaines.</p><p>Ce d�faut n�a pas �chapp� aux praticiens du conditionnement instrumental, car, leur but �tant de prouver la g�n�ralit� du contr�le des actions par leurs cons�quences, ils devaient montrer que le comportement de tous les organismes �volue de la m�me fa�on dans des conditions de � renforcement � semblables.</p><p>� certains �gards, cette prise de position a eu des cons�quences heureuses : par exemple, les r�gles de s�lection g�n�tique des Rats de laboratoire ne constituent plus des contraintes imp�ratives. Cependant, il ne serait pas r�aliste d�attendre la m�me performance de la part d�un Poisson que de celle d�un Rat ou d�un Singe. C�est pourquoi certains chercheurs ont r�solument repris l�attitude comparative, et il convient de citer � cet �gard le passionnant ensemble de travaux de Bit-terman et de ses �l�ves, qui ont montr� que ce qui �volue avec la c�phalisation dans la lign�e des Vert�br�s, c�est l�aptitude � s�adapter aux inversions de la valeur conditionnelle de r�ponses faciles � discriminer. Ainsi, un Poisson peut apprendre, comme un Rat, � appuyer sur un levier no 1 pour obtenir de la nourriture et � �viter de toucher � un levier no 2 qui n�en procure pas ; mais si l�on rend efficace, � ce moment, l�appui sur le levier no 2 et non sur le levier no 1, le Poisson aura beaucoup plus de mal que le Rat � se r�adapter �</p><p>cette nouvelle � r�gle �, et la diff�rence s�accentuera si l�on proc�de � de nouvelles inversions.</p><p>A. Les th�mes d��tude. Les r�ponses fournies par un animal plac� dans une situation donn�e peuvent arriver, notamment au cours de r�p�titions successives, � t�moigner d�une certaine adaptation propre � l�individu qui les �met. C�est pourquoi le psychologue, �tudiant comme le physiologiste les m�canismes d�adaptation fonctionnelle, constate et mesure des r�gulations comportementales, et son principal int�r�t porte sur les modifications du comportement individuel : en cela, il diff�re profond�ment du biologiste, tourn� vers le comportement inn�. Ces modifications de la conduite peuvent consister en acquisitions (conditionnement, apprentissage, m�moire) ou en dysfonctionnement des grandes fonctions (fatigue, n�vrose exp�rimentale, inhibitions) ; elles sont constatables et contr�lables au niveau individuel de mani�re objective et exp�rimentale.</p><p>Cependant, la plausibilit� de manifestation de ces conduites nouvelles, cr��es au laboratoire, dans le cadre de vie naturelle de l�esp�ce �tudi�e, constitue un probl�me que les �thologistes ont soulev� et transform� en critique. Quoi qu�il en soit, la question n�est pas l� pour le psychologue : quel que soit le caract�re artificiel des r�ponses �tudi�es, l�essentiel est d�explorer la possibilit� de leur acquisition et les m�canismes de celle-ci.</p><p>On peut consid�rer qu�il existe deux grands types de th�mes d��tude et de comportements observ�s. Dans les travaux des b�havioristes et de leurs successeurs, les animaux sont soumis � une vari�t� de situations impliquant l�adaptation � une t�che donn�e. Ces diverses situations autorisent toujours une multiplicit� de r�ponses possibles, parmi lesquelles l�animal doit s�lectionner celle qui est correcte, c�est-�-</p><p>dire celle qui lui permet de satisfaire le besoin (faim ou peur) qui le motive. De plus, quelle que soit leur complexit�, l�animal s�y trouve confront� d�em-bl�e : c�est sa ma�trise progressive du probl�me ou son �chec qui constitue le r�sultat cherch�, sous forme d�une croissance de la proportion de r�ponses</p><p>correctes ou d�une �limination des erreurs au fil des essais successifs.</p><p>Les conduites �tudi�es se rapportent essentiellement aux grands chapitres d��tude des principales fonctions psychiques : l�orientation dans un labyrinthe chez le Rat (J. B. Watson, E. C. Tolman, I. Krechewsky), l�activit� d�exploration (Montgommery), les possibilit�s de discrimination visuelle (formes, couleurs, profondeur), les fixations sur une r�ponse donn�e en cas de conflit (N. R. F. Maier), les troubles de la socialisation chez le Singe (Harlow), la peur et l��vitement (C. L. Hull, H. O. Mowrer, R. L. Solomon). Dans une direction encore plus tourn�e vers la psychopathologie, on peut citer l��tude des d�terminants sensoriels et psychiques des crises convulsives et les d�ficits de m�moire qui s�ensuivent, ainsi que les travaux motiv�s par l�astronautique sur l�effet des radiations ionisantes sur les performances dans une t�che donn�e.</p><p>Les �tudes de conditionnement, classique ou instrumental, repr�sentent la seconde cat�gorie d�approche exp�rimentale du comportement animal, et les r�ponses recueillies sont assez diff�rentes de celles qui viennent d��tre rapport�es. Tout d�abord, il s�agit de r�ponses autres que celles de locomotion : dans le conditionnement classique, l�animal est immobilis� dans un harnais jusqu�� ce qu�il ne cherche plus � fuir ; dans le conditionnement instrumental, l�exp�rience ne commence qu�� partir du moment o� le sujet a d�-</p><p>couvert l�usage du levier dans la bo�te de Skinner et o� il cesse d��mettre des r�ponses d�investigation pour se borner � appuyer sur cet � instrument �. Dans les deux cas, on dit que � la topographie des r�ponses doit �tre fix�e �, ce qui permet d�ailleurs de contr�ler au mieux les conditions d�environnement dans lesquelles elles sont �mises.</p><p>D�autre part, ces r�ponses sont fort peu vari�es : il s�agit toujours de salivation ou de retrait de la patte dans le cas des conditionnements classiques � la nourriture ou au choc �lectrique, ou bien d�appui sur un levier (pour le Rat) ou sur un disque (pour le Pigeon) dans le conditionnement op�rant. Cet �tat de choses r�pond � l�intention de</p><p>d�montrer qu�une m�me r�ponse peut downloadModeText.vue.download 112 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>649</p><p>�tre induite, apr�s conditionnement, par toute une vari�t� de stimuli : en cela, les praticiens du conditionnement prennent le contre-pied des objectivistes, qui �tudient au contraire des conduites sp�cifiques de r�ponses � des</p><p>� stimuli d�clencheurs � tout aussi sp�-</p><p>cifiques. C�est d�ailleurs pour prouver la g�n�ralit� des lois du conditionnement que l�on fait appel � des r�ponses</p><p>� neutres � telles que l�appui sur un levier, car ces r�ponses ne font partie du</p><p>� r�pertoire naturel � d�aucune esp�ce.</p><p>Le but de la proc�dure est de suivre dans leur d�tail les modifications du comportement et de les contr�ler en rendant peu � peu plus complexes les conditions pour lesquelles les r�ponses sont r�compens�es ou � renforc�es �.</p><p>Les skinn�riens le justifient en disant qu�il est plus exact de d�terminer, par modifications graduelles des variables exp�rimentales, quelles sont les modalit�s de renforcement qui modifient la conduite dans tel ou tel sens (augmentation ou diminution de la fr�quence d�appuis) que d��mettre des conjec-tures th�oriques quant � la mani�re dont l�animal a pu s�adapter ou non � une t�che donn�e pr�sent�e d�embl�e dans toute sa complexit�, ainsi que le font les b�havioristes classiques.</p><p>B. L�interpr�tation des r�sultats d�exp�rience. Les �tudes exp�rimentales classiques (b�havioristes, r�flexo-logistes) s�efforcent de comparer les r�sultats relatifs � diverses conditions ou situations auxquelles sont soumis des groupes d�animaux comparables.</p><p>Une m�me proc�dure exp�rimen-</p><p>tale est appliqu�e � tous les animaux relevant d�une m�me condition, ce qui autorise � synth�tiser les r�sultats num�riques sous forme de statistiques de groupes. Le plan d�exp�rience est d�ailleurs �tabli en vue d�une telle �laboration statistique, ce qui a l�avantage de permettre d��prouver les effets de plusieurs variables exp�rimentales.</p><p>Dans le conditionnement op�rant, au contraire, les sujets sont suivis individuellement et pas � pas, de sorte que leur �ventuel manque d�homog�n�it� importe peu : la statistique est donc difficilement applicable au traitement de telles donn�es ; l�essentiel �tant de d�terminer quelles conditions de renforcement modifient la fr�quence des r�ponses. Les skinn�riens ne se contentent pas de r�sultats indiquant une modification seulement probable de la performance, mais agissent sur les conditions de renforcement jusqu�� obtenir une modification assez nette du comportement pour que toute inf�rence statistique soit inutile. Leurs r�sultats portent donc sur un grand nombre de r�ponses �mises par tr�s peu de sujets.</p><p>y Applications modernes au domaine pratique. Souvent ignor�es, ces applications t�moignent de la vitalit� des recherches concernant le comportement animal par les prolongements pratiques qu�elles leur donnent.</p><p>1. Les tropismes et la p�che. Le galvanotropisme des Poissons se manifeste par une nage rapide en direction de l�anode dans un champ �lectrique polaris�. Cette r�action est mise � profit pour effectuer des � inventaires de population � sur un tron�on de cours d�eau : l�abondance des captures permet de juger de l�empoissonnement local.</p><p>Les Poissons sont �galement attir�s par la lumi�re artificielle, la nuit surtout. Des essais r�cents ont montr� la possibilit� d�effectuer par ce moyen la p�che industrielle en mer : le prix de revient en est beaucoup plus bas que celui des m�thodes traditionnelles utilisant un app�t. Les Poissons attir�s par phototropisme se groupent habituellement � quelque distance des lampes dans une r�gion d��clairement moyen, correspondant � leur photopr�f�rendum ; en vue de les rassembler le plus possible au moment de les encercler dans le filet, on diminue l�intensit� lumineuse des lampes pour qu�ils se rapprochent de celles-ci.</p><p>2. Applications de l��thologie objectiviste. La m�thode des leurres est utilis�e pour d�peupler une r�gion</p><p>d�h�tes ind�sirables tels que les Corneilles en diffusant le cri d�alarme de cette esp�ce � l�endroit o� se trouvent leurs nids ; inversement, on a pu attirer dans un pi�ge des Moustiques m�les en diffusant pr�s de celui-ci la fr�quence sonore �mise par les femelles de cette esp�ce.</p><p>3. Le conditionnement et l��levage.</p><p>Les h�tes d�une porcherie mod�le souvent visit�e avaient associ� la venue d��tres humains � la nourriture que ceux-ci pouvaient leur apporter. La fr�quence des visites renouvelait trop souvent ces r�ponses d�approche, et il s�ensuivait un ralentissement de la croissance pond�rale des Porcs du fait de l�exercice musculaire qu�ils se donnaient ainsi. Un conditionnement</p><p>� discriminatif � au son d�une cloche a permis de supprimer ces r�actions intempestives, tout en laissant possible la venue de visiteurs.</p><p>Le danger de croupissement de</p><p>l�eau dans les abreuvoirs de Bovins domestiques est actuellement �vit� par l�usage d�un abreuvoir individuel plac� dans la stalle de chaque Bovin, et dont le remplissage est subordonn� � l�appui du mufle de l�animal sur le fond du r�-</p><p>cipient et le vidage � la cessation de cet appui. La restriction des mouvements du Bovin est facilit�e par l�exigu�t� de la stalle, ce qui facilite l��mission de la r�ponse requise en fixant d�embl�e sa � topographie � et en excluant une grande vari�t� d�autres formes d�activit� ; de la sorte, le conditionnement de l�animal s�op�re rapidement de lui-m�me.</p><p>Si ces applications n�approfondissent pas notre connaissance du comportement animal, elles n�en constituent pas moins des preuves de la fermet� des acquisitions scientifiques d�j� r�alis�es dans ce domaine, du fait m�me de leurs implications �conomiques.</p><p>y Diversit� des domaines d��tude du comportement animal. �thologie, psychologie exp�rimentale, conditionnement op�rant, tels sont, semble-t-il, les trois principaux modes d��tude du comportement animal.</p><p>La diversit� de ces disciplines n�est</p><p>� regretter que si elle entra�ne un cloisonnement, mais elle est au contraire un gage de f�condit� si elle permet des �changes de r�sultats et de conceptions. Il ne s�agit, en effet, que d�une diff�rence de points de vue port�s sur un m�me objet, qui est le comportement animal, et, en d�pit des particularit�s des divers probl�mes abord�s, les r�gles logiques de l�exp�rimentation fondent toujours l�accord des esprits quant � la port�e des r�sultats recueillis.</p><p>Principaux comportements et</p><p>aspects divers des conduites chez l�animal</p><p>y L�animal et son environnement</p><p>physique.</p><p>1. PERCEPTION. Le r�sultat le plus important des �tudes sur les fonctions perceptives chez l�animal r�side dans l�extr�me diversit� des � univers sensoriels � sp�cifiques, et notamment dans leur diff�rence avec celui de l��tre humain. La longueur d�onde n�est pas �galement per�ue par tous les animaux : ainsi, le Rat, dont la r�tine ne poss�de pas de cellules � c�nes, ne pa-ra�t pas distinguer les couleurs, tandis que les Tortues en sont tr�s capables.</p><p>Le plan de polarisation de la lumi�re solaire, qui nous �chappe, est tr�s perceptible pour l�Abeille* et peut suffire � guider ses d�placements hors de la ruche.</p><p>Dans le domaine de l�audition, nous savons depuis peu que le Chien est capable d�entendre des ultrasons, � tel point qu�on fabrique des sifflets pour chiens policiers. Les Chauves-Souris sont capables de se diriger ainsi et de capturer leurs proies par �cholocation ; il en est de m�me pour certains C�ta-c�s comme les Dauphins. Autre rep�-</p><p>rage par �mission-r�ception, l��lectro-location est pratiqu�e par la plupart des Poissons d�eau douce capables d��mettre des d�charges �lectriques.</p><p>Les � tropismes � sont actuellement con�us et d�crits comme � r�actions d�orientation �, qui d�pendent fortement de l��tat de motivation de l�organisme : ainsi, le phototropisme n�gatif, pr�tendu caract�ristique des Termites, devient positif chez ces animaux � l�oc-</p><p>casion du vol nuptial. Par ces r�actions, l�animal tend � se maintenir dans son environnement �cologique sp�cifique (biotope), d�fini par le recoupement de diverses zones de � pr�f�rendum �, de telle sorte qu�il s�journe dans un lieu qui n�est, pour lui, ni trop chaud ni trop froid, ni trop �clair� ni trop sombre, etc. De tels d�placements peuvent �tre orient�s, comme la plupart de ceux qu�induit une source lumineuse, ou bien ils peuvent r�sulter d�un effet probabiliste, auquel cas on les d�nomme cin�ses. Les r�actions d�orientation sont ainsi responsables de certaines sortes de migrations, comme celles des Sardines, qui, pour rester dans les eaux dont la temp�rature correspond � leur thermopr�f�rendum sp�cifique, suivent les nappes de transgression oc�aniques et migrent annuellement du sud au nord et vice versa.</p><p>2. ORIENTATION SPATIALE PROCHE. La connaissance des lieux o� vit l�animal et caract�risant son biotope est telle que les capacit�s d�apprentissage n�-</p><p>cessairement requises par cette adaptation ont, depuis longtemps, suscit� l��tonnement et amen� les chercheurs � les �tudier : la conclusion actuelle est qu�il n�existe pas de � myst�rieux sens de l�espace � et que l�animal utilise tous les indices spatiaux dont il dispose en fonction des particularit�s de l�environnement et de son �quipement sensoriel sp�cifique : la st�r�otypie motrice joue un grand r�le chez le Rat, sous le contr�le, toutefois, des rep�res locaux de nature visuelle, tactile et olfactive.</p><p>Par contre, les donn�es visuelles jouent un r�le primordial chez le Pigeon ; les hypoth�ses concernant sa pr�tendue sensibilit� au champ magn�tique terrestre n�ont pu �tre v�rifi�es.</p><p>downloadModeText.vue.download 113 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>650</p><p>3. MIGRATIONS. L�animal peut quitter son biotope pour une longue dur�e, se fixer dans un autre lieu tr�s distant et revenir ensuite au premier. Bien que les motivations de ces d�placements soient alimentaires (voyage des Oiseaux d�Europe vers l�Afrique, migration d�avalaison des Saumons) ou sexuelles</p><p>(retour des Oiseaux d�Europe pour la nidification au printemps, remont�e du Saumon), ou les deux, c�est � la suite des comportements de locomotion pr�-</p><p>c�demment mentionn�s qu�il convient de les �tudier � leur tour. En effet, le principal probl�me qui se pose � leur sujet concerne les rep�res d�orientation qui peuvent guider les esp�ces migratrices, et qui sont parfois surprenants.</p><p>Par exemple, l�indice spatial qui guide principalement les d�placements lointains des petits Passereaux d�Europe est constitu� par la position des rep�res c�lestes, y compris les astres nocturnes. Le plus extraordinaire est qu�il y a chez ces esp�ces une compensation temporelle de l�estimation de l�angle de route � adopter par rapport � ces re-p�res en fonction de la saison � laquelle a lieu la migration. Par contre, on ne sait pas encore comment les Saumons retrouvent l�embouchure de leur fleuve d�origine une fois qu�ils sont en mer, afin de revenir � leur fray�re. Lorsqu�on sait que des Saumons de l�Adour, marqu�s et rel�ch�s par M. Fontaine et R. Vibert, ont �t� rep�ch�s au large du Finist�re, on mesure l�ampleur de tels d�placements marins. En revanche, on sait comment les Saumons se dirigent vers leur fray�re une fois qu�ils se sont engag�s dans l�embouchure du fleuve, c�est-�-dire comment, � chaque carrefour form� par un affluent, ils discriminent le chemin correct : ce choix est fond� sur l�olfaction, ce qui suppose un extr�me d�veloppement de cette sensibilit� chez le Saumon ; en effet, A. D. Hasler et W. J. Wisby ont montr� que l�occlusion des narines chez les Saumons canadiens les am�ne � s��garer en s�engageant dans les affluents ne conduisant pas � leur fray�re.</p><p>4. ACTIVIT�S DE CONSTRUCTION. La construction est un mode d�am�nagement de l�environnement physique et peut r�pondre � diverses motivations : elle est parentale dans le cas de la nidification chez les Oiseaux ; elle est alimentaire lorsqu�il s�agit d�un pi�ge, comme la toile des Araign�es.</p><p>Cette construction a servi de test pour diverses drogues : le plan de la toile perd toute r�gularit� sous l�effet de la caf�ine, tandis que d�autres drogues, comme le L. S. D., au contraire, rendent cette toile encore plus r�guli�re</p><p>que dans les conditions normales. La construction peut �galement r�pondre � un simple but d�habitation, comme les nids des Insectes sociaux, dont les ruches et certaines termiti�res constituent les exemples les plus parfaits.</p><p>Enfin, elle r�alise une v�ritable modification du biotope ambiant dans le cas des digues et des barrages �difi�s par les Castors.</p><p>y L�animal et son environnement</p><p>biologique.</p><p>1. LE COMPORTEMENT ALIMENTAIRE.</p><p>Les conduites de capture de la proie ont �t� �tudi�es chez les Insectes carnassiers, par exemple chez la larve de Libellule par J. Rostand et chez la Mante religieuse par Mittelstaedt, qui a pu �tablir toute une th�orie cybern�-</p><p>tique de coordination sensori-motrice � partir de ses exp�riences sur la r�ponse de pr�hension d�une cible en mouvement chez cet Insecte.</p><p>Les conduites d�amassage et de</p><p>constitution de r�serves de nourriture sont connues chez les Abeilles (miel), chez les Fourmis et chez les Rats.</p><p>2. LE COMPORTEMENT SEXUEL. Les</p><p>d�terminants du comportement sexuel ont �t� �tudi�s chez les Gallinac�s domestiques et chez les Canards. Ainsi, l�ablation des gonades chez le Poulet, suivie de la greffe des gonades du sexe oppos�, d�termine, outre les modifications morphologiques, un changement de comportement, notamment</p><p>le chant, l�agressivit� et l�app�tition sexuelle elle-m�me. Chez le Canard m�le, Beno�t a d�couvert que la maturation des gonades et la manifestation de l�app�tition sexuelle �taient sous le contr�le de la quantit� d��clairement diurne : les testicules d�un Canard dont la t�te est maintenue recouverte d�un capuchon restent petits. On comprend ainsi qu�� l�allongement des jours au printemps corresponde une augmentation de l�activit� sexuelle.</p><p>Chez beaucoup d�esp�ces, les motivations sexuelles induisent, vis-�-vis du sexe oppos�, des activit�s pr�copu-latoires caract�ristiques, consistant � fournir au partenaire des stimuli tactiles (contacts d�antennes chez certains Insectes) ou sonores (stridula-</p><p>tions, chants), ou visuels (� roue � du Paon). On conna�t ainsi des parades nuptiales aussi bien chez les Arthropodes (Araign�es, Scorpions) que chez les Poissons (�pinoche) et chez les Oiseaux. R�ciproquement, les individus de m�me sexe peuvent �tre l�objet d�agressivit�, cela �tant surtout vrai pour les m�les (combats de Coqs) et sp�cialement lorsqu�il y a formation d�un � territoire � comme chez les L�zards ou certains Poissons des r�cifs coralliens.</p><p>3. LE COMPORTEMENT PARENTAL. Les soins aux jeunes se manifestent d�s la ponte par le choix de l�emplacement o� se fait celle-ci et parfois par l�apport de nourriture aupr�s des oeufs, dispos�e l� � l�intention des jeunes (Hym�nopt�res paralyseurs), ou m�me par l�apport de nourriture fra�che aux jeunes apr�s �closion (� becqu�e � des Oiseaux).</p><p>Choix de l�emplacement de ponte et</p><p>� pr�vision � de nourriture peuvent se confondre dans le cas de certains Insectes (� Mouches � fruits �, certains Charan�ons et surtout Hym�nopt�res porte-tari�re), qui d�posent directement leurs oeufs � l�int�rieur d�une plante ou d�un autre animal vivant, que leur larve rongera.</p><p>4. LE COMPORTEMENT SOCIAL. Les rassemblements animaux peuvent rev�tir diverses formes : outre les effets dus au rapprochement des sexes et aux groupements � familiaux �, dont la motivation n�est pas purement sociale, il y a une grande diversit� d�associations entre individus.</p><p>Il faut citer tout d�abord l�existence d�une sociabilit� intersp�cifique, c�est-</p><p>�-dire entre individus d�esp�ces diff�-</p><p>rentes. Les ph�nom�nes de symbiose, de parasitisme, de commensalisme re-l�vent plut�t de la biologie, et on peut rappeler � ce sujet l�association bien connue entre certains Pagures et une Actinie, qu�ils transportent et qui les</p><p>� prot�ge �, probablement bien malgr� elle. Par contre, il est int�ressant de signaler l�existence de relations de � nettoyage �, telles que celles qui se produisent entre certains petits Poissons de r�cifs et de gros M�rous ou entre le Crocodile du Nil et un petit Passereau, le Trochile, ou entre les Buffles et un</p><p>petit �chassier, l�Aigrette, ou Pique-Boeuf. Le b�n�fice d�une telle association est certainement alimentaire pour le � nettoyeur � ; on ne sait pas avec certitude ce qu�il peut �tre pour l�autre partenaire : la fuite du nettoyeur en pr�sence d�un danger �ventuel peut lui donner l�alerte. Il existe d�autres formes de groupements intersp�cifiques dont les raisons d��tre sont mal connues, comme les associations de bandes de Gnous et de Z�bres.</p><p>N�anmoins, c�est la sociabilit�</p><p>intrasp�cifique qui constitue le ph�-</p><p>nom�ne majeur du comportement social, d�autant plus qu�il se manifeste de plusieurs fa�ons diff�rentes. Les</p><p>� foules � ne sont que des rassemblements fortuits d�individus dans un biotope restreint, tandis que de telles contraintes n�existent pas dans les</p><p>� agr�gats �, de sorte que le rassemblement r�sulte vraiment d�une inte-rattraction des individus, sous forme de gr�garisme inorganis� : c�est le cas des � rookeries � d�Oiseaux de mer ; enfin, on trouve de v�ritables soci�t�s structur�es. Parmi celles-ci, il y a de simples groupes hi�rarchis�s, comme ceux des Gallinac�s domestiques, comprenant un individu � dominant � qui peut frapper du bec tous les autres, un</p><p>� paria � que tous frappent sans qu�il ose se d�fendre et des individus occupant des � rangs � interm�diaires. Cette structure sociale se retrouve dans les groupes de Chiens, de Babouins, etc.</p><p>Les Insectes sociaux forment des so-ci�t�s beaucoup plus complexes, avec formation de � castes � d�individus sexu�s et neutres, ces derniers pouvant m�me se diviser le travail sur la base de sous-castes (� ouvriers � et � soldats �</p><p>des Termites et de certaines Fourmis) ou bien sur celle de l��ge (les Abeilles ouvri�res sont successivement venti-leuses, nourrices, ciri�res, puis butineuses). La biologie et le comportement de l�individu sont profond�ment modifi�s par cette vie communautaire, au point que sa survie est impossible en dehors du groupe, si bien qu�on a pu d�crire ce dernier comme un � superorganisme �. Il faut noter, toutefois, que ces effets de groupe se retrouvent dans presque tous les cas de rassemblements chez les animaux, surtout s�ils sont importants, et qu�ils soient</p><p>structur�s ou non, comme les vols de Criquets P�lerins ou comme les bancs de Poissons p�lagiques (Sardines, An-chois, Harengs, etc.), � tel point que ces derniers sont, � pr�sent, d�crits eux aussi comme des � superorganismes �</p><p>en ce qui concerne leurs activit�s d�alimentation, de reproduction et de migration.</p><p>y Les fonctions psychologiques chez l�animal. Les travaux et les r�sultats concernant les ph�nom�nes de conditionnement et d�apprentissage adaptatif � une t�che donn�e ont �t� expos�s plus haut ; il convient, � pr�-</p><p>sent, de souligner combien la g�n�ralisation de ces faits � l�ensemble de la vie et du comportement de l�animal dans les conditions naturelles serait erronn�e. En effet, sous la pression de ses besoins, l�animal peut s�adapter � son milieu physique et biologique � la suite d�essais et d�erreurs r�p�t�s, mais encore faut-il que les circonstances permettent une telle r�p�tition. En effet, on con�oit mal que, dans certains cas, la proie puisse downloadModeText.vue.download 114 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>651</p><p>apprendre � �chapper au pr�dateur, en raison du caract�re imparable de l�attaque de ce dernier ; tel doit �tre le cas de la Mouche vis-�-vis de la Mante religieuse, pr�s de laquelle elle s�est pos�e, ou m�me du Mulot surpris par un Hibou au vol silencieux et aux serres puissantes : la victime ne per�oit le pr�dateur qu�au moment o� celui-ci la saisit, sans r�mission, et la seule chance de survie de l�esp�ce attaqu�e r�side alors dans sa f�condit� et dans la raret� relative de l�attaquant (mais cela est une question d��quilibre biologique et rel�ve de l��cologie).</p><p>Il est remarquable que de jeunes Gallinac�s, sans exp�rience pr�alable, r�agissent imm�diatement de fa�on adapt�e � une silhouette d�Oiseau en fonction de son sens de d�placement, la faisant para�tre comme un Rapace (cou court et longue queue) ou, dans la direction inverse de � vol �, comme un Palmip�de (long cou et courte queue) :</p><p>dans le premier cas, ils se cachent, tandis qu�ils ne manifestent aucune frayeur dans le second cas. Une telle pr�adaptation est certainement plus efficace pour la survie de l�esp�ce qu�une discrimination acquise de la forme des Oiseaux volant au-dessus d�eux : bien peu de sujets survivraient � d��ventuelles attaques r�p�t�es de Rapaces pour assurer la perp�tuation de leur esp�ce.</p><p>Cependant, le milieu social est favorable � la r�p�tition d�exp�riences, de sorte que l�apprentissage est possible et m�me obligatoire, sans toujours ressembler aux ph�nom�nes d�acquisition de conduites �tudi�s au laboratoire.</p><p>Un exemple frappant en est constitu� par le ph�nom�ne d�� empreinte � : un Canard qui est �lev� dans l�isolement ne recherche plus ensuite la soci�t� de ses cong�n�res s�il est remis en leur pr�sence, mais se tourne au contraire vers son soigneur ou vers d�autres humains. Mais si le jeune Oiseau est laiss� quelques jours apr�s sa naissance au contact des autres Canards, puis isol� ensuite, il manifestera n�anmoins la sociabilit� caract�ristique de son esp�ce. Celle-ci n�est donc inn�e que dans la mesure o� elle a �t� actualis�e et fix�e gr�ce aux stimuli ad�quats fournis par le milieu social � un moment d�termin� de la vie de l�individu.</p><p>L�influence de ces exp�riences pr�-</p><p>coces sur le d�veloppement des fonctions �motionnelles en milieu social a �galement �t� mise en �vidence chez le Macaque par Harlow : le Singe �lev� sans m�re, au biberon, pr�sente par la suite, � l��ge adulte, des d�ficiences du comportement sexuel et maternel.</p><p>La vie sociale permet �galement des imitations et des conditionnements.</p><p>On sait, par exemple, que les jeunes Passereaux n�ont pas peur de l��tre humain, mais qu�ils finissent par ac-qu�rir cette crainte en entendant leurs parents pousser le cri d�alarme de leur esp�ce lorsqu�un humain les approche.</p><p>L�apprentissage par imitation dans les conditions naturelles a �t� constat� chez les Chimpanz�s : certains de ces Singes savent utiliser des branches ef-feuill�es pour fouir le sol ou attirer vers eux les fruits, mais ce savoir-faire ne se trouve que dans certaines � bandes �, dont les individus se le transmettent</p><p>probablement par imitation. Au laboratoire, on a pu faire acqu�rir des conditionnements op�rants � des Souris et � des Rats par simple observation d�un cong�n�re d�j� conditionn�.</p><p>La transmission des informations en milieu social am�ne � �voquer le r�le de la fonction symbolique dans les conduites animales. L�exemple le plus spectaculaire, d� aux travaux de K. von Frisch, est constitu� par la signification des � danses � qu�effectuent les Abeilles* butineuses lors de leur retour � la ruche et qui indiquent � leurs cong�n�res la situation des fleurs dont elles viennent de r�colter le pollen. Si cette relation n�implique pas un dialogue, elle ne diff�re cependant gu�re de celle de commandement suivi d�ex�-</p><p>cution dans l�esp�ce humaine. D�ailleurs, il existe de multiples conduites, notamment celles de parade sexuelle, dans lesquelles il y a une alternance de signaux sonores, moteurs ou posturaux entre m�le et femelle, si bien qu�on peut parler de r�ciprocit� de la communication entre les deux individus.</p><p>Toutefois, il ne faudrait pas sures-timer les capacit�s d�intercommunication des animaux : leur d�faut d�entraide en fournit une preuve (plusieurs Fourmis transportant une seule proie, par exemple). Si les constructions collectives des Termites ou des Abeilles paraissent concert�es, cela est d� au fait que l�apport de mati�re de chaque individu et l�endroit o� il est d�pos� sont r�gis par l�aspect de la somme de travail d�j� r�alis� : cette synergie apparente, ou stigmergie, comme l�a d�nomm�e P.-P. Grass�, tient lieu de plan d�ensemble.</p><p>y L�animal et l�Homme. Ainsi donc, le langage animal ne para�t pas d�passer l�expression �motionnelle d��tats organiques : peur pour le cri d�alarme, faim pour l�appel � la nourriture, ap-p�tition sexuelle pour les mimiques et cris de parade. Au contraire de ce qui caract�rise le langage humain, il n�y a pas chez l�animal de m�diatisation des objets par des � mots � correspondants : � grand-peine a-t-on pu faire apprendre � un Orang-Outan et � un Chimpanz� � prononcer le mono-syllabe anglais cup pour demander �</p><p>boire. D�ailleurs, la m�diatisation sur le plan moteur et mat�riel lui-m�me est extr�mement rare chez l�animal dans les conditions naturelles : l�utilisation d�une �pine pour extraire les Insectes de leurs trous chez un Gros-Bec des Galapagos ou l�usage d�un caillou pour tasser la terre qui bouche et camoufle l�entr�e du terrier chez certaines Ammophiles restent des exceptions. Plus proche de l�outil humain est l�usage du b�ton fouisseur chez le Chimpanz�. Ce Singe s�est d�ailleurs av�r� capable, en captivit�, d�apprendre la valeur symbolique arbitraire de simples jetons, qu�on lui avait appris � utiliser pour actionner un distributeur automatique de nourriture. Mais ces capacit�s de m�diation ne se manifestent que chez des Primates �volu�s, proches de l�Homme.</p><p>En somme, l�animal doit � la perfection relative de son �quipement nerveux et sensori-moteur une adaptation �troite � son biotope sp�cifique et, par cons�quent, une d�pendance de chaque instant vis-�-vis de cet environnement. Au contraire, chez l�Homme, le d�faut relatif de r�ponses st�r�otyp�es sp�cifiques et d�ob�dience � des stimuli d�clencheurs contraignants, combin� � la lenteur de sa croissance et de sa maturation nerveuse, lui permet d�apprendre une grande vari�t� de conduites dans un milieu social qui transmet � l�individu toute une vari�t� de mod�les de comportements � imiter et qui d�veloppe l�usage de la fonction symbolique. L�influence du redressement corporel, d�veloppant les activit�s de pr�hension et de manipulations, a sans doute �galement contribu� � la supr�matie intellectuelle humaine.</p><p>Enfin et surtout, du fait du nombre de ses neurones et de la complexit� de ses centres c�r�braux, l�Homme dispose de capacit�s d�int�gration qui lui permettent cette aptitude � m�diatiser et � symboliser, atteignant ainsi le niveau de l�abstraction et de son expression verbale au niveau conceptuel ; en cela sa conduite se s�pare radicalement de celle des animaux.</p><p>M. B.</p><p>&#x25B6; Adaptation / Agressivit� / B�haviorisme /</p><p>Comportement / Conditionnement / Instinct /</p><p>Migrations animales / Orientation / R�flexe.</p><p>B B. F. Skinner, The Behavior of Organisms (New York, 1938). / N. Tinbergen, A Study of Instinct (Oxford, 1951 ; trad. fr. l��tude de l�instinct, Payot, 1953) ; Curious Naturalists (Londres, 1958 ; trad. fr. Carnets d�un naturaliste, Hachette, 1961). / J. G. Holland et B. F. Skinner, The Analysis of Behavior (New York, 1961). /</p><p>K. Z. Lorenz, Evolution and Modification of Behaviour (Chicago, 1965 ; trad. fr. �volution et modification du comportement, Payot, 1967). /</p><p>W. K. Honig (sous la dir. de), Operant Behavior.</p><p>Areas of Research and Application (New York, 1966). / M. Richelle, le Conditionnement op�-</p><p>rant (Delachaux et Niestl�, 1966). / P.-P. Grass� (sous la dir. de), la Vie des animaux (Larousse, 1969-70 ; 4 vol.). / C. F. Sacchi et P. Testard, �cologie animale. Organismes et milieu (Doin, 1971). / M. Cuisin, le Comportement animal (Bordas, 1973). / R. A. Hinde, le Comportement animal (P. U. F., 1975 ; 2 vol.).</p><p>animation</p><p>Technique cin�matographique qui permet toute composition de mouvement visuel proc�dant d�une succession de phases enregistr�es gr�ce � la photographie image par image : dessin anim� sur Cellulo�d, dessin direct sur pellicule, animation d��l�ments d�coup�s, marionnettes, etc.</p><p>Les pionniers du</p><p>dessin anim�</p><p>Le Fran�ais �mile Reynaud (1844-</p><p>1919) peut �tre consid�r� comme le v�ritable inventeur du dessin anim� sous forme de film. Cherchant � perfectionner un appareil de sa propre invention, le praxinoscope (1877), il fait breveter en 1888 le � Th��tre optique �, qui a pour but � d�obtenir l�illusion du mouvement non plus limit� � la r�p�tition des m�mes gestes � chaque tour de l�instrument comme cela se pr�sente dans le zootrope de l�Anglais W. G. Horner, la plus remarquable transformation du ph�nakistis-cope du Belge J. A. Plateau, mais ayant au contraire une vari�t� et une dur�e ind�finies et produisant ainsi de v�ritables sc�nes anim�es d�un d�veloppement illimit� �. Reynaud, avec une patience incroyable, trace et colorie lui-m�me � la main jusqu�� 700 poses diff�rentes pour r�aliser ses premiers essais, qui seront projet�s en 1892 au</p><p>mus�e Gr�vin � Paris sur un �cran face au public. On a retrouv� trace d�une communication faite par lui d�s 1880 � la Soci�t� fran�aise de photographie et o� il d�clarait que � les effets seraient bien plus heureux encore si, au lieu de dessins � la main repr�sentant les diff�rentes phases d�un mouvement, il �tait possible de les obtenir au moyen de la photographie �. Reynaud, on le voit, �tait pass� tout pr�s de l�invention du cin�ma, et, par un paradoxe cruel, c�est la grande d�couverte des fr�res downloadModeText.vue.download 115 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>652</p><p>Lumi�re qui allait an�antir le succ�s de son spectacle r�cr�atif du Th��tre optique et contribuer � son d�couragement et � sa propre ruine.</p><p>� la fin du XIXe s. et au d�but du XXe, les magazines illustr�s connaissent une vogue remarquable. La bande dessin�e passionne les lecteurs et suscite de nombreuses vocations de caricaturistes � l�instar des Christophe (la Famille Fenouillard), Pinchon et Caumery (B�cassine) et Forton (les Pieds nickel�s) en France, des W. F. Thomas et Tom Brown en Grande-Bretagne, des Richard Outcault, Rudolph Dirks, James Swinnerton, Winsor McCay,</p><p>Bud Fisher et George MacManus aux �tats-Unis.</p><p>Un ancien � cartoonist � du New</p><p>York Evening World, J. Stuart Blackton (1875-1941), d�couvre en 1906 un proc�d� qui va v�ritablement r�volutionner l�art cin�matographique naissant et donner un essor remarquable au dessin anim�. Blackton commence par transposer sur films des bandes de zootropes (Humorous Phases of Funny Faces), puis, la m�me ann�e, il invente pour l�H�tel hant� le � tour de manivelle �, ou � mouvement am�ricain �, c�est-�-</p><p>dire la prise de vues image par image.</p><p>Le secret de cette invention n�avait �t� perc� ni par M�li�s ni par Zecca, qui se servaient pour leurs trucages de fils invisibles. L�on Gaumont, cherchant � tirer profit du � mouvement am�ricain �, convoque certains de ses collaborateurs � dont Louis Feuillade</p><p>� et leur demande d��lucider ce</p><p>� myst�re �. C�est un caricaturiste venu au cin�ma quelque peu par hasard, �mile Cohl (1857-1938), qui va, le premier, se servir de la d�couverte de Blackton en r�alisant Fantasmago-rie en 1908 : dans cette petite bande, le dessin se tra�ait tout seul et se trans-formait sous les yeux des spectateurs, m�tamorphosant ainsi un �l�phant en une svelte danseuse. Poursuivant cette exp�rience couronn�e de succ�s, Cohl, en quelques ann�es, tournera pr�s de 300 bandes, dont la c�l�bre s�rie des Fantoches, avant de partir pour les �tats-Unis rencontrer l�humoriste George MacManus et populariser par le film Zozor le b�b� terrible (s�rie des Snookums).</p><p>Lorsque Cohl arrive en Am�rique, le dessin anim� a d�j� pris un essor consid�rable. Le cap exp�rimental a �t� franchi gr�ce au journaliste et caricaturiste Winsor McCay, cr�ateur de nombreux � comic-strips �, qui, d�s 1909, annonce Walt Disney et les Fleischer avec son Gertie le Dinosaure et qui, neuf ans plus tard, r�alisera le premier long m�trage de l�histoire du dessin anim�, le Naufrage du � Lusitania �, pour lequel il ne lui a pas fallu moins de 25 000 dessins.</p><p>La technique de l�animation s�am�-</p><p>liore gr�ce notamment � John R. Bray, qui d�pose en 1914 un brevet sur l�emploi des feuilles de papier transparent, permettant de superposer au dessin �l�-</p><p>mentaire les images d�un d�cor fixe.</p><p>L�ann�e suivante, Earl Hurd perfectionne le proc�d� en rempla�ant les feuilles de papier transparent par des feuilles de Cellulo�d portant des perforations de rep�rage. Bray et Hurd s�associant en 1917, l�industrialisation de l�animation est chose faite, et, d�j�, la popularit� de ce nouveau genre est immense.</p><p>Les premi�res �coles s�organisent, et diverses s�ries apparaissent sur les �crans, dont les plus c�l�bres sont Colonel Heeza Liar (1914) de J. R. Bray et Shamus Culhane, Bobby Bump (1915) de Earl Hurd, Mutt and Jeff (1915) de Bud Fisher, Katzenjammer Kids (1917) de J. Foster, les premiers Krazy Kat de L. Herriman. D�butent dans ces s�ries</p><p>des animateurs comme Paul Terry, Walter Lantz, Isidore Klein, Bill Nolan et Pat Sullivan. C�est ce dernier qui lance F�lix le Chat, premi�re c�l�brit� mondialement connue de l�animation, suivie de peu par Koko le Clown, invent� par Max (1889-1972) et Dave (n� en 1894) Fleischer pour les besoins de leur s�rie Hors de l�encrier.</p><p>L��ge d�or du dessin</p><p>anim� am�ricain et le</p><p>r�gne de Walt Disney</p><p>Walt Disney* d�bute vers 1923, dans l�anonymat, puis cr�e, en collaboration avec Ub Iwerks, Oswald le joyeux lapin.</p><p>La renomm�e ne vient que quelques ann�es plus tard avec l�invention de Mickey Mouse, qui s�appela primitivement Mortimer (1926). Le premier</p><p>� Mickey �, Steamboat Willie, date de 1928, et, d�s lors, la popularit� de la petite souris t�m�raire et espi�gle � la voix aigu� ne fit que cro�tre au fil des ans. Tr�s vite, en effet, Disney comprit le parti qu�il pourrait tirer des bruits et de la musique. La premi�re Silly Sym-phony est cr��e en 1929 : c�est Skeleton Dance, qui emprunte au romantisme allemand et anglais un d�cor inqui�-</p><p>tant (ch�teaux hant�s, fant�mes, etc.), et � Saint-Sa�ns une musique suggestive. Un nouveau comique va na�tre de l�alliance du son et du dessin, rapidement enrichi par l�apport de la couleur. L�univers de Walt Disney se veut le juste reflet des r�ves de l�enfance.</p><p>L�optimisme r�gne dans la plupart des cartoons de l��poque. S�inspirant largement des fables et du folklore, les Silly Symphonies baignent dans une atmosph�re doucereuse et volontairement na�ve. C�est le triomphe d�un � merveilleux � qui fait ample consommation de toiles d�araign�e, de nymphes ail�es et de gouttes d�eau diamantines.</p><p>Disney se veut le chantre d�une nature euphorique, enrichie par un bestiaire tr�s complet et une flore imposante.</p><p>Aussi s�attache-t-il au r�alisme total de l�expression : ses animaux sont anthropomorphiques, exempts de cruaut� et de sadisme, bavards, volontiers pr�cheurs de morale. Cette imagerie animali�re se veut parfois la parodie de Babbitt : s�il y a un message, c�est un message de philosophie sereine et gaie. Le succ�s incroyable de Mickey</p><p>contraint Disney a inventer d�autres vedettes, notamment le cheval Horace Horsecollar (Dusabot), le chien Pluto et l�intarissable canard Donald Duck.</p><p>Les ateliers de Walt Disney de-</p><p>viennent peu � peu une entreprise consid�rable, o� plus de 2 000 employ�s, aid�s par un mat�riel ultra-moderne, donnent naissance chaque ann�e � des dizaines de cartoons. Le succ�s d�un premier long m�trage, Blanche-Neige et les sept nains (1937), contribue � l�expansion de l�empire disneyen, qui r�gne non seulement sur la jeunesse am�ricaine, mais encore sur celle du monde entier.</p><p>La popularit� du dessin anim� est telle aux �tats-Unis que, tout naturellement, chaque grande compagnie s�attache un d�partement sp�cial uniquement consacr� � l�animation : la Columbia (dirig�e par Charles Mintz) produit les Scrappy Cartoons et les Krazy Kat Cartoons ; la 20th Century Fox (Paul Terry) distribue les Terry-toons ; Universal (Walter Lantz), qui a repris Oswald le lapin, donne naissance � la tortue Winchester et � l�ourson Andy Panda. La R. K. O. lance sur le march� des cartoons dessin�s par O. Soglow (le Petit Roi) et les Rain-bow Parade. La Warner (Leon Schle-singer et Edward Selzer) produit les Looney Tunes, dont la vedette est le petit N�gre Bosko, et les Merry Melo-dies : en 1938, Bugs Bunny le lapin mangeur de carottes voit le jour, puis Daffy le canard noir et Beaky le vautour. La M. G. M. (Fred C. Quimby) distribue les cartoons d�Ub Iwerks, produits par Celebrity Pictures, comme Flip la Grenouille et la s�rie des Happy Harmonies.</p><p>Mais le grand rival de Walt Disney, c�est Popeye (Mathurin), personnage cr�� par les fr�res Fleischer et que distribue la Paramount.</p><p>Apr�s avoir cr�� Koko le Clown,</p><p>puis la fameuse Betty Boop, qui affola les ligues de la D�cence et connut quelques d�m�l�s avec la censure, Max et Dave Fleischer lancent en 1933 le premier � Popeye �, caract�re invent� par le � cartoonist � Segar. Les aventures de ce marin soudainement invincible apr�s avoir absorb� une bo�te</p><p>d��pinards (spinach) deviennent tr�s vite populaires, et, dans un sondage d�opinion r�alis� en 1938, sa popularit� d�passe m�me celle de Mickey. Encourag�s par ce triomphe, M. et D. Fleischer entreprennent la confection de longs m�trages, qui, contrairement � ceux de Disney, ne rencontrent que peu de succ�s. L��chec des Voyages de Gulliver (1939) et surtout de Douce et Criquet s�aimaient d�amour tendre (1941) laisse le champ libre � Walt Disney, qui, apr�s un Fantasia (1940) tr�s controvers�, remporte de vifs succ�s avec Dumbo (1941) et Bambi (1942).</p><p>Les �tats-Unis, � la veille de la Seconde Guerre mondiale, conservent le monopole du dessin anim�. En effet, par rapport � l�industrialisation tr�s pouss�e de l�animation am�ricaine, ce qui caract�rise la plupart des autres pays est au contraire une diss�mination des efforts, un individualisme souvent artisanal, mais d�une originalit� ind�-</p><p>niable et qui sera, dans de nombreux cas, � l�origine d�un renouvellement total du dessin anim� postdisneyen.</p><p>En Grande-Bretagne, o� Paul Terry avait d�but� (dans les Studios Bray) avant d�aller travailler en Am�rique, quelques individualit�s ont une place non n�gligeable : ainsi Anson Dyer, le N�o-Z�landais Len Lye, inventeur du dessin sur pellicule (Colour Box, 1935), et le Hongrois George Pal, sp�cialis� dans l�animation de marionnettes.</p><p>En France, Berthold Bartosch tente une exp�rience isol�e avec l�Id�e, d�apr�s les dessins de Frans Mase-reel et sur une musique d�Honegger.</p><p>De m�me, le marionnettiste russe �migr� Ladislas Starevitch, avec une ing�niosit� patiente qui frise parfois le mani�risme, travaille pendant plus de dix ans � la r�alisation d�un �tonnant long m�trage, le Roman de Renart (1928-1939).</p><p>C�est une tout autre voie que choisissent en Allemagne Viking Eggeling, Hans Richter, Walter Ruttmann et Oskar Fischinger (qui collaborera downloadModeText.vue.download 116 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>653</p><p>avec Disney pour l�une des s�quences de Fantasia) : ils orientent leurs recherches vers l�abstraction cin�matographique. Quant � Lotte Reiniger, elle se sp�cialise dans l�animation des ombres chinoises, domaine o� bien peu d�artistes lui disputeront sa supr�matie.</p><p>En U. R. S. S. enfin, une �cole d�animation tr�s active (Ivan Ivanov-Vano, Aleksandr Ivanov, Valentina et Zina�da Broumberg, Leonid Amalrik, Lev Ata-manov, Nikola� Khodataiev et Olga Khodataieva, Aleksandr Ptouchko) cr�e � partir de 1925 de nombreux dessins anim�s, dont le style est proche de celui de Disney.</p><p>Le renouvellement</p><p>de l�animation</p><p>� partir de 1940-1945, le visage de l�animation dans le monde va changer.</p><p>Sans doute l�univers de Walt Disney se maintiendra bon gr� mal gr�, mais la concurrence sera de plus en plus vive.</p><p>Diff�rents courants venus des quatre coins du monde vont d�clencher une importante r�volution esth�tique et engendrer une incroyable diversit� de styles. Parall�lement au d�veloppement et � la multiplication des �coles nationales ainsi qu�� la propagation des techniques nouvelles, une certaine forme de contestation na�t aux �tats-Unis m�me. D�anciens collaborateurs de Walt Disney cherchent � �chapper � la f�rule du ma�tre. Petit � petit, le solide empire de Burbank, qui a quelque peu tendance � sommeiller � l�ombre de son succ�s et qui tient � conserver la formule qui a contribu� � son renom (traditionalisme du graphisme, r�alisme des personnages), se voit d�bord� par l�audace de certains</p><p>� francs-tireurs �. Sans doute, le public cautionne-t-il toujours Disney, dont les productions ult�rieures (Cendrillon, 1950 ; Alice au pays des merveilles, 1951 ; Peter Pan, 1953 ; la Belle et le clochard, 1955 ; la Belle au bois dormant, 1958 ; les 101 Dalmatiens, 1960 ; le Livre de la jungle, 1968) se main-tiendront toujours � la t�te du � box-office � dans tous les pays du monde.</p><p>Mais l�animation s�est d�couvert, en quelques ann�es, d�autres horizons.</p><p>Nouvelles �coles d�animation aux �tats-Unis</p><p>y Le style Tex Avery. D�s 1936, mais de mani�re quelque peu souterraine, un mouvement tente de rompre avec le style de Walt Disney. Tex Avery (1918), qu�on surnomma � un Walt Disney qui aurait lu Kafka �, en est l��me. Non seulement ce personnage quelque peu myst�rieux fera oeuvre personnelle, mais il servira aussi d�avatar � un groupe comprenant</p><p>notamment le trio de Warner (Robert McKimpson, Charles [Chuck] Jones et Friz Freleng), les collaborateurs de Walter Lantz � l�Universal et les cr�ateurs de Tom et Jerry � la M. G. M. : William Hanna et Joe Barbera.</p><p>On assiste alors � la naissance d�une m�nagerie dont certains pensionnaires deviennent tr�s vite c�l�bres. Tex Avery invente (avec Chuck Jones) Bugs Bunny le lapin, Lucky Ducky le canard, le chien somnambulique Droopy, Chilly-Willy le pingouin fri-leux. Friz Freleng est le p�re de Tweety Pie le canari, de Sylvester le chat (I thought I saw a pussy cat [� J�ai bien cru apercevoir un petit minet �]) et de Speedy Gonzales (� H�pa, arriba, andale, ol� �), Robert McKimpson celui de Daffy Duck et d�Elmer Fudd, et Chuck Jones celui du coyote et de l�oiseau-mimi (Beep-Beep).</p><p>Tom et Jerry � qui, tout au long d�innombrables cartoons, ont conduit la poursuite chat-souris � son apoth�ose �, le pivert survolt� Woody Woodpecker de Walter Lantz et une autre souris, Mighty Mouse qui se prend pour Superman, compl�tent cette arche de No�, beaucoup plus tumultueuse au demeurant que les aimables cr�atures disneyennes.</p><p>L�� �cole de Tex Avery � ne</p><p>s��loigne gu�re du r�alisme cher � Disney, mais son originalit� �clate dans la pr�dilection qu�ont ses principaux repr�sentants pour la violence, la destruction cosmique, le sadisme m�me, une d�mentielle loufoquerie, un rythme syncop�, un impressionnant d�-</p><p>lire verbal, un traitement plus � explosif � de la couleur. L�absurde et la fr�-</p><p>n�sie font une entr�e tonitruante dans le petit monde de l�animation. � cette premi�re r�volution du fond succ�de d�s 1945 une r�volution de la forme gr�ce � la fondation de l�U. P. A. par Stephen Bosustow.</p><p>y Le style U. P. A. En 1941, une gr�ve paralyse les ateliers de Walt Disney.</p><p>La r�volte est beaucoup moins d�ordre salarial que d�ordre artistique. Lass� du carcan qui oblige les dessinateurs de Walt Disney � respecter les r�gles traditionnelles de gentillesse naturaliste ou f�erique, Stephen Bosustow (n� en 1911) prend la t�te d�un petit groupe d�animateurs qui d�cident de fonder en 1945 une nouvelle maison de production de dessins amin�s : ce sera l�U. P. A. (United Productions of America), qui passera de 6 membres � 175 en trois ans. R�volution artistique totale, le style U. P. A. est profond�-</p><p>ment influenc� par la peinture moderne (Klee, Kandinsky, Mir�, Kubin, voire Tanguy et Mondrian) et par le graphisme de certains ma�tres du dessin contemporain (Thurber, Steinberg, Blechman, Osborn). La nouvelle animation se caract�rise essentiellement par la simplicit� de la forme, conduisant parfois au sch�matisme, � la disparition du d�cor, au trac� rectiligne, au triomphe du i sur le o et de l�an-guleux sur le sph�rique, par le choix plus vari� des couleurs, parfois tr�s adoucies, parfois tr�s acides, par un parti pris de sophistication qui rejoint tant�t le surr�alisme, tant�t l�onirisme et qui pr�f�re le cynisme � la violence.</p><p>Outre Bosustow, qui consacra la majeure partie de son temps � ses fonctions de producteur, les grands cr�ateurs de l�U. P. A. sont : John Hubley, qui, apr�s Robin Hoodlum (1948) et The Magic Fluke (1949), signera le premier des Mister Magoo (The Rag-time Bear, 1949), puis Rooty Toot Toot (1952), avant de fonder sa propre soci�t�, la Story-board en 1952, o�, poursuivant ses recherches, il donne successivement Adventures of an Aste-risk (1956), Moonbird (1960), Of Stars and Men (1961), The Hat (1964) ; Pete Burness, le plus prolifique, auteur de la plupart des Magoo ; Robert Can-non, cr�ateur de Gerald Mc Boing Boing (1951), de Madeline (1952), de Willie the Kid (1952), de Christopher</p><p>Crumpet�s Playmate (1953) ; William Hurtz et sa Licorne dans le jardin (1953) ; Ernest Pintoff, qui rejoint en 1957 l�U. P. A. et y r�alise son fameux Flebus (1957) ; Gene Deitch, qui, avant de partir pour Prague, avait travaill� avec Pintoff pour Flebus et avec Al Kouzel pour le Jongleur de Notre-Dame (1957) ; Ted Parmelee enfin, auteur, avec Paul Julian. du Coeur r�v�lateur (1954), d�apr�s Poe, et de The Emperor�s New Clothes</p><p>(1953), d�apr�s H. C. Andersen.</p><p>L�U. P. A., dont le studio new-yorkais devait fermer en 1958, cesse pratiquement d�exister en tant qu��cole lorsque Bosustow r�silie ses fonctions en 1961.</p><p>y L�avant-garde. Le dessin anim� tente �galement certains chercheurs ind�pendants, qui suivent les traces d�un Oskar Fischinger venu aux</p><p>�tats-Unis poursuivre ses travaux sur l�abstraction : ainsi Mary Ellen Bute, John et James Whitney, Douglas Crockett, le peintre abstrait Robert Breer, Carmen D�Avino, Teru (Jimmy) Murakami. Dans un autre</p><p>ordre d�id�e, Saul Bass renouvelle le g�n�rique de films (l�Homme au bras d�or de Preminger).</p><p>Le d�veloppement et la</p><p>multiplication des �coles</p><p>nationales</p><p>y L��cole canadienne et l��cole britannique. Le � Canadien � Norman McLaren est n� en �cosse en 1914. Il r�alise son premier film d�animation en 1935 (Camera makes Whoopee).</p><p>Appel� par Grierson au National Film Board canadien en 1941, il prend la t�te, deux ans plus tard, d�un groupe d�animateurs qui, travaillant en toute libert�, orientent leurs travaux dans des directions totalement inexplor�es. McLaren essaie toutes les techniques : pastel anim� (L�-haut sur les montagnes, 1946), dessin direct sur pellicule (Blinkity Blank, 1954), films en relief st�r�oscopique (Now is the Time, 1951 ; Around is around, 1951), animation image par image de personnages humains (les Voisins, 1952), d�objets (Histoire d�une chaise, 1957) et de chiffres (Rythmetic, 1956), abs-</p><p>tractions g�om�triques (Mosa�ques, 1965), films de trucages, etc. Autour de McLaren travaillent notamment Grant Munro, Colin Low, Derek</p><p>Lamb, Jim MacKay, Gerald Potterton, Wolf Koenig.</p><p>En Grande-Bretagne, apr�s les exp�-</p><p>riences de Len Lye, auquel McLaren doit beaucoup, c�est Joy Batchelor et John Halas qui monopolisent, d�s la fondation de leur compagnie en 1940, la majeure partie de l�animation, �tendant leur domaine aux films scientifiques, industriels et publicitaires.</p><p>Halas et Batchelor ont aussi produit le long m�trage britannique d�animation, Animal Farm (1954), d�apr�s l�oeuvre de George Orwell. En dehors des centaines de cartoons produits par cette puissante compagnie, certains cr�ateurs originaux jouent les francs-tireurs et se sont fait conna�tre en remportant de nombreux prix dans les festivals consacr�s � l�animation (festivals d�Annecy et de Mamaia notamment). George Dunning, Canadien de Toronto, travaille jusqu�en 1949</p><p>au National Film Board, qu�il quitte pour fonder sa propre compagnie avec J. MacKay, la Graphic Associated, puis vient en 1956 en Grande-Bretagne, o� il s�occupe activement de t�l�vision.</p><p>Son long m�trage le Sous-marin jaune (1968) constitue une date importante dans l��volution de l�animation par la parfaite ad�quation entre un style visuel � pop �, des r�f�rences litt�raires emprunt�es � l�univers de Kafka, de downloadModeText.vue.download 117 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>654</p><p>Lewis Carroll ou de Limerick et un accompagnement musical d� aux Beat-les. Robert Godfrey, n� en Australie, est l�auteur de Do-it-Yourself Cartoon-Kit (1961) et d�Alf Bill and Fred (1964). Richard (Dick) Williams, n� lui aussi au Canada, apr�s avoir pass� trois ans � polir sa Petite �le (1958), confirme ses dons dans Love me, love me, love me (1961), The Majestic Fool (1969) et de nombreux films publicitaires. Quant � Peter Foldes, il partage ses activit�s entre la Grande-Bretagne et la France (Animated Genesis, 1952 ;</p><p>App�tit d�oiseau, 1965), montrant une pr�dilection particuli�re pour le dessin � transformations insolites.</p><p>y L�animation en France. L�indi-</p><p>vidualisme r�gne en France chez la plupart des cin�astes tent�s par l�animation : l�initiative priv�e et souvent les d�boires qu�elle dissimule n�ont pas permis � un mouvement stable de se former et d�affirmer une originalit� nationale. N�anmoins, parmi les essais les plus curieux, il faut faire une place � l�oeuvre d�Alexandre Alexeieff ; cet ex-d�corateur de th��tre pour Komissarjevski, Pitoeff, Jouvet et Baty est l�inventeur (avec Claire Parker) d�une technique nouvelle, l��cran d��pingles, qu�il employa notamment dans Une nuit sur le mont Chauve (1933) et le Nez (1963).</p><p>Il faut �galement signaler celle de Paul Grimault, auteur du Voleur de paratonnerres (1945), du Petit Soldat (1947) et d�un long m�trage, la Berg�re et le ramoneur (1948-1953), dont le sc�nario est d� � la plume de Jacques Pr�vert. Parmi les autres cin�astes dignes d�int�r�t, il faut citer Jean Image, Omer Boucquey, Jean</p><p>Jabely, Henri Lacam, Ren� Laloux, Julien Papp�, Arcady, Jacques Vaus-seur, Manuel Otero, Jacques Leroux, Andr� Martin, Michel Boschet,</p><p>Albert Pierru, Piotr Kamler, Henri Gruel, J.-F. Laguionie et le peintre Robert Lapoujade, auteur de remarquables courts m�trages et d�un film ambitieux, le Socrate (1968), o� l�animation �tait �troitement m�l�e � la fiction.</p><p>y Les �coles d�Europe centrale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l�animation a connu un prodigieux d�veloppement dans la plupart des pays d�Europe centrale. Financi�-</p><p>rement soutenu par l�appui de l��tat et sentimentalement par les suffrages des spectateurs, le cin�ma d�animation a permis � plusieurs graphistes de premier plan de s�exprimer.</p><p>Tch�coslovaquie. Depuis les XVIIe et XVIIIe s., la Tch�coslovaquie est le berceau du th��tre de marionnettes. En 1931 para�t sur les �crans le premier film consacr� � cet art quasi national.</p><p>Quatre ans plus tard, Ji&#x159;� Trnka* fonde � Prague son propre Th��tre de marionnettes. Ce n�est pourtant qu�apr�s la derni�re guerre qu�il d�bute au cin�ma, et par des dessins anim�s. Mais il se sp�cialise bient�t dans le film de poup�es, qui, selon lui, ont � infiniment plus de pr�sence que des dessins �.</p><p>L�oeuvre de Trnka s��tend sur une vingtaine d�ann�es et comporte plusieurs longs m�trages remarquables, comme le Rossignol de l�empereur de Chine (1948), le Prince Bayaya (1950), Vieilles L�gendes tch�ques (1953), le Songe d�une nuit d��t� (1959). Mais Trnka n�est pas une personnalit� isol�e. Autour de lui gravitent une dizaine d�animateurs de renom comme Karel Zeman, qui se sp�cialise dans les films de trucages pour la jeunesse, m�lant avec un rare bonheur le dessin anim�, les marionnettes et les acteurs (Aventures fantastiques, 1956, d�apr�s Jules Verne), B&#x159;etislav Pojar (Un verre de trop, 1954 ; le Lion et la chanson, 1958), Milo� Makovec, Herm�na T�rlov�, Jan �vankmajer. Quant au dessin anim�, ses meilleurs repr�sentants sont Ji&#x159;� Brde&#x10D;ka (l�Amour et le dirigeable, 1948 ; Attention, 1961 ; Gallina Vo-gelbirdae, 1963), Zden&#x11B;k Miler (Le millionnaire qui vola le soleil, 1948), Vladimir Lehk� (Oiseaux bizarres, 1965), Eduard Hofman (la Cr�ation du monde, 1956), d�apr�s les dessins de Jean Effel), Josef K�brt, Zden&#x11B;k Smetana.</p><p>downloadModeText.vue.download 118 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>655</p><p>Pologne. L��cole polonaise est, elle aussi, relativement homog�ne avec ses chefs de file Jan Lenica et Walerian Bo-rowczyk, qui collabor�rent pour Il �tait une fois (1957) et la Maison (1958), avant de poursuivre une carri�re individuelle. Lenica est l�auteur de Monsieur T�te (1959, avec H. Gruel), de Labyrinthe (1963), d�Adam II (1968). Bo-rowczyk est venu s��tablir en France, o� son humour noir, son pessimisme, son illogique �tranget� ont fait le prix de Renaissarace (1963), du Jeux des anges (1964), du Th��tre de M. et Mme Kabal (1966). Les autres anima-</p><p>teurs polonais de premier plan sont W&#x142;adys&#x142;aw Nehrebecki (Chat et souris, 1958), Witold Giersz (le Petit Western, 1960 ; Ladies and gentlemen, 1965), Jerzy Zitzman (Mr. Trumpet, 1960 ; Une mouche et un g�n�ral, 1961), Daniel Szczechura (la Lettre, 1962), Mi-roslaw Kijowicz (la Banni�re, 1965), Stefan Janik, Wac&#x142;aw Wajser, Ryszard Czekala, Ryszard Kuziemski, les marionnettistes W. Haupe, H. Bieli&#x144;ska et Edward Sturlis.</p><p>Yougoslavie. L�animation en You-</p><p>goslavie a connu un grand d�veloppement � partir de 1956. Elle est principalement repr�sent�e par l��cole de Zagreb et comprend une dizaine de sp�cialistes de l�humour noir. Satires, parodies, fables acerbes attirent particuli�rement la verve de cin�astes dont le style graphique a �t� influenc� par l�U. P. A. am�ricaine. Du�an Vukoti&#x107; (Concerto pour mitraillette, 1958) et Vatroslav Mimica (Petite Chronique, 1962) apparaissent comme les phares d�un mouvement homog�ne et qui</p><p>comprend �galement Borislav Sajtinac, Nikola Kostelac, Boris Kolar, Zlatko Bourek, Vlado Kristl, Zlatko Grgi&#x107;, Ante Zaninovi&#x107;, Nedeljko Dragi&#x107;, Ivo Urbani&#x107;, Milan Blazekovi&#x107;, Radivoj Gvozdenovi&#x107;, Nikola Majdak.</p><p>y L�animation dans les autres pays.</p><p>Rares sont les pays qui n�ont pas quelques animateurs de valeur : ainsi la Roumanie avec Ion Popescu-Gopo (Sept Arts, 1958 ; Homo sapiens, 1959), Bob C&#x103;linescu, Constantin Mustetea et Liviu Ghigort, la Hongrie avec Gyula Macskassy, Josef Nepp et Gy&#x151;rgy Kovasznai, la Bulgarie avec Todor Dinov, Christo Topouzanov, Ivan Vesselinov et Radka Batchva-rova, l�U. R. S. S. avec Fedor Khi-trouk et Anton Karanovitch, l�Italie avec Giulio Gianini, Emmanuele</p><p>Luzzati, Pino Zac, Giulio Cingoli et surtout Bruno Bozzetto (West and Soda, 1965), l�Allemagne avec Helmut Herbst et Wolfgang Urchs, la Belgique avec Eddy Ryssack et Raoul Servais, le Danemark avec Ben Bar-fod, les Pays-Bas avec Joop Geesink, le Japon avec T. Yashubita et Yoji Kuri (Samourai, 1965), la Chine avec Yang Tei, Tsin Si et Chien Yu-Ta, Cuba avec Jes�s de Arma et Harry</p><p>Reade.</p><p>J.-L. P.</p><p>B J. R�gnier, la Technique du dessin anim� (Nouv. �d. films et techniques, 1947). / Lo Duca, le Dessin anim� (Prisma, 1948). / R. Manvell, The Animated Film (Londres, 1954). / P. Colin et M. Wyn, le Cin�ma d�animation dans le monde (IDHEC, 1956). / M. T. Poncet, Dessin anim� art mondial (Le Cercle du livre, 1956). / W. Alberti, Il Cinema di animazione (Turin, 1957). / J. Halas et R. Manvell, The Technique of Film Animation (Londres, 1959). / E. Gianeri, Storia del cartone animato (Milan, 1960). / R. Benayoun, le Dessin anim� apr�s Walt Disney (Pauvert, 1961). /</p><p>D. Chevalier, J�aime le dessin anim� (Deno�l, 1962). / J. Karasov�, les Cr�ateurs du film d�animation (en tch�que, Prague, 1965). / R. Ste-phenson, Animation in the Cinema (Londres, 1967). / Num�ros sp�ciaux : Cin�ma 57 (no 14) ; Cin�ma 65 (no 98) ; Positif (1963) ; Image et son (1965) ; Ecran 73 (1973).</p><p>animisme</p><p>Attitude qui, de mani�re g�n�rale, consiste � attribuer aux choses une �me analogue � l��me humaine.</p><p>Le premier usage technique du terme remonte au XVIIIe s. : Georg Ernst Stahl �rigea en doctrine physiologico-m�-</p><p>dicale la th�orie classique de l��me unique en tant que principe des fonctions v�g�tatives et des activit�s intellectuelles. Son animisme s�opposait � la fois au vitalisme et au m�canisme.</p><p>En 1871, l�anthropologue anglais E. B. Tylor proposait dans Primitive Culture la plus c�l�bre des th�ories animistes. Dans le climat �volutionniste de l��poque, il �difia, sur la base de quelques id�es simples, une anthropologie religieuse dont l�influence a �t� profonde et durable. Selon lui, les hommes se sont pos� de tout temps deux questions capitales : qu�est-ce qui fait la diff�rence entre un corps vivant et un corps mort ? et que sont ces formes humaines qui nous visitent dans les r�ves ? Les r�ponses sont la</p><p>� vie � et le � double �, ou fant�me.</p><p>La conjonction de ces deux principes, facile � postuler puisqu�ils animent un m�me corps, repr�sente l��me. Cette �me subsiste apr�s la mort ; d�o� le d�veloppement du culte des morts et des anc�tres. Par un raisonnement analogique, les primitifs auraient attribu�</p><p>une �me aux animaux, aux plantes et aux objets � apparemment inanim�s �.</p><p>L�animisme repr�senterait ainsi la forme primitive et l�origine de toute religion. Les stades ult�rieurs seraient le polyth�isme, d�riv� d�une conceptualisation plus pouss�e des repr�sentations animistes, et enfin le monoth�isme. Du travail de Tylor, on a critiqu� surtout les conclusions th�oriques : l�animisme con�u comme l�origine de la religion et le postulat de l�universalit� du sch�ma de l��volution religieuse de l�humanit�.</p><p>En 1899, Andrew Lang a montr� que l�id�e d�un �tre supr�me personnel pouvait se manifester chez les peuples les plus archa�ques, ce qui �quivalait � renverser le sch�ma de Tylor. Cette id�e deviendra le cheval de bataille de l��cole de Vienne (W. Schmidt).</p><p>En 1900, Robert R. Maret se contentait d�apporter un correctif � la th�orie de Tylor en proposant le concept de pr�animisme. L��tude des religions est l�une des rares disciplines eth-nologiques � s��tre attard�e jusqu�� l��poque contemporaine au probl�me des origines. Les sch�mas propos�s par Rudolf Otto (Das Heilige, �d. de 1929), Richard Thurnwald (Des Menschen-geistes Erwachen, Wachsen und Irren, 1951), Adolf E. Jensen (Mythos und Kult bei Naturv�lkern, 1951), Kunz Dittmer (Allgemeine V�lkerkunde, 1954), Arnold Joseph Toynbee (Study of History, 1934-1961) retiennent tous, sinon � la lettre, du moins dans l�esprit, l�id�e d�un stade animiste. Seule la position de ce stade varie d�un sch�ma � l�autre. M�me chez les auteurs qui abandonnent le probl�me des origines, la d�finition intuitive de la religion, indispensable � toute recherche anthropologique, se r�f�re � une conception animiste : � Tout syst�me religieux consiste en une classe de propositions explicites et implicites concernant le monde supra-humain et la relation de l�homme � ce monde � (Melford E. Spiro, Religion : Problems of Definition and Explanation, 1966).</p><p>La doctrine de Tylor s�est impos�e de fait dans le mode de penser occidental : dans l�usage courant, ethnolo-gique ou tout autre, on qualifie d�� animistes � tous les peuples dont on sait qu�ils ont des croyances religieuses, lorsque ces croyances ne rel�vent pas</p><p>d�une religion sup�rieure, ou grande religion.</p><p>S. T.</p><p>Anjou</p><p>Ancienne province de France, ax�e sur la Loire, entre la Bretagne, le Maine, la Touraine et le Poitou. Capit. Angers.</p><p>Elle a constitu� le d�partement de Maine-et-Loire* et les confins de ceux d�Indre-et-Loire, de la Sarthe et de la Mayenne.</p><p>La g�ographie</p><p>L�Anjou repr�sente, g�ographiquement, un ensemble tr�s h�t�rog�ne.</p><p>R�gion de contact entre le Massif armoricain et le Bassin parisien, coup�e transversalement par la Loire, il juxtapose plusieurs unit�s naturelles.</p><p>Sa partie occidentale, armoricaine, pr�sente, de part et d�autre du fleuve (bocage du Segr�en au nord-ouest</p><p>[Anjou noir], Mauges au sud-ouest), quelques similitudes : relief vallonn�, sols schisteux humides, campagnes entrecoup�es de haies vives, pr�pond�rance herbag�re (bovins Durham, porcs du Craonnais), grande propri�t� nobiliaire. En outre, le Segr�en a des industries extractives (minerais de fer, ardoises), et les Mauges des industries textiles (lin, coton) et du cuir (chaussures), dispers�es autour de Cholet (54 017 hab.).</p><p>Sa partie orientale, s�dimentaire, est plus contrast�e. Peu favoris�s par l�extension, sur leur substratum crayeux, de nappes de sables tertiaires maigres et secs, les plateaux du Baugeois, au nord-est (Anjou blanc), portent des bois (ch�nes, r�sineux de plantations) et des landes ; ils s�adonnent � une polyculture de plus en plus orient�e vers l��levage bovin et l�arboriculture fruiti�re (pruniers, poiriers). Le Saumurois, au sud-est, beaucoup plus riant en d�pit de ses maigres terres de plateau, porte sur ses faluns de beaux labours (Dou�-la-Fontaine), sur ses coteaux des vignobles r�put�s (coteaux de Saumur, coteaux du Layon).</p><p>Saumur (35 000 hab. pour l�agglom�-</p><p>ration) champagnise une partie de la</p><p>production de ses vins, exploite dans le tuffeau des champignonni�res qui comptent parmi les plus importantes de France (conserveries).</p><p>La � Vall�e � d�Anjou, ais�ment</p><p>d�gag�e par la Loire, sur une largeur de 8 km, dans des tendres assises de sables et de marnes cr�tac�s, est le coeur du pays. Sur ses terres alluviales sablonneuses, fines et irrigu�es, sous son climat d�affinit�s aquitaines, elle concentre de riches et d�licates cultures de primeurs (oignons, carottes, choux-fleurs, haricots, fraises), de fleurs (hortensias bleus) et de porte-graines ainsi que des p�pini�res. Ses terres les plus grasses nourrissent, sur les bords de l�Authion, un abondant troupeau de vaches laiti�res. Entre Maine et Loire, Angers* commande toute la r�gion. Trait d�union de l�Anjou, prin-downloadModeText.vue.download 119 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>656</p><p>cipal march� de la province, important centre administratif et culturel, centre industriel, la ville compte actuellement dans son agglom�ration plus de 180 000 habitants.</p><p>Y. B.</p><p>L�histoire</p><p>Constituant � l��poque celtique le territoire des Andes (C�sar), dits aussi Andecavi ou Andegavi, occup� sur l�ordre de C�sar (hiver 57-56 av. J.-C.), l�Anjou est incorpor� d�abord � la province de Celtique au Ier s. av. J.-C., puis � celle de Lugdunaise III au plus tard � la fin du IIIe s. apr. J.-C. Cette domination s�appuie sur un important r�seau de voies se croisant � Juliomagus (auj.</p><p>Angers), capitale de la civitas Andecavorum. Ne subissant que le contrecoup tardif et att�nu� des grandes invasions, l�Anjou est d�finitivement incorpor� au royaume m�rovingien apr�s la victoire de Vouill� (507). Presque continuellement associ� � la Neustrie, il para�t avoir jou� un r�le strat�gique important, � l��poque carolingienne, aux confins de l�Aquitaine* incertaine et de la Bretagne* insoumise.</p><p>H�ritier de la civitas Andecavorum, le pagus Andecavus est alors administr� par des comtes, dont le plus c�l�bre, Robert le Fort, est investi d�un commandement par Charles le Chauve en 861 afin de mettre un terme aux d�vastations des Normands. Vainqueur de ces derniers � Brissarthe, Robert le Fort meurt au cours de la rencontre (866), non sans avoir jet� les fondements du comt� d�Anjou, qu�il l�gue � son second fils, le futur roi Robert Ier (922-923). L�Anjou est pourvu par ce dernier d�un vicomte, Enjeuger (ou Ingelger), dont le fils, Foulques le Roux (898-941 ou 942), prend le titre comtal en 929 et devient ainsi le v�ritable fondateur de la premi�re des trois dynasties angevines du Moyen �ge. Apr�s les tentatives de Foulques le Bon (941 ou 942-960?) et Geoffroi Ier Grisegonelle (960?-987) en direction de la Bretagne, Foulques Nerra (987-1040) r�ussit � faire de l�Anjou le noyau d�une principaut� f�odale beaucoup plus vaste : elle englobe, par conqu�te ou par achat, les Mauges au sud-ouest, le Saumurois et enfin la Touraine � l�est, dont Geoffroi II Martel Ier (1040-1060) ach�ve l�occupation avant de s�assurer la suzerainet� des comt�s de Vend�me et du Maine*. L�union de cette derni�re province avec l�Anjou est d�finitivement assur�e par Foulques V le Jeune (1109-1131).</p><p>Un moment affaibli par les querelles familiales, par les ambitions seigneuriales et par la faiblesse des comtes entre 1060 et 1109, l��tat angevin constitue en 1131 une puissante principaut� f�odale, dont le gouvernement s�exerce avec autorit� et efficacit� gr�ce � la cr�ation, par Foulques le R�-</p><p>chin (1068-1109), de grands officiers de la Cour. Quant � l�administration de ses biens et � la perception de ses revenus, elle est assur�e, ainsi que le maintien de l�ordre et la justice, par des officiers locaux.</p><p>Au XIe et au XIIe s., la principaut� angevine conna�t une incontestable prosp�rit�, marqu�e par l�essor des grands d�frichements, par le d�veloppement de la viticulture et de l��levage, par la cr�ation de nouveaux bourgs, par la multiplication des centres urbains, des march�s, des foires et des p�ages,</p><p>par l�importance des constructions romanes, puis gothiques, par l��clat culturel des grandes abbayes.</p><p>Cette expansion est pourtant frein�e par de nombreuses calamit�s : incendies (dont ceux d�Angers), ouragans, inondations, famines, �pid�mies, exactions fiscales, guerres incessantes enfin, qui provoquent soit l�afflux des paysans vers les villes, soit l�abandon de leur libert� par de nombreux hommes � la recherche d�une protection, celle des seigneurs, dont la puissance croissante limite celle du comte d�Anjou.</p><p>En fait, cette derni�re augmente consid�rablement au milieu du XIIe s.</p><p>lorsque le comte d�Anjou Geoffroy V</p><p>Plantagen�t �pouse l�imp�ratrice Mathilde (fille du roi d�Angleterre Henri Ier Beauclerc), s�assurant ainsi le gouvernement de la Normandie*</p><p>(1144) au nom de son fils Henri* II Plantagen�t, qui devient successivement comte d�Anjou (1151), duc d�Aquitaine* (1152) et roi d�Angleterre (1154).</p><p>D�s lors, l�Anjou n�est plus que le coeur d�un vaste Empire angevin (v.</p><p>Plantagen�t), s��tendant de l��cosse aux Pyr�n�es. Il y b�n�ficie d�un traitement de choix. D�abord gouvern� directement par le souverain � qui fait �difier vers 1170 une digue (turcie) de 70 km de long mettant l�est du Val � l�abri des inondations �, le comt� est r�gi, apr�s la r�volte des vassaux en 1173-74, par un v�ritable gouverneur, le s�n�chal. L�office de s�n�chal, sans doute h�r�ditaire, est tenu tour � tour entre 1159 et 1189 par Goslin et par �tienne de Tours, dont l�un des successeurs, Guillaume des Roches, est maintenu en place par Philippe II Auguste apr�s la commise de 1202</p><p>(v. Jean sans Terre) et apr�s l�occupation cap�tienne de 1205. L�Anjou est constitu� en apanage par le testament de Louis VIII en faveur de son plus jeune fils, Charles, en 1226 et donn� � celui-ci par Louis IX en 1246, alors que le roi d�Angleterre Henri III ne renonce au titre comtal qu�en 1258-59 (trait� de Paris). Il devient avec le Maine l��l�ment le plus p�riph�rique d�un second Empire angevin, centr� non plus sur la Manche, mais sur la</p><p>M�diterran�e, et qui englobera tour � tour la Provence (1245-46), le royaume de Sicile (1265-66) et la principaut� d�Acha�e (trait� de Viterbe, 1267), tandis que d�heureuses alliances matrimoniales entra�nent l�av�nement des descendants du fr�re de Saint Louis sur les tr�nes de Hongrie (1308-1387) et de Pologne (1370-1386). Administr�s depuis longtemps en commun par un bailli nomm� par le comte-roi, mais plac�s sous l��troit contr�le financier des officiers du roi de France, les comt�s d�Anjou et du Maine sont donn�s en dot par le roi Charles II d�Anjou � sa fille Marguerite, �pouse de Charles de Valois (1290) ; aussi sont-ils r�incorpor�s au domaine royal lors de l�av�nement au tr�ne de Philippe VI de Valois (1328). Constitu� de nouveau en apanage par Jean II le Bon en faveur de son fils cadet, Louis Ier, l�Anjou est alors �rig� en duch� (1360). Ses destin�es seront une nouvelle fois associ�es � celles du royaume de Sicile*, au tr�ne duquel Louis Ier, Louis II et Louis III sont tour � tour appel�s en 1383, 1384</p><p>et 1417. Sous le gouvernement de cette troisi�me dynastie, l�Anjou se rel�ve p�niblement des s�quelles de la peste noire (1348-1349) et de la guerre de Cent* Ans, au cours de laquelle il constitue l�un des derniers bastions du � roi de Bourges �, Charles VII, �poux de Marie d�Anjou et gendre de Yolande d�Aragon et de Louis II.</p><p>Le nouveau duch� est dot� d�une</p><p>administration plus sp�cialis�e, dirig�e notamment par un chancelier (Jean Le F�vre, 1380-1390) et comprenant un conseil et une chambre des comptes, dite � du roi de Sicile �, qui, avec l�aide des �lus locaux, tente, au XVe s., de lutter contre les empi�tements de la fiscalit� royale. Il devient l�un des grands centres de la vie intellectuelle fran-</p><p>�aise au XIVe et au XVe s., � la fois sous l�impulsion de l�universit� d�Angers et sous celle des conseillers du duc, tels Pierre et Louis de Beauvau, dont l�un est le traducteur du Filostrato de Boccace. La pr�sence d�une cour brillante y favorise d�ailleurs l��clat des arts. �</p><p>la disparition du dernier duc d�Anjou, le � bon roi Ren� � (1480), et � celle du dernier comte du Maine, Charles V</p><p>(1481), la principaut�, d�j� administr�e par des fonctionnaires royaux</p><p>depuis 1473, est r�incorpor�e au domaine royal. Le titre de duc d�Anjou, devenu honorifique, est encore port� par le futur Henri III avant 1574, puis par son fr�re Fran�ois (1576-1584) et enfin, de 1683 � 1700, par le petit-fils de Louis XIV (le futur roi Philippe V</p><p>d�Espagne).</p><p>Victime des guerres de Religion*</p><p>(1560-1598), de la Fronde* (r�volte de 1648-1652) et de la guerre de Vend�e*</p><p>(1793-94) avec ses prolongements, l�Anjou, qui a fait partie d�abord de la g�n�ralit� de Tours (1542), constitue un gouvernement militaire au XVIIe s. et formera pour l�essentiel le d�partement de Maine-et-Loire.</p><p>P. T.</p><p>&#x25B6; Angers / Loire (pays de la) / Maine-et-Loire (d�partement de) / Plantagen�t / Ren� d�Anjou.</p><p>B L. Halphen, le Comt� d�Anjou au XIe si�cle (A. Picard et fils, 1906). / J. Chartrou, l�Anjou de 1109 � 1151, Foulque de J�rusalem, Geoffroi Plantagen�t (P. U. F., 1928). / H. Soulange-Bodin, les Ch�teaux du Maine et de l�Anjou (�d. d�Art et d�Histoire, 1934). / J. Boussard, le Comt� d�Anjou sous Henri Plantagen�t et ses fils (1151-1204) [Champion, 1938] ; le Gouvernement d�Henri II Plantagen�t (D�Argences, 1957). / A. Coville, la Vie intellectuelle dans les domaines d�Anjou-Provence de 1380 � 1435</p><p>(Droz, 1941). / E. G. L�onard, les Angevins de Naples (P. U. F., 1954). / P. d�Herbecourt et J. Porcher, Anjou roman (Zodiaque, la Pierre-qui-Vire, 1959). / F. Dornic, Histoire de l�Anjou (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961). / F. Lebrun, l�Histoire vue de l�Anjou (1789-1914) [Sirau-deau, Angers, 1961]. / Maine-Anjou (Horizons de France, 1968). / F. Lebrun (sous la dir. de).</p><p>Histoire des Pays de la Loire (Privat, Toulouse, 1972).</p><p>L�art en Anjou</p><p>Aucun vestige digne d��tre not� ne subsiste avant les carri�res am�nag�es de Dou�-la-Fontaine (VIIIe s.) et quelques soubassements en appareil d�ar�tes de poisson et de briques, caract�ristiques de l�art pr�roman (�glise Saint-Eus�be de Gennes).</p><p>Il faut attendre Foulques Nerra, grand b�tisseur de donjons (Langeais en Touraine), et ses descendants pour enregistrer une r�elle activit� architecturale. Henri II, gr�ce � la dot de sa femme, la redoutable Ali�nor d�Aquitaine divorc�e de Louis VII,</p><p>porte � son apog�e l�Empire anglo-normand-angevin. La d�faite venue, le couple royal ainsi que Richard Coeur de Lion et la femme de Jean sans Terre veulent t�-</p><p>moigner leur attachement au duch� : ils se feront inhumer dans l�abbaye de Fon-tevrault, qu�ils n�ont cess� de combler de leurs dons. Leurs gisants sont l�, sculptures intemporelles dans cette n�cropole angevine confi�e � la garde d�une double communaut� d�hommes et de femmes, fond�e par Robert d�Arbrissel en 1101. L��glise est un des plus beaux �difices romans du downloadModeText.vue.download 120 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>657</p><p>XIIe s. Sa nef unique, couverte de coupoles sur pendentifs, r�v�le une influence p�ri-gourdine et charentaise incontestable ; elle est presque une r�plique de la cath�-</p><p>drale d�Angoul�me. Les piliers �lanc�s du sanctuaire � d�ambulatoire rappellent les belles proportions de Saint-Beno�tsur-Loire et de Fontgombault. Originalit� majeure : la tour des cuisines, dite � tour d��vrault �, est surmont�e d�une toiture conique de pierre en �cailles de poisson, perc�e de vingt chemin�es dispos�es sur deux �tages en pyramide. La structure extr�mement savante combine plan en octogone et plan carr�. Elle n�a d�analogue que deux oeuvres plus simples et post�rieures : la cuisine du ch�teau de Montreuil-Bellay en Anjou et celle des rois de Portugal � Cintra.</p><p>L��glise de Cunault (XIIe-d�but du XIIIe s.) est �galement un �difice roman consid�-</p><p>rable, mais d�une autre esth�tique. Sa nef aveugle, vo�t�e en berceau, est flanqu�e de deux bas-c�t�s compris sous le m�me toit. Ce type d��glise-halle rel�ve de l��cole poitevine. De remarquables chapiteaux sculpt�s en calcaire tendre t�moignent de la virtuosit� des tailleurs de pierre.</p><p>Loin de se contenter de copier les r�gions voisines, l�Anjou allait d�montrer une pr�cocit� rare. La naissance d�une �cole gothique nettement caract�ris�e d�s les ann�es 1140-1150 (en m�me temps que dans le domaine royal) est un ph�no-m�ne capital. C�est la formule particuli�re du vo�tement qui d�finit le style angevin. Tandis qu�en �le-de-France les cl�s de vo�te des ogives sont au m�me niveau, le syst�me architectonique angevin-plan-</p><p>tagen�t imagine une vo�te surhauss�e, bomb�e en forme de d�me, o� la cl� centrale des arcs diagonaux est beaucoup plus �lev�e que les cl�s des arcs lat�raux (formerets et doubleaux). Ce parti semble une adaptation ing�nieuse des coupoles d�Aquitaine aux nervures gothiques.</p><p>Apr�s les premiers essais robustes de la nef unique de la cath�drale d�Angers*, la vo�te, en multipliant les nervures, acquiert � la fin du XIIe s. une l�g�ret� inconnue ailleurs. On peut en juger par le choeur de la m�me cath�drale, ainsi que par les nefs de Saint-Pierre et de Saint-Jean � Saumur*.</p><p>Au Puy-Notre-Dame, prieur� b�n�dictin d�pendant de Montierneuf de Poitiers*, l��l�vation des trois nefs �gales se rattache � la cath�drale de Poitiers, mais le com-partimentage de la vo�te surhauss�e est typiquement angevin. Les chefs-d�oeuvre que sont la grande salle de l�h�pital Saint-Jean � Angers, le choeur de Saint-Serge et l�ancienne abbatiale de Cizay-la-Madeleine atteignent � la perfection structurale et d�corative. Le gothique anglais s�en inspi-rera largement.</p><p>Jusqu�� la fin du XVe s., la qu�te chim�-</p><p>rique de la lumi�re m�diterran�enne, de Naples et de la Sicile, va obs�der tous les souverains d�Anjou. Leur ch�teau d�Angers leur paraissait-il trop s�v�re ? Construit par Saint Louis, c�est un des plus importants ensembles fortifi�s de France, aux tours d�couronn�es par la R�volution. Le duc Louis Ier, fr�re de Charles V, qui commanda la c�l�bre tenture de l�Apocalypse, fit reb�tir le ch�teau de Saumur pour rivaliser avec son autre fr�re, le duc Jean de Berry*. Ce sont d�ailleurs les miniatures des Tr�s Riches Heures du duc de Berry qui nous montrent l�image f�erique des superstructures de ce ch�teau-palais, pa-r�es de clochetons et de girouettes dor�es aujourd�hui disparus. Les quatre angles de la forteresse sont flanqu�s de tours rondes � la base, passant � l�octogone et renforc�s de contreforts portant les m�chicoulis.</p><p>B�ti un demi-si�cle plus tard, vers 1450, le ch�teau de Montsoreau a encore un aspect essentiellement d�fensif.</p><p>Avec le roi Ren�, dernier souverain d�Anjou, se r�pand la mode des petits manoirs (Baug�, La M�nitr�, Coudray-Montbault), simples maisons de campagne, agr�ment�es parfois d�un d�cor peint de chasse et d�oiseaux (Le Belligan � Saint-Gemmes) ou � th�mes religieux (Pimp�an et La Sori-</p><p>ni�re). Il y a aussi de grandes demeures comme Durtal ou Montreuil-Bellay. Celle-ci, reb�tie au XVe s. sur un site strat�gique choisi par Foulques Nerra, juxtapose Ch�teau-Vieux, Petit-Ch�teau et Ch�teau-Neuf, qui permettent de suivre l��volution de l�art militaire.</p><p>Le ch�teau de Plessis-Bourr�, construit � partir de 1468 par Jean Bourr�, secr�-</p><p>taire d��tat aux Finances de Louis XI et de Charles VIII, est d�un int�r�t tout particulier. Il s�agit d�une forteresse de plaine, de plan quadrangulaire avec tours d�angle baignant dans des douves. Innovation marquante : l�abaissement des deux ailes lat�rales permet d�a�rer le logis principal, au fond de la cour avec son donjon.</p><p>Cette conception tellement heureuse fera fortune et constitue le prototype des ch�-</p><p>teaux de plaisance du XVIe s., comme, en Anjou m�me, le Lude ou Boumois.</p><p>La Renaissance a donc une dette envers l�Anjou ; mais, d�sormais, la Touraine*</p><p>donne le ton. Le ch�teau de la Ville-au-Fourrier, � Vernoil, est modifi� de fa�on rustique sur le mod�le d�Azay-le-Rideau.</p><p>Celui de Serrant, apr�s 1546, �voque Valen�ay par la grandeur de ses proportions et par ses d�mes � l�imp�riale. Brissac m�le avec une dissym�trie savoureuse les tours rondes de Pierre de Br�z�, secr�taire d��tat de Charles VII, et un pavillon de cinq �tages style Henri IV, rest� inachev� (1606).</p><p>L��poque Louis XIV �difiera le magnifique d�me de Notre-Dame-des-Ardilliers � Saumur. Au XVIIIe s., trois ch�teaux classiques sont en Anjou les jalons de l�art officiel de la capitale. Ils ach�vent de faire de cette province l�ultime �tape des ch�-</p><p>teaux de la Loire. �chuilly, parfait exemple du style Louis XV, est compos� en 1730</p><p>avec une aisance et une harmonie qui manquent � Montgeoffroy (1775), dessin� par le Parisien Barr� et rempli des souvenirs du mar�chal de Contades. Aux portes d�Angers, Pignerolle sera un d�licieux trianon angevin, con�u, aux derni�res ann�es de Marie-Antoinette, par un �l�ve de Gabriel : ce Bardoul de La Bigotti�re y a presque �gal� son ma�tre.</p><p>F. E.</p><p>Ankara</p><p>Capitale de la Turquie, en Anatolie</p><p>centrale.</p><p>Depuis environ un demi-si�cle, Ankara s�est d�velopp�e d�une mani�re spectaculaire, mais artificielle, li�e au repli de la Turquie nouvelle sur l�Anatolie apr�s la dislocation de l�Empire ottoman. � partir d�une modeste et traditionnelle ville provinciale, s�est constitu� un organisme urbain original �loign� de la structure islamique : le fait est nouveau et exceptionnel dans tout le Proche-Orient.</p><p>La ville ottomane</p><p>traditionnelle</p><p>Ankara appartient � la famille des villes de bordure de la steppe centre-anatolienne, au contact des cha�nes septentrionales. Son originalit� est d��tre situ�e sur la route qui longe au nord la steppe, au point o� s�en d�tachent les voies qui m�nent vers la Cappadoce et les portes de Cilicie. La fortune de cette situation urbaine ne pouvait �tre due qu�� l�existence d�un pouvoir s��tendant � la fois sur l�Asie Mineure et le Levant, et permettant l�organisation d�un grand commerce, ce qui ne fut r�alis� que par la paix romaine. Jusque-l� simple �tape sur la � route royale � de l�Empire perse, qui contournait au nord la steppe, la ville acqu�rait d�s lors une fonction de carrefour.</p><p>Entre des massifs dont l�altitude oscille entre 1 700 et 1 900 m au nord, et une steppe plus basse (de 1 000 � 1 200 m) et peu ondul�e au sud s��l�ve � pr�s de 1 000 m un piton volcanique dans une d�pression, lieu de confluence de trois rivi�res. Dans ce site, de petite localit� fortifi�e, s��tablit un village phrygien. La bourgade, connue sous le nom d�Ankyra (Ancyre) � l��poque ach�m�nide, devient par la suite une modeste agglom�ration galate. �</p><p>l��poque romaine seulement, Ancyre s��tend assez largement dans la plaine, o� s��difient thermes et temples, symbole de sa prosp�rit� commerciale ; elle se replie sur son site primitif aux �poques byzantine et ottomane. � ce moment, la fonction routi�re et de relais de la ville diminue, en m�me temps que le commerce d�ensemble de l�Anatolie (la route la plus fr�quent�e vers le</p><p>Levant passe de nouveau par le sud de la steppe et Konya).</p><p>Ankara joue le r�le de centre</p><p>r�gional. Au coeur de la zone d��levage des ch�vres � long poil (ch�vres d�Angora), la ville exporte la laine et devient un actif centre d�artisanat de filature et de tissage, qui para�t avoir approch� 50 000 habitants au d�but du XIXe s. Cette prosp�rit� est an�antie par la ruine de la filature (concurrenc�e � partir de 1840 par l�industrie occidentale) et par la chute des exportations de la mati�re premi�re (quand des ch�vres d�Angora seront �lev�es en Afrique australe, � partir de 1880). La population retombe au-dessous de 30 000 habitants au d�but du XXe s., et Ankara n�est plus qu�un modeste centre de distribution de produits import�s, auquel, en 1914, l�arriv�e du chemin de fer et sa fonction, toute provisoire, de t�te de pont ferroviaire de l�embranchement du chemin de fer de Bagdad (qui, se d�tachant � Eskisehir de la voie principale, progresse le long de la bordure nord de la steppe) vont redonner une certaine activit�.</p><p>Le choix d�Ankara</p><p>comme capitale</p><p>Mais rien ne laisse pr�voir le d�veloppement futur de la ville. Le choix d�Ankara comme si�ge du Comit� national turc, puis comme capitale, �v�-</p><p>nement d�cisif dans l��volution de la ville, sera le r�sultat, apr�s la Premi�re Guerre mondiale et le d�membrement de l�Empire ottoman, d�un ensemble de facteurs convergents, parmi lesquels les conditions strat�giques de l��poque seront pr�dominantes. La pr�-</p><p>sence de troupes franco-arm�niennes en Cilicie et les r�voltes des Kurdes dans l�Anatolie du Sud-Est am�nent le d�placement du si�ge du Comit� national d�abord d�Erzurum � Sivas. �</p><p>l�ouest, la pr�sence des forces alli�es franco-anglaises � Istanbul, des forces grecques � Smyrne et des forces italiennes en Pamphylie impose de choisir un centre sur le plateau, � l��cart des diverses menaces possibles. Quatre villes de taille relativement importante sont sur les rangs : Kayseri, Sivas, Konya et Ankara. Mais les deux premi�res ne disposent pas encore de la voie ferr�e, �l�ment de liaison d�cisif</p><p>avec Istanbul, o� demeure le sultan et o� se r�unira la premi�re assembl�e jusqu�� sa dissolution par les Alli�s en mars 1920. Konya est trop proche des c�tes m�ridionales ; cette ville traditionaliste n�est d�ailleurs gu�re downloadModeText.vue.download 121 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>658</p><p>favorable au nouveau gouvernement.</p><p>Le choix d�Ankara est donc logique, et la nouvelle assembl�e s�y r�unit en avril 1920. Quand, en 1923, apr�s la guerre turco-grecque, il faut d�signer une capitale d�finitive, Ankara occupe une position centrale, ce qui assure son choix � la t�te d�un �tat repli� sur l�Anatolie ; Istanbul, trop p�riph�rique, symbolise aussi une certaine attitude de compromission avec l��tranger, que renforce encore le caract�re cosmopolite de sa population. Les pr�f�rences sentimentales issues du r�le d�Ankara pendant la guerre ach�vent de jouer en sa faveur et conduisent � p�renniser une fonction jusque-l� provisoire.</p><p>Ankara, capitale</p><p>de la Turquie</p><p>Le d�veloppement de l�agglom�ration s�est tout naturellement orient� vers le sud, dans le bassin et sur les pentes faciles situ�es au-del� des vall�es. Un facteur suppl�mentaire vient pr�ciser l�axe de croissance. Pendant la guerre, l�administration s�est tant bien que mal entass�e dans la vieille ville perch�e sur son rocher. N�anmoins, on a d� utiliser toutes les possibilit�s de logement praticables dans la campagne environnante. Le pr�sident du Comit� national et plusieurs ministres se sont ainsi install�s dans le petit noyau rural de �ankaya, � quelques kilom�tres au sud. Atat�rk d�cide d�y fixer le si�ge de la pr�sidence, dans un site champ�tre qu�il a appr�ci�. Quand l�urbaniste allemand Hermann Jansen �tablit, � partir de 1927, le plan de d�veloppement, il est naturellement conduit � le concevoir autour d�un grand axe de communication, l�actuel boulevard Atat�rk, reliant l�ancien noyau urbain de la vieille ville au nouveau p�le de croissance, o� se concentrent les fonc-</p><p>tions politiques.</p><p>La structure de la ville est ainsi typiquement polynucl�aire. Accol�e � la citadelle, la vieille ville conserve une fonction r�sidentielle m�l�e � la fonction commerciale traditionnelle. � son pied sud se placent les quartiers commer�ants et d�affaires de type moderne (place Ulus). Au-del� s��tendent les quartiers r�sidentiels de type moderne (Yeni&#x15F;ehir) ; des b�timents universitaires ou officiels se dispersent le long de la grande art�re qui conduit aux quartiers de r�sidence �l�gants, groupant en outre l�essentiel de la fonction politique (minist�res et ambassades), de Kavakl&#x131;dere et de �ankaya. L�accroissement d�mographique r�cent a juxtapos� � cette structure initiale un d�veloppement nouveau en �toile le long des grandes routes : s�y sont install�s des lotissements organis�s, mais aussi des additions parasites, zones hybrides d�habitats m�diocres et d�artisanat le long des vall�es, zones d�habitats sommaires (de caract�re semi-rural d�ailleurs, plus que v�ritables bidonvilles) dispers�es sans ordre surtout sur les collines escarp�es du Nord (Alt&#x131;n da&#x11F;) et groupant au total pr�s de 300 000 personnes. L�essor de la population a �t� spectaculaire : 74 000 habitants en 1927, 288 000 en 1950, plus de 900 000 en 1965 et plus de 1 200 000</p><p>en 1970. Mais l�activit� urbaine n�a d�autre base que la centralisation consid�rable d�un r�gime fortement �tatis�.</p><p>Services publics et professions lib�-</p><p>rales dominent largement (27 p. 100) dans la population active, avec les domestiques (8 p. 100), qui leur sont li�s, devan�ant le commerce et les transports (10,5 p. 100), le secteur secondaire (14,5 p. 100), essentiellement fond� sur l�artisanat, et une agriculture en diminution r�guli�re (6,5 p. 100</p><p>des personnes actives en 1955 contre 26 p. 100 en 1927). Les gens sans profession d�finie constituent plus du tiers de la population active. La ville, qui n�est ni commer�ante ni industrielle, appara�t ainsi sans fondements �conomiques r�els en dehors de sa fonction m�me de capitale. La progression de la population employ�e dans le secteur secondaire est n�anmoins r�guli�re, mais est due surtout � la croissance de l�artisanat.</p><p>X. P.</p><p>ankylose</p><p>F ARTICULATION.</p><p>Annam</p><p>F VI�T-NAM.</p><p>Anne d�Autriche</p><p>Reine de France (Valladolid 1601 -</p><p>Paris 1666).</p><p>Fille du roi d�Espagne Philippe III, elle re�oit une �ducation pieuse, mais on se pr�occupe peu de sa formation intellectuelle. D�s 1609, on agite des projets d�union avec la cour de France, et, au trait� de Fontainebleau (1611), le mariage d�Anne et du jeune Louis XIII est d�cid�.</p><p>L��pouse de Louis XIII</p><p>Le mariage est c�l�br� � Bordeaux en 1615. Cette union sera un �chec total : Louis XIII reste insensible � la beaut� de la jeune reine. D�un mari aussi froid et qui, de plus, a renvoy� en Espagne toutes ses dames, Anne, d�j� l�g�re d�esprit, se d�tache peu � peu.</p><p>Une s�rie de m�saventures et d�imprudences de sa part renforceront l�aversion de son �poux.</p><p>En 1625 a lieu l�� affaire Buckingham �. C�est la sc�ne dite � du jardin d�Amiens � : l�ambassadeur d�Angleterre, dont la prestance a s�duit la reine, s�y montre plus qu�entreprenant. Le scandale �clate, et Louis XIII, furieux, chasse la duchesse de Che-vreuse, amie de la reine, qui a favoris� l�intrigue. L�absence de prog�niture du couple royal fait de l�incapable Gaston d�Orl�ans, fr�re du roi, l�h�ritier du tr�ne, et les conspirations les plus folles vont, jusqu�� la fin du r�gne, se nouer autour de lui.</p><p>La premi�re est le complot de Chalais, qui, en 1626, se propose d�assassiner Richelieu, de d�poser le roi et de donner � Gaston son tr�ne et son �pouse. On ne sait si la reine, qui r�pondit � ses accusateurs � qu�elle</p><p>aurait trop peu gagn� au change �, y a tremp�, mais Louis XIII, profond�ment bless�, n�oubliera pas.</p><p>L��loignement du roi ne fait que s�accro�tre, lorsque Anne s�immisce dans la politique, d�abord en supposant � Richelieu ; elle est, comme bien d�autres, une victime de la journ�e des Dupes (1630). Elle a le tort, ensuite, de donner prise au cardinal par ses imprudences. En 1637 a heu l�� affaire du Val-de-Gr�ce � : par l�entremise de l�abbesse de ces lieux, une Espagnole, Anne entretient une correspondance suivie avec son fr�re Philippe IV, alors en guerre avec la France ; la reine n�est sauv�e que par le silence de son valet de chambre, qui est embastill�. Cette</p><p>� trahison � peut s�expliquer par le fait qu�� l��poque la politique ext�rieure de Richelieu rencontre en France une grande opposition, de la part principalement du � parti d�vot �, outr� des alliances protestantes du roi de France contre la tr�s catholique Espagne.</p><p>L��ducation religieuse d�Anne, comme ses liens de famille, la pousse dans cette voie.</p><p>Apr�s cet �v�nement, la reine subit une sorte d�exil � la Cour, mais, l�an-n�e suivante, l�enfant tant attendu s�annonce, et enfin la reine accouche d�un fils.</p><p>La naissance d�un dauphin, en</p><p>�cartant du tr�ne de France le l�che conspirateur qu�est Gaston d�Orl�ans, renforce, dans l��tat comme au-dehors, l�autorit� personnelle du roi et de son ministre. Cependant, on n�en sait pas gr� � la reine, et sa maternit� ne lui donne aucune autorit� politique.</p><p>Ni la naissance d�un second fils, Philippe, en 1640, ni la mort de Richelieu n�emp�chent Louis XIII de manifester froideur et d�dain envers sa femme.</p><p>La r�gente</p><p>Cependant, le roi ne va survivre que de quelques mois � son ministre, mort le 4 d�cembre 1642. Sous l�influence du cardinal Mazarin, que lui a l�gu� Richelieu, il accorde � regret la r�gence � Anne d�Autriche et la lieutenance g�n�rale du royaume � son fr�re, mais en les liant tous deux � un conseil de</p><p>r�gence o� figurent Mazarin, le prince de Cond� et les secr�taires d��tat.</p><p>� la pri�re d�Anne d�Autriche, le parlement annule ces sages dispositions aussit�t apr�s la mort du roi (1643) et lui confie la r�gence.</p><p>L�opinion s�attend � un revirement spectaculaire de la politique fran�aise, tant � l�int�rieur qu�� l�ext�rieur. On sait Anne ennemie du cardinal, mais la r�gente n��pouse pas les querelles de la reine et, si elle rappelle quelques amis fid�les comme la duchesse de Che-vreuse, elle confie les affaires � Mazarin, qui devient � chef du Conseil et ministre d��tat �. � Surveillant � de la r�gente, le cardinal a l�adresse d�en devenir le confident. Fut-il quelque chose de plus ? On a beaucoup �pilogue sur le sujet. Toutefois, il ne semble pas qu�il y eut mariage secret : la pi�t� de la reine comme son orgueil infirmeraient plut�t cette hypoth�se. � l��poque, les ambitions d��ues de ceux qui comptaient bien rallumer sous la r�gence les troubles de la minorit� de Louis XIII aliment�rent les calomnies.</p><p>Quoi qu�il en soit, Anne d�Autriche soutient le cardinal Mazarin contre vents et mar�es, et c�est par lui qu�est continu�e la politique de Richelieu.</p><p>Pour l�histoire, il suffit de constater qu�au moment de choisir contre ces brouillons qui ne d�sirent que d�truire les r�sultats acquis sous le dernier r�gne elle sut prendre le meilleur parti et s�y maintenir. D�s lors, retracer sa vie, c�est faire le r�cit de la Fronde* et du minist�riat de Mazarin*.</p><p>downloadModeText.vue.download 122 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>659</p><p>Sans instruction, la reine �tait d�une nature un peu �paisse et paresseuse.</p><p>Avec l��ge, elle s�alourdit par exc�s de nourriture et de sommeil, au point que Retz l�appelle � la grosse Suissesse �.</p><p>D�daign�e de son �poux, il semble que sa vanit� ait souffert plus que son coeur ; il ne para�t pas non plus qu�elle ait port� beaucoup d�affection � ses enfants. Malgr� tout, elle ne manquait ni de s�duction ni de bont�. On a dit aussi</p><p>que sa pi�t� �tait formaliste et qu�elle manquait de jugement. Le choix</p><p>qu�elle fit de Vincent de Paul, qu�elle imposa, contre le gr� de Mazarin, � la pr�sidence du Conseil de conscience, ne semble pas confirmer cette fa�on de voir.</p><p>Anne consacra ses derni�res ann�es � des ouvrages de pi�t� et de charit�.</p><p>Elle se retira souvent dans cette abbaye du Val-de-Gr�ce qu�elle avait fait construire.</p><p>P. R.</p><p>&#x25B6; Fronde / Louis XIII / Louis XIV / Mazarin /</p><p>Richelieu.</p><p>Anne de Beaujeu</p><p>F CHARLES VIII.</p><p>Anne de Bretagne</p><p>F BRETAGNE.</p><p>Anne Stuart</p><p>F STUART.</p><p>anneau</p><p>Ensemble muni de deux op�rations, une addition et une multiplication telles que :</p><p>1o l�ensemble est un groupe commutatif (ou ab�lien) pour l�addition ; 2o la multiplication est associative : x(yz) = (xy)z,</p><p>quels que soient les �l�-</p><p>ments x, y et z de l�anneau ;</p><p>3o la multiplication est distributive par rapport � l�addition :</p><p>x(y + z) = xy + xz</p><p>et</p><p>(y + z)x = yx + zx,</p><p>quels que soient les �l�ments x, y et z de l�anneau.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>On d�signe souvent un anneau par A ou R (ring en anglais). L��l�ment neutre de l�addition est appel� z�ro de l�anneau et not� 0. La multiplication n�est pas n�cessairement commutative ; si elle l�est, l�anneau est dit commutatif.</p><p>S�il existe dans l�anneau un �l�ment neutre pour la multiplication, c�est-�-</p><p>dire un �l�ment e tel que, pour tout �l�-</p><p>ment x de l�anneau, on ait</p><p>ex = xe = x,</p><p>e est appel� �l�ment-unit� de l�anneau, qui est dit � �l�ment-unit� ou unitaire.</p><p>Cet �l�ment neutre est souvent d�sign� par 1, m�me si les �l�ments de l�anneau ne sont pas des nombres.</p><p>Exemples.</p><p>1. L�ensemble Z des entiers relatifs, l�ensemble Q des nombres rationnels, l�ensemble R des nombres r�els sont des anneaux commutatifs et unitaires.</p><p>La v�rification en est imm�diate en utilisant les propri�t�s �l�mentaires de l�addition et de la multiplication des nombres.</p><p>2. L�ensemble G des entiers de Carl Friedrich Gauss (1777-1855), tel que G = {a + bi, a &#x2208; Z, b &#x2208; Z}</p><p>(le signe &#x2208; est celui de l�appartenance ; i2 = � 1), est �galement un anneau commutatif et unitaire quand on le munit de l�addition et de la multiplication des nombre complexes.</p><p>En effet, si</p><p>&#x3B1; = a + bi &#x2208;G</p><p>et</p><p>&#x3B2; =c + di &#x2208; G,</p><p>&#x3B1; + &#x3B2; = a + bi + c + di = (a + c) + (b</p><p>+ d)i &#x2208; G ;</p><p>de plus 0 &#x2208; G, car 0 = 0 + i0 ; enfin si &#x3B1; &#x2208; G, &#x3B1;&#x2032; = � a � ib &#x2208; G ; d�o� le groupe additif ab�lien. De plus, la multiplication qui est commutative est aussi une op�ration dans G, car si &#x3B1; = a + bi et &#x3B2; = c + di appartiennent � G, on a</p><p>&#x3B3; = &#x3B1; � &#x3B2; = (a + bi)(c + di) =</p><p>=ac � bd + i(bc + ad) &#x2208; G ;</p><p>en effet, a, b, c et d �tant des entiers relatifs, il en est de m�me de ac � bd et bc + ad. Cette multiplication est associative et distributive par rapport � l�addition, car elle a les m�mes propri�t�s dans le corps C des complexes.</p><p>Enfin, le nombre 1, qui est �l�ment de G (1 = 1 + 0i), est �l�ment-unit�.</p><p>R�gles de calcul dans</p><p>les anneaux</p><p>Ces r�gles font intervenir les �l�ments d�un anneau A d�sign�s par des petites lettres et pour lesquels on utilise le signe d�appartenance &#x2208;.</p><p>y Soit a &#x2208; A ; il existe a&#x2032; &#x2208; A, unique, tel que a + a&#x2032; = 0 ; a&#x2032; est not� � a, et l�on devrait �crire a + (� a) = 0, qu�on �crit a � a = 0. La distributivit� de la multiplication par rapport � l�addition entra�ne sa distributivit� par rapport � la soustraction :</p><p>(a � b)x = ax � bx</p><p>et</p><p>x(a � b) = xa � xb.</p><p>On �tablit, par exemple, la premi�re �galit�, en �crivant</p><p>(a � b)x + bx = (a � b + b)x = ax ; d�o�</p><p>(a � b)x + bx � bx = ax � bx</p><p>et</p><p>(a � b)x = ax � bx.</p><p>En particulier,</p><p>0x = (a � a)x = ax � ax = 0,</p><p>pour tout x de A ; donc 0x = 0 ; de m�me x0 = 0 : un produit de facteurs est nul d�s que l�un des facteurs est nul. Cette condition suffisante n�est pas toujours n�cessaire. Il existe en effet des anneaux dans lesquels deux �l�-</p><p>ments non nuls ont un produit nul. De</p><p>tels �l�ments sont appel�s des diviseurs de z�ro. Si ab = 0, avec a &#x2260; 0 et b &#x2260; 0</p><p>(ce qui n�entra�ne pas n�cessairement que ba = 0), a et b sont des diviseurs de z�ro, respectivement � gauche et � droite. Par exemple, dans l�anneau Z/6</p><p>des entiers modulo 6,</p><p>on a la relation , car</p><p>2 � 3 = 6, et 6 est congru � 0 modulo 6. On a d�ailleurs</p><p>Dans un anneau commutatif, les</p><p>notions de diviseurs de z�ro � droite et � gauche se confondent en une seule : celle de diviseur de z�ro.</p><p>On donne le nom de domaine d�in-</p><p>t�grit� � tout anneau commutatif sans diviseurs de z�ro. Par exemple, Z/p, ensemble des entiers modulo p, est un domaine d�int�grit� si p est premier.</p><p>y Si a &#x2208; A, on d�signe par a2 l��l�-</p><p>ment produit aa et, de fa�on plus g�n�rale, par an (a puissance n), l��l�-</p><p>ment aa... a, �gal au produit de n facteurs �gaux � a. On d�signe de m�me par 2a l��l�ment a + a et par na l��l�-</p><p>ment a + a + ... + a, �gal � la somme de n �l�ments �gaux � a. On a alors (a + b) 2 = (a + b)</p><p>(a + b) = a2 + ba + ab + b2 ;</p><p>si a et b sont permutables (ab = ba), en particulier si l�anneau est commutatif, on a le droit d��crire</p><p>(a + b) 2 = a2 + 2ab + b2 ;</p><p>de m�me</p><p>(a + b) 3 = a3 + 3a2b + 3ab 2 + b3</p><p>et, de fa�on g�n�rale,</p><p>avec</p><p>Ainsi, dans un anneau commutatif, la formule du bin�me de Newton est valable.</p><p>Caract�ristique</p><p>C�est le nombre entier naturel non nul n, s�il existe, le plus petit possible, tel que nx = 0 quel que soit l��l�ment x de A. Si ce nombre existe, A est de caract�ristique n. S�il n�existe pas, A est de</p><p>caract�ristique nulle. Par exemple. Z/n est de caract�ristique n, comme on le v�rifie facilement. On d�montre qu�un domaine d�int�grit� est de caract�ristique nulle ou �gale � un nombre premier. Les r�gles de calcul �nonc�es ci-dessus se simplifient dans un domaine d�int�grit� de caract�ristique �gale � un nombre premier. En effet,</p><p>mais</p><p>est un entier ; les facteurs 2, 3, ..., k du d�nominateur, qui sont inf�rieurs � p, divisent les facteurs (p � 1), ..., (p � k + 1) du num�rateur, mais ne divisent pas p puisqu�il est premier.</p><p>Donc</p><p>m �tant un entier non nul. Par suite, dans le d�veloppement de (a + b)p, tous les termes situ�s entre ap et bp sont nuls, puisqu�ils sont de la forme p&#x3B1;, avec &#x3B1; &#x2208; A, et que A est de caract�ristique p(p&#x3B1; = 0, pour tout &#x3B1; de A) ; d�o� (a + b)p = ap + bp.</p><p>Cette r�gle de calcul simple se g�n�-</p><p>ralise de proche en proche :</p><p>(a + b + c)p = (a + b)p + cp = ap + bp + cp, et (a + b + ... + l)p = ap + bp + ... + lp. Si on suppose de plus que l�anneau A est unitaire, d��l�ment-unit� e, et si l�on prend a = b = ... = s = e,</p><p>a + b + ... + s = e + e + ... + e = me, not� m ;</p><p>d�o� mp = m avec m &#x2208; A.</p><p>On peut, par exemple, appliquer</p><p>cette derni�re relation au corps Z/p (p premier) des classes r�siduelles modulo � p �. Par suite, pour tout nombre naturel x non nul, on a la congruence : xp = p, (p). C�est le th�or�me de Fermat.</p><p>downloadModeText.vue.download 123 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>660</p><p>Id�al dans un anneau</p><p>Un id�al bilat�re d�un anneau A est un sous-groupe additif de A multiplicativement permis. Il v�rifie les conditions suivantes :</p><p>a) si a &#x2208; et b &#x2208; , a � b &#x2208; ; b) a &#x2208; entra�ne ax &#x2208; et xa &#x2208; ,</p><p>pour tout x de A.</p><p>La premi�re condition est n�ces-</p><p>saire et suffisante pour que soit un sous-groupe additif de A. La seconde traduit le fait que est multiplicativement permis � droite et � gauche, donc multiplicativement permis. En se res-treignant � l�une des deux conditions (a &#x2208;   ax &#x2208; ) ou (a &#x2208; xa &#x2208;</p><p>), on obtient les notions d�id�al � droite ou d�id�al � gauche. Dans un anneau commutatif, ces deux notions se confondent avec celle d�id�al bilat�re ou, simplement, d�id�al.</p><p>y Dans l�anneau Z des entiers relatifs, le sous-ensemble des nombres pairs est un id�al, car la diff�rence de deux nombres pairs est un nombre pair et le produit d�un nombre pair par un nombre quelconque est aussi un nombre pair.</p><p>y Plus petit id�al � gauche contenant un �l�ment a de A. Cet id�al doit contenir a + a = 2a, 3a, etc., puis a � a = 0, � a, � 2a, etc. ; donc tout �l�ment de la forme na, o� n est un entier relatif, puis tout �l�ment de la forme xa, o� x est un �l�ment quelconque de a ; donc tout �l�ment de la forme na + xa, quels que soient n &#x2208; Z</p><p>et x &#x2208; A.</p><p>Mais l�ensemble</p><p>v�rifie les deux conditions intervenant dans la d�finition d�un id�al. Donc est l�id�al cherch�. C�est l�id�al � gauche engendr� par a ; on peut le noter (a} ; il est principal, car engendr� par un seul �l�ment.</p><p>Cet exemple donne un moyen simple de construire des id�aux dans un anneau. Si l�anneau A poss�de un �l�-</p><p>ment-unit� e, l��l�ment na s��crit na = n.ea = ne.a = sa</p><p>avec s = ne &#x2208; A : d�o�</p><p>na + xa = sa + xa = ta avec t = s + x &#x2208; A.</p><p>Par suite, l�id�al principal � gauche engendr� par a co�ncide avec l�ensemble des �l�ments de la forme ta, o� t d�crit A ; on �crit alors (a} = Aa.</p><p>On d�veloppe des consid�rations</p><p>analogues avec l�id�al � droite engendr� par un �l�ment de l�anneau.</p><p>y Id�al bilat�re principal (a).</p><p>C�est l�id�al bilat�re engendr� par a ou plus petit id�al bilat�re contenant a. Si l�anneau est commutatif, (a) = {na + xa, n &#x2208; Z, x &#x2208; A}. Si, en outre, l�anneau est unitaire, na = ne.a et ne &#x2208; A ; les produits na et xa ont m�me forme ; par suite, a = Aa = aA, ensemble des multiples de a. Mais si l�anneau poss�de un �l�ment-unit� sans �tre commutatif,</p><p>(a) = {x1ax2, x1 &#x2208; A, x2 &#x2208; A} = AaA.</p><p>y L�anneau Z des entiers relatifs, commutatif et unitaire, fournit un champ d�application � ces consid�-</p><p>rations. Par exemple, (2) et (5) sont deux id�aux de Z respectivement form�s des multiples de 2 et de 5. Les nombres 4 et 7 engendrent l�id�al (4, 7) = {4&#x3BB; + 7&#x3BC;, &#x3BB; &#x2208; Z, &#x3BC; &#x2208; Z} ; 29 &#x2208; (4, 7),</p><p>car 29 = 8 + 21 = 4 � 2 + 7 � 3.</p><p>Les id�aux (12, 18), (30, 42) et (6) sont �gaux ; on v�rifie, en effet, que 30 = 5 � 6 et que 42 = 7 � 6, donc (30) &#x2208; (6) et (42) &#x2208; (6) ; d�o� (30, 42) &#x2282; (6) [&#x2282;, signe de l�inclusion] ; mais</p><p>6 = 30 . 3 � 42 . 2 ;</p><p>donc 6 &#x2208; (30, 42) et (6) &#x2282; (30, 42) ; d�o� (6) = (30, 42). De m�me, 18 = 3 � 6 et 12 = 2 � 6 ; d�o� (12, 18) &#x2282; (6) ; mais 6 = 18 � 12 ; d�o� (6) &#x2282; (12, 18), et (6) = (12, 18). On d�montre que dans Z tout id�al est principal, c�est-�-dire engendr� par un seul �l�ment.</p><p>y S�il est possible d�engendrer des id�aux � l�aide d��l�ments d�un anneau, il est aussi possible d�obtenir</p><p>de nouveaux id�aux � partir d�id�aux d�j� connus.</p><p>� Soit deux id�aux � gauche, et</p><p>d�un anneau A et</p><p>Cet ensemble est un sous-groupe additif de A. De plus, pour tout �l�ment s de A,</p><p>sa = sx1 + sx2 = x&#x2032;1 + x&#x2032;2,</p><p>avec et . Donc sa</p><p>appartient � , qui est ainsi multiplicativement permis � gauche et qui, par suite, est un id�al � gauche. C�est le plus petit id�al � gauche contenant et ; on le note</p><p>On peut g�n�raliser � une somme de plus de deux id�aux. Ainsi, dans Z, o� tout id�al est principal, l�id�al (a) + (b) est un id�al (d), d �tant le P. G. C. D. de a et de b. Ce r�sultat, ais�ment �tabli � l�aide de la th�orie des id�aux dans Z, fournit un vocabulaire : l�id�al-somme de deux id�aux est appel� le plus grand commun diviseur de ces deux id�aux.</p><p>On g�n�ralise � plus de deux id�aux.</p><p>y L�intersection de deux id�aux</p><p>, et (ensemble des �l�ments com-</p><p>muns � et ) est aussi un id�al,</p><p>� gauche, ou � droite, ou bilat�re, en m�me temps que et . Dans</p><p>Z, l�intersection des deux id�aux (a) et (b) est l�id�al (m), o� m est le P. P. C. M. de a et de b. Ce r�sultat est � l�origine d�une d�nomination : de fa�on g�n�rale, l�intersection de deux id�aux est appel�e le plus petit commun multiple de ces deux id�aux.</p><p>On g�n�ralise � plus de deux id�aux.</p><p>Id�aux et relations d��quivalence</p><p>Dans un anneau A, tout l�id�al � gauche d�finit une relation d��quivalence sur les �l�ments de A compatible � gauche avec la multiplication de A. Cette relation not�e R se traduit par xRy si et seulement si x � y &#x2208; , x &#x2208; A et y &#x2208; A.</p><p>On v�rifie qu�elle est r�flexive, car x � x = 0 &#x2208; ; sym�trique, car si x � y &#x2208; , y � x = � (x � y) &#x2208; ; transitive, car si x � y &#x2208; et</p><p>x � z = (x � y) + (y � z) &#x2208; ; c�est une relation d��quivalence. De plus, xRy entra�ne axRay, quel que soit l��l�-</p><p>ment a de A, car x � y &#x2208; entra�ne a(x � y) &#x2208; ou ax � ay &#x2208; , ce qui traduit la compatibilit� � gauche de la relation avec la multiplication. Les classes d��quivalence sont les complexes , qui sont distincts. On</p><p>d�finit une notion semblable avec un id�al � droite. Enfin, il y a correspondance biunivoque entre les relations d��quivalence compatibles (� droite et � gauche) avec la multiplication de l�anneau et les id�aux bilat�res de l�anneau ; par exemple dans Z, la relation x � y &#x2208; (5) ; l�ensemble quotient est l�ensemble Z/5 = {0, 1, 2, 3, 4} des classes r�siduelles modulo 5 ; c�est un corps commutatif.</p><p>Corps</p><p>Tout anneau unitaire A tel que tout �l�-</p><p>ment de l�ensemble A* = A � {0} poss�de un inverse dans la multiplication.</p><p>Si la multiplication est commutative, on dit que le corps est commutatif.</p><p>Propri�t�s fondamentales 1. Dans tout corps K, quel que soit l��l�ment a &#x2208; K* = K � {0}, il existe, a&#x2032; &#x2208; K*, unique, tel que</p><p>aa&#x2032; = a&#x2032;a = 1 ;</p><p>on note a&#x2032; = a� 1 ; par suite, l��quation ax = b (a &#x2208; K et b &#x2208; K) a</p><p>une solution unique x = a�1b ; de m�me ya = b entra�ne y = ba� 1.</p><p>2. L��galit� ab = 0, a et b appartenant � K, implique a = 0 ou b = 0. Dans un corps, il n�y a pas de diviseurs de z�ro.</p><p>L��tude d�taill�e de trois corps est fournie par les ensembles de nombres Q, R et C.</p><p>�tienne B�zout</p><p>Math�maticien fran�ais (Nemours 1730-Les Basses-Loges, pr�s de Fontainebleau, 1783). Auteur de nombreux manuels de math�matiques longtemps c�l�bres, examinateur des �coles militaires depuis 1763, il est en alg�bre un des pr�curseurs de la th�orie des d�terminants. Il est rest� connu en particulier pour l�identit� de B�zout, aux termes de laquelle, si, dans un anneau principal, les �l�ments A et B</p><p>sont premiers entre eux, il existe deux �l�-</p><p>ments X et Y tels que AX + BY = 1. B�zout d�montre cette identit� dans le cas de l�anneau des polyn�mes sur le corps des complexes, mais Claude Gaspar Bachet de M�ziriac (1581-1638) l�avait d�j� �tablie pour l�anneau Z des nombres entiers relatifs. (Acad. des sc., 1758.)</p><p>J. I.</p><p>E. S.</p><p>&#x25B6; C / Groupe / Op�ration / Q / R / Relation / Z.</p><p>B P. Dubreuil et M.-L. Dubreuil-Jacotin, Le�ons d�alg�bre moderne (Dunod, 1961). /</p><p>S. Mac Lane et G. Birkhoff, Alg�bre (New York, Londres, 1967).</p><p>anneaux</p><p>d�accumulation</p><p>ou anneaux de</p><p>stockage</p><p>Acc�l�rateurs* de particules* d�un type sp�cial.</p><p>Adjoints � un acc�l�rateur qui les alimente en paquets de particules d�j� acc�l�r�es, ces instruments ont pour objet de conserver le plus longtemps possible � durant des heures ou des dizaines d�heures � des particules de grande �nergie circulant sur une ou plusieurs orbites ferm�es, grossi�rement circulaires. Cette accumulation de particules peut se faire � �nergie constante downloadModeText.vue.download 124 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>661</p><p>et dans le seul but d�obtenir un courant de particules de tr�s forte intensit�, ou encore avec augmentation de l��nergie. La structure de ces anneaux s�apparente � celle des synchrotrons ; elle comporte des aimants guidant les faisceaux, des lentilles magn�tiques et des cavit�s de radiofr�quence.</p><p>L�int�r�t primordial de ces anneaux est de pouvoir effectuer des collisions entre particules � une �nergie effective extr�mement �lev�e ; d�o� le nom d�anneaux de collision qui leur est �galement donn�. En effet, en faisant se rencontrer deux faisceaux de particules acc�l�r�es circulant dans des sens oppos�s, on obtient dans le syst�me du centre de gravit�, entre les deux particules en collision ayant chacune l��nergie E, le m�me �change de quantit� de mouvement que l�on obtiendrait en envoyant sur une particule d�une cible au repos, dans le syst�me de r�f�rence du laboratoire, une particule acc�l�r�e � une �nergie beaucoup plus �lev�e : si m0 est la masse au repos des</p><p>particules.</p><p>Pour des �lectrons, particules ultra-relativistes � ces �nergies, le tableau suivant illustre l�avantage de ces collisions dans le syst�me du centre de gravit� :</p><p>Les techniques d�intersection dif-f�rent suivant que l�on d�sire �tudier l�interaction entre deux �lectrons n�gatifs, auquel cas il faut un double anneau de stockage pour assurer l�intersection des faisceaux (car, dans le champ ma-</p><p>gn�tique des aimants de l�anneau, des particules de charge de m�me signe circulent toutes dans le m�me sens), ou que l�on �tudie l�interaction entre un �lectron n�gatif et un �lectron positif, ce qui peut s�effectuer dans un anneau unique. Mais, dans ce dernier cas, les intersections ne se produisent que dans des r�gions d�termin�es de l�orbite, car les �lectrons circulent group�s en petits paquets successifs sous l�action du champ de radiofr�quence utilis� pour compenser les pertes d��nergie par rayonnement � chaque tour et m�me, �ventuellement, accro�tre l��nergie E.</p><p>Les principales difficult�s tiennent d�une part � la haute qualit� du vide requis (de l�ordre de 10� 10 � 10� 11 torr) pour assurer la conservation prolong�e du faisceau tout en r�duisant l�effet du rayonnement provoqu� par le faisceau, d�autre part aux divers types d�instabilit�s existant dans les anneaux. Les causes essentielles des pertes d��nergie sont le rayonnement de freinage des particules et l��change relativiste d��nergie entre deux particules (effet Touschek).</p><p>L�injection s�effectue pendant un temps tr�s bref, de mani�re � ne pas restreindre de fa�on notable le temps de circulation dans l�anneau utilisable pour les collisions, � partir d�un acc�-</p><p>l�rateur lin�aire ou d�un synchrotron.</p><p>Les progr�s techniques accomplis ont permis d�envisager la construction d�anneaux � des �nergies de plusieurs GeV : c�est la nouvelle g�n�ration des anneaux d��lectrons et de positrons de 3 GeV (Hambourg-S. L. A. C. et peut-�tre un projet � Orsay) ; ce sont aussi les premiers anneaux de protons, concevables seulement dans cette r�-</p><p>gion d��nergie, o� les protons sont tr�s relativistes. En premier heu viennent les anneaux de stockage � intersections � protons-protons � du Cern. Il s�agit de deux anneaux comportant huit intersections. La figure donne le sch�ma de la disposition des divers instruments parmi lesquels va prendre place cet outil de recherche aux qualit�s exceptionnelles pour lequel Eeff &#x2243; 1 600 GeV, E = 28 GeV ; elle fait ressortir ses dimensions, consid�rant d�j� celles du synchrotron � protons</p><p>lui-m�me. Le projet le plus audacieux est celui de VAPP-IV de Novossibirsk, destin� � produire des collisions entre des protons et des antiprotons �galement avec E = 28 GeV.</p><p>La qualit� primordiale des anneaux est la luminosit�, qui exprime l�efficacit� avec laquelle les collisions peuvent �tre effectu�es et dont tous les projets r�cents visent � augmenter la valeur. Si N+ et N� sont les nombres totaux respectifs de particules dans chaque faisceau, S l�aire de la section commune des faisceaux, h le nombre de paquets de particules et f leur fr�quence de rotation, on voit que chaque �lectron, par exemple, pr�sent dans une zone d�interaction pourra avoir une collision avec positrons par unit� de surface, soit un taux de r�action par unit� de temps et par �lectron. Pour N� �lectrons et pour une section efficace &#x3C3; d�interaction, on attend donc un nombre d��v�-</p><p>nements donn� par</p><p>Le coefficient est la lumi-</p><p>sit�. Pour une valeur donn�e de &#x3C3;, sera la luminosit� correspondant un �v�nement par unit� de temps.</p><p>Pour &#x3C3; = 10� 32 cm 2, la premi�re g�n�-</p><p>ration d�anneaux correspondait � un domaine L ~ 1032 cm� 2 par heure, donc � un �v�nement par heure. La nouvelle g�n�ration (S. L. A. C., etc.) correspondra � un �v�nement par seconde.</p><p>Parmi les progr�s caract�risant</p><p>cette nouvelle g�n�ration, il faut citer la construction des anneaux � e+e� �</p><p>� orbites s�par�es, ce qui facilite la conduite des faisceaux et les projets � quatre faisceaux (Orsay), o� deux faisceaux circulent dans chaque sens.</p><p>Parmi les perspectives d�avenir, il faut citer aussi l�utilisation possible d�aimants supraconducteurs permettant de r�duire les dimensions des anneaux destin�s � des particules de tr�s grande �nergie.</p><p>F. N.</p><p>&#x25B6; Acc�l�rateur de particules.</p><p>Les anneaux</p><p>d�accumulation</p><p>1961 Premier faisceau d��lectrons accumul� dans Ada, anneau � e+e� � de 250 MeV</p><p>de Frascati (Italie).</p><p>1962-65 Mise en service progressive de l�anneau � e�e� � de 550 MeV par Princeton-Stanford (�tats-Unis) et de l�anneau VEPP-I, � e�e� � de 130 MeV � Novossibirsk (U. R. S. S.).</p><p>1966 Premiers r�sultats de physique des particules apport�s par VEPP-II, anneau</p><p>� e+e� � de 700 MeV � Novossibirsk.</p><p>1965-68 Premiers essais, puis mise au point d�Aco, anneau � e+e� � de 500 MeV</p><p>� Orsay, qui produit des r�sultats de physique des particules depuis 1968.</p><p>1967 En fin d�ann�e, obtention du premier faisceau accumul� dans Adone, anneau</p><p>� e+e� � de 1,5 GeV � Frascati, dont l�utilisation pour la physique des particules est pr�vue en 1970.</p><p>1969 Premiers essais de l�anneau � e+e� �</p><p>de 3 GeV, obtenu par modification du synchrotron � �lectrons de Cambridge (Massachusetts).</p><p>1970 Premi�re utilisation pour la physique avec VEPP-III, anneau � e+e� � de 3,5 GeV � Novossibirsk.</p><p>1971 Premiers essais pr�vus des anneaux de stockage � intersections (ISR) � protons-protons � de 28 GeV install�s aupr�s du synchrotron � protons du Cern (Gen�ve).</p><p>Mise en service pr�vue de VAPP-IV, anneau de stockage � protons-antiprotons � de 28 GeV � Novossibirsk.</p><p>1972 Premiers essais pr�vus � 2 GeV d�un anneau � e+e� � de 2 � 3 GeV aupr�s de l�ac-c�l�rateur lin�aire du S. L. A. C. (Stanford, �tats-Unis).</p><p>Annecy</p><p>Ch.-l. du d�part. de la Haute-Savoie, sur le lac d�Annecy ; 54 754 hab.</p><p>(Anneciens).</p><p>Deuxi�me agglom�ration urbaine</p><p>(plus de 100 000 hab.) des Alpes fran-</p><p>�aises, apr�s Grenoble, Annecy a distanc� Chamb�ry depuis le recensement de 1968. Cette expansion rapide (la population a plus que doubl� en vingt ans) est due surtout � l�industrie. Apr�s 1950, Annecy a b�n�fici� de ces d�centralisations d�usines qui ont marqu� la premi�re phase de la politique fran-</p><p>�aise d�am�nagement du territoire : la r�putation touristique de la ville, les charmes du lac et des montagnes environnantes att�nuaient le d�paysement du personnel d�entreprises originaire le plus souvent de Paris. Ces affaires nouvelles ont renforc� une fonction industrielle d�j� ancienne, qui date du d�but du XIXe s. Avec plus de la moiti� de sa population active employ�e dans le secteur secondaire, Annecy appara�t comme une ville industrielle, � la diff�rence de Chamb�ry, ville de commerce et de services. Cette orientation downloadModeText.vue.download 125 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>662</p><p>s�explique par certains �l�ments de la situation et du site.</p><p>� 448 m d�altitude, Annecy se</p><p>trouve au contact de deux massifs montagneux pr�alpins, les Bornes et les Bauges, et d�un avant-pays de plaines et de collines, la Basse Savoie.</p><p>Tr�s arros�es, les montagnes livrent du bois et des produits d��levage (le fromage de reblochon est une sp�-</p><p>cialit� de la r�gion de Th�nes) ; elles attirent chaque ann�e des milliers de touristes, surtout pour les sports d�hiver (La Clusaz). Dans l�avant-pays, les sols de d�composition de la molasse et des moraines portent des labours, des prairies et des vergers de pommiers.</p><p>Entre ces terroirs diff�rents, il existe des courants d��change, dont une partie passe par Annecy. Mais, du c�t� de la montagne, l�influence de la ville se limite pratiquement au bassin du Fier et, dans l�avant-pays, elle est concurrenc�e par Aix-les-Bains, Chamb�ry et surtout Gen�ve.</p><p>Entre le massif des Bornes et celui des Bauges, le lac d�Annecy occupe une profonde d�pression qui se prolonge jusqu�� la vall�e de l�Arly, dans</p><p>l�alignement du sillon alpin. Annecy commande donc l�une des quatre cluses qui �chancrent le rempart des Pr�alpes du Nord et ouvrent sur l�avant-pays le r�seau des voies int�rieures des Alpes : par Faverges et Ugine on atteint Alber-tville, la Tarentaise, le Petit-Saint-Bernard ou le col de l�Iseran. Mais la cluse d�Annecy est �troite, tortueuse, encombr�e d�obstacles. Celle de Chamb�ry, plus courte et plus facile, donne acc�s non seulement � la Tarentaise, mais aussi � la Maurienne et au col du Mont-Cenis, la voie transalpine la plus fr�quent�e entre la France et l�Italie.</p><p>Le carrefour d�Annecy n�est donc pas sans int�r�t, surtout depuis l�ouverture du tunnel routier du Mont-Blanc, mais, � proximit�, Gen�ve et Chamb�ry ont des situations beaucoup plus avantageuses.</p><p>Annecy a mieux tir� parti de son site, compos� de trois �l�ments principaux : un contrefort du Semnoz, le coteau d�Annecy-le-Vieux et, entre les deux, la plaine des Fins. Le vieil Annecy, celui des ruelles �troites conduisant au ch�teau, est l�h�ritier du bourg fortifi� m�di�val install� sur le Cr�t du Maure, au pied du Semnoz. Il connut un destin tr�s particulier, recueillant d�s le XIIIe s.</p><p>les comtes de Gen�ve, qui abandonnent leur ville transform�e en r�publique, puis au XVIe s. l��v�que, chass� � son tour par la R�forme. Annecy, capitale politique et religieuse, atteint son apog�e au XVIIe s., sous l��piscopat de saint Fran�ois de Sales, qui fonde en 1610 la Visitation, bient�t suivie d�autres monast�res et de nombreux �tablissements d�enseignement. La population grandit et s�installe dans les faubourgs.</p><p>La R�volution et l�Empire bou-</p><p>leversent compl�tement cette topographie encore f�odale et tracent les grandes lignes de la ville moderne, celle du Thiou et de la plaine des Fins. Annecy devient un centre industriel avec une grande manufacture de coton, une papeterie, une verrerie, une indienne-rie, install�es dans d�anciens couvents et utilisant la force motrice du Thiou ou le lignite d�Entrevernes. Ces activit�s industrielles se d�veloppent sous la restauration sarde, pendant la p�riode du Buon Governo, qui ouvre aux entreprises locales le march� pi�montais :</p><p>les Forges de Cran datent de cette �poque. L�annexion de la Savoie par la France a un effet contraire, et la cr�ation de zones franches �tend l�influence de Gen�ve sur la partie septentrionale du nouveau d�partement de Haute-Savoie ; la fin du XIXe s. est marqu�e par l�essor du tourisme, avec pour attrac-tions le tour du lac en bateau et la visite des gorges du Fier. D�s 1904, gr�ce � l�initiative de quelques hommes, parmi lesquels Jules Barut, L�on Laydernier et Louis Aussedat, Annecy conna�t les bienfaits de la houille blanche : l��quipement des chutes du Fier procure de l��nergie � bon march� aux industries traditionnelles, qui se transforment (papeteries, forges), et � des activit�s nouvelles (�lectrochimie, m�canique).</p><p>Cette seconde phase du d�veloppement industriel d�Annecy sera courte, mais d�autres suivront, provoqu�es par des �l�ments ext�rieurs, notamment par Gen�ve (bijouterie m�canique) et Paris (d�centralisations d�industries de pointe, �lectronique et m�canique de pr�cision notamment) : pour ces productions, le co�t de l��nergie et celui des transports interviennent peu dans le prix de revient.</p><p>La ville occupe maintenant toute la plaine des Fins, dont les terrains sont propices aux �tablissements industriels. Elle gagne les coteaux d�Annecy-le-Vieux, de grande valeur r�sidentielle. La population compte une forte proportion de cadres et de sp�cialistes. Les activit�s de services s�adaptent � cette client�le. Annecy, ville industrielle, conna�t les formes les plus modernes du commerce urbain, lesquelles suscitent de nouvelles entreprises d�importance r�gionale.</p><p>M. L.</p><p>&#x25B6; Alpes fran�aises / Rh�ne-Alpes / Savoie (Haute-).</p><p>ann�e</p><p>Intervalle de temps correspondant � la r�volution d�un astre gravitant autour d�un autre astre.</p><p>Ce mot s�emploie plus particuli�-</p><p>rement pour la r�volution de la Terre autour du Soleil. C�est � la fois une</p><p>unit� d�intervalle de temps et une unit� de temps, du fait que les ann�es successives sont num�rot�es � partir de l�une d�entre elles, prise comme origine. On distingue deux valeurs diff�rentes pour la dur�e de r�volution r�elle de la Terre autour du Soleil. Il revient au m�me de consid�rer la dur�e de r�volution apparente du Soleil autour de la Terre.</p><p>1. L�ann�e sid�rale est le temps �coul� entre deux passages du Soleil par le m�me point de son orbite apparente. Cette dur�e diff�re de la dur�e de l�ann�e tropique du temps qui est n�cessaire au Soleil pour parcourir le petit arc d��cliptique correspondant � la pr�cession, soit 50&#x2033;,256. Une r�gle de trois permet de calculer la valeur de ce temps, soit 20 mn 23 s, ou 0,014 1 j, l�ann�e tropique �tant l�g�rement plus courte que l�ann�e sid�rale, qui vaut ainsi 365 j 6 h 9 mn 9 s.</p><p>2. L�ann�e anomalistique, qui est l�intervalle de temps s�parant deux passages cons�cutifs du Soleil par le p�rig�e de son orbite apparente, est quelquefois utilis�e. Comme ce dernier point est anim� d�un mouvement direct de 11&#x2033; par an, on en conclut que la dur�e de l�ann�e anomalistique est sup�rieure de 4 mn 45 s � celle de l�an-n�e sid�rale.</p><p>3. L�ann�e tropique est l�intervalle de temps qui s�pare deux passages cons�-</p><p>cutifs du Soleil par le point �quinoxial de printemps (point &#x3B3;), lequel est mobile sur l��cliptique ; mouvements uniforme de pr�cession et p�riodique de nutation : en fait, on ne tient compte que de la position d�finie par le premier de ces mouvements. (On appelle cette position la position moyenne.) � ce m�me moment, la d�clinaison du Soleil s�annule, instant qu�il est relativement facile de d�terminer. Aussi, cette dur�e �tait-elle d�j� connue avec une certaine pr�cision du temps de Jules C�sar (365,25 j) et avec une pr�cision plus grande au XVIe s. (365,242 5 j), lorsque les deux principaux calendriers (julien et gr�gorien) ont �t� d�finis. La valeur actuellement admise pour la dur�e de l�ann�e tropique est 365 j 5 h 48 mn 46 s. Cette dur�e est l�g�rement variable (0,53 s par si�cle).</p><p>Sa valeur, au d�but de l�ann�e 1900</p><p>(on dit, en astronomie : � l��poque 1900,0), a servi � d�finir l�unit� astronomique de temps, qui en est la fraction 1/31 556 925,974 7, valeur qui tient compte de la valeur approch�e 365,25 j, universellement utilis�e dans tous les calculs de m�canique c�leste que l�on a voulu conserver.</p><p>La dur�e de l�ann�e tropique</p><p>moyenne �tant prise comme base de la mesure du temps, il reste � d�finir l�instant qui marque le d�but de cette ann�e.</p><p>4. L�ann�e civile, pour un pays donn�, commence dans la nuit du 31 d�cembre au 1er janvier � 0 heure du temps l�gal adopt� par ce pays, lequel d�pend du fuseau horaire choisi.</p><p>5. L�ann�e astronomique, de m�me dur�e que l�ann�e civile, d�bute � un instant pr�cis, qui est le m�me pour la Terre enti�re. On a choisi l�instant o� le Soleil, sur son orbite, atteint une longitude �cliptique �gale � 270�, compte tenu de la correction d�aberration. Cet instant, gr�ce � l�instauration des ann�es bissextiles (r�forme julienne, puis r�forme gr�gorienne), se maintient tous les ans, � moins d�un jour pr�s, � la m�me date, qui est dite</p><p>� 1er janvier �. Pour les besoins d�une chronologie g�n�rale, permettant de dater un ph�nom�ne survenu depuis l��poque historique, ind�pendamment de la notion d�ann�es (complications introduites par les ann�es bissextiles), les astronomes font usage de l��re julienne, remontant � l�ann�e 4713</p><p>av. J.-C. et compos�e uniform�ment de si�cles de 36 525 jours. Des tables font conna�tre la correspondance de chaque jour avec la suite ininterrompue des jours de l��re julienne. C�est ainsi que le 1er janvier 1970 porte le num�ro 2 440 588 dans l��re julienne.</p><p>Dans le calendrier �gyptien, l�ann�e civile �tait prise �gale � 365 jours.</p><p>Au bout d�un intervalle dit p�riode sothiaque, comprenant 1 461 de ces ann�es, appel�es ann�es vagues, la concordance revenait entre l�ann�e civile et l�ann�e astronomique. Au moment de l�introduction de la r�forme julienne, � la suite de l�adoption de la valeur de 365,25 j pour la dur�e de l�ann�e tropique et � la cr�ation des ann�es bissextiles, afin de ramener le</p><p>moment de l��quinoxe au commencement du printemps, C�sar dut augmenter l�ann�e courante (45 av. J.-C.) de 85 jours, ce qui fit donner � cette ann�e le nom d�ann�e de confusion. De m�me, au moment de la r�forme gr�-</p><p>downloadModeText.vue.download 126 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>663</p><p>gorienne, il fallut abr�ger l�ann�e 1582</p><p>de 10 jours, en sautant du 4 au 15 octobre. Les Russes, qui avaient conserv� jusqu�en f�vrier 1918 le calendrier julien, �taient, � l��poque, en retard de 13 jours sur le calendrier gr�gorien.</p><p>Ce d�calage n�est plus sensible de nos jours que pour la c�l�bration de certaines grandes f�tes religieuses, telles que P�ques.</p><p>Un certain nombre de peuples an-</p><p>ciens avaient �t� conduits � consid�-</p><p>rer des ann�es lunaires, qui pouvaient �tre d�ailleurs soit sid�rales, soit sy-nodiques (c�est-�-dire tenant compte des positions relatives du Soleil et de la Lune, qui introduisent les phases de la Lune). C�est ainsi que l�ann�e musulmane est purement lunaire et comprend 12 mois alternativement de 29 et 30 jours (soit 354 jours au total). L�an-n�e commune isra�lite se compose �galement de 12 mois lunaires comprenant 29 ou 30 jours. Ces dur�es sont ainsi variables, mais on a fait en sorte que l�ann�e isra�lite concorde avec l�ann�e solaire au bout de 19 ans. L��glise catholique elle-m�me, tout en adoptant le calendrier gr�gorien pour l�usage courant, a conserv� en partie le calendrier lunaire pour la fixation de la date de certaines f�tes religieuses (fixation de la date de P�ques, en particulier).</p><p>Le commencement de l�ann�e ci-</p><p>vile a �galement vari� au cours des si�cles. Romulus en fixa le d�but au 1er mars, Numa et C�sar au 1er janvier.</p><p>Apr�s quelques essais de modification qui n�eurent pas de suite lointaine, la date du 1er janvier a �t� d�finitivement adopt�e en 1806. Mais les Isra�lites commencent encore l�ann�e � P�ques, � condition que ce ne soit ni un dimanche, ni un mercredi, ni un vendredi.</p><p>L�appellation des mois de septembre</p><p>(7e), d�octobre (8e), de novembre (9e) et de d�cembre (10e) remonte � l��poque o� l�ann�e commen�ait au 1er mars au lieu du 1er janvier.</p><p>P. T.</p><p>&#x25B6; Calendrier.</p><p>B Annuaire du Bureau des longitudes. /</p><p>E. N. Antoniadi, l�Astronomie �gyptienne (Gauthier-Villars, 1933). / P. Couderc, le Calendrier (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1946 ; 4e �d., 1970) / A. Danjon, Astronomie g�n�rale, astronomie sph�rique et �l�ments de m�canique c�leste (J. et R. Sennac, 1962).</p><p>Ann�lides</p><p>Embranchement du r�gne animal comprenant des Invert�br�s au corps allong� et form� d�une suite de segments semblables (ex. : Ar�nicole, Lombric, Sangsue). [Syn. VERS ANNEL�S.]</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Les Ann�lides se distinguent facilement des autres Vers par les ann�lations r�guli�res qui soulignent la r�p�-</p><p>tition lin�aire des unit�s � segments ou m�tam�res � constituant leur</p><p>corps. Elles pr�sentent d�autres caract�res qui, pour �tre moins apparents, n�en sont pas moins essentiels : un tube digestif rectiligne et ouvert aux deux extr�mit�s ; un syst�me nerveux form� d�un cerveau et d�une cha�ne ventrale avec une paire de ganglions dans chaque segment ; une paire d�organes excr�teurs (n�phridies) par segment ; une cavit� g�n�rale (coelome) g�n�ralement bien d�velopp�e.</p><p>La majeure partie des 10 000 es-</p><p>p�ces actuellement connues se r�partit en trois classes : les Polych�tes*, surtout marins, portant des soies nombreuses et vari�es (ce sont les Ann�lides les plus typiques) ; les Oligoch�tes* d�eau douce ou terrestres, comme le Lombric, � soies peu nombreuses ; les Hirudin�es* (Sangsues), marines ou d�eau douce, d�pourvues de soies, mais poss�dant deux ventouses.</p><p>Quelques petits groupes se rattachent de mani�re plus ou moins �troite � l�embranchement : les Archiann�lides, de structure simple, s�apparentent sans</p><p>peine aux Polych�tes ; c�est moins �vident pour les Myzostomid�s, marqu�s par le parasitisme. Les Sipunculiens et les Echiuriens montrent des affinit�s plus lointaines avec les Ann�lides.</p><p>Les trois principaux groupes font l�objet d�articles particuliers, dans lesquels on trouvera les caract�ristiques morphologiques et biologiques qui leur sont propres. On envisagera ici l�embranchement des Ann�lides dans son ensemble.</p><p>Le d�veloppement</p><p>embryonnaire :</p><p>segmentation spirale,</p><p>larve trochophore</p><p>Que les oeufs soient �mis dans la mer, comme c�est le cas chez les Polych�tes, ou qu�ils soient enferm�s dans les cocons (Oligoch�tes, Sangsues), leur segmentation correspond au type spiral. Cependant, elle ne se d�roule avec r�gularit� que dans le premier groupe ; chez les Oligoch�tes et les Hirudin�es, on assiste � des alt�rations dans le syn-chronisme des divisions : le blastom�re D se divise plus vite que les autres, et m�me, chez certaines Sangsues, apr�s la formation de la premi�re quartette, I D est le seul macrom�re qui continue � �voluer.</p><p>La gastrulation se r�alise par �pibo-lie : les microm�res issus de 2d forment la plaque somatique, qui enveloppe l�endoderme et m�nage ordinairement deux orifices, futurs bouche et anus.</p><p>Chez les Polych�tes, l�embryon se transforme en une larve en forme de toupie, la trochophore, planctonique, nageuse active gr�ce � ses deux couronnes cili�es, le prototroque et le paratroque ; c�est un organisme viable, avec un tube digestif, deux n�phridies excr�trices, un ganglion nerveux et un organe sensoriel (plaque sincipitale) ; les deux bandelettes m�sodermiques qui flanquent l�intestin vont jouer un r�le fondamental dans la suite du d�-</p><p>veloppement. On peut diviser la trochophore en trois parties : les deux r�gions extr�mes ne fourniront que des pi�ces tr�s r�duites chez l�adulte, le prostomium � l�avant et le pygidium � l�arri�re ; par contre, la zone moyenne,</p><p>situ�e entre les deux couronnes cili�es et contenant justement le m�soderme, s�allongera et donnera l�essentiel du corps, avec ses segments.</p><p>Des m�tamorphoses progressives</p><p>assurent le passage du stade larvaire � la forme adulte. Gr�ce � la division des cellules initiales du m�soderme, les t�loblastes, les bandelettes m�sodermiques s�allongent � partir de l�ar-ri�re ; elles se d�coupent en tron�ons transversaux qui correspondent aux futurs segments et se creusent d�autant de cavit�s, les sacs coelomiques ; chaque anneau comporte ainsi deux sacs, un � droite, l�autre � gauche, qui entourent l�intestin, s�accolent au-dessus et en dessous de lui, et s�appliquent sous l�ectoderme ; � la limite entre deux segments contigus, les feuillets des sacs se soudent, donnant ainsi des cloisons transversales qui persisteront. Contre l�ectoderme, le feuillet m�sodermique diff�rencie des muscles, tandis que deux n�phridies et un ganglion nerveux double se mettent en place. Quant aux initiales g�nitales, elles se sont isol�es tr�s t�t dans le massif m�sodermique, et les cellules qui en d�rivent, futures cellules reproductrices, se retrouvent au niveau des sacs coelomiques. On mesure donc l�importance du m�soderme dans la croissance et dans la formation des segments.</p><p>Si les Myzostomid�s, les Sipunculiens et les Echiuriens pr�sentent un d�veloppement comparable, il n�en va pas de m�me chez les Oligoch�tes et les Hirudin�es, qui n�ont pas de larve libre ; la destin�e des blastom�res reste cependant d�termin�e de la m�me</p><p>mani�re.</p><p>Morphologie des</p><p>Ann�lides :</p><p>m�tam�rie et soies</p><p>La m�tam�rie est le trait essentiel de la structure des Ann�lides. Le nombre de segments, ou m�tam�res, est � peu pr�s fixe pour une esp�ce donn�e ; certaines petites Archiann�lides n�en ont qu�une dizaine ; des Polych�tes peuvent en pr�senter plusieurs centaines.</p><p>Chaque m�tam�re repr�sente une</p><p>unit� anatomique : sous le t�gument</p><p>se trouvent des muscles circulaires et longitudinaux, et � la face ventrale deux ganglions nerveux plus ou moins fusionn�s ; les deux sacs coelomiques, emplis d�un liquide, maintiennent le tube digestif dans l�axe ; le segment contient en outre deux n�phridies et des vaisseaux sanguins. Une cloison presque compl�te, le diss�piment, s�-</p><p>downloadModeText.vue.download 127 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>664</p><p>pare deux m�tam�res contigus. L�ann�-</p><p>lation transversale qui appara�t � la surface du corps correspond, en g�n�ral, aux m�tam�res internes ; cependant, chez la Sangsue m�dicinale, plusieurs sillons superficiels peuvent appartenir au m�me segment, puisqu�on compte 102 ann�lations pour 27 m�tam�res r�els.</p><p>En avant et en arri�re du corps, le prostomium et le pygidium n�ont pas valeur de m�tam�res ; ils d�rivent des p�les extr�mes de la trochophore et ne sont jamais occup�s par le coelome. Le prostomium contient les ganglions c�-</p><p>r�bro�des et porte souvent des organes sensoriels (yeux, antennes, palpes) ; la bouche s�ouvre en arri�re de lui, sur la face ventrale. Le pygidium porte l�anus.</p><p>Primitivement, tous les segments du corps sont identiques, mais leur plan initial subit souvent des modifications en fonction de leur position sur l�animal ; celles-ci permettent de distinguer les classes et les familles. Ainsi, chez les Polych�tes, le premier anneau, qui porte la bouche, fusionne souvent avec les deux ou trois suivants pour former le p�ristomium, muni de cirres tentaculaires. Chez les Sangsues, la ventouse post�rieure r�sulte de la coalescence de six segments.</p><p>Les modifications les plus vari�es portent sur les parapodes et sur les soies. Les parapodes constituent des expansions lat�rales molles de chaque segment et n�existent que chez les Polych�tes. Les soies sont des productions chitineuses allong�es, port�es par les parapodes ou ins�r�es directement dans</p><p>le t�gument chez les Oligoch�tes. Elles affectent une grande vari�t� de forme et de taille chez les Polych�tes, qui en sont toujours richement pourvus ; les acicules sont des soies �paisses servant de squelette aux parapodes ; les soies proprement dites peuvent �tre simples ou compos�es ; elles se groupent en faisceaux sur l�unique rame ou sur les deux rames de chaque parapode ; les crochets sont courts et recourb�s. Les Oligoch�tes ont des soies peu nombreuses (en g�n�ral huit par anneau), courtes et peu vari�es. Les Hirudin�es (ou Ach�tes) n�en ont pas. Les soies servent au d�placement (reptation, nage) ou � l�ancrage du Ver dans sa galerie ou son tube.</p><p>Chez les Polych�tes errants, les segments sont tous � peu pr�s identiques ; chez les s�dentaires, ils diff�rent suffisamment pour qu�on puisse les r�partir en deux ou trois r�gions (thoracique, abdominale, caudale).</p><p>Nutrition</p><p>L�appareil digestif consiste en un tube droit pr�sentant une l�g�re constriction � la travers�e de chaque diss�piment ; il n�y a pas de glandes individualis�es, et les enzymes de la digestion s��laborent dans sa paroi. Cet appareil comporte parfois, comme chez le Lombric, un pharynx, un jabot et un g�sier, pr�-</p><p>c�dant l�intestin. Chez les Sangsues, l�estomac, volumineux, porte plusieurs paires de caecums, o� s�emmagasine le sang ing�r�.</p><p>Un certain nombre de Polych�tes et quelques Hirudin�es font saillir par la bouche une trompe pouvant atteindre de grandes dimensions ; molle ou garnie de denticules corn�s (m�choires et paragnathes), celle-ci sert � capturer les proies ou bien � fouir et � absorber sable ou vase.</p><p>Les Ann�lides fouisseuses trouvent dans le substrat les particules organiques qui constituent l�essentiel de leur nourriture. Les Sipunculiens et les �chiuriens sont microphages, ainsi que les formes (Serpule, Sabelle) qui utilisent leur panache branchial cili� pour r�colter les �l�ments du Plancton. Les</p><p>Polych�tes errants munis d�une trompe consomment des Algues ou de petits animaux (Vers, Mollusques, Crustac�s) ; certaines Hirudin�es ingurgitent de petites proies sans les broyer. Les Sangsues h�matophages entaillent la peau de leurs victimes avant d�absorber leur sang, qu�elles conservent incoagul� plusieurs semaines. On signale quelques Polych�tes parasites (Hystriobdella sur les Crustac�s, Ich-thyotomus sur les Anguilles), ainsi que des Oligoch�tes, d�ailleurs proches des Sangsues (Branchiobdella sur les �crevisses). Tous les Myzostomid�s sont commensaux ou parasites d��chinodermes.</p><p>Circulation et</p><p>respiration</p><p>L�appareil circulatoire est clos et parfaitement distinct des cavit�s coelomiques. Il consiste essentiellement en deux vaisseaux parall�les � l�intestin : la circulation se fait d�arri�re en avant dans le vaisseau dorsal, et d�avant en arri�re dans le vaisseau ventral ; dans chaque anneau, des anses lat�rales r�unissent ces vaisseaux et irriguent les parapodes et les branchies. La circulation est assur�e par la contractilit� des vaisseaux longitudinaux, ou d�anses m�tam�riques : ainsi, le Lombric poss�de cinq paires de � coeurs � lat�raux.</p><p>Le sang est incolore ou teint� par des pigments respiratoires dissous dans le plasma : h�moglobine rouge, chloro-cruorine verte.</p><p>Le liquide coelomique contient divers �l�ments figur�s ; il circule sous l�effet du rev�tement cili� qui tapisse int�rieurement les sacs coelomiques.</p><p>La respiration se fait par la peau ; quand elles existent, les branchies ne paraissent jouer qu�un r�le partiel dans les �changes. Ce sont souvent des touffes ins�r�es pr�s des parapodes, sur tous les segments (Nephthys) ou sur certains d�entre eux (Arenicola). Chez les tubicoles comme Sabella et Ser-pula, un double panache de filaments branchiaux est ins�r� sur la t�te.</p><p>Les n�phridies,</p><p>organes d�excr�tion</p><p>Les premi�res n�phridies apparaissent chez la trochophore ; ce sont deux proton�phridies, form�es d�un tube ramifi� s�ouvrant par un orifice et dont les extr�mit�s distales sont occup�es par des cellules flagell�es ; les flagelles forment dans le tube une flamme vibratile. Ce type de n�phridie dispara�t � la m�tamorphose ; on ne le rencontre downloadModeText.vue.download 128 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>665</p><p>plus tard que chez l�Archiann�lide Dinophilus.</p><p>Chez l�adulte, chaque m�tam�re</p><p>porte en principe deux n�phridies (ou organes segmentaires). Celles-ci correspondent � deux types : n�phridies � sol�nocytes et n�phridies � n�phrostome. Les premi�res commencent par une ampoule ferm�e, autour de laquelle sont dispos�es des cellules flagell�es, les sol�nocytes, dont le flagelle passe dans une longue collerette ; elles puisent dans le milieu int�rieur les substances de d�chet ; les mouvements des flagelles conduisent celles-ci vers l�orifice n�phridien.</p><p>Les n�phridies � n�phrostome sont ouvertes aux deux extr�mit�s ; le n�phrostome, ou pavillon cili�, d�bouche dans le sac coelomique du m�me segment que le reste de la n�phridie ou du segment ant�rieur.</p><p>Il arrive que la n�phridie serve �galement � l��vacuation des cellules sexuelles ; ou bien un pavillon g�nital vient s�aboucher au canal n�phridien, ou bien un organe ciliophagocytaire s�annexe � la n�phridie.</p><p>Chez les Sangsues, les n�phridies sont complexes, mais, malgr� la proximit� des testicules, elles ne servent pas � la conduction des cellules m�les.</p><p>Syst�mes nerveux</p><p>et comportement</p><p>Les ganglions c�r�bro�des du prostomium innervent les organes sensoriels voisins et contiennent des cel-</p><p>lules neuros�cr�trices ; ils �mettent des nerfs du syst�me stomato-gastrique, qui atteignent le tube digestif.</p><p>Deux connectifs p�rioesophagiens les relient � la cha�ne nerveuse ventrale, constitu�e par les paires de ganglions de chaque m�tam�re et les connectifs qui les unissent ; chez quelques Polych�tes (Nereis), des ganglions p�dieux se trouvent � la base des parapodes.</p><p>Des fibres g�antes, permettant la progression de l�influx � grande vitesse sur toute la longueur du corps, ont �t� signal�es chez plusieurs formes (Lumbricus, Myxicola).</p><p>Ce sont les Polych�tes errants qui sont les mieux pourvus en organes sensoriels : une � trois paires d�yeux, parfois complexes, comme ceux d�Al-ciopa, qui sont munis de r�tine, de cristallin et de corn�e ; des palpes, des antennes et des cirres tentaculaires � r�le tactile ; des organes nucaux qui interviennent dans la reconnaissance de la nourriture. Les Polych�tes s�dentaires ont souvent des yeux nombreux et occupant des positions inattendues : pr�s des parapodes ou sous le pygidium.</p><p>Leur sensibilit� tactile est extr�me, comme en t�moignent les r�tractions brusques des tubicoles au moindre attouchement. Les Oligoch�tes et les Hirudin�es ont des photor�cepteurs et des chimior�cepteurs (les Sangsues sont attir�es par la pr�sence de sang).</p><p>Les Ann�lides utilisent des types de locomotion fort vari�s : reptation (Nereis, Lombric), nage (Sangsue, Polych�tes �pitoques), arpentage (Sangsue), fouissement (Lombric, Ar�nicole, Nephthys) ; beaucoup restent s�dentaires (Polych�tes tubicoles). Aid�s par les soies, les muscles jouent le r�le le plus actif : �longations alternant avec des raccourcissements, ondulations lat�rales ou verticales. Les ventouses permettent l�arpentage ; le fouissement r�sulte de l�activit� de la trompe ou de la bouche, qui ing�rent les particules terreuses, tandis que leur �limination se fait par l�autre extr�mit� du tube digestif, sous forme de tortillons.</p><p>Des exp�riences d�apprentissage</p><p>ont �t� r�alis�es sur diverses Ann�-</p><p>lides : habituation de Nereis, de Bran-</p><p>chiomma, de Mercierella � des chocs m�caniques ou lumineux. Apr�s de multiples essais, on est parvenu � faire choisir � des Lombrics (Eisenia foetida) l�une des branches d�un labyrinthe et � les conditionner � divers stimuli.</p><p>La reproduction sexu�e</p><p>Chez les Polych�tes, les Sipunculiens et les �chiuriens, les sexes sont s�pa-downloadModeText.vue.download 129 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>666</p><p>r�s ; l�hermaphrodisme est la r�gle chez les Oligoch�tes, les Hirudin�es et les Myzostomid�s. Si les gonades individualis�es existent chez les Oligoch�tes et les Hirudin�es, chez les Polych�tes les cellules germinales se forment dans la paroi des sacs coelomiques et tombent dans la cavit� g�n�rale � maturit� ; dans certains cas, elles empruntent, pour sortir, les n�phridies ou des pavillons g�nitaux ; dans d�autres, elles ne sont lib�r�es que par rupture du corps et mort de l�animal.</p><p>La maturit� sexuelle s�accompagne, chez plusieurs Polych�tes, d�importantes modifications morphologiques, qui ont re�u le nom d��pitoquie, ou �pigamie. Nereis en offre l�exemple le plus net : tandis que les yeux grossissent et que palpes et antennes se r�-</p><p>duisent, la partie post�rieure du corps acquiert des expansions foliac�es sur chaque anneau et des soies en palettes ; le tube digestif et certains muscles subissent une histolyse ; l�animal, de rampant qu�il �tait, devient nageur (Heteronereis) ; lors de phases lunaires d�termin�es, les individus sexu�s montent � la surface de la mer, o� a heu la f�condation. L��pitoquie se manifeste d�une mani�re particuli�re dans chaque esp�ce : chez Tylorhynchus chinensis, des eaux saum�tres d�Extr�me-Orient, la r�gion post�rieure se d�tache et les �l�ments sexuels se d�veloppent dans la partie ant�rieure ; chez Syllis, c�est l�arri�re qui porte les gam�tes, en se s�parant de l�avant et en bourgeonnant une t�te, ce qui lui permet de mener une courte vie libre jusqu�� la f�condation.</p><p>Eunice viridis, des �les Samoa, doit sa c�l�brit� au fait que la mont�e de millions d�individus �pitoques se produit � un moment pr�cis du cycle lunaire de novembre et que les indig�nes p�chent activement les Vers, qu�ils nomment</p><p>� palolo �.</p><p>Ainsi rassembl�s, les Polych�tes sexu�s manifestent une activit� prodigieuse, nageant en tous sens, donnant l�impression que la mer bouillonne.</p><p>Les m�les se groupent autour des femelles (on parle parfois de � danse nuptiale �), mais il n�y a jamais accouplement v�ritable ; les cellules reproductrices sont �mises dans la mer ; on a montr� que les femelles produisaient une fertilisine sp�cifique qui provoque l�expulsion des spermatozo�des.</p><p>Si, chez la majorit� des Polych�tes, le d�veloppement conduit � une larve trochophore planctonique, les embryons de certaines esp�ces restent fix�s quelque temps � leur m�re ou sont conserv�s dans le tube de l�adulte ou dans les chambres incubatrices.</p><p>Les Oligoch�tes, hermaphrodites, s�accouplent et se f�condent mutuellement, maintenus par des anneaux de mucus fourni par le clitellum. D�une famille � l�autre, la position des gonades et des orifices g�nitaux sur le corps varie, mais les conduits g�nitaux restent toujours ind�pendants des n�phridies. Les oeufs se d�veloppent dans un cocon, sans donner de larve libre.</p><p>Les Hirudin�es, �galement hermaphrodites, s�accouplent, mais la f�condation n�est pas forc�ment r�ciproque.</p><p>Chez certaines Sangsues, le � m�le �</p><p>introduit ses gam�tes directement dans les voies femelles. D�autres r�alisent une f�condation originale, hypodermique : le m�le pique les spermatophores dans les t�guments d�un individu fonctionnellement femelle ; les spermatozo�des traversent les tissus et atteignent les ovules. Les oeufs, enferm�s dans un cocon, ont un d�veloppement direct, sans trochophore.</p><p>R�g�n�ration et</p><p>reproduction asexu�e</p><p>Les Polych�tes et les Oligoch�tes manifestent un pouvoir de r�g�n�ration d�velopp�, alors que les Hirudin�es en sont totalement d�pourvues.</p><p>Il est faux, cependant, de croire que, coup� en deux, un Ver de terre donne deux individus viables ; les recherches exp�rimentales entreprises ont montr� que les choses n��taient pas si simples !</p><p>Plus la section transversale d�un Lombric est post�rieure, moins la r�g�-</p><p>n�ration de la t�te est facile ; de m�me, la r�gion post�rieure ne se reforme que si la section n�est pas trop ant�rieure ; il y a une zone � situ�e entre les segments 15 et 30 � o� aucune r�g�n�ration n�est possible ; donc, � partir d�un Ver coup�, on obtient, au mieux, la n�o-formation d�une seule extr�mit�.</p><p>downloadModeText.vue.download 130 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>667</p><p>Par contre, chez Lumbriculus, il y a une zone moyenne o� coexistent les deux potentialit�s de r�g�n�ration ; isol�e, cette zone produit un individu complet.</p><p>Chez Eisenia foetida, il faut que les segments 9 � 20 soient pr�sents pour obtenir un Ver viable.</p><p>Des cellules indiff�renci�es, les n�oblastes, d�origine m�sodermique, se trouvent sur les diss�piments ; elles migrent vers le lieu de l�amputation, se divisent en donnant un blast�me de r�g�n�ration, � partir duquel s��difient de nouveaux �l�ments m�sodermiques (coelome, muscles, n�phridies) ; l�ectoderme proche de la section fournit le t�gument et les ganglions nerveux ; l�intestin prolif�re dans le r�g�n�r�t.</p><p>Le syst�me nerveux exerce une influence certaine dans les processus de r�g�n�ration.</p><p>La reproduction asexu�e est r�pandue dans les groupes o� la r�g�n�ration est active ; elle se manifeste selon des modalit�s tr�s vari�es, que l�on assimile soit � la scissiparit�, soit au bourgeonnement.</p><p>Le corps du Ver peut se fragmenter, et chaque tron�on donne un individu complet ; � la limite, l�animal �gr�ne ses m�tam�res un par un (Lumbriculus, Oligoch�te ; Dodecaceria, Polych�te).</p><p>Le Ver peut se subdiviser en plusieurs zones, qui restent pendant un temps en file lin�aire avant de se s�parer et de r�g�n�rer les parties manquantes (AEolosoma, Oligoch�te ; Ctenodrilus, Polych�te). Dans d�autres cas, la r�g�-</p><p>n�ration a heu avant la s�paration des stolons (Dero, Oligoch�te ; Salmacina, Polych�te). Enfin, le bourgeonnement peut intervenir en relation avec la diss�mination des gam�tes, les stolons se chargeant seuls des produits g�nitaux : le Polych�te Autolytus effectue un bourgeonnement en cha�ne ; la souche est asexu�e, et les stolons pr�sentent un dimorphisme sexuel accentu�.</p><p>Les hormones</p><p>des Ann�lides</p><p>Il n�y a pas de glandes endocrines individualis�es chez les Ann�lides. Des recherches r�centes ont montr� que les cellules neuros�cr�trices du cerveau des Polych�tes et des Oligoch�tes exer-</p><p>�aient une influence hormonale sur la reproduction et la r�g�n�ration.</p><p>Une d�c�r�bration provoque chez</p><p>les N�r�ides une maturation g�nitale pr�coce et d�clenche l��pitoquie ; cela n�appara�t pas si on r�alise en m�me temps une d�c�r�bration et une implantation de cerveaux dans le coelome ; le cerveau �met donc un principe inhibi-teur chez ces Polych�tes. L�ablation des ganglions c�r�bro�des du Ver de terre Eisenia foetida entra�ne un arr�t de croissance, une r�gression du clitellum et un arr�t de la ponte. Les ph�nom�nes sont plus rapides et complets quand on enl�ve � la fois le cerveau, les ganglions sous-oesophagiens et le d�but de la cha�ne ventrale. Il y aurait donc un principe stimulateur de la reproduction chez les Oligoch�tes.</p><p>La r�g�n�ration de la partie post�rieure du corps n�est plus possible apr�s d�c�r�bration, et l�on a des raisons de penser que le cerveau agit ici aussi- par voie hormonale.</p><p>Ces r�sultats r�v�lent donc, chez des animaux consid�r�s comme inf�rieurs, un ensemble d�influences humorales complexes et mettent en relief l�activit� des cellules neuros�cr�trices du cerveau.</p><p>Les Ann�lides :</p><p>un groupe fondamental,</p><p>aux affinit�s multiples</p><p>Avec une structure relativement</p><p>simple, les Ann�lides montrent un certain nombre de caract�ristiques fondamentales que l�on retrouve dans d�autres groupes beaucoup plus �vo-lu�s. C�est pourquoi cet embranchement a une importance phylog�n�tique incontestable.</p><p>Dans l��chelle des �tres vivants, elles sont les premi�res � pr�senter une m�tam�rie ; une telle disposition se reconna�t chez tous les Arthropodes et les Vert�br�s, qui r�unissent la tr�s grande majorit� des animaux actuels.</p><p>Avec les Ann�lides, nous assistons � l�apparition d�un vrai coelome creus� de cavit�s et d�rivant du m�soderme ; Mollusques, Arthropodes, �chinodermes et Vert�br�s sont aussi des</p><p>� coelomates �. Nous avons not� par ailleurs quelles affinit�s la segmentation spirale supposait entre les Ann�-</p><p>lides, les Mollusques et les Rotif�res.</p><p>V�ritable carrefour �volutif, l�embranchement des Ann�lides est sans doute tr�s ancien. Malheureusement, la fragilit� des tissus, l�absence de formations squelettiques ou min�rales n�en ont pas favoris� la fossilisation. Cependant, on a dat� du Silurien des tubes de Spirorbis, et le gisement pr�cambrien d�Ediacara, en Australie, a livr� des Ann�lides.</p><p>Groupes apparent�s</p><p>Les Archiann�lides, formes simples, voisines des Polych�tes, ont des soies peu d�velopp�es et des parapodes r�-</p><p>duits. Polygordius (11 cm de long) vit</p><p>dans les sables littoraux ; Dinophilus (2 mm) se rencontre sur les Algues littorales.</p><p>Les Myzostomid�s, commensaux</p><p>ou parasites d��chinodermes (en particulier d�Ophiures et de Crino�des), ont une forme de disque aplati. La pr�sence de cinq paires de parapodes portant chacun une soie en crochet, la disposition du syst�me nerveux, la segmentation spirale aboutissant � une larve trochophore les rapprochent des Polych�tes.</p><p>Les Sipunculiens sont des Vers marins vivant dans le sable ou la vase, ou s�installant dans des coquilles. On les rencontre dans toutes les mers jusqu�� 4 000 m de profondeur. Leur corps, plut�t allong�, ne montre aucune m�ta-m�risation ; vers l�avant, il se prolonge par une sorte de trompe r�tractile, appel�e introvert, au bout de laquelle s�ouvre la bouche, entour�e de tentacules. L�intestin est enroul� en h�lice, et l�anus d�bouche vers l�avant. Par leur segmentation spirale et leur trochophore, les Sipunculiens s�apparentent aux Ann�lides. Principaux genres : Sipunculus, Golfingia, Phascolion, Phascolosoma.</p><p>On trouve des Echiuriens dans toutes les mers et � toutes les profondeurs, jusqu�aux abysses, enfonc�s dans un creux de rocher ou dans le fond. Sur le corps, allong�, aucune trace de m�ta-m�risation ; vers l�avant, une trompe, qui s�autotomise facilement, capte les particules organiques et, par un sillon cili�, les dirige vers la bouche, qui s�ouvre � sa base. Les sexes sont s�pa-r�s, la f�condation a lieu dans la mer, et la segmentation spirale aboutit � une trochophore.</p><p>Ce groupe renferme une forme tr�s curieuse, la Bonellie, qu�on trouve en downloadModeText.vue.download 131 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>668</p><p>mer du Nord et en M�diterran�e. La femelle a un corps globuleux grand comme la paume de la main, cach� dans une fente rocheuse et qui laisse</p><p>�merger une trompe en goutti�re termin�e par deux lobes fourchus et pouvant atteindre 1 m de long. Le m�le, minuscule (2 mm), vit en parasite sur la femelle. Les larves, qui se sont d�-</p><p>velopp�es en mer, sont sexuellement indiff�renci�es et, isol�es, se transforment en g�n�ral en femelles ; mais, si elles se fixent sur la trompe d�une femelle, elles deviennent des m�les sous l�effet de substances masculini-santes produites par la femelle ; les m�les prennent alors l�aspect de petits Vers plats, sans trompe, avec un tube digestif r�gress� ; quelque temps apr�s la fixation, ils p�n�trent par la bouche de leur h�tesse dans sa n�phridie, puis ils f�conderont les ovules.</p><p>M. D.</p><p>B M. Prenant, Le�ons de zoologie, les Ann�-</p><p>lides (Hermann, 1934).</p><p>Annenski</p><p>(Innokenti</p><p>Fedorovitch)</p><p>Po�te russe (Omsk 1856 - Saint-P�tersbourg 1909).</p><p>Le premier recueil de po�sies</p><p>d�Annenski, Chants � voix basse, parut en 1904. Ces vers d�une rare beaut�, accompagn�s d�un choix de traduction de po�tes contemporains, surtout fran-</p><p>�ais (Parnassiens et po�tes maudits), pass�rent presque inaper�us. Nul ne s�int�ressa au personnage myst�rieux qui se cachait derri�re le pseudonyme</p><p>� Nic. T-o � (� Personne �), ni ne reconnut dans ce � d�butant � l��rudit hell�niste, alors directeur du lyc�e imp�rial de Tsarsko�e Selo et membre de la Commission scientifique du minist�re de l��ducation nationale, le traducteur d�Euripide et de Bacchylide et auteur lui-m�me de trag�dies originales sur des sujets antiques (M�lanippe-philosophe, 1901 ; le Roi Ixion, 1902), le conf�rencier qui, quelques ann�es plus tard, en 1906 et en 1909, devait rassembler ses essais critiques dans les deux volumes du Livre des reflets. La gloire litt�raire ne l�atteignit qu�apr�s sa mort, avec la publication, en 1910, d�un second recueil de vers, le Coffret de cypr�s, auquel s�ajout�rent, apr�s la r�volution, les Vers posthumes, rassembl�s par son fils (1923).</p><p>Annenski est g�n�ralement rattach� au mouvement symboliste, et sa po�-</p><p>sie, d�acc�s souvent difficile, lui a valu d��tre appel� � le Mallarm� russe �. En r�alit�, il n�appartient � aucune �cole.</p><p>Sans doute, en tant qu�artiste, il a assimil� les le�ons des po�tes occidentaux</p><p>� d�cadents �, dont il est le successeur imm�diat, mais il se r�clame aussi de Leconte de Lisle, qu�il d�signe comme son premier ma�tre. Et si ses vers sont riches d�allusions et de m�taphores, ce n�est pas qu�il cherche � �tablir, � partir du monde sensible, des correspondances avec un univers invisible.</p><p>Diff�rent en cela de celui de Viatches-lav Ivanov et de Blok, le symbolisme d�Annenski ne tend pas vers la d�couverte d�autres mondes. En l�absence de foi religieuse et de toute croyance accordant une valeur transcendantale � l�univers, Annenski s�est tr�s t�t repli� sur une conception tragique de l�homme, qui lui appara�t vou� � une destin�e finie et � l�an�antissement.</p><p>Aussi, les th�mes de la souffrance, du d�sespoir et de la mort sont-ils constamment pr�sents dans son oeuvre.</p><p>Mais, dans le m�me temps, Annenski est passionn�ment �pris de la vie, tout impitoyable et dure qu�elle soit.</p><p>Il �prouve le d�sir insens� de se dissoudre en elle totalement, ou encore il l��voque comme une amante �vasive et trompeuse qu�il lui faut poss�der. Or, poss�der la vie, pour le po�te, c�est, dominant le torrent de sensations et de sentiments qui se pr�cipitent on ne sait o�, la traduire en symboles, c�est-</p><p>�-dire en une r�alit� transfigur�e, mais qui ne renvoie � rien d�autre qu�ellem�me. De la sorte, l�art et la r�flexion sur l�art se confondent avec la vie.</p><p>Comme Stendhal, Annenski voit dans la beaut� une � promesse de bonheur �</p><p>qui fait �quilibre � la force n�gative, douloureuse, de la souffrance, dont se nourrit aussi la po�sie.</p><p>Annenski puise ses symboles dans un domaine avant lui inexplor�. Sans renoncer � l��vocation du paysage russe color� d��motion � la mani�re de Tiouttchev et de Baratynski, il a une pr�dilection pour les objets les plus simples de la vie quotidienne. Sa vision sobre et circonscrite rappelle certains cadrages du cin�ma minimaliste am�-</p><p>ricain : elle se d�coupe dans l�embrasure d�une fen�tre ou s�arr�te, dans une all�e, � la branche d��rable qu�un rayon �lectrique arrache � l�obscurit�, elle isole quelques t�tes de pavots inclin�es dans un champ � la chaleur de midi, s�attarde � un roseau pris par le givre qui se d�tache sur un ciel bleu sombre.</p><p>Il ne lui en faut pas plus pour rendre un �tat d��me, communiquer une atmosph�re et, dans un flottement dialectique entre l�abstrait et le concret, traduire le jeu de la vie et du r�ve.</p><p>Annenski a �largi et renouvel� le langage po�tique. Il accueille prosa�smes, expressions populaires et dialectismes ; il fait voisiner les galli-cismes avec les mots de tous les jours et recourt constamment aux multiples intonations de la parole vivante. Sa connaissance de la versification antique donne � la texture sonore de ses vers une organisation si subtile que les po�tes viennent �tudier chez lui les alliances de sons et les possibilit�s musicales de la langue russe : Anna Akhmatova lui doit beaucoup de son art dans l�emploi des voyelles. Dans le domaine des sons, Annenski a pouss� tr�s loin l�exp�rimentation. Son Cake-walk pour cymbales annonce la po�-</p><p>sie futuriste toute proche, et, dans les tintements de grelots et de clochettes, les soupirs de la locomotive, les stri-dences du r�veille-matin qu�il fait entendre, il y a comme une anticipation sur les essais d�utilisation artistique de bruits discordants que devait tenter la musique concr�te de P. Schaeffer et de P. Henry vers 1950.</p><p>Conscient de ses dons de novateur, Annenski savait qu�il s�adressait surtout aux g�n�rations de po�tes � venir.</p><p>Nombreux, en effet, sont ceux qui l�ont �cout�. Parmi eux citons, avec les noms de Goumilev et d�Akhmatova, Pasternak, Ma�akovski et, dans l��migration, Adamovitch et Terapiano.</p><p>A. G.</p><p>B V. Setchkariov, Studies in the Life and Works of Innokentij Annenskij (La Haye, 1963).</p><p>/ E. Bazzarelli, La Poesia di Innokentij Annenskij (Milan, 1965).</p><p>anomie</p><p>�tat social caract�ris� par l�incertitude, l�incoh�rence ou la transformation injustifi�e des r�gles sociales qui ordinairement sont tenues pour l�gitimes et qui guident les conduites ainsi que les aspirations individuelles.</p><p>Si l�on se r�f�re � l��tymologie du terme, l�anomie d�signe le d�sordre ou la violation de la loi. Dans son esquisse d�une morale sans obligation ni sanction, Marie-Jean Guyau opposait l�anomie, entendue comme une absence de loi, � l�autonomie au sens de Kant, c�est-�-dire � la pleine ma�trise de son destin par soi-m�me. En sociologie, le concept d�anomie constitue une esp�ce de clef de vo�te dans la th�orie sociologique de Durkheim. Dans le chapitre sur la division du travail anomique, il d�finit l�anomie comme une privation de solidarit� : les diff�rentes fonctions sociales cessent de concourir � maintenir l��quilibre, l�harmonie ou la coh�sion des groupes qui, ensemble, constituent le corps social. La soci�t� moderne est un terrain d��lection pour l�apparition de l�anomie, dans la mesure o� elle voit une solidarit� par diff�renciation, dite � organique �, prendre progressivement le pas sur une solidarit� par similitude ou par juxtaposition, que Durkheim baptise</p><p>� m�canique �.</p><p>Durkheim tient pour � bonne � la diff�renciation des m�tiers et des individus. Mais une soci�t�, ajoute-t-il, o� domine une solidarit� organique ainsi d�finie est menac�e de d�sint�gration et d�anomie ; le d�veloppement de la solidarit� organique marque en effet l��veil de la conscience individuelle et abandonne l�homme ainsi lib�r� � des besoins proprement illimit�s. Aussi consid�re-t-il comme imp�rative une discipline collective susceptible de limiter, dans le respect et non dans la crainte, les d�sirs individuels naturellement insatiables.</p><p>On comprend que, dans une telle</p><p>perspective, l�anomie proc�de tout � la fois de la d�ficience et de la carence des r�gles qui, normalement, doivent pr�sider � l�harmonisation des relations entre les diff�rents acteurs, individuels ou collectifs, du jeu social, et � leur in-</p><p>t�riorisation par chacun des individus que comprend le corps social. L�ordre social tenu pour � souhaitable �, ou</p><p>� bon �, r�alise donc cet �quilibre entre les d�sirs insatiables n�s avec la solidarit� organique des soci�t�s modernes et la discipline collective que celles-ci sont en mesure de leur opposer de fa�on l�gitime. L�anomie constitue la rupture de cet �quilibre : elle est tout � la fois le signe et le produit d�une d�sorganisation sociale, o� les rapports entre les groupes ont cess� d��tre harmonieux.</p><p>Dans la th�orie durkheimienne,</p><p>l�anomie r�sulte logiquement de cette incapacit� de la contrainte sociale � maintenir l�harmonie des �l�ments plus ou moins h�t�rog�nes dont est constitu�e toute soci�t�.</p><p>La perspective exprim�e par Talcott Parsons dans ses Essays in Sociological Theory et dans The Social System est tout autre : il met notamment l�accent sur la contradiction dans l��tat anomique entre ce qu�il nomme respectivement les valeurs et les normes. � ses yeux, le syst�me des valeurs inclut ce qui, dans une soci�t� donn�e, d�signe downloadModeText.vue.download 132 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>669</p><p>� l�attention des acteurs sociaux ce qui est �minemment satisfaisant, d�sirable ou souhaitable. Ce syst�me constitue un ensemble de fins hautement valoris�es, comme par exemple la conqu�te du pouvoir, de l�argent ou du prestige social, qui structurent les motivations tout en organisant ou en justifiant la discipline collective. Ainsi d�finies, les valeurs ne sont que des repr�sentations dans le domaine de l�imaginaire, ce qui explique leur ind�termination ou leur impr�cision. Ce qui explique �galement qu�� la faveur du m�canisme psychologique de la projection, elles permettent la cristallisation des fantasmes les plus inattendus. Au reste, Durkheim n�avait pas manqu� d�envisager l��ventualit� des contradictions entre les groupes d�une m�me soci�t� qui se r�clament de valeurs diff�rentes.</p><p>En revanche, les normes, pour Parsons, constituent des proc�dures relativement d�finies : ce sont des voies d�acc�s qui permettent d�atteindre les objectifs fortement valoris�s, mais � peine esquiss�s. Le syst�me des normes suppose qu�il existe une fonction d�interpr�tation : nombreux en effet sont les interpr�tes de la norme, qui observent et jugent les conduites d�autrui.</p><p>Les risques sont donc nombreux d�une divergence entre les valeurs et les normes charg�es d�en rendre possible l�incarnation ou la r�alisation.</p><p>La distinction tr�s claire de ces deux plans permet de d�celer par la logique les diff�rentes modalit�s d�apparition de l�anomie de Parsons : le plus probable est cette situation o� les individus sont dans l�impossibilit� de trouver celles des normes ou proc�dures sociales qui correspondent aux finalit�s qu�ils ont choisi de poursuivre. L�anomie peut �galement appara�tre lorsque les valeurs qui ont justifi� la d�finition de certaines normes ne sont plus �videntes aux yeux des individus, ce qui explique certaines interpr�tations abusives ou l�apparente gratuit� d�actes sociaux soudain d�pouill�s de leur signification. L�anomie peut encore emprunter une troisi�me voie, lorsque l�inad�quation est �vidente et tenue pour telle entre ce que Fran�ois Chazel appelle � les fins essentielles de l�acteur � et � les instruments institutionnalis�s que la soci�t� lui accorde �. Ces trois modes se trouvaient conjugu�s, ajoute-t-il, dans la situation d�anomie que connut l�Allemagne de Weimar, � l��poque o� elle commen�a � basculer dans le nazisme.</p><p>La dislocation de l�ordre collectif et le cheminement utopique ou romantique de la pens�e sociale ont pour corollaire une tr�s grande instabilit� des symboles collectifs qui, en p�riode normale, permettent la cristallisation des motivations des acteurs. Ces symboles sont un �l�ment d�terminant de la coh�sion, et ils contribuent � rompre l�isolement des �l�ments h�t�rog�nes qui composent une soci�t�. Apr�s la d�faite et le trait� de Versailles, les symboles populaires ont cruellement fait d�faut � l�Allemagne en raison surtout de la lutte entre les communistes</p><p>et les sociaux-d�mocrates. Ils devaient plus tard trouver des succ�dan�s dans l�exaltation h�ro�que de l�unit� nationale et de la virilit� fraternelle.</p><p>Robert K. Merton a �galement vu</p><p>dans l�anomie la cons�quence d�une contradiction. Son analyse a pour centre d�int�r�t, dans Social Theory and Social Structure, le ph�nom�ne de la d�viance (v. int�gration) et ses variations, mises en rapport avec la diversit� des classes ou des cat�gories sociales.</p><p>Troubl� sans aucun doute par l�exemple de la soci�t� am�ricaine, qu�il a sous les yeux, il s�int�resse essentiellement aux comportements d�viants, que</p><p>les membres du groupe o� ces comportements apparaissent consid�rent de quelque fa�on que ce soit comme</p><p>� diff�rents � de ceux qu�ils tiennent pour normaux. Certaines formes de ces comportements paraissent � Merton</p><p>� aussi normales psychologiquement que le comportement conformiste �.</p><p>Merton distingue deux �l�ments parmi les d�terminations des actes sociaux.</p><p>D�une part, les objectifs, buts, int�r�ts ou initiatives propos�s par la soci�t� et tenus pour l�gitimes par ses membres, ce qu�il d�signe comme �tant � les choses qui en valent la peine �. � ce que plus commun�ment on nomme les valeurs, il oppose les normes, c�est-�-</p><p>dire � les moyens r�gl�s par la soci�t�, et qui ne sont pas n�cessairement des r�gles techniques d�efficacit� �. Une soci�t� est anomique pour Merton lorsque le taux de d�viants traduit une inad�quation ou une disjonction entre les objectifs propos�s par une soci�t� et les moyens dont disposent ses membres pour les atteindre. L�anomie qui r�sulte de ce divorce se traduit par des comportements d�viants divers.</p><p>Nombreux pourront �tre ceux qui, attentifs aux valeurs ou, si l�on pr�f�re, aux objectifs, estimeront que tous les moyens sont bons pour les atteindre.</p><p>Tout autre est l�exemple d�une</p><p>soci�t� o� des activit�s consid�r�es � l�origine comme moyens n�ont plus d�autre but qu�elles-m�mes : le but vers lequel elles tendaient � l�origine est oubli� et le respect des conduites prescrites est devenu rituel : la conformit� aux normes devient alors la valeur essentielle. Dans l�un ou l�autre</p><p>des deux termes de l�alternative, le syst�me social n�est pas assez souple pour adapter les normes et les valeurs les unes aux autres. On d�finira l��tat de sant�, pour une soci�t�, comme l�aptitude � maintenir l��quilibre entre l�attachement aux valeurs culturelles et l�attachement aux normes.</p><p>Le concept d�anomie d� � l�intuition fondamentale de Durkheim peut �tre d�un grand secours pour analyser et comprendre les crises qui secouent les soci�t�s industrielles avanc�es.</p><p>Mais l��lucidation de la signification de ces r�voltes ambigu�s impose au sociologue le renouvellement et l�approfondissement de ce concept, et pose au philosophe le probl�me �ternel de l�� ordre juste � et de la � bonne �</p><p>soci�t�.</p><p>F. B.</p><p>B E. Durkheim, De la division du travail social (Alcan, 1893 ; r��d. P. U. F., 1960) ; le Suicide (Alcan, 1897 ; r��d. P. U. F., 1960). / S. de Grazia, The Political Community : a Study of Anomie (Chicago, 1948). / R. K. Merton, Social Theory and Social Structure (Chicago, 1949 ; 2e �d., 1957 ; trad. fr. El�ments de th�orie et de m�-</p><p>thode sociologique, Plon, 1953 ; 2e �d., 1965).</p><p>/ R. Bendix et S. M. Lipset (sous la dir. de), Class, Status and Power (Chicago, 1953 ; nouv.</p><p>�d., 1966). / T. Parsons, Essays in Sociological Theory (Glencoe, Illinois, 1954). / J. D. Reynaud (sous la dir. de), Tendances et volont�s de la soci�t� fran�aise (S. E. D. E. I. S., 1966). /</p><p>J. Duvignaud, l�Anomie. H�r�sie et subversion (Anthropos, 1974).</p><p>anorexie</p><p>Comportement marqu� par le � d�-</p><p>go�t de la nourriture �, le � refus de manger �.</p><p>Ce comportement a des causes, des significations et des traitements diff�rents selon les genres d�anorexie.</p><p>L�anorexie symptomatique des nouveau-n�s est le signe de perturbation fonctionnelle des centres r�flexes situ�s dans le cerveau, et, si l�enfant n�est pas pr�matur�, cette perturbation est due � des l�sions c�r�brom�ning�es � la naissance (h�morragie c�r�brale, anoxie, par exemple). Dans ce cas, le refus de l�alimentation est �videmment important et tenace, et, par l�, se dis-</p><p>tingue de l�anorexie dite � primitive �, o� le nouveau-n�, hypotonique, ne tire pas ou refuse sein et t�tine.</p><p>Dans la premi�re enfance, on ob-</p><p>serve des anorexies qui sont d�j� n�ga-tivistes, c�est-�-dire qu�elles sont des comportements d�opposition ; elles sont dues au refus du changement de nourriture ou au refus du changement de � m�re nourrici�re �.</p><p>Plus tard, au cours de la seconde enfance et de l�adolescence, des anorexies par caprices ou par opposition peuvent se produire, et cela prouve encore davantage � quel point la conduite alimentaire est facilement prise pour support expressif des probl�mes affectifs, cela � un niveau absolument non conscient.</p><p>L�anorexie mentale essentielle de la jeune fille r�alise le tableau clinique le plus complexe et le plus grave. Cette maladie, d�crite par Morton d�s 1689, fut consid�r�e jusqu�en 1920 comme d�origine mentale, et, au d�but du XXe s., on en faisait une forme d�obsession hyst�rique. Apr�s les travaux de Simmonds (1914), on rattacha l�anorexie mentale � des troubles fonctionnels pluriglandulaires, l�autre sympt�me (arr�t des r�gles ou am�norrh�e) �tant consid�r� comme engendr� par la d�nutrition.</p><p>La maladie est avant tout (�</p><p>95 p. 100) une maladie de jeune fille.</p><p>Les sympt�mes majeurs sont l�arr�t des r�gles et le refus-d�go�t de toute nourriture, avec, tr�s rapidement, un �tat inqui�tant d�amaigrissement s�accompagnant de troubles de la peau (s�che) et des phan�res (cheveux et ongles cassants), ainsi que d�hypotension, troubles hormonaux divers, de l�ac�-</p><p>tonurie, une baisse du m�tabolisme de base. On note comme ph�nom�nes psychologiques significatifs associ�s : un �v�nement personnel (g�n�ralement secret, souvent b�nin) � l�origine du nouveau comportement, la restriction alimentaire pr�sent�e comme une volont� de suivre un r�gime amaigrissant, des troubles digestifs, des pesanteurs, des naus�es et des vomissements en cas d�alimentation, la manifestation d�une activit� normale et m�me d�une hype-</p><p>ractivit� accompagn�e, au d�but, d�une plus grande r�sistance � la fatigue (la malade � prouve � ainsi qu�elle se porte tr�s bien), le refus des pressions familiales qui, naturellement, se multiplient et finissent par devenir une v�ritable obsession collective autour de l�aliment. � la longue, l�organisme �puis� et la r�sistance nerveuse us�e, un tableau d�asth�nie avec bouff�es d�pressives s�installe, en m�me temps que la cachexie devient grave.</p><p>Les efforts les plus s�rieux de</p><p>compr�hension de la maladie ont �t� faits par l�approche psychanalytique : manger ou ne pas manger devient, d�une part, un moyen de pression de downloadModeText.vue.download 133 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>670</p><p>l�entourage sur la malade et un moyen de r�torsion de la malade sur l�entourage, d�autre part le terrain obs�dant et p�riodique d�un combat pour savoir qui va imposer sa volont� � l�autre.</p><p>Lorsque cet aspect est seul soulign�, on comprend le diagnostic de � perversion � que Las�gue appliquait � l�anorexie mentale.</p><p>Mais il y a plus : l�aliment est v�cu sur le plan symbolique et inconscient comme significatif de la relation de d�pendance aux parents nourriciers ; en le refusant, c�est, � travers lui, la relation de d�pendance qui est refus�e, et sp�cialement la relation � la m�re, archa�que � nourrice �, figure centrale de l�univers oral des premi�res ann�es.</p><p>L�am�norrh�e pourrait alors signifier le refus de la condition f�minine, refus de l�identification � la m�re. Ce refus irait loin, si l�on pense qu�il signifie non pas seulement le refus de la f�minit�, de la sexualit� adulte (Langdon ou Brown), mais encore (selon Waller) le refus de la maternit�, d��tre � son tour m�re, ce qui renforcerait le refus de manger par suite de la confusion fantasmatique entre �tre grosse et �tre enceinte. Toutes ces motivations et ces fantasmes sont non conscients chez la malade, parce que leurs racines plongent profond�ment dans le pass� et parce que la conscience morale est tr�s</p><p>puissante. En effet, le milieu nourricier est hyperprotecteur, et la m�re est, dans une �norme majorit� de cas, celle qui domine la maisonn�e et se sacrifie � sa famille. Cet environnement et les liens de stricte d�pendance tiss�s par la m�re dans la relation avec la fille font que celle-ci ne peut pas, ne veut pas manifester l�agressivit� de rupture.</p><p>L�agressivit� refoul�e se fixe en une opposition passive ent�t�e, � l�abri du trouble somatique (perte de tout app�-</p><p>tit, naus�es, vomissements). Bien plus encore : par une surd�termination caract�ristique de tout sympt�me n�vrotique, la malade se punit de son agressivit� en se condamnant, toujours par le jeu des m�canismes inconscients, � ne pas �tre femme et � mourir d�inanition.</p><p>L�agressivit� latente est donc culpa-bilis�e, et l�autopunition va jusqu�� l�autodestruction.</p><p>Le traitement est difficile. Il exige d�abord la s�paration d�avec le milieu familial, s�paration totale, sans visites.</p><p>Des m�thodes brutales de � d�conditionnement � ont �t� utilis�es, mais on pr�f�re aujourd�hui la psychoth�rapie, qui cherche � lib�rer, par l�expression verbale, les structures inconscientes de la malade, et � la faire acc�der � une maturation affective et � une r�organisation de ses liens filiaux. Cependant, le refus d�accepter la situation de malade et les soins ne facilite pas la t�che du th�rapeute. D�s que possible � et ceci est plus facile aussi en milieu hospitalier �, on luttera contre la cachexie et contre les troubles endocriniens associ�s.</p><p>R. M.</p><p>&#x25B6; App�tit.</p><p>Anouilh (Jean)</p><p>Auteur dramatique fran�ais (Bordeaux 1910).</p><p>Le premier essai dramatique de</p><p>Jean Anouilh, Humulus le muet, �crit � dix-neuf ans, est toujours au r�pertoire des jeunes compagnies. Quarante ans plus tard, Cher Antoine (1969) est salu� comme un chef-d�oeuvre par une critique quasi unanime. Voil� bien l�auteur le plus c�l�bre et le plus m�-</p><p>connu. Tout vient de ce que son oeuvre demeure �trang�re aux deux grandes aventures th��trales de l�apr�s-guerre, la recherche d�un th��tre populaire et l�avant-garde des ann�es 50. Les d�-</p><p>fenseurs du nouveau th��tre ont d�ailleurs fait de lui leur cible pr�f�r�e, bien qu�il ait, non sans �l�gance, contribu� au succ�s des Chaises de Ionesco et de En attendant Godot de Samuel Beckett, qu�un public, le sien, refusait de prendre au s�rieux.</p><p>Comme Albert Camus et Jean-Paul</p><p>Sartre, Jean Anouilh est un h�ritier de Jean Giraudoux et du Cartel. Son premier grand succ�s, le Voyageur sans bagage (1937), porte la marque de Siegfried. Il a la chance, apr�s des d�buts difficiles, d�attirer l�attention de Georges Pito�ff, gr�ce auquel il fait d�abord figure d�auteur d�avant-garde, avant de donner ses lettres de noblesse au Boulevard litt�raire. L�Atelier d�Andr� Barsacq et la Com�die des Champs-�lys�es sont tour � tour ses fiefs. Souvent m�me les th��tres parisiens affichent deux ou trois pi�ces de lui en m�me temps.</p><p>Son public refuse � la fois les bali-vernes du Boulevard et les outrances de l�avant-garde. Il demande au th��tre un divertissement de qualit�, o� la co-m�die de moeurs et le drame de style d�bouchent sur une r�flexion famili�re mais sans vulgarit�, po�tique sans exc�s de lyrisme, impertinente mais non subversive. Mesurant ses propres limites d�s son d�part, Jean Anouilh s�est efforc� de r�pondre � ces exigences. Il vise souvent assez bas de peur de passer trop haut.</p><p>Les premi�res pi�ces d�Anouilh</p><p>centrent l�action sur le personnage de la jeune fille, vue comme le st�r�otype d�une puret� intransigeante qui pr�f�re la mort de l�hermine ou la solitude de la sauvage � la souillure du r�el. Cette jeune fille pauvre vient tout droit des � deux orphelines �, avec sa petite lumi�re (elle s�appelle souvent Lucile) et ses deux sous de violettes.</p><p>Elle offre la fra�cheur, le calme, la simplicit� � ceux dont le coeur a �t� corrompu par l�argent, la c�l�brit�, la mondanit�. Par malheur, la pauvret� corrompt autant que la richesse. Elle</p><p>ab�me, elle salit, elle rapetisse toute chose. Jean Anouilh m�prise l�argent, mais il hait la pauvret�, et � travers elle il hait les pauvres. La vulgarit�, la sottise, la mesquinerie des pauvres qui besognent autour de Lucile, musiciens de brasserie, petits commer-</p><p>�ants, th��treux de tourn�e, d�passent en horreur les vices des riches. Ainsi le th��tre de Jean Anouilh s�est teint� d�un cynisme de moins en moins supportable, d�autant que son pessimisme visc�ral n��tait soutenu par aucun nihi-lisme tragique. Th��tre d�humeur et non th��tre de pens�e. Pourtant, � la Lib�ration, Antigone (1944) a pu figurer aux c�t�s des Mouches de Sartre et de Caligula de Camus, comme pi�ce t�moin d�une �poque en proie au tragique moderne. Or, l��chec d�Antigone signe en quelque sorte l�arr�t de mort de la sauvage. Par la suite, Jean Anouilh n�a manqu� aucune occasion de stigmatiser l�id�alisme de la gauche, de tourner en d�rision les valeurs hu-manitaires de la R�volution fran�aise et de la R�sistance.</p><p>Pour �chapper � la pauvret�, les pauvres n�ont plus d�autre choix qu�entre la mort et la corruption. Ils sont condamn�s � entrer dans le jeu sans esp�rer y gagner la d�sinvolture �l�gante dont jouissent les riches par droit de naissance. C�est dans la R�-</p><p>p�tition ou l�Amour puni (1950) que Lucile re�oit de H�ro le rou� la le�on dont elle ne se rel�vera plus. Antigone entame un pas de danse avec les tor�adors. Rien ne vient compenser la d�b�cle des valeurs, ni le regard candide de l�ing�nue, ni la mesure d�un raisonneur moli�resque. Or, Anouilh sent na�tre en lui l�ambition d��tre le Moli�re de son temps et de faire le proc�s comique de l�homme, � animal inconsolable et gai �. � sa mani�re, il refait Dom Juan (Ornifle ou le Courant d�air, 1955), le Tartuffe (Pauvre Bitos ou le D�ner de t�tes, 1956), le Misanthrope (l�Hurluberlu ou le R�actionnaire amoureux, 1959), multipliant les mots d�auteur et les allusions d�plaisantes � l�actualit�. Son anarchisme de droite se d�ploie contre les lib�raux et les r�volutionnaires. Parall�lement se poursuit la d�mythification des h�ros de la trag�die, de l�histoire et de la l�gende. Apr�s Shaw, il interpr�te</p><p>l�aventure de Jeanne d�Arc (l�Alouette, 1953), apr�s T. S. Eliot, celle de Thomas Becket (Becket ou l�Honneur</p><p>de Dieu, 1959). Et, dans chaque cas, il rapproche son h�ros de l�humanit� moyenne, identifi�e au public de Boulevard, en regardant le personnage par le petit bout de la lorgnette. Ce recours aux intercesseurs par la m�diation de son propre public a d�ailleurs quelque chose d��mouvant. C�est � deux autres intercesseurs, Tchekhov et Pirandello, qu�il a encore fait appel pour se mettre lui-m�me en question dans la plus sinc�re de ses pi�ces, Cher Antoine (1969), avant de retrouver sa d�sinvolture avec les Poissons rouges (1970) et le Directeur de l�Op�ra (1972).</p><p>A. S.</p><p>B H. Gignoux, Jean Anouilh (Temps pr�-</p><p>sent, 1946). / S. Radine, Anouilh, Lenormand, Salacrou (Trois Collines, 1951). / E. O. Marsh, Jean Anouilh, Poet of Pierrot and Pantaloon (Londres, 1953). / L. C. Pronko, The World of Jean Anouilh (Berkeley, 1961). / P. Vandromme, Jean Anouilh, un auteur et ses personnages (La Table ronde, 1965). / P. Ginestier, Jean Anouilh (Seghers, 1969).</p><p>Anoures</p><p>Ordre de Vert�br�s Amphibiens* que caract�risent leur corps massif et d�-</p><p>pourvu de queue, leurs membres post�rieurs allong�s et adapt�s au saut, et leur stade larvaire aquatique (t�tard) tr�s diff�rent de l�adulte.</p><p>Morphologie</p><p>Les Anoures ont un squelette cr�nien simple, par suite de disparition ou de fusion d�os. L�oreille moyenne renferme une columelle osseuse. La colonne vert�brale comporte 8 � 10 vert�bres, dont une seule vert�bre sacr�e, sur laquelle s�articule un os composite, l�urostyle, form� par les vert�bres post�rieures. Les vert�bres ont des formes vari�es, soit biconcaves (amphicoeles), soit concaves ant�rieurement (procoeles) ou post�rieurement (opisthocoeles). Les c�tes sont en nombre restreint (2 � 3 paires) ou nul. La ceinture pectorale pr�sente ventralement deux types de structure : les moiti�s droite et gauche se recouvrent dans la dispo-downloadModeText.vue.download 134 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>671</p><p>sition arcif�re ; elles sont soud�es sur la ligne m�diane dans la disposition firmisterne.</p><p>Classification</p><p>On classe les Anoures actuels en dix familles.</p><p>Ascaphid�s (ou Liopelmid�s)</p><p>Anoures archa�ques, amphicoeles, � 2 paires de c�tes. La persistance des muscles caudaux et la pr�sence chez le m�le d�un appendice cloacal saillant les font appeler � Grenouilles � queue �</p><p>(Nouvelle-Z�lande et �tats-Unis).</p><p>Pipid�s</p><p>Anoures totalement aquatiques, sans langue ni paupi�res, � c�tes ankylos�es ; firmisternes. Citons les Crapauds de Surinam (Pipa), dont les femelles incubent leurs oeufs dans des logettes du t�gument dorsal, et les X�nopes d�Afrique, utilis�s pour le diagnostic pr�coce de la grossesse.</p><p>Discoglossid�s</p><p>Anoures opisthocoeles, arcif�res, � 3 paires de c�tes et aux moeurs encore tr�s aquatiques. Citons la Grenouille peinte (Discoglossus) de M�diterran�e, les Sonneurs eurasiatiques, au t�gument ventral fortement color�, et le Crapaud accoucheur europ�en (Alytes), dont le m�le transporte les cordons d�oeufs enroul�s autour de ses membres post�rieurs jusqu�� leur �closion.</p><p>P�lobatid�s</p><p>Anoures � vert�bres procoeles ou � disque intervert�bral libre. Pas de c�tes ; arcif�res. Citons le Crapaud fouisseur, ou P�lobate brun d�Europe, ainsi que des esp�ces des for�ts des Seychelles et de l�Inde.</p><p>Bufonid�s</p><p>Crapauds vrais, procoeles, arcif�res,</p><p>g�n�ralement d�pourvus de dents (sauf les Crapauds-Boeufs, ou Leptodac-tyles). R�partition tr�s large : citons le genre Bufo en Europe, Nectophryne en Asie, Nectophryno�de (Crapaud vivipare) en Afrique, ainsi que plusieurs genres australiens et sud-am�ricains.</p><p>Brachyc�phalid�s</p><p>Crapauds procoeles, firmisternes, vivant en Am�rique du Sud, comme le Rhinoderme, dont le m�le incube les oeufs dans ses sacs vocaux, et le Phyllobate arboricole.</p><p>Hylid�s</p><p>Rainettes procoeles, arcif�res, aux doigts comportant une phalange suppl�mentaire. Les Rainettes sont souvent arboricoles, et toutes tropicales, sauf le genre Hyla, cosmopolite. On appelle Rainettes marsupiales les es-p�ces d�Am�rique du Sud qui abritent leur ponte dans une poche situ�e sur le dos. Les Phyllom�duses sont aussi des Hylid�s.</p><p>Ranid�s</p><p>Grenouilles vraies, � vert�bres ant�-</p><p>rieures procoeles ; firmisternes. Habitent l�Ancien Monde, sauf Rana, qu�on rencontre �galement en Am�-</p><p>rique du Nord. La famille comprend de nombreux genres, parmi lesquels les Grenouilles velues (Astylosternus), � appendices t�gumentaires respiratoires.</p><p>Les esp�ces fran�aises sont Rana escu-lenta, Grenouille verte comestible, et Rana temporaria, Grenouille rousse.</p><p>La Grenouille agile, Rana dalmatina, est m�ridionale.</p><p>Br�vicipitid�s</p><p>Voisins des Ranid�s, mais d�pourvus de dents et de l�essentiel de la ceinture scapulaire. Cosmopolites (Asie, Madagascar).</p><p>Polyp�datid�s</p><p>Voisins des Ranid�s, avec deux phalanges suppl�mentaires aux doigts.</p><p>Esp�ces arboricoles tropicales de l�Ancien Monde.</p><p>Reproduction</p><p>Les Anoures sont remarquables par la richesse de leurs modes de reproduction. La ponte a g�n�ralement lieu en milieu aquatique. La petitesse des oeufs, pauvres en vitellus, est li�e � l��closion pr�coce, donnant naissance � des larves microphages, capables de se nourrir du plancton animal ou v�g�-</p><p>tal pr�sent dans l�eau des mares, � un stade o� elles sont encore incapables de se d�placer. La m�tamorphose, qui transforme cette larve aquatique et microphage en un adulte terrestre et carnassier, int�resse un grand nombre d�organes, et est souvent catastrophique pour bon nombre d�individus.</p><p>Les esp�ces qui pondent en milieu aquatique prot�gent leurs oeufs de la cupidit� des pr�dateurs en les enro-bant d�une masse g�latineuse, souvent battue en �cume, ou en les �mettant sous forme de longs cordons enchev�tr�s dans les herbes aquatiques. Les Afrixalus enveloppent leur ponte d�une feuille, qu�ils scellent ensuite. De nombreuses Rainettes construisent au bord de l�eau une sorte d�aquarium en boue, o� la ponte est d�pos�e. Le clapotis suffit au renouvellement de l�eau de cette � nursery �. Comme la nourriture ne saurait suffire au d�veloppement de ces larves, par suite de l�exigu�t� du nid, les oeufs pondus sont plus gros et les larves �closent plus tardivement.</p><p>Dans les mares temporaires dues aux pluies, les larves se livrent au canniba-lisme, ce qui permet � un petit nombre d�entre elles de parvenir � l��tat adulte.</p><p>Dans ce cas, la dur�e de la vie larvaire est r�duite, et la m�tamorphose peut avoir lieu moins de deux semaines apr�s l��closion.</p><p>Les Phyllom�duses sud-am�ricaines prot�gent leurs gros oeufs en les enveloppant dans une feuille qui surplombe l�eau. La premi�re pluie fait passer les t�tards par-dessus bord. Les Pseu-dophryne australiens pondent leurs oeufs dans des nids souterrains, o� la pluie peut ne jamais venir ; mais l�oeuf est si riche en vitellus que le t�tard peut effectuer toute sa croissance larvaire, sans se nourrir, dans le liquide qui r�-</p><p>sulte de la d�liquescence des coques ovulaires.</p><p>La protection des oeufs peut �tre due, dans d�autres cas, aux soins parentaux eux-m�mes. L�Alyte m�le prom�ne</p><p>ses cordons d�oeufs enchev�tr�s sur ses pattes post�rieures et les humecte de temps en temps jusqu�� ce que survienne l��closion. Les Grenouilles venimeuses d�Am�rique tropicale (genres Dendrobates et Phyllobates) portent leurs larves sur le dos, jusqu�� ce qu�elles trouvent une mare convenable.</p><p>Le dernier mode de protection</p><p>consiste � supprimer totalement le stade aquatique larvaire. Les oeufs sont conserv�s dans une poche marsupiale dorsale, dont on peut suivre l��volution chez diverses esp�ces de Rainettes sud-am�ricaines. Les femelles des Crapauds de Surinam portent aussi leurs oeufs sur le dos : une croissance acc�l�r�e des t�guments vient entourer chaque oeuf d�une petite logette que ferme un opercule. Chez le Rhinoderme de Darwin, le m�le avale les oeufs au moment o� les embryons commencent � se mouvoir dans leurs coques, et il les garde dans ses sacs vocaux jusqu�� ce que la m�tamorphose soit achev�e.</p><p>Enfin, les Nectophryno�des des montagnes d�Afrique sont vivipares. Des t�tards � longue queue �closent dans les oviductes, s�y nourrissent d�un</p><p>� lait ut�rin � s�cr�t� par la femelle, et sont mis bas une fois la m�tamorphose effectu�e.</p><p>R. B.</p><p>&#x25B6; Amphibiens.</p><p>anoxie</p><p>�tat biologique au cours duquel les tissus re�oivent une quantit� insuffisante d�oxyg�ne. Dans la majorit� des cas, le terme d�hypoxie (hypo, pr�fixe indiquant la diminution) serait plus adapt� que celui d�anoxie (a privatif). L�habitude, en fait, est d�employer indiff�-</p><p>remment l�un ou l�autre.</p><p>M�canismes de l�anoxie</p><p>Toute anoxie s�explique par une perturbation des ph�nom�nes impliqu�s dans l�oxyg�nation tissulaire. Celle-ci, pour l�homme et les animaux sup�rieurs, peut �tre sch�matis�e comme suit :</p><p>� une source d�oxyg�ne, l�air ambiant ;</p><p>� un dispositif d�extraction de l�oxyg�ne de cet air ambiant, le poumon.</p><p>C�est � son niveau que se font, r�gis par des gradients de pression, les �changes entre un air alv�olaire r�gu-li�rement renouvel� par la ventilation pulmonaire et le sang capillaire pulmonaire, non moins r�guli�rement renouvel� par le jeu de la pompe cardiaque.</p><p>Ces �changes alv�olo-capillaires se traduisent par une absorption d�oxyg�ne (O2) et une �limination de gaz carbonique (CO2) ;</p><p>� un circuit de distribution aux tissus, la circulation sanguine. L�oxyg�ne sanguin est sous deux formes interchangeables :</p><p>1. Oxyg�ne dissous, que mesure la pression partielle d�oxyg�ne (p O2).</p><p>Celle-ci, dans le sang qui va aux tissus (sang art�riel), est sup�rieure � 80 mm Hg ; dans le sang qui en revient (sang veineux), elle est de l�ordre de 40 mm Hg ;</p><p>2. Oxyh�muglobine (HbO2), c�est-�-</p><p>dire une combinaison oxyg�ne-h�moglobine des globules rouges. � l��tat normal, dans le sang art�riel, cette h�moglobine est satur�e � 95 p. 100.</p><p>Un tr�s riche r�seau de capillaires sanguins permet un contact direct entre les tissus et le sang, et partant des �changes. Ceux-ci d�pendent des gradients de pression O2, CO2 entre sang et tissus, ainsi que du temps de contact tissus-sang.</p><p>downloadModeText.vue.download 135 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>672</p><p>Les diff�rents</p><p>types d�anoxie</p><p>y L�anoxie art�rielle, ou anoxie anoxique (ou anox�mie), se caract�rise par une p O2 art�rielle inf�rieure � la normale, alors que la quantit� d�h�-</p><p>moglobine circulante et la circulation sanguine sont normales ou �lev�es.</p><p>Une telle anoxie s�observe lorsque la</p><p>p O2 de l�air inspir� est insuffisante (altitude, air confin�, etc.), lorsque la m�canique ventilatoire est insuffisante (paralysie, obstruction, pneumothorax, etc.), lorsque les �changes alv�olo-capillaires sont perturb�s par une pneumonie, une inondation al-v�olaire (noyade ou oed�me), un bloc alv�olo-capillaire, etc., lorsque enfin existe une contamination du sang art�riel par le sang veineux (shunt), comme c�est le cas dans certaines malformations cardiaques.</p><p>y Dans l�anoxie anoxh�mique, la p O2</p><p>art�rielle est normale, tout comme la circulation, mais il existe un manque d�h�moglobine (an�mie), ou bien</p><p>encore l�h�moglobine, quantitativement normale, est satur�e par un corps qui prend la place de l�oxyg�ne, tel l�oxyde de carbone (CO) ; quelquefois, il s�agit d�une h�moglobine alt�-</p><p>r�e par contact avec des nitrites ou certains m�dicaments, et qui devient incapable de se combiner � l�oxyg�ne (m�th�moglobine).</p><p>y Une troisi�me vari�t� d�anoxie est li�e � un ralentissement circulatoire.</p><p>Celui-ci peut �tre g�n�ralis� : insuffisance cardiaque, �tat de choc, arr�t cardio-circulatoire, ou localis� au territoire irrigu� par une art�re obstru�e du fait d�un spasme, d�une embolie ou d�une thrombose.</p><p>y Enfin, l�anoxie histotoxique (des cyanures, par exemple) est discutable, dans la mesure o� la cellule dispose en r�alit� d�un apport en oxyg�ne suffisant, mais est en fait incapable de l�utiliser.</p><p>Cons�quences</p><p>de l�anoxie</p><p>Une partie essentielle des ph�nom�nes de la vie implique l�a�robiose, c�est-�-</p><p>dire la pr�sence d�oxyg�ne ; cependant toute anoxie prolong�e mais mod�r�e peut n�entra�ner qu�une souffrance cellulaire totalement ou partiellement r�versible. Point important, les cellules les plus fragiles � l��gard de l�anoxie sont celles qui forment le tissu nerveux et, � un moindre degr�, le muscle cardiaque.</p><p>L�anoxie a pour traduction clinique majeure le coma et l�arr�t cardiaque.</p><p>Hormis conditions particuli�res (hypothermie, par exemple), le coma n�est r�versible que si l�anoxie est supprim�e dans les deux ou trois minutes qui suivent son installation, et � la condition que soit maintenue � ou r�tablie (massage cardiaque par exemple) �</p><p>une circulation sanguine suffisante.</p><p>L�anoxie c�r�brale peut �tre incompl�tement r�versible et laisser des s�quelles. Au maximum, il s�agit de l��tat dit � de coma* d�pass� �.</p><p>L�expression clinique d�une hypoxie mod�r�e est d�une analyse souvent difficile : la cyanose* est un signe classique, mais qui d�pend moins de l�hypoxie en tant que telle que de la quantit� d�h�moglobine non satur�e ; les troubles de conscience d�pendent de l�hypoxie, mais aussi de l�hypercapnie (augmentation de la pression partielle de CO2 [p CO2]).</p><p>J. �.</p><p>B J. Gay-Dubi�, l�Anoxie. Aspects physiopathologiques, ses incidences en anesth�-</p><p>sie (th�se, Toulouse, 1954). / P. L. Th�venin, l�Anoxie n�o-natale (th�se, Paris, 1959). /</p><p>J.-P. Vaillant, H�morragies c�r�bro-m�ning�es et anoxie n�o-natale (th�se, Toulouse, 1963).</p><p>/ P. Oud�a, l�Anoxie h�patique (th�se, Paris, 1964).</p><p>Anselme (saint)</p><p>Philosophe et th�ologien (Aoste 1033 -</p><p>Canterbury 1109).</p><p>L�� argument de saint Anselme � demeure d�une extraordinaire f�condit� dans l�histoire de la pens�e occidentale, au point qu�il peut �tre consid�r�, dans ses implications, comme une ligne de clivage entre les orientations philosophiques, tant de ceux qui lui donnent, de mani�re fort vari�e, leur consentement (saint Bonaventure, Descartes, Leibniz, Hegel), que de ceux qui le r�cusent (saint Thomas d�Aquin, Locke, Kant) ; l� critique � laquelle le soumit Karl Barth manifeste son actualit� permanente. Ceux qui le refusent sont les tenants d�une philosophie qui n�engage la vie de l�esprit, y compris l�intelligence d�un �tre supr�me, qu�� partir d�un donn� empirique existant ;</p><p>ceux qui l�approuvent rel�vent d�une philosophie selon laquelle l�existence r�elle s�identifie � l��tre intelligible con�u par la pens�e.</p><p>Anselme d�veloppe son argu-</p><p>mentation dans l�ouvrage intitul� Proslogium, qu�il �labora apr�s le Monologium, compos� auparavant en expression de sa m�ditation sur l�existence et l�essence de Dieu, dont le ressort est tendu par une analyse des lois de la participation dans des �tres dou�s de perfection in�gale. Dans son second ouvrage, Anselme est plus rigoureux, tant en dialectique qu�en projet contemplatif : il y a un �tre tel qu�on ne puisse en percevoir de plus grand, et donc il ne peut pas n�exister que dans l�intelligence. L��tre tel qu�on ne puisse en concevoir de plus grand existe donc indubitablement : il implique la position de son existence par la pens�e qui le con�oit. Telle est l�articulation de l�argument que Kant d�nommera ontologique.</p><p>Autant que cette structure rationnelle, c�est son animation religieuse qui, chez Anselme, est remarquable, � partir de sa conviction. La foi est, pour le croyant, un donn� d�o� il doit partir, au-del� de son intelligence. Mais, �tabli dans la foi, le croyant est engag� dans une requ�te irr�pressible et l�gitime de son intelligence. Il cherche des</p><p>� raisons � � ce point efficaces que, sans rendre les myst�res intelligibles en eux-m�mes, elles comportent non seulement un pouvoir illimit�, mais une n�cessit� � l�int�rieur de ce comportement : ce sont des � raisons n�-</p><p>cessaires �. La formule en est fameuse, dans son intraduisible latin : fides quaerens intellectum. Elle demeurera l�axiome, tr�s diversement appliqu� d�ailleurs, de toutes les th�ologies.</p><p>Pour ses d�monstrations, Anselme recourt � la dialectique, domaine alors en plein essor, et alors aussi contest�, des techniques de l�esprit. Adversaire des dialecticiens qui soumettent la foi � l�initiative de la raison, il s�oppose non moins aux d�pr�ciateurs de la raison. � ce titre, Anselme reste l�un des ma�tres � penser de la � scolastique �.</p><p>Il faut cependant le situer beaucoup plus au terme d�une th�ologie monas-</p><p>tique arriv�e � sa pl�nitude que dans la perspective des formes universitaires dont Ab�lard, � la g�n�ration suivante, sera le coryph�e dans la civilisation urbaine. De fait, cette haute m�ditation d�Anselme se d�veloppa � l�abbaye du Bec (Le Bec-Hellouin, en Normandie), o� il �tait entr� en 1060, et o� il exer�a les fonctions de prieur, puis d�abb�, jusqu�� son �l�vation au si�ge de Canterbury, en 1093.</p><p>Archev�que de Canterbury jusqu�� sa mort, Anselme poursuivit, au milieu de nombreuses difficult�s administratives et politiques suscit�es par le pouvoir temporel � il fut exil� par Guillaume le Roux, puis par Henri Ier</p><p>�, son entreprise de m�ditation th�ologique, et r�digea alors son ouvrage Cur Deus homo, o� le dialogue entre la logique et la foi se porte sur le myst�re central de la r�v�lation, l�incarnation de Dieu pour la r�demption de l�homme. Ce pouvoir de penser Dieu, et son myst�re dans l�histoire, ne peut s�exercer que dans l�amour, dont l�app�tit commande, subjectivement et objectivement, la sp�culation. � travers la dialectique, le d�sir de l��me s�apaise. � Qui n�a pas cru n�exp�ri-mentera pas ; qui n�aura pas exp�riment� ne comprendra pas ; la science de celui qui exp�rimente l�emporte sur la connaissance de celui qui entend. �</p><p>Pareil propos aura un destin qui d�bordera le climat m�di�val qui le produisit.</p><p>M.-D. C.</p><p>B K. Barth, Fides quaerens intellectum (Munich. 1931 ; trad. fr. Fides quaerens intellectum. La preuve de l�existence de Dieu d�apr�s Anselme de Cantorb�ry, Delachaux et Niestl�, 1958). / F. S. Schmitt, Anselm of Canterbury (Munich, 1937). / S. Vanni Rovighi, S. Anselmo e la filosofia del sec. XI (Milan, 1949). / R. Roques, Structures th�ologiques, de la gnose � Richard de Saint-Victor (P. U. F., 1963). / J. Vuillemin, le Dieu d�Anselme et les apparences de la raison (Aubier, 1971).</p><p>antalgique</p><p>F DOULEUR.</p><p>Antarctique</p><p>Ensemble continental et oc�anique de</p><p>l�h�misph�re austral.</p><p>L�Antarctique (ou r�gions polaires australes) est situ� au sud des pointes de l�Afrique, de l�Australie et de l�Am�rique. Il est form� de deux domaines distincts, d�limit�s par des cercles centr�s au voisinage du p�le : une calotte continentale couverte de glaces (l�Antarctide), presque enti�rement inscrite � l�int�rieur du cercle polaire ; une zone oc�anique (oc�an Austral) aux limites impr�cises, form�e par la r�union des trois oc�ans.</p><p>Le milieu antarctique</p><p>Le trait distinctif de l�Antarctique est l�isolement, qui trouve son explication dans la duret� d�un climat consid�r� comme le plus rigoureux du monde et la pr�sence d�une mer temp�tueuse et englac�e, enfermant un continent sans attrait, v�ritable � bout de monde �, tardivement explor� et vide. Milieu downloadModeText.vue.download 136 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>673</p><p>r�pulsif, l�Antarctique est un d�sert humain.</p><p>Le froid et les vents</p><p>Un froid excessif et des vents violents caract�risent le climat exceptionnel de l�Antarctique, conditionn� certes par l�altitude du continent, mais surtout par le jeu complexe de divers facteurs.</p><p>y Le r�le r�frig�rant de l�hiver nocturne. Selon un ph�nom�ne normal de latitude, pass� le cercle polaire austral, deux p�riodes s�individualisent dans l�ann�e : l�une � l��poque du solstice de d�cembre, o� le soleil est en permanence au-dessus de l�horizon ; l�autre au moment du solstice de juin, o� il est constamment au-dessous. � mesure que l�on se rapproche du p�le, la p�riode de nuit continue (l�hiver), ou de jour continu (l��t�), gagne en dur�e, puis l�emporte. Au p�le, l�ann�e est donc partag�e en deux saisons d�illumination : l�une de mars � septembre, o� le soleil ne se l�ve pas, l�autre d�octobre � f�vrier,</p><p>o� il ne se couche pas. C�est au cours de la nuit hivernale qu�intervient une intense d�perdition thermique par rayonnement dans une atmosph�re</p><p>claire.</p><p>y L�inefficacit� d�un �t� sans chaleur. Le r�chauffement associ� � la dur�e de l�illumination estivale ne parvient pas � compenser le d�ficit hivernal. � ces hautes latitudes, les rayons solaires, qui ont une trop faible incidence au sol, doivent traverser une masse atmosph�rique plus �paisse, o� la d�perdition par r�flexion, absorption et diffusion est donc accrue.</p><p>Seul un reliquat de radiation solaire atteint le sol : on estime qu�au p�le, au plein de l��t� (d�cembre), sur les 36 000 cal/cm 2 entrant dans l�atmosph�re moins de 80 p. 100 parviennent dans les basses couches. Facteur aggravant, une importante fraction de cette �nergie incidente est r�fl�chie sur la surface blanche des glaciers et de la banquise, qui interviennent comme d�immenses r�flecteurs (al-b�do de 0,76). Les mers libres, qui absorbent toute la chaleur re�ue, sont trop �loign�es du p�le pour jouer un r�le thermique d�cisif. Enfin, l�inversion de temp�rature en altitude (par advection de chaleur venue des tropiques) dispara�t en �t�, et ne vient plus freiner la perte calorique du sol sous l�effet de la radiation infrarouge, tr�s efficace dans l�air sec et transparent des voisinages du p�le.</p><p>Au total, le bilan radiatif est d�ficitaire pour toute la calotte situ�e au sud du 37e degr� : � Mirny, le bilan thermique global varie entre � 2 et</p><p>� 3 000 cal/cm 2 par an, et est de � 8 000</p><p>pour l�int�rieur du continent. � Mirny, il est n�gatif pendant 5 mois, et au p�le pendant 11 mois. C�est donc dans le domaine antarctique que l�on enregistre les temp�ratures les plus basses du monde (et de plus en plus rigoureuses � mesure que l�on se rapproche du centre du continent) ; ce domaine se caract�rise en outre par l�absence d��t�, fait que l�on exprime en choisis-sant l�isotherme 10 �C du mois le plus chaud pour le d�limiter.</p><p>Un refroidissement d�une telle am-</p><p>pleur a pour effet un alourdissement de l�air et un tassement des basses couches engendrant au voisinage du p�le un anticyclone pelliculaire. Au nord, une auge de basses pressions est install�e vers 55-65� sud, tout autour du continent. Les vents divergent en descendant et soufflent vers l�est � sa p�riph�rie ; fortement refroidis au-dessus de la glace, ils ont un �coulement qui s�acc�l�re et devient turbulent vers la c�te, o� ils sont connus sous le nom de vents catabatiques. Le contact entre l�air antarctique, d�origine continentale, et l�air maritime circulant sur l�oc�an Austral est exprim� sous la forme d�une discontinuit� frontale, parcourue par des d�pressions cycloniques tr�s creus�es qui circulent vers l�est, traversant � l�occasion tout le continent, de la mer de Weddell � celle de Ross. Dans l�ensemble, il s�agit d�une circulation zonale, puissante et rapide, car non perturb�e par l�obstacle de masses continentales. Tous les navigateurs et explorateurs ont d�crit la violence de ces vents agissant sans entrave sur la neige et sur les eaux : si le continent antarctique conna�t les plus violents blizzards, l�oc�an Austral est le plus temp�tueux du monde.</p><p>Interdisant ou limitant le d�gel, donc l��vaporation, le froid a pour corollaire une humidit� atmosph�rique faible en valeur absolue (sur le continent, elle est 10 000 fois moindre qu�� l��quateur) ; en valeur relative elle ne d�passe pas 70 p. 100, sauf sur la ceinture littorale ou maritime, o� les vents viennent puiser leur humidit�. Les pr�cipitations, surtout sous forme neigeuse, totalisent seulement 150 mm (en eau de fusion) pour l�ensemble du continent, avec un minimum remarquable de 10 pour la partie orientale et un maximum de plus de 500 mm sur les littoraux et �les subantarctiques. En se d�pla�ant vers le nord, on passe ainsi d�une aridit� saharienne � des r�gimes pluvieux caract�-</p><p>ristiques des latitudes moyennes.</p><p>La glace et les eaux</p><p>Le froid se manifeste directement par la prise en glace et par l�animation des grands courants marins.</p><p>LE MONDE DES GLACES.</p><p>downloadModeText.vue.download 137 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>674</p><p>1. Il est remarquable de constater que, dans l�une des r�gions les plus arides du globe, s�est constitu�e la plus grande r�serve d�eau douce. La quasi-totalit� du continent antarctique (98 p. 100) dispara�t en effet sous une �norme masse de glace (ou inlandsis), accumul�e sur une �paisseur de plusieurs kilom�tres, jusqu�� adopter la forme caract�ristique en coupole, dont le sommet d�passe 4 000 m. Localement affleure la roche sous la forme de cr�tes, suffisamment �lev�es pour isoler des glaciers locaux de type alpin � l�alimentation autonome. Le relief sous-glaciaire, d�termin� s�ismiquement, est donc tr�s diversifi�, fait de cha�nes montagneuses cloisonnant des bassins, dont le fond descend parfois sous le niveau de la mer (d�pression unissant les mers de Weddell et de Ross), et isolant des archipels.</p><p>Les glaciers antarctiques sont de type froid (parties sup�rieures au-dessous de 0 �C) et restent donc couverts sous plusieurs dizaines de m�tres de neige meuble : ce n�est qu�en profondeur, et au bout de plusieurs ann�es, que la neige �volue en n�v�, puis en glace, par tassement et recristallisation sans fusion. Les horizons les plus froids se situent � plusieurs centaines de m�tres sous la surface (� 28 �C � � 800 m � la station Byrd) ; en dessous, la temp�rature augmente jusqu�au contact avec la roche, o� le forage r�alis� en cette m�me station a trouv� de l�eau liquide ; ce fait tendrait � prouver que la glace y atteint le point de fusion sous l�effet de la pression. La longueur de temps n�cessaire � la formation de la glace est la raison majeure de la lenteur de ses mouvements. M�me � l�int�rieur du continent, son �norme �paisseur n�est pas suffisante pour engendrer des vitesses appr�ciables : on parle alors de r�gime stagnant propre � un glacier-r�-</p><p>servoir. Mais sur les marges, des courants s�individualisent dans la glace, se moulent au tr�fonds rocheux pour donner finalement naissance � des �missaires : ces r�gions fonctionnent alors</p><p>comme un glacier �vacuateur. Localement, un d�bordement peut se produire sous la forme de plates-formes, ou immenses pontons flottant sur la mer, dont se d�tachent des icebergs. Par leur abondance, ces derniers sont caract�-</p><p>ristiques de l�Antarctique. Les moins nombreux, provenant de petites plates-formes, sont alourdis par des moraines, s�enfoncent beaucoup dans l�eau et sont fortement burin�s par l��rosion, qui les rend reconnaissables � leur surface chaotique. Les plus nombreux ont une forme majestueusement tabulaire et des parois �blouissantes, qu�ils conservent longtemps. Leur abondance varie avec les saisons (maximum en d�cembre) et les ann�es ; ils peuvent d�river jusqu�aux latitudes temp�r�es.</p><p>2. Lorsque la temp�rature de l�eau de mer descend au-dessous de � 2 �C, celle-ci � son tour se prend en glace pour former la banquise. Parfois, l�emb�cle peut �tre facilit� par de gros apports neigeux qui contraignent la banquise � s�enfoncer et � s�alimenter � l�eau de mer par capillarit�. Par temps calme, les �tapes caract�ristiques de la cong�lation (fraisil, � m�lasse �, glace en cr�pe, puis en plaques finalement soud�es en banquise) se d�roulent normalement. Mais, dans le monde tr�s perturb� de l�Antarctique, notamment sous l�effet des fortes houles, la prise en glace est fr�quemment contrari�e par des cassures, des compressions donnant naissance � des cr�tes hautes de plusieurs m�tres. L��dification de la banquise est donc un travail de P�n�-</p><p>lope, perp�tuellement remis en cause ; une telle instabilit� la rend peu �paisse (moyenne : 6 � 7 m ; maximum : 13 m), discontinue, soumise � des courants et des d�rives qui en rendent l�extension fort variable dans l�espace et le temps.</p><p>y Le mouvement des masses d�eau.</p><p>Fonctionnant comme de puissants</p><p>r�frig�rateurs et, accessoirement, comme des pourvoyeurs en eau</p><p>douce, les glaciers et la banquise sont responsables de la formation d�un tr�s net gradient de salinit� et de temp�rature dans les eaux oc�aniques et, partant, de l��tablissement d�une pente isobarique inclin�e vers le sud. C�est donc en cette direction que s�effectue (parall�lement � celui qui est signal� dans l�atmosph�re) un important</p><p>transfert thermique de compensation, depuis les latitudes plus basses. Sch�-</p><p>matiquement, cet �change se fait par l�interm�diaire de trois masses d�eau superpos�es, qui viennent successivement en affleurement au terme d�un long parcours, d�vi�es vers la gauche comme il convient.</p><p>La plus septentrionale et la plus superficielle est l�eau subtropicale, chaude et sal�e (12 � 13 �C, plus de 35 p. 1 000), install�e � la hauteur des pointes m�ridionales des continents.</p><p>Le front subtropical (ou convergence), au trac� tr�s fluctuant, la s�pare d�une masse d�eau temp�r�e (8 � 10 �C, 34,7 � 34,8 p. 1 000) dite � subantarctique �. Celle-ci arrive � son tour, par l�interm�diaire du front antarctique (ou convergence), en contact avec la masse d�eau antarctique superficielle qui provient de la dilution et du refroidissement de l�eau antarctique circumpolaire, encore chaude et sal�e (0,5 �C, 34,7 p. 1 000), situ�e sous elle. Sauf au voisinage du continent, ces eaux sont anim�es d�un grand mouvement de d�rive vers l�est : la r�partition des densit�s conduit donc � des courants qui co�ncident avec ceux que les vents feraient na�tre � eux seuls.</p><p>En compensation, des eaux de formation locale, donc froides et plus denses, sont affect�es d�un mouvement inverse qui les fait plonger vers le nord. C�est d�abord de l�eau antarctique de surface, qui s�enfonce sous le front antarctique : on lui donne le nom d�eau antarctique interm�diaire. C�est d�autre part la formation pr�s du continent d�une eau tr�s froide subissant une descente vers les grands fonds, dont elle renouvelle l�eau abyssale : c�est l�eau antarctique profonde, qui dessine une vaste ronde, dont se d�tachent des branches qui s��chappent vers l��quateur � la faveur d�ensellements, dont le r�le exact n�est pas encore �clairci.</p><p>Au total, les eaux australes sont entra�n�es par un puissant mouvement zonal (dit � circumpolaire �), dont le d�bit a �t� estim� dans la partie la plus resserr�e du d�troit de Drake � 218 millions de m3/s en moyenne. C�est un des plus importants courants du monde, qui s��coule � des vitesses variant</p><p>entre 0,20 et 0,30 m/s. Int�ressant les masses d�eau sur toute leur hauteur, il est fortement influenc� par la forme du lit oc�anique, dont il gouverne en partie les processus morphologiques et s�dimentologiques.</p><p>Cet affrontement de masses d�eau diversifi�es a pour cons�quence leur grande f�condit�, due essentiellement � leur richesse en gaz dissous et � l�abondance des compos�s azot�s. La vie se cantonne dans les couches superficielles, o� le d�veloppement vital conna�t un tr�s court �panouissement estival, suivi d�une longue l�thargie hivernale. La cha�ne alimentaire (micro-faune-cop�podes-crustac�s) assure la subsistance d�un nombre consid�rable de poissons et d�animaux amphibies, downloadModeText.vue.download 138 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>675</p><p>dont les plus volumineux (phoques, baleines), traqu�s et massacr�s depuis deux si�cles, ont d� chercher refuge vers des eaux que la banquise rend difficilement accessibles � l�homme.</p><p>Bilan des glaciers</p><p>antarctiques</p><p>L�inlandsis antarctique est-il en progression ou en r�gression ? La r�ponse � cette question a une importance tant climatique qu�oc�anographique (variation du niveau de la mer). Mais l��valuation d�un bilan glaciaire (ou diff�rence entre l�alimentation et l�ablation annuelles), d�j� fort d�licate, est rendue ardue dans le cas des glaciers antarctiques, dont il est encore difficile d�appr�cier le d�bit des �missaires et le volume des pr�cipitations qui les alimentent.</p><p>La diversit� des valeurs propos�es traduit ces incertitudes. Mais, dans l�ensemble, on estime que l�accumulation glaciaire due aux pr�cipitations, � la condensation de vapeur et � la cong�lation de l�eau de mer (sous les plates-formes) peut �tre �valu�e � 2 300 km 3 par an. L�ablation provoqu�e par l�vent (15 p. 100), plus la fusion superficielle et l��vaporation (7 p. 100), plus la fusion sous-marine (9 p. 100) et surtout le v�lage (69 p. 100) atteindraient 1 800 km 3</p><p>par an, soit un gain de 500 km 3, repr�sen-</p><p>tant un exhaussement de 4,5 cm par an.</p><p>Certains, consid�rant l�actuelle stabilit� du glacier et du niveau marin, ainsi que la probable sous-estimation des pertes par icebergs, estiment que le bilan de masse de la glace est proche de l��quilibre.</p><p>Le continent et les fonds marins Sous la glace et les eaux, le substratum g�ologique (qui n�appara�t que sur un �troit lis�r� littoral ou au sommet de quelques hauts-fonds) est encore mal connu dans sa nature et dans ses formes.</p><p>Toutefois, les m�thodes modernes de d�tection g�ophysique permettent d�en silhouetter les grands traits, � partir d�une distinction fondamentale entre une masse continentale centrale et des cuvettes marines p�riph�riques.</p><p>y L�Antarctide. Elle comprend deux parties g�ologiquement contrast�es, s�par�es par un grand accident qui la traverse en �charpe.</p><p>1. L�Antarctide orientale, massif de forme oblongue, est un vieux boucher, ancien �difice pliss� (en deux phases, l�une pr�cambrienne, qui a donn� le noyau, l�autre cal�donienne, responsable de la formation des bordures), ult�rieurement mu� en socle par le m�-</p><p>tamorphisme des roches s�dimentaires.</p><p>Gneiss et micaschistes y dominent, travers�s par quelques rares pointements granitiques, comme dans les monts de S�r-Rondane. Tronqu� par l��rosion, ce massif ancien a �t� recouvert par une s�rie puissante (1 � 2 km), continentale (gr�s, grauwackes et schistes, avec des tillites t�moignant d�une intense glaciation carbonif�re), interstratifi�e de sills, de dol�rite et de basalte : ce sont les gr�s de Beacon, dont l��ge s��tage du D�vonien au Jurassique. Sismiquement stable (�paisseur de la cro�te : 40 km en moyenne ; maximum : 48 au p�le d�inaccessibilit�), le socle n�a connu qu�un rare volcanisme (en dehors du mont de Gauss) et des d�formations postd�voniennes cassantes strictement localis�es : dans les reliefs p�riph�-</p><p>riques, encore enfouis sous la glace, s�par�s par des d�pressions creus�es sous l�actuel niveau de la mer (bassin de Wilkes, bassin polaire) et dans les</p><p>montagnes transarctiques (de la mer de Weddell au cap Adare), dont les points les plus �lev�s �mergent de la glace et sont model�s en reliefs tabulaires de plus de 4 000 m. Par sa structure et ses formes, le bouclier oriental �voque les autres socles de l�h�misph�re austral.</p><p>2. L�Antarctide occidentale, plus petite, appartient par contre au domaine alpin :</p><p>� par sa forme en arc, dont la pointe (p�ninsule Antarctique) se prolonge downloadModeText.vue.download 139 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>676</p><p>dans les archipels de la Scotia et par-del� le d�troit de Drake, dans l��difice andin. Un tiers seulement est situ� au-dessus de la mer, formant un archipel l�che, dont les points les plus hauts sont form�s de pics aigus dans la p�ninsule Antarctique et les monts Sentinelles ;</p><p>� par son mat�riel plus r�cent, plus �pais (plusieurs milliers de m�tres, 10 000 en G�orgie du Sud), o� pr�-</p><p>dominent les d�p�ts marins (gr�s et schistes) accumul�s au pied du socle oriental, et compl�t�s par d�imposantes venues �ruptives ;</p><p>� par l�importance et le style des d�-</p><p>formations qui ont jou� depuis la fin du Cr�tac� (mouvements dits � lara-miens �, accompagn�s d�intrusions et de m�tamorphisme) jusqu�aujourd�hui, sous la forme de plissements, de failles ou de d�crochements. L�ampleur de cette tectonique est attest�e par la formation d�une fosse sous-marine profonde au pied de l�arc insulaire de la Scotia ;</p><p>� par le r�le des effusions volcaniques, dont on peut suivre les manifestations depuis la Terre de Feu jusqu�� l��le de Ross : l��le de la D�ception est un volcan parfois mena�ant, dont l�ancien crat�re a �t� envahi par la mer ; toute la bordure sud-pacifique est d�origine volcanique, notamment les monts Roc-kefeller, du Comit�-Ex�cutif, Crary, Kohler (dont le point culminant, le mont Sidrey, 4 160 m, est un volcan �teint). C�est donc dans l�Antarctide</p><p>que vient se boucler la � ceinture de feu � du Pacifique ;</p><p>� par son instabilit� enfin, attest�e par une forte s�ismicit� li�e � l�amincissement de l��corce (30 km).</p><p>La bordure pr�continentale �troite oppose une plate-forme originale par sa profondeur (500 m en moyenne</p><p>pour le rebord), son relief �nergique (creus� par un foss� m�dian concentrique), � une pente fortement d�clive, o� les ca�ons sont rares du fait m�me de la profondeur. L�irr�gularit� de la topographie s�explique moins par le labourage des glaces, qui semblent avoir d�bord� assez loin au Pl�istoc�ne (ou m�me avant), que par la densit� des disjonctions, fr�quentes dans un domaine de transition avec les structures oc�aniques : elles ont pu rejouer lors de la formation et des retraits de la masse glaciaire.</p><p>y Les cuvettes oc�aniques. Les parties les plus profondes de l�oc�an Austral sont s�par�es par des seuils, ou dorsales, dont on a r�cemment reconnu l�activit� et aussi la continuit� avec les formes similaires des autres oc�ans. La dorsale atlantico-indienne se rapproche du continent jusqu�� l��le Bouvet, puis remonte vers le nord dans l�oc�an Indien, o� elle rev�t la forme d�un � Y � renvers�, dont la branche orientale (Nouvelle-Amsterdam, Saint-Paul) se prolonge, sous le nom de dorsale indo-antarctique, jusqu�au sud de la Nouvelle-Z�lande.</p><p>On note encore les dorsales pacifico-antarctique, puis est-pacifique (dite parfois � de l��le de P�ques �), dont se d�tache un rameau, ou dorsale sud-chilienne, greff� sur l�Am�rique du Sud. Sur tout ou partie de leur parcours, ces dorsales sont entaill�es par un foss� central, bord�es par des anomalies magn�tiques dispos�es parall�lement � leur axe, et secou�es par une notable activit� s�ismique.</p><p>La pr�sence d��les et de hauts-fonds (bancs Maud, Banzare, du Discovery, du Meteor, etc.), qui sont des chicots de volcans �pars ou group�s, parfois tronqu�s en guyots, atteste l�importance des �panchements volcaniques sous-marins. La disposition ruban�e</p><p>des anomalies magn�tiques et l�activit� tectonique t�moignent de leur �laboration par des mont�es de mat�-</p><p>riaux venus du manteau dans la zone m�diane, et repouss�s de part et d�autre d�elle par des venues successives plus r�centes. Les lignes de cr�tes sont hach�es par de grands d�crochements (ou failles de transformation), qui semblent contemporains de l��dification des dorsales. On ne sait pas encore si le plateau as�ismique portant les �les Kerguelen et Heard est un tron�on de dorsale ou un lambeau continental curieusement isol�.</p><p>De part et d�autre des seuils</p><p>s��tendent des bassins oc�aniques comprenant : des collines abyssales, dont le d�sordre topographique est expliqu� par l�importance des fractures ; � proximit� des continents, des parties planes ou plaines abyssales (de Weddell, Enderby, Wilkes et de Bellingshausen), dont la r�gularit� topographique est due � l��paisseur et � l�anciennet� de d�p�ts non perturb�s, puisqu�ils sont �loign�s de l�axe des dorsales.</p><p>L�Antarctide est consid�r�e comme un moignon d�un continent plus vaste, dont les morceaux ont �t� �cartel�s par la cr�ation progressive de la cro�te oc�anique responsable de l�expansion du fond marin.</p><p>La d�rive des continents est � l�origine d�un isolement encore renforc� par l�hostilit� climatique : il explique l�end�misme des flores et des faunes comme la quasi-inexistence de peuplement humain s�dentaire, en dehors des quelques �tablissements de p�cheurs, d��leveurs et de scientifiques. Mais en raison de ces m�mes particularit�s et des int�r�ts politiques qu�elles ont �veill�s, les r�gions antarctiques b�n�-</p><p>ficient de conditions diplomatiques privil�gi�es, qui leur permettront de devenir le plus grand laboratoire du monde.</p><p>Antarctique et</p><p>Gondwana</p><p>L�Antarctide pr�sente avec les boucliers actuellement situ�s sous des latitudes plus basses de frappantes similitudes :</p><p>y Dans les faci�s, la puissante s�rie continentale de Beacon poss�de avec ses homologues (comme la formation du Karroo) les m�mes niveaux de conglom�rats glaciaires (tillites), de charbons (� glossopte-ris) et d��panchements volcaniques ; y Dans la tectonique s�exprime l�intimit� structurale qui unit les cordill�res antarctique et andine ;</p><p>y Dans l��volution des flores et des faunes, des d�couvertes r�centes dans les cha�nes transantarctiques de vestiges de vert�br�s terrestres (1967 : fragment de m�choire de Labyrinthodonte ; 1969 : cr�ne de Lystro-saurus) dat�s du Trias sont identiques � celles d�j� r�alis�es en Afrique du Sud et en Australie.</p><p>De telles ressemblances posent le probl�me du r�le pal�og�ographique de l�Antarctide, au point de vue structural mais �galement biog�ographique. On a tent� de les expliquer par des ponts continentaux ou l�existence de continents interm�diaires aujourd�hui engloutis. Mais l��tude des positions pr�sum�es du p�le magn�tique, les datations radiom�triques et la g�ophysique sous-marine fournissent des pr�somptions suppl�mentaires en faveur de l�hypoth�se, avanc�e d�s 1912</p><p>par A. Wegener, d�une d�rive affectant les morceaux d�un continent primitif appel�</p><p>� Gondwana �, pr�alablement sectionn� par des fractures radiales. Des doutes subsistent quant � l�assemblage initial des morceaux �cartel�s, mais il est admis qu�ils ont rejoint leurs positions actuelles apr�s un cheminement complexe.</p><p>Les zones antarctiques</p><p>La calotte antarctique</p><p>y Le d�me central. Dans les par-</p><p>ties les plus hautes de l�Antarctide orientale, d�limit�es par la courbe de 3 000 m et l�isotherme de � 40 �C, la quasi-permanence de l�anticyclone fait r�gner le froid le plus rigoureux (hiver : � 70 �C ; �t� : � 30 �C ; temp�rature moyenne annuelle : � 49 �C</p><p>au p�le Sud, � 58 �C � Vostok et au p�le d�inaccessibilit�). Mais il s�agit d�un froid que la fr�quence des types de temps calmes rend supportable.</p><p>L�atmosph�re y est d�une surprenante sonorit� et d�une incomparable trans-</p><p>parence, � cause de la faible humidit� downloadModeText.vue.download 140 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>677</p><p>de l�air et de la raret� des hydrom�-</p><p>t�ores. Les pr�cipitations (de 20 � 60 mm par an) ne sont dues qu�au givre et � la condensation de l�humidit� atmosph�rique, par suite de la faible fr�quence des perturbations et des syst�mes nuageux. L�indigence des apports neigeux explique que la transformation en glace ne se r�alise qu�� 100 m de profondeur, et encore faut-il dix si�cles au p�le Sud (peut-</p><p>�tre vingt au p�le d�inaccessibilit�) pour qu�une telle mutation se r�alise. La masse glaciaire ne s��coule que tr�s lentement, � la vitesse de quelques m�tres par an.</p><p>Sur la pente de l�inlandsis (entre 3 000 et 1 200 m), les paysages progressivement se modifient. La topographie glaciaire devient irr�guli�re et se r�sout en d�mes, parfois s�par�s, comme ceux de la p�ninsule Antarctique, laissant appara�tre des cuvettes, o� la blancheur du manteau nival est d�chir�e et laisse affleurer des pointements rocheux �lev�s, dress�s � la fa�on de navires �chou�s. La neige ne parvient plus � les recouvrir en raison de la force des vents, de la raideur des pentes et de la plus grande absorption thermique de la roche nue. C�est pourquoi certaines r�gions montagneuses sont occup�es par de petits glaciers de type alpin sans rapport avec l�inlandsis.</p><p>Sous l�effet de la d�clivit� d�ensemble, les vents catabatiques acqui�rent sur cette couronne leur plus extr�me violence ; de plus, l�anticyclone peut c�der la place � une d�pression �tablie entre le p�le et la mer de Ross, dont le fort gradient barom�trique favorise le passage d�un courant-jet et la p�n�-</p><p>tration des temps perturb�s. Ceux-ci permettent un afflux d�air oc�anique, qui apporte un adoucissement des temp�ratures (�t� : � 20 � � 25 �C ; hiver :</p><p>� 40 �C) et une augmentation des pr�-</p><p>cipitations (200 � 300 mm par an). Les blizzards, si fr�quents qu�ils constituent le trait climatique dominant,</p><p>transportent la neige, la transforment en cro�te ou l�accumulent en � zastrou-guis �, cong�res dispos�s en grandes vagues irr�guli�res, hautes de quelques d�cim�tres et ordonn�es dans le sens du vent. L�absence de fusion, encore interdite par l�altitude et le froid, et l�accumulation neigeuse favorisent le tassement et la formation d�une glace dont la progression est plus sensible (quelques si�cles suffisent pour passer de la neige � la glace bulleuse), pouvant atteindre et d�passer 10 m par an (17 m � 200 km au sud de Mirny).</p><p>y La marge littorale. L�inland-</p><p>sis s��coule vers les rivages en bras individualis�s (glacier Lambert, le plus important) ou isol�s entre les parois rocheuses des fjords (glacier de Beardmore), au pied de montagnes (glacier de Wilson) ou sur des �les (�le Drygalski). Nombre de ces effluents atteignent la mer, o� ils donnent naissance � des icebergs ou � des plates-formes. Mais certaines r�gions c�ti�res demeurent d�neig�es en permanence ; c�est le cas : des secteurs de c�tes basses, faites de larges baies pr�-</p><p>c�d�es d�un pointill� d��lots (comme la terre Ad�lie), aux roches lustr�es, orn�es de rares moraines et d��troites plages ; des vall�es sans glaces (dites</p><p>� oasis �), au profil caract�ristique en U glaciaire, comme celles situ�es dans la r�gion de McMurdo, qui sont les plus typiques (les parois abruptes, model�es par le gel, fournissent des d�bris, qui s�accumulent dans les fonds, o� subsistent des lacs d�eau douce ou sal�e).</p><p>Le manteau glaciaire est important, car la r�gion appartient � la zone d�alimentation de l�inlandsis : aux pr�cipitations fortes (550 mm sur la c�te de la mer de Bellingshausen) s�ajoutent les neiges de vannage apport�es par les � vents blancs �, qui soufflent de l�int�rieur. En outre, les temp�ratures y sont moins rigoureuses sous l�effet des effluves oc�aniques et des vents catabatiques encore violents, mais qui sont r�chauff�s par un effet de foehn.</p><p>Comme la temp�rature du mois le</p><p>plus chaud atteint 0 �C, la fusion est possible, permettant une recristallisation en profondeur de l�eau infiltr�e.</p><p>Quelques d�cennies suffisent pour faire de la glace, � �coulement rapide de quelques dizaines (glacier de la Z�l�e : 30 m) � quelques centaines de m�tres par an (glacier de Beardmore : 500 � 600 m ; glacier Denmann : 1 200 m).</p><p>L�abondance des crevasses, comme celles �tablies au passage des d�fil�s ou au contact des plates-formes flottantes (ou de la banquise), qui sont des butoirs contre lesquels viennent s��difier des cr�tes de pression, des chevauchements de blocs de glace ou de moraines, en apporte un spectaculaire t�moignage. L�exp�dition Scott, qui emprunta le lit du glacier de Beardmore, n�y progressa qu�au prix des pires difficult�s.</p><p>Les secteurs d�neig�s sont ceux o� l�alimentation est nulle ou d�ficitaire sous l�effet des vents qui en balaient la neige, de l�activit� du rayonnement solaire, qui traverse ais�ment un manteau nival trop mince, ou de l�apport de poussi�res et de sable qui, absorbant mieux les radiations, favorisent la fusion ; localement peut intervenir le degr� g�othermique, comme dans la r�gion de McMurdo. En g�n�ral, c�est la roche nue qui affleure, car les d�p�ts proglaciaires sont minces et peu �tendus en raison de la lenteur (ou de l�inefficacit�) de l��rosion glaciaire ; les ma-t�riaux transport�s � la base des glaces sont export�s en mer par les icebergs.</p><p>En hiver, les r�gions les plus proches de la mer sont encombr�es d�un chaos de glaces formant la banquette c�ti�re, dont l�origine est complexe (gel des embruns, r�sidus de glaces de mer, accumulation de cong�res) et qui est fr�quemment fractur�e sous la pouss�e de la banquise. En �t�, la fusion et le d�collement op�r� par la mar�e permettent son morcellement en petits blocs, qui vont s�agglutiner � la banquise du large. Bloqu�e en hiver, faiblement battue par une houle amortie par les gla�ons, la c�te ne subit qu�une faible �rosion, qui ne laisse que des d�p�ts peu us�s et rares. Les falaises vives sont tr�s localis�es, et seules les plages sont d�cor�es de formes particuli�res, comme des d�pressions circulaires dues � la fusion de chicots de glace, ou de cr�tes form�es par la pression lat�rale de la banquise.</p><p>Sur cet ourlet �troit vient se r�fugier</p><p>une vie appauvrie par la bri�vet� de la p�riode v�g�tative et la forte �vaporation, qui ne tol�rent qu�une maigre v�g�tation de lichens et de mousses, downloadModeText.vue.download 141 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>678</p><p>dont les touffes, parfois r�fugi�es dans les anfractuosit�s, sont trop �parses pour former le tapis de la toundra. On ne trouve de plantes � racines que sur les �les de la p�ninsule Antarctique. Pas d�animaux terrestres, sauf de minuscules insectes. Les collectivit�s animales d�une certaine densit� n�y font qu�une fugace apparition saisonni�re, profitant, comme les manchots empereurs, de la renaissance du plancton littoral ; l�hiver revenu, ces peuplements nomades prennent place sur un gla�on qui les emm�ne vers les confins plus hospitaliers de la banquise. Pareillement, le benthos est rare sur les �tages infralittoraux, trop racl�s par les glaces.</p><p>Au point de vue humain, les littoraux font figure de r�gions privil�gi�es, ce sont des sites favorables � l�installation de bases scientifiques et a�riennes.</p><p>y Les plates-formes flottantes. En plusieurs secteurs, la glace continentale s��coule au-del� de la limite du continent et s�avance en flottant sur la mer. Parfois, ce sont d��troites passerelles (celles prolongeant les glaciers de Mertz et Ninnis, terre Ad�lie), qui se terminent en spatule crevass�e.</p><p>D�autres fois, ce sont de larges promontoires, comme les plates-formes d�Amery et de Shackleton. Mais les plus importantes sont des plateaux occupant les encoignures des mers de Ross (plus grande que la France) et de Weddell (plates-formes de Filchner et de Larsen).</p><p>La glace colonisatrice s�incline vers le large en s�amincissant (l��paisseur moyenne n�exc�de pas quelques centaines de m�tres � l�amont, quelques dizaines � l�aval) et en prenant appui sur des �les et des hauts-fonds. La surface est une plaine neigeuse, aux crevasses rares, peupl�e de quelques sur�l�vations ou ondulations hautes de</p><p>5 � 20 m ; � 10 m sous la surface appara�t le n�v�, puis � 50 m la glace. Elle se termine sur la mer par une falaise (dite � barri�re �), dont se d�tachent des blocs volumineux, et o� se lit ais�-</p><p>ment la stratification originelle de la neige : par sa hauteur (20 � 50 m) et sa r�gularit�, qui ont toujours frapp� les navigateurs, elle constitue une muraille infranchissable.</p><p>La plate-forme est anim�e d�un</p><p>triple mouvement : une oscillation due � la mar�e, exprim�e par une crevasse qui la s�pare du continent ou des points d�appui ; une progression sur la mer (de plusieurs centaines de m�tres par an), surtout visible en �t� (en hiver, elle est contenue par la banquise, qui la contraint � se d�former) ; une d�rive enfin sous l�emprise des courants littoraux, comme en mer de Weddell, o� les plates-formes glissent vers l�ouest et provoquent une congestion des glaces contre la p�ninsule Antarctique.</p><p>Les plates-formes connaissent une double alimentation : atmosph�rique (neige et fixation de l�humidit� des brouillards) et oc�anique (accr�tion par cong�lation de l�eau de mer). Mais leur bilan de masse est n�gatif : dans le cas de la plate-forme de Ross, qui ne recule plus comme entre 1841 et 1902, le gain superficiel (126 km 3) et lat�ral (100 km 2) est largement compens� par la fusion sous-marine et le v�lage, de telle fa�on que le d�ficit annuel s��l�ve � 60 km 3. Aussi les plates-formes s��talent-elles tout en s�amincissant.</p><p>La banquise australe</p><p>y La banquise permanente (ou in-</p><p>terne). Tout le continent antarctique est ceintur� par de la glace de mer dif-</p><p>ficilement p�n�trable. En hiver, elle forme un rev�tement continu, sorte de conglom�rat de glace jeune, soudant de vieux morceaux de banquise d�form�s par les compressions � des icebergs labour�s par l��rosion, parfois �chou�s. En �t�, une fusion partielle, favoris�e par la mar�e et les courants, contribue � la dissocier en plaques, ou floes, qui m�nagent contre la c�te (ou les plates-formes) un �troit couloir d�eau libre. L�ensemble se ressoude en hiver, en commen�ant par les r�gions abrit�es les plus proches de la c�te.</p><p>Le d�placement vers l�ouest de la banquise interne fut prouv� par les d�rives de nombreux navires qu�elle emprisonna (le Deutschland en 1912 ; l�Aurora, du d�troit de McMurdo aux �les Balleny, en 1915). Il varie en vitesse (de 0,15 � 0,75 km/h) et en direction selon la force des vents et courants locaux et le dessin des d�coupures du continent. En mer de Weddell, les glaces dessinent une rotation jusqu�� la pointe de la p�ninsule Antarctique, o�, reprises par le courant d�ouest, elles s�avancent en une pointe qui tend � isoler les acc�s orientaux de cette mer.</p><p>Faite d��l�ments offrant une r�sistance diff�rente aux vents et courants, la surface de la banquise est cass�e de nombreuses discontinuit�s, qui permettent aux glaces de se comprimer et de s�accumuler, comme sur la fa�ade occidentale de la mer de Weddell, o� la pression consid�rable �crasa nombre de navires, comme l�Antarctica ou l�Endurance.</p><p>En �t�, la fusion, quoique limit�e, et l�afflux d�eau douce continentale aboutissent � la cr�ation d�une eau littorale dilu�e (32,4 � 34 p. 1 000 en mer d�Amundsen) et r�chauff�e. Mais, en hiver, le tarissement de cet apport et la s�gr�gation des sels, cons�cutive � la restauration de la banquise, provoquent une substantielle augmentation de la salinit� (plus de 34,7 p. 1 000), tant en surface que sur le fond, signal�e en mer de Ross, sur la plate-forme de la terre Ad�lie, mais principalement en mer de Weddell, o� l�eau se trouve parfois confin�e dans de petites d�pressions.</p><p>Comme sa densit� l�entra�ne � d�valer la pente, elle est la source du renou-</p><p>vellement des eaux profondes, et joue ainsi un r�le hydrologique mondial.</p><p>Sur les fonds r�cemment d�gag�s</p><p>par l�inlandsis, les d�p�ts actuellement downloadModeText.vue.download 142 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>679</p><p>apport�s par les glaces varient r�gionalement et ne voilent qu�imparfaitement l�irr�gularit� des formes. La s�dimentation est essentiellement siliceuse, car le calcaire est facilement dissous par les eaux froides du fond (les coquilles restent toujours minces et flexibles).</p><p>Les fractions les plus fines sont ais�-</p><p>ment export�es par les courants de densit�.</p><p>y La banquise saisonni�re (ou externe). Dans la grande aur�ole s��tendant jusqu�� 60� sud en moyenne, la banquise est fr�quente en hiver sous la forme d�un pack discontinu et d�-</p><p>rivant ; mais elle devient rare, voire absente, en �t�, et surtout en automne.</p><p>L�importance de ces variations</p><p>exprime l�adoucissement des tem-</p><p>p�ratures estivales, illustr� par l�exhaussement de la ligne de n�v�, qui est report�e � plusieurs centaines de m�tres : les �les ne sont couvertes que par des calottes glaciaires. Dense ou �parpill�e, la banquise n�est pas faite de floes immenses comme dans l�Arctique, mais d��l�ments petits et peu �pais, pouss�s vers l�est et le nord-est, ou dansant au gr� des houles.</p><p>Les vents peuvent les chasser les uns contre les autres, sans toutefois provoquer de trop dangereux serrages. La banquise externe est ais�ment navigable en toutes saisons.</p><p>L�eau froide et faiblement sal�e qui la transporte provient du m�lange de l�eau c�ti�re avec des mont�es de l�eau sous-jacente, que l�on reconna�t � partir de 200 m de profondeur � sa salinit� et � sa temp�rature. Son ascendance peut donner lieu � des divergences temporaires (divergence antarctique) ou permanentes (divergence interm�-</p><p>diaire, de Bouvet), o� l�intensit� du mouvement semble en relation avec la</p><p>fr�quence des passages cycloniques.</p><p>� ces mont�es se trouve associ� un enrichissement en phosphates, qui est, avec l�illumination, l�agent essentiel du prodigieux d�veloppement planctonique de l��t�. Ces eaux sont alors les plus productives de tout l�Antarctique, teint�es de jaune par la masse des diatom�es, qui sont ici particuli�rement abondantes, trouvant dans les silicates les �l�ments n�cessaires � l��dification de leur squelette. Aussi, sur le fond, les s�diments glaciaires, de plus en plus mal aliment�s, sont-ils progressivement supplant�s par le d�p�t des coques siliceuses de ces algues, dont l�accumulation (� une vitesse variant entre 5 et 200 mm par mill�naire) donne une boue d�un jaune cr�meux.</p><p>La pr�sence dans ces eaux oxyg�n�es des petits crabes du genre Euphausia (ou krill) explique la grande densit� des animaux sup�rieurs, surtout des grandes baleines, dont la baleine bleue, Balenoptera musculus, le plus grand mammif�re connu. Le voisinage des �les est fr�quent� par de grands troupeaux d�animaux amphibies : morses, otaries, �l�phants de mer et phoques (de Ross, de Weddell, blancs), qui passent l�hiver dans les d�chirures de la banquise et l��t� sur les gr�ves. Mais ils sont la proie des grands carnassiers, comme les l�opards des mers ou les �paulards. Enfin, on trouve en troupes nombreuses les poissons et les manchots migrateurs, qui prennent ici leurs quartiers d�hiver.</p><p>C�est sur les �les isol�es par la banquise que les baleiniers et les pho-quiers install�rent jadis des bases pour le d�pe�age et le traitement des gros c�tac�s, qui ont fait l�objet de v�ritables h�catombes. Certaines installations n�eurent qu�une dur�e �ph�m�re, surtout � la suite de la rar�faction des proies ; quelques stations ont �t� am�-</p><p>nag�es, comme sur les �les Balleny, et surtout en G�orgie du Sud, qui fournit les deux tiers de la production mondiale d�huile de baleine et o� se regroupent � Grytviken, le chef-lieu, les flottes baleini�res de toutes les nationalit�s.</p><p>La ceinture subantarctique</p><p>Au-del� de la limite moyenne de la banquise, les eaux de l�oc�an Austral</p><p>sont moins froides, surtout lorsque est franchi le front antarctique, o� l�on enregistre une augmentation subite de 5 � 6 �C sur une distance d�un degr� de latitude. Les floes deviennent exceptionnels, sauf pendant les hivers les plus rigoureux, mais les icebergs sont rois.</p><p>Ils sont particuli�rement abondants au sud du front, o� Shackleton d�crivit une � v�ritable Venise de glaces �. Audel�, ils sont exceptionnels et, livr�s � l�assaut des vagues �normes et des courants ti�des, ils sont creus�s de grottes, de portiques, transform�s en une architecture aussi bizarre que fragile : ils se cassent, se d�sagr�gent et sont la proie de chavirements successifs et dangereux. Ce ne sont plus d�alti�res montagnes tabulaires et miroitantes, mais des chicots informes qui n�apparaissent qu�� certaines ann�es comme apport�s par de subites d�b�cles ; ils n�atteignent jamais le front subtropical.</p><p>Ils d�rivent, port�s par le grand mouvement circumpolaire d�ouest, dont l�ampleur et la r�gularit� sont exemplaires, et qui entra�ne les eaux antarctiques et subantarctiques � la vitesse moyenne de 1 km/h. Au sud du cap Horn, cette d�rive devient un v�ritable courant d�passant plusieurs kilom�tres � l�heure. Aussi l�influence du fond est-elle d�terminante sur la formation de grandes sinuosit�s boucl�es, comme le courant des Falkland ou le tourbillon Bounty-Campbell. Si le front subtropical, tr�s sinueux, varie fortement en latitude selon les saisons, le front antarctique pr�sente une remarquable stabilit� g�ographique, fait qui tendrait � prouver qu�il n�est pas seulement conditionn� par le champ isobarique, mais �galement par la topographie du downloadModeText.vue.download 143 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>680</p><p>fond, puisqu�il s�avance vers le nord sur les dorsales, mais glisse vers le sud au-dessus des cuvettes. Il n�en demeure pas moins que cette s�dentarit� fait du front antarctique une tr�s nette fronti�re biog�ographique, o� disparaissent les eaux froides, peu sal�es, riches en oxyg�ne, en silicates et en diatom�es ;</p><p>au-del�, les eaux plus ti�des sont moins riches, et peupl�es par des organismes planctoniques � tests calcaires pr�dominants. Ce passage s�exprime directement par un changement dans la nature de l��pais rev�tement s�dimentaire qui ennoie les reliefs les plus irr�guliers : aux boues � diatom�es succ�dent les d�p�ts calcaires blanch�tres, o� dominent les globig�rines. Ce n�est que dans les cuvettes les plus d�prim�es que les tests calcaires ont donn� lieu � la formation caract�ristique des boues rouges. En plus de la profondeur, donc de la pression, une telle dissolution peut s�expliquer par l��coulement vers le nord de l�eau antarctique de fond, qui a un grand pouvoir solvant. Divers carottages (tels ceux r�alis�s dans les parages des �les Crozet) ont r�v�l� la pr�sence de boues � diatom�es sous l�actuel d�p�t de globig�rines : le front antarctique a donc occup� une position plus bor�ale lors d�un maximum glaciaire, accompagn�e d�une expansion de l�eau de fond, comme en t�moigne la pr�sence d�argile rouge sous les boues calcaires.</p><p>Le circuit circumpolaire puise</p><p>son �nergie dans les � grands frais d�ouest �, qui soufflent avec constance dans la rainure de basses pressions, o� les d�pressions atmosph�riques se succ�dent avec une force rare, et � une cadence estim�e � 10 ou 15 par mois dans les alentours des �les Kerguelen, quelle que soit la saison. Les vents, qui travaillent sur une mer sans obstacle, y soul�vent les plus fortes vagues du monde, qui atteignent couramment 6</p><p>� 7 m, et d�passent 12 � 13 m lors des temp�tes : au cours de sa premi�re croisi�re antarctique, l�Ob a enregistr�, le 22 avril 1956, une vague monstrueuse de 24,9 m.</p><p>De telles lames peuvent faire danser les flottilles d�icebergs, qui s�agitent dangereusement, comme � enivr�es de l�g�ret� � (Byrd). Les vagues ont �galement une action efficace sur le relief et la s�dimentation des seuils les moins profonds et des parages insulaires : sur les c�tes expos�es se dressent des falaises abruptes et �lev�es, alors que les rivages sous le vent ont des versants marins plus adoucis, offrant un abri par leur climat moins �prouvant. La cein-</p><p>ture des vents violents, qui subit une ample oscillation saisonni�re sur plus de 10� de latitude, peut agir directement sur la dynamique des courants.</p><p>Lorsqu�elle est report�e tr�s au sud, le mouvement de divergence qui affecte les eaux antarctiques provoque leur refroidissement accru et leur descente le long du front antarctique, qui fonctionne alors comme une convergence ; si les temp�tes travaillent plus au nord, le front peut s�estomper et �tre affect� d�une divergence, et en cons�quence le front subtropical est le mieux marqu�.</p><p>L�air antarctique passant sur des eaux plus chaudes devient instable et se charge d�humidit� : la pluie et la neige sont fr�quentes (250 � 300 jours de pr�cipitations par an) et abondantes surtout dans les �les (1 000 mm � la Nouvelle-Amsterdam), apport�es par des grains violents engendr�s par de brutales advections d�air glacial. Le tapis neigeux est encore important sur les �les les plus expos�es, comme sur Heard et Bouvet, couvertes par des calottes glaciaires, et sur une partie des Kerguelen, o� un petit glacier descend jusqu�� la mer. Partout, l�ennuagement est constant et encapuchonne le sommet des �les de plus de 500 m, singuli�rement au voisinage du front antarctique, o� la d�perdition thermique se manifeste sous la forme de brouillards opaques et persistants. En d�pit de la r�gularit� du r�gime des temp�ratures (aux Kerguelen, la temp�rature moyenne annuelle est de 4 �C), le climat est �pre et inhospitalier. Sur les �les minuscules et perdues dans les brumes, les versants sont vou�s � la solifluxion et aux sols ch�tifs. Le froid n�est certes pas cruel, mais l��t� est trop frais et l��vaporation trop forte pour permettre un cycle v�g�tatif autre que celui des plantes basses, de phan�rogames qui adoptent des formes de buissons ou de coussins ; les arbres n�existent que sur Auckland, Campbell, Nouvelle-Amsterdam et Tristan da Cunha, d�j� aux fronti�res de l�oc�an Austral. Toutes les formes vitales t�moignent d�un en-d�misme accus� : parmi les plantes typiques, il faut signaler le chou des Kerguelen et l�Acoena insularis, arbuste rampant, dont les tiges ligneuses enfouies forment des broussailles basses.</p><p>Parmi les collectivit�s animales pr�dominent les oiseaux de mer, qui, d�gag�s de la menace des grands carnassiers, trouvent dans les parties abrit�es des �les des sites favorables � la ponte ; certains volent (albatros, p�trels et cormorans), mais les plus caract�-</p><p>ristiques nagent comme les manchots</p><p>� qu�ils soient s�dentaires (du genre Aptenodytes) ou migrateurs (du genre Eudytes) �, group�s en rookeries naus�abondes de plusieurs centaines de milliers d�h�tes. Les baleines et les �l�phants de mer ont fui ces parages, o� ils furent atrocement chass�s.</p><p>Aussi les rares tentatives de colonisation (Kerguelen, Campbell) ont-elles �chou� ; plus que l�hostilit� du milieu, les grands responsables sont l��loignement et l�isolement par rapport aux grands foyers de peuplement et aux circuits commerciaux qui les unissent.</p><p>Seuls les navires oc�anographiques sont venus, de loin en loin, troubler la qui�tude venteuse de ces �les, o� plus r�cemment quelques stations m�t�orologiques ont �t� install�es. Deux petites collectivit�s humaines subsistent cependant aux Falkland et � Tristan da Cunha, o� elles se livrent � l��levage (moutons) et � la p�che (crustac�s surtout), organis�e scientifiquement par quelques grandes firmes sud-africaines.</p><p>Avant d�atteindre 40� sud, c�est � une multitude de signes, comme l�apaisement des vents et des houles, le ti�dissement de l�air et de l�eau, l��vanouissement des icebergs, le bleu d�un ciel lav� de ses nuages et d�une mer au plancton d�j� tropical, et � l�apparition des premiers navires des lignes r�gu-li�res et des superp�troliers que l�on reconna�t avoir enfin quitt� le monde inhumain de l�Antarctique...</p><p>J.-R. V.</p><p>B P. George, les R�gions polaires (A. Colin, 1950). / E. Aubert de La R�e, les Terres australes (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; nouv. �d., 1967). / Antarctic Record (T&#x14D;ky&#x14D;, plusieurs volumes parus depuis 1957). / US Navy Hydrographic Office, Oceanographic Atlas of the Polar Seas, t. I : Antarctic (Washington, 1957). / La M�t�orologie antarctique, num�ro sp�cial de la M�t�orologie (Soci�t� m�t�orologique de France, 1960). / J. Corbel, Neiges et glaciers</p><p>(A. Colin, 1962). / K. K. Markov, V. I. Bardin et A. I. Orlov, Caract�ristique physico-g�ographique de la zone c�ti�re de l�Antarctide orientale (en russe, Moscou, 1962). / H. Wexler, M. J. Rubin et J. E. Caskey, Antarctic Research (Washington, 1962). / A. Cailleux, G�ologie de l�Antarctique (S. E. D. E. S., 1963) ; l�Antarctique (P. U. F., coll. � Que sais je ? �, 1967). / T. Ha-therton, Antarctica (Londres, 1965). / J. Van Mieghen, P. Oye et J. Schell (sous la dir. de), Biogeography and Ecology in Antarctica (La Haye, 1965). / Exp�dition sovi�tique de l�Antarctique, Atlas antarctique (en russe, Moscou et Leningrad, 1966). / P. Pagney, les Climats polaires (C. D. U., 1971).</p><p>L�histoire de</p><p>l�Antarctique</p><p>L�Antarctique a constitu� le dernier grand objectif des d�couvreurs, si l�on excepte la conqu�te des sommets de l�Him&#x101;laya, qui a plus apport� sur le plan de l�exploit sportif que sur celui de la connaissance du monde. Pourtant, l�existence du continent polaire avait �t� soup�onn�e depuis l�Antiquit�, et les mappemondes de la Renaissance, en particulier celle d�Oronce Fine, mentionnaient une Terra australis incognita.</p><p>downloadModeText.vue.download 144 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>681</p><p>LES PREMIERS D�COUVREURS</p><p>Malgr� ces intuitions des g�ographes de cabinet, les d�couvreurs ne s�approche-ront que tr�s tardivement du � continent blanc �. Pourtant, Amerigo Vespucci, dans son voyage de 1501-1502, descend jusqu�� 52� de latitude sud environ.</p><p>Les d�couvertes successives des �les subantarctiques persuaderont les marins de l�existence d�une vaste terre dans leurs parages, mais la position de ses c�tes devra �tre report�e sans cesse plus au sud par les cartographes.</p><p>En 1598, le Hollandais Dirk Geeritz est entra�n� par les temp�tes jusqu�� une �le escarp�e, qui appartient peut-�tre au groupe des Shetland du Sud. Mais, en fait, il faut attendre le XVIIIe s. pour que la d�-</p><p>couverte soit entam�e volontairement. En 1738, Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lo-</p><p>zier est envoy� par la Compagnie fran�aise des Indes pour �tablir des comptoirs sur les terres inconnues que les l�gendes d�-</p><p>crivent parfois comme un �den. Apr�s une navigation difficile, il ne d�couvre qu�une petite �le brumeuse, qu�il prendra pour un continent (la future �le Bouvet). C�est pourtant d�aussi faibles indices qui permettent � Charles de Brosses d��crire en 1756 : � Il n�est pas possible qu�il n�y ait pas dans une si vaste plage quelque immense continent de terre solide au sud de l�Asie, capable de tenir le globe en �quilibre dans sa rotation. � Les recherches continuent donc. En 1772, Nicolas Thomas Marion-Dufresne et Crozet d�couvrent les �les qui portent leurs noms.</p><p>La m�me ann�e, Yves Joseph de Kerguelen de Tr�marec re�oit de Louis XV</p><p>un ordre de mission : se diriger vers � le tr�s grand continent [...] qui doit occuper une partie du globe depuis les 45e degr�s de latitude sud jusqu�aux environs du p�le �. L�officier breton d�couvre les �les auxquelles son nom sera donn�, et pense lui aussi avoir atteint un continent probablement habit�, qu�il d�peint sous des couleurs idylliques : � La France australe fournira de merveilleux spectacles physiques et moraux. � Un deuxi�me voyage lui montrera, h�las ! combien il est loin de la r�alit�.</p><p>LA FIN DU MYTHE ANTARCTIQUE</p><p>C�est � James Cook* qu�il reviendra de porter le coup le plus rude aux mythes de l��poque sur l�Antarctique, au cours de son deuxi�me voyage (1772-1775) : il franchit le cercle polaire une premi�re fois puis, le 30 janvier 1774, atteint la latitude de 71� 10&#x2032; et se heurte � des glaces infranchissables, qu�il longe pendant des mois.</p><p>Dans son journal, il �crit : � Le danger qu�on court � reconna�tre une c�te dans ces mers inconnues et glac�es est si grand que j�ose dire que personne ne se hasardera � aller plus loin que moi et que les terres qui peuvent �tre au sud ne seront jamais reconnues. �</p><p>En fait, les baleiniers et les chasseurs de phoques vont d�sormais �cumer les mers australes et pr�ciser la localisation des avant-postes insulaires du continent. Les Shetland du Sud sont d�couvertes en 1819. Partant de ces derni�res,</p><p>l�Anglais Edward Bransfield cartographie en 1820 l�extr�mit� nord de la p�ninsule Antarctique.</p><p>En 1821, le Russe Bellingshausen reconna�t la terre Alexandre, � la base de la p�ninsule Antarctique. � son retour, il rencontre l�Am�ricain Nathaniel Brown Palmer, qui, sur un sloop de 45 tonneaux, a aper�u �galement le continent dans ce secteur : la d�ception est grande pour le Russe, qui a �t� pr�c�d� de peu. En 1823, l�Anglais James Weddell d�couvre la vaste mer qui porte son nom ; celle-ci, exceptionnellement d�gag�e des glaces cette ann�e-l�, se laisse p�n�trer jusqu�� 74� 15&#x2032;</p><p>de latitude, ce qui constitue un nouveau record.</p><p>Les armateurs anglais Enderby patronnent ensuite plusieurs voyages importants : celui de John Biscoe (1831) leur permet de donner leur nom � un secteur d�j� long� par Bellingshausen.</p><p>LES EXP�DITIONS SCIENTIFIQUES</p><p>DU XIXE SI�CLE</p><p>� la suite des travaux de Gauss sur le ma-gn�tisme terrestre, et pour r�pondre aux demandes d�Alexander von Humboldt, les pr�occupations purement scientifiques vont engendrer trois grandes exp�ditions officielles : Dumont* d�Urville accoste sur une �le proche du continent (janv. 1840).</p><p>Le Fran�ais est suivi, dans ce secteur, par l�Am�ricain Charles Wilkes : parti en 1838</p><p>avec cinq navires, ce dernier longera ensuite la partie orientale de l�Antarctique sur 2 500 km, effectuant des rel�vements de premi�re importance jusqu�en 1842. L�ex-p�dition anglaise (1840-1843), enfin, command�e par J. C. Ross, un v�t�ran de l�Arctique, d�couvre la terre Victoria et, surtout, longe la barri�re de glace qui limite la mer � laquelle sera donn� son nom. Ross aper-</p><p>�oit �galement les deux grands volcans downloadModeText.vue.download 145 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>682</p><p>qu�il baptise des noms de ses navires, l�Erebus et le Terror.</p><p>Mais l�effort de d�couverte se ralentit, et ne porte gu�re que sur les �les suban-</p><p>tarctiques ou, gr�ce � des baleiniers, sur les seuls abords de la banquise. Enfin, en janvier 1895, les Norv�giens Kristensen et Borchgrevink op�rent le premier d�barquement sur le continent lui-m�me, au cap Adare, � l�extr�mit� de la terre Victoria. D�sormais, la d�couverte va aller tr�s vite. Le Belge Adrien de Gerlache effectue le premier hivernage dans l�Antarctique (1898), en vue de la terre Alexandre. Cette exp�dition de la Belgica permet de nombreuses observations oc�anographiques, et soul�ve aussi les probl�mes physiologiques que doivent affronter les hommes pendant la longue nuit polaire, ceux du ravitaillement en premier lieu, l�abus des conserves entra�nant une grave � an�mie polaire �. Un nouvel hivernage est effectu� par Borchgrevink, cette fois sur la terre ferme, pr�s du cap Adare, qu�il conna�t d�j�. Au d�but de l�ann�e 1900, une randonn�e en tra�neau lui permet d�atteindre la latitude de 78� 50&#x2032;.</p><p>LA COOP�RATION INTERNATIONALE</p><p>Mais, pour la premi�re fois, une coop�ration scientifique va se d�velopper dans ces r�gions, � la suite du congr�s de g�ographie qui s��tait tenu � Berlin (1899-1900) : les recherches de � l�ann�e polaire � vont �tre concentr�es, dans le temps, autour de l�hivernage de 1902.</p><p>L�Angleterre confie un magnifique navire, le Discovery, au commandant R. F. Scott*. Au cours de l�hivernage, effectu� dans les parages du volcan Erebus, Scott effectue un raid avec Shackleton sur la plate-forme de Ross et atteint 82� 17&#x2032; de latitude. Apr�s un nouvel hivernage (1903), il parvient, sur le plateau polaire, � 78� 50&#x2032;</p><p>de latitude. Avec le Gauss, les Allemands, dirig�s par Erich von Drygalski, �tudient l�autre face du continent, au sud-est des �les Kerguelen, et font des observations � l�aide d�un ballon captif au-dessus des r�gions auxquelles ils donnent le nom de Guillaume II.</p><p>Pour les Su�dois, les recherches entreprises en bordure de la p�ninsule Antarctique sont dramatiques : apr�s avoir d�barqu� Otto Nordenskj�ld sur l��le Seymour, leur navire, l�Antarctic, est broy� par les glaces en 1903, et un hivernage de fortune doit �tre organis�. Tout le monde, heureusement, peut �tre sauv� l�ann�e suivante par une canonni�re argentine.</p><p>Les Fran�ais, enfin, apparaissent � la fin de cette p�riode de recherches scientifiques avec l�exp�dition du docteur Jean Charcot sur le Fran�ais (1903-1905), construit gr�ce � une souscription qui recueillit 450 000 francs. L�hivernage est effectu� devant l��le Wandel, sur la c�te ouest de la p�ninsule Antarctique. De nouvelles campagnes seront effectu�es en 1908-1909 et 1909-1910, � bord d�un nouveau navire, le c�l�bre Pourquoi-Pas ?</p><p>D�importants travaux cartographiques font progresser la connaissance de ces r�gions, qui forment l�extr�mit� de l�Antarctique occidental.</p><p>LA COURSE AU P�LE</p><p>En 1908, l�ancien lieutenant de Scott, Ernest Henry Shackleton, part de l�extr�-</p><p>mit� orientale de la plate-forme de Ross et parvient jusqu�� de hautes montagnes : il y p�n�tre en suivant un gigantesque glacier (le glacier de Beardmore) et, � 3 000 m d�altitude, atteint un immense plateau ; il arrive alors � 150 km du p�le, par 88� 23&#x2032;</p><p>de latitude. Mais ses vivres sont presque �puis�s, et il lui faut revenir avec ses trois compagnons. Pendant ce temps, d�autres membres de l�exp�dition britannique atteignent le p�le magn�tique, situ� alors � 72� 25&#x2032; de latitude sud. Il ne fait pas de doute que tous les nouveaux enseignements accumul�s sur les voies d�acc�s au p�le vont profiter aux Anglais, et que, tr�s bient�t, c�est leur drapeau qui flottera le premier � l�extr�mit� inconnue de la Terre.</p><p>De fait, une souscription nationale et une subvention officielle permettent � Scott d�organiser une nouvelle exp�dition en 1911. Un outsider, pourtant, va l�emporter : parti soi-disant pour effectuer une d�-</p><p>rive dans l�Arctique, � partir du d�troit de B�ring, Amundsen*, l�homme qui a ouvert le passage du Nord-Ouest, annonce, � son passage � Mad�re, le but r�el de son exp�-</p><p>dition : le sud ; il n�a pas l�intention, apr�s la victoire de Peary au nord, de se laisser souffler par Scott un exploit aussi glorieux que la conqu�te du p�le Antarctique. Son navire, le Fram, pr�t� par Nansen, double le cap Horn, longe la terre du Roi-�douard-VII et va mouiller, le 13 janvier 1911, dans une large ouverture de la plate-forme de Ross, la baie des Baleines. � 4 km du rivage de glace, il monte sa maison, o� il va hiverner avec sept compagnons, et �tablit ses magasins, pendant que Scott se pr�pare lui aussi � affronter l�hiver, au cap Evans.</p><p>Jusqu�aux derniers jours de lumi�re, en</p><p>avril, Amundsen reconna�t soigneusement la route du p�le sur pr�s de 400 km, et, au cours de plusieurs raids, �tablit des d�p�ts de vivres successifs.</p><p>Il part le 20 octobre, avec quatre compagnons et quatre tra�neaux tir�s chacun par treize chiens ; la travers�e de l�immense champ de glace peu accident� que limite la Barri�re de Ross s�effectue sans grandes difficult�s : plus de 1 700 km sont parcourus en moins d�un mois. Mais le voyage devient plus difficile � travers les montagnes qui limitent le haut plateau antarctique.</p><p>La cha�ne de la Reine-Maud est franchie en s�insinuant � travers elle par le grand glacier Axel Heiberg. D�autres obstacles sont contourn�s. Au pied de la cha�ne des monts Dominion, c�est un terrible glacier, labour� d�innombrables crevasses et baptis� par Amundsen la � Salle de bal du Diable �. Il faudra seize �tapes pour franchir les 320 km de la r�gion montagneuse.</p><p>Enfin, le 6 d�cembre, le point culminant du parcours est franchi, par plus de 3 200 m.</p><p>Peu apr�s, les plus grandes difficult�s surmont�es, le plateau est abord�. Le 14 d�-</p><p>cembre, � trois heures de l�apr�s-midi, le p�le est enfin atteint, plus d�un mois avant Scott. La conqu�te est marqu�e par un geste symbolique ; rendant hommage � ses compagnons, Amundsen les d�crit ainsi : � Apr�s avoir �t� � la peine, ils devaient �tre aujourd�hui � l�honneur. Saisissant tous les cinq la hampe, nous �lev�mes le pavillon et, d�un seul coup, l�enfon��mes dans la glace. �</p><p>Amundsen et ses compagnons restent trois jours sur le lieu de leur victoire, multiplient les observations, y abandonnent une tente surmont�e du drapeau norv�-</p><p>gien, et font des raids dans toutes les directions pour couper court � toutes contestations possibles quant � leur localisation du p�le : l�un d�eux, de toute fa�on, aura foul� la latitude 90�. Le retour, par le m�me itin�raire qu�� l�aller, s�effectue vite et sans grandes difficult�s. Les d�p�ts de vivres sont retrouv�s, et les explorateurs sont � leur base le 25 janvier 1912. En 97 jours, ils ont franchi 2 400 km. Le 30 janvier, le Fram quittait la baie des Baleines, et, le 8 mars, Amundsen pouvait t�l�graphier � son roi et au Daily Chronicle la nouvelle de son exploit.</p><p>Mais, pour Scott*, c�est l��chec de la course, puis une mort affreuse : apr�s un</p><p>trajet tr�s p�nible, il n�atteint le p�le que le 18 janvier, pour trouver une tente laiss�e par Amundsen. Le retour est un martyre pour l�Anglais et ses quatre compagnons, qui meurent successivement d��puisement et de froid.</p><p>LES TECHNIQUES DU XXE SI�CLE</p><p>La Premi�re Guerre mondiale met au second plan la d�couverte des derni�res terres inconnues. Pourtant, l�opinion suit avec angoisse une nouvelle exp�dition de Shackleton, dont les deux navires sont prisonniers de la banquise en 1915 et 1916. Dans une derni�re exp�dition (1921-1922), au cours de laquelle il sera emport� par une angine de poitrine, Shackleton utilisera des hydravions. D�sormais, l�aviation, entr�e d�j� en action pour l�Arctique, va jouer le r�le de premier plan : l�exp�dition de Hubert Wilkins �tudie gr�ce � elle, en 1928 et 1929, la c�te est de la p�ninsule Antarctique, puis la terre de Charcot.</p><p>Le 29 novembre 1929, l�Am�ricain Richard E. Byrd survole le p�le. C�est le pr�lude � toute une s�rie de recherches, men�es de 1933 � 1935 � partir de la base de Petite-Am�rique, �tablie � l�extr�mit� de l��le Roosevelt, et qui constitue une grande base scientifique pluridisciplinaire (vingt-deux branches de la science y seront �tudi�es).</p><p>Les Norv�giens, pour leur part, s�attaquent aux secteurs les moins connus, ceux de l�est, entre 0 et 90� est. De 1927 � 1937, diverses terres sont ainsi baptis�es de noms Scandinaves : terres de la Princesse-Martha, de la Princesse-Astrid, du Prince-Olav, de la Princesse-Ragnhild, terre Ingrid-Christensen.</p><p>Les Allemands, avec le baleinier Schwa-benland, reconnaissent en 1938-1939 la c�te comprise entre 11� ouest et 20� est.</p><p>downloadModeText.vue.download 146 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>683</p><p>LES REVENDICATIONS TERRITORIALES</p><p>Cette p�riode de l�avant-guerre, marqu�e par des recherches multiples, est en m�me temps caract�ris�e par les revendications territoriales des nations int�ress�es, qui r�clament chacune une part du g�teau antarctique, dont l�int�r�t strat�gique se d�-</p><p>voile, et qui renferme peut-�tre de grandes richesses min�rales. Ainsi, en 1934, une conf�rence internationale ent�rine le partage du continent entre la Grande-Bretagne, qui s�attribue le secteur situ� de part et d�autre de la mer de Ross, puis, en allant vers l�est, la Norv�ge, l�Australie, dont l�immense secteur est interrompu par la modeste tranche fran�aise (terre Ad�lie), la Nouvelle-Z�lande et, apr�s un secteur non attribu�, le Chili et l�Argentine. Mais des conflits surgissent d�j�, ces deux derniers pays revendiquant en partie le m�me secteur, autour de la p�ninsule Antarctique, elle-m�me r�clam�e par Londres...</p><p>Au demeurant, ni les �tats-Unis ni l�U. R. S. S. n�ont reconnu ces pr�tentions, et le trait� de Washington (1er d�c. 1959), sign� par douze nations, a d�cr�t� la d�militarisation totale de l�Antarctique et la suspension des litiges. C�est le premier accord international qui consacre une partie du globe � des activit�s purement pacifiques.</p><p>LES DERNIERS SECRETS DE</p><p>L�ANTARCTIQUE</p><p>L�apr�s-guerre est marqu� d�abord, en 1946-1947, par une gigantesque exp�dition am�ricaine, dirig�e par Byrd : l�op�ration � High Jump � utilise douze navires et quinze avions ; une surface de 900 000 km 2</p><p>est photographi�e ou cartographi�e, et 8 000 km de c�tes sont �tudi�s ; une r�gion libre de glaces est d�couverte pr�s des c�tes de la Reine-Mary. Puis les Fran�ais r�apparaissent dans l�Antarctique, � l�initiative des Exp�ditions polaires, organisme cr�� en 1947 par Paul-�mile Victor. En 1948, un navire arm� par la marine nationale, le Commandant-Charcot, est envoy� en terre Ad�lie, mais ne peut atteindre le rivage. L�exp�dition suivante, partie en 1949, permet d��tablir la base de Port-Martin (1950). De l�, des raids sont men�s vers l�int�rieur avec des engins � moteur (� weasels �) et des tra�neaux � chiens. Les observations de tous ordres se multiplient, mais la station de Port-Martin est en partie d�truite par un incendie, en janvier 1952, et l�on doit s�installer sur l��le des P�trels, dans l�archipel de Pointe-G�ologie. Pour l�ann�e g�ophysique internationale de 1957-1958, la base de l��le des P�trels, baptis�e Dumont-d�Urville, est consid�-</p><p>rablement d�velopp�e. Ses b�timents sur pilotis, form�s de panneaux en mati�re plastique, en font l�une des stations les plus modernes du continent. Une autre</p><p>base est �tablie � 320 km de la c�te, la station Charcot. Mais les autres nations ont �galement fait des efforts consid�rables pour achever la d�couverte d�une partie de la terre qui, au milieu de ce si�cle, comptait encore de tr�s grands secteurs jamais reconnus. Ainsi, entre 1957 et 1963, les Am�ricains parcourent plus de 20 000 km � travers l�Antarctique et �tablissent en 1958 six bases, dont une grande station au p�le m�me, o� l�amiral George Dufek avait atterri le 31 octobre 1956, premier visiteur de cette r�gion depuis Scott. L�Ann�e g�ophysique donne �galement l�occasion � l�U. R. S. S. de construire dix bases, dont une au p�le magn�tique et une autre au</p><p>� p�le d�inaccessibilit� �, tandis que les Anglais am�nagent des stations en bordure de la mer de Weddell. De plus, en 1958, leurs �quipes, dirig�es par le Dr Fuchs et par le vainqueur de l�Everest, le N�o-Z�landais Edmund Hillary, effectuent avec des engins � moteur la premi�re travers�e terrestre du continent, en passant par le p�le. Sept autres nations participent aux recherches effectu�es � l�occasion de cette p�riode 1957-1958, qui, avec le d�veloppement de la coop�ration internationale sur une grande �chelle, marque la fin de la d�couverte proprement dite et, le d�-</p><p>part de l��tude scientifique g�n�ralis�e du</p><p>� continent blanc �.</p><p>S. L.</p><p>B G. Rouvier, la Conqu�te des p�les (A. Le-merre, 1922). / E. L. Elias, les Explorations polaires (Payot, 1930). / �. Olsen, la Conqu�te de la Terre (trad. du norv�gien, Payot, 1933-1937 ; 6 vol.). / R. Vercel, � l�assaut des p�les (A. Michel, 1938). / H. Bidou, la Conqu�te des p�les (Gallimard, 1940). / R. de La Croix, les Conqu�-</p><p>rants de l�Antarctique (A. Fayard, 1956). /</p><p>L. H. Parias (sous la dir. de), Histoire universelle des explorations (Nouvelle Librairie de France, 1956 ; 4 vol.). / A. Migot, la D�couverte de l�Antarctique (�d. du Soleil levant, Namur, 1957). /</p><p>E. Peisson, la Route du p�le Sud (Grasset, 1957).</p><p>/ Les Explorations au XXe si�cle (Larousse, 1960).</p><p>/ P.-E. Victor, l�Homme � la conqu�te des P�les (Plon, 1963) ; P�le nord, P�le sud (Hachette, 1966).</p><p>antenne</p><p>Tout dispositif permettant l��mission ou la r�ception � distance des ondes �lectromagn�tiques, ind�pendamment des appareils �metteurs ou r�cepteurs</p><p>proprement dits.</p><p>Bien que Heinrich Hertz (1857-</p><p>1894) et �douard Branly (1844-1940) eussent constat� que la port�e des ondes �mises par la bobine de Heinrich Daniel Ruhmkorff (1803-1877) �tait accrue quand on montait une tige m�-</p><p>tallique verticale sur l�une des boules de l��clateur, la premi�re r�alisation d�une antenne est due (en 1895) au physicien russe Aleksandr Popov (1859-1906). Elle lui permettait d�enregistrer � distance les ondes �lectromagn�-</p><p>tiques �mises au cours des orages. Au d�but de 1896, il r�ussit � transmettre un radiot�l�gramme � 250 m de distance. L��volution des antennes peut �tre divis�e en trois p�riodes, de 1895</p><p>� 1920, de 1920 � 1935 et de 1935 � nos jours, chaque p�riode correspondant � des utilisations de fr�quences de plus en plus �lev�es. Au d�but, on pensait que la port�e �tait d�autant plus grande que la puissance �tait plus importante, que la longueur de l�onde �mise �tait plus grande et la hauteur de l�antenne au-dessus du sol plus �lev�e. Les deux premi�res conditions �taient �videntes � l��poque, conduisant n�anmoins pour la seconde � utiliser des antennes de grandes dimensions (ce qui restrei-gnait l�encombrement des syst�mes d�accord). Quant � la troisi�me, elle r�sulte du fait que la hauteur effective d�une antenne est toujours inf�rieure � la hauteur r�elle. Cette hauteur effective est d�finie comme la hauteur de la moyenne g�om�trique des capacit�s r�parties, pratiquement comprise entre la moiti� et les deux tiers de la hauteur r�elle. Math�matiquement, pour une antenne unifilaire quart-d�onde ou demi-onde, la hauteur effective est donn�e par la formule o� H est</p><p>la hauteur r�elle. Aussi les premiers pyl�nes �taient-ils tr�s �lev�s : plusieurs dizaines de m�tres � l��mission.</p><p>Formes originales</p><p>� l�origine, plusieurs formes furent utilis�es, dont certaines le sont encore.</p><p>Elles d�pendaient de la relation entre la longueur de l�antenne et la longueur d�onde &#x3BB; ; pour une antenne unifilaire mise � la terre � une extr�mit� et isol�e</p><p>� l�autre, on a &#x3BB; = v T = 4 l (v �tant la vitesse de propagation, T la p�riode et l la longueur de l�antenne) et l�on dit que l�antenne est du type quart-d�onde.</p><p>Un autre facteur important est la capacit� de l�antenne par rapport � la terre ; elle peut alors �tre consid�r�e comme une armature d�un condensateur. On a ainsi connu les antennes en L renvers�, en T, en V, en nappe (plusieurs fils en parall�le), en cage (variante de la pr�-</p><p>c�dente), en �ventail, en parapluie, etc.</p><p>Enfin, un autre facteur d�terminant est la r�sistance de rayonnement, qui mesure la puissance rayonn�e lorsqu�on multiplie la r�sistance apparente de l�antenne par le carr� du courant qui y circule ; cette r�sistance est maximale lorsque l�antenne est excit�e sur sa longueur d�onde propre. Tous ces facteurs d�pendaient aussi de la r�alisation de la prise de terre et de la fiabilit� des isolateurs. Pour am�liorer les prises de terre imparfaites, on monta souvent sous les antennes, au-dessus du sol, des antennes identiques, ou l�on enterra des grillages ou des plaques m�talliques, dits � contrepoids �, images des antennes normales.</p><p>Directivit�</p><p>Les antennes peuvent �tre omnidirectionnelles, c�est-�-dire assurant un champ constant dans toutes les directions, ou directives, le champ �tant au contraire focalis� dans des directions privil�gi�es. La premi�re exp�-</p><p>rience d�ondes dirig�es est due � Hertz (1888). Celui-ci avait dispos� face � face deux miroirs m�talliques cylin-dro-paraboliques, aux foyers desquels se trouvaient, d�une part, l�oscillateur et, d�autre part, un r�sonateur constitu� par une boucle m�tallique pr�sentant une coupure minuscule, r�glable par vis microm�trique. On s�aper�ut vite que toutes les antennes utilis�es avaient des propri�t�s directionnelles.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, le maximum de propagation a lieu dans un plan perpendiculaire � l�axe des antennes, propri�t� qui conduisit rapidement � une floraison de types diff�rents. En 1898, Andr� Blondel (1863-1938)</p><p>proposa l�utilisation de deux antennes verticales quart-d�onde, s�par�es d�une</p><p>demi-longueur d�onde, Par la suite, le m�me syst�me fut d�velopp� avec plusieurs antennes excit�es par des oscillations de phases diff�rentes, de telle sorte que les effets de certaines d�entre elles s�ajoutaient dans une certaine direction et s�annulaient dans d�autres. Toutefois, l�efficacit� de ces diff�rents types �tait relativement r�-</p><p>duite, en raison des grandes longueurs d�onde utilis�es, qui exigeaient des surfaces importantes : l�antenne en nappe de Guglielmo Marconi (1874-1937) avait une longueur d�au moins 30 fois celle de la descente d�antenne.</p><p>En r�ception, on peut citer l�antenne Beverage, mise � la terre � ses deux extr�mit�s, et dont la longueur �tait de plusieurs longueurs d�onde ; elle �tait donc ap�riodique, d�o� la possibilit� de recevoir simultan�ment des �missions diverses gr�ce � des circuits correspondants. �tant donn� le branchement sp�-</p><p>cial de cette antenne, on peut assimiler celle-ci � une antenne-cadre, base de la radiogoniom�trie.</p><p>Des � ondes longues �</p><p>aux � ondes courtes �</p><p>Les longueurs d�onde utilis�es au d�but de la � deuxi�me p�riode � pouvaient �tre de plusieurs milliers de m�tres. Les syst�mes d�antennes des grandes stations radiot�l�graphiques intercontinentales �taient imposants : La Croix-d�Hins, pr�s de Bordeaux, downloadModeText.vue.download 147 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>684</p><p>poss�dait une nappe de 1 200 m de longueur, tendue entre 8 pyl�nes de 250 m de hauteur ; Sainte-Assise, pr�s de Melun, couvrait une surface de 91 hectares avec 16 pyl�nes analogues. Cette �poque �tait aussi celle du d�but de la radiodiffusion, effectu�e �galement sur � grandes ondes � (tour Eiffel, 2 600 m ; Radiola, 1 800 m).</p><p>L�extraordinaire essor dans tous les pays de la radiodiffusion conduisit � utiliser une bande de longueurs d�onde plus courtes, dites � ondes moyennes �, comprises entre, 200 et 600 m. Les antennes d��mission �taient verticales,</p><p>vibrant en quart-d�onde ou demi-onde.</p><p>Cette technique est encore actuellement suivie. En g�n�ral, c�est le pyl�ne lui-m�me qui sert d�antenne, sa base �tant constitu�e par un isolateur et sa partie sup�rieure munie d�un ensemble capacitif, ce qui augmente d�environ 20 p. 100 le champ �mis.</p><p>La propagation des ondes moyennes pr�sente des anomalies par rapport � celle des ondes longues. Alors que la port�e de ces derni�res est sensiblement la m�me de jour comme de nuit, peu influenc�e par les conditions atmosph�riques et seulement limit�e par l�absorption par le sol et la mer, les ondes moyennes ont une propagation diurne tr�s limit�e, quelle que soit la puissance �mise. D�autre part, si elles sont moins sensibles aux parasites atmosph�riques, elles pr�sentent des ph�nom�nes d��vanouissement</p><p>(fading) g�nants, tout en donnant lieu � l�observation de zones de silence.</p><p>Ces anomalies avaient conduit � supposer que, si l�on exp�rimentait les longueurs d�onde inf�rieures � 200 m, on se trouverait en pr�sence de difficult�s consid�rables, compte tenu des tubes �lectroniques et des composants dont on disposait. Les rares exp�riences r�alis�es � cette �poque confirmaient cette impression.</p><p>Une v�ritable r�volution fut apport�e vers 1920, lorsque les radio-amateurs prirent l�initiative d�explorer le vaste domaine des ondes d�cam�triques, auxquelles on donna le nom g�n�rique, quoique impr�cis, d�ondes courtes.</p><p>Ces amateurs d�montr�rent que les ondes en question �taient parfaitement utilisables, pr�sentant certaines des anomalies d�j� connues, mais avec le grand avantage de ne n�cessiter qu�une puissance tr�s faible, par exemple quelques watts et exceptionnellement m�me moins pour des liaisons avec les antipodes. Les antennes d�amateurs d�rivaient des principes connus, mais certains types �taient nouveaux. L�antenne Zeppelin, vibrant sur une demi-longueur d�onde, avait une descente d�antenne (feeder) qui, accord�e �galement sur une demi-longueur d�onde, �tait constitu�e de deux fils, dont l�un �tait isol� au sommet du feeder.</p><p>L�antenne Hertz-Windom, unifilaire,</p><p>vibrait sur une demi-longueur d�onde, ou un multiple, avec feeder unifilaire branch� � peu pr�s au tiers du brin rayonnant. L�antenne L�vy �tait form�e d�un dip�le de longueur totale reli� � l�oscillateur par un feeder double. Les succ�s remport�s par les amateurs incit�rent les services officiels de tous les pays � se pencher sur le probl�me de l�utilisation � grande �chelle des ondes dites � courtes �. En 1924, il existait d�j� un grand nombre de liaisons internationales. Sur le plan politique, il importait que les ondes fussent dirig�es.</p><p>Du fait de leur longueur relativement courte, il devenait possible d�envisager la r�alisation de projecteurs.</p><p>Les longueurs d�onde �taient trop importantes pour qu�on puisse utiliser des projecteurs analogues aux syst�mes optiques. On se tourna donc vers une autre formule, celle des antennes (ou r�seaux d�antennes) en rideaux, dont le prototype est le syst�me Chireix-Mesny. Celui-ci comporte un r�seau maill� vertical, chaque c�t� d�une maille �tant accord� sur une demi-longueur d�onde L�alimentation en �nergie � radio-fr�quence est appliqu�e au centre du r�seau par une ligne coaxiale. En arri�re de ce r�seau, � une distance de se trouve un r�seau analogue qui joue le r�le de r�flecteur, naturellement dans ce principe sans alimentation. Le diagramme de rayonnement montre la qualit� de la directivit� : l�ouverture du faisceau �tant de l�ordre de 30�, � 5� de l�axe, l�intensit� du champ est d�j� inf�rieure de 50 p. 100 � l�intensit� dans l�axe.</p><p>Le diagramme fait �galement �tat de lobes secondaires, qui repr�sentent des pertes d��nergie. On peut les combattre en r�duisant les effets d�induction dus localement aux pyl�nes, � leur hauba-nage et, d�une fa�on g�n�rale, � l�environnement. Le rapport lobe avant /</p><p>lobe arri�re atteint facilement 300/1. Il a exist� plusieurs variantes d�antennes en rideaux : r�seaux en carr�s, en grecques, en ar�tes de poisson (Carter), en triangles, etc., mais le principe restait inchang�. Ces antennes �tant hautement directives (et encombrantes), leur implantation � plusieurs exemplaires devint imp�rieuse pour les pays qui d�siraient diriger leurs �missions vers un pays ou une r�gion d�termin�s. On</p><p>a cependant connu le cas d�une antenne omnidirectionnelle � ondes dirig�es, celle de la station n�erlandaise P C J J, vers 1930 ; il s�agissait d�une antenne Marconi simple, �mettant sur une longueur d�onde de 30 m, et dont les deux pyl�nes �taient mont�s sur un plateau tournant. L�orientation �tait donn�e � volont�. � la fin de la p�riode envisag�e, on pensait avoir atteint la limite inf�rieure d�utilisation pratique des ondes dites � courtes �, aux environs de 10 m de longueur d�onde ; au-del�, des essais semblaient avoir montr� que les ondes subissaient des modifications de propagation telles qu�on ne pouvait y rem�dier, sauf cas tr�s sp�ciaux.</p><p>La troisi�me p�riode</p><p>Son d�but est d� aux travaux de nombreux laboratoires et encore � la collaboration des radio-amateurs, sans oublier l�immense essor de la technologie pendant la Seconde Guerre mondiale. � l��poque, les ondes de longueur inf�rieure � 10 m �taient dites</p><p>� ultra-courtes �, expression ambigu�.</p><p>On d�cida de les caract�riser non plus par leur longueur d�onde, mais par leur fr�quence, (c �tant la vitesse de la lumi�re), avec pour unit� le hertz (symbole : Hz). On les classa �galement en ondes VHF (very-high frequency, 30 � 300 MHz), UHF (ultra-high frequency, 300 MHz � 3 GHz), EHF (extremely-high frequency, 3 � 30 GHz). On prit ensuite l�habitude de parler d�ondes m�triques, d�cim�triques, centim�-</p><p>triques, millim�triques et plus r�cemment submillim�triques. En principe, la port�e de ces ondes est optique, le r�cepteur devant � voir � l�antenne de l��metteur, comme dans le t�l�graphe de Chappe. Cela n�est pas absolu, par exemple dans les liaisons transhori-zon. Aussi, pour assurer la couverture de tout un territoire par une �mission de t�l�vision, par exemple, l�antenne originale doit diffuser le programme de fa�on omnidirectionnelle dans un rayon d�une centaine de kilom�tres, et simultan�ment en ondes dirig�es � l�aide de projecteurs, ainsi que de relais jusqu�� la station finale, qui re-diffuse le programme. La plupart des projecteurs utilis�s le sont sur des principes optiques, l��l�ment rayonnant, g�n�ralement constitu� par la bouche</p><p>d�un guide d�onde, �tant plac� au foyer d�un miroir parabolique. Comme cet ensemble est rigide, l�antenne est en fait le projecteur lui-m�me. Les dimensions du miroir �tant fonction de la longueur d�onde, on dispose ainsi d�un syst�me pratique relativement peu encombrant. Pour l��mission omnidirectionnelle, on utilise des antennes dites</p><p>� tourniquet �, ou � crois�es � ou � � champ tournant �, constitu�es par des �l�ments m�talliques de c�t�s accord�s sur un quart de longueur d�onde et une demi-longueur d�onde, et crois�s l�un l�autre.</p><p>Pour la r�ception des ondes m�-</p><p>triques en t�l�vision, les antennes sont plus simples. Elles sont principalement constitu�es par un dip�le en boucle repli�e, accord� sur une demi-longueur, dit � trombone �. Afin d�augmenter le gain du dip�le et sa directivit�, on utilise une antenne Yagi. Celle-ci comporte soit un doublet simple, soit un trombone, puis une s�rie en avant d��l�ments � parasites � directeurs, longs de le premier �tant espac� du trombone d�une longueur �gale � En arri�re se trouve un ou plusieurs �l�ments r�flecteurs longs de � une distance du trombone �gale aussi � Une telle antenne peut facilement avoir jusqu�� 30 directeurs, avec une grande efficacit�. Avec un amplificateur sp�-</p><p>cial � la base de l�antenne, on r�alise une antenne collective qui peut alimenter des dizaines, sinon des centaines de r�cepteurs. Parmi les autres types d�antennes, pour cette gamme d�ondes, figurent les panneaux en V, excit�s par un dip�le de longueur totale chacun de ces panneaux ayant une longueur &#x3BB;</p><p>et une largeur de On conna�t aussi les antennes � papillon �, constitu�es par des tubes en triangle, dont la longueur de c�t� est d�une demi-longueur d�onde de m�me que les antennes en V, dont les deux branches sont �cart�es de 90�, chacune �tant constitu�e par un tube long de et ayant un diam�tre de Lorsqu�il s�agit d�ondes d�cim�-</p><p>triques et centim�triques, les probl�mes pos�s par leur �mission et leur r�ception ne sont pas fondamentalement diff�rents des pr�c�dents, mais leur solution donne aux antennes d�autres</p><p>formes de r�alisation. Les applications les plus spectaculaires sont celles des liaisons avec les satellites. Ceux-ci �tant mobiles sur orbite ou g�ostation-naires, les antennes doivent pouvoir en effectuer la poursuite ou se fixer sur eux, avec une certaine tol�rance dans ce dernier cas. De plus, leur directivit� et surtout leur sensibilit� doivent �tre beaucoup plus rigoureuses, �tant donn� d�une part la n�cessit� d�un faisceau tr�s �troit, et d�autre part la faiblesse de l�onde re�ue, laquelle peut tr�s bien �tre de l�ordre de 1.10� 14 W. Pour am�-</p><p>liorer la directivit� et le rep�rage, une installation au sol comprend des traqueurs, dont l�antenne peut �tre constitu�e par des r�flecteurs plats en s�rie et des �l�ments directeurs h�lico�daux.</p><p>� la sortie d�un traqueur, les signaux downloadModeText.vue.download 148 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>685</p><p>sont transmis � l�antenne principale en orientant celle-ci automatiquement par commande hydraulique. Ces types de traqueurs sont �galement utilis�s pour la poursuite automatique des satellites m�t�orologiques, et pour les recherches ionosph�riques. Un autre type d�antenne de poursuite, dit � antenne plate �, comprend un r�flecteur octogonal constitu� par une grille m�tallique de 30 m2 et plusieurs �l�ments crois�s orthogonaux entre eux ; en les excitant � des amplitudes diff�rentes, on peut �liminer presque compl�tement les lobes secondaires. Le gain est tr�s �lev�. Une autre application est la liaison avec les satellites pour les t�l�communications (t�l�phonie et t�l�vision). L�exemple type est la station du C. N. E. T., � Pleumeur-Bodou (C�tes-du-Nord). Initialement, son antenne �tait classique, avec un r�flecteur parabolique. Elle �tait entour�e d�un rad�me en mati�res synth�tiques, de 64 m de diam�tre et de 50 m de hauteur, destin� � la prot�ger contre le vent, la pluie et l�air salin. Les signaux re�us �taient amplifi�s par un amplificateur maser, lequel fut assez vite remplac� par un amplificateur param�trique. De m�me, un nouveau type de tube � ondes progressives fut utilis�. Deux traqueurs d�tectaient la position du satellite dans un angle de</p><p>2�, avec une pr�cision de 0,01�. En 1969 fut mise en service la station Pleumeur-Bodou II, qui ne comporte pas de rad�me. Le r�flecteur est constitu� de 252 panneaux en aluminium ajust�s avec pr�cision. Quatre cornets permettent l��mission simultan�e dans les bandes de 4 et 6 GHz, et naturellement la r�ception ; les gains d�antenne sont de 59,5 dB � la fr�quence de 4 GHz, et de 61,5 dB � celle de 6 GHz.</p><p>Bien qu�en principe les liaisons soient pr�vues avec les satellites g�ostation-naires, l�antenne peut se d�placer de 0</p><p>� 90� en �l�vation et de 360� en azimut, dans un sens comme dans l�autre, soit automatiquement, soit manuellement ou sur programme. La pr�cision de la poursuite automatique est sup�rieure � 0,02�. Le poids propre de l�antenne est de 63 tonnes, et celui de l�ensemble de 280 tonnes.</p><p>Antennes sp�ciales</p><p>Pendant la Premi�re Guerre mondiale, les antennes d�avion �taient tra�nantes, et s�assimilaient aux antennes verticales. Ce dernier type est utilis� sur les automobiles et les postes �metteurs-r�cepteurs portatifs. Un grand nombre de radior�cepteurs ont une antenne incorpor�e, constitu�e par un b�tonnet de ferrite, sur lequel se trouvent des enroulements conducteurs. Le rendement est bon, mais la directivit� est prononc�e.</p><p>H. P.</p><p>anth�ridie</p><p>Organe des v�g�taux � l�int�rieur duquel se forment les cellules reproductrices haplo�des appel�es gam�tes m�les, anth�rozo�des et m�me, pour certains auteurs, spermatozo�des.</p><p>Dans les groupes �volu�s, l�anth�-</p><p>ridie est un organe pluricellulaire (lui-m�me haplo�de), entourant les cellules reproductrices en formation. Les an-th�ridies affectent des formes et des complications vari�es dans les diff�-</p><p>rents groupes v�g�taux.</p><p>Thallophytes</p><p>Chez les Algues, on donne parfois le</p><p>nom d�anth�ridie � la cellule unique � l�int�rieur de laquelle se sont form�s des anth�rozo�des.</p><p>Le Fucus v�siculeux (Algue brune) pr�sente � certaines extr�mit�s du thalle des pelotes creus�es de nombreuses cavit�s, les conceptacles, ouvertes sur l�ext�rieur. Le fond de chaque conceptacle est tapiss� d�un feutrage de poils pluricellulaires, qui portent lat�ralement des masses rouges gonfl�es (anth�ridies) contenant 64 an-th�rozo�des. � maturit�, l�anth�ridie se s�pare de son support par �clatement d�une premi�re enveloppe. Une rupture de la deuxi�me membrane de l�anth�ridie lib�rera les anth�rozo�des.</p><p>Chacun de ces anth�rozo�des est piri-forme, pourvu d�un gros noyau et de volumineuses mitochondries. Sa partie ant�rieure est orn�e d�un renflement zone appel� proboscis. Il est mu par deux flagelles, dont la structure, observable au microscope �lectronique, est la m�me que celle des cils et flagelles animaux.</p><p>Entre les points d�insertion de ces fouets se trouve un organite rouge (stigma), chloroplaste transform�, sensible aux radiations lumineuses, o� s�est accumul� du carot�ne en plaquettes ou en b�tonnets ; il est recouvert � l�ext�rieur par une masse transparente faisant office de lentille.</p><p>Les Charophyc�es, que certains auteurs consid�rent comme des Algues sup�rieures, poss�dent de v�ritables organes m�les et femelles bien distincts.</p><p>Les uns et les autres naissent au niveau des noeuds, � partir d�une cellule qui, par division, donne un organe globuleux, � l�int�rieur duquel se forment des anth�rozo�des pourvus de deux flagelles �gaux, qui ressemblent � ceux des Bryophytes.</p><p>Certaines esp�ces de Champignons ont un dimorphisme sexuel important ; comme chez les Algues, les anth�ro-zo�des, cili�s ou non, se forment dans des cellules sp�cialis�es, auxquelles on donne, abusivement d�apr�s certains auteurs, le nom d�anth�ridies.</p><p>Bryophytes</p><p>L�anth�ridie des Bryophytes a le plus souvent l�aspect d�une petite urne support�e par un p�doncule court. Sa localisation sur la plante varie d�une esp�ce � l�autre.</p><p>Dans le groupe des Sphaignes, les anth�ridies se trouvent le plus souvent solitaires � l�aisselle des � feuilles �.</p><p>Chez les mousses hermaphrodites, c�est au sommet d�une des pseudo-tiges de la plante feuill�e que sont port�es les anth�ridies, form�es � partir d�une cellule superficielle d�un r�ceptacle.</p><p>Les anth�ridies des H�patiques se trouvent au fond de cryptes s�ouvrant par un pore �troit ; elles sont constitu�es par une masse globuleuse, entour�e d�une couche unique de cellules protectrices ; les cellules internes se transformeront chacune en un anth�ro-zo�de bicili� en forme de poire.</p><p>Les anth�rozo�des, r�duits � un</p><p>gros noyau allong�, souvent spiral�s, sont mus par deux longs cils implant�s � l�extr�mit� amincie. Parfois une gouttelette de cytoplasme peut rester adh�rente � l�ensemble. Une importante absorption d�eau fait gonfler, puis �clater, l�anth�ridie, dont les membranes cellulosiques se sont g�lifi�es ; les anth�rozo�des sont alors lib�r�s.</p><p>Leur d�placement se fait dans le film d�eau laiss� sur la plante par la pluie et la ros�e.</p><p>Pt�ridophytes</p><p>On observe ici d�un groupe � l�autre des modifications fondamentales de l�an-th�ridie et surtout des anth�rozo�des.</p><p>Filicales (Foug�res)</p><p>C�est sur le gam�tophyte, ou prothalle, g�n�ralement bisexu� (petite plante ind�pendante issue de la germination d�une spore), que se forment les organes reproducteurs.</p><p>Sur le prothalle d�Aspidium filix mas, par exemple, les anth�ridies recouvrent un coussinet renfl� � la partie inf�rieure, contre le sol, dans une zone toujours riche en humidit�.</p><p>Leurs cellules internes se transformeront en nombreux anth�rozo�des (30</p><p>� 50), constitu�s par un gros noyau allong� et spiral�, et par une v�sicule cytoplasmique ; � leur partie effil�e, ils sont munis d�une touffe de 20 � 30 flagelles minces, port�s par un corpuscule (bl�pharoplastes).</p><p>�quis�tales</p><p>Les anth�ridies des Pr�les (Equisetum) sont port�es par les prothalles m�les, plus petits que les femelles ; ces anth�-</p><p>ridies ressemblent beaucoup � celles des Foug�res.</p><p>Lycopodiales</p><p>Le prothalle des Lycopodes porte des anth�ridies ovo�des � sa partie sup�-</p><p>rieure. Elles sont plus ou moins enfonc�es dans les tissus.</p><p>Chez les S�laginelles et les Iso�tes, la diff�renciation sexuelle appara�t d�s le stade des sporanges. Les microspo-ranges, ou sporanges m�les, sont port�s au sommet de l��pi. Les microspores, nombreuses dans chaque microspo-range, ne sont pas mises en libert�, et elles germent � l�int�rieur du micros-porange, en donnant naissance � un minuscule organe m�le r�duit � deux cellules, dont l�une est � l�origine de l�anth�ridie, et dont l�autre constitue le prothalle. La cellule anth�ridiale, par division, donne d�une part les cellules formant la paroi, et d�autre part (au centre) la cellule m�re des anth�rozo�des.</p><p>Gymnospermes</p><p>Chez les Gymnospermes, on trouve des �pis de fleurs m�les homologues des �pis sporif�res de S�laginelle. Les �tamines forment des grains de pollen, qui peuvent �tre assimil�s aux microspores ; ils se d�veloppent en donnant des prothalles, �videmment r�duits � leur plus simple expression : trois ou quatre cellules dans les formes archa�ques, Cycadophytes et Ginkgoales par exemple, une ou deux dans la plupart des cas (Conif�rales). � l�int�rieur du tube pollinique des Cycadophytes, on trouve deux anth�rozo�des portant une h�lice cili�e. Ils sont lib�r�s par �clatement de la membrane du tube, et se meuvent dans la masse liquide de la chambre pollinique ; l�un d�eux</p><p>p�n�tre dans le col de l�arch�gone, son trajet libre �tant tr�s r�duit. Les Cycadales sont donc encore des zo�dogames (natrices), la f�condation s�y faisant par d�placement de l�anth�rozo�de cili� downloadModeText.vue.download 149 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>686</p><p>et mobile. � l�inverse, dans le pollen de Pin, les cellules prothalliennes d�-</p><p>g�n�rent rapidement, et il ne reste que deux cellules : une cellule v�g�tative et une deuxi�me qui peut �tre compar�e � une anth�ridie. La cellule v�g�-</p><p>tative, quand le pollen atteint l�organe femelle, donne le tube pollinique, qui s�enfonce dans les tissus femelles. En m�me temps, l�anth�ridiale se divise et donne deux cellules qui attendent, � l��tat de vie ralentie, l�ann�e suivante pour continuer leur �volution ; l�une est la cellule socle, l�autre, gam�tog�ne, se divise � son tour et est � l�origine des deux noyaux m�les. Des deux gam�tes m�les (qui ne seront jamais lib�r�s), un seul servira � la f�condation. L�absence de cils sur ces gam�tes est due au fait que ces derniers sont conduits par le tube pollinique, ou � siphon �, jusqu�� la cellule femelle.</p><p>Ce groupe de Gymnospermes �vo-</p><p>lu�s constitue, avec les Angiospermes, les Siphonogames (vectrices).</p><p>Angiospermes</p><p>Ici, la r�duction de l�anth�ridie est encore plus marqu�e, et, dans le grain de pollen (microspore), on ne trouve plus que deux noyaux : l�un est le noyau v�-</p><p>g�tatif et l�autre le noyau reproducteur, qui se divisera pour donner deux anth�-</p><p>rozo�des, g�n�ralement au moment de la germination du grain de pollen. On consid�re que le noyau v�g�tatif et son cytoplasme, qui rempliront le tube pollinique, repr�sentent toute l�anth�ridie.</p><p>On peut remarquer que, chez les Gymnospermes, il fallait deux divisions � partir de la cellule anth�ridiale pour arriver aux anth�rozo�des. Chez les Angiospermes, il n�en faut qu�une, et c�est un caract�re important permettant d�opposer Gymnospermes et Angiospermes. On voit donc que l�appareil reproducteur m�le, qui a acquis dans certains groupes tels que les Bryophytes un d�veloppement important, se r�duit et que l��laboration du tube pollinique apporte d�importantes transformations au mode de f�condation : passage des natrices aux vectrices, disparition de la ciliation des gam�tes m�les haplo�des, qui d�anth�rozo�des cili�s se r�duisent � de simples noyaux.</p><p>J. M. T. et F. T.</p><p>anthrac�ne</p><p>F AROMATIQUES (hydrocarbures).</p><p>anthropologie</p><p>Ensemble des sciences dont l�objet est l��tude de l�homme.</p><p>L�anthropologie moderne limite son champ d�investigation � l��tude des diverses cultures et � la recherche des fondements de toute vie collective.</p><p>Essai de d�finition</p><p>L�anthropologie se donne un objet universel, l�homme, dont elle admet l�identit� par-del� les diff�rences.</p><p>Elle l��tudi� � diff�rents niveaux et selon diff�rents points de vue. Ainsi, la vie sociale de l�homme varie non seulement dans le temps, mais aussi dans l�espace : des soci�t�s fondamentalement diff�rentes coexistent � une m�me �poque. � l�int�rieur d�une m�me soci�t�, on peut distinguer diff�rents niveaux d�activit� et d�organisation : les activit�s �conomique, politique, religieuse peuvent ainsi �tre choisies comme terrain d�observation privil�gi�, et chacune de ces activit�s peut donner lieu � observation syst�-</p><p>matique et � �tude comparative. Les m�thodes d�observation et d�analyse, enfin, peuvent elles-m�mes varier, in-d�pendamment du niveau de la r�alit� sociale auquel elles s�appliquent. On parlera par exemple d�une anthropologie structurale pour caract�riser une m�thode, le structuralisme*, appliqu�e � l��tude des soci�t�s humaines. Ce constat de diversit� se retrouve dans la terminologie des sp�cialistes.</p><p>En France, le terme d�anthropologie a longtemps d�sign� l�anthropologie physique (v. art. sp�cial), par opposition � l�ethnologie, dont l�objet est la connaissance de l�ensemble des caract�res de chaque ethnie, afin d��tablir des lignes g�n�rales de structure et d��volution des soci�t�s. L�expression anthropologie sociale et culturelle est aujourd�hui r�serv�e � l��tude scientifique des soci�t�s, de leurs structures familiales, sociales en g�n�ral, politiques, de leurs syst�mes de valeurs, de leurs croyances, etc. Le terme an-</p><p>thropologie, sans qualificatif, est utilis� assez couramment en ce sens dans les pays anglo-saxons et en France.</p><p>Ind�pendamment des appellations, une tendance dominante de l�anthropologie britannique s�est appliqu�e � voir dans la culture des soci�t�s un reflet de leur organisation sociale, alors qu�une tendance dominante de l�anthropologie am�ricaine s�attachait � voir dans l�organisation d�une soci�t� une expression de sa culture, de sa personnalit�. On assiste � l�heure actuelle, en France notamment, � de nouvelles (et apparentes) divisions de l�anthropologie (sociale et culturelle) sous l�influence de la distinction marxiste des diff�rentes � instances � de la r�alit� sociale. On parlera ainsi d�anthropologie �conomique (v. art. sp�cial) ou d�anthropologie politique (v. art. sp�-</p><p>cial), dans la mesure o� l�observateur privil�gie un niveau particulier de la r�alit� sociale.</p><p>Rendre compatibles l��tude intensive et l��tude extensive constitue la difficult� essentielle de la d�marche anthropologique, qui ne peut ni n�gliger les particularit�s ni renoncer � son projet de constitution d�une science universelle de l�homme. Elle est n�cessairement partag�e entre sa vocation � l�universel et son recours au particulier : c�est parce qu�elle veut conna�tre tout l�homme qu�il lui faut �tudier tous les hommes, et sous tous leurs aspects. L�exotisme a toujours �t� le domaine de l�anthropologie ; pour les premiers anthropologues � et, de ce point de vue, les philosophes fran�ais Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau peuvent passer pour des pr�curseurs</p><p>�, il s�agissait � la limite d�aller chercher ailleurs des �l�ments permettant de mieux comprendre ce qui se passait dans leur propre soci�t�. On peut donc dire de l�anthropologie que l�unit� de son objet commande la pluralit� de ses d�marches et de ses champs d�action.</p><p>Cela justifie sa division en disciplines diff�rentes, et la division de certaines d�entre elles � comme l�anthropologie sociale et culturelle � en fonction des r�gions o� elles s�exercent.</p><p>Cela explique en revanche sa pr�tention aux g�n�ralisations et sa constante tendance aux regroupements entre dis-</p><p>ciplines ; si les � ethnologues � � au sens de � chercheurs en anthropologie sociale et culturelle � � se divisent en africanistes, am�ricanistes, etc., l�� africanisme �, l�� am�ricanisme �</p><p>rassemblent chacun pour leur part des chercheurs de diff�rentes disciplines, qui tentent d�unifier leurs projets. Sur le terrain, l�ethnologue aurait souvent besoin du linguiste, entre autres, et l�inverse est �galement vrai ; les �tudes monographiques essaient de saisir la totalit� du ph�nom�ne humain dans une r�gion donn�e.</p><p>Par anthropologie, il convient donc d�entendre une d�marche scientifique, une orientation des recherches visant, comme l��crit Claude L�vi-Strauss, � � une connaissance globale de l�homme embrassant son sujet dans toute son extension historique et g�ographique �.</p><p>Quelques concepts</p><p>utilis�s et d�battus en</p><p>anthropologie sociale</p><p>Culturalisme</p><p>Conception g�n�rale selon laquelle l�homme s�int�gre par le biais de l��ducation dans le milieu social o� il est n�, qui fait de la culture le fondement des structures sociales, et qui d�finit la culture comme un syst�me de comportements appris. (V. l�article.)</p><p>Diffusionnisme</p><p>Conception de l�anthropologie selon laquelle l�histoire culturelle de l�humanit� s�exprime par des formes h�t�rog�nes diverses, 1o qui ont pris naissance dans des milieux humains g�ographiquement �loign�s, linguistiquement sans rapport, etc., 2o qui se sont diffus�es progressivement depuis leur lieu de naissance, simultan�-</p><p>ment ou successivement, et se sont interp�n�tr�es. L�hypoth�se g�n�rale est que la nouveaut� culturelle est en quelque sorte beaucoup moins fr�quente que l�emprunt, conscient ou non, d�form� ou non.</p><p>�volutionnisme</p><p>Conception de l�anthropologie selon laquelle chaque groupe de l�humanit� passe par une s�rie de phases qui sont comparables entre elles, en sorte que,</p><p>pour chaque soci�t�, l��volution est toujours la m�me, quelles que soient les diff�rences observ�es, par ses �tapes et par la direction.</p><p>Pattern culturel</p><p>Selon R. Benedict, ensemble d��l�ments coh�rents qui se retrouvent dans plusieurs comportements des membres d�une ethnie, et qui constituent par l� m�me un ensemble culturel sp�cifique de cette ethnie, la caract�risant par opposition aux autres.</p><p>Trait culturel</p><p>Caract�ristique distinctive que l�on rep�re dans une culture donn�e (exemple : mode d�habitation, mode de filiation), et dont on d�finit la nature � l�aide d�une th�orie g�n�rale, au sein de laquelle la culture en cause se situe globalement par opposition � d�autres cultures, en fonction des oppositions ou des similitudes observ�es pour chacun de ces traits.</p><p>downloadModeText.vue.download 150 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>687</p><p>Histoire de</p><p>l�anthropologie</p><p>L�anthropologie est une discipline jeune. En simplifiant quelque peu, on peut consid�rer que la Seconde Guerre mondiale fait le partage entre les fondateurs et les repr�sentants des tendances actuelles. Du c�t� des pr�curseurs, on peut �videmment aller chercher tr�s loin ; tous les individus qui, par go�t ou par profession, ont voyag� ou port� une certaine attention aux coutumes des peuples �trangers peuvent passer pour des pr�curseurs de l�anthropologie. Dans la tradition fran�aise, Montesquieu* et Rousseau* sont les plus fr�quemment cit�s, non sans raison.</p><p>Montesquieu assignait comme objet � l�Esprit des lois : � les lois, les coutumes et les divers usages de tous les peuples de la terre �. Rousseau, dans son Discours sur l�origine et les fondements de l�in�galit� parmi les hommes, tra�ait les grandes lignes d�une vaste enqu�te � travers le monde (Moyen-Orient, Asie, Am�rique), qu�il aurait aim� voir accomplir par des penseurs</p><p>comme Montesquieu, Buffon, Diderot, d�Alembert, Condillac... : � ... Supposons, �crivait-il, que ces nouveaux hercules, de retour de ces contr�es m�morables, fissent ensuite � loisir l�histoire naturelle, morale et politique de ce qu�ils auraient vu, nous verrions nous-m�mes sortir un monde nouveau de dessous leur plume, et nous apprendrions ainsi � conna�tre le n�tre... � La pens�e du XVIIIe s. dans son ensemble pourrait �tre dite � anthropologique �, dans la mesure o� elle fut tout � la fois sensible � l�exotisme et soucieuse de d�chiffrer sur toute institution originale la marque de la nature humaine.</p><p>Montesquieu et Rousseau ont eu en outre le souci d��baucher une m�thode d�interpr�tation des faits sociaux, de substituer la curiosit� � l�effarement devant les usages �trangers, de classer et de comparer les diff�rents types de soci�t�s, d�envisager diff�rents types de d�terminismes (historiques, g�ographiques, climatiques).</p><p>Des deux grands courants de pens�e qui ont constitu� au XIXe s. et dans les premi�res d�cennies du XXe s. l�anthropologie actuelle, on peut dire, avec beaucoup d�approximation, qu�ils sont marqu�s, le premier par l�� �volutionnisme �, le second par le � diffusionnisme �. La litt�rature, les t�moignages pour les uns, les exp�riences de terrain pour les autres ont confront� les anthropologues avec des soci�t�s</p><p>� �tranges �, diff�rentes de celles des anthropologues venus les �tudier, pr�-</p><p>sentant entre elles des diff�rences et aussi des ressemblances. L�ensemble de ces diff�rences pouvait �tre expliqu� de deux fa�ons : par rapport � une conception unitaire de l�homme et �volutionniste de la soci�t�, ou par rapport � une conception particulariste des cultures. Ou bien toute soci�t� humaine passe par les m�mes stades d��volution, et les diff�rences entre les soci�t�s contemporaines ne sont que temporelles (les peuples dits � primitifs � sont les � anc�tres contemporains � de l�anthropologue) ; ou bien il y a entre les soci�t�s des diff�rences irr�ductibles, et rien n�indique que les cultures qui les caract�risent soient des �tapes diff�rentes d�un m�me chemin.</p><p>Quant aux ressemblances entre des</p><p>soci�t�s �loign�es les unes des autres (institutions, croyances, coutumes), elles opposaient de la m�me fa�on</p><p>� �volutionnistes � et � diffusionnistes �. Pour les premiers, elles �taient le signe du parall�lisme des cultures s�par�es g�ographiquement, mais �voluant de fa�on semblable et parall�le ; pour les seconds, les ressemblances devaient s�expliquer historiquement par la diffusion du trait culturel commun depuis son lieu de naissance. L�incompatibilit� de ces deux types d�explication refl�te assez la double vocation de l�anthropologie. Son universalisme la contraignait � ne concevoir les diff�rences entre soci�t�s qu�en termes d�avance ou de retard ; l�original pur, la diff�rence radicale, c��tait l�impensable pour l�id�al anthropologique.</p><p>Quand les anthropologues portaient leur regard sur une soci�t� particuli�re, c�est � l�unit� de cette soci�t� qu�ils devenaient sensibles : la n�cessit� de tout d�crire les invitait � tout comprendre et � se montrer sensibles � l�unit� de l�ensemble int�gr� form� par une soci�t� et sa culture, son organisation et ses valeurs ; l�impensable, c��tait qu�une</p><p>� culture � ne f�t que la pr�figuration, la reproduction ou le souvenir d�une autre culture.</p><p>Bien entendu, il ne s�agit ici que de tendances. Aucun grand anthropologue n�a �t� exclusivement �volutionniste ou diffusionniste. Les repr�sentants les plus illustres de l�une ou l�autre tendance (par exemple Lewis Henry Morgan* pour la premi�re, Boas* pour la seconde) sont bien trop sensibles � la complexit� des faits sociaux et � la n�cessit� de divers types d�hypoth�ses pour que leurs positions soient aussi sch�matiques. Il reste que les apparitions successives de l�une ou l�autre tendance peuvent �tre approximativement dat�es. Au cours d�une premi�re p�riode (la seconde moiti� du XIXe s.</p><p>et plus particuli�rement les ann�es 1860-1880), les anthropologues furent davantage influenc�s par l��volutionnisme ; ils n��taient en cela que des illustrateurs d�une pens�e plus g�n�rale, n�e d�une r�flexion sur la biologie, et qui touchait aussi bien la sociologie et la philosophie. Au cours d�une seconde p�riode (fin du XIXe s. et premier tiers du XXe s.), le diffusionnisme fut la ten-</p><p>dance dominante, et l�on peut remarquer que l�apparition de cette orientation co�ncida avec une importance accrue des enqu�tes de terrain.</p><p>Les deux plus grands noms de l��volutionnisme sont sans doute ceux de l�Am�ricain Morgan et de l�Anglais Edward Burnett Tylor. Dans son Ancient Society, publi� � New York en 1877, Morgan parle de la � famille humaine � et des trois stades par lesquels chacune de ses � branches � a pass� ou passera : l��tat de � sauvagerie �, l��tat de � barbarie � et l��tat de � civilisation �. Il subdivise chacun de ces</p><p>� �tats � en trois �poques : ancienne, moyenne et tardive. C�est le passage d�une �poque � une autre, et d�un �tat � un autre, qui caract�rise selon lui l�histoire de l�humanit�. En fait, Morgan �tait influenc� par les th�ories transformistes de Charles Darwin*.</p><p>Pour ce dernier, toutes les esp�ces naturelles sont sujettes � �volution ; aucune caract�ristique biologique n�est immuable ; quant � l�esp�ce humaine, elle n�est qu�une esp�ce animale parmi d�autres. Il n�y a pas de rupture entre le r�gne animal et le r�gne humain ; l�intelligence de l�homme, qui va en se d�veloppant avec le temps, est li�e au volume du cerveau, mais c�est l�exercice de l�intelligence qui contribue � la croissance du cerveau. Notre cerveau est le m�me que celui de nos anc�tres</p><p>� barbares � et � sauvages �, mais en quelque sorte perfectionn� par l�exp�-</p><p>rience acquise au cours des �ges.</p><p>Sous beaucoup d�aspects, l�oeuvre de Morgan d�passe l��volutionnisme.</p><p>Morgan s�efforce, pour chaque �poque distingu�e � l�int�rieur de chacun des trois � �tats �, d��tablir la relation entre ses caract�ristiques techniques, �conomiques, sociales, politiques et religieuses ; par cette attention � la totalit� int�gr�e que constitue chaque � �tage �</p><p>d�une soci�t�, il annonce certains aspects du diffusionnisme, eux-m�mes pr�curseurs du fonctionnalisme. Surtout, par le r�le exceptionnellement important qu�il attribue aux � arts de la subsistance �, il esquisse une conception mat�rialiste de l�histoire qui lui vaut l�attention de Marx et d�Engels ; ce dernier s�en inspire pour �crire son Origine de la famille, de la propri�t�</p><p>priv�e et de l��tat. Enfin, par l�attention qu�il porte aux syst�mes et aux terminologies de parent�, notamment au cours de son enqu�te de terrain dans la soci�t� iroquoise, Morgan, m�me si ses interpr�tations ne sont plus re�ues aujourd�hui, fait encore une fois oeuvre de pr�curseur.</p><p>Tylor est l�autre grande figure de l��volutionnisme, mais il a souvent temp�r� son go�t de l�interpr�tation �volutionniste par une grande attention au d�tail. Certaines de ses id�es sur l��volution des religions ne sont plus re�ues actuellement. Mais Tylor admet qu�une m�me institution ne joue pas n�cessairement le m�me r�le dans des soci�t�s diff�rentes. Il souligne le lien fonctionnel existant entre des institutions ou des aspects de la r�alit� sociale que la seule observation isolerait : ainsi des r�gles de r�sidence et des formes de mariages, de certaines r�gles matrimoniales et des termes de parent�. Sa m�thode d�observation et son style de r�flexion l�apparentent pour une part aux diffusionnistes et, par-del�, aux fonctionnalistes.</p><p>Boas s�oppose vigoureusement aux th�ses �volutionnistes en insistant sur l�originalit� de la culture de chaque groupe humain ; il n�adopte pas pour autant le d�terminisme g�ographique de certains de ses devanciers, comme les Allemands Adolf Bastian et Friedrich Ratzel, qui, en r�action contre le diffusionnisme, tendaient � accorder un r�le pr�pond�rant aux influences du milieu physique sur l�organisation des soci�t�s et la constitution de leurs cultures. Boas pense que les caract�ristiques d�une soci�t� doivent davantage se comprendre en relation avec l�histoire de sa culture. Il a eu ainsi une influence consid�rable sur la recherche am�ricaine, qui a d�velopp� la notion d�aire culturelle con�ue comme un cercle d�fini par des traits culturels caract�ristiques, dont la fr�-</p><p>quence diminue du centre � la p�ri-ph�rie. L�anthropologie am�ricaine est rest�e marqu�e par cette tendance et s�est voulue � culturelle �. L��cole historico-culturelle allemande a travaill� dans le m�me sens. Le Fran�ais Georges Montandon a d�velopp� une th�orie des � cycles culturels � comparable � celle des �coles am�ricaine</p><p>et allemande.</p><p>Parmi les difficult�s rencontr�es par les diff�rentes �coles diffusionnistes, deux sont particuli�rement frappantes.</p><p>D�abord la notion de trait culturel, downloadModeText.vue.download 151 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>688</p><p>quand elle s�applique � une donn�e mat�rielle (la forme de tel ou tel �l�-</p><p>ment d�une maison), n�a pas le m�me sens que lorsqu�elle s�applique � une institution �conomique ou politique complexe : de fa�on g�n�rale la r�alit� observ�e peut �tre divis�e � l�infini ; ainsi l�enqu�te entreprise sous la direction de l�Am�ricain Alfred Louis Kroeber par l�universit� de Californie sur les cultures indiennes de l�Ouest des �tats-Unis aboutit en 1942 � distinguer, pour une simple sous-r�gion, 8 000 traits culturels significatifs. En second lieu, le rassemblement des traits fait difficult� quand les cultures �tu-di�es sont en voie de disparition, et les hypoth�ses historiques sont difficiles � �tayer quand les � emprunts � suppos�s affectent des r�gions �loign�es.</p><p>Ces difficult�s apparaissent insurmon-tables dans les th�ories hyperdiffusionnistes, qui font par exemple des pyramides incas un emprunt aux pyramides �gyptiennes, ou des menhirs bretons un souvenir des monuments fun�raires �gyptiens. Les �tudes de diffusion des techniques et des traits culturels ne sont possibles que dans des r�gions limit�es et manifestement marqu�es par une certaine homog�n�it� culturelle, et lorsqu�une �tude historique s�rieuse, dont elles sont davantage le r�sultat que le moyen, permet de les �tayer.</p><p>Si par exemple l�arch�ologie atteste qu�il y a eu des relations anciennes entre l�Afrique du Nord et l�Afrique noire, l�origine exacte des influences ainsi transmises (ph�niciennes ou �gyptiennes) reste douteuse. Quand la r�alit� du contact historique n�est pas d�montrable, la sp�culation devient plus hasardeuse : la diffusion du fer et de certaines techniques o� il intervient depuis le royaume de M�ro� � et, par-del�, depuis l��gypte � jusqu�au lac Tchad, voire jusqu�au golfe de</p><p>B�nin dans l�actuel Nigeria (dont la statuaire en bronze est remarquable), n�est qu�une possibilit�. On sort davantage encore du domaine des certitudes lorsqu�on se demande, comme l�historien Basil Davidson, si les rois divins des Yoroubas du B�nin doivent quelque chose � la conception de la royaut� divine de M�ro�. Ici appara�t donc la n�cessit� d�une convergence des diff�rentes branches de l�anthropologie au sens large, rassemblant �ventuellement des donn�es pal�ontologiques, physiques, et des donn�es sur la culture mat�rielle. C�est ainsi que les travaux du Fran�ais Paul Rivet (1876-1958) ont servi � l��tude du r�le et de l�origine des migrations anciennes dans le peuplement de l�Am�rique.</p><p>C�est l�impossibilit� et l�inutilit� des reconstitutions historiques pour l�anthropologie sociale, que d�noncera Bronislaw Malinowski*, fondateur du fonctionnalisme*.</p><p>En France, � l��poque de l��volutionnisme et du diffusionnisme, la place de l�anthropologie fut � vrai dire modeste, au moins si l�on en juge par ses manifestations imm�diates. Au XIXe s., les principaux anthropologues fran�ais (Paul Broca [v. aphasie], Jean Louis Armand de Quatrefages de Br�au) furent eux aussi marqu�s par le transformisme darwinien, mais s�en tinrent dans l�ensemble � une conception � physique �</p><p>de l�anthropologie, science que Broca d�finit comme � l�histoire naturelle du genre humain �, et Quatrefages comme</p><p>� l�histoire naturelle de l�homme �.</p><p>En 1885, c�est la chaire d�anatomie humaine du Mus�um de Paris qui</p><p>prit le titre de � chaire d�anthropologie �. L��cole sociologique fran�aise du d�but du XXe s., surtout avec �mile Durkheim* (les R�gles de la m�thode sociologique, 1894 ; les Formes �l�-</p><p>mentaires de la vie religieuse, 1912), exer�a une influence importante sur le d�veloppement de l�anthropologie, notamment, apr�s 1930, sur l��cole am�ricaine. L�importance de Durkheim tient � son � sociologisme �, qui le conduit par exemple � ne voir dans les repr�sentations religieuses qu�une symbolisation de la soci�t� par elle-m�me, et qui, de fa�on g�n�rale, le pousse � �carter toute interpr�tation psychologiste de la r�alit� sociale.</p><p>Elle tient aussi au � fonctionnalisme �</p><p>avant la lettre qui en d�coule : pour Durkheim, tous les aspects d�une m�me soci�t� sont en quelque mesure fonction les uns des autres et, du point de vue de l�observateur, reflets les uns des autres ; les notions d�� eunomie �</p><p>et d�� anomie* � caract�risent pour lui la bonne ou la mauvaise int�gration des diff�rents �l�ments constitutifs de toute soci�t� particuli�re, la bonne ou la mauvaise sant� de celle-ci. Enfin, Durkheim, parce qu�il ne dissocie pas la sociologie des soci�t�s � modernes �</p><p>de l��tude des faits � primitifs �, est essentiellement fid�le � la conception unitaire de l�id�al anthropologique.</p><p>Ainsi s�explique que ses recherches et l�esprit de ses travaux aient exerc� leur influence sur des chercheurs aussi diff�rents que Malinowski, Marcel Mauss* et Marcel Granet (la Polygy-nie sororale, 1920 ; la Religion des Chinois, 1922) ou Radcliffe-Brown.</p><p>Conjointement avec Durkheim, il faut citer L. L�vy-Bruhl* (la Mentalit� primitive, 1922 ; l��me primitive, 1928 ; le Surnaturel et la nature dans la mentalit� primitive, 1931 ; la Mythologie primitive, 1935), dont le parcours est paradoxalement exemplaire, puisque, apr�s avoir tendu � opposer � mentalit� primitive � et � mentalit� moderne �, il remit lui-m�me en cause cette opposition, notamment dans ses Carnets, publi�s apr�s sa mort. Enfin Mauss, neveu et �l�ve de Durkheim, fut par son enseignement le ma�tre � penser de la g�n�ration suivante ; un grand nombre de ses �tudes (� Esquisse d�une th�orie g�n�rale de la magie �, 1902-1903 ; � Essai sur le Don �, 1923-1924, etc.) ont �t� rassembl�es en 1950 dans un seul ouvrage, Sociologie et anthropologie, pr�sent� par Claude L�vi-Strauss. Les rapports entre l�individu et le groupe, entre la psychologie et la sociologie, la notion de fait social total, la notion de mana et une interpr�tation d�ensemble de la magie qui anticipe sur certaines conclusions de Durkheim : tels sont certains des th�mes trait�s par Mauss, dont l�influence, pour cette raison, s�exer�a dans des directions tr�s diverses.</p><p>Les tendances actuelles</p><p>de l�anthropologie</p><p>On peut distinguer entre les domaines dans lesquels se sont sp�cialis�s les anthropologues et les th�ories qu�ils ont d�velopp�es � propos de l��tude de ces domaines. Il est de fait que nous connaissons mieux aujourd�hui les religions, l�organisation familiale, politique ou �conomique (encore que ce dernier point de vue ait souvent �t� n�glig�) de peuples jadis ignor�s.</p><p>Parmi les cat�gories de faits sociaux qui ont donn� lieu � des enqu�tes de terrain et � des analyses syst�matiques, il faut citer les faits de religion et de magie, dont l��tude peut naturellement alimenter une r�flexion sur le fait religieux en g�n�ral, les faits de parent� et d�alliance, et enfin le fait politique.</p><p>En ce qui concerne les religions, ce sont peut-�tre les faits africains qui ont donn� lieu � la litt�rature la plus abondante et la plus significative. En France, Marcel Griaule (1898-1956) a montr� comment la religion des Dogons* constituait un syst�me coh�rent, participant d�une philosophie tr�s �labor�e. En Grande-Bretagne, Edward Evan Evans-Pritchard a fait valoir l�impossibilit� d��tudier s�par�ment, sans les rattacher � une � philosophie �</p><p>commune, les ph�nom�nes qu�on est convenu d�appeler religion, magie, sorcellerie, etc. ; il a montr� les correspondances existant entre le syst�me des croyances et le syst�me social, et sugg�r� comment les ph�nom�nes de sorcellerie traduisaient avant tout un effort pour comprendre et interpr�ter la r�alit�. De telles oeuvres ont contribu� � faire prendre conscience de la complexit� et de la profondeur de syst�mes de pens�e qu�un �volutionnisme simpliste aurait class�s comme � primitifs �. De fa�on plus g�n�rale, les �tudes anthropologiques s�rieuses du fait religieux n�ont pu que fournir, s�il en �tait besoin, une justification � la volont� des peuples colonis�s d�affirmer l�originalit� de leur culture et de leur personnalit�. Un ouvrage comme celui du R. P. Tempels (la Philosophie bantoue, 1949-1950) t�moigne en ce sens � sa fa�on, lorsqu�il assigne aux missionnaires comme t�che premi�re de comprendre la philosophie de ceux qu�ils veulent convertir.</p><p>Si les syst�mes de parent� et d�al-</p><p>liance ont exerc� une telle fascination sur les anthropologues, c�est surtout que leur caract�re rigoureux fournissait une � prise � plus facile, et en tout cas plus imm�diate. Les notions d�alliance et de descendance durent �tre repens�es. Malinowski �tudia en Australie des populations qui ne reconnaissaient pas le r�le du p�re dans la procr�ation, mais accordaient n�anmoins un grand r�le au p�re comme � mari de la m�re �. Il eut ainsi l�occasion de mettre en valeur le r�le proprement social du p�re. Les syst�mes de filiation unilin�aire furent l�objet de l�attention la plus syst�matique : dans certaines soci�t�s, la filiation est compt�e uniquement par les hommes, dans d�autres soci�t�s uniquement par les femmes</p><p>� en contraste avec les soci�t�s europ�ennes, o� la parent� est bilat�rale (encore que le nom s�y transmette par les hommes). Par � lignage �, on enten-dit l�ensemble des individus se r�clamant d�un anc�tre commun dans la ligne maternelle (matrilignage) ou paternelle (patrilignage) ; bien entendu, toutes les soci�t�s reconnaissent d�une mani�re ou d�une autre la parent� en ligne paternelle et en ligne maternelle : l�importance relative qu�elles donnent � l�une ou � l�autre poss�de avant tout une signification sociale, qui doit �tre mise en relation avec l�ensemble de chacune d�entre elles. C�est ce qui appara�t bien, par exemple, dans l�ouvrage collectif pr�fac� par Alfred Reginald Radcliffe-Brown* Syst�mes familiaux et matrimoniaux en Afrique (1950).</p><p>Dans une perspective comparative, L�vi-Strauss (les Structures �l�mentaires de la parent�) a �tudi� � les downloadModeText.vue.download 152 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>689</p><p>syst�mes o� la nomenclature permet de d�terminer imm�diatement le cercle des parents et des alli�s, c�est-�-dire les syst�mes qui prescrivent le mariage avec un certain type de parents... �. Il essaie, � leur propos, de d�gager les lois du syst�me d��changes fond� sur la r�ciprocit�, par lequel les diff�rentes unit�s d�un m�me groupe se perp�-</p><p>tuent. Les r�gles d�apr�s lesquelles s�op�rent les �changes peuvent varier en apparence, mais elles se ram�nent en fait � un petit nombre : � ... Il n�y a que trois structures �l�mentaires de parent� possibles ; ces trois structures se construisent � l�aide de deux formes d��change ; et ces deux formes d��change d�pendent elles-m�mes d�un seul caract�re diff�rentiel, � savoir le caract�re harmonique ou dysharmonique du syst�me consid�r�. � Par structures �l�mentaires, il faut entendre ici les diverses formes de mariage prescrites (avec la cousine crois�e bilat�-</p><p>rale, fille du fr�re de la m�re ou de la soeur du p�re indiff�remment ; avec la cousine crois�e patrilat�rale, fille de la soeur du p�re ; ou la cousine crois�e matrilat�rale, fille du fr�re de la m�re) ; les deux formes d��change envisag�es sont l��change restreint (entre deux familles) et l��change g�n�ralis� (plusieurs groupes exogames). Par soci�t� harmonique, on entend une soci�t� unilin�aire o� la r�gle de filiation et la r�gle de r�sidence sont � en harmonie �</p><p>l�une avec l�autre (la filiation s��tablissant par exemple par les hommes et le fils r�sidant chez son p�re, ou inversement la filiation s��tablissant par les femmes et le neveu ut�rin habitant chez son oncle maternel), alors que dans une soci�t� dysharmonique les deux r�gles ne co�ncident pas (par exemple dans le cas d�une soci�t� matrilin�aire o� le fils r�side chez son p�re). Ainsi la consid�-</p><p>ration de structures �l�mentaires et de mod�les simples permet d�ordonner et de comprendre la multiplicit� des cas empiriquement observables.</p><p>L��tude des syst�mes politiques, quant � elle, fut longtemps n�glig�e, ou plut�t apparut comme un aspect d�riv� et secondaire de l��tude de la famille ou de la religion. La distinction qu��tablissait Morgan entre la societas, fond�e sur les relations personnelles, et la civitas, fond�e sur le territoire et la propri�t�, paraissait si �vidente que le seul probl�me politique ressortissant pour une part � l�anthropologie fut celui de l�origine de l��tat. Les</p><p>� politistes � europ�ens, pour leur part, ne se sont longtemps pr�occup�s que de leur � province �. L�ouvrage collectif publi� en 1940 sous la direction d�E. E. Evans-Pritchard et M. Fortes</p><p>eut le m�rite de mettre en valeur les aspects proprement politiques pris en certaines occasions par l�organisation sociale ou socio-familiale des soci�t�s africaines traditionnelles ; la distinction de deux types de soci�t�s (avec ou sans �tat) fixait deux terrains de recherche qui furent �tudi�s intens�-</p><p>ment apr�s 1945. Tribes without Rulers (sous la direction de J. Middleton et D. Tait) pr�senta en 1958 un ensemble d��tudes comparatives sur les soci�t�s lignag�res. L�Anglaise Lucy Mair publia, en 1962, Primitive Government, consacr� � l��tude d��tats d�Afrique orientale. Il faut citer encore, outre les travaux de M. Fortes, A. W. Southall, S. F. Nadel, D. E. Apter, J. H. M. Beat-tie, J. Maquet, P. Mercier et G. Balandier, l�oeuvre de E. R. Leach (Political Systems of Highland Burma, 1954), qui a, entre autres originalit�s, celle de s�appliquer � un autre terrain d��tudes que l�Afrique. En France, l�influence d�cisive fut celle de Georges Balandier, dont la Sociologie actuelle de l�Afrique noire, en 1955, lia l��tude du fait politique � celui des changements sociaux. Son ouvrage Anthropologie politique (1967) �tablit un bilan des �tudes en anthropologie politique, et �value les perspectives qui s�offrent � cette branche.</p><p>On peut distinguer quatre grandes tendances th�oriques qui ont marqu� les travaux des anthropologues modernes : le fonctionnalisme*, le structuralisme*, le culturalisme* et le dynamisme. Du fonctionnalisme, toutes les recherches r�centes ont plus ou moins particip�, dans la mesure o� cette th�orie insistait sur la connexion de tous les ordres de faits observables dans une soci�t� donn�e ; l�explication par la fonction, par r�f�rence au syst�me total d�une culture, est tr�s g�n�ralement pratiqu�e. Aucun observateur ne peut pr�tendre avoir compris ou d�crit une institution d�une soci�t� donn�e, s�il n�a pu voir comment elle se reliait � d�autres institutions ou � d�autres pratiques de cette soci�t� ; la mise en �vidence des rapports entre organisation sociale, activit�s �conomiques et syst�me des valeurs constitue le minimum th�orique de toute description anthropologique. Mais c�est le terme</p><p>� explication � qui fait probl�me tout autant que celui de � fonction �. Pour</p><p>Malinowski, la totalit� des rapports fonctionnels d�une soci�t� devait �tre r�f�r�e au milieu physique et aux besoins humains. S�il n�insista gu�re sur la liaison entre milieu physique et so-ci�t� humaine, Malinowski d�veloppa largement sa th�orie des besoins. Cet aspect de la th�orie fonctionnaliste fut largement rejet� par les anthropologues : pourquoi telle institution et non telle autre dans une soci�t� donn�e ?</p><p>On peut voir dans cette d�marche un effort pour concilier l�universalisme de l�id�al anthropologique (tous les hommes ont des besoins) et la prise en consid�ration de l�irr�ductibilit� des cultures les unes aux autres (les r�ponses � ces besoins diff�rent).</p><p>La notion de structure a �t� utilis�e en anthropologie dans un sens plus ou moins empirique, ou plus ou moins abstrait. Pour Radcliffe-Brown, les structures � concr�tes � constituent la mati�re premi�re de l�observation, un ordre ou une organisation imm�diatement et empiriquement observables, et les formes structurelles, mod�les construits, permettent de rendre compte de la r�alit� observ�e, de comprendre les structures concr�tes. L�vi-Strauss s�est oppos� � l�assimilation que fait Radcliffe-Brown de la structure sociale � l�ensemble des relations sociales. Pour lui, le terme de structure sociale ne concerne pas la r�alit� empirique, � mais des mod�les qui sont construits d�apr�s celle-ci... �. Ces mo-d�les, pour L�vi-Strauss, ne sont pas des syst�mes a priori ; ils constituent des mod�les inconscients partiellement r�alis�s par les organisations concr�tes, en nombre limit�, et leur mise en �vidence permet l��tude comparative et la syst�matisation.</p><p>C�est la notion de � totalit� � qui fait le joint entre fonctionnalisme et structuralisme. Pour Radcliffe-Brown au moins, une soci�t� est un tout int�gr�, m�me si le principe de cette int�gration n�est pas comme chez Malinowski la satisfaction du syst�me biologique des besoins ; L�vi-Strauss postule �galement une correspondance, au moins id�ale, entre les diff�rents niveaux de la totalit� sociale. C�est encore la notion de totalit� qui permet de comprendre le culturalisme* am�ricain</p><p>sous sa forme la plus r�cente, psychologiste. Ruth Benedict avait avanc� la notion de � pattern culturel � ; d�finissant des types culturels, elle faisait de toute culture une totalit� originale, un style. Margaret Mead avait, avec le m�me ordre de pr�occupations, insist� sur l�importance des proc�d�s d�acquisition de la culture (l��ducation) et sur l�importance de cette derni�re pour la d�finition de la structure de la personnalit� adulte. C�est d�j� la notion de personnalit�* de base qui sera d�velopp�e principalement par Ralph Linton et Abram Kardiner. Pour ces auteurs, chaque culture est un tout reli� � la personnalit� des membres de la soci�t�. Les difficult�s viennent de l�ambigu�t� de la notion de personnalit� de base, d�finie comme une abstraction (d�duite d�un examen de toutes les institutions d�une soci�t�), ou v�ritablement comme un minimum psychologique commun � tous les</p><p>membres d�une soci�t�. On retrouve une difficult� du m�me ordre avec la distinction faite par Kardiner entre les institutions � primaires � (qui d�terminent des types de personnalit� et des id�ologies) et les institutions � secondaires � (o� se r�fl�chissent ces types et ces id�ologies).</p><p>C�est son statisme, son immobilisme que Georges Balandier reproche � la notion de personnalit� de base, dans un article des Cahiers internationaux de sociologie de 1956. De fa�on g�n�-</p><p>rale, c�est un reproche que certains ont adress� aussi bien au fonctionnalisme qu�au structuralisme.</p><p>Le � dynamisme � ne constitue pas pour autant une �cole ni m�me une th�orie ; c�est plut�t un ensemble de pr�occupations commun � diff�rents chercheurs, pour lesquels l�histoire et les changements qu�elle suscite doivent �tre pour eux-m�mes l�objet de l�attention des anthropologues ; l��quilibre, notent ces chercheurs, n�est jamais le fait des soci�t�s concr�tes ; l�int�gration n�est jamais compl�te et signifierait plut�t la mort d�une soci�t�.</p><p>Personne n�a d�ailleurs v�ritablement pr�tendu le contraire, mais l�originalit� d�un chercheur comme Leach vient de ce que les modalit�s du d�s�quilibre permanent qu�il observe dans la soci�t�</p><p>kachin (en Birmanie) constituent l�objet m�me de son �tude. Georges Balandier, pour sa part, insiste sur le fait que les ph�nom�nes de changement �</p><p>notamment ceux qui sont li�s � la colonisation � peuvent r�v�ler les points forts et les points faibles des soci�t�s qu�ils affectent. Plus positivement, des chercheurs comme Max Gluckman (Custom and Conflict in Africa, 1955) et G. Balandier substituent la notion de champ social � celle de soci�t�, sugg�rent de porter attention aux cas, aux � incidents sp�cifiques affectant les m�mes personnes ou les m�mes groupes pendant une longue p�riode de temps � (Gluckman), de prendre en consid�ration le concept de</p><p>� situation �.</p><p>Pour Balandier, les ph�nom�nes survenus en Afrique centrale, et notamment les messianismes religieux, ne peuvent se comprendre qu�en fonc-downloadModeText.vue.download 153 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>690</p><p>tion de la � situation coloniale �. La dimension politique du fait religieux, par exemple, ne se comprend qu�� partir de cette situation. Des travaux comme ceux de J. Berque (Structures sociales du Haut Atlas, 1955) sont effectu�s dans le m�me esprit. L�une des caract�ristiques de cette tendance, et qui est un signe des temps, c�est qu�au lieu de consid�rer les ph�nom�nes de changement social et culturel li�s � la colonisation et � la d�colonisation comme un obstacle � l�observation elle en fait l�objet privil�gi� de celle-ci. Ainsi on voit que le � r�tr�cissement � du monde moderne, les rapports de solidarit� ou d�antagonisme qui en toute occurrence rapprochent les uns des autres les continents et les peuples se traduisent dans le domaine scientifique : il n�est pas de sociologie du d�veloppement qui puisse ignorer les m�thodes de l�anthropologie sociale et culturelle, et celle-ci ne peut plus faire abstraction des ph�nom�nes de changement qu�elle a sous les yeux ; l�homme de terrain, au moins, voit l�objet de son �tude dispara�tre s�il le limite aux populations � pr�serv�es �</p><p>du contact avec la modernit�.</p><p>Quelques probl�mes</p><p>pos�s aujourd�hui</p><p>Les probl�mes actuels sont en premier lieu d�ordre th�orique. Les changements acc�l�r�s des pays dits � en voie de d�veloppement � imposent � l�anthropologue de red�finir ses m�thodes et ses points de vue. Parall�lement, les �conomistes, les d�mographes et les sociologues sont confront�s avec l��vidence du fait humain et culturel : ils �prouvent la n�cessit� du recours aux m�thodes de l�anthropologie</p><p>pour comprendre les ph�nom�nes de changement. � ce point, la th�orie d�bouche sur la pratique, et les probl�mes peuvent �tre d�ordre moral ou politique. Devant l�urgence et les imp�ratifs du d�veloppement, l�anthropologue ne peut pas vouloir rester inactif ; sa science ne risque-t-elle pas de passer pour un luxe inutile ? Va-t-elle le conduire � souhaiter la constitution de � r�serves culturelles � o� il puisse observer � loisir ? Mais il ne peut pas non plus, sans risquer de perdre une in-d�pendance qui est l�un des garants du caract�re scientifique de son entreprise, se d�finir comme le simple collaborateur des gouvernements, des administrations ou des soci�t�s d��tudes. Les jeunes anthropologues peuvent de ce point de vue rencontrer des difficult�s analogues � celles que suscita parfois � la g�n�ration pr�c�dente la collaboration avec l�administration coloniale.</p><p>Des organismes nationaux et internationaux s�efforcent, dans le cadre de programmes � long terme ou d�actions imm�diates, d�agir de fa�on pratique et efficace dans les nations � sous-d�velopp�es �, en organisant par exemple, � la demande des autorit�s locales, des campagnes d�alphab�tisation ou d�animation rurale ; des anthropologues contribuent fr�quemment aux enqu�tes pr�liminaires � la r�alisation de telles campagnes, dans une optique de recherche appliqu�e.</p><p>De nouveaux probl�mes th�oriques naissent � l�occasion de l��mergence du � tiers monde � dans l�histoire occidentale. Pourquoi certains peuples rel�veraient-ils d�une science particuli�re ? Paradoxalement, le marxisme</p><p>renoue d�une certaine mani�re avec l�universalisme de l�id�al anthropologique, lorsqu�il cherche avec Emmanuel Terray � appliquer les cat�gories du mat�rialisme historique aux soci�t�s</p><p>� traditionnelles �, mettant en cause, � la limite, l�existence de l�anthropologie comme science sp�cifique.</p><p>La dimension critique de l�anthropologie, qui peut la conduire � se mettre en cause elle-m�me, constitue en d�finitive son �l�ment le plus f�cond.</p><p>Elle est au confluent de tous les courants d�id�es, subissant et diffusant elle-m�me toutes les influences, mais, parce que sa vocation est de mesurer sans cesse le rapport de l�individu � l�esp�ce, de l�homme � la soci�t�, de la structure � l�histoire et de la tradition � la modernit�, elle s�oppose par avance et par d�finition � toutes les id�es re-</p><p>�ues et � toutes les simplifications.</p><p>M. A.</p><p>Quelques grands</p><p>anthropologues</p><p>Ruth Benedict, v. CULTURALISME.</p><p>Franz BOAS, v. l�article.</p><p>Edward Evan Evans-Pritchard,</p><p>anthropologue britannique (Crowborough, Sussex, 1902-Oxford 1973). Il a fait plusieurs exp�ditions en Afrique centrale. Il est professeur d�anthropologie sociale � Oxford depuis 1946 et a �crit : Witchcraft, Oracles and Magic among the Azande (1937), The Nuer (1940), The Sanusi of Cyrenaica (1949), Kinship and Marriage among the Nuer (1951), Social Anthropology (1951), Nuer Religion (1956).</p><p>Sir James George Frazer, historien britannique des religions (Glasgow 1854 - Cambridge 1941). Titulaire de la chaire d�anthropologie sociale � Cambridge, il entreprend un immense travail sur la religion et la soci�t� primitives, le Rameau d�or (12 vol. entre 1890 et 1915). Puis se succ�dent, entre autres, la T�che de Psych� (1909), les Origines magiques de la royaut� (1911), le Folklore dans l�Ancien Testament (1918), le Culte de la Nature (1926), les Dieux du ciel (1927), Mythes sur</p><p>l�origine du feu (1930), la Crainte de la mort dans les religions primitives (1933), ouvrages qui s�appliquent � d�couvrir dans le folklore universel les bases fondamentales des religions primitives et des croyances �volu�es.</p><p>Marcel Griaule, anthropologue fran-</p><p>�ais (Aisy-sur-Arman�on, Yonne,</p><p>1898 - Paris 1956). Professeur � la Sorbonne, il fut charg� de nombreuses missions en Abyssinie (1928-29), dans l�Afrique centrale (mission Dakar-Djibouti [1931-1933]), au Cameroun, etc. Ses travaux portent surtout sur les Dogons de la falaise de Bandiagara, au Soudan. On lui doit notamment : Silhouettes et graffiti abyssins (1933), les Flambeurs d�hommes (1934), Jeux et divertissements abyssins (1935), la Peau de l�ours (1936), Masques dogons (1938), Dieu d�eau (1949).</p><p>Abram Kardiner, v. PERSONNALIT�</p><p>DE BASE.</p><p>Alfred Louis Kroeber, anthropologue am�ricain (Hoboken, New Jersey,</p><p>1876 - Paris 1960). Il a enseign� � l�universit� Berkeley de 1901 � 1946, et a fait des exp�ditions dans le Nouveau-Mexique (1915-1916, 1929),</p><p>au Mexique (1924, 1930) et au P�rou (1925, 1926, 1942). Il est l�auteur de Anthropology (1923), Handbook of the Indians of California (1925), Configurations of Culture Growth (1945), The Nature of Culture (1952), Style and Civilization (1957). Il essaie d�introduire certaines m�thodes statistiques en anthropologie, et s�est consacr� � l��tude de la culture, de la relation des mod�les culturels aux individus ; il a formul� une th�orie de l�interaction entre les groupes et les personnes.</p><p>Edmund R. Leach, anthropologue</p><p>britannique n� en 1910. Il s�journa en Inde comme ing�nieur. Professeur titulaire d�anthropologie sociale � Cambridge (1958), il est l�auteur de Social and Economic Organization of Rawandaz Kurds (1940), Social Research in Sarawak (1950), Political Systems of Highland Burma (1954), dans lequel il �tudie les Chans et les Kachins, Rethinking Anthropology (1960). Il situe lui-m�me son entreprise anthropologique :</p><p>� Mon probl�me est simple. Comment un anthropologue moderne, muni de</p><p>toute l�oeuvre de Malinowski, de Radcliffe-Brown et de leurs successeurs, peut-il se lancer dans les g�n�ralisations avec le moindre espoir d�aboutir � des conclusions satisfaisantes ? Ma r�ponse, elle aussi, est assez simple ; la voici : en consid�rant que toutes les id�es organisationnelles qui sont pr�sentes dans toute soci�t� constituent un agencement</p><p>[pattern] math�matique. � Leach consid�re toute soci�t� humaine comme un assemblage non de choses, mais de variables. Le but que se donne Leach n�est pas de comparer les diff�rents types de soci�t�s, mais de parvenir � un genre de g�n�ralisation de type math�-</p><p>matique. Vis-�-vis des structuralistes, il se constitue comme ardent d�fenseur des th�ses de L�vi-Strauss ; mais il diff�re de lui dans sa conception des propri�t�s logiques (ou structures) des syst�mes culturels, et notamment dans ce qu�il appelle mod�les. Leach distingue d�une part le mod�le conceptuel, c�est-</p><p>�-dire l�image, � la fois consciente et inconsciente, que se font l�indig�ne et l�anthropologue de la culture analys�e, image qui est proche de l�id�al, et qui, dans cette mesure, constitue une distorsion de la r�alit�, et d�autre part le mod�le statistique, qui est une repr�-</p><p>sentation quantitative de la pratique des membres du groupe envisag�. C�est dans le maniement de ces concepts que se laisse entrevoir l�originalit� de Leach par rapport � L�vi-Strauss. Le degr� de � g�n�ralisation � que Leach assigne � son entreprise anthropologique n�a pas du tout le m�me caract�re d�universalit� que celui auquel aspire l�oeuvre de L�vi-Strauss : ce qui conduit ce dernier � replacer ses mod�les dans une th�orie g�n�rale (du style � groupe de transformations �) am�ne Leach � refuser cette th�orie g�n�rale, et � conserver au mod�le une valeur dubi-tative et empirique quant � sa capacit� explicative intrins�que par rapport aux faits ethnographiques sous-tendus par le mod�le en cause.</p><p>Claude L�VI-STRAUSS, v. l�article.</p><p>Lucien L�VY-BRUHL, v. l�article.</p><p>Ralph Linton, v. PERSONNALIT� DE</p><p>BASE.</p><p>Robert Harry Lowie, ethnologue am�-</p><p>ricain d�origine autrichienne (Vienne 1883 - Berkeley, Californie, 1957).</p><p>�l�ve de Franz Boas � l�universit� Columbia, il devint ensuite professeur d�ethnologie � Berkeley (1921-1950). Il a consacr� une s�rie de monographies aux Indiens d�Am�rique du Nord. Dans son oeuvre th�orique, il a recherch� les interactions entre l�organisation sociale, le folklore et la religion. Il est consid�r� parfois comme un pr�curseur de l�anthropologie structurale.</p><p>Son principal ouvrage est Primitive Society (1920), qui constitue, avec sa suite Social Organization (1948), un des ouvrages classiques de l�ethnologie.</p><p>Il a �galement �crit Primitive Religion (1924), The Origin of the State (1927), The History of Ethnological Theory downloadModeText.vue.download 154 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>691</p><p>(1937-1938). On a �dit� apr�s sa mort plusieurs in�dits (Selected Papers in Anthropology, 1960).</p><p>Bronis&#x142;aw MALINOWSKI, v. l�article.</p><p>Marcel MAUSS, v. l�article.</p><p>Margaret Mead, v. CULTURALISME.</p><p>Lewis Henry MORGAN, v. l�article.</p><p>Alfred Reginald RADCLIFFE-</p><p>BROWN, v. l�article.</p><p>Edward Burnett Tylor, anthropologue britannique (Camberwell, Londres, 1832 - Wellington, Sommersetshire, 1917). Il voyage aux �tats-Unis (1855-1856), puis au Mexique, dont il tire la mati�re de sa premi�re importante �tude, Anahuac, or Mexico and the Mexicans Ancient and Modern (1861). Il �crit ensuite Researches into the Early History of Mankind (1865), et surtout Primitive Culture (1871). Lecteur en anthropologie sociale � Oxford en 1884, puis � Aberdeen (1888), il revient � Oxford ou est cr��e pour lui la chaire d�anthropologie sociale (1896). Il se rattache � l��volutionnisme. Sa th�orie la plus c�l�bre fait de l� ANIMISME* le point de d�part de la religion.</p><p>B B. Malinowski, Moeurs et coutumes des M�lan�siens (trad. de l�am�r., Payot, 1933 ; nouv. �d. Trois Essais sur la vie sociale des primitifs, 1968). / M. Mead, Sex and Temperament in Three Primitive Societies (New York, 1935 ; trad. fr. Moeurs et sexualit� en Oc�anie, Plon, 1963) ; Anthropology : a Human Science-Selected Papers, 1939-1960 (New York, 1960 ; trad.</p><p>fr. l�Anthropologie comme science humaine, Payot, 1971). / M. Hunter, Reaction to Conquest (Londres, 1936). / E. E. Evans-Pritchard, Witchcraft, Oracles and Magic among the Azande (Oxford, 1937) ; Social Anthropology (Londres, 1951 ; trad. fr. Anthropologie sociale, Payot, 1969) ; Nuer Religion (Londres, 1956). / A. Kardiner, The Individual and his Society (New York, 1939 ; trad. fr. l�Individu dans sa soci�t�, Gallimard, 1969) ; The Psychological Frontiers of Society (New York, 1945). / M. Fortes et E. E. Evans-Pritchard (sous la dir. de), African Political Systems (Londres, 1940 ; nouv. �d., 1962 ; trad. fr. Syst�mes politiques africains, P. U. F., 1964). / R. Linton, The Cultural Back-ground of Personality (New York, 1945 ; trad.</p><p>fr. le Fondement culturel de la personnalit�, Dunod, 1959). / M. Griaule, Dieu d�eau, entretiens avec Ogotemm�li (�d. du Ch�ne, 1949).</p><p>/ C. L�vi-Strauss, les Structures �l�mentaires de la parent� (P. U. F., 1949 ; 2e �d.. Mouton, 1967) ; Tristes Tropiques (Plon, 1955) ; Anthropologie structurale (Plon, 1958-1973 ; 2 vol.) ; Mythologiques (Plon, 1964-1971 ; 4 vol.). /</p><p>G. P. Murdock, Social Structure (New York, 1949). / M. Mauss, Sociologie et anthropologie (P. U. F., 1950). / A. R. Radcliffe-Brown et D. Forde (sous la dir. de), African Systems of Kinship and Marriage (Londres, 1950 ; trad.</p><p>fr. Syst�mes familiaux et matrimoniaux en Afrique, P. U. F., 1953). / G. Dieterlen, Essai sur la religion bambara (P. U. F., 1951). / O. Lewis, Life in a Mexican Village (Urbana, Illinois, 1951). / E. R. Leach, Political Systems of Highland Burma (Londres, 1954) ; Rethinking Anthropology (Londres, 1960 ; 2e �d., 1966 ; trad.</p><p>fr. Critique de l�anthropologie, P. U. F., 1968).</p><p>/ D. Paulme, les Gens du riz : Kissi de Haute Guin�e fran�aise (Plon, 1954). / G. Balandier, Sociologie actuelle de l�Afrique noire (P. U. F., 1955) ; Afrique ambigu� (Plon, 1957) ; Anthropologie politique (P. U. F., 1967). / J. Middleton et D. Tait (sous la dir. de), Tribes without Rulers (Londres, 1958). / A. Kardiner et E. Preble, The Studied Man (Cleveland, Ohio ; 1961 ; trad. fr.</p><p>Introduction � l�ethnologie, Gallimard, 1966).</p><p>/ M. Gluckman, Order and Rebellion in Tribal Africa (Londres, 1963). / P. Mercier, Histoire de l�anthropologie, (P. U. F., 1966). / A. M�traux, Religions et magies indiennes d�Am�rique du Sud (Gallimard, 1967). / E. Terray, le Marxisme</p><p>devant les soci�t�s � primitives � (Masp�ro, 1969). / L�Anthropologie (Deno�l, 1972)./ J. Co-pans, Anthropologie et imp�rialisme (Masp�ro, 1975).</p><p>anthropologie</p><p>�conomique</p><p>Science des faits �conomiques, quelle que soit la soci�t� humaine o� ils apparaissent.</p><p>Les premi�res analyses</p><p>concr�tes :</p><p>Boas et Malinowski</p><p>C�est au tournant du XXe s. que l�anthropologie �conomique se constitua, � la suite des d�couvertes par Boas et par Malinowski du potlatch* des Indiens du Kwakiutl et de la kula des M�lan�-</p><p>siens des �les Trobriand.</p><p>Les Indiens du Kwakiutl vivaient sur la c�te nord de l��le de Vancouver, dans un milieu naturel offrant des ressources exceptionnelles en poissons, mammif�res, etc. � l�int�rieur de chaque tribu et entre les tribus existait un syst�me de rangs hi�rarchis�s, auxquels �taient attach�s des privil�ges c�r�moniels et des embl�mes divers. Pour conqu�-</p><p>rir ou r�affirmer une position sociale, il fallait pratiquer un potlatch. Les dons consistaient en couvertures. La tactique �tait de donner au rival plus que ce qu�il ne pourrait rendre, et de se faire aider de ses parents ou alli�s pour accumuler la quantit� n�cessaire de couvertures. Un m�canisme de don et de contre-don se mettait en place, et, � travers trois �tapes, un individu ou un groupe pouvait gravir l��chelle des rangs :</p><p>1. accumulation et don de couvertures ; 2. quand le nombre des couvertures � donner ou � rendre devenait trop grand, on proposait � leur place un objet pr�-</p><p>cieux en cuivre, objet charg� d�une patine d�histoire et de mythe ;</p><p>3. l�escalade continuait jusqu�au moment o� l�individu s�estimait possesseur d�un cuivre qui n�avait pas son pareil, et proclamait son triomphe sur ses rivaux en le d�truisant</p><p>c�r�moniellement.</p><p>Ainsi, les richesses mat�rielles se</p><p>convertissaient � chaque instant en prestige et en autorit� au sein des tribus, et culminaient dans la gloire.</p><p>Aux �les Trobriand, Malinowski d�-</p><p>couvrit et d�crivit la kula, syst�me de dons de bracelets et de colliers de coquillages entre partenaires habitant sur des �les distantes parfois de 150 miles.</p><p>Selon les cas, un individu engag� dans la kula pouvait avoir, s�il �tait un homme du commun, de 6 � 8 partenaires, ou de 70 � 80 s�il �tait un homme de haut rang. Obligation �tait faite � tout individu engag� dans la kula de remettre en circulation les objets pr�-</p><p>cieux qu�il recevait de ses partenaires.</p><p>Le probl�me �tait donc de d�terminer parmi ceux-ci celui qui recevrait � son tour cette pi�ce. Pour accro�tre ses chances d��tre le b�n�ficiaire des dons les plus pr�cieux, chaque individu se trouvait contraint de leur prodiguer des cadeaux de moindre importance pour se rappeler � leur m�moire. L� encore, le b�n�fice retir� de ces dons et contre-dons �tait le prestige et la c�l�brit� d�avoir un jour re�u ou donn� une pi�ce unique par son histoire et sa beaut�. Les grandes exp�ditions maritimes permettaient, outre l��change des colliers et des bracelets, de se procurer des mati�res premi�res indispensables, pierre pour les haches, rotin, argile, etc.</p><p>Le r�seau de l��change kula constituait ainsi une vaste association politique reliant des soci�t�s segmentaires, et qui devait assurer le maintien r�gulier d�un commerce vital sans le secours d�un gouvernement central qui garantisse la paix (J. P. Uberoi).</p><p>Par ces d�couvertes, Boas et Malinowski venaient d�effacer en partie l�image traditionnelle au XIXe s. du primitif �cras� par la nature et ne cherchant qu�� subsister. On le d�couvrait au contraire pr�occup� d�accumuler des objets pr�cieux et de les transformer, par une habile strat�gie de prestations diverses, en moyens d�acc�der aux statuts les plus valoris�s de sa soci�t�.</p><p>Alors que, depuis Adam Smith</p><p>(1776), les soci�t�s primitives �taient consid�r�es comme les vestiges d�un stade de l�histoire humaine o� l�outillage technique et intellectuel ne permettait pas encore aux individus de</p><p>produire plus que pour leurs besoins, on d�couvrait d�sormais que l��conomie primitive, comme toute autre �conomie, �tait compos�e d�un secteur tourn� vers les activit�s de subsistance et d�un secteur tourn� vers les activit�s de prestige li�es au contr�le du pouvoir. Comp�tition et �changes dans les soci�t�s primitives allaient d�sormais devenir un objet de recherches syst�-</p><p>matiques et approfondies. Cependant, de nouveaux obstacles devaient se dresser dans l�analyse de ces m�canismes. Car les soci�t�s primitives apparaissaient d�sormais comme nanties de richesses qu�elles gaspillaient de fa�on improductive. Une analyse th�orique nouvelle �tait donc n�cessaire pour dissiper ces pr�jug�s et d�couvrir la logique originale des m�canismes �conomiques des soci�t�s primitives.</p><p>D�finition et domaine</p><p>Pour se d�finir, l�anthropologie �conomique doit se mesurer � deux probl�mes : le premier concerne la d�finition de l��conomique, et lui est commun avec l��conomie politique ; le second concerne la d�finition de l�anthropologie. Pour d�finir l�objet de la science �conomique, deux th�ses s�affrontent.</p><p>Certains, comme Lionnel Robbins et Ludwig von Mises, consid�rent cette science comme � l��tude du comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares, qui ont des usages alternatifs �. D�autres, dans la tradition des classiques et de Marx, l�entendent comme l�analyse des structures et des formes de la production, de la r�partition et de la consommation des biens mat�riels au sein des divers types de soci�t�s. La premi�re d�finition est formelle, dans la mesure o� ce qu�elle vise comme objet est cette propri�t� formelle de toute activit� finalis�e de poss�der une logique qui en assure l�efficacit�, face � une s�rie de contraintes, par la combinaison d�un ensemble fini de moyens d�termin�s pour atteindre des fins d�termin�es.</p><p>L��conomique devient � la limite un aspect sp�cifique de toute activit� humaine combinant des moyens pour atteindre des fins. Cette d�finition aboutit � dissoudre la science �conomique dans une th�orie formelle de l�action finalis�e, o� rien ne permet plus de</p><p>distinguer l�activit� �conomique des activit�s orient�es vers la recherche du pouvoir, ou du salut, ou du plaisir.</p><p>Dans la pratique, pour la distinguer, les formalistes sont contraints de r�introduire clandestinement la d�finition r�aliste des classiques, et aboutissent au m�me r�sultat, c�est-�-dire l��tude des m�canismes de la production et de la r�partition des biens mat�riels au sein des divers types de soci�t�s. En d�finitive, l��conomique est un domaine d�activit�s sp�cifiques (production, r�partition de biens mat�riels, etc.) et, dans la mesure o� le fonctionnement downloadModeText.vue.download 155 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>692</p><p>d�une activit� sociale (religion, politique, etc.) entra�ne l�usage de moyens mat�riels (construction de temples, offrandes aux dieux, potlatch, etc.), se pr�sente �galement comme un aspect interne de l�organisation politique et religieuse d�une soci�t�, sans pour cela que la signification de ces structures sociales se r�duise � cet aspect �conomique.</p><p>O� r�side donc la diff�rence entre anthropologie �conomique et �conomie politique ? Ici, une nouvelle difficult� surgit, qui est celle de l�anthropologie tout enti�re. Ou bien on d�finit celle-ci de fa�on abstraite et � totalitaire �</p><p>comme la science de l�homme, et dans ce cas l�anthropologie pr�tend �tre un jour la synth�se de toutes les sciences sociales et la connaissance scientifique de l��volution de l�humanit�, de l�histoire universelle, ou bien l�anthropologie est d�finie de fa�on restrictive, mais proche de sa pratique r�elle, comme une science � r�gionale � qui traite de quelques types de soci�t�s. Faire l�inventaire de ces types, c�est d�finir le champ d�analyse de l�anthropologie �conomique.</p><p>En gros, on peut classer en trois cat�gories les types de soci�t�s analys�s par l�anthropologie : soci�t�s sans classes, formes primitives de soci�t�s de classes, communaut�s rurales qui, tout en �tant int�gr�es � des �tats de type moderne, gardent des traits de</p><p>l�organisation des soci�t�s archa�ques et maintiennent � c�t� d�une �conomie de march� des formes non marchandes de comp�tition et d��change.</p><p>L�immense diversit� des soci�t�s relevant de ces trois cat�gories est li�e � l�existence de formes multiples de modes de production : collecte et chasse rudimentaire pratiqu�es par les abori-g�nes australiens ou par les Semangs de la p�ninsule de Malaisie ; chasse complexe de la baleine et des grands mammif�res marins ou terrestres pratiqu�e par les Esquimaux d�Alaska ; agriculture extensive � jach�res longues des Azand�s d�Afrique ; agriculture intensive des Kabr�s du Togo ; agriculture irrigu�e et horticulture minutieuse des producteurs de riz du Sud-Est asiatique ; �levage extensif de b�tail des Massais d�Afrique de l�Est ; �levage de chameaux des Badawin du nord de l�Arabie ; �levage intensif des Kazakhs et Kirghizes d�Asie centrale...</p><p>�conomies d��tat diff�rentes selon que celui-ci intervient ou non dans la production et la r�partition des moyens mat�riels en organisant de grands travaux productifs ou improductifs (terrasses, canaux d�irrigation, construction de temples, etc.).</p><p>Il est essentiel de souligner les points suivants :</p><p>1. Il n�existe pas de type pur de mode de production. Dans une soci�t� dite</p><p>� de chasseurs �, les femmes collectent des plantes sauvages ; dans une �conomie d�agriculteurs, la chasse et la collecte souvent subsistent ; dans une �conomie d��levage nomade, l�agriculture est connue et souvent pratiqu�e ; 2. Ces divers modes de production doivent �tre analys�s dans une perspective historique. Chasse, agriculture, �levage nomade se sont mis en place dans l�histoire au cours de processus de tr�s longue dur�e. Peu � peu, l�arch�ologie, l�ethnozoologie, l�eth-nobotanique, la linguistique et la technologie compar�es reconstituent les m�canismes et les �tapes de la domestication des plantes et des animaux qui ont permis le d�veloppement de l�agriculture et, � une �poque plus tardive, de l��levage nomade sp�cialis�. L�id�e de r�volutions brusques et successives est</p><p>de moins en moins accr�dit�e, au profit de l�id�e de transformation graduelle et d��volution parall�le ;</p><p>3. Cependant, le r�sultat de ce d�veloppement de modes de production diff�rents, aux rythmes d��volution in�-</p><p>gaux, aboutit � l��limination presque compl�te des modes de production les plus archa�ques. Les chasseurs-collecteurs ont �t�, depuis le n�olithique (6 000 ans avant J.-C.), graduellement refoul�s vers des zones �cologiques inhospitali�res, et sont condamn�s � la disparition. Les agricultures extensives se trouvent en comp�tition avec des formes plus intensives d�agriculture, rendues n�cessaires pour la production marchande, etc. En d�finitive, les divers syst�mes �conomiques �tudi�s par l�anthropologie sont condamn�s soit � la disparition totale, soit � leur transformation en �conomies de pays sous-d�velopp�s, domin�es par le march� capitaliste mondial.</p><p>C�est dans cette perspective historique globale que l�on peut comprendre, d�une part, que le statut de l�anthropologie comme science est li� � la formation et � l��volution des grands empires coloniaux, d�autre part que, en devenant les colonies des soci�t�s capitalistes occidentales, les soci�t�s exotiques ont subi un changement profond, qui donne un sens nouveau aux structures pr�coloniales l� o� elles subsistent, et en fait souvent de faux archa�smes. De fa�on simplifi�e, on peut dire que, dans une soci�t� primitive, les producteurs contr�lent leurs moyens de production et leur travail.</p><p>L��volution historique a fait na�tre d�autres syst�mes �conomiques, dans lesquels le contr�le des moyens de production est pass�, en partie ou compl�-</p><p>tement, entre les mains de groupes qui ne participent pas eux-m�mes au processus de production, mais contr�lent l�organisation politique, id�ologique de la soci�t� en s�appuyant sur l�usage de la force. Il n�y a donc pas de soci�t� paysanne. La diff�rence fondamentale entre agriculteurs primitifs et agriculteurs paysans est que les premiers sont libres et que les seconds sont soumis � un groupe (classe, caste) dirigeant.</p><p>Cette soumission prend la forme, sur le plan �conomique, de l�appropriation</p><p>d�une partie de leur travail et de leurs produits. Ce qui distingue donc de fa�on critique un paysan d�un agriculteur primitif, c�est la production d�un fonds de rente (rente en travail, en produit ou en monnaie).</p><p>L�anthropologue se trouve donc devant la t�che fondamentale d�expliquer pourquoi et comment certaines soci�-</p><p>t�s primitives se sont transform�es en soci�t�s hi�rarchis�es. Dans cette perspective �galement, on peut analyser les processus par lesquels les formes pr�coloniales d�exploitation des paysans ou bien se sont effondr�es sous le choc de la conqu�te coloniale, ou bien ont �volu� vers de nouvelles formes, gardant quelque chose du pass�, mais avant tout destin�es � fonctionner dans le nouveau contexte �conomique et politique de la domination coloniale.</p><p>Bilans partiels</p><p>Dans les soci�t�s primitives, sans hi�-</p><p>rarchie politique h�r�ditaire, l��conomiste distingue assez facilement les forces productives utilis�es par ces soci�t�s dans les activit�s de chasse, de p�che, d�agriculture, d��levage, etc., mais il distingue mal les rapports de production. Du moins, ceux-ci ne lui apparaissent-ils en g�n�ral que lorsqu�il se tourne vers le fonctionnement des rapports de parent�. Dans les bandes et tribus segmentaires, on constate en g�n�ral que les rapports de parent�, entre individus et entre groupes, organisent le processus m�me de l��conomie. Ils d�terminent les droits des individus sur le sol et ses produits, l�obligation des individus et des groupes � donner, � recevoir, � coop�rer. Ils assurent �galement � certains l�autorit� sur d�autres en mati�re politique ou religieuse. Enfin, ils constituent, comme l�a montr� Claude L�vi-Strauss, � l�armature sociologique �</p><p>de la pens�e sauvage, un des sch�mes organisant les r�partitions mythiques du rapport culture-nature, hommes-animaux-plantes. Donc, dans ce type de soci�t�, les rapports de parent� fonctionnent comme rapports de production, rapports politiques, sch�mes id�ologiques. En langage marxiste, ils sont � la fois infrastructure et superstructure. Cette plurifonctionnalit� de</p><p>la parent� dans de nombreuses soci�t�s primitives explique deux faits sur lesquels les anthropologues sont unanimes depuis le XIXe s. : la complexit� de ces rapports et leur r�le dominant (Lewis Henry Morgan, Henry Maine). Le rapport �conomie-parent� ne se pr�sente donc pas comme un rapport externe, mais comme un rapport interne, sans que les relations �conomiques entre parents se confondent pour autant avec leurs relations politiques, sexuelles, etc. L�unit� des fonctions n�implique pas leur confusion. En m�me temps, cette pluralit� des fonctions de la parent� est rendue n�cessaire par la structure g�n�rale des forces productives, leur faible niveau de d�veloppement, qui impose la division sexuelle du travail et la coop�ration des individus des deux sexes pour subsister et pour reproduire leurs conditions d�existence.</p><p>Ces remarques g�n�rales permettent de comprendre pourquoi il est impossible de projeter ou d�appliquer m�caniquement les cat�gories de l��conomie politique dans l��tude des structures �conomiques des soci�t�s primitives.</p><p>L��conomie s�y trouve � scell�e �</p><p>(Karl Polanyi) dans des � institutions g�n�rales � (Evans-Pritchard), rapports de parent� ou, � un niveau plus complexe d�organisation sociale et d��volution, rapports politiques entre aristocratie tribale et gens du commun, et ces institutions ne sont pas des variables exog�nes � l��conomie, mais sont l��conomie. � partir de ces faits essentiels s��clairent les formes de travail, d��change et de comp�tition qui caract�risent en g�n�ral les soci�t�s primitives.</p><p>L�organisation de la production</p><p>L�essentiel des t�ches productives est accompli et contr�l� par un groupe de parents (qui ne se confond pas n�cessairement avec la famille, restreinte ou �tendue). Pour des t�ches qui d�-</p><p>passent leurs capacit�s, des groupements plus vastes, clan, village, voire tribu, fournissent leur aide. La chasse d��t�, lorsque les bisons � noircissaient les plaines �, �tait pratiqu�e chez les Indiens Cheyennes, Crows, Dakotas, etc., par la tribu tout enti�re, celle d�hi-downloadModeText.vue.download 156 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>693</p><p>ver par de petits groupes de parents. Le groupe produit la plus grande part de ce qu�il consomme, ce qui ne signifie pas qu�il ne produise rien pour l��change et vive en autarcie. Le point essentiel est qu�il produit, directement ou indirectement (�change), ce dont il a besoin, et que ses besoins, et non la recherche du profit, gouvernent sa production.</p><p>Sur le plan th�orique, ces �conomies ne peuvent donc �tre d�crites comme des �conomies d�autosubsistance, du moins si on attache � ce terme l�id�e de groupe isol�, sans contact avec le monde ext�rieur, et vivant en autarcie.</p><p>Les outils sont simples et faciles � fabriquer. Le savoir technique est pour l�essentiel � la port�e de chaque individu dans le cadre de la division sexuelle du travail, s�opposant en cela aux connaissances rituelles et magiques (Malinowski, Raymond Firth). La propri�t� des ressources fondamentales (territoires de chasse, de p�che, terroir) est en g�n�ral collective. Les formes de propri�t� des outils, des maisons, des arbres, du b�tail, des armes sont multiples, mais le plus souvent sont individuelles. L�ensemble des droits de propri�t� au sein d�une soci�t� d�-</p><p>termin�e, et compte tenu de la nature des cat�gories � d�objets � poss�d�s, forme un � syst�me combin� � (Malinowski) de droits collectifs et individuels, par lequel le groupe, en limitant et en contr�lant les droits des individus sur les ressources rares, garantit pour tous l�acc�s aux moyens d�existence (R. F. Salisbury).</p><p>D�une mani�re g�n�rale, dans les soci�t�s primitives, les individus travaillent moins, moins r�guli�rement et de fa�on moins monotone que dans les soci�t�s industrielles. Et surtout, le travail n�est ali�n� ni par rapport aux moyens de production, ni par rapport aux produits, ni par rapport au travailleur lui-m�me : � Un homme travaille, produit en tant que personne sociale, membre d�un clan ou d�un village...</p><p>�tre un � travailleur � n�est pas en soi un statut et le � travail � n�est pas une cat�gorie v�ritable de l��conomie tri-</p><p>bale. � (Marshall Sahlins.) L�anthropologie �conomique confirme la remarque de Marx dans les Fondements de la critique de l��conomie politique (1857) :</p><p>� Le travail est, semble-t-il, une cat�-</p><p>gorie toute simple, et l�id�e du travail en g�n�ral est vieille comme le monde.</p><p>Con�u sous l�angle �conomique, dans toute sa simplicit�, le � travail � est cependant une cat�gorie aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction pure et simple. �</p><p>�changes et � monnaies</p><p>primitives �</p><p>Le principe essentiel des �changes est la r�ciprocit�, qui sous-tend de multiples formes de prestations, dont la plus importante et la mieux connue semble �tre celle du don et du contre-don (Mauss). La comp�tition entre individus et groupes consiste fr�quemment � mettre l�adversaire dans l�impossibilit� de � rendre la pareille �, � le transformer en � oblig� �, ou m�me � lui faire � perdre la face � en l�an�antissant sous l�ampleur des dons. La comp�tition au sein des soci�t�s est d�abord la revendication d�un � statut � sup�-</p><p>rieur au sein du groupe. Elman Service a cherch� � mettre en corr�lation les diverses formes de r�ciprocit� entre individus avec leur � distance sociale �, leurs relations de parents proches, lointains ou d��trangers. Il distingue tout d�abord la r�ciprocit� � g�n�ralis�e �, qui prend place surtout entre parents proches, o� l�obligation de rendre est diffuse et tol�re de longs d�lais. Celui qui a re�u rend lorsque cela lui est possible et/ou lorsque le donateur est dans le besoin. Par contraste, la � r�ciprocit� �quilibr�e � a un caract�re plus � �conomique �, moins � personnel �. L�aspect mat�riel de l��change y compte autant que l�aspect social, et les diverses parties s�accordent sur des principes d�� �quivalence � des �changes.</p><p>L��quivalence est avant tout une �quivalence de l�utilit� sociale, de la valeur d�usage des biens, et secondairement une �quivalence des d�penses de travail socialement n�cessaires � leur obtention.</p><p>� premi�re vue, en effet, les mat�-</p><p>riaux ethnographiques semblaient sugg�rer d�eux-m�mes que l�on reprenne pour les comprendre les notions cou-</p><p>rantes de l��conomie politique, et que l�on voie dans les formes primitives de comp�tition et d��change des formes</p><p>� archa�ques � de la concurrence marchande, dans le don une sorte de</p><p>� pr�t � int�r�ts compos�s �, et dans les objets pr�cieux des sortes de monnaies. Les faits primitifs, appr�hend�s � travers les cat�gories de l��conomie marchande, ne semblaient diff�rer que de degr� et non de nature de ceux des �conomies modernes capitalistes (Melville J. Herskovits). Mais serr�s de plus pr�s, les faits primitifs n�entraient plus, ou entraient mal, dans ces cat�gories toutes pr�tes. Il fallut bien admettre que les indig�nes des �les Trobriand, bien loin de confondre kula et �change marchand, les distinguaient, puisqu�ils avaient un autre terme pour le troc o� l�on � marchande � (gimwali).</p><p>On dut convenir que le potlatch</p><p>diff�rait d�un pr�t en ceci que c�est le cr�diteur qui force son rival � accepter le don, alors que, dans le pr�t, c�est le d�biteur qui cherche un emprunt.</p><p>Mais surtout, plus profond�ment, on ne put ignorer que les objets pr�cieux, les � monnaies � primitives s��changeaient rarement, et, le plus souvent, jamais, contre de la terre ou contre du travail ; que leur accumulation et leur circulation entre les individus et les groupes n�entra�naient pas un d�veloppement g�n�ral des forces productives comme c�est le cas de l�accumulation du capital dans les soci�t�s marchandes capitalistes.</p><p>Objets � exhiber, � donner ou �</p><p>redistribuer pour cr�er une relation sociale (mariage, entr�e dans une so-ci�t� secr�te, alliance politique entre tribus), pour effacer une rupture dans les relations sociales (offrandes aux anc�tres, compensations pour meurtres ou offenses), pour cr�er ou symboliser une position sociale sup�rieure (potlatch, objets de luxe accumul�s et redistribu�s par les hommes importants, ou les chefs, ou les rois), les objets pr�cieux des soci�t�s primitives n��taient donc pas du capital, et fonctionnaient rarement � l�int�rieur de ces soci�t�s comme une monnaie, c�est-�-</p><p>dire comme un moyen d��change commercial. Ils fonctionnaient comme des moyens d��change social, de valeur symbolique multiple et complexe, mais</p><p>d�usage et de circulation cloisonn�s, aux limites d�termin�es par la structure m�me des rapports sociaux de production et de pouvoir.</p><p>Cependant, on oublie g�n�ralement que tous ces objets pr�cieux �taient soit fabriqu�s, soit obtenus au prix d�un grand travail ou de compensations tr�s importantes en produits rares, et poss�daient donc d�s qu�on les troquait une valeur d��change. �</p><p>l�entr�e ou � la sortie de chacune de ces soci�t�s, ces objets pr�cieux prenaient provisoirement la forme de marchandises, troqu�es � des taux fixes ou fluctuant assez peu. � l�int�rieur de chaque soci�t�, ils circulaient le plus souvent comme objets � donner ou � redistribuer dans le processus m�me de la vie sociale, des rapports de parent�, de production et du pouvoir. Ils fonctionnent d�abord comme marchandise, si l�on est oblig� de les importer, ou si on les produit pour les exporter. Ils fonctionnent ensuite comme objets de prestige, objets d��change social, lorsqu�ils circulent � l�int�rieur d�un groupe. Le m�me objet change donc de fonction, mais, de ses deux fonctions, la seconde est dominante, car elle prend racine et sens dans les exigences des structures dominantes de l�organisation sociale primitive, parent� et pouvoir. Il faut enfin pr�ciser qu�il ne suffit pas � un objet pr�cieux de circuler comme marchandise pour qu�il devienne une � monnaie �. Il faut en outre qu�il soit possible de l��changer contre plusieurs marchandises de type diff�rent. Par exemple, � Mala�ta, un collier de perles rouges s��changeait contre des porcs ou contre des outils de pierre taill�e, ou contre de la nourriture crue ou cuite, etc., et fonctionnait dans ce cas-l� comme une monnaie.</p><p>Ainsi, la plupart du temps, les objets pr�cieux qui circulaient entre les soci�-</p><p>t�s primitives et en leur sein �taient des objets multifonctionnels, dont les fonctions ne se confondaient pas, m�me quand elles se superposaient et se combinaient. Ils circulaient toujours dans des limites �troites, d�termin�es par les structures m�me des soci�t�s primitives, o� le travail et surtout la terre ne se transformaient jamais en marchandises qu�on peut acqu�rir contre</p><p>d�autres marchandises.</p><p>Cela explique comment l�introduction de la monnaie universelle et des rapports marchands capitalistes a d�-</p><p>truit rapidement, et souvent sans � violence � directe, les �quilibres �conomiques et sociaux que de nombreuses soci�t�s s�effor�aient de pr�server.</p><p>�volution �conomique des</p><p>soci�t�s primitives</p><p>En d�finitive, le grand probl�me reste celui du d�veloppement de l�in�galit� dans les soci�t�s primitives, et des conditions et voies d�apparition de formes primitives d��tat et de classes sociales. Il faut rappeler que, d�s ses formes les plus anciennes, la soci�t� primitive compte d�j�, sur la base de la division sexuelle du travail, des statuts in�gaux pour les hommes et pour les femmes, et pour les g�n�rations.</p><p>Dans les soci�t�s segmentaires, sans statuts h�r�ditaires, un homme, pour s��lever au-dessus des autres et devenir un � leader �, doit accumuler un</p><p>� fonds de pouvoir � (Malinowski), amasser des richesses pour les distribuer avec une g�n�rosit� calcul�e. Il cr�e ainsi, avec l�aide de ses parents, puis de tous ses � oblig�s �, une � faction �. Il devient alors en mesure de patronner des entreprises qui d�bordent le cadre �troit de la communaut�. Il</p><p>� repr�sente � donc � un degr� � su-p�rieur � la communaut� dont il est membre, et � s�identifie �, plus que downloadModeText.vue.download 157 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>694</p><p>tout autre, aux int�r�ts g�n�raux de la soci�t�. Cependant, une contradiction interne mine son pouvoir. Pour le maintenir, le leader doit demander plus et retarder sans cesse le moment de rendre aux membres de sa faction.</p><p>Selon Marshall Sahlins, � inaugur�e dans la r�ciprocit�, son autorit� � la limite s�ach�ve dans l�exaction. Min� de l�int�rieur et contest� de l�ext�rieur, son pouvoir s�effondre et entra�ne la chute du � grand homme � au profit d�un rival. � Il est essentiel de constater</p><p>que l�in�galit� �conomique et sociale repr�sente, jusqu�� un certain point, un avantage pour le d�veloppement de la vie sociale. Cela explique que l�exercice de fonctions sociales soit presque toujours � la base de la supr�matie �conomique et politique d�individus ou de groupes dominants.</p><p>Cette perspective �claire �galement l�analyse des soci�t�s � � rangs �</p><p>(Morton Fried), au sein desquelles une minorit� jouit de statuts et de fonctions privil�gi�s h�r�ditaires. L� encore, les diff�rences sont immenses. Aux Trobriand, le chef contr�le en partie le produit et les �changes des membres de sa communaut�, mais il n�a aucun contr�le sur les facteurs de production, qui restent propri�t� des lignages locaux. � Tikopia, par contre, le chef contr�le l�usage des ressources et joue un r�le dirigeant dans la production, sans �tre lui-m�me soustrait aux t�ches de production dont il assume la direction. L�in�galit� dont jouit le chef est double. � Dans la sph�re spirituelle et sociale, les in�galit�s sont de nature et irr�ductibles..., dans le domaine �conomique, elles sont surtout de degr�. �</p><p>� l�int�rieur de son unit� domestique, le chef participe directement � la production avec sa famille. Au niveau des entreprises communautaires, il joue un r�le dirigeant, mais les t�ches les plus dures lui sont �pargn�es. Il ne porte pas de charges ; ses r�coltes sont rentr�es par les membres de son clan. Il ne peut cuire lui-m�me ses aliments. Cependant, il n�est pas soustrait aux t�ches productives mat�rielles, m�me quand il en assure la direction. Raymond Firth �crivait dans la pr�face de Primitive Polynesian Economy (1939) :</p><p>� J�analysai la structure �conomique de la soci�t� parce que tant de relations sociales devenaient des plus manifestes lorsqu�on analysait leur contenu �conomique. En outre, la structure sociale, en particulier la structure politique, d�pendait clairement des relations �conomiques, particuli�rement du syst�me de contr�le des ressources. � leur tour, � ces relations �taient li�es les activit�s et institutions religieuses de la so-ci�t�. � � Hawaii, enfin, l�aristocratie �tait compl�tement d�tach�e de la production. Elle contr�lait les principales ressources, pr�levait une partie du</p><p>travail et des produits des communaut�s locales pour son propre entretien et pour des travaux d�int�r�t public.</p><p>� ce point, nous sommes au seuil des formes primitives d��tat et de soci�t� de classes, et il faudrait se tourner vers les royaumes africains traditionnels (Lucy Mair, Max Gluckman, Georges Balandier, Hilda Kuper, Jacques J�-</p><p>r�me Maquet) et les empires pr�colombiens (Caso, Karstein, John Murra). Un �tat incarn� par un souverain appartenant � des lignages nobles domine une population paysanne soumise � des prestations en travail et en produits. La propri�t� �minente du roi sur le sol, certaines formes de propri�t� �tatique et � seigneuriale � se combinent avec les droits collectifs des communaut�s (A. Caso). D�sormais, les rapports de parent� ont cess� de jouer un r�le dominant � l��chelle sociale, tout en continuant � jouer un r�le important au sein des communaut�s locales. Une exploitation de classe s�est d�velopp�e sans exiger, comme le croyait Morgan, le d�veloppement de la propri�t� priv�e. L�esclavage ne joue souvent qu�un r�le secondaire dans la production (L. Mair, Murra). Donc, une profonde transformation structurale a pris place dans ces soci�t�s : � l�in�galit� dans la r�partition du produit social, principalement des biens pr�cieux, s�est ajout�e peu � peu une in�galit� dans le contr�le des facteurs de production ; � la � d�mocratie � des soci�t�s segmentaires s�est substitu�e l�h�r�dit� de fonctions et de statuts aristocratiques ; enfin, � la domination des rapports de parent� sur la soci�t� s�est substitu�e la domination des rapports politico-religieux. Mais l�id�ologie g�n�rale reste celle de la r�ciprocit� dans les rapports entre domin�s et dominants. Dans l�Empire inca, par exemple, � l��tat fit un effort id�ologique pour formuler ses exactions dans la terminologie de la r�ciprocit� traditionnelle andine...</p><p>Quand la Couronne �labora un syst�me de services en travail, les obligations r�ciproques de la communaut� connues et comprises de tous servirent de mo-d�le. � (Murra, 1958.)</p><p>Dans cette direction, un autre probl�me fait �galement l�objet de nombreuses recherches : celui des soci�t�s � castes. Au XIXe s., plusieurs explications avaient �t� propos�es : ou bien</p><p>la caste �tait n�e de la domination de populations autochtones par des envahisseurs �trangers, ou bien elle se pr�sentait comme un cas limite de la division du travail, combin�e avec une forme limite des rapports de parent�, l�endogamie (Louis Dumont, 1867).</p><p>Il faudra attendre le d�but du si�cle et les travaux de C�lestin Bougie et d�Arthur Hocart pour que la description du fonctionnement des castes progresse et que leurs aspects hi�rarchiques et religieux soient pris au s�rieux. L�analyse du ph�nom�ne des castes (Edmund</p><p>R. Leach, M. N. Srinivas, Frederick G. Bailey, T. Scarlett Epstein) rev�t un int�r�t particulier, d�une part par l�importance mondiale dans l�histoire de pays comme l�Inde, d�autre part parce que l�existence combin�e de castes et d�un pouvoir d��tat sugg�re une forme originale d�apparition de l��tat et impose de d�finir avec rigueur le rapport entre classe et caste.</p><p>Pourquoi et comment ces transformations structurales ont-elles eu lieu ?</p><p>Pourquoi et comment de nombreuses soci�t�s sans classes ont-elles �volu� vers l��tat et des rapports de castes et de classes ? C�est une t�che th�orique fondamentale de l�anthropologie �conomique que de contribuer � r�soudre ce probl�me, qui est au centre de l�histoire universelle et �claire le destin singulier des soci�t�s occidentales. Et ce probl�me revient donc � savoir pourquoi et comment les rapports de parent� ont cess� de jouer dans la soci�t� le r�le dominant, pourquoi, � partir d�une certaine limite, des rapports sociaux nouveaux se sont construits hors de la parent� et en sont venus � jouer un r�le dominant. C�est la d�couverte de ces limites et de leur fondement objectif qui permettra un jour � l�anthropologie de r�aliser son ambition supr�me : �tre la science de l�homme, la connaissance scientifique de l�histoire universelle.</p><p>Cependant, � un niveau pratique im-m�diat, l�anthropologie �conomique, en mettant en �vidence la logique originale des structures et comportements �conomiques au sein de nombreuses soci�t�s d�Afrique, d�Asie, d�Am�-</p><p>rique et d�Oc�anie, pourrait contribuer au d�veloppement �conomique et social de ces r�gions en d�couvrant</p><p>les obstacles et en indiquant les strat�-</p><p>gies n�cessaires pour les �liminer au moindre co�t social. Enfin, de fa�on permanente, l�anthropologie �conomique rappelle � l��conomie politique les limites de sa validit� th�orique, et � la culture occidentale l�arri�re-fond de ses pr�jug�s id�ologiques. Les peuples primitifs du monde, en effet, ne sont pas pauvres, les biens dont ils ont besoin ne sont pas rares, et leur existence ne se borne pas � subsister. En fait, ce n�est qu�au moment o� se sont multipli�es les possibilit�s productives de l�humanit� que se sont oppos�es richesse et pauvret�, et que les richesses sont apparues � naturellement � rares.</p><p>Il n�y a donc pas de � destin tragique �</p><p>de l�homme, il n�y a que des drames historiques. Et pour les expliquer, et peut-�tre aider � les r�soudre, l�anthropologie, comme toute science, doit briser les id�es re�ues et inventer de nouveaux modes de pens�e.</p><p>M. G.</p><p>B L. H. Morgan, Ancient Society (1877 ; r��d.</p><p>Cambridge, Mass., 1964). / F. Boas, Ethnology of the Kwakiutl (Washington, 1921 ; r��d. New York, 1969). / B. Malinowski, Argonauts of the Western Pacific (New York, 1922 ; trad. fr. les Argonautes du Pacifique occidental, Gallimard, 1963). / M. Mauss, Essai sur le don (Ann�e sociologique, 1924). / C. A. Du Bois, � The Wealth Concept as an Integrative Factor in Tolowa Tutuni Culture � in Essays in Anthropology, pre-sented to A. L. Kroeber (Berkeley, 1936). / P. Ein-zig, Primitive Money in its Ethnological, Historical and Economic Aspects (Londres, 1949). /</p><p>M. J. Herskovits, Economic Anthropology (New York, 1952 ; 2e �d., 1965). / S. Tax, Penny Capitalism (Chicago, 1953). / H. C. Conklin, Hanunoo Agriculture (Rome, 1957). / K. Polanyi (sous la dir. de), Trade and Market in the Early Empires (New York, 1957). / J. J. Maquet, The Premise of Inequality in Ruanda (Londres, 1961). / P. Bo-hannan et G. Dalton (sous la dir. de), Markets in Africa (Evanston, 1962). / R. J. Braidwood et G. R. Willey (sous la dir. de), Courses Toward Urban Life (Chicago, 1962). / R. F. Salisbury, From Slone to Steel (Londres et New York, 1962). / L. J. Pospisil, The Kapouku Papuans of West New Guinea (New York, 1963). / M. Gode-lier, Rationalit� et irrationalit� en �conomie (Masp�ro, 1966) ; Horizon. Trajets marxistes en anthropologie (Masp�ro, 1973). / M. Nash, Primitive and Peasant Economic Systems (San Francisco, 1966). / E. R. Service, Hunters (New</p><p>York, 1966). / E. R. Wolf, Peasants (New York, 1966). / L. Dumont, Homo hierarchicus (Gallimard, 1967). / R. H. Lee et I. De Vore (sous la dir.</p><p>de), Man the Hunter (Chicago, 1968). / K. Marx, Fondements de la critique de l��conomie politique (Anthropos, 1968 ; 2 vol.). / M. D. Sahlins, Tribesmen (New York, 1968).</p><p>anthropologie</p><p>physique</p><p>Science qui �tudie les groupes humains du point de vue physique.</p><p>L�anthropologie physique se com-</p><p>pose de deux sections principales, l�anthropologie morphologique (structure externe du sujet vivant, forme du squelette, configuration des organes internes) et l�anthropologie physiologique (fonctionnement des organes).</p><p>Ainsi con�ue, cette science vise � retracer � l�histoire naturelle de la famille des Hominid�s �, d�une part en d�terminant la place de l�Homme parmi les �tres vivants et en recherchant ses origines (anthropologie zoologique, downloadModeText.vue.download 158 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>695</p><p>pal�ontologie humaine), d�autre part en d�gageant et en d�crivant du point de vue physique les grandes cat�gories entre lesquelles se r�partissent les divers humains actuels (classifications raciales).</p><p>Historique</p><p>De l�Antiquit� au XVIe s. :</p><p>d�couverte progressive de la</p><p>variabilit� humaine</p><p>Les antiques civilisations de l��gypte et de la Gr�ce poss�daient d�j�</p><p>quelques notions rudimentaires sur les types humains. Ce qui retenait alors l�attention, c��taient les caract�res les plus apparents : pigmentation de la peau et des yeux, couleur et forme des cheveux, taille et certains traits accus�s du visage. Observations superficielles, certes, et encore tr�s limit�es dans l�espace, mais qui, apr�s une p�riode de stagnation couvrant tout le Moyen �ge, vont s�intensifier d�s que</p><p>s�annonce la s�rie des grands voyages autour du monde (Marco Polo, Vasco de Gama, Magellan, Christophe Colomb). Dans les r�cits des pionniers qui sillonn�rent terres et mers, on trouve d�abondantes descriptions sur les habitants des nouveaux pays d�couverts, et, en d�pit de maintes exag�rations dues � un d�bordement d�enthousiasme, on y d�c�le, intimement m�l�es � des consid�rations sur les moeurs ou les genres de vie, d�excellentes remarques sur les types physiques. Alors sont d�crites la plupart des races que nous connaissons maintenant. Autrement dit, l�appel de l�inconnu et l�attrait de l�exotisme ont �t� les premiers et les plus puissants mobiles qui ont permis, plus tard, la naissance de l�anthropologie physique, quasi confondue en ce temps avec l�ethnographie.</p><p>XVIIe et XVIIIe s. :</p><p>principes et �bauches de</p><p>classification</p><p>Petit � petit, les documents s�amon-cellent, p�le-m�le et de valeur in�gale.</p><p>Aussi devient-il n�cessaire de mettre un peu d�ordre dans les groupes humains, afin de voir avec exactitude en quoi ils diff�rent les uns des autres. Ce besoin de classifier, qui aboutira � la publication du Systema naturae de Linn�*</p><p>� partir de 1735, est le premier tournant crucial de l�anthropologie, celui qui engage son devenir vers la syst�-</p><p>matique zoologique : on admet enfin que les Hommes puissent �tre r�partis en cat�gories analogues � celles que le botaniste ou le zoologiste �tablissent chez les plantes et chez les animaux.</p><p>Les travaux de Linn� et de son</p><p>contemporain Buffon* sont ainsi le point de d�part d�une s�rie d�investigations qui vont se lib�rer d�un empirisme jusque-l� exclusif et introduire dans l��tude de l�Homme des proc�d�s rigoureux de classification : progr�s incontestable, car l�esprit humain est tel qu�il a obligatoirement besoin de cadres conventionnels pour s�y retrouver dans la mouvante complexit� des �tres vivants ; mais aussi grave danger, surtout quand l�Homme est son propre objet d��tude, car, �tant capable d�agir partiellement sur son milieu, l�Homme diff�re profond�ment des autres �tres</p><p>vivants.</p><p>XIXe s. :</p><p>hypoth�ses directrices et</p><p>codification des techniques</p><p>L�anthropologie se trouvait � l�aube du XIXe s. en bonne voie de r�alisation.</p><p>Il lui manquait cependant une th�orie g�n�rale sur les rapports entre les �tres vivants, qui lui fourn�t des hypoth�ses pour interpr�ter les causes de la variabilit� humaine. Elle la trouvera dans le transformisme de Lamarck* (1809), conception biologique de l��volution, reprise et d�velopp�e par Darwin* en 1859 dans son livre De l�origine des esp�ces par voie de s�lection naturelle.</p><p>En cette m�me ann�e 1859 na�t la Soci�t� d�anthropologie de Paris, et Paul Broca (v. aphasie), son fondateur, r�dige quelques ann�es apr�s les premi�res instructions pr�cises sur les observations descriptives et les techniques m�triques dans l�investigation des groupes humains. Les structures de base sont en place, et on accumule d�s lors les mesures pour d�finir les caract�res les plus aptes � diff�rencier les populations humaines entre elles, ainsi que par rapport aux autres Mammif�res. C�est � ce moment seulement que l�anthropologie physique commence � manifester son ind�pendance vis-�-vis de l�ethnographie.</p><p>XXe s. :</p><p>vers une anthropologie</p><p>dynamiques</p><p>D�riv�e de l�anatomie compar�e et de la syst�matique zoologique, l�anthropologie physique du d�but de notre si�cle �tait parvenue � des classifications raciales dans lesquelles les divers types humains pass�s et actuels �taient diagnostiqu�s par un petit nombre de caract�res, presque tous morphologiques, dont on ne connaissait que l�aspect ph�notypique par lequel ils se manifestaient chez l�Homme ; mais on ignorait tout du m�canisme g�n�tique par lequel ils se transmettaient h�r�-</p><p>ditairement. Or, en m�me temps, on �tait parvenu � une d�finition des races admettant que celles-ci repr�sentaient</p><p>des vari�t�s de l�esp�ce humaine, dont les caract�res semblables �taient maintenus stables durant un certain temps par transmission g�n�tique. L�anthropologie devait � tout prix sortir de ce dilemme sous peine d��tre accul�e dans une impasse.</p><p>C�est alors qu�on s�est tourn� vers l�anthropologie physiologique, nouvelle venue mise � la mode par les groupes sanguins, caract�res stables au cours de la vie, relativement ind�pendants du milieu et dont, � la suite des travaux de Mendel*, on commen�ait � entrevoir comment ils se transmettaient h�r�ditairement. Aussit�t, les rapides progr�s de la biologie humaine, le perfectionnement des tests statistiques, les apports de la g�n�tique des populations et de la d�mographie ouvraient incontestablement � l�anthropologie physique des horizons nouveaux. Les vieux probl�mes, plus ou moins �lu-d�s par les anthropologistes classiques, resurgissaient, et d�autres apparaissaient ; il fallait trouver pour les uns et les autres des solutions nouvelles qui ne soient pas contradictoires. De l� vient le malaise actuel de cette science, encore profond�ment enracin�e, par ses synth�ses pr�sentes, dans la description ph�notypique des groupes humains, mais d�cid�e � r�nover les connaissances d�j� acquises pour s�orienter vers une forme de recherche en profondeur, plus dynamique, et dans laquelle on vise � une meilleure compr�hension g�notypique des complexes raciaux. Pour approcher de ce r�sultat, il faudrait d�terminer avec un minimum de certitude la part qui revient au milieu et celle qui d�pend de l�h�r�dit� dans le m�canisme des variations des caract�res anthropologiques.</p><p>Vers cet objectif s�orientent toutes les recherches actuelles et futures.</p><p>Anthropologie</p><p>morphologique</p><p>Support le plus ancien de l�anthropologie physique, l�investigation morphologique fait appel � de tr�s nombreux caract�res, qui peuvent �tre relev�s sur des sujets vivants, sur des ossements et sur des cadavres. Tous ces caract�res, descriptifs ou m�triques, n�ont pas la m�me importance, et nous ne parlerons que des principaux, ceux que l�anthro-</p><p>pologiste utilise couramment pour fournir le signalement diff�rentiel des types humains.</p><p>Pigmentation</p><p>La couleur de la peau, des cheveux et des yeux pr�sente, suivant les races, des diff�rences plus ou moins accus�es. Elle est due � la pr�sence de petits grains d�un pigment jaun�tre, la m�lanine, qui varient en abondance et en r�partition, provoquant ainsi les diverses nuances observables dans la pigmentation des individus.</p><p>La couleur de la peau constitue</p><p>une diff�renciation tr�s apparente des groupes humains, et c�est sur elle que repose la distinction des trois grands groupes adopt�s par la majorit� des classifications : Blancs (Leucodermes), Jaunes (Xanthodermes), Noirs (M�-</p><p>lanodermes). � l�int�rieur de ces groupes, toutes les variantes existent, mais, malgr� une l�gende qui s�vit encore, on ne trouve pas de peuples � la peau naturellement rouge. La tache pigmentaire cong�nitale, dite � tort</p><p>� tache mongolique �, n�est qu�une particularit� de la pigmentation de la peau ; compos�e d�un amas de m�lanine qui prend une forme, une grandeur, une couleur et une situation variables, elle se remarque chez les nouveau-n�s en proportion diff�rente suivant les races, puis elle dispara�t � un �ge �galement variable. Longtemps consid�r�e comme sp�cifique du groupe jaune, o� on la rencontre effectivement avec une extr�me fr�quence (80 � 100 p. 100), elle se manifeste aussi chez les Noirs d�Afrique (40 � 80 p. 100), chez ceux de l�Inde (30 � 50 p. 100) et, si son pourcentage s�av�re insignifiant chez les Europ�ens (1 � 2 p. 100), il remonte sensiblement chez les Blancs d�Afrique (25 � 50 p. 100). Ce caract�re offre de l�int�r�t dans les �tudes de m�tissage, mais sa signification demeure obscure, certains le consid�rant comme un vestige de la pigmentation des grands Singes, qui, presque disparu chez les Leucodermes, aurait subsist� partiellement chez les M�lanodermes et plus compl�tement chez les seuls Xanthodermes.</p><p>Les variations de couleur s��tendent</p><p>aux yeux et aux cheveux, franchement moins accentu�es cependant que sur la peau. Il n�y a gu�re que parmi les populations europ�ennes qu�on voit se produire une d�pigmentation d�terminant, au niveau des yeux, l�apparition des tonalit�s bleu avec leurs variantes, le gris ou le vert, et, au niveau des cheveux, la downloadModeText.vue.download 159 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>696</p><p>coloration blonde avec la gamme des ch�tains plus ou moins clairs.</p><p>Forme des cheveux</p><p>En dehors de la couleur, les cheveux varient en abondance, et surtout pr�-</p><p>sentent des diff�rences de forme qui se rangent en trois cat�gories : cheveux droits � section arrondie, que poss�-</p><p>dent la plupart des Jaunes et quelques Blancs ; cheveux plus ou moins ondul�s � section circulaire, caract�ristiques de la grande majorit� des Blancs ; cheveux fris�s ou cr�pus � section ovalaire, qui sont rencontr�s, les premiers chez les Australiens et les M�lano-Indiens, les seconds chez les M�lan�siens (cr�-</p><p>pus longs) et chez les Noirs d�Afrique (cr�pus courts).</p><p>Proportions de la t�te</p><p>L�indice c�phalique, imagin� par le Su�dois Anders Retzius (1796-1860) en 1842, compare la largeur de la t�te � sa longueur suivant la formule</p><p>Il permet de distinguer : les dolichoc�phales, t�tes longues ou</p><p>�troites (indice jusqu�� 75,9) ; les m�soc�phales, t�tes moyennes (de 76</p><p>� 80,9) ; les brachyc�phales (� partir de 81). C�est un des caract�res les plus utilis�s en anthropologie (v. fig.).</p><p>Dans l�euphorie qui succ�da � la d�couverte de cet indice, on avait cru qu�il suffisait � lui seul pour d�terminer tous les groupes humains : c��tait l��poque o� l�on qualifiait les Noirs de dolichoc�phales, les Blancs de m�soc�phales, les Jaunes de brachyc�phales. La r�partition est en r�alit� plus complexe. Si la dolichoc�phalie</p><p>d�finit dans leur ensemble les M�lanodermes d�Afrique et d�Oc�anie, on a cependant d�tect� chez plusieurs peu-plades africaines la pr�sence d�une nette m�soc�phalie, susceptible de parvenir � la brachyc�phalie. Parmi les Jaunes, les types mongols sont effectivement fortement brachyc�phales, mais l�indice s�abaisse sensiblement chez les Japonais, les Indon�siens et certains Am�rindiens, dont les Esquimaux, pour la plupart dolichoc�phales.</p><p>Dans le groupe blanc, la variabilit� des dimensions de la t�te atteint son maximum, et l�indice c�phalique permet en g�n�ral une bonne discrimination raciale. Sa distribution en Europe souligne l�existence de plusieurs blocs relativement localis�s, les uns dolichoc�phales, correspondant aux zones nordique et m�diterran�enne, les autres brachyc�phales, s��tendant sur le centre europ�en, principalement dans le Massif central et les Alpes, avec adjonction de la Laponie, petite r�gion o� la brachyc�phalie atteint son point culminant.</p><p>Comme on le voit, la valeur taxino-mique de ce caract�re s�exprime non au niveau des grands groupes, mais � celui de leurs subdivisions essentielles.</p><p>Encore faut-il ajouter qu�il ne semble pas aussi immuable qu�on le pensait autrefois, et qu�il accuse, en dehors du facteur racial, certaines variations en fonction de l��ge, du sexe et aussi du temps, dont on doit tenir compte si l�on veut appr�cier la qualit� diff�rentielle de ce caract�re.</p><p>Proportions et forme de la face</p><p>Comme pour la t�te, on calcule pour le massif facial un indice qui rapporte sa largeur � sa hauteur, et se r�partit aussi en trois cat�gories : les euryprosopes, faces larges ou basses (indice jusqu�� 83,9) ; les m�soprosopes, faces moyennes (de 84 � 87,9) ; les leptoprosopes, faces �troites ou hautes (� partir de 88).</p><p>Dans les groupes humains, les euryprosopes se rencontrent essentiellement parmi les Jaunes, chez lesquels la face peut �tre soit large et moyennement haute (Mongols), soit large et tr�s haute (Esquimaux et quelques</p><p>Am�rindiens). Les Noirs d�Afrique et d�Oc�anie sont m�soprosopes ou l�g�-</p><p>rement euryprosopes. Chez les Blancs, on trouve des faces hautes et �troites dans les populations nordique et m�diterran�enne, plus sp�cialement parmi les Nord-Africains et les B�douins de l�Asie ant�rieure ; l�Alpin est m�so-leptoprosope et le Dinarique franchement leptoprosope.</p><p>� c�t� de ses proportions relatives, la face peut �tre projet�e en avant (pro-gnathisme des Noirs), ou bien aplatie (opisthognathisme des Jaunes), ou encore sensiblement dans le prolongement du front (orthognathisme des Blancs). D�autre part, les pommettes se signalent parfois par une sorte de saillie vers l�avant et vers l�ext�rieur : disposition caract�ristique des Jaunes, que l�on retrouve, estomp�e, chez les Bochimans, les N�grilles et quelques Noirs d�Afrique.</p><p>Forme des yeux</p><p>L�oeil dit � mongolique �, parce qu�il particularise les Jaunes typiques en les opposant aux Blancs comme aux Noirs, d�pend de trois �l�ments : d�abord une direction oblique de la fente palp�brale, ensuite un repli suppl�mentaire de la paupi�re, qui retombe jusqu�� masquer partiellement ou totalement les cils, enfin l�existence de la bride mongolique, ou repli orbito-palp�bral, qui cache la caroncule lacrymale du bord interne de l�oeil et s�accompagne d�un boursouflement adipeux de la paupi�re sup�rieure. Cette triple association ne se montre constante que chez certains Mongols du Nord (Toungouses, Bou-riates, Samoy�des) ; sa fr�quence diminue chez les Chinois, encore plus chez les Japonais et les Indon�siens, pour devenir � peu pr�s nulle chez les Polyn�siens. On la retrouve chez les Esquimaux, mais elle s�estompe notablement dans la plupart des populations am�rindiennes. L�oeil mongolique vrai n�existe ni dans le groupe blanc ni dans le groupe noir.</p><p>Proportions et forme du nez</p><p>Le profil du nez peut �tre concave, droit ou convexe, son extr�mit� arrondie ou pointue, sa base relev�e, hori-</p><p>zontale ou plongeante. Ses proportions accusent de tr�s importantes variations, qu�on a pr�cis�es par un indice nasal, qui repr�sente le rapport de sa largeur � sa hauteur et permet de distinguer : les leptorhiniens, nez �troits ou hauts (indice jusqu�� 69,9) ; les m�sorhiniens, nez moyens (de 70 � 84,9) ; les platyrhiniens, nez larges ou bas (� partir de 85).</p><p>D�une fa�on g�n�rale, les Blancs ont un nez �troit (Nordiques, M�diterran�ens) ou de largeur moyenne (Alpins), les Jaunes sont m�sorhiniens ou faiblement platyrhiniens, les Noirs franchement platyrhiniens. Parmi ces derniers, notamment les Guin�ens, les Congolais et les N�grilles, on signale des nez si �largis ou si raccourcis que leur indice d�passe 100, atteignant ce que l�on appelle l�hyperplatyrhinie. Par ailleurs, la r�partition de l�indice nasal dans le monde sugg�re l�existence d�une certaine concordance entre les facteurs climatiques et les dimensions du nez, les platyrhiniens appartenant aux zones chaudes et humides, les leptorhiniens aux r�gions froides et s�ches.</p><p>Proportions de la bouche et forme des l�vres</p><p>L�indice buccal (comparaison de la hauteur des l�vres � la largeur de la bouche) objective l��paisseur relative des l�vres. Faible chez la plupart des Blancs et certains Indiens d�Am�rique qui ont des l�vres fines, il augmente chez les Jaunes d�Asie et les M�lano-Indiens aux l�vres moyennement charnues, pour devenir maximal chez les M�lano-Africains, les N�grilles, les Australiens et les M�lan�siens, qui poss�dent des l�vres �paisses. Cet �paississement labial, caract�ristique du vrai Noir, s�accompagne souvent d�une sorte de bourrelet qui pro�mine en avant de chaque l�vre, en s�incur-vant vers le haut et vers le bas : l�vres dites � �vers�es �.</p><p>Stature et proportions du corps</p><p>La stature, une des mesures le plus couramment utilis�es en somatom�trie, partage les hommes en petits (1,25 � 1,59 m), moyens (1,60 � 1,69 m) et grands (1,70 � 1,99 m). Les statures</p><p>au-dessous de 1,25 m et au-dessus de 1,99 m concernent des cas pathologiques, nanisme et gigantisme, qui n�entrent pas dans le cadre des �tudes raciales, strictement limit�es aux individus normaux. Entre 1,25 et 1,50 m, il s�agit de sujets tr�s petits, qualifi�s downloadModeText.vue.download 160 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>697</p><p>de pygm�es, que l�on rencontre dans quelques populations d�Afrique ou d�Oc�anie.</p><p>Dans tous les continents, il y a des peuples de grande et de petite taille.</p><p>En Europe, les statures �lev�es se localisent sur le littoral septentrional et au sud-ouest des Balkans, les basses statures autour de la M�diterran�e occidentale et dans les massifs montagneux de l�Europe centrale. L�Asie est dans l�ensemble le domaine des tailles moyennes, sauf en Chine du Nord, o� se manifeste une augmentation sensible, et dans l�Indochine, o� l�abaissement statural atteint son maximum chez les Veddas. En Am�rique, les petits dominent, les grands ne se rencontrant qu�exceptionnellement au nord, parmi les Indiens des plaines, au sud, chez les Patagons. En Oc�anie, les Polyn�siens et les Australiens ont une taille assez haute, les M�lan�siens et les Micron�siens sont moyens, les Indon�siens petits, et quelques populations des Philippines et de la Nouvelle-Guin�e tr�s petits (Pygm�es oc�aniens). L�Afrique enfin pr�sente une gamme tr�s vari�e de statures : zones de haute stature le long d�une bande qui va du S�n�gal au Kenya ; d�but de r�duction chez les Noirs de la for�t, puis chez les Bochimans, avec des minimums atteints par les N�grilles, ou Pygm�es africains.</p><p>Ce caract�re ne fournit donc pas de diff�renciation � l��chelle des groupes primordiaux, mais plut�t � l�int�rieur de ceux-ci. De plus, en dehors des variations li�es au type racial, on sait maintenant mieux qu�autrefois que de nombreux autres facteurs sont susceptibles de produire de profondes modifications de la stature : au cours de la vie individuelle (allongement durant</p><p>le repos nocturne, diminution avec l��ge) ; sous la d�pendance des conditions g�ographiques ou sociales (citadins plus grands que paysans, ouvriers plus petits qu�intellectuels) ; dans le temps (par exemple augmentation de la stature moyenne en Europe depuis la fin du si�cle dernier). Ces changements, malheureusement fort difficiles � interpr�ter, montrent que la stature n�a peut-�tre pas une valeur aussi grande qu�on le pensait nagu�re ; elle demeure n�anmoins un test diff�rentiel important, � la condition de se montrer tr�s prudent dans l��valuation des divergences raciales.</p><p>Les proportions relatives du buste et des membres pr�sentent aussi des diff�rences, mais, sauf exception, celles-ci paraissent de moindre envergure que celles de la taille. Disons donc simplement que les Noirs d�Afrique, Pygm�es except�s, ont un tronc court et des membres longs, que les Blancs poss�-</p><p>dent un buste et un membre inf�rieur moyens avec un membre sup�rieur</p><p>court, que les Jaunes se distinguent par un tronc long et des membres courts.</p><p>Dermatoglyphes</p><p>Le rev�tement cutan� de la face interne de la main, sur les doigts et les paumes, pr�sente des dessins curvilignes appel�s � dermatoglyphes �. Ces dessins varient avec le sexe, avec la main et aussi avec le type racial. C�est pourquoi les dermatoglyphes, caract�res morphologiques qui ne sont pas �tu-di�s depuis longtemps, ont pris ces derni�res ann�es une assez grande importance en anthropologie.</p><p>On groupe les dessins digitaux en arcs, boucles et tourbillons, pour ne citer que les principaux. Leur r�partition dans les grands groupes se sch�-</p><p>matise comme suit :</p><p>Les Blancs se distinguent donc des Noirs seulement par une l�g�re diff�-</p><p>rence du nombre des tourbillons, tandis que les Jaunes se s�parent franchement des deux autres groupes par une diminution des arcs et des boucles, jointe � une augmentation des tourbillons.</p><p>Les dermatoglyphes palmaires sont</p><p>moins connus que les dessins digitaux, quoiqu�on sache cependant que les principales lignes de la paume ont des trajets variables suivant les individus et suivant les types raciaux. Il semble l�gitime de penser que les conclusions des diverses �tudes en cours mettront en �vidence des variations plus ou moins importantes de ces caract�res.</p><p>Telles sont, parmi quelques autres de moindre int�r�t ou d�application plus restreinte, les principales donn�es qui ont servi de base � la connaissance de la variabilit� morphologique des groupes humains. Pourquoi veut-on aujourd�hui minimiser leur r�le au profit de celui de l�anthropologie physiologique ? D�une part, parce que bon nombre de caract�res morphologiques sont, comme nous l�avons vu, susceptibles de se modifier sous l�action de multiples facteurs d�ordre m�sologique ou culturel, et que de ce fait les variations paraissent d�licates � interpr�ter.</p><p>D�autre part, parce que, du point de vue g�n�tique, les caract�res morphologiques sont soumis � une h�r�dit� complexe, dirig�e par l�influence simultan�e de plusieurs g�nes ind�pendants, sur laquelle nous manquons encore actuellement d�hypoth�ses valables.</p><p>Anthropologie</p><p>physiologique</p><p>Le point de d�part de l�anthropologie physiologique a �t� la d�couverte des groupes sanguins li�e aux probl�mes m�dicaux pos�s par la transfusion sanguine. Les groupes ABO, caract�res d�une fixit� remarquable, ne variant ni avec l��ge, ni avec le sexe, ni vraisemblablement avec le milieu, pos-s�dant de surcro�t une h�r�dit� d�un m�canisme relativement simple, ont �t� consid�r�s imm�diatement comme particuli�rement aptes � pallier les difficult�s rencontr�es � propos des caract�res morphologiques.</p><p>Groupes sanguins</p><p>En 1919, le Polonais L. Hirszfeld constata pour la premi�re fois que, si les quatre groupes O, A, B, AB existaient dans toutes les races, leurs proportions respectives pr�sentaient des diff�rences notables d�une population</p><p>� une autre. Depuis, les investigations se sont multipli�es, et, malgr� des variations r�gionales parfois tr�s amples, on distingue en g�n�ral six types s�ro-ethniques : le type europ�en, d�fini par des pourcentages moyens de A et de O, avec un taux faible de B ; le type interm�diaire (Arabes, Russes, Turcs), ne diff�rant du pr�c�dent que par une �l�vation sensible de B ; le type asiatique (Chinois du Nord, Indiens, Mandchous, Tsiganes), caract�ris� par les plus forts taux de B dans le monde ; le type afro-insulaire (Noirs d�Afrique, Malgaches, Malais, Indochinois), avec des valeurs moyennes de A et de B ; le type am�rindien, d�termin� par une absence de B et des taux minimes de A ; le type australien, pauvre en B et assez riche en A. L��l�ment diff�rentiel repose essentiellement, on le voit, sur les variations de A et de B.</p><p>Par la suite, on d�couvrit de nombreux autres facteurs s�rologiques : sous-groupes A1 et A2, groupes Rh, MN, Kell, Duffy, Lewis, etc. Leur r�partition dans le monde n��tant que partiellement connue, nous n�en indi-querons que les grandes lignes. A2 tr�s �lev� en Europe, r�duit en Indon�sie et en Australie, dispara�t dans l�Asie orientale et chez les Am�rindiens. Rh n�gatif, quasi nul chez les Jaunes et les Australiens, s��l�ve l�g�rement en Afrique noire, pour atteindre des taux moyens chez les Blancs avec des variations plus ou moins sensibles. M n�a que de faibles fr�quences en Australie et en Nouvelle-Cal�donie, puis augmente progressivement dans l�Afrique sud-saharienne, l�Europe, l�Asie, pour culminer chez les Indiens d�Am�rique.</p><p>D�autres �l�ments du sang, tels les h�moglobines ou les dosages du glucose, du cholest�rol et du calcium, nous fourniront certainement, dans un proche avenir, de pr�cieux documents pour la diff�renciation des populations humaines. Leurs variations posent cependant trop de probl�mes d�interpr�tation aux sp�cialistes pour qu�on puisse d�cider actuellement de leur valeur anthropologique exacte.</p><p>M�tabolisme basal</p><p>Le m�tabolisme, ensemble des trans-</p><p>formations chimiques et �nerg�tiques � l�int�rieur de l�organisme, aboutit � la production d�une certaine quantit� de chaleur, qui se mesure par le m�tabolisme basai, c�est-�-dire celui d�un sujet � jeun, en �tat de repos musculaire et nerveux, � la temp�rature normale d��quilibre. Bien fixe chez un individu donn�, le m�tabolisme basai varie plus ou moins fortement suivant l��ge, le sexe (plus faible chez les vieillards et les femmes), ainsi que dans certaines maladies, notamment celles qui affectent la glande thyro�de.</p><p>Or, il appara�t qu�il pourrait subir aussi des modifications en rapport avec le type racial : comparativement aux Blancs, repr�sentant la valeur �talon, le m�tabolisme basai est relativement �lev� chez les Pygm�es d�Afrique, les Esquimaux et les Indiens d�Am�rique, tandis qu�il s�abaisse sensiblement chez de nombreux Asiatiques et les indig�nes d�Australie.</p><p>Reste � savoir si ces divergences, parfois grandes, d�pendent vraiment du facteur racial. On a invoqu� en effet downloadModeText.vue.download 161 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>698</p><p>d�autres causes : le r�gime alimentaire, qui, riche en protides, contribuerait � �lever le m�tabolisme, ou le climat, qui, chaud et humide, produirait au contraire un abaissement. Il se pourrait aussi que le fonctionnement diff�rentiel de certaines glandes suivant la race joue un r�le non n�gligeable : l�hypothyro�die, par exemple, provoque une r�duction tr�s marqu�e du m�tabolisme. Malheureusement, telle explication qui convient pour une population appara�t souvent contradictoire pour une autre, de sorte que, dans l��tat actuel de nos connaissances sur la physiologie des groupes raciaux, il s�av�re impossible de d�terminer avec certitude la part exacte qui revient � la race dans les variations du m�tabolisme basal.</p><p>R�gulation thermique et peau</p><p>Caract�re diff�rentiel de grande valeur au niveau morphologique par sa cou-</p><p>leur, la peau pr�sente �galement des diff�rences d�ordre physiologique, dont la plus importante se rattache � son r�le fondamental dans la r�gulation de la temp�rature interne du corps.</p><p>Les grains de m�lanine, r�partis dans les cellules profondes de l��piderme, poss�dent la propri�t� d�absorber les radiations ultraviolettes, ce qui explique pourquoi les Noirs sont moins sujets que les Blancs aux insolations.</p><p>Mais la couleur noire d�tient aussi la propri�t� d�absorber plus de chaleur que la couleur blanche. Apparemment, il y a donc un paradoxe dans le fait que ce soient les populations les plus fonc�es qui vivent sous les climats les plus chauds. Comme on ne constate que de minimes �carts raciaux dans la temp�rature interne normale des �tres humains, il faut qu�il y ait chez les Noirs un meilleur m�canisme r�gulateur que celui des Blancs. C�est pr�ci-s�ment ce qui a �t� observ� � l�aide de diverses exp�riences, morphologiques et physiologiques, qui ont montr� par exemple que, dans l�effort physique, la chaleur produite par l�organisme s��limine mieux chez le Noir que chez le Blanc, cela parce que le premier poss�de par rapport au second un nombre sup�rieur de glandes sudoripares, qui sont par ailleurs plus richement vascularis�es et produisent une sueur plus abondante. Dans cette lutte contre r�-</p><p>chauffement, le Noir est encore aid� plus que le Blanc par une acc�l�ration de son rythme respiratoire et par le r�-</p><p>seau tr�s serr� des capillaires sanguins de sa peau.</p><p>Syst�me nerveux</p><p>La manifestation de diff�rences raciales dans la sensibilit� nerveuse et le psychisme semble incontestable, bien que difficile � mettre en �vidence avec exactitude. Des recherches sur le r�-</p><p>flexe oculo-cardiaque et sur celui de la contraction ou de la dilatation de l�iris de l�oeil ont montr� que les r�actions des Blancs, des Jaunes et des Noirs n��taient pas les m�mes : des injections d�atropine ralentissent le rythme cardiaque des Jaunes et des Noirs plus que celui des Blancs ; sous l�action de l�atropine instill�e dans les yeux, l�iris des Blancs se dilate trois fois plus que celui des Jaunes et six fois plus que</p><p>celui des Noirs. Les vitesses de r�action aux excitations auditives, visuelles ou �lectriques viennent confirmer ces diff�rences dans le tonus nerveux : les Blancs sont toujours plus rapides que les Jaunes et les Noirs.</p><p>Malheureusement, les exp�riences de ce genre sont rares et ont �t� souvent faites sur un tr�s petit nombre de cas, dans des conditions qui ne sont pas toujours identiques ; les r�sultats des comparaisons en sont fauss�s d�autant, et il semble pr�matur� d�en tirer des conclusions d�finitives sous l�angle racial. Il en va de m�me pour l��tude compar�e du psychisme, qui ne nous est gu�re accessible que par l�emploi de tests d�intelligence, imagin�s par des Blancs, et dont l�application � des populations de culture et de genre de vie compl�tement oppos�s pose des probl�mes � peu pr�s insolubles et risque fort de donner des r�sultats en-ti�rement faux.</p><p>Organes des sens</p><p>La vision, la sensibilit� � la douleur, les sens tactiles, l�audition, l�odorat et le go�t accusent �galement des diff�-</p><p>rences manifestes de fonctionnement.</p><p>La meilleure acuit� visuelle des Noirs vis-�-vis des Blancs, avec comportement interm�diaire du mul�tre, para�t s�expliquer, du moins partiellement, par une transparence accrue de la corn�e, du cristallin et de l�humeur vitr�e chez le Noir, ainsi que par la plus forte pigmentation de l�oeil, qui annule la production sur la r�tine des ph�nom�nes d�irradiation irr�guli�re.</p><p>On constate aussi des in�galit�s dans les perceptions de la couleur : certains Papous isolent mal le bleu du vert, du violet ou des autres couleurs peu lumineuses ; les Vietnamiens n�ont qu�un m�me mot pour d�signer les diverses teintes du bleu et du vert. En r�sum�, les vocabulaires primitifs, comme d�ailleurs les vieux textes des Veda ou de l�Ancien Testament, ne disposent de mots particuliers que pour le noir, le blanc et le rouge ; le jaune, le vert et le bleu n�apparaissant que secondairement, et dans l�ordre ci-dessus.</p><p>De nombreuses observations concor-</p><p>dantes en m�decine et en chirurgie sugg�rent l�id�e que les populations blanches ont une sensibilit� � la douleur plus forte que celle des Noirs ou des Jaunes. Plusieurs exp�riences par des tests de douleur (compression du nerf facial dans la r�gion masto�dienne ou intensit� de la r�action � une pression d�termin�e) confirment ce fait.</p><p>Qu�il soit partiellement d� � la race semble vraisemblable, mais il est ind�-</p><p>niable qu�il faille aussi tenir compte du genre de vie et de plusieurs facteurs culturels : on s�endurcit � la douleur par accoutumance, et il existe bien des civilisations archa�ques dans lesquelles l�ext�riorisation de la douleur �quivaut pour l�individu qui s�y laisse aller de fa�on perceptible par les autres � une v�ritable exclusion de la communaut�.</p><p>Le toucher, l�odorat, l�audition et le go�t ne d�tiennent certainement pas la m�me acuit� dans toutes les populations, mais nous ne poss�dons que des renseignements superficiels sur leurs possibles variations. Des quelques rares observations paraissant assez s�rieuses, on peut n�anmoins supposer que, si la sensibilit� tactile et l�odorat sont plus faibles chez les Blancs que chez les peuples de couleur, en revanche les premiers ont un sens auditif plus fin que les seconds. Quant au go�t, les exp�riences � la ph�nylthiocarbamide (substance pouvant �tre per�ue comme tr�s d�sagr�able par certains ou comme insipide par d�autres) montrent que les proportions de go�teurs et de non-go�teurs varient suivant les races : les Mongoliques, par exemple, ont un taux de go�teurs sup�rieur � celui des Blancs.</p><p>Toutefois, l� encore, sauf peut-�tre pour le test � la ph�nylthiocarbamide, il s�av�re difficile � pour ne pas dire impossible � de savoir dans quelle mesure ces ph�nom�nes ne sont pas influenc�s plus par l�entra�nement cons�cutif au genre de vie que par un facteur racial.</p><p>Glandes � s�cr�tion interne</p><p>Les principales glandes endocrines (hypophyse, thyro�de, parathyro�de, �lots de Langerhans du pancr�as, capsules surr�nales, glandes g�nitales) commandent la plupart des m�canismes</p><p>physiologiques de l�organisme humain.</p><p>Leur action sur les ph�nom�nes de croissance comme sur ceux qui dirigent la morphogen�se a induit � penser que ces glandes jouaient un r�le de premier plan dans la diff�renciation des types humains. D�o� l�hypoth�se d�Arthur Keith (1866-1955), suivant laquelle les particularit�s propres � chaque grand groupe racial d�pendraient de la d�ficience ou de la pr�pond�rance, dans l��quilibre physiologique g�n�ral, d�une glande endocrine d�termin�e.</p><p>Les mongolo�des seraient des hypothyro�diens, une partie des Blancs des hyperpituitaires, les Noirs d�Afrique et les Australo-M�lan�siens � la fois des hyposurr�naux et des hyperpituitaires.</p><p>Th�orie s�duisante assur�ment, mais qui s�inspire de donn�es pathologiques ou de r�sultats provoqu�s par l�ablation ou la greffe de tel ou tel organe glandulaire. Peut-on l�appliquer � l�Homme normal ? Du point de vue pathologique, � l��poque de Keith, o� l�anomalie chromosomique de ceux qu�on appelle des � mongoliens � n�avait pas encore �t� d�tect�e, on insistait beaucoup sur le fait que ces malades �taient des hypothyro�diens, chez lesquels la dysfonction glandulaire avait produit, entre autres sympt�mes, une modification morphologique du faci�s : les Blancs qui �taient atteints de cette maladie pr�sentaient, en effet, une certaine ressemblance avec les Mongols, d�o� le nom de � mongoliens �.</p><p>Cela rejoint l�interpr�tation de Keith consid�rant les Jaunes typiques, ou Mongols, comme des hypothyro�diens normaux. Bien que rares encore, des recherches ont effectivement abouti � reconna�tre sur la thyro�de des mongolo�des quelques caract�res en faveur de cette hypoth�se : faible d�veloppement anatomique de la glande, structure histologique embryonnaire, grande richesse en iode, indiquant une activit� fonctionnelle r�duite. D�autres indices d�insuffisance thyro�dienne existent encore chez les Jaunes : faible m�tabolisme basai, lenteur des r�actions, fr�-</p><p>quence du myxoed�me hypothyro�dien et raret� de l�hyperthyro�disme.</p><p>Le mauvais fonctionnement des sur-r�nales se traduit, chez des sujets blancs atteints de la maladie bronz�e dite</p><p>� d�Addison �, par une hyperpigmen-</p><p>tation, ce qui fait penser que les Noirs devaient �tre des hyposurr�naliens constitutionnels. On a trouv� certains indices favorables � cette hypoth�se : anatomiquement, la corticosurr�nale des Noirs est moins d�velopp�e que celle des Blancs ; des recherches sur l��quilibre biochimique du plasma sanguin permettent de conclure que, sans downloadModeText.vue.download 162 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>699</p><p>parler vraiment d�insuffisance, l�activit� des surr�nales est moindre chez les Noirs que chez les Blancs.</p><p>Bien qu�on ne sache presque rien sur les autres glandes endocrines, les faits rapport�s ci-dessus suffisent � sugg�-</p><p>rer que l�endocrinologie compar�e des types raciaux constitue un domaine particuli�rement riche, dont l�exploitation syst�matique devrait aboutir � des d�couvertes du plus haut int�r�t.</p><p>Appareils circulatoire et</p><p>respiratoire</p><p>Nous n�avons actuellement que tr�s peu de renseignements sur le fonctionnement de ces appareils en rapport avec la race. La capacit� vitale des Blancs semble nettement sup�rieure � celle des Jaunes ou des Noirs. Le rythme normal de la respiration, la fr�quence du pouls et la pression art�rielle ont de grandes chances de varier d�un groupe � l�autre, mais les observations sont trop rares, et les modifications de ces m�canismes d�une interpr�tation trop complexe, pour que l�on puisse isoler une influence certaine du facteur racial.</p><p>Syst�me musculaire</p><p>Le syst�me musculaire de la face, du tronc et des membres pr�sente d�incontestables diff�rences anatomiques, non seulement dans le d�veloppement et la forme des muscles, mais aussi quant � la pr�sence ou l�absence de certains d�entre eux. Il y a de plus des variations de la structure des articulations et de la laxit� des ligaments. Ces divergences se r�percutent in�vitablement sur la dynamique musculaire.</p><p>C�est ainsi que les M�lanodermes s�accroupissent par une flexion ex-tr�me du genou et du pied, la plante de ce dernier restant sur le sol ; les Blancs, pour prendre la m�me position, sont oblig�s de se mettre sur l�extr�mit� des orteils. Autre exemple : la position de repos adopt�e par les Noirs nilotiques, une jambe repli�e avec le pied pos� sur la cuisse de l�autre membre, est absolument incompatible avec la musculature du Blanc. En revanche, la pr�-</p><p>hensilit� du pied, qui permet � nombre d�Extr�me-Orientaux d�effectuer avec leurs pieds ce qu�on fait habituellement avec les mains (tirer � l�arc, lancer un javelot, �crire, ramer, etc.), ne rel�ve vraisemblablement pas d�une diff�-</p><p>rence raciale, mais plut�t d�une adresse acquise par l�entra�nement. Quant aux in�galit�s de la force musculaire, elles se r�v�lent d�licates � comparer en raison de nombreuses variations individuelles. Seuls certains Jaunes (Japonais, Indon�siens, quelques Am�rindiens) paraissent n�avoir qu�une force musculaire assez faible ; les Noirs et les Blancs sont de force � peu pr�s comparable, les uns ne l�emportant sur les autres qu�en fonction de l�effort demand�.</p><p>Pathologie raciale</p><p>La pathologie compar�e des races constitue un vaste domaine. Les difficult�s de comparaison et d�interpr�tation, d�j� largement rencontr�es pour les m�canismes physiologiques normaux, sont ici infiniment plus nombreuses et plus complexes.</p><p>Cependant, l��tude des causes de la mortalit� dans les grands groupes raciaux a apport� plusieurs notions int�-</p><p>ressantes. On a surtout mis en parall�le des Blancs et des Noirs, d�apr�s les statistiques d�un des plus importants h�pitaux des �tats-Unis. Il en ressort avec �vidence que les maladies des appareils respiratoire et circulatoire provoquent beaucoup plus de mortalit� chez les Noirs que chez les Blancs. Les documents rassembl�s sur la tuberculose apportent incontestablement la preuve de la particuli�re vuln�rabilit� des M�-</p><p>lanodermes � cette maladie : �preuves</p><p>de tuberculine, analyse des expectora-tions, r�actions aux traitements, comportement interm�diaire des mul�tres sont autant de tests qui aboutissent � des r�sultats concordants et mettent en avant l�action du facteur racial dans la pathologie pulmonaire. Parmi les affections circulatoires, citons l�an�mie � cellules falciformes, qui sugg�re aussi une influence de la race : pratiquement absente chez les Blancs, elle se montre extr�mement fr�quente chez les Noirs.</p><p>� l�oppos�, l�h�mophilie, si courante chez les Blancs, est tr�s rare chez les Noirs.</p><p>On pourrait multiplier les exemples sur ce sujet : localisations pr�f�rentielles des cancers suivant la race, fr�quences variables du rachitisme et de nombreuses maladies infectieuses ou parasitaires. Que l�anthropologie puisse aujourd�hui trouver dans la pathologie compar�e une orientation nouvelle pour ses propres probl�mes semble certain, mais le point le plus d�licat demeure toujours de d�terminer ce qui, dans les maladies, d�pend de particularit�s constitutionnelles et ce qui est command� par des conditions de milieu g�ographique ou d�ethnie.</p><p>De cette rapide r�capitulation des �l�ments sur lesquels repose l�anthropologie physiologique, on con�oit que cette derni�re puisse enrichir la connaissance des groupes humains par un apport extr�mement f�cond de donn�es nouvelles. Doit-on pour autant mettre au rebut l�anthropologie morphologique ? C�est incontestablement la tendance actuelle, et il para�t significatif que la nouvelle g�n�ration d�anthropologistes veuille, dans cette intention, substituer le terme d�anthro-pobiologie � celui d�anthropologie physique. Une telle attitude, dans ce qu�elle a d�intransigeant, semble dangereuse.</p><p>D�une part, il ne faut pas oublier que toute une partie de l�anthropologie, celle qui concerne les Hommes fossiles, n�est accessible que par l��tude morphologique des squelettes ; d�autre part, il serait enti�rement arbitraire de s�parer, dans l��tude des Hommes actuels, la forme de la fonction, car l�une et l�autre ne repr�sentent jamais que deux aspects indissolublement li�s de tout organisme vivant. Le v�ritable</p><p>probl�me anthropologique ne r�side pas dans une pr�tendue supr�matie du physiologique sur le morphologique ou vice versa, mais repose essentiellement sur l�imp�rieuse obligation de mieux saisir le dynamisme interne de l��volution des groupes humains, en recherchant � la fois le comment et le pourquoi de la variabilit� biologique. Dans cette perspective, les deux principales sections de l�anthropologie physique doivent se compl�ter sans s�opposer, et accepter, avec discernement, ce que peuvent leur apporter les autres sciences de l�Homme, g�n�tique, d�-</p><p>mographie, ethnologie, biom�trie, etc.</p><p>L�isolement, n�cessaire � une certaine downloadModeText.vue.download 163 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>700</p><p>�poque de leur histoire, ne se con�oit plus aujourd�hui, dans la mesure o� il bloque tout essai d�analyse en profondeur des ph�nom�nes humains.</p><p>P. M.</p><p>&#x25B6; Race.</p><p>B M. F. Ashley-Montagu, An Introduction to Physical Anthropology (Springfield, Illinois, 1945 ; 3e �d., 1960). / J. Millot, Biologie des races humaines (A. Colin, 1952). / R. Martin et K. Saller, Lehrbuch der Anthropologie in syste-matischer Darstellung (Stuttgart, 1956-1964 ; 3 vol.). / J. Comas Camps, Manual de antro-pologia fisica (Mexico, 1957 ; 2e �d., 1966). /</p><p>A. E. Mourant et coll., The ABO Blood Groups (Comprehensive Tables and Maps of World Distribution) [Oxford, 1958]. / L. C. Dunn, Heredity and Evolution in Human Populations (Cambridge, Mass., 1959 ; 2e �d., 1967). / G. W. Lasker et coll., The Process of Ongoing Human Evolution (D�troit, 1960). / G. Olivier, Pratique anthropologique (Vigot, 1960) ; Anatomie anthropologique (Vigot, 1965). / E. Schreider, la Biom�trie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1960 ; 2e �d., 1967) ; la Biologie humaine (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964 ; 2e �d., 1967). /</p><p>P. Marquer, Morphologie des races humaines (A. Colin, 1967). / H. V. Vallois, � Anthropologie physique � in Ethnologie (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1968). / M. C. Chamla, l�Anthropologie biologique (P. U. F., � Que sais-je ? �, 1971).</p><p>anthropologie</p><p>politique</p><p>Partie de l�anthropologie qui �tudie les institutions et le fonctionnement du pouvoir politique dans les soci�t�s.</p><p>Les pr�occupations de la recherche anthropologique dans le domaine</p><p>politique datent de l�origine m�me de l�anthropologie. Elles s�inscrivaient dans ce projet ambitieux qui �tait de conna�tre l�homme � travers ses actes communs dans toutes les soci�t�s.</p><p>L�analyse de chaque forme politique particuli�re, de l�action politique et de son institutionnalisation contribuaient � fixer les propri�t�s communes aux organisations politiques de l�homme et les lois de leur fonctionnement. Ce n�est que beaucoup plus r�cemment, � la suite de l�accumulation consid�rable de travaux sur les syst�mes politiques, que s�est impos�e la n�cessit� de syst�matisation et de d�limitation d�un domaine d��tude autonome au sein de l�anthropologie sociale : l�anthropologie politique.</p><p>Essai de d�finition</p><p>L�anthropologie politique a pour objet l�analyse th�orique compar�e des diff�rents syst�mes politiques r�els et possibles. Elle cherche � �laborer une th�orie g�n�rale des diverses formes sociales de l�activit� politique, avec l�ambition de parvenir � des lois th�oriques g�n�rales. Ce sont les recherches sur le terrain, et notamment en Afrique noire, qui l�ont fait progresser depuis une quinzaine d�ann�es, lors des processus de d�colonisation et de n�o-co-lonialisme. Le regain des recherches en anthropologie politique est parall�le au d�veloppement en anthropologie du courant dit � dynamiste �. La critique de l�anthropologie traditionnelle faite par Edmund R. Leach fait appara�tre la n�cessit� de � r�habiliter � les faits tels que le changement. D�autre part, ce n�est pas non plus un hasard si dans la construction de l�anthropologie dynamique Georges Balandier et d�autres africanistes choisissent pour objet de d�monstration le domaine du politique, qui refl�te dans toutes les soci�t�s leur stabilit� ou leur d�s�quilibre. L��cole marxiste contribue � cette tendance</p><p>g�n�rale, et y prend d�ailleurs un nouveau souffle.</p><p>Les origines de</p><p>l�anthropologie politique</p><p>Ses origines remontent entre autres � Aristote (Trait� du gouvernement), chez lequel se trouvent l��tude des lois du changement politique et la recherche des raisons de la disparition des �tats. H. Becker et H. E. Barnes (Social Thought from Lore to Science, 1961) citent la th�orie de l��tat-Cit� de Platon, et remarquent aussi l�influence qu�a exerc�e Strabon sur des politi-cologues comme L. Gumplowicz et</p><p>F. Oppenheimer, en avan�ant le premier la th�se qui attribue le r�le stimulant dans le d�veloppement de l��tat aux conqu�tes de classe des peuples nomades et � leurs victoires sur les peuples s�dentaires. Les savants de l�Antiquit� s�interrogent-surtout sur l�origine de l��tat. Ils emploient sans distinction des notions telles que so-ci�t�, �tat, gouvernement, parce que leur p�le de r�f�rence est la � cit� antique �. Pratiquement, jusqu�� saint Thomas d�Aquin et surtout jusqu�� Machiavel, on ne conna�t pas de</p><p>� th�oriciens � allant au-del� de cette conception. C�est peut-�tre J. Bodin*</p><p>(1530-1596) qui admet le premier que la caract�ristique fondamentale n�est pas la d�limitation de l��tendue de l��tat, mais l�existence d�une organisation souveraine. Cette th�se lui permet d�introduire la distinction entre soci�t�, �tat et gouvernement.</p><p>C�est parmi les philosophes du</p><p>XVIIIe s. que se trouvent les initiateurs de la d�marche anthropologique. Montesquieu* d�finit les soci�t�s selon leurs modes de gouvernement et en dresse une classification selon des crit�res politiques ; il �tablit la notion du � despotisme oriental �. J.-J. Rousseau* renforce la n�cessit� du relati-visme dans l��tude du politique, et peut �tre consid�r� comme un des fondateurs du courant � dynamiste � et</p><p>� dialecticiste �, puisqu�il reconna�t � la fois la sp�cificit� et le d�s�quilibre de tout syst�me social, le jeu contradictoire entre la � force des choses � et la � force des l�gislations �. L�entreprise scientifique de Marx et d�Engels</p><p>contient les �l�ments de d�part pour la constitution de l�anthropologie �conomique et de l�anthropologie politique (la mise en �vidence d�un � mode de production asiatique � et du � despotisme oriental � dans ses manifestations historiques) [v. marxisme]. Dans leur probl�matique anthropologique, Marx et Engels s�efforcent de suivre le processus de dissolution des communaut�s primitives, d�bouchant sur la formation des classes sociales et de l��tat.</p><p>Parmi les premiers anthropologues les plus remarquables, il faut citer sir Henry Maine (Ancient Law, 1861), auteur d�une �tude comparative des institutions indo-europ�ennes, et L. Morgan* (Ancient Society, 1877).</p><p>C�est encore implicitement que ceux-ci construisent la probl�matique de l�anthropologie politique. Ils introduisent la distinction entre les soci�-</p><p>t�s politiques (� gouvernement) et les soci�t�s non politiques. L�h�ritage de cette fausse probl�matique entravera s�rieusement le progr�s de la d�marche anthropologique dans le domaine</p><p>politique.</p><p>Vers 1920, la vieille probl�ma-</p><p>tique de l��tat et de son origine est renouvel�e par l�apport de mat�riaux neufs r�sultant de la recherche ethnographique. W. C. Macleod et surtout Robert Harry Lowie, dans The Origin of the State (1927), posent le probl�me du r�le respectif des facteurs internes (diff�renciation) et externes (le r�le des conqu�tes dans la formation de l��tat). Le m�me probl�me est repos� par sir James G. Frazer. Franz Boas et R. H. Lowie (Primitive Society, 1920) tentent une syst�matisation. �</p><p>partir des ann�es trente, on peut parler d�une v�ritable r�volution en anthropologie politique. On s�aper�oit que les r�sultats des recherches sur les soci�t�s segmentaires, sur les liens de parent�, sur la magie ou la religion ont un rapport �troit avec le politique : ce que montrent notamment deux ouvrages fondamentaux, The Nuer (1940),</p><p>d�E. E. Evans-Pritchard, qui contient une �tude d�une soci�t� apparemment sans gouvernement et une d�monstration de l�existence du politique, exprim�e par l�� anarchie ordonn�e �, et l�ouvrage collectif de M. Fortes et</p><p>E. E. Evans-Pritchard, African Political Systems (1940). Depuis, les travaux se sont consid�rablement multipli�s (Fortes, J. Middleton et D. Tait, G. Balandier, S. F. Nadel, etc.).</p><p>La probl�matique</p><p>Gr�ce aux th�ories actuelles, qui con�oivent les soci�t�s dans une perspective historique, la probl�matique de l�anthropologie politique s�inscrit dans une entreprise critique, que repr�-</p><p>sentent notamment E. R. Leach (v.</p><p>anthropologie) et Georges Balandier (Anthropologie politique, 1967). Apr�s avoir critiqu� l�h�ritage de l�anthropologie classique, la vieille d�finition de son objet se trouvait remise en question. Pour G. Balandier, le probl�me se r�duisait, au d�part, � la question suivante : comment identifier et qualifier le politique ? Toutes les typologies que veulent donner les plus ambitieux des anthropologues exigent avant tout � le rep�rage et la d�limitation du champ politique �. Dans l�histoire de l�anthropologie politique domine un affrontement constant entre les positions maxi-malistes et minimalistes. La premi�re tendance proc�de par l�assimilation de l�unit� politique � la soci�t� globale. La deuxi�me tendance n�a pas de point de vue d�finitivement tranch� : � Elle ne constate le plus souvent que le manque d�institutions politiques comparables � celles qui r�gissent l��tat moderne. � �</p><p>cette querelle fond�e sur un crit�re eth-nocentrique proposant des typologies dualistes tr�s simplifi�es (soci�t�s tribales / soci�t�s � gouvernement stable et explicite) se substituent des tentatives de red�finition du domaine politique au moyen de nouveaux crit�res.</p><p>Par exemple, on recherche le fait politique l� o� l�on semble situer la limite entre l�implicite et l�explicite : les so-ci�t�s segmentaires (M. G. Smith, � On Segmentary Lineage Systems �, dans Journal of the Royal Anthropology Institute, 1956). Pour dissiper l�ambigu�t� du mot � politique �, G. Balandier propose de se tenir � la distinction suivante : a) les modes d�organisation du gouvernement des soci�t�s humaines ; b) les types d�action qui concourent � la direction des affaires publiques ; c) les strat�gies r�sultant de la comp�-</p><p>tition des individus ; d) la connaissance politique : les moyens d�interpr�tation</p><p>et de justification dans la vie politique.</p><p>Quels sont les crit�res le plus souvent downloadModeText.vue.download 164 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>701</p><p>employ�s dans le rep�rage du politique ? Le crit�re territorial permet de saisir le domaine politique en tant que syst�me d�organisation inscrit dans une unit� politique spatiale (L. Morgan, M. Weber, etc.). Les crit�res fonctionnels permettent de d�finir le politique par les fonctions qu�il accomplit (la coop�ration interne, la d�fense de la soci�t� contre les attaques de l�ext�-</p><p>rieur). Enfin, la d�marche structuraliste nous a appris que, par exemple dans une soci�t� unifi�e, on rencontre le plus souvent une subordination des structures, et la pr�pond�rance de l�une sur les autres. La cons�quence de ce raisonnement est, dans la pens�e anthropologique, la projection d�un ordre formel sur une r�alit� qui est sa mati�re d�op�ration. G. Balandier en donne la formulation suivante : � Quels sont les � circuits � qui expliquent que certains hommes puissent en commander d�autres ? Comment s��tablit la relation de commandement et d�ob�issance ? Les soci�t�s non �tatiques sont celles o� le pouvoir est canalis� dans les circuits pr�politiques � ceux que cr�ent la parent�, la religion et l��conomie. Les soci�t�s � �tat sont celles qui disposent des circuits sp�cialis�s. �</p><p>Et le fait que l�apparition de ces derniers ne provoque pas automatiquement la disparition des circuits pr�existants permet de supposer que la structure de parent�, les circuits pr�existants de l��change, la religion, la sorcellerie peuvent servir de base de construction � de nouveaux rapports sociaux dans une soci�t� en transition, et qu�en particulier la structure de parent� peut modeler l��tat traditionnel. L�anthropologie politique �tudie ce processus d�apparition de nouveaux circuits.</p><p>Elle a permis un d�centrement, car elle a �tendu sa r�flexion � jusqu�aux bandes pygm�es et am�rindiennes � pouvoir minimal � (G. Balandier).</p><p>Ainsi elle a bris� � la fascination que</p><p>l��tat a longtemps exerc�e sur les th�oriciens politistes � (id.). Son rapport avec l�anthropologie g�n�rale contient �galement un autre �l�ment positif : sa capacit� critique permet de v�rifier constamment les g�n�ralisations th�oriques concernant les soci�t�s primitives. Ainsi elle est parvenue d�j� � remettre en cause l�image m�canique des syst�mes �quilibr�s, parce qu�une �tude des aspects politiques l�a amen�e � voir les soci�t�s dans leurs actes, au-del� des apparences et des th�ories qu�elle induit. L��tude du cas des Kachins de Birmanie, faite par E. Leach, a d�montr� l�efficacit� d�une m�thode anthropologique capable d�op�rer sur une r�alit� essentiellement dynamique.</p><p>L�anthropologie politique contribue au renouvellement du d�bat concernant le rapport des soci�t�s traditionnelles � l�histoire. Elle renouvelle aussi la mani�re de consid�rer les syst�mes d�id�ologies par lesquels les soci�t�s traditionnelles s�expliquent et se justifient. Ainsi le mythe doit �tre analys� sous l�angle de son rapport au pouvoir : il est de plus en plus �vident qu�il contribue � ressouder la soci�t� autour d�un pouvoir existant. E. Leach souligne une signification g�n�rale politique du mythe : sa fonction d�int�-</p><p>grer les contradictions que l�homme doit affronter. G. Balandier voit dans la sorcellerie la mati�re strat�gique de l��tablissement d�une �chelle hi�rarchique. Pour lui, les progr�s ult�rieurs de l�anthropologie politique sont fond�s sur une certitude : � Les soci�-</p><p>t�s humaines produisent toutes une politique et sont toutes perm�ables au fluide historique. �</p><p>G. M.</p><p>&#x25B6; Anthropologie.</p><p>anthropom�trie</p><p>F CRIMINALISTIQUE ET POLICE.</p><p>Antibes</p><p>F ALPES-MARITIMES.</p><p>antibiotiques</p><p>Substances chimiques, produites par un micro-organisme, susceptibles d��tre</p><p>reproduites par synth�se et qui ont le pouvoir d�inhiber et m�me de d�truire certaines Bact�ries ou autres micro-organismes en solutions dilu�es (Janot).</p><p>Cette d�finition exclut les corps fournis par la pharmacie chimique (sulfamides, P. A. S., I. N. H.). L�action des antibiotiques peut, en outre, se manifester sur certains virus et sur certaines cellules canc�reuses.</p><p>Historique</p><p>Dans la lutte anti-infectieuse ont �t� utilis�s d�abord des antiseptiques � action s�lective, tels les sels de mercure ou les arsenicaux dans la syphilis. En 1935, Gerhard Domagk met en �vidence les propri�t�s antibact�riennes d�un colorant (sulfamidochryso�dine), premier de la s�rie des sulfamides*, mais il ne s�agit, l� encore, que de chimioth�rapie. En 1874 avait d�j� �t� remarqu�e l�inhibition du bacille du charbon par le bacille pyocyanique (la vie emp�che la vie), et, en 1889, P. J. Vuillemin avait cr�� le terme d�antibiose.</p><p>En 1928, Alexander Fleming re-</p><p>marque que Penicillium notatum em-p�che la croissance du staphylocoque.</p><p>Il faudra attendre 1940 pour que soit isol�e, puis utilis�e, la p�nicilline*.</p><p>Depuis, de nombreux antibiotiques nouveaux ont �t� isol�s ou obtenus par synth�se. Seuls quelques-uns d�entre eux peuvent �tre utilis�s en m�decine, car ils doivent �tre actifs in vivo � des doses �loign�es de la dose toxique.</p><p>Spectre</p><p>des antibiotiques</p><p>� la diff�rence des antiseptiques*, les antibiotiques ont une action sp�cifique.</p><p>Ils ne peuvent agir que sur des esp�ces, des genres ou des familles d�termin�s de Bact�ries. Cet �ventail d�action est appel� spectre de l�antibiotique.</p><p>Ce spectre est dit � �troit � lorsque le nombre d�esp�ces est tr�s r�duit,</p><p>� large � dans le cas inverse.</p><p>Action</p><p>des antibiotiques</p><p>M�canisme d�action</p><p>Les antibiotiques agissent au niveau</p><p>d�un ou de plusieurs sites bact�riens.</p><p>Ils peuvent intervenir en bloquant la synth�se de la paroi (p�nicilline). Certains agissent sur la g�n�tique bact�-</p><p>rienne en emp�chant la synth�se de l�acide d�soxyribonucl�ique. Le chloramph�nicol et les macrolides (v. plus loin) agissent sur la synth�se des prot�ines au niveau du ribosome. Les antibiotiques polypeptidiques agissent au niveau de la membrane cytoplasmique.</p><p>L�action de l�antibiotique se produit par fixation sur une mol�cule, dont il g�ne le fonctionnement. Dans d�autres cas, l�antibiotique a une structure analogue � celle d�un �l�ment essentiel de la Bact�rie. Il prend la place de cet �l�-</p><p>ment, inhibant le m�tabolisme de l�ensemble (m�canisme d�action analogue � celui des sulfamides).</p><p>Degr� de l�action</p><p>L�antibiotique agit sur les Bact�ries de mani�re plus ou moins importante ; lorsqu�il inhibe la multiplication des germes sans les tuer, on dit qu�il y a bact�riostase. Cette action est habituellement suffisante. Les d�fenses de l�organisme assurent la destruction des Bact�ries, dont la multiplication est contenue par une concentration bact�riostatique de l�antibiotique. Dans d�autres cas, les Bact�ries sont tu�es par le contact avec la drogue : il y a bact�ricidie. Cet effet d�pend de la concentration de l�antibiotique et du temps de contact avec les Bact�ries.</p><p>S�il existe des antibiotiques bact�ricides et des antibiotiques bact�riostatiques, la plupart sont bact�ricides aux fortes concentrations.</p><p>R�sistance des Bact�ries</p><p>aux antibiotiques</p><p>Tr�s rapidement, on s�est aper�u que certains germes r�sistaient aux antibiotiques ; quelques-uns, comme les staphylocoques, sont devenus tr�s r�-</p><p>sistants, surtout en milieu hospitalier.</p><p>Les ent�robact�ries, le pyocyanique connaissent cette m�me �volution et sont plus souvent � l�origine d�infections s�v�res. Par contre, d�autres Bact�ries, comme le streptocoque, n�ont gu�re vu se modifier leur sensibilit� aux antibiotiques.</p><p>Le m�canisme d�apparition de la r�sistance est complexe. L�antibiotique n�induit pas la r�sistance. Il ne fait que s�lectionner les germes r�sistants, qui, seuls, cultivent en sa pr�sence. Le m�-</p><p>canisme de la r�sistance est double : biochimique ou g�n�tique.</p><p>1. M�canisme biochimique. Certains germes acqui�rent une tol�rance vis-�-</p><p>vis des antibiotiques. D�autres r�sistent gr�ce � un �quipement enzymatique, qui d�truit l�antibiotique : la p�nicil-linase du staphylocoque en est un exemple important.</p><p>2. M�canisme g�n�tique. Les mutations chromosomiques sont rares, stables, spontan�es, ind�pendantes de l�antibiotique, h�r�ditaires. Une telle r�sistance � un antibiotique d�une famille s�accompagne souvent de r�sistance vis-�-vis des autres antibiotiques de cette famille : c�est la r�sistance crois�e.</p><p>La possibilit� de passage, d�une Bact�rie � l�autre, d�un facteur extra-chromosomique porteur d�un ou de plusieurs caract�res de r�sistance est seule capable d�expliquer l�apparition d�une r�sistance simultan�e � plusieurs antibiotiques. Ce transfert de r�sistance peut se faire directement de Bact�rie � Bact�rie. Plus souvent, il a lieu par l�interm�diaire d�un bact�riophage (virus parasitant la Bact�rie).</p><p>C�est un ph�nom�ne v�ritablement infectieux, survenant entre populations bact�riennes en l�absence d�antibio-downloadModeText.vue.download 165 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>702</p><p>tiques. Environ 90 p. 100 des souches r�sistantes rel�vent de ce m�canisme extra-chromosomique.</p><p>Au cours d�un traitement antibiotique, des souches r�sistantes peuvent �tre s�lectionn�es (modifications de la flore intestinale). Par contre, au cours d�une infection donn�e, la s�lection d�un mutant est rare. L��chec d�un traitement bien conduit peut s�expliquer par l�existence de survivants : germes qui �chappent statistiquement au trai-</p><p>tement. Il existe �galement des germes demeurant indiff�rents � l�antibiotique.</p><p>Des Bact�ries, alt�r�es, modifi�es, insensibles, peuvent retrouver une activit� � l�arr�t du traitement. Ces germes persistants sont une des causes d��chec des antibiotiques.</p><p>�tude pratique de</p><p>l�action des antibiotiques</p><p>L�antibiogramme est un moyen d�ap-pr�ciation de la sensibilit� des germes aux antibiotiques. Il n�est pas n�cessaire dans tous les cas d�infection, surtout lorsque cette sensibilit� est connue ; il est indispensable lorsque l�infection est s�v�re. Pour le r�aliser, on utilise des disques de papier impr�-</p><p>gn�s d�une quantit� connue d�antibiotiques, que l�on place sur la culture du germe. Autour de ces disques, on observe des zones d�inhibition dont le diam�tre est d�autant plus grand que la souche est plus sensible � l�antibiotique. Une souche est sensible lorsqu�elle est inhib�e par un traitement � doses habituelles. Une souche r�sistante ne sera probablement pas atteinte par de telles doses. Une souche interm�diaire peut �tre atteinte si l�on augmente les doses. La connaissance du diam�tre d�inhibition permet, gr�ce � des courbes de concordance, de classer les germes en germes sensibles, germes r�sistants et germes interm�-</p><p>diaires. Ce proc�d� permet de choisir un antibiotique.</p><p>Il faut tenir compte �galement du si�ge de l�infection et du m�tabolisme de l�antibiotique. Ainsi, dans les m�-</p><p>ningites purulentes est-il n�cessaire d�utiliser des antibiotiques passant dans les m�ninges � concentrations suffisantes.</p><p>Il est �galement n�cessaire, dans certains cas, de doser les antibiotiques dans le s�rum ou d�autres humeurs afin de v�rifier que leur concentration est suffisamment �lev�e pour d�truire les germes, en tenant compte du fait qu�une partie de l�antibiotique est inactive. Mais il est pratiquement impossible de conna�tre les taux d�antibiotiques au niveau tissulaire. Tous ces ph�nom�nes montrent la difficult� qu�il y a � savoir si l�antibiotique est</p><p>actif chez le malade. Cela a peu d�importance lorsque l�organisme peut �liminer les Bact�ries. Dans les infections s�v�res (septic�mies), il faut tuer les germes, en limitant les risques d�apparition de r�sistants. C�est souligner l�int�r�t d�associer deux antibiotiques.</p><p>Les associations d�antibiotiques ont plusieurs buts : devant une affection grave, deux antibiotiques n�agissant pas sur les m�mes germes ont une action plus large, qui permet d�attendre de conna�tre le germe responsable.</p><p>L�association pr�vient l�apparition de mutants r�sistants. Elle recherche un effet synergique ; les deux antibiotiques agissent sur les germes � des concentrations moindres que lors de leur utilisation s�par�e.</p><p>�tude des associations</p><p>d�antibiotiques</p><p>On peut utiliser la diffusion des antibiotiques � partir de bandes de papier impr�gn�es d�antibiotiques et plac�es sur une culture de germes. Cette m�-</p><p>thode met en �vidence l�indiff�rence, la synergie ou l�antagonisme de deux antibiotiques.</p><p>Il est possible de compter les germes qui survivent apr�s contact avec l�un des antibiotiques ou avec les deux associ�s. Cette �tude du pouvoir bact�ricide des antibiotiques repose sur le calcul du pourcentage des survivants.</p><p>Ce test permet de choisir l�association d�truisant le maximum de germes, ce qui diminue le risque de r�sistance.</p><p>L�antibioth�rapie</p><p>C�est la th�rapeutique anti-infectieuse par les antibiotiques. Elle doit �tre r�serv�e aux maladies s�rieuses, en raison du risque de d�veloppement de souches r�sistantes, de la modification de la flore naturelle, avec apparition d�une pathologie li�e � des germes rares. Dans les infections de gravit� moyenne, dues � un germe dont la sensibilit� varie peu, l�antibiogramme n�est pas toujours n�cessaire, et un antibiotique suffit g�n�ralement ; l�organisme d�truit les Bact�ries que l�antibiotique emp�che de se multiplier. Dans les infections tr�s graves</p><p>(septic�mies par exemple), il faut tuer les germes en �vitant les risques de r�-</p><p>sistance. Pour cela, il faut utiliser une association d�antibiotiques sugg�r�e par les r�sultats de l�antibiogramme.</p><p>Il faut contr�ler son action bact�ricide.</p><p>Ce traitement est parfois inefficace.</p><p>Il est n�cessaire de v�rifier la bonne diffusion des antibiotiques en dosant leur concentration dans le s�rum. Il est �galement possible de tester l�effet du s�rum sur les germes de l�organisme malade. Enfin, il est indispensable de contr�ler la sensibilit� du germe au cours du traitement.</p><p>Dans ces conditions, la persistance du syndrome infectieux, si le traitement est bien conduit, signifie qu�il existe un foyer o� ne p�n�trent pas les antibiotiques (abc�s*) et sur lequel il faut intervenir.</p><p>Enfin, la surveillance permet d��viter les accidents du traitement. Les antibiotiques sont irrempla�ables. Ils doivent �tre mani�s avec prudence et de fa�on judicieuse : le traitement antibiotique ne peut �tre entrepris que sous surveillance m�dicale. Le traitement antituberculeux r�clame des pr�cautions particuli�res en raison de la fr�quence croissante des bacilles d�embl�e r�sistants, dans un pourcentage variable, aux diverses concentrations de chaque antibiotique. Il est donc fondamental d��tudier la sensibilit� du germe pour que le traitement soit adopt� au cas particulier de chaque malade.</p><p>P. V.</p><p>Pr�paration des</p><p>antibiotiques</p><p>La pr�paration des antibiotiques est fond�e sur l�exp�rience princeps de Fleming, qui obtint un antibiotique, la p�nicilline, � partir des produits du m�-</p><p>tabolisme d�un Champignon microscopique (une moisissure) sur un milieu de culture. Ce mode fortuit de la pr�-</p><p>paration du premier antibiotique a pu constituer le sch�ma d�une fabrication que les exigences de la th�rapeutique devaient rapidement conduire du laboratoire de recherche � la production industrielle. En fait, la pr�paration des</p><p>divers antibiotiques, calqu�e sur celle de la p�nicilline, comprend donc trois phases principales : 1o la pr�paration et la conservation de la souche du micro-organisme producteur d�antibiotique ; 2o sa culture ; 3o l�extraction de l�antibiotique des produits de son m�tabolisme.</p><p>Souche</p><p>Elle est constitu�e par un micro-organisme � en g�n�ral Champignon, mais parfois Bact�rie �, identifi� � une esp�ce bien d�termin�e ; c�est le plus souvent une vari�t� propre au meilleur rendement, obtenue � partir des milieux les plus divers (la terre par exemple), convenablement purifi�e et mut�e, conserv�e � l�abri de toute contamination.</p><p>Culture</p><p>Les micro-organismes constituant la souche sont alors ensemenc�s en milieu nutritif. Les premiers proc�d�s utilis�s, inspir�s par des techniques downloadModeText.vue.download 166 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>703</p><p>propres aux laboratoires bact�riologiques, employaient des milieux nutritifs solides r�partis en couches minces dans des r�cipients appropri�s (bo�tes de Roux), maintenus � temp�rature convenable (environ 20 �C) dans des �tuves. Au bout de quelques jours, on obtenait une abondante fructification de la moisissure (il s�agissait alors de p�nicillium), qu�on s�parait du milieu support. Ce dernier, qui renfermait les produits du m�tabolisme du p�nicillium, �tait alors trait� pour l�extraction de l�antibiotique.</p><p>On a recours aujourd�hui � des</p><p>cultures en profondeur en milieu liquide, qui, en augmentant consid�rablement le rendement, ont permis de satisfaire l�ensemble des besoins th�-</p><p>rapeutiques tout en abaissant notable-ment les prix de revient. Le milieu de culture liquide, de composition et de pH bien d�termin�s, est introduit dans des cuves herm�tiquement closes de</p><p>50 � 100 m3 de capacit� et constamment oxyg�n� par barbotage d�air st�rile si le micro-organisme utilis� exige le d�veloppement en a�robiose.</p><p>La souche, contenue dans un r�cipient clos ext�rieurement st�rile (bombe), est introduite au sein du liquide nutritif ; on d�bouche ensuite la bombe, l�ensemencement se trouvant r�alis� sans risque de pollution. Des pompages fr�quents permettent de suivre la production par des dosages appropri�s, de soutirer les jus en fin d�op�ration ou m�me d�op�rer une fabrication continue. Cette technique exige un appareillage perfectionn� et un grand soin dans la conduite des op�rations, mais elle donne des rendements �lev�s atteignant, pour la p�nicilline, 500 unit�s par millilitre de jus. Mise au point pour la p�nicilline, elle s�applique, avec des variantes impos�es par les micro-organismes utilis�s, � la fabrication de la plupart des antibiotiques, certains pouvant, toutefois, �tre obtenus par synth�se ou h�misynth�se.</p><p>Extraction</p><p>Le jus obtenu � la sortie de la cuve d�incubation, convenablement filtr�, est un liquide complexe, contenant, outre l�antibiotique d�sir�, tous les autres produits du m�tabolisme du micro-organisme. Sa purification r�sulte d�une suite de traitements par divers r�actifs, qui consistent en des �puisements par solvants volatils et en des purifications par salification, au moyen d�une base comme la baryte si l�antibiotique est acide ou au moyen d�un acide s�il est alcalin.</p><p>Essais</p><p>L�antibiotique ainsi obtenu, convenablement dess�ch� � basse temp�rature, est soumis aux essais impos�s par le codex : diverses r�actions et divers titrages, op�r�s gr�ce � des techniques chimiques ou biologiques, visant � l�absence d�impuret�s, notamment de substances pyrog�nes et d�histamine, puis � l�identification du produit fini avec des �talons internationaux �tablis sous l��gide de l�Organisation mondiale de la sant� et d�livr�s par le Laboratoire national de la sant�.</p><p>Le m�dicament ainsi pr�par� est alors conditionn� sous la forme gal�nique qui convient � sa future utilisation th�-</p><p>rapeutique : flacons st�riles contenant une dose de poudre pour injection, solut�s injectables r�partis en ampoules ou en flacons multidoses, comprim�s, collyres, instillations, pommades.</p><p>Classification chimique</p><p>des antibiotiques</p><p>Produits du m�tabolisme de microorganismes, les antibiotiques sont des substances vari�es. On les groupe g�-</p><p>n�ralement en quatre classes selon leur structure chimique, qui n�a que peu de rapport avec leurs propri�t�s antibiotiques (spectre) :</p><p>1o d�riv�s des aminoacides, simples ou polypeptidiques ;</p><p>2o d�riv�s des glucides, streptomycino�des, macrolides ou autres ;</p><p>3o d�riv�s du naphtac�ne ou cyclines ; 4o antibiotiques ne se rattachant � aucun de ces groupes.</p><p>D�riv�s des aminoacides</p><p>Parmi les plus simples, construits sur deux aminoacides, on trouve la cyclos�rine, construite sur le noyau de l�isoxalidine, les p�nicillines*, construites sur le noyau de l�acide p�nicillanique, et les c�phalosporines, downloadModeText.vue.download 167 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>704</p><p>qui en sont tr�s voisines. Par contre, la tyrothricine, m�lange de gramicidine et de tyrocidine, et la bacitracine, antibiotiques de contact, sont construits sur des noyaux polypeptidiques plus complexes, de m�me que la colistine.</p><p>D�riv�s des glucides</p><p>Ces substances sont des h�t�rosides qui, par hydrolyse m�nag�e, fournissent un ou plusieurs sucres. Parmi les moins complexes, qui comprennent du sucre, on trouve la streptomycine, mol�cule de masse atomique 700, qui lib�re par hydrolyse la streptidine, base amin�e, et la streptobiosamine, h�t�ro-</p><p>side qui se d�double lui-m�me en streptose (sucre) et en m�thylglucosamine : Le streptose, qui comporte une fonction ald�hyde, conf�re � la streptomycine des propri�t�s r�ductrices, qu�on peut retrouver dans l�urine des malades trait�s par cet antibiotique. C�est une base qu�on utilise � l��tat de sulfate ou de pantoth�nate, qui est moins toxique que le sulfate. La dihydrostreptomy-cine est obtenue par hydrog�nation catalytique de la streptomycine sur son groupe ald�hyde ; elle n�est pas r�ductrice ; utilis�e, elle aussi, � l��tat de sulfate ou de pantoth�nate, elle se montre moins toxique que la streptomycine. La n�omycine, qui donne par hydrolyse du D-ribose et du diaminoglucose, est utilis�e surtout par voie locale. La kana-mycine appartient �galement au groupe des streptomycino�des.</p><p>MACROLIDES. Leur mol�cule est</p><p>constitu�e par au moins deux oses (sucres), une aglucone comprenant de 12 � 17 carbones comportant des radicaux alcool et carbonyle, oses et aglucones �tant reli�s par des liaisons ester. Les antibiotiques de ce groupe, de spectre restreint, sont peu toxiques et bien tol�r�s par voie orale. Le principal est l��rythromycine ; on l�utilise concurremment � de nombreux esters pr�par�s par h�misynth�se � comme la propionyl�rythromycine �, esters qui ont l�avantage d��tre moins sensibles aux sucs digestifs, d��tre plus rapidement absorb�s, d��tre d�pourvus d�amertume et donc de pouvoir �tre administr�s sous forme de sirop en m�-</p><p>decine infantile. La rifamycine et son d�riv� h�misynth�tique, la rifampicine, appartiennent �galement au groupe des macrolides.</p><p>D�riv�s du naphtac�ne ou</p><p>cyclines</p><p>Ce groupe tr�s homog�ne comprend des antibiotiques de propri�t�s voisines, et il est facile de passer de l�un � l�autre par h�misynth�se. La t�tracycline demeure l�un des plus utilis�s ; c�est une base, d�abord prescrite � l��tat de chlorhydrate ; l��tendue de son spectre et sa mauvaise absorption par les muqueuses digestives pouvant provoquer des d�sordres intestinaux, on tend � la salifier par des complexes</p><p>min�raux � comme l�hexam�taphos-phate de sodium �, qui favorisent l�assimilation en �vitant ces inconv�nients.</p><p>Antibiotiques ne se rattachant � aucun groupe</p><p>Parmi ces derniers, le chloramph�nicol, compos� relativement simple, antibiotique � large spectre particuli�-</p><p>rement actif sur le bacille d�Eberth, est obtenu facilement par synth�se, de m�me que son d�riv� m�thane sulfan�, le thiamph�nicol.</p><p>Toxicologie des</p><p>antibiotiques</p><p>Les antibiotiques sont administr�s soit par la voie orale, soit par la voie parent�rale ou intrarachidienne, soit par la voie locale (pommades, collyres, instillations). En g�n�ral non toxiques, ils peuvent, n�anmoins, provoquer certains accidents d�ordre allergique (p�nicilline) ou intestinal (par inhibition de la flore normale). Cependant, la streptomycine, par atteinte de la VIIIe paire cr�nienne (nerf auditif), peut provoquer les vertiges symptomatiques de la surdit� ; le chloramph�-</p><p>nicol, � fortes doses, peut provoquer des d�sordres h�matologiques graves (agranulocytose). L�administration des antibiotiques doit donc �tre strictement surveill�e par le prescripteur. Pour ces raisons, ils sont souvent prescrits en association : avec un autre antibiotique, dans un but synergique ; avec un antibiotique antifongique (t�tracycline</p><p>+ nystatine) ; avec un micro-organisme r�sistant (Bacillus subtilis, bacilles lactiques, levures).</p><p>R. D.</p><p>B M. M. Janot et J. Keufer, M�canismes biochimiques de l�activit� des antibiotiques (Masson, 1953). / I. Rosen, les Associations d�antibiotiques (Imprimerie populaire, Gen�ve, 1958). / M. Finchelstein, Allergies provoqu�es par les antibiotiques, les hormones et les tranquillisants (th�se, Paris, 1960). / J. D. A. Gray, Antibiotics in Medicine (�dimbourg, 1963). /</p><p>P. E. Baldry, The Battle against Bacteria, a History of the Development of Antibacterial Drugs (Cambridge, 1965). / M. Neumann, les Antibiotiques (�d. Heures de France, 1968).</p><p>anticipation</p><p>(litt�rature d�)</p><p>F ROMAN.</p><p>F SCIENCE-FICTION.</p><p>anticoagulants</p><p>Substances capables de s�opposer � la coagulation du sang. Les anticoagulants sont employ�s syst�matiquement dans un certain nombre de maladies ou d��tats graves, dont ils am�liorent consid�rablement le pronostic.</p><p>Affections justiciables</p><p>des anticoagulants</p><p>Ce sont essentiellement les affections des art�res, des veines, ou du coeur, qui peuvent entra�ner une thrombose, c�est-�-dire une coagulation du sang dans le vaisseau, suivie de son obstruction et de redoutables complications (gangr�ne, embolies, etc.). [V. art�re et veine.] L�ath�roscl�rose vient au premier plan, notamment celle des art�res coronaires, o� le traitement anticoagulant est le meilleur moyen d��viter l�infarctus du myocarde. Les atteintes des membres inf�rieurs sont �galement justiciables du traitement. Les phl�-</p><p>bites (inflammations des veines) repr�-</p><p>sentent une autre grande indication : le traitement peut �tre curatif (si la phl�bite est d�clar�e) ou, surtout, pr�-</p><p>ventif, quand on est fond� � craindre la phl�bite apr�s les accouchements, apr�s les interventions chirurgicales, en cas d�immobilisation prolong�e d�un membre ou de tout le corps (fractures, pl�tres). Le troisi�me groupe est constitu� par certaines affections du coeur, pr�disposant � la thrombose (r�tr�cissement mitral) m�me apr�s la p�riode postop�ratoire ; le port de proth�ses vasculaires (valve de Starr) exige l�emploi d�anticoagulants. Enfin, certains anticoagulants, tels l�h�parine et les h�parino�des, sont employ�s en raison de leur action sur les graisses du sang, dont ils diminuent l�action nocive.</p><p>Produits employ�s</p><p>et modalit�s</p><p>des traitements</p><p>Selon la nature et la dose du produit, on rendra le sang incoagulable ou seulement moins coagulable, ou encore, � un moindre degr�, on se contentera de neutraliser la tendance d�un sang qui coagule trop vite. Certains produits ne peuvent �tre utilis�s qu�au laboratoire : ce sont le fluor de calcium ou l�oxalate de sodium, employ�s pour emp�cher le sang de coaguler quand on le recueille en vue d�analyse. Le citrate de sodium peut �tre utilis� aussi bien au laboratoire qu�in vivo : c�est lui qui permet la downloadModeText.vue.download 168 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>705</p><p>conservation du sang en flacon en vue de la transfusion*.</p><p>Les anticoagulants utilis�s chez l�homme se divisent en deux groupes : 1o l�h�parine et les h�parino�des ; 2o les antiprothrombiques (ou, mieux, antivitamine-K), desquels il faut rapprocher les fibrinolytiques. Ces derniers ne sont pas des anticoagulants, mais ils s�attaquent au caillot et m�ritent d��tre cit�s � c�t� des anticoagulants pour le traitement de certaines thromboses* ou embolies.</p><p>L�h�parine</p><p>C�est un mucopolysaccharide naturel existant � l��tat normal dans de nombreux tissus de l�organisme. Sa formule est imparfaitement connue, et les produits de synth�se n�ont jamais eu l�action anticoagulante de l�h�parine extractive. L�h�parine a �t� extraite du foie (d�o� son nom) en 1916 par Jay McLean. En 1933 commen�a l�extraction industrielle � partir du poumon de boeuf, ce qui permit, deux ans plus tard, les premi�res utilisations en pathologie humaine. L�h�parine doit �tre administr�e par voie intraveineuse. Elle agit tr�s vite : le maximum d�action est obtenu en 30 � 60 minutes. Par contre, l�effet s�estompe en 2 � 4 heures. Plus la dose inject�e est forte, plus longue sera la dur�e d�action, mais plus grands seront les risques h�morragiques, car la diminution de coagulabilit� imm�-</p><p>diate est alors excessive. On est amen� � faire soit des injections disconti-</p><p>nues de petites doses r�p�t�es toutes les 3 ou 4 heures, soit des perfusions continues. Quoi qu�il en soit, pour une m�me dose, l�action anticoagulante ne sera pas toujours identique d�un sujet � l�autre. Tr�s vite apr�s l�injection, une certaine quantit� du produit est neutralis�e par une h�parinase (une enzyme).</p><p>Une autre fraction va �tre �limin�e par le rein en fonction de l��tat r�nal.</p><p>� dose fixe, il n�y a donc pas d�effet</p><p>� standard �, et cela explique qu�un traitement par l�h�parine n�cessite une surveillance �troite.</p><p>Comment exerce-t-on cette sur-</p><p>veillance ? En tenant compte du niveau d�action de l�h�parine : celle-ci agit surtout au niveau de la transformation fibrinog�ne-fibrine. Elle agit aussi au niveau des thromboplastines dans la transformation prothrombine-thrombine. Enfin, � fortes doses, elle agit m�me sur les plaquettes en emp�chant leur agglutination et leur m�tamorphose visqueuse. Ainsi, par son action antithromboplastique, elle est susceptible d�allonger le temps de Quick (� taux de prothrombine �). Mais, surtout par son action au dernier stade de la coagulation, elle doit �tre jug�e sur des tests de coagulabilit� globale : soit le temps de coagulation, qui doit �tre allong� sans atteindre 30 minutes (mais cette m�thode est trop grossi�re) ; soit le temps de Howell ; soit le thrombo-</p><p>�lastogramme (v. ci-dessus).</p><p>L�h�parine a un antidote tr�s efficace, le sulfate de protamine.</p><p>Les antiprothrombiques ou</p><p>antivitamine-K</p><p>Ils sont dus � une curieuse observation v�t�rinaire. Schofield, en 1922, fait le rapprochement entre une maladie h�morragique du b�tail et sa nourriture � base de tr�fle avari�. Bode-rick, en 1929, trouve un abaissement de la prothrombine dans le sang des animaux atteints de cette affection.</p><p>Karl Paul Link montre que la dicoumarine du tr�fle �tait responsable de la maladie du b�tail, et il en r�alise la synth�se en 1941. Le dicoumarol poss�de deux noyaux coumariniques ; d�autres substances du m�me groupe sont employ�es : l�adoisine, le cum�-</p><p>tharol, l��thyldicoumarol, l�acide oxy-coumarinyl ac�tique, la thiocoumarine.</p><p>Ces substances ont en commun une action assez rapide : d�but en 6 heures, maximum en 24 heures, fin en 3 jours.</p><p>D�autres antivitamine-K ont une structure asym�trique. Ce sont : l�ac�no-coumarol, qui a aussi son maximum d�action en 24 heures et un terme au troisi�me jour, et la warfarine sodique, dont l�action se prolonge jusqu�au huiti�me jour.</p><p>Une autre famille d�anticoagulants, dite � des indane-diones �, est repr�-</p><p>sent�e par la ph�nyl-indane-dione.</p><p>Ces substances agissent, dans la coagulation, au niveau de l�activation des thromboplastines, ainsi que sur la r�serve de prothrombine, c�est-�-dire � un stade relativement pr�coce, plus pr�coce, en tout cas, que celui de l�h�-</p><p>parine. Sur le plan th�rapeutique, il n�y a pas de parall�lisme obligatoire entre la dose et l�effet anticoagulant. La dose de chaque sujet est �tablie apr�s une phase d��quilibration, qui est fond�e sur le r�sultat des tests de coagulation.</p><p>Fait important, il n�y a pas d�accoutumance*, mais certains sujets sont r�fractaires, et, en g�n�ral, ils le sont � tous les anticoagulants de la m�me famille. Il faut alors changer de famille d�anticoagulant. Signalons que certains m�dicaments, s�ils sont utilis�s dans le m�me temps, peuvent modifier l�action des coumariniques. Certaines drogues sont antagonistes, tels les cortico�des, la digitaline, certains antibiotiques, les barbituriques et des antihistaminiques.</p><p>D�autres sont synergiques : certains psychotropes, l�isoniazide et surtout l�aspirine, qui peut d�clencher des h�morragies.</p><p>Comment contr�le-t-on un traite-</p><p>ment par les antivitamine-K ? Par le temps de Quick, le plus utilis�, mais qui a deux inconv�nients (il dose le facteur V [v. coagulation], qui n�est pas influenc� par la vitamine K ; il ne dose pas le facteur IX, qui l�est) ; c�est pourquoi beaucoup pr�f�rent le thrombotest d�Owren, qui teste les seuls facteurs II, VII, IX et X, c�est-</p><p>�-dire ceux qui d�pendent de la vitamine K ; mais il est souvent utile de compl�ter ce contr�le par un test de coagulation globale (temps de Howell</p><p>ou test de tol�rance � l�h�parine, plus sensible). En cas d�h�morragie due aux antivitamine-K, on injecte soit de la vitamine K, soit, pour agir plus vite, la fraction dite � P. P. S. B. � (prothrombine, proconvertine, facteur Stuart, facteur antih�mophilique � B �) du sang, pr�par� par les centres de transfusion sanguine.</p><p>Tests de contr�le des</p><p>traitements anticoagulants</p><p>Le temps de Howell est le temps de coagulation d�un plasma d�calcifi�, puis recalcifi� : c�est le � temps de coagulation �</p><p>global, la d�calcification permettant de pr�lever le sang au lit du malade et de faire l�examen en laboratoire.</p><p>Le temps de Quick, ou temps de</p><p>prothrombine, permet, par comparaison avec un plasma normal, de d�terminer un � taux de prothrombine en pourcent � : c�est le temps de coagulation d�un plasma oxalat�, puis recalcifi� en laboratoire et additionn� d�un exc�s de thromboplastine. En r�alit�, le temps de Quick mesure non seulement la prothrombine (facteur II), mais aussi la proacc�l�rine (facteur V), la proconvertine (facteur VII) et le facteur Stuart (facteur X). Il n�analyse donc pas tous les facteurs touch�s par les antivitamine-K, alors qu�il tient compte de la proacc�l�rine, qui n�est pas touch�e par celles-ci.</p><p>Le test d�Owren ou thrombotest, au contraire, analyse rigoureusement les quatre facteurs touch�s par les antivitamine-K (prothrombine, proconvertine, antih�mophilique � B �, facteur Stuart).</p><p>Malheureusement, le thrombotest n�cessite l�emploi d�un r�actif sp�cial (m�lange de c�phaline, de thromboplastine et de chlorure de calcium), si bien que de nombreux praticiens s�en tiennent au temps de prothrombine.</p><p>Le thrombo-�lastogramme est la</p><p>meilleure m�thode, mais elle n�cessite un appareillage. Le sang est contenu dans une cuve (maintenue � 37 �C) qui subit des mouvements alternatifs de rotation axiale, d�une amplitude de 4� 45&#x2032;. Dans cette cuve plonge un cylindre suspendu � un fil supportant un miroir. Ce miroir r�fl�-</p><p>chit sur un papier enregistreur un faisceau</p><p>downloadModeText.vue.download 169 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>706</p><p>lumineux. Tant que le sang reste fluide, le cylindre reste immobile et le papier enregistreur inscrit une droite. Quand la fibrine se forme, les filaments qui apparaissent tendent � solidariser la cuve et le cylindre : celui-ci se met � osciller, et le miroir re-fl�te un pinceau mobile dont les points extr�mes s�inscrivent sur le papier enregistreur sous forme de deux courbes sy-m�triques s��cartant de part et d�autre de l�axe de la ligne de d�part. Si on poursuit l�exploration assez longtemps, on observe la redissolution du caillot (fibrinolyse).</p><p>Le trac� a �t� analys� et codifi� en un certain nombre de constantes qui sont chacune le reflet d�une fonction donn�e de la coagulation. Cette m�thode est excellente pour d�celer les tendances � l�hy-percoagulabilit�, que les tests classiques caract�risent mal, ainsi que pour surveiller les traitements anticoagulants, surtout � action terminale, comme l�h�parine.</p><p>Le test de r�sistance � l�h�parine consiste � mesurer les temps de coagulation de plusieurs �chantillons du sang � examiner, additionn�s de doses croissantes d�h�parine, et � comparer les temps obtenus avec</p><p>des �chantillons analogues du sang d�un sujet t�moin. Ce test donne un aper�u de la coagulation globale et permet, dans une certaine mesure, de d�pister les hypercoa-gulabilit�s. Il a l�avantage de ne pas n�cessiter d�appareillage sp�cial.</p><p>Les fibrinolytiques</p><p>et la thrombolyse</p><p>� c�t� des anticoagulants proprement dits, on peut mettre en action, dans les cas o� le caillot est d�j� form�, diverses substances dont l�action conjugu�e permet de le redissoudre : c�est la thrombolyse.</p><p>Le principe de la m�thode consiste � faire dig�rer la fibrine du caillot par de la plasmine. Cette enzyme existe dans le s�rum sous une forme inactive nomm�e plasminog�ne, qui est fabriqu�e par le foie et dont l�activation est, en th�rapeutique, effectu�e � l�aide de streptokinase (enzyme s�cr�t�e par le streptocoque), administr�e par perfusion intraveineuse.</p><p>J.-C. L. P.</p><p>&#x25B6; Coagulation.</p><p>B J.-P. Soulier et M. J. Larrieu, les Anticoagulants en th�rapeutique (Doin, 1955). / I. M. Vi-gran et coll., Clinical Anticoagulant Therapy (Philadelphie, 1965). / P. Godeau et J. Roche-</p><p>maure, le Traitement anticoagulant en pratique m�dicale courante (Bailli�re, 1968).</p><p>anticorps,</p><p>antig�ne</p><p>F ALLERGIE ET IMMUNOLOGIE.</p><p>anticyclone</p><p>Large tourbillon atmosph�rique anim� par de hautes pressions (fig. 1). Sa rotation se fait dans le sens des aiguilles d�une montre dans l�h�misph�re Nord et dans le sens contraire dans l�h�misph�re Sud. Le mouvement tourbillonnaire a, dans le plan horizontal, pour effet de faire diffluer l�air du centre, o� sont les plus hautes pressions, vers la p�riph�rie, o� celles-ci vont en d�-</p><p>croissant. Dans ces conditions, si un apport d�air ne se produisait pas depuis le haut, l�anticyclone finirait par dispara�tre. Le maintien de cette figure isobarique s�explique par cet apport.</p><p>On peut donc concevoir l�anticyclone comme une masse d�air en mouvement continu de haut en bas (subsidence), avec tendance � �coulement du trop-plein vers l�ext�rieur (diffluence ou divergence horizontale). On parlera ici, globalement, de � masse d�air divergente �. Or, la divergence horizontale et la subsidence qui l�accompagne ont un effet stabilisant. Ainsi, les temps anticycloniques sont-ils g�n�ralement accompagn�s d�un ciel d�gag� (l�instabilit� atmosph�rique �tant, pour sa part, g�n�ratrice de formations nuageuses).</p><p>La r�partition</p><p>g�ographique</p><p>Les hautes pressions majeures � la surface du globe s�implantent selon la latitude : hautes pressions polaires, le plus souvent pr�sentes au-dessus de la banquise arctique, du Groenland et du continent antarctique, anticyclones saisonniers des latitudes moyennes et hautes pressions subtropicales. � cette disposition s�ajoute une r�partition �tablie selon la nature du substratum, avec les anticyclones maritimes et continentaux. On rel�ve ainsi des hautes pressions continentales de saison froide en Sib�rie et au Canada (anticyclone du Manitoba), des cellules permanentes sur les d�serts chauds (Sahara et Ara-</p><p>bie) et aussi les hautes pressions maritimes (anticyclones des A�ores, de Sainte-H�l�ne, des Hawaii, etc.).</p><p>La classification</p><p>(fig. 2 et 3)</p><p>y Hautes pressions permanentes et hautes pressions saisonni�res. Les hautes pressions polaires et subtropicales apparaissent en toutes saisons.</p><p>Par contre, les puissants anticyclones not�s sur les continents aux latitudes temp�r�es (Am�rique du Nord et Si-b�rie orientale) disparaissent au cours de la saison chaude. Les premi�res constituent donc les anticyclones permanents, les seconds ne sont que semi-permanents. (On parle encore, pour les d�signer, de hautes pressions saisonni�res ou temporaires.)</p><p>y Hautes pressions pelliculaires et hautes pressions �paisses. La circulation h�misph�rique vers 10 km (niveau 300 mb) pr�sente une disposition simple, organis�e � partir de la d�pression polaire et des hautes pressions subtropicales (la cr�te chaude).</p><p>Ainsi, si les anticyclones polaires reconnus en superficie ont disparu � partir d�une certaine altitude (environ 3 km), de m�me que les hautes pressions hivernales du Canada et de la Sib�rie, les cellules subtropicales se maintiennent dans la haute troposph�re et la basse stratosph�re.</p><p>Les premiers sont donc pelliculaires, tandis que les anticyclones subtropicaux offrent un grand d�veloppement vertical.</p><p>y Hautes pressions thermiques et hautes pressions dynamiques. L�analyse qui pr�c�de n�autorise pas les distinctions concernant la structure des anticyclones. Elle aide, cependant, � les introduire. On con�oit, en effet, que l��paisseur des cellules soit un signe de leur nature. Les hautes pressions pelliculaires doivent n�cessairement leur existence, au moins en grande partie, � l�intervention r�frig�-</p><p>rante du substratum, puisqu�elles sont li�es aux glaces permanentes dans les r�gions polaires et aux immenses surfaces continentales saisonni�rement refroidies � de plus basses latitudes.</p><p>Ainsi, les anticyclones superficiels</p><p>constituent-ils de hautes pressions d�origine thermique. Les figures isobariques dot�es d�un grand d�veloppement vertical (anticyclones subtropicaux) impliquent par contre l�action des courants atmosph�riques g�n�-</p><p>raux, avec intervention des variations de vitesse et de direction dans les flux.</p><p>Cette action impose aux cellules en question une origine dynamique.</p><p>y Hautes pressions stationnaires et hautes pressions mobiles. Les hautes pressions peuvent demeurer longtemps en un m�me lieu, comme l�anticyclone de Sib�rie, ou s�y maintenir en permanence (cellules subtropicales ou polaires). Tous ces anticyclones stationnaires, dont l�importance est fondamentale sur le d�roulement</p><p>de la circulation g�n�rale, sont des</p><p>� centres d�action �. Il existe aussi des downloadModeText.vue.download 170 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>707</p><p>anticyclones mobiles. Ils se d�placent derri�re les fronts froids de d�pressions temp�r�es. Ils peuvent rev�tir une grande ampleur. Par exemple, les hautes pressions nord-am�ricaines hivernales ne constituent pas une figure isobarique constante, comme en Sib�rie, mais r�sultent d�une succession de hautes pressions mobiles.</p><p>L�anticyclone du Manitoba est donc</p><p>� statique �. En somme, la distinction �tablie entre cellules thermiques et cellules dynamiques ne recouvre pas celle qui oppose les centres stationnaires aux centres mobiles, puisque, aux c�t�s des anticyclones subtropicaux, on retrouve ici certains anticyclones froids, les hautes pressions polaires en particulier.</p><p>La gen�se et la structure</p><p>des anticyclones</p><p>Les anticyclones thermiques</p><p>Ils r�sultent du refroidissement de l�air au contact du substratum g�ographique. Aux p�les, la banquise (p�le Nord), la glace continentale (p�le Sud), mais aussi la neige perdent de la</p><p>chaleur par rayonnement nocturne. Il en est de m�me du sol sur les grands continents hivernaux (Canada et Sib�-</p><p>rie). La nuit polaire exasp�re le processus par l�intensit� et l�application prolong�e qu�elle impose � ce rayonnement. M�me, lorsqu�ils atteignent les hautes latitudes, les rayons solaires ne poss�dent qu�un faible pouvoir calorifique. Ils arrivent au sol sous un angle tr�s aigu et ont d� parcourir dans l�atmosph�re un long trajet, avec perte de chaleur au contact des particules d�air.</p><p>L�atmosph�re inf�rieure, du fait des basses temp�ratures du substratum, se refroidit. Il en d�coule l�augmentation de sa densit� et des pressions au niveau du sol (celles-ci atteignent couramment 1 045 mb au coeur de la Sib�rie en saison froide). Un d�ficit barom�-</p><p>trique corr�latif appara�t en altitude.</p><p>Ainsi, les hautes pressions de surface r�alis�es par accumulation de frigories sont-elles coiff�es par des d�pressions, ce qui aboutit � l��laboration d�anticyclones pelliculaires. Les anticyclones thermiques froids se caract�risent donc par le renversement du syst�me de leurs pressions, des basses couches � l�altitude. La modification s�op�re en g�n�ral aux environs de 2 ou 3 km, ce qui permet � l�air de p�n�trer � l�horizontale dans la d�pression haute, de descendre � la verticale dans l�anticyclone pelliculaire et de participer � son entretien.</p><p>downloadModeText.vue.download 171 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>708</p><p>Aux hautes pressions pelliculaires polaires, nord-am�ricaines et sib�-</p><p>riennes, dont le d�veloppement est consid�rable, il convient d�ajouter des organismes plus localis�s. L�accumu-</p><p>lation de l�air froid (et, partant, la r�alisation d�anticyclones) peut s�op�rer au fond d�amples vall�es ou de vastes d�pressions. Il en est ainsi des grands creux du relief situ�s dans le nord de la Yougoslavie. L�, de hautes pressions thermiques hivernales �mettent des vents froids qui d�valent les pentes de l�Adriatique et donnent la bora. Les hautes pressions pelliculaires peuvent �galement r�sulter de l�effet r�frig�rant des surfaces oc�aniques ou lacustres.</p><p>Celles-ci correspondent � des r�gions de grande inertie thermique et, de ce fait, � des zones fra�ches en p�riode de r�chauffement g�n�ral (Grands Lacs am�ricains, par exemple). On peut, par ailleurs, consid�rer que les hautes pressions install�es dans le secteur froid des d�pressions de front polaire sont des anticyclones thermiques migrateurs.</p><p>Ceux-ci se d�placent en effet avec l�ensemble du syst�me d�pressionnaire.</p><p>Les anticyclones dynamiques</p><p>(fig. 3)</p><p>Il existe � la surface du globe des anticyclones chauds. Ils ne peuvent relever des modalit�s pr�c�dentes et, en particulier, r�sulter de dispositions thermiques, puisque l�air chaud a normalement tendance � monter et � cr�er de basses pressions. L�alliance des hautes pressions et de l�air chaud constitue donc un probl�me d�licat � r�soudre.</p><p>La solution la plus satisfaisante, et pratiquement admise aujourd�hui, est fournie par les processus dynamiques.</p><p>Ceux-ci, cependant, doivent �tre envisag�s de diverses mani�res.</p><p>On peut concevoir la confluence � l�horizontale, dans les basses couches de l�atmosph�re, de flux recoupant les isobares (le fait est courant aux basses latitudes). Cela aboutit � une accumulation d�air que l�ascendance pourra �tre impuissante � �liminer au fur et � mesure des �v�nements : d�o� l�exc�-</p><p>dent maintenu au lieu de la confluence et l�apparition d�un noyau anticyclonique. Ces modalit�s semblent se pr�senter � l�arri�re des � ondes de l�est �, perturbations tropicales qui se signalent justement par un noyau de hausse barom�trique situ� imm�diatement apr�s le talweg, � partir duquel �clate le mauvais temps. Une telle dis-</p><p>position, aberrante par rapport � l�id�e selon laquelle la convergence est corr�lative de basses pressions, se reconna�t dans des situations s�rement fort limit�es. C�est dire que les grands anticyclones chauds subtropicaux rel�vent de modalit�s diff�rentes.</p><p>En altitude, autour de la d�pression polaire (en raisonnant, pour l�instant, sur l�h�misph�re Nord) circulent des vents d�ouest ; ils constituent une couronne anim�e, qui se manifeste jusqu�au 40e parall�le environ. Le bord ext�rieur de cette couronne conna�t une acc�l�-</p><p>ration donnant naissance au courant-jet (ou jet-stream) subtropical. Selon les vues r�centes, ce sont les vicissitudes de ce courant qui construisent les anticyclones subtropicaux d�altitude.</p><p>La r�percussion s�op�re jusque dans les basses couches, ce qui explique l��paisseur de tels organismes. C�est du fait de ses vitesses et de ses lin�aments que le flux subtropical rapide de l�h�misph�re Nord impose, en m�me temps qu�un d�ficit de pression sur sa gauche (du c�t� du p�le), un tassement par subsidence sur sa droite, c�est-�-</p><p>dire dans l�air tropical, o� s�installent donc les anticyclones n�cessairement chauds.</p><p>La circulation australe est semblable � celle de l�h�misph�re Nord, avec ses vents d�ouest tournant autour d�une d�pression antarctique d�altitude et son courant-jet subtropical plac� au contact de la giration circumpolaire et de l�air tropical des basses latitudes. Simplement, la construction des anticyclones chauds s�op�re sur la gauche du flux en question, la tendance au d�ficit de pression se pla�ant sur sa droite.</p><p>L�explication dynamique des anticyclones subtropicaux (cf. l�analyse d�taill�e des processus � circulation) rend donc compte des temp�ratures �lev�es qui accompagnent ces centres d�action.</p><p>Relations entre anticyclones</p><p>thermiques et anticyclones</p><p>dynamiques</p><p>y Les renforcements anticycloniques subtropicaux. Les anticyclones subtropicaux subissent des renforcements</p><p>polaires sous la forme de hautes pressions mobiles, dont l�air froid se substitue � leur air chaud. Les pressions, une fois renforc�es, �mettent alors un flux aliz�en rafra�chi. Cependant, l�air correspondant � l�apport polaire se r�-</p><p>chauffe progressivement, par un processus de tropicalisation. Ainsi, ses caract�res initiaux s�effacent-ils. Les modalit�s du renforcement varient selon la saison et le cadre g�ographique. Choisissons de les analyser en partant tout d�abord du continent nord-am�ricain hivernal (fig. 4).</p><p>Celui-ci est le point de d�part d�injections polaires r�alis�es en deux temps en direction des tropiques : arriv�e de hautes pressions hyperbo-r�ales aux latitudes subtropicales, avec intervention de leur circulation autonome, puis fusion de ces noyaux anticycloniques froids au sein des hautes pressions subtropicales sp�cifiques (noyaux dynamiques de l�Atlantique oriental).</p><p>Premier temps. En hiver r�gne sur l�oc�an Atlantique oriental une cellule anticyclonique stable et � caract�re dynamique ; c�est la cellule des A�ores.</p><p>Dans le m�me temps, plus � l�ouest, se pr�sente un noyau de hautes pressions centr� sur les Bermudes. Ce dernier exprime le plus souvent la phase ultime d�un glissement anticyclonique polaire d�origine continentale. La bipartition anticyclonique de saison froide sur l�Atlantique Nord subtropical r�sulte donc de la coexistence d�un individu isobarique d�origine dynamique et d�un autre d�origine thermique. C�est ce dernier qui h�rite des anticyclones migrateurs se d�pla�ant vers le sud, depuis l�Arctique, et � l�est du syst�me montagneux de l�Ouest am�ricain. On sait que c�est la multiplication statistique de ces figures de pressions mobiles qui constitue l�anticyclone froid du Manitoba. L��change m�ridien par glissement d�air polaire vers le sud s��tablit plus pr�cis�ment sous la forme de secteurs froids maintenus � l�arri�re de fronts froids d�pendant eux-m�mes de d�pressions migratrices. Le d�placement des hautes pressions vers le sud s�op�re jusqu�� une latitude variable, qui peut �tre tr�s m�ridionale (golfe du Mexique), avant l�infl�chissement de</p><p>la trajectoire vers l�est, trajectoire dont l�aboutissement est la zone des Bermudes. Au cours de sa mise en place progressive sur l�Atlantique occidental, le noyau anticyclonique des Bermudes, s�par� de celui des A�ores soit par un front froid, soit par une d�pression m�ridienne, �met en direction des Antilles du Nord ce que l�on doit consid�rer comme �tant un aliz� frais. Tout cela correspond � la premi�re phase du downloadModeText.vue.download 172 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>709</p><p>renforcement subtropical par un processus d�origine polaire. En effet, l�air contenu dans la cellule des Bermudes tend � �voluer vers la tropicalisation � partir du moment o� il se stabilise aux basses latitudes.</p><p>Deuxi�me temps. Le sort ultime</p><p>de l�anticyclone, qui a poursuivi sa marche vers l�est, est de s�int�grer � la cellule stationnaire des A�ores. Celle-ci profite d�un renforcement qui lui vient ainsi de l�ouest et subit une r�g�-</p><p>n�rescence �vidente. Il en r�sulte une vigueur nouvelle dans l��mission des aliz�s est-atlantiques. Ceux-ci arrivent sur les Petites Antilles et les Guyanes, recelant dans leur sein leur lointaine origine polaire. En effet, ils gardent encore certains aspects thermiques rappelant cette origine, en particulier par le maintien d�air frais en altitude.</p><p>L�anticyclone hivernal des A�ores (et, d�une fa�on plus g�n�rale, en toutes saisons, les hautes pressions subtropicales d�origine dynamique) conna�t �galement le renforcement par le nord. Une perturbation de front polaire �voluant sur la face septentrionale de cet organisme peut en provoquer l�effondrement ou le recul vers le sud.</p><p>Le noyau anticyclonique froid occupant l�arri�re de la d�pression temp�r�e le remplace alors. Il arrive un moment � partir duquel les hautes pressions subtropicales initiales sont relay�es par l�air polaire r�cent, qui prend � sa charge l��mission des aliz�s (aliz�s tr�s frais). Cependant, d�s que le nouvel anticyclone a cess� d��tre aliment� par de l�air froid, il �volue vers la tropica-</p><p>lisation. Il s�ensuit un r�chauffement parall�le des aliz�s �mis.</p><p>Tout comme dans le cas pr�c�dent, on se trouve en pr�sence d�un v�ritable cycle. De m�me qu�un noyau bermu-dien rempla�ait celui qui venait de se fondre au sein de l�anticyclone des A�ores, de m�me, ici, une nouvelle d�charge polaire est-elle pr�te � se manifester derri�re celle qui vient de renforcer la cellule par le nord.</p><p>Sur le Pacifique, le Pacifique Nord en particulier, on rel�ve des s�quences rappelant celles dont il vient d��tre fait �tat.</p><p>y Les processus dynamiques dans</p><p>l��dification des anticyclones thermiques (fig. 5). Les conceptions dynamiques impliquent que les flux de l�h�misph�re Nord �tablissent sur leur droite de hautes pressions et sur leur gauche de basses pressions, la situation �tant invers�e dans l�h�misph�re Sud. C�est cette disposition qui a �t� �voqu�e en altitude pour �clairer la gen�se des hautes pressions subtropicales. Or, lorsqu�un anticyclone froid s��tale sur les Grandes Plaines nord-am�ricaines par exemple, appara�t sur son versant oriental un fort �coulement m�ridien dirig� vers les basses latitudes (ainsi s�expliquent, par pa-renth�se, les � coups de froid � qui peuvent atteindre la Floride et Cuba).</p><p>Cet �coulement rapide, qui a donc � sa droite les hautes pressions continentales, est, par ailleurs, flanqu� � gauche de basses pressions exprim�es par un talweg plus ou moins creus�. Si l�on envisage le flux m�ridien comme cause et non comme cons�quence des pressions, on aboutit bien au sch�ma avanc� plus haut � d�autres fins.</p><p>Mais alors les hautes pressions hivernales nord-am�ricaines, consid�r�es comme �tant cr��es dynamiquement, favorisent l�intensit� du rayonnement nocturne et, de ce fait, la perte de chaleur du substratum. Celui-ci, que les rayons solaires n�atteignent, par ailleurs, que faiblement (jours courts et angle des rayons aigu avec l�horizontale), devient un laboratoire de froid propice au refroidissement de l�air mis � son contact. Le processus thermique arrive donc � l�appui, selon ces</p><p>vues, du processus dynamique, tous deux concourant au renforcement des pressions. Dans un tout autre ordre d�id�e, on con�oit que les hautes pressions r�alis�es dans le secteur post�rieur froid d�une d�pression frontale doivent en partie leur existence � la subsidence dynamique. Celle-ci r�sultera de l�obligation, pour le flux arri�re, de s��couler vers le bas du fait de la pente du front froid de la perturbation.</p><p>Quoi qu�il en soit, si les organismes anticycloniques peuvent refl�ter une structure mixte, il n�emp�che que la distinction reste fondamentale, dans les cas majeurs, entre centres d�action d�origine thermique et centres d�action d�origine dynamique.</p><p>Les anticyclones et</p><p>le temps</p><p>Anticyclones et vents g�n�raux</p><p>Les anticyclones polaires, relay�s en hiver, dans l�h�misph�re Nord, par de puissants anticyclones continentaux, projettent vers de plus basses latitudes des vents froids ou frais. Ceux-ci affrontent sur le front polaire les flux �mis par les anticyclones chauds. Or, c�est le front polaire qui r�git le temps des latitudes temp�r�es. Les cellules subtropicales �mettent par ailleurs les aliz�s qui dominent les temps tropicaux et les temps �quatoriaux (gr�ce au front intertropical de convergence).</p><p>Les temps dans les calmes</p><p>anticycloniques</p><p>Le lent mouvement de subsidence r�alis� au coeur des anticyclones aboutit � une stabilit� atmosph�rique (signal�e par l�inversion thermique caract�ristique) qui impose g�n�ralement un temps tr�s d�gag�. Sous certaines conditions appara�t un syst�me de nuages stratiformes au niveau de l�inversion (brouillards de surface quand celle-ci commence au niveau du sol, comme c�est le cas au-dessus d�un substratum froid). Le temps au coeur d�un anticyclone est donc normalement beau, calme, ensoleill� de jour, �toile la nuit et accompagn� d�une grande inhibition pluviom�trique.</p><p>Des nuances interviennent cependant, dans l�humidit� tout d�abord. Si les anticyclones continentaux r�alis�s sur place (Am�rique du Nord et Sib�-</p><p>rie) imposent un temps sec et clair, les hautes pressions d�origine oc�anique, ayant gliss� sur le continent, comme ce peut �tre le cas en Europe occidentale, suscitent ou bien un ciel d�gag� ou bien un temps n�buleux (ici, gr�ce � l�humidit� puis�e ant�rieurement sur mer). D�un autre point de vue, si les anticyclones chauds et �pais �liminent normalement la couverture nuageuse, les hautes pressions pelliculaires peuvent en �tre accompagn�es.</p><p>Celle-ci est suscit�e par la pr�sence de la d�pression d�altitude, bien qu�une advection chaude surplombant un</p><p>coussin d�air froid doive logiquement �tablir une stratification stabilisante.</p><p>Les nuances de temp�rature se pr�sentent �galement. Les anticyclones thermiques accompagnent n�cessairement le froid dont ils r�sultent, qu�ils accentuent par le rayonnement nocturne. Les anticyclones subtropicaux, r�alis�s en air chaud, aggravent cette chaleur du fait d�une localisation m�ridionale, qui accro�t l�intensit� de la radiation solaire, favoris�e par ailleurs par la limpidit� au sein des hautes pressions.</p><p>Il en r�sulte sur terre les d�serts chauds (Sahara, Arabie, etc.). En �t�, la radiation leur apporte tellement de calories que l��chauffement y provoque des d�pressions thermiques de surface, avec report des hautes pressions dynamiques en altitude, cela bien qu�en g�-</p><p>n�ral, par la limpidit� de l�air, le rayonnement nocturne puisse y abaisser les temp�ratures jusqu�� 0 �C.</p><p>Ces r�actions diff�rentielles, corr�-</p><p>latives de structures et d�implantations latitudinales diverses, se retrouvent en une m�me r�gion, au rythme des saisons. Les anticyclones thermiques d�hiver apportent sur la Scandinavie, la Finlande, la Pologne, le nord des Balkans et l�ouest du continent europ�en des temps calmes, secs et froids. En �t�, les aires anticyclonales, coiff�es par de hautes pressions d�altitude, imposent � l�Europe des temps encore secs, mais, cette fois, chauds, voire torrides.</p><p>downloadModeText.vue.download 173 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>710</p><p>Les temps � la p�riph�rie des</p><p>anticyclones (fig. 6)</p><p>Ils d�pendent d�abord de la subsidence.</p><p>Celle-ci �tant maximale sur les lisi�res orientales des anticyclones (subtropicaux par exemple), c�est l� que les climats sont les plus secs (Sahara occidental et Canaries par rapport aux hautes pressions des A�ores, Californie par rapport � la cellule des Hawaii). L�ass�chement est accentu� par l�action conjointe des courants marins froids stabilisants (ici, courants des Canaries et de Californie). Des dispositions en tout point identiques expliquent l�aridit� de fa�ade au P�rou, au Chili, dans le Sud-Ouest africain (Namibie) et en Angola.</p><p>La subsidence est minimale sur les bords occidentaux des anticyclones.</p><p>De ce c�t� apparaissent les temps humides, surtout si, de surcro�t, entrent en jeu les courants oc�aniques chauds. Il en est ainsi de la fa�ade atlantique des �tats-Unis et de l�est de l�Asie en �t�.</p><p>C�est alors qu�interviennent les bords occidentaux des cellules oc�aniques subtropicales, ainsi que le Gulf Stream et le Kuro-shio. Car, en hiver, ce sont les lisi�res orientales s�ches des hautes pressions continentales qui s�imposent � ces r�gions.</p><p>Les temps � la p�riph�rie des anticyclones r�sultent aussi du sens de rotation des vents. L�air froid (et sec) des hautes latitudes s��coule, dans les deux h�misph�res, sur le bord oriental des hautes pressions, tandis que leur bord occidental dirige les flux chauds (et humides) issus des basses latitudes. Ainsi, les centres d�action hivernaux d�Am�rique du Nord et de Sib�rie insufflent-ils sur leurs lisi�res orientales des masses d�air froides (et s�ches) sur l�est du Canada et des �tats-Unis, la Mandchourie, la Cor�e, la Chine et le Japon.</p><p>Lorsqu�en �t� ces modalit�s ont disparu, ce sont les branches remontantes de la circulation aliz�enne, situ�es � l�ouest des cellules de l�Atlantique et du Pacifique Nord, qui transportent sur</p><p>ces m�mes r�gions l�air chaud (et humide) d�origine tropicale. � la v�rit�, ces advections se combinent aux effets de subsidence pour imposer, toutes choses �gales, la s�cheresse et le froid � l�est des centres de hautes pressions, et la chaleur et l�humidit� � l�ouest.</p><p>P. P.</p><p>&#x25B6; Circulation / Climat / Cyclone / Jet-stream /</p><p>Vent.</p><p>B V. climat.</p><p>antifriction</p><p>Mat�riau dont les propri�t�s sp�cifiques lui permettent de diminuer le frottement d�organes m�caniques en mouvement. (Cette d�nomination s�applique plus couramment � des alliages dits antifrictions.)</p><p>Depuis longtemps, on utilisait pour la constitution de paliers de machines des bois sp�ciaux riches en r�sines, des bronzes ou de la fonte. Mais, en 1839, l�Anglais Isaac Babbitt (1799-1862) breveta des alliages � base d��tain ayant des propri�t�s particuli�rement adapt�es � cette application et encore utilis�s. Dans les pays anglo-saxons, ces alliages sont toujours d�nomm�s babbitts.</p><p>Propri�t�s</p><p>� la fin du XIXe s., le comportement de ces alliages s�expliquait par les conceptions de Georges Charpy (1865-1945) : r�partition dans la structure de grains durs porteurs ench�ss�s dans une matrice molle, plastique. � cette th�orie, mise en d�faut par l�utilisation de nouveaux mat�riaux composites, a �t� substitu�e une th�orie plus complexe, fond�e sur une conception thermique des ph�nom�nes. Les principales propri�t�s exig�es des antifrictions sont :</p><p>� une bonne r�sistance � la compression, d�finissant la capacit� de charge d�un coussinet en relation avec la vitesse de l�arbre ou du vilebrequin et sa nature ;</p><p>� une r�sistance au grippage de l�antifriction, qui ne doit pas s�allier au m�tal de l�arbre, propri�t� d�autant mieux ob-</p><p>tenue que l�antifriction poss�de un bas coefficient de frottement, un bas point de fusion, une bonne mouillabilit� � l��tat liquide et, surtout, une grande conductibilit� thermique (cuivre, aluminium), permettant l��vacuation calorifique en cas d��chauffement anormal et �vitant ainsi le grippage ;</p><p>� une bonne mall�abilit�, pour mieux �pouser et compenser des d�fauts g�o-m�triques de l�ensemble, et permettre ainsi une meilleure port�e de la surface de frottement, mall�abilit� que l�on obtient par de faibles valeurs d��lasticit� et de duret� ;</p><p>� une capacit� d�incrustabilit� de particules �trang�res, pouvant provenir d�un d�faut de filtration de l�huile et occasionnant une destruction de l�alliage par rayures et usure ;</p><p>� un comportement de surface permettant la formation d�un film lubrifiant adh�rent (film monomol�culaire) et une tenue � la corrosion du milieu constitu� par le lubrifiant, l�atmosph�re et les conditions d��chauffement ;</p><p>� une bonne tenue � la fatigue, par suite des sollicitations altern�es en flexion-compression, d�autant meilleure que l��paisseur d�antifriction est faible (moins de 0,10 mm de r�gule pour des coussinets de moteurs � essence de voitures de tourisme) ;</p><p>� un maintien des caract�ristiques m�caniques en cas d��chauffement ;</p><p>� un bon accrochage de l�antifriction sur son support en acier ou en bronze, obtenu suivant les dimensions des coussinets par liaison physico-chimique ou par liaison m�canique.</p><p>Principaux types</p><p>Une rationalisation a permis de limiter les alliages de mat�riaux composites suivant les domaines d�application : 1o alliages � base d��tain (r�gules � l��tain), dont la structure est form�e d�une matrice plastique contenant des compos�s durs d�antimoine-�tain et de cuivre-�tain ;</p><p>2o alliages � base de plomb (r�gules au</p><p>plomb), contenant de l�antimoine et de l�arsenic ;</p><p>downloadModeText.vue.download 174 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>711</p><p>3o pseudo-alliages cuproplomb, appel�s m�tal rose, par opposition aux r�gules, dits m�tal blanc, dont la structure est form�e des deux m�taux pratiquement non alli�s, le cuivre formant matrice avec une r�partition homog�ne et fine de plages de plomb ;</p><p>4o bronzes, dont les plus courants sont les bronzes au plomb et les bronzes phosphoreux, constituant une gamme �tendue d�alliages aux applications tr�s diverses en raison des vari�t�s de composition ;</p><p>5o alliages � base d�aluminium, dont la matrice plastique contient des plages de constituant �tain, ou cadmium, ou plomb et qui, d�emploi relativement r�cent, se d�veloppent surtout dans l�industrie automobile ;</p><p>6o alliages autolubrifiants, dont la structure poreuse (30 p. 100 de poro-sit�s en volume), obtenue par les techniques de la m�tallurgie des poudres, est impr�gn�e d�une huile particuli�re, ce qui permet d��viter ou de limiter la lubrification externe des pi�ces constitu�es avec ces alliages (bronzes, alliages ferreux) ;</p><p>7o rev�tements �lectrolytiques d�alliages antifrictions, argent-plomb, plomb-indium, plomb-�tain-cuivre, que l�on applique sur une couche d�alliage � base de cuivre ou d�aluminium, eux-m�mes accroch�s sur un support en acier, l�ensemble constituant un coussinet d�nomm� trim�tal ;</p><p>8o mat�riaux constitu�s par une couche de mati�res plastiques � base de polyt�tra-fluoro-�thyl�ne, r�sines polya-mides ou r�sines ac�tal, d�pos�es sur un support g�n�ralement en acier avec, �ventuellement, interposition d�une couche en bronze poreux, formant une base d�accrochage et am�liorant les caract�ristiques des mati�res plastiques au point de vue de la tenue au fluage et</p><p>de la conductibilit� thermique.</p><p>Mise en oeuvre</p><p>L��laboration et le formage des antifrictions ont �volu� particuli�rement par l�utilisation des coussinets dits</p><p>� minces � (rapport de l��paisseur au diam�tre de l�ordre de 3/100 et �paisseur totale maximale de 4 mm). Les proc�d�s les plus utilis�s sont :</p><p>� la coul�e continue de r�gules, d�alliages de cuivre, d�alliages d�aluminium sous forme de barres, tubes ou sur feuillard, pour constituer une bande bim�tallique ;</p><p>� le frittage en continu de poudre de cuproplomb ou de bronze au plomb sur feuillard acier, pour former une bande bim�tallique ;</p><p>� le frittage classique apr�s compression de poudre, pour alliages autolubrifiants ;</p><p>� le placage en continu par laminage d�alliage d�aluminium sur feuillard acier ;</p><p>� le rev�tement �lectrolytique sur pi�ces usin�es.</p><p>R. L. R.</p><p>B R. Cazaud, le Frottement et l�usure des m�-</p><p>taux. Les antifrictions (Dunod, 1955).</p><p>Antigonides</p><p>Dynastie qui r�gna sur la Mac�doine � l��poque hell�nistique et qui tire son nom d�Antigonos Monophthalmos.</p><p>La Mac�doine est sous les � dia-</p><p>doques �, compagnons d�Alexandre et qui lui succ�dent, l�objet de luttes sans merci : poss�der la terre des hommes qui avaient conquis le monde passait pour une cons�cration. Dans ces disputes, le pays s��puise, et les rois s�y succ�dent sans r�ussir � enrayer sa d�cadence, trop occup�s qu�ils sont � s�attaquer aux royaumes voisins. Finalement, Antigonos Gonatas, fils de D�-</p><p>m�trios Ier Poliorc�te et petit-fils d�Antigonos Monophthalmos, s�impose aux Mac�doniens. Gr�ce � une victoire retentissante (Lysimacheia, 277 av. J.-</p><p>C.) sur les Celtes, qui venaient d�envahir la Gr�ce et refluaient vers le nord, il acquiert une gloire assez grande pour se proclamer roi ; na�t alors la troisi�me des grandes dynasties du monde hell�nistique.</p><p>Le r�gne d�Antigonos</p><p>Gonatas</p><p>Antigonos (roi de 276 � 239 av. J.-</p><p>C.) r�organise la puissance mac�donienne. Il sait limiter ses ambitions, au contraire de ses pr�d�cesseurs. Il refuse de s�occuper des affaires de Thrace, bien que le royaume soit vacant, et le laisse aux S�leucides, mais il r�unifie la Mac�doine.</p><p>Cependant, Antigonos doit se battre contre le roi d��pire Pyrrhos, qui, � son retour d�Italie, avait envahi son royaume ; il r�ussit � se d�barrasser de lui. La d�faite et la mort de l��pi-rote � Argos (272) lui permettent de r�gler � sa guise les affaires de Gr�ce : il poss�de Corinthe, pu il installe son fr�re Crat�re ; � �lis et � Megalopo-lis, il favorise la mise en place de gouvernements philomac�doniens ; son influence est n�anmoins limit�e par la ligue �tolienne, qui s�est �tendue � toute la Gr�ce centrale et qui coupe les communications terrestres entre la Mac�doine et l�isthme.</p><p>N�anmoins, la puissance des Antigonides s�affermit peu � peu. Ptol�-</p><p>m�e II ligue contre eux des �tats p�-</p><p>loponn�siens, Sparte et Ath�nes dans la guerre chr�monid�enne (267-262), mais Antigonos riposte en mena�ant les possessions ptol�ma�ques en �g�e et impose la paix au Lagide et � ses al-li�s. (C�est � cette �poque qu�Ath�nes perd sa libert� et doit subir l�occupation mac�donienne.) On peut ainsi consid�rer qu�en 262 la Mac�doine a retrouv� la puissance qui �tait la sienne sous Philippe II.</p><p>Antigonos r�organise l��tat et �vite de choquer ses sujets en adoptant sans nuances les habitudes des dynasties voisines : il n�instaure pas de culte royal mais, habilement, favorise le culte du dieu Pan, auquel il lui sera relativement facile de s�assimiler.</p><p>Le roi n�a pas supprim� l�assembl�e de l�arm�e, mais aucune r�union, pourtant, ne se tient sous son r�gne ; en fait, il dirige seul le pays ; les � amis � r�unis en conseil ne sont que des aides.</p><p>Le territoire mac�donien est divis� en districts, qui peuvent porter le nom de la ville principale ; on ne voit pas appara�tre � leur t�te des fonctionnaires sp�cialis�s, mais nous connaissons des</p><p>� �pistates �, � qui le roi donne � diriger une cit� ou un groupe de cit�s. Il est, n�anmoins, difficile d�appr�cier le degr� v�ritable de d�pendance des cit�s � l��gard du roi. L�organisation des imp�ts est mal connue ; en tout cas, bien que le pays s�enrichisse, le tr�sor mac�donien ne sera jamais aussi bien rempli que celui des Syriens.</p><p>� la t�te des provinces ext�rieures ou des marches du royaume, le roi place ses � strat�ges �, dont d�pendent les troupes d�occupation ou de surveillance : le strat�ge de Corinthe est un homme extr�mement puissant (Crat�re fut une sorte de vice-roi) ; on trouve aussi des strat�ges au Pir�e, en Eub�e, en P�onie. Le r�gime impos� aux �tats vassalis�s par les Mac�doniens est assez strict, puisqu�on voit dispara�tre tous les monnayages autonomes dans leur mouvance (sauf ceux d�Ath�nes et de Corinthe, places commerciales d�une telle importance internationale qu�il �tait impossible d�arr�ter, sans provoquer de crise, leurs �missions).</p><p>La fin du r�gne d�Antigonos est marqu�e par de graves revers : Alexandre, fils du strat�ge de Corinthe, se r�volte et se proclame roi (v. 250) ; Aratos de Sicyone, qui domine alors la ligue Ach�enne, s�allie � lui ; Ath�nes fait aussi d�fection. Alexandre meurt rapidement, et, si Antigonos peut r�tablir tant bien que mal la situation, il ne sait pas (il faut peut-�tre accuser son �ge) s�opposer de fa�on vigoureuse au d�veloppement de la ligue Ach�enne.</p><p>Les successeurs</p><p>d�Antigonos</p><p>La Mac�doine, sous les r�gnes de D�-</p><p>m�trios II (roi de 239 � 229) et Antigonos II D�s�n (roi de 229 � 221), va donc vivre des jours difficiles ; pourtant, ce dernier saura servir avec �clat sa puis-</p><p>sance. Il organise en Gr�ce (224-223) une nouvelle alliance hell�nique, dont il prend le titre d�h�gem�n : chacun des �tats membres (Acha�e, �pire, Acarna-nie, B�otie, Eub�e, Thessalie, Mac�-</p><p>doine m�me, associ�e � la ligue ind�-</p><p>pendamment de son roi) conserve son autonomie interne ; la ligue d�l�gue � un conseil de l�alliance des d�put�s qui ont pour fonction de mettre au point des propositions d�action, les instances sup�rieures de chacun des �tats alli�s �tant seules comp�tentes pour les accepter ou les refuser. Cette organisation est originale, mais, respectant trop l�autonomie de ses membres, elle ne peut durer.</p><p>Le jeune roi Philippe V (roi de 221</p><p>� 179) doit faire face � des difficult�s de tous ordres ; les grands, appuy�s par des soldats r�volt�s, s�opposent au roi, qui sera vainqueur et fera reconna�tre le caract�re absolu de son pouvoir.</p><p>Philippe est m�me assez fort pour imposer aux �toliens la paix de Nau-pacte (217), qui met un terme � la dure guerre des alli�s, et pour se lancer dans la lutte contre les Romains, qui ont pris pied en Illyrie depuis 229. Il signe en 215 une alliance avec Hannibal, dont les premiers succ�s sur Rome semblent promettre une victoire rapide dans la guerre men�e par Carthage en Italie, provoquant ainsi la premi�re guerre de Mac�doine (216-205). Malheureusement pour lui, ses alli�s grecs, entra�-</p><p>n�s dans l�affaire, regimbent. Le roi de Mac�doine est oblig� de limiter l�autonomie des cit�s amies ; les incidents se multiplient, et la popularit� du souverain en souffre. Les �toliens vont jusqu�� signer une alliance avec Rome (212), qui ne pourra d�ailleurs pas pousser la guerre avec assez de vigueur ; on s�acheminera donc vers un compromis en 205 (paix de Phoinik�).</p><p>La tr�ve est br�ve : Philippe V, alli� aux S�leucides, m�ne une politique active en �g�e ; Rhodes et Pergame s�inqui�tent et demandent aux Romains d�intervenir. Rome accepte downloadModeText.vue.download 175 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>712</p><p>d�autant plus volontiers que la guerre avec Carthage est termin�e et qu�il est difficile de d�mobiliser des soldats dont beaucoup ont perdu leurs propri�-</p><p>t�s, ravag�es par les arm�es d�Hannibal. La deuxi�me guerre de Mac�doine (200-196), men�e avec �nergie par T. Quinctius Flamininus, se termine par la bataille de Cynosc�phales, o�, servie par la chance, la l�gion romaine, plus mobile, fait voler en �clats la phalange mac�donienne (juin 197). La paix alors sign�e exclut la Mac�doine de la Gr�ce et enferme dans des limites exigu�s l�activit� des Antigonides ; ceux-ci sont invit�s � agir plut�t dans les Balkans, o� s�agitent des Barbares qui, sans leur intervention, pourraient descendre vers le sud.</p><p>Philippe V pr�pare sa revanche, mais c�est son fils, Pers�e (roi de 179 � 168), qui tentera de la mener � bien, habile � se concilier l�opinion hell�nique ; elle commence � souffrir du protectorat de Rome. Pourtant, quand commence la troisi�me guerre de Mac�doine (172-168), Pers�e est sur la d�fensive, et la sympathie que lui manifestent alors de nombreux �tats grecs ne peut emp�-</p><p>cher les arm�es de Paul �mile de remporter, le 22 juin 168, la victoire de Pydna, qui marque la fin du royaume des Antigonides. Le pays est d�coup� en quatre � m�rides �, qui n�ont entre elles aucun rapport politique ; en 148, il sera r�duit � l��tat de province romaine. Quant � Pers�e, il aura la honte de figurer au triomphe c�l�br� par Paul �mile, mais sa famille ne s��teindra pas tout de suite, puisqu�un de ses fils, Alexandre, coulera des jours paisibles en travaillant comme greffier dans une petite ville du Latium...</p><p>J.-M. B.</p><p>&#x25B6; Alexandre le Grand / Gr�ce / Hell�nistique (monde) / Mac�doine.</p><p>B M. Holleaux, Rome, la Gr�ce et les monarchies hell�nistiques au IIIe si�cle avant J.-C.</p><p>(273-205) [de Boccard, 1921] ; �tudes d��pigraphie et d�histoire grecque, t. IV et V (A. Maisonneuve, 1952-1957). / A. Aymard, le Royaume de Mac�doine de la mort d�Alexandre � sa disparition (Tournier et Constans, 1953). / C. Wehrli, Antigone et D�m�trios (Droz, 1969).</p><p>antihistaminiques Substances qui s�opposent � l�action nocive de l�histamine.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�histamine, ou imidazol�thylamine, est une base amin�e h�t�rocyclique d�rivant de la glyoxaline, pr�sente dans l�ergot de seigle, d�o� elle a �t� isol�e par G. Barger et H. H. Dale en 1910. Elle est �galement pr�sente dans la plupart des tissus animaux, o� elle r�sulte, au cours du m�tabolisme des prot�ines, de la d�carboxylation d�un acide amin�, l�histidine. Normalement, l�histamine est rapidement d�truite par une enzyme, l�histaminase, qui en lib�re l�ammoniaque et la transforme en acide imidazolac�tique. Elle joue un r�le physiologique dans les ph�nom�nes de liaisons neuro-humorales, comme la vasodilatation, mais son exc�s est constat� dans certaines affections comme le choc*, l�ecz�ma*, l�urticaire*, l�asthme*, affections consid�r�es comme des ph�nom�nes allergiques. Les antihistaminiques sont des m�dicaments destin�s � pr�venir ces manifestations allergiques � en limitant la production d�histamine, en activant sa destruction enzymatique �</p><p>ou, le plus souvent, � en att�nuer les effets. On peut d�signer ceux de ces m�dicaments dont l�action est pr�ventive sous le nom de d�sensibilisants et r�server le nom d�antihistaminiques � ceux qui s�opposent aux effets toxiques de l�histamine.</p><p>D�sensibilisants</p><p>L�administration de doses tr�s faibles d�histamine par injections intrader-miques, scarifications ou applications de pommades peut conduire � une</p><p>immunisation de l�organisme contre les effets toxiques de l�histamine, probablement par la stimulation de la production d�histaminase, action comparable � une vaccination, stimulatrice de la production d�anticorps.</p><p>De m�me, l�administration d�histaminase en injections sous-cutan�es peut limiter la production d�histamine. Plus r�cemment, on a pr�par� une association d�histamine et de gammaglobuline active en injections sous-cutan�es, et</p><p>susceptible, elle aussi, de modifier un terrain allergique et de pr�venir le retour de manifestations pathologiques.</p><p>Antihistaminiques</p><p>de synth�se</p><p>Un grand progr�s dans la th�rapeutique antiallergique a �t� r�alis� par l�introduction en th�rapeutique des antihistaminiques de synth�se � partir de 1936</p><p>et � la suite des travaux de l��cole de Bovet, Staub, Halpern, et par la production, depuis cette �poque, d�un grand nombre de substances propres � combattre les effets toxiques de l�histamine. Ces d�couvertes ont d�coul� de recherches pharmacologiques</p><p>consistant � tester les propri�t�s de divers corps vis-�-vis de l�histamine, mais aussi vis-�-vis des d�sordres physiologiques provoqu�s par un exc�s d�histamine. La plupart de ces corps comprennent, dans leur mol�cule, le groupement �CH�CH�N=, pr�sent</p><p>�galement dans celle de l�histamine, dont l�action semble ainsi bloqu�e par substitution. � l�origine, la synth�se des nouveaux antihistaminiques s�est cristallis�e autour de deux groupements : l�amino�thanol (s�rie du 929 F) et l��thyl�nediamine (s�rie du 1571 F), mais leur nombre s�est tr�s consid�rablement accru avec les d�riv�s de la propylamine et surtout avec ceux de la ph�nothiazine. Les antihistaminiques les plus connus (alim�razine, brom-ph�niramine, buclizine, chlorcyclisine, cyproheptadine, dexchlor ph�nyra-mine, diphenhydramine, diphenpyraline, doxylamine, histapyrrodone, isotnipendile, m�clozine, m�pyramine, m�thydilazine, orph�nadrine, para-thiazine, ph�niramine, prop�thazine, th�malidine, thiazinamium, tripelenna-mine, triprolidine) sont commercialis�s sous forme de sp�cialit�s pharmaceutiques ; d�pourvus de toxicit�, ils sont administr�s par les voies orale (comprim�s, gouttes, sirops), parent�rale ou locale (instillations, pommades).</p><p>Certains d�entre eux sont dou�s d�actions secondaires importantes qui l�emportent parfois sur leur destination premi�re : action s�dative et antitussive (alim�razine, ph�nothiazine), adjuvant de l�anesth�sie (prom�thazine), mal des transports (dimenhydrinate, m�clozine), anti�m�tique (cyclizine), voire</p><p>stimulateur de l�app�tit (cyproheptadine). Leur multiplicit� montre qu�il n�en est pas de parfait ; il est vraisemblable que l�histamine n�est pas le seul agent allergique, d�autres substances, comme la s�rotonine, paraissant y contribuer. N�anmoins, l�introduction en th�rapeutique des antihistaminiques de synth�se a constitu� un progr�s important dans le traitement des maladies allergiques. La pr�vention de leurs accidents est souvent facilit�e par la mise � profit des effets secondaires de ces corps.</p><p>R. D.</p><p>&#x25B6; Allergie.</p><p>Antilles</p><p>Archipel s�parant l�oc�an Atlantique de la mer des Antilles ; il est form� au nord par les Grandes Antilles (Cuba, Ha�ti, Jama�que, Porto Rico) et � l�est et au sud par les Petites Antilles.</p><p>L�archipel s��tire en forme d�ellipse sur 4 000 km au large de l�Am�rique centrale et du Yucat�n, de la Floride au lac de Maracaibo en longeant la Guyane v�n�zu�lienne. En longitude, du cap San Antonio, � l�extr�mit� occidentale de Cuba, jusqu�� la Barbade (avant-poste sur la route d�Afrique), les Antilles s��chelonnent sur 2 000 km, et en latitude, de la Trinit� aux Bahamas, sur plus de 1 600 km. Elles touchent aux r�gions �quatoriales au sud et d�passent largement le tropique du Cancer (surtout avec les Bermudes) au nord.</p><p>L�archipel couvre 236 000 km 2 pour une population avoisinant 25 millions d�habitants. Les Grandes Antilles, au nord, occupent 89 p. 100 de la superficie totale et regroupent une part presque �gale de la population totale.</p><p>Les Petites Antilles sont install�es � l�est et au sud, dans la partie la plus courbe de l�ellipse, avec 6 p. 100</p><p>seulement de la surface, mais plus du dixi�me de la population. Les Bahamas et les Bermudes, bien que situ�es au nord de Cuba, peuvent �tre englob�es dans les Petites Antilles ; elles couvrent environ 5 p. 100 de la surface, mais comptent nettement moins de</p><p>1 p. 100 de la population antillaise.</p><p>Les donn�es physiques</p><p>Le relief</p><p>Les Antilles doivent leur origine � des mouvements orog�niques r�cents, qui se poursuivent actuellement et qui sont li�s � ceux qui ont int�ress� l�Am�-</p><p>rique centrale et le Venezuela. Deux phases de plissements s�par�es par une p�riode de calme se seraient produites de la fin du Cr�tac� � la fin du Tertiaire.</p><p>Au Cr�tac� sup�rieur et � l��oc�ne aurait eu lieu un premier soul�vement, orient� de l�ouest � l�est et rattach� � ceux d�Am�rique centrale, o� r�gne alors une intense activit� volcanique.</p><p>Ces mouvements sont � l�origine de deux cha�nes, qui forment le b�ti des Grandes Antilles. La premi�re passe par le sud de Cuba (sierra Maestra), se poursuit au sud et au centre d�Ha�ti, � Porto Rico, pour s�achever et se fragmenter dans les �les Vierges ; la seconde traverse la Jama�que, forme le bourrelet montagneux du sud d�Ha�ti et se confond avec la premi�re � Porto Rico. Ce bombement reprend des</p><p>roches m�tamorphiques (Blue Mountains de la Jama�que et sierra Maestra), mais surtout des roches s�dimentaires tr�s �paisses (calcaires essentielle-downloadModeText.vue.download 176 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>713</p><p>ment). � la m�me �poque se forme la cha�ne c�ti�re cara�be, qui englobe les �les Sous-le-Vent et se prolonge � la Trinit�. Le milieu du Tertiaire est marqu� par un calme orog�nique. L�arase-ment des montagnes par l��rosion et la s�dimentation surtout corallienne sur les plates-formes de base submerg�es marquent cette p�riode. � la fin du Mioc�ne et au Plioc�ne, l�archipel prend sa configuration actuelle, avec l�effondrement de zones qui sont envahies par la mer et de nouveaux soul�vements. La cha�ne volcanique des Petites Antilles s��l�ve alors sur une ride sous-marine associ�e � une fosse marine profonde (g�osynclinal). Le volcanisme, de type strombolien et p�l�en, s�y caract�rise</p><p>par de violentes �ruptions avec projection de cendres, de bombes et nu�es ardentes. Les mouvements orog�niques s�accompagnent d�une intense �rosion, qui affecte en particulier les r�gions calcaires anciennes (�laboration de karsts tropicaux), ou provoquent la formation de d�p�ts superficiels (bauxites � la Jama�que au Plioc�ne). Cette activit� tectonique et morphog�n�tique se prolonge au Quaternaire. L�activit� volcanique reste intense dans l�arc des Petites Antilles (�ruption de la montagne Pel�e en 1902 et en 1932, de la Soufri�re de Saint Vincent en 1821 et en 1902), et toutes les Antilles sont cruellement touch�es par les tremblements de terre. La Cara�be est un monde jeune qui occupe une zone</p><p>de grande instabilit� de l��corce terrestre. Les oscillations du niveau des mers, li�es aux glaciations qui caract�-</p><p>risent le Quaternaire, favorisent aussi le d�veloppement des constructions coralliennes, surtout sous la forme de r�cifs-barri�res et de r�cifs frangeants.</p><p>L��rosion se poursuit avec une particuli�re vigueur.</p><p>Du jeu complexe de toutes ces</p><p>forces, il r�sulte des formes de relief tr�s diverses. Les plaines calcaires, assez monotones, sont tr�s �tendues (Cuba, la Barbade, Grande-Terre de la Guadeloupe) ; sans grand pittoresque, elles sont, cependant, bord�es de plages magnifiques, souvent prot�-</p><p>g�es par des reliefs coralliens. Quand les s�ries calcaires ont �t� soulev�es, leur masse a �t� rong�e par les eaux, et elles donnent naissance � des karsts aux reliefs �tranges (Jama�que, Porto Rico, Guadeloupe). Les grandes montagnes calcaires ravin�es y voisinent avec des foss�s d�effondrement pour constituer avec les vall�es un paysage heurt� et compartiment� (Ha�ti), ou de lourdes montagnes dominent de leur masse sombre les plaines et plateaux environnants (nord-est de Cuba, Jama�que orientale). Enfin, on y rencontre des �difices volcaniques bien circonscrits, qui, parfois, constituent une �le � eux seuls, massifs s�ils sont jeunes, entaill�s par les torrents s�ils sont plus anciens.</p><p>Les littoraux pr�sentent un �clectisme aussi large. Tant�t ce sont des</p><p>c�tes basses, � plages de sable corallien id�ales pour le d�veloppement du tourisme ou bien englu�es de vase colonis�e par la mangrove et inhospitali�res ; tant�t ce sont des c�tes �lev�es et pittoresques, o� la montagne, couverte de for�t dense, s�effondre dans la mer, mais presque partout s�offrent des baies bien abrit�es, des sites innombrables, qui sont propices � la navigation (baies de La Havane, de Port-au-Prince, de San Juan, de Pointe-�-Pitre, de Fort-de-France, de Castries, etc.).</p><p>Le climat</p><p>Les Antilles ont un climat tropical maritime humide. La temp�rature</p><p>moyenne annuelle s��tablit autour de 25 �C avec de faibles �carts saisonniers, de l�ordre de 3 �C. Il est rare que la temp�rature d�passe 33 �C et qu�elle descende au-dessous de 15 �C en</p><p>plaine. Il n�y a pas de v�ritable saison thermique, et la r�gularit� des temp�-</p><p>ratures est un trait dominant du climat.</p><p>Les amplitudes diurnes (entre le jour et la nuit) sont en r�alit� plus �lev�es (6 �C) que l�amplitude annuelle.</p><p>Autour de ce r�gime type, on peut distinguer des variantes r�gionales. Les �les les plus proches de l��quateur sont plus chaudes que Cuba par exemple, o� des descentes d�air froid d�origine nord-am�ricaine (Nortes) se ressentent quelquefois l�hiver et o� les contrastes thermiques sont alors plus marqu�s.</p><p>Les d�pressions, les c�tes abrit�es et les petites �les basses sont souvent plus chaudes que les plaines ouvertes. Toutefois, l�un des ph�nom�nes les plus importants pour la vie humaine est la d�croissance de la temp�rature avec l�altitude. On estime qu�elle s�abaisse de 0,6 �C par 100 m en moyenne ; les hauteurs � partir de 150 � 200 m sont recherch�es pour l�habitat, surtout si elles sont bien expos�es � l�aliz�, le vent dominant qui souffle de l�est.</p><p>Dans les montagnes �lev�es, on rencontre des climats tropicaux d�altitude frais et toniques avec la m�me r�gularit� thermique.</p><p>Les Antilles sont en g�n�ral hu-</p><p>mides. La moiteur de l�air et la n�bulo-sit� sont un des traits marquants du climat, et elles ne le rendent pas toujours</p><p>agr�able � l�organisme, qui �prouve souvent la sensation d��tuve surtout pendant l�� hivernage �, p�riode pluvieuse au cours de laquelle l�aliz� est peu actif. Les hauteurs d�eau varient beaucoup en fonction de l�exposition � l�aliz�, de la situation en altitude ou de l��tendue de l��le. Les reliefs expos�s � l�est sont les plus arros�s (pr�s de 6 m d�eau vers 1 000 m) ; les plaines et les bas plateaux, qui sont bien ventil�s, re�oivent de 1 500 mm � 2 000 mm d�eau par an, ce qui est tr�s suffisant pour l�agriculture ; par contre, les r�gions abrit�es (c�tes sous le vent, d�pressions int�rieures), les c�tes basses ou les petites �les souffrent de la s�cheresse en recevant moins de 900 mm d�eau. Le r�gime pluviom�-</p><p>trique pr�sente un contraste att�nu� entre une saison pluvieuse qui dure de juin � d�cembre et une saison s�che pendant l�hiver bor�al. Sauf dans les r�gions tr�s abrit�es, la saison s�che, ou � car�me �, n�est pas compl�tement exempte de pr�cipitations. Entre janvier et juin, il tombe entre le tiers et le quart des pr�cipitations, ce qui n�est pas n�gligeable pour la v�g�tation. Les mers, chaudes, entretiennent en effet constamment une forte �vaporation, qui entra�ne la formation de syst�mes nuageux m�me en saison</p><p>s�che ; s�ils sont pouss�s par l�aliz�, ces nuages apportent des pluies sur les �les. Le caract�re maritime du climat se fait donc surtout sentir pendant une saison qui, dans les r�gions tropicales continentales, conna�t une s�v�re s�-</p><p>cheresse. Dans les Antilles proches du tropique (surtout les Grandes Antilles), le r�gime pluviom�trique est, toutefois, plus contrast� que dans les �les m�ridionales (Trinit� et les autres Petites Antilles montagneuses), o� il s�apparente aux r�gimes �quatoriaux.</p><p>Dans l�ensemble, le climat est tr�s favorable � l�agriculture ; il permet une croissance presque constante des plantes, et seules les parties tr�s abrit�es doivent �tre irrigu�es (vall�e de l�Artibonite � Ha�ti).</p><p>Malheureusement, les Antilles sont trop souvent ravag�es par les cyclones.</p><p>Cet al�a climatique p�se lourdement sur l��conomie, et chaque �le (sauf la Trinit�, situ�e trop au sud) a connu au</p><p>moins un cyclone qui l�a ravag�e et ruin�e. Les cyclones sont de profondes d�pressions tr�s localis�es, qui se forment entre juin et d�but d�cembre, au moment o� l�atmosph�re est tr�s instable. Ils se d�placent de l�est vers le nord-ouest, dans le sens de la circulation atmosph�rique g�n�rale qui int�-</p><p>resse cette r�gion, � une vitesse d�environ 10 km/h. Ils se manifestent par des vents tr�s violents (plus de 200 km/h), des pluies torrentielles (200 mm) et s�accompagnent d�un raz-de-mar�e et m�me d�un l�ger s�isme. Le ph�no-m�ne ne dure que quelques heures en g�n�ral. Impr�visibles autrefois et, � ce titre, justement redout�s, les cyclones sont maintenant d�tect�s par des observations a�riennes (avions et satellites) faites, dans le cadre de l�Organisation m�t�orologique mondiale, par le Weather Bureau de Washington et ses annexes cara�bes. � d�faut de sauver les r�coltes, les populations peuvent au moins se mettre � l�abri.</p><p>La v�g�tation naturelle et les sols La for�t est l�association v�g�tale la plus r�pandue � l��tat naturel. Il faut distinguer la for�t dense de type �quatorial, aux essences tr�s m�lang�es, � lianes et � �piphytes, qui pousse dans les r�gions humides, de la for�t claire, form�e d�acacias et de poiriers-pays, qui cro�t l� o� il tombe moins de 1 500 mm. La savane, souvent �tendue dans les Grandes Antilles, est surtout downloadModeText.vue.download 177 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>714</p><p>d�origine anthropique ; elle a remplac� la for�t claire pour servir de terrain de parcours � l��levage extensif. Dans les r�gions les plus s�ches croissent des formations x�rophiles (halliers � �pineux touffus et m�me des cact�es). La mangrove � pal�tuviers colonise les c�tes envas�es, alors que les plages</p><p>et les c�tes rocheuses et calcaires sont occup�es par les raisiniers aux larges feuilles. Sur les sommets battus des vents se d�veloppent une for�t naine et des savanes piquet�es de fleurs. Mais de nombreuses essences utiles ou sauvages ont �t� introduites, et la plupart des plantes tropicales typiques que l�on rencontre sont allog�nes : arbre � pain, cocotier, flamboyant, canne � sucre, agrumes, etc.</p><p>La fertilit� des sols antillais est bien connue. On trouve l� aussi une tr�s grande diversit�. Les sols volcaniques, que l�on rencontre surtout dans les Petites Antilles, sont les plus riches. Ils conviennent particuli�rement aux bananiers, aux caf�iers et aux cacaoyers.</p><p>Les sols argilo-calcaires profonds sont les plus �tendus et portent la canne � sucre. Il y a aussi de bons sols alluviaux de vall�e ou de littoral propices aux cultures d�licates (l�gumes et fruits). Cependant, pour peu qu�ils se trouvent sur des versants d�bois�s, ces sols deviennent tr�s fragiles, compte tenu de la forte pluviosit�.</p><p>L�ensemble des conditions natu-</p><p>relles rend facile l��tablissement des hommes et donne une vocation agricole indiscutable aux Antilles.</p><p>La mise en valeur et</p><p>le peuplement</p><p>Les Antilles pr�colombiennes ont �t� peu peupl�es, et leur mise en valeur n��tait que tr�s fragmentaire. N�anmoins, les peuples am�rindiens venus d�Am�rique du Sud par la Trinit� y avaient d�velopp� une civilisation ori-</p><p>ginale, fond�e sur la cueillette dans la for�t, la culture des racines (manioc) et la p�che. Ils ont laiss� de nombreux vestiges arch�ologiques ou topony-miques, mais ils ont pratiquement disparu.</p><p>Jusque vers 1640, l�archipel conna�t une premi�re colonisation espagnole.</p><p>Celle-ci n�est que tr�s partielle, car l�Espagne se tourne surtout vers le continent. Les Petites Antilles sont laiss�es � l�abandon, et, dans les Grandes Antilles, la pr�sence espagnole ne se manifeste gu�re que par la fondation de villes-ports, forteresses sur la route maritime des Indes occidentales (Santo Domingo d�s 1496, La Havane en 1519, San Juan Bautista de Porto Rico en 1521), et par l�implantation de quelques foyers de colons paysans (indigo, �levage des bovins).</p><p>Cette premi�re phase de l�intervention europ�enne est surtout importante du point de vue humain. R�duits au servage, les Indiens sont vite d�cim�s en masse, et, d�s le d�but du XVIe s., on fait venir des esclaves noirs de la c�te occidentale d�Afrique. Ainsi, le probl�me de la main-d�oeuvre n�cessaire � l�exploitation des �les conduit-il � la mise en place de la soci�t� esclavagiste et � cette humanit� bigarr�e issue des m�tissages entre les diff�rents groupes ethniques qui s�y implantent.</p><p>Ce n�est qu�au milieu du XVIIe s. que la mise en valeur des Antilles commence r�ellement. Les Anglais, les Fran�ais, les Hollandais s�emparent des Petites Antilles et se les disputent ; ils chassent m�me les Espagnols de la Jama�que (prise par les Anglais en 1655) et de la partie occidentale de Saint-Domingue (en 1697, le trait� de Ryswick en reconna�t la possession � la France). Apr�s l��chec du colonat europ�en, les esclaves noirs affluent dans le cadre du commerce triangulaire (Europe occidentale, Afrique de l�Ouest, Antilles-Br�sil-Louisiane), et les souverains partagent les terres entre les nobles immigr�s. L��conomie et la soci�t� de plantation, qui s��panouiront au XVIIIe s., se mettent alors en place. Le</p><p>domaine de 50 � 150 ha en est le fondement. Son propri�taire, un noble blanc, le fait travailler par une main-d�oeuvre noire servile nombreuse, et on y produit des cultures commerciales destin�es au march� europ�en. On change les productions en fonction des besoins de ce march�.</p><p>Les �les exportent des produits agricoles de haute valeur (indigo, coton ; puis sucre, cacao, caf�, �pices et aromates, cuirs) et importent tous les produits fabriqu�s dont elles ont besoin ainsi qu�une partie de leur alimentation.</p><p>� la fin du XVIIIe s., les �les fran�aises, anglaises et hollandaises connaissent downloadModeText.vue.download 178 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>715</p><p>une tr�s grande prosp�rit�, et leurs fortes densit�s contrastent avec le vide des �les espagnoles (la partie fran�aise de Saint-Domingue a 520 000 habitants contre 100 000 � la partie espagnole, deux fois plus �tendue). Ces faits d�histoire s�inscrivent encore dans les paysages d�aujourd�hui.</p><p>des moyens techniques, offrent un immense march� pour le sucre, le tabac, le cacao et le caf�, et, avant la crise de 1930, le sucre antillais conna�t alors un second �ge d�or (5 Mt � Cuba).</p><p>Vigoureusement redress�e au d�but du si�cle par l�arriv�e de nouveaux immigrants et par l�action des �tats-La population est tr�s jeune et comprend partout environ 50 p. 100 de moins de vingt ans. Cette structure d�mographique pose de redoutables probl�mes �conomiques et sociaux, D�s le d�but du XIXe s., les Antilles entrent dans une p�riode de crises de tous ordres, qu�elles n�ont pu r�soudre jusqu�� maintenant. Ha�ti, r�volt�e, devient ind�pendante en 1804 et, peu � peu, sous la pression d�mographique en particulier, se tourne vers des cultures vivri�res dans le cadre d�un petit pay-sanat propri�taire de sa terre. Vers le milieu du si�cle, la lib�ration g�n�rale des esclaves, qui contribue � accro�tre</p><p>le m�tissage, pose aussi avec acuit� le probl�me de la main-d�oeuvre et ruine bien des plantations. La betterave � sucre devient un concurrent s�rieux de la canne, et le sucre n�est plus une denr�e rare et ch�re en Europe. Pour r�sister, les plantations familiales s�industrialisent � partir de 1860, ce qui, souvent, pr�cipite leur ruine. La vieille soci�t� des � ma�tres et esclaves � est �branl�e.</p><p>Unis, l��conomie de plantation ne s�est pas remise de la d�pression des ann�es 1930. Les vieilles colonies ont d� faire appel � la protection des m�tropoles ; mais les �les sous l�influence am�ricaine ont subi les lois du march� et des crises sociales permanentes, qui expliquent leurs convulsions politiques.</p><p>Apr�s 1930, l�immigration s�est arr�-</p><p>t�e, l��conomie en crise n��tant plus capable de donner du travail � la main-d�oeuvre locale.</p><p>Ces faits d�histoire marquent la vie du monde antillais d�une mani�re ind�-</p><p>l�bile ; la structure sociale, les moeurs, la vie �conomique, l�organisation politique en sont impr�gn�es.</p><p>La population antillaise pr�sente donc un bariolage ethnique et culturel tout � fait remarquable. Dans le</p><p>� melting-pot � cara�be s�entrem�lent toutes les religions, toutes les races, les classes d��ge adulte ayant une masse consid�rable de personnes � leur charge. Les Antilles ne sont pas toutes dens�ment peupl�es, mais, dans certaines �les, la pression d�mographique a rendu n�cessaire l��migration ; aussi, apr�s avoir �t� des pays d�immigration, ces �les sont-elles devenues des foyers d��migration. Il existe des courants migratoires anciens internes � la Cara�be : des Petites Antilles vers la Trinit�, Cura�ao, le Venezuela, Panam�, la Guyane ; d�Ha�ti vers la r�publique Dominicaine et Cuba. Mais les courants externes vers les �tats-Unis (Portoricains, Cubains et Ha�tiens, ces derniers pour des raisons politiques), vers la Grande-Bretagne (Jama�quains, Barbadiens, etc.), vers la France (Guadeloup�ens et Martiniquais) sont beaucoup plus importants. Depuis quelques ann�es, les mouvements internes � la</p><p>On essaie de r�soudre le probl�me de la main-d�oeuvre en faisant venir des contractuels des Indes orientales.</p><p>Ceux-ci s�implantent nombreux � la Trinit� et � la Guadeloupe, o� ils font souche. La fin du si�cle conna�t un afflux de M�diterran�ens (Espagnols et Italiens) vers Cuba, Saint-Domingue et Porto Rico. Apr�s avoir longtemps �chou�, la colonisation europ�enne de peuplement peut r�ussir gr�ce aux progr�s sanitaires. De vastes domaines sucriers se constituent sur des terres vierges avec des moyens modernes (centrales � vapeur, voies ferr�es) et une main-d�oeuvre nombreuse et peu pay�e ; les vieilles plantations se regroupent et se modernisent. En ruinant la pr�sence espagnole (1898), les �tats-Unis interviennent dans la Ca-ra�be. Ils introduisent des capitaux et avec, toutefois, une pr�dominance des �l�ments catholiques et protestants, blancs, noirs et mul�tres. L�int�gration entre ces composantes se poursuit par un m�tissage, plus intense d�ailleurs dans les populations catholiques que chez les protestants.</p><p>Cara�be ont �t� rendus plus difficiles, car toutes les �les d�accueil connaissent des difficult�s �conomiques et ont ferm� leurs portes. Depuis 1965, la Grande-Bretagne a, elle aussi, restreint consid�rablement l�immigration des Antillais, si bien que la plupart des La croissance d�mographique est</p><p>tr�s rapide. La mortalit�, qui n�a pas cess� de diminuer depuis le d�but du XXe s., se situe partout � un niveau tr�s bas (moins de 10 p. 1 000, sauf � Ha�ti), alors que la natalit� est rest�e tr�s �le-v�e, quand elle n�a pas cr� (plus de 30 p. 1 000 en g�n�ral).</p><p>Croissance naturelle annuelle de la population antillaise :</p><p>�les surpeupl�es ne disposent plus de cette indispensable soupape de s�ret�.</p><p>Le Canada, toutefois, re�oit de plus en plus d�Antillais anglophones.</p><p>L�urbanisation est tr�s in�gale d�une �le � l�autre. Certaines �les restent profond�ment rurales, et la population paysanne est tr�s nombreuse (Ha�ti, les petites �les anglophones, sauf la</p><p>Trinit� et la Barbade) ; dans d�autres, l�essor urbain a �t� consid�rable depuis la Seconde Guerre mondiale, de grandes villes se sont d�velopp�es et pr�s de la moiti� de la population est urbanis�e (Cuba avec La Havane, qui d�passe 1 500 000 hab. ; Porto Rico avec San Juan, qui a 700 000 hab. ; la Trinit� avec Port of Spain, qui d�passe 250 000 hab.). Enfin, pour une troisi�me cat�gorie d��les, l�urbanisation, qui a commenc� plus tard, a pris un rythme tr�s rapide (la Jama�que, o� Kingston d�passe 500 000 hab., ainsi que la r�publique Dominicaine, o� la capitale d�passe aussi 500 000 hab., et les �les fran�aises).</p><p>L��conomie</p><p>Dans leur ensemble, les Antilles appartiennent au groupe des pays insuffisamment d�velopp�s ; les revenus des populations sont en g�n�ral bas, et les industries sont peu nombreuses et peu puissantes ; le travail de la terre et un secteur tertiaire hypertrophi� fournissent l�essentiel des emplois.</p><p>Cependant, d�s les origines de leur mise en valeur, les Antilles avaient tir� beaucoup de profits de la vente des produits agricoles des plantations aux pays de l�Europe occidentale, lesquels, en contrepartie, leur procuraient ce dont elles avaient besoin (alimentation, produits fabriqu�s). Depuis la crise de 1930 surtout, ce syst�me �conomique s�est montr� inapte � faire vivre convenablement les populations antillaises.</p><p>La baisse des cours et l�arriv�e sur le march� de concurrents africains et sud-am�ricains (pour le caf� et le cacao par exemple) ont �t� durement ressenties par les plantations antillaises. Le poids de l�histoire qui s�illustre dans les rapports de suj�tion �conomique et politique � l��gard des vieilles m�-</p><p>tropoles coloniales ou des �tats-Unis et l�inertie oppos�e par les structures agraires n�ont pas permis la r�novation de l�agriculture. Le d�veloppement industriel, difficile, ne peut compenser le manque � gagner du secteur agricole.</p><p>Il s�en faut de beaucoup, cependant, que les Antilles soient toutes dans la m�me situation ; elles pr�sentent en fait une tr�s grande vari�t� dans le downloadModeText.vue.download 179 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>716</p><p>d�veloppement �conomique et dans le niveau de vie des populations. La vari�t� physique en est certes en partie responsable. Les �les les plus grandes ont plus de possibilit�s que les plus petites. La Trinit�, par exemple, a la chance de poss�der des gisements d�hydrocarbures non n�gligeables, et la Jama�que, Cuba, Ha�ti et la r�publique Dominicaine des gisements de m�taux non ferreux tr�s importants.</p><p>Mais, bien plus que les faits physiques, l��volution historique propre � chaque �le est responsable des tr�s grandes in�galit�s de d�veloppement. Ha�ti, dont les ressources ne sont pourtant pas n�gligeables (sols fertiles, bauxite, fer, p�trole), s�offre le rare privil�ge de ne pas avoir augment� sa production depuis plus de dix ans. La population est dans un �tat de pauvret� et de mi-s�re indescriptibles. Ind�pendante d�s 1804, gr�ce � la r�volte des esclaves, la r�publique noire d�Am�rique, d�vast�e par la guerre, pill�e, fut mise � l�index.</p><p>Livr�e � elle-m�me, elle a connu une invraisemblable instabilit� politique, qui a d�courag� toute entreprise �conomique. Mise sous tutelle am�ricaine, elle n�en a tir� que de maigres avantages, vite perdus ou qui ont soulev� de nouvelles difficult�s (la croissance trop rapide de la population avec le progr�s des conditions sanitaires par exemple).</p><p>Par contre, Porto Rico, par la structure de sa production int�rieure, dans laquelle les industries l�emportent, par les revenus et les �quipements dont b�n�ficient ses habitants, n�appartient plus vraiment � l�ensemble des pays sous-d�velopp�s, mais se trouve dans une situation interm�diaire. Colonie des �tats-Unis, puis autonome en 1952, l��le a tr�s largement b�n�fici� des capitaux am�ricains, du d�placement des personnes dans les deux sens (�migrants portoricains ; touristes am�ricains), d�une gestion politique saine et, plus r�cemment, d�une grande libert� dans toutes ses affaires int�rieures. En fait, peu d��les, m�me celles qui sont plac�es sous la m�me tutelle, ont connu une �volution semblable et se trouvent</p><p>actuellement dans une situation �conomique et sociale identique.</p><p>L�agriculture</p><p>Elle constitue donc encore dans de tr�s nombreux cas l�essentiel de l�activit� et des revenus des �les (sauf � Porto Rico, � la Trinit�, � Cura�ao et � Aruba). Tr�s souvent, plus de 40 p. 100 de la population active travaillent la terre, et il y en a probablement pr�s de 75 p. 100</p><p>� Ha�ti, qui est rest�e profond�ment paysanne. L�agriculture se partage en deux secteurs �conomiques bien distincts, dont la structure fonci�re et les techniques d�exploitation diff�rent.</p><p>Sch�matiquement, il y a d�une part la grande plantation, vou�e aux monocultures commerciales, et d�autre part la petite exploitation vivri�re, qui ravitaille la famille et le march� local en tubercules, en l�gumes et en fruits, et qui associe parfois une culture commerciale. La plantation rev�t divers aspects. Il faut, d�abord individualiser la grande exploitation de canne � sucre de plusieurs milliers d�hectares (voire plusieurs dizaines de milliers d�hectares), propri�t� d�une soci�t� anonyme (souvent �trang�re � l��le, plus rarement locale), o� sont associ�s la production de canne, son transport par des moyens m�caniques (voies ferr�es, camions), la fabrication du sucre dans une ou plusieurs usines et m�me l��vacuation de la production par un �tablissement portuaire. C�est une entreprise agro-industrielle puissante, o� les travaux sont effectu�s par une main-d�oeuvre salari�e � l�aide d�engins m�caniques (tracteurs, �pandeurs d�engrais, coupeuses m�caniques de canne). Il y a de nombreuses variantes � ce sch�ma. Parfois, une partie de la terre de l�exploitation est confi�e � des colons contractuels, qui s�engagent � faire broyer leur r�colte � l�usine (colonat partiaire de la Guadeloupe). Les lopins distribu�s n�ont que quelques hectares, et le colon doit travailler sur les terres exploit�es directement par la soci�t� au moment de la r�colte de la canne, qui exige pendant six mois une main-d�oeuvre tr�s nombreuse. L�int�-</p><p>gration entre la terre et l�usine n�est pas toujours r�alis�e, et elle a m�me parfois �t� interdite par une r�forme agraire (Porto Rico) ; alors, la propri�t�</p><p>de la terre et de l�usine sont dissoci�es.</p><p>Les exploitations ne sont pas toujours de grande dimension et peuvent �tre la propri�t� de vieilles familles de planteurs cr�oles, qui livrent leur canne � la m�me usine (la Barbade). Quelles que soient les variantes, � cause des n�cessit�s techniques et �conomiques, l�usine � sucre atteint toujours une grande capacit� (plusieurs dizaines de milliers de tonnes de sucre), et il n�est rien de plus caract�ristique des paysages antillais que les vastes b�timents des usines � sucre, isol�s au milieu des grandes �tendues de canne partag�es en parcelles g�om�triques, sillonn�es par les petites voies ferr�es des decauvilles.</p><p>La plantation banani�re ne pr�sente pas le m�me caract�re, car la banane n�exige pas de traitement industriel, son conditionnement se satisfaisant d�installations modestes. La taille des exploitations est beaucoup plus vari�e.</p><p>Plus de 100 ha repr�sentent un tr�s gros domaine ; mais des milliers de petits planteurs vivent avec quelques hectares (en g�n�ral de 1 � 3 ha). Le faire-valoir direct est beaucoup plus fr�quent que dans le secteur sucrier.</p><p>La propri�t� familiale pr�domine, et le capital �tranger est assez rare. Il en est de m�me pour les plantations d�ananas, de caf�, de cacao et de tabac.</p><p>� c�t� de ce secteur aux techniques de production le plus souvent modernes, l�agriculture vivri�re fait figure de parente pauvre. Elle est pratiqu�e dans de petites exploitations souvent morcel�es (de 1 � 3 ha partag�s en dix parcelles ou plus), avec de faibles moyens techniques. Elle fait vivoter de nombreuses familles paysannes et est incapable de satisfaire les besoins des �les, qui doivent importer des produits alimentaires. Quand ils le peuvent, les agriculteurs vivriers plantent des bananiers afin d�avoir des ressources en argent frais.</p><p>L��levage n�est pas dans une situation plus enviable. Il est d�abord pratiqu� pour le trait. Seules Cuba et la r�publique Dominicaine poss�dent de gros troupeaux pour la viande ; utilisant les prairies naturelles de tr�s vastes domaines, ceux-ci sont peu productifs. Partout ailleurs, la production</p><p>de viande, de lait et d�riv�s est tr�s inf�rieure aux besoins. La p�che, artisanale, ne peut pallier le d�ficit en prot�ines animales.</p><p>L�agriculture antillaise souffre donc d�un grave d�s�quilibre �conomique et social. La plantation et le domaine d��levage se confondent trop souvent avec la grande propri�t� de type latifundiaire, exploit�e par un salariat mal pay�, alors que la petite exploitation paysanne, sans grands moyens, supporte une population trop nombreuse, qu�elle ne peut faire vivre. Le probl�me de la terre se pose avec acuit� dans la plupart des Cara�bes.</p><p>Les industries</p><p>Elles ne constituent pas, loin de l�, une activit� importante, sauf � Porto Rico, � la Trinit�, � Cura�ao et � Aruba. Elles se sont d�velopp�es � partir de la Seconde Guerre mondiale. La cr�ation de bases am�ricaines, la coupure avec l�Europe occidentale, les besoins des march�s locaux, l�apport de capitaux �trangers (fonds publics et priv�s) ont �t� � l�origine de leur d�veloppement. Les bases d�industries lourdes sont uniquement consacr�es au traitement des hydrocarbures et � la fabrication du ciment. Les raffineries cara�bes sont situ�es sur la route maritime qui va du Venezuela aux �tats-Unis, et leur d�veloppement doit beaucoup plus � leur situation g�ographique et � des donn�es politiques qu�aux besoins locaux. Elles ont une capacit� de raffinage voisine de 70 Mt.</p><p>L�essor des cimenteries s�explique par le d�ficit de l�ensemble de la zone Am�rique centrale - Cara�be. Les industries extractives, surtout celle de la bauxite, ont connu un gros essor apr�s 1940 ; mais les mines ne sont pas partout bien mises en valeur, en particulier � Ha�ti et � Cuba. Parmi les industries de transformation, on a d�abord install� des usines de traitement des produits agricoles locaux, puis, d�une fa�on g�n�rale, des industries alimentaires ; les industries du v�tement sont venues ensuite avec les petites industries m�-</p><p>caniques. Le d�veloppement industriel se heurte � de nombreuses difficult�s.</p><p>Le manque de capitaux est le premier handicap. Les capitaux locaux ne sont pas importants ; ils pr�f�rent s�investir dans le commerce et les sp�culations</p><p>downloadModeText.vue.download 180 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>717</p><p>imm�diatement rentables. L�intervention �trang�re priv�e n�est pas toujours suffisante, ni b�n�fique pour le pays, car elle recherche un profit rapide. Pour pallier cela, les autorit�s locales ou de tutelle ont fait appel aux capitaux d��tat (Fonds d�investissements des d�partements d�outre-mer [F. I. D. O. M.]</p><p>pour les d�partements fran�ais, Commonwealth Development Corporation pour les pays anglophones, Banque internationale pour la reconstruction et le d�veloppement et Association internationale de d�veloppement pour la r�publique Dominicaine, Budget f�d�ral am�ricain pour Porto Rico). La dimension du march� local pose aussi un probl�me majeur. Au-dessous d�un million d�habitants, toute implantation industrielle de taille moyenne devient peu rentable, et il lui faut rechercher des march�s ext�rieurs, ce qui pose le probl�me du co�t des transports et des d�bouch�s. Sauf Cuba, chaque �le a un march� de consommation trop peu important pour offrir des d�bouch�s � la taille de grandes entreprises. Dans la plupart des Petites Antilles, en particulier, il ne saurait �tre question de cr�er des usines uniquement pour le march� local. L��nergie fait �galement d�faut, de m�me que les cadres, une main-d�oeuvre qualifi�e et l�esprit industriel. Aussi, la plupart des implantations industrielles se font-elles en rapport �troit avec des march�s �trangers (�tats-Unis et Grande-Bretagne). Elles ne sauraient se concevoir dans le cadre insulaire. C�est l�ouverture sur les march�s am�ricains qui est � l�origine de l�essor industriel de Porto Rico. La puissance d�mographique et la main-d�oeuvre � bon march� semblent le seul facteur favorable qui ne peut �tre n�glig�.</p><p>Le commerce et le tourisme</p><p>Les �changes ext�rieurs et leurs moyens (ports, liaisons a�riennes) sont essentiels � la vie des �les. L�activit� portuaire est une des plus vieilles</p><p>n�cessit�s de la vie �conomique antillaise. Priv�es d��changes, les �les seraient vite r�duites � l�asphyxie et � la mis�re. Le commerce intracara�be est tr�s faible et ne porte gu�re que sur le ciment et les hydrocarbures raffin�s. Toutefois, il est un peu plus actif entre les �les anglophones qu�entre les autres. Chaque �le est, en fait, tourn�e vers l�Europe occidentale (o� la Grande-Bretagne et la France occupent la premi�re place) et vers les �tats-Unis et le Canada. Mis � part Cuba, qui effectue 80 p. 100 de ses �changes avec les pays socialistes, les Antilles sont tr�s fortement int�gr�es � l��conomie de l�h�misph�re occidental, le r�le des �tats-Unis �tant devenu pr�dominant par rapport aux vieilles m�tropoles coloniales.</p><p>La zone cara�be occupe une place de choix dans le commerce mondial.</p><p>Elle est le premier exportateur de sucre avec 8 Mt et le second exportateur de bananes. La Jama�que est le premier exportateur de bauxite (25 p. 100 du trafic). La Cara�be vend donc des ma-ti�res premi�res et des produits agricoles, les hydrocarbures raffin�s �tant la seule exception notable dans la cat�-</p><p>gorie des industries de transformation avec les v�tements portoricains. Elle b�n�ficie de march�s pr�f�rentiels pour la plupart des produits essentiels. La France ach�te sucre et bananes � ses possessions cara�bes � un cours tr�s su-p�rieur � celui qui est fix� par la Bourse de New York sur le march� libre. Les �les anglophones b�n�ficient du Commonwealth Sugar Agreement, qui leur permet d��couler � bon compte une grosse part de leur production sucri�re sur le march� britannique ; les Anglais accordent �galement un tarif avanta-geux pour la banane. La production sucri�re dominicaine et portoricaine est absorb�e par les �tats-Unis dans le cadre de contrats, et Cuba a sign� avec les pays socialistes un accord portant sur 5 Mt, lui assurant un prix sup�rieur � celui du march� libre. La conjoncture est favorable au sucre (le march� libre ne portant plus que sur 10 � 12 p. 100</p><p>de la production mondiale).</p><p>Les Antilles importent les produits fabriqu�s dont elles ont besoin des pays industriels, parmi lesquels les</p><p>�tats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, les pays de la Communaut� europ�enne et l�U. R. S. S. ont une place de choix. La baisse r�guli�re des prix des produits agricoles par rapport aux produits industriels et la croissance des besoins int�rieurs p�sent lourdement sur les balances commerciales antillaises. Celles-ci sont presque toutes (sauf pour la Trinit�, Cura�ao et Aruba) d�s�quilibr�es.</p><p>Les Antilles recherchent des ressources compl�mentaires dans le tourisme et sont devenues depuis une quinzaine d�ann�es l�une des grandes r�gions touristiques du monde avec plus de 2 millions de visiteurs par an, venus surtout par avion. En plus des devises qu�elle procure (dollars surtout), cette activit� entra�ne la cr�ation de nombreux emplois nouveaux directs ou indirects et contribue � relancer la vie �conomique de certaines �les, o� elle cr�e des paysages g�ographiques originaux (Porto Rico, Jama�que, Antigua, Barbade, Bahamas, Bermudes).</p><p>Elle est malheureusement tr�s sensible � la conjoncture politique et financi�re internationale.</p><p>Les probl�mes antillais</p><p>Les difficult�s �conomiques et sociales permanentes des �les se sont amplifi�es ces derni�res ann�es. La croissance d�mographique est beaucoup trop �le-v�e par rapport � la croissance �conomique. Ni les industries ni le secteur tertiaire, dont le d�veloppement est artificiellement gonfl�, ne peuvent absorber la main-d�oeuvre exc�dentaire. Le ch�mage total est partout consid�rable, surtout chez les hommes de moins de vingt-cinq ans. De 15 � 25 p. 100 de la population active n�ont pas de travail, et il faut ajouter le ch�mage saisonnier (en particulier entre les r�coltes de canne) et le sous-emploi.</p><p>Quels rem�des apporter au sous-</p><p>d�veloppement antillais ? La balka-nisation politique rend impossible le d�veloppement d�une �conomie r�gionale qui favoriserait l�industrialisation.</p><p>Les �les anglophones ont beaucoup de difficult� � reconstituer sur le plan �conomique l�unit� qui existait du temps de la tutelle anglaise (cr�ation</p><p>de la CARIFTA [Caribbean Free Trade Area] en 1968), et entre les Grandes Antilles il n�existe pas un semblant de coop�ration. De leur c�t�, les �les fran�aises sont enti�rement tourn�es vers la m�tropole. Dans ces conditions, la solution des probl�mes antillais ne peut se concevoir que par l�int�gration des �les � de grands ensembles �conomiques puissants, dans lesquels elles puissent faire entendre leur voix pour d�fendre leurs int�r�ts propres (prix de leurs produits agricoles et des mati�res premi�res, taux de fret). Avec plus ou moins de bonheur, c�est bien la voie qu�elles suivent actuellement. Divis�es, elles seraient vou�es � la mis�re, Ha�ti en offre l�exemple.</p><p>J.-C. G.</p><p>&#x25B6; Am�rique latine / Am�rique pr�colombienne</p><p>/ Antilles (Petites) / Bahamas / Bermudes / Cuba</p><p>/ Dominicaine (r�publique) / Guadeloupe / Ha�ti (r�publique d�) / Havane (La) / Jama�que / Martinique / Porto Rico / Saint-Domingue / Trinit� et Tobago.</p><p>B E. Revert, les Antilles (A. Colin, 1954). /</p><p>J. Quarry, The West Indies (New York, 1956). /</p><p>M. et J. Clerc, Antilles, Guyanes, circuit des Ca-ra�bes (Hachette, 1963). / R. C. West et J. P. An-gelli, Middle America, its Land and Peoples (Englewood Cliffs, N. J., 1966). / H. Blume, Die Westindischen Inseln (Brunswick, 1968). /</p><p>G. Lasserre, les Am�riques du Centre (P. U. F., coll. � Magellan �, 1974). / R. Hollier, Antilles (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1976).</p><p>Antilles (Petites)</p><p>Ensemble des �les antillaises autres que Cuba, Ha�ti, la Jama�que et Porto Rico (qui constituent les Grandes Antilles).</p><p>Elles s��gr�nent en forme d�arc du 10e au 20e parall�le par 50� de long. O. et downloadModeText.vue.download 181 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>718</p><p>se prolongent par les �les Sous-le-Vent au large des c�tes du Venezuela.</p><p>Les Petites Antilles</p><p>britanniques</p><p>Antigua</p><p>�tat associ� � la Grande-Bretagne, form� des trois �les d�Antigua, de Barbuda et de Redonda.</p><p>Longtemps l�un des plus puissants bastions de la pr�sence anglaise dans la Cara�be, la petite �le d�Antigua (241 km 2) est peupl�e de 69 000 habitants. Sa capitale, Saint John�s, situ�e au fond d�une baie, rassemble 22 000 habitants. L��le a un relief vari� : de vieilles montagnes volcaniques de 400 m d�altitude au sud ; des collines calcaires de 100 m de haut au nord ; une �troite plaine argileuse qui prend l��le en �charpe au centre. Les c�tes sont d�coup�es, pittoresques, avec de belles plages prot�g�es par des r�cifs coralliens. C�est une �le s�che et lumineuse. Elle vit de l�agriculture et surtout du tourisme. Elle ne produit plus que quelques milliers de tonnes de sucre et cultive du coton. L�agriculture, qui souffre de la s�cheresse, ne peut nourrir l��le, qui doit importer la plupart des produits alimentaires. Le tourisme s�efforce de pallier l�insuffisance des ressources naturelles. N� apr�s la Seconde Guerre mondiale, son essor est consid�rable (72 000 touristes en 1968). Antigua poss�de un excellent a�roport, situ� � 4 heures de New York, et pr�s de 900 chambres d�un bon standing, qui sont fr�quent�es surtout par les Nord-Am�ricains pendant l�hiver bor�al. Depuis 1967, une raffinerie de p�trole fonctionne et produit 600 000 t d�hydrocarbures raffin�s, destin�s au march� cara�be. Le tourisme et les activit�s annexes ont permis d��lever le niveau de vie, mais les revenus restent cependant modestes (� peine 300 dollars par personne et par an), et l��migration est forte.</p><p>Barbuda n�est qu�un banc corallien de 160 km 2, sur lequel vivent 1 200 habitants. Redonda est un volcan inhabit�.</p><p>La Barbade</p><p>Elle est situ�e � 160 km � l�est de l�arc des Petites Antilles. Elle n�a que 431 km 2, mais est peupl�e de 254 000 habitants. Bridgetown, la capitale, a 90 000 habitants (avec les banlieues) et dispose d�un excellent port.</p><p>La Barbade est une �le plate, basse,</p><p>form�e d�une carapace de calcaires coralliens et couverte de sols fertiles.</p><p>Tr�s ensoleill�e, elle n�est que mod�-</p><p>r�ment arros�e. Bien ventil�e, elle jouit d�un climat sain. Elle poss�de des plages magnifiques, qui constituent l�une des principales ressources.</p><p>L��le a �t� intens�ment mise en</p><p>valeur par les Anglais d�s le XVIIe s., et la densit� au kilom�tre carr� est �norme (589 hab.). La forte croissance naturelle et les ressources limit�es ont oblig� les Barbadiens � �migrer vers la Grande-Bretagne et la Trinit�.</p><p>Le pays tire ses revenus de la canne � sucre et du tourisme. Il produit 160 000 t de sucre et un bon rhum, export�s vers la Grande-Bretagne. La canne occupe plus de la moiti� des surfaces cultiv�es, surtout dans des petites et moyennes exploitations. L��conomie sucri�re n�est pas, ici, domin�e par de grosses soci�t�s.</p><p>Le tourisme est ancien, mais</p><p>d�essor r�cent. On a recens� pr�s de 140 000 touristes en 1970, en comptant les passagers des navires de croisi�re.</p><p>Cette masse est constitu�e surtout de Nord-Am�ricains, d�Antillais et de Guyanais. L�activit� touristique dure toute l�ann�e, avec une pointe d�hiver.</p><p>L��quipement est remarquable : plus de 40 h�tels de standing vari� avec plus de 2 500 lits, un excellent r�seau routier, un a�roport, un port en eau profonde, des boutiques et des lieux de distraction. Le tourisme rapporte maintenant autant que la production sucri�re. De petites industries se sont aussi cr��es (alimentation, petit �quipement). Elles emploient 27 p. 100 de la population active. Les �changes se font avec la Grande-Bretagne, les �tats-Unis, le Canada, les Antilles et la Guyane, mais ils sont d�s�quilibr�s (les exportations ne repr�sentent que 40 p. 100 des importations). Le tourisme et les envois des �migr�s comblent la majeure partie du d�ficit commercial. Bien que sup�-</p><p>rieur � celui d�autres �les, le niveau de vie reste modeste (� peine 300 dollars par personne et par an) ; mais les conditions sanitaires et culturelles sont satisfaisantes.</p><p>Les �les Ca�mans</p><p>(en angl. Cayman Islands) C�est un archipel compos� de trois �les (la Grande Ca�man, la Petite Ca�-</p><p>man et Ca�man Brac), s��tendant sur 259 km 2, � 250 km au nord-ouest de la Jama�que, sur une ride sous-marine prolongeant la sierra Maestra de Cuba et les monts Maya du Guatemala. Ce sont des �les coralliennes, recouvertes en majeure partie par la mangrove, basses et s�ches. Elles sont peupl�es de 11 000 habitants, dont 9 500 pour la Grande Ca�man, 1 500 pour Ca�-</p><p>man Brac et une vingtaine pour la Petite Ca�man. Les habitants vivent de la p�che (dont celle de la tortue). Ils fabriquent des bateaux, s�expatrient comme marins. Le tourisme se d�veloppe. Ces �les vivent en rapport �troit avec la Jama�que.</p><p>Les �les Turks et Caicos</p><p>Elles appartiennent g�ographiquement � l�archipel des Bahamas et s��tendent au nord d�Ha�ti sur environ 430 km 2.</p><p>Elles sont basses et s�ches. La population s��l�ve � 5 500 habitants, dont 2 300 pour Grand Turk, 900 pour South Caicos, 500 pour Middle Caicos, 1 200</p><p>pour North Caicos et 600 pour les Pro-videnciales. Ces �les produisent 40 000</p><p>� 50 000 t de sel marin, des coquillages et des langoustines. Les �tats-Unis ont install� une base de guidage de missiles.</p><p>La Dominique</p><p>C�est une �le montagneuse de 751 km 2</p><p>entre la Martinique et la Guadeloupe.</p><p>Elle est form�e d��difices volcaniques jeunes, parmi lesquels le Morne Dia-blotin atteint 1 447 m. Elle n�a pas de plaine. Elle est abondamment arros�e, et les trois quarts de la superficie sont couverts par la for�t dense.</p><p>Le pays n�a que 72 000 habitants, dont 13 000 � Roseau, la capitale, �tablie au sud-ouest, sur une bande c�ti�re. Presque toute la population vit sur le littoral. Il subsiste 400 Cara�bes fortement m�tiss�s qui disposent d�une r�serve sur la c�te est.</p><p>La mise en valeur n�est que fragmentaire � cause du relief ingrat. Le</p><p>bananier est la principale culture. De 1948 � 1968, la production est pass�e de quelques tonnes � 56 000 t. Elle est aux mains de petits planteurs et se concentre au nord-ouest, sur la c�te.</p><p>On cultive �galement des agrumes, parmi lesquels le citronnier, ainsi que la vanille, le cocotier et le cacaoyer.</p><p>L��le n�a ni port, ni a�roport modernes, ni bon r�seau routier. Elle commerce avec la Grande-Bretagne, qui ach�te ses bananes (65 p. 100 des exportations), des produits d�riv�s du citron (19 p. 100), du cacao. Elle vend du coprah � la Barbade, des fruits et des l�gumes aux �les voisines. Elle importe tous les produits fabriqu�s. Les ventes ne couvrent que 60 p. 100 des achats.</p><p>Le tourisme, peu d�velopp�, ne peut combler le d�ficit. Aussi, le niveau de vie est-il bas (environ 200 dollars par habitant et par an).</p><p>La Grenade</p><p>Situ�e � l�extr�mit� m�ridionale de l�arc des Petites Antilles, la Grenade n�a que 300 km 2 ; mais sa population s��l�ve � 103 000 habitants.</p><p>Cette �le montueuse est constitu�e de reliefs volcaniques anciens fortement �rod�s, d�altitude moyenne. Les pluies sont abondantes. Le pays est pittoresque et plein de charme. La capitale, Saint George�s, s�est �tablie autour d�une baie magnifique, qui occupe un crat�re submerg� o� l�on a pu �tablir un bon port.</p><p>L��le est intens�ment mise en valeur (65 p. 100 de la superficie sont cultiv�s). Le cacao est la principale production, assurant pr�s de la moiti� des exportations. Mais la noix de muscade de la Grenade domine le march� mondial. Les noix et le macis repr�sentent 30 p. 100 des exportations. Depuis 1953, la production banani�re s�est consid�rablement d�velopp�e : on vend plus de 20 000 t de bananes (20 p. 100</p><p>des exportations). On cultive aussi des cocoteraies, qui ravitaillent une petite usine de corps gras, et de la canne � sucre, qui ne satisfait m�me plus les besoins locaux.</p><p>La Grenade souffre de surpeuple-</p><p>ment (�migration de 2 000 personnes</p><p>par an vers Panam�, Aruba, Cura�ao, la Trinit� et la Grande-Bretagne). Elle importe trois fois plus qu�elle n�exporte, et le tourisme, en essor, ne peut combler cet �norme d�ficit. Ravag�e par le cyclone � Janet � en 1955, l��le a difficilement relev� ses ruines ; son �quipement est insuffisant, et le niveau de vie reste bas (150 dollars par habitant et par an).</p><p>Les Grenadines</p><p>Groupe de plus de cent �les pittoresques situ�es entre Saint Vincent et la Grenade, tant�t coralliennes, tant�t volcaniques, toutes basses et s�ches.</p><p>Celles du Sud, � partir de Carriacou (incluse), sont rattach�es � la Grenade, et celles du Nord � Saint Vincent. Carriacou, la plus grande, rassemble 7 000</p><p>des 14 000 habitants de l�archipel, et Bequia, rattach�e � Saint Vincent, 2 600 ; le reste se r�partit dans les huit autres �les peupl�es. Les Grenadines produisent tant bien que mal des l�-</p><p>gumes, des citrons, des noix de coco et du coton. Mais la p�che est la principale ressource avec la construction de petits bateaux. Le grand tourisme par yachting se d�veloppe. Les ressources downloadModeText.vue.download 182 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>719</p><p>sont insuffisantes, et la population doit �migrer.</p><p>Montserrat</p><p>Situ�e au nord-ouest de la Guadeloupe, cette �le ne couvre que 98 km 2 pour une population de 15 000 habitants. Plymouth est sa petite capitale. Montserrat est une �le volcanique, dont le sommet le plus �lev� approche 1 000 m. Une d�pression centrale facilite les communications entre la c�te � au vent � et la c�te � sous le vent �. Les montagnes sont bien arros�es, mais les littoraux sont secs. La canne � sucre a presque disparu. Elle a �t� remplac�e par le coton, qui assure 85 p. 100 des exportations. Les cultures de l�gumes et de fruits ont �t� d�velopp�es ; mais leur �coulement est difficile, car cette petite �le est � l��cart du grand trafic mari-</p><p>time. La culture des bananiers a pris un r�cent essor (10 p. 100 des exportations). Le pays est pauvre (160 dollars par habitant et par an). On essaie d�y d�velopper le tourisme. Les exportations ne repr�sentent pas le sixi�me des importations ; aussi, l��le a-t-elle pr�f�r� rester colonie de la Couronne.</p><p>Saint Kitts, Nevis, Anguilla</p><p>Saint Christopher ou Saint Kitts est situ�e au nord-ouest de la Guadeloupe. Elle a 168 km 2 et est peupl�e de 44 000 habitants. C�est une �le volcanique de forme oblongue et orient�e N.-O. - S.-E. Le sommet le plus haut atteint 1 415 m. Les massifs volcaniques sont entour�s par une plaine littorale fertile. L��le est bien arros�e, sauf au sud-est. La for�t dense occupe les sommets au-dessus de 600 m.</p><p>Saint Kitts est l�exemple type d�une �le � sucre. La canne � sucre l�emporta sur le coton, le tabac et l�indigo d�s 1650, et l��conomie sucri�re sut r�sister aux crises du XIXe s. et m�me concentrer la fabrication du sucre dans une seule centrale vers 1910. La production prit alors un nouvel essor, la superficie cultiv�e en canne a doubl� et la production, quintupl� : l��le est ceintur�e par le damier vert tendre des 7 500 ha des champs de canne, partag�s entre une cinquantaine de plantations. La production sucri�re s��l�ve � 45 000 t en moyenne et les produits tir�s de la canne repr�sentent 90 p. 100 des exportations. Les deux tiers du sucre sont vendus au prix garanti par le Commonwealth Sugar Agreement. L��le est oblig�e d�importer la plupart des produits vivriers. La moiti� du commerce s�effectue avec la Grande-Bretagne, le reste avec le Canada, les �tats-Unis et les Antilles. Le d�s�quilibre de la balance du commerce visible est moins marqu� qu�ailleurs, les ventes couvrant 75 p. 100 des achats. Mais le niveau de vie n�y est gu�re sup�rieur (environ 200 dollars par habitant et par an).</p><p>Nevis est situ�e dans le prolon-</p><p>gement sud-est de Saint Kitts et est s�par�e de cette derni�re par un canal de 5 km. Elle a 93 km 2 et 15 000 habitants. Elle doit sa forme circulaire au massif volcanique qui la constitue ;</p><p>celui-ci atteint pr�s de 1 100 m au Nevis Peak. L��le est bien arros�e. Ici, l��conomie sucri�re n�a pas r�sist� aux crises ; les deux tiers des terres sont retourn�es aux broussailles, et l��le s�est d�peupl�e. Aujourd�hui, le coton a remplac� en partie la canne � sucre.</p><p>Mais Nevis s�est surtout sp�cialis�e dans le ravitaillement en fruits et en l�gumes de Saint Kitts, dont le march� de Basseterre est indispensable � sa vie �conomique.</p><p>Anguilla, plus au nord, est une �le calcaire, plate, basse, allong�e du sud-ouest au nord-est, couvrant seulement 88 km 2. Elle est peupl�e de 6 000 habitants. Ceux-ci vivent de cultures peu exigeantes en eau (coton, pois, haricots, etc.), qu�ils vendent � Saint-Martin, toute proche, avec des produits de l��levage. Le sel marin est la principale production ; il est largement export�.</p><p>La p�che a conserv� un caract�re artisanal. L��le, pauvre, compte surtout sur les envois des �migr�s ; seul le tourisme pourrait la faire sortir de sa mis�re.</p><p>Sainte-Lucie</p><p>(en angl. Saint Lucia)</p><p>Cette �le volcanique, situ�e au sud de la Martinique, a une superficie de 616 km 2 avec une population de 108 000 habitants, dont 16 000 � Castries, la capitale, situ�e au fond d�une belle baie. Au sud et au centre, elle est form�e par un massif volcanique, qui avoisine 1 000 m au Morne Gimie. Le nord de l��le est occup� par un massif plus ancien, fortement �rod�. Les terres cultivables, peu �tendues, se situent au nord-ouest et au sud-est, o� elles sont tr�s fertiles. Les pluies sont abondantes en toutes saisons. La for�t dense occupe les plus hauts sommets. L��le, qui connut une influence fran�aise pr�-</p><p>pond�rante jusqu�au d�but du XIXe s., a �t� intens�ment mise en valeur. La canne � sucre, puis le cacaoyer et le citronnier prosp�rent jusqu�en 1930.</p><p>De 1880 � 1930, Castries devient l�un des principaux ports charbonniers de la Cara�be. Apr�s 1930 survient une profonde d�pression, la reprise intervenant pendant la Seconde Guerre mondiale avec la construction des bases am�ricaines. Mais c�est surtout la banane</p><p>qui sortit l��le de son marasme. Sainte-Lucie est devenue une �le banani�re avec 80 000 t, produites par de petits planteurs dans les vall�es c�ti�res.</p><p>La production sucri�re a disparu. Les cocoteraies s��tendent sur de vastes superficies, et une usine produit de l�huile v�g�tale � partir des amandes � Soufri�re. Le cacaoyer a encore quelque importance. Sainte-Lucie exporte des bananes (80 p. 100 des exportations) et des huiles v�g�tales. Elle importe une partie de son alimentation et tous les produits fabriqu�s. Ses ventes ne repr�sentent que 43 p. 100 des achats, et le tourisme, en essor, ne peut rattraper pareil d�ficit. L��le reste pauvre (170 dollars par habitant et par an) et manque cruellement d��quipement.</p><p>L��migration est intense.</p><p>Saint Vincent</p><p>Cette �le, situ�e entre Sainte-Lucie et la Grenade, est une des plus montagneuses des Petites Antilles. Elle s��tend sur 389 km 2 et est enti�rement volcanique ; le volcan de la Soufri�re y d�passe 1 200 m. Il d�vasta le tiers de l��le en 1902, au m�me moment que la montagne Pel�e, la Martinique. Les terres plates sont peu �tendues, mais les sols sont tr�s fertiles. L��le est tr�s abondamment arros�e et re�oit partout plus de 2 m d�eau.</p><p>Elle a 93 000 habitants, dont 21 000</p><p>� Kingstown, sa capitale ; elle a �t� l�un des foyers de peuplement cara�be des Antilles, mais il n�y reste que 1 300 Cara�bes, m�tiss�s de Noirs.</p><p>La culture du coton domina pendant la p�riode fran�aise, puis les Anglais firent triompher la canne � sucre, qui c�da la place � l�arrow-root, rest�e la sp�cialit� de Saint Vincent et couvrant 98 p. 100 des besoins mondiaux. C�est une racine dont on extrait une f�cule digeste et qui entre dans la composition des aliments pour enfants et de r�gime. Sa culture est exigeante en main-d�oeuvre.</p><p>Saint Vincent est surtout devenue une �le banani�re. La production, dont la commercialisation a d�marr� vers 1955, atteint 50 000 t. On cultive enfin des cocoteraies (2 000 t de coprah), un peu de coton et des plantes vivri�res.</p><p>La terre appartient � de petits exploitants, ce qui explique l��quilibre social qui r�gne dans l��le. Saint Vincent exporte ses bananes (45 p. 100 des exportations), de la f�cule d�arrow-root (30 p. 100) et du coprah. Mais, en valeur, elle importe deux fois plus qu�elle n�exporte, et ses activit�s touristiques (navires de croisi�re) ne peuvent combler le d�ficit. La Grande-Bretagne, les �tats-Unis et des pays cara�bes sont ses principaux partenaires commerciaux.</p><p>Le niveau de vie est bas en d�pit du travail intensif de la population (180 dollars par habitant et par an).</p><p>Les Antilles</p><p>n�erlandaises</p><p>Les Pays-Bas poss�dent six �les dans l�archipel antillais : un tiers de Saint-Martin, Saint-Eustache et Saba dans les Petites Antilles du Nord ; Aruba, Cura-</p><p>�ao et Bonaire, au large du Venezuela, dans les �les Sous-le-Vent.</p><p>Les �les du Vent</p><p>La partie hollandaise de Saint-Martin (en n�erl. Sint Maarten) s��tend sur 34 km 2 et n�est peupl�e que de 2 000 habitants. (La partie fran�aise a 52 km 2 et 7 000 hab.) Elle vit du tourisme et du commerce, favoris�s par la franchise douani�re et prosp�res � Phi-lipsburg, la petite capitale. Elle poss�de un a�roport moderne. Les Japonais y ont �tabli une base de p�cheries.</p><p>Les habitants, anglophones, �migrent nombreux vers les �les n�erlandaises</p><p>� Sous-le-Vent �.</p><p>Saint-Eustache (en n�erl. Sint Eus-tatius ou Statia), situ�e � 10 km au nord de Saint Kitts, n�a que 21 km 2.</p><p>Cet �lot volcanique, prosp�re lors de la guerre d�Am�rique et de la prohibition, n�a plus que 1 000 habitants. Saba est un volcan de 13 km 2, qui �merge de la mer Cara�be. Ses 1 000 habitants comprennent surtout des femmes et des enfants, les hommes ayant �migr�.</p><p>Les �les Sous-le-Vent</p><p>Aruba et Cura�ao, qui ont respectivement 190 et 472 km 2, sont situ�es au large des c�tes v�n�zu�liennes, pr�s de l�embouchure envas�e et ensabl�e</p><p>du lac de Maracaibo. Peu dou�es pour la vie agricole, elles doivent leur fortune aux raffineries traitant le p�trole v�n�zu�lien. La premi�re raffinerie fonctionna en 1917 � Cura�ao ; aujourd�hui, elle fournit 18 Mt de produits raffin�s. Aruba poss�de deux raffineries qui traitent 19 Mt. La situation g�ographique de ces deux �les, les ports en eau profonde, la stabilit� politique des Pays-Bas et leur puissance �conomique sont � l�origine de cet essor. Ces �les ont �t� des foyers d�immigration jusqu�� il y a une dizaine d�ann�es.</p><p>Le tourisme et le commerce s�y sont downloadModeText.vue.download 183 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>720</p><p>d�velopp�s gr�ce � la franchise douani�re. La capitale, Willemstad (plus de 50 000 hab.), situ�e � Cura�ao, � l�entr�e d�une profonde indentation du rivage, concentre l�essentiel de ces activit�s. La balance du commerce visible est � peu pr�s �quilibr�e, et celle des comptes largement exc�dentaire ; le niveau de vie (plus de 1 000 dollars par habitant et par an) est tr�s sup�rieur � la moyenne antillaise. L��le d�Aruba compte environ 61 000 habitants</p><p>(16 000 � Oranjestad), et l��le de Cura-</p><p>�ao environ 150 000 habitants. Bonaire s��tend � l�est de Cura�ao sur 246 km 2, mais n�a que 8 100 habitants. Le tourisme s�y d�veloppe gr�ce � la beaut� des fonds marins, et la population cro�t apr�s avoir diminu�.</p><p>Les �les Vierges</p><p>Cet archipel, qui rassemble une centaine d��les et de r�cifs, est situ� entre Porto Rico et l�arc des Petites Antilles.</p><p>Les �les, pittoresques, ont un climat sain ; elles sont assez basses tout en �tant vallonn�es. Une situation strat�-</p><p>gique de premi�re importance et des trafics de toutes sortes, avec le tourisme et l�activit� des bases am�ricaines, constituent les principales ressources. Ces �les sont partag�es entre les �tats-Unis et la Grande-Bretagne.</p><p>Les �les Vierges am�ricaines</p><p>(en angl. Virgin Islands of the United States)</p><p>Elles ont �t� achet�es au Danemark par les �tats-Unis en 1917.</p><p>Sainte-Croix (en angl. Saint Croix) est une �le plate, allong�e de l�est � l�ouest et dissym�trique, car la c�te nord est abrupte, alors que la c�te sud est basse. Apr�s une longue �clipse, la canne � sucre y a retrouv� quelque importance, et la production de sucre s��l�ve � 10 000 t. Un excellent a�roport accueille les touristes, qui s�journent dans les h�tels construits en bordure de mer. C�est une base militaire.</p><p>Saint John a �t� intens�ment mise en valeur pendant l�esclavage, puis les cultures ont �t� abandonn�es lors des crises �conomiques. L�air y est tr�s pur, downloadModeText.vue.download 184 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>721</p><p>et les littoraux offrent de vastes baies.</p><p>Le tourisme de passage se d�veloppe.</p><p>Saint Thomas doit sa fortune � la baie de Charlotte Amalie, la capitale, qui regroupe 15 000 habitants. Des h�tels �difi�s en bordure de la baie, le port franc, l�a�roport attirent les touristes. On y fabrique �galement du bay rum. Les �tats-Unis y ont install� une puissante base militaire.</p><p>Les �les Vierges britanniques</p><p>(en angl. British Virgin Islands) Tr�s petites et peu peupl�es, elles vivent dans l�ombre des �les Vierges am�ricaines. Elles ne produisent qu�un peu de coton, des l�gumes, des bananes, du b�tail et du sel marin.</p><p>Tortola poss�de le chef-lieu, Road Town, et la majeure partie des habitants. Elle est tr�s montagneuse, tandis qu�Anegada est un �lot corallien de 35 km 2. Virgin Gorda (21 km 2) est montagneuse et presque d�serte, de m�me Jost Van Dykes.</p><p>J.-C. G.</p><p>&#x25B6; Antilles / Guadeloupe / Martinique / Trinit� et Tobago.</p><p>Antilopes</p><p>Ensemble de Mammif�res herbivores ruminants qui, s�ajoutant aux sous-familles des Bovin�s, Ovin�s et Caprin�s, forme la grande famille des Bovid�s.</p><p>Les Antilopes m�les sont munies de cornes frontales permanentes en forme d��tuis, parfois tr�s longues et ench�s-s�es sur un axe osseux (cornillon). Ces cornes ont une forme tr�s variable : elles sont parfois droites ou lyriformes et souvent enroul�es en une spirale plus ou moins longue et plus ou moins �ti-r�e. La femelle ne porte des cornes que dans quelques esp�ces. Les Antilopes ont des glandes cutan�es, pr�orbitaires, frontales, p�dieuses, interdigitales ou inguinales. Leur denture pr�sente 32 dents ; la m�choire sup�rieure n�a ni incisives ni canines ; les molaires, de section prismatique, sont � croissance continue. La formule dentaire est : Le tube digestif pr�sente un estomac � quatre poches. La robe, tr�s variable suivant les esp�ces, est en g�n�ral fauve clair en r�gion d�sertique, mais beaucoup plus fonc�e en r�gion foresti�re. Les jeunes Antilopes ont souvent un pelage mouchet� ou ray�.</p><p>Habitat</p><p>Ces animaux fr�quentent les grandes �tendues herbeuses de tout l�Ancien Monde. Mais c�est en Afrique que ce groupe a litt�ralement foisonn� : on y rencontre des Antilopes, en troupeaux parfois �normes, depuis la r�gion foresti�re �quatoriale jusqu�aux immenses r�gions semi-d�sertiques, voire d�sertiques, des tropiques.</p><p>La zone �quatoriale est peu-</p><p>pl�e de quelques petites Antilopes C�phalophes, d�Antilopes Pygm�es et de Bates. On y trouve aussi le tr�s rare</p><p>� Bongo �.</p><p>Au nord et au sud de cette zone se trouvent, parall�lement � l��quateur, des zones caract�ris�es par un faci�s</p><p>v�g�tal sp�cial.</p><p>Pour l�h�misph�re Nord, on trouve d�abord une zone pr�foresti�re bien moins humide, avec 1 800 mm de pluie par an, pr�sentant des savanes entrecoup�es de for�ts-parcs et de for�ts-galeries. Elle abrite des animaux de grande taille, Koudous et �lands, ainsi que des Guibs, des Cobs, des C�phalophes � flancs roux, des Damalisques.</p><p>La zone soudanienne, arros�e pendant cinq mois et demi, de mai � octobre, avec 1 000 mm d�eau, a une v�g�tation dont la densit� permet de nourrir encore des animaux lourds et nombreux pendant un certain temps : les Hippotragues, Bubales, petits Koudous, Damalisques, Cobs onctueux et de Buffon.</p><p>Plus au nord, une zone de transition avec le d�sert, la zone sah�lienne, ne re�oit que 500 mm d�eau en deux mois.</p><p>La v�g�tation y est tr�s pauvre. D�s la fin des pluies, les buissons �pineux, les palmiers doums, les acacias rever-dissent, et un tapis de graminac�es permet de nourrir des Gazelles rufifrons et dama. Les Antilopes de plus grande taille y passent avant de se rabattre vers des r�gions plus favorables.</p><p>La zone saharienne enfin, avec des pluies rares (100 mm), au sol sableux et caillouteux, ne peut plus entretenir que des Gazelles dorcas, leptoceros, ainsi qu�une Antilope de taille moyenne : l�Addax, qui para�t ne boire jamais...</p><p>La zone australe est peupl�e d�es-p�ces extr�mement vari�es. Pour �tudier leur faune et la prot�ger, les Sud-Africains ont cr�� de bonne heure, vers la fronti�re du Mozambique, une des plus belles r�serves d�animaux sauvages existant au monde : le parc Kruger.</p><p>Ennemis naturels</p><p>Les Antilopes ont l�instinct gr�gaire.</p><p>Mais la formation des immenses troupeaux observ�s parfois en Afrique est favoris�e � certaines �poques par la raret� des points d�eau, n�cessaires � leur existence. Leurs ennemis naturels sont les grands fauves, Lions et Panth�res, ainsi que les Lycaons. L�homme aussi,</p><p>pour se nourrir ou pour se divertir, est amen� � les tuer. Cependant, le pire fl�au pour ces animaux est la peste bovine, maladie � virus end�mique en Asie et en Afrique, consid�r�e comme l�affection ayant la plus grande conta-giosit� et provoquant des �pizooties � l��chelle du continent. Celle de 1882</p><p>a fait des victimes par millions, aussi bien chez les Bovid�s domestiques que chez les Buffles et les Antilopes.</p><p>L�Europe est prot�g�e des risques de la contagion par une tr�s s�v�re mise en quarantaine des animaux import�s d�Afrique ou d�Asie pour peupler nos jardins zoologiques.</p><p>P. B.</p><p>B P. L. Sclater et O. Thomas, The Book of An-telopes (Londres, 1894-1900 ; 4 vol.). / R. Lydek-ker, The Game Animals of Africa (Londres, 1908 ; 2e �d., r�vis�e par J. G. Dollmann, 1926). / R. Malbrant et A. Maclatchy, Faune de l��quateur africain fran�ais, t. II (Lechevalier, 1948). / G. Bourgoin, Animaux de chasse d�Afrique (Nouv. �d. de la Toison d�or, 1956). /</p><p>P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. XVI : Mammif�res (Masson, 1967).</p><p>antimati�re</p><p>F PARTICULES �L�MENTAIRES.</p><p>antimoine</p><p>Corps simple solide, de num�ro atomique 51.</p><p>D�couverte</p><p>L�antimoine fut un des constituants de certains bronzes antiques, d�ailleurs peu communs. On a trouv� un vase chald�en de l�an 3000 av. J.-C.</p><p>en antimoine pur. C�est en 1050 que le nom d�antimoine fut utilis�. Paracelse introduisit des sels d�antimoine comme m�dicaments dans l�arsenal pharmaceutique. On fit par la suite un grand abus de telles pr�parations, au point qu�elles furent interdites en 1566</p><p>par d�cret du parlement. En 1604 parut le Char triomphal de l�antimoine, de Basile Valentin, o� il est question de divers compos�s de l�antimoine.</p><p>�tat naturel</p><p>L�antimoine, qui repr�sente 5.10� 5 p. 100 en poids de la lithosph�re, se rencontre surtout sous forme de stibine Sb2S3. On trouve aussi de l�antimoine m�tallique, fort rare, et des oxydes (Sb2O3 et Sb2O4).</p><p>Atome</p><p>L�antimoine a dans l��tat fondamental de son atome la structure �lectronique repr�sent�e par le symbole :</p><p>1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 6, 4d 10, 5s 2, 5p 3. Il r�sulte des �lectrons externes une analogie de propri�t�s avec l�arsenic et le bismuth, qui fait souvent consid�rer ces trois �l�ments comme interm�diaires entre m�taux et non-m�taux. Cet atome a un rayon de 1,41 �, et les potentiels d�ionisations successives valent 8,6 eV, 18,6 eV, 25 eV, 48,8 eV, 55,8 eV, 107,5 eV.</p><p>Corps simple</p><p>Le corps simple, de densit� 6,6, est un solide cassant, brillant et gris, qui fond � 630 �C. L�antimoine (comme l�arsenic) a une forme solide cubique, jaune, soluble dans le sulfure de carbone et devenant instable au-dessus de</p><p>� 90 �C. On obtient alors une forme noire, qui est encore obtenue si la vapeur est condens�e rapidement et qui se transforme en antimoine m�tallique par chauffage. L�antimoine pr�sente donc le ph�nom�ne d�allotropie.</p><p>La vapeur est form�e de mol�cules Sb4, mais elle contient un fort pourcentage de mol�cules Sb2, puis de mol�-</p><p>cules Sb quand la temp�rature s��l�ve vers 2 000 �C.</p><p>Comme l�arsenic et le bismuth,</p><p>l�antimoine br�le dans l�air. Il est attaqu� par l�acide nitrique, mais non par l�acide chlorhydrique ou l�acide sulfurique dilu�. Il r�agit avec des m�taux.</p><p>L�antimoine est extrait de la stibine par un grillage suivi d�une r�duction, par le carbone, de l�oxyde Sb2O3 ainsi form�.</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>Dans ce domaine encore, l�antimoine</p><p>manifeste des propri�t�s interm�diaires entre celles de l�arsenic et celles du bismuth, le caract�re m�tallique allant en augmentant de l�arsenic au bismuth.</p><p>Ainsi, l�hydrure d�antimoine SbH3</p><p>se pr�pare comme l�hydrure d�arsenic AsH3, par r�duction de l�oxyde M2O3</p><p>downloadModeText.vue.download 185 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>722</p><p>(o� M repr�sente l�arsenic ou l�antimoine) par l�hydrog�ne naissant, alors que l�hydrure de bismuth BiH3 ne peut �tre ainsi obtenu. L�hydrure d�antimoine est moins stable que AsH3, mais plus que BiH3, que l�on ne parvient m�me pas � isoler.</p><p>Les trihalog�nures d�arsenic, d�antimoine et de bismuth MX3 sont connus.</p><p>Seuls quelques pentahalog�nures MX5</p><p>existent avec l�arsenic et l�antimoine combin�s aux plus �lectron�gatifs des halog�nes : fluor et chlore. SbCl5 �volue facilement en SbCl3. Ces d�riv�s sont hydrolysables. Par exemple, SbCl3 + H2O ! SbOCl + 2 HCl</p><p>(SbOCl est le chlorure d�antimonyle).</p><p>On conna�t les oxydes Sb2O3 et</p><p>Sb2O5, mais aucun acide oxyg�n�</p><p>d�rivant de l�antimoine n�a �t� isol�, et seuls des sels correspondants sont connus ; c�est le cas d�antimonites tels que NaSbO2, qui est peu soluble dans l�eau et qui est un r�ducteur plus �nergique que les ars�nites alcalins.</p><p>Sb(OH)3 est un hydroxyde amphot�re plus basique qu�acide. Il existe aussi des antimoniates et en particulier certains sels appel�s ordinairement pyroantimoniates ou m�taantimoniates qui ont une formule et une structure contenant le groupement Sb(OH)6 ; ainsi, le pyroantimoniate de sodium est �crit Na[Sb(OH)6].</p><p>Il existe des sels complexes tels que (NH4)2SbBr6, qui a la structure du sel K2PtCl6. Signalons �galement divers d�riv�s organiques : les stibines (R)3Sb et les halog�nostibines RSbX2</p><p>et (R)2SbX (R repr�sente un radical hy-</p><p>drocarbon�). Les stibines et les halog�-</p><p>nostibines additionnent mol�cule � mol�cule des �thers halohydriques en donnant toute une s�rie de sels tels que R2SbX3 [R2SbX2+, X�]</p><p>ou</p><p>R4SbX2 [R4Sb+, X�].</p><p>On a r�ussi � pr�parer quelques</p><p>hydroxydes de stibonium quaternaire (R4)SbOH, des oxydes de stibine (R3) SbO. On conna�t des acides stiboniques RSbO3H2 et des acides stibiniques R3SbO2H.</p><p>On utilise l�antimoine dans des</p><p>alliages avec le plomb, l��tain et le cuivre, et l�oxyde intervient dans la confection d��maux et de pigments.</p><p>L��m�tique tartare, qui eut un certain usage en m�decine comme vomitif, est un tartrate d�antimonyle.</p><p>H. B.</p><p>B C. Y. Wang, Antimony, its Geology, Metal-lurgy, Industrial Uses and Economics (Londres, 1952).</p><p>Antioche</p><p>V. de l�ancienne Syrie du Nord, fond�e par S�leucos Ier Nikat�r au lendemain de sa victoire d�Ipsos sur Antigonos Monophtalmos, en 301 av. J.-C.</p><p>Aujourd�hui Antakya (66 000 hab.), en Turquie.</p><p>Avant les Romains</p><p>Antioche a �t� construite entre le fleuve et la montagne du Silpios ; la plaine s��tend sur l�autre rive, vers le nord-ouest et les contreforts du Taurus. Elle est situ�e dans une r�gion de passage : c�est par l� qu�on aborde la Syrie, apr�s avoir, � Issos, comme Alexandre le Grand, �vit� la cha�ne du Taurus en longeant la mer, puis franchi le K&#x131;z&#x131;l Da&#x11F;</p><p>� Belen ; l�Oronte permet le passage du nord au sud ; un d�fil� entre les collines du Nord syrien a toujours servi � la route de l�Est, vers Alep, Harran, l�Euphrate et l�Asie. Ainsi s�explique le r�le commercial et civilisateur d�une ville qui devait �tre pendant deux si�cles et</p><p>demi capitale du royaume s�leucide*, puis, jusqu�� l�arriv�e des Arabes, capitale de la province romaine de Syrie.</p><p>Antioche �tait avec Alexandrie*, puis avec Constantinople*, une des grandes m�tropoles de l�Orient.</p><p>D�s sa fondation, la ville avait re�u, selon l�usage s�leucide, un plan syst�matique, un quadrillage orient� N.-</p><p>O.-S.-E. � partir de l�axe de la plaine, marqu� par la rue principale. L��poque augustienne verra une r�organisation de son urbanisme, qu�il faudra reprendre largement � la suite des tremblements de terre de 115, de 458 et de 526. Au cours de toutes ces r�fections, le canevas hell�nistique fut � peine modifi�, et il reste aujourd�hui d�chiffrable sur les photographies a�riennes et les plans cadastraux.</p><p>Point de rencontre entre l�Orient et l�hell�nisme dans les domaines de la langue, de la culture et de la religion, Antioche groupait une population bariol�e, turbulente et frivole, pour laquelle les f�tes religieuses �taient pr�texte � des spectacles licencieux, en particulier au bois de Daphn�, que les Anciens associaient � Antioche dans sa r�putation �quivoque.</p><p>R�volt�e contre D�m�trios II en 129</p><p>av. J.-C., Antioche subit un ch�timent exemplaire. En 83 av. J.-C., les habitants attir�rent Tigrane, l�ennemi de leur souverain, et, en 65 av. J.-C., ils essay�rent de d�tr�ner Antiochos XIII.</p><p>L�ann�e suivante, quand Pomp�e</p><p>conquit la Syrie, Antioche passa sous la domination romaine, mais en qualit� de cit� libre.</p><p>Libanios ou Libanius</p><p>Sophiste et rh�teur grec (Antioche 314 - �</p><p>apr. 393). Il avait �tudi� � Ath�nes, enseign� � Constantinople et � Nicom�die, avant de revenir (354) se fixer dans sa ville natale. C��tait un personnage repr�sentatif de la bourgeoisie des curiales. Sa volumineuse correspondance fait revivre l�antique Antioche, conte les chicanes municipales et �voque la d�fense de la cit� contre les pr�tentions de l��tat. Pa�en, il n��tait pas intol�rant et ne profita pas du r�gne de Julien pour malmener les chr�tiens.</p><p>Au contraire, il eut pour �l�ve saint Jean Chrysostome et saint Basile de C�sar�e.</p><p>Cit� romaine</p><p>Nombreuses furent les manifestations de la turbulence de la ville. Sous Th�odose, en 387, l�annonce d�une augmentation d�imp�ts provoqua une gigantesque r�volte, au cours de laquelle les statues imp�riales furent renvers�es.</p><p>Comme � Constantinople, les courses de chars passionnaient l�opinion, et les factions rivales des verts et des bleus suscitaient de continuelles querelles.</p><p>Antioche �tait, par sa superficie et sa population, la troisi�me ville de l�empire et la quatri�me du monde, apr�s Rome, Alexandrie et Ct�siphon. Au IVe s., saint Jean Chrysostome �valuait sa population � 200 000 �mes, en omet-tant, pense-t-on, les esclaves, car son chiffre para�t assez modeste.</p><p>Ce carrefour de peuples et de religions fut, d�s le Ier s. apr. J.-C., touch� par le christianisme, qui s�y enracina � la faveur de l�importante colonie juive. Antioche fut le port d�attache des missions de saint Paul et de saint Bar-nab�, et saint Pierre dirigea un temps la premi�re communaut� de la ville.</p><p>C�est � Antioche que les chr�tiens, qui y avaient re�u leur nom, renonc�rent aux prescriptions de la loi juda�que et en particulier � la circoncision. Sous Th�odose, il y aurait eu, toujours selon saint Jean Chrysostome, 100 000 chr�-</p><p>tiens ; au concile de Nic�e, l��glise d�Antioche eut droit au troisi�me rang, apr�s Rome et Alexandrie ; apr�s 381, elle c�da cette place � Constantinople.</p><p>Cependant, ses �v�ques furent �lev�s � la dignit� de patriarches.</p><p>Constantin fit b�tir � Antioche une somptueuse � �glise d�or �. De nombreux conciles ou synodes y eurent lieu de 252 � 482. Antioche donna son nom � une �cole de th�ologie attach�e � l�interpr�tation litt�rale des �critures.</p><p>La menace perse �tait sans cesse suspendue au-dessus d�Antioche, expos�e aux raids militaires : en 256, les troupes de Ch�hpuhr apparurent soudainement et surprirent les spectateurs du th��tre. En 540, le roi perse, Khosr� (ou Chosro�s), saccagea la ville.</p><p>Les s�ismes firent pis encore.</p><p>En 526, un �norme tremblement de terre d�vasta Antioche : on parle de 250 000 morts. La ville fut rebaptis�e Th�opolis sous Justinien. De nouvelles secousses en 528, 587 et 588 consacr�rent sa d�cadence d�finitive.</p><p>Musulmans et crois�s</p><p>La victoire des musulmans sur les troupes d�H�raclius � la bataille du Yarmouk, en 636, leur donna Antioche, d�o� les Grecs �migr�rent en masse.</p><p>Des Perses furent install�s par les vainqueurs pour combler les vides. Les hostilit�s ne cess�rent gu�re entre les Arabes et Byzance, et, apr�s un bref si�ge, Antioche retomba aux mains des Byzantins (969-1084). Les Seldjoukides la r�occup�rent, mais, peu d�ann�es apr�s, survint la premi�re croisade : les crois�s assi�g�rent durant sept mois la ville. Ce si�ge, qui fut aussi atroce pour les assi�geants que pour les assi�g�s (froid, �pid�mies, famine), s�acheva par un massacre nocturne dans la ville et par une meurtri�re bataille sous ses murs contre les troupes de l��mir de Mossoul, Kerboga (1098).</p><p>Boh�mond Ier resta le ma�tre de la ville, apr�s avoir �vinc� les autres chefs des crois�s. Il fonda la principaut� d�Antioche, qui s��tendit d�Alexan-drette � Tortose (Tartous) et qui, totalement ind�pendante au d�but, devint vassale de Byzance en 1159, sous Renaud de Ch�tillon. Saladin s�en empara � la suite de sa victoire de &#x1E24;a&#x1E6D;&#x1E6D;&#x12B;n, en 1187. Seule la ville �chappa alors � l�invasion. La principaut�, reconstitu�e � la faveur de la troisi�me croisade (1191-92), se maintint quelques d�cennies. Une compilation juridique, les Assises d�Antioche, �voque les institutions f�odales de ce petit �tat, dont le prince �tait assist� par deux cours, une cour des barons et une cour des bourgeois, et par des ducs, qui �taient plus des administrateurs locaux que des f�odaux.</p><p>downloadModeText.vue.download 186 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>723</p><p>En 1193, la ville m�me se consti-</p><p>tua en une commune, dirig�e par deux consuls et un maire. Un patriarcat latin y fut fond� en 1098. Les lettres latines �taient en honneur � la cour : le chancelier Gautier �crivit l�histoire tragique du prince Roger (1115-1119), et une Chanson des ch�tifs fut compos�e sur l�ordre d�un autre prince. (Il existe deux Chansons d�Antioche, qui racontent la croisade, mais elles ont �t� �crites en Occident.) Les G�nois et les Pisans, qui avaient obtenu des privil�ges commerciaux, assuraient des �changes actifs avec l�Occident.</p><p>Apr�s un si�cle et demi de vicissitudes sous les princes de la maison d�Antioche (qui, pour la plupart, port�rent le nom de Boh�mond), la principaut� s�effondra devant les Mamelouks, qui entr�rent dans la ville en 1268 : ceux des habitants qu�on ne massacra pas furent emmen�s en captivit� ; de nombreux �difices furent d�truits.</p><p>L�ancienne capitale se r�duisit � une bourgade ; l�arriv�e des Ottomans, au XVIe s., accentua son d�clin. En 1835, Antioche comptait 5 000 habitants, group�s dans un angle de son immense enceinte fortifi�e, demeur�e presque intacte. De son pass� mouvement�, l�actuelle Antakya, modeste march� agricole, conserve une grande diversit� religieuse, due � la pr�sence de divers patriarcats, orthodoxes et catholiques.</p><p>R. H.</p><p>L�arch�ologie</p><p>Par suite des nombreux tremblements de terre, les monuments d�Antioche sont aujourd�hui profond�ment enfouis : 11 m pour l��poque hell�nistique, 8 m pour l��poque romaine, 7 m pour la reconstruction de Justinien. Ces chiffres montrent les difficult�s qu�ont rencontr�es, de 1932 � 1939, les fouilleurs am�ricains de Princeton. Ils ont retrouv� dans l��le, o� les niveaux sont moins profonds, l�hippodrome de 67 av. J.-C., des thermes et quelques maisons ; dans la ville m�me, en profondeur, ils ont �tudi� l�histoire de la rue � portiques, reconnu des thermes, d�gag� quelques maisons sur des terrasses du Silpios.</p><p>� Daphn� s��levait un faubourg de la ville, autour de sources cascadantes</p><p>et du temple d�Apollon. L�, les fouilleurs ont pu d�gager partiellement toute une s�rie de maisons comportant, en grand nombre, de somptueuses mosa�ques dat�es du Ier au VIe s. de notre �re (mus�e d�Antioche, Louvre et mus�es am�ricains), dont l��tude a permis de suivre l��volution du go�t dans la m�tropole syrienne. Ces mosa�ques appartiennent, certes, au mouvement g�n�ral de l�art m�diterran�en, et on peut les comparer aux pavements italiens ou africains. Mais elles poss�dent leurs caract�res propres dans la d�licatesse de la facture, le style des compositions et aussi le choix des sujets, o� abondent les figurations d�entit�s abstraites � fondation, renouveau, g�n�rosit�, loisir �, qui se multiplient � l��poque chr�tienne. Au Ve s., on voit aussi appara�tre des motifs � b�liers ail�s, animaux enrubann�s, semis de fleurs � qui sont repris des tissus sassanides. Ainsi se pr�pare la synth�se que sera l�art omeyyade*.</p><p>Parmi les mosa�ques conserv�es</p><p>au mus�e du Louvre, il en est trois qui permettent de saisir en raccourci l��volution du style : le panneau du Jugement de P�ris, du d�but du IIe s. de notre �re, est une jolie et savante composition hell�nistique, dont le sch�ma se retrouve � Pomp�i ; la mosa�que des Saisons, d��poque constantinienne, est une vaste composition architecturale, avec de grandes figures f�minines debout sur des rinceaux et des petits tableaux encore tout hell�nistiques ; la mosa�que du Ph�nix, enfin, o� un motif romain symbolique, oiseau nimb�</p><p>majestueux, se d�tache sur un tapis de p�tales de roses, avec une bordure de b�liers ail�s, date du d�but du Ve s. et refl�te l�influence iranienne.</p><p>Antioche a jou� un grand r�le dans l�histoire primitive du christianisme, mais il ne reste rien de l��poque apostolique et de la grande �glise octogonale</p><p>construite par Constantin. Par contre, on a d�gag� dans la plaine au-del� de l�Oronte un monument cruciforme sans abside, que des inscriptions ont permis d�identifier : il s�agit d�un martyrium construit en 381 autour du tombeau de l��v�que martyr Babylas ; � l�histoire de ce saint et de cette �glise est li� notamment le nom de saint Jean*</p><p>Chrysostome.</p><p>J. L.</p><p>&#x25B6; Chr�tiennes (litt�ratures) / Croisades / Rome</p><p>/ S�leucides.</p><p>B R. Devreesse, le Patriarcat d�Antioche depuis la paix de l��glise jusqu�� la conqu�te arabe (Gabalda, 1945). / D. Levi, Antioch Mo-saic Pavements (Princeton, 1947). / P. Petit, Libanius et la vie municipale � Antioche au IVe si�cle apr. J.-C. (Geuthner, 1957). / A. J. Fes-tugi�re, Antioche pa�enne et chr�tienne (De Boccard, 1959). / G. Downey, A History of Antioch in Syria, from Seleucus to the Arab Conquest (Princeton, 1961) ; Ancient Antioch (Princeton, 1963).</p><p>Antiochos</p><p>F S�LEUCIDES.</p><p>antipyr�tiques</p><p>M�dicaments qui diminuent la fi�vre.</p><p>La fi�vre, ou hyperthermie, est provoqu�e par le d�r�glement du centre thermor�gulateur hypothalamique sous l�influence d�une attaque morbide, infectieuse le plus souvent. Les antipyr�tiques agissent sur ce centre nerveux et tendent � en ramener la r�gulation thermique � un niveau moins �lev�.</p><p>� l�inverse d�agents hypothermisants, qui abaisseraient la temp�rature interne en toute circonstance, ils ne sont actifs qu�en cas de fi�vre. En fait, sauf le ph�-</p><p>nicarbazide, ils sont en m�me temps des m�dicaments analg�siques. Certains m�me poss�dent une action sp�-</p><p>cifique sur l�agent causal de la fi�vre</p><p>� ainsi les d�riv�s salicyl�s dans le rhumatisme articulaire aigu, la quinine et les antipalud�ens dans le paludisme</p><p>�, tout en se montrant antipyr�tiques au cours d�autres maladies. Sauf la</p><p>quinine*, qui est un alcalo�de, les antipyr�tiques sont tous des m�dicaments synth�tiques, et l�on peut consid�rer certains d�entre eux comme le fruit des premi�res recherches chimioth�-</p><p>rapiques : acide salicylique (R. Piria, 1839), antipyrine (L. Knorr, 1883), amidopyrine (L. Knorr et F. Stolz, 1896). Ils se rattachent tous � la s�rie cyclique et, sauf les salicyl�s, sont azot�s, l�azote �tant presque toujours fix� sur le noyau ; toutefois, l�industrie produit actuellement de nouveaux antipyr�tiques qui n�appartiennent pas � ces s�ries. Les antipyr�tiques sont administr�s tr�s g�n�ralement par les voies orale et rectale. Ils ne sont pas toxiques, mais leur abus (fr�quent en raison de leurs propri�t�s analg�siques et de leur vente libre) peut conduire � des d�sordres graves : agranulocytose (d�riv�s pyrazoliques), m�th�h�moglobin�mie (anilides), ulc�res gastriques (ph�nylbutazone, aspirine), troubles de la crase sanguine (aspirine).</p><p>R. D.</p><p>Antiquit�</p><p>classique (les</p><p>grands courants</p><p>litt�raires de l�)</p><p>Ensemble des grandes tendances de la litt�rature gr�co-latine.</p><p>Les origines grecques</p><p>(X-VIe s. av. J.-C.)</p><p>Les origines de la po�sie grecque demeurent encore incertaines. Les noms que les Grecs eux-m�mes donnaient � leurs premiers po�tes sont l�gendaires : Orph�e, Linos, Mus�e. Ce dernier indique toutefois le r�le jou� par le culte des Muses, divinit�s de B�otie ; � ce culte s�adjoignit celui d�Apollon, dieu d�origine asiatique, qui gagna la Gr�ce en passant par l��le de D�los et s��tablit � Delphes, en Phocide. � ces deux cultes, bient�t li�s, on rattache la d�couverte d�un instrument � cordes �l�mentaire, la cithare, et la formation de l�hexam�tre dactylique, qui sera le vers �pique.</p><p>Les conqu�rants doriens, venus du nord, refoulent les Ach�ens autochtones sur les c�tes asiatiques ; ceux-ci emportent avec eux le souvenir des</p><p>luttes de leurs anc�tres contre les Dardaniens de Troie. Ces combats entre Ach�ens de Gr�ce continentale et Dardaniens de Troade, d�j� anciens et devenus flous, furent transfigur�s par la po�sie naissante en cette exp�dition id�ale que l�on appelle la guerre de Troie. Il se greffa sur elle une autre l�gende, celle du retour des Grecs victorieux dans leurs petites patries respectives, avec les mille aventures qui s�y rattachent. Voil� la double mati�re des anciennes �pop�es...</p><p>Les auteurs en sont moins connus que les interpr�tes : aussi bien est-ce downloadModeText.vue.download 187 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>724</p><p>sans doute, dans une large mesure, les m�mes. Les a�des parcourent cit�s et palais, et ils chantent leur po�sie � l�issue des festins ; pour satisfaire aux voeux des convives, ils sont amen�s � grouper des �pisodes d�abord disjoints, d�une fa�on qui s�impose peu � peu. L�un de ces a�des, dou� de plus de g�nie, a laiss� un nom, Hom�re ; au moins les grandes lignes de l�Iliade lui reviennent, mais l�oeuvre telle que nous la lisons aujourd�hui r�sulte d�arrangements post�-</p><p>rieurs ; la part qu�il a prise dans l�Odyss�e est probablement plus r�duite.</p><p>De l��pop�e narrative rattach�e au nom d�Hom�re se distingue l��pop�e didactique d�H�siode ; ses Travaux et jours sont un po�me rustique entrem�l� de consid�rations morales. Sa Th�ogo-nie repr�sente le premier essai pour d�brouiller les id�es religieuses encore confuses et y introduire la rationalit� par la g�n�alogie des dieux.</p><p>La po�sie lyrique se distingue de l��pop�e en ce que, si le mythe est encore la mati�re du po�me, l�artiste en prend pr�texte pour exprimer ses �motions et celles de son milieu. Parall�lement se dessine un changement dans la m�trique : la monotonie de l�hexam�tre dactylique est abandonn�e au profit de rythmes plus vari�s. Le lyrisme rev�t en effet bien des formes litt�raires : l��l�gie (Tyrt�e, Mimnerme de Colo-phon, Th�ognis de M�gare, Phocylide</p><p>de Milet) est une suite de strophes de deux vers, dont la r�p�tition est propre � traduire la tristesse et aussi le conseil sentencieux (po�sie gnomique) ; l��pigramme formule en peu de vers un trait d�esprit ; l��ambe (Archiloque), m�tre court et vif, convient � la raillerie ; l�ode, ou chanson (Alc�e, Sap-pho, Anacr�on), c�l�bre les plaisirs et les passions ; la po�sie chorale (Alc-man, St�sichore, Simonide de C�os) est chant�e et souvent dans�e par un choeur. Pindare r�capitule tous ces genres et s�impose dans l�ode triomphale en l�honneur des vainqueurs des jeux panhell�niques.</p><p>La p�riode attique</p><p>(Ve-IVe s. av. J.-C.)</p><p>Chant en l�honneur de Dionysos, ex�-</p><p>cut� par un ensemble de choreutes, le dithyrambe est aux sources de la trag�die. Au VIe s., Thespis accro�t l�importance du coryph�e et fait de lui un personnage dialoguant avec le choeur, ce qui permet d��baucher une action, ou drame ; Phrynichos exploite les possibilit�s offertes par le masque de l�acteur pour lui faire jouer plusieurs r�les successifs, y compris des r�les f�-</p><p>minins. Le propos de l�auteur tragique est de susciter l��motion, le path�tique, m�lange de terreur et de piti�, qui parle � l��me du spectateur et lui procure la purgation des passions (th�orie aristot�licienne de la catharsis). Ex�cut�e sous forme de concours, la repr�sentation des trag�dies fait partie du culte officiel : le th��tre comporte l�autel de Dionysos (thymel�), et les pi�ces sont jou�es aux f�tes du dieu (dionysies).</p><p>Comme la trag�die, la com�die a une origine dionysiaque : les processions par lesquelles les villageois f�taient la fin des vendanges et se moquaient des personnages du jour. Elle na�t en Sicile avec �picharme de Syracuse et son compatriote Sophron (VIe-Ve s.), avant d�atteindre son sommet � Ath�nes avec Cratinos et surtout Aristophane.</p><p>Au IVe s. apparaissent la com�die moyenne, puis la com�die nouvelle, o� la v�rit� et la d�cence prennent le pas sur la charge et la grossi�ret�.</p><p>Les premiers prosateurs grecs avaient �t�, � l��poque pr�c�dente, les philo-</p><p>sophes d�Ionie. Dans la p�riode attique, toute la philosophie grecque se rattache � la personne et � l�enseignement de Socrate ; le dialogue socratique sera la forme litt�raire employ�e par Platon et Aristote. N�anmoins, le premier chef-d�oeuvre de la prose grecque est constitu� par les Histoires d�H�rodote, dans le sillage desquelles Thucydide et, � un moindre degr�, X�nophon cr�eront l�histoire savante et politique.</p><p>Mais le plus grand aliment de la prose attique demeure l��loquence, dont on sait le r�le dans la d�mocratie ath�nienne, qu�il s�agisse de l��loquence politique, de l��loquence judiciaire ou m�me de l��loquence d�apparat : les sophistes (Gorgias), philosophes sceptiques et opportunistes, furent pour beaucoup dans la constitution de l��loquence savante.</p><p>La p�riode</p><p>hell�nistique et romaine</p><p>(� partir du IIIe s. av. J.-C.)</p><p>Au IIIe s., Alexandrie devient le centre intellectuel du monde grec. Ptol�m�e S�t�r, ancien lieutenant d�Alexandre, y rassemble l��lite des esprits, tels le philosophe Straton de Lampsaque, le math�maticien Euclide, l�orateur D�m�trios de Phal�re, le g�ographe �ratosth�ne, l��l�giste Callimaque, le po�te �pique Apollonios de Rhodes, le po�te tragique Lycophron de Chalcis, les grammairiens Z�nodote d��ph�se, Aristophane de Byzance et Aristarque.</p><p>Ptol�m�e Philadelphe poursuit son oeuvre en fondant le Mus�e, centre d�accueil pour intellectuels pensionn�s, et une c�l�bre Biblioth�que. Mais cette renaissance est en m�me temps un d�clin ; faute de public, l�art se d�tache de la vie ; l��rudition envahit tous les genres et, � la seule exception notable de Th�ocrite, g�te m�me la po�sie.</p><p>Vers 200, les Romains interviennent dans les affaires de la Gr�ce et, en 148, la r�duisent en province romaine. D�s lors, un nouveau public, mi-grec, mi-romain, se cr�e pour la litt�rature hell�nique ; l�hell�nisme se diffuse aux dimensions de l�univers ; en contrepartie, la prose attique s�ouvre � l�influence d�auteurs barbares qui la connaissent mal et se corrompt en un dialecte com-</p><p>mun (la koin�), incolore et sans nerf.</p><p>La po�sie est alors repr�sent�e par des pi�ces courtes (M�l�agre), que les Byzantins rassembleront en Anthologies.</p><p>D�autres genres litt�raires demeurent heureusement plus robustes : l�histoire avec Polybe, Diodore de Sicile et Denys d�Halicarnasse, la g�ographie avec Strabon, l�essai biographique et moral avec Plutarque, la rh�torique avec Dion Chrysostome, la philosophie sto�cienne avec �pict�te et l�empereur Marc Aur�le, le pamphlet satirique avec Lucien de Samosate.</p><p>La naissance de la</p><p>litt�rature latine</p><p>(IIIe-IIe s. av. J.-C.)</p><p>La plus ancienne litt�rature latine se ressent fortement de l�influence des Grecs, subie d�abord par l�interm�-</p><p>diaire des �trusques, puis directement par suite de la conqu�te de la Grande-Gr�ce (Italie du Sud et Sicile).</p><p>Le th��tre fut le genre litt�raire grec auquel les Romains se trouv�rent le plus perm�ables : la trag�die appara�t avec Naevius, mais la com�die, imit�e de la moyenne com�die attique, correspond mieux � la sensibilit� latine, ce qui explique le succ�s de Plaute, puis de T�rence. Le prestige d�Hom�re suscite l��pop�e, mais les premiers po�tes �piques romains, Naevius, puis Ennius, comprennent la n�cessit� de traiter de sujets nationaux et historiques, comme la lutte de Rome contre Carthage. �</p><p>Rome comme en Gr�ce, la prose acquit la dignit� litt�raire plus tard que la po�sie ; circonstance curieuse, le premier grand prosateur latin est un adversaire de l�hell�nisme sur le plan culturel aussi bien que politique, Caton le Censeur.</p><p>L��poque de Cic�ron</p><p>(Ier s. av. J.-C.)</p><p>Le Ier si�cle est une p�riode de grande instabilit� politique, qui favorise les ambitions personnelles d�mesur�es ; les �crivains participent � cette atmosph�re fi�vreuse, m�me les plus � d�-</p><p>sengag�s � en apparence. Nourris de culture grecque, ils feignent de la m�-</p><p>priser et de magnifier le pass� politique</p><p>et religieux de Rome. Les po�tes sont les plus francs ; ils empruntent ouvertement leurs raffinements � l�alexandrinisme et mettent en sc�ne le jeu, la dissipation et la galanterie ; c�est le cas de Catulle, tandis que Lucr�ce trouve des accents religieux pour se faire l�ap�tre de l�irr�ligion d��picure et ruiner les th�ologies anthropomorphiques traditionnelles. Mais le th��tre est �puis� et ne survit que dans ses vari�t�s les plus vulgaires ; l��pop�e choisit des sujets trop actuels et tourne � la flatterie ind�-</p><p>cente d�un homme ou d�un parti.</p><p>Plus r�cente que la po�sie, la prose a m�ri plus vite, et elle doit essentiellement sa solidit� � l�exercice de l��loquence ; l�avocat voit un champ infini s�offrir � ses talents, car les proc�s politiques et criminels surabondent ; Cic�ron est le type de cet � homme de bien expert dans l�art de parler � ; son �loquence est ferme, mais ais�e, alors que son contemporain C�sar �crit des Commentaires o� les discours m�mes ne visent qu�� l�action. Un signe des temps est l�envahissement de tous les genres litt�raires par la philosophie : le po�me de Lucr�ce est l�une de nos sources principales pour la connaissance des doctrines �picuriennes ; Cic�ron, au soir de sa vie politique, compose des dialogues de facture aristot�licienne, o� il confronte les r�ponses apport�es aux grands probl�mes par les diverses �coles philosophiques. Un autre caract�re de la litt�rature de cette �poque est, visible-ment h�rit�e de l�alexandrinisme grec, la curiosit� pour les sciences, avec le go�t de l��rudition et du savoir encyclop�-</p><p>dique, illustr� par le polygraphe Varron, � la fois philosophe, grammairien, � an-tiquaire � (historien des origines civiles et religieuses de Rome), auteur de trait�s d�agriculture.</p><p>Le si�cle d�Auguste</p><p>(fin du Ier s. av. J.-C. -</p><p>d�but du Ier s. apr. J.-C.)</p><p>C�est l��poque classique, d�finie en litt�rature par l�ordre, l��quilibre, la port�e universelle. Tous les auteurs downloadModeText.vue.download 188 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>725</p><p>de cette p�riode ont connu dans leur jeunesse les derni�res convulsions de la R�publique romaine ; l�av�nement d�Octave apporte la promesse de la paix dans la restauration des cultes et de la morale des anc�tres. Cette �volution politique s�accompagne d�une modification des conditions sociales : la litt�rature cesse d��tre le privil�ge des cercles aristocratiques ; les particuliers (Lucullus, Asinius Pollio) ouvrent aux curieux leurs biblioth�ques et leurs collections d�art ; des biblioth�ques publiques sont cr��es par C�sar, puis par Auguste. Le m�c�nat (M�c�ne, Mes-sala) se survit et s�affirme, mais il sera supplant� par la protection officielle accord�e aux �crivains. Horace �crit la cantate pour les jeux s�culaires ; Virgile associe dans l��n�ide les traditions de Rome � celles de la famille d�Auguste.</p><p>Ces po�tes classiques sont aussi des</p><p>� modernes � ; ils prennent pour ma�tre Catulle, dont ils adoptent la langue po�tique l�g�re et vari�e ainsi que le lyrisme discret ; ils r�pudient la gaucherie des � anciens � et rejoignent, par-del�, les grands classiques grecs ; mais l�imitation que pratiquent, parfois �troitement, Horace et Virgile est masqu�e par la fra�cheur de leur sensibilit� et leur go�t de l�observation personnelle. La prose �tait devenue classique avant la po�sie ; elle le reste en regardant en arri�re ; l�historien Tite-Live n�a pas � d�passer l�id�al d�j� atteint par Cic�ron ; ses morceaux les plus r�ussis sont les discours brefs et mor-dants qu�il pr�te � ses personnages.</p><p>Virgile, Horace et Tite-Live s��taient form�s avant l�av�nement d�Auguste.</p><p>La g�n�ration suivante, qui les prend pour ma�tres, est pourtant bien diff�-</p><p>rente d�eux. L�effort d�Auguste pour restaurer les valeurs traditionnelles s�ach�ve sur un �chec patent ; les mesures prises pour r�tablir le sens de la famille ne rencontrent pas d��cho dans les milieux mondains, comme on peut s�en convaincre en lisant les �l�giaques (Tibulle et Properce), dont les pr�f�rences vont � la galanterie du demi-monde ; la volont� de relever la religion nationale n��veille qu�une curiosit� arch�ologique sans adh�sion profonde, comme on le voit dans les</p><p>Fastes d�Ovide. � la diff�rence de la prose, qui d�cline, la po�sie rencontre dans la nouvelle soci�t� des conditions favorables, et il se forme un v�ritable alexandrinisme latin ; le go�t de l��rudition subsiste dans les complications mythologiques ch�res � Ovide et � Properce, et une po�sie purement didactique se fait jour avec les Astronomica de Manilius.</p><p>La litt�rature imp�riale</p><p>apr�s Auguste</p><p>(� partir du Ier s. apr. J.-C.)</p><p>Contenu par Auguste, le cosmopo-</p><p>litisme se donne libre cours avec ses successeurs ; l�Orient envoie � Rome une foule d�ambitieux aux dents longues, souvent esclaves affranchis ; d�autre part, les provinces occidentales sont une p�pini�re d��crivains, notamment l�Espagne, qui donne des auteurs aussi consid�rables que S�n�que, Lucain, Quintilien et Martial. Une �volution se dessine dans la sensibilit� ; la femme prend une importance inconnue jusqu�alors ; des dames de l�aristocratie comme Marcia et Helvia sont les destinataires des Consolations de S�n�que. Face � une monarchie souvent tyrannique, la philosophie morale est regard�e comme un instrument de lib�ration int�rieure ; la direction de conscience fait son apparition. Les contacts avec l�Orient installent � Rome les religions de salut ; � la m�me aspiration r�pondent les progr�s du juda�sme, puis ceux du christianisme.</p><p>L�une des cons�quences du renou-</p><p>vellement social est le retour au r�alisme, manifeste dans la pr�dication morale du po�te Perse, dans la curiosit� de S�n�que, dans l�outrance �pique de Lucain et surtout dans le roman de P�trone. Sous le r�gne de Vespasien (69-79), qui ressemble � celui d�Auguste en ce qu�il met, lui aussi, fin � des guerres civiles forcen�es, un nouveau classicisme s�organise ; comme sous Auguste, le renouveau litt�raire s�accomplit gr�ce � des auteurs qui ont souffert des d�sordres et de la tyrannie : Tacite, Juv�nal, Pline le Jeune.</p><p>J. P.</p><p>&#x25B6; Alexandrie / Gr�ce ancienne / Latine (litt�rature).</p><p>B W. Schmid et O. St�hlin, Geschichte der griechischen Literatur (Munich, 1929). /</p><p>W. W. Jaeger, Paideia. Die Formung des griechischen Menschen (Berlin et Leipzig, 1934-1947 ; 3 vol.). / J. Bayet, Litt�rature latine (A. Colin, 1935 ; nouv. �d., coll. � U �, 1965). /</p><p>B. Snell, Die Entdeckung des Geistes (Hambourg, 1946). / H. Fr�nkel, Dichtung und Philosophie des fr�hen Griechentums (New York, 1951 ; 2e �d., Munich, 1962). / R. B. Onians, The Origins of European Thought (Cambridge, 1951 ; 2e �d., 1954).</p><p>downloadModeText.vue.download 189 sur 561</p><p>downloadModeText.vue.download 190 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>727</p><p>antis�mitisme</p><p>Ensemble des sentiments et des actions hostiles aux Juifs.</p><p>Le terme semble avoir �t� cr��, dans le dernier quart du XIXe s., par un journaliste allemand, Wilhelm Marr, d�sireux de fonder l�hostilit� aux Juifs sur leur appartenance � la race s�mitique et de lui fournir ainsi une pseudo-base scientifique.</p><p>Les Juifs et l�antis�mitisme</p><p>Le juda�sme fid�le � la tradition consid�re l�antis�mitisme comme l�une des manifestations d�hostilit� du monde non juif � l��gard du peuple �lu. Il l�explique d�une part comme un effet de l�exil, cons�quence des p�ch�s d�Isra�l, et d�autre part comme une cons�quence de l�imperfection morale des peuples non juifs et de leur manque de foi en Dieu. L�av�nement du Messie, dont la mission sera d�amener les peuples � pratiquer la justice et � reconna�tre le r�gne de Dieu, fera dispara�tre d�finitivement la haine des Juifs. Cette tradition, par cons�-</p><p>quent, n�esp�re pas la fin compl�te de l�antis�mitisme dans l�exil.</p><p>La n�o-orthodoxie occidentale, par contre, croit � la r�conciliation progressive du monde non juif et du juda�sme fid�le � la foi.</p><p>Quant au juda�sme lib�ral, certains de ses adeptes consid�rent l�antis�mitisme comme une s�quelle du pass�, que la civilisation moderne n�a pas encore r�ussi � d�passer. � mesure que le progr�s se manifestera dans toutes les couches de la population, l�antis�mitisme diminuera peu � peu jusqu�� dispara�tre compl�tement.</p><p>Cependant, une autre tendance du ju-da�sme lib�ral consid�re l�antis�mitisme comme l�expression d�une r�sistance int�-</p><p>rieure des peuples d�accueil � l��gard de certains traits caract�ristiques des Juifs, qui seraient le r�sultat d�une assimilation incompl�te. Les tenants de cette instance estiment que seule la fusion avec les peuples d�accueil jusqu�� l�abandon total du particularisme juif peut �liminer l�antis�mitisme. En g�n�ral, le juda�sme lib�ral pr�ne une adaptation aux autres peuples aussi �tendue que possible dans les habitudes et la civilisation, sans renoncer pour autant au particularisme juif ; il est fondamentalement optimiste quant � la mani�re de juger l�antis�mitisme.</p><p>Le sionisme prend une position enti�-</p><p>rement diff�rente. Il consid�re l�antis�-</p><p>mitisme comme une r�action de d�fense in�vitable des peuples d�accueil � l��gard des Juifs vivant au milieu d�eux. L�opinion des th�oriciens du sionisme n�est pas uniforme d�ailleurs quant � l�antis�mitisme, mais tous soulignent le caract�re anormal de la situation du peuple juif, peuple sans terre et sans �tat. Seul son retour sur sa terre est de nature � faire dispara�tre l�antis�mitisme.</p><p>Les partis juifs socialistes ram�nent l�antis�mitisme � des causes d�ordre purement �conomique : avec la transformation de la soci�t� capitaliste en soci�t� socialiste, l�antis�mitisme dispara�tra.</p><p>L�Antiquit� et</p><p>le Moyen �ge</p><p>Dans l�Antiquit� pa�enne, l�hostilit� � l��gard des Juifs �tait suscit�e par leur fid�lit� au message de l�Ancien Testament. Les proph�tes d�Isra�l, en effet, depuis Mo�se jusqu�� ses derniers successeurs, stigmatis�rent avec v�h�-</p><p>mence l�idol�trie et les crimes commis en son nom (sacrifices humains). Le premier heurt violent se produisit au IIe s. av. J.-C., quand Antiochos IV,</p><p>surnomm� �piphane, roi de Syrie, pr�-</p><p>tendit interdire aux Juifs, sous peine de mort, la pratique de leur religion. Cette crise fut illustr�e par l��pop�e de Judas Maccab�e, qui purifia le Temple de J�-</p><p>rusalem de toutes les idoles grecques.</p><p>Par la suite, l�hell�nisme et le juda�sme se conjugu�rent pacifiquement dans le Bassin m�diterran�en, jusqu�au moment o� �clata une nouvelle crise d�antijuda�sme � Alexandrie, alors sous domination romaine. Nul doute que la prosp�rit� et la richesse de nombre de familles juives �tablies � Alexandrie n�aient suscit� l�envie et provoqu� les troubles antijuifs.</p><p>Les premiers chr�tiens, encore</p><p>confondus avec les Juifs, subirent les m�mes effets de l�intol�rance.</p><p>La destruction du Temple de J�rusalem amena � Rome des milliers de captifs juifs : vendus comme esclaves, ils subirent les avanies r�serv�es � cette cat�gorie. Par la suite, ils form�rent, � Rome et dans bien d�autres villes de l�Empire, des communaut�s religieuses.</p><p>Vilipend�s par les uns, les Juifs �taient lou�s par les autres pour la puret� de leur vie familiale. En grande majorit�, les populations faisaient preuve de tol�rance � leur �gard ; de hauts personnages non seulement s�int�ress�rent � leur sort, mais encore �pous�rent le monoth�isme juif, allant parfois jusqu�� la conversion. Sans faire de pros�lytisme, le juda�sme se r�pandait ; ce fut un nouveau pr�-</p><p>texte, sinon un motif pour d�noncer les Juifs comme fauteurs de troubles.</p><p>Les troubles, en fait, avaient gagn� le monde pa�en, dont les idoles s��crou-laient. Mais ce fut le christianisme qui b�n�ficia de leur chute ; les chr�-</p><p>tiens, hier encore victimes des pa�ens, allaient trop souvent se faire les pers�cuteurs des Juifs, fid�les � la Loi de Mo�se.</p><p>Quand le christianisme devint religion officielle de l�Empire romain, les Juifs retrouv�rent leur statut d��trangers, encore que l�antijuda�sme officiel ne les emp�ch�t pas de vivre souvent en bonne intelligence avec leurs voisins non-Juifs. Mais l�antijuda�sme prit peu � peu la forme d�une doctrine :</p><p>�tant � d�icides �, les Juifs devaient vivre, selon les chr�tiens, dans l�humiliation ; d�o� des mesures de plus en plus rigoureuses pour les exclure progressivement de la soci�t� chr�tienne, de la vie professionnelle et �conomique. Par exemple, pour exercer un m�tier il fallait appartenir � une corporation ; or, pour en faire partie, il fallait �tre chr�tien. Interdiction fut faite aux Juifs de poss�der des biens fonciers et des esclaves, ce qui les emp�cha, en fait, de s�adonner � l�agriculture.</p><p>Apr�s des si�cles de propagande antijuive, les princes et les rois eux-m�mes finirent par pers�cuter les Juifs : la foi chr�tienne leur fournissait un alibi commode. Condamn�s � s�adonner au seul commerce d�argent interdit aux chr�tiens, les Juifs devinrent des pr�-</p><p>teurs : en temps de crise �conomique, on annulait leurs cr�ances, on confis-quait leurs biens, on les expulsait. Il suffisait de les accuser d�avoir profan� une hostie ou d�avoir commis quelque meurtre rituel pour justifier un d�cret d�expulsion. Ce fut le sort r�serv� aux Juifs d�Angleterre en 1290, � ceux de France en 1394, � ceux d�Espagne en 1492, � ceux du Portugal en 1496.</p><p>En Allemagne, la premi�re croisade (1096) provoqua le massacre des communaut�s juives et incita nombre de survivants � s�enfuir en Pologne. Lors de la deuxi�me croisade en 1147, les massacres se renouvel�rent en d�pit des efforts sinc�res d�ploy�s par les �v�ques pour prot�ger les Juifs de leur ressort.</p><p>Le quatri�me concile de Latran, en 1215, �dicta des mesures particuli�rement humiliantes. Les Juifs des deux sexes eurent l�obligation de porter un costume sp�cial ou un signe distinctif sur leurs v�tements ; ce signe, appel� rouelle, habituellement jaune, fix� sur la poitrine, restera en vigueur pendant des si�cles, r�duira les Juifs au rang de parias et les livrera au m�pris et aux violences des foules. Les Juifs furent contraints d�habiter des quartiers sp�-</p><p>ciaux : les ghettos.</p><p>C�est aussi l�antijuda�sme ambiant qui favorisa en partie le succ�s de l�Inquisition. Dans sa recherche des Juifs convertis de force et suspects de</p><p>� juda�ser � en secret, l�Inquisition eut</p><p>parfois recours � la d�lation : celle-ci fut facilit�e par les pr�jug�s antijuifs ancr�s dans l�esprit des croyants.</p><p>Les Temps modernes</p><p>La R�forme et les guerres de Religion ne firent pas dispara�tre l�antijuda�sme. Sans doute, la Renaissance et le triomphe d�un certain humanisme permirent � maints penseurs de combattre ouvertement les pr�jug�s antijuifs. Luther, au d�but de son minist�re, fit des ouvertures aux Juifs ; leur refus de recevoir son message leur attira son hostilit�. Au XVIe comme au XVIIe s., en Allemagne comme en Autriche, ils n�eurent aucun statut l�gal fixe et furent soumis au bon plaisir des princes. Tant�t prot�g�s, tant�t chass�s, tant�t accueillis comme �l�ments �conomiques utiles, ils connurent une situation pour le moins instable.</p><p>En France, les Juifs �taient alors peu nombreux, sauf � Paris, en Alsace et en Lorraine. Sans avoir de statut l�gal, ils ne subirent pas, sous les Bourbons, de pers�cution. Cependant, l�antijuda�sme subsistait et il �tait m�me partag� par des esprits �clair�s, tels que Voltaire ; si la pens�e de ceux-ci n�a pas �t� d�terminante dans l��volution de l�antijuda�sme, elle n�en laisse pas moins percevoir les premiers signes d�un antis�mitisme non chr�tien, mais doctrinaire.</p><p>C�est cependant la France r�volutionnaire qui eut l�honneur d��tre la premi�re � �manciper les Juifs : gr�ce � l�action d�cisive de l�abb� Henri Gr�-</p><p>goire (1750-1831), l�Assembl�e consti-tuante, par d�cret du 27 septembre 1791, leur accorda tous les droits attach�s � la citoyennet� fran�aise.</p><p>Ailleurs, les pr�jug�s antijuifs em-p�cheront encore les Juifs de jouir des m�mes droits ; dans certains pays, notamment en Allemagne, en Roumanie et en Russie, des discriminations hypoth�queront plus ou moins longtemps la situation des Juifs.</p><p>Paradoxalement, la seconde moiti� du XIXe s. connut une r�surgence d�un antis�mitisme d�autant plus dangereux qu�il pr�tendait se fonder sur les th�o-</p><p>ries pseudo-scientifiques du racisme. Il est vrai que, dans tous les pays d�Europe, les Juifs soutinrent les partis lib�-</p><p>raux, qui, pr�cis�ment, militaient pour la d�fense de leurs droits. Ce fut le pr�-</p><p>texte, pour les antis�mites, de d�noncer les Juifs comme � �l�ments nuisibles �.</p><p>C�est en Allemagne que le mouvement antis�mite reprit vigueur ; l�antijuda�sme devait y �tre le plus violent, le plus syst�matique, le plus doctrinaire.</p><p>downloadModeText.vue.download 191 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>728</p><p>Alors que, dans la plupart des pays d�Europe occidentale, � partir de 1848, les Juifs avaient peu � peu obtenu l��galit� civique, ceux de l�Empire russe �taient soumis � une discrimination syst�matique ; m�me leurs droits religieux �taient limit�s. On comprend qu�ils aient �prouv� quelque sympathie pour les �l�ments r�volutionnaires r�clamant la justice et l��galit�.</p><p>Beaucoup de Juifs russes se r�fu-gi�rent en Occident, aux �tats-Unis et au Canada. Vers 1900, la police russe commen�ait � accr�diter et � diffuser l�un des plus extraordinaires � faux � de l�Histoire, les Protocoles des Sages de Sion, qui allait devenir une arme redoutable entre les mains des antis�mites du monde entier. Il s�agissait des comptes rendus de pr�tendues r�unions tenues en 1897 par les chefs du juda�sme dans le but de soumettre le monde � la domination � jud�o-ma�onnique �.</p><p>En France, l�antis�mitisme ressuscita apr�s la guerre franco-allemande de 1870-71. Le d�cret Cr�mieux, qui, le 24 octobre 1870, donna aux Juifs d�Alg�rie la citoyennet� fran�aise, provoqua des soul�vements en Kabylie et fut � l�origine d�une violente campagne antis�mite, qui culmina en 1898</p><p>avec l��lection, comme d�put� d�Alger, du chef de l�antis�mitisme fran-</p><p>�ais, �douard Drumont (1844-1917).</p><p>Ce journaliste fit para�tre en 1886 la France juive, compendium de l�antis�-</p><p>mitisme bourgeois et chr�tien, qui fut l�un des best-sellers de la fin du si�cle.</p><p>En 1892, Drumont lan�ait un quotidien violemment antis�mite, la Libre</p><p>Parole, dont le succ�s, d� surtout aux milieux catholiques, profita de l�affaire Dreyfus* (1894-1899), qui marqua le sommet de l�antis�mitisme fran�ais.</p><p>L�Action fran�aise de Charles Maurras et L�on Daudet prit ensuite � et jusqu�en 1944 � le relais de Drumont.</p><p>Ce sont d�ailleurs des maurrassiens qui, sous le r�gime de Vichy (1940-1944), appliqueront une l�gislation antijuive restrictive des droits des citoyens isra�lites.</p><p>La guerre de 1914-1918 sembla</p><p>devoir effacer toute trace d�antis�mitisme l� o� il subsistait encore. Partout les Juifs avaient apport� le tribut de leur sang � leur patrie d�adoption ; les antagonismes religieux paraissaient en voie de disparition. En fait, les circonstances exceptionnelles de la guerre masquaient la r�alit�. Celle-ci apparut dans toute sa brutalit� quand, en 1917, �clata la r�volution russe, � laquelle particip�rent de nombreux Russes isra�lites. Une fois de plus, des Juifs furent condamn�s comme r�volutionnaires par les � Blancs �, comme r�actionnaires par les � Rouges �.</p><p>En Allemagne, la capitulation (nov.</p><p>1918) r�veilla un antis�mitisme qui, depuis Bismarck, n�avait jamais cess� de se manifester dans la presse et la litt�rature. Mortifi�e par la d�faite, la r�publique vit grandir le mouvement national-socialiste, dont l�un des buts fondamentaux �tait l�extermination morale, puis la � liquidation � physique de tous les Juifs, non seulement d�Allemagne, mais de toute l�Europe.</p><p>L�agitation antis�mite se d�veloppa en Allemagne � partir de 1921. La crise �conomique fut habilement exploit�e par Hitler et ses compagnons, et, au nom de la puret� de la race aryenne, la l�gislation du IIIe Reich priva pratiquement les Juifs de tous les droits de citoyens, avant qu�ils fussent priv�s de leur nationalit�.</p><p>Avec la victoire momentan�e de</p><p>l�Allemagne hitl�rienne de 1940, l�antis�mitisme fera l�objet d�une propagande qui aboutira en France, comme dans les autres pays occup�s, � un statut sp�cial, frappant les Juifs de toutes sortes d�incapacit�s juridiques : ceux-ci se virent priv�s de leurs postes</p><p>d�enseignants, de magistrats ou de fonctionnaires, et ce malgr� leurs titres d�anciens combattants, d�cor�s, bless�s, mutil�s au service de la France. En zone dite � occup�e �, ils furent tenus de porter sur leurs v�tements, comme signe distinctif, une �toile jaune frapp�e du mot juif. Les contrevenants �taient arr�t�s et d�port�s. La d�lation �tait r�compens�e. Des rafles collectives, notamment celle du 16 juillet 1942, livr�rent des milliers de Juifs au camp de Drancy, v�ritable antichambre des camps de la mort. Jusqu�� la Li-b�ration, des convois r�guliers d�vers�rent dans les camps d�extermination des centaines de milliers de Juifs promis � la � solution finale � d�cid�e par Hitler.</p><p>Comme en tout temps, l�antis�mi-</p><p>tisme trouva des opposants d�cid�s parmi les non-Juifs : universitaires, ec-cl�siastiques, fonctionnaires, hommes et femmes de toutes les couches</p><p>sociales r�sist�rent � la contagion de l�antis�mitisme. Beaucoup, au p�ril de leur vie, aid�rent les victimes � �chapper � leurs pers�cuteurs. La d�faite de l�Allemagne nazie mit fin � une des pages les plus sombres de l�antis�mitisme. Elle avait co�ncid�, il est vrai, avec l�une des p�riodes les plus tragiques de l�Europe. C�est que l�antis�-</p><p>mitisme n�int�resse pas seulement les Juifs, il affecte en r�alit� le progr�s de l�humanit� tout enti�re, comme toutes les manifestations de l�intol�rance.</p><p>Les chr�tiens, en particulier, r�agirent fortement, notamment gr�ce � l�action des Amiti�s jud�o-chr�tiennes, dont l�initiateur, du c�t� juif, fut l�historien Jules Isaac (1877-1963).</p><p>Depuis la derni�re guerre, l�antis�-</p><p>mitisme couve toujours. Il est particuli�rement efficace � quoique sournois</p><p>� dans les pays de l�Est, notamment en Pologne et en U. R. S. S. La question de l��tat d�Isra�l et le probl�me palestinien l�ont aviv� dans le monde, o� l�antisionisme est chez certains un alibi recouvrant l�antijuda�sme traditionnel.</p><p>Trois s�ries classiques</p><p>de fausses accusations</p><p>contre les Juifs La permanence de l�antijuda�sme est attest�e par la facilit� avec laquelle l�homme non juif, au cours de l�histoire, a accueilli les fausses accusations contre les Juifs.</p><p>Les plus classiques sont : les profanations d�hosties, les crimes rituels, les empoisonnements de puits.</p><p>Profanations d�hosties. � Paris, en 1290, un Juif fut accus� de profanation d�hostie ; il n�en fallut pas plus pour provoquer l�expulsion de toute la communaut� juive.</p><p>L�histoire devait enregistrer de nombreux faits semblables, qui aboutirent parfois au supplice et � l�ex�cution des notables juifs.</p><p>Crimes rituels. En d�autres lieux, les Juifs furent accus�s de meurtre rituel : ainsi � Blois, en 1171, la communaut� juive fut tout enti�re extermin�e. Cette accusation �tait fond�e sur une rumeur incontr�l�e qui voulait que les Juifs emploient du sang de chr�tien pour pr�parer leurs pains azymes. Nul ne sait l�origine de ce pr�jug�.</p><p>Un fait est certain : la tradition juive interdit la consommation du sang (m�me animal) sous quelque forme que ce soit et r�-</p><p>prouve tout meurtre pour quelque raison que ce soit. L�accusation de meurtre rituel est d�nu�e de tout fondement, comme le proclameront les plus hautes autorit�s de l��glise et notamment une bulle du pape Innocent IV, qui confirma � cet �gard les d�clarations des papes pr�c�dents, tel Gr�goire IX.</p><p>La liste est longue des fausses accusations de meurtres rituels, qui se reprodui-ront notamment en Allemagne, en Europe centrale et dans les Balkans. Au XIXe s., l�affaire de Damas (1840) vit r�appara�tre cette calomnie ; il fallut les interventions �nergiques de plusieurs chancelleries d��tats europ�ens pour innocenter les Juifs damasc�nes. En 1911, l�affaire Beilis, � Kiev, d�montra que la croyance fondant l�accusation du meurtre rituel subsistait envers et malgr� tout. Beilis fut acquitt�, mais la propagande hitl�rienne reprendra cette calomnie, � c�t� de tant d�autres, pour justifier le g�nocide dont seront victimes 6 millions de Juifs europ�ens.</p><p>L�empoisonnement des sources. Pour expliquer les terribles ravages de la peste noire (1346-1353), les Juifs furent accus�s d�avoir empoisonn� les puits. Par milliers, ils furent soumis � la torture. � Strasbourg notam-</p><p>ment, dix-huit cents Juifs, hommes, femmes et enfants, furent br�l�s vifs : ni l�opposition du conseil de la ville, ni la voix du pape pro-clamant leur innocence ne purent �viter le massacre. Il se r�p�tera en d�autres pays, d�cimant des communaut�s enti�res.</p><p>H. S. et P. P.</p><p>B P. W. Massing, Rehearsal for Destruction (New York, 1949). / L. Poliakov, Br�viaire de la haine (Calmann-L�vy, 1951 ; nouv. �d., 1960) ; Histoire de l�antis�mitisme (Calmann-L�vy, 1957-1968 ; 3 vol.) ; De l�antisionisme � l�antis�-</p><p>mitisme (Calmann-L�vy, 1969) ; le Mythe arien (Calmann-L�vy, 1971). / J. Isaac, Gen�se de l�antis�mitisme (Calmann-L�vy, 1956) ; l�Enseignement du m�pris (Fasquelle, 1962). / F. Fejt�, les Juifs et l�antis�mitisme dans les pays communistes (Plon, 1960). / J. Madaule, les Juifs et le monde actuel (Flammarion, 1963). / H. Andics, Der ewige Jude, Ursachen und Geschichte des Antisemitismus (Vienne, 1965 ; trad. fr.</p><p>Histoire de l�antis�mitisme, A. Michel, 1967). /</p><p>E. H. Flannery, The Anguish of the Jews (New York, 1965 ; trad. fr. l�Angoisse des Juifs, vingt-trois si�cles d�antis�mitisme, Mame, 1969). /</p><p>N. Cohn, Warrant for Genocide (Londres, 1967 ; trad. fr. Histoire d�un mythe, la � Conspiration �</p><p>mondiale juive et les � Protocoles des Sages de Sion �, Gallimard, 1967). / P. Sorlin, � La Croix �</p><p>et les Juifs (Grasset, 1967) ; l�Antis�mitisme allemand (Flammarion, 1969). / P. Pierrard, Juifs et catholiques fran�ais, de Drumont � J. Isaac, 1886-1945 (Fayard, 1970).</p><p>antisepsie</p><p>F ASEPSIE ET ANTISEPSIE.</p><p>antiseptiques</p><p>Substances toxiques pour les microorganismes, utilis�es en vue d�en obtenir la st�rilisation par voie chimique.</p><p>Cette toxicit� n�est pas sp�cifique ; elle se manifeste, � des degr�s divers, contre tout organisme ou tissu vivant.</p><p>Toutefois, quelques antiseptiques font preuve d�une toxicit� particuli�re � l��gard de certaines esp�ces animales (par exemple les insecticides), fongiques ou bact�riennes, leur action se rapprochant alors de celle des antibiotiques* bact�ricides. Selon l�utilisation, on distingue :</p><p>a) les d�sinfectants, destin�s � la st�-</p><p>rilisation totale et brutale des locaux,</p><p>effets, instruments ; b) les antiseptiques proprement dits, qui conduisent, par une st�rilisation m�nag�e, � l��limination des agents animaux, bact�riens ou fongiques parasitant un organe malade qu�il s�agit de prot�ger. Ces antiseptiques sont utilis�s sous forme de topiques, c�est-�-dire en downloadModeText.vue.download 192 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>729</p><p>applications locales (pommades, collu-toires, collyres) sur la peau ou les muqueuses accessibles, ou sous forme de m�dicaments internes tendant � se fixer sur un organe donn� : intestin, voie urinaire, poumon. En outre, quelques antiseptiques peuvent �tre utilis�s pour la conservation de certains m�dicaments ou aliments ; leur nature et leur dosage sont r�glement�s par la loi.</p><p>Qu�ils soient utilis�s comme d�sinfectants ou pour une st�rilisation m�na-g�e, dans les aliments ou dans les m�-</p><p>dicaments, on trouve des antiseptiques dans toutes les familles chimiques. Ils peuvent �tre constitu�s par les mol�-</p><p>cules min�rales les plus simples, comme le chlore ou l�iode, ou, au contraire, par des mol�cules organiques relativement complexes, comme les d�riv�s de la quinol�ine ou les substances tensio-actives.</p><p>L�action des antiseptiques se manifeste par la destruction des prot�ines plasma-tiques, par floculation ou par oxydation, et par le blocage des processus enzymatiques qui interviennent dans la plupart des ph�nom�nes biologiques. Dans les emplois m�dicaux, l�action des antiseptiques peut �tre consid�rablement exalt�e par la nature de l�excipient auquel ils se trouvent incorpor�s, et la forme gal�nique du m�dicament peut jouer un r�le primordial dans la localisation, la diffusion, la p�n�tration du principe actif : ainsi les g�lules, ou pilules glutinis�es, ne le lib�reront qu�au niveau de l�intestin ; les excipients hydrosolubles faciliteront plus ou moins son passage � travers la peau, de m�me que les d�tergents � ou tensio-actifs �, ces derniers poss�dant souvent leur propre action antiseptique (ammoniums quaternaires).</p><p>Enfin, certaines substances peuvent avoir</p><p>une action antiseptique indirecte par modification de l�acidit� ionique (pH) du milieu : c�est ainsi que les acidifiants peuvent s�opposer � l�infection urinaire, les Bact�ries ne se d�veloppant pas en milieu acide. Le choix d�un antiseptique est guid� non seulement par la nature du germe � d�truire, mais aussi par la possibilit� de l�utiliser sans dommage pour le tissu sur lequel on l�applique : l�antiseptique id�al serait celui qui n�y produirait aucune r�action secondaire de destruction ou d�irritation locales, de sensibilisation ou de ph�nom�nes allergiques.</p><p>Le grand nombre d�antiseptiques utilis�s permet d�employer le corps le plus ad�-</p><p>quat, mais aucun d�entre eux ne peut �tre consid�r� comme l�antiseptique parfait.</p><p>L�association de plusieurs corps permet souvent d�atteindre le but recherch�.</p><p>R. D.</p><p>B F. Rihner, Hundert Jahre Antisepsis. Zum Geburstag einer Idee (Zurich, 1967).</p><p>Antoine ou</p><p>Marc Antoine</p><p>F AUGUSTE ET C�SAR.</p><p>Antoine (saint)</p><p>Anachor�te �gyptien, l�un des premiers repr�sentants de l��r�mitisme chr�tien (Qeman, Haute-�gypte, v. 251 - � 356).</p><p>Antoine na�t pr�s de Memphis,</p><p>d�une famille ais�e. Orphelin vers l��ge de dix-huit ans, il h�rite de biens fonciers consid�rables. Inspir� par les conseils de l��vangile, il se d�fait de ses richesses et abandonne ses terres � la communaut� villageoise, selon une pratique courante � cette �poque. Il se d�barrasse de m�me de ses meubles et confie sa jeune soeur � une communaut� religieuse. Antoine s�installe alors dans la campagne environnante, aupr�s d�un vieil asc�te qui l�initie � la vie anachor�tique (v. 270). Peu apr�s, il part � la recherche d�une solitude plus compl�te et trouve un abri dans un tombeau creus� dans la montagne.</p><p>Commencent alors ses c�l�bres luttes contre les esprits malins venus pour le tenter. Antoine ne craint pas de s��loigner encore : de l�autre c�t� du Nil, pr�s de Maid&#x16B;m, il �lit domicile</p><p>(v. 285) dans un fortin ruin�, infest� de serpents, mais pourvu d�une source ; il en mure la porte.</p><p>Sa r�putation de saintet� s�est r�pandue depuis longtemps, et les visiteurs viennent de plus en plus nombreux, d�-</p><p>sireux d�entendre sa parole et de s�inspirer de son exemple. Il rouvre donc sa porte, et les alentours se peuplent d�une colonie d�ermites. C�est l� qu�il faut situer les d�buts de la vulgarisation de l��r�mitisme et du monast�re de Pispir (v. 305). La retraite du solitaire est interrompue par un voyage qu�il fait � Alexandrie, � l�occasion de la pers�cution de Maximin Daia, afin de secourir et d�exhorter ses coreligionnaires.</p><p>Antoine se retire toujours plus loin dans le d�sert : une caravane l�emm�ne vers la c�te de la mer Rouge ; il s��tablit dans une petite palmeraie, au pied du mont al-Qulzum.</p><p>Les admirateurs d�Antoine trouvent aussi le chemin du mont al-Qulzum : des philosophes grecs seraient venus le voir, des ariens aussi, tandis que les disciples s�agglom�rent de nouveau autour de l�ermitage. C�est l�origine du couvent de saint Antoine, ou Dayr M&#x101;r Antoni�s. Gr�ce � son isolement, ce couvent a �chapp� aux troubles de la conqu�te arabe ; � proximit�, on montre toujours la caverne du saint.</p><p>D�illustres disciples se forment en ces lieux, tel saint Macaire ; saint Hilarion sera moine � Pispir. Antoine enseigne surtout l�art de lutter contre les d�mons : le d�mon de midi, le d�mon du d�go�t et du doute, le d�mon qui se rev�t d�apparences humaines et se manifeste sous forme de r�ves lascifs.</p><p>Antoine a pour ami le c�l�bre Athanase*, son biographe, dont il prend la d�fense contre ses adversaires ; il le rencontre � Alexandrie, o� il revient, en 354 ou 355, combattre les ariens. Il meurt peu apr�s, probablement en 356.</p><p>Saint Antoine et</p><p>l�hagiographie</p><p>Saint J�r�me signale l�existence de sept lettres de saint Antoine, r�dig�es en copte.</p><p>La r�gle dite � de saint Antoine � lui est post�rieure. La source classique d�o� provient la quasi-totalit� de ce que nous savons de lui est la Vie d�Antoine par Athanase, qui aurait �t� �crite vers 360 et qui eut un succ�s prodigieux. Le malheur est que son historicit�, admise par beaucoup, est fr�quemment contest�e. Elle rapporte un nombre �lev� de miracles accomplis par le saint, de prodiges, de luttes �piques contre les d�mons, toutes choses qui rendent la critique ardue. Il demeure difficile de faire la part de l�histoire et celle des intentions �difiantes, car Antoine est devenu l�un des saints exemplaires du monachisme. Au XIe s.</p><p>fut fond� l�ordre de Saint-Antoine (fr�res antonins), soumis � la r�gle de saint Augustin et r�uni � l�ordre de Malte en 1777.</p><p>R. H.</p><p>&#x25B6; Monachisme.</p><p>B B. Lavaud, Antoine le Grand, p�re des moines (Libr. universelle de France, 1947). /</p><p>L. Bouyer, Vie de saint Antoine (�d. de Fontenelle, 1950). / H. Queffelec, Saint Antoine du d�sert (Hachette, 1950).</p><p>Antoine (Andr�)</p><p>F NATURALISME, TH��TRE [mise</p><p>en sc�ne].</p><p>Antoine</p><p>de Bourbon</p><p>F BOURBON.</p><p>Antonello</p><p>da Messina</p><p>Peintre italien (Messine v. 1430 - id.</p><p>v. 1479).</p><p>Antonello di Giovanni, dit da Messina, n�appartient pas seulement � l��cole sicilienne, dont il est la principale figure ; sa forte personnalit� le classe en effet parmi les plus grands ma�tres de la Renaissance. Une longue downloadModeText.vue.download 193 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>730</p><p>tradition lui attribue l�honneur d�avoir introduit en Italie la technique flamande de la peinture � l�huile, qu�il aurait apprise lors d�un hypoth�tique voyage aux Pays-Bas. Son vrai m�rite est d�avoir assimil� l�esth�tique et le m�tier des ma�tres flamands. Il put s�y initier lors de sa formation � Naples, soit devant leurs ouvrages alors nombreux dans les collections de la couronne d�Aragon, soit � travers l�enseignement de Colantonio, un ma�tre local (actif entre 1445 et 1465) marqu� par leur influence. Mais Naples �tait aussi un foyer d�art m�diterran�en. Ces deux p�les d�inspiration contribuent � d�finir le style d�Antonello. L�influence flamande fait comprendre son go�t de l�observation attentive, voire m�ticu-leuse, et aussi la finesse de son m�tier, la beaut� de sa mati�re dense et �clatante comme un �mail, la richesse de son coloris. Le temp�rament m�diterran�en du peintre se r�v�le, en revanche, dans son sens de la forme, son go�t pour les volumes d�une puret� presque g�om�trique, sa science de la perspective rationnelle.</p><p>Jusqu�en 1474, Antonello semble</p><p>avoir partag� son activit� entre Naples, la Sicile orientale et Reggio di Calabria. Les tableaux dat�s de cette p�-</p><p>riode se signalent souvent par un �clairage assez cru, qui donne une acuit� particuli�re � la d�finition des volumes.</p><p>On peut citer : le Christ b�nissant (Sal-vator Mundi) de la National Gallery de Londres, peint en 1465 ; entre 1465 et 1470 environ, le Saint J�r�me p�nitent, de Reggio di Calabria, o� l�influence flamande est pr�pond�rante ; en 1470, l�Ecce Homo (Metropolitan Museum de New York), � rapprocher du Christ � la colonne (Plaisance), qui date de 1473. De cette m�me ann�e, le polyp-tyque peint pour San Gregorio de Messine et expos� aujourd�hui, tr�s ruin�, au mus�e de la m�me ville : au panneau principal, la Vierge � l�Enfant ; aux volets, saint Gr�goire, saint Beno�t et les deux figures de l�Annonciation. Plus personnelle est l�Annonciation, peinte en 1474 pour S. Maria dell�Annunziata � Palazzolo Acreide, aujourd�hui � la pinacoth�que de Syracuse, mais �galement endommag�e ; de la m�me �poque, la Vierge de l�Annonciation � mi-corps (Palerme, variante � Munich), remarquable par le r�alisme du pupitre</p><p>et du livre, mais aussi par la simplification g�om�trique des volumes, la densit� plastique de la figure, l�efficacit� du raccourci des mains.</p><p>C�est entre 1474 et 1476 qu�eut lieu le voyage d�Antonello � Venise, �pisode capital dans sa carri�re et dans l�histoire artistique de cette ville. Il n�est pas facile de d�terminer s�il a subi l�influence des ma�tres de V�n�-</p><p>tie, les Vivarini, Mantegna*, Giovanni Bellini*, ou si au contraire il leur a apport� le fruit de son exp�rience.</p><p>Quoi qu�il en soit, les ouvrages v�nitiens d�Antonello refl�tent des pr�occupations nouvelles : une plus grande attention � l�enveloppe a�rienne, un �clairage plus d�licat, un model� plus subtil, une palette encore plus raffin�e ; d�autre part, une application plus syst�matique de la perspective. La Pala di San Cassiano (fragments au Kuns-thistorisches Museum de Vienne), fixait un type de composition souvent repris dans l��cole v�nitienne : la</p><p>� conversation sacr�e � groupant des figures de saints et de saintes autour de la Vierge � l�Enfant. On peut en rapprocher la Vierge � l�Enfant � mi-corps de la National Gallery de Washington.</p><p>Le Saint S�bastien de Dresde, figure imposante et d�une grande efficacit� plastique, rend hommage, par sa mise en perspective, � Mantegna. Cependant, l�influence flamande reste visible dans le Saint J�r�me � l��tude (National Gallery de Londres), inventaire m�ticuleux d�animaux et d�objets dans le cadre d�une architecture en trompe l�oeil, dans la Piet� (Venise, mus�e Correr), et plus encore dans le Calvaire du mus�e d�Anvers.</p><p>C�est de la m�me p�riode que datent ou paraissent dater les meilleurs portraits d�Antonello : le c�l�bre Condot-tiere du Louvre, l�autoportrait pr�sum� de la National Gallery de Londres, les personnages inconnus de la National Gallery de Washington et de la galerie Borgh�se � Rome. On y trouve � la fois l�observation scrupuleuse des d�tails, une construction rigoureuse des volumes et une saisissante intensit� d�expression. Le non moins remarquable portrait d�humaniste du Castello Sforzesco, � Milan, est un t�-</p><p>moignage du bref s�jour qu�Antonello</p><p>fit dans cette ville en 1476, apr�s avoir quitt� Venise.</p><p>Le peintre passa ses derni�res ann�es � Messine, mais cette p�riode reste assez obscure. Il n�eut en Sicile que des imitateurs sans personnalit� frappante.</p><p>B. de M.</p><p>B S. Bottari, Antonello da Messina (Milan-Messine, 1953). / Catalogue : Antonello da Messina e la pittura del� 400 in Sicilia (Venise-Messine, 1953).</p><p>Antonin le Pieux</p><p>(Lanuvium 86 - � 161), empereur romain de 138 � 161.</p><p>Un vieux Romain</p><p>Ayant perdu ses parents, il est �lev� par ses deux grands-p�res. Titus Aurelius Fulvius, son grand-p�re paternel, est d�origine n�moise ; l�autre se nomme Arrius Antonius ; tous deux ont �t� deux fois consuls. Le jeune Antonin (Titus Aurelius Fulvius Boionius Antonius) est l�un des hommes les plus riches d�Italie ; il poss�de de vastes domaines, surtout en �trurie ; il a coutume d�y r�sider et de les g�rer. Outre des terres, il poss�de des briqueteries, dont l�estampille est famili�re aux arch�ologues.</p><p>Cette vie simple ne lui a pas fait n�gliger sa carri�re politique. Consul en 120, il est consulaire probablement en �trurie et en Ombrie, et proconsul d�Asie (130-135). Ses capacit�s et son s�rieux lui valent d�entrer ensuite dans le Conseil imp�rial d�Hadrien. �</p><p>la mort, en 138, de Lucius Ceionius Commodus, h�ritier pr�somptif de l�Empire, il est d�sign� comme successeur, mais � la condition d�adopter � son tour Marc Aur�le : ce dernier a les pr�f�rences d�Hadrien. Les historiens pensent qu�Antonin, homme de plus de cinquante ans, �tait destin� � assurer une sorte d�interr�gne.</p><p>Successeur d�sign� en f�vrier 138, Antonin, qui a pris le nom de Titus Aelius Hadrianus Antonius, devient effectivement empereur � la mort d�Ha-</p><p>drien, quelques mois plus tard. Le s�nat s�empresse de d�cerner de nombreux honneurs � Antonin : celui-ci accepte le titre de Pius, pieux, qui convient � la perfection de sa vie. Sa femme, Galeria Faustina, �pous�e en 112, re�oit le titre d�Augusta. Au contraire d�Hadrien, Antonin revient au gouvernement lib�-</p><p>ral et d�entente avec le s�nat qui avait eu cours sous Trajan. Bient�t, les monnaies ne portent plus que la mention Antoninus Augustus Pius, qui supprime le cognomen et le souvenir d�Hadrien.</p><p>Les s�nateurs arr�t�s sous Hadrien sont lib�r�s ; les consulaires d�Italie, trop ind�pendants, sont supprim�s.</p><p>Les Antonins</p><p>C�est le nom donn� aux sept empereurs qui ont r�gn� sur Rome de 96 � 192 : Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc Aur�le, Lucius Verus et Commode.</p><p>La terminologie est moderne et ne correspond aucunement � une dynastie ; cependant, ces empereurs ont eu en commun une politique conservatrice, un vif attachement aux privil�ges de la classe ais�e, une r�serve sans malveillance � l��gard des chr�tiens, et enfin, comme dit J. Carcopino, ils ont � pr�f�r� d�indignes b�tards � leurs h�ritiers �. Le si�cle des Antonins fut une p�riode de paix et de prosp�rit�. Ce fut aussi le moment de la plus grande extension territoriale de l�Empire.</p><p>Le � P�re des hommes �</p><p>Antonin, tout en s�associant le s�nat, ne renonce pas � son autorit� personnelle. Son r�gne sera marqu� par un souci d��quit� et de minutie que Marc Aur�le relate et se donne pour mod�le :</p><p>� La mansu�tude, jointe � une inflexi-bilit� rigoureuse une fois le jugement formul�, l�empressement � �couter ceux qui peuvent fournir un conseil utile � tous [...], l�attention vigilante � conserver les ressources n�cessaires � l�Empire [...], nulle recherche de popularit� [...], le respect des traditions ancestrales sans ostentation. �</p><p>Il sait m�nager les ressources des particuliers : restitution de l�or coronaire offert lors de son adoption, diminution d�imp�ts, remise d�arri�r�s, instructions aux agents du fisc pour qu�ils limitent scrupuleusement leurs</p><p>lev�es aux sommes prescrites, chasse aux exactions et aux concussions. La prudence de sa gestion lui permettra de laisser � sa mort une r�serve de 675 millions de deniers.</p><p>L�empereur �vite les voyages, co�-</p><p>teux pour les provinciaux. Mais � sa s�dentarit� il y a d�autres raisons : tr�s attach� � l�Italie, il aime s�entourer d�Italiens et se d�fie des Grecs et des Orientaux. Cependant, on lui reproche aujourd�hui d�avoir, faute d�inspections personnelles, laiss� se scl�roser l�administration.</p><p>Dans le domaine de la justice et de la l�gislation, Antonin fait preuve de beaucoup d�activit�. Lui-m�me est mo-d�r� dans la r�pression. L�esprit de la l�gislation �volue : le juge doit corriger la lettre de la loi en fonction des imp�-</p><p>ratifs de l��quit�, et l�accus� ne doit plus �tre consid�r� comme coupable sans qu�on se soit assur� de preuves suffisantes. L�emploi de la torture et de la prison pr�ventive est limit�.</p><p>Au civil, Antonin favorise les esclaves : l�affranchissement est d�sormais irr�vocable ; le propri�taire qui maltraite un esclave peut �tre contraint de le vendre, ou se le voir confisquer ; downloadModeText.vue.download 194 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>731</p><p>s�il le tue, son acte est assimil� � un ho-micide ordinaire. L�adopt� est assur� d�avoir une part des biens de l�adoptant (quarte antonine).</p><p>Le s�nat prend une part importante � ces d�cisions juridiques, qui touchent bien d�autres domaines encore. Le Gnomon de l�idiologue, m�mento fiscal pour l��gypte, conserv� par un papyrus, donne une vue d�ensemble de la l�gislation en vigueur � ce moment-l�.</p><p>L�empereur accorde aux rh�teurs, grammairiens, philosophes des ap-pointements r�guliers, des exemptions d�imp�t ou des fonctions prestigieuses (H�rode Atticus et Fronton sont</p><p>consuls en 143). Des postes de m�decins municipaux (archiatres) sont cr��s</p><p>dans diverses villes.</p><p>Les institutions alimentaires sont �tendues. Le peuple de Rome jouit de spectacles somptueux (jusqu�� cent lions � la fois !).</p><p>Antonin fut un grand b�tisseur. Les inscriptions rapportent tout ce qu�on peut lui attribuer en mati�re de travaux portuaires (Terracina, Ga�te, Pouzzoles), de routes, de travaux hydrauliques (Ath�nes, Antium, Bougie), d��quipements urbains (pavage des rues d�Antioche, amphith��tre de Po-rolissum, phare d�Alexandrie), de reconstruction de villes d�vast�es par les incendies ou les s�ismes (Narbonne, Carthage, �ph�se, Smyrne). Il restaure et reconstruit plus qu�il ne b�tit, et s�attache surtout aux travaux utilitaires. Ses principales constructions nouvelles sont : le temple de Faustine, dont on voit encore les colonnes de 16 m en bordure du forum romain (temple d�Antonin et de Faustine, depuis 161), le temple d�Hadrien divinis� (auj. le ch�teau Saint-Ange) au champ de Mars, et les vastes thermes d�Ostie.</p><p>Le mur d�Antonin</p><p>Le mur, ou vallum, d�Antonin fut construit au travers de l��le de Bretagne, sensiblement plus au nord que celui d�Hadrien, l� o� Agricola avait d�j� esquiss� des travaux de fortification, entre les estuaires du Forth et de la Clyde. Il est d�crit par l�Histoire Auguste comme un � rempart de terre gazon-n�e �, mais l��tude des ruines, connues depuis longtemps sous le nom de Graham�s Dyke, a permis de constater qu�il comprenait en maints endroits un mur de pierre, et qu�il �tait garni de tours et flanqu� de postes fortifi�s isol�s. Ce mur �tait destin� � compl�ter le mur d�Hadrien, plut�t qu�� le remplacer. D�s le r�gne de Commode, il fut �vacu�, et la ligne de d�fense ramen�e au niveau du mur d�Hadrien.</p><p>Le � Numa de l�Empire �</p><p>Conservateur � bien des �gards, Antonin s�attache � remettre en honneur la vieille religion romaine, dont son �poque avait singuli�rement oubli� sinon les pratiques, du moins leur signification. � l�occasion du 900e anniversaire de la fondation de Rome (148), les frappes mon�taires �voquent</p><p>les mythes et les souvenirs des origines romaines : �n�e, la lutte d�Hercule et de Cacus, Romulus et Remus. On remet en honneur les cultes de Silvain, des Dioscures, de Diane Tifatina, des nymphes, de Neptune.</p><p>Antonin, autant que les sources permettent de l�affirmer, ne manifeste pas d�int�r�t aux dieux alexandrins, Isis et S�rapis ; mais il s�int�resse aux autres cultes orientaux, aux religions � myst�res. Il v�n�re Dionysos, fait figurer sur ses monnaies le Soleil (et le couple imp�rial avec les attributs du Soleil et de la Lune), le zodiaque, les plan�tes.</p><p>Surtout, il d�veloppe le culte de la Grande M�re, Cyb�le : la c�l�bration des Vicennales, au bout de vingt ann�es de r�gne, s�inscrit dans ce cadre et co�ncide avec la r�g�n�ration vig�simale du taurobole. Le premier taurobole de caract�re officiel date pr�cis�ment de ce temps. En 159, le culte de Mithra est r�form� et l�archigallat constitu�.</p><p>Vis-�-vis des chr�tiens, la correspondance imp�riale, cit�e par l�Histoire eccl�siastique d�Eus�be de C�sar�e, t�moigne d�une tol�rance manifeste, et les martyres de l��poque doivent �tre consid�r�s comme l�expression d�une agitation localis�e. C�est d�ailleurs � Antonin que saint Justin a d�di� son Apologie.</p><p>L�apog�e de</p><p>la paix romaine</p><p>Le r�gne d�Antonin est, dans son ensemble, une p�riode de paix. Il demeure, certes, des causes de conflits ou m�me d�agitation � l�int�rieur des fronti�res.</p><p>En Acha�e, on d�plore des d�sordres � propos de la perception des imp�ts. Le pr�fet d��gypte manque d��tre tu� dans une �meute alexandrine ; en 152-153, une r�volte des fellahs �gyptiens met en danger le ravitaillement de Rome en bl�. Aux fronti�res, il y a plus que de simples accrochages avec les Bri-gantes de Bretagne, avec les Maures d�Afrique et les Germains. Une insurrection en Dacie am�ne Antonin � en r�organiser l�administration. L�Empire romain se maintient comme au temps d�Hadrien : politique conforme aux go�ts personnels d�Antonin, qui � aime mieux conserver un citoyen que tuer mille ennemis �.</p><p>Antonin accro�t le limes, en ajoutant une ligne de fortifications en Germanie et en b�tissant, en Bretagne, ce qu�on appelle le mur d�Antonin. Un autre moyen de d�fense rel�ve de la diplomatie : des alliances appropri�es maintiennent dans un �tat de protectorat les royaumes frontaliers ; l�empereur accorde parfois son investiture � des rois (chez les Quades, les Lazes, les Arm�niens), ou met fin � la comp�tition entre deux pr�tendants, comme au royaume du Bosphore.</p><p>R. H.</p><p>&#x25B6; Hadrien / Marc Aur�le / Rome.</p><p>B G. Lacour-Gayet, Antonin le Pieux et son temps (Thorin, 1888). / W. H�ttl, Antonjus Pius (Prague, 1933-1936 ; 2 vol.). / J. Beaujeu, la Religion romaine � l�apog�e de l�Empire, t. I : la Politique religieuse des Antonins (Les Belles Lettres, 1956). / J. Schmidt, les Antonins (Rencontre, Lausanne, 1968).</p><p>Antonioni</p><p>(Michelangelo)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma italien (Ferrare 1912).</p><p>C�est � Ferrare, m�lancolique petite ville de province riche en souvenirs artistiques, l�une des � cit�s mortes �</p><p>de D�Annunzio, qu�Antonioni passe ses vingt premi�res ann�es ; il y poursuit les �tudes universitaires conformes � l�id�al de la bourgeoisie dont il est issu : comptabilit�, sciences �conomiques, commerce. Son caract�re inquiet le conduit bient�t au journalisme et � la critique cin�matographique.</p><p>Il quitte Ferrare pour Rome au d�but de la guerre et aborde le milieu du cin�ma comme sc�nariste. En 1942, il est envoy� � Paris comme assistant de Marcel Carn�, qui tourne les Visiteurs du soir. Cette rencontre se r�v�le importante, m�me si la participation qu�on lui accorde dans la r�alisation de ce film est insignifiante. De retour en Italie, il se heurte � ses premi�res difficult�s : tous les projets qu�il s��tait promis de r�aliser apr�s la guerre sont jug�s � impossibles � par les producteurs, et repouss�s. C�est ainsi qu�Antonioni assiste presque en spectateur � la naissance du n�o-r�alisme. Il ne</p><p>se r�signe pas pour autant et parvient � terminer, non sans peine, un court m�trage commenc� pendant la guerre, Gens du P� (Gente del Po, 1943-1947), dont le th�me sera repris et d�velopp� dans d�autres films, et en particulier dans le Cri (Il Grido). L�importance de ce court m�trage est telle qu�Antonioni d�clare : � Tout ce que j�ai fait depuis, de bon ou de mauvais, part de l�. � Puis il r�alise d�autres documentaires : Nettoyage urbain (N. U. Net-tezza urbana), sujet difficile et ingrat, tout en grisaille : La Villa dei Mostri, court m�trage sur les statues colossales de la villa Orsini, � Bomarzo ; L�Amo-rosa Menzogna, satire du monde des romans-photos, th�me qu�il reprendra ensuite avec Fellini pour le sc�nario de Courrier du coeur (ou le Cheikh blanc) [Lo Sceicco bianco]. La possibilit� de r�aliser un long m�trage se pr�sente en 1950, au moment o� le n�o-r�alisme d�cline, ce qui permet � Antonioni d��chapper aux influences directes de cette �cole. Chronique d�un amour (Cronaca di un amore, 1950), avec comme second plan la riche bourgeoisie milanaise, r�v�le Lucia Bos�.</p><p>La Dame sans cam�lias (La Signora senza camelie, 1953), �galement avec Lucia Bos�, est une critique du monde du cin�ma. Ces deux films mettent en �vidence les contradictions morales de classes sociales et de milieux totalement ignor�s du n�o-r�alisme. En 1952, Antonioni avait tourn� les Vaincus (I Vinti), mais ce film ne put sortir qu�apr�s la Dame sans cam�lias. Les �pisodes de ce triptyque consacr� � la jeunesse d�linquante sont in�gaux, mais tous charg�s d�une grande intensit� dramatique. Avec Tentative de suicide (Tentato suicidio), sketch du film-enqu�te de Zavattini l�Amour � la ville (L�Amore in citt�), et surtout Femmes entre elles (Le Amiche, 1955), tir� d�un r�cit de Cesare Pavese, Entre femmes seules (Tra donne sole), le metteur en sc�ne pr�cise ses objectifs et son style dans une analyse de la solitude dont il recherche les causes parmi les structures sociales contemporaines. Plus encore que la personnalit� de Pavese, c�est celle d�Antonioni que l�on d�-</p><p>couvre dans ce film. Ses objectifs apparaissent clairement : tentative de se lib�rer des sch�mas narratifs conventionnels, r�cit libre de toute contrainte,</p><p>sans pr�occupation de spectacle. C�est pourtant le Cri (Il Grido, 1956) qui marque le tournant d�cisif de son style, avec l�accentuation de ses tendances anti-spectacle et l�apparition de certains personnages rong�s par un perp�tuel mal de vivre. Abandonnant un moment la bourgeoisie pour le milieu ouvrier, Antonioni r�v�le la souffrance lasse, d�sesp�r�e et vaine, perdue dans la grisaille hivernale de la vall�e du P�.</p><p>Film in�gal et irritant, le Cri fut assez mal accueilli en Italie. On lui reprocha la confusion logique et id�ologique du downloadModeText.vue.download 195 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>732</p><p>r�cit, la faiblesse de la psychologie du protagoniste et l�impossibilit� de consid�rer celui-ci comme symbole du prol�tariat. Antonioni put sembler en d�clin, et certains pens�rent m�me que sa carri�re �tait finie. Seule la critique fran�aise fut enthousiaste. Antonioni traversa � cette �poque une crise int�-</p><p>rieure, la surmonta et, sans abandonner ses ambitieux projets de � cin�ma de rupture �, s�int�ressa de nouveau � la bourgeoisie, qui lui est plus famili�re.</p><p>Il r�alisa, de 1959 � 1961, un triptyque d�une importance fondamentale non seulement pour son oeuvre, mais pour le cin�ma moderne en g�n�ral : L�Avventura (1959), la Nuit (La Notte, 1960), l��clipse (L�Eclisse, 1961), trois volets tr�s diff�rents apparemment, mais avec, entre autres points communs, Monica Vitti comme principale interpr�te. L�Avventura, tourn� aux �les Lipari et en Sicile avec peu de moyens, eut bien des difficult�s avec la censure et fut un moment mis sous s�questre. Consid�r� � sa sortie comme une sorte de film policier c�r�bral, ce n�est qu�apr�s un certain temps qu�on en reconnut la structure r�volutionnaire, fond�e sur l�enchev�trement de sentiments inaboutis, et qu�on se rendit compte que la rupture avec les m�-</p><p>thodes de narration traditionnelles �tait d�sormais d�finitive. Analyse de la crise d�un couple �largie � celle d�une certaine soci�t�, la Nuit fut au contraire aussit�t favorablement accueilli. Ce film peut �tre consid�r� comme l�un</p><p>de ses plus grands succ�s. Avec une puissance d�expression moindre, Antonioni tenta de r�aliser dans l��clipse une synth�se de ses exp�riences pr�c�-</p><p>dentes, pouss�es jusqu�� leurs limites extr�mes. C�est avec cette trilogie que na�t le cin�ma dit � de l�ali�nation �, dans lequel l�incommunicabilit�, ou plut�t l�impossibilit� de communiquer, est le th�me principal : continuelle disponibilit� affective des protagonistes face � l�impossible et d�sesp�r� besoin de combler ce vide int�rieur. Le d�sordre moral des h�ros d�Antonioni et l��chec de leur tentative de justifier leurs propres actes sont, dans ces trois films, le d�nominateur commun d�une probl�matique de l�angoisse. � Il m�arrive de d�couvrir la maladie des sentiments plut�t que les sentiments eux-m�mes �, �crit-il. La subtile analyse du mal de vivre, dominante de ces trois films, et qui les rapproche plus de la litt�rature que du cin�ma traditionnel, fit un moment passer au second plan l�art du r�alisateur, sa mani�re de traduire en images les attitudes les plus fugitives et de rendre concret le plus abstrait des symboles. Un certain exc�s de pr�ciosit� n�avait pas manqu� de rendre perplexe une partie de la critique italienne. Cette pr�ciosit� se voit confirm�e dans le D�sert rouge (Il De-serto rosso, 1964). Le caract�re artificiel de cette premi�re exp�rience chromatique, o� la couleur n�est pas utilis�e pour reproduire la nature mais pour provoquer certains effets, accompagne les th�mes qu�Antonioni avait d�j� d�velopp�s dans ses meilleurs films.</p><p>Nombreux furent ceux qui pens�rent, apr�s le D�sert rouge, qu�Antonioni ne pourrait plus pr�tendre � sa position de chef de file. Cette opinion fut d�mentie, malgr� l��chec de son sketch de I Tre Volti (1965), par la sortie de Blow-up (1966). Le douloureux reflet de notre �poque, jusqu�alors r�duit � une vision incompl�te, s��largit dans ce film. Le symbole et l�image sont li�s avec naturel. En 1969, Antonioni tourne aux �tats-Unis Zabriskie Point, hommage lyrique rendu � la r�volte de la jeune g�n�ration am�ricaine contre la soci�t� de consommation. En 1972, il consacre � la Chine un long documentaire (Chung Kuo : la Chine) et, en 1974, il r�alise Profession : reporter (Il Passagero). Avec son caract�re intro-</p><p>verti et sensible (on conna�t ses manies, ses ambigu�t�s), avec son talent aigu et un peu esth�tisant, Antonioni est sans conteste le fondateur d�un cin�ma tourn� vers d�autres voies. Son m�rite demeure celui d�avoir montr� la possibilit�, la n�cessit� m�me, d�un cin�ma � structure ouverte, fond�e sur l�exploration de la conscience dans le cadre de probl�mes actuels.</p><p>A. S.</p><p>B F. Carpi, Antonioni (Parme, 1958). / P. Le-prohon, Michelangelo Antonioni (Seghers, 1962 ; r��d. 1969). / P. L. Thirard et R. Tailleur, Antonioni (�d. Universitaires, 1963). /</p><p>C. Fernandez Cuenca, Michelangelo Antonioni (Madrid, 1963). / M. Antonioni, Sei Film (Turin, 1964). / C. Di Carlo, Michelangelo Antonioni (Rome, 1964). / M. Est�ve, Michelangelo Antonioni, l�homme et l�objet (Lettres modernes, 1965). / A. Bernardini, M. Antonioni da Gente del Po a Blow-up (Milan, 1968). / A. Ferrero, Lo Sguardo di Antonioni : l�eclisse e l�ingrandi-mento (Florence, 1968). / G. Tinazzi, M. Antonioni e la crisi del cinema (Florence, 1968).</p><p>anus</p><p>Terme d�signant � la fois le canal de 2 � 3 cm de long, faisant suite � l�ampoule rectale (canal anal), et l�orifice inf�rieur, qui est l�abouchement de ce canal � la peau. L�ensemble forme la partie inf�rieure terminale du tube digestif.</p><p>Anatomie</p><p>Le canal anal, oblique en bas et, en arri�re, constitue, avec l�ampoule rectale � laquelle il succ�de, un coude (cap anal) � sommet ant�rieur, ouvert en arri�re. Le canal anal traverse une solide cloison form�e de muscles et d�apon�vrose, qui s�appelle le p�rin�e et qui forme le plancher de la cavit� pelvienne. Le rapport fondamental du canal anal � ce niveau est le muscle releveur de l�anus : c�est un muscle plat, bilat�ral, qui constitue une �paisse cloison tendue entre les parois du bassin. Sur la ligne m�diane, chaque muscle releveur est s�par� de son homologue oppos� par une d�hiscence, o� passent les diff�rents organes. C�est la � fente urog�nitale �. Le canal anal est l��l�ment le plus post�rieur de ces</p><p>diff�rents organes.</p><p>La partie terminale du canal anal est l�orifice anal. C�est la partie visible de l�anus, se pr�sentant comme fente ant�ropost�rieure profond�ment situ�e dans le sillon interfessier, � 3 ou 4 cm du sommet du coccyx.</p><p>La structure du canal anal est</p><p>constitu�e par une charpente musculaire et une couche muqueuse. La charpente musculaire est form�e des deux muscles sphincters. Le sphincter interne est un �paississement de la couche musculaire circulaire du rectum ; c�est un muscle visc�ral, involontaire, qui assure la continence automatique de l�anus. � l�inverse, le sphincter externe est un muscle stri�, sous la d�pendance de la volont�, tendu du coccyx au noyau fibreux central du p�rin�e. La constitution de la paroi interne, muqueuse, du canal anal et de la jonction muco-cutan�e de l�orifice anal est complexe. Il existe en effet, de haut en bas, plusieurs zones diff�renci�es qui sont la transition entre la muqueuse cylindrique du rectum et la peau. �</p><p>l�int�rieur du canal anal, on voit six ou huit saillies longitudinales, les colonnes de Morgagni, r�unies � leur base par des valvules (valvules de Morgagni), petits replis muqueux transversaux qui forment ainsi une ligne fes-tonn�e, circulaire. Au-dessus de cette ligne valvulaire, la muqueuse est de type rectal, cylindrique. Au-dessous de la ligne valvulaire, la muqueuse change de couleur et de caract�re, elle devient gris bleut� et est compos�e d��pith�-</p><p>lium stratifi� ; c�est une zone interm�-</p><p>diaire entre la muqueuse rectale et la peau proprement dite. Sa limite inf�-</p><p>rieure est constitu�e par la ligne ano-cutan�e, qui la s�pare de la peau de la marge de l�anus, dont la structure est analogue � celle du rev�tement cutan� : les seuls caract�res sp�cifiques de cette r�gion sont sa finesse et sa richesse en glandes sudoripares et s�bac�es.</p><p>Maladies de l�anus</p><p>L�examen clinique de l�anus dispose de plusieurs �l�ments : l�inspection permet de d�celer des l�sions si�geant � l�abouchement cutan� du canal anal, mais cet examen est insuffisant et doit</p><p>toujours �tre compl�t� par un toucher rectal, qui seul permet d�appr�cier les l�sions �ventuelles si�geant au niveau du canal anal. L�examen peut �tre compl�t� par l�anuscopie, qui peut constituer le premier temps d�une rectosco-pie. (V. rectum et endoscopie.) Enfin, toute l�sion suspecte doit subir un pr�l�vement pour examen cytologique (biopsie*).</p><p>La pathologie de l�anus est tr�s vari�e. En dehors des malformations cong�nitales (imperforation anale, rare et grave), on peut classer les affections de l�anus en l�sions inflammatoire, tumorale, fissure, fistule et h�morro�de.</p><p>Les inflammations</p><p>Elles comprennent les inflammations dites � sp�cifiques � (syphilis, tuberculose, blennorragie, maladie de Nicolas et Favre) et les inflammations � germes banals, non sp�cifiques, bien plus fr�-</p><p>quentes : ce sont les abc�s p�rianaux (abc�s de la marge, abc�s de la fosse ischio-rectale). Ces infections, fr�-</p><p>quentes et souvent sans gravit�, m�-</p><p>ritent d��tre trait�es avec soin, sinon il risque de survenir une fistule anale, qui est presque in�luctable si l�abc�s de la marge a �t� n�glig�.</p><p>La fistule anale</p><p>C�est une communication entre la lu-mi�re du canal anal et la r�gion cutan�e p�rianale, par l�interm�diaire d�un trajet fistuleux. Selon la topographie de ce trajet par rapport au sphincter de l�anus, on classe les fistules en extra- ou intrasphinct�riennes. Cette affection se traduit par un �coulement purulent au niveau de la marge de l�anus, accompagn� de douleurs et de prurit. Cet �coulement peut succ�der � l�incision chirurgicale d�un abc�s ou � l�ouverture spontan�e d�un abc�s n�-</p><p>glig� et tra�nant. Le rep�rage du trajet fistuleux se fait � l�aide d�un stylet, ou � l�aide d�injections de liquide color� ou opaque aux rayons X (huile iod�e), introduit dans l�orifice cutan� de la fis-downloadModeText.vue.download 196 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>733</p><p>tule. Le traitement de la fistule anale est chirurgical. Il est domin� par deux objectifs souvent contradictoires : mettre � plat le trajet fistuleux, mais conserver intact le sphincter sous peine d�incontinence.</p><p>La fissure anale</p><p>C�est une affection tr�s douloureuse, caract�ris�e par la pr�sence � l�orifice anal (en g�n�ral � son angle post�-</p><p>rieur) d�une ulc�ration superficielle.</p><p>Cette maladie survient chez les porteurs d�h�morro�des, les constip�s, ou apr�s un accouchement difficile. Elle se traduit par de tr�s violentes douleurs au niveau de l�anus, d�clench�es par la d�f�cation, que le malade redoute.</p><p>Le traitement en est simple, puisqu�une dilatation douce, sous anesth�sie g�n�-</p><p>rale, du sphincter contractur� soulage le malade et permet � l�ulc�ration de cicatriser en quelques jours.</p><p>Les h�morro�des</p><p>Dilatations variqueuses des veines h�morro�dales, les h�morro�des sont situ�es sous la muqueuse du canal anal.</p><p>Cette affection extr�mement fr�quente entre 30 et 60 ans se d�veloppe sur certains terrains pr�dispos�s (ob�se, gros mangeur, hypertendu, porteur de varices des membres inf�rieurs, constip�). Si une cause est parfois retrouv�e (g�ne au retour veineux par compression pelvienne ou par hypertension dans la veine porte, due � une cirrhose du foie), bien souvent cette affection reste sans �tiologie. Le signe r�v�lateur le plus courant est l�existence d�un petit saignement au cours de la d�f�cation, parfois du prurit.</p><p>L�examen de la r�gion anale peut faire d�couvrir des h�morro�des externes, saillies arrondies, flasques, indolores, sur le pourtour de l�anus ; parfois, l�orifice anal semble normal : c�est le toucher rectal, compl�t� par l�anuscopie, qui r�v�le des h�morro�des internes dans le canal anal. Mais le diagnostic d�h�morro�des ne doit �tre port� que si l�on a la certitude qu�il n�existe pas une l�sion plus grave associ�e, telle qu�un cancer du rectum sus-jacent.</p><p>Non trait�es, ces h�morro�des risquent de se compliquer (prolapsus muqueux irr�ductible, fissure, thrombose h�mor-</p><p>ro�daire extr�mement douloureuse). Le traitement comporte soit des injections scl�rosantes, soit l�ablation chirurgicale des h�morro�des.</p><p>Les tumeurs malignes de l�anus</p><p>Ce sont des affections rares mais redoutables. Il faut opposer les cancers du canal anal aux cancers de la marge de l�anus. Les premiers rappellent, par leur symptomatologie et leur forme histologique, les cancers de l�ampoule rectale. Le diagnostic en est fait par le toucher rectal, l�anuscopie et la biopsie de la zone suspecte. Au contraire, les cancers de la marge sont semblables au cancer de la peau. Si, en apparence, le diagnostic devrait en �tre ais� en raison des facilit�s de l�examen, en pratique il n�en est rien, tant sont fr�quentes les formes � d�but insidieux et trompeur, sous l�aspect d�une �rosion minime, d�un abc�s p�rianal, d�un condylome ou d�une fissure, d�o� la n�cessit� absolue de faire une biopsie de toute l�sion suspecte de cette r�gion. Le traitement de ces cancers dispose de la chirurgie (amputation abdomino-p�ri-n�ale), de la radiographie de contact et de la cobaltoth�rapie. Le choix du traitement d�pend de nombreux facteurs : �ge, �tat g�n�ral du malade, volume, degr� d�extension et forme histologique de la l�sion, existence de ganglions inguinaux, m�tastases � distance. Le pronostic � long terme reste fonction de la pr�cocit� du diagnostic.</p><p>Anus artificiel</p><p>C�est une communication directe entre le c�lon et la peau, par o� s��chappe tout ou partie du contenu de l�intestin.</p><p>Exceptionnellement, cette commu-</p><p>nication est spontan�e ; le plus souvent, elle est �tablie par le chirurgien dans des circonstances tr�s variables, � des emplacements divers de la paroi abdominale, selon plusieurs modes d�abouchement � la peau.</p><p>Toutes les parties du c�lon peuvent �tre mises ainsi � la peau de l�abdomen. Ce peut �tre le caecum (caecosto-mie), le c�lon transverse (colostomie transverse, droite ou gauche), le c�lon gauche (anus iliaque gauche). Le lieu</p><p>d�abouchement cutan� d�pend �videmment du segment colique utilis�, donc de l�affection � traiter.</p><p>L�anus iliaque gauche, le plus fr�-</p><p>quent, s�abouche dans la fosse iliaque gauche, � mi-distance entre l�ombilic et l��pine iliaque ant�rosup�rieure de l�os iliaque. Le mode d�abouchement est �galement variable selon les circonstances ; on peut faire soit un anus lat�ral sur le c�lon, soit un anus terminal, � un ou deux orifices coliques.</p><p>Les circonstances o� le chirurgien est amen� � faire un anus artificiel sont tr�s nombreuses : tr�s sch�matiquement, elles peuvent �tre r�duites � deux groupes :</p><p>� ou bien la prudence conseille, comme premier geste, de d�river les mati�res au cours d�une affection colique compliqu�e d�occlusion ou d�abc�s ; il s�agit alors le plus souvent de malades op�r�s en urgence, chez qui on pr�f�re dans un premier temps faire une intervention de s�curit�. Dans ce cas, une nouvelle intervention sera indispensable ult�rieurement � froid, � la fois pour traiter la maladie responsable et pour r�tablir un circuit normal.</p><p>L�anus artificiel �tait alors temporaire ;</p><p>� ou bien la n�cessit� impose un anus parce que le sacrifice du c�lon sous-jacent ne permet pas de r�tablir la continuit� (amputation du rectum) ; dans ce cas, on dit que l�anus artificiel est d�finitif.</p><p>L�anus artificiel est une infirmit� support�e de fa�on tr�s variable selon les malades. S�il n�est jamais totalement continent en raison de la suppression du sphincter, il est cependant possible de r�gulariser l��mission de selles bien moul�es.</p><p>L�appareillage se fait soit � l�aide de poches coll�es et qu�on jette apr�s usage, soit � l�aide d�une ceinture plus complexe maintenant un sac de Nylon sur l�anus par l�interm�diaire d�un disque en caoutchouc.</p><p>Ph. de L.</p><p>B M. Filippi, le Syndrome h�morro�daire (�d.</p><p>Varia, 1954). / A. Bensaude, Comment traiter les h�morro�des (Flammarion, 1955) ; les H�-</p><p>morro�des et affections courantes de la r�gion anale (Maloine, 1967). / J. Papillon, M. Darglet, A. Pinet et J.-L. Chassard, le Traitement des cancers ano-rectaux par la radioth�rapie de contact (Masson, 1960). / P. Dissard, �l�ments de proctologie pratique (S. I. M. E. P., Lyon, 1967). / G. Rool, les Sphinct�rotomies anales dans le traitement des fissures et des fistules (Masson, 1968).</p><p>Anvers</p><p>En n�erl. ANTWERPEN, v. de Bel-</p><p>gique, ch.-l. de la province d�Anvers ; 226 000 hab. (Anversois).</p><p>Anvers, dont l�agglom�ration</p><p>regroupe 800 000 habitants, est la deuxi�me ville de Belgique, le quatri�me port d�Europe (avec un trafic approchant 80 Mt, derri�re Rotterdam, Marseille et Le Havre). Le dixi�me de l�industrie belge est concentr� dans l�agglom�ration.</p><p>L�histoire d�Anvers</p><p>Une l�gende voudrait que la ville doive son nom au g�ant Druon Antigonus, qui aurait coup� et jet� les mains (en n�erl. hand werpen) des marins n�ac-quittant pas le p�age de l�Escaut.</p><p>Plus vraisemblablement, le nom</p><p>d�Anvers vient de l�expression � Aen de Werpen �, qui souligne que l�agglom�ration serait n�e sur un tertre apte � l�atterrissage des barques. �vang�lis�e sans doute par saint Amand en 640, qui y �difie une premi�re �glise, prot�g�e par une forteresse construite sur une �le de l�Escaut � la fin du VIIe ou au d�but du VIIIe s., Anvers n�est d�abord qu�un modeste village de p�cheurs. D�truite par les Normands en 836, l�agglom�-</p><p>ration carolingienne est bient�t reconstruite, renforc�e d�un ch�teau, le</p><p>� castrum �, et pourvue d�une enceinte fortifi�e au XIe s.</p><p>Partie int�grante du duch� de Basse-Lotharingie, Anvers n�entre r�ellement dans l�histoire qu�au d�but du XIIIe s.</p><p>�rig�e en cit�, incorpor�e en 1288 au duch� de Brabant, promue alors au rang de ville libre imp�riale et dot�e � cet effet d�institutions municipales qui consacrent son autonomie, Anvers est occup�e en 1357 par le comte de</p><p>Flandre Louis II de M�le, qui restaure aussit�t un ancien tonlieu, pr�judiciable au commerce, mais dont la lev�e permet de restaurer les fortifications qui prot�gent d�sormais la Flandre sur sa fronti�re nord-est. Incorpor�e en 1406 aux domaines bourguignons, elle y perd sa valeur strat�gique mais y gagne un vaste hinterland qui contribue � en faire la capitale �conomique de l�Occident dans la p�riode qui s�-</p><p>pare le d�clin de Bruges* de la mont�e d�Amsterdam*.</p><p>Pr�par� d�s le d�but du XIIIe s. par une intense activit� d��changes (draps flamands et braban�ons, sel et poissons z�landais contre laines anglaises, vins et m�taux rh�nans), cet �panouissement �conomique d�Anvers est</p><p>favoris� par le conflit franco-flamand (1297-1305). Quittant alors Bruges, les marchands anglais s��tablissent dans ce port de l�Escaut o� les retiennent bient�t les foires de la Saint-Bavon et de la Pentec�te, fond�es vers 1320. Un moment ralenti pour des raisons politiques et financi�res, cet essor reprend au XVe s. gr�ce au transfert � Anvers du commerce d�exportation des draps anglais qui, � Bruges, se heurte � la concurrence des draps flamands et � l�obstacle d�un protectionnisme rigide.</p><p>Drainant d�s lors le march� des</p><p>Pays-Bas, attirant aussi les marchands de haute Allemagne d�sireux d��changer directement les draps anglais contre les �pices m�diterran�ennes, le cuivre et l�argent d�Europe centrale, downloadModeText.vue.download 197 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>734</p><p>les futaines de Souabe et de Franconie, Anvers devient en 1488 le si�ge d�une colonie marchande lusitanienne, au sein de laquelle le roi d�l�gue un facteur permanent (1494-1549). B�n�-</p><p>ficiant de l��tape des �pices portugaises (1499), dont elle est le grand march� mondial pour l�Europe du Nord-Ouest (poivre, malaguette, cannelle, sucre), Anvers r�exporte vers Lisbonne les produits de haute Allemagne et d�Europe centrale (argent, m�tal si appr�ci� des Italiens), ainsi que ceux de la Bal-</p><p>tique (cire, grains), ou des Pays-Bas et des pays rh�nans (meubles, tapisseries, tableaux, livres).</p><p>Pour cette raison, les H�chstet-</p><p>ter, d�abord, puis les Fugger et les Welser d�Augsbourg, les Tucher de Nuremberg, etc., installent � Anvers des comptoirs permanents entre 1500</p><p>et 1550 environ, jusqu�au moment o� s�affaiblit le courant commercial lusitanien (crise du n�goce portugais des �pices, afflux � Lisbonne de l�argent de Potosi par l�interm�diaire plus imm�-</p><p>diat de l�Espagne), tandis que se trouve r�activ�e par les hauts Allemands la route alpestre de la M�diterran�e.</p><p>Troisi�me pilier du commerce mondial d�Anvers (apr�s le Portugal et la haute Allemagne), l�Angleterre des marchands aventuriers fait, en g�n�-</p><p>ral, teindre � Anvers ses draps �crus avant qu�ils ne soient redistribu�s par elle dans toute l�Europe. Contribuant � assurer la prosp�rit� de cette ville entre 1474 (accord juridique avec la nation anglaise) et les ann�es 1560-1570, ce trafic atteint son apog�e en 1550 (132 767 pi�ces de draps anglais import�es par Anvers). Compl�t�es par des chargements divers (plomb, bl�, bi�re, fromage, laine), ces exportations auraient repr�sent� en 1551, selon l�ambassadeur v�nitien Marino Cavalli, une valeur de 300 000 ducats, alors que le march� anglais importait � la m�me date pour 500 000 ducats de biens divers : draps l�gers et toiles des Pays-Bas, produits sid�rurgiques wal-lons, espagnols et haut-allemands. Atteint en 1551 par la r��valuation de la livre, qui rench�rit le co�t des produits anglais export�s, ce trafic si lucratif pour Anvers ach�ve de se d�t�riorer lorsqu�en 1564 les Anglais nouent par Emden des relations directes avec l�Europe centrale.</p><p>L�affaiblissement parall�le entre 1540 et 1560 de ses �changes avec l�Angleterre, le Portugal et la haute Allemagne explique peut-�tre la</p><p>conclusion par Anvers de l�accord de 1540, qui aboutit au transfert dans cette ville en 1569 de la � nation des Hans�ates � de Bruges (maison �difi�e en 1568). Mais en raison de la pr�sence des marchands d�Amsterdam en Bal-</p><p>tique, Anvers trafique surtout avec les villes occidentales de la Hanse (dont Cologne), auxquelles elle livre des produits de luxe coloniaux ou non (vins de France, soieries, tapisseries, draps de Flandre et d�Angleterre) en �change de ceux des Esterlins : cire, cendre, peaux, laine, lin, chanvre, cuivre et fer.</p><p>Rest�s fid�les � Bruges, les Espagnols ne livrent aux Pays-Bas que des produits nationaux (fruits, peausseries, maroquineries) en contrepartie de tissus l�gers de laine et de lin d�origine locale et, plus rarement, de draps anglais, qu�Anvers vend par contre � la France.</p><p>Quant aux Italiens, ils s�int�ressent moins aux �changes directs (corail d�Afrique du Nord, fruits du Midi, cotonnades contre tapisseries flamandes et tissus de lin et de laine) qu�au contr�le du commerce de r�exportation des �pices et des pierreries ib�riques, et surtout au maintien � leur profit du monopole de vente de l�alun pontifical, dont Maximilien Ier a confi� l��tape � Anvers en 1491, mais qui est concurrenc� par l�alun castillan (8 000 t en 1559).</p><p>Cet essor commercial a d�impor-</p><p>tantes cons�quences. La premi�re est la constitution dans cette ville, d�s le XVe s., d�un grand march� de l�argent contr�l� jusqu�en 1520 par les marchands banquiers italiens, puis par leurs rivaux haut-allemands, d�ailleurs concurrenc�s par des Espagnols, des Anversois ou d�autres Italiens.</p><p>Contraints les uns et les autres de pr�ter des sommes consid�rables aux �tats, ils sont en g�n�ral victimes de leurs banqueroutes successives (Espagne et France en 1557 ; Portugal en 1560).</p><p>Curieusement marqu� par un cer-</p><p>tain archa�sme (cession des obligations par-devant notaire ; pr�dominance des emprunts � court terme conclus de foire en foire et au taux de 2 � 3 p. 100 par trimestre, soit 12 p. 100 par an ; institution tardive de la lettre de change comme instrument de cr�dit), le march� d�Anvers se met pourtant � l��cole de l�Italie. En relation avec presque toute l�Europe, disposant avec la Bourse d�un instrument financier de premier ordre (changes, d�p�ts), la</p><p>ville devient le foyer privil�gi� de la sp�culation europ�enne : trafic sur les valeurs et les assurances sur la vie (interdites en 1571) ; go�t effr�n� pour les paris (interdits d�s 1544) et pour les loteries, auxquelles l��tat lui-m�me n�h�site pas � recourir.</p><p>Seconde cons�quence de son essor, la croissance d�mographique tr�s rapide d�Anvers (5 000 hab. vers 1374 ; 20 000 en 1440 ; 50 000 vers 1500 ; 100 000 vers 1560) entra�ne la cr�ation au nord de la ville, par Gilbert Van Schoonbeke, d�un quartier au plan g�om�trique. Cette cr�ation est �galement justifi�e par l�essor des industries nouvelles : draperie, raffinerie de sucre, fabriques de savon, de verre, de poteries, ateliers de taille de diamants et surtout d�imprimerie, dont les plus c�l�bres, ceux de Christophe Plantin (1520-1589), contribuent � faire d�Anvers un foyer de diffusion de l�humanisme. Et cela d�autant plus facilement que le Magistrat, tr�s tol�-</p><p>rant, s�est toujours efforc� de ne pas appliquer les placards antih�r�tiques des Habsbourg, en raison du s�jour dans cette ville cosmopolite des colonies marchandes �trang�res. Groupant peut-�tre 15 000 personnes en 1566, de telles colonies y facilitent la diffusion des id�es r�form�es ou h�t�rodoxes.</p><p>Mais l�heure du d�clin est arriv�e.</p><p>D�j� �branl�e par les crises commerciales et financi�res, Anvers est ruin�e par les guerres de Religion ; elle doit c�der sa fortune marchande � Amsterdam et, dans un premier temps, sa fortune financi�re � G�nes. Le sac de la ville par les mercenaires espagnols non sold�s (4 nov. 1576), la prise de la ville par Alexandre Farn�se (1585), l�ind�pendance des Provinces-Unies, qui entra�ne la fermeture des bouches de l�Escaut, confirm�e par les trait�s de Westphalie de 1648, tous ces faits contribuent � faire d�Anvers une ville morte et d�peupl�e (80 000 hab.</p><p>en 1582 ; 42 000 en 1589). Apr�s un regain d�activit� d� � l�occupation fran�aise (1792 et 1794) et aux travaux portuaires entrepris sur l�ordre de Napol�on Ier, la ville, puissamment fortifi�e, repousse les assauts anglais en 1809 (Bernadotte) et en 1814 (Carnot). Rouvert au trafic maritime sous la</p><p>domination n�erlandaise (1814-1830), ce � pistolet braqu� au coeur de l�Angleterre � est de nouveau �conomiquement �touff� par le p�age de 1,5 flo-rin par tonneau de jauge per�u par les Pays-Bas avec l�accord de Londres sur tout navire remontant l�Escaut � destination d�Anvers. Pour sauver le port, qui revient � la Belgique en 1830, le gouvernement belge prend � sa charge l�acquittement du p�age, puis s�en lib�re au prix d�un co�teux rachat en 1863.</p><p>� peine ralenti par les deux occupations allemandes (9 oct. 1914-nov.</p><p>1918 ; 18 mai 1940-4 sept. 1944), la seconde se terminant sans que les installations portuaires aient �t� d�truites, l�essor d�Anvers reprend � vive allure, b�n�ficiant m�me en 1944 de son r�le de t�te de pont alli�e sur le continent.</p><p>P. T.</p><p>La Bourse d�Anvers</p><p>N�ayant sans doute d�sign� � la fin du XIIIe et au d�but du XIVe s. qu�un simple march� local, la Bourse d�Anvers appara�t peu apr�s comme le lieu de rencontre r�gulier et privil�gi� o� l�ensemble des marchands anversois traitent de leurs affaires. Situ� dans la Bullincstraat, o� s��l�ve au XIVe s.</p><p>une maison dite � Borze �, dont la cour centrale sert de cadre aux d�bats marchands, ce lieu de rencontre s��largit � l�extr�mit� de la rue o� se trouve situ�e la � Borze �</p><p>et devient, au moins d�s 1452, la Bourse des Merciers, dite � Vieille Bourse � (la premi�re), autour de laquelle se multiplient naturellement les �tablissements commerciaux et religieux qui en font le grand centre d��changes de marchandises de la ville.</p><p>� cette institution purement priv�e, mais bient�t insuffisante, se substitue l��tablissement public que la municipalit� fait �difier, sans doute en bois, en face de la Bourse des Merciers, sur un terrain achet� par elle en 1487, et que la coutume d�signera �galement sous le nom de Vieille Bourse (la seconde). Reconstruite en 1515</p><p>avec des piliers de pierre par l�architecte Domien de Waghemaekere (1460-1542), cette Bourse sert d�s lors de lieu de r�union, matin et soir, aux marchands anversois qui y �changent leurs marchandises.</p><p>D�molie en 1541, elle est remplac�e par</p><p>la Nouvelle Bourse, du m�me architecte, situ�e extra-muros en vertu d�une autorisation de transfert de Charles Quint du 25 juin 1531, et malgr� l�opposition des colonies marchandes �trang�res d�Anvers, que cette d�cision l�se dans leurs int�r�ts.</p><p>Inaugur�e en 1532, utilis�e � partir du 29 mai 1533 et destin�e � l�origine au n�-</p><p>goce des marchandises, elle se sp�cialise tr�s t�t dans celui des valeurs, auquel se livrent les marchands apr�s avoir proc�d� � leurs �changes de marchandises dans l�Engelsche Beurs (Bourse des Anglais), �galement construite � l�initiative de la municipalit� et aupr�s de la Vieille Bourse, proche du port.</p><p>Tenant s�ance de 11 heures � midi et de 6</p><p>� 7 heures, ou de 7 � 8, selon la saison, la Nouvelle Bourse (r�glement de 1544, texte de 1567, statut de 1580) devient le grand centre de la vie �conomique anversoise et le mod�le de toutes les autres Bourses de valeurs du monde entier, � commencer par celle de Londres, �difi�e en 1566</p><p>� l�initiative de Thomas Gresham. En 1858, un incendie d�truit le b�timent, qui sera reconstruit dix ans plus tard.</p><p>downloadModeText.vue.download 198 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>735</p><p>L�agglom�ration</p><p>La ville et le port se sont d�velopp�s uniquement sur la rive droite de l�Escaut (Schelde). Les implantations sur la rive gauche, la � T�te de Flandre �, commencent � peine.</p><p>Le noyau primitif se trouve � l�emplacement du Steen actuel. La ville s�est agrandie par une suite d�enceintes en demi-cercle ; vers 1560, Anvers, qui avait d�j� 100 000 habitants, construisit une nouvelle enceinte, occup�e actuellement par les avenues de France, d�Am�rique ; la ville avait 2,5 km de long sur 1,5 km de large. Aujourd�hui, � c�t� des quais en demi-lune de la � rade �, le centre de la ville vit autour du Grote Markt, au-dessus duquel s��l�vent la fl�che de la cath�drale Notre-Dame et la tour de la Kredietbank. Il fallut attendre 1859-1865 pour que soit construite une nouvelle enceinte, dont l�emplacement</p><p>est actuellement utilis� par l�autoroute p�riph�rique.</p><p>L�agglom�ration s�est �tendue vers l�est avec un axe industriel, le long du canal Albert, mais elle s�est surtout allong�e dans le sens nord-sud, le long de l�Escaut. Vers le nord, le port touche la fronti�re n�erlandaise, tandis qu�au nord-est s�allonge une banlieue r�sidentielle ; vers le sud, par Burcht, Hoboken, Rupelmonde, Tamise</p><p>(Temse), la banlieue descend vers le Rupel ; c�est le d�but de l�axe A. B. C.</p><p>(Anvers-Bruxelles-Charleroi).</p><p>Le port</p><p>La situation du port au fond de l�estuaire de l�Escaut, � 80 km de la mer, est encore un avantage certain pour la plupart des navires, mais est devenue une g�ne pour les plus gros tonnages.</p><p>L�estuaire est sinueux, parfois brumeux, encombr� par une circulation intense ; les navires doivent attendre la mar�e. L�estuaire appartient aux Pays-Bas et Anvers ne peut construire un avant-port ; Flessingue (Vlissin-gen) ou Terneuzen sont, au contraire, des concurrents. Le port s�est avanc� vers l�aval, mais est bloqu� par la fronti�re : l��cluse de Zandvliet, une des plus grandes du monde, est accessible aux 100 000 t, mais l�Escaut a une profondeur maximale de 13,6 m. Or, Anvers a cr�� un des grands centres p�trochimiques du monde juste avant l�apparition des supertankers, et la ville a d� accepter la construction d�un pipe-line venant de Rotterdam. On am�nage sur la rive gauche une aire �gale � la superficie actuelle (plan Baalhoek), et on projette un d�bouch� plus facile sur l�estuaire (en territoire n�erlandais) ; il est toujours question d�un grand canal partant de Bruges, creus� en territoire belge.</p><p>Cinq grandes voies ferr�es transportent environ 30 p. 100 des marchandises et font d�Anvers le premier port ferroviaire d�Europe. L�autoroute du roi Baudouin, E 39, passe � Li�ge et met la Ruhr � trois heures ; E 3, d�Anvers � Lille, et E 10, Rotterdam-Anvers-Bruxelles-Paris, sont presque achev�es en 1971 ; l�obstacle de l�Es-</p><p>caut est franchi par un deuxi�me tunnel depuis mai 1969.</p><p>Le trafic vers l�int�rieur se fait par voie d�eau � 70 p. 100. L�Escaut n�a toutefois jamais jou� un grand r�le : � l�amont, il y a Gand et l�ouest de la Wallonie. Trois voies d�eau sont essentielles : le canal A. B. C. est le grand axe de d�veloppement de la Belgique ; le canal Albert relie Anvers � Li�ge ; la troisi�me voie est le Rhin (le tiers du trafic fluvial). Ici, toutefois, les all�ges doivent passer par les bras d�eau n�erlandais. Les N�erlandais ont donn� leur accord pour le creusement d�un canal plus direct, qui devait �tre accessible en 1975 aux convois de 9 000 t. Le canal Albert a �t� port� � 10 000 t.</p><p>Le port est la propri�t� de la ville d�Anvers ; la gestion est assur�e par le Coll�ge des bourgmestres et �chevins ; la ville poss�de les bassins et certains �quipements, mais loue des surfaces � des entreprises priv�es ; ce sont, en effet, des entreprises priv�es qui ma-nutentionnent, entreposent et parfois �quipent les quais.</p><p>Le port est long de 20 km, pour</p><p>une largeur de 10 km. Le premier port, sur la rive concave, sans �cluse, est fr�quent� par les navires moyens des lignes r�guli�res. En 1914, le port s��tendait depuis le bassin Bonaparte jusqu�au bassin Albert (1913) et aux trois premi�res darses ; c�est aujourd�hui le port des grains, de la potasse, des bois, des fruits. Entre les deux guerres ont �t� creus�s les bassins L�opold et de la Hanse, la quatri�me darse et une quatri�me �cluse (Van Cauwelaert) ; la partie Est est r�serv�e aux minerais et au charbon, la partie Ouest aux cales s�ches et � des ports p�troliers.</p><p>De 1955 � 1964 ont �t� mises en service l��cluse Baudouin, les cinqui�me et sixi�me darses. En 1967, le port a fait un � bond � vers le nord en s�allongeant de 10 km avec l�ouverture du bassin canal et la mise en service de la grande �cluse de Zandvliet. Ces 10 km ont �t� presque imm�diatement occup�s par l�industrie. Un nouveau bassin a �t� cr��, le bassin Churchill, o� 2 km de quais sont r�serv�s aux terminais de</p><p>conteneurs et au roll on-roll off (permettant l�acc�s direct des camions aux navires). D�sormais, long de 20 km, le port bute contre la fronti�re ; il commence � passer sur la rive gauche ; sa superficie pourrait doubler.</p><p>La puissance du port tient : � sa taille (11 000 ha, 95 km de quais) ; � sa capacit� d�entreposage (2 millions de m�tres carr�s couverts et plus de 5 millions de m�tres carr�s non couverts) ; � la force de ses engins pour pond�reux (Stocatra peut transborder 100 000 t de minerais par jour) ; � l�excellence de la manipulation des marchandises diverses, li�e au mat�riel et � la sp�-</p><p>cialisation de la main-d�oeuvre. Avec un trafic maritime de 76 Mt en 1974, downloadModeText.vue.download 199 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>736</p><p>Anvers est le quatri�me port europ�en.</p><p>Le trafic, en progr�s rapides, a plus que doubl� de 1960 � 1970. L��quilibre des entr�es et des sorties est presque r�alis�, si l�on exclut les hydrocarbures ; les navires trouvent du fret de retour.</p><p>Anvers est un port national pour les trois quarts de son trafic : il effectue 90 p. 100 du trafic maritime belge et le tiers du commerce ext�rieur belge.</p><p>Mais le transit d�passe encore 15 Mt, et, comme il s�agit en grande partie de downloadModeText.vue.download 200 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>737</p><p>marchandises g�n�rales, c�est un apport important : avec l�Allemagne, plus de 5 Mt (Rotterdam est mieux plac�, mais Anvers attire davantage les marchandises g�n�rales) ; avec la France, 5,7 Mt (ici, Anvers entre en concurrence avec Dunkerque).</p><p>Le trafic est original par la part relativement faible des hydrocarbures et le tonnage �lev� des marchandises g�n�-</p><p>rales. Les hydrocarbures servent de</p><p>� locomotive � pour l�agrandissement et pour le d�veloppement chimique, mais ils apportent relativement moins de travail et de droits, et la cat�gorie</p><p>� marchandises s�ches � fait remonter Anvers dans la hi�rarchie (en 1969, Rotterdam : 75,3 Mt ; Anvers : 49 Mt ; Marseille : 8,2 Mt).</p><p>Les 60 p. 100 restants se partagent � peu pr�s �galement entre les pond�reux et les marchandises g�n�rales. Celles-ci sont un atout majeur : dans ce domaine, Anvers est le premier port de l�Europe occidentale. Il effectue 50 p. 100 des sorties de fer et d�acier de la C. E. E.</p><p>Sa sup�riorit� tient � l�ampleur des entrep�ts et � la qualit� de la manutention (16 000 dockers qualifi�s) : avec ses 6 terminals, ses portiques et ses 2 km de quais, c�est de tr�s loin la plus forte installation d�Europe (600 000 t en 1968) ; sa sup�riorit� tient aussi au nombre de lignes r�guli�res (240).</p><p>Les pond�reux sont surtout importants � l�entr�e : Anvers ravitaille un arri�re-pays industriel. Il importe des minerais, en forte expansion (10 Mt), du charbon, du bois, des engrais, des c�r�ales, des fruits.</p><p>L�industrie</p><p>L�industrie occupe 160 000 personnes (45,5 p. 100 des actifs, part �lev�e pour un port). Anvers est le deuxi�me centre industriel belge et occupe le dixi�me de la main-d�oeuvre nationale. Toutes les industries sont n�es du commerce portuaire.</p><p>Parmi les industries traditionnelles �mergent l�alimentation (rizeries, huileries, biscuiteries), les industries du bois, celles des m�taux non ferreux (Hoboken et � l�est de la ville), les chantiers navals, la c�l�bre industrie des diamantaires, l�industrie chimique, d�j� install�e avant 1939 (produits photographiques Gevaert [Mortsel], raffinage du p�trole, engrais).</p><p>Mais, r�cemment, le port a connu un �norme d�veloppement : les terrains industriels du port sont pass�s de 127 ha en 1950 � 600 ha en 1960</p><p>et 2 317 ha en 1968 ; 5 000 autres hec-</p><p>tares peuvent �tre am�nag�s sur la rive gauche. Les quelque 10 km du bassin canal ont �t� allou�s en deux ou trois ans. Trois types seulement occupent la zone portuaire : la r�paration navale, le montage automobile et la chimie.</p><p>Le port dispose de 17 cales s�ches ; les constructions navales sont install�es au sud, � Hoboken et � Tamise. Le montage automobile se localise � l�est, pr�s du bassin Albert et, plus r�cemment, pr�s du bassin Churchill ; Ford Tractors monte 30 000 tracteurs par an, et la General Motors a deux usines d�une capacit� de 260 000 v�hicules par an.</p><p>La chimie et la p�trochimie sont les secteurs les plus dynamiques. Cinq raffineries ont une capacit� totale de traitement de 30 Mt, la plus importante (14 Mt) appartenant � la Soci�t� industrielle belge des p�troles, filiale de la soci�t� belge P�trofina et de British Petroleum. Nafta-B, entrep�t d�hydrocarbures sovi�tiques, pourrait �difier une raffinerie.</p><p>Dans le domaine de la p�trochi-</p><p>mie, P�trochim (filiale de P�trofina et Phillips Petroleum), qui occupe 45 ha et s�est r�serv� 200 autres hectares, fabrique 500 000 t d��thyl�ne, 150 000 t de produits aromatiques, 55 000 t de caoutchouc, etc. Union Carbide, qui poss�de 45 ha et a 165 ha en r�serve, fournit 100 000 t de poly�thyl�ne ; Polyolefins (40 p. 100 Rh�ne-Poulenc, 30 p. 100 Phillips Petroleum, 30 p. 100</p><p>P�trofina) fabrique des r�sines et caoutchoucs ; Polysar est une filiale de Polymer Corporation Canada.</p><p>En ce qui concerne l�industrie</p><p>chimique, Bayer a 180 ha (caprolac-tame, fibres chimiques), Monsanto 100 ha (plastifiants), Solvay 100 ha (100 000 t de chlore), la Badische Anilin- und Soda-Fabrik (BASF) 450 ha (sur les 200 ha occup�s en 1968, elle fabrique 600 000 t d�acide nitrique).</p><p>Les investissements se sont �lev�s � 46 milliards de francs belges entre 1950 et 1968 ; les capitaux sont en partie belges, mais surtout am�ricains et ouest-allemands. P�trochim (50 p. 100</p><p>belge) a investi 6 milliards de francs</p><p>belges, Bayer 4 milliards en 1967-68, 1 milliard en 1969, la Badische Anilin 7,6 milliards entre 1965 et 1968, Ford et General Motors respectivement 2 et 5 milliards. Depuis 1960 ont �t� cr��s 25 000 emplois nouveaux, dont 7 000</p><p>pour le p�trole et la chimie.</p><p>Deux centrales �lectriques sont</p><p>construites sur la rive gauche de l�Escaut : la centrale de Kallo (puissance finale : 2 000 MW) et la centrale atomique de Doel.</p><p>Un tel d�veloppement est li� � l�attrait de la mer, g�n�ral depuis 1960, mais aussi � une politique dynamique qui a su am�nager des milliers d�hectares, attirer de l��tranger des milliards, s�appuyer sur une puissante infrastructure de transport (la Ruhr et l�Angleterre sont � quelques heures) et faire jouer l�effet de concentration.</p><p>La m�tropole</p><p>La population de l�agglom�ration est de peu inf�rieure � celle de Bruxelles.</p><p>Les actifs industriels ont augment� de 36 p. 100 dans l�arrondissement d�Anvers entre 1950 et 1968 (Belgique : 19 p. 100), et le tiers de l�accroissement des effectifs industriels belges s�est localis� dans la province d�Anvers.</p><p>Anvers est, de tr�s loin, le premier port belge. C�est par ce port, en territoire de langue n�erlandaise, que se d�senclave la Wallonie, ce qui cr�e des liens entre la grande ville n�erlando-phone et la grande ville francophone : Li�ge. Mais le canal Albert n�est pas downloadModeText.vue.download 201 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>738</p><p>un grand axe de d�veloppement, et, en revanche, Anvers est � l�extr�mit� nord du grand axe de d�veloppement A. B. C.</p><p>Si le secteur tertiaire n�occupe que 54 p. 100 des actifs, c�est en raison du d�veloppement industriel ; la part du tertiaire sup�rieur y est tr�s forte (les assurances et les banques occupent plus de 17 p. 100 des actifs). Quarante</p><p>banques sont install�es dans la ville, notamment la Kredietbank, qui y a son si�ge social. Anvers est une grande place financi�re internationale, une ville d�entrep�t, un march� commercial important.</p><p>Situ�e au sud du grand flux europ�en rh�nan, Anvers a su, en construisant de puissantes infrastructures de transport, se tailler une belle place. Elle ne le c�de en rien � Rotterdam pour l�industrialisation, et l�emporte pour le trafic des marchandises g�n�rales.</p><p>Une tendance � un certain partage des fonctions se fait jour, tendance que les difficult�s d�acc�s pour les tr�s gros tonnages pourraient accentuer. Dans un proche avenir, l�avanc�e de Rotterdam � Moerdijk, puis dans la zone de Hellevoetsluis, le d�veloppement de Flessingue et le plan Baalhoek vont faire se rejoindre ces ports et obliger Belges et N�erlandais � une certaine coop�ration.</p><p>A. G.</p><p>B F. J. Van den Branden, Geschiedenis der Antwerpse schildersschool (Anvers, 1883). /</p><p>H. Pirenne, Histoire de Belgique des origines � nos jours (Lamertin, Bruxelles, 1900-1932 ; 7 vol.). / H. Hymans, Anvers (Laurens, 1914).</p><p>/ F. Prims, Geschiedenis van Antwerpen (Anvers, 1927-1949 ; 28 vol.). / H. Van Werveke, Bruges et Anvers : huit si�cles de commerce flamand (Libr. encyclop�dique, Bruxelles, 1944).</p><p>/ E. Sabbe, Anvers, m�tropole de l�Occident, 1492-1566 (la Renaissance du livre, Bruxelles, 1952). / R. Ehrenberg, le Si�cle des Fugger (S. E. V. P. E. N., 1955). / A. Odouard, Dunkerque et la comp�tition Dunkerque-Anvers (Fac. de droit, Lille, 1958). / E. Coornaert, les Fran�ais et le commerce international � Anvers, fin du XV-XVIe si�cle (Rivi�re, 1964 ; 2 vol.). / A. Vigari�, les Grands Ports de commerce de la Seine au Rhin (S. A. B. R. I., 1964).</p><p>Anvers,</p><p>ville d�art</p><p>ARCHITECTURE</p><p>La ville s�est d�velopp�e, au cours des si�cles, en forme de demi-cercle autour du ch�teau, le � Steen �. La fin du Moyen �ge a laiss� un certain nombre de b�timents civils et religieux. La cath�drale Notre-Dame, de style gothique braban�on, fut</p><p>commenc�e vers 1350. Avec ses 7 nefs, ses 117 m de longueur et sa tour, dont la fl�che culmine � 123 m (v. 1520-1530), elle est une des plus importantes �glises de Flandre. De style gothique sont �galement les �glises Saint-Jacques (1491), Saint-An-dr� (1514), Saint-Paul (1530-1571). La Boucherie (� Vleeshuis �, actuellement mus�e) fut b�tie en 1503 par Herman et Domien de Waghemaekere (qui travaill�rent aussi � la cath�drale).</p><p>La ville d�Anvers doit � la Renaissance un de ses plus beaux monuments : l�h�tel de ville (1565) de Cornelis Floris* de Vriendt, sur la Grand-Place (Grote Markt), premier exemple d�une fusion de la tradition autochtone m�di�vale et de la Renaissance italienne. Plusieurs maisons de gildes et corporations du milieu du XVIe s. subsistent sur la Grand-Place.</p><p>La Contre-R�forme est le stimulant majeur de l�art baroque au XVIIe s. Wenzel Cobergher (1561-1634) est un des premiers architectes du nouveau style (�glise Saint-Augustin, 1615). Un des plus beaux exemples d�architecture religieuse du XVIIe s. aux Pays-Bas est l��glise des p�res j�suites, Saint-Charles-Borrom�e (1615-1621), par Petrus Huyssens (1577-1637). La maison de Rubens*, actuellement mus�e, s�inspire des palais de G�nes.</p><p>Anvers conserve deux beaux exemples de rococo et de style Louis XV : l�h�tel Susteren (1745), qui fut palais royal et est devenu centre culturel, et la maison Oster-rieth, tous deux par Jan Pieter Van Baurscheit le Jeune (1699-1768).</p><p>Le n�o-classicisme, le romantisme, l��clectisme ont laiss� leurs traces � Anvers : palais de justice (1871) de F. C. Baec-kelmans, Banque nationale (1875) de H. J. F. Beyaert, etc. Henry Van de Velde (1863-1957), architecte apparent� � l�� art nouveau �, y construisit quelques maisons.</p><p>De 1930 � 1932 a �t� �difi� le � Boerento-ren � de Van Hoenacker, type d�architecture � moderniste � de cette �poque.</p><p>SCULPTURE</p><p>Vers le milieu du XVe s., la production de retables sculpt�s se d�veloppe en une v�ritable industrie, travaillant en majeure partie pour l�exportation. Le retable d�Aver-bode (mus�e de la Boucherie) est un des rares exemples que la ville ait pu conserver</p><p>de ces compositions narratives riches en d�tails pittoresques, � la polychromie et au d�cor surabondants.</p><p>Vers 1530, sous l�influence de la Renaissance, la sculpture conna�t un renouvellement qui a son origine non chez les anciens sculpteurs sur bois, mais chez les tailleurs de pierre et dans la d�coration architecturale. Avec Pieter Coecke Van Aelst et Cornelis Floris* de Vriendt, Anvers devient le grand centre de la sculpture flamande pour plusieurs si�cles. Cette renaissance flamande se caract�rise par une richesse exalt�e de formes d�coratives, d��l�ments figuratifs : grotesques � l�italienne, motifs floraux, etc. Le style de Cornelis Floris est encore enrichi et d�velopp� par un de ses �l�ves, Hans Vredeman de Vries (1527-1604), qui exer�a une influence jusqu�au milieu du XVIIe s. par ses innombrables trait�s et recueils d�ornements.</p><p>Vers 1610, au retour de Rubens d�Italie, le style baroque fait son apparition.</p><p>La sculpture est omnipr�sente, submerge les �l�ments architectoniques et le mobilier de ses th�mes iconographiques. Les artistes les plus significatifs de la premi�re g�n�ration sont Hans Van Mildert, Eras-mus Quellin (1584-1640), Hubert Van den Eynden.</p><p>De 1640 � 1680, le style baroque atteint son point culminant. La construction architecturale dispara�t sous l�abondance de l�ornementation, le mouvement l�emporte sur l��quilibre. Chaque �glise anversoise poss�de des chefs-d�oeuvre de cette �poque. L�atelier d�Artus Quellin le Vieux (1609-1668) a produit l�ensemble imposant des dix confessionnaux de l��glise Saint-Paul ; d�autres artistes importants sont Pieter Verbruggen le Vieux (1615-1686), Artus Quellin le Jeune (1625-1700), Guillielmus Kerricx le Vieux (1652-1719), Jan Pieter Van Baurscheit le Vieux (1669-1728), Michiel Van der Voort le Vieux (1667-1737).</p><p>Vers 1720 se manifeste l�influence du style Louis XIV, mais il n�y a plus de grands noms � signaler. Au XIXe s., Thomas Vin�otte (1850-1925), sculpteur de la Cour, joua un r�le important comme professeur � l�Acad�mie des beaux-arts. Jef Lambeaux (1852-1908) r�alise quelques groupes en bronze, dont la statue de Brabo (Grand-Place). Aujourd�hui, les biennales de sculptures organis�es au parc du Middelheim</p><p>(depuis 1959) comptent parmi les grands �v�nements de l�art international.</p><p>PEINTURE</p><p>En 1382, une ordonnance du Magistrat rassemble dans la gilde de Saint-Luc : orf�vres, peintres, peintres verriers, sculpteurs sur bois et brodeurs. Mais c�est au moment de la grande prosp�rit� de la fin du XVe s. que la peinture prend vraiment son essor.</p><p>Une premi�re g�n�ration de peintres, rest�s anonymes, sont group�s sous le nom de � mani�ristes anversois �. Leur production s��tale d�environ 1505 � 1525 : compositions religieuses aux formes raffin�es, unissant le d�cor italianisant � un style gothique tardif. La personnalit� la plus marquante du d�but du XVIe s. est sans aucun doute Quinten Matsys*, chez qui le r�alisme populaire c�toie une inspiration religieuse d�une extr�me distinction. De premi�re importance est �galement Joachim Patinir*, initiateur de la peinture de paysage aux Pays-Bas. En 1511, Joos Van Cleve (1485-1540) revient d�Italie. Son sens de l�espace et de la composition bien �quilibr�e s�y est enrichi, tandis que le r�alisme flamand se maintient dans ses excellents portraits.</p><p>Pieter Coecke Van Aelst (1502-1550) est inscrit comme ma�tre de la gilde en 1527, et comme doyen en 1537, d�s son retour d�Italie. Il propage la Renaissance par sa peinture, mais aussi en temps que sculpteur et d�corateur. Un courant autochtone se maintient et �volue n�anmoins � l�ombre des artistes italianisants ; Jan Sanders Van Hemessen (v. 1500-1563) combine les deux genres, unissant dans un style convuls� la monumentalit� italienne aux sc�nes populaires dont Pieter Aertsen*</p><p>donne le type.</p><p>Anvers conna�t une extraordinaire activit� en ce d�but du XVIe s. Entre 1490 et 1520, 358 nouveaux ma�tres sont inscrits dans la gilde de Saint-Luc. D�rer s�journe dans la ville en 1520, Pieter Bruegel* l�Ancien y travaille de 1556 � 1563. Le d�clin de la cit� commence vers 1550, mais l��cole anversoise reste active avec comme chef de file Frans Floris* de Vriendt, type du peintre � romaniste �. Quelques-uns de ses nombreux �l�ves assureront la transition avec l�art baroque du XVIIe s. D�j� l�oeuvre de Marten De Vos* se distingue par une</p><p>touche fi�vreuse, de plus vives couleurs.</p><p>Dans cet aper�u du XVIe s., on ne peut n�gliger le r�le important jou� par les excellents graveurs et �diteurs actifs � Anvers downloadModeText.vue.download 202 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>739</p><p>� cette �poque : gr�ce � Hi�ronymus Cock (v. 1507-1570), par exemple, toute une civilisation fut mise en image.</p><p>Otto Vaenius (1556-1629), peintre de la cour des archiducs, joua un r�le important dans l��volution de l�art de la fin du XVIe s.</p><p>et du d�but du XVIIe s. P. P. Rubens*, son �l�ve, apportera aux Pays-Bas la synth�se du baroque italien et de la personnalit� flamande. Nombreux sont ses collaborateurs et �mules, dont deux se distinguent par leur talent exceptionnel, Jacob Jor-daens* et Anton Van Dyck*. Font partie de l��cole de Rubens les paysagistes Jan Wildens (1586-1653) et Lucas Van Uden (1595-1672), le peintre de natures mortes Snijders* (1579-1657), l�animalier Paul De Vos* (1596-1678) ; le fr�re de ce dernier, Cornelis, s�oppose plut�t � Rubens.</p><p>Vivant � l��cart de l��cole de Rubens et de la haute soci�t�, un groupe de peintres se concentre sur les compositions de genre repr�sentant des sc�nes de taverne ou de ferme, des paysages peupl�s de types populaires : Joos Van Craesbeeck (1606-v.</p><p>1660), David Teniers* le Jeune et surtout Adriaen Brouwer*. Jan I Bruegel* se sp�-</p><p>cialise dans la repr�sentation de natures mortes et de somptueux bouquets. Le d�-</p><p>clin de cette prestigieuse �cole du XVIIe s. se situe vers 1680. Le si�cle suivant apporte peu.</p><p>Henri Leys (1815-1869) annonce une nouvelle �poque. Influenc� par le romantisme, il pr�figure n�anmoins l��cole r�aliste anversoise, marqu�e par l�inti-misme minutieux de Henri De Braekeleer (1840-1888). Jacob Smits (1855-1928), actif en Campine anversoise, d�veloppe une peinture influenc�e par l�impressionnisme, mais charg�e d�un symbolisme tr�s personnel.</p><p>Vers 1920, quelques artistes abordent les probl�mes de l�abstraction, parmi les-</p><p>quels Paul Joostens (1889-1960), proche du dada�sme. Floris Jespers (1889-1965) t�moigne de l�influence de l�expressionnisme. Depuis 1945, une nouvelle g�n�-</p><p>ration d�artistes d�avant-garde est active � Anvers, comme en t�moignent les assemblages de Vic Gentils, la monochromie de Jef Verheyen, l�art � astronautique � de Paul Van Hoeydonck.</p><p>F. B.</p><p>aorte</p><p>Art�re la plus importante du corps humain par ses dimensions et son r�le de tronc d�origine de toutes les autres art�res.</p><p>Anatomie</p><p>L�aorte se forme chez l�embryon en m�me temps que le coeur*, � partir d�arcs vasculaires.</p><p>Le trajet de l�aorte commence dans le thorax, au niveau d�un orifice du ventricule gauche dit � orifice aortique �. L�, un appareil valvulaire compos� de trois valvules dites � valvules sigmo�des aortiques � (sortes de lames �lastiques s��cartant lors de l�expulsion du sang vers l�aorte et se rejoignant afin d�emp�cher le retour du sang au coeur) s�pare l�aorte du ventricule gauche. On divise classiquement l�aorte en trois segments :</p><p>1o la crosse aortique ; 2o l�aorte thoracique descendante ; 3o l�aorte abdominale.</p><p>La crosse aortique et l�aorte thoracique appartiennent au m�diastin (espace compris entre les deux poumons).</p><p>Crosse aortique</p><p>La portion initiale de l�aorte est dilat�e en bulbe d�oignon correspondant aux sinus de Valsalva. L�aorte d�crit une courbe � concavit� inf�rieure reposant sur le p�dicule pulmonaire gauche et le nerf r�current.</p><p>Cette courbe comprend une portion ascendante et une portion horizontale.</p><p>Cette derni�re contacte des rapports importants : en avant avec les nerfs</p><p>phr�niques et le pneumogastrique ; en arri�re avec la trach�e et l�oesophage.</p><p>Cette partie de l�aorte donne naissance aux vaisseaux de la t�te et des membres. (V. plus loin branches de l�aorte.)</p><p>� sa partie inf�rieure se trouve le ligament art�riel qui relie l�aorte � l�art�re pulmonaire ; ce � ligament �</p><p>est le vestige du canal art�riel de la vie intra-ut�rine.</p><p>Il existe une portion normalement r�tr�cie, si�geant quelques centim�tres au-dessous de l�art�re sous-clavi�re gauche : c�est l�isthme de l�aorte.</p><p>Aorte thoracique descendante</p><p>Elle est en rapport avec l�oesophage et en arri�re avec la colonne vert�brale.</p><p>Aorte abdominale</p><p>L�aorte p�n�tre dans la cavit� abdominale en traversant le diaphragme par son orifice aortique. Elle passe en arri�re du pancr�as et du duod�num, et en avant de la colonne vert�brale.</p><p>L�aorte se termine ensuite au niveau de la quatri�me vert�bre lombaire, o� elle se divise en art�res iliaques primitives gauche et droite. Cette bifurcation porte le nom de carrefour aortique.</p><p>Branches de l�aorte</p><p>1. De la crosse aortique naissent les art�res coronaires, qui nourrissent le muscle cardiaque, le tronc bra-chioc�phalique se divisant en carotide droite et sous-clavi�re droite (pour le bras droit), art�re carotide primitive gauche et art�re sous-clavi�re gauche (pour le bras gauche).</p><p>2. De l�aorte thoracique descendante naissent les art�res bronchiques, les art�res m�diastines destin�es au p�ricarde, les art�res oesophagiennes et les art�res intercostales.</p><p>3. De l�aorte abdominale naissent les art�res lombaires, les art�res diaphragmatiques inf�rieures, le tronc coeliaque, l�art�re m�sent�rique sup�rieure (pour l�intestin gr�le), les art�res capsulaires moyennes destin�es aux capsules surr�-</p><p>nales, les art�res r�nales, les art�res sper-</p><p>matiques ou ovariennes, l�art�re m�sent�rique inf�rieure (pour le gros intestin).</p><p>Histologie</p><p>L�aorte est un vaisseau dont la paroi tr�s solide est de type �lastique. Cette paroi comprend trois �l�ments : l�intima, la m�dia et l�adventice (v. ar-t�re) ; la m�dia, particuli�rement r�sistante au niveau de l�aorte, lui conf�re ses propri�t�s m�caniques.</p><p>Pathologie</p><p>Les maladies de l�aorte sont surtout localis�es dans son segment thoracique.</p><p>y L�an�vrisme* de la crosse aor-</p><p>tique. C�est une dilatation en forme de sac appendu au reste du vaisseau.</p><p>La cause en est habituellement, mais non exclusivement, la syphilis. Les aspects cliniques et �volutifs sont fonction de la taille et du si�ge de la l�sion. La complication redoutable en est la rupture dans une s�reuse (pl�vre, p�ricarde) ou dans un visc�re (trach�e, oesophage). Cette affection est souvent accessible � la chirurgie.</p><p>y Les maladies de l�orifice valvulaire de l�aorte. L�appareil valvulaire peut �tre perturb� dans sa fonction soit par des malformations cong�nitales, soit surtout par des processus acquis. Il en r�sulte deux troubles qui, du reste, peuvent �tre associ�s : l�insuffisance et le r�tr�cissement aortique.</p><p>L�insuffisance est due au d�faut de fermeture des valvules � la diastole (c�est une fuite), permettant un reflux de sang dans le ventricule gauche. Ses principales causes sont : le rhumatisme articulaire aigu, l�endocardite bact�-</p><p>rienne d�Osler et, plus rarement de nos jours, la syphilis (aortites rhumatismale ou syphilitique).</p><p>L��l�ment diagnostique majeur est l�auscultation d�un souffle diastolique de faible intensit�, qu�il faut soigneusement rechercher sur tout le thorax.</p><p>Deux autres signes sont importants : l�augmentation des battements art�-</p><p>riels et les modifications de la pression art�rielle (l��cart entre la maxima et la minima est accru).</p><p>Le r�tr�cissement aortique est constitu� par un obstacle � l��coulement du sang du ventricule gauche vers l�aorte pendant la systole.</p><p>Le ma�tre sympt�me en est la perception d�un souffle systolique, habituellement de forte intensit�, r�peux, fr�missant, dont le maximum si�ge � la partie sup�rieure du thorax (foyer aortique), et qui irradie �lectivement downloadModeText.vue.download 203 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>740</p><p>dans les parties lat�rales du cou. On distingue les r�tr�cissements aortiques cong�nital et acquis.</p><p>Le r�tr�cissement aortique cong�nital est le plus souvent localis� aux valvules (r�tr�cissement valvulaire), mais il peut aussi si�ger au-dessus de ces m�mes valvules (r�tr�cissement supra-valvulaire) ou au-dessous (r�tr�cissement sous-valvulaire). Les maladies de l�orifice aortique ont souvent une �volution s�v�re, se compliquant d�insuffisance cardiaque (v. coeur), d�angine de poitrine et de mort subite.</p><p>Difficilement accessibles � un traitement m�dical, ces affections rel�vent souvent d�une cure chirurgicale (mise en place de proth�se valvulaire).</p><p>La dissection aortique (ou an�vrisme diss�quant) est un clivage longitudinal et souvent circonf�rentiel de la paroi aortique, au niveau de la m�dia. La cavit� ainsi n�o-form�e au-dessus des valvules sigmo�des est distendue par du sang ayant fait effraction par un orifice de rupture.</p><p>Il s�agit d�une affection de cause mal connue, r�v�l�e le plus souvent par une douleur thoracique atroce, � irradiation descendante. D��volution s�v�re, elle aboutit presque toujours � la mort (rupture dans une s�reuse ou dans un visc�re).</p><p>La coarctation de l�aorte (ou st�nose isthmique de l�aorte) est un r�tr�cisse-</p><p>ment cong�nital de l�isthme aortique (v. ci-dessus).</p><p>Cliniquement, elle est caract�ris�e par une hypertension art�rielle du haut du corps (t�te et bras), d�couverte habituellement dans l�enfance et contrastant avec une hypotension art�rielle dans les membres inf�rieurs (les art�res f�morales sont peu battantes ou ne le sont pas du tout).</p><p>Son �volution spontan�e est sem�e de complications inh�rentes � l�hypertension art�rielle, et sa gravit� est accrue par le risque redoutable de rupture. De nos jours, cette affection rel�ve d�un traitement chirurgical, qui en a transform� le pronostic.</p><p>Parmi les affections de l�aorte abdominale, on peut citer l�an�vrisme aortique, d�origine ath�roscl�reuse, et la thrombose de la portion terminale de downloadModeText.vue.download 204 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>741</p><p>l�aorte, associ�e souvent � celle des deux art�res iliaques primitives (syndrome de Leriche).</p><p>J.-L. S.</p><p>B M. Degeorges, Contribution � l��tude de la coarctation de l�aorte (th�se, Paris, 1953). /</p><p>F. H. Liozon, Contribution � l��tude des dissections aortiques (th�se, Paris, 1961). / G. von Heberer et coll., Aorta und grosse Arterien. Patho-physiologie, Klinik, R�ntgenologie in Chirurgie (Berlin, New York, 1966).</p><p>aortiques (arcs)</p><p>S�rie bilat�rale de vaisseaux issus de l�aorte ventrale, entourant le pharynx le long des arcs squelettiques du splanchnocr�ne, entre les fentes visc�-</p><p>rales ou leurs �bauches, se r�unissant dorsalement en formant deux racines aortiques, puis une aorte dorsale, qui distribue le sang aux diff�rents organes.</p><p>�tat primitif</p><p>Le nombre des arcs aortiques devait</p><p>�tre �lev� chez les anc�tres des Vert�br�s actuels, � pharynx tr�s d�velopp� : probablement une dizaine de paires chez les Ostracodermes du Primaire. Mais chez les formes actuelles ce nombre se fixe � six paires, d�sign�es par des chiffres romains. La Ire paire (arc aortique mandibulaire) accompagne l�arc squelettique mandibulaire en avant de la premi�re fente visc�rale ou spiracle. La IIe paire (arc aortique hyo�dien) accompagne l�arc squelettique hyo�dien en avant de la premi�re fente branchiale (1). Les IIIe � VIe paires (arcs aortiques branchiaux) accompagnent les premiers arcs squelettiques branchiaux en avant des fentes visc�rales 2 � 5.</p><p>Chez les Vert�br�s inf�rieurs aquatiques � respiration branchiale (Cy-clostomes, S�laciens, T�l�ost�ens), les fentes branchiales se percent, et sur leurs parois se d�veloppent des lamelles branchiales, dans lesquelles les arcs aortiques se capillarisent. Chaque arc aortique comprend alors deux parties : une partie ventrale aff�rente � la branchie (art�re branchiale aff�rente), contenant du sang carbonate, et une partie dorsale eff�rente (art�re branchiale eff�rente), contenant du sang oxyg�n�.</p><p>1. Les S�laciens sont les seuls Vert�-</p><p>br�s � conserver chez l�adulte les six paires d�arcs aortiques de l�embryon.</p><p>Mais la disposition embryonnaire sch�-</p><p>matique d�crite plus haut est fortement modifi�e.</p><p>2. Les T�l�ost�ens ne poss�dent plus que quatre paires d�arcs aortiques complets : l�arc aortique hyo�dien (II) dispara�t totalement et l�arc aortique mandibulaire (I) ne subsiste que chez quelques esp�ces.</p><p>3. Chez les Dipneustes, l�apparition de la respiration pulmonaire s�accompagne de la r�gression de la respiration branchiale. Le Protopt�re africain, par exemple, n�a plus de branchies sur les deux premiers arcs branchiaux, et les arcs aortiques correspondants (III et IV) ne se capillarisent pas et restent donc continus comme chez l�embryon.</p><p>Les poumons sont irrigu�s par deux art�res pulmonaires d�tach�es de la derni�re paire d�art�res branchiales</p><p>eff�rentes (VI).</p><p>Les Amphibiens constituent une �tape fondamentale de l��volution des Vert�-</p><p>br�s : leurs larves aquatiques � respiration branchiale subissent une m�tamorphose qui les transforme en adultes terrestres � respiration a�rienne. Les arcs aortiques sont modifi�s par cette m�tamorphose.</p><p>1. Les larves d�Amphibiens poss�dent quatre paires d�arcs aortiques comme les T�l�ost�ens. Ces arcs sont interrompus par un syst�me de capillaires au niveau des branchies. Comme chez les Dipneustes, deux art�res pulmonaires se d�tachent du VIe arc et irriguent les poumons fonctionnels avant la m�tamorphose.</p><p>2. Chez la plupart des Urod�les adultes, les quatre paires d�arcs aortiques subsistent int�gralement. Toutefois, ces arcs redeviennent continus comme chez l�embryon par suite de la r�gression des branchies. Les arcs III et VI peuvent s�isoler des racines aortiques par r�gression du canal carotidien et du canal art�riel, ou de Botal. Ils deviennent respectivement arc carotidien et arc pulmonaire.</p><p>3. Les Anoures adultes diff�rent des Urod�les par la disparition de l�arc V</p><p>et l�isolement constant des arcs III et VI. L�aorte dorsale n�est plus aliment�e que par l�arc IV, constituant les 2 crosses aortiques gauche et droite.</p><p>Chez les Vert�br�s sup�rieurs terrestres (Amniotes) � respiration pulmonaire, les fentes branchiales, qu�elles se percent ou non, ne portent jamais de lamelles branchiales et ne jouent aucun r�le respiratoire. De ce fait, les arcs aortiques restent continus et ne se capillarisent jamais.</p><p>Comme chez les Amphibiens</p><p>Anoures, les arcs I, II et V disparaissent chez l�adulte, et seuls subsistent les arcs III (carotidiens), IV</p><p>(syst�miques) et VI (pulmonaires). Les deux crosses subsistent chez tous les Reptiles. Les Oiseaux ne poss�dent plus que la crosse droite, et les Mammif�res la crosse gauche.</p><p>A. B.</p><p>Aoste (val d�)</p><p>R�gion du nord-ouest de l�Italie ; 3 262 km 2 ; 112 000 hab. (Valdotains).</p><p>Pays fronti�re � la charni�re des Alpes, c�est une r�gion originale � bien des titres. Le val d�Aoste, pays montagneux, terre italienne de langue fran�aise, r�gion au statut administratif particulier depuis 1948, a �t� successivement un lieu de passage et un monde ferm�.</p><p>La g�ographie</p><p>La nature valdotaine est � la fois rude et hospitali�re. Pays de hautes terres (l�altitude moyenne d�passe 2 000 m) parcouru par le long sillon de la Doire Balt�e, il est domin� par les plus hautes montagnes d�Europe, du mont Blanc au mont Rose. Structuralement, c�est une r�gion de contact entre les Alpes occidentales et les Alpes centrales.</p><p>L�intensit� de l��rosion glaciaire et postglaciaire a a�r� ce domaine, marqu� par de grands versants raides. Si les possibilit�s �conomiques en sont r�duites, le handicap est compens� par les voies d�acc�s � des cols transalpins importants. Cette cellule montagnarde a un climat d�abri caract�ris� par la faiblesse relative des pr�cipitations (585 mm � Aoste), un enneigement mod�r�, des temp�ratures plus favorables que sur le versant fran�ais, une belle luminosit�. Ces conditions ont de multiples cons�quences, notamment sur la r�partition �tag�e de la v�g�tation. Celle-ci monte plus haut que partout ailleurs dans les Alpes. La for�t couvre plus de 600 km 2, c�est-�-dire, en fait, le cinqui�me de la superficie totale de la r�gion (les arbres sont essentiellement des r�sineux, o� dominent les m�l�zes) ; 25 p. 100 du territoire sont occup�s par des alpages. Ces �l�-</p><p>ments naturels se regroupent en deux unit�s r�gionales, la � Montagne � et la</p><p>� Grande Vall�e �.</p><p>L��conomie a subi des transfor-</p><p>mations fondamentales en quelques dizaines d�ann�es. Au d�but du XXe s., il reste peu de chose de l�activit� intense qu�a connue la r�gion � l��poque romaine. � ce moment, la r�gion tirait</p><p>sa prosp�rit� de sa fonction de passage vers les cols du Petit- et du Grand-Saint-Bernard. Mais, au Moyen �ge, la circulation alpine se d�place vers le Simplon et le Saint-Gothard. Repli� sur lui-m�me, le val d�Aoste affermit ses traits particularistes. L�unit� italienne, dans un premier temps, en le s�parant de la Savoie, en l�int�grant � un �tat �conomiquement pauvre, pr�cipite la crise. L��migration s�vit sous toutes ses formes. La situation va se retourner avec l�hydro-�lectricit�, le tourisme, l�ouverture des tunnels routiers transalpins du Grand-Saint-Bernard et du Mont-Blanc. D�sormais, le revenu est �lev�, le val d�Aoste accueille des �migrants des autres r�gions italiennes.</p><p>Les conditions naturelles expliquent �videmment la modestie d�une densit� moyenne, qui, toutefois, s�accro�t r�guli�rement.</p><p>L�agriculture et l��levage n�ont plus qu�une importance secondaire (moins de 8 p. 100 du revenu r�gional annuel).</p><p>Outre les conditions peu propices du milieu, l�archa�sme des structures pr�cipite le d�clin agricole. Une proportion de 86 p. 100 des propri�taires poss�dent moins de 2 ha, et le nombre moyen des parcelles par exploitation est de 16 ! Aussi, malgr� les succ�s de l�irrigation, les cultures r�gressent, sauf celles des arbres fruitiers et de la vigne. L��levage est une plus grande richesse (50 000 bovins). Il donne lieu � la fabrication d�un fromage appr�-</p><p>ci�, la fontina. L�exploitation foresti�re apporte un compl�ment. Mais l�industrie constitue la principale ressource (60 p. 100 du revenu r�gional annuel). � l�extraction de minerai de fer (Cogne) s�est ajout� l��quipement hydro-�lectrique. La puissance install�e de l�ensemble des centrales de la r�-</p><p>gion approche le million de kW, et, en 1970, la production �lectrique, presque enti�rement d�origine hydraulique, a sensiblement d�pass� 2,9 milliards de kWh. L�industrie manufacturi�re, en plus des fromageries et des scieries, est pr�sente avec une usine d�aciers sp�ciaux (Aoste), des usines de fibres artificielles (Ch�tillon). La vocation nouvelle semble �tre le tourisme. Le thermalisme et l�alpinisme ont attir� tr�s t�t des voyageurs, mais le tourisme moderne ne d�bute qu�avec l�ouverture</p><p>des routes de montagne et l��quipement des stations, apr�s la Premi�re Guerre mondiale. La fr�quentation touristique a doubl� entre 1960 et 1970.</p><p>C�est un tourisme essentiellement estival, avec une client�le tr�s mobile. La client�le italienne est pr�pond�rante (88 p. 100 des nuit�es), mais le nombre des arriv�es �trang�res ne cesse de downloadModeText.vue.download 205 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>742</p><p>cro�tre ; ce sont l� des touristes en transit et, parmi eux, les Fran�ais sont les plus nombreux. Les stations connues sont dans la montagne, telles Cour-mayeur, Breuil-Cervinia, Champoluc, Gressoney ; par sa situation dans la vall�e et son casino, Saint-Vincent fait exception.</p><p>La seule ville est le chef-lieu, Aoste (38 000 hab.). Sur la route des cols, elle fut la � Rome des Alpes �, ce qu�attestent d�abondantes ruines romaines ainsi que le plan du centre de la cit�.</p><p>Le renouveau �conomique r�gional lui a donn� les fonctions d�une ville industrielle et touristique. Mais il en a fait surtout une � petite capitale alpine �</p><p>(B. Janin), qui commande aux diverses unit�s r�gionales du val d�Aoste.</p><p>Cette r�gion perd, � travers ces changements, son autonomie culturelle ; l�italianisation se d�veloppe, mais ses progr�s sont moins douloureusement ressentis qu�il y a quelques d�cennies. Par les tunnels transalpins, par l�autoroute vers Turin et Milan, le val d�Aoste n�est plus un monde clos.</p><p>E. D.</p><p>L�histoire</p><p>Le val d�Aoste est probablement occup� par des Celtes, les Salasses, d�s le Ve s. av. J.-C. Il est soumis par les Romains en 25 av. J.-C. Auguste fonde alors la colonie Augusta Praetoria (Aoste), la future capitale du pays : son importance lui vaut le surnom de</p><p>� Rome des Alpes �. Occup� par les Burgondes et les Francs, le val fait partie du second royaume de Bourgogne</p><p>(Xe s.), dont le dernier titulaire fait hommage f�odal, en 1032, � l�empereur germanique. Son appartenance aux royaumes burgondes et son ethnie expliquent la permanence, dans le val d�Aoste, d�un dialecte gallo-romain.</p><p>De 1032 � 1946, le pays suit la destin�e de la maison de Savoie, sauf de 1800 � 1814 quand il fait partie, avec le Pi�mont, de l�Empire fran�ais.</p><p>Cependant, la permanence de la</p><p>souverainet� exerc�e par la maison de Savoie n�exclut pas la fixation d�un certain particularisme li� � la fran-cophonie : mais les libert�s locales (Conseil des commis, Assembl�e des trois �tats) accord�es au Moyen �ge et au XVIe s. sont remises en cause, au XVIIIe s., par les princes de Savoie devenus rois de Sardaigne. En 1848, le � Statut fondamental � promulgu� par Charles-Albert d�truit les derniers vestiges du � r�gime valdotain �. Mais, dans ce � pays bloqu� �, le particularisme � caract�ris� surtout par l�emploi du fran�ais � se maintient, en grande partie gr�ce au clerg� ; encore que la masse de la population reste attach�e � la couronne sarde.</p><p>Quand le royaume d�Italie est cr�� (1861), le val d�Aoste, qui occupait une position centrale � l�int�rieur de l��tat sarde, devient une sorte de marche fronti�re qui se ferme � l�influence savoyarde et s�ouvre � la p�n�tration pi�montaise et italienne.</p><p>Dans l�ensemble, le XIXe et le d�but du XXe s. sont, pour le val d�Aoste, une �poque de crise et de mis�re, le libre-�change ruinant la petite industrie : l��migration s�intensifie, vers la Suisse et surtout vers la France et Paris o�, en 1913, para�t l��cho de la vall�e d�Aoste. Par ailleurs, la maison de Savoie et plus encore Mussolini (1922-1943) contrecarrent l�id�al d�autonomie que nourrissent les Valdotains, et s�efforcent d�italianiser une r�gion qui reste fid�le � la langue fran�aise.</p><p>Au temps du fascisme, l�abb� Joseph Tr�ves, fondateur de l�association � la Jeune Vall�e d�Aoste �, et �mile Chanoux sont les chefs de file du mouvement autonomiste.</p><p>Chanoux et Federico Chabod jouent un r�le capital dans la r�sistance aux fascistes et aux Allemands (1943-1944). Apr�s la mort h�ro�que de Chanoux (mai 1944) et la Lib�ration (1945), un fort courant annexionniste (annexion � la France) parcourt le val d�Aoste. Mais les Alli�s s�y montrent hostiles : les troupes fran�aises sont rapidement remplac�es par des Anglo-Saxons ; quant au gouvernement italien, pour qui la conservation du val d�Aoste est capitale, il lui octroie, d�s le 7 septembre 1945, un r�gime d�autonomie provisoire. Plusieurs d�crets-lois (1945-1947) compl�tent et pr�-</p><p>cisent la port�e de ce statut. En 1946, le nombre des communes est port� de 45 � 73, et leur d�nomination, italianis�e par Mussolini, redevient fran�aise.</p><p>Le 26 f�vrier 1948, une loi constitutionnelle d�finit le statut de la r�gion autonome de la vall�e d�Aoste. Depuis lors, le val conna�t une �vidente prosp�rit� �conomique, mais aussi une italianisation en profondeur, due en partie � l�industrialisation. En 1970, on compte environ 40 p. 100 d�allog�nes (Italiens immigr�s) : or la capacit� d�assimilation des Valdotains est r�duite ; les mariages mixtes se multiplient, la langue fran�aise r�trograde, d�autant que l�italien est, en fait, la langue exclusive de l�enseignement, et que le fran�ais a �volu� trop longtemps en vase clos.</p><p>Cette autonomie insuffisante suscite des remous dans les partis politiques : en 1966, une crise �clate, que l��tat italien arbitre. Dans l�ensemble, les partis r�gionaux (Union valdotaine, Ligue valdotaine, Union d�mocratique valdotaine) ont moins de prise sur l�opinion que les partis nationaux (en t�te, le parti communiste et la D�mocratie chr�tienne).</p><p>Le statut constitutionnel</p><p>de la vall�e d�Aoste,</p><p>r�gion autonome (1948)</p><p>La comp�tence l�gislative appartient au Conseil de la vall�e, form� de trente-cinq membres �lus, pour quatre ans, au suffrage universel direct ; ce Conseil, qui fait figure</p><p>de Parlement r�gional, �lit en son sein son pr�sident, son bureau et ses commissions ; il se r�unit en session ordinaire deux fois par an et en session extraordinaire � la requ�te du pr�sident de la Junte r�gionale ou d�un tiers au moins des conseillers.</p><p>La Junte, compos�e de sept assesseurs, est l�organe ex�cutif de la r�gion ; elle est �lue par le Conseil de la vall�e. Son pr�sident, �lu �galement, est le chef de l�administration r�gionale et le repr�sentant de la r�gion, et en m�me temps celui de l��tat dans la r�gion. C�est lui qui promulgue les lois et les r�glements r�gionaux ; il intervient au Conseil des ministres italien lorsque sont d�battues des questions int�-</p><p>ressant la r�gion.</p><p>L�activit� l�gislative et administrative de la r�gion est soumise � un double contr�le de l�galit� et d�opportunit� de la part de la Commission de coordination, qui repr�-</p><p>sente le ministre de l�Int�rieur.</p><p>P. P.</p><p>B G. H�raud, l�Autonomie de la vall�e d�Aoste dans la politique et le droit contemporains des minorit�s nationales (Sirey, 1948). / P. A. Fari-net, Notice historique sur le droit dans le pays d�Aoste (Aoste, 1956). / E. Aubert, la Vall�e d�Aoste (Aoste, 1958). / Abb� Henry, Histoire populaire, religieuse et civile de la vall�e d�Aoste (Aoste, 1959 ; 2 vol.). / D. Gribaudi, Pie-monte e Val d�Aosta (Turin, 1961). / C. Passerin d�Entr�ves, Setto Secoli di storia valdostana (Turin, 1961). / R. Cuaz, Histoire des Valdotains, des origines � 1416 (les Presses du temps pr�-</p><p>sent, 1962). / A. P. Frutaz, le Fonti per la storia della valle d�Aosta (Rome, 1966). / B. Janin, Une r�gion alpine originale : le val d�Aoste (chez l�auteur, Grenoble, 1968). / M. Lengereau, la Vall�e d�Aoste (�d. des Cahiers de l�Alpe, La Tronche, 1968).</p><p>Apennin (l�) ou</p><p>Apennins (les)</p><p>En ital. APPENNINO ou APPENNINI.</p><p>Ensemble de massifs montagneux</p><p>constituant l�ossature de la p�ninsule italienne. L�Apennin forme un grand arc, � la convexit� tourn�e vers l�est, allong� sur 1 500 km, depuis le col de Cadibone (Ligurie) jusqu�� l�extr�mit� m�ridionale du pays, avec une largeur de 40 � 200 km. Bien que prolongeant</p><p>les Alpes, il en est tr�s diff�rent par ses aspects comme par sa structure et sa mise en valeur. De plus, il ne forme pas une unit� simple; c�est au contraire un assemblage d��l�ments tr�s divers.</p><p>L�Apennin pr�sente une assez grande vari�t� de paysages. Les facteurs d�unit� existent cependant. Le climat m�diterran�en, avec ses �t�s chauds et secs, sa belle luminosit�, s��tend sur toute la cha�ne. Mais l�influence de l�altitude en att�nue les traits. La moyenne des temp�ratures s�abaisse dans la montagne, tandis que les pr�-</p><p>cipitations augmentent. Les montagnes apennines sont bien arros�es, surtout sur le versant tyrrh�nien. Au-dessus de 1 500 m, le manteau neigeux persiste tout l�hiver. La v�g�tation est �tag�e.</p><p>Jusqu�� 400-500 m au nord, 600-700 m au sud, elle est de type m�diterran�en.</p><p>Plus haut, la for�t prend place jusqu�� 1 800 m. C�est une for�t de pins, de ch�nes, de ch�taigniers passant ensuite � des h�tres.</p><p>Ce qui introduit la diversit� dans ces massifs, c�est la structure complexe de l�Apennin. Le relief dominant est celui de hauts plateaux coup�s par des vall�es profondes et des bassins int�rieurs (les � conques �). G�ologiquement, l�Apennin appartient aux montagnes du cycle alpin, mais il est le r�sultat de la r�union tardive de blocs tr�s diff�rents entre eux. Il y a le cordon des moyennes montagnes liguriennes reliant les Alpes � l�Apennin. Il se poursuit par un Apennin septentrional, form� de nappes de gr�s et d�argiles, un Apennin central et m�ridional calcaire, un Apennin calabrais, schisteux et cristallin.</p><p>La mise en valeur de l�Apennin est difficile. Peupl�es depuis le Pal�olithique, ces montagnes n�ont pas �t�, du fait de leur morcellement, le support d�une unit� r�gionale. Par fragments, elles ont �t� conquises et annex�es par les habitants de la plaine. Les difficult�s des communications, la pauvret� des conditions �conomiques leur ont fait jouer le r�le de montagne refuge. Les activit�s traditionnelles sont celles de toute montagne m�diterran�enne. Il y a d�abord l��levage du petit b�tail, avec une tr�s ancienne transhumance, ainsi que l�exploitation foresti�re ; dans les</p><p>bassins et sur les terrasses, on trouve des cultures c�r�ali�res, des olivettes, downloadModeText.vue.download 206 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>743</p><p>parfois des arbres fruitiers (amandiers).</p><p>La surcharge d�mographique a n�cessit� des activit�s compl�mentaires.</p><p>L�industrie s�est peu d�velopp�e : des carri�res, quelques usines alimentaires et textiles, des papeteries. L�artisanat eut plus de succ�s. Mais l��migration est, depuis des si�cles, le rem�de � la mis�re. De saisonni�re, l��migration est devenue d�finitive. Elle s�est dirig�e vers les plaines toutes proches, l�Italie du Nord, l��tranger. Des traits de l��conomie moderne p�n�trent</p><p>cependant la montagne. La r�forme agraire a transform� certains secteurs (la conque du Fucino, dans les Abruzzes). L��quipement hydro-�lectrique n�est pas n�gligeable ; il repr�sente environ le quart de la puissance install�e nationale. L�industrie n�appara�t que de mani�re ponctuelle, le plus souvent dans les cit�s au contact de la montagne et des collines : installations chimiques de San Giuseppe di Cairo et de Ferra-nia (Ligurie) ; industries alimentaires, confiserie en particulier, � P�rouse ; sid�rurgie � Terni (Ombrie), papeterie fine � Fabriano (Marches), travail de la bauxite � Bussi (Abruzzes), industries chimiques encore dans la vall�e du Basento (Basilicate). Le tourisme, sans rivaliser avec les franges c�ti�res ou les Alpes, se diffuse, car l��quipement routier rend l�Apennin plus accessible. La moyenne montagne de l�Apennin ligure, tombant brutalement sur la mer, est surtout une zone de passage vers G�nes. L�Apennin �milien et toscan (monte Cimone, 2 163 m), dont le rameau des Alpes Apuanes enferme le fameux marbre de Carrare, poss�de la station d�Abetone. L�Apennin central, calcaire, domin� par le Gran Sasso (2 914 m), voit la prosp�rit�</p><p>des stations de Campo Imperatore ou de Roccaraso. L�Apennin m�ridional (2 000 m d�altitude) est tr�s d�sh�rit� dans les zones calcaires de Campanie et du Basilicate, mais il s�anime sur les hauteurs cristallines de la Calabre (2 000 m) avec Camigliatello, Silano et Mancuso. Il s�agit encore d�un tourisme local, surtout estival et familial. L�Apennin demeure une r�gion pauvre, et ses habitants continuent � l�abandonner.</p><p>E. D.</p><p>&#x25B6; Abruzzes-Molise / Basilicate / Calabre / Campanie / �milie / Italie / Latium / Ligurie / Marches /</p><p>Mezzogiorno / Ombrie / Toscane.</p><p>B J. Demangeot, G�omorphologie des Abruzzes adriatiques (C. N. R. S., 1965).</p><p>aphasie</p><p>Perturbation de la communication par le moyen des signes verbaux, pouvant porter sur l�expression ou sur la r�ception, ou simultan�ment sur la r�ception et l�expression des signes verbaux, oraux ou �crits.</p><p>Ce trouble des r�alisations verbales est d�termin� par des l�sions focales de l�h�misph�re c�r�bral gauche chez les sujets droitiers. L�insuffisance d�une d�finition qui doit faire appel � la nature de la l�sion responsable est �vidente. Le recours aux m�thodes linguistiques permet de pr�ciser que les aphasies sont des perturbations du maniement du code linguistique, lui-m�me d�fini par le mod�le linguistique de r�f�rence.</p><p>Historique</p><p>C�est au XIXe s. que les troubles du langage constituant les aphasies ont �t�</p><p>isol�s des perturbations de la parole d�-</p><p>termin�es par les l�sions p�riph�riques et de l�incoh�rence d�mentielle. Mais ce n�est qu�avec P. Broca (1861) que le trouble de � la facult� du langage articul� � est mis en relation avec une zone d�termin�e de la corticalit� c�r�brale, le pied de la 3e circonvolution frontale (aire de Broca) ; ce m�me auteur, en 1865, reconna�t que les m�canismes nerveux sous-tendant les processus du langage si�gent sur l�h�misph�re gauche, d�s lors dit � dominant �.</p><p>Une autre date capitale dans l�histoire de l�aphasie est la d�couverte par Wernicke (1874), sur le m�me h�misph�re, d�une zone post�rieure au niveau de la premi�re circonvolution temporale dont la destruction entra�ne des troubles de la r�ception du langage (aphasie sensorielle, ou aphasie de Wernicke).</p><p>� partir de ces travaux, une aire particuli�re, dite � aire du langage �, pouvait �tre d�finie sur l�h�misph�re gauche ; ses l�sions d�terminent des troubles des r�alisations verbales, de caract�re diff�rent selon qu�elles si�gent ant�rieurement ou post�rieurement � l�int�rieur de cette aire.</p><p>Classification</p><p>des aphasies</p><p>En cas de l�sions ant�rieures, il s�agit d�aphasie d�expression. L��mission verbale est principalement, ou m�me isol�ment, perturb�e ; elle est parfois r�duite � quelques syllabes st�r�otyp�es. Dans les cas moins s�v�res, on constate une r�duction du langage spontan� et des d�formations, plus ou moins consid�rables, dans l�articulation des phon�mes. Le trouble porte seulement sur la r�alisation des phon�mes, sans qu�il y ait atteinte du syst�me phonologique. Parfois, le malade s�exprime seulement par des substantifs ou des verbes � l�infinitif (agram-matisme et style t�l�graphique). La compr�hension verbale n�est que peu ou pas troubl�e ; la lecture est intacte.</p><p>L��criture est par contre perturb�e, sans que le caract�re et l�intensit� des deux troubles de l�expression, orale et graphique, soient n�cessairement de m�me intensit�.</p><p>Un aspect particulier des troubles de l�expression est repr�sent� par l�aphasie de conduction, dont le trait essentiel consiste dans l�alt�ration de la r�p�tition des mots et des phrases. La l�sion responsable de cette forme si�ge d�ailleurs au niveau de la jonction pari�to-temporale post�rieure.</p><p>Lorsque la l�sion atteint la r�gion temporale post�rosup�rieure, on a affaire � une aphasie sensorielle (ou aphasie de Wernicke) : le discours est fluent, mais rendu plus ou moins incompr�hensible par les d�formations de mots et par les substitutions, t�les-copages ou it�rations (ces erreurs sont appel�es des paraphasies). L��criture manifeste les m�mes caract�ristiques (les erreurs �tant alors des paragraphies). La compr�hension du langage oral est toujours perturb�e. Il en est de m�me de la compr�hension du langage �crit, qui est d�autant plus perturb�e que la l�sion est plus post�rieure.</p><p>Il semble actuellement que l�aphasie sensorielle repr�sente un syndrome complexe o� s�intriquent diff�rents facteurs, qui peuvent parfois intervenir de fa�on quasi isol�e (la perte de la discrimination des sons du langage se distingue ainsi des troubles de la compr�hension verbale et de la d�sorganisation de l�attention).</p><p>� c�t� de ces deux grandes formes, expressive et r�ceptive, de l�aphasie, on distingue aussi une aphasie amn�-</p><p>sique : le sujet manque de mots dans son discours spontan�, et il est incapable de retrouver les noms des objets qu�on lui pr�sente. Le plus souvent associ�e � l�aphasie sensorielle, cette forme peut cependant exister isol�ment.</p><p>La r�alit� d�aphasies � pures �, c�est-�-dire de formes dans lesquelles le langage n�est perturb� que dans l�une de ses modalit�s, expression orale ou �crite, r�ception auditive ou visuelle, est plus discut�e. Il semble que l�existence de la surdit� verbale pure (perte isol�e de la r�ception des sons du langage), pour �tre exceptionnelle, doit cependant �tre admise. L�alexie pure, c�est-�-dire un trouble de la lecture ind�pendant de tout trouble du langage oral et de l��criture autre que celui de la copie, est indiscutable, mais certains</p><p>auteurs l�excluent du cadre des aphasies pour la ranger parmi les agnosies optiques.</p><p>Aucune classification n�a rencontr� un accord unanime. Certains auteurs, � la suite de P. Marie, ne veulent voir � la base des diverses formes d�aphasie qu�un ph�nom�ne unique, les diff�-</p><p>rents aspects cliniques r�sultant seulement de l�adjonction de troubles non linguistiques � un d�ficit linguistique univoque.</p><p>Depuis ces derni�res ann�es, et</p><p>sous l�impulsion des recherches de R. Jakobson, les mod�les et m�thodes de la linguistique et de la psycho-linguistique ont �t� utilis�s dans le domaine des aphasies. Les r�sultats d�j� obtenus t�moignent de la r�alit� des diverses vari�t�s de troubles du langage. La seule unit� des aphasies serait en quelque sorte de caract�re n�gatif : la comp�tence linguistique du sujet parlant (sa connaissance intuitive des r�gles) reste pr�serv�e, tandis que les performances (les r�alisations qui d�pendent de diff�rents facteurs psychophysiologiques) peuvent �tre perturb�es isol�ment.</p><p>Aphasie et</p><p>troubles intellectuels</p><p>Enfin, la question des rapports entre les troubles aphasiques et les troubles de l�intelligence reste tr�s discut�e.</p><p>Selon les tenants des th�ses dites</p><p>� no�tistes � de l�aphasie, il faudrait y reconna�tre un d�ficit g�n�ral, qu�on l�appelle d�ficit intellectuel sp�cialis� concernant le � stock des choses apprises par des proc�d�s didactiques �</p><p>(P. Marie), ou perte de l�attitude abstraite (Goldstein). Sans pouvoir r�futer d�finitivement ces assertions, les �tudes psychologiques actuelles ne les v�rifient gu�re.</p><p>Il est toutefois assur� qu�il y a des aphasiques sans d�ficit intellectuel downloadModeText.vue.download 207 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>744</p><p>d�celable, et capables d�une adaptation</p><p>sociale normale.</p><p>H. H.</p><p>Les sp�cialistes de</p><p>l�aphasie</p><p>Paul Broca, chirurgien fran�ais</p><p>(Sainte-Foy-la-Grande 1824 - Paris 1880). Professeur de pathologie chirurgicale � Paris, � l�Institut anthropologique, il fit d�abord des recherches sur l� ANTHROPOLOGIE* physique</p><p>(il fonda l��cole d�anthropologie en 1872), puis sur le fonctionnement du cortex c�r�bral. Sa d�couverte (1861) de la l�sion responsable de l�aphasie fut � l�origine de la th�orie des localisations c�r�brales. De m�me, en reconnaissant que les l�sions d�terminant les troubles du langage si�geaient toujours sur l�h�misph�re gauche chez le droitier (1865), il posa le principe de la dominance h�misph�rique. Il devint s�nateur l�ann�e de sa mort.</p><p>Pierre Marie, m�decin fran�ais (Paris 1853 - Cannes 1940). Professeur � la Salp�tri�re en 1918, il fit de nombreux travaux en neurologie, �tudia notamment l� ACROM�GALIE* (appel�e</p><p>parfois maladie de Marie) et entreprit la r�vision du probl�me des aphasies.</p><p>Il rejeta le r�le de la l�sion de l�aire retenue par Broca dans la production de troubles aphasiques et rapprocha les troubles du langage des d�ficits intellectuels. Il d�crivit �galement des maladies osseuses caract�ristiques : ost�opathie hypertrophiante pneu-mique (1890), dysostose cl�ido-cr�-</p><p>nienne h�r�ditaire (1897), spondylose rhizom�lique (1898). Il isola avec son ma�tre Charcot une amyotrophie d�origine nerveuse, dite � de Charcot-Marie �, r�visa la conception des aphasies et d�crivit des formes frustes d�ataxie c�r�belleuse.</p><p>Carl Wernicke, m�decin et psychiatre autrichien (Tarnovitz [auj. Tarnowskie G�ry] 1848 - dans la For�t de Thuringe 1905). Professeur � Berlin en 1885, � Breslau (auj. Wroc&#x142;aw) en 1890, puis � Halle en 1904, il fut l�un des fondateurs de l��tude scientifique de l�aphasie.</p><p>En 1874, il d�montra qu�en dehors de l�aire de Broca il existait sur l�h�misph�re gauche une zone situ�e sur la r�-</p><p>gion temporale post�rosup�rieure, dont la l�sion d�terminait un type particulier d�aphasie dans lequel le trouble porte sur la compr�hension du langage (aphasie sensorielle dite � de Wernicke �). Il �labora les premiers mo-d�les th�oriques associationnistes du fonctionnement c�r�bral. Ses travaux sur l�agnosie tactile, sur la conscience du corps (somatopsych�) ont eu un grand retentissement. Il d�crivit aussi la polioenc�phalite h�morragique, maladie qui porte son nom.</p><p>B J. D�jerine, S�m�iologie des affections du syst�me nerveux (Masson, 1914). / H. Head, Aphasia and Kindred Disorders of Speech (Cambridge, 1926 ; 2 vol.). / P. Marie, Travaux et m�moires (Masson, 1926-1928 ; 2 vol.). /</p><p>T. H. Weisenburg et K. E. McBride, Aphasia : a Clinical and Psychological Study (New York, 1935). / R. Jakobson, Kindersprache, Aphasie und allgemeine Lautgesetze (Uppsala, 1941 ; trad. fr. Langage enfantin et aphasie, �d. de Minuit, 1970). / A. Ombr�dane, l�Aphasie et l��laboration de la pens�e explicite (P. U. F., 1951). / H. H�caen et R. Angelergues, Pathologie du langage, l�aphasie (Larousse, 1965).</p><p>/ T. A. Alajouanine, l�Aphasie et le langage pathologique (Bailli�re, 1968). / J. Dubois et H. H�caen, Naissance de la neuropsychologie du langage (Flammarion, 1969).</p><p>aphte</p><p>Ulc�ration cupuliforme recouverte d�un enduit jaune � beurre frais �, et sertie d�un fin lis�r� carmin�.</p><p>Douloureux, en nombre variable, les aphtes si�gent aux muqueuses (face interne des joues, gencives, langue, vulve, gland) et plus rarement sur la peau. Gu�rissant en 8 � 10 jours, ils ont des r�cidives fr�quentes et impr�visibles. Les aphtes g�ants, ou n�crosants, sont longs � cicatriser. La stomatite aphteuse, de d�but brutal, hautement f�brile, est faite de nombreux aphtes parsemant la muqueuse buccale fortement �ryth�mateuse. Elle est le plus souvent �tiquet�e fi�vre aphteuse. En r�alit�, celle-ci, d�origine animale (Bovid�s), est possible, mais exceptionnelle, chez l�Homme.</p><p>Elle se manifeste par des sympt�mes voisins : pouss�es successives de temp�rature co�ncidant avec des pouss�es d�aphtes. Sa prophylaxie consiste �</p><p>�viter la consommation de lait cru dans les p�riodes d��pid�mie animale.</p><p>Albert Touraine (1883-1962) englobe sous le nom d�aphtose les aphtes vulgaires, la stomatite aphteuse et diverses manifestations cutan�es, oculaires et articulaires. La maladie de Hul�si Beh�et comporte des aphtes buccaux, des ulc�rations g�nitales et des manifestations nerveuses, digestives et surtout oculaires graves. Le diagnostic des aphtes est tant�t facile, tant�t d�licat.</p><p>La nature exacte des aphtes reste ignor�e ; leur origine virale est pr�sum�e, mais non prouv�e. Le traitement local comporte des bains locaux calmants et des attouchements avec des solutions aqueuses de salicylate de soude ou de nitrate d�argent. Le traitement pr�-</p><p>ventif des r�cidives est d�cevant. On a propos�, avec des succ�s divers, les vitamines PP, C ou B6, des d�riv�s de la biguanide, le lysozyme.</p><p>A. C.</p><p>apiculture</p><p>Art de soigner les Abeilles.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Les Abeilles nous donnent leur miel, mais aussi diff�rents autres produits, notamment le pollen et la gel�e royale, sans compter le venin, qui ont tous des propri�t�s di�t�tiques et th�rapeutiques.</p><p>D�s la pr�histoire, les hommes ont su s�emparer du miel pour s�en nourrir et, pendant de longs si�cles, il resta la seule mati�re sucr�e connue.</p><p>Autrefois, les Abeilles �taient cultiv�es dans de vulgaires paniers d�osier, recouverts d�un m�lange de terre et de bouse de vache, bournats ou caisses quelconques, dans lesquels les rayons �taient fixes. L�apiculteur se contentait de tailler � m�me la masse, c�est-</p><p>�-dire de pr�lever quelques rayons de miel qui, �cras�s et pass�s, donnaient un produit de qualit� m�diocre. En outre, aucune surveillance ne pouvait �tre exerc�e sur la vie de la colonie, et le d�pistage des maladies �tait impossible. C�est ce que l�on appelle l�apiculture fixiste.</p><p>Tout cela a bien chang� depuis l�invention de la ruche � cadres.</p><p>Celle-ci contient des rayons mobiles, qui peuvent �tre enlev�s et examin�s s�par�ment. Ce perfectionnement important, remontant � un peu plus d�un si�cle, a permis un essor nouveau et un rendement accru de l�apiculture ; il est d� principalement � deux Am�ricains, Langstroth et Dadant. En France, on rencontre surtout les ruches portant les noms de ces deux inventeurs, ainsi que des ruches Voirnot, dont les dimensions des cadres sont diff�rentes.</p><p>Savoir aborder</p><p>les Abeilles</p><p>Pour se pr�munir contre les piq�res d�Abeille, on ne conna�t encore que la fum�e produite par un soufflet, l�enfumoir, dans lequel on br�le des chiffons, des aiguilles de pin, des copeaux, du bois pourri ou tout autre combustible.</p><p>Avant d�aborder une ruche et de</p><p>l�ouvrir pour n�importe quelle op�ration, il faut tout d�abord pr�venir les Abeilles en donnant quelques coups d�enfumoir � l�entr�e. Cela fait, il convient d�op�rer avec calme, tr�s doucement.</p><p>Visite g�n�rale</p><p>Elle se fait, en principe, au printemps, lorsque la temp�rature ext�rieure est d�au moins 12 ou 13 �C � l�ombre.</p><p>Il faut tout d�abord savoir si la colonie n�est pas orpheline, c�est-�-</p><p>dire priv�e de sa reine, et donc sans valeur. Cela se constate facilement par l�absence de couvain, c�est-�-dire de l�ensemble des oeufs et des larves que soignent les Abeilles dites � nourrices �. Dans la r�gion parisienne, on doit commencer � voir, d�s la fin de f�vrier ou le d�but de mars, du couvain au moins large comme la paume de la main, sur un ou deux cadres. �</p><p>cette �poque, une colonie orpheline est vou�e � sa perte, � moins que l�on ne poss�de une reine f�cond�e provenant d�un �levage, et qu�il s�agira d�introduire.</p><p>La seconde constatation essentielle</p><p>est de s�assurer qu�il existe des provisions en quantit� suffisante : ces provisions sont constitu�es par du miel contenu dans la hausse (c�est-�-</p><p>dire la partie sup�rieure mobile de la ruche), ou par du sirop de sucre (1 kg de sucre pour 0,750 kg d�eau) que l�on peut donner aux Abeilles dans de petits appareils nomm�s nourrisseurs d�s que la temp�rature est favorable. Sinon, il faut avoir recours au candi, qui est un sucre sp�cial, un peu analogue aux bonbons fondants, et dont les Abeilles sont tr�s friandes.</p><p>Cette visite g�n�rale sera compl�t�e par un nettoyage s�rieux, notamment du plateau, qui sera d�barrass� de tous les d�bris qui le souillent.</p><p>Pr�paration des ruches</p><p>en vue de la miell�e</p><p>Seules les colonies puissantes peuvent donner une r�colte, surtout depuis que le perfectionnement de l�agriculture amenuise chaque jour davantage les surfaces � butiner. Il est donc n�cessaire d�avoir d�excellentes reines, chang�es au besoin tous les deux ou trois ans, et qui, par leur ponte abondante, sont susceptibles de produire des colonies poss�dant, au moment de la miell�e, de 30 000 � 50 000 Abeilles, et m�me davantage. Ce sont les gros bataillons qui font les bonnes r�coltes.</p><p>On peut encore am�liorer cette ponte par un nourrissement stimulant donn� chaque soir pendant trois semaines, � raison de 100 g de sirop de sucre conte-downloadModeText.vue.download 208 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>745</p><p>nant, par exemple, soit de la levure de bi�re, soit un oeuf entier par litre.</p><p>La miell�e</p><p>La r�colte est subordonn�e aux ressources mellif�res de l�environnement.</p><p>La miell�e se situe � des �poques diff�-</p><p>rentes selon les r�gions. Pour �tre rentable, il faut des millions et des millions de fleurs, ce qui implique de grandes surfaces. La modernisation de l�agri-</p><p>culture a fait dispara�tre la majorit� des prairies artificielles (Sainfoin, Tr�fle incarnat, Luzerne), qui donnaient le miel le meilleur et le plus fin. Il reste maintenant le Colza (mais il granule en rayons dans la quinzaine de son emmagasinement par les Abeilles) ; il faut donc l�extraire aussit�t. L�Acacia constitue encore, en certains endroits, des peuplements importants, et donne un miel d�excellente qualit�. Puis, dans le Midi, viennent le Romarin, la Lavande, les fleurs de prairie, tandis que, dans certaines r�gions o� domine le Pin, gr�ce � l�interm�diaire des pu-cerons, on r�colte un miel particulier (Vosges, col de la R�publique, For�t-Noire), appel� miel de sapin, tr�s pris� outre-Rhin, o� il a une valeur double du miel de fleurs.</p><p>La r�colte</p><p>Son �poque est variable. En g�n�ral, la premi�re r�colte se fait en juin et permet de recueillir un miel clair et d�excellente qualit�. La seconde a lieu en septembre, lorsqu�il y a du Sapin et de la Bruy�re, par exemple, � proximit� du rucher. Cette r�colte doit se faire uniquement dans les hausses, c�est-�-dire les demi-corps de ruches qui les recouvrent. Il faut toujours choisir un temps favorable, exempt de vent et d�orage, et op�rer avant la fin de la miell�e, sans cela les Abeilles d�fendent vigoureusement leur bien et sont agressives. Il existe de nombreux proc�d�s pour y arriver. Le plus employ� consiste � bien enfumer les Abeilles pour les refouler dans le corps de ruche, afin d�enlever les hausses avec le minimum d�Abeilles. On peut aussi proc�der cadre par cadre, en brossant les Abeilles qui recouvrent les rayons. On utilise �galement un �cran de toile, � la dimension de la hausse, pos� horizontalement et asperg� de quelques gouttes d�acide ph�nique ou d�essence de mirbane. Enfin, les Am�-</p><p>ricains emploient un souffleur, qui d�-</p><p>barrasse rapidement toutes les Abeilles des rayons.</p><p>D�soperculation</p><p>Les rayons retir�s des hausses sont, en majorit�, opercul�s, c�est-�-dire que, le miel �tant bien m�ri, chaque cellule</p><p>est recouverte d�un opercule de cire qui le met � l�abri de toute souillure et de toute contamination.</p><p>Pour extraire ce miel, il faut enlever ces opercules au moyen d�un</p><p>couteau sp�cial, dit � couteau � d�soperculer �, tremp� dans l�eau chaude.</p><p>Chaque cadre est plac� sur un chevalet sp�cial, et on tranche toute la surface des rayons. On peut aussi utiliser une machine �lectrique � couteau vibrant et chauff�, permettant de d�soperculer une ou deux faces du rayon, ce qui rend possible le traitement d�une centaine de cadres � l�heure.</p><p>Extraction</p><p>Le cadre, une fois d�sopercul�, est pr�t pour l�extraction. On utilise un extracteur centrifuge, dont il existe deux syst�mes : l�extracteur tangentiel, qui extrait une face � la fois, et l�extracteur radiaire, qui vide les deux c�t�s par la m�me manoeuvre. Ces deux appareils utilisent la force centrifuge (rotation de 300 tr/mn env.) : les cellules se vident alors, et le miel se rassemble dans le fond de l�appareil, dont les dimensions permettent de traiter de trois � cinquante-deux cadres � la fois.</p><p>Filtration</p><p>Le miel rassembl� au fond de l�extracteur contient diff�rentes impuret�s, notamment des d�bris de cire �chapp�s � la d�soperculation. Apr�s filtrage dans un tamis appropri�, on le verse dans un appareil appel� maturateur, qui a un double objet :</p><p>1o continuer le m�rissement du miel par �vaporation d�eau, ce qui n�cessite l�utilisation d�une pi�ce chauff�e � 25</p><p>ou 30 �C ;</p><p>2o effectuer une s�paration d�avec les diff�rentes impuret�s qui ont pu �chapper � la filtration : les plus lourdes vont au fond ; les plus l�g�res, telles que les d�bris de cire, surnagent. Il est alors facile de laisser de c�t� les impuret�s en question lors de l�empotage du miel.</p><p>Empotage du miel</p><p>Les apiculteurs utilisent pour cela soit des pots en carton paraffin�, soit des</p><p>pots en mati�re plastique, ou encore des seaux de fer-blanc de trois, cinq, dix ou vingt kilogrammes, ou enfin d�autres emballages de plus grande contenance.</p><p>L�apiculteur ne doit vendre et commercialiser qu�un produit de toute premi�re qualit�, bien extrait, bien m�ri, bien pr�sent�, car il se trouve en concurrence avec des producteurs de pays �trangers o� la main-d�oeuvre est meilleur march� qu�en France et les rendements beaucoup plus importants.</p><p>Il doit donc suppl�er � cela par une qualit� irr�prochable.</p><p>Transhumance</p><p>Elle consiste � transporter les Abeilles, au cours de la saison, sur des emplacements favorables en raison de l�abondance des fleurs mellif�res ; aussi ceux-ci doivent-ils �tre soigneusement choisis � l�avance.</p><p>Les principaux points de transhumance sont les r�gions riches en Colza, en Acacia, en Tilleul, en Romarin, en Lavande, en Bruy�re � et en Sapin, qui ne donne pas � proprement parler du miel, mais du miellat.</p><p>Les ruches destin�es � �tre transhum�es doivent �tre pr�par�es � l�avance, c�est-�-dire ferm�es la veille au soir.</p><p>Et comme l�op�ration se fait, en g�n�-</p><p>ral, � la saison chaude, il faut prendre des pr�cautions pour �viter l��touffe-ment des Abeilles. Pour cela, on peut les recouvrir d�une housse vide, bien assujettie, et fermer compl�tement l�entr�e avec une baguette de bois, ou au contraire la calfeutrer avec une toile m�tallique.</p><p>De toute fa�on, la transhumance</p><p>s�effectue toujours de nuit. Le camion est mis en route vers 8 ou 9 heures du soir, afin d�arriver sur le nouvel emplacement choisi vers 2 ou 3 heures du matin. Ces heures sont �videmment conditionn�es par la distance � parcourir, qui peut atteindre plusieurs centaines de kilom�tres. L�op�ration, bien conduite, est toujours rentable, car elle permet d�augmenter la r�colte de deux ou trois fois, parfois plus, par rapport � la r�colte s�dentaire.</p><p>Les produits</p><p>de la ruche</p><p>Ils sont constitu�s par le miel, le pollen, la gel�e royale, la cire, la propolis et l�hydromel, produit de transformation au m�me titre que le pain d��pice.</p><p>Le miel</p><p>C�est un produit naturel par excellence, tr�s riche en sucres assimilables de diff�rentes sortes : en gros, il contient 20 p. 100 d�eau et 80 p. 100 de sucres, plus quelques mati�res min�rales et des enzymes. Au d�but de son extraction, il se pr�sente sous forme liquide, la plus appr�ci�e des consommateurs, puis, avec le temps, il granule, c�est-�-</p><p>dire qu�il se prend en masse compacte.</p><p>Par sa composition, c�est une nourriture extr�mement riche, un aliment �nerg�tique de tout premier ordre.</p><p>La production de miel dans le monde peut �tre �valu�e tr�s approximativement � 600 000 t, les �tats-Unis et l�U. R. S. S. en fournissant � eux deux pr�s de la moiti�.</p><p>Le pollen</p><p>C�est l��l�ment m�le de la fleur, la seule mati�re azot�e dont les Abeilles disposent pour la nourriture du couvain. Chaque ann�e, une bonne ruche en rapporte de 25 � 30 kg, beaucoup plus qu�il n�est n�cessaire pour l�entretien de la colonie. Aussi, au moyen d�une trappe pos�e devant ou sous la ruche, est-il possible de pr�lever environ un dixi�me de ces apports, car le pollen a des propri�t�s di�t�tiques et th�rapeutiques remarquables.</p><p>La gel�e royale</p><p>Aliment essentiel des reines, la gel�e royale se produit couramment par gref-fage de jeunes larves, �g�es de moins de 36 heures, dans des cupules de cire ou de mati�re plastique. On peut en placer jusqu�� 90 dans une ruche pr�-</p><p>alablement rendue orpheline, et les Abeilles construisent sur ces cupules des cellules royales qui sont r�colt�es apr�s 48 heures. La larve enlev�e, on r�cup�re de 150 � 250 milligrammes de gel�e royale par cupule. La gel�e royale</p><p>a de nombreux emplois en di�t�tique.</p><p>La cire</p><p>C�est gr�ce � sa production que les Abeilles peuvent construire leurs rayons. Ceux-ci ont la forme d�hexagones parfaits juxtapos�s. La cire est produite par des ouvri�res �g�es de douze � dix-huit jours, gr�ce � des glandes ciri�res situ�es sur chacun des quatre derniers segments abdominaux.</p><p>La cire se pr�sente alors sous la forme de minces lamelles dont il faut environ 1 250 000 pour faire un kilogramme de cire. L�apiculture moderne ne produit que peu de cire, et la France est tributaire, pour assurer ses besoins, de pays downloadModeText.vue.download 209 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>746</p><p>tels que Madagascar et le Maroc, par exemple.</p><p>La propolis</p><p>C�est une sorte de r�sine r�colt�e par les Abeilles sur les bourgeons des arbres. Elle leur sert � �tablir derri�re l�entr�e de la ruche une barri�re contre les ind�sirables. Les Abeilles l�utilisent aussi pour coller entre elles toutes les parties mobiles de la ruche.</p><p>Elle a des propri�t�s th�rapeutiques et antibiotiques.</p><p>A. C.</p><p>&#x25B6; Abeille.</p><p>B A. Perret-Maisonneuve, l�Apiculture intensive et l��levage des reines (P. U. F., 1946). /</p><p>E. Libis, l�Apiculture pour tous (Flammarion, 1971).</p><p>aplanissement</p><p>R�gularisation du relief.</p><p>Les syst�mes morphog�n�tiques</p><p>modifient � tout moment le relief du sol : usant les saillies, �vacuant les d�bris qui en r�sultent pour les accumuler dans les r�gions d�prim�es et dans les cuvettes lacustres et marines, ils tendent � r�gulariser la surface</p><p>terrestre. Si aucun facteur ne vient en contrarier le d�roulement, cette �volution conduit � un aplanissement du relief.</p><p>Pendant longtemps, on a attribu� les aplanissements � l�abrasion marine, jug�e seule capable de parvenir � d�velopper des plates-formes r�guli�res par l�action des vagues. Mais, peu � peu, s�est impos�e l�id�e d�une planation suba�rienne pour laquelle plusieurs processus ont �t� propos�s.</p><p>La p�n�planation</p><p>Due � W. M. Davis, la th�orie de la p�n�planation repose sur le concept d��rosion � normale �. Elle correspond donc � un mode d��volution propre aux r�gions temp�r�es humides. Sous un tel climat, les versants, caract�ris�s par un manteau d�alt�ration et une couverture v�g�tale continus, tendent � prendre un profil convexo-concave. Lorsque les rivi�res ont atteint approximativement leur profil d��quilibre, le creusement est tr�s ralenti ; les versants, continuant � perdre constamment de la mati�re et se trouvant li�s � un niveau de base pratiquement fixe, r�duisent leur pente d�ensemble en m�me temps qu�ils reculent. En outre, leur profil se modifie : la concavit� tend � se d�velopper aux d�pens de la convexit� sommitale. Lorsque deux versants de vall�es voisines se recoupent, les interfluves perdent rapidement de leur hauteur : toute la topographie s�aplatit progressivement et �volue vers une surface limite qui s�appuie sur les profils d��quilibre des cours d�eau. Cette surface, l�g�rement ondul�e et inclin�e vers le niveau de base, est une p�n�plaine.</p><p>Des reliefs r�siduels aux formes molles peuvent subsister au-dessus du mou-tonnement des interfluves surbaiss�s : ce sont les monadnocks.</p><p>La p�diplanation</p><p>D�fendu par L. C. King, le principe de la p�diplanation repose sur l�observation des r�gions tropicales � longue saison s�che. Sous ce climat, les versants mal prot�g�s par une v�g�tation clairsem�e reculent en conservant la m�me pente. � leur pied, les eaux, dont</p><p>la comp�tence est insuffisante � �vacuer les d�bris les plus grossiers fournis par la corniche, ne parviennent pas � se concentrer et s��talent en nappes qui mod�lent des p�diments, sortes de glacis rocheux � pente concave tr�s douce s�abaissant insensiblement vers de larges goutti�res � peine dessin�es.</p><p>Ainsi se d�veloppent d�immenses</p><p>plaines domin�es par des reliefs r�siduels abrupts, les inselbergs. Ce sont des p�diplaines qui naissent donc d�un seul coup par recul des versants.</p><p>Les autres formes</p><p>d�aplanissement</p><p>L�abrasion marine r�sulte du travail de sapement des vagues rongeant le pied d�une falaise, qui s��boule de temps en temps. Son recul fait place � une plateforme rocheuse, que le va-et-vient des vagues, arm�es de galets provenant des �boulis de la falaise, ne cesse de perfectionner. Pour qu�un tel processus puisse niveler un continent entier, il faudrait supposer un affaissement tr�s lent des terres ou une lente mont�e du niveau marin, de mani�re que l�abrasion progresse vers l�int�rieur du continent. En fait, il semble que l�abrasion marine n�ait jamais fa�onn� que des aplanissements localis�s, et que, lors des transgressions, elle n�ait fait que perfectionner des surfaces pr�alablement aplanies.</p><p>On a d�crit en climat p�riglaciaire des formes d��quiplanation, ou altipla-nation. La g�lifraction arrachant des d�bris et la g�lifluxion les entra�nant, les versants tendent � s�adoucir et finissent par prendre un profil rectiligne ou l�g�rement concave, passant dans le fond des vall�es � des ennoyages de d�bris g�liflu�s. Leur pente, variable suivant la granulom�trie des d�bris, est toujours faible. Il en r�sulte un paysage doucement ondul� qui �voque une p�n�plaine. Mais un tel processus ne semble avoir pu se r�aliser que localement, � la faveur de conditions lithologiques favorables (Champagne).</p><p>Au total, les aplanissements �tendus sont l�oeuvre des eaux continentales : celles-ci agissent par planation lat�-</p><p>rale sous les climats � aridit� saisonni�re, tandis que sous climat temp�r� humide c�est par la d�gradation des</p><p>pentes en fonction de rivi�res au profil �quilibr� que les interfluves s�abaissent progressivement.</p><p>Bien des auteurs, cependant, mettent en doute l�efficacit� du syst�me morphog�n�tique des r�gions temp�r�es humides, et nient la r�alit� de la p�n�-</p><p>planation. Ces critiques sont fond�es en particulier sur le fait que les grandes surfaces d�aplanissement qu�on y observe ont �t� fa�onn�es sous des climats tropicaux et plus ou moins d�grad�es ult�rieurement par des climats frais. On ne saurait admettre, d�autre part, les th�ories de L. C. King suivant lesquelles la p�diplanation serait le processus universel de l��volution actuelle du relief.</p><p>Il para�t raisonnable de penser que la p�diplanation est la forme la plus efficace de l�aplanissement du relief, et qu�on lui doit la plupart des grandes surfaces d��rosion, sinon toutes. Mais, le plus souvent, les aplanissements se r�v�lent �minemment complexes : leur �laboration n�cessite une tr�s longue �volution, qui ne se fait jamais sans que des d�formations du sol, des modifications climatiques ou des variations eus-tatiques du niveau marin ne viennent en troubler le d�roulement. Aussi la surface d�aplanissement juxtapose-telle de multiples retouches d��ge vari�, qui peuvent �tre li�es � des d�formations tectoniques de faible amplitude, r�p�t�es et irr�guli�res, aussi bien qu�� des changements climatiques qui ont remodel� une m�me surface, les deux causes pouvant interf�rer. Suivant les auteurs, ces surfaces sont d�sign�es avec des acceptions plus ou moins �troites par les expressions d�aplanissement polyg�nique, ou polycyclique, voire polychronique.</p><p>Au reste, tous les aplanissements n�impliquent pas une ablation �quivalente. C. Klein propose � juste titre de distinguer les surfaces d�aplanissement authentiques, � qui sont devenues planes au terme d�une �volution au cours de laquelle un volume consid�rable de mat�riaux a �t� enlev� � la r�gion �, et les surfaces de r�gradation, � qui d�rivent d�une topographie originellement plane et qui ont persist� dans leur �tat � travers et malgr� les vi-</p><p>cissitudes de leur histoire tectonique, le travail de l��rosion se soldant au total par une perte de substance relativement modeste �.</p><p>Les surfaces d�aplanissement sont l�un des th�mes majeurs du relief des r�gions de plate-forme : les socles, indur�s depuis des temps tr�s lointains et relativement stables ainsi que les couvertures qu�ils supportent et auxquelles ils impriment leur style de d�formation, r�unissent en effet les meilleures conditions pour permettre le fa�onnement d�aplanissements �ten-downloadModeText.vue.download 210 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>747</p><p>dus. Dans les cha�nes de montagne, en revanche, les aplanissements ne jouent qu�un r�le secondaire dans le relief, sauf dans certaines cha�nes intracon-tinentales, qui portent le t�moignage d�aplanissements anciens en position culminante (T�ien-chan, monts Ib�-</p><p>riques). Certains auteurs ont voulu reconna�tre dans des cha�nes jeunes comme les Alpes la trace de surfaces anciennes dans la concordance d�altitude des cr�tes (Gipfelflur des auteurs allemands). Rien ne para�t plus hasardeux : on a pu montrer que la masse des d�bris accumul�s depuis le d�but du Plioc�ne dans les plaines du P� d�-</p><p>passe de beaucoup le volume du relief en creux par rapport � cette surface suppos�e.</p><p>R. L.</p><p>&#x25B6; �rosion.</p><p>Apocalypse</p><p>F TESTAMENT (Nouveau).</p><p>Apocynales</p><p>Ordre de plantes � fleurs du phylum des Contortales, form� principalement de deux familles, les Apocynac�es et les Ascl�piadac�es, qui vivent dans les r�gions chaudes.</p><p>Apocynac�es</p><p>Cette famille, connue depuis le Cr�-</p><p>tac� sup�rieur (Nerium), renferme 300 genres et environ 1 300 esp�ces.</p><p>Les plantes de cette famille sont le plus souvent des lianes ou des arbustes, dont les feuilles simples sont oppos�es ou verticill�es ; ainsi, chez le Laurier-Rose, elles sont souvent dispos�es par trois. Les fleurs, r�guli�res, du type 4</p><p>ou 5, sont g�n�ralement en tube � la base et � lobes �tal�s ensuite. Les �tamines, incluses, sont soud�es au tube.</p><p>Les Landolfia, une quarantaine d�es-p�ces, sont des lianes de la for�t tropicale africaine et de Madagascar, qui fournissent un excellent caoutchouc.</p><p>D�autres esp�ces produisent un latex � caoutchouc exploit� : on peut citer les Clitandra, Hancornia, Urceola, Fun-tumia. Ces esp�ces donnent un grand nombre d�alcalo�des* et d�h�t�rosides importants en m�decine, en particulier l�ouaba�ne, extraite des Acocanthera.</p><p>Des graines toxiques de Strophantus, on tire un alcalo�de cardiotonique, la strophantine ; primitivement, les Indiens s�en servaient pour empoisonner leurs pointes de fl�ches. Actuellement, les Rauwolfia sont une des principales sources v�g�tales de la cortisone.</p><p>Quelques esp�ces ont un int�r�t horticole, en particulier les Frangipaniers (Plumeria), originaires d�Am�rique tropicale ; on les cultive dans les serres pour leurs fleurs rouges odorantes.</p><p>Le Laurier-Rose (Nerium), origi-</p><p>naire de la r�gion m�diterran�enne orientale, est un splendide arbuste qui peut atteindre 2 m de haut ; il est cultiv� l�hiver sous le climat parisien en orangerie, mais r�siste aux climats de la C�te d�Azur et de l�Atlantique jusqu�en Bretagne. Son latex blanc est un poison violent. En France il faut citer les trois esp�ces de Pervenche (Vinca) qui vivent � l��tat sauvage et dont les belles fleurs bleues solitaires ornent nos sous-bois frais au printemps.</p><p>L�Apocynum cannabinum d�Am�-</p><p>rique du Nord fournit des fibres textiles, tandis que certains fruits peuvent �tre comestibles (Willoughbya edulis, Plumeria, Carissa).</p><p>Ascl�piadac�es</p><p>Cette famille est compos�e de pr�s de 300 genres et 2 000 esp�ces, et les premi�res empreintes fossiles remontent probablement � l�Oligoc�ne. En France, trois esp�ces (un Cynanchum et deux Vincetoxicum, ou Dompte-venin) sont autochtones, mais un Gomphocarpus d�Afrique du Nord</p><p>et l�Asclepias Cornuti (Am�rique du Nord) sont naturalis�s, surtout dans le Sud.</p><p>Les plantes de cette famille sont le plus souvent herbac�es, mais ce sont quelquefois des lianes (Cynanchum compactum, Sarcostemma viminale, Hoya carnosa), ou m�me des arbustes (Ceropegia fusca), rarement des</p><p>arbres. Tr�s voisines des Apocynac�es au point de vue de la structure florale, ces plantes ont un pollen agglom�r� en pollinies, et les feuilles sont oppos�es ou verticill�es. Une adaptation � la s�-</p><p>cheresse doit �tre surtout signal�e dans la tribu des Stap�li�es, o� les esp�ces prennent une allure cacto�de.</p><p>Les Stapelia (environ 100 esp�ces) sont des plantes vivaces � tiges charnues � quatre angles, sans feuilles.</p><p>Les fleurs, du type 5, sont � p�tales �tal�s et pr�sentent une grande vari�t� de teintes, ce qui les fait rechercher pour les serres � Cact�es malgr� leur odeur de viande pourrie. On peut citer comme genres voisins : les Stapelian-thus, les Caralluma, Duvalia, Hoodia, Tavaresia, Trichocaulon... ; ils ont tous des tiges charnues anguleuses � s�ve visqueuse, mais, comme les Stapelia, ne poss�dent que peu de feuilles, ou n�en poss�dent pas.</p><p>L�int�r�t �conomique des esp�ces de cette famille est assez faible ; certaines (Calotropis, Asclepias) ont un latex qui peut fournir du caoutchouc : l�Asclepias Cornuti poss�de des fruits tr�s plumeux qui produisent une soie v�g�tale difficile � utiliser. Enfin, Marsdenia tinctoria (Malaisie) donne une couleur indigo qui sert de mati�re colorante.</p><p>Autres familles</p><p>� c�t� de ces deux familles relati-</p><p>vement importantes, il en faut citer deux autres : celle des Gentianac�es (800 esp�ces, 70 genres) et celle des M�nyanthac�es (30 esp�ces,</p><p>5 genres), toutes deux cosmopolites.</p><p>En France, le genre Gentiana (600 es-p�ces au total) est repr�sent� par une vingtaine d�esp�ces : les unes, les plus grandes, ont une hampe florale de pr�s d�un m�tre de haut et de belles fleurs jaunes group�es en �tages � l�aisselle de grandes bract�es oppos�es embrassantes ; d�autres, au contraire, ont des fleurs d�un bleu intense qui, pour certaines esp�ces, vire presque au noir (G. alpina, G. kochiana, G. Clusii).</p><p>La majorit� de ces plantes vit dans les p�turages de montagne. Certaines Gentianes (G. lutea surtout) sont recherch�es pour les propri�t�s toniques et f�brifuges de leurs rhizomes. Elles font l�objet d�une petite industrie locale (pr�paration d�alcools amers).</p><p>Malheureusement, des accidents</p><p>peuvent se produire si, par erreur, on r�colte des souches de V�ratre, qui contiennent un poison tr�s violent.</p><p>En effet, cette derni�re cro�t dans les m�mes stations que la grande Gentiane jaune (prairies de moyenne montagne) ; elle en diff�re cependant par ses feuilles alternes et ses fleurs vertes, mais presque compl�tement d�truites au moment o� se fait la r�colte.</p><p>Les M�nyanthac�es, famille souvent r�unie aux Gentianac�es, n�a en France que deux genres et deux esp�ces</p><p>(Menyanthes et Limnanthenum), qui vivent dans des stations extr�mement humides, voire dans l�eau des lacs.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Apollinaire</p><p>(Guillaume)</p><p>Po�te et �crivain fran�ais (Rome 1880 - Paris 1918).</p><p>Guillaume Albert Wladimir</p><p>Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, en litt�rature Guillaume Apollinaire, est n� de la rencontre romanesque d�Ang�lique de Kostrowitzky, fille d��migr�s polonais, et d�un noble italien, Francesco d�Aspermont. Abandonn�e par son amant (1885), Ang�-</p><p>lique de Kostrowitzky s�installe � Monaco, o� le jeune Guillaume fait des �tudes brillantes qu�il poursuit � Cannes, puis � Nice (1897).</p><p>Son enfance et son adolescence se trouvent sous l�emprise de cette m�re fantasque, aristocrate d�chue par le scandale, aventuri�re que le go�t du jeu entra�ne � la table de tous les casinos d�Europe. Durant l��t� de l�ann�e 1899, elle n�h�site pas � donner l�ordre � Guillaume de quitter la pension o� il r�side � Stavelot, sans payer la note de l�h�telier.</p><p>En 1900, Mme de Kostrowitzky s�installe � Paris, et Guillaume est dans l�obligation de gagner sa vie. �tranger, il ne peut trouver qu�un modeste emploi dans une banque. Mais il tient surtout � se faire une place dans le monde de la litt�rature. Il fr�quente les cercles litt�raires et fait la connaissance de Jarry, de Montfort (1903) ; plus tard, Derain, Vlaminck, Picasso, pour ne citer qu�eux, seront ses amis.</p><p>Apollinaire collabore alors � des revues, dans lesquelles il publie des contes et des po�mes. Les contes seront rassembl�s plus tard dans des recueils : l�Enchanteur pourrissant (1909), dont la majeure partie parut dans le Festin d��sope, fond� en 1902 en compagnie de Jarry ; l�H�r�siarque et Cie (1910) ; le Po�te assassin� (1916). Les po�mes paraissent au fur et � mesure dans des revues comme la Plume (1903 et 1905), la Phalange (1907-1908), le Mercure de France (1909 et 1916). Ils seront r�unis en 1913 sous le titre d�Alcools (po�mes �crits de 1898 � 1912, sans aucune ponctuation). Calligrammes, publi� en 1918, rassemble les po�mes �crits entre 1912 et 1916. Certains de ces po�mes b�n�ficient d�une disposition typographique originale. Apr�s downloadModeText.vue.download 211 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>748</p><p>sa mort, les po�mes in�dits seront r�unis par ses amis dans Il y a (1925), le Guetteur m�lancolique et les Po�mes � Madeleine (1952).</p><p>Mais l�activit� d�Apollinaire ne se cantonne pas � la cr�ation d�un po�te enferm� dans sa tour d�ivoire � l�exemple d�un Mallarm�. Aussi bien par besoin de gagner sa vie que par go�t r�el, il exerce une activit� purement journalistique. Il assure ainsi la revue des revues dans la Revue d�art dramatique. � partir de 1911, il s�oc-cupera d�une chronique intitul�e � la Vie anecdotique � dans le Mercure de France. Toujours imp�cunieux, il n�h�site pas � accorder son concours � des journaux tels que le Financier et la Culture physique (1907). �</p><p>deux reprises (1901 et 1907), il r�dige des romans �rotiques publi�s sous le manteau. Il est aussi charg� de pr�facer pour la collection � les Ma�tres de l�Amour � des recueils de textes liber-tins (1909) : il inaugure la s�rie avec le marquis de Sade, alors tr�s peu connu.</p><p>Ces activit�s multiples et vari�es, parfois cocasses, ne sont en aucune mani�re en contradiction avec sa vocation de po�te. Pour Apollinaire, tout �v�nement, si ordinaire qu�il puisse para�tre, peut devenir pr�texte � po�-</p><p>sie. � Chacun de mes po�mes, dira-t-il lui-m�me, est la comm�moration d�un moment de ma vie. � Pour ce � fl�neur des deux rives �, la po�sie est partout.</p><p>Elle est dans la rue, sur les murs de la ville. Et la modernit� qui s�y affiche n�est jamais indigne du po�me.</p><p>Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut</p><p>Voil� la po�sie ce matin et pour la prose il y a les journaux</p><p>(Alcools, Zone.)</p><p>La vie, sous toutes ses formes, le quotidien le plus banal, voire le plus grossier, sont la source et le soutien de sa po�sie.</p><p>Cependant, l�amour est encore</p><p>la manifestation la plus favorable � l��closion du po�me. Apollinaire est un amoureux enthousiaste, sinc�re mais exigeant, irritable et jaloux, qui, par crainte d��tre � mal aim� �, aime mal et oblige chacune de ses � d�sirades �</p><p>� la rupture qui le navre mais lui inspire ses plus beaux po�mes. C�est ainsi qu�apr�s la fuite d�Annie Playden, gou-</p><p>vernante anglaise rencontr�e en Allemagne (1901-1902) dans la famille o� il �tait lui-m�me pr�cepteur, il �crit</p><p>� la Chanson du Mal-Aim� �. Cette passion ne prendra fin qu�avec Marie Laurencin, qui affermira son go�t pour la peinture (1907-1912). Sa liaison avec Louise de Coligny (1914) ne durera que quelques mois, mais sera fort tumultueuse, comme en t�moignent les lettres qu�il lui �crit (Po�mes � Lou, 1955 ; Lettres � Lou, 1968). Madeleine Pag�s, avec qui il entretient en 1915-1916 des relations �pistolaires, cl�t la liste officielle de ses amours malheureuses mais fertiles en po�mes.</p><p>Durant ces derni�res ann�es, Apollinaire a cependant trouv� une nouvelle source d�inspiration : la guerre. Il est un soldat convaincu, � soldat amoureux soldat de la doulce France �.</p><p>Il �tonne ses amis et ses admirateurs lorsqu�il arbore fi�rement son uniforme et ses d�corations. B�tard, �tranger �</p><p>il n�obtiendra sa naturalisation fran-</p><p>�aise qu�en 1916 �, il semble, � voir son application de soldat, qu�il veuille acqu�rir enfin une situation officielle.</p><p>Il s�adapte parfaitement � la vie des tranch�es et croit, comme beaucoup de ses contemporains, que la guerre va</p><p>� abolir le vieux monde du XIXe s. �.</p><p>En 1916, il est bless� � la tempe par un �clat d�obus et subit une tr�pana-tion. De retour � Paris, il reprend ses activit�s litt�raires. La guerre a cristallis� ses r�flexions sur la po�sie et l�art en g�n�ral : il publie en 1917 l�Esprit nouveau et les po�tes. Il applique cet esprit � son oeuvre en faisant jouer, la m�me ann�e, les Mamelles de Tir�sias, qu�il d�finit comme � un drame surr�aliste �. Le mot fera carri�re. Apollinaire appara�t d�sormais comme le chef de file de la nouvelle g�n�ration qui donne un banquet en son honneur. Il collabore � des revues d�avant-garde, Nord-Sud, Sic, qui servent de terrain d�essai aux dada�stes et aux futurs surr�alistes. En mai 1918, il �pouse Jacqueline Kolb,</p><p>� la jolie rousse �. Mais, affaibli par sa blessure, il ne peut r�sister � l��pi-d�mie de grippe espagnole : il meurt le 9 novembre.</p><p>Apollinaire ne fut pas un novateur � la mani�re d�un Rimbaud ou d�un</p><p>Lautr�amont, mais avant tout un personnage, � plac� au centre de son temps comme une araign�e au centre de sa toile �, disait Ribemont-Dessaignes.</p><p>Il �tait � l�aff�t de l�in�dit et se voulait le d�fenseur des id�es nouvelles.</p><p>Il les approuvait syst�matiquement.</p><p>En lui se rencontrent deux tendances contradictoires, dont on ne sait trop laquelle aurait triomph� s�il avait v�cu plus longtemps. Il est le po�te nostalgique qui pleure ses amours d��ues ; mais cette nostalgie se double d�un go�t d�lib�r� pour le nouveau, dont on ignore s�il est le fait d�une conviction profonde ou l�habilet� d�un litt�rateur qui tient � �tre de son temps et ne veut pas prendre le risque d�avoir m�connu ce qui sera l�art de demain. C�est ainsi qu�il se fait le champion de la nouvelle peinture lorsqu�il publie en 1913 les M�ditations esth�tiques, premier ouvrage consacr� au cubisme*. La m�me ann�e, il se rallie au mouvement futuriste, import� d�Italie par Marinetti. Il prend le parti de Rousseau, douanier et peintre du dimanche, d�couvert par Jarry. Cette attitude irrite nombre de ses contemporains, qui y voient de la mystification. Il s�agit bien davantage d�un jeu qu�Apollinaire finit par prendre au s�rieux. C�est par jeu qu�il �crit une s�rie d�articles sur la litt�-</p><p>rature f�minine, au cours desquels Louise Lalanne � c�est le pseudonyme qu�il s�est choisi � critique avec beaucoup de charme et de pertinence ses illustres consoeurs (Colette, en particulier). C�est par go�t de l�insolite qu�il s�est li� d�amiti� en 1911 avec un personnage �trange, G�ry Pi�ret, qui le compromet dans un vol de statuettes du mus�e du Louvre. Jusque dans sa vie, il pratique cet esprit qu�il avait ainsi d�fini : � La surprise sera le grand ressort du nouveau. �</p><p>S�il lui arrive de regretter le pass� ou d��tre curieux de l�avenir, Apollinaire est avant tout l�homme du pr�sent, le bon vivant aimant la bonne ch�re, l�amoureux � chaque fois �blouit :</p><p>� Nous vous aimons � vie et nous vous aga�ons � (Calligrammes). Et ce souci, cette joie de vivre dans l�instant, est peut-�tre la raison pour laquelle il ne fut pas le proph�te qu�il d�sirait �tre.</p><p>Il ne faut pas sonder les avenirs</p><p>Il vaut mieux vivre et jouir dans la fra�-</p><p>cheur des soirs.</p><p>� la fois conformiste et surprenant, soldat s�rieux et Louise Lalanne ironique, Apollinaire est cependant un po�te authentique. Beaucoup de ses po�mes, s�ils n��taient perdus dans la profusion d�une production parfois facile, ou plut�t ludique, t�moignent d�une prise de conscience �clair�e de ce que seront le monde et la po�sie du XXe s. :</p><p>Voici le temps de la magie</p><p>Il s�en revient attendez-vous</p><p>� des milliards de prodiges</p><p>Qui n�ont fait na�tre aucune fable Nul les ayant imagin�s.</p><p>(Calligrammes, les Collines.)</p><p>Il faut l�cher la bride � l�imagination, oublier les formes vides et les mots us�s</p><p>� pour laisser place � la trouvaille �.</p><p>� bouches l�homme est � la recherche d�un nouveau langage</p><p>Auquel le grammairien d�aucune</p><p>langue n�aura rien � dire.</p><p>(Calligrammes, la Victoire.)</p><p>Apollinaire se place dans la lign�e d�un Rimbaud ou d�un Lautr�amont, diffusant l�esprit de leur exp�rience solitaire. Peut-�tre lui a-t-il manqu� l�audace n�cessaire pour rompre radicalement avec le pass�, auquel il �tait attach� parce qu�il n�en avait pas. N� de nulle part, il cherchait un lieu s�r, d�o� il aurait pu se lancer � la conqu�te de l�� aventure �.</p><p>Mais riez riez de moi</p><p>Hommes de partout et surtout gens d�ici</p><p>Car il y a tant de choses que je n�ose vous dire</p><p>Tant de choses que vous ne me laisse-rez pas dire</p><p>Ayez piti� de moi.</p><p>(Calligrammes, la Jolie Rousse.)</p><p>M. B.</p><p>&#x25B6; Cubisme / Dada / Po�sie / Surr�alisme.</p><p>B A. Billy, Guillaume Apollinaire (Seghers, 1947). / P. Pia, Apollinaire par lui-m�me (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1954). /</p><p>P.-M. Ad�ma, Guillaume Apollinaire (�d. de la Table Ronde, 1968). / P. Renaud, Lecture d�Apollinaire (l��ge d�homme, Lausanne, 1969). / J.-C. Chevalier, � Alcools �, essai d�analyse des formes po�tiques (Lettres modernes, 1970). / C. Morhange-B�gu�, � la Chanson du mal-aim� �, essai d�analyse structurale et stylis-downloadModeText.vue.download 212 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>749</p><p>tique (Lettres modernes, 1970). / Les Critiques de notre temps et Apollinaire (Garnier, 1971).</p><p>apomixie</p><p>Reproduction sexu�e sans f�condation, observable chez certaines plantes sup�rieures.</p><p>La reproduction sexu�e, chez les plantes � graines, se caract�rise par la formation puis la fusion de gam�tes m�les (contenus dans le grain de pollen) et femelles (contenus dans le sac embryonnaire, lui-m�me inclus dans l�ovule). La formation des gam�tes est pr�c�d�e d�une r�duction chromatique : le nombre normal des chromosomes de l�esp�ce (2 n) �tant ramen� � n. La f�condation compense la r�duction chromatique (n + n = 2 n).</p><p>Lorsque les ph�nom�nes cytolo-</p><p>giques et physiologiques de la f�condation sont mis en d�faut, diff�rents proc�d�s de compensation assurent cependant la conservation de l�esp�ce.</p><p>On groupe sous le nom d�apomixie ces m�canismes vari�s.</p><p>On distingue : la parth�nogen�se, ou d�veloppement de l�oosph�re sans f�condation ; l�apogamie, dans laquelle les embryons se forment � partir d�une autre cellule du sac embryonnaire ; et enfin l�aposporie, o� les embryons (appel�s embryons adventifs) apparaissent dans le nucelle (tissu de l�ovule qui entoure le sac embryonnaire).</p><p>Parth�nogen�se</p><p>Dans la nature, chez les v�g�taux, la parth�nogen�se v�ritable � d�veloppement de l�oosph�re normale apr�s r�duction chromatique � n�existe pas.</p><p>On peut par contre l�obtenir exp�rimentalement par des proc�d�s analogues � ceux qui sont employ�s chez les animaux : la division de l�oosph�re a pu �tre observ�e sans intervention de spermatozo�de, sous l�action des rayons X, d�une �l�vation de temp�rature, de solutions hypertoniques et de substances chimiques (acide butyrique ou ac�tique).</p><p>La p�n�tration d�un pollen �tranger dans un ovaire peut quelquefois, dans la nature, �tre � l�origine d�un tel d�veloppement, les chromosomes du pollen d�g�n�rant rapidement sans assurer de f�condation. C�est ce qui a �t� obtenu exp�rimentalement en croisant Sola-num nigrum m�le et Solarium luteum femelle. Lorsqu�ils se d�veloppent, les embryons ainsi obtenus sont haplo�des (n chromosomes), d�origine maternelle, et la plante qui en d�rive, elle aussi haplo�de, est toujours st�rile, quoique de morphologie plus ou moins normale. En revanche, lorsque la r�duction chromatique n�a pas lieu au cours de la formation du sac embryonnaire, l�oosph�re poss�de comme toutes les autres cellules de la plante 2 n chromosomes. Ne pouvant �tre alors f�cond�e, l�oosph�re compense cette inaptitude par la propri�t� de se d�velopper parth�nog�n�tiquement. La nature nous offre de nombreux cas o� ce type de d�veloppement est connu : Antennaria dio�ca (Pied-de-chat), Alchimilla alpina (Alch�mille), Taraxacum sp.</p><p>(Pissenlit), Erigeron sp. (Vergerette), Hieracium sp. (�pervi�re), Thalictrum sp. (Pigamon), Draba verna (Drave), Urtica urens (Ortie), Cannabis sativa (Chanvre), Humulus lupulus (Houblon), Crepis (Cr�pis).</p><p>Apogamie</p><p>L�apogamie se produit quand, la f�condation normale ne pouvant se faire (pas de r�duction chromatique au d�but de la formation du sac embryonnaire), d�autres cellules du sac, alors � 2 n</p><p>chromosomes (synergides, antipodes), donnent sans f�condation des embryons parfaitement viables. Ce ph�no-m�ne s�observe chez Lilium martagon (Lis des Pyr�n�es) et Ulmus americana (Orme d�Am�rique). Ce ph�nom�ne</p><p>de non-r�duction chromatique atteint souvent aussi les organes m�les, dont les anth�rozo�des sont alors diplo�des.</p><p>La f�condation dans ce cas donne des individus � 4 n chromosomes (t�tra-plo�des), rarement viables.</p><p>La m�iose ne pouvant se faire normalement chez les hybrides intersp�-</p><p>cifiques (pas d�appariement r�gulier au moment de la prophase), l�apogamie est le mode de reproduction ordinaire chez les genres tels que Rosa Poten-tilla, Antennaria, Alchimilla, etc.</p><p>Aposporie</p><p>On place sous ce nom tous les cas de reproduction dans lesquels une cellule du sporophyte (2 n chromosomes) se divise pour constituer sans f�condation un embryon normal et viable � 2 n chromosomes.</p><p>C�est le nucelle (tissu diplo�de) qui presque toujours chez les Angiospermes est � l�origine de telles formations, et les embryons obtenus sont dits</p><p>� adventifs � ou encore � nucellaires �.</p><p>On conna�t de tels d�veloppements chez les Citrus : Citrus aurantium, Citrus trifoliata. En Europe, l�Euphorbiac�e australienne Coelebogyne ilicifolia n�est repr�sent�e que par des pieds femelles, qui forment des graines fertiles dont les embryons adventifs assurent ind�finiment la multiplication. En Australie, o� les pieds m�les existent, la f�-</p><p>condation a lieu normalement. L�aposporie a �t� �galement retrouv�e chez Alchimilla pastoralis, Opuntia vulgaris, Funkia ovata, Nothoscordum fragans, Evonymus americanus. L�Allium odorum peut pr�senter des embryons qui sont suivant les cas adventifs, apogames et normaux. L�aposporie appara�t comme un terme de passage de la reproduction sexu�e � la multiplication v�g�tative.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>apon�vrose</p><p>Membrane fibreuse, d��paisseur variable habituellement faible, de couleur blanche, entourant les muscles � la fa�on d�une gaine pour leur former un �tui.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�apon�vrose brachiale, par exemple, entoure le bras d�une gaine cylindrique, plus mince en haut qu�en bas et plus �paisse en arri�re qu�en avant.</p><p>Elle est en continuit� en haut avec les apon�vroses de l��paule et de la base de l�aisselle, en bas avec l�apon�vrose antibrachiale qui entoure les �l�ments musculaires de l�avant-bras, et dont deux expansions contribuent � former la cloison de s�paration entre les deux r�gions antibrachiales ant�rieure et post�rieure.</p><p>De la face profonde de l�apon�vrose se d�tachent des lames fibreuses r�sistantes, dirig�es transversalement : ce sont des cloisons intermusculaires donnant insertion partiellement aux diff�rents groupes musculaires qu�elles s�parent les uns des autres (loges ant�rieure, interne et post�rieure de la cuisse).</p><p>L�apon�vrose pr�sente, en outre, divers renforcements (la bandelette de Maissiat � la face externe de la cuisse) et re�oit des expansions tendineuses qui viennent la renforcer (expansion apon�vrotique du biceps).</p><p>Sa texture est variable : les fibres longitudinales sont entrecrois�es obliquement ou perpendiculairement. Elle peut se prolonger en expansions apon�vrotiques, au niveau de la paume de main en particulier : ce sont les bandelettes pr�tendineuses.</p><p>Le r�le de l�apon�vrose, outre la s�paration des muscles en groupes qui se contractent synergiquement, est de maintenir ceux-ci dans un espace relativement rigide lors des modifications de forme li�es � la contraction musculaire.</p><p>L�apon�vrose n�est certes pas un �l�ment indispensable, mais elle contribue au bon fonctionnement de</p><p>l�appareil tendino-musculaire.</p><p>Pathologie de</p><p>l�apon�vrose</p><p>Les infections</p><p>Le r�le de cloisonnement de l�apon�-</p><p>vrose se retrouve dans les infections.</p><p>Elle prot�ge pendant longtemps les loges voisines de la propagation du foyer de suppuration.</p><p>Les ruptures</p><p>M�caniquement, la d�chirure de l�apon�vrose, qu�elle soit spontan�e, li�e � un effort violent, post-traumatique (plaie, �crasement), ou postop�ratoire, a pour cons�quence l�apparition d�une hernie musculaire, partiellement visible en certains endroits tels que la face externe de la cuisse ou de la jambe. On voit le muscle qui fait saillie sous la peau, ses contractions sont ais�-</p><p>ment senties � la palpation.</p><p>Une intervention chirurgicale</p><p>simple peut habituellement rem�dier � cela, dans la mesure o� il existe des troubles r�els. C�est le cas, en particulier, lorsque la perte de substance apon�vrotique est associ�e � une perte de substance musculaire, comme cela se rencontre dans les �ventrations abdominales. Le traitement en est une apon�vroraphie, ou apon�vroplastie.</p><p>Les articulations � ressaut</p><p>Il s�agit principalement de la hanche, au niveau de laquelle un claquement audible et palpable, ou m�me visible, se produit quand une bandelette apon�-</p><p>vrotique �paissie accroche en glissant le bord sup�rieur du grand trochanter.</p><p>Le ressaut, de fr�quence et de circonstance de survenue variables, est habituellement bien tol�r� et ne n�cessite qu�exceptionnellement une intervention.</p><p>Il est tr�s rare qu�on le rencontre au niveau de l��paule ou de l�omoplate.</p><p>downloadModeText.vue.download 213 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>750</p><p>Les apon�vrosites</p><p>C�est le chapitre le plus important de la pathologie de l�apon�vrose. Il concerne principalement la paume de la main, plus accessoirement la plante du pied ou toute autre apon�vrose.</p><p>La maladie de Dupuytren, ou r�-</p><p>traction de l�apon�vrose palmaire, est connue de tr�s longue date,</p><p>puisque la premi�re description est due au m�decin suisse F�lix Platter (1536-1614). Elle se caract�rise par une flexion digitale permanente, irr�-</p><p>ductible, progressivement croissante et invalidante. Comme il s�agit d�une affection sp�cifique de la main*, elle sera �tudi�e en d�tail dans le cadre de la pathologie de l�organe de pr�hension.</p><p>De m�me, son �quivalent � la plante du pied*, ou maladie de Ledderhose, sera �tudi� avec l�organe d�appui.</p><p>Il est usuel de rapprocher des apon�vrosites les bursites, ou inflammations des bourses s�reuses. Les bourses s�reuses sont des cavit�s closes, limit�es par une membrane semblable � une synoviale (v. articulation). Elles si�gent, en g�n�ral, au voisinage d�une articulation ou d�un autre endroit o� la peau, un tendon ou un muscle glissent sur une saillie osseuse et y subissent des pressions constamment r�p�t�es par l�appui du corps.</p><p>Les bursites les plus courantes sont l�hygroma du coude* et du genou*, le cor au pied*, qui forment parfois de volumineuses tum�factions pouvant s�infecter et s�ulc�rer. L�ex�r�se s�impose alors.</p><p>Les tumeurs vraies de l�apon�vrose, qu�elles soient b�nignes ou malignes, sont tout � fait rarissimes.</p><p>A. J.</p><p>Appalaches</p><p>Au sens large, ensemble montagneux</p><p>�tendu sur la fa�ade atlantique de l�Am�rique du Nord, du golfe du</p><p>Mexique � Terre-Neuve ; c�est le syst�me appalachien. Au sens restreint, partie de cet ensemble situ�e aux �tats-Unis seulement, plus pr�cis�-</p><p>ment � l�ouest de l�Hudson et au sud des Adirondacks : ce sont les Appalaches proprement dites.</p><p>Le syst�me appalachien</p><p>Il mesure 2 700 km de longueur de l�Alabama � la Gasp�sie, et 3 500</p><p>en y incluant Terre-Neuve, c�est-�-</p><p>dire une fois et demie la longueur de l�Oural (avec lequel il a de nombreux points communs) et trois fois celle des Alpes. Les montagnes Vertes et les montagnes Blanches de Nouvelle-Angleterre, celles du sud-est du Qu�-</p><p>bec (monts Notre-Dame), les hauteurs et d�pressions alternantes de Terre-Neuve, les reliefs de Nouvelle-�cosse font partie de cet ensemble. Les altitudes sont modestes pour une cha�ne aussi longue : 2 037 m au mont Mit-chell, dans le Blue Ridge m�ridional ; 1 916 m au mont Washington, dans les montagnes Blanches ; 1 268 m au mont Jacques-Cartier, en Gasp�sie. La largeur du syst�me appalachien varie consid�rablement : il s��trangle et se r�duit � 200 km entre les Adirondacks et New York, mais il se dilate sur 700 km entre le bas Tennessee et la plaine c�ti�re de G�orgie, sur 600 km entre la Gasp�sie et la c�te de Nouvelle-�cosse.</p><p>Le syst�me appalachien est form� de deux parties g�ologiquement diff�-</p><p>rentes. L�une est compos�e de roches magmatiques cristallines, la plupart d��ge pr�cambrien, et de mat�riaux s�dimentaires et volcaniques, principalement cambriens, plus ou moins m�tamorphis�s. L�orogen�se taco-nique (Ordovicien) les a soulev�s et faill�s. Cette partie de l�ensemble appalachien forme tant�t des blocs �troits et �lev�s, comme le Blue Ridge et les montagnes Vertes et Blanches, tant�t un socle bas et aplani, comme le Piedmont du sud-est des �tats-Unis et les surfaces analogues de Nouvelle-Angleterre et de Nouvelle-�cosse.</p><p>� l�ouest de cet ensemble cristallin s�accole l�autre partie du syst�me, qui</p><p>comprend des s�diments pliss�s, faill�s, chevauch�s, localement m�tamorphis�s lors de l�orogen�se proprement appalachienne (au Mississippien ou Carbonif�re inf�rieur), et des s�diments du Carbonif�re sup�rieur, post�rieurs � ces mouvements et peu ou pas d�form�s.</p><p>Les premiers constituent les cr�tes et vall�es, et les seconds les plateaux appalachiens. La r�gion s�dimentaire pliss�e des cr�tes et vall�es est bien d�velopp�e aux �tats-Unis ; ailleurs ses formes sont plus massives (Gasp�sie), ou encore ses fragments s�intercalent avec ceux de l�autre partie du syst�me (Terre-Neuve). Les plateaux s�dimentaires appalachiens ne se rencontrent que dans la section am�ricaine.</p><p>Les Appalaches</p><p>On consid�re que les plateaux appalachiens (s�diments peu d�form�s) � l�ouest, les cr�tes et vall�es (s�diments tr�s affect�s par la tectonique) au centre et le Blue Ridge (bloc cristallin) � l�est constituent les Appalaches am�ricaines proprement dites, auxquelles certains auteurs joignent les parties adjacentes du Piedmont.</p><p>La bande centrale des cr�tes et vall�es se distingue par des formes caract�ristiques. On y reconna�t d�abord des alignements de roches plus dures (gr�s principalement), mis en relief par l��rosion des mat�riaux moins r�sistants. Ces cr�tes, calqu�es sur la structure pliss�e, sont aussi bien anticlinales que monoclinales, ou m�me synclinales. Elles sont g�n�ralement �troites, de quelques centaines de m�tres le plus souvent, et d�autant mieux marqu�es dans le paysage</p><p>qu�elles demeurent bois�es entre les vall�es cultiv�es. Rectilignes, elles peuvent parfois aussi s�incurver, se diviser, zigzaguer, former des boucles, �tre r�p�t�es par failles ou d�cal�es par d�crochements. Les rivi�res franchissent ce d�dale de cr�tes par une s�rie de cluses (water gaps), et se faufilent d�une vall�e � l�autre ; l�activit� �rosive in�gale entra�ne des captures, signal�es par des cluses mortes (wind gaps). Ces cluses ont jou� un r�le im-</p><p>portant dans l�histoire du peuplement � l�ouest des Appalaches et au cours de la guerre de S�cession.</p><p>Parmi les vall�es �galement, certaines ont une importance particuli�re en ce qui concerne la mise en valeur agricole ou les communications, par exemple la Grande Vall�e (localement appel�e vall�e de Shenandoah et Lehigh Valley) et la vall�e sup�rieure du Tennessee. Ces cr�tes, cluses et vall�es d�finissent le relief appalachien typique, terme g�n�rique appliqu� aux r�gions pliss�es pr�sentant une topographie analogue.</p><p>Le bloc oriental du Blue Ridge, �lev� et continu au sud, s�abaisse et se morc�le vers le nord, ouvrant l�int�rieur des Appalaches sur la plaine atlantique. Au contraire, la r�gion des cr�tes et vall�es est ferm�e vers l�ouest par le front Alleghany, haut parfois de 300 � 350 m, tr�s raide, presque continu. Ce fut de tout temps l�obstacle majeur sur la route du bassin de l�Ohio.</p><p>Au d�but de la marche vers l�Ouest, faute de pouvoir contourner les Appalaches par suite de l�hostilit� des Indiens, on dut se r�soudre � les franchir. Deux voies eurent la faveur des pionniers, la grande vall�e du Tennessee sup�rieur, aboutissant � la cluse de Cumberland, point de d�part de la Wilderness Road, d�une part, le cours sup�rieur de la Juniata et un portage pour franchir le front Alleghany et atteindre le point de convergence hydrographique, site de Pittsburgh, d�autre part. Tr�s rapidement, le d�-</p><p>veloppement de l�Ohio, de l�Indiana et de l�Illinois fit abandonner la premi�re voie au profit de la seconde.</p><p>La Pennsylvanie fut ainsi le lieu de passage de milliers d�immigrants de toutes nationalit�s ; quelques-uns se fix�rent dans les vall�es appalachiennes, l� o� l�effacement du Blue Ridge assure des relations ais�es avec les grands ports atlantiques ; � la faveur de ces conditions, une agriculture moderne et dynamique s��tablit dans ces vall�es des Appalaches septentrionales, sp�cialement chez les Allemands de Pennsylvanie. Au contraire, les Appalaches du Sud, lorsque prit fin</p><p>le flux vivifiant des immigrants qui en faisait une voie de passage, devinrent le refuge de petits colons refoul�s du Piedmont des Carolines par le d�veloppement de la grande propri�t� esclavagiste : la vall�e sup�rieure du Tennessee et le plateau �lev� et diss�-</p><p>qu� de Cumberland en accueillirent un grand nombre.</p><p>Un esprit conservateur, voire r�trograde, se maintint dans ces districts : � la veille de la Seconde Guerre mondiale, on y parlait et pensait comme dans certains comt�s d�Angleterre et d��cosse au d�but du XVIIe s. Les mauvaises techniques agricoles provoquaient une �rosion des sols,</p><p>aggrav�e par la mise en culture de pentes excessives pour faire face au surpeuplement r�sultant d�un taux de natalit� tr�s �lev�. Les hillbillies du plateau de Cumberland repr�sentent encore � quoiqu�ils soient en voie de disparition par �migration ou changement d�activit� � l��lot humain le plus pauvre, le plus ignorant, le plus arri�r� des �tats-Unis. C�est aussi le cas des paysans de Virginie-Occidentale, descendants de petits colons chass�s vers les vall�es int�rieures et les plateaux de l�Ouest par les planteurs virginiens (la Virginie-Occidentale se d�tacha downloadModeText.vue.download 214 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>751</p><p>d�ailleurs de la Virginie � l�occasion de la guerre de S�cession).</p><p>Les Appalaches poss�dent des</p><p>richesses min�rales qui ont favoris� le d�veloppement de r�gions industrielles, tant � l�extr�mit� sud (Alabama*) qu�� l�extr�mit� nord (Pennsylvanie*), r�gions industrielles de type traditionnel fond�es sur le charbon et le minerai de fer. Le fer est pratiquement �puis�, sauf dans le petit bassin de Birmingham. La production de p�trole et de gaz naturel reste stationnaire � un niveau modeste. Mais les Appalaches occupent encore la premi�re place pour la production houill�re, fournissant les trois quarts des 500 Mt extraites aux �tats-Unis.</p><p>Le m�tamorphisme de l�orogen�se</p><p>appalachienne a donn� naissance au bassin d�anthracite de la moyenne Susquehanna ; tr�s t�t exploit�, ce gisement a perdu ses d�bouch�s par suite de la concurrence des nouveaux combustibles et des charbons � coke.</p><p>Le ch�mage (jusqu�� 15 p. 100 de la population active dans certains comt�s) et l��migration s�vissent dans ce bassin et les secteurs industriels voisins qui lui �taient associ�s.</p><p>En revanche, les charbons bitumineux des s�diments pennsylvaniens, qui affleurent sur les versants des vall�es tributaires de l�Ohio et encaiss�es dans les plateaux appalachiens, b�n�-</p><p>ficient de conditions d�exploitation favorables : abattage dans des galeries ouvertes � flanc de coteau, �ventuellement extraction � ciel ouvert par d�capage des morts-terrains, veines �paisses et continues, facilit�s d��vacuation (voies d�eau et voies ferr�es dans le fond de la vall�e), chargement automatique et continu gr�ce � une extraction tr�s m�canis�e.</p><p>Ici, c�est moins la situation du march� que cette m�canisation qui a entra�n� une diminution consid�-</p><p>rable de l�emploi. Les rendements par ouvrier sont tr�s �lev�s. En outre, la production a �t� r�duite dans certains secteurs (sud-ouest de la Pennsylvanie) et augment�e dans d�autres (Virginie-Occidentale).</p><p>Les Appalaches repr�sentent une</p><p>r�gion de d�veloppement in�gal,</p><p>comportant m�me des �lots de pauvret�, comme ceux des hillbillies, et des r�gions industrielles souffrant de ch�mage et d�exode. � c�t� de la Tennessee Valley Authority (TVA), qui exploite les ressources foresti�res et hydrauliques, le gouvernement f�d�ral a regroup� les parties appalachiennes de dix �tats en une zone d�assistance, l�Appalachia, dans laquelle un cr�dit de 1,1 milliard de dollars pour cinq ans (1965-1970) est destin� � d�senclaver les districts isol�s, introduire de nouvelles industries et favoriser le tourisme.</p><p>P. B.</p><p>&#x25B6; Alabama / Pennsylvanie / Tennessee / Virginie.</p><p>appareil</p><p>Taille et agencement des pierres d�une construction.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Dans le sens le plus g�n�ral, l�appareil est la � fa�on � de la pierre.</p><p>La figure du bloc</p><p>L�appareil irr�gulier se trouve aux p�-</p><p>riodes archa�ques ou dans des �difices tr�s simples ; l�appareil cyclop�en ou m�galithique, constitu� par d��normes blocs tir�s de carri�res (Myc�nes), r�-</p><p>pond au premier cas, les constructions en pierre de ramassage au second (M�-</p><p>diterran�e antique, Irlande m�di�vale ; constructions rurales jusqu�en 1914 environ, Auvergne, Lombardie, Italie du Sud). L�appareil r�gulier est constitu� de pierres taill�es g�om�triquement.</p><p>La taille du parement</p><p>La face visible de la pierre, dans un mur, peut �tre laiss�e brute, ou dress�e. L�appareil en bossage comporte des pierres pr�sentant des saillies ; destin� au Moyen �ge � faire ricocher les traits, plus tard les boulets, le bossage fut employ� comme d�cor � partir de la Renaissance (exemple : palais Pitti, Florence). Dans l�appareil � refends (� partir du XVIe s.), la pierre est cern�e d�une d�pression soit par taille, soit par retrait du joint sur le parement (exemples : porte du palais Farn�se, Rome ; palais du Luxembourg, Paris).</p><p>L�appareil en pointes de diamant est une version d�corative du bossage : la saillie est taill�e en forme de petite pyramide (exemple : Palais � facettes, Kremlin, Moscou).</p><p>Le rapport des pierres entre elles On doit l�envisager sous deux aspects.</p><p>a) Du point de vue de la jonction (notion architectonique) : les pierres peuvent �tre assembl�es les unes aux autres sans interm�diaire (� joints vifs), comme cela s�est pratiqu� en �gypte, en Phrygie et en Lydie � la p�riode pr�hell�nique, en Gr�ce dans les �difices soign�s au VIe et au Ve s. av. J.-</p><p>C., dans la Perse ach�m�nide, chez les �trusques, � Rome ; le proc�d�, repris au XVIe s., a �t� largement utilis� aux XVIIe et XVIIIe s. Les pierres peuvent �tre assembl�es � l�aide d�un mortier, dont la composition a vari� suivant les �poques ou les pays ; on employa ce proc�d� sous l�Empire romain, en Orient et en Afrique, dans la p�riode pr�romane (notamment dans l�Europe occidentale) ; il caract�rise l�architecture romane et l�architecture gothique.</p><p>b) Du point de vue de la disposition relative (notion architectonique et architecturale), les pierres peuvent constituer des murs ou parementer des noyaux de blocage (v. ci-apr�s).</p><p>La dimension des pierres</p><p>Le grand appareil d�signe les pierres qui d�passent une hauteur d�assise de 0,40 m, le moyen appareil celles qui ont 0,35 m d��paisseur sur 0,70 m de longueur ; le petit appareil s�applique � des mat�riaux de moins de 0,30 m de c�t�. Le grand appareil admet le montage � joints vifs (Rome) ou avec une petite �paisseur de mortier (architecture gothique). Le petit appareil, form� de moellons � peine retaill�s et enrob�s de mortier, n��tait souvent � Rome qu�un parement, alors que ce fut fr�quemment un v�ritable mur dans l�architecture pr�romane. Le moyen appareil, o� les blocs r�guli�rement parall�l�pip�diques sont assembl�s avec de moindres quantit�s de mortier, fut utilis� pour des �difices pr�romans exceptionnels (exemples : chapelle d�Aix et vestiges du palais d�Ingelheim, en Allemagne).</p><p>Appareils en brique</p><p>Le plus ancien mat�riau �labor� impliqua tr�s t�t pour le montage d�un mur des dispositions simples et empiriques : le syst�me des joints contrari�s.</p><p>Le mortier de liaison fut � l�origine de la glaise, avant d��tre identique � celui qui servait � liaisonner les pierres.</p><p>La brique fut employ�e � toutes les �poques partout o� la pierre manquait, et m�me dans des pays riches en mat�-</p><p>riaux lapidaires, conjointement avec ceux-ci. Les faibles dimensions modulaires de la brique autoris�rent des dispositions vari�es et des combinaisons formelles qui satisfirent aux exigences</p><p>de l�architecture baroque.</p><p>Classification</p><p>Les appareils employ�s dans l�Antiquit� et jusqu�au n�o-classicisme ont �t� class�s par Vitruve, plus tard par les arch�ologues, d�apr�s leur aspect et d�apr�s les mat�riaux qui les constituent.</p><p>Pour les constructions grecques en pierre, on distingue : 1o l�appareil polygonal (fruste, � joints courbes, � joints droits) ; 2o l�appareil trap�zo�dal (ir-r�gulier, pseudo-isodome, isodome) ; 3o l�appareil rectangulaire (irr�gulier, pseudo-isodome, isodome).</p><p>Pour les constructions romaines, on distingue : 1o l�appareil en pierre (opus siliceum [irr�gulier], opus quadratum</p><p>[parall�l�pip�dique], opus caemen-ticium [blocage avec mortier], opus craticum [colombage]) ; 2o les parements de noyaux de blocage mont�s au mortier (opus incertum [moellons grossiers], opus reticulatum [moellons r�ticul�s], opus cestaceum [en brique], opus mixtum [alternance de brique et de pierre], opus vitatum [petits moellons appareill�s], opus spicatum [brique ou pierre en ar�te de poisson]).</p><p>J.-B. A.</p><p>&#x25B6; Architecture / Brique / Construction / Pierre.</p><p>B A. Choisy, Histoire de l�architecture (Gauthier-Villars, 1899 ; 2 vol.). / J.-A. Brutails, Pr�cis d�arch�ologie du Moyen �ge (Picard, 1908 ; 2e �d., 1923). / G. Lugli, La Tecnica edi-lizia romana (Rome, 1957). / R. Martin, Manuel d�architecture grecque, t. I : Mat�riaux et techniques (Picard, 1965).</p><p>appel</p><p>F JUSTICE (organisation de la).</p><p>appellation</p><p>et indication</p><p>d�origine</p><p>Constitue une appellation d�origine la d�nomination d�un pays, d�une r�gion ou d�une localit� d�signant un produit qui en est originaire et dont la qualit� ou les caract�res proviennent d�un mi-</p><p>lieu g�ographique incluant des facteurs naturels et des facteurs humains.</p><p>En France, plusieurs textes sont venus r�glementer les appellations d�origine, notamment la loi du 6 mai 1919 (compl�t�e et modifi�e par une loi du 6 juillet 1966), celle du 28 mai 1955, relative aux fromages, la loi du 12 d�cembre 1973, concernant les appellations en mati�re viticole.</p><p>L�appellation d�origine, pour �tre prot�g�e, ne doit pas �tre une appellation g�n�rique ni �tre tomb�e dans le domaine public. (L�� eau de Javel �, downloadModeText.vue.download 215 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>752</p><p>les � andouillettes d�Arras � ne sont pas prot�g�es ; mais le sera, par contre, l�appellation d�un vin.) Elle doit, par ailleurs, �tre conforme � l�origine g�ographique du produit ou � des usages locaux relatifs � la fabrication.</p><p>Aux termes de la loi du 6 juillet 1966, toute personne pr�tendant que l�usage d�une appellation relative � un produit naturel ou fabriqu� a �t� faite � son pr�judice et contrairement � 1 origine de ce produit pourra faire interdire l�usage de cette appellation et disposera d�une action en justice � cet effet. Toute indication appos�e sur les produits ou leur emballage pouvant tromper sur leur origine pourra �tre interdite. Les tribunaux judiciaires ont le pouvoir d�appr�cier, cas par cas, l�existence de l�appellation prot�g�e.</p><p>Par ailleurs, des condamnations pourront �tre prononc�es contre les auteurs d�infractions. Des peines d�emprisonnement d�une dur�e de trois mois � un an et des amendes peuvent �tre prononc�es � l�encontre de ceux qui ont sciemment fait appara�tre, sur des produits destin�s � la vente, des appellations inexactes, ou de ceux qui ont mis en vente des produits recouverts de ces appellations qu�ils savaient inexactes.</p><p>En ce qui concerne les produits vinicoles, le minist�re de l�Agriculture enregistre et publie les d�clarations des r�coltants voulant donner � leur pro-</p><p>duction une appellation d�origine. La loi du 12 d�cembre 1973 dispose que les vins prot�g�s seront ceux qui auront obtenu l�appellation d�origine contr�-</p><p>l�e et les vins d�limit�s de qualit� su-p�rieure. (La loi supprime l�ancienne cat�gorie des vins d�appellation d�origine simple.) Les vins de pays peuvent, dans certaines conditions, �tre class�s parmi les vins d�appellation d�origine contr�l�e ou parmi les vins d�limit�s de qualit� sup�rieure.</p><p>La commercialisation de ces derniers ne peut avoir lieu avant le 1er d�cembre qui suit la r�colte. Apr�s cette date, elle s�effectue librement, sous r�serve de certaines limitations de quantit�s. Les vins d�appellation d�origine contr�l�e sont r�glement�s par l�Institut national des appellations d�origine (I. N. A. O.).</p><p>Ce dernier a pour mission de d�terminer les conditions de production de ces vins (aires de production, rendements � l�hectare, etc.). Le gouvernement rend obligatoires les avis de l�Institut par d�crets publi�s au Journal officiel.</p><p>J. L.</p><p>appendice</p><p>vermiculaire</p><p>ou appendice</p><p>il�o-caecal</p><p>Diverticule court (de 5 � 10 cm) et mince du gros intestin. Il est implant� sur la paroi post�ro-interne du caecum, � 2 ou 3 cm au-dessous de l�angle il�ocaecal, d�o� le nom qui lui est fr�quemment donn� d�appendice il�o-caecal.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>En sa situation habituelle (70 p. 100</p><p>des cas), l�appendice est couch� dans la fosse iliaque interne droite. Cette situation se projette en avant, sur la paroi abdominale ant�rieure, au milieu de la ligne qui joint l�ombilic � l��pine iliaque ant�rosup�rieure (point de McBurney). Le caecum �tant mobile, habituellement l�appendice suit ses mouvements et peut se trouver en position haute (sous-h�patique), basse (pelvienne), interne, m�socoeliaque ou encore externe et post�rieure (r�trocaecale).</p><p>L�appendice est reli� � la jonction il�o-caecale (entre intestin gr�le et gros intestin) par un m�so (repli du p�ritoine) triangulaire, dont la base est il�ale et le sommet � la pointe appendiculaire. Ce m�so contient l�art�re appendiculaire. Il peut �tre large ou �troit ; dans ce dernier cas, l�appendice est tr�s mobile et sa torsion possible ; on a vu dans cette torsion avec striction vasculaire la cause de certaines appendicites (Paul Aboulker et P. Gauthier-Villars). � la base du m�so se trouve une petite art�re r�currente il�ale, qu�on respecte au cours de l�appendicectomie.</p><p>L�appendice est un visc�re creux ; il comporte une tunique externe s�reuse, une paroi musculaire, un rev�tement interne muqueux du type il�al. Son tissu lympho�de tr�s riche pr�sente des follicules clos, o� si�gerait initialement l�infection dans l�appendice.</p><p>La lumi�re �troite est expos�e � l�obstruction par un corps �tranger : calcul stercoral ou noyau de fruit d�gluti. C�est l� une cause fr�quente d�appendicite, et la perforation appendiculaire se produira au niveau d�un tel corps �tranger.</p><p>L�inflammation de l�appendice il�ocaecal constitue l�appendicite, extr�mement fr�quente, comportant encore un risque mortel faute d�une intervention chirurgicale faite en temps voulu.</p><p>Appendicite aigu�</p><p>Individualis�e par McBurney en 1889, l�inflammation aigu� de l�appendice peut s�observer � tous les �ges de la vie. Rare chez le nourrisson, fr�quente chez l�enfant et l�adulte jeune, elle s�observe parfois apr�s soixante ans.</p><p>Les germes atteignent l�appendice par voie intestinale ou sanguine. Tous les germes, a�robies ou ana�robies, sont susceptibles de donner naissance � l�appendicite, isol�s ou en association.</p><p>Les plus fr�quents sont le colibacille et le streptocoque.</p><p>Des causes adjuvantes locales ne sont pas n�gligeables : corps �trangers obstruant la lumi�re (noyaux, d�bris d�os, parasites intestinaux, ou plus</p><p>simplement le calcul stercoral) ; cou-dures ou plicatures de l�organe ; volvu-lus appendiculaires. L�oblit�ration de la lumi�re de l�organe cr�e une cavit� close favorable au d�veloppement de l�infection (Georges Dieulafoy).</p><p>L�organe constitue, m�me non</p><p>obstru�, une cavit� borgne, o� la stagnation de liquide septique peut plus qu�ailleurs favoriser l�infection (Paul Reclus). Il en est de m�me du diverticule de Meckel (situ� en amont, sur l�intestin gr�le).</p><p>Enfin, l�abondance du tissu lym-</p><p>pho�de (on a m�me parl� d�amygdale abdominale [Robert Bland-Sutton]) favorise certainement la localisation de l�infection.</p><p>Charles McBurney</p><p>Chirurgien am�ricain (Roxbury, Massachusetts, 1845 - Brookline, Massachusetts, 1913). �l�ve de l�universit� Columbia, chirurgien des h�pitaux Saint Luke et Roosevelt � New York, il fut nomm� professeur en 1889. Il a d�crit le point (dit � de McBurney �), situ� � mi-chemin de l�ombilic et de l��pine iliaque ant�rieure, si�ge dune douleur provoqu�e � la palpation qui �tablit un diagnostic ais� de l�appendicite. Il a �galement mis au point une incision de la paroi abdominale qui permet, en dissociant les fibres du petit oblique et du transverse, d��viter de sectionner ces muscles.</p><p>Anatomie pathologique</p><p>Adolphe Jalaguier (1853-1924) a</p><p>distingu� (1900) trois formes, ou plut�t trois stades, de l�infection appendiculaire.</p><p>L�inflammation. L�appendice est</p><p>rouge, turgescent, la muqueuse hype-rh�mi�e, oed�mati�e ; histologiquement, il s�agit de folliculite, lymphangite, infiltration leucocytaire.</p><p>La suppuration. Il existe un abc�s folliculaire qui s�ouvre vers la muqueuse (ulc�ration) ou vers la s�reuse (perforation).</p><p>La gangr�ne. On observe des germes ana�robies, des thromboses vasculaires locales ; totale ou localis�e, la gan-</p><p>gr�ne aboutit par chute d�escarre � la perforation.</p><p>La lymphangite, la perforation</p><p>cr�ent la p�ritonite. Celle-ci, dans les infections mod�r�es, peut, par accolement des visc�res voisins de l��piploon, rester localis�e : c�est alors un plastron. Si la suppuration appara�t, il se forme un abc�s*. Cet abc�s peut, selon le si�ge de l�appendice, �tre iliaque, pelvien, m�socoeliaque, sous-h�-</p><p>patique, r�trocaecal. L�abc�s a tendance � s�ouvrir soit dans un visc�re creux (rectum), soit en p�ritoine libre, �ventualit� redoutable. C�est la p�ritonite dite � secondaire �.</p><p>Dans le cas de perforation d�embl�e en p�ritoine libre, et selon le germe en cause, on peut se trouver en pr�sence d�une p�ritonite primitive purulente (germe a�robie) ou d�une p�ritonite septique diffuse (germe ana�robie).</p><p>Signes cliniques de l�appendicite Il faut avant tout insister sur la n�cessit� d�un diagnostic pr�cis et d�une op�ration pr�coce, quelle que soit la forme rencontr�e.</p><p>y La crise aigu� d�appendicite. Les signes qui font appeler le m�decin sont la douleur, les vomissements, la fi�vre.</p><p>La douleur spontan�e est constante, pr�coce, d�intensit� variable ; g�n�-</p><p>ralement iliaque droite, elle peut �tre �pigastrique, ombilicale, pelvienne, lombaire. Les vomissements sont plus inconstants, mais ils sont fr�quents.</p><p>downloadModeText.vue.download 216 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>753</p><p>Des naus�es les remplacent souvent.</p><p>La fi�vre enfin est habituelle, autour de 38 �C au d�but, et quelquefois plus.</p><p>Les signes d�examen sont les caract�res du pouls, la douleur provoqu�e, la d�fense des muscles de la paroi, auxquels il faut ajouter la leucocytose avec polynucl�ose. L�acc�l�ration du pouls est un signe de grande valeur : sa</p><p>tr�s grande acc�l�ration est la preuve d�une infection virulente. La douleur provoqu�e si�ge dans la fosse iliaque droite, � mi-chemin de l��pine iliaque ant�rosup�rieure et de l�ombilic, neuf fois sur dix. Si on ne la trouve pas l�, elle est plus en arri�re, r�trocaecale, ou plus basse, dans le cul-de-sac de Douglas, et sera retrouv�e par le toucher rectal, qui est indispensable. La d�fense de la paroi (contracture) est le meilleur signe d�examen. Elle doit �tre recherch�e avec douceur. La main qui palpe � plat sent � la paroi se durcir d�s que le palper veut �tre plus profond, il y a contraction musculaire de d�fense � (Henri Mondor). La num�-</p><p>ration globulaire montrera l��l�vation du nombre des globules blancs, surtout des polynucl�aires.</p><p>Lorsque tous ces signes sont r�unis, et c�est fr�quent, le diagnostic est �vident et l�op�ration en est la cons�-</p><p>quence imm�diate. S�il manque la d�fense, la douleur provoqu�e suffit, ajout�e aux autres signes, pour emporter la conviction.</p><p>y Les formes graves d�embl�e. La forme toxique est tr�s s�v�re, et de diagnostic parfois difficile. Si la temp�rature est peu �lev�e, le pouls par contre est petit et filant, il n�existe pas de douleur spontan�e vive, mais un faci�s vite alt�r�, pas de contracture vraie, mais aussi une d�fense diffuse.</p><p>Un seul signe est s�r : la douleur provoqu�e iliaque droite. Il faut op�rer et rapidement, car cette forme fou-droyante fut longtemps consid�r�e comme mortelle.</p><p>La p�ritonite franche aigu� purulente a son d�but souvent marqu� par une douleur spontan�e tr�s vive. Celle-ci, initialement iliaque droite, diffuse � tout l�abdomen. Les vomissements sont pr�sents et abondants, r�p�t�s ; l�arr�t des gaz est net. La temp�rature est �lev�e, le faci�s un peu pinc�.</p><p>L�examen de l�abdomen montre</p><p>une contracture g�n�ralis�e, une douleur provoqu�e parfois vive, mais le maximum des signes est dans la fosse iliaque ; l�hyperesth�sie cutan�e, ici vive, peut g�ner l�examen.</p><p>La p�ritonite putride est la cons�-</p><p>quence de la perforation d�un appendice gangren�. Le d�but est brutal, la douleur de perforation en coup de poignard. Il y a peu de vomissements, de la diarrh�e � la place de la constipa-tion. La temp�rature est peu �lev�e et le pouls tr�s rapide et faible. Le faci�s est plomb�, l�abdomen l�g�rement ballonn�, la fosse iliaque droite r�sistante et douloureuse. Ces formes sont des plus graves, et l�op�ration ne souffre pas de retard.</p><p>y Les p�ritonites secondairement g�n�ralis�es. La p�ritonite progressive est la cons�quence de l�absten-tion du premier jour. L�op�ration a lieu plus tard, dans de plus mauvaises conditions, au stade de diffusion. Il y a � du liquide sale entre les anses, des fausses membranes un peu partout, un affreux foyer appendiculaire, mi-suppur� mi-sphac�lique � (Mondor).</p><p>Dans la p�ritonite en deux temps, il y a eu crise franche, puis s�dation incontestable, puis tout � coup reprise aigu� des accidents, quelquefois � la suite d�une purge intempestive. C�est une perforation secondaire.</p><p>Dans la p�ritonite en trois temps, les choses �voluent ainsi : la crise a sembl� s�arranger ou on a pens� surseoir � l�intervention ; puis la temp�rature s��l�ve progressivement, la polynucl�ose devient �lev�e et c�est l�abc�s ; celui-ci reconnu, localis�, incis�, et c�est la gu�rison ; mais, m�connu, il va s�ouvrir dans le p�ritoine et c�est alors la p�ritonite g�n�ralis�e en trois temps.</p><p>y Les formes de l�enfant. Toutes les formes peuvent se rencontrer chez l�enfant, m�me les plus graves (forme toxique, forme gangreneuse). Souvent, d�ailleurs, la gravit� est plus vite marqu�e. Les signes peuvent �tre d�routants, et le d�but, peu net, ressemble � une banale indigestion. La douleur est souvent mal localis�e par l�enfant, � l�ombilic ou � l��pigastre.</p><p>La douleur provoqu�e est souvent difficile � pr�ciser, surtout chez les petits. Il ne faut pas omettre le toucher rectal. La dissociation du pouls et de la temp�rature est plus fr�quente que chez l�adulte.</p><p>Une forme tr�s sp�ciale � l�enfant est l�association d�appendicite et d�invagination intestinale.</p><p>Il est classique d�insister sur la possibilit� chez l�enfant du d�but d�une pneumonie par un point de c�t� abdominal simulant l�appendicite. Dans le doute, mieux vaut enlever l�appendice que de laisser �voluer une appendicite toxique.</p><p>Enfin, l�enfant, qui, souvent, est infest� de parasites intestinaux, peut faire une appendicite aigu� par parasitisme, mais aussi une p�ritonite cons�cutive � la perforation de l�intestin par des ascaris.</p><p>y La forme de la femme enceinte.</p><p>Les causes d�erreur de diagnostic sont nombreuses. Une douleur haute fait croire � une chol�cystite ; une douleur pelvienne � une annexite, � un d�but d�avortement, une douleur lombaire d�appendicite r�trocaecale � une py�lon�phrite.</p><p>y La forme du vieillard. � Ici l�erreur est de ne pas croire � l�appendicite � cause du vieil �ge � (Mondor). En fait, le vieillard peut montrer toutes les formes d�appendicite, et m�me une appendicite � forme tumorale. De plus, il faut souligner la relative fr�-</p><p>quence d�une forme occlusive.</p><p>La temp�rature et le pouls peuvent �tre indiff�rents. La contracture manque souvent, ce qui est une raison de plus d��tre circonspect et de penser � l�appendicite.</p><p>y Anomalies de position de l�appendice. Le polymorphisme de l�appendice est d�j� soulign� par l��num�ration des formes qui pr�c�dent. Il y a encore d�autres �ventualit�s, li�es � la position ectopique de l�appendice et �voluant sur un mode particulier.</p><p>De ces formes, l�appendicite r�trocaecale est la plus fr�quente.</p><p>Lors de la crise aigu�, les signes abdominaux sont frustes, le ventre souple, la contracture absente ou tr�s externe.</p><p>C�est en arri�re, dans la partie basse de la fosse lombaire, qu�il faut chercher la douleur, la d�fense, et bient�t l�em-</p><p>p�tement. L�appendice �tant situ� en arri�re du caecum, devant les muscles lombaires et psoas, dans une goutti�re pari�to-caeco-colique ferm�e, l��volution se fait discr�tement. L�infection diffuse localement, la p�ritonite reste localis�e : l�emp�tement, le plastron seront post�ro-externes. L�abc�s, s�il se produit, donnera une tum�faction abdomino-lombaire, et, s�il s�ouvre, il peut s��vacuer dans le c�lon, hypoth�se heureuse, ou se rompre dans le p�ritoine, donnant lieu alors � une p�ritonite en trois temps.</p><p>L�appendicite pelvienne n�est pas rare. Il ne faut pas, l� non plus, compter sur la d�fense musculaire, sur la douleur provoqu�e. Des signes v�sicaux, de la dyspn�e peuvent �garer l�attention. C�est le toucher rectal qui est l��l�ment essentiel : il montre la douleur � la pression du cul-de-sac de Douglas.</p><p>L�appendicite m�socoeliaque est, selon Mondor, une des plus graves : elle a un couvercle suffisant contre la bonne exploration clinique, mais un couvercle insuffisant � limiter longtemps l�infection. Ce � couvercle �</p><p>est fait d�anses de l�intestin gr�le et de l��piploon, unis par des adh�rences fragiles qui souderont ces anses et am�neront par p�ritonite localis�e des signes occlusifs. L�appendicite m�socoeliaque rev�t souvent l�aspect d�une occlusion f�brile, et son diagnostic peut �tre difficile.</p><p>Citons encore des formes plus rares : l�appendicite dans un sac herniaire, l�appendicite intrathoracique dans une hernie diaphragmatique (Pierre Duval), l�appendicite � gauche, en cas d�inversion de position des organes (tr�s rare).</p><p>Le traitement de l�appendicite</p><p>Dans tous les cas, il est le m�me : l�ablation de l�appendice, ou appendicectomie, habituellement pratiqu�e par une incision iliaque droite, croisant obliquement la ligne tendue de l��pine iliaque � l�ombilic, au tiers externe de celle-ci. Les muscles transverse et petit oblique sont dissoci�s (McBurney), ou l�apon�vrose du grand droit incis�e (Jalaguier). Le p�ritoine ouvert, l�ap-</p><p>pendice est l�, dans l�angle il�o-caecal, sous-h�patique, des adh�rences g�nant l�ext�riorisation selon le degr� d��volution : appendice �norme, gangren� et par suite fragile, ou d�j� rompu, ou perfor�. D�s qu�il y a une difficult�, il faut agrandir l�incision pour voir clair et avoir des gestes s�rs.</p><p>Les abc�s, qu�ils soient iliaque, r�trocaecal, m�socoeliaque, doivent �tre incis�s et drain�s ; l�appendice sera enlev� ult�rieurement. Dans le cas d�abc�s pelvien, on tirera souvent b�n�fice d�une incision par rectotomie (ouverture du rectum), qui assure un drainage d�clive.</p><p>Les p�ritonites seront souvent, en cas de doute diagnostique, op�r�es par une incision m�diane. L�appendice enlev�, la toilette du p�ritoine sera aussi exacte que possible, mais il est difficile, sinon impossible, qu�elle soit compl�te : un drain au point d�clive, c�est-�-dire dans le cul-de-sac de Douglas, est donc pos�.</p><p>downloadModeText.vue.download 217 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>754</p><p>Appendicite chronique</p><p>On peut pr�venir l�appendicite aigu� en enlevant les appendices malades avant qu�ils ne soient compliqu�s de crise aigu�, en reconnaissant et en op�rant l�appendicite chronique. � Si l�appendicite chronique �tait moins ignor�e, moins m�connue, moins</p><p>souvent ni�e avec une l�g�ret� qui se grime de fausse science, bien des p�ritonites appendiculaires seraient �vi-t�es � (Mondor). Il faudra donc savoir la reconna�tre et ne pas n�gliger chez l�enfant l�inapp�tence, l��tat naus�eux, saburral, de petites coliques abdominales si�geant � droite, un point de c�t� qui se r�p�te, surtout si l�examen montre la sensibilit� provoqu�e de la fosse iliaque droite.</p><p>Chez l�adulte, l�appendicite chronique peut �galement rev�tir des formes atypiques, qui se manifestent par des maux de t�te, des naus�es sans cause apparente et divers troubles</p><p>semblant provenir d�organes �loign�s (v�sicule biliaire, estomac, duod�num, ovaires, etc.). Le m�decin consult� pour ces divers troubles met alors en �vidence, par la palpation, le point de McBurney, plus ou moins net. Dans le doute, la num�ration globulaire apportera la preuve d�un �tat infectieux, et l�examen radiologique du c�lon, apr�s lavement baryt�, montrera le si�ge appendiculaire de la douleur provoqu�e, ou dans de nombreux cas le non-remplissage de l�appendice. L�examen radiologique, possible puisqu�il n�y a pas l�urgence de l�appendicite aigu�, permettra �galement d��liminer toute autre affection du caecum (tuberculose, tumeur) ou de l�il�on (il�ite terminale).</p><p>J. P.</p><p>B H. Mondor, Diagnostics urgents. Abdomen (Masson, 1930 ; 8e �d., 1959).</p><p>app�tit</p><p>D�sir de manger. Chez le sujet normal ayant les possibilit�s de les satisfaire, la faim*, besoin, et l�app�tit, d�sir de manger, sont concomitants, et la satisfaction du d�sir pr�vient l��tat de besoin.</p><p>Manifestation de sant�, l�app�tit diminue dans les �tats f�briles. Dans certains �tats d�pressifs, il d�cro�t avec les autres d�sirs et int�r�ts. Il s��teint parfois au cours des je�nes volontaires ou forc�s, ou, au contraire, croit, et l�on observe m�me des id�es obs�dantes de nourriture, voire des hallucinations.</p><p>Chez les personnes tr�s �g�es, il diminue, alors que, dans la vieillesse en g�-</p><p>n�ral, il varie surtout qualitativement.</p><p>L�app�tit augmente en co�ncidence avec des besoins accrus, dans les p�-</p><p>riodes de d�veloppement staturo-pond�ral intense (en particulier pendant l�adolescence), pendant la grossesse et l�allaitement, et pathologiquement au cours du diab�te*. Aux accroissements de l�app�tit sans augmentation des besoins correspondent des ob�sit�s par exc�s d�ingestats.</p><p>Le comportement alimentaire est un comportement fondamental comme la soif, le sommeil et le comportement sexuel. C�est un ensemble de proces-</p><p>sus complexes, dont la chronologie et m�me certaines �tapes sont encore mal connues. Globalement, tout se passe comme si un certain nombre d�informations p�riph�riques v�hicul�es par voie nerveuse ou hormonale parvenaient aux centres nerveux ; apr�s �laboration, int�gration, ces centres moduleraient la r�alisation du comportement, et cette r�alisation serait ellem�me source d�informations incitant � l�arr�t de l�ingestion. L�app�tit est le point de d�part conscient du comportement alimentaire ; il est comme celui-l� influenc� par de nombreux facteurs positifs ou n�gatifs.</p><p>Facteurs de l�app�tit</p><p>Des facteurs internes, dont la quantit� de glucose disponible dans le sang, influencent l�app�tit. D�apr�s la th�orie glucostatique de J. Mayer, l�information transmise aux centres nerveux concerne la diff�rence de teneur en glucose entre sangs art�riel et veineux, appel�e delta-glucose. Quand la diff�rence est �lev�e, il y a du glucose disponible pour les cellules, donc pas d�information ; mais, pour une diff�-</p><p>rence tendant vers z�ro, un signal serait transmis, incitant � combler le d�ficit.</p><p>On sait que la glyc�mie doit se maintenir � un taux relativement constant, et que seul le glucose exc�dentaire devrait �tre utilis�. Par ailleurs, la baisse de la glyc�mie s�accompagne de malaises, vertiges, fatigue, c�phal�es, reconnus par le sujet les �prouvant comme signal de la n�cessit� de manger. L�insuline, en permettant l�utilisation p�riph�-</p><p>rique du glucose, est un facteur positif.</p><p>L�ingestion de certaines substances a un effet ap�ritif, dont on ne sait pas toujours la cause : extraits de v�g�taux amers (gentiane, orange, quinquina, etc.) ou acides, extraits de viande, liquides gazeux. Il y a certainement effet au niveau de la langue, de l�estomac, excitation des s�cr�tions de sucs digestifs et r�action psychologique eupho-risante (par association avec le plaisir de manger). Signal positif aussi : les contractions de l�estomac � � vide �, qui sont augment�es par l�hypoglyc�-</p><p>mie. Leur r�le est discut�, car la faim persiste apr�s ablation de l�estomac et apr�s section des nerfs sensori-moteurs de cet organe. L��tat des r�serves lipidiques intervient � plus long terme,</p><p>l�app�tit variant en sens inverse. Enfin, le r�le des glandes endocrines est complexe : l�insuffisance grave de certaines glandes (thyro�de, parathyro�de, ant�hypophyse, surr�nale) entra�ne une diminution de l�app�tit.</p><p>Divers facteurs externes agissent sur l�app�tit, en particulier la temp�rature ext�rieure : le froid tend � augmenter l�app�tit, et la chaleur � le diminuer.</p><p>Certains facteurs d�ordre psychologique (couleurs, odeurs, bruits ou simple �vocation de nourriture), s�ils sont agr�ables, ont un effet positif.</p><p>D�autres facteurs, n�gatifs, permettent de comprendre que l�app�tit ne soit pas permanent : la mastication, la r�pl�tion gastrique (m�me par des substances inertes), les mouvements de l�intestin et l�absorption du glucose par sa muqueuse ; ils excitent la sati�t�, et cet effet s�ajoute � la suppression des informations positives.</p><p>Toutes ces stimulations sont transmises par voies humorale et nerveuse � des centres sp�cifiques situ�s dans l�hypothalamus et le rhinenc�phale.</p><p>On a d�crit une aire lat�rale jouant le r�le de centre de l�app�tit, et une aire ventro-m�diane jouant celui de centre de la sati�t�. Des stimulations exp�rimentales de ces zones augmentent pour l�une l�app�tit, pour l�autre la sati�t� ; leur ablation produit les effets inverses.</p><p>Mais, � c�t� de ces manifestations relativement frustes touchant l�aspect quantitatif de l�app�tit, il y a des r�gulations plus fines, avec d�importants �l�ments d�ordre psychologique.</p><p>Quand il y a pl�thore, on observe souvent une sp�cificit� de la faim ou de l�app�tit : on a envie de manger tel aliment pr�cis. On a discut� l�existence d�app�tits s�lectifs permettant aux animaux de choisir les aliments appropri�s � leurs besoins, mais on conna�t des cas de choix d�aliments impropres � la consommation, voire toxiques. Il est permis de dire que l�app�tit, qualitativement, semble r�pondre � des m�canismes de conditionnement, mis en lumi�re par Pavlov. L�homme se souvient de ses nourritures, il refuse tel aliment ou l�accepte selon ses souvenirs, ses associations d�id�es. Le r�le des go�ts, des habitudes, modulant</p><p>l�app�tit en relation avec les facteurs physiologiques, montre l�intervention des centres nerveux sup�rieurs corticaux.</p><p>Les modifications</p><p>extr�mes de l�app�tit</p><p>La boulimie (exc�s d�app�tit). Elle peut associer � l�accroissement des ingestats une perversion de l�objet allant jusqu�� l�ingestion de substances non alimentaires. On aboutit souvent � une ob�sit�. Dans certains cas, la psychoth�rapie peut �tre utilis�e avec succ�s.</p><p>L�anorexie* (manque d�app�tit).</p><p>L�anorexie mentale touche des sujets de sexe f�minin pendant l�adolescence, et associe une am�norrh�e (arr�t des r�gles) � la perte de l�app�tit. On observe plus couramment des hyporexies (diminutions de l�app�tit), moins graves sur le plan m�tabolique, mais dont le m�canisme psychologique est semblable � celui de l�anorexie. On peut voir des passages de l�anorexie � la boulimie, et inversement.</p><p>Les mod�rateurs de l�app�tit. Les m�dicaments mod�rateurs de l�app�tit (ou anorexig�nes) sont utilis�s dans downloadModeText.vue.download 218 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>755</p><p>le traitement des ob�sit�s* s�accompagnant d�augmentation de l�app�tit.</p><p>Ils ne doivent �tre employ�s que sous contr�le m�dical.</p><p>C. B.</p><p>application</p><p>Correspondance entre un ensemble A et un ensemble B qui associe � tout �l�-</p><p>ment de A un �l�ment de B et un seul.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Une application est not�e par une lettre minuscule en g�n�ral, f, ou &#x3C6;, ou toute autre lettre ; pour indiquer les deux ensembles A et B mis en correspondance par f, on note f : A # B, ou ou ou</p><p>bien l�on utilise toute autre fl�che.</p><p>L�ensemble A est l�ensemble de</p><p>d�part, l�ensemble B est l�ensemble d�arriv�e. Si � l��l�ment x de A on associe l��l�ment y de B, on dit que y est l�image de x par l�application f et que x est un ant�c�dent de y ; on note ou y = f(x) [y �gale f de x].</p><p>Les figures 1 et 2 donnent deux sch�-</p><p>mas d�application.</p><p>a) De chaque �l�ment de A (fig. 1) part une fl�che et une seule. Il n�est pas n�cessaire que tout �l�ment de B soit atteint par une fl�che. Enfin, il est possible que plusieurs fl�ches arrivent sur un m�me �l�ment de B.</p><p>b) La figure 2 montre une application de A dans B, car sur chaque colonne du tableau, il y a une croix et une seule. De ce tableau, on d�duit la table de l�application :</p><p>c) Le tableau de la figure 2 ne pourrait pas repr�senter une application de B dans A, car, pour l��l�ment 2 de B, on ne saurait quelle image choisir, a ou c.</p><p>d) Les deux modes de repr�senta-</p><p>tion indiqu�s (fig. 1 et 2) ne sont plus utilisables quand A contient un grand nombre d��l�ments. On peut alors utiliser une table de correspondance, mais ce mode de repr�sentation est, lui aussi, encombrant. Il faut alors d�finir l�application en indiquant le mode de correspondance, c�est-�-dire la m�thode qui permet d�obtenir f(x), connaissant x.</p><p>Exemples</p><p>1. Les ensembles A et B sont confondus avec l�ensemble N = {0, 1, 2, ..., n, ...}</p><p>des entiers naturels. L�application F</p><p>est d�finie par : si x est pair, si x est impair. On peut calculer f(x), quel que soit x : f(3) = 7, f(6) = 8, etc.</p><p>2. Les ensembles A et B sont confondus avec l�ensemble R des nombres r�els ; f est d�finie par Quel</p><p>que soit le nombre r�el x, on peut en calculer le cube et retrancher 1 de ce cube. On a bien une application de R</p><p>dans R, qui prend, dans ce cas, le nom de fonction.</p><p>De fa�on g�n�rale, f �tant une application de A dans B, on appelle image de A par f, et l�on note f(A), l�ensemble des �l�ments de B qui sont au moins une fois image, par f, des �l�ments de A. On a f(A) &#x2282; B. (&#x2282; : signe d�inclusion au sens large.) Sur la figure 3, on repr�sente une application de A dans B, l�image f(A) de A par f �tant strictement incluse dans B. Les �l�ments x et x&#x2032; de A appartiennent � l�image inverse, ou r�ciproque, de y par f not�e f�1(y), et qui est le sous-ensemble de A, �ventuellement vide, form� des �l�-</p><p>ments dont l�image par f est y. Cette image inverse est vide si y appartient au compl�mentaire de f(A) dans B. Si elle n�est pas vide, elle est constitu�e de tous les ant�c�dents de y.</p><p>Applications �gales</p><p>Ce sont deux applications f et g d�un ensemble A dans un ensemble B, telles que f(x) = g(x) pour tout �l�ment x de A. Ces deux applications ne sont en fait qu�une seule et m�me application.</p><p>Exemple. Les deux applications</p><p>et sont deux appli-</p><p>cations �gales de l�ensemble R � {1}</p><p>dans l�ensemble R.</p><p>Qualit�s �ventuelles</p><p>Injection ou application injective C�est une application f : A # B pour laquelle tout �l�ment de B est au plus une fois image. Sur la figure 4, on a le sch�ma d�une injection : sur un �l�-</p><p>ment quelconque de B arrive au plus une fl�che. Les applications d�finies par les figures 1 et 2 ne sont pas des injections.</p><p>Exemple. L�application f : R+ # R+</p><p>d�finie par est une injection de l�ensemble des r�els non n�gatifs dans lui-m�me, car l��galit� x2 = x&#x2032; 2, qui est �quivalente �</p><p>x2 � x&#x2032; 2 = 0 ou � (x � x&#x2032;) . (x + x&#x2032;) = 0, n�est v�rifi�e que pour x = x&#x2032;. Ainsi, les nombres x et x&#x2032; n�ont m�me image que s�ils sont �gaux. De fa�on g�n�-</p><p>rale, f : A # B est une injection si, et seulement si, l��galit� f(x) = f(x&#x2032;) n�est possible que pour x = x&#x2032;.</p><p>Surjection ou application</p><p>surjective</p><p>C�est une application f : A # B dans laquelle tout �l�ment de B est au moins une fois image. Le sch�ma de la figure 5 est celui d�une surjection : sur chaque �l�ment de B arrive au moins une fl�che. La figure 1 ne montre pas une surjection, bien qu�il y ait deux fl�ches arrivant sur un �l�ment particulier, car il y a trois �l�ments de B qui ne sont pas images.</p><p>Exemple. L�application f : R+ # R+</p><p>d�finie par est une surjec-</p><p>ion de R+ dans R+, car, quel que soit e nombre non n�gatif y, il existe un nombre r�el non n�gatif, x, tel que y = x2 : c�est le nombre . L�application f : R # R+ telle que</p><p>est aussi une surjection de R dans R+.</p><p>Pour une surjection, on peut parler d�une application d�un ensemble sur un autre, et non plus dans un autre.</p><p>Bijection ou application bijective C�est une application � la fois injective et surjective. Le sch�ma de la figure 6</p><p>est celui d�une bijection : sur tout �l�ment de B arrive une fl�che et une seule. Les figures 1 et 2 n�indiquent pas des applications bijectives.</p><p>Exemple. L�application f : R # R</p><p>d�finie par est une bijection de l�ensemble R des r�els dans lui-m�me.</p><p>En effet, l��galit� x3 = x&#x2032; 3 est �quivalente �</p><p>x3 � x&#x2032; 3 = 0, ou (x � x&#x2032;)</p><p>(x 2 + xx&#x2032; + x&#x2032; 2) = 0,</p><p>qui n�est v�rifi�e que pour x = x&#x2032;, car le trin�me en x (ou en x&#x2032;)</p><p>x2 + xx&#x2032;+ x&#x2032; 2</p><p>n�a pas de racines r�elles.</p><p>Quand les ensembles A et B sont</p><p>finis, ce qui est le cas dans toutes les figures utilis�es jusqu�ici, il y a des relations n�cessaires et suffisantes entre les cardinaux de ces ensembles (nombre d��l�ments de ces ensembles) pour qu�il existe des injections, des surjections ou des bijections de A dans B (card. de A not� | A |) : a) injection, b) surjection,</p><p>c) bijection, | A | = | B |.</p><p>Application inverse ou r�ciproque d�une bijection</p><p>Une bijection f : A # B associe � tout �l�ment x de A un �l�ment y de B et un seul. On d�finit alors l�application &#x3C6; : B # A comme suit : x = &#x3C6;(y) si, et seulement si, y = f(x) ; l�application &#x3C6; est not�e f� 1 et appel�e application inverse, ou r�ciproque, de l�application f. Ainsi x = f�1(y) si, et seulement si, y = f(x).</p><p>Exemples.</p><p>1. L�application inverse de f telle que de R+ dans R+, est d�finie par en utilisant la m�me variable x.</p><p>2. Si f et f� 1 sont</p><p>deux applications de R dans R.</p><p>downloadModeText.vue.download 219 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>756</p><p>Composition des</p><p>applications</p><p>Op�ration que l�on peut d�finir quand on a trois ensembles A, B et C, non n�-</p><p>cessairement distincts, une application f : A # B et une application g : B # C.</p><p>Aux deux applications f et g (fig. 7), on</p><p>associe une troisi�me h : A # C, d�finie comme suit : si x &#x2208; A et y = f(x), y &#x2208; B ; si z = g(y), alors z = h(x) ; l�application h est dite � compos�e �</p><p>de f par g, et l�on note h = g &#x2218; f (g rond f), car z = g(y) ; mais y = f(x), d�o� z = g[f(x)], que l�on note z = g &#x2218; f(x).</p><p>Exemple. Les trois ensembles A, B</p><p>et C sont confondus avec l�ensemble R des nombres r�els ; f et g sont d�finies par et</p><p>alors,</p><p>z = g[f(x)] = 2(x 2 � 1) + 3 = 2x 2 + 1.</p><p>La fonction h est alors d�finie par C�est une application de R dans R.</p><p>Propri�t�s de la composition des applications</p><p>y Associativit�. On a quatre en-</p><p>sembles A, B, C, D et trois applications : f : A # B ; g : B # C et h : C # D ; pour tout �l�ment x de A, il existe un �l�ment y appartenant � B, tel que y = f(x) ; puis un �l�ment z appartenant � C, tel que z = g(y) ; enfin un �l�ment t appartenant � D, tel que t = h(z). Il existe donc une application &#x3C6; : A # D telle que t = &#x3C6;(x).</p><p>Le sch�ma de la figure 8, o� &#x3B1; = g &#x2218; f et &#x3B2; = h &#x2218; g sont deux applications compos�es telles que &#x3B1; : A # C et &#x3B2; : B # D, montre que t = h &#x2218; &#x3B1;(x) ou que t = &#x3B2; &#x2218; f(x) et que, par suite, &#x3C6;(x) = h &#x2218; &#x3B1;(x) = &#x3B2; &#x2218; f(x).</p><p>Les deux applications de A dans D, h &#x2218; &#x3B1; et &#x3B2; &#x2218; f, sont donc �gales, et l�on peut �crire</p><p>&#x3C6; = h &#x2218; &#x3B1; = &#x3B2; &#x2218; f,</p><p>ou encore</p><p>h &#x2218; (g &#x2218; f) = (h &#x2218; g) &#x2218; f.</p><p>Cette relation traduit l�associativit� de l�op�ration composition des applications. On �crira &#x3C6; = h &#x2218; g &#x2218; f.</p><p>y Revenons au cas de trois en-</p><p>sembles, A, B et C, que nous supposons ici confondus ; f : A # A et g : A # A. On peut d�finir f &#x2218; g aussi bien que g &#x2218; f ; y = f(x), z = g(y) ; y&#x2032; = g(x), z&#x2032; = f(y&#x2032;) [fig. 9].</p><p>En g�n�ral, z et z&#x2032; sont distincts, et, par suite,</p><p>f &#x2218; g &#x2260; g &#x2218; f.</p><p>Mais il peut arriver que</p><p>f &#x2218; g(x) = g &#x2218; f(x)</p><p>pour tout x de A ; alors</p><p>f &#x2218; g = g &#x2218; f,</p><p>et l�on dit que les deux applications f et g commutent.</p><p>Exemple.</p><p>A = R,</p><p>on v�rifie la commutativit� car</p><p>f &#x2218; g(x) = g &#x2218; f(x) = 32x 6 � 48x 4 + 18</p><p>x2 � 1.</p><p>y Application identique d�un</p><p>ensemble A. C�est l�application</p><p>IA : A # A telle que IA(x) = x, quel que soit l��l�ment x de A. Par suite, pour toute application f : A # B et pour tout �l�ment x de A,</p><p>f &#x2218; IA(x) = f[IA(x)] = f(x), et f &#x2218; IA = f, B �tant un ensemble quelconque.</p><p>De m�me, si g : C # A, C �tant un ensemble quelconque, quel que soit l��l�ment x de A,</p><p>IA &#x2218; g(x) = IA[g(x)] = g(x),</p><p>et, par suite, IA &#x2218; g = g.</p><p>Il r�sulte de cela que, pour toute application f : A # A,</p><p>f &#x2218; IA(x) = IA &#x2218; f(x) = f(x), ou que IA &#x2218; f = f &#x2218; IA = f.</p><p>En particulier, si f est une bijection de A dans A, elle poss�de une application inverse ou r�ciproque, f� 1, et pour tout �l�ment x de A,</p><p>f� 1 &#x2218; f(x) = f &#x2218; f�1(x) = IA(x) = x, ou f� 1 &#x2218; f = f &#x2218; f� 1 = IA.</p><p>E. S.</p><p>&#x25B6; Combinatoire / Ensemble / Fonction / Op�-</p><p>ration.</p><p>B A. Warusfel, Dictionnaire raisonn� de ma-th�matiques (�d. du Seuil, 1966). / M. Barbut, Math�matiques des sciences humaines, t. I : Combinatoire et alg�bre (P. U. F., 1967).</p><p>apprentissage</p><p>Ensemble des modifications de l�activit� psychologique d�coulant de l�influence plus ou moins r�p�t�e de l�environnement et entra�nant une meilleure adaptation � son �gard.</p><p>On peut le d�finir plus pr�cis�ment � partir de diverses oppositions qui vont �tre maintenant analys�es.</p><p>L�apprentissage doit naturellement �tre d�abord distingu� de modifications de l�activit� psychologique attribuables � des facteurs de dur�e relativement courte, tels que la fatigue, r�chauffement ou la � mise en train �, ou encore les variations de l��tat actuel de mobilisation du sujet, par exemple celles qui sont caus�es par la r�compense ou la punition attendue, l�approche du but, la sati�t�, la frustration, la distraction, etc. � la diff�rence de celles qui sont dues � l�apprentissage, ces modifications sont instables et d�pendent g�-</p><p>n�ralement des conditions pr�sentes.</p><p>La distinction ainsi �tablie, connue en psychologie scientifique comme celle de l�apprentissage et de la performance � un moment donn�, rev�t une grande importance tant en th�orie que par rapport � ses applications ; on peut s�en convaincre par un exemple facile, celui des examens ou des contr�les des connaissances, dans lesquels il est essentiel de ne pas prendre la perfor-</p><p>mance actuelle comme un indice fid�le du niveau d�apprentissage atteint par le sujet ; dans le concret, la d�marcation entre l�une et l�autre est tr�s souvent difficile � r�aliser et requiert des m�-</p><p>thodes de mesure assez �labor�es.</p><p>L�apprentissage, caract�ris� comme impliquant une meilleure adaptation � l�environnement, ne saurait non plus �tre confondu avec les modifications dues au milieu, qui se traduisent dans des perturbations, des d�gradations ou des r�gressions de l�activit� psychologique. Il doit, d�autre part, �tre distingu� d�adaptations non proprement psychologiques, comme celles qui se produisent dans le fonctionnement des organes sensoriels (accoutumances visuelles, olfactives, tactiles, etc.) ou dans le d�veloppement musculaire. Il convient, toutefois, de marquer que l�on prend parfois � l�inverse pour l�un des ph�nom�nes indiqu�s ci-dessus ce qui est effet r�el d�apprentissage.</p><p>L�acquis et l�inn�</p><p>On peut, si l�on veut, inclure les apprentissages dans une cat�gorie plus g�n�rale, celle des acquisitions, comprenant en outre des modifications de l�activit� psychologique consid�r�es comme ind�pendantes de l�environnement et dont le contenu aurait une origine essentiellement interne.</p><p>En fait, on dispose jusqu�� pr�-</p><p>sent de peu de donn�es exp�rimentales permettant d�assurer l�existence d�acquisitions dues � des facteurs de d�veloppement purement endog�nes ; les seules bien �tablies sont celles qui touchent � la maturation du syst�me nerveux. On admet d�ailleurs de plus en plus volontiers � l�heure actuelle que ces facteurs n�ont toute leur efficacit� que s�ils peuvent �tre actualis�s par des apprentissages. L�exemple du langage en est la meilleure illustration : quelles que soient les structures inn�es (encore mal connues) qui pr�-</p><p>sident � son d�veloppement, celui-ci ne peut avoir lieu en l�absence d�un environnement social convenable et il peut se trouver frein� ou demeurer � un stade insuffisant, avec toutes les cons�-</p><p>quences que cela implique pour les activit�s intellectuelles, si les �changes verbaux sont trop pauvres.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, les exp�-</p><p>riences qui se multiplient sur les animaux (par exemple en �levant tr�s longtemps certains d�entre eux dans l�obscurit�, dans le silence ou au sein d�un milieu qui les prive de telle ou telle cat�gorie de stimulation sensorielle) ainsi que les observations compar�es faites sur des enfants croissant dans des conditions de d�veloppement diff�rentes t�moignent de plus en plus amplement de la part que prennent les apprentissages fondamentaux pr�-</p><p>coces, soumis aux caract�ristiques de l�environnement, dans des acquisitions que l�on a eu longtemps l�habitude de consid�rer comme � naturelles � et, par extension abusive, comme le simple d�ploiement de virtualit�s internes.</p><p>On retrouve donc au sein m�me des notions larges d�acquisition ou de d�veloppement l�important probl�me du partage entre l�inn�it� et les apprentissages, tout comme dans les diverses sortes d�activit�s psychologiques.</p><p>La compr�hension en a �t� facilit�e par l�apparition d�un important corps de recherches sur les comportements instinctifs, men�es de fa�on objective par les �thologistes, les modalit�s g�-</p><p>n�rales du comportement d�un animal dans les diverses sph�res de son activit� (alimentaire, sexuelle, parentale, downloadModeText.vue.download 220 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>757</p><p>sociale, etc.) �tant d�sormais consid�r�es, au m�me titre que sa structure anatomique ou sa physiologie, comme des caract�res de son esp�ce.</p><p>L�observation a alors montr� qu�entre ce qui est inn� et acquis existent des interactions plut�t qu�une s�paration, et qu�elles sont particuli�rement nombreuses et complexes chez les esp�ces les plus �volu�es. Tr�s souvent, l�h�r�-</p><p>dit� ne fournit qu�un certain nombre de</p><p>� sch�mas �, sous forme, par exemple, de � m�canismes inn�s de d�clenchement � de comportements fix�s dans le r�pertoire de l�animal, et de structures, �galement inn�es, qui permettent l�identification de signaux ou de configurations bien d�finis ; mais ces sch�-</p><p>mas peuvent �tre compl�t�s ou pr�cis�s par l�apprentissage, comme dans le cas o� l�animal sait, de fa�on inn�e, r�agir � un cong�n�re, mais doit apprendre � diff�rencier son compagnon ou ses petits.</p><p>Il serait cependant hasardeux de g�n�raliser h�tivement � l�Homme � partir de l�animal : l��tude objective des comportements instinctifs montre clairement le caract�re presque toujours erron� de l�utilisation de ce dernier terme � propos des conduites humaines. Trop souvent on l�applique � des comportements qui, bien loin de n��tre pas appris, sont au contraire si fortement � surappris � qu�ils en sont devenus irr�pressibles, inconscients, tr�s rapides, au point de m�riter l��pi-th�te, bien s�r purement m�taphorique, d�automatiques ; ils n�en sont pas pour autant instinctifs. La psychanalyse d�nomme parfois aussi instinctifs, en sugg�rant par l� leur inn�it�, des d�terminants internes des conduites qu�il est pr�f�rable d�appeler pulsions dans le contexte de la psychanalyse et motivations ou mobiles dans celui, plus g�n�ral, de la psychologie. Cette derni�re a clairement montr� la possibilit� que de nombreuses motivations soient acquises.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, on peut</p><p>affirmer qu�� mesure que l�on gravit l��chelle animale diminue dans le comportement la part qui est d�termin�e de fa�on inn�e ; en m�me temps s�accro�t et prend une importance de plus en plus consid�rable ce qui est, � la naissance et dans la premi�re �tape de la vie, non fix�, plastique et destin� � ne prendre forme que par apprentissage.</p><p>Les principaux facteurs</p><p>de l�apprentissage</p><p>Les recherches conduites sur l�apprentissage au moyen de la m�thode exp�-</p><p>rimentale ont souvent port� jusqu�ici sur des situations simplifi�es, �tablies � partir d�un petit nombre de comportements et �tudi�es de fa�on intensive.</p><p>Elles ont fourni une tr�s grande somme de r�sultats, qu�il n�est pas toujours facile d�ordonner de fa�on coh�rente et univoque ; plusieurs th�ories de l�apprentissage ont ainsi vu le jour, chacune</p><p>mettant plus fortement l�accent sur tel ou tel trait des situations soumises � l�investigation. Comme beaucoup d�entre celles-ci �taient plus commod�ment r�alisables chez l�animal, on a, d�autre part, �t� parfois tent� de g�n�-</p><p>raliser ces th�ories � partir de donn�es recueillies essentiellement chez le Rat, le Chien ou le Singe. Depuis quelque temps, toutefois, des recherches compar�es se sont multipli�es et elles ont permis d�avoir une id�e plus exacte des ressemblances et des diff�rences existant entre esp�ces animales, et surtout de l�animal � l�Homme ; pour celui-ci, � c�t� des recherches classiques g�n�ralement conduites sur des adultes (et m�me assez souvent sur des �tudiants), on a commenc� � �tablir des comparaisons en fonction de l��ge, du niveau intellectuel, des conditions de l�environnement, du genre de vie, de la classe sociale, du milieu culturel, etc.</p><p>Toutes ces recherches conduisent, bien entendu, � un tableau d�une grande complexit�. Il semble possible, toutefois, d�en d�gager l�id�e que tous les apprentissages, qu�il s�agisse de l�animal ou de l�Homme, de l�enfant ou de l�adulte, d�individus socialement favoris�s ou d�favoris�s, sont r�gis par un certain nombre de facteurs tr�s g�n�raux, m�me si, comme c�est le cas pour toutes les lois naturelles, leur action se manifeste diversement selon les circonstances. La sp�cification du jeu des facteurs et la d�couverte de nouvelles lois mettent en jeu une m�thodologie assez complexe et imposent le recours � une conceptualisation de plus en plus �labor�e. On ne pr�sentera ici qu�une description sommaire des principaux facteurs.</p><p>La contigu�t�</p><p>Au premier rang de ceux-ci, il convient de placer la contigu�t�, dont l�importance a �t� reconnue avant m�me la naissance de la psychologie scientifique. Son r�le est manifeste dans tous les apprentissages auxquels peut �tre clairement reconnu le caract�re associatif ; il faut y ajouter que ce dernier est aujourd�hui reconnu � une gamme d�activit�s psychologiques beaucoup plus large que par le pass� et que nombre de critiques adress�es �</p><p>l�ancien associationnisme ont �t� surmont�es par le d�veloppement de la recherche.</p><p>Selon une grande famille de th�ories de l�apprentissage, celui-ci s��tablirait par association ou liaison d�un �v�nement perceptif, ou stimulus, et d�un comportement ou r�ponse ; ces th�ories sont, pour cette raison, dites</p><p>� stimulus-r�ponse �, ou S-R. Cependant, selon une autre famille de th�ories, appel�es � cognitives � (ou encore S-S, c�est-�-dire � stimulus-stimulus �), c�est plut�t entre deux �v�nements perceptifs et de fa�on ind�pendante de la r�action que s��tablirait la liaison, celle-ci �tant alors souvent con�ue comme une int�gration plut�t que comme une pure association entre deux �l�ments pr�existant isol�ment.</p><p>D�autres conceptions encore mettent l�accent sur le contenu mobilisateur ou affectif des �v�nements en cause.</p><p>Il est clair que ces diff�rentes th�ories ne peuvent �tre correctement appr�-</p><p>ci�es qu�en relation avec les cat�gories de faits dont elles visent pr�f�ren-downloadModeText.vue.download 221 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>758</p><p>tiellement � rendre compte : ainsi, les liaisons cognitives, pour s�en tenir � cet exemple, ont sans doute peu ou pas d�existence chez les Mammif�res inf�-</p><p>rieurs ou les Poissons, alors qu�elles ont manifestement une grande importance dans la psychologie humaine.</p><p>Quoi qu�il en soit de la nature des �l�ments ainsi li�s, la contigu�t�, c�est-</p><p>�-dire la simultan�it� ou la proximit� temporelle dans l�exp�rience du sujet, est une condition sans laquelle il n�est pas d�apprentissage possible.</p><p>Dans les recherches exp�rimen-</p><p>tales, elle devient un objet de mesure sous la forme de l�intervalle temporel qui s�pare les termes de la liaison, et dont on a pu montrer qu�il doit avoir une longueur optimale pour que l�apprentissage soit lui-m�me facilit� au maximum.</p><p>Dans le domaine verbal, l��preuve</p><p>bien connue des associations libres, dans laquelle on demande � un sujet de r�pondre � un mot par le premier mot qui lui vient � l�esprit, est un r�v�lateur des contigu�t�s, soit linguistiques, soit personnelles, qui ont affect� le mot in-ducteur dans le pass� du sujet ; l�exp�-</p><p>rimentation et la psychanalyse en font, sous diverses formes, un large usage.</p><p>La contigu�t� est d�ailleurs une condition facilement d�celable des apprentissages verbaux : en dehors m�me des apprentissages par coeur, il convient de souligner qu�apprendre � un enfant � 7 fois 7 �galent 49 � ou � la Baleine est un Mammif�re � consiste � rapprocher par le langage des concepts qu�il s�agit de lier de fa�on ad�quate, en rendant possible par la contigu�t� l�apprentissage de relations s�mantiques qui, certes, la d�bordent largement, mais qui, sans elle, n�auraient aucun moyen d��tre transmises.</p><p>La r�p�tition</p><p>C�est une condition fondamentale de l�apprentissage ; on peut �noncer � son sujet une loi selon laquelle l�acquisition a une � force � d�autant plus grande qu�elle a �t� plus souvent pratiqu�e. Cette � force � peut se manifester de diverses mani�res : par exemple, dans la fr�quence avec laquelle le comportement appris appara�t dans des conditions donn�es, ou, ce qui revient fondamentalement au m�me, dans la proportion de r�ponses � correctes �, par opposition aux r�ponses inad�-</p><p>quates ; elle peut aussi s�exprimer dans la vigueur ou l�amplitude de la r�action, dans sa rapidit� ou encore dans sa latence ; enfin, elle est �galement en rapport avec la r�sistance de l�acquisition au d�sapprentissage ou � l�oubli.</p><p>(Fig. 1)</p><p>Les courbes d�apprentissage, dans lesquelles on porte en abscisse le nombre de fois o� les conditions de l�apprentissage ont �t� r�p�t�es et en ordonn�e le param�tre qui sert d�indicateur de la force de l�acquisition, donnent une repr�sentation commode de l�influence de la r�p�tition. Elles sont le plus souvent n�gativement ac-c�l�r�es et se terminent par un plateau,</p><p>les r�p�titions semblant ainsi avoir une efficacit� de plus en plus faible et finalement nulle ; mais cette conclusion doit �tre nuanc�e. Les courbes d�apprentissage que l�on pr�sente sont souvent celles de groupes de sujets et, si elles donnent une id�e g�n�rale exacte de l�allure du processus, elles peuvent en masquer les d�tails. (Fig. 2) Les pentes peuvent �tre tr�s variables d�un sujet � l�autre, de m�me que le niveau du plateau ; en mati�re de diff�rences interindividuelles, il convient de distinguer soigneusement les deux variables : un sujet peut progresser lentement, mais finir par atteindre un niveau �lev� pourvu qu�on lui donne un nombre suffisant de r�p�titions, tandis qu�un second, qui apprend au d�but beaucoup plus vite et se trouve donc, dans un premier temps, � un niveau constamment sup�rieur au pr�c�dent, pourra ensuite atteindre un plafond qui sera soit plus �lev� que le premier, soit simplement �quivalent, soit m�me plus bas.</p><p>Les courbes individuelles d�apprentissage diff�rent aussi des courbes de groupe en ce qu�elles comportent d�importantes oscillations, qui sont souvent masqu�es dans les r�sultats de groupes par l�utilisation de moyennes. Ces irr�-</p><p>gularit�s manifestent les interactions entre les facteurs � d�j� �voqu�s �</p><p>qui affectent la performance et ceux qui � telle la r�p�tition � portent sur l�apprentissage. La courbe individuelle se pr�sente alors comme une suite de progr�s, de r�gressions, de paliers, de nouveaux progr�s, etc. ; il convient de bien voir que ces irr�gularit�s sont ici parfaitement normales. Toutefois, � mesure que l�apprentissage avance et que les r�p�titions s�ajoutent les unes aux autres, elles tendent � s�att�nuer : l�acquisition a vu cro�tre non seulement sa force, mais aussi sa r�sistance aux perturbations �trang�res ; m�me lorsque le plateau est atteint, cette derni�re augmentation peut se poursuivre, le sujet ne faisant alors, � proprement parler, plus de progr�s, mais pouvant d�sormais soutenir sa performance avec beaucoup plus de r�gularit� et de constance. Ces faits ont une grande port�e p�dagogique, et il en d�coule la n�cessit� de poursuivre l�apprentissage bien au-del� du point o� on l�inter-</p><p>rompt souvent, alors que l�acquisition est encore fra�che et fragile.</p><p>Tout ce que l�on vient de dire peut aussi s�appliquer aux facteurs de d�-</p><p>sapprentissage ou d�oubli : une acquisition qui a �t� fortement r�p�t�e ou</p><p>� surapprise � r�sistera ult�rieurement beaucoup mieux � la disparition, temporaire ou d�finitive, des conditions qui l�ont engendr�e.</p><p>Il convient de souligner que, dans la vie quotidienne, un grand nombre d�acquisitions sont ainsi soumises, tr�s souvent sans que les int�ress�s s�en rendent compte, au surapprentis-sage d� � d�innombrables r�p�titions ; de l� vient d�ailleurs que certaines prennent, comme il a �t� dit plus haut, le caract�re d�activit�s ou de connaissances � naturelles �, � instinctives �</p><p>ou � �videntes � ; il en est ainsi des gestes longuement polis de l�ouvrier professionnel ou de l�artiste, de la capacit� de l�homme comp�tent � percevoir ce qui passe inaper�u au profane, de la rapidit� de calcul, de jugement ou de d�cision du sp�cialiste exerc�.</p><p>Mais d�autres acquisitions, communes � tous, sont le fruit de r�p�titions non moins nombreuses : ainsi percevons-nous la profondeur, le bas, le haut, en fonction des milliers d�associations qui se sont �tablies au cours de notre vie, depuis notre petite enfance, entre les impressions re�ues par notre r�tine et l�activit� manipulatrice ou musculaire correspondante ; on peut, au laboratoire, cr�er des conditions artificielles gr�ce auxquelles on modifie ces liaisons, et on constate alors qu�une nouvelle adaptation est parfaitement possible.</p><p>Le r�le de la r�p�tition dans l�apprentissage ne doit, toutefois, pas �tre consid�r� comme ayant un caract�re absolu ni surtout comme excluant la possibilit� d�apprentissage en une seule fois ; l�existence d�apprentissage en une seule fois est bien �tablie, en particulier dans certains domaines affectifs et cognitifs. On a d�j� indiqu� que les affects de douleur et de peur s�associent tr�s facilement et tr�s rapidement � des perceptions qui leur sont accidentellement conjointes ; dans le domaine des connaissances, il peut �galement suffire qu�un mot soit entendu une fois</p><p>pour qu�un enfant l�apprenne ou, plus couramment encore, qu�une phrase soit simplement �nonc�e pour que son contenu soit acquis et int�gr� par ceux qui l�ont re�ue. L�apprentissage en une fois � en un � essai � selon la terminologie psychologique � ne contredit pas la loi de la r�p�tition ; il en repr�-</p><p>sente le cas o� le plateau est atteint d�embl�e apr�s une seule manifestation de la contigu�t�.</p><p>Le fractionnement de</p><p>l�apprentissage</p><p>et sa distribution</p><p>dans le temps</p><p>Les r�p�titions successives peuvent �tre espac�es dans le temps et s�pa-r�es par des intervalles plus ou moins longs ; lorsque ceux-ci sont tr�s courts et � la limite nuls, l�exp�rience montre que l�apprentissage s�en trouve ralenti ; l�introduction de pauses entre les r�p�-</p><p>titions ou � l�int�rieur des s�quences temporelles d�exercice a, au contraire, pour effet de favoriser les progr�s. Des relations quantitatives stables, bien qu�assez complexes, ont �t� mises en �vidence dans ce domaine.</p><p>Il n�est malheureusement pas possible de fixer a priori la fr�quence et la dur�e optimales des interruptions qu�il convient d�introduire dans le cours d�un apprentissage : trop br�ves ou trop rares, elles sont peu efficaces ; trop longues ou trop nombreuses, elles peuvent favoriser l�oubli et �tre, par cons�quent, nuisibles. L�optimum d�pend directement du degr� de complexit� de l�apprentissage et peut naturellement varier suivant les sujets.</p><p>Le contenu des pauses est �galement important : plus l�activit� qui y prend place est diff�rente de celle qui est en cours d�apprentissage, plus celui-ci s�en trouve facilit� ; le sommeil produit des effets particuli�rement favorables.</p><p>En revanche, un exercice tr�s semblable � ce qui doit �tre appris perturbe ou ralentit l�acquisition. Les interpr�tations psychologiques ou psychophysiologiques de ces faits mettent particuli�-</p><p>rement l�accent sur l�activit� nerveuse de consolidation, qui a lieu � de fa�on non consciente � apr�s la perception ou l�exercice et qui semble �tre une</p><p>condition de la fixation mn�sique.</p><p>La loi de l�effet</p><p>Une partie au moins des apprentissages appara�t comme soumise � ce qu�on appelle la loi de l�effet, que l�on retrouve dans le domaine du conditionnement*</p><p>sous le nom de renforcement : un comportement qui est suivi par un effet favorable � son auteur tend � devenir plus fr�quent et plus fort, ce qui t�moigne du fait qu�il a �t� progressivement downloadModeText.vue.download 222 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>759</p><p>appris ; un comportement qui est suivi par un effet d�favorable diminue peu � peu et dispara�t, ce qui indique non qu�il a �t� d�sappris ou oubli�, mais, au contraire, qu�un apprentissage nouveau s�est d�velopp�, ayant comme contenu la relation entre l�acte et son effet, et comme r�sultat une inhibition active de cet acte ; c�est lorsqu�un comportement n�est suivi d�aucun effet r�gulier que rien n�est appris et que, si l�effet ant�-</p><p>rieurement pr�sent dispara�t, l�on peut assister � un d�sapprentissage d�une ancienne acquisition.</p><p>Un cas particulier extr�mement important de la loi de l�effet est constitu� par la connaissance que peut prendre un sujet des r�sultats de son action, parfois appel�e information en retour.</p><p>Dans le cas des apprentissages discriminatifs, qui sont ceux o� une r�ponse doit �tre donn�e � un stimulus ou � une situation et non � une autre, l�information en retour apport�e au sujet par l�effet de son action est une des conditions qui lui permettent d�ajuster celle-ci en �liminant progressivement les r�ponses erron�es.</p><p>C�est ainsi qu�est rendue possible une analyse de la situation, qui permet d�y discerner les diff�rents �l�ments et les dimensions sur lesquelles ils varient. Prenons l�exemple tr�s simplifi� dans lequel un sujet se voit pr�-</p><p>senter une collection d�objets et doit donner une certaine r�ponse si l�objet est grand, une autre s�il est petit ; supposons que les objets soient de deux</p><p>couleurs, rouge ou verte ; on en aura donc des grands rouges, des petits rouges, des grands verts et des petits verts. Si l�objet grand et rouge est pr�-</p><p>sent� le premier, si le sujet donne une r�ponse positive et qu�une information en retour � r�ponse correcte � lui est donn�e, le sujet se trouve encore incapable de fournir � coup s�r une r�-</p><p>ponse exacte pour l�un quelconque des trois autres objets ; selon l�ordre dans lequel ceux-ci lui seront pr�sent�s et ses r�ponses confirm�es ou infirm�es, il pourra apprendre plus ou moins facilement et rapidement que c�est une question de taille et non de couleur. Ce type de probl�me et son mode d��tude peuvent �tre g�n�ralis�s aux situations o� il existe n et non plus deux dimensions, avec n et non plus deux valeurs pour chacune. Tout permet de supposer que l�enfant qui apprend � dire chien en pr�sence d�un � objet � qui se d�place, poss�de quatre pattes et une queue, aboie, etc., mais qui peut indiff�remment �tre petit ou moyen (par rapport � un cheval), noir, blanc ou marron, bruyant ou tranquille, etc., peut �laborer son concept gr�ce aux informations en retour qu�il recueille au cours d�une s�rie d�sordonn�e d�exp�riences reposant sur une combinatoire du type de celle qui a �t� sommairement d�crite plus haut.</p><p>L�utilisation de la loi de l�effet, sous la forme d�informations en retour donn�es de fa�on syst�matique et raisonn�e � celui qui apprend, est un des fondements des nouvelles m�thodes d�enseignement programm�.</p><p>Transferts et</p><p>interf�rences</p><p>C�est seulement par abstraction qu�il est possible de raisonner sur un apprentissage isol� ; en fait, des apprentissages multiples se d�veloppent simultan�ment ou en se chevauchant chez tous les sujets ; l��tude de leurs interactions est particuli�rement importante.</p><p>Les modifications psychologiques produites par un apprentissage ne sont pas seulement relatives � son contenu sp�cifique ; elles ont par nature un caract�re g�n�ralis�. Cela appara�t notamment en ce qu�on peut apprendre</p><p>� apprendre : la simple pratique d�apprentissages successifs peut y concourir ; l�adoption de � strat�gies � d�efficacit� croissante est en outre un facteur important, les processus intellectuels pouvant jouer un r�le plus ou moins direct dans l�analyse des situations que rencontre le sujet. Mais, r�ciproquement, ce qui se manifeste comme inf�-</p><p>riorit� ou sup�riorit� intellectuelle est souvent, au moins en partie, le produit d�une telle capacit� d�apprendre ou de s�adapter, elle-m�me acquise et d�velopp�e ou entrav�e par des conditions familiales et sociales plus ou moins favorables.</p><p>Il peut se faire qu�un apprentissage particulier en facilite directement un autre qui lui est post�rieur : on parle alors de transfert. L�am�nagement de progressions dans le cours des enseignements repose essentiellement sur ce ph�nom�ne, l�acquisition d�une connaissance �tant alors command�e par celle ou celles qui la pr�c�dent ; cette filiation est particuli�rement importante dans les apprentissages qui mettent en oeuvre des sch�mes ou des concepts, ceux qui sont d�j� acquis servant � int�grer ou � � coder � les perceptions nouvelles.</p><p>Il existe � l�inverse des cas o� ce qui a �t� acquis � un moment donn� g�ne ou ralentit des acquisitions ult�rieures ; de son c�t�, un apprentissage nouveau peut perturber une acquisition r�alis�e ant�rieurement et la faire r�gresser � un niveau inf�rieur. On parle dans ces deux cas d�interf�rences � proac-tives �, � r�troactives �, selon que la d�t�rioration touche un apprentissage post�rieur ou ant�rieur � celui qui est consid�r�.</p><p>Positifs ou n�gatifs, les transferts ou interf�rences entre deux apprentissages d�pendent largement de la similitude de leurs contenus ; l�action de celle-ci s�exerce toutefois de fa�on tr�s complexe et, selon le cas, dans un sens favorable ou d�favorable ; les lois qui la r�gissent n�ont pu, jusqu�� pr�sent, �tre d�gag�es de mani�re compl�te pour tout apprentissage.</p><p>Importance des</p><p>apprentissages</p><p>Par ce qui pr�c�de, il est clair que, chez un individu, le produit de tous les apprentissages ant�rieurs s�organise de fa�on tr�s complexe, mais aussi naturellement structur�e, pour cr�er des formes diverses de capacit�s, d�intelligence, d��motivit�, de d�cision, sans que l�on puisse s�parer radicalement les unes des autres : telle sorte d�exp�-</p><p>rience n�gative dans le domaine affectif peut, par le jeu des transferts et des interf�rences, se manifester sous la forme d�un apparent d�ficit intellectuel.</p><p>Si l�on veut bien admettre que,</p><p>durant une partie consid�rable de son existence, exc�dant largement l�enfance et la jeunesse, et, dans le meilleur des cas, pendant toute sa vie, l�individu apprend peu ou prou � chaque moment o� il fait quelque chose, c�est-</p><p>�-dire de fa�on presque permanente, on comprendra que ces acquisitions contribuent au moins autant que les caract�ristiques inn�es � la constitution de l�armature pratique, intellectuelle ou affective de sa personnalit� : c�est la richesse, la vari�t� et le caract�re v�ritablement humain de l�environnement dans lequel il �volue qui en d�termineront le plein d�veloppement et l��panouissement harmonieux. La modification des conditions, individuelles ou g�n�rales, de cet environnement par le moyen de l��ducation, de la psychoth�rapie rationnelle, de l�action sociale et politique, qui peuvent contribuer si fortement � l�am�lioration de son existence, tant mat�rielle que psychologique, ne peut donc avoir downloadModeText.vue.download 223 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>760</p><p>sa pleine efficacit� que par une meilleure connaissance des apprentissages humains.</p><p>J.-F. L. N.</p><p>&#x25B6; Dr. et Sc. �con. formation professionnelle.</p><p>B E. R. Hilgard, Theories of Learning (New York, 1948 ; 2e �d., 1956). / A. Fessard et coll., le Conditionnement et l�apprentissage (P. U. F., 1958). / P. Greco, � Apprentissage et structures</p><p>intellectuelles �, dans Trait� de psychologie ex-p�rimentale, t. VII (P. U. F., 1963). / A. W. Melton (sous la dir. de), Categories of Human Learning (New York, 1964). / G. de Montpellier, � l�Apprentissage �, dans Trait� de psychologie exp�-</p><p>rimentale, t. IV (P. U. F., 1964). / R. C. Atkinson, G. H. Bower et E. J. Crothers, An Introduction to Mathematical Learning Theory (New York, 1965). / R. M. Gagn�, The Conditions of Learning (New York, 1965). / P. Zintchenko et coll., Recherches psychologiques en U. R. S. S. (en russe, Moscou, 1966). / J.-F. Le Ny, Apprentissage et activit�s psychologiques (P. U. F., 1967).</p><p>/ B. F. Skinner, la R�volution scientifique de l�enseignement (Dessart, Bruxelles, 1968). / Le Xuan et J.-C. Jassain, Analyse comportementale (Nathan, 1976).</p><p>approvision-</p><p>nement</p><p>Action de faire co�ncider dans le temps et dans l�espace et aux meilleures conditions les besoins en mati�res et prestations des diff�rents secteurs de l�entreprise avec les ressources qu�offre le march� ou l�entreprise elle-m�me.</p><p>La fonction approvisionnement rev�t deux aspects principaux : l�un, d�ordre technico-commercial, consiste � d�finir les besoins, � �tudier le march� et � n�gocier avec les fournisseurs ; l�autre, d�ordre administratif et financier, s��tend de l��mission de la commande � l�enregistrement des r�ceptions.</p><p>Les missions du service</p><p>des approvisionnements</p><p>Connaissance qualitative et</p><p>quantitative des besoins</p><p>Le r�le du service des approvisionnements ne se limite pas � enregistrer des commandes. Il s�enquiert de la nature des besoins internes afin de rechercher aupr�s des fournisseurs les produits les mieux adapt�s et oriente le choix des utilisateurs. Cela exige des acheteurs une comp�tence technique et une collaboration constante avec les services charg�s de l�analyse technique des produits et des m�thodes. Cette analyse comporte trois domaines : l�analyse des valeurs, l��tude des m�thodes en vue de r�duire les co�ts de fabrication chez les fournisseurs et la recherche de normalisation � l�int�rieur de l�en-</p><p>treprise. Pour appr�cier la cadence et le volume des r�approvisionnements, et surtout pour n�gocier sur des bases globales (achat par march�), les approvisionnements participent � la pr�vision des besoins en quantit�.</p><p>Connaissance des ressources</p><p>du march�</p><p>Elle s�acquiert par les propositions spontan�es des fournisseurs et par des �tudes provoqu�es pour les articles importants, dont la technologie �volue rapidement.</p><p>Consultation et n�gociation</p><p>Les n�gociations avec les fournisseurs s�lectionn�s � la suite de ces �tudes ou d�appels d�offre ont pour objet un achat pr�cis � court terme ou l��laboration de contrat-cadre. L�appel d�offre est une demande �crite adress�e � tous les fournisseurs capables de fournir le produit recherch�, pour qu�ils pr�cisent leurs qualit�s, leurs d�lais et leurs prix.</p><p>Le contrat-cadre permet de r�gler pour une dur�e d�termin�e tous les aspects g�n�raux des conventions conclues avec un fournisseur, les besoins r�els �tant ensuite satisfaits par de simples ordres de livraison.</p><p>Contr�le des commandes</p><p>La surveillance des commandes</p><p>peut �tre pr�ventive (relance avant �ch�ance) ou curative (relance apr�s �ch�ance). Elle peut �tre �galement syst�matique (c�est-�-dire d�clench�e pour toute commande) ou s�lective, en fonction de l�urgence r�elle des besoins, du degr� de confiance accord� aux fournisseurs, etc.</p><p>R�ception</p><p>Les modalit�s du contr�le sont pr�ci-s�es et portent sur les tol�rances quantitatives et qualitatives, et le moment du contr�le (chez le fournisseur, en cours ou en fin de fabrication, � la r�ception).</p><p>Magasinage</p><p>Le service des approvisionnements est �galement responsable de la r�ception</p><p>physique, des m�thodes de rangement, du maintien en bon �tat des stocks, des op�rations de redistribution.</p><p>Contr�le</p><p>Un tableau de bord des approvisionnements est indispensable pour appr�-</p><p>cier le rendement du service : efficacit� des actions au niveau des achats et des �tudes (nombre de consultations, nombre de demandes insatisfaites, nombre d��tudes men�es � bien, changements de fournisseurs), frais de fonctionnement, analyse des stocks et tendance des prix.</p><p>Ces diff�rentes fonctions se r�partissent en deux groupes distincts : celles qui ont trait au long ou moyen terme (�tudes de march�, appr�ciation des fournisseurs, analyse technique des produits, n�gociation de contrats-cadres) et celles qui se rapportent au court terme (r�daction des accords, livraisons, stockage, etc.).</p><p>Apr�s avoir �t� passive et d�pendante, la fonction approvisionnement joue maintenant un r�le dynamique aupr�s des services internes de l�entreprise comme vis-�-vis de ses fournisseurs.</p><p>Co�t de</p><p>l�approvisionnement</p><p>Les approvisionnements repr�sentant de 40 � 60 p. 100 des prix de vente, l�objectif principal du responsable du service sera l�analyse de ce co�t et la recherche des actions susceptibles de le r�duire.</p><p>Prix de revient d�achat</p><p>�gal au montant des factures des fournisseurs et des frais de transport et de douane, il varie selon les volumes et les fr�quences des livraisons.</p><p>Co�t d�acquisition ou</p><p>de fonctionnement</p><p>Ce co�t semi-fixe, c�est-�-dire variant par paliers en fonction du volume d�achats, comprend les frais de personnel du service des achats et du magasin, les assurances sur les b�timents et</p><p>les marchandises.</p><p>Co�t de possession ou</p><p>de stockage</p><p>Il est �gal � la valeur moyenne immobilis�e, repr�sent�e par le montant du stock moyen de l�article, multipli�e par le taux de possession, qui comprend deux termes : le co�t du loyer de l�argent ainsi immobilis� et le taux d�obsolescence. � ce niveau, nous ne sommes plus dans la rigueur math�matique, mais dans l�appr�ciation. Quel taux faut-il prendre ? Celui des banques ou le taux de rentabilit� de l�entreprise ?</p><p>Comment, d�autre part, calculer le taux d�obsolescence ? Celui-ci peut varier th�oriquement de 0,5 � 50 p. 100 du prix de l�article, selon qu�il s�agit de t�les (la rouille peut les attaquer) ou de composants �lectroniques, p�rim�s tr�s rapidement par une technique nouvelle.</p><p>Co�t des d�fauts</p><p>d�approvisionnement</p><p>Il s�agit de frais r�els, mais d�licats � appr�cier, parmi lesquels figurent notamment :</p><p>� le luxe technique (on approvisionne dans une qualit� qui est sup�rieure aux exigences techniques et � l�usage) ;</p><p>� le d�faut de qualit� ;</p><p>� les d�lais mal �tudi�s, qui peuvent �tre imputables aux fournisseurs ou � l�acheteur ;</p><p>� les d�fauts de r�ception (le r�cep-tionniste a rebut� syst�matiquement des lots entiers pour quelques articles non conformes ou a accept� trop d�articles d�fectueux).</p><p>Probl�mes</p><p>de structure</p><p>Longtemps rattach�e aux services de production, la fonction approvisionnement est devenue la direction des approvisionnements ; la nature de ses missions suppose qu�elle puisse faire entendre ses avis, donc qu�elle soit directement rattach�e � la direction g�n�rale. Son responsable poss�de une double attribution hi�rarchique (sur ses</p><p>propres services) et fonctionnelle (coordination avec les autres fonctions).</p><p>� l�int�rieur du service se trouvent regroup�s tous les organes effectuant les op�rations, dont l�ensemble constitue la cha�ne de l�approvisionnement.</p><p>Les arguments en faveur du regroupement de l�ensemble des op�rations en un m�me service ne manquent pas : unit� de but de la fonction achat, puissance d�achat, connaissance globale du march�, d�pendance des diff�rentes op�rations qui d�coulent les unes des autres, contr�le d�ensemble plus facile.</p><p>Quelques exceptions sont cependant possibles lorsque l�entreprise compte plusieurs usines, d�centralis�es g�ographiquement et poss�dant un budget propre de fonctionnement. Ainsi d�fini, le m�tier d�acheteur demande une formation �tendue : connaissance des produits et des march�s, sens de la n�-</p><p>gociation et de l�administration, comp�tences �conomiques et juridiques tant pour la r�daction des contrats que pour le r�glement des litiges.</p><p>F. B.</p><p>&#x25B6; Direction / Organigramme / Stocks (gestion des) / Structure.</p><p>B H. T. Lewis et W. B. England, Procurement, Principles and Cases (Homewood, Illinois, 1948 ; 3e �d., 1957 ; trad. fr. la Fonction approvisionnement dans l�entreprise, Dunod, 1961). /</p><p>G. W. Aljian (sous la dir. de), Purchasing Hand-downloadModeText.vue.download 224 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>761</p><p>book (New York, 1959 ; 2e �d., 1966). / P. Michel, Implantations et manutentions (Dunod, 1961).</p><p>/ H. Bernat�ne, l�Achat, acte num�ro 1 de l�entreprise (�d. d�organisation, 1963). / P. M. Muller, Organisation moderne des approvisionnements dans l�industrie (�d. d�organisation, 1964 ; nouv. �d., 1971). / R. A. Bolton, Systems Contracting. A New Purchasing Technique (New York, 1966). / Assoc. pour le perfectionnement de l�approvisionnement, Guide de l�approvi-sionneur (Dunod, 1969). / J. Danty-Lafrance, Strat�gie et politique de l�approvisionnement (Fayard-Mame, 1970). / M. Cou�toux, les Probl�mes de l�approvisionnement (Dunod, 1972).</p><p>Apt�rygotes</p><p>Insectes primitifs ne poss�dant pas d�ailes et dont le d�veloppement se d�roule sans m�tamorphoses.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Les Apt�rygotes forment la moins nombreuse et la plus discr�te des deux sous-classes d�Insectes : � peine 2 000 esp�ces actuellement d�crites, presque toutes de taille inf�rieure � 1 cm. Mais on les trouve dans tous les milieux et sur tous les continents.</p><p>Le groupe est loin d��tre homo-</p><p>g�ne, et on y distingue quatre ordres : Thysanoures, Diploures, Protoures et Collemboles.</p><p>Thysanoures</p><p>Ils sont sans doute les plus familiers, au moins par une forme, le � Petit Poisson d�argent � (Lepisma saccharina), au corps agile couvert de minuscules �cailles brillantes, qui fr�quente les lieux humides des habitations et se nourrit de substances organiques diverses (farine, papier, etc.). Cependant, la plupart des Thysanoures vivent dans le sol, les feuilles mortes et les mousses. Leur corps, allong�, porte, � l�avant, des pi�ces buccales broyeuses bien visibles ; ils doivent leur nom (thusanos, frange, et oura, queue) au fait que leur abdomen porte, sur la plupart de ses onze segments, des appendices styliformes et qu�il se termine par trois longs filaments (deux cerques et un filament m�dian).</p><p>Diploures</p><p>Ils ressemblent ext�rieurement aux Thysanoures, auxquels on les a longtemps r�unis, par leur corps allong�, leurs antennes fines, leur abdomen � onze segments portant des styles et par le fait qu�on les trouve dans des biotopes semblables ; mais leurs pi�ces buccales sont enfonc�es dans un vestibule, et leur abdomen se termine par deux cerques seulement, allong�s chez Campodea, en pince chez Japyx ; d�autre part, ils sont d�pigment�s et aveugles.</p><p>Protoures</p><p>Ils vivent dans les endroits humides ; la lenteur de leurs mouvements et leur petitesse (jamais plus de 2 mm de long) expliquent leur d�couverte tardive, en 1907 ; bien qu�ils semblent tr�s r�pandus, ils sont encore peu connus. Leur organisation manifeste une r�gression certaine : trach�es r�duites ou nulles, tubes de Malpighi rudimentaires, pas d�yeux ni d�antennes (les pattes ant�rieures, tactiles, les remplacent). � l��closion, l�abdomen n�a que neuf segments ; il en acquiert trois autres au cours des premi�res mues ; ce caract�re, exceptionnel chez des Insectes, rapproche les Protoures des Myriapodes. Les trois premiers anneaux de l�abdomen portent, ventralement, de petits appendices. Les Protoures paraissent se nourrir de liquides ; en tout cas, leurs pi�ces buccales sont allong�es, comme chez les Insectes suceurs.</p><p>Collemboles</p><p>Ils ne sont gu�re plus grands que les Protoures et se rencontrent partout o� l�humidit� est suffisante, en particulier dans le sol, o� ils jouent un r�le dans la formation de l�humus. Ils se rassemblent parfois en tr�s grand nombre.</p><p>Beaucoup sont capables de sauter, en d�tendant brutalement vers l�arri�re leur furca, appendice abdominal repli� sous le corps au repos et maintenu par le r�tinacle ; le tube ventral, situ� sous le premier segment et recouvert d�un enduit collant, sert d�organe adh�sif.</p><p>L�abdomen n�a que six segments, distincts chez Podura, en partie fusionn�s chez Sminthurus. Les pi�ces buccales sont broyeuses. Certains organes ont subi une r�gression : antennes � quatre articles, pattes parfois � une seule griffe, pas d�yeux compos�s, ni de trach�es, ni de tubes malpighiens.</p><p>On regroupe actuellement les Protoures, les Collemboles et les Diploures, dont les pi�ces buccales sont cach�es dans la t�te, en un super-ordre, les Entotrophes, qui s�oppose aux Ec-totrophes, avec l�unique ordre des Thysanoures, aux pi�ces buccales visibles ext�rieurement.</p><p>�cologie</p><p>Si la grande majorit� des Apt�rygotes vit dans la terre, l�humus, les feuilles mortes, les mousses et les herbes basses, certains occupent des biotopes plus particuliers. Dans nos maisons, Thermobia domestica recherche des endroits plus chauds que Lepisma saccharina, forme voisine d�j� cit�e.</p><p>Deux Collemboles sont nuisibles aux cultures : Sminthurus viridis commet des d�g�ts sur la luzerne et la canne � sucre ; Hypogastra se d�veloppe sur le champignon de couche. Podura</p><p>aquatica, Isotoma palustris, Collemboles �galement, flottent sur les eaux calmes, en groupes nombreux, tandis qu�Isotoma saltans pullule parfois sur les glaciers, qu�il recouvre par place de taches noires. Dans la zone de balancement des mar�es vivent diverses formes, comme Petrobius maritimus, Thysanoure brun�tre, et Anurida ma-rina, Collembole de couleur bleut�e.</p><p>Certains Apt�rygotes sont commensaux des Fourmis : Lepisma formicaria, Cyphodeirus albinos ; d�autres se trouvent dans les termiti�res. On conna�t aussi des esp�ces cavernicoles.</p><p>L�extension g�ographique et �cologique des Apt�rygotes ne le c�de en rien � leur anciennet� g�ologique ; en effet, le premier Insecte actuellement connu est un Collembole, Rhyniella praecursor, des vieux gr�s rouges du D�vonien moyen.</p><p>M. D.</p><p>B L. Chopard, Atlas des Apt�rygotes et Or-thopt�ro�des de France (Boub�e, 1947).</p><p>aptitude</p><p>Terme employ� notamment en psychologie et en p�dagogie pour d�signer une caract�ristique observable chez tous les individus, � des degr�s diff�-</p><p>rents. En fait, le terme peut �tre pris en trois sens distincts. Des confusions entre ces sens entra�nent des discussions ou m�me des pol�miques sur la nature des aptitudes, sur leur r�le en p�dagogie et en orientation, sur l�int�-</p><p>r�t des tests* mentaux, etc.</p><p>Niveau descriptif</p><p>Pour d�crire des individus et leurs</p><p>conduites, il est tout d�abord n�cessaire de choisir les points de vue auxquels on entend se placer. Le probl�me est, formellement, le m�me que celui qui se pose pour la description d�un objet physique. Il convient de savoir quelles</p><p>� dimensions � de l�individu et de ses downloadModeText.vue.download 225 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>762</p><p>conduites on entend d�crire avec des mots ou avec des nombres.</p><p>La philosophie a essay� d�offrir un cadre descriptif de ce genre, d�riv� de la th�orie des � facult�s �, � pouvoirs �</p><p>sp�ciaux que l��me pourrait utiliser, mettre en oeuvre sans rien perdre de son unit� : si l�intellect ou le vouloir, par exemple, sont de telles facult�s, des hommes diff�rents manifestent des degr�s tr�s in�gaux d�intelligence et de volont�. Les cadres descriptifs issus de la th�orie des facult�s n�ont pas pu �tre conserv�s par la psychologie moderne (sp�cialement par la branche de cette psychologie qui est concern�e par les diff�rences individuelles, la � psychologie diff�rentielle �), et cela pour deux raisons au moins.</p><p>Tout d�abord, il est extr�mement difficile de r�aliser l�accord d�observateurs ind�pendants sur le degr� d�intelligence ou de volont� dont t�moigne un individu particulier, consid�r� dans l�ensemble de ses conduites ou m�me dans telle circonstance particuli�re : deux personnes diff�rentes ne pouvant se communiquer directement leurs appr�ciations pendant l�exp�rience fournissent en g�n�ral des estimations tr�s diff�rentes sur les aptitudes dont un sujet a fait preuve dans l�accomplissement d�une t�che effectu�e sous leurs yeux. En second lieu, des t�ches diff�rentes, paraissant mettre en jeu la m�me facult�, sont souvent r�ussies de fa�ons tr�s diff�rentes par des individus qui les accomplissent toutes successivement.</p><p>La psychologie moderne d�crit les diff�rences individuelles de comportement en utilisant des t�ches normalis�es (tests ou autres proc�dures</p><p>d�observation), et ces diff�rences, au niveau descriptif, sont enti�rement d�finies par ces t�ches m�mes, c�est-</p><p>�-dire par les op�rations qui ont permis de les d�crire. Elle proc�de � l�analyse empirique des ressemblances constat�es dans les r�sultats obtenus par des individus diff�rents effectuant plusieurs de ces t�ches et �tablit ainsi des cat�gories de t�ches, ou � facteurs �</p><p>(analyse* factorielle). C�est en ce sens descriptif qu�il faut prendre d�abord le mot aptitude lorsqu�il s�applique au r�sultat d�un test ou � un � facteur �.</p><p>Cette description des aptitudes prend en g�n�ral une forme num�rique, qui permet de parler de � mesure �, � condition de n�attribuer � ce mot qu�un sens tr�s g�n�ral : on peut seulement indiquer quelle est la proportion d�une population de r�f�rence qui d�passe, dans le test ou le facteur consid�r�s, le r�sultat observ� par un individu donn� (� �talonnage � des tests).</p><p>L�aptitude</p><p>comme capacit�</p><p>On peut dire d�un individu qu�il est apte � certaines fonctions si l�on juge qu�il est capable de les exercer en satisfaisant � certains crit�res de r�ussite.</p><p>C�est en ce sens que l�on d�livre des</p><p>� certificats d�aptitude professionnelle � ou des � certificats d�aptitude p�dagogique �, que l�on inscrit certains candidats sur des � listes d�aptitude �, etc.</p><p>Le mot aptitude, pris dans ce sens, �voque surtout des connaissances, des savoir-faire, acquis par un apprentissage appropri�, �tant entendu que cette acquisition pr�suppose certaines qualit�s fonci�res. Pour d�finir des aptitudes ainsi comprises, deux conditions paraissent donc n�cessaires. Il faut tout d�abord savoir quelles connaissances, quels savoir-faire sont n�cessaires � l�exercice d�une fonction. Il faut ensuite �tre en mesure d�appr�cier objectivement ces connaissances chez chaque individu. Ces conditions sont difficiles � satisfaire.</p><p>La d�finition des aptitudes n�cessaires � l�exercice d�une fonction a fait l�objet d��tudes empiriques : les can-</p><p>didats ayant obtenu un certain r�sultat dans des �preuves de capacit� ont-ils effectivement r�ussi, ult�rieurement, dans l�exercice de la fonction consid�-</p><p>r�e ? Ces �tudes ne sont possibles qu�� la condition d�employer des �preuves de capacit� fournissant leur pronostic sous une forme assez d�finie pour pouvoir �tre ult�rieurement compar�e aux faits.</p><p>Bien des moyens traditionnels employ�s pour �prouver les capacit�s ne permettent m�me pas, pour cette raison, un contr�le ult�rieur, et la plupart des �tudes de � validation � portent sur des �preuves normalis�es (tests). De plus, ces �tudes supposent que la r�ussite ult�rieure est d�finissable objectivement, ce qui est rarement facile. Un exemple particuli�rement important est celui des buts de l��ducation. La d�finition de ces buts para�t n�cessaire, entre autres raisons, � la d�finition des aptitudes requises pour entreprendre tel ou tel type d��tudes.</p><p>L�appr�ciation objective des capacit�s d�un individu particulier, par exemple d�un �l�ve � l�issue d�un cycle d��tudes, pr�sente �galement des difficult�s consid�rables. De tr�s nombreuses recherches � docimolo-giques � ont montr�, par exemple, que des professeurs diff�rents utilisent des �chelles de notation largement diff�-</p><p>rentes et peuvent m�me diverger nettement en ce qui concerne le simple classement d�une s�rie de travaux scolaires. L�emploi d��preuves normalis�es constitue un moyen de pallier certaines de ces difficult�s.</p><p>L�aptitude comme</p><p>caract�re constitutionnel</p><p>On peut faire l�hypoth�se que le d�veloppement des capacit�s pr�suppose l�existence, chez l�individu, d�un certain substrat constitutionnel et r�server le mot aptitude � la d�signation de ce caract�re constitutionnel sous-jacent (H. Pi�ron).</p><p>L�exp�rience la plus commune</p><p>montre que les m�mes enseignements, les m�mes exp�riences suscitent des r�sultats pouvant �tre tr�s diff�rents chez des individus diff�rents. Cette ob-</p><p>servation peut �tre faite m�me lorsque les conditions de milieu sont tr�s peu diff�rentes pour les individus consid�r�s, comme c�est � peu pr�s le cas pour les enfants d�une m�me famille.</p><p>Une hypoth�se explicative longtemps admise comme �vidente a consist� � affirmer que tous les individus ne sont pas constitutionnellement � dou�s �</p><p>de fa�on identique. Cette hypoth�se a �t� sans doute utilis�e trop largement, et l��volution des id�es en mati�re de p�dagogie, aspect d�un progr�s plus g�n�ral de conceptions sociales d�mocratiques et �galitaires, a entra�n� une r�vision l�gitime de son champ d�application. Comme il est fr�quent dans l�histoire des id�es, cette r�action a engendr� � son tour des conceptions qui, oppos�es aux premi�res, sont parfois aussi simplistes et aussi unilat�rales : des diff�rences individuelles constitutionnelles n�existeraient pas ou, au moins, devraient �tre enti�rement n�glig�es.</p><p>L�existence d�un substrat constitutionnel g�n�tique jouant un r�le dans les diff�rences individuelles observables reste, dans l��tat actuel des connaissances, une hypoth�se. Mais c�est une hypoth�se hautement vraisemblable, � la lumi�re notamment des recherches faites sur les jumeaux.</p><p>On sait qu�il existe des jumeaux monozygotes, issus d�un m�me oeuf, qui offrent le seul exemple de paires d�individus ayant rigoureusement la m�me constitution g�n�tique. Lorsqu�on soumet aux m�mes �preuves intellectuelles des couples de jumeaux monozygotes, on observe entre les r�sultats obtenus par les deux individus de chaque paire une ressemblance bien plus �lev�e que celle qui s�observe, dans les m�mes conditions, entre jumeaux dizygotes ou entre fr�res ou soeurs non jumeaux.</p><p>Ce r�sultat est d�une grande nettet�, et sa signification peut difficilement �tre ni�e aussi longtemps que la discussion reste sur le terrain scientifique.</p><p>Cependant, sur ce terrain m�me, cette signification doit �tre d�limit�e. Il faut souligner, en particulier, que l�on ne dispose � l�heure actuelle d�aucun moyen d�appr�cier de fa�on directe les potentialit�s g�n�tiques d�un individu et que, notamment, les tests ne constituent pas un tel moyen. Le probl�me de</p><p>l�importance relative des facteurs h�r�-</p><p>ditaires et des facteurs de milieu dans les diff�rences individuelles reste tr�s difficile � poser, en particulier � cause de la difficult� que pr�sente la quantification des facteurs de milieu. Enfin, le m�canisme par lequel la constitution g�n�tique exerce une influence sur la conduite reste inconnu. On peut, cependant, penser qu�il est particuli�-</p><p>rement complexe et qu�il n�entra�ne sans doute pas un d�terminisme des conduites comparable par sa rigueur � celui qui s�observe dans le domaine de certains caract�res somatiques � mend�liens � (couleur des yeux, groupes sanguins, etc.).</p><p>M. R.</p><p>B M. Reuchlin, la Psychologie diff�rentielle (P. U. F., 1969).</p><p>Apul�e</p><p>F AFRIQUE ROMAINE ET LATINE</p><p>(litt�rature).</p><p>aquarelle</p><p>Proc�d� de peinture � l�eau dans lequel des pigments de couleur tr�s finement broy�s sont li�s par un tr�s l�ger agglutinant, souvent � base de gommes, et d�pos�s sur une feuille de papier, g�n�-</p><p>ralement blanche.</p><p>La technique ainsi qualifi�e suppose une mani�re de faire assez particuli�re, o� la transparence des couches de couleurs et le jeu sous-jacent du papier blanc, comme parfois la surface vierge du papier elle-m�me, occupent une place tr�s importante. Pour le liant ou l�agglutinant, sans lequel les pigments ne sauraient adh�rer au support ni �chapper � la pulv�risation avec downloadModeText.vue.download 226 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>763</p><p>l��vaporation de l�eau, on utilise g�n�-</p><p>ralement des produits naturels comme la gomme arabique, la colle de poisson, le miel et toutes sortes de colles. Cela suppose un dosage d�licat pour �viter le durcissement et l��paississement de</p><p>la mati�re, provoquant la fissuration de la couleur une fois s�che. Liant et eau constituent un m�dium qui doit �tre exceptionnellement translucide, afin d�assurer � l�aquarelle son caract�re de l�g�ret�, de transparence, parfois de</p><p>� notation � tr�s personnelle. Le proc�d� est donc fort diff�rent de celui de la gouache, qui suppose un agglutinant plus �pais, une opacit� des couleurs que seule vient �claircir la p�te blanch�tre du m�dium ou le blanc qu�on ajoute aux couleurs.</p><p>La clart� et la fra�cheur des tons de l�aquarelle supposent l�usage de nombreuses nuances de couleurs dans la mesure o� l�on doit �viter les m�langes qui avilissent les teintes. Beaucoup des couleurs utilis�es dans l�aquarelle sont tr�s d�licates, comme les laques, et � passent � vite si l�on n�y prend garde. Aussi convient-il d�apporter certaines pr�cautions � la conservation des aquarelles. Il est recommand� de les exposer le moins possible en pleine lumi�re pour �viter aux couleurs de se ternir et au papier de jaunir. On utilise g�n�ralement des papiers de chiffons assez �pais, pas absorbants et bien secs pour assurer aux couleurs leur meilleure condition de survie. De pr�-</p><p>f�rence, on recherche des papiers de fabrication artisanale, qui retiennent bien l�eau et conservent la fra�cheur du coloris tout en lui apportant un effet de brillance. D�o� la c�l�brit� hautement justifi�e des papiers japonais. Le papier doit �galement pr�senter une surface l�g�rement rugueuse � ou granuleuse</p><p>�, de mani�re � faciliter la fixation des couleurs, � nuancer leur extension pigmentaire, � faire jouer les lumi�res d�une mani�re subtile. Le papier choisi doit �tre �galement encoll� dans toute son �paisseur et sur toute sa surface, de mani�re � �viter que la couleur de faible consistance ne se d�tache et ne se pulv�rise.</p><p>Il convient de mettre � part les ma-ni�res de faire de l�Extr�me-Orient, visant � des expressions particuli�res.</p><p>Il s�agit d�un art de virtuoses, o� la codification des r�gles du m�tier comprend �galement des directives pour le comportement physique et spirituel de l�artiste. Chinois (surtout � l��poque T�ang, VIIe - IXe s.) et Japonais (d�s la p�riode de Nara, VIIe s.) ont ajout� � la</p><p>perfection du proc�d� une libert� qui, souvent sous l�influence de la pratique du lavis (encres et eau), se manifestera plus encore au cours des p�riodes suivantes.</p><p>En Occident, c�est tout d�abord</p><p>la gouache qui a pr�domin� dans les peintures de manuscrits. L�aquarelle proprement dite � accompagne � le dessin au moment o� celui-ci prend une vie nouvelle, � partir du XVe s.</p><p>Pisanello*, puis D�rer*, Holbein* et les peintres de la cour des Valois (v.</p><p>Clouet) en tireront de tr�s beaux effets.</p><p>L�aquarelle permet alors �galement de pr�parer de grandes compositions tout en r�servant la libert� du peintre devant la nature, comme le lavis. Son mat�riel l�ger � petites plaquettes de couleurs, en attendant les tubes du XIXe s. � facilite beaucoup le travail du peintre.</p><p>Cet art d�accompagnement du dessin, ainsi � rehauss� �, se poursuit jusqu�au XVIIIe s., o�, cependant, quelques peintres, tel Tiepolo*, lui conf�rent une expression plus originale, en rapport avec l�esprit de leur peinture murale.</p><p>Malgr� les Cozens au XVIIIe s., il faut attendre le XIXe s. pour voir les artistes anglais faire de l�aquarelle un genre autonome, dont l�influence se fera sentir jusque dans la peinture � l�huile.</p><p>Turner*, Constable*, Bonington*</p><p>insistent alors sur le r�le de l�eau, des grains du papier, sur la correspondance intime entre les moyens de l�aquarelle et le th�me de leur d�marche, o� les ciels changeants, la brume, la mer sugg�raient autant d�� �quivalences �</p><p>picturales.</p><p>Cette technique du � mouill� �, du papier � lav� � avant de peindre pour provoquer des alliances subtiles de nappes de couleur, a trouv� des admirateurs parmi les peintres am�ricains comme Winslow Homer (1836-1910)</p><p>ou Charles Demuth (1883-1935) et, en Europe, avec Delacroix* puis les impressionnistes. Apr�s eux, Signac (v. n�o-impressionnisme) s�attachera � jouer pleinement avec les blancs du papier, comme C�zanne*, qui retire de l�aquarelle des effets particuliers de lumi�re. Les fauves et les expressionnistes, de leur c�t�, ont vu toute la richesse de couleur exprim�e � alla prima � qu�on peut obtenir du proc�d�.</p><p>Il appartenait aux peintres abstraits d�insister sur des qualit�s de mati�re, mettant en valeur tout un aspect d�j� contenu, d�ailleurs, dans l�aquarelle</p><p>� figurative �. On observe dans l�aquarelle contemporaine une tr�s grande vari�t� d�effets, obtenus souvent gr�ce � l�intervention du papier buvard, de tampons de toute sorte, des doigts eux-m�mes, parfois gr�ce � l�usage des pinceaux japonais traditionnels (plat et rond), mais dans un tout autre esprit.</p><p>Il arrive qu�� la limite on � gouache �</p><p>l�aquarelle pour obtenir des effets de contraste entre les qualit�s de transparence et les �paississements opacifi�s.</p><p>Facilitant les effets du � hasard objectif � comme de l�automatisme, art de la � coul�e � ou de la nappe color�e, l�aquarelle a aussi contribu� aux transformations de la peinture � l�huile.</p><p>J. R.</p><p>&#x25B6; Dessin / Peinture.</p><p>B K. Toda, Japanese Scroll Painting (Chicago, 1935). / H. Lema�tre, le Paysage anglais � l�aquarelle (Bordas, 1955). / F. Daulte, l�Aquarelle en France au XXe s. (Biblioth�que des arts, 1968) ; l�Aquarelle fran�aise au XIXe s. (Biblioth�que des arts, 1969). / P. Huisman, l�Aquarelle fran�aise au XVIIIe s. (Biblioth�que des arts, 1968). / W. Koschatzky, Das Aquarell, Entwicklung, Technik, Eigenart (Vienne-Munich, 1969). / E. Reep, The Content of Watercolor (New York, 1969).</p><p>aquatique</p><p>Se dit des milieux remplis ou gorg�s d�eau, des organismes vivant dans l�eau ou indissociables du milieu aquatique, et, plus g�n�ralement, de tous les objets li�s ou se rapportant � l�eau.</p><p>Le terme s�oppose � terrestre. Certains organismes amphibies sont � la fois terrestres et aquatiques.</p><p>Les milieux aquatiques</p><p>Un milieu aquatique est un milieu dans lequel l�eau joue, par sa pr�sence, le r�le majeur de support de vie et d�environnement. Bien que le sens commun fasse une diff�rence entre eaux marines (oc�aniques) et eaux continentales,</p><p>eaux courantes et eaux stagnantes ou dormantes, tous les interm�diaires existent entre les unes et les autres ; leurs qualit�s sont analogues au regard de la vie.</p><p>L�unit� du milieu aquatique est</p><p>d�ordre fonctionnel. De fait, de nombreux milieux peuvent �tre reconnus d�apr�s le r�le pr�pond�rant que joue un ou plusieurs facteurs physiques (ou biologiques) : la mer est caract�ris�e par sa salinit� et sa p�rennit�, les lacs et les �tangs par leur origine et leur �volution dans le temps, les fleuves, les rivi�res et les torrents par leur courant, les lagunes par leurs variations rapides de caract�res, les marais par leur aspect de milieu interm�diaire entre terre et eau, les eaux souterraines, les eaux de ruissellement et les sources par leur dynamique propre.</p><p>Dans plusieurs de ces milieux se diff�rencie une zonation qui permet de distinguer dans les milieux aquatiques dormants une zone p�lagique, une zone littorale et une zone profonde (voire abyssale), et dans les milieux aquatiques courants une zone � �coulement turbulent et une zone � �coulement de type laminaire.</p><p>Les eaux courantes et les eaux</p><p>continentales dormantes s�opposent, par la discontinuit� de leur r�partition � la surface du globe, aux eaux de la nappe phr�atique et aux eaux marines, qui assurent par une continuit� relative une large possibilit� de r�partition aux organismes qui les peuplent.</p><p>Les �tres aquatiques</p><p>Tous les �tres vivants ont besoin d�eau pour vivre. Certains ne peuvent vivre que dans l�eau, soit parce qu�ils y sont adapt�s du point de vue de toutes leurs fonctions vitales, soit parce qu�ils y trouvent des conditions favorables d�existence au moins une partie de leur vie.</p><p>Du point de vue des �changes avec l�ext�rieur, on distingue ainsi les animaux qui respirent gr�ce � l�oxyg�ne dissous dans l�eau (� raison de quelques milligrammes par litre, soit en moyenne 0,001 p. 100) de ceux qui, vivant dans ce milieu, respirent l�air</p><p>(o� l�oxyg�ne est pr�sent � raison de 21 p. 100). Ces derniers sont des organismes a�riens qui se sont r�adapt�s au milieu aquatique soit en raison de leurs exigences nutritives, soit du point de vue de leur m�tabolisme d�activit�. (V.</p><p>amphibiose.)</p><p>Les v�g�taux aquatiques sont, eux aussi, de plusieurs types, mais tous ont en commun les pigments chlorophylliens qui assurent leur croissance par photosynth�se. On ne les trouvera donc que l� o� la lumi�re p�n�tre suffisamment pour la permettre, c�est-�-dire dans les couches sup�rieures des eaux dormantes et pr�s de la surface dans les eaux � courant rapide. Certains sont unicellulaires (beaucoup d�Algues), vivent en colonies ou s�associent en coenobes ; d�autres sont v�ritablement pluricellulaires, strictement aquatiques (des Algues, des Phan�rogames), aqua-tiles (partiellement immerg�s) ou palustres (li�s � l�eau, mais ne vivant pas essentiellement dans l�eau).</p><p>La vie aquatique</p><p>Les deux caract�ristiques primordiales du milieu aquatique sont une forte inertie du point de vue calorifique et la pos-downloadModeText.vue.download 227 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>764</p><p>sibilit� de dissoudre � une dose �lev�e un grand nombre de compos�s min�-</p><p>raux et organiques, gazeux, liquides ou solides.</p><p>De plus, l�eau, � la surface du globe, re�oit le rayonnement incident d�origine solaire, le filtre et l�absorbe s�lectivement. � quelques m�tres de profondeur dans les lacs et les mers, seuls p�n�trent les rayons de courte longueur d�onde.</p><p>La vie aquatique est in�luctablement li�e � deux gaz : l�oxyg�ne et le gaz carbonique.</p><p>L�oxyg�ne, indispensable � la respiration des animaux, est aussi un produit (de d�chet) de la photosynth�se. Sa solubilit� d�pend de la temp�rature, et</p><p>sa pr�sence des possibilit�s d��changes avec l�atmosph�re et de l�importance des ph�nom�nes r�ducteurs li�s au d�veloppement des organismes (Bact�ries, animaux). Dans les eaux de surface, la photosynth�se allie son action � celle des vents et des courants pour donner aux eaux le caract�re d�eaux tr�s oxyg�n�es (eaux souvent satur�es en oxyg�ne dissous), tandis que les eaux de profondeur, isol�es, sont progressivement d�soxyg�n�es par la respiration des animaux, et plus encore par les fermentations et les min�ralisations d�origine bact�rienne de la ma-ti�re organique qui s�y accumule.</p><p>Compar�e � la vie a�rienne, la vie aquatique a la particularit� d��tre plus intimement li�e au carbone sous ses formes dissoutes. Le gaz carbonique, dont le coefficient de solubilit� dans l�eau est de 1, r�agit avec de nombreux sels et constitue ainsi des bicarbonates et des carbonates, dont certains sont insolubles (le carbonate de calcium par exemple). Transf�r� dans les cycles biologiques par la photosynth�se, il constitue une part importante de la ma-ti�re vivante soit sous forme de compos�s organiques (hydrates de carbone, prot�ines), soit sous forme de compos�s min�raux (tests des Mollusques, incrustations d�Algues ou de parois chitineuses des Arthropodes, etc.). Il se d�pose sous forme de calcaire au fond des eaux, de ma�rl dans les zones littorales de certains lacs et constitue une part essentielle des tourbes, surtout sous forme de cellulose. Il s�accumule parfois en quantit�s importantes sous forme de � gaz � l�eau � (associ� au m�thane, produit de r�duction des compos�s organiques) dans certains marais et au fond de lacs (comme le lac Kivu en Afrique).</p><p>Le soufre joue un r�le voisin. Sous sa forme oxyd�e, il constitue des sulfates (le sulfate de calcium hydrat� est le gypse). On le trouve ainsi dans les eaux s�l�niteuses et les eaux riches en sulfate de sodium, fr�quentes en zones arides. Sous la forme r�duite, le soufre, constituant important de la mati�re organique et notamment de certaines prot�ines, est transform� en hydrog�ne sulfur�, qui, par r�oxydation dans l�eau, redonne du soufre, puis</p><p>des sulfates.</p><p>L�hydrog�ne sulfur�, bien connu</p><p>par son odeur f�tide, ainsi produit au niveau de certains fonds aquatiques, pollue le milieu et l�atmosph�re qui le recouvre.</p><p>L�azote, autre constituant essentiel de la mati�re organique (notamment aquatique), provient des nitrates dissous et, apr�s r�duction, donne des sels ammoniacaux dans les zones tr�s pauvres ou d�pourvues d�oxyg�ne</p><p>dissous.</p><p>Dans le milieu aquatique, le phosphore joue un r�le tr�s important, car, indispensable au transfert de l��nergie par ses compos�s ad�nyliques, il n�y existe gu�re qu�� l��tat de traces (quelques milli�mes de milligrammes par litre). Le d�veloppement des nombreux organismes aquatiques est li� � la pr�sence de phosphore disponible, ce qui explique leur avidit� pour cet �l�ment.</p><p>Une des caract�ristiques de la vie aquatique est de faire intervenir de tr�s nombreux organismes � courte dur�e de vie (quelques heures � quelques semaines) et � tr�s forte capacit� de reproduction.</p><p>La production en mati�re organique d�un milieu aquatique peut �tre ainsi tr�s sup�rieure � celle d�un milieu a�-</p><p>rien, quel que soit le climat consid�r�.</p><p>La capacit� de production d�un hectare de sol agricole avoisine, en un an, en Europe, 4 tonnes en bl�, 7 tonnes en riz, 10 tonnes en pommes de terre, tandis que, toujours en Europe, l�Algue bleue Spirulina platensis est capable de fournir 45 tonnes en 300 jours.</p><p>Le milieu aquatique naturel subit l�action de facteurs externes et internes nombreux, qui rendent cycliques les productions d�organismes vivant en son sein.</p><p>Ces facteurs externes sont d�abord climatiques : saisons froides et saisons chaudes, saisons s�ches et saisons humides alternent et font fluctuer la temp�rature du milieu et, par contrecoup, la biomasse des organismes, qui, pour la plupart, sont des po�kilothermes (�</p><p>temp�rature int�rieure variable, par opposition � hom�othermes). Les facteurs m�t�orologiques sont �galement tr�s importants : variations dans la force et la direction des vents, qui induisent les courants et le m�lange des eaux, transportent les poussi�res plus ou moins nutritives, spores, pollens, etc., et acc�-</p><p>l�rent le processus d��vaporation � la surface des eaux ; variations dans les pr�cipitations, qui jouent un r�le direct de remplissage et de dilution, et un r�le indirect par ruissellement, lessivage des sols, �coulements, apports de sels dissous et de mat�riel s�dimentaire.</p><p>Les organismes aquatiques subissent les fluctuations de ces facteurs et s�adaptent g�n�ralement aux circonstances. Certains pr�f�rent les eaux douces, d�autres les eaux sal�es et d�autres acceptent de vivre dans des milieux � salinit� variable (organismes euryhalins).</p><p>De m�me, il existe des organismes eurythermes, qui tol�rent d�assez grands �carts de temp�rature au</p><p>cours de chaque stade de leur vie, et des organismes st�nothermes, qui n�acceptent de vivre que dans des limites �troites de temp�rature basse (psychrost�nothermes) ou �lev�e</p><p>(thermost�nothermes).</p><p>Ainsi, l�adaptation des organismes aquatiques aux variations des conditions de milieu est un ph�nom�ne complexe, mettant en cause de tr�s nombreux facteurs jouant sur le m�tabolisme, le comportement, la croissance et la reproduction.</p><p>Certaines esp�ces animales euryhalines sont diadromes, c�est-�-dire migratrices entre milieu polyhalin (la mer) et milieu oligohalin (les eaux douces des rivi�res et des fleuves).</p><p>L�Anguille est l�exemple le plus connu d�un Poisson catadrome, c�est-�-dire d�un Poisson diadrome qui migre de l�eau douce vers l�eau de mer au cours de sa vie pour aller se reproduire. De nombreux autres Poissons (Gobies) et des Crustac�s en font autant. Les Saumons, au contraire, sont anadromes et migrent de la mer vers les rivi�res pour pondre en eau douce. Le Chanos, Poisson d�eau saum�tre, bien connu en In-</p><p>don�sie notamment, est amphidrome, c�est-�-dire qu�il va d�un milieu � l�autre, mais sa migration n�est pas induite par une activit� de reproduction.</p><p>D�autres organismes pr�sentent des migrations au sein d�un m�me milieu.</p><p>Les Truites remontent les rivi�res pour pondre sur des fray�res de gravier propre en amont ; les Vairons et bien d�autres Poissons ont un comportement analogue. Les Cor�gones sont p�lagiques dans les lacs alpins, et certaines esp�ces viennent frayer dans les cailloux de littoral (la Pal�e, par exemple, au lac de Neuch�tel). Les Invert�br�s ne sont pas exempts de telles migrations.</p><p>La plupart des animaux aquatiques sont po�kilothermes. Leur croissance, li�e � leur m�tabolisme, est fonction de la temp�rature du milieu, de son oxyg�nation, du courant parfois. Ces facteurs ne jouent pas le m�me r�le � tous les �ges de la vie, et chaque es-p�ce peut ainsi comprendre un certain nombre d��cophases aux exigences �cologiques propres. Parmi ces �cophases, celles qui permettent la survie de l�esp�ce en mauvaises conditions de milieu sont parmi les plus importantes.</p><p>De nombreux Crustac�s, des Rotif�res ont ainsi des oeufs de dur�e ; les Bact�ries et les Champignons aquatiques font des spores ; les larves d�Insectes, certains Oligoch�tes, des Hirudin�es forment des cocons, les �ponges des gemmules, les Bryozoaires des stato-blastes, tandis que d�autres s�enkystent � certains stades, y compris le stade adulte (Cop�podes, Ostracodes par exemple). Ces �cophases de r�sistance permettent une colonisation rapide des milieux aquatiques astatiques, et leur</p><p>� r�veil � explique la soudaine apparition d�une vie cach�e dans les eaux.</p><p>Les sciences des</p><p>milieux aquatiques</p><p>et de leurs constituants</p><p>L��tude de la vie aquatique rel�ve de plusieurs disciplines scientifiques, qui peuvent �tre group�es en deux cat�gories : les disciplines qui s�occupent des organismes et celles qui s�occupent des milieux.</p><p>La biologie des organismes aquatiques, leur d�veloppement, leur croissance, les conditions de leur reproduction sont l�objet des pr�occupations des hydrobiologistes.</p><p>L��cologie aquatique �tudie les rapports existant entre ces organismes et leur milieu.</p><p>La biocoenotique �tudie les groupements, en faisant intervenir non seulement les esp�ces, mais aussi les populations.</p><p>La recherche oc�anographique s�applique � d�velopper notre connaissance du milieu oc�anique ; la recherche limnologique s�attache � mieux conna�tre les lacs* et leurs d�pendances. Ont �t� de m�me distingu�es une cryobiolo-gie pour les milieux aquatiques gel�s (neige, glaces), une potamologie pour downloadModeText.vue.download 228 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>765</p><p>les rivi�res et les fleuves, une biosp�-</p><p>l�ologie aquatique pour les milieux cavernicoles, une hydrologie m�dicale pour les eaux de consommation g�n�-</p><p>ralement souterraines, etc.</p><p>Les dangers du</p><p>milieu aquatique</p><p>Les modifications chimiques du milieu aquatique ne sont pas sans danger pour l�Homme (pollution industrielle). De nombreuses maladies humaines sont d�origine hydrique : la typho�de, la poliomy�lite, la colibacillose continuent � pr�occuper les hygi�nistes en pays temp�r�s. La bilharziose, l�onchocer-cose, l�amibiase sont des fl�aux des pays tropicaux. D�autres parasites pour l�Homme (Cestodes, Tr�matodes, N�matodes [Filaires]), qui ont des h�tes interm�diaires aquatiques (Mollusques, Cop�podes, Poissons), peuplent le milieu aquatique. Le paludisme est transmis par des Moustiques dont la larve est aquatique.</p><p>Int�r�t du</p><p>milieu aquatique</p><p>Source d��nergie en soi (houille blanche), l�eau est aussi un moyen de transport pour l�Homme (navigation) et pour certains mat�riaux qu�il utilise : sables lav�s des rivi�res, argiles et gadoues. Par hydroclassement, il sort des s�diments aquatiques des m�taux (or) et des pierres pr�cieuses (zircon, topaze, tourmaline, etc.). Par �vaporation, il en sort des �l�ments min�raux : sel marin (chlorure de sodium), natron (carbonate de sodium), borates, etc.</p><p>Du point de vue agricole, le milieu aquatique est au moins aussi �conomiquement rentable. La p�che et l�aquiculture sont des industries dans de nombreux pays, aussi bien en mer qu�en eau douce. Elles permettent d�extraire du milieu aquatique des Crustac�s, des Mollusques, des Poissons, des Mammif�res (C�tac�s). La r�colte d�Algues y est �galement organis�e (Agar-Agar, Fucus), et des produits importants en sont tir�s (g�-</p><p>latines, iode, etc.). Le plancton v�g�-</p><p>tal y est parfois r�colt�, notamment en eaux continentales (Spirulines), et sert � l�alimentation humaine (Tchad) comme � celle des animaux domestiques (Canards en Tha�lande).</p><p>Le plancton animal, s�ch�, fait aussi l�objet de commerce : Daphnies des aquariophiles, Vers de vase (en r�alit� larves d�Insectes) des p�cheurs, etc. De nombreux autres animaux aquatiques servent d�aliments : Notonectes, Crevettes, Oursins, C�phalopodes, etc.</p><p>L�industrie � base d�organismes</p><p>aquatiques est prosp�re. Des farines de Poissons aux huiles, en passant par le Terk Trey cambodgien (Nuoc-m�m vietnamien), les peaux de Crocodiles et autres �cailles (Tortues), un commerce intense est �tabli de longue date dans les pays qui ont appris � exploiter le milieu aquatique int�rieur et marin (tout particuli�rement le Sud-Est asiatique, o� le riz est la base de la nourriture avec le Poisson, consomm�, lui, � raison de 21,5 kg par habitant et par an au Cambodge). En Roumanie, les roseaux et les scirpes sont exploit�s industriellement, et le papyrus �gyptien est une ressource naturelle aquatique employ�s de longue date.</p><p>La connaissance et la protection du milieu aquatique sont ainsi des objectifs d�autant plus prioritaires que l�Homme a plus besoin que jamais d�eau naturelle.</p><p>B. D.</p><p>&#x25B6; Eau / Fleuve / Lac / Oc�an.</p><p>B L. Germain, la Faune des lacs, des �tangs et des marais de l�Europe occidentale (Lechevalier, 1925 ; 2e �d. revue par E. Seguy, 1958).</p><p>/ C. Wesenberg-Lund, Biologie der S�sswas-sertiere (trad. du danois, Berlin-Vienne, 1939).</p><p>/ G. E. Hutchinson, A Treatise on Limnology (New York, 1957-1967 ; 2 vol.). / V. I. Chadine et S. V. Gerd, Rivi�res, lacs et r�servoirs de l�U. R. S. S., leur faune et leur flore (en russe, Moscou, 1961). / T. T. Macan, Freshwater Ecology (Londres, 1963). / F. Ruttner, Fundamen-tals of Limnology (Toronto, 1963). / B. Dussart, Limnologie. L��tude des eaux continentales (Gauthier-Villars, 1966). / H. L. Golterman et R. S. Clymo (sous la dir. de), Chemical Environ-ment in the Aquatic Habitat. Proceedings of an I. B. P. Symposium Held in Amsterdam and Nieuwersluis 10-16 October 1966 (Amsterdam, 1967).</p><p>Les sp�cialistes du</p><p>milieu aquatique</p><p>Andr� Delebecque, limnologue fran-</p><p>�ais (Paris 1861 - Gen�ve 1947).</p><p>Ing�nieur des Ponts et Chauss�es � Thonon-les-Bains de 1887 � 1912, il entreprend l��tude hydrographique des lacs d�Annecy et du Bourget, puis de la partie fran�aise du L�man. Il �tend ses investigations � de nombreux autres lacs (plus de 330) et s�attelle � leur �tude g�ochimique. Il publie successivement un Atlas des lacs fran�ais et un ouvrage d�ensemble, les Lacs fran�ais (1898). Il termine sa carri�re scientifique par des travaux de glaciologie.</p><p>Fran�ois Alphonse Forel, limnologue suisse (Morges 1841 -id. 1912). Fondateur de la limnologie, il est � la fois g�ophysicien, zoologiste, physiologiste et arch�ologue. Ses observations sur la faune profonde des lacs l�am�nent � concevoir l��tude d�un lac comme un ensemble int�gr� de recherches. Il d�couvre alors et �tudie les seiches en</p><p>lacs ; il coordonne les donn�es de la climatologie et de l�hydrologie pour aborder l�histoire du L�man, et il r�-</p><p>dige de 1892 � 1904 son c�l�bre trait� sur le L�man, monographie limnologique.</p><p>Il introduit ainsi dans les sciences naturelles un concept nouveau, celui de l��tude d�un milieu caract�ristique consid�r� comme un tout indissociable et qui justifie donc la science nouvelle qu�il a cr��e. Ayant entra�n� dans son sillage bon nombre de ses coll�gues biologistes, chimistes et physiciens, alors qu�il est professeur de zoologie � l�universit� de Lausanne, il a fait du L�man un des lacs les mieux et les plus connus du monde.</p><p>August Thienemann, limnologue allemand (Gotha 1882 - Pl�n, Holstein, 1960). D�abord assistant � l�institut de zoologie de Greifswald, puis attach� � l�universit� de M�nster, il s�oriente vers l�hydrobiologie et succ�de en 1917</p><p>� O. Zacharias � la t�te de l�institut hy-drobiologique de la � Kaiser-Wilhelm Gesellschaft � (auj. Max-Planck-Gesellschaft) � Pl�n. Il fonde avec E. Nau-mann l�Association internationale de limnologie en 1922 et publie une collection sur les eaux continentales qui est renomm�e dans le monde entier. Ses travaux sur les Dipt�res chironomides font autorit�. Il a utilis� les larves de ces Insectes comme indicateurs biologiques, en mettant � profit l�aptitude de ces larves � tol�rer des eaux plus ou moins oxyg�n�es. Initiateur des recherches en milieu aquatique tropical, il est l�auteur de plus de 450 publications, dont un certain nombre figurent dans la revue qu�il a cr��e : Archiv f�r Hydrobiologie. On lui doit une synth�se du monde aquatique, qu�il a r�sum�e en une phrase : � L�environnement et le monde vivant ne font qu�un. �</p><p>aqueduc</p><p>F ADDUCTION.</p><p>Aquitaine</p><p>R�gion �conomique de la France,</p><p>regroupant cinq d�partements (Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyr�n�es-Atlantiques) ; 41 407 km 2 ; 2 550 340 hab. Capit.</p><p>Bordeaux.</p><p>La g�ographie</p><p>La R�gion aquitaine s�identifie � peu pr�s avec la zone d�influence de Bordeaux. Elle regroupe de vieilles provinces historiques ou une partie d�entre elles : l�ouest de la Gascogne (Landes de Gascogne, Chalosse), l�ouest de la Guyenne (P�rigord, Bordelais, Agenais), le B�arn et les trois provinces basques fran�aises.</p><p>L�Aquitaine jouit d�un climat oc�anique. Les vents d�ouest et du nord-ouest sont les plus fr�quents ; souvent violents, ils apportent la pluie.</p><p>En dehors du Lot-et-Garonne et du sud de la Dordogne, les pr�cipitations exc�dent 800 mm ; au nord, elles augmentent l�g�rement � mesure qu�on s�approche du Limousin ; au sud, elles s�accroissent rapidement pour exc�der 1 m dans le pi�mont b�arnais et basque, et d�passer 2 m sur les sommets pyr�-</p><p>n�ens. Dans l�ensemble, les hivers sont doux, encore que, par temps anticyclonal, le froid puisse s�installer ; les plus fortes pr�cipitations tombent au printemps et en automne, saison o� le vent du sud am�ne pourtant de belles journ�es ; des �t�s chauds et secs alternent avec des �t�s pluvieux.</p><p>Les r�gions</p><p>L�Aquitaine est un pays de basses terres largement ouvert sur l�Oc�an ; ces basses terres sont domin�es au sud par les Pyr�n�es basques et b�arnaises. Si la montagne b�arnaise atteint 2 885 m au pic du Midi d�Ossau et exc�de souvent 2 000 m, la montagne basque est plus basse et plus morcel�e, voire a�r�e. Aussi, les cols les plus occidentaux des Pyr�n�es sont-ils emprunt�s par quelques routes transpyr�n�ennes fr�quent�es : d�est en ouest, la route du Somport, la route de Ron-cevaux et la route c�ti�re. Le reste de l�Aquitaine est un ensemble de faible altitude (moins de 500 m), mais au relief souvent tr�s accident�. Au nord de la Garonne, les assises calcaires du Secondaire et du d�but du Tertiaire ont �t� morcel�es en une multitude de coteaux, au milieu desquels s�individualisent les larges vall�es alluviales de l�Isle, en aval de P�rigueux, de la Dordogne, en aval de Bergerac, et du Lot ;</p><p>de larges placages de sables sid�roli-thiques ont �t� �pandus sur les coteaux p�rigourdins et portent des bois. Au sud, en B�arn, en Chalosse et dans le bas Adour, des coteaux et des collines aux pentes vigoureuses ont �t� model�s dans les formations d�tritiques du Tertiaire ; la confusion g�n�rale du relief est quelque peu att�nu�e par la pr�-</p><p>sence de longues bandes de plateaux downloadModeText.vue.download 229 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>766</p><p>dans le nord du B�arn et par les vall�es alluviales de l�Adour et des gaves.</p><p>Dans un triangle dont les sommets seraient Bayonne, N�rac et le Verdon, les Landes montrent des plateaux et des plaines qui s�abaissent vers la mer, d�une part, vers la Garonne et l�Adour, d�autre part, � partir d�une sorte de dorsale centrale ; les sables pouss�s par les vents r�guliers du Quaternaire y ont oblit�r� tout relief ant�rieur et d�truit le r�seau hydrographique. En bordure d�une c�te rectiligne de la Gironde � l�Adour, le vent �difie des dunes vives, que l�homme est parvenu � fixer depuis le XVIIIe s. ; ces dunes isolent des �tangs dont les eaux s��coulent vers le bassin d�Arcachon au nord et vers l�Oc�an par des courants ou boucaus, au sud. Le Bordelais est peu �lev� : au nord de la Dordogne et sur la rive droite de la Gironde, les bas plateaux et les buttes dominent les plaines alluviales, ou palus ; entre la Dordogne et la Garonne, l�Entre-deux-Mers est un plateau fortement diss�qu�, dont les rebords, abrupts, dominent les vall�es de la Dordogne et de la Garonne ; sur la rive gauche de celle-ci et � l�ouest de la Gironde s��tendent de vastes marais, submerg�s par les crues hivernales des affluents landais de la Garonne ; ils sont � quelques m�tres en contrebas des croupes graveleuses du M�doc et des Graves, � partir desquelles on passe insensiblement sur le plateau landais.</p><p>La population et</p><p>la vie �conomique</p><p>La population s�est accrue de pr�s de 250 000 unit�s entre 1962 et 1975, �</p><p>un rythme annuel inf�rieur � 1 p. 100, voisin de la moyenne fran�aise. Le mouvement naturel est positif, mais il est faible (49 000 de 1962 � 1968) ; l�augmentation de la population est essentiellement li�e au solde migratoire positif (96 000).</p><p>Pays traditionnellement rural,</p><p>l�Aquitaine s�urbanise : en 1968, plus de la moiti� des habitants (51,4 p. 100) �taient des citadins. Si les Landes, la Dordogne et le Lot-et-Garonne restent des d�partements ruraux, les Pyr�n�es-Atlantiques comptent une majorit� de citadins (la moiti� de la population vit dans les agglom�rations de Pau et de la c�te basque), et la majeure partie de la population girondine se concentre dans la communaut� urbaine de Bordeaux.</p><p>En dehors de P�rigueux, toutes les grandes villes sont sensiblement plus peupl�es qu�en 1962, et les villes des Pyr�n�es-Atlantiques sont les plus dynamiques. Les petites villes stagnent, voire d�clinent (Libourne, Sarlat-La-Can�da et Bergerac sont, parmi elles, des exceptions).</p><p>L�Aquitaine est terre de polyculture : 610 000 ha sont en labours (dont 504 000 sont consacr�s aux c�r�ales) et 619 000 couch�s en herbe ; 197 000 ha sont plant�s en vignes et 25 000 occup�s par des vergers. Enfin, 427 000 ha ne sont pas cultiv�s, domaines des landes, dont la superficie a �t� fortement r�duite par des d�frichements (surtout dans les Pyr�n�es-Atlantiques et la Dordogne).</p><p>Parmi les c�r�ales, le ma�s est de loin la plus importante. Introduite � la fin du XVIe s., �tendue au XVIIIe s., cette culture a �t� r�nov�e par l�emploi des hybrides am�ricains, puis fran�ais apr�s 1950.</p><p>En 1968, 235 000 ha donnaient 1,3 Mt de ma�s, dont les deux tiers provenaient des Pays de l�Adour ; quant au bl�, il est surtout cultiv� dans le Lot-et-Garonne.</p><p>�l�ment de base de la polyculture, la vigne est pr�sente partout, exception faite des hautes montagnes et de la plupart des cantons landais. Toutefois, les crises de la fin du XIXe s. ont port� des coups rudes, sinon d�cisifs, � la viticulture des r�gions p�riph�riques, notamment � celle du P�rigord. Si le Bordelais fait la gloire du vignoble aquitain,</p><p>la viticulture est aussi renomm�e dans d�autres secteurs (vins blancs de Mon-bazillac et de Juran�on) ; du raisin de table provient des coteaux de Port-Sainte-Marie, dans le Lot-et-Garonne.</p><p>Les cultures sp�culatives ont �t� d�velopp�es � la fin du XIXe s. L�Aquitaine est devenue la grande r�gion de culture du tabac en France (9 250 ha et 22 600 t en 1968) ; les superficies les plus importantes se rencontrent dans l�ouest du Lot-et-Garonne, l�est de la Gironde et le sud du P�rigord. N�e � la suite de la construction des chemins de fer, la culture fruiti�re a �t� r�no-v�e par des Europ�ens repli�s du Maghreb : pommes, poires et p�ches sont r�colt�es dans la vall�e de la Garonne en aval d�Agen et dans celle de la Dordogne bergeracoise. L�Agenais fournit de gros tonnages de l�gumes (haricots verts et petits pois) et de tomates ; la culture des fraisiers a �t� �tendue en P�rigord.</p><p>L��levage est relativement peu d�velopp�. On ne compte gu�re qu�un million de bovins, en majeure partie des vaches frisonnes, qui fournissent le lait aux villes. Il y a 600 000 moutons, dont un grand nombre de brebis laiti�res (pour la fabrication de fromage de Ro-quefort). Enfin, outre celui des porcs, l��levage des volailles a toujours �t� une activit� fondamentale : les Landes et, � moindre degr�, le P�rigord sont les pays du foie gras.</p><p>Des r�gions rurales fran�aises,</p><p>l�Aquitaine est une des plus bois�es (1,7 Mha). H�traies et sapini�res accompagnent les grandes vall�es pyr�-</p><p>n�ennes ; en P�rigord, le ch�taignier et le ch�ne ont recul� devant les conif�res.</p><p>Sous la direction de Nicolas Br�montier � la fin du XVIIIe s., puis de Crouzet et de Jules Chambrelent apr�s 1857, les Landes, entre la Garonne et l�Adour, furent ensemenc�es en pins maritimes.</p><p>S�rieusement touch�es, surtout dans sa partie centrale, par les incendies des ann�es 1945-1959, la for�t landaise fournit aujourd�hui du bois d�oeuvre et du bois � p�te (cinq papeteries dans les Landes), mais la production de gemme est en d�clin.</p><p>L�Aquitaine est faiblement indus-</p><p>trialis�e. Ses raffineries de p�trole r�exp�dient une partie de leur production vers le Poitou-Charentes ; la moiti� des 7 milliards de m�tres cubes de gaz produits � Lacq est export�e vers d�autres r�gions fran�aises, et 2</p><p>des 7 TWh d��lectricit� produits sont envoy�s vers le nord. On n�extrait gu�re que des mat�riaux de construction, la plupart des mines m�talliques �tant �puis�es. L�industrie a, depuis un si�cle, sinon d�p�ri, tout au moins stagn�. Exception faite de la cimenterie et de l��lectrom�tallurgie, l�industrie de base est uniquement le fait de l�usine sid�rurgique de Fumel. � c�t� d�industries de pointe, telles l�a�ronautique et l�a�rospatiale, les industries employant de gros effectifs de main-d�oeuvre (chaussure, industrie alimentaire, constructions navales) connaissent le marasme.</p><p>Le bilan n�est pas n�gatif cependant.</p><p>Le tourisme apporte des revenus appr�-</p><p>ciables sur la c�te et dans la montagne (1,5 million de nuit�es). La balance commerciale r�gionale est traditionnellement exc�dentaire, l�Aquitaine achetant surtout des produits agricoles et des p�troles. Mais n�est-ce pas l� le signe d�une certaine stagnation et de la faiblesse de la d�centralisation, � l��chelon r�gional, puisque l�industrie de transformation de ces produits se concentre dans les ports ?</p><p>S. L.</p><p>&#x25B6; Agen / Bayonne / Bordeaux / Dordogne /</p><p>Gironde / Lacq / Landes / Lot-et-Garonne / Pau /</p><p>P�rigueux / Pyr�n�es-Atlantiques.</p><p>L�Aquitaine historique</p><p>Limit�e aux contr�es situ�es entre la Garonne, les Pyr�n�es et l�Atlantique par son conqu�rant C�sar, �tendue par Auguste au quart de la Gaule situ�e au sud de la Loire, l�Aquitaine est incorpor�e au dioc�se de Vienne et divis�e au IIIe s. apr. J.-C. en trois provinces : Novempopulanie (capit. Eauze), Aquitaine seconde (capit. Bordeaux) et Aquitaine premi�re (capit. Bourges).</p><p>Occup�e en 412 et en 413 par les Wisigoths* d�Athaulf, elle n�est que tr�s superficiellement germanis�e. En fait, le maintien des cadres administratifs et</p><p>religieux romains facilite le passage de l�Aquitaine catholique sous l�autorit� de Clovis Ier, vainqueur des Wisigoths � Vouill� (507). Partie la plus riche et la moins perturb�e par les invasions du</p><p>� Regnum Francorum �, la r�gion perd son unit� apr�s 511, chacun des descendants de Clovis en demandant une part en h�ritage. L�Auvergne, le Poitou et la Touraine deviennent ainsi austrasiens, tandis que les rois de Neustrie r�gnent sur le Limousin, le Quercy, le Tou-lousain et que les rois de Bourgogne s�attribuent le Berry, le P�rigord et l�Agenais. Th�oriquement unifi�e par Child�ric II, dont le concile de Castres-sur-Gironde reconna�t l�autorit� vers 672, l�Aquitaine unifi�e devient pratiquement ind�pendante � la fin du VIIe s.</p><p>sous la conduite de ducs nationaux : Loup (tu� vers 676) ; Eudes, qualifi� de prince d�Aquitaine au d�but du VIIIe s. ; Hunaud, dont Charles Martel doit reconna�tre le titre ducal (736) ; enfin Waifre (Gaifier), son fils, que P�pin fait froidement assassiner (2 juin 768).</p><p>Incorpor�e aussit�t au � Regnum Francorum � (capitulaire de Saintes), elle redevient autonome en 781, lorsque Charlemagne l��rig� en royaume au profit de son fils Louis. Divis� en une quinzaine de comt�s, le royaume survit sous les r�gnes nominaux de P�pin Ier (817-838), de P�pin II (838-855), de Charles l�Enfant (855-866), puis de Louis le B�gue (867-877).</p><p>L�accession au tr�ne de France de ce dernier entra�ne la disparition d�finitive du royaume, que le comte de Poitiers Rannoux II tente de restaurer � son profit (888). Contraint par le roi Eudes de renoncer � son titre royal pour celui de � Dux maximae partis Aquitaniae �, qu�il lui retire d�ailleurs presque aussit�t (889-890), Rannoux II jette les bases d�un duch� formel, dont le titulaire exerce sur le sud-ouest de la France une pr��minence officieuse, mais riche de possibilit�s futures, raison pour laquelle la chancellerie royale ne reconna�t son existence qu�en 989. Aussi, les comtes de Toulouse, d�Auvergne et de Poitiers se disputent-ils ce titre, qu�ils portent respective-downloadModeText.vue.download 230 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>767</p><p>ment de 936 � 941, de 909 � 928 et, pour les derniers, de 928 � 936 et de 941 � 1037.</p><p>Illustr� en particulier par</p><p>Guillaume IV Fierebrace (963-994), qui se proclame lui-m�me � duc de toute la monarchie des Aquitains �</p><p>(984), ainsi que par le prince des troubadours, Guillaume IX (1086-1127), dont la po�sie en langue romane r�-</p><p>v�le le raffinement de la civilisation occitane, le duch� perd son ind�pendance de fait au XIIe s. En effet, � la mort de Guillaume X (1127-1137), sa fille unique Ali�nor l�apporte en dot d�abord au roi de France Louis VII, en 1137, puis, apr�s son divorce, � son second �poux, le comte d�Anjou, Henri Plantagen�t (1152), h�ritier du royaume d�Angleterre (1154). Renfor-</p><p>�ant tour � tour la puissance territoriale et politique du royaume cap�tien, puis de l�� Empire angevin �, l�Aquitaine devient d�s lors le champ clos de leurs rivalit�s.</p><p>En fait, jusqu�au XIIe s., ce duch� n�a pas d�unit� r�elle. Contraint trop souvent de recourir � la force pour asseoir son autorit� sur ses vassaux ou pour s�emparer de leurs fiefs (duch� de Gascogne, comt� de Toulouse), le duc d�Aquitaine ne poss�de que les institutions du comt� de Poitiers. Il n�en est plus de m�me apr�s 1137 : le titre comtal dispara�t au profit du seul titre ducal, port� tour � tour par Louis VII, par Ali�nor d�Aquitaine et par son fils Guillaume. Une cour s�organise autour d�Ali�nor sur le mod�le de celle de Paris, avec de grands officiers ; conn�-</p><p>table, chancelier et surtout s�n�chal, dont l�autorit� administrative s��tend � la totalit� du duch� en 1147.</p><p>Prenant mod�le sur les institutions normandes, Henri II subordonne en 1156 les pr�v�ts � des s�n�chaux, dont il fixe le nombre � six en 1174, mais qu�il para�t avoir supprim�s apr�s sa r�conciliation avec son fils Richard.</p><p>Amput�e des comt�s de Toulouse et d�Auvergne au XIIe s. ainsi que de celui de Poitiers, occup� par les Cap�tiens en 1204 et surtout en 1224 (v. Jean sans Terre), priv�e d�un souverain particu-</p><p>lier apr�s la mort de la reine Ali�nor en 1204, l�Aquitaine ne retrouvera plus jamais son unit�. Si le Cap�tien en revendique le titre, puisqu�il confie ce duch� en fief � Aimery de Thouars, qui ne contr�le, en r�alit�, que la s�n�-</p><p>chauss�e du Poitou, le Plantagen�t le porte �galement, alors qu�il ne contr�le pratiquement plus que le seul duch� de Gascogne*, d�finitivement occup� par Charles VII en 1453 (victoire de Castillon et prise de Bordeaux). Juridiquement et politiquement, l�Aquitaine n�est plus, mais elle rena�t partiellement sous les apparences de la Guyenne* (d�formation du mot Aquitaine), qui appara�t d�s 1259 dans le trait� franco-anglais de Paris.</p><p>P. T.</p><p>&#x25B6; Gascogne / Guyenne.</p><p>B A. Richard, Histoire des comtes de Poitou (778-1204) [A. Picard et fils, 1903-1905 ; 2 vol.].</p><p>/ L. Auzias, l�Aquitaine carolingienne (778-987)</p><p>[Didier-Privat, Toulouse, 1938]. / R. Boutruche, la Crise d�une soci�t� : seigneurs et paysans du Bordelais pendant la guerre de Cent Ans (Les Belles Lettres, 1948). / J. Boussard, le Gouvernement d�Henri II Plantagen�t (D�Argences, 1957). / Y. Renouard, � les Institutions du duch� d�Aquitaine �, dans Histoire des institutions fran�aises au Moyen �ge sous la dir. de F. Lot et R. Fawtier, t. I, les Institutions seigneuriales (P. U. F., 1957). / P. Barr�re, R. Heisch et S. Lerat, la R�gion du Sud-Ouest (P. U. F., 1962 ; 2e �d., 1969). / C. Higounet (sous la dir. de), Histoire de l�Aquitaine (Privat, Toulouse, 1971). / S. Lerat, l�Aquitaine (Larousse, 1974).</p><p>Arabes</p><p>Peuple dont la langue, l�arabe, fait partie du groupe m�ridional des langues s�mitiques.</p><p>Les Arabes et l�arabisme</p><p>Les Arabes ne constituent pas une race, et, jusqu�� pr�sent, leur ensemble n�a jamais form� une nation-�tat de type moderne. Il faut les regarder comme un peuple ou une ethnie dont les signes distinctifs sont (sauf exception) l�usage d�un dialecte arabe comme langue courante et l�emploi de la langue arabe classique comme langue �crite de culture. Comme tous</p><p>les peuples, les Arabes se posent en s�opposant. D�s l�Antiquit�, les �trangers percevaient une unit� entre les habitants de l�Arabie, alors que ceux-ci regardaient les autres comme des �trangers. Pourtant, ils formaient en r�alit� une constellation de tribus en lutte perp�tuelle les unes contre les autres. Mais, outre la langue, des traits culturels leur �taient communs, ainsi que certaines institutions intertribales.</p><p>D�s 328 de l��re chr�tienne, un chef de tribu se pr�tend � roi de tous les Arabes �. � partir de 610, le proph�te Mahomet (Mu&#x1E25;ammad) se consid�re</p><p>comme messager de Dieu, apportant aux Arabes une version sp�cifique, � eux destin�e, d�une r�v�lation monoth�iste qui avait d�j� atteint les juifs et les chr�tiens.</p><p>Il y a donc, d�s cette �poque, une conscience ethnique arabe, plus ou moins diffuse, que d�veloppe au maximum la conqu�te par les Arabes, au VIIe s., sous le drapeau de l�isl&#x101;m, d�un immense empire, o� ils forment la caste dominante et privil�gi�e. En 750, la r�volution �abb&#x101;sside instaure un empire musulman o� les diverses ethnies (Arabes, Persans, Turcs, etc.) sont d�sormais trait�s � �galit�, avec cependant quelques privil�ges honorifiques d�volus aux Arabes. En m�me temps, en dehors de l�Arabie, berceau originel de ce peuple, une zone d�termin�e de l�Empire musulman s�est arabis�e, plus par assimilation des indig�nes que par �migration massive et sans que tous les arabis�s deviennent musulmans. Une pol�mique fait rage alors sur les qualit�s respectives des diverses ethnies.</p><p>Mais elle se cantonne sur le terrain litt�raire et dans la concurrence pour le contr�le de postes administratifs influents. Les Arabes (tr�s souvent des arabis�s) peuvent se targuer de parler la langue de la r�v�lation divine, d��tre le peuple o� s�est implant� le message de v�rit� lanc� par le Proph�te arabe, le dernier et le plus parfait des proph�tes.</p><p>La conscience ethnique existe donc, mais non pas l�id�ologie nationaliste, qui propose en mod�le un �tat national vers lequel doit aller l�all�geance supr�me de chacun, qui exige que les gouvernants soient de m�me ethnie que les gouvern�s. L�unit� de l��tat</p><p>ne r�side pas dans l�homog�n�it� de sa population, mais dans l�id�ologie religieuse de la couche dominante. Aussi, les populations arabes, en majorit� de religion musulmane, ne voient-elles pas d�objection, pendant plus d�un mill�naire, � �tre gouvern�es par des musulmans non arabes, des Turcs la plupart du temps.</p><p>Du XVe s. au XXe s., la majeure partie des Arabes est incluse dans l�Empire ottoman, vaste construction plurieth-nique, domin�e par un sultan turc, administr�e d�abord par des esclaves d�origine vari�e utilisant la langue turque. L�apparition du nationalisme moderne est pr�par�e par le passage, au cours du XVIIIe s., du gouvernement aux mains de Turcs v�ritables, d�origine libre, et par le r�le important des �lites locales dans les provinces, notamment les provinces arabes. Au Levant, les minorit�s chr�tiennes et juives prennent de l�importance en s�enrichissant gr�ce au commerce avec l�Europe, tout en adoptant l�arabe comme langue de culture. Dans les provinces arabes, les mouvements centrifuges, quelles que soient leurs motivations profondes, prennent d�s lors un caract�re antiturc.</p><p>Il faut citer le mouvement de r�forme religieuse dit � wahh&#x101;bite � en Arabie (1744-1818), l��tat �gyptien du pacha M�h�met-Ali (d�origine albanaise), qui s�annexe un certain temps l�Arabie (1816) et la Syrie-Palestine (1832-1840). Le fils de M�h�met-Ali, Ibr&#x101;h&#x12B;m, et les politiciens europ�ens (surtout fran�ais) qui appuient celui-ci r�vent d�un �tat arabe d�tach� de l�Empire ottoman. Napol�on III projette un royaume arabe en Alg�rie.</p><p>Tr�s lentement, l�id�e d�un �tat arabe prend corps chez les intellectuels d�Orient, sous l�influence, � la fois, du mod�le d��tat-nation propos� par l�Europe et des diverses causes de polarisation antiturque, non sans intervention de calculs et d�intrigues politiques. Au Levant, l�id�e arabe s�duit surtout les chr�tiens, chez qui l��tude de la litt�rature et de l�histoire arabes s�est beaucoup d�velopp�e et qu�aucune solidarit� religieuse ne lie au sultan turc. Mais, jusqu�en plein XXe s., les all�geances qui dominent dans une soci�t� extr�mement fragment�e sont</p><p>celles qui vont non � l�ethnie, mais � l��tat, � la dynastie et, le plus souvent, aux groupes locaux et ethniques.</p><p>Un premier pas est franchi vers le nationalisme moderne quand est propos� aux masses un id�al mobilisateur consistant � s�affranchir de la domination directe ou indirecte de l��tranger sans qu�un r�le primordial soit accord� � la fid�lit� envers un �tat ou une dynastie d�termin�e, non plus qu�� la d�fense de valeurs sacrales en elles-m�mes. On transcende les all�geances locales ou micro-ethniques, mais la valeur supr�me n�est ni Dieu ni l�homme en g�n�ral, c�est une communaut� humaine de large envergure, que l�on peut d�limiter de fa�ons diverses. Tel est, d�s les ann�es 1870, le protonatio-nalisme (selon le terme de N. Keddie) de Djam&#x101;l al-D&#x12B;n al-Afrh&#x101;n&#x12B;, libre penseur et franc-ma�on, qui se rallie vers 1880 � l�utilisation tactique du sentiment d�appartenance � la communaut� musulmane.</p><p>Le mouvement de revendication</p><p>anti-imp�rialiste qui prend alors son essor cherche longtemps sa voie entre plusieurs identifications concurrentes de la communaut� nationale � former : monde musulman dans son ensemble, pays d�termin�, ethnies arabe et autres.</p><p>Les plans des th�oriciens, peu nombreux, jouent un r�le tr�s effac� dans cette recherche. La Premi�re Guerre mondiale joue au contraire un r�le d�cisif de r�v�lateur. Les ambitions dynastiques du ch�rif &#x1E24;usayn de La Mecque jouent sur les sentiments anti-downloadModeText.vue.download 231 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>768</p><p>turcs diffus dans la p�ninsule arabique et, pour �largir son domaine, font appel � la conscience ethnique arabe dans le Croissant fertile, sous souverainet� ottomane. La Grande-Bretagne appuie (avec une certaine prudence) l�id�e arabe contre le m�me Empire ottoman, li� � ses ennemis, l�Allemagne et l�Autriche-Hongrie. D�o� la � r�volte arabe � (1916). Les Arabes musulmans du Croissant fertile sont d�chir�s entre leur fid�lit� � un �tat musulman, au sul-</p><p>tan-calife d�Istanbul et la r�sonance de l�appel � une solidarit� de type national. La brutalit� de la r�pression turque aide beaucoup � l�alignement g�n�ral sur cette derni�re identification.</p><p>Mais, � l�ouest de Suez, pr�dominent encore longtemps, d�une part, l�identification musulmane, souvent m�me avec primaut� des valeurs sacrales sur celle d�appartenance � une communaut� aux fronti�res terrestres bien d�limit�es, et, d�autre part, surtout en �gypte, o� existent une tr�s importante minorit� chr�tienne et une influente communaut� juive, toutes deux partiellement et in�galement attir�es par la lutte anti-imp�rialiste, une id�ologie patriotique orient�e vers l�ind�pendance d�un pays donn� dans le cadre des fronti�res existantes. Les conditions g�ographiques de l��gypte en font une entit� nationale coh�rente d�s l�Antiquit�. L�identification � l�ethnie arabe existe virtuellement partout, mais elle est battue en br�che par la primaut� des identifications musulmane et locale, par l�emploi largement r�pandu du terme d�Arabe comme �quivalent de B�douin (avec caract�ristiques p�joratives, id�es de brigandage, de sauvagerie, etc.), par l�existence au Maghreb d�un clivage linguistique et souvent so-cioculturel entre gens de langue arabe et �l�ments parlant des dialectes berb�res (Kabyles, Chleuhs, etc.).</p><p>Au contraire, chez les arabophones d�Asie, l�identification arabe s�affermit entre les deux guerres mondiales par suite de la lutte commune contre les imp�rialismes britannique et fran-</p><p>�ais, du caract�re factice des fronti�res �tablies par ceux-ci entre pays qui n��taient jusque-l� que des provinces de l�Empire ottoman aux limites fluctuantes selon les r�formes administratives, du programme de grand �tat arabe promis par la Grande-Bretagne au ch�rif &#x1E24;usayn et ensuite rejet�, du ressentiment contre la trahison de cette promesse. Le petit Liban chr�-</p><p>tien et druze a une conscience propre, une crainte de l�h�g�monie de la communaut� musulmane, majoritaire � l��chelle de l�ethnie arabe dans son ensemble, mais para�t, � beaucoup de ses fid�les m�me, trahir la solidarit� arabe en recherchant la protection de la</p><p>France ; d�o� une mauvaise conscience d�chir�e (et opposition des musulmans � la formule m�me de Grand-Liban, d�finie par la France et englobant d�importantes r�gions musulmanes).</p><p>L�Iraq est aussi d�chir� entre groupes ethniques (Kurdes surtout) et communaut�s religieuses (chr�tiens) ou eth-nico-religieuses (Assyriens). Mais, l� encore, l�identification arabe para�t � beaucoup la plus mobilisatrice en vue de la revendication d�ind�pendance.</p><p>L�opposition � la colonisation juive en Palestine, regroupant Arabes chr�-</p><p>tiens et musulmans dans un pays aux fronti�res neuves et factices, sans sentiment national palestinien propre (� cette �poque), favorise aussi l�identification arabe.</p><p>En bref, � l��chelle de l�immense ethnie de langue arabe, l�id�ologie nationaliste arabe l�emporte parce qu�elle permet de mobiliser, en vue d�un objectif exaltant : un grand �tat arabe ind�pendant, uni et fort ; des sentiments tr�s profonds dans les masses arabophones : protestation contre l�emprise occidentale, contre le sous-d�veloppement qui lui est attribu�, contre les �trangers et les couches sup�rieures europ�anis�es, qui paraissent monopoliser les avantages de la richesse, de la culture et du pouvoir gr�ce � leur complaisance envers l�Occident. La Grande-Bretagne, qui sent, peu avant la Seconde Guerre mondiale, la force de ce courant susceptible de porter la masse de l�opinion publique arabe vers une sympathie pour les puissances de l�Axe � ennemies des puissances coloniales dominant le monde arabe</p><p>�, essaie d�apaiser et de canaliser cette tendance. D�o� le Livre blanc de 1939 limitant la colonisation juive en Palestine, des d�clarations en faveur de l�unit� arabe (Anthony Eden, 29 mai 1941), une aide efficace � la revendication d�ind�pendance de la Syrie et du Liban contre la France (1943-1945), enfin la constitution de la Ligue arabe, dont la charte est sign�e au Caire le 22 mars 1945 sous les auspices britanniques.</p><p>La Ligue arabe, organisme de coordination diplomatique fort peu efficace, d�chir� par des luttes internes, d�pendant des int�r�ts des �tats membres,</p><p>respectueux � l��gard de l�ordre international � h�g�monie europ�o-am�ricaine, est loin de satisfaire les aspirations id�ologiques des masses arabes, mais aide � la victoire de l�identification arabe sur les autres. L��gypte a accept� ce cadre, et les luttes communes font p�n�trer de plus en plus profond�ment chez les �gyptiens cette identification. Les Arabes d�Asie, r�ciproquement, acceptent l�arabisme de l��gypte, puis tous, trouvant un ciment dans le soutien des luttes maghr�bines pour l�ind�pendance, admettent l�en-tr�e des pays lointains du Maghreb dans leur communaut�. Les autres irr�-</p><p>dentismes, de m�me, contribuent � une vision du monde arabe comme totalit�, qu�il s�agisse d�Isra�l, du Soudan sous domination britannique, de l�Arabie du Sud ou des �mirats du golfe Persique.</p><p>Les ind�pendances se succ�dent victorieusement. L�essai de R�publique arabe unie, form�e par l�union de l��gypte et de la Syrie (1958-1961), suscite l�enthousiasme g�n�ral. Malgr� l��chec rapide de la tentative, l�unit� arabe reste un id�al vivace et mobilisateur. En 1971 est cr��e une Union des r�publiques arabes groupant l��gypte, la Libye et la Syrie, qui reste sans effet.</p><p>L�id�ologie arabiste</p><p>L�id�ologie du nationalisme arabe peut se saisir � deux niveaux : chez les th�oriciens et, sous une forme bien moins �labor�e, de fa�on souvent implicite, dans les attitudes, les opinions, les tendances des praticiens de la politique et des masses. Il y a naturellement influence r�ciproque constante de ces deux types d�id�ologie.</p><p>Les th�oriciens ont �labor� le</p><p>concept de nation en s�inspirant des th�ories europ�ennes du XIXe s. et en tenant compte des exigences de l�action politique dans les pays arabes et de la situation de ceux-ci. Ils ont mis au premier plan, en raison des particularit�s de la conscience ethnique arabe, non pas le lien avec le territoire, le sol natal si fr�quemment invoqu� chez les Europ�ens, mais l�histoire, la langue et la culture communes. Le concept de qawmiyya (de qawm, peuple, calqu� sur Volkstum) l�a emport� sur le concept de wa&#x1E6D;aniyya (de wa&#x1E6D;an, lieu</p><p>de naissance ou de r�sidence, patrie), qui met l�accent sur le lien territorial.</p><p>Ce dernier concept favorisait en effet la cr�ation de nationalismes r�gionaux au niveau des pays arabes particuliers (c�est ce qu�on appelle p�jorativement iql&#x12B;miyya, r�gionalisme) au d�triment de l�id�e de peuple arabe unique. La n�cessit� de s�opposer d�une part � ces nationalismes r�gionaux, fond�s, entre autres, sur des liens tr�s concrets de type �conomique, et d�autre part aux tendances lib�rales ou marxistes, qui d�valorisaient l�id�e de nation au b�n�-</p><p>fice des liens �conomiques et culturels internationaux ou d�une lutte de classe universaliste, a pouss� les th�oriciens vers un id�alisme romantique o� l�essentiel �tait l�id�e nationale sous la forme du concept d�arabisme. Mais, en retour, la culture universaliste qui dominait l�esprit de ces penseurs leur a fait identifier les valeurs suppos�es de l�arabisme avec les valeurs universalistes. L�arabisme est cens� incarner les plus hautes valeurs de l�humanit�.</p><p>Cette tendance convergeait avec les tendances normales de toute id�ologie (et particuli�rement de toute id�ologie nationaliste) � se donner une valeur absolue. L�histoire arabe a �t� reconstruite, comme une esp�ce d�histoire sainte, de fa�on � id�aliser tout le pass� de l�ethnie arabe, � lui attribuer toutes les qualit�s. Par exemple, les conqu�tes arabes du VIIe s. sont con�ues non comme l�expansion d�un peuple au d�-</p><p>triment des autres ou la conversion de ceux-ci � un ensemble de v�rit�s r�v�-</p><p>l�es, mais comme une sorte de r�volution apportant aux peuples non arabes la libert� et un ordre juste. Toutes les tares des soci�t�s arabes dans le pass� sont attribu�es � des influences �trang�res n�fastes, qu�elles aient �man� des Iraniens, des Turcs ou des Europ�ens. Les peuples arabis�s l�auraient �t� par une sorte de vocation interne, et, d�ailleurs, certains tendent � y voir downloadModeText.vue.download 232 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>769</p><p>chr�tiens, qui c�l�brent l�isl&#x101;m � ce titre. Pourtant, d�autre part, dans divers �tats, une certaine discrimination pra-</p><p>tique, non avou�e, s�exerce au d�triment des Arabes chr�tiens, jug�s avec m�fiance par suite de la longue p�riode o� ils coop�raient de fa�on privil�gi�e avec les Europ�ens. C�est bien pis �videmment � l��gard des Juifs de langue arabe, qui eussent pu �tre des Arabes de confession juive, compromis d�finitivement par le mouvement sioniste, surtout depuis la formation de l��tat d�Isra�l et les luttes qui en ont �t� les cons�quences.</p><p>Comme dans tout nationalisme dans sa phase militante, les valeurs communautaires sont exalt�es au d�triment de l�individualisme. L�adh�sion d�un Arabe � la nation arabe est un devoir, et il doit y �tre contraint si n�cessaire.</p><p>Toutes ces id�es ont profond�ment p�n�tr� les masses. C�est que les id�ologies concurrentes se r�v�laient d�une puissance mobilisatrice bien plus faible en face des probl�mes que les peuples arabes avaient � affronter, qu�il s�agisse de l�id�ologie religieuse, des id�ologies sociales ou de celles qui peuvent se former autour des affiliations �tatiques ou de clan. Cela n�exclut pas la force r�elle de ces affiliations de tout ordre. Mais la puissance de l�id�ologie � arabiste � pousse � r�interpr�-</p><p>ter toute id�ologie concurrente dans le cadre de l�arabisme, donne une mauvaise conscience quand une attitude, une action d�termin�e, inspir�es par les autres affiliations, entrent en contradiction avec celui-ci.</p><p>Id�es et action politique</p><p>La substructure qui accorde cette supr�matie � l�id�e arabiste vient des probl�mes communs qui se posent aux peuples arabes. L�effort vers l�ind�pendance et vers une modernisation autonome a rencontr� les m�mes obstacles : essentiellement, les imp�rialismes politiques europ�ens et la supr�matie �conomique europ�o-am�ricaine, qui tendait � subordonner tout d�veloppement �conomique modernisateur aux int�r�ts d�ensemble de cette �conomie dominante.</p><p>Les premiers d�fenseurs du nationalisme arabe ont �t� des membres des couches poss�dantes : dynastes, grands</p><p>propri�taires fonciers, etc. Ils ont essay� de r�aliser leurs objectifs dans le cadre de l�ordre international existant.</p><p>Ils ont �t� pouss�s par l� � des compromis ou � des renoncements partiels.</p><p>D�o� une orientation beaucoup plus radicale qui s�est fait jour progressivement au fur et � mesure que la direction du mouvement passait � des couches sociales de niveau moins �lev� (petite bourgeoisie).</p><p>L�obstination des Occidentaux et notamment des Am�ricains, � l��poque de la guerre froide, � tenter de former un bloc moyen-oriental, immense base militaire pour la lutte contre le danger sovi�tique, a particuli�rement contribu� � radicaliser les masses arabes. En effet, il en r�sultait la consolidation du statu quo social et international sous la direction des Occidentaux, la mobilisation contre un p�ril qui ne paraissait (au pis) que tr�s lointain aux Arabes, en n�gligeant les probl�mes qui s�imposaient � eux primordialement (poursuite de la d�colonisation notamment au Maghreb, question isra�lienne), l�alliance au moins indirecte avec des adversaires (Grande-Bretagne, France, Isra�l), la subordination (par suite de leur primaut� militaire) � des �tats musulmans moyen-orientaux d�un pro-occidentalisme d�cid� comme la Turquie et l�Iran, �trangers aux probl�mes arabes. Les Arabes ont �prouv� ces des peuples fondamentalement arabes qui s�ignoraient comme tels. Ainsi, les Babyloniens et les Berb�res sont r�trospectivement arabis�s. Pour ce qui est du pr�sent, toute opposition � l�arabisation est rattach�e � des manoeuvres imp�rialistes (ou, chez les gens de droite, communistes).</p><p>La supr�matie de l�id�ologie nationaliste entra�ne la subordination des autres id�ologies, notamment religieuses. L�isl&#x101;m, notamment, est consid�r� couramment non plus comme une r�v�lation apportant des dogmes d�finis sur les relations entre l�homme, le cosmos et Dieu, mais comme une manifestation du g�nie arabe. Cela appara�t m�me chez les th�oriciens arabes downloadModeText.vue.download 233 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>770</p><p>efforts comme une machination destin�e � les embrigader (comme en 1914-1918) dans une lutte ne les concernant en rien pour les int�r�ts des puissances dominantes, alors que les leurs conti-nueraient � �tre sacrifi�s.</p><p>D�o�, par contraste, une sympathie de plus en plus affirm�e pour l�Union sovi�tique, qui, naturellement, s�opposait � ces projets. Elle a paru la grande puissance industrielle non colonisatrice oppos�e aux imp�rialismes coloniaux, comme l�Allemagne avant 1939. Assur�ment, la bourgeoisie arabe n�avait aucune sympathie pour le communisme, mais l�Union sovi�-</p><p>tique, � partir de 1955 environ, traite en alli�s, sans consid�ration de r�gime, tous les opposants � l�h�g�monie europ�o-am�ricaine, m�me neutralistes. De plus, la bourgeoisie capitaliste formait en g�n�ral une couche limit�e et faible.</p><p>Par contre, une couche tr�s nombreuse d�intellectuels ou de semi-intellectuels, sans emploi ni influence dans les r�-</p><p>gimes o� dominaient propri�taires fonciers et capitalistes, envisageaient sans d�plaisir (pour le moins) l�instauration de r�gimes � secteur d��tat puissant, o� ils formeraient des cadres administratifs dirigeants.</p><p>Le nationalisme arabe fournissait une id�ologie tr�s adapt�e � la lutte pour l�ind�pendance et la modernisation, justifiant l�alliance avec ceux qui respectaient cette lutte, communistes ou non (par exemple, la France gaul-liste �galement), ainsi que l�instauration d��tats forts dominant et mobili-sant l��conomie au service de la lutte.</p><p>Il s�oppose �galement � une fragmentation de cette lutte par recours des �tats arabes particuliers � un �go�sme sacr� (par exemple, � l�attitude tunisienne).</p><p>Il s�oppose aussi � un nationalisme panmusulman, du fait notamment de l�appui am�ricain � un regroupement musulman anticommuniste, tirant parti de la propagande d��tat ath�iste dans les masses musulmanes des pays communistes (Asie centrale sovi�tique et chinoise, Albanie, etc.), noyant les revendications arabes dans les pr�-</p><p>occupations d��tats pro-occidentaux comme la Turquie et l�Iran.</p><p>Toute id�ologie, cependant, a sa dynamique propre, tr�s relativement autonome, et ses tendances et tonalit�s diverses. Le nationalisme arabe, chez les th�oriciens, est, on l�a vu, souvent ouvert vers une vision universaliste. Il a pris aussi dans certains courants une tonalit� chauvine, peu respectueuse des droits nationaux des autres peuples (Kurdes d�Iraq, Noirs du Soudan). Ind�pendamment de ce clivage, on trouve aussi des courants de gauche, qui accordent une large place � l�exigence de justice sociale, et des courants de droite, qui privil�gient le maintien de l�ordre, parfois de l�ordre nouveau, mettant aux postes de commande une nouvelle bourgeoisie administrative. La tendance conservatrice a utilis� au maximum l�appel � la vieille id�ologie religieuse, tr�s vivante chez des couches d�termin�es de la paysannerie et de la petite bourgeoisie, entre autres, c�est-�-dire � l�isl&#x101;m. Un courant musulman int�griste, non sans soutiens populaires �� et l�, ayant pour programme la restauration de l�ordre m�di�val et sympathique � l�id�ologie antiath�iste des �tats-Unis, cause bien des difficult�s aux �tats socialisants sympathiques au bloc communiste.</p><p>M. R.</p><p>&#x25B6; Baath / Isl&#x101;m / Mahomet.</p><p>B G. Antonius, The Arab Awakening (Londres, 1938). / R. Hartmann, Islam und Nationalismus (Berlin, 1948). / B. Lewis, The Arabs in History (Londres, 1950 ; 3e �d., 1964). / J. Berque, les Arabes, d�hier � demain (�d. du Seuil, 1960). /</p><p>S. G. Haim (sous la dir. de), Arab Nationalism, an Anthology (Berkeley, 1962). / M. Flory et R. Mantran, les R�gimes politiques des pays arabes (P. U. F., 1968). / M. Rodinson, Isra�l et le refus arabe, 75 ans d�histoire (�d. du Seuil, 1968) ; Renaissance du monde arabe (Duculot, Gembloux, 1972). / D. Sourdel, Histoire des Arabes (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1976).</p><p>LA LITT�RATURE ARABE</p><p>AU PROCHE-ORIENT</p><p>Durant une histoire longue de quatorze si�cles, la litt�rature arabe n�a cess� de se distinguer par son respect des permanences, par son culte pour</p><p>des modes d�expression li�s � certains traits propres � la langue. R�sistance ou, pour le moins, d�fiance � l��gard du renouveau qui inqui�te, place faite � l��tude et � la culture de l�instrument d�expression sont en cons�quence les caract�res dominants de cette litt�rature. Un troisi�me fait doit intervenir dans l�esquisse des �volutions de leurs r�ussites ou de leurs �checs : la litt�-</p><p>rature arabe nous appara�t sans cesse comme l��cho et le reflet d�une mentalit� � pr�dominance d�abord b�douine, puis urbaine. Par son imbrication avec les �v�nements sociaux, politiques et religieux, l�histoire de la litt�rature arabe est donc �troitement li�e � celle de la civilisation du monde de l�isl&#x101;m au Moyen �ge, depuis l�Iran jusqu�au Maghreb et l�Espagne. Dans ce cadre immense et divers, la production litt�raire s�est manifest�e sous deux formes : l�une sans intention d�art, l�autre, au contraire, avant tout caract�ris�e par le souci accord� � la recherche du style et de l�� �criture �.</p><p>Seule cette derni�re fait l�objet de la pr�sente esquisse.</p><p>L�instrument</p><p>d�expression</p><p>La langue arabe avant le VIIe s.</p><p>L�arabe, dans la famille des idiomes dits � s�mitiques �, appartient � la branche occidentale. D�s l�Antiquit�, il est l�instrument d�expression des nomades depuis l�Arabie orientale jusqu�� la mer Rouge ; vers le sud, il jouxte les parlers du Y�men ou sudarabiques ; sur les confins syro-palestiniens et sur la rive droite de l�Euphrate moyen et inf�rieur, il refoule lentement l�aram�en. Au d�but de notre �re, cet idiome s��veille � l�Histoire et constitue l�instrument d�intercompr�hension sur la route de l�encens, depuis le Y�men jusqu�� P�tra et Damas ; la fondation du royaume des Rhass&#x101;nides (Ghass&#x101;nides) dans les steppes syro-palestiniennes et de celui des Lakhmides � &#x1E24;&#x12B;ra (pr�s de K&#x16B;fa) renforce au VIe s.</p><p>cette implantation de l�arabe sur les limites de la P�ninsule. L��pigraphie ne nous a livr� que quatre inscriptions courtes et peu significatives, mais toutes du domaine syro-palestinien : la bilingue grecque-arabe de &#x1E24;arr&#x101;n</p><p>(Djebel Druze), de 568, atteste l��volution r�alis�e par la graphie depuis 328, date de la st�le d�al-Nam&#x101;ra dans la m�me r�gion. D�autres documents linguistiques seraient � chercher, pour la m�me �poque, dans la masse des textes po�tiques, mais ceux-ci, nous �tant seulement parvenus apr�s un long cheminement oral, n�offrent aux linguistes que des sp�cimens contestables. Il nous faut donc attendre la mise par �crit de la r�v�lation coranique, sous le calife</p><p>�Uthm&#x101;n, apr�s 645, pour disposer enfin d�un t�moin authentique et d�une valeur indiscutable sur l��tat de la langue arabe � cette �poque.</p><p>La ko�n� et</p><p>les dialectes p�ninsulaires</p><p>D�s le VIe s. et sans doute bien avant, la langue arabe, au dire des grammairiens iraqiens, se scinda en deux familles dialectales : celle des tribus d�Arabie centrale et orientale, d�une part, et celle d�Arabie occidentale dite</p><p>� hedjazienne �, d�autre part ; les oppositions portaient sur la phon�tique, sur certains d�tails de la morphologie et de la syntaxe, probablement aussi sur le vocabulaire, mais sur ce point nos connaissances sont tr�s limit�es. �</p><p>c�t� de ces dialectes s��tait constitu�e une ko�n� dont l�origine demeure myst�rieuse et qui �tait utilis�e en po�sie ainsi que, selon toute apparence, dans des harangues solennelles ou dans des sermons. Le Coran* est le sp�cimen le plus suggestif de l�emploi de cette ko�n�. Celle-ci repr�sentait donc un idiome sup�rieur, ce qui n�impliquait nullement pour autant l��clipse des dialectes vivants. Toutefois, la pr�cellence reconnue � l�idiome coranique et le culte vou� � la litt�rature po�tique devaient avoir pour cons�quence de prendre la ko�n� comme fondement m�me des �tudes grammaticales en Iraq un si�cle plus tard et, par l�, d��lever ce moyen d�expression au rang de langue de culture.</p><p>La langue coranique</p><p>En sa forme coranique, l�ancienne ko�n� offre au comparatiste le plus admirable syst�me qu�il e�t pu souhaiter pour d�couvrir les lignes de force suivies par les langues s�mitiques</p><p>depuis les origines. Cette ko�n� coranique, dans le domaine de la phon�-</p><p>tique, est d�un conservatisme remarquable ; elle a gard�, par exemple, une attaque et une d�tente vocalique tr�s vivantes, conserv� des inter-dentales comme le th et le dh anglais, maintenu tr�s nette la distinction de ces m�mes phon�mes avec des emphatiques. Dans le domaine du vocalisme, la notation des voyelles longues (� l�exclusion de &#x101;) est constante, ce qui cr�e une diff�renciation totale avec les voyelles br�ves, lesquelles sont surajout�es graphiquement ; la gamme se r�duit � trois timbres fondamentaux a, i, u (longs ou brefs) ; toutefois, l�existence de consonnes emphatiques dans le mot am�ne, par contact, l��mission de timbres interm�diaires (�, o, �) ; la palette se trouve ainsi tr�s diversifi�e.</p><p>Un accent tonique, en d�pit du silence �trange des grammairiens, a certainement color� la modulation du morph�me. Dans le domaine de la morphologie, la racine est d�une importance fondamentale ; elle est en g�n�ral triconsonantique, mais des souches biconsonantiques sont nombreuses notamment dans des substantifs comme yad (main) ; l��volution vers le tricons-onantisme est patente. � partir de la racine, la ko�n� coranique met d�j� en �vidence un rapport de d�rivation par l�intervention des voyelles longues ou br�ves et par l�utilisation de quelques</p><p>� formantes � int�grant le mot dans une s�rie : noms de lieux, participes, adjectifs, etc. ; ainsi, � partir de la racine nzl, exprimant la notion d�un mouvement descendant, on tire des verbes comme downloadModeText.vue.download 234 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>771</p><p>nazala (il descendit), anzala (il fit descendre), des noms comme tanz&#x12B;l (r�v�lation), manzil (halte). L�aspect syst�matique de cette d�rivation avait de quoi tenter la logique du grammairien ; il devait fortifier en lui ce go�t des constructions normatives. Dans cette ko�n� est mis en �vidence le m�-</p><p>canisme de la d�rivation � partir de la racine ; l�emploi des � formantes � se pr�cise ; le recours � un redoublement conf�re au sch�me une valeur d�inten-</p><p>sit� ; pr�gnant est le r�le des voyelles longues ou br�ves ; par elles, on passe du stade de notion diffuse � celui de signification ; ainsi, de la racine frs s�obtiennent, par diff�renciation vocalique, faras (cheval, jument), f&#x101;ris (cavalier), fur&#x16B;siyya (hippologie).</p><p>Cette m�me ko�n� coranique nous</p><p>fournit d�une fa�on vivante l�ensemble du syst�me des d�sinences flexionnelles, soit courtes, soit longues ; l�emploi de celles-ci aboutit non seulement � fixer la fonction du terme dans l�ensemble de la phrase, mais aussi � renseigner sur le nombre et parfois le genre ; il s�agit donc de bien autre chose que de simples flexions de cas : ainsi, muslimun (un musulman) d�-</p><p>signe un nominatif ind�termin� masculin singulier, oppos� � muslim&#x16B;na (des musulmans), nominatif ind�termin� masculin pluriel ; certaines de ces d�sinences sont communes aux sch�mes nominaux et aux verbes.</p><p>La notion de genre dans la ko�n� en cause est loin de se r�duire � une simple opposition entre le masculin et le f�minin ; � tout moment se traduisent des incertitudes, un laxisme qui r�f�re � un mode de pens�e non d�gag�e de la confusion persistante entre l�anim� et l�inanim�, entre le faste et le n�faste, encore domin� par des consid�rations li�es � la vie m�me de l�homme en face d�un univers qui s�oppose ou se refuse. Cette notion, au surplus � ce qui ach�ve d�en marquer la complexit�</p><p>�, interf�re sur plus d�un point avec la notion de nombre. Celui-ci est senti comme une opposition entre l�unit� et l�individu, d�une part, le duel, la pluralit� et le collectif, d�autre part ; le jeu des d�sinences flexionnelles permet, dans la majorit� des cas, de traduire cette opposition par un accord ; la ko�n� coranique montre combien s�est g�n�ralis� l�emploi des pluriels dits bris�s, obtenus par l�emploi de formantes internes ou externes ; par l� se confirme, si tant est que cela soit n�cessaire, la parent� de l�idiome avec le sudarabique.</p><p>Dans le syst�me purement verbal, m�me archa�sme, m�me maintien</p><p>des principes fonctionnels que dans l�ensemble du s�mitique, avec conservation, toutefois, de modes ailleurs</p><p>disparus ou en voie de disparition. La ko�n� atteste d�une fa�on cat�gorique une sous-jacence de la valeur verbale commune � toute la famille ; primitivement, le verbe �nonce l��tat du d�roulement de l�action ; c�est secondairement et par suite d�une �volution qu�il exprime la notion de temps situ�, pass�, pr�sent et futur ; de l� l�appellation d�accompli et d�inaccompli retenue par les arabisants pour classer les modes.</p><p>En outre, la ko�n� �nonce la diversit� des nuances et des valeurs prises par le syst�me des formes verbales par rapport � la signification d�une forme fondamentale, tels l�intensif, le facti-tif et le r�fl�chi ; l�usage de quelques formantes suffit � cr�er cette diversit�.</p><p>Dans ce syst�me verbal ne tentons pas de retrouver essentiellement notre notion de transitivit� ou d�intransitivit� ; c�est en effet plut�t vers l�id�e d��tat, de qualit� ou d�action que se tourne le syst�me. L�existence d�une d�rivation verbale permet au locuteur de nuancer l�action exprim�e par le verbe, d�une nuance parfois d�sesp�rante pour le traducteur.</p><p>Deux types de phrases existent</p><p>dans la ko�n� : la phrase nominale et la phrase verbale ; la premi�re �nonce un postulat, une constatation objective et atemporelle ; la seconde exprime un �tat, une action en cours. Les accords se font selon des tendances � plut�t que selon des r�gles �, justifi�es par le jeu d�associations mentales.</p><p>Le Coran ne nous offre qu�une</p><p>image fragmentaire de la vie et de la mentalit� arabes au d�but du VIIe s. ; fait remarquable par exemple, le lexique des nomades chameliers y est peu re-pr�sent�. En revanche sont d�un usage constant quelques emprunts � l�h�breu ou � l�aram�en, voire au latin, comme &#x1E63;al&#x101;t (pri�re), zak&#x101;t (d�me) et &#x1E63;ir&#x101;t (voie droite) ; il est vrai qu�il s�agit l� de termes propres � la Loi de l�isl&#x101;m.</p><p>Limit�s en nombre sont les termes purement abstraits ; ils r�f�rent en g�n�ral aux qualit�s ou aux d�fauts de l�homme, � la pr�cellence de la divinit� ; ils appartiennent rarement au domaine des abstractions pures. Dans cette ko�n� coranique, la phrase atteste une extraordinaire capacit� d��volution ; d�s cette p�riode h�ro�que se dessine le sens dans lequel celle-ci</p><p>s�effectuera.</p><p>La prose rim�e</p><p>De nombreuses donn�es attestent que, d�s le VIe s., la ko�n� arabe est l�instrument d�volu � l�expression du sacr� et de la sapience. Pour souligner le caract�re solennel du discours s�est g�n�-</p><p>ralis� l�emploi d�une prose rim�e et rythm�e dite sadj�. Ce mode d�expression semble bien avoir �t� le point de d�part de la po�sie m�trique et prosodique. Cette prose se caract�rise par la s�quence d�unit�s rythmiques de cinq � dix syllabes ou plus, termin�es par une clausule ; ces unit�s sont group�es par s�ries sur une m�me rime, en sorte que la clausule rim�e constitue l��l�ment essentiel d�un ensemble.</p><p>Prosodie et m�trique</p><p>D�s le VIe s., le po�te a dispos� d�un instrument d�une rare qualit�. Pour en �tudier toutefois la structure, nous disposons seulement d�oeuvres collig�es � partir de la fin du VIIIe s. Compte tenu cependant du respect vou� � ces oeuvres, aux r�gles qui les inspiraient, aux permanences de la vie intellectuelle du monde nomade, nous sommes en droit d�y d�couvrir un reflet exact d�un lointain pass�.</p><p>La po�sie arabe est fond�e � la fois sur la � quantit� � syllabique et sur l�existence d�un accent prosodique ; le vers se divise en deux h�mistiches comprenant de deux � quatre pieds, ce terme d�signant un ensemble de trois � cinq syllabes o� alternent des temps forts et des temps faibles ; les premiers tombent en g�n�ral sur des syllabes longues, et l�art du po�te consiste, autant qu�il est possible, � faire co�ncider ce temps fort avec l�accent tonique du mot ; les syllabes br�ves, correspondant en g�n�ral � des temps faibles, sont sujettes � �lisions ou � contractions ; en fin d�h�mistiche, un pied peut subir une apocope. Le vers se termine sur une rime souvent tr�s riche qui se maintient, unique, dans toute la pi�ce.</p><p>� l��poque archa�que, le nombre des m�tres est encore limit� ; cinq, semble-t-il, sont seuls en usage chez les nomades ; chez les s�dentaires de &#x1E24;&#x12B;ra et du Hedjaz s�en ajoutent sept autres, surtout employ�s dans des pi�ces ly-</p><p>riques ou bachiques, destin�es � �tre chant�es. Plus tard, cette m�trique se diversifiera, et le nombre des m�tres sera port� � seize. Prosodie et m�trique ont fait l�objet d��tudes approfondies � Bassora, et le grammairien al-Khal&#x12B;l ibn A&#x1E25;mad (� 786) en a d�fini la structure et les r�gles. Fait �trange : les m�-</p><p>triciens iraqiens ont ignor� l�existence de l�accent prosodique et ont m�connu, dans leur syst�me, l�importance de la syllabe isol�e, ce qui a conduit � des expos�s uniquement descriptifs et fort compliqu�s.</p><p>L��criture arabe</p><p>Par une d�marche � la fois singuli�re et normale, l�art d��crire a �t� consid�r� d�s le VIe s. dans le domaine arabe comme la manifestation d�une activit� myst�rieuse et magique. Dans le Coran, l��criture est un don de Dieu et permet � l�homme de fixer la R�v�lation, laquelle se trouve d�j� consign�e sur une � Table bien gard�e �. Dans la po�sie archa�que du VIe s. revient souvent une comparaison o� le signe �voque les traces d�un objet fascinant.</p><p>D�s cette �poque, l�art d��crire est en usage au Y�men, dans les ports caravaniers de la route de l�encens et dans les communaut�s juives et chr�tiennes de Nadjr&#x101;n, de M�dine et de &#x1E24;&#x12B;ra. Quelle est l�origine de la graphie arabe telle que nous la connaissons dans les inscriptions du VIe s. ? R�cemment encore, on estimait chez les orientalistes que ce syst�me d�rivait de celui des Nabat�ens de P�tra. Il semble bien qu�on doive aujourd�hui revenir � l�hypoth�se d�j� admise par les savants iraqiens au VIIIe s., qui consiste � faire d�river l��criture arabe d�un prototype en usage � &#x1E24;&#x12B;ra d�s le VIe s. ou m�me plus t�t. Deux styles paraissent d�j� florissants � l��poque o� Mahomet se livre � sa pr�dication (612-632). L�un, traditionnellement nomm� coufique (du nom de la ville de K&#x16B;fa, sur le moyen Euphrate), est de forme carr�e, d�pouill�e, monumentale ; il est utilis� dans des inscriptions et dans les manuscrits du Coran ; l�autre, dit hedjazien, est fruste, caract�ris� par des formes plus arrondies et la pr�sence de ligatures ; il annonce la cursive nomm�e naskhi dont l�usage a pr�valu jusqu�� notre �poque aussi bien dans l��criture</p><p>manuscrite que dans l�imprim�.</p><p>Ce syst�me, au VIe s., a l�inconv�-</p><p>nient d��tre une scriptio defectiva ; certains signes consonantiques notent des phon�mes tr�s diff�rents ; ainsi, l�un d�eux repr�sente selon les cas b, t, th, n, y ; cette scriptio note les consonnes et les voyelles longues, mais non les voyelles br�ves, pourtant essentielles au sens de la phrase ; elle ne conduit donc pas � une lecture, mais � un d�-</p><p>chiffrement du texte. � plusieurs reprises, des am�liorations importantes ont �t� apport�es � cet instrument imparfait ; des points diacritiques au-dessus ou au-dessous des consonnes ont �t� introduits, ce qui a mis fin � toute confusion dans l�articulation ; par ail-downloadModeText.vue.download 235 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>772</p><p>leurs, comme en h�breu et en syriaque, de petits signes suscrits et souscrits ont �t� ajout�s � chaque consonne probablement vers le VIIIe s. L�introduction de l�imprimerie est venue ajouter de nouvelles difficult�s ; l�attachement au pass� d�courageant toute hardiesse novatrice, le caract�re d�imprimerie est rest� une cursive, ce qui rend on�reuse et difficile la composition typographique et conduit � supprimer le plus souvent les voyelles br�ves dans les journaux et les livres courants. Ainsi sommes-nous ramen�s en gros � la situation o� se trouvait le lecteur vers le VIIe s. On con�oit combien ce fait a pu peser sur la diffusion de la culture.</p><p>La litt�rature archa�que</p><p>(jusque vers 725)</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Cette p�riode, dont les origines sont impr�cises et qui va jusque vers 725, m�rite bien d��tre dite archa�que. Elle repr�sente en effet l��veil � la vie litt�raire d�un monde charg� d�un pass� culturel qui a conditionn� des formes de parler, de croire et de penser jusque-l� inconnues. Elle est domin�e par le fait coranique.</p><p>Cadre politique</p><p>Dans le pass�, la p�ninsule arabique avait d�j� connu des �tats monarchiques � P�tra, � Palmyre et au Y�men. Vers le milieu du VIe s., cette tradition r�appara�t. � &#x1E24;&#x12B;ra, sur la rive droite de l�Euphrate inf�rieur, non loin du site de K&#x16B;fa, s��tablit la dynastie des Lakhmides, qui, sous l�ob�dience des Sassanides d�Iran, surveille les tribus d�Arabie orientale et du Bahre�n.</p><p>En Damasc�ne r�gnent les phylarques rhass&#x101;nides, que Byzance charge de la surveillance des steppes syro-palestiniennes ; les conflits entre les deux royaumes et les inconv�nients du syst�me poussent toutefois les deux empires � revenir � l�administration directe. Erreur politique qui, � c�t� de bien d�autres causes, pr�parera de loin l�expansion arabo-islamique. Durant toute la seconde moiti� du VIe s., ces deux �tats vassaux, surtout celui de &#x1E24;&#x12B;ra, deviennent le centre d�une activit� religieuse et litt�raire par l�attraction qu�ils exercent sur le monde des nomades et des po�tes. � la faveur du conflit qui, au d�but du VIIe s., oppose Byzance � l�Empire sassanide et � la suite de l�occupation des provinces syro-palestiniennes par celui-ci, les centres caravaniers sur la route de l�encens grandissent en importance.</p><p>La Mecque et M�dine, � la suite de la pr�dication triomphante de l�isl&#x101;m par Mahomet, deviennent, � partir de 622, le si�ge politique et religieux d�un �tat th�ocratique. � la mort de Mahomet, en 632, l�expansion arabo-islamique se d�veloppe sous ses successeurs, qui ont re�u le titre de califes.</p><p>L�� arabicit� � ach�ve de s�implanter sous le couvert de l�isl&#x101;m en Iraq et en Syrie-Palestine (prise de Damas, de Ct�siphon, de J�rusalem [635-637]).</p><p>L�av�nement au califat du clan mecquois des Omeyyades et l��viction de</p><p>�Al&#x12B;, cousin et gendre de Mahomet, s�accompagnent d�un transfert de la capitale politique � Damas ; M�dine et le Hedjaz conservent toutefois leur rayonnement spirituel.</p><p>Mont�e de l�Iraq</p><p>Dans les centres iraqiens, plus pr�ci-s�ment � Bassora et � K&#x16B;fa (fond�e en 638), commence l��re des affrontements entre �Alides et Omeyyades.</p><p>Ceux-ci comprennent le r�le capital qu�en tous les domaines vont jouer ces deux m�tropoles ; ils y d�l�guent leurs pouvoirs � des gouverneurs, qui, tel al-&#x1E24;adjdj&#x101;dj ibn Y&#x16B;suf, ont � faire front contre les insurrections toujours renaissantes des ch&#x12B;�ites et des kh&#x101;ridjites. Le monde iranien reprend peu � peu conscience de sa force, et lentement s�effectue le brassage entre lui et les �l�ments arabes.</p><p>Dans ce bouillonnement, l�acti-</p><p>vit� litt�raire conserve sa place et ses chances, sous le triple signe de l�� arabicit� �, du monoth�isme islamique et des premi�res r�surgences iraniennes.</p><p>La prose. Le Coran</p><p>y La prose rim�e. Les premiers monuments de la litt�rature archa�que ne semblent pas avoir �t� en vers, mais en prose rim�e et rythm�e. Normal �tait l�usage de cette forme stylistique dans les adages ou les proverbes anciens ; ainsi en allait-il �galement pour les textes divinatoires ou magiques attribu�s aux � voyants � dans l�Arabie pa�enne. L�allure apocryphe de ces textes �clate certes quand on les replace dans les narrationes qui les accompagnent et leur servent de commentaires. On ne saurait toutefois ni �tre offusqu� ni �tre surpris par l�usage de cette prose rim�e, si charg�e de r�sonances myst�rieuses et sacr�es, dans les r�v�lations re�ues et transmises par le Proph�te de l�isl&#x101;m.</p><p>y La pr�dication du Coran. L�exp�-</p><p>rience religieuse v�cue � La Mecque par Mahomet vers l�an 612 doit �tre assimil�e � celle des grands inspir�s.</p><p>Porteur d�un message divin, Mahomet a re�u le sien par l�interm�diaire d�un archange ; pendant dix ann�es (de 612</p><p>� 622), il a pr�ch� sans succ�s ses contribules de La Mecque, hommes durs, pr�occup�s uniquement de leur n�goce, sourds � l�appel du monoth�isme. En 622, suivi d�une centaine de disciples, le Proph�te de l�isl&#x101;m quitte cette ingrate cit� et s�installe � M�dine, une oasis � huit jours au nord de La Mecque ; l�accueil favorable d�un groupe arabe et la pr�sence d�une communaut� juive sont pour lui une confirmation de sa mission. Le ton des</p><p>r�v�lations change alors. Si l�espoir d��tre entendu des Juifs m�dinois se dissipe vite, en revanche s�impose la tendance � fonder une communaut� monolithique o� est substitu� au particularisme tribal l�esprit d�une �glise soumise � All&#x101;h et � son Proph�te. �</p><p>partir de l�installation � M�dine, les messages re�us ne sont plus simplement des appels au repentir, mais des textes organiques r�gissant le statut des biens et des personnes et les rapports des croyants avec l�ensemble de la p�ninsule arabique. En 632, Mahomet s��teint � M�dine ; sa mission est achev�e.</p><p>y Constitution de la Vulgate coranique. Du vivant m�me du Proph�te, des fragments de r�v�lation avaient d�j� �t� not�s par des fid�les ; il est toutefois peu probable que ces initiatives, purement individuelles, aient �t� �tendues � une collecte d�ensemble. La � sanction de l��criture � ne s�impose vraiment aux esprits qu�apr�s la mort du ma�tre. Des recensions personnelles, visant � �tre globales, furent r�alis�es au cours des ann�es 632 et suivantes par certains compagnons du Proph�te, et en particulier par le premier calife, Ab&#x16B; Bakr.</p><p>Devant cette pluralit� de corpus individuels et la menace qu�elle repr�sentait pour l�unit� de la jeune religion,</p><p>�Uthm&#x101;n, le troisi�me calife, con�ut le projet de fondre en une Vulgate l�ensemble des textes not�s ou oraux.</p><p>Une commission r�alisa ce dessein avec diligence. Cette recension ne semble toutefois pas avoir re�u d�em-bl�e l�agr�ment de tous ; de pieuses gens comme ibn Mas�&#x16B;d et d�autres, d�vou�s aux �Alides, semblent, en particulier, s��tre attach�s � conserver leur propre recension ; au Xe s., en Iraq, il en subsistait quelques exemplaires qui fournissaient une s�-</p><p>quence des surates diff�rente de celle qu�offrait la Vulgate �uthm&#x101;nienne.</p><p>En d�pit de ces r�sistances, cette derni�re finit cependant par s�imposer � l�ensemble de la communaut�, m�me aux ch&#x12B;�ites, sectateurs des �Alides.</p><p>Par une �trange contradiction, en effet, ceux-ci, dans leurs controverses avec les sunnites au sujet de l�int�-</p><p>gralit� de la recension �uthm&#x101;nienne, feront sans cesse r�f�rence � celle-</p><p>ci. Au calife �Uthm&#x101;n revient donc le m�rite d�avoir dot� le monde de l�isl&#x101;m d�une Vulgate consid�r�e comme canonique. Il restait toutefois � r�duire dans toute la mesure du possible la d�ficience du texte r�sultant de la graphie arabe. Des am�liorations seront certes apport�es sous le calife</p><p>�Abd-al-Malik, mais seront somme toute limit�es. C�est seulement au Xe s., par l�introduction du diacritisme et des voyelles br�ves en la forme que nous leur connaissons, que la Vulgate coranique prendra sa forme d�finitive.</p><p>y Aspect g�n�ral de la Vulgate. Le Coran, comme corpus des textes r�-</p><p>v�l�s, se pr�sente en cent quatorze chapitres, ou surates, rang�s en gros par ordre d�croissant de longueur. Ce classement �trange, mais probablement fix� par Mahomet de son vivant, a si totalement boulevers� la chronologie que nous avons l�impression de lire ce livre sacr� en commen�ant par la fin ; les plus longues surates, en effet � celles du d�but de recueil</p><p>�, datent en g�n�ral de r�v�lations re�ues � M�dine entre 622 et 632, tandis que celles qu�on trouve � la fin � en fait les plus courtes � remontent aux d�buts de la pr�dication.</p><p>Chacun des chapitres est compos� de plusieurs fragments r�v�l�s, qui ont �t� group�s parce qu�ils portent sur les m�mes probl�mes ou d�veloppent des th�mes identiques. Le style est caract�ris� par l�emploi constant de la prose rim�e ; la division en versets est sentie par l�apparition de clausules souvent group�es en des ensembles richement assonanc�s ou rim�s. L�effet musical est remarquable et procure m�me � un lecteur ne connaissant pas la langue une impression identique � celle qu�on recherche dans la po�sie pure. � chaque surate a �t� donn� un titre souvent tir� des premiers versets ou d�un passage pr�gnant.</p><p>y Le Coran source d�un huma-</p><p>nisme. Pour le musulman, le Coran est un message adress� par Dieu � l�humanit�, par l�interm�diaire d�un archange qui l�a transmis � Mahomet.</p><p>Celui-ci y est d�ailleurs fr�quemment d�sign� sous le nom d�� Annoncia-teur � ou d�� Avertisseur �, ce qui, naturellement, ne fait que pr�ciser la nature de la mission apostolique � lui</p><p>confi�e. Ce message provient d�un downloadModeText.vue.download 236 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>773</p><p>arch�type c�leste consign� sur une Table aupr�s du Seigneur ; l�emploi de l�arabe conf�re donc � cet idiome une pr�cellence qu�il conserve aux yeux des fid�les. Ceux-ci se sentent au fond investis d�un devoir complexe : s�impr�gner de ce texte, l�apprendre par coeur, en approfondir tous les secrets et toute la grandeur.</p><p>Depuis treize si�cles, la r�v�lation coranique, � la fois verbe de Dieu et loi religieuse, porte �galement en soi les manifestations d�une beaut� in�-</p><p>gal�e et miraculeuse. Cette certitude suit la conversion m�me du croyant ; elle le guide et le soutient comme le montre l�exp�rience personnelle de Mahomet. De l� est n�e une conception ayant valeur de dogme : l�� ini-mitabilit� � du Coran, lequel met au d�fi � plusieurs reprises les infid�les de produire � un texte comparable m�me avec l�assistance des djinns �.</p><p>En face de cette ferveur, l�historien c�de � d�autres tendances sans pour autant qu�il soit ferm� � l�exceptionnelle valeur de ce monument litt�raire qu�est ce message. Gr�ce � celui-ci, en effet, nous poss�dons le plus ancien et le plus authentique t�moignage sur les formes esth�tiques de l�arabe au d�but du VIIe s. ; par lui et apr�s un reclassement des surates fond� sur les th�mes d�velopp�s par Mahomet dans sa pr�dication, l�islamologue est en mesure de d�couvrir les sources m�mes de la pens�e arabo-islamique ; � partir de lui vont prendre leur essor non seulement la grammaire, la rh�-</p><p>torique et l�ex�g�se, mais aussi des syst�mes juridiques et th�ologiques qui ont abouti � une remise en question de la philosophie hell�nistique en sa forme m�di�vale ; sans lui, enfin, il se r�v�lait impossible de d�couvrir les fondements d�un humanisme et d�une litt�rature dont l��clat rayonne sur le Proche-Orient et le Maghreb depuis plus d�un mill�naire.</p><p>La po�sie archa�que (jusque vers 670)</p><p>Comme la prose rim�e, la po�sie a suivi l�expansion de l�isl&#x101;m hors du domaine p�ninsulaire. Dans une premi�re phase, elle perp�tue des traditions s�culaires n�es dans le monde des nomades et implant�es dans les centres s�dentaires comme &#x1E24;&#x12B;ra et M�dine par des po�tes originaires pour la plupart d�Arabie centrale. Une seconde phase va de 670 jusque vers 725 et r�v�le d�int�-</p><p>ressantes adaptations au contact d�un milieu social, politique et religieux, jusque-l� superficiellement connu de l�Arabie ancienne.</p><p>y Valeur d��vocation des textes po�-</p><p>tiques. Nos id�es sur les oeuvres en vers apparues durant cette p�riode se fondent sur des textes fix�s par des logographes iraqiens, apr�s un long cheminement oral dont on devine</p><p>les p�rip�ties. Seule une infime partie de cette litt�rature en vers nous a �t� conserv�e ; le reste, c�est-�-dire presque tout, est retomb� au n�ant, ou bien parce qu�il s�agissait de pi�ces improvis�es, ou bien parce que des circonstances d�favorables n�en</p><p>avaient pas permis la transmission �crite. Vers le milieu du VIIIe s. se dessine un mouvement pour organiser une collecte orale, gr�ce au z�le de rapporteurs, ou r&#x101;wiya, dont certains, par malheur, sont des pasticheurs �m�rites, tels le c�l�bre &#x1E24;amm&#x101;d ou son contemporain plus jeune Khal&#x101;f.</p><p>Avec le coufien al-Mufa&#x1E0D;&#x1E0D;al al-&#x1E0C;abb&#x12B;</p><p>(� 786) intervient la � sanction de l��criture �. D�s ce moment s�est pos� aux philologues iraqiens un double probl�me : celui de l�authenticit� relative des textes collig�s et leur attribution � des po�tes nomm�ment connus. En g�n�ral, la d�fiance perce chez les logographes, qui consid�rent leur oeuvre achev�e vers la fin du IXe s.</p><p>C�est h�las ! � partir de textes aussi suspects que se sont �difi�es les id�es et les th�ories m�di�vales touchant cette po�sie archa�que. Disons toutefois, � la d�charge des savants iraqiens, que l�essentiel pour eux consistait moins dans la recherche d�une authenticit�, presque toujours impossible � �tablir, que dans la d�couverte des valeurs esth�tiques des textes conserv�s. La critique moderne chez les orientalistes, d�s la fin du XIXe s.,</p><p>devait naturellement r�viser cette position. David Samuel Margoliouth, en 1925, vint relancer le d�bat ; deux ans plus tard, reprenant cette th�se, le critique et historien �gyptien &#x1E6C;&#x101;h&#x101;</p><p>&#x1E24;usayn lui donna une forme encore plus radicale en affirmant que rien de ce qui nous est parvenu sous le nom de po�sie pr�islamique n�est authentique et, par cons�quent, capable d��voquer le milieu arabe des VIe et VIIe s. Cette position devait soulever de v�h�mentes ripostes chez des lettr�s, qui, brusquement, se trouvaient ainsi d�poss�d�s d�une partie de leur patrimoine culturel. �nonc� en ces termes sans appel, le probl�me demeure insoluble. Ni l�authenticit� des oeuvres ni leur attribution � des po�tes particuliers ne sont plus actuellement possibles. Dans cette masse de po�mes et de fragments parvenus jusqu�� nous, tout s�est coalis� pour alt�rer ou r�duire � peu le fond primitif. Dans ces conditions ne vaut-il pas mieux se r�signer � l�irr�parable et se borner � tirer de ces vestiges ce qu�ils sont encore capables de nous procurer ? Dans les quelque trente mille vers sauv�s par le z�le des logographes iraqiens, il est sans nul doute des �l�ments propres � �voquer ce que fut la po�sie archa�que en son jaillissement originel. Par ailleurs, les oeuvres de la fin de cette p�riode, moins perturb�es lors de la transmission orale, forc�ment plus courte, attestent d�indiscutables permanences th�matiques et formelles remontant � un lointain pass�. Enfin, des pastiches c�l�bres comme ceux de Khal&#x101;f le Roux volent � notre secours dans notre tentative pour remonter aux sources ; fid�les par essence m�me aux mod�les qui les ont inspir�s, ils en �voquent les proc�d�s dans ce qu�ils ont de plus typique. � d�faut de composition ayant pour nous valeur d�authentique, nous disposons donc d�une masse de textes attestant en ses aspects distinctifs la po�sie arabe des VIe et VIIe s.</p><p>y Le po�te archa�que vers 670. D�s le VIe s., le monde des nomades depuis le Hedjaz jusqu�aux steppes de l�Euphrate nous appara�t comme une sorte de r�serve o� pullulent les po�tes et les po�tesses. De cette foule, les logographes iraqiens se sont �vertu�s �</p><p>faire surgir des figures dont l�historicit� est parfois contestable, mais dont les traits symbolisent les permanences d�un milieu plein de contrastes. Celui qui poss�de le don des vers est li� � son groupe ; il en partage les succ�s et les revers, assiste aux combats o� il ranime les courages ; il c�l�bre les h�ros morts, appelle � leur vengeance, chante les chefs de la tribu et la gloire de celle-ci dans le pass�. Il participe, � bien des �gards, du monde de la magie, car son inspiration lui vient d�un djinn ; sa parole est donc puissante et redoutable, elle porte loin et parfois jusqu�� la cour des rois de &#x1E24;&#x12B;ra ou de Damasc�ne. La plupart de ces po�tes n��mergent point de leur groupe et y restent confondus ; quelques-uns, par leurs qualit�s et leur ascendant, r�ussissent cependant � en devenir les chefs. Tel nous appara�t Zuhayr ibn Ab&#x12B; Salm&#x101;, dont la vie s��coula chez les Dhuby&#x101;n d�Arabie centrale dans la seconde moiti� du VIe s. ; dans ses vers, il c�l�bra deux notables dont l�intercession mit fin � une guerre fratricide avec les �Abs, et l�on trouve dans son oeuvre une sapience qui fait de lui un musulman avant la lettre ; issu lui-m�me d�une famille de po�tes, p�re du c�l�bre Ka�b, qui devait chanter le Proph�te, il repr�sente et �voque � merveille, dans les pi�ces transmises sous son nom par sa descendance, fix�e �</p><p>Bassora, l�antique tradition po�tique des grands nomades du d�sert. En ce m�me milieu, d�autre po�tes, d�s cette �poque, deviennent des h�ros de</p><p>� romans �, tels Imru� al-Qays, fils du roi des Kinda, ou &#x1E24;&#x101;tim, chef des &#x1E6C;ayyi�, ou encore �Antara al-�Abs&#x12B;, esclave des Asad, devenu le h�ros d�une � geste �.</p><p>L�existence, � la p�riph�rie du</p><p>domaine arabe, de centres s�den-</p><p>taires comme &#x1E24;&#x12B;ra, par exemple, cr�e un courant qui attire le po�te hors de son groupe originel sans qu�il rompe pour autant avec lui. Ce fait, gros de cons�quences pour la vie litt�raire, se prolongera longtemps sous une forme � peine chang�e. D�s la fin du VIe s., � &#x1E24;&#x12B;ra, le roi al-Nu�m&#x101;n III (� 602) avait group� une v�ritable cour o� affluaient des pan�gyristes originaires des steppes euphratiennes, de Yam&#x101;ma</p><p>et d�Arabie centrale, tels &#x1E6C;arafa, du groupe bakr, ou �Adiy ibn Zayd, issu d�une famille des Tam&#x12B;m, pass�e au service des monarques lakhmides.</p><p>De cet ensemble �merge une personnalit�, le c�l�bre al-N&#x101;birha, issu des Dhuby&#x101;n d�Arabie centrale, en cr�dit aupr�s du lakhmide al-Nu�m&#x101;n III, pass�, � la suite d�une disgr�ce, � la cour des Rhass&#x101;nides de Damasc�ne, avant de rentrer en faveur aupr�s de son premier protecteur ; de son oeuvre subsistent moins de mille vers, qui sont toutefois fort repr�sentatifs de la</p><p>� mani�re � d�un pan�gyriste tel qu�on se le repr�sentait dans les milieux iraqiens des VIIIe et IXe s. ; l�ode d�apparat conserv�e sous son nom dans le floril�ge nomm� al-Mu�allaq&#x101;t (les Pendentifs) est une page d�anthologie tr�s suggestive tant elle est �vocatrice du genre laudatif � l��poque archa�que.</p><p>C�est aussi dans la r�gion de &#x1E24;&#x12B;ra que na�t le chr�tien al-A�ch&#x101; Maym&#x16B;n ; sa vie fut celle d�un pan�gyriste � itin�rant � ; elle s��coula d�abord dans sa ville natale, puis aupr�s de sayy&#x12B;ds, �galement chr�tiens, en Yam&#x101;ma et au Nadjr&#x101;n ; un hasard fit qu�al-A�ch&#x101;</p><p>n�embrassa pas l�isl&#x101;m ; revenu � &#x1E24;&#x12B;ra, il y mourut vers 629. Son oeuvre, rassembl�e par un chr�tien de &#x1E24;&#x12B;ra, semble avoir joui d�une grande vogue � Bassora jusqu�� la fin du IXe s. ; elle nous est malheureusement parvenue tr�s mutil�e dans une recension tar-downloadModeText.vue.download 237 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>774</p><p>dive ; par les m�tres utilis�s, par la langue et surtout par le d�veloppement des th�mes �l�giaques et religieux, elle rev�t une importance toute sp�ciale quand on tente d��voquer les aspects de la po�sie des s�dentaires dans la capitale des rois lakhmides. D�s cette �poque, le po�te semble d�j� contraint de se d�doubler ; comme pan�gyriste, il appartient � la mondanit� et � la tradition b�douine, et, comme �l�giaque, il c�de � un mouvement int�rieur o� s�expriment les inqui�tudes du croyant et les d�sirs de l��picurien. Peut-�tre est-on en droit de rechercher dans cette</p><p>oeuvre si malmen�e par le temps les premi�res manifestations du lyrisme particulier � des po�tes iraqiens comme Bachch&#x101;r et Ab&#x16B; Nuw&#x101;s.</p><p>y Le po�te � l�appel de l�isl&#x101;m. Au cours des dix ann�es de sa pr�dication � La Mecque, Mahomet ne manifeste que d�fiance et hostilit� envers le monde des po�tes ; le Coran se fait l��cho de cette attitude dans la surate XXVI, 224-226 : � Les po�tes sont suivis par ceux qui errent. Ne vois-tu point qu�en chaque vall�e ils divaguent, et disent ce qu�ils ne font point. � Lors de son installation � M�dine en 622, les luttes entre les po�tes de clans oppos�s sont dans toutes les m�moires et ne peuvent que confirmer cette condamnation.</p><p>Mais la politique a ses contraintes.</p><p>� mesure que l��tat constitu� par Mahomet s��tend sur la mouvance de M�dine, puis sur l�Arabie centrale et m�ridionale, le chef de la jeune communaut� sent qu�il faut faire taire ses r�ticences envers le monde irritable, fanfaron et versatile des rimeurs � gages ; une r�v�lation coranique vient att�nuer la condamnation prononc�e � La Mecque. Parmi les convertis se trouvent des po�tes pr�ts � servir avec sinc�rit� Mahomet et sa doctrine. Le plus fameux est &#x1E24;ass&#x101;n ibn Th&#x101;bit ; d�abord pan�gyriste des phylarques de Damasc�ne, aupr�s desquels il se rend r�guli�rement, il a d�pass� la cinquantaine quand il embrasse l�isl&#x101;m ; pendant dix ans, il vit toutes les p�rip�ties qui vont porter le jeune �tat � son apog�e ; il s��teint cente-naire vers 660, mais, d�s la mort du ma�tre en 632, il s��tait d�j� enferm� dans le silence. Son d&#x12B;w&#x101;n (divan), expurg� de tout ce que &#x1E24;ass&#x101;n a compos� avant sa conversion, r�v�le des retouches, mais conserve l�essentiel du jaillissement primitif et l�allure pol�mique des r�pliques ; pourtant, le pan�gyriste de Mahomet et de sa communaut� demeure fondamentalement attach� � sa � mani�re � primitive ; sa conversion l�a pouss� certes dans une voie nouvelle, mais ne l�a point conduit � traduire une exp�rience religieuse l��levant au-dessus de son r�le de thurif�raire.</p><p>En d�pit de la r�habilitation par-</p><p>tielle dont les po�tes et leur art ont �t� l�objet, l�isl&#x101;m primitif reste r�ticent � leur �gard ; les pieux compagnons du Proph�te continuent � voir en eux des survivances du paganisme. Cette attitude semble, au surplus, justifi�e par des po�tes de pi�tre ferveur qui affluent � M�dine, devenue centre d�attraction pour des pan�gyristes besogneux. Al-</p><p>&#x1E24;u&#x1E6C;ay�a, originaire d�Arabie centrale (� v. 661), caract�rise ce genre de personnage, dont les odes � des chefs locaux et les satires contre des rivaux r�v�lent la permanence du paganisme en ses formes les plus insolentes et attestent une �vidente irr�ligiosit�.</p><p>La po�sie archa�que</p><p>(depuis 670 jusque vers 725)</p><p>y Le po�te int�gr� � l�isl&#x101;m. La g�n�ration des po�tes n�s apr�s 650</p><p>n�a rien connu des luttes premi�res de l�isl&#x101;m en expansion ; l�implantation en Iraq et en Syrie-Palestine est pour elle un fait inscrit dans l�histoire ; l��tablissement d��l�ments arabes aux confins du monde conquis en est � ses yeux la suite normale. Dans la nouvelle conjoncture politique, la mont�e de l�Iraq s�ach�ve gr�ce � la convergence de circonstances favorables ; l�av�nement au califat du clan mecquois des Omeyyades a pour cons�-</p><p>quence le transfert de la capitale de l�empire � Damas ; de ce fait, M�dine et La Mecque sont rendues � leur r�le de m�tropoles religieuses, tandis que Bassora et K&#x16B;fa voient grandir leur importance �conomique, politique et culturelle. Lentement, le � fait coranique � d�veloppe des modes de penser et de croire o� l�isl&#x101;m trouve ses assises dans l�� arabicit� �. Dans le bouillonnement des passions politico-religieuses, dans l�affrontement des luttes tribales h�rit�es du pr�isl&#x101;m, que devient la po�sie, principale forme de l�activit� litt�raire concevable en un tel milieu ? Deux courants s�y dessinent : l�un est la continuation des traditions caract�risant la b�douinit�, l�autre, au contraire, annonce la pr�valence de tendances nouvelles impos�es par la vie en de grands centres urbains.</p><p>Pour acc�der aux textes en vers de cette p�riode et � la connaissance de leurs auteurs, beaucoup de prudence</p><p>est encore n�cessaire. Dans l�ensemble, cependant, on se sent plus � l�aise ; en d�pit d�absences d�sastreuses, notre galerie de portraits est en effet assez compl�te et permet une perception d�ensemble relativement acceptable.</p><p>Les d&#x12B;w&#x101;n ont �t� constitu�s apr�s un cheminement oral des oeuvres plus court et moins hasardeux. Les po�tes eux-m�mes perdent leur allure semi-l�-</p><p>gendaire ; ils se dressent en silhouettes diff�renci�es et, au surplus, par leurs rapports avec des personnages historiques bien connus, ils s�inscrivent dans une chronologie plus pr�cise et dans un cadre facile � d�limiter, qui est soit la Syrie-Palestine, soit l�Arabie orientale et la mouvance de Bassora et de K&#x16B;fa, soit le Hedjaz.</p><p>Fait �trange : bien que Damas et la Syrie-Palestine constituent le centre politique de l��tat musulman � l��poque en cause, la po�sie nous y appara�t seulement comme un �l�ment import� d�Arabie p�ninsulaire ; par exemple, le pan�gyriste et �l�giaque ibn Qays al-Ruqayy&#x101;t (� v. 715) est originaire de M�dine et ne se fixe aupr�s des califes qu�apr�s une tentative d�installation � K&#x16B;fa ; de m�me, deux autres chantres de la dynastie omeyyade, Djar&#x12B;r et al-Akh&#x1E6C;al, originaires l�un des Tam&#x12B;m d�Arabie orientale et l�autre des Tarhlib de Dj�zireh, ne s�journent qu��pisodiquement aupr�s des califes � Damas. Tout au contraire, l�Iraq, par sa position et surtout par l�implantation � Bassora et � K&#x16B;fa d��l�ments num�riquement consid�rables venus d�Arabie centrale et orientale, nous appara�t comme le terrain d��lection de la po�sie. C�est l� que les traditions h�rit�es du monde des nomades se maintiennent avec le plus de rigueur, tout en subissant une adaptation au nouveau milieu social et politique.</p><p>La carri�re m�me des po�tes ressemble �tonnamment � celle des pan�gyristes jadis au service des rois de &#x1E24;&#x12B;ra. Par le peu que l�on sait sur lui, ibn Ladja�</p><p>semble avoir �t� le type m�me du po�te de tribu ; � bien des �gards, Dh&#x16B; al-Rumma (� v. 735) l�est aussi, mais, par les s�jours nombreux qu�il fait � K&#x16B;fa et � Bassora, qui lui permettent d�entrer en rapport avec les fondateurs des �tudes grammaticales et lexicologiques en Iraq, comme Ab&#x16B; �Amr ibn al-�Al&#x101;�,</p><p>il constitue un exemple parfait de ces informateurs b�douins auxquels on recourt d�s qu�on aborde les recherches sur le monde du d�sert. Par cette voie se confirme un conservatisme po�tique que les logographes post�rieurs d�fen-dront par go�t et par formation.</p><p>De la foule des rimeurs ou des vrais po�tes originaires des mouvances b�-</p><p>douines �mergent � cette �poque trois personnalit�s, demeur�es c�l�bres � juste titre par la qualit� et l�ampleur de leur oeuvre ; plus tard et durant bien des si�cles, il sera de bon go�t de disserter sur ce trio dans les cercles de beaux esprits. Ces trois talents se ressemblent par leurs attaches au milieu tribal, leur carri�re � la fois politique et artistique ; ils se distinguent toutefois par quelques traits qui, relativement, les individualisent. Le premier, al-Akh&#x1E6C;al (&#x1E24;&#x12B;ra ou Ru&#x1E63;&#x101;fa de Syrie v. 640 - K&#x16B;fa v. 709), est issu des Tarhlib nomadisant sur le moyen Euphrate ; chr�tien nestorien, il demeure fid�le � sa confession sans pour autant mener une vie exemplaire ; en faveur aupr�s des califes et en particulier de �Abd al-Malik ibn Marw&#x101;n, il chante la dynastie au pouvoir ; dans le conflit tribal entre Qaysites (ou Arabes du Nord) et Y�m�nites (ou Arabes se r�clamant d�une g�n�alogie m�ridionale), il se range du c�t� des premiers ; par sa position aupr�s des hommes au pouvoir, il r�ussit � d�fendre efficacement ses contribules. Peut-�tre sa qualit� de chr�tien a-t-elle nui � la transmission de ses po�mes ; ce qui en subsiste est constitu� d�odes en forme de qa&#x1E63;&#x12B;da, o� les d�veloppements laudatifs font contraste avec des passages �pigrammatiques ; des fragments bachiques assez nombreux attestent la permanence du genre tel qu�il se trouve chez al-A�ch&#x101; trois quarts de si�cle plus t�t.</p><p>Le deuxi�me personnage du trio,</p><p>Djar&#x12B;r (Yam&#x101;ma v. 653 - � 728), a laiss� le souvenir d�un musulman pieux et digne ; il commence sa carri�re en c�l�brant des notables de sa tribu, puis, emport� par le courant g�n�ral, il se rend p�riodiquement � Bassora, se fait le chantre du gouverneur al-&#x1E24;adjdj&#x101;dj ; par l�entremise de celui-ci, il est introduit aupr�s du calife</p><p>�Abd al-Malik ; m�l� aux conflits qui</p><p>partagent l�Iraq, il est proy�m�nite par opportunisme, mais il sait jouer de son prestige po�tique pour chanter aussi les gouverneurs favorables aux Qaysites ; toute sa vie est remplie par ses diatribes furieuses avec son contribule al-Farazdaq* et contre le tarhlibite al-Akh&#x1E6C;al. L�oeuvre de Djar&#x12B;r a connu d�s son apparition une ample c�l�brit� ; si ch�ti�e en para�t la forme et si � classique � l�inspiration que les �rudits iraqiens du VIIIe s. en feront d�abondantes citations ; imposante par ses dimensions � pr�s de six mille vers �, cette oeuvre est � dominante satirique ; le genre laudatif y est d�une facture nerveuse et puissante, et certaines descriptions de combats s��l�vent jusqu�� downloadModeText.vue.download 238 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>775</p><p>l��pop�e ; la louange, comme chez al-Akh&#x1E6C;al, demeure �videmment li�e � des vertus d�j� pris�es dans la po�sie des grands nomades ; la pens�e religieuse y est pr�sente, mais ne traduit point de vertige devant l�inconnu de la destin�e.</p><p>Le troisi�me po�te de ce trio, al-Farazdaq, semble cumuler dans sa vie et sa po�sie tout ce par quoi se caract�-</p><p>risent ses deux contemporains.</p><p>Ce qui frappe dans l�ensemble de cette production en vers, c�est la d�-</p><p>bilit� du sentiment religieux ; certes, l�isl&#x101;m y est magnifi�, mais uniquement dans ses triomphes ou dans l�affirmation de la v�rit� de ses dogmes et aucunement comme un mouvement de l��me vers le divin. M�me attitude chez des po�tes repr�sentant l�opposition politico-religieuse ; dans les maigres fragments subsistant par exemple sous les noms du ch&#x12B;�ite ibn Zayd al-Kumayt (� 743) et du kh&#x101;ridjite al-&#x1E6C;irimm&#x101;h (� apr. 724), nous ne relevons nulle condamnation du pharisa�sme de la religion d��tat ou nulle invective contre les puissants et les riches. Chez ces hommes comme chez les chantres de la dynastie au pouvoir, la tradition b�douine r�v�le une impuissance sans recours � s��vader du pass�.</p><p>y Les Hedjaziens et l�approche de l�esprit � courtois �. L��clipse politique du Hedjaz, � la suite du transfert des Omeyyades en Syrie, a eu pour le lyrisme des cons�quences heureuses et durables. � M�dine et � La Mecque, apr�s l��crasement</p><p>de l�insurrection de �Abd-All&#x101;h ibn al-Zubayr en 692, se retrouve une soci�t� composite, o� des musiciens, des amuseurs aux moeurs ind�cises y vivent des largesses de quelques esth�tes ; des pan�gyristes comme Kuthayyir et Nu&#x1E63;ayb y d�ploient</p><p>sans conviction leur talent aupr�s des hommes en place, tandis que d�autres, en g�n�ral des aristocrates, forment une sorte de cour d�amour autour de quelques dames �mancip�es. Dans</p><p>ce milieu, o� l�on s�ennuie d�une vie oisive et sans espoir, le go�t du plaisir s�installe ; un peu de r�ve s�y m�le, la passion y gagne tout ce que la rigueur des moeurs peut y perdre.</p><p>Dans ce climat, le lyrisme tel qu�il s�est d�velopp� chez les po�tes du d�-</p><p>sert se transforme, et des Hedjaziens comme al-A&#x1E25;wa&#x1E63; al-Ans&#x101;r&#x12B; (M�dine v.</p><p>655 - � 728) ou al-�Ardj&#x12B; (&#x1E6C;a�if 694 -</p><p>M�dine 738) l�engagent dans une voie nouvelle, qui aboutira ailleurs et plus tard � l�esprit � courtois �. Plus que tout autre, �Umar ibn Ab&#x12B; Rab&#x12B;�a (La Mecque v. 644 - &#x1E6C;&#x101;�if av. 721) nous appara�t comme le chef de ce mouvement ; riche, distingu� et de noble origine, c�l�bre par ses amours pour des dames mecquoises de haute naissance, cet �l�giaque, � travers les r�-</p><p>cits qu�on fera sur lui, nous appara�t comme un bourreau des coeurs raffin� capable parfois de passion. Son oeuvre est sans doute suspecte en certaines de ses parties ; elle refl�te cependant bien le drame de cette existence o� la passion amoureuse l�a emport� sur toutes les autres formes de l��tre ; pas une pi�ce d�inspiration traditionnelle, rien qui rappelle la � b�douinit� � et la lutte pour la vie ; tout est ici l�expression du sentiment, refus de la recherche verbale pour elle-m�me, exquise transfiguration, mais non alt�ration du r�el ; avec cet �l�giaque, l�esprit � courtois �</p><p>est proche, et parfois des pasticheurs malhabiles n�ont point su se d�fendre d�y tomber.</p><p>y Le po�te et son instrument. Chez les Arabes jusqu�au d�but du VIIIe s., l�art des vers est un don qui proc�de d�une puissance magique, donc redoutable ; un djinn appara�t souvent comme un acolyte inspirant louanges et satires.</p><p>Ce don est parfois h�r�ditaire, mais il s�affirme par l��tude, en sorte que le rimeur est toujours un homme de</p><p>� m�tier �.</p><p>D�s le VIe s., mais sans doute bien plus t�t, s�est constitu� un syst�me prosodique, peut-�tre originaire d�Arabie centrale ou orientale, fond� � la fois sur l�alternance des syllabes longues et br�ves et sur la s�quence de tons accentu�s et faibles ; cet instrument, d�s cette �poque, a atteint une rare perfection. Il para�t �tabli que le po�te nomade, durant toute la p�riode consid�r�e, a utilis� un m�tre sp�cifiquement fait pour l�improvisation et cinq m�tres amples, solennels ou rapides affect�s � la composition des odes, des thr�nes et des satires �labor�es ; il est donn� � penser qu�� &#x1E24;&#x12B;ra et, plus tard, � M�dine se sont ajout�s � cette s�rie fondamentale cinq ou six autres m�tres de rythme plus vari�, tr�s proches de cadences musicales dont ils sont peut-</p><p>�tre issus ; cette seconde s�rie a d� �tre affect�e tr�s t�t � des compositions lyriques ou �l�giaques. C�est seulement � Bassora que le grammairien al-Khal&#x12B;l (� apr. 786) �laborera la m�trique qui porte son nom ; � ce moment, le nombre des m�tres s��l�vera � quatorze, et des r�gles aussi compliqu�es que nombreuses d�finiront les cas o� se pr�sentent des apocopes, des contractions ou des �lisions syllabiques. Dans cette prosodie, qui restera classique, le vers constitue un ensemble autonome, termin� par une rime tr�s riche et parfois compliqu�e. Durant toute cette p�-</p><p>riode, le po�te, pour ses compositions �labor�es, ne dispose gu�re que de trois cadres : le thr�ne, ou d�ploration sur un mort, dont les origines s�mitiques sont tr�s anciennes ; la satire, qui peut se r�duire � une �pigramme de quelques vers ou s�int�grer dans le troisi�me cadre, ou qa&#x1E63;&#x12B;da. Ce terme, qui signifie souvent � po�me � en g�n�ral, est � l��poque archa�que une ode tripartite comprenant un pr�lude �l�giaque, un chant de prouesses, o� est d�crite la</p><p>� qu�te � de la dame aim�e, et enfin</p><p>un pan�gyrique. Cette q&#x101;&#x1E63;&#x12B;da, dans nos textes, est cependant loin de se pr�senter en cette forme compl�te : parfois le pr�lude tombe � et c�est fr�quent chez al-Farazdaq �, parfois le chant de prouesses se r�duit � quelques vers, tandis que la satire s�int�gre antith�-</p><p>tiquement dans le pan�gyrique. Bien entendu, le monde arabe, durant toute la p�riode en cause, n�a pas ignor� l�improvisation famili�re, la berceuse, le chant de travail ou la cantil�ne chameli�re, mais, par leur caract�re m�me, ces improvisations nous ont �t� seulement conserv�es en tr�s petit nombre.</p><p>y Le po�te et les genres. � l��poque archa�que, le po�te arabe ne conna�t que progressivement la distinction entre les genres. L�inspiration lui vient d�un choc int�rieur ou ext�rieur ; il lui c�de, mais ne la conduit pour ainsi dire pas. Le travail de l�artiste n�intervient qu�ensuite, pour aboutir � des pi�ces �labor�es o� plusieurs dominantes se juxtaposent. Ce que nous nommons genre est donc � d�finir en fonction d�une subjectivit� et d�un dynamisme. Pour s�exprimer, le po�te dispose d��l�ments th�matiques qui �voquent des th�mes �ternels en milieu b�douin : l�amour, l�instinct de puissance, l�affirmation du � moi �</p><p>par le jeu de vertus cardinales telles que le courage, la g�n�rosit� ou la noblesse personnelle et tribale.</p><p>La description tient une large place dans ces oeuvres en vers ; elle porte sur le monde o� le B�douin s�acharne � survivre, sur les h�tes du d�sert, onagres, oryx ou gazelles, sur sa cha-melle ou son cheval, qui font son orgueil. Visuel, le po�te observe et distingue, mais il ne d�crit pas, et tout son art est �vocation par touches et s�ries de traits qui sugg�rent. Les sc�nes de violence, les combats s�inscrivent dans un dessein plus g�n�ral, qui vise � d�noncer le vaincu et � magnifier le vainqueur.</p><p>Un th�me n� de la nature des choses est le fakhr, terme intraduisible, qui exprime � la fois l�orgueil du po�te, son exultation devant ses propres exploits et ceux de son groupe en face d�un adversaire qui n�est que couardise et bassesse. Cette glorification de l�individu et des siens �clate � un moment</p><p>donn� et se d�veloppe dans le genre laudatif proprement dit, o� le po�te c�-</p><p>l�bre d�abord les notables de sa tribu, puis des protecteurs comme les rois de &#x1E24;&#x12B;ra ou le Proph�te de l�isl&#x101;m, enfin les grands personnages et le calife de la dynastie omeyyade ou les chefs de partis chi�ites ou kh&#x101;ridjites. Avec la g�n�ration d�al-Farazdaq et de ses �mules apparaissent d�j� le poids du poncif et l�impuissance � s�en �vader.</p><p>Dans une telle ambiance, l��pi-</p><p>gramme et la satire traduisent la haine de tout ce qui s�oppose au po�te, � son groupe ou au protecteur qu�il s�est donn�. Le trait est truculent, ac�r� ; il vise l�adversaire en ses parties les plus vuln�rables, ne m�nageant ni les anc�tres ni les femmes ; presque toujours il se juxtapose au d�veloppement laudatif, car il en constitue l�antith�se.</p><p>Les th�mes de sapience se trouvent �� et l� dans des satires ou des pan�-</p><p>gyriques, mais surtout au d�but des thr�nes. Le contenu en est mince ; le destin, ou dahr, y est �voqu� comme une force invincible qui frappe</p><p>l�homme � l�improviste, qu�il soit puissant ou faible, jeune ou charg� d�ans ; � la r�signation m�l�e de constance, ou &#x1E63;abr, le sage fait appel sans espoir d��tre entendu. Chez les po�tes, l�isl&#x101;m n�a rien apport� de vraiment vivifiant et surtout pas encore une m�ditation sur la solitude de l�homme dans un univers o� Dieu est seulement senti et con�u comme une transcendance. En face de cette repr�sentation d�sesp�rante, l�appel aux joies de la vie �tait in�vitable ; le po�te archa�que y c�de, mais cela ne lui inspire que des descriptions bachiques, dont la formulation appara�t d�j� st�r�otyp�e dans quelques pi�ces d�al-A�ch&#x101; ou d�al-Akh&#x1E6C;al ; souvent, d�ailleurs, ces th�mes rejoignent le fakhr, car l�occasion est belle pour le po�te d�y afficher sa prodigalit� insouciante et ses d�fis � la d�cence.</p><p>Le lyrisme du po�te archa�que a re-v�tu des formes multiples. � certains �gards, cette explosion du � moi �</p><p>qu�est le fakhr en est une. C�est toutefois, d�une fa�on g�n�rale, dans le prologue �l�giaque de la qa&#x1E63;&#x12B;da qu�on doit en rechercher l�expression la plus ancienne. Dans le monde des B�douins, l��l�gie d�amour participe certainement</p><p>downloadModeText.vue.download 239 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>776</p><p>d�une r�alit� v�cue ; le po�te n�invente rien quand il dit sa tristesse devant les campements abandonn�s, sa solitude dans la nuit o� il r�ve de l�aim�e, la visite en songe de celle qu�il a perdue, l�arrachement de la s�paration dans le tumulte d�un d�part en transhumance.</p><p>Par malheur, l�expression de ces sentiments v�cus s�offre � nous en clich�s, en formules fig�es qui ne permettent plus � l�artiste d��voquer d��ternelles v�rit�s. Il faut attendre les Hedjaziens, comme �Umar ibn Ab&#x12B; Rabi�a, pour que soit insuffl�e une existence nouvelle � ces formulations us�es ; surtout il convient qu�une soci�t� blas�e cultive ses inqui�tudes et son insatisfaction pour que le drame des affinit�s �lectives apparaisse dans une po�sie en qu�te de rajeunissement. La psychologie de l�amant et de l�amante se pr�cise ; l��moi des amours naissantes, des retrouvailles, de la jalousie et des ruptures impose la recherche d�un style nouveau, d�pouill�, propre � fixer une sc�ne, un souvenir ; la passion s�exalte par le refus. Tout convie � l��panouissement de l�esprit � courtois �.</p><p>La primaut� litt�raire de</p><p>l�Iraq (de 725 � 925)</p><p>La prise du pouvoir par les �Abb&#x101;ssides et la fondation de Bagdad en 762</p><p>consacrent la primaut� de l�Iraq dans tous les domaines pour deux si�cles.</p><p>Les r�gnes d�al-Rach&#x12B;d (786-809) et d�al-Ma�m&#x16B;n (813-833) conf�rent � l�Empire un �clat jusque-l� in�gal�, et, en d�pit de crises lors des changements de r�gne, l�ascension �conomique permet � l�aristocratie et � l�oligarchie en place d�assumer leur r�le social dans le domaine de l�esprit ; le m�c�nat devient une institution dont l�existence assure l��panouissement des arts, des sciences et de l��rudition. De plus en plus s�affirme l�activit� des m�tropoles urbaines dans la vie religieuse et intellectuelle. Ce sont des creusets o� se fondent les ethnies, o� les Iraniens apportent le tr�sor de leur civilisation, o� les Arabes font triompher la langue</p><p>et la religion qu�ils se sont donn�es, o� les minorit�s juives, chr�tiennes et sab�ennes de &#x1E24;arr&#x101;n introduisent le ferment de la culture hell�nistique.</p><p>En litt�rature, durant un si�cle environ, on assiste � une ascension o� po�sie et oeuvres en prose sont remises en question dans le fond et la forme.</p><p>Ensuite s��tablit une sorte d��quilibre, au cours duquel s��liminent certaines hardiesses et s��laborent des doctrines qu�on pourrait nommer classiques. Il para�t n�cessaire de tenir compte de cette �volution, qui traduit le jeu d�influences particuli�res. Le � fait coranique � favorise les �tudes juridiques et th�ologiques. Les recherches qui concernent la langue ne sauraient �tre s�par�es de l�ex�g�se, de la philologie et de la stylistique ; elles conduisent � la fondation de deux �coles rivales ; l�une, dite � de Bassora �, a pour ma�tre S&#x12B;bawayh et se distingue par l�allure normative de son syst�me, r�pudi� par l��cole dite � de K&#x16B;fa �, plus ouverte aux aspects vivants du langage. La grammaire et les sciences coraniques sont primordiales dans la formation intellectuelle, et leur r�le explique les aspects d�un humanisme ouvert sur le monde.</p><p>La po�sie jusque vers 825</p><p>y Le m�c�nat et l��cart�lement du po�te. Dans la soci�t� qui s�installe en Iraq avec les �Abb&#x101;ssides, tout conspire � faire du po�te un pan�gyriste, un courtisan, voire un amuseur.</p><p>Ses origines pl�b�iennes, son �tat d�affranchi souvent, son �pre d�sir de parvenir � la richesse et aux honneurs, le raffinement et la culture de ses protecteurs incitent au surplus cet ornement de cour ou de salon � se complaire dans sa suj�tion ; si, d�aventure, il tente de s�y soustraire, le m�c�ne sait le rappeler � sa fonction sociale. Cette situation n�est, certes, pas nouvelle. D�s le VIe s. � &#x1E24;&#x12B;ra et plus tard sous les Omeyyades, le po�te avait subi cette loi d�airain.</p><p>Tout au plus peut-on dire qu�avec les temps nouveaux et l�exemple de la cour califienne cette loi s�est faite plus contraignante.</p><p>L�ensemble de l�activit� litt�raire</p><p>se ressent naturellement de l�existence du m�c�nat. En po�sie, elle aboutit � l�apparition de deux courants ; l�un sera la po�sie de cour et de salon, qui continue la tradition des pan�gyristes omeyyades tout en faisant sa place au go�t du public citadin et � celui de la cour ; l�autre ira dans le sillage des Hedjaziens, sublim� par des influences o� domine l�esprit � courtois �. � ce moment et pour un mill�naire, avec de rares et infructueux efforts pour �chapper � son �tat de suj�tion, le po�te c�dera simultan�ment � ces deux courants. L�in�galit� de ses r�ussites aura toutefois pour cons�quence de porter la post�rit� � voir en lui plut�t un lyrique qu�un po�te de cour ou inversement. Ne nous y trompons cependant pas : chez cette g�n�ration de po�tes, cette dualit� est sentie comme un d�chirement, car le refoulement du � moi � aiguise un d�sir d��vasion dont l�impossible satisfaction engendre un d�doublement de la personnalit� artistique.</p><p>y L��vasion dans le lyrisme. Dans le tiers subsistant de l�oeuvre de Bachch&#x101;r* (714-784), cet �cart�lement du � moi � po�tique �clate dans un �quilibre de la r�ussite ; Bachch&#x101;r, en effet, est parvenu � exceller aussi bien dans le lyrisme � courtois � que dans le pan�gyrique et la satire. Chez son compatriote plus jeune al-�Abb&#x101;s ibn al-A&#x1E25;naf (Bassora 750 - apr. 808), la solution du drame intime a �t� obtenue gr�ce � une option qui n�a point �t� au fond une v�ritable lib�ration.</p><p>Ce po�te issu d�une famille arabe revenue en Iraq apr�s un long s�jour en Iran oriental fut en faveur aupr�s des vizirs barmakides et du calife al-Rach&#x12B;d, ainsi qu�aupr�s de certaines dames de la cour. Pour ce public, il composa de nombreux rhazal (ou</p><p>ghazels), po�sies d�inspiration �rotico-�l�giaque, dont une faible partie seulement nous est parvenue ; celle-ci ne contient aucune oeuvre laudative ou satirique ; mais ce fait n�implique point une totale lib�ration, puisque al-�Abb&#x101;s a su simplement s�identifier � son public, �pris comme lui d��vasion, de d�lectation morose, de refus � une sensualit� qui l�emporte dans la r�alit� v�cue. Ses rhazal sont probablement l��cho d�une pens�e n�o-platonicienne, mais ils sont aussi</p><p>l�expression de l�id�al � courtois �</p><p>pressenti et non formul� par les Hedjaziens ; l�art du po�te s�y montre discret et suave, d�une sensibilit� qui rejette l�artifice. La dame y appara�t d�une inaccessible froideur � l��gard de l�amant, qui, soumis et discret, vit sa passion dans le renoncement � la possession et dans un tourment devenu source de joie. L�oeuvre d�al-</p><p>�Abb&#x101;s connut une vogue imm�diate jusqu�en Iran ; plus tard, par des voies inconnues � peut-�tre par la Sicile</p><p>�, elle abordera le monde hispa-</p><p>nique, achevant ainsi son destin, qui �tait d�insuffler l�esprit � courtois �</p><p>dans la po�sie arabe.</p><p>Avec Ab&#x16B; Nuw&#x101;s* (apr. 747 - v.</p><p>815), l�affirmation du � moi � se traduit tout d�abord dans des rhazal �rotico-</p><p>�l�giaques et des chansons bachiques d�une verve insolente, tandis que la concession au genre laudatif s�exprime avec une platitude affligeante ; plus tard, le po�te c�de � une autre inspiration d�origine religieuse, qui s�harmonise cependant avec son h�donisme. Chez ce lyrique, l��vasion ne semble pas avoir �t� contrari�e en son jaillissement.</p><p>Son contemporain Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya (K&#x16B;fa 747 - Bagdad 825), par sa carri�re toute de contrastes, s�offre au contraire � nous comme un �tre d�-</p><p>chir�. Fils d�un potier aram�en, s�duit dans son adolescence par la vie liber-tine d�un milieu frondeur, attir� par Bagdad, il y devient po�te officiel du calife al-Mahd&#x12B; ; apr�s une disgr�ce, il retrouve son cr�dit sous al-Rach&#x12B;d, dont il soutient l�anti-iranisme provoqu� par la d�mesure des Barmakides et dont il charme les loisirs par des pi�ces l�g�res. Vers 800, la crise �clate ; il s�insurge contre sa suj�tion ; jet� en prison, il reprend son joug, mais, jusqu�� sa mort, trouve son �vasion dans l�inspiration religieuse. C�est au demeurant � celle-ci qu�il doit sa c�l�-</p><p>brit� ; peu dou� comme po�te de cour et comme auteur de rhazal, il trouve en revanche, dans la m�ditation sur la vanit� de la gloire, de la richesse, de l�amour et de la beaut�, dans la fragilit� et la petitesse de l�homme compar�es � la majest� de Dieu, dans la toute-puissance de la mort et l�horreur du tombeau, les th�mes correspondant � sa</p><p>nature profonde. Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya fut-il manich�en ? Sa pi�t� comme musulman ne fut-elle qu�un �cran pour cacher sa vraie conviction ? Il est malais� de le savoir. Ce qui domine dans son oeuvre est l�irr�m�diable pessimisme de la cr�ature isol�e dans un univers o� la foi elle-m�me ne donne plus l�esp�-</p><p>rance du salut. Pour �noncer ces pens�es, le po�te recourt � un art sans recherche, � un style fluide et grave en sa simplicit�, monotone sans doute, mais p�n�trant gr�ce � ses reprises, bien fait, en tout cas, pour troubler en sa qui�-</p><p>tude la mondanit� bagdadienne et la mauvaise conscience des puissants ; al-Rach&#x12B;d, dit-on, au cours d�une promenade sur le Tigre, aurait �clat� en sanglots en entendant les nautoniers chanter des vers d�Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya sur l�immanence du destin.</p><p>Vers 825, cette g�n�ration de � rebelles � s��teint, emportant avec elle la virtualit� d�un permanent renouveau.</p><p>Le dernier po�te qui se rattache encore � elle, Muslim ibn al Wal&#x12B;d (K&#x16B;fa v.</p><p>750 - Gurg&#x101;n 823), s�en s�pare en effet sur un point essentiel ; comme Bachch&#x101;r, ce po�te a, sans d�chirement, admis d��tre un pan�gyriste, mais son �gotisme en a souffert ; celui-ci s�adorne d�une aff�terie faisant songer au gongorisme ; chez Muslim, constant est le recours au style fleuri, ou bad&#x12B;�, qui triomphera en Iraq au cours du IXe s.</p><p>downloadModeText.vue.download 240 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>777</p><p>La po�sie de 825 jusque vers 925</p><p>y Le po�te � l�appel du classicisme.</p><p>La g�n�ration de po�tes qui monte en Iraq � partir de 825 renoue sur bien des points avec l�oeuvre laudative de Bachch&#x101;r et avec les pan�gyristes de la p�riode omeyyade. Elle s�incline sans r�sistance devant la tutelle du m�c�nat ; chez elle se dessine d�une mani�re toujours plus �vidente la tendance et les aspects de ce qu�on peut nommer le classicisme. Multiples sont les facteurs qui ont conduit � une telle r�signation. L��pret� des luttes politiques et religieuses rend partielle-</p><p>ment compte du r�le de pan�gyristes ou de d�tracteurs imparti aux po�tes ; ils sont plus que jamais les porte-parole des souverains ou des chefs de factions ; comme toujours, la passion qu�ils apportent dans les combats participe de leurs convictions ou de leurs tendances personnelles ; l�attrait de l�or et de la faveur fait le reste.</p><p>La vie de c�nacle, par ses limites, ses comp�titions purement �rudites et litt�raires, par les jeux d�esprit et le mani�risme qu�elle sollicite et attise, tient aussi une large place dans l�attirance du po�te pour la pr�ciosit�. Port� par nature � la culture des mots plut�t qu�� celle des id�es, le po�te tend � exercer sans tr�ve sa virtuosit�.</p><p>Cet artiste n�est certes pas �tranger � l�humanisme, qui, en des cercles voisins, s��labore et s�impose. Ma�tres de leur langue, les grands po�tes de cette p�riode sont donc aussi des �rudits, autant que des artistes raffin�s ; la rh�torique, dans son ensemble, leur est connue, et l�un d�eux, ibn al-Mu�tazz, la condense en un pr�cis. L�art po�-</p><p>tique se d�couvre et s��nonce dans des introductions et des chrestomathies comme celle d�ibn Sall&#x101;m al-Djuma&#x1E25;i et surtout celle d�ibn Qutayba. Les anthologues, de plus en plus nombreux, s�instituent les formateurs du go�t ; ici, d�ailleurs, les po�tes entrent en sc�ne ; plusieurs � notamment Ab&#x16B; Tamm&#x101;m</p><p>� composent des floril�ges o� le choix s�op�re en fonction d�une esth�tique qui consacre une notion du Beau en soi.</p><p>Avec cette g�n�ration d�esprits subtils, conscients de leur r�le culturel, attach�s � des r�gles et � des formes consacr�es par le pass�, et par le go�t d�une minorit� s�re de ses choix, la po�sie a pris toutes les allures d�un classicisme rigide. Le triomphe de celui-ci a pour cons�quence un refus, chez les lettr�s, d�accorder le moindre regard � une po�sie d�inspiration populaire en une langue semi-vulgaire, telle qu�elle se devine par �chapp�es chez Ab&#x16B; Nuw&#x101;s ou Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya. La po�sie classique est donc rupture avec la vie.</p><p>y Les repr�sentants de la po�sie classique. Par une circonstance heureuse, les repr�sentants du classicisme, malgr� leurs traits communs, offrent cependant quelques particularit�s.</p><p>Al-Hasan Di�bil al-Khaz&#x101;�&#x12B; (K&#x16B;fa ou Qarq&#x12B;siy&#x101;�765 - Bagdad ? 860), par sa longue carri�re, est � cheval sur les deux p�riodes dont nous traitons, mais, en fait, il annonce en po�sie un esprit qui concilie le pass� et les go�ts de la nouvelle g�n�ration. Ch&#x12B;�ite militant, il joue un double jeu ; d�une part, il soutient la politique des califes, dans la mesure o� elle rejoint ses convictions personnelles, et, d�autre part, il la sape dans ses vers, d�s qu�elle s�oppose � sa ferveur politique et religieuse. Cette attitude n�a rien de rare � cette �poque, sinon l�habilet� avec laquelle ce po�te engag� a su s�y tenir sa vie durant.</p><p>Di�bil est un satirique ; ses traits redoutables lui assurent le respect haineux de ceux qu�il vise ; par sa truculence, il rappelle al-Farazdaq, mais il se d�gage d�une � b�douinit� � devenue pesante.</p><p>Vers la fin de sa vie, il compose un Livre des po�tes qui semble avoir fait date.</p><p>Ab&#x16B; Tamm&#x101;m al-&#x1E6C;&#x101;�&#x12B; (Dj&#x101;sim, pr�s de Tib�riade, v. 804 - Mossoul 845) �tait, semble-t-il, issu d�une famille chr�tienne ; converti � l�isl&#x101;m, il se forge une g�n�alogie le rattachant aux &#x1E6C;&#x101;�&#x12B;s de Syrie du Nord. Pan�gyriste � itin�rant �, il chante d�abord quelques notables de sa province natale, se rend en �gypte, puis r�ussit � gagner la faveur du calife et celle du m�c�ne �Abd-All&#x101;h ibn &#x1E6C;&#x101;hir ; vers la fin de sa carri�re, gr�ce � un protecteur, il obtient la charge de ma�tre de la Poste � Mossoul, o� il meurt quadrag�-</p><p>naire. Tr�s impr�gn� de � b�douinit� �, il incarne en po�sie la r�action contre l�esprit et les tendances d�Ab&#x16B; Nuw&#x101;s.</p><p>Il red�couvre le pass�, dont il donne des mod�les dans une anthologie intitul�e al-&#x1E24;am&#x101;sa, c�l�bre et ind�finiment comment�e apr�s lui. Dans son oeuvre personnelle triomphe la qa&#x1E63;&#x12B;da d�apparat ; la plus remarquable des pi�ces coul�es dans ce cadre est celle qu�il d�die au calife al-Mu�tasim Bill&#x101;h apr�s sa campagne en Anatolie et la prise d�Amorium, ainsi que les odes o� il chante la victoire du souverain sur Afch&#x12B;n et P&#x101;pak. Cette inspiration officielle exige plus d�art que de spontan�it� et n�a que faire des moyens chers � un lyrique. Ab&#x16B; Tamm&#x101;m est certes ma�tre de son instrument, mais il l�est trop et souvent il en m�suse ; ses d�-</p><p>tracteurs ont la part belle, car l�oeuvre est souvent in�gale, trop marqu�e par le � m�tier �. Du moins, cela a-t-il eu pour cons�quence d�attirer l�attention de lettr�s comme al-&#x100;mid&#x12B; (Xe s.) et de promouvoir la critique litt�raire.</p><p>Le grand m�rite d�Ab&#x16B; Tamm&#x101;m est d�avoir d�couvert et form� un disciple, plus tard ingrat, al-Bu&#x1E25;tur&#x12B; (Manbidj 821 - � 897). Celui-ci, n� en Syrie du Nord, d�une sous-tribu des T&#x101;�&#x12B;s, se fait d�abord le pan�gyriste de notables b�douins, puis il rejoint son ma�tre � Bagdad ; vers 848, il s�attire la protection du vizir-m�c�ne ibn Kh&#x101;q&#x101;n, qui l�introduit aupr�s du calife al-Mutawakkil ; il les sert sans d�faillance durant treize ans, r�ussit, sous les successeurs d�al-Mutawakkil, � se maintenir en cour, puis, vers 892, essaie de s�installer � Fus&#x1E6C;&#x101;&#x1E6C;, aupr�s du dernier �mir &#x1E6C;&#x16B;l&#x16B;nide, avant de regagner sa province natale, o� il s��teint. L�oeuvre d�al-Bu&#x1E25;tur&#x12B; r�v�le un artiste admirablement dou� et capable de sentir avec grandeur ; sans doute, ses petites pi�ces de circonstance, ses badinages avec ses protecteurs ne montrent rien de plus que de l�habilet� ; ses pan�gyriques, au contraire, s��l�vent parfois au-dessus de la plate convention pour atteindre au path�tique ; � la reprise des th�mes si rebattus sur la noblesse des personnages qu�il chante, sur leur magnani-mit�, sur leur courage, il a su ajouter un �l�ment nouveau en �voquant l�allure imposante des �difices laiss�s par les grands de ce monde ; � juste raison sont demeur�es c�l�bres les qa&#x1E63;&#x12B;da o� il a par exemple d�crit l�arc du palais de Khosr� � Ct�siphon. Dans l�oeuvre d�al-Bu&#x1E25;tur&#x12B;, tout n�est d�ailleurs point uniquement po�sie de cour ; par une circonstance heureuse s�y est introduit un peu de lyrisme gr�ce aux d�veloppements �l�giaques consacr�s � l�amour d��Alwa, une noble dame d�Alep qui fut pour lui ce que sera Laure pour P�trarque. La post�rit� ne s�est donc point tromp�e quand, avec le critique al-&#x100;mid&#x12B;, elle a d�couvert en al-Bu&#x1E25;tur&#x12B; un �mule d�Ab&#x16B; Tamm&#x101;m et un pr�curseur d�al-Mutanabbi.</p><p>Compar� � al-Bu&#x1E25;tur&#x12B;, ibn al-R&#x16B;m&#x12B;</p><p>(Bagdad 836 - � 896) inqui�te par son caract�re versatile et par son oeuvre � la fois conventionnelle et morbide.</p><p>N� d�un affranchi d�origine cappado-cienne et d�une m�re persane, il re�oit une �ducation et une culture raffin�es � Bagdad, � l�ombre d�une grande famille arabe. Assez jeune, il gagne la faveur du puissant m�c�ne �Abd All&#x101;h ibn &#x1E6C;&#x101;hir, puis de vizirs comme ibn Bulbul, auquel il adresse successivement des pan�gyriques et des satires.</p><p>De confession ch&#x12B;�ite et fervent adepte de la th�ologie mu�tazilite, il ne r�ussit point � s�introduire de ce fait dans l�entourage m�me des califes, sauf vers la fin de sa vie, sous le r�gne d�al-Mu�ta&#x1E0D;id. Son humeur ombrageuse</p><p>lasse souvent ses amis et lui vaut de nombreux ennemis dans le monde irritable des po�tes ; sa vie enti�re s��puise en ces luttes sans grandeur, s�achevant parfois par une r�conciliation. Cette carri�re marqu�e de succ�s et de disgr�ces trouve logiquement sa fin dans une solitude anxieuse et, selon certains, par le poison d�un protecteur bafou�.</p><p>Homme de c�nacle, ibn al-R&#x16B;m&#x12B; est essentiellement cela, avec, cependant, des �clairs qui l�apparentent au g�nie. Ses contemporains et, plus tard, le sagace al-Ma�arr&#x12B;, apr�s bien d�autres, ont �t� g�n�s par les contrastes d�une oeuvre qui ne se laisse pas juger selon des crit�res habituels. Trop souvent d�ailleurs et jusqu�� nos jours, les critiques ont fond� seulement leur opinion sur des extraits d�anthologie. Le d&#x12B;w&#x101;n d�ibn al-R&#x16B;m&#x12B;, actuellement accessible dans son ensemble, autorise des jugements plus fond�s. Ne nous attardons pas � cette ivraie po�tique faite d�impromp-tus, de badinages de salon, de jeux de rimeur s�r de soi, qui encombrent le recueil. En revanche soyons plus ouverts aux odes d�apparat, qui sont des sp�cimens parfaits d�un art sachant donner aux traits conventionnels, aux poncifs rebattus sinon un attrait nouveau, du moins un �clat indiscut� ; c�est gr�ce � elles que ce pan�gyriste m�rite la place qu�il occupe parmi ses �mules. Disonsle enfin, cet homme de c�nacle doit avant tout sa gloire � ses satires et � ses �pigrammes ; certes, leur violence nous choque, les palinodies qu�elles r�v�lent nous d��oivent, leur allure trop souvent orduri�re et fangeuse nous offusque ; cependant, c�est � la faveur de ces satires et de ces �pigrammes que nous d�couvrons l��me insatisfaite, malade, d�un homme en r�bellion contre une</p><p>soci�t� o� il s�est d�battu sans espoir.</p><p>� cette figure tourment�e, l�histoire oppose, comme par un jeu cruel, l�image d�ibn al-Mu�tazz (S&#x101;marr&#x101;</p><p>861 - � 908). Fils d�un calife, n� au sein d�une cour o� chaque changement de r�gne se d�noue dans le sang, form� aux lettres arabes par les deux plus grands savants du temps, ce prince-po�te est trop fin et trop d�licat pour convoiter fonci�rement le pouvoir ; il se consacre donc � l�art des vers avec une insouciance qu�entretiennent les souverains r�gnants. Sa vie s��coule dans les plaisirs faciles, o� il ne sombre pourtant point ; il conna�t l�amour et le downloadModeText.vue.download 241 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>778</p><p>chante ; le vin l�inspire, mais ne l�avilit pas ; ce dilettante est aussi un savant, et son Livre du style fleuri comme son Anthologie des po�tes modernes r�v�lent un th�oricien original de la stylistique ainsi qu�un esth�te averti.</p><p>Cet �picurien, une fois en sa vie, trahira cependant son destin ; il se laissera entra�ner dans une conjuration contre le calife al-Muqtadir et y trouvera une mort sans gloire. Pour Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya comme pour les classiques, le lyrisme a constitu� en quelque sorte une �vasion vers un monde interdit. Aux yeux d�ibn al-Mu�tazz, au contraire, il est le domaine unique de l�artiste. Dans les pi�ces m�mes o� il chante la grandeur de sa famille, il s��l�ve sans effort � l�inspiration qui s�harmonise avec son</p><p>� moi � ; dans l�ode o� il peint les malheurs qui s�abattent sur Bagdad livr�e aux factions, l�� �l�gie en pleurs � est toute proche ; dans ses rhazal gracieux, o� la sensualit�, par sa discr�tion, rappelle l�h�donisme des Hedjaziens, l�effusion est plus spontan�e encore, parce que plus �troitement b�e � des exp�riences v�cues ; la chanson � boire, enfin, se d�pouille : le d�tail s�estompe derri�re la joie �ph�m�re de l�oubli retrouv�. Chez cet aristocrate, tout converge donc et se fond dans un lyrisme spontan� ; tout chez lui, �galement, est �l�gance et discr�tion, jusqu�� la recherche du style, qui sait s�arr�ter l� o� point l�aff�terie.</p><p>Gr�ce � ce prince-po�te, ce si�cle finit donc comme il avait commenc�, dans le sourire ambigu d�une sensibilit� qui sait renoncer. Un nom, toutefois, reste encore � prononcer : celui du mystique al-&#x1E24;all&#x101;dj (T&#x16B;r, Perse m�ridionale, 858 - Bagdad 922), dont l�oeuvre po�tique va bien au-del� de la m�ditation d�Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya et constitue l�un des premiers t�moignages, dans la po�sie arabe, des efforts d�une �me pour s�identifier au divin.</p><p>La litt�rature en prose et</p><p>l�expression de l�humanisme</p><p>arabo-islamique (de 725 jusqu�en 925)</p><p>y Vers la formation d�une prose litt�raire. L�accession de la ko�n� po�-</p><p>tique au rang de langue religieuse s��tait op�r�e en vingt ann�es. L��volution qui fit de cette langue religieuse un idiome litt�raire r�clama au contraire plus d�un si�cle et mit en jeu des facteurs aussi complexes que difficiles � isoler. Dans ce processus, le � fait coranique � tient certes une place consid�rable. Seul, il ne suffit cependant point � rendre raison de l�ensemble des faits. Compte doit �tre tenu tout d�abord des transformations profondes subies par le peuplement urbain en Syrie-Palestine et en Iraq � la faveur du brassage culturel qui s�op�ra en lui au cours de deux g�n�rations. Le r�le assum� par les allog�nes convertis dans la mutation intellectuelle des �l�ments p�ninsulaires n�est plus � mettre en �vidence ; en po�sie m�me, on l�a vu, nombreux sont les non-Arabes qui s�illustrent par leur ma�trise dans leur langue d�adoption et par le maniement de traditions artistiques originairement tr�s loin de leur propre mentalit�. Une fois de plus, nous sommes amen�s � constater que l��volution linguistique, tout au moins pour ce qui touche la prose, est la cons�quence d�une r�ponse � des exigences intellectuelles, morales et religieuses. Le d�veloppement du m�c�nat, la constitution d�une �lite urbaine � l�ombre de la cour califienne � Bagdad, la vogue connue par la vie de salon et les discussions qui l�accompagnent viennent renforcer des tendances plus profondes. L�exis-</p><p>tence dans les villes, et surtout � Bagdad, d�une classe de scribes le plus souvent non-arabes introduisit dans cette soci�t� un esprit de corps et des besoins intellectuels dont l�expression r�clamait un instrument linguistique raffin�. L��dit de l�Omeyyade</p><p>�Abd al-Malik ibn Marw&#x101;n, substituant l�arabe au syriaque, au grec et au pahlavi (en 696), avait �t� d�cisif pour cette classe de scribes, ainsi contrainte � perdre progressivement l�usage de sa langue maternelle au profit de l�arabe. Celui-ci, en devenant la langue de civilisation, s�im-posait du m�me coup l�obligation de r�pondre aux attentes de cette soci�t�.</p><p>Tout naturellement, cette derni�re recourut � une prose narrative dont les qualit�s, la souplesse, la richesse grandirent par l�usage qu�on en fit.</p><p>y La prose narrative. D�s le VIe s., le conte a tenu une place immense, sous ses formes les plus vari�es, dans la curiosit� et l�imagination de l�Arabe.</p><p>Gr�ce au Coran, nous poss�dons un bon nombre de r�cits �difiants d�origine autochtone ou jud�o-chr�tienne, qui, du vivant de Mahomet ou avant lui, circulaient dans la P�ninsule. La figure et la vie du Proph�te, l�expansion de l�isl&#x101;m furent autant de th�mes qui vinrent s�ajouter � ce fonds si riche. Au contact des allog�nes</p><p>convertis, d�autres �l�ments, en gros-sissant cette masse, lui apport�rent de nouveaux aspects sans fonci�rement l�alt�rer ; une � geste � comme celle du h�ros �Antara, attest�e d�s le IXe s., en est le typique exemple. Comme les textes en vers, cette litt�rature narrative connut un long cheminement oral avant de recevoir la � sanction de l��criture �. Celle-ci est intervenue le plus souvent en deux temps, gr�ce � des logographes iraqiens de la fin du VIIIe s. et du d�but du IXe. Cette collecte se r�duisit, semble-t-il, � des opuscules d�allure historique ou biographique, dont la plupart sont perdus, mais qu�on retrouve en grande partie dans des compilations post�rieures, tel le Livre des chansons d�al-I&#x1E63;fah&#x101;n&#x12B;</p><p>(� 967). De la m�me fa�on, mais sur des mat�riaux relatifs au Proph�te et � ses compagnons ou successeurs, s�est op�r�e la qu�te des &#x1E24;ad&#x12B;th, ou Traditions, si importants pour l��laboration</p><p>de la Loi de l�isl&#x101;m et l�histoire de la conqu�te arabe, et qui ont trouv� leur place soit dans des recueils comme celui d�al-Bukh&#x101;r&#x12B; (� 870), soit dans la Conqu�te des pays d�al-Bal&#x101;dhur&#x12B;</p><p>(� 892), soit enfin dans les Annales d�al-&#x1E6C;abar&#x12B; (Amul, Iran septentrional, 839 - Bagdad 923). Dans cette prose narrative, l�art n�est certes pas absent, mais l�effet obtenu proc�de moins du style que de l�exp�rience du conteur.</p><p>Ailleurs doit donc �tre recherch� ce qui a vraiment �t� l��l�ment cr�ateur de la prose litt�raire. Constatons toutefois que celle-ci a b�n�fici� d�s sa naissance du besoin de fixer par l��criture cet h�ritage des a�eux.</p><p>y L�orateur, pr�curseur de l��crivain. Dans la litt�rature oratoire, tr�s abondante � l��poque omeyyade,</p><p>l�intention d��mouvoir par la qualit� de l�expression et l�agencement des arguments est propre � cr�er un style qui rompt avec l��locution ordinaire.</p><p>Dans la formation de la prose litt�-</p><p>raire, l�art oratoire a donc jou� un grand r�le ; celui-ci s�est trouv� renforc� par la place qui est d�sormais assign�e � cet art dans la vie politique et religieuse. Tr�s t�t, semble-t-il, des recueils de harangues mises sous les noms des grands anc�tres et des chefs de l�opposition religieuse ont �t� constitu�s ; des sp�cimens d�allocu-tion solennelle ont fait figure de mo-d�les, et beaucoup ont pris place dans l�Essence des r�cits d�ibn Qutayba.</p><p>Le c�l�bre Discours d�adieu, prononc� par Mahomet peu de temps avant sa mort et qui nous a �t� conserv�, permet de mesurer la diff�rence entre cette harangue d�une path�tique simplicit� et les pages oratoires mises dans la bouche de quelques gouverneurs omeyyades et de certains za�&#x12B;m, ou chefs de mouvements kh&#x101;ridjites ou ch&#x12B;�ites. Venant apr�s le Coran, lui-m�me si souvent marqu� par son allure oratoire, ces textes ont puissamment contribu� � entretenir ce go�t inn� du public arabe pour le discours charg� de sonorit�s, de cadences et d�expres-sivit�. D�innombrables anecdotes chez al-Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; et ses �mules illustrent cette passion. Parler de purisme en la circonstance est � peine excessif. Ici, d�ailleurs, interviennent d�autres per-</p><p>sonnages consid�rables, quoique peu nombreux, qui sont les hommes de go�t et les lettr�s form�s � l��cole des grammairiens de Bassora et de K&#x16B;fa.</p><p>La notion de � bon usage � semble avoir �t� tr�s vivante d�s la fin du VIIIe s. L�orateur l�incarnait. Un dernier �l�ment �tait toutefois indispensable pour qu�on pass�t de l��loquence orale � la prose �crite.</p><p>y L�av�nement de la prose litt�-</p><p>raire. Beaucoup d�obscurit�s m�l�es � quelques l�gendes entourent les d�buts de cette prose. Qu�elle soit le r�sultat d�une activit� de convertis iraniens ne semble pas contestable.</p><p>D�j� des personnages comme &#x1E24;asan de Bassora (� 728) et des pasticheurs po�tiques comme Khal&#x101;f le Roux (�</p><p>796) faisaient l�objet de l�admiration par leur ma�trise de l�arabe. Tels furent aussi des scribes d�origine iranienne comme �Abd al-&#x1E24;am&#x12B;d ibn Ya&#x1E25;y&#x101; (� 750), longtemps au service des Omeyyades, et son compatriote et ami ibn al-Muqaffa�* (� 757), dont on ne dira jamais assez combien l�activit� fut d�cisive dans la cr�ation de la langue litt�raire. Gr�ce � cet adap-tateur de certaines grandes oeuvres de l�Iran, la g�n�ration qui monte voit se former, se parfaire et s�imposer l�instrument d�expression dont elle ne peut plus se passer. Dans le m�me temps, sous l�impulsion du calife al-Man&#x1E63;&#x16B;r (754 - 775) et de ses successeurs, commence et s�intensifie le travail de translation des sciences et de la philosophie hell�nistique par des traducteurs d�origine aram�enne et juive ; ce mouvement se concr�tise par une initiative qui en pr�cise la port�e et la profondeur.</p><p>Anim� en effet par son go�t pour la sp�culation philosophique et th�ologique, le calife al-Ma�m&#x16B;n (813 - 833) d�cide d�ouvrir � Bagdad la c�l�bre acad�mie de la Sagesse, qui n��tait pas une universit�, mais un organisme groupant des savants et des traducteurs vers�s dans l��tude des � sciences antiques �. Un Iranien, Sahl ibn H&#x101;r&#x16B;n (Bassora fin du VIIIe s. - Bagdad av.</p><p>833), aussi attach� au pass� de sa patrie qu�hostile � l�� arabicit� �, en re�oit la direction ; sous l�impulsion de cet downloadModeText.vue.download 242 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>779</p><p>esprit, sans doute un des plus lucides et des plus profonds de son temps, et avec le concours d�autres savants dans les sciences exactes, cette acad�mie devient le centre d�une activit� dont on devine plus qu�on ne mesure l�importance. Sahl entreprend par ailleurs de faire conna�tre � ses contemporains d�origine arabe un genre fort remarquable de l�ancienne litt�rature iranienne, le roman d�amour ; nous ne connaissons malheureusement pas la tendance des r�cits par lui translat�s en arabe, mais on est autoris� � penser que ces �crits ont pu pr�luder au d�veloppement de l�esprit � courtois � au IXe s.</p><p>Un tel mouvement constitue en soi un d�but et un aboutissement.</p><p>y L�av�nement et les formes de</p><p>l�humanisme au IXe si�cle. La notion d�humanisme qui prend corps au IXe s. est assur�ment le r�sultat de l��volution intellectuelle dont on vient d�esquisser les grandes lignes.</p><p>Fait remarquable, toutefois, aucun terme pr�cis ne semble couvrir cette notion � cette �poque ; c�est d�ailleurs seulement de nos jours que le mot ins&#x101;niyya (humanit�s) prend aussi le sens d�� humanisme �.</p><p>Tout donne cependant � penser que le IXe s. use souvent du terme adab pour couvrir ce champ conceptuel, dont on per�oit fort bien la pr�sence chez les esprits cultiv�s. � l�origine, ce terme d�signe l�� �l�gance de l�allure �, les</p><p>� belles mani�res �, l�� �ducation �, d�o� la formation qui caract�rise l�� honn�te homme � ; assez t�t, peut-</p><p>�tre dans le dernier quart du VIIIe s., il s�oppose � �ilm (science religieuse) et s�applique plus sp�cialement � la culture litt�raire et historique, aux connaissances diverses h�rit�es de l�Antiquit� hell�nique ou iranienne dans la mesure o� elles viennent enrichir l��thique de l�isl&#x101;m.</p><p>L�humanisme-adab exclut l�id�e</p><p>d�un humanisme � sans Dieu � ;</p><p>l�homme qui en est porteur demeure au sein de la communaut� islamique et s�en pr�vaut ; tout au plus a-t-il la</p><p>conviction, comme l��crit ibn Qutayba dans la pr�face � l�Essence des r�cits, que � la voie vers Dieu n�est pas Une �. Ainsi, tout en conservant vis-�-vis de la Loi et de la th�ologie islamiques une attitude respectueuse et soumise, ce croyant d�un type nouveau peut se r�server sur le monde de larges ouvertures ; l�infid�le n�est plus fatalement un ennemi qu�on rejette, mais une cr�ature de Dieu qui vaut d��tre �tudi�e, comprise, respect�e ; plus ou moins hardie est certes l�analyse de cet humaniste selon ses origines ; jamais, pourtant, elle n�est une fuite devant de nouvelles tentatives d�explications.</p><p>Deux noms principalement, ceux d�al-Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; et d�ibn Qutayba, donnent de cette attitude g�n�rale l�illustration la plus significative.</p><p>Par l�ampleur et la diversit� de son oeuvre, al-Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93;* (Bassora v. 776 - id.</p><p>868 ou 869) a ouvert des voies � cet humanisme, qui d�bouche parfois sur des perspectives inattendues. Ibn Qutayba (K&#x16B;fa 828 - Bagdad 889) est rest� peut-</p><p>�tre plus prudent que son a�n�, mais il a mieux su organiser ce qu�il avait � dire ; avant tout docteur de la Loi et th�ologien, il s�est acquis �galement comme lexicographe et surtout comme anthologue une c�l�brit� m�rit�e ; ses vues sur le public sont claires et d�-</p><p>nu�es d�illusions ; il conna�t la superfi-cialit� culturelle des scribes et il entend bien y parer ; avec non moins d�ardeur, il s�emploie, dans son Livre de la po�-</p><p>sie et des po�tes, � condenser tout ce qu�un � honn�te homme � doit savoir sur l�art des vers et sur ceux qui l�ont servi avec talent ; dans son Essence des r�cits, ce vulgarisateur s��l�ve au rang d�un v�ritable humaniste en donnant � ses lecteurs les plus belles fleurs de la culture iranienne et arabe gr�ce � des textes choisis avec une intelligence et un go�t remarquables.</p><p>� c�t� de ces deux �crivains, bien d�autres noms seraient � citer, comme ceux d�al-�Utb&#x12B; (� 842) et d�ibn al-Marzub&#x101;n (� 921). Cela r�tablirait la perspective et nous �viterait de donner � al-Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; et � ibn Qutayba un relief excessif dans une galerie o� nous constatons tant de vides. Par l� aussi, on sentirait que l�humanisme s�est, d�s son av�nement, divis� en deux cou-</p><p>rants, l�un s�infl�chissant vers l�oeuvre litt�raire, la culture du style mise au service de celle des id�es, l�autre maintenant son ouverture sur l�univers et r�-</p><p>duisant la pr�occupation litt�raire � un expos� simple, attrayant, inspir� par le go�t de l��trange et du pass� ; le souci de l�int�r�t pratique, nous dirions de la science appliqu�e, anime ce dernier sans l�accaparer. Nous sommes, avec cette tendance, dans le domaine tout proche de l�encyclop�disme.</p><p>y L�encyclop�disme au IXe si�cle. Ici encore, le temps a exerc� ses ravages.</p><p>Seuls nous sont parvenus des fragments, au surplus tr�s �tendus, des oeuvres �labor�es par quelques tr�s hauts fonctionnaires � l�usage des scribes de l�administration ; parfois ces vestiges donnent � penser que la g�ographie descriptive, les itin�raires, la situation politique et religieuse des provinces constituaient les �l�ments essentiels de ces encyclop�dies ; c�est le cas, en particulier, des Atours pr�-</p><p>cieux d�ibn Rust&#x113; (� apr. 903) ; toutefois, l�ouvrage de Qud&#x101;ma (� apr.</p><p>932) nous appara�t dans toute son ampleur gr�ce � la diversit� des � livres �</p><p>qui le composent et qui montrent les vis�es encyclop�diques de l�auteur. �</p><p>la fin du IXe s., l�historiographie participe des m�mes pr�occupations. �</p><p>ce moment, elle se d�tache de la litt�-</p><p>rature narrative pour devenir une vue d�ensemble sous forme d�annales ou d�expos�s g�n�raux destin�s � �clairer l�� honn�te homme �, le dignitaire de la cour ou le responsable de l�administration, port�s, par leur curiosit� ou par les obligations de leur charge, � fouiller le pr�sent et le pass�. Les Annales d�al-&#x1E6C;abar&#x12B; sont, pour cette �poque, la r�alisation parfaite de ce qu�un homme du temps pouvait souhaiter en ce domaine ; l�auteur est certes un compilateur, mais c�est �galement un esprit soucieux de ne rien avancer sans l�appui d�une autorit� ; si parfois son travail ne nous apporte pas d��l�ments nouveaux, tr�s souvent, et en particulier pour l�Antiquit� de l�Iran, de l�Empire romano-byzantin, du Y�men et de l�Arabie septentrionale, il constitue en revanche une source unique.</p><p>M�me r�duit � ce sch�ma, cet ency-</p><p>clop�disme nous appara�t marqu� par cet humanisme fid�iste si �vident chez un ibn Qutayba par exemple. Une derni�re �preuve �tait toutefois n�cessaire pour que le courant d�id�es se maint�nt dans la vigueur de son �lan.</p><p>Expansion et culmination</p><p>de la vie litt�raire</p><p>au Proche-Orient</p><p>(entre 925 et 1050)</p><p>Vers 925, l�affaiblissement de l�autorit� califienne � Bagdad et l�action en profondeur de la propagande ch&#x12B;�ite aboutissent � un morcellement irr�-</p><p>versible du Proche-Orient arabo-islamique. L�Iran, gr�ce aux Buwayhides, red�couvre sa fonction s�culaire, tandis que l�Iraq est progressivement d�poss�d� de sa primaut�. En 969, les F&#x101;&#x1E6C;imides fondent Le Caire, qui devient la capitale d�un Empire ch&#x12B;�ite o� entrent l�Ifr&#x12B;qiya, le Y�men et la Syrie-Palestine. La lointaine Espagne, ind�pendante depuis deux si�cles, prend de plus en plus conscience de son destin. � la faveur de cette dislocation, des cit�s ayant une longue histoire, comme Nich&#x101;p&#x16B;r, Ispahan, Rey (Rayy), Alep, deviennent les capitales de principaut�s o� s�installe une cour avide d�imiter Bagdad dans le domaine de l�esprit. Le m�c�nat y prend une importance jusqu�alors non atteinte. La vie litt�raire y manifeste de nouvelles virtualit�s. Le r�ve des S&#x101;m&#x101;nides de Transoxiane se r�alise et, � c�t� du bilinguisme arabo-iranien, propre aux centres purement buwayhides, surgit par l�emploi du persan un particularisme intellectuel dont la forme et l�originalit� �clatent chez le po�te Fird&#x16B;s&#x12B;*</p><p>et chez l�humaniste al-B&#x12B;r&#x16B;n&#x12B;*. Est-ce le temps des remises en cause ? Bien des faits le donnent � penser. Par son allure militante, par ses hardiesses intellectuelles qui lui viennent du ch&#x12B;�isme isma�lien, le pouvoir f&#x101;&#x1E6C;imide sape le conformisme sunnite avec un esprit de m�thode que concr�tise la fondation d�une universit� comme al-Azhar.</p><p>La r�action se manifeste � partir des provinces extr�me-orientales d�Iran.</p><p>L�entr�e en sc�ne des Turcs Seldjoukides et l��crasement par eux des �mirs buwayhides (prise de Bagdad en 1055) sont le coup d�arr�t port� � l�ascension ch&#x12B;�ite. Dans une diversit� relative et</p><p>surtout � la faveur de la rivalit� doctrinale de Bagdad et du Caire, un nouvel ordre culturel s��bauche, b�n�fique aux po�tes et aux �crivains par l�immensit� du domaine o� nous l�observons.</p><p>La po�sie classique (de 925</p><p>jusque vers 1050)</p><p>y Le po�te encha�n�. Pour cette p�-</p><p>riode, le probl�me de la validit� des textes en vers ne se pose presque plus ; � pleines mains, l�historien de la litt�rature peut puiser pour ses recherches soit dans les d&#x12B;w&#x101;n des grands po�tes, soit dans la Perle du temps d�al-Tha�&#x101;lib&#x12B; (Nich&#x101;p&#x16B;r 961 -</p><p>� 1038), vaste floril�ge pr�sentant l�ensemble de l�activit� litt�raire dans les centres culturels du monde arabo-islamique. Tr�s regrettables sont toutefois, dans cette fresque, des absences ou des impr�cisions troublant la perspective ; c�est ainsi, par exemple, qu�il n�est plus actuellement possible de donner � la personne et � l�oeuvre du prince-po�te Tumayyim, fr�re du calife f&#x101;&#x1E6C;imide al-�Az&#x12B;z, tout le relief qu�elles semblent m�riter. Dans cette masse consid�rable de textes, tout n�est pas d��gale valeur, tant s�en faut, et il en est mieux ainsi ; par l�, en effet, tranchent avec plus d��clat sur la grisaille de la m�diocrit� les r�ussites du mieux-dire et du mieux-penser.</p><p>Le milieu citadin o� se meuvent les po�tes est � l�image de ce qu�offrait downloadModeText.vue.download 243 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>780</p><p>Bagdad � l��poque d�ibn al-Mu�taz par exemple. Tous, du plus grand au plus petit, s�y r�v�lent courb�s sous la tutelle des m�c�nes, souvent de double culture, comme l��mir buwayhide</p><p>�A&#x1E0D;ud al-Dawla et les vizirs ibn al-</p><p>�Am&#x12B;d, ou passionn�ment attach�s � l�� arabicit� �, comme le prince d�Alep Sayf al-Dawla, ou inspir�s par les doctrines ch&#x12B;�ites, tels les califes f&#x101;&#x1E6C;imides et les dignitaires de leur cour. Non moins contraignante est l�ambiance des c�nacles, qui, partout, � Nich&#x101;p&#x16B;r comme � Bagdad, � Alep</p><p>comme au Caire, font la mode litt�-</p><p>raire. Durant cette p�riode, le po�te se soumet � l�in�vitable ; il est absorb� par la vie de cour ; fait d�sastreux, souvent il y prend go�t. Si parfois, comme al-Mutanabb&#x12B;, il r�clame son droit � penser, la loi d�airain le contraint vite � l�abdication ; rien n�est donc chang� dans la condition du po�te depuis la g�n�ration d�Ab&#x16B; al-�At&#x101;hiya. Seules parviennent � demeurer libres quelques personnalit�s hors de pair, issues en g�n�ral de l�aristocratie.</p><p>Esclave de son milieu, le rimeur ou le po�te authentique l�est aussi de sa formation. Il est grammairien dans l��me, �pris de raret�s verbales, rompu � l�usage de la rh�torique ; d�s son enfance, il a �tudi� les ma�tres et surtout ceux de la g�n�ration d�Ab&#x16B; Tamm&#x101;m ; son �rudition est sans faille et toujours pr�sente pour lui permettre de briller dans une conversation savante. Tout cela le rattache � une tradition dont il est souvent le dernier � vouloir se lib�rer. Classique par sa formation, il ne l�est pas moins dans le maniement de son instrument, dont il joue en virtuose ; qu�il s�agisse de la m�trique ou des cadres, tout est immuable entre ses mains. Et pourtant une �tude pers�v�-</p><p>rante des grands faits du temps r�v�le une constante avidit� � d�passer les mod�les, � se d�passer soi-m�me au cours de sa carri�re, � exprimer � tout prix l�informul�. Lutte �puisante s�il en fut, dont nous trouvons l��cho dans la critique du temps. De la forme ou du fond, lequel des deux doit l�emporter sur l�autre ? La r�ponse se trouve chez les ma�tres dans l�art des vers, et elle rel�ve non plus uniquement de l�analyse, mais du sentiment et peut-</p><p>�tre d�une certaine capacit� � conna�tre l�� �tat po�tique �.</p><p>y Figures de proue. Dans la foule des rimeurs et des po�tes qui se pressent et s�entre-d�chirent autour des m�-</p><p>c�nes, le public du temps a fait son choix ; al-Tha�&#x101;lib&#x12B; a enregistr� celui-ci pour nous. La post�rit� et surtout la critique contemporaine, press�es par leurs tendances particuli�res et par le d�sir de se reconna�tre chez leurs po�tes �lus, ont �t� plus loin, en centrant uniquement leur admiration sur quelques figures de proue. D�marche</p><p>arbitraire sans nul doute, mais qui r�v�le des motivations profondes et la capacit� de � r�actualiser � des talents dont deux au moins confinent au g�nie. D�marche dangereuse aussi, car elle risque de substituer nos modernes inqui�tudes aux d�chirements v�ritables de ces hommes du pass�.</p><p>Le probl�me de la double culture s�est pos� � la fin du Xe s. plus d�une fois � des esprits partag�s entre leur atavisme iranien et leur � arabicit� �</p><p>acquise. Le po�te-�pistolier al-Bust&#x12B;</p><p>(Afgh&#x101;nist&#x101;n m�ridional v. 930 -</p><p>Boukhara 1010) semble l�avoir r�solu en un harmonieux �quilibre par des compositions d�allure traditionnelle en vers ou en prose rim�e, o� il c�l�bre quelques m�c�nes de Bust, puis le sultan rhazn�vide Ma&#x1E25;m&#x16B;d, vainqueur de l�Inde ; l�art recherch� de ce po�te est d�un classicisme qu�aurait pu lui envier un Ab&#x16B; Tamm&#x101;m ; il t�moigne d�un grand respect pour les r�gles ; par l� semblent s�expliquer bien des aspects qui caract�risent la production en vers de contemporains ayant d�lib�r�ment choisi le persan comme instrument d�expression.</p><p>Chez al-Mutanabb&#x12B;* domine aussi</p><p>un art prestigieux et toujours ma�tris�, mis au service d�un esprit lib�r�, tourment� par l�instinct de puissance, en r�bellion ouverte ou cach�e contre une soci�t� qui le contraint � la qu�te perp�tuelle d�un m�c�ne id�al. En face de cette figure hautaine se dresse celle d�ibn al-Hadjdj&#x101;dj (Bagdad 941 - �</p><p>1001), qui incarne le courtisan dont la carri�re symbolise la r�ussite gr�ce � un talent sachant s�accommoder de toutes les circonstances ; jusqu�� la fin de sa vie, ce pan�gyriste se maintiendra en faveur aupr�s du vizir buwayhide al-Muhallab&#x12B; et de ses successeurs ; riche de leurs dons, il jouit en outre de la consid�ration que lui vaut sa charge de � censeur des moeurs et coutumes � � Bagdad ; pourtant, son oeuvre trahit un d�chirement ; en effet, � c�t� de pi�ces d�apparat, pompeuses et conventionnelles, adress�es � ses protecteurs, son d&#x12B;w&#x101;n contient une foule de satires, d��pigrammes et de pi�ces licencieuses qui trahissent une �me trouble, avide de tous les plaisirs, m�me des plus contestables ; son style, alors, se lib�re, d�borde en invectives</p><p>furieuses, obsc�nes, scatologiques ; l� s��panche un pessimisme d�sesp�r�, o� le po�te savoure l��pre jouissance du n�ant r�v�l� par l�abject ; ce d�doublement du � moi � n�est certes pas nouveau : nous l�avons d�j� rencontr� chez Bachch&#x101;r et ibn al-R&#x16B;m&#x12B;, mais il a su prendre dans l�oeuvre d�ibn al-</p><p>&#x1E24;adjdj&#x101;dj la forme tragique d�une tension sans espoir.</p><p>Dans ce si�cle, o� tant de valeurs sont remises en question, l�oeuvre d�al-Mutanabb&#x12B; et celle d�ibn al-&#x1E24;&#x101;djdj&#x101;dj, en d�pit de leurs diff�rences et peut-</p><p>�tre m�me � cause d�elles, traduisent un m�me sentiment, une m�me angoisse. Au contraire, celle d�Ab&#x16B; Fir&#x101;s al-&#x1E24;amd&#x101;ni (Bagdad 932 - Homs 968) est tout enti�re inspir�e par les pr�occupations d�un aristocrate seulement avide de servir sa noblesse et son rang.</p><p>Issu d�une famille arabe dont une branche r�gne sur Mossoul et une autre sur Alep, Ab&#x16B; Fir&#x101;s sait qu�il appartient � la race qui a fond� l�isl&#x101;m ; recueilli par son oncle Sayf al-Dawla, prince d�Alep, il sait qu�il est promis � d�fendre l�isl&#x101;m contre les Byzantins, par le sabre et par ses vers. Son talent est mis tout entier au service de sa famille ; il chante celle-ci dans une ode anim�e d�un souffle puissant ; chacune des campagnes contre les Byzantins est magnifi�e en des po�mes d�une facture souvent conventionnelle, mais o� le ton atteint la grandeur �pique.</p><p>Dans cette oeuvre, l�homme de salon ne saurait �tre absent ; les compositions de circonstance, la correspondance en vers que la mondanit� lui inspire ont de la gr�ce, de l�aisance, mais rien de plus.</p><p>Et voici que le destin soudain frappe � la porte ; en 962, Ab&#x16B; Fir&#x101;s tombe aux mains des chr�tiens ; durant quatre ans, � Byzance, c�est la captivit� humiliante et dure, travers�e d�espoirs en un rachat qui ne vient pas ; le seul refuge est la po�sie, � qui Ab&#x16B; Fir&#x101;s confie sa d�tresse, le poids de sa solitude, le chagrin de ne plus rien savoir de ceux qu�il aime ; de cette p�riode date une s�rie d��l�gies, les R&#x16B;miyy&#x101;t, ou Byzantines, qui sont, sans nul doute, ce qui survivra de l�oeuvre de ce h�ros malheureux ; comme Charles d�Orl�ans, bien des si�cles plus tard, Ab&#x16B; Fir&#x101;s a su, dans ces pi�ces, �chapper aux clich�s, aux poncifs, � une fade sensibilit� rappe-</p><p>lant celle des vieux po�tes b�douins ; son vers se fait plus limpide et touchant, et s�harmonise avec l�inspiration qui l�anime. Quand, deux ans plus tard, revenu � Alep, Ab&#x16B; Fir&#x101;s tombera dans un combat contre l�un des siens, rien n�aura pu �tre ajout� par lui � l�exquise douleur de ses Byzantines.</p><p>Par une �mouvante co�ncidence,</p><p>l�apog�e du classicisme en po�sie correspond � la disparition m�me d�une des figures les plus hautes de la litt�-</p><p>rature arabe. En 1057, en effet, s��teint al-Ma�arr&#x12B;*, et avec lui meurt l�esp�-</p><p>rance des remises en cause.</p><p>L��panouissement de</p><p>l�humanisme dans la litt�rature</p><p>en prose (entre 925 et 1050)</p><p>y L�approfondissement. � la faveur de l�extension culturelle, par le jeu de la rivalit� entre le monde chi�ite et sunnite, gr�ce aux �branlements subis par la pens�e religieuse sous la pouss�e hell�nistique et rationaliste, l�activit� litt�raire entre 925 et 1050</p><p>n�est pas un simple prolongement de la p�riode pr�c�dente.</p><p>Un tr�s sensible effort d�approfondissement appara�t dans les oeuvres en prose, qui sont la cons�quence de l�ouverture que les �crivains se sont donn�e sur le monde. Parall�lement, on constate chez les meilleurs auteurs un effort h�ro�que pour fournir soit � l�� honn�te homme �, soit au scribe des ouvrages condens�s, pr�cis et document�s en des domaines o� existent d�j� des �crits touffus ou charg�s de digressions.</p><p>Nous demeurons, comme on le voit, enti�rement domin�s par l�encyclop�-</p><p>disme et l�esprit qui caract�rise l�adab.</p><p>Les auteurs qui repr�sentent cette tendance sont, eux aussi, des savants ; en plusieurs domaines, leur �rudition livresque est imposante ; ils sont toutefois avides de lire dans le grand livre du monde ; anim�s par la curiosit�, par le go�t de l�aventure, ils poussent loin leurs p�r�grinations, mais savent s�ar-r�ter dans les m�tropoles o� la pens�e s�avive ; rien en eux de l�aristocrate qui regarde sans int�r�t le petit peuple des artisans, des marchands ou des navi-</p><p>gateurs ; leur intelligence les pousse � la critique irrespectueuse ; fait plus int�ressant : ils n�ont point de pr�jug�s contre le monde de la gentilit�.</p><p>Ce type d�homme est incarn� par alMas�&#x16B;d&#x12B;* (Bagdad - al-Fus&#x1E6C;&#x101;&#x1E6C; 957).</p><p>Nul mieux que lui, en effet, n�a d�ploy� plus d�efforts pour mettre en forme l�immensit� de ses connaissances et de ses observations. Tr�s attachants sont aussi les deux ouvrages de g�ographie descriptive des ch&#x12B;�ites ibn &#x1E24;awqal (Nisibis v. 920 - � apr. 987) et al-Muqaddas&#x12B; (J�rusalem v. 946 - � apr.</p><p>985). Ces deux livres, o� la recherche du style est largement pr�sente, fournissent le tableau le plus minutieux et le mieux inform� qui soit sur les structures, la vie sociale et �conomique du monde musulman dans la seconde moiti� du Xe s. Avec l�Iranien al-B&#x12B;r&#x16B;n&#x12B;*</p><p>downloadModeText.vue.download 244 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>781</p><p>(K&#x101;th, Kh&#x101;rezm, 973 - Rhazn&#x12B; apr.</p><p>1048), nous nous �levons encore d�un degr� dans la culture humaniste ; anim� par une curiosit� qui rappelle celle d�un Erasme, ce g�nie couronne un mouvement intellectuel dont il a per�u la mesure et les possibilit�s.</p><p>y L�approche de l�histoire. Les Annales d�al-&#x1E6C;abar&#x12B; n��taient qu�une compilation ordonn�e. Devant le spectacle de l�Empire �abb&#x101;sside en cours de d�membrement, quelques auteurs, parfois de hauts fonctionnaires tr�s en avant dans les secrets de l��tat, se d�partissent de cette impersonnalit� et deviennent des historiographes et des m�morialistes. L�oeuvre d�al-&#x1E62;&#x16B;l&#x12B;</p><p>(Bagdad v. 973 - Bassora 946) porte t�moignage de cette �volution ; lettr� accompli, courtisan et homme du monde, cet �crivain se r�v�le dans son Livre des feuilles un observateur sagace, � qui nous devons une description nuanc�e et pr�cise de la cour califienne. Dans la m�me ligne se place le Livre des vizirs d�Ibr&#x101;him ibn Hil&#x101;l al-&#x1E62;&#x101;bi�&#x12B; (Bagdad 970 - � 1056), o� l�on voit le m�morialiste s��lever au-dessus de la � petite histoire � pour embrasser du regard une conjoncture</p><p>politique confuse et passionnante.</p><p>Sans nul doute � Miskawayh (�</p><p>1030) revient le m�rite d�avoir donn� � la litt�rature historique une port�e et une profondeur jusqu�alors rarement atteintes ; issu d�une vieille famille zoroastrienne, vers� dans l��tude des sciences math�matiques et philosophiques, ce penseur se r�v�le un esprit original, attach� � une conception rationnelle de la vie ; dans ses Exp�-</p><p>riences des nations, il est non seulement un analyste de qualit�, mais aussi un philosophe qui tente de d�couvrir la liaison causale des faits et de d�m�-</p><p>ler dans ceux-ci la pr�sence d�un fil conducteur qui serait la raison ; par l�, il s��carte donc � la fois de la chronique purement �v�nementielle et de cette � partie d��checs entre Dieu et les rois � � laquelle se r�duit la conception de l�histoire � son �poque.</p><p>y L�inqui�tude spirituelle. Durant la p�riode qui s�ach�ve vers 1051, l�inqui�tude des esprits se manifeste dans plusieurs familles intellectuelles.</p><p>La pouss�e du ch&#x12B;�isme extr�miste l�entretient et lui fournit ses assises doctrinales ; la formulation de celles-ci, insinuante et habile, est � chercher dans une somme philosophique d�inspiration n�o-platonicienne dite �p�tres des fr�res de la Puret�, compos�e dans la seconde moiti� du</p><p>Xe s. Le po�te al-Mutanabb&#x12B;*, bien des ann�es auparavant, avait d�j� �t� touch� par cette propagande subversive. Plusieurs indices donnent � penser qu�al-Ma�arri*, � son tour, a d� ressentir l�influence de la doctrine �labor�e par les fr�res de la Puret� (Ikh-w&#x101;n al-&#x1E62;af&#x101;�). Son contemporain plus jeune al-Taw&#x1E25;&#x12B;di (N&#x12B;sh&#x101;p&#x16B;r ou Bagdad apr. 922? - Ch&#x12B;r&#x101;z v. 1023?) para�t bien aussi avoir �t� sensible � ce courant d�id�es. Par son humble origine, il s�est trouv� toute sa vie sous la d�pendance de m�c�nes souvent despotiques ; or, nul moins que lui n��tait sans doute fait pour se plier � un joug quel qu�il f�t ; d�o� ces querelles, ces ruptures apr�s de grands embrassements avec des protecteurs bien dispos�s envers lui au d�part ; c�est seulement � son retour � Bagdad, vers 980, qu�il connut un peu de calme aupr�s d�un vizir phi-</p><p>losophe, indulgent � son caract�re ; simple r�pit dans une existence vou�e au tourment ; les derni�res ann�es de celui qui fut sans conteste l�un des esprits les plus vigoureux de ce temps s�ach�vent en effet dans une obscurit� totale. L�oeuvre enti�re d�al-Taw&#x1E25;&#x12B;di</p><p>� ou ce qui en reste � nous appa-ra�t impr�gn�e d�influences ch&#x12B;�ites et philosophiques ; dans son ouvrage capital, le Livre de la b�n�ficit� et de la sociabilit�, le fait se constate � chaque page ; dans ce recueil de dialogues, en effet, la densit� de la pens�e, la rigueur de l�encha�nement des id�es, la subtilit� des analyses d�passent de beaucoup celles qu�on trouve chez les plus brillants des th�ologiens et des philosophes contemporains ; par l��l�gance, la pr�cision et la rigueur du style, cet ouvrage, ainsi que des opuscules comme celui qui traite de l�amiti�, r�v�le chez ce penseur un des plus grands �crivains de la litt�-</p><p>rature arabe.</p><p>y La r�surgence de la prose rim�e.</p><p>Vers la seconde moiti� du IXe s., al-Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; note sans enthousiasme l�apparition d�un style nouveau ou fleuri, le bad&#x12B;, auquel ibn al-Mu�tazz consacre une large place dans son trait� sur la rh�torique. Dans les trente ann�es qui suivent, ce style, d�j� si pris� des po�tes, se pare de plus en plus de gr�ces appr�t�es sous la plume des beaux esprits et des scribes ; tout naturellement, ceux-ci sont amen�s � ressusciter l�usage de la prose rim�e, tomb�e en d�su�tude ; c�est sans nul doute dans les milieux buwayhides que se g�n�ralise le recours � cette prose rim�e. Telle est cette mode, et si irr�sistible en est la puissance que tout en est envahi, la correspondance officielle comme les billets intimes.</p><p>La preuve nous en est fournie par le grand secr�taire Ibr&#x101;h&#x12B;m al-&#x1E62;&#x101;b&#x12B;� (�</p><p>994), dont les �crits, orn�s de tout ce qu�apporte le style fleuri, rehauss�s des cadences qu�introduit l�usage des clausules rim�es, d�cha�nent l�appro-bation du public � bourgeois � autant que des lettr�s. Des r�putations s�culaires s��difieront sur l�habilet� d�ploy�e par de hauts dignitaires dans le maniement de cette prose, o� rien ne subsiste de spontan� ; c�est encore avec exultation qu�un si�cle plus tard</p><p>on parlera des pages de haute rh�torique o� se sont complus des � �pistoliers � comme les vizirs ibn al-</p><p>�Am&#x12B;d et ibn �Abb&#x101;d ; avec le m�me luxe d��loges, on louera un bel esprit indiscutablement dou� comme po�te, Ab&#x16B; Bakr al-Khaw&#x101;rizm&#x12B; (� 993),</p><p>qui avait brill� pendant plus de trente ans � Alep, � Boukhara et surtout � N&#x12B;ch&#x101;p&#x16B;r. C�est cependant � ce go�t pour le style fleuri et la prose rim�e qu�on doit l�apparition, dans la litt�rature arabe, d�un genre nouveau appel� � une longue existence.</p><p>y Un genre nouveau : la s�ance. La haute soci�t� citadine de la fin du Xe s. para�t � la fois avoir cultiv� son ennui et fait de violents efforts pour s�en arracher. Sur elle s�est exerc� parfois un attrait des bas-fonds qui favorisait cette �vasion ; en de savoureuses anecdotes, la petite histoire s�est charg�e de nous renseigner sur cet aspect des moeurs. Du moins, cet attrait de l�encanaillement a-t-il eu cette cons�quence heureuse de susciter un genre nouveau : la maq&#x101;ma, ou</p><p>� s�ance �. L�id�e de narrer en prose rim�e une sc�ne dont le personnage central est un gueux plein de verve, de talent litt�raire et de cynisme est apparue soit � Bagdad, soit � Rayy ou � Djurdj&#x101;n, en Iran ; c�est � un �crivain-po�te vers� dans la culture irano-arabe, al-Hamadh&#x101;n&#x12B; (� Har&#x101;t 1007), que revient le m�rite d�avoir donn� sa forme d�finitive � un genre de sayn�te qu�on a pris l�habitude de nommer s�ance. En g�n�ral sont en sc�ne des bourgeois lettr�s dissertant sur des questions de litt�rature ou rapportant des anecdotes piquantes, dans la narration desquelles on utilise la prose rim�e et le style fleuri ; un gueux surgit alors, qui confond l�assistance par son �loquence et sa verve insolente, et qui se retire charg� de dons ; souvent, la sayn�te est aussi une caricature ou une satire des moeurs du si�cle, de la sottise des hommes et de leur l�chet�.</p><p>Tr�s vite, al-Hamadh&#x101;n&#x12B; suscite des imitateurs � Bagdad m�me, mais, un si�cle plus tard, la � s�ance �, sous la plume des beaux esprits et des p�dants, comme al-&#x1E24;ar&#x12B;r&#x12B; (� Bassora 1122), se d�pouille de son r�alisme de salon pour devenir simple exercice de</p><p>� grand rh�toriqueur �.</p><p>La litt�rature et le poids du classicisme</p><p>(de 1050 � 1500)</p><p>Cadre et courants</p><p>L�effondrement des �mirats</p><p>buwayhides sous les coups des Turcs Seldjoukides, le recul du ch&#x12B;�isme et du califat f&#x101;&#x1E6C;imide d��gypte, acc�-</p><p>l�r�s par l�installation des crois�s en Palestine et sur la c�te syrienne, sont bien plus qu�un bouleversement politique ; ils provoquent aussi un arr�t dans la mont�e de l�humanisme. Progressivement, en effet, le sunnisme reprend toutes ses positions en Iraq et jusqu�en �gypte. D�une mani�re m�-</p><p>thodique s�organise la lutte contre ce qui pourrait compromettre l�unit� spirituelle ; ce mouvement se d�veloppe gr�ce aux �coles de � traditions � et aux universit�s, dont la plus c�l�bre est la Ni&#x1E93;&#x101;miyya de Bagdad. La place accord�e dans ces �tablissements aux sciences coraniques et � la th�ologie n�exclut pas l�int�r�t port� � l�adab.</p><p>Ce terme, toutefois, cesse � ce moment de s�identifier aux � humanit�s � et ne d�signe plus que les belles-lettres, entendons les oeuvres classiques en vers et en prose dont le fond n��veille point l�inqui�tude.</p><p>Au cours de cette p�riode, un dernier �v�nement ach�ve de donner au Proche-Orient la physionomie qu�il conservera jusqu�� la fin du XVe s. En 1258 � moins de trente ans apr�s la prise de Cordoue et de S�ville par les chr�tiens �, la m�tropole qui, pendant un demi-mill�naire, avait �t� le p�le de la civilisation et de la culture arabo-islamique, Bagdad, succombe sous le flot mongol. La lente mont�e de l��gypte, commenc�e avec les F&#x101;&#x1E6C;imides,</p><p>culmine par un transfert, celui du califat de Bagdad au Caire, qui devient la capitale intellectuelle et spirituelle du Proche-Orient ; il le demeurera jusqu�� l�occupation de l��gypte par le sultan ottoman Selim en 1517.</p><p>La p�riode dont on va esquisser</p><p>l�histoire litt�raire se caract�rise par une soumission � peu pr�s totale au classicisme. Les po�tes et les �crivains sont tout aussi nombreux qu�aux si�cles pr�c�dents ; leur art et leur</p><p>culture sont dignes du pass�, qu�ils continuent, mais, h�las ! rien n�appara�t chez eux qui traduise la moindre downloadModeText.vue.download 245 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>782</p><p>vell�it� d��chapper � cette tyrannie. Il serait ais� d�accumuler les noms des pan�gyristes ou des �crivains dont les anthologues ont fait de grands talents.</p><p>Il l�est moins de discerner ceux qui, dans cette foule, m�ritent plus qu�une mention.</p><p>Les oeuvres po�tiques</p><p>y La po�sie sous le poids du classicisme. Dans les cercles de Bagdad et d�Iran, sous les Seldjoukides, le po�te ibn al-Habb&#x101;riyya (Bagdad v. 1050 -</p><p>au Kirm&#x101;n 1115?) nous rappelle, par bien des points, la vie aventureuse et folle d�Ab&#x16B; Nuw&#x101;s ; ce que l�on conna�t de lui r�v�le un talent o� la gr�ce, d�ailleurs, c�toie trop souvent la truculence grivoise, tandis que, dans la po�sie d�apparat, inlassablement s��tale le poncif. Ce po�te fut d�ailleurs un esprit cultiv�, nourri de traditions iraniennes, ce qui l�am�-</p><p>nera � mettre en vers une oeuvre de par�n�se comme le livre de Kal&#x12B;la et Dimna. Al-&#x1E6C;urhr&#x101;�&#x12B; (Ispahan 1061 -</p><p>Hamadh&#x101;n 1121?), au contraire, est le type de ces po�tes de cour qui, par leur virtuosit�, r�ussissent � s��lever dans la hi�rarchie administrative jusqu�aux plus hautes charges. Lui-m�me devint vizir d�un prince seldjoukide, ce qui lui valut d�ailleurs de p�rir supplici� ; auteur d�un grand nombre de pan�-</p><p>gyriques de facture classique, il est surtout c�l�bre pour une ode compos�e � Bagdad en 1111, o� il d�plore sa solitude dans un monde o� tout est injustice et laideur.</p><p>Il est naturellement impossible de penser que la dynastie f&#x101;&#x1E6C;imide n�ait pas r�ussi � susciter des pan�gyristes ; le vide que nous constatons dans la production en vers pour la p�riode qui indique la fin de cette dynastie doit vraisemblablement trouver son explication dans la disparition de ses successeurs sunnites. Deux noms, ici</p><p>encore, sont cependant � retenir, celui d��Um&#x101;ra (� 1174), qui para�t avoir �t� fort d�vou� au r�gime, et surtout celui d�ibn Qul&#x101;qis (Alexandrie 1138 - Aid-hab 1171), personnage singulier, trafiquant au Y�men, familier des hauts fonctionnaires et des vizirs, �migr� quelque temps en Sicile, o� il adresse un pan�gyrique au roi Guillaume II ; son oeuvre, maintenant accessible, re-fl�te ce qu�a d� �tre la po�sie de cour sous les F&#x101;&#x1E6C;imides en ses aspects les plus conventionnels malgr� des efforts pour se r�nover dans l�aff�terie.</p><p>Plus remarquables et mieux attes-t�es sont les oeuvres de quelques pan�gyristes attach�s aux Ayy&#x16B;bides successeurs de Saladin. Ibn al-Nab&#x12B;h (Le Caire 1164 - Nisibin 1222), aussi remarquable par sa culture que par ses dons po�tiques, a su c�l�brer ses protecteurs avec habilet� sans renoncer totalement � exprimer ses attitudes personnelles devant la vie. De grande allure est un de ses contemporains, Bah&#x101;�</p><p>al-d&#x12B;n Zuhayr (La Mecque 1187 - Le Caire 1258), qui fut au service de plusieurs sultans ayy&#x16B;bides et r�ussit m�me � devenir vizir de l�un d�eux ; lorsqu�en 1248 Louis IX va camper devant Mansourah avant de tenter l�attaque du Caire, ce fut Zuhayr que le sultan r�gnant chargea de r�diger une missive officielle au roi de France ; dans son oeuvre, de nombreuses odes c�l�brent les exploits des �gyptiens contre les Crois�s ; ces pi�ces s��l�vent jusqu�� une v�ritable grandeur ; elles font contraste avec des rhazal (ghazal) d�inspiration courtoise, dont le style est d�une gr�ce malheureusement d�j� rencontr�e.</p><p>Dans ce choeur de la mondanit�, une voix s��l�ve, dont les accents tranchent sur l�ensemble. La po�sie religieuse rena�t en effet gr�ce � ibn al-F&#x101;ri&#x1E0D;</p><p>(&#x1E24;am&#x101;t 1881 - Le Caire 1235) ; fils d�un juriste, touch� jeune par l�amour divin, mort en odeur de saintet�, ce po�te mystique est demeur� c�l�bre par deux pi�ces d�une exceptionnelle virtuosit� de fond et de forme ; la premi�re d�-</p><p>crit les diverses phases de l�ascension vers l�Un, tandis que la seconde est une ode �voquant par son titre m�me, la Bachique, l�ivresse de l��me quand elle r�alise l�union avec la Divinit� ;</p><p>gr�ce � un art qui touche au prodige, ibn al-F&#x101;ri&#x1E0D;, dans cette derni�re pi�ce, tend constamment � susciter une ambigu�t� verbale entre l�ivresse de la joie charnelle et le ravissement de la communion en Dieu. Sans doute est-ce la r�ussite de cette gageure qui enchante et pousse le lecteur � voir dans cette ode une oeuvre digne de rivaliser avec celle des grands po�tes mystiques de langue turque ou iranienne.</p><p>y Les failles du classicisme. D�s la fin du Xe s. � au Proche-Orient comme en Espagne � sont attest�es des tentatives pour assouplir et diversifier la m�trique classique. On conna�t par exemple, sous le nom du prince-po�te Tumayyim, en �gypte, une ode strophique clairement dat�e ; des po�mes identiques, quoique peu nombreux, r�v�lent ailleurs une tendance analogue. Dans ce sens, on doit consid�rer comme capitale la forme d�finitive prise par l�ode strophique dite muwachcha&#x1E25;, n�e en Espagne et dont le po�te ibn San&#x101;� al-Mulk (Le Caire 1155 - � 1211) d�finit les r�gles et l�usage dans un trait� et dans des compositions personnelles. Dans le muwachcha&#x1E25;, la langue et les m�tres demeurent classiques, en sorte que ce groupement strophique constitue sans plus une demi-r�volution o� les lettr�s, une fois encore, conc�dent peu � la vie. Bien autrement audacieuse est au contraire l�apparition, en Espagne et au Proche-Orient, d�une po�tique en langue vulgaire comme le mawal et surtout le zadjal, dont la vogue fut et demeura tr�s grande � partir du XIIe s., et dont l�emploi ne sembla nullement une d�ch�ance aux yeux du pan�-</p><p>gyriste iraqien al-&#x1E24;ill&#x12B; (&#x1E24;illa 1278 -</p><p>Bagdad 1349), � qui l�on doit un trait� sur cette po�tique.</p><p>Dans ces tentatives, la part des lettr�s est loin d��tre n�gligeable. Convenons d�ailleurs qu�elle refl�te bien plus un go�t personnel qu�une volont� d�offrir au � populaire � un moyen ad�quat de s�exprimer sans recourir � la po�tique classique, rigide et sans �cho.</p><p>y L��re des bilans. Le monde arabo-islamique, dans la conjoncture politique, religieuse et intellectuelle du XIe s. d�clinant, doit faire face � la</p><p>n�cessit� de r�viser et de mieux asseoir certains modes de sa pens�e.</p><p>Dans ce travail d�adaptation, les universit�s, ou madrasa, et, plus tard, les</p><p>� centres de &#x1E24;ad&#x12B;th � vont assumer un r�le d�cisif ; des savants, des th�ologiens, des �rudits s�y consacrent � l�enseignement des sciences exactes et coraniques, de la grammaire et de la litt�rature, de la logique et de la rh�torique. Parall�lement, chacun dans sa discipline compose des trait�s et des commentaires rajeunissant et compl�tant ceux qui existent. Ainsi naissent des commentaires sur des ouvrages grammaticaux, des diction-naires biographiques, souvent centr�s sur une m�tropole du Proche-Orient, des histoires universelles, se compl�tant de g�n�ration en g�n�ration, et des �tudes sur les oeuvres en vers.</p><p>Sommes-nous encore ici sur le terrain de l�encyclop�disme ? Sans nul doute.</p><p>Dans cette t�che collective et vari�e dominent en effet le go�t de la vulgarisation, l�ardeur � sauvegarder le tr�-</p><p>sor du pass�, le d�sir de r�pondre � la curiosit� des lettr�s et aux besoins des fonctionnaires de l�administration.</p><p>Dans ces ouvrages se d�couvre aussi le trait propre aux encyclop�distes de classer, d�ordonner, de v�rifier le donn� et de l�enrichir par l�acquis r�cent. Sur bien des points, la litt�-</p><p>rature en prose n�a pu que profiter de ce travail collectif. Dans l�ensemble, toutefois, elle r�v�le un essoufflement, une incapacit� � se renouveler en se d�tachant de l�obsession de la recherche du style.</p><p>y La ran�on de la prose rim�e. D�s le d�but du XIe s., la litt�rature en prose p�tit de l�emploi permanent de la clausule rim�e et du go�t croissant pour le mani�risme. Rien de plus r�v�-</p><p>lateur � cet �gard que la comparaison entre la � s�ance � chez al-Hamadh&#x101;n&#x12B;</p><p>et le traitement que ce genre re�oit chez le grammairien al-&#x1E24;ar&#x12B;r&#x12B; (Bassora 1054 - � 1122) ; chez cet auteur, rien qui rappelle la vie, les travers et les vices de la soci�t� ou la cocasserie d�une aventure v�cue ; en revanche, partout une virtuosit� tenant de la gageure, un � insouci � �vident � l��gard de l�id�e. Amusement de � grand rh�-</p><p>toriqueur � assur�ment, mais amusement dangereux, d�abord parce qu�il</p><p>st�rilise en une g�n�ration un genre portant en soi promesse d�ouverture sur le r�el, p�ril mortel au surplus, du fait qu�al-&#x1E24;ar&#x12B;r&#x12B; et ses � s�ances � ont constitu� un mod�le aux yeux d�un public �pris d�aff�terie.</p><p>Cet engouement pour la prose rim�e, � partir du XIe s., d�ferle �galement chez les �pistoliers et dans le monde de la chancellerie. C�est avec une joie profonde qu�on r�dige aussi en cette forme stylistique les pi�ces officielles et parfois les directives donn�es aux fonctionnaires. C�est �galement avec la conscience d�ob�ir � un raffinement que les anthologues r�digent en prose rim�e les biographies des po�tes dont ils souhaitent �terniser l�oeuvre.</p><p>Face � cet enlisement de l�adab, devenu culture verbale apr�s avoir �t� humanisme au sens plein du terme, des esprits graves se cabrent devant ce qu�ils jugent �tre vaine mondanit�.</p><p>Ils se tournent alors tout entiers vers la culture des valeurs islamiques. Les successeurs des ma�tres de la prose</p><p>� libre �, qui, tel ibn al-Muqaffa�*, avaient dot� l�humanisme arabo-islamique de son v�ritable instrument d�expression, sont � chercher d�sormais chez des th�ologiens comme</p><p>al-Rhaz&#x101;l&#x12B; (� 1111), ibn al-Djawz&#x12B; (�</p><p>1256) ou ibn Taymiyya (� 1328). On sent bien toutefois que l�art d��crire est, chez ces hommes de Dieu, enti�rement au service de la religion et que, de ce fait, la litt�rature ne leur doit rien quant � la recherche de terres nouvelles.</p><p>La primaut� de l��gypte au</p><p>Proche-Orient (de 1250 � 1500)</p><p>y Cons�quences d�un transfert. Le milieu du XIIIe s., au Proche-Orient downloadModeText.vue.download 246 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>783</p><p>comme en Occident, est pour le</p><p>monde de l�isl&#x101;m un � moment �</p><p>path�tique, o� s��labore un �quilibre nouveau des forces. En Espagne</p><p>et au Maghreb, c�est la dislocation de l�Empire almohade ; au Proche-Orient, la pouss�e mongole d�passe</p><p>l�Iraq (sac de Bagdad en 1258) et s�arr�te en Syrie devant les escadrons du sultan Baybars. L�Iran ach�ve de se renforcer en son antique culture, tandis que l��gypte, agrandie des provinces syro-palestiniennes et arabiques, repart dans le sens de son histoire sous l�autorit� des sultans mamelouks et d�une oligarchie militaire ; Le Caire acc�de, avec Damas, � la primaut� dans un monde o�, depuis deux si�cles, l�� arabicit� � n�a cess� de reculer. Il assume son r�le en faisant appel � toutes les forces du sunnisme ; l�installation dans ses murs du calife �abb&#x101;sside lui conf�re l�autorit� spirituelle dont sont d�munis les sultans ; son pass� prestigieux dans l�activit� intellectuelle lui assure le respect. Pour deux si�cles l��gypte va devenir le p�le d�attraction de la M�diterran�e orientale.</p><p>y L�impossible renouvellement. �</p><p>Damas comme au Caire, en litt�rature, cette p�riode relativement longue est pure continuit� dans l�existence. La culture, en effet, est essentiellement traditionnelle et religieuse ; al-Azhar et les madrasa, si nombreuses dans les villes, remplissent � cet �gard l�exacte fonction qui leur a �t� impartie et sont de solides bastions du conformisme dans tous les domaines de la pens�e.</p><p>Les �crivains et les po�tes puisent leur savoir aux m�mes sources ; sur eux s�exerce l�emprise d�une hi�rarchie dont la t�te est un chef militaire souvent cultiv�, mais avant tout pr�occup� de tenir l��tat en sa main de fer.</p><p>D�une formation raffin�e en arabe, les hauts dignitaires demeurent des m�c�nes �clair�s et sont souvent aussi des �crivains distingu�s.</p><p>Dans cette ambiance, le classicisme po�tique chemine dans une voie trop bien trac�e. Les po�tes foisonnent, mais rares sont ceux dont le nom m�-</p><p>rite d��tre retenu. L�ode d�al-B&#x16B;&#x1E63;&#x12B;r&#x12B; (�</p><p>v. 1295), en l�honneur du Proph�te, c�l�bre sous le nom d�al-Burda (le Manteau), est le type m�me d�un art qui fleurit partout � l��poque et qui renonce au renouvellement.</p><p>La prose de chancellerie, largement cultiv�e, n�offre plus rien qui la distingue ; ceux qui la manient le font avec une virtuosit� qui favorise la recherche</p><p>verbale sans pour autant la rajeunir.</p><p>Dans ce milieu, comment s��tonner que la � s�ance � reste un genre fort pris� ? Des esprits s�rieux s�y essaient et r�ussissent quelquefois � en faire un cadre didactique ; un exemple nous en est fourni par la � s�ance � d�al-Qalqachand&#x12B; sur l�art et l�illustration du scribe.</p><p>y La revanche de l��me populaire.</p><p>Tandis que les lettr�s se complaisent en une � �criture � qui, de plus en plus, devient un but en lui-m�me, il semble qu�on ait assist� en Iraq et en Syrie, d�s le d�but du XVIIIe s., � une revanche de l��me populaire contre le d�dain o� elle �tait tenue par le monde des � gens de plume �.</p><p>D�s le plus haut pass�, la litt�rature narrative avait tenu une place consid�rable dans ce qui avait �t� la culture b�douine et, plus tard, celle de la communaut� arabo-islamique. Tout donne � penser que cette activit� �tait demeur�e grande, mais qu�elle s��tait seulement manifest�e de mani�re souterraine, si l�on peut dire. Des affleurements en sont perceptibles cependant � diverses reprises, soit dans des</p><p>� gestes � comme celle du h�ros arabe</p><p>�Antara, d�s le IIIe s., soit dans des romans � courtois � fort appr�ci�s vers la m�me �poque � Bagdad dans des milieux de � raffin�s � ; dans ces oeuvres romanesques, les personnages �taient emprunt�s au milieu arabe, comme le po�te Madjn&#x16B;n, tu� par sa passion pour Layl&#x101;. La lutte contre les crois�s de Syrie-Palestine ne pouvait manquer, par son �pret� et sa longueur, de susciter des h�ros nouveaux appartenant � l�histoire, tel le sultan Baybars, devenu le centre d�un roman portant son nom, dont la vogue a �t� grande durant des si�cles en �gypte. � la m�me veine appartiennent bien d�autres romans �piques, telle la � geste � des Ban&#x16B;</p><p>Hil&#x101;l, se r�f�rant � l�invasion de la Berb�rie orientale sous les F&#x101;&#x1E6C;imides au milieu du XIe s.</p><p>� part doivent �tre mises les Mille et Une Nuits, c�l�bres en France gr�ce � l�� exquise infid�le � qu�en a donn�e � partir de 1704 Antoine Galland (1646-1715). Rien de plus typique du genre que ce recueil de r�cits consti-</p><p>tu� � partir d�un ouvrage indien, pass� en langue iranienne, accueilli en Iraq, puis en �gypte et sans cesse grossi, modifi�, d�membr�, regroup�, retouch� en sa forme par des g�n�rations de conteurs. Tous les th�mes du folklore international s�y retrouvent.</p><p>Leur � habillement � � l�arabe r�v�le naturellement des adaptations successives � des milieux iraniens, iraqiens et �gyptiens. Les Mille et Une Nuits sont donc le reflet d�une pluralit� sociale saisie au cours de son d�veloppement ; par l�, elles sont l�expression quasi spontan�e des aspirations, des tendances profondes, des r�voltes et des impulsions de groupes humains sur lesquels le monde des lettr�s et des beaux esprits n�avait gu�re daign� se pencher, sauf pour s�en gausser. Dans une certaine mesure, ce livre est donc un t�moignage. Comme y sont repr�-</p><p>sent�es toutes les vari�t�s du conte populaire, depuis le r�cit historique, la l�gende merveilleuse, la relation de voyage jusqu�aux sotties, aux histoires de rou�s et aux fac�ties picaresques, nous nous trouvons poss�der en lui les formes que la litt�rature narrative rev�t chez le petit peuple des cit�s depuis le Xe s. jusqu�au XVe. Il n�est jusqu�au style de ces contes qui vienne confirmer cette allure de t�moignage. De m�me que les romans chevaleresques, les Mille et Une Nuits sont en effet �crites non pas en arabe dialectal, comme on le dit parfois, mais en une langue de semi-lettr� � dominante classique, tr�s proche, n�anmoins, de la langue parl�e par sa simplicit� ; l�intention d�art est sensible partout ; le conteur a ses formules st�r�otyp�es dont il conna�t l�effet ; l�emploi des clausules rim�es appara�t de temps � autre ; d�abondantes citations po�tiques rel�vent l�allure de l�ensemble. L�auditoire le moins form� � la recherche litt�raire sent intuitivement ces essais de style, dont la sonorit� le flatte. Le path�tique du sujet, la mimique du conteur, son habilet� � marquer des pauses font le reste. Le silence du public, sa curiosit� haletante maintenue en �veil, sa perception du comique r�v�lent le pouvoir de ce conte populaire. En d�pit de tout, il est impossible de d�couvrir dans celui-ci une quelconque ouverture sur un genre tel que le roman moderne.</p><p>y L�ultime �panouissement de l�encyclop�disme m�di�val. L�impression d�ensemble se d�gageant soit des oeuvres classiques, soit de la litt�rature narrative � l��poque consid�r�e demeure contristante. Il nous reste � examiner quelles perspectives propose une r�surgence de l�encyclo-p�disme vers ce m�me temps. On</p><p>ne saurait tenir comme un �l�ment de m�diocre importance l�apparition d�ouvrages repr�sentant cette ultime efflorescence de l�humanisme. Une activit� qui s��tale en effet sur deux si�cles t�moigne de l�existence de forces latentes ou clairement senties.</p><p>Si, au d�but du XVIe s., ce mouvement s�arr�te brusquement, c�est non pas en lui que s�en trouve la cause, mais dans l�intervention d�une force ext�-</p><p>rieure et irr�sistible : l�occupation de l��gypte par les Ottomans et les cons�quences � long terme que cet �v�nement porte en soi.</p><p>Deux tendances, d�s le d�but, se dessinent dans le d�veloppement m�me de cet encyclop�disme. La premi�re est illustr�e par deux savants d�allure et de qualit� aussi diff�rentes qu�in�-</p><p>gales. Le nom d�ibn Khald&#x16B;n* (Tunis 1332 - Le Caire 1406) symbolise pour nous un g�nie incontest�, qui a su se faire pardonner son �chec comme</p><p>chroniqueur en nous donnant dans ses Prol�gom�nes � l�histoire une th�orie sur les soci�t�s humaines et leur �volution qui d�passe de beaucoup toutes les doctrines de son temps. Compar� � ce titan, al-Suy&#x16B;ti (Le Caire 1445 -</p><p>� 1505) fait seulement figure d��rudit consciencieux et infatigable, et pourtant il incarne � nos yeux le type de l�encyclop�diste capable d�organiser en une pr�sentation coh�rente et en un livre qui est une somme tout ce que l�on peut savoir en son temps sur la langue arabe ou les sciences coraniques.</p><p>La seconde tendance rappelle par bien des points ces vastes ouvrages que de hauts fonctionnaires bagdadiens avaient compos�s � l�usage des scribes quatre si�cles auparavant. Trois noms sont ici � retenir, ceux d�al-Nuwayr&#x12B;</p><p>(Kous 1279 - Le Caire 1333), d�al-</p><p>�Umar&#x12B; (Damas 1301 - � 1348) et d�al-Qalqachand&#x12B; (� Le Caire 1418). Tous trois sont attach�s � la chancellerie du</p><p>Caire et sont issus de fonctionnaires de m�me carri�re ; un d�sir identique les anime : doter les scribes d�un ouvrage g�n�ral o� ceux-ci puiseront en cas de besoin. Sous des titres recherch�s et intraduisibles, les encyclop�dies compos�es par ces auteurs sont essentiellement des compilations o� les mat�-</p><p>riaux se classent et s�encha�nent selon un plan rigoureux. Ce plan r�pond � un double besoin du lecteur : celui de se former et de s�informer. Le prag-matisme domine la conception d�ensemble ; l�expos� se r�clame de l�autorit� autant que de la recherche et de la v�rification du mat�riel fourni. Dans ces ouvrages aux vastes proportions �</p><p>celui d�al-Nuwayr&#x12B; compte trente volumes environ �, l�ordre des mati�res varie selon la personnalit� des auteurs ; d�une fa�on g�n�rale, on y trouve toujours des chapitres sur l�art du scribe, son instrument et ses ressources, sur la cosmographie, les diverses branches de l�adab-litt�rature et l�histoire universelle, ainsi qu�un choix d�oeuvres en vers et en prose rim�e, o� le scribe downloadModeText.vue.download 247 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>784</p><p>puisera ses mod�les. Tout naturellement, les historiens et les islamologues ont d�couvert dans ces encyclop�dies d�amples et pr�cieux renseignements sur l��tat mamelouk, son administration et son �conomie. Ces ouvrages peuvent toutefois fournir davantage. Ne sont-ils pas en effet un bilan, une vue d�ensemble de tout ce qu�il convient de savoir pour compter dans une soci�t� de culture sp�cifiquement litt�raire ?</p><p>N�y trouvons-nous pas le t�moignage d�sir� sur le go�t, le sentiment du beau ou de ce qu�on croit tel dans un monde nourri de sciences religieuses, form� � la rh�torique et � l�usage du style, enferm� dans un classicisme qui a perdu contact avec la vie ? L�immensit� des connaissances rassembl�es dans ces encyclop�dies fait grande impression.</p><p>Est-ce � dire qu�elle corresponde exactement aux exigences d�un moment de l�histoire o� l�Europe occidentale va d�couvrir les Am�riques, la route des Indes, l�essor d�une pens�e scientifique et donner naissance � L�onard de</p><p>Vinci, � Luther et � Galil�e ?</p><p>P�riode moderne et</p><p>contemporaine :</p><p>le R�veil</p><p>De la stagnation au R�veil</p><p>D�cadence, d�clin sans r�mission de la civilisation arabo-islamique, tels sont les termes dont on use trop souvent pour caract�riser cette p�riode du XVIe au XVIIIe s., o�, sous le joug ottoman, le Proche-Orient et � sa suite l�Afrique du Nord tombent dans une stagnation dont les formes �tent � l�espoir toutes ses raisons d��tre. Durant ces trois si�cles, le monde arabo-islamique se replie sur soi ; il fait de Damas, du Caire, de Tunis et de F�s des centres o� la culture se r�duit au souvenir du pass�. Si l�on �crit � et l�on �crit alors beaucoup �, c�est pour gloser et commenter, pour r�diger des ouvrages biographiques et des vies de saints, parfois des chroniques dynastiques ; les po�tes en langue classique sont des lettr�s qui composent des qa&#x1E63;&#x12B;da � la mani�re des ma�tres anciens. Bien entendu, la po�sie populaire conserve son public, mais si, d�aventure, quelque lettr� s�en d�lecte, c�est souvent pour narguer les beaux esprits qui l�entourent. Dans cette conjoncture, un fait demeure cependant, qui sauvera cette civilisation : chez tous, m�me chez les pauvres lettr�s des campagnes, le culte de la langue est passionn�. L� sera la clef d�or qui ouvrira l�avenir � ce monde r�duit � l�attente.</p><p>Le R�veil</p><p>L�arabe dit al-Nah&#x1E0D;a, que, par un r�flexe spontan�, nous traduisons par Renaissance. En fait, le mot arabe suscite une image ; il �voque un dormeur se dressant brusquement hors de son sommeil. On dira donc ici le R�veil.</p><p>La Nah&#x1E0D;a est un mouvement vaste</p><p>et profond qui a touch� les formes de l�activit� intellectuelle au Proche-Orient. En litt�rature, on en per�oit les premiers fr�missements au Liban et en Syrie, dans le dernier quart du XVIIIe s.</p><p>Sans nul doute, par son allure spectaculaire et ses prolongements scientifiques, l�exp�dition de Bonaparte en</p><p>�gypte, en 1798, a agi comme un r�v�-</p><p>lateur. Dans le premier tiers du XIXe s., la pr�sence des missions catholiques et protestantes au Liban assure � certains �l�ments de la population une promotion intellectuelle et une ouverture sur l�Occident qui leur valent un r�le particulier dans le mouvement g�n�-</p><p>ral. Le d�veloppement de l�imprimerie � Beyrouth, puis au Caire (fondation, en 1821, d�une imprimerie officielle � Boulaq) cr�e un homme nouveau : le lecteur du journal et du livre qui diffusent une pens�e et une culture d�bordant le cadre r�gional. Une mission comme celle qui est confi�e � Rif&#x101;�a al-&#x1E6C;a&#x1E25;t&#x101;w&#x12B; (chef de la premi�re mission scolaire en France) en 1826, inconcevable trente ans plus t�t, symbolise pour l��gypte la fin d�un repli sur soi. Durant cette p�riode, rien qui ressemble � une brusque mutation ; tout est lente impr�gnation et irr�versible mouvement. Rien non plus qui traduise une rupture avec la culture arabe ; chez les z�lateurs de ce renouveau, qu�ils soient chr�tiens ou musulmans, tout est respect pour cette langue arabe qu�ils manient avec une aisance for�ant l�admiration. Dans cette �lite se pr�cise en outre la notion des valeurs esth�tiques et formatives qui sont offertes par les oeuvres du pass� ; ainsi se reconstitue un panth�on litt�raire, et, dans cette recherche, les chr�tiens sont parfois les plus z�l�s et les plus clairvoyants. En cette phase initiale, le r�veil litt�raire prend la forme d�un combat contre les si�cles d�oppression intellectuelle exerc�e par les ma�tres ottomans.</p><p>Vers 1850, le R�veil prend un</p><p>tournant nouveau. Le livre imprim� a trouv� son public ; la presse a pris conscience de son pouvoir. Avant tout s�impose � certains esprits lucides de fournir � la g�n�ration montante des ouvrages capables de l��lever au-dessus du pass� et de l�initier � la m�thode historique ; dans ce sens, Bu&#x1E6C;rus al-Bust&#x101;n&#x12B; (1819 - 1883) entreprend la publication d�une Encyclop�die, que la mort l�emp�che d�achever. Dans ce mouvement, la presse assume la t�che qui lui revient ; la fondation par des immigr�s syro-libanais install�s au Caire du quotidien al-Ahr&#x101;m (1876) indique suffisamment le sens et la port�e de son travail d�information ; dans sa revue</p><p>al-Hil&#x101;l, Zayd&#x101;n (1861 - 1914) poss�de l�instrument r�v� pour la diffusion des �tudes litt�raires, et c�est l� que para�-</p><p>tra son Histoire de la litt�rature arabe.</p><p>Au cours de cette p�riode, sous la pouss�e des �v�nements et en particulier � la suite de l�installation britannique en �gypte en 1881, des options nouvelles se font jour et certaines r�visions s�imposent. Le Proche-Orient, dans la concr�tisation qu�en offrent l��gypte, la Syrie et le Liban, se doit alors d�affronter dans le domaine litt�raire les probl�mes qui ont nom : rationalisme et respect de la religion, esth�tique h�rit�e du pass� et courant litt�raire import� d�Occident, utilisation de la langue classique pour exprimer le � donn� � du modernisme.</p><p>Les tensions de toute nature qui se manifestent ne laissent ni d�lai ni r�pit � ceux qui les subissent. Une vie comme celle du th�ologien r�formiste Mu&#x1E25;ammad �Abduh (1849 - 1905)</p><p>t�moigne de la diversit� et de l��pret� des combats qu�il faut alors livrer dans tous les domaines. Partout s�impose encore le respect du pass�, mais l�on sent bien que des concessions devront �tre faites aux temps nouveaux. R�v�-</p><p>lateur est � cet �gard un conte philosophique, �Is&#x101; fils d�Hich&#x101;m, de l��gyptien al-Muwayli&#x1E25;&#x12B; (1868 - 1930) ; par sa forme narrative et l�emploi de la prose rim�e, l�oeuvre s�apparente � la</p><p>� s�ance � ; par l�observation aigu� des moeurs et des institutions, elle r�v�le un modernisme indiscutable. Et pourtant ce livre est seulement le chant du cygne, car il implique une fondamentale impuissance � d�couvrir une forme nouvelle en harmonie avec les nouveaux temps.</p><p>Or, c�est pr�cis�ment ce que souhaite et apporte la g�n�ration qui, entre 1920</p><p>et 1930, d�bute dans le monde de la litt�rature et de la critique. Cette g�n�-</p><p>ration pr�che par l�exemple. Elle a son chef de file en &#x1E6C;&#x101;h&#x101; &#x1E24;usayn, qui entre dans l�ar�ne en 1927 avec son essai Sur la litt�rature pa�enne, o� le dogme de l�autorit� et de la tradition est battu en br�che et o� l�auteur pr�che la soumission � la m�thode historique et � l�ob-jectivisme. D�autres esprits, �galement rompus � la pol�mique et avides de libert� et de changement, joignent leurs</p><p>voix, comme al-�Aqq&#x101;d, al-M&#x101;zin&#x12B; et bien d�autres.</p><p>Dans l��branlement cons�cutif � la Premi�re Guerre mondiale, ce sont non seulement les structures politiques et les assises religieuses qui sont remises en cause par cette g�n�ration de pionniers, mais aussi les �l�ments et les instruments d�expression de la culture.</p><p>Le monolinguisme cesse d��tre la r�gle chez ces hommes jeunes, qui ont s�-</p><p>journ� en France ou en Angleterre, qui, pour se lib�rer, sont d�cid�s � emprunter � l�imp�rialisme occidental tout ce qui est n�cessaire � leur responsabilit� de chef de file, qui savent mener de front la m�ditation g�n�ratrice de l�oeuvre litt�raire et le combat par la plume dans les revues qu�ils cr�ent ou dans les journaux qu�ils soutiennent.</p><p>Le miracle du Xe s. se reproduit ; Bagdad, Beyrouth, Alep et Damas, Le Caire et Alexandrie � pour ne parler que du Proche-Orient � reviennent � leur vocation culturelle ; des cercles litt�raires surgissent ; des acad�mies sont fond�es au Caire, � Damas et, plus tard, � Bagdad. L�enseignement se r�nove et, tandis que subsiste celui qui s�arroge l�approfondissement des �tudes traditionnelles et religieuses, s�organisent et se d�veloppent les trois degr�s d�enseignement du type fran-</p><p>�ais ou anglo-saxon.</p><p>� la recherche d�une langue</p><p>Bien des obstacles g�nent la marche de cette g�n�ration cr�atrice. Le probl�me de l�instrument d�expression est sans conteste le plus urgent et le plus difficile � r�soudre. L�apparition de la presse en accuse l�acuit� en m�me temps qu�elle bat en br�che le purisme des tenants du pass�. Par leur d�veloppement, la technique, la vie industrielle, le monde des affaires, l�enseignement moderne manifestent de perp�tuelles exigences, favorisant ainsi le rajeunissement de la langue classique. Deux monstres se profilent aux yeux des puristes et des gardiens du bon usage ; le premier est la cr�ation anarchique, sous l�impulsion du besoin imm�diat, joint � l�improvisation g�n�ratrice du chaos ; le second est la destruction de cette unit� linguistique qui est n�e de la r�v�lation coranique et constitue l��me de la communaut�. La chute dans les dialectes</p><p>est l�objet de l�ex�cration, car on y voit la source d�une irr�m�diable corrup-downloadModeText.vue.download 248 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>785</p><p>tion de la langue arabe, r�v�r�e depuis plus d�un mill�naire.</p><p>Comme toujours, le probl�me lin-</p><p>guistique trouve sa solution dans l�empirisme. Le d�veloppement d�une</p><p>� culture de masse �, la diffusion de l�imprim�, l�intervention de la radio ne laissent d�autre voie que la d�couverte d�un compromis qui, avec le temps, imposera de nouvelles structures. L��quilibre instable actuellement r�alis� se concr�tise par la soumission � la langue classique en tant que parfait moyen d�expression. D�s qu�on �crit un article, un essai, un roman, un po�me, on se doit donc de recourir � cet instrument. Mais la vie impose ses lois. Chacun sent bien que la pens�e moderne ne rev�t toutes ses nuances qu�� la condition d�accepter les rajeunissements n�cessaires de l�arabe classique ; plus que quiconque, le technicien se rend � cette �vidence, et, en ce sens, sa � disponibilit� � � tous les laxismes est plus large que celle de l�essayiste par exemple. Ainsi s�est cr�� un arabe moderne � quelques orientalistes disent median �, dont la syntaxe et le lexique fondamental sont classiques, mais o� se sont gliss�s une foule de termes emprunt�s, de n�ologismes, de calques syntaxiques, de constructions stylistiques qui conf�rent � cet arabe moderne les virtualit�s d�expression que l�arabe classique ne fournit plus. Deux faits demeurent toutefois, qu�il faut prendre en consid�-</p><p>ration : d�une part, le locuteur m�me cultiv� tend constamment � retomber dans le dialectal ; d�autre part, la scriptio defectiva impose de longues �tudes grammaticales pour parvenir � la correction qu�exigent les normes de l�arabe classique ou moderne. Ainsi, m�me en sa forme all�g�e, l�arabe moderne repr�sente pour la masse un instrument d�acquisition p�nible, car il est de beaucoup plus pr�s du classique que du dialectal. Dans la r�alit�, cependant, on va le voir, le seul avenir r�side dans</p><p>cette acquisition, car elle seule permet l�acc�s � une culture authentique.</p><p>La po�sie moderne</p><p>Reine de la litt�rature dans les si�cles pass�s, la po�sie le demeure au Proche-Orient � l��poque du R�veil. Le foisonnement de ceux que fascine l�art des vers en porte t�moignage. Et pourtant, dans ce domaine aussi, des esprits s�interrogent, sceptiques devant tant d�efforts en un moment de l�histoire o� tant de t�ches sollicitent les bonnes volont�s. La po�sie moderne et contemporaine trahit au surplus, chez ceux-l� m�mes dont le talent est consacr�, des ruptures plus ou moins consomm�es avec le pass� ; chez tous, l�appel � l��vasion et au rajeunissement soul�ve des �chos. Parler ici de romantisme, de symbolisme ou de surr�alisme est tentant, mais trompeur et souvent d�pourvu de signification. S�efforcer de pr�ciser des ruptures avec le pass�, de noter les sp�cificit�s impos�es par le milieu et la conjoncture socio-politique semble, au contraire, mener � de valables appr�ciations des hommes et des oeuvres.</p><p>L��gypte vient en t�te avec un po�te de transition, al-B&#x101;r&#x16B;d&#x12B; (1839 - 1904), fonci�rement impr�gn� de culture classique, respectueux d�un art qu�il songe peu � bouleverser, au demeurant sans grande influence sur la g�n�ration qui le suit. Son disciple Chawq&#x12B;* (1868 -</p><p>1932) est une personnalit� plus marqu�e et plus complexe, dont l�oeuvre, fort diverse, a au contraire marqu� vigoureusement la litt�rature de son temps. Tr�s attachante aussi est la production si vari�e de &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; Ibr&#x101;h&#x12B;m (1872 - 1932) ; d�abord officier, plus tard attir� par le � modernisme � de Mu&#x1E25;ammad �Abduh (1845 - 1905), il se consacre � la po�sie ainsi qu�au roman, genre dans lequel il tente de r�nover le conte philosophique de Muwayli&#x1E25;&#x12B; ; sa traduction partielle des Mis�rables fait de Hugo pour le public �gyptien le symbole de l��crivain tourn� vers le peuple ; dans ses vers, &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; Ibr&#x101;h&#x12B;m demeure classique, mais tire souvent son inspiration du spectacle des pauvres gens et de leur dure vie ; par l�, il introduit le � populisme � dans la po�sie arabe. Son ami Khal&#x12B;l Ma&#x1E6C;r&#x101;n</p><p>(Baalbek 1870 - Le Caire 1949) s�est, lui aussi, illustr� en po�sie, dans le roman et dans l�essai ; ses traductions de Shakespeare signifient ses origines intellectuelles ; il demeure toutefois marqu� par les grands ma�tres de la po�sie arabe ; par sa sonorit�, la densit� de la pens�e, son vers �voque certains accents d�al-Mutanabb&#x12B; ; le � Cercle Apollo �, dont Ma&#x1E6C;r&#x101;n fui l�animateur, prolonge son influence litt�raire jusque vers 1960.</p><p>En Iraq, deux noms restent dans</p><p>les m�moires. Celui de Djam&#x12B;l &#x1E62;idq&#x12B;</p><p>al-Zah&#x101;w&#x12B; (1863 - 1936) rappelle un pol�miste ardent, fervent d�fenseur des droits de la femme, dont l�oeuvre en vers est celle d�un artiste d�licat et sensible. Celui de Ma�r&#x16B;f al-Ru&#x1E63;&#x101;f&#x12B;</p><p>(1875 - 1945) �voque l�image d�un universitaire dont la vie politique fut un dur combat ; ses po�mes, fort pris�s en Iraq, nous ram�nent au � populisme �</p><p>et attestent un esprit g�n�reux plein de confiance en l�avenir de l�homme ; ils ont touch� par leur simplicit� de style un public qui y a retrouv� ses aspirations.</p><p>En Syrie, la po�sie de survivance classique est demeur�e pr�sente gr�ce � de nombreux artistes. �Umar Ab&#x16B;</p><p>R&#x12B;cha (n� � Manbidj en 1908), dans cet ensemble, fait entendre un chant nouveau, d�une modernit� intense ; amoureux de la vie, il la retrouve partout, jusque dans les vestiges du pass�, et sait faire pardonner sa � coupable nostalgie �.</p><p>Le Liban r�v�le en po�sie des influences particuli�res, soit fran�aises, soit parfois slaves, soit enfin anglo-saxonnes par le biais de la litt�rature de l��migration, entendons de ses fils install�s en Am�rique. Le plus remarquable repr�sentant de ce dernier courant a �t� Khal&#x12B;l Djabr&#x101;n (1883 -</p><p>1931) ; son oeuvre en prose, d�inspiration philosophique et surtout nietzs-ch�enne comme dans le Proph�te, est en r�alit�, par le style et les cadences, par le choix des images et le cours de la pens�e, un exemple unique et r�ussi de ce que peut exprimer l�arabe sans recourir � la tyrannie du vers ; le r�le de cet �crivain-po�te a �t� d�cisif pour toute une g�n�ration, et de lui on peut</p><p>dire qu�il a introduit dans le Proche-Orient le besoin de sentir, de penser et d��crire selon un rythme nouveau.</p><p>Non n�gligeables sont les po�mes en prose libre d�un autre Libanais revenu d�Am�rique, Am&#x12B;n al-Ray&#x1E25;&#x101;n&#x12B;</p><p>(1876 - 1940), surtout c�l�bre comme essayiste. Dans l�oeuvre si diverse de M&#x12B;kh&#x101;&#x12B;l N&#x16B;�&#x101;yma (n� � Baskinta, Liban, 1894) figure une production en vers dont le charme et la nostalgie sont le reflet d�une �me curieuse et sensible, sans doute en partie impr�gn�e de l�oeuvre de Djabr&#x101;n.</p><p>Les premiers �chos du symbolisme dans la po�sie arabe se per�oivent tard. Ils paraissent r�sulter d�essais tent�s dans l�esprit de cette �cole par des po�tes de culture fran�aise ou anglaise. D�s la fin de la Seconde Guerre mondiale, � Beyrouth et au Caire, on compte quelques repr�sentants de tendances plus radicales encore, ban-nissant tout ce qui rappelle la prosodie et la m�trique classiques m�me modernis�es.</p><p>Le th��tre</p><p>Les civilisations s�mitiques n�ont pas connu le th��tre. La litt�rature arabe au Moyen �ge l�a donc aussi ignor�.</p><p>Dans son cas, toutefois, on a lieu de s�en �tonner, car les ch&#x12B;�ites avec leur Passion d�al-&#x1E24;usayn et les Turcs avec leur Karag�z lui avaient fourni un �l�-</p><p>ment de d�part dans l�art dramatique.</p><p>Quoi qu�il en soit, c�est seulement en 1848, � Beyrouth, � la suite d�une re-pr�sentation de l�Avare, dans une adaptation du Libanais Khal&#x12B;l Naqq&#x101;ch, que le public arabe d�couvre les virtualit�s du th��tre. Tr�s vite, on s�empare de celui-ci pour en faire un instrument d��ducation, de lutte contre le pouvoir �tabli et la d�cadence des moeurs. Des oppositions se manifestent surtout dans les milieux musulmans, mais elles ne tardent pas � c�der devant le courant g�n�ral.</p><p>En moins de soixante ans, le th��tre arabe au Proche-Orient a franchi toutes les �tapes qui, en Europe, s��taient �tendues sur deux si�cles. Un tel rythme dans l��volution s�explique par le fait qu�il s�agissait moins, pour le Proche-Orient, de cr�er ou de d�couvrir</p><p>que d�adapter ou d�imiter. Ainsi donc, entre 1850 et 1960 � pour s�en tenir � des limites commodes �, le th��tre arabe a connu la trag�die classique, le drame romantique et bourgeois, la pi�ce � th�se et philosophique, la farce et la com�die de moeurs.</p><p>Au long de cette course, deux obstacles ont d� �tre franchis : le choix de la langue et celui des sujets. Le premier n�a pas encore re�u de solution convenable ; le dramaturge, en effet, emploie l�arabe moderne, voire absolument classique dans la trag�die ou le drame, tandis que la farce ou la com�die �crite pour le � populaire � se satisfait du dialectal ; dans le premier cas, un public non cultiv� risque de ne pas suivre l�auteur ; dans le second, le spectateur d�licat se sent frustr� ; dans les deux cas, par le recours � une forme conventionnelle, guind�e ou triviale, le dramaturge risque de ne pas r�ussir � cerner une situation, � camper un caract�re, � susciter un effet. Quant au choix des sujets, il s�est op�r� sous l�emprise de courants fort divers et de pr�occupations parfois plus politiques que litt�-</p><p>raires : dans la Patrie, repr�sent�e en 1877, �Abd-All&#x101;h Nad&#x12B;m d�clare ses intentions par ce titre m�me ; les trag�-</p><p>dies adapt�es du fran�ais par Chawq&#x12B;</p><p>et les drames emprunt�s � Shakespeare par Ma&#x1E6C;r&#x101;n r�v�lent le go�t d�une personnalit� plut�t qu�un appel � un large public. Le r�le des animateurs comme Georges Abyad ou Y&#x16B;suf Wahb&#x12B; est lui aussi significatif. En tout �tat de cause, le probl�me du th��tre en langue arabe va se trouver pos� en des termes nouveaux d�s l�instant o� le cin�ma d�couvre son public dans les villes du Proche-Orient ; qu�il s�agisse en effet du muet ou du � parlant �, le spectateur downloadModeText.vue.download 249 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>786</p><p>redevient alors avant tout un visuel, et le dialogue ne constitue plus pour lui qu�un �l�ment directif de l�action.</p><p>Le th��tre court donc un grand risque d��tre �vinc� par ce concurrent mieux arm� financi�rement et plus proche du public populaire. Par bonheur, on doit l�esp�rer, longtemps encore l�oeuvre</p><p>dramatique de Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m*, si riche en soi et si profonde, continuera � trouver un public oriental � sa mesure.</p><p>Le roman et la nouvelle</p><p>Le genre romanesque a �t� r�v�l� au Proche-Orient par des traductions de romans fran�ais comme T�l�maque ou Paul et Virginie ; le r�le du Liban a, ici encore, �t� d�terminant. Il semble peu probable que la � s�ance � ait exerc� une influence sur le d�veloppement de ce genre. Le choix de la langue n�a pas �t� sans poser de probl�mes ; ici encore, la solution adopt�e est souvent remise en cause, mais elle n�a point les m�mes cons�quences que pour</p><p>le th��tre ; � l��vidence, la modernisation linguistique de l�arabe a servi largement les auteurs, qui, gr�ce � lui, peuvent serrer de plus pr�s leur sujet, mieux camper leurs personnages,</p><p>mieux animer une sc�ne. Par sa structure, le roman a vari� d�une fa�on tr�s sensible depuis son apparition ; on retrouve sans difficult� la technique ou fran�aise, ou anglo-saxonne, ou russe, retenue par l�auteur selon sa formation. Dans le genre romanesque, la nouvelle l�emporte quantitativement de beaucoup. Est-ce d� � une absence de souffle ? Pour certains auteurs, ce n�est pas contestable. Toutefois, ce repli sur la nouvelle a d�autres motifs : la difficult� de para�tre ailleurs que dans des p�riodiques ou le besoin de condenser dans un cadre propice l�anecdote, le fait divers, le trait de moeurs, qui per-draient � �pouser la forme du roman.</p><p>Le roman historique chez Zayd&#x101;n</p><p>n�est rien de plus qu�une tentative � la mani�re de Dumas p�re ; les h�ros sont tir�s du fonds arabe, mais leur psychologie et les situations o� ils sont plac�s sont si rudimentaires que nul public, � l�heure actuelle, ne s�int�resse plus � cet essai. Avec Zaynab de Mu&#x1E25;ammad &#x1E24;usayn Haykal, paru en 1914, s�ouvre l��re du r�alisme ; l�histoire de cette jeune paysanne, par la description des lieux, la peinture des caract�res, voire par le style, n�est cependant pas sans rappeler le roman champ�tre de G. Sand. Mu&#x1E25;ammad Taym&#x16B;r (1891 -</p><p>1921) et son fr�re Ma&#x1E25;m&#x16B;d (n� en 1894) ont �t� plus loin dans la notation du r�el ; tous deux de formation fran-</p><p>�aise, ils paraissent avoir trouv� chez</p><p>Maupassant le mod�le leur permettant, dans leurs contes, de traduire les sp�cificit�s profondes du petit peuple des villes et des campagnes des bords du Nil. Ils l�ont fait avec un art, une d�licatesse de touche, un rien d�ironie remplis de s�duction. La m�me attitude amus�e et compr�hensive se d�c�le chez al-M&#x101;zin&#x12B; (1890 - 1949), o� l�on retrouve l�humour de Mark Twain. C�est par une sensibilit�, une compr�hension raffin�e de l��me humaine que se caract�risent aussi les contes de Ya&#x1E25;y&#x101; &#x1E24;aqq&#x12B;. &#x1E6C;&#x101;h&#x101; &#x1E24;usayn se distingue par la forme d�cid�e de son � engagement � aussi bien dans ses essais que dans son autobiographie, d�allure souvent romanc�e. On doit consid�rer � part l�oeuvre romanesque de Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m et de Nadj&#x12B;b</p><p>Ma&#x1E25;f&#x16B;&#x1E93; (n� en 1912) ; l�ampleur et la profondeur des sujets abord�s, le style et la qualit� de la technique assurent en effet � ces deux romanciers un r�le que nul ne leur conteste dans l�avenir du roman �gyptien. Avec N&#x16B;�&#x101;yma</p><p>s�exprime la r�conciliation avec la vie dans ce cadre libanais si cher � l�auteur de l�essai sur Djabr&#x101;n.</p><p>Mais nous voici devant un groupe de jeunes romanciers plus � engag�s �, dont le r�alisme a pris un accent nouveau, plus violent et plus �pre. L�Iraqien Dh&#x16B; al-N&#x16B;n Ayy&#x16B;b, dans des nouvelles d�un poignant pessimisme, a su dire le drame du paysan qu�il conna�t bien. En �gypte, �Abd al-Ra&#x1E25;m&#x101;n al-Charq&#x101;wi, dans la Terre, a fourni, sans imiter Zola, une s�rie de tableaux o� la dure vie du fellah appara�t sous ses aspects contrast�s. Dans Le porteur d�eau est mort de Y&#x16B;suf al-Sib&#x101;�&#x12B; et les Mains rudes de Mu&#x1E25;ammad &#x1E62;idq&#x12B;, c�est tout le prol�tariat mis�rable des villes et des campagnes nilotiques qui se dresse devant nous, �cras� sous son destin, parfois assez fort pour en rire ou pour y puiser sa r�volte et ses espoirs.</p><p>Chez les �crivains de cette g�n�ration, enfin, aussi bien iraqiens que libanais ou �gyptiens, est abord� le drame de l�intelligentsia �cartel�e entre les appels de la vie et la soumission � une soci�t� riv�e � ses permanences ; le roman Je vis de Layl&#x101; Ba�albakk&#x12B; est � la fois le cri de cette jeunesse et celui d�une partie des femmes du Proche-Orient contemporain.</p><p>Perspectives du R�veil Pendant trois g�n�rations, le R�veil est, en litt�rature, demeur� docile � des influences fran�aises, anglo-saxonnes et russes. La fin de la Seconde Guerre mondiale, au contraire, a �t� tout de suite caract�ris�e par une volont� constante de se lib�rer et ainsi de cr�er ses propres techniques d�expression et certains modes de penser. Les r�ussites ont �t� in�gales, et c�est assur�-</p><p>ment surtout dans le genre romanesque que sont apparues les oeuvres les plus typiquement marqu�es par l�affirmation de cette tendance. Dans la crise aigu� que traverse � l�heure pr�sente le Proche-Orient � sans doute une des plus graves depuis les Croisades et le p�ril mongol �, la place du po�te, de l��crivain, de l�essayiste peut sembler en retrait. C�est un fait commun � toutes les p�riodes de tension historique. Mais cette partie du monde est la terre des longues attentes et des triomphants r�veils. D�j� sous nos yeux se dessinent les voies o� s�engagera cette litt�rature d�s que l�esprit imposera de nouveau sa primaut�. Vouloir aller plus loin proc�de de la divination.</p><p>R. B.</p><p>&#x25B6; Ab&#x16B; Nuw&#x101;s / Bachch&#x101;r / Bir&#x16B;n&#x12B; (al-) / Chawq&#x12B; /</p><p>Coran (le) / Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; / Farazdaq (al-) / Hak&#x12B;m (Tawf&#x12B;q al-) / Ibn al-Muqaffa� / Ibn Khald&#x16B;n / Ma�arr&#x12B; (al-)</p><p>/ Maghreb (litt�rature arabe du) / Mas&#x16B;d&#x12B; (al-) /</p><p>Mutanabb&#x12B; (al-).</p><p>B C. Brockelmann, Geschichte der arabischen Literatur (Weimar-Berlin, 1892-1902 ; 2e �d., Leyde, 1943-1949 ; 2 vol. ; Suppl�ment, Leyde, 1937-1942 ; 3 vol.). / Z. Mub&#x101;rak, la Prose arabe au IVe si�cle de l�h�gire (G. P. Maisonneuve, 1931). / J. Sauvaget, Historiens arabes (A. Maisonneuve, 1946). / A. J. Arberry, Modern Arabic Poetry (Londres, 1950). / N. Elisseeff, Th�mes et motifs des � Mille et Une Nuits � (A. Maisonneuve, 1951). / D. Rikabi, la Po�sie profane sous les Ayy&#x16B;bides et ses principaux repr�sentants (G. P. Maisonneuve, 1951). / R. Blach�re, Histoire de la litt�rature arabe des origines � la fin du XVe si�cle (A. Maisonneuve, 1952 et suiv. ; 3 vol. parus) ; Introduction au Coran (Besson et Chantemerle, 1960). / C. Pellat, Langue et litt�rature arabes (A. Colin, 1952 ; nouv. �d., coll.</p><p>� U2 �, 1970) ; le Milieu ba&#x1E63;rien et la formation de Dj&#x101;&#x1E25;i&#x1E93; (A. Maisonneuve, 1953). / Encyclo-</p><p>p�die de l�isl&#x101;m (Leyde et G. P. Maisonneuve, 1954 et suiv. ; 3 vol. parus). / A. Trabulsi, la Critique po�tique des Arabes jusqu�au IIe si�cle de l�h�gire (A. Maisonneuve, 1957). / J. M. Landau, Studies in the Arab Theater and Cinema (Philadelphie, 1958 ; trad. fr. �tudes sur le th��tre et le cin�ma arabes, G. P. Maisonneuve, 1965). /</p><p>R. et L. Makarius, Anthologie de la litt�rature arabe contemporaine, t. I : le Roman et la nouvelle (�d. du Seuil, 1964). / A. Abdel-Malek, Anthologie de la litt�rature arabe contemporaine, t. II : les Essais (�d. du Seuil, 1965). / G. Wiet, Introduction � la litt�rature arabe (G. P. Maisonneuve, 1966). / A. Miquel, la G�ographie humaine du monde musulman jusqu�au milieu du XIe si�cle (Mouton, 1967) ; l�Isl&#x101;m et sa civilisation (VIIe-XXe si�cle) [A. Colin, 1968] ; la Litt�rature arabe (P. U. F., coll. � Que sais je ? �, 1969).</p><p>/ L. Norin et E. Tarabay, Anthologie de la litt�rature arabe contemporaine, t. III : la Po�sie (�d.</p><p>du Seuil, 1967). / J. Vadet, l�Esprit courtois en Orient, dans les cinq premiers si�cles de l�h�gire (G. P. Maisonneuve, 1969). / S. Jargy, la Po�sie populaire traditionnelle chant�e au Proche-Orient arabe (Mouton, 1971). / J.-E. Bencheikh, Po�tique arabe (Anthropos, 1976).</p><p>LA PHILOSOPHIE ARABE</p><p>ET IRANIENNE</p><p>On se limitera ici � aborder les oeuvres purement philosophiques, et � ne consid�rer que ce que les Arabes du Moyen �ge appelaient falsafa (l��quivalent de la philosophia grecque), par opposition � la th�ologie, � la dogmatique, � la mystique et aux diff�rentes sciences ou pseudosciences.</p><p>Les origines de la</p><p>r�flexion philosophique</p><p>chez les Arabes</p><p>La th�ologie, ou kal&#x101;m</p><p>Par ce vocable, on entend l�ensemble des probl�mes spirituels et sociaux qui se sont pos�s � la communaut� islamique apr�s la mort du proph�te Mahomet, et auxquels les deux sources fondamentales de la religion musulmane</p><p>� le Coran et la Tradition (sunna) �</p><p>devaient apporter une solution satisfaisante. C�est l�interpr�tation de ces deux sources qui est � l�origine de toutes les</p><p>� sciences islamiques � (c�est-�-dire de celles qui sont n�es du propre d�veloppement interne de la soci�t� arabe au</p><p>Ier s. de l�h�gire). Beaucoup d�orientalistes (E. Renan, H. Ritter par exemple) pensent que la philosophie purement arabe doit �tre limit�e � la th�ologie sp�culative des docteurs musulmans, connue sous le nom de kal&#x101;m. Ce mot signifie � la fois le � Logos divin �</p><p>(kal&#x101;m All&#x101;h) et la m�thode scolastique de discussion qui avait cours entre les diff�rents th�ologiens ; plus g�n�ralement, il a fini par signifier le domaine des concepts th�ologiques, par opposition � la philosophie. Or, depuis le r�gne des Omeyyades, sur la base des divergences d�ordre politico-religieux, se sont constitu�es des sectes rivales, souvent ennemies, telles que les ch&#x12B;�tes, les kh&#x101;ridjites et les qada-rites (ou partisans du libre arbitre).</p><p>C�est de cette derni�re formation que na�tra la premi�re �cole rationaliste en isl&#x101;m, celle des mu�tazilites, qui domina durant plusieurs r�gnes, � Bagdad, � la fin du VIIIe s. et au d�but du IXe s. Devenu, pour quelques d�cennies, la doctrine officielle de l�isl&#x101;m orthodoxe, le mu�tazilisme �tait fond� sur les cinq th�ses fondamentales suivantes, universellement accept�es par ses adeptes, quelles que soient leurs divergences :</p><p>1o l�unit� divine (taw&#x1E25;&#x12B;d), et donc la n�gation des attributs divins ; 2o la downloadModeText.vue.download 250 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>787</p><p>justice (�adl) de Dieu, qui implique le principe de la libert� et de la responsabilit� de l�homme ; 3o les promesses dans l�au-del� (wa�d et wa�&#x12B;d), ou r�alit� des r�compenses et des ch�timents divins apr�s la r�surrection ; 4o la situation interm�diaire (al-manzila bayn al-manzilatayn), qui d�finit le p�ch� comme �tant entre la foi (&#x12B;m&#x101;n) et l�infid�lit� (kufr) ; 5o l�imp�ratif moral (amr bil ma�r&#x16B;f), qui int�gre les principes de justice et de libert� au niveau de la vie communautaire.</p><p>Les traductions</p><p>C�est l� un ph�nom�ne culturel d�une importance primordiale. Il correspond � l�assimilation par les Arabes de</p><p>toutes les cultures qui avaient pr�c�d� l�isl&#x101;m, en Orient et en Occident. Ainsi les h�ritages grec, persan et hindou (pour ne citer que les plus importants) vont se rencontrer avec la pens�e purement arabe pour constituer ce qu�on appelle la culture islamique classique.</p><p>Les initiateurs des penseurs musulmans � la philosophie grecque sont des Syriens d�origine chr�tienne. Durant les Ve, VIe et VIIe s., un grand nombre d�ouvrages grecs sont traduits en syriaque par des pr�tres nestoriens ou ja-cobites. Puis paraissent au IXe s. les traductions arabes. Le calife �Abd All&#x101;h al-Ma�m&#x16B;n fonde, vers 830, la � Maison de la Sagesse � (bayt al-&#x1E25;ikma), et la confie � Yu&#x1E25;ann&#x101; ibn M&#x101;sawayh, remplac� apr�s sa mort par le plus c�l�bre traducteur, le chr�tien &#x1E24;unayn ibn Is&#x1E25;aq (808-873). Une v�ritable �quipe de traducteurs, parmi lesquels son fils Is&#x1E25;aq et son neveu &#x1E24;ubaych ibn al-&#x1E24;asan, se forme alors ; utilisant des m�thodes techniques avanc�es, ils traduisent � le plus souvent du syriaque en arabe (et plus rarement du grec) �</p><p>les oeuvres ma�tresses de la philosophie hell�nique. Il est impossible de faire le bilan de tout ce qui a pu �tre transmis aux Arabes ; une premi�re liste a �t� �tablie d�s le Xe s. par le bibliographe ibn al-Nad&#x12B;m, dans son Fihrist. D�une mani�re g�n�rale, les philosophes musulmans �taient familiers de la plupart des oeuvres d�Aristote (plus quelques apocryphes) et des commentaires n�o-platoniciens, ainsi que des oeuvres principales de Platon (la R�publique, le Tim�e, les Lois, etc.), de Porphyre (Isagog�) et surtout de Galien (ouvrages m�dicaux et philosophiques), qui semble avoir jou� un r�le dans l�initiation des penseurs musulmans au sto�cisme. Soulignons enfin l�importance de certains ouvrages pseud�pigraphes par l�influence qu�ils ont exerc�e. Ainsi la Th�ologie (Uth&#x16B;l&#x16B;rhiy&#x101;) dite � d�Aristote �, qui est en fait la version syriaque des trois derni�res Enn�ades de Plotin, a �t� la base de toute la tradition n�o-platonicienne en isl&#x101;m. Malgr� les doutes exprim�s par certains sur son attribution, cet ouvrage a incit� maint philosophe � montrer l�accord (difficilement r�alisable) entre Aristote et Platon. Mentionnons �galement le Liber de causis (attribu� � Aristote aussi), en r�alit� un extrait</p><p>des �l�ments de th�ologie de Proclus.</p><p>Les pseudo-Platon, pseudo-Ptol�m�e, pseudo-Pythagore sont tr�s nombreux et constituent les sources d�une vaste litt�rature se rapportant � l�alchimie, � l�astrologie, etc.</p><p>Le n�o-pythagorisme</p><p>et la philosophie</p><p>de la nature</p><p>Les Arabes ont pris les �l�ments de leur philosophie naturelle dans les oeuvres de Ptol�m�e, d�Euclide, d�Hippocrate et de Galien, sans compter les ouvrages d�Aristote et de ses commentateurs.</p><p>L�influence du pythagorisme est nettement sensible dans l�affirmation de la n�cessit� d��tudier les diff�rentes branches des math�matiques et dans une mystique des nombres largement r�pandue. De m�me, le d�veloppement de la m�decine a eu une grande importance dans l��volution de la philosophie arabe.</p><p>Les � fr�res de la Puret� �</p><p>et leur Encyclop�die</p><p>Les historiens s�accordent � dater du Xe s. le texte laiss� par cette soci�t� secr�te de pens�e, connue sous le nom de � fr�res de la Puret� � (Ikhw&#x101;n al-</p><p>&#x1E62;af&#x101;�), et qui a son centre � Bassora.</p><p>Il s�agit d�une confr�rie isma�lienne, dont les membres taisent leurs noms.</p><p>Leur encyclop�die philosophique est constitu�e de cinquante et un trait�s, dont les th�mes font le tour des connaissances de l��poque. Destin�e essentiellement � la propagande, cette entreprise vise, selon la p�dagogie ch&#x12B;�ite, � �veiller � quiconque en est capable � la connaissance qu�il y a quelque chose au-dessus de la religion l�galitaire litt�rale, la char&#x12B;�a, laquelle n�est une m�decine excellente que pour les �mes faibles � (Corbin). Il s�agit donc de compl�ter la char&#x12B;�a par la philosophie ; car, pour atteindre la perfection, il faut purifier la religion arabe au moyen de la sagesse grecque. Il faut conduire l�adepte � vivre en s�approchant du mod�le divin.</p><p>Les � fr�res � donnent des indications sur la constitution id�ale de leur ordre restreint. En fonction de l��ge, elle comprend quatre grades spirituels :</p><p>1o les jeunes gens de quinze � trente ans, form�s selon la nature, doivent � leurs ma�tres une ob�issance totale ; 2o les hommes entre trente et quarante ans sont instruits de la sagesse profane et de la connaissance symbolique des choses ; 3o � quarante ans, l�individu devient capable d�acc�der � la loi divine (ou la r�alit� spirituelle cach�e), et son mode de connaissance est celui des proph�tes ; 4o au-dessus de cinquante ans, l�adepte fait alors partie de la classe sup�rieure � m�me de percevoir la v�rit� des choses, telle que la per�oivent les anges, et se trouve plac� au-dessus de la nature, de la religion et de la loi.</p><p>Chaque membre doit rester fid�le jusqu�� sa mort ; mourir pour le bien des � fr�res � est le � djih&#x101;d � (guerre sainte) supr�me.</p><p>Le caract�re dominant de cette oeuvre collective (on conna�t maintenant quelques-uns de ses collaborateurs : Mu&#x1E25;ammad ibn Much&#x12B;r al-Bust&#x12B;, Ab&#x16B;</p><p>al-&#x1E24;asan �Al&#x12B; ibn H&#x101;r&#x16B;n al-Zandj&#x101;n&#x12B;, Mu&#x1E25;ammad ibn A&#x1E25;mad al-Nahradj&#x16B;r&#x12B;, etc.) est son �clectisme. Non seulement les � fr�res � l�avouent, mais ils en font l��loge comme seule m�thode d�acc�-</p><p>der � la v�rit� supr�me. Comme le dit l��p�tre no 4 : � Les fr�res ne doivent s�opposer � aucune science, ni rejeter aucun livre, ni se d�tourner d�aucune doctrine ; car notre opinion et notre doctrine int�grent toutes les doctrines et rassemblent toutes les sciences. �</p><p>Les � fr�res de la Puret� � ont eu une grande influence sur la tradition mystique en isl&#x101;m, surtout ch&#x12B;�ite, malgr� les critiques qu�ils ont subies de la part des disciples d�Aristote et des th�ologiens.</p><p>Khaz�s ou R&#x101;z&#x12B;</p><p>Ab&#x16B; Bakr Mu&#x1E25;ammad ibn Zakariyy&#x101;</p><p>al-R&#x101;z&#x12B; (Rhaz�s, pour les traducteurs latins du Moyen �ge) est sans conteste le plus grand m�decin musulman. N� vers 864 � Rayy (ville situ�e � une douzaine de kilom�tres au sud de l�actuel T�h�ran), il fit des �tudes approfondies en math�matiques, en astronomie, en philosophie et plus tard en m�decine.</p><p>Deux fois directeur d�h�pital (d�abord dans sa ville natale, ensuite � Bagdad),</p><p>il se d�pla�a beaucoup et fr�quenta plusieurs cours. Il mourut � Rayy en 925 (ou 932). Son oeuvre scientifique (m�decine et alchimie) a �t� largement connue en Europe, et nombre de ses �crits, traduits en latin, ont fait autorit� jusqu�au XVIIe s. Ses �crits philosophiques ont �t� longtemps consid�r�s comme totalement perdus. Mais, gr�ce aux recherches minutieuses de Paul Kraus, on a pu en reconstituer onze extraits (trait�s philosophiques), publi�s en un volume en 1939.</p><p>Philosophe hostile aux enseigne-</p><p>ments religieux, Rhaz�s affirme l�existence de cinq principes �ternels : le Cr�ateur, l��me du monde, la Mati�re premi�re, l�Espace absolu et le Temps absolu. Les deux premiers � Dieu et l��me universelle � sont vivants et actifs ; la Mati�re, � partir de laquelle tous les corps sont faits, est inerte ; le Vide (vacuum) et la Dur�e (en arabe dahr) ne sont ni vivants, ni actifs, ni passifs.</p><p>L�origine et la destin�e du monde sont d�crites par Rhaz�s sous la forme d�une histoire symbolique o� les affinit�s gnostiques sont nettement visibles.</p><p>L��me, vivante mais ignorante, eut le d�sir de p�n�trer dans la Mati�re et de produire des formes susceptibles de lui procurer une jouissance physique. Cependant, la Mati�re se d�roba. Alors le Cr�ateur, dans sa mis�ricorde, envoya l�Intelligence (�aql) afin de cr�er ce monde dans ses formes durables et permettre � l��me de se d�livrer de sa l�-</p><p>thargie. Ainsi il n�y a de salut possible pour les hommes que par l��tude de la philosophie, puisque c�est par celle-ci que l��me acc�de � la connaissance du monde qui est le sien. Adversaire de l�aristot�lisme en physique, Rhaz�s se r�clame de Platon et des pr�socratiques, et son atomisme s�apparente beaucoup au syst�me de D�mocrite. Pour lui, la mati�re � l��tat primitif se composait d�atomes �pars, lesquels poss�dent une �tendue. M�lang�s � des particules du Vide, ces atomes produisent les cinq �l�ments : l�eau, la terre, l�air, le feu et l��l�ment c�leste. Mais ce qui fait surtout l�originalit� de ce philosophe, c�est � chose rare en isl&#x101;m � sa critique impitoyable de toutes les religions. Rhaz�s d�nonce violemment</p><p>l�imposture � d�moniaque � des proph�tes ; tous les hommes sont �gaux et, �crit-il, � il est inconcevable que Dieu ait distingu� certains hommes pour leur donner la pr�cellence sur la masse des autres, leur conf�rer la mission proph�tique et les constituer comme des guides de l�humanit� �. Les cons�-</p><p>quences de cette � imposture � sont les guerres et les massacres d�cha�n�s au nom des dogmes mensongers. Dans son �thique, Rhaz�s s�oppose, malgr� son pessimisme proclam�, � un asc�-</p><p>tisme excessif ; il consid�re le plaisir non comme quelque chose de positif, mais comme un retour � la situa-downloadModeText.vue.download 251 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>788</p><p>tion normale, dont la perturbation a caus� la douleur. Son Autobiographie philosophique prolonge sa M�decine spirituelle et aspire � � ressembler au Cr�ateur �. Rhaz�s reste le penseur le plus audacieux et le plus libre de tout l�isl&#x101;m m�di�val.</p><p>Les � philosophes �, ou</p><p>les disciples d�Aristote</p><p>et du n�o-platonisme</p><p>En Orient</p><p>y Al-Kind&#x12B;. Ab&#x16B; Y&#x16B;suf Ya�q&#x16B;b ibn Is&#x1E25;aq al-Kind&#x12B; est le premier philosophe musulman. Aussi est-il connu comme � le philosophe des Arabes �.</p><p>Originaire d�une famille aristocratique arabe, al-Kind&#x12B; (� Bagdad apr.</p><p>870) �tudia la th�ologie, les sciences et la philosophie � K&#x16B;fa. Il semble qu�il ait connu le grec, mais il est certain qu�il savait le syriaque, duquel il traduisit plusieurs ouvrages. De formation mu�tazilite, al-Kind&#x12B; fut le premier � d�passer la sp�culation scolastique vers la m�ditation proprement philosophique. Il put assimiler toutes les sciences dites � anciennes �</p><p>(ou � grecques �), et consacra sa vie � les transmettre � la culture islamique.</p><p>C�est par lui que la philosophie prit place dans la culture arabe. L�oeuvre disponible d�al-Kind&#x12B; (il reste peu de chose des deux cent soixante ou-</p><p>vrages connus de son temps) r�v�le un philosophe au sens plein de ce mot ; il �tait guid� par la conviction d�un accord profond entre la recherche philosophique et la r�v�lation religieuse. La philosophie est pour lui la connaissance de la r�alit� des choses et inclut la th�ologie, l��thique et les sciences, et la � philosophie premi�re � concerne la � cause premi�re �. Fortement influenc� par la Pseudo-Th�ologie d�Aristote � qu�il fit traduire �, al-Kind&#x12B; essaie, � la fa�on des n�o-platoniciens, de concilier Platon et Aristote. Il distingue entre la � science humaine � (la logique et la philosophie) et la � science divine �, qui n�est r�v�l�e qu�aux proph�tes ; mais ce sont l� deux degr�s de connaissance, en harmonie parfaite.</p><p>Le commentaire d�Alexandre d�Aphrodisias sur le De l��me d�Aristote semble � l�origine de son c�l�bre De intellectu (F&#x12B; al-�aql), o� il d�veloppe la th�se de la quadruple division de l�intellect, qui eut une grande fortune dans l�histoire de la philosophie m�di�vale.</p><p>y Al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B;. Ab&#x16B; Na&#x1E63;r Mu&#x1E25;ammad</p><p>ibn Tarkh&#x101;n al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; naquit �</p><p>Was&#x12B;dj, dans le Turkestan, vers 870, et mourut � Damas en 950. C�est</p><p>l�un des plus �minents et des plus c�l�bres philosophes de l�isl&#x101;m (les textes latins le nomment Alfarabius ou Avennasar). Il eut une �ducation religieuse et linguistique, et fut � Bagdad le disciple d�Ab&#x16B; Bichr Matt&#x101;</p><p>ibn Y&#x16B;nus (� 940), le plus c�l�bre logicien de son temps. Il fut appel� aupr�s du souverain &#x1E25;amd&#x101;nide Sayf al-Dawla, � Alep, en 942, et v�cut dans son entourage jusqu�� sa mort.</p><p>Al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; croyait que la v�rit� philosophique est universelle et l�emporte ainsi sur la foi religieuse. Adoptant une position interm�diaire entre Rhaz�s et al-Kind&#x12B;, al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; accordait une fonction importante et indispensable � la r�v�lation proph�tique. Il voulut montrer comment la philosophie grecque �tait capable d�apporter une r�ponse � toutes les questions pos�es par ses contemporains musulmans. Ses oeuvres, tr�s nombreuses, se divisent en parties �gales, l�une se rapportant � la logique (commentaires de l�Organon, etc.), l�autre aux</p><p>diff�rentes branches du savoir : physique, math�matiques, m�taphysique, musique, �thique et politique. Parmi les plus importants de ses livres, on peut citer : l�Harmonie entre les id�es de Platon et d�Aristote ; un trait� sur</p><p>� l�objet des diff�rents livres de la m�taphysique d�Aristote � ; De scien-tiis (qui eut une grande influence sur la th�orie scolastique de la classification des sciences) ; De intellectu ; enfin une s�rie de trait�s politiques, dont Sur les principes des opinions des habitants de l��tat parfait, le Gouvernement de la cit� et un commentaire des Lois de Platon.</p><p>Comme l��crit Richard R. Walzer,</p><p>� l�enseignement aristot�licien arabo-chr�tien de Bagdad au Xe s. est la toile de fond directe de la pens�e d�al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; �.</p><p>Par opposition au � philosophe des Arabes � (al-Kind&#x12B;), il �tait consid�r� comme � le philosophe des musulmans sans conteste �. Pour al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B;, v�rit� philosophique et v�rit� religieuse sont une seule et m�me chose, bien qu�elles soient formellement diff�rentes ; il est le premier � avoir �difi� tout son syst�me philosophique sur cet accord.</p><p>Avicenne et Averro�s ne feront que le reprendre et l�approfondir, le premier dans une direction platonicienne, le second dans un sens plus fid�le � Aristote. R�visant la philosophie p�ripat�-</p><p>ticienne, le � deuxi�me ma�tre � pose une distinction m�taphysique entre l�essence et l�existence, celle-ci est consid�r�e comme un pr�dicat de celle-l�. Ainsi seul Dieu est l��tre n�cessairement �tre, tous les autres �tres sont simplement possibles et ne deviennent n�cessaires que parce que leur existence est pos�e par l�Un N�cessaire. �</p><p>partir du premier �tre, �mane la premi�re Intelligence, puisque chez Dieu connaissance et cr�ation co�ncident.</p><p>Possible par elle-m�me, cette pre-mi�re Intelligence est n�cessaire par un autre ; ainsi commence la procession des Intelligences hi�rarchiques, engendrant � chaque niveau la triade d�une nouvelle Intelligence, d�une nouvelle �me et d�un nouveau Ciel, jusqu�� la dixi�me Intelligence, qui porte le nom d�Intellect Agent (�aql Fa�&#x101;l).</p><p>Celui-ci est � pour l�intellect possible de l�homme ce que le soleil est pour l�oeil, lequel reste vision en puissance,</p><p>tant qu�il est dans les t�n�bres � ; toujours en acte, il est aussi � donateur de formes � (dator formarum) ; c�est l��tre spirituel le plus proche au-dessus de l�homme. L�intellect humain lui-m�me se subdivise en intellect th�orique et en intellect pratique.</p><p>La th�orie � politique � d�al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B;</p><p>est ins�parable de sa m�taphysique et de sa cosmologie. Totalement ralli� � Platon, il a con�u une � cit� parfaite �</p><p>o� les pr�occupations islamiques se font nettement sentir. Cette cit�, qui embrasse toute la terre habit�e par les hommes (al-ma�m&#x16B;ra), est domin�e par la figure du chef, � la fois proph�te et im&#x101;m, o� se rencontrent le prince-philosophe de Platon et l�im&#x101;m parfait de la proph�tologie ch&#x12B;�ite. Mais la cit� id�ale n�est point une fin en soi, elle est un moyen pour acheminer les hommes vers une f�licit� supraterrestre.</p><p>y Ibn Miskawayh. A&#x1E25;mad ibn</p><p>Mu&#x1E25;ammad ibn Ya�q&#x16B;b Miskawayh</p><p>naquit � Rayy et mourut � Ispahan en 1030. Il fut essentiellement un historien et un moraliste ; parmi la vingtaine d�ouvrages qu�il a laiss�s il faut citer : Tahdh&#x12B;b al-akhl&#x101;q (la R�forme des moeurs), Dj&#x101;vid&#x101;n-e Khirad (la Sagesse �ternelle) et Tadj&#x101;rib al-umam (Exp�riences des nations, livre d�histoire universelle). Miskawayh fit, d�apr�s A. Badaw&#x12B;, le meilleur expos� arabe sur la th�orie platonicienne de l�immortalit� de l��me. Sa th�orie de l��volution est identique � celle des � fr�res de la Puret� � ; elle va du min�ral � l�humain en passant par le v�g�tal et l�animal, le tout �tant couronn� par le Proph�te, qui fait participer l��tre mat�riel avec l��me c�leste.</p><p>Miskawayh adopte la position</p><p>d�Aristote dans l��thique � Nicomaque et dit que � l�existence de la substance humaine d�pend de la volont� divine, tandis que son am�lioration est laiss�e � l�homme et d�pend de sa volont� �. La perfection que l�homme peut atteindre est � la fois th�orique (la science parfaite) et pratique (caract�re parfait). Miskawayh ne cache pas ses pr�f�rences aristot�liciennes en mati�re d��thique, tout en enrichissant ses th�ories par ses convictions</p><p>religieuses.</p><p>y Avicenne. V. l�article.</p><p>y Ab&#x16B; al-Barak&#x101;t. Hibat All&#x101;h ibn Malk&#x101; Ab&#x16B; al-Barak&#x101;t, m�decin et philosophe, est n� � Balad, dans la r�gion de Mossoul, vers 1077. Juif de naissance, il devint un m�decin c�l�bre au service des califes de Bagdad, et fut connu comme � Aw&#x1E25;ad</p><p>al-Zam&#x101;n � (l�Unique de son temps).</p><p>Il se convertit � l�isl&#x101;m � un �ge avanc�, et mourut aveugle � Bagdad apr�s 1164. Ab&#x16B; al-Barak&#x101;t illustre l�exemple du philosophe personnel par excellence, pour qui se m�ler de la vie sociale et politique contredit l�essence m�me de la philosophie. Son ouvrage principal, Kit&#x101;b al-Mu�tabar (dont le titre signifie � Livre de ce qui a �t� �tabli par la r�flexion personnelle �), rejette l�id�e d�un recours � l�autorit� d�une tradition et insiste sur les �vidences a priori � qui battent en br�che les th�ses a posteriori de la philosophie r�gnante de la raison, valable au gr� des p�ripat�ticiens �</p><p>(S. Pines). Il soutient ainsi l�existence d�un espace tridimensionnel et � infini � ; d�autre part il d�finit le temps comme �tant � la mesure de l��tre �</p><p>(et non du mouvement). La m�me</p><p>th�orie des �vidences le conduit � �tablir que la conscience est un �tre un, et � r�futer les th�ories de la multiplicit� des facult�s de l��me. Ab&#x16B; al-Barak&#x101;t eut une influence d�cisive sur un th�ologien-philosophe de premier plan, Fakhr al-D&#x12B;n al-R&#x101;z&#x12B; (1149-1209).</p><p>y Al-Rhaz&#x101;l&#x12B;. Ab&#x16B; &#x1E24;&#x101;mid Mu&#x1E25;ammad al-Rhaz&#x101;l&#x12B; (ou Ghaz&#x101;l&#x12B;). dit � &#x1E24;udjdjat al-Isl&#x101;m � (la preuve de l�isl&#x101;m), est l�une des personnalit�s les plus fortes de toute l�histoire de l�isl&#x101;m.</p><p>N� � &#x1E6C;&#x16B;s (dans le Khur&#x101;s&#x101;n) en 1058, il fit ses �tudes � Nich&#x101;p&#x16B;r comme disciple d�al-Djuwayn&#x12B;, � Im&#x101;m al-</p><p>&#x1E24;aramayn �, ma�tre de l��cole th�ologique acharite de son temps. Il entra ensuite en relation avec Ni&#x1E93;&#x101;m al-Mulk, prince seldjoukide fondateur de la � Madrasa Ni&#x1E93;&#x101;miyya � de Bagdad, o� Ab&#x16B; &#x1E24;&#x101;mid devint professeur en 1091. C�est de cette p�riode que datent ses deux ouvrages philosophiques les plus importants : Maq&#x101;&#x1E63;id downloadModeText.vue.download 252 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>789</p><p>al-fal&#x101;sifa (� les Intentions des philosophes �, traduites en latin d�s 1145</p><p>� Tol�de sous le titre de Logica et Philosophia Algazelis Arabis), o� il r�-</p><p>sume tr�s fid�lement les doctrines des principaux philosophes de l�isl&#x101;m, al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; et Avicenne, comme pr�-</p><p>face � leur r�futation dans Tah&#x101;fut al-fal&#x101;sifa (traduit par � destruction �,</p><p>� incoh�rence � ou � autodestruction des philosophes �). Paradoxalement, al-Rhaz&#x101;l&#x12B;, qui est convaincu de l�incapacit� de la raison � atteindre la certitude, tente de d�truire, arm� d�une dialectique rationnelle, les certitudes des philosophes. (C�est cette ambigu�t� qui fournit l�argument essentiel au Tah&#x101;fut al-Tah&#x101;fut, ou</p><p>� Destruction de la destruction �, o� Averro�s r�fute longuement le livre d�al-Rhaz&#x101;l&#x12B;.)</p><p>Divisant les philosophes en trois cat�gories : les mat�rialistes (ou dahriyy&#x12B;n), les naturalistes (ou &#x1E6C;ab&#x12B;�iy&#x12B;n) et les th�istes (ou il&#x101;hiyy&#x12B;n), al-Rhaz&#x101;l&#x12B; insiste surtout sur la r�futation de ces derniers, en l�occurrence al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B; et surtout Avicenne. Il les attaque, d�une fa�on subtile et v�h�-</p><p>mente, sur vingt points diff�rents, et montre que leur doctrine est contraire � la foi musulmane dans trois questions fondamentales : � l��ternit� du monde �, � la r�surrection des corps �</p><p>et � la connaissance par Dieu des choses particuli�res �. Se fondant sur les �crits du chr�tien Jean Philopon contre Proclus, al-Rhaz&#x101;l&#x12B; nie l��ternit� du monde et affirme qu�il a �t� cr�� par un acte de volont� divine ; et au m�me titre, il affirme la cr�ation du temps. Sa th�orie de la causalit� est aux antipodes de celle des philosophes, puisqu�elle nie la n�cessit� qu�il y a entre la cause et l�effet, afin de justifier les miracles qui sont le fondement de la proph�tie.</p><p>En outre, Dieu, dans sa toute-puissance, a pu cr�er le monde ex nihilo : �tre et non-�tre rel�vent de sa volont�.</p><p>Ainsi le Cr�ateur �ternel conna�t les choses particuli�res et pas seulement leurs � essences �ternelles �, comme l�affirme Avicenne ; de la m�me</p><p>fa�on qu�il a cr�� le monde par un</p><p>acte de volition, Dieu le conna�t dans ses moindres particules, sans que cela soit contraire � son unit�. Le troisi�me point soulev� par al-Rhaz&#x101;l&#x12B; contre les philosophes est leur affirmation que seule l��me est �ternelle, tandis que les corps sont p�rissables. Pour lui, l��me peut tout aussi bien choisir un corps nouveau le jour du jugement dernier, car, du moment que les corps ont des devoirs � accomplir, ils doivent �tre jug�s (punis ou r�compens�s).</p><p>Un an ou deux avant sa mort (en</p><p>1111), al-Rhaz&#x101;l&#x12B; composa une originale autobiographie, al-Munqidh min al-&#x1E0D;al&#x101;l (la D�livrance de l�erreur), o� il retrace d�une fa�on path�tique l��volution de ses convictions religieuses.</p><p>L�, il arrive � la conclusion que � la connaissance vraie est celle par laquelle la chose connue se d�couvre compl�tement, de sorte qu�aucun doute ne subsiste � son �gard... c�est le degr� o� le coeur ne saurait admettre ni m�me supposer le doute �.</p><p>Par ailleurs, al-Rhaz&#x101;l&#x12B; est l�auteur d�une monumentale oeuvre th�ologico-mystique, I&#x1E25;y&#x101;� �ul&#x16B;m al-d&#x12B;n (� Vivi-fication des sciences de la foi �), sorte de � guide complet � l�usage des musulmans pieux sur tous les aspects de leur vie religieuse � (W. Montgomery Watt).</p><p>En Occident</p><p>Apr�s al-Rhaz&#x101;l&#x12B;, la philosophie arabe</p><p>� �migr� � en Occident, notamment en Andalousie, o� elle conna�t un grand d�veloppement. Bien qu�h�riti�re de la philosophie du Machreq, celle du Maghreb se montre � la fois plus libre � l��gard de la religion et plus fid�le � Aristote.</p><p>y Ibn B&#x101;djdja de Saragosse (Avempace). Ab&#x16B; Bakr Mu&#x1E25;ammad ibn</p><p>Ya&#x1E25;y&#x101; ibn al-S&#x101;�irh, connu sous le nom d�ibn B&#x101;djdja (l�Avempace du Moyen �ge latin), est n� vers la fin du XIe s. � Saragosse, o� il a pass� sa jeunesse. Tour � tour m�decin, prisonnier et m�me vizir, il finit sa vie � F�s en 1138. Auteur de plusieurs commentaires de trait�s d�Aristote, il est surtout connu pour ses propres �crits, dont il reste un petit nombre. Toutefois, ses ouvrages principaux nous</p><p>sont parvenus, tels la Lettre d�adieu, le Trait� de l��me, et surtout le R�gime du solitaire (Tadb&#x12B;r al-mutawa&#x1E25;&#x1E25;id), qui lui valut sa r�putation. Ibn B&#x101;djdja centre sa r�flexion sur la possibilit� de l�union de l��me avec le divin, ce qu�il consid�re comme la plus haute activit� de l�homme et la supr�me f�licit�. Loin de concevoir cette union dans un sens religieux, le philosophe de Saragosse la consid�re comme</p><p>l��tape sup�rieure d�une ascension intellectuelle, � travers les � formes spirituelles � jusqu�� l�atteinte de l�� Intellect Agent �. Celui-ci est le concept le plus �lev� que l�homme puisse appr�hender. Rejetant le mysticisme religieux d�al-Rhaz&#x101;l&#x12B; et sa th�orie de l�illumination, ibn B&#x101;djdja estime que seule la connaissance sp�culative peut conduire l�homme � la v�rit�. Longtemps connue par la seule analyse qu�en a donn�e Salomon Munk en</p><p>1859, � partir de la version h�bra�que, l�oeuvre majeure d�ibn B&#x101;djdja a �t� retrouv�e r�cemment. Rest�e inachev�e par l�auteur, elle se compose de seize chapitres � d�une densit� vraiment peu commune � (Corbin).</p><p>L�id�e directrice du R�gime du solitaire consiste � tracer l�itin�raire intellectuel qui m�ne l�homme-esprit � se conjoindre avec l�Intellect Agent.</p><p>Ainsi, ayant atteint la perfection, les � solitaires � peuvent constituer l�� �tat mod�le �, qui rappelle fortement la � cit� � d�al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B;. Pour le moment, vivant des �tats imparfaits, ils doivent devenir ces � plantes � que cultive le � r�gime � pr�conis� par ibn B&#x101;djdja, comme devant conduire � la b�atitude du � solitaire � ; est � �tranger � qui vit parmi les siens. L�id�e du sage solitaire semble avoir jou� un r�le dans la formation du personnage imagin� par ibn &#x1E6C;ufayl, &#x1E24;ayy ibn Yaq&#x1E93;&#x101;n. Il faut enfin signaler l�influence d�ibn B&#x101;djdja sur Averro�s.</p><p>y Ibn &#x1E6C;ufayl. Ab&#x16B; Bakr Mu&#x1E25;ammad</p><p>ibn �Abd al-Malik ibn &#x1E6C;ufayl est n� � Guadix, pr�s de Grenade, dans les premi�res ann�es du XIIe s. Connu chez les Latins sous le nom d�Abu-bacer, il fut � la fois po�te, m�decin, astronome et philosophe. Avant de passer au Maroc comme m�decin</p><p>et vizir du souverain almohade Ab&#x16B;</p><p>Ya�q&#x16B;b Y&#x16B;suf (1163-1184), il occupa</p><p>les fonctions de secr�taire aupr�s du gouverneur de Grenade. Il mourut � Marrakech en 1186. Son oeuvre principale et la seule connue est son roman philosophique &#x1E24;ayy ibn Yaq&#x1E93;&#x101;n, rest� inconnu des scolastiques, puisqu�il ne fut traduit en latin qu�au XVIIe s.</p><p>par l�orientaliste britannique Edward Pococke (1604-1691), sous le titre de Philosophus autodidactus sive Epis-tola Abi Jaafar ibn Thofail de Hai ebu Yoqdhan. Bien que reprenant le nom du personnage � Avicenne, qui a �crit un r�cit du m�me titre, ibn &#x1E6C;ufayl a fait une oeuvre originale. Il imagina deux �les : sur l�une, il fait vivre une soci�t� humaine avec ses lois et ses conventions ; sur l�autre, un solitaire, un individu qui � a atteint la pleine maturit� spirituelle sans le secours d�aucun ma�tre humain �. Ibn &#x1E6C;ufayl d�crit longuement comment le solitaire a acquis les premi�res notions philosophiques, et comment, de l�, il est arriv� � la n�cessit� du Cr�ateur. Ensuite, en r�fl�chissant sur son propre intellect, il prit conscience de la v�ritable essence humaine. C�est � ce moment que &#x1E24;ayy, � sa cinquan-ti�me ann�e, est rejoint par As&#x101;l, un mystique de l��le habit�e ayant choisi la solitude. L�, ils d�couvrent ensemble que la philosophie de l�un et la religion de l�autre sont les deux aspects d�une seule et m�me v�rit� ; mais plus pure chez le premier.</p><p>Apr�s une tentative d�aller enseigner aux hommes ce qu�ils savent, ils aboutissent � la conclusion que la soci�t� humaine est incurable, et que la perfection et le bonheur ne sont accessibles qu�� un petit nombre.</p><p>Ainsi, la philosophie arabe d�Occident, h�riti�re critique de celle d�Orient, va culminer avec l�esprit philosophique musulman le plus puissant : Averro�s*.</p><p>M. K.</p><p>B Encyclop�die de l�Islam (articles � Falsafa, al-F&#x101;r&#x101;b&#x12B;, ibn B&#x101;djdja �). / S. Munk, M�langes de philosophie juive et arabe (Franck, 1859 ; nouv.</p><p>�d., Vrin, 1956). / J. T. de Boer, Geschichte der Philosophie im Islam (Stuttgart, 1901). / L. Gauthier, Ibn Thofa�l, sa vie, ses oeuvres (Leroux, 1909). / I. Madkour, la Place d�al-Farabi dans</p><p>l��cole philosophique musulmane (A. Maisonneuve, 1935). / G. Quadri, La Filosofia degli Arabi nel suo fiore (Florence, 1939 ; trad. fr.</p><p>la Philosophie arabe dans l�Europe m�di�-</p><p>vale, Payot, 1947). / A. Awa, l�Esprit critique des � fr�res de la Puret� � (Beyrouth, 1948). /</p><p>A. Nader, le Syst�me philosophique des mu�ta-zila (Beyrouth, 1956). / F. Jabre, la Notion de certitude selon Ghazali (Vrin, 1958). / H. Corbin, Histoire de la philosophie islamique, t. I : Des origines jusqu�� la mort d�Averro�s (Gallimard, 1964). / G. C. Anawati, �tudes de philosophie arabe (Vrin, 1974). / M. Arkoun, la Pens�e arabe (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975).</p><p>LA MUSIQUE ARABE</p><p>La musique dite � arabe � couvre des r�alit�s esth�tiques et ethnomusico-logiques vari�es et parfois fort diff�-</p><p>rentes, mais reste marqu�e au sceau unificateur de l�isl&#x101;m, lequel a pris racine et s�est principalement exprim� dans l�arabicit�. Ainsi on doit r�unir sous ce vocable, avec la musique musulmane �labor�e selon des normes communes � l�Iran, � la Turquie et au reste du Proche-Orient arabe, les musiques autochtones influenc�es par l�isl&#x101;m.</p><p>Historique</p><p>Origines</p><p>Les Arabes ne connurent jusqu�� l�av�-</p><p>nement de l�isl&#x101;m que la vie patriar-cale de la tribu. Mais nous savons qu�ils cultivaient d�j� une po�sie lyrique intimement li�e au chant : le rhin&#x101;�(ghin&#x101;�). Sans doute faut-il chercher sa source autant dans les formules rythmiques de la langue arabe � prose rim�e et po�sie m�trique � que dans les cadences et les rythmes des caravanes ; le B�douin chanta instinctive-downloadModeText.vue.download 253 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>790</p><p>ment, et ce fut la m�lop�e ou la cantil�ne du chamelier. Ce premier embryon de m�lodie dut comporter un ambitus extr�mement r�duit : l�intervalle d�une tierce mineure, parfois d�une quarte, r�p�t�e inlassablement, et qui, monotone pour nous, procurait � l�homme du d�sert le &#x1E6D;arab, cet enchantement int�-</p><p>rieur o� il go�tait d�j� les premi�res joies de son art rudimentaire.</p><p>Aux c�t�s de cette m�lop�e dut</p><p>exister une forme musicale destin�e � soutenir la danse religieuse ou l�incantation magique : c�est le chant syllabique au rythme vif et mesur�, repr�-</p><p>sent� notamment par le chant religieux de tahl&#x12B;l en usage dans les processions saisonni�res autour du sanctuaire de la Ka�ba. Le chant populaire arabe conserve encore cette forme de nos jours, ce qui laisserait entendre que le fonds primitif de la musique d�Arabie �tait essentiellement populaire.</p><p>La musique savante des �ges d�or (VIIIe-XIIIe s.)</p><p>De son �tat archa�que, la musique arabe devait rapidement �voluer vers des formes plus recherch�es. Il se constitue apr�s les conqu�tes des VIIIe-IXe s., dans les grandes cit�s de Bagdad, de Damas, du Caire et de Cordoue, une musique de plus en plus �labor�e qui s�enrichit d�un syst�me tonal et modal emprunt� � la Perse et au bassin hell�nis� de la M�diterran�e : c�est la musique savante ou classique, qui s�est diff�renci�e d�un art populaire demeur� fid�le � ses origines rudimentaires. Deux artistes de talent contribuent � la cr�ation de ce nouveau langage musical : Ibr&#x101;h&#x12B;m al-Maw&#x1E63;il&#x12B; (742-804) et son fils Is&#x1E25;&#x101;q (767-850), tous deux originaires de Perse et musiciens de la cour des califes �abb&#x101;ssides. Un disciple d�Is&#x1E25;&#x101;q, Ziry&#x101;b, ira en 822 implanter � Cordoue, capitale du royaume omeyyade de l�Espagne musulmane, les pratiques de l��cole de Bagdad : il enrichit d�une cinqui�me corde le luth (�&#x16B;d), devenu depuis cette �poque l�instrument noble de la musique arabe. Promu au rang d�un v�ritable art musical et atteignant � une sorte de perfection, l�ancien fonds d�Arabie et de Perse va imprimer � la musique classique form�e � Bagdad ses formes et ses contours d�finitifs.</p><p>L��poque moderne et</p><p>contemporaine</p><p>Si les chanteurs de Bagdad tentent de nos jours encore de sauvegarder ce qu�ils croient �tre les traditions mill�-</p><p>naires de l��cole orientale, repr�sent�e</p><p>aujourd�hui par le plus c�l�bre de ses chanteurs, Mu&#x1E25;ammad Qubbandji, et son disciple Naz&#x12B;m al-Rhaz&#x101;l&#x12B;, c�est Le Caire qui est devenu, � l��poque contemporaine, le centre de la musique arabe : les courants traditionnels alexandrins, africains et autres ont donn� � celle-ci un cachet particulier.</p><p>Deux talents de chanteurs ont ainsi incarn� ces traditions de la musique classique arabe dans un style r�nov�, qui subit l�influence de la musique l�g�re europ�enne : Umm Kulth&#x16B;m et Mu&#x1E25;ammad �Abd al-Wahh&#x101;b. Mais la musique classique arabe cherche encore sa voie.</p><p>Caract�res et structures</p><p>N� dans un contexte de civilisations diverses d�origine essentiellement hell�-</p><p>nistique d�une part, persane d�autre part, l�art musical arabe se fonda presque enti�rement, dans sa th�orie comme dans sa pratique, sur l�exploitation et le perfectionnement du chant vocal, et sur l��laboration pouss�e de l��chelle des sons et des intervalles. De ces deux tendances est n�e l�ornementation de la m�lodie homophonique par une s�rie de m�lismes o� seules les voix orientales excellent ; de m�me, le syst�me modal et rythmique s�enrichit d�une vari�t� de combinaisons qu�ignore totalement la musique occidentale. La musique arabe conna�tra plus de cent modes classiques (maq&#x101;m), dont trente au moins sont encore usuels.</p><p>Autre caract�ristique fondamentale : l�approfondissement et l�exploitation tr�s pouss�e de l��chelle des sons et de leurs rapports, donnant lieu � ces intervalles appel�s quarts ou trois quarts de ton. Ainsi obtenons-nous en l�espace d�une octave vingt-quatre degr�s dont chacun porte le nom du maq&#x101;m correspondant. Mais le cadre de l�octave n�est ici que conventionnel, puisque la cellule premi�re de la m�lodie reste la quarte, o� les degr�s de passage forment le � t�tracorde � emprunt� aux Grecs, et que les th�oriciens arabes nomment tabaq&#x101;t. La gamme ellem�me (sullam) devient alors une succession de t�tracordes, � l�int�rieur desquels se manifestent les caract�res fondamentaux du maq&#x101;m ; car des intervalles s�parant les degr�s au sein du</p><p>t�tracorde d�pend le type m�me (djins) du maq&#x101;m. Celui-ci se forme � partir de la tierce, se pr�cise avec la quarte et peut s�affirmer compl�tement avec la quinte. Au-del� de celle-ci appara�t soit une r�p�tition du premier t�tracorde, soit un nouveau maq&#x101;m. Il faut pr�ciser enfin que le maq&#x101;m n�est pas seulement constitu� par les rapports des intervalles s�parant les sons, mais aussi et surtout par le processus du mouvement m�lodique � l�int�rieur du t�tracorde. Chaque degr� de la gamme peut �tre le point de d�part d�un maq&#x101;m, qui se subdivise � son tour en plusieurs maq&#x101;ms apparent�s.</p><p>Cette nomenclature modale a gard� jusqu�� nos jours les noms persans : La rythmique (&#x12B;q&#x101;�) est, elle aussi, subtile et complexe, puisqu�elle comporte un nombre consid�rable de combinaisons divis�es en frappes sourdes (dum) et sonores (tak), en rythmes conjoints et disjoints, simples et compos�s, chacun ayant sa nomenclature propre :</p><p>B Ab&#x16B; al-Faradj al-Isbahan&#x12B;, Kit&#x101;b al-Arh&#x101;n&#x12B;</p><p>(Livre des chants) [Boulaq, 1868-1869 ; nouv.</p><p>�d., Beyrouth, 1954). / J. Rouanet, � la Musique arabe �, dans Encyclop�die de la musique, de Lavignac, Ire partie : � Histoire de la Musique �</p><p>(Delagrave, 1922). / H. G. Farmer, A History of the Arabian Music to the XIIIth Century (Londres, 1929 ; r��d. Londres, 1967). / Actes du congr�s de la musique arabe (en arabe et en fran�ais)</p><p>[Le Caire, 1933]. / R. d�Erlanger, la Musique arabe (Geuthner, 1930-1959 ; 6 vol.). / A. Chot-tin, � la Musique arabe �, dans Histoire de la musique, t. I (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1960). / S. Jargy, � la Musique populaire du Proche-Orient arabe �, dans Histoire de la musique, t. I (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1960) ; la Musique arabe (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1971). / S. el Mahdi, la Musique arabe (�d. musicales, 1973).</p><p>arabe d��gypte</p><p>(R�publique)</p><p>F �GYPTE.</p><p>Arabie</p><p>En ar. djaz&#x12B;rat al-�arab, p�ninsule de l�Asie sud-occidentale ; environ 3 millions de kilom�tres carr�s.</p><p>G�OGRAPHIE</p><p>Structure et relief</p><p>L�Arabie est essentiellement constitu�e d�un vieux socle anciennement consolid�, vigoureusement relev� vers l�ouest au-dessus du foss� d�effondrement de la mer Rouge, et s�inclinant au contraire en pente douce vers l�est, o� il est recouvert par diverses formations s�dimentaires et alluviales.</p><p>� l�ouest, le socle ancien pr�cambrien affleure ainsi largement, dans un rebord montagneux continu, mais dont l�altitude varie. Celle-ci d�passe 2 000 m au sud-est du golfe d��Aqaba, puis s�abaisse quelque peu (jusque vers 1 500 m) dans le Hedjaz, et remonte enfin dans les hautes montagnes de l��As&#x12B;r et du Y�men, o� de vastes empilements de laves basaltiques viennent recouvrir le socle et culminent � pr�s de 4 000 m. Ce front montagneux occidental domine la plaine c�ti�re de la Tih&#x101;ma, large de quelques dizaines de kilom�tres au plus mais recouverte de remblaiements r�cents parfois tr�s �pais, ainsi que le foss� de la mer Rouge, qui correspond � l�axe effondr� du bombement dont l�autre aile est constitu�e par les montagnes du d�sert arabique �gyptien. Achev� sans doute au Plioc�ne, l�effondrement s��tait amorc� d�s le Cr�tac�, o� apparaissent les premi�res �missions basaltiques.</p><p>Dans l�Arabie centrale, le socle ancien affleure encore dans le massif du Nadjd. De part et d�autre, au nord et au sud, il est masqu� par une couverture s�dimentaire. Au sud de la p�ninsule, des plateaux calcaires fortement disloqu�s, appuy�s sur le massif du Y�men, au nord-est d�Aden, sont entaill�s par les profondes et larges vall�es du r�seau du w&#x101;di Hadramaout et de ses affluents. Au nord et au centre-est, des s�ries de cuestas arqu�es, jurassiques, cr�tac�es, �oc�nes, qui se suivent parfois sur pr�s de 800 km (djebel &#x1E6C;uwayq), s�appuient sur le Nadjd, et correspondent � une structure concor-dante inclin�e. Les d�pressions monoclinales sont occup�es le plus souvent par des ergs, dont le plus important, le Grand Nuf&#x16B;d, remplit la d�pression</p><p>p�riph�rique du socle ancien.</p><p>Dans l�Arabie orientale appara�t une structure pliss�e. Des plis de couverture, de direction g�n�rale m�ridienne, y prolongent les axes correspondants de l�Iraq et de l�Iran m�ridional, dans l�avant-pays du Zagros. Ils comportent de nombreuses structures anticlinales p�trolif�res. Au sud, ils vont s�ennoyer dans l�immense d�pression du Rub�al-Kh&#x101;l&#x12B; (� Empty Quarter � = � quartier vide �), vaste erg qui occupe tout le sud et le sud-est de la p�ninsule jusqu�au rebord interne des cha�nes de l�Oman.</p><p>De grands alignements dunaires s�y allongent du nord-est au sud-ouest, direction des vents dominants, dans le Centre et le Sud-Ouest, et du nord au downloadModeText.vue.download 254 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>791</p><p>sud dans l�arri�re-pays de l�Oman et des Trucial States.</p><p>Les cha�nes de l�Oman sont un �l�-</p><p>ment structural assez �nigmatique. De puissantes masses de roches vertes y ont accompagn� une orogen�se essentiellement cr�tac�e, mais le relief est d� � des mouvements d�ensemble plus r�cents, bombements � vaste rayon de courbure affectant les couches s�dimentaires qui culminent au gigantesque cr�t �oc�ne du djebel Akh&#x1E0D;ar (3 020 m).</p><p>Climat et tapis v�g�tal</p><p>L�Arabie appartient dans sa plus grande partie � la zone tropicale. Les r�gimes thermiques sont caract�ri-s�s par des amplitudes annuelles d�j� faibles (Djedda : 24,6 �C en janvier et 31,5 �C en juillet ; Aden : 24,8 �C</p><p>en janvier et 31,5 �C en juillet), mais le trait dominant est l�aridit�, presque g�n�rale. En hiver, le temps est domin� par le flux sec provenant de l�anticyclone asiatique. Les pr�cipitations, li�es aux d�pressions m�diterran�ennes qui aboutissent � la mer Rouge ou au golfe Persique, se font de plus en plus rares vers le sud. On rencontre cependant ces d�pressions parfois jusqu�au</p><p>Y�men inclus, qu�elles atteignent surtout au printemps, �poque de discontinuit� thermique maximale entre les hautes terres froides de l�ouest et du centre de la p�ninsule et les eaux plus chaudes de la mer Rouge, et jusque dans l�Oman en d�cembre-janvier. En �t�, le r�gime des vents constants provenant de l�anticyclone des A�ores et se dirigeant vers les basses pressions du nord-ouest de l�Inde entra�ne une s�cheresse quasi absolue sur tout le nord et le centre de la p�ninsule. Mais les reliefs de l�extr�mit� m�ridionale, du Y�men � l�Oman, sont alors sous l�influence de masses d�air en provenance des hautes pressions tropicales de l�h�misph�re Sud, qui apportent d�j� des pluies appr�ciables sur tous les versants montagneux. Gr�ce � cette</p><p>� mousson d��t� �, analogue � celle de l�Inde, cette frange m�ridionale de la p�ninsule, individualis�e sous le nom d�Arabie Heureuse, re�oit des pr�cipitations qui doivent d�passer 1 m au Y�men entre 1 200 et 2 500 m d�altitude, qui doivent atteindre 600 � 700 mm dans le &#x1E92;uf&#x101;r (Dhofar) et sans doute 400 mm dans les montagnes de l�Oman, alors que nulle part les reliefs du Hedjaz ne re�oivent 200 mm par an.</p><p>Ainsi s�explique l�apparition dans l�Arabie m�ridionale, par opposition au d�sert qui couvre la plus grande partie de la p�ninsule, d�un paysage v�g�tal intertropical, li� � ces pluies estivales.</p><p>Des arbres ou arbustes �pineux des climats sah�liens et soudanais, les arbres � myrrhe et � encens, des arbres fruitiers tropicaux comme le caf�ier et le qat, dont les feuilles, m�ch�es, constituent au Y�men un excitant tr�s utilis�, en sont les �l�ments principaux. Il y a encore des traces de v�ritables for�ts, vers le nord, jusque dans l��As&#x12B;r.</p><p>Populations et</p><p>genres de vie</p><p>Le nom m�me des populations</p><p>� arabes �, qui ont donn� son nom � la p�ninsule, reste d�origine myst�rieuse, mais il a pris de bonne heure une signification sociale et �conomique qui exprime la pr�dominance d�un genre de vie bien d�fini. � Arabe � s�applique en effet essentiellement aux populations</p><p>de pasteurs b�douins, �leveurs de dromadaires et de petit b�tail, qui nomadisent dans les r�gions d�sertiques.</p><p>Les tribus b�douines, apparues dans le nord du d�sert arabo-syrien, peut-</p><p>�tre renforc�es aux premiers si�cles de notre �re par des populations refoul�es dans le d�sert par la colonisation romaine, vont peu � peu occuper tous les d�serts de la p�ninsule et y r�pandre les downloadModeText.vue.download 255 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>792</p><p>dialectes arabes, n�s dans les parties septentrionales du d�sert, repoussant vers le sud des populations primitives qui y parlent encore aujourd�hui des langues s�mitiques non arabes (en particulier les Qar&#x101;� dans le &#x1E92;uf&#x101;r, entre l�Hadramaout et l�Oman). � partir des premiers si�cles de notre �re, on voit les tribus b�douines constituer un danger s�rieux pour les �tats s�dentaires</p><p>� beaucoup plus anciennement florissants � de l�Arabie Heureuse, qui avaient fond� leur fortune en particulier sur le commerce de l�encens vers le monde gr�co-romain. La destruction du barrage de M&#x101;�rib, au Y�men, marqua au VIe s. de notre �re cette extension ultime de la menace b�douine ; les r�gressions qu�elle provoqua ne trouv�rent alors leurs bornes que dans les reliefs montagneux du Sud et du Sud-Ouest, o� les pluies et l�altitude permirent la r�sistance des s�dentaires.</p><p>Deux types fondamentaux d�occupation humaine se partagent ainsi l�Arabie. La plus grande partie, au nord, au centre et au sud-est, a �t� domin�e jusqu�� l��poque contemporaine par les B�douins et par les pouvoirs politiques qui en sont issus. Le type principal de nomadisme est caract�ris� par de grandes migrations nord-sud entre le Grand Nuf&#x16B;d, o� se passe l�hiver, et les franges septentrionales du d�sert, o� se passe l��t�. Sur les marges orientales de la p�ninsule, les tribus oscillent entre les c�tes du golfe Persique, en �t�, et les ergs int�rieurs, o� l�on passe l�hiver. Ce type se retrouve sur la c�te occidentale, o� les tribus oscillent</p><p>entre la Tih&#x101;ma et les massifs montagneux, et dans le sud-est de la p�ninsule (migrations des plateaux int�rieurs vers le Rub�al-Kh&#x101;l&#x12B;). Les grandes conf�d�rations b�douines du centre et du nord ont, jusqu�� l��poque actuelle, toujours plus ou moins contr�l� les oasis de l�Arabie int�rieure, localis�es notamment � la p�riph�rie des ergs, et parfois les villes saintes du Hedjaz.</p><p>L�Arabie Heureuse, de l�Oman au</p><p>Y�men et � l��As&#x12B;r, reste au contraire domin�e par des civilisations s�dentaires. Les B�douins proprement dits y sont inconnus. Les pasteurs nomades ressortissent plut�t au type � pr�-b�-</p><p>douin �, � courtes migrations, avec pr�dominance du gros b�tail dans leur cheptel, qui comporte relativement peu de dromadaires (par exemple chez les Qar&#x101;� du &#x1E92;uf&#x101;r). Une vie agricole intensive, fond�e sur la culture en terrasses irrigu�e ou pluviale, sur l�arboriculture, s�y est enracin�e. L�habitat rural, par ses maisons-tours et ses villages fortifi�s, exprime encore souvent une atmosph�re d�ins�curit�, mais une dispersion quasi totale r�gne dans certaines r�gions de l��As&#x12B;r, exprimant leur imp�n�trabilit� absolue � l��gard des nomades.</p><p>X. P.</p><p>HISTOIRE</p><p>L�Arabie ancienne</p><p>De cette zone de transit entre les pays riverains de la M�diterran�e et l�Ex-tr�me-Orient, l�histoire est d�termin�e en grande partie par les vicissitudes du trafic est-ouest.</p><p>Toutefois, les peuples arabes ne constituent pas un bloc homog�ne, mais comportent deux branches principales, celle du nord et celle du sud.</p><p>Les premiers occupent des territoires de steppes arides et de d�serts avec quelques oasis, que traversent quelques routes de caravanes commerciales. Nomades, ils vivent de leurs troupeaux et du pillage de provinces agricoles voisines. Les seconds, group�s essentiellement dans le Sud-Ouest (le Y�men), occupent des territoires arros�s et s�adonnent surtout � l�agriculture. S�-</p><p>dentaires, ils sont mieux connus que les Arabes du Nord, et des civilisations florissantes se sont d�velopp�es dans leur pays.</p><p>Le royaume de Saba</p><p>Le royaume de Saba, fond� dans</p><p>l�Arabie du Sud-Ouest vers le XIe s.</p><p>av. J.-C., accomplit des r�alisations qui manifestent un niveau technique et d�organisation tr�s avanc�. Le barrage de M&#x101;�rib, la capitale du royaume, construit pour r�gler la vie agricole, en est le meilleur t�moin. L��conomie du pays semble tr�s d�velopp�e.</p><p>Elle repose sur l�agriculture (c�r�ales, myrrhe, encens et autres �pices et aromates). Les �pices conf�rent une r�putation de richesse et de prosp�rit� � ce pays baptis� par le monde classique : l�Arabie Heureuse.</p><p>Les Sab�ens paraissent m�me avoir �tendu leur domination sur le royaume d��thiopie.</p><p>Les &#x1E24;imyarites</p><p>� partir du Ier s. apr. J.-C., les Sab�ens et les &#x1E24;imyarites, un autre peuple de l�Arabie m�ridionale, converti au juda�sme, se trouvent sous la souverainet� d�un roi commun. Le dernier des rois himyarites, Dh&#x16B; Nuw&#x101;s, s�vit contre les colons chr�tiens de son royaume, � titre de repr�sailles pour la pers�cution byzantine des juifs.</p><p>L��thiopie, alors �tat chr�tien, saisit cette occasion pour venger, avec l�aide de Byzance, les chr�tiens pers�cut�s, et s�emparer par la m�me occasion du Y�men, clef du commerce de l�Inde (IVe s.). En 575, les Perses chassent les �thiopiens de l�Arabie m�ridionale et r�duisent ce pays � l��tat de satrapie.</p><p>Leur domination ne dure pas longtemps, et, au moment de la conqu�te musulmane, il n�en reste plus que de rares vestiges.</p><p>L�histoire de l�Arabie centrale et septentrionale est moins connue, �tant donn� le peu de contact de ces r�gions d�sertiques avec le reste du monde.</p><p>Cependant, quelques �tats se sont constitu�s durant la p�riode classique dans les marches d�sertiques de Syrie et d�Arabie septentrionale : le plus im-</p><p>portant est celui des Nabat�ens.</p><p>Les Nabat�ens</p><p>Les Nabat�ens dominent un territoire s��tendant du golfe d��Aqaba � la mer Morte et englobant une bonne partie du Hedjaz septentrional. Le premier roi connu, Ar�tas Ier (&#x1E24;&#x101;rithat), est mentionn� en 169 av. J.-C., et sa capitale est P�tra, dans l�actuel royaume de Jordanie. Le royaume nabat�en entretient de bons rapports avec les Romains. En 25-24 av. J.-C., il constitue une base pour l�exp�dition envoy�e par Auguste sous la conduite du pr�fet d��gypte Aelius Gallus pour conqu�rir le Y�men.</p><p>Cette entreprise, qui vise la domination de la route commerciale vers l�Inde, se solde par un �chec. En 106 apr. J.-C., Trajan convertit le royaume nabat�en en province romaine d�Arabie. La d�-</p><p>cadence de P�tra va profiter � Palmyre, qui devient une �tape commerciale importante.</p><p>Le royaume de Palmyre</p><p>Au IIIe s. apr. J.-C. appara�t la principaut� de Palmyre, dans le d�sert arabo-syrien. Son titulaire, Odenath, aide les Romains contre les Perses, et obtient en guise de r�compense la reconnaissance de son �tat par Gallien. Apr�s sa mort, sa femme Z�nobie se pr�tend la reine de la majeure partie du Proche-Orient et fait proclamer c�sar auguste son fils Vaballath. Cela am�ne en 272</p><p>l�intervention de l�empereur Aur�lien, qui arr�te Z�nobie, l�envoie � Rome, downloadModeText.vue.download 256 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>793</p><p>charg�e de cha�nes d�or, puis occupe Palmyre et saccage la ville.</p><p>L�Arabie �</p><p>la veille de l�isl&#x101;m</p><p>Entre le IVe et le VIe s., l�Arabie conna�t une p�riode de d�clin. Les civilisations florissantes comme celle du Y�men d�p�rissent et tombent sous la domination �trang�re.</p><p>Pendant cette p�riode qui pr�c�de</p><p>l�av�nement de l�isl&#x101;m, le syst�me tribal b�douin constitue le trait dominant de la population, particuli�rement en Arabie centrale et septentrionale. La soci�t� est divis�e en tribus, associations fond�es sur les liens du sang, dont les membres doivent se pr�ter une assistance mutuelle. � la t�te de la tribu, le cheikh, �lu par les anciens et assist� par le madjlis � conseil compos� de chefs de famille et de repr�-</p><p>sentants des clans �, arbitre plus qu�il ne commande, � la lumi�re de la sunna, ou usages des anc�tres. Condamn�es � s�entre-tuer pour vivre sur ces terres le plus souvent st�riles, les tribus se sentent pourtant quelque peu apparent�es.</p><p>Elles parlent la m�me langue, l�arabe, soigneusement conserv�e par la po�-</p><p>sie, qui exerce sur les B�douins une influence irr�sistible. Elles professent la m�me religion, forme de paganisme fond�e sur l�adoration d��tres vivant, selon la tradition, dans les arbres, les fontaines et surtout dans les pierres sa-cr�es. Mais tous ces dieux sont subordonn�s � une d�it� sup�rieure, g�n�ralement appel�e All&#x101;h.</p><p>La Mecque :</p><p>une r�publique</p><p>marchande</p><p>Gr�ce � ces points communs, les</p><p>nomades sont parvenus � fonder,</p><p>surtout au Hedjaz, des villes dont la plus importante est La Mecque. Ils y transposent leur syst�me d�organisation politique et leur religion. Dans la ville, chaque clan conserve son madjlis et sa propre pierre sacr�e. Mais la r�union de l�ensemble des pierres dans un sanctuaire central � construction cubique connue sous le nom de la Ka�ba � traduit l�unit� de tous les clans de La Mecque, o� un conseil appel� Mal&#x101;�, choisi par les madjlis des clans, remplace le madjlis tribal. � la veille de l�isl&#x101;m, le Mal&#x101;� est domin� par une oligarchie r�gnante, sorte de bourgeoisie marchande, qui entretient, gr�ce au commerce, des rapports suivis avec le monde persan et byzantin.</p><p>L�Arabie n�est donc pas isol�e du reste du monde, et les courants culturels et religieux parviennent jusque dans le d�sert. Les religions chr�tienne et juive</p><p>connaissent beaucoup d�adeptes dans la p�ninsule, et notamment � Nadjr&#x101;n, dans l�Arabie m�ridionale, et � Yathrib, plus tard appel�e M�dine. Par ailleurs, sur les fronti�res de Syrie et d�Iraq, deux �tats arabes, Rhass&#x101;n et &#x1E24;&#x12B;ra, vassaux respectivement de Byzance et de la Perse, sont chr�tiens �</p><p>le premier monophysite, le second nestorien � et impr�gn�s d�une culture aram�enne et hell�nique qui s�infiltre dans une certaine mesure dans le reste de l�Arabie.</p><p>Dans la seconde moiti� du VIe s., ces contacts avec l�ext�rieur se d�veloppent consid�rablement. G�n� par les guerres entre les empires byzantin et perse et par le d�sordre �gyptien, le commerce entre la M�diterran�e et l�Extr�me-Orient abandonne la route de l�Euphrate au golfe Persique et celle de la vall�e du Nil vers la mer Rouge, pour reprendre celle de l�Arabie occidentale. La Mecque saisit cette occasion pour devenir une importante communaut� marchande, gr�ce � la tribu Quraych, venue d�Arabie septentrionale et install�e depuis peu dans cette cit�. Tr�s entreprenants, les Quraychites dirigent de grosses op�rations de n�goce et entretiennent des rapports commerciaux avec Byzance, la Perse et l��thiopie. Une puissante aristocratie marchande se constitue ainsi.</p><p>L�isl&#x101;m et</p><p>l�unit� de l�Arabie</p><p>Telle est la situation de l�Arabie � la naissance de Mahomet*, vers 570 apr.</p><p>J.-C., � La Mecque, dans une famille quraychite qui n�appartient pas � l�oligarchie dominante. C�est au d�but du VIIe s. que le fondateur de l�isl&#x101;m*</p><p>commence sa pr�dication. Il se propose d�unir l�Arabie autour d�une nouvelle religion, de tirer les tribus de l�anarchie et des guerres fratricides, et de consacrer leur �nergie � la propagation de l�isl&#x101;m. Tr�s vite, l�aristocratie marchande de La Mecque se dresse contre Mahomet, qui recrute ses adeptes essentiellement parmi les petites gens.</p><p>En 622, le Proph�te doit quitter La Mecque pour Yathrib, devenue alors sous le nom de M�dine le centre de l�isl&#x101;m. Il constitue, � partir de cette ville, une importante communaut�,</p><p>l�umma, r�gie par l�isl&#x101;m et ouverte � tous les musulmans. En 630, le nouvel �tat est assez puissant pour occuper La Mecque, rest�e, comme avant l�isl&#x101;m, un centre de p�lerinage et d�affaires.</p><p>� sa mort, en 632, Mahomet laisse une communaut� et un �tat bien organis�s et arm�s, dont le pouvoir et le prestige exercent en Arabie une action dominante.</p><p>L�Empire arabe</p><p>Ses successeurs, les califes � inspir�s �, utilisent admirablement cet instrument pour porter l�isl&#x101;m � l�ex-t�rieur de la p�ninsule arabique, et constituer par la m�me occasion un immense empire. Anim�s d�une foi nouvelle qui leur promet le paradis, les Arabes d�ferlent, � partir de leurs territoires d�sertiques, sur des espaces verts et arros�s longtemps convoit�s, et s�emparent en quelques ann�es de plusieurs pays.</p><p>C�est le premier calife, Ab&#x16B; Bakr (632-634), qui inaugure les exp�ditions contre les empires perse et byzantin. Mais c�est sous le califat d��Umar (634-644) que les victoires d�cisives sont remport�es. En 636, la d�faite des Byzantins sur les rives du Yarmouk assure aux Arabes le contr�le de la Syrie et de la Palestine. En 640-642, l��gypte est � son tour enlev�e aux Byzantins.</p><p>Quelques ann�es auparavant, en 637, les Arabes avaient battu les Perses � Q&#x101;disiyya et avaient pris leur capitale, Ct�siphon. Ils occupent ensuite la M�-</p><p>sopotamie, alors province persane. En moins de dix ans, les Arabes sont donc venus � bout de deux empires. Leurs victoires ont �t�, il est vrai, favoris�es par la d�cadence des Byzantins et des Sassanides, affaiblis par de longues guerres ant�rieures et par le m�contentement des populations syrienne, �gyptienne et iraqienne � l��gard des gouvernements grec et persan.</p><p>Sous le troisi�me calife, �Uthm&#x101;n (644-656), son cousin Mu�&#x101;wiyya, gouverneur de Damas, construit une puissante flotte dans les chantiers de Tyr et de Sidon. Les marins arabes s�attaquent aux principales �les de la mer �g�e : Chypre, la Cr�te et Rhodes, points de d�part d�exp�ditions contre Byzance.</p><p>Le califat d��Al&#x12B; (656-661) est marqu� par des troubles et des luttes de factions qui ne favorisent aucune expansion. Celle-ci reprend avec Mu�&#x101;wiyya (661-680), qui r�ussit, � la suite de l�assassinat d��Al&#x12B;, � s�emparer du pouvoir et � fonder la dynastie downloadModeText.vue.download 257 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>794</p><p>omeyyade. Sous son r�gne, l�isl&#x101;m s��tend progressivement en Asie centrale et en Afrique du Nord. La fondation de Kairouan en 670 marque la pr�pond�rance des Arabes en Ifr&#x12B;qiya.</p><p>Mais, � la mort de Mu�&#x101;wiyya, l�isl&#x101;m conna�t une deuxi�me guerre civile, marqu�e principalement par la lutte entre �Alides* et Omeyyades*, et son expansion est de nouveau arr�t�e.</p><p>Les conqu�tes reprennent au d�but du VIIIe s., sous le r�gne d�al-Wal&#x12B;d Ier (705-715) : Boukhara et Samarkand sont occup�es, de m�me que la province indienne du Sind. En 711, le d�-</p><p>barquement des troupes arabes en Espagne inaugure l�expansion de l�isl&#x101;m en Europe. Tr�s vite, une bonne partie de la p�ninsule Ib�rique passe sous le contr�le des Arabes. � partir de l�Espagne, ils attaquent le sud de la France et s�emparent de certaines villes, telles que Narbonne en 719 et Avignon en 735. Mais leur d�faite � Poitiers, en 732, marque le d�clin de l�expansion de l�isl&#x101;m.</p><p>L��clipse de l�Arabie</p><p>Depuis l�av�nement des Omeyyades, l�Arabie n�est plus au centre de la vie politique. Le si�ge de l�Empire s�est transport� � Damas, les villes saintes devenant des lieux de plaisir. Craignant les ambitions d�une aristocratie arabe qui tient prestige et richesse de sa participation � la guerre, les Omeyyades la laissent, pour l��carter de la vie politique, se livrer librement � toutes les d�bauches. Mais si la p�ninsule n�est plus le coeur de l�Empire, celui-ci reste dirig� par les Arabes. Les califes s�appuient sur certaines tribus arabes, dont ils exploitent au besoin les vieilles querelles. Au surplus, les Omeyyades</p><p>sont jaloux des traditions culturelles arabes (po�sie ant�islamique), qui restent vivaces en d�pit des influences hell�niques.</p><p>� partir de 750, le r�le des Arabes dans la vie politique commence � s��clipser. Les �Abb&#x101;ssides* s�appuient, pour gouverner l�Empire, essentiellement sur des Persans. Un si�cle plus tard, les califes perdent toute autorit� au profit des commandants de leur propre arm�e et de leurs gardes, le plus souvent des mamelouks turcs.</p><p>D�clin et</p><p>isolement de l�Arabie</p><p>�cart�e de la vie politique, l�Arabie commence, d�s le Xe s., � se replier sur elle-m�me. Apr�s avoir conquis un immense empire, transport� sa langue et sa religion jusqu�en Europe et contribu� � la naissance et au d�veloppement d�une grande civilisation, la p�ninsule revient � son isolement et � ses traditions ant�islamiques. Les vieilles querelles entre les tribus se r�veillent, l�anarchie retrouve droit de cit� dans ces immenses d�serts.</p><p>Source de mis�re et de difficult�s pour la population, le d�sert est aussi une garantie de son ind�pendance. Il constitue un barrage contre toute invasion de la p�ninsule arabique. � la fin du XIIe s., les Francs connaissent, dans leur tentative de s�emparer de M�dine, le m�me sort que les Romains au</p><p>Y�men en 25-24 av. J.-C.</p><p>L�Arabie reste � l��cart des invasions seldjoukides et mongoles. Au milieu du XVIe s., les Turcs Ottomans essaient de s�emparer des villes saintes pour affermir leur autorit� sur le monde musulman : leurs soldats p�rissent dans le d�sert.</p><p>� la suite de ce d�sastre, les Turcs renoncent � la conqu�te de la p�ninsule et se contentent d�une souverainet� nominale. L�Arabie centrale reste ind�pendante, ses tribus continuant � vivre comme avant l�isl&#x101;m. Leur seul contact avec l�ext�rieur r�side dans les p�lerinages, aux cours desquels</p><p>affluent vers les villes saintes des croyants de tout le monde musulman.</p><p>Cependant, le pays reste � l��cart de l��volution de l�humanit� et semble frapp� de l�thargie.</p><p>Le wahh&#x101;bisme et</p><p>l�unit� de l�Arabie</p><p>sous les Saoudites</p><p>Un homme est venu alors tirer l�Arabie de sa torpeur. Il ne s�agit plus cette fois d�un proph�te, mais d�un simple r�formateur qui pr�conise la restauration de l�isl&#x101;m dans son antique puret� et l�observance rigoureuse des r�gles du Coran. Cet homme est Mu&#x1E25;ammad ibn �Abd al-Wahh&#x101;b (1703-1792) ; il se propose de regrouper les tribus au nom d�un id�al religieux pour les d�gager de leur anarchie et rendre au peuple arabe son unit� perdue.</p><p>En 1745, �Abd al-Wahh&#x101;b gagne �</p><p>ses id�es un chef de B�douins nad-jdis, Mu&#x1E25;ammad ibn Sa�&#x16B;d. Les deux hommes conjuguent leurs efforts pour rallier les tribus de l�Arabie centrale, conqu�rir le Nadjd et �tendre la r�forme au reste de l�Arabie.</p><p>L�entreprise se solde par un succ�s.</p><p>� sa mort, en 1765, Mu&#x1E25;ammad ibn Sa�&#x16B;d laisse un pouvoir affermi � son fils �Abd al-�Az&#x12B;z (1765-1803), qui ach�ve la conqu�te du Nadjd et se fait proclamer roi de ce pays. En 1803, Sa�&#x16B;d succ�de � �Abd al-�Az&#x12B;z. �mir du Nadjd et im&#x101;m des Wahh&#x101;bites, il poursuit la conqu�te de l�Arabie, occupe bient�t le Hedjaz, se rend ma�tre des villes saintes, d�truit les tombeaux des saints et restaure la Ka�ba dans sa simplicit� primitive (1804). En 1808, Sa�&#x16B;d le Grand ach�ve la conqu�te de la p�ninsule, outre le Nadjd, il contr�le alors le Hedjaz, l��As&#x12B;r, le Y�men, l�Hadramaout, &#x1E24;as&#x101;, Bahre�n et m�me Bassora. Il vise l�occupation de la Syrie et de l�Iraq, alors possessions turques, et peut-�tre m�me l�unit�, sous son �gide, de tous les pays arabes. En 1811, il accepte une alliance avec Napol�on Ier contre les Turcs. Mais le d�clin de l�Empereur permet aux Turcs de consacrer le gros de leurs forces � la r�pression de la</p><p>� r�volte arabe �.</p><p>Apr�s la mort de Sa�&#x16B;d le Grand, tu� accidentellement sous les murs de</p><p>&#x1E6C;&#x101;�if en 1814, M�h�met-Ali, le vice-roi d��gypte, vient � bout des forces saoudites : en 1818, le royaume de Sa�&#x16B;d est compl�tement �cras� ; un peu plus tard, en 1836-1837, une r�volte des tribus suscit�e par les Saoudites est noy�e dans le sang.</p><p>Le danger Saoudite �cart�, les Turcs se d�sint�ressent de la p�ninsule.</p><p>L�Arabie retourne � l�anarchie et � l�isolement, et les tribus � leurs traditions s�culaires. Les Anglais, qui ont occup� Aden en 1839, �tendent leur zone d�influence le long des c�tes vers Mascate, et �tablissent leur protectorat sur l�im&#x101;mat d�Oman (1891).</p><p>� l�aube du XXe s., un homme tente, une fois de plus, de rendre au peuple arabe son unit� : �Abd al-�Az&#x12B;z ibn Sa�&#x16B;d*.</p><p>M. A.</p><p>&#x25B6; �Abd al-�Az&#x12B;z ibn Sa�&#x16B;d / Arabes / Arabie Saoudite / Bahre�n / Isl&#x101;m / Kowe�t / Mahomet /</p><p>Moyen-Orient / Oman / Ottomans / Qa&#x1E6D;ar / Trucial States / Y�men.</p><p>B D. Hogarth, Arabia (Oxford, 1922). /</p><p>M. F. von Oppenheim, Die Beduinen (Leipzig-Wiesbaden, 1939-1968 ; 4 vol.). / R. H. Sanger, The Arabian Peninsula (Ithaca, 1954). / P. Birot et J. Dresch, la M�diterran�e et le Moyen-Orient, t. II (P. U. F., 1956). / J. Benoist-M�chin, Arabie, carrefour des si�cles (A. Michel, 1961).</p><p>/ A. Hourani, Arabic Thought in the Liberal Age, 1796-1939 (Oxford, 1962). / F. Altheim et R. Stiehl, Die Araber in der alten Welt (Berlin, 1964 ; 5 vol.). / W. Dostal, Die Beduinen in S�da-rabien (Vienne, 1967).</p><p>Arabie Saoudite</p><p>En ar. al-mamlaka al-�arabiyya al-sa�udiyya, principal �tat de la p�ninsule arabique ; capit. Riy&#x101;&#x1E0D;.</p><p>L��tat Saoudite formation</p><p>et fronti�res</p><p>L�Arabie Saoudite est un �tat d�origine b�douine, qui exprime la mainmise r�cente par les tribus nomades, apr�s la chute de l�Empire ottoman, sur les villes saintes de l�Arabie centrale, la supr�matie du Nadjd sur le Hedjaz. �</p><p>la hauteur des 20�-25� de latitude nord, deux r�gions humaines s�opposent en effet en Arabie.</p><p>Le Hedjaz est un pays de bassins effondr�s, en contrebas du front montagneux occidental de la p�ninsule, communiquant facilement avec la c�te par des dislocations transverses. C�est le pays des villes oasis de La Mecque*</p><p>et M�dine, lieu d�origine de l�isl&#x101;m, si�ge en tout temps d�une bourgeoisie urbaine qui a utilis� ses capitaux dans des entreprises commerciales et caravani�res et exploit� le p�lerinage aux lieux saints, tandis que le travail de la terre dans les oasis �tait assur� par des classes serviles, compos�es en partie d�esclaves noirs. Tol�rantes en raison de l�afflux de p�lerins de sectes musulmanes tr�s diverses, ces villes sont de mentalit� orthodoxe mais non rigoriste.</p><p>Elles ont �t� fortement marqu�es par leur int�gration � l�Empire ottoman (renforc�e par le chemin de fer du Hedjaz, qui atteint M�dine en 1908).</p><p>En face du Hedjaz, le Nadjd est</p><p>un haut pays massif et d�sertique, o� les rares oasis (al-Djawf en bordure nord du Grand Nuf&#x16B;d, &#x1E24;&#x101;�il au sud) sont strictement subordonn�es aux nomades. C�est le pays des grandes tribus b�douines. Enr�giment�es depuis l�islam par la bourgeoisie des cit�s du Hedjaz, elles ont toujours �t� un peu anarchistes et ind�pendantes.</p><p>downloadModeText.vue.download 258 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>795</p><p>Surtout, les formes d�expression religieuse sont tr�s diff�rentes. Le Nadjd a toujours constitu� un foyer de sectes plus ou moins h�t�rodoxes, isma�liens et crypto-chr�tiens aux premiers temps de l�isl&#x101;m, kh&#x101;ridjites et qarma&#x1E6C;es, dont les r�voltes menac�rent le califat de Bagdad. � la fin du XVIIIe s. appara�t la secte wahh&#x101;bite, qui fut � l�origine de l��tat Saoudite, secte rigoriste et ex-tr�miste qui pr�che le retour � l�isl&#x101;m primitif, proscrit notamment les excitants et le tabac, et interdit le luxe sous toutes ses formes. La tribu saoudienne, fraction des �Anazas chez laquelle le r�formateur �Abd al-Wahh&#x101;b avait cherch� refuge en 1745, s�empare de l�oasis de Riy&#x101;&#x1E0D; en 1764 et fonde le premier empire saoudite, soumettant</p><p>provisoirement la plus grande partie de l�Arabie, et le Hedjaz de 1801 � 1803. Vaincu par les Ottomans, puis les �gyptiens, le pouvoir saoudite se replie sur Riy&#x101;&#x1E0D; (1824-1890), puis doit abandonner cet ultime point d�appui, et le dernier repr�sentant de la dynastie s�enfuit chez l��mir de Kowe�t, prot�g� de la Grande-Bretagne.</p><p>La renaissance sera l�oeuvre de �Abd al-�Az&#x12B;z ibn Sa�&#x16B;d, qui s�empare de Riy&#x101;&#x1E0D; en 1902 et ach�vera, entre cette date et 1929, la reconqu�te de la plus grande partie de l�Arabie, au d�triment des Rach&#x12B;dites et des ch�rifs de La Mecque, prot�g�s, puis successeurs des Turcs apr�s la Premi�re Guerre mondiale. Ibn Sa�&#x16B;d s�appuie sur la milice militaire et religieuse des � ikhw&#x101;n �</p><p>(� les fr�res �), bataillons sacr�s form�s de volontaires qui expriment le renouveau de la force religieuse explosive du wahh&#x101;bisme. Des accords avec l�Iraq en 1922-1923, qui fixeront les fronti�res nord du nouvel �tat, la conqu�te des villes saintes du Hedjaz en 1925-1926, une guerre victorieuse contre le Y�men, qui donnera au nouveau royaume la possession de la totalit� de l��As&#x12B;r et lui annexera m�me une fraction appr�ciable des hautes terres � vignobles et � caf�iers (1934), jalon-neront les principales �tapes d�une expansion qui ne respectera que les �tats s�dentaires des hautes terres du sud et du sud-est, d�fendus par le no man�s land du Rub�al-Kh&#x101;l&#x12B;, et les �mirats c�tiers du golfe Persique, prot�g�s par la Grande-Bretagne.</p><p>L�id�al va alors s�infl�chir peu � peu. La fixation des ikhw&#x101;n, install�s dans des centres de colonisation, marque un changement d�orientation vers la vie s�dentaire d�un �tat qui reste profond�ment marqu� par ses origines b�douines, mais est n�anmoins pass� en une g�n�ration du stade de l��mirat nomade � celui de l��tat centralis�. D�sormais, en Arabie aussi, il faut raisonner en termes �conomiques et �tablir le bilan des activit�s.</p><p>Riy&#x101;&#x1E0D;, capitale de l�Arabie</p><p>Saoudite</p><p>Le berceau de la puissance wahh&#x101;bite</p><p>n��tait, avant les conqu�tes de �Abd al-</p><p>�Az&#x12B;z ibn Sa�&#x16B;d, qu�une modeste cit� comptant 20 000 � 30 000 habitants, enferm�e dans ses murailles de pis�, au milieu d�une palmeraie irrigu�e par puits, dans la vall�e du w&#x101;d&#x12B; &#x1E24;an&#x12B;fa. Entre les deux guerres mondiales, des faubourgs de B�douins s�dentaris�s et quelques quartiers de villas hors des murs avaient commenc� � se d�velopper. Mais ce n�est qu�en 1938 que le roi d�pla�a lui-m�me son palais hors de l�enceinte, imit� bient�t par les tr�s nombreux princes de la famille royale. Les nouveaux quartiers construits � cette �poque, et qui abritent � peu pr�s le double de la population de la vieille ville, conservaient encore les traditions architecturales du Nadjd. Mais, apr�s la Seconde Guerre mondiale, une impulsion d�cisive fut donn�e � la modernisation par ibn Sa�&#x16B;d.</p><p>L�arriv�e du chemin de fer en 1951 fut le tournant essentiel de la transformation, dont le signal fut donn� par la construction du palais-parc de Nasiriya, r�serv� d�abord au prince h�ritier et aux h�tes royaux, autour duquel s�est d�velopp� un r�seau de voies au plan g�om�trique pour la liaison avec la vieille ville et avec le quartier de la gare. Parall�lement fut entam�e la destruction syst�matique de la vieille ville, dont les murailles avaient d�j� plus ou moins c�d�, et il est symbolique que la Grande Mosqu�e, coeur de l�histoire wahh&#x101;bite, ait �t� la premi�re victime. Le centre fut ras�, et des rues convergeant vers une place centrale, o� s��levait la nouvelle mosqu�e, s�anim�rent bient�t de boutiques nouvelles, constituant un centre commercial d�aspect moderne. Les maisons en dur remplac�rent les vieilles constructions de pis�. Un seul monument, le ch�teau de Mismak, construit il y a pr�s d�un si�cle, a surv�cu � ce z�le � iconoclaste �. Peu de cit�s musulmanes ont connu, en dehors de pays directement soumis � l�influence occidentale, des transformations aussi radicales. La ville s�est d�mesur�ment �tendue le long des larges voies qui ont trou� la palmeraie aujourd�hui � peu pr�s totalement abattue. Elle couvre pr�s de 100 km 2</p><p>et compte environ 300 000 habitants. L�alimentation en eau a pu �tre assur�e, gr�ce � des conduites venant au w&#x101;d&#x12B; &#x1E24;an&#x12B;fa, par les vieux puits maintenant m�canis�s et par des puits art�siens de forte capacit�.</p><p>Ces bouleversements ext�rieurs n�ont pas �t� sans s�accompagner d�une �volution de l�atmosph�re urbaine. Le temps</p><p>du rigorisme wahh&#x101;bite, o� toute la vie s�arr�tait � l�heure de la pri�re, tandis que les z�lateurs parcouraient les rues pour presser les retardataires de gagner la mosqu�e, est r�volu. Une mentalit� assez indiff�rente, sinon tol�rante, lui a succ�d�. Les autochtones ont gard� le plus souvent le costume traditionnel, mais les �trangers, v�tus � l�occidentale, sont de plus en plus nombreux. Caf�s et restaurants sont apparus, et les femmes commencent � sortir. La vie n�est plus sensiblement diff�rente de celle des autres capitales musulmanes du Moyen-Orient.</p><p>X. P.</p><p>L��conomie</p><p>L�agriculture et l�exploitation pastorale demeurent � peu pr�s exclusivement de type traditionnel, fond�es sur les cultures c�r�ali�res (bl�, orge et surtout sorgho) et le palmier-dattier dans les oasis, sur les dromadaires et le petit b�tail chez les nomades. Les essais de modernisation (fermes mod�les) sont encore tr�s limit�s, n�ayant pas d�pass� le stade des exp�riences locales.</p><p>Le p�lerinage vers les lieux saints de l�isl&#x101;m �tait nagu�re la principale source de revenus pour le pays, en m�me temps que l�occasion quasi unique de contacts avec le monde ext�-</p><p>rieur. Effectu� par caravanes pendant plus d�un mill�naire, puis surtout par mer au XIXe s., le p�lerinage fut la raison majeure de la construction par le sultan Abd�lhamid, dans le cadre de sa politique panislamique, du chemin de fer du Hedjaz, dont le fonctionnement fut interrompu par la Premi�re Guerre mondiale et dont la remise en service a �t� r�cemment entreprise. La voie a�rienne appara�t apr�s la Seconde Guerre mondiale. Le nombre total de p�lerins peut atteindre 1 500 000 par an (dont une grande partie en provenance de l�Arabie Saoudite elle-m�me). Mais les taxes de p�lerinage proprement dites ont �t� supprim�es en 1952, et, d�s 1953, les ressources du p�lerinage ne constituaient plus que 7 p. 100 des recettes de l��tat en devises. Elles sont devenues n�gligeables � c�t� de celles que procure le p�trole.</p><p>Les cons�quences humaines du p�le-</p><p>rinage ont n�anmoins �t� tr�s importantes, en particulier sur la physionomie des villes du Hedjaz, qui sont d�aspect tr�s cosmopolite et constituent le premier �lot de modernisation du pays. La Mecque et surtout Djedda ont un aspect tr�s diff�rent de celui des villes musulmanes traditionnelles, un plan g�o-m�trique avec de larges rues adapt�es � la circulation facile des foules, qui s�oppose au d�dale habituel des cit�s islamiques. D�autre part, elles sont b�ties depuis longtemps de maisons en hauteur (g�n�ralement tr�s rares dans l�isl&#x101;m), v�ritables immeubles locatifs par appartements, � baies largement ouvertes sur la mer � Djedda, destin�es � loger les p�lerins. Leur conception ne diff�rait d�j� pas sensiblement de celle des immeubles modernes qui leur succ�dent aujourd�hui.</p><p>Le p�trole est en fait la seule ressource importante du pays. Les gisements sont localis�s dans la r�gion nord-orientale, le &#x1E24;as&#x101;, � proximit� du golfe Persique, et dans l�arri�re-pays imm�diat, entre Qa&#x1E6C;ar et Kowe�t.</p><p>Ils ont �t� longtemps la propri�t� de l�ARAMCO (Arabian American Oil</p><p>Company), qui a r�uni, avec la Standard Oil of New Jersey (30 p. 100) et la Socony Vacuum (10 p. 100), la California Arabian Standard Oil Company (60 p. 100), elle-m�me r�sultat de l�association de la Texas Oil et de la Standard Oil of California. Un pipe-line (ferm� en 1970) � travers le d�sert a �vacu� le p�trole vers le port de &#x1E62;ayd&#x101;, au Liban. La production a d�pass� 410 Mt en 1974.</p><p>Une seconde enclave de modernisation s�est ainsi constitu�e dans le &#x1E24;as&#x101;</p><p>autour de l�exploitation p�troli�re, faisant �quilibre au p�le d�attraction traditionnel du Hedjaz et des villes du p�lerinage. Le chemin de fer de Damm&#x101;m � Riy&#x101;&#x1E0D;, qui relie la capitale au golfe Persique, en est la marque.</p><p>Mais les effectifs humains directement affect�s sont au total assez faibles. Les r�percussions sur l�industrialisation ont �t� jusqu�ici n�gligeables. La capacit� de raffinage n�atteint encore que 20,6 Mt, et le d�veloppement envisag� de la p�trochimie n�est encore qu�� ses premi�res amorces.</p><p>Le p�trole, ainsi, compte surtout dans le d�veloppement du pays par les ressources financi�res �normes qu�il apporte. Mais la majeure partie de celles-ci est actuellement drain�e vers la classe dirigeante des cit�s, dont les investissements, rarement productifs, sont tourn�s surtout vers la construction.</p><p>X. P.</p><p>L�Arabie Saoudite depuis</p><p>la mort de �Abd al-�Az&#x12B;z III</p><p>ibn Sa�&#x16B;d (1953)</p><p>� la mort d�ibn Sa�&#x16B;d (1953), l�Arabie Saoudite n�est plus une poussi�re de tribus, mais une nation o� se c�toient deux forces apparemment contradictoires : le wahh&#x101;bisme, qui rattache le pays au pass�, et l�ARAMCO, qui, par la transformation des structures �conomiques et sociales, le force � s�ouvrir au monde moderne.</p><p>Sa�&#x16B;d ibn �Abd al-�Az&#x12B;z (Kowe�t</p><p>1902 - Ath�nes 1969), qui succ�de � son p�re (1953-1964), pratique � downloadModeText.vue.download 259 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>796</p><p>l�int�rieur une politique conservatrice conforme au rigorisme wahh&#x101;bite. Le gaspillage et les d�penses excessives provoquent une crise �conomique et financi�re. � l�ext�rieur, apr�s avoir poursuivi la politique amicale de son p�re avec l��gypte, il s�en �loigne pour se rapprocher de la Jordanie.</p><p>Pour r�soudre ces crises, Sa�&#x16B;d recourt � son fr�re Fay&#x1E63;al ibn �Abd al-</p><p>�Az&#x12B;z (Riy&#x101;&#x1E0D; 1905 - id. 1975), � qui, en 1958, il c�de la r�alit� du pouvoir. Mais la politique de d�flation et d�aust�rit� de Fay&#x1E63;al m�contente la bourgeoisie arabe ; en 1960, Fay&#x1E63;al est renvoy�.</p><p>Quand la r�volution �clate au Y�men, en 1962, Sa�&#x16B;d, en conflit avec Nasser, rappelle son fr�re. Fay&#x1E63;al rompt alors avec Le Caire et soutient le souverain y�m�nite contre les r�publicains, aid�s par la R. A. U.</p><p>Ayant obtenu les pleins pouvoirs en mars 1964, Fay&#x1E63;al parvient � faire d�poser Sa�&#x16B;d le 2 novembre suivant et � monter sur le tr�ne. Il d�cide alors de regrouper autour de lui les forces conservatrices de l�isl&#x101;m, encore que son traditionalisme, soutenu de l�int�-</p><p>rieur par le wahh&#x101;bisme, ne l�emp�che pas de pratiquer des r�formes �conomiques et sociales telles que l�abolition de l�esclavage.</p><p>S��tant rapproch� des Anglo-</p><p>Saxons, qui lui fournissent des armes, Fay&#x1E63;al, tout en restant fid�le � la solidarit� arabe, pratique une politique de non-engagement, notamment au cours de la troisi�me guerre isra�lo-arabe (juin 1967). Lors de la conf�rence de Khartoum (ao�t-sept. 1967), il signe avec Nasser un accord qui pr�voit la cessation de leur intervention r�ciproque au Y�men. Depuis la mort de Nasser (1970), l�Arabie Saoudite s�est efforc�e de concurrencer l��gypte comme leader du monde arabe, mais elle ne s�est engag�e que verbalement lors de la quatri�me guerre isra�lo-arabe (1973).</p><p>En mars 1975, Fay&#x1E63;al est assassin�.</p><p>Le prince Kh&#x101;lid lui succ�de et annonce la d�signation d�une assembl�e consultative. Par ailleurs, il cherche � faire �chec � l�influence grandissante de l�Iran dans la r�gion. Il s�oppose notamment � l�intervention de l�arm�e iranienne en Oman contre les maqui-sards du &#x1E92;uf&#x101;r et reconna�t en 1976</p><p>le r�gime, pourtant inconciliable avec le sien, de la R�publique populaire et d�mocratique du Y�men, alli�e de ces derniers.</p><p>P. P.</p><p>&#x25B6; �Abd al-�Az&#x12B;z III ibn Sa�&#x16B;d / Arabes / Arabie /</p><p>Palestine / Wahh&#x101;bites.</p><p>B K. S. Twitchell, Saudi Arabia (Princeton, 1958). / D. E. Totten, Erd�l in Sa�udi-Arabien (Heidelberg, 1959). / F. J. Tomiche, l�Arabie S�oudite (P. U. F., coll. � Que sais je ? �, 1962 ; 2e �d., 1969). / H. Dequin, Die Landwirtschaft Saudi-Arabiens und ihre Entwicklungsm�glich-keiten (Francfort-sur-le-Main, 1963). / G. Souli� et L. Champenois, le Royaume d�Arabie Saoudite face � l�Islam r�volutionnaire, 1953-1964</p><p>(A. Colin, 1966). / P. Lyautey, l�Arabie Saoudite</p><p>(Julliard, 1967).</p><p>Arac�es</p><p>Famille de plantes (classe des Monocotyl�dones, ordre des Arales, ou Spa-diciflores ; 100 genres, 1 500 esp�ces) voisine de celle des Lemnac�es, surtout caract�ris�e par son inflorescence comprenant une grande bract�e (spathe), de couleur plus ou moins vive suivant les esp�ces, entourant un axe central, charnu, non ramifi� (spadice), sur lequel les fleurs sont rassembl�es en �pi.</p><p>Plantes vivaces � souche tub�reuse ou rhizomateuse, les Arac�es sont le plus souvent herbac�es ; mais leur port est extr�mement vari�, puisque l�on trouve aussi bien des petites plantes (Anthurium, Arum) que des lianes (Philodendron, Monstera), et m�me certaines esp�ces qui ont un semblant de tronc (Colocasia). Cette famille vit ordinairement dans des endroits humides, voire dans les milieux mar�-</p><p>cageux ou aquatiques des r�gions tropicales des deux mondes ; mais elle est aussi repr�sent�e en France par une dizaine d�esp�ces group�es en cinq genres, dont le plus important est l�Arum. La biologie florale du genre Arum est particuli�rement curieuse.</p><p>En effet, Garreau a pu constater une �l�vation de temp�rature de 8 �C de l�air int�rieur de la spathe par rapport � l�ext�rieur, � la suite de l��chauffement des organes sexuels lors de leur maturation. Cette �l�vation de temp�-</p><p>rature est li�e � une grande absorption d�oxyg�ne. D�autre part, la disposition des fleurs en anneaux concentriques s��tageant sur la partie inf�rieure du spadice (de bas en haut : fleurs femelles fertiles, fleurs femelles st�riles, fleurs m�les fertiles et enfin fleurs m�les atrophi�es, ces derni�res dispos�es au niveau de l��tranglement de la spathe) fait que les Insectes qui effectuent la pollinisation crois�e sont momentan�-</p><p>ment pris au pi�ge. En effet, les fleurs m�les st�riles permettent le passage jusqu�aux fleurs femelles inf�rieures, qui seront sexuellement pr�tes avant les fleurs m�les ; mais elles interdisent la sortie, du moins jusqu�� ce que les fleurs femelles soient f�cond�es, car les fleurs m�les, alors m�res, se fl�trissent, redonnant libert� aux visiteurs ; lors de</p><p>cette sortie, ces derniers se rechargent en pollen et peuvent ainsi assurer une nouvelle f�condation crois�e.</p><p>De nombreuses esp�ces ont �t� choisies et s�lectionn�es par les horticul-teurs comme plantes ornementales. Les Anthurium (600 d�Am�rique tropicale) sont remarquables par leurs feuilles et leurs inflorescences. Ces plantes sont maintenant tr�s employ�es pour la d�coration des serres et m�me des appartements, car elles sont vigoureuses pourvu qu�elles vivent dans un sol acide et un milieu humide avoisinant 15 �C. Un autre groupe de plantes, �galement curieux par la d�coupure de ses feuilles, est celui de Monstera (20 esp�ces en Am�rique tropicale).</p><p>M. deliciosa, plus connu quand il est jeune, dans le commerce, sous le nom de Philodendron, est une plante tr�s vigoureuse, � grosses tiges liani-formes, tr�s d�corative, gr�ce � ses �normes feuilles d�coup�es en lani�res et m�me perfor�es. Les vrais Philodendrons (100 esp�ces d�Am�rique tropicale) sont aussi des arbustes sar-menteux tr�s fr�quents dans les jardins d�hiver ; vivant � l��tat sauvage dans les sous-bois, ils acceptent assez facilement l�ambiance peu lumineuse de nos appartements.</p><p>D�autres plantes bien connues appartiennent � cette famille : les Colocasia � rhizomes plus ou moins dress�s, originaires d�Asie tropicale, sont surtout remarquables par la diversit� de leurs feuilles, et sont tr�s fr�quentes dans les serres ; les Zantedeschia d�Afrique du Sud sont les � arums � de nos fleuristes. Il faut aussi citer Amor-phophallus titanum d�Indo-Malaisie, dont la fleur �norme (spadice de pr�s de 1,50 m de long) sort de terre avant l�unique feuille de plusieurs m�tres de haut. Enfin, n�oublions pas les petits Arums qui peuplent nos sous-bois frais (A. maculatum, A. italicum � petites spathes blanches ou jaune verd�tre), ni les grands Arums des rocailles s�ches de la r�gion m�diterran�enne, � spathe vert fonc� ou violette, avec un gros spadice de plusieurs d�cim�tres de long.</p><p>L�int�r�t alimentaire des plantes de cette famille est assez faible, puisque</p><p>seul le fruit de Monstera deliciosa est consomm�, ainsi que certains rhizomes de Colocasia (taros), riches en amidon.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Arachnides</p><p>Animaux faisant partie de l�embranchement des Arthropodes*, et dont le corps est form� de deux parties, le c�phalothorax et l�abdomen ; le c�phalothorax porte six paires d�appendices, parmi lesquels on compte quatre paires de pattes locomotrices. Les Arachnides downloadModeText.vue.download 260 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>797</p><p>les plus communs sont les Araign�es*, les Scorpions* et les Acariens*.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>On reconna�t dans la classe des Arachnides seize ordres d�importance in�-</p><p>gale ; cinq d�entre eux ne renferment que des formes fossiles primaires, surtout carbonif�res. Avec les M�rostomes et les Pantopodes, les Arachnides constituent le sous-embranchement des Ch�lic�rates ; les ch�lic�res, qu�ils poss�dent tous, sont des appendices ant�rieurs en forme de pince ou de crochet.</p><p>Chez les Scorpionides (v. scorpion), les longues pinces correspondent aux p�dipalpes ; l�abdomen est segment� et form� de deux parties ; la seconde, tr�s mobile, se termine par un aiguillon venimeux. Le groupe est tr�s homog�ne, et seuls des d�tails morphologiques permettent de distinguer 17 familles et environ 700 esp�ces, vivant toutes dans les r�gions chaudes. Le plus ancien Arthropode connu est un Scorpion du Silurien, qui para�t avoir v�cu dans un milieu aquatique.</p><p>Les Pseudoscorpionides sont de</p><p>petits animaux � huit millim�tres au plus � ressemblant grossi�rement � des Scorpions auxquels manquerait le</p><p>postabdomen. Les ch�lic�res se terminent par une petite pince � laquelle aboutit une glande � soie, et les p�dipalpes par une pince plus grande reli�e � une glande � venin. L�abdomen a douze segments et porte quatre stigmates communiquant avec des tra-</p><p>ch�es. Les Pseudoscorpions, dont on conna�t 1 500 esp�ces dans le monde entier, sont carnivores et �vitent la lu-mi�re ; on les rencontre en g�n�ral sous downloadModeText.vue.download 261 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>798</p><p>les feuilles mortes, dans les mousses, sous les pierres ; certains sont cavernicoles, d�autres vivent au bord m�me de la mer, comme Obisium maritimum et Garypus littoralis en M�diterran�e.</p><p>Chernes nodosus reste dans les d�bris v�g�taux ou sur le fumier, mais peut se faire transporter par les mouches en saisissant une de leurs pattes par sa pince.</p><p>Une des esp�ces les mieux connues, Chelifer cancroides, se voit dans les habitations, en particulier dans les vieux livres, ce qui lui a valu le surnom de � pince des biblioth�ques �.</p><p>Avec ses ch�lic�res, il perfore la cuticule des petits Insectes qu�il a attrap�s avec ses pinces ; il y d�verse des sucs hydrolysants et aspire par son pharynx les liquides nutritifs obtenus par cette digestion externe. � la reproduction, le comportement se r�v�le fort curieux : devant une femelle immobile, le m�le ex�cute des mouvements des p�dipalpes, d�pose un spermatophore sur le sol, puis s��carte : avertie par les vibrations particuli�res des pinces du m�le, la femelle se place au-dessus du spermatophore et en introduit l�extr�mit� dans la chambre g�nitale, mais la p�n�-</p><p>tration du sperme ne s�accomplit que quand le m�le, saisissant la femelle, lui imprime des mouvements tels que l�ampoule spermatique, comprim�e, se vide dans les spermath�ques. Les oeufs se d�veloppent dans une chambre incubatrice externe, s�cr�t�e lors de la ponte par la m�re ; celle-ci nourrit un peu plus tard du contenu de ses ovaires les larves, toujours fix�es � la chambre incubatrice. Il y a donc, chez les Pseu-</p><p>doscorpions, ovoviviparit� accompagn�e d�un v�ritable allaitement des jeunes.</p><p>Les Phalangides (ou Opilions) les plus familiers sont les Faucheux (Pha-langium opilio, Liobunum rotundum), fr�quents dans les champs et les bois, et dont le nom usuel est justifi� par les mouvements des pattes autotomis�es, rappelant ceux d�une faux. Leur ressemblance avec les Araign�es n�est que superficielle : leurs ch�lic�res, d�-</p><p>pourvues de glandes, se terminent par une pince ; l�abdomen fait suite, sans constriction, au c�phalothorax, montre dix segments et n�a pas de fili�res.</p><p>L�ordre compte plus de 3 000 es-</p><p>p�ces, et, si certaines ont, comme les Faucheux, de longues pattes fragiles, une d�marche oscillante et une fuite rapide, beaucoup ont des mouvements lents et s�immobilisent quand on les inqui�te, comme Trogulus et Nemas-toma, qui vivent sous les mousses et les feuilles mortes. Siro, aux pattes courtes, ressemble � un Acarien.</p><p>Les Opilions se nourrissent de petits animaux et ne semblent pas leur faire subir de digestion externe ; ils respirent par des trach�es, et deux stigmates s�ouvrent sur le deuxi�me sternite abdominal. Les sexes sont s�par�s ; on a signal� des combats entre m�les rassembl�s, mais jamais de danses pr�-</p><p>nuptiales. Observ� depuis longtemps, l�accouplement est direct, fait exceptionnel chez des Arachnides : il n�y a ni spermatophore ni appendice copulateur. La femelle d�pose ses oeufs dans le sol � l�aide d�un long ovipositeur.</p><p>On groupe dans l�ordre des Acariens des Arachnides de petite taille, dont le corps, g�n�ralement globuleux, ne montre aucune segmentation, si bien qu�il est m�me souvent difficile de distinguer le prosome de l�abdomen. On a d�nombr� 15 000 esp�ces d�Acariens, dans tous les milieux ; � eux seuls, ils sont plus vari�s dans leur morphologie et leur biologie que les autres Arachnides r�unis ; c�est le seul ordre qui comprenne des formes parasites (Sar-coptes, Tiques, Thrombidions).</p><p>On ne conna�t qu�une cinquantaine</p><p>d�esp�ces de Palpigrades, ou Micro-th�lyphonides, dont la taille ne d�passe gu�re deux millim�tres ; on les trouve dans la terre, car ils recherchent l�humidit� et fuient la lumi�re ; ils sont signal�s dans tous les continents. Leur c�phalothorax est divis� en trois parties, leur abdomen � onze segments se termine par un flagelle comme celui des Th�lyphonides ; les p�dipalpes servent � la locomotion, alors que la premi�re patte joue un r�le tactile.</p><p>Les Th�lyphonides (75 esp�ces</p><p>d�Am�rique et d�Asie) doivent leur nom de � Scorpions � fouet � au flagelle articul� impair qui prolonge l�abdomen segment�. Le plus grand d�entre eux, Mastigoproctus giganteus du Mexique, atteint 7 cm de long. Les Th�lyphonides creusent des terriers avec leurs p�dipalpes robustes ; avec les pinces qui les terminent, ils capturent leurs proies, insectes et vers. La premi�re paire de pattes n�intervient pas dans la marche ; par leur position et leur r�le, celles-ci rappellent des antennes.</p><p>La respiration est pulmonaire, comme chez les Scorpions. L�ordre �tait d�j� repr�sent� au Carbonif�re.</p><p>Les Schizomides ne mesurent pas</p><p>plus de quelques millim�tres ; on en conna�t une cinquantaine d�esp�ces, qui vivent sous les pierres, sous les feuilles mortes, dans les r�gions tropicales et �quatoriales. Ils se rapprochent suffisamment des Th�lyphonides pour que certains auteurs ne fassent qu�un seul ordre de ces deux groupes, celui des Uropyges ; mais leur c�phalothorax est divis� en trois r�gions, les p�dipalpes se terminent par une griffe et non par une pince, ils n�ont que deux poumons et leur flagelle abdominal est tr�s court.</p><p>Les Phrynes, ou Amblypyges, vivent en Afrique, en Asie, en Am�rique, dans les endroits humides, les arbres tomb�s, les fentes de rochers ; leur corps plat ne d�passe pas cinq centim�tres de long et porte un abdomen � douze segments.</p><p>Mais les pattes sont d�mesur�ment longues, surtout les ant�rieures, qui, pendant la marche, jouent un r�le tactile, et dont le tarse est subdivis� en multiples articles (elles valent aux Phrynes le nom d�� Araign�es � fouet �). Les</p><p>p�dipalpes sont �galement tr�s longs et arm�s d��pines ; ils servent � capturer des insectes, que d�chirent les crochets des ch�lic�res. Quatre poumons assurent la respiration. La femelle, f�cond�e par un spermatophore, garde ses oeufs dans une sorte de sac qu�elle porte sous le ventre.</p><p>Les Ricinul�ides, ou Podogones, ne sont connus que par une vingtaine d�es-p�ces des r�gions chaudes d�Afrique et d�Am�rique. Ce sont des formes de petite taille (un centim�tre au plus), rares, vivant dans les lieux humides, et qui se caract�risent morphologiquement par la pr�sence d�une plaque recouvrant dorsalement la t�te (cucullus), d�organes copulateurs sur les tarses des troisi�mes pattes des m�les, d�un abdomen montrant quatre segments et de stigmates s�ouvrant � la face dorsale du c�phalothorax.</p><p>L�ordre des Aran�ides, ou Arai-</p><p>gn�es, est le plus riche des Arachnides (40 000 esp�ces). Un p�dicule tr�s fin relie le prosome � l�abdomen ; celui-ci n�est segment� que chez quelques formes primitives, et porte � l�arri�re des appendices modifi�s en fili�res. La respiration se fait par des poumons et des trach�es, plus rarement par un seul de ces organes. Les ch�lic�res sont re-li�es � des glandes venimeuses.</p><p>Les Solifuges, ou Solpugides</p><p>(600 esp�ces), vivent dans les r�gions chaudes et s�ches ; comme leur nom le sugg�re, ce sont des formes nocturnes, se tenant le jour dans de petites cavit�s creus�es sous les pierres ; cependant, certains sont suffisamment attir�s par la lumi�re pour m�riter le nom d�� Araign�es du soleil �. Ce sont des animaux actifs, rapides, agressifs. Le c�phalothorax est divis� en trois parties, et l�abdomen porte onze segments.</p><p>Les ch�lic�res attirent l�attention par leur taille imposante et leur mobilit� ; elles servent � attraper et � triturer les proies, mais n�ont pas de glandes venimeuses ; chez le m�le, elles jouent le r�le d�organe copulateur. Les p�dipalpes sont allong�s comme des pattes et ont un r�le pr�henseur gr�ce � une ventouse terminale ; par contre, les pattes ant�rieures sont des organes tactiles. Tr�s d�velopp�, l�appareil res-</p><p>piratoire comporte un r�seau trach�en complexe s�ouvrant par trois paires de stigmates. Apr�s la f�condation, la femelle creuse un terrier et reste pr�s des oeufs pondus et des larves.</p><p>Caract�res g�n�raux</p><p>Prot�g� par un t�gument bien scl�rifi�, le corps se compose de deux r�gions : le c�phalothorax (prosome) et l�abdomen (opisthosome). Le c�phalothorax correspond � la t�te et au thorax des Insectes ; il ne montre pas de segmentation chez l�adulte ; mais des sillons transversaux peuvent le subdiviser, comme chez les Solifuges, les Palpigrades, les Schizomides et certains Acariens. L��tude du d�veloppement embryonnaire et l�examen des appendices r�v�lent la v�ritable m�tam�-</p><p>rie : une pi�ce ant�rieure, l�acron, d�pourvue d�appendices mais portant les ocelles, pr�c�de six m�tam�res, le premier avec les ch�lic�res, le second avec les p�dipalpes, et les autres avec les huit pattes locomotrices.</p><p>Occupant la m�me situation que les antennes chez les Insectes et les Crustac�s, les ch�lic�res sont des organes caract�ristiques, form�s de deux ou trois articles, parfois quatre ; elles forment en g�n�ral de petites pinces, mais, chez les Araign�es, l�article distal est un crochet venimeux.</p><p>D�un ordre � l�autre, les p�dipalpes, ou pattes-m�choires, ont des aspects et des r�les diff�rents ; ils forment les grandes pinces des Scorpions, deviennent des organes copulateurs chez les Araign�es m�les ; fr�quemment, leurs hanches dentel�es servent � la mastication, � moins qu�elles ne se soudent en un plancher buccal.</p><p>Chacune des huit pattes ambula-</p><p>toires comporte sept articles. Dans plusieurs ordres, les pattes ant�rieures sont tactiles et font office d�antennes.</p><p>En dehors des Acariens et des Araign�es, l�abdomen est segment�, mais le nombre de segments varie d�un groupe � l�autre, g�n�ralement entre dix et douze. Il porte parfois des appendices : downloadModeText.vue.download 262 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>799</p><p>peignes des Scorpions, fili�res des Araign�es.</p><p>La respiration se fait par poumons ou par trach�es (par la peau chez les petits Acariens) ; elle est exclusivement a�-</p><p>rienne, ce qui isole les Arachnides des M�rostomes et des Pantopodes. Le syst�me nerveux est condens� dans le prosome, mais les Scorpions ont encore des ganglions abdominaux. Le nombre des ocelles varie entre deux et dix ; ils manquent m�me chez les Ricinules et les Palpigrades ; le corps est couvert de soies sensorielles, parmi lesquelles il faut signaler les trichobothries, capables de r�agir aux vibrations de l�air.</p><p>Tous les Arachnides se nourrissent de proies vivantes (mis � part le cas particulier des Acariens, souvent phytophages ou parasites) et les capturent par des m�canismes vari�s (poursuite, aff�t, pi�ges) ; l�animal subit souvent une digestion externe : seuls les liquides nutritifs sont aspir�s.</p><p>Les sexes sont s�par�s ; dans beaucoup de groupes, leur rencontre donne lieu � des manoeuvres ou danses pr�-</p><p>nuptiales extr�mement curieuses, et qui aboutissent � l�acceptation de la f�-</p><p>condation par la femelle. L�accouplement n�est direct que chez les Opilions et certains Acariens ; le sperme est transmis par des organes copulateurs (Araign�es, Solifuges, Ricinules) ou par l�interm�diaire d�un spermatophore (Scorpions, Pseudoscorpions, Schizomides, Amblypyges). Le d�veloppement s�ach�ve par l��closion d�une larve anatomiquement inachev�e, qui vit sur ses r�serves ou aux d�pens de la m�re ; apr�s quelques mues appara�t une nymphe, tr�s voisine de l�adulte ; elle m�ne une vie libre et active, et poursuit sa croissance jusqu�au stade imago. Il arrive, notamment chez les Acariens, o� les larves n�ont que six pattes, que de v�ritables m�tamorphoses accompagnent la vie nymphale.</p><p>Anciennet� des</p><p>Arachnides</p><p>D�s le Silurien, on conna�t un Scorpion dont la morphologie para�t</p><p>tr�s voisine de celle des Scorpions actuels. Les Acariens sont connus depuis le D�vonien. Au Carbonif�re, les Araign�es, les Th�lyphonides, les Opilions, les Phrynes, les Ricinul�ides ont d�j� des repr�sentants ; il s�y ajoute cinq ordres propres � cette p�riode : Architarbides, Haptopodes, Anthracomartides, Trigonotarbides, Kustarachnides. Si les terrains secondaires ont livr� relativement peu de formes fossiles, le Tertiaire a livr� des repr�sentants de tous les ordres actuels ; l�ambre oligoc�ne de la Baltique a fourni des Pseudoscorpions, des Acariens, des Araign�es.</p><p>Une telle anciennet�, une telle floraison de structures d�s l��re primaire rendent difficiles et hasardeux les essais de reconstitution phylog�n�tique du groupe ; les formes o� la m�tam�risation est encore nette � caract�re primitif � montrent en m�me temps des sp�cialisations pouss�es, comme c�est le cas chez les Scorpions. Les affinit�s les plus profondes des Arachnides sont � rechercher du c�t� des M�rostomes, groupe de Ch�lic�rates marins d�j� tr�s diversifi� au Primaire, et dont les repr�sentants actuels, les Limules, ne donnent qu�une p�le id�e.</p><p>M. D.</p><p>B E. Simon, les Arachnides de France (Roret, 1874-1937 ; 12 vol.). / L. Berland, les Arachnides (Lechevalier, 1932). / P.-P. Grass� (sous la dir.</p><p>de), Trait� de zoologie, t. VI (Masson, 1949).</p><p>Arago (Fran�ois)</p><p>Astronome, physicien et homme politique fran�ais (Estagel, Roussillon, 1786 - Paris 1853).</p><p>Fils d�un tr�sorier de la Monnaie � Perpignan, Dominique Fran�ois Jean Arago, attir� par le m�tier militaire, il pr�pare � peu pr�s seul l��cole polytechnique. Examin� par Monge, il se montre extr�mement brillant et il est re�u � cette �cole � dix-sept ans.</p><p>Devenu � sa sortie secr�taire au Bureau des longitudes, il est envoy� en Espagne, en 1806, comme adjoint de Biot, pour achever la mesure de l�arc</p><p>du m�ridien terrestre. En ao�t 1807, les plus importantes op�rations �tant termin�es jusqu�aux Bal�ares, Biot rentre � Paris et laisse Fran�ois Arago terminer les travaux.</p><p>Celui-ci se trouve alors surpris par la guerre ; il est enferm�, s��vade et, � la suite d��tonnantes aventures qui le m�nent deux fois en Alg�rie, r�ussit enfin � regagner la France en 1809. L�Acad�mie des sciences le re-</p><p>�oit comme membre � l��ge de vingt-trois ans, en d�pit des r�glements ; l�Empereur le nomme professeur</p><p>d�analyse et de g�od�sie � l��cole polytechnique. Devenu directeur de l�observatoire de Paris, il y fait des cours d�astronomie qui attirent un nombreux public.</p><p>Apr�s 1830, il est �lu d�put� des Py-r�n�es-Orientales et si�ge � l�extr�me gauche. En f�vrier 1848, port� par l�acclamation populaire au gouvernement provisoire et charg� de diriger les minist�res de la Marine et de la Guerre, il fait abolir l�esclavage dans les colonies fran�aises. D�put� � la Constituante, il fait partie de la Commission ex�cutive, qui se d�met en juin, et si�ge � la L�gislative. Ardent r�publicain, il refusera en 1852 le serment au nouveau gouvernement.</p><p>Ce sont ses travaux de physique, concernant les domaines les plus va-ri�s, qui vont le rendre c�l�bre. D�s 1806, il effectue avec Biot les premi�res mesures pr�cises sur la densit� de l�air et de gaz divers. En optique, il adopte et propage la th�orie ondulatoire ; il est le protecteur et l�ami de Fresnel. Il mesure avec Biot l�indice de r�fraction de l�air et d�autres gaz.</p><p>En 1811, il d�couvre la polarisation rotatoire dans les cristaux de quartz, ainsi que la polarisation chromatique, dont Fresnel* va donner la th�orie. On lui doit l�explication de la scintillation des �toiles ; il d�termine avec pr�cision le diam�tre des plan�tes, en neutrali-sant l�effet de l�irradiation. En 1820, il r�alise devant l�Acad�mie des sciences l�exp�rience d�OErsted*, dont il vient d�avoir connaissance ; il participe aux rapides progr�s de l��lectromagn�-</p><p>tisme et d�couvre bient�t l�aimantation du fer plac� au voisinage d�un courant</p><p>�lectrique. En 1822, il organise l�op�-</p><p>ration mont�e par le Bureau des longitudes pour la mesure de la vitesse du son entre Villejuif et Montlh�ry.</p><p>En 1824, il d�couvre qu�un disque de cuivre entra�ne dans sa rotation une aiguille aimant�e, ph�nom�ne qui ne trouvera son explication que gr�ce � Foucault*, apr�s la d�couverte de l�induction. L�ann�e suivante, il est, avec Dulong, charg� par l�Acad�mie des sciences de mesurer la tension de la vapeur d�eau jusqu�� plus de 30 atmosph�res. Notons enfin sa d�couverte de la chromosph�re, en 1840.</p><p>R. T.</p><p>B M. Daumas, Arago (Gallimard, 1943).</p><p>downloadModeText.vue.download 263 sur 561</p><p>downloadModeText.vue.download 264 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>801</p><p>Aragon</p><p>En esp. ARAG�N, r�gion du nord-est de l�Espagne.</p><p>La g�ographie</p><p>L�Aragon, form� des provinces</p><p>de Huesca, Saragosse et Teruel</p><p>(48 000 km 2 ; 1 153 000 hab.), est une r�gion demeur�e presque exclusivement rurale, et dont la densit� de peuplement est la plus faible d�Espagne (24 hab. au km2). Les possibilit�s agricoles y sont en effet limit�es par le climat continental � aridit� marqu�e qui r�gne dans le bassin de l��bre, encastr� entre la cha�ne pyr�n�enne au nord et les monts Ib�riques au sud. Mais les montagnes, surtout les Pyr�n�es, offrent leurs p�turages aux troupeaux de la plaine, lorsque celle-ci est br�-</p><p>l�e par le soleil, et alimentent les cours d�eau, qui, d�s l��poque romaine, ont permis d�irriguer les fonds de vall�e et de diversifier les cultures.</p><p>La vie dans les Pyr�n�es arago-</p><p>naises est ax�e sur une d�pression longitudinale qui court de Berd�n � Tremp, et o� l�on pratique une petite polyculture m�diterran�enne � base de c�r�ales. Les hautes vall�es qui des-</p><p>cendent de la partie culminante de la cha�ne (pic d�Aneto, 3 404 m), fortement marqu�es par les glaciers quaternaires, sont orient�es vers l��levage du b�tail, surtout ovin, qui transhume en �t� sur les hauts p�turages, ainsi que vers l�exploitation foresti�re. Le tourisme y reste encore modeste (parc national d�Ordesa, sur le flanc sud du mont Perdu, thermalisme, ski). De nombreux sites de barrage ont �t� �quip�s : l�abondante production d�hydro-</p><p>�lectricit� est en grande partie livr�e � la Catalogne et n�a profit� qu�� Sabi��-</p><p>nigo, o� se sont fix�es l��lectrochimie, l��lectrom�tallurgie ainsi que les industries du plastique et de la cellulose.</p><p>Les monts Ib�riques sont une r�gion fronti�re, sous-d�velopp�e et en voie de d�peuplement. Leurs s�v�res montagnes, trop modestes pour �chapper � la s�cheresse, n�offrent que de maigres pacages aux ovins et quelques beaux massifs forestiers aux b�cherons. La population se r�fugie dans les bassins effondr�s de Calatayud, Daroca et Teruel, ainsi que le long de la vall�e du Jal�n ; les cultures s�ches du bl�, de la vigne et, pr�s de Teruel, du safran y voisinent avec les terres irrigu�es plant�es de betteraves, de pommes de terre et surtout d�arbres fruitiers (pommiers, poiriers). Le minerai de fer extrait � Ojos Negros, et export� vers Sagunto, ainsi que les gisements de lignite du flanc nord de la Sierra de San Just, exploit�s pour la production d��lectricit�, ont �t� mis en valeur par des capitaux ext�rieurs � la province et ne lui ont pas profit� : seule Teruel (22 000 hab.) est dot�e d�un polygone industriel ; Calatayud (18 000 hab.) n�est qu�un march� rural.</p><p>Dans la partie aragonaise du bassin de l��bre, l��bre et ses affluents ont creus�, aux d�pens des remblaiements d�tritiques que l��rosion avait arrach�s aux montagnes voisines, d�amples vall�es � niveaux de terrasses �tag�s. Dans les interfluves subsistent des reliefs tabulaires, les muelas ou planos, ou des collines intens�ment diss�qu�es (Los Monegros). Au nord, entre les derniers plis pyr�n�ens et ces reliefs, l��rosion a creus� une s�rie de d�pressions, les hoyas, que l�on suit depuis les Cinco Villas jusqu�� Barbastro.</p><p>Les pi�monts (somontanos) du nord sont relativement humides : on y pratique encore la traditionnelle polyculture arbustive, associant au bl� la vigne, l�olivier et l�amandier. Mais, de nos jours, le bl� et l�amandier gagnent sur la vigne et l�olivier, en net d�clin. Dans la Litera, � l�est, l�irrigation de 40 000 ha permet la culture intensive du bl�, de la betterave et des fruits. Aussi, tandis que Huesca (33 000 hab.) et Barbastro v�g�tent, Monz�n a connu un r�cent essor gr�ce aux industries alimentaires, auxquelles sont venus s�ajouter l��lectrochimie et le plastique.</p><p>Le pi�mont m�ridional, plus sec, s�est sp�cialis� dans la vigne dans la r�gion de Borja et dans le Campo de Cari�ena, dont le vignoble de masse est une monoculture sujette aux crises ; dans le bas Aragon, c�est l�olivier qui fait l�objet de la sp�culation.</p><p>Le centre de la cuvette doit � son aridit� (moins de 350 mm de pluie par an) et � son sol souvent gypseux (Los Monegros) son paysage de steppe pel�e. Un vigoureux contraste oppose les secanos, �blouissants sous le soleil, aux longs rubans verts des regad�os, le long des vall�es. Sur les terres s�ches, la culture du bl� n�assure que des rendements tr�s bas (7 q � l�ha) ; tr�s m�canis�e, elle est pratiqu�e aussi bien par de petits exploitants (plus de la moiti� de la surface du sol est occup�e par des exploitations de moins de 10 ha) que par de grands exploitants (les exploitations de plus de 100 ha couvrent le quart de la surface du sol).</p><p>Les jach�res, qui assurent le repos de la terre un an sur deux, et les friches sont livr�es aux ovins transhumants en hiver. L�irrigation est ancienne : le canal de Tauste, qui irrigue la rive gauche de l��bre, date du Moyen �ge ; le canal Imp�rial, qui arrose les terres de la rive droite, fut achev� au XVIIIe s.</p><p>Sur ces terres, de petits exploitants cultivent la betterave � sucre, la luzerne et secondairement le ma�s, les fruits et le coton. Depuis peu, l�horticulture a connu une grande expansion : piments, tomates, artichauts et asperges sont en partie exp�di�s vers les conserveries de Murcie, en partie trait�s sur place.</p><p>Le � Plan d�Aragon �, � l�ach�vement duquel 230 000 ha suppl�mentaires seront irrigu�s, est d�j� grandement avanc� : en supprimant la jach�re, il permet l�extension des cultures fourrag�res destin�es � l��levage des bovins � l��table, en rapide accroissement, ainsi que le d�veloppement de la culture de la betterave, du coton et des arbres fruitiers. Il s�accompagne de la cr�ation de villages de colonisation, qui attirent les populations abandonnant les terr�s s�ches trop pauvres. Mais l��migration profite surtout � Saragosse.</p><p>R. L.</p><p>&#x25B6; Saragosse.</p><p>L�histoire</p><p>La naissance de l�Aragon</p><p>L�Aragon, contrairement � bon nombre de r�gions espagnoles, n�est pas soumis � une colonisation romaine profonde.</p><p>Les invasions barbares touchent</p><p>particuli�rement les villes, si bien que seules les plus d�velopp�es (Saragosse, Huesca, Tarazona) peuvent survivre.</p><p>Pendant l�occupation des Goths, les incursions continuelles des Basques et des Francs incitent la population � fortifier les cit�s.</p><p>Les premiers musulmans arrivent</p><p>au VIIIe s. (ils sont � Saragosse en 714) dans la vall�e de l��bre, dont ils se rendent ma�tres sans rencontrer de r�sistance v�ritable ; ils �tablissent des garnisons dans les places fortes pr�sentant un int�r�t strat�gique. On peut difficilement les qualifier d�envahisseurs, car il s�agit en majorit� de descendants de chr�tiens ren�gats. Il faut souligner toutefois que l�assimilation est beaucoup plus r�duite vers le nord, o�, d�s le milieu du VIIIe s., appara�t une opposition qui se traduit essentiellement par le refus de payer les imp�ts fix�s par les musulmans.</p><p>Au d�but du IXe s., le comte franc Aureolo s�installe dans le territoire de Jaca, qu�il conserve jusqu�� sa mort en 809. Des noyaux ind�pendants se forment et se renforcent dans les vall�es pyr�n�ennes, gr�ce � l�appui des</p><p>Francs, et Charlemagne lui-m�me reconna�t la souverainet� d�un comte espagnol. C�est ainsi que na�t le comt� d�Aragon, qui reste dans l�orbite du royaume de Pampelune jusqu�au XIe s., puis se constitue � son tour en royaume, ne prenant d�finitivement son nom qu�au moment de la Reconquista*. Il s��tend alors entre les deux bras du fleuve Aragon.</p><p>Vers 800, l�aspiration des habitants � l�ind�pendance est encourag�e par la politique pratiqu�e par Charlemagne sur la fronti�re espagnole. � l�aube du IXe s., Aznar Galindo Ier, Aragonais jouissant de la bienveillance de l�empereur, re�oit le titre de comte.</p><p>Il est expuls� par son gendre, Garc�a le M�chant, � la suite d�une querelle familiale, puis remplac� par son fils, Galindo Ier Azn�rez, soutenu par les rois de Navarre. La tutelle de cette famille est confirm�e par le mariage d�Aznar II, fils de Galindo Ier Azn�rez, avec une fille du roi de Pampelune, Garc�a I��guez. Le comt� d�Aragon n�en garde pas moins son ind�pendance, et la famille Aznar conserve son droit � la succession.</p><p>Les liens avec Pampelune</p><p>La dynastie Aznar tente de s�affirmer en �tablissant des liens matrimoniaux.</p><p>L�une des filles d�Aznar II �pouse le gouverneur, ou � val� �, de Huesca, al-&#x1E6C;aw&#x12B;l ; Galindo II Azn�rez s�unit � l�une des filles du comte Garc�a S�nchez de Gascogne ; les filles de Galindo Ier se marient, l�une avec le comte Bernard de Ribagorza, et l�autre avec le roi de Pampelune Garc�a S�nchez (925-970), unissant ainsi le comt� � la dynastie souveraine de Pampelune jusqu�� la mort de Sanche III le Grand (1035).</p><p>Ce dernier laisse l�Aragon � son fils a�n� Ramire, et le royaume de Pampelune au premier de ses b�tards. Ramire s�efforce d�agrandir son territoire et d�assurer son autonomie totale. En 1043, il y incorpore les enclaves de So-brarbe et de Ribagorza, qui deviennent possessions de la couronne aragonaise.</p><p>Il lutte pour consolider son domaine et pour l��largir aux d�pens de l�Isl&#x101;m. Il meurt pr�s de Graus (1063), dans un combat qui l�oppose au roi de Sara-</p><p>gosse al-Muqtadir ibn H&#x16B;d. Son fils, Sanche Ram�rez (1063-1094), poursuit cette politique d�une fa�on encore plus intense. Au d�but de son r�gne, il se rend � Rome (1068) pour remettre downloadModeText.vue.download 265 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>802</p><p>sa couronne et sa personne entre les mains de Dieu et de saint Pierre. C�est pour cette raison que le rite romain est introduit dans les couvents aragonais en 1071.</p><p>L�h�g�monie aragonaise</p><p>Le lien qui unit, plus th�oriquement que pratiquement, le roi d�Aragon � la descendance directe de Pampelune est � tout jamais rompu lors de l�assassinat � Pe�al�n du roi Sanche de Pampelune (1076). Le souverain aragonais profite de cet �v�nement pour s�annexer une bonne partie de ce royaume, y compris la capitale. � la mort d�al-Muqtadir (1081), on assiste � l�affaiblissement du royaume � taifa � de Saragosse, le plus grand ennemi de l�Aragon. Les trente derni�res ann�es du XIe s. s�ouvrent sur d�excellentes perspectives, car l�arriv�e des Almoravides* en 1086 pousse Alphonse VI de Castille � faire appel � plusieurs reprises au roi d�Aragon.</p><p>� la fin de son r�gne, Sanche Ram�rez se lance dans des entreprises de plus grande envergure, gr�ce � l�appui occasionnel d�Alphonse VI et � la solide amiti� du Cid Campeador. Il meurt au si�ge de Huesca en 1094.</p><p>Son fils Pierre Ier (1094-1104) s�empare de Huesca (1096) et de Barbastro (1100). En une g�n�ration, le royaume d�Aragon a donc doubl� ; il menace dangereusement les places fortes de L�rida, Saragosse et Tudela.</p><p>Le fr�re de Pierre Ier, Alphonse Ier le Batailleur (1104-1134), prend Saragosse (1118) avec l�aide de nombreux contingents venus du sud de la France sous le commandement du comte Gaston de B�arn. Tudela et Tarazona ne tardent pas � se rendre. Alphonse Ier meurt apr�s avoir �t� vaincu � Fraga, pr�s de Huesca, mais en ayant men�</p><p>� bon terme la conqu�te de Saragosse.</p><p>On peut consid�rer que ce monarque repr�sente le point culminant de l�h�g�-</p><p>monie du royaume d�Aragon, puisqu�il r�ussit � se rendre ma�tre de Saragosse et des vall�es les plus fertiles de l��bre.</p><p>Il laisse son royaume entre les mains d�un gouvernement militaire, pensant que celui-ci va continuer la Reconquista ; mais, ces dispositions allant � l�encontre du droit coutumier, c�est son fr�re Ramire II le Moine qui monte finalement sur le tr�ne (1134).</p><p>Ramire II �pouse en 1136 Agn�s de Poitiers, et la main de leur fille P�tronille est accord�e d�s 1137 au comte de Barcelone, Raimond Berenger IV.</p><p>P�tronille re�oit en dot le droit � la succession sur le tr�ne d�Aragon, et, par l�union du royaume aragonais et du comt� de Catalogne, tous les pays annex�s par les comtes rois deviennent propri�t� de la couronne aragonaise.</p><p>Son fils a�n�, Alphonse II (1162-1196), �tablit sa domination sur le Roussillon, s�impose vicomte de B�arn et h�rite en 1167 du comt� de Provence, o� il r�gne sous le nom d�Alphonse Ier.</p><p>Pierre II (1196-1213), apr�s avoir combattu les Almohades � las Navas de Tolosa (1212), meurt � Muret aux c�t�s de Raimond VI de Toulouse en luttant contre Simon de Montfort. Son surnom de � Catholique � ne l�emp�che pas de succomber en d�fendant la cause des albigeois, en fait pour l�ind�pendance du sud de la France.</p><p>Jacques Ier le Conqu�rant (1213-</p><p>1276), chef invaincu de la Reconquista, est l�un des personnages les plus remarquables de l�histoire de l�Espagne.</p><p>Fils de Pierre II le Catholique, il adopte une politique de rapprochement avec l�Europe qui le conduit, en 1258, � la signature avec Saint Louis du trait� de Corbeil, aux termes duquel la France renonce � tout droit sur le Roussillon et sur Barcelone, moyennant l�abandon par l�Aragon de ses pr�tentions sur la Provence et le Languedoc, � l�exception de Narbonne. Il fait faire � la Reconquista des progr�s d�cisifs (prise de Valence en 1238 et de Murcie en 1266), puis s�engage dans une poli-</p><p>tique m�diterran�enne (domination des Bal�ares en 1235).</p><p>Son successeur, Pierre III le Grand (1276-1285), contribue � la constitution de la puissance navale de l�Aragon, dont, au dire de Roger de Lauria,</p><p>� les poissons eux-m�mes doivent porter les armes pour pouvoir circuler dans la M�diterran�e �. Il se fait couronner roi de Sicile en 1282, apr�s les V�pres siciliennes, au d�triment de Charles d�Anjou.</p><p>Cette question entra�ne des d�m�l�s qui vont occuper Alphonse III (1285-1291) et Jacques II (1291-1327). Ce dernier conquiert la Sardaigne (1323-1326) et impose sa suzerainet� � la Corse. Pendant son r�gne, les � almu-gavares �, aventuriers catalans et aragonais command�s par Roger de Flor, se rendent � Constantinople pour y venir en aide � Andronic II Pal�ologue, menac� par les Turcs.</p><p>Apr�s l�assassinat de leur chef, ils fondent en Gr�ce le duch� d�Ath�nes, qui revient � Pierre IV le C�r�monieux (1336-1387) ; ce souverain s�empare de Majorque et du Roussillon, s�oppose � Pierre Ier de Castille et fait �chouer la r�volte de la noblesse.</p><p>Son fils cadet, Martin Ier l�Humain (1396-1410), qui gouverne � la mort de son fr�re a�n� Jean Ier (1387-1396), meurt sans h�ritier, et, � la suite d�un interr�gne de deux ans assur� par les Cort�s r�unissant les d�l�gu�s d�Aragon, de Catalogne et de Valence, l�infant de Castille Ferdinand est appel� au tr�ne aragonais par le compromis de Caspe (1412) et remplac� par Alphonse V le Magnanime, puis par</p><p>Jean II.</p><p>Alphonse V (1416-1458), plus</p><p>m�c�ne et homme de lettres que monarque, passe la majeure partie de son temps dans sa cour de Naples.</p><p>L�expansion aragonaise est �troitement li�e au probl�me commercial.</p><p>Il faut trouver des d�bouch�s pour la laine brute d�Aragon, les lainages et les produits manufactur�s de Catalogne, les peaux, les produits agricoles et miniers, et disposer de sources</p><p>avantageuses pour les importations de c�r�ales (la Sicile et la Sardaigne), d��pices (le Levant), de mati�res colorantes et de coton. Toutefois, la prosp�rit� qui a caract�ris� l�Aragon � la fin du XIVe s. et au d�but du XVe s. commence � d�cliner.</p><p>Union de l�Aragon et</p><p>de la Castille</p><p>Jean II (1458-1479), conscient de l�in-f�riorit� �conomique de son royaume par rapport � la Castille, se fait l�instigateur du mariage de son fils Ferdinand avec la princesse Isabelle, soeur downloadModeText.vue.download 266 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>803</p><p>du roi castillan Henri IV, r�alisant ainsi l�union de l�Aragon et de la Castille.</p><p>L�Aragon apporte les royaumes de Sicile et de Sardaigne, qui restent associ�s � la vie de la Catalogne au XVIe et au XVIIe s., et qui vont permettre � l�Espagne de jouer un r�le capital en M�diterran�e jusqu�au d�but du XVIIIe s. �</p><p>partir de la r�union de ces deux couronnes, les int�r�ts des divers �tats de l�Aragon commencent � diverger, sans que pour cela convergent compl�tement ceux de ce royaume et de la Castille. Les institutions politiques, la l�gislation et le syst�me douanier restent distincts. Un Conseil d�Aragon est cr�� � Madrid. Il est comp�tent pour les affaires relatives aux territoires de l�ancien royaume. On en exclut d�ailleurs d�s 1555 les questions italiennes, qui sont confi�es au Conseil d�Italie.</p><p>Ferdinand le Catholique institue le tribunal de l�Inquisition.</p><p>Le XVIe si�cle est pour l�Aragon une p�riode d�instabilit� sociale : soul�vement des vassaux contre leurs seigneurs, attaques des morisques, banditisme paysan, etc. C�est dans ce contexte g�n�ral de crise que s�inscrivent les troubles aggrav�s par l�intervention de Philippe II dans l�affaire d�Antonio P�rez, personnage impliqu� dans l�assassinat du secr�taire de don Juan d�Autriche, qui se r�fugie en Aragon pour b�n�ficier des privil�ges par-</p><p>ticuliers � son pays natal. Philippe II exigeant l�extradition, quelques nobles se soul�vent. La r�pression ne se fait pas attendre, et le magistrat supr�me, Juan de Lanuza, est d�capit� en 1591.</p><p>Dans les premi�res ann�es du</p><p>XVIIe s., le nombre des morisques est de 64 000 ; ils repr�sentent donc 16 p. 100 de la population totale du royaume aragonais et sont concentr�s sur les terres les plus fertiles de la vall�e de l��bre. Leur expulsion, d�cr�t�e par Philippe III, laisse un vide qu�il est impossible de combler imm�diatement.</p><p>Ce n�est que l�arriv�e d�immigrants fran�ais qui permettra, beaucoup plus tard, de rem�dier � la p�nurie de main-d�oeuvre.</p><p>Le XVIIIe s. et</p><p>la guerre de Succession</p><p>Au XVIIIe s., pendant la guerre de Succession, la couronne d�Aragon pr�-</p><p>sente un front uni pour la derni�re fois. L�Aragon, la Catalogne, Valence et Majorque soutiennent l�archiduc Charles contre Philippe V. Le conflit dure moins longtemps en Aragon</p><p>qu�en Catalogne, mais les repr�sailles sont plus rapides. Au lendemain de la bataille d�Almansa (1707), Philippe V</p><p>supprime les � fueros � (privil�ges) aragonais et valenciens, et prend toute une s�rie de mesures centralisatrices, qui sont appliqu�es en 1711. Il entre � Saragosse au mois de d�cembre 1710.</p><p>L�ancienne organisation politique de l�Aragon dispara�t, cette r�gion se transformant en fait en province, et son Conseil �tant incorpor� � celui de la Castille. C�est dans le domaine fiscal que la centralisation castillane se fait particuli�rement lourde.</p><p>Toutefois, on observe, tout au long du XVIIIe s., un certain redressement, dans le secteur agricole notamment. La construction du canal Imp�rial d�Aragon, � l��tat de projet depuis 1529, est entreprise sous Charles III (1772) : c�est � la fois la preuve et l�un des �l�-</p><p>ments de ce progr�s.</p><p>La guerre de l�Ind�pendance</p><p>Les Aragonais s�illustrent au cours de la guerre de l�Ind�pendance contre l�in-</p><p>vasion napol�onienne, mais subissent des pertes consid�rables ; on estime que 53 878 personnes trouv�rent la mort aux si�ges de Saragosse (1808 et 1809). La campagne aragonaise n�est pas �pargn�e non plus : autour de Saragosse, toutes les cultures sont ravag�es (olives et vignes), et le nombre des ovins et des animaux de labour diminue sensiblement. En 1815, la situation est telle que l��tat est contraint de tripler les imp�ts.</p><p>L��poque contemporaine</p><p>Jusqu�ici, l�Aragon semble former un ensemble homog�ne, si on laisse de c�t� les conflits sociaux. Par contre, si l�on examine le pass� plus r�cent, on s�aper�oit que les diff�rences et les nuances ne font que se renforcer.</p><p>� l�occasion des luttes politiques du XIXe et du XXe s., l�Aragon se scinde en deux parties : la plus riche et la plus d�velopp�e, c�est-�-dire la r�gion de Saragosse et de la vall�e de l��bre, qui adopte en g�n�ral une attitude de tendance r�volutionnaire, et les terres les plus pauvres, correspondant aux Pyr�n�es et au bas Aragon, qui, elles, ont une position traditionaliste et conservatrice.</p><p>Saragosse est l�une des premi�res villes � se rallier au soul�vement constitutionnel dirig� par Riego (1820), alors que les zones montagneuses accueillent les gu�rilleros absolutistes qui viennent s�y r�fugier.</p><p>Lors des guerres carlistes, Saragosse d�fend �prement la cause d�Isabelle et du parti lib�ral, tandis que le bas Aragon est l�un des fiefs traditionnels du carlisme*. En 1843, Saragosse est l�une des cit�s � brandir le drapeau de l�insurrection et, en 1854, l�un des foyers de la r�volution.</p><p>Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre jusqu�� nos jours.</p><p>Saragosse et les environs constituaient un noyau anarchiste actif, comme le prouvent les congr�s de l�Internationale et de la Conf�d�ration nationale du travail qui s�y sont tenus, et votaient � gauche, contrairement aux r�gions situ�es dans la montagne.</p><p>Ces divergences d�coulent en fait</p><p>de l�existence de substrats diff�rents et de structures �conomiques et sociales tr�s diverses, qui caract�risent, d�une part, le monde rural traditionnel de la zone montagneuse et, de l�autre, les r�gions de la vall�e de l��bre, o� ont p�n�tr� l�industrie et l�agriculture commercialis�e.</p><p>R. G.-P.</p><p>&#x25B6; Almoravides / Bal�ares / Barcelone / Carlisme</p><p>/ Castille / Cid (le) / Espagne / Reconquista.</p><p>B P. J. Pidal, Historia de las alteraciones de Arag�n en el reinado de Felipe II (Madrid, 1862-1863 ; 3 vol.). / A. Gim�nez Soler, La Edad Media en la Corona de Arag�n (Barcelone, 1930).</p><p>/ R. Altamira y Crevea, Histoire d�Espagne (A. Colin, 1931 ; 3e �d., 1956). / R. Brunschvig, Documents in�dits sur les relations entre la couronne d�Aragon et la Berb�rie orientale au XIVe si�cle (Larose, 1937). / A. Ballesteros y Beretta, Historia de Espa�a y su influencia en la Historia Universal (Barcelone, 1943-1948 ; 12 vol.). / A. Aguado Bleye, Manual de Historia de Espa�a (Madrid, 1954-1956 ; 3 vol.). /</p><p>J. M. Casas Torres, J. M. Lacarra y de Miguel et F. Estape Rodriguez, Arag�n (Saragosse, 1960 ; 2 vol.).</p><p>Aragon (Louis)</p><p>Po�te, romancier et essayiste fran�ais (Paris 1897).</p><p>� Ma vie tout le monde croit la</p><p>conna�tre. �a me donne parfois des fous rires �, �crit Aragon dans Je n�ai jamais appris � �crire, ou les Incipit (1969). Et, cependant, il semble que peu de chose nous soit cach� de cette vie constamment publique.</p><p>Enfance au sein des � beaux quartiers �, dans le XVIe arrondissement d�abord, puis � Neuilly, o� sa m�re tient une pension de famille, sorte de lieu des plus �ducatifs... L�enfant y conna�tra une � Levantine �, dont la voix � sortait des Mille et Une Nuits �.</p><p>Ses premiers auteurs seront russes. Il d�couvrira Gorki, �crivain jug� alors dangereux, et dont sa famille lui inter-dira la lecture : � Qu�y avait-il d�autre dans ces livres que les plus hauts, les plus grands sentiments, la puret� du coeur ? Les miens �taient-ils donc du parti de ceux qui font le mal ? � Si</p><p>Fran�ais par ses racines, ses fa�ons de sentir, de penser, d�ironiser, c�est en Russie que d�embl�e il a trouv� la r�v�-</p><p>lation d�une certaine �thique et d�un certain c�t� de lui-m�me.</p><p>Il se vantera de n�avoir jamais parl� de la Guerre de 1914. Celle-ci n�a pr�-</p><p>sent� pour lui d�autre importance que de l�avoir mis en pr�sence d�Andr� Breton, comme lui �tudiant en m�decine affect� � l�h�pital militaire du Val-de-Gr�ce. Il a trouv� en Breton et en ceux qui, bient�t, le choisiront pour guide la confirmation du mot de Lautr�amont : � La po�sie ne sera pas faite par un seul, mais par tous. �</p><p>1927. Aragon s�inscrit au parti</p><p>communiste. La graine jet�e dans son esprit, quelque quinze ans plus t�t, a germ�, et c�est pour lui, en outre, la cons�quence in�vitable de son surr�alisme. Il s�en est expliqu� dans Pour un r�alisme socialiste (1935).</p><p>Le surr�alisme est r�volutionnaire par sa violente opposition aux valeurs bourgeoises et religieuses. Mais est-il une vraie libert� de l�esprit en r�gime capitaliste ? Bourgeois de naissance, Aragon ne s�est jamais senti � l�aise dans son milieu d�origine : � Si on me traitait de bourgeois, j��prouvais cette v�rit� comme une insulte et je voulais � toutes forces n��tre plus un bourgeois, mais je ne voyais pas d�autre moyen d�y parvenir que les mots employ�s � le nier... � Adh�rer � la IIIe Internationale, c�est plus que des mots, c�est un engagement, � la fois lib�rateur et redoutable.</p><p>La Russie vient � lui, en 1928, � Paris, dans ce caf� de Montparnasse</p><p>� grand comme une gare �, la Coupole, sous les traits de Ma�akovski, le po�te sovi�tique. � Cette minute devait changer ma vie. Le po�te qui a su faire de la po�sie une arme, qui a su ne pas �tre au-dessous de la R�volution devait �tre le lien entre le monde et moi. �</p><p>Le lendemain, � la m�me place, autre rencontre capitale, celle d�une jeune femme russe, Elsa Triolet, belle-soeur de Ma�akovski. Seule la mort d�Elsa en 1970 les s�parera.</p><p>1931. Au retour d�un voyage en Russie bolchevique, il publie Front rouge : Pliez les r�verb�res comme des f�tus</p><p>de paille.</p><p>Faites valser les kiosques les bancs les fontaines Wallace.</p><p>Descendez les flics</p><p>Camarades</p><p>Descendez les flics.</p><p>downloadModeText.vue.download 267 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>804</p><p>Ce po�me, l�un de ceux qui for-</p><p>ment le recueil Pers�cut� pers�cuteur, a deux cons�quences, la premi�re de provoquer une instruction judiciaire, la seconde de consommer la rupture de l�auteur avec le surr�alisme. Andr� Breton, tentant de d�fendre son ami, a distingu� le sujet, qui n�est, selon lui, que � secondaire � et � de circonstance �, et l�esth�tique, qui seule compte, ce qui revient � dire qu�un po�te ne s�engage qu�en po�sie. Aragon refusera cette distinction. Mais son adieu au surr�alisme n�est pas reniement. Il a reconnu le b�n�fice tir� de cette p�riode, tant pour la libert� de l�esprit que pour celle du style : � Il est indiscutable que mon langage ne serait pas ce qu�il est s�il n��tait sorti du surr�alisme. �</p><p>Pendant ses douze ans pass�s sous la f�rule d�Andr� Breton, Aragon a publi�, en po�sie, le Mouvement perp�tuel (1926), la Grande Ga�t� (1929), Pers�cut� pers�cuteur (1931), et, en prose, Une vague de r�ves (1924), le Paysan de Paris (1926), Trait� du style (1928). Cette derni�re oeuvre atteste une parfaite ma�trise de l��criture, qui est bien � surr�aliste �, mais sans la tension attentive des proses de Breton.</p><p>Nulle �conomie de mots chez Ara-</p><p>gon, dont le langage p�cherait plut�t par prodigalit�. On pourrait dire que la d�marche de son esprit n�est pas</p><p>� verticale �, mont�e de l�inconscient pour se formuler en paroles volontiers �sot�riques, mais � horizontale �, ne se passant pas de communication claire avec le plus grand nombre. Le personnage de Hugo l�a constamment fascin�, dont il admire � l�ob�issance surpre-</p><p>nante � l�histoire �, et, en cela, l�auteur des Mis�rables est son mod�le.</p><p>Aragon est venu tout naturellement au roman. Il �tait fatal que son itin�-</p><p>raire l�amen�t o� l�art rencontre la soci�t� et l�histoire. Le voici qui, d�s 1934, entreprend (avec les Cloches de B�le, puis les Beaux Quartiers), sous le titre g�n�ral du � Monde r�el �, une s�rie de onze romans, dont six composent la s�rie des Communistes (1949-1951). � plusieurs reprises, Aragon est revenu sur le sens r�volutionnaire de ces vastes fresques, peupl�es et inachev�es comme la vie m�me. Il les veut une peinture, une explication, mais aussi un acte, par lequel l��volution historique, in�vitablement pouss�e vers un socialisme universel, sera servie et, dans une certaine mesure, h�t�e.</p><p>Quoi qu�il en soit, Aragon a donn�, en tant que romancier, son chef-d�oeuvre dans le roman historique, la Semaine sainte (1958), qui se passe sous les Cent-Jours. Son personnage principal est le peintre G�ricault, dont on pourrait croire qu�il a pr�t� � ce r�cit foi-sonnant, plein de cavalcades, de hus-sards, de nu�es sinistres et de visages convuls�s, sa propre imagerie.</p><p>�v�nement nouveau, dans l�itin�-</p><p>raire d�Aragon, mais non pas inattendu : le retour en force de la po�-</p><p>sie, d�laiss�e depuis 1934, ann�e de Hourra l�Oural, jusqu�en 1941. Po�sie toute diff�rente de celle de sa jeunesse, r�concili�e, sans suj�tion, avec la prosodie classique. Tous ceux qui ont v�cu les sombres heures de l�occupation se souviennent de ces petits livres comme le Cr�ve-Coeur, le Cantique � Elsa, les Yeux d�Elsa, Broc�liande, le Mus�e Gr�vin, �crit sous le pseudonyme de Fran�ois la Col�re (1943). C��tait, pour d�plorer les malheurs pr�sents et invectiver l�oppresseur, une voix mont�e du fond des �ges.</p><p>Sur son grand orgue aux cent re-</p><p>gistres, le po�te imitait � comme Ravel imite Couperin, sans pastiche</p><p>� les rythmes courts de Charles</p><p>d�Orl�ans :</p><p>La Loire emporte mes pens�es</p><p>Avec les voitures vers�es</p><p>Et les armes d�samorc�es Et les larmes mal effac�es</p><p>� ma France, � ma d�laiss�e</p><p>J�ai travers� le pont de C�...</p><p>(Cantique � Elsa.)</p><p>Ou encore les grondements, et</p><p>jusqu�aux adjectifs, de Hugo :</p><p>J��cris dans la chiourme �norme qui murmure</p><p>(le Mus�e Gr�vin).</p><p>Ce retour au rythme et � la rime, s�ajoutant aux circonstances, a donn� � Aragon po�te l�audience que n�avaient point re�ue ses �crits de jeunesse, en vers libres. Le r�volutionnaire, r�pondant en cela aux conseils de Ma�akovski, trouvait l�oreille d�un peuple rest� peut-�tre plus qu�aucun autre attach� � une � culture � s�culaire, et dont la p�-</p><p>rennit� a r�sist� � toutes les secousses politiques. � � fr�quenter Clig�s, Yvain, Lancelot, Perceval ou Tristan, il me semble bien moins m��carter de mon temps qu�� lire les ouvrages d�An-dr� Gide, de Drieu La Rochelle ou de Jean Giono. �</p><p>Ce n�est pas qu�Aragon ignore la grande interrogation que notre temps porte sur la litt�rature. Ses derniers livres t�moignent de sa r�flexion sur une vie de gestes d�cisifs ou ambigus (son �lection � l�acad�mie Goncourt, puis sa d�mission), et sur le geste su-pr�me, l��criture, saisie dans des manifestations d�j� anciennes (Collages, 1965 ; les Aventures de T�l�maque, 1966), dans le d�roulement de ses romans r�cents (la Mise � mort, 1965 ; Blanche ou l�Oubli, 1967 ; Th��tre/</p><p>Roman, 1974) ou dans sa rencontre avec les arts plastiques (Henri Matisse, roman, 1971). S�il a vu dispara�tre deux �l�ments essentiels, quoique � des titres divers, de sa vie et de son oeuvre,</p><p>Elsa (en 1970) et les Lettres fran�aises (en 1972), Aragon, par-del� ses outrances et ses raffinements, se d�finit avant tout par la fid�lit�.</p><p>J. R.</p><p>&#x25B6; Dada / Surr�alisme.</p><p>B C. Roy, Aragon (Seghers, coll. � Po�tes d�aujourd�hui �, 1945). / P. de Lescure, Aragon romancier (Gallimard, 1960). / R. Garaudy, l�Itin�raire d�Aragon (Gallimard, 1961). / G. Sadoul, Aragon (Seghers, coll. � Po�tes d�aujourd�hui �, 1967). / Aragon (l�Arc, Aix-en-Provence, 1973).</p><p>/ P. Daix, Aragon, une vie � changer (�d. du Seuil, 1975).</p><p>Araign�es</p><p>Animaux articul�s de la classe des Arachnides*, caract�ris�s par leur c�phalothorax reli� � l�abdomen par un p�dicule �troit, leurs ch�lic�res venimeuses, leurs longues pattes et leurs fi-li�res post�rieures qui �mettent la soie.</p><p>Un groupe pr�sent</p><p>partout</p><p>L�ensemble des Araign�es forme</p><p>l�ordre des Aran�ides, tr�s homog�ne aux points de vue morphologique et anatomique, mais de biologie extr�mement vari�e, tant par les divers usages de la soie que par les modalit�s du comportement lors de la reproduction.</p><p>Il n�est pas exag�r� de dire que l�on trouve des Araign�es partout. Impossible de soulever les feuilles mortes dans une for�t, de retourner les pierres dans un champ sans en surprendre quelques-unes. Certaines installent leur toile dans les prairies, pr�s du sol, comme les minuscules �rigones, d�autres �tablissent leur demeure en haut des herbes, comme Clubiona ou</p><p>Chiracanthium ; les Thomises restent � l�aff�t sur les fleurs d�ombellif�res. L� o� abondent les Insectes volants, les �peires, les Argiopes, les T�tragnathes tendent leur toile-pi�ge g�om�trique.</p><p>D�autres pr�f�rent le sol, et y creusent leur terrier : Mygales proven�ales, Lycose de Narbonne.</p><p>Les Dolom�des se tiennent au bord de l�eau, et y plongent d�s qu�elles rep�rent alevin ou t�tard. Franchement aquatique, l�Argyron�te �tablit dans downloadModeText.vue.download 268 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>805</p><p>les mares sa cloche. Le long du littoral m�diterran�en, Desidiopsis habite les anfractuosit�s des algues calcaires, qu�elle ferme d�un disque de soie imperm�able, et �vite ainsi d��tre submerg�e par la mar�e ; Desis se trouve dans les Madr�pores du Pacifique.</p><p>Des Araign�es vivent en montagne, d�autres, d�pigment�es et aveugles, sont cavernicoles.</p><p>Certaines affectionnent les habitations humaines ; dans nos pays temp�r�s, la T�g�naire installe sa toile dans l�angle d�un mur ou derri�re un meuble ; Pholcus �galement, qui fait vibrer si curieusement sa toile quand on la fr�le ; Zilla choisit plut�t les vitres de fen�tre pour placer la sienne ; d�autres s��tablissent dans les inters-tices des murs. La grande Heteropoda regia fr�quente les maisons des r�gions tropicales.</p><p>Morphologie</p><p>et anatomie</p><p>Le corps, dont la longueur varie entre un � deux millim�tres, par exemple chez les �rigones, et neuf centim�tres chez les grosses Mygales br�siliennes, se compose de deux r�gions : le c�phalothorax (ou prosome) et l�abdomen (ou opisthosome), reli�s par un p�dicule mince. L�abdomen ne montre aucune trace de segmentation ext�rieure, sauf chez les formes primitives d�Ex-tr�me-Orient, o� il a douze segments ; le prosome r�sulte de la coalescence de</p><p>sept segments embryonnaires.</p><p>L�avant du corps porte une paire de ch�lic�res � deux articles : une base large contenant une glande venimeuse, et un crochet mobile parcouru par le canal venimeux, qui d�bouche tr�s pr�s de sa pointe. La position des ch�li-c�res permet de distinguer deux grands groupes : les Orthognathes, parmi lesquels se rangent les Mygales, ont les bases dans le prolongement du corps, donc horizontales, les crochets se ra-battant vers le bas ; chez les Labido-gnathes, les bases des ch�lic�res sont verticales et les crochets, dirig�s vers le plan de sym�trie, se croisent en se refermant.</p><p>Des yeux simples, ou ocelles � six ou huit en g�n�ral �, apparaissent sur le dessus de la t�te ; leur nombre et leur disposition sont utilis�s en syst�matique. Leur r�le est assez limit� dans le comportement des Araign�es, aussi pr�cis de nuit que de jour. L�univers sensoriel de ces Arthropodes est � dominante olfactive � ils peuvent �mettre des odeurs et en d�tecter �, et surtout tactile : le corps et les pattes sont couverts de soies, parmi lesquelles les trichobothries, soies longues et complexes, jouent un r�le majeur dans la sensibilit� aux vibrations. Un certain nombre d�Araign�es peuvent produire des sons.</p><p>Sur la face ventrale, en arri�re des ch�lic�res, s�ouvre la bouche, limit�e par une l�vre inf�rieure ; de chaque c�t�, la hanche des p�dipalpes constitue une lame masticatrice. Chacun des deux p�dipalpes, ou pattes-m�choires, porte un palpe de cinq articles ; chez le m�le, le tarse est renfl� et creus� d�un alv�ole o� s�ins�re le bulbe g�nital, qui joue le r�le d�organe copulateur.</p><p>Les quatre paires de pattes locomotrices poss�dent sept articles et se terminent par deux griffes dentel�es, auxquelles s�ajoute souvent une griffe simple inf�rieure, plus petite.</p><p>Les pattes sont en g�n�ral longues et �gales ; celles de Pholcus sont particuli�rement fines ; les Thomises doivent leur nom d�� Araign�es-Crabes � � leur d�marche lat�rale ; les Salticides ont des pattes post�rieures sauteuses.</p><p>Ainsi, avec ses deux ch�lic�res, ses deux p�dipalpes et ses huit pattes ambulatoires, le c�phalothorax des Araign�es porte les six paires d�appendices que l�on retrouve chez tous les Arachnides.</p><p>Sur sa face ventrale, l�abdomen</p><p>montre un certain nombre d�orifices sp�cialis�s. Vers l�avant s�ouvre l�orifice g�nital ; toujours unique chez le m�le, il est, chez la femelle, soit unique, soit accompagn� de deux orifices de f�condation. Chez les Araign�es dites � ent�l�gynes �, une plaque ornement�e recouvre l�orifice femelle ; elle manque chez les � haplogynes �.</p><p>Lat�ralement, quatre fentes donnent acc�s aux organes respiratoires ; chez beaucoup d�Araign�es, les deux fentes ant�rieures communiquent avec des poumons, et les orifices post�rieurs avec des trach�es ; il arrive que ces derniers fusionnent en un orifice m�-</p><p>dian et post�rieur. Certaines Araign�es (Mygales, Pholcid�s) ont quatre poumons et pas de trach�es ; d�autres n�ont que des trach�es et pas de poumons.</p><p>Six fili�res, parfois huit, consid�r�es comme des appendices modifi�s, occupent la r�gion post�rieure de l�abdomen, juste avant l�anus ; ce sont des tubercules, � l�extr�mit� desquels le microscope r�v�le des centaines de petits tubes, les fusules, par o� s��coule la soie. Chez les femelles du groupe des Cribellates, une fili�re suppl�mentaire appara�t en avant des autres, comme une plaque perfor�e (cribellum) ; dans ce cas, l�avant-dernier article des pattes post�rieures porte une rang�e de soies sp�ciales, formant une sorte de peigne, le calamistrum, utilis� pour extraire la soie �mise par le cribellum.</p><p>L�appareil digestif comporte un</p><p>oesophage fin menant � un jabot capable d�aspirer les aliments liquides. Les hanches des p�dipalpes contiennent des glandes salivaires : dans l�abdomen, l�intestin �met des diverticules ramifi�s, dont l�ensemble est parfois appel� h�patopancr�as. L�excr�tion est assur�e par plusieurs syst�mes, parmi lesquels les tubes de Malpighi, ramifi�s, qui d�bouchent dans l�intes-</p><p>tin moyen ; la guanine est la principale substance excr�t�e.</p><p>� la face dorsale de l�abdomen, le coeur appara�t comme un tube muni de deux � cinq paires d�ostioles ; le sang s�en �chappe par une aorte ant�rieure et une aorte post�rieure, puis gagne des lacunes avant de passer par les poumons et d��tre de nouveau aspir� par le coeur.</p><p>Le syst�me nerveux est condens�</p><p>dans le prosome, autour de l�oesophage ; on y distingue une masse c�r�brale qui innerve les yeux et les ch�lic�res, et une masse sous-oesophagienne, d�o� partent les nerfs des appendices et des organes abdominaux.</p><p>Chez le m�le, l�appareil g�nital comprend deux testicules, dont les deux canaux d�f�rents se r�unissent avant d�atteindre l�orifice g�nital. Chez la femelle, on trouve deux ovaires, deux oviductes, aboutissant � une chambre g�nitale ; des spermath�ques, en nombre variable, sont reli�es par des canaux � cette chambre ; chez beaucoup d�esp�ces, les spermath�ques s�ouvrent directement � l�ext�rieur par les orifices de f�condation ; c�est par eux qu�elles recevront les spermatozo�des.</p><p>Enfin, l�abdomen contient des</p><p>glandes s�ricig�nes, de forme et de nombre vari�s, pouvant produire plusieurs qualit�s de soie.</p><p>La soie</p><p>La soie, visqueuse, s��coule par les fili�res et se solidifie instantan�ment ; chaque fusule �met un brin �l�mentaire, et les fils les plus t�nus que nous connaissons r�sultent de la juxtaposition de plusieurs dizaines de ces brins. La r�sistance des fils � la rupture est extraordinaire : qui n�a vu de ces bedonnantes �peires suspendues par leurs fili�res � un fil tellement fin qu�il faut un examen minutieux pour le d�couvrir ?</p><p>En faisant fonctionner telle ou telle glande s�ricig�ne ou telle ou telle fi-li�re, l�Araign�e tient � sa disposition toute une gamme de soies.</p><p>En premi�re approximation, on peut distinguer des fils secs et des fils gluants. Les fils secs sont solides, lisses, peu extensibles ; ils sont parfois �mis sous forme de rubans, ou m�me de nappes, quand il s�agit d�emmailloter une proie vigoureuse. Les fils gluants, �lastiques, sont produits avec un manchon de mucus qui se r�sout bient�t en minuscules gouttes adh�sives ; la soie du cribellum est visqueuse, et donne � la toile une teinte bleut�e.</p><p>Constructions de soie :</p><p>abris et toiles</p><p>Un tr�s grand nombre d�Araign�es utilisent leur soie � la construction d�une demeure plus ou moins ferm�e, ou � l��dification d�une toile �tal�e qui sert de pi�ge pour les Insectes.</p><p>Dans le premier cas, nous avons</p><p>les coques ou bourses d�habitation, comme celle de Chiracanthium, petite sph�re de cinq centim�tres au plus de diam�tre fix�e en haut d�une herbe recourb�e, o� les deux sexes cohabitent, puis la m�re avec son cocon. Dans le Midi, Uroctea installe sous les pierres une sorte de tente form�e de feuillets superpos�s, entre lesquels elle se tient.</p><p>Sous le nom de toiles, on d�signe des constructions tr�s vari�es d�aspect et de r�gularit�. Chez Latrodectus, c�est un lacis de fils entrem�l�s sans aucun ordre entre les herbes ; sous les plafonds, Pholcus ne fait gu�re mieux et se tient sous sa toile tr�s simple. Dans les maisons, la T�g�naire �difie une nappe plus dense, faite de fils entrecrois�s en tous sens, mais elle se tient au-dessus et s�am�nage un entonnoir lat�ral pour la retraite. L�Argyron�te fixe aux plantes aquatiques un r�seau aux mailles tr�s serr�es, avant d�y accumuler de l�air.</p><p>Chez Agelena, les choses sont plus compliqu�es : la toile proprement dite est fix�e au pied des buissons, horizontale, et se prolonge sur un c�t� par un tube de soie o� l�animal reste � l�aff�t, et par o� il peut s�enfuir ; au-dessus de la toile, un � labyrinthe � de fils plac�s dans toutes les directions sert de pi�ge pour les Insectes volants.</p><p>Les toiles les plus remarquables sont cependant celles qu��difient les Argio-pid�s et les Uloborid�s, � la fois par</p><p>leur �tonnante r�gularit� et par l�utilisation de deux sortes de fils, les fils downloadModeText.vue.download 269 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>806</p><p>secs pour la charpente et les fils gluants pour le pi�ge spirale.</p><p>L��peire diad�me (Araneus diade-</p><p>matus) tend une toile verticale rayonnante, � spirale continue, dans les jardins et les bois et pr�s des eaux ; l��peire fasci�e (Argiope Bruennichi)</p><p>� signe � son ouvrage en pla�ant dans le secteur inf�rieur un ruban de soie en zigzag ; la T�tragnathe installe au-dessus des eaux une toile presque horizontale. Cyclosa place sur un diam�tre les restes de ses proies et, tapie au milieu, est invisible. Les N�philes font une toile semi-circulaire, avec le centre en haut ; les fils adh�sifs sont fix�s entre ceux de la spirale primitive, qui est ainsi conserv�e ; la toile est assez grande et r�sistante pour que des oiseaux puissent s�y faire prendre et que les indig�nes des �les Salomon l�aient utilis�e comme �puisette � poissons.</p><p>L�Araign�e reste habituellement au centre de sa toile, les pattes largement �tal�es sur les rayons, pr�tes � rep�rer la moindre vibration, signe d�une capture ; mais on a observ� des �peires r�fugi�es dans un creux de rocher, ou sous une �corce, et restant reli�es au centre de leur toile par un fil qui transmet les vibrations et sert de passerelle.</p><p>Des exp�riences men�es sur Zilla X-notata ont montr� que l�ingestion de morphine, de caf�ine, de s�rotonine ou d�autres toxiques entra�nait des perturbations caract�ristiques dans la confection de la toile, dont le plan devient m�connaissable.</p><p>Les Araign�es</p><p>fouisseuses</p><p>et leur terrier</p><p>Si certaines Araign�es, errantes comme Lycosa radiata ou les Salticid�s, s�dentaires comme les Drassi-d�s, trouvent refuge sous les pierres</p><p>et s�y am�nagent une logette, d�autres creusent un v�ritable terrier et s�y tiennent � l�aff�t. Des ch�lic�res d�-</p><p>sagr�gent des sols parfois tr�s durs et transportent les particules terreuses et les cailloux � distance. Atypus, qui remonte jusque dans la r�gion parisienne, creuse un terrier d�une quinzaine de centim�tres de profondeur ; le tube de soie qu�il applique sur ses parois se prolonge � l�ext�rieur sur une m�me longueur, ferm� � son extr�mit�, �tendu sur le sol ou plaqu� contre un arbre, de toute mani�re camoufl� par des brindilles ou des fragments v�g�-</p><p>taux ; qu�un insecte imprudent se laisse prendre dans les fils du tube externe, l�Araign�e le saisit de l�int�rieur en d�chirant l��tui, qu�elle r�parera ensuite. La Lycose de Narbonne creuse son terrier dans le sol ingrat de la Crau et borde son orifice d�une margelle de soie entrem�l�e de cailloux et de brins d�herbe. Les Mygales ma�onnes de la r�gion m�diterran�enne (Nemesia, Cteniza) s��tablissent sur les talus et ferment leur terrier par un opercule fait de terre et de soie, soigneusement ajust� ; un ruban de soie le maintient de l�int�rieur : �tonnant exemple d�une v�ritable porte � charni�re. Parfois, le terrier se complique d�une issue secondaire, permettant la fuite, ou d�une galerie annexe, �galement ferm�e par une porte int�rieure. Galeasoma d�Afrique du Sud ferme son terrier d�un opercule, mais si un assaillant parvient � y p�n�trer, l�Araign�e bouche le passage avec son abdomen dur et tronqu�, dont le diam�tre co�ncide exactement avec celui du couloir.</p><p>Habitats insolites</p><p>Les Araign�es ont parfois des habitats inattendus. L�Argyron�te est une Araign�e franchement aquatique, capable de nager dans les mares ; elle fixe aux v�g�taux une toile horizontale au lacis serr�, et accumule sous elle l�air qu�elle vient pr�lever en surface ; elle vit dans sa cloche a�rienne, au sein des eaux, y respire, s�y reproduit et n�en sort que pour saisir une proie qui passe � port�e.</p><p>Les Argyrodines, petites Araign�es brillantes, construisent leur toile entre les rayons de celle de l�Argiope, qui ac-</p><p>cepte pacifiquement cette �tonnante promiscuit�.</p><p>Nepenthes est une plante carnivore ; son pi�ge en urne attire les Insectes, qui tombent au fond du cornet dans un liquide qui les dig�re ; une Araign�e, Misumenops, s�installe � l�entr�e de l�urne et r�colte les Insectes pendant leur chute.</p><p>Olios coenobita, de Madagascar, s�abrite dans une coquille d�escargot, apr�s l�avoir hiss�e et suspendue � une branche par un fil de soie.</p><p>� 100 km au large des c�tes, � plus de 1 000 m d�altitude, on trouve de petites Araign�es flottant dans l�atmosph�re au bout d�un fil de soie ; elles l�ont s�cr�t� d�s leur �closion, et un coup de vent les a enlev�es, favorisant ainsi la dispersion de l�esp�ce ; quand ces fils retombent sur terre, on les appelle � fils de la Vierge �.</p><p>Capture des proies</p><p>et nutrition</p><p>Toutes les Araign�es sont carnivores et ne consomment que les proies</p><p>qu�elles ont captur�es ; ordinairement, leur r�gime consiste en petits Insectes (Mouches et Moustiques, Hym�nopt�res, Criquets, parfois Col�opt�res), en Mille-Pattes, en Cloportes. On a downloadModeText.vue.download 270 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>807</p><p>vu de grosses esp�ces s�attaquer � des Vert�br�s : les Dolom�des p�cher des Poissons, les Lycoses manger des jeunes L�zards, des Mygales tropicales consommer de petits Mammif�res, des Oisillons pris au nid, de jeunes Cro-tales. En g�n�ral, toutes les proies sont accept�es, mais certaines esp�ces ont une pr�dilection pour les Fourmis, et beaucoup d�Araign�es refusent les Punaises.</p><p>La technique de capture appa-</p><p>ra�t des plus vari�es : les Thomises, ou Araign�es-Crabes, restent sur les fleurs et surprennent les Abeilles pendant qu�elles butinent ; les Salticid�s courent apr�s la proie et sautent sur elle d�un bond rapide ; � l�aff�t au bord</p><p>de leur terrier, les Lycoses se jettent sur l�Insecte qui s�approche. Les Araign�es qui construisent des toiles sont alert�es de l�arriv�e d�un Insecte sur le pi�ge par les mouvements qu�il ex�cute pour se d�gager et, s�il est de grande taille, projettent sur lui d�abondants jets de soie qui l�emprisonnent. Men-neus, d�Afrique du Sud et d�Australie, tend sa petite toile entre ses pattes et la referme comme un �pervier. Scytodes �tale devant lui, en une nappe gluante, une soie fournie non par les glandes abdominales, mais par celles des ch�-</p><p>lic�res. Cladomelea d�Australie utilise, comme une fronde ou une ligne, un fil de soie termin� par une gouttelette visqueuse.</p><p>Toute proie quelque peu vigoureuse ou arm�e d�un aiguillon est d�abord emmaillot�e de soie, puis paralys�e par l�inoculation du venin, dont l�effet est extr�mement rapide ; l�injection de sucs salivaires et intestinaux provoque un d�but de digestion externe. Si les t�guments sont assez souples, l�Insecte est tritur� par les hanches masticatrices des p�dipalpes, les sucs internes sont aspir�s et les t�guments rejet�s en une boulette informe ; un Coleopt�re, � cuirasse dure, est simplement vid� de son contenu liqu�fi�, et sa carapace intacte est �limin�e.</p><p>Quelles Araign�es faut-il</p><p>vraiment craindre ?</p><p>Le venin de la majorit� des esp�ces est inactif sur l�Homme, ou leurs ch�lic�res sont trop faibles pour transpercer sa peau ; tout au plus provoqueront-elles une irritation locale sans gravit�. Malgr� une l�-</p><p>gende tenace, la Tarentule italienne n�est pas particuli�rement dangereuse, et les effets de sa morsure ont �t� tr�s exag�r�s.</p><p>En Europe, seule la Malmignate (Latrodectes tredecimguttatus) des r�gions m�-</p><p>diterran�ennes est redoutable : sa morsure douloureuse provoque un abaissement de temp�rature et des troubles g�n�raux, mais les cas mortels sont exceptionnels.</p><p>L�Am�rique, et sp�cialement le Br�sil, rassemble presque toutes les Araign�es dangereuses : des Lycoses au venin n�crosant ; la � Veuve noire � (Latrodectes mactans),</p><p>des Ct�nes, des Mygales au venin neu-rotrope. Les cas de morsures graves, et m�me mortelles, sont suffisamment nombreux pour qu�on ait mis au point un s�rum antiaran�ique.</p><p>Rencontre des sexes</p><p>et f�condation</p><p>Chez toutes les Araign�es, les sexes sont s�par�s. Le dimorphisme sexuel se manifeste par divers caract�res : sauf chez l�Argyron�te, la femelle est plus grosse que le m�le (jusqu�� mille fois plus, en poids, chez les N�philes) ; la coloration peut �tre diff�rente, comme chez Eresus niger, o� la femelle, uniform�ment noire, s�oppose au m�le rouge vif, ou chez Philoeus chrysops, o� la femelle est gris fonc� et le m�le a l�abdomen rouge et noir ; les Erigones m�les portent sur le c�phalothorax de curieuses protub�rances, absentes chez les femelles. Mais le caract�re le plus g�n�ral est la diff�renciation des p�dipalpes du m�le en organe copulateur, dont la structure et la complexit� sont suffisamment vari�es pour jouer un r�le important en syst�matique.</p><p>Les sexes peuvent �galement diff�rer par leur comportement ; arriv� � l��tat adulte, le m�le ne creuse pas de terrier, n��difie pas de toile ; il est errant alors que la femelle reste s�dentaire ; c�est ainsi que les T�g�naires qui, le soir, parcourent les maisons et y jettent un effroi injustifi� ne sont que des m�les � la recherche de compagnes.</p><p>Les modalit�s de la rencontre des sexes et de l�accouplement varient beaucoup � l�int�rieur du groupe, et il n�est possible ici que d�en donner les grandes lignes. Rarement, le m�le et la femelle vivent ensemble sur la m�me toile (Linyphia) ou dans la m�me coque (Chiracanthium) ; d�habitude, c�est le m�le qui cherche � rejoindre une femelle. Auparavant, il fabrique une petite toile, parfois r�duite � un simple fil, y d�pose une goutte de sperme et y plonge l�extr�mit� de ses bulbes g�nitaux, dont les ampoules se remplissent du liquide f�condant.</p><p>Sans doute guid� par l�odorat, le m�le s�approche de la femelle et se livre � des manoeuvres prolong�es destin�es, semble-t-il, � s�assurer que</p><p>l��tat physiologique de l��lue correspond au sien et qu�elle ne le consid�-</p><p>rera pas comme une vulgaire proie.</p><p>Ces attitudes, appel�es parfois danses pr�nuptiales, sont d�une vari�t� incroyable : chez les Dysd�res, le m�le caresse la femelle ; chez la Filistate, la communication s��tablit par tiraille-ments des fils de la toile, sur laquelle le m�le ne s�engage qu�apr�s avoir per�u une invitation de la femelle ; les Hyptiotes tendent un fil et vont sur lui � la rencontre l�un de l�autre ; les m�les des Salticid�s ex�cutent des mouvements complexes du corps et des pattes, tandis que la femelle reste impassible ; chez Pisaura mirabilis, le m�le apporte � la femelle une proie fra�chement captur�e et emball�e de soie ; celui des Mygales ma�onnes n��prouve pas de difficult�s � d�couvrir le terrier de la femelle et � en soulever l�opercule ; chez Atypus, le m�le d�chire le tube de soie qui �merge du terrier de la femelle pour la rejoindre.</p><p>De toute mani�re, il arrive un</p><p>moment o� les r�actions naturelles d�agressivit� de la femelle disparaissent, ce qui permet l�accouplement downloadModeText.vue.download 271 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>808</p><p>proprement dit ; selon les cas, les deux partenaires se font face (Mygales), ou le m�le se tient plus ou moins compl�tement sous la femelle (N�philes), ou encore sur son dos (Salticid�s, Lycoses). Il introduit alternativement l�extr�mit� de ses bulbes g�nitaux dans les orifices d�accouplement ou, � leur d�faut, dans l�orifice femelle, et les spermatozo�des se d�versent dans les spermath�ques ; ils y resteront jusqu�� la f�condation, qui n�a lieu qu�� la ponte des oeufs.</p><p>Puis, brusquement, le m�le</p><p>s��loigne ; le moindre retard risque de lui �tre fatal, sa compagne momentan�e n�h�sitant pas � le saisir et � s�en repa�tre, comme on l�a observ� chez les Lycoses, les Linyphies et les Latrodectes.</p><p>Le cocon, l��closion et</p><p>la dispersion des jeunes Une femelle pond en g�n�ral 25 � 50 oeufs, mais Hyptiotes n�en produit que 7 ou 8, alors que chez les Epeires on a pu en compter un millier. Sauf chez Pholcus, o� les oeufs sont simplement agglutin�s, la ponte est enferm�e dans un cocon de soie ; une femelle fait d�un � cinq cocons � intervalles vari�s.</p><p>Un certain nombre d�Araign�es</p><p>abandonnent les oeufs apr�s avoir fix� le cocon sur une plante (Argiope), dans une feuille enroul�e (Misumena), ou l�avoir suspendu dans l�air � un fil (Theridiosoma). Mais bien d�autres conservent la ponte pr�s d�elles ou la transportent dans leurs d�placements : les Thomises restent sous une pierre, sans manger, le cocon entre les pattes ; les Clubionides construisent une coque o� elle restent avec leurs oeufs ; Atypus les garde dans son terrier, que les jeunes ne quitteront qu�au bout de plusieurs mois ; l�Argyron�te laisse son cocon dans sa cloche immerg�e. Une curieuse construction est celle de Spi-lasma artifex du Venezuela : au-dessus de sa toile horizontale, il suspend � une branche un abri conique ouvert en bas et portant un prolongement qui se rabat comme un couvercle ; l�Araign�e y fixe ses oeufs, et, lorsqu�en cas de danger elle s�enferme dans son cornet, sa ponte se trouve �galement prot�g�e.</p><p>Diverses Araign�es transportent leur ponte avec elles : ainsi Pholcus la porte dans les ch�lic�res, Heteropoda sous le ventre, les Lycoses et les Pardoses au bout de l�abdomen.</p><p>Certaines m�res conservent pr�s</p><p>d�elles leur prog�niture plus ou moins longtemps apr�s l��closion. Lorsque le moment de la sortie des jeunes approche, la femelle de Pisaura mirabilis place son cocon sur une branche, l�entoure d�une enveloppe soyeuse grosse comme une prune, o� les petits resteront quelque temps, surveill�s de l�ext�rieur par la m�re. Chez Nemesia, les jeunes restent dans le terrier maternel, puis s�en �chappent un par un, et le dernier restant est d�j� d�une belle taille. Le cas des Lycoses est c�l�bre depuis la description qu�en a faite J. H. Fabre. D�s l��closion, les jeunes</p><p>grimpent sur le dos de la m�re et y restent plusieurs semaines sans manger. La femelle ne s�inqui�te gu�re de ceux qui tombent : � eux de remonter par leurs propres moyens. Elle accepte une nich�e suppl�mentaire et m�me le remplacement de ses propres enfants par ceux d�une autre femelle. De tels faits montrent les limites des relations m�re-jeunes, et, lorsqu�on parle d�instinct maternel chez les Araign�es, il ne faudrait pas l�assimiler � celui que nous connaissons chez les Vert�br�s sup�rieurs.</p><p>De toute mani�re, les soins aux</p><p>jeunes, pour curieux qu�ils apparaissent, ne repr�sentent que des cas particuliers chez les Araign�es ; en r�gle g�n�rale, les nouveau-n�s, anatomiquement inachev�s, restent quelque temps dans le cocon et m�nent une vie gr�gaire ; lorsque apr�s une mue ils s��chappent du cocon, leur comportement change : ils se dispersent et, pour le reste de leur vie, ils manifesteront un net individualisme.</p><p>Les Araign�es</p><p>vivent-elles longtemps ?</p><p>Pour beaucoup la long�vit� n�atteint pas un an : les jeunes �peires �closent au printemps, deviennent adultes � la fin de l��t� et meurent apr�s la ponte, en abandonnant le cocon. Les esp�ces qui surveillent les oeufs jusqu�� la dispersion des jeunes vivent un peu plus d�un an. On cite des cas de long�vit� plus �lev�e : quatre ans chez une Filistate, sept ans chez un Atypus ; on a de bonnes raisons de croire qu�une grande Mygale peut d�passer vingt ans. Dans tous les cas, les m�les vivent moins longtemps que les femelles.</p><p>Araign�es sociales</p><p>Cependant, on conna�t quelques formes tropicales (Am�rique, Afrique, Inde, Australie) chez lesquelles persiste une v�ritable vie communautaire. Theridion socialis, d�Am�rique du Sud, construit un nid sph�rique atteignant un m�tre de diam�tre, o� cohabitent des centaines d�individus. Une �peire sociale des m�mes r�gions en fait autant ; la nuit, chacune sort, file une toile-pi�ge, et rentre le matin dans le nid commun.</p><p>Uloborus republicanus construit un</p><p>abri central o� l�on trouve d�abord les m�les et les femelles, puis les femelles surveillant chacune son cocon ; autour, install�es sur une charpente commune, des toiles g�om�triques sont construites par d�autres individus de la soci�t�. Au Mexique, Coenothele gregaris vit dans une grosse boule de soie, par centaines d�individus ; les indig�nes emportent parfois ces colonies, les installent chez eux, o� elles d�barrasseront des mouches, � condition de les humecter r�guli�rement.</p><p>Ces quelques exemples n��puisent pas tous les cas de vie sociale connus chez les Araign�es. S�ajoutant aux manifestations souvent �tonnantes du comportement cit�es pr�c�demment, ils montrent que, par leur biologie, ces animaux encore trop partiellement connus ne m�ritent pas le discr�dit dont ils sont souvent les innocentes victimes.</p><p>M. D.</p><p>B J. H. Fabre, Souvenirs entomologiques (Delagrave, 1879-1886 ; 3 vol.). / E. Simon, Histoire naturelle des Araign�es (Mulo, 1892-1901 ; 8 vol.). / A. Tilquin, la Toile g�om�trique des Araign�es (P. U. F., 1942). / P. Bonnet, Biblio-graphia Araneorum (Toulouse, 1945). / L. Berland, les Araign�es (Stock, 1947). / M. Thomas, Vie et moeurs des Araign�es (Payot, 1953).</p><p>aram�en</p><p>F ASSYRIE, BIBLE, H�BREUX.</p><p>Arany (J�nos)</p><p>Po�te hongrois (Nagyszalonta [auj.</p><p>Salonta], Transylvanie, 1817 - Budapest 1882).</p><p>Enracin� dans le terroir, Arany, qui est avec Pet&#x151;fi* la figure la plus marquante des lettres hongroises au XIXe s., poss�de d�s l�enfance une connaissance du peuple et des sources vives de la langue qui le pr�dispose � devenir le porte-parole d�une nation encore �touff�e par le f�odalisme et l�occupation �trang�re.</p><p>Son premier po�me �pique, la</p><p>Constitution perdue (1845), est une satire de la vie politique provinciale</p><p>domin�e par la concussion. La mythologie y c�toie curieusement le r�alisme le plus authentique.</p><p>Mais son premier grand succ�s est un autre po�me �pique, Toldi. Toldi est un chevalier du Xe s., r�put� pour sa force prodigieuse, et dont les po�mes anciens ainsi que la litt�rature de colportage ont perp�tu� la m�moire. Cette oeuvre obtient en 1847 le prix attribu� par la soci�t� Kisfaludy, l�un des c�nacles litt�raires les plus en vue de Budapest. Ce succ�s ne modifie gu�re les conditions d�existence du po�te, alors clerc de notaire dans sa ville natale, mais il lui vaut l�amiti� de Pet&#x151;fi, qui, bien que plus jeune, l�aidera d�sormais de ses conseils et de ses encouragements. Dans leur correspondance, ils s�efforcent de d�gager une doctrine commune, que l�on peut d�finir comme une sorte de populisme national. Toutefois, Arany ne suivra pas jusqu�au bout son cadet dont les conceptions de plus en plus radicales s�apparentent d�j� au communisme. Apr�s la mort de Pet&#x151;fi, il devient m�me l�ap�tre d�un nouveau classicisme, que ses �pigones ne tarderont pas � compromettre, tout downloadModeText.vue.download 272 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>809</p><p>comme les continuateurs de Pet&#x151;fi avaient caricatur� son h�ritage. Malgr� leur amiti�, leurs temp�raments, autant que leurs positions personnelles, opposent les deux po�tes. Au contraire de Pet&#x151;fi, Arany, bien qu�il suiv�t tour � tour avec espoir et anxi�t� les diff�rentes phases de la r�volution et du combat pour l�ind�pendance, ne joua aucun r�le dans les �v�nements de 1848-1849. Pourtant, les inqui�tudes du patriote se m�lent d�s cette �poque aux premiers accents de son lyrisme personnel. L�analyse angoiss�e de soi, qui deviendra plus tard l�un des traits dominants de sa po�sie, appara�t pour la premi�re fois. En 1848, il �crit le Soir de Toldi, consacr� � la vieillesse et � la mort de son h�ros. Il renouvelle �galement la ballade en imitant plus les anciennes ballades hongroises et �cossaises que celles que mettait � la mode une Allemagne sentimentale et</p><p>romantique.</p><p>En 1851, Arany est charg� d�un</p><p>poste de professeur au coll�ge protestant de Nagyk�r�s, petite ville de l�Al-f�ld. Il y trouve un climat intellectuel favorable � son talent de po�te, mais le</p><p>� trac � qu�il �prouve devant ses �l�ves rend son travail p�nible. Il ne m�ne � bien aucun des po�mes dont il entreprend la composition, � l�exception des Tziganes de Nagyida (1852), satire am�re de la guerre d�ind�pendance : Kossuth y appara�t sous les traits d�un vo�vode tsigane qui, devenu par hasard ma�tre d�un ch�teau fort, gaspille toute sa poudre et se trouve ensuite contraint � capituler. Dans les Bardes gallois, la plus fameuse des ballades compos�es � Nagyk�r�s, Arany, qui avait �t� pressenti pour composer une ode en l�honneur de Fran�ois-Joseph � l�occasion de la premi�re visite de l�empereur en Hongrie, se fait l��cho de la l�gende selon laquelle le roi �douard Ier d�Angleterre, en visite au pays de Galles, aurait fait ex�cuter cinq cents po�tes qui s�opposaient � la mainmise anglaise sur leur pays.</p><p>En 1860, Arany s�installe � Budapest. Il y devient r�dacteur de l�Observateur litt�raire, et aussi directeur de la soci�t� Kisfaludy, celle-l� m�me qui avait autrefois couronn� Toldi. Il fait conna�tre Imre Mad�ch (1823-1864), l�auteur de la Trag�die de l�homme (1861). Il traduit Moli�re et Shakespeare. Il s�int�resse � l�histoire des Huns, qu�une croyance encore fort r�-</p><p>pandue au XIXe s. confondit longtemps avec les anc�tres des Hongrois. Dans la Mort de Buda (1864), long po�me consacr� � la lutte sanglante qui opposa Attila � son fr�re a�n�, il ne suit ni l�exemple des po�tes romantiques ni celui du Nibelungenlied, et r�ussit � cr�er une oeuvre originale o� l�analyse psychologique renforce et justifie la progression dramatique.</p><p>En 1867, la mort de sa fille Juliska l�affecte profond�ment. Il �crit peu et ressent comme une g�ne la gloire quasi officielle qui entoure d�sormais son nom. En 1871, il entreprend la traduction des com�dies d�Aristophane. En 1873, il �crit le second chant de Ti�-</p><p>not le Fou (Bolond Ist�k), dont la pre-</p><p>mi�re partie date de 1850. Ce po�me, partiellement autobiographique, est souvent consid�r� comme l�une des oeuvres majeures de la litt�rature hongroise. L�influence lointaine de Byron, sensible dans la forme, la peinture originale de la vie paysanne, le go�t du burlesque et du clin d�oeil au lecteur se m�lent curieusement dans cette oeuvre, dont la litt�rature occidentale de l��poque n�offre gu�re d��quivalent.</p><p>Les stances dans lesquelles on voit le h�ros abandonner les avantages de la vie d��tudiant pour embrasser la carri�re aventureuse de com�dien ambulant sont rest�es justement c�l�bres.</p><p>En 1874, Arany commence � �crire l�Amour de Toldi, qui devient ainsi l��l�ment central d�une trilogie. Le souci de la v�rit� historique et l�archa�sme savant de la langue y font parfois regretter la na�vet� et la verdeur populaire des deux autres parties.</p><p>En 1879, il se lib�re de ses fonctions � l�Acad�mie des sciences de Hongrie, dont il est secr�taire depuis 1865. Il trouve enfin la paix et l�ind�pendance dont il r�vait depuis longtemps.</p><p>Par leur accent et leur simplicit�, les po�mes qu�il �crit presque quotidiennement dans cette derni�re p�riode de sa vie sont parmi les plus beaux et les plus �mouvants de la po�sie hongroise.</p><p>J.-L. M.</p><p>B J. Barta, Arany J�nos (Budapest, 1953).</p><p>Araucariales</p><p>Petit ordre de plantes Gymnospermes.</p><p>L�ordre des Araucariales comprend une seule famille, celle des Arau-cario�d�es (2 genres, 36 esp�ces), vivant � l��tat sauvage uniquement dans l�h�misph�re Sud ; c�est un des sept ordres qui composent le phylum des Conif�res. Les plantes de cette famille sont imm�diatement reconnaissables gr�ce � la parfaite sym�trie radiale des ramifications, les grosses branches �tant verticill�es sur le tronc.</p><p>Ces arbres peuvent atteindre d�assez grandes dimensions : les Araucarias et les Agathis atteignent ainsi parfois plus de 50 m de haut, et, pour ce der-</p><p>nier genre, le tronc a alors plus de 2 m de diam�tre. Les feuilles, persistantes, sont de diff�rents types suivant les es-p�ces : en aiguille, en al�ne, ou presque triangulaires chez les Araucarias, ou elliptiques aplaties, comme pour les feuilles de dicotyl�dones, dans le genre Agathis.</p><p>La structure du bois rapproche ces plantes des Bennettitales, Gymnospermes fossiles, bien plus que des autres Conif�res. Les organes m�les sont des chatons qui peuvent d�passer une vingtaine de centim�tres et avoir plus de 1 000 �tamines ; le c�ne femelle, court et tr�s large, a de 20 � 30 cm de diam�tre.</p><p>Ces arbres, qui sont connus au Trias dans toutes les r�gions du monde, sont maintenant cantonn�s en Am�rique du Sud, dans les �les du Pacifique et en Asie du Sud-Est. Ils forment des for�ts claires tr�s caract�ristiques dans les Andes du P�rou et au Br�sil.</p><p>Au sud de Valdivia (40� de latitude sud) dans les Andes du Chili m�ridional, au-dessus de 1 000 m d�altitude, se trouvent des formations v�g�tales assez semblables � certains groupements forestiers europ�ens d�altitude, mais ici les arbres qui forment la base de ces for�ts sont des Araucarias (A. imbricata) et des H�tres typiques d�Am�rique du Sud, les Nothofagus.</p><p>On trouve aussi des for�ts d�A. brasi-liensis sur les parties les plus �lev�es du plateau br�silien, vers le 24e degr� de latitude sud. Cette formation remplace la for�t tropicale, localis�e sur les versants, l� o� le climat pr�sente moins d��carts thermiques et o� les froids de l�hiver se font le moins sentir.</p><p>Araucaria imbricata est l�esp�ce la plus cultiv�e en France en pleine terre ; elle prosp�re dans la r�gion m�diterran�enne et dans les r�gions de l�Ouest.</p><p>A. excelsa est assez fr�quent en France, mais c�est une esp�ce qui ne vit en pleine terre que sur la c�te m�diterran�enne ; elle est en outre tr�s courante en serre froide et orne souvent les appartements.</p><p>Il faut faire une mention sp�ciale pour A. Cookii, strictement littoral, originaire de Nouvelle-Cal�donie et</p><p>des �les avoisinantes. Adulte, il a un port columnaire tr�s particulier, mais ce port ne s�acquiert que progressivement ; la silhouette des individus jeunes est conique, puis il y a chute des longues branches, remplac�es par des rameaux courts, tous de m�me longueur et ramifi�s � leur extr�mit�.</p><p>Les Agathis sont aussi quelquefois cultiv�s en France, surtout dans la r�gion m�diterran�enne ; leur r�sine (copal) peut servir dans la fabrication des vernis, des laques.</p><p>Dans leur pays d�origine, les Arau-cario�d�es fournissent un bois appr�ci�.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>arbitrage</p><p>R�glement d�un conflit par un simple particulier choisi par les parties du fait de la confiance sp�ciale qu�il leur inspire, soit en raison de ses connaissances techniques, soit en raison de son exp�rience, de son autorit�, de sa r�putation quant � son savoir juridique, son int�grit�, son impartialit� et son honorabilit�.</p><p>L�arbitrage constitue g�n�ralement une proc�dure* plus rapide et moins on�reuse que le recours aux tribunaux, et il permet de soumettre le litige � des personnes ayant, en certaines mati�res, une meilleure connaissance technique que les juges professionnels.</p><p>Au regard de ces avantages, il pr�-</p><p>sente des dangers, lorsque les parties s�adressent � la l�g�re � des arbitres dont les connaissances juridiques et la moralit� sont insuffisantes. Le l�gislateur a donc r�glement� l�arbitrage.</p><p>Les Constituants cherch�rent � d�velopper, en 1790, cette institution peu pratiqu�e dans l�ancien droit fran�ais, mais conforme � l�id�ologie de la R�-</p><p>volution. Leurs esp�rances furent vite d��ues. Cependant, le Code de proc�-</p><p>dure civile de 1806 a maintenu l�arbitrage en lui laissant seulement un emploi limit�. Mais la loi du 31 d�cembre 1925, en autorisant la clause compromissoire en mati�re commerciale, lui a valu un renouveau consid�rable.</p><p>Le compromis et la clause compromissoire</p><p>Le compromis est le contrat par lequel les parties r�glent les conditions de l�arbitrage d�un litige n�. Toujours �crit, il indique, � peine de nullit�, l�objet du litige et le ou les noms des arbitres. Pour compromettre, il faut avoir la capacit� de disposer du droit en litige et d�ester en justice. On ne peut compromettre dans les questions relatives � l��tat, � la capacit� des personnes, au divorce ou � la s�paration de downloadModeText.vue.download 273 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>810</p><p>corps ni dans toutes mati�res int�res- Les arbitres peuvent demander des sant l�ordre public. honoraires. Ils peuvent �tre r�voqu�s Lorsque les parties conviennent � l�avance, dans un contrat quelconque pass� entre elles, que les contestations qui pourront dans l�avenir s��lever � propos de ce contrat seront soumises � l�arbitrage, il y a clause compromissoire.</p><p>En 1843, la Cour de cassation a d�clar� nulle la clause compromissoire. Aux termes de l�article 2061 du Code civil, la clause compromissoire est nulle s�il n�est dispos� autrement par la loi. Elle est possible en mati�re commerciale.</p><p>par les parties si elles sont d�accord ou r�cus�s par l�une d�elles pour une raison post�rieure au compromis.</p><p>La sentence arbitrale</p><p>Se pr�sentant, en principe, comme un jugement rendu � la pluralit� des voix, elle s�analyse comme un acte authentique ayant l�autorit� de la chose jug�e ; mais, pour qu�elle soit rendue ex�cutoire, elle devra �tre rev�tue d�une ordonnance Les arbitrestribunal de grande instance met la force Les parties peuvent d�signer la personne de leur choix et fixer en toute libert� le nombre des arbitres. L�arbitre n�est pas contraint d�accepter la mission dont on veut l�investir. S�il</p><p>accepte, ses pouvoirs sont temporaires, la dur�e de l�arbitrage �tant fix�e par les parties et, � d�faut, par la loi (trois mois � dater du compromis).</p><p>La sentence arbitrale est susceptible de voies de recours, tels l�appel ordinaire et l�appel-nullit�, cr�ation jurispruden-tielle qui permet aux parties d�obtenir l�annulation de la sentence si celle-ci a m�connu certains principes d�ordre public, notamment le respect du droit de la d�fense. L�ancienne requ�te civile est, En ce qui concerne leurs pouvoirs, les arbitres doivent, en principe, se conformer au droit quant au fond et quant � la forme, mais la plupart des textes l�gislatifs relatifs � l�arbitrage ayant une valeur simplement dispositive, puisqu�ils sont �tablis en faveur des particuliers, ceux-ci peuvent convenir dans le compromis de r�gler diff�remment l�arbitrage.</p><p>en r�vision. Il y a de plus une voie de recours sp�ciale : l�opposition � l�ordonnance d�exequatur.</p><p>M. C.</p><p>&#x25B6; Conflit collectif du travail / Conflits internationaux.</p><p>arboriculture</p><p>Lorsque, cas le plus fr�quent, les arbitres n�ont � tenir compte ni de r�gles de fond ni de r�gles de forme, c�est-</p><p>�-dire lorsqu�ils statuent en �quit� et sans observer la proc�dure ordinaire, ils portent le nom d�amiables compositeurs.</p><p>fruiti�re</p><p>�tude de la culture rationnelle des arbres fruitiers, en vue de la production des fruits (� noyau et � p�pins).</p><p>Les conditions de r�ussite sont : d�exequatur, par laquelle le pr�sident du publique � la disposition du porteur.</p><p>depuis 1975, remplac�e par le recours pouvoir bien vendre ses fruits</p><p>La situation du commerce des fruits im-</p><p>pose aux producteurs l��tablissement pr�alable d�un bilan faisant appara�tre les possibilit�s actuelles pour chaque cat�gorie de fruits, l��quilibre entre les besoins et les ressources et la tendance des pays concurrents. Dans leur ensemble, les plantations fruiti�res, au cours de ces vingt derni�res ann�es, n�ont cess� d�augmenter, ce qui est � l�origine de la m�vente des fruits, des pommes plus particuli�rement.</p><p>pouvoir produire des fruits de qualit� aux prix les plus bas</p><p>Il faut, pour cela, conna�tre la technique de la culture fruiti�re, c�est-�-dire : les conditions offertes par le milieu naturel ; la cr�ation des vergers ; l�exploitation moderne des vergers.</p><p>Importance du</p><p>verger fran�ais</p><p>Si, peu de temps avant la Premi�re Guerre mondiale, le verger fran�ais �tait caract�ris� par sa dispersion sur l�ensemble du territoire et par son implantation dans des secteurs privil�gi�s et restreints, depuis une dizaine d�an-n�es il s�est concentr� dans des r�gions bien d�finies : Sud-Est, Sud-Ouest, vall�e de la Loire, o� la culture fruiti�re est industrialis�e.</p><p>C�est ainsi que, de 1961 � 1965, les superficies totales consacr�es aux productions fruiti�res, cultures pures et cultures associ�es, ont diminu� de plus de 30 000 ha, au d�triment du Ch�taignier, du Pommier � cidre et du Prunier, tandis que d�autres cultures fruiti�res ont �t� b�n�ficiaires et que certaines se sont maintenues, comme la Vigne, l�Abricotier et le P�cher.</p><p>Dans les vergers purs, la diminution des surfaces a �t� tr�s faible (� peine 7 000 ha) et s�est effectu�e � l�encontre du Pommier (84 700 ha contre 63 800), du Poirier (30 500 ha contre 22 100) et des Agrumes (1 223 ha contre 670).</p><p>D�autres esp�ces se montrent d�ficitaires, comme le Noyer, l�Amandier et le P�cher, alors que les autres (Fraisier, Vigne de table, Cerisier, Abricotier, Prunier) restent stationnaires.</p><p>Par contre, � la faveur de meilleures techniques, les rendements n�ont cess�</p><p>d�augmenter. La production totale fruiti�re est pass�e, de 1939 � 1955, de 850 000 t � 1 400 000 t et, de 1965 � 1968, de 2 875 000 t � 3 558 000 t. Elle se situe, en 1970, entre 4 millions et 4 300 000 t (fruits de toutes cat�gories), ce qui repr�sente � peu pr�s 20 p. 100</p><p>de la production de la C. E. E.</p><p>Importance de la</p><p>production des pays</p><p>de la C. E. E.</p><p>Dans la C. E. E. se trouvent les deux plus grands pays producteurs de fruits, l�Italie et la France, qui ont connu au cours des dix derni�res ann�es une v�-</p><p>ritable reconversion, en partie influenc�e en France par le retour en m�tropole des rapatri�s d�Afrique du Nord, et en Italie par la mise en valeur des r�gions du Sud (zone de Foggia).</p><p>En Allemagne f�d�rale, la production fruiti�re est caract�ris�e par une grande h�t�rog�n�it� ; les mouvements de reconversion ne s�y sont pas manifest�s.</p><p>Dans les Pays-Bas, la production fruiti�re est quantitativement peu importante, mais elle est en g�n�ral de bonne qualit�. La reconversion est en cours (surtout pour les Poiriers), ce qui explique la relative stagnation des tonnages r�colt�s.</p><p>La Belgique et le Luxembourg</p><p>semblent �tre �galement, avec un peu de retard, en reconversion.</p><p>On peut constater, entre les ann�es 1965 et 1970, une augmentation de plus de 50 p. 100 des r�coltes de pommes en Allemagne, en Italie et en France, de 50 � 90 p. 100 pour les poires, de 25</p><p>� 50 p. 100 pour les p�ches et de 10 � 50 p. 100 pour le raisin de table.</p><p>La production mondiale</p><p>Si l�on examine les chiffres r�cents, on remarque que, pour les trois principales esp�ces fruiti�res (Pommier, Poirier et P�cher), et cela dans presque tous les pays du monde, l��volution a toujours �t� dans le sens d�une augmentation de la production. Toutefois, c�est en Europe qu�elle est le plus marqu�e, puis en Am�rique du Nord et, dans de</p><p>moindres proportions, en Chine et en Oc�anie.</p><p>Pour l�Italie et pour la France, l�augmentation de la production ayant �t� spectaculaire, son �coulement pose aujourd�hui des probl�mes difficiles.</p><p>Il est envisag� de r�duire les surfaces, de ne plus cr�er de nouveaux vergers et de se montrer tr�s s�v�re au sujet de la normalisation, ce qui constituera pour l�exportation une garantie suppl�mentaire de succ�s.</p><p>Le verger moderne</p><p>Depuis une dizaine d�ann�es, les vergers de toute nature se sont multipli�s intens�ment, surtout dans le sud-est et le sud-ouest de la France. Trop downloadModeText.vue.download 274 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>811</p><p>souvent, ils ont �t� install�s dans des zones peu favorables. Les nouveaux venus � l�arboriculture ont souvent vu trop grand ou trop petit. Mal pr�par�s � leur entr�e dans un march� difficile, ils subissent les contrecoups in�vitables de leur � aventure fruiti�re �.</p><p>Sa conception</p><p>Le verger moderne, � l�image de ce qui a �t� r�alis� dans les zones nouvellement mises en valeur avec des lots de 40 ha et plus, doit �tre con�u sur des bases nouvelles (cultures en plein, � grand espacement, avec peu d�esp�ces et de vari�t�s, vastes chemins d�acc�s), ce qui permet la r�alisation des travaux d�entretien et de r�colte avec les mat�riels les plus modernes. Certes, il existe encore dans le Roussillon et le Vaucluse une forte partie du verger o� les arbres sont associ�s aux cultures mara�ch�res. Mais l�association traditionnelle Vigne - arbres fruitiers a pratiquement disparu, et, de nos jours, la culture en plein repr�sente une part importante du verger total : P�cher, 80 p. 100 ; Poirier, 73 p. 100 ; Pommier, 68 p. 100 ; Abricotier, 64 p. 100 ; Cerisier, 45 p. 100 ; Prunier, 41 p. 100.</p><p>Pour ces six grandes esp�ces, en ne</p><p>retenant que les six grandes r�gions fran�aises (Languedoc-Roussillon, Provence - C�te d�Azur, Midi-Pyr�-</p><p>n�es, Aquitaine, Pays de la Loire et Rh�ne-Alpes), les vergers purs occupent une superficie de 180 000 ha, dont la part du verger non productif (ou en d�but de production) repr�sentait, en 1964-65, de 48 � 70 p. 100, avec 11 p. 100 seulement d�arbres �g�s.</p><p>Les conditions de r�ussite</p><p>Elles sont nombreuses et toutes tr�s importantes.</p><p>y L�emplacement. Le verger doit</p><p>�tre cr�� pr�s de l�exploitation ou, � d�faut, en bordure d�une route accessible. Il sera proche d�un march� de consommation, d�un centre d�exp�-</p><p>dition disposant d�entrep�ts frigorifiques ou � d�faut d�une gare pour assurer l�exp�dition des r�coltes vers les centres de vente. La pr�sence d�une station fruiti�re, d�une coop�rative, d�une S. I. C. A., ou l�adh�sion possible � un groupement de producteurs seront des raisons d�terminantes pour le choix de l�emplacement.</p><p>y Le climat. Il faut avant tout �viter les exc�s, les grandes chaleurs et les trop basses temp�ratures (gel�es), contre lesquelles il est difficile et co�-</p><p>teux de lutter. L�influence des grands vents est � consid�rer ; elle impose l��tablissement de haies de protection, comme cela existe vers Avignon.</p><p>y Le sol et le sous-sol. Leur nature physique est � la base de la r�ussite. Il faut avant de se d�cider faire l��tude du profil, ce qui doit �viter les d�g�ts possibles imputables � l�asphyxie radiculaire. Les meilleurs terrains � vergers sont les sols profonds, faciles � travailler, sans exc�s d�argile, pas trop calcaires, perm�ables et irrigables.</p><p>La dose de calcaire actif conditionne souvent la r�ussite finale ; les arbres fruitiers � p�pins (Poiriers sur franc et Pommiers) supportent 20 � 25 p. 100</p><p>de calcaire actif, tandis que le Cognas-sier chlorose � plus de 8-10 p. 100 et que le P�cher franc meurt brutalement vers la sixi�me ann�e si la dose d�passe 6 p. 100.</p><p>y Le choix des esp�ces et des vari�-</p><p>t�s. Leur nombre sera fonction de la nature du sol, de l�importance de l�exploitation, des besoins en main-d�oeuvre pour la r�colte, du climat (gel�es), des possibilit�s d�irrigation et �ventuellement des cultures pr�c�dentes.</p><p>Ainsi, dans les vall�es riches et alluvionnaires, le P�cher, le Poirier et le Pommier seront � la base des plantations, tandis que, sur les coteaux, ne pourront �tre retenus que l�Abricotier, le Cerisier, l�Amandier, le Prunier, l�Olivier et le Figuier. Si le terrain au cours des ann�es pr�c�dentes a �t� occup� par des P�chers et des Poiriers, il sera indispensable de faire appel au Pommier et � l�Abricotier et, en tout �tat de cause, faute de pouvoir changer l�esp�ce, ce sera le porte-greffes.</p><p>Les producteurs d�une m�me r�gion ont int�r�t � s�entendre pour le choix des vari�t�s, condition de base pour rendre plus homog�ne la production.</p><p>Cette derni�re condition est indispensable pour permettre l�organisation rationnelle du conditionnement et de la commercialisation, ainsi que la continuit� des exportations. Il faut peu d�esp�ces et de vari�t�s, et il convient de ne pas n�gliger la mise en place des pollinisateurs, dans la proportion de 10</p><p>� 12 p. 100.</p><p>y Les distances et syst�mes de plantation. Bien que les distances soient downloadModeText.vue.download 275 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>812</p><p>en liaison directe avec la nature du sol, les possibilit�s d�irrigation, le porte-greffes, l�esp�ce et la vari�t�, la forme et le syst�me de taille, il est possible de conseiller l�usage de grandes distances, afin de pouvoir recourir � tout moment aux machines.</p><p>Il faut abandonner les plantations mixtes, n�adopter que des ensembles importants, en carr� ou en rectangle, avec une pente r�guli�re si l�on doit irriguer � la raie.</p><p>y Les porte-greffes. Leur choix est d�termin� par la nature physique du sol, les possibilit�s d�irrigation et le mode d�exploitation adopt�. Dans la r�gion proven�ale et, � un moindre degr�, dans le Roussillon, les arbo-riculteurs utilisent des porte-greffes affaiblissants (Prunier pour le P�cher, Paradis pour le Pommier et Cognas-sier pour le Poirier), tandis que, dans les pays de la Loire, on choisit des porte-greffes vigoureux (doucin et franc). Dans la r�gion Rh�ne-Alpes, trois types se partagent le verger (franc, doucin, Paradis).</p><p>y Les formes. Elles sont de plus en plus simples, adapt�es � la taille par �claircie, qui se g�n�ralise de plus en plus. Les hautes tiges (pommiers de plein vent) c�dent la place aux basses tiges (gobelet et gobelet diff�r�) et, dans les zones ventil�es, aux formes paliss�es. Elles sont peu nombreuses, simples, telles que le croisillon lyonnais, la palmette oblique, le drapeau Marchand ou la haie fruiti�re. Dans les zones � implantation r�cente, les arbres en basse tige repr�sentent une part primordiale du verger.</p><p>Le gobelet classique. Il se r�alise par la taille du scion, � la plantation, au-dessus du 4e oeil bien plac� et bien vivant. La 2e ann�e, en hiver, ce sera le choix de 3 charpenti�res formant un angle identique, qui seront taill�es � 40 cm de longueur, sur 2 yeux lat�-</p><p>raux, afin d�obtenir 6 charpenti�res, qui par la suite porteront les coursonnes, ces petits rameaux o� seront fix�s les fruits.</p><p>Le croisillon. L�, il faudra rabattre le scion (Poirier) � 0,30 m du sol, seulement sur 2 yeux lat�raux, de telle sorte que, l�hiver suivant, on puisse diriger de droite et de gauche les 2 bras du croisillon, dont l�ouverture sera plus ou moins grande, en rapport direct avec la vigueur. En effet, toutes les branches mises � l�oblique perdent de leur vigueur et, inversement, celles qui se rapprochent de la verticale ne manquent pas d�en prendre.</p><p>Le gobelet diff�r�. C�est la forme moderne ; elle exige des scions vigoureux, un sol riche, de fortes fumures.</p><p>Au d�part, le scion est taill� � 90 cm de hauteur afin de distancer les branches charpenti�res, ou m�res, d�au moins 30 cm (sur le tronc), tout en maintenant un angle d�ouverture de 60 � 70�.</p><p>Puis, sur les m�res, seront prises des sous-m�res espac�es de 60 cm, et sur ces derni�res on conservera, � la taille d��claircie, les branches � fruits, sans les raccourcir, suivant le principe de l�allongement.</p><p>Il est souvent indispensable de maintenir l�axe du tronc pendant un an, afin de mieux distancer la 3e branche m�re, sur l�axe de la forme.</p><p>La palmette italienne. Elle est valable pour toutes les esp�ces fruiti�res.</p><p>C�est une forme paliss�e, conduite en taille par �claircie.</p><p>Le scion est taill�, � la plantation, � 50 cm de hauteur, sur 3 yeux (1 de face et 2 lat�raux), ce qui doit permettre, en renouvelant la m�me op�ration pendant 3 ans, d�obtenir 3 �tages de branches obliques (m�res) o� seront dispos�es les sous-m�res et o� sera r�alis�e la taille moderne.</p><p>y La fumure au verger. Elle doit �tre calcul�e en fonction des r�sultats de l�analyse du sol. Si ce dernier est de consistance moyenne, la fumure de fond, qui assure l�accomplissement de r�serves, sera caract�ris�e par des apports importants de mati�res organiques et chimiques :</p><p>50 � 80 t de fumier � l�hectare ; 2 � 3 t de superphosphates � l�hectare ; 0,5 � 0,6 t de sulfate de potasse � l�hectare, que l�on incorpore au sol au cours de sa pr�paration (d�foncement ou sous-solage).</p><p>Par la suite, la fumure d�entretien tient compte de l��ge des arbres et des tonnages r�colt�s.</p><p>L��quilibre, en moyenne 1/0,8/1,5, donne le rapport qui doit exister entre les 3 �l�ments de base (N/P2O5/K2O) ; l�intensit� concerne l�importance en poids et prend pour base une quantit� de 15 kg d�azote pur par ann�e d��ge et par hectare. Ce dernier �l�ment sera apport� au sol en 3 fois : un mois avant</p><p>le d�bourrement, � la nouaison et apr�s la r�colte. Les deux autres �l�ments (P</p><p>et K) sont apport�s � l�automne, avec le labour d�hiver ou par le principe de la localisation.</p><p>y L�irrigation. Elle est souvent indispensable (Midi) et se r�alise par submersion, par sillons ou par aspersion.</p><p>Le choix du mode d�irrigation est en rapport avec les ressources, le profil et la nature du sol. Trop souvent la pr�sence de limon interdit l�aspersion et oblige au choix d�un autre mode downloadModeText.vue.download 276 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>813</p><p>d�irrigation. Quel que soit le proc�d� retenu, il faut irriguer � bon escient, sans exc�s, au bon moment (le soir), sans attendre le moment critique et tout en tenant compte de l�influence des engrais et de la diffusion possible des maladies du syst�me radiculaire.</p><p>y La lutte contre les gel�es. Dans de tr�s nombreuses r�gions, au printemps, les gel�es causent des d�g�ts qui justifient la lutte. On pratique des m�thodes indirectes (choix de l�emplacement, formes �lev�es, rou-lage du sol) ou des m�thodes directes telles que le r�chauffement de l�air ambiant avec usage de chaufferettes � mazout, de rayonnement infrarouge ou d�aspersion d�eau sur les arbres.</p><p>Le prix de revient et les ressources en eau d�terminent le choix du proc�d� de lutte.</p><p>y Les co�ts de production. Il faut dans ce domaine distinguer les frais fixes et les frais annuels, ou d�entretien. Les premiers concernent surtout l�amortissement de la plantation, du mat�riel et des b�timents ; ils s��l�vent � 40 ou 42 p. 100 du total.</p><p>Les seconds concernent la main-</p><p>d�oeuvre, les approvisionnements, les frais d�entretien et ceux de fonctionnement du mat�riel, ainsi que les produits de lutte ; ils totalisent 58 � 60 p. 100 des d�penses globales.</p><p>Il est possible de faire �voluer ces charges, soit en rentabilisant le mat�riel</p><p>par un emploi plus judicieux (grandes surfaces ou CUMA), soit en r�duisant les frais de main-d�oeuvre (taille par �claircie, �claircissage chimique des fruits). En ce qui concerne l�amortissement des plantations, le producteur est en mesure d�en diminuer l�importance en agissant sur la p�riode de non-production, par le choix de formes simples et l�adoption de la taille moderne dite � par allongement � ou � par �claircie �.</p><p>�tude des</p><p>principales esp�ces</p><p>On classe les diverses esp�ces cultiv�es en fonction de la nature des fruits r�colt�s, � savoir :</p><p>� les fruits � p�pins : pommes et poires ;</p><p>� les fruits � noyau : p�ches, abricots, cerises et prunes ;</p><p>� les petits fruits : framboises, cassis, groseilles ;</p><p>� les autres fruits : fraises, noix, ch�-</p><p>taignes, amandes, raisins de table...</p><p>Leur localisation est en liaison �troite avec le climat. Les Pommiers et les Poiriers se situent de pr�f�-</p><p>rence dans le Val de Loire, la r�gion parisienne, la vall�e de la Garonne et surtout la vall�e du Rh�ne. Les fruits � noyau (cerises et prunes) se r�partissent d�une fa�on toute diff�rente ; on en trouve aussi bien dans l�Est que dans les vall�es de la Seine, de la Loire et de la Garonne. Le P�cher et l�Abricotier, plus exigeants quant au sol et au climat, se situent dans la vall�e de la Garonne, le Roussillon, le Languedoc, la vall�e du Rh�ne, les Alpes-Maritimes et la Corse.</p><p>Le Pommier</p><p>C�est l�esp�ce fruiti�re la plus cultiv�e dans le monde. Sa production, y compris les pommes � cidre, est �quivalente � celle des agrumes*.</p><p>Les vergers de Pommiers se trouvent localis�s en France principalement dans 3 zones : Sud-Est (35 p. 100), vall�e de la Loire (24 p. 100) et Sud-Ouest (22 p. 100).</p><p>Le verger est jeune, puisque 22 p. 100 des arbres ont moins de 4 ans, et que 40 p. 100 ont entre 4 et 10 ans.</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>L�aire de culture du Pommier est tr�s �tendue et semble s�accommoder de tous les climats locaux et r�gionaux.</p><p>Cet arbre craint moins le froid que la chaleur excessive, et pr�f�re les climats humides (bande littorale) downloadModeText.vue.download 277 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>814</p><p>aux climats secs. Les vari�t�s d�origine am�ricaine, gr�ce � une longue p�riode v�g�tative, s�adaptent parfaitement. La r�sistance aux basses temp�ratures et les besoins en froid ne posent pas de difficult�s. Il est souhaitable de r�server au Pommier les situations les plus fra�ches, � l�exception des vallons trop soumis aux brouillards. Peu exigeant quant au sol, il demande une bonne terre � Bl�, saine, m�me calcaire, mais riche en magn�sium.</p><p>y Porte-greffes. En dehors du franc, les p�pini�ristes ont recours aux s�-</p><p>lections d�East-Malling (nos I, II, IV, VII, IX, XII) et aux hybrides Malling-Mertons (MM 104-109-111).</p><p>y Formes. Ce sont le gobelet diff�r� et la palmette italienne.</p><p>y Vari�t�s. Dans toute la France, la Golden et les Delicious rouges repr�sentent la plus grosse part (75 � 85 p. 100, suivant les r�gions) ; puis viennent, dans la vall�e de la Loire et en montagne, les diverses Reinettes (Canada, Clochard, du Mans).</p><p>y Soins. Les vergers sont soumis � la taille longue ou d��claircie, que compl�te l��claircissage chimique des fruits. Irrigations, fumures et soins</p><p>antiparasitaires assurent une r�colte de fruits de qualit�.</p><p>Le Poirier</p><p>La production fran�aise, en accroissement constant et r�gulier, se localise dans 3 r�gions : le Val de Loire, qui est pass� de 13,4 p. 100 � 16,6 p. 100 ; la vall�e de la Garonne (de 6,5 p. 100 � 10,6 p. 100) et le Sud-Est m�diterran�en (de 29,3 p. 100 � 40,5 p. 100). Les autres r�gions se maintiennent, tandis que la r�gion parisienne est tomb�e de 8,7 � 4,1 p. 100. Dans l�ensemble, le verger est jeune, puisque 54 p. 100 des surfaces ont moins de 10 ans.</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>L�aire de culture du Poirier est plus limit�e que celle du Pommier : il lui faut les situations a�r�es des grandes plaines, � l�abri des vents, des ge-l�es et du brouillard. Tr�s exigeant quant au sol, il ne prosp�re que dans les terres limoneuses, saines et perm�ables. L�exc�s de calcaire actif le pr�dispose � la chlorose. La nature du sous-sol influence la qualit� des fruits, et l�eau � faible profondeur en provoque la mort par asphyxie radiculaire.</p><p>y Porte-greffes. On utilise le franc en sols calcaires et ailleurs le Cognas-sier, avec ses r�centes s�lections dites</p><p>� d�Angers � (C. 76 et C. 12 L1) ou</p><p>� de Provence � (C. 29, L1, C. 85 1, C. 98 4).</p><p>y Vari�t�s. Les vari�t�s pr�coces, Docteur Jules Guyot et William�s, occupent une grande part, puis</p><p>celles d�automne et d�hiver, comme Beurr� Hardy, Alexandrine Douillard, Doyenn� du Comice, Duc de Bordeaux et Passe-Crassane. En toutes circonstances, les producteurs</p><p>tiennent compte des influences de la pollinisation crois�e.</p><p>y Soins. Dans les zones ventil�es, les arbres sont �lev�s en formes paliss�es (palmette italienne, croisillon), et ailleurs en gobelet ou en fuseau. La taille est tr�s simplifi�e, semi-longue, sur brindilles. Les irrigations, fumures et soins antiparasitaires doivent �tre bien r�alis�s.</p><p>Le P�cher</p><p>En France, la r�gion Rh�ne-Alpes reste le plus gros producteur, bien que sa participation soit en r�gression (de 43 p. 100 � 30 p. 100) ; la Provence-C�te d�Azur maintient sa progression, downloadModeText.vue.download 278 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>815</p><p>et deux r�gions ont un dynamisme particulier, le Languedoc et le Midi-Py-r�n�es. On estime que 47 p. 100 des surfaces ont moins de 6 ans, tandis que 46 p. 100 sont �g�s de 7 � 15 ans.</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>Les exigences climatiques sont bien particuli�res : le P�cher redoute les gel�es de printemps, et sa v�g�tation est influenc�e par le repos hibernal, ou hibernation. Suivant les vari�t�s, les besoins en froid varient de 650 � 950 heures d�une temp�rature inf�-</p><p>rieure � 7,2 �C.</p><p>En �t�, les besoins en eau sont importants. Le P�cher aime les sols profonds, sains, qui s��gouttent bien et qui sont exempts de calcaire actif (le franc chlorose � 6 p. 100 de calcaire actif).</p><p>Les sols alluvionnaires, silico-argileux (pH de 6,5 � 7,5) donnent les meilleurs r�sultats.</p><p>y Porte-greffes. On utilise le franc en sol non calcaire et la s�rie des Pruniers (Damas, Saint-Julien, Brompton, etc.) pour les sols calcaires et humides, puis l�Amandier en sols secs, pauvres et calcaires.</p><p>y Vari�t�s. L��volution est constante, ce qui se concr�tise par une pr�dominance des vari�t�s � chair jaune (56 p. 100), au d�triment des vari�t�s � chair blanche, et par l�apparition des Nectarines et Brugnons, comme des Pavies, dans le domaine des fruits de transformation.</p><p>y Soins. Les arbres sont form�s en gobelet diff�r�, plant�s � grandes distances (5 m � 7 m), et parfois en</p><p>palmette italienne dans les zones ventil�es. La mise � fruit est obtenue par la taille d��claircie, compl�t�e par l��claircissage manuel des fruits.</p><p>Fumures, irrigations (souvent par aspersion) et traitements assurent une production de qualit�.</p><p>L�Abricotier</p><p>La production fran�aise a tripl� depuis 1955, et dans le m�me temps la production mondiale a doubl�. Cette production est tr�s fluctuante ; elle est en liaison avec la sensibilit� de l�esp�ce aux gel�es et aux maladies cryptogamiques de printemps (Monilia).</p><p>En France, elle est concentr�e dans deux zones : la vall�e du Rh�ne et les coteaux avoisinants de la Dr�me, de l�Ard�che, du Gard, du Vaucluse, des Bouches-du-Rh�ne, ainsi que la plaine du Roussillon (Pyr�n�es-Orientales).</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>L�Abricotier se d�veloppe spontan�-</p><p>ment dans les r�gions d�altitude de la zone temp�r�e. Il est tr�s sensible aux gel�es de printemps, d�autant plus que sa floraison est pr�coce : aussi faut-il lui r�server les meilleures expositions (sud et sud-est). Peu exigeant quant au sol, il redoute cependant les sols froids et humides, o� il se montre plus sensible au d�p�rissement.</p><p>y Porte-greffes. En sols sains ce sera le franc, et ailleurs le Prunier (Saint-Julien, Myrobolan, Brompton ou</p><p>Reine-Claude). Il faut avoir recours � des sujets de semis. Certains hybrides sont valables.</p><p>y Vari�t�s. Leur choix varie avec les r�gions : en Roussillon, ce sera le Rouge du Roussillon, ailleurs le Caninos et, dans la vall�e du Rh�ne,</p><p>downloadModeText.vue.download 279 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>816</p><p>le Polonais, le Muscat, le Royal, le Paviot, le Ros�, etc.</p><p>y Soins. Les Abricotiers sont</p><p>construits en gobelet diff�r�, avec mise � fruit par le principe de la taille semi-longue sur brindilles. La lutte contre les maladies � Virus et les Champignons du sol (Verticillium) qui provoquent le d�p�rissement retient l�attention des producteurs.</p><p>Le Cerisier</p><p>En France la production de cerises a augment� de 35 p. 100 de 1955</p><p>� 1965. Actuellement, 45 p. 100</p><p>des arbres ont moins de 10 ans, et 80 p. 100 moins de 20 ans.</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>Cette esp�ce est exigeante quant au climat. Sa floraison mi-tardive lui permet d��chapper en partie aux effets des gel�es. Le Cerisier est sensible � la radiation lumineuse ; il redoute les grands vents et craint l�humidit� du sous-sol, qui entra�ne sa mort par asphyxie radiculaire. Tous les sols lui conviennent, m�me calcaires ; il aime un sol a�r� et bien drain�.</p><p>y Porte-greffes. Ce sont : le Merisier, en sols humides et non calcaires ; le Prunus Mahaleb, ou Sainte-Lucie, en sols calcaires, secs, pauvres (surtout le clone SL 64) et le Griottier, ou Cerisier acide, en sols interm�diaires des deux pr�c�dents (il est peu utilis�).</p><p>y Vari�t�s. Les bigarreaux Burlat et Moreau repr�sentent 50 p. 100 de la production, puis viennent des vari�-</p><p>t�s de diverses saisons, comme H�-</p><p>tive de B�le, Montmorency, Coeur de Pigeon, B. Reverchon, B. Marmotte, B. Napol�on, B. G�ant d�Edelfingen, auxquelles seront associ�es obligatoirement des vari�t�s pollinisatrices (Early Rivers, Jaboulay, Marmotte, etc.).</p><p>y Soins. Les Cerisiers sont �lev�s en</p><p>demi-tiges et soumis � un �lagage annuel et, en d�but de formation, � des pincements d��t� en v�g�tation. Si les irrigations ont peu d�importance, il ne faut pas n�gliger les fumures et la lutte contre la mouche des cerises.</p><p>Le Prunier</p><p>La r�partition en France, par r�gions, est la suivante : Sud-Ouest (52 p. 100), Est (13 p. 100), Sud-Est (12 p. 100).</p><p>Dans l�ensemble et en ne tenant</p><p>compte que des vergers � l��tat pur, pr�s de 47 p. 100 des surfaces sont � peine � leur d�but de production. Dans l�Est et la r�gion parisienne, les vergers sont �g�s (60 p. 100 ont plus de 24 ans).</p><p>y Climat, situation, exposition, sol.</p><p>Le Prunier est susceptible de bien se comporter aux expositions les plus chaudes ; il r�siste aux basses temp�ratures et prosp�re en altitude (Reine-Claude).</p><p>Les Pruniers japonais sont plus exigeants ; ils ne donnent de bons r�sultats qu�aux expositions sud et sud-est et redoutent le manque d�eau en �t�, ce qui souvent provoque la chute pr�-</p><p>matur�e des feuilles et la floraison � contre-saison. Le Prunier n�est pas tr�s exigeant au point de vue du sol ; seules les terres trop argileuses et trop s�ches (sablonneuses) ne lui conviennent pas.</p><p>y Porte-greffes. Il est possible de le greffer sur franc, mais on utilisera de pr�f�rence le Prunier (Saint-Julien, Damas, Brompton et Mariana). Pour les Prunes d�Ente (pruneaux), il est sage de faire usage des r�centes s�lections : I. N. R. A., Mariana GF 8I et Myrobolan GF P. 31-6.</p><p>y Vari�t�s. Dans les r�gions de l�Est, ce sont les Quetsches et les Mira-belles, puis les Prunes d�Ente et la Reine-Claude dans le Sud-Ouest, et les vari�t�s japonaises (Methley, Golden Japan, Burbank) presque exclusivement dans le Sud-Est et la Corse.</p><p>Ici encore, le choix des pollinisateurs est primordial.</p><p>y Soins. Les Pruniers sont �lev�s en</p><p>haute tige et de plus en plus en gobelet diff�r� ; ils sont soumis � une taille d��lagage. Seuls les Pruniers d�Ente exigent une taille sp�ciale (de formation). Les cultures sont irrigu�es, soumises � des fumures �quilibr�es et � des traitements contre l�Hoplocampe de la prune.</p><p>La r�colte des fruits</p><p>Les producteurs, dans l�espoir de vendre leurs fruits plus cher, ont tendance � r�colter trop t�t. Pour certains fruits, comme la p�che, l�abricot, le raisin de table, la cerise, cette pratique porte un pr�judice certain, car elle d�courage l�acheteur. Avec la pomme et la poire, il est possible de r�aliser artificiellement la maturit� gustative.</p><p>Pour d�autres, il est malais� de d�finir la date de la cueillette, l�appr�ciation de la maturit� physiologique n��tant pas facile.</p><p>Divers tests permettent d�y arriver, les uns fond�s sur les caract�res externes (couleur de l��piderme, fermet� de la chair, r�sistance � l�accrochage), les autres sur les caract�res dits � internes � (teneur en amidon et surtout temps �coul� de la floraison � la maturit�).</p><p>Pratique de la cueillette</p><p>Quelle que soit la surface du verger, les pr�cautions seront les m�mes ; usage d�emballages appropri�s, �chelles, na-celles hydrauliques, remorque � �tages, �l�vateurs, sacs, etc. Seule la m�canisation de la cueillette permet de r�duire les frais de r�colte de pr�s de 20 p. 100</p><p>avec les p�ches, et de 30 � 33 p. 100</p><p>avec les poires et les pommes. En Italie, les producteurs utilisent des remorques � �tages (r�gions de V�rone et de Ferrare).</p><p>La conservation</p><p>des fruits</p><p>Pour conserver leurs fruits, les arbo-riculteurs font appel au froid et, depuis quelque temps, � l�atmosph�re contr�l�e.</p><p>Il s�agit d�installations particuli�res, coop�ratives ou commerciales, dispo-</p><p>sant de chambres am�nag�es � cet effet, qui assurent la conservation des fruits � court terme (cerise, p�che, fraise, etc.) ou � long terme (pomme, poire).</p><p>C�est l�harmonisation des conditions de temp�rature et d�hygrom�trie ainsi que le respect du coefficient de brassage et de la densit� de chargement qui assurent le succ�s, � condition, bien s�r, d�utiliser de bons fruits. Le froid, en effet, ne peut que ralentir l��volution normale des fruits, mais il ne peut am�liorer leur qualit�.</p><p>La conservation en atmosph�re</p><p>contr�l�e n�est r�alisable que si l�on dispose d�un b�timent bien con�u et tr�s bien isol� ; on assure en permanence le contr�le de la composition de l�air de la chambre � l�aide de laveurs d�air (� la chaux, ou mieux � l��tha-lonamine). Le taux d�oxyg�ne doit �tre de 3 � 4 p. 100, et celui de CO2 doit �tre maintenu entre 4 et 5 p. 100. La temp�-</p><p>rature est de + 2 �C, et l�hygrom�trie de 85 � 90 p. 100.</p><p>Le conditionnement</p><p>et la normalisation</p><p>Au moment jug� favorable, les fruits provenant de la chambre froide sont tri�s et calibr�s (gr�ce � des calibreuses m�caniques), puis conditionn�s. � cet effet, les producteurs utilisent des plateaux normalis�s (57 � 34 cm) garnis de complexes de papier ou en plastique, o� il suffit de d�poser les fruits pr�alablement calibr�s par la machine.</p><p>Pour la plupart des fruits, des r�gles de normalisation obligatoires sont en vigueur, aussi bien � l�exportation que pour le march� int�rieur.</p><p>Il existe quatre cat�gories : extra, I, II et III. Les crit�res de classification reposent sur la qualit�, la grosseur et la pr�sentation.</p><p>Sur les bords du plateau est appo-s�e une �tiquette o� sont mentionn�s divers renseignements relatifs � l�origine du produit, la vari�t�, le calibre et le nombre de fruits au plateau.</p><p>En certaines saisons, pour la p�che et la pomme, certains calibres sont</p><p>d�clar�s non commercialisables, ce qui contribue � assainir le march� des fruits, par l��limination des petits calibres.</p><p>Les structures de</p><p>commercialisation</p><p>y Les circuits. L��coulement de la production destin�e � la consommation en frais est assur� de trois fa�ons diff�rentes : par les n�gociants, par l�exp�dition directe aux grossistes et par les coop�ratives et S. I. C. A.</p><p>L�importance relative de ces trois solutions varie avec les r�gions de production.</p><p>y Les modes de vente. Entre le stade d�exp�dition (n�goce, coop�rative) et la distribution de gros, les transactions sont r�gl�es surtout par des ventes fermes. La vente � la commission, la plus ancienne, est actuellement en r�gression, et il s�instaure le compte � demi, qui fait partager les risques de l�exp�diteur avec l�acheteur.</p><p>Les circuits de commercialisation tendent � se simplifier : concentration au niveau de la production, apports directs hors march�s et vente ferme, que facilite la normalisation des produits.</p><p>L�industrie des conserves de fruits et confitures se d�veloppe d�ann�e en ann�e, et, de nos jours, son chiffre d�affaires est de 400 millions de francs, soit 1 p. 100 de celui des industries alimentaires et agricoles, et 10 p. 100 de celui des seules industries alimentaires. Elle traite 3 types de produits : conserves appertis�es, pulpes et confitures.</p><p>G. de R. d�E.</p><p>B G. de Ravel d�Esclapon et R. Ballot, Trait� pratique d�arboriculture fruiti�re m�ridionale (chez l�auteur, Avignon, 1960). / H. Boulay, Arboriculture et production fruiti�re (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961). / M. Coutanceau, Arboriculture fruiti�re (J.-B. Bailli�re et fils, 1962). / J. Bretandeau, Atlas d�arboriculture fruiti�re (J.-B. Bailli�re et fils, 1964). / A. Lu-downloadModeText.vue.download 280 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>817</p><p>geon, Arboriculture fruiti�re moderne (la Maison rustique, 1964). / L. J. Dussert (sous la dir.</p><p>de), la Production fruiti�re fran�aise (Centre national d��tudes techniques et de recherches technologiques pour l�agriculture et les for�ts et l��quipement rural, minist�re de l�Agriculture, 1969).</p><p>arbre</p><p>V�g�tal ligneux vivant de nombreuses ann�es et g�n�ralement de grande taille.</p><p>Dimensions</p><p>On conna�t en Californie des Sequoia gigantea qui d�passent 100 m de hauteur, alors que la circonf�rence de leur tronc est de 40 m. L�Eucalyptus globulus, en Australie, atteint 130 m, voire m�me 165 m, et sa circonf�rence est de 30 � 35 m. En Europe, de tr�s beaux exemplaires de Ch�nes, de Ch�-</p><p>taigniers et d�Ormes peuvent d�passer 35 m de hauteur, tandis que leur circonf�rence est de l�ordre de 10 � 12 m.</p><p>On distingue des arbres de premi�re grandeur (au-dessus de 30 m), des arbres de deuxi�me grandeur (de 15 � 30 m) et des arbres de troisi�me grandeur (de 7 � 15 m).</p><p>On r�serve le nom d�arbrisseau � des v�g�taux dont la tige lignifi�e est ramifi�e d�s la base et atteint de 1 � 7 m ; le terme d�arbuste s�applique � des plantes �galement lignifi�es, � tronc unique comme celui des arbres, mais dont la taille est au-dessous de 7 m.</p><p>Malgr� ces d�finitions rigoureuses, on peut appeler arbres des individus nains qui poss�dent tous les autres caract�res habituels. Ainsi, les � arbres �</p><p>des jardins dits � japonais � ne d�-</p><p>passent pas quelques d�cim�tres. C�est en utilisant des m�thodes de s�lection et des proc�d�s de culture appropri�s, en particulier en mettant ces v�g�taux en �tat de carence, que l�on obtient de tels individus. La nature elle-m�me produit des arbres nains : ainsi, la for�t du Grand Nord (ta�ga) est constitu�e d�individus petits, poussant lentement, qui s�apparentent � des esp�ces bien d�velopp�es sous d�autres climats</p><p>(Bouleaux, Gen�vriers). En haute montagne, certaines esp�ces de Saules sont de taille r�duite et souvent rampantes.</p><p>La croissance de tels v�g�taux est tr�s lente (1 cm en moyenne par an), ce qui s�explique par leur faible ravitaillement en mati�re carbon�e, la photosynth�se �tant consid�rablement ralentie par le froid.</p><p>Tiges et</p><p>parties a�riennes</p><p>L�arbre, solidement fix� par des racines puissantes tr�s ramifi�es, termin�es par un important chevelu, �lance au-dessus du sol une tige nue, non divis�e � la base et supportant des branches dans sa partie sup�rieure. On appelle tronc la base de la tige, depuis le d�-</p><p>part des racines jusqu�� la partie �lev�e o� les mat�riaux extraits � l�abattage ne peuvent plus servir que de bois de chauffage. Le f�t est seulement la base du tronc en dessous du houppier, qui est form� de l�ensemble des branches et des feuilles et de la fl�che, partie sommitale de l�arbre.</p><p>Les ramifications sont caract�ristiques de l�esp�ce : l�angle form� par le tronc et les grosses branches d�termine le port de l�arbre. Le Peuplier d�Italie doit son aspect typique � l�angle aigu form� par les branches et la partie sup�rieure du tronc. Les branches du Ch�ne partent � 90� de l�axe principal, alors que l��pic�a a des rameaux tombants. Dans certaines esp�ces, tous les bourgeons se d�veloppent (Orme), tandis que, dans d�autres, seuls certains entrent en v�g�tation, laissant ainsi des intervalles non garnis qui modifient le port.</p><p>L�aspect du m�me arbre sera cependant tr�s diff�rent selon qu�il est isol�, au milieu d�un pr� par exemple, ou en peuplement dense, comme dans une for�t. Ainsi, le Ch�ne, de forme naturellement r�guli�re et large, garni de grosses branches assez bas, prend un aspect plus �lev� en for�t, o� seules les plus hautes branches continuent � vivre. La tige, qui, naturellement, pousse en s��levant verticalement, monte de plus en plus, � la recherche de l�indispensable lumi�re, et quelquefois s�incline pour contourner un voisin par trop envahissant. Cette concurrence</p><p>vitale donne donc des f�ts plus hauts, tr�s appr�ci�s s�ils sont rest�s droits.</p><p>Si l�homme taille r�guli�rement les arbres, il peut en modifier l�aspect. Un Ch�ne �mond� r�guli�rement, comme il est de r�gle dans les bocages, prend un aspect �lanc� ; ses grosses branches sont remplac�es par un faisceau de petits rameaux d��gale importance. Les Saules acqui�rent alors une forme dite</p><p>� en t�tard �, qui caract�rise certains paysages mar�cageux. De ces � t�-</p><p>tards � partent de nombreuses pousses flexibles qui peuvent servir de liens (Osier).</p><p>Chez les Dicotyl�dones et les Gymnospermes, le tronc, comme les racines, est form� de couches concentriques de cellules lignifi�es (fibres et vaisseaux) qui constituent le bois ; il leur doit sa solidit� et sa r�sistance. Ces cellules poss�dent des membranes squelettiques impr�gn�es de lignine, qui s�est d�pos�e du vivant de la cellule sur la membrane cellulosique. La production des cellules nouvelles est intense au printemps et au d�but de l��t� ; c�est le moment o� se forment les gros vaisseaux. � la fin de l��t� et � l�automne, la multiplication cellulaire se ralentit, et elle donne surtout des cellules de type parenchymateux et des fibres.</p><p>R�p�t�e chaque ann�e, cette diff�rence saisonni�re permet, en coupe transversale, de distinguer nettement les productions annuelles ; il est facile alors de compter sur un tronc abattu le nombre de cercles concentriques correspondant aux ann�es n�cessaires � sa formation.</p><p>L��tude faite ainsi sur les arbres porte le nom de dendrochronologie.</p><p>Seules sont vivantes les cellules proches de la zone g�n�ratrice interne (aubier) ; les autres meurent, mais les parois cellulaires continuent � assurer un r�le de soutien important. Une deuxi�me assise g�n�ratrice, p�riph�rique, produit le li�ge par sa face externe. �</p><p>la surface du tronc, le li�ge a tendance � se craqueler et � se desquamer par grandes ou petites plaques suivant les esp�ces.</p><p>Physiologie</p><p>Photosynth�se</p><p>En zone temp�r�e, l�intense activit� physiologique constat�e au printemps et en �t� correspond � une reprise du m�tabolisme des cellules, qui utilisent les r�serves (amylac�es, protidiques ou huileuses) incluses dans le tronc et les downloadModeText.vue.download 281 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>818</p><p>racines du v�g�tal. L��nergie lib�r�e par ce processus sert � de nombreuses synth�ses, permettant la formation de cellules nouvelles au niveau des zones de croissance : cambium, m�rist�mes terminaux des branches et des racines, bourgeons � fleurs et � feuilles. Pendant la fin du printemps ou le d�but de l��t�, une nouvelle augmentation de l�intensit� respiratoire appara�t au moment de la maturation des organes reproducteurs, puis un �tat d��quilibre s��tablit au cours de l��t� et une chute importante de l�intensit� respiratoire se manifeste en automne. L�arbre entre alors en �tat de vie ralentie. Les feuilles annuelles, d�s qu�elles sont �panouies et que leur chlorophylle est form�e, jouent un r�le consid�rable dans la nutrition carbon�e et la formation de nouvelles r�serves. Ce r�le ne cesse qu�avec l�apparition des teintes d�automne. En effet, les feuilles sont, pendant le jour, le si�ge d�une photosynth�se intense �laborant des aliments carbon�s qui serviront � la construction des diverses cellules et tout particuli�-</p><p>rement du bois.</p><p>L�intensit� de ce ph�nom�ne est</p><p>tr�s grande ; les limbes foliaires, en Europe, fixent de 1 � 4 g de gaz carbonique par heure et par m�tre carr� de surface foliaire ; l�augmentation de poids moyen du v�g�tal varie entre 0,7 et 1 g par heure et par m�tre carr� de surface foliaire. La surface des feuilles port�es par un arbre �tant tr�s importante (680 m2 chez un Erable de 15 m), on peut s�imaginer combien est consid�rable le r�le des arbres comme fixateurs de carbone et �laborateurs de mati�re organique, bien qu�une faible partie de ce carbone fix� soit rejet�e par la respiration aussi bien le jour que la</p><p>nuit.</p><p>Bilan d�eau</p><p>L�eau et les sels min�raux p�n�trent surtout par les poils absorbants (5,20</p><p>au centim�tre carr� chez le Robinier et 217 chez le Pin sylvestre) des nombreuses racines qui s�enfoncent dans le sol et jusqu�� la roche m�re, o� ils parviennent � s�insinuer dans des fissures parfois tr�s profondes. Une grande quantit� de l�eau absorb�e est rejet�e par la transpiration ; seule une masse beaucoup plus faible est gard�e par les cellules comme solvant (suc vacuolaire, s�ves) ou combin�e ou encore absorb�e. On estime ainsi qu�un Platane de 10 m de haut peut absorber plus de 100 l d�eau par jour en moyenne. C�est au niveau de l�aubier que circulent l�eau et les sels min�raux (s�ve brute) absorb�s par les racines.</p><p>Si l�on fait une d�cortication annulaire sur un tronc d�arbre en ne respectant que le coeur form� de cellules mortes, la circulation est arr�t�e et l�arbre se fl�trit au-dessus de la zone op�r�e ; si, par contre, l�aubier est gard�, le v�g�-</p><p>tal ne se fane pas. La mont�e de cette s�ve est de 1 � 50 m � l�heure chez les arbres � feuilles caduques et de 0,02</p><p>� 6 m � l�heure chez les Conif�res ; on explique le courant ascendant en invoquant l�aspiration foliaire, due � la transpiration et pouvant atteindre plusieurs dizaines d�atmosph�res d�apr�s certains auteurs, les forces de coh�sion � l�int�rieur des vaisseaux et la pouss�e radiculaire (de 2 � 2,5 atmosph�res chez le Bouleau, 9 atmosph�res chez le Marronnier). La transpiration rejette dans le milieu ambiant une quantit� consid�rable d�eau. On consid�re, en moyenne, que 300 � 500 g d�eau traversent la plante pour permettre la synth�se de 1 g de mati�re s�che. En p�riode de s�cheresse, la croissance se ralentit ; les x�rophytes sont adapt�es � cette situation (Olivier).</p><p>M�tabolisme des sels min�raux</p><p>L�arbre doit �galement trouver dans le sol des substances dissoutes, en particulier l�azote, qui joue un r�le important dans l��laboration des protides, constituants essentiels de la cellule vivante. Cet azote est fourni sous</p><p>forme d�humus, de nitrates et de sels ammoniacaux, dont les sols forestiers sont riches.</p><p>�cologie</p><p>Le sous-bois</p><p>Si l�arbre d�pend, pour son installation et son d�veloppement, des conditions du milieu qui l�entoure, il constitue aussi, une fois bien d�velopp�, une entit� qui attire � lui de nombreux �tres vivants et il conditionne les biocoenoses de son voisinage. Un nouveau milieu �cologique est cr�� par lui-m�me s�il est isol�, � plus forte raison s�il est en groupement dense, comme dans les for�ts. La sp�cificit� de ce groupement est telle que l�on a pu ainsi trouver sur le sol des for�ts des plantes herbac�es caract�ristiques des principaux types sylvatiques.</p><p>On peut trouver � ce ph�nom�ne</p><p>plusieurs causes, et en premier lieu la lumi�re. En effet, la filtration effectu�e par les feuilles ou les aiguilles est tr�s variable d�une esp�ce � l�autre. Dans les for�ts de Pins et de Sapins, si les peuplements sont denses et purs, la lumi�re au sol est tr�s faible et totalement insuffisante pour assurer la photosynth�se de presque toutes les esp�ces pendant toute l�ann�e. Sous les H�tres r�gne encore une obscurit� relative, tandis que le feuillage du Ch�ne, plus l�ger et plus clair, laisse passer des rayons solaires qui frappent directement le sol. D�autre part, certains arbres contiennent dans leurs feuilles des substances toxiques qui s�opposent � la germination et au d�veloppement d�autres v�g�taux ; les aiguilles de Conif�res, par exemple, gr�ce � la t�r�benthine qu�elles contiennent, �liminent ainsi de nombreuses esp�ces.</p><p>Trois types</p><p>de sous-bois</p><p>La h�traie a un sous-bois pauvre en esp�ces et en densit� d�individus. Les Muscin�es que l�on y rencontre le plus fr�quemment sont Thuidium tamaris-cinum, Eurhynchium striatum, E. stokesi, Polystichum formosum, Mnium affine, M. hornum, Catharine undulata. Parmi les quelques Angiospermes qui peuplent</p><p>ces sous-bois, on peut citer Paris quadri-folia, Mercurialis perennis, Asperula odo-rata, Veronica montana, Melica uniflora, Lamium galeobdolon, Euphorbia amygda-loides. Par contre, la ch�naie est beaucoup plus riche, et il faut citer comme esp�ces caract�ristiques de ce groupement Pte-ris aquilina, Holcus mollis, Luzula pilosa, Convallaria maialis (Muguet), Endymion nutans, Anemone nemorosa, Polygona-tum multiflorum, Ranunculus auricomus, Millium effusum, Ficaria ranunculoides, Calluna vulgaris, Deschampsia flexuosa, Molinia coerulea, Teucrium scorodonia et, comme Mousses, Leucobryum glaucum, Dicranum scoparium, Pleurozium schre-beri, Polytrichum attenuatum, Pleuroscle-ropodium purum. Certains arbres (Pins) �liminent presque toute v�g�tation � leur pied ; seules quelques esp�ces peuvent subsister : Arctostaphylos uva ursi, Poly-gala chamaebuxus, Globularia cordifolia, Pirola secunda.</p><p>Les parties a�riennes</p><p>Le tronc et le houppier forment aussi des milieux complexes. Dans les r�gions temp�r�es, sur les troncs s�installent des Algues et des Lichens ; ainsi, en Europe occidentale, sur la face expos�e au nord (la plus humide, la moins ensoleill�e) s�installent de nombreuses colonies d�Algues unicellulaires (Pro-tococcales) ; sur ces troncs se d�veloppent �galement des Mousses (Hyp-nac�es diverses, Barbula), des Lichens foliac�s (Parmelia), qui constituent des</p><p>� micro-milieux � o� toute une faune cryptique peut vivre. Dans les for�ts �tablies en r�gions tr�s humides (zone atlantique, zone de moyenne montagne</p><p>[1 000 m dans les r�gions temp�r�es] ou zone de brouillards permanents dans les montagnes des r�gions tropicales [entre 3 000 et 4 000 m]), une exub�rance des Lichens appara�t sur les branches (Usn�es), donnant une physionomie particuli�re aux arbres de ces for�ts. Dans la for�t dense �quatoriale, une particularit� des arbres est de porter un grand nombre de plantes �piphytes, soit �tablies � la fourche des grosses branches dans une masse de terreau (Orchid�es, Arac�es, Lycopodiac�es), soit accroch�es par leurs racines adventives et leurs rhizomes (Foug�res, Arac�es, Pip�ra-c�es) ; les branches des arbres peuvent aussi h�berger des semi-parasites verts tels que le gui. Les Champignons (Po-</p><p>lypores) sont soit parasites, soit saprophytes sur le tronc, o� le coeur, plus ou moins d�compos� en terreau, cr�e avec l�humidit� ambiante un milieu extr�mement favorable.</p><p>De nombreuses Bact�ries peuvent</p><p>attaquer les arbres et s�y d�velopper principalement dans le bois mort et les feuilles tomb�es au sol, favorisant ainsi downloadModeText.vue.download 282 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>819</p><p>la formation de l�humus. Des Virus sont �galement actifs sur les arbres, et ils y provoquent des anomalies, en particulier le panachage des feuilles.</p><p>Les animaux, depuis les plus gros (Lions, Serpents) jusqu�aux plus petits (Insectes), peuvent trouver dans les arbres un milieu favorable pour une p�riode ou la totalit� de leur vie. En Europe, l��cureuil et parfois les Chauves-Souris sont les principaux Mammif�res qui vivent dans les arbres, les utilisant comme refuge et y pla-</p><p>�ant au creux des branches leur nid et leur r�serve d�hiver. Dans leurs cimes nidifient bon nombre d�Oiseaux, tant diurnes (Corneilles, Rapaces, Pics, Merles) que nocturnes (Chouettes, Hiboux).</p><p>Enfin, de nombreux Insectes vivent sur l�arbre et de l�arbre, soit en d�-</p><p>vorant les feuilles (Gal�ruque de l�Orme), soit en creusant des galeries sous l��corce morte (Lucane, Bupreste, Capricorne, Scolyte). Comme autres commensaux, on peut signaler : le grand M�lophile du Pin, qui taraude les jeunes pousses et les d�truit ; l�Agrile, le petit Charan�on des Pins ou le grand Charan�on des Conif�res, la Vrillette et le C�rambyx, qui s�attaquent aussi bien aux branches qu�aux parties vertes. Certains Insectes, enfin, pondent dans les feuilles ; le v�g�tal r�agit en fabriquant une galle, caract�-</p><p>ristique de l�esp�ce parasit�e et de l�Insecte, d�o� sortira la jeune larve ; c�est le cas, par exemple, du Cynips, qui pond sur le Ch�ne. Les Insectes adultes ne sont pas seuls � attaquer les arbres, les Chenilles aussi peuvent y vivre en masse. Ainsi, les Chenilles procession-naires du Pin sortent au printemps de</p><p>gros nids soyeux accroch�s dans les branches hautes et n�en descendent qu�apr�s s��tre nourries abondamment aux d�pens de leur h�te.</p><p>Les racines</p><p>Nombreux sont les Champignons qui r�alisent avec les racines d�une esp�ce arborescente d�termin�e une association appel�e mycorhize. Le plus c�l�bre de ces Champignons est la Truffe. Bref, un arbre et son cort�ge d�utilisateurs constituent un tout, une biocoenose, o� chaque esp�ce d�pend des voisines. La vie y na�t de la mort et de la d�composition des autres �l�ments, et l�arbre y joue un r�le primordial : sans lui la place serait utilis�e par d�autres colonies animales et v�g�tales, cr�ant ainsi un autre microclimat et un paysage enti�rement diff�rent.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Archaeopteryx</p><p>Oiseau fossile le plus ancien connu.</p><p>Il provient du Jurassique sup�rieur de Bavi�re (calcaire lithographique, �tage kimm�ridgien).</p><p>Quatre exemplaires seulement de</p><p>ce fossile ont �t� d�crits : le premier, d�couvert en 1861 � Langenaltheimer Haardt, pr�s de Pappenheim, fut achet� par sir R. Owen, pour le British Museum, 700 livres, somme �norme pour l��poque ; le deuxi�me, trouv� en 1877</p><p>pr�s d�Eichst�tt, fut vendu au mus�e de Berlin ; le troisi�me sp�cimen provient de la m�me localit� que le premier et d�un horizon voisin ; interpr�t� comme �tant un Archoeopteryx en 1958, il est en la possession de l�universit� d�Er-langen ; un quatri�me, trouv� en 1867, mais longtemps mal interpr�t�, a �t� identifi� en 1970. L��tude pr�cise de ces sp�cimens a montr� qu�ils appartenaient tous � un seul genre Archaeopteryx, mais � deux esp�ces diff�rentes (A. lithographica du British Museum, A. Siemensi du mus�e de Berlin).</p><p>Caract�res reptiliens</p><p>Archaeopteryx est incontestablement un Oiseau, car il pr�sente des plumes dispos�es comme chez les Oiseaux ac-</p><p>tuels ; de plus, les deux clavicules sont soud�es en une fourchette. Mais Archaeopteryx poss�de aussi de nombreux caract�res archa�ques et reptiliens ; ainsi, il pr�sente une longue queue � vert�bres distinctes ; celles-ci sont biconcaves ; le sacrum ne comprend pas plus de six vert�bres, alors que le sacrum des Oiseaux est form� d�au moins onze vert�bres ; les m�choires sont garnies de dents ; les m�tacarpiens sont totalement s�par�s (ils sont r�unis entre eux � leur extr�mit� distale chez les Oiseaux et avec deux carpiens � leur extr�mit� proximale) ; les doigts sont termin�s par des griffes ; les os m�tatarsiens sont toujours, au moins en partie, s�par�s les uns des autres sans formation d�un tarsom�tatarsien unique comme chez les Oiseaux (� os canon �) ; les c�tes gr�les, sans apophyses uncin�es (apophyses ins�r�es post�rieurement sur chaque c�te en direction de la c�te post�rieure), ne sont pas articul�es avec le sternum ; il existe des c�tes ventrales renfor�ant la paroi inf�rieure du corps.</p><p>Archaeopteryx appara�t donc</p><p>comme une forme interm�diaire entre Reptiles et Oiseaux, et le m�lange de caract�res observables sur ce fossile est une excellente preuve de l��volution animale ; mais, si l�on consid�re seuls les caract�res du squelette, on constate que celui-ci est nettement reptilien. Le m�me retard concerne aussi l��volution de l�enc�phale ; certes, l�enc�phale d�Archaeopteryx n�est pas connu, mais, sur l�exemplaire du British Museum, le moule interne du cr�ne est visible ; or, sur cette empreinte, la trace des lobes optiques est bien visible entre celle des h�misph�res et celle du cervelet, tandis que, chez les Oiseaux, les lobes optiques sont en majeure partie recouverts. Les os longs des Oiseaux sont pneumatiques, c�est-�-dire qu�ils sont remplis d�air et communiquent avec des sacs, les sacs a�riens de la cavit� du corps, par des orifices (dispositif d�all�gement de l�animal). On n�a jamais observ� sur les os d�Archaeopteryx de tels orifices ; les os de celui-ci n��taient donc pas pneumatiques, mais ils poss�daient n�anmoins de grandes cavit�s m�dullaires. Les plumes pr�sentaient un axe, le rachis,</p><p>portant des barbes et des barbules.</p><p>On distingue parmi elles des r�miges primaires, des r�miges secondaires (plumes des ailes ins�r�es respectivement sur les os de la main et sur le cubitus) et des rectrices (plumes de la queue).</p><p>Archaeopteryx</p><p>et l�origine du vol</p><p>L�anatomie d�Archaeopteryx montre que cet animal devait voler assez mal (absence de br�chet, cou peu mobile, musculature thoracique probablement assez peu active, lobes optiques et cervelet peu d�velopp�s, etc.). Archaeopteryx planait d�une branche � l�autre et, par ses griffes, devait pouvoir s�accrocher aux arbres ; en raison notamment de sa queue emplum�e, il devait pouvoir difficilement s��carter de sa trajectoire, � l�inverse des Oiseaux modernes.</p><p>Comme, d�autre part, il avait des caract�res d�arboricoles (pr�sence de griffes, un doigt de pied opposable aux autres doigts) et non d�animal coureur (les plumes de la queue sont incompatibles avec un tel mode de vie), on peut en conclure que son vol est apparu non pas comme une adaptation � la course, mais comme une cons�quence de la vie dans les arbres. Ainsi, en dehors de son</p><p>int�r�t anatomique (Archaeopteryx a � la fois des caract�res de Reptiles et d�Oiseaux), apporte-t-il aussi la solu-downloadModeText.vue.download 283 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>820</p><p>tion du probl�me controvers� de l�origine du vol.</p><p>J. P. L.</p><p>B G. de Beer, Archaeopteryx Lithographica ; a Study Based upon the British Museum Speci-men (Londres, 1954).</p><p>arch�gone</p><p>Chez les Bryophytes et les plantes vasculaires, organe qui contient l�oosph�re, ou gam�te femelle.</p><p>Suivant les groupes, l�arch�gone est diversement d�velopp�, mais il pr�sente partout les m�mes caract�-</p><p>ristiques g�n�rales : il affecte la forme d�une amphore munie d�un col plus ou moins long, et c�est dans la partie renfl�e, ou ventre, que se trouve l�oosph�re. De tels organes n�existent que chez les Bryophytes, les Pt�ridophytes, les Gymnospermes, et certains auteurs lui trouvent des correspondants tr�s simplifi�s chez les Angiospermes.</p><p>Chez les Algues et les Champignons, les enveloppes des oosph�res ne sont pas cellulaires, mais membraneuses, et l�on parle alors d�oogones et non d�arch�gones. Cependant, les oogones des Charac�es apparaissent comme une amorce de ce que sont les arch�gones des plantes sup�rieures.</p><p>Bryophytes</p><p>Chez les Bryophytes, les arch�gones sont bien d�velopp�s ; on les trouve � l�extr�mit� de certains rameaux feuilles au milieu d�un involucre. Ces organes se forment � partir d�une cellule superficielle qui se divise transversalement ; la cellule sup�rieure se cloisonne de nouveau pour donner quelques cellules pari�tales et une cellule interne. Les cellules pari�tales, en se multipliant et en se d�veloppant, deviendront d�une</p><p>part la paroi du ventre de l�arch�-</p><p>gone (2 ou 3 couches de cellules) et d�autre part le col � paroi mince (une seule), mais parfois tr�s long, jusqu�� 50 �tages de cellules superpos�es. La cellule interne ou centrale se divise d�abord une fois, pour donner une cellule fille sup�rieure, qui est � l�origine des cellules du canal du col, puis une seconde fois ; de l� proviendront la derni�re cellule du canal vers le ventre et l�oosph�re, ou gam�te. Les cellules du canal se g�lifient au moment o� l�oosph�re est f�condable et constituent un mucilage qui a le double r�le d�attirer les anth�rozo�des, surtout par diffusion de saccharose (chimiotropisme), et de permettre aux anth�rozo�des d�atteindre ensuite l�oosph�re. Apr�s la f�condation, l�oosph�re s�entoure d�une membrane cellulosique, la paroi du ventre de l�arch�gone s��paissit, le col se fl�trit et l�oeuf f�cond� se d�veloppe � l�int�rieur du ventre, nourri par les tissus de l�extr�mit� de la tige.</p><p>Plus tard, lorsque le sporogone (embryon � 2 n chromosomes) est form�, l�arch�gone se d�chire, et l�on retrouve au sommet de la capsule du sporogone sa partie sup�rieure appel�e coiffe.</p><p>Chez les Marchantias (H�patiques), on observe des arch�gones appendus sous le chapeau fertile femelle. Leur structure est identique � celle des ar-ch�gones des Mousses.</p><p>Pt�ridophytes</p><p>Dans le groupe des Foug�res, on retrouve des arch�gones port�s, comme les anth�ridies, par le prothalle.</p><p>La structure est presque la m�me que chez les Bryophytes ; cependant, le ventre est le plus souvent inclus dans les tissus du prothalle ; le col, r�duit, est g�n�ralement constitu� de quatre �tages de cellules ext�rieures au prothalle. Lorsque la cellule du canal est g�lifi�e, le mucilage obtenu �met de l�acide malique, qui attire les anth�-</p><p>rozo�des comme le saccharose le faisait chez les Mousses. Ici encore, la f�condation est de type aquatique : les anth�rozo�des nagent dans un film d�eau jusqu�� l�entr�e du col, qui est ouvert � ce moment ; un seul p�n�tre</p><p>jusqu�� la grosse oosph�re. La f�condation est � l�origine d�un embryon � 2 n chromosomes, qui se d�veloppera sur place, vivant un moment en parasite sur le prothalle ; puis la plantule forme ses racines, son rhizome et ses premi�res feuilles, et acquiert ainsi une vie ind�pendante.</p><p>Les organes reproducteurs sont port�s sur des prothalles diff�rents chez les S�laginelles, les Lycopodes et les �quis�tales, sur le m�me prothalle chez les Filicales.</p><p>Gymnospermes</p><p>Chez les Gymnospermes, on retrouve encore des arch�gones, mais, ici, le prothalle sur lequel ils se forment vit enti�rement en parasite sur la plante ; en effet, c�est dans l�ovule du Pin, � l�int�rieur du nucelle, dans le tissu appel� endosperme et consid�r� comme l��quivalent du prothalle des v�g�-</p><p>taux pr�c�dents, que l�on trouve deux arch�gones, rarement trois ou quatre.</p><p>Ces arch�gones sont tr�s r�duits : ils sont form�s d�une part de la tr�s grosse oosph�re, au noyau volumineux (100 &#x3BC;</p><p>de diam�tre) et charg�e de nombreuses inclusions, et d�autre part de cinq cellules : quatre petites constituant le col de l�arch�gone et une ventrale, comme dans les cas pr�c�dents, � la base du col. Chez Ginkgo biloba, les deux ar-ch�gones se diff�rencient au cours de l��t�, alors que la pollinisation a d�j� eu lieu au printemps. Pendant ce temps, le pollen germe et n�atteindra l�ovule enfin m�r qu�� la fin du printemps suivant.</p><p>Chez le Pin, une �volution analogue se fait, mais le prothalle et ses arch�-</p><p>gones n�atteignent la maturit� que la deuxi�me ann�e, et la f�condation est retard�e jusqu�� cette �poque. L�ovule se transforme en embryon, et les enveloppes qui l�entourent constituent les parois d�une graine typique.</p><p>Angiospermes</p><p>Enfin, chez les Angiospermes, l�ovule se forme dans un sac embryonnaire constitu� de huit cellules. Certains consid�rent ce sac comme un prothalle femelle tr�s r�duit et cherchent � re-</p><p>trouver dans cette masse coenocytique les deux arch�gones du Pin.</p><p>L�importance des arch�gones dans le r�gne v�g�tal est tr�s variable d�un groupe � l�autre. Les �tres inf�rieurs en sont d�pourvus. Cet organe acquiert son maximum de d�veloppement chez les Bryophytes, est � peine plus r�duit chez les Pt�ridophytes, r�gresse nettement chez les Gymnospermes et n�est reconnu que difficilement chez les Angiospermes. Son r�le est de former, de prot�ger les gam�tes femelles ainsi que d�attirer et de conduire le gam�te m�le jusqu�� l�oosph�re. Sa pr�sence est n�cessaire chez les plantes a�riennes zo�dogames (f�condation par anth�ro-zo�des cili�s). Chez les Angiospermes, o� la f�condation est siphonogame (f�condation par anth�rozo�des non cili�s, conduits par un tube pollinique jusqu�au contact de l�oosph�re), l�organe devient inutile et se transforme au point de devenir m�connaissable.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>arch�ologie</p><p>Mise au jour, �tude et publication des vestiges mat�riels de l�activit� humaine.</p><p>L�arch�ologie est une des acquisitions principales de la m�thodologie historique. Gr�ce � elle, les documents de l�historien sont non plus seulement des t�moignages �crits, mais tous les vestiges mat�riels de l�activit� humaine susceptibles d��tude, c�est-�-</p><p>dire de classement et de comparaison.</p><p>Le champ d�investigation de l�historien s�est �tendu dans le temps (on peut d�sormais remonter plus haut que l�apparition de l��criture, vers 3000 av.</p><p>J.-C.) et dans l�espace (on peut faire resurgir l�� histoire � des pays sans �criture). L�arch�ologie appara�t � ce titre, dans certains cas, comme une m�thode d��tude privil�gi�e et d�passe largement son r�le d�auxiliaire de la recherche historique : elle est parfois le seul moyen de connaissance.</p><p>Le mot arkhaiologia (science de</p><p>l�ancien) ne rev�tait pas pour les Grecs le sens qu�il a pris aujourd�hui ; il signifiait ce que nous entendons par</p><p>� histoire ancienne �. C�est au XVIIe s.</p><p>que le terme d�arch�ologie r�appara�t, directement emprunt� au grec par les �rudits. Mais son sens s�est restreint.</p><p>L�arch�ologie, d�sormais, est une science bien particuli�re, qui �tudie les sources mat�rielles, les vestiges tan-gibles laiss�s par l�homme, par opposition aux sources �crites, r�serv�es � la v�ritable histoire. Ainsi d�finie, elle dispose �videmment de ses propres m�thodes, fait appel � ses propres sciences auxiliaires, recherchant un perfectionnement toujours possible de son proc�d� d�investigation, la fouille.</p><p>Empiriquement, au fil des d�cou-</p><p>vertes, les arch�ologues furent amen�s � mettre au point les m�thodes de la fouille scientifique, qui permit des r�-</p><p>sultats inesp�r�s. Ceux-ci conduisirent � envisager d�autres fa�ons de poser les probl�mes, donc d�autres m�thodes pour les r�soudre.</p><p>Naissance et �volution</p><p>de la recherche</p><p>arch�ologique</p><p>En tant que science, au sens moderne du terme, l�arch�ologie n�a pas cent ans. Et pourtant les vestiges mat�riels de l�activit� humaine ne n�cessitent pas toujours une exhumation. Mais l�optique actuelle, qui voit en eux des objets d��tude scientifique, fut tr�s longue � se former.</p><p>Les hommes de l�Antiquit� n�ont ni pratiqu� ni m�me con�u la recherche arch�ologique. Ils eurent le sens de la conservation des monuments, le souci esth�tique de rassembler des oeuvres d�art : ainsi les Romains furent-ils de grands collectionneurs d�antiquit�s grecques. Mais l�Antiquit� n�a proc�d� � aucune fouille, � aucune recherche arch�ologique. On peut citer quelques exceptions : ainsi, � l��poque sa�te, downloadModeText.vue.download 284 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>821</p><p>sous la pyramide de Saqqarah fut creus�e une vaste galerie horizontale qui aboutit, au bout de quelque soixante m�tres, vers le haut du grand puits central. La galerie est post�rieure d�envi-</p><p>ron 2 000 ans � la pyramide elle-m�me.</p><p>Ce travail n�a s�rement pas �t� ex�cut� uniquement pour r�cup�rer des pierres, mais bien dans une intention d�ordre arch�ologique : on a voulu �tudier la structure exacte du tombeau. Pourtant, d�une mani�re g�n�rale, l�Antiquit� ignorait qu�il y e�t une possibilit� de conna�tre mat�riellement des temps plus recul�s. Cette attitude persista pratiquement jusqu�au XVIe s.</p><p>Avec la Renaissance, la connais-</p><p>sance scientifique de l�Antiquit� fait ses premiers pas : on copie des inscriptions, on recueille des m�dailles. � Il n�y a pas encore une arch�ologie, mais il y a d�j� des arch�ologues ou, tout au moins, des �rudits qui ont l�esprit de l�arch�ologue, sans en appliquer encore les m�thodes � (P. M. Duval).</p><p>La fouille existe cependant, mais elle a pour seul but de retrouver des objets d�art enfouis, nullement d�examiner leur contexte arch�ologique. Elle ne se distingue donc en rien de la trouvaille fortuite, qui la stimule.</p><p>Il faut attendre le XVIIIe s. pour pouvoir citer les premiers exemples d�un v�ritable travail arch�ologique. Deux noms sont � retenir : le Fran�ais Caylus et l�Allemand Winckelmann. Le comte de Caylus (1692-1765) compose un Recueil d�antiquit�s �gyptiennes, �trusques, grecques, romaines et gauloises (1752-1757). Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) contribue � la naissance de l�histoire de l�art (Histoire de l�art antique, 1764). Cette �poque voit les premi�res fouilles syst�matiques. Les travaux sur le site d�Herculanum sont entam�s en 1709, et ceux de Pomp�i se d�veloppent � partir de 1748. On commence � se rendre compte que, dans certains cas, on peut reconstituer la vie antique par l��tude des vestiges fossilis�s dans le sol. La seconde moiti� du XVIIIe s. voit m�me se r�pandre un engouement pour l�Antiquit� beaucoup plus vif encore que le go�t du public d�aujourd�hui pour la d�couverte arch�ologique, puisque l�ameublement, la d�coration, la mode m�me en subiront les cons�quences.</p><p>Si les hommes du XIXe s. ont bien souvent une conception fort romantique de la d�couverte de l�Antiquit�, certains font preuve d�un souci scien-</p><p>tifique. D�s 1822, l��gypte b�n�ficie du d�chiffrement des hi�roglyphes par Champollion, cons�quence de l�exp�-</p><p>dition de Bonaparte. Les grandes institutions de la recherche arch�ologique voient le jour l�une apr�s l�autre ; ainsi, l��cole fran�aise d�arch�ologie d�Ath�nes (1846), l�Institut allemand d�arch�ologie (1874). L��lan est d�sormais donn� ; les d�couvertes se succ�dent � un rythme rapide, tandis que, peu � peu, une m�thode particuli�re de recherche est mise au point.</p><p>L�arch�ologie orientale</p><p>L�histoire de l�arch�ologie orientale fournit un bon exemple de cette �volution. Au d�but du si�cle, fort peu de documents ou de sites sont connus des Europ�ens. Mais le d�chiffrement des documents cun�iformes</p><p>peut �tre consid�r� comme acquis en 1857. C�est justement l��poque o� l�Assyrie attire les premiers fouilleurs : pendant quarante ann�es, le triangle assyrien va retenir et captiver l�attention.</p><p>On d�couvre Khursab&#x101;d, Ninive, Nimroud, Assour. Ces grandes fouilles, qui font aujourd�hui quelque peu figure de chasse au tr�sor, ont au moins le m�rite � au prix, malheureusement, d�une v�ritable mise � sac des sites</p><p>� de livrer �galement une quantit� incroyable de textes sur tablettes, en particulier la fameuse biblioth�que du palais d�Assourbanipal � Ninive. Une correspondance frappante s��tablit, aux yeux du public, entre les r�sultats des fouilles, les traductions des textes et le seul moyen de connaissance de l�Ancien Orient dont disposaient les savants quelques d�cennies auparavant : la Bible. L�enthousiasme est � son comble lorsqu�en 1872 on annonce la d�couverte d�un r�cit du D�luge rigoureusement parall�le au r�cit biblique.</p><p>Jamais, peut-�tre, l�arch�ologie n��tait apparue autant comme un compl�ment indispensable de la connaissance historique. L�int�r�t se d�place alors vers le sud, et les investigations portent sur Babylone, Ourouk, Suse... � partir de 1877, le site de Tello, fouill� par Ernest de Sarzec (1832-1901), r�v�le l�existence de la civilisation sum�-</p><p>rienne. Mais, peu � peu, la conception m�me de l�arch�ologie se transforme.</p><p>On cherche � d�passer le niveau de la</p><p>� chasse � l�objet � pour s�essayer � de grands d�gagements, o� les architectes jouent le premier r�le. Babylone est ainsi explor�e syst�matiquement par une �quipe allemande.</p><p>La guerre de 1914-1918 inter-</p><p>rompt �videmment ces travaux. Mais l�entre-deux-guerres, qui institue dans une grande partie du Proche-Orient le syst�me des � mandats � confi�s � des puissances occidentales, permet en vingt ans une succession ininterrompue de d�couvertes gr�ce � l�organisation assez syst�matique de chantiers de fouilles r�partis sur l�ensemble de l�Ancien Orient. Les d�gagements horizontaux de quartiers entiers de villes antiques sont alors de r�gle. Mari, Ras Shamra, les villes de la Diy&#x101;l&#x101;, Our, Ourouk, la liste serait longue, m�me si l�on voulait ne mentionner que les plus c�l�bres. Certains fouilleurs, cependant, commencent � proc�der verticalement, par des sondages limit�s en �tendue mais pouss�s le plus profond�ment possible, quelquefois jusqu�au terrain vierge, but ultime rarement atteint. Ils cherchent ainsi � retrouver la superposition des niveaux successifs d�habitation et � classer le mat�-</p><p>riel obtenu en une chronologie relative, peut-�tre transformable en chronologie absolue. Cette p�riode de vingt ann�es fournit une telle masse de documents et de renseignements de toute sorte que les savants ne parviennent plus � l�assimiler au fur et � mesure de son apparition, ni m�me � publier leurs propres d�couvertes. Certains d�entre eux voient m�me dans la Seconde Guerre mondiale, qui, de nouveau, vient interrompre la recherche sur le terrain, une sorte de r�pit b�n�fique qui contraint les fouilles f�briles � c�der enfin le pas aux travaux d�analyse et de synth�se indispensables : ainsi, Henri Frankfort (1897-1954) inaugure � Chicago, d�s 1939, un s�minaire de stratigraphie compar�e qui permet, apr�s guerre, la parution de quelques �tudes de fond.</p><p>La paix revenue, les recherches re-prirent, mais � un rythme plus lent.</p><p>Actuellement, les objectifs de la fouille se diversifient et les m�thodes �voluent. Les centres d�int�r�t se modifient : si l�oeuvre d�art ou le monument demeurent �videmment des documents</p><p>privil�gi�s, le savant s�int�resse �galement � l�histoire sous une forme plus humble, mais peut-�tre plus fondamentale : vie quotidienne des soci�t�s disparues, habitat, alimentation, technologie... On cherche � r�soudre � ou au moins � poser � des probl�mes insoup�onn�s il y a peu de temps : m�canismes de la s�dentarisation, processus de l�urbanisation, origines de l�agriculture et de l��levage, etc.</p><p>On s�oriente vers une recherche limit�e en �tendue, r�pondant le plus possible � un programme d��tudes. Mais la monographie d�un site reste l��l�-</p><p>ment fondamental. Ainsi, l�arch�ologie orientale est pass�e, en peu d�ann�es, de l��poque des pionniers � l��ge d�or de la recherche � grande �chelle, et se tourne aujourd�hui vers un travail peut-</p><p>�tre moins spectaculaire mais riche de possibilit�s nouvelles.</p><p>Chypre, Anatolie, Gr�ce</p><p>Une telle �volution se retrouve dans presque tous les domaines g�ographiques, et presque toutes les � arch�ologies � sont pass�es par les m�mes �tapes. Dans l��le de Chypre, par exemple, d�s 1542 un voyageur europ�en examine les ruines de Salamine.</p><p>Le XIXe si�cle est celui des premi�res curiosit�s �rudites : en 1852 para�t un ouvrage sur les antiquit�s de l��le ; les �pigraphistes �tudient les inscriptions chypriotes. La seconde moiti� du si�cle voit surtout fleurir les arch�ologues amateurs, dont le plus c�l�bre est Luigi Palma di Cesnola (1832-1904), qui r�unit par acquisition ou fouille une vaste collection d�antiquit�s. �</p><p>cette phase un peu d�sordonn�e succ�de enfin, dans la premi�re moiti� du XXe s., une p�riode proprement scientifique avec les travaux de l�exp�dition su�doise (1927-1931), qui posent les fondements de l�arch�ologie de l��le.</p><p>En Anatolie, de m�me, on voit les voyageurs et les �pigraphistes parcourir le pays d�s le d�but du XIXe s. ; puis, vers 1880, les fouilles d�butent, et la r�gion subit les ravages des pilleurs de sites. Actuellement, arch�ologues turcs et �trangers proc�dent � des fouilles m�thodiques.</p><p>Seule l�arch�ologie grecque, longtemps consacr�e � l��tude de la Gr�ce*</p><p>classique, a eu un destin diff�rent. Les grands sites, depuis longtemps rep�r�s, sont d�gag�s assez t�t : les fouilles fran-</p><p>�aises de D�los commencent d�s 1872, celles de Delphes en 1892... L�Agora d�Ath�nes est fouill�e de fa�on syst�-</p><p>matique de 1931 � 1940, puis de 1946 � 1960. L�abondance des sites c�l�bres a longtemps �cart� l�arch�ologie grecque de t�ches consid�r�es comme moins</p><p>� nobles � ; elle s�est souvent cantonn�e dans le domaine de l�esth�tique et de l�histoire de l�art, ainsi contrainte par l�excellence m�me de son objet.</p><p>Il lui reste actuellement � se d�tacher des sanctuaires illustres et des grandes villes des �poques classiques, pour �tendre largement son champ d�action.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, l�arch�ologie a cess� d��tre un moyen un peu fatigant de se procurer des objets de mus�e. Trop souvent consacr�e, jadis, au d�gagement rapide de vastes portions de terrain arch�ologique, si ce n�est de villes enti�res, au d�triment de la pr�cision des connaissances, l�ar-ch�ologie se veut maintenant capable de r�pondre � une s�rie de questions downloadModeText.vue.download 285 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>822</p><p>qu�elle est seule � pouvoir formuler. Cependant son objet demeure le m�me qu�au si�cle dernier : � L�information arch�ologique est constitu�e par tous les documents qui, quelle que soit l��poque � laquelle ils se r�-</p><p>f�rent, sont obtenus par des fouilles. �</p><p>(A. Leroi-Gourhan.)</p><p>Les m�thodes</p><p>Les m�thodes employ�es au XIXe s.</p><p>correspondaient exactement au but d�sir� : pour trouver le plus rapidement possible des objets, il fallait �vacuer en un minimum de temps, avec un minimum de d�penses, le maximum de d�blais. Il est �vident qu�avec de tels proc�d�s chaque objet exhum� �tait irr�m�diablement coup� du contexte qui pouvait en �clairer la signification.</p><p>Quant � l�architecture en brique crue, qu�on renon�ait � d�gager m�thodique-ment, elle �tait purement et simplement</p><p>an�antie. Actuellement, les m�thodes de l�arch�ologie moderne ont fait porter l�effort sur trois grands points : la prospection des sites, la fouille ellem�me et la datation absolue.</p><p>La prospection</p><p>Avant de fouiller, il convient de rechercher le ou les sites dont l��tude fournira les meilleures r�ponses aux questions pos�es. Ce travail de prospection et d�analyse pr�alable des sites peut s�effectuer de plusieurs mani�res.</p><p>y La prospection au sol. C�est la reconnaissance sur le terrain, la forme moderne, en quelque sorte, du</p><p>� voyage arch�ologique � du si�cle dernier ; la m�thode de la photographie a�rienne n�en a nullement aboli la n�cessit�. Il s�agit d�examiner le relief, par exemple de rep�rer, dans certaines arch�ologies, la pr�sence des tells, ou collines artificielles. Il s�agit �galement de ramasser le plus de tessons possible. Les tessons de surface ne sont pas exclusivement des vestiges de la p�riode d�occupation la plus r�cente. Bien au contraire, entre la base d�un tell et son sommet, toutes les p�riodes sont attest�es par ces fragments de c�ramique sans valeur, mais si pr�cieux aux yeux de l�arch�ologue. Le r�sultat essentiel du</p><p>� survey � d�une r�gion est donc de fournir une typologie de la c�ramique qui y est repr�sent�e. Certaines vastes contr�es, comme l�Anatolie orientale, ont ainsi fait l�objet de prospections qui, � peu de frais, sans fouille, ont fourni un mat�riel apte � donner ensuite de pr�cieuses indications sur l�arch�ologie de la r�gion.</p><p>y La prospection a�rienne. Elle permet de compl�ter la prospection au sol dans des cas bien pr�cis. En effet, les sites antiques ont marqu� le terrain et y ont laiss� des traces. Celles-ci sont cependant fort peu visibles, �vanescentes, estomp�es. La photographie a�rienne, bien interpr�t�e, permet de les restituer. On a ainsi pu localiser, surtout en Europe, mais aussi en Afrique du Nord et en Syrie, de nombreux vestiges anciens : foss�s, villas romaines, routes antiques, centuriations, etc. Si spectaculaires</p><p>que soient les r�sultats, la photographie a�rienne n�est cependant pas une panac�e. Dans bien des r�gions, son emploi est difficile : ainsi dans les zones � for�ts denses, o� les faibles vestiges n�apparaissent pas et o� les grands sites seuls sont clairement re-p�rables (villes azt�ques du Mexique, sanctuaires de l�Asie du Sud-Est). La photographie a�rienne ne fournit alors qu�un excellent moyen d�enregistrement des donn�es, en conservant</p><p>une image saisissante d�un site trop �tendu pour �tre embrass� d�un seul coup d�oeil. Par ailleurs, m�me dans les cas favorables, les risques d�erreur sont trop nombreux pour qu�une v�rification au sol des hypoth�ses formul�es ne soit pas n�cessaire � chaque fois. On est ramen�, une fois de plus, � la fouille.</p><p>y Les m�thodes �lectromagn�tiques et �lectriques de prospection. Dans des cas particuliers, on peut recourir � un ensemble de proc�d�s physico-chimiques (prospection scientifique), dont l�emploi est toutefois limit�. Ces m�thodes, co�teuses la plupart du temps, ne servent gu�re qu�� v�rifier si des sites, d�j� rep�r�s par d�autres moyens, m�ritent d��tre explor�s par la fouille. La prospection magn�tique, fond�e sur le m�me principe que le d�minage en temps de guerre, n�est gu�re employ�e. Elle permet de d�tecter la pr�sence dans le sol des objets m�talliques, mais seulement � une faible profondeur. La prospection �lectrique semble plus int�ressante.</p><p>Elle repose sur un principe assez simple : l�eau est bonne conductrice du courant �lectrique ; celui-ci passe donc plus ou moins bien suivant la quantit� d�eau contenue dans le sol.</p><p>La r�sistance oppos�e au courant �lectrique par un foss�, o� l�eau est drain�e, est faible, mais celle qui est offerte par un mur de pierre est plus grande. Ainsi la pr�sence de murs, de foss�s, de terrassements change la conductivit� �lectrique du lieu, ce qui est facilement mesurable � l�aide de potentiom�tres. Les graphiques obtenus indiquent, une fois interpr�-</p><p>t�s, l�emplacement exact des vestiges soup�onn�s.</p><p>y La sonde photographique. Cette</p><p>m�thode a �t� mise au point par l�in-g�nieur Carlo Lerici. Les n�cropoles �trusques de Tarquinia et de Cerve-teri posaient un probl�me : les tombes rep�r�es �taient si nombreuses qu�il �tait n�cessaire, avant d�en commencer la fouille, de savoir lesquelles �taient vides et lesquelles m�ritaient d��tre �tudi�es. La sonde photographique permet de s�en rendre compte avant la fouille et d��viter les travaux inutiles : une sonde portative fore au-dessus de la chambre fun�raire un trou de petite dimension � travers le plafond de la tombe. Un appareil photographique muni d�un flash est ensuite introduit dans le forage et permet, par rotation et clich�s successifs, d�avoir une image exacte de l�ensemble de la tombe, de l�emplacement du couloir d�acc�s, de l��tat du contenu.</p><p>La prospection</p><p>sous-marine</p><p>L��tude des fonds marins � proximit� des c�tes a offert r�cemment � l�arch�ologie un nouveau champ d�action assez pro-metteur. L�arch�ologie sous-marine est une science aujourd�hui en plein essor.</p><p>Les techniques modernes de plong�e en scaphandre autonome (scaphandre Cous-teau-Gagnan) permettent une exploration vari�e.</p><p>Les premi�res fouilles sous-marines furent effectu�es � partir de 1907, avec des scaphandriers professionnels, sur la c�te orientale de la Tunisie, au large de Mahdia : des p�cheurs d��ponges avaient rep�r� des � canons de fr�gate engloutis �, qui �taient en r�alit� des colonnes de marbre.</p><p>La curiosit� aidant, ils d�couvrirent des statues de marbre et de bronze. Le Service des antiquit�s de Tunisie, alert�, reprit les fouilles � son compte jusqu�en 1913. L�exploration, interrompue par la guerre, recommen�a en 1948. Ces travaux permirent de retrouver la cargaison d�un bateau antique, parti d�Ath�nes au d�but du Ier s. av.</p><p>J.-C. avec un chargement d�oeuvres d�art � destination de l�Italie.</p><p>D�autres �paves englouties restitu�rent aux arch�ologues des oeuvres d�art qui, sans cela, auraient disparu dans un four de fondeur (Zeus d�Histiaia). Mais l��tude d�une �pave apporte �galement des donn�es �conomiques : � L�ensemble d�une</p><p>cargaison est toujours un document de premi�re importance pour l�histoire des industries et des �changes � (G. Charles-Picard). Enfin, les variations du niveau marin ont parfois lentement submerg� des constructions antiques. C�est souvent le cas des anciens ports (Tyr, Saida), que l�arch�ologie sous-marine permet, non sans difficult�, de reconstituer.</p><p>La fouille subaquatique est une op�ration tr�s complexe, qui n�cessite un appareillage perfectionn�. Toutefois, cette branche de la technique arch�ologique se d�veloppe fort rapidement. Le premier Congr�s d�arch�ologie sous-marine a eu lieu en 1955.</p><p>La photographie</p><p>a�rienne</p><p>La photographie a�rienne s�est surtout d�velopp�e apr�s la Premi�re Guerre mondiale. Par-del� l�int�r�t pr�sent� par la vue directe depuis l�avion, qui restitue � la perfection un grand monument dans son cadre, la photographie a�rienne offre plusieurs avantages : � Elle permet de fixer une r�alit� que l�on analyse � loisir sous le st�r�oscope ; on peut comparer plusieurs clich�s, constituer des s�ries, ce qui est impossible sur le terrain. Surtout la photographie a�rienne enregistre des d�tails que l�oeil humain remarque difficilement, comme dans les r�gions malais�es � scruter, telles les montagnes bois�es, ou m�me des d�tails que l�oeil ne voit pas �</p><p>(R. Chevallier).</p><p>Les principes sur lesquels se fonde l�interpr�tation d�une photographie a�-</p><p>rienne sont simples : il s�agit de retrouver sur le terrain les traces, les vestiges plus ou moins estomp�s des paysages anciens.</p><p>Des constructions tr�s difficilement d�celables, m�me totalement enfouies dans le sol ou compl�tement aras�es, peuvent r�v�ler leur pr�sence gr�ce � une s�rie de signes, qu�il faut interpr�ter.</p><p>Les ombres port�es (� shadow-marks �) : si une ruine affleure � peine, au point de n�attirer m�me plus l�attention de l�observateur au sol, elle sera cependant d�ce-l�e sur une photographie a�rienne prise le soir, en �clairage rasant, qui allonge les ombres. La photographie a�rienne, qui saisit ainsi ces faibles reliefs, met en �vidence</p><p>le plan des b�timents enfouis. C�est ainsi que l�ancien limes romain dans le d�sert de Syrie a �t� mis en valeur par des recherches du P. Antoine Poidebard (1878-1955).</p><p>La v�g�tation (� crop-marks �) fournit un rep�re inestimable, son aspect variant selon la nature des vestiges sous-jacents.</p><p>Puits ou foss�s font pousser les plantes plus haut, car la profondeur de terre arable est plus grande. L�endroit prend donc sur la photographie un aspect plus sombre.</p><p>� l�inverse, des fondations de murs ralentissent la croissance des plantes et seront r�v�l�es, sur la photographie, par des lignes plus claires. Dans tous les cas, ces anomalies apparaissent nettement sur la photographie a�rienne, qu�il reste � interpr�ter.</p><p>La couleur du sol (� soil-marks �) ellem�me intervient : le travail humain peut faire remonter � la surface des mat�riaux issus de couches de nature, donc de couleur, diff�rente. On peut citer � ce sujet le cas des tumulus des n�cropoles �trusques qui ont �t� �lev�s au-dessus de la tombe gr�ce aux d�blais retir�s du foss� circu-downloadModeText.vue.download 286 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>823</p><p>laire : les foss�s se sont combl�s, et les tumulus furent aras�s ; mais les mat�riaux jadis extraits du sous-sol et en partie demeur�s en surface ont laiss�, visibles sur la photographie a�rienne, des marques blanch�tres qui ont permis de les d�couvrir.</p><p>L�interpr�tation de tels documents est difficile et ne peut �tre faite par l�arch�ologue. C�est une op�ration technique n�-</p><p>cessitant des st�r�oscopes puissants. C�est surtout une �tude complexe, n�cessitant un travail d��quipe, car elle fait appel � des sciences fort diverses : arch�ologie, g�ographie, g�ologie, toponymie...</p><p>La fouille</p><p>Quelles que soient les possibilit�s des m�thodes de prospection, le travail essentiel de l�arch�ologue demeure la fouille, cette technique qui assure l�unit� de l�arch�ologie. Les documents fournis par une fouille ne sont, la plupart du temps, pas dat�s. Le prin-</p><p>cipal but de la recherche est d��tablir s�ils sont contemporains ou successifs, c�est-�-dire de reconstituer la chronologie relative du site. O� que ce soit, un site pr�sente toujours les m�mes caract�res : �poque apr�s �poque, diff�rents niveaux d�occupation se sont succ�d� et diff�rentes couches, ou � strates �, se sont superpos�es.</p><p>La m�thode stratigraphique consiste � �tablir l�ordre de succession des couches en les d�capant progressivement l�une apr�s l�autre, ce qui revient � remonter petit � petit le fil du temps.</p><p>Un tel travail peut, en th�orie, se faire sur toute l��tendue du site. C�est la fouille exhaustive, tent�e par certains, jamais men�e � bien : l�oeuvre serait � la fois trop co�teuse et trop longue.</p><p>Beaucoup plus souvent, le d�capage ne porte que sur la surface restreinte d�un simple sondage. Celui-ci ne fournit peut-�tre pas de plans architecturaux tr�s �tendus, mais il permet d�atteindre rapidement et � peu de frais le but cherch�, la succession chronologique des diff�rents niveaux, cette chronologie relative qui, peut-�tre, pourra ensuite se transformer en chronologie absolue.</p><p>Le souci de la stratigraphie d�un site est n� des efforts des pr�historiens : dans les grottes ou abris-sous-roche, en coupe, les diff�rents niveaux d�occupation, m�me si leur �paisseur est tr�s mince, apparaissent avec nettet�. Les tells du Proche-Orient, par exemple, collines artificielles r�sultant de l�entassement des vestiges de villages qui se sont succ�d�, se pr�tent admirablement � une transposition de la m�thode des pr�historiens. Cette structure d�un site arch�ologique n�est d�ailleurs pas sp�cifique du Proche-Orient : tout lieu habit� de fa�on continue tend � s�exhausser.</p><p>L�observation rigoureuse de la succession des niveaux conditionne, en ar-ch�ologie, tout le reste du travail. Toutefois un site n�est pas, contrairement � l�expression trop souvent employ�e, un livre dont on feuilletterait les pages l�une apr�s l�autre. Les choses ne sont pas aussi simples. Les niveaux d�habitation ne sont nullement horizontaux ; des sols contemporains peuvent �tre � un ou � plusieurs m�tres de diff�rence en altitude. Par ailleurs, chaque niveau</p><p>est en fait un ensemble complexe d�imbrications dont il faut retracer l�histoire. On a tr�s souvent affaire � des</p><p>� inclusions � qui se traduisent par une perturbation de l�ordre normal : si une tombe est creus�e dans des niveaux an-t�rieurs, l�arch�ologue inattentif risque d�enregistrer, au m�me niveau horizontal, des tessons tr�s r�cents appartenant � cette tombe et des tessons bien plus anciens appartenant au terrain environnant. De m�me, l�implantation d�un mur antique commence souvent par le creusement d�une tranch�e de fondation qui s�enfonce dans un terrain ancien : le fond de cette tranch�e est donc de date beaucoup plus r�cente que le terrain dans lequel elle est creus�e. Il n�y a pas de terrain � st�rile � ; chaque centim�tre de terre est la trace d�un �v�nement arch�ologique : sol de terre battue, nivellement de ruines an-t�rieures, foss�, puits, tombe, coul�e de destruction... Chaque pan de mur peut avoir �t� d�truit, reconstruit, partiellement r�utilis� ; chaque porte peut avoir �t�, � un moment ou un autre, provisoirement bouch�e, puis d�gag�e de nouveau. On rendra compte des phases de l�existence de tel ou tel b�timent depuis la premi�re tranch�e de fondation jusqu�� l�abandon d�finitif. Les coupes de terrain cherchent donc � faire appara�tre les �croulements successifs, les remblaiements, en un mot la petite histoire d�un secteur. La m�thode stratigraphique est en quelque sorte une</p><p>� arch�ologie des d�blais �.</p><p>Mais ce probl�me de la fouille, relativement simple dans sa formulation, ne conna�t pas de solution satisfaisante. Comment fouiller tout en comprenant, au fur et � mesure � et en sens inverse de son d�roulement �, la succession de tous ces �v�nements minimes, mais qui sont la clef du site, car ils en fournissent, peut-�tre, la datation ? Comment fouiller tout en enre-gistrant ce qu�on voit, de telle fa�on qu�on puisse, si besoin est, comprendre plus tard ou m�me corriger ce qu�on esp�rait acquis ? On le sait, l�arch�ologie, contrairement aux autres sciences, ne peut r�p�ter l�exp�rience, car elle d�truit son objet en l��tudiant : il faut faire dispara�tre pour aller plus loin, c�est-�-dire plus profond�ment. Il est donc n�cessaire que les faits soient</p><p>enregistr�s aussi fid�lement que possible. Actuellement, les arch�ologues accordent leur faveur � la m�thode des carr�s : on �tablit sur le secteur qu�on d�sire examiner un quadrillage r�el, d�limitant des carr�s s�par�s par des bermes de terre conserv�es provisoirement comme t�moins. Les carr�s, fouill�s simultan�ment, permettent l�examen du site niveau par niveau.</p><p>Mais le souvenir des diff�rentes couches est conserv�, de mani�re tangible et contr�lable, sur chacune des quatre parois du sondage, o� se lit, en coupe, l�histoire du site. Cette m�-</p><p>thode, s�re mais lente, offre d�autres avantages annexes : meilleures r�f�-</p><p>rences pour l�enregistrement des objets dans les trois dimensions, meilleure circulation du personnel dans le chantier gr�ce aux bermes laiss�es en place, possibilit� de d�veloppement rationnel et ordonn� des travaux par extension du quadrillage. Si des probl�mes subsistent, les bermes laiss�es en place peuvent �tre fouill�es � leur tour. Sur les fouilles d�apr�s guerre, l�emploi de cette m�thode s�est g�n�ralis�. Elle est beaucoup plus s�re et pr�cise que l�ancienne, qui se contentait essentiellement de � suivre les murs � pour faire appara�tre les vestiges des b�timents et le plan des �difices. Ce proc�d� rapide, donc dangereux, avait le d�faut d�isoler irr�m�diablement les murs de leur contexte stratigraphique. La seule possibilit� de datation restait alors l�hypoth�tique d�couverte de d�p�ts de fondation. La m�thode des carr�s permet au contraire d��tudier en priorit� le rapport entre les structures architecturales et leur contexte arch�ologique, et d�attribuer � tel niveau bien pr�cis objets ou tessons. L�enchev�trement des d�blais et des murs devient l�objet privil�gi� de la recherche. La contrepartie en est une lenteur d�sesp�rante du travail. � ce rythme, le d�gagement des grands ensembles architecturaux fouill�s en Syrie et en M�sopotamie entre les deux guerres serait sans doute � peine �bauch�. La m�thode des carr�s est particuli�rement bien adapt�e � la fouille d�exploration, qui cherche avant tout � �tablir une chronologie relative et � fournir des �chantillons de mat�riel bien dat�s ; absolument n�cessaire sur tout chantier d�s qu�il s�agit d�une p�riode ou d�un quartier du site dont on ignore tout, elle devient d�un</p><p>maniement difficile d�s qu�on se heurte � des b�timents imposants.</p><p>En fait, le dogmatisme doit ici s�effacer devant l��tude soigneuse des circonstances et des particularit�s. La m�-</p><p>thode des carr�s n�est pas une solution universelle applicable en tous temps et en tous lieux. L�arch�ologie actuelle est submerg�e de centaines de sondages limit�s, qui donnent de la r�alit� une image pulv�ris�e, infinit�simale, alors que, par exemple, nous n�avons pratiquement aucun plan complet de ville orientale antique : apr�s bient�t cent ans de fouilles, on en est r�duit � toujours citer les m�mes exemples : quelques quartiers des villes de la vall�e de la Diy&#x101;l&#x101;, quelques maisons de Babylone, quelques rues d�Our...</p><p>Inversement, combien de chantiers de fouille ont r�v�l� des dizaines de m�tres carr�s de b�timents, parfois d�importance capitale, mais approximativement dat�s ou ramen�s arbitrairement � une seule p�riode, parce qu�on n�a pas pris la peine de pratiquer, avec une sage lenteur, le ou les sondages stratigraphiques qui auraient fourni la clef de bien des probl�mes.</p><p>Une heureuse combinaison des deux m�thodes serait donc souhaitable.</p><p>Les possibilit�s de</p><p>datation absolue</p><p>La premi�re t�che de l�arch�ologue est l��tablissement d�une chronologie.</p><p>Certaines m�thodes chimiques fournissent une chronologie relative. La proportion de mati�re organique d�un ossement conserv� dans la terre diminue, tandis que la proportion de fluor augmente, car le fluor contenu dans les eaux de circulation du sol est lentement absorb� par les os. Donc, pour un m�me site, la quantit� de fluor contenue dans des os d��ge diff�rent permet d��tablir leur anciennet� relative.</p><p>Mais cette m�thode ne peut s�appliquer qu�aux ossements d�un m�me site et aux seuls ossements.</p><p>Si la chronologie relative n�offre pas de trop grandes difficult�s, il en va autrement de la chronologie absolue.</p><p>Mais certaines m�thodes peuvent, avec plus ou moins de pr�cision, fournir des datations absolues, notamment celles</p><p>qui sont fond�es sur le calcul de l�alt�-</p><p>ration des corps. La plus prometteuse est celle du carbone 14. Le carbone radio-actif (C 14) entre dans la composition de toute mati�re vivante, animale ou v�g�tale. Apr�s la mort, la radio-activit� du carbone d�cro�t r�guli�rement au cours des si�cles, et l�on peut d�terminer l��ge de la mati�re organique downloadModeText.vue.download 287 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>824</p><p>analys�e par la mesure du carbone radio-actif qu�elle renferme. D�abord utilis�e avec quelque pr�cipitation, cette m�thode a d� �tre affin�e. On s�est aper�u, en particulier, que cette d�sint�gration du carbone n��tait pas un processus ind�pendant des conditions ext�rieures, comme on le croyait.</p><p>Au contraire, elle peut �tre acc�l�r�e ou frein�e suivant les conditions dans lesquelles l��chantillon a �t� conserv�.</p><p>Il faut donc, dans une premi�re �tape, multiplier les exp�riences en une m�me r�gion pour �tablir des �chelles de valeur, par une confrontation permanente avec les donn�es chronologiques �tablies gr�ce � d�autres m�-</p><p>thodes. Celles-ci sont encore au stade de l�exp�rimentation, mais il convient de citer la datation par le magn�tisme thermor�manent des terres cuites (v.</p><p>arch�omagn�tisme).</p><p>Marseille :</p><p>L�arch�ologie cherche actuellement � donner un statut scientifique � ses m�-</p><p>thodes, et donc � ses r�sultats. Elle est ainsi conduite � utiliser des techniques modernes de traitement de l�information, en raison de l�abondance grandissante de cette derni�re.</p><p>le Centre d�analyse</p><p>documentaire pour</p><p>l�arch�ologie</p><p>La d�marche fondamentale de l�arch�ologue est la comparaison entre tel objet et tel autre, ou encore entre tel ou tel ensemble de caract�res. Mais, au fur et � mesure que les fouilles se multiplient, que les collections s�accroissent, il est de plus en</p><p>plus difficile d�assurer ces comparaisons.</p><p>Aussi en est-on venu, il y a une quinzaine d�ann�es, � appliquer � la documentation arch�ologique les m�thodes de la m�cano-graphie. En 1957 fut cr�� le Centre d�analyse documentaire pour l�arch�ologie, rattach� au C. N. R. S. et install� � Marseille.</p><p>Son premier travail, devant le caract�re inad�quat des d�nominations employ�es couramment en arch�ologie et leur insuffisance, souvent, pour les besoins d�une documentation scientifique, fut d��tablir des codes pr�cis pour la d�signation des objets consid�r�s, fond�s sur une description analytique de chaque trait sp�cifique et non plus sur une appellation synth�-</p><p>tique. Un simple tri � m�canique ou autre</p><p>� peut alors extraire rapidement d�une collection fort abondante d�objets ceux qui pr�sentent en commun une, deux, trois caract�ristiques donn�es, ou plus, suivant le d�sir de l�arch�ologue. Les proc�d�s pratiques � fichiers dits peek-a-boo � lecture directe ou ensembles �lectroniques</p><p>� importent peu : l�essentiel est d�aboutir � un syst�me documentaire qui autorise l�enregistrement et la recherche des informations. Ces syst�mes documentaires permettent d�automatiser le collationnement des donn�es, gain inappr�ciable de temps et d��nergie pour l�arch�ologue. Au-del� des simples comparaisons, et � partir des descriptions analytiques d�objets, peuvent �tre men�es � bien la pr�paration automatique de catalogues arch�ologiques, la construction math�matique de classifications et m�me l��lucidation de probl�mes historiques par des raisonnements complexes propos�s � un ordinateur.</p><p>Sur ces questions, on peut consulter : J.-C. Gardin, � le Centre d�analyse documentaire pour l�arch�ologie �, dans Revue arch�ologique, 1966, vol. I, pp. 159-163 ;</p><p>� Methods for the Descriptive Analysis of Archaeological Material �, dans American Antiquity, janv. 1967, pp. 13-30 ; Arch�ologie et calculateurs, colloque de Marseille, avril 1969 (C. N. R. S., 1970).</p><p>Parmi les travaux d�j� publi�s : J. Christophe et J. Deshayes, Index de l�outillage : outils en m�tal de l��ge du Bronze, des Balkans � l�Indus, 40 tableaux (Code), 280 pages (Commentaire), 3 800 fiches-objets (Catalogue), 320 cartes perfor�es (Index) [C. N. R. S., 1965].</p><p>Arch�ologie et histoire</p><p>Depuis un si�cle, l�histoire a re�u un sens beaucoup plus large en devenant l��tude syst�matique du pass� de l�homme, gr�ce � tous les vestiges qui ont pu �tre enregistr�s. Autrement dit, � c�t� de l�histoire au sens strict � appuy�e sur les documents �crits � est n�e et s�est d�velopp�e une � histoire sans texte � fond�e sur les monuments non �crits, qu�il s�agisse du sol d�une galerie moust�rienne ou des ruines d�un village m�di�val. L�arch�ologie a apport� � l�histoire, en quelques d�cennies, un enrichissement extraordinaire dans le temps et dans l�espace.</p><p>y L�apport dans le temps. Le champ d�investigation de l�arch�ologie va des origines pr�historiques � l��poque m�di�vale. L�acquisition capitale, � ce titre, est �videmment celle de la pr�histoire. Il y a deux cents ans, gr�ce � la Bible, on remontait fort p�niblement jusqu�au IIe mill�naire, et souvent sans le savoir. Au XIXe s., Jacques Boucher de Perthes (1788-1868) fait triompher la th�se de l�antiquit� g�ologique de l�homme, et d�autres savants se mettent au travail pour l��tablissement d�une chronologie relative. Depuis lors, un immense effort d�investigation a fait entrer dans le champ de la connaissance scientifique le pass� le plus oubli� de l�homme, que les m�thodes modernes de datation commencent � fixer dans le cadre d�une chronologie absolue.</p><p>� l�oppos�, certaines p�riodes qui, jusqu�ici, relevaient exclusivement de l�histoire se voient d�sormais �clair�es par la fouille. Tout r�cemment on en est venu � parler d�arch�ologie m�di�-</p><p>vale. Les historiens du Moyen �ge ne d�daignent plus le recours au chantier de fouille pour �clairer certains probl�mes (par exemple, la disparition totale de certains villages pendant la guerre de Cent Ans). On �tudie aussi bien la typologie de la c�ramique commune que le d�cor des cath�drales.</p><p>Pour certaines phases de l�histoire m�di�vale peu riches en textes ou en monuments, l�arch�ologie peut devenir d�un grand secours. Et, de mani�re plus g�n�rale, l�habitat, l�occupation du sol, la vie quotidienne des petites gens peuvent �tre �clair�s de lumi�res</p><p>nouvelles.</p><p>y L�apport dans l�espace. L�histoire ancienne de la Gr�ce et de Rome �tait assez bien connue avant la r�volution arch�ologique. Pourtant, depuis deux si�cles, des fouilles ont singuli�rement enrichi notre connaissance de l�ancienne Rome et fait d�couvrir d�autres peuples de la p�ninsule, comme les �trusques. En Gr�ce, une activit� arch�ologique sans �gale a vivifi� nos connaissances. Elle a m�me rejailli sur les pays voisins : pouss� par l�amour de la Gr�ce, Heinrich Schliemann (1822-1890) effectuait les premi�res fouilles v�ritables en territoire anatolien, et Arthur John Evans (1851-1941) d�couvrait la</p><p>civilisation cr�toise. L�arch�ologie a �galement renouvel� nos vues sur l��gypte ancienne. Si, en ce domaine, l�essentiel est d� � l�apport consid�-</p><p>rable de textes, les fouilles qui les recherchent ont offert aux savants un butin inappr�ciable, lequel vient �clairer ou expliquer les d�couvertes de la philologie. Le m�me ph�nom�ne se produisit en Palestine. La Bible fut reconnue par l�analyse textuelle comme un document digne de foi, � condition de faire porter sur lui le m�me effort critique que sur n�importe quel autre texte ancien. L�arch�ologie, stimul�e par ces vieux textes, s�appliqua tr�s t�t aux pays bibliques, Syrie et Palestine. La M�sopotamie et la Perse furent �galement des champs d�action importants : leur histoire et surtout leur pr�histoire furent litt�ralement ressuscit�es.</p><p>L�anciennet� de toutes ces civilisations �tait d�j� connue ou du moins soup�onn�e. D�autres civilisations, en revanche, furent v�ritablement r�v�-</p><p>l�es par l�arch�ologie : c�est le cas de la pr�histoire de la vall�e de l�Indus, o� apparurent des sites comme Mohenjo-D&#x101;ro ou Harapp&#x101;. Des donn�es pr�-</p><p>cises, malgr� le caract�re encore in-d�chiffrable des textes exhum�s, ont ici remplac� l�ignorance qui �tait la n�tre il y a une quarantaine d�ann�es.</p><p>On pourrait, si ce n��tait fastidieux, continuer ainsi une sorte de tour du monde en �num�rant les r�gions o� l�arch�ologie, depuis peu, a restitu� des pans entiers de connaissance. La</p><p>presque totalit� de l�Afrique, l�Oc�anie, l�ensemble du continent am�ricain sont ainsi vou�s � la recherche arch�ologique pure, les peuples qui y ont v�cu dans le pass� n�ayant jamais acc�d� � l��criture, sauf, peut-�tre, les Mayas et les Azt�ques.</p><p>Actuellement, la m�thode arch�o-</p><p>logique, quoique ind�finiment perfectible, semble ma�tresse de ses buts et de ses moyens. Elle n�a cess�, � travers une succession de d�couvertes, de perfectionner son outil. Elle restera cependant toujours une destruction des archives humaines. Mais elle s�efforce, plus ou moins lentement, d�approcher l�impossible : l�enregistrement int�-</p><p>gral et objectif de ces donn�es, au fur et � mesure de leur destruction. Ainsi tend-elle � la restitution la plus compl�te possible du pass� int�gral de l�humanit�.</p><p>J.-L. H.</p><p>&#x25B6; Glyptique / Numismatique / Poterie / Pr�histoire / Sigillographie.</p><p>B M. Wegner, Altertumskunde (Munich, 1951). / K. M. Kenyon, Beginning in Archaeology (Londres, 1952). / A. Laming et coll., la D�couverte du pass� (Picard, 1952). / O. G. S. Crawford, Archaeology in the Field (Londres, 1953).</p><p>/ R. E. M. Wheeler, Archaeology from the Earth (Oxford, 1954). / F. Benoit, l�Arch�ologie sous-marine en France (Institut de France, 1962). /</p><p>P. Courbin (sous la dir. de). �tudes arch�ologiques (S. E. V. P. E. N., 1963). / Dictionnaire arch�ologique des techniques (�d. de l�Accueil, 1963-64 ; 2 vol.). / R. Chevallier, Photographie a�rienne (Gauthier-Villars, 1965). / A. Parrot, Clefs pour l�arch�ologie (Seghers, 1967). /</p><p>R. Bloch et A. Hus, les Conqu�tes de l�arch�ologie (Hachette, 1968). / G. Ville, Dictionnaire d�arch�ologie (Larousse, 1968). / G. Charles-Picard (sous la dir. de), l�Arch�ologie (Larousse, 1969). / L. Denel, Flights into Yesterday : the Story of Aerial Archaeology (Londres, 1971). /</p><p>S. Moscati, l�Arch�ologie (Flammarion, 1975).</p><p>arch�o-</p><p>magn�tisme</p><p>Science du pass� historique dont les mat�riaux sont surtout des aimantations r�manentes que les terres cuites acqui�rent, sous l�effet du champ magn�tique terrestre, tout au long des refroidissements cons�cutifs � leur</p><p>cuisson originelle et � d��ventuels recuits. Le mot sert � d�signer un domaine d��troite collaboration, � b�n�-</p><p>downloadModeText.vue.download 288 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>825</p><p>fice r�ciproque, entre l�arch�ologie et le g�omagn�tisme.</p><p>Rappelons d�abord que les �l�ments d�finissant le champ magn�tique terrestre, sa d�clinaison D, son inclinaison I et son intensit� F, subissent des changements importants � l��chelle du si�cle ; d�o� le nom de variation s�culaire donn� � cette �volution. Ainsi, dans la r�gion parisienne, la d�clinaison D, qui est actuellement (1970) de 5� 30&#x2032; O. (5� 30&#x2032; W), �tait de 15� W</p><p>environ en 1900, de 22� W � l��poque du premier Empire, o� elle passait par un maximum, et de 8� W vers 1700.</p><p>La figure 1, relative � Paris, est un graphique, o� l�on peut lire les valeurs de D et I, depuis l��poque actuelle jusque vers 1600, aurore des mesures � directes �. Mais, et c�est l� l�un des faits importants de l�arch�omagn�tisme, on peut retrouver les �l�ments D, I et F</p><p>dans un pass� plus lointain, � condition de disposer de mat�riaux dont la date de cuisson soit bien connue arch�ologiquement (la datation au carbone 14</p><p>est tout � fait insuffisante).</p><p>Les terres cuites � et d�ailleurs aussi les roches volcaniques �, corps tr�s h�t�rog�nes, sont capables d�ac-qu�rir des aimantations r�manentes gr�ce � un faible pourcentage de mi-n�raux ferromagn�tiques qu�ils renferment, en grains dispers�s. Fait un peu inattendu, toutes sortes de modes d�aimantation sont possibles : l�action prolong�e du champ terrestre � la temp�rature ordinaire (aimantation r�manente visqueuse), l�action du champ magn�tique, tr�s bref mais intense, du courant �lectrique correspondant � une chute de foudre.</p><p>Mais le m�canisme le plus int�ressant est la thermor�manence : une terre cuite port�e au-del� de 670 �C (point de Curie maximal de ses min�raux magn�tiques) perd toute aimantation</p><p>ant�rieure ; si, partant de l�, on la laisse refroidir dans un champ magn�tique, elle acquiert ce type d�aimantation aux qualit�s exceptionnelles. Pr�cisons que l�aimantation thermor�manente doit �tre consid�r�e comme la somme d�aimantations partielles acquises successivement, par des grains magn�tiques diff�rents, tout au long du refroidissement et qu�elle ob�it � une loi de r�ver-sibilit� : un r�chauffement ult�rieur (en champ nul) de T2 � T1 d�truisant la part de r�manence acquise initialement de T1 � T2 au refroidissement, c�est la propri�t� dite de � m�moire magn�tique des terres cuites �.</p><p>Ces quelques notions sur des types de r�manences possibles ne sont que des bribes d�une science tr�s d�velopp�e, celle du � magn�tisme des terres cuites et des roches � ; mais elles suffisent pour nous diriger utilement vers les champs de fouilles. Ainsi, tout fragment de terre cuite porte une aimantation thermor�manente, faible mais tr�s tenace, acquise dans le champ terrestre tel qu�il �tait � l��poque de son refroidissement. Si l�on veut bien consid�rer un volume important de mati�re (de l�ordre du d�cim�tre cube), malgr� son h�t�rog�n�it�, la direction globale de son aimantation est identique � celle du champ ancien qui l�a produite. Donc, si la terre cuite n�a pas �t� d�plac�e depuis, ni r�chauff�e, ce qui est le cas de restes de fours vari�s (de potier, de verrier, � chaux, � bronze, etc.) ou de foyers (de thermes, domestiques), ou encore de formations incendi�es, elle porte une aimantation, v�ritable fossile du champ terrestre qui existait � l��poque de la chauffe unique ou de la derni�re s�il y a eu r�p�tition. Mais la mesure de cette aimantation est impossible sur le terrain, car son intensit� est tr�s faible (des millions de fois inf�-</p><p>rieure � celles qui sont mesur�es dans les m�taux ferromagn�tiques), et il faut pr�lever des �chantillons portant un rep�rage de leur orientation in situ.</p><p>La technique fran�aise, au � pl�tre de Paris �, consiste � mouler sur un fragment, que l�on enl�vera ensuite, une masse de pl�tre dont la partie sup�-</p><p>rieure, bien liss�e, constitue un plan horizontal sur lequel on trace un trait fin d�azimut connu (au moyen d�une r�gle � �clim�tre visant un th�odolite pr�a-</p><p>lablement orient� sur le soleil [fig. 2].</p><p>En France, toujours, des inductom�tres � grandes bobines, bien adapt�s � des mesures de moment magn�tique sur des corps volumineux et de forme quelconque, permettent de d�terminer les composantes du moment global de l�objet suivant trois directions du tri�dre de r�f�rence d�fini par la masse de pl�tre. On en d�duit facilement la d�clinaison et l�inclinaison de l�aimantation sur le terrain, qui sont celles du champ ancien. En principe, un �chantillon suffit ; pratiquement, on en pr�-</p><p>l�ve une dizaine sur toute la formation arch�ologique choisie ; l�accord des valeurs obtenues est souvent excellent, garantissant la pr�cision du degr� sur I (un peu moins sur D). Nous laisserons de c�t� le cas des � souillures � de l�aimantation thermor�manente originelle par les aimantations de tra�nage ou de foudre ou par des recuits accidentels.</p><p>Elles peuvent �tre d�cel�es � et enlev�es � par des techniques de � nettoyage magn�tique � utilisant l�action de champs magn�tiques alternatifs ou de recuits.</p><p>Les valeurs D et I trouv�es pour une structure arch�ologique donn�e, donc pour un lieu et une �poque donn�s, n�ont d�int�r�t r�el que si cette �poque peut �tre fix�e, � une ou deux d�cennies pr�s. Mais une telle pr�cision est difficile � atteindre au moins � certaines �poques � celle du haut Moyen �ge particuli�rement �, et c�est la difficult� majeure des �tudes arch�omagn�-</p><p>tiques et la cause de la lenteur de leurs r�sultats. Pour tracer les courbes donnant la variation en fonction du temps, soit de D, soit de I, il faut conna�tre ces dates. Au contraire, sur le graphique en D et en I, un couple de valeurs donne un point, et, sur la figure 1, on a report� les directions obtenues pour tous les fours ou foyers �tudi�s jusqu�ici � Paris et provenant de diff�rentes r�-</p><p>gions (France, Belgique, Rh�nanie et Wurtemberg, nord de l�Espagne, sud de l�Angleterre). De fait, des corrections, qui restent faibles, ont �t� faites pour ramener les valeurs obtenues � ce qu�elles auraient �t� � Paris. Devant certains points seulement de la figure, des dates, celles qui paraissent les plus s�res, ont �t� port�es. Il resterait � tracer la courbe qui, partant de 40 av. J.-</p><p>C., serpenterait dans tout le graphique jusqu�� rejoindre la courbe connue � partir de 1540 (en r�alit�, la partie 1540-1700 est d�j� trac�e avec des valeurs arch�omagn�tiques, bien plus pr�cises que les mesures � directes � de l��poque). Ce trac� peut �tre tent�, mais le publier para�t encore imprudent.</p><p>Faut-il dire que, cette courbe �tant �tablie, des structures arch�ologiques d��ge inconnu pourraient �tre dat�es ?</p><p>C�est la � datation magn�tique �, dont on parle beaucoup, alors que son �l�-</p><p>ment principal est encore incomplet.</p><p>Cependant, il est des �poques o�, dans nos r�gions, de bonnes datations sont d�j� possibles : de 40 av. J.-C. � 100</p><p>par exemple, �galement de 1500 � nos jours et peut-�tre pour la p�riode 700</p><p>� 1000. Mais il est certain qu�une datation pr�cise restera impossible aux �poques o�, la courbe revenant sur elle-m�me, des m�mes couples de valeurs peuvent correspondre � des dates diff�rentes.</p><p>La courbe de la figure 1, qui rappelle les trois quarts d�un ovale, a fait penser qu�elle va aller se fermant et qu�elle a �t� parcourue ant�rieurement, c�est-</p><p>�-dire que la direction du champ terrestre aurait une variation cyclique.</p><p>Cette id�e, d�sastreuse parce que trop simple, est difficile � d�raciner. Mais les points arch�omagn�tiques port�s sur la m�me figure montrent indiscutablement que, durant les deux derniers mill�naires, non seulement ils ne sont pas venus s�aligner sur l�ovale, mais qu�ils en sont rest�s en g�n�ral tr�s loin. Il faut consid�rer que l�ovale pernicieux n�est qu�un accident propre aux quatre derniers si�cles dans l�ouest de l�Europe. La figure 1 nous donne encore une information pr�cieuse sur l�importance de la divagation de la direction du champ durant les deux derniers mill�naires : la d�clinaison a vari� entre 27� E et 22� W, soit une ampleur de pr�s de 50�, et l�inclinaison a chang� de plus de 20� entre 52� et 74�.</p><p>L�arch�omagn�tisme s�est d�ve-</p><p>lopp� r�cemment � l��tranger, et des r�sultats sont publi�s dans plusieurs downloadModeText.vue.download 289 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>826</p><p>pays ; certains sont int�ressants d�s maintenant, alors que d�autres comportent d�extravagantes et lointaines extrapolations, fond�es sur l�id�e de variation cyclique. Quelques autres r�sultats ont �t� obtenus d�apr�s des coul�es volcaniques dat�es.</p><p>Les briques, les tuiles et les poteries portent bien, elles aussi, une aimantation thermor�manente acquise durant leur fabrication ; mais, comme elles ont �t� d�plac�es, elles semblent ne rien pouvoir fournir sur la direction du champ. C�est vrai pour la d�clinaison, mais non pour l�inclinaison, � condition de disposer d�un nombre important d�objets de m�me provenance (25 briques par temple, dans le cas des monuments d�Angkor, �tudi�es � Paris). Les briques ayant �t� cuites et g�n�ralement plac�es � de chant �, si l�on d�termine l�inclinaison du moment magn�tique de chacune sur la lace � longueur-�paisseur �, on obtient (au sens pr�s) l�inclinaison du champ, la coh�rence des r�sultats obtenus avec beaucoup d�objets garantissant l�exactitude de l�hypoth�se (pour les tuiles romaines, c�est l�hypoth�se de cuisson</p><p>� debout � qui assure la coh�rence).</p><p>Bien entendu, les objets n��tant pas rigoureusement horizontaux dans les fours, chaque valeur I individuelle est erron�e, mais de fa�on al�atoire, et la moyenne d�un nombre important de valeurs m�ne � une d�termination tr�s correcte de l�inclinaison. En France, des briques de nombreuses constructions historiques (plus faciles � dater que des fours ou foyers) ont �t� �tu-di�es, de sorte que la s�rie des mesures de I est plus fournie que celle des mesures de D. La courbe de I en fonction du temps de 40 av. J.-C. � nos jours serait � peu pr�s compl�te sans une lacune qui subsiste entre les IXe et XIe s.</p><p>Cette courbe permet de bonnes datations, avec la seule inclinaison, mais toujours avec des possibilit�s de r�p�-</p><p>tition � plusieurs si�cles de distance.</p><p>Ainsi, l�inclinaison actuelle de 64� 30&#x2032;</p><p>dans la r�gion parisienne se retrouve vers les �poques 1500, 1150, 460, 280, 180 et 60.</p><p>Tout ce qui pr�c�de �tait relatif �</p><p>la direction du champ terrestre pass�.</p><p>Mais son intensit� F est aussi une grandeur int�ressante, ayant comme les autres �l�ments sa variation s�culaire.</p><p>On la d�termine en cherchant quel est le champ actuel F dans lequel il faudrait refroidir l�objet, pr�alablement d�saimant� par recuit, pour lui faire acqu�rir un moment nouveau �gal � son moment ancien. Mais encore faut-il que le corps refroidi au laboratoire n�ait pas subi de changements min�-</p><p>ralogiques depuis sa cr�ation et que le recuit n�cessaire pour provoquer la nouvelle thermor�manence ne l�ait pas modifi�. Une technique �labor�e, mise au point en France, a consist� � d�finir une cascade de contr�les successifs contre ces �volutions. C�est finalement un ensemble assez laborieux et demandant beaucoup de soin dans le choix des mat�riaux et dans la pr�cision des mesures, de moments en particulier : il faut s�y plier si l�on veut obtenir un r�sultat significatif. Les premi�res d�terminations ont surpris ; en France, l�intensit� du champ terrestre aurait �t� forte jadis, sa valeur vers 600 av. J.-C.</p><p>�tant presque double de l�actuelle. Ce r�sultat, plus ou moins confirm� par des mesures ult�rieures faites en diff�-</p><p>rents pays, peut �tre consid�r� comme mondial. Ces mesures conduisent � penser que la valeur obtenue avant le d�but de notre �re aurait �t� un maximum, et certains n�ont pas h�sit� � parler de variation p�riodique, avec, d�ailleurs, des � p�riodes � assez longues diff�rant suivant les auteurs.</p><p>L�ampleur inattendue de la variation s�culaire de l�intensit� du champ a entra�n� des discussions sur la technique de datation au carbone 14, dont l�un des principes est que le flux cosmique atteignant la Terre est constant, ce qui n�est plus vrai si, � certains moments, elle se trouve mieux prot�g�e par un champ magn�tique plus intense, ou inversement. � un autre point de vue, ceux qui ne craignent pas les extrapolations faciles pensent que la d�croissance de l�intensit� mondiale du champ va continuer jusqu�� annulation (disons dans 2 000 ans), avec toutes sortes de cons�quences, d�ailleurs faussement exag�r�es. Mais rien n�autorise une telle supposition.</p><p>Jusqu�ici, l�arch�omagn�tisme pour-</p><p>rait appara�tre comme une science o� les g�omagn�ticiens sont des deman-deurs, d�ailleurs exigeants sur l��tat des structures et sur leur �ge, et les arch�ologues des fournisseurs. Mais il n�en est rien. D�abord, on l�a vu, la datation magn�tique, avec sa pr�cision de d�-</p><p>tail, reste un espoir r�el pour l�arch�ologie, les ind�terminations fonci�res de plusieurs si�cles n��tant en g�n�ral pas g�nantes. Mais, bien plus encore, les aimantations des terres cuites et leur curieuse propri�t� de m�moire magn�-</p><p>tique offrent beaucoup de ressources pour des applications arch�ologiques vari�es, la r�ponse � des probl�mes tels que ceux qui suivent �tant le plus souvent nette et cat�gorique :</p><p>� d�termination de la position d�objets pendant leur cuisson (dans des fours ou par incendie) : vases plac�s ouverture vers le haut ou vers le bas, ou encore couch�s ; briques cuites � de chant �, parfois � � plat � ou encore � debout �</p><p>dans le cas des tuiles romaines ;</p><p>� affirmation que des roches (murs ou dallages) ont ou non subi les effets d�un incendie ;</p><p>� distinction entre des forma-</p><p>tions (murs de brique par exemple) construites en terre pr�alablement cuite ou en terre cuite sur la formation m�me ;</p><p>� d�termination de temp�ratures</p><p>de recuit, sans doute l�application la plus surprenante. Une brique d�une construction r�chauff�e par incendie, une poterie recuite � des temp�ratures de quelques centaines de degr�s pour faire appara�tre des couleurs ont perdu une partie de leur thermor�manence originelle et acquis une nouvelle thermor�manence au cours du refroidissement ayant suivi le recuit. Des chauffes successives par �tapes, qui d�truisent d�abord la seconde thermor�manence sans alt�rer la premi�re, permettent de d�terminer la temp�rature de recuit et, d�ailleurs, de retrouver les directions du champ par rapport � l�objet lors de la cuisson originelle et lors du recuit (fig. 3).</p><p>Si l�arch�omagn�tisme a d�abord</p><p>rencontr� des difficult�s aupr�s d�une arch�ologie tr�s litt�raire, il a mainte-</p><p>nant conquis la masse consid�rable de ceux qui, v�ritables scientifiques, dans des fouilles tr�s fines, cherchent � retrouver les conditions mat�rielles de la vie des grands jusqu�aux plus humbles, leurs habitats, leurs coutumes, leurs techniques de tous les jours, dont celle de la c�ramique, qui est maintenant tr�s �tudi�e.</p><p>E. T.</p><p>Archim�de</p><p>En gr. ARKHIM�D�S, le plus illustre des hommes de science de l�Antiquit� (Syracuse 287 av. J.-C. - id. 212).</p><p>Fils de l�astronome Phidias, qui avait calcul� le rapport existant entre les grandeurs du Soleil et de la Lune, et peut-�tre apparent� � Hi�ron, tyran de Syracuse, Archim�de est soumis dans sa jeunesse � l�influence, alors consid�rable, de l��cole d�Alexandrie. Il est probable qu�il va lui-m�me s�journer dans cette ville et y suivre l�enseignement de Conon de Samos. Peut-�tre se rend-il aussi en �gypte et en Espagne, mais il revient dans sa ville natale et ne va plus la quitter. Il y vit dans l�entourage des souverains qui le prot�gent et, libre de tout souci mat�riel, il peut se consacrer enti�rement � la recherche scientifique.</p><p>Plutarque nous le d�peint constamment plong� dans les pr�occupations de la science : � Il �tait si fort �pris et ravi de la douceur et des attraits de cette belle sir�ne, laquelle �tait, si l�on peut dire, log�e chez lui, qu�il en ou-bliait le boire et le manger et le reste du traitement de sa personne. �</p><p>Archim�de</p><p>math�maticien</p><p>Archim�de est en effet d�abord un g�o-m�tre. Le premier, dans la Mesure du cercle, il donne une m�thode permettant d�obtenir de &#x3C0; une approximation aussi grande que l�on d�sire, gr�ce � la mesure des polygones r�guliers inscrits et exinscrits ; utilisant les polygones � 96 c�t�s, il fournit une valeur comprise entre 22/7 et 223/71. Dans ses livres Sur la sph�re et Sur le cylindre, il trouve le rapport des volumes</p><p>de ces solides, d�couverte � laquelle il accorde une importance particuli�re, puisqu�il demande que ces deux figures soient grav�es sur sa tombe.</p><p>Cic�ron, questeur en Sicile, trouvera celle-ci � Agrigente, cach�e dans les broussailles, et la fera restaurer en 75</p><p>av. J.-C. Dans l�Ar�naire, Archim�de cherche � calculer le nombre de grains de sable contenus dans l�Univers, tel qu�il se l�imagine ; pour repr�senter un nombre aussi grand (de l�ordre de 1063), il perfectionne le syst�me num�-</p><p>ral grec, qui utilise des lettres, en faisant appel aux exposants. Il trouve les formules d�addition et de soustraction des arcs, calcule l�aire d�un segment de parabole, d�un secteur de la spirale qui porte son nom, du cylindre, de la sph�re, etc. Dans son trait� Sur les sph�ro�des et sur les cono�des, il �tudie les ellipso�des, les parabolo�des et les hyperbolo�des de r�volution. Ses recherches sur les tangentes et les quadratures l�am�nent � imaginer, avec deux mill�naires d�avance, des �l�-</p><p>ments de calcul diff�rentiel et int�gral.</p><p>Archim�de ing�nieur</p><p>Ce sont pourtant ses d�couvertes en m�canique qui d�terminent sa grande c�l�brit�. Dans son premier livre, De l��quilibre des plans, il donne une th�orie du levier, ne demandant, dit-on, qu�� un point d�appui pour soulever le monde �. De cet instrument d�usage downloadModeText.vue.download 290 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>827</p><p>mill�naire, il fait ainsi, par abstraction, un segment de droite, en trois points duquel sont appliqu�es des forces qui s��quilibrent ; il montre que la balance en constitue un cas particulier. D�autre part, Diodore raconte qu�il imagine l�h�lice, ou vis hydraulique, pour diriger les eaux du Nil sur les terrains que les inondations ne permettent pas d�atteindre ; il semble qu�il utilise aussi cet appareil pour assurer la propulsion d�un vaisseau command� par Hi�ron.</p><p>Il invente �galement la vis sans fin, le boulon form� de la vis et de l��crou ; il d�couvre la roue dent�e. Gr�ce �</p><p>l�emploi de poulies mobiles, il r�alise un moufle qui lui sert � remettre � flot un navire �chou� sur la plage.</p><p>Archim�de physicien</p><p>En physique, Archim�de est le fondateur de la statique du solide, avec sa r�gle de la composition des forces et sa th�orie du centre de gravit�. Il cr�e aussi l�hydrostatique, dont il �tablit les lois de base dans son Trait� des corps flottants.</p><p>L�architecte romain Vitruve nous rapporte les curieuses circonstances dans lesquelles il aurait d�couvert le fameux principe qui porte son nom. Le roi Hi�ron avait command� � un artisan une couronne d�or et lui avait fourni le m�tal pr�cieux n�cessaire. Bien que l�objet achev� pr�sent�t le m�me poids que l�or, Hi�ron soup�onnait l�homme d�avoir substitu� de l�argent � une certaine quantit� de m�tal jaune. Il fait part de son inqui�tude � Archim�de, lui demandant s�il peut d�couvrir la fraude, tout en conservant la couronne intacte. Celui-ci, m�ditant sur ce probl�me, est frapp�, en prenant son bain, par la diminution de poids que subissent ses membres plong�s dans l�eau. Il comprend alors que cette perte de poids n�est autre que le poids de l�eau d�plac�e. Et, dans l�enthousiasme de cette d�couverte, on pr�tend qu�il s��lance nu dans la rue, en s��criant :</p><p>� Eur�ka, eur�ka ! � (� J�ai trouv� �).</p><p>Ce r�cit ne figure pas dans le trait� d�Archim�de, mais on y trouve dix-neuf propositions, parmi lesquelles les deux principes de l�hydrostatique.</p><p>Archim�de y indique notamment que la surface d�une eau tranquille est une portion de sph�re dont le centre co�ncide avec celui de la Terre.</p><p>Archim�de d�fenseur</p><p>de Syracuse</p><p>En 215 av. J.-C., Archim�de organise la d�fense de Syracuse, qui, devenue l�alli�e de Carthage lorsque Hi�rony-mos succ�de � Hi�ron, est attaqu�e par Rome. Pendant trois ans, il tient en �chec l�arm�e du consul Marcellus. Il fait construire des machines capables de lancer des traits ou des pierres et</p><p>qui terrorisent les assi�geants. On assure aussi qu�� l�aide de miroirs plans judicieusement dispos�s il r�ussit � concentrer sur les vaisseaux ennemis la lumi�re solaire et � les enflammer.</p><p>Cependant, les Romains ayant p�n�-</p><p>tr� par surprise dans la ville, Marcellus ordonne qu�on �pargne le grand homme, dont il admire le g�nie et qu�il esp�re gagner � la cause de Rome. Mais celui-ci, absorb� par la recherche d�un probl�me, est tu� par un soldat qui, ne l�ayant pas reconnu, s�irrite de ne pouvoir obtenir de lui aucune r�ponse � ses questions.</p><p>Outre les oeuvres cit�es plus haut, on peut signaler la Catoptrique, �tude de la r�flexion de la lumi�re, les Poly�dres, la M�thode, lettre �crite � �ratosth�ne, ainsi que des ouvrages aujourd�hui perdus, la Sph�rop�e, qui traitait de m�canique appliqu�e, et les Principes, d�di�s � un certain Zeuxippe.</p><p>En d�pit des conseils de Hi�ron, qui l�engageait � orienter son activit� vers les applications, Archim�de, comme les autres savants grecs, s�int�ressa surtout � la recherche fondamentale.</p><p>Mais, � l�inverse de ses confr�res, pour qui la valeur d�une th�orie se mesurait selon des crit�res d�esth�tique, il fut le premier � faire un constant appel au contr�le de l�exp�rience.</p><p>� De tous les grands hommes de</p><p>l�Antiquit�, disait d�Alembert, Archim�de est celui qui m�rite le plus d��tre plac� � c�t� d�Hom�re. � Et Leibniz : � Ceux qui sont en �tat de comprendre Archim�de admirent moins les d�couvertes des plus grands hommes modernes. �</p><p>R. T.</p><p>B J. Babini, Arquimedes (Buenos Aires, 1948).</p><p>/ E. Dijksterhuis, Archimedes (Copenhague, 1956). / Archim�de, OEuvres compl�tes (P. Ver-Eecke, 1960).</p><p>Archipenko</p><p>(Alexander)</p><p>Sculpteur am�ricain d�origine russe (Kiev 1887 - New York 1964).</p><p>De Byzance au cubisme</p><p>La premi�re influence artistique, Archipenko la re�oit de son grand-p�re paternel, peintre d�ic�nes. De l� viendront sans doute, dans son oeuvre, la persistance du th�me de la m�re � l�enfant, le go�t des couleurs vives, qui le portera � r�instaurer la sculpture polychrome, et enfin, par le rapport qui s��tablit dans certaines ic�nes entre des �l�ments en l�ger relief et le fond color�, la cr�ation des sculpto-peintures. Cependant, fils d�ing�nieur et de bonne heure frapp�, gr�ce � sa d�couverte de l�oeuvre de L�onard de Vinci, par les relations entre l�art et la science, Archipenko appartient � cette g�n�ration d�artistes et de po�tes que la machine va fasciner : l� r�side certainement une des sources du dynamisme qui le caract�rise. On en trouverait une autre dans les affinit�s qu�entretiennent quelques-unes de ses premi�res sculptures avec l�art des steppes*. Pour l�une et l�autre raison se d�couvre chez Archipenko un ressort de nature expressionniste qui l�apparente infiniment plus au futurisme*</p><p>ou au vorticisme* qu�au cubisme*, dans les rangs duquel on l�a souvent confondu, ne serait-ce qu�en raison de son installation � Paris en 1908. En effet, renvoy� de l��cole d�art de Kiev, dont il a critiqu� les professeurs, et ne trouvant pas en Russie une atmosph�re cr�atrice qui ne s�y d�veloppera qu�un peu plus tard, il succombe � l�attraction de Paris, o� il �laborera jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale ses oeuvres les plus r�volutionnaires.</p><p>Des solutions neuves</p><p>Il semble que, d�s son arriv�e � Paris, le jeune sculpteur ait �t� particuli�-</p><p>rement marqu� par la sophistication syst�matique du Polonais Elie Nadelman (1885-1946), dont l�exposition, en 1909, sugg�re � Andr� Gide des r�flexions comme � Nadelman dessine au compas et sculpte en assemblant des rhombes � (Journal), ce qui convien-drait assez aux oeuvres qu�Archipenko va bient�t cr�er. Il est sollicit� par des dominantes contradictoires : d�un c�t� par l��longation, � la Nadelman, de la silhouette ; d�un autre c�t� (comme Br�ncu&#x15F;i* dans le Baiser) par la masse compacte de la sculpture, prolongeant</p><p>ainsi une interrogation esquiss�e par Rodin* et Medardo Rosso (1858-1928). � la Femme au chat, illustrant la seconde tentation, s�oppose en 1910</p><p>Silhouette, par quoi la premi�re s�in-fl�chit vers une abstraction � laquelle, pourtant, Archipenko ne c�dera jamais compl�tement. Au cours des ann�es suivantes, cette dualit� se maintient entre des sculptures d�un seul bloc taill�es en facettes g�om�triques, qui vont influencer les sculpteurs cubistes, et des oeuvres arbitrairement �lanc�es. En 1912, deux innovations remarquables interviennent. Danse, sorte de ruban sculpt�, fait � l�espace un sort essentiel, puisque celui-ci devient le coeur m�me de l�oeuvre, solution que d�velopperont plus tard, mais dans l�abstraction, Naoum Gabo et Antoine Pevsner* ; les premi�res sculpto-peintures, ou reliefs color�s, introduisent la polychromie et facilitent en outre le passage aux constructions en mat�riaux divers.</p><p>Les trou�es jouent d�sormais un r�le important dans la sculpture (le visage et le torse de La femme marchant</p><p>[1912] sont des trous), ainsi que les formes concaves : on sait l�importance que les unes et les autres rev�tiront plus tard pour Barbara Hepworth* et Henry Moore*. Les constructions, o� le contre-plaqu�, le m�tal, le verre se combinent avec une insolente libert�, repr�sentent vraisemblablement le sommet du g�nie d�Archipenko. Mais s�il reste une oeuvre comme M�drano (1914) pour nous permettre d�en</p><p>juger, les plus sensationnelles, comme Femme au miroir, n�existent plus. Les bronzes Carrousel Pierrot (1913), la Boxe et le Gondolier (1914) montrent qu�alors, en tout cas, Archipenko pousse chacune de ses solutions plastiques � son efficacit� maximale.</p><p>Une sculpture</p><p>de l�harmonie</p><p>Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, Archipenko s�installe � Berlin, qu�il quitte en 1923 pour les �tats-Unis (il deviendra citoyen am�ricain en 1928).</p><p>Sa renomm�e est mondiale : il appara�t comme le leader de la r�volution sculpturale. Pourtant, si l�on excepte sa tr�s singuli�re invention de peinture anim�e, l�Archipentura (1924), gr�ce � laquelle il m�rite une place parmi les</p><p>pionniers de l�art cin�tique, son activit� n�est d�sormais que le d�veloppement paisible de quelques-unes de ses initiatives spectaculaires de 1912-1914. Certes, si elle n��tait pas d�Archipenko, on s��tonnerait de la vari�t� formelle qu�elle continue jusqu�au bout de proposer, une vari�t� dans la gr�ce constante. Car, ainsi que l��crivait en 1912 Guillaume Apollinaire :</p><p>� Sauf dans quelques oeuvres tr�s mouvement�es et troublantes, la sculpture n�a �t� jusqu�� pr�sent qu�une m�lodie. Les oeuvres d�Archipenko sont une harmonie, les premiers accords. �</p><p>J. P.</p><p>B A. Archipenko, Archipenko : Fifty Creative Years 1908-1958 (New York, 1960). / Ouvrage collectif, Archipenko, visionnaire internatio-downloadModeText.vue.download 291 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>828</p><p>nal, accompagnant une tourn�e d�expositions organis�e par la Smithsonian Institution (Washington, 1969).</p><p>architecture</p><p>Art de b�tir les �difices. Le terme d�architecture recouvre des notions trop complexes, des conceptions trop diverses pour qu�il soit possible d�en donner une d�finition dogmatique.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>y Il faut d�abord �liminer l�opposition entre architecture et construction comme �tant un faux probl�me. On constate en effet que les plus anciens exemples connus d�habitations ou de constructions d�fensives laissent supposer une certaine habilet�, l�application de certaines trouvailles, c�est-�-dire une technique tendant � des buts pr�cis : satisfaire les besoins de l�homme en tant qu�individu ou en tant que partie d�une communaut� plus ou moins �tendue. Les programmes, qui constituent pour le ma�tre d�oeuvre la commande, expriment ces besoins.</p><p>Ceux de l�homme isol� sont</p><p>simples : l�individu a toujours �prouv� la n�cessit� de se prot�ger durant son sommeil, d�abriter sa prog�niture, de conserver le feu. L�apparition de besoins d�passant ceux de l�individu caract�rise la vie en soci�t� (d�fense commune, vie spirituelle, exercice du gouvernement et de la justice, activit�s de travail ou de jeu). Ce sch�ma g�n�ral peut s�appliquer � toutes les �poques ; ce qui varie, c�est l��tat de la technique, susceptible de donner des possibilit�s diff�rentes, c�est le go�t qui agit sur l�aspect de l�architecture.</p><p>Les �difices des plus anciennes civilisations historiques (palais fun�raire de Djoser et sa pyramide � Saqqarah</p><p>[�gypte] ; temple de Ninhoursag � Tell el-Obe�d [Sumer]) indiquent qu�� la technique se sont ajout�es des notions scientifiques permettant de pr�voir les r�sultats du travail du b�tisseur</p><p>� donc d�innover par l�exp�rience</p><p>� et des impulsions d�ordre esth�-</p><p>tique conduisant � choisir des formes en vue d�un effet � donc d�imaginer.</p><p>L�architecte qui construit pour des hommes � une �poque donn�e dispose des moyens techniques de son temps et est sensible aux pr�f�rences de ses contemporains. Aussi, l�architecture sera-t-elle tour � tour, dans un rythme cyclique facile � d�celer, d�cor�e ou d�pouill�e, s�v�re ou magnifique, stricte ou contourn�e. Si, depuis que la photographie a diffus� les mod�les et que la rapidit� des voyages a rapproch� les points �loign�s du globe, ce qu�on appelait autrefois le g�nie d�un peuple ne s�exprime plus aussi nettement dans l�architecture, celle-ci demeure toutefois le t�moin de la civilisation qui l�a vue na�tre et appara�t comme �tant � la fois un art et une science faisant appel � des techniques.</p><p>y Reprenant l�analyse pr�c�dente, nous pr�ciserons quelques points.</p><p>1. La technique n�est pas un �l�ment purement mat�riel ; on y retrouve toujours l�oeuvre de la main qui n�agit que sous l�impulsion du cerveau.</p><p>2. Aucun art ne peut se passer d�un �l�-</p><p>ment mat�riel : support, mati�re ou instrument ; mais l�architecture se trouve affront�e � des forces naturelles : la pesanteur en premier lieu. La n�ces-</p><p>sit� de contenir les pouss�es a stimul� l�invention, faisant succ�der la science � l�empirisme ; aux massives constructions des �poques archa�ques succ�-</p><p>d�rent les colonnades grecques, qui r�partissent les charges, les crois�es d�ogives gothiques, qui localisent les pouss�es, et les actuelles r�alisations, o� l�acier et le b�ton r�duisent les volumes aux structures et surplombent de vastes espaces.</p><p>3. L�architecture est un art parce que le ma�tre d�oeuvre exerce un choix, choix qui n�est pas uniquement motiv� par un certain �tat de civilisation. La fa�on d�arranger les mat�riaux dans les trois dimensions, de proportionner les �l�ments, de r�aliser l�harmonie des parties, de mettre en place les volumes rel�ve du talent et de la sensibilit� de l�architecte.</p><p>Du domaine de l�architecte sont</p><p>�galement le d�cor, simple ou charg�, avouant ou dissimulant la structure, et la distribution, c�est-�-dire la dimension des pi�ces et leur rapport mutuel.</p><p>Finalement, l�oeuvre construite appara�t comme le truchement d�un langage que l�architecte veut faire entendre � l�homme qui habitera ou passera dans les lieux � architectur�s �, langage subtil, car il aura pour effet de cr�er ou non chez l�utilisateur ou le spectateur un sentiment complexe de bien-�tre fait de s�curit�, de confort mat�riel et moral ainsi que de satisfaction visuelle.</p><p>Nous en arrivons � proposer de d�finir l�architecture comme l�emploi de mat�riaux 1o destin�s � r�aliser un �difice r�pondant � un programme, c�est-</p><p>�-dire � certains besoins, conform�-</p><p>ment � des principes de stabilit� et de r�sistance n�s de l�exp�rience ; 2o dispos�s suivant des syst�mes de proportion et d�harmonie command�s par les sens, le raisonnement et l�imagination cr�atrice.</p><p>L�architecture des</p><p>premi�res civilisations</p><p>(4000-1000 av. J.-C.)</p><p>Si l�habitation est sans doute la premi�re construction apparue, les plus anciens exemples en sont perdus, bien que l�on ait retrouv�, par exemple en</p><p>Cr�te (Magassa, Cnossos), des bases de maisons ant�rieures � l�histoire traditionnelle, celle qui s�appuie sur des documents �crits.</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>L��gypte* et la M�sopotamie* ont �t� sensibles aux grandes masses, � l�effet monumental. En �gypte, les mastabas et les pyramides sont d�une extr�me simplicit�, et les temples se r�duisent � quelques volumes accol�s. La recherche de la s�curit� de la construction poussait � l�accroissement du volume des supports et � leur multiplication, ce qui, dans les grandes salles des temples, fausse les impressions optiques. En M�sopotamie, les ressauts verticaux des murs r�alisent une prise de lumi�re diff�rente. Les ziggourats sont construites en �tages ; l�emploi du nombre 7 (celui des �tages de la ziggourat) semble une base de l�architecture m�sopotamienne.</p><p>Entre 3000 et 2500, l�architecture se manifeste � Our* (Sumer*) avec les tombes royales, en Cr�te avec les palais de Malia, en �gypte avec la pyramide � degr�s de Djoser � Saqqarah. Les pyramides, grandes masses de pierres dont la stabilit� est assur�e par la large base, ne posent pas de probl�mes architecturaux complexes ; on a pu sans danger y creuser des chambres fun�raires. Elles �voluent pour aboutir au type � rev�tement appareill� des grandes pyramides de Gizeh.</p><p>Maisons</p><p>En M�sopotamie, vers 2000, les pi�ces sont distribu�es autour d�une cour pav�e de briques cuites (Our, Sumer) ou, au contraire, communiquent entre elles sans cour (Tell Asmar, Akkad*).</p><p>En Palestine*, � la maison � abside (v.</p><p>2500) succ�de un plan � trois salles juxtapos�es (Bet Shan). Les maisons �gyptiennes sont connues par les re-pr�sentations fun�raires et les fouilles du quartier ouvrier d�H�tep-S�nous-ret, vers 1900, et de Tell al-Amarna*</p><p>(cit� royale, v. 1365). La maison rurale poss�de toujours un portique couvert et une cour ferm�e la pr�c�dant ; la maison � bourgeoise � ou princi�re, situ�e dans un jardin, comporte deux</p><p>zones, l�une pour la vie diurne, l�autre pour la vie nocturne. Sauf dans les types simples, les maisons �gyptiennes avaient un ou deux �tages au-dessus du rez-de-chauss�e et un toit en terrasse.</p><p>Temples</p><p>Le temple �gyptien est constitu� dans ses �l�ments essentiels vers 2150.</p><p>Sch�matiquement, il comporte un</p><p>sanctuaire, une grande salle et une vaste cour entour�e de portiques et ferm�e par un pyl�ne. La construction, par des pharaons successifs, de temples ajout�s les uns aux autres donne naissance � des groupements complexes, dont le type est le temple d�Amon � Karnak (v. Th�bes).</p><p>La grande salle comprend un vaisseau central et deux vaisseaux lat�raux, moins �lev�s ; la lumi�re, provenant d�ouvertures munies de claustra m�-</p><p>nag�es entre la couverture dall�e du vaisseau central et celle des vaisseaux lat�raux, n��claire que faiblement l�in-t�rieur, encombr� d��normes colonnes fort rapproch�es. Celles-ci, en pierre d�s l�Ancien Empire (2600 av. J.-C.), avec base et chapiteau, succ�daient sans doute � des poteaux en bois.</p><p>De m�me que les analogies sont</p><p>grandes entre les maisons d��gypte et celles de M�sopotamie, de m�me le temple de Tell el-Obe�d (v. 2775) est proche de ceux de la Ve dynastie �gyptienne ; par contre, la ziggourat diff�re de la pyramide � la fois par la forme et la fonction. Elle n�est pas un tombeau ; apparue vers 2300 av. J.-C., �l�ment caract�ristique du temple su-m�rien, elle devient l��l�ment essentiel du temple m�sopotamien avant d��tre incluse dans le palais.</p><p>La M�diterran�e et</p><p>le monde grec</p><p>(1100-50 av. J.-C.)</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>En Cr�te (v. cr�to-myc�nien [art]) appara�t d�j� cette diminution des dimensions qui s�affirmera en Gr�ce (avant qu�une tendance inverse ne se d�veloppe � Rome). Un souci d�harmonie appara�t dans les formes des pi�ces et des cours (m�me si leur groupement</p><p>complexe semble �chapper � des r�gles fixes) ainsi que dans le rapport des parties, comme � l�� aire th��-</p><p>trale � de Cnossos. Les � palais � se pr�sentent comme des constructions consid�rables, aux nombreuses pi�ces, downloadModeText.vue.download 292 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>829</p><p>dot�s de syst�mes d�adduction d�eau et d��gouts ; ces �difices tr�s massifs � deux ou trois niveaux �taient faiblement �clair�s � au moins au niveau in-f�rieur � par les � puits de lumi�re �, des fen�tres paraissant avoir exist� dans les �tages. De nombreux supports consistant en colonnes avec un f�t de bois ont �t� restitu�s.</p><p>De Myc�nes les Grecs n�ont h�rit� que le � m�garon �, ni les vo�tes de brique en encorbellement ni les murailles cyclop�ennes ne furent retenues par eux.</p><p>La Gr�ce* se rattache aux civilisations qui la pr�c�dent par l�emploi des supports isol�s (colonnes) et la constance de nombreux traits dans les habitations. Elle s�en s�pare par des conceptions architecturales qui doivent sans doute autant � une sensibilit� propre qu�� des conditions g�ographiques ou politiques. Les dimensions des �difices sont relativement faibles, surtout dans la Gr�ce propre (elles sont plus fortes en Grande-Gr�ce et en Ionie). Ce que vont rechercher les Grecs sera non le colossal, mais l�harmonie, l�adaptation des �difices � leur fonction et une mise en oeuvre pr�cise des techniques de construction. Les effets vertigineux font place � des finesses cach�es. L��l�vation � portiques a, durant huit ou neuf si�cles, jou� sur les deux th�mes de l�ordre dorique et de l�ordre ionique. Les proportions de surfaces et de volumes vari�rent en fonction de l��poque ou de la r�gion, mais dans d�assez �troites limites.</p><p>La logique conditionne et d�finit l�architecture grecque : le r�le organique d�un membre architectural importe au m�me titre que sa situation</p><p>relative et son �clairement. Un rythme abstrait, qui ne fait pas r�f�rence � la taille humaine (comme le prouve la hauteur d�emmarchement des � kr�-</p><p>pis �), est propre � chaque �difice.</p><p>L�ordonnance �tait comme une gamme math�matique dont l�architecte choi-sissait la premi�re note, un � module �</p><p>qui n��tait pas forc�ment le diam�tre du tambour inf�rieur du f�t, mais pouvait �tre, par exemple, la largeur d�une fa�ade ; les parties de l��difice �taient calcul�es en multiples ou sous-multiples du module. De l�arithm�tique, on passa � la m�thode graphique (emploi de la triangulation) ; ainsi s��tablit un</p><p>� canon architectural �, qui, diffus� par les trait�s d�s le IVe s. av. J.-C., devint une � recette � aux p�riodes hell�nistique et romaine.</p><p>Maisons</p><p>Les habitations cr�toises de Tylissos datent d�environ 1580 av. J.-C. et sont � la fois des logis et des magasins. Elles sont d�pourvues de cour, mais elles poss�dent le caract�ristique puits de lumi�re. Dans les palais comme dans les maisons, de m�andreux couloirs �voquent les labyrinthes l�gendaires.</p><p>Tr�s t�t en Gr�ce (v. 2300), on</p><p>trouve des habitations : des huttes rondes dans le nord de la Gr�ce et dans le P�loponn�se, des formes quadrangulaires et les premiers types de m�garon en Thessalie. Le m�garon, qui existait aussi � Troie (v. 2500-2300), se composait d�une vaste pi�ce donnant sur une cour (quelquefois deux pi�ces,</p><p>� d�ma � et � thalamos �) et pourvue d�un foyer dont la fum�e s��chappait par un trou dans le toit ; il donnera, par combinaison avec la maison cr�toise, la maison grecque du Ve s. av. J.-C.</p><p>Deux constantes caract�risent l�habitation grecque : une cour bord�e de constructions sur trois c�t�s, celui de la rue �tant clos par un mur (sauf s�il existe des boutiques) ; une pi�ce ouverte sur cette cour et desservant la partie priv�e de la maison. Ces caract�ristiques se retrouvent notamment � Olynthe (Ve s. et premi�re moiti� du IVe s. av. J.-C.), � Pri�ne (du IVe au IIe s.</p><p>av. J.-C.), � D�los* (fin du IIIe s. - d�but du Ier s. av. J.-C.), li�es � un urbanisme</p><p>r�gulier. La pi�ce ouverte (� pastas � � Olynthe) fait face au sud et comporte le plus souvent deux colonnes ; le pastas annonce le p�ristyle, qui prendra place dans la cour entre le IIe et le Ier s. av.</p><p>J.-C. (D�los, Pergame, Pomp�i). Les maisons comprennent toujours une pi�ce principale (� andron �, � oikos �</p><p>ou � oecus major �) servant, pense-t-on, aux banquets ; des cuisines, des salles de bains � baignoires, des latrines ont downloadModeText.vue.download 293 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>830</p><p>�t� retrouv�es ; des vestiges d�escalier attestent l�existence d�un �tage. Rome retiendra de l�habitation hell�nistique*</p><p>des principes de distribution ainsi que le p�ristyle.</p><p>Temples</p><p>Les temples grecs de la p�riode primitive (du XIIe s. � 776 av. J.-C.) donnent l�origine du plan classique (temple d�Art�mis Orthia � Sparte) ; mais c�est la p�riode archa�que (de 776 � 479 av.</p><p>J.-C.) qui voit l�apparition des premiers essais de plastique monumentale et, d�s le milieu du VIIe s. av. J.-C. en Gr�ce continentale, celle du temple dorique avec ses �l�ments, � peristasis �.</p><p>� naos � ou sanctuaire, � pronaos � et parfois � opisthodome �. En Sicile, les temples du VIe s. av. J.-C. sont � la fois tr�s vastes et d�un d�cor raffin� (influence orientale). Mais, d�s la seconde moiti� du si�cle, l�ordre dorique est classiquement constitu� en Gr�ce propre. Le naos (transposition du m�-</p><p>garon) est plac� sur un soubassement � emmarchements (kr�pis) et est pr�c�d� du pronaos : ce plan sera constant et se retrouvera chez les Romains. Dans un plan complet, l�opisthodome fait pendant au pronaos sur la face oppos�e ; le portique � colonnes n�existait � l�origine que sur un seul c�t�, puis on en pla�a sur les deux petits c�t�s ; enfin, la colonnade entoura tout l��difice, m�me avec des redoublements de colonnes (Parth�non). Ces colonnes, outre leur r�le plastique (v. ordre), ont une fonction architectonique, la charpente fort lourde des Grecs portant sur l�entablement, et les murs du</p><p>naos venant r�duire la port�e. La forme g�n�rale n�est pas affect�e lorsque le temple est partiellement ou totalement d�couvert (temple � hyp�thre � : S�li-nonte, temple G).</p><p>La p�riode dite � classique � va de 479 � 330 av. J.-C. Si les constructeurs du Parth�non (v. Ath�nes), Ictinos et Callicrat�s, ne suivent pas le pur canon dorique � les formes �tant plus �lanc�es �, l��clat de la st�r�otomie et l�habilet� des corrections optiques justifient la renomm�e de cet �difice et expliquent son influence. Les temples o� le naos, de plan circulaire, est entour� d�un portique de m�me plan (� tholos �) �taient soit d�di�s aux divinit�s chthoniennes, soit vou�s au culte des h�ros : tholos de Delphes* (d�but du IVe s. av. J.-C.), Philippeion d�Olympie* (v. 326 av. J.-C.), � thym�l�e �</p><p>d��pidaure (fin du IVe s. av. J.-C.).</p><p>� la formation de l�empire</p><p>d�Alexandre correspond une nouvelle expansion de l�art grec. L�apparition de types nouveaux de monuments</p><p>religieux (Arsinoeion � Samothrace, Pythion � Pri�ne) r�pond � une �volution de la spiritualit�. Les grands sanctuaires, dont la fonction �tait religieuse et politique, comprenaient, outre les temples et les � tr�sors �, des th��tres et des stades.</p><p>�difices publics</p><p>On ne conna�t pas de th��tres en pierre avant le IVe s. av. J.-C. (ant�rieurement, ils �taient en bois). Le th��tre d��pidaure est consid�r� comme le chef-d�oeuvre du genre. Le choeur chantait ou dansait dans l�� orchestra �, espace circulaire desservi par deux acc�s lat�-</p><p>raux (� paradoi �) servant aux acteurs comme aux spectateurs ; l�orchestra �tait limit� d�une part par la � sk�n� �, b�timent pr�c�d� du � prosk�nion � o� se tenaient les acteurs, et d�autre part par les premiers gradins de l�h�micycle (� theatron �). Il existait des d�cors derri�re le prosk�nion et une machinerie.</p><p>Les stades n��taient que de longs rectangles entour�s de gradins adoss�s � une pente (Delphes, Pri�ne), accompagn�s d�un gymnase form� de portiques entourant une vaste cour et pourvu de</p><p>bains et de pi�ces diverses (Pri�ne).</p><p>Enfin, les Grecs se retrouvaient dans la</p><p>� lesch� �, vaste salle (Delphes), sous la � stoa �, portique couvert, promenoir et march� (Ath�nes), ou encore sur les gradins du public au � bouleut�rion �, salle carr�e pourvue d�une tribune o� d�lib�raient les magistrats (Pri�ne).</p><p>Le monde romain</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>Rome* vit grand dans les probl�mes de construction comme dans les effets architecturaux : une porte de ville, un forum, un march�, des thermes devinrent des monuments au m�me titre qu�une basilique civile ou un temple.</p><p>Le d�cor est plaqu� et rarement</p><p>structural. La d�mesure qui caract�-</p><p>rise les �difices publics et le luxe, qui s��tend aussi aux constructions priv�es (� partir du Ier s. apr. J.-C.), distinguent les Romains des Grecs. Toutefois, les �difices utilitaires, tels que thermes (couverts de vo�tes), amphith��tres et aqueducs, montrent une adaptation � l�objet et un aveu de la fonction qui leur conf�rent une beaut� architecturale. L�habitation connut une tr�s grande diversification en fonction de l��volution sociale.</p><p>Les n�cessit�s d�un Empire de plus en plus �tendu, o� la construction devenait l�auxiliaire de la conqu�te, conduisirent les Romains � imaginer des techniques qui r�clamaient peu d�ouvriers qualifi�s et un grand nombre de manoeuvres.</p><p>Enfin, avant d�utiliser les mod�les grecs, on ne peut oublier que Rome h�rita des techniques et des formes �trusques*.</p><p>Temples</p><p>En plan, le temple �trusque est un rectangle plus court que celui du temple grec ; il comportait un portique ant�-</p><p>rieur tr�s profond et une � cella � ferm�e ; sur�lev� sur un � podium �, il avait un escalier d�acc�s seulement sur le devant. Ces temples, en pierres s�ches ou en briques crues, ont disparu, � l�exception des soubassements.</p><p>Le temple romain primitif d�rive du temple �trusque, modifi� par l�influence grecque. Les portiques sont tr�s profonds, � colonnes d�ordre toscan, un dorique interpr�t�, plus �lanc� que l�ordre grec. Par la suite, les temples garderont en g�n�ral un soubassement vertical sur trois c�t�s et un grand portique ant�rieur ; ils comporteront des colonnes � demi engag�es dans le mur de la cella. L�ordre toscan (temple de Cori) dominera pendant la R�publique, o� l�on utilisera aussi l�ordre ionique (temple de la Fortune Virile � Rome) ; puis l�ordre corinthien, adopt� d�s la fin de la p�riode, deviendra caract�-</p><p>ristique de l�architecture imp�riale romaine (Maison carr�e � N�mes*).</p><p>Les Romains ont �difi� plus de</p><p>temples ronds que les Grecs ; ils sont g�n�ralement d�di�s � Vesta. Le Panth�on d�Agrippa (27 av. J.-C.) devait accueillir les dieux �trangers.</p><p>Maisons</p><p>Chez les �trusques, � c�t� de la cabane circulaire ou oblongue, on trouve une maison dont le plan est un quadrilat�re ordonn� autour d�une pi�ce carr�e o� quatre poutres se croisent � angle droit, permettant de m�nager une ouverture dans le toit (� compluvium �) au-dessus d�un bassin (� impluvium �) ; au fond s�ouvre une pi�ce que l�on pense de r�ception (ce sera plus tard le � tablinum �) ; l�entr�e lui fait face de l�autre c�t� de l�atrium, sur lequel donnent des chambres.</p><p>La � domus � romaine d�rive de la maison �trusque, mais avec un accroissement des dimensions du plan et du nombre des pi�ces. L�atrium, rectangulaire, dessert toutes les pi�ces ; � l�une de ses extr�mit�s, le � vestibulum � fait suite � l�entr�e et pr�serve l�intimit� de la demeure ; � l�oppos� se trouve le tablinum, pi�ce carr�e ferm�e seulement par un rideau : c�est l� que se tient le ma�tre de la maison ; la galerie devant le tablinum se prolonge des deux c�t�s par les � alae �, o� l�on garde les portraits des anc�tres. Le � triclinium �</p><p>(salle � manger) n�a pas de localisation pr�cise. Enfin, autour de l�atrium se trouvent les � cubiculae � (chambres).</p><p>Une �l�vation d�un �tage, qui peut �tre lou�, est fr�quente.</p><p>La r�ception de l�influence hell�nistique conduit parfois � une forme bi-partite, par juxtaposition. Par exemple, � la maison de Pansa � Pomp�i (Ier s. av.</p><p>J.-C.) [v. Campanie romaine], derri�re une maison de type ancien, se trouvent une cour � p�ristyle et bassin, puis un jardin pourvu de portiques ; sur la cour donnent des � oeci �, des � exedrae �, comme en Gr�ce, des chambres, des cuisines et parfois des biblioth�ques et des galeries d�objets d�art. La recherche du confort se manifeste par les circulations d�eaux vives et us�es, par l�existence de bains et d�un chauffage si le climat l�exige (en Gaule ou en Grande-Bretagne). Il y a donc � la fois une recherche d�ouverture de la maison traditionnelle sur l�ext�rieur et un go�t du luxe, qui tendra � amplifier le programme.</p><p>Mais la d�cadence du type � atrium � partir du Ier s. n�a pas abouti seulement au type hell�nistique. D�j� � la fin de la R�publique, il existait des maisons � plusieurs �tages et � boutiques formant des �lots. Ces � insulae � furent nombreuses ; Rome, Pomp�i, Paestum, Ostie en ont poss�d�, et on propose d�en voir � Vaison-la Romaine, etc.</p><p>Leur caract�re original �tait de grouper sous un seul toit, dans le plan vertical, des logements destin�s � la location, assez souvent de qualit� m�diocre.</p><p>Les � villae �, c�est-�-dire l�association d�une maison de ma�tre et d�une exploitation agricole, vont de la</p><p>� villa rustique � � la � villa urbaine �.</p><p>L�implantation du logis sur une vaste cour o� donnent aussi des b�timents d�exploitation d�finit assez bien l�ensemble. La � villa des Myst�res �, � Pomp�i, montre un logis entre cour et jardin, plan dont la descendance sera importante.</p><p>�difices publics</p><p>Ils sont plus nombreux et diversifi�s que chez les Grecs.</p><p>� la p�riode imp�riale, des th��tres en pierre (succ�dant � des constructions en bois) sont �difi�s dans tout l�Empire. Les modifications les plus</p><p>downloadModeText.vue.download 294 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>831</p><p>importantes par rapport au th��tre grec sont l��l�vation du mur de sc�ne (36 m � Orange), muni d�un abat-son, le raccordement de ce mur � l�h�micycle (comportant une galerie sup�rieure � portique) et la construction en terrain plat, qui permet de multiplier les acc�s, mais oblige � contre-buter les masses.</p><p>L�amphith��tre n�est pas ant�rieur � 80</p><p>av. J.-C. et peut se d�finir comme deux th��tres accol�s par leur diam�tre. On en trouve partout en Italie, en Afrique et en Gaule. Le plus connu est le Colis�e de Rome (ovale de 188 m sur 156 ; fa�ade � quatre �tages, haute de plus de 50 m). Les cirques remontent � une tradition ancienne ; immenses (Circus Maximus � Rome : 670 m sur 215 avec une ar�ne de 590 m sur 60), ils servaient aux courses de chars, qui tournaient autour de la � spina � de l�ar�ne ; les constructions en pierre �taient accrues d��chafaudages en bois.</p><p>La basilique* est un �difice civil, � la fois bourse de commerce, tribunal et promenoir. L�importance de ces �difices est double : d�abord intrins�-</p><p>quement, en tant que vaste entreprise de l�architecture romaine, ensuite parce que ces basiliques furent facilement adapt�es � un usage religieux � l��poque chr�tienne. Tr�s longtemps, les basiliques conserv�rent les formes rectilin�aires de l�architecture grecque, avec des plates-bandes, puis des arcs surmont�rent les colonnes ; toutefois, la basilique de Constantin, � Rome, utilisera une construction en concr�tion avec des contre-butements analogues � ceux des thermes.</p><p>Ceux-ci montrent � la fois le go�t du luxe appliqu� � un �difice public et la s�ret� des techniques constructives romaines. On en conna�t de nombreux exemples. � Rome, les thermes de Caracalla (206-217 apr. J.-C.) repr�-</p><p>sentent un groupement complexe de b�timents � l�int�rieur d�une enceinte carr�e de 330 m de c�t�. Un stade, des portiques, des biblioth�ques accompagnaient le b�timent principal, o� se</p><p>trouvaient les installations baln�aires, chauff�es par hypocauste.</p><p>L�architecture</p><p>hors de l�Occident</p><p>Les indications sommaires ci-dessous n�ont pour but que de permettre des rapprochements avec l�architecture occidentale. Pour plus de d�tails, on se r�f�rera aux articles Inde, Chine, Japon, Am�rique pr�colombienne, isl&#x101;m, etc.</p><p>La civilisation, en Inde comme en Chine, remonte � des dates tr�s anciennes (3000-2500 av. J.-C.), mais l�architecture ne nous est connue que par des exemples beaucoup plus r�cents.</p><p>En Inde, le � stupa �, lev�e de terre h�misph�rique entour�e de cl�tures, est un reliquaire (� partir du IIIe s. av. J.-C.). Les temples furent d�abord en bois, puis creus�s dans le roc, enfin r�serv�s dans une excavation (K&#x101;rli, IIe s. ; Kail&#x101;sa � Ellor&#x101;*, VIIe-VIIIe s.). La grande �poque des temples construits s��tend du Ve au XVIe s. ; l��difice tend � reproduire l�univers c�leste d�apr�s la conception de l�univers terrestre (tour-montagne sacr�e, espace carr�-terre, enceintes-montagnes, nappe d�eau-oc�an), tel le temple de &#x15A;iva � Mah&#x101;balipuram* (VIIe et VIIIe s., pyramide � gradins).</p><p>Aux temples hindouistes et bouddhistes succ�d�rent les mosqu�es et les tombeaux � partir du XIIe s. (T&#x101;dj Ma&#x1E25;all � &#x100;gra*, construit de 1631 � 1652). St&#x16B;pa et temples se r�pandirent � Ceylan, � Java, au Cambodge, en Birmanie, au N�pal. C�est au Cambodge* que la forme du temple, image de l�univers c�leste, fut la plus achev�e (ensemble d�Angkor*, XIIe-XIVe s.).</p><p>En Chine, on construisit d�abord surtout en bois (sauf les murs de cl�ture, les murailles, les terrasses, quelques pagodes et certains ponts). La � Grande Muraille �, commenc�e au IIIe s. av. J.-C., �tait en pierre et s��tendait sur plus de 2 000 km.</p><p>Les maisons (mod�le du mus�e de Kansas City, dynastie des Han, 206 av. J.-C. - 220</p><p>apr. J.-C.) comme les pagodes (image de la montagne sacr�e) se caract�risent par leur forte hauteur et la pr�sence d��l�ments de toiture � chaque niveau (pagodes de Ta-yen � Xi�an [Si-ngan], VIIe-VIIIe s., et � Fang</p><p>Shan, 1117).</p><p>Sous les Ming (1368-1644), la lat�rite fut d�un emploi courant pour les fortifications et la restauration de la Grande Muraille.</p><p>Sous les Mandchous (� partir de 1659), on employa la brique associ�e au bois pour les temples et les palais (cit� interdite, P�kin).</p><p>Au Japon, la construction traditionnelle est enti�rement en bois, �lastique et l�g�re, d�une savante complexit�. Les temples shinto�stes sont les plus anciens (av. 500) ; ils coexistent ensuite avec des temples bouddhiques, puis avec ceux, tr�s simples, qui refl�tent l�id�ologie du Zen (� partir du XIIIe s.). On peut citer comme exemples les pagodes du H&#x14D;ry&#x16B;-ji (fin du VIe s. - d�but du VIIe s.), dont le type persiste � Ishiyamadera (v. 1200). Les dispositions des temples � colonnes ne varient gu�re de la p�riode Kamakura (1192-1338) � la p�riode d�Edo (1603-1868). Le type du palais se trouve � la villa imp�riale de Katsura (v. 1620).</p><p>Am�rique pr�colombienne. Il n�y a eu d�architecture importante qu�en Am�rique moyenne et m�ridionale (Mexique, Am�-</p><p>rique centrale, P�rou). La pyramide-temple � gradins se retrouve chez les Mayas* (� El Castillo � de Chich�n Itz�) comme chez les Incas* (pyramide de Pachac�mac).</p><p>Les villes incas furent pr�serv�es par leur isolement (Machupicchu, d�couverte en 1911) ; les murailles de d�fense, les � palais �, les � observatoires solaires � r�v�lent une technique pr�cise dans la construction des murs ajust�s � vif (murs de Cuzco,</p><p>� forteresse � de Paramonga). Alors que l�architecture maya comporte un d�cor, celle des Incas en est presque totalement d�pourvue.</p><p>Bien que certains murs rappellent les ouvrages cyclop�ens de Myc�nes, les pyramides celles d��gypte ou les ziggourats, il faut se garder de rapprochements hasardeux, les civilisations �tant diff�rentes par leurs formes et leurs d�veloppements.</p><p>Architecture musulmane. Son aire s�est �tendue, comme celle du Coran, des Pyr�-</p><p>n�es � l�oc�an Pacifique ; il en r�sulta une grande vari�t�, bien que l�isl&#x101;m ait dict� le programme architectural des mosqu�es.</p><p>De la forme primitive (un espace d�couvert et un abri) d�coula un �difice comportant</p><p>une tr�s vaste cour, une salle hypostyle large et peu profonde, et un minaret pour l�appel � la pri�re ; l�influence byzantine des d�buts marqua fortement l�architecture musulmane.</p><p>Sous la dynastie omeyyade* (661-750), la mosqu�e d�Omar (J�rusalem, 691) et la grande mosqu�e de Damas* (v. 705) restent par le plan et la structure dans la ligne des �difices chr�tiens de Syrie ; le palais de Mechatta (pr�s d��Amm&#x101;n, Jordanie) est une basilique � trois vaisseaux. Le centre politique ayant �t� transf�r� � Bagdad (dynastie �abb&#x101;sside*, 750-1258), les influences sassanides et iraniennes s�ac-crurent ; les califes de S&#x101;marr&#x101; (836-892) �lev�rent des palais de vastes dimensions.</p><p>Au IXe s., des entit�s autonomes se constituent dans l�actuelle Tunisie*, en �gypte* et en Espagne. La grande mosqu�e de Kairouan* (plan basilical � transept avec coupole) est un exemple important ; celle de Cordoue (commenc�e en 785) poss�de trois coupoles dont les structures sont constitu�es par des arcs entrecrois�s supportant des vo�tains bomb�s (certains auteurs y voient l�origine de la vo�te sur crois�e d�ogives).</p><p>En Iran*, la mosqu�e de Var&#x101;m&#x12B;n (1322) comporte quatre � &#x12B;w&#x101;ns � (salle en berceau � trois murs) sur un plan cruciforme autour d�une cour. � la m�me �poque, le plus c�l�bre des �difices d��gypte est la mosqu�e-medersa du sultan &#x1E24;asan (1356), avec la disposition des &#x12B;w&#x101;ns en croix.</p><p>Les Almoravides r�gn�rent de l�Atlas marocain � l�Espagne musulmane ; le minaret de la Kut&#x16B;biyya de Marrakech* (1130-1168) et la Giralda de S�ville* (v. 1190) sont de la m�me famille. L�art dit � mau-resque �, plus gracile, se trouve � F�s � � la mosqu�e Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan (XIIIe s.), � la medersa B&#x16B;�in&#x101;niyya (XIVe s.), etc. �, comme � l�Alhambra de Grenade* (XIIIe-XVe s.), vaste ensemble de salles entourant deux patios.</p><p>Constantinople, prise en 1453, va faire r�appara�tre l�inspiration byzantine. L�architecture ottomane conna�tra un grand d�veloppement avec des mosqu�es (Sulaim&#x101;n&#x12B;ya � Istanbul, 1550-1557 ; Sel&#x12B;mi-e Dj&#x101;mi�i, � Andrinople, 1564-1575), des medersas, des tombeaux, des palais (le vieux s�rail � Istanbul), des bazars, des thermes, etc., jusqu�au XIXe s.</p><p>J.-B. A.</p><p>Le Moyen �ge</p><p>(500-1425 environ)</p><p>L�architecture du haut Moyen</p><p>�ge</p><p>L�essentiel de ce qui nous reste est constitu� d��difices religieux (v.</p><p>Moyen �ge [haut]). On trouve � la fois une vari�t� due au cloisonnement provoqu� par la situation politique (temp�r�e toutefois par des intercommunications assez complexes) et une unit� d�coulant du programme : l��glise chr�tienne est � la fois un temple et un lieu d�assembl�e ; la basilique civile romaine lui servira de premier mod�le (v. pal�ochr�tien [art] et liturgie). Dans la nef, les fid�les se tiendront du c�t� ouest, la partie est �tant affect�e au culte avec l�autel, surmont� d�un �dicule � colonnes (� ciborium �) ; derri�re le sanctuaire, l�abside en h�micycle, au sol sur�lev�, recevra l��v�que et les pr�tres.</p><p>Au VIIIe s., avec les conversions massives et le culte des reliques, des innovations vont appara�tre : a) les constructeurs doivent loger des autels plus nombreux : ils mettent des absi-dioles � l�extr�mit� des collat�raux (Arles, Lorsch), ajoutent une abside � l�ouest (Clermont, Saint-Gall), construisent des oratoires annexes, am�nagent les tribunes, etc. ; b) les reliques sont plac�es dans un caveau sous l�autel sur�lev� (� confession �,</p><p>� martyrium �) [v. martyres] ; on doit pouvoir y c�l�brer l�office et r�aliser la circulation des fid�les ; � partir du VIIIe s., cette chapelle souterraine se perfectionnera (crypte), passant d�un ensemble de caveaux (Saint-Paul de Jouarre) � une �glise miniature (Saint-Laurent de Grenoble), quelquefois entour�e d�un couloir circulaire (Saint-Gall) ; c) le fait de loger un clerg� plus nombreux est sans doute � l�origine du transept et aussi de l�addition, riche d�avenir, d�une trav�e entre l�abside et la nef (abbaye de Saint-Riquier, Ma-rienm�nster de Reichenau).</p><p>Il existera au Moyen �ge des �glises sur plan centr� : a) des mausol�es (Galla Placidia, de forme tr�fl�e, � Ravenne*) ; b) des baptist�res*, sou-</p><p>vent en rotonde (premier �tat de celui du Latran, � Rome) ; c) des �glises de plan ramass� (prototype : San Vitale de Ravenne, 547), s�inspirant du Saint-S�-</p><p>pulcre de J�rusalem* (v. 326).</p><p>downloadModeText.vue.download 295 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>832</p><p>L�architecture romane</p><p>Pr�s de cinq si�cles furent n�cessaires pour que soient �labor�s des formes et des principes nouveaux (v. roman [art]).</p><p>La conception de l��difice diff�re de celle des Romains. Au passif monolithe creus� s�oppose une construction o� des forces dynamiques entrent en jeu ; des d�charges et des renforts vont contenir les pouss�es, voire essayer de les localiser. Les premi�res soulagent le mur d�une partie de sa charge et la renvoient au sol par l�interm�diaire des supports ; les seconds s�appliquent aux vo�tes (doubleaux) et aux murs (contreforts) ; enfin, la vo�te d�ar�tes localise les pouss�es, qui restent diffuses avec la vo�te en berceau.</p><p>L�architecture religieuse romane a poss�d� � la fois une grande vari�t� et une unit� : vari�t� due au morcellement politique : unit� technique double (h�ritage romain et recherche du vo�-</p><p>tement en pierre). Les diff�rents foyers de construction communiquent entre eux par la copie des �difices fameux, l�essaimage des monast�res ou les routes de p�lerinage.</p><p>L�architecture romane appara�t diff�renci�e d�s le � premier art roman �, qui s��tend en Lombardie, en Catalogne, dans le sud-est de la France et en Europe centrale. Les solutions architecturales sont carolingiennes*, le d�cor est roman avec des influences mozarabes. Les caract�ristiques sont le renfort des murs par des bandes lombardes (� l�ext�rieur) et des arcatures, ainsi que l�emploi de piliers et d�arcades outrepass�es ; des vo�tes en berceau apparaissent sur les nefs d�s le XIe s., ainsi que des coupoles sur trompe. Les plans sont soit sans transept, soit � transept avec coupole au</p><p>carr� (Ripoll) ; les vo�tes sont en berceau soit continu (Elne), soit sur doubleaux (Sant Pere de Caserras).</p><p>Les persistances romaines, avec plan basilical sans transept, se retrouvent dans la r�gion de Rome, en Ombrie et en Toscane ; les influences byzantines sont sensibles en V�n�tie et en Dalmatie (Saint-Marc de Venise*).</p><p>La Lombardie pratique les vo�tes � p�n�tration. Dans le sud-ouest de la France, un groupe exceptionnel poss�de des coupoles en file (Saint-Front de P�rigueux*). Des r�gions fortement romanis�es (Provence*, Bourgogne*) conservent les colonnes et les pilastres</p><p>� � l�antique � (Saint-Trophime</p><p>d�Arles*).</p><p>D�autres �difices montrent les survivances de l�architecture carolingienne et ottonienne dans les r�gions o� s�exer�a le pouvoir imp�rial : les �difices sont importants et complexes en Saxe (Sankt Michael de Hildesheim, avec deux transepts et deux choeurs), souvent fid�les au plan centr� (Sankt Maria im Kapitol de Cologne). Dans l�ancienne Neustrie, le � d�ambulatoire � contournant le choeur est de r�gle ; souvent des � chapelles rayonnantes � s�ouvrent sur celui-ci (Saint-Beno�t-sur-Loire). La Normandie*</p><p>�l�ve de nombreuses �glises et abbayes avec des choeurs profonds, des tribunes, des tours-lanternes � la crois�e et des fa�ades d�j� � harmoniques �</p><p>(Jumi�ges, Caen*).</p><p>Dans de nombreuses r�gions, les influences des pays voisins ou des ordres religieux s�entrecroisent. La Lombardie est � la fois latine et � imp�riale � ; l�ancienne Lotharingie est soumise aux influences bourguignonnes, rh�nanes, voire normandes ; l�Espagne continue le premier art roman avec des apports clunisiens. Enfin, les routes de p�lerinages suscitent un mod�le con�u pour la circulation des foules (Sainte-Foy de Conques).</p><p>L�architecture gothique</p><p>Toute l�architecture gothique* d�coule d�une invention technique, la crois�e d�ogives, d�o� proc�de un syst�me constructif complet. On peut discuter</p><p>de ses origines, mais les exp�riences qui eurent des r�sultats se d�roul�rent dans un territoire restreint entre l�Oise et l�Aisne (o� l�architecture romane �tait pauvre), et la fortune de l�architecture gothique suivit celle des Cap�tiens.</p><p>Le point essentiel est la localisation des pouss�es : la vo�te sur crois�e d�ogives appara�t comme une vo�te d�ar�tes, avec, sous chaque ar�te, une nervure supportant des fragments de vo�te (les vo�tains, dont l�appareillage diff�re en r�alit� de celui des vo�tes d�ar�tes), nervures et vo�tains devenant tr�s vite ind�pendants. En plus des deux arcs diagonaux, la vo�te sur crois�e d�ogives comporta tr�s t�t les doubleaux, s�parant les vo�tes, et les formerets, liant le vo�tain au mur.</p><p>C�est donc un cadre appareill� o� les nervures prennent la majeure partie de la charge.</p><p>Il s�ensuit une facilit� de contrebute-ment de la pouss�e, la n�cessit� d�avoir des organes pour contenir celle-ci et une diminution de la fonction portante du mur, qui permet de l�ouvrir largement. La concentration des efforts dans les nervures posera le probl�me des retomb�es, que l�on r�soudra par le � tas de charge �, surhaussement du support, avant de constater que l�on peut supprimer la colonne et la remplacer par un corbeau. Les pouss�es �taient re�ues par le contrefort, h�rit� du roman, qui se modifiera fonctionnellement (cul�e � retraits), mais qui, d�s le d�but, fera perdre au mur sa valeur de but�e. Les collat�raux �tant de plus en plus importants et la dimension des nefs de plus en plus grande, on en viendra � d�coller le contrefort massif du mur et � lui transmettre les pouss�es par des arcs-boutants (� partir de 1160 environ, l�arc-boutant sort du toit).</p><p>Apr�s une courte p�riode de for-</p><p>mation (1122-1144) [Saint-Martindes-Champs de Paris, Saint-Denis*, Sens*], le d�veloppement se poursuit pendant la seconde moiti� du si�cle : les cath�drales* auront en commun de vastes dimensions, une �l�vation int�rieure � quatre �tages (grandes arcades, tribunes, triforium ou oculus, fen�tres hautes), des vo�tes sexpartites</p><p>(branche d�ogive suppl�mentaire), un d�ambulatoire � chapelles rayonnantes, la vari�t� apparaissant dans la conception du plan et l��quilibre des masses (forme du transept, plantation des clochers, etc.). On citera principalement les cath�drales de Noyon, de Laon* et de Paris*.</p><p>La cath�drale de Chartres* (1194-1260) ouvre la p�riode de maturit�. Le plan barlong (rectangulaire) remplace celui des vo�tes sexpartites ; l��l�vation passe de quatre � trois niveaux par suppression des tribunes, ce qui entra�ne l��l�vation des collat�raux et des grandes arcades, et permet d�agrandir les fen�tres ; le support devient la pile ronde cantonn�e de quatre colonnes ; l�arc-boutant est pr�vu d�s le d�part.</p><p>Vers 1250, l�architecture gothique va chercher � se d�passer ; la virtuosit� s�alliera � l�efflorescence du d�cor, qui finira par se d�tacher de la structure.</p><p>Le gothique rayonnant (jusqu�� la fin du XIVe s.) verra s�accro�tre le perce-ment des murs par de grandes baies et d�immenses roses ; le remplacement du trumeau en assise par un meneau en d�lit (raidisseur) va substituer la tension � l��lasticit� des �difices du XIIIe s.</p><p>Le chef-d�oeuvre qui pr�pare cette p�riode est certainement la Sainte-Chapelle de Paris (consacr�e en 1248), v�ritable lanterne o� l�organisation savante des nerfs de pierre et le jeu des forces obligent � pr�voir d�importants contreforts.</p><p>Dans la derni�re p�riode de l�architecture gothique, la technique tend de plus en plus � l�exceptionnel ; le d�cor</p><p>� flamboyant � se surcharge, se complique de contre-courbes et devient ind�pendant de la structure (gables) ; la recherche du pittoresque conduit � l�ir-r�alisme (Saint-Maclou de Rouen*).</p><p>L�architecture gothique connut une expansion consid�rable ; sortie de l��le-de-France et de la Champagne, elle se r�pandit en Normandie, en Anjou, en Bourgogne, dans le sud-ouest de la France et aussi en Angleterre, dans le nord de l�Italie, dans la p�ninsule Ib�rique, dans de nombreuses r�gions d�Europe centrale, dans les Pays-Bas, etc.</p><p>L�habitation m�di�vale Certains types d��difices n��volu�rent presque pas (monast�res [v. b�n�-</p><p>dictin (art) et cistercien (art)], logis ruraux), d�autres peu (maisons de ville), d�autres sensiblement (palais, ch�-</p><p>teaux*) ; l��volution des ch�teaux forts est dict�e par celle des armes.</p><p>Les palais germaniques ou les manoirs anglais ont en commun d��tre la r�sidence d�un seigneur exploitant ses terres (Goslar, Wartburg, en Allemagne ; Oakham, en Grande-Bretagne) ; un trait constant et d�ailleurs ancien est la grand-salle (� curia �,</p><p>� aula �, � hall �). � partir du XIIe s., les b�timents distincts en bordure de la cour vont tendre au groupement dans un b�timent unique plus ou moins complexe. Ce parti unitaire �tait apparu bien avant dans les villes, o� la place �tait mesur�e (parcellaire m�di�val caract�ristique : rectangle avec le c�t� �troit sur la rue). Les maisons comportaient, outre la salle, des chambres, une cuisine, un cellier, des latrines et un puits lorsque c��tait possible ; l��choppe (marchands) ou l�� estude �</p><p>(gens de robe et d�affaires) s�ouvrait sur rue ; la � vo�te � servait � renfermer les objets pr�cieux (dans une tour pour les maisons nobles).</p><p>Un nombre consid�rable de maisons du Moyen �ge poss�daient une structure � active � en bois, avec remplissage inerte. Tout le syst�me repose sur l�alliance de poteaux et de sabli�res avec des pi�ces maintenues ind�formables et en �quilibre, travaillant en extension et en compression, y compris la charpente de toiture. Ce � pan de bois � �tait rempli, suivant les ressources, par du torchis, des briques, des moellons, ou enrob� de planches (pays Scandinaves, Russie). Dans les villes m�di�vales, les �tages s�encorbelle-ront ; le manque de lumi�re conduira � multiplier les logettes en saillie, et le downloadModeText.vue.download 296 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>833</p><p>manque de place � am�nager le grenier</p><p>en � retroussant l�entrait �.</p><p>La Renaissance</p><p>(1425-1600)</p><p>La Renaissance* se manifesta en architecture (d�abord en Italie) par l�interpr�tation de l�Antiquit�, les �rudits humanistes ayant � retrouv� � le trait� de l�architecte romain Vitruve*.</p><p>La d�couverte de la perspective, capitale pour les arts plastiques, modifia la conception des � effets �, notamment par des jeux de trompe-l�oeil.</p><p>Parmi les emprunts � l�Antiquit�, le plus important est celui des ordres*, en g�n�ral librement interpr�t�s. L�influence antique s�exer�a d�abord sur le d�cor, avant que des trait�s ne prennent en compte � la fois Platon et les lois math�matiques.</p><p>Ce qui est original, au moment o� l�on plaque des ordres classiques sur des structures m�di�vales, c�est une nouvelle conception du volume int�-</p><p>rieur, qui va se d�velopper horizontalement (diff�rence avec le Moyen �ge) ; c�est le traitement des murs, dont le nu retrouvera une valeur n�glig�e avec de nouveaux model�s de la surface ; c�est le remplacement des fl�ches aigu�s par des d�mes massifs. Ce qui est capital, c�est que, du trait� de Vitruve, Alberti*, Vignole*, Palladio* et d�autres aient d�duit un syst�me qui fait appara�tre les relations modulaires, auxquelles s�ajoutent les relations arithm�tiques et les trac�s g�om�triques. De plus, la pratique constante des mod�les en bois facilitera le maniement des volumes.</p><p>Italie</p><p>La cr�ation des formes se produit dans la premi�re moiti� du XVe s. : l�h�pital des Innocents de Brunelleschi*, � Florence*, est la premi�re grande oeuvre de la Renaissance.</p><p>L�aspect de forteresse des palais florentins s�amenuise du palais Pitti (Brunelleschi) au palais Riccardi (Michelozzo, 1396-1472) et dispara�t au palais Rucellai (Alberti). L�application d�un arc de triomphe � une fa�ade (temple des Malatesta � Rimini, par Alberti) cr�e une ordonnance nouvelle, que, d�sormais, l�on retrouvera.</p><p>Dans la seconde moiti� du XVe s., les formes vont se combiner � partir des �l�ments nouveaux, et l�architecture civile prendra peu � peu la primaut� sur l�architecture religieuse. Trois exemples illustrent cette p�riode : � Santa Maria delle Carceri (Prato), Giuliano da Sangallo (v. 1445-1516) reprend le plan en croix grecque (peut-</p><p>�tre parce que celui-ci re�oit mieux une coupole) ; � la villa de Poggio, � Caiano, le m�me architecte plaque sur le mur une fa�ade de temple antique ; � Rome*, le palais de la Chancellerie est le prototype des palais italiens de la Renaissance (cour entour�e de b�timents sur quatre c�t�s ; deux �tages de portiques ; ordres superpos�s). �</p><p>la m�me �poque, Venise* et Milan*</p><p>restent dans une large mesure des citadelles de l�esprit gothique.</p><p>Au XVIe s., un �quilibre se r�alise au moment o� la primaut� passe de Florence � Rome. La Renaissance est � son apog�e avec Bramante*, Rapha�l*</p><p>et Michel-Ange*. La renomm�e de</p><p>Bramante commencera avec le Tem-</p><p>pietto de San Pietro in Montorio, s�che copie arch�ologique qui lui vaudra pourtant d��tre charg� des travaux de Saint-Pierre ; Bramante pr�voit un plan en croix grecque avec coupole, dont l�adoption eut une influence consid�rable ; Michel-Ange reprit ce plan, apr�s que Rapha�l l�eut abandonn�.</p><p>Charg� de l�am�nagement des thermes de Diocl�tien (Santa Maria degli Angeli), il donna le mod�le d�un grand espace couvert sans piliers. Rapha�l �difia la villa Madame, prototype des maisons de plaisance suburbaines.</p><p>Vignole fut non seulement un praticien, mais aussi un grand th�oricien, dont le trait� fut largement utilis� au XVIIe s. L��glise du Ges�, � Rome, devint le mod�le de l��glise classique : plan � nef unique avec des chapelles m�nag�es entre les contreforts, transept large et peu profond, choeur � trav�e droite et abside semi-circulaire ; les vo�tes sont en berceau ; une coupole couvre la crois�e, et de petites coupoles les chapelles ; l�adossement de l�autel sur un mur de fond est une innovation.</p><p>La fa�ade, construite post�rieurement par Giacomo della Porta (v. 1540-</p><p>1602), cr�a le type qui se r�pandra cinquante ans durant en Europe et en Am�rique espagnole : le rez-de-chauss�e est plus large que l��tage, et des volutes amortissent le d�crochement ; cette fa�ade pyramidante, fort �loign�e de la fa�ade harmonique gothique, est souvent dite � j�suite � ; l�architecture baroque en fera un ample usage.</p><p>La V�n�tie sera au XVIe s. un foyer important d�architecture. Sansovino*, � la Libreria Vecchia, adopte un parti qui conna�tra une grande fortune, les statues sur les balustrades (surhaussement optique), et cr�e la fen�tre � trois baies, que Palladio d�veloppera.</p><p>Palladio est le dernier grand</p><p>ma�tre de la Renaissance, tant par ses constructions que par son trait�. Il aura une importante influence sur l�acad�-</p><p>misme anglais et le n�o-classicisme.</p><p>Son m�rite fut de restituer � la colonne sa fonction portante ; son tort fut souvent de camoufler ses mat�riaux (colonnes en briques recouvertes de stuc � la villa Rotonda). Sa basilique de Vicence comporte la fameuse baie o� l�arcade m�diane est flanqu�e de deux ouvertures rectangulaires � linteau limit� par le pi�droit et une colonne, forme qui fut reprise au XIXe s., notamment par Charles Carnier � l�Op�ra de Paris. Certains auteurs classent Palladio dans la � post-Renaissance � ou le mani�risme*.</p><p>Diffusion de la Renaissance</p><p>� la copie du r�pertoire de formes et de mod�les du nouveau go�t italien se substitua assez vite, dans les autres pays, une interpr�tation souvent originale.</p><p>y France. La tradition reste forte, surtout dans l�architecture religieuse.</p><p>Si l�architecture civile passe pour avoir �t� plus sensible, c�est que l�on s�attache aux ch�teaux* ou aux h�tels, mais le logis rural et la maison en pans de bois des villes ne changent gu�re.</p><p>L�implantation de la Renaissance se fait en plusieurs phases. C�est d�abord une v�ritable importation : on associe le nom de Domenico da Cortona, dit le Boccador (� v. 1549), � la r�fection du ch�teau de Blois* (aile Fran�oisIer) et � la construction de Chambord*</p><p>(dont le plan au sol est pourtant celui d�un ch�teau fort), le nom de Giro-lamo della Robbia (1488-1566) au ch�teau � de Madrid � (construit de 1528 � 1570 environ, pr�s de Paris, d�truit), celui de Sebastiano Serlio*</p><p>au ch�teau de Fontainebleau* (cour ovale). Les architectes fran�ais interviennent � partir de 1530. L�influence de Vitruve, d�abord r�sum� ou comment�, puis int�gralement traduit (Jean Martin, 1547), accompagne un traitement plus original des principes de la Renaissance.</p><p>Entre 1540 et 1580 apparaissent de grandes compositions, dues � des architectes cr�ateurs. Il faut citer Pierre Lescot, auteur du premier noyau de la � cour carr�e � du Louvre, dont le d�cor sculpt� est rejet� vers le haut des fa�ades, o� r�gne une � mezzanine � ; Philibert Delorme, avec son � ordre fran�ais � ; Jean Bullant, commentateur de Vitruve (1564), auteur de Chantilly, peut-�tre des portiques d�Ecouen ; Jacques Ier Androuet Du Cerceau* (v.</p><p>1510 - v. 1585), qui construisit, pense-t-on, Charleval et Verneuil. De nombreux architectes oeuvrent tant � Paris qu�en province, formant souvent des dynasties, comme les Du Cerceau ou les M�tezeau ; � travers ces familles, la Renaissance a achev� son �volution en France vers 1590, en tendant � plus de d�pouillement.</p><p>y Espagne. L�italianisme fut long � p�n�trer en Espagne, o� subsistaient de solides traditions gothiques et aussi musulmanes. Il en r�sulta un d�cor transpos� de l�orf�vrerie, caract�ristique de la Renaissance</p><p>� plateresque � (1475-1530), que l�on trouve aux h�pitaux de Saint-Jacques-de-Compostelle* (1501-1511) et de la Santa Cruz � Tol�de* (1504-1515) par Enrique Egas (v. 1455 - v. 1534).</p><p>Ce que l�on nomme � haute Renaissance � correspond en Espagne � la volont� de deux souverains. Le palais de Charles Quint, � Grenade*, commenc� en 1527 par Pedro Machuca (� 1550) et rest� inachev�, est la transposition du parti italien des deux portiques superpos�s, autour d�une cour circulaire (premier mod�le, dit-on, des � plazas de toros �). Philippe II fit construire</p><p>l�Escorial : palais, monast�re, s�minaire et n�cropole tout � la fois ; les fa�ades sont nues (granit�), et l��glise est inspir�e de Vignole ; le palais, commenc� en 1563 par Juan Bautista de Toledo (� 1567), qui avait travaill� avec Michel-Ange, a �t� achev� par Juan de Herrera (1530-1597). De l�Escorial d�coule un style s�v�re (� los Felipes �) qui se prolonge au XVIIe s.</p><p>y Portugal. La Renaissance y pr�-</p><p>sente des aspects encore plus originaux qu�en Espagne. Le Portugal</p><p>dut � son empire colonial, outre la richesse, le go�t de l�exotisme : il en r�sulta l�art � manu�lin �, qui est peut-�tre l�une des sources de l�architecture baroque.</p><p>y Pays germaniques. L�architecture m�di�vale subsiste ; � la Renaissance n�appartient qu�un d�cor plaqu�.</p><p>D�autre part, la nature du mat�riau est n�glig�e ; pierre, bois ou m�tal sont trait�s de la m�me fa�on. Le comble gothique tr�s �lev� reste en faveur ; il est parfois accol� d�ordres, de niches, de pilastres ; plus tard, il sera flanqu� d�ob�lisques ; les fa�ades re�oivent des loggias, des �chauguettes, etc. ; toute une efflorescence pittoresque recouvre la structure. � la fin du XVIe s., l�influence de Palladio provoque une courte r�action � classicisante �, mais on peut dire qu�en Allemagne il y a downloadModeText.vue.download 297 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>834</p><p>un passage presque sans transition du gothique flamboyant au baroque.</p><p>y Grande-Bretagne. Le nouveau</p><p>go�t n�intervient que tard et d�abord sous forme d��l�ments appliqu�s</p><p>aux �difices � Tudor �. La sym�trie et les ordres apparaissent vers 1550.</p><p>En fait, la Renaissance anglaise appara�t comme une p�riode de transition, qui se continuera sans hiatus dans le</p><p>� n�o-palladianisme �.</p><p>Baroque et classicisme</p><p>Ils repr�sentent la double descendance de la Renaissance.</p><p>Le baroque*</p><p>L�espace int�rieur tend � une plus grande plasticit� ; dans les fa�ades, une composition d�corative se superpose � une composition g�om�trique. L�architecture baroque fait appel, comme la peinture ou la sculpture de son temps, aux sentiments. Elle y parvient en empruntant ses proc�d�s au th��tre : disposition des �clairages dans les �glises, d�veloppement des escaliers dans les palais, dispositions urbaines tendant � faire converger l�int�r�t en un point, recherche des oppositions de lumi�re, de couleur et de formes dans le d�cor.</p><p>L�esprit baroque peut se d�finir comme une libert� de modification de formes, � l�origine classiques, de fa�on � les rendre capables d�une expression �motive (rupture de lignes, redoublement des supports, etc.). La sculpture d�corative (souvent en stuc ou en pl�tre), la rocaille*, les effets de trompe-l�oeil, sculpt�s ou peints, se d�velopperont de plus en plus.</p><p>En Italie, l�architecture baroque, d�abord assez aust�re avec Carlo Ma-derno (1556-1629) [nef et fa�ade de Saint-Pierre de Rome], devient plus exub�rante avec le Bernin* (colonnade et d�cor int�rieur de Saint-Pierre) et surtout Borromini*. Pierre de Cortone*</p><p>est plus classique. � Turin*, Guarino Guarini* surpasse en effets th��traux et en complexit� son ma�tre Borromini. � partir de 1700, une �volution appara�t un peu partout : � Turin, avec la Superga de Filippo Juvara (1678-1736) ; � Rome, o� la fa�ade de Saint-Jean de Latran, d�Alessandro Galilei (1691-1736), est classicisante, alors que celle de Sainte-Marie Majeure, de Ferdinando Fuga (1699-1781) tend au rococo. La construction civile reprend : Niccolo Salvi (1697-1751) allie un palais � une fontaine (fontaine de Trevi). Un baroque lourd subsiste dans le Sud (Lecce, Syracuse).</p><p>L�architecture baroque d�Europe</p><p>centrale succ�de souvent presque directement au gothique. Dans les pays de l�Allemagne, les Italiens seront d�abord les ma�tres d�oeuvre ; les architectes autochtones leur succ�deront au d�but du XVIIIe s. Les �difices les plus notables sont de Johann Baltha-</p><p>sar Neumann* : entre autres le ch�teau de W�rzburg et l��glise de Vierzehn-heiligen, dont le vo�tement complexe s�allie � la rocaille.</p><p>En Autriche, l�inspiration est italienne, mais les ma�tres d�oeuvre sont tr�s t�t autrichiens. Dans les nombreux palais de Vienne*, sur des fa�ades souvent tr�s sobres, les portails, les encadrements des baies, les couronnements sont baroques ; les vastes escaliers constituent le morceau de bravoure des architectes. Le d�cor n�est pas sans surcharge, mais une constante grandeur dans le parti donne un caract�re attachant aux nombreux �difices civils dus � Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723) ou � Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745). L�influence italienne est sensible � Salzbourg*</p><p>dans les �glises de Fischer von Erlach.</p><p>� Melk, l�abbatiale de Jakob Prand-tauer (1660-1726) poss�de un d�cor baroque sur une fa�ade de structure gothique, comportant deux tours.</p><p>En France, le baroque est en conflit avec le classicisme. Ce sont surtout les �glises dites � j�suites � qui le repr�-</p><p>sentent ; or, il s�en construit beaucoup, de la chapelle � la cath�drale, mais avec un parti baroque plus ou moins accus�. C�est ainsi que l�on a des plans � nef unique (Paris : les Carmes, Saint-Paul-Saint-Louis ; Bordeaux : Saint-Bruno ; Avignon : chapelle des J�suites, etc.), des plans centr�s avec d�me (Paris : le temple Sainte-Marie de Mansart*, le coll�ge des Quatre-Nations de Le Vau*, le d�me des Invalides d�Hardouin-Mansart*), des plans m�di�vaux traditionnels (Paris : Saint-Roch, Saint-Sulpice ; les cath�drales de Nancy, d�Arras et de Versailles).</p><p>Les fa�ades de tradition m�di�vale poss�dent souvent des tours (Paris : Saint-Sulpice ; Langres : Saint-Mamm�s) ; les fa�ades de tradition � Renaissance � superposent les ordres sur trois niveaux (Paris : Saint-Gervais) ; la fa�ade � romaine � est � deux niveaux (Sorbonne, Val-de-Gr�ce).</p><p>En fait, les architectes fran�ais, souvent ing�nieurs en m�me temps, sont rebelles au baroque ; l��chec du Bernin � la colonnade du Louvre en est la preuve, et c�est dans le Midi que l�ar-</p><p>chitecture civile se teintera de baroque (Aix-en-Provence*).</p><p>Le classicisme*</p><p>On peut dire qu�en Italie Bramante et Rapha�l �taient d�j� des classiques.</p><p>En France, l�architecture originale �labor�e d�apr�s la le�on italienne s�appuie sur les grands trait�s th�oriques (Vitruve, Alberti, Vignole, Serlio), auxquels viendront s�ajouter les Cours d�architecture de Nicolas Fran�ois Blondel (v. 1618-1686), puis de Jacques Fran�ois Blondel (1705-1774). Dans une premi�re phase, il s�agit d�une forme classicisante avec encore des �l�ments de la p�riode pr�-</p><p>c�dente ; cette � architecture aust�re �</p><p>(1585-1650) se caract�rise par l�aveu des mat�riaux et souvent l�association brique-pierre, l�emploi de bossages ou de refends (surtout au rez-de-chauss�e), l�importance de la toiture, une �volution vers la r�gularit� des plans et de l�ordonnance des fa�ades. � cette p�riode appartiennent notamment le palais du Luxembourg, commenc� par Salomon de Brosse (v. 1571-1626), le pavillon de l�Horloge du Louvre, de Jacques Lemercier (v. 1585-1654), les ch�teaux de Vizille, de Cadillac, de Balleroy, etc.</p><p>� partir de 1630-1650, l�architecture tend au magnifique : aile Gaston-d�Or-l�ans au ch�teau de Blois (Mansart), Vaux-le-Vicomte (Le Vau*). Claude Perrault* construit la colonnade du Louvre apr�s l��limination du Bernin, construction importante par son parti et ses innovations techniques (armature m�tallique des colonnes et de l�entablement). Versailles*, r�alis� en plusieurs campagnes, est une construction techniquement m�diocre, mais dont les dimensions finales, le d�cor, le parc avec ses � fabriques � et ses jeux d�eau firent de ce � s�jour divin � un mod�le qu�aur�olait la gloire du Roi-Soleil.</p><p>Les Invalides, de Lib�ral Bruant (v.</p><p>1635-1697), ont un plan qui n�est pas sans rappeler celui de l�Escorial ; au d�me d�Hardouin-Mansart, la composition des masses et celle de la fa�ade �chappent � l�influence italienne.</p><p>Au Grand Trianon, de Robert de</p><p>Cotte*, le corps de logis central est</p><p>remplac� par un double p�ristyle ; cette construction � un seul niveau marque une �volution qui va s�affirmer lorsque, apr�s la mort d�Hardouin-Mansart (1708), un classicisme d�pouill� appara�t dans de nombreux h�tels de Paris : les plans se r�gularisent, la distribution est �tudi�e (h�tel de Soubise, h�tel de Rohan, etc.). Boffrand*, � l�h�tel Amelot, imagine une cour ovale et une fa�ade � pilastres colossaux, mais, � l�h�tel de Torcy (auj. h�tel de Beau-harnais), le d�cor est d� aux seuls �l�-</p><p>ments architectoniques. C�est Jacques-Ange Gabriel*, enfin, qui portera � son ultime perfection le classicisme fran�ais (�cole militaire � Paris, Petit Trianon).</p><p>En Europe, le classicisme est � rattacher au rayonnement politique de la France et � l�influence directe de ses architectes ou de leurs disciples ; toutefois, dans cette diffusion, le classicisme se trouve marqu� par le go�t particulier et les habitudes des diff�-</p><p>rents pays.</p><p>En Allemagne, d�s le XVIIIe s., l��cho de Versailles est �vident � la r�sidence de W�rzburg (Neumann sous contr�le de Boffrand) ; il se retrouve notamment � Berlin*, au ch�teau royal, et � Potsdam, o� � Sans-Souci � interpr�te le Grand Trianon en style rococo. Au Danemark et en Su�de, l�influence fran�aise est �galement marquante.</p><p>En Russie, la fondation de Saint-P�-</p><p>tersbourg (v. Leningrad) donne un essor nouveau � l�architecture. Un Italien, Domenico Trezzini (v. 1670-1734), diffuse un style apparent� au baroque n�erlandais. Son compatriote Bartolomeo Francesco Rastrelli (v. 1700-1771), bien que de formation fran�aise, donne une oeuvre non exempte de traits</p><p>� baroquisants � (palais d�Hiver, �glise du couvent de Smolny�). Sous Catherine II, l��cossais Charles Cameron (v.</p><p>1740-1812) est l�introducteur du n�o-classicisme, suivi par Andreian Dmitrievitch Zakharov (1761-1811).</p><p>Le XIXe si�cle</p><p>En mati�re d�architecture, le XIXe si�cle commence vers 1750, avec la r�volution industrielle, et se termine en 1914,</p><p>� la fin de la � Belle �poque �. La multiplicit� de ses aspects et la complexit� des tendances qui le traversent en rendent impossible une d�finition g�n�rale.</p><p>y Le progr�s technique et la nostalgie du pass� vont faire coexister les constructions m�talliques, le n�o-classicisme et le n�o-gothique, mais le fer empruntera parfois des formes � cette derni�re tendance. � l�Antiquit� resurgie (Herculanum, Pomp�i), au romantisme des styles nationaux (gothique troubadour, gothique victorien, � alt deutsch �) vont s�ajouter les documents photographiques et la connaissance directe des �difices, rendue possible par la � r�volution des transports � ; en outre, l�expansion downloadModeText.vue.download 298 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>835</p><p>politique et �conomique de l�Europe va rendre plus faciles les contacts avec des civilisations lointaines (notamment d�Extr�me-Orient). Enfin, les �tats-Unis d�Am�rique vont, d�s 1865, proc�der � des r�alisations totalement neuves dans leurs principes et dans leur mise en oeuvre. Il n�est donc pas surprenant que l�on range sous l��tiquette incertaine d��clectisme* des ouvrages dont les auteurs ont emprunt� les mod�les � toutes les �poques et � tous les pays.</p><p>y Ce qui, par contre, peut surprendre, c�est qu�une architecture coh�rente ait fini par sortir de cette chaotique incertitude. La raison en est, sans doute, que les programmes nouveaux ont fini par provoquer une sorte de d�cantation. Ces programmes r�sultent soit de conqu�tes du progr�s (gares, ponts), soit du mouvement �conomique (expositions* universelles, march�s urbains, grands magasins, Bourses), soit de l��volution politique (assembl�es parlementaires, administrations), soit de l�expansion de la culture (biblioth�ques, mus�es, th��tres).</p><p>Le n�o-classicisme</p><p>Il a retenu l�attention en raison de son</p><p>apparition dans de nombreux pays presque � la m�me date, mais il ne marque de rupture que dans les r�gions o� une architecture diff�rente persis-tait (tel le baroque en Bavi�re ou le</p><p>� colonial style � aux �tats-Unis) ; ailleurs, il appara�t comme une �volution (Grande-Bretagne, France) dont les limites sont incertaines.</p><p>C�est le n�o-classicisme qui fournira des mod�les pour les �glises (Sainte-Genevi�ve [Panth�on] de</p><p>Soufflot* � Paris), pour les Bourses (Paris, Londres, Saint-P�tersbourg), pour les mus�es (glyptoth�que et pinacoth�que de Munich*, British Museum � Londres), pour certaines gares (d�Euston � Londres), pour les palais parlementaires (Parlement de Dublin, � Capitole � de Richmond), pour des th��tres (Grand-Th��tre de Bordeaux, Covent Garden � Londres, Saint George�s Hall � Liverpool), pour des monuments ornementaux (arcs du Carrousel et de l��toile � Paris, Propyl�es � Munich, Porte de Brandebourg � Berlin). [V. classicisme.]</p><p>Bien entendu, de nombreuses habitations, du palais � la simple maison, suivent le go�t antiquisant qu�annon-</p><p>�ait d�j�, au XVIIe s., Inigo Jones* et son n�o-palladianisme. Les architectes n�o-classiques proc�dent soit par combinaison d��l�ments antiques, comme le fait Ledoux (v. visionnaire</p><p>[architecture]), soit par pastiche (lyc�e d��dimbourg).</p><p>Le romantisme architectural</p><p>Il comprend � la fois le n�o-gothique et le retour � des architectures � nationales � ou suppos�es telles. Apparu en Angleterre d�s 1785, il est sensible aux �tats-Unis vers 1800, en France et en Europe centrale vers 1820. Ce ph�nom�ne, moins g�n�ral que le</p><p>n�o-classicisme, est en rapport avec le mouvement litt�raire, avec le r�veil des nationalit�s en Europe, avec une certaine attitude anticlassique des �glises (catholique et protestante). Aussi, le n�o-gothique est-il largement employ� dans les constructions religieuses : � l��glise Saint Peter de Brighton (1823-1826) par Charles Barry (1795-1860) ; � la cath�drale d�Ely (1847) par George</p><p>Gilbert Scott (1811-1878). Mais le plus important �difice par ses dimensions comme par son influence reste le Parlement de Westminster, � Londres (projet : 1836), o� Charles Barry, en collaboration avec Augustus W. Pugin (1812-1852), adopte le � gothique vertical � comme sp�cifiquement anglais.</p><p>En France, le n�o-gothique reste surtout d�coratif. Fran�ois Chr�tien Gau (1790-1853) et Th�odore Ballu (1817-1885) r�alisent quelques pastiches corrects, mais froids ; par contre, il est important de retenir dans leur oeuvre l�utilisation de la fonte pour l��glise Sainte-Clotilde � Paris. Les ouvrages qui suivront, comme la cath�drale de Marseille (dont les plans [1854] sont dus � L�on Vaudoyer [1803-1872]) ou Saint-Ambroise � Paris (par Th�odore Ballu), empruntent leur inspiration � d�autres p�riodes m�di�vales que le gothique et d�montrent la fragilit� de la distinction �tablie avec l��clectisme.</p><p>En Allemagne, on restaure beau-</p><p>coup, on construit en � alt deutsch � des ch�teaux (Neuschwanstein), des brasseries (Hofbr�uhaus, Munich) ; enfin, aux �tats-Unis, nombre d�universit�s se complairont au n�o-gothique.</p><p>L�influence du n�o-gothique est</p><p>aussi indirecte, en ce sens que l��tude structurale des �difices m�di�vaux, notamment sous l�impulsion de Viollet-le-Duc*, a pr�par� la voie aux emplois raisonnes du fer et du b�ton arm�.</p><p>Henri Labrouste (1801-1875), Auguste Perret* annihileront le mur portant, comme les ma�tres d�oeuvre gothiques, en exaltant le r�le des points d�appui.</p><p>Si le romantisme architectural para�-</p><p>tra se perdre dans l��clectisme du point de vue formel, il se prolongera ainsi jusqu�au fonctionnalisme.</p><p>L�architecture en fer*</p><p>Au d�but du XIXe s., le fer est le mat�-</p><p>riau de la r�volution industrielle. Introduit de vive force dans une architecture �puis�e par la r�p�tition acad�mique ou la dispersion �clectique, il viendra combattre l�une et l�autre de ces tendances, en m�me temps que se produira une r�novation des arts mineurs et du style d�coratif : ce sera l��pisode de</p><p>l�� Art* nouveau �. Le fer joue donc un r�le important dans l�architecture du XIXe s., depuis la construction du pont sur la Severn (1779) jusqu�� la Samaritaine (Paris, commenc�e en 1905) de Frantz Jourdain (1847-1935). Mais la galerie des Machines (Paris, 1889) comme la tour Eiffel ne furent pas des ach�vements, ainsi que le pensaient les contemporains : elles ouvrirent la voie � notre architecture contemporaine.</p><p>L��clectisme* en architecture</p><p>Si l�architecture �clectique est quelque peu oubli�e aujourd�hui, elle n�en re-pr�sente pas moins un ph�nom�ne qui a dur� pr�s d�un si�cle et s�est manifest� dans tous les pays. Apparu d�s 1825, coexistant avec les tendances classicisantes et gothicisantes, avant de les recueillir � c�t� d�un grand nombre d�autres, l��clectisme est quasi g�n�ral vers 1855. On peut le d�finir comme alliant � une construction de bonne qualit� (et parfois techniquement inno-vatrice) un � style �, n�importe lequel � vrai dire selon le jour ; peut-�tre peut-on lui pardonner ses outrances pour avoir, jusqu�en 1914, admis l�agr�ment de l�inutile. C�est Venise et Florence surtout qui seront les grandes sources d�inspiration. De l� un � italianisme �</p><p>qui affectera toutes les cat�gories de construction. Charles Percier (1764-1838) et Pierre Fontaine (1762-1853) publient, apr�s des relev�s de palais (1798), des relev�s de villas dont le succ�s fut durable. Charles Barry construit � Londres des clubs � l�italienne (Travellers� Club, 1831 ; Reform Club, 1837) ; le tribunal de commerce de Paris se couvre d�un d�me florentin (Antoine Bailly, 1860-1865).</p><p>En fait, les �difices antiques, m�di�-</p><p>vaux ou Renaissance ne sont plus les mod�les : � l�aide d��l�ments ou de d�tails, on fabrique du Louis XVI, du n�o-classique, voire du baroque suivant des modalit�s et un rythme qui diff�rent dans chaque pays.</p><p>En Allemagne, le go�t �clectique domine de 1825 � 1890. Il variera suivant les r�gions : Munich restera hell�nisante ; Dresde sera marqu�e par l�oeuvre de Gottfried Semper* ; Berlin montrera un m�lange de Renaissance et</p><p>de classicisme fran�ais.</p><p>En Angleterre, toutes les �poques, tous les styles coexistent, du march� au bl� de Leeds, qui est � arabe �, � la cath�drale � byzantine � de Westminster. Vers 1870, le style semi-classique</p><p>� reine Anne � s�impose par son pittoresque. L��clectisme, sous la forme d�architecture r�gionale, est toujours pratiqu� pour les cottages.</p><p>En France, l�italianisme est sensible sous Napol�on III. La triste monotonie des fa�ades de maisons de rapport</p><p>� hausmanniennes � tient au souci de rentabilit�. Ailleurs se produit une sorte de curieuse sp�cialisation des</p><p>� styles � par cat�gories d��difices : les h�tels particuliers s�inspirent de la Renaissance ; c�est au style � Louis XII �</p><p>que l�on fait appel pour les h�tels de ville, au style � Louis XIV � pour les casernes, jusqu�� ce que l�on m�le tous ces styles � l�Exposition de 1900</p><p>(Grand et Petit Palais � Paris). Les plus importants architectes �clectiques sont Hector Lefuel (1810-1881) [Louvre]</p><p>et Charles Garnier (1825-1898),</p><p>qui, � l�Op�ra de Paris, pratique une s�paration des volumes de l��difice (escalier, salle, sc�ne...) nettement</p><p>� antiacad�mique �.</p><p>En Italie, c�est apr�s l�unification (1870) que l��clectisme s�affirme, surtout dans cinq ou six grandes villes, o� l�on copie les mod�les anciens dont on dispose. La recherche du monumental n�a pas eu d�heureux effets � Rome ; plus r�ussies sont les galeries Victor-Emmanuel-II � Milan (1865-1877 ; couverture en fer et en verre).</p><p>Aux �tats-Unis, Richard Mor-</p><p>ris Hunt (1828-1895) � importe �</p><p>une Renaissance fran�aise plus ou moins modifi�e, qui coexiste avec le</p><p>� roman � de Henry Hobson Richard-son (1838-1886), avec le n�o-ionique de la biblioth�que de Columbia University (New York, 1897) par Charles McKim (1847-1909) ou avec les styles</p><p>� georgian � et � colonial � r�habilit�s. En m�me temps, la construction de bois se perp�tuait et une architecture en fer se constituait pour aboutir aux r�alisations de l��cole de Chicago*.</p><p>Le renouvellement</p><p>de la fin du XIXe si�cle Il est le fait soit de 1�� Art* nouveau �, soit de l�emploi du b�ton*.</p><p>y Les styles historiques engendrent une lassitude qu�expriment en termes downloadModeText.vue.download 299 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>836</p><p>vifs les tenants de l�art nouveau.</p><p>L�architecture sera influenc�e par l�aspect formel du mouvement : d�o� l�adoption de formes v�g�tales. Cela r�pond � une recherche de nouveaut�, mais le souci d�insertion dans l��volution contemporaine appara�t plus important par ses cons�quences : int�gration du m�tal dans la construction d�habitations, � l�image des immeubles commerciaux (maison Tassel � Bruxelles [1892] par Victor Horta</p><p>[1861-1947]), ou utilisation de celui-ci en �l�ments pr�fabriqu�s (acc�s du M�tropolitain de Paris [� partir de 1898] par Hector Guimard [1867-1942]). Par sa volont� m�me de rupture, l�art nouveau pr�parait l�avenir.</p><p>y On peut dire que l�emploi d�un nouveau mat�riau, le b�ton arm�, qui passe vite du domaine de l�ing�-</p><p>nieur � celui de l�architecte, est le facteur d�une v�ritable r�volution � la fois technique et formelle. Les ex-p�riences sont pr�coces (entre 1840</p><p>et 1850) et, assez vite, les facilit�s d�emploi du b�ton le font remplacer la pierre et le fer dans les travaux publics, puis dans l�architecture. Mais le � ciment arm� �, comme le fer, est utilis� d�abord comme substitut d�un mat�riau employ� ant�rieurement (on en fait des linteaux, des all�ges, etc.), puis comme une structure que l�on habille, que l�on dissimule ; ce n�est qu�ensuite qu�il deviendra un mat�-</p><p>riau total, gr�ce � une connaissance de ses qualit�s sp�cifiques et � une conception d�ensemble de l�ouvrage.</p><p>Dans le domaine des exp�riences, on peut retenir l��glise Saint-Jean-l��vang�liste de Montmartre (Paris, 1894-1904), d�Anatole de Baudot (1834-1915), et l�immeuble du 1, rue Danton,</p><p>� Paris (1898), monolithe en b�ton construit par Fran�ois Hennebique (1842-1921). Les premi�res grandes r�alisations architecturales sont celles des fr�res Perret* : immeuble du 25 bis, rue Franklin, � Paris (1902), garage Ponthieu (1905, d�truit). L�importance des ouvrages r�alis�s pendant les quelques ann�es qui pr�c�d�rent la Premi�re Guerre mondiale permet de consid�rer cette p�riode comme marquant l�origine directe de l�architecture du XXe s. La reconstruction de San Francisco fait appel au b�ton ; � Oak Park, dans l�Illinois, Frank Lloyd Wright*</p><p>construit Unity Temple (1906). Simon Boussiron (1873-1958) r�alise � la gare de Bercy (Paris, 1910) les premiers sheds paraboliques en voile mince, et les fr�res Perret construisent le Th��tre des Champs-�lys�es (1911-1913).</p><p>Avec ce dernier �difice, structure hardie qui accueille et conditionne le d�cor, synth�se raisonn�e de la technique, de la fonction et de l�expression architecturale, s�achevait le XIXe s.</p><p>J.-B. A.</p><p>&#x25B6; Appareil / B�ton / Brique / Charpente /</p><p>Construction / Fer / Ordres / Pierre / Urbanisme.</p><p>B E. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonn� de l�architecture fran�aise du XIe au XVIe si�cle (Morel, 1858-1868 ; 10 vol.) ; Entretiens sur l�architecture (Morel, 1858-1872 ; 2 vol. et atlas). / C. Bauchal, Nouveau Dictionnaire biographique et critique des architectes fran�ais (Andr�, Daly et Cie, 1887). / A. Choisy, Histoire de l�architecture (Gauthier-Villars, 1899 ; 2 vol.). / F. Benoit, l�Architecture (Laurens) : Antiquit� (1911) ; l�Orient m�di�val et moderne (1912) ; l�Occident m�di�val, du romain au roman (1933) ; l�Occident m�di�val, romano-gothique et gothique (1934). / A. de Baudot, l�Architecture. Le Pass�, le Pr�sent (Laurens, 1916). / H. Focillon, Art d�Occident : le Moyen �ge roman et gothique (A. Colin, 1937 ; r��d., le Livre de Poche, 1965 ; 2 vol.). / N. Pevsner, An Outline of European Architecture (Harmondsworth, 1943 ; trad. fr. G�nie de l�architecture europ�enne, Hachette, Tallandier, 1966). /</p><p>S. Giedion, Space, Time and Architecture (Cambridge, Mass., 1944 ; 3e �d., 1954 ; trad. fr. Espace, temps et architecture, �d. de la Connaissance, Bruxelles, 1968). / L. Hautecoeur, Histoire de l�architecture classique en France (A. et J. Picard, 1947-1957 ; 9 vol. ; r��d. du tome I en 4 vol., 1964-1967). / A. Gutton, Conversations</p><p>sur l�architecture (Vincent et Fr�al, 1952-1962 ; 6 vol.). / A. Lur�at, Formes, composition et lois d�harmonie (Vincent et Fr�al, 1953-1957 ; 5 vol.). / B. Zevi, Saper vedere l�architettura (Florence, 1956 ; trad. fr. Apprendre � voir l�architecture. �d. de Minuit, 1959). / C. Perogalli, Storia dell�architettura (Milan, 1964 ; 2 vol.). /</p><p>J.-B. Ache, �l�ments d�une histoire de l�art de b�tir (�d. du � Moniteur des travaux publics et du b�timent �, 1970). / R. Moulin et coll., les Architectes. M�tamorphose d�une profession lib�-</p><p>rale (Calman-L�vy, 1973). / P. A. Michelis, l�Es-th�tique de l�architecture (Klincksieck, 1975).</p><p>On consultera �galement les nombreux volumes des deux collections suivantes : � The Pelican History of Art � (Harmondsworth) et</p><p>� Architecture universelle � (Office du livre, Fribourg).</p><p>ARCHITECTURE</p><p>DU XXE SI�CLE</p><p>On peut situer la naissance de l�architecture moderne autour de 1920 et en jalonner la maturation par quelques dates essentielles : 1917 ou 1918, r�volution russe ou armistice ; 1925, installation du Bauhaus � Dessau et Exposition des arts d�coratifs � Paris ; 1929, krach de Wall Street ; 1933, prise du pouvoir par Hitler ; 1936, guerre civile en Espagne, Front populaire en France et naissance de la � maison sur la cascade � de F. L. Wright ; 1958, qui appara�t surtout comme un r�veil �conomique.</p><p>Finalement, quatre dates (1917,</p><p>1925, 1936, 1958) d�terminent autant de moments dans l�architecture contemporaine : sa naissance, son premier �panouissement � celui qu�on a appel� le � style international �</p><p>�, puis sa maturation et son second �panouissement.</p><p>La naissance de</p><p>l�art moderne</p><p>L�art moderne en tant que tel �tait d�j� n� lorsque la Premi�re Guerre mondiale �clata : la m�me ann�e 1914 avait vu l�exposition du � Deutscher Werkbund � de Cologne et la publication des oeuvres de Frank Lloyd Wright*</p><p>par l��diteur allemand Ernst Wasmuth.</p><p>Un an plus t�t, c��tait le Th��tre des Champs-�lys�es � Paris par les fr�res</p><p>Perret*. Au m�me moment paraissaient les projets du Lyonnais Tony Garnier et de l�Italien Antonio Sant�Elia.</p><p>L�Allemagne</p><p>C�est en Allemagne et surtout � Berlin, dans l�atelier de Peter Behrens (1868-1940), que se constitue le premier noyau de ce qui sera plus tard le mouvement moderne. Chez Behrens travaillent successivement Mies van der Rohe*, Gropius* et Le Corbusier*, les trois principales figures du demi-si�cle.</p><p>L�activit� de Behrens a �t� puissamment aid�e par la fondation, en 1907, de l�association du Deutscher Werkbund sur l�initiative d�Hermann Muthesius (1861-1927). La r�putation de l�association devait d�passer les fronti�res de l�Allemagne lors de la grande exposition de Cologne en 1914 : le Werkbund y d�montrait le fruit de sept ans de collaboration avec l�industrie. � c�t� d�un th��tre construit par Henry Van de Velde (1863-1957), on trouvait l��tonnante � maison de verre � de Bruno Taut (1880-1938) et surtout le monument cl� des d�buts de l�art moderne : l�usine mod�le r�alis�e � Alfeld par Walter Gropius (1883-1969) et Adolf Meyer (1881-1929). Ses escaliers de verre et d�acier, enti�rement transparents, d�finissaient une nouvelle image de l�architecture.</p><p>Projets utopiques</p><p>L�aspect le plus int�ressant de la nouvelle architecture en dehors de l�Allemagne r�side dans les projets</p><p>� utopiques �. En France, Tony Garnier (1869-1948) con�oit un projet de</p><p>� Cit� industrielle � en 1901-1904 et entreprend d�s 1909 les grands travaux de la ville de Lyon. En Italie, Antonio Sant�Elia (1888-1916) ex�cute ses dessins pour la � Citt� Nuova �</p><p>en 1914. Architecte futuriste, il offre une image r�ellement visionnaire de la ville, domin�e par l�enchev�trement des axes de circulation.</p><p>Frank Lloyd Wright</p><p>Enfin, il faut rattacher � ces divers mouvements l�oeuvre de Frank Lloyd Wright (1869-1959), dont les �difices</p><p>les plus marquants, hors les � maisons de la prairie �, sont, pour cette p�riode, le Larkin Office Building de Buffalo (1904 ; d�truit en 1950) et l��glise uni-tarienne d�Oak Park (Illinois) [1906].</p><p>La publication de Wasmuth les diffu-sera dans toute l�Europe.</p><p>Les ann�es 20</p><p>L�effondrement des trois grands empires europ�ens � l�Allemagne, l�Autriche et la Russie � lib�re un mouvement retenu jusqu�alors par le caract�re contraignant de l�art officiel. Les exp�-</p><p>riences les plus audacieuses verront le jour dans ce grand moment de trouble et de r�volte.</p><p>L�expressionnisme* allemand</p><p>� Berlin, en particulier, se d�veloppe un courant � expressionniste � dont les personnalit�s les plus remarquables, avec Erich Mendelsohn (1887-1953), seront Hans Scharoun*, Wassili Luckhardt (n� en 1889), Hermann Finsterlin (n� en 1887) ou Bruno Taut.</p><p>Erich Mendelsohn �difie en 1920</p><p>la tour-observatoire d�Einstein � Potsdam, dont les courbes enveloppantes se r�solvent sur un d�me h�misph�rique.</p><p>L�ann�e suivante, il ach�ve la fabrique de chapeaux de Luckenwalde, reposant sur la ma�trise des obliques. Mais c�est surtout dans ses dessins qu�il a montr� la maturit� de son talent, trop �troitement contenu par les techniques � sa port�e. La m�me tendance utopique se retrouve dans les dessins de Hans Scharoun, des fr�res Wassili et Hans Luckhardt ou de Bruno Taut.</p><p>Tous ces architectes se retrouvent, entre 1918 et 1920, dans une association artistique et politique, le � Novembergruppe �, dont les int�r�ts s�orientent surtout vers une transformation de l�enseignement de l�architecture en relation avec la transformation socialiste des programmes de construction.</p><p>Tendances divergentes</p><p>dans l�expressionnisme</p><p>D�autres tendances moins r�volutionnaires sont contenues dans l�expressionnisme. Il y a d�une part l�oeuvre</p><p>d�architectes d�j� c�l�bres avant 1914, comme Behrens ou Hans Poelzig</p><p>(1869-1936), et d�autre part deux mou-downloadModeText.vue.download 300 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>837</p><p>vements � rayonnement local : celui de Hambourg et celui d�Amsterdam.</p><p>L��cole de Hambourg, repr�sent�e par Fritz H�ger (1877-1949) et les fr�res Hans et Oscar Gerson, est bien moins int�ressante que les mouvements, m�me utopiques, de Berlin. On y retrouve les formes agressives, les colorations dramatiques � la brique �, mais combin�es avec un go�t �vident pour le folklorisme allemand � voire m�me avec des d�tails �clectiques, �gyptiens ou art nouveau, comme dans la Chilehaus (1922-23).</p><p>L��cole d�Amsterdam, par contre, s�est toujours d�clar�e h�riti�re de Hendrik Berlage (1856-1934), l�architecte de la Bourse d�Amsterdam (1897 et suiv.) � au m�me titre que le mouvement oppos� � De Stijl* �.</p><p>La plupart des oeuvres importantes du mouvement sont r�unies dans la banlieue d�Amsterdam-Sud : De Dageraad (1920-1922), Eigen Haard (1921), par Michel de Klerk (1884-1923) ; pour la m�me zone �tait pr�vu l�int�ressant projet de th��tre populaire (1921) de Hendricus Theodorus Wijdeveld. �</p><p>l��cole d�Amsterdam se rattachent encore Pieter Lodewijk Kramer (magasin De Bijenkorf � La Haye, 1926) et Joan Melchior Van der Mey � �l�ves, comme Michel de Klerk, de l��clectique P. J. H. Cuypers (1827-1921).</p><p>Le groupe �tait uni par la publication de la revue Wendigen, o� �tait pr�sent�e l�oeuvre de leurs coll�gues �trangers (notamment Wright, Finsterlin, Mendelsohn).</p><p>Il n�est pas vain, pour conclure le panorama de l�expressionnisme, d�y introduire un courant de pens�e mystique : la th�osophie de Rudolf Steiner (1861-1925), dont le � Goetheanum �</p><p>de Dornach (1925-1928) est une oeuvre typiquement expressionniste.</p><p>Les autres mouvements en Allemagne</p><p>Berlin, dans les ann�es 20, est vraiment le foyer de la pens�e europ�enne. Ce climat est extr�mement stimulant pour les architectes et permet de comprendre la large influence de l�expressionnisme � cette �poque. Le Novembergruppe r�unit pourtant des personnalit�s nettement divergentes, comme celles de Hugo H�ring, de Mies van der Rohe, de Walter Gropius ou d�Otto Bartning (1883-1959), ce dernier �tant � l�origine du renouveau de l�architecture religieuse � partir de 1928.</p><p>Hugo H�ring (1882-1958) est l�un des th�oriciens les plus lucides du mouvement, dont il assure le secr�tariat ; il sera �galement secr�taire du mouvement � Der Ring � � partir de 1925. L�architecture � organique �, pour lui, � la diff�rence de Wright ou de Gaud�*, n�a pas � se modeler sur les formes naturelles, elle se doit simplement d�exprimer une ad�quation parfaite entre forme et fonction, d��tre un</p><p>� outil � accompli. C�est sous cet angle qu�il faut juger les �tables mod�les de la ferme de Garkau, pr�s de L�beck (1923).</p><p>Ludwig Mies van der Rohe* (1886-</p><p>1969), vers 1920, est directement influenc� par cette atmosph�re de Berlin. Il a commenc� sa carri�re par des projets n�o-classiques, comme celui du mus�e Kr�ller-M�ller (1912). Apr�s la guerre, il dessinera une s�rie de projets vraiment r�volutionnaires : en 1919</p><p>et 1920, deux projets de gratte-ciel � ossature en acier et parois enti�rement vitr�es. Le projet, en 1923, pour une maison de campagne en brique exprime d�une fa�on tout aussi nouvelle la continuit� des espaces int�rieurs et ext�rieurs, dont l�interp�n�tration est favoris�e par des murs �crans. Mais, dans le monument � la m�moire de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg (1926), � Berlin, la seule oeuvre que Mies ait effectivement construite � cette �poque, la dette de son auteur � l�expressionnisme est �vidente.</p><p>Enfin, il ne faut pas omettre de mentionner la fondation du Bauhaus*, qui, entre 1919 et 1925, est install� � Wei-</p><p>mar et commence � peine, sous l��gide de Gropius*, sa r�volution dans la p�-</p><p>dagogie artistique.</p><p>Le constructivisme russe</p><p>Dans la p�riode souvent tragique qui pr�c�de la mise en place du nouveau r�gime en Russie, les jeunes artistes joueront un r�le de premier plan.</p><p>Pourtant, le mouvement � construc-tiviste �, qui anime alors l�avant-garde russe, a fort peu de cons�quences architecturales. Son fondateur est Vladimir I. Tatline*, auteur du c�l�bre projet de tour pour la IIIe Internationale (1920).</p><p>Au constructivisme se rattachent �galement Aleksandr Rodtchenko, Kazimir S. Malevitch*, les fr�res Naoum Gabo et Anton Pevsner*, qui sont des peintres ou des sculpteurs. Les seuls architectes qui prendront part au mouvement sont Lissitski*, dont on conna�t les collages tels que la � tribune de L�nine � ou les projets de � piliers nuages � (avec le N�erlandais Mart Stam, 1924), et les fr�res Vesnine, auteurs du projet, �galement c�l�bre, d�immeuble pour la Pravda � Leningrad (1923).</p><p>� De Stijl* �</p><p>Tr�s proche du constructivisme russe et aussi d�origine picturale est le mouvement De Stijl aux Pays-Bas.</p><p>Fond� en 1917 par Theo Van Does-</p><p>burg (1883-1931) et Piet Mondrian*, avec l�architecte Jacobus Johannes Pieter Oud (1890-1963), le mouvement s�est agrandi par la participation des architectes Robert Van�t Hoff et Gerrit Thomas Rietveld (1888-1964).</p><p>Essentiellement esth�tique, il pr�nait les mat�riaux artificiels, d�une rectilin�arit� parfaite, r�duisait la palette aux couleurs primaires et proscrivait toute architecture de fa�ade.</p><p>Son activit� a �t� consid�rable. �</p><p>c�t� de l�urbaniste Cor Van Eesteren (n� en 1897), il faut citer tout d�abord Rietveld, auteur, en 1924, de la maison Schr�der � Utrecht, l�une des r�alisations les plus marquantes du mouvement, puis, de 1931 � 1934, de maisons en s�rie, �galement � Utrecht. En 1926-27, Theo Van Doesburg am�nage avec Sophie Taeuber et Hans Arp* le non moins c�l�bre cabaret � l�Aubette � de</p><p>Strasbourg (d�truit). Pendant ce temps, J. J. P. Oud a une activit� ind�pendante comme architecte : cit�s de Spangen (1918), Oud-Mathenesse (1922), Hoek van Holland (1924) et Kiefhoek (1925) dans l�agglom�ration de Rotterdam.</p><p>On peut ainsi parler d�une v�ritable</p><p>� �cole de Rotterdam �, celle du Stijl, en opposition compl�te avec l�esprit des architectes d�Amsterdam.</p><p>La France</p><p>L�histoire de l�architecture en France, de 1918 � 1925, se r�sume en deux noms : A. Perret et Le Corbusier.</p><p>Auguste Perret*, c�l�bre d�s avant 1914, mais profond�ment discut�, a �t� toute sa vie l�homme du b�ton. Il s�exprimera surtout, d�sormais, par des constructions utilitaires. Cependant, en 1922, une occasion exceptionnelle lui sera donn�e de faire conna�tre son langage architectural dans une construction plus � noble � : l��glise Notre-Dame du Raincy, dont l�espace int�rieur, �tonnamment lumineux, a engendr� un demi-si�cle d�architecture sacr�e.</p><p>D�s les ann�es 20, Le Corbusier*</p><p>(1887-1965), dont la personnalit� se compare difficilement � celle de Perret, donne la mesure de son g�nie dans une s�rie d��crits pol�miques et de projets qui ont form� un v�ritable cat�chisme de l�architecture moderne (Vers une architecture, 1923). Il construit la maison Ozenfant (1922) et la maison La Roche et Jeanneret (1924), donne les projets th�oriques de la maison Citro-han (1920-1922), d�une ville contemporaine pour 3 millions d�habitants et d�immeubles-villas (1922). La pens�e de Le Corbusier synth�tisera les mouvements divergents, souvent rivaux, qui s�expriment simultan�ment � Berlin, � Moscou et aux Pays-Bas dans la m�me p�riode. Elle sera � l�origine du</p><p>� style international �.</p><p>Le style international</p><p>La p�riode comprise entre 1925 et les ann�es 1933-1936 a m�rit� l�appellation de style international. C�est en effet une p�riode d�une grande coh�-</p><p>sion non seulement en Europe, mais</p><p>m�me aux �tats-Unis : l�art contemporain, sous sa forme puriste, p�n�tre simultan�ment dans tous les pays, o� il est accept� et devient une mode.</p><p>Le logement social allemand</p><p>La politique sociale de la r�publique de Weimar a donn� pour la premi�re fois aux architectes allemands le loisir de s�exprimer. C�est tout d�abord Otto Haesler (1880-1962), qui travaille � Celle, puis � Kassel ; ses cit�s-jardins, de faible densit�, proposent des alignements en bande ou de petits immeubles collectifs ; la polychromie y est franchement employ�e, et le style, d�pouill� de tout ornement, se r�duit � des formes g�om�triques simples. Il en est de m�me avec Richard D�cker (n� en 1894) � Stuttgart.</p><p>Avec Ernst May (1886-1970), �</p><p>Francfort, la politique du logement social allemand va prendre un consid�-</p><p>rable d�veloppement : de 1924 � 1933, 15 000 logements sont �difi�s.</p><p>� Berlin, l��veil de l�art moderne sera plus long : il faudra une v�ritable conspiration, appuy�e par la fondation du mouvement Der Ring en 1925, pour obtenir le remplacement des responsables de l�urbanisme par le jeune architecte Martin Wagner (1885-1957).</p><p>Ce dernier fera appel � ses confr�res pour la r�alisation de programmes tr�s ambitieux : c�est ainsi que naissent pr�s de Berlin les cit�s � Hufeisen � � Britz (1925-1931), � Waldsiedlung �</p><p>� Zehlendorf (1926-1931), par Bruno Taut, et surtout l�importante � Sie-mensstadt �, commenc�e en 1929 avec la collaboration des plus illustres architectes berlinois : Hugo H�ring, Hans Scharoun, Otto Bartning et Walter Gropius.</p><p>downloadModeText.vue.download 301 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>838</p><p>Le Bauhaus de Dessau</p><p>Parall�lement � cet important programme social, l�Allemagne weimarienne conserve l�initiative de l�architecture nouvelle en Europe : en 1925,</p><p>le Bauhaus, chass� par une majorit� de droite, quitte la capitale provisoire et vient s�installer � Dessau dans des b�timents construits par Walter Gropius.</p><p>Ceux-ci constituent le plus illustre manifeste de l�architecture nouvelle : on y trouve l�implantation libre, le balancement sculptural des masses et l�affirmation des mat�riaux nouveaux : ossature en b�ton arm�, murs de verre.</p><p>L��cole elle-m�me devient le si�ge des mouvements les plus avanc�s en Europe. De tous ses �tudiants, aujourd�hui c�l�bres, l�un des plus remarquables sera Marcel Breuer*.</p><p>Manifestations internationales</p><p>En 1927 avait lieu, sous l�impulsion du Deutscher Werkbund, l�exposition de la cit� Weissenhof de Stuttgart. Le plan-masse, dessin� par Mies van der Rohe, associait des formes tr�s diverses d�habitat individuel � quelques immeubles collectifs, en tirant parti des volumes pour mieux traiter le site. Au Weissenhof ont �t� construits des b�timents de Le Corbusier, J. J. P. Oud, Mart Stam (n� en 1899), Victor Bourgeois (1897-1962), Mies van der Rohe, Josef Frank, des fr�res Bruno et Max Taut, de Gropius, Behrens, Poelzig, Adolf Schneck, Ludwig Hilberseimer (1885-1967), Adolf Rading, Hans</p><p>Scharoun et Richard D�cker. L��cho de cette entreprise fut consid�rable.</p><p>En 1928, l�internationalisme de l�architecture nouvelle trouvait son aboutissement dans la fondation des congr�s internationaux d�architecture moderne</p><p>� les C. I. A. M. �, dont le premier se tint � La Sarraz. Le congr�s suivant eut lieu � Francfort, avec Ernst May, puis celui de 1930 � Bruxelles, avec Victor Bourgeois. Enfin, en 1933, eut lieu le tr�s important congr�s d�Ath�nes, � bord du paquebot Patris : c�est � cette occasion que fut solennellement proclam�e la � charte d�Ath�nes �. La m�me p�riode est encore marqu�e par deux concours internationaux, qui font valoir publiquement l�importance des artistes modernes et la port�e de leurs luttes : ce sont ceux de la S. D. N. � Ge-n�ve, en 1927, et du palais des Soviets � Moscou, en 1931.</p><p>Le Corbusier</p><p>L�oeuvre construite de Le Corbusier, pour cette m�me p�riode, peut sembler faible, au moins en volume, mais elle est l�objet d�une publicit� consid�rable, attis�e par les attaques dont il est l�objet. D�s 1925, Le Corbusier construit dans le cadre de l�Exposition des arts d�coratifs � Paris le pavillon de l�� Esprit nouveau �. Deux ans plus tard, le Weissenhof est une occasion encore plus importante pour concr�-</p><p>tiser ses th�ories sur l�habitat et sur l�urbanisme.</p><p>L��volution de Le Corbusier est ensuite tr�s rapide. Dans le domaine de l�habitation individuelle, il donne un chef-d�oeuvre : la villa Savoye � Poissy (1929), magnifique objet sculptural qui offre un espace int�rieur d�une ampleur jamais connue. Ici culmine l�architecture � puriste �. Parall�lement, Le Corbusier s�engage dans d�autres exp�riences, plus prospectives : projet du Tsentroso�ouz de Moscou, pavillon suisse de la Cit� universitaire de Paris (1930-1932), refuge de l�Arm�e du salut (1932).</p><p>Ludwig Mies van der Rohe</p><p>La pr�dominance de Le Corbusier dans l�art moderne est contrebalanc�e par celle de Mies van der Rohe, auteur d�ouvrages non moins importants.</p><p>S��loignant de l�expressionnisme, Mies s�engage r�solument dans la voie d�une architecture rationnelle, o� les qualit�s de transparence et d�interp�n�tration des espaces seront fondamentales. �</p><p>l�inverse du plasticisme de Le Corbusier, qui met en valeur les masses, il ne tire parti que du graphisme des ar�tes et des encadrements.</p><p>Pour le Weissenhof, il construira un b�timent � ossature d�acier et � parois mobiles permettant la transformation compl�te des volumes. En 1929, ce sera le pavillon de l�Allemagne � l�Exposition de Barcelone : sous un toit horizontal soutenu par des piles cruciformes en acier, des �crans verticaux, d�nu�s de fonction porteuse, d�limitent les espaces et les animent par le luxe des mati�res employ�es.</p><p>Gropius et Mendelsohn</p><p>� c�t� de Mies van der Rohe et de Le Corbusier, qui sont les deux � t�nors �</p><p>de l�art moderne dans cette p�riode, il faut encore signaler l�activit� de Gropius, auteur de logements sociaux � Dessau (1927), puis � Karlsruhe (cit�</p><p>� Dammerstock �) et � Berlin-Sie-mensstadt (1928). Gropius donne �galement un remarquable projet de th��tre total destin� au metteur en sc�ne berlinois Erwin Piscator. Toujours � Berlin, Erich Mendelsohn abandonne sa premi�re mani�re au profit d�un style plus sobre, plus conforme aux moyens de la technique � ainsi l�escalier de verre des Grands Magasins Schocken de Stuttgart (1927 ; d�truits en 1960) et la Columbushaus de Berlin (1931).</p><p>La diffusion du style</p><p>international en Europe</p><p>La popularit� du style international s�exprime par de multiples oeuvres plus secondaires, que ce soit celle de Victor Bourgeois � Bruxelles ou celle de Robert Mallet-Stevens (1886-1945) � Paris � celui-ci surtout styliste �, ou par les manifestations du � Gruppo 7 �</p><p>italien, dont l�oeuvre la plus caract�ristique reste la Casa del Fascio de C�me (1936) par Giuseppe Terragni (1904-1943). La r�putation de ce style s��tend jusqu�en Tch�coslovaquie, avec Bo-huslav Fuchs (n� en 1895) � Brno, en Su�de, avec Gunnar Asplund (1885-1940), en Gr�ce, o� une architecture scolaire remarquable voit le jour entre 1928 et 1936.</p><p>Les �tats-Unis</p><p>L�art moderne quittera peu la vieille Europe. Les �tats-Unis, gravement atteints par le krach de 1929, passent par une p�riode de paup�risme assez frappante. D�s avant, un architecte comme Frank Lloyd Wright avait d� quitter son pays et travailler au Japon, o� il r�alise l�Imperial Hotel de T&#x14D;ky&#x14D;, l�une de ses oeuvres majeures, entre 1916 et 1922. Rentr� aux �tats-Unis, il voit son oeuvre pass�e de mode et ne r�alisera � peu pr�s plus rien jusqu�en 1936 : � Taliesin � � Phoenix (Arizona), la Millard House de Pasadena sont des projets priv�s. Pourtant, une fi�vre de construction marque les �tats-Unis dans cette p�riode : c�est la grande</p><p>�poque du gratte-ciel* new-yorkais.</p><p>Dans ces �difices gigantesques, pyramidants, le n�o-gothique triomphe.</p><p>La diffusion du style international dans les ann�es 1925-1927 ne tarde pourtant pas � influencer leur architecture : Raymond Hood (1881-1934) et John Mead Howells se � convertissent � � l�art moderne avec le � Daily News � Building (1930), le McGraw-Hill Building (1931) et la � Radio City � du Rocke-feller Center (1932-1940). Les deux architectes new-yorkais seront bient�t rejoints par George Howe (1886-1955) et William Lescaze, auteurs du Savings Fund Society Building de Philadelphie (1932).</p><p>Enfin, dans le domaine de l�habitation individuelle, il convient de faire une place � deux architectes am�ricains d�origine autrichienne : Richard Neutra* (1892-1970) et Rudolf Schindler (1887-1953), tous deux anciens collaborateurs de Wright. La Lovell Beach House de Newport Beach par Schindler, en 1926, et la Lovell Health House de Los Angeles par Neutra, en 1927-1929, sont des oeuvres majeures, o� le vocabulaire international est tr�s habilement exploit� pour la mise en valeur du site et l�enrichissement de l�espace int�rieur.</p><p>L�U. R. S. S.</p><p>Il importe de mettre en relief le d�veloppement particulier de l�architecture sovi�tique dans cette p�riode. Ce sont d�une part les clubs ouvriers construits par les fr�res Leonid A., Viktor A.</p><p>et Aleksandr A. Vesnine (Club des acteurs de cin�ma � Moscou, 1931-1934), par Konstantine K. Melnikov (club Roussakov � Moscou, 1927) ou par Illia A. Golossov (club Zou�ev � Moscou, 1928) et d�autre part les nouveaux types de logements collectifs, anticipant sur la � Cit� radieuse � de Le Corbusier, dont le groupe du Stro�kom, sous la direction de Mo�se I. Guin-zbourg, a �t� l�auteur (immeuble du Narkomfin � Moscou, 1928-1929).</p><p>D�passant ces tendances en une s�rie de projets utopiques, l�oeuvre d�Ivan Leonidov (1902-1960) repr�sente l�un des aspects les plus avanc�s de l�architecture moderne en U. R. S. S. avant</p><p>l��pisode stalinien.</p><p>La crise des ann�es 30</p><p>L�av�nement du n�o-classicisme</p><p>� partir des ann�es 35, les centres cr�ateurs de l�architecture contemporaine se d�placent en raison inverse des progr�s de la politique des dictatures. Les meilleurs architectes allemands quittent leur pays � la prise du pouvoir par Hitler. Les pays asservis connaissent une nouvelle orientation architecturale : le n�o-classicisme, qui envahit l�Europe enti�re, contaminant m�me les pays d�mocratiques.</p><p>Le Corbusier</p><p>En France, Le Corbusier retourne � ses recherches th�oriques, les commandes se faisant rares : ce sont principalement des �tudes d�urbanisme pour Alger, Buenos Aires, S�o Paulo, Montevideo, Barcelone, Paris, et des recherches dans le domaine du gratte-ciel, dont il voudrait tenter l�application � Alger.</p><p>Sa seule r�alisation concr�te apr�s 1932 sera hors de France � mais elle aura des cons�quences telles qu�elle reste � ce jour l�une des oeuvres fon-downloadModeText.vue.download 302 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>839</p><p>damentales de l�histoire de l�architecture moderne : il s�agit du minist�re de l��ducation nationale � Rio de Janeiro (1936-1943), en collaboration avec O. Niemeyer et L. Costa. L�utilisation enti�rement nouvelle du brise-soleil, dont Le Corbusier avait exprim� l�id�e dans son projet pour Alger, se combine avec un recours beaucoup plus franc aux mat�riaux naturels.</p><p>L��cole sud-am�ricaine</p><p>Le Corbusier, une fois encore, appara�t comme le catalyseur : son voyage au Br�sil sera l�occasion de la naissance d�une �cole sud-am�ricaine, dont les principaux repr�sentants sont, outre Afonso Reidy (1909-1963), L�cio</p><p>Costa (n� en 1902) et Oscar Niemeyer*</p><p>(n� en 1907). Auteurs du pavillon br�-</p><p>silien � l�Exposition internationale de New York en 1939, les deux hommes se retrouveront plus tard pour l��dification de Bras�lia*, non sans avoir r�alis� chacun, entre-temps, d�autres �difices de r�putation internationale.</p><p>La Finlande</p><p>Un autre foyer de l�art moderne, dans cette p�riode, est l�Europe du Nord. La Finlande reprend le devant de la sc�ne gr�ce � la personnalit� d�Alvar Aalto*</p><p>(1898-1976) : apr�s le sanatorium de Paimio (1929-1933), l�une des expressions les plus accomplies du style international, Aalto �difie de 1927 � 1935 la biblioth�que de Viipuri (Vy-borg), qu�on a pu consid�rer comme le manifeste d�un � nouvel empirisme �.</p><p>L�oeuvre d�Aalto, en effet, est tout en-ti�re tourn�e, comme celle de Wright, vers une logique organique : infl�chissement des courbes, d�composition des plans, animation des mat�riaux et surtout recherche inlassable de la continuit�.</p><p>Renaissance de F. L. Wright</p><p>Aux �tats-Unis, le mouvement architectural est en plein progr�s : le vieux Wright rena�t apr�s quelque vingt ans d��clips� et de solitude. En 1936, il construit la � maison sur la cascade �</p><p>� Bear Run (Pennsylvanie). C�est, dans toute l�architecture contemporaine, la plus belle des int�grations � un site, la plus audacieuse et la plus riche en sentiment d�espace.</p><p>La m�me ann�e, Wright entreprend une autre oeuvre tout aussi novatrice : les laboratoires Johnson � Racine (Wisconsin) ; dans la ligne du Larkin Building, ceux-ci sont con�us comme une enveloppe ferm�e, en brique, dont le vaste espace int�rieur est couvert d�une s�rie de piliers champignons en b�ton.</p><p>Les oeuvres de Wright, d�Aalto et de Le Corbusier, pour diff�rentes qu�elles puissent para�tre et isol�es en leur temps, expriment un souci commun du d�passement des premi�res formules</p><p>� puristes � ou � fonctionnalistes � de l�art moderne et la recherche d�une</p><p>plus grande unit� formelle.</p><p>L�apr�s-guerre</p><p>L��volution des techniques</p><p>Les ann�es 1935-1940 tendaient au formalisme : la ma�trise des techniques classiques du b�ton arm� aboutissait � un tr�s rapide enlisement, provoquant des r�actions � d�coratives � d�pourvues de signification profonde. Pourtant, il y a tout un aspect novateur, au seul point de vue technique, dans les productions d�avant guerre. Comme l�a montr� Sigfried Giedion, les formes du b�ton arm� se modifient : on abandonne le squelette imit� de la charpente traditionnelle au profit des piliers champignons et l�arc au profit de la vo�te parabolique. L�oeuvre de l�ing�nieur suisse Robert Maillart (1872-1940) ou celle du Mexicain F�lix Candela (n� en 1910) sont tout enti�res consacr�es � l�approfondissement de ces exp�-</p><p>riences, dont la transposition en architecture est repr�sent�e par les piliers des laboratoires Johnson, de Wright, ou par la vo�te de la chapelle de Pam-pulha, due � Oscar Niemeyer (1944).</p><p>L��volution du vocabulaire est donc tout autant une �volution de la technique. On le per�oit dans diverses exp�riences fran�aises de construction industrialis�e r�alis�es dans la d�cennie qui pr�c�de la Seconde Guerre mondiale, mais dont les cons�quences vont se trouver report�es de plus de vingt ans : la cit� du Champ-des-Oiseaux � Bagneux (1932) et celle de la Muette � Drancy (1934), par Marcel Lods (n� en 1891) et Eug�ne Beau-douin (n� en 1898), sont r�alis�es en ossature d�acier avec remplissages en pr�fabrication* lourde de panneaux de b�ton arm�. En 1935, pour l��cole de plein air de Suresnes, puis, en 1937-1939, pour la maison du peuple de Cli-chy, les m�mes architectes abandonneront la pr�fabrication lourde au profit des rev�tements l�gers : associ�s avec Jean Prouv� (n� en 1901), ils ex�cute-ront le premier � mur-rideau �, en verre et en acier.</p><p>Ces exp�riences, extr�mement novatrices, sont � l�origine de l�architecture des ann�es 50 ; elles �chappent enti�rement au contexte de l�avant-</p><p>guerre. Deux tendances, en effet, se partageront le monde apr�s 1945 : la construction m�tallique � l��ge d�or du mur-rideau � aux �tats-Unis, la pr�fabrication lourde en Europe, et particuli�rement en France. Les deux formules, d�apparence tr�s oppos�e, sont issues du m�me processus d�industrialisation du b�timent.</p><p>L�architecture de verre et d�acier Le gratte-ciel de verre et d�acier est la grande conqu�te am�ricaine des an-n�es 50. Semblable � celle de l��cole de Chicago, l��closion du � grand style des ann�es 50 � a �t� subite : un voyage de Le Corbusier � New York, en 1945, occasion d�un projet (qui sera partiellement suivi) pour le gratte-ciel de l�O. N. U., provoquera l��tincelle n�cessaire. Dans le m�me temps, Ludwig Mies van der Rohe, apr�s l�Institut de technologie de l�Illinois, s�attaque au probl�me du gratte-ciel : il passera des Lake Shore Drive Apartments de Chicago (1951) au Seagram Building de New York, point d�aboutissement parfait en 1958.</p><p>� c�t� de ces oeuvres d�terminantes</p><p>� auxquelles il faudrait encore ajouter le Centre de recherches de la General Motors � Detroit (1950-1955), par Eero Saarinen* (1910-1961) �, la diffusion du style sera facilit�e par l�activit� de la firme commerciale Skidmore, Owings and Merrill, depuis la Lever House (1952), sur les plans de Philip Johnson (n� en 1906), jusqu�� la Chase Manhattan Bank (1960), toutes deux � New York.</p><p>La diffusion du gratte-ciel de verre et d�acier s�est limit�e en Europe � quelques exp�riences, les moyens techniques d�une telle r�alisation �tant difficiles � r�unir. Aussi est-ce plut�t dans les ann�es 60 qu�il est transplant� outre-Atlantique : building S. A. S. � Copenhague (1959), par Arne Jacobsen (1902-1971) ; torre Galfa � Milan (la m�me ann�e), par Melchiorre Bega (n� en 1898) ; gratte-ciel Phoenix-Rhein-rohr � D�sseldorf (1960), par Helmut Hentrich et Herbert Petschnigg ; tour Nobel � la D�fense (Paris, 1966), par Jean de Mailly. La formule europ�enne du gratte-ciel est beaucoup</p><p>plus �volu�e que l�am�ricaine : aux recherches d�assouplissement du plan, dont t�moigne le travail d�Hentrich et Petschnigg, r�pond l�audacieuse transposition en b�ton arm� tent�e pour le gratte-ciel Pirelli de Milan (1958) par Gio Ponti et l�ing�nieur Pier Luigi Nervi* (tous deux n�s en 1891).</p><p>Le logement social</p><p>Au gratte-ciel am�ricain s�oppose une exp�rience typiquement europ�enne, et particuli�rement fran�aise : celle du logement social. Les conditions du march� europ�en, avec les destructions dues � la guerre et l�explosion d�mographique, imposaient des programmes massifs de logement, � cadence acc�l�-</p><p>r�e et sur un long laps de temps. C�est en France, en Grande-Bretagne et en U. R. S. S. que la situation semble s��tre trouv�e la plus favorable � une initiative publique pour le logement social.</p><p>En U. R. S. S., l�industrialisation a �t� tr�s rapide, mais elle s�est faite au d�triment de la qualit� architecturale.</p><p>En Grande-Bretagne, une tradition bien �tablie dans le domaine de la cit�-</p><p>jardin (Ebenezer Howard) a �t� � l�origine d�une exp�rience originale : celle des � villes nouvelles � destin�es � la d�congestion de Londres.</p><p>En France, l�int�r�t architectural des immeubles collectifs, r�alis�s d�une mani�re assez dispers�e, est quelquefois consid�rable : il n�est que de citer la � Cit� radieuse � (1947-1952) de Le Corbusier, � Marseille, pour le constater. Il importe �galement de mentionner l�activit� de l�atelier Georges Candilis-Alexis Josic-Shadrach Woods, auteur de logements sociaux en Afrique du Nord avant de r�aliser en France les ensembles tr�s importants de Bagnols-sur-C�ze (1959) et de Toulouse-Le Mirail (depuis 1964).</p><p>Un deuxi�me �ge</p><p>de l�art moderne</p><p>Le destin de l�architecture, en dehors de ces deux aspects fondamentaux de l��volution des programmes et des techniques que repr�sentent le gratte-ciel de verre et d�acier et le logement</p><p>social, s�est trouv� li� � des exp�-</p><p>riences certes moins spectaculaires, mais tout aussi profondes.</p><p>C�est ainsi qu�il convient de faire une place particuli�re � l�oeuvre tardive de F. L. Wright : le Guggenheim Museum de New York (1943-1959)</p><p>est une d�monstration saisissante de la continuit� d�un espace int�rieur, obtenue par le d�roulement d�une spirale ouverte autour d�un puits. Parall�lement, le � nouvel empirisme �</p><p>finlandais donnait tous ses fruits dans l�oeuvre d�Aalto.</p><p>Il faut encore citer Le Corbusier, avec notamment l��glise de Ronchamp (1950-1955) et l�ensemble consid�-</p><p>rable de la capitale du Pendjab, Chan-digarh* (� partir de 1950). Ici, Le Cor-downloadModeText.vue.download 303 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>840</p><p>busier affirmait avec force la qualit� sculpturale de ses �difices, traitant le b�ton avec la plus grande libert�. En ajoutant aux propri�t�s du mat�riau lui-m�me des effets d��piderme (b�ton brut, inscriptions grav�es), en recourant � la couleur ainsi qu�� des remplissages naturels, l�architecte reniait l�es-th�tique de l�objet industriel au profit d�une grande sensibilit� plastique. La m�me tendance, dans un vocabulaire peut-�tre moins franc et avec un go�t marqu� pour les formes souples, rendues possibles par l�utilisation des vo�tes en b�ton, s�exprime dans toute l�architecture sud-am�ricaine, alors en plein d�veloppement, et notamment dans son expression majeure, Bras�lia*</p><p>(Niemeyer et Costa, � partir de 1960).</p><p>D�une fa�on tr�s diff�rente, l�architecture japonaise a pris, depuis la Seconde Guerre mondiale, une place de premier plan sur la sc�ne internationale : c�est en interpr�tant le vocabulaire de Le Corbusier, en relation avec une tradition architecturale proprement japonaise, celle de la construction en charpente, que s�est constitu�e une �cole enti�rement originale, dont l�un des meilleurs repr�sentants, avec Mae-kawa Kunio (n� en 1905), reste � ce</p><p>jour Tange* Kenz&#x14D; (n� en 1913) [pr�-</p><p>fecture de Kagawa, 1958].</p><p>L�architecture actuelle</p><p>Un tournant diffus</p><p>Les ann�es 1955-1960 marquent une �volution diffuse dans l�esprit de l�architecture contemporaine. Un indice significatif de ce changement est l��volution personnelle d�Eero Saarinen, qui dessine en 1956 le projet pour le TWA Terminal de l�a�roport Idlewild (Kennedy) de New York dans un style tr�s diff�rent de son oeuvre premi�re : ici, l�emploi d�une couverture en voile mince de b�ton, affectant la forme d�une selle de cheval, s�accompagne d�un traitement libre de l�espace selon un syst�me de courbes et d�ar�tes oppos� � toute orthogonalit�. Le Dulles International Airport de Washington (1958-1962) et les coll�ges de Yale confirmeront cette tendance, o� la libert� du traitement formel manifeste une sensibilit� mani�riste qui se tourne ou bien vers la technique employ�e (voiles minces) ou bien vers l�atmosph�re environnante (�difices n�o-gothiques � Yale).</p><p>Cette tendance nouvelle va se trouver confirm�e en 1957 par l��tonnant projet de l�Op�ra de Sydney, dont les salles sont coiff�es par d�immenses coques de b�ton (architecte J�rn Utzon, n� en 1918 ; ing�nieur Ove Arup). Il faut encore citer les oeuvres de Paul Rudolph (n� en 1918) et de Louis Kahn* (1901-1974) [capitole de Dacca, 1965-1972], deux architectes am�ricains dont le style �l�gant n�est d�pourvu ni de mani�risme ni m�me de r�miniscences historiques.</p><p>Une formule empreinte d�une non</p><p>moins grande virtuosit� est celle de Hans Scharoun* (1883-1972), qui, apr�s une longue �clipse, sera l�auteur, � Berlin, de la nouvelle Philharmonie (1956-1963). L�emploi d�un plan polygonal combin� avec le recours syst�-</p><p>matique aux obliques donne une puissance et un mouvement extraordinaires � l�espace int�rieur.</p><p>Renaissance du n�o-classicisme</p><p>Mais, � c�t� de ces oeuvres d�une r�elle qualit�, la production moyenne est g�n�ralement d�cevante : aux �tats-Unis, le gratte-ciel s�est transform� sous la pression des techniques nouvelles du b�ton (� Schockbeton �) ; le mur-rideau c�de d�sormais le pas � des r�silles d��l�ments en b�ton soigneusement usin�s � les travaux de Gordon Bunshaft (n� en 1909) pour Skidmore, Owings and Merrill en sont un exemple (Banque Lambert � Bruxelles, 1958-1962).</p><p>Le caract�re monumental de ces</p><p>nouveaux �difices va de pair avec une certaine renaissance de l�esprit n�o-classique, du moins aux �tats-Unis : les oeuvres tardives de Gropius (le Panam Building de New York [1960]</p><p>et surtout l�ambassade am�ricaine d�Ath�nes [1961]) y ont largement contribu�. De m�me, les constructions de Mies, par leur froideur et leur perfection technique, ont pu ouvrir la voie � l�oeuvre n�o-classique de certains de leurs �l�ves : en particulier Philip Johnson (Sheldon Art Gallery de l�universit� de Lincoln [Nebraska], 1960-1963) et Minoru Yamasaki (n� en 1912) [N. W. National Life Insurance Offices de Minneapolis, 1964-65].</p><p>Le � brutalisme � europ�en</p><p>Les tendances europ�ennes de l�architecture actuelle apparaissent plus �troitement li�es � l�oeuvre tardive de Le Corbusier � et notamment</p><p>la maison Jaoul, � Neuilly-sur-Seine (1954-1956). Brutalisme est un terme qui d�signe les travaux d�un groupe d�architectes anglais � principalement Alison (n�e en 1928) et Peter Smithson (n� en 1923), dont le projet de concours pour l�universit� de Sheffield, en 1953, est apparu comme un manifeste. La dissociation des ossatures porteuses et des habitacles, celle des parties de circulation et des parties fonctionnelles �taient pouss�es jusqu�au bout.</p><p>D�autres oeuvres ont pu ensuite �tre rapproch�es de cette exp�rience : notamment le South Bank Art Centre de Londres (Hubert Bennett, 1968).</p><p>En Italie, le brutalisme s�incarne principalement dans l�oeuvre de Vit-toriano Vigano (n� en 1919) [Institut</p><p>Marchiondi � Milan, 1957-1961], mais il a aussi quelques contacts avec le mouvement � neo-liberty � de Milan et les oeuvres qui en sont issues (torre Velasca, par Gian Luigi Banfi, Ludovico Barbiano di Belgioioso, Enrico Peressutti et Ernesto Rogers).</p><p>Au-del� des �tiquettes et des d�finitions d��cole, c�est tout un esprit qui est r�v�l� par l�architecture actuelle en Europe : la volont� d�individualit� se combine avec une grande dext�rit� et l�utilisation fr�quente de formes �clectiques, soit historiques (allusions formelles), soit contemporaines (reprises d��l�ments connus par les revues d�architecture). La pr�occupation la plus vive reste l�int�gration des oeuvres � leur site, ainsi qu�en t�moignent avec beaucoup de talent l�oeuvre de l�architecte Gottfried B�hm, de Cologne (h�tel de ville de Bensberg, 1967) et celle du Suisse Walter F�rderer (�cole � Aesch, B�le, 1964).</p><p>Nouvelles perspectives</p><p>� travers ces formes n�o-classiques ou �clectiques, l�architecture moderne manifesterait un v�ritable �puisement s�il n�y avait, dans le domaine technique et dans celui de l�urbanisme, des progr�s consid�rables. Depuis plus de dix ans, en effet, on s�est pench� sur les probl�mes de pr�fabrication volum�-</p><p>trique. � c�t� des recherches purement techniques, nombreuses ont �t� les propositions architecturales : celle d�Aldo Van Eyck (n� en 1918) pour l�orphe-linat municipal d�Amsterdam, con�u comme une agglom�ration de cellules, est la plus ancienne (1955), mais il faut citer �galement les travaux de l��quipe Candilis en Afrique du Nord.</p><p>Dans le domaine de l�habitat semi-individuel, � c�t� des exp�riences fran-</p><p>�aises (Jacques Bardet [n� en 1928]</p><p>dans le val d�Yerres, 1967-1969), une importante r�alisation est l�� Habitat 67 � de Montr�al, par Moshe Safdie (n� en 1938), r�novateur, ensuite, de l�habitat populaire � Porto Rico. Dans ces travaux, on remarque la mise en oeuvre simultan�e des nouvelles techniques de pr�fabrication en b�ton, des principes de superposition et de croise-ment de cellules qui avaient �t� exp�-</p><p>riment�s avec succ�s dix ans plus t�t (Roland Simounet [n� en 1927] � Babel-Oued, Alger), ainsi que des notions d�urbanisme li�es � cet enchev�trement de cellules, finissant par d�boucher sur une v�ritable interp�n�tration des fonctions.</p><p>Cette orientation nouvelle tend</p><p>aujourd�hui � se r�pandre dans le domaine du logement collectif et m�me dans celui du gratte-ciel : d�s 1970, la Standard Bank de Johannesburg, par Hentrich et Petschnigg, utilisait syst�-</p><p>matiquement la pr�fabrication industrielle en b�ton. Il reste encore, pour compl�ter la coh�rence du mouvement, � r�aliser l�unit� des techniques entre les diff�rents programmes, ce qui per-mettrait l�exploitation d�un seul type de cellules pour toutes les constructions et autoriserait la r�alisation de ces � nappes � de constructions envisag�es par certains urbanistes visionnaires. Des images de cette �volution future peuvent �tre pressenties dans les dessins utopiques du groupe anglais Archigram, dans l�admirable plan pour T&#x14D;ky&#x14D; de Tange* Kenz&#x14D; (1961) ou bien dans le projet non r�alis� d�un centre des arts graphiques sur l�Hudson, dessin� par Paul Rudolph en 1967.</p><p>La situation actuelle de l�architecture a donc deux aspects : d�une part, elle tire la le�on des grands pr�c�dents, qui sont ceux de Wright, Le Corbusier, Aalto, Saarinen � quitte � faire virer cette exp�rience vers un n�o-classicisme officiel, dont l�Am�rique est le lieu d��lection ; d�autre part, elle amorce une �volution vers de nouvelles notions d�urbanisme, en �troite liaison avec de nouvelles techniques, qui font de la traditionnelle maison une cellule dans un maillage g�n�ral � ce maillage pouvant �tre �tendu � toute la cit�. C�est, indiscutablement, la seconde tendance qui a le plus de chances d�aboutir et de progresser.</p><p>F. L.</p><p>&#x25B6; B�tonnage / Fer / Gratte-ciel / Pr�fabrication</p><p>/ Urbanisme.</p><p>B B. Zevi, Storia dell�architettura moderna (Turin, 1953). / V. Scully, Modern Architecture (New York, 1961 ; trad. fr. l�Architecture moderne, �d. des Deux Mondes, 1963). / B. Cham-</p><p>pigneulle et J. Ache, l�Architecture du XXe si�cle (P. U. F., 1962). / J. Joedicke, Geschichte der modernen Architektur (Stuttgart, 1962 ; trad.</p><p>fr. Architecture contemporaine, Delpire, 1962) ; Moderne Architektur (Stuttgart, 1969 ; trad. fr.</p><p>Tendances de l�architecture moderne, Eyrolles, 1972). / Dictionnaire de l�architecture moderne (Munich et Zurich, 1963 ; trad. fr. F. Hazan, 1964). / U. Kultermann, Neues Bauen in der Welt (Baden-Baden, 1967 ; trad. fr. Architecture contemporaine, A. Michel, 1969). / M. Ragon, downloadModeText.vue.download 304 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>841</p><p>Histoire mondiale de l�architecture et de l�urbanisme modernes (Casterman, 1971-72 ; 2 vol.).</p><p>archives</p><p>Ensemble des documents produits et re�us par une personne physique ou morale, ou par un organisme public ou priv�, et conserv�s � fin d�utilisation.</p><p>Il convient de souligner la diff�rence entre la notion de fonds d�Archives, reflet spontan� de l�activit� humaine, et celle de la collection, �l�ment arbitrairement constitu� au profit d�un besoin pratique ou documentaire. Le support sur lequel vient s�inscrire le t�moignage de l�activit� publique ou priv�e n�importe pas : tablettes d�argile de M�sopotamie, papyrus ou parchemins, archives imprim�es ou audio-visuelles, bandes perfor�es ou microfilms. Il sera essentiellement question, ici, des archives de France.</p><p>Des origines � 1789</p><p>Au Moyen �ge, l��glise, h�riti�re d�une culture qui s�adapte aux temps nouveaux et b�n�ficiaire de nombreuses donations, est la premi�re soucieuse d�asseoir et de conserver ses titres. Les archives de la monarchie, moins bien tenues, par trop ambulantes, souffrent de la comparaison.</p><p>La d�faite de Fr�teval en Vend�mois (1194), o� Philippe Auguste perd ses archives au profit de Richard Coeur de Lion, d�cide la monarchie � constituer un d�p�t central fixe. C�est l�origine du Tr�sor des Chartes et de la pratique de l�enregistrement des actes, qui s��tend,</p><p>au cours du XIIIe s., aux parlements et aux diverses juridictions.</p><p>Les archives priv�es s�organisent � l�image des archives royales. Il en est de tr�s importantes, celles des duch�s de Bourgogne, de Bretagne ou de Lorraine, ainsi que de bien d�autres juridictions seigneuriales, eccl�siastiques et urbaines. La notion d�archives publiques est li�e � l�authenticit�, � laquelle tendent les actes royaux ; la cons�quence en est la naissance de l�enregistrement et le d�veloppement du notariat, qui appara�t d�abord dans le midi de la France.</p><p>Avec le XVIe s., l�affirmation du pouvoir monarchique entra�ne l�expansion des organes administratifs, leur sp�cialisation et la constitution de fonds justifiant leur activit�. Il y a donc accroissement, mais aussi d�centralisation des archives. Le bilan, � la veille de la R�volution, est un �parpillement de d�-</p><p>p�ts sans organisation profonde. L�utilisation scientifique du document s�est affirm�e, cependant, � partir du XVIIe s.</p><p>Il faut rappeler les premiers travaux d�inventaire du Tr�sor des Chartes par les Godefroy et Pierre Dupuy, les ouvrages de dom Jean Mabillon et des religieux mauristes, la cr�ation par Henri L�onard Bertin, en 1762, du Cabinet des chartes, dirig� par l�avocat Jacob Nicolas Moreau, enfin l�activit� des feudistes, dont l�influence va bient�t s�exercer dans le domaine de l�archivistique.</p><p>De 1789 � nos jours</p><p>D�s le mois d�ao�t 1789, l�Assembl�e se pr�occupe du sort de ses archives, qui sont confi�es au d�put� Armand Camus. Elles deviennent bient�t nationales, et sont organis�es par la loi du 7 messidor an II (25 juin 1794). En d�pit de certaines destructions, dont l�importance ne doit pas �tre exag�-</p><p>r�e, et d�un d�mant�lement parfois arbitraire des fonds, la R�volution fait oeuvre utile. Le d�cret du 6 mars 1808</p><p>affecte l�h�tel de Soubise aux Archives nationales.</p><p>Parall�lement, la loi du 5 brumaire an V (26 oct. 1796) r�alise la centralisation des archives dans les chefs-lieux</p><p>des d�partements. Cette tendance est pouss�e au paroxysme par Napol�on Ier, qui pr�l�ve sur les archives espagnoles, autrichiennes, vaticanes et italiennes une masse consid�rable de documents, entrepos�s � l�h�tel de Soubise entre 1810 et 1814. Cr��e en 1821 et r�organis�e par une ordonnance du 31 d�-</p><p>cembre 1846, l��cole des chartes dote les Archives nationales et d�partementales d�un personnel sp�cialis� dans les travaux de classement et d�inventaire.</p><p>Ces deux institutions, qui d�pendent d�abord du minist�re de l�Int�rieur, ne seront cependant r�unies qu�en 1936, sous l�autorit� d�un directeur des Archives de France.</p><p>L�administration des Archives</p><p>d�partementales rejoint celle des Archives nationales dans le cadre du minist�re de l��ducation nationale puis du minist�re d��tat des Affaires culturelles. Le XIXe si�cle organise aussi un cadre de classement des archives, et cr�e (1884) une Commission sup�-</p><p>rieure. Les modalit�s des versements faits aux Archives nationales par les minist�res et les administrations qui en d�pendent sont pr�cis�es par le d�cret du 21 juillet 1936. Toutefois, les Affaires �trang�res, la Guerre, la Marine, l�Air, les Colonies, le Conseil d��tat conservent la gestion de leurs archives. La communication des documents n�est dans l�ensemble limit�e qu�� ceux qui ont plus de cinquante ans d��ge ; ce seuil pourrait prochainement �tre abaiss�, dans certains cas, � trente ans.</p><p>La situation des archives commu-</p><p>nales n�a pas b�n�fici� d�un tel ensemble de mesures. Il faut n�anmoins souligner qu�un certain nombre de villes poss�dent leur propre d�p�t, g�r� par un personnel scientifique. Les archives hospitali�res ont �galement b�n�fici� d�un r�glement, en vertu de l�arr�t� du 20 novembre 1944.</p><p>Organisation actuelle</p><p>Actuellement, sous l�autorit� du directeur g�n�ral des Archives de France, sont regroup�s les secteurs suivants : Direction centrale des Archives, Archives nationales, Archives d�partementales, communales et hospitali�res.</p><p>Le directeur est assist� par un adjoint, inspecteur g�n�ral des Archives, et par un sous-directeur administratif.</p><p>Il assure en m�me temps la direction des Archives nationales. En ce qui concerne les Archives d�partementales et les autres archives locales, la coordination est assur�e par les inspecteurs g�n�raux des Archives. La direction des Archives de France groupe le bureau du personnel, le bureau de gestion et de contr�le financier ainsi que le service technique, qui constitue un centre d�information sur toutes les questions relatives aux Archives d�partementales, communales, hospitali�res et �trang�res. Les services administratifs des Archives nationales sont constitu�s par le secr�tariat et par le service des recherches historiques. Le premier g�re les b�timents, les collections ainsi que l�atelier de restauration des documents. Le second comprend le bureau des renseignements, les salles de travail du public, la salle des inventaires, le Centre d�information de recherche d�histoire de France (recensement des travaux historiques en cours).</p><p>� l�administration des Archives nationales se rattache aussi le service des stages et des relations internationales, qui organise un stage technique annuel destin� aux �l�ves de l��cole des chartes se destinant � la carri�re des Archives, et � des archivistes �trangers.</p><p>La section ancienne conserve les documents ant�rieurs � 1789, les archives des anciennes colonies ant�rieures � la R�volution ainsi que des fonds d�po-s�s par les Archives de la Marine et des Affaires �trang�res ; elle poss�de une collection de moulages et un atelier de restauration des sceaux. La section moderne conserve l�ensemble des documents post�rieurs � 1789, et jusqu�� 1939. La section contemporaine</p><p>conserve les documents post�rieurs � 1939 et organise des missions pr�s des minist�res, en vue de la pr�paration des versements. La section outre-mer conserve les archives des anciennes colonies et des d�partements d�outremer post�rieures � la R�volution, ainsi que l��tat civil de ces territoires. Sous la d�signation de � d�partement des activit�s scientifiques, culturelles et techniques �, divers secteurs d�activit�</p><p>sont regroup�s (minutier des notaires parisiens, cartes et plans, mus�e de l�Histoire de France, etc.).</p><p>Les Archives d�partementales as-</p><p>surent la conservation et la gestion des documents des �tablissements anciens dont l�activit� s�exer�ait, avant la R�-</p><p>volution, sur le ressort territorial du d�partement actuel, et des documents modernes �manant des administrations d�partementales. Le directeur des services d�archives assure l�inspection et le contr�le des archives communales et des archives hospitali�res. Il est en outre l�animateur de centres de documentation et de services �ducatifs recevant les �l�ves des diff�rents ordres d�enseignement. Principal soutien des soci�t�s savantes locales, encore fr�-</p><p>quemment conservateur des antiqui-t�s et objets d�art du d�partement, le directeur des services d�archives prend une part essentielle � l��laboration de l�Inventaire g�n�ral des monuments et richesses artistiques de la France.</p><p>L�accroissement �norme des fonds administratifs et la difficult�, faute de moyens suffisants, d�assurer leur versement, leur triage et leur conservation ont justifi� la cr�ation de la Cit� interminist�rielle des Archives, � Fontainebleau. En cours d�am�nagement, ce grand d�p�t de pr�archivage jouera un r�le de transmission dans le classement des documents, entre leur sortie des bureaux et leur installation aux Archives nationales. Les progr�s de l�informatique, son utilisation progressive � fin d�archives ou de � banques de donn�es � ont incit� � l�ouverture de commissions d��tudes destin�es � initier les archivistes aux rudiments d�une technique qui risque dans un proche avenir de donner une orientation nouvelle � l�exercice de leur m�tier.</p><p>On rappellera le r�le brillant tenu par la France dans l�archivistique mondiale. C�est elle qui a �t� � la base de la cr�ation � Paris, en 1948, du Conseil international des Archives, qui orga-downloadModeText.vue.download 305 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>842</p><p>nise tous les cinq ans un congr�s international et assure une politique de missions d�information et de publications diverses.</p><p>M. L. M.</p><p>B H. Bordier, les Archives de la France (Du-moulin, 1854). / �tat sommaire par s�ries des documents conserv�s aux Archives nationales (Delagrave, 1891). / �tat des inventaires des Archives nationales, d�partementales, communales et hospitali�res au 1er janvier 1937</p><p>(Didier, 1939) et Suppl�ment 1937-1954 (Imprimerie nationale, 1955). / J. Favier, les Archives (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1958 ; 2e �d., 1965). / �tat sommaire des versements faits aux Archives nationales par les minist�res et les administrations qui en d�pendent (Imprimerie nationale ; 3 vol. et suppl., 1929-1962).</p><p>/ Manuel d�archivistique (S. E. V. P. E. N., 1970).</p><p>Arctique (oc�an)</p><p>Ensemble des mers situ�es au nord de l�Am�rique, de l�Europe et de l�Asie, au-del� du cercle polaire arctique.</p><p>Le plus petit oc�an de la terre, �largissement de l�Atlantique, est une mer continentale aux limites clairement d�finies ; les pointes septentrionales de l�Atlantique et du Pacifique en constituent les annexes. Jadis isol� par le froid et les glaces, aujourd�hui parcouru par les avions, bord� de ports et de lignes maritimes, l�oc�an Arctique pr�sente un int�r�t tant �conomique que strat�gique.</p><p>Une m�diterran�e froide</p><p>� la diff�rence de son �quivalent austral, l�Arctique est une m�diterran�e totalement ou partiellement couverte de glaces : sa configuration a donc une importance climatique et hydrologique particuli�re.</p><p>Le bassin polaire</p><p>y Des plates-formes continentales, d�mesur�es et monotones, occupent plus du tiers de sa superficie. La plus �tendue se situe au nord de la Sib�-</p><p>rie, o� la mer des Tchouktches communique avec le plateau de la mer de B�ring par un d�troit peu profond</p><p>(38 m). Les �les de l�archipel canadien sont isol�es par des chenaux, surcreus�s par les glaciers � plus de 500 m (800 m dans le d�troit de McClure).</p><p>La plate-forme nord-europ�enne</p><p>pr�sente un relief aussi accus� ; elle est sem�e d��les ou creus�e d�auges burinant profond�ment le sommet de la pente (fosses Voronina, Sviata�a Anna). Dans l�ensemble, la topographie monotone s�explique par la r�gularit� des structures (enfouissement des boucliers sous une �paisse couverture s�dimentaire), la pr�sence d�aplanissements (parages du d�troit de B�ring) et l�extension d�un manteau s�dimentaire quaternaire enrichi par des apports glaciaires (moraines) ou delta�ques. Le d�troit de B�ring a jou� un r�le biog�ographique notable : ouvert au Plioc�ne, il fut une voie de passage des faunes vers l�Atlantique ; mais, priv� de son importance par un soul�vement survenu au milieu du Quaternaire, et donc ass�-</p><p>ch� � diverses reprises (abaissement maximum de la mer : 140 m), il fut un pont continental assurant la libre circulation des esp�ces terrestres et des vagues de peuplement vers l�Am�-</p><p>rique (Indiens, puis Esquimaux et Al�outes il y a respectivement 27 000</p><p>et 10 000 ans).</p><p>y Au-del� de la pente continentale, d�origine tectonique, les fonds marins comprennent :</p><p>1. des seuils ; ces ponts, jet�s entre l�Asie et l�Am�rique, forment les cha�nes transarctiques : la cha�ne Mendele�ev (ou Alpha, ou Fletcher, � proximit� du Canada) entre 3 700 et 1 400 m (point culminant) ; la cha�ne Lomonossov, peu accident�e, parfois plate (sommet � 730 m) ; elles sont s�-</p><p>par�es par la cuvette Makarov, dont les parties les plus plates, plaines de Sib�-</p><p>rie (3 946 m) et de Wrangel (2 825 m), sont reli�es par la passe d�Arlis, qui semble avoir �t� emprunt�e par les s�-</p><p>diments venus de la plate-forme sib�-</p><p>rienne, ont contribu� au remblaiement de la cuvette ;</p><p>2. des bassins ; le bassin pr�pacifique est morcel� par des protub�rances � flancs raides et sommets plats (plateau de Beaufort, cap Tchouktche), qui tendent � isoler la cuvette cana-</p><p>dienne (3 900 m) des cuvettes des Tchouktches et de Beaufort, lesquelles communiquent par des couloirs comme la passe Charlie ; la mer de B�ring (4 420 m) lui est associ�e ; le bassin pr�atlantique est plus profond (la moiti� sup�rieure � 4 000 m) et partag� en deux bassins occup�s par d��troites plaines abyssales (dites � du Fram �, ou � eurasiatique � et � de Nansen �), qui sont s�par�es par une zone de reliefs heurt�s, des cr�tes et des pics aigus, creus�s de d�pressions comme celles du Fram (5 335 m), du Fedor Litke (5 449 m) et du Lena (plus de 3 000 m) ; cette derni�re met en relation les bassins polaire et groenlandais, et joue un r�le hydrologique consid�rable.</p><p>Ces montagnes sous-marines, souli-gn�es par un groupement d��picentres s�ismiques, sont consid�r�es par certains auteurs comme les jalons d�une dorsale (de Gakkel, puis de Nansen plus au sud) qui serait le prolongement de la dorsale m�dio-atlantique.</p><p>Une telle continuit� n�est pas encore �tablie, mais il est certain que le bassin pr�atlantique poss�de une cro�te de type oc�anique, � la diff�rence des r�gions situ�es au-del� de la cha�ne Lomonossov, qui est consid�r�e comme la limite structurale d�un domaine stable au soubassement proche des boucliers pr�cambriens. Le bassin pr�pacifique r�sulterait de l�affaissement d�une ancienne aire continentale, accompagn� de l�accumulation d�une puissante s�rie s�dimentaire (12 km sous le cap Tchouktche) et d�une fracturation responsable de vastes �panchements volcaniques (cha�ne Mendele�ev).</p><p>Le milieu arctique</p><p>Pour les m�mes raisons qu�au p�le Sud, l�apport calorique est limit� ; toutefois, le froid n�y a pas la m�me rigueur, gr�ce au jeu de facteurs vari�s.</p><p>y L�oc�an Arctique est largement et profond�ment ouvert sur l�Atlantique, qui lui transmet sa chaleur par l�interm�diaire des courants temp�-</p><p>r�s norv�gien et mourman, d�port�s jusqu�aux parages du Spitzberg et de la Nova�a Zemlia (Nouvelle-Zemble).</p><p>Pour des raisons topographiques,</p><p>l�eau qui franchit le d�troit de B�ring est r�duite � une couche mince et peu sal�e. La p�n�tration des eaux atlantiques a une double cons�quence.</p><p>En surface, le contact avec les eaux polaires s�exprime sous la forme d�un front hydrologique net mais sinueux, comme entre l�Islande et le Spitzberg. Les eaux plus chaudes que l�air contribuent � la formation d�une zone d�pressionnaire permanente mais mobile, o� l�affrontement entre les masses d�air arctique et polaire donne naissance � des perturbations cycloniques qui transitent vers le nord-est, y apportant pluie, temp�te et neige.</p><p>downloadModeText.vue.download 306 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>843</p><p>En profondeur, les eaux atlantiques plus sal�es, donc plus denses, plongent sous les eaux arctiques et p�n�trent dans le bassin sous une double forme : � mi-profondeur (maximum : 1 000 m), une couche moyenne sal�e (35 p. 1 000) et relativement chaude (entre 0 et 1 �C) longe le pr�continent asiatique, puis, appauvrie en sels et oxyg�ne, atteint le bassin pr�pacifique, o� elle est anim�e d�un double tourbillon dont la branche la plus importante aboutit � la fosse du Lena, par laquelle elle passe en mer du Groenland ; une couche profonde, moyennement sal�e, un peu plus froide (� 0,3 �C � 3 000 m), form�e en mer de Norv�ge, est par contre bloqu�e dans sa progression par la cha�ne Lomonossov, qui n�est franchie qu��pisodique-</p><p>ment : aussi les eaux du fond du bassin pr�pacifique sont-elles un peu plus chaudes et empreintes d�un end�misme plus marqu� qu�ailleurs, signes d�un confinement relatif.</p><p>y La banquise (au r�le climatique important par son extension) n�a pas sur les masses d�air un pouvoir r�frig�rant aussi grand que l�inlandsis antarctique : elle r�fl�chit � seulement � 61 p. 100 de la chaleur re�ue.</p><p>L�extension de la glace de mer est remarquable � cause des conditions favorables rencontr�es, c�est-�-dire gr�ce � la pr�sence d�une couche d�eau superficielle sensible � la cong�-</p><p>lation pour deux raisons : sa faible salinit� (32 � 33 p. 1 000 dans le centre, mais moins de 20 sur les bordures), qui r�sulte de l�afflux d�eau pacifique (46 p. 100) et du d�bit des grands fleuves (50 p. 100) ; sa stabilit� verticale, puisqu�elle est s�par�e de la couche moyenne sous-jacente par une halocline qui interdit tout mouvement de descente � plus de 30 m.</p><p>y Enfin, l�atmosph�re n�a pas la luminosit� de l�Antarctique, car elle est fr�quemment enrichie en nuages et brouillards. Au cours de la nuit polaire, un axe de hautes pressions r�unit les anticyclones de rayonnement de Sib�rie et du Canada : si le refroidissement est intense sur les continents, la chaleur extraite de l�oc�an se trouve retenue sous le couvert nuageux, o� l�atmosph�re se refroidit lentement. En �t�, les d�pressions parviennent � se glisser jusqu�au p�le, o� les hautes pressions se morcellent ; mais l�air humide (pluies et brouillards) ne b�n�ficie que partiellement de l�illumination continue.</p><p>En cons�quence, si les �t�s arctiques ont une fra�cheur oc�anique, le froid hivernal n�est pas excessif. Ce fait est illustr� par la relative limitation des ph�nom�nes glaciaires, exprim�e par la faible importance des inlandsis (en dehors du Groenland), la raret� des icebergs et la minceur de la banquise.</p><p>Au total, le milieu arctique est beaucoup moins inhumain que celui de l�Antarctique.</p><p>Ces consid�rations am�nent � dresser un triple bilan :</p><p>� de l�eau : l�Arctique a un r�gime �quilibr�, puisqu�il en re�oit autant qu�il en perd. Dans ce r�gime, l�Atlantique intervient pour une grande part : s�il fournit 60 p. 100 d�eau, il en accueille pr�s des deux tiers, sortant par le courant est-groenlandais, consid�r� comme l��missaire de l�Arctique ;</p><p>� de la chaleur : la d�perdition (90 p. 100 par la banquise, sous la forme d��mission � grande longueur d�onde) est contrebalanc�e par un apport atmosph�rique (pour un tiers) et surtout oc�anique. Donc, si la banquise n�existait pas, le refroidissement serait moins fort, d�autant que l�ennuagement devenu permanent diminuerait le rayonnement. Elle est l��l�ment d�terminant de l��quilibre climatique r�gional ;</p><p>� de la glace : des bilans de masse dress�s, il ressort que la banquise polaire a ses pertes annuelles compens�es par une reconstitution lente mais r�guli�re, surtout active dans le bassin pr�pacifique. Cette estimation demeure vraie pour une plus longue p�riode.</p><p>En d�pit de l�intensification de la circulation cyclonique vers le p�le et du l�ger accroissement de temp�rature de l�eau atlantique affluente, observ�s depuis plusieurs d�cennies, la banquise ne r�gresse point. En effet, la port�e de tels ph�nom�nes se trouve largement restreinte par un refroidissement compensatoire de l�eau de surface. En outre, l��miettement de la banquise qui en r�sulterait aurait pour cons�quences une d�perdition thermique accrue au contact de l�air et une reconstitution de la glace de mer. Les facteurs qui tendent � la destruction de la banquise cr�ent les conditions de sa survie.</p><p>Cependant, lors des glaciations pl�istoc�nes, le tarissement des afflux fluviatile et pacifique (�mersion du d�troit de B�ring) entra�na l��tablissement d�une structure isohaline favorable � un brassage convectif contraire � la prise en glace. Mais on ignore encore l�amplitude de telles oscillations qui sont mises en �vidence par l��tude des carottages.</p><p>Les r�gions arctiques</p><p>La marge littorale C�est un domaine original o� la mer se d�nature en se dessalant, et o� la limite terre-mer devient indistincte sous le tapis saisonni�rement altern� downloadModeText.vue.download 307 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>844</p><p>de la glace et de l�eau. Le climat tr�s perturb� est caract�ris� par l�abondance des pr�cipitations estivales, la fr�quence des temp�tes et la brutalit� des sautes de temp�rature.</p><p>y Les c�tes offrent des aspects vari�s selon les saisons. En hiver, elles sont ourl�es par une banquette c�ti�re, amas compliqu� de glace aliment� par les embruns, par le flot ou le tassement des cong�res. En �t� pr�domine un paysage fluctuant de boue, d�eau et de gla�ons. Les c�tes rocheuses sont rares (fjords abandonn�s par les glaciers, sauf au Groenland). Partout ailleurs pr�dominent les c�tes basses, o� les traces du model� glaciaire pl�istoc�ne (alignement de moraines, d�p�ts de plages), d�form�es par le lent rel�-</p><p>vement isostatique, sont retouch�es par l�action des glaces (de mer notamment, sous la pouss�e desquelles les berges se plissent en cordons) et du puissant alluvionnement fluviatile. La boue, les glaces et les troncs d�arbre viennent s�accumuler en aval de</p><p>plaines maritimes d�mesur�es, faites de lev�es et de lagunes multiples, que les baleines blanches viennent visiter en �t�. Sur les immensit�s semi-aquatiques des deltas et estuaires, une abondante faune se r�fugie, comme les phoques.</p><p>y Les plates-formes flottantes sont rares (c�tes nord de l��le d�Ellesmere et du Groenland) : la plus �tendue, dite</p><p>� Ward Hunt �, n�a que 1 500 km 2.</p><p>Leur surface est orn�e d�ondulations parall�les ; en aval, une ablation puissante d�tache de la falaise des icebergs et des �les de glace. Toutes les plates-formes (comme la Ward Hunt, qui perdit 600 km 2 d�ao�t 1961 � avril 1962) ont un bilan de masse n�gatif</p><p>et sont des formes reliques datant du Pl�istoc�ne.</p><p>y La banquise c�ti�re est un mince dallage de glace (1 � 2 m), form� d�s l�automne aux d�pens d�une eau littorale dont la salinit� descend fr�-</p><p>quemment au-dessous de 25 p. 1 000.</p><p>La banquise, qui va depuis la banquette c�ti�re jusqu�au-dessus des fonds inf�rieurs � 20 m, bloque les fjords groenlandais et une partie de l�archipel canadien et de la plateforme sib�rienne (500 km de large en mer de Laptev). Elle est fixe, car ancr�e sur les �les et les stamoukhi (hummocks �chou�s). La surface,</p><p>remarquablement lisse, peut �tre surmont�e d�icebergs, venus s�y faire prendre au pi�ge comme sur les c�tes du Groenland ; de plus, sous l�effet de la mar�e, qui lui communique son oscillation, elle est affect�e de crevasses (comme la crevasse dite � de mar�e �, au contact de la banquette c�ti�re) ou de trous, gr�ce auxquels Esquimaux et Al�outes chassent le phoque et le morse. Au plein de l��t�, elle dispara�t (sauf en quelques fjords de la c�te ouest du Groenland) avec le r�chauffement des eaux c�ti�res et la fusion des neiges et des glaces continentales : l�eau des flaques s�y infiltre, reg�le et accro�t le d�mant�lement de la banquise. La d�rive littorale, les courants de vent et de mar�e (ils d�passent 10 km/h en certains passages de la mer de Kara) en entra�nent alors les miettes, escort�es d�apports fluviatiles vari�s et d�icebergs lib�-</p><p>r�s mais tra�treusement cach�s par des brouillards rendus persistants par l�intensit� de l��vaporation. La turbidit� est alors d�autant plus �le-v�e que l�apport continental suscite une floraison planctonique (c�est la p�riode d�une active p�che c�ti�re � l�aide des kayaks ou des chalutiers) et que la force des houles entretient une constante remise en suspension des s�diments. C�est dans ces r�gions r�put�es pour la s�v�rit� des conditions nautiques que, en d�pit de la bri�vet� de la p�riode navigable, on a tent� de forcer les passages dits � du Nord-Ouest � et � du Nord-Est � : les Sovi�tiques parvinrent � y �tablir la</p><p>� Route maritime du Nord � gr�ce �</p><p>une organisation technique et scientifique exemplaire.</p><p>La banquise d�rivante (ou pack)</p><p>Les eaux comprises entre les banquises c�ti�re et permanente sont couvertes par des glaces partiellement allog�nes, form�es en hiver de gla�ons ayant surv�cu � la fusion et ressoud�s par de la glace jeune. En �t�, le pack se fragmente en vastes champs de glaces, aux limites invisibles sur l�horizon, et en floes, radeaux longs de 1 � 10 km. Ils disparaissent presque totalement par fusion ou d�rive.</p><p>y Le pack eurasiatique et alaskien int�resse des r�gions de plates-formes o� les courants de mar�e sont forts, et la d�rive rendue complexe par l�intervention de circuits locaux moul�s aux d�coupures des c�tes. Les d�pressions cycloniques, qui font se succ�der effluves oc�aniques et souffles d�air glac�, agissent sur le d�placement et la densit� d�un pack, dont l�extension varie d�une ann�e � l�autre dans des proportions consid�rables, mais qui se trouve par contre cantonn� � des latitudes tr�s hautes (dans l�Atlantique du Nord-Est, le front hydrologique p�n�tre tr�s fortement et lib�re de glaces la mer de Barents pendant la plus grande partie de l�ann�e).</p><p>Aussi les glaces flottantes vite fondues sont-elles rares en dehors de quelques icebergs (hauts de quelques m�tres au plus) venus du Spitzberg ou de la terre Fran�ois-Joseph. Pareillement, en mer de B�ring orientale, la banquise ne d�passe pas la pointe de la presqu��le al�oute, et le retour des vents ti�des de sud-ouest lib�re les �les Pribilof d�s mai, et le d�troit de B�ring en juin.</p><p>y Le pack am�ricain et est-asiatique, moins large mais plus dense, est export� loin vers le sud gr�ce � des courants g�n�raux peu perturb�s par un pr�continent �troit et plus profond. Le plus spectaculaire de ces courants de d�charge est celui de l�est du Groenland, dont les eaux froides charrient des floes et des icebergs jusqu�� la hauteur de l�Islande � une vitesse variant de 0,1-0,4 (sur la plate-forme) � 0,7-1 km/h (sur les grands fonds). Au sud du cap Brewster, sous l�effet du</p><p>courant d�Irminger, le pack s�effile, contourne la pointe du Groenland, puis remonte en baie de Baffin � une vitesse assez grande. Il en ressort par l�interm�diaire du courant du Labrador, qui draine des morceaux de Pack arctique ayant franchi l�archipel canadien, et des icebergs qui vont porter leur menace saisonni�re jusqu�aux abords de Terre-Neuve. Sur la c�te pacifique de l�Asie, o� le pack est autochtone et non aliment� par un �missaire arctique, la d�rive atteint seulement Sakhaline, mais est cependant pr�c�d�e par l�imposante escorte des glaces flottantes. Si les courants des marges occidentales des oc�ans sont de grands transporteurs d�icebergs, il convient de souligner que ceux-ci ne repr�sentent que le soixanti�me du volume du pack (cas de la mer du Labrador), et sont donc des ph�nom�nes downloadModeText.vue.download 308 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>845</p><p>tr�s localis�s, qui n�ont pas l�importance de l�Antarctique.</p><p>Sur les eaux estivales d�gag�es de glaces, les perturbations atmosph�-</p><p>riques provoquent un brassage actif des eaux de surface, qui s�accompagne d�un enrichissement en produits nutritifs alimentant un plancton presque exclusivement v�g�tal (diatom�es surtout), dont la prolif�ration grandit au fur et � mesure de la fusion de la banquise. Il est � l�origine d�une cha�ne alimentaire de mollusques, crustac�s et surtout de poissons (morue, haddock, fl�tan, hareng, saumon) et de mammif�res marins (baleines, phoques), qui migrent vers le nord avec le retrait des glaces. Baleines et phoques, jadis abondants car prot�g�s par la barri�re du froid et des glaces, ont �t� pourchass�s � outrance, et semblent, surtout pour la baleine franche bor�ale (Balaena mysticetus), en voie d�extinction. Actuellement pratiqu�e sur les c�tes sib�riennes par des sovkhozes � l��quipement le plus moderne (rep�-</p><p>rage par asdic et hydravions, mise � mort � l�aide d�un harpon �lectrique), la chasse de la baleine doit se plier �</p><p>de s�v�res conventions internationales.</p><p>La banquise permanente</p><p>(ou Pack)</p><p>Elle couvre la plus grande partie d�une vaste calotte (5 millions de kilom�tres carr�s) l�g�rement excentr�e vers l�Am�rique. Elle correspond aux r�gions les plus froides (moyennes d��t� inf�rieures � 0 �C) et aux pr�-</p><p>cipitations tr�s m�diocres : en hiver, les d�pressions passent sur une banquise sans �vaporation, o� parviennent des vents continentaux secs ; en �t�, l�air plus humide ne peut �tre affect� d�aucune ascendance, car il est stabilis� � la base par refroidissement. La neige, peu abondante mais faite de petites aiguilles cinglantes, reste sans coh�rence sur le sol, o� les vents la mod�lent en cong�res : en hiver, les rafales, qui ne d�passent que rarement 50 km/h, n�ont pas la violence des blizzards antarctiques ; en �t�, saison des calmes, la faiblesse et la variabilit� des vents ne parviennent pas � chasser des brouillards �pais de 100 � 200 m. Cette banquise (ou Pack), qui ne peut fondre que partiellement, est donc form�e d�une glace vieille de plusieurs ann�es, �paisse de 2 � 3 m (en �t�) et de 3 � 4 m (en hiver). La perte superficielle (surtout par fusion) �tant bien sup�rieure � l�apport neigeux, le Pack conna�t un renouvellement lent, � la mani�re d�un glacier continental : en �t�, par regel de l�eau de fusion infiltr�e par les ouvertures ; en hiver par accr�tion basale aux d�pens de l�eau de mer superficielle.</p><p>� cette masse autochtone viennent se joindre des lambeaux de pack et des �les de glace comme celles que l�aviation am�ricaine d�couvrit en 1946 en plein coeur du Pack. Le d�placement de ces intrus, comme des bases scientifiques install�es sur la banquise par les Sovi�tiques et les Am�ricains, et des bateaux pris accidentellement (Jeannette) ou volontairement dans les glaces (Fram, Sedov) ont permis de comprendre le mouvement de rotation cyclonique de la banquise (� une vitesse variant entre 1 et 2 km par jour), mue par la d�rive des eaux portantes, compliqu�e par des composantes de vents.</p><p>� cause de son �ge, le Pack est fait d�une glace solide, affect�e cependant de f�lures provoqu�es par les mou-downloadModeText.vue.download 309 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>846</p><p>vements diff�rentiels de la d�rive : elles sont rares au p�le, o� la surface demeure plate, mais tr�s fr�quentes sur les bordures, o� les collisions et les compressions aux fracas �pouvan-tables engendrent un relief chaotique de cr�tes et de murailles (hummocks ou toross), coup�es de crevasses o� les pionniers de la p�n�tration vers le p�le connurent un affreux calvaire. Les accumulations de glace les plus importantes sont situ�es au nord des �les, qui sont de v�ritables piliers sur lesquels elles viennent se bloquer. C�est dans ces r�gions que les ouvertures qui a�rent le Pack (polynies ou leads) sont le plus �tendues et le plus durables.</p><p>Progr�s scientifiques</p><p>dans l�Arctique</p><p>C�est pour r�pondre � des besoins plus �conomiques ou strat�giques que scientifiques que la connaissance de l�Arctique a connu au cours des vingt derni�res ann�es un d�veloppement spectaculaire gr�ce : y � l��tablissement de bases scientifiques (m�t�orologiques et glaciologiques) qui jalonnent les routes commerciales : 100 fonctionnent du Spitzberg aux Al�outiennes ; plus de 80 sur la c�te sovi�tique sont g�r�es par la Direction g�n�rale de la route maritime du Nord, � laquelle est rattach� l�Institut arctique (Leningrad), dont l�apport scientifique est consid�rable ;</p><p>y aux raids a�riens au-dessus de la banquise ; actuellement, les documents transmis par les satellites m�t�orologiques plac�s sur orbite polaire donnent de plus amples informations sur la g�ographie des glaces, leur contexture, leur d�rive, la dynamique des masses d�air et le bilan thermique ;</p><p>y � l�installation de stations d�rivantes, n�cessitant de v�ritables op�rations a�roport�es. Ce sont des laboratoires flottants o� tous les ph�nom�nes naturels sont �tu-di�s. Cette m�thode a �t� inaugur�e par les Sovi�tiques avec la s�rie des � Severny� Polious � de I (1937) � XVII (1968), suivis par les Am�ricains, qui en plac�rent sur les floes (� Alpha �, 1957 ; � Alpha II � ou � Charlie �, 1959 ; puis la s�rie � Arlis � de I � IV) ou des �les de glace (� T1 �, � T2 �, � T3 �, puis</p><p>� WH 5 �). R�sultats : d�rive de la banquise, bathym�trie, g�ophysique sous-marine.</p><p>On doit notamment aux travaux des SP nos connaissances sur la cha�ne Lomonossov, d�couverte par I. I. Gakkel en 1948. Depuis 1966, les stations am�ricaines ont �t� �va-cu�es, sauf � T3 � ;</p><p>y aux recherches men�es � bord des submersibles atomiques et, pour les zones subarctiques, aux brise-glace.</p><p>R�le strat�gique et</p><p>�conomique de l�Arctique</p><p>L�importance strat�gique des r�gions arctiques, d�j� apparue, sur le plan maritime, en particulier au cours de la Seconde Guerre mondiale, n�a cess� de cro�tre avec le d�veloppement de l�aviation, des missiles, et de la propulsion nucl�aire sous-marine.</p><p>De 1941 � 1945, la route maritime menant d�Islande ou d��cosse � Mourmansk et � Arkhangelsk, en contournant le cap Nord, fut utilis�e par les Anglo-Saxons pour ravitailler l�U. R. S. S. en mat�riel de guerre. Au total, 775 navires alli�s (dont 78</p><p>furent coul�s) transport�rent par la route de l�Arctique plus du quart de laide totale alli�e � l�U. R. S. S.</p><p>Pour l�Arctique sovi�tique, l�utilisation du passage du Nord-Est est une n�cessit� vitale, politique et �conomique, que les conditions naturelles moins d�favorables ont rendue possible. La saison s��tend de juillet � septembre (un voyage aller et retour Atlantique-Pacifique) ; la route, longue de 10 000 km (avec un prolongement vers le Spitzberg), a �t� mise en service en 1932. L�activit� y est coordonn�e par la Direction g�n�rale de la route maritime du Nord, administr�e par un �tat-downloadModeText.vue.download 310 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>847</p><p>major d�ing�nieurs hydrographes, de m�-</p><p>t�orologistes, d�oc�anographes, de g�ologues, d�aviateurs et de navigateurs. Son fonctionnement repose sur des recherches permanentes concernant le temps et les glaces (escadrille sp�cialement �quip�e de cam�ras de t�l�vision), et sur une infrastructure de ravitaillement (ports tr�s m�canis�s), de surveillance (radiophares, centrales radio) et d�escorte (hydravions, flottille de brise-glace puissants, dont plusieurs � propulsion nucl�aire, capables de briser des banquises de 5 m).</p><p>Les �tats-Unis, en coop�ration avec le Canada, ont cherch� � relier l�Atlantique au Pacifique par le nord du continent am�ricain, tant dans un but strat�gique que pour �vacuer vers l�est le p�trole de l�Alaska. Le p�trolier g�ant Manhattan r�ussit cette liaison en septembre 1969.</p><p>Les liaisons a�riennes (p�riarctiques ou transpolaires), en d�pit des servitudes qui p�sent sur elles (perturbations magn�-</p><p>tiques et radio-�lectriques, n�cessaire abandon des traditionnelles m�thodes de guidage, difficult�s rencontr�es dans l��tablissement de l�infrastructure), sont essentielles pour les voyages intercontinentaux (premier raid polaire en 1926), qui b�n�-</p><p>ficient des avantages de l�orthodromie.</p><p>L�avion joue un r�le fondamental.</p><p>La rivalit� am�ricano-sovi�tique a mis en valeur l�importance des r�gions arctiques comme route a�rienne la plus courte entre les centres vitaux de la Russie, des �tats-Unis et du Canada. Aussi, Russes et Am�-</p><p>ricains n�ont-ils cess� d�y renforcer leur infrastructure militaire. Du c�t� sovi�tique, les principales bases de Sib�rie, couvertes par celles qui sont install�es dans les possessions russes de l�Arctique, sont celles de Dikson, de Tiksi, d�Ambartchik, d�Iakoutsk et de la presqu��le des Tchouktches (face � l�Alaska). Les Am�ricains, de leur c�t�, ont �tabli des bases importantes dans les Al�outiennes, en Alaska (Anchorage et Fairbanks), en Islande (Reykjavik et Kefla-vik) et au Groenland (Thul�). Ils ont �difi�, pour couvrir le continent nord-am�ricain, un r�seau complexe de radars, dont</p><p>l�efficacit�, r�elle contre des avions, a �t� consid�rablement r�duite par le d�veloppement des missiles intercontinentaux.</p><p>L�oc�an Arctique, enfin, est devenu une zone de navigation privil�gi�e pour les sous-marins � propulsion nucl�aire, qui, seuls capables de traverser tout le bassin aller et retour en plong�e, trouvent sous le couvert du Pack un excellent camouflage.</p><p>De telles travers�es ont �t� r�alis�es par des unit�s am�ricaines (Nautilus, 1958 et 1960 ; Skate, 1958, 1959 et 1962 ; Sargo, 1960 ; Seadragon, 1960, 1962) et sovi�-</p><p>tiques (Leninski Komsomol, 1962). Elles n�cessitent des connaissances approfondies tant glaciologiques (�paisseur de la banquise, r�partition des polynies) que bathym�triques : l�exigu�t� du d�troit de B�ring et la largeur de la plate-forme continentale r�duisent les possibilit�s d�acc�s, sauf pour les submersibles venant de l�Atlantique ou de ports arctiques pr�c�d�s de chenaux profonds (c�est en descendant le ca�on sous-marin de Point Barrow que le Nautilus parvint, en 1958, � se glisser sous la banquise).</p><p>B. de B. et J.-R. V.</p><p>J.-R. V.</p><p>&#x25B6; Groenland.</p><p>B P. George, les R�gions polaires (A. Colin, 1946). / Deutsches Hydrographisches Institut, Atlas der Eisverh�ltnisse des Nord-atlantischen Ozeans und Uebersichtskarten des Nord- und S�dpolargebietes (Hambourg, 1950). / J. Rouch, les Mers polaires (Flammarion, 1954). / U. S. Navy Hydrographic Office, Oceanographical Atlas of the Polar Seas, II. Arctic (Washington, 1958). / Proceedings of Arctic Basin Symposium (Washington, 1963). /</p><p>P. Pagney, les Climats polaires (C. D. U., 1971).</p><p>On peut �galement consulter les m�moires de l�Arctic Institute of North America de Montr�al : Arctic (depuis 1948), et les publications de l�Institut arctique de Leningrad : Travaux, Arctique, probl�mes arctiques et antarctiques (en russe).</p><p>L�exploration de l�Arctique</p><p>Situ�s � proximit� des bases de d�part de grands navigateurs, les Vikings, les parages des r�gions arctiques ont �t� atteints tr�s t�t : d�s 982, Erik Thorvaldsson, dit Erik le Rouge, exil� d�Islande, aborde la c�te sud-ouest du Groenland et entreprend peu</p><p>apr�s la colonisation d�un secteur littoral de cette terre, sans doute un peu moins froide qu�aujourd�hui. Mais, apr�s le d�clin et l�oubli de cette mise en valeur, il faudra attendre l��re des grandes d�couvertes et de puissants imp�ratifs commerciaux pour que l�Arctique soit abord� dans l�optique de la recherche g�ographique.</p><p>La d�couverte de l�Arctique a proc�d� de deux modalit�s : par la terre, avec l�avanc�e des Russes en Sib�rie et des d�-</p><p>couvreurs dans le grand Nord canadien et l�Alaska ; par la mer, avec la recherche de deux grands passages, le Nord-Ouest et le Nord-Est, qui devaient ouvrir aux navires d�Europe des voies nouvelles, raccourcies, vers l�Asie. L�exploit sportif de Peary cou-ronnera le tout avec la conqu�te du p�le proprement dit.</p><p>LA SIB�RIE ARCTIQUE</p><p>� partir de la fin du XVIe s., les Cosaques, refoul�s de Russie, s�avancent dans les immensit�s sib�riennes, pla�ant sous leur servitude les rares populations qu�ils rencontrent. Avec Semen Ivanovitch Dejnev (v. 1605-v. 1672), ils explorent d�s 1648 les rives du d�troit de B�ring. Le Kamtchatka est conquis en 1697. Enfin, juste avant sa mort, Pierre le Grand organise une exp�dition de d�couverte, la plus importante de son temps. Il en confie la direction au Danois Vitus B�ring (ou Behring) [1681-1741].</p><p>L�avant-garde part de Saint-P�tersbourg en 1725 ; le dernier �chelon ne sera de retour qu�en 1733. L�essentiel des efforts est consacr� au littoral de la Sib�rie. Semen Ivanovitch Tcheliouskine, en particulier, atteint en tra�neau la pointe nord du continent, form�e par le cap auquel sera donn� son nom (1742). Au m�me moment, Dmitri Iakovlevitch Laptev cartographie le littoral dans la r�gion de l�embouchure de la Iana.</p><p>Par la suite, les recherches ne reprennent activement qu�au XIXe s. En 1821, 1822 et 1823, Ferdinand Petrovitch Wrangel (ou Vrangel) [1797-1870] effectue trois pointes vers le nord, sur la banquise bordant la Si-b�rie orientale : il d�passe 72� de latitude.</p><p>En 1843, Aleksandr Fedorovitch Midden-dorf (1815-1894) explore la presqu��le de Ta�myr ; de 1868 � 1870, Maysel reconna�t le bassin de la Kolyma ; en 1891, enfin, Ivan Dementevitch Tcherski (1845-1892) visite les r�gions drain�es par la Iana, l�Indiguirka et la Kolyma.</p><p>LE PASSAGE DU NORD-EST</p><p>� l�initiative de S�bastien Cabot*, qui �tait le gouverneur de la Soci�t� des marchands aventuriers, une exp�dition anglaise de trois navires prend le d�part en 1553 vers le nord-est pour rechercher une liaison nouvelle vers la Chine qui permette d��chapper au contr�le du trafic par les Ib�riques.</p><p>Seul le navire command� par Richard Chancellor (� 1556), qui atteint la mer Blanche, en r�chappe, entamant le n�goce avec la Moscovie. Le Hollandais Willem Barents (ou Barentsz) [v. 1550-1597] poursuit la recherche et double la Nouvelle-Zemble par le nord. En 1596, il d�couvre le Spitzberg, puis doit hiverner pr�s du littoral oriental de la Nouvelle-Zemble et meurt d��puisement sur le chemin du retour. Il faudra attendre plus de deux si�cles pour voir l�exploration progresser : en 1735, Mouravev et Pavlov p�n�trent de nouveau dans la mer de Kara. En 1737, l�embouchure de l�Ob est atteinte par Stepan Gavri-lovitch Malyguine (� 1764) et A. Skouratov.</p><p>Ces parages ne seront de nouveau visit�s, par mer, que par le Norv�gien Johanne-sen, en 1869. Adolf E. Nordenskj�ld (1832-1901) gagne l�embouchure de l�Ienisse� en 1875. Il contourne le cap Tcheliouskine sur la Vega et hiverne pr�s de l�embou-downloadModeText.vue.download 311 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>848</p><p>chure de la Lena (1878-79). Franchissant le d�troit de B�ring pendant l��t� de 1879, il ouvre ainsi le passage du Nord-Est. Les limites septentrionales en seront pr�cis�es par la d�couverte, due � Boris Andre�evitch Vilkitski (n� en 1885), de l�archipel de la Terre du Nord, la Severna�a Zemlia (1913-14). Mais c�est seulement avec l�instauration du pouvoir sovi�tique que la � Route maritime du Nord �, longue de 4 500 km, commence � jouer un r�le capital dans la mise en valeur de l�Arctique sib�rien : le cabotage qu�elle conna�t chaque ann�e pendant une dizaine de semaines n�est possible que gr�ce � de puissants brise-glace. Le L�nine sera le premier navire de ce type � utiliser la propulsion nucl�aire.</p><p>LE GRAND NORD AM�RICAIN</p><p>Dans la foul�e des grandes exp�ditions sib�riennes, les Russes sont amen�s � �tu-</p><p>dier l�Alaska et les Al�outiennes d�s 1741</p><p>avec Georg Wilhelm Steller (1709-1746), un Allemand � leur service. Pendant toute la premi�re moiti� du XIXe s., ils jouent le r�le essentiel dans la reconnaissance de l�int�rieur de cette immense r�gion, qui ne sera rachet�e par les �tats-Unis qu�en 1867</p><p>et dont l�exploration m�thodique ne sera men�e � bien qu�avec la � ru�e vers l�or �, dans les toutes derni�res ann�es du si�cle (1896). � l�est des Rocheuses, Alexander Mackenzie (1745-1831) descend le fleuve qui portera son nom en 1789 et atteint les rives de l�oc�an Arctique. Les c�tes qui encadrent l�embouchure de la Cop-permine River et celles qui s�allongent � l�ouest du Mackenzie seront explor�es par John Franklin (1786-1847) en 1820-21 et en 1825. Mais les r�gions des confins de l�Alaska et du Canada ne seront vraiment connues que dans la seconde moiti� du XIXe s.</p><p>Quant au Groenland, il n�est travers� qu�en 1888, par Fridtjof Nansen. En 1912, Knud Rasmussen (1879-1933) fait une randonn�e de plus de 1 200 km dans la grande �le. Le Danois Lauge Koch (1892-1964) s�illustre �galement par ses explorations de cette r�gion � partir de 1913, et le grand g�ophysicien allemand Alfred Wegener (1880-1930), qui accompagne ce dernier en 1930, trouve la mort au coeur de l�inlandsis. Enfin, depuis 1948, les exp�ditions de Paul-�mile Victor ont parcouru sur la calotte glaciaire plusieurs centaines de milliers de kilom�tres avec des v�hicules � chenilles.</p><p>LE PASSAGE DU NORD-OUEST ET</p><p>L�ARCHIPEL ARCTIQUE</p><p>L�Anglais Martin Frobisher (1535-1594), le premier, reprend le chemin des Vikings, atteignant le Groenland et le Labrador (1576). Il pr�tend avoir trouv� le chemin de la Chine, ce qui incite ses compatriotes � monter une grande exp�dition � comprenant quinze navires � en 1578 ; celle-ci conna�t bien des d�boires, et c�est avec des moyens beaucoup plus modestes �</p><p>deux petits bateaux � que John Davis (v.</p><p>1550-1605) franchit le d�troit auquel sera donn� son nom, entre le Groenland et la terre de Baffin (1585) ; en 1587, il d�passe la latitude de 72�. L�infortun� Henry Hudson (� 1611), qui sera abandonn� par son �quipage mutin�, fait une grande d�cou-</p><p>verte, celle de l�immense baie qui limite le Labrador vers l�ouest (1610) ; mais ce n��tait pas encore la voie vers l�Orient, comme l�esp�raient ses commanditaires.</p><p>Il faudra la rechercher plus au nord, ce � quoi s�emploient sans succ�s Robert Bylot et William Baffin (1584-1622), qui parviennent pourtant en 1616 � la latitude du d�troit de Lancaster, sans se douter que le passage s�ouvre l�. Plus de deux si�cles s��couleront avant qu�un navire s�y engage : en 1818, John Ross (1777-1856) se pr�sente � l�entr�e, mais croit que ce n�est qu�un fjord en cul de sac et ne poursuit pas ses recherches. Il sera critiqu� par son second, William Edward Parry (1790-1855), qui franchit le long d�troit en 1819</p><p>et d�passe la longitude de 110� O. Grand pionnier de l�exploration polaire, Parry met aussi au point l�hivernage, organisant les loisirs de la nuit polaire et �tablissant le r�gime alimentaire qui permet d��chapper au scorbut. Il ne peut d�passer les parages de l��le Melville et ne progresse gu�re plus � l�ouest dans son voyage de 1821-1823.</p><p>Une nouvelle tentative de John Ross (1829) est encore un �chec en ce qui concerne le passage du Nord-Ouest, mais l�extr�mit� la plus septentrionale du continent am�ricain est d�couverte avec la p�ninsule de Boothia. Ces �checs relatifs am�nent un arr�t provisoire dans la difficile recherche de l�itin�raire vers l�Orient.</p><p>Elle reprend avec John Franklin, qui part en 1845 avec l�Erebus et le Terror, emportant cinq ann�es de vivres. Mais on a omis de pr�voir des rendez-vous annuels pour donner des nouvelles, et l�on saura simplement, par des baleiniers, que l�exp�-</p><p>dition s�est bien engag�e dans le d�troit de Lancaster. Elle devait se diriger vers le sud, en longeant la c�te occidentale de la p�ninsule de Boothia. Aucune nouvelle ne parvient plus � son sujet. Cette disparition myst�rieuse engendre un grand nombre d�exp�ditions de secours, qui vont faire, elles-m�mes, progresser beaucoup la connaissance de l�Arctique. En 1850, sur l�Investigator, Robert McClure (1807-1873), parti de l�oc�an Pacifique, longe la mer de Beaufort, mais ne peut franchir le d�troit s�parant la terre Victoria de l��le de Banks.</p><p>Reparti en juillet 1851, McClure contourne cette derni�re et doit encore hiverner sur sa c�te nord. En 1852, il effectue un raid vers l��le Melville. En 1853, enfin, une exp�-</p><p>dition de secours venue de l�est le rejoint.</p><p>Si l�Investigator doit �tre abandonn�, le</p><p>passage du Nord-Ouest est reconnu.</p><p>Le sort de Franklin n�en restait pas moins obscur. Il faudra attendre 1859 pour que l�exp�dition de Francis Leopold McClin-tock (1819-1907) recueille chez les Esquimaux de l��le du Roi-Guillaume quelques objets ayant appartenu � Franklin et un rapport laconique mentionnant la mort du chef de l�exp�dition en 1847. Pour cinquante ann�es encore, le passage du Nord-Ouest appara�tra comme � peu pr�s impossible � franchir : enfin, Amundsen*, sur un tr�s petit navire, le Gj�a, r�ussit � joindre l�Atlantique � la mer de Beaufort, � travers le d�dale de l�archipel arctique (1903-1906). En 1944, un navire canadien, le Saint-Roch, franchit le passage en une seule saison. Les possibilit�s �conomiques du passage du Nord-Ouest sont enfin r�v�-</p><p>l�es en 1969, par l�exploit du gigantesque p�trolier brise-glace Manhattan. Ce navire am�ricain, long de 306 m, a �t� con�u pour d�montrer qu�on pouvait transporter le p�-</p><p>trole des immenses gisements de l�Alaska septentrional vers les grands centres de consommation de l�est de l�Am�rique. Recherchant syst�matiquement les difficult�s, il emprunte les d�troits de Lancaster, de Melville et du Prince-de-Galles, et joint la Pennsylvanie et la baie de Prudhoe en moins d�un mois.</p><p>LA ROUTE DU P�LE</p><p>Pour mettre fin � la vieille l�gende de la mer polaire libre de glaces, Parry entreprend une nouvelle exp�dition au-del� du Spitzberg en 1827. Utilisant des embarca-tions pouvant �tre transform�es en tra�-</p><p>neaux, il d�passe 82� de latitude, point le plus septentrional jamais atteint par un explorateur. Mais l�acc�s au p�le a �t� recherch� plus � l�ouest : en 1853, un m�decin am�ricain, Elisha Kane (1820-1857), atteint la latitude de l�immense glacier Humboldt, sur la c�te nord-ouest du Groenland. Son second, Isaac Hayes (1832-1881), reconna�t la terre de Grinnell, d�passe 81� de latitude en 1861 et relance encore l�id�e de la mer libre. Un journaliste am�ricain, Charles Hall (1821-1871), qui a fait construire le Polaris, d�bouche en 1871 sur l�oc�an Arctique.</p><p>Les Anglais entrent de nouveau en sc�ne dans cette r�gion avec Albert H. Markham (1841-1918), qui bat le record de Parry et parvient � 83� 20&#x2032; de latitude en 1876. Le caract�re sportif de la course vers le p�le se pr�cise, et l�Am�ricain James B. Lockwood (1852-1884) atteint la latitude de 83� 24&#x2032;,</p><p>pr�s de l�extr�mit� nord du Groenland, en 1882 ; il mourra d��puisement par la suite, au cours d�un hivernage.</p><p>L�UTILISATION DE LA D�RIVE POLAIRE</p><p>Cet �pisode tragique contribue au d�veloppement de nouvelles techniques pour atteindre le p�le. L�Am�ricain George downloadModeText.vue.download 312 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>849</p><p>W. De Long (1844-1881), commandit� par le New York Herald, avait franchi en 1879</p><p>le d�troit de B�ring, puis avait d� abandonner son navire, la Jeannette, pris par les glaces. Revenu � pied sur la banquise, il avait p�ri sur la c�te sib�rienne. Mais les d�bris de son navire avaient �t� port�s par les courants marins jusqu�au littoral oriental du Groenland (1881-1884), ce qui donna l�id�e au Norv�gien Fridtjof Nansen (1861-1930) d�utiliser ces derniers pour parvenir au p�le. Pris par la banquise de la mer de Kara en 1893, il se laisse d�river sur le Fram pendant seize mois, puis effectue un raid avec des tra�neaux en 1895 : il atteint 86� 14&#x2032; de latitude.</p><p>Le Sovi�tique Ivan Dmitrievitch Papa-nine (n� en 1894) et trois compagnons devaient �galement utiliser la d�rive de la banquise pour �tudier l�oc�an Arctique (1937-38). Mais ils se retrouv�rent sur un �troit gla�on entour� d�eau libre et ne furent sauv�s que de justesse.</p><p>LES DERNI�RES �TAPES ET LA</p><p>CONQU�TE DU P�LE</p><p>La fin du XXe s. devait �tre marqu�e par la plus folle tentative pour atteindre tr�s vite le p�le : le Su�dois Salomon Andr�e (1854-1897) fait construire un a�rostat en France, avec l�aide de son roi. Parti du nord-ouest du Spitzberg le 11 juillet 1897, il dispara�t vers le nord. Des vestiges et le carnet de l�a�ronaute, retrouv� en 1930</p><p>sur le littoral de l��le Blanche, au nord-est du Spitzberg, montrent qu�Andr�e et ses compagnons n�avaient pas d�pass� la latitude de 82� 55&#x2032;. Au ballon libre, les Italiens devaient pr�f�rer des techniques plus traditionnelles : ils furent sur le point de conqu�rir le p�le. L�exp�dition du duc des Abruzzes (1873-1933) prit comme base</p><p>de d�part l��le Rodolphe, terre de l�archipel Fran�ois-Joseph, � l�est du Spitzberg. Mais Umberto Cagni (1863-1932) dut arr�ter ses tra�neaux le 25 avril 1900, par 86� 34&#x2032;</p><p>de latitude, et il eut beaucoup de peine � rejoindre l��le Rodolphe.</p><p>La derni�re �tape devait �tre franchie par l�Am�ricain Robert Edwin Peary* (1856-1920). Adoptant les techniques des Esquimaux, il effectue de nombreux raids vers le nord, puis lance enfin une exp�dition visant le p�le en utilisant les services d�un navire con�u sp�cialement � cet effet, le Theodor-Roosevelt. Gr�ce � ses tra�neaux tir�s par des chiens, il d�passe le 87e parall�le (1906). En 1908, il pr�pare une base de d�part au cap Columbia, extr�mit� nord de la terre de Grant, partie la plus septentrionale de l�archipel arctique. Son exp�dition, qui compte dix-neuf tra�neaux, se met en route le 22 f�vrier 1909 ; elle est divis�e en plusieurs groupes, dont le but est de soutenir successivement celui de Peary, qui se charge de la conqu�te proprement dite du p�le. Constituant une �quipe avec son domestique, le Noir Matthew Henson, et quatre Esquimaux, Peary parvient enfin au but le 6 avril. Il prend possession de la r�gion au nom des �tats-Unis, puis rallie sans encombre sa base de d�part.</p><p>Mentionnons encore pour m�moire le raid de l�Am�ricain Frederick Cook (1865-1940), qui, parti du Groenland un an auparavant (19 f�vrier 1908), aurait travers� la terre d�Ellesmere, puis, piquant droit vers le nord, serait parvenu au p�le le 21 avril 1908. Un retour difficile l�aurait amen� aux environs de l��le Devon. Cet exploit n�a jamais �t� confirm� par des preuves irr�futables.</p><p>Le 19 avril 1968, le p�le Nord �tait atteint par la premi�re exp�dition motoris�e.</p><p>Compos�e de six hommes sous la direction de Ralph Plaisted, elle avait quitt� l��le Hunt (Canada arctique) le 7 mars 1968 avec des motocyclettes � neige � skidoo �. Les hommes furent rapatri�s par avion.</p><p>Le 6 avril 1969, pour comm�morer le soixanti�me anniversaire du raid de Peary, arrivait au p�le une exp�dition britannique de quatre hommes avec des chiens et des tra�neaux. Dirig�e par Wally Herbert, elle �tait partie de Pointe Barrow (Alaska) et avait hivern� sur une �le de glace flottante.</p><p>Son but �tait de traverser enti�rement la mer Arctique avec des moyens terrestres.</p><p>Cette exp�dition fut couronn�e de succ�s puisqu�elle fut prise � bord de l�Endurance le 11 juin 1969, � 40 km au nord du Spitzberg.</p><p>L�AVION ET LE SOUS-MARIN</p><p>C�est � Amundsen* que l�on doit la premi�re tentative pour gagner le p�le en avion (1923). Mais c�est seulement en 1926, le 9 mai, que l�Am�ricain Richard E. Byrd (1888-1957) survole le p�le, � bord de la Josephine-Ford. Deux jours plus tard, c�est la revanche du plus l�ger que l�air, qui, avec le progr�s des dirigeables, apporte tant d�espoirs aux techniciens du premier tiers du XXe s. : le Norge survole le p�le, ayant � son bord Amundsen et l�Italien Umberto Nobile (n� en 1885). Avec l�Italia, ce dernier tentera une r��dition de son exploit, qui se terminera par la perte de l�appareil (1928).</p><p>Le p�le avait �t� conquis � par les glaces � et par les airs, mais il fallait encore tenter de le vaincre par les eaux, c�est-�-</p><p>dire � par en dessous �, et les brise-glace n��taient pas assez puissants pour se frayer un chemin jusqu�� lui. En 1931, avec le Nautilus, le Canadien G. Hubert Wilkins, avec l�aide des Am�ricains, essaie en vain de l�atteindre. Il leur faudra attendre</p><p>jusqu�en 1958 pour parvenir au but avec un autre Nautilus, sous-marin am�ricain � propulsion nucl�aire. Entre-temps, le survol du p�le est devenu une routine quotidienne, par les lignes a�riennes qui joignent le nord de l�Europe et de l�Am�-</p><p>rique � l�Orient : d�s 1933, Lindbergh pr�parait l�itin�raire Am�rique-Europe par l�Islande et le Groenland. En juillet 1937, les Sovi�tiques joignent Moscou et l�Am�rique par le p�le. En m�me temps, leurs avions installent au p�le m�me une station scientifique qui comptera trente personnes : le p�le arctique fait d�sormais partie de l�� �coum�ne �.</p><p>S. L.</p><p>&#x25B6; Antarctique.</p><p>Arcueil (�cole d�)</p><p>F SATIE (Erik).</p><p>Ard�che. 07</p><p>D�part. de la R�gion Rh�ne-Alpes ; 5 523 km 2 ; 257 065 hab. (Ard�chois).</p><p>Ch.-l. Privas. S.-pr�f. Largenti�re et Tournon.</p><p>Ce d�partement offre de vigoureux contrastes topographiques et climatiques. Il est m�ridional par la pente g�n�rale de ses reliefs, tourn�e vers la M�diterran�e : la limite nord de l�olivier passe par Viviers, celle du ch�ne vert par Tournon. Il est aussi rhodanien (comme le d�partement de la Dr�me, auquel il fait face), sur la rive droite du fleuve, pendant pr�s de 150 km, depuis Serri�res jusqu�au confluent de l�Ar-d�che et du Rh�ne. Il est surtout montagnard : le rebord oriental du Massif central pr�sente ici de fortes altitudes et de fortes pentes. La cha�ne des C�-</p><p>vennes, que prolonge au nord celle des Bouti�res, atteint 1 754 m au M�zenc ; elle forme la ligne de partage des eaux entre l�Atlantique et la M�diterran�e ;</p><p>mais, � l�ouest, les reliefs que drainent le cours sup�rieur de la Loire et celui de l�Allier restent mod�r�s malgr� l�altitude ; � l�est, au contraire, ce haut plateau est profond�ment diss�qu� par les multiples ravins des affluents du Rh�ne. Cette disposition g�n�rale n�est pas homog�ne sur tout le d�partement.</p><p>On distingue habituellement un haut Vivarais et un bas Vivarais au nord et au sud de la montagne de Privas ou, mieux, du plateau basaltique du Coiron (ou des Coirons), dont les hautes falaises noires dominent le Rh�ne � Rochemaure.</p><p>Dans le haut Vivarais, les influences m�ridionales se limitent � quelques sites bien abrit�s des vents du nord : la vall�e de l�Eyrieux avec ses vergers de p�chers, le vignoble de Cornas, celui de C�te-R�tie � Tournon. � l�exception de la montagne calcaire de Crus-sol, le haut Vivarais est presque enti�-</p><p>rement form� de terrains cristallins.</p><p>La topographie �voque les marches d�un escalier. Entre les plateaux qui prolongent ceux de la Haute-Loire, � plus de 1 000 m d�altitude, et le foss� de la vall�e du Rh�ne se d�veloppe une sorte de banquette interm�diaire, un piedmont, assez r�gulier dans les environs d�Annonay (357 m), plus �lev� autour de Vernoux (585 m) : c�est le domaine du ch�taignier et des vergers de pommiers. Au-dessus, le plateau et ses versants montagneux, fortement arros�s par les pr�cipitations d�origine atlantique, sont couverts de p�tures ou de grandes for�ts de h�tre, de pin et de sapin. L��conomie de ce haut Vivarais est en partie orient�e vers Lyon et les grandes usines de la vall�e du Rh�ne.</p><p>Les sols et le climat font de tout le secteur situ� au sud du Gerbier-de-Jonc et du Coiron un ensemble assez diff�rent, bien que les lignes g�n�rales du relief pr�sentent quelques analogies avec la partie septentrionale du d�partement. Aux limites de la Haute-Loire et de la Loz�re, le plateau offre les m�mes horizons, peu accentu�s, mais la terre est plus riche : les sols de d�composition volcanique, couverts de prairies, avec quelques champs de c�r�ales secondaires, annoncent le Velay. Entre ces hauteurs monotones et les profondes vall�es de l�Ard�che,</p><p>du Chassezac et de leurs affluents, les d�nivellations sont parmi les plus fortes du Massif central : l��rosion, stimul�e par de violentes averses, d�gage des cr�tes �troites, caract�ristiques du relief c�venol, les serres. Au pied de ce formidable talus de 1 000</p><p>� 1 200 m de d�nivellation, le bas Vivarais constitue un v�ritable Midi ard�chois. Sur les premiers contreforts montagneux dominant Aubenas, Largenti�re et Joyeuse, des pins parasols se m�lent aux ch�taigniers. Audel� de la fertile d�pression marneuse du pays de Berg, avec ses olivettes et ses cultures irrigu�es encadr�es de cypr�s, le vaste plateau calcaire des Gras, h�riss� de reliefs ruiniformes (bois de Pa�olive), creus� par d�innombrables gouffres (aven d�Orgnac), est le domaine des ch�nes verts, des buis, des gen�ts �pineux. Presque d�serte, travers�e par l�Ard�che en un ca�on �troit, long de 30 km, cette r�gion calcaire s�pare les uns des autres trois terroirs favoris�s : la vall�e du Rh�ne, le bassin d�Aubenas et le canton de Vans. �loign� des grands centres de la r�gion Rh�ne-Alpes, ce bas Vivarais a des liens �conomiques avec la r�gion m�diterran�enne.</p><p>Le haut et le bas Vivarais ont v�cu pendant des si�cles en associant les ressources compl�mentaires de la montagne et du bas pays. Except� le canon downloadModeText.vue.download 313 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>850</p><p>calcaire de l�Ard�che, les vall�es des principaux cours d�eau ont guid� les �changes, y compris les courants d�id�es venus de l�ext�rieur : au XVIe s., le protestantisme, qui s�est diffus� depuis Valence, a remont� la vall�e de l�Eyrieux jusqu�� Saint-Agr�ve et la plaine de Chom�rac jusqu�� Privas, tandis que demeuraient catholiques la r�gion du Nord, qui �tait dans l�orbite du dioc�se de Vienne, et celle du Sud, qui d�pendait de l�archev�ch� de Viviers.</p><p>Comme le r�seau hydrographique</p><p>ard�chois est compos� de cours d�eau ind�pendants, affluents du Rh�ne,</p><p>aucun grand centre d��changes n�est apparu. Le d�partement de l�Ard�che n�a pas de capitale. Son chef-lieu, Privas (12 216 hab.), est situ� juste � la limite du haut et du bas Vivarais, mais la d�pression de l�Ouv�ze, coinc�e entre un massif cristallin au nord et le plateau du Coiron au sud, n��tait pas favorable � la naissance d�un carrefour r�gional. Aubenas (13 707 hab.) se trouve dans une position de contact g�ologique analogue, mais plus avantageuse, la d�pression longitudinale entre le plateau calcaire et le massif cristallin �tant ici recoup�e par la haute vall�e de l�Ard�che, qui a fix� l�itin�-</p><p>raire de la route du Puy � la vall�e du Rh�ne. Annonay est aussi un carrefour sur les routes qui donnent acc�s � Saint-�tienne et � la Haute-Loire ; elle doit � l�industrie son rang de premi�re ville de l�Ard�che (21 530 hab.) ; toujours vivantes, ses anciennes sp�cialit�s (tannerie, m�gisserie, papeterie, textile) ont �t� relay�es par des activit�s nouvelles (construction m�canique, carrosserie de poids lourds).</p><p>Pays de petites propri�t�s agricoles, l�Ard�che poss�de �galement de nombreux patrons d�industrie, en particulier dans le moulinage des fibres utilis�es en soierie et en bonneterie. Ces structures particuli�res ont favoris� les initiatives et l�adaptation aux variations de l��conomie. Ainsi, l�Ard�che livre des produits agricoles de haute qualit� (fruits et vins surtout) ; le moulinage, jadis artisanal et dispers�, a su tirer des fibres synth�tiques toutes sortes de d�veloppements techniques et �conomiques, qui font la prosp�-</p><p>rit� de petits bourgs comme Satillieu.</p><p>Une usine de rayonne s�est fix�e � La Voulte. Mais le milieu naturel reste peu favorable � la grande culture comme � l�urbanisation (la moiti� de la population est rurale), de sorte qu�en un si�cle l�Ard�che a vu diminuer sa population de plus d�un tiers depuis le maximum de 1861 (388 569 hab.). Le recensement de 1968 a sembl� amorcer un certain redressement, concernant surtout les communes proches des grands am�-</p><p>nagements hydrauliques et industriels du Rh�ne.</p><p>M. L.</p><p>&#x25B6; Rh�ne-Alpes.</p><p>Ardenne (l�) ou</p><p>Ardennes (les)</p><p>Massif de Belgique, de France et du Luxembourg.</p><p>L�Ardenne est une r�gion bois�e et relativement �lev�e, correspondant � un affleurement de roches primaires.</p><p>Sa forme est triangulaire : la pointe et les altitudes les plus faibles (250 m) se situent � l�est d�Avesnes ; vers l�est, le massif s��largit et s��l�ve jusqu�� plus de 600 m. Commen�ant en France,</p><p>l�Ardenne forme l�extr�mit� sud de la Belgique et la moiti� nord (Osling) du grand-duch� de Luxembourg.</p><p>Du sud au nord se succ�dent trois sous-r�gions. Au sud, l�Ardenne, au sens strict, domine les � c�tes � du Bassin parisien : c�est un plateau assez compact, entaill� de vall�es profondes (plateau de Rocroi, 350 � 400 m ; Hautes Fagnes, 692 m au signal de Bo-trange), et qui correspond � des schistes et surtout � des gr�s de la base du Primaire. Au nord, dans le Condroz, le relief, de type appalachien, s�ordonne en hauteurs gr�seuses, orient�es O.-S.-</p><p>O. - E.-N.-E., s�par�es par des creux calcaires. La limite septentrionale est form�e par l�alignement O.-S.-O. - E.-</p><p>N.-E. des vall�es de la Sambre et de la Meuse, de Maubeuge � Li�ge.</p><p>En dehors de ce � sillon � Sambre-Meuse, la Meuse de Charleville � Namur et ses affluents (Lesse, Ourthe) coulent du sud vers le nord en encais-sant leurs m�andres.</p><p>Apr�s les plissements cal�doniens et hercyniens, l�Ardenne n�a subi que des mouvements de faible ampleur, et les roches ont �t� aras�es. � la fin du Plioc�ne, le relief de l�Ardenne �tait tr�s faible, et la Meuse passait sans difficult�. Il semble bien que les mouvements de surrection n�ont commenc� qu�au Quaternaire, ce qui signifie que l�Ardenne est un massif r�cent.</p><p>Le climat de l�Ardenne est assez rude : 115 jours de gel�e et 80 jours de neige en haute Ardenne ; de 900</p><p>� 1 700 mm de pluie. Les sols sont minces. La v�g�tation naturelle est la</p><p>for�t (Arduenna Sylva) de ch�ne, de h�tre ou de bouleau, souvent remplac�s par des �pic�as ou des m�l�zes. Les plus hauts plateaux sont parfois encore occup�s par la fagne, ses tourbi�res et ses sphaignes.</p><p>L�Ardenne est une tache de faible peuplement au milieu de l�Europe du Nord-Ouest ; l�Ardenne au sens strict a des densit�s comprises entre 30 et 50, et le Condroz des densit�s de l�ordre de 100. La r�gion s�est l�g�rement d�peupl�e depuis un si�cle.</p><p>L�agriculture tient une grande place.</p><p>Les conditions de sol et de climat sont plus favorables dans le Condroz que dans l�Ardenne proprement dite. La for�t, bien entretenue, occupe un tiers de l�Ardenne au sens strict. L��levage est la base du revenu ; l�herbe occupe 50 � 80 p. 100 de la surface agricole utile. Si le cheval ardennais a perdu de son importance, on �l�ve des porcins et des bovins principalement pour le lait et le beurre, mais de plus en plus pour la viande. Les cultures se sont maintenues en partie par survivance de l��poque proche o� l�on pratiquait l�essartage, l��cobuage et la jach�re, en partie en raison des politiques gouvernementales : cultures de pomme de terre, de froment, d�orge et, en altitude, de seigle.</p><p>Les exploitations sont petites (de 10</p><p>� 20 ha) en Ardenne au sens strict, o� les paysans sont propri�taires ; elles sont plus grandes (de 40 � plus de 100 ha) dans le Condroz, mais le faire-valoir indirect y pr�domine. L�habitat est, partout, group�.</p><p>Si l�on excepte le sillon Sambre-Meuse, l�Ardenne est peu indus-</p><p>trialis�e ; les activit�s, h�riti�res des industries traditionnelles d�un massif primaire, manquent d�ampleur et souvent de dynamisme. La m�tallurgie du fer subsiste sous forme de fonderies, de constructions d�appareils sanitaires ou de chauffage (Ciney, Fumay, Revin) ; les non-ferreux et la laine ont �migr� dans la vall�e de la Vesdre ; la tannerie est en difficult� ; l�extraction des schistes, des calcaires est en meilleure position que celle des gr�s ; des industries alimentaires se sont d�velopp�es.</p><p>Le tourisme est une ressource essentielle, car l�Ardenne est ench�ss�e dans l�Europe industrielle. C�est �galement une r�serve d�eau pour les r�gions limitrophes, ainsi qu�une petite productrice d�hydro-�lectricit�.</p><p>Mais l�Ardenne est aussi, au coeur de l�Europe du Nord-Ouest, un obstacle, que l�on contourne surtout par le nord (axe de la Sambre, Li�ge, Aix-la-Chapelle, Cologne). La travers�e nord-sud se fait par voies ferr�es ; la Meuse est au gabarit de 1 350 t en territoire belge seulement ; la prolongation en France influencerait l�am�nagement du territoire ; cette travers�e mosane avait permis l��closion d�une civilisation brillante. Les villes (Vianden, Clervaux, Bouillon, Dinant, Chimay) sont de taille modeste et plus connues par l�art ou l�histoire que par leurs industries.</p><p>A. G.</p><p>&#x25B6; Li�ge (province de) / Luxembourg (grand-duch� du) / Luxembourg (province du) / Namur (province de).</p><p>B G. Hoyois, l�Ardenne et les Ardennais.</p><p>L��volution �conomique et sociale d�une r�gion (�d. universitaires, 1949-1953 ; 2 vol.).</p><p>Ardennes 08</p><p>D�part. de la R�gion Champagne-Ardenne ; 5 219 km 2 ; 309 306 hab. (Ardennais). Ch.-l. Charleville-M�zi�res.</p><p>S.-pr�f. Rethel, Sedan, Vouziers.</p><p>La population est concentr�e �</p><p>80 p. 100 dans la vall�e de la Meuse et ses prolongements, entre deux ensembles peu peupl�s : le massif ancien de l�Ardenne et les premiers reliefs du Bassin parisien.</p><p>Le quart sud-ouest du d�partement est occup� par l�extr�mit� septentrionale de la plaine de craie champenoise, riche r�gion agricole � grandes exploitations orient�es vers les c�r�ales, la betterave � sucre et la luzerne. Rethel (8 500 hab.) y est la seule ville notable, sur un passage privil�gi� (cartonneries, textile, m�canique) ; la plaine n�a que quelques industries agricoles.</p><p>Entre la Champagne crayeuse et le massif ancien s��tire la r�gion des</p><p>� cr�tes pr�ardennaises �. Ici, les diff�rences de duret� des couches s�dimentaires font appara�tre une succession de lignes de c�tes, de d�pressions humides et de plateaux calcaires tant�t forestiers et tant�t c�r�aliers, selon des alignements N.-O. - S.-E. L�ensemble est morcel� en collines par les petits affluents de l�Aisne et de la Meuse. Les cr�tes pr�ardennaises sont des campagnes � population �g�e et � forte �migration, mais o� les nombreux d�parts ont permis l�expansion d�exploitations assez grandes (50 � 100 ha) associant l��levage laitier � la culture c�r�ali�re, avec quelques vergers dans la partie centrale. De petits bourgs y assurent les services ; seul Signy-l�Abbaye a une industrie notable (skis et raquettes de tennis). L�extr�mit� nord-ouest de cette bande appartient d�j� � la Thi�-</p><p>downloadModeText.vue.download 314 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>851</p><p>rache herbag�re et bocag�re, sp�cialis�e dans le lait sur des exploitations plus petites. Au sud-est, les Ardennes poss�dent le nord de l�Argonne (relief bois� taill� dans une formation localement gr�seuse, la gaize) et de la Champagne humide, domin� par Vouziers (5 465 hab.).</p><p>Au nord, le plateau ancien de l�Ardenne (489 m aux Hauts Butt�s) est travers� par la fronti�re belge. Il est recouvert par une m�diocre ch�naie.</p><p>C�est dans les vall�es que se</p><p>concentrent la plupart des activit�s. La vall�e de la Meuse de Sedan � Charleville-M�zi�res est le grand axe du d�-</p><p>partement. Elle est prolong�e � l�ouest par la d�pression de la Sormonne, au pied du plateau de Rocroi (ardoisi�res), � l�est par la vall�e de la Chiers, dans le pays de Carignan (3 724 hab.). Elle est partiellement doubl�e au centre, vers le nord, par une d�pression qui marque peut-�tre un ancien cours et concentre des industries (Vrigne-aux-Bois).</p><p>Plus au nord encore, parall�lement � la Meuse, la vall�e de la Semoy introduit une coul�e de terroirs agricoles,</p><p>d�ateliers dispers�s et d�am�nagements touristiques (Haulm�).</p><p>� M�zi�res, la Meuse se d�tourne brusquement vers le nord et tranche le massif ancien par une vigoureuse vall�e aux amples m�andres et aux paysages pittoresques (rochers des Quatre-Fils-Aymon, Dames-de-Meuse, etc.), perpendiculairement � l�axe ardennais qui s�est soulev� tardivement. Les villes industrielles (Nouzonville, Mon-therm�, Revin, Fumay, Givet) s�y succ�dent, et tous les moyens de transport s�y insinuent. La Meuse est navigable et reli�e en amont au r�seau lorrain, au sud � l�Aisne par le canal des Ardennes (1833) ; mais les grosses p�niches belges ne peuvent remonter au-del� de Givet, o� a �t� install� un silo.</p><p>C�est la m�tallurgie qui domine</p><p>la vie ardennaise (30 000 salari�s).</p><p>Concentr�e dans la vall�e de la Meuse, elle est d�origine ancienne, n�e de la pr�sence de main-d�oeuvre disponible, comme dans maint massif forestier, de charbon de bois et d�un peu de fer. Elle s�est surtout orient�e vers la fonderie (premier d�partement de France) et continue � produire des fabrications d�licates (boulonnerie, pi�ces pour automobiles, etc.) dans des ateliers tr�s dispers�s et de petites usines. Cependant, elle a �galement d�velopp� la sid�rurgie, qui subsiste en quelques grandes usines (Chiers � Blagny et � Vireux-Molhain, Vallourec � Sedan, Wendel � Messempr�) auxquelles s�ajoute la premi�re fabrique fran�aise de tubes en cuivre (Tr�fim�-</p><p>taux � Givet). Par ailleurs, la fonderie a �volu� vers la fabrication d�appareils m�nagers et sanitaires en des firmes connues (Arthur Martin, Faure, Pied-Selle, Porcher, Deville, etc.), surtout de Revin � M�zi�res. Plus r�cemment, deux grandes entreprises rassemblant plusieurs milliers d�ouvriers ont d�-</p><p>velopp� des fabrications nouvelles : mat�riel de travaux publics (Richier), rev�tements de sol (Sommer) � Charleville, Sedan et Mouzon.</p><p>Par contre, il subsiste peu de chose du pass� lainier de la r�gion de Sedan (3 000 salari�s) ; une usine plus r�cente produit de la rayonne � Givet.</p><p>Ces activit�s industrielles sont solides, mais le nombre d�entreprises (plus de 3 000) diminue, et le nombre de salari�s stagne. Aussi les taux d�accroissement de la population urbaine sont-ils mod�r�s. Les Ardennes sont domin�es par l�agglom�ration de Charleville-M�zi�res (70 000 hab.), dont le rayonnement commercial couvre la plus grande partie du d�partement.</p><p>Sedan (30 000 hab. pour l�agglom�ration) garde son ind�pendance � 20 km du chef-lieu, auquel elle doit �tre reli�e par une autoroute. L�ensemble tire parti de sa situation au carrefour de l�axe Valenciennes-Thionville et de l�axe Paris-Reims-Luxembourg, et compte d�velopper ses relations avec la Belgique, d�j� concr�tis�es par la mise en route de la centrale nucl�aire de Chooz, pr�s de Givet (2 TWh par an).</p><p>Au nord-ouest, les villes industrielles de la Meuse encaiss�e se disputent la pr��minence : Givet (8 152 hab.) et Revin (11 806 hab.) �mergent.</p><p>L�activit� agricole n�est pas n�gligeable, puisque les Ardennes entretiennent 300 000 bovins et produisent 3 Mq de c�r�ales et plus de 4 Mq de betteraves ; l��levage fournit les deux tiers du produit des 7 500 exploitations ardennaises (moyenne, 41 ha). La for�t (150 000 ha, plus que les labours) est une ressource d�appoint.</p><p>La population ardennaise est f�conde (solde naturel sup�rieur � 5 p. 1 000) et stabilis�e malgr� une forte �migration, surtout vers Paris et Reims. En retour, les Ardennes re�oivent un flux saisonnier notable, surtout en provenance du Nord et de la Belgique, gr�ce � leurs sites touristiques et de s�jour (vall�es du plateau ancien, �tang de Bairon, pr�s de Vouziers, Argonne).</p><p>R. B.</p><p>&#x25B6; Champagne-Ardenne / Charleville-M�zi�res.</p><p>ardoise</p><p>Roche schisteuse, facile � diviser en feuillets minces, et poss�dant des qualit�s d�imperm�abilit�, de r�sistance et d�inalt�rabilit� qui la font employer � divers usages.</p><p>Origine g�ologique � certaines p�riodes de l�histoire de la Terre, des vases argileuses, provenant de l��rosion des reliefs voisins, se sont d�pos�es au fond des mers ou des lacs, en couches superpos�es sur de tr�s grandes �paisseurs. Ces s�diments enfouis en profondeur furent soumis � des temp�ratures et � des pressions telles que leur composition min�ralogique fut modifi�e. Des plissements ult�rieurs de l��corce terrestre exerc�rent sur ces d�p�ts m�tamorphis�s des efforts de compression qui leur conf�r�rent la propri�t� tr�s importante de la fissilit�. Ce laminage, orientant les �l�ments constitutifs du schiste, non seulement parall�lement � un plan perpendiculaire aux pressions, mais encore parall�lement � une direction de ce plan, est mis en �vidence par la d�formation des fossiles. Les mouvements de terrains ont cr�� �galement, dans la masse schisteuse, des surfaces de rupture avec ou sans infiltration, appel�es d�lits, qui peuvent rendre le schiste inutilisable, et constituent une des principales causes des accidents.</p><p>� part quelques gisements de montagne (Savoie, Pyr�n�es), les schistes ardoisiers se sont d�pos�s au cours de l��re primaire. En g�n�ral, ceux-ci se pr�sentent sous forme de veines fissiles, noy�es sans limites nettement tranch�es dans des schistes pr�sentant des d�fauts ou n�ayant pas une fissilit� suffisante pour �tre transform�s en ardoises.</p><p>Composition chimique</p><p>et min�ralogique</p><p>L�ardoise est compos�e de min�raux complexes, et la fissilit� est d�autant plus grande que les �l�ments sont plus lins et mieux orient�s. Les constituants varient avec la provenance, mais toutes les ardoises sont � base de silice et de silicates complexes d�alumine, tels que la s�ricite, la chlorite, le mica sodique et l�argile. On y trouve �galement, mais en proportion moindre, d�autres �l�ments dont quelques-uns sont nuisibles, du moins sous certaines formes, � la conservation de l�ardoise. C�est ainsi que le fer � l��tat d�oxyde s�hydrate, et que le calcaire rend l�ardoise poreuse � la longue.</p><p>Propri�t�s physiques du schiste ardoisier</p><p>Sa propri�t� essentielle, qui est utilis�e lors de la fabrication des ardoises de couverture, est sa facilit� de clivage parall�lement � un plan privil�gi�, dit</p><p>� plan de fissilit� �. La fissilit� est d�autant plus grande qu�elle permet d�obtenir sous une faible �paisseur des plaques de plus grande dimension.</p><p>Elle s�att�nue assez rapidement sous l�action de la gel�e et sous l�effet du vent ou du soleil, qui lui font perdre son eau naturelle. L�ardoise est imperm�able, non poreuse et imputrescible.</p><p>Sa couleur varie avec le gisement : le fond est toujours gris, avec des nuances downloadModeText.vue.download 315 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>852</p><p>vertes, bleues ou rouges. Sa densit� est de l�ordre de 2,8.</p><p>Principaux gisements</p><p>Gisements fran�ais</p><p>y En Anjou-Mayenne se trouve le</p><p>gisement le plus important de France.</p><p>Le centre de Tr�laz� produit � lui seul la moiti� des ardoises fran�aises.</p><p>C�est le plus anciennement exploit�, en raison de la proximit� de voies d�eau qui ont permis le transport de l�ardoise. Dans la masse schisteuse, qui a une puissance de 800 m et affleure suivant des alignements S.-E. -</p><p>N.-O., on exploite trois veines d�une trentaine de m�tres. Le centre de Renaz� est �galement ancien, mais en voie d��puisement, tandis que celui de La Pou�ze est assez r�cent. Le centre de Noyant-Combr�e exploite une</p><p>veine tr�s puissante, o� la pierre est peu d�lit�e, mais donne des ardoises pyriteuses.</p><p>y En Bretagne, les schistes ardoisiers abondent dans les d�partements des C�tes-du-Nord et du Finist�re. Actuellement, les seules exploitations en activit� sont celles de Moulin-Lande � Ma�l-Carhaix et de Kermanach</p><p>� Saint-Hernin. Les ardoisi�res de</p><p>Sizun donnent une ardoise rustique et tachet�e. Dans l�ouest de la province ne subsiste que l�ardoisi�re de C� (pr�s de Plo�rmel), dont le schiste est gris verd�tre.</p><p>y Dans les Ardennes, on trouve deux bassins bien distincts, celui de Fumay et celui de Rimogne. � Fumay, les schistes ardoisiers sont verts ou violets, mais les deux ardoisi�res encore en activit� n�exploitent que la veine violette. � Rimogne, le schiste est vert gris�tre (rugueux d�aspect) ou bleu fonc�, mais l�exploitation est actuellement orient�e vers la fabrication de poudre et de granul�s � partir du schiste vert.</p><p>y En Corr�ze, les gisements d�Allas-sac et de Travassac sont peu fissiles et donnent une ardoise �paisse difficilement transportable.</p><p>y Dans les Alpes, on trouve des</p><p>schistes de divers �ges g�ologiques, principalement des �res secondaire ou tertiaire. Le schiste est fissile, mais tr�s tourment�, et ne permet qu�une exploitation artisanale.</p><p>y Dans les Pyr�n�es, les gisements appartiennent �galement � des �ges tr�s diff�rents, allant du D�vonien, � Arreau, au Carbonif�re dans la r�gion de Bedous-Laruns, et au Cr�tac� dans celle de Bagn�res-de-Bigorre, seul gisement exploit� actuellement.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, l�exploitation s�est concentr�e sur les gisements puissants qui donnent une ardoise fissile et de bonne qualit� ; les nombreuses petites exploitations du si�cle dernier ont �t� arr�t�es lorsque les couches superficielles ont �t� �puis�es. La production annuelle fran�aise d�ardoises de couverture est d�environ 125 000 t.</p><p>Gisements �trangers</p><p>y En Grande-Bretagne, les gisements du pays de Galles sont les plus riches du monde. Les schistes du groupe de Bangor, � l�extr�me ouest du Caer-narvonshire, ont jusqu�� 280 m de puissance. Ils sont peu coup�s et de couleur pourpr�e ou verd�tre. Les schistes de l�assise de Llandilo sont</p><p>gris bleu�tre, faciles � fendre, avec peu de pyrites. En dehors du pays de Galles, l�Angleterre exploite des schistes moins fissiles dans la r�-</p><p>gion des lacs du Cumberland et du Westmorland.</p><p>y Aux �tats-Unis, les principales exploitations sont situ�es en Pennsylvanie, o� le gisement ardoisier s��tend de Slatedale, � l�ouest, � Bangor, � l�est. Viennent ensuite le gisement qui chevauche sur les �tats de Vermont et de New York, puis celui de Monson, dans le Maine.</p><p>y En Allemagne, les plus importants gisements de la R�publique f�d�rale d�Allemagne sont situ�s en Rh�nanie et dans la vall�e de la Moselle : � gauche du Rhin, le gisement de l�Eifel poss�de plusieurs ardoisi�res en exploitation dans la r�gion de Mayen ; � droite du Rhin, la veine de Kaub est la seule � avoir une importance �conomique. Viennent ensuite les gisements de Westphalie (Fredeburg), de Hesse (Wissenbach) et de Saxe (Goslar).</p><p>Dans la R�publique d�mocratique</p><p>allemande, les exploitations ardoisi�res se trouvent en Thuringe et en Franconie.</p><p>y En Belgique et au Luxembourg,</p><p>on exploite une partie des gisements ardennais. Seule la partie sup�rieure de l��tage donne des exploitations importantes, telles que celle d�Her-beumont, de Warmifontaine et de</p><p>Martelange en Belgique, et celles de Haut Martelange et d�Asselborn au Luxembourg.</p><p>y En Norv�ge, il existe plusieurs ardoisi�res dans la r�gion de Bergen.</p><p>D�une teinte vert pomme caract�ristique, les gisements norv�giens sont tr�s riches en silice.</p><p>y En Suisse, l�industrie ardoisi�re est en d�clin. Seules les ardoisi�res dites</p><p>� du Simplon � (Termen) ou � du</p><p>Valais � fabriquent encore un peu d�ardoises de couverture.</p><p>y En Italie, l�industrie est pratiquement concentr�e dans la r�gion de Ci-</p><p>cagna (province de G�nes) : il s�agit de petites exploitations familiales � flanc de montagne. L�ardoise �tant calcaire, la fabrication est orient�e sur les dalles qui servent � faire des billards ou des tableaux d��cole.</p><p>y En Espagne, il existe de grandes �tendues de terrains ardoisiers de diff�rentes qualit�s, mais leur exploitation ne s�est d�velopp�e que depuis quelques ann�es. Le plus important gisement est celui de Galice, avec le centre de Puente de Domingo Fl�rez.</p><p>y Au Portugal, le principal centre est celui de Vallongo, qui fournit un schiste facile � exploiter, peu d�lit�, mais sensible aux agents atmosph�-</p><p>riques, et pour cette raison utilis� surtout en ardoiserie.</p><p>Il existe encore quelques gisements d�importance secondaire en Yougoslavie, dans la vall�e du Vardar, en Tch�-</p><p>coslovaquie, au nord de la Moravie, en Roumanie (gisements non exploit�s) et en Russie.</p><p>y En Afrique, il faut citer les ardoisi�res d�Agourai et d�Et-lias, dans la r�gion de Mekn�s, et surtout le gisement ardoisier d�Afrique du Sud, situ� downloadModeText.vue.download 316 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>853</p><p>� quelques kilom�tres de la fameuse mine de diamants de Kimberley.</p><p>Industrie ardoisi�re</p><p>L�utilisation du schiste pour les toitures ne s�est faite qu�assez tard, parce que les affleurements, alt�r�s par les agents atmosph�riques, �taient peu fissiles.</p><p>L�industrie ardoisi�re semble avoir pris naissance dans la vall�e du Rhin et de la Moselle, puis s�est d�velopp�e en Anjou, au pays de Galles et en Bretagne, c�est-�-dire dans des pays soumis au gel et � la pluie fr�quente. Jusqu�au XIe-XIIe s., les ardoises �paisses et mal taill�es sont r�serv�es aux constructions vulgaires, et ce n�est qu�� partir du XIIIe s., lorsqu�on sait tailler des ar-</p><p>doises fines et r�guli�res, que les architectes utilisent l�ardoise � la d�coration des �difices. Le d�veloppement de ce mat�riau lourd est li� � celui des transports, et les premi�res exploitations importantes sont � proximit� de la mer ou d�une voie d�eau. L�ouverture des voies ferr�es � partir de 1850 permet un nouvel essor � l�industrie ardoisi�re, qui atteint son apog�e � la fin du XIXe s.</p><p>� cette �poque, les grandes ardoisi�res de Penrhyn et de Dinorwic, au pays de Galles, occupent 6 000 ouvriers. En m�me temps, les colons ouvrent en Pennsylvanie des exploitations � ciel ouvert, et en Anjou les ardoisi�res de Tr�laz� et de Renaz� sont au maximum de leur prosp�rit�, car l�industrie ardoisi�re b�n�ficie d�une main-d�oeuvre tr�s bon march�. L��volution de la situation entre les deux guerres mondiales, et surtout depuis 1940, est due :</p><p>� � l�augmentation du prix de revient dans une industrie qui comporte 75 p. 100 de main-d�oeuvre ;</p><p>� � la difficult� de m�caniser sans perte de mati�re la fabrication d�un mat�riau h�t�rog�ne et fragile ;</p><p>� au prix �lev� de la pose par le couvreur d�un produit de dimensions relativement petites ;</p><p>� � la concurrence de produits nouveaux : terre cuite et amiante-ciment en France, tuiles en ciment en Angleterre et d�riv�s du p�trole aux �tats-Unis.</p><p>M�thodes de fabrication</p><p>La fabrication des ardoises de couverture comprend deux parties bien distinctes : l�extraction de la pierre et la fabrication des ardoises � partir de la pierre extraite.</p><p>Extraction de la pierre</p><p>Le travail consiste � d�tacher de la veine le tonnage maximal de blocs transportables, en les brisant le moins possible. On emploie diff�rentes m�-</p><p>thodes suivant la profondeur et l�inclinaison des gisements. L�exploitation � ciel ouvert, qui est la plus ancienne, est encore utilis�e en certains endroits (pays de Galles, �tats-Unis). Comme</p><p>toutes les m�thodes d�exploitation en descendant, elle n�cessite l�enl�vement des d�chets en plus des blocs d�ardoise ; d�autre part, elle devient de plus en plus on�reuse et dangereuse au fur et � mesure que l�on s�enfonce dans le sol, et il faut alors recourir aux m�-</p><p>thodes d�exploitation souterraine. On peut, dans ce cas, utiliser des m�thodes en chambres montantes (ou par gradins renvers�s), telles que celles employ�es en Anjou, o� le gisement est sensiblement vertical. On ouvre au niveau inf�-</p><p>rieur du panneau � exploiter une s�rie de chambres de 20 � 30 m de longueur, sur toute la largeur de la veine. Ces chambres sont s�par�es par des piliers de protection. Le d�fruitement se fait ensuite en remontant par tranches successives (ou bancs), en utilisant les d�chets pour remblayer le vide produit dans la chambre par l�extraction de la bonne pierre. La hauteur de remont�e, limit�e par la r�sistance des piliers qui soutiennent la vo�te des chambres, est un peu inf�rieure � 100 m.</p><p>Quelle que soit la m�thode uti-</p><p>lis�e, elle comprend les op�rations suivantes :</p><p>� l�abattage de la bord�e, c�est-�-</p><p>dire d�une partie du banc de 2 � 3 m d��paisseur, � l�aide d�un explosif peu brisant (poudre noire) ou par havage.</p><p>Si l�abattage se fait par sciage au fil, on fait tomber tout le banc, c�est-�-dire une tranche ayant toute la surface de la chambre, avant de passer aux op�rations suivantes ;</p><p>� le d�cal�brage et le chevillage. Il est en effet indispensable de faire tomber de la vo�te ou des parois les morceaux de schiste �branl�s par l�abattage ou de les cheviller ;</p><p>� le triage, le d�bitage et le chargement de la pierre abattue. Ces op�rations se font � l�aide de coins ou d�aiguilles infernales, en utilisant les plans de fissilit� et de quernage du schiste ardoisier ;</p><p>� le remblayage, ou enl�vement des d�chets. Les d�chets, c�est-�-dire les morceaux impropres � la fabrication, soit environ 50 p. 100 du schiste abattu, doivent �tre enlev�s dans les m�thodes</p><p>� descendre pour pouvoir abattre la tranche suivante. Au contraire, dans la m�thode � monter, il faut les compl�ter avec les d�chets provenant du creusement des galeries du niveau sup�rieur.</p><p>Travail au jour</p><p>Initialement, la pierre mont�e du fond �tait transform�e en ardoises de couverture par un seul ouvrier, le fendeur sur butte. Actuellement, le travail downloadModeText.vue.download 317 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>854</p><p>est divis� et comprend les op�rations suivantes :</p><p>� le d�bitage, c�est-�-dire la division du bloc remont� du fond en plaques de 8 � 12 cm d��paisseur suivant le plan de fissilit� ;</p><p>� le sciage, comprenant deux phases : le sciage primaire, qui d�coupe les plaques en bandes, et le sciage secondaire, o� les bandes sont d�coup�es en r�partons, c�est-�-dire en parall�l�pi-p�des ayant l��paisseur de la plaque et les autres dimensions un peu sup�-</p><p>rieures � celles d�un mod�le d�ardoise.</p><p>L�outil de sciage est un disque diamant� de 500 mm de diam�tre et tournant � 2 200 tr/mn ;</p><p>� la fente, dans laquelle le fendeur commence par diviser le r�parton en plaquettes de 10 � 15 mm d��paisseur, soit l��paisseur de quatre ardoises. Il place ensuite ces doubles jets dans une presse o� il les refend en deux jets, puis en quatre fendis ;</p><p>� le rondissage, qui donne au fendis la forme et les dimensions de l�ardoise.</p><p>Mod�les d�ardoise</p><p>La vari�t� des mod�les est une n�cessit� de fabrication qui s�est impos�e pour obtenir un meilleur rendement. Il faut remarquer en effet que seulement 40 � 50 p. 100 du schiste abattu est remont� au jour ; le r�partonnage diminue encore ce tonnage de moiti�, si bien qu�une fois effectu�s la fente et le</p><p>rondissage on aboutit � un rendement final de 10 � 15 p. 100. On distingue quatre grandes cat�gories de mod�les :</p><p>� les mod�les ordinaires, ou mod�les fran�ais (�paisseur voisine de 3 mm), utilis�s dans les r�gions de plaine, au bord de la mer ;</p><p>� les mod�les anglais, plus r�sistants en raison de leur �paisseur (4 mm), employ�s dans les r�gions de climat dur (gr�le, neige) ;</p><p>� les mod�les carr�s, pour couvrir les b�timents industriels et agricoles ;</p><p>� les mod�les historiques H1 (5 mm) et H2 (6 mm), qui servent � la r�paration et � la r�fection des monuments class�s.</p><p>Usages du</p><p>schiste ardoisier</p><p>Couverture des b�timents</p><p>L�usage le plus courant est la couverture des b�timents. Les ardoises sont dispos�es de mani�re � emp�cher l�eau qui tombe ou qui ruisselle sur le toit de p�n�trer � l�int�rieur. Pour arriver � ce but, il faut utiliser des techniques de pose bien d�finies et adapt�es � la r�gion, � la nature des b�timents, � la d�coration recherch�e ou � l��conomie vis�e.</p><p>Dallages et parements</p><p>Lorsque le schiste n�a pas une fissilit� suffisante pour �tre d�bit� � l��paisseur voulue permettant d�en faire des ardoises de couverture, on l�utilise pour la fabrication des dallages et parements sous des formes vari�es. En revanche, l�ardoiserie exige un schiste peu d�lit� et sans d�fauts pour la fabrication de dalles brutes, rabot�es ou polies. Ces dalles sont usin�es pour diff�rents usages o� l�ardoise remplace le marbre :</p><p>� en int�rieur, pour les marches d�escalier, les tablettes de radiateur, les rev�tements de chemin�e ;</p><p>� en ext�rieur, pour les appuis de fen�tre, les rev�tements de fa�ade, les tables de jardin, etc. ;</p><p>� pour la fabrication d�objets divers :</p><p>tables de dissection, cuves, pi�ces isolantes en construction �lectrique, billards, tableaux noirs pour �coles, etc.</p><p>Poudres et paillettes</p><p>Depuis longtemps, les exploitants ont cherch� un d�bouch� pour les d�chets de fabrication. La poudre d�ardoise est utilis�e pour la fillerisation des bitumes servant � la fabrication des feutres asphalt�s. Outre son r�le de sta-bilisateur, elle am�liore la souplesse et le coefficient d�isolation. On l�utilise aussi dans l�industrie des peintures, des mastics, des mati�res plastiques et du ciment. Aux �tats-Unis, elle entre dans la fabrication des savons abrasifs et des produits asphalt�s pour routes. Quant � la paillette, elle recouvre les feutres asphalt�s servant � la couverture. Enfin, en Am�rique, une usine fabrique du schiste expans� qui remplace le m�chefer pour la fabrication d�agglom�r�s.</p><p>G. Le B.</p><p>&#x25B6; Couverture.</p><p>Ar�tin (l�)</p><p>En ital. PIETRO ARETINO, �crivain italien (Arezzo 1492 - Venise 1556).</p><p>Contrairement � la l�gende, � le fl�au des princes, le v�ridique et divin � Ar�-</p><p>tin ne fut ni de basse extraction ni un autodidacte. Et, loin d��tre une courtisane de bas �tage, sa m�re Margherita Bonci, issue de l�aristocratie siennoise, non seulement lui procura une excellente �ducation, mais le fit introduire � la cour du pape L�on X par l�interm�diaire du gentilhomme ar�tin Bacci, auquel la liait une relation amoureuse.</p><p>Entre-temps (de 1506 � 1517), Pietro put acqu�rir dans les milieux humanistes de P�rouse une double formation de po�te et de peintre. Du s�rieux de cette �ducation � l��cole de Tebaldeo et de Serafino Aquilano, ma�tres de la po�sie courtisane humaniste, t�moigne le raffinement stylistique de son premier recueil po�tique, L�Opera nova (1512).</p><p>� la mort de L�on X (1521), il va chercher � Bologne, Arezzo, Florence</p><p>et Mantoue de nouvelles protections, se lie d�amiti� avec Giovanni dalle Bande Nere et propose ses services � la fois � Fr�d�ric Gonzague et au cardinal Jules de M�dicis. Ce faisant, il s�emploie d�j�, par des h�sitations calcul�es, � renverser en sa faveur la traditionnelle d�pendance des hommes de lettres � l��gard du m�c�nat des princes. Il revient � Rome en 1523, � l��lection pa-pale du cardinal Jules de M�dicis (Cl�-</p><p>ment VII), dont il est le prot�g�. Mais pour avoir d�crit dans ses Sonnets luxu-rieux des gravures �rotiques de Giulio Romano, dont la publication avait �t� interdite, il est poignard� par un sicaire du dataire pontifical Giberti et, une fois gu�ri, quitte d�finitivement Rome.</p><p>Son exp�rience romaine fut � l�origine d�une profonde r�flexion critique sur l�institution courtisane, con�ue comme ph�nom�ne typique d�une soci�t� en crise. � cette veine se rattachent les com�dies la Courtisane (1526, publi�e en 1534), Il Marescalco (1527, publi� en 1533), ainsi que le Dialogue des cours (1538) et le Dialogue des cartes parlantes (1543).</p><p>Sa haine de la cour pontificale lui inspira, entre autres Pronostics (1527-1534), celui du sac de Rome. D�o� la r�putation de devin qui lui gagna la faveur populaire � Venise, que d�s 1525 il choisit pour seconde patrie, s�employant aussit�t � consolider les bases politiques de son prestige et � �difier tout un nouveau r�seau d�appuis culturels et diplomatiques : amiti� de Titien et de Sansovino, relations avec Bembo, Michel-Ange, Vittoria Colonna, �changes �pistolaires avec les papes Cl�ment VII, Paul III et Jules III, les souverains Fran�ois Ier, Henri VIII, Maximilien d�Autriche, Charles Quint enfin, auquel il se rallie exclusivement en 1543. La r�publique de Venise ne peut lui �pargner en 1538</p><p>un proc�s pour blasph�me et sodomie, mais le prot�ge efficacement contre de nouvelles tentatives d�assassinat. Il poursuit cependant son oeuvre d��crivain. En 1534 paraissent � la fois les premiers de ses Ragionamenti en six</p><p>� journ�es �, sorte de somme sociologique de la prostitution au XVIe s. � Rome, � travers des dialogues d�une extraordinaire richesse linguistique et d�une grande vigueur caricaturale ;</p><p>et les Sept Psaumes de la p�nitence de David, premi�re de ces illustrations en prose des textes sacr�s, qui pr�figurent l��loquence religieuse du XVIIe s. Suivront l�Humanit� du Christ (1535), la Gen�se (1538), la Vie de la Vierge Marie (1539), la Vie de sainte Catherine vierge (1540), la Vie de saint Thomas d�Aquin (1543). L�Ar�tin �crit encore pour le th��tre des com�dies : La Talanta (1534, publi�e en 1542), l�Hypocrite (1542), le Philosophe (1544, publi� en 1546), et une trag�-</p><p>die, L�Orazia, qui se plient sans une grande originalit� aux nouvelles r�gles du genre, h�rit�es du th��tre latin et s�inspirant des narrateurs toscans dans la tradition de Boccace. L�Ar�-</p><p>tin reniera plus tard toutes ses oeuvres, affirmant qu�il n�a � commenc� � apprendre � �crire � que dans ses lettres, o� se donne libre cours son g�nie de l�improvisation. Le premier recueil de celles-ci (Il Primo Libro), paru en 1537, connut dix �ditions en quelques mois. Il fut suivi du Secondo Libro (1542), Terzo (1546), Quarto et Quinto (1550), Sesto enfin (recueil posthume paru en 1557). Cette correspondance est une monumentale documentation sur la vie culturelle, artistique, politique et sociale de l��poque, ainsi que sur l�exceptionnelle personnalit� de l�Ar�tin ; monument d�intelligence cri-downloadModeText.vue.download 318 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>855</p><p>tique, de verve caricaturale, de ma�trise rh�torique et d�invention linguistique.</p><p>J.-M. G.</p><p>&#x25B6; Humanisme / Italie.</p><p>B A. Luzio, Pietro Aretino nei suoi primi anni a Venezia e alla corte dei Gonzaga (Turin, 1888).</p><p>/ K. Vossler, Pietro Aretino�s k�nstlerisches Bekenntnis (Heidelberg, 1900). / G. Apollinaire, l�Ar�tin (Mercure de France, 1912). /</p><p>G. Petrocchi, Pietro Aretino tra Rinascimento e Controriforma (Milan, 1948). / G. Innamorati, Tradizione e invenzione in Pietro Aretino (Florence, 1957). / M. Baratto, Tre Studi sul teatro (Venise, 1964).</p><p>argent</p><p>M�tal pr�cieux blanc.</p><p>�tat naturel</p><p>L�argent est rare, mais il existe � l��tat naturel, souvent m�me en quantit�s localement importantes, ce qui a facilit� sa d�couverte et son emploi. Les plus importants minerais sont des compos�s tels que le sulfure Ag2S et de nombreux autres minerais sulfur�s, ainsi que le chlorure. Enfin, actuellement, une partie importante de l�argent utilis� provient des petites concentrations de ce m�tal que renferment divers m�taux industriels tels que plomb, cuivre et zinc.</p><p>La lithosph�re en contient 2,10� 5 p. 100</p><p>en poids.</p><p>Atome</p><p>Le num�ro atomique de l�argent est 47, et le cort�ge �lectronique de l��tat fondamental de l�atome 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 6, 3d 10, 5s 1. D�o� il r�sulte, comme avec le cuivre et l�or, qui sont dans la m�me colonne de la classification p�riodique, des d�riv�s dont le nombre d�oxydation n�est pas seulement limit� � 1, bien que de tels d�riv�s soient nettement les plus usuels dans le cas de l�argent. Cet atome a un rayon de 1,44 �, le potentiel de premi�re ionisation est de 7,87 eV, celui de deuxi�me ionisation de 21,4 eV, et le potentiel normal du couple d�oxydor�duction m�tal/cation M+ est de 0,8 volt.</p><p>M�tal</p><p>Le corps simple est un m�tal tr�s bon conducteur de la chaleur et de l��lectricit�. Sa densit� est 10,5, son point de fusion 960 �C. Il est mou et dou� d�un grand pouvoir r�flecteur (miroirs).</p><p>Ce m�tal n�est pas oxyd� par l�oxyg�ne de l�air, mais il noircit � l�air ordinaire (qui contient des traces d�hydrog�ne sulfur�) ou au contact de diverses substances sulfur�es. Il dissout de l�oxyg�ne � chaud quand il est liquide ; lors de la solidification, l�oxyg�ne se d�gage en provoquant une boursouflure du m�tal, ce qui constitue le � rochage � de l�argent. Sa raret� et son inalt�rabilit�, dans les conditions</p><p>habituelles, ont conduit � l�utiliser pour les monnaies. Il est attaqu� par l�acide nitrique, et cette action sert � la gravure sur cuivre par l�� eau forte �.</p><p>L�argent est g�n�ralement obtenu par traitement de plomb argentif�re.</p><p>On commence par enrichir en argent l�alliage initial, puis on s�pare l�argent du plomb soit par coupellation (consistant � oxyder s�lectivement le plomb par l�air � chaud ; ce qui reste est un r�sidu d�argent pur), soit par une cyanuration qui forme un d�riv� complexe NaAg(CN)2 soluble dans l�eau, dont l�argent est ensuite pr�cipit� par traitement au moyen du zinc.</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>Les principaux d�riv�s correspondent � l�argent univalent : ce sont le nitrate AgNO3, l�hydroxyde AgOH, qui est une base forte, le chlorure AgCl, insoluble dans l�eau mais soluble dans l�ammoniaque ou les solutions aqueuses de cyanure ou d�hyposulfite alcalin par suite de la formation de sels complexes. Les halog�nures d�argent pr�sentent de nombreux d�fauts de structure cristalline, surtout dus au fait que des atomes ne se situent pas tous r�guli�rement aux noeuds du r�seau cristallin, mais vont se placer en position interstitielle avec cr�ation d�une lacune (d�faut de Frenkel) ; dans une moindre proportion, les lacunes sont dues � la fois aux deux types d�atome (d�faut de Schottky) sans que des positions interstitielles apparaissent. Cette pr�sence de d�fauts de structure est � la base de l�utilisation des �mulsions des sels d�argent (en particulier bromure) dans un support de g�latine pour r�aliser des pellicules et plaques photographiques.</p><p>On consid�re actuellement que sous l�action de la lumi�re on a les transformations initiales suivantes :</p><p>o� h&#x3BD; repr�sente l�intervention de la lumi�re (photon) et e� un �lectron. Cela implique que les atomes de brome lib�-</p><p>r�s soient �limin�s, ce qui est r�alis� par la g�latine, qui les fixe.</p><p>Par la suite, sous l�action du r�v�-</p><p>lateur, qui est un r�ducteur doux (hy-droquinone), l�argent du bromure est</p><p>r�duit � l��tat d�atomes d�argent, qui se groupent sur les germes constitu�s par les atomes libres, d�j� form�s sous l�action pr�alable de la lumi�re. Il se produit une croissance progressive des germes cristallins d�argent, que l�on doit arr�ter � un moment appropri� pour �viter un voile g�n�ral. Le fixateur Na2S2O3 �limine le bromure d�argent exc�dentaire.</p><p>H. B.</p><p>argenterie</p><p>Ensemble des pi�ces en argent massif servant g�n�ralement aux usages de la table : couverts, platerie, coupes, l�gu-miers, cand�labres, etc.</p><p>Les origines</p><p>Les plus anciens objets d�argent connus furent trouv�s dans des tombes sum�riennes remontant au IIIe mill�-</p><p>naire avant J.-C. (casques, boucliers, poign�es d�armes, etc.) ; mais, si l�argent est en principe inoxydable, il est, par contre, tr�s sensible � l�hydrog�ne sulfur� d�gag� par les corps en d�composition, et c�est pourquoi les objets d�argent plac�s dans les tombes ne subsistent qu�� l��tat de fragments. Pour trouver des objets d�argent en parfait �tat de conservation, il faut attendre l�av�nement du christianisme. En effet, celui-ci d�veloppe consid�rablement l�usage, de l�argent, seul m�tal qui, avec l�or, �tait jug� assez noble pour honorer Dieu et servir son culte : ci-boires, pat�nes, vases sacr�s, ch�sses, reliquaires, ostensoirs, �vang�liaires, etc.</p><p>Le Moyen �ge</p><p>� cette �poque, les ateliers qui se consacraient � la fabrication de ces objets �taient exclusivement religieux. Le plus c�l�bre fut celui d�Eligius (v. 588-660), orf�vre de Limoges, tr�sorier de Clotaire II et de Dagobert Ier, qui fut �v�que de Tournai et de Noyon, et est encore v�n�r� de nos jours sous le nom de saint �loi, patron des orf�vres et de tous les ouvriers faisant usage du marteau et de l�enclume. Au XIIe s., Suger (v. 1081-1151), abb� de Saint-Denis, eut lui aussi un atelier important, et en-</p><p>richit son abbaye de nombreuses pi�ces d�argenterie. L�orf�vrerie religieuse, o� l�or est souvent alli� � l�argent, est agr�ment�e de pierres pr�cieuses ou fines, de verroterie, d��maux ; le m�tal est grav� en taille-douce, ou cisel� avec des personnages fondus en ronde bosse, ou repouss�s.</p><p>Il faudra attendre l�av�nement d�une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie, au d�but du XIIIe s., pour assister � l��closion d�une argenterie utilitaire, ex�cut�e cette fois dans des ateliers la�ques se consacrant � la fabrication d�ouvrages profanes. �tienne Boileau (� v. 1269), pr�v�t de Paris, fixe le premier statut des orf�vres dans son Livre des m�tiers (1268), et, en 1275, Philippe III le Hardi institue le poin-</p><p>�on de la corporation, diff�rent pour chaque ville si�ge d�une communaut� d�orf�vres, appos� apr�s essai de la mati�re.</p><p>Les orf�vres constituent alors une corporation parfaitement organis�e, ayant ses grades, ses statuts, ses armes, sa devise : In sacra inque coronas. Ils font partie des six corps marchands, dont ils occupent souvent la premi�re place, l�orf�vrerie �tant alors consid�-</p><p>r�e comme un art noble valant � ses ressortissants des privil�ges envi�s.</p><p>Les objets les plus commun�ment ex�-</p><p>cut�s sont alors des plats, des aigui�res et leurs bassins, des nefs servant de coffres de rangement et de bo�tes � �pices. Le tr�sor du roi Charles V comprenait plus de quatre tonnes d�objets en argent et en vermeil. Il n�en reste rien que son sceptre, qui est au Louvre.</p><p>En effet, les difficult�s financi�res oblig�rent maints souverains � promulguer des �dits prescrivant � leurs sujets de remettre toute l�argenterie en leur possession � l�h�tel des Monnaies, pour �tre soit fondue, soit recens�e, moyennant un droit �lev� attest� par un poin-</p><p>�on dit de recense. Il ne reste donc � peu pr�s rien des quantit�s consid�rables de pi�ces d�argenterie la�ques fabriqu�es au Moyen �ge. Seuls subsistent les objets d�art religieux conserv�s dans les monast�res, prieur�s ou abbayes, leur caract�re sacr� les ayant dans une certaine mesure pr�serv� des vicissitudes que connurent, en tout temps, les objets d�art en g�n�ral, et particuli�re-</p><p>ment ceux en m�taux pr�cieux.</p><p>Les si�cles classiques</p><p>La Renaissance fut une p�riode particuli�rement faste pour l�argenterie.</p><p>Ce fut seulement � cette �poque que l�usage de la fourchette se vulgarisa.</p><p>L�orf�vre florentin Benvenuto Cellini*</p><p>fut appel� � la cour de France par Fran-</p><p>�ois Ier en 1540, et installa son atelier � l�h�tel de Nesles. Il eut de nombreux �mules parisiens, qui s��tablirent sur le Petit Pont et aux alentours du Ch�telet.</p><p>downloadModeText.vue.download 319 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>856</p><p>L�actuel quai des Orf�vres en rappelle le souvenir.</p><p>Au XVIIe s., le luxe dont aimait � s�entourer Louis XIV s��tendit � l�argenterie, et les courtisans s�appliqu�rent � suivre, sinon � d�passer, l�exemple donn� par le souverain. On sait que la somptuosit� ostentatoire avec laquelle Nicolas Fouquet dressa tables et buffets, lors du fameux souper de Vaux, fut une des causes de sa disgr�ce. La d�bauche d�argent fut telle que les orf�vres fabriqu�rent m�me des meubles en argent, lits, tables, chaises, etc., mais cela dura peu : les revers de la campagne du Palatinat oblig�rent le roi � promulguer les �dits dits � somptuaires � interdisant l�emploi de l�argent pour certaines fabrications et limitant le poids des objets plus usuels.</p><p>Un second �dit ordonnait bient�t de fondre toute l�argenterie du royaume, le roi donnant l�exemple. Il ne reste � peu pr�s rien des tonnes d�argent manufactur� sous son r�gne. Apr�s cette �clipse, certaine douceur de vivre que connut le XVIIIe s., au moins pour les classes privil�gi�es, ne devait pas tarder � redonner � l�orf�vrerie le lustre qu�elle avait momentan�ment perdu, d�une part en raison du talent exceptionnel des orf�vres de cette �poque, et d�autre part du fait de l��volution du go�t, qui, � l�aust�rit� quelque peu pompeuse du style Louis XIV avec ses r�miniscences de l�antique, pr�f�ra la gr�ce, les courbes harmonieuses,</p><p>voire l�asym�trie qui caract�risent les styles R�gence et Louis XV. Les plus c�l�bres orf�vres sont alors Thomas Germain* (1673-1748) et son</p><p>fils Fran�ois Thomas (1726-1791), Jacques Roettiers (1707-1784), Justin Aur�le Meissonnier (1695-1750), qui re�urent d�importantes commandes de nombreuses cours �trang�res, Russie, Su�de, Portugal entre autres, �tendant ainsi le rayonnement de l�art fran�ais dans le monde. Si Louis XVI s�int�-</p><p>ressa personnellement peu aux arts, ce fut n�anmoins sous son r�gne que s�instaura un style beaucoup plus sobre que le pr�c�dent ; les pi�ces s�amenuisent, se raffinent, le go�t de l�antique commence � percer, qui verra son apog�e au d�but du si�cle suivant.</p><p>La R�volution</p><p>La secousse r�volutionnaire devait porter un coup fatal � l�orf�vrerie, d�une part du fait de la loi Le Chapelier, qui avait en 1791 supprim� les jurandes et les corporations abolies une premi�re fois en 1776 par Turgot, mais dont l��dit fut rapport� l�ann�e suivante, et d�autre part du fait que la client�le traditionnelle des orf�vres avait en grande partie �migr�, emportant joyaux et argenterie � l��tranger, o� ils furent bient�t vendus pour permettre � leurs possesseurs de subsister. Aucun texte n�assujettissant plus les fabricants � la discipline d�une profession qui n�cessite une loyaut� absolue pour m�riter la confiance des acheteurs, il en fut de l�argenterie comme des assignats, qui se d�valorisaient de jour en jour. Pour que leur fi�re devise � orf�vre ne d�roge jamais � f�t respect�e, et que fussent rendues � la profession les r�gles sans lesquelles elle ne pouvait ni subsister ni prosp�rer, le Directoire promulga la fameuse loi du 19 brumaire an VI (1797) relative � la surveillance du titre et � la perception des droits de garantie des mati�res d�or et d�argent, qui, toujours en vigueur, constitue en quelque sorte la charte de la profession.</p><p>L�argent manufactur� ne saurait en effet �tre employ� � l��tat pur en raison de son manque de rigidit�. Il est toujours alli� � un m�tal commun, cuivre le plus souvent, dans une proportion variable. En France, les deux seuls titres l�gaux sont le premier titre (950 parties</p><p>d�argent et 50 de cuivre) le plus commun�ment employ� et le deuxi�me titre (800 parties d�argent et 200 de cuivre) plus rarement utilis� sauf pour la petite bijouterie ; � l��tranger, on utilise plus volontiers le 925 p. 1 000 (sterling des pays anglo-saxons), le 835 et le 800 p. 1 000. Des poin�ons diff�rents insculp�s par des organismes officiels (garantie d��tat) ou priv�s permettent d�attester le titre de l�argent et d�en identifier le pays d�origine, le fabricant et souvent l��poque de fabrication.</p><p>Le XIXe si�cle</p><p>Apr�s la tourmente r�volutionnaire, la vogue de l�argenterie reprit une vigueur nouvelle, favoris�e par les fastes de la cour imp�riale. Les orf�vres les plus fameux de cette �poque sont Robert Joseph Auguste* (1725-1795) et son fils Henri (1759-1816), Jean-Baptiste Odiot (1763-1850), Guillaume Biennais (1764-1843) ; ce dernier, orf�vre de leurs majest�s imp�riales, poss�dait un atelier de 600 ouvriers.</p><p>Le machinisme naissant permit �galement de transformer l�atelier artisanal en v�ritable usine o� la main-d�oeuvre est sp�cialis�e. L�orf�vre devient un v�ritable industriel, faisant appel � la collaboration de dessinateurs, mode-leurs, ciseleurs, etc. Les brevets pris � Birmingham par George Richards Elkington (1801-1865) et son cousin Henry (� 1852), et � Paris, en 1840, par le comte Henri de Ruolz (1811-1887), permirent de d�poser par �lectrolyse de l�argent vierge sur un m�tal commun ; le m�tal argent� allait concurrencer l�argent massif.</p><p>Si le style Empire, par sa rigueur, avait r�agi contre les gr�ces alanguies des styles qui le pr�c�d�rent, la Restauration innova peu dans ce domaine, sinon par un alourdissement de la d�-</p><p>coration, dont les meilleurs exemples sont les pi�ces d�apparat pour le sacre de Charles X, par l�orf�vre Charles Cahier ; sous la monarchie de Juillet, on assiste � un retour tr�s net vers les styles romantiques et gothiques, mis � la mode par les litt�rateurs. Aucune oeuvre ma�tresse ne subsiste de cette �poque, assez terne pour les arts appliqu�s.</p><p>Il en sera de m�me sous le second Empire et durant toute la fin du XIXe s.</p><p>On ne cr�e plus, on pastiche avec plus ou moins de bonheur, mais avec une habilet� consomm�e, que favorise une technique de plus en plus perfectionn�e. Les noms des fr�res Fanni�re, Auguste (1818-1900) et Joseph (1822-1897), de Fran�ois D�sir� Froment-Meurice (1802-1855) et de son fils �mile (1837-1911) m�ritent cependant de ne pas tomber dans l�oubli, de m�me que celui de Placide Poussielgue-Ru-sand (1824-1889) pour l�orf�vrerie religieuse.</p><p>Le XXe si�cle</p><p>Il faudra attendre la venue du XXe s.</p><p>pour assister � un v�ritable renouveau dans les arts plastiques, auquel l�orf�vrerie se devait de ne pas rester �trang�re. Ce fut le modern style aux curieuses �lucubrations � base d�arabesques, de v�g�taux, de femmes nues �chevel�es. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, une pl�iade de jeunes artistes, par r�action contre les d�bordements de la g�n�ration pr�c�dente, tenta d�affirmer la pr��minence de la forme sur le d�cor, � peu pr�s totalement aboli. Jean Puiforcat (1897-1945) en fut le chef de file, mais eut de nombreux �mules de talent. L�Exposition des arts d�coratifs de 1925 mena contre ce style d�pouill� une offensive qui se solda par un �chec, les cr�ations de cette p�riode, dite � Art d�co �, nous paraissant aujourd�hui totalement d�mod�es. Il serait vain de nier que, depuis quelques d�cennies, l�argenterie subit une �clipse, due pour une part � un mode de vie diff�rent, aux lourdes taxes qui viennent grever des prix d�j� �lev�s du fait que l�orf�vrerie d�argent est un m�tier de main-d�oeuvre, le co�t de la mati�re premi�re excluant la grande s�rie, et pour une autre part aux mat�riaux de remplacement qui, peu � peu, tendent � supplanter l�argenterie : m�tal argent�, chrom�, acier inoxydable, mati�res plastiques, etc. Aussi, devant l�extr�me raret� des pi�ces an-downloadModeText.vue.download 320 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>857</p><p>ciennes, doit-on savoir gr� aux collectionneurs qui ont permis de conserver des chefs-d�oeuvre d�argenterie. Parmi les plus importantes collections d�argenterie ancienne, on doit citer celle de l�orf�vre Puiforcat, acquise en grande partie par l�armateur grec S. Niarchos, qui ne s�en r�serve que l�usufruit et doit la l�guer au Louvre, celle du banquier P. David-Weill et de Mme Arturo Lopez ; mentionnons enfin le mus�e des Arts d�coratifs, install� au pavillon de Marsan, et qui est certainement le mieux fourni, notamment en argenterie fran�aise du XIXe s.</p><p>J. S.</p><p>&#x25B6; Orf�vrerie.</p><p>B J. Lanllier, le Corps des orf�vres-joailliers de Paris (Chambre syndicale de la joaillerie et de l�orf�vrerie de Paris, 1931). / L. Lanel, l�Or-f�vrerie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1944 ; 3e �d., 1964). / J. Babelon, l�Orf�vrerie fran�aise (Larousse, 1946). / S. Grandjean, l�Orf�vrerie du XIXe si�cle en Europe (P. U. F., 1962).</p><p>Argentina (la)</p><p>Danseuse espagnole (Buenos Aires 1888 - pr�s de Bayonne 1936).</p><p>De l�union des deux danseurs Ma-</p><p>nuel Merc� et Josefa Luque naquit, au hasard d�une tourn�e en Argentine, Antonia Merc�, celle qui, sous le nom de la Argentina, connut une gloire internationale.</p><p>Tr�s bon danseur, Manuel Merc�</p><p>transmit � sa fille une pure technique acad�mique. De sa m�re, la Argentina</p><p>� apprit � danser et � prier en m�me temps �. Elle �tudia le piano, la guitare, les castagnettes et le chant, et devint premi�re danseuse � onze ans � l�Op�ra de Madrid. La danse espagnole ne semblait pas pouvoir sortir de sa tradition, et pourtant la Argentina bouleversa l�ordre �tabli en offrant une parfaite synth�se de deux tendances apparemment incompatibles. Aux danses profond�ment populaires, elle apporta l��largissement de la danse acad�-</p><p>mique, leur int�grant tout ce qui �tait assimilable. � l�instinct, � la fi�vre des folklores provinciaux, qu�elle rechercha jusque dans les r�gions les plus</p><p>recul�es d�Espagne, la Argentina unit l��l�gance de la danse verticale.</p><p>Son zapateado de pur style flamenco, ses taconeos, son incomparable jeu de castagnettes enthousiasm�rent tous ses publics. Sa cr�ation � Paris, � l�Op�ra-Comique en 1929, de l�Amour sorcier de Manuel de Falla fut la cons�cration de sa carri�re. Interpr�te de toutes les danses traditionnelles espagnoles (bo-l�ro, jota aragonesa, malague�a, segui-dilla, fandango), elle se r�v�la aussi artiste cr�atrice en composant ses chor�graphies sur des partitions d�Halff-ter (Sonatina), d�Albeniz (Triana) et de Granados (Ve Danse). Pendant huit ans, seule ou avec sa compagnie, la Argentina triompha dans le monde entier. Authentique artiste dont l�art libre et d�pouill� semblait intransmissible, la Argentina fit pourtant �cole, et les futurs grands noms de la danse espagnole (Mariemma, Argentinita, Pilar L�pez, Antonio) s�inspir�rent de son grand talent.</p><p>H. H.</p><p>B A. Levinson, la Argentina, essai sur la danse espagnole (�d. des � Chroniques du Jour �, 1928). / S. F. Cordelier, la Vie br�ve de la Argentina (Plon, 1936).</p><p>Argentine</p><p>En esp. REP�BLICA ARGENTINA, �tat de l�Am�rique du Sud, sur l�Atlantique.</p><p>G�N�RALIT�S</p><p>Deuxi�me �tat d�Am�rique du Sud par la superficie et la population, l�Argentine occupe la partie m�ridionale du continent, qui va en s�effilant vers le sud. Seule avec le Chili, l�Argentine est affect�e par des climats proches du type temp�r� et m�me froid, alors que les autres �tats d�Am�rique du Sud sont � dominante tropicale. En fait, la diversit� climatique est grande en raison de l��tirement en latitude. L�extr�me nord du pays, qui confine � la Bolivie et au Paraguay, se trouve l�g�rement au-dessus du tropique du Capricorne, vers 20� de lat. S., tandis qu�� l�oppos� la Terre de Feu atteint le 55e degr� de lat. S. Si l�Argentine s��tire ainsi sur pr�s de 3 500 km, elle n�en diff�re pas</p><p>moins du Chili, de forme tr�s effil�e, car elle atteint, dans sa plus grande largeur, pr�s de 1 000 km. Pays de vastes dimensions, mais de peuplement peu dense, l�Argentine a une population essentiellement blanche, issue de la vague d�immigration europ�enne des XIXe et XXe s., donc plus r�cente que celle des pays tropicaux de l�Am�rique du Sud, et de surcro�t tr�s in�galement r�partie sur l�ensemble du territoire.</p><p>L��conomie, enfin, a connu un d�veloppement plus pr�coce que celle des autres pays sud-am�ricains. L�Argentine n�appara�t plus vraiment comme un pays sous-d�velopp�. Cependant, s�il fut pr�coce, ce d�veloppement a �t� �galement g�n�rateur de crises �conomiques. De plus, la mise en valeur de l�Argentine pr�sente des d�s�quilibres r�gionaux consid�rables, dus parfois aux conditions physiques, mais le plus souvent aux phases et aux formes de la mise en valeur. Les diff�rences sont d�autant plus sensibles que les r�gions sont moins int�gr�es dans l�orbite du seul grand p�le de croissance, la r�gion de Buenos Aires.</p><p>LES CONDITIONS</p><p>NATURELLES</p><p>Lorsque les Espagnols arriv�rent � l�embouchure du R�o de la Plata, l�Argentine, au climat trop semblable � celui de l�Europe, n�attira gu�re leur attention, et c�est ainsi qu�aux temps coloniaux les hommes ont n�glig� les vastes horizons des plaines argentines, et remont� le R�o de La Plata � la recherche d�une voie vers les Andes, vers les pays dont les richesses mini�res les attiraient ou dont le climat tropical favorisait une �conomie de plantations.</p><p>D�laiss�s par les colons du XVIe s., et longtemps rest�s le domaine des seules tribus indiennes, ce furent au contraire ces vastes espaces qui, du fait m�me de leurs climats temp�r�s, re�urent la masse des immigrants partis d�Europe dans la seconde moiti� du XIXe s. ; ceux-ci �taient soucieux de ne pas s�installer dans des conditions trop diff�rentes de celles de leur pays d�origine. Malgr� cet afflux r�cent, l�Argentine a une population peu nombreuse ; la densit� moyenne y est inf�rieure � 10 hab. au</p><p>km 2. Elle demeure d�abord le pays des grandes plaines monotones, la Pampa et le Chaco, bord�es � l�ouest par le versant oriental des Andes, et au sud par les vastes plateaux de la Patagonie.</p><p>Les climats</p><p>Constatant sur l�ensemble du pays l�alternance d�une saison chaude et d�une saison froide, on pourrait parler downloadModeText.vue.download 321 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>858</p><p>d�une Argentine temp�r�e. En r�alit�, moyennes thermiques et observations g�n�rales dissimulent de fortes diff�-</p><p>rences climatiques d�un point � l�autre.</p><p>Ces diff�rences sont dues � l��tendue m�me du pays en latitude, et au r�le jou� par la barri�re andine, oppos�e � toute influence pouvant venir du Pacifique. Au nord, le climat rappelle celui du Br�sil ou du Paraguay ; il se d�grade progressivement jusqu�en un climat froid au sud, qui �voque les climats rudes de l�Europe du Nord.</p><p>y Le domaine des climats chauds et humides n�occupe qu�une surface</p><p>restreinte au nord-est du pays. Ces climats se caract�risent par de fortes pluies d��t�, sans que l�hiver soit vraiment sec ; le total pluviom�trique peut atteindre 1 500 � 1 600 mm par an.</p><p>y Plus vaste est le domaine des climats chauds et secs, bordant cette zone chaude et humide et englobant la plaine du nord de l�Argentine, le Chaco. Le climat chaud et sec ne se manifeste qu�au terme d�une s�rie de transitions, caract�ris�es par une d�croissance progressive de la pluviosit� vers l�ouest ; il existe en fait un Chaco humide � l�est et un Chaco sec � l�ouest. � proximit� des Andes, l�influence de l�altitude se manifeste par une grande fra�cheur du climat et une pluviosit� un peu plus abondante.</p><p>y Au sud de ces deux zones, encore influenc�es par la chaleur des pays subtropicaux, s��tend le domaine des climats temp�r�s, qui affectent la plus vaste partie de l�espace argen-</p><p>tin. Il convient d�ailleurs d�apporter quelques restrictions quant � l�emploi du terme. Ainsi, l�ensemble form� par la Pampa et sa bordure montagneuse � l�ouest est affect� par un r�gime thermique semblable � celui des pays temp�r�s, caract�ris�s par l�alternance d�un hiver froid et d�un �t� chaud ; mais la r�gion de Buenos Aires conna�t un hiver assez doux, un �t� frais, un climat o� la pluviosit� reste abondante. Vers l�int�rieur de la Pampa, on passe tr�s progressivement � un climat continental, caract�ris� par des diff�rences de temp�rature de plus en plus accus�es et une pluviosit� de plus en plus rare. Ce climat subit une d�gradation progressive, atteignant la franche aridit� � l�ouest de la Pampa et sur les bords de la montagne andine : dans la r�gion de C�rdoba, il ne tombe plus que 600 mm de pluie par an ; enfin, � la longitude de Mendoza, la pluviosit� est voisine de 200 mm par an.</p><p>y Au sud, s��tend le vaste domaine du froid et de la s�cheresse sur l�ensemble de la Patagonie. � ce froid de plus en plus accentu� vers le sud, s�ajoute la violence des vents qui balayent l�ensemble du plateau, imposant un climat aride aux hivers extr�mement rigoureux, aux pr�cipitations toujours inf�-</p><p>rieures � 300 mm par an. Le domaine de ce dernier climat co�ncide avec un ensemble topographique nettement d�fini, et leur combinaison d�limite ainsi une r�gion naturelle sp�cifique : la Patagonie. Ailleurs, au contraire, c�est plut�t le relief qui conf�re une certaine unit� � des r�gions o� les climats se modifient rapidement, du nord au sud comme d�est en ouest, tant par les temp�ratures que par la pluviosit�.</p><p>Les ensembles</p><p>topographiques</p><p>La grande barri�re montagneuse</p><p>des Andes</p><p>D�une fa�on g�n�rale, l��difice andin s�abaisse en allant vers le sud ; aussi l�Argentine ne poss�de-t-elle que la fin de cette muraille, plus pr�cis�ment l�ensemble oriental et une partie de l�ensemble central, � l�endroit o� d�j� celui-ci s�amenuise, tant en largeur</p><p>qu�en hauteur.</p><p>Au nord, les grandes Andes de la zone tropicale recouvrent essentiellement le d�sert de la Puna de Atacama, aux formes massives et plates, partag� entre le Chili et l�Argentine. � plus de 4 000 m d�altitude, ce d�sert est bord� de hauts volcans et de sierras tr�s d�coup�es. Dans la partie centrale, les Andes offrent un paysage plus diss�qu�, plus morcel�, o� les cha�nes, moins r�guli�res, sont coup�es par de petits bassins. L�ensemble est domin� par la tr�s grande masse du plus haut volcan des Andes : l�Aconcagua, qui culmine � 6 959 m. Toujours en allant vers le sud, l�altitude moyenne des sommets s�abaisse progressivement.</p><p>La caract�ristique essentielle est ici le r�le important des glaciers, ceux des �poques froides du Quaternaire ou glaciers actuels. Ainsi le paysage prend-il une allure plus alpine, avec grandes vall�es glaciaires en U et lacs de sur-creusement. Vers l�extr�me sud, on trouve m�me des glaciers de sommets et de vall�es.</p><p>Au niveau des plaines, l��difice andin ne prend pas fin brutalement � l�est. Les Andes sont bord�es � l�est par des massifs, appel�s sierras pamp�ennes, telle celle de C�rdoba, qui culmine � pr�s de 3 000 m ; en outre, une s�rie de gradins, recouverts par les d�p�ts venus de la masse andine, s��tagent jusqu�� la Pampa. Du c�t� patagonien, la transition est cependant plus rapide entre les Andes et le plateau.</p><p>Les grandes plaines</p><p>Elles constituent le cadre topographique le plus vaste et le plus important. Ce sont des plaines d�accumulation, essentiellement compos�es de la masse des d�bris arrach�s par l��rosion � l��difice andin. Pampa (� elle seule plus grande que la France, puisqu�elle couvre environ 600 000 km 2) ou Chaco (l�g�rement sup�rieur � la moiti� de la France), ces plaines sont caract�ris�es par une m�me absence d�organisation dans le drainage. C�est pourquoi il convient de les distinguer de la partie qui, au contraire, est drain�e par les grands fleuves d�bouchant sur le</p><p>R�o de la Plata, l�Entre R�os, souvent mar�cageux entre les r�os Uruguay et Paran�.</p><p>La Pampa et le Chaco sont des terres caract�ris�es encore par la profusion de lacs, d��tangs, de mar�cages ; terres auxquelles des inondations temporaires ont conf�r� un aspect tr�s plat et tr�s monotone. Il ne faut cependant pas exag�rer cette monotonie : la Pampa s�agr�mente parfois de collines ou de vallons plus ou moins doux. Le Chaco est form� d�une accumulation d��l�-</p><p>ments fins, venus des Andes et transform�s sous l�influence des vents. Il offre un paysage plus plat encore que celui de la Pampa, mais auquel les variations du climat apportent quelque diversit�.</p><p>La Patagonie</p><p>Elle constitue le dernier ensemble topographique, form� de plateaux �tages plus ou moins �lev�s et plus ou moins diss�qu�s par des vall�es d�origine glaciaire, qui en rompent la monotonie.</p><p>Des d�p�ts glaciaires affectent la surface de ces plateaux et contribuent � cr�er un milieu hostile � l�homme.</p><p>La v�g�tation</p><p>Face � la diversit� climatique, qui modifie aussi bien les paysages que les conditions de mise en valeur du pays, face au d�coupage de ce territoire en grands ensembles topographiques, la v�g�tation constitue un facteur d�unit� par l�absence parfois totale d�arbres.</p><p>La Pampa, d�pourvue d�arbres, est le domaine de ce qu�on appelle la prairie ; prairie qui, du sud plus froid au nord plus chaud, passe d�une herbe courte � une herbe plus haute, aux allures de savane, et dont le tapis v�g�tal est d�autant plus continu que la r�gion est plus humide, c�est-�-dire situ�e plus � l�est ; vers l�ouest, elle offre progressivement un paysage de steppe, avec des touffes d�herbes de plus en plus espac�es.</p><p>Le Chaco est davantage le domaine de la brousse, avec pr�dominance des arbustes �pineux. Cette brousse �pineuse passe progressivement vers l�ouest � une steppe buissonnante de</p><p>plus en plus ouverte, par suite � la fois d�une plus grande s�cheresse et de l�altitude, qui rend les temp�ratures beaucoup plus rigoureuses pendant l�hiver et pendant la nuit.</p><p>L�humidit�, le froid, les vents, la pauvret� du sol due aux d�p�ts glaciaires expliquent que la Patagonie soit �galement le domaine de la steppe, orn�e de quelques buissons, qui reste tr�s ouverte, et o� le sol nu entre les touffes d�herbes est victime de l��rosion �olienne due � la violence des vents.</p><p>M. R.</p><p>L��VOLUTION</p><p>HISTORIQUE</p><p>P�riode coloniale</p><p>Conqu�te et colonisation</p><p>Ce qui deviendra plus tard l�Argentine n�est pendant trois si�cles qu�une grande marche fronti�re, dont les d�-</p><p>buts sont tr�s difficiles. Tr�s t�t, les Espagnols ont travers� ce vaste territoire et ont explor� ses c�tes, mais ils n�ont pas trouv� le m�tal pr�cieux dont ils avaient entendu parler (ils avaient baptis� trop vite le grand fleuve R�o de la Plata, � fleuve de l�argent �) et ils se sont perdus dans l�immensit� de la downloadModeText.vue.download 322 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>859</p><p>Pampa et de la Patagonie ; il n�y a pas de population dense, � l�exception des r�gions du Paran� et du Paraguay, et pas d��tat organis� comme au P�rou ou au Mexique. C�est une situation semblable � celle de la Nouvelle-Angleterre ou de la Nouvelle-France, et les peuples nomades refusent l�asservissement. Cette r�gion se d�veloppe donc tr�s lentement et de mani�re d�-</p><p>pendante : Buenos Aires est le point de d�part de la ligne de communication vers les Andes et le P�rou ; les provinces internes ont pour raison �conomique de ravitailler les mineurs andins, Buenos Aires d�exporter vers l�Europe et le Br�sil l�argent du P�rou et le</p><p>cuir de la Pampa. Au XVIIe s., ce commerce de l�argent est ill�gal et se fait par contrebande. Au XVIIIe s., la route atlantique est officiellement reconnue, et la cr�ation de la vice-royaut� de La Plata (1776) ne fait que sanctionner le d�veloppement de la ville. L�immense vice-royaume compte � la fin du si�cle 2 200 000 habitants, dont 1 200 000 Indiens, 320 000 Blancs et 742 000 m�tis.</p><p>Le haut P�rou (auj. Bolivie), rattach� � Buenos Aires, concentre un million d�Indiens, la future Argentine � peine 500 000 habitants. Le territoire de la vice-royaut� est contr�l� par onze intendances de taille in�gale, la superficie �tant inversement proportionnelle � la population. L�intendance de Buenos Aires s��tend sur 2 millions de kilom�tres carr�s (Pampa, Uruguay, Patagonie) ; celle de Charcas, dans la zone mini�re fortement peupl�e des hauts plateaux, couvre 100 000 km 2 � peine.</p><p>�conomie et soci�t�s</p><p>Cette r�gion commence � sortir de l��conomie de subsistance gr�ce � la route de l�argent au XVIIe s., puis � l�exportation du cuir. La Pampa, aujourd�hui grenier � bl�, est alors le domaine des � gauchos � et du b�tail</p><p>� cimarr�n �, retourn� � l��tat sauvage.</p><p>Le � gaucho �, au service de l�aristocratie fonci�re, parcourt la pampa � la poursuite du b�tail, qui est tu� pour son cuir. Huit cent mille peaux sont export�es chaque ann�e pour la somme de 4 millions de pesos. Le � gaucho �</p><p>jouera un grand r�le dans les guerres d�ind�pendance et les guerres civiles de la premi�re moiti� du XIXe s. ; homme � cheval, v�ritable centaure, il n�est pas int�gr� � la soci�t� et passe sa vie � poursuivre le b�tail et � guerroyer contre l�Indien sauvage. Martin Fierro (1872), de Jos� Hern�ndez, est le grand livre qui chante l��pop�e de ce monde aujourd�hui disparu. � l�int�-</p><p>rieur, au pied des Andes, dans la r�gion de Tucum�n et de C�rdoba, la situation est diff�rente ; l�existence d�une main-d�oeuvre indig�ne permet la culture du bl�, de la vigne, du coton, qui s�exportent vers le Chili et le P�rou. C�est une soci�t� am�ricaine coloniale classique domin�e par les � encomenderos �. L�� encomienda �, qui d�l�gue � des particuliers, les � encomenderos �,</p><p>une partie des pouvoirs du souverain, devait laisser des marques plus durables que celles de l�esclavage ; c�est le premier �l�ment d�une f�odalit� qui s�est vite transform�e en servage, en attachant l�Indien, le paysan, au grand domaine (et cela parfois jusqu�� nos jours). Cette exploitation explique les grandes r�bellions indig�nes de 1630-1635, 1657-1659, 1665-1666. L�encomienda, la guerre et les d�portations massives qui suivent provoquent le d�clin d�mographique de la zone de Tucum�n et le triomphe de l��levage sur l�agriculture, de la laine sur le coton. Le XVIIIe si�cle pourra reconstruire l�agriculture de l�int�rieur en important des esclaves noirs.</p><p>Au total, � la fin du XVIIIe s., existe une zone en d�veloppement rapide, s�enrichissant de son r�le d�interm�-</p><p>diaire entre la m�tropole d�une part, le P�rou et le Chili d�autre part. � Buenos Aires, Salta, C�rdoba, Tucum�n, d�habiles commer�ants, li�s � la politique, sauront faire face � la grave crise provoqu�e par les guerres r�volutionnaires et napol�oniennes : il n�y a plus alors de communications suivies avec l�Espagne, mais les hasards de la politique ouvrent des possibilit�s extraordinaires ; pour la premi�re fois arrivent � Buenos Aires des bateaux am�ricains, su�dois, russes, turcs. Madrid ne peut qu�autoriser le commerce avec les neutres et avec les alli�s ; c�est la fin du � pacte colonial �, l�ind�pendance �conomique de fait. Pourtant, personne ne pense � l�ind�pendance politique, personne ne semble la d�sirer.</p><p>L�ind�pendance</p><p>En 1806 et 1807, les tentatives anglaises sur Buenos Aires �chouent devant la r�sistance des milices organis�es par Santiago Antonio Mar�a de Liniers (1753-1810), Fran�ais au service de l�Espagne. C�est la disparition du pouvoir royal devant l�invasion napol�onienne qui va provoquer l�in-d�pendance. La premi�re r�action est de loyalisme : lorsque l�ambassadeur de Napol�on arrive � Buenos Aires pour rallier La Plata au roi Joseph, malgr� les sympathies �videntes du vice-roi Liniers, la d�cision est favorable � l�Espagne. Mais, rapidement,</p><p>le s�paratisme succ�de au loyalisme, et Buenos Aires, qui a accept� d�abord le nouveau vice-roi d�sign� par la junte de S�ville, le rejette pour se donner une</p><p>� junta � qui regroupe l��lite cr�ole. �</p><p>partir de Buenos Aires, la r�volte va rayonner vers l�int�rieur. C�est alors que se d�finit le territoire de l�Argentine moderne avec la s�paration du Paraguay, de l�Uruguay et du haut P�rou (Bolivie). L�Argentine joue un grand r�le am�ricain, comme ultime r�duit rebelle entre 1813 et 1817, puis comme vainqueur de l�Espagne en la personne de Jos� de San Mart�n*. San Martin a combattu comme officier dans les troupes espagnoles contre Napol�on ; en 1812, il revient en Argentine aux c�t�s des patriotes. Il est l�organisateur d�une arm�e qui s�inspire du mod�le napol�onien, avec laquelle il franchit les Andes, renouvelant sur une dimension am�ricaine l�exploit d�Hannibal, pour sauver le Chili, puis lib�rer le P�rou en r�alisant la jonction avec Bolivar. Nouveau Cincinnatus, il s�efface en 1822 au profit de Bolivar.</p><p>De ce h�ros militaire, les Argentins se rappellent souvent qu�il a dit : � L�ar-m�e est un lion qu�il faut tenir en cage sans le laisser sortir avant le jour de la bataille. �</p><p>La construction de</p><p>l��tat et de la nation</p><p>Anarchie et caudillos :</p><p>1820-1852</p><p>En 1820, l�unit� nationale a perdu toute consistance, et les caudillos provinciaux r�gnent sans partage, guerroyant entre eux. La province de Buenos Aires a trois gouverneurs rivaux, et la paix ne se r�tablit que par la disparition du pouvoir central, remplac� par un syst�me de pactes interprovinciaux. Les centralistes unitaires croient triompher quelques ann�es plus tard avec Bernardino Rivadavia (1780-1845), le caudillo lib�ral : il dote le pays d�une Constitution en 1826, mais il est renvers� en 1827 par le soul�vement de Juan Facundo Quiroga, au cri de � la religion ou la mort ! �. De la confusion qui suit �merge Juan Manuel de Rosas (1793-1877), � le Restaurateur �, re-pr�sentant d�une r�action cr�ole, nationaliste, contre Rivadavia, europ�isant</p><p>et modernisateur. Rosas est pass� � l�histoire comme le caudillo type. Au pouvoir de 1829 � 1852, il incarne le paradoxe de poser les bases de l�unit� nationale avec l�appui des caudillos locaux qui voient en lui le gardien des autonomies locales contre la bourgeoisie downloadModeText.vue.download 323 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>860</p><p>centralisatrice de Buenos Aires. Rosas a soumis les caciques provinciaux, et, lorsqu�il est renvers� en 1852, il existe une r�publique Argentine unifi�e sous sa forme actuelle : un f�d�ralisme qui ne menace plus l�unit� (Constitution f�d�rale de 1853).</p><p>� cette date, l�Argentine n�est gu�re diff�rente de l�intendance de Buenos Aires, cinquante ans auparavant ; elle compte quelques villes dirig�es par la cosmopolite Buenos Aires et la coloniale C�rdoba ; les trois quarts de la population sont ruraux, et l�Argentine reste un pays d��levage o� les gauchos n�abattent le b�tail que pour sa peau. Il y a encore des zones insoumises entre la pampa de Buenos Aires et les colonies du pied des Andes ; la Patagonie demeure sauvage.</p><p>Les r�volutions �conomiques</p><p>Avec le d�part de Rosas se termine une �poque ; l��re du mouton commence, qui envahit la pampa pour quarante ans, avant de se r�fugier dans la Patagonie, qui cesse d��tre indienne. Dans la p�riode ant�rieure, la personnalit� des h�ros attire l�attention ; maintenant, les h�ros sont le mouton, le fil de fer barbel�, le chemin de fer ; la r�volution n�est pas militaire, elle est �conomique. Les bases de la r�volution se posent entre 1853 et 1880 ; apr�s 1880, le changement est vertigineux, la mutation s�accomplit massivement. Entre 1853 et 1880, les conditions du d�veloppement �conomique se mettent en place : maintien de l�ordre � l�int�rieur par la suppression des derniers caudillos, �limination des Indiens, cr�ation d�un climat favorable pour attirer le capital �tranger et les immigrants.</p><p>En 1850, l�Argentine n�a qu�un million d�habitants, dont les trois quarts sont des Indiens et des m�tis ; en 1914, elle a pr�s de 8 millions d�habitants, dont 30 p. 100 sont n�s � l��tranger.</p><p>C�est apr�s 1880 que l�Argentine entre dans une phase de croissance d�mographique (de 1850 � 1940, il y a 7,4 millions d�immigrants, dont 44 p. 100 d�Italiens et 31 p. 100 d�Espagnols) et �conomique. Apr�s 1880</p><p>commence l��re du frigorifique et du fil de fer barbel�, du chemin de fer et du bl� : 52 millions de moutons pour la seule province de Buenos Aires en 1895, 32 000 km de rail en 1913 (2 300</p><p>en 1880). Ainsi le niveau de vie et l�instruction des Argentins peuvent augmenter.</p><p>Cette � belle �poque � argentine d�expansion �conomique se fait dans des conditions qui pr�parent les probl�mes du XXe s. En effet, le pays est alors dot� d�une �conomie vuln�rable � cause de son hypersp�cialisation et de sa d�pendance � l��gard des march�s ext�rieurs, ainsi que des capitaux et des techniciens �trangers. Ce sont les Britanniques qui contr�lent depuis l�ext�rieur l��conomie nationale : l�Argentine n�est qu�une province de l�� empire invisible � dirig� par Londres et beaucoup plus important que l�empire colonial visible.</p><p>L�expansion �conomique se fait</p><p>donc sous le double signe de la d�-</p><p>pendance externe et de la domination interne par l�oligarchie nationale. Les Anglais contr�lent les chemins de fer, les frigorifiques, les silos � bl�, la banque, le cr�dit, la navigation, et ils sont le principal acheteur du bl�, de la viande et de la laine, dont l�exportation fournit 30 p. 100 du revenu national. L�Angleterre vend � l�Argentine les services d�j� mentionn�s et ses produits industriels. Comme l��crit en 1896 Juan Bautista Justo, � le capital anglais a fait ce que les arm�es anglaises n�ont pu faire. Aujourd�hui, notre pays est tributaire de l�Angleterre. � En 1889, l�Argentine absorbe 50 p. 100 de tous les investissements britanniques � l��tranger. En 1943, le capital anglais contr�lera encore les trois quarts du trafic ferroviaire ; si l�Argentine se dote d�une base �cono-</p><p>mique solide, elle devient un v�ritable pays colonial. La Premi�re Guerre mondiale affaiblira l�Angleterre, mais cela ne profitera qu�� l�aristocratie des grands propri�taires terriens, seuls b�n�ficiaires de la transformation �conomique et de la hausse des cours mondiaux.</p><p>Le XXe si�cle des crises</p><p>Le radicalisme</p><p>L�opposition politique grandit avec la modernisation de l��conomie, et le radicalisme peut �tre consid�r� comme la forme politique de cet av�nement des masses populaires urbaines. Les radicaux ne peuvent �tre consid�r�s comme des politiques de gauche ; ce sont des populistes repr�sentants d�une client�le h�t�rog�ne, classes moyennes et prol�tariat m�l�s, et rassembl�e autour d�une personnalit�, celle de Hip�lito Yrigoyen. Pr�sident de 1916 � 1922, s�appuyant sur son parti, l�Union civique radicale, ce dernier sait faire face � l�agitation sociale en alternant la r�pression et le r�formisme pater-naliste d�une mani�re qui n�est pas toujours mal vue par les travailleurs.</p><p>Son successeur, Marcelo Torcuato de Alvear, radical lui aussi, suit une ligne beaucoup plus nettement conservatrice, ce qui provoque le retour d�Yrigoyen en 1928, en rupture ouverte, cette fois-ci, avec l�oligarchie. Mais Yrigoyen ne fait rien de sa victoire et de l�appui populaire. C�est un probl�me irritant que de savoir pourquoi, en des circonstances si favorables et avec des pouvoirs si complets, Yrigoyen, ni en 1916 ni en 1928, n�a effectu� de r�formes de structures. Ce r�gime d�magogique n�a pas fait la r�forme agraire, alors qu�en 1914 78 p. 100 de la terre se trouvait dans des propri�t�s de plus de 1 000 hectares ; quant aux puissances �conomiques �trang�res et oligarchiques qui dominaient le pays, elles ont obtenu tout ce qu�elles d�siraient. Cela dit, le r�gime a d�velopp� une l�gislation du travail favorable aux ouvriers, et a rendu impossible le retour durable au gouvernement de l�oligarchie. Aujourd�hui encore, les radicaux, divis�s en plusieurs partis, repr�sentent les classes moyennes.</p><p>OEuvre des radicaux encore le mou-</p><p>vement dit � de la r�forme universitaire �, qui s�est d�velopp� � partir de 1918 en Argentine et qui a �t� un mouvement de politisation de l�Universit�.</p><p>La r�forme commence � C�rdoba, citadelle du conservatisme, pour s��tendre � tout le pays, puis en Am�rique. Le mouvement s�efforce d�assurer l�autonomie de l�Universit� face au pouvoir politique tout en r�formant l�enseignement. La crise �conomique n�e aux �tats-Unis en 1929 et l�incapacit� des radicaux � faire face � ses cons�quences d�sastreuses expliquent l�indiff�rence absolue des masses lorsqu�en 1930</p><p>l�arm�e renverse Yrigoyen et met � sa place le g�n�ral Jos� Uriburu, qui vient de se retirer de l�arm�e.</p><p>La restauration conservatrice</p><p>C�est la premi�re fois depuis 1861 que l�arm�e intervient dans la vie politique ; pratiquement, elle ne cessera plus de le faire. Le g�n�ral Uriburu manifeste rapidement des sympathies fascistes et le d�sir de construire un �tat de style cor-poratiste. L�incapacit� des militaires � se mettre d�accord entre eux ne lui permet pas de r�aliser ce dessein, et il doit se contenter d�un compromis politique entre les conservateurs et les radicaux hostiles � Yrigoyen ; compromis de la pire esp�ce, qui trouve son homme en la personne du g�n�ral Agust�n Pedro Justo (pr�sident de 1932 � 1938), lequel ne se maintint au pouvoir que par la fraude �lectorale. La solution � la crise �conomique devait venir sous la forme du dirigisme d��tat, mais celui-ci ne jouera qu�au profit des int�r�ts �trangers et oligarchiques. La Seconde Guerre mondiale met fin � la restauration conservatrice, qui, apr�s avoir soutenu la neutralit� argentine, semblait dispos�e � passer du c�t� am�ricain ; c�est un groupe d�officiers neutralistes et nationalistes, le G. O. U. (Groupe des Officiers Unis), qui d�pose le pr�-</p><p>sident Ram�n Castillo en 1943. Malgr� les apparences, ce n�est pas la r�p�tition de 1930 : c�est l�entr�e des masses p�ronistes qui se pr�pare.</p><p>Le � justicialisme � et Per�n</p><p>La dictature militaire s�efforce de d�truire le vieux syndicalisme libre, tandis que le ministre du Travail, le</p><p>colonel Juan Domingo Per�n*, fait tout pour le d�velopper, en le contr�lant par la nomination � sa t�te de clients fid�les. C�est l�appui des � descamisa-dos �, des � sans-chemises �, qui va ouvrir le chemin de la pr�sidence � Per�n. Le triomphe p�roniste de 1946</p><p>s�explique par la co�ncidence entre la disponibilit� des masses et l�apparition d�un chef capable de les mobiliser. La victoire �lectorale ne fait que consacrer l�intervention populaire de 1945 qui a obtenu la lib�ration de Per�n, arr�t� par les militaires, gr�ce � une manifestation monstre � Buenos Aires. Depuis 1929, le pays a subi des transformations �conomiques et sociales qui ont provoqu� un exode rural massif et un accroissement brutal de la population urbaine ; ces masses restent encore attach�es au syst�me de valeurs de la soci�t� traditionnelle, pr�tes � suivre le � caudillo � qui saura les s�duire.</p><p>Les partis traditionnels n�ont jamais su les int�grer et n�ont pas compris la nature de leurs besoins. D�autre part, les classes moyennes et, � l�autre bout de l��chelle sociale, la nouvelle bourgeoisie enrichie par la guerre aspirent � faire de l�Argentine un pays moderne, industrialis� et ind�pendant. Pour les officiers nationalistes, l�industrialisation dirig�e par l��tat et les r�formes sociales en faveur du peuple sont les conditions de la grandeur nationale.</p><p>Cela explique que, pour des raisons diff�rentes, la majorit� des Argentins soit p�roniste, puisque Per�n est l�homme fort attendu, aid� par sa femme Eva Duarte. En 1947 est fond� le parti qui s�appellera, en 1949, le parti p�roniste (ce qui prouve la personnalisation du r�gime), mouvement plus que parti v�ritable, dans la mesure o� la force du p�ronisme se trouve surtout en dehors du parti, dans les syndicats et les mouvements de jeunesse. C�est un r�gime de type populiste, comparable � celui downloadModeText.vue.download 324 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>861</p><p>de G. Vargas au Br�sil, m�lant nationalisme, r�formisme social, d�magogie et paternalisme � un style ext�rieur fasciste. Per�n veut faire de l�Argentine le chef de file d�une Am�rique d�livr�e</p><p>de l�h�g�monie yankee, et proclame la � troisi�me position �, neutralisme avant l�heure. Pour cela, il faut transformer le pays en une grande puissance �conomique et ind�pendante, et Per�n cherche la solution aux probl�mes argentins en s�attaquant aux structures coloniales. Le succ�s � court terme de l�autarcie, du nationalisme �conomique n�emp�che pas l��chec � long terme, car l�industrialisation rapide est souvent superficielle (industrie de substitution) ou co�teuse (industrie de prestige). Cette r�ussite de surface se paie de la ruine de l��conomie agricole, et surtout la r�novation reste bloqu�e parce que Per�n ne s�attaque pas � l�aristocratie fonci�re. La r�ussite du p�trole, de l��lectricit�, du ciment ne compense pas des �checs comme celui de la nationalisation du chemin de fer, march� de dupes qui consista � payer fort cher aux Anglais une infrastructure us�e et vieillie. Ce qui est ind�niable, c�est la popularit� d�un r�gime qui offre aux masses la � justice sociale �</p><p>(d�o� le nom du mouvement, justicialisme) sous la forme de l�organisation syndicale, de meilleurs salaires et de la s�curit� sociale, et surtout un sentiment de dignit�, de participation � la vie nationale. Cela explique que la chute de Per�n, victime de son ind�-</p><p>cision, de la conjoncture �conomique et du coup d��tat militaire (1955), ne signifie pas la chute du p�ronisme, et que les vainqueurs se soient trouv�s face aux masses populaires conscientes de leur force et dispos�es � lutter pour conserver l�acquis.</p><p>La crise permanente</p><p>Le gouvernement militaire du g�n�ral Eduardo Lonardi, puis celui du g�n�ral Pedro Eugenio Aramburu protestent de leur d�sir de r�tablir la d�mocratie apr�s la dictature de Per�n, mais, comme le premier effet du jeu d�mocratique aurait �t� le triomphe �lectoral p�roniste, le jeu politique des militaires est, entre 1955 et 1966, de laisser les civils gouverner le pays tant qu�ils sont capables de contenir la pression p�roniste, pour intervenir au moindre signe de faiblesse, et finalement confisquer le pouvoir � cause de la victoire �lectorale des p�ronistes en mars 1965. On avait attribu� � la politique de Per�n la crise �conomique, mais elle ne fait qu�empi-</p><p>rer apr�s son d�part, se r�v�lant ainsi �tre une crise de structures et non de conjoncture. Le lib�ralisme �conomique favorable aux grands propri�-</p><p>taires ne peut rem�dier � la situation et fortifie, par contrecoup, le p�ronisme.</p><p>Les partis, qui ne peuvent trouver une solution � la crise �conomique et au probl�me p�roniste, perdent peu � peu l�initiative au profit de l�arm�e, qui en vient � assumer le r�le directeur. Cette intervention des militaires date de 1930, certes, et, sur les quatorze pr�-</p><p>sidents qui se succ�d�rent de 1930 � 1966, il n�y eut que cinq civils, dont quatre ne purent terminer leur mandat. Mais, maintenant, l�intervention devient plus directe. Apr�s avoir tol�r� la pr�sidence du radical Arturo Fron-dizi, vite d�pos� � cause des succ�s p�ronistes, l�arm�e d�cide de jouer une derni�re fois le jeu constitutionnel, les</p><p>� bleus �, ou � l�galistes �, l�emportant contre les � rouges �, ou � gorilles �, et laissant le pr�sident Arturo Umberto Ill�a en place de 1963 � 1966. Le pr�visible �chec d�Ill�a confirme la justesse de la th�orie des militaires, persuad�s de l��chec des gouvernements civils et de la n�cessit� de la dictature militaire prolong�e. Le g�n�ral Juan Carlos Ongan�a s�empare du pouvoir en juin 1966, au milieu de l�indiff�rence g�n�-</p><p>rale, pour emp�cher un triomphe des p�ronistes aux �lections pr�vues pour 1967. En juin 1970, il est renvers� par une junte militaire qui donne le pouvoir au g�n�ral Roberto Levingston.</p><p>Celui-ci est � son tour destitu� par la junte (mars 1971).</p><p>Les successeurs du p�ronisme se</p><p>sont donn� pour but de restaurer l�agriculture (sans toucher au latifundium), pour obtenir ainsi les exportations qui permettraient de financer la reprise industrielle, indispensable � toute r�-</p><p>forme de l��conomie nationale ; mais les produits agricoles, principalement absorb�s par une population en croissance, voient leurs prix monter, ce qui accentue l�inflation ; ce processus, dont b�n�ficient les propri�taires fonciers, conduit � l�appauvrissement des secteurs urbains, sans relancer pour autant l�activit� industrielle. La classe moyenne, qui a commenc� � s�appauvrir dans les derni�res ann�es de Per�n, voit sa situation empirer. Les</p><p>avantages sociaux se d�gradent par l�effet des d�pr�ciations mon�taires, ce qui accro�t la nostalgie de la population pour le syst�me p�roniste. Dans ces conditions, le cas de l�Argentine s�apparente beaucoup moins � celui des pays sous-d�velopp�s qu�� celui de pays d�velopp�s qui parviennent mal � conserver des situations acquises. Bien qu�elle reste, � tous points de vue, tr�s en avance sur les autres �tats latino-am�ricains, l��cart � son profit tend � se r�duire � tel point que l�on a pu dire que l�Argentine est entr�e dans une phase de stagnation s�culaire, ou de maturit�, ph�nom�ne difficilement supportable pour une nation qui, � deux reprises, a jou� un r�le continental : lors des luttes contre l�Espagne et, au XXe s., avec Per�n.</p><p>Le probl�me politique</p><p>Le p�ronisme</p><p>Depuis 1955, les p�ronistes ont tent� de reformer un parti, mais se sont heurt�s � des obstacles consid�rables, dont le premier est l�hostilit� du pouvoir et l�intervention de l�arm�e contre tout succ�s p�roniste ; d�autre part, les rivalit�s de personnes, de tactiques, de tendances compliquent la situation. Quant � Per�n, il a pendant des ann�es jou� des factions pour rester l�arbitre supr�me du mouvement. Le p�ronisme est rest� pourtant puissant, comme l�a d�abord prouv� sa victoire �lectorale de 1965. D�ailleurs, malgr� l�importance de ces partis, la v�ritable force p�roniste repose sur les syndicats, sur la Confederaci�n General del Trabajo (C. G. T.), qui groupait, en 1963, 2 600 000 ouvriers. Dirig�e par les p�ronistes, elle a, apr�s l�arriv�e des militaires au pouvoir, accru son activit� politique ; cette �volution s�est encore pr�cipit�e avec l�assassinat, en 1969, d�Augusto Vandor, chef de la tendance mod�r�e. La fraction dure a cherch� � transformer le p�ronisme en mouvement r�volutionnaire utilisant la violence pour s�emparer du pouvoir. En d�pit de l�exil de leur chef, les p�ronistes ne s��taient pas laiss� absorber par les autres partis et demeuraient majoritaires dans la vie politique argentine.</p><p>Le retour, la mort et la difficile succession de Per�n</p><p>La situation politique de l�Argentine est alors compliqu�e du fait que le pays se trouve dans une phase transitoire : les partis ne correspondent plus aux r�alit�s �conomiques et sociales ; ils ont �t� incapables de trouver une solution � la crise �conomique et ne savent comment reconqu�rir les masses p�ronistes. D�o� l�irruption de l�arm�e sur la sc�ne politique, au nom de l�efficacit� et de la d�fense des valeurs nationales : l�effacement des partis au profit de l�arm�e a �t� acquis par leur dissolution en 1966. Les militaires ont voulu ainsi proc�der � une mise en ordre de la situation �conomique et sociale, pour mettre fin aux � structures p�rim�es �.</p><p>Le capital �tranger a repris confiance, ce qui n�a pas emp�ch� l�inflation de continuer, le ch�mage de se d�velopper et les conflits sociaux de s�aggraver.</p><p>L�Universit�, qui a manifest� son opposition au coup d��tat, a �t� durement frapp�e, et de nombreux intellectuels sont partis en exil. Les communistes sont divis�s, et la C. G. T. n��chappe pas aux scissions. Cependant, l�arriv�e au pouvoir du g�n�ral Alejandro Lanusse, en mars 1971, s�accompagne d�une lib�ralisation certaine avec le retour � la l�galit� des partis politiques et les contacts pris par le pouvoir avec Per�n.</p><p>Une nouvelle mutation politique de grande importance intervient avec la victoire p�roniste aux �lections pr�sidentielles de 1973 : en effet, l�arm�e ne s�oppose pas � l�arriv�e au pouvoir d�Hector Campora, le candidat qui avait �t� patronn� par Juan Per�n.</p><p>En juillet, H. Campora d�missionne, provoquant de nouvelles �lections, auxquelles se pr�sente Juan Per�n, de retour en Argentine. Celui-ci est �lu le 23 septembre avec plus de 61 p. 100 des voix. Aussit�t, il prend des mesures contre l�extr�me gauche et contre les mouvements de jeunesse et de gauche (Montoneros) du justicialisme. De nombreux attentats contre des syndicalistes r�v�lent alors le climat de violence qui r�gne dans le pays et les luttes politiques � l�int�rieur du justicialisme.</p><p>J. M.</p><p>Le 1er juillet 1974, Per�n meurt.</p><p>Sa femme, Isabel Mart�nez Per�n, d�j� vice-pr�sidente, lui succ�de. Les p�ronistes de gauche engagent ouvertement la lutte contre le r�gime, dont l��volution � droite s�accentue. Alors que le pays subit une tr�s grave crise �conomique, s�vit une guerre civile larv�e. Les actes de terrorisme, les attentats politiques se multiplient du fait de l�extr�me gauche et de groupes d�extr�me droite, comme l�Alliance anticommuniste argentine, qui semble b�n�ficier de l�impunit�. En novembre, l��tat de si�ge est d�cr�t� et des milliers d�arrestations sont effectu�es dans les milieux de gauche. Mais le r�gime ne cesse pour autant de s�affaiblir. Le 23 mars 1976, Isabel Per�n est d�pos�e lors d�un coup d��tat militaire dirig� par le g�n�ral Jorge Rafael Videla (n� en 1925), qui, dans un climat persistant de violence et d�ins�curit�, met en place un r�gime autoritaire.</p><p>B E. Daireaux, la Vie et les moeurs � La Plata (Hachette, 1887 ; 2 vol.). / J. P. Otero, l�Argentine devant l�histoire (Plon, 1922). / A. C. Wil-downloadModeText.vue.download 325 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>862</p><p>gus (sous la dir. de), Argentina, Brazil and Chile since the Independence (Washington, 1935 ; r��d. New York, 1963). / F. Lopez, Historia de la Rep�blica Argentina (Buenos Aires, 1950). /</p><p>R. J. Alexander, The Per�n Era (New York, 1951).</p><p>/ G. Germani, La Estructura social de la Argentina (Buenos Aires, 1955). / R. M. Ortiz, Historia econ�mica de la Rep�blica Argentina (Buenos Aires, 1955). / E. Hall, The Land and People of Argentina (Philadelphie, 1960). / G. Pendle, Argentina (Londres, 1961). / A. P. Whitaker, Argentina (New Jersey, 1964). / P. Lux-Wurm, le P�ronisme (L. G. D. J., 1965). / F. Geze et A. Labrousse, Argentine. R�volution et contrer�volution (Seuil, 1975). / G. B�arn, la D�cade p�roniste (Gallimard, coll. � Archives �, 1976).</p><p>On peut consulter �galement l��dition latino-am�ricaine de The Economist.</p><p>LA VIE HUMAINE</p><p>ET �CONOMIQUE</p><p>La population</p><p>La densit� moyenne est faible, moins de 10 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>Mais ce chiffre ne permet pas de cerner la r�alit�, caract�ris�e par la diversit� de sa r�partition.</p><p>La r�partition de la population</p><p>La population se distribue par taches, isol�es au milieu de r�gions presque vides. Il faut distinguer la Pampa du reste de l�Argentine. Dans la Pampa, la population se r�partit en aur�oles � partir de Buenos Aires : formant la ceinture imm�diate de la grande ville, une premi�re aur�ole compte plus de 20 habitants au kilom�tre carr� ; puis un demi-cercle de plus de 300 km de rayon d�limite une zone o� la densit� oscille entre 5 et 20 ; enfin, aux fronti�res de la Pampa, une troisi�me couronne enserre un espace o� la densit� moyenne est inf�rieure � 1, avec cependant des taches de densit� beaucoup plus forte (plus de 30 autour de C�rdoba � l�ouest, de Bah�a Blanca au sud).</p><p>Au nord de la Pampa, dans la r�gion de l�Entre R�os, dans le Chaco ou les Andes, la densit� moyenne est inf�-</p><p>rieure � 1 habitant au kilom�tre carr�.</p><p>L� encore, la population se distribue in�galement, reproduisant autour de chaque ville, mais � une plus petite �chelle, le ph�nom�ne observ� autour de Buenos Aires. Ces taches de forte densit� sont constitu�es par les villes de Corrientes et Resistencia dans l�Entre R�os et le Chaco, ou, dans la zone subandine, par la ville de Tucum�n.</p><p>� l�ouest de la Pampa, la zone subandine est �galement une zone peu peupl�e dans son ensemble, � l�exception de cette importante tache de fortes densit�s que constitue la r�gion de Mendoza dans un rayon de 50 km, et qui s�explique par la mise en valeur de cette zone formant une v�ritable oasis.</p><p>On trouve une petite tache encore, autour de San Rafael.</p><p>Tant dans la zone andine que sur le plateau patagonien, cet immense territoire ne conna�t pratiquement plus de zones o� la densit� d�passe 20 habitants au kilom�tre carr�, mais poss�de</p><p>seulement quelques villes o�, dans un rayon de 10 � 20 km, les densit�s s��l�vent de 1 � 5 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>La croissance de la population</p><p>La population est d�origine r�cente, puisque jusqu�� la fin du XIXe s. elle ne d�passait pas 4 millions d�habitants ; l�accroissement est d� essentiellement � la grande vague d�immigration europ�enne de la fin du XIXe s. et surtout du XXe s.</p><p>Aujourd�hui, cette population augmente davantage par le cro�t naturel que par l�immigration. Le cro�t naturel n�est pas exceptionnellement �lev� : l�Argentine a un taux de natalit� d�environ 22 � 23 p. 1 000, qui la diff�rencie radicalement des pays de l�Am�-</p><p>rique tropicale, o� le taux de natalit� est encore de 40 � 45 p. 1 000. La mortalit� est �galement faible : moins de 10 p. 1 000 ; aussi l�accroissement naturel n�est-il pas sup�rieur � 1,5 p. 100</p><p>par an. Mais l�immigration s�est consid�rablement ralentie. Le pays appara�t sous-peupl�.</p><p>Les caract�res de la population</p><p>Du fait de son origine, cette population est essentiellement blanche : elle compte � peine 1 p. 100 d�Indiens et pratiquement pas de Noirs, r�partition exceptionnelle dans le cadre de l�Am�-</p><p>rique latine.</p><p>Les deux tiers de la population</p><p>vivent dans les villes, essentiellement les grandes villes, parmi lesquelles Buenos Aires*, �norme agglom�ration d�environ 8 millions d�habitants.</p><p>Principalement due � l�immigra-</p><p>tion, la population est d�origine extr�-</p><p>mement diverse. Certes les Italiens et les Espagnols sont les plus nombreux parmi ces immigrants, mais on compte �galement des Scandinaves, des Allemands, des Fran�ais, des habitants du Proche- et du Moyen-Orient. L�assimilation a pourtant �t� rapide et harmonieuse, et l�on peut dire que l�ensemble de cette population constitue un peuple, le peuple argentin, qui, s�il est divis� profond�ment pour des raisons politiques et sociales, ne l�est plus</p><p>du tout par la diversit� de ses origines.</p><p>Beaucoup plus que des communaut�s de nationalit�s diff�rentes, ce sont des classes sociales, aux int�r�ts oppos�s, qui se heurtent. Il existe, en effet, une aristocratie reposant sur la possession des grandes propri�t�s fonci�res ou sur l�activit� industrielle, bancaire ou commerciale, et qui p�se d�un poids tr�s lourd dans la vie �conomique, sociale et politique du pays.</p><p>Les activit�s</p><p>�conomiques</p><p>Les phases de l��conomie</p><p>argentine</p><p>Au milieu du XIXe s., l�Argentine �tait encore un pays presque vide, dont la mise en valeur restait rudimentaire et stagnante. C�est dans la seconde moiti� du XIXe s. et au d�but du XXe s. que deux facteurs nouveaux, le d�veloppement consid�rable de la population r�sultant de l�immigration europ�enne et la d�couverte de techniques frigorifiques permettant de transporter la viande, vont faire entrer l��conomie dans une premi�re phase de d�veloppement, fond�e sur la production, en vue de l�exportation, des denr�es de l�agriculture et de l��levage : c�r�ales et bovins de la Pampa, ovins de la Patagonie. Le d�veloppement de cette �conomie tourn�e vers l�ext�rieur reste �troitement d�pendant de la demande et du commerce international ; c�est pourquoi cette premi�re phase prendra fin lorsque la crise de 1929 freinera la demande ext�rieure.</p><p>Cette crise des exportations va</p><p>contraindre l�Argentine � ralentir ses importations en biens d�usage et de consommation, et, pour pallier cette carence, � amorcer le d�marrage de sa propre industrie. Ce d�marrage est pr�coce, au moins par son ampleur, par rapport aux autres pays de l�Am�-</p><p>rique latine. Le d�veloppement visant la satisfaction de l�ensemble de la demande int�rieure se r�alise gr�ce � des mesures de protectionnisme et gr�ce � l�importance des investissements fournis par la bourgeoisie. Pourtant, la carence en biens d��quipement constitue une entrave � ce mouvement</p><p>d�industrialisation. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, l��conomie entre dans sa troisi�me phase de d�veloppement, caract�ris�e par l�acquisition, sous l�impulsion des pouvoirs publics, d�industries de biens d��quipement.</p><p>Ainsi l�Argentine a r�cemment r�ussi � installer une sid�rurgie non n�gligeable. Cependant, l��conomie reste d�s�quilibr�e ; face � ces tentatives d�industrialisation, l�agriculture demeure stagnante. En effet, hormis la r�gion de Buenos Aires, l�Argentine reste � l��cart d�un mouvement de modernisation agricole qui se heurte principalement � une structure fonci�re archa�que, fond�e sur les latifundia.</p><p>Malgr� leurs efforts, les industries traditionnelles ne trouvent pas de march�s ext�rieurs ; quant aux industries d��quipement, elles ne subsistent que gr�ce � l�appui de l��tat. Aussi, en r�ponse � ces probl�mes non r�solus, l�Argentine est-elle � la recherche d�une strat�gie visant � un d�veloppement �conomique �quilibr�. Ces probl�mes �conomiques sont cependant moins graves que les probl�mes sociaux qui r�sultent des rapports entre les diff�rentes classes, n�es de l�organisation sp�cifique de l��conomie, tant dans l�agriculture que dans l�industrie.</p><p>L�agriculture</p><p>Les terrains v�ritablement cultiv�s ne repr�sentent gu�re que 10 ou 11 p. 100</p><p>de l�espace ; 32 p. 100 sont recouverts de bois et de broussailles, non utilis�s ; 16 p. 100 sont constitu�s par des terrains improductifs, montagnes, mar�cages ou �tangs ; 41 p. 100, enfin, doivent �tre consid�r�s comme le domaine des p�turages naturels, plus downloadModeText.vue.download 326 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>863</p><p>ou moins utilis�s et, dans certains cas, plus ou moins valoris�s par l�homme.</p><p>y Les types d�agriculture. En syst�matisant, on peut distinguer cinq grands types d�agriculture.</p><p>Il existe, d�abord, une agricul-</p><p>ture qu�on peut qualifier d�intensive, dans la r�gion de Buenos Aires. C�est une agriculture fond�e sur diverses cultures mara�ch�res et fruiti�res et sur des cultures fourrag�res destin�es � l��levage laitier. Il s�agit d�un type d�agriculture reposant sur l�association culture-�levage, et dont le caract�re moderne et intensif est li� � la proximit� de la grande ville. Au-del�, on trouve un type beaucoup plus c�r�alier, reposant sur la culture du bl�. Celle-ci n�est plus souvent une monoculture strictement extensive, mais une culture associ�e soit � des plantes fourrag�res, soit � des c�r�ales secondaires, avec rotation des cultures. Vient ensuite un troisi�me type, qui s��tend sur les r�gions situ�es � l�ext�rieur de l�espace influenc� par les grandes villes.</p><p>C�est le type traditionnel o� domine l��levage extensif, bovin ou ovin selon les r�gions, rest� au stade de la libre p�ture, et qui utilise la v�g�tation naturelle. Un quatri�me type caract�rise les r�gions chaudes et humides, ou relativement humides, de l�Entre R�os et du Chaco. Y domine l�exploitation des ressources naturelles, en particulier de l�arbre quebracho, d�o� l�on extrait le tanin, et de l�herbe � mat�, qui, s�ch�e, permet la pr�paration d�une boisson.</p><p>Mais on pratique �galement dans cette zone l��levage et la culture du coton sur les terrains irrigables. Dans l�agriculture d�oasis, enfin, on retrouve le caract�re intensif propre � toutes les zones irrigu�es, o� l�espace cultivable est limit�. Dans les oasis subandines, la vigne domine souvent, mais aussi les vergers, les l�gumes, les oliveraies, m�me les luzerni�res pour un �levage � l��table.</p><p>y Le probl�me foncier. Il a ses racines dans la division initiale de la terre en tr�s grandes propri�t�s, les estancias, r�partition qui, malgr� diverses �volutions et fractionnements, pr�vaut encore aujourd�hui. L�essentiel du territoire demeure la propri�t� d�exploitants dont les domaines cou-</p><p>vrent plusieurs milliers d�hectares.</p><p>Ces propri�taires laissent � un r�gisseur le soin d�organiser le travail et de surveiller les nombreux ouvriers agricoles, les p�ons. Parfois, ils divisent leur propri�t� en unit�s d�exploitation qu�ils confient � des m�tayers. Ces propri�taires consid�rent leur domaine comme une source de revenus devant se renouveler sans qu�ils aient � r�investir pour am�liorer le syst�me de production. Aussi l�agriculture argentine reste-t-elle souvent pr�caire, archa�que et stagnante.</p><p>y Les cultures. Dans le domaine des produits agricoles, le bl� reste la production la plus importante. La moiti� de la production suffit largement � la consommation int�rieure ; le surplus, traditionnellement, est vendu � la Grande-Bretagne ; mais l�Argentine cherche � le vendre aux autres pays de l�Am�rique du Sud.</p><p>Pendant longtemps, le ma�s fut �galement une production importante.</p><p>Mais, l� encore, la culture reposait en grande partie sur l�exportation : celle-ci �tant devenue plus difficile, la production a diminu� de moiti�. M�me apr�s cette forte r�duction, l�Argentine doit continuer � vendre � l�ext�rieur une partie de sa production.</p><p>En revanche, la plupart des autres produits de l�agriculture sont destin�s � la consommation int�rieure. C�est le cas du riz, de la vigne, des fruits, de la canne � sucre, encore que le vin r�ussisse � s�imposer sur le march� latino-am�ricain, en raison de la modi-cit� de ses prix, par rapport aux vins europ�ens, et de sa qualit�, nettement sup�rieure � celle des vins mexicains ou br�siliens.</p><p>L��levage. Le troupeau argentin</p><p>compte environ 50 millions de bovins et autant d�ovins. Si l��levage laitier est essentiellement destin� � la consommation int�rieure, l��levage pour la viande, les cuirs et la laine ne peut survivre qu�� la condition d�exporter la plus grande partie de sa production.</p><p>downloadModeText.vue.download 327 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>864</p><p>L�industrie</p><p>Longtemps peu importante, l�industrie se d�veloppe rapidement. Elle occupait 600 000 ouvriers en 1935, 1 700 000 en 1955, et plus de 2 millions et demi en 1970. Cette multiplication des emplois du secteur secondaire correspond � une rapide extension de l��ventail des productions. En effet, il existe maintenant un secteur d�industries de base relativement important, allant de la sid�rurgie � l�industrie p�troli�re.</p><p>Avec la grande usine sid�rurgique construite sur le bord du Paran�, � San Nicol�s, et quelques autres usines de moindre importance, l�Argentine produit 2,4 Mt d�acier. Elle couvre maintenant une part importante de la consommation nationale. Pourtant, en d�pit des richesses mini�res de la r�-</p><p>gion andine, en particulier des minerais non ferreux comme le plomb, le zinc et le tungst�ne, le sous-sol n�est gu�re favorable, en g�n�ral, au d�veloppement d�une industrie de base m�tallurgique, contenant peu de minerai de fer et encore moins de charbon.</p><p>En revanche, le sous-sol renferme d�importantes r�serves de p�trole ; les gisements de Patagonie et les puits situ�s au pied des Andes fournissent actuellement plus de 20 Mt par an.</p><p>Cette �conomie p�troli�re, r�gie par l��tat, accepte les capitaux �trangers dans la mesure o� ils sont subordonn�s � ce contr�le de la r�gie nationale des p�troles.</p><p>L�Argentine dispose d�un impor-</p><p>tant potentiel hydro-�lectrique par les grands fleuves du bassin du R�o de la Plata et les rivi�res qui descendent des Andes. Bien que ces rivi�res soient difficiles � am�nager, des barrages sont d�j� construits, en particulier dans la r�gion de C�rdoba.</p><p>L�Argentine poss�de aussi toute une industrie de valorisation des produits alimentaires, li�e � la production des c�r�ales et surtout � l��levage, avec les vastes usines de traitement et de conservation de la viande et du cuir.</p><p>Mais ce qui caract�rise essentiellement l�industrie, c�est l�essor du secteur de</p><p>production des biens d�usage et de consommation. Tant dans le domaine des industries m�caniques que de l�appareillage �lectrique, des mati�res plastiques, du textile ou du cuir, la production non seulement suffit � la demande int�rieure, mais tente de s�imposer sur l�ensemble du march� sud-am�ricain.</p><p>Cependant, les autres pays de l�Am�-</p><p>rique latine ne constituent le plus souvent que des march�s tr�s al�atoires, du fait de la pr�carit� des niveaux de vie ou de leur propre industrialisation ; aussi la production industrielle reste-telle fragile et d�s�quilibr�e comme la production agricole. Ce d�s�quilibre de l��conomie argentine appara�t plus nettement encore dans la localisation des productions : il se manifeste en particulier par les profonds contrastes, sur le plan du d�veloppement �conomique, qui opposent entre elles les diff�rentes r�gions.</p><p>LES R�GIONS</p><p>Avec ses complexes sid�rurgiques, ses centrales thermiques, la convergence des voies ferr�es, des routes et les ol�oducs, avec la succession de ses villes et de ses usines, dans un espace intens�-</p><p>ment cultiv�, la Pampa autour de Buenos Aires offre l�image l�une Argentine qui se serait d�veloppe au m�me titre que les pays d�Europe occidentale.</p><p>� c�t� de cette zone d�intense</p><p>concentration des activit�s et des hommes, s��tendent d�immenses territoires plus ou moins vides et improductifs. En fait, le territoire argentin l�organise � partir d�un p�le intens�-</p><p>ment d�velopp�, la r�gion de Buenos Aires, puis se r�partit en vastes zones p�riph�riques, plus ou moins articul�es, plus ou moins int�gr�es �conomiquement � ce p�le de d�veloppement et que l�on peut classer en trois grandes r�gions.</p><p>La Patagonie</p><p>Son sol pauvre, recouvert par la steppe, son climat rude aux vents froids en font une r�gion r�pulsive. La Patagonie est le pays du mouton, avec un troupeau d�environ 20 millions de t�tes ; mais c�est aussi la zone du p�trole. L��le-</p><p>vage du mouton ne se pratique pas sur l�ensemble du territoire, mais dans les r�gions p�riph�riques, subandines (en raison de la plus grande humidit�) ou proches de l�Atlantique (en raison de la plus grande commodit� des liaisons par la voie maritime). En fait, la navigation maritime n�est plus le seul lien entre la Patagonie et Buenos Aires ; des routes, le long desquelles se situent les centres d�abattage, permettent d�acheminer la production vers le grand centre. L�autre activit� de la Patagonie, l�extraction du p�trole, a fait de la zone de Comodoro Rivadavia le petit p�le �conomique de cette r�gion.</p><p>La zone subandine</p><p>La deuxi�me r�gion p�riph�rique est constitu�e par la zone subandine, allant du nord-ouest de la Patagonie jusqu�� la fronti�re bolivienne. Au nord, la Puna est un grand plateau tr�s �lev�, o� quelques milliers d�Indiens vivent de l�agriculture et de l�exploitation mi-ni�re. Dans cette r�gion, ce sont surtout les zones plus basses, au climat tropical, qui sont mises en valeur, en fonction de l�influence de Buenos Aires. Il s�agit de sp�culations agricoles, li�es au climat tropical : l�exploitation de la canne � sucre en fournit un bon exemple, dans le cadre de moyennes propri�t�s, comme dans la zone de Tucum�n, ou sous la forme de puissantes soci�t�s qui, avec une main-d�oeuvre indienne, ont d�frich� les for�ts du Chaco et organis� de grandes plantations. Ailleurs, dans quelques vall�es du pi�mont andin, autour de villes traditionnelles comme Salta ou Jujuy, on pratique quelques cultures irrigu�es (agrumes et l�gumes), et on exploite quelques plantations de tabac. Mais, en fait, il s�agit, au sein d�une r�gion encore tr�s peu d�velopp�e, de petits �lots de mise en valeur, li�s � l�irrigation. Salta et Tucum�n, avec 150 000 et 300 000 habitants, s�efforcent d�appara�tre comme les foyers de d�veloppement d�une zone p�riph�rique, encore tr�s d�pendante de Buenos Aires.</p><p>Au sud de Tucum�n commence le</p><p>domaine de l�aridit� et des oasis. �</p><p>Mendoza se sont d�velopp�s, gr�ce � l�irrigation, d�abord un grand vignoble qui couvre maintenant pr�s de</p><p>250 000 ha et produit environ 20 Mhl de vin, puis, sur environ 100 000 autres hectares, des vergers, des oliveraies et des plantations de cultures fourrag�res pour le b�tail. Qu�il s�agisse de Mendoza, de San Juan ou de San Rafael, ces oasis subandines se sont d�velopp�es autour d�une ville. Cette r�gion poss�de de surcro�t des gisements de p�trole, de gaz naturel, des ressources hydro-�lectriques gr�ce auxquelles se sont d�velopp�es des activit�s industrielles.</p><p>La r�gion subtropicale</p><p>orientale</p><p>La troisi�me r�gion p�riph�rique, qui couvre le nord et le nord-est de l�Argentine, �tait jadis le domaine de l��levage extensif et de l�exploitation de l�arbre � tanin, le quebracho. Tandis que cette exploitation tombait en d�cadence, les grandes estancias d��levage, au contraire, se morcelaient parfois, pour les cultures du coton principalement, du tabac, des ol�agineux et des fruits.</p><p>Du c�t� du Chaco, c�est la ville de Resistencia, avec environ 100 000 habitants, qui constitue le centre des activit�s. Plus � l�est, la r�gion dite � des Misiones � a �t� pendant longtemps le domaine de la cueillette, et m�me de la plantation de l�herbe � mat�. Avec la d�cadence de cette activit� se sont d�-</p><p>velopp�es des cultures d�agrumes ou de tabac, et m�me quelques plantations de th�. Mais on trouve aussi d�immenses estancias d��levage extensif, t�moins du caract�re encore traditionnel et peu d�velopp� de cette r�gion, dont la capitale, Posadas, reste une ville modeste et mal �quip�e.</p><p>La r�gion de</p><p>Buenos Aires</p><p>Contrastant avec ces r�gions p�riph�-</p><p>riques de faible densit�, dont la mise en valeur repose sur quelques sp�culations li�es � la capitale, la Pampa, plus pr�cis�ment la r�gion de Buenos Aires, constitue (avec l�axe du R�o de la Plata) le coeur m�me de l�Argentine.</p><p>La seule ville de Buenos Aires rassemble pratiquement le tiers des habitants de l�Argentine ; en y ajoutant les 7 ou 8 villes qui s�alignent sur la rive droite du R�o de la Plata et du Paran�, on compte l� plus de 10 millions d�ha-</p><p>bitants, employ�s essentiellement dans les secteurs industriels ou tertiaires, dans une zone qui concentre plus des trois quarts de la puissance industrielle du pays.</p><p>Hypertrophie de la capitale par</p><p>rapport au reste de l�espace, concentration de l�essentiel des activit�s �conomiques, telles sont les caract�ristiques principales de cet unique p�le de d�veloppement de l�Argentine.</p><p>Autour de ce noyau, et gr�ce aussi bien � la proximit� de Buenos Aires qu�� ses conditions naturelles, la Pampa est devenue le coeur agricole de l�Argentine. L�agriculture se pratique dans le cadre de petites propri�t�s, o� les paysans s�efforcent maintenant d�associer la culture des c�r�ales � celle des ol�agineux et des plantes fourrag�res, downloadModeText.vue.download 328 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>865</p><p>destin�es � l��levage laitier. Il s�agit parfois de petites exploitations, n�es du morcellement d�une grande propri�t� en petites unit�s de production, que le propri�taire foncier confie en m�tayage aux paysans.</p><p>En d�pit du d�veloppement de ces cultures, la Pampa reste avant tout le domaine de l��levage ; les herbages nourrissent en effet un troupeau s��levant � 50 millions de bovins et 35 millions d�ovins. L�ensemble de la production converge vers Buenos Aires et ses alentours, o� se trouvent les entrep�ts, les minoteries, les abattoirs g�ants ; elle y est trait�e en vue de la consommation int�rieure, mais �galement en vue de l�exportation. Alors que dans l�Argentine p�riph�rique la liaison avec Buenos Aires se fait par une voie de chemin de fer ou une route, dans la Pampa, au contraire, un v�ritable r�seau ferroviaire et routier converge vers la capitale, symbole du d�veloppement de l��conomie argentine.</p><p>M. R.</p><p>&#x25B6; Am�rique latine / Andes / Buenos Aires / C�rdoba / Rosario.</p><p>B J. Touchard, la R�publique argentine (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 4e �d. par J. Touchard et A. Rouqui�, 1972). / R. M. Alb�-</p><p>r�s, Argentine, un monde, une ville (Hachette, 1957). / F. de Aparicio et H. A. Difrieri, La Argentina, suma de geografia (Buenos Aires, 1958-1963 ; 9 vol.). / O. N. U., El Desarrollo econ�mico en la Argentine (Mexico, C. E. P. A. L, 1959). /</p><p>A. Ferrer, La Econom�a argentina (Mexico, 1963). / H. Wilhelmy et W. Rohmeder : Die La Plata L�nder (Brunswick, 1963). / J. Fuchs, Argentina, su desarrollo capitaliste (Buenos Aires, 1965). / P. Kalfon, Argentine (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1967).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>V. hispano-am�ricain (domaine litt�raire).</p><p>LA MUSIQUE.</p><p>LE CIN�MA</p><p>V. Am�rique latine.</p><p>L�art en Argentine</p><p>�POQUE COLONIALE</p><p>Durant cette �poque (1515-1810), les arts jouent un r�le modeste. Ce n�est gu�re qu�au XVIIIe s. qu�appara�t, dans le domaine religieux, une architecture de valeur. �</p><p>Buenos Aires, la cath�drale � b�tie en plusieurs �tapes � et l��glise de Santo Domingo sont surtout l�oeuvre d�un Italien, Antonio Masella. Plus remarquables sont deux autres �glises achev�es en 1734, celle de San Ignacio, due � un j�suite allemand, le P. Johann Kraus, et celle du Pilar, due � un j�suite italien, le P. Andrea Blanqui.</p><p>Ce dernier est aussi l�auteur de la Merced, de San Francisco, de las Catalinas, de San Telmo, toutes � Buenos Aires, du plan d�finitif de la cath�drale de C�rdoba, ainsi que de l��glise d�Alta Gracia et de la � ferme j�suitique � (estancia jes�itica) de Jesus-Mar�a. � C�rdoba, il faut signaler aussi l��glise j�suite de La Compa��a, due � un Belge, le P. Philippe Lemer, qui la dota d�un magnifique plafond � en car�ne �, r�alis� avec du bois apport� par voie fluviale du Paraguay. � la fronti�re de ce pays, justement, on trouve encore la marque des J�-</p><p>suites dans les ruines de San Ignacio, l�une des plus belles �glises des Missions.</p><p>Pendant la dur�e de la colonie, la peinture ne se d�veloppa gu�re, la sculpture</p><p>d�images � locale ou import�e � lui �tant toujours tr�s sup�rieure.</p><p>XIXE SI�CLE</p><p>On continue � pratiquer une architecture � spontan�e � qui fait penser � celle de l�Andalousie. Vers la moiti� du si�cle, des ma�ons europ�ens (surtout des Italiens) arrivent en masse. Sur les donn�es anciennes, ils n�ont aucun mal � greffer quelques �l�ments emprunt�s au r�pertoire n�o-classique. Plus tard, � la fin du si�cle, les descendants enrichis des coloni-sateurs ou des immigrants entreprennent l�indispensable � voyage en Europe �. Ils rentrent avec des plans pour construire les maisons et avec un mobilier venant surtout de Paris, consid�r� comme le centre du bon ton.</p><p>Depuis le d�but du XIXe s., une poign�e de peintres europ�ens, plus ou moins aventuriers, ont travaill� en Am�rique du Sud, nous laissant une image frappante des paysages et des moeurs. Il y avait des Anglais, comme Emery Essex Vidal (1791-1861), des Allemands, comme Johann M. Rugendas (1802-1858), mais surtout des Fran�ais, tels Raymond Monvoisin (1790-1870), Adolphe d�Hastrel (1805-1875) et Jean L�on Palli�re (1823-1887).</p><p>Les premiers peintres argentins notables furent Carlos Morel (1813-1894), un portraitiste, et Prilidiano Pueyrred�n (1823-1870), connu par ses vues de la Pampa. � partir du dernier tiers du si�cle, des artistes argentins vont se rendre en Europe � notamment � Paris et en Italie</p><p>� pour se perfectionner. Citons Eduardo S�vori (1847-1917), Lucio Correa Morales (1852-1923), Mart�n Malharro (1865-1911), Ernesto De la C�rcova (1867-1927). En g�-</p><p>n�ral, ils refl�tent soit un impressionnisme � la fran�aise, soit un r�alisme italien assez plat.</p><p>XXE SI�CLE</p><p>Les principales oeuvres d�architecture</p><p>� officielle � datent du d�but du si�cle, tels, � Buenos Aires, le palais du Congr�s et le th��tre Colon, dessin�s par l�Italien Victor Meano (1866-1927). Vers 1920-1930</p><p>se place une tentative pour faire revivre un style � colonial � archa�sant. Les � modernes � triomph�rent, mais, pour des raisons surtout �conomiques, l�Argentine n�est jamais arriv�e � constituer une v�ri-</p><p>table �cole d�architecture contemporaine.</p><p>Le grand peintre argentin moderne est Emilio Pettoruti (1892-1971) ; il participa au futurisme en Italie, puis, rentr� dans son pays en 1924, y influa sur tout le mouvement moderne ; il s�installa � Paris en 1953. Il faut �galement citer Eugenio Daneri (1881), qui a peint Buenos Aires, et Miguel Victorica (1884-1955), sorte de fauve temp�r�. Des peintres qui �tu-di�rent surtout en Europe, Aquiles Badi (n� en 1894), Hector Basald�a (1894), Lino E. Spilimbergo (1896-1964), Horacio But-ler (1897), Ra�l Soldi (1905), Antonio Berni (1905), font la liaison avec les jeunes g�-</p><p>n�rations, li�es aux diverses avant-gardes internationales.</p><p>En sculpture, l�Argentine a eu deux artistes de temp�rament traditionnel : Roge-lio Yrurtia (1879-1950) et Antonio Sibellino (1891-1960). Dans les ann�es 1930-1950, deux sculpteurs form�s dans l�atelier de Bourdelle, Pablo Curatella Manes (1891-1962) et Sesostris Vitullo (1899-1953), v�curent � Paris, comme apr�s eux Alicia Penalba (n�e en 1918) et Julio Le Parc (1928 ; membre du Groupe* de recherche d�art visuel).</p><p>D. B.</p><p>&#x25B6; Am�rique pr�colombienne / Buenos Aires.</p><p>B J. L. Pagano, El Arte de los Argentinos (Buenos Aires, 1939 ; 3 vol.). / A. Merlino, Dicciona-rio de artistas pl�sticos de la Argentina (XVIIIe, XIXe et XXe s.) [Buenos Aires, 1954]. / M. J. Bus-chiazzo, Historia del arte hispano-americano (Barcelone, 1956). / C. Iturburu, La Pintura argentina del siglo Veinte (Buenos Aires, 1958).</p><p>Arghezi (Ion</p><p>Theodorescu,</p><p>dit Tudor)</p><p>�crivain roumain (Bucarest 1880 - id.</p><p>1967).</p><p>D�s son enfance, sa vie est marqu�e du double sceau de l��preuve et de l�exp�rience. Il entreprend ses �tudes tout en se livrant � divers m�tiers : il travaille ainsi chez un tailleur de pierre et applique des dorures sur les inscriptions des pierres tombales. Secr�-</p><p>taire d�une galerie de peinture, puis gar�on de laboratoire dans une sucre-</p><p>rie (�pisode �voqu� dans son roman Lina, 1942), il commence � rimer, et, en 1896, adresse ses premiers vers � la revue Lumea Nou&#x103;. Il est aussit�t remarqu� par Alexandru Macedonski (1854-1920), qui publie dans son journal Liga Ortodoxa ses po�mes sign�s de nombreux pseudonymes : Ion Th�o, Cabriol, Tudor Arghezi... Il traverse cependant une crise mystique, et, pendant six ann�es, au monast�re de Cernica, sous le nom du diacre Iosif, il s�efforce d��chapper � la fascination de la litt�-</p><p>rature, tentative qu�il relatera en 1930</p><p>avec verve et ironie dans Ic�nes de bois. Envoy� � l�universit� catholique de Fribourg, il y �tudie l�histoire compar�e des religions et des philosophies.</p><p>Marchand ambulant � Paris, ouvrier horloger en Suisse, il suit avec passion les luttes sociales et politiques de son pays, surtout la terrible r�volte des paysans de 1907. Quand il revient � Bucarest en 1910, il entreprend de d�noncer les tares du r�gime oligarchique : il fait para�tre ses pamphlets et ses chroniques dans une multitude de journaux et de p�riodiques (Sear&#x103;, Rampa, Via&#x163;a Rom�neasc&#x103;), et fonde, en 1915, avec son ami Gala Galaction (1879-1961), la revue Cronica. Mais, pour s��tre oppos� � la politique de guerre, il est incarc�r� � V&#x103;c&#x103;re&#x15F;ti, dans la banlieue de Bucarest : il racontera sa vie en prison dans un r�cit, Poarta neagr&#x103; (la Porte noire, 1930), et dans un recueil de po�mes, Flori de mucigai (Fleurs de moisissure, 1931). Un quart de si�cle plus tard, le 1er octobre 1943, un article virulent contre le repr�sentant de l�Allemagne lui vaudra d��tre d�port� au camp de T�rgu-Jiu. De la plaquette Cuvinte potrivite (Paroles assorties, 1927) � Hore (Rondes, 1939), puis � C�ntare omului (Cantique � l�homme, 1956), sa gloire, d�abord discut�e, s�est affermie. D�put�, membre de l�Acad�mie roumaine, pr�sident de l�Union des �crivains, couronn� de nombreux prix litt�raires nationaux et �trangers, il recevra le dernier honneur des fun�-</p><p>railles nationales.</p><p>Alchimiste du vers, tortur� par l�angoisse existentielle, Arghezi soutient un dialogue, tant�t pieux, tant�t irr�-</p><p>v�rencieux, avec la divinit�, oscillant entre la croyance et le doute, vivant intens�ment le drame de la connais-</p><p>sance et la soif humaine de l�absolu, c�l�brant la beaut� de la femme. Toujours impr�visible, Arghezi modifie, � chaque recueil, son attitude lyrique et la perspective de son univers. Dans C&#x103;rticic&#x103; de sear&#x103; (Petit Livre du soir, 1935), il devient le po�te de l�espace domestique, de la nature et de la famille comprises selon l�esprit franciscain, tandis que dans Rondes il adopte l�espi�glerie de l��me enfantine. Dans la s�rie de � paysages � intitul�e 1907, et publi�e en 1955, ses pr�occupations sont uniquement sociales, faisant alterner l�inspiration dramatique et la verve satirique. Dans Cantique � l�homme, Arghezi chante un hymne � l�humanit� engag�e dans un perp�tuel processus de d�passement. Ses derniers livres, Frunze (Feuilles, 1961), Poeme noi (Po�mes nouveaux, 1963), sont de troublantes m�ditations issues de la downloadModeText.vue.download 329 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>866</p><p>conscience de l�ultime et de l�implacable s�paration.</p><p>Fournissant la mati�re de 61 volumes (en cours de parution), l�oeuvre arghe-zienne r�v�le �galement un prosateur original, qui cultive l�esquisse anecdotique, le portrait empreint de sarcasme, le po�me en prose (Ce-ai cu mine, v�ntule ? [Que me veux-tu, Vent ?], 1937), le r�cit satirique, o� le fantastique se superpose au r�el (Cimitirul Buna-Vestire [le Cimeti�re de l�Annonciation], 1936), la c�l�bration de l�amour mystique (Ochii Maicii Domnului [les Yeux de la Sainte Vierge], 1934), mais surtout la � tablette �, court billet r�unissant les vertus du m�daillon, du pamphlet et du commentaire (Tablettes du pays de Kuty, 1933 ; Billets de per-roquet, 1946).</p><p>�crivain aux curiosit�s multiples (il a �crit aussi des pi�ces de th��tre, comme la Seringue, et donn� d�excellentes versions roumaines de Moli�re, La Fontaine, Baudelaire, Krylov), Arghezi est le cr�ateur d�un style original, unissant le lieu commun et le n�ologisme, le parler m�taphorique et l�expression directe, en des associa-</p><p>tions insolites qui sans cesse �tonnent et �veillent.</p><p>T. B.</p><p>B P. Constantinescu, Tudor Arghezi (en roumain, Bucarest, 1940). / S. Cioculescu, Introduction � la po�sie de Tudor Arghezi (en roumain, Bucarest, 1946). / Po�mes choisis, traduits et pr�sent�s par H. Juin (�d. Hautefeuille, 1958).</p><p>/ O. S. Crohm&#x103;lniceanu, Tudor Arghezi (en roumain, Bucarest, 1960). / M. Petroveanu, Tudor Arghezi (en roumain, Bucarest, 1961).</p><p>/L. A. Marcel, Tudor Arghezi (Seghers, 1964). /</p><p>T. Vianu, Arghezi, po�te de l�homme (en roumain, Bucarest, 1964). / A. H�ggqvist, Po�te de l�homme (trad. ; Stockholm, 1965). / D. Micu, l�OEuvre de Tudor Arghezi (en roumain, Bucarest, 1965). / E. Manu, Prolegomene argheziene (en roumain, Bucarest, 1968).</p><p>argiles</p><p>Roches s�dimentaires, souvent</p><p>meubles, qui, imbib�es d�eau, peuvent former une p�te plus ou moins plastique. Le terme d�signe �galement une cat�gorie de min�raux : les silicates d�alumine, de magn�sie, ou les alumi-nosilicates, qui entrent, pour une large part, dans la constitution des roches argileuses.</p><p>Les min�raux argileux</p><p>Ils sont de tr�s petite taille. Les particules argileuses ont, le plus souvent, des dimensions inf�rieures � 2 microns. Leur aspect morphologique est seulement visible au microscope �lectronique. Leur d�termination est g�n�-</p><p>ralement effectu�e par diffraction des rayons X ; cette m�thode est utilement compl�t�e par des analyses thermiques (analyse thermopond�rale, analyse thermique diff�rentielle) et par des analyses chimiques.</p><p>Du point de vue cristallographique, il existe deux grandes cat�gories de min�raux argileux : les argiles phylliteuses et les argiles fibreuses.</p><p>Les argiles phylliteuses</p><p>Ce sont les plus fr�quentes. Comme les micas, il s�agit de phyllosilicates, min�raux form�s par l�empilement de feuillets. Chaque feuillet (�pais de 7 �</p><p>14 angstr�ms) est lui-m�me constitu� de plusieurs couches.</p><p>y Dans les min�raux du groupe de la kaolinite (kaolinite, dickite, nacrite, halloysite), chaque feuillet est constitu� par deux couches : une couche t�-</p><p>tra�drique et une couche octa�drique.</p><p>La couche t�tra�drique est form�e par l�association de t�tra�dres li�s entre eux et formant une couche plane.</p><p>Chaque t�tra�dre comporte, en son centre, un atome de silicium, et chacun des quatre sommets est occup� par un atome d�oxyg�ne. La couche octa�drique est form�e de l�association d�octa�dres li�s entre eux en couche plane. Chaque octa�dre a son centre occup� par un atome d�aluminium ; les sommets sont occup�s par des atomes d�oxyg�ne ou des oxhydriles (OH). La liaison entre les deux couches est assur�e par la mise en commun d�atomes d�oxyg�ne, appartenant, de ce fait, � des t�tra�dres et � des octa�dres. La formule chimique d�un tel min�ral peut s��crire</p><p>(OH)4Al2Si2O5.</p><p>y Dans les min�raux des groupes de l�illite, des smectites et des vermiculites, chaque feuillet est constitu� par l�empilement de trois couches. Une couche octa�drique est comprise entre deux couches t�tra�driques, mais plusieurs diff�rences existent avec les couches des kaolinites.</p><p>Dans les couches t�tra�driques, les centres des t�tra�dres sont occup�s en proportion variable (jusqu�� 25 p. 100) par des atomes d�aluminium.</p><p>Les centres des octa�dres peuvent �tre occup�s par des atomes vari�s, de valence 3 (Al, Fe) ou 2 (Fe, Mg).</p><p>L�assemblage de ces trois couches ne forme pas un �difice �lectriquement neutre (�quilibre des ions positifs et n�gatifs) ; il existe un d�ficit de charge, qui est compens� par de gros atomes situ�s entre les feuillets.</p><p>Dans les min�raux du groupe de</p><p>l�illite (illite, glauconite), ces atomes</p><p>interfoliaires sont, pour l�essentiel, du potassium.</p><p>Dans les smectites (montmorillonite, beidellite, nontronite, stevensite), il s�agit de calcium, de sodium ou de ma-gn�sium, mais, en outre, des couches d�eau s�introduisent entre les feuillets ; c�est pourquoi les smectites sont souvent qualifi�es de min�raux gonflants.</p><p>Dans les vermiculites, il s�agit surtout de calcium et de magn�sium.</p><p>y Enfin, dans les min�raux du groupe des chlorites, chaque feuillet, form� comme pr�c�demment de trois</p><p>couches, est s�par� du suivant par une couche octa�drique suppl�mentaire.</p><p>Les centres des octa�dres sont occup�s par des atomes d�aluminium, et les sommets par des oxhydriles (OH).</p><p>Ces divers types de feuillets phyl-liteux peuvent �tre associ�s dans des min�raux ou des �difices dits � interstratifi�s �. On aura, par exemple, un min�ral form� par l�alternance de feuillets d�illite et de chlorite, ou de vermiculite et de smectite. Les �tudes modernes ont montr� que ces �difices cristallins �taient tr�s fr�quents.</p><p>Les argiles fibreuses</p><p>Ayant une structure en rubans assez diff�rente de celle des phyllites, elles comportent deux cat�gories principales de min�raux : les attapulgites (ou palygorskites), qui sont des silicates alumino-magn�siens, et les s�piolites, silicates essentiellement magn�siens.</p><p>Les roches argileuses</p><p>Parmi les roches s�dimentaires,</p><p>les roches argileuses sont les plus downloadModeText.vue.download 330 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>867</p><p>fr�quentes � la surface de la terre (70 p. 100 environ, en incluant les d�-</p><p>p�ts oc�aniques actuels). Toutefois, les roches uniquement form�es de min�-</p><p>raux argileux, parfois nomm�es argi-lites, sont rares. Deux crit�res peuvent �tre utilis�s pour pr�ciser la d�nomination d�une roche argileuse : sa composition et sa texture.</p><p>D�apr�s la composition, on distinguera des roches essentiellement argileuses, des roches constitu�es par un m�lange d�argile et de calcaire, et des roches argilo-sableuses.</p><p>La texture peut �tre homog�ne ou lit�e. Ce litage peut avoir deux origines. Il peut �tre d�origine purement s�dimentaire (d�p�t de lits successifs dans un lac ou un oc�an). Notre vocabulaire manque de mots pour d�signer ces roches, et le terme anglais de shale est souvent utilis�. Le litage peut d�autre part �tre d� � des actions m�caniques post�rieures au d�p�t (compressions lors de la formation de cha�nes de montagnes par exemple), et ces roches acqui�rent alors une texture feuillet�e que l�on qualifie de � schisteuse �.</p><p>Naissance, vie et</p><p>mort des argiles</p><p>Comme toutes les roches s�dimen-</p><p>taires, les roches argileuses participent � un grand cycle form� par la succession des �tapes suivantes : alt�ration et �rosion - transport - s�dimentation -</p><p>diagen�se, suivies �ventuellement de m�tamorphisme. (V. roche.)</p><p>La naissance des argiles au cours de l�alt�ration</p><p>Trois types de processus interviennent.</p><p>y H�ritage. Les argiles peuvent provenir de l��rosion de roches argileuses pr�existantes. Elles r�sultent �galement de la fragmentation de min�raux qui, comme les micas et chlorites des roches cristallines, ont des compositions presque identiques � celles des illites et chlorites s�dimentaires.</p><p>y Transformation. Au cours de l�al-t�ration, les phyllosilicates (argiles</p><p>ou micas) peuvent subir des transformations chimiques, dont l�intensit� d�pend surtout des conditions climatiques pr�sidant � l�alt�ration.</p><p>Exemple de s�quence de transformation : mica # vermiculite # montmorillonite # kaolinite.</p><p>y N�o-formation. D�autres argiles peuvent pr�cipiter sur place � partir des solutions lib�r�es au cours de l�hydrolyse (mise en solution) d�autres min�raux comme les felds-paths, amphiboles, etc.</p><p>Transport et s�dimentation</p><p>En m�me temps que d�autres particules d�tritiques (grains de sable par exemple) et que divers sels dissous, les argiles sont ensuite transport�es par les cours d�eau, puis d�pos�es dans les bassins de s�dimentation. Elles sont parfois v�hicul�es � de tr�s grandes profondeurs et forment les boues des grands fonds oc�aniques. Sous l�influence essentiellement du potassium et du magn�sium pr�sents dans l�eau de mer, elles subissent parfois diverses transformations (agradations).</p><p>En m�me temps, il est probable que d�autres argiles pr�cipitent � partir des produits en solution dans la mer.</p><p>Diagen�se et mort des argiles</p><p>C�est au cours de la diagen�se que les s�diments meubles, gorg�s d�eau, qui se d�posent au fond des mers, acqui�rent peu � peu l�aspect de roches coh�rentes. Par toute une s�rie de transformations, l�immense vari�t� de min�raux argileux pr�sente � la surface de la terre tend � se r�duire consid�-</p><p>rablement. Peu � peu, seules l�illite et la chlorite subsistent. Si la roche est alors soumise au m�tamorphisme, ces min�raux argileux recristalliseront en micas. Dans les roches m�tamorphiques, les argiles sont devenues instables par suite de l�augmentation de la pression et de la temp�rature du milieu.</p><p>Les gisements</p><p>d�argile pure</p><p>Dans les s�diments, il est assez rare de trouver des niveaux d�argile pure (mo-nomin�rale). Toutefois, il existe des</p><p>gisements de bentonite comme celui de Camp-Berteau au Maroc. Ce terme de bentonite d�signe g�n�ralement des argiles du groupe des smectites, et tire son origine du nom du premier gisement d�couvert dans le Cr�tac� de Fort Benton (Wyoming, �tats-Unis).</p><p>On conna�t �galement des couches et poches de kaolin (Provins, Dordogne, etc.). En dehors des argiles d�origine s�dimentaire, certaines sont en relation avec des �manations (vapeur d�eau et autres gaz) de la profondeur. Ces argiles de g�tes hydrothermaux sont souvent tr�s pures ; elles se rencontrent au voisinage de filons traversant des roches �ruptives ou m�tamorphiques.</p><p>Les grands gisements de kaolin de Bretagne (Pl�met, Ploemeur), de bentonite de Lalla Maghnia (Alg�rie) appartiennent � ce type de g�te.</p><p>Les utilisations</p><p>L�utilisation des ocres (argiles riches en oxydes de fer), des argiles et roches argileuses pour la poterie, la c�ramique, la fabrication des briques et tuiles n�est pas nouvelle et remonte � la plus haute antiquit�. Les kaolins utilis�s pour la confection de la porcelaine sont, en outre, des mat�riaux r�fractaires supportant de fortes temp�-</p><p>ratures (1 500 �C) sans s�affaisser, qui servent � la fabrication de briques de four. Les argiles (surtout les montmorillonites) sont �galement employ�es dans l�industrie p�troli�re (au niveau du raffinage et aussi pour la stabilisation des boues inject�es dans les forages), dans l�industrie nucl�aire (fixation et stockage de d�chets radioactifs), l�industrie pharmaceutique (utilisation d�attapulgite comme support de m�dicaments), l�industrie de la papeterie (augmentation de l�opacit� des papiers) et naturellement dans celle de la cimenterie (le ciment �tant fabriqu� � partir d�un m�lange de calcaire et d�argile). On remarque ainsi la diversit� de l�emploi des argiles.</p><p>M. S.</p><p>B R. E. Grimm, Clay Mineralogy (New York, 1953). / G. Brown (sous la dir. de), The X Ray Identification and Crystal Structures of Clay Minerals (Londres, 1961). / G. Millot, G�ologie des argiles (Masson, 1964).</p><p>argon</p><p>F GAZ INERTES.</p><p>argots</p><p>Ensemble de mots employ�s et compris uniquement dans certains groupes restreints, et dont l�utilisation d�note justement l�appartenance � ces milieux. En principe, on distingue les argots proprement dits (de la p�gre) et les argots professionnels. Dans la pratique, les limites sont parfois difficiles � tracer.</p><p>Langage et groupes</p><p>sociaux</p><p>La langue varie dans le temps et dans l�espace. En outre, en un m�me temps et lieu, elle prend diverses formes en fonction des couches et des groupes sociaux qui l�utilisent. Alors que ces variations peuvent d�une mani�re g�-</p><p>n�rale affecter �galement la syntaxe, l�argot, lui, ne se diff�rencie de la langue commune que par le vocabulaire. � partir du XVIe s., on rencontre dans tous les pays des argots criminels : Les groupes qui ont des argots se d�finissent par un certain nombre de traits communs : leurs membres sont li�s par une certaine solidarit� ; ils ont affaire � une soci�t� plus large qui leur est hostile. Le caract�re primitivement secret de l�argot est li� � un besoin de d�fense face � la police (argot criminel), aux passants (argot des mendiants), � l�administration (argot des grandes �coles), aux sup�rieurs (argot militaire). Le sentiment de solidarit� a �galement pour cons�quence l�utilisation de l�argot comme signe de reconnaissance et d�appartenance au groupe.</p><p>Ainsi, quand certains mots argotiques sortent de leur milieu et passent dans la langue commune, ils y gardent une nuance affective en rapport avec leur origine, avec le d�cri des groupes qui les utilisaient. Le lien �troit qui existe entre certaines microsoci�t�s et l�argot est illustr� par l�histoire m�me du mot. D�origine obscure, argot aurait d�abord d�sign� (cette interpr�tation est tr�s controvers�e) la collectivit� des mendiants et des gueux, qui consti-</p><p>tuaient dans les � cours des miracles �</p><p>le � royaume d�Argot �. Par la suite, le terme aurait �t� utilis� pour nommer la langue qu�on y employait. Le lexique de l�argot proprement dit est donc particuli�rement riche en mots concernant la prostitution, la mendicit�, le vol et la tromperie, la justice et la police.</p><p>Argot, sabir et</p><p>pidgin L�argot et</p><p>les langues �trang�res</p><p>L�argot se rapproche des sabirs et des pidgins (v. bilinguisme) : comme eux, il prend souvent naissance aux fronti�res linguistiques, aux limites de parlers diff�rents. En France, on localise un nombre important d�argots en Lorraine, dans le Dauphin� ; de m�me en Italie, au Pi�mont. Mais les sabirs et les pidgins sont des hybrides issus de parlers en contact, et permettant � des individus de langue diff�rente de se downloadModeText.vue.download 331 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>868</p><p>comprendre, soit dans un domaine bien particulier comme le commerce (sabir), soit sur un plan plus g�n�ral (pidgin) ; l�argot, lui, est la forme prise par une seule langue, et il a pour but de se rendre incompr�hensible au non-initi�.</p><p>Aussi les sabirs et les pidgins sont-ils pourvus d�un lexique comprenant les termes les plus courants de la langue ou des langues de base ; contrairement � l�argot, c�est sur la syntaxe, consid�rablement simplifi�e, que porte le travail d��laboration propre aux sabirs et aux pidgins.</p><p>L�argot emprunte peu. Les termes dialectaux entrent dans le lexique argotique en m�me temps qu�arrivent les individus qui les emploient. C�est le cas notamment pour les termes d�origine m�ridionale introduits � Paris par le � milieu � marseillais : nervi, sou-teneur ; castagne, coup ; se cavaler, s�enfuir ; mandale, gifle.</p><p>Les mots provenant d�Afrique du</p><p>Nord ont d�abord p�n�tr� dans l�argot militaire, et ensuite dans l�argot parisien, gr�ce � des truands ayant pass�</p><p>par les bataillons disciplinaires : il en est ainsi pour ca�d, chef de bande ; fissa, vite ; flouze, argent ; bezef, beaucoup ; toubib, m�decin. C�est enfin aux langues �trang�res que l�argot prend les mots d�signant les peuples qui les parlent. Ces termes ont toujours une valeur plus ou moins p�jorative : le comportement linguistique de l�argotier est x�nophobe.</p><p>Argot et</p><p>langue technique</p><p>Comme les vocabulaires techniques, l�argot est souvent utilis� par des personnes exer�ant des activit�s d�termin�es. On peut d�finir les termes de m�-</p><p>tier comme les mots � qui distinguent d�une fa�on pr�cise des choses ou des actions pour lesquelles la langue commune ne poss�de pas de noms �</p><p>(Guiraud). L�argot criminel a ainsi un certain vocabulaire technique destin� � nommer certains aspects d�une activit� sp�cifique : cravate ou serrage, attaque simple, sans armes ; piquage, attaque au couteau ; braquage, attaque avec une arme � feu. La pr�cision de ce vocabulaire s�apparente � la richesse indispensable des termes qui, par exemple, en menuiserie, d�signent les divers types de rabots. L�ignorance des vocabulaires techniques a fait prendre pendant longtemps des termes professionnels pour des mots argotiques.</p><p>Ainsi, il est probable que la plupart des �l�ments de la liste �tablie au proc�s des Coquillards sont uniquement des mots techniques. Au contraire, les mots de l�argot proprement dit ont un caract�re parasitaire, second : chaque terme recouvre un terme de la langue courante et a le m�me sens que lui, mis � part certaines nuances affectives. Les mots argotiques d�signent des notions pour lesquelles la langue commune ou, dans le cas des argots de m�tier, la langue professionnelle ont d�j� des noms. Enfin, s�il est vrai que le vocabulaire technique est souvent inconnu des non-sp�cialistes, son caract�re herm�tique n�est qu�accidentel, alors que celui de l�argot est intentionnel.</p><p>Histoire des argots</p><p>L�existence d�un langage argotique en France est attest�e d�s la fin du</p><p>XIIIe s. ; dans le Jeu de saint Nicolas, Jean Bodel pr�te � trois truands des r�pliques incompr�hensibles, dont le vocabulaire semble conventionnel et secret. Au proc�s des Coquillards, en 1455, l�un des accus�s r�v�le la plupart des mots que les complices utilisent, et qu�on retrouve �galement dans onze ballades attribu�es � Villon ainsi que dans plusieurs passages des � myst�res � de l��poque.</p><p>� la fin du XVIe s. et au XVIIe s., les documents deviennent plus riches : Vie g�n�reuse des mercelots (1596), Jargon de l�argot r�form� (1625), ce dernier fournissant un glossaire qui sera, jusqu�au milieu du XIXe s., revu, corrig� et r��dit� � plusieurs reprises.</p><p>� partir du XIXe s., Vidocq (M�moires et Voleurs, 1828 et 1836), le lexique de Louis Ansiaume et certains auteurs comme Balzac, Hugo, E. Sue apportent une s�rie de t�moignages d�un grand int�r�t.</p><p>Il faut ajouter � cette liste des argots de groupe, parfois encore tr�s vivants : argots scolaires (Polytechnique, Saint-Cyr, grandes �coles � internat), argots militaires, argots des tranch�es en 1914-1918, argots des casernes, argots des prisonniers militaires, argots des sports.</p><p>On est conduit � distinguer deux grandes �poques : une p�riode o� l�argot utilise essentiellement des moyens lexicaux (jusqu�au XIXe s.) ; une p�-</p><p>riode o� le vocabulaire argotique cesse d��tre secret et o� l�on a recours � des syst�mes de codage transfigurant le vocabulaire ordinaire ou le vocabulaire argotique plus ancien qui a perdu son caract�re secret. De nos jours, le mot d�argot ne reste jamais longtemps incompr�hensible aux non-initi�s : il y a une impr�gnation constante de la langue populaire par l�argot, notamment � Paris. Mais une quarantaine seulement des 5 000 termes que l�argot a cr��s sont pass�s dans la langue courante ; par exemple : abasourdir, ama-douer, boniment, dupe, grivois, gueux, matois, polisson, toc, truc.</p><p>Les proc�d�s de l�argot</p><p>L�argot est expressif</p><p>Pour cr�er des mots, l�argot utilise en les syst�matisant certains proc�d�s de la langue populaire. Comme cette derni�re, l�argot cherche les renforcements expressifs fond�s sur la substitution du concret � l�abstrait : en avoir gros sur la patate, �tre tr�s m�content ; avoir quelqu�un dans le nez, le d�tester. De m�me, on d�signe un objet ou une notion en utilisant comme nom l�adjectif qui exprime l�une des qualit�s que l�on pr�te � cet objet ou � cette notion. La montre est la tocante ; le coeur, le battant ou le palpitant ; le juge, le curieux ; l�avocat, le bavard. �</p><p>d�faut, on substitue � un mot d�signant quelqu�un ou quelque chose un autre terme ayant avec la personne ou l�objet d�sign� un trait commun : jambes</p><p>= quilles ; t�te = pomme ; poitrine =</p><p>coffre.</p><p>Certains traits phon�tiques de l�argot ont une valeur expressive, eux aussi : on y trouve en abondance des mots commen�ant par gn-, alors que dans la langue courante ce son ne figure pratiquement jamais � l�initiale.</p><p>L�argot utilise un syst�me de</p><p>relais</p><p>Ce syst�me permet de substituer � une forme un mot qui lui ressemble phon�tiquement, mais qui n�a pas � l�origine le m�me sens, et on passe ainsi d�un terme � son paronyme, puis on substitue � ce dernier tous les mots qui ont le m�me sens et les mots qui entretiennent avec lui certaines relations s�mantiques. Ainsi la locution imag�e �tre dans les lacs (les lacets) est interpr�t�e en �tre dans le lac. La m�tonymie permet alors de substituer l�effet � la cause (�tre mouill�), puis la cause � l�effet (�tre dans le bain). De m�me rouait, rouan, rouaud, d�riv�s de roue (chambre de justice) se voient substituer, gr�ce � l�identit� (parony-mie) de la premi�re syllabe, roussin (� l�origine un des noms du cheval), puis tous ses synonymes : bourrique, cagne, poulet. L�homonymie poulet (cheval) et poulet (volaille) entra�ne hirondelle, perdreau, etc.</p><p>Le codage des formes</p><p>Sur ce syst�me de relais se greffe souvent le codage des formes, qui peut intervenir �galement de mani�re autonome. La troncation peut entra�ner la suppression du d�but du mot (cipal pour municipal) ou de la fin (Saint-Laz pour Saint-Lazare). Exceptionnellement, on a des mots valises (r�unions de deux mots, le premier ne gardant que son d�but, le second sa fin) : ra-tiboiser vient de ratisser et emboiser (tromper) ; cambrousse vient de campagne et de brousse.</p><p>L�argot utilise aussi un ensemble de suffixes qui inclut ceux de la langue courante, mais aussi quantit� d�autres qui lui sont particuliers : -zigue (me-zigue = me), -orgues (nousorgues =</p><p>nous), -oche (valoche = valise), -dingue (sourdingue = sourd), -abre (seu-labre = seul), -muche (argomuche =</p><p>argot), -go (icigo = ici), -ignard (mo-mignard = mome).</p><p>Suffixation et troncation peuvent se combiner : suffixation apr�s troncation dans calcif (cale�on), chapal (chapeau) [argot lyc�en] ; troncation apr�s suffixation dans dingue, venant de loufdingue, ou louf (largonji de fou).</p><p>L�anagramme, ou inversion des lettres, a �t� utilis�e sporadiquement par l�ancien argot, syst�matiquement par les largonji, les loucherbem, les javanais. Le largonji (de jargon) supprime la premi�re consonne ou la premi�re syllabe, qu�il reporte g�n�ralement en finale en la soutenant au besoin par une voyelle d�appui ; en principe, � sa place, � l�initiale, on fait appara�tre la consonne l-. Le loucherbem (de boucher) ajoute le suffixe -em. La suffixation et la troncation d�forment ensuite les mots de largonji et loucherbem.</p><p>downloadModeText.vue.download 332 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>869</p><p>Le javanais change la forme des</p><p>mots en introduisant -av-, et tire son nom de jave = je. Enfin, de nos jours, l�argot utilise de plus en plus la simple inversion de syllabes (dreauper � partir de perdreau, Lontou � partir de Toulon) ou de consonnes (lopice pour police).</p><p>L�originalit� de l�argot r�side dans ses proc�d�s morphologiques et non dans l�utilisation stylistique qu�on peut en faire en litt�rature ; les valeurs affectives des mots argotiques (trivia-lit� associ�e selon les circonstances � la franchise ou au contraire � l�abjec-tion) sont li�es non � ce langage lui-m�me, mais � la condition de ceux qui l�emploient.</p><p>J.-B. M.</p><p>B L. Sain�an, l�Argot ancien (Champion, 1907) ; les Sources de l�argot ancien (Champion, 1912 ; 2 vol.). / G. Esnault, le Poilu tel qu�il se parle (De Boccard, 1920) ; Dictionnaire historique des argots fran�ais (Larousse, 1965).</p><p>/ A. Dauzat, les Argots (Delagrave, 1928). /</p><p>Dr J. Lacassagne et P. Devaux, l�Argot du milieu (A. Michel, 1948). / P. Guiraud, l�Argot (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1956 ; 2e �d., 1958). /</p><p>A. Boudard et L. �tienne, la M�thode � Mimile (La Jeune Parque, 1970).</p><p>Arhlabides ou</p><p>Aghlabides</p><p>Dynastie arabe d�Afrique du Nord (IXe s.).</p><p>Les origines</p><p>Fond� en l�an 800, le royaume des Arhlabides englobe les territoires correspondant � la Tunisie actuelle et � la plus grande partie du d�partement de Constantine.</p><p>Son fondateur, Ibr&#x101;h&#x12B;m ibn al-</p><p>Arhlab, arrive en Ifr&#x12B;qiya en 799 pour mater une r�bellion contre l�impo-pulaire gouverneur �abb&#x101;sside ibn Maq&#x101;til. H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d lui accorde en juillet 800 l�investiture pour diriger l�Ifr&#x12B;qiya, dont l��loignement de Bagdad et la turbulence de la population rendent difficile l�administration directe. Ibr&#x101;h&#x12B;m Ier prend officiellement le titre d��mir. L�Ifr&#x12B;qiya n�est d�sormais plus une province de l�Empire</p><p>�abb&#x101;sside, mais simplement un �tat vassal. L��mir tient en principe son autorit� du calife, auquel il envoie chaque ann�e des pi�ces d�or frapp�es � cet effet. En fait, l��mirat devient rapidement h�r�ditaire et Ibr&#x101;h&#x12B;m Ier transmet le pouvoir � ses propres enfants.</p><p>Le gouvernement et l�administration</p><p>arhlabides</p><p>Pour gouverner le Maghreb oriental, les Arhlabides s�inspirent du r�gime</p><p>�abb&#x101;sside. Ils ne s�appuient pas sur l�aristocratie arabe et prennent leurs auxiliaires parmi les princes du sang ou parmi les petites gens, clients, domestiques priv�s, eunuques, et m�me parmi les chr�tiens. Le gouvernement comprend un vizir, un chambellan � la fois huissier et chef militaire, un ma�tre de postes qui est en m�me temps le chef de police et plusieurs secr�taires.</p><p>Mais ces personnages sont tout au plus des commis de l��mir, qui d�tient la r�alit� du pouvoir. Les t�ches administratives (correspondance, lev�e des imp�ts, service de sceau) sont confi�es � des fonctionnaires sans grande influence. Exception est faite pour la justice, dirig�e par le cadi de Kairouan, personnage particuli�rement puissant et dont les collaborateurs sont remarquables tant par leur conscience que par leur savoir. L�administration locale est dirig�e par des gouverneurs de province, qui exercent leur autorit� sous le contr�le de l��mir.</p><p>En dehors des collaborateurs di-</p><p>rects du prince arhlabide, le corps des fonctionnaires se recrute essentiellement parmi les Arabes, qui, dans l�Ifr&#x12B;qiya du IXe s., repr�sentent environ 100 000 �mes.</p><p>Les Arhlabides laissent une r�putation de bons administrateurs. Ils font construire de nombreux r�servoirs et aqueducs, contribuant ainsi � la prosp�-</p><p>rit� �conomique du pays. Toutefois, les imp�ts arhlabides sont lourds, et leur perception pr�te � tous les abus. Outre les imp�ts coraniques, tous les habitants y compris les musulmans doivent payer d�autres contributions comme le khar&#x101;dj (imp�t foncier) et les taxes sur les march�s et la circulation des denr�es. Cette situation, aggrav�e par les exactions des fonctionnaires, provoque le m�contentement de la population.</p><p>Le peuple d�Ifr&#x12B;qiya</p><p>sous les Arhlabides</p><p>Compos�e essentiellement de Berb�res, en majorit� islamis�s, la population</p><p>compte aussi des chr�tiens convertis de longue date, d�sign�s alors sous le nom d�Africains (Af&#x101;riq). Dans les villes vivent des juifs, qui constituent une �lite intellectuelle. Chr�tiens et juifs cohabitent avec les musulmans dans un climat de tol�rance et d�entente. Il existe par contre une inimiti� entre les Arabes et les Berb�res musulmans.</p><p>La vie religieuse</p><p>sous les Arhlabides</p><p>Au VIIIe s., l�Ifr&#x12B;qiya a travers� une crise d�asc�tisme. Ce mouvement</p><p>s�accentue au d�but du IXe s. De nombreux musulmans se retirent du monde et font retraite dans les rib&#x101;ts, sorte de couvents fortifi�s, tels ceux de Sousse et de Monastir. Cependant, � partir de 830, sous l�influence de l�Iraq, l�asc�tisme fait place � la controverse, et l�Ifr&#x12B;qiya devient un foyer th�ologique tr�s actif. Des Arabes, notamment de Kairouan, partent pour l�Iraq ou pour M�dine en qu�te de science et de savoir. Ils reviennent ensuite faire des pros�lytes dans leurs pays, et se constituent en classe de savants, th�ologiens et juristes. Leur influence sur la population est d�autant plus grande qu�ils jouissent d�une solide r�putation d�int�grit�. Au surplus, nombre d�entre eux exercent des m�tiers divers (potiers, briquetiers, commer�ants) qui les mettent en contact direct avec le peuple. Ils repr�sentent donc une force avec laquelle l��mir doit compter. Leurs discussions passionnent le public. Parmi eux se trouvent des adeptes du mu�tazilisme, �cole rationaliste qui consid�re que les concepts orthodoxes affirmant l��ternit� du Coran et la pr�destination de l�homme sont incompatibles avec l�unicit� et la justice de Dieu. Toutefois, les orthodoxes repr�sentent la majorit� des ul�mas (docteurs de la loi). Ils sont divis�s en deux fractions. La premi�re se r�clame de l��cole &#x1E25;&#x101;nafite, le rite orthodoxe le moins rigide de l�isl&#x101;m issu de l�im&#x101;m Ab&#x16B; &#x1E24;an&#x12B;fa (� v. 767). La seconde et la plus importante se r�clame du mal�kisme, rite beaucoup plus s�v�re, hostile aux interpr�tations rationnelles, d� � l�im&#x101;m M&#x101;lik ibn Anas (�</p><p>795). Introduit en Ifr&#x12B;qiya par le grand cadi Asad ibn al-Fur&#x101;t, le mal�kisme triomphe gr�ce � l�im&#x101;m Sa&#x1E25;n&#x16B;n. Ce</p><p>rite s�adapte parfaitement � la mentalit� berb�re, et l�emporte d�finitivement � la fin du IXe s. sur le &#x1E25;&#x101;nafisme dans toute l�Afrique du Nord.</p><p>Pour asseoir leur autorit� sur</p><p>l�Ifr&#x12B;qiya, les �mirs arhlabides se rallient au mal�kisme et recrutent les puissants cadis de Kairouan parmi les disciples de M&#x101;lik.</p><p>Les �mirs arhlabides</p><p>Au demeurant, les discussions th�ologiques ne les passionnent pas outre mesure. Ils pr�f�rent mener, selon le go�t de Bagdad, une vie raffin�e, au milieu des musiciennes, des mignons, des po�tes et des bouffons.</p><p>Ces �mirs sont aussi des constructeurs. Ils �difient des villes, des palais, des rib&#x101;&#x1E6C;s et des mosqu�es. Les plus c�l�bres sont le palais al-Ka&#x1E63;r al-Qa-dim, �lev� par Ibr&#x101;h&#x12B;m Ier (800-812) � une lieue de la capitale, la ville de Raqq&#x101;da, construite par Ibr&#x101;h&#x12B;m II (875-902) � 9 kilom�tres de Kairouan, les rib&#x101;&#x1E6C;s de Sousse et de Monastir, les grandes mosqu�es de Tunis, Sousse, Sfax et Kairouan.</p><p>La chute des Arhlabides</p><p>Mais les exactions des fonctionnaires, ajout�es au faste et � la d�bauche de la Cour, ne sont pas sans provoquer le m�contentement d�une population par trop puritaine. Au surplus, la milice arabe ne constitue pas un appui s�r pour le r�gime. C�est pour d�tourner son activit� belliqueuse contre la dynastie que l��mir Ziy&#x101;dat All&#x101;h Ier (817-838) la lance en 827 contre la Sicile, sous la direction du grand cadi Asad ibn al-Fur&#x101;t. Palerme est occup�e en 831, Messine en 843, mais la conqu�te de l��le n�est achev�e qu�au d�but du Xe s.</p><p>sous Ibr&#x101;h&#x12B;m II. Ce succ�s ne consolide pas pour autant le r�gime arhlabide. Affaibli par une guerre lointaine, priv� du djund (troupe permanente au service de l��mir) et des garnisons de fronti�res, auxquels on substitue une garde pr�torienne noire plus fid�le � la dynastie, le r�gime arhlabide ne r�siste pas aux contingents berb�res Kut&#x101;ma que le missionnaire ch&#x12B;�ite Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h lance contre Ziy&#x101;dat All&#x101;h III (903-909). Celui-ci s�enfuit en Orient,</p><p>abandonnant l�Ifr&#x12B;qiya aux ch&#x12B;�ites, qui fondent le r�gime f&#x101;&#x1E6C;imide.</p><p>H. M. A.</p><p>B E. F. Gautier, l�Islamisation de l�Afrique du Nord. Les si�cles obscurs du Maghreb (Payot, downloadModeText.vue.download 333 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>870</p><p>1927). / M. Vonderheyden, la Berb�rie orientale sous la dynastie de Beno��l-Arlab (Geuthner, 1927). / G. Mar�ais, la Berb�rie musulmane et l�Orient au Moyen �ge (Montaigne, 1946).</p><p>arianisme</p><p>F ARIUS.</p><p>aride (domaine)</p><p>Ensemble des r�gions caract�ris�es par l�indigence des pr�cipitations et la faible densit� du couvert v�g�tal.</p><p>Le domaine aride appara�t en fait fort divers : il inclut aussi bien des d�serts tropicaux o� le gel, s�il n�est pas inconnu, est rare, que des d�serts continentaux � des latitudes parfois �lev�es (Asie centrale) o� le gel est un facteur essentiel de la morphogen�se.</p><p>Il englobe � la fois des r�gions hyperarides, comme le Sahara, o� les pr�cipitations sont exceptionnelles, et des r�gions � aridit� saisonni�re comme le Sahel africain, o� les pluies tombent, en faible quantit� certes, mais plus ou moins r�guli�rement chaque ann�e.</p><p>Ainsi compris, les milieux arides couvrent pr�s du tiers de la surface des terres.</p><p>Malgr� les multiples nuances qu�on ne peut manquer de noter dans un domaine aussi vaste, une parent� certaine des traits essentiels de la g�omorphologie de toutes les r�gions arides s�impose n�anmoins : partout le m�me contraste entre d�immenses plaines en pente douce remarquablement planes et des reliefs vigoureux, m�me lorsqu�ils sont modestes ; partout aussi les m�mes parois rocheuses abruptes, les m�mes tabliers d��boulis, les m�mes �tendues pierreuses d�sol�es, la m�me</p><p>maigreur des sols squelettiques ; partout encore les m�mes lits d�mesur�s de cours d�eau le plus souvent � sec.</p><p>En revanche, le model� �olien, avec de vastes champs dunaires, n�est vraiment caract�ristique que des r�gions les plus arides.</p><p>Ainsi, il existe un model� aride, dont l��tude peut �tre regroup�e autour de trois th�mes : le model� des reliefs, le model� des pi�monts et des plaines, le model� �olien.</p><p>Le model� des reliefs</p><p>Qu�il s�agisse de massifs montagneux comme le Hoggar ou de cha�nes squelettiques comme l�Atlas saharien, ou encore de simples buttes isol�es (In-selberge), les reliefs sont caract�ris�s avant tout par la raideur des pentes.</p><p>Les corniches calcaires, quartzitiques ou gr�seuses, sont le plus souvent sub-verticales ; les flancs des d�mes cristallins, guid�s par des diaclases courbes, d�passent couramment 45�. Si pouss�e que soit l��volution, les versants conservent leur raideur. C�est bien l� un trait dominant de la g�omorphologie aride.</p><p>Un examen minutieux de ces parois rocheuses montre qu�elles s�usent lentement par des processus essentiellement m�caniques : desquamation et d�sagr�gation granulaire des roches grenues ; thermoclastie, dont on discute de l�efficacit� ; g�lifraction, surtout active dans les d�serts froids. Toutes ces actions creusent des alv�oles et des taffoni dans les roches cristallines et les gr�s, d�mant�lent des pinacles et des clochetons dans les roches tabulaires, rongent des chicots ruiniformes et des cr�tes d�chiquet�es dans les roches redress�es. Les d�bris grossiers vont s�accumuler au pied des versants en des talus d��boulis de pente accus�e (30 � 40�). Les sables sont balay�s par les eaux qui ruissellent apr�s les averses brutales, accessoirement par le vent. Sables et �boulis viennent encombrer le lit des oueds, que fr�-</p><p>quentent occasionnellement des crues violentes susceptibles d�emporter en quelques heures des masses consid�-</p><p>rables de d�bris.</p><p>Les roches meubles sont vigoureusement �rod�es par le ruissellement, qui, lorsque les mat�riaux sont assez fins pour qu�il puisse les prendre en charge, creuse des r�seaux tr�s ramifi�s et bien hi�rarchis�s de ravins en miniature, les bad lands. Ce contraste entre la rapide usure des roches meubles et la lenteur du recul des parois rocheuses explique la particuli�re nettet� des formes structurales. Les roches coh�-</p><p>rentes sont nettoy�es minutieusement sans subir la moindre entaille : les surfaces structurales, notamment les hamadas subhorizontales, y atteignent de ce fait une perfection inconnue ailleurs. Les escarpements monoclinaux y sont caract�ris�s par des corniches vigoureuses et des profils tendus. Les moindres nuances lithologiques sont mises en valeur sous forme de replats ou, sur le flanc des anticlinaux, de chevrons finement cisel�s.</p><p>Tous ces traits s�expliquent par la pr�pond�rance de deux processus.</p><p>La d�sagr�gation m�canique</p><p>des roches</p><p>L�eau n�est pas absente : aux averses sporadiques s�ajoutent en effet les ros�es abondantes que provoque le brusque refroidissement nocturne.</p><p>Mais elle ne s�journe pas assez longtemps dans les roches pour y exercer une action chimique pouss�e. Elle p�-</p><p>n�tre par les fissures que lui ouvrent les tensions m�caniques li�es aux amples variations thermiques, que favorisent la s�cheresse de l�air et le manque de protection des roches. Son action est essentiellement m�canique : �clatement par le gel ; gonflement des min�raux hygrophiles ; pression d�ploy�e par la cristallisation des sels. L�action chimique n�est pourtant pas n�gligeable : on note sur la face interne des �cailles de desquamation un d�but d�alt�ration argileuse de type montmorillonitique. Mais cette attaque d�passe rarement le stade d�une simple dissolution, dont les vermiculures dues � la ros�e constituent un exemple original. Les substances dissoutes ne sont jamais entra�n�es bien loin : ainsi s�expliquent les patines et vernis, qui sont des pr�cipitations souvent riches en fer et en mangan�se d�pos�es � la surface de la roche par �vaporation.</p><p>Ainsi s�expliquent aussi les cro�tes et les encro�tements calcaires ou gypseux qui se forment � faible profondeur, et qui t�moignent de migrations verticales, par infiltration ou �vaporation, et lat�rales des solutions.</p><p>Le ruissellement</p><p>Bien que sporadique, il est tr�s actif.</p><p>La brutalit� des rares averses le favorise, ainsi que la maigreur des sols, la faible densit� de la couverture v�g�tale et la raideur des pentes. Diffus dans le haut du versant, il tend � se concentrer vers le bas ; mais, le plus souvent, les d�bris grossiers qui tapissent les roches meubles au pied des corniches l�en em-p�chent, et, lors des grosses averses, la base des versants peut �tre balay�e par un ruissellement en nappe.</p><p>Le model� des pi�monts</p><p>et des plaines</p><p>Pi�monts et plaines sont d�une extr�me platitude. Du pied des reliefs qui les dominent brutalement, ils s�inclinent avec des pentes de plus en plus faibles en direction de vastes zones d��pandage parfois occup�es par des nappes d�eau plus ou moins temporaires.</p><p>Les auteurs am�ricains ont d�crit depuis longtemps ces formes dans les r�gions arides du sud-ouest des �tats-Unis. Ils y ont d�fini le p�diment, aplanissement en roche cristalline fa�onn� au pied d�un versant abrupt, auquel il se raccorde par une concavit� accus�e ou m�me par un angle net, le knick ; parfois, cet angle est masqu� par un c�ne d�tritique convexe, la bajada.</p><p>Plus ou moins loin vers l�aval, le p�diment dispara�t sous une surface d�accumulation, la playa. En France, on a pris l�habitude de d�signer des formes identiques, mais fa�onn�es en roche s�dimentaire tendre, du nom de glacis. Lorsque p�diments et glacis se d�veloppent au pied de reliefs o� aucun organisme hydrographique concentr� ne s�est constitu�, ils sont parfaitement plats ; dans le cas contraire, ils sont form�s de multiples c�nes surbaiss�s, accol�s les uns aux autres, et p�n�trent parfois au sein de la montagne en des sortes de golfes (les embayments de la terminologie am�ricaine).</p><p>P�diments et glacis sont des formes d��rosion, tronquant la roche sur laquelle ils sont model�s. Mais, le plus souvent, celle-ci est masqu�e par une pellicule d�tritique, parfois discontinue, parfois �paisse de plusieurs m�tres. Tr�s h�t�rom�triques, angu-leux, peu structur�s au voisinage des reliefs, les �l�ments de ces couvertures tendent vers l�aval � s�amenuiser, � s��mousser et � se disposer en lentilles t�moignant d�un certain triage.</p><p>Leur nature alluviale ne fait donc pas de doute.</p><p>La gen�se des p�diments et des glacis donne cependant lieu � une vive controverse : pour certains, le p�diment na�t du recul des versants parall�lement � eux-m�mes ; la rupture de pente brutale entre le versant et le p�diment s�expliquerait par le fait que la roche se d�sagr�ge directement en sable, que le ruissellement peut prendre en charge sur des pentes tr�s faibles. Un tel processus n�est donc concevable que pour des roches sensibles � la d�sagr�gation granulaire. Mais, m�me dans ce cas, il para�t � bien des auteurs incapable de r�aliser un aplanissement parfait ; d�ailleurs, il subsiste souvent � l�avant du versant des asp�rit�s qui ne sont r�-</p><p>duites qu�ult�rieurement. D�autres insistent sur l��rosion lat�rale des oueds, qui, arrivant fortement charg�s au d�-</p><p>bouch� des montagnes, d�posent leurs d�bris les plus grossiers en des c�nes �tal�s, et divaguent sans pouvoir inciser leur lit mais en sapant leurs berges.</p><p>Dans cette hypoth�se, le glacis se forme par planation lat�rale, ce qui ne peut se concevoir que dans des roches faiblement r�sistantes. Une troisi�me explication fait appel aux �coulements downloadModeText.vue.download 334 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>871</p><p>en nappe. Les auteurs am�ricains ont accord� une grande importance au sheet-flood : il s�agit d�un �coulement turbulent qui s��tale au sortir d�une montagne en une lame d�eau �paisse d�une trentaine de centim�tres au maximum, s�avan�ant � grande vitesse, charriant une masse �norme de d�bris.</p><p>Le sheet-flood appara�t brusquement apr�s un violent orage, dure quelques minutes et s��puise rapidement. Mais s�il est capable d�entra�ner un mat�riel grossier, c�est toujours sur une courte distance, et c�est un ph�nom�ne rare et toujours limit� dans l�espace. D�autres attribuent donc le r�le essentiel au ruissellement diffus, dont les innombrables filets instables finissent par balayer l�ensemble de la surface du glacis ; c�est sans doute un processus beaucoup plus g�n�ral, mais sa comp�tence est aussi beaucoup plus limit�e.</p><p>Finalement, si les divers processus envisag�s permettent de comprendre l�ablation en roche tendre, on imagine mal quel processus est susceptible d�aplanir des roches coh�rentes. C�est pourquoi nombre d�auteurs pensent que le p�diment est fa�onn� par les processus arides sur une roche pr�alablement ameublie par une alt�ration biochimique imputable � une phase climatique ant�rieure plus humide.</p><p>Les mat�riaux, g�n�ralement fins, qui transitent sur les glacis et les p�-</p><p>diments, vont s�accumuler dans des d�pressions rigoureusement plates, le plus souvent ferm�es. Dans leur partie la plus basse, elles sont fr�quemment occup�es par des lacs temporaires, dans lesquels les argiles et limons se d�cantent et se m�lent aux sels apport�s en solution, et qui pr�cipitent par �vaporation. Ces cuvettes salines, les garaas et sebkhas d�Afrique du Nord, les kewirs d�Iran, les takyrs d�Asie centrale, les bols�ns, salinas et salars d�Am�rique latine, pr�sentent des aspects vari�s : dans certaines (garaas et takyrs), le sel provenant uniquement des �coulements superficiels n�est pas tr�s abondant et accro�t la r�sistance de l�argile ; lorsque celle-ci se dess�che, il s�y d�veloppe des fentes de retrait d�limitant des polygones r�guliers qui n�offrent pas de prise au vent. Dans d�autres (sebkhas), le lac est essentiellement aliment� par une nappe sal�e souterraine, dont le niveau oscille en fonction de l�intensit� de l��vaporation.</p><p>Chlorures et sulfates s�y accumulent en abondance sous forme d�efflorescences, de vases ou de cro�tes reposant sur des limons et argiles plus ou moins gorg�s d�eau et riches en cristaux d�li-</p><p>quescents. En p�riode d�ass�chement, le sel, en cristallisant, laboure litt�ralement les argiles, qui deviennent pulv�-</p><p>rulentes et tr�s sensibles � la d�flation �olienne. La d�pression tend donc � se creuser, et les produits de la d�flation vont s�accumuler sur la rive sous le vent en des petites dunes en croissant, les dunettes.</p><p>Mais si les apports d�tritiques sont abondants, la d�flation ne parvient � en exporter qu�une partie, et le niveau de la d�pression s��l�ve. La playa tend donc � gagner sur les p�diments. Dans les d�serts froids, en Asie centrale par exemple, la g�lifraction est si intense que les oueds, fortement charg�s, remblaient d�s le d�bouch� des montagnes et construisent de vastes plaines d�ennoyage. C�est aussi la forte activit� du gel au-dessus de 4 000 m dans les Andes qui explique les �normes accumulations de pi�mont qui flanquent cette cha�ne, m�me aux latitudes tropicales.</p><p>Le model� �olien</p><p>L�image du d�sert est souvent associ�e pour le profane � celle des dunes. De fait, c�est bien dans les r�gions arides que les champs dunaires, les ergs, atteignent les plus vastes dimensions et la plus grande richesse de formes. Tant�t ce sont des accumulations modestes plus ou moins isol�es : telles sont les nebkas et rebdous, accroch�es � des touffes de v�g�tation, et les barkhanes, dunes libres en forme de croissant, dont la convexit�, en pente douce, est tourn�e face au vent. Mais, le plus souvent, les dunes sont group�es de fa�on plus ou moins complexe : les barkhanes juxtapos�es forment des cordons en W orient�s transversalement au vent ; par �tirement d�une extr�mit�, les barkhanes finissent par constituer des dunes longitudinales ourl�es de concavit�s. Ces cordons ac�r�s et plus ou moins sinueux sont appel�s siouf (sing.</p><p>sif) au Sahara. Ils se compliquent souvent de cr�tes secondaires divergeant � partir de pyramides � flancs raides, les ghourd, qui peuvent d�passer 300 m de commandement. Des couloirs, les feidj, ou gassi, s�parent les dunes : lorsqu�ils sont larges, comme dans le T�n�r�, ils facilitent la circulation ; mais souvent</p><p>des siouf lat�raux les cloisonnent en alv�oles, comme dans le Dacht-i L&#x16B;t iranien. Dans certains cas, l�accumulation dunaire est irr�guli�re, confuse, sans orientation dominante : tels sont les akl� de Mauritanie.</p><p>La morphologie dunaire a ins-</p><p>pir� une abondante litt�rature. Les barkhanes ne donnent pas lieu � discussion : le sable, entra�n� par le vent sur la pente douce de la convexit�, retombe dans le creux de la concavit� ; ainsi la dune se d�place dans le sens du vent dominant, de quelques dizaines de m�tres par an en moyenne. L�interpr�tation des champs dunaires, en revanche, reste controvers�e : suivant L. Aufr�re, les dunes longitudinales sont des reliefs r�siduels, le vent dominant creusant par d�flation des couloirs dans la masse sableuse, tandis que les vents secondaires mod�lent les cr�tes obliques. Pour R. A. Bagnold, les dunes longitudinales sont au contraire construites : les vents dominants �difient des barkhanes, que les vents forts occasionnels et orient�s diff�remment d�forment en allongeant une corne.</p><p>En fait, il semble que le vent agisse � la fois par d�flation et accumulation suivant le d�tail du model� dunaire lui-m�me, qui provoque de multiples convergences et divergences des filets d�air. De plus, le relief du soubassement n�est pas sans effet : certains couloirs correspondent � d�anciennes vall�es, et les plus grandes dunes ont peut-�tre une armature rocheuse.</p><p>Quoi qu�il en soit tous les auteurs s�accordent � reconna�tre que le model� dunaire des ergs n�est qu�un remaniement sur place de vastes �pandages sableux : le vent s��puise � remodeler ind�finiment des dunes qu�il ne parvient pas � d�placer.</p><p>L�origine des sables dunaires est vari�e : pour une part, ils proviennent de la d�flation, dont le r�le n�est pas n�gligeable. En prenant en charge des d�bris fins, le vent contribue � nettoyer les anfractuosit�s des parois rocheuses des produits de leur d�sagr�gation ; avec l�aide du ruissellement, il creuse des cuvettes hydro-�oliennes autour des sebkhas ; il assure un triage des �pandages et des sols squelettiques des</p><p>surfaces planes, qu�il transforme en �tendues caillouteuses, ou regs. Pour une autre part, le sable dunaire est le r�sultat de la corrasion, exerc�e par le vent arm� de grains de sable. Peu efficace sur les roches coh�rentes, qu�elle parvient seulement � strier ou � polir, cette action peut creuser des alv�oles dans les roches faiblement r�sistantes, et ronger le pied de rochers en leur donnant une forme de champignon ; mais c�est surtout dans les roches tendres, les argiles en particulier, que l�on a d�crit les formes les plus �videntes de l��rosion �olienne : les yardangs, sillons qui peuvent �tre profonds, allong�s dans le sens du vent et s�par�s par de petites buttes au profil a�rodynamique.</p><p>Mais l�essentiel du sable des ergs provient d��pandages fluviatiles h�rit�s de phases climatiques plus humides.</p><p>De nombreux indices t�moignent en effet de modifications climatiques r�p�t�es dans l��volution r�cente des d�serts. C�est ainsi que bien des �boulis qui tapissent le pied des parois rocheuses sahariennes ont �t� mis en place sous un climat � la fois plus frais et plus humide, ayant permis une g�lifraction plus active qu�actuellement.</p><p>C�est ainsi �galement que les grands chotts du Sud tunisien ont connu deux �pisodes lagunaires au cours du Qua-downloadModeText.vue.download 335 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>872</p><p>ternaire, par suite d�une suralimentation des glands appareils art�siens auxquels ils sont li�s (et non, comme on l�a longtemps pr�tendu, par une invasion marine du bas Sahara). C�est encore par des alternances climatiques que s�expliquent les glacis d��rosion �tag�s, que l�on a signal�s en particulier en Afrique du Nord : des phases de planation, correspondant � des � plu-viaux � relativement frais et humides, et des phases plus arides de creusement se sont succ�d� � plusieurs reprises au cours du Quaternaire.</p><p>Ainsi, c�est pendant les phases humides que la morphogen�se a �t� la plus active. Les d�serts hyperarides actuels �voluent si lentement qu�ils</p><p>sont comme fig�s. Dans les r�gions semi-arides, l�efficacit� des processus est plus grande, d�autant plus grande que les averses sont plus concentr�es et plus brutales, et que le gel est plus fr�quent. Car c�est bien l�eau qui est l�agent essentiel du model� des r�gions arides.</p><p>R. L.</p><p>aridit�</p><p>Indigence en eau, mesur�e au sol et dans l�atmosph�re.</p><p>Les deux milieux r�agissent l�un sur l�autre. L��vaporation du sol et la transpiration des plantes fournissent de la vapeur d�eau � l�air, bien que l�eau atmosph�rique provienne normalement d�une source maritime ou lacustre.</p><p>Au-dessus d�une r�gion continentale humide et foresti�re, l�air conna�t de hauts degr�s hygrom�triques (Amazonie int�rieure). Corr�lativement, c�est au-dessus des d�serts que l�air est le plus sec. Les liens sont r�versibles : une atmosph�re humide r�sultant d�une advection maritime, ou simplement de l��vapotranspiration, alimentera le sol en eau, tandis qu�une masse d�air anticyclonique subsidente imposera l�aridit� au substratum.</p><p>L�aridit� se traduit par l�absence d��coulement superficiel (ar�isme), ou par son indigence. Dans ce dernier cas, il y a impossibilit� pour les cours d�eau d�atteindre les mers et oc�ans libres (endor�isme). L�aridit� impose un paysage min�ral d� � l�inexistence ou � la raret� de la v�g�tation, et des formes de relief sp�cifiques (p�diments et glacis d��rosion, d�pressions ferm�es, dont les sebkhas couvertes de sel en phase d�intense �vaporation, surfaces caillouteuses, grandes formations dunaires). Elle r�sulte finalement, au contact des deux milieux �voqu�s plus haut, d�un d�ficit �tabli entre des apports hydriques insuffisants, d�origine atmosph�rique principalement, et des rejets excessifs, � partir du sol et de sa v�g�tation, par �coulement, et surtout �vaporation et transpiration. L�alimentation en eau (pluie � brouillard</p><p>� ros�e) et les processus de rejet �tant</p><p>domin�s par l�allure des temp�ratures, l�aridit� s��tablit donc essentiellement en fonction des divers modes de pr�-</p><p>cipitation, de l��vapotranspiration et des temp�ratures de l�air et du sol.</p><p>Lorsqu�on convient qu�un mois est sec s�il tombe moins de 10 mm de pluie quand la temp�rature moyenne est inf�rieure � 10 �C, ou moins de 25 mm quand elle est comprise entre 10 et 20 �C, etc., on implique que, les pr�cipitations augmentant, l�aridit� est maintenue du fait d�un accroissement des temp�ratures, qui impose celui de l��vaporation.</p><p>Divers indices d�aridit� (ou indices climatiques) ont �t� �tablis dans le but d�exprimer les degr�s de l�aridit� � la surface du globe, ou d��valuer la s�cheresse sur des domaines plus restreints. Ces indices expriment davantage les r�ponses � des pr�occupations, particuli�res � chaque auteur, que des essais de formulation exhaustive de l�aridit�.</p><p>downloadModeText.vue.download 336 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>873</p><p>Les facteurs de l�aridit�</p><p>Les facteurs atmosph�riques</p><p>Le plus important d�entre eux est fourni par les anticyclones. Ceux-ci imposent une stabilit� atmosph�rique qui interdit ou minimise la thermoconvection (v.</p><p>CIRCULATION), et immunise contre la p�-</p><p>n�tration des perturbations pluvieuses.</p><p>L�inhibition pluviom�trique ainsi obtenue est remarquable au-dessus des d�-</p><p>serts chauds, de la banquise arctique et de l�est de l�Antarctide. Un second facteur atmosph�rique se manifeste dans le parall�lisme �tabli entre courants atmosph�riques humides et reliefs montagneux ou c�tiers. Une telle disposition interdit tout effet orographique, au point qu�une r�gion maritime pourra �tre int�gralement soustraite aux pluies si ces conditions se maintiennent toute l�ann�e (cas de la partie la plus orien-</p><p>tale des Somalies, o� les moussons indiennes altern�es demeurent parall�les � son front de mer).</p><p>Les facteurs g�ographiques</p><p>Le parall�lisme des flux et des reliefs rel�ve aussi de ces facteurs. Ceux-ci offrent, en outre, une gamme tr�s �tendue de dispositions : �loignement � l��gard des sources d�humidit� maritime (effet de continentalit�, r�alis� dans le d�sert aralo-caspien) ; pr�sence de barri�res montagneuses interpos�es entre l�oc�an et les r�gions arides (d�o� pi�mont sec des Rocheuses dans le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Texas, d�serts du Turkestan oriental et de Gobi) ; absence de reliefs (maintien de la s�cheresse saharienne autour du massif du Hoggar, o� l�on rel�ve une certaine humidit�) ; pr�sence de hauts sommets qui p�n�trent jusqu�au coeur des couches atmosph�riques s�ches d�altitude (d�serts andins) ; �coulement des courants marins froids. Occasionnant l�inhibition pluviom�trique � peu pr�s totale, tout en assurant � l�air une forte humidit� relative, ces courants marins sont responsables des d�serts c�tiers des latitudes subtropicales (Californie, Chili-P�rou, Sahara et Kalahari atlantiques, Australie occidentale).</p><p>Les facteurs cosmiques</p><p>Ils s�expriment par la radiation solaire. L� o� celle-ci est maximale du fait d�une basse latitude, qui assure l�intensit� des rayons, et d�une suffisante limpidit� de l�air, qui en garantit l�arriv�e jusqu�au sol, intervient une chaleur massive propice � l��vaporation. Les d�serts chauds subtropicaux r�pondent aux conditions exprim�es ci-dessus (Sahara-Arabie, Kalahari, Australie centrale). Or, ils sont justement le si�ge d�une consid�rable �vaporation potentielle. Au demeurant, celle-ci est activ�e par la s�cheresse de l�air, li�e elle-m�me aux hautes pressions caract�ristiques de ces r�gions.</p><p>L�aridit� d�coule en fait, le plus souvent, de la combinaison de ces divers facteurs. La radiation solaire s�associe aux anticyclones* (facteur atmosph�-</p><p>rique) pour donner les d�serts chauds absolus. Les d�serts c�tiers subtropicaux r�sultent � la fois des cou-</p><p>rants froids et de l�action subsidente des bords orientaux d�anticyclones maritimes. � l�effet de continentalit� s�ajoute souvent, en Asie centrale par exemple, celui des barrages montagneux, etc.</p><p>downloadModeText.vue.download 337 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>874</p><p>La r�partition</p><p>g�ographique</p><p>de l�aridit�</p><p>Avec 48 millions de kilom�tres carr�s, le domaine aride occupe � peu pr�s 30 p. 100 des terres �merg�es. On y distingue les r�gions hyperarides, arides et semi-arides, quel que soit le crit�re d�aridit� retenu. Ainsi, par r�f�-</p><p>rence � l�indice deuxi�me mani�re de Martonne, l�hyperaridit� correspond aux valeurs comprises entre 0 et 5.</p><p>La r�partition de l�aridit� � la surface du globe est fondamentalement zonale, abstraction faite des alt�rations azonales dues � l�altitude (Andes), aux courants froids (Chili-P�rou), aux positions d�abri (fr�quentes en domaine tropical). On peut distinguer ainsi l�aridit� subtropicale avec chaleur constante (d�serts chauds : Sahara, Asie occidentale, Kalahari, Australie centrale, etc.), celle des latitudes temp�r�es (domaine aralo-caspien, tr�s chaud en �t�, froid en hiver, d�sert de Gobi, chaud en �t�, tr�s froid en p�riode hivernale) et celle des r�gions arctiques (Grand Nord sovi�tique et canadien avec les mers bordi�res).</p><p>La lutte contre l�aridit�</p><p>La lutte contre l�aridit� s�applique aux deux causes du ph�nom�ne, c�est-�-</p><p>dire � l�indigence des apports hydriques et aux pertes excessives. La pratique de l�irrigation, les essais de pluie artificielle, par ensemencement des nuages � l�iodure d�argent, tendent � redresser la carence des apports. Dans cet ordre d�id�e, on joue soit sur des r�serves en eaux profondes (nappes souterraines) ou l��coulement fluvial aliment� hors du domaine aride (delta int�rieur du</p><p>Niger, Nil, etc.), soit sur l�humidit� contenue dans l�atmosph�re. La technique du dry farming, dont le but est de r�duire l��vaporation du sol par la r�-</p><p>p�tition des labours, s�attache � limiter les pertes. Par l�, l�homme att�nue ou m�me cherche � d�truire les effets inhi-biteurs de l�aridit�, et esp�re reculer les fronti�res de l��coum�ne. (L�illustration cartographique est �tablie d�apr�s une maquette de l�auteur.)</p><p>P. P.</p><p>&#x25B6; Climat / V�g�tation.</p><p>B Recherches sur la zone aride (Actes du Colloque sur les probl�mes de la zone aride, Unesco, 1965). / X. de Planhol et P. Rognon, les Zones tropicales arides et subtropicales (A. Colin, coll. � U �, 1970).</p><p>Ari�ge. 09</p><p>D�part. de la R�gion Midi-Pyr�-</p><p>n�es 4 890 km 2 ; 137 857 hab. (Ari�-</p><p>geois). Ch.-l. Foix. S.-pr�f. Pamiers, Saint-Girons.</p><p>Le d�partement a �t� form� par</p><p>la r�union du Couserans et du comt� de Foix ainsi que de quelques communes languedociennes, � l�est. Il doit son nom � la rivi�re Ari�ge, longue de 170 km, affluent de droite de la Garonne. Depuis une vingtaine d�an-n�es, la population s�est stabilis�e (au moins globalement) apr�s un si�cle d��migration tr�s forte (il y avait environ 250 000 hab. en 1861). Autrefois essentiellement rural, le d�partement voit aujourd�hui sa population active se partager � peu pr�s �galement entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.</p><p>Du col du Portet d�Aspet (1 068 m) � l�ouest au pic Carlitte (2 921 m) et au col du Puymorens (1 915 m) � l�est, les Pyr�n�es ari�geoises sont la partie la plus complexe de la cha�ne. La haute cha�ne frontali�re, culminant au pic de Montcalm (3 080 m) et au pic de Montvallier (2 839 m), est un bastion difficilement franchissable de hautes surfaces entaill�es par les incisions glaciaires des vall�es sup�rieures du Lez, du Salat et du Vicdessos. Au nord de cette cha�ne, un long sillon s��tire</p><p>du Portet d�Aspet au Puymorens ; il est surtout bien d�gag� dans la vall�e de l�Ari�ge, en amont de Tarascon (vall�e emprunt�e par le chemin de fer transpyr�n�en de Toulouse � Barcelone). Cette d�pression s�pare les montagnes de la zone axiale, form�es de terrains anciens, de massifs isol�s, mais de composition g�ologique analogue : le massif de l�Arize, � l�ouest de Foix, et le Tabe (culminant au pic de Saint-Barth�lemy, 2 348 m) � l�est.</p><p>Contre ces massifs se plaquent au nord les cha�nes pliss�es des montagnes du Plantaurel. Dans ces Pr�pyr�n�es, � armature calcaire, les rivi�res (Ari�ge, Touyre, Hers) ont sci� des cluses, sites de villes, avant de s��chapper vers la plaine. Les eaux ont aussi creus� dans le calcaire grottes et rivi�res souterraines (Le Mas-d�Azil).</p><p>La montagne est surtout foresti�re et herbag�re. Elle poss�de la presque totalit� des 120 000 hectares de for�ts du d�partement, for�ts d�vast�es pendant de longs si�cles par les sid�rurgistes et les papetiers. Environ 150 000 hectares sont en herbe, dont une bonne partie accessible seulement durant la belle saison (estives, pour la plupart sur la cha�ne fronti�re). Les montagnards �l�vent ovins et bovins (pour le lait notamment), dont un certain nombre gagnent les estives en �t�. Partout se lisent les traces d�un renoncement de l�homme : progr�s de la for�t aux d�pens du pacage, abandon des �carts et des villages, progr�s de l�herbe sur la culture. Cette derni�re se maintient dans les vall�es du Couserans.</p><p>L�activit� mini�re et industrielle est ici traditionnelle. Le minerai de fer est encore extrait sur le versant ari�-</p><p>geois du Puymorens, et le talc dans les grandes carri�res d�altitude du massif du Tabe (Trimouns, pr�s de Luzenac).</p><p>Les centrales hydro-�lectriques du haut Ari�ge et du Vicdessos fournissent pr�s de 700 GWh. L�industrie est va-ri�e. Dans le pays d�Olmes, autour de Lavelanet (9 468 hab.) et de Laroqued�Olmes (3 137 hab.), le travail de la laine a supplant� celui des peignes.</p><p>Le Val d�Ari�ge est le domaine de la m�tallurgie. Si les hauts fourneaux d� Tarascon-sur-Ari�ge (4 254 hab.) sont �teints, le Vicdessos (Auzat) travaille</p><p>l�aluminium � partir de bauxite import�e du Sud-Est. Quant � la r�gion de Saint-Girons (8 796 hab.), elle est le domaine de la papeterie de qualit�, notamment de la fabrication du papier bulle et du papier � cigarettes. La voie ferr�e qui atteignit Tarascon en 1877 et Ax-les-Thermes en 1888 avait d�senclav� la montagne. La route l�a largement ouverte : elle favorise notamment le d�veloppement du thermalisme, du tourisme estival et des sports d�hiver.</p><p>Foix (10 235 hab.), ville administrative et lieu de tourisme de passage sur l�Ari�ge, est au contact de la montagne et de la plaine ; plus en aval dans la vall�e, la grosse m�tallurgie anime Pamiers (15 159 hab.). De part et d�autre de la vall�e de l�Ari�ge s��tendent les collines des terreforts du Fossat � l�ouest, du Raz�s � l�est. Au milieu de campagnes tr�s d�bois�es, les fermes se dispersent sur les croupes. Ici domine la c�r�aliculture associ�e � l��levage : cette r�gion fournit pr�s de 400 000 q de bl� et 175 000 q de ma�s. Dans cette r�gion, qui est directement sous l�influence de Toulouse, il n�y a pas de villes autres que Pamiers, mais de gros bourgs, tel Saverdun (4 220 hab.).</p><p>S. L.</p><p>Arioste (l�)</p><p>En ital. LUDOVICO ARIOSTO, po�te italien (Reggio Emilia 1474 - Ferrare 1533).</p><p>Ludovico Ariosto, contraint, comme la plupart des intellectuels sans fortune de son temps, � pr�ter ses services aux princes et � s�expatrier selon leur bon plaisir, aima constamment deux choses par-dessus tout : sa province natale, l��milie, et sa libert�, qu�il c�l�bra l�une et l�autre avec une fermet� et un lyrisme familier non indignes d�Horace. Vie sans autre histoire que celle de la patiente conqu�te, � travers les difficult�s mat�rielles et les servitudes courtisanes, d�une ind�pendance consacr�e tout enti�re aux plaisirs du coeur et de l��tude. Il s�est � peine affranchi des �tudes juridiques, auxquelles l�avait destin� son p�re, qu�� la mort de celui-ci (1500) il doit abandonner ses �tudes humanistes pour administrer les biens familiaux et pourvoir � l��ducation de</p><p>ses neuf fr�res et soeurs, avant d��tre admis, en 1503, parmi les gentilshommes du cardinal Hippolyte d�Este, fils du duc Hercule Ier. De 1503 � 1517</p><p>lui sont confi�es diverses missions diplomatiques, dont deux, particuli�-</p><p>rement importantes, aupr�s des papes Jules II et L�on X. En 1517, il rompt avec le cardinal Hippolyte, pour avoir refus� de le suivre dans son archev�ch� hongrois de Buda, et entre au service du duc Alfonso d�Este, fr�re d�Hippolyte et mari de Lucr�ce Borgia. De 1522 � 1525, il est gouverneur d�l�gu� du duc dans la province de Garfagnana, o� il se distingue dans la lutte contre le brigandage. � son retour, il partage avec ses fr�res le patrimoine familial et se retire dans une modeste demeure � Ferrare. Entre 1526 et 1530, il conclut un mariage secret avec la Florentine Alessandra Benucci, �pouse, puis veuve de Tito Strozzi, dont il s��tait �pris d�s 1513. Il meurt en 1533, moins d�un an apr�s la troisi�me et d�finitive �dition de son chef-d�oeuvre, le po�me �pique du Roland furieux, enti�rement revu et augment� de six chants par rapport aux pr�c�dentes �ditions de 1516</p><p>et de 1521.</p><p>L�ampleur et la c�l�brit� de ce</p><p>chef-d�oeuvre masquent d�ordinaire les oeuvres dites � mineures �. L�examen de celles-ci r�v�le cependant la rigoureuse continuit� et la coh�rence downloadModeText.vue.download 338 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>875</p><p>de la cr�ation ariostesque. Outre le Conto dei contadini, simple registre administratif, et l�Erbolato, caricature des m�decins du temps, d�authenticit� contest�e, l�activit� litt�raire mineure de l�Arioste se d�compose comme suit.</p><p>Des Po�sies latines d�abord, qui datent pour l�essentiel de la formation humaniste de l�auteur (1494-1503) et d�finissent d�j� l�art de l�Arioste comme une technique cr�atrice. Ses Rimes en italien (1494-1516) op�rent une fusion stylistique de P�trarque et des lyriques latins.</p><p>Son activit� th��trale (1508-1531) co�ncide avec la p�riode qui va de la</p><p>r�daction des premi�res octaves � la derni�re �dition du Roland furieux.</p><p>Activit� li�e � la brillante civilisation courtisane de Ferrare, qu�illustraient alors Cosm� Tura, Francesco Del</p><p>Cossa, Ercole de Roberti, Dosso Dossi et, � l�occasion, Rapha�l et Titien.</p><p>L�Arioste veillait de pr�s aux d�cors et � la mise en sc�ne de ses pi�ces, o� il apparaissait quelquefois dans le prologue. L��tonnante r�ussite de la mise en sc�ne du Roland furieux, par E. Sanguineti et L. Ronconi, au festival de Spol�te (1969), est une preuve �clatante, s�il en �tait besoin, des ressources que l�Arioste sut tirer, pour son po�me �pique, de son exp�rience th��-</p><p>trale. La Cassaria en prose (1508) est la premi�re en date des com�dies italiennes de la Renaissance. Construite par contamination de diverses com�-</p><p>dies latines, elle innove par une recherche du comique empruntant � la vivacit� du langage populaire toscan, voire du dialecte �milien. Elle sera �mond�e et versifi�e en 1531. Lui font suite I Suppositi (en prose : 1509 ; en vers : 1528-1531), La Lena (1528), encore aujourd�hui la plus jou�e, et Il Negromante (1re r�daction : 1520 ; 2e r�daction : 1528). I Studenti, commenc�e en 1518, restera inachev�e.</p><p>Les Satires (1517-1525) m�lent l�autobiographie et la r�flexion morale, sur le mod�le des Ep�tres d�Horace et sur un ton oscillant entre le d�dain amer et l�idylle du souvenir. Les Lettres, enfin, pour lesquelles les contemporains du po�te ne manifest�rent gu�re de curiosit� et que lui-m�me, d�ailleurs, ne destinait pas au public, ont surtout valeur de document, en particulier sur la p�riode du commissariat de l�Arioste en Garfagnana.</p><p>La mati�re du Roland furieux pr�-</p><p>existe presque tout enti�re � l�invention ariostesque. Celle-ci puise aux principaux cycles chevaleresques m�di�-</p><p>vaux, par l�interm�diaire du Morgante (1481) de Luigi Pulci et de l�Orlando innamorato (1495) de Matteo Maria Boiardo. Alors que Pulci et Boiardo prennent encore � la lettre l�id�al et le monde chevaleresques, l�un dans une perspective de pol�mique r�aliste et agressive, l�autre de nostalgie candide et irrationnelle, l�Arioste n�y cherche qu�un pr�texte � tisser mille aventures</p><p>merveilleuses distanci�es par l�ironie et l�harmonie po�tique. Seuls les Cinq Chants, auxquels il travailla � partir de 1517 et qu�il se proposait d�ajouter � l��dition de 1521, trahissent une volont� d�identification pessimiste, dans la ligne de Pulci, mais ils rest�rent in�dits. De l��dition de 1521 � celle de 1532, l�Arioste affina linguistiquement son po�me sous l�influence du puriste</p><p>� toscanisant � Pietro Bembo. Mais ces corrections ne sont pas syst�matiques, et l�Arioste ajouta m�me de nouveaux tours dialectaux. La grande nouveaut� th�matique du po�me est l�introduction de la folie amoureuse de Roland, abandonn� par Ang�lique. Le po�me relate en outre l�exp�dition du roi pa�en Agramant contre Charlemagne et ses preux, et les amours de Roger et Bra-damante, dont l�union sera � l�origine de la maison d�Este. Renaud, Astolphe et Marphise, Sacripant, Rodomont, les magiciens Alcine et Atlant sont les autres personnages les plus c�l�bres d�une oeuvre aussi riche en comparses qu�en rebondissements, auxquels</p><p>s�entrem�lent r�flexions morales, hommages � la famille d�Este et allusions � l�histoire contemporaine. L�octave,</p><p>� monade heureuse �, assure � ce po�me extraordinairement dispers� son unit� esth�tique.</p><p>J.-M. G.</p><p>&#x25B6; Com�die / Epop�e / Humanisme / Italie.</p><p>B B. Croce, Ariosto, Shakespeare e Corneille (Bari, 1920 ; 4e �d., 1950). / H. Hauvette, l�Arioste et la po�sie chevaleresque � Ferrare, au d�but du XVIe si�cle (Champion, 1927). /</p><p>G. F. Contini, � Come lavorava l�Ariosto �, dans Esercizi di lettura (Florence, 1947). / F. De Sanctis, La Poesia cavalleresca e scritti vari (Bari, 1954). / L. Caretti, Ariosto e Tasso (Turin, 1961).</p><p>/ C. Segre, Esperienze ariostesche (Pise, 1966).</p><p>Aristolochiales</p><p>Petit ordre de plantes dicotyl�dones � carpelles ind�pendants.</p><p>Le phylum des dicotyl�dones polycarpiques est compos� de deux ordres : celui des Polycarpiques, avec comme principales familles les Magnoliac�es, les Renonculac�es et les Nymph�a-c�es, et celui des Aristolochiales, qui comprend seulement trois familles, en</p><p>particulier celles des Aristolochiac�es et des Raffl�siac�es.</p><p>La famille des Aristolochiac�es, comprenant des herbes, des lianes et des arbustes (6 genres et environ 400 esp�ces), vit surtout dans les r�-</p><p>gions temp�r�es et chaudes de presque tout le globe ; en France, deux genres et six esp�ces sont indig�nes. Chez les Aristoloches (300 esp�ces), les pi�ces du p�rianthe, du type trois, sont soud�es en un tube droit ou recourb� en pipe et dilat� en sph�re � sa base. Les Insectes, qui assurent la pollinisation crois�e chez ces plantes, subissent un ph�nom�ne de capture passager identique � celui que l�on observe chez les Arums. En effet, les poils de la gorge du p�rianthe sont dirig�s vers le fond de la fleur et, s�ils permettent le passage vers l�int�rieur, ils n�autorisent pas, par contre, la sortie avant que la f�condation n�ait bien eu lieu ; en effet, c�est alors seulement que les poils se fl�trissent et ouvrent la sortie. La curieuse forme et la couleur des fleurs des Aristoloches les font rechercher pour la d�coration des serres (Aristolochia elegans du Br�sil) ou les jardins de plein air (A. durior d�Am�rique du Nord). L�Asarum (60 esp�ces, non indig�nes en France) peut �tre cultiv� comme plante � feuillage permanent dans les sous-bois, le rhizome d�A. eu-ropeum �tant employ� en m�decine.</p><p>La famille des Raffl�siac�es comprend uniquement des parasites complets sans chlorophylle, vivant sur les tiges ou les racines des plantes ligneuses. C�est surtout par la remarquable Rafflesia Arnoldi (Insulinde) que cette famille (8 genres et 55 es-p�ces) est connue. En effet, cette plante poss�de la plus grande fleur du monde, puisque cette derni�re peut atteindre plus de 1 m de diam�tre, toute la partie v�g�tative incluse dans les tissus de la plante h�te se r�duisant, pour ce genre, � un pseudo-myc�lium o� l�on ne peut trouver aucune structure de racine. La pr�sence de ces plantes n�est r�v�l�e que lorsque les bourgeons floraux, gros comme un �norme chou, s��panouissent � l�air et � la lumi�re.</p><p>Pour les Rafflesia, les fleurs isol�es (au minimum 10 cm de diam�tre) sont</p><p>unisexu�es par avortement. Pour R. Arnoldi, au centre du p�rianthe t�tram�re, de couleur de viande crue et orn� d��normes verrues claires, se trouvent, pour les fleurs m�les, huit �tamines visqueuses soud�es � un reste d�organe femelle atrophi�. Les fleurs femelles sont compos�es de huit � dix carpelles surmont�s d�autant de stigmates en forme de disques. La couleur et l�odeur de ces fleurs attirent les mouches, qui favorisent ainsi la f�condation. Dans le genre Cytinus, au contraire (une seule esp�ce en France parasitant les racines des Cistes), les fleurs, jaunes ou rouges, sont en grappe.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Aristophane</p><p>En gr. ARISTOPHAN�S, po�te comique grec (Ath�nes v. 445 - � v. 386 av.</p><p>J.-C.).</p><p>La vie priv�e des �crivains anciens est souvent voil�e d�ombre, et celle du plus grand po�te comique grec, Aristophane, nous �chappe presque enti�-</p><p>rement. On sait qu�il est Ath�nien de naissance, fils de Philippos, du d�me de Kydath�n�e, de la tribu Pandionis, et de Z�nodora. Sans doute passe-t-il une bonne partie de sa jeunesse � la campagne (� �gine ?), o� il puise ce go�t du terroir et des choses rustiques qui transpara�t dans toutes ses pi�ces.</p><p>Peut-�tre fr�quente-t-il la jeunesse dor�e d�Ath�nes, dont les Cavaliers se font l��cho. En 427, � quelque dix-huit ans, il donne sa premi�re com�die, aujourd�hui perdue, les Convives.</p><p>Si la vie d�Aristophane ne permet pas d��clairer son oeuvre, cette oeuvre m�me est riche en pr�cisions. Un vers de la Paix nous apprend que le po�te �tait chauve � trente ans. Les Cavaliers mettent en sc�ne son principal adversaire, Cl�on : on conna�t ainsi ses options politiques. L�ann�e suivante, Aristophane brise des lances contre Socrate et les sophistes (les Nu�es) : s�il les raille, il faut en d�duire qu�il conna�t trop bien leurs proc�d�s pour avoir toujours �chapp� � leur ascendant. N��tant inf�od� � aucun parti, ayant en horreur les d�magogues, il est avant tout partisan de la paix (les Acharniens, la Paix,</p><p>Lysistrata) et respectueux de la tradition. On peut se repr�senter le po�te, par-del� les traits ac�r�s de son th��tre, comme un conservateur r�solu, amoureux de l�ancien ordre de choses.</p><p>L�image d�Aristophane ne serait pas compl�te sans une r�f�rence au Banquet de Platon. Ce dernier le repr�sente joyeux convive et charmant causeur, uniquement occup� de Dionysos et d�Aphrodite.</p><p>L�oeuvre</p><p>Les Anciens attribuaient quarante-quatre com�dies � Aristophane, mais la plupart ne nous sont connues que downloadModeText.vue.download 339 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>876</p><p>par des fragments. Onze seulement nous sont parvenues int�gralement �</p><p>chiffre notable en comparaison de ce que nous avons conserv� de la production des tragiques. En 425, les Acharniens sont un plaidoyer pour la paix.</p><p>L�ann�e suivante, le po�te donne une autre pi�ce politique, les Cavaliers, consid�r�e comme son chef-d�oeuvre.</p><p>Les Nu�es, avec leur charge caricaturale de Socrate, datent de 423, et sont suivies des Gu�pes, satire de l�organisation judiciaire d�Ath�nes. La Paix (421) est le tableau enthousiaste de la fraternit� entre les peuples et des bienfaits qui en r�sultent. � la fantaisie des Oiseaux (414) succ�de, trois ans plus tard, une com�die au sujet scabreux, Lysistrata, contre la guerre. Aux deux com�dies litt�raires, les Thesmopho-ries (411) et les Grenouilles (405), font suite l�Assembl�e des femmes (392) et Plutus (388), qui s�attarde sur l�injuste r�partition des richesses. Toutes ces pi�ces furent jou�es lors des f�tes religieuses des L�n�ennes ou des Dionysies. Leur auteur, pour autant qu�on le sache, remporta le plus souvent le premier ou le second prix, exception faite pour les Nu�es, qui n�eurent aucun succ�s.</p><p>Cette com�die d�Aristophane, qu�on appelle commun�ment l�ancienne co-m�die, a pris naissance sur les coteaux</p><p>de l�Attique et garde encore quelque chose de ses origines religieuses et paysannes. Par sa conception, elle diff�re de fa�on notable de la trag�die, bien qu�elle s�en inspire parfois. D�un mouvement beaucoup plus rapide, elle ne noue pas d�intrigue, mais offre une succession de tableaux et peint sur le vif les contemporains. Licencieuse, satirique, elle vise � la caricature et d�ploie sa fantaisie joyeuse. Cependant, ses r�gles de composition et de prosodie sont aussi strictes que celles de la trag�die.</p><p>Elle commence par un prologue dont le plaisant jeu de sc�ne est destin� � piquer la curiosit� des spectateurs. �</p><p>l�aide d�un monologue ou d�un dialogue, un ou deux personnages exposent le sujet, dont le th�me est avant tout burlesque ou bouffon. Puis c�est l�entr�e myst�rieuse et solennelle ou l�irruption tapageuse et bruyante du choeur (parodos), avec ses vingt-quatre choreutes, plus d�une fois affubl�s de formes non humaines (nu�es, gu�pes, oiseaux, grenouilles) ; ceux-ci chantent et se livrent � des �volutions chor�graphiques, jusqu�au moment o� s��tablit la dispute (ag�n), qui ressortit � la farce primitive et qui constitue l�action : le h�ros de la com�die et les choreutes �changent des menaces, se donnent des coups, triomphent � tour de r�le. La lutte termin�e, le protagoniste c�l�bre la victoire et sort. Suit alors la partie la plus curieuse de la pi�ce, la parabase.</p><p>Rest� seul, le choeur s�adresse directement au public : le po�te, en la personne du coryph�e, pr�ne ses m�rites, se met en valeur, pr�sente ses requ�tes, exprime ses dol�ances. La pi�ce reprend sur cette interruption, g�n�ralement par des couplets satiriques ou par une s�rie de sketches, et se termine par l�exodos � sortie du choeur et des personnages �, qui parodie d�ordinaire la pompe des c�r�monies procession-nelles dans une atmosph�re de f�te et de gaiet�.</p><p>Le comique</p><p>La com�die aristophanesque ainsi structur�e, il reste que nous sommes souvent d�sorient�s dans la mesure o� le rire ne na�t pas spontan�ment. � la limite, le comique d�Aristophane nous</p><p>�chapperait : les plaisanteries prolong�es, les obsc�nit�s perp�tuelles provoquent des r�ticences. Nous sommes parfois contraints, pour appr�cier la finesse de telle ou telle r�plique, de recourir aux commentaires philologiques ou historiques, ou encore de faire appel aux scoliastes. Pour comprendre le sel des bons mots, des allusions piquantes, force nous est d�utiliser tout un appareil critique qui tue le rire, parce qu�il en est la n�gation. Par ailleurs, les pi�ces du po�te sont si intimement li�es aux �v�nements contemporains que la majeure partie des dr�leries ne nous appara�t plus, puisque leur actualit� nous fait d�faut.</p><p>Au moins, dira-t-on, Aristophane a su camper des personnages �ternels de com�die. Rien n�est moins s�r. Chez lui, la caricature supprime l�analyse des caract�res. Nous sommes en pr�-</p><p>sence de marionnettes, aux traits d�-</p><p>mesur�ment grossis, qui n�ont aucune r�alit� et sont simplifi�es � l�exc�s.</p><p>L�invraisemblance des situations renforce cet aspect d�exag�ration. Peut-on, en effet, accorder quelque cr�dibi-lit� au Dic�opolis des Acharniens ou au D�mos des Cavaliers ? Chez Aristophane, la d�formation a enlev� aux personnages toute possibilit� d�existence r�elle � ce qui est d�ailleurs une n�cessit� du genre : laisser au Paphlagonien (Cl�on), par exemple, un seul trait humain, c�est risquer de le rendre sympathique, pitoyable ; une faiblesse momentan�e cr�erait un lien entre l�homme et nous. Nous avons sous nos yeux des esquisses d��tres faits d�une seule pi�ce et incapables de prouver leur humanit�.</p><p>� d�faut d�un comique de carac-</p><p>t�re, peut-on parler d�une autre forme de rire ? Apparemment, les sc�nes de critique litt�raire � parodies d�Euripide dans les Nu�es, pastiches dans les Grenouilles � flattent nos go�ts de lecteur ou de spectateur cultiv�. Mais elles ne nous font pas rire, et le sourire des lettr�s n�est pas le but vis� par toute bonne com�die. Aussi bien, nous tombons dans ce paradoxe : le plus grand auteur comique grec ne serait pas dr�le, puisqu�il ne respecte pas les canons de la com�die auxquels nous sommes habitu�s.</p><p>La vis comica du po�te est toutefois permanente gr�ce � l�all�gresse bon-dissante de son th��tre. Aristophane est constamment � la recherche et � la limite de l�absurdit� : le sujet, la conduite de ses pi�ces sont un d�fi � l�imagination. Le po�te part d�une situation impr�vue ou fantastique, qu�il pr�sente comme naturelle, et l�exploite dans divers rebondissements inattendus. Le comique na�t de cette contradiction entre l�extravagance des sujets et la logique implacable avec laquelle ceux-ci sont trait�s. Ath�nes et Sparte sont en guerre : un paysan se r�sout � faire la paix tout seul et, parmi tous les �chantillons de paix, choisit celui de trente ans : voil� les Acharniens. Dans les Cavaliers, un marchand de sau-cisses est appel� � devenir chef d��tat.</p><p>Le vigneron ath�nien Tryg�e monte au ciel sur un escarbot, tout comme Bell�rophon enfourche P�gase, pour d�livrer la Paix, prisonni�re de la Guerre : c�est la com�die intitul�e la Paix. Deux Ath�niens, guid�s par une corneille et un choucas, s�en vont vivre avec les oiseaux et fondent la cit� id�ale : ce sont les Oiseaux. Dionysos, suivi de son valet Xanthias, descend aux Enfers pour ramener sur terre un grand po�te. Eschyle ou Euripide ? Il choisit Eschyle : ce sont les Grenouilles. Les femmes s�emparent du pouvoir : voil� l�Assembl�e des femmes.</p><p>Sur une donn�e initiale fantaisiste, Aristophane brode et vise le burlesque : la parodie des r�ceptions des ambassadeurs �trangers (les Acharniens), la peinture des disciples fa-m�liques et �maci�s de Socrate (les Nu�es), l��vasion du vieux Philocl�on par la chemin�e de sa demeure (les Gu�pes), le d�guisement en femme du parent d�Euripide (les Thesmo-phories), la balance qui p�se chaque vers d�Euripide et d�Eschyle pour les d�partager (les Grenouilles), voil� mati�re � sc�nes comiques, pour autant qu�elles offrent des situations bizarres, irr�elles, avec le grossissement in�vitable de la com�die.</p><p>La mise en sc�ne n�est pas absente : si le d�cor est relativement pauvre �</p><p>les moyens sc�niques dont disposent les Anciens sont encore tr�s imparfaits</p><p>�, l�invention des d�tails est riche.</p><p>Nous voyons ainsi Socrate chez lui : le ma�tre est suspendu au-dessus de sa maison dans une corbeille d�osier, son observatoire (les Nu�es) ; dans la cour, on aper�oit des instruments d�astronomie, de g�om�trie, une carte de la Terre. Les Nu�es descendent du ciel par un syst�me de machinerie. M�me effet dans la Paix. Tryg�e s�envole vers le ciel � califourchon sur un escarbot-machine. Rien, non plus, ne fait d�faut dans les Oiseaux : attirail sc�-</p><p>nique, arriv�e des oiseaux bariol�s de couleurs vives. Quant � l�accoutrement des h�liastes des Gu�pes, avec leur long stylet au bas du dos, il provoque le rire, tout comme la travers�e des marais des Enfers par Dionysos, qui rame p�niblement (les Grenouilles).</p><p>La f�condit� de l�invention comique d�Aristophane est ins�parable de ses moyens d�expression. Calembours, �-peu-pr�s, onomatop�es, rapprochements impr�vus, jeux de mots, mots forg�s, r�p�titions foisonnent. Il serait vain de multiplier les exemples : disons que le po�te est inimitable lorsque ses personnages parlent des patois locaux (tels le M�garien et le Th�bain des Acharniens) ou lorsqu�il parodie le style tragique (il �crit un v�ritable � � la mani�re de � dans les Thesmopho-ries quand il imite une sc�ne de l�H�-</p><p>l�ne d�Euripide).</p><p>La satire</p><p>� La satire contre les m�chants n�a rien d�odieux ; elle est un hommage rendu aux bons, pour qui raisonne bien � (les Cavaliers, 1274-1275). Aristophane a en effet �puis� tout un arsenal d�injures contre ses adversaires. Il se d�cha�ne de fa�on cinglante contre les hommes politiques qui tiennent en main le gouvernement. Sa cible pr�f�r�e est Cl�on, un rouquin � la voix crapuleuse, � la naissance vile, aux fa�ons de voyou (les Cavaliers, les Gu�pes, la Paix).</p><p>Les P�ricl�s (les Acharniens), les Hyperbolos (la Paix), les Cl�ophon sont �galement des charlatans. En cette p�-</p><p>riode troubl�e de l�histoire d�Ath�nes, le po�te fustige ces gouvernants, qui vantent la guerre et qui n�ont en vue que leur profit (tel le Lamachos des Acharniens). Aristophane a le g�nie downloadModeText.vue.download 340 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>877</p><p>de l�insulte qui porte, parce qu�elle fait rire. Il n�est pas plus tendre pour les sycophantes, ces d�nonciateurs, � d�-</p><p>mons de fi�vres froides et de fi�vres chaudes � (les Gu�pes, 1038-1039).</p><p>En politique, il est l�adversaire r�-</p><p>solu de la d�mocratie. Il reproche au parti d�mocratique de dilapider les finances publiques, d�imposer aux villes alli�es des tributs exorbitants, d�entretenir une guerre ruineuse et inutile. Le D�mos (le peuple) des Cavaliers est un vieillard grincheux, �go�ste et imb�-</p><p>cile : � � D�mos, qu�il est beau ton empire ! Tous te craignent � l��gal d�un tyran. Mais tu es facile � mener par le nez ; tu aimes � �tre flatt� et dup�, toujours �coutant les parleurs bouche b�e ; et ton esprit, tout en �tant au logis, bat la campagne � (1111-1112). Ce sera donc un marchand de boudin, un � pilier de l�agora �, qui gouvernera.</p><p>Mais le po�te ne prend jamais directement Ath�nes � partie. Au contraire, il lui consacre de belles strophes lyriques. Il chante sa puissance et sa gloire dans la parabase des Cavaliers et dans celle des Gu�pes. Et ces plaintes douloureuses de Lysistrata ne sont-elles pas d�un patriote : � Puisque je vous tiens, je veux faire � tous de justes reproches, vous qui d�une ablution commune arrosez les autels, comme les enfants d�une m�me famille, � Olympie, aux Thermopyles, � Pytho, quand vos ennemis les Barbares sont l� en armes, vous tuez les Hell�nes et d�truisez leurs cit�s � (1128-1134) ?</p><p>Avec le m�me accent, il r�clame dans les Grenouilles l�oubli du pass� et la r�conciliation : � Allons, rel�chez-vous de votre col�re, � vous qui �tes sages par nature ; de tous les hommes, fai-sons-nous volontiers des parents, des �gaux en droits, des concitoyens... �</p><p>Derri�re les hommes, il y a les institutions. Aristophane raille le S�nat, l�Assembl�e, les tribunaux, les magistrats. Le Philocl�on des Gu�pes est un vieux fou poss�d� de la manie de juger.</p><p>Le po�te, par le biais de ce grotesque,</p><p>d�nonce les vices fondamentaux de l�organisation judiciaire ath�nienne.</p><p>Racine, dans les Plaideurs, o� il reprend l��pisode du chien Lab�s, a beaucoup moins de force pour autant qu�il critique un travers et non une institution. M�me accent dans les Oiseaux :</p><p>� Les cigales pendant un mois ou deux chantent pench�es sur les ramilles, tandis que les Ath�niens, c�est toujours qu�ils chantent, pench�s sur... les proc�s, et toute leur vie durant � (33-34).</p><p>Et les ambassadeurs ? Les Acharniens nous les montrent faisant bombance et r�galant le bon peuple de mensonges.</p><p>En mati�re de religion, le po�te reproche vivement � ses adversaires leur impi�t�. C�est un des th�mes essentiels des Nu�es. � Les dieux, d�clare Socrate � Strepsiade, c�est par eux que tu jure-ras ? D�abord les dieux, cette monnaie-l� n�a point cours chez nous � (247-248). Aristophane accuse les sophistes de compromettre les croyances, parce que, en religion comme en politique, il est conservateur r�solu. Son id�al, celui du moins de ses com�dies, c�est l�ancien �tat social ; or, autrefois, la religion officielle �tait respect�e ou devait l��tre. Le dieu de Socrate est pour lui une innovation qu�il condamne : par cons�quent, Socrate est un impie, un ennemi des dieux. Et, cependant, Aristophane met souvent en sc�ne ces dieux m�mes, et dans une singuli�re posture : Herm�s est un bavard cr�-</p><p>dule et vaniteux (la Paix), H�racl�s un goinfre born� (les Oiseaux), Pos�idon un �tre h�sitant et ergoteur, Dionysos un poltron ventru (les Grenouilles). Ne nous �tonnons pas : le po�te n�agit pas ainsi diff�remment des autres auteurs comiques de son temps.</p><p>Les sophistes et Euripide sont-ils mieux trait�s ? Aristophane accable les premiers, destructeurs de la tradition ; le second est sa cible de choix.</p><p>Les sophistes corrompent la jeunesse, apprennent � leurs disciples � discuter sur toutes choses, � se d�fier des id�es re�ues, surtout � bien conduire un raisonnement sans se pr�occuper de sa valeur morale. Socrate, le novateur, est le pire de tous, car il ne sait que former des hommes eff�min�s et raisonneurs, et il est responsable de la d�cadence des moeurs. Aristophane a le</p><p>tort de le confondre avec les premiers ma�tres de rh�torique, les Gorgias, les Protagoras, les Hippias, les Prodicos, et sans doute n�a-t-il pas �t� �tranger � sa condamnation. C�est aussi l��l�ve des sophistes qu�il poursuit dans Euripide. Dans presque toutes ses com�-</p><p>dies, il l��gratigne par l�allusion directe ou par la parodie. Avec Euripide, selon Aristophane, la trag�die a perdu toute grandeur. Au lieu d��lever les �mes, il les rabaisse ; au lieu d�instruire des soldats, il pr�pare une g�n�ration d�hommes faibles. La comparaison des th��tres d�Eschyle et d�Euripide, dans les Grenouilles, reste c�l�bre. Mais, du point de vue de l�art, Aristophane est plus pr�s d�Euripide que du vieil Eschyle : le po�te Cratinos n�a-t-il pas cr�� dans une de ses com�dies le verbe euripidaristophaniser ?</p><p>Lyrisme et po�sie</p><p>Ce qui appartient en propre � Aristophane et ce qui le distingue des autres po�tes comiques, c�est qu�au milieu des sc�nes au r�alisme le plus bas surgit le lyrisme le plus pur, la po�sie la plus exquise. Mais il n�y a pas de rupture de rythme : ces cantiques radieux, ces invocations �clatantes rehaussent spontan�ment le reste de la pi�ce par leur fra�cheur et leur sinc�rit�. Du choeur des Nu�es (� Vierges qui por-tons la pluie... � [les Nu�es, 299 sqq.]) � la pri�re des Bienheureux Initi�s (� Avan�ons vers les pr�s fleuris de roses... �, les Grenouilles), le chant de sa po�sie se fait entendre toujours souverain, toujours harmonieux.</p><p>En outre, le po�te est au courant des habitudes rustiques. Il sait le nom des arbres, des plantes, des outils, des oiseaux. Sa muse campagnarde aime � parler des violettes autour des puits, des figues s�ch�es, du vin doux, des odeurs de thym et de miel qui embau-ment les prairies, de la ronde des saisons, du cri des oiseaux. N�entendons-nous pas le cr�pitement de la pluie sur la surface des �tangs, ne voyons-nous pas les feux du rayon de soleil tamis�s par les herbes humides quand le choeur des Grenouilles se met � chanter : � Plus fort, au contraire, nous nous ferons entendre, si jamais aux jours du beau soleil nous saut�mes parmi le sou-chet et le jonc, joyeuses de nos m�lo-</p><p>dies entrecoup�es de mille plongeons ; ou si, fuyant l�averse de Zeus, au fond de l�eau nous entonn�mes d�all�gres choeurs de danse au bruissement des bulles � (les Grenouilles) ? Th�ocrite, Horace, Virgile ne diront pas mieux dans leurs r�veries agrestes.</p><p>Modernit� d�Aristophane</p><p>� Il nous a cr�� un grand art et, l�ayant �difi�, il l�a flanqu� de tours au moyen de belles paroles, de grandes pens�es et de plaisanteries qui ne courent pas les rues �, proclame fi�rement le coryph�e de la Paix (749-750). De nombreuses parabases chez Aristophane vantent les m�rites du po�te : tant il est vrai qu�au-del� de certaines plaisanteries faciles, d�un certain d�lire verbal, la com�die avec lui s��l�ve � un niveau sup�rieur et �ternel. Son oeuvre ? C�est un plaidoyer constant pour la paix (les Acharniens, la Paix), contre la guerre (Lysistrata), une vision de la cit� id�ale (les Oiseaux), un reproche permanent contre ceux qui d�gradent la tradition (les Nu�es). Or, cette Ath�nes d�chir�e par une guerre sanglante et fratricide, ces chefs et ces ma�tres qu�Aristophane accuse ne sont-ils pas la r�plique de nos propres sujets d�angoisse d�hommes du XXe s. ? Et, dans sa licencieuse Lysistrata, comment ne pas voir la hauteur de l�inspiration, comment ne pas constater qu�il s�y cache l�amertume tragique d�un �crivain qui s�aper�oit que ses contemporains ne r�pondent pas � ses appels de fraternit� universelle ? Aristophane remet en question tous les probl�mes sur lesquels s�interroge l�humanit� depuis des mill�naires : l��tat, la religion, la paix, la civilisation. On aurait tort, malgr� le rire de ses com�dies, de n�gliger ses le�ons.</p><p>Les contemporains</p><p>d�Aristophane</p><p>Dans le nombre consid�rable des contemporains d�Aristophane, trois noms se d�tachent.</p><p>y Le plus grand de tous, Eupolis (Ath�nes v. 446 - � 411 av. J.-C.) eut une r�putation presque �gale � celle d�Aristophane, avec lequel il se serait brouill�, apr�s avoir</p><p>peut-�tre collabor� aux Cavaliers. D�apr�s Suidas, il aurait compos� quatorze ou dix-sept com�dies. Nous n�en avons que des fragments. Les Ch�vres (423?) faisaient le proc�s de l��ducation noble et raffin�e de l��poque, au nom des moeurs rudes et simples ; les Flatteurs (421) critiquaient les sophistes ; Maricas (420) tournait en ridi-cule le d�magogue Hyperbolos. Les D�mes contiennent des vers souvent cit�s sur l��loquence de P�ricl�s. Selon les Anciens, la satire est chez lui vive, et l�imagination forte. Mais la fantaisie est moins riche que chez Aristophane.</p><p>y Bien au-dessous d�Eupolis se place Phrynichos (fin du Ve s. av. J.-C.), dont nous connaissons une dizaine de pi�ces par leur titre. Son Monotropos, o� il met en sc�ne une sorte de misanthrope, fut jou� en 414</p><p>avec les Oiseaux d�Aristophane. Il obtint le second prix avec les Muses, repr�sent�es en m�me temps que les Grenouilles (405) : leur sujet �tait sans doute un concours entre Sophocle et Euripide. Nous ne savons rien sur son talent, faute de documents.</p><p>y Platon, surnomm� le Comique, �crivit entre 428 et 389 av. J.-C. des satires politiques, tels Hyperbolos, Pisandre, les Ambassadeurs, l�Alliance et Cl�ophon (405). Il aime la parodie (Phaon), et les nombreux fragments conserv�s de lui r�v�lent un po�te ing�nieux et �l�gant.</p><p>A. M.-B.</p><p>&#x25B6; Com�die / Euripide / Gr�ce ancienne (litt�rature de la) / Socrate.</p><p>B P. Mazon, Essai sur la composition des com�dies d�Aristophane (Hachette, 1904). /</p><p>M. Croiset, Aristophane et les partis � Ath�nes (Fontemoing, 1907). / P. Boudreaux, le Texte d�Aristophane et ses commentateurs (E. de Boccard, 1919). / G. G. A. Murray, Aristophanes (Oxford, 1933). / V. Ehrenberg, The People of Aristophanes (Oxford, 1943 ; 2e �d., 1951). /</p><p>V. H. Debidour, Aristophane (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1962). / C. F. Russo, Aristofane autore di Teatro (Florence, 1962). / P. H�ndel, downloadModeText.vue.download 341 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>878</p><p>Formen und Darstellungsweisen der aristo-phanischen Kom�die (Heidelberg, 1963). /</p><p>J. Taillardat, les Images d�Aristophane. �tudes de langue et de style (Les Belles Lettres, 1965). /</p><p>N. N. Dracoulid�s, Psychanalyse d�Aristophane (�d. universitaires, 1968). / A. Solomos, Aristophane vivant (trad. du grec. Hachette, 1972). /</p><p>B. S. Syropoulos, l�Accumulation verbale chez Aristophane (Les Belles Lettres, 1975).</p><p>Aristote</p><p>En gr. ARISTOTEL�S, philosophe grec (Stagire, Mac�doine, 384 - Chalcis, Eub�e, 322 av. J.-C.).</p><p>La vie, les oeuvres</p><p>Son p�re, m�decin, mourut alors qu�il �tait lui-m�me encore tr�s jeune. Aristote entre en 367 ou 366 � l�Acad�mie, �cole fond�e par Platon. � la mort de celui-ci (348), il fr�quente � Assos la cour du tyran Hermias d�Atarn�e, en compagnie, notamment, de X�no-crate. Vers 342, � la mort d�Hermias, il �pouse Pythias, soeur ou ni�ce du tyran. Alors qu�il se trouve � Mytil�ne, dans l��le de Lesbos, Philippe II, roi de Mac�doine, l�appelle � sa cour de Pella pour lui confier l��ducation du jeune Alexandre*. De retour � Ath�nes en 335, il cr�e une nouvelle �cole : le Lyc�e. L�galement, ce n�est pas Aristote � qui �tait m�t�que (on l�appelait �galement � le Stagirite �) � qui fonda l�� �cole p�ripat�ticienne � (appel�e ainsi d�apr�s les promenades, notamment sous les portiques du Lyc�e, au cours desquelles le ma�tre dispensait son enseignement), mais Th�ophraste.</p><p>Seules les notes des cours qu�Aristote r�digea pour l�enseignement au Lyc�e et pour des le�ons � Assos (avant le pr�ceptorat d�Alexandre) nous sont parvenues.</p><p>Il ne reste que tr�s peu de fragments des oeuvres de jeunesse d�Aristote, destin�es � un large public (discours exot�riques) : l�Eud�me, qui s�interroge sur l�immortalit� de l��me ; le Protrep-tique, qui critique ceux qui s�parent l��tude de la pratique ; le trait� De la philosophie ou Du bien, qui marque le moment de rupture avec la philosophie platonicienne et contient d�j� une critique de la th�orie des Id�es.</p><p>� la mort d�Alexandre (323), le parti national ath�nien, encore dirig� par D�mosth�ne, oblige Aristote � quitter</p><p>la cit� ; il se retire � Chalcis, en Eub�e, pour y mourir � l��ge de soixante-trois ans (322). Il laisse une fille, appel�e Pythias, du nom de sa femme, et un fils, Nicomaque, qui avait re�u le nom du p�re d�Aristote. Th�ophraste est son l�gataire testamentaire. Le Lyc�e, qui devient alors une association culturelle consacr�e aux Muses, conna�tra de nombreuses difficult�s. L�enseignement de la philosophie est plusieurs fois (fin du IVe s. av. J.-C.) soumis � des interdictions, rapidement rapport�es, de la part des hommes politiques, qui lui reprochent notamment son ind�pendance par rapport � la religion ; Th�ophraste est inqui�t� � diverses reprises.</p><p>Les disciples d�Aristote s�installeront de plus en plus � Alexandrie.</p><p>Les �crits � �sot�riques � (appel�s ainsi parce qu�ils �taient r�serv�s � l�enseignement du Lyc�e) se r�partissent selon cinq groupes.</p><p>y L�ensemble des trait�s qu�Aristote a consacr�s � la logique � plus pr�cis�ment � l�analytique, le terme de logique �tant d�usage post�rieur</p><p>� est r�uni sous le nom d�Organon (mot grec qui signifie � instrument �).</p><p>La logique est consid�r�e comme une prop�deutique � la science et comprend cinq trait�s : les Cat�gories (ce trait�, consacr� � l��tude du terme et des diff�rents genres de l��tre, est un ouvrage �l�mentaire destin� aux d�butants) ; De l�interpr�tation (sur les propositions) ; les Premiers Analytiques (qui fournissent la th�orie g�n�rale du syllogisme) ; les Seconds Analytiques (qui �tablissent la th�orie de la d�monstration, ou th�orie du syllogisme, dont les pr�misses sont n�cessaires) ; les Topiques (qui proposent la th�orie du raisonnement dialectique ou simplement probable ; les pr�misses ne sont que des opinions g�n�ralement admises) et les R�futa-tions sophistiques.</p><p>Il faut y ajouter la Rh�torique (qui expose la th�orie du raisonnement oratoire, dont les pr�misses sont choisies pour persuader) et la Po�tique.</p><p>y La M�taphysique occupe la deu-</p><p>xi�me classe des �crits �sot�riques.</p><p>Son authenticit�, apr�s avoir �t�</p><p>contest�e par Jean Pic de La Miran-dole et Francesco Patrizi � la Renaissance dans le but avou� de miner l�autorit� de la scolastique, est certaine. Aristote confia cette oeuvre � son plus fid�le disciple, Eud�me de Rhodes, qui l��dita pour la premi�re fois. Mais elle resta longtemps n�glig�e, m�me par les p�ripat�ticiens.</p><p>Nous en connaissons quatre com-</p><p>mentaires grecs : le plus important est celui d�Alexandre d�Aphrodisias (fin du IIe s. - d�but du IIIe s.). Les commentaires de l��poque m�di�vale sont soit arabes (notamment celui d�Averro�s*, XIIe s.), soit latins (celui d�Albert* le Grand et surtout celui de Thomas* d�Aquin). Notons �galement le commentaire de Sylvester Maurus au XVIIe s. Plus proches de nous, Christian Brandis (1790-1867), Emmanuel Bekker (1785-1871), Hermann Bonitz (1818-1888), en Allemagne, et F�lix Ravaisson-Mollien (1813-1900), en France, ont renouvel� l�int�r�t que l�on porte � la M�taphysique. Le terme de m�taphysique ne se rencontre pas chez Aristote lui-m�me, qui devait d�nommer son ouvrage Philosophie premi�re, mais il est utilis� couramment � partir du XIIe s. (Averro�s) pour signifier la � connaissance rationnelle des choses divines � par opposition aux donn�es de la R�v�lation.</p><p>La M�taphysique se divise en quatorze livres, qui seront d�sign�s ici par les lettres A, a, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M et N. (La d�nomination a, traditionnelle, vient de ce que ce livre n�est manifestement pas � sa place. Son authenticit� a toujours �t� discut�e.) On peut l�gitimement parler de l�unit� de la M�taphysique tout en retenant qu�il s�agit de l�unit� d�un cours verbalement profess�, qui n�exclut donc ni les corrections, ni les r�p�titions, ni les incoh�rences. Les livres A, B, C, E, F, G et H forment la base du trait�. A, B, C et E constituent une introduction � la</p><p>� science de l��tre en tant qu��tre � ; F</p><p>et G traitent de la substance, et H de la puissance et de l�acte.</p><p>D est un simple recueil de termes ; I porte sur l�Un et le Multiple ; dans sa premi�re partie, K est une r�p�tition remani�e de B, C et E, la seconde partie �tant compos�e d�extraits de la Phy-</p><p>sique. L est le livre central de la M�taphysique, qui, dans sa premi�re partie, insiste sur la n�cessit� d�une cause efficiente appartenant aux seules substances individuelles, rendant possible la d�monstration de l�existence et de la nature du Premier Moteur (objet de la seconde partie). M et N se rapportent � A et B, et approfondissent la critique de la philosophie platonicienne.</p><p>Le livre a s�interroge sur la possibilit� d�une science des premiers principes.</p><p>y Dans le troisi�me groupe se situent les trait�s consacr�s � l��tude de la nature : la Physique, le trait� Du ciel, De la g�n�ration et de la corruption, les M�t�orologiques et les M�caniques (dont l�authenticit� n�est pas �tablie).</p><p>y � un autre ensemble se rattachent les ouvrages importants qu�Aristote a consacr�s � la biologie : Des parties des animaux, De la g�n�ration des animaux (avec les trait�s Sur la marche des animaux et Sur le mouvement des animaux), De l�histoire des animaux.</p><p>Il convient d�y rattacher le trait� De l��me, suivi de petits trait�s : Sensation et sensible, M�moire et r�miniscence, Sommeil, Songes, Divination par les songes, Longueur et bri�vet� de la vie, Jeunesse et vieillesse, Respiration.</p><p>y Dans cette derni�re cat�gorie se trouvent les ouvrages d�ordre moral et politique. La Morale d�Eud�me est certainement l�oeuvre d�Eud�me, qui r�digea ce trait� � la suite des le�ons d�Aristote. L��thique � Nicomaque (du nom du fils d�Aristote) a �t� publi�e � partir de documents h�tivement r�dig�s. De nombreux com-</p><p>mentateurs (L�on Robin, G. Rodier) ont soulign� les contradictions de cet ouvrage malgr� la valeur de nombre de ses analyses. Par son �tat de</p><p>� m�t�que �, Aristote est en position d�observateur objectif et d�sint�ress�, et n�acc�de aux affaires de l��tat que par les �tudes historiques. Il d�crira ainsi les Constitutions d�une centaine de villes (dont seule la Constitution d�Ath�nes a �t� retrouv�e), pour s�exercer � partir de l� � l�oeuvre critique. La Politique trahit cette double inspiration, puisque les livres G et H</p><p>contiennent la th�orie de l��tat id�al et que les livres D, E et F recouvrent</p><p>des pr�occupations historiques.</p><p>Dans cette derni�re partie, on ajoutera les Probl�mes et la Grande Morale, qui sont le r�sultat du travail collectif de l��cole.</p><p>La logique</p><p>Si l�on retient l�interpr�tation propos�e par Jan &#x141;ukasiewicz, la logique d�Aristote peut �tre dite � formelle � sans �tre formaliste. Elle est formelle, car le contenu de la logique se r�duit aux lois syllogistiques, qui ne contiennent aucun terme concret, mais seulement des � emplacements � (marqu�s par des symboles litt�raux) pour de tels termes. La logique d�Aristote est dite</p><p>� formelle � en rapport avec la notion philosophique de forme oppos�e � celle de mati�re. Elle n�est cependant pas formaliste, car elle n�est pas un calcul. Toujours pr�occup� du signifi� � travers le signifiant, Aristote s�autorise des substitutions qui ne sont gu�re qu�intuitivement justifi�es (substitut et substitu� � veulent dire la m�me chose �) sans �tre d�montr�es � partir de r�gles ad�quates. Du fait de son caract�re formel, la logique d�Aristote a �t� consid�r�e comme un instrument (organon) de la philosophie et non comme une de ses parties. Les termes qui apparaissent dans les exemples downloadModeText.vue.download 342 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>879</p><p>propos�s par Aristote sont des termes g�n�raux communs. Cependant, la syllogistique d�Aristote ne se compose pas d�exemples, mais de sch�mas dans lesquels les variables prennent la place des termes.</p><p>Dans les Premiers Analytiques, Aristote propose la d�finition suivante :</p><p>� Le syllogisme est un discours dans lequel, certaines choses �tant pos�es, quelque chose d�autre que ces donn�es en r�sulte n�cessairement par le seul fait de ces donn�es. � Le syllogisme se compose de trois propositions, dont les deux premi�res sont les pr�misses �</p><p>int�grant une majeure et une mineure</p><p>� et la troisi�me la conclusion : � Si</p><p>tout A est B, et tout C est B, alors n�cessairement tout C est A. � Cette syllogistique ne se confond pas avec une science des concepts (alors que le concept vaut pour lui-m�me, le terme</p><p>[ou la variable] ne prend tout son sens que par r�f�rence � la place qu�il occupe dans la proposition) ni m�me avec une science de la pens�e (les Premiers Analytiques ne contiennent aucune pr�-</p><p>occupation psychologique).</p><p>Aristote distingue trois sortes de propositions � compos�es d�un sujet et d�un attribut ou d�un pr�dicat �</p><p>selon les modalit�s de l�attribution : propositions � assertoriques � (jugement de r�alit�), propositions � apodictiques � (jugement de n�cessit�), propositions � probl�matiques � (jugement de possibilit�). Le philosophe ne d�veloppera tout d�abord que la syllogistique des seules propositions assertoriques et distinguera quatre figures selon la place du moyen terme : dans la premi�re figure, le moyen terme est le sujet de la majeure et l�attribut de la mineure ; dans la deuxi�me, il est attribut dans les deux pr�misses ; dans la troisi�me, il est sujet dans les deux pr�misses ; dans la quatri�me, il est l�attribut de la majeure et le sujet de la mineure (inverse de la premi�re figure).</p><p>Aristote privil�gie les � syllogismes parfaits �, qui � n�ont besoin de rien autre chose que ce qui est pos� dans les pr�misses pour que la n�cessit� de la conclusion soit �vidente � (Premiers Analytiques). Ce sont les quatre modes fondamentaux de la premi�re figure, auxquels les scolastiques ont donn� les noms suivants : Barbara, Celarent, Darii et Ferio (a d�signe la proposition universelle affirmative, e la proposition universelle n�gative, i la proposition particuli�re affirmative et o la proposition particuli�re n�gative). Le syllogisme d�sign� par Barbara se compose de trois propositions universelles affirmatives (a � a � a</p><p>�), tandis que celui qui est symbolis� par Ferio se compose respectivement d�une universelle n�gative (e), d�une particuli�re affirmative (i) [pour les pr�misses] et d�une particuli�re n�gative (o) [pour conclusion]. Aristote r�duira finalement le nombre des � syl-</p><p>logismes parfaits � aux deux premiers (Barbara, Celarent), puisque les deux derniers peuvent en �tre d�duits.</p><p>Pour fonder les � syllogismes imparfaits �, Aristote se r�f�re � trois m�thodes :</p><p>y M�thode de la conversion. Soit la d�monstration de Festino (nom scolastique du troisi�me mode de la deuxi�me figure) en fonction de Ferio de la premi�re figure.</p><p>Ferio : si nul B n�est A et quelque C est B, alors quelque C n�est pas A.</p><p>Festino : si nul A n�est B et quelque C</p><p>est B, alors quelque C n�est pas A.</p><p>Ces deux modes ne diff�rent que par leur majeure : celle du second �tant l�inversion compl�te de celle du premier. Aussi suffit-il de la remplacer par l�autre !</p><p>y M�thode dite � de r�duction de l�absurde �. Soit la d�monstration de Baroco de la deuxi�me figure � partir de Barbara de la premi�re figure.</p><p>Barbara : si tout B est A et tout C est B, alors tout C est A.</p><p>Baroco : si tout B est A et quelque C</p><p>n�est pas A, alors quelque C n�est pas B.</p><p>Aristote nous pr�vient que, lorsque la conclusion a �t� contredite et que l�une des pr�misses est conserv�e, il est n�cessaire que la pr�misse restante soit rejet�e (Premiers Analytiques, IV, 8).</p><p>Or, la mineure de Baroco est en contradiction avec la conclusion de Barbara, ce qui est conforme avec le principe �nonc�.</p><p>y M�thode dite � de l�ecth�se �. Soit la d�monstration de Darapti (nom scolastique du premier mode de la troisi�me figure).</p><p>Darapti : si tout B est A et tout B est C, alors quelque C est A, soit B, appartenant � B.</p><p>Si les pr�misses sont correctes, il est juste d�affirmer que B1 est A et que B1</p><p>est C. C�est dire que B1 est � la fois A et</p><p>C ; quelque chose qui est C est � la fois quelque chose qui est A, soit quelque C est A.</p><p>� c�t� de la syllogistique des propositions assertoriques, Aristote a construit une syllogistique des � pr�-</p><p>misses mixtes �, dans lesquelles la majeure et/ou la mineure peuvent �tre apodictiques, assertoriques, probl�-</p><p>matiques. Elle comprend un tr�s large �ventail de choix de modes, et Aristote d�montre comment la conclusion d�pend de la � mixit� � des pr�misses et se trouve par exemple apodictique ou assertorique.</p><p>Aristote et la tradition notamment scolastique d�gagent trois principes qui d�terminent l�exercice m�me de la pens�e.</p><p>y Le principe d�identit�. Il se traduit sous la forme A = A. Ce principe, qui affirme la permanence des objets de la connaissance, permet de fonder l�immuabilit� de la v�rit�.</p><p>y Le principe de contradiction. Ce principe, qui est explicitement �nonc� par Aristote, interdit de poser une chose �tant � la fois A et non-A : � Il est impossible que le m�me attribut appartienne et n�appartienne pas en m�me temps au m�me sujet et sous le m�me rapport � (M�taphysique, 3, 1005 b, 19).</p><p>y Le principe du tiers exclu. Un tel principe est partie int�grante d�une logique bivalente comme celle d�Aristote (� savoir une logique qui n�admet que deux valeurs : le vrai et le faux).</p><p>Ainsi, de deux propositions contradictoires, l�une doit �tre vraie et l�autre fausse.</p><p>La m�taphysique</p><p>L�image d�un Aristote monolithique a disparu gr�ce aux travaux de Werner Jaeger (1888-1961), qui a interpr�t� l�aristot�lisme � l�int�rieur d�un d�gagement progressif � l��gard du platonisme. Par l�application de la m�thode g�n�tique, W. Jaeger d�couvre deux conceptions de la m�taphysique dans la pens�e aristot�licienne : d�une part, la m�taphysique appara�t comme une</p><p>th�ologie ; d�autre part, elle est d�finie comme une ontologie. Dans le premier sens, elle demeure comparable aux autres sciences (et notamment � la physique) et ne s�en distingue que par la qualit� de son objet, qui est l��tre �minent, divin et immobile ; dans le second sens, elle devient la � science de l��tre en tant qu��tre �, qui explicite la th�orie g�n�rale de l��tre, alors que les autres sciences le d�couvrent selon une perspective d�termin�e.</p><p>L�interpr�tation de l�histoire de la philosophie telle qu�Aristote la propose ne peut �tre comprise qu�� la lu-mi�re de la d�finition de la philosophie comme recherche des causes et des principes premiers. Dans sa Physique, Aristote distingue quatre causes : la cause mat�rielle, la cause motrice, la cause formelle et la cause finale. Dans le cas d�un artiste qui sculpte une statue, la pierre, qui est la condition de r�alisation de l�oeuvre, est la cause mat�rielle ; les instruments pour tailler repr�sentent la cause efficiente ou motrice, qui est de type technique ; la cause formelle se r�f�re au projet du sculpteur, tandis que la cause finale se manifeste dans le but ou l�intention qui pr�side � la r�alisation de la statue. La cause finale d�termine en fait les trois autres causes. La M�taphysique pr�-</p><p>suppose donc la th�orie physique de la causalit�. La priorit� de la th�orie physique domine la lecture qu�Aristote pratique sur son ma�tre. Platon est le philosophe qui impose le dualisme du monde sensible et du monde intelligible, ce dernier constituant la supr�me r�alit�. Face � cette attitude, Aristote se pr�sente comme le philosophe qui croit � la possibilit� de l�explication du r�el sensible. S�parer, comme le fait Platon, l�id�e de la chose revient, pour Aristote, � dissocier la quiddit� d�une chose de la chose elle-m�me. Or, la quiddit� d�une chose est l�ensemble de tous les �l�ments permanents et primitifs qui d�finissent essentiellement une chose, par opposition aux caract�res simplement accidentels. C�est la nature d�une chose, son essence et, en d�finitive, sa forme. La distinction platonicienne n�a, pour Aristote, aucun sens, car la r�alit� est le compos� concret de la forme et de la mati�re. Dans une philosophie de l�individualit� concr�te �</p><p>comme celle d�Aristote � qui r�fl�chit � partir de l�organisme vivant, la forme ne peut �tre qu�immanente � la mati�re.</p><p>Cette premi�re d�finition de la philosophie va se doubler d�une caract�risation de la philosophie comme ontologie. Le livre C de la M�taphysique commence par cette affirmation :</p><p>� Il y a une science qui �tudie l��tre en tant qu��tre, et les attributs qui lui appartiennent essentiellement � (3, 1003 b, 21). Aristote part de l�existence de cette science et s�efforce seulement d�en d�montrer la sp�cificit� par rapport aux autres sciences. Il ne faut pas confondre l�� �tre en tant qu��tre � avec un universel, un caract�re commun � tous les �tres, car ce serait nier la diversit� des sciences.</p><p>Pour comprendre la nature de l��tre en tant qu��tre, il convient de se r�f�rer � la distinction qu�Aristote �tablit entre l�unit� g�n�rique et l�unit� g�n�alogique. L��tre n�est pas universel en tant que chacun des �tres en poss�de une partie (universalit� du genre, commu-downloadModeText.vue.download 343 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>880</p><p>naut�), mais parce qu�il est premier et sert de fondement � l�analogie. L��tre en tant qu��tre se pr�sente comme un type exemplaire qui sert de principe r�gulateur, de point de r�f�rence aux autres �tres. Autrement dit, l��tre en tant qu��tre est � premier dans une s�rie ordonn�e d�homonymes � (m�me mot, sens multiple). L��tre est saisi par analogie � travers les cat�gories de l��tre : la substance, la quantit�, la qualit�, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession, l�action et la passion (cf.</p><p>Cat�gories, 4, 16, 25, 2 a, 10).</p><p>Aristote privil�gie le premier terme de la s�rie des analogues (la substance) ; la philosophie devient ainsi une th�orie de la substance. Alors que la physique a pour objet les substances</p><p>� non s�par�es � et � non immobiles �, la m�taphysique d�couvrira son objet dans une substance s�par�e et immobile, et se transformera en une th�ologie (la philosophie premi�re est la science qui a pour objet Dieu comme</p><p>Premier Moteur).</p><p>Pour �clairer la th�orie aristot�licienne de la substance, il convient de se r�f�rer aux deux couples : mati�reforme, puissance-acte. Ils traduisent la relation substance-accident, dans laquelle le premier terme est ce qui demeure (le sujet), le second �tant ce qui change (l�attribut). Il n�y a pas de mati�re en soi, et il n�est possible de la saisir que comme � corr�latif � : le bois est une mati�re pour la table.</p><p>Le processus de fabrication marque le passage d�une moindre d�termination de la mati�re � une d�termination plus grande. La mati�re d�termin�e correspond � un mat�riau.</p><p>Cependant, la mati�re n�est pas</p><p>compl�tement inerte, car elle est aussi puissance. En ce sens, elle est le compl�ment n�cessaire de la forme, qui pr�tend se r�aliser, s�actualiser. On reconna�t dans la philosophie d�Aristote deux puissances, dont l�une renvoie � la mati�re � potentialit� � et l�autre � la forme � actualit�. Il s�agit dans le premier cas de la � puissance de subir un changement �, dans le second de la</p><p>� puissance de faire �.</p><p>Le couple puissance-acte est un pr�-</p><p>suppos� axiologique et ontologique qu�Aristote utilise pour expliquer la r�alit� du mouvement. Tout d�abord, il convient de ne pas confondre la puissance avec la simple possibilit� logique (le � simplement non-contradictoire �).</p><p>Ensuite, le mouvement doit bien �tre consid�r� comme un acte, mais imparfait, incomplet : c�est l�� acte de ce qui est en puissance �. La puissance n�est pas la pure possibilit� ouverte � tous les contraires, mais bien plut�t une facult�, une tendance. En ce sens, � la mati�re tend vers la forme �. La puissance est, d�une certaine fa�on, d�termin�e ; si bien que la mati�re n�est pas le r�sidu obtenu lorsqu�une chose est d�barrass�e de toutes ses qualit�s, mais est ce qui conna�t une moindre d�termination par rapport � ce qui in-t�gre une d�termination sup�rieure. La</p><p>� puissance � d�montre que la mati�re, loin d��tre un pur en-soi, est relative � telle ou telle forme. La forme appara�t ainsi comme le principe d�intelligibilit� des substances sensibles et comme</p><p>le principe de leur r�alit�. C�est la raison m�me de la g�n�ration : la cause efficiente (motrice) n�a d�efficacit� que pour autant qu�elle est porteuse de la forme. La mati�re n�est substance que lorsqu�elle est structur�e par une quiddit�. Autrement dit, la substance d�un �tre se confond avec sa quiddit�, sa nature, son essence. Dans le cas de la substance compos�e (forme-mati�re), l��tre ne co�ncide pas avec sa quiddit�. Cela n�est vrai que du Premier Moteur, qui est l��tre intelligible par excellence, puisqu�il est acte pur : la d�finition de la quiddit� recouvre alors l�individualit� substantielle.</p><p>Par rapport aux substances compo-s�es, la d�finition de la quiddit� doit satisfaire � une double exigence : la premi�re tient � la th�orie de la connaissance d�Aristote selon laquelle il n�y a de science que du g�n�ral ; la deuxi�me impose le respect des conditions de l�individualit�. C�est donc au niveau de la diff�rence sp�cifique (ou diff�rence derni�re) que cette d�finition pourra se d�ployer. � Si une diff�rence d�une diff�rence se trouve atteinte � chaque �tape, une seule, la derni�re, sera la forme et la substance �</p><p>(M�taphysique F 12, 1038). Autrement dit, ce qui correspond � la r�alit� n�est pas le genre, mais bien la diff�rence sp�cifique qui se d�veloppe entre la</p><p>� vaine universalit� � (simple abstraction de l�esprit) et la � multiplicit� de l�inconnaissable � (car l�individu ne saurait �tre objet de discours).</p><p>La physique</p><p>du sens commun</p><p>Il serait illusoire de r�duire la physique d�Aristote � un � amas d�incoh�-</p><p>rences �, car elle repose sur une base philosophique �labor�e ; elle est soutenue par une th�orie scientifique syst�matique et est en accord avec le sens commun et l�exp�rience quotidienne.</p><p>Certes, la science aristot�licienne est fausse, mais pour les historiens des sciences d�aujourd�hui, comme Alexandre Koyr�, il reste qu�il s�agit pr�cis�ment d�une th�orie scientifique qui part des donn�es du sens commun pour leur faire subir le traitement d�une critique syst�matique.</p><p>La distinction qu�elle propose entre</p><p>� mouvements naturels � et � mouvements violents � ne peut �tre comprise qu�� l�int�rieur d�une conception globale du r�el. Cette interpr�tation repose sur la croyance � l�existence de � natures � qualitativement diff�rentes, sur la d�finition du monde comme totalit� hi�rarchiquement ordonn�e. Chaque chose poss�de une � place � dans le monde, et celle-ci rejaillit sur la chose elle-m�me, puisqu�un �tre n�atteint son plein �panouissement qu�� la place qui lui est assign�e dans l�ordre de l�univers.</p><p>La physique aristot�licienne ma-</p><p>nifeste une conception statique de l�ordre : si chaque chose �tait � en ordre �, toute chose resterait toujours dans son � lieu naturel �. Seule une</p><p>� violence � peut chasser un �tre de son lieu naturel, qui, une fois expuls�, s�efforcera d�y retourner. En ce sens, tout mouvement traduit un � d�sordre cosmique �. Le � mouvement naturel � correspond justement � l�effort du cosmos pour retrouver une position d��quilibre.</p><p>Mouvement et repos appartiennent � des niveaux ontologiquement diff�-</p><p>rents. Le repos est le fait d�un corps restant en son lieu naturel et appartient � la nature m�me du corps ; le mouvement est n�cessairement un � �tat transitoire �. En effet, le mouvement naturel s�annule d�s que le corps a recouvr� son �tat d��quilibre, et le mouvement violent ne saurait durer toujours, puisqu�il remettrait en cause l�id�e d�une hi�rarchie cosmique. Cependant, si le mouvement des corps appartenant au monde sublunaire, ou monde de l�exp�rience, est transitoire, pour la totalit� du monde le mouvement est un ph�nom�ne � la fois �ternel et n�cessaire. En derni�re analyse, la cause des mouvements momentan�s du monde sublunaire est d�couverte dans le mouvement continu et �ternel des sph�res c�lestes, qui interdit au monde mat�riel d�atteindre l��tat de perfection qui consisterait dans le repos absolu.</p><p>De m�me, le mouvement est un � processus � qui se situe entre la perfection (le repos est atteint parce que l��tre est pleinement actualis�) et la privation (le repos n�est instaur� que parce que le</p><p>corps est incapable de se mouvoir de lui-m�me).</p><p>Le mouvement correspond � un</p><p>changement tant par rapport � soi-m�me que par rapport aux autres. La d�finition aristot�licienne du mouvement exige un terme de r�f�rence permanent, qui permette de mesurer le changement, et une cause, qui permette d�expliquer chacun des processus. Pour le � mouvement local �, le point fixe r�f�rentiel est le centre de la Terre. � cette occasion pr�cisons que le mouvement local est certes une es-p�ce importante du mouvement, mais seulement une esp�ce : c�est le mouvement dans le domaine de l�espace. Il y a un mouvement dans le domaine de la qualit� (alt�ration) et un mouvement dans le domaine de l��tre (la g�n�ration et la corruption). De m�me, chaque mouvement a besoin d�un moteur pour se produire. Le processus ne se maintient qu�autant que l�action du moteur dure. Pour le mouvement naturel, le moteur est la forme m�me du corps qui s�efforce de le r�introduire dans son lieu naturel ; dans le cas du � mouvement violent �, le moteur est un corps externe qui s�attache au corps m�.</p><p>Par la th�orie tant du mouvement naturel que du mouvement violent et par la description des lieux naturels, Aristote s�oppose � l�hypoth�se de l�espace vide (comme l�est celui de la g�om�-</p><p>trie), incompatible avec la conception d�un ordre cosmique, d�un espace cosmique qualitativement diff�renci�, d�une hi�rarchisation ontologique.</p><p>La morale et</p><p>la politique</p><p>Selon Aristote, toute activit� humaine tend vers une fin qui d�termine le processus de l�action et repr�sente un bien : par exemple, la fin de la m�decine est la sant�, tandis que la fin de l�activit� �conomique est la richesse.</p><p>La fin ultime et supr�me, d�sir�e pour elle-m�me et non plus envisag�e comme moyen en vue d�une fin sup�-</p><p>rieure, est le Souverain Bien. Les �l�-</p><p>ments constitutifs du Souverain Bien</p><p>� Bonheur et Vertu � sont ins�parables pour les Grecs, qui interpr�tent</p><p>le fini comme ce qui est parfait, para-chev� : est vertueux l��tre qui a pleinement r�alis� son essence ; un tel �tre acc�de n�cessairement au Bonheur. �</p><p>partir de cette d�finition du Bonheur par la Vertu, il semblerait l�gitime d��riger la morale au rang de science souveraine. Tout au contraire, Aristote subordonne l��thique � la politique, qui s�impose comme la fin supr�me de downloadModeText.vue.download 344 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>881</p><p>l�action. � Le Souverain Bien d�pend de la science organisatrice souveraine, en d�autres termes de la science politique � [�thique � Nicomaque, livre Ier, chap. I, 4-5).</p><p>En tant que science de la vie en communaut�, la politique r�git le domaine des autres sciences (science militaire, �ducation des citoyens, �conomie, rh�torique) et s�affirme comme une</p><p>� science architectonique �. L��thique ne saurait �tre autonome, car ses conditions de possibilit� d�pendent de la vie de la cit� : la science politique est la v�ritable science des fins. � Elle l�gi-f�re sur ce qu�il faut faire et �viter, la fin qu�elle poursuit peut embrasser la fin des autres sciences, au point d��tre le bien supr�me de l�homme � (ibid., 6). Aristote d�nonce la dualit� du citoyen et de l�individu ; l�homme est un</p><p>� animal politique � qui est fait pour une vie r�gl�e par des institutions. La politique tend � la r�alisation du bien sp�cifiquement humain : � Le bien certes est d�sirable quand il int�resse un individu pris � part ; mais son caract�re est plus beau et plus divin, quand il s�applique � un peuple et � des �tats anciens � (ibid., 7).</p><p>La distinction qu�Aristote institue entre les d�finitions premi�res et les d�finitions secondes permet de pr�ciser ce qu�est pour lui la science politique. La d�finition est un discours qui exprime l�essence de la chose : les d�finitions premi�res servent de points de d�part aux d�monstrations, tandis que les d�finitions secondes ou compos�es constituent soit le terme d�un raisonnement, soit une partie de la d�mons-</p><p>tration. Ces derni�res sont atteintes par r�duction, c�est-�-dire par une m�thode d�observation et de comparaison des faits qui se substitue � la m�thode syllogistique. La m�thode inductive est la seule praticable dans l�ordre moral et politique, o� les faits constituent le</p><p>� point de d�part � et o� la connaissance est simplement relative � nous (et non point en soi). Lorsque Aristote s�efforce de d�finir la cit�, il se r�f�re au genre et � la diff�rence sp�cifique : la cit� est une sorte de communaut�, mais c�est la plus haute de toutes.</p><p>Chronologiquement, la cit� suppose la famille et le village ; t�l�ologiquement, elle est la forme sup�rieure de la communaut�, car elle poursuit le Bien supr�me. La communaut� politique est la totalit� organique qui enferme toutes les autres comme ses parties. Aristote, contrairement � Platon, qui s�en tient � une diff�rence num�rique, d�couvre une diff�rence qualitative entre la famille et la cit� : elles se distinguent au niveau de la forme.</p><p>Aristote reconna�t l�origine de la communaut� politique dans le couple sexuel. La relation sexuelle est de m�me nature que la relation ma�tre-esclave : ces unions sont �galement naturelles, et chacun des termes des deux couples ne peut vivre sans l�autre. La fin du couple sexuel est la procr�ation, qui ne maintient �ternellement que la forme, l�essence. Dans la procr�ation, l�homme vient informer la mati�re constitu�e par la femme. De m�me, l�esclave est l�instrument du ma�tre, qui r�alise pleinement son essence dans l�acte de commander. Cette facult� et ce droit de commandement r�sultent de l�intelligence, qui est la partie la plus noble de l�homme. L�esclave ne saurait vivre sans le ma�tre, car sa nature se manifeste dans l�ob�issance. Le couple ma�tre-esclave, tout comme le couple homme-femme, est indissociable, car chacun des extr�mes y d�veloppe son essence.</p><p>Lorsque Aristote s�interroge sur la gen�se de la cit�, il pr�tend d�montrer son origine naturelle. Bien qu�elle naisse du besoin, la cit� d�passera le niveau purement �conomique pour</p><p>atteindre le Bonheur. Elle est profond�ment finalis�e : la cit� n�existe que</p><p>parce que la nature vise le Bien de l�esp�ce humaine, qui ne peut s�actualiser que civilement. L�homme est un interm�diaire entre les dieux et les animaux, qui peuvent vivre �galement isol�s (bien que pour des raisons diff�-</p><p>rentes) ; au contraire, l��tre humain ne peut exercer sa raison qu�� l�int�rieur de la communaut� politique.</p><p>La sociabilit� humaine se distingue de certaines formes animales de vie communautaire par l�usage de la parole. Aristote voit dans la parole la cause du rassemblement communautaire et s�oppose aux sophistes, qui interpr�taient la parole comme une cons�quence de la vie civile.</p><p>La vertu de justice est la vertu sociale par excellence : la cit� propose les crit�res qui permettent de distinguer le juste et l�injuste. Aristote distingue une justice naturelle, qui poss�de partout la m�me force et n�est pas relative � telle ou telle opinion (le � droit naturel �), et une justice politique, qui n�est autre que le droit l�gal tel qu�il est sanctionn� par les droits d�une cit�.</p><p>Aristote est ainsi un des premiers philosophes � reconna�tre l�existence d�un droit de la nature. Il reste que c�est la cit� qui permet au droit naturel de s�actualiser et qui se r�v�le la condition derni�re de possibilit� de toutes les formes de justice.</p><p>Le p�ripat�tisme</p><p>apr�s Aristote</p><p>Les disciples d�Aristote auront des pr�occupations essentiellement d�ordre exp�-</p><p>rimental : recherches zoologiques, biologiques et historiques.</p><p>Eud�me, Aristox�ne de Tarente et Th�ophraste recourent constamment � l�exp�rience et prolongent la pens�e du ma�tre dans des recherches sp�cialis�es, o� domine le souci de l�observation du d�tail. Ainsi en est-il des Caract�res de Th�ophraste comme de son histoire des Opinions physiques. Straton de Lampsaque (� 268 av. J.-C.) remettra en cause les fondements m�mes de la physique d�Aristote en rejetant la th�orie des lieux naturels et celle de la cause finale, et en ne retenant d�autre force active que la pesanteur. Di-</p><p>c�arque (v. 347 - v. 285 av. J.-C.) retrouve l�inspiration d�H�siode dans son histoire abr�g�e du peuple grec et distingue : l��ge d�or, qui est le temps de la paix ; l��ge nomade, qui est la p�riode o� la propri�t� et, avec elle, la guerre se d�veloppent ; l��ge agricole, o� les tensions se confirment et s�accentuent. L�aristot�lisme ira toujours en sp�cialisant jusqu�� renoncer aux principes m�mes du syst�me : Critolaos, qui dirige le Lyc�e de 190 � 150, conserve peu de caract�res de l�aristot�lisme initial.</p><p>M. K.</p><p>M. K.</p><p>B F. Ravaisson, Essai sur la M�taphysique d�Aristote (1837-1846 ; nouv. �d. Vrin, 1953). /</p><p>H. Bonitz, Aristotelische Studien (Vienne, 1862-1867 ; 5 tomes). / E. Boutroux, � Aristote �, dans la Grande Encyclop�die (tome I, 1886).</p><p>/ C. Werner, Aristote et l�id�alisme platonicien (Gen�ve, 1909). / F. Brentano, Aristoteles und seine Weltanschauung (Leiozig, 1911). /</p><p>O. Hamelin, le Syst�me d�Aristote (Alcan, 1920).</p><p>/ W. D. Ross, Aristotle (Londres, 1923 ; trad. fr., Payot, 1930). / G. Rodier, �tudes de philosophie grecque (Vrin, 1927 ; 2e �d., 1957). / E. Br�hier, Histoire de la philosophie (Alcan, 1928 ; nouv.</p><p>�d., P. U. F., 1962, t. I, fasc. 1). / G. R. G. Mure, Aristotle (Londres, 1932). / W. Br�cker, Aristoteles (Francfort, 1935). / L. Robin, Aristote (P. U. F., 1944). / I. M. Bochenski, Ancient Formal Logic (Amsterdam, 1951). / J. &#x141;ukasiewicz, Aristotle�s Syllogistic from the Standpoint of Modern Formal Logic (Oxford, 1951 ; trad. fr.</p><p>la Syllogistique d�Aristote, A. Colin, 1972). /</p><p>J. Owens, The Doctrine of Being in the Aristotelian Metaphysics. A Study in the Greek Back-ground of Medieval Thought (Toronto, 1951). /</p><p>J. Brun, Aristote et le Lyc�e (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961 ; 3e �d., 1970). / P. Aubenque, le Probl�me de l��tre chez Aristote (P. U. F., 1962 ; 2e �d., 1967) ; la Prudence chez Aristote (P. U. F., 1963). / J. Moreau, Aristote et son �cole (P. U. F., 1962). / P. Ricoeur, Platon et Aristote (C. D. U., 1962). / Actes du Congr�s de l�Association Guillaume Bud� (Lyon, sept. 1958) [Les Belles Lettres, 1962], / T. Kotarbinski, Le�ons sur l�histoire de la logique (P. U. F., 1965). / H. Barreau, Aristote (Seghers, 1972). / P. Somville, Essai sur la Po�tique d�Aristote et sur quelques aspects de sa post�rit� (Vrin, 1975).</p><p>Aristote dans</p><p>la philosophie</p><p>du Moyen �ge</p><p>Hors les �coles grecques, Aristote, dans le Bas-Empire christianis�, ne fit figure que de ma�tre de logique. Les docteurs chr�-</p><p>tiens, notamment Augustin*, �taient p�n�-</p><p>tr�s des conceptions des platoniciens, plus exactement de l�inspiration �manant d�un syncr�tisme issu de Plotin et de Proclus.</p><p>Ils demeuraient sensibles au spiritualisme d�une contemplation �mergeant au-del� des pesanteurs terrestres. Le r�alisme et le naturalisme d�Aristote s�en trouvaient d�pr�ci�s, et le Stagirite ne pouvait �tre estim� que pour sa logique. Bo�ce (� 524) en transmit intelligemment l�h�ritage, dont la Renaissance carolingienne fit son profit. En fait, ce capital n��tait exploit� que pour les premiers livres de l�Organon, ainsi r�duit � un outillage mental, en m�connaissance de l�anthropologie et de la po�tique du philosophe, trait� parfois avec m�pris comme un � manducator verborum �. Platon r�gna ainsi jusqu�en plein XIIe s.</p><p>� la faveur des curiosit�s alors �veill�es par l�essor �conomico-culturel, les autres ouvrages d�Aristote p�n�tr�rent en Occident, au gr� des p�les de d�veloppement ou des hasards des traductions, qui se font du grec en latin, et aussi, dans certaines r�gions (Sicile, Espagne), � l�aide des traductions arabes. On peut discerner plusieurs �tapes, au cours desquelles les esprits et bient�t les programmes scolaires furent submerg�s par ces vagues de textes et de pens�es : lecture des Analytiques, philosophie de la nature, psychologie, m�taphysique, enfin, apr�s 1250, morale et politique.</p><p>� chaque �tape, les chr�tiens ressentaient de plus en plus l�incompatibilit� tant du naturalisme que du rationalisme du philosophe pour l��laboration de leur foi.</p><p>Les autorit�s eccl�siastiques d�nonc�rent cette incoh�rence de mani�re fr�quente et continue d�s les premi�res ann�es du XIIIe s., � mesure que le d�veloppement des �coles urbaines donnaient une surface institutionnelle � cette philosophie novatrice. Pareille r�sistance s�accommodait mal, sous la peur, d�un discernement des valeurs et des m�thodes.</p><p>Dans cette tension dramatique pour la foi, deux hommes eurent la courageuse lucidit�, en pleine Universit� de Paris, de prendre comme textes de leurs le�ons les oeuvres d�Aristote alors connues : Roger Bacon*, au coll�ge des franciscains (vers 1240-1245), Albert* le Grand, au coll�ge</p><p>des dominicains (de 1240 � 1248), dont le propos expr�s fut de � rendre Aristote intelligible aux Latins �. Le plus fort �tait que le grec arrivait envelopp� des commentaires et des interpr�tations des philosophes arabes, Averro�s* en particulier, tout frais traduit. Les ma�tres trouvaient l�, avec une introduction inappr�ciable, une interpr�tation rigoureuse, qui, par cela m�me et surtout en anthropologie, downloadModeText.vue.download 345 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>882</p><p>s�opposait au spiritualisme platonico-augustinien alors en cours.</p><p>Quand Thomas* d�Aquin, disciple et successeur d�Albert le Grand, reprit son entreprise avec plus d�exigence critique, la crise �clata. Le ma�tre franciscain, Bonaventure*</p><p>(1221-1274), qui lisait aussi Aristote, mais qui restait fid�le � Augustin, alerta l�opinion dans des conf�rences c�l�bres. L�affaire s��tait envenim�e lorsqu�un ma�tre des arts, Siger de Brabant, proposa m�thodiquement (v. 1265-1270) une interpr�tation averro�ste d�Aristote, � l�encontre du syncr�tisme courant. On aboutissait � la th�se de la double v�rit� : la v�rit� rationnelle du philosophe, la v�rit� chr�tienne du croyant.</p><p>Le naturalisme d�Aristote s�implantait d�ailleurs dans une culture dont les soubassements renfor�aient l�intelligence aigu� d�un ordre naturel, connaissable par ses propres causes, en morale et en politique autant qu�en sp�culation, sans le recours � une r�v�lation de Dieu. Albert le Grand d�clare que, pour conna�tre la nature, c�est � Aristote qu�il faut recourir et non aux docteurs de l��glise.</p><p>Devant la prolif�ration disparate de ces doctrines, la r�action des ma�tres conservateurs se manifeste par la r�daction d�un syllabus de 219 articles d�non�ant les</p><p>� erreurs de ce temps �, promulgu� par �tienne Tempier, �v�que de Paris (1277).</p><p>Ce fut sans doute l�un des �v�nements intellectuels les plus d�cisifs de cette p�-</p><p>riode. Thomas d�Aquin y fut partiellement compromis, et sa r�habilitation, peu efficace sur ce point, ne pouvait purger l�aristot�lisme, comme d�ailleurs toute philosophie, de son inad�quation � l�expression</p><p>de la foi.</p><p>Aussi bien, l�essor de la culture et des philosophies qu�elle implique provoque toujours ces traumatismes. L�entr�e d�Aristote dans la chr�tient� m�di�vale demeure un �pisode capital de l�histoire de la civilisation en Occident. (V. Moyen �ge [philosophie du].)</p><p>M. D. C.</p><p>B P. Mandonnet, Siger de Brabant et l�averro�sme latin au XIIIe si�cle (Fribourg, 1899 ; 2e �d., Louvain, 1911) / M. Grabmann, Fros-chungen �ber die lateinischen Aristoteles�ber-setzungen des XIII. Jahr. (M�nster, 1916). /</p><p>F. Van Steenberghen, Siger de Brabant d�apr�s ses oeuvres in�dites (Louvain, 1931-1942 ; 2 vol.) ; Aristote en Occident. Les origines de l�aristot�lisme parisien (Louvain, 1946) / Aristote et saint Thomas d�Aquin (Nauwelaerts, Louvain, 1959). / J. Vuillemin, De la logique � la th�ologie (Flammarion, 1967).</p><p>arithm�tique</p><p>�tude de l�ensemble N des nombres entiers naturels ; de l�ensemble Z des nombres entiers relatifs, ainsi que du corps Q des nombres entiers rationnels.</p><p>(Dans ses parties les plus relev�es, elle porte le nom de th�orie des nombres.) Tout au cours de son d�veloppement historique, ses fronti�res avec l�alg�bre et l�analyse ont �t� mouvantes et souvent impr�cises. Elle se subdivise assez naturellement en arithm�tique pratique et en arithm�tique th�orique.</p><p>La premi�re comprend les diverses num�rations parl�es et �crites, la repr�-</p><p>sentation des fractions et les techniques op�ratoires relatives aux quatre op�-</p><p>rations �l�mentaires, addition, soustraction, multiplication et division. Les num�rations parl�es remontent chez tous les peuples aux �poques les plus recul�es, et il est difficile d�en �crire l�histoire. Aristote remarquait d�j� que la plupart des peuples comptaient par dizaines. Cependant, on trouve dans plusieurs idiomes, le grec par exemple, des restes d�une base 5 et dans d�autres, le fran�ais notamment, des vestiges d�une base 20.</p><p>Syst�mes de num�ration</p><p>�crite et techniques</p><p>op�ratoires qui les accompagnent</p><p>�gypte</p><p>La num�ration �crite �gyptienne est fond�e sur la base 10. Lorsqu�il s�agit de ce que l�on pourrait appeler la num�-</p><p>ration grav�e, les hi�roglyphes, chaque puissance de 10 poss�de un signe propre : unit� I, dizaine , centaine</p><p>, mille (une fleur de lotus), dizaine de mille (un gros doigt ou une</p><p>grosse unit�), centaine de mille (un t�tard, symbole du non-d�nombrable), million (le dieu de l�infini). Pour repr�senter un nombre comme 2 617, on gravera</p><p>L�ordre des signes peut d�ailleurs se trouver invers�. Cette �criture se trouve parfois simplifi�e, et 400 000, par exemple, pourra �tre repr�sent� ainsi : . D�ailleurs, l��criture hi�ratique sur papyrus apporte d�autres modifications indiqu�es dans le tableau, qui l�apparente aux num�rations alphab�tiques grecque, h�bra�que ou arabe.</p><p>Les �gyptiens ne connaissent pas nos fractions g�n�rales, mais seulement les quanti�mes, ou inverses des nombres entiers, comme etc., et la fraction Les quanti�mes se notent par l�entier homonyme surmont� du symbole :</p><p>La multiplication des entiers se fait par l�interm�diaire de la duplication, ce qui suppose l�existence implicite de la base 2, sous-jacente � la base fondamentale 10. Par exemple, dans le produit de 15 par 13, on �crira les uns sous les autres, dans une colonne, les nombres 1, 2, 4, etc., et, dans une autre lui faisant vis-�-vis, 15, son double, son quadruple, etc. :</p><p>Des proc�d�s analogues ont sub-</p><p>sist� longtemps, par exemple dans la paysannerie russe. Le proc�d� �gyptien comporte d�ailleurs quelques variantes : ainsi la multiplication par 10 est imm�diate. La division se pratique � partir de la m�me m�thode.</p><p>On con�oit que l�utilisation des seuls quanti�mes dans le calcul des fractions cr�e de grandes difficult�s. En particulier, la multiplication exige l�existence</p><p>de tables de duplication. On en trouve dans le Papyrus Rhind, o� figurent les doubles des inverses des impairs successifs de 3 � 101 :</p><p>Malgr� les grandes complications qu�entra�ne l�emploi exclusif des quanti�mes, ceux-ci seront adopt�s par les techniciens grecs et se retrouveront � Byzance et en Occident tr�s au-del� de notre �re.</p><p>M�sopotamie</p><p>La num�ration savante babylonienne, � peu pr�s contemporaine de la num�-</p><p>ration �gyptienne � elle appara�t vers 1800 av. J.-C. �, est une des plus remarquables. Son influence se fait encore sentir dans nos mesures d�angles, d�arcs et de temps. Elle utilise d�une part la base 10, mais pour les seuls entiers inf�rieurs � 60. Elle proc�de alors comme les hi�roglyphes �gyptiens et emploie le signe pour les unit�s et le signe pour les dizaines. Ces deux symboles se forment chacun d�un seul coup de stylet sur la tablette d�argile et permettent une �criture relativement rapide : ainsi, 34 s��crit</p><p>et 57</p><p>Au-del� de 59, l��criture devient une �criture de position, � base 60. Ainsi, 60 s��crit , exactement comme 1 ; 61</p><p>devient , et 365</p><p>Dans l�ancienne �poque, aucun signe n�existe pour le z�ro : et</p><p>ne se distinguent que par</p><p>l�espacement plus grand des signes pour le second de ces nombres. Une notation du z�ro existe chez les astronomes babyloniens, � peu pr�s contemporains des classiques grecs �pollonios de Perga (fin du IIIe s. - d�but du IIe s. av. J.-C.) et Hipparque (IIe s. av.</p><p>J.-C.). Autre particularit� du syst�me : il sert aussi bien � la repr�sentation des entiers qu�� celle des fractions ayant pour d�nominateur une puissance de 60. On peut lire par exemple sur une tablette</p><p>soit 1, 24, 51, 10, qui peut s�interpr�ter 603 + 24 � 602 + 51 � 60 + 10,</p><p>excellente approximation de La num�ration savante babylonienne est donc une num�ration de position, � virgule flottante. Elle a �t� adopt�e partiellement par les astronomes grecs.</p><p>Ceux-ci, �crivant les entiers � leur mani�re, utilisent la notation sexag�simale pour la partie fractionnaire. Ainsi, Claude Ptol�m�e (IIe s. apr. J.-C.) note de la fa�on suivante :</p><p>Les astronomes arabes copient les Grecs en utilisant leur alphabet propre ; les astronomes occidentaux font de m�me, mais en utilisant les chiffres arabes. Le m�me nombre que ci-dessus devient 2 596� 14&#x2032; 24&#x2033;. Certains astronomes � au XVIe s. en particulier</p><p>� utilisent m�me l��criture sexag�-</p><p>simale dans les deux sens, ascendant comme descendant. Le nombre cit� se repr�sente alors ainsi : 43&#x2032; 16� 14&#x2032; 24&#x2033;.</p><p>L�existence de ces nombres physiques, tr�s pratiques, et surtout l�existence de tables num�riques calcul�es dans ce syst�me retarderont beaucoup l�apparition des nombres d�cimaux.</p><p>downloadModeText.vue.download 346 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>883</p><p>Le proc�d� de multiplication �gyptien par duplications successives �vite</p><p>� pour les entiers � tout effort de m�moire. La num�ration sexag�simale, en raison de la grandeur de la base, en demande, au contraire, beaucoup : d�o� les nombreuses tables num�riques babyloniennes. En particulier, comme ne peuvent �tre repr�sent�s, exprim�s, que les nombres de la forme o� a et n sont des entiers, il importe de conna�tre les nombres entiers qui admettent un inverse de cette sorte et de dresser des tables de ces inverses. Beaucoup de tablettes contiennent de tels r�pertoires.</p><p>Gr�ce et �poque hell�nistique</p><p>La Gr�ce a utilis� principalement deux syst�mes de num�ration, tous deux fond�s sur l��criture alphab�tique. La num�ration attique proc�de comme l��criture hi�roglyphique et, plus tard, l��criture romaine :</p><p>L��criture savante, utilis�e par tous les grands math�maticiens, les calculateurs byzantins et les astronomes, se rapproche de l��criture �gyptienne hi�-</p><p>ratique. Elle utilise vingt-sept lettres pour �crire tous les entiers jusqu�� 10 000, la myriade, exclusivement : Au-del� de 10 000, on d�compose</p><p>en myriades 104, myriades secondes 108, myriades troisi�mes 1012, etc.</p><p>Les myriades sont indiqu�es soit par la lettre M, soit au moyen de points.</p><p>Archim�de* et Apollonius ont donn� des proc�d�s de notation de tr�s grands nombres. Ce syst�me savant a �t� repris par divers peuples � �criture alphab�tique, les H�breux et les Arabes entre autres.</p><p>Pour les fractions, les Grecs utilisent les quanti�mes �gyptiens, mais aussi, depuis l��poque classique (v. 300 av.</p><p>J.-C.), les fractions g�n�rales. � l�autre bout du monde et � la m�me �poque, les Chinois font de m�me. La traction est not�e par les Grecs , le</p><p>d�nominateur �tant �crit au-dessus du num�rateur. La notation grecque �vite l�usage du z�ro. Cependant, les astronomes l�utilisent, lorsqu�ils adoptent, d�s le IIe si�cle avant notre �re, le syst�me sexag�simal. Dans les papyrus de l��poque ptol�ma�que, il prend diverses formes :</p><p>Les auxiliaires du calcul</p><p>La num�ration grecque savante permet les calculs avec � peu pr�s la m�me facilit� que la num�ration actuelle. Il n�en va pas de m�me des num�rations attique ou romaine. De toute fa�on, on trouve chez les divers peuples des proc�d�s auxiliaires de calcul. Viennent d�abord les tables num�riques, dont l�origine remonte aux Babyloniens et qui subsistent de nos jours, depuis la modeste table de Pythagore des �coliers jusqu�aux grandes tables trigonom�triques, logarithmiques et autres. Il convient ensuite de citer le calcul mental, le calcul digital, qui eut dans l�Antiquit� et le Moyen �ge une grande extension, ainsi que les diverses machines, dont les bouliers. Ce sont d�j� des m�canismes savants, de l�abaque portatif romain au suanpan (souan-</p><p>p�an) chinois, au soroban japonais et au stchety russe, tous encore en usage.</p><p>Le mot calcul lui-m�me, qui vient du latin calculas (caillou), rappelle l�existence d�autres abaques � colonnes, ou lignes, utilis�s en Gr�ce, � Rome et en Occident jusqu�au XVIIe s. Les jetons peuvent avoir tous la m�me valeur, et c�est le cas le plus fr�quent dans les abaques utilis�s dans les calculs du petit commerce et des m�nages :</p><p>le nombre 121 635 not� sur un abaque romain.</p><p>Une variante importante du calcul sur l�abaque consiste en l�utilisation de jetons marqu�s. Ces marques, ou apices, sont au nombre de neuf et tiennent lieu de nos chiffres. Par exemple, le jeton marqu� du signe �quivalent � 8 vaut huit jetons unit�. C�est vers l�an 1000</p><p>que ce syst�me appara�t en Occident.</p><p>La num�ration d�cimale</p><p>de position</p><p>La num�ration actuelle apparut en Inde vers le VIe s. On remarquera que l��criture de position pr�existait dans la notation sexag�simale, avec l�emploi du z�ro chez les astronomes persans, s�leucides ou alexandrins. Les Arabes diffus�rent rapidement la d�couverte indienne, avec deux formes diff�rentes des chiffres, dont l�une pr�valut en Orient et l�autre se r�pandit dans nos contr�es � partir du XIIe s. On vit aussi des Byzantins utiliser un z�ro avec les neuf premiers signes de la notation alphab�tique grecque. Cependant, l�extension de la notation d�cimale vers la droite et l�utilisation des fractions d�cimales syst�matiques se faisaient attendre. Si les nombres d�cimaux sont invent�s et utilis�s par quelques math�maticiens de g�nie, mais isol�s, comme Emmanuel Bonfils de Tarascon en 1350 ou Djamch&#x12B;d al-K&#x101;ch&#x12B; (mort v. 1436) � Samarkand, ce n�est qu�� la fin du XVIe s., avec Fran�ois Vi�te (1540-1603) et surtout Simon Stevin (1548-1620), qu�ils s�imposent � tous et supplantent dans les calculs savants les fractions sexag�simales. L�adoption par la Convention du syst�me m�trique d�cimal assure enfin leur triomphe dans tous les milieux. Gr�ce � cet ensemble de perfectionnements, le calcul �crit, le calcul � la plume, est</p><p>devenu de plus en plus pratique.</p><p>Nouveaux auxiliaires du calcul</p><p>Cependant, les tables num�riques se d�veloppent. Les astronomes du XVIe s. mettent au point une m�thode aujourd�hui oubli�e, la prostaph�r�se, qui, � partir de formules comme 2 cos a . cos b = cos (a + b) + cos (a � b), permet de remplacer les multiplications et les divisions, rest�es p�nibles pour les grands nombres, par des additions ou des soustractions. Dans le m�me ordre d�id�e, le baron John Napier (1550-1617) fait conna�tre en 1614 sa d�couverte des logarithmes.</p><p>L�invention des r�gles � calcul par Edmund Gunter (1581-1626), en 1624, en est une application imm�diate. Les r�gles � calcul supplantent rapidement les compas de proportions, apparus au d�but du si�cle et dont Galil�e (1564-1642) est un des inventeurs. Toujours soucieux de simplifier et de faciliter les techniques op�ratoires, Napier, vers la m�me �poque, imagine ses b�tonnets.</p><p>Ceux-ci permettent de construire tr�s rapidement la table de multiplication des neuf premiers nombres par un multiplicateur entier arbitraire. Son promptuaire est une am�lioration de la disposition de cette table, et son Arithm�tique locale est un �chiquier sur lequel on peut faire manuellement des multiplications par le proc�d� �gyptien de la duplication. Un autre astronome, Wilhelm Schickard (1592-1635),</p><p>con�oit en 1623 une horloge � calcul fond�e sur les b�tonnets de Napier.</p><p>Il ne fut construit qu�un seul mod�le de cette horloge, d�truit d�s 1624 par un incendie. La machine arithm�tique de Blaise Pascal (1623-1662) est plus c�l�bre. C�est une additionneuse, dont plusieurs exemplaires subsistent.</p><p>Construite � partir de 1642, elle est d�ailleurs mise dans le commerce.</p><p>Trente ans apr�s Pascal, Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) con�oit et met au point en 1673 une multiplica-trice. Ce n�est cependant qu�au XIXe s.</p><p>que les progr�s de la technologie permettent l�usage de machines pratiques, de plus en plus r�pandues. L��lectronique prend ensuite la rel�ve, et les additionneuses et les machines de bureau abondent de nos jours. Les grandes ma-</p><p>chines �lectroniques actuelles peuvent d�ailleurs effectuer non seulement les quatre op�rations de l�arithm�tique, mais �galement des programmes ma-th�matiques beaucoup plus complexes, ainsi que des programmes logiques ou de gestion. Leur �tude constitue tout un nouveau domaine des math�matiques, la cybern�tique.</p><p>Arithm�tique</p><p>th�orique</p><p>Faute de documents, il est � peu pr�s impossible d��tudier la p�riode pr�hell�nique. Passons sous silence les r�veries mystiques des pythagoriciens. Plus positives ont �t� leurs consid�rations sur le pair et l�impair, dont il reste des traces dans les �l�ments d�Euclide (IIIe s. av. J.-C.) et qui ont permis, par exemple, de d�montrer l�irrationalit� de De m�me, le concept de</p><p>nombre figur� a jou� un r�le certain dans l��laboration des proc�d�s som-matoires. Un nombre figur� plan est un nombre dont la repr�sentation par des jetons peut prendre une figure g�om�-</p><p>trique. Ainsi, un nombre triangulaire se repr�sente par le total de lignes de 1, 2, 3, 4, etc., jetons. Les nombres figur�s que donnait Nicomaque de G�rase dans son Introduction arithm�tique, au IIe s. de notre �re, se retrouvent au VIe s.</p><p>dans le De institutione arithmetica de Bo�ce (v. 480-524) et pratiquement dans toutes les arithm�tiques jusqu�� la Renaissance comprise. Malheureusement, cette longue tradition transmet-downloadModeText.vue.download 347 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>884</p><p>tait aussi la d�plorable nomenclature grecque des rapports. Savoir dire, par exemple, que le rapport de 5 � 24 est la raison sous quadruple � surqua-drupartientes quintes n�avance pas � grand-chose et ne fait que cr�er des difficult�s inutiles.</p><p>Les livres arithm�tiques</p><p>d�Euclide</p><p>Les �l�ments d�Euclide contiennent une tr�s belle et profonde exposition de l�arithm�tique dans les livres VII, VIII</p><p>et IX. Le livre VII d�veloppe d�abord une th�orie des rapports rationnels, qui ne pr�sente qu�une ou deux faiblesses quant � la rigueur de l�exposition. Le nombre y est consid�r� comme une grandeur, et les propri�t�s intuitives de l�addition sont tacitement admises (existence de la somme de deux ou de plusieurs nombres, commutativit� et associativit�). Le caract�re discret de l�ensemble N des nombres entiers naturels s�exprime par deux axiomes implicites principaux : l�unit� mesure tout nombre, et tout ensemble d�entiers poss�de un plus petit �l�ment. C�est ce dernier fait qui permet de trouver la plus grande commune mesure de deux nombres au moyen de l�algorithme d�Euclide. Cet algorithme, instrument fondamental de l�arithm�-</p><p>tique th�orique, est d�ailleurs li� � la simplification approch�e des rapports telle que l�ont pratiqu�e Archim�de et Aristarque de Samos (v. 310-v. 230</p><p>av. J.-C.). Il est le point de d�part de la th�orie des fractions continues, qui joueront, entre les mains de Leonhard Euler (1707-1783), de Louis de Lagrange (1736-1813) et de leurs successeurs, un r�le de premier plan. On trouve encore au livre VII une th�orie des nombres premiers entre eux et des nombres premiers absolus, qui figure toujours dans l�enseignement �l�mentaire, presque identiquement.</p><p>Vient ensuite une courte �tude du plus petit commun multiple. Le livre VIII est presque enti�rement consacr� aux nombres entiers en progression g�om�-</p><p>trique, soit, dans un autre langage, aux puissances enti�res des fractions. Son but est, en derni�re analyse, d��tablir d�une fa�on g�n�rale le cas de rationalit� des racines ni�mes d�un entier ou d�une fraction. � cet �gard, la notion de nombre rationnel n�est jamais explicit�e, les fractions n�apparaissant que comme rapports ou raisons entre entiers. En langage moderne, l�ensemble Q+* des nombres rationnels positifs, z�ro exclu, n�est explicitement �tudi� que sous son aspect de groupe multi-plicatif. Le livre IX comprend une partie v�tust� sur le pair et l�impair, mais aussi des th�or�mes fort subtils, dont l�un �tablit l�existence d�une infinit� de nombres premiers et un autre la structure des nombres parfaits pairs, ou euclidiens.</p><p>L�� Arithm�tique � de Diophante L��poque o� v�cut Diophante</p><p>d�Alexandrie est inconnue et ne se place avec quelque certitude qu�entre 150 avant notre �re et 350 apr�s, la date la plus probable �tant le milieu du IIIe si�cle de notre �re. L�Arithm�-</p><p>tique comportait treize livres, dont seulement six ont �t� conserv�s. C�est un ouvrage qui se rattache plus au courant de la logistique qu�� celui de l�arithm�tique th�orique. Cependant, comme les probl�mes trait�s ne comportent que des donn�es et des solutions en nombres rationnels, il s�appuie souvent sur les propri�t�s sp�cifiques des nombres entiers. Il a ainsi inspir� au XVIIe s. les recherches arithm�tiques de Claude-Gaspar Bachet de M�ziriac (1581-1638) et surtout de Pierre de Fermat (1601-1665).</p><p>Le XVIIe si�cle. Bachet et Fermat Bachet �dita et commenta le Diophante en 1621. Il v�rifia pour les premiers entiers l�exactitude du fait que chacun d�eux est la somme de quatre carr�s au plus. D�autre part, dans ses Probl�mes plaisans et d�lectables de 1624, il montra que, si a et b sont premiers entre eux, il existe x et y tels que ax + by = 1. Il �tablissait cette importante relation gr�ce � l�algorithme d�Euclide. Ferm�t, lisant Diophante dans l��dition de Bachet, alla beaucoup plus loin. Parmi ses d�couvertes importantes figurent :</p><p>y son TH�OR�ME : pour tout nombre premier p et tout entier a, ap � a est divisible par p ;</p><p>y son �QUATION : l��galit� x2 = Ay 2 + 1</p><p>a, pour tout A entier positif non carr� parfait, une infinit� de solutions dans l�ensemble Z des entiers relatifs ; y ses NOMBRES : , qu�il croyait</p><p>tous premiers absolus ;</p><p>y son GRAND TH�OR�ME, non en-</p><p>core compl�tement d�montr� : pour tout n entier sup�rieur � 2, l��galit� xn + yn = zn est impossible dans l�ensemble Z des entiers relatifs ;</p><p>y ses �TUDES sur les formes quadra-</p><p>tiques les plus simples ; y sa M�THODE DE D�MONSTRATION par descente infinie.</p><p>Ces diverses d�couvertes sont</p><p>�parses dans ses lettres ou dans ses notes sur Diophante et ont �t� partiellement publi�es par son fils en 1670 et 1679.</p><p>Euler et Lagrange</p><p>Le si�cle, tourn� vers les grandes d�-</p><p>couvertes de l�alg�bre et de l�analyse, n��tait pas favorable � la th�orie des nombres. Dans ce domaine, les travaux de Fermat eurent bien peu d��chos, et ce dernier n�eut aucun successeur remarquable avant Euler. Celui-ci, qui ne conna�t son devancier que par les �ditions de son fils, d�montre en 1736</p><p>le th�or�me de Fermat, qu�il g�n�ralise en 1760, en introduisant la c�l�bre fonction arithm�tique appel�e indicateur &#x3C6;(n). C�est le nombre des entiers inf�rieurs � n et premiers avec lui. Par ailleurs, Euler infirme l�affirmation de Fermat sur la primarit� de tous ses nombres en examinant le cas</p><p>de n = 5. Il approche de tr�s pr�s la d�monstration du th�or�me de Bachet, que Lagrange ach�vera en 1770. Reprenant cette d�monstration de Lagrange, il l�am�liore en 1773. D�autre part, il inaugure l��tude des formes quadratiques ax 2 + bxy + cy 2 sur l�ensemble Z</p><p>des entiers relatifs et pr�pare celle des congruences. S�attaquant au grand th�or�me de Fermat, il le d�montre pour les exposants 3 et 4, et en reconna�t l�immense difficult�. On peut aussi le regarder comme le fondateur de la th�orie analytique des nombres. Dans son Introductio in analysin infinitorum (1748) apparaissent en effet la fonction &#x3B6; (qui sera capitale au si�cle suivant dans les recherches sur la r�partition des nombres premiers) et m�me l��galit� asymptotique</p><p>(p premier absolu).</p><p>Lagrange d�veloppe l��tude des</p><p>formes quadratiques. Il fait de l�algorithme des fractions continues un outil puissant de l�arithm�tique et d�montre les affirmations de Fermat, relatives</p><p>� l��quation x2 = Ay 2 + 1. En 1771, il d�montre le th�or�me �nonc� par John Wilson (1741-1793) : pour p premier, le nombre (p � 1)! + 1 est divisible par p. La th�orie des r�sidus quadratiques provoque aussi des recherches d�Euler et de Lagrange, mais c�est la g�n�ration suivante qui les approfondira.</p><p>Le XIXe si�cle</p><p>Deux grands noms apparaissent imm�-</p><p>diatement apr�s Euler et Lagrange.</p><p>L�oeuvre d�Adrien Marie Le Gendre (1752-1833) d�bute en 1794 et aboutit � la Th�orie des nombres (1830).</p><p>Encore importante � consulter, elle est assise essentiellement sur la th�orie des fractions continues. On doit citer parmi les r�sultats nouveaux obtenus par Le Gendre la loi de r�ciprocit� des r�sidus quadratiques (1785). L�ouvrage fondamental de Carl Friedrich Gauss (1777-1855), Disquisitiones arithmeticae (1801), offre un net contraste avec celui de Le Gendre. C�est une oeuvre de jeunesse, bel exemple de rigueur. Ici, l�arithm�tique est bien la reine des ma-th�matiques, et elle pr�side, avec l�al-g�bre pure, � la naissance de la math�-</p><p>matique abstraite du XXe s. C�est dans l�ouvrage de 1801 qu�appara�t la premi�re �tude compl�te des congruences.</p><p>Cette extension de la notion d��galit� est le premier exemple des classes d��quivalence, qui jouent maintenant un r�le de premier plan dans toutes les parties des math�matiques. Si la loi de r�ciprocit� des r�sidus quadratiques avait �t� mise en �vidence par Le Gendre, c�est Gauss qui en donna six d�monstrations rigoureuses, dont la premi�re en 1796. Quant � la th�orie des formes quadratiques, �bauch�e par Euler, Lagrange en avait donn� une m�thode d�attaque tr�s f�conde, qui fut utilis�e par Le Gendre et syst�matis�e par Gauss. Cette th�orie dominera d�ailleurs toute la th�orie des nombres au cours du si�cle.</p><p>Le grand th�or�me de Fermat pr�occupait les arithm�ticiens depuis Euler.</p><p>Les m�thodes classiques, la descente infinie surtout, permettaient, de d�montrer le cas de n = 5, r�solu en 1825 par Le Gendre et Gustav Lejeune-Dirichlet (1805-1859), et celui de n = 7, r�solu en 1840 par Gabriel Lam� (1795-1870)</p><p>et Victor Lebesgue (1791-1875). Mais elles se r�v�laient de plus en plus p�-</p><p>nibles et inefficaces. Or, d�j�, Euler et Lagrange avaient utilis�, dans certaines de leurs recherches, des exlensions quadratiques de l�anneau Z des nombres entiers relatifs. En 1832, Gauss avait �tudi� l�anneau des nombres a + bi, o� a et b sont des entiers. On entreprit alors de d�montrer le grand th�or�me en utilisant divers anneaux de nombres complexes. Ces anneaux s�obtenaient en adjoignant � l�anneau Z des entiers relatifs une racine ni�me de l�unit�. Mais une grosse difficult� apparaissait : en appelant premier tout �l�ment de l�anneau qui ne serait divisible que par lui-m�me ou une unit�, la d�composition d�un �l�ment en ses facteurs premiers n��tait pas unique. C�est ainsi que la premi�re d�monstration d�Ernst Eduard Kummer (1810-1893) et celles de Lam�, de Pierre Laurent Wantzel (1814-1848) et du baron Augustin downloadModeText.vue.download 348 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>885</p><p>Cauchy (1789-1857), qui supposaient cette unicit�, se r�v�l�rent fallacieuses.</p><p>Lejeune-Dirichlet ayant attir� l�attention de Kummer sur ce fait, ce dernier tourna la difficult� par l�introduction de ses nombres id�aux (1844). En 1849, il �tablissait ainsi le th�or�me de Fermat pour une classe importante de nombres. N��chappaient par exemple � la d�monstration, parmi les exposants de la premi�re centaine, que 37, 39 et 67. Mais, malgr� les efforts des th�oriciens du nombre, la d�monstration g�n�rale du th�or�me n�est pas encore trouv�e de nos jours. Il para�t bien �tabli d�ailleurs � mais ces choses-l� ne se prouvent pas � qu�il n�en existe aucune d�monstration �l�mentaire et que les nombreux amateurs qui s�y attaquent perdent leur temps et leurs efforts.</p><p>Cependant, les travaux de Kummer avaient ouvert un nouveau domaine de recherches, celui des corps alg�-</p><p>briques. Par ailleurs, sa th�orie des nombres id�aux, transform�e en 1871</p><p>par Richard Dedekind (1831-1916) en celle des id�aux, s�est r�v�l�e sous</p><p>cette forme un outil tr�s puissant dans tous les domaines des math�matiques.</p><p>R�partition asymptotique des</p><p>nombres premiers</p><p>Si le th�or�me de Fermat a orient� la th�orie des nombres vers des extensions de la notion de nombre entier et a enrichi l�alg�bre th�orique, d�autres probl�mes l�infl�chiront vers la th�orie des fonctions, principalement des fonctions analytiques. Tel est le cas du probl�me de la partition des nombres, soulev� par Euler, justiciable de l�emploi des s�ries enti�res, mais surtout la r�partition asymptotique des nombres premiers.</p><p>Le Gendre pensait avoir �tabli que dans toute progression arithm�tique ax + b o� a et b sont premiers entre eux il se trouve une infinit� de nombres premiers. C�est Lejeune-Dirichlet qui le d�montra en utilisant des m�thodes analytiques (1837). De nos jours, on poss�de des d�monstrations dites �l�-</p><p>mentaires, en ce qu�elles sont ind�-</p><p>pendantes de la th�orie des fonctions (travaux d�Atle Selberg, de Paul Erd�s, etc.). Pour les besoins de la th�orie des substitutions, Joseph Bertrand (1822-1900) �non�ait, en 1845, que, pour tout entier n sup�rieur � 6, il existe au moins un nombre premier compris entre n/2 et n � 2. Pafnouti Lvovitch Tchebychev (1821-1894) d�montra ce postulat en 1854. Depuis, on a montr� (R. Breusch, 1931) qu�il existe un nombre premier entre x et d�s que x d�passe 48 ou entre x3 et (x + 1) 3 pour x assez grand (Albert Edward Ingham, 1932).</p><p>Ce sont les id�es directrices donn�es en 1859 par Bernhard Riemann (1826-1866) qui permirent � Jacques Hadamard (1865-1963) et � Charles de la Vall�e-Poussin (1866-1962) d��tablir, en 1896, que le nombre des premiers au plus �gaux � x est asymptotiquement x : Log x. A. Selberg et P. Erd�s ont pu donner en 1948 une d�monstration directe de cette proposition par la seule utilisation d�in�galit�s arithm�tiques.</p><p>Deux probl�mes c�l�bres de la</p><p>th�orie des nombres</p><p>1. En 1742, Christian Goldbach (1690-1764), ami d�Euler, proposait � celui-ci la question suivante : tout nombre pair est-il la somme de deux nombres premiers ? En admettant pour vraie une hypoth�se sur la fonction &#x3B6;, Godfrey Harold Hardy (1877-1947) et John Litt-lewood (1885-1957) ont pu montrer, en 1923, que la propri�t� est vraie pour presque tous les nombres pairs. En 1937, Ivan Matve�evitch Vinogradov (n� en 1891) d�montrait le th�or�me pour des nombres pairs assez grands, ind�pendamment de toute hypoth�se.</p><p>2. En 1770, Eduard Waring (1734-</p><p>1798) d�clarait que tout entier est la somme de 9 cubes au plus, de 19 quatri�mes puissances, etc. Le probl�me qui porte son nom demande donc le nombre minimal p, pour k donn�, dans la d�composition d�un nombre en</p><p>somme de p puissances k positives.</p><p>En 1908, Edmund Landau (1877-</p><p>1938) �tablit que le nombre des entiers inf�rieurs � x sommes de deux carr�s est asymptotiquement Cx : ,</p><p>o� C est constante.</p><p>En 1859, Joseph Liouville (1809-</p><p>1882) montrait que tout entier est la somme d�au plus 53 quatri�mes puissances, et, en 1909, A. Wieferich abaissait � 37 cette limite sup�rieure.</p><p>David Hilbert (1862-1943) �tablissait l�existence de ce nombre limite pour tous les exposants entiers. � cet effet, il faisait usage d�une int�grale d�finie multiple. On a, depuis, �tabli cette proposition par des proc�d�s purement �l�mentaires.</p><p>Qu�est-ce qu�un</p><p>nombre entier ?</p><p>Les propri�t�s connues des nombres entiers sont donc de plus en plus nombreuses et de mieux en mieux</p><p>d�montr�es. Surtout, les m�thodes de recherche sont de plus en plus fines et efficaces, qu�elles fassent appel � l�alg�bre, � l�analyse ou � des proc�d�s directs. On ne peut que signaler encore les liens de la th�orie des nombres et du calcul des probabilit�s.</p><p>Mais qu�est-ce qu�un nombre en-</p><p>tier ? On s�est longtemps content�</p><p>d�en admettre intuitivement l�existence. Les exigences de l�axiomatique moderne ont conduit � des conceptions plus rigoureuses. Parmi les d�finitions propos�es figurent les axiomes donn�s en 1889 par Giuseppe Peano (1858-1932) :</p><p>y 1 est un entier ;</p><p>y Tout entier a un suivant bien d�fini dont il est l�ant�c�dent ;</p><p>y 1 n�a pas d�ant�c�dent ;</p><p>y Si deux nombres ont le m�me suivant, ils sont �gaux ;</p><p>y Tout ensemble d�entiers qui</p><p>contient 1 et le suivant de chacun de ses �l�ments contient tous les entiers.</p><p>Ces cinq axiomes caract�risent</p><p>totalement l�ensemble N des entiers naturels.</p><p>J. I.</p><p>&#x25B6; Archim�de / Cauchy (A.) / Dedekind (R.)</p><p>/ Euclide / Euler (L.) / Fermat (P. de) / Galil�e</p><p>/ Gauss (C. F.) / Hadamard (J.) / Hilbert (D.)</p><p>/ Lagrange (L. de) / Leibniz (G. W.) / Napier (J.) / Pascal (B.) / Riemann (B.) / Vi�te (F.).</p><p>Axiomatique / Calcul num�rique / Cybern�tique /</p><p>Ensemble / Groupe / Informatique / N / Q / Z.</p><p>B L. E. Dickson, History of the Theory of Numbers (Washington, 1919). / T. L. Heath, A History of Greek Mathematics (Oxford, 1921 ; 2 vol.).</p><p>/ K. Menninger, Zahlwort und Ziffer (Breslau, 1934). / O. Neugebauer, The Exact Sciences in Antiquity (Copenhague, 1951). / B. L. Van der Waerden, Science Awakening (Groningue, 1954). / A. Natucci, Sviluppo storico dell�arit-metica generale e dell�algebra (Naples, 1956). /</p><p>R. Taton (sous la dir. de), Histoire g�n�rale des sciences (P. U. F., 1957-1964 ; 4 vol.). / K. Vogel, Vorgriechische Mathematik (Hanovre, 1958-1959 ; 2 vol.). / P. Dedron et J. Itard, Math�-</p><p>matique et math�maticiens (Magnard, 1960).</p><p>/ J. Itard, les Livres arithm�tiques d�Euclide (Hermann, 1962). / C. J. Scriba, The Concept of Number (Mannheim, 1968).</p><p>Quelques grands</p><p>arithm�ticiens</p><p>Diophante, math�maticien grec de l��cole d�Alexandrie, qui a probable-</p><p>ment v�cu vers 250. Il n�est connu que par ses Arithm�tiques en treize livres, dont seuls les six premiers nous sont parvenus. Cet ouvrage traite principalement des �quations ind�termin�es dans l�ensemble des nombres rationnels positifs. L�influence qu�il a exerc�e sur les alg�bristes occidentaux � partir de Raffaele Bombelli est consid�rable.</p><p>Adrien Marie Le Gendre, math�maticien fran�ais (Paris 1752 - id. 1833).</p><p>Ses travaux se rapportent � l�analyse, � la th�orie des nombres, � la g�o-m�trie et � la m�canique. En plus de nombreux m�moires, il a laiss� les Exercices de calcul int�gral sur divers ordres des transcendantes et sur les quadratures (1811-1819) et le Trait� des fonctions elliptiques et des int�grales eul�riennes (1825-1832). Ce grand ouvrage pr�pare la voie aux d�couvertes de Niels Abel et de Carl Jacobi sur les fonctions elliptiques. La Th�orie des nombres (1830) est, avec les Disquisitiones arithmeticae de Gauss, le trait� de base pour tous les travaux du XIXe s. en arithm�tique sup�rieure. Sont encore � signaler les apports de Le Gendre au calcul des variations et � la g�od�sie.</p><p>Les nombreuses �ditions et traductions de ses �l�ments de g�om�trie (1794) ont domin� l�enseignement moyen de tout le XIXe s. Les premi�res �ditions contiennent plusieurs tentatives de d�monstration du postulat d�Euclide.</p><p>(Acad. des sc., 1783.)</p><p>Gustav Lejeune-Dirichlet, math�maticien allemand (D�ren 1805 - G�ttingen 1859). Professeur de math�matiques � l�universit� de Berlin, puis � celle de G�ttingen, o� il succ�de � Gauss, il est avant tout un th�oricien du nombre. Il d�montre notamment que, dans toute progression arithm�tique dont les deux premiers termes sont premiers entre eux, il existe une infinit� de nombres premiers absolus. En analyse, il �tudie rigoureusement la convergence des s�-</p><p>ries trigonom�triques. Il est �galement connu pour ses travaux de m�canique et de physique math�matique.</p><p>Simon Stevin, dit aussi Simon de Bruges, math�maticien et physicien flamand (Bruges 1548 - La Haye 1620).</p><p>En statique, on lui doit les �tudes du levier et du plan inclin� dans un esprit</p><p>archim�dien. Celle du plan inclin� est fond�e sur des consid�rations de sym�trie et sur l�impossibilit� du mouvement perp�tuel. En hydrostatique, il pr�cise les relations entre la pression et la profondeur. En math�matiques, il adopte une notation exponentielle analogue � celle de Nicolas Chuquet et donne � la notion de nombre r�el son extension maximale. Dans sa Thiende (1585), il expose, le premier, le calcul sur les nombres d�cimaux. Il propose d�ailleurs l��tablissement d�un syst�me m�trique d�cimal.</p><p>Pafnouti Lvovitch Tchebychev, ma-th�maticien russe (Okatovo, arrond.</p><p>de Kalouga, 1821 - Saint-P�tersbourg 1894). L�un des math�maticiens russes les plus marquants du XIXe s., il enseigna � l�universit� de Saint-P�tersbourg. Son oeuvre s��tend sur l�analyse, downloadModeText.vue.download 349 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>886</p><p>la th�orie des nombres, le calcul des probabilit�s et la m�canique.</p><p>Arius</p><p>Pr�tre d�Alexandrie et h�r�siarque (Libye v. 256 - Constantinople 336).</p><p>Arius a d�j� atteint la soixantaine lorsqu�il devient c�l�bre. Homme de grand savoir, dialecticien habile, d�aucuns le montrent ambitieux et opini�tre dans ses id�es. D�aspect s�v�re et de moeurs aust�res, il sait �tre aimable et est populaire.</p><p>Premiers conflits</p><p>Le patriarche Alexandre lui confie vers 313 le service de l��glise de Baucalis, un des quartiers d�Alexandrie. Bient�t, son enseignement commence � faire scandale. Et sur un point d�importance, puisqu�il s�agit de rien moins que de la doctrine concernant le dogme de la Trinit�. Arius, en bref, professe que, dans la Trinit�, le Fils n�est pas parfaitement �gal au P�re, n�est pas de la m�me nature (consubstantiel) et ne participe pas � son �ternit� (co�ternel). Premi�re de toutes les cr�atures, il ne poss�de qu�une</p><p>divinit� secondaire et subordonn�e. Il en va de m�me de l�Esprit-Saint, qui, inf�-</p><p>rieur au Fils, demeure d�ailleurs dans l�ombre. L�h�r�sie se trouve essentiellement dans cette subordination des trois personnes divines.</p><p>Il faut dire que l�audience du desservant de Baucalis d�passe de loin celle d�un cur� de quartier et que son enseignement commence � se r�pandre et � susciter des contestations. Ses partisans sont nombreux, m�me en dehors de l��gypte, o� quelques �v�ques consid�rent ses id�es avec sympathie. Un rappel � l�ordre �tant rest� sans effet, le patriarche Alexandre convoque � Alexandrie un concile � la suite duquel Arius, d�pos� et excommuni�, se trouve dans l�obligation de quitter l��gypte.</p><p>Il se r�fugie � Nicom�die aupr�s de son ami et ancien condisciple l��v�que Eus�be, personnage influent et remuant, confident de Constantia, demi-soeur de l�empereur. Un synode r�uni dans cette ville par les soins de l��v�que d�clare la foi d�Arius conforme � l�orthodoxie.</p><p>Des deux c�t�s se multiplient lettres et pamphlets, partisans et adversaires s�excommuniant r�ciproquement.</p><p>Arius, pour sa part, compose un trait�, en partie perdu, le Banquet, ou Tha-lie, curieux ouvrage, mi en prose, mi en vers, destin� � mettre ses th�ses � la port�e du public cultiv�.</p><p>L�agitation gagne rapidement : on �change des horions dans la rue, on se querelle au th��tre, dans le port d�Alexandrie courent des chansons � la gloire d�Arius et de sa doctrine.</p><p>L�arianisme</p><p>Cette h�r�sie du IVe s. fut une des plus redoutables que l�orthodoxie ait eu � affronter. Le concile de Nic�e en 325 avait d�fini � rencontre d�Arius l�identit� de nature du P�re et du Fils et d�clar� le Fils � consubstantiel � (en grec homoousios) au P�re.</p><p>Mais la partie n�en �tait pas gagn�e pour autant par l�orthodoxie, dont Athanase*</p><p>d�Alexandrie devait se faire le champion.</p><p>Entre les ariens et les orthodoxes s�ins�-</p><p>r�rent en pacificateurs des th�ologiens comme Eus�be de Nicom�die et Basile</p><p>d�Ancyre qui propos�rent le terme de ho-moiousios (de nature semblable). C��tait plus qu�une nuance, car cette nouvelle formule ne sauvegardait pas l��galit� absolue des personnes divines. L�histoire donna � ces conciliateurs le nom de semi-ariens ; ils se retrouv�rent bient�t divis�s en une diversit� de tendances qui ne fit qu�augmenter la confusion.</p><p>Pourtant, sous l�impulsion des trois Cappa-dociens Basile* de C�sar�e, Gr�goire* de Nysse et Gr�goire* de Nazianze, le concile de Constantinople convoqu� par l�empereur Th�odose Ier en 381 consacra d�finitivement le � consubstantiel � et la doctrine de Nic�e.</p><p>Face au concile</p><p>Devant tant de passion, Constantin, soucieux avant tout d�ordre, croit devoir intervenir. Il charge l��v�que Hosius (ou Ossius) de Cordoue, son expert en mati�re eccl�siastique, de porter � l��v�que Alexandre et � Arius une lettre dans laquelle l�empereur essaie de tenir la balance �gale entre les deux antagonistes. La missive imp�riale n�arrange rien : Hosius peut constater sur place que la querelle a d�bord� Alexandrie et l��gypte, et qu�elle est devenue une affaire qui int�resse le christianisme oriental tout entier. On comprend alors que se soit impos�e � l�esprit de Constantin l�id�e d�un grand concile r�unissant les �v�ques de toute la chr�-</p><p>tient�. Ce premier concile oecum�nique de l�histoire s�ouvre � Nic�e le 20 mai 325 ; ses travaux dureront un mois, et quelque 300 �v�ques y participent.</p><p>Une puissante majorit� se dessine pour condamner les id�es d�Arius, qui n�a plus que le choix ou de s�incliner ou de partir en exil, car l�empereur appuie de son autorit� les d�cisions conciliaires.</p><p>Arius choisit l�exil et se voit assign� � r�sidence dans l�Illyricum avec ses partisans. Au bout de trois ans, il est rappel� par l�empereur et invit� � s�expliquer devant lui. L�euphorie de Nic�e est tomb�e, et le vent tourne en faveur des ariens. Le concile de Tyr-J�rusalem (335) prononce la d�ch�ance d�Athanase, successeur du patriarche Alexandre, et r�habilite Arius.</p><p>Une mort qui ne</p><p>r�sout rien</p><p>Son retour � Alexandrie provoque des �meutes, les partisans de l��v�que exil� Athanase manifestant violemment. L�empereur est m�content de ces d�sordres, et la r�habilitation solennelle ne peut avoir lieu. Pourtant, les fid�les d�Arius et Eus�be de Nicom�die tiennent � une r�int�gration en grande pompe. Avec l�accord de Constantin, elle aura donc lieu � Constantinople, malgr� l�opposition de son vieil �v�que. On ne sait trop ce qui serait arriv� si, la veille de ce jour pr�par� avec tant de fi�vre, Arius n��tait mort subitement � il avait quatre-vingts ans.</p><p>En tout �tat de cause, sa fin n�est pas celle de l�arianisme : les id�es qu�il avait lanc�es allaient longtemps perturber le monde chr�tien.</p><p>La grande bataille engag�e durera cinquante ans encore. En 381, le concile de Constantinople sonne le glas de l�arianisme dans l�Empire. L�arianisme va survivre quelques ann�es, mais dans la clandestinit�, et saint Ambroise* �touffera ses derniers sursauts en Occident.</p><p>Pourtant, par un singulier concours de circonstances, il reviendra, r�import� avec les invasions barbares.</p><p>Propag� chez les Goths de M�sie par un disciple d�Eus�be de Nicom�die, l��v�que Ulfilas (v. 311-v. 383), il sera transmis par eux aux autres Barbares.</p><p>Les envahisseurs Wisigoths, Van-</p><p>dales, Burgondes, Ostrogoths et Lombards l�am�neront avec eux en Italie, en Gaule, en Espagne et en Afrique.</p><p>L�arianisme ne sera d�finitivement vaincu que par la conversion des Francs et des Lombards aux VIe et VIIe s.</p><p>I. T.</p><p>&#x25B6; Barbares / Byzantin (Empire).</p><p>Arizona</p><p>�tat de l�ouest des �tats-Unis ; 295 022 km 2 ; 1 772 000 hab. Capit.</p><p>Phoenix.</p><p>Les collines, les plaines et les vall�es qui occupent le sud de l��tat se distinguent par leur aridit� (190 mm de</p><p>pluies � Yuma). Les plateaux du Colorado (de 2 000 � 3 500 m d�altitude) et les montagnes du nord du pays (jusqu�� 4 000 m) re�oivent de 500 � 600 mm de pluies (dont une fraction tombe sous forme de neige en hiver). Les temp�ratures d��t�, tr�s �lev�es dans les r�gions basses du Sud, sont plus mod�-</p><p>r�es dans le Nord par suite de l�altitude (maximum quotidien de juillet : entre 38 et 43 �C � Yuma ; de 20 � 30 �C au bord du Grand Canyon du Colorado, � 2 100 m). En hiver, il ne g�le presque jamais dans les plaines et les vall�es du Sud ; mais la temp�rature peut s�abaisser � � 10 �C dans les hautes terres du Nord. L�insolation est un trait climatique important de l�Arizona : de 80 � 85 p. 100 en moyenne, avec des taux plus �lev�s dans le Sud-Ouest.</p><p>Les petits cours d�eau sont le plus souvent � sec. Seules les art�res ma�-</p><p>tresses, aliment�es par les pluies et neiges des hauts reliefs, ont un d�bit permanent, comme le Colorado.</p><p>Absente des r�gions les plus arides, la v�g�tation est constitu�e par la</p><p>� brousse � cr�osote � (Larrea mexicana) dans les semi-d�serts du Sud-Ouest, par des for�ts claires d�esp�ces x�rophiles (pins, ch�nes, gen�vriers) sur les plateaux du Nord et par la steppe � armoise dans les hautes vall�es.</p><p>S�cheresse, luminosit�, v�g�tation et sol absents ou discontinus donnent aux formes structurales un style angulaire et aux roches des couleurs violentes.</p><p>Il en est ainsi des c�nes et mesas volcaniques, des buttes t�moins s�dimentaires, des glacis rocheux et surtout du grand ca�on du Colorado (1 600 m de profondeur et de 5 � 25 km de largeur).</p><p>L�Arizona actuel para�t avoir �t� le si�ge d�une civilisation prosp�re avant l�arriv�e des Europ�ens au XVIIe s.</p><p>L�occupation espagnole, puis hispano-mexicaine, se limita � la partie m�ridionale du pays. Celui-ci fut conquis par les Am�ricains en m�me temps que d�autres �tats de l�Ouest aux d�pens du Mexique (1848) et agrandi en 1853</p><p>(Gadsden Purchase).</p><p>La guerre de S�cession, les conflits avec les Apaches et les Navahos ainsi que le caract�re d�sertique du pays</p><p>retard�rent le peuplement et la mise en valeur. Les prospecteurs ouvrirent la voie (cuivre, argent, plomb dans le Sud-Est). Des travaux d�irrigation furent entrepris sur le Gila et la Salt ; Tucson et Phoenix s��difi�rent � la faveur des voies ferr�es. L�Arizona d�-</p><p>passa les 200 000 habitants en 1910 et downloadModeText.vue.download 350 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>887</p><p>fut admis au rang d��tat dans l�Union en 1912.</p><p>La population comprend un fonds</p><p>indien (notamment les Navahos, qui, au nombre de 57 000 il y a un si�cle, ont sextupl� depuis), un �l�ment hispano-mexicain plus ou moins m�tiss� et les immigr�s am�ricains. Elle s�est accrue lentement jusqu�� la Seconde Guerre mondiale ; celle-ci a stimul� le d�veloppement industriel (construction de pi�ces d�avions, traitement des m�taux et alliages). Depuis la guerre, la migration � vers le soleil �, dont b�-</p><p>n�ficient les �tats du Sud-Ouest, provoque un fort accroissement de population en Arizona (36 p. 100 entre 1960</p><p>et 1970). La population urbaine est pass�e de 30 p. 100 en 1940 � 75 p. 100 aujourd�hui, au b�n�fice surtout de Phoenix (582 000 hab. ; 863 000 aggl.) et de Tucson (263 000 hab. ; 294 000 aggl.).</p><p>Cette �volution contribue � r�duire l�occupation du sol dans un �tat qui n�a qu�une densit� de 6 habitants au kilom�tre carr�, une des plus faibles aux �tats-Unis.</p><p>Les mines font de l�Arizona le premier producteur de m�taux non ferreux de l�Union : cuivre en t�te, puis or, argent, tungst�ne, molybd�ne, vanadium, plomb, zinc et uranium.</p><p>L�agriculture s�est d�velopp�e � la faveur de l�irrigation. L�eau vient des r�servoirs construits sur le Gila et ses affluents ainsi que de nappes souterraines. Ainsi est n�e la florissante oasis de Phoenix. La production principale est le coton ; on cultive aussi des plantes fourrag�res (de 4 � 7 coupes de luzerne par an) et surtout des fruits (agrumes, dattes, melons, figues, raisins). Cette</p><p>agriculture b�n�ficie de la proximit� des march�s urbains (surtout Los Angeles) et du Mexique, fournisseur de main-d�oeuvre saisonni�re. Cependant, la survie de cette oasis est menac�e : les lacs de retenue se comblent rapidement ; le pompage fait baisser le niveau des nappes d�un peu plus de 3 m par an.</p><p>D�o� l�urgence d�ex�cuter le Central Arizona Project (aqueduc du Colorado � Phoenix) et aussi des conflits avec les autres utilisateurs de l�eau du Colorado (�tats riverains, Mexique et, de plus en plus, Los Angeles).</p><p>Les premi�res industries ont utilis� les produits agricoles et miniers de l��tat (huileries de coton, conserveries de fruits, traitement des m�taux).</p><p>L��lectronique, les laboratoires de recherche sur les missiles, la fabrication de pi�ces d�armement et d�avions ainsi que d��quipements divers se sont greffes sur cette activit� ant�rieure.</p><p>Le climat sec et ensoleill� est une autre richesse de l��tat (centres de cure) ; il contribue, avec les r�serves indiennes, l�architecture hispanique et les curiosit�s naturelles (Grand Canyon, Meteor Crater), au d�veloppement du tourisme.</p><p>P. B.</p><p>Arkansas</p><p>Un des �tats du sud historique</p><p>des �tats-Unis ; 137 539 km 2 ;</p><p>1 923 000 hab. Capit. Little Rock.</p><p>L�Arkansas comprend deux r�gions : au sud et � l�est, des plaines qui appartiennent � la vall�e alluviale du Mississippi et aux plaines s�dimentaires du golfe du Mexique ; au nord et � l�ouest, des montagnes et des plateaux qui se rattachent aux hautes terres int�rieures, dont le plateau d�Ozark est la pi�ce ma�tresse. La plaine alluviale du Mississippi (Mississippi Bottoms) mesure de 100 � 120 km de largeur en Arkansas. Les plaines s�dimentaires du sud de l��tat sont inclin�es vers le golfe et s�par�es par de petites cuestas (Wolds).</p><p>� l�ouest, les monts de Boston atteignent � peine 700 m, mais sont tr�s diss�qu�s, avec un relief relatif important, souvent d� au r�le des failles. Les monts Ouachita forment une s�rie de</p><p>barres de style appalachien culminant vers 800 m ; leur structure est tr�s complexe (plis, failles, chevauchements).</p><p>La large vall�e de l�Arkansas constitue, malgr� sa topographie accident�e, une extension des plaines voisines ; � l�aval, elle se confond avec celle du Mississippi.</p><p>L�Arkansas est soumis au climat</p><p>subtropical humide. Les hivers sont doux (5,5 �C en janvier � Hot Springs) et les �t�s tr�s chauds (27 �C en juillet � Hot Springs) ; les pluies, abondantes (de 1 200 � 1 300 mm), tombent en toute saison (maximums au d�but de l�hiver et au d�but du printemps).</p><p>� l��tat naturel, les monts de Boston et Ouachita, la vall�e de l�Arkansas, sauf sa section inf�rieure, et les plaines du Sud portent des for�ts de diverses esp�ces de pins et de ch�nes ; elles sont en grande partie conserv�es. La vall�e du Mississippi a �t� largement d�frich�e, ses bois ayant �t� tr�s t�t recherch�s par les scieries.</p><p>Apr�s une tentative de colonisation fran�aise au d�but du XVIIIe s., les pionniers anglo-saxons s�install�rent dans les monts de Boston et Ouachita, plus frais que les plaines, riches en bois et, croyait-on, en minerais, tandis que la grande exploitation esclavagiste occupait les plaines, faisant d�elles une annexe du Cotton Belt. Cette colonisation a eu pour cons�quence une opposition toujours vivace entre petits Blancs des montagnes et Noirs des plaines.</p><p>Il en est r�sult� aussi le maintien dans les montagnes d�une agriculture tr�s archa�que, comparable � celle du sud des Appalaches ; les Backwoodsmen ont pratiqu� une agriculture de subsistance, avec d�frichements itin�rants, qui les tenait au bord de la famine, jusqu�� l�ouverture de routes au cours du New Deal. Cette agriculture commence � �voluer (d�veloppement de l�aviculture et de l�arboriculture).</p><p>Les vall�es de l�Arkansas et du Mississippi et les plaines du Sud ont longtemps connu la monoculture du coton.</p><p>Celui-ci n�a pas disparu puisqu�il re-pr�sente encore la deuxi�me culture en valeur. Mais il a c�d� la premi�re place � la culture du soja (surtout dans les plaines s�dimentaires du Sud), pr�c�-</p><p>dant encore celle du riz (dans la vall�e du Mississippi). D�j� pratiqu�e dans le sud-est de l��tat depuis longtemps, la monoculture du riz s�est �tendue r�cemment dans le Nord-Est sous une forme tr�s moderne : d�frichements m�canis�s, ensemencement et projections d�engrais et de pesticides par avion, r�colte par la machine.</p><p>L�Arkansas ne produit qu�un peu de p�trole, de gaz naturel, de houille et de sel. Mais c�est le principal fournisseur de bauxite aux �tats-Unis : 1,6 Mt en 1972 (95 p. 100 de la production am�-</p><p>ricaine). La bauxite est extraite des couches s�dimentaires des plaines du Sud et exp�di�e � East Saint Louis, o� elle est transform�e en alumine.</p><p>L�Arkansas poss�de encore de</p><p>vastes for�ts, prot�g�es par le gouvernement f�d�ral, mais exploit�es pour alimenter des scieries, des papeteries ou des complexes int�gr�s comprenant scierie, papeterie et usine chimique, comme celui de Crossett dans le sud-est de l��tat.</p><p>L�Arkansas est un des rares �tats am�ricains dans lesquels la population urbaine soit encore minoritaire. Deux villes seulement ont quelque importance ; ce sont Hot Springs, centre de cure tr�s fr�quent�, dans un cadre naturel prot�g�, et surtout Little Rock, capitale de l��tat, qui est aussi un centre ferroviaire, une place de commerce pour le coton et le riz, et une ville industrielle (huile de graine de coton, travail du bois) ; on compte 315 000 habitants dans l�aire m�tropolitaine. Point de rencontre des Blancs de la montagne et des Noirs de la plaine, Little Rock a �t� le si�ge de violentes �meutes raciales.</p><p>P. B.</p><p>Arles</p><p>Ch.-l. d�arrond. des Bouches-du-</p><p>Rh�ne, � la t�te du delta du Rh�ne ; 50 345 hab. [Arl�siens].</p><p>Ville d�art et centre de direction de la riziculture fran�aise, Arles exerce ses activit�s sur la partie ouest du d�partement, de la Durance � la mer.</p><p>Par sa position � la t�te du delta, sur le dernier pont franchissant le Rh�ne, la ville reste � l��cart de la zone d�influence directe de Marseille, mais subit l�attraction �conomique de N�mes et surtout d�Avignon.</p><p>L�histoire</p><p>Les origines d�Arles sont entour�es de myst�re. Des colons grecs, en s�y �tablissant, lui auraient donn� le nom de Th�lin�. Apr�s eux, des Celtes fond�rent Arelate � l�emplacement de l��tablissement grec. Enfin, ce n�est qu�avec la venue des Romains que semble �tre n�e v�ritablement la ville.</p><p>Marius, en effet, pourvut celle-ci d�un canal qui la reliait � la mer, les fosses Mariennes. Arles devenait un port maritime, et peut-�tre Rome eut-elle quelque envie d�en faire � le port gallo-romain en face du port grec de Marseille � (A. Grenier). Lors du si�ge de Marseille, en 49 av. J.-C., C�sar y fit construire douze vaisseaux en un mois, et une colonie fond�e l� par son lieutenant, Tiberius Claudius Nero, re�ut les v�t�rans de la 6e l�gion : Colonia Julia Patenta Arelate Sextanorum.</p><p>Sous Auguste, une nouvelle fondation agrandit la colonie. Il y avait plusieurs corporations de marins et mariniers sp�cialis�s (navicularii, nautae, utri-cularii), des chantiers de construction navale, une pr�fecture de la navigation. La population �tait m�lang�e : l��pigraphie locale compte un tiers de noms grecs. Les produits de la Gaule et d�au-del� (ambre, �tain) y �taient embarqu�s, tandis qu�affluaient ceux de tout l�Orient.</p><p>Au Bas-Empire, la faveur de</p><p>Constantin, qui y r�sida � plusieurs reprises, notamment en 314, lui valut une prosp�rit� continue. Le palais imp�rial de la Trouille fut b�ti en face de l�actuel faubourg de Trinquetaille, qui �tait reli� � la rive oppos�e par un pont de downloadModeText.vue.download 351 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>888</p><p>bateaux. La Notitia dignitatium signale l�existence d�un atelier mon�taire et d�une fabrique d�armes de luxe. Arles</p><p>fut un moment si�ge de la pr�fecture du pr�toire des Gaules.</p><p>Les �v�ques d�Arles se pr�tendaient les successeurs de saint Trophime, disciple des saints Pierre et Paul. Ils obtinrent en 513 le pallium et le vica-riat sur la Gaule, apr�s avoir �t�, d�s le IVe s., m�tropolitains de Narbonnaise.</p><p>L��glise primitive du IVe s., Saint-</p><p>�tienne, se trouvait au sud-est. Quant aux Alyscamps, c��tait une n�cropole form�e autour du tombeau de saint Gen�s, martyr sous Maximien. Diff�-</p><p>rents conciles eurent lieu � Arles, notamment en 314 et en 353.</p><p>Arles soutint plusieurs si�ges au Ve s., et le roi wisigoth Euric en fit une de ses r�sidences. Les Sarrasins la prirent en 734 et transform�rent l�amphith��tre en forteresse avant de se faire expulser par Charles Martel.</p><p>Le nom de royaume d�Arles fut souvent employ� au Moyen �ge pour d�signer le royaume de Bourgogne cisju-rane, ou de Provence, et surtout � dater de sa r�union avec la Bourgogne trans-jurane, en 934-935. Ce royaume fut ind�pendant jusqu�en 1032 et tomba ensuite sous la d�pendance des empereurs d�Allemagne, du XIe au XIVe s.</p><p>Arles devint de ce fait une ville imp�riale et se fit confirmer ses privil�ges de ville libre. � partir de 1131, elle eut son propre gouvernement, ses consuls ; au d�but du XIIIe s., elle se proclama r�publique et eut un podestat et un viguier. Le comte de Provence Charles Ier d�Anjou la contraignit � lui rendre hommage (1251).</p><p>En 1535, l�union d�Arles � la France fut sanctionn�e par la cr�ation d�une s�n�chauss�e. Sous Louis XIV, on ac-cusait les Arl�siens, accroch�s � leurs souvenirs historiques, de faire preuve de sentiments r�publicains. Ils se lanc�rent avec ardeur dans le mouvement r�volutionnaire de 1789. �conomiquement, la ville �tait en d�clin depuis longtemps du fait de son inaccessibilit� aux gros navires.</p><p>R. H.</p><p>Les fonctions de la ville</p><p>La fonction de transit r�v�le toute la valeur du passage, mais Arles n�est pas un carrefour. La R. N. 113, qui joint Marseille � Bordeaux, traverse la ville et se double d�une bretelle vers Lunel, permettant d��viter le passage par N�mes. La R. N. 7, autre art�re ma�-</p><p>tresse, abandonne le Couloir rhodanien � Avignon. Par contre, le grand axe ferroviaire de Paris � Nice passe � Arles, mais le carrefour vers le Languedoc se situe plus au nord. Arles ne joue plus le r�le d�un port fluvial, Port-Saint-Louis-du-Rh�ne, au sud, assurant le transbordement entre le fleuve et la voie maritime. Des projets d�am�nagement � Beaucaire prolongeront vers le nord les courants de trafic. Le canal de Port-de-Bouc n�a qu�une activit� r�duite, mais les installations du complexe de Fos tendront � revaloriser les �changes vers Marseille et l��tang de Berre.</p><p>Arles est � la t�te d�un vaste terroir agricole s��tendant sur la Crau et la Camargue, pour lesquelles la ville joue le r�le d�un p�le bancaire, d�une place commerciale, d�un centre de conditionnement et d�approvisionnement pour une agriculture tr�s m�canis�e, faisant appel � du gros mat�riel d��quipement. Elle appara�t comme la capitale de la riziculture et le march� du foin de la Crau. Les cultures s��tendent sur 7 500 ha de rizi�res, 3 500 ha de vignes, 3 000 ha de prairies et 1 000 ha de vergers. Des usines de traitement, des centres de ramassage et de stockage du riz se sont cr��s : la Coop�rative agricole de stockage des Alpes et Provence traite � elle seule le quart de la r�colte, et son usine d�Arles est une des plus importantes d�Europe ; la ville assure le conditionnement des trois quarts de la r�colte fran�aise.</p><p>L�industrie s�est d�velopp�e dans des secteurs tr�s vari�s : ateliers de construction et de r�paration de la S. N. C. F. ; chaudronnerie industrielle avec � les Constructions m�talliques de Provence �, en relation avec la p�trochimie de l��tang de Berre ; papeteries (emballage et journal). En fait, un deuxi�me centre industriel se situe � Salin-de-Giraud, � une quarantaine de kilom�tres au sud de la ville, mais toujours sur son territoire communal ; la Com-</p><p>pagnie salini�re de Camargue extrait la moiti� de la production fran�aise de sel. (C�est une filiale de Pechiney qui le traite sur place pour la fabrication du carbonate de soude ou l�exp�die vers son usine de Saint-Auban.)</p><p>Le tourisme reste une des activi-t�s essentielles d�Arles en raison de ses monuments prestigieux, de son histoire, des souvenirs de Van Gogh, d�A. Daudet et de F. Mistral. Les manifestations taurines et les f�tes folkloriques contribuent �galement � faire de la ville une �tape touristique importante, mais avec des s�jours limit�s malgr� les richesses de la ville et de ses environs : abbaye de Montmajour, moulin de Daudet, les Baux, le Vacca-r�s, les Alpilles et la Camargue.</p><p>La population totale d�Arles a plus que doubl� depuis 1812, date � laquelle la ville comptait environ 20 000 habitants (dont plus de 16 000 aggl.). Le cap des 30 000 habitants �tait franchi en 1911, et celui des 50 000 habitants en 1975. Depuis cette date, c�est la population urbaine qui s�accro�t, alors que, jusque-l�, les campagnes montraient un dynamisme sup�rieur. Le d�-</p><p>veloppement d�mographique d�Arles est rest� longtemps inf�rieur � celui des autres villes de Provence, la ville ne b�n�ficiant pas encore des am�liorations apport�es � la navigation rho-danienne. Cependant, les incitations �conomiques venues du fleuve ne devraient pas tarder � s�exercer au niveau du delta. La ville conserve l�avantage d�une position de relais entre les p�les industriels de Pierrel�tte, de Marcoule et de L�Ardoise (vivant de l��nergie du Rh�ne) et la zone de Fos, dont les am�nagements industriels et portuaires d�passent le cadre r�gional.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>&#x25B6; Bouches-du-Rh�ne / Camargue / Provence.</p><p>B L. A. Constans, Arles antique (De Boccard, 1921) ; Arles (Les Belles Lettres, 1929). /</p><p>L. H. Labande, l��glise Saint-Trophime d�Arles (Laurens, 1931). / F. Benoit, le Mus�e lapidaire d�Arles (Laurens, 1936) ; Arles (Alpina, 1954).</p><p>/ G. Grossi, Arles, ville imp�riale (Impr. Maca-bet, Vaison-la-Romaine, 1954). / R. B�renguier, Arles et pays d�Arles (Nouv. �d. latines, 1968).</p><p>Arles,</p><p>ville d�art</p><p>La colonie romaine d�Arles fut l�objet de l�attention particuli�re des empereurs et surtout d�Auguste. Plusieurs faubourgs � vocation maritime, commerciale ou agricole se satellis�rent alors autour du castrum, noyau administratif et militaire que d�fendait une enceinte fortifi�e perc�e de quatre portes. � l�int�rieur, une structure classique de rues dall�es se croisant � angle droit et quelques �difices publics consid�rables : ar�nes, th��tre, forum, thermes.</p><p>Les ar�nes pouvaient recevoir au moins vingt mille spectateurs. Chaque �tage, d�-</p><p>cor� de pilastres doriques et corinthiens, est form� de soixante arcades ; les galeries circulaires sont couvertes d��normes dalles horizontales, au lieu des vo�tes habituelles. La piste �tait am�nag�e pour les combats de fauves et les luttes de gladia-teurs. Le th��tre antique date, comme les ar�nes, de la fin du Ier s. av. J.-C. Mais il est beaucoup plus d�grad�. Des arcades du pourtour, il reste un �l�ment transform� en tour fortifi�e au Moyen �ge ; avec une partie de ses gradins, la fosse d�orchestre et quelques colonnes du grand mur de sc�ne, l�ensemble s�inscrit dans un paysage �vocateur. Les vestiges du forum existent davantage en sous-sol qu�� l�air libre. Tr�s impressionnants sont les cryp-toportiques (Ier s.), double galerie en fer � cheval, longue d�une centaine de m�tres, utilis�e comme grenier � bl� souterrain et d�couverte il y a peu d�ann�es. Des sculptures et des statues de marbre de l��poque d�Auguste qui en proviennent sont pr�sent�es, � c�t� de mosa�ques, de st�les et de sarcophages de diverses provenances, au mus�e lapidaire pa�en, install� dans l�ancienne �glise Sainte-Anne, �difice t�moignant d�une curieuse survivance gothique � l��poque de Louis XIII.</p><p>Quatri�me ensemble, les thermes, avec leurs piscines froides et chaudes, leurs �tuves, leur grande abside orient�e vers le Rh�ne, sont plus tardifs : IVe s. apr. J.-C.</p><p>Au Ve s., le r�le international de la cit�, centre religieux, politique et �conomique, s�affirme. C�est aussi un centre d�art : les ateliers de sculpteurs arl�siens, s�inspi-</p><p>rant des sarcophages chr�tiens import�s de Rome, en fabriquent d�excellentes r�pliques en marbre des Pyr�n�es ou de Carrare. Certains sont conserv�s au mus�e lapidaire chr�tien, ancienne chapelle classique du coll�ge des J�suites. Mais c�est hors des murs de la ville, dans les Alyscamps (Champs-�lys�es), longue all�e plant�e de cypr�s, que l�on retrouve le mieux, malgr� un f�cheux environnement contemporain, l�atmosph�re de la n�cropole antique adopt�e par les chr�tiens.</p><p>Ceux-ci y v�n�r�rent le tombeau de saint Gen�s, associ� � l��v�que saint Honorat et � saint Trophime. La stratigraphie de la n�-</p><p>cropole a d�gag� trois niveaux superpos�s de s�pultures et r�v�l� une longue interruption entre le niveau le plus profond (IVe-Ve s.) et les deux sup�rieurs (Xe et XIIe-XIIIe s.).</p><p>Cette interruption correspond � la p�riode du haut Moyen �ge.</p><p>En effet, Arles va terriblement souffrir des invasions barbares et arabes. Les faubourgs pill�s et abandonn�s, l�agglom�ration se r�tr�cit � l�aire du castrum romain, mieux d�fendue. � l�abri du th��tre, des maisons et des jardins s�installent ; deux �tages d�arcades sont transform�s en fortin. Les ar�nes se m�tamorphosent en une petite ville � part, solidement fortifi�e, o� s�entasse une population grouillante. Les abbayes et les fondations religieuses, originairement hors des murs, se replient, elles aussi, dans l�enceinte. Ce contact renouvel� avec l�art romain explique en grande partie les caract�ristiques de l�ancienne cath�drale romane Saint-Trophime (milieu du XIIe s.). Celle-ci est �lev�e � un moment o� Arles est rattach�e au Saint Empire de Fr�d�ric Barberousse et conna�t une prosp�rit� relative. Le portail de la fa�ade occidentale, avec son fronton classique, ses pilastres cannel�s, ses ap�tres sculpt�s comme autant de Romains en toge, est un chef-d�oeuvre o� l��cole proven�ale proclame sa dette envers l�Antiquit�. La sobre nef, vo�t�e en berceau bris�, et les bas-c�t�s, �troits, contrastent avec les nervures gothiques du choeur (XVIe s.). Quant au clo�tre, accol� au flanc sud, il est c�l�bre par la qualit� de la sculpture (chapiteaux et piliers d�angle) de ses deux galeries romanes (seconde moiti� du XIIe s.) ; les galeries ouest et sud sont du XIVe s.</p><p>downloadModeText.vue.download 352 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>889</p><p>Dans le cadre du comt� de Provence, puis du royaume de France apr�s 1480, Arles se d�veloppe et r�occupe progressivement ses anciens faubourgs. Elle ne parvient cependant pas � d�tr�ner Aix-en-Provence dans l�ordre politique, ni Marseille dans l�ordre �conomique.</p><p>Le XVIIe si�cle se flatte d�un bel h�tel de ville, o� concourent de grands architectes : Fran�ois de La Valfeni�re, d�Avignon, Pierre Puget* et m�me J. H.-Mansart*. La vo�te plate de cet �difice est une r�ussite de st�r�otomie exceptionnelle. Le XVIIIe si�cle am�nage le tour de ville, sans raser totalement les remparts ; les lices deviennent une belle promenade ombrag�e. Fr�d�ric Mistral, en fondant le mus�e Arlaten du f�librige, fit prendre � la ville conscience de sa mission culturelle. Mais il appartenait � un Nordique d�apporter le tribut de la peinture : Van Gogh*, pendant les quinze mois qu�il a pass�s � Arles (1888-89), d�couvrit avec passion les cypr�s tour-noyants, les champs de la Crau, la lumi�re m�diterran�enne.</p><p>F. E.</p><p>arme</p><p>Tout instrument con�u ou utilis� dans le dessein de mettre un adversaire hors d��tat d�agir.</p><p>Il existe autant d�armes que d�instruments imagin�s et r�alis�s par l�homme pour renforcer ses moyens de lutte contre des �tres vivants. L�arme est initialement un moyen d�attaque.</p><p>Son r�le est essentiellement d�augmenter l�efficacit� des forces naturelles de l�homme, quand celui-ci veut porter des coups. La destin�e de l�arme est par cons�quent avant tout offensive.</p><p>La classification</p><p>des armes</p><p>Arme automatique : arme � feu qui, sans �tre recharg�e, peut tirer successivement plusieurs coups (v. mitrailleuse).</p><p>Arme biologique : arme qui utilise des organismes vivants ou les agents toxiques qu�ils s�cr�tent pour provoquer la mort ou la maladie chez l�homme, l�animal ou</p><p>la plante (cette d�finition recouvre et d�passe celle de l�arme bact�riologique, qui ne se r�f�re qu�� l�emploi d�un type de microbe d�termin�).</p><p>Arme blanche : arme de main qui agit par le fer ou l�acier qui la constitue ou la termine (lance, �p�e, ba�onnette, couteau de tranch�e, etc.).</p><p>Arme chimique : arme qui utilise des agents chimiques toxiques sous la forme soit de gaz* lacrymog�nes suffocants ou v�sicants, soit de produits neurotoxiques, attaquant le syst�me nerveux (trilon), ou psycho-chimiques, modifiant l��tat mental (L. S. D.).</p><p>Arme d�estoc ou de taille : arme faite pour fendre (�pieu, sabre).</p><p>Arme � feu : arme constitu�e par un tube destin� � orienter vers un objectif un projectile lanc� sous l�effet de la poudre, soit par la d�flagration d�une charge propulsive (arquebuse, pistolet, fusil), soit par la r�action d�une charge fusante (lance-roquettes).</p><p>Arme d�hast : arme constitu�e d�un fer emmanch� (hache, pique, hallebarde, fauchard).</p><p>Arme de jet ou de trait : arme qui constitue par elle-m�me un projectile (javelot) ou le lance (arc, fronde, baliste, arbal�te).</p><p>Arme de main : arme qui amplifie l�action de la main (massue, casse-t�te, couteau, poignard, dague, etc.).</p><p>Arme nucl�aire : dispositif permettant, pour des fins belliqueuses, de lib�rer de l��nergie nucl�aire de fa�on non contr�l�e.</p><p>Arme � r�p�tition : arme � feu dont la vitesse de tir est augment�e par le chargement automatique des cartouches gr�ce � un magasin et � un m�canisme dit � de r�p�tition �.</p><p>Armes sp�ciales ou armes N. B. C. : ensemble des armes nucl�aires, biologiques et chimiques (par opposition aux autres armes, dites � armes classiques �).</p><p>Gen�se des</p><p>premi�res armes</p><p>Lucr�ce nous a laiss� une excellente</p><p>�vocation de la gen�se des armes :</p><p>� Les premi�res armes furent les mains, les ongles et les dents. Et puis ce fut des pierres et m�me des tron�ons de branche arrach�s aux for�ts... � (De natura rerum.)</p><p>Les premiers humains des �ges pr�-</p><p>historiques ont d� faire face � de graves probl�mes de survie. Aussi est-ce par la pr�sence d�armes (ou d�outils) au-pr�s de leurs ossements que les squelettes des �ges les plus recul�s r�v�lent leur appartenance � la g�n�ration de l�Homo sapiens. Ces premiers hommes ont utilis� les mat�riaux � leur port�e : d�abord la pierre et le bois, puis les os des animaux et, bien plus tard, les minerais.</p><p>Ce sont surtout les pierres taill�es qui t�moignent de ces �poques les plus anciennes, les objets de bois ne s��tant pas conserv�s jusqu�� nous ; mais de nombreux dessins rupestres montrent nos anc�tres utilisant la massue ou le javelot de bois. En fait, l�homme des cavernes combinait la pierre de silex, qui jouait le r�le de tranchant, et le bois, qui servait de levier ou de bras de manoeuvre. Au-del� de l�acuit� du silex, l�os taill� (comme les � bois �</p><p>de cerf ou de renne) pouvait acqu�rir une finesse telle qu�il �tait employ� comme fl�che, comme bout de lance ou de javelot.</p><p>L��ge de la bravoure</p><p>La p�riode de l�histoire qui s��tend jusqu�� l�emploi de la poudre (XIVe s.) est caract�ris�e par le fait que la force physique et le courage sont les �l�-</p><p>ments d�terminants du succ�s dans toutes les luttes que l�homme doit alors affronter.</p><p>Les premi�res armes sont celles</p><p>du combat rapproch�, mani�es par l�homme lui-m�me et dont l�efficacit� traduit strictement celle de ses bras ; elles ne peuvent amplifier que la puissance du geste. Ce sont les armes de main. En ce sens, tout objet usuel peut devenir une arme, d�autant mieux qu�il sera plus solide et souvent manipul� dans la vie courante. Ainsi, les armes les plus anciennes ont fr�quemment �t� des instruments agricoles employ�s tels</p><p>quels, ou quelque peu modifi�s en vue de la lutte : ce sont les armes d�hast.</p><p>Le ph�nom�ne se reproduit d�ailleurs � chaque r�volte spontan�e d�hommes encore peu �volu�s : les jacqueries ont toujours pr�sent� l�aspect d�une lev�e de faux, de fourches, de fl�aux...</p><p>Mais, au fur et � mesure que se</p><p>perfectionne l�usage des m�taux, ces armes primitives c�dent la place � des syst�mes plus �labor�s : il y eut la lance, le glaive et surtout l��p�e, qui devint, pour des si�cles, l�arme symbolique, mais l�arme d�cisive aussi.</p><p>Les premi�res armes de m�tal furent des armes de bronze. Puis les combattants firent usage d�armes en fer. Les d�couvertes sur la civilisation des Hittites ont r�v�l� que les armes de fer existaient depuis plus de 2 000 ans av.</p><p>J.-C. et que l�acier lui-m�me n��tait pas inconnu des arm�es hittites, bien que ce m�tal e�t, � cette �poque, plus de valeur que l�or. C�est d�sormais l�am�lioration constante de la qualit� de l�acier qui va augmenter le pouvoir tranchant et, par cons�quent, l�efficacit� des armes de main.</p><p>Mais l�homme a vite cherch� � assener des coups � son adversaire tout en restant hors de port�e de son bras.</p><p>Attaquer l�ennemi � distance devient bient�t la vraie politique de l�emploi des armes. Le combattant y parvient d�abord en utilisant une monture (v. cavalerie), en allongeant son arme (les piques atteignirent jusqu�� 6 m de long dans la phalange grecque). Puis il lance lui-m�me un javelot ou une fl�che, en fait une arme de jet ; ainsi, l�histoire des armes engendre-t-elle l�aventure du projectile*. Mais cet �loignement progressif des combattants aura pour corollaire d�entra�ner peu � peu comme un effacement de la bravoure : l�arme, qui fut longtemps le r�v�lateur de la valeur des hommes et le facteur de leur s�lection naturelle, ne sera plus, � travers les champs de bataille, qu�un moyen de destruction � la disposition des arm�es.</p><p>Tr�s vite apparaissent les premi�res machines utilisant un syst�me de force pour augmenter (par tension ou par torsion) puissance et port�e des pro-</p><p>jectiles. Ainsi, les armes de jet, telles que frondes et arcs, vont-elles b�n�ficier de moyens m�caniques pour donner au projectile des effets sup�rieurs � tous ceux que l�on pouvait attendre des seuls muscles de l�homme. La plus perfectionn�e est l�arbal�te, avec toutes ses variantes.</p><p>La distance entre les adversaires ne suffit bient�t plus � compenser les progr�s des armes. Les combattants utilisent d�sormais palissades, remparts de terre et murailles pour �viter l�extermination. � cette parade de l�attaque, l�arme riposte en augmentant son pouvoir de destruction : de v�ritables machines de guerre m�nent l�offensive contre des combattants fortifi�s.</p><p>La guerre de si�ge s�installe pour des si�cles. La puissance des armes dominera tant que l�industrie n�aura pas offert aux arm�es une capacit� nouvelle : la rapidit� du tir (v. fortification).</p><p>L�arme ennoblit</p><p>avant d�anoblir</p><p>C�est � l�aube du Moyen �ge que se poursuit cette m�canisation de l�arme.</p><p>Mais, � cette �poque, l�autorit� de l��glise �tait telle qu�elle ne pouvait manquer d�intervenir au moment o� l�ing�niosit� des hommes s�appr�tait � bouleverser l�ordre du monde en introduisant une force anonyme et aveugle.</p><p>En 1139, l�emploi de l�arbal�te fut interdit par le second concile du Latran.</p><p>Jugeant ainsi r�volu l��ge de la bravoure, o� les armes de main d�partageaient les mauvais et les bons, l��glise se plut � honorer un nouvel emploi des armes qui fut � bel et noble � : l��ge de la chevalerie* se faisait jour... Il durera un demi-mill�naire. La d�fense de la chr�tient� est alors confi�e � une �lite d�hommes forts � bien arm�s et bien prot�g�s par leurs armures* �, les chevaliers.</p><p>D�tenir une arme sera la marque</p><p>de confiance accord�e � celui qui a eu l�honneur d��tre appel� aux armes par le roi, l��v�que ou le seigneur. Dans downloadModeText.vue.download 353 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>890</p><p>ces si�cles de foi, l�arme va rapidement acqu�rir un caract�re sacr�, confirm� par toutes les sollicitudes de l��glise � l��gard de la chevalerie.</p><p>D�j�, dans la religion romaine, le port de l�arme avait �t� la marque du bon droit, et les armes rest�es apr�s le combat entre les mains du vainqueur indiquaient clairement quel avait �t� le choix des dieux. Plus tard, sous l�empereur Constantin, au temps du laba-rum, on estimait que le Dieu des chr�-</p><p>tiens se devait d�appuyer les armes des justes. Ce caract�re religieux du port de l�arme s��tait certes tout sp�cialement d�velopp� chez les Germains (la Wehrmacht de 1945 portera encore � Gott mit uns � inscrit sur ses plaques de ceinturon). La sacralisation des armes se traduisait � Rome dans la remise des</p><p>� armes viriles �. On la retrouvera au Moyen �ge avec la remise de l��p�e aux nouveaux chevaliers apr�s la veill�e d�armes, et elle survit encore avec la c�r�monie de la remise du sabre aux jeunes officiers sortant de l��cole de cavalerie de Saumur.</p><p>Cette id�alisation des armes a finalement conduit � donner ce nom � des objets d�gag�s de toute destination cruelle : armes courtoises, r�serv�es aux jeux de joutes, aux assauts de tournois et aux exercices d�escrime, et armes d�honneur, r�serv�es aux r�compenses solennelles distribu�es par un souverain. De m�me, les armes de bel acier, qui devaient leur nom d�armes blanches autant � leur couleur naturelle qu�� la puret� qui leur �tait attribu�e, survivent aujourd�hui en armes de parade, comme l��p�e des acad�miciens, tandis que les orf�vres ont pu longtemps rivaliser de talent et de luxe avec les armes artistiques.</p><p>La r�volution</p><p>de la poudre</p><p>Une d�couverte scientifique va d�truire cette sorte de morale de l�arme que le Moyen �ge avait cru pouvoir �chafauder. En intervenant sur les champs de bataille, la poudre va progressivement prendre � son compte les missions de combat que la force et l�adresse de</p><p>l�homme avaient jusqu�alors assum�es.</p><p>Les effets d�un ph�nom�ne physique dominent d�sormais la lutte au point que les combattants ne seront plus l� qu�� titre d�ex�cutants ou de victimes.</p><p>Et ces armes, destin�es jusqu�ici � rehausser sa valeur, l�homme va devoir � son tour les � servir � : � la poudre a mis tous les hommes sur le m�me pied �. � vrai dire, l�emploi de la poudre avait eu des ant�c�dents. Les Chinois auraient connu le feu volant dans les temps les plus recul�s et le feu gr�geois, cher aux Byzantins, aurait �t� employ� au si�ge de Plat�es en 479</p><p>av. J.-C. Import� d�Extr�me-Orient, il appara�t au XIe s. au si�ge d�Antioche : m�lange de poudre noire et d�huile de naphte, il produit � distance des effets incendiaires qui en font l�anc�tre des lance-flammes. Le XIVe si�cle voit la poudre intervenir dans le combat, surtout par son effet explosif ; aussi, les armes � feu collectives vont-elles prendre la place des armes individuelles. De la bombarde et de la couleuvrine sortiront, avec le boulet et la mitraille, le canon* et toute l�artillerie* moderne. � l�arbal�te, la poudre substitue l�arquebuse, d�o� d�rive-ront les mousquets et les diff�rentes gammes de fusils*.</p><p>Ainsi se g�n�ralise cette � invention maudite �, sans laquelle, �crit Monluc,</p><p>� tant de braves et vaillants hommes ne seraient pas morts le plus souvent de la main de poltrons qui n�oseraient regarder au visage ceux que, de loin, ils renverseront de leurs balles �. Ces transformations modifient la forme du combat, qui, lui-m�me, va bient�t c�der le pas � la bataille multi-armes, jusqu�au jour o� celle-ci dispara�tra m�me du vocabulaire militaire pour ne plus laisser que le gouffre de la guerre*. Le champ d�honneur, peu � peu transform� en champ de bataille, ne sera plus un jour qu�un champ de tir, et le XXe si�cle parlera de zones de destruction.</p><p>La fabrication des armes est devenue trop d�licate et co�teuse pour rester artisanale. Seul l��tat a les moyens de fabriquer des armes � feu et leurs projectiles, qui vont se multiplier sans cesse ; cette profusion d�armes obligera � sp�cialiser les combattants dans</p><p>l�emploi de telle ou telle d�entre elles.</p><p>Ainsi s�organiseront � l�int�rieur des arm�es ces corps diff�renci�s par leur armement autant que par leur mission, infanterie*, cavalerie*, artillerie*, auxquels on donnera aussi le nom d�armes.</p><p>Cette r�volution ne reste pas le propre des arm�es de terre. La d�faite de l�Invincible Armada espagnole en 1588 a montr� que, sur mer aussi, l�abordage au sabre ne pouvait plus se mesurer avec la bord�e d�artillerie (v. marine).</p><p>Vers l�apog�e</p><p>des armes � feu</p><p>classiques</p><p>Il a d�abord fallu ma�triser les effets de la poudre et ensuite miniaturiser les armes � feu. Celles-ci sont initialement trop rudimentaires pour prendre en charge toute l�action du champ de bataille : elles coop�rent avec les armes de main. Vers la fin du XVIIe s.. on arrive � coupler le fusil avec l�arme d�attaque primitive, devenue l��p�eba�onnette, ce qui d�cuple les possibilit�s de l�infanterie. Toutefois, le XVIIe si�cle est avant tout celui de la g�n�ralisation de l�emploi du canon, qui conquiert d�finitivement son droit de cit� et entra�ne la promotion de l�artillerie au rang de troisi�me arme constitutive des arm�es.</p><p>Au XVIIIe s., la foi dans la science, l�esprit de recherche et les transformations du travail des m�taux font b�n�ficier les armes d�un progr�s technologique consid�rable. L��poque est domin�e par des � ing�nieurs �, qui, tels Jean Florent de Valli�re (1667-1759) et surtout Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789) en France, donnent au mat�riel d�artillerie une uniformit� qui permet sa fabrication en grand nombre et une mobilit� qui accro�t singuli�rement sa puissance. On sort de l�artisanat, et les bases sont jet�es d�une v�ritable industrie des armes : les canons de Gribeauval et le fusil mod�le 1777 feront toutes les guerres de la R�volution et de l�Empire.</p><p>1815-1914 :</p><p>un si�cle de</p><p>perfectionnement</p><p>technique</p><p>C�est au XIXe s. que l�apport des chercheurs et des ing�nieurs sera le plus marquant pour perfectionner l�armement existant. Dans cette �volution, on peut distinguer deux stades.</p><p>y De 1820 � 1870 na�t en Europe</p><p>la version moderne des armes classiques. L�apparition de la rayure du tube � partir de 1850 am�liore la pr�-</p><p>cision, et celle du chargement par la culasse la cadence du tir. Le projectile se perfectionne en m�me temps par la mise au point de l�amorce de la cartouche, tandis que les rayures permettent de donner aux balles et aux downloadModeText.vue.download 354 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>891</p><p>obus une forme oblongue r�duisant leur calibre pour un m�me poids.</p><p>y De 1870 � 1914, Fran�ais et Allemands, engag�s dans la course aux armements, rivalisent dans leurs recherches techniques pour augmenter leur puissance de feu en am�liorant la rapidit� du tir. Le but recherch� est de diminuer le travail du tireur entre deux coups cons�cutifs, c�est-�-dire de r�aliser un chargement automatique. La premi�re r�ussite en ce domaine est celle du colonel am�ricain Samuel Colt (1814-1862), qui, en 1840, invente le magasin � munitions cylindrique mobile autour d�un axe.</p><p>Avec le syst�me tournant (revolving) du revolver na�t la premi�re arme � r�-</p><p>p�tition. L�id�e se d�veloppera en des chemins divers et donnera notamment naissance, en 1886, au fusil fran�ais � r�p�tition Lebel.</p><p>L�am�lioration des armes � r�p�tition conduisit � leur donner un total automatisme. En utilisant soit un emprunt des gaz produits par l�explosion de la poudre, soit le mouvement de recul qu�elle provoque, des armes nouvelles, appel�es d�s 1870 mitrailleuses*, vont peu � peu transformer le tir d�infanterie. L�arme automatique �tait n�e au moment m�me o�, gr�ce � la d�couverte de la m�linite (1885), l�efficacit� du projectile d�artillerie �tait d�cupl�e et sa pr�cision augment�e par l�amor-</p><p>�age d�sormais r�glable de sa fus�e.</p><p>Enfin, la. mise au point d�un lien �lastique � long recul (frein et r�cup�rateur) fera du canon de 75 mm fran�ais mod�le 1897 le prototype du canon de campagne � tir rapide et pr�cis sans d�pointage.</p><p>La Premi�re</p><p>Guerre mondiale</p><p>Mobilit�, rapidit� du tir, puissance du feu, toutes les acquisitions des armes du XIXe s. vont plafonner dans la guerre de 1914-1918. Mais ce qui caract�risera ce conflit, c�est, en raison de sa dur�e, de l�ampleur des effectifs et des fronts, la quantit� massive d�armes et de munitions que d�vorera le champ de bataille, dont l�existence quotidienne est li�e au rendement de la production industrielle. � C�est en fait la fabrication, �crit Foch d�s novembre 1916, qui va r�gler la marche de l�offensive, c�est-�-dire de la guerre. �</p><p>Dans le domaine de l�armement, les nouveaut�s de ce conflit ne r�sulteront que de l�utilisation militaire de r�centes d�couvertes. La plus spectaculaire est celle du v�hicule � moteur, porteur de canon et recouvert d�un blindage, qui n�est autre que du feu se d�pla�ant sous protection sur le champ de bataille : les premiers chars de 1916-1918, appel�s</p><p>� artillerie d�assaut �, sont les anc�tres d�une nouvelle famille d�armes (v.</p><p>blind�). Au m�me moment, l�avion, qui passe du stade sportif de 1914 au stade industriel de 1918, de la carabine � la bombe de 1 tonne, donne au combat une troisi�me dimension. Avec lui na�t non seulement un nouveau syst�me d�arme, mais une v�ritable arm�e nouvelle, dont les effets se combine-ront aussi bien avec le combat terrestre qu�avec le combat naval.</p><p>La guerre de 1914-1918 r�v�le enfin un nouveau chapitre, celui de la � guerre chimique �. Les moyens qu�elle emploie alors, les gaz* asphyxiants, dus � la technique allemande, interviennent de fa�on si inhumaine dans la bataille que les bellig�rants de 1939-1945, pourtant peu soucieux de la qualit� des coups port�s � l�adversaire, ne les ont finalement pas employ�s de nouveau...</p><p>La Seconde</p><p>Guerre mondiale</p><p>Vingt ans seulement s�parent ce deuxi�me conflit de la grande guerre de 1914-1918. Aussi, les arm�es de 1939</p><p>sont-elles �quip�es d�armes tr�s comparables � celles de 1918.</p><p>C�est d�un perfectionnement technique des deux � nouveaut�s � de cette �poque, le blind� et l�avion, et de leur emploi syst�matiquement combin�</p><p>que Hitler attend la victoire, et ce sont effectivement les blind�s et l�aviation qui deviendront, dans les deux camps, les grands arbitres de ce conflit. Celui-ci est caract�ris� par un accroissement des performances de l�ensemble des armes dites aujourd�hui � classiques �.</p><p>Ces progr�s s�appliquent essentiellement � la motorisation, qui, g�n�ralis�e, multipliera la mobilit� des arm�es, et � la radio, qui offrira au commandement la possibilit�, dont a toujours r�v� le chef de guerre, de � savoir � assez vite pour devancer ou parer les d�cisions de l�adversaire. Cette �volution s�accompagne d�une standardisation des armes, cons�quence de productions en s�rie exig�es d�industries de guerre surcharg�es.</p><p>Toutefois, un certain nombre</p><p>d�armes nouvelles sont mises au point au cours du conflit :</p><p>� le radar*, premi�re application de l��lectronique, joue un r�le capital dans la bataille a�rienne d�Angleterre de 1940 ;</p><p>� l�a�rotransport avec parachutage d�hommes et de mat�riels passe, en 1941 (Cr�te), du stade exp�rimental au stade op�rationnel (v. a�roport�) ;</p><p>� avec les roquettes antichars et les roquettes d�avions r�appara�t la vieille invention des projectiles autopropuls�s*, gr�ce � l�am�lioration des poudres propulsives et � l�emploi de m�lange de combustibles liquides ; leur premier guidage, encore tr�s rudimentaire dans le V2 allemand de 1945, annonce le missile* ;</p><p>� les premiers avions �quip�s de</p><p>moteurs � r�action sont mis au point et engag�s par les Allemands, � la fin de 1944 (v. aviation) ;</p><p>� les charges creuses sont adapt�es comme munitions antichars � des</p><p>roquettes ou m�me � des projectiles d�artillerie.</p><p>downloadModeText.vue.download 355 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>892</p><p>Le bouleversement</p><p>nucl�aire</p><p>Tout cet �difice est boulevers� de fond en comble par l�explosion, le 6 ao�t 1945, de la premi�re bombe atomique am�ricaine sur Hiroshima.</p><p>R�alit� et moralit� de la guerre, finalit� du combat, mobilisations humaines et industrielles, relations internationales et strat�gies, tout est remis en question par le fait nucl�aire, qui marque une v�ritable discontinuit� dans l��volution s�culaire des armes.</p><p>Ce bouleversement est encore accentu� dans ce singulier apr�s-guerre par la mise au point d�armes chimiques et biologiques, dont l��vocation du pouvoir destructeur laisse loin en arri�re les terribles souvenirs des gaz de 1915-1918.</p><p>Vingt-cinq ans apr�s la fin de la Seconde Guerre mondiale, le concept d�armes a donc subi une mutation profonde. L�arme moderne peut �tre soit le prolongement de ses devanci�res (dites � classiques �), soit la combinaison d�une charge nucl�aire, d�un propulseur et d�un syst�me de guidage �lectronique (d�o� r�sultent les missiles strat�giques et tactiques). Elle se pr�sente donc comme un assemblage d��l�ments technologiques de plus en plus diversifi�s, dont l��laboration est enti�rement tributaire de la recherche scientifique et technique.</p><p>J. de L.</p><p>&#x25B6; Armement / Artillerie / Aviation / Blind� /</p><p>Bombe nucl�aire / Cavalerie / Gaz (guerre des) /</p><p>Marine / Missile / Nucl�aire (�nergie) / Transmis-</p><p>sions.</p><p>Les conditions de</p><p>fabrication et de vente,</p><p>d�acquisition, de</p><p>d�tention, de port, de</p><p>transport et d�usage</p><p>En mati�re juridique sont consid�r�s comme armes toutes machines, tous instruments ou ustensiles tranchants, per�ants ou contondants ; les cannes simples, les couteaux et les ciseaux de poche sont r�put�s armes s�il en a �t� fait usage pour tuer, blesser ou frapper.</p><p>(� cette �num�ration lapidaire du Code p�nal, la jurisprudence a ajout� : b�tons ferr�s, coups-de-poing am�ricains et pierres.)</p><p>On comprend qu�un �tat r�glemente la fabrication, la d�tention, le port et le commerce des armes s�il veut assurer la s�curit� des citoyens, priver de moyens d�action les factieux et �viter les complications internationales.</p><p>Ainsi trouve-t-on des textes � Ath�nes et � Rome contre les porteurs d�armes � l�int�rieur des villes, seul �tant admis le transport au cas de voyage. Chez les Francs et les Germains, c��tait une peine d��tre priv� du droit de rester arm� en tout temps, mais Charlemagne interdisait l�exportation des armes.</p><p>L�apparition des armes � feu portatives au XVIe s. amena de s�v�res prohibi-tions et, peu � peu, les nobles se virent m�me retirer le droit de porter l��p�e � la ville, tandis qu�il �tait prescrit aux chirurgiens de d�noncer � la police les bless�s par armes qu�ils auraient pans�s (ordonnances de 1666 et 1720).</p><p>Quant � la fabrication du mat�riel de guerre, d�j� �troitement surveill�e, elle fut nationalis�e par une loi du 11 ao�t 1936.</p><p>La fabrication et le commerce</p><p>En France, la fabrication et le commerce des armes sont r�glement�s.</p><p>L�ouverture d�usine est soumise � d�-</p><p>claration et m�me � autorisation, ainsi que, pour les quatre premi�res cat�gories, � un contr�le permanent.</p><p>L�importation est interdite, sauf pour les armes de tir et les armes historiques ; l�exportation est soumise � agr�ment. Les brocanteurs ne peuvent se livrer � la vente des armes et des munitions des cat�gories 1, 2, 3, 4 et 6. Quant aux fabricants et commer-</p><p>�ants d�armes, ils doivent exiger avant toute op�ration la pr�sentation d�une pi�ce d�identit� et la remise de l�autorisation l�gale ; ils en font mention sur un registre contr�l� deux fois par an.</p><p>La fabrication, la d�tention, le transport et le commerce des poudres, de la dynamite et des explosifs connaissent �galement une �troite r�glementation.</p><p>Les conditions d�acquisition</p><p>L�acquisition des armes de 1re cat�gorie est r�serv�e aux fonctionnaires de police, aux officiers et sous-officiers d�activ�, aux officiers de r�serve, � certains fonctionnaires d�sign�s par arr�t� minist�riel, � certaines entreprises de gardiennage d�immeubles ainsi qu�� des associations sportives agr��es.</p><p>L�acquisition des armes de 4e cat�gorie est soumise � autorisation du pr�fet. Le requ�rant doit �tre majeur et n�avoir pas �t� condamn� pour crime qualifi� ou pour l�un des d�lits �num�r�s par le d�cret-loi. L�autorisation ne peut �tre accord�e que dans la limite d�une seule arme par domicile ou par r�sidence.</p><p>downloadModeText.vue.download 356 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>893</p><p>L�acquisition des mat�riels de guerre des 2e et 3e cat�gories est interdite.</p><p>Celle des armes des 5e, 6e, 7e et 8e cat�-</p><p>gories est libre. Toutefois, l�usage des armes de chasse est r�glement� dans la mesure m�me o� la chasse* l�est.</p><p>Les conditions de d�tention</p><p>Les armes de 1re cat�gorie ne peuvent �tre d�tenues que par les personnes habilit�es � les acqu�rir.</p><p>Pour les armes de 4e cat�gorie, l�autorisation d�acquisition implique celle de la d�tention. Mais toute arme de ces</p><p>cat�gories ne peut �tre acquise par voie successorale ou par don que si les formalit�s exig�es pour l�acquisition sont remplies.</p><p>Les armes des 5e, 6e, 7e et 8e cat�gories sont d�tenues librement, un nombre anormal d�armes blanches constituant cependant un d�p�t prohib�.</p><p>Les conditions de port et</p><p>de transport</p><p>Le port consiste � avoir l�arme sur soi ou dans un sac � main ou � port�e de la main dans un v�hicule. Il est toujours interdit pour les armes des cat�gories 1, 4 et 6, sauf pour les personnes autoris�es � en faire l�acquisition. Le port des armes et des munitions des cat�gories 5, 7 et 8 est libre.</p><p>Le transport consiste � avoir l�arme dans un bagage ou dans un paquet. Il est �galement interdit pour les armes des cat�gories 1, 4 et 6, sauf motif l�gitime appr�ci� souverainement par le tribunal. La perte ou le vol des armes des 1re, 4e, 5e et 7e cat�gories obligent � d�claration. Le transport des armes des 5e, 7e et 8e cat�gories est libre.</p><p>La sanction des infractions � la r�glementation</p><p>Des peines s�v�res et la confiscation obligatoire sanctionnent l�inobservation des prescriptions en mati�re d�armes. En outre, des d�lits sp�ciaux ont �t� �rig�s lorsqu�il y a port d�armes dans une manifestation, en cas de r�-</p><p>bellion, d��vasion, de vol, de prox�n�-</p><p>tisme, de mendicit� et de vagabondage ou dans les cas de transport d�armes par une ou plusieurs personnes.</p><p>L�usage des armes par la police</p><p>et la gendarmerie</p><p>La police ne peut faire usage de ses armes qu�en cas de l�gitime d�fense ou, en cas d�attroupement, apr�s deux sommations faites par un pr�fet, un sous-pr�fet, un maire, un adjoint, un commissaire de police ou un officier de police judiciaire � porteur des insignes de sa fonction �. Cependant, la gendarmerie peut faire usage de ses armes lorsqu�elle a invit� � plusieurs</p><p>reprises des personnes, y compris les conducteurs de v�hicules, � s�arr�-</p><p>ter par des appels r�p�t�s : � Halte !</p><p>Gendarmerie. �</p><p>Les membres du personnel p�niten-tiaire ont le m�me droit lorsque des d�tenus cherchent � �chapper � leur garde ou lorsque des personnes tentent de p�n�trer de force dans leurs �tablissements.</p><p>La loi fran�aise distingue</p><p>huit cat�gories d�armes</p><p>L�ensemble des r�gles s�appliquant aux armes a �t� codifi� par un d�cret-loi de 1939.</p><p>I. Les mat�riels de guerre</p><p>1re cat�gorie. Armes � feu et leurs munitions con�ues pour la guerre. En ressortissent : tous les pistolets automatiques d�un calibre �gal ou sup�rieur � 7,65 mm, d�une longueur de canon �gale ou sup�-</p><p>rieure � 11 cm, tirant par rafales ou pouvant contenir plus de dix cartouches et, par exception, les pistolets tirant les cartouches de 7,63 mm Mauser ; les fusils et les mousquetons militaires ; certaines carabines de grosse chasse (Mauser, Mannli-cher-Sch�nauer, Winchester, Springfield, B. S. A., British, M. A. S.) ; les pistolets mitrailleurs de tous calibres ; les mitrailleuses et les fusils mitrailleurs ; les canons et les mortiers ; les grenades, les bombes ou les torpilles.</p><p>S�y ajoutent les munitions des armes ci-dessus d�crites, leurs canons, leurs culasses, ainsi que les appareils de vis�e ou de conduite de tir et les machines cryptographiques.</p><p>2e cat�gorie. Engins porteurs d�armes � feu ou destin�s � utiliser ces armes au combat : chars, blind�s, navires de guerre, p�-</p><p>riscopes, a�ronefs de puissance au moins �gale � 100 ch, aff�ts sp�ciaux.</p><p>3e cat�gorie. Mat�riels de protection contre les gaz de combat.</p><p>II. Les autres armes</p><p>4e cat�gorie. Armes � feu dites � de d�-</p><p>fense � : revolvers de tous calibres (11 mm mod�le 1873, 8 mm mod�le 1892), pistolets pour duel, pistolets de calibre �gal</p><p>ou inf�rieur � 7,65 mm, � condition que leurs autres caract�ristiques ne les classent pas mat�riel de guerre. Y figure notamment le pistolet 22 long rifle de 5,5 mm.</p><p>S�y ajoutent �galement les munitions correspondantes.</p><p>5e cat�gorie. Armes de chasse ordinaires : fusils � broche, fusils, carabines, autres que ceux qui entrent en 1re cat�gorie et ne pouvant pas tirer des munitions de guerre fran�aises ou �trang�res, toutes les carabines de 9 mm, les cannes-fusils et les munitions de toutes ces armes. Un d�cret du 11 juin 1976 fait passer les fusils et carabines � canon ray� � percussion centrale de la 5e � la 4e cat�gorie.</p><p>6e cat�gorie. Armes blanches : ba�onnettes, sabres, poignards, couteaux-poignards, matraques, casse-t�te, cannes-�p�es, cannes plomb�es et ferr�es aux deux bouts, couteaux � cran d�arr�t, ainsi que tous autres objets susceptibles de constituer une arme dangereuse pour la s�curit� publique.</p><p>7e cat�gorie. Armes de tir, de foire ou de salon et leurs munitions : toutes les armes � feu de tous calibres � percussion annulaire autres que les pistolets ; les pistolets d�alarme et de starter ; les pistolets d�un calibre �gal ou inf�rieur � 6 mm et d�une longueur totale sup�rieure � 279 mm.</p><p>8e cat�gorie. Armes et munitions dites</p><p>� historiques et de collections � : il faut que l�arme, quel que soit son syst�me, soit d�un mod�le ant�rieur � 1885 et ne puisse tirer une munition de guerre encore en usage.</p><p>M. L. C.</p><p>arm�e</p><p>Ensemble organis� des forces militaires terrestres d�un peuple ou d�un �tat.</p><p>Si le mot arm�e d�rive du mot</p><p>arme*, la r�alit� qu�il recouvre est bien post�rieure � la naissance des armes et aux premi�res luttes des hommes pour la vie. On ne peut, en effet, parler d�ar-m�e qu�� partir du moment o� existe une v�ritable organisation hi�rarchis�e d�hommes munis d�armes, soumis � des chefs (et finalement au pouvoir politique) pour mener une action de force.</p><p>C�est la n�cessit� qui, dans des circonstances diverses, a impos� son existence, soit pour prot�ger un groupe humain attaqu� par l�adversaire ext�rieur, soit pour lui conqu�rir des moyens d�existence.</p><p>� l�origine, l�arm�e est donc une collectivit� qui prend les armes quand elle est menac�e. Cette identification aux communaut�s �l�mentaires appara�t notamment dans les tribus de la Germanie primitive, o� le m�me terme du vieil allemand torp a engendr� � la fois le mot Dorf (village) et le mot Truppe (troupe).</p><p>Des arm�es antiques aux</p><p>arm�es f�odales</p><p>Dans les cit�s antiques, l�arm�e se trouve constitu�e par plusieurs cat�gories de combattants, refl�tant le rang social des individus, et les chefs politiques assument l�encadrement de cette milice. Cette organisation appara�t notamment dans les cit�s grecques : elle est frappante � Sparte, et on la retrouve m�me � Ath�nes, o� les citoyens d�un certain rang sont mobilis�s comme combattants proprement dits, tandis que les citoyens les plus pauvres sont employ�s comme rameurs sur les navires de guerre. N�anmoins, certains �tats qui offraient les traits d�une monarchie absolue, comme l�Assyrie, la Perse et aussi l��gypte, ont recrut� et employ� d�importantes formations de mercenaires.</p><p>� Rome, l�arm�e de la R�publique est � l�image de la nation. Les citoyens de la classe s�natoriale exercent les commandements, ceux de la classe �questre constituent initialement la cavalerie, arme co�teuse, tandis que les l�gionnaires sont recrut�s dans la pl�be. Sous l�Empire apparaissent de nombreuses formations d�auxiliaires, c�est-�-dire de mercenaires, tandis que les effectifs des l�gions sont constitu�s par des hommes de toutes races, mais qui peuvent acqu�rir la citoyennet� romaine au terme d�un service militaire tr�s prolong�.</p><p>Des arm�es f�odales</p><p>aux arm�es royales</p><p>Tandis que Byzance et les �tats arabes auront des arm�es � base de mercenaires, l�Europe f�odale aura des institutions militaires qui seront l�expression de son organisation sociale.</p><p>Le m�tier des armes est l�apanage de la chevalerie, c�est-�-dire des hommes de la classe dirigeante et poss�dante.</p><p>Celle-ci fournit donc des combattants � cheval, second�s par des auxiliaires mont�s ou � pied. Mais la nature des liens f�odaux fait que les seigneurs de premier rang ont pouvoir de recourir au renfort de leurs vassaux et que ceux-ci peuvent, eux-m�mes, faire appel � leurs propres vassaux. Les moins �le-v�s dans la hi�rarchie f�odale sont les chevaliers non fieff�s, qui vivent au ch�teau ou dans la ville de leur suzerain et n�ont d�autre ressource que les lib�ralit�s de ce dernier. L�ost, ou arm�e f�odale, est donc constitu� par un rassemblement disparate de noyaux arm�s qui sont convoqu�s dans les circonstances graves pour une dur�e illimit�e (service d�ost) ou pour une dur�e tr�s courte (service de chevauch�e).</p><p>� c�t� de la chevalerie, il existe cependant les milices, c�est-�-dire les formations d�autod�fense des villes, surtout de celles qui ont obtenu un statut communal. Elles sont constitu�es par les bourgeois et encadr�es par les chefs locaux ; si elles interviennent essentiellement en cas de si�ge, elles peuvent �tre engag�es dans des op�ra-downloadModeText.vue.download 357 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>894</p><p>tions temporaires, comme ce sera le cas � Bouvines (1214). D�s que le pouvoir royal s�affermit, le roi sent la n�cessit� de se doter d�une force permanente, comme les grandes compagnies en</p><p>ont apport� le f�cheux exemple. Mais la constitution de cette force pose un probl�me budg�taire, et celui-ci n�est r�solu qu�au moment o� l�autorit� royale est suffisamment solide pour disposer des ressources n�cessaires.</p><p>Les premi�res tentatives remontent � Charles VII (compagnies d�ordonnance, 1445), et les r�gnes de Louis XI</p><p>et de Charles VIII en voient les r�alisations effectives.</p><p>L�apparition de l�artillerie favorise cette constitution d�une arm�e royale, encore que beaucoup de cit�s aient la possibilit� de s�assurer la possession d�un bon nombre de bouches � feu.</p><p>N�anmoins, les effets de plus en plus destructeurs des canons offriront � la monarchie le moyen de venir � bout des ch�teaux et des cit�s rebelles.</p><p>Du XVIe au XVIIIe si�cle</p><p>Les arm�es permanentes deviennent ainsi royales, tandis que s��labore l�organisation qui restera � la base des arm�es modernes. Ce sera le cas de l�arm�e espagnole, r�nov�e par Gonzalve de Cordoue (1453-1515), de l�arm�e fran�aise, organis�e par Louvois sous l�autorit� de Louis XIV, de l�arm�e anglaise, qui, permanente seulement depuis 1645, devient sous Guillaume III (1689-1702) une force constitutionnelle dont le roi ne peut disposer qu�avec l�accord du Parlement, de l�arm�e russe, � laquelle Pierre le Grand donne sa marque d�finitive, et de l�arm�e prussienne, qui doit son existence � la volont� obstin�e des Hohenzollern, le Grand �lecteur Fr�d�ric-Guillaume au XVIIe s., le Roi-Sergent Fr�d�ric-Guillaume Ier et Fr�-</p><p>d�ric II au XVIIIe s.</p><p>� la fin du XVIIIe si�cle</p><p>Apr�s de nombreuses querelles</p><p>d��cole, les arm�es europ�ennes poss�-</p><p>dent d�j� bien des caract�ristiques qui demeureront au cours des si�cles suivants. L�uniforme se g�n�ralise enfin, et la construction de casernes pour le logement de la troupe met un terme � la charge que repr�sente le cantonnement chez l�habitant ; la condition des cadres, officiers* et ing�nieurs, se r�gularise peu � peu, dans la mesure o� ceux-ci d�pendent tous de plus en plus �troitement d�un ministre ; l�administration, les �coles techniques, les arsenaux s�organisent un peu partout sous le signe de l�efficacit�, tandis que les structures du commandement et de l��tat-major se cherchent encore.</p><p>Le plus important des probl�mes</p><p>� r�gler reste celui du recrutement*</p><p>des troupes. Les besoins en effectifs augmentent, et, devant les difficult�s soulev�es par le recours aux milices, on fait appel aux mercenaires par l�� achat �, de pr�f�rence � en gros �, de r�giments �trangers tout constitu�s. Ce sera en France la politique de Louis XV, dont l�arm�e comprendra pr�s d�un tiers d��trangers. Mais si cette solution correspond bien au cosmopolitisme de l��poque, elle est loin d��tre admise par tous. Dans son article</p><p>� Service militaire �, l�Encyclop�die de Diderot (1751-1772) renvoie � ce sujet aux ouvrages de Charles Guillaume Loys de Bochat (1695-1754), professeur de droit et d�histoire � Lausanne, qui examine successivement � s�il est permis de se louer � un prince �tranger sans s�embarrasser de la justice ou de l�injustice des guerres que ce prince peut avoir, si un prince peut vendre � un autre des r�giments, si un souverain peut permettre la lev�e de troupes sur ses terres sans s�embarrasser de leur destination... �.</p><p>L�emploi des mercenaires est donc contest�, et, apr�s bien des d�tours, on tend � revenir au syst�me le plus simple, celui d�une arm�e permanente nationale telle qu�elle existe en Russie et en Prusse. Le mar�chal de Saxe n��crivait-il pas dans ses R�veries (publi�es apr�s sa mort, en 1757) : � Ne vaudrait-il pas mieux �tablir par une loi que tout homme, de quelque condition qu�il f�t, serait oblig� de servir son prince et sa patrie pendant cinq ans ? �</p><p>Des arm�es</p><p>r�volutionnaires aux</p><p>arm�es de m�tier</p><p>Avec la R�volution fran�aise, une dimension nouvelle s�inscrit dans le ph�nom�ne de la guerre : en passant du domaine r�serv� des gouvernements � celui des peuples, la guerre devient par l� m�me id�ologique et nationale, et marque les arm�es de ce double caract�re. Naturellement, celui-ci s�affirme d�abord en France par la proclamation de la Patrie en danger, l�appel aux volontaires et leur r�quisition, qui ne se transformera l�galement en � conscription � que par la loi Jourdan de 1798.</p><p>Napol�on modifiera peu les insti-</p><p>tutions militaires r�publicaines, mais il leur donnera un style nouveau. La Grande Arm�e, qui compte des contingents fournis � l�Empereur par les peuples soumis (Allemands, Italiens, Polonais, Hollandais, etc.), sera en r�alit� la premi�re arm�e de l�Europe.</p><p>Par un curieux retour des choses, les Fran�ais, qui ont fourni pr�s de 3 millions d�hommes aux arm�es entre 1792</p><p>et 1815, sortiront de cette aventure aux cris de � � bas la conscription �, tandis que le souffle r�volutionnaire et national sera repris par leurs adversaires, et singuli�rement par la Prusse... Avec les Discours � la nation allemande (1807) de Fichte s�affirme dans les � guerres de Lib�ration � de 1813 un type nouveau de militarisme, synth�se du vieil esprit soldatesque germanique et de l�organisation prussienne, qui passera sur l�Europe jusqu�� l��crasement du Reich hitl�rien de 1945.</p><p>Au lendemain de Waterloo, les nations sont lasses et les �tats m�fiants � l��gard de tout nouveau d�cha�nement militaire des forces populaires. Aussi voit-on partout en Europe se reconstituer des arm�es de m�tier peu nombreuses, dont le pouvoir politique attend surtout la protection de la soci�t� et de l�ordre �tabli � l�int�rieur comme � l�ext�rieur.</p><p>Disciplin�es et d�vou�es en apparence au pouvoir, limit�es dans leur mission aux seuls objectifs imm�-</p><p>diats de la politique, ces arm�es ne conservent de l�arm�e nationale que le principe du service obligatoire, qui est temp�r� par de nombreuses exemptions et... par le budget, qui fixe en dernier ressort les effectifs � appeler sous les drapeaux.</p><p>L�Europe des trait�s de 1815 ne</p><p>durera qu�une cinquantaine d�ann�es, au cours desquelles, hormis les exp�-</p><p>ditions d�outre-mer, les arm�es ne seront engag�es que dans des op�rations locales, soit pour maintenir l�ordre int�rieur, soit pour ma�triser les grands courants d��mancipation lib�rale et nationale issus des r�volutions de 1848</p><p>ou des combats pour l�unit� de l�Italie ou de l�Allemagne.</p><p>Arm�es nationales et nations arm�es</p><p>(1871-1945)</p><p>C�est l�ascension prodigieuse de la Prusse et ses victoires sur l�Autriche et sur la France (1866-1870) qui vient bousculer le fragile �difice de l��quilibre europ�en. Cette �volution, qui fera de l�Allemagne d�apr�s 1871 une des premi�res puissances europ�ennes, est due, parmi bien d�autres facteurs, � la puissance de son arm�e et � l�in-t�gration totale de son haut commandement dans la direction politique de l��tat.</p><p>On con�oit que de tels �v�nements aient conduit � une nouvelle refonte des syst�mes militaires, qui aboutit � la course aux armements et � l�augmentation maximale des effectifs des arm�es. Cette refonte r�sulte d�une stricte application du service obligatoire et universel � court terme ainsi que d�un appel syst�matique aux r�-</p><p>serves instruites.</p><p>C�est le syst�me de la nation arm�e, qui sera adopt� par tous les �tats � la in du XIXe s. Ainsi, les arm�es, voyant passer dans leurs rangs la totalit� de la jeunesse du pays, se sont-elles profond�ment d�mocratis�es. Symboles de l�unit� nationale, elles acqui�rent en m�me temps un r�le important de contact, voire de brassage, sur le plan social et humain, que Lyautey sera l�un des premiers � souligner (Du r�le social de l�officier dans le service militaire universel, 1891) et qui s�affirmera sur les champs de bataille de 1914 � 1918.</p><p>Par sa dur�e et par la violence de es combats, la Premi�re Guerre mondiale d�vora les effectifs des bellig�rants, qui durent consentir pour leurs arm�es un effort souvent � la limite de sur potentiel d�mographique. Cette guerre, pour laquelle pr�s de 70 millions d�hommes furent mobilis�s, fut donc par excellence celle des nations arm�es. Plus que toute autre, elle fut elle des combattants, dont les souffrances et les sacrifices resteront � jamais inscrits dans l�histoire des peuples. Mais la quantit� et la technicit� sans cesse croissantes des armements mis en oeuvre firent</p><p>aussi de cette immense lutte la premi�re</p><p>� guerre industrielle �, soulignant � quel point la valeur et l�efficacit� des arm�es �taient devenues tributaires du potentiel �conomique des �tats.</p><p>Arm�es d�effectifs, arm�es de mat�-</p><p>riel, ces deux caract�res se retrouveront d�une fa�on plus accentu�e encore dans la Seconde Guerre mondiale.</p><p>Beaucoup plus mondiale que la pr�c�-</p><p>dente et surtout beaucoup plus totale, elle allait requ�rir de tous les peuples qui y furent impliqu�s l�engagement de toutes leurs forces vives, tant dans l�ordre militaire et �conomique que dans l�ordre politique et psychologique. Ainsi, les arm�es de 1939-1945</p><p>seront-elles plus marqu�es que leurs devanci�res de 1918 par une id�ologie particuli�re � chacune d�elles : mythe du � grand Reich � pour la Wehrmacht allemande, de � la plus grande Asie �</p><p>pour les Japonais, refus de la d�faite downloadModeText.vue.download 358 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>895</p><p>chez les Britanniques (1940-41), passion de la Grande Guerre patriotique pour les Sovi�tiques, culte de la</p><p>� libert� � pour les Am�ricains, etc.</p><p>Cons�quence de la lourde occupation allemande, l�Europe connut alors, � c�t� et souvent sans contact avec les ar-m�es r�guli�res, les troupes spontan�es et secr�tes des partisans de la R�sistance, qui, en U. R. S. S., en France, en Yougoslavie, en Gr�ce, etc., jou�rent un r�le souvent d�cisif dans la d�faite du IIIe Reich en 1945.</p><p>Ainsi, � la fin de cet interminable conflit, les arm�es pr�sentent-elles des visages tr�s divers. On y retrouve toutefois, bien qu�en des proportions tr�s diff�rentes, deux caract�res qui vont d�sormais dominer tous les syst�mes militaires : une haute technicit�, que cette guerre aura consid�rablement accrue, et une sensibilit� id�ologique, n�e du caract�re totalitaire de ce conflit, qui, d�passant largement le cadre des arm�es, s��tendit � l�ensemble des populations.</p><p>Les arm�es �</p><p>l��poque nucl�aire Les 6 et 9 ao�t 1945, deux bombes atomiques am�ricaines, largu�es chacune par un simple �quipage de bombardier B-29 sur Hiroshima et Nagasaki, provoquaient la capitulation quasi imm�-</p><p>diate du Japon et la fin de la guerre.</p><p>Le fait nucl�aire, qui annonce une �poque nouvelle dans l�histoire des hommes, va d�sormais dominer les probl�mes de d�fense* et, au premier chef, celui de l�organisation des arm�es. Il est en effet devenu �vident que, si ces derni�res ont conserv� un r�le essentiel dans la s�curit� des peuples, elles sont loin d�en d�tenir, comme autrefois, le monopole. Leurs missions et leurs structures s�inscrivent plus que jamais dans un ensemble de moyens et de donn�es d�ordre politique, technique et financier qui constituent les syst�mes de d�fense*.</p><p>Depuis 1945, les probl�mes n�s de la liquidation de la guerre, les conflits � caract�re souvent r�volutionnaire li�s au processus de la d�colonisation, la rivalit� entre les blocs occidental et communiste ont engendr� dans le monde un �tat d�ins�curit� qui a contribu� partout au maintien et � la cr�ation d�arm�es importantes. L�organisation et le style de celles-ci refl�tent �videmment la situation des pays o� elles sont constitu�es.</p><p>y Seuls les deux super-grands que sont les �tats-Unis et l�U. R. S. S.</p><p>peuvent se permettre un appareil militaire comprenant � la fois la puissance nucl�aire et thermonucl�aire maximale et de gros effectifs de forces conventionnelles correspondant � des missions de d�fense � l��chelle mondiale.</p><p>y Les nations nucl�aires de second rang, comme la Grande-Bretagne et la France, sont contraintes � des choix.</p><p>Pour d�velopper ou maintenir le niveau de leurs armements atomiques et techniques, elles doivent, pour des raisons budg�taires, diminuer sans cesse l�importance num�rique de leurs arm�es, qui exigent, en revanche, une qualification de plus en plus pouss�e de leurs personnels.</p><p>y � c�t� de ces arm�es qui conservent un certain style classique, une mention sp�ciale doit �tre faite � l�arm�e r�volutionnaire chinoise. Arm�e de masse, dont la force r�side plus dans l�ardeur d�une id�ologie populaire que dans la perfection de ses armes, elle a vu son potentiel strat�gique projet� brutalement au plan international par son accession en 1964 au rang de puissance nucl�aire, tandis que Mao Zedong (Mao Ts�tong) lui confiait un r�le politique essentiel dans la promotion de la r�volution culturelle.</p><p>Cette fonction politique, li�e aux id�ologies les plus diverses, voire les plus oppos�es, constitue � notre �poque la principale raison d��tre d�une famille type d�institutions militaires. On la rencontre chez les nombreux pays du tiers monde qui ont acc�d� � l�ind�pendance depuis 1945, o� le premier acte des gouvernants a toujours �t� de cr�er une arm�e capable d�affirmer cette nouvelle souverainet� et de concr�tiser l�unit� de ces jeunes �tats. On la rencontre aussi dans les pays d�orientation communiste, o� les arm�es � populaires � sont � la fois une �cole de formation, un v�hicule de propagande et un moyen �ventuel de lutte contre toute r�sistance int�rieure ou ext�rieure.</p><p>Pour tous ces pays, comme chez</p><p>de nombreux �tats � r�actionnaires �</p><p>d�Am�rique latine, le militaire repr�-</p><p>sente un personnage � engag� � au service d�une id�ologie o� se rencontrent dans des proportions tr�s variables la volont� de vie des peuples et la d�fense d�un ordre ou d�un r�gime social ou politique.</p><p>Le bref rappel de ce tr�s long pass� souligne � quel point la structure et l�importance des arm�es ont pu varier au cours des si�cles en fonction de la situation g�opolitique, de l��volution �conomique, technique et sociale, et surtout de la volont� qui anime le peuple ou le pouvoir dont elles sont issues.</p><p>L�arm�e fonde sa raison d��tre</p><p>comme sa valeur sur la n�cessit� de prot�ger et de d�fendre le droit de vivre des communaut�s humaines. Sa longue</p><p>histoire en a fait le t�moin de la grandeur comme de la mis�re des hommes.</p><p>Par les souffrances et les sacrifices qu�elle exige, l�arm�e reste l��cole du civisme, le lieu par excellence o� se d�couvrent les notions de service, de solidarit� et de gratuit� entre les hommes. En ce sens et � condition qu�elle s�int�gre de fa�on compl�te dans le peuple, dont elle �mane et qu�elle a mission de d�fendre, elle conserve un r�le �ducateur et humain, qui, m�me � l��poque de l�atome et de la � soci�t� industrielle �, demeure essentiel � la vie des nations.</p><p>G�n�ral Weygand</p><p>(1867-1965)</p><p>� [...] La force militaire est � base d�hommes, soutenus, bien entendu, par du mat�riel, encadr�s dans des organisations, agissant selon des combinaisons. Hommes sont les chefs et les soldats. Sans doute l�armement, les engins de guerre de toute nature prennent, avec les progr�s de la science et de l�industrie, une importance croissante sur les champs de bataille. Sans doute la tactique et la strat�gie des chefs, devant tenir compte de facteurs de plus en plus nombreux et complexes, et exigeant plus de savoir et un plus grand esprit de pr�cision, prennent une place chaque fois plus d�cisive. Mais plus le mat�riel est perfectionn�, plus son service r�clame des soldats au coeur intr�pide ; et � toute �poque les meilleures conceptions du commandement n�ont valu que si le combattant a montr� le courage d�accomplir la mission re�ue en faisant bon march� de sa vie. Aujourd�hui, comme jadis, � armes et � commandement � peu pr�s �quivalents, c�est le coeur du soldat qui gagne les batailles.</p><p>� Dans la lutte pour la vie, � laquelle tout grand pays est condamn�, le soldat reste l��l�ment principal et le seul constant, tandis que les autres facteurs du combat se transforment autour de lui. � (Histoire de l�arm�e fran�aise, 1938.)</p><p>� [...] L�un des principes animateurs de l�arm�e, �crira Weygand plus tard, est pr�-</p><p>cis�ment la lutte contre l�abandon de soi-m�me, l�abandon � la volont� de l�ennemi</p><p>[...]. L�arm�e est pour la nation une maison de verre. La nation lui apporte, par le comportement de sa jeunesse, une image de son propre avenir [...]. � (Conf�rence �</p><p>l��cole sup�rieure de guerre, 1958.) Hans von Seeckt</p><p>(1866-1936)</p><p>Chef de l�arm�e allemande de 1920 � 1926.</p><p>� [...] Il faut souligner que l�arm�e fait partie du peuple et qu�elle doit le sentir</p><p>[...].</p><p>� [...] Cette fa�on dont est compos�e l�arm�e et les liens �troits qui en r�sultent avec toutes les classes de la population, la communaut� de sort avec elles, em-p�chent l�arm�e de devenir une caste, alors qu�elle ne doit �tre qu�une profession. L�arm�e ne doit pas devenir un �tat dans l��tat, mais doit, en le servant, se fondre avec lui et devenir ainsi l�image la plus pure de l��tat [...].</p><p>� [...] De m�me que l��tat, l�arm�e n�existe pas pour elle-m�me, mais tous deux sont des formes par lesquelles se manifeste la volont� de vivre d�un peuple [...]. � (Extrait de Pens�es d�un soldat, 1929.)</p><p>L�nine</p><p>(1870-1924)</p><p>� Que chaque institution de la Russie sovi�-</p><p>tique ne cesse jamais d�accorder � l�arm�e la premi�re place. L�histoire enseigne que les gouvernements qui n�attachent pas aux questions militaires une grande importance conduisent leurs pays � leur perte [...]. � L�arm�e doit �tre r�guli�re et fermement disciplin�e. Ou bien nous en formons une, telle, ou bien nous p�rirons. �</p><p>(VIIIe Congr�s du parti, 1919.)</p><p>J. de L.</p><p>&#x25B6; Arme / Armement / D�fense / Militaire (�tat) /</p><p>Service national.</p><p>B J. Boudet (sous la dir. de), Histoire universelle des arm�es (�d. de Bois-Robert, Romoran-tin, 1965 ; nouv. �d., Laffont, 1967 ; 4 vol.).</p><p>armement</p><p>Ensemble des moyens offensifs et d�-</p><p>fensifs de tous ordres n�cessaires � un �tat pour assurer sa s�curit�.</p><p>Au terme de la longue �volution qui</p><p>a fait passer l�arme* du stade de l�instrument �l�mentaire de l�homme des cavernes aux redoutables engins de la Seconde Guerre mondiale, la bombe d�Hiroshima remettait en cause tout l��quilibre pragmatique des armements dits � classiques �. Jointe au d�veloppement du moteur-fus�e et de l��lectronique, qui permettent le transport et le guidage � grande distance de projectiles de destructions massives, l�arme nucl�aire a boulevers� le tableau des armements. � c�t� de mat�riels d�une technologie de plus en plus complexe et dont le prix de revient unitaire ne cesse d�augmenter subsiste toute la gamme des armes classiques, qui vont de la mitrailleuse au porte-avions en passant par le char et l�avion de combat.</p><p>Le terme d�armement recouvre au-</p><p>jourd�hui un ensemble de plus en plus downloadModeText.vue.download 359 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>896</p><p>diversifi�. Il est donc important d�en discerner les principales composantes, que l�on peut grouper dans les familles ci-apr�s :</p><p>� les armes � feu classiques et leurs munitions (canons*, fusils*, mitrailleuses*, mines*, etc.) ;</p><p>� les syst�mes d�armes qui mettent en oeuvre des dispositifs de propulsion, de guidage, de rep�rage et de poursuite de l�objectif, et parmi lesquels se placent les missiles* (v. autopropuls�, etc.) ;</p><p>� les mat�riels terrestres dont la mobilit� est assur�e par un moteur, qu�il s�agisse de blind�s*, de mat�riels d�organisation du terrain ou d�enfouissement, de ponts ou, plus simplement, de v�hicules de transport ou de liaison (v.</p><p>g�nie, transport) ;</p><p>� les a�ronefs d�interception, de reconnaissance, de transport, etc., avec leur infrastructure (v. aviation, bombardement, chasse, transport) ;</p><p>� les mat�riels ressortissant au domaine de l�arme a�roport�e* (parachutage, largage, etc.) ;</p><p>� les navires de surface et les sous-marins, avec leur appui a�rien et antia�rien (v. a�ronavale, marine, porte-avions, sous-marin) ;</p><p>� les mat�riels aptes aux d�placements � terre, dans l�eau et sur l�eau (v.</p><p>amphibie) ;</p><p>� les moyens de transmission et les mat�riels permettant de d�celer l�adversaire en tous lieux, y compris les contre-mesures de guerre �lectroniques (v. �lectronique, radar, transmission) ;</p><p>� les armes nucl�aires* ;</p><p>� les moyens d�agression biologiques et chimiques ainsi que ceux qui prot�gent contre leurs attaques (v. gaz).</p><p>La course aux armements</p><p>est devenue une</p><p>comp�tition scientifique,</p><p>technique, industrielle</p><p>et financi�re</p><p>Cette simple �num�ration donne la mesure de l�ensemble des probl�mes nouveaux pos�s � un �tat moderne pour assurer sa s�curit�. En effet, la concurrence entre grandes puissances, qui, au d�but du XXe s., visait essentiellement � �quiper de gros effectifs, se situe d�sormais sur le plan scientifique et technique. S�il est important de poss�der un ensemble suffisant et coh�rent d�armements de types connus, le rythme acc�l�r� du progr�s impose surtout de disposer d�armes originales et de perfectionnements in�dits capables de surclasser les moyens existants d�un adversaire �ventuel. La n�cessit� s�affirme donc d�un effort de recherches sans cesse renouvel�, qu�il s�agisse de connaissances fondamentales ou d�innovations directement applicables � des fins militaires. De tels efforts sont particuli�rement co�teux.</p><p>C�est ainsi qu�en France les d�penses de recherches d�int�r�t militaire atteignaient en 1968 le tiers des cr�dits de recherches engag�s par l��tat, lesquels repr�sentaient environ les deux tiers du budget d��tudes et de recherches de la nation. Si l�on ajoute que les mat�riels de plus en plus complexes sont aussi de plus en plus dispendieux (le co�t d�un avion de combat est multipli� par</p><p>10 tous les dix ans), on con�oit qu�il ne soit plus possible d��quiper les effectifs consid�rables que connurent les arm�es des deux guerres mondiales.</p><p>D�autre part, l�aboutissement pratique d�une action de recherches se compte en ann�es sans que l�on soit toujours assur� du succ�s de cet effort : il s��coule couramment cinq ans entre le d�but d�une �tude de mat�riel et, en cas d�adoption de son prototype, le lancement de sa fabrication en s�rie.</p><p>L�exp�rience prouvant que la vie d�un mat�riel en service ne d�passe pas actuellement de dix � vingt ans, il faut donc, d�s sa mise en service, mettre � l��tude celui qui devra le remplacer et qui sera d�un type non seulement plus �volu�, mais peut-�tre m�me d�une formule diff�rente. Ainsi, les probl�mes d�armement d�bordent-ils largement du cadre du seul minist�re de la D�-</p><p>fense. Pour la recherche, ils exigent la coop�ration des laboratoires de l��tat, y compris ceux de l�universit� et de l�industrie. Au niveau de la fabrication, l�emploi de machines de conception nouvelle et l�am�lioration de la productivit� permettent seuls de r�duire le prix de revient unitaire des mat�riels pour une performance donn�e.</p><p>Les �changes qui r�sultent de cette coop�ration universit�-industrie-armement sont profitables � tous, et l�on parle avec raison des � retomb�es �</p><p>dans le secteur industriel r�sultant des �tudes d�armement. L�exemple le plus caract�ristique est celui du transistor, auquel le d�partement am�ricain de la D�fense consacra des sommes consid�rables apparemment � fonds perdus.</p><p>Cet effort financier fut compens� plus tard par un � dividende � dont l��lectronique du � Polaris � et de l�� Apollo �</p><p>repr�sente depuis 1960 sans doute l�aspect le plus spectaculaire ; mais l�avance consid�rable acquise par l�industrie am�ricaine dans le domaine de la radiot�l�vision et des ordinateurs en demeure une cons�quence extr�mement rentable. C�est l�aviation super-sonique militaire qui a ouvert la voie � la g�n�ration du � Concorde � (premier vol en 1969), et il n�est pas jusqu�aux �tudes du laser* qui n�aient d�j� port� leurs fruits : t�l�m�tre d�artillerie mais aussi mesures de haute pr�cision, nouvelles m�moires optiques pour ordina-</p><p>teurs, premiers r�sultats positifs dans la r�action de fusion nucl�aire contr�l�e (1969).</p><p>Industrie, �conomie et</p><p>fabrications d�armement</p><p>La participation de l�industrie aux fabrications d�armement est consid�rable, notamment dans le domaine des demi-produits et des mat�riaux d�avant-garde (trichites, mat�riaux en nids d�abeilles, etc.).</p><p>Si, dans divers pays, les armes classiques sont encore produites dans les arsenaux d��tat, c�est le secteur civil (entreprises priv�es ou nationales) qui absorbe finalement la majeure partie des d�penses d�armement (80 p. 100</p><p>en France en 1968). Les techniques nouvelles (automobile, aviation, radio) ont en effet connu un d�veloppement si rapide dans l�industrie que, pour �viter de co�teux investissements, l��tat a, le plus souvent, pr�f�r� lui acheter le mat�riel disponible ou rapidement adapt� aux besoins militaires, quitte � subventionner les �tudes jug�es int�-</p><p>ressantes et � en fixer les programmes.</p><p>Ainsi, l�industrie d�armement est-elle �troitement li�e � l�ensemble de l��conomie. Elle rev�t m�me un certain caract�re commercial dans la mesure o�, pour amortir le financement des frais de recherches en augmentant le volume des s�ries de mat�riels fabriqu�s, l��tat autorise la vente sous son contr�le � des arm�es �trang�res.</p><p>Tel est le nouveau visage des industries d�armement. Contraintes d�sormais de suivre jour apr�s jour le progr�s technique, elles ont abandonn� depuis 1955-1960 le concept, bien �tabli depuis cinquante ans, de mobilisation industrielle, dont le principe m�me est mis en cause par le fait nucl�aire. Un conflit atomique localis� para�t impensable et, s�il devait devenir mondial, entra�nerait rapidement un volume de destructions tel que la seule pr�occupation des nations qui subsisteraient serait d�assurer leur survie. Quant aux conflits localis�s sans atome tels que le monde en conna�t presque sans interruption depuis 1945, ils peuvent entra�ner (comme aux �tats-Unis pour le Vi�t-nam depuis 1965) une consommation tr�s importante d�armements,</p><p>mais la vie doit continuer, et l�activit� de nations ainsi engag�es ne peut plus �tre exclusivement orient�e vers l�effort de guerre.</p><p>La fabrication des</p><p>armements en France</p><p>Les donn�es nouvelles qui viennent d��tre tr�s succinctement �voqu�es ont boulevers� dans tous les pays et singuli�rement en France l�organisation des fabrications d�armement. Pour comprendre la situation qui en r�sulte aujourd�hui, s�impose un rapide survol de la lente et tr�s pragmatique �volution qui, � travers les �ges, a donn� � l�industrie fran�aise d�armement la place qu�elle occupe dans l�histoire du pays.</p><p>De l�atelier artisanal � l�arsenal � l��poque de la pr�histoire, les premi�res armes, tel le coup-de-poing chell�en en pierre taill�e, �taient fabriqu�es dans des chantiers de travail, dont certains ont �t� retrouv�s. La production des armes demeura tr�s longtemps artisanale ; � l��poque romaine, affranchis et esclaves y travaillent sous la direction de chevaliers, et, dans le haut Moyen �ge, ce sont les corps de m�tiers qui fabriquent �p�es, lances, armures et machines de guerre les plus diverses. Chaque seigneur �quipant lui-m�me ses hommes, il en r�sulte une grande disparit�, jusqu�au moment o� le roi, affirmant son pouvoir, cr�e au XVe s. les premiers �l�ments d�une arm�e nationale.</p><p>L�institution du grand ma�tre de l�artillerie, dont le r�le est � la fois technique, militaire et administratif, inaugure l�intervention de l��tat dans la fabrication des armements. Sous Fran-</p><p>�ois Ier appara�t avec l�arsenal de Paris le premier �tablissement � royal �</p><p>d�armement : mis � la disposition d�un entrepreneur, il assure la fonderie des grosses pi�ces en bronze.</p><p>Naissance de l�industrie</p><p>d�armement (XVIIe-XVIIIe s.)</p><p>Avec la d�finition, en 1552, des six calibres de France est franchie la premi�re �tape vers une certaine uni-</p><p>formisation des mat�riels (v. canon).</p><p>Mais il faudra attendre Colbert pour voir na�tre en France une v�ritable industrie d�armement. � cet effet, le ministre de Louis XIV fait venir des armuriers �trangers et cr�e de nouveaux arsenaux. � la fin du XVIIe s.</p><p>existent 19 moulins � poudre, 10 arsenaux, 5 fonderies royales (Paris, Douai, Strasbourg, Lyon et Perpignan) et des manufactures d�armes, dans lesquelles downloadModeText.vue.download 360 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>897</p><p>sont regroup�s des artisans � Charleville, � Maubeuge et � Saint-�tienne.</p><p>La gestion de l�ensemble est confi�e � un entrepreneur g�n�ral, la r�ception du mat�riel aux armuriers du grand ma�tre de l�artillerie. En 1665 est install� le magasin royal des armes de la Bastille, fournisseur des magasins locaux des places fronti�res, auxquels les capitaines sont tenus d�acheter les armes des compagnies dont ils sont propri�-</p><p>taires. Une certaine uniformit� est ainsi obtenue pour l�armement l�ger ; pour les canons, la question ne se pose pas, car ils sont propri�t� du roi. Quant aux vaisseaux de guerre, ils sont construits et �quip�s sous l�autorit� du secr�taire d��tat, d�l�gu�e � partir de 1765 � un corps d�ing�nieurs constructeurs (qui deviendra le g�nie maritime en 1799).</p><p>Leurs armes l�g�res sont fournies par les artisans de Tulle ; leurs canons, la plupart en fonte par raison d��conomie, sortent de la fonderie de Ruelle, d�o� ils sont achemin�s par la Charente vers Rochefort.</p><p>L�organisation se perfectionne au cours du XVIIIe s. Une inspection des manufactures est cr��e en 1716, mais c�est � Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789) que revient l�immense m�rite de la conception d�un v�ritable syst�me d�artillerie ; celui-ci est fond� sur l�interchangea-bilit� des �l�ments du mat�riel et sur la recherche d�une pr�cision, facilit�e par l�adoption d�une mesure commune (le pied du roi) et de lunettes pour contr�ler le diam�tre des boulets. Une direction g�n�rale des forges est institu�e en 1771 : ses officiers contr�lent</p><p>d�sormais la qualit� du m�tal et l�uniformit� des fabrications, tandis que les essais du mat�riel nouveau sont confi�s aux �coles d�artillerie, qui s�installent � proximit� des fonderies.</p><p>La fabrication de la poudre est fonction de la collecte du salp�tre (droit r�galien du XIVe au XVIIIe s.), qui est confi�e en 1665 � une ferme g�n�rale, devenue r�gie royale en 1775. Les d�couvertes de Lavoisier facilitent son approvisionnement par l�invention des nitri�res artificielles.</p><p>La R�volution et l�Empire poursuivront et amplifieront cette organisation de base � la mesure des besoins consid�rables de leurs arm�es. Sous l�impulsion de Lazare Carnot est cr�� en 1794 l�atelier de pr�cision de la place Saint-Thomas-d�Aquin, qui demeure l�anc�tre du laboratoire central d�armement. � la mort de Gribeauval, l�Inspection de l�artillerie est remplac�e par un Comit� de l�artillerie, qui jouera jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale un r�le essentiel dans la fabrication des armements fran�ais. Pour accro�tre la production de la poudre, on cr�e des ateliers de raffinage � Paris, dans l�abbaye de Saint-Germain-des-Pr�s, aux Ternes et � Grenelle. Gr�ce � la d�couverte de Jean-Marie Joseph Coutelle (1748-1835), permettant de produire de l�hydrog�ne par r�action de la vapeur d�eau sur du fer rouge, des ballons purent �tre gonfl�s en campagne, notamment � Maubeuge et � Fleurus, mais aucun autre mat�riel d�un type nouveau ne devait voir le jour sous l�Empire, si ce n�est quelques fus�es de guerre du type Congreve, dont la fabrication fut r�alis�e � Toulon et � Hambourg.</p><p>XIXe si�cle :</p><p>progr�s d�cisifs de la technique Apr�s les guerres napol�oniennes, l�armement conna�t en Europe une r�volution technique qui, en cinquante ans, aboutit notamment au canon ray�, � l�obus oblong, � la construction des bouches � feu en acier, au chargement par la culasse, etc. Ainsi, la fabrication des armes se trouve de plus en plus tributaire des progr�s de la m�tallurgie ; le retard pris par la France dans ce sec-</p><p>teur privera son arm�e d�un armement moderne en 1870. Les machines-outils sont import�es d�Angleterre et d�Am�-</p><p>rique, et on cr�e l�atelier de construction de Puteaux, charg� de fournir aux arsenaux les machines qui leur sont n�cessaires. Pour des raisons de s�curit�, les manufactures sont �loign�es des fronti�res. L��cole centrale de pyrotechnie de Metz se replie � Bourges et devient en m�me temps un atelier de munitions au voisinage d�une fonderie de canons et d�un champ de tir destin� aux essais. Au lendemain de la d�faite, des commissions d�exp�riences se multiplient : � celle de Gavres, pour les canons de marine, s�ajouteront celles de Bourges, de Calais et de Tarbes, pour les mat�riels terrestres.</p><p>Bien que laiss� dans l�ombre �</p><p>l��poque, l��v�nement le plus marquant est le lancement en s�rie de la fabrication du canon de 75 mod�le 1897</p><p>� premier mat�riel � �l�ments rigoureusement interchangeables � gr�ce � l�emploi des broches-�talons du colonel Hartmann. Les manufactures d�armes rachet�es par l��tat en 1820 resteront d�abord sous le r�gime de l�Entreprise, puis seront nationalis�es en 1895, tandis que tous les arsenaux seront dirig�s par le tout-puissant Service de l�artillerie, cr�� en 1882. Les constructions*</p><p>navales, profond�ment transform�es elles aussi, �voluent vers la r�alisation de navires d�un tonnage et d�un prix qui posent des probl�mes enti�rement nouveaux. Dans le domaine a�rien, si l��tude du plus l�ger que l�air (ballon, dirigeable) est du ressort du g�nie militaire au centre de Chalais-Meudon, l�aviation, tout comme l�automobile, fait ses premiers pas sans aucun appui militaire. C�est seulement en 1911 qu�� la suite d�exp�riences favorables une premi�re commande d�avions est pass�e par l�arm�e. Comme ces deux � entreprises � nouvelles ont des d�bouch�s civils, l�arm�e se contente de travailler en collaboration avec elles : en 1914, aucune industrie d�armement n�est cr��e, ni pour le mat�riel auto, ni pour l�a�ronautique, ni pour le mat�riel de transmission (t�l�graphe et t�l�phone).</p><p>Guerres mondiales et production</p><p>massive d�armements</p><p>En ao�t 1914 �clate la Premi�re Guerre mondiale : le mythe de la guerre courte devra, en trois mois, c�der le pas � l�imp�rieuse n�cessit� d�alimenter en armes autant qu�en hommes d�immenses fronts continus. Bien vite, il faut remettre en route les usines d�armement, puis en cr�er d�autres. L�organisation d�un minist�re de l�Armement, dirig� par Albert Thomas, puis par Louis Loucheur, les efforts de la Direction de l�artillerie, qui a la haute main sur la fabrication des armes aussi bien dans ses arsenaux que dans le secteur priv�, permettent � la France de r�aliser une production d�armement sans pr�c�dent. (v. Guerre mondiale</p><p>[Premi�re].)</p><p>La guerre termin�e, il reste des stocks d�armement consid�rables. �tudes et fabrications sont mises au ralenti, et il faut attendre 1938 pour qu�une loi sur l�Organisation de la nation en temps de guerre consacre les r�sultats acquis par l�exp�rience de ce conflit. Cependant, les progr�s de l�industrie automobile et de la radio-�lectricit�, comme le d�veloppement spectaculaire de l�aviation, conduisent les �tats-majors � prendre appui davantage sur l�industrie priv�e, les �tablissements d��tat se maintenant dans leurs activit�s classiques. La nationalisation des industries de guerre en 1936 entra�ne bien la cr�ation d�un arsenal de chars � Issy-les-Moulineaux, mais, en fait, ch�ssis et moteurs de blind�s seront toujours fabriqu�s dans l�industrie priv�e, comme tout le mat�-</p><p>riel radio et toute l�aviation. C�est seulement en 1933 qu�appara�t une Direction des fabrications d�armement et en 1935 qu�est cr�� un corps d�ing�nieurs militaires, qui se substitue au Service de l�artillerie pour toutes les �tudes et fabrications de mat�riels terrestres.</p><p>Lorsque survient la guerre de 1939, la mobilisation industrielle n�est qu�un demi-succ�s. En d�pit de l�activit� du minist�re de l�Armement, reconstitu� autour de la D. E. F. A. (Direction des �tudes et fabrications d�armement) et confi� � Raoul Dautry (1880-1951), les fabrications ne prennent leur rythme que peu de temps avant l�armistice de juin 1940. Au cours de cette guerre, elles commanderont de fa�on encore plus imp�rative qu�en 1914-1918 les</p><p>possibilit�s des bellig�rants. Il faudra attendre plus de deux ans pour que l�industrie d�armement am�ricaine atteigne, et dans des proportions in�ga-l�es (80 000 canons, 130 000 blind�s et 296 000 avions construits de 1942</p><p>� 1945), le niveau de production qui p�sera de fa�on d�cisive en faveur de la victoire des Alli�s en 1945.</p><p>Atome, force de frappe et</p><p>politique d�armement</p><p>Apr�s la Lib�ration, la France, qui doit aussit�t faire face � la campagne d�Indochine, entreprend un gros effort de remise en marche de ses arsenaux, qui ont �t� vid�s ou pill�s par les Allemands. En 1950, le programme, arr�t� par l�arm�e de terre, marque le succ�s de ce renouveau par une s�rie assez remarquable : arme automatique mod�le 1952, blind�s de la famille</p><p>� AMX �, obusiers automoteurs, etc.</p><p>D�importantes commandes � off-</p><p>shore � de munitions pass�es avec les �tats-Unis assurent durant plusieurs ann�es l�activit� des �tablissements.</p><p>Si la Direction des poudres re�oit un statut interarm�es, les services d�armement demeurent distincts : Direction des �tudes et fabrications d�armement (terre), Direction centrale des constructions et armes navales (marine). Direction technique et industrielle (air).</p><p>Mais le passage,. dans les ann�es 55-60, du monopole atomique am�ricain � la parit� nucl�aire entre l�U. R. S. S.</p><p>et les �tats-Unis, la promotion de la France au rang de puissance atomique en 1960 et sa d�cision de constituer une force de frappe nationale vont conduire � reconsid�rer sur une tout autre �chelle l�ensemble de la politique fran�aise d�armement.</p><p>Le syst�me d�arme</p><p>Un syst�me d�arme est un ensemble complexe b�ti autour d�un projectile avec tout ce qu�il faut pour le mettre en oeuvre. Il comprend notamment :</p><p>� sa plate-forme de tir, fixe ou mobile (canon ou rampe de lancement plac�e � downloadModeText.vue.download 361 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>898</p><p>terre ou mont�e sur v�hicule ou � bord d�un navire ou d�un a�ronef) ;</p><p>� les moyens de recherche et d�acquisition de l�objectif (radar) ;</p><p>� les appareillages utilis�s en totalit� ou en partie pour conduire le projectile sur son objectif (calculateur de tir, orientation de la plate-forme de lancement, guidage du projectile en vol et, le cas �ch�ant, t�te chercheuse servant � diriger le projectile sur le but en fin de course).</p><p>On tend � englober dans ce syst�me d�arme les v�hicules annexes de service et parfois le mat�riel (v�hicule, navire ou a�ronef) qui supporte la plate-forme de tir elle-m�me.</p><p>Un canon antia�rien de petit calibre avec ses munitions, son radar, son calculateur, son viseur et ses commandes d�asservissement constitue, avec le v�hicule chenille qui le porte, un syst�me d�arme. Il en est de m�me : d�un missile air-air sur son avion avec son viseur, son correcteur de tir et sa t�te autochercheuse ; d�un mortier antisous-marin avec son projectile et le sonar de rep�rage qui lui est associ� ; d�un missile � longue port�e avec la centrale � inertie, qui permet de d�terminer la position et l�orientation du sous-marin lanceur.</p><p>La D�l�gation minist�rielle pour l�armement</p><p>Au moment o�, en 1961, intervient la r�organisation du haut commandement, qui subordonne � l�autorit� unique du chef d��tat-major des arm�es les trois arm�es de terre, de mer et de l�air, il �tait logique que les services d�armement, adapt�s � chacune d�entre elles, soient regroup�s au sein d�un seul organisme, qui re�ut le nom de D�l�gation minist�rielle pour l�armement. Plac� sous l�autorit� directe du ministre, au m�me niveau que le chef d��tat-major des arm�es et le secr�-</p><p>taire g�n�ral pour l�administration, le d�l�gu� minist�riel a pour mission de satisfaire les besoins de l�ensemble des arm�es, de coordonner les efforts de recherche et les fabrications, de d�velopper la coop�ration internationale en mati�re d�armement. Avec le chef d��tat-major, il participe � l��labora-</p><p>tion et anime la r�alisation des plans d�armement, consid�r�s d�sormais</p><p>� comme un �quilibre entre des im-p�ratifs op�rationnels, �conomiques, techniques et financiers, s�inscrivant dans un cadre politique et strat�gique d�fini par le gouvernement � (J. Blancard, 1969).</p><p>Dans cette lourde t�che, qui im-</p><p>plique � la fois une politique des programmes et une politique industrielle, le d�l�gu� dispose depuis 1965 de directions administratives � organes de conception et de coordination � et de directions techniques charg�es de la r�alisation. Les premi�res, au nombre de trois, sont :</p><p>� la Direction des programmes et des affaires industrielles, qui supervise recherches, �tudes et fabrications ;</p><p>� la Direction des affaires internationales, qui centralise les probl�mes d�exportations � l��tranger ;</p><p>� la Direction du personnel et des affaires g�n�rales, qui remplit une mission administrative.</p><p>� la Direction des poudres et aux directions techniques, qui ont pris la suite de leurs devanci�res pour les armements terrestres, navals et a�riens, se sont ajout�s trois organismes nouveaux : la Direction des recherches et moyens d�essais, la Direction technique des engins et le Service central des t�l�communications et de l�informatique.</p><p>Si chaque direction g�re ses propres march�s, la surveillance des fabrications dans l�industrie est centralis�e par un Service de la surveillance industrielle de l�armement, cr�� en 1964, tandis que l�information est confi�e � un Centre de documentation de l�armement. Enfin, pour l�ensemble de ses attributions, le d�l�gu� minist�riel dispose depuis 1968 d�un inspecteur de l�armement, qui est son conseiller permanent et qu�il peut charger de missions d��tude, d�information, etc.</p><p>Directions techniques</p><p>et �tablissements de la</p><p>D�l�gation minist�rielle</p><p>pour l�armement</p><p>La Direction des recherches et moyens</p><p>d�essais, en liaison avec le Comit� de prospective et d��valuation (qui rel�ve directement du ministre), dirige et finance les recherches scientifiques et techniques in-t�ressant les arm�es. Ces recherches sont confi�es soit aux services de l��tat, soit � l�universit� et au Centre national de la recherche scientifique (22 p. 100 en 1968), soit � l�industrie (57 p. 100 en 1968). La Direction dispose, pour les exp�rimentations � vocation interarm�es, des champs de tir des centres d�essais des Landes et de M�diterran�e (�le du Levant) [missiles], ainsi que de Guyane (engins spatiaux). Elle assure la tutelle de l�Institut de recherches franco-allemand, cr�� � Saint-Louis en 1958, et de l�Office national d��tudes et de recherches a�rospatiales (O. N. E. R. A.).</p><p>La Direction technique des engins dirige l�activit� de la Soci�t� d��tudes et de recherches d�engins balistiques. Le Service technique des poudres et explosifs lui est rattach�.</p><p>Le Service central des t�l�communications et de l�informatique �tend son action � toute l��lectronique et au plan calcul. Il coordonne en ce domaine l�action des trois directions techniques, qui conservent chacune une branche</p><p>� t�l�communications �.</p><p>La Direction technique des armements terrestres dispose de nombreux �tablissements, dont les principaux sont les suivants : �tablissements d�exp�riences techniques de Bourges et d�Angers ; Laboratoire central de l�armement � Arcueil ; Section d��tudes et de fabrications de t�l�communications (cr��e en 1948 au fort d�Issy) ; Ateliers de constructions ou de fabrications de Tarbes, Roanne, Toulouse, Issy-les-Moulineaux, Puteaux, Rennes, Bourges et Le Mans ; Manufactures d�armes de Saint-</p><p>�tienne et de Tulle ; Atelier de chargement de Salbris.</p><p>La Direction technique des constructions navales dirige les arsenaux de Brest, de Cherbourg, de Lorient et de Toulon, les pyrotechnies maritimes, les ateliers de Gu�rigny (Ni�vre), d�Indret (pr�s de Nantes), de Ruelle (Charente) et de Saint-Tropez. (V. construction navale.) La Direction technique des constructions a�riennes n�effectue pratiquement aucune fabrication, mais remplit un r�le</p><p>de tutelle vis-�-vis des industries a�ronautiques. Elle dispose des centres d�essais en vol de Br�tigny et d�Istres, du centre d�essais de propulseurs de Saclay et du centre a�ronautique de Toulouse, ainsi que des ateliers industriels de Bordeaux et de Clermont-Ferrand pour les r�parations de mat�riels a�riens.</p><p>Le personnel</p><p>des services d�armement</p><p>On con�oit qu�un organisme aussi technique que la D�l�gation minist�rielle pour l�armement (D. M. A.) emploie essentiellement, � c�t� d�officiers d�tach�s dans ses services, des ing�nieurs militaires d�armement. Ceux-ci, recrut�s en majorit� � la sortie de l��cole polytechnique, sont form�s dans les �coles nationales sup�-</p><p>rieures de l�armement (terre), du g�nie maritime et des poudres, qu�une d�cision du 23 octobre 1968 a fusionn� en une �cole nationale sup�rieure des techniques avanc�es. Les ing�nieurs � vocation a�ronautique continuent � �tre form�s � l��cole sup�rieure d�a�ronautique et � l��cole nationale d�ing�nieurs de construction a�ronautique, transf�r�es � Toulouse, et les ing�nieurs � vocation transmission � l��cole nationale sup�rieure des t�l�communications. � c�t� de ces ing�nieurs d�armement, on trouve des ing�nieurs des �tudes et techniques d�armement, recrut�s � partir des techniciens, des ing�nieurs civils sur contrat, des techniciens de toutes origines et des ouvriers, dont certains poss�dent le statut d�ouvrier d��tat et sont form�s dans des �coles d�apprentissage constitu�es dans les �tablissements des services d�armement.</p><p>Les programmes</p><p>d�armement et</p><p>le plan � long terme</p><p>Un programme d�armement repr�sente les op�rations men�es pour la r�alisation d�un syst�me d�armes qui constitue une partie du plan de d�fense. Pour qu�une telle conception soit possible, il a fallu �largir les perspectives des budgets annuels et en venir au principe d�une loi de programme �tablie pour cinq ans. Elle comporte la totalit� des cr�dits d�investissements annuels pour les appliquer � la production, �tal�e sur plusieurs ann�es, d�un certain nombre de gros mat�riels (missile � SSBS �,</p><p>char de bataille, sous-marin atomique).</p><p>Le reste des cr�dits est consacr� � des op�rations de moindre dur�e ou de faible importance. La tranche annuelle de la loi de programme est examin�e et vot�e avec la loi de finance annuelle, ce qui facilite les pr�visions � court terme et le contr�le de l�ex�cution du budget.</p><p>Le budget de l�armement repr�sente depuis 1963 environ la moiti� du budget des arm�es, dont le montant, apr�s avoir longtemps d�pass� 5 p. 100 du P. N. B., a diminu� lentement et tend en 1969 vers 4 p. 100. pourcentage un peu inf�rieur � celui des budgets allemand et britannique.</p><p>La planification et le</p><p>syst�me des 3 P. B. (1968)</p><p>�tant donn� leur importance, le choix des programmes ne peut plus relever aujourd�hui de la simple intuition.</p><p>Aussi a-t-on adopt� le syst�me am�-</p><p>ricain dit � Planning, Programming, Budgeting System �, introduit en downloadModeText.vue.download 362 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>899</p><p>France sous le nom de Rationalisation des choix budg�taires (v. budget).</p><p>Mise � l�essai en 1968 par le minist�re des Arm�es sous le sigle de 3 P. B.</p><p>(planification, programmation et pr�-</p><p>paration du budget), cette technique budg�taire int�gre ces trois actions en un tout coh�rent. Elle se pr�sente comme un cadre syst�matique d�articulation des t�ches administratives, o� la strat�gie et la tactique sont �troitement li�es au processus de d�cisions budg�-</p><p>taires, qu�on peut sch�matiser comme suit :</p><p>� planification (strat�gie) ou reconnaissance des objectifs et de la structure des programmes associ�s � long terme ;</p><p>� programmation (tactique) ou analyse et structure des programmes � moyen terme ;</p><p>� pr�paration du budget (plan de</p><p>d�fense) ou �laboration des plans physiques et financiers de l�ann�e � venir.</p><p>Pour appliquer ce syst�me, on a</p><p>consid�r� en France neuf programmes majeurs, dont cinq pour les arm�es, un pour les recherches et essais, et trois pour le soutien (ou entretien) des ar-m�es. Ces programmes sont �valu�s pour cinq ans, et un graphique permet d�en mesurer l�importance.</p><p>Dans l��tablissement de ces pro-</p><p>grammes, on �tudie en d�tail les moyens n�cessaires � chaque syst�me d�armes depuis l�origine de la recherche jusqu�� sa mise en service, y compris les frais de personnel et d�entretien correspondants. On exprime non seulement le co�t total, mais aussi le co�t marginal devant une autre solution concurrente (on confronte par exemple, pour une mission d�termin�e, un type d�avion pilot� et un missile t�l�guid�).</p><p>On est ainsi conduit � des �tudes de co�t-efficacit� ; une commande de tr�s faible importance risque de conduire � un co�t �lev�, parce que les frais d��tudes sont amortis sur un petit nombre de mat�riels. Mais, si son volume augmente, il arrive un moment o� le r�sultat obtenu ne cro�t plus proportionnellement au nombre de mat�riels.</p><p>On atteint ainsi une certaine saturation et on se prive, dans une enveloppe budg�taire d�termin�e, d�autres types d�armes �galement souhaitables.</p><p>Ainsi apparaissent dans toute leur complexit� l�ensemble des probl�mes impliqu�s dans la conception et la r�alisation des armements modernes.</p><p>Si la planification, dont les principes viennent d��tre sommairement expos�s, s�impose maintenant, elle est loin de r�soudre toutes les difficult�s des choix qui incombent aux pouvoirs publics. On peut toutefois constater que seules des puissances politiques et �conomiques du niveau des �tats-Unis et de l�U. R. S. S. peuvent conduire une telle entreprise de fa�on autonome. En 1969, leurs d�penses globales d�armement sont estim�es respectivement � 80 et 40 milliards de dollars sur un total mondial de 165 milliards de dollars, non compris la Chine ; encore h�sitent-</p><p>elles � s�engager � fond dans certaines voies, comme celle de la d�fense anti-missile (v. a�rienne [d�fense]). De telles options ne semblent pas �tre � l��chelle de puissances moyennes comme la</p><p>France. Seule une Europe parvenue � une certaine forme d�unit� et dont les membres se d�cideront � normaliser leurs programmes d�armement pourra acqu�rir une efficacit� comparable.</p><p>R. S.</p><p>B A. Basset, Histoire des fabrications d�armement en France (Impr. nationale, 1935). /</p><p>J. F. C. Fuller, Armement and History (Londres, 1946 ; trad. fr. l�Influence de l�armement sur l�histoire, des guerres m�diques � la Seconde Guerre mondiale, Payot, 1948). / C. Ailleret, Histoire de l�armement (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948). / Revue historique de l�arm�e (num�ros sp�ciaux 1956, IV, et 1964, II). /</p><p>N. Calder, les Armements modernes (Flammarion, 1970).</p><p>armement</p><p>maritime</p><p>Ensemble des activit�s qui concourent � l��quipement et � l�exploitation des navires.</p><p>Les armateurs n�gociants</p><p>Les premiers armateurs sont des commer�ants qui font surtout du colportage au moyen d�un navire leur appartenant.</p><p>Ils vendent dans les ports leur paco-tille, qu�ils renouvellent partout o� cela est possible, fixant leurs escales en fonction des profits qu�elles promettent. Lorsque l�exp�rience montre que certaines escales offrent des possibilit�s permanentes de trafic, un comptoir y est fond�, qui est alors r�guli�rement desservi. Tel est le r�le jou� par les plus anciens peuples maritimes : les Ph�niciens, les Carthaginois et les Grecs.</p><p>Au Moyen �ge, les armateurs sont encore des n�gociants qui r�alisent pour leur propre compte, sur des marchandises leur appartenant le plus souvent, des op�rations commerciales, dont le transport par mer ne constitue qu�un des stades. Il en est ainsi des G�-</p><p>nois et des V�nitiens, puis, quand les grands trafics commencent � concer-</p><p>ner l�Europe du Nord-Ouest, des hans�ates, qui, unis depuis le milieu du XIIIe s. pour la d�fense de leurs int�r�ts, parviennent � s�assurer le monopole du commerce maritime en Baltique et en mer du Nord. N�goce et transport s�y trouvent toujours �troitement li�s. Pendant pr�s de quatre si�cles, les armateurs de la ligue hans�atique peuvent d�fendre leurs positions, mais la guerre de Trente Ans leur est d�favorable, d�autant que des concurrents surgissent dans les nations occidentales, qui prennent des mesures pour prot�ger leur pavillon. L�Angleterre ouvre la voie avec le c�l�bre Acte de navigation de Cromwell (1651), suivi, en France, downloadModeText.vue.download 363 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>900</p><p>en Espagne et au Portugal, de r�glementations inspir�es du m�me souci.</p><p>Il s�agit de r�server aux armements de ces pays le transport de marchandises d�origine ou de destination nationale.</p><p>Le m�tier d�armateur</p><p>S�il est vrai que les protections donn�es par certains �tats � leur pavillon faussent parfois le libre jeu de la concurrence internationale entre armateurs, celle-ci n�en domine pas moins leurs activit�s, qu�il s�agisse de la qualit� de leur mat�riel naval, de leur politique commerciale ou de la valeur des services qu�ils offrent � bord et � terre.</p><p>L�armateur devant, avant tout, disposer d�une flotte bien adapt�e aux trafics � assurer, la d�termination des caract�-</p><p>ristiques � donner � ses navires exige des �tudes d�autant plus ardues qu�entre la conception d�une unit� et son entr�e en service s��coule un laps de temps pendant lequel la conjoncture peut se modifier.</p><p>Or, les navires �tant de plus en plus sp�-</p><p>cialis�s et command�s sur mesure pour un usage d�termin�, il est souvent difficile d�en changer apr�s coup l�affectation. Il s�agit ensuite de procurer aux navires les recettes de fret (et �ventuellement de passages) assurant la rentabilit� de l�exploitation, ce qui ne peut s�obtenir que par un effort constant, dans les pays desservis, de prospection aupr�s d�une client�le</p><p>qui est �galement sollicit�e par les lignes rivales. Aussi, la comp�tition entre celles-ci aboutit-elle souvent � une dure guerre de tarifs, bien que, sur certains secteurs, des conf�rences, groupements internationaux d�armateurs, s�efforcent de limiter les cons�quences d�une concurrence d�sordonn�e. Si, pour la client�le, la comparaison entre les conditions offertes est souvent un motif d�terminant du choix du transporteur, la qualit� des services � bord et � terre intervient aussi. La s�lection faite par l�armateur dans le recrutement de ses �tats-majors et de ses �quipages ainsi que la bonne organisation de son infrastructure � terre jouent donc un r�le essentiel.</p><p>L�armateur est g�n�ralement affili� � des groupements professionnels, qui sont particuli�rement puissants en Grande-Bretagne. En France existe un Comit� central des armateurs, cr�� en 1903. Le r�le principal de ces associations est de d�fendre les int�r�ts g�n�raux de la profession, notamment vis-�-vis des pouvoirs publics, et souvent de n�gocier avec les syndicats du personnel navigant pour ce qui concerne les r�mun�rations et les conditions g�n�rales de travail. Ces groupements participent � divers organismes internationaux. Il s�agit, par exemple, de ceux qui s�efforcent de faire progresser l�unification du droit maritime ou qui, pour l�Europe des Six, �tudient les cons�quences, dans le domaine maritime, du trait� de Rome.</p><p>Dualit� et rivalit� des</p><p>Temps modernes</p><p>Le r�le des compagnies</p><p>coloniales</p><p>Dans le cadre de cette politique se situe la cr�ation, d�s le d�but du XVIIe s., en Angleterre, puis aux Pays-Bas et en France, des compagnies coloniales fond�es par apport de capitaux priv�s, mais b�n�ficiant de monopoles et d�appuis officiels. Elles se pr�sentent surtout comme des soci�t�s de colonisation pour lesquelles le navire n�est qu�un instrument au service de leurs tr�s diverses activit�s. Il s�en faut de beaucoup que celles-ci soient toutes heureuses.</p><p>La survie de l�armement</p><p>marchand</p><p>Face � ces compagnies disposant de</p><p>l�appui officiel, dot�es d�un important mat�riel, d�un personnel nombreux et d��tablissements bien �quip�s en Europe et outre-mer, existent des armements de moindre importance, dirig�s par un ou plusieurs n�gociants associ�s, qui exploitent des navires de petit et moyen tonnage. � ce moment s�amorce l�autonomie du transport maritime en tant que tel, certains propri�taires mettant leurs navires � la disposition de leurs clients sans avoir des int�r�ts directs dans les op�rations commerciales et se bornant � recevoir la r�mun�ration du transport. La formule devait se g�n�raliser. Les armateurs priv�s, se heurtant aux privil�ges des grandes compagnies, ne cessent de protester contre ceux-ci jusqu�� la fin de l�Ancien R�gime. Mais, entre la mort de Colbert et le r�gne de Louis XVI, d�autres causes contribuent � leur faire conna�tre des jours difficiles. Bien qu�une ordonnance de 1629 d�cide que les gentilshommes ne d�rogeraient pas en s�adonnant au trafic maritime et, m�me, que les ro-turiers jouiraient des privil�ges de la noblesse apr�s avoir entretenu un vaisseau pendant cinq ann�es cons�cutives, cette activit� est abandonn�e par ceux-l� m�me qu�elle avait enrichis et qui pr�f�rent acheter des titres de rentes ou des charges. D�autre part, la distinction entre navire de guerre et b�timent du commerce n�est pas aussi tranch�e qu�elle devait le devenir au XIXe s. Pendant longtemps, l��tat ne conserve, en temps de paix, qu�un nombre restreint d�unit�s, que renforcent en temps de guerre les navires marchands. Souvent ceux-ci sont arm�s pour r�sister � la pi-raterie, fr�quente dans certaines mers.</p><p>De plus, quelques armateurs se</p><p>consacrent � la course, c�est-�-dire que, munis de lettres de marque, leurs capitaines peuvent se livrer r�guli�-</p><p>rement � des actes de guerre dont les risques trouvent leur contrepartie dans l��ventualit� de bonnes prises. Enfin, la prosp�rit� de plusieurs armements est assur�e par la traite des Noirs, notamment au Portugal, en Espagne et en Angleterre. En France, Nantes et Bordeaux en tirent un tr�s grand profit.</p><p>Le r�gne de Louis XVI est marqu� par une notable renaissance maritime,</p><p>pr�c�demment amorc�e par Choiseul, mais la R�volution et l�Empire la compromettent en raison du malaise �conomique et de l�ins�curit� financi�re qui paralysent les affaires. La Terreur �claircit les rangs des armateurs, notamment � Marseille. La perte de Saint-Domingue (1808) provoque la faillite de plusieurs maisons d�armement.</p><p>Enfin, la ma�trise absolue des mers acquise par les Anglais apr�s la d�faite de Trafalgar, puis le Blocus continental accentuent le d�clin de notre pavillon.</p><p>L�armement capitaliste</p><p>Les origines</p><p>La p�riode de paix due � la Restauration et le retour � diverses mesures de protection permettent un redressement de la situation, mais il est tr�s lent, car les entreprises d�armement, g�n�ralement group�es dans le cadre �troit d�un seul port, ne peuvent facilement faire appel au march� national des capitaux.</p><p>Or, sous l�effet des progr�s techniques, le co�t des navires s�accro�t, tandis que la cr�ation de lignes r�guli�res, indispensables pour r�pondre aux besoins d�un commerce international en pleine expansion, impose � l�armateur la mise en oeuvre d�un nombre d�unit�s suffisant pour assurer une bonne p�riodicit� de ses services. Seules des soci�t�s importantes, r�unissant les capitaux n�-</p><p>cessaires � la constitution d�une flotte nombreuse, peuvent y parvenir.</p><p>Les soci�t�s</p><p>Apr�s une br�ve et d�cevante exp�-</p><p>rience de flotte d��tat desservant la Corse, l�Alg�rie, le Levant (1835) et m�me la Louisiane (1840), on assiste, en France, � la naissance de grands armements capitalistes, tels que la Compagnie des services maritimes des messageries imp�riales en 1851</p><p>(devenue Compagnie des message-</p><p>ries maritimes), et de divers armements marseillais. En 1855, les fr�res Pereire, �mile (1800-1875) et Isaac (1806-1880), fondent la Compagnie g�n�rale maritime, qui, en 1861, devient la Compagnie g�n�rale transatlantique. Par groupement de plusieurs n�gociants havrais et parisiens se cr�e, un peu plus tard, la Compagnie</p><p>des chargeurs r�unis. Presque toutes les grandes compagnies fran�aises de navigation sont d�ailleurs fond�es sous le second Empire ou au lendemain de la guerre franco-allemande de 1870. �</p><p>l��tranger, la m�me �volution se manifeste vers la substitution de grandes soci�t�s par actions au petit armement priv�. En Angleterre, la Cunard inaugure d�s 1840 son premier service r�-</p><p>gulier sur les �tats-Unis, tandis que se cr�ent au m�me moment la Peninsular and Oriental Steam Navigation Company (P &amp; O) ainsi que la Royal Mail Steam Packet Company. En 1870, la White Star commence une carri�re brillante, mais qui se terminera, en 1934, par une fusion avec la Cunard Line, sa concurrente. En 1847 se cr�e en Allemagne la Hamburg-Amerikanische-Packetfahrt, suivie, dix ans plus tard, par le Norddeutscher Lloyd, fond� � Br�me par fusion de plusieurs petites entreprises. L�Italie poss�de bient�t deux importants armements � G�nes : Navigazione g�n�rale Italiana (1881) et Lloyd Sabaudo (1906), qui sont � l�origine de l�actuelle Italia. L�Espagne a la Trasatl�ntica � Barcelone.</p><p>Les caract�res</p><p>Jusqu�� la Seconde Guerre mondiale, l��volution de l�industrie de l�armement pr�sente un certain nombre de traits caract�ristiques.</p><p>1. L�ampleur des investissements exig�s par les navires modernes, notamment les paquebots, qui constituent encore jusqu�en 1939 une part importante de beaucoup de flottes, ach�ve de faire dispara�tre les petits armements au profit des groupes puissants, disposant d�assises suffisamment solides pour faire face au financement des constructions et aux risques de l�exploitation de co�teuses unit�s.</p><p>2. En m�me temps se marque une</p><p>sp�cialisation de plus en plus pouss�e des armements qui se consacrent au transport d�une m�me cat�gorie de produits, tels que les hydrocarbures et les minerais.</p><p>3. Une nette s�paration s��tablit �galement entre les armements des lignes r�-</p><p>guli�res et ceux qui se livrent au tramping, c�est-�-dire qui exploitent des</p><p>unit�s non affect�es � la desserte p�-</p><p>riodique d�itin�raires fixes et qui sont downloadModeText.vue.download 364 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>901</p><p>libres de se porter l� o� peuvent �tre escompt�es de fructueuses recettes.</p><p>4. Les doctrines libre-�changistes, n�es en Angleterre, o� elles ont notamment provoqu� l�abrogation progressive, en 1849 et 1854, de l�Acte de navigation, exercent partout une grande influence. Pour la France, � partir de 1866, une s�rie de mesures supprime la protection donn�e � l�armement et � la construction navale. Mais il appara�t vite qu�on est all� trop loin, et il faut revenir, non sans t�tonnements successifs, aux aides officielles � l�armement national.</p><p>5. La Premi�re Guerre mondiale fait subir aux armements des bellig�rants des pertes qu�on s�efforce de combler, la paix revenue, mais la situation est � peine r�tablie quand �clate la grande crise �conomique � partir de 1929.</p><p>6. L�armement est en effet une industrie de reflet, puisque sa prosp�rit� d�pend de l��volution des �changes internationaux. Apr�s une courte p�riode de d�veloppement intensif des mouvements de passagers et de marchandises, il subit les effets des restrictions d�immigration �dict�es par les pays neufs, puis ceux de la crise g�n�rale partie en 1929 des �tats-Unis. En France comme � l��tranger, plusieurs compagnies de navigation connaissent alors de grandes difficult�s. La situation s�am�-</p><p>liore lentement pendant les cinq ann�es pr�c�dant la Seconde Guerre mondiale.</p><p>Le r�gime de guerre</p><p>et ses cons�quences</p><p>Pendant ce nouveau conflit, les armateurs des pays bellig�rants se trouvent, sous diverses formes, soumis au</p><p>contr�le de leurs gouvernements. En France, il s�agit d�une formule de r�-</p><p>quisition g�n�rale analogue � celle qui a d�j� �t� appliqu�e � la fin de la guerre pr�c�dente et mettant la quasi-totalit�</p><p>de la flotte marchande � la disposition d�une direction d��tat des transports maritimes. Ce r�gime ne laisse aux armateurs fran�ais que la g�rance de leurs unit�s et de certaines autres affr�-</p><p>t�es sur le march� international.</p><p>Cette situation se prolonge jusqu�en 1948, parce que, comme en 1918, un courant d�opinion tend � la nationalisation de la marine marchande, Les protestations des armateurs sont alors d�autant plus vives que ceux-ci sont anxieux de reconstituer une flotte amput�e de plus des deux tiers de son tonnage. Le prolongement de la r�quisition les prive, disent-ils, des substantielles recettes permises par le niveau �lev� des frets qu�ils r�aliseraient, comme leurs concurrents �trangers, si la libert� leur �tait rendue et qui facili-teraient le financement des reconstructions n�cessaires. Finalement, la loi du 28 f�vrier 1948 fait pr�valoir une solution de compromis. Les armateurs retrouvent la disposition de leurs navires, mais restent soumis � un contr�le de l��tat sous l��gide d�un Conseil sup�rieur de la marine marchande. En m�me temps, les deux grandes soci�t�s d��conomie mixte, la Compagnie g�n�-</p><p>rale transatlantique et les Messageries maritimes, se trouvent plac�es sous un m�me r�gime, comportant un contr�le accru des pouvoirs publics.</p><p>L�armement dans</p><p>le monde actuel</p><p>Les facteurs d��volution</p><p>La concurrence de l�aviation oblige les compagnies de navigation exploitant des paquebots � renoncer � la plupart de leurs services traditionnels. Dans la faible mesure o� elles peuvent encore les maintenir, des compagnies, longtemps rivales, sont amen�es � conclure des accords pour une coordination des horaires et des repr�sentations communes (accord Cunard - Compagnie g�n�rale transatlantique). De nouvelles formules peuvent permettre de toucher une autre client�le : croisi�res, transports de passagers et de leurs voitures par car-ferries, a�roglisseurs, etc. Les compagnies s�efforcent aussi de diversifier leurs activit�s (h�tellerie, tourisme, exploitation des oc�ans) ou, par-</p><p>fois, de prendre des int�r�ts dans des compagnies a�riennes.</p><p>La d�colonisation r�duit les</p><p>�changes entre les m�tropoles et leurs anciennes d�pendances. Les �tats devenus autonomes se dotent d�ailleurs de flottes nationales, qu�ils soutiennent par diverses mesures protectionnistes.</p><p>L�armement fran�ais, dont l�activit� s�exer�ait, pour une grande part, dans le cadre de l�ancien empire colonial, est durement touch� par cette situation, qui contraint notamment plusieurs compagnies marseillaises � fusionner.</p><p>Pour �chapper aux charges, fiscales ou sociales, trop lourdes, des pays � niveau de vie �lev�, certains armateurs (souvent am�ricains) placent leurs navires sous le pavillon de nations qui, comme le Lib�ria ou Panam�, offrent des r�glementations plus souples. Le jeu normal de la concurrence se trouve fauss� par le d�veloppement incessant de ces pavillons dits � de complaisance �. Mais le facteur qui influe le plus sur la structure des armements est l�accroissement consid�rable du tonnage unitaire des navires (surtout des porteurs de vracs solides ou liquides) et l�augmentation des prix qui r�sulte de tous les perfectionnements techniques dont ils sont actuellement dot�s.</p><p>Les investissements n�cessaires sont d�une ampleur telle qu�ils ne peuvent plus �tre assur�s que par de puissants groupements r�sultant de la concentration de plusieurs compagnies d�un m�me pays ou m�me, comme on le voit actuellement pour l�exploitation des porte-containers, par des consortiums multinationaux d�armateurs.</p><p>Les flottes d��tat</p><p>La tr�s rapide croissance des flottes d��tat des pays de l�Est (Pologne, R�publique d�mocratique allemande et surtout U. R. S. S.) trouble d�autant plus l�exploitation des armements capitalistes que ces flottes �tatis�es sont dirig�es par des organismes travaillant dans le cadre d�un plan sans que la rentabilit� du voyage maritime soit toujours essentielle en elle-m�me.</p><p>Des taux de fret inf�rieurs � ceux que doivent appliquer les compagnies de navigation travaillant sous r�gime lib�ral pour couvrir leurs d�penses</p><p>peuvent �tre ainsi pratiqu�s. Un important d�veloppement des armements d��tat se manifeste aussi dans les pays d�Am�rique latine o� ils repr�sentent 60 p. 100 de l�ensemble des flottes.</p><p>Les probl�mes conjoncturels</p><p>actuels</p><p>La flotte p�troli�re, qui repr�sente d�j� 43 p. 100 de la flotte mondiale (pour la France, plus de la moiti� du tonnage national), semble devoir poursuivre sans difficult� son d�veloppement, compte tenu des besoins qui se manifestent partout. Bien que la construction de p�troliers de 500 000 tonnes de port en lourd ne semble plus techniquement irr�alisable, et que certaines commandes portent d�j� sur des unit�s proches de ce tonnage, il n�est pas certain que les armateurs poursuivent dans l�imm�diat la g�n�ralisation de cette course au gigantisme, qui pose des probl�mes, notamment d�ordre portuaire.</p><p>Pour la plupart des transports de solides en vrac, de minerais en particulier, le d�veloppement industriel para�t assurer les armements sp�cialis�s de bonnes perspectives. Il en est de m�me des transports de gaz liqu�fi�s, dont le r�cent essor est remarquable. Mais, pour les marchandises diverses, il est douteux que le rythme d�accroissement actuel, de Tordre de 10 p. 100 par an, puisse se maintenir.</p><p>Ces marchandises seront de plus en plus transport�es en containers ou par unit�s de charge sur roues (proc�d� du roll on - roll off), mais la multiplication des navires porte-containers aboutit � un sur�quipement, surtout sur l�Atlantique Nord, compte tenu de la meilleure productivit� de ces nouvelles unit�s, dont les rotations sont beaucoup plus rapides. L�apparition des navires porte-barges constitue aussi un fait nouveau, dont les armateurs discernent encore mal les cons�quences. Enfin, l�avion-cargo commence � � �cr�mer �</p><p>les frets riches, attaquant l�armement maritime dans un domaine o� il semblait jusqu�ici peu vuln�rable.</p><p>H. C.</p><p>&#x25B6; Constructions navales / Fret / Marine / Navigation / Navire de commerce / Voilier.</p><p>B T. G. Carver, Carnage of Goods by Sea (Londres, 1891 ; 11e �d. revue par R. P. Colin-vaux, 1963). / B. Huldermann, la Vie d�Albert Ballin (Payot, 1923). / P. de Rousiers, les Grandes Industries modernes, t. IV : les Transports maritimes (A. Colin, 1926). / J. Marie et C. Diliy, Utilisation et s�curit� du navire de commerce (Soci�t� d��ditions g�ographiques, maritimes et coloniales, 1931-1935 ; 3e �d., 1956 ; 3 vol.). / P. Charliat, Trois Si�cles d��conomie maritime fran�aise (Marcel Rivi�re, 1932). / J. Marie, Marins marchands (Corr�a, 1944). / G. Ripert, Droit maritime (Rousseau, 1949-1953 ; t. IV, mis � jour par R. Rodi�re, 1963). / J. Latty, Trait� d��conomie maritime, t. II : les Transports maritimes (�cole nationale sup�rieure du g�nie maritime, 1954). / R. Ro-di�re, Trait� g�n�ral de droit maritime (Dalloz, 1967-1968).</p><p>Quelques grands</p><p>armateurs</p><p>Albert Ballin, armateur allemand (Hambourg 1857 - id. 1918). Il entre dans la maison de commerce paternelle, une agence d��migration jusqu�alors peu prosp�re. En 1880, il s�associe avec un armement de Hambourg cr�� pour concurrencer la puissante Hamburg Amerikanische-Packetfahrt-Actien-Gesellschaft, qui, peu apr�s, s�assure son concours comme directeur de ses services de passages, puis l�admet dans son conseil d�administration. Il donne aussit�t � la HAPAG une extraordinaire impulsion, qui en fait en 1913 le premier armement du monde avec une flotte de 1 360 000 tonneaux.</p><p>L�empereur Guillaume II ne cesse de lui donner son appui et le charge m�me de plusieurs missions politiques. Pr�-</p><p>conisant vainement une paix de compromis � la fin de la Premi�re Guerre mondiale, Ballin ne peut survivre � l�an�antissement de sa patrie et de son oeuvre, et met fin � ses jours peu avant l�arr�t des hostilit�s.</p><p>Antoine Bordes, armateur fran�ais (Gimbr�de, Gers, 1815 - Bordeaux 1881). En 1835, il quitte Bordeaux pour le Chili et r�ussit peu apr�s � fonder downloadModeText.vue.download 365 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>902</p><p>� Valpara�so une agence de consignation. Avec le concours de Le Quellec (� 1867), n�gociant � Bordeaux, il peut, en 1847, acheter deux trois-m�ts, mais la r�volution de 1848 provoque la ruine de l�armement Le Quellec et Bordes. L�apport d�un autre Bordelais, Ballande, permet cependant de traverser cette crise et de d�velopper la flotte de voiliers, car, malgr� les progr�s de la navigation � vapeur, Bordes reste obstin�ment fid�le � la voile. En 1857, il devient directeur de la Compagnie g�n�rale maritime (anc�tre de la Compagnie g�n�rale transatlantique), qui vient de cr�er une ligne sur le Pacifique par le cap Horn, mais, en 1859, inquiet de l��tat de ses propres affaires, il abandonne cette fonction pour revenir � Valpara�so. Rentr� en France en 1868, il y poursuit l�ex�cution d�un programme de constructions neuves qui lui permet de disposer, quatre ans plus tard, de vingt-quatre voiliers. � sa mort, ses trois fils parviennent � poursuivre l�exploitation familiale, malgr� une baisse persistante des frets des voiliers. Lors du premier conflit mondial, le transport des nitrates du Chili, essentiels pour les besoins de la guerre, prend une extr�me importance, mais les voiliers, lents et n�ayant pas l�autonomie de leurs mouvements, sont, pour les sous-marins et les corsaires ennemis, des proies trop faciles : vingt-deux unit�s sur quarante-six sont envoy�es par le fond. Apr�s la guerre, les voiliers deviennent de moins en moins rentables, et ceux de l�armement de Bordes doivent cesser leur exploitation.</p><p>Delmas-Vieljeux, famille d�armateurs fran�ais. Frank et son fr�re Julien fondent en 1867 un modeste armement, dont les deux premiers navires desservent les �les de R� et d�Ol�ron.</p><p>Au lendemain de la guerre franco-allemande de 1870, leur fr�re aine, Emile, qui �tait fix� � Mulhouse, vient se joindre � eux. Il joue un r�le d�terminant dans la cr�ation du port en eau profonde de La Pallice. L�affaire est ensuite dirig�e par le fils de Frank Delmas, puis par son gendre, L�once Vieljeux, qui lui donne une impulsion d�cisive, mais qui sera d�port� et fusill� en 1944 avec deux de ses collaborateurs ainsi que son petit-fils. Cet armement,</p><p>dont l�activit� a, depuis longtemps, d�-</p><p>bord� son cadre initial pour s��tendre � l�Angleterre, � l�Afrique du Nord et � l�Afrique noire, int�gre en 1929 dix-sept navires de la flotte des chemins de fer du Paris-Orl�ans ; mais, de 1939 � 1945, il perd quatorze navires sur vingt. Avec une flotte rapidement reconstitu�e, il reprend la desserte de ses lignes traditionnelles et s�int�resse � de nouveaux trafics par accords avec des armements �trangers. En 1970, de nouvelles structures sont adopt�es : un holding, la Compagnie financi�re Delmas-Vieljeux contr�le, d�une part, une soci�t� d�armement en pleine expansion qui � la suite d�un accord avec le groupe des Chargeurs r�unis pour la desserte de la c�te occidentale d�Afrique a pris la d�nomination de So-ci�t� navale Chargeurs-Delmas-Vieljeux, d�autre part la Soci�t� commerciale Delmas-Vieljeux, dont l�activit� s�exerce notamment dans le domaine des combustibles. La Compagnie financi�re d�tient, en plus, des participations dans diverses soci�t�s dont un �tablissement bancaire, l�Union maritime et financi�re.</p><p>Fred Olsen, armateur norv�gien</p><p>(Hvitsten 1857 - � 1933). Il commence sa carri�re d�armateur en 1886, apr�s avoir exerc� le commandement de plusieurs voiliers de son p�re et s��tre form� dans le commerce maritime par des stages en Angleterre et en France. En 1896, il commande son premier navire � vapeur et �tablit un service r�gulier entre Londres et la Norv�ge. Sa r�putation grandissant, on lui demande de prendre en g�rance divers armements peu prosp�res. Les lignes qu�il contr�le desservent alors la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et la Hollande, puis La Plata en 1911 et enfin, � l�ouverture du canal de Panam� (1914), le Nord-Pacifique. En 1907, son fils avait cr�� son propre armement sp�cialis� dans le tramping, mais il meurt pr�matur�ment, et Fred Olsen reprend l�affaire. Malgr� la disparition de vingt-trois navires sur quarante-quatre au cours de la Premi�re Guerre mondiale, la soci�t� prend d�s 1921 une nouvelle extension et, sous le nom de Fred Olsen and Co., absorbe l�armement Thore-sen, qui avait quinze navires sur les lignes de la M�diterran�e et des Cana-</p><p>ries. En 1929 est command� le premier p�trolier. La Seconde Guerre mondiale provoque la perte de vingt-huit navires, vite remplac�s, notamment par des unit�s �quip�es pour le transport des viandes, des poissons et des fruits. En 1948, une nouvelle ligne est inaugur�e sur le Maroc, et, en 1959, la soci�t�, en association avec un autre armement, participe � un service entre la M�diterran�e et les grands lacs am�ricains. La firme Fred Olsen and Co. contr�le un groupe d�importants chantiers norv�-</p><p>giens et une compagnie d�aviation, qui s�int�resse notamment au fret a�rien.</p><p>Aristole Onassis, armateur d�origine hell�nique (Smyrne [auj. Izmir]</p><p>1906-Neuilly-sur-Seine 1975), ayant la double nationalit� argentine et hell�nique. Sa famille s��tant r�fugi�e en Gr�ce lors de la reconqu�te turque en 1922, il �migr� peu apr�s en Argentine. Apr�s avoir cr�� un commerce d�importation de tabac d�Orient ainsi qu�une petite fabrique de cigarettes, il passe � d�autres domaines. Consul g�n�ral de Gr�ce � Buenos Aires en 1930, il ach�te � bas prix, en pleine crise mondiale, six cargos canadiens, qu�il exploite sous pavillon panam�en.</p><p>En 1936, il entreprend la construction d�une flotte p�troli�re dans des chantiers su�dois et la poursuit apr�s la guerre en passant ses commandes aux �tats-Unis. Il acquiert aussi des liberty ships et des p�troliers des surplus am�-</p><p>ricains. D�autres armateurs grecs en avaient d�j� fait autant, comme Niarchos, qui allait devenir son beau-fr�re et avec qui il s�affrontera par la suite.</p><p>En 1950, Onassis cr�e avec des appuis allemands une flotte baleini�re ; mais il rencontre de grosses difficult�s avec le P�rou, allant jusqu�� la saisie de ses navires � propos de la limite des eaux territoriales. Puis des concurrents norv�giens invoquent des viola-tions d�un accord international sur la p�che. En 1956, cette flotte est vendue � des Japonais. Entre-temps, surgissait une grave menace aux �tats-Unis : les b�n�fices r�alis�s par les armateurs grecs avec les surplus y avaient suscit� des enqu�tes sur les conditions de leurs cessions. Apr�s des d�bats difficiles, une transaction intervient en 1955. Ces incidents n�emp�chent pas le d�veloppement de la fotte p�tro-</p><p>li�re d�Onassis. Un accord pass� avec l�Arabie Saoudite paraissant lui �tre trop favorable, il est accus� � sans preuves � d�avoir soudoy� ministres et hauts fonctionnaires de ce pays. De puissantes soci�t�s p�troli�res am�ricaines mena�ant alors de boycotter ses navires, il se d�fend en invoquant la loi antitrust. Onassis poursuit ensuite le d�veloppement de sa flotte, qui d�passe 3 millions de tonnes de port en lourd.</p><p>En 1957, � la demande du gouvernement grec, il prend en charge la ligne a�rienne nationale, qui, sous le nom d�Olympic Airways, conna�t alors un remarquable d�veloppement. Enfin, de 1960 � 1967, il anime la Soci�t� des bains de mer de Monaco.</p><p>Arm�nie</p><p>Royaume d�Anatolie orientale, aujourd�hui partag� entre la Turquie, l�U. R. S. S. et l�Iran.</p><p>Histoire</p><p>L�Arm�nie surv�cut � toutes les invasions durant deux mill�naires, gr�ce � une situation g�ographique exceptionnelle : un plateau int�rieur �lev� et tr�s compartiment�, prot�g� par des cha�nes bordi�res hautes de 3 000</p><p>� 4 000 m. Ce profil de forteresse imprima � la nation arm�nienne une personnalit� puissante, cependant que la claustration des vall�es favorisait un individualisme farouche.</p><p>Ce pays montagneux, royaume de</p><p>Hourri et d�Ourarthou, est successivement occup� par les Hittites et les Assyriens. Les Arm�niens, ou Ha�kans, que la l�gende rattache au h�ros Ha�k, sont un peuple de langue indo-europ�enne et d�origine thraco-phrygienne.</p><p>Ils s�infiltrent dans les confins du lac de Van au d�but du Ier mill�naire av.</p><p>J.-C., mais ne d�bouchent sur la sc�ne historique qu�au temps o� les M�des (612-549) et les Perses Ach�m�-</p><p>nides (549-330) occupent le royaume d�Ourarthou. En 480, un contingent participe � la conqu�te de la Gr�ce par Xerx�s, et, en 401, les Dix Mille command�s par X�nophon appr�cient l�hospitalit� des Arm�niens. Leur pays est englob� dans l�empire d�Alexandre le Grand, mais conserve son autonomie</p><p>politique : gouvernement des Oron-tides sous suzerainet� s�leucide.</p><p>L�ind�pendance</p><p>Le peuple arm�nien profite de la d�-</p><p>b�cle s�leucide (190 av. J.-C.) pour s��manciper : un usurpateur, le strat�ge Artaxias, �tablit sa capitale sur l�Araxe en haute Arm�nie (Artaxata), et agrandit son domaine aux d�pens des nations limitrophes. La monarchie atteint son apog�e avec Tigrane le Grand (95-54</p><p>av. J.-C.) : fondateur d�un empire qui s��tend de la Caspienne � la M�diterran�e et du Caucase � la Syrie, Tigrane s�arroge le titre de � roi des rois �, et fonde une nouvelle capitale, Tigrano-certa. Sa puissance cause sa perte : le g�n�ral romain Lucullus saccage la capitale (69 av. J.-C.). mais �choue dans la conqu�te du haut pays. Menac� par Pomp�e, Tigrane se jette aux pieds du conqu�rant, geste qui lui vaut, � d�-</p><p>faut de conserver son empire, d�entrer dans la client�le de Rome. L�Arm�nie devient ainsi un �tat tampon entre Romains et Iraniens.</p><p>Irrit� par l�instabilit� chronique de la dynastie arsacide, l�empereur Trajan annexe le pays et le r�duit au rang de province imp�riale (114-117), mais Hadrien restaure son autonomie.</p><p>Le royaume fait ensuite les frais des guerres continuelles entre Romains et Parthes. L�alliance de Tiridate III avec Rome (v. 287) contre les Sassanides, successeurs des Parthes en Iran, place d�finitivement l�Arm�nie dans l�orbite du monde gr�co-romain. Cette p�riode troubl�e est aussi celle de la p�n�tration du christianisme dans le pays : des foyers chr�tiens y sont attest�s d�s le IIe s., mais la conversion d�cisive sera downloadModeText.vue.download 366 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>903</p><p>l�oeuvre de saint Gr�goire l�Illumina-teur, au d�but du IVe s., � peu pr�s au moment o� l�Empire romain bascule dans la nouvelle religion.</p><p>La domination sassanide</p><p>Un trait� conclu entre Th�odose Ier</p><p>et Ch�hpuhr III (v. 387) disloque le royaume : le prot�g� des Perses h�rite de la Grande Arm�nie, ou Persarm�-</p><p>nie (capitale : Dwin), la plus �tendue et la plus fertile, tandis que le valet des Byzantins, Arsace IV, se lotit dans la r�gion euphrat�sienne. Partage gros de cons�quences, mais qui pr�servera la majeure partie du pays de l�annexion-nisme religieux byzantin. �v�ne-</p><p>ment capital, vers 405, Mesroh (ou Machtotz) invente l�alphabet arm�nien, qui affranchit les lettr�s de l�emploi du syriaque, du grec ou du pahlavi, et traduit avec ses disciples l��criture et les tr�sors de la litt�rature syriaque et grecque. Acquise � la veille d�une violente campagne d�iranisation culturelle et de mazd�isation religieuse, l�autonomie linguistique assure aux Arm�niens la sauvegarde de leur ethnie et de leur foi. En effet, vers 428, les f�odaux ha�-</p><p>kans, les nakharars, d�posent le dernier roi arsacide et confient leurs destin�es aux Sassanides : ceux-ci respectent le syst�me f�odal, mais entreprennent de convertir leurs nouveaux sujets � la religion de Zarathoustra. Si les nakharars placent leur loyalisme politique au-dessus de leur foi chr�tienne, le peuple, soutenu par le clerg� et quelques seigneurs, se soul�ve. Les Perses ripostent en envahissant le pays en 451 et en d�-</p><p>clenchant une f�roce r�pression, mais sans d�courager la r�sistance populaire qui se perp�tue jusqu�� l�obtention d�une �ph�m�re autonomie (485). Au VIe s., l��glise arm�nienne, rompant avec l��glise grecque, rejette les d�finitions dogmatiques du concile de Chalc�doine, adopte un monophysisme mitig� et s��rige en �glise ind�pendante. Les r�voltes de la Persarm�nie se propagent en Arm�nie byzantine en r�action contre une politique de d�sarm�nisation faite d�atteintes au syst�me f�odal ou � l�autonomie spirituelle, et de transferts de population en Cappadoce ou en Thrace. Sous l��nergique impulsion de l�empereur Maurice</p><p>(582-602), les Byzantins reprennent la guerre contre les Perses, et la paix de 591 aboutit � une nouvelle partition : la ligne de d�marcation descend de Tiflis au nord � Dara au sud, en passant par Dwin et le lac d�Ourmia. Une nouvelle occupation par les Sassanides est bris�e par l�empereur H�raclius (610-641), qui r�tablit la fronti�re de 591.</p><p>Le joug arabe</p><p>L�expansion de l�isl&#x101;m au VIIe s. modifie profond�ment les destin�es du peuple arm�nien : les deux si�cles de domination, omeyyade d�abord, �abb&#x101;sside ensuite, constitueront une p�riode d�invasions continuelles, Arabes et Byzantins se livrant sur son sol une guerre sans merci, aggrav�e par les rivalit�s f�odales et les rezzous des Turcs Khazars.</p><p>La pression arabe se limite au d�but � des razzias annuelles (sac de Dwin en 642) et n��branle pas l�h�g�monie byzantine, mais la politique despotique des basileis finit par exacerber les nakharars, qui se jettent dans les bras des Arabes. Ceux-ci prennent le pays sous leur protection (654) et jouent de la rivalit� entre les grandes familles f�odales (Mamikonian, Bagratouni, Ardzrouni, Rechtouni) par une habile alternance d�honneurs et de disgr�ces.</p><p>Le r�gime du cimeterre s�av�re bient�t aussi exasp�rant que celui des Grecs : atrocit�s, pillages, ex�cutions massives sanctionnent chaque mouvement de r�sistance et toute collusion avec les Byzantins. N�anmoins, la politique des Omeyyades* m�nage en g�n�ral l�autonomie locale.</p><p>Avec l�av�nement des �Abb&#x101;ssides*</p><p>� la t�te du monde arabe (750), la situation empire : au despotisme mitig� des Omeyyades succ�de une administration directe et oppressive, qui, tout en maintenant un commandement militaire arm�nien, se signale par une fiscalit� �crasante, appuy�e sur un appareil de supplices et de pers�cutions. D�o� une �migration massive en terre byzantine, des insurrections sanglantes, une gu�rilla incessante, mais compromise par la division des nakharars. L�affaiblissement du pouvoir arabe au d�but du IXe s. favorise l�ascension des Bagratides, qui contr�lent le nord-ouest de l�Arm�nie. Le mouvement d��mancipation est violemment r�prim� par le calife al-Mutawakkil (847-861), mais sans succ�s durable, les Arabes se trouvant aux prises avec d�autres dangers.</p><p>Nomm� � prince des princes � (v. 862), Achod Bagratouni �tend son autorit� sur toute l�Arm�nie en pratiquant une habile politique matrimoniale et en luttant pour le compte du califat contre les �mirs dissidents, sans laisser de pro-</p><p>tester de son loyalisme envers la cour de Constantinople. Il s�acquiert un tel prestige que ses compatriotes d�cident de restaurer la royaut� en sa faveur.</p><p>La royaut� bagratide</p><p>Le calife al-Mu�tamid, son suzerain, conc�de le titre de roi � Achod, qui re-</p><p>�oit l�onction royale � Bagaran en 885-886. Pour ne pas �tre en reste, l�empereur byzantin Basile Ier, lui-m�me d�ascendance arm�nienne, envoie � son tour une couronne. L�ind�pendance de l�Arm�nie, o� ne subsistent plus que des �lots musulmans (Dwin, Khelath, Manazkert), est r�tablie, et le vieux souverain consacre ses derni�res ann�es (885-890) � assurer l�ordre et la prosp�rit� de son royaume. Mais, aussit�t apr�s sa mort, le d�mon de la discorde reprend les nakharars : le Vaspourakan s��rige aussi en royaume (908), et son prince pr�te main-forte � l��mir d�Azerba�djan pour casser l�essor du royaume rival (914). Ce p�ril accentue le glissement vers Byzance, � qui la dynastie mac�donienne, en r�alit� arm�nienne, donne un nouveau lustre, et Achod II (914-929) fait le voyage de Constantinople pour obtenir l�appui des Grecs, cependant qu�il s�octroie le titre de � roi des rois �</p><p>(922), qui le place au-dessus des roitelets arm�niens suscit�s par les �mirs.</p><p>Sur ces entrefaites, la d�cadence et le morcellement du califat �abb&#x101;sside facilitent la conqu�te de la r�gion euphrat�sienne : elle est arrach�e � la domination arabe par une pl�iade de brillants g�n�raux arm�niens hell�ni-s�s, les Kourkouas, M�lias, Tzimisk�s.</p><p>Si les conflits avec les �mirs voisins ne sont plus redoutables pour un �tat d�fendu par une solide arm�e r�guli�re, la rivalit� des nakharars y entretient un perp�tuel climat de dissensions : apr�s le Vaspourakan, d�autres fiefs sont �ri-g�s en royaume, ceux de Vanand (961), Siounie (970), Tachir (982), qui, par le jeu des apanages, se morcellent � leur tour, d�o� un �miettement territorial et une dispersion des forces nationales particuli�rement inopportuns.</p><p>Sous Nic�phore Phokas et Jean</p><p>Tzimisk�s, Byzance reprend pied en Arm�nie et annexe le district de Taron (968), premier pas vers la perte de l�ind�pendance.</p><p>La domination byzantine Celle-ci r�sulte d�une erreur diplomatique : le curopalate David de Ta�q, qui a pr�t� main-forte au rebelle Bardas Phokas (987-989), tente de se racheter en jurant de l�guer � l�Empire la totalit� de ses �tats, promesse imprudente qui engage tout le destin de la nation.</p><p>En l�an 1000, il meurt empoisonn�, et Basile II annexe imm�diatement le Ta�q, en prenant le Vaspourakan sous sa protection. Le roi de G�orgie ayant envahi le Ta�q, l�empereur byzantin lance deux exp�ditions d�vastatrices (1021-1022) � travers la G�orgie et l�Arm�nie, dont un tiers est incorpor� � l�Empire. Au m�me moment, le prince ardzrounien du Vaspourakan l�gue � son tour son royaume au basileus.</p><p>Intimid�, Jean Sembat, roi d�Arm�nie (1020-1040), l�imite et d�clare faire du basileus son h�ritier (1022).</p><p>� sa mort, Constantinople somme</p><p>son successeur, Gagik II, d�ex�cuter son testament. Comme il s�y refuse, Byzance s�allie avec l��mir de Dwin et certains nakharars dissidents. La remise d�Ani aux Byzantins en 1045</p><p>scelle la ruine de l�ind�pendance.</p><p>Mais ces annexions devaient �tre �ph�m�res. Les Turcs Seldjoukides font leur apparition en 1048 et, durant deux d�cennies, d�vastent presque impun�ment un pays priv� de ses chefs, exil�s en territoire byzantin. Le coup de gr�ce est port� par le sultan turc Alp Arslan : il s�empare d�Ani et de Kars en 1064. En possession du bastion arm�nien, les Turcs provoquent des remous jusqu�au coeur de l�Asie Mineure. Romain Diog�ne essaie de leur barrer la route, mais subit un d�sastre � Mantzikert (auj. Malazgirt) en ao�t 1071 : l�Arm�nie est d�vast�e par les nouveaux conqu�rants, et l�Anatolie sombre dans l�anarchie.</p><p>Le royaume d�Arm�nie-Cilicie</p><p>La chute de l�Arm�nie provoque un exode massif vers les territoires byzantins du Sud-Ouest. Profitant de la d�b�cle grecque, un aventurier arm�-</p><p>nien, Philar�te Vahram (en grec Bra-chamios), se taille une principaut�</p><p>�ph�m�re dans la r�gion euphrat�-</p><p>sienne, et s�empare m�me d�Antioche.</p><p>Un autre �migr�, Roupen, occupe un nid d�aigle du Taurus, Partzerpert, tandis qu�Ochin conquiert Lampron au d�bouch� des Portes Ciliciennes : ils seront les anc�tres des deux dynasties, roup�nienne et h�thoumienne, qui feront la gloire de la nouvelle Arm�nie.</p><p>La premi�re conna�t une ascension rapide. Les successeurs de Roupen s�installent � Vahka, dans l�Anti-Taurus, et contractent des alliances avec les barons de la premi�re croisade. La faiblesse momentan�e de l��tat byzantin permet aux Roup�niens d�annexer presque sans coup f�rir la riche plaine cilicienne, mais quand Jean Comn�ne entreprend de restaurer son autorit� sur la Syrie franque, le petit royaume est incorpor� � l�Empire (1137-1138).</p><p>Thoros II (1145-1169) reprend par downloadModeText.vue.download 367 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>904</p><p>les armes l�h�ritage paternel, mais, en 1159, il doit se reconna�tre le vassal de Manuel Comn�ne. Le d�sastre byzantin de Myriok�phalon (1176) est une aubaine pour les dynastes arm�-</p><p>niens : ils arrondissent leur domaine au d�triment des Grecs et m�me des crois�s. Le r�gne de L�on II, dit le Magnifique (1187-1219), marque</p><p>l�apog�e du jeune �tat : il est couronn� roi � Tarse (6 janv. 1199), et ses mariages avec des princesses franques contribuent � affranchir la Cilicie de l�influence byzantine. Un essai maladroit de francisation entra�ne une r�action des barons arm�niens, qui placent sur le tr�ne un descendant d�Ochin de Lampron, H�thoum Ier (1226-1270), qui n�en continue pas moins une politique r�solument francophile. Pour se pr�munir contre les vis�es annexionnistes des sultans Ayy&#x16B;bides, il fait le voyage de Karakorum (1253-1254) et met son royaume sous la protection des Mongols. Mais ceux-ci sont d�faits par les Mamelouks d��gypte, et le sultan Baybars se venge en d�vastant le pays (1266). La Cilicie sera ensuite progressivement grignot�e, et ses princes pla-ceront tous leurs espoirs dans les rois</p><p>de Chypre. Une clause testamentaire fait passer la couronne h�thoumienne sur la t�te des Lusignans de Nicosie (1342), mais le dynaste Guy est assassin� en 1344. pour avoir voulu imposer � ses sujets la foi romaine. Les barons arm�niens font de nouveau appel � Chypre : L�on VI de Lusignan, couronn� � Sis en 1374, passe son unique ann�e de r�gne � d�fendre sa capitale assi�g�e par les Mamelouks. Sis tombe en leur pouvoir en 1375, et le roi est incarc�r� en �gypte. Lib�r� en 1382, le dernier roi arm�nien finit ses jours � Paris en 1393.</p><p>L�Arm�nie turque et russe</p><p>Au moment o� la Cilicie succombe, la Grande Arm�nie, qui, du XIIe au XIVe s., a connu une relative prosp�rit�, est d�vast�e par les hordes de T&#x12B;m&#x16B;r Lang (1387) et passe ensuite sous le contr�le des princes turkm�nes du Mouton-Noir, puis du Mouton-Blanc. Les sultans ottomans du XVIe s. conqui�rent toute l�Arm�nie, mais, au si�cle suivant, la partie orientale passe au pouvoir des Perses. � l�instigation de son clerg�, le peuple arm�nien cherche aupr�s des puissances occidentales un soulagement � ses malheurs. L�intervention arm�e de Pierre le Grand n�engendre qu�un espoir sans lendemain (1722), et, durant tout le XVIIIe s., les Arm�niens font les frais des guerres entre Perses et Turcs. Le trait� de Turk-mantcha� (1828) accordant aux Russes l�Arm�nie orientale, 150 000 Arm�-</p><p>niens se r�fugient dans les bras du tsar, qui applique bient�t une implacable politique de russification.</p><p>D�s le d�but du XIXe s., les puissances occidentales et la Russie r�clament des r�formes pour les chr�tiens de Turquie, mais les d�crets sign�s par les sultans ne sont pas toujours appliqu�s. Les espoirs entretenus par le trait� de San Stefano (mars 1878) sont vite an�antis : au lieu de l�autonomie souhait�e, le congr�s de Berlin (juill. 1878) n�envisage que de vagues r�formes. Le m�contentement des Arm�niens, entretenu par les Russes, se traduit par la cr�ation de comit�s r�volutionnaires et des soul�vements sporadiques.</p><p>Une dure r�pression se d�clenche</p><p>alors : massacres de Sassoun (1894), ex�cutions massives (1895-1896), carnage d�Adana (1909), extermination syst�matique (1915-1918) entra�nant la mort de plus d�un million de personnes et l�exode massif des survivants. En mai 1918, les Arm�niens transcaucasiens fondent un �tat ind�pendant (9 000 km 2 ; capitale : Erevan). Par le trait� de S�vres (ao�t 1920), les puissances occidentales se prononcent pour la cr�ation d�un foyer national arm�-</p><p>nien et pr�voient la cr�ation d�un �tat arm�nien entre la mer Noire et le sud du lac Van, comprenant les d�partements de Van, Bitlis, etc. Mais ce trait� est consid�r� comme nul par le gouvernement k�maliste. Le 3 d�cembre 1920, l�Arm�nie russe est proclam�e r�publique sovi�tique (29 800 km 3 ; capitale : Erevan). Membre de la F�d�ration transcaucasienne, l�Arm�nie russe devient en 1936 une r�publique f�d�r�e de l�U. R. S. S. quand la Transcaucasie est dissoute. � la suite de la victoire des Turcs sur les Grecs (1922), le trait� de Lausanne consacre le 24 juillet 1923</p><p>les fronti�res actuelles de la Turquie.</p><p>P. G.</p><p>B H. F. Tournebize, Histoire politique et religieuse de l�Arm�nie (Firmin-Didot, 1910). /</p><p>R. Grousset, Histoire de l�Arm�nie des origines � 1071 (Payot, 1948). / H. Pasdermadjian, Histoire de l�Arm�nie (Samuelian, 1949 ; 2e �d., 1965). / J. P. Alem, l�Arm�nie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1959 ; 2e �d., 1962). / V. Kurkdjian, History of Armenia (New York, 1962). /</p><p>M.-L. Chaumont, Recherches sur l�histoire d�Ar-m�nie (Geuthner, 1969). / S. Der Nersessian, The Armeniens (Londres, 1969).</p><p>La litt�rature</p><p>arm�nienne</p><p>Populaire et patriotique en son essence, sans pour cela restreindre le champ de son universalit�, savante et raffin�e par sa forme, la litt�rature arm�nienne est caract�ris�e par une constante illustration du destin historique du peuple tout entier ; c�est dire que la mesure du tragique humain est perceptible dans toutes les oeuvres, qu�elles soient d�inspiration religieuse ou profane.</p><p>De tradition d�abord orale (les</p><p>Chants de Goghten), les lettres arm�-</p><p>niennes ne prennent leur v�ritable essor qu�avec l�invention par le moine Machtotz (Mesrob), vers 405-407 de notre �re, de l�alphabet national. Aussit�t, une floraison de traductions des livres sacr�s, � commencer par la Bible, et des ouvrages de penseurs grecs vient constituer le fondement m�me sur lequel se d�veloppera une abondante litt�rature qui embrasse les genres les plus vari�s : trait�s religieux avec Eznik Koghbatzi (Contre les sectes), chroniques et �tudes historiques avec Movs�s Khorenatzi (Histoire de l�Ar-m�nie), biographies et essais apolog�-</p><p>tiques avec Korioun (Vie du bienheureux Mesrob), tous auteurs du Ve s.</p><p>Lieu de contact des civilisations occidentales et orientales, en proie, d�autre part, au cours de sa longue et douloureuse histoire, aux envahisseurs �trangers, l�Arm�nie accueillit � ou subit �, selon les circonstances, les influences byzantine, perse, arabe, tout en sauvegardant l�originalit� de sa culture, dont l�expression litt�raire trouvera son point culminant chez les po�tes du Moyen �ge, tel le grand mystique de l�an 1000, Grigor Narekatsi, plus connu en Europe sous le nom de Gr�goire de Narek, dont le Livre des lamentations est l�un des monuments classiques de la litt�rature mondiale de tous les temps.</p><p>Sans que jamais le christianisme perde tout � fait de son prestige, c�est au XIIe s. que d�but�rent la prose la�que et la po�sie profane. Celle-ci a �t� notamment l�apanage de tr�s nombreux trouv�res, dont la tradition se perp�-</p><p>tue encore chez le peuple. Costantin Erzenkatsi (XIIIe s.), premier po�te de langue vulgaire, Frik (1230-1310), Na-habed Koutchak (XVIe s.) et Sajat-Nova (1712-1795) excellent dans les chants d�amour, les complaintes d��mi-gr�s, les compositions didactiques et all�goriques.</p><p>Au XVIIIe s. et au XIXe s., au milieu des vicissitudes politiques, la litt�rature arm�nienne se maintient � la fois par la transmission orale de po�mes populaires anonymes d�une rare sensibilit� et d�un lyrisme vigoureux, telle l��po-p�e m�di�vale de David de Sassoun, et par les travaux philologiques et scientifiques des p�res m�khitaristes fix�s</p><p>� Venise et � Vienne : Gh. Alishan (1820-1901), G. Avedikian (1750-1827), A. Aidinian (1825-1902).</p><p>En m�me temps, on assiste � une</p><p>v�ritable renaissance culturelle dans les diverses parties g�ographiques de l�Arm�nie m�me. Des po�tes comme Bechiktachlian (1828-1868), Terzian (1840-1909), Tourian (1851-1872), Toumanian (1869-1923), Medzarentz (1886-1908), des romanciers comme Abovian (1804-1872), auteur des</p><p>Plaies de l�Arm�nie, ou Raffi, c�l�bre pour le Fou, Samuel, des journalistes et satiriques comme Baronian (1842-1891), des dramaturges tels que Soun-doukian (1825-1912), auteur de P�po, des pol�mistes comme Nalbandian</p><p>(1829-1866) et des humoristes comme Odian (1869-1926) s�ouvrent � toutes les influences occidentales : romantisme, symbolisme, pr�occupations sociales.</p><p>Les terribles �preuves de la fin du XIXe et du d�but du XXe s. accentuent l�aspect patriotique des lettres arm�-</p><p>niennes, qui deviennent une vraie litt�rature de r�sistance � l�oppression turque et de r�volte contre les massacres � ceux de 1895 et ceux de 1915</p><p>�, o� devaient dispara�tre des po�tes comme Varoujan (le Chant du pain) et Siamanto, ainsi que des romanciers et conteurs comme Zohrab.</p><p>La litt�rature arm�nienne contemporaine, tout en demeurant profond�-</p><p>ment nationale, adopte et adapte � ses particularit�s les divers courants et les recherches qui se manifestent dans la litt�rature mondiale.</p><p>En Arm�nie sovi�tique, des po�tes comme Hagopian (1865-1935), Terian (1885-1920), Isahakian (1875-1957), Tcharentz (1897-1937), des romanciers comme Demirdjian (1877-1956), auteur de Vardanank, Zorian (1890-1967), Mahari (1905-1969), des dramaturges comme Chirvanzad� (1858-1935), inspir�s par la renaissance de leur pays, ont �tabli les bases d�une litt�rature nouvelle qui se d�veloppe aujourd�hui gr�ce � une pl�iade d��crivains tels que Emine (n� en 1918), Chiraz (n� en 1914), Sevak (n� en 1918), S. Kapoutikian (n�e en 1918).</p><p>R. Davoyan (n� en 1940).</p><p>Dans la Diaspora, la tradition des lettres arm�niennes s�est maintenue avec des auteurs comme Tchobanian (1872-1955), Tekeian (1878-1945), Chanth (1870-1951) et survit encore actuellement gr�ce � la pers�v�rance de jeunes �crivains qui continuent, malgr� un public de plus en plus r�duit, downloadModeText.vue.download 368 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>905</p><p>� �crire leurs ouvrages dans la langue de leurs anc�tres.</p><p>L�alphabet</p><p>arm�nien</p><p>Son origine est encore un myst�re, mais l�on s�accorde � reconna�tre qu�il n�est pas le produit �volu� d�un alphabet pr�existant : comme tous les peuples de l�Orient chr�tien, les Arm�niens ont adopt� une �criture � signes graphiques sp�ciaux, d�origine �clectique. La confection de leur alphabet est un produit de � cabinet �, fabriqu� ex abrupto par le moine Machtotz, appel� aussi Mesrob, un ancien fonctionnaire de chancellerie, � la demande du roi Vramchapouh (392-414) et du patriarche Sahak, qu�inqui�tait l�envahissement de la culture mazd�enne. Sur les 36 caract�res, 22 sont inspir�s de mod�les grecs, et quelques-uns des 14 autres de mod�les s�mitiques. Deux lettres suppl�mentaires furent ajout�es vers la fin du XIIe s.</p><p>R. M.</p><p>B A. Tchobanian, les Trouv�res arm�niens (Mercure de France, 1906) ; la Roseraie d�Arm�-</p><p>nie (Leroux, 1918-1929 ; 3 vol.). / H. Thorossian, Histoire de la litt�rature arm�nienne (Libr. des Cinq Continents, 1952). / L. A. Marcel, G. de Narek et l�ancienne po�sie arm�nienne (Cahiers du Sud, 1953). / L. Aragon, � Litt�rature arm�-</p><p>nienne � dans Litt�ratures sovi�tiques (Deno�l, 1956). / Litt�rature arm�nienne, num�ro sp�-</p><p>cial de la revue Europe, f�vrier 1961.</p><p>L�art arm�nien</p><p>chr�tien</p><p>Cet art est n� au IVe s., aux confins des</p><p>mondes romain et iranien, et tire son origine de l�art pal�ochr�tien et de l�art par-tho-sassanide. La part du fonds autochtone (ourarth�en) [v. Anatolie] est difficile � appr�cier.</p><p>L�ARCHITECTURE</p><p>C�est l�expression la plus originale et la plus importante. Tandis que les arts plastiques restent traditionnels, l�architecture �volue tr�s vite et multiplie les innovations.</p><p>y Les �glises sont �videmment les monuments les plus nombreux. Les types en sont tr�s vari�s, mais un certain nombre de caract�res particuliers s�y retrouvent : l�usage de la coupole sur tambour (probablement � cause d�une vision de saint Gr�goire), la simplicit� ext�rieure, la raret� et l��troitesse des portes et des fen�tres (� cause du climat, mais aussi de l�ins�curit� du pays), le cloisonnement int�rieur (indiqu� ext�rieurement par des di�dres verticaux, les niches arm�niennes), le mode de construction par �me de mortier entre deux parements de tuf (la l�g�ret� du ma-t�riau autorisant la couverture de pierre), la vari�t� et la permanence des types.</p><p>Ces types sont les suivants :</p><p>1. les �glises � plan longitudinal d�origine romaine : basilique* � 3 nefs vo�t�es en berceau, basilique � coupole (souvent la coupole a �t� ajout�e) ;</p><p>2. les �glises � plan rayonnant d�origine iranienne, dont il existe deux groupes : a) les t�traconques (coupole sur carr� contre-but� par 4 absides), qui peuvent �tre soit simples, soit � piliers centraux, ou � niches d�angle, ou � niches et chambres lat�rales (type Hripsim�), ou enfin � galerie (type Zvartnots) ; b) la salle � coupole, plan arm�nien par excellence (b�timent rectangulaire, constitu� par 4 bras se joignant sur un carr� central surmont� d�une coupole � tambour ; angles occup�s par des chambres � 1 ou 2 �tages servant d�oratoires) ;</p><p>3. les petites �glises ; tr�s fr�quentes en Arm�nie, ce sont de simples chapelles � une nef, des croix libres, des triconques, des hexagones, des octogones.</p><p>Jusqu�� l�invasion arabe (du IVe au VIIe s.), l�art de b�tir n�a gu�re de particularisme</p><p>r�gional et tous les types se rencontrent d�j�, mais les basiliques disparaissent au Ve s. pour �tre remplac�es par les basiliques � coupole (Mren, 639) et par les t�traconques (Etchmiadzine, 483 ; Sainte-Hripsim�, 618 ; Mastara, 641 ; Zvartnots, v. 650).</p><p>La salle � coupole appara�t au d�but du VIIe s. (Ptghni), les octogones � la fin du m�me si�cle (Irind, Eghvart).</p><p>Dans la p�riode des royaumes arm�-</p><p>niens (IXe-XIe s.), on voit se d�velopper certaines tendances locales, sans qu�on puisse vraiment parler d��coles.</p><p>Dans le royaume d�Ani et dans celui de Tachir, vassal, le plan le plus utilis� est celui de la salle � coupole (Horomos), mais on trouve aussi des basiliques � coupole (cath�drale d�Ani), des hexagones (Saint-Gr�goire d�Abougamrents), des octogones (chapelle du R�dempteur � Ani), des t�traconques (Saint-Gr�goire de Gagik � Ani). Les �difices prennent des proportions plus �lanc�es sous l�impulsion de l�architecte Tiridate. Dans le royaume de Siounie, la princesse Miriam fait �lever de nombreuses �glises de plan triconque ou t�traconque. Le royaume de Kars reste �galement fid�le au plan t�traconque (Saints-Ap�tres de Kars), de m�me que le royaume du Vaspourakan (Aktamar).</p><p>Apr�s l�invasion turque et sous la domination g�orgienne (XIIIe-XIVe s), le plan de la salle � coupole est le plus r�pandu ; les �difices s��l�vent de plus en plus, les parois s�ornent de sculptures d�coratives (Saint-Gr�goire de Tigrane Honents � Ani, 1215). Dans le sud de l�Arm�nie, toujours aux mains des musulmans, les �difices sont plus modestes : chapelles � une nef, mat�-</p><p>riaux plus grossiers.</p><p>y L�architecture monastique s�est d�velopp�e � partir du Xe s. par l�adjonction d�annex�s aux �glises : devant les portes furent �difi�s les jamatouns (narthex vo�-</p><p>t�s de nervures reposant sur des piliers</p><p>[Horomos, 1031]), servant de salles capitulaires et de lieu de s�pulture. Les couvents comprenaient en outre des r�fectoires (Haghartzin, 1248) et des biblioth�ques (Sanahin, 1063) ; les cellules, en torchis, ont disparu.</p><p>y L�architecture civile est moins connue.</p><p>Les palais du VIIe, du Xe et du XIe s. ont disparu ; celui d�Ani (XIIIe s.) est bien conserv�.</p><p>La civilisation urbaine a commenc� t�t, d�s l��poque hell�nistique, et s�est prolong�e jusqu�au bas Moyen �ge ; les fouilles en ont retrouv� les traces, notamment � Dwin, Ani, Lori (rues, maisons, adductions d�eau, bains, huileries, etc.). Le trafic caravanier, surtout florissant au XIIIe s., explique le grand nombre de ponts (Sanahin, 1234), de fontaines (Haghbat, 1258), de caravans�rails (Selim, 1332).</p><p>y L�architecture militaire fut, en raison de l�ins�curit� de leur territoire, un grand souci des princes arm�niens : les villes �taient cern�es de murailles (Ani, Kars, Lori) ; des ch�teaux forts se dressaient aux points strat�giques (Toprakkale, Vagha, Tiknis) ou, comme refuges, dans des sites peu accessibles (Lampron, Partzrapert).</p><p>Ces ch�teaux forts sont nombreux et bien conserv�s en Cilicie (Yilankale, Korikos). Il s�agit souvent d�anciennes citadelles byzantines remani�es (Anavarsa), mais l�influence franque appara�t aussi (Roumkale).</p><p>L�intense activit� architecturale de l�Arm�nie m�di�vale, la richesse de ses innovations ont pu faire penser que son influence avait �t� consid�rable sur l�art byzantin, voire sur l�art roman et l�art gothique. Il y a eu beaucoup d�exag�-</p><p>ration en ce sens, mais il est certain que l�art des Seldjoukides (XIIIe s.) lui doit beaucoup. Apr�s la disparition de la f�odalit� arm�nienne (fin du XIVe s.), l�architecture se limita � des restaurations, puis connut downloadModeText.vue.download 369 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>906</p><p>une certaine renaissance au XVIIe s., sous la domination perse. De nos jours, la ville d�Erevan constitue une int�ressante tentative d�urbanisme.</p><p>LA SCULPTURE</p><p>Elle est peu d�velopp�e, presque toujours d�corative et, en principe, �troitement li�e � l�architecture. Dans l�explication de ce fait, il faut tenir compte du milieu musulman ambiant. Pour rompre la monotonie des fa�ades, les Arm�niens pr�f�rent le jeu des couleurs et des pierres de parement, ainsi que le caract�re hautement d�coratif des inscriptions. Les tympans des �glises furent parfois d�cor�s.</p><p>Les sculptures d�dicatoires repr�sentent soit les donateurs offrant l��glise (Haghbat et Sanahin, fin du Xe s. ; Aktamar, d�but du Xe s. ; Ani, XIe s.), soit simplement le mod�le de l��glise sommant un pignon.</p><p>Les monuments fun�raires �taient d�habitude richement orn�s. Aux VIe-VIIe s., ce sont des st�les de section carr�e reposant sur un socle, orn�es de motifs emprunt�s � l�iconographie syrienne (Vierge � l�Enfant, archanges) ou � l�imagerie arm�nienne (saint Gr�goire et Tiridate, le roi � la t�te de sanglier) [Odzoun, VIe s. ; Talin, VIIe s.].</p><p>Plus tard, ce sont des dalles (hatchkars) sculpt�es de motifs floraux de plus en plus compliqu�s entourant une croix (G�ghart, XIIIe s. ; Noratous, XIIIe-XVIIe s.). La figuration humaine appara�t � partir du XVIe s. (Gnd�-</p><p>vank, Djoulfa).</p><p>Enfin, certaines �glises font exception. La sculpture s��tend sur toutes les fa�ades : Aktamar (921), avec des sc�nes de l�Ancien Testament, des figures de saints, des rinceaux de vignes o� des paysans pourchassent des animaux ; Bghno (935), avec des sc�nes du Nouveau Testament ; Eghvart (1321), avec des sc�nes symboliques encadr�es d�entrelacs ; Saint-Thadd�e (XIXe s.), avec des figures inspir�es d�Aktamar, dans un style perse.</p><p>La sculpture arm�nienne est, malgr� ces exceptions, trop pauvre pour qu�on en puisse d�gager des tendances.</p><p>LA PEINTURE</p><p>Elle a montr� plus d�originalit�. La peinture monumentale �tait assez r�pandue au VIIe s., mais il n�en reste plus que des traces insignifiantes, sauf � Lmbatavank. Ult�rieurement, la peinture, peu en honneur, subit des influences ext�rieures : au Xe s., franque (Tat�v, 910) et arabe (Aktamar, 921) ; au XIIIe s., byzantine, par le truchement des G�orgiens ; (Saint-Gr�goire de Tigrane Honents) ; au XVIIe s., ; occidentale, par les Perses (Nouvelle Djoulfa, Varagavank).</p><p>L�art de la miniature, par contre, a laiss� de nombreux monuments d�une originalit� indiscutable.</p><p>Au VIIe s., l��vang�liaire d�Etchmiadzine s��carte d�j� des mod�les syriens. En d�pit de quelques oeuvres marquantes (�vang�-</p><p>liaire de la reine Mlk�), la p�riode allant du</p><p>Xe au XIIe s. fut peu productive. L��ge d�or de la miniature va du XIIIe au XVe s. Elle prosp�ra surtout en Cilicie, avec Toros Roslin, Sargis Pidzak, chez lesquels l�influence franque n�exclut pas l�originalit�. Elle fleurit �galement en Grande Arm�nie (malgr� les Mongols et les Turcomans), dans les monast�res de Gladzor et du Vaspourakan, o� se constitu�rent de v�ritables �coles.</p><p>Si la peinture arm�nienne a pu exercer une influence sur l�art musulman contemporain, il para�t exclu qu�elle ait eu un retentissement sur la peinture byzantine, notamment en Cappadoce.</p><p>LA MUSIQUE</p><p>Elle a �t� de tout temps un mode d�expression cher aux Arm�niens, en corollaire, semble-t-il, de leur go�t de la po�sie. Elle s�est d�velopp�e dans les milieux populaires et surtout paysans par l�interm�-</p><p>diaire de chanteurs ambulants d�une part, et d�autre part dans les monast�res, dont certains s��taient, d�s le XIIIe s., sp�cialis�s dans l�art musical (Sghmosavank, Varagavank). Cette double tendance folklorique et religieuse s�est prolong�e jusqu�� nos jours. Au XVIIe s., une certaine influence grecque et turque s�est fait sentir, mais des artistes comme Baba Hampartsoum (XVIIIe s.) et Komitas (XXe s.) surent pr�server son originalit�.</p><p>LES ARTS SOMPTUAIRES ET</p><p>LES ARTS MINEURS</p><p>Les arts somptuaires ont �t� d�s le Moyen �ge et jusqu�aux temps modernes une v�-</p><p>ritable industrie aux mains des artisans ar-m�niens. Il ne reste malheureusement que peu de leurs oeuvres (reliquaire de Sk�vra).</p><p>Les arts mineurs ont connu, au XIIIe et au XIVe s., un d�veloppement consid�rable. La c�ramique fabriqu�e � Dwin et � Ani s�inspirait heureusement des types byzantins et perses. Le travail du bois �tait fort en honneur (porte de Mouch, 1136), et des sculpteurs arm�niens travaillaient r�guli�-</p><p>rement dans l�Empire turc.</p><p>J.-M. T.</p><p>&#x25B6; Byzantin (art) / G�orgie / Pal�ochr�tien (art).</p><p>B J. Strzygowski, Die Baukunst der Armenier und Europa (Vienne, 1918 ; 2 vol.). / J. Baltru-</p><p>saitis, �tude sur l�art m�di�val en G�orgie et en Arm�nie (E. Leroux, 1929) ; Architettura medie-vale armena (Rome, 1968). / S. Der Nersessian, Armenia and Byzantine Empire. A Brief Study of Armenien Art and Civilisation (Cambridge, Mass., 1945). / A. Khatcharrian, l�Architecture arm�nienne (Geuthrter, 1949) ; l�Architecture arm�nienne du IVe au VIe s. (Klincksieck, 1971).</p><p>/ L. Dournovo, Miniatures arm�niennes (�d.</p><p>Cercle d�art, 1960). / Revue des �tudes arm�-</p><p>niennes, nouvelle s�rie depuis 1964 (Paris). /</p><p>E. Utudjian, les Monuments arm�niens du IVe au XVIIe s. (Moranc�, 1968).</p><p>Arm�nie</p><p>(r�publique</p><p>socialiste</p><p>sovi�tique d�)</p><p>En russe ARMIANSKA�A S. S. R., r�publique f�d�r�e de l�U. R. S. S., au sud du Caucase ; 29 800 km 2 ; 2 493 000 hab.</p><p>(Arm�niens). Capit. Erevan.</p><p>L�Arm�nie, partie de la � grande r�gion �conomique de Transcaucasie �, est une r�publique originale par sa position g�ographique et sa population. Elle s��tend sur un territoire montagneux et difficilement p�n�trable, ayant v�cu longtemps en marge de l�Union.</p><p>Entre les bassins de la Koura au nord et la vall�e de l�Araxe, qui forme la fronti�re avec la Turquie, s��tend un ensemble de hautes terres (40 p. 100</p><p>au-dessus de 2 000 m) compos� de cha�nes et de plateaux (issus d�une longue s�rie de mouvements tectoniques et de phases d�aplanissement), de c�nes d�origine �ruptive et de coul�es �tendues. Les volcans, aujourd�hui �teints, s��l�vent au-dessus de la vall�e de l�Araxe (le plus �lev�, l�Aragats, d�-</p><p>passe 4 000 m) ; les plateaux de laves descendent jusqu�� 1 000 m d�altitude.</p><p>Les basses terres sont situ�es au nord (vall�es affluentes de la Koura, qui s��largissent dans leur cours inf�rieur) et au sud (bassins de l�Araxe remblay�s de d�p�ts n�og�nes, d�coup�s en collines). Au centre des plateaux, un vaste bassin int�rieur est occup� par le lac Sevan, qui, � 1 900 m d�altitude, s��tend sur 1 400 km 2.</p><p>La situation m�ridionale explique la</p><p>chaleur des �t�s, mais l�altitude impose des hivers longs et rigoureux. M�me � Erevan, les amplitudes annuelles sont tr�s fortes, les moyennes de janvier et d�ao�t �tant respectivement de</p><p>� 3,7 �C et de 24,2 �C. Les bassins montagnards et le fond des vall�es re-</p><p>�oivent moins de 500 mm. Une steppe de sols gris (sieroziom), parsem�e de taches de sols alcalins, fait place en altitude � une pelouse alpine � esp�ces x�rophytiques ; la for�t se localise sur les versants des vall�es septentrionales.</p><p>Presque toutes les cultures exigent un appoint d�eau durant l��t�. La vie de symbiose de pasteurs transhumants reste un des fondements de la vie traditionnelle. La population se r�partit fort in�galement entre montagne et plaine : voisines de z�ro au-dessus de 2 500 m, les densit�s s��l�vent � 60 habitants au kilom�tre carr� de 1 500 � 2 000 m, et d�passent 300 au-dessous de 1 000 m.</p><p>La population de la r�publique comporte un tr�s fort pourcentage d�autochtones (88,6 p. 100). Les Arm�niens gardent tr�s vivants les traits d�une civilisation mill�naire, fond�e sur une langue et une histoire, une litt�rature et un art tr�s riches. En revanche, l��l�-</p><p>ment russe est un des plus faibles de toutes les r�publiques (2,7 p. 100), le reste des habitants se composant d�Azerba�djanais (5,9 p. 100) et de tribus kurdes (1,4 p. 100). Cette population, d�cim�e par les guerres et les massacres au si�cle dernier, r�duite par un fort mouvement d��migration, s�est accrue tr�s rapidement, passant de 162 000 en 1831 � plus de 2 millions actuellement. Tout en diminuant, les exc�dents naturels restent �lev�s, en raison de la forte natalit� : 23 p. 1 000.</p><p>Le d�veloppement �conomique date de la Seconde Guerre mondiale et repose sur plusieurs facteurs. Le d�senclavement a �t� obtenu par le perce-ment de deux voies ferr�es, unissant Erevan � Tbilissi et � Bakou ; deux gazoducs apportent l��nergie des bassins transcaucasiens aux centres industriels ; l�am�lioration du r�seau routier a consid�rablement activ� les �changes.</p><p>L�exploitation de minerais non ferreux (cuivre, plomb, zinc, molybd�ne) tr�s vari�s, et dont les gisements sont dispers�s, alimente des fonderies et com-</p><p>binats (� Kafan, Alaverdi). L�emploi d�une abondante main-d�oeuvre jeune a permis la modernisation d�industries traditionnelles (transformation des produits agricoles et textiles), mais surtout l�implantation de grosses entreprises (m�canique � Leninakan et � Erevan, o� s�est fond� un combinat automobile ; chimie � partir du gaz naturel</p><p>[caoutchouc synth�tique et pneumatiques � Erevan]).</p><p>C�est le long du grand tronc ferroviaire d�Alaverdi � Erevan que s��chelonnent les implantations les plus r�-</p><p>centes. L�irrigation, enfin, a permis le d�veloppement de la production agricole. Les eaux du lac Sevan s��coulant par le Razdan sont utilis�es en vue de la production d�hydro-�lectricit� et de l�irrigation du bassin d�Erevan. Kolk-downloadModeText.vue.download 370 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>907</p><p>hozes et surtout sovkhozes sp�cialis�s s��tendent sur les collines et les terrasses. Le coton est demeur� longtemps une monoculture dans la plaine ; le tabac est cultiv� dans presque toutes les vall�es de la r�gion volcanique et autour du Sevan ; la betterave � sucre s��tend � l�ouest, les vergers couvrent les pentes, des coop�ratives vinicoles exploitent un beau vignoble, dont les produits de qualit� (450 000 hl par an) sont en majeure partie export�s dans l�Union, notamment en Russie.</p><p>La concentration des moyens de</p><p>production a entra�n� la descente de la population dans les grandes villes : Erevan rassemble d�j� plus du quart de la population de la r�publique, dont l�avenir tient au d�veloppement des productions de qualit� et aux possibilit�s touristiques qu�offrent les sites et les monuments.</p><p>A. B.</p><p>&#x25B6; Erevan.</p><p>B Armenia (en russe, Moscou, 1966).</p><p>Armstrong (Louis)</p><p>Trompettiste, chanteur et chef d�orchestre am�ricain (La Nouvelle-Or-l�ans 1900 - New York 1971).</p><p>Lorsque Louis Armstrong quitte La Nouvelle-Orl�ans en 1922 pour tenir � Chicago le poste de second trompette dans le Creole Jazz Band de King Oliver, il n�est encore qu�une jeune c�l�-</p><p>brit� locale qui va, comme beaucoup de ses fr�res de race, tenter sa chance dans le nord des �tats-Unis. Vedette, en Louisiane, des orchestres de Kid Ory, Fate Marable et Tom Anderson, qui jouent dans les rues, les bals ou sur les riverboats, Louis Armstrong s�adapte, dans la � cit� des vents �, aux formes d�un jazz qui affirme sa vitalit� et sa popularit� naissante au Lincoln Garden et au Dreamland, et qui, de plus, b�n�ficie de l�invention toute r�cente du phonographe. Si au sein du groupe d�Oliver sa personnalit� est encore soumise aux lois du style collectif (Dippermouth Blues, 1923), il brisera ce cadre en cr�ant son quintette : le Hot Five. Le trilogue m�lodique �</p><p>avec Kid Ory au trombone et Johnny Dodds � la clarinette � illustre toujours avec fid�lit� l�art de la polyphonie spontan�e, mais une part de plus en plus importante est accord�e aux solos (Muskrat Ramble, 1926). Improvisateur g�n�reux, dou� d�une sonorit� qui a l��clat de l�or, inventeur de para-phrases g�niales, �galement chanteur, ce qui accro�t son pouvoir de communication, Louis Armstrong enthousiasme et �meut les foules. Sa force physique, son sourire et son accent symbolisent la sant� d�une race qui, � peine lib�r�e des ann�es d�esclavage, d�couvre un idiome musical en train de conqu�rir les �tats-Unis avant de d�ferler sur le monde. Les enregistrements de 1928</p><p>avec le pianiste Earl Hines accentuent cette tendance. C�est d�sormais autour de lui que l�oeuvre s�organise, les ins-trumentistes qui l�entourent �tant mis � son service � par le biais de l��criture � depuis l�apparition de l�arrangement (Tight like this, 1928).</p><p>Durant les ann�es 30, apr�s une premi�re exp�rience en grand orchestre aupr�s de Fletcher Henderson en 1924, il sera souvent accompagn� par des</p><p>formations num�riquement plus importantes, en particulier celles de Carroll Dickerson, Luis Russell, Chick Webb, Jimmy Dorsey et Les Hite. Ainsi, il se d�gage de la formule n�o-orl�anaise �</p><p>qui va conna�tre une �clipse de quelque dix ans �, il �tend son r�pertoire aux succ�s du moment (Peanut Vendor, 1930 ; la Cucaracha, 1935 ; etc.), et r�ussit � exploiter sa virtuosit� dans l�aigu (Tiger Rag, 1930 ; Shine, 1931) tout en se maintenant au plus haut niveau de cr�ation musicale (Maho-gany Hall Stomp, 1932 ; On the Sunny Side of the Street, 1937). En quelques ann�es, il s�impose comme le � roi du jazz �.</p><p>Le musicologue admire alors</p><p>l�inventeur d�une nouvelle forme d�expression sonore ; le curieux est transport� par des notes �tincelantes accroch�es aux cimes de la tessiture (la conformation particuli�re de ses l�vres l�a fait surnommer Satchmo, contraction de Satchelmouth : litt�ralement, bouche en forme de sac) ; pour l�homme de la rue, il est celui qui, avec sa voix rauque, �mouvante et parfois triviale, sait, sans s�abaisser, se mettre au niveau de tous les publics. Enregistrements, concerts, festivals, passages dans les music-halls et les cabarets, nombreuses apparitions dans des films consacrent sa gloire, et, lorsqu�il d�-</p><p>cide, en 1947, de revenir � pour la sc�ne � � la formule instrumentale du Hot Five, c�est parce qu�il pr�f�re s�as-downloadModeText.vue.download 371 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>908</p><p>socier au courant r�actionnaire du New Orleans Revival, plut�t que de suivre l��volution du jazz devenue contraire � ses tendances profondes.</p><p>Autour de lui, il rassemble notamment le trombone Jack Teagarden, puis Trummy Young et Tyree Glenn, le clarinettiste Barney Bigard, puis Edmund Hall, le pianiste Earl Hines, puis Billy Kyle, et, au d�but, le bat-teur Sidney Catlett, puis Cozy Cole.</p><p>Cet � Ail-Stars � interpr�te surtout des th�mes traditionnels (Armstrong plays W. C. Handy, 1954 ; Satch plays Fats</p><p>Waller, 1955 ; Satchmo Autobiogra-phy, 1957), mais cela n�emp�che pas Louis Armstrong de jouer et de chanter dans des contextes plus divers. Avec des orchestres de studio, il explore toujours le r�pertoire de la chanson populaire (Blueberry Hill, 1949 ; la Vie en rose, 1950 ; Ramona, 1953 ; Sko-kiaan, 1954), tandis qu�� l�occasion il se m�le � des rencontres allant de l�interpr�tation de Saint Louis Blues, dirig�e par Leonard Bernstein (1956), � celle de Porgy and Bess, en compagnie d�Ella Fitzgerald (1957), en passant par des associations pour le disque ou le cin�ma avec Billie Holiday (1946), Frank Sinatra (1956), Dany Kaye</p><p>(1948 et 1959), Bing Crosby (1951), Duke Ellington (1961), Dave Brubeck (1961), Sammy Davis Jr. (1966), Bar-bra Streisand (1968).</p><p>Ainsi son style, profond�ment</p><p>impr�gn� par le jazz de La Nouvelle-Orl�ans, s�est �lev�, au-dessus des modes et des formes, � une dimension universelle. � la trompette, son attaque pr�cise, son vibrato poignant, son rubato surprenant, ses notes alt�-</p><p>r�es, ses d�coupages rigoureux, son swing incessant subliment les th�mes de toute sorte qu�il emprunte, tandis que sa voix chaude et �raill�e caresse et brise les paroles parfois banales des textes, paroles qu�il remplace parfois par des onomatop�es syncop�es (style scat). Son originalit� et son importance sont telles qu�on ne peut le consid�rer seulement comme un chef d��cole. S�il n�a eu que peu d�imitateurs de valeur (Jabbo Smith, Henry Allen, etc.), ce</p><p>sont en fait tous les improvisateurs du jazz d�avant 1945 � et quel que soit leur instrument � qui lui doivent une part de leur style.</p><p>F. T.</p><p>B L. Armstrong, Swing that Music (New York, 1936) ; Satchmo, my Life in New Orleans (Englewood Cliffs, New Jersey, 1952 ; trad. fr.</p><p>Ma Nouvelle-Orl�ans, Julliard, 1952). / R. Gof-fin, Louis Armstrong, le roi du jazz (Seghers, 1947). / A. J. McCarthy, Louis Armstrong (Londres, 1960). / H. Panassi�, Louis Armstrong (Nouv. �d. latines, 1969). / M. Boujut (sous la dir. de). Pour Armstrong, num�ro sp�cial de Jazz magazine (1975).</p><p>armure</p><p>Ensemble de pi�ces m�talliques qui devait mettre � l�abri des coups la t�te et le corps du combattant.</p><p>Les pi�ces d�armure le plus utilis�es ont �t� le casque, le bouclier et la cuirasse, mais il a exist� des �quipements pour prot�ger chacune des parties du corps. Des armures le recouvrant de</p><p>� pied en cap � ont �t� port�es sur les champs de bataille des XVe et XVIe s. ; d�autres sont rest�es des harnois de tournoi, de parade et enfin de mus�e.</p><p>� l�origine, certaines pi�ces d�armure (boucliers �gyptiens, cuirasses romaines) �taient en cuir renforc� d�une armature m�tallique. Mais, au fur et � mesure que le travail du fer s�est perfectionn�, son emploi s�est g�n�ralis� : les Wisigoths ont utilis� de longues tuniques (ou cottes) faites de plaquettes ou de mailles m�talliques.</p><p>Appel�es macl�es, elles �taient endoss�es par-dessus la broigne, long v�tement de cuir port� par les guerriers du IVe au VIIIe s. apr. J.-C. Les croisades ont r�v�l� aux Occidentaux l�int�r�t de re-v�tir des cottes de mailles � la mani�re</p><p>orientale. La chevalerie a port� ainsi du XIe au XIVe s. le haubert, sorte de gan-doura arabe recouverte d�un entrelacs de fines mailles de fer.</p><p>� partir du moment o�, avec l�arc et surtout l�arbal�te, des proc�d�s m�caniques ont donn� aux projectiles une force de p�n�tration tr�s sup�rieure � celle qu�obtenait le bras de l�homme, il fallut rechercher non plus � amortir mais � d�vier les coups. Ce fut le r�le des larges plaques de forme ovo�de qui, � partir du XIIIe s., vont recouvrir le corps des combattants d��lite (chevaliers) dans leur mission de choc.</p><p>Bient�t les fabriques d�armures en plates vont prendre une importance telle que certains sp�cialistes acquer-ront par l� une r�putation d�passant les fronti�res. Au XVe et au XVIe s., les chevaliers commandaient leurs armures chez les � bons faiseurs � d�Augsbourg, d�Innsbruck ou de Tol�de. On en fait venir aussi de Milan et de Bres-cia, car les armaioli italiens sont r�pu-t�s. Les Plattner allemands d�tiennent cependant le privil�ge de ces armures enti�res, dont les mus�es d�outre-Rhin conservent aujourd�hui tant de mod�les. En Angleterre, l�armurerie royale se trouvait � Greenwich. En France, l�armurier Antoine de Cau-mont vendait � Abbeville en 1566, pour 45 �cus d�or, une armure compl�te dont l��quipement de t�te, pr�cisait-il, �tait � � l��preuve de la pistole �.</p><p>Ce qui n�emp�cha pas l�un des acqu�-</p><p>reurs, Jacques de Belleval, d��tre tu� l�ann�e suivante � la bataille de Saint-Denis d�une balle � travers � la vue de l�armet � (fente de vis�e du casque en forme de heaume).</p><p>La g�n�ralisation des armes � feu devait mettre un terme � l�emploi de ces armures, qui entravaient terriblement la mobilit� des combattants en leur offrant finalement bien peu de protection.</p><p>D�j�, en 1559, apr�s que le roi Henri II eut �t� tu� en tournoi malgr� son armure, il �tait admis que ces lourds �quipements �taient � proscrire des champs de bataille. Quelques pi�ces downloadModeText.vue.download 372 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>909</p><p>ont cependant longtemps surv�cu ; tels le casque, encore port� dans toutes les arm�es, la cuirasse, qui ne disparut qu�avec la Premi�re Guerre mondiale, le bouclier collant au corps, dont est d�riv� l�actuel gilet pare-balles.</p><p>Les XVIIe et XVIIIe si�cles ont pourtant fait survivre des armures compl�tes, parfois fort riches en ciselures et en gravures. Il convient toutefois de ne voir l� que des tenues de parade, dans lesquelles les int�ress�s n�ont probablement jamais p�n�tr� : ainsi en est-il de l�armure de Louis XIV, des cuirasses du mar�chal de Saxe, etc. En fait, ces armures n��taient utilis�es que pour faire poser un grand personnage devant un portraitiste, et elles n�ont plus place aujourd�hui que dans les riches collections des grands mus�es militaires : mus�es de l�Arm�e � Paris, de la Tour de Londres, Armeria de Madrid et de Turin, etc.</p><p>On notera qu�au XVe et au XVIe s. les chevaux d�armes eux-m�mes �taient recouverts d�armures (bardes de poi-trail et de croupi�re) pour le combat.</p><p>Quelques chiffres, enfin, permettent d�imaginer la dangereuse lourdeur qui fit condamner l�armure individuelle : celle de Charles Quint pesait 56 kg, et celle de son cheval 58 kg. L�armure d�un chevalier atteignait couramment 30 kg. De nos jours, c�est aux armures collectives qu�il est fait appel, comme l�avait pr�vu d�j� L�onard de Vinci dans ses fameux dessins du char couvert et arm�, dans lequel un groupe de combattants devait agir � la mani�re des ardents chevaliers, � arm�s de pied en cap et bien bard�s pour le combat �.</p><p>J. de L.</p><p>&#x25B6; Blind� / Cavalerie.</p><p>Arnauld (les)</p><p>F JANS�NISME.</p><p>Arnolfo di Cambio</p><p>Sculpteur et architecte italien (Colle di Val d�Elsa v. 1245 - Florence 1302).</p><p>Dans l�atelier relativement nombreux de Nicola* Pisano, deux personnalit�s de premier plan semblent s��tre tr�s t�t affirm�es : Giovanni, le propre fils du ma�tre, et Arnolfo di Cambio.</p><p>Ce dernier, principal collaborateur de Nicola dans l�ex�cution de la chaire de la cath�drale de Sienne, quitte l�atelier en 1267-1268 ; il travaille en 1276-1277 dans la r�gion romaine pour la cour pontificale, puis pour Charles d�Anjou, roi de Naples et fr�re de Saint Louis. Sans perdre contact avec sa client�le du haut clerg� romain, il re�oit la commande d�une fontaine pour P�rouse (1277), et surtout obtient en 1296 la charge de ma�tre d�oeuvre (capomastro) du d�me de Florence.</p><p>La part exacte qui revient � Arnolfo dans les oeuvres ex�cut�es par Nicola Pisano et son atelier avant 1268 a �t� diversement appr�ci�e : en ce qui concerne l�� Arca � de Saint-Dominique � Bologne, on s�accorde en g�n�-</p><p>ral � reconna�tre sa main dans le Miracle de la r�surrection de Napol�on Orsini, l�un des six �pisodes figur�s sur le sarcophage, et plus s�rement encore dans les deux groupes de trois acolytes qui servaient de supports � la partie centrale du monument (mus�e du Bar-gello, Florence, et mus�e de Boston).</p><p>� la chaire de la cath�drale de Sienne, il est plus difficile de d�terminer sa contribution.</p><p>La partie la mieux connue de son oeuvre est certainement la suite de ses grands monuments fun�raires qui, fondant admirablement architecture et sculpture, cr��rent un type nouveau de s�pulture, repris notamment par le sculpteur Tino da Camaino (v. 1285-1337). Ces monuments sont assez bien dat�s : tombeau du cardinal Annibaldi (1276) � Saint-Jean-de-Latran, dont il reste une admirable frise repr�sentant la procession liturgique des fun�railles ; tombeau d�Adrien V � San Francesco de Viterbe, sensiblement contemporain ; tombeau du cardinal de Braye � San Domenico d�Orvieto (1282)...</p><p>Son activit� romaine, autant que celle d�un sculpteur (Nativit� de Santa Maria Maggiore, statue de bronze de saint Pierre � Saint-Pierre du Vatican), est d�ailleurs celle d�un architecte, comme</p><p>en t�moignent le ciborium de San Paolo fuori le Mura (v. 1285), celui de Santa Cecilia in Trastevere (1293) et surtout les am�nagements, en partie disparus, de Santa Maria in Aracoeli, d�o� provient la c�l�bre statue de Charles* d�Anjou (mus�e du Capitole).</p><p>Peut-�tre aurait-il donn� son plus grand chef-d�oeuvre au d�me de Florence. On lui doit le projet initial du chevet � coupole et la partie inf�rieure de la fa�ade, d�truite � la fin du XVIe s., mais dont les fragments sculpt�s dispers�s entre le mus�e de l�Opera del Duomo, le mus�e de Berlin et diverses collections priv�es suffiraient � sa gloire.</p><p>De sa formation, Arnolfo garda</p><p>le sens de la majest� des volumes et une admiration pour l�art antique qui pourra aller jusqu�au pastiche (Vierge de la tombe du cardinal de Braye).</p><p>Toutefois, il joua surtout un r�le dans l��volution de l�art italien par la facilit� avec laquelle il assimila les d�couvertes du gothique nordique. � la tension dramatique de Giovanni Pisano et aux formes pleines mais statiques de Tino da Camaino, il oppose des figures �l�gantes, o� le drap� aux plis cass�s, nettement transalpin dans son inspiration, contraste avec le classicisme des visages, tr�s �loign�s des joliesses de l�art fran�ais contemporain. De m�me, en mati�re d�architecture, n�h�site-t-il pas � habiller parfois des �dicules purement gothiques dans leur dessin d�un</p><p>pr�cieux rev�tement de mosa�ques</p><p>� cosmatesques � (dans la mani�re des Cosma, ornemanistes romains des XIIe et XIIIe s.). Connut-il directement l�art fran�ais ? On ne sait, mais ses liens avec les Angevins de Naples suffisent peut-�tre � expliquer qu�Arnolfo soit l�un des plus grands repr�sentants du gothique italien, dont l�existence m�me fut parfois mise en doute.</p><p>J. R. G.</p><p>B V. Mariani, Arnolfo di Cambio (Rome, 1943).</p><p>downloadModeText.vue.download 373 sur 561</p><p>downloadModeText.vue.download 374 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>911</p><p>aromatiques</p><p>(hydrocarbures)</p><p>Compos�s dont la mol�cule renferme au moins une fois l�arrangement hexagonal qui caract�rise le benz�ne.</p><p>Plusieurs parfums naturels, parmi les premiers identifi�s, s��taient r�v�-</p><p>l�s comme des d�riv�s d�un hydrocarbure C6H6, le benz�ne, constituant du goudron de houille. C�est l� l�origine de l�adjectif � aromatique �, peu � peu �tendu � toutes les substances, odorantes ou non.</p><p>Benz�ne</p><p>Le benz�ne est un liquide bouillant �</p><p>80 �C, se solidifiant � 4,5 �C, extrait � la fois du gaz (d�benzolage) et du goudron de houille. Il constitue, en partie, certains p�troles (Born�o), et plusieurs synth�ses en ont �t� faites : polym�-</p><p>risation de l�ac�tyl�ne � 600 �C (Ber-thelot), d�shydrog�nation cyclisante de l�hexane du p�trole. Ces synth�ses ne sont pas encore comp�titives.</p><p>Le nom du benz�ne d�rive de celui du baume de benjoin, dont l�hydrolyse lib�re l�� acide benzo�que �, lequel, vers 300 �C, en pr�sence de chaux, se d�compose en benz�ne et carbonate de calcium.</p><p>Le benz�ne est tr�s r�fringent et tr�s dispersif. � peu pr�s insoluble dans l�eau, il est miscible en toutes proportions � l��thanol absolu. C�est un solvant des huiles et des graisses, de nombreux compos�s organiques pas trop riches en oxyg�ne ou en azote, de l�iode, du chlorure ferrique. Par contre, les sels min�raux alcalins y sont rigoureusement insolubles.</p><p>Il est caract�ris� par une forte bande d�absorption vers 2 100 � en ultraviolet, par une bande intense � 1 600 cm� 1</p><p>en infrarouge, et par une bande tr�s forte � 1 000 cm� 1 en spectrographie</p><p>Raman.</p><p>Sa combustion</p><p>(C6H6 + 15/2 O2 # 6 CO2 + 3 H2O + 815 ki-localories)</p><p>est tr�s exothermique. Poss�dant �galement un � indice d�octane � �lev�, il est un excellent carburant, mais il convient de l�additionner d�alcool absolu afin d��viter sa cong�lation dans le carburateur.</p><p>La formule du benz�ne a �t� tr�s discut�e. Kekule, le premier, a propos� une formule hexagonale, comprenant 3 doubles liaisons afin de respecter la quadrivalence du carbone, soit : C��tait alors une hypoth�se hardie, qui n�a pu �tre v�rifi�e que plus tard, en identifiant le cyclohexane provenant de l�hydrog�nation du benz�ne avec le carbure r�sultant de l�action du zinc sur le dibromure</p><p>CH2Br�(CH2)4�CH2Br.</p><p>Mais la formule de Kekule r�sistait mal � certaines critiques ; on conna�t un seul d�riv� � ortho � bisubstitu� du benz�ne, alors que la formule de Kekule en pr�voit deux, soit :</p><p>Thiele proposa le sch�ma � � va-</p><p>lences partielles � (I) [les hydrog�nes et les carbones ne sont pas repr�sent�s], dans lequel les tirets ponctu�s repr�-</p><p>sentent une demi-liaison, qui �limine cette critique ; mais la question n�a pu �tre r�solue que par la th�orie quanto-m�canique de la valence ; on arrive � la structure m�som�re (II), qui ne diff�re de celle de Thiele qu�en ce que les liaisons pointill�es de l�hexagone re-pr�sentent un peu moins d�un �lectron, le d�ficit cr�ant, sur chaque atome de carbone, une fraction de valence libre repr�sent�e par des tirets ponctu�s. On condense g�n�ralement le sch�ma II en le sch�ma III, que nous adopterons par la suite, ce sch�ma impliquant les 6 atomes de carbone et les 6 atomes d�hydrog�ne.</p><p>Le benz�ne est faiblement non</p><p>satur�, il ne peut �tre hydrog�n� que par voie catalytique (Ni ou Pt), et l�on passe au cyclohexane C6H12 sans arr�t possible � C6H8 ou C6H10. De m�me, en pr�sence de lumi�re, le chlore s�additionne en bloc, conduisant � C6H6Cl16</p><p>(hexachlorocyclohexane) ; il se fait un m�lange de diast�r�oisom�res, dont l�un, le � gammexane � est un puissant insecticide.</p><p>Quelques rares autres additions</p><p>ont �t� observ�es, mais le benz�ne subit surtout des substitutions. En pr�sence de chlorure d�aluminium, le chlore se substitue progressivement aux 6 atomes d�hydrog�ne, d�o� C6H5Cl, puis un m�lange d�isom�res C6H4Cl2, C6H3Cl3, C6H2Cl4, enfin un d�riv� pentachlor� C6HCl5 et un d�riv� hexachlor� C6Cl6. Avec le brome, on n�observe gu�re que la mono- et la bisubstitution ; avec l�iode la mono-substitution est d�j� r�versible.</p><p>L�acide nitrique fumant nitre une fois � froid, d�o� le nitrobenz�ne C6H5NO2 ; vers 30 �C, il se forme le dinitroben-z�ne C6H4(NO2)2, et, tr�s p�niblement, le trinitrobenz�ne C6H3(NO2)3. L�acide sulfurique n�attaque, � froid, que s�il est fumant ; tr�s concentr� et ti�de, il</p><p>renouvelle la substitution deux fois, d�o� les acides sulfoniques C6H5SO3H, C6H4(SO3H)2, C6H3(SO3H)3.</p><p>Une r�action tr�s importante est la r�action de Friedel et Crafts : en pr�sence de chlorure d�aluminium, les �thers halohydriques RX</p><p>et les chlorures d�acides R�COCl conduisent respectivement aux homologues C6H5�R ou aux c�tones C6H5�</p><p>CO�R ; dans le premier cas, la substitution se renouvelle facilement.</p><p>En pr�sence de fluorure de bore</p><p>BF3, les carbures �thyl�niques</p><p>s�additionnent :</p><p>C6H6 + CH3�CH=CH2 # C6H5�</p><p>CH(CH3)2 (cum�ne).</p><p>La chloration se renouvelle en</p><p>grande majorit� en � ortho � et en</p><p>� para � ; le dichlorobenz�ne est surtout constitu� du m�lange</p><p>Par contre, la nitration se renouvelle presque exclusivement en � m�ta �, puis en 1-3-5 :</p><p>La sulfonation ainsi que la r�action de Friedel et Crafts sont plus ou moins r�versibles, de sorte que les r�sultats d�pendent du temps de contact.</p><p>En principe, la sulfonation s�oriente comme la nitration (� m�ta �, puis 1-3-5). La dim�thylation d�bute probablement en majorit� en � ortho � et en � para �, mais, du fait de la r�versi-bilit� et d�une plus grande stabilit� du m�taxyl�ne C6H4(CH3)2, elle conduit g�n�ralement � une majorit� de ce xyl�ne.</p><p>Le benz�ne r�siste �nergiquement</p><p>aux oxydants courants (KMnO4, CrO3, HNO3 dilu� et bouillant). Mais l�ozone concentr� le transforme en un triozo-nide hydrolys� en</p><p>3 H2O2 + 3 O=CH�CHO (glyoxal).</p><p>August Kekule</p><p>von Stradonitz</p><p>Chimiste allemand (Darmstadt 1829 -</p><p>Bonn 1896). C�est lui qui a le premier l�id�e d�employer des formules d�velopp�es en chimie organique, pour repr�senter la disposition des atomes dans la mol�cule. En 1857, il cr�e la th�orie de la quadrivalence du carbone ; il fait, en 1862, l�hypoth�se des liaisons multiples ; il �tablit en 1865</p><p>la formule hexagonale du benz�ne et en 1867 la repr�sentation t�tra�drique du m�thane.</p><p>Homologues</p><p>du benz�ne</p><p>Du goudron de houille, on extrait de nombreux homologues du benz�ne : C6H5�R, C6H4(R)(R&#x2032;), etc. Le plus simple est le tolu�ne C6H5�CH3 dont downloadModeText.vue.download 375 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>la formule est �tablie par la r�action de Friedel et Crafts :</p><p>C6H5H + CH3Br # HBr + C6H5�CH3,</p><p>ou par la r�action de Fittig :</p><p>C6H5Br + 2 Na + CH3I # NaBr + NaI</p><p>+ C6H5�CH3.</p><p>C�est un liquide bouillant � 110 �C, mais cristallisant difficilement, ce qui l�a fait employer comme corps thermom�trique ; c�est, comme le benz�ne, un bon solvant. En dehors de l�hydrog�nation catalytique, qui conduit au m�thyl-cyclohexane, il ne pr�sente gu�re de r�actions d�addition sur le noyau ; en effet, le chlore, en pr�sence de lumi�re, se substitue sur le groupe CH3, conduisant successivement � C6H5�CH2Cl2</p><p>(chlorure de benzyle), C6H5�CHCl2</p><p>(chlorure de benzylid�ne), C6H5�CCl3</p><p>(ph�nyl-chloroforme). Par contre, les r�actions de substitution envisag�es sur</p><p>le benz�ne sont plus faciles que sur ce dernier. Le chlore en pr�sence d�AlCl3</p><p>se substitue en � ortho � et en � para �</p><p>du groupe CH3, puis en 2-4-6, et, plus difficilement, aux deux autres positions ; on a successivement (en majorit�)</p><p>� para �, puis en 2-4, enfin en 2-4-6 ; il en est de m�me de la sulfonation.</p><p>Ce qui distingue essentiellement le tolu�ne du benz�ne, c�est une bien moindre r�sistance aux oxydants : KMnO4 ou HNO3 dilu� et bouillant oxydent le groupe CH3 en CO2H,</p><p>menant � l�acide benzo�que C6H5�</p><p>CO2H ; d�autres oxydants conduisent � l�ald�hyde benzo�que C6H5�CHO, d�o� l�int�r�t du tolu�ne en synth�se.</p><p>Les homologues � cha�ne plus longue se pr�parent g�n�ralement synth�tiquement. L�union de l��thyl�ne au benz�ne (BF3) conduit � l��thylbenz�ne C6H5�</p><p>CH2�CH3. Ce carbure ressemble beaucoup au tolu�ne ; le chlore en pr�sence de lumi�re se substitue facilement dans le groupe CH2 ; l�oxydation coupe la cha�ne lat�rale ; il se fait de l�acide benzo�que et du gaz carbonique.</p><p>L�int�r�t de l��thylbenz�ne est sa d�shydrog�nation catalytique en sty-rol�ne C6H5�CH=CH2 ; ce dernier se polym�rise en un verre organique (po-lystyr�ne) et, en m�lange avec le buta-di�ne, en un �lastom�re, le caoutchouc synth�tique GR-S.</p><p>On conna�t de nombreux hydro-</p><p>carbures poss�dant plusieurs noyaux benz�niques ; l�un des plus importants est le triph�nylm�thane (C6H5)3CH, obtenu, en particulier, par r�action 912</p><p>de Friedel et Crafts entre benz�ne et chloroforme CHCl3. L�hydrog�ne</p><p>n�appartenant pas au noyau est tr�s facilement substituable, � la fois par les m�taux alcalins et par les halog�nes ; il s�oxyde facilement en hydroxyle, conduisant au tritanol (C6H5)3COH. De nombreux d�riv�s du tritanol sont des mati�res colorantes (aurines, rosani-lines, phtal�ines).</p><p>Hydrocarbures</p><p>aromatiques �</p><p>noyaux condens�s</p><p>Ces hydrocarbures d�rivent th�oriquement du benz�ne par remplacement de 2 hydrog�nes en � ortho � par la cha�ne</p><p>�CH�CH�CH�CH� (op�ration</p><p>� benzo �) :</p><p>Nous nous limiterons � l�examen de ces deux hydrocarbures, constituants du goudron de houille.</p><p>Le naphtal�ne est un solide fon-</p><p>dant � 80 �C et bouillant � 217 �C. Il rappelle le benz�ne par la facilit� des substitutions, qui d�butent g�n�ralement en &#x3B1; :</p><p>(bromation qui se fait � froid sans catalyseur, nitration, sulfonation) ; ces substitutions se r�p�tent parfois 8 fois (chloration), mais s�arr�tent le plus souvent bien avant ; cependant, la sulfonation � haute temp�-</p><p>rature conduit en majorit� � l�acide naphtal�ne &#x3B2;-sulfonique. Ces d�ri-v�s de substitution sont � la base de colorants, de parfums, de produits pharmaceutiques.</p><p>Mais le naphtal�ne se distingue du benz�ne par une hydrog�nation plus facile : d�j� le sodium en pr�sence d�eau additionne un hydrog�ne en 1 et un autre en 4 ; l�hydrog�nation catalytique conduit d�abord � la t�traline, puis � la d�caline :</p><p>Liquides, la t�traline et la d�caline sont des solvants lourds. Enfin, les oxydants puissants, l�air, en pr�sence de V2O5, oxydent le naphtal�ne en gaz carbonique et acide orthophtalique C6H4(CO2H)2, d�une tr�s grosse importance pratique : colorants, r�sines ther-modurcissables, etc.</p><p>L�anthrac�ne est un solide fondant � 228 �C et ne bouillant qu�� 360 �C : Les sommets 9 et 10 sont fortement</p><p>d�satur�s ; ils fixent de l�hydrog�ne en pr�sence de sodium et d�eau et, � froid, deux atomes d�halog�ne, mais ces additions se traduisent facilement par des substitutions :</p><p>Mais la r�action la plus importante de l�anthrac�ne est son oxydation facile en anthraquinone :</p><p>Pr�par�e de nos jours � partir de l�anhydride phtalique et du benz�ne, l�anthraquinone est le point de d�part d�importants colorants (alizarone).</p><p>downloadModeText.vue.download 376 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>913</p><p>Plusieurs hydrocarbures � noyaux condens�s multiples ont la r�putation d��tre canc�rig�nes, du moins lorsqu�on les applique par frottis sur la peau. On ne peut affirmer qu�ils jouent un r�le dans la prolif�ration du cancer.</p><p>C. P.</p><p>Production des</p><p>aromatiques</p><p>Cette production a �t� pendant longtemps tributaire de la fabrication du coke pour la sid�rurgie, la carboni-sation de la houille fournissant, entre autres sous-produits, du benzol, qui est essentiellement un m�lange de benz�ne et de tolu�ne. Vers 1950 sont apparus deux proc�d�s de raffinage qui ont ouvert par synth�se une nouvelle voie � la production des aromatiques, peu abondants dans les p�troles bruts naturels.</p><p>y Le reformage des essences, ou</p><p>reforming catalytique, a pour but de fabriquer des carburants � haut indice d�octane � partir d�essence lourde (naphta, fraction du p�trole brut de faible valeur contenant des hydrocarbures napht�niques), gr�ce � un catalyseur au platine.</p><p>y Le cracking � la vapeur d�eau, de son c�t�, fournit � partir d�essences</p><p>plus ou moins lourdes les deux grands produits de base de la p�trochimie, l��thyl�ne et le propyl�ne, accompagn�s d�une essence riche en hydrocarbures benz�niques.</p><p>En France, la production d�aromatiques tir�s du p�trole d�passe les deux tiers d�un tonnage annuel de 700 000 t.</p><p>Les �tats-Unis en produisent plus de 7 millions de tonnes par an, dont 90 p. 100 environ d�origine p�troli�re.</p><p>Le benz�ne repr�sente � lui seul la moiti� de ces fabrications, avec un prix de revient de l�ordre de 400 F par tonne.</p><p>Mati�res premi�res</p><p>benz�niques</p><p>Le reforming catalytique au pla-</p><p>tine vers 525 �C fournit un reformat, essence pouvant contenir de 45 � 60 p. 100 d�aromatiques, mais seulement 8 p. 100 du produit le plus recherch�, le benz�ne. On peut toutefois, mais l�op�ration est co�teuse, convertir en benz�ne le tolu�ne et les xyl�nes surabondants � l�aide de proc�d�s hydrog�nants de d�salkylation :</p><p>Dans le cracking � la vapeur d�eau, op�rant par pyrolyse � une temp�rature de l�ordre de 800 �C, la d�salkylation des aromatiques lourds produit une plus grande proportion de benz�ne, au d�triment surtout des xyl�nes : l�essence obtenue contient 20 p. 100 de benz�ne, 8 p. 100 de tolu�ne, 1 p. 100</p><p>de xyl�nes et 3 p. 100 d�autres aromatiques ; elle doit n�anmoins �tre stabilis�e par hydrog�nation pour d�truire les polyol�fines (hydrocarbures comportant plusieurs doubles liaisons).</p><p>Extraction des aromatiques</p><p>L�une des m�thodes le plus utilis�es est le proc�d� UDEX (Universal Oil Products), fond� sur les diff�rences de solubilit� des divers hydrocarbures dans une solution aqueuse de di�thyl�ne-glycol. Le proc�d� DMSO de l�Institut fran�ais du p�trole fait appel comme solvant au dim�thylsulfoxyde CH-3SOCH3, d�une bonne s�lectivit�, non toxique et non corrosif. L�extraction se fait dans une colonne � agitation m�canique, suivie d�une nouvelle extraction au moyen de paraffines l�g�res. La s�paration des BTX (benz�ne, tolu�ne, xyl�nes) se fait par distillation fractionn�e, mais, pour isoler les xyl�nes purs, qui ont des points d��bullition rapproch�s, on a recours � la distillation az�otropique, � la cristallisation extractive ou au superfractionnement.</p><p>Utilisation des</p><p>aromatiques et</p><p>de leurs d�riv�s</p><p>Les aromatiques sont d�excellents solvants pour les corps gras, les gommes, les r�sines et de nombreuses mati�res plastiques.</p><p>y Un tiers du benz�ne sert en France � la synth�se du ph�nol, transform� � son tour en acide adipique, r�sines ph�noliques, etc. La synth�se du styr�ne, entrant dans la fabrication des caoutchoucs et des mati�res plastiques les plus diverses, consomme un autre tiers du benz�ne produit. Par hydrog�nation du benz�ne, on obtient le cyclohexane, utilis� concurremment avec le ph�nol pour la fabrication du Nylon.</p><p>y Le tolu�ne est utilis� comme solvant de peinture, pour fabriquer les explosifs (trinitrotolu�ne), pour produire les isocyanates, d�o� l�on tire les polyur�thannes.</p><p>y L��thylbenz�ne, isom�re des xy-l�nes, est employ� avec le benz�ne pour la synth�se du styr�ne.</p><p>y L�orthoxyl�ne permet de fabriquer l�anhydride phtalique utilis� par l�industrie des plastiques (chlorure de po-lyvinyle souple), des polyesters, des r�sines glyc�rophtaliques (peintures et vernis), des colorants, etc.</p><p>y Le paraxyl�ne sert principalement � la production d�acide t�r�phtalique et de t�r�phtalate de dim�thyle, base des fibres de polyester connues sous le nom de Tergal.</p><p>A.-H. S.</p><p>Aron (Raymond)</p><p>Sociologue, philosophe et journaliste fran�ais (Paris 1905).</p><p>Agr�g� de philosophie en 1928, il est lecteur � l�universit� de Cologne pendant une ann�e, puis pensionnaire � la maison acad�mique de Berlin entre 1931 et 1933. Ce s�jour dans l�Allemagne de Weimar marque la premi�re �tape de la d�marche intellectuelle du sociologue, jalonn�e par la Sociologie allemande contemporaine (1936) et l�Essai sur la th�orie de l�histoire dans l�Allemagne contemporaine (1938).</p><p>Docteur es lettres en 1938, Aron, avec l�Introduction � la philosophie de l�Histoire, dont le sous-titre, � Essai sur les limites de l�objectivit� historique �, exprime l�intention �pist�mologique, met notamment en lumi�re les liens entre les probl�mes du savoir historique et ceux de l�existence dans l�histoire. La connaissance historique est un acte de l�historien, et cet acte est lui-m�me un �v�nement historique ; il appartient � la r�alit� historique. On comprend que cette d�pendance de l�histoire � l�historien pr�figure au plan th�orique l�engagement de l�homme d�action. Ma�tre de conf�rences � la facult� des lettres de Toulouse en 1939, il est responsable peu apr�s, � Londres, de la revue la France libre. Apr�s 1945, il est charg� de cours � l�Institut d��tudes politiques de Paris et � l��cole nationale d�Administration (1945-1955), professeur � la Sorbonne (1955-1968), directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes (1960), puis professeur au Coll�ge de France (1970).</p><p>Les controverses id�ologiques sont un des aspects de l�histoire contem-</p><p>poraine sur lesquels la r�flexion doit selon lui porter.</p><p>downloadModeText.vue.download 377 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>914</p><p>Dans l�Opium des intellectuels</p><p>(1955), R. Aron d�monte le m�canisme de la protestation des intellectuels et, � la lumi�re d�une double confrontation entre le marxisme et notre temps, puis entre le devenir et l�homme historique, il tente d�expliquer l�attrait du marxisme dans une France dont l��volution �conomique semble d�mentir les pr�dictions. Le probl�me acad�mique pos� en 1938, concernant la relativit� et la subjectivit� de toute connaissance historique, dicte la r�ponse qu�il oppose aux intellectuels rejet�s par la guerre froide dans une hostilit� farouche aux �tats-Unis et soucieux en m�me temps d�assurer un privil�ge au parti qui se faisait fort d�accomplir la Raison dans l�histoire. Il poursuivra jusqu�aux essais sur les marxismes imaginaires, avec D�une Sainte Famille � l�autre, en 1969, un dialogue � sans espoir et sans issue � avec une nouvelle g�n�ration de marxistes.</p><p>Sociologue, il entreprend tout au long d�un enseignement dispens� � la Sorbonne une �tude compar�e des r�-</p><p>gimes de type sovi�tique et des r�gimes de type occidental sur les plans �conomique (Dix-Huit Le�ons sur la soci�t� industrielle, 1963), social (la Lutte des classes, 1964) et politique (D�mocratie et totalitarisme, 1965). Soucieux de ne pas d�finir le type industriel de soci�t� par le seul esprit scientifique, il met notamment l�accent sur les autres traits qui d�finissent la soci�t� moderne. Il n�imaginait certes pas qu�apr�s cet enseignement � on confondrait similitudes et identit� [...] entre les deux types de r�gime [...] et que l�on serait enclin, quelques ann�es plus tard, � n�-</p><p>gliger la signification des diff�rences ou � imaginer la convergence in�vitable des r�gimes ennemis en quelque zone interm�diaire, baptis�e socialisme d�mocratique �. Les Trois Essais sur l��ge industriel (1966) veulent dissiper ce malentendu, et reprennent son interrogation de 1955 sur la fin de l��ge</p><p>id�ologique. Dans les �tapes de la pens�e sociologique (1967), Aron d�finit un mode de pens�e sociologique par l�affirmation d�une continuit� de Montesquieu jusqu�� Pareto et Max Weber, en passant par Auguste Comte, Marx, Tocqueville et Durkheim.</p><p>Avec Paix et guerre entre les nations (1962), il illustre sa conception d�une r�flexion philosophique sur les sciences et la r�alit� historiques en l�appliquant au domaine des relations internationales, celles qui s�instaurent entre collectivit�s politiquement organis�es. Relations � la fois sociales et asociales, les acteurs se r�servant de recourir � la force pour atteindre leurs buts. Les quatre parties qui articulent sa tentative pour comprendre cet univers social particulier � th�orie, sociologie, histoire, prax�ologie �</p><p>illustrent une d�marche qui va de la logique du comportement des acteurs de la soci�t� internationale � la compr�hension d�une conjoncture singuli�re, en passant par les g�n�ralit�s ou r�gularit�s de la sociologie. Apr�s la Soci�t� industrielle et la guerre (1959), o� le th�oricien des r�alit�s internationales m�ditait sur cette erreur d�Auguste Comte qui tenait pour radicalement incompatibles l�esprit militaire et la soci�t� industrielle, l�observateur p�se avantages et inconv�nients de la force fran�aise de dissuasion (le Grand D�bat, 1963), et, � propos de la th�orie strat�gique de Robert McNamara, r�fute ces deux hypoth�ses extr�mes, la premi�re selon laquelle les armes nucl�aires feraient r�gner la paix par la peur, la seconde selon laquelle elles excluraient la continuation de la politique de puissance, m�me en un autre style ou avec d�autres moyens.</p><p>La diversit� des centres d�int�r�t n�exclut pas la coh�rence d�une oeuvre ni la pr�occupation de son auteur de comprendre non seulement ce que</p><p>sont les soci�t�s, mais o� elles vont.</p><p>Les D�sillusions du progr�s (1969) constituent une nouvelle r�ponse � une inqui�tude vieille de trente ans : sociologue et lib�ral, Aron accorde sa place au d�veloppement �conomique comme fait et comme valeur ; philosophe et lib�ral, il veut croire que l�homme est capable de raison, et que les sursauts de</p><p>violence de l�humanit� appartiennent au pass�. Mais le sociologue sait aussi qu�on manquerait la compr�hension de son temps si l�on ne prenait pas en compte la mani�re dont notre soci�t� se per�oit. On lui doit aussi la R�publique imp�riale (1973) et Penser la guerre, Clausewitz (1976).</p><p>F. B. et C. P.</p><p>Arp (Hans)</p><p>Po�te, peintre et sculpteur fran�ais (Strasbourg 1886 - B�le 1966).</p><p>Intimement m�l� � la naissance et au d�veloppement du mouvement dada*, il apporta ensuite une contribution pr�cieuse � la fois au surr�alisme*</p><p>et � l�abstraction*. Aussi son oeuvre appara�t-elle � certains �gards comme le lieu de convergence, un demi-si�cle durant, des mouvements essentiels de l�art moderne.</p><p>De l�expressionnisme</p><p>� dada</p><p>Sans doute une telle convergence a-t-elle pour origine le d�chirement entre deux cultures, l�allemande et la fran�aise, que cet Alsacien a ressenti de bonne heure. Il a, tr�s jeune, des contacts avec le groupe de po�tes expressionnistes strasbourgeois de la revue der St�rmer, anim�e notamment par Ernst Stadler et Ren� Schickel�, qui appellent de leurs voeux une r�conciliation. Chez Arp, en effet, la vocation du po�te, �veill�e par la lecture du romantique Clemens Brentano, pr�-</p><p>c�de celle de l�artiste. Mais de peu : en 1905, il entre � l��cole des arts d�coratifs de Weimar, dirig�e par Henry Van de Velde, o� il est l��l�ve du peintre</p><p>� Jugendstil � Ludwig von Hofmann.</p><p>Cependant, la rencontre d�cisive est celle des sculptures de Maillol*.</p><p>Comme chez Maillol ou Hofmann, le principal th�me des oeuvres ant�rieures � 1914 est le nu f�minin. Arp participe en 1911 � la premi�re exposition � Lu-cerne du Moderner Bund, en 1912 � la deuxi�me exposition du Blaue Reiter � Munich, en 1913 au premier Salon d�automne allemand, organis� par He-rwarth Walden � Berlin. De nombreux voyages � Paris lui permettront aussi</p><p>de rencontrer Delaunay, Modigliani, Picasso, d�autres encore. Pourtant il faudra la guerre pour que Hans Arp, �chapp� par miracle � la mobilisation dans l�une et l�autre arm�e, mais boulevers� par le conflit, naisse enfin � lui-m�me ; la guerre, Zurich et dada.</p><p>Des reliefs � la sculpture</p><p>En 1915, � Zurich, Arp rencontre Sophie Taeuber. Avec elle, il cr�e des oeuvres g�om�triques, les plus abstraites de toute sa carri�re, en r�action contre un art figuratif qu�il accuse de flatter les pires penchants humains. L�ann�e suivante, ce sont, avec la rencontre de Hugo Bail et de Tristan Tzara, les d�buts de dada, de sa contestation globale de la soci�t� et de la culture. Arp, qui illustre alors revues et plaquettes dada de gravures sur bois � tachistes �, d�couvre le secret de l�innocence plastique : ces taches arrondies vont devenir � la fin de 1916, d�coup�es dans du bois et peintes au Ripolin, les premiers d�une suite ininterrompue de reliefs.</p><p>Les formes qui s�y �panouissent se situent, non sans humour, au stade des sch�mes embryonnaires o� la diff�renciation des esp�ces est impossible encore. Ainsi s�affirme l�ambition de surmonter les causes de conflit entre les �tres, puisqu�ils sont saisis au niveau o� un commun app�tit de vivre l�emporte sur les particularit�s. Le bonheur avec lequel Arp cultivera ces formes jusqu�� sa mort n�exclut pas leur diversit�. Et l�on sait quelle influence elles auront sur le d�veloppement ult�rieur de l�art, et m�me de l�art appliqu�. En 1931, elles conduiront Arp � aborder enfin la ronde-bosse. Ce sera d�s lors, parall�lement � la cr�ation des reliefs, la poursuite d�une aventure similaire dans la sculpture o�, du fait de leur tri-dimensionnalit�, les formes embryonnaires acqui�rent une qualit� onirique particuli�re.</p><p>Sophie</p><p>Taeuber-Arp</p><p>Peintre suisse (Davos 1889 - Zurich 1943).</p><p>Elle avait �pous� Arp en 1921. Bien qu�ayant elle aussi particip� aux manifestations dada de Zurich par des danses et des marionnettes, sa contribution essentielle</p><p>est all�e � la peinture abstraite, � laquelle elle demeura fid�le depuis 1915. Broderies, collages, tissages et peintures t�moignent chez elle d�une vive sensibilit� aux accords acides de formes et de couleurs. Son innocence, pour �tre diff�rente de celle de Hans Arp, est non moins totale : elle explore avec une fra�cheur constante les rapports des rythmes formels g�om�triques et des vibrations color�es. Son oeuvre demeure l�une des plus pures et des plus l�g�res dans la voie rigoureuse qu�elle s��tait choisie.</p><p>Surr�alisme et</p><p>abstraction</p><p>Arp s�installe � Meudon en 1926 et participe d�s lors aux activit�s du mouvement surr�aliste. Mais cela ne l�emp�che pas d�adh�rer, en 1932, au groupe Abstraction-Cr�ation. Contradiction ? Non pas, car Arp est trop profond�ment po�te pour n�avoir pas saisi que le surr�alisme, si attentif � l�origine des formes, c�est-�-dire � leur originalit� fonci�re, est indiff�rent aux registres formels, quels qu�ils soient.</p><p>D�ailleurs, il y a une �trange parent� entre l�univers biomorphique de Hans Arp et celui de Tanguy*, qui cependant participe d�une tout autre esth�tique.</p><p>Par contre, Arp n�int�resse les abstraits que par son refus d�une figuration r�aliste, c�est-�-dire par son aspect le plus superficiel. La po�sie �crite de Hans Arp, en tout cas, qu�elle soit en allemand ou en fran�ais, est aussi peu abstraite que possible, et entra�ne les �tres et les objets dans une ronde endiabl�e.</p><p>Comme le recueil posthume Jours ef-downloadModeText.vue.download 378 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>915</p><p>feuill�s permet d�en juger, Arp est l�un des plus grands parmi les po�tes surr�alistes, car l�un de ceux qui se sont le plus souci�s d�atteindre, par le po�me comme par le relief ou la sculpture, le</p><p>� fonctionnement r�el de la pens�e �.</p><p>J. P.</p><p>B M. Seuphor, Mission spirituelle de l�art : � propos de l�oeuvre de Sophie Taeuber-Arp et de Jean Arp (Berggruen, 1954) ; Jean Arp (�d.</p><p>du Temps, 1961). / C. Giedion-Welcker, Hans Arp, avec le catalogue de l�oeuvre sculpt� par M. Arp-Hagenbach (Stuttgart, 1957) ; Hans Arp, eine Rede (Saint-Gall, 1966). / J. Cathelin, Arp (Georges Fall, 1959).</p><p>Arras</p><p>Anc. capit. de l�Artois, ch.-l. du d�-</p><p>part. du Pas-de-Calais, sur la Scarpe ; 50 386 hab. (Arrageois).</p><p>Ville importante � l��poque romaine, Arras n�avait que 20 000 habitants au XIXe s., 30 000 avant 1914. Mais, depuis 1945, c�est la ville du d�partement qui augmente le plus vite (15,7 p. 100 de 1962 � 1968), en raison d�une forte natalit� (31 p. 100 de jeunes de moins de 15 ans) et d�un solde migratoire positif.</p><p>L�agglom�ration avoisinait 80 000 habitants en 1975.</p><p>L�histoire</p><p>Capitale des Atr�bates connue par C�sar sous le nom de Nemotecenna, rebaptis�e au IIIe s. sous celui d�Atrebatum, Arras, bien situ�e sur la route de Th�rouanne � Tr�ves, doit sa prosp�rit� � sa production de draps c�l�bre dans tout l�Empire � l��poque gallo-romaine. Ruin�e et d�peupl�e par l�invasion germanique du 31 d�cembre 406, la ville perd la direction de son �v�ch�. Restaur� en 499 au profit de saint Vaast, second fondateur d�Arras, le si�ge �piscopal est confi� entre 554</p><p>(?) et 1093 (?) � l��v�que de Cambrai.</p><p>Par contrecoup, la c�l�bre abbaye de Saint-Vaast, fond�e au moins d�s le milieu du VIIe s., devient le foyer essentiel de l��vang�lisation r�gionale, et c�est autour d�elle et � c�t� de l�ancienne cit� romaine, r�sidence �pisodique de l��v�que de Cambrai, que na�t dans la vall�e du Crinchon la ville d�Arras. Dot�e d�un atelier mon�taire, celle-ci conna�t un certain essor d�mographique. Incendi�e par les Normands (883), elle est fortifi�e entre 883 et 887, ce qui attire de nombreux immigrants.</p><p>Occup�e une premi�re fois par le comte de Flandre Baudouin II au IXe s., Arras est int�gr�e pour trois si�cles � la Flandre par le comte Arnoul Ier (918-964/5). La r�forme de l�abbaye de Saint-Vaast au Xe s. contribue � faire d�Arras un important foyer spirituel</p><p>et intellectuel. En outre, bien plac�e sur la route qui unit l�Angleterre � la Champagne et � l�Italie, Arras re�oit des laines anglaises qui assurent alors la renaissance de la draperie. Export�e essentiellement vers l�Italie par des n�gociants de la p�ninsule qui fr�quentent la ville au moins d�s 1027, cette draperie assure le peuplement de la jeune agglom�ration, qui se d�veloppe enti�rement sur le territoire abbatial.</p><p>Groupant probablement 7 000 �</p><p>8 000 habitants, dont la pr�sence dans ses murs justifie la nomination d�un �v�que r�sidant en 1093, Arras conna�t une pr�coce et exceptionnelle expansion qui porte sa population � 20 000 habitants au temps de son apog�e, � la fin du XIIIe s. De cette expansion si rapide, la ville est d�abord redevable aux familles marchandes. Riches en terres et en biens immobiliers les bourgeois se font tour � tour pr�teurs d�argent (1223), marchands d��toffe vers 1300 et n�gociants en vins vers 1400.</p><p>Dot�e d�s le d�but du XIe s. de deux vastes march�s ouverts (le Grand et le Petit), la ville appara�t d�abord comme l�une des plus grandes cit�s drapantes de l�Occident, cit� dont la production tiss�e sur place est vendue aux marchands des pays du Midi, surtout italiens, qui, par G�nes, en assurent la r�exportation vers l�Orient. Les Arrageois se rendent eux-m�mes dans cette place pour y �couler leurs �toffes et passent fr�quemment en Angleterre pour y acheter des laines (ou du fromage) en �change de produits divers ; ils r�investissent leurs gains soit dans des achats de terres, soit dans des op�-</p><p>rations de pr�ts hautement rentables.</p><p>Poursuivant d�ailleurs le recouvrement de leurs cr�ances avec une �pret� exceptionnelle, les Crespin, les Louchard, contrairement aux Italiens, �vitent la faillite et assurent � leur ville le r�le de</p><p>� capitale de la banque du nord de la France et de la Flandre �.</p><p>Bien qu�ils diversifient avec habilet� leurs placements, ces marchands banquiers ne peuvent pourtant pas �chapper � la crise dont est victime la draperie flamande au XIVe s. Aussi lui substituent-ils une industrie d�art, la tapisserie, dont la production est contr�-</p><p>l�e en particulier par les Croisettes, les Vaissel et surtout les Walois.</p><p>Avec le n�goce du vin, la haute lisse contribue au maintien de la prosp�rit� arrageoise jusqu�au milieu du XVe s.</p><p>et � sa reprise temporaire dans la premi�re moiti� du XVIe s. En m�me temps, elle permet aux ma�tres de l��conomie locale d�assurer le maintien de leur fortune. Formant une v�ritable caste privil�gi�e � le patriciat �, fiers de leur ville, ils contribuent sans doute � l��dification de la premi�re cath�drale d�Arras vers 1060. D�esprit curieux, ils s�int�ressent � l�astronomie, � la g�o-m�trie, au calcul mental. S�associant en un � Pays d�Arras �, dont le riche marchand Jehan Bretel est le prince, ils favorisent un genre litt�raire nouveau, le jeu parti, et servent de m�c�nes � de nombreux po�tes (Gautier d�Arras, Jean Bodel, etc.), qui font de leur ville la capitale de la po�sie et le berceau du th��tre profane, illustr� par le Jeu de la feuill�e, attribu� � Adam* de la Halle.</p><p>Ils n�en sont pas pour autant �pargn�s par une juste satire.</p><p>Profitant de leurs richesses, ils accaparent en effet l��chevinage. N� sans doute d�une institution abbatiale bient�t contr�l�e par le comte de Flandre, mais au sein de laquelle les patriciens arrageois s�arrogent de plus en plus de pouvoir, l��chevinage voit ses pouvoirs limit�s par Philippe d�Alsace entre 1168 et 1178, et son m�canisme �lectoral pr�cis� par la charte donn�e � Arras par Philippe II Auguste et �tendue par lui � toutes les villes du Nord.</p><p>Reposant sur un syst�me �lectoral cen-sitaire, assurant son renouvellement par cooptation tous les quatorze mois, l��chevinage reste pendant des si�cles entre les mains des m�mes familles, qui s�en servent, en particulier, pour all�ger leurs charges financi�res aux d�pens des autres habitants de la ville, et pour faciliter par voie de justice le recouvrement de leurs cr�ances aux d�pens de leurs d�biteurs ou de leurs ouvriers. Exerc� de mani�re tyrannique, suscitant donc de nombreuses et sanglantes r�voltes populaires (1285, 1355), ce pouvoir est en partie limit� par la � commission des 24 � (8 repr�-</p><p>sentants des m�tiers, 8 des drapiers et 8 bourgeois nomm�s par les seize</p><p>premiers). Cette commission assure jusqu�en 1350 une meilleure gestion financi�re de la cit�, mais elle ne peut emp�cher les patriciens de se soustraire, en fait, aux rigueurs de la justice, et donc de s�opposer avec acuit� au � commun �.</p><p>Victime � partir du XVe s. des</p><p>guerres franco-anglo-bourguignonnes, Arras est occup�e le 4 mars 1477 par Louis XI. Ce souverain, qui craint une �ventuelle r�volte par fid�lit� bourguignonne, fait raser les fortifications et expulser la population au profit d�artisans venus de toutes les villes de France (lettres patentes du 2 juin 1479). Rebaptis�e du nom de Franchise (1479-1482), Arras ne se rel�vera jamais de cette �preuve. Restitu�e officiellement � la France (1482), pill�e par les Espagnols (1492), occup�e par les Fran�ais (1640), assi�g�e en vain par les Espagnols (1654), elle redevient officiellement fran�aise par le trait� des Pyr�n�es (1659). Capitale du gouvernement de l�Artois (1765), chef-lieu du Pas-de-Calais (1791), administr�e par le repr�sentant en mission Joseph le Bon (1793-1794), la ville est victime de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>P. T.</p><p>La ville actuelle</p><p>Le centre actuel est form� de deux noyaux : la � cit� �, � l�ouest, sur la colline de Baudimont, et la � ville �, � l�est, o� les boulevards Carnot, Faidherbe et de Strasbourg remplacent l�enceinte. Vauban construisit une citadelle � l��cart, au sud-ouest, et au XVIIIe s. le quartier de la place Victor-Hugo, au plan en damier, la rattacha � la ville.</p><p>La ville se d�veloppa peu ; souvent ravag�e par les guerres, elle fut peu touch�e par la premi�re r�volution industrielle. Depuis 1945, l�expansion est remarquable (15 ha par an). De 1955 � 1969, ce fut la � mont�e vers l�ouest � (immeubles et zone industrielle). De 1969 � 1973, c�est vers l�est que vont �tre am�nag�s un nouveau quartier r�sidentiel et une nouvelle zone industrielle.</p><p>La structure professionnelle et sociale montre bien la singularit� d�Arras dans le Nord. La ville est � large pr�pond�rance tertiaire (environ 60 p. 100 des actifs). Les classes ais�es et moyennes y sont majoritaires (le revenu moyen est sup�rieur de moiti� environ � celui de la r�gion du Nord), et l��volution r�cente accentue encore ce caract�re.</p><p>Arras doit son r�le presque per-</p><p>manent de capitale � sa situation de carrefour. Entre le Bassin parisien et les pays bas, au nord, s��l�vent des hauteurs en forme de V : l�Artois � l�ouest, l�Ardenne � l�est ; � la pointe du V, les altitudes s�abaissent, c�est le seuil de Bapaume ; Arras est sur ce passage entre les Pays-Bas, la France, l�Italie. Dans le sens ouest-est, le rebord nord de la craie art�sienne �tait le support de la grande voie romaine Angleterre-Cologne. Aujourd�hui, les principales voies ferr�es du Nord y convergent, ainsi que de nombreuses routes ; l�autoroute du Nord (A1) downloadModeText.vue.download 379 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>916</p><p>passe � proximit�, et l�autre branche du carrefour (Londres-Cologne) peut �tre revaloris�e par le tunnel sous la Manche et l�autoroute A26. La Scarpe canalis�e fait la jonction avec le canal Dunkerque-Valenciennes.</p><p>Dans ce chef-lieu d�un impor-</p><p>tant d�partement, 22,5 p. 100 des actifs (28 p. 100 � Arras seul) appartiennent � l�Administration et aux services publics. La fonction bancaire, ancienne, occupe 4 p. 100 des actifs.</p><p>Six mille personnes habitant hors de l�agglom�ration viennent y travailler chaque jour. Par contre, on rel�ve une l�g�re faiblesse dans l��quipement et le rayonnement commercial et m�me touristique.</p><p>Ville peu industrialis�e, Arras a pourtant un pass� glorieux (draperies et tapisseries). Mais, au XIXe s., malgr� la proximit� du bassin houiller (15 km) et l�ombilic industriel de la vall�e de la Scarpe qui l�y rattache, Arras resta</p><p>� l��cart de la r�volution industrielle.</p><p>On y trouvait, en 1960, de la m�tallurgie (constructions m�caniques et �lectriques, mat�riel ferroviaire, chaudronnerie, fonderie), de la confection, des industries alimentaires et agricoles.</p><p>De 1955 � 1969, dans la premi�re zone industrielle, 1 500 emplois industriels ont �t� cr��s ; la nouvelle zone � l�est, �difi�e entre 1969 et 1973, doit couvrir 330 ha. Ce d�veloppement r�cent assure � Arras une autre originalit� : les branches traditionnelles du Nord y sont peu repr�sent�es (si le textile est pr�sent, c�est par la bonneterie ou la fabrication de fibres chimiques). La qualification est plus �lev�e.</p><p>Certes, le d�veloppement va �tre concurrenc� par les efforts faits pour la reconversion du bassin houiller, mais la ville peut accueillir les effectifs ainsi lib�r�s. Arras poss�de des atouts : des terrains, de l�eau, un cadre non souill� par l�industrie du XIXe s. et une situation de carrefour dont l�importance peut encore s�accro�tre.</p><p>A. G.</p><p>&#x25B6; Artois / Tapisserie.</p><p>B E. Lecesne, Histoire d�Arras depuis les temps les plus recul�s jusqu�en 1789 (Sueur-Charruey, Arras, 1880 ; 2 vol.). / G. Bigwood, le R�gime juridique et �conomique du commerce de l�argent dans la Belgique au Moyen �ge (Lamertin, Bruxelles, 1921-1922 ; 2 vol.).</p><p>/ Congr�s arch�ologique de France, XCIXe session (Picard, 1936). / J. Lestocquoy, Deux mille ans d�histoire. Arras au temps jadis (Impr. de la Nouv. Soc. anonyme du Pas-de-Calais, Arras, 1943-1946 ; 3 vol.) ; Patriciens du Moyen �ge.</p><p>Les dynasties bourgeoises d�Arras du XIe au XVe si�cle (Impr. de la Nouv. Soc. anonyme du Pas-de-Calais, Arras, 1945) ; la Vie religieuse d�une province, le dioc�se d�Arras (Brunet, Arras, 1949). / J. Lestocquoy et A. de Selliers de Moranville, les Patriciens d�Arras sous la Renaissance (Impr. centrale de l�Artois, Arras, 1954). / M. Ungureanu, Soci�t� et litt�rature bourgeoises d�Arras aux XIIe et XIIIe s. ; la Bourgeoisie naissante (Impr. centrale de l�Artois, Arras, 1955). / H. Gruy, Histoire d�Arras (Des-saint, Doullens, 1967).</p><p>Arras,</p><p>ville d�art</p><p>Sur la colline de Baudimont ont �t� retrouv�s, � l�occasion de travaux � la pr�fecture (ancien palais �piscopal de la fin du XVIIIe s.), les restes d�une enceinte romaine quadrangulaire en ciment rose, sur assises de gr�s et pilotis, ainsi qu�une partie des fondations de l�ancienne cath�drale gothique Notre-Dame de la Cit� (XIIe-XVIe s.).</p><p>Vendu pendant la R�volution, puis d�moli progressivement, ce vaste �difice s�appa-rentait aux cath�drales de Th�rouanne, de Saint-Omer (v. Artois) et surtout de Laon.</p><p>C�est dans la � ville � form�e autour de l�abbaye de Saint-Vaast que se situent, r�unies par la rue de la Taillerie, la Grand-Place (pr�s de deux hectares) et la Petite-Place, domin�e par le beffroi de l�h�tel de ville, haut de 75 m. Ces anciens march�s furent bord�s primitivement de maisons en bois, reb�ties en brique et pierre, pour la plupart au XVIIe s., selon une ordonnance r�guli�re.</p><p>De style � Renaissance flamande �, ces 155 maisons forment au rez-de-chauss�e une galerie � arcades � une � trois par maison � d�finissant autant de trav�es qui se retrouvent, d�limit�es par des pilastres, aux deux �tages principaux ; un pignon � volutes et un fronton arrondi surmontent chaque fa�ade. La d�coration sculpt�e comporte des enseignes qui permettaient l�identification des maisons. Chacune poss�de plusieurs �tages de caves, parfois � belles vo�tes appareill�es.</p><p>Au Moyen �ge s��levaient au milieu de la Petite-Place la pyramide et la chapelle de la Sainte-Chandelle, construites vers l�an 1200 pour comm�morer une intervention de la Vierge � l�occasion du � mal des ardents �. Le XIXe si�cle a reconstruit, dans un autre quartier, une �glise Notre-Dame-des-Ardents, qui conserve le reliquaire de la Sainte-Chandelle (d�but du XIIIe s.).</p><p>Tr�s endommag� durant la guerre de 1914-1918, l�ensemble des deux places a �t� reconstitu� depuis. Le beffroi (1463-1554) a retrouv� son �l�gance gothique, chaque d�tail fid�lement restitu�, jusqu�au lion des Flandres qui le couronne. L�h�tel de ville, adoss� au beffroi � partir de 1501, dresse de nouveau sa fa�ade gothique sur la Petite-Place (ailes Renaissance).</p><p>Au d�but du XVIIe s., les J�suites �di-fi�rent � Arras un coll�ge � la chapelle encore gothique (d�truit). Au XVIIIe s. furent construits le palais des �tats (devenu palais de justice) et le th��tre, mais surtout la</p><p>nouvelle abbaye Saint-Vaast. L�abbatiale, aujourd�hui cath�drale, est un noble �difice classique entrepris en 1755 par Pierre Contant d�Ivry (1698-1777), consacr� en 1833. Long de 102 m, le vaisseau principal est d�limit� non par des piliers, mais par une colonnade (corinthienne) qui r�pond � un choix � antiquisant �. La monumentale abbaye (220 m sur 80) fut �lev�e un peu plus t�t, de 1746 � 1783, sur les plans du Parisien Jean-Fran�ois Labb� (v. 1695-1750). Elle abrite notamment le mus�e municipal, ses collections de sculptures m�di�vales et classiques, de peintures fran�aises, de porcelaines de Tournai et d�Arras. Une salle regroupe les oeuvres de paysagistes n�s ou fix�s � Arras, l�ami de Corot* Constant Dutilleux (1807-1865) et ses �l�ves.</p><p>G. G.</p><p>Les tapisseries d�Arras</p><p>Si g�n�rale �tait au Moyen �ge la renomm�e des tapisseries murales d�Arras qu�en Italie toutes les tentures des Flandres, tant � basses lisses qu�� hautes lisses, �taient d�nomm�es arrazi, et que celles qui venaient d�ailleurs �taient qualifi�es � fa�on d�Arras �. Des ateliers furent probablement mont�s d�s 1310 ; ils ex�cutaient � hautes lisses. Les princes r�gnants �taient leurs principaux clients : pour Philippe le Hardi, en 1387, Michel Bernard tissait la colossale Bataille de Roosebeke, prototype des compositions aux motifs enchev�tr�s dont subsistent deux sp�cimens, �pisodes de l�Histoire du roy Clovis, appartenant � la cath�drale de Reims. Dans le somptueux mobilier des ducs de Bourgogne se trouvaient nombre de compositions all�goriques tir�es du Roman de la Rose ou des</p><p>� Moralitez �, comme le Dict de Banquet et de Souper dont les cinq pi�ces sont conserv�es � Nancy. Le mus�e de Berne poss�de les tentures de Charles le T�m�raire, trouv�es dans le bagage du prince, tu� en 1477 ; l�une d�elles reproduit une oeuvre de Rogier Van der Weyden.</p><p>L�une des plus anciennes tapisseries d�Arras conserv�es est l�Histoire de saint Piat (1402), appartenant � la cath�drale de Tournai. Pierre F�r�, qui la tissa, a combin� des effets diff�rents pour animer son ouvrage : telle draperie tombant � gros plis traduits par de longues hachures s�oppose � telle cotte de mailles rendue par un poin-</p><p>till�. De cette habilet�, le Daniel et Nabu-chodonosor du mus�e de Cluny, d�environ 1495, porte encore la trace. Mais Arras, � la fin du si�cle, avait perdu sa primaut�, m�me son existence, en tant que foyer d�art ; la gilde �tait dissoute et les praticiens survivants dispers�s.</p><p>G. J.</p><p>Arrhenius</p><p>(Svante August)</p><p>Physicien et chimiste su�dois (ch�teau de Wijk, pr�s d�Uppsala, 1859 - Stockholm 1927).</p><p>Arrhenius nous est surtout connu pour avoir imagin� la th�orie de la dissociation ionique des �lectrolytes. Si, sous sa forme originelle, cette hypoth�se n�est plus aujourd�hui consid�-</p><p>r�e comme valable, elle a cependant ouvert la voie � un grand nombre de chercheurs et demeure � la base des th�ories plus modernes.</p><p>Apr�s des �tudes classiques, Svante Arrhenius entre, � l��ge de dix-sept ans, � l�universit� d�Uppsala. Il y travaille d�abord sous la direction du chimiste Per Teodor Cleve (1840-1905), qui l�oriente vers l��tude des terres rares.</p><p>Mais il est surtout attir� par la physique th�orique et, en 1881, il se rend aupr�s d�Eric Edlund (1819-1888), professeur de physique � l�Acad�mie des sciences su�doise.</p><p>Il consacre presque aussit�t son activit� � l��tude de la conductibilit� �lectrique des solutions. Les propri�t�s des m�langes liquides sont alors � l�ordre du jour : Van�t Hoff* vient d�observer les analogies existant entre les corps dissous et les substances gazeuses ; Friedrich Kohlrausch (1840-1910) a mesur� la r�sistance des �lectrolytes ; Raoult a d�couvert les lois de cryom�-</p><p>trie, d��bulliom�trie et de tonom�trie, et en a d�duit autant de m�thodes de d�termination des masses molaires pour les substances dissoutes. � Arrhenius reviendra d��laborer une th�orie g�n�rale des solutions �lectrolysables.</p><p>Celui-ci affirme que les acides, bases et sels dissous se dissocient en anions et cations, cela m�me en dehors de tout</p><p>passage du courant �lectrique. Cette dissociation r�versible, qui aboutit � un �quilibre entre mol�cules et ions, a un taux tr�s �lev� pour les �lectrolytes forts, et moindre pour les �lectrolytes faibles. Dans tous les cas, la fraction dissoci�e augmente avec la dilution.</p><p>C�est dans sa th�se de doctorat, en 1884, qu�il donne un premier expos� de cette � th�orie des ions �. Jug�e tr�s audacieuse, elle se heurte d�abord au scepticisme g�n�ral. Mais, comme elle permet tout � la fois d�expliquer les lois de l��lectrolyse, d�interpr�ter les anomalies pr�sent�es par les �lectrolytes � l��gard des lois de Raoult et de faire toute la lumi�re sur les propri�t�s chimiques des solutions acides, basiques et salines, elle attire l�attention de certains savants, notamment celle de Wilhelm Ostwald, alors professeur de chimie � Riga. La protection d�un personnage aussi illustre conf�re � son auteur quelques avantages, en particulier, en 1885, l�obtention d�une bourse de voyage de cinq ann�es, qui va lui permettre de collaborer, � Riga, W�rzburg, Graz et Amsterdam, avec les nombreux chimistes travaillant dans le m�me domaine.</p><p>downloadModeText.vue.download 380 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>917</p><p>� son retour, en 1891, il obtient une ma�trise de conf�rences � l�universit� technique de Stockholm. Ce poste ayant �t� converti en une chaire en 1895, Arrhenius, encore discut�, n�y est nomm� qu�en l�absence de tout autre candidat notable.</p><p>Mais ses id�es finissent par s�imposer, et, en 1903, il se voit attribuer le prix Nobel de chimie. Craignant alors de le voir partir en Allemagne aupr�s de Van�t Hoff, l�Acad�mie su�doise cr�e l�Institut Nobel des sciences en 1905, et lui en offre la pr�sidence.</p><p>Outre la th�orie des ions �lectrolytiques, Arrhenius a, d�s 1887, expliqu� par l�ionisation la conductibilit� qu�acqui�rent les gaz rar�fi�s quand ils sont parcourus par une d�charge �lectrique ou �clair�s par des radiations</p><p>ultraviolettes.</p><p>Il a donn� l�expression de la chaleur latente de vaporisation en fonction de l��l�vation du point d��bullition obtenue par la dissolution d�un corps non volatil. On doit encore signaler qu�il a d�velopp�, en 1900, une th�orie de la queue des com�tes, fond�e sur l�existence de la pression de radiation, et qu�il a expliqu� les aurores polaires par l�enroulement dans le champ magn�-</p><p>tique terrestre de rayonnements issus du Soleil.</p><p>Il a enfin �mis l�hypoth�se de la</p><p>� panspermie �, selon laquelle la vie pourrait se transmettre d�un astre � un autre par des germes vivants tr�s petits, spores ou bact�ries, se d�pla-</p><p>�ant sous l�action de la lumi�re � travers les espaces intersid�raux, et �labor� une th�orie cosmogonique expliquant l��volution des �toiles et des n�buleuses.</p><p>R. T.</p><p>B E. Riesenfeld, Svante Arrhenius (Leipzig, 1931).</p><p>Les continuateurs</p><p>d�Arrhenius</p><p>Johannes Nicolaus Br�nsted, chimiste danois (Varde, Jylland, 1879 - Copenhague 1947). Professeur de chimie physique � l�universit� de Copenhague, il apporte une importante contribution � l��tude cin�tique des r�actions chimiques et � la thermodynamique des solutions. Il est surtout connu pour avoir, gr�ce � sa d�finition nouvelle des couples acide-base, renouvel� la th�orie des ions d�Arrhenius.</p><p>Gilbert Newton Lewis, physicien et chimiste am�ricain (Weymouth, Massachusetts, 1875 - Berkeley 1946). On lui doit, en 1916, une interpr�tation de la covalence par mise en commun d��lectrons. Il a modifi� les th�ories d�Arrhenius et de Br�nsted sur les r�actions acide-base.</p><p>Wilhelm Ostwald, chimiste allemand (Riga 1853 - Grossbothen, pr�s de Leipzig, 1932). Directeur de l�Institut d��lectrochimie de Leipzig, il est prin-</p><p>cipalement connu pour ses travaux sur les �lectrolytes, d�rivant de la th�orie d�Arrhenius, et sur la catalyse, qu�il ram�ne � un probl�me de cin�tique chimique. Il met au point, en 1907, la pr�paration industrielle de l�acide nitrique, par oxydation catalytique de l�ammoniac. Niant la r�alit� des atomes, il propose en 1908 une vue</p><p>� �nerg�tique � du monde et devient l�un des chefs d�une �cole philosophique fond�e sur cette notion. (Prix Nobel de chimie, 1909.)</p><p>arri�ration</p><p>mentale</p><p>Insuffisance de d�veloppement psychique portant essentiellement sur l�intelligence.</p><p>Degr�s des</p><p>arri�rations mentales</p><p>On oppose l�arri�ration mentale, qui est une d�ficience de l�intelligence inn�e ou tr�s t�t acquise dans l�enfance, � la d�mence, affaiblissement secondaire d�une intelligence originellement normale. L�arri�r� mental est un pauvre d�esprit de toujours, le d�ment un riche devenu pauvre. Le quotient intellectuel (Q. I.) des arri�r�s mentaux, mesur� par les tests psychologiques, se situe au-dessous d�une limite �valu�e en principe � Q. I. = 85. (On admet que la plupart des individus normaux d�une population se groupent autour de la valeur moyenne Q. I. = 100.) Il existe entre 100 et 85 une zone interm�diaire o� l�on peut classer des individus dont bon nombre sont tout pr�s de la limite sup�rieure de l�arri�ration mentale.</p><p>Si l�on envisage le classement des d�ficients mentaux selon le quotient intellectuel on peut distinguer :</p><p>� les idiots, dont le niveau ne d�passe pas l��ge de 2 � 3 ans (Q. I. inf�rieur � 30) ;</p><p>� les imb�ciles, dont le niveau mental ne d�passe pas celui d�un enfant de 6</p><p>� 7 ans (Q. I. compris entre 30 et 50) ;</p><p>� les d�biles mentaux, dont le niveau ne d�passe pas l��ge de 10 ans (Q. I.</p><p>compris entre 50 et 70). On les appelle encore d�biles moyens ;</p><p>� les d�biles l�gers, dont le quotient intellectuel oscille entre 70 et 85.</p><p>Actuellement on a coutume de distinguer les arri�r�s profonds, les d�-</p><p>biles profonds et les d�biles mentaux proprement dits.</p><p>Les arri�r�s profonds</p><p>Leur quotient intellectuel est inf�rieur � 30, et ils comprennent 7 p. 100 des d�ficients mentaux. Les plus profond�ment atteints sont des enfants dressables tout au plus, dans la mesure o� tout effort d��ducation aboutit � une am�lioration minime mais certaine. � l�inverse, trait�s en � hommes-plantes �, ces enfants r�gressent � un niveau de vie purement v�g�tative. Les moins atteints sont dits � semi-�ducables �, car ils sont capables d�un certain apprentissage.</p><p>Ils peuvent apprendre � s�alimenter seuls et � contr�ler leurs sphincters. Il est fr�quent d�observer chez eux des comportements pathologiques (auto-mutilation, jeux f�caux, st�r�otypies verbales et gestuelles, perversions alimentaires, masturbation fr�n�tique), mais ces comportements s�estompent si les enfants sont soumis � un mater-nage vigilant. Il faut insister aussi sur la fr�quence des troubles moteurs, qui vont g�ner consid�rablement la r��-</p><p>ducation de ces sujets. Au mieux, ces enfants pourront prononcer quelques mots adapt�s, ils en comprennent plus qu�ils n�en disent ; leur attention peut �tre capt�e pendant de brefs instants.</p><p>Soulignons qu�il n�est pas d�enfant absolument in�ducable. Les arri�r�s profonds, si touch�s soient-ils, sont toujours capables, pourvu que l�on s�occupe d�eux, d�un certain dressage.</p><p>N�anmoins, dans les cas les meilleurs, les progr�s r�alis�s ne permettent jamais � l�enfant d�atteindre � une autonomie v�ritable.</p><p>Les d�biles profonds</p><p>Ce sont des sujets dont le quotient intellectuel est compris entre 30 et 50 ; ils comprennent 18 p. 100 des d�ficients mentaux. On distinguait autrefois ceux du premier degr�, qui ont une parole libre et facile, ceux du deuxi�me degr�, pour qui la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit. Ils</p><p>comprennent les ordres simples, sont capables de certaines performances qui peuvent tromper sur leur capacit� v�ritable. Leur m�moire est parfois excellente, mais leur jugement et leur facult� d�abstraction inexistants. Ces malades peuvent b�n�ficier d�un apprentissage et �tre utilis�s dans d��troites limites.</p><p>Ils peuvent remplir les t�ches usuelles de la vie quotidienne, ils sont capables des quelques gestes simples et st�r�otyp�s d�un travail artisanal, mais ils doivent �tre soumis � une surveillance constante car ils manquent absolument de constance et d�esprit de suite. Leurs r�actions sont impr�visibles et m�me parfois dangereuses. On ne saurait leur confier de v�ritables responsabilit�s. Les moins touch�s pourraient apprendre � lire et � �crire, mais lecture et �criture n�ont pas pour eux valeur de communication, et mieux vaut les faire b�n�ficier d�une �ducation gestuelle, qui peut aboutir, dans les cas favorables, � une adaptation professionnelle en atelier prot�g�.</p><p>Les d�biles mentaux proprement</p><p>dits</p><p>Leur niveau mental ne d�passe gu�re celui d�un enfant de 10 ou 11 ans. Ils constituent des cat�gories plus favoris�es. On les divise en deux sous-groupes : les d�biles moyens, dont le Q. I. est compris entre 50 et 70</p><p>(25 p. 100 des d�ficients mentaux), et les d�biles l�gers, dont le Q. I. est compris entre 70 et 85 (50 p. 100 des d�ficients mentaux). Leurs fonctions intellectuelles ont un d�veloppement in�gal. La m�moire peut �tre bonne et les acquisitions nombreuses. Ils peuvent lire et �crire � des degr�s divers. Le vocabulaire peut s��tendre beaucoup gr�ce aux m�thodes d��ducation sp�cialis�e. Mais les facult�s de synth�se, de raisonnement, d��laboration ou d�abstraction sont plus ou moins r�duites.</p><p>Quoique moins marqu�s que chez les d�biles profonds, les troubles moteurs existent presque toujours, variables en intensit�. Il est habituel de mettre en �vidence des signes de d�bilit� motrice avec syncin�sies, exag�ration des r�flexes ost�otendineux, paratonie, hyper- ou hypotonie, tremblements,</p><p>maladresse gestuelle, tics, �locution d�fectueuse, b�gaiement, troubles de la marche et de l��quilibre, etc. Ces enfants sont donc pour le moins des maladroits, qu�il faut r��duquer en vue de l�apprentissage d�un m�tier manuel.</p><p>Tel sera le r�le des ateliers de perfectionnement, qui font suite aux classes du m�me nom institu�es par la loi du 15 avril 1909 et recevant des enfants dont le quotient intellectuel est compris entre 55 ou 60 au minimum et 70 au maximum.</p><p>Les cas sont nombreux o� l�arri�-</p><p>ration intellectuelle s�associe � une atteinte sensorielle (visuelle ou auditive), � une infirmit� motrice c�r�brale downloadModeText.vue.download 381 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>918</p><p>(I. M. C.) [h�mipl�gie, dipl�gie, ath�-</p><p>tose], � une �pilepsie. La r��ducation n�cessitera des m�thodes et des traitements appropri�s � ces infirmit�s suppl�mentaires.</p><p>Les d�biles ont d�autre part une affectivit� � la mesure de leur d�ficience intellectuelle. L�arri�ration affective ou caract�rielle est de r�gle � des degr�s divers chez ces malades.</p><p>Ils se montrent volontiers infantiles, influen�ables, capricieux, parfois t�tus, irritables, plus ou moins instables, volontiers hyper�motifs, versatiles et impulsifs. Ces troubles de l�affectivit� et du caract�re sont �videmment tr�s in�gaux d�un sujet � l�autre. Certains d�biles mentaux sont particuli�rement inconscients de leurs limites intellectuelles. Leur absence d�autocritique, voire leur vanit�, compromet alors leur adaptation sociale. Lorsque les troubles du caract�re prennent une grande ampleur, la r��ducation devient plus difficile. Mieux vaut � cet �gard une d�bilit� plus profonde avec un caract�re harmonieux qu�une d�bilit� l�g�re accompagn�e de d�sordres affectifs.</p><p>Certains d�biles caract�riels deviennent des d�linquants, surtout s�ils sont circonvenus par des individus adolescents ou adultes pervers qui les utilisent. Il faut savoir que 30 p. 100</p><p>des d�linquants mineurs sont des d�-</p><p>biles mentaux. Quels que soient les obstacles du caract�re et du comportement, un grand nombre de ces sujets sont �ducables lorsque sont prises les mesures d�assistance p�dagogique et sociale adapt�es. On peut obtenir chez les d�biles mentaux moyens et l�gers un �panouissement de leur personnalit�, l�exercice d�un petit m�tier, une insertion sociale satisfaisante dans un milieu relativement prot�g�. En effet, le d�bile est accessible � des m�thodes de psychoth�rapie, il est sensible � la qualit� de l�environnement. Son affectivit� peut s�am�liorer sous l�influence de la th�rapeutique et de m�thodes �ducatives particuli�res. En fait, le classement id�al des diff�rentes formes d�ar-ri�ration mentale ne devrait pas ob�ir seulement � des crit�res intellectuels psychom�triques. Il devrait se fonder aussi sur des crit�res d�adaptabilit� au milieu.</p><p>En effet, le d�ficient mental s�engage dans l�existence avec un lourd handicap. De l�importance de celui-ci d�pendra l�adaptation ult�rieure.</p><p>Or, pour bien juger de ce handicap, il serait n�cessaire d��tablir un diagnostic fond� essentiellement sur les possibilit�s r�elles d��ducabilit�. Tel fut le souci de tous ceux qui s�occup�rent de ces malades. On en trouve les bases dans l�ouvrage d�Edouard Seguin</p><p>(1846) sur l��ducation des idiots, et dans les travaux d�Esquirol, qui �tablit une hi�rarchie sommaire reposant sur la qualit� de la parole. Mais, plus tard, l��chelle psychom�trique de Binet et Simon s�est impos�e � tous. Elle permit de mesurer facilement le niveau intellectuel des enfants. Elle aboutit � une classification claire, �tay�e par un chiffre affect� � l�intelligence.</p><p>C�est elle qui a pr�sid� � la r�partition de tous les handicap�s en des �tablissements de r��ducation eux-m�mes hi�rarchis�s.</p><p>Pourtant, le taux d�intelligence ainsi mesur� n�est pas rigoureusement parall�le � celui d�efficacit� de l�intelligence, ou � celui d�adaptabilit�. La note donn�e � l�intelligence par la d�termination du quotient intellectuel n�est qu�un des �l�ments de la personnalit�, le seul mesurable, mais</p><p>elle ne fournit gu�re d�indication sur le comportement du malade, donc sur son adaptabilit�. Celle-ci va d�pendre en fait de deux facteurs essentiels : la qualit� de l�affectivit�, c�est-�-dire le d�s�quilibre ou l�harmonie du caract�re, et la qualit� du milieu dans lequel est amen� � vivre le d�ficient mental.</p><p>En ce qui concerne l�affectivit�, on a oppos� jadis avec simplicit�, mais non sans quelque justesse, les d�biles harmoniques, pond�r�s, sans troubles du caract�re, de comportement harmonieux, tr�s sociables, �minem-</p><p>ment utilisables m�me si leur niveau �tait au-dessous du m�diocre, aux d�biles dysharmoniques, souffrant de d�sordres vari�s du caract�re et de la conduite, instables, opposants agressifs ou inertes, d�humeur versatile, parfois pervers. Les premiers, s�ils sont bien soutenus par l�environnement social, peuvent s�adapter remarquablement et r�ussir dans un domaine socioprofes-sionnel pr�cis. Les seconds, m�me si leur quotient intellectuel se r�v�le tr�s acceptable, seront souvent incapables d�atteindre un niveau adaptatif correct.</p><p>En ce qui concerne le milieu social, on doit faire remarquer qu�il remplit rarement les conditions id�ales � l��panouissement de la personnalit� du d�-</p><p>ficient mental. La soci�t� n�est gu�re tol�rante � l��gard de ces malades.</p><p>Souvent exigeante, elle rejette ceux qui ne peuvent s�adapter aux normes qu�elle impose. La complexit� croissante des techniques, la subordination de l�homme aux machines, les exigences du rendement sont autant d��l�-</p><p>ments qui rejettent hors de la soci�t� active tous ces infirmes dont le nombre va croissant. Le public sait qu�il existe une population de d�ficients mentaux, mais il ignore que cette population est capable d�une certaine forme d�int�gration. Or, l�attitude n�gative ou � rejetante � du groupe social exacerbe les troubles de l�affectivit�. Elle cr�e de toutes pi�ces un comportement pathologique chez le d�bile qui se sent exclu. La d�sadaptation du d�ficient mental est souvent la cons�quence du rejet avou� ou camoufl� de la soci�t� qui l�entoure. En revanche, un bon milieu institutionnel, un cadre professionnel am�nag�, une ambiance com-</p><p>pr�hensive suffisent � transformer le comportement et le niveau adaptatif du d�ficient mental.</p><p>Par ailleurs, ce que le Q. I. ne mesure pas, c�est le jugement ou l�autocritique.</p><p>Il est des individus dot�s d�un quotient intellectuel sup�rieur aux valeurs limites de l�arri�ration mentale, et qui ont pourtant une adaptabilit� m�diocre.</p><p>La m�moire ne leur fait pas d�faut, leurs connaissances et acquisitions sont nombreuses, mais ils se comportent en sots et en vaniteux, accumulant les erreurs et �chouant dans leurs entreprises.</p><p>Il faut bien distinguer, surtout chez l�enfant, l�arri�ration mentale vraie du simple retard scolaire, d�un d�ficit sensoriel ou instrumental ou d�une arri�ration affective avec inhibition.</p><p>Ce sont les fausses d�bilit�s ou les pseudo-arri�rations, de pronostic tr�s diff�rent de l�arri�ration mentale proprement dite. Encore faut-il prendre des mesures th�rapeutiques sp�ciales.</p><p>Ces sujets ont une mauvaise utilisation de leur intelligence, secondaire � des carences �ducatives, des probl�mes affectifs, des difficult�s familiales, etc.</p><p>Les tests psychologiques sont indispensables pour appr�cier le vrai niveau de l�intelligence et les troubles de la personnalit�. Le traitement permettra � l�intelligence de ces enfants de s��panouir librement.</p><p>Causes des</p><p>arri�rations mentales</p><p>Elles sont loin d��tres toutes connues. Il y a pour certaines d�entre elles des facteurs h�r�ditaires, et il n�est pas douteux qu�il existe des familles de d�biles mentaux. La consanguinit� peut favoriser la gen�se des d�ficiences mentales.</p><p>La concordance de l�arri�ration chez les jumeaux univitellins, l��l�vation consid�rable du risque morbide dans la fratrie et chez les parents d�arri�r�s, les arbres g�n�alogiques montrant une h�r�dit� li�e au sexe incitent � soutenir que nombre d�arri�rations � comme l�intelligence en g�n�ral � d�pendent de g�nes autosomiques r�cessifs ou d�au moins un g�ne localis� sur le chromosome X. La transmission des arri�rations graves se fait plut�t sur un</p><p>mode dominant et li� au sexe, celle des arri�rations l�g�res se fait sur un mode r�cessif et partiellement li� au sexe.</p><p>On conna�t aussi les d�bilit�s mentales par foetopathie, c�est-�-dire du fait de maladies contract�es par le foetus dans l�ut�rus maternel : intoxications m�dicamenteuses ou professionnelles de la m�re, alcoolisme des parents, action des rayons X et des radiations en g�n�ral, incompatibilit� sanguine due au facteur Rh�sus, parasitoses (toxo-plasmose) et probablement multiples viroses, parmi lesquelles la rub�ole tient la premi�re place. Il faut insister sur la fr�quence des enc�phalopathies infantiles en rapport avec un traumatisme obst�trical, une anoxie*</p><p>c�r�brale au moment de la naissance, la pr�maturit�. De nombreux enfants demeurent arri�r�s apr�s une h�morragie m�ning�e postnatale, une m�ningite compliqu�e ou une m�ningoenc�phalite du jeune �ge, un traumatisme grave du cr�ne, certaines enc�phalopathies postvaccinales, les enc�phalopathies aigu�s, toxiques ou m�taboliques.</p><p>Citons �galement les arri�rations secondaires � des d�ficiences hormonales, en particulier au myxoed�me cong�nital (v. thyro�de). Actuellement, l�accent est mis sur deux ordres d�ar-ri�rations mentales : les arri�rations dues � une erreur cong�nitale du m�-</p><p>tabolisme biochimique et les arri�rations en rapport avec une aberration chromosomique.</p><p>Les erreurs du m�tabolisme</p><p>Probablement d�origine g�n�tique, elles sont de plus en plus souvent reconnues par les m�decins et les bio-chimistes. Ces erreurs retentissent sur le d�veloppement, la maturation et le fonctionnement du cerveau, entra�nant la constitution souvent progressive d�une d�ficience mentale. Certaines de ces d�viations pathologiques du m�tabolisme peuvent �tre corrig�es par un traitement appropri�, � condition d��tre d�pist�es tr�s pr�cocement.</p><p>Les d�ficiences mentales peuvent �tre secondaires :</p><p>1. � des anomalies du m�tabolisme des protides. La ph�nylc�tonurie en est l�exemple le plus remarquable, mais</p><p>on conna�t aussi l�homocystinurie, downloadModeText.vue.download 382 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>919</p><p>l�hyperglyc�mie, l�acidurie arginosuc-cinique, la prolinurie, la prolin�mie et l�hydroxyprolin�mie, l�hyperlysi-n�mie, la citrullinurie, la cystathionu-rie, les maladies accompagn�es d�une hyperaminoacidurie globale (maladie de Hartnup, syndrome de Lowe, d�g�-</p><p>n�rescence h�patolenticulaire), enfin la dyspyridoxinose c�r�brale, l�hyperuri-c�mie cong�nitale, etc. ;</p><p>2. � des anomalies du m�tabolisme des lipides, groupant toutes sortes de dys-lipo�doses, parmi lesquelles la maladie de Tay-Sachs, de Niemann Pick, la maladie de Gaucher, la leucodystro-phie m�tachromatique, soudanophile et de Krabbe, la lipidose de Van Bogaert, la lipidose � c�phaline, certains cas d�hypertriglyc�rid�mie ou d�absence de &#x3B2;-lipoprot�ines, etc. ;</p><p>3. � des anomalies du m�tabolisme des glucides, notamment la galactos�-</p><p>mie, le gargoylisme, les glycog�noses, l��pilepsie myoclonique d�Unverricht, l�acidose lactique cong�nitale ; 4. � des d�sordres du m�tabolisme phosphocalcique, avec l�hypophospha-tasie familiale, l�hypercalc�mie idiopathique de Fanconi, etc.</p><p>Toutes ces affections sont li�es � des d�ficits enzymatiques divers d�origine g�n�tique. Quelques-unes sont �vitables gr�ce � un d�pistage syst�matique du trouble biochimique et � une th�rapeutique pr�coce. Ainsi en est-il de la ph�nylc�tonurie, de la maladie de Wilson, de la galactos�mie, de l�hypo-phosphatasie et de l�hypercalc�mie, du myxoed�me (hypothyro�die).</p><p>Les arri�rations par aberration</p><p>chromosomique</p><p>Elles d�rivent de la fragilit� de la m�-</p><p>canique chromosomique ; les anomalies responsables portent sur le nombre et la structure des chromosomes.</p><p>Parmi les anomalies des autosomes, signalons le mongolisme (trisomie de la 21e paire), la trisomie 13, la trisomie 18, la maladie du cri du chat (d�l�-</p><p>tion partielle du bras court du chromosome 5), la d�l�tion partielle du bras long du 18e chromosome, etc., Parmi les anomalies des chromosomes sexuels, citons les syndromes de Turner, le syndrome triple X, les syndromes de Kli-nefelter, le syndrome XYY.</p><p>Quelques arri�rations d�pendent</p><p>d�une dysplasie embryonnaire du syst�me nerveux du foetus : phacomatoses (scl�rose tub�reuse de Bourneville ; neurofibromatose, angiomatoses diverses) et dysraphies, avec malformations osseuses et nerveuses associ�es.</p><p>Autres causes</p><p>Quelques arri�rations sont peut-�tre en rapport avec des facteurs psychologiques de milieu ou d�environnement (d�bilit�s psychog�n�tiques). Ce sont les carences affectives et culturelles de toutes sortes qui peuvent expliquer certaines d�ficiences mentales.</p><p>Un nombre important d�arri�rations restent actuellement sans cause d�celable malgr� toutes les investigations.</p><p>Mesures sociales</p><p>et traitement</p><p>Sur le plan m�dico-social, la loi de 1909 a cr�� des classes de perfectionnement et des �tablissements p�dagogiques sp�ciaux pour arri�r�s, mais les immenses besoins dans ce domaine contrastent avec l�insuffisance des moyens mis en oeuvre.</p><p>En pratique, devant une arri�ration mentale, le m�decin fait un bilan de la maladie afin de d�celer une cause �ventuellement accessible � un traitement, d�appr�cier les capacit�s intellectuelles et motrices, les troubles �ventuels du caract�re et du comportement par l�observation clinique et les tests psychologiques. On distinguera ainsi les arri�r�s profonds, les d�biles moyens ou l�gers, �ducables ou semi-�ducables selon les cas. Le placement dans des centres sp�ciaux ou en h�pital psychiatrique d�pendra du degr� de l�arri�ration, de l�intensit� des troubles affectifs, de la tol�rance du milieu familial � l��gard</p><p>de l�enfant arri�r�.</p><p>On a propos�, pour am�liorer les performances des d�ficients mentaux, de nombreux m�dicaments : stimulants m�taboliques c�r�braux, vitamines, hormones, substances psychotropes vari�es, dont l�efficacit� r�elle demeure assez restreinte. Il est certain toutefois qu�il faut essayer de corriger les d�sordres affectifs qui g�nent la r��ducation par un environnement correct et des chimioth�rapies psychotropes bien choisies (neuroleptiques, tranquillisants, antid�presseurs).</p><p>Arri�ration affective</p><p>Il convient de distinguer l�arri�ration mentale par d�ficience cong�nitale ou tr�s pr�cocement acquise de l�intelligence de l�arri�ration affective, encore appel�e immaturit� affective.</p><p>Dans l�arri�ration affective pure, seuls l�affectivit� et le caract�re sont anormaux. L�intelligence est intacte.</p><p>Les arri�r�s affectifs sont des enfants ou des adultes dont l��volution ins-tinctuelle et affective est demeur�e incompl�te, particuli�rement infantile.</p><p>�motions, instincts, sentiments et comportement sont immatures, en retard sur l��ge l�gal du sujet et sur son d�veloppement intellectuel. Les causes de l�arri�ration affective peuvent �tre g�-</p><p>n�tiques, mais elles sont le plus souvent psychologiques et d�pendent du milieu dans lequel a �t� �lev� l�individu.</p><p>G. R.</p><p>&#x25B6; D�bilit� mentale.</p><p>B A. Levinson, The Mentally Retarded Child (New York, 1952 ; trad. fr. l�Enfant mentalement retard�, Le Centurion, 1968). / A. Rey, Arri�ration mentale et premiers exercices �ducatifs (Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1953).</p><p>/ M. Mannoni, l�Enfant arri�r� et sa m�re. �tude psychanalytique (�d. du Seuil, 1964). / M. Egg, Andere Kinder, andere Erziehung (Zurich, 1965 ; trad. fr. �ducation de l�enfant retard�, Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1967). /</p><p>P. Mozziconacci, J. Boisse, A. Lemonnier et C. Charpentier, les Maladies m�taboliques des acides amin�s avec arri�ration mentale (Expansion scientifique, 1968).</p><p>Arsacides</p><p>Dynastie parthe qui r�gna sur les r�-</p><p>gions iraniennes du milieu du IIe s. av.</p><p>J.-C. au d�but du IIIe s. apr. J.-C.</p><p>Les territoires situ�s � l�est de la mer Caspienne furent au d�but du IIIe s. av.</p><p>J.-C. envahis par des nomades scythes, les Dahai. Certains de ces peuples, les Parthes, se montr�rent particuli�rement entreprenants, puisqu�ils n�h�sit�rent pas � descendre vers le sud, dans le pays s�leucide. D�abord repouss�s par les efforts d�Antiochos Ier, ils purent, vers 250, sous la conduite d�un chef auquel � ils ob�issaient aveugl�ment �, s�installer dans la r�gion de Nisa. Ce chef, Arsace, prit en 247 le titre grec de roi : ainsi naquit d�une victoire sur les S�leucides la dynastie des Arsacides.</p><p>L�histoire de la dynastie</p><p>Tr�s vite, le nouvel �tat sait profiter des difficult�s du royaume grec : les envahisseurs s�installent vers 238 en Parthie (c�est alors que l�on commence � les appeler Parthes), puis en Hyr-canie. Au milieu du IIe s., � l��poque du roi Mithridate Ier, ils s�emparent de la M�sopotamie, de la Babylonie, de l�Elam. Ces territoires formeront d�sormais le noyau de leur royaume.</p><p>Des crises internes, les incursions de nomades scythes dans leurs provinces orientales ne peuvent les emp�cher de devenir au d�but du IIe s. av. J.-C. la principale puissance de l�Orient, alors que les S�leucides, oblig�s de lutter sur tous les fronts de leur immense empire, sont au plus mal. Quant au Royaume gr�co-bactrien �tabli aux confins de l�Indus, il a �t� d�truit par les Barbares de l�Est.</p><p>Les Romains ne m�nagent pas les</p><p>avanies aux Arsacides : Sulla, Lucullus, Pomp�e, apr�s avoir sign� des trait�s avec eux, interviennent dans les querelles dynastiques et songent � envahir leur territoire. C�est � Crassus que revient la gloire de mener la campagne qui doit les soumettre, mais, en 53 av. J.-C., � Carres, ses troupes sont �cras�es, perdent leurs enseignes, et lui-m�me est tu�. Les Parthes (bien que le g�n�ral Sur�na, vainqueur de Carres, ait �t� �cart� par un roi jaloux</p><p>de son prestige) lancent contre les possessions romaines des raids meurtriers. Ils s�emparent de la Syrie � que le fid�le vassal des Romains, H�rode, doit �vacuer, � la grande satisfaction des indig�nes � et mettent � sac l�Asie Mineure. Rome sera capable de les chasser, mais non de les vaincre. Aussi Auguste* inaugure-t-il des relations amicales, ce qui lui permet de rassurer l�opinion publique, de se faire rendre les aigles prises � Crassus et de faire venir � Rome, pour y �tre �duqu�, le fils d�un roi parthe. N�anmoins, les affaires d�Arm�nie* provoquent des frictions jusqu�au jour o� N�ron sait faire aboutir en ce domaine un compromis qui satisfait tout le monde : Rome d�signe le roi de ce pays strat�giquement important, mais elle le prend dans la famille des Arsacides. Le Royaume parthe, affaibli par des troubles int�rieurs, se replie alors sur lui-m�me, ce qui favorise le d�veloppement d�une civilisation plus originale.</p><p>N�anmoins, lorsque Trajan*, vou-</p><p>lant suivre les traces d�Alexandre, d�cide de transformer en province romaine l�Arm�nie, d�en faire une base de d�part pour descendre l�Euphrate et conqu�rir la Babylonie (116 apr. J.-</p><p>C.), les Arsacides prouvent qu�ils sont encore capables de d�fendre leur ind�-</p><p>pendance : Trajan doit faire retraite.</p><p>Par la suite, la Syrie sera envahie par Volog�se III ; Artaban V �crasera Macrin.</p><p>Pourtant, l��tat d�anarchie dans lequel se compla�t le pays est tel que les Arsacides ne peuvent longtemps profiter de leur victoire. C�est une nouvelle dynastie, celle des Sassanides, qui pr�-</p><p>sidera d�sormais (� partir de 224 apr.</p><p>J.-C.) aux destin�es de la Perse.</p><p>La vie politique</p><p>Au d�but, les Arsacides se contentent d�adopter certaines institutions s�leucides. Le territoire, comme sous les downloadModeText.vue.download 383 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>920</p><p>rois grecs, se divise en satrapies et</p><p>hyparchies. Mais, le pouvoir central �tant moins fort que sous la dynastie pr�c�dente, les diff�rentes provinces du royaume sont souvent ind�pendantes, ce qui explique sans doute que l�on parle, chez Pline, des dix-huit royaumes parthes, dont les fronti�res correspondaient � celles des provinces s�leucides. Dans certaines r�gions gouvernent des dynastes vassaux, qui se contentent de faire acte d�all�geance.</p><p>Quant aux cit�s grecques, dont le conqu�rant barbare respecte l�individualit�, elles conservent souvent une certaine forme d�autonomie.</p><p>Par ailleurs, comme ils manquent � l�origine d�une tradition administrative, c�est d�abord dans les milieux hell�nis�s qu�ils recrutent leurs fonctionnaires. Aussi n�est-il pas �tonnant que la langue officielle du royaume ait �t� longtemps le grec, comme on le voit dans les textes et les monnaies jusque dans le cours du Ier s. av. J.-C., o� l�on commence � user de l�aram�en.</p><p>D�ailleurs les Arsacides ne frappent pas tout de suite des pi�ces � leur nom et utilisent la monnaie s�leucide ; ils datent leurs actes d�apr�s l��re s�leucide, qui n�est m�me pas abandonn�e quand on se met � utiliser une �re fond�e sur la date du couronnement d�Arsace. De m�me, sur le plan juridique, on ne peut d�finir un droit parthe, tant la pratique hell�nistique reste vivace.</p><p>Si l�administration, sur le plan local, m�le institutions grecques et r�alit�s orientales, l�originalit� de la dynastie arsacide, par rapport aux S�leucides.</p><p>appara�t au niveau du gouvernement central. La cour continue de r�unir autour du roi les � amis � (qui portent toujours le titre s�leucide), mais le palais abrite aussi un harem regroupant les jeunes filles des plus grandes familles. Par ailleurs, l�autorit� du roi, absolue chez les Grecs, est limit�e par l�existence d�une noblesse brouillonne, concentrant en ses mains de larges pouvoirs essentiellement sur le plan local, et qui intervient � l�occasion des successions royales.</p><p>La vie �conomique</p><p>et sociale</p><p>Aux origines de la royaut� parthe, la</p><p>communaut� grecque est encore vivace ; mais la soci�t� iranienne s�unifie rapidement, les races se m�lent, les genres de vie se rapprochent.</p><p>Le Royaume perse est un grand pays agricole. Les techniques d�irrigation permettent de gagner � la culture de nouvelles terres. Une classe de grands propri�taires, qui font travailler les esclaves attach�s � la propri�t� et vendus avec elle (beaucoup de petits paysans endett�s sont aussi r�duits � une condition quasi servile), favorise l�am�lioration de l��levage et le d�veloppement des produits exotiques comme l�abricot et la p�che, venus de Chine, ainsi que la canne � sucre.</p><p>La Perse est particuli�rement bien plac�e pour jouer entre l�Occident romain et l�Orient chinois le r�le d�interm�diaire. Les itin�raires sont connus : les plus importants partent d�Antioche, sur l�Oronte, pour passer la fronti�re parthe � Zeugma (sur l�Euphrate), puis franchissent le Tigre, et se dirigent vers Ecbatane, Rhag�s, Nisa, Merv et Bactres, o� se s�parent les routes de l�Inde et de la Chine par l�interm�diaire de l�actuel Turkestan chinois.</p><p>Ce n�est pas la seule route utilis�e ; il existe m�me un itin�raire maritime vers l�Inde par le golfe Persique.</p><p>Ce commerce, dont nous connais-</p><p>sons l�organisation, en particulier par des inscriptions d�couvertes � Palmyre, est � l�origine de nombreux progr�s : les moyens de transport (on vient d�inventer le fer � cheval) sont am�lior�s ; les routes sont entretenues gr�ce � une taxe lev�e sur les marchandises transport�es ; les pistes sont jalonn�es de puits, de caravans�-</p><p>rails ; les villes �tapes proposent aux commer�ants des locaux de stockage pour marchandises ; il existe une police du d�sert, qui garantit la s�curit� des caravanes.</p><p>Le commerce porte essentiellement sur les produits de luxe : l�Occident importe de Chine ou de l�Inde des m�taux pr�cieux (y compris un acier que les Chinois traitent de fa�on particuli�re), des pierreries, des tissus de</p><p>prix (la soie). Ces �changes sont � la source de la richesse des Arsacides et de la soci�t� qui, sous leur r�gne, se compla�t dans une vie de luxe ; ils favorisent le d�veloppement des litt�ratures, des arts, qui feront prendre conscience au pays de son originalit� et de sa dignit� par rapport � ses ma�tres, les Hell�nes.</p><p>J. M. B.</p><p>&#x25B6; Iran / Parthes / Rome.</p><p>B R. Ghirshman, l�Iran des origines � l�Islam (Payot, 1952). / MAR Colledge, The Parthians (Londres, 1967).</p><p>Ars antiqua</p><p>Expression qui d�signe toute la production de musique polyphonique qui a pr�c�d� le modernisme de l�Ars nova.</p><p>Ce qualificatif peu �logieux rejoint, dans l�intention des moderni qui l�ont formul�, l��pith�te p�jorative de � gothique �. Si on d�laisse les tentatives d��laboration de la polyphonie, qui ne sont le plus souvent qu�exemples de trait�s ou textes musicaux de restitution hypoth�tique, pour s�en tenir aux r�alisations artistiques, on peut consid�rer que l�Ars antiqua couvre la p�riode qui s��tend de 1150 � 1300.</p><p>Ce qui caract�rise essentiellement cette premi�re p�riode de la polyphonie occidentale, c�est l�attribution � des figures de notes pr�existantes � valeur �gale � ces notes carr�es utilis�es par le plain-chant � de valeurs relatives selon la position qu�elles occupent, ainsi que leur organisation selon des sch�mas appel�s modi ou modes rythmiques. Dans ces cellules, �tablies d�apr�s la m�trique antique �</p><p>on y trouve l��quivalent du troch�e, de l�iambe, du tribraque, etc. �, r�gne exclusivement le ternaire, qui, par r�f�-</p><p>rence � la Trinit�, est consid�r� comme le symbole de la perfection. Une codification complexe permet de distinguer, malgr� le nombre limit� de signes, les longues des br�ves dans des successions de notes ou dans des ensembles appel�s ligatures. Mais ce n�est qu�� la fin du XIIIe s. que le syst�me se pr�ci-sera de fa�on d�finitive.</p><p>Cette p�riode n�est pas monolithique ; l��volution, d�ailleurs tr�s accus�e, est due au besoin de pr�cision de plus en plus grand ressenti du fait de la multiplication du nombre des voix.</p><p>Trois genres principaux sont pratiqu�s dans cette p�riode : l�organum, le conduit et le motet. � ses d�buts, l�organum est dit purum, ou libre, �crit seulement � deux voix, dont l�une, la voix inf�rieure, n�est autre que le chant gr�gorien dont les valeurs sont allong�es en tenues (et qui est appel�e pour cette raison teneur ou cantus firmus), et dont la seconde, appel�e duplum (double) ou discantus, ou encore vox organalis, ex�cute au-dessus de cette teneur, chant�e ou jou�e sur le clavier d�un positif, de souples m�lismes, dont l�ex�cution pose des probl�mes, car la notation rythmique n�en est pas pr�ci-s�e. C�est le cas des oeuvres compos�es dans les centres de Chartres, de Fleury-sur-Loire (aujourd�hui Saint-Beno�t-sur-Loire), de Saint-Martial de Limoges, de Tours, de F�camp, mais aussi � l��tranger, comme nous le prouve le manuscrit de Winchester.</p><p>Cet organum double, que pratiqua aussi L�onin, l�un des premiers grands ma�tres de l��cole de Notre-Dame, devient au d�but du XIIIe s., avec P�rotin, triple et m�me quadruple, lorsque, au-dessus de la teneur, �voluent non plus seulement une voix, mais deux ou trois autres, ce qui contraint les compositeurs � fixer avec une pr�cision plus grande les rythmes des diverses lignes m�lodiques. Cet organum � vocalises, ou fleuri, surtout pratiqu� � Paris, et dont la vague dispara�tra apr�s le milieu du XIIIe s., constitue le deuxi�me moment de l�Ars antiqua.</p><p>Parall�lement existe une autre</p><p>forme, le conduit, oeuvre de circonstance, non int�gr�e au culte proprement dit, et qui, ne prenant pas appui sur un texte liturgique, est donc une composition totalement originale. �crit comme l�organum � deux, trois ou quatre voix, il semble avoir �t� en honneur notamment � l��cole Notre-Dame de Paris.</p><p>Apr�s 1250, l�activit� des com-</p><p>positeurs tend � se limiter au motet,</p><p>� l�origine courte section d�organum dont les voix sup�rieures sont pourvues de paroles diff�rentes pour chacune. Liturgique au d�part, il devient de plus en plus profane, tout en conservant comme base un fragment gr�gorien. Le syllabisme de rigueur dans ces oeuvrettes tr�s raffin�es provoque un nouveau progr�s de la notation. La br�ve se divise en deux ou trois semi-br�ves, dans la notation dite � franco-nienne � des ann�es 1260, et, plus tard, vers la fin du si�cle, sur l�impulsion de Pierre de La Croix, en quatre, cinq et m�me jusqu�� neuf semi-br�ves. Ce motet, �crit au d�but le plus souvent � deux voix, devient r�guli�rement triple � cette �poque, qui constitue le troisi�me moment de l�Ars antiqua.</p><p>Au motet, il faut adjoindre le rondeau � trois voix, genre dans lequel s�illustre le trouv�re art�sien Adam*</p><p>de la Halle.</p><p>Le d�but du XIVe s. marque le d�clin de l�Ars antiqua, en France du moins, car. � l��tranger, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, longtemps downloadModeText.vue.download 384 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>921</p><p>encore, parfois m�me jusqu�au XVe s., se perp�tuera cet � art p�rim� � que condamneront bient�t les tenants de l�Ars nova.</p><p>B. G.</p><p>B Y. Rokseth, Polyphonies du XIIIe si�cle, t. IV</p><p>(Strasbourg, 1939). / J. Chailley, Histoire musicale du Moyen �ge (P. U. F., 1950 ; 2e �d., 1969).</p><p>Ars nova</p><p>Expression que l�on doit au th�oricien Philippe de Vitry (1291-1361), et qui sert � d�signer les quelque cent ann�es de production musicale, tant fran�aise qu�italienne, s�parant les derni�res oeuvres de l�Ars* antiqua des d�buts de la pr��minence de l��cole bourguignonne qui, au XVe s., allait tenir le devant de la sc�ne.</p><p>D�s la fin du XIIIe s., les innovations</p><p>rythmiques de Pierre de La Croix (mort apr�s 1298) ouvrent la voie � de nouvelles hardiesses. Elles se manifestent en particulier dans le motet, qui, dans cette p�riode de transition, est le v�hicule du progr�s. Premier t�moignage de la mani�re nouvelle, le roman de Fauvel, ouvrage satirique auquel collaborent le po�te musicien Jehannot de Lescurel et sans doute aussi Philippe de Vitry, pr�sente d�s 1314 des essais de notation traduisant le d�sir d��chapper � la dictature du ternaire et au carcan des modes rythmiques : pour passer du tempus perfectum (trois semi-br�ves pour une br�ve) au tempus imperfectum (deux semi-br�ves pour une br�ve), on utilise l�encre rouge ; c�est l�av�nement du binaire.</p><p>� partir de 1320 environ sont �crits plusieurs trait�s � et parmi ceux-ci Ars nova, qui donne son nom � cette p�riode �, dans lesquels le th�oricien-compositeur Philippe de Vitry compl�te et codifie tout l�arsenal de signes musicaux du temps. Un syst�me coh�rent voit enfin le jour, et � initiative capitale � des signes de mesures apparaissent pour pr�ciser le mouvement ou l�unit� sur laquelle repose le mouvement. Ce sont des carr�s ou des cercles, complets ou non, pourvus ou non de traits ou de points. Les figures de notes �voluent elles aussi. Les essais de graphie en rouge persisteront quelque temps encore, mais feront bient�t place aux notes partiellement ou totalement �vid�es, qui annoncent la notation blanche. De plus, les signes se multiplient : indications pr�cises de pauses, mais aussi figures nouvelles de valeurs de plus en plus br�ves. La minime, division de la semi-br�ve, apparue avec Pierre de La Croix, se subdivise elle-m�me en 2 ou 3 semi-minimes. Cette prolif�ration de valeurs br�ves permet la dislocation d�finitive des modes rythmiques et une recherche parfois excessive de rythmes contrari�s entre les voix, cr�ant l�impression d�un usage syst�matique de la syncope.</p><p>Gr�ce � la pr�cision de la notation se g�n�ralise aussi un proc�d�, entrevu d�j� par l�Ars antiqua, le hoquet, ou truncatio vocis, qui consiste � multiplier les silences en les d�calant d�une voix � l�autre.</p><p>De la ligne m�lodique, il ne reste plus que les ar�tes, un jaillissement f�-</p><p>rial de points lumineux, ce qui explique l�emploi du hoquet pour clore une oeuvre assez longue, comme le gloria ou le credo des messes polyphoniques.</p><p>L��criture musicale aussi se transforme. On compose, certes, encore � deux ou trois voix (teneur et duplum ; teneur, duplum et triplum), mais une quatri�me voix intervient de plus en plus souvent, inf�rieure � la teneur, utilisant des valeurs du m�me ordre de dur�e, et appel�e de ce fait � contre-teneur �. Ainsi se constitue le qua-tuor, qui restera l�id�al sonore jusqu�� l�aube du XVIIe s.</p><p>Les genres tendent � se diversi-</p><p>fier. Le motet reste toutefois la forme la plus employ�e, mais sa structure interne �volue. La phrase gr�gorienne choisie comme teneur (color) se voit imposer, comme cela se produisait d�j� quelque peu � la fin du XIIIe s., un d�coupage arbitraire selon un sch�ma rythmique permanent (talea). Ainsi modifi�e, elle perd toute valeur m�lodique et n�est plus qu�un proc�d� de composition. Ce traitement s��tend ensuite � la contre-teneur, et m�me aux autres voix. Le motet devient donc une forme complexe et savante, souvent aux d�pens de l�expression. On le dit</p><p>� isorythmique �.</p><p>Une m�me �volution se produit dans le rondeau, dor�navant plus ample et moins simple que ceux d�Adam*</p><p>de la Halle, mais aussi dans d�autres genres jusque-l� monodiques, comme la ballade (qui peut, comme le motet, �tre pourvue de textes diff�rents pour chaque voix), le lai et le virelai.</p><p>C�est d�abord en France que se d�-</p><p>veloppent ces techniques nouvelles, en premier lieu au nord de la Loire : deux tr�s grands compositeurs symbolisent cet art et cette �poque, Philippe de Vitry et surtout Guillaume de Machaut ; mais il faut ajouter toute une pl�iade de musiciens de la g�n�-</p><p>ration suivante, que l�on commence aujourd�hui � mieux conna�tre, comme Baude Cordier, J. Carmen, J. Cesaris, J. S. de Haspre, Solage, etc., dont le mani�risme est tr�s accus�. En second</p><p>lieu, dans la r�gion d�Avignon : � cause du d�placement du si�ge de la papaut�, cette cit� conna�t une vie musicale intense, dont les oeuvres liturgiques contenues dans les manuscrits d�Apt et d�Ivr�e, et destin�es sans doute � la chapelle pontificale, fournissent la preuve.</p><p>Sous l�influence de la France, l�Italie, qui n�avait jusque-l� gu�re pratiqu� que la monodie, s�engage, vers les an-n�es 1340, dans la voie de la polyphonie. Choisissant pour les mettre en musique des pi�ces en vers, madrigaux, ballate, les compositeurs ignorent presque totalement le motet, trop intellectuel sans doute, et �crivent des oeuvres � deux ou trois voix seulement, de caract�re plus simple, moins heurt�, et plus orient�es vers la recherche de la gr�ce m�lodique. Ils recourent aussi volontiers � l�emploi de la cac-cia (chasse) ou canon. La plupart des oeuvres nous sont connues par le codex Squarcialupi, qui en contient presque quatre cents, dont plus d�un tiers sont dues au plus grand compositeur du XIVe s., Francesco Landino (1325-1397). Il faut encore citer Giovanni da Cascia, Iacopo da Bologna, mais aussi quelques musiciens �trangers qui se sont int�gr�s � cette �cole, comme Johannes Cigogne, de Li�ge, connu sous le nom italianis� de Ciconia.</p><p>B. G.</p><p>B M. Schneider, Die Ars nova des XIV. Jahrhunderts in Frankreich und Italien (Wolfenb�ttel, 1930). / H. Besseler, Die Musik des Mittelalters und der Renaissance (Potsdam, 1931-1935).</p><p>/ T. G�rold, la Musique au Moyen �ge (Champion, 1933). / L. Schrade, Polyphonic Music of the Fourteenth Century, t. IV (Monaco, 1956-1958). / A. Damerini, Guglielmo de Machaut e</p><p>� l�Ars Nova � italiana (Florence, 1960).</p><p>arsenic</p><p>Corps simple, d�apparence m�tallique, r�pandu dans les minerais.</p><p>D�couverte</p><p>Dans l�Antiquit�, on r�alisait des colorants avec l�orpiment As2S3 et le r�algar As2S2, qui existent � l��tat naturel.</p><p>Au Ve s., Olympiodore d�crit l�arsenic blanc, qui est l�oxyde As2O3 obtenu</p><p>en grillant le sulfure � l�air. Le corps simple lui-m�me �tait obtenu comme le produit d�une sublimation et �tait utilis� pour rendre le cuivre plus blanc.</p><p>Sous l�influence des Arabes, les quatre ou cinq �l�ments des Grecs furent modifi�s par les alchimistes et remplac�s par le mercure, le soufre et l�arsenic. Le mercure et l�arsenic �taient consid�r�s comme principe</p><p>� m�le � : le mot arsenic vient du mot grec arsenikos, qui veut dire pr�cis�-</p><p>ment � m�le �.</p><p>Chimie</p><p>�tat naturel</p><p>L�arsenic se rencontre � l��tat libre, mais plus souvent sous forme de sulfures et de minerais, dont le plus important est le mispickel de formule FeAsS. Les pyrites en contiennent souvent de petites quantit�s. Il repr�sente 5.10� 4 p. 100 en poids de la lithosph�re.</p><p>Atome</p><p>L�arsenic, qui a le num�ro atomique 33, est dans la m�me colonne de la classification p�riodique que l�azote, le phosphore, l�antimoine et le bismuth, et se situe entre le phosphore et l�antimoine, d�o� des analogies de propri�t�s tr�s �troites avec l�antimoine et aussi le bismuth, ainsi qu�� un moindre degr� avec le phosphore et, par certains c�t�s, avec l�azote.</p><p>L��tat fondamental de l�atome a la structure �lectronique suivante : 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 3. Cet atome a un rayon atomique de 1,21 �, et les potentiels successifs d�ionisation, exprim�s en �lectrons-volts, sont les suivants : 9,8 ; 20,1 ; 28,2 ; 54,3 ; 62,6 ; 127,2...</p><p>Corps simple</p><p>L�arsenic est � la temp�rature ordinaire un solide de densit� d = 5,7 sous sa forme grise usuelle. Il poss�de une conductibilit� �lectrique notable et un �clat m�tallique. Il fond � 817 �C</p><p>sous une pression de 36 atmosph�res.</p><p>Il se sublime lentement vers 210 �C et rapidement vers 450 �C, par suite de</p><p>la tension de sublimation atteinte dans ce domaine de temp�rature. L�arsenic pr�sente une allotropie, car on conna�t plusieurs formes solides diff�rentes.</p><p>L�arsenic jaune est soluble dans le sulfure de carbone et analogue au phosphore blanc. Cette forme est instable et se transforme rapidement en arsenic gris m�tallique. On l�obtient par condensation brutale de la vapeur sur une paroi froide. La structure de ce solide est form�e d�un assemblage de mol�cules As4. Il existe aussi de l�arse-downloadModeText.vue.download 385 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>922</p><p>nic noir obtenu par d�composition de compos�s instables tels que l�hydrure AsH3. Cet arsenic noir, d�une densit� voisine de 4,7, semble avoir une structure voisine de celle de la forme m�tallique mais incompl�tement organis�e, et se transforme vers 360 �C en forme m�tallique.</p><p>La vapeur est form�e � temp�rature moyenne de mol�cules As4. Au-dessus de 800 �C commencent � appara�tre des mol�cules As2, et des atomes libres As apparaissent � plus haute temp�rature.</p><p>L�activit� chimique de l�arsenic est plus r�duite que celle du phosphore.</p><p>Comme l�antimoine et le bismuth, l�arsenic br�le dans l�oxyg�ne en donnant un oxyde As2O3. L�action des acides et des m�taux est analogue � celle que ces corps ont sur l�antimoine*.</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>On conna�t, � c�t� du trihydrure d�arsenic AsH3, analogue au compos� homologue SbH3 de l�antimoine, un hydrure tr�s instable As2H4.</p><p>Les d�riv�s de formule AsR3, analogues aux amin�s tertiaires NR3, se forment par action d�un organozincique tel que Zn(CH3)2 ou d�un organoma-gn�sien mixte RMgX sur le trichlorure ou le tribromure d�arsenic. On conna�t de plus les arsines RAsH2 et R2AsH, de m�me que leurs d�riv�s d�oxydation de formules respectives RAsO3H2</p><p>(acides arsoniques), R2AsO2H (acides</p><p>arsiniques) et R3AsO (oxydes d�arsines). Il existe aussi des sels d�arso-nium quaternaire R4AsX et les bases correspondantes R4AsOH. Ces bases se d�composent par chauffage en donnant l�arsine et un alcool. Les arsines sont des produits tr�s volatils extr�mement toxiques, qui sont tr�s oxydables.</p><p>Mais l�arsenic donne naissance � des d�riv�s organiques plus importants : tels sont le cacodyle</p><p>(CH3)2As�As(CH3)2,</p><p>le chlorure de cacodyle (CH3)2AsCl, qui est une chloroarsine, l�oxyde de cacodyle</p><p>(CH3)2As�O�As(CH3)2</p><p>et l�acide cacodylique (CH3)2AsO2H, qui se pr�parent ais�ment � partir de la liqueur fumante de Cadet r�sultant de la pyrolyse et de la distillation d�un m�lange d�anhydride ars�nieux et d�ac�tate de sodium. (Le chimiste fran�ais Louis Claude Cadet de Gas-sicourt [1731-1799] se faisait appeler Cacodylus, d�o� le nom de � cacodyle �.) Des chloroarsines ont servi, par suite de leur toxicit� et de leurs propri�t�s v�sicantes, � faire des � gaz de combat � : telle est la � lewisite �.</p><p>Diff�rents d�riv�s, par contre, ont �t� ou sont utilis�s pour pr�parer des m�dicaments ; tel est le cas du cacodylate de sodium (CH3)2AsO2Na (traitement de l�an�mie), de l�arrh�nal CH3AsO3Na2</p><p>(maladie du sommeil), de m�me que de l�atoxyle</p><p>H2N�C6H4�AsO3HNa</p><p>(maladie du sommeil et syphilis) et de l�ars�nobenz�ne</p><p>C6H5�As�As�C6H5,</p><p>ainsi que de ses d�riv�s comme le sal-varsan, ou � 606 �, de formule</p><p>C6H3(OH)(NH2)�As=As�C6H3(OH)</p><p>(NH2).</p><p>Certains d�riv�s arsenicaux sont actuellement utilis�s dans les cas de dermatoses.</p><p>Enfin, l�arsenic et ses d�riv�s, plus ou moins toxiques, sont � l�origine d�intoxications parfois criminelles.</p><p>Divers produits arsenicaux (anhydride ars�nieux, ars�nites et ars�niates) sont actuellement tr�s r�pandus sous forme de raticides, d�insecticides ou de produits anticryptogamiques.</p><p>Les halog�nures, assez semblables � ceux d�antimoine, sont hydrolysables.</p><p>On conna�t les oxydes As2O3 (anhydride ars�nieux), forme commerciale la plus importante, et As2O5 (anhydride ars�nique). Ce dernier a un caract�re oxydant qui le diff�rencie nettement de l�anhydride phosphorique P2O5. On conna�t deux s�ries d�acides oxyg�n�s comme pour le phosphore, mais la diversit� des acides est beaucoup moins grande. L�acide ars�nieux HAsO2</p><p>poss�de un caract�re amphot�re, et le caract�re acide est nettement plus fort que le caract�re basique :</p><p>caract�re acide</p><p>HAsO2 ! AsO2� + H+ ;</p><p>caract�re basique</p><p>HAsO2 ! AsO+ + OH�.</p><p>Les solutions d�acide ars�nieux ont des propri�t�s oxydor�ductrices.</p><p>HAsO2 est oxydant selon</p><p>HAsO2 + 3 H+ + 3e� ! As + 2 H2O, et r�ducteur selon</p><p>HAsO2 + 2 H2O ! H3AsO4 + 2 H+ +</p><p>2e�.</p><p>Alors qu�en milieu moyennement</p><p>basique, r�alis� par le carbonate acide de sodium NaCO3H, l�iode oxyde les ars�nites, en milieu franchement acide un iodure alcalin r�duit l�acide ars�-</p><p>nique en acide ars�nieux.</p><p>Les orthoars�niates alcalins, tel K3AsO4, sont isomorphes des ortho-phosphates correspondants (K3PO4).</p><p>Ni l�acide pyroars�nique ni l�acide m�taars�nique ne sont connus. Par contre, on conna�t des polyars�niphos-</p><p>phates contenant des encha�nements de t�tra�dres PO4 et AsO4, form�s de quatre atomes d�oxyg�ne group�s autour d�un atome soit de phosphore, soit d�arsenic. On conna�t aussi des ars�-</p><p>notungstates, des ars�nomolybdates et des ars�novanadates analogues � des d�riv�s phosphoriques homologues.</p><p>H. B.</p><p>Toxicologie</p><p>La plupart des compos�s arsenicaux sont susceptibles de provoquer une intoxication aigu�, qu�il s�agisse de d�riv�s trivalents, pentavalents ou d�arsines : certains sont utilis�s pour la guerre chimique (lewisite) ou comme pesticides (ars�niates). Les effets toxiques furent d�crits par Dioscoride � propos de l�absorption de sulfure d�arsenic ; l�intoxication criminelle, d�abord rare, devint tr�s fr�quente vers le XIIe et le XIIIe s., en Italie et en France, et au cours du XVIIe s. (aqua Toffana, du nom d�une empoisonneuse dont les pr�parations caus�rent la mort de six cents personnes, parmi lesquelles les papes Pie III et Cl�ment XIV ; crimes de la marquise de Brinvilliers). Parmi les proc�s c�l�bres du si�cle dernier, celui de Mme Lafarge fut � l�origine d�un c�l�bre duel d�experts entre Orfila et Raspail, d� � des divergences tr�s profondes d�interpr�tation des r�sultats de l�analyse toxicologique.</p><p>La dose l�tale d�anhydride ars�-</p><p>nieux, l�� arsenic � des empoisonneurs, est de l�ordre de 0,0020 g par kilogramme de poids (de l�intoxiqu�) pour une seule absorption. Il s�agit d�un corps fortement toxique, qui d�termine des troubles digestifs intenses (diarrh�e et vomissements), une hypotension art�rielle, une alt�ration du foie et des reins, un �tat de choc souvent mortel en quelques heures. Les d�riv�s arsenicaux insolubles sont peu toxiques, de m�me que l�arsenic lui-m�me. Les d�riv�s organiques m�dicamenteux de l�arsenic sont moins toxiques que les d�riv�s min�raux solubles, en raison d�une �limination tr�s rapide par le rein. L�hydrog�ne ars�ni�, gaz tr�s toxique, provoque une h�molyse aigu� et une anurie.</p><p>Absorb� � doses plus faibles, prolong�es, de l�ordre de quelques milligrammes par jour, l�anhydride ars�-</p><p>nieux s�accumule dans l�organisme et d�termine des troubles de l��tat g�n�ral (amaigrissement, inapp�tence), une atteinte nerveuse avec polyn�vrite, une m�lanodermie et une k�ratose palmoplantaire.</p><p>Le dosage toxicologique de l�arsenic a �t� r�alis� par l�Anglais James Marsh (1794-1846) : l�hydrog�ne naissant transforme les d�riv�s solubles de l�arsenic en hydrog�ne ars�ni�. Ce dernier peut �tre d�compos� � chaud, et l�arsenic ainsi s�par� peut �tre facilement identifi�, s�par� de l�antimoine par sa solubilit� dans une solution d�hypochlorite. D�autres m�thodes ont �t� propos�es, dont une m�thode isoto-pique par radio-activation. L�appareil de Cribier permet un dosage calorim�-</p><p>trique par un r�actif mercuriel.</p><p>Le dosage de l�arsenic montre toujours la pr�sence de traces de ce m�tallo�de. Seul un taux anormalement �lev� peut orienter vers une intoxication arsenicale. L�antidote est le dimercaprol ou BAL (British antilewisite).</p><p>E. F.</p><p>B A. Carmine, Arsenicismo professionale (Rome, 1953). / P. Bothorel, R. Dolique, L. Domange et P. Pascal, Arsenic, Antimoine, Bismuth (Masson, 1958). / R. Shafer, Determination of the Level of Arsenic in Human Bodies (Population of Basle) [th�se, B�le, 1965]. /</p><p>G. Delmond, Contribution � l��tude des k�ra-todermies arsenicales (th�se, Paris, 1967). /</p><p>R. Dolique, l�Arsenic et ses compos�s (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1968).</p><p>art</p><p>Au sens technique, ensemble des</p><p>moyens, pratiques ou intellectuels, mis en oeuvre pour parvenir � une certaine fin.</p><p>Au sens anthropologique, activit� men�e par certains hommes, ou certains groupes ou collectivit�s, tendant � la production d�objets sp�cifiques, porteurs de valeurs esth�tiques.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>On sera en fait sensible � la difficult� tr�s grande de donner une d�finition a priori de l�� art �. Les d�finitions ci-dessus tent�es n�ont d�autre ambition que d�introduire une r�flexion qui ef-fectuerait une sorte de � va-et-vient �</p><p>entre deux approches du ph�nom�ne :</p><p>� po�tique � (le faire, la facture, l�objet � fabriquer, � construire) et � esth�-</p><p>tique � (s�adressant � la sensibilit� humaine).</p><p>Le langage courant ou litt�raire emploie un certain nombre d�expressions o� le mot art figure, qui peuvent se classer en deux cat�gories principales.</p><p>y L�art est un moyen au service</p><p>d�une fin. On dira plus banalement qu�il est pour une part technique (du downloadModeText.vue.download 386 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>923</p><p>grec tekhn�, qui signifiait pr�cis�ment</p><p>� art �).</p><p>� L�art de parler et de se taire � ; � Je confesse mon faible : elle a l�art de me plaire � (Moli�re, le Misanthrope, I, I) ; � parler contre les r�gles de l�art � ;</p><p>� l�art de dissimuler la v�rit� � ;</p><p>� Absente de la Cour, je n�ai pas d� penser,</p><p>Seigneur, qu�en l�art de feindre il fall�t m�exercer � (Racine, Britannicus, II, III).</p><p>Et enfin un dernier exemple, em-</p><p>prunt� � La Fontaine : il s�agit de deux veuves,</p><p>� L�une encor verte, et l�autre un peu bien m�re,</p><p>Mais qui r�parait par son art</p><p>Ce qu�avait d�truit la nature (Fables, I, XVII).</p><p>On voit ainsi le mot art �voquer un ensemble de proc�d�s susceptibles de r�soudre un probl�me, de rapprocher d�un but, de permettre une oeuvre es-</p><p>th�tique, une � oeuvre d�art � pr�cis�-</p><p>ment. Se rapprochant de la technique, l�art parvient presque � une sorte de science. Indiff�remment dira-t-on de telle personne qu�elle a l�art de faire correctement un bouquet, ou que cet agencement est fait avec science. Nous arrivons donc � d�celer un second sens g�n�ral au mot :</p><p>y L�art est le naturel avec lequel une chose est faite. Cette chose peut �tre difficile : � le grand art, c�est d�obtenir sans demander � ; � un art consomm� �. L�essentiel est que la difficult� n�apparaisse point : � l�art est de cacher l�art � (Joseph Jou-bert) ; � l�art supr�me est celui qui ne se laisse pas d�abord reconna�tre �</p><p>(Andr� Gide).</p><p>Les deux d�finitions ci-dessus sont � la fois contradictoires et compl�mentaires. Dans le premier cas, l�art est une op�ration apprise, qui a pour but de modifier la nature. Dans le second, il est une mani�re de proc�der qui se donne pour objectif d�appara�tre naturel. Cet objectif ne peut r�ellement exister que si cette � nature � a �t� mise en cause. � Arranger un bouquet avec art �, cela veut dire, en un sens, disposer des fleurs � comme si � elles �taient encore dans la nature, mais pr�cis�-</p><p>ment elles n�y sont plus, et tout l�art de la main humaine consiste � en cr�er l�illusion. Sur cette ambigu�t� fondamentale de l�art s�est men� pendant des si�cles un d�bat entre trois termes : l�art, la science et la nature.</p><p>L�art, la science</p><p>et la nature</p><p>D�un paysage harmonieux, pittoresque, avenant ou au contraire grandiose, on ne dira pas qu�il est artistique, mais on le dira volontiers d�un tableau du Quattrocento dans lequel ce paysage sert � pr�senter quelque Adoration des Mages ou le d�fil� d�un prince avec sa suite. C�est indiquer que l�oeuvre d�art entretient certains rapports avec la nature, qui ne sont pas ceux de la simple reproduction. D�une fa�on g�n�rale, on entendra par nature tout ph�nom�ne ou toute conduite non �labor�s, spontan�s, conformes � l��tat originel. L�oeuvre</p><p>d�art para�t alors substituer � cet �tat une �laboration qui est le fait de l�homme, de la culture, de l�histoire, de la soci�t� ambiante. C�est ainsi qu�on qualifiera d�artistique le traitement apparemment hautement artificiel qui consiste � coucher dans le lit de Pro-custe d�une trag�die en alexandrins, avec les autres r�gles sp�cifiques du genre, l��v�nement au fond tr�s banal, tr�s � naturel �, d�un homme et d�une femme oblig�s de se s�parer, � malgr� lui, malgr� elle �, pour des raisons de convenance sociale : B�r�nice, de Racine. C�est ce rapport ambigu entretenu avec la nature, � la fois pr�sente et absente de l�oeuvre d�art, qu�exprime la c�l�bre d�finition de Francis Bacon : l�art, c�est � homo additus naturae �, l�homme ajout� � la nature.</p><p>Une illustration particuli�rement significative de cette formule est fournie par l�exemple comparatif du � jardin � la fran�aise � et du � jardin � l�anglaise �. Dans le premier cas, la rationalit� semble triompher. La main de l�homme a ploy� la nature selon des lois g�om�triques qu�elle ignore g�n�ralement : trac�s rectilignes, agencements sym�triques, arbres taill�s, eaux captives, etc. Il y a l� comme le r�pondant</p><p>� artistique � de toute une conception rationaliste du monde proche du cart�sianisme et d�une certaine litt�rature du XVIIIe s. La pr�sence de l�homme est spectaculaire dans cette utilisation de la nature � des fins esth�tiques.</p><p>Dans le second cas, cette pr�sence appara�t moins voyante. Le jardin � l�anglaise ne s�oppose pas simplement au pr�c�dent par une pr�f�rence donn�e � la courbe sur la droite, mais plus essentiellement par une volont� de respecter davantage la spontan�it� de la nature : arbres laiss�s � leur �conomie propre, ruisseaux en menues cascades, bosquets, voire taillis, pr�serv�s, asym�trie g�n�ralis�e de la surface couverte. Mais il y a eu tout de m�me volont� : volont� � un premier niveau d�apprivoiser dans un enclos un morceau de nature � des fins de d�lectation, � un second niveau de donner l�illusion d�une attitude r�serv�e � l��gard de la nature, alors m�me qu�on l�a fait servir � son propre usage. La pr�sence de l�homme dans cette � oeuvre d�art � est alors d�autant plus patente qu�il � fait</p><p>semblant �, qu�il cherche � faire croire qu�il est absent. Le jardin � l�anglaise est contemporain de la r�flexion de Diderot sur l�illusion th��trale (le Paradoxe du com�dien), comme il est contemporain de l�esprit baroque, qui joue constamment avec le ph�nom�ne illusionniste.</p><p>On retrouve donc ici, au niveau de l�oeuvre d�art, cette r�f�rence � l�illusion qui transparaissait d�j� dans toute une s�rie d�expressions courantes que nous avons cit�es plus haut, et qui pouvaient se ramener � l�image d�une chose difficile effectu�e avec � naturel � : c�est tout un art ! L�art est illusion ; il est transformation myst�rieuse, prestigieuse, trompeuse d�une r�alit� banale (ce paysage, cet homme dont je fais le portrait, ce panier de pommes sur cette nappe...) en ph�nom�ne esth�-</p><p>tique, en oeuvre qui nous importe.</p><p>Mais les difficult�s de d�finition ne sont pas �puis�es. � peine avons-nous vu l�illusion dans l�oeuvre d�art que nous sommes paradoxalement</p><p>fond�s � nous interroger sur les rapports �vidents qui unissent l�art avec ce qui est le plus �loign� � la fois de la nature et de l�illusion : la science. Le d�bat n�est pas formel et scolastique.</p><p>Il porte sur une r�alit� concr�te extr�-</p><p>mement affirm�e : pendant de nombreux si�cles, l�art, la repr�sentation artistique ont �t� non point une activit� gratuite, facultative, esth�tique, mais le moyen privil�gi� de transmettre les connaissances contemporaines � des foules qui n�avaient pas le secours du langage �crit (lequel, par ailleurs, ne jouissait pas encore des facilit�s de l�imprimerie).</p><p>Ces connaissances n��taient point toujours d�ordre scientifique : la fonction de la repr�sentation mythologique dans l�art grec semble avoir �t� de r�pondre d�une mani�re mythique aux interrogations que l�homme pouvait se poser � propos des ph�nom�nes naturels. Mais, dans bien d�autres cas, la re-pr�sentation figur�e a eu pour fonction premi�re de dresser un v�ritable corpus des connaissances de l��poque. Les travaux d��mile M�le sur l�iconographie du Moyen �ge ont montr� comment la figuration gothique (portails, vitraux,</p><p>etc.) a pr�sent� en syst�me, en ad�quation avec la th�ologie de saint Thomas d�Aquin, l�ensemble des figurations particuli�res de l��poque romane.</p><p>Il y a plus. Ce corpus n�est pas pr�sent� pour lui-m�me. Les travaux d�Alain Dani�lou sur l�art �rotique des temples de l�Inde (l��rotisme divinis�, 1962) ont montr� qu�� travers une pr�sentation catalogu�e des postures downloadModeText.vue.download 387 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>924</p><p>amoureuses, par exemple, c��tait d�une connaissance sup�rieure qu�il s�agissait, de nature mystique et m�taphysique : communion avec l��me du dieu d�une part, d�autre part accession � la connaissance en soi, plus haut but possible de l��tre humain, � travers la connaissance de l�Autre.</p><p>Les rapports de l�art et de la science sont donc tout aussi ambigus que ceux de l�art et de la nature, et non moins importants. Le tableau du panier de pommes de C�zanne m�apprend sur ces fruits quelque chose sur leur texture, leur poids, leur � pr�sence � presque tactile que ne m�apprendra pas forc�-</p><p>ment l�enseignement de la botanique.</p><p>L�art est donc � science � d�une certaine fa�on, il est v�rit� au second degr�, �laboration du r�el par l�homme, rejet, comme une autre illusion, de la connaissance � abstraite �, chiffr�e, formelle. Il poss�de un statut interm�-</p><p>diaire entre la technique (mobilisation des moyens en vue d�une certaine fin) et la science (connaissance abstraite, ind�pendamment de ses applications possibles).</p><p>Mais il ressort de l��tude de ces rapports complexes que l�art poss�de une sp�cificit�. Si cela nous para�t �vident aujourd�hui, il n�en a pas toujours �t� ainsi. Pour Platon, par exemple, l�art n�existe pas en soi, mais, li� � l�Amour (�ros), il est instrument de connaissance et de perfection morale. Nous avons vu que, dans d�autres cas, il pouvait �tre p�dagogie, ou encore d�rivatif illusionniste. Quelle est donc cette sp�cificit� ?</p><p>On serait tent� de r�pondre : la beaut�. Et on aura remarqu� que, paradoxalement, nous n�avons pas encore fait intervenir cette notion dans notre d�bat. C�est que les deux termes ne se confondent absolument pas, ni les d�marches scientifiques qui se sont efforc�es de les cerner. La r�flexion qui se donne pour objet la d�finition d�une valeur appel�e beaut�, l��tude des attitudes humaines envers cette valeur ainsi que l��valuation des conceptions � son �gard est appel�e esth�tique*, m�me si ce que recouvre aujourd�hui ce terme ne se confond plus avec pareille recherche. La r�flexion sur l�art ne peut se confondre de son c�t� avec une r�flexion sur la beaut�. Un des enseignements seconds qu�on peut tirer du d�bat pr�c�dent est la n�cessit� de replacer la sp�cificit� de l�art dans la globalit� des conduites humaines, mais non plus en parlant de l�art comme essence, comme � id�e � dans ses rapports th�oriques avec la science et la nature. Il sera consid�r� plut�t en tant que pratique humaine, exerc�e � travers des si�cles, dans les civilisations les plus diverses, et ayant laiss� des oeuvres plus ou moins intactes et plus ou moins d�chiffrables pour nous-m�mes aujourd�hui. Autrement dit, il s�agit de substituer une anthropologie de l�art � une m�taphysique de l�art.</p><p>Pareil programme exige qu�on se</p><p>r�f�re � des syst�mes globaux d�explication de l�homme et des civilisations, � des � visions du monde �</p><p>(Weltanschauung) coh�rentes, qui prennent l�homme dans sa totalit�, puis expliquent comment il peut, dans certaines conditions, �tre producteur ou consommateur d�oeuvres d�art. S�il en est ainsi de toutes les grandes philosophies � pr�tentions universelles (de saint Thomas d�Aquin � Hegel, de Descartes � Kant et Spinoza), nous en re-tiendrons deux sp�cialement, pour les r�sonances qu�elles ont eues dans notre vision actuelle de l�art : le marxisme et la psychanalyse.</p><p>L�art dans la</p><p>conception marxiste</p><p>Un certain nombre d�historiens d�art et d�arch�ologues marxistes ont tent�,</p><p>au sein d��tudes particuli�res, d�analyser leur sujet � l�aide des cat�gories marxistes, avec plus ou moins d�exclusivit� dans leurs modes d�approche : on citera en particulier le Russe Mikhail Vladimirovitch Alpatov (n� en 1902), l�Australien Gordon Childe (1892-1957), l�Italien Ranuccio Bianchi Ban-dinelli (n� en 1900). Mais la question semble non r�solue, apr�s des ann�es, de savoir exactement si l�introduction de cat�gories marxistes, qui, sur certains points, peut donner au ph�no-m�ne �tudi� sa v�ritable dimension (qu�on songe aux r�f�rences continuelles du critique de cin�ma Georges Sadoul [1904-1967] au � mode de production �, � l�ensemble des modalit�s financi�res de r�alisation et de distribution du film qu�il �tudie), apporte ou non sur l�oeuvre une vision globale plus coh�rente, et seule coh�rente, par rapport aux approches plus empiriques et analytiques.</p><p>Des auteurs marxistes se sont efforc�s, apr�s Marx, de compl�ter son enseignement soit th�oriquement, soit par des �tudes concr�tes. On citera ainsi les noms de L�nine*, Trotski*, Gueor-gui Valentinovitch Plekhanov, Antonio Gramsci* et, plus pr�s de nous, la tentative beaucoup plus globale et imposante de G. Luk�cs*.</p><p>Le marxisme ne se veut pas seulement th�orie, mais pratique, ou plut�t il se veut abolition de cette id�aliste s�paration de la th�orie et de la pratique. Il est donc normal qu�une esth�-</p><p>tique concr�te se d�gage des oeuvres d�art que les diff�rents r�gimes socialistes ont suscit�es. La formulation la plus nette en a �t� faite par Andre� Aleksandrovitch Jdanov vers 1930, en U. R. S. S., et a servi � justifier toute une production artistique et � en �liminer toute une autre au nom du � r�alisme* socialiste � : cette th�orie sera �tudi�e �galement � l�article esth�-</p><p>tique, et ses r�sultats forment l�objet d�un chapitre, peu prestigieux � vrai dire, de l�histoire de l�art. On signalera seulement ici que le d�bat sur le � r�alisme r�volutionnaire � et la production d�oeuvres ad hoc persiste, en ce dernier tiers du XXe s., � informer non seulement une exp�rience comme celle de la Chine populaire, mais aussi, autour de l�U. R. S. S., celles de la majeure partie</p><p>des � pays de l�Est �.</p><p>Il reste � �tudier la conception de l�art qui est celle du mat�rialisme historique, tel que Marx* l�a formul�.</p><p>Marx n�a pas �crit d�� esth�tique �, et m�me n�a pas accord� � l�art une attention sp�cifique de notable importance. Ses �crits sur l�art ne sont ni tr�s nombreux ni tr�s significatifs. Il s�est surtout int�ress� � la litt�rature, inaugurant ainsi une � esth�tique du contenu � dont ses disciples ne se sont jamais compl�tement d�partis. De plus, ses go�ts �taient plut�t classiques, et rien moins que � r�volutionnaires �.</p><p>C�est � l�int�rieur du syst�me d�explication que Marx propose des rapports de l��conomique et du culturel que r�sident les �l�ments d�une esth�-</p><p>tique marxiste. Rappelons la priorit� donn�e � l�analyse des rapports de production et la relation � double sens qui r�git l�infrastructure (ensemble des rapports de production et juridiction de la propri�t�) et la superstructure (ensemble des institutions sociales, juridiques � � l�exception du r�gime de la propri�t� �, religieuses, culturelles et artistiques). Le rapport de ces deux instances d�termine l�analyse qu�on peut faire de l�art. On �vitera une interpr�tation vulgaire du marxisme qui r�duirait une fois pour toutes la production artistique � �tre le � reflet �</p><p>de l��tat actuel du d�veloppement des forces productives : Marx est innocent des analyses ult�rieures qui ont cru r�-</p><p>soudre le probl�me de l�art en insistant sur les corr�lations directes qui existeraient, par exemple, entre la mont�e de la bourgeoisie flamande au XVIIe s. et la pr�dilection des peintres de l��poque � montrer la richesse des int�rieurs... Il a de multiples fois insist� au contraire sur le caract�re proprement dialectique de ces rapports. La conscience est aussi force productive, � certains �gards, et l�art en particulier jouit d�un certain degr� d�autonomie par rapport � l�organisation sociale existante et � l�id�ologie dominante que celle-ci induit. Il reste que Marx n�a pas �t� autrement explicite sur l�ensemble de cette question.</p><p>C�est que, pour lui, un autre pro-bl�me �tait beaucoup plus important.</p><p>Parlant de l�art grec et de ses rapports constants avec la mythologie, il �crit :</p><p>� Toute mythologie dompte, domine, fa�onne les forces de la nature, dans l�imagination, et par l�imagination ; elle dispara�t donc au moment o� ces forces sont domin�es r�ellement... Non pas une mythologie quelconque... La mythologie �gyptienne n�e�t jamais pu �tre le sol et le giron maternel de l�art grec. Mais en tout cas, il fallait une mythologie. [...] Mais la difficult� n�est pas de comprendre que l�art grec et l��pop�e soient li�s � certaines formes de l��volution sociale. Ce qui est paradoxal, c�est qu�ils puissent encore nous procurer une joie esth�tique et soient consid�r�s � certains �gards comme norme et comme mod�le inimitable. �</p><p>(Critique de l��conomie politique, 1859, introduction.)</p><p>Il s�agit en fait d�un des plus irritants probl�mes de l�esth�tique. Dans sa lutte contre la nature, l�homme se sert de l�art d�une part comme objet de connaissance, d�autre part comme moyen d�exposer l��tat de connaissance o� il est parvenu. D�o�, toutes les fois qu�il ne parvient pas � expliquer rationnellement le monde et la nature, le recours � la mythologie.</p><p>Mais, aujourd�hui, nous n�avons plus recours � cette mythologie ; d�o� peut venir notre sensibilit� aux vases grecs, aux m�topes du Parth�non, � l��conomie du sanctuaire de D�los ? Plus g�n�ralement : admettons que l�art d�une �poque soit le � reflet � de cette �poque, � laquelle il fournit un syst�me d�information ou de stylisation ; pourquoi nous y int�ressons-nous aujourd�hui, � une autre �poque, dans une autre soci�t�, avec une histoire de l�art qui s�est d�roul�e depuis, entra�nant son cort�ge d�oeuvres autres ?</p><p>� cette question, Marx a cherch� une r�ponse. On verra plus loin celle que Malraux sugg�re pour sa part � car le m�me probl�me l�a obs�d�. Mais on ne pourra s�emp�cher de penser que la downloadModeText.vue.download 388 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>925</p><p>r�ponse de Marx trahit, dans son �l�-</p><p>gance m�me, la volont� d��chapper � une insoluble interrogation : � Un homme ne peut redevenir enfant sans retomber en enfance. Mais ne se r�-</p><p>jouit-il pas de la na�vet� de l�enfant, et ne doit-il pas lui-m�me aspirer � reproduire, � un niveau plus �lev�, la v�rit� de l�enfant na�f ? Est-ce que dans la nature enfantine, le caract�re original de chaque �poque ne revit pas dans sa v�rit� naturelle ? Pourquoi l�enfance sociale de l�humanit�, au plus beau de son �panouissement, n�exercerait-elle pas, comme une phase � jamais disparue, un �ternel attrait ? � (Critique de l��conomie politique).</p><p>L�art serait donc nostalgie. Vue romantique, assez surprenante chez Marx. Nonobstant le d�sarroi th�orique qui transpara�t dans cette r�ponse, on retiendra ici l�introduction � une autre d�marche que sugg�re le recours � l�esprit de l�enfance : Freud*, cherchant � int�grer l�art dans son propre syst�me, ne tarde pas � y voir aussi comme la nostalgie d�un �ge bienheureux et � jamais perdu.</p><p>La conception</p><p>freudienne de l�art</p><p>En tant que � th�orie du fonctionnement normal et pathologique de l�appareil psychique � (Daniel Lagache), la psychanalyse* devait d�une part s�int�resser � ce secteur de l�activit� humaine qui concerne la production artistique, d�autre part aboutir � une description de l�appareil psychique qui, dans la mesure o� celui-ci est constitu� par la confrontation du conscient et de l�inconscient, se trouve porter sp�cialement sur l��ge o� se produit l�enfouissement progressif des pulsions inconscientes : l�enfance.</p><p>On sait que cet enfouissement,</p><p>ce refoulement, joue pour Freud un double r�le. D�une part, il est peut-</p><p>�tre pathog�ne (pouvant conduire aux formes diverses de n�vroses et de psychoses chez l�individu), d�autre part, il est structurel : de la personnalit� ellem�me, dont le moi se forme � partir de ce refoulement, mais aussi de la civilisation tout enti�re, qui n�existe que l� o� une soci�t� contraint une partie au moins de l��nergie pulsionnelle (sexuelle) � s�investir dans des activi-</p><p>t�s � but non principalement sexuel.</p><p>L�ensemble de cette d�rivation s�appelle le processus de sublimation, et l�activit� artistique en est, selon Freud, un des r�sultats les plus notables. � La pulsion sexuelle met � la disposition du travail culturel des quantit�s de forces extraordinairement grandes, et cela par suite de cette particularit�, sp�cialement marqu�e chez elle, de pouvoir d�placer son but sans perdre, pour l�essentiel, de son intensit�. On nomme cette capacit� d��changer le but sexuel originaire contre un autre but, qui n�est plus sexuel mais qui lui est psychiquement apparent�, capacit� de sublimation. � (Die kulturelle Sexualmoral und die moderne Nervosit�t, 1908.) Le c�t� profond�ment d�fensif de ce d�placement est � noter. Sans lui, le moi de l�individu ne peut se constituer, parce que dans le conflit du principe de r�alit� contre le principe de plaisir, celui-ci l�emporte d�finitivement.</p><p>Sans lui �galement, la soci�t� est menac�e de d�sagr�gation interne, parce qu�incapable d�investir dans le travail productif l��nergie pulsionnelle de ses membres. Dans la th�orie freudienne, l�art est certainement lib�ration, mais ne peut se d�velopper que dans une culture fond�e sur le refoulement et la sublimation, li�e � une soci�t� fondamentalement r�pressive.</p><p>Expos�e sommairement, comme</p><p>nous venons de le faire, la conception freudienne de l�art pose tout de m�me deux s�ries de probl�mes diff�rents : d�une part, le rapport de l�art avec les formes diverses de la pathologie mentale ; d�autre part, les convergences et les divergences avec le marxisme, d�bat essentiel qui, depuis quelques ann�es, a pris une importance particuli�re.</p><p>L�art n�est pas la n�vrose</p><p>On prendra garde tout d�abord de ne pas commettre, s�agissant de la position freudienne, l�erreur d��valuation extr�mement grossi�re qui, d�coulant d�une pr�sentation souvent vulgaris�e de la psychanalyse, verrait dans l�art comme une forme de r�ponse au refoulement et de refus de celui-ci.</p><p>Il faut se souvenir en effet que, pour Freud, � partir du moment au moins o�</p><p>sa th�orie des pulsions a pris forme (v.</p><p>1905), ces pulsions peuvent conna�tre trois destin�es : la satisfaction (c�est-�-</p><p>dire la r�duction de la tension pulsionnelle par l�assouvissement de l��nergie libidinale mise en jeu), le refoulement total (s�accompagnant de formes plus ou moins affirm�es de d�s�quilibre psychique, de la � petite n�vrose �</p><p>qu�est le r�ve jusqu�aux psychon�-</p><p>vroses diverses) et la sublimation, artistique ou autre (religieuse, politique, scientifique, etc.). L�art et la � folie �</p><p>ont donc, il est vrai, quelque chose de fondamentalement commun au d�part, un affleurement de l�inconscient dans la vie consciente et un refus partiel du refoulement. Mais leur diff�rence fondamentale r�side dans le fait que l�artiste peut symboliser ses conflits, alors que le malade mental en est prisonnier.</p><p>On ne conna�t d�ailleurs pas d�exemple de production proprement artistique en provenance de malades mentaux.</p><p>Ce qu�on conna�t par contre, ce sont des artistes tent�s, leur vie durant, par un d�s�quilibre difficilement ma�tris� (gr�ce � leur art, sans doute), et qui sombrent soudainement ou progressivement, abandonnant d�s lors toute activit� artistique ou litt�raire. Les exemples de Nerval*, de Schumann*</p><p>sont c�l�bres. Celui de Hugo Wolf*</p><p>l�est moins, mais combien symptomatique : musicien g�nial qui se voit devenir fou et, entre deux p�riodes de maladie, se remet f�brilement � travailler, dans la hantise d�une rechute.</p><p>Marxisme et freudisme par</p><p>rapport � l�art</p><p>On n�aura pas �t� sans remarquer la convergence des deux d�marches sur un certain nombre des caract�ristiques qui signalent, selon elles, l�activit� artistique.</p><p>y D�une part, on recourt � la notion d�enfance pour expliquer dans les deux cas cette irruption, semble-t-il irrationnelle, d�une activit� qui n�est pas dirig�e avant tout vers la production. Mais si, pour Marx, l�� enfance de l�art � est un art de l�enfance, une sorte de souvenir d�un �ge o� l�appr�-</p><p>hension du monde est li�e au merveilleux, le r�le que Freud assigne � l�enfance est �videmment beaucoup</p><p>plus structurel. Mais ce r�le n�est tel que parce qu�il informe l�ensemble de la vie psychique du sujet ; la relation avec l��ventuelle activit� artistique future n�est pas �tablie.</p><p>y En deuxi�me lieu, on peut dire que, dans les deux cas, la fonction de l�art est sans doute subalterne. Non qu�elle soit consid�r�e comme secondaire : Marx et les marxistes n�ont jamais d�daign� l�activit� artistique, et pas davantage Freud les productions amen�es par un processus de sublimation.</p><p>Mais cette activit�, si elle n�est pas secondaire, est seconde. Les diff�rentes productions culturelles, artistiques, id�ologiques, juridiques, etc., qui forment chez Marx la superstructure, jouent par rapport � l�infrastructure un r�le analogue � celui que jouent les diff�rentes formes de sublimation (artistiques, religieuses, politiques, scientifiques...) par rapport au �a.</p><p>Dans un cas comme dans l�autre, il s�agit d�un d�terminisme de l�activit� cr�atrice, qui s�exerce dans une fausse apparence de libert� pour le cr�ateur, alors que la r�elle libert� de celui-ci consiste � �voluer � l�int�rieur d�un cadre contraignant d�id�ologies ou de men�es r�pressives, pour faire une oeuvre qui �chappe � la simple activit� de production �conomique.</p><p>y Le peu d�attention qu�ont port� Freud et surtout Marx aux probl�mes de l�art et de la cr�ation artistique les ont emp�ch�s, en fait, d�avancer beaucoup sur l�essentiel. Qu�il y ait d�terminisme au moins partiel, on l�admettra facilement � ou moins facilement : il y a toute une tradition id�aliste de l�esth�tique, dont un des plus notables repr�sentants est Ren� Huyghe (n� en 1906). Mais, ayant dit cela, on s�aper�oit que l�on s�est gard� de r�pondre v�ritablement � la question : qu�est-ce que l�art ? Une fois que l�on aura montr� l�ensemble des contraintes de toutes sortes qui p�sent sur l�activit� individuelle de l�artiste (son histoire personnelle, l��tat des styles de l��poque, le march� de l�oeuvre d�art...), comment ne pas s�interroger sur les raisons qui font que, depuis des si�cles, sous les climats les plus divers, avec une rare continuit�, des hommes ne se sentent</p><p>pas dissuad�s d�exercer une activit� semble-t-il gratuite ? Il faut peut-�tre, pour esquisser un d�but de r�ponse, revenir justement � ce fait historique, � cette activit� lancinante de l�humanit�, et ne plus parler de l�art, mais des oeuvres d�art.</p><p>L�art et les arts</p><p>Faute de parvenir � une appr�hension satisfaisante du ph�nom�ne � art � � partir de donn�es id�ales (la nature, la science) ou par le biais d�une approche mat�rialiste globale du comportement humain (le marxisme, la psychanalyse), force nous est de repartir d�une r�alit� concr�te : l�oeuvre d�art.</p><p>L�oeuvre d�art n�est ni le beau, ni l�ancien, ni l�inutile</p><p>La premi�re n�cessit� est certainement de se demander ce que nous mettons sous le terme g�n�rique d�oeuvre d�art. Sans objet dans un nombre de cas donn� (le tableau de chevalet, la symphonie), la question se pose pour toute une s�rie d�autres. Il n�est pas prouv� que ce que nous reconnaissons aujourd�hui comme oeuvre d�art ait �t� produit en tant que tel.</p><p>y L�oeuvre d�art ne se confond pas avec la beaut�. Celle-ci, tout d�abord, downloadModeText.vue.download 389 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>926</p><p>est �minemment changeante, relative et ind�cise. Il n�existe pas de beaut� en soi, mais seulement, � une certaine �poque (plus ou moins br�ve), dans un certain lieu (plus ou moins exigu) et au sein d�un certain groupe (plus ou moins �tendu), une sorte d�accord (consensus) qui s��tablit pour privil�gier certaines formes, couleurs, encha�nements sonores, structures, et pour jauger la r�ussite esth�tique de l�ensemble.</p><p>Par ailleurs, le laid peut �tre une valeur esth�tique parmi d�autres. Le th��tre mis�rabiliste, la repr�sentation des � monstres �, certains paysages industriels ne recherchent pas un ac-</p><p>cord fond� sur la beaut�. Le port de Hambourg, avec ses multiples bassins h�riss�s de grues, ses baraques d�la-br�es, ses �chapp�es enfum�es et ses rives sans gr�ce, atteint cependant � une sorte de po�sie qui na�t de l�accumulation coh�rente d�objets non esth�-</p><p>tiques. Il y a � harmonie � et la beaut� n�est ici que seconde.</p><p>y L�oeuvre d�art n�est pas une oeuvre ancienne forc�ment, de m�me que</p><p>l�anciennet� ne conf�re pas � l�objet sa qualit� d�oeuvre d�art. Nous sommes malheureusement habitu�s</p><p>� une vue arch�ologique des oeuvres du pass�, qui nous fait mettre sur le m�me plan les restes pitoyables d�un mur romain et une fresque de la Villa des myst�res : l�un et l�autre inspirent une d�f�rence �gale, qu�ils doivent � leur anciennet�. Cela vient essentiellement du r�le du mus�e, lieu o� l�on conserve l�ancien et expose le beau. Mais cette assimilation n�est pas licite et joue un r�le objectivement retardateur quant � la perception par le grand public de l�oeuvre d�art contemporaine. En fait, l��motion que nous �prouvons � la vue de ruines est sp�cifique, de nature non essentiellement esth�tique, et une sorte de psychanalyse de la d�f�rence envers la ruine pourrait s�exercer avec profit pour d�celer l�investissement contre la mort que nous effectuons l�.</p><p>y L�oeuvre d�art n�est pas d�finie par son inutilit�. Dire par exemple qu�elle ne s�ins�re pas dans les rapports de production parce qu�elle n�a pas de valeur-marchandise ne tient compte que d�une partie de la question. Tant que l��conomie n�est pas suffisamment d�velopp�e pour que, selon la th�orie marxiste, la reproduction simple de la force de travail (la nourriture et le sommeil) soit assur�e sans probl�mes, cette exclusion de l�art du circuit productif est r�elle, mais ne justifie pas toutefois l��pith�te d�� inutile � (l�art peut avoir d�importantes fonctions d�information, de loisirs, religieuses ou magiques).</p><p>De toute fa�on, plus une �conomie se d�veloppe, plus les besoins �l�mentaires de ses membres peuvent �tre satisfaits, plus de nouveaux besoins, d�ordre culturel et notamment artis-</p><p>tique ou esth�tique, se cr�ent, dont la satisfaction s�incorpore directement � la reproduction �largie de la force de travail. Aujourd�hui, la satisfaction des besoins esth�tiques est appel�e � prendre une part toujours plus essentielle � l��quilibre humain : d�o� l�insistance mise depuis peu sur la probl�matique extr�mement voisine de l�� environnement �.</p><p>L�oeuvre d�art est universelle,</p><p>continue et permanente</p><p>y Universelle, la production artistique s��tend � tous les continents o� une civilisation existe. Les soci�t�s les plus frustes ont parfois connu un art extraordinairement recherch� (l�art des steppes, l�art wisigothique).</p><p>Il ne semble pas exister d�ensemble communautaire qui n�admette une activit� artistique, au minimum d�ordre d�coratif.</p><p>y Continue, cette production, � la diff�rence d�autres types d�activit� humaine, ne subit pas d��clipse, du moins pas d�arr�t. Les p�riodes de l�histoire de l�art que nous appelons</p><p>� pauvres � sont habituellement celles dont, aujourd�hui, nous n�acceptons plus la production. On ne conna�t pas d�exemple de soci�t� hautement d�-</p><p>velopp�e qui, faisant consciemment une place notable � la production artistique en tant que telle, ait, � un moment quelconque, interrompu ou arr�t� d�finitivement celle-ci.</p><p>y Permanente, cette production s�est g�n�ralement transmise jusqu�� nous sans trop d��clips�s : depuis le XVIe s., nous admirons le Jugement dernier de Michel-Ange sans que notre d�f�-</p><p>rence se soit � un moment sensiblement att�nu�e. Il y a, certes, des ph�-</p><p>nom�nes de modes qui privil�gient, en accord avec la sensibilit� de l��poque, certaines esth�tiques et en d�valuent d�autres. Mais, dans les cas les plus prestigieux, la d�f�rence est �tablie une fois pour toutes, et les vitraux de Chartres, l�Adoration des Mages de L�onard de Vinci ou le Don Juan de Mozart sont parvenus � constituer une sorte de r�pertoire avec lequel la culture s�est plu � se confondre. C�est � partir de telles consid�rations sur la</p><p>permanence de l�oeuvre d�art et sur notre intelligence de formes qui ne nous �taient pas destin�es que s�est b�tie la r�flexion d�Andr� Malraux.</p><p>L�art selon Malraux :</p><p>l�art est un anti-destin</p><p>La tentative de Malraux* est pla-c�e sous le signe de deux s�ries de pr�occupations :</p><p>� il s�agit d�une part d�abolir la distinction classique de l�homme d�action (guerrier ou politique) et de l�homme de r�flexion (litt�rateur ou essayiste), et aussi de d�laisser le pr�sent pour les</p><p>� petites images � du pass� � selon une expression de Fran�ois Mauriac</p><p>�, au moins pour un temps ;</p><p>� d�autre part, aujourd�hui que � Dieu est mort � (Nietzsche), il s�agit pour l�homme de s�expliquer avec un</p><p>divin et un sacr� qu�il porte en lui, et dont l�art repr�sente une des pr�-</p><p>sences concr�tes les plus �videntes et essentielles.</p><p>C�est de la recherche d�un nouvel humanisme qu�il va �tre question. Pour Malraux, les caract�ristiques de l�art (universalit�, continuit�, permanence) indiquent comme principale probl�matique pos�e � l�homme du XXe s. celle de la culture, en tant que possibilit� de prendre conscience, � travers cette</p><p>� trace � du sacr� (et du divin) que re-pr�sente l�oeuvre d�art, de sa v�ritable nature d�homme : � la Culture est faite de tout ce qui permet � l�homme de maintenir, d�enrichir ou de transformer sans l�affaiblir l�image id�ale de lui-m�me qu�il a h�rit�e �.</p><p>Cet h�ritage n�est sans doute pas ind�pendant de l��poque et du lieu (tant de l�origine que du destinataire de l�oeuvre d�art). Malraux retrouve ici, en partie, la probl�matique de Marx : quel est le substrat commun qui �tablit la � permanence � dont nous avons parl� ? Mais il s�en s�pare en donnant essentiellement comme r�ponse : l�homme. Ce disant, le probl�me n�est que repouss� : � Le vrai probl�me n�est pas celui de la transmission des Cultures dans leur sp�cificit�, mais de savoir comment la qualit� d�huma-</p><p>nisme qui portait chaque culture est arriv�e jusqu�� nous, et ce qu�elle est devenue pour nous. � Quel est le contenu de cet humanisme ? Pour Malraux, indiscutablement, l�apprentissage de la libert� : � En face de l�esclavage p�trifi� des figures d�Asie, le mouvement sans pr�curseurs des statues grecques est le symbole m�me de la libert�. Le nu grec deviendra, sans tares et sans h�r�dit�, comme le monde grec est un monde conquis sur sa servitude, celui qu�e�t cr�� un dieu qui n�e�t pas cess� d��tre un homme. �</p><p>Pos�e en ces termes, � l�art comme apprentissage et d�monstration de la libert� de l�homme �, la r�flexion sur l�art conduit � des probl�matiques tr�s diff�rentes, qu�on tentera ici de d�finir succinctement.</p><p>y �volution des rapports historiques de l�homme (l�artiste) avec le sacr�.</p><p>Comment est-on pass� de rapports de d�f�rence (Antiquit�, Moyen �ge) � des rapports de convention (l�art religieux du XVIIIe s.) ou � des rapports ambigus ? La repr�sentation sensible du transcendant (la vo�te baroque d�Andrea Pozzo � Sant�Ignazio, par exemple) n�est-elle pas une trahison de la notion du sacr�, ins�parable d�une certaine r�serve de l�artiste devant le transcendant ?</p><p>y R�le de la culture comme incitatrice et obstacle � la fois � la cr�ation. Malraux remarque que, lorsque l��tudiant, devant le tableau de ma�tre, s��crie � Et moi aussi je serai peintre ! �, son �motion � pourrait �tre l�expression rageuse de toutes les vocations �. La contemplation conduit au refus de contempler plus longtemps l�oeuvre d�autrui : refus de la culture, autre forme de la libert�, que repr�sente la cr�ation : � Toute cr�ation est, � l�origine, la lutte d�une forme en puissance contre une forme imit�e. � L�art est alors � ce par quoi les formes deviennent style �.</p><p>y Modifications � l��poque contemporaine de nos possibilit�s d�acc�s � l�oeuvre d�art. Malraux, grand connaisseur des mus�es de l�Ancien et du Nouveau Monde, institutions types du XIXe s., remarque que les</p><p>techniques de reproduction du XXe s.</p><p>(fac-simil�s, cin�ma, disques, etc.) ont multipli� les voies d�acc�s d�un nombre de plus en plus important d�amateurs aux oeuvres d�art de tous temps, de tous lieux, de toutes civilisations. Pouvant disposer, dans des conditions de visibilit� ou d��coute souvent meilleures que celles qu�offre l�oeuvre elle-m�me (technique des d�tails ; chapiteaux, vitraux...), d�un patrimoine artistique de plus en plus �tendu, l�amateur se voit �voluer au sein d�un mus�e imaginaire, r�alit� absolument inconnue de nos pr�d�-</p><p>cesseurs, et qui change enti�rement la relation de l�homme avec l�art, l�amenant � percevoir, au cours d�un colloque singulier avec l�oeuvre d�art, le pass� dont il est l�h�ritier. H�ritage trompeur sans doute, s�il est vrai downloadModeText.vue.download 390 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>927</p><p>qu�� aussi atroce que soit un temps, son style n�en transmet jamais que la fleur �. Plus que jamais, c�est au moment o� l�oeuvre d�art dit � l�homme sa v�rit� d�homme qu�elle est davantage illusion, revanche de l�humanit� contre le destin en tant que force de destruction.</p><p>Apprentissage de la libert�, l�art pour Malraux s�ins�re normalement dans les activit�s de toute nature qui se donnent pour propos de lib�rer l�homme, la politique �tant au premier rang de celles-ci. Si, plus r�cemment, il y eut sans doute hiatus entre une ambition grandiose et une activit� administrative limit�e, Malraux essayiste de l�art n�est pas autre que Malraux �crivain de romans r�volutionnaires.</p><p>La psychologie</p><p>de l�art</p><p>Une discipline particuli�re appel�e psychologie de l�art peut-elle exister ? Le titre donn� par Malraux � ses �crits ne doit pas tromper. De quoi devrait-il s�agir en effet ?</p><p>Faut-il entendre par une telle expression une tentative de pr�ter � l�oeuvre d�art ou � l�� art � tout court un mode d�existence</p><p>particulier, par une sorte d�anthropomorphisme sans racines ? Il vaut mieux dire qu�il est loisible d��tudier, comme le fait un Ren� Huyghe, les relations existant entre l�art et la pens�e collective de chaque �poque, et surtout qu�il peut exister une psychologie des artistes, qui rel�ve d�entreprises biographiques ou sociologiques.</p><p>Quant � l�investigation de la relation du destinataire � l�oeuvre, elle est assur�-</p><p>ment licite, et d�ailleurs fait l�objet des recherches d�un certain nombre de psychologues ou d�esth�ticiens (en France, Robert Franc�s notamment), group�es sous le nom d�� esth�tique* exp�rimentale �.</p><p>La sociologie</p><p>de l�art</p><p>En germe chez Platon, mais v�ritablement �voqu�e au XIXe s. (Hegel, Taine, Marx), la notion de sociologie de l�art recouvre actuellement plusieurs d�marches diff�rentes :</p><p>a) sociologie des conditions sociales de la cr�ation artistique : r�le de l��tat ; m�c�-</p><p>nat et commande ; art officiel ou pas ; programmes impos�s ; observance des liturgies diverses dans l�art sacr� ; b) sociologie des conditions de la consommation artistique : r�le de la mode, du sno-bisme ; les � groupes-leaders � ; r�le de la publicit�, de la propagande ; r�le des institutions (galeries, Salons, concours) ; c) sociologie de la consommation artistique elle-m�me : qui consomme quoi, et comment ? ; la fr�quentation des mus�es et des concerts, des biblioth�ques ; les itin�raires touristiques ; les ventes et achats d�oeuvres d�art ;</p><p>d) sociologie de la cr�ation artistique, �tape la plus difficile � r�aliser, mais aussi la plus int�ressante : nature de l�id�ologie dominante, classes et groupes porteurs de valeurs, nature individuelle ou collective de l�oeuvre, contacts entre cr�ateurs et public.</p><p>Il n�existe pas actuellement de r�alisation de sociologie de l�art qui couvre enti�rement, � propos de l��tude d�une oeuvre donn�e ou de telle �cole, un programme aussi exhaustif. En France, on signalera en priorit� les travaux de Pierre Francastel</p><p>(1900-1970), premier titulaire, � partir de 1948, de la chaire de sociologie de l�art � l��cole pratique des hautes �tudes. Dans le domaine de la peinture, plus sp�cialement, ces travaux ont constitu� une recherche qui mettait en particulier l�accent sur l��tude des commandes et des programmes. Lucien Goldmann (1913-1970), sociologue de la litt�rature, se pose avant tout, en marxiste, la question fondamentale de savoir � qui est le v�ritable sujet de la cr�ation litt�raire, un individu ou un groupe (classe) ? �. Les travaux de Jean Duvignaud (n� en 1921) sur le th��tre (le com�dien comme � d�viant � par rapport � la soci�t�) sont �galement � citer.</p><p>Une provisoire</p><p>conclusion</p><p>Nous l�avions dit au d�but : aucun discours sur l�art ne peut jamais �tre conclu. Si le faire de l�artiste n�est autre chose qu�une interrogation sur la nature m�me de l�art, parvenir � une d�finition de celui-ci serait lui signifier sa mort.</p><p>Pas davantage notre r�flexion n�aura eu l�ambition d��tre � encyclop�-</p><p>dique �. Ce qui a �t� dit � propos de l�art, au cours des si�cles, par les auteurs les plus divers s�interrogeant sur lui � titre principal ou occasionnellement, d�fie l��num�ration. Le crit�re qui a pr�sid� au choix � forc�ment arbitraire � que nous avons op�r� a �t� de consid�rer non pas les penseurs ou les syst�mes de pens�e qui s��taient donn� l�art comme premier objet de r�flexion (et que nous appellerons, faute d�un autre terme, des � esth�ticiens �), mais trois types de d�marches qui pr�tendent prendre en consid�ration le comportement humain dans son ensemble : les philosophies classiques, qui s�interrog�rent sur la nature et la science, d�une part, les th�ories mat�rialistes les plus coh�rentes du XIXe s. en second lieu (marxisme et psychanalyse), enfin une interpr�tation</p><p>� id�aliste �, mais surtout humaniste, de notre temps, cette inclination de Malraux vers un monde de la contemplation et non plus de l�action.</p><p>Aucune de ces d�marches ne nous</p><p>a donn� d�indiscutables d�finitions de l�art. Pas davantage n�est-il loisible de tenter une quelconque synth�se d�id�es</p><p>si diverses et fond�es chacune sur des pr�alables th�oriques enti�rement diff�rents. On peut a posteriori d�crire ce qu�a �t� l�activit� artistique de groupes humains, mais on ne peut dire exactement pourquoi il s�agissait l� d�une activit� artistique, et non pas d�une activit� voisine, et encore moins porter sur elle un jugement de valeur quelque peu fond�.</p><p>On en vient alors � se demander</p><p>si une telle activit� est bien r�elle �</p><p>entendons par l� inh�rente � la nature humaine autant qu�on le dit �, si elle est in�luctable, si l�� art � en tant que r�alit� autonome, sp�cifique, secteur particulier des conduites humaines n�est pas seulement le r�sultat d�une mutilation plus ou moins accentu�e de l�individu, d�origine fort diverse : �conomique, ou religieuse, ou biologique. Bref, si une v�ritable lib�ration de l�homme ne passe pas, paradoxalement, par une � abolition de l�art �.</p><p>Les pr�misses th�oriques d�une</p><p>telle �ventualit� se trouvent aussi bien chez Freud que chez Marx. On a vu comment, chez le premier, l�activit� esth�tique est un substitut � une activit� autre, d�origine pulsionnelle, et que la r�pression sociale am�ne � sublimer. Qu�en serait-il si un type de soci�t� non r�pressive venait � na�tre, comment le probl�me de l�art se pose-rait-il alors ? Dans la mesure o� pour Freud une telle hypoth�se est absurde, en contradiction compl�te avec sa description des diff�rentes instances de la personnalit� (le �a, le moi, le surmoi), il ne s�est jamais pos� la question de savoir ce que deviendrait l�art dans une soci�t� o� les facteurs n�vrog�nes seraient en cours d�abolition.</p><p>Marx, par contre, ne s�est �videmment pas interdit d��voquer la soci�t� communiste, au sein de laquelle les anciennes r�partitions n�es de la division du travail social (entre producteurs et non-producteurs, entre la ville et la campagne, entre producteurs de plus-value et producteurs de services, entre travailleurs manuels et intellectuels) n�auraient plus lieu d��tre. Il �voque, ce faisant, une production esth�tique dans laquelle le peintre ne serait pas seulement peintre, mais aussi po�te ou</p><p>musicien, o� le destinataire de l�oeuvre (l�ex-� public �) aurait aussi t�che cr�atrice, bref, o� l�art ne serait plus la propri�t� priv�e d�artistes vivant dans un �tat de s�gr�gation, mais celle � du peuple tout entier �.</p><p>Il n�est pas possible de d�battre ici des chances de r�alisation de ces diverses � utopies �, d�bat qui rel�ve avant tout de cat�gories politiques renvoyant l�une et l�autre � la question d�une actualit� de la R�volution.</p><p>Du moins signalera-t-on les tentatives downloadModeText.vue.download 391 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>928</p><p>th�oriques ou pratiques les plus r�-</p><p>centes pour � contester l�art � en tant que secteur sp�cifique de la vie sociale.</p><p>a) Le livre de Herbert Marcuse Eros and Civilization (1955), qui est celui d�un � marxiste ayant lu Freud �, tente l��vocation d�une soci�t� non r�pressive dont les contours restent assur�ment bien ind�cis, mais o� la contradiction freudienne du principe de r�alit� et du principe de plaisir, source des processus ult�rieurs de sublimation, se verrait transmu�e au sein d�une pratique sociale et individuelle renouvel�e.</p><p>b) On assiste depuis un certain temps � un assez grand nombre de tentatives pratiques, venant d�artistes de � disciplines � diff�rentes (peintres, po�tes, musiciens), pour contester la notion d�� oeuvre d�art � en soi, impliquant � la fois l�isolement et la concurrence des artistes entre eux, et un mode</p><p>� ali�n� � de rapports entre artistes et</p><p>� consommateurs � de l�oeuvre. Cette remise en cause avoue volontiers avoir des pr�c�dents dans les �pisodes dada et surr�alistes de l�entre-deux-guerres.</p><p>Mais le plus important est une volont� de subversion contre les soci�t�s capitalistes occidentales sur le terrain de l�art, pris au d�part comme symbole de la � r�cup�ration � par ces soci�t�s des contestations les plus radicales. Pour le critique Alain Jouffroy, par exemple, qui se veut un des instigateurs de cette</p><p>� ruine de l�art �, celle-ci est rendue n�cessaire parce que l�art en soi ne peut</p><p>�tre qu�obstacle � la r�elle communication entre les �tres, rendue opaque par la soci�t� marchande : � La plus grande communication n�est pas r�ductible � l�art, mais de toute fa�on � son oubli. �</p><p>Concr�tement, une telle opposition ne laisse place qu�� des � oeuvres � qui n�en sont pas : � objets � non con�us en tant qu�oeuvres n�gociables, po�mes non �crits pour l��dition, mais textes de d�part pour un discours collectif, etc. Dans la musique contemporaine, pareille tendance se fait jour, fond�e sur l�improvisation collective, l�abolition de la partition, le d�part de la</p><p>� salle de concerts �, que peuvent remplacer la cour d�immeuble ou le march� du dimanche, l�invitation faite au public de � participer �, etc. De telles manifestations ne sont pas � juger en termes � esth�tiques � (qui au demeurant manquent), mais pr�cis�ment en termes de � manifestations �, c�est-�-</p><p>dire en termes politiques : validit� ou non de choisir ce terrain de lutte, prise de position personnelle � l��gard des modes de dispensation de la culture dans la soci�t� actuelle, efficacit� des gestes propos�s pour atteindre ce point de non-retour au-del� duquel toute initiative artistique �chappera d�finitivement � un � mus�e imaginaire � qui n�est que la repr�sentation narcissique d�un homme occidental � la fois combl� et d�muni.</p><p>D. J.</p><p>&#x25B6; Critique d�art / Espace plastique / Esth�tique</p><p>/ Exposition / Iconographie / Mus�e / S�miotique</p><p>[la s�miologie picturale] / Symbole.</p><p>B K. Marx, Zur Kritik der politischen Oekono-mie (1859 ; trad. fr. Contribution � la critique de l��conomie politique, Costes, 1954). / S. Freud, �ber Psychoanalyse (Leipzig et Vienne, 1910 ; trad. fr. Cinq Le�ons sur la psychanalyse, Payot, 1923) ; Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci (Leipzig et Vienne, 1910 ; trad. fr. Un souvenir d�enfance de L�onard de Vinci, Gallimard, 1927) ; Das Unbehagen in der Kultur (Vienne, 1930 ; trad. fr. Malaise dans la civilisation, Deno�l, 1935). / H. Read, Art and Society (Londres, 1937). / L. Krestovsky, la Laideur dans l�art � travers les �ges (�d. du Seuil, 1947). / A. Malraux, Psychologie de l�art (Skira, Gen�ve, 1947-1948 ; 3 vol. ; repris dans les Voix du silence, Gallimard, 1951). / M. J. Frie-</p><p>dl�nder, On Art and Connoisseurship (Oxford, 1948 ; trad. fr. De l�art et du connaisseur, le Livre de Poche, 1969). / R. Caillois, l�Homme et le sacr� (Gallimard, 1950). / A. Jdanov, Sur la litt�rature, la philosophie et la musique (Recueil d�articles en trad. fr., �d. de la Nouvelle Critique, 1950). / P. Francastel, Peinture et soci�t� (Audin, Lyon, 1952) ; Art et technique aux XIXe et XXe si�cles (�d. de Minuit, 1956) ; la R�alit� figurative (Gonthier, 1965) ; �tudes de sociologie de l�art (Gonthier, 1970). / S. K. Langer, Feeling and Form (Londres, 1953). / H. Marcuse, Eros and Civilization (Boston, 1955 ; trad. fr.</p><p>Eros et civilisation, �d. de Minuit, 1963). /</p><p>E. Panofsky, Meanings in the Visual Arts (New York, 1955 ; trad. fr. l�OEuvre d�art et ses significations, Gallimard, 1969). / L. Goldmann, le Dieu cach� (Gallimard, 1956). / R. Huyghe, Dialogue avec le visible (Flammarion, 1956) ; l�Art et l��me (Flammarion, 1960) ; les Puissances de l�image (Flammarion, 1965) ; Sens et destin de l�art (Flammarion, 1967 ; 2 vol.). /</p><p>G. Bachelard, la Po�tique de l�espace (P. U. F., 1957) ; la Po�tique de la r�verie (P. U. F., 1960).</p><p>/ E. H. Gombrich, Art and Illusion (Londres, 1960 ; trad. fr. l�Art et l�illusion, Gallimard, 1971). / U. Eco, Opera aperta (Milan, 1962 ; trad. fr. l�OEuvre ouverte, �d. du Seuil, 1965) ; La Definizione dell�arte (Milan, 1968). / J. Duvignaud, l�Acteur (Gallimard, 1965) ; Sociologie de l�art (P. U. F., 1967). / R. Moulin, le March� de la peinture en France (�d. de Minuit, 1967).</p><p>/ Ouvrage collectif, Art et contestation (�d. de la Connaissance, Bruxelles, 1968). / Ouvrage collectif, l�Art dans la soci�t� d�aujourd�hui (La Baconni�re, Neuch�tel, 1968). / J. Gimpel, Contre l�art et les artistes (�d. du Seuil, 1968).</p><p>/ A. Jouffroy, l�Abolition de l�art (C. Givaudan, Gen�ve, 1968). / Ouvrage collectif, les Sciences humaines et l�oeuvre d�art (�d. de la Connaissance, Bruxelles, 1969). / H. Arvon, l�Esth�tique marxiste (P. U. F., 1970). / R. Berger, Art et communication (Casterman, 1972).</p><p>Enseignement artistique</p><p>et enseignement de</p><p>l�architecture</p><p>ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE</p><p>L�enseignement artistique est donn� en France d�une part dans des �tablissements sp�cialis�s, d�autre part dans les �tablissements d�enseignement primaire, secondaire et technique. Les �tablissements sp�cialis�s sont soit des �coles nationales d�pendant du Service des enseignements artistiques et de l�architecture du minist�re des Affaires culturelles, soit des �coles</p><p>municipales subventionn�es par l��tat, soit encore des �tablissements d�enseignement technique d�pendant du minist�re de l��ducation nationale.</p><p>L�enseignement dit � du dessin � donn� dans les �tablissements d�enseignement primaire, secondaire et technique d�pend du minist�re de l��ducation nationale. Cet enseignement, qui garde le plus souvent un caract�re de simple initiation, est fondamental pour le renouvellement d�un public d�amateurs d�art. Afin de l�am�liorer dans les lyc�es et coll�ges, le minist�re de l��ducation nationale d�cidait en 1968</p><p>d�organiser dans l�Universit� la formation d�un nouveau corps de professeurs d��ducation artistique. Cet enseignement associe aux professeurs de l��cole nationale sup�rieurs des beaux-arts ceux de l�Universit�, ainsi que des artistes. Les enseignants ainsi form�s gardent la possibilit� de bifurquer en cours d��tudes vers une carri�re proprement artistique ou d�orientation plus intellectuelle (histoire de l�art, esth�tique).</p><p>y �coles nationales et municipales L�enseignement sup�rieur est dispens� � Paris dans deux grandes �coles, l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts et l��cole nationale sup�rieure des arts d�coratifs, ainsi qu�au Centre universitaire exp�rimental de Vincennes et � la Sorbonne.</p><p>En province, l�enseignement artistique est donn� dans des �coles nationales d�art, au nombre de six (Aubusson, Bourges, Dijon, Limoges, Nancy et Nice), ainsi que dans des �coles municipales, beaucoup plus nombreuses, subventionn�es et contr�l�es par l��tat. Cet enseignement des �coles de province, tant nationales que municipales, � l�exception de l��cole d�Aubusson, qui a une organisation sp�ciale, est sanctionn� par des examens communs, organis�s sur le plan national. Le certificat d�aptitude � une formation artistique sup�rieure (C. A. F. A. S.) peut �tre compar� au baccalaur�at et consid�r� comme la sanction d��tudes secondaires poursuivies dans le domaine artistique. Il est ouvert aux �l�ves des �coles nationales et des �coles municipales d�art subventionn�es ayant accompli un cycle de trois ann�es d��tudes. Son programme a �t� con�u de fa�on � inculquer aux �l�ves, avant toute sp�cialisation, une connaissance approfondie des �l�ments de base du dessin, des</p><p>arts plastiques, de l�histoire de l�art et des techniques des m�tiers d�art.</p><p>Les �l�ves poursuivant leurs �tudes dans les �coles d�art de province au-del� du C. A. F. A. S. sont consid�r�s comme �tudiants. Ils peuvent s�y pr�parer au dipl�me national des beaux-arts. Cet examen est ouvert aux �l�ves titulaires du C. A. F. A. S.</p><p>et aux �l�ves admis � titre d�finitif � l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts et � l��cole nationale sup�rieure des arts d�coratifs. Il comporte sept sections : peinture, sculpture, gravure, d�coration en plans, d�coration en volume, publicit�, c�ramique. L��cole nationale des beaux-arts pr�pare, dans ses ateliers de peinture, de sculpture, de fresque et art monumental, de gravure, de mosa�que, au dipl�me su-p�rieur d�arts plastiques. Les concours de Rome sont suspendus depuis 1968.</p><p>Les caract�ristiques de cet enseignement sont la tr�s grande diff�rence existant entre Paris et la province et son peu d�efficacit� g�n�rale : dans la d�cennie 1960-1970, le nombre d��l�ves travaillant � temps complet dans les �coles d�art d�pendant du minist�re des Affaires culturelles est pass� d�environ 5 000 � 11 000, mais cette progression n�a pas �t� accompagn�e d�une croissance des budgets comparable � celle de l��ducation nationale. Il en r�sulte que l�orientation des �l�ves en cours d��tudes est insuffisante, et que les distorsions entre les sp�cialit�s �tudi�es et les m�tiers exerc�s ensuite sont tr�s importantes (le ph�nom�ne �tant surtout v�rifiable pour les arts majeurs).</p><p>Ainsi, 43 p. 100 des anciens �l�ves des �coles d�art ont d� en 1966 compl�ter leur formation dans des institutions publiques ou priv�es apr�s la sortie de ces �coles.</p><p>C�est en partie pour pallier ces inconv�nients qu�a �t� ouvert � Paris en novembre 1969, � l�initiative des Affaires culturelles, l�Institut de l�environnement, centre pluridisciplinaire de formation et de recherche. Il s�attache � � promouvoir un renouvellement de l�enseignement de l�urbanisme, de l�architecture, du design et de la communication �. Il organise � cet effet un cycle r�gulier de deux ans de pr�-</p><p>paration � la recherche et � l�enseignement dans les disciplines concern�es, des s�minaires et colloques de perfectionnement, des recherches fondamentales et appliqu�es relatives � l�environnement, etc.</p><p>y �tablissements d�enseignement technique</p><p>�tablis � Paris, ils ont pour but de former non seulement des ex�cutants, mais aussi des cr�ateurs dans les diverses sp�cialit�s artistiques. L��ge d�admission se situe entre quatorze et dix-sept ans ; il est exig� des candidats une culture g�n�rale, et ils sont soumis � une �preuve de dessin justifiant d�une disposition artistique r�elle.</p><p>La scolarit� est de quatre ou cinq ans.</p><p>L��cole nationale sup�rieure des arts appliqu�s � l�industrie comprend des sections de d�cor des surfaces architecturales, de sculpture, de c�ramique, d�ameublement, de textile, d�orf�vrerie, d�esth�tique industrielle, de publicit�. Le Coll�ge technique d�art appliqu� f�minin pr�pare des dessi-natrices, des mod�listes, des d�coratrices capables de composer des maquettes : on y enseigne notamment la photographie, la reliure, la dentelle, le tapis, la c�ramique.</p><p>Le Coll�ge technique Boulle se consacre aux m�tiers int�ressant le meuble, ainsi qu�� la d�coration d�agencement. Le Coll�ge technique Estienne a pour domaine les m�tiers touchant au livre et � l��dition.</p><p>Ces �tablissements comportent des sections d�enseignement sup�rieur, en cours d�organisation ; l��cole nationale sup�-</p><p>rieure des arts appliqu�s d�cerne un brevet de technicien sup�rieur en esth�tique downloadModeText.vue.download 392 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>929</p><p>industrielle. Enfin, le Coll�ge technique Ganneron est sp�cialis� dans le d�cor sur c�ramique, le Coll�ge technique �lisa-Lemonnier dans le dessin de la lettre.</p><p>y Histoire de l�art</p><p>Sauf exception (nouvelles classes dites � � option art � dans le secondaire), l�histoire de l�art ne figure pas au programme des �tudes primaires, secondaires et techniques, et fait habituellement l�objet de le�ons donn�es par le professeur d�histoire ou de dessin. Parall�lement � l�enseignement donn� en classe et afin de le compl�ter, le service �ducatif de la Direction des mus�es de France, le mus�e des Arts d�coratifs et divers mus�es municipaux organisent des programmes de visites com-</p><p>ment�es correspondant au programme d�histoire de chaque classe. � Paris, l�Institut d�art et d�arch�ologie (qui fait partie de l�universit� de Paris) et l��cole du Louvre (qui d�pend de la Direction des mus�es de France) dispensent un enseignement sup�rieur. Plusieurs facult�s de province ont cr�� des chaires d�histoire de l�art.</p><p>ENSEIGNEMENT DE L�ARCHITECTURE</p><p>Les deux seules �coles qui, � Paris, d�livrent le dipl�me officiel d�architecte sont l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts et l��cole sp�ciale d�architecture (�tablissement priv�). Les architectes dipl�m�s sortant de l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts sont D. P. L. G. (dipl�m�s par le gouvernement), ceux qui sortent de l��cole sp�ciale d�architecture sont D. E. S. A. (di-pl�m�s de l��cole sp�ciale d�architecture).</p><p>D�autres �coles enseignent l�architecture, mais ne d�livrent pas de dipl�me officiel.</p><p>L�enseignement de l�architecture est entr� dans une p�riode de r�forme profonde qui s�efforce de pallier les graves lacunes qui le caract�risaient. Comme les enseignements artistiques, l�enseignement de l�architecture pr�sentait en France un profond d�calage par rapport � l�enseignement universitaire normal, d�calage qui �tait la cause d�une organisation g�n�rale inadapt�e, d�un appauvrissement de contenu, d�un sous-�quipement et d�un sous-encadrement p�dagogique devenus �vidents.</p><p>C�est la centralisation qui caract�risait tout d�abord cet enseignement. Depuis 1870, l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts (section architecture, qui groupait environ 3 000 �tudiants) comportait deux sortes d�ateliers : ateliers int�rieurs � l��cole, dont les professeurs �taient nomm�s par le ministre de l��ducation nationale ; ateliers ext�rieurs, dont les professeurs �taient �lus par les �l�ves. En province, les �coles r�gionales fond�es au d�but du si�cle (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse), qui groupaient 1 500 �tudiants, donnaient aussi un enseignement de l�architecture. Mais l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts �tait la seule � pouvoir d�cerner le dipl�me sup�rieur d�architecture D. P. L. G. Les �coles r�gionales lui �taient enti�rement</p><p>subordonn�es, et c�est pourquoi le d�cret du 3 avril 1962 avait amorc� une lib�ration de ces �coles, ainsi que de celle de Lyon (qui avait le titre d��cole nationale, bien que financ�e pour l�essentiel, comme les autres, par la municipalit�).</p><p>L�enseignement de l�architecture �tait aussi caract�ris� par son aspect tr�s corporatif. Les enseignants �taient des architectes professionnels formant � sur le tas �</p><p>des professionnels. Les enseignements th�oriques, soit de l�architecture, soit des sciences n�cessaires � la synth�se architecturale (sciences exactes, sciences humaines), et la formation plastique �taient tr�s n�glig�s, sinon inexistants. Parce qu�elle renfor�ait encore le caract�re corporatif de la formation, la r�forme pr�vue par le d�cret de 1962 n�a jamais �t� appliqu�e, du fait de l�opposition des �l�ves architectes.</p><p>Les objectifs de la r�forme pr�vue par le d�cret du 6 d�cembre 1968 sont au contraire de confirmer la d�centralisation des structures de l�enseignement de l�architecture, de l�ouvrir sur les autres enseignements sup�rieurs, enfin d�am�liorer la formation scientifique et technique des architectes.</p><p>D�autre part, il s�agit d��tendre � l�enseignement de l�architecture les principales dispositions de la loi d�orientation de l�enseignement sup�rieur (1968) et de donner notamment aux futures �coles d�architecture un statut voisin de celui des �tablissements � caract�re scientifique et culturel.</p><p>Pour y parvenir, le d�cret a cr�� 8 unit�s p�dagogiques d�enseignement de l�architecture � la place de la section d�architecture de l��cole nationale sup�-</p><p>rieure des beaux-arts (� Paris), 13 en province � la place de chaque �cole r�gionale d�architecture. Toutes ces unit�s ont l�ind�pendance p�dagogique. Pour assurer la participation des �tudiants et des enseignants � la d�finition du futur r�gime des �tudes d�architecture, le d�cret a dot� chaque unit� d�un conseil de gestion comprenant d�l�gu�s enseignants et d�l�gu�s �tudiants en nombre �gal ainsi que le directeur administratif nomm� par l�administration pour assurer la bonne gestion de l�unit�. L�autonomie p�dagogique des unit�s ne devant pas exclure un cadre g�n�ral d�enseignement qui fixe la dur�e des �tudes, les conditions d�entr�e,</p><p>les mati�res qui doivent �tre en tout �tat de cause enseign�es ainsi que les conditions de d�livrance d�un dipl�me de valeur nationale (le prix de Rome �tant supprim� en tant que concours officiel), le d�cret de 1968 a cr�� aupr�s du ministre d��tat charg� des Affaires culturelles une Conf�-</p><p>rence g�n�rale des unit�s p�dagogiques, compos�e de d�l�gu�s enseignants et de d�l�gu�s �tudiants des diff�rentes unit�s.</p><p>Dans le m�me temps, les cr�dits consacr�s par le minist�re des Affaires culturelles � l�enseignement sont pass�s de 6,9 p. 100</p><p>de son budget en 1960 � 14,1 p. 100 en 1972, ce qui s�est traduit par un doublement du corps enseignant et des d�penses de fonctionnement pour l�enseignement de l�architecture.</p><p>J.-M. F.</p><p>&#x25B6; Acad�mie / Acad�misme / Bauhaus.</p><p>Art nouveau</p><p>Appellation, tendant � pr�valoir sur toutes les autres, donn�e � l�inflation formelle qui s�empara, entre 1883 et 1914, des arts majeurs comme des arts mineurs dans toute l�Europe et jusqu�aux �tats-Unis.</p><p>L�Art nouveau proc�de essentiellement de l�ambition de fonder un style qui ne doive rien au pass�, d�une part, et dont l�empreinte, d�autre part, se fasse sentir � tous les niveaux de l�activit� quotidienne, de l�architecture � la mode vestimentaire, dans la rue comme dans les int�rieurs. Le but final en serait l�oeuvre totale (le Gesamtkunstwerk des Allemands), o� se r�sumeraient les aspirations � la modernit� d�une soci�t� en pleine transformation. Mais, au lieu de donner le pas � l�ing�nieur � ou au designer � sur l�artiste, comme le fera le XXe s., l�Art nouveau pense que l�artiste seul est en mesure de donner au monde moderne un visage harmonieux.</p><p>D�innombrables noms et sobriquets furent donn�s � ce courant dans les diff�rents pays, notamment modern style en France et en Belgique, Jugendstil en Allemagne, Secession-Stil en Autriche, Stile floreale en Italie, Liberty en Angleterre (du nom d�un magasin londonien), Tiffany style aux �tats-Unis,</p><p>style 1900, nouille, m�tro, voire rasta-quou�re en France. Art nouveau �tait le nom du magasin ouvert par Samuel Bing, � Paris, en 1895.</p><p>Un style r�volutionnaire</p><p>Du foisonnement des appellations suscit�es par l�Art nouveau, deux constatations contradictoires se d�gagent : le nouveau style est tant�t re�u comme un corps �tranger (d�o� les sobriquets inspir�s du plus pur chauvinisme qu�il s�attire), et tant�t se voit revendiqu� par une nationalit� particu-li�re. Cette double interpr�tation est conforme � la r�alit� : l�Art nouveau est un mouvement international (ses limites extr�mes seraient Chicago � l�ouest, Saint-P�tersbourg � l�est) qui prend une coloration sp�cifique au contact de chaque situation culturelle donn�e. Non seulement du fait de sa d�pendance du contexte social et �conomique (il est en somme le premier style issu de la r�volution industrielle), mais parce qu�il renoue avec des traditions plus ou moins profond�ment enfouies : le baroque, le gothique, mais aussi l�art celtique ou l�art viking.</p><p>En outre, il est intimement confondu, beaucoup plus qu�on n�a longtemps voulu l�admettre, avec les aspirations de l�avant-garde artistique, puisque leur commun drapeau est l�arabesque, symbole � la fois de spiritualit� et de dynamisme, suggestion naturelle de la f�minit� et signe de l��nergie pure, pr�t � basculer dans l�abstraction. On peut maintenant affirmer que, entre l�impressionnisme proprement dit et le cubisme, il n�est � peu pr�s rien en peinture ni en sculpture qui �chappe � la contagion de l�Art nouveau. Au contraire, la plupart des grands cr�ateurs et des mouvements importants de cette p�riode gagneraient � se voir consid�r�s comme autant de variantes originales des pr�mices ou des acquis de l�Art nouveau, de Gauguin* et de Seurat* � Kandinsky* et Kupka*, des nabis* et des fauves* � l�expressionnisme* germanique et au futurisme*.</p><p>downloadModeText.vue.download 393 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>930</p><p>Il convient enfin de rappeler que l�Art nouveau tire pour une large part son inspiration du symbolisme* po�tique : c�est la m�me tension fr�missante et la m�me ouverture � l�informul� qui se lisent dans un po�me de Maeterlinck*</p><p>ou de Mallarm�* et dans une peinture de Khnopff, une sculpture de Minne, une chaise de Guimard, une maison de Gaud�, une affiche de Mucha, un vase de Gall�, un bijou de Lalique...</p><p>Un renouveau</p><p>des arts d�coratifs</p><p>Car c�est seulement le renouveau des arts d�coratifs que l�on a voulu consid�rer, d�ordinaire, dans l�Art nouveau.</p><p>D�s le milieu du XIXe s., une r�action contre le pastiche syst�matique se fait jour, qui s�organisera ensuite en Grande-Bretagne gr�ce au mouvement Arts and Crafts, anim� par William Morris (1834-1896), et un peu plus tard � Nancy*, autour de la personne d��mile Gall� (1846-1904). De l��clectisme stylistique des int�rieurs cossus � la hideur des logements ouvriers, envahis par les produits � bon march� de l�industrie, la discordance est de r�gle.</p><p>Morris et Gall� entendent r�introduire l�harmonie dans le d�cor de la vie quotidienne, et cela, pensent-ils, seul l�artiste le peut, face � la machine productrice de laideur. C�est ce qui explique que les architectes de l�Art nouveau pr�voient jusqu�aux plus petits d�tails du mobilier et de l�am�nagement</p><p>int�rieur : Hector Guimard, pour son Castel B�ranger, a dessin� non seulement les vitraux, les papiers peints et les poign�es de portes, mais jusqu�aux clous utilis�s dans la construction ! Et, depuis la chaise dessin�e par le pr�rapha�lite Ford Madox Brown en 1860, les peintres et les sculpteurs eux aussi cr�ent des meubles, de la poterie, etc.</p><p>Si la faveur r�serv�e aux lignes courbes et aux �l�ments v�g�taux et floraux ne souffre que peu d�exceptions, il convient de noter cependant que Glasgow* et Vienne* conservent � la ligne droite et aux surfaces nues une fonction particuli�re, ce qui vaut aujourd�hui aux ensembles de Charles Rennie Mackintosh (1868-1928) ou de Josef Hoffmann (1870-1956) un regain d�int�r�t. Parmi les mobiliers les plus int�ressants de l�Art nouveau, il faut</p><p>compter non seulement ceux qui sont dus aux leaders du mouvement (Gall�, les architectes Gaud�, Guimard, Horta, Van de Velde), mais aussi en France ceux d�Alexandre Charpentier (1856-1909), de Georges de Feure (1868-1928), d�Eug�ne Gaillard (1862-1933), de Louis Majorelle (1859-1926) et d�Eug�ne Vallin (1856-1922), en Allemagne ceux d�August Endell (1871-1925), de Bernhard Pankok (1872-</p><p>1943), de Richard Riemerschmid</p><p>(1868-1957), aux Pays-Bas ceux de Gerrit Willem Dijsselhof (1866-1924).</p><p>La c�ramique, o� un Gauguin a pu faire figure de pionnier, est illustr�e par de nombreux artisans remarquables comme le Danois Thorvald Bindesb�ll (1846-1908), le N�erlandais Theodoor Colenbrander (1841-1930), auxquels il convient de joindre le Fran�ais Henri Cros (1840-1907), sp�cialiste de la p�te de verre ; les verriers les plus prestigieux sont Gall� en France, Karl K�pping (1848-1914) en Allemagne, Louis Comfort Tiffany (1848-1933) aux �tats-Unis. Le bijou est le royaume incontest� du Fran�ais Ren� Lalique (1860-1945) et du Belge Philippe Wol-fers (1858-1929). Si les broderies les plus d�li�es sont dues au sculpteur suisse Hermann Obrist (1863-1927), la Grande-Bretagne est la productrice des plus beaux tissus imprim�s, les chintz d�Arthur H. Mackmurdo (1851-1942) et de Charles F. Annesley Voysey (1857-1941). Cependant, il convient de souligner la perversion introduite par l�Art nouveau dans l�objet de bazar, on ne peut plus r�tif depuis � se plier � sa seule fonction.</p><p>Transformation</p><p>des arts graphiques</p><p>Les r�percussions de l�Art nouveau sur l�art du livre constituent un de ses aspects les plus passionnants. Il est significatif � cet �gard que les historiens datent du frontispice dessin� par Mackmurdo pour son livre Wren�s City Churches (1883) l�origine effective du mouvement. Non seulement l��poque abonde en livres illustr�s remarquables, mais c�est la conception m�me du rapport texte-illustration qui se voit boulevers�e, tandis qu�apparaissent de nouveaux caract�res typographiques.</p><p>Parmi les illustrateurs de premier</p><p>ordre, il faut au moins signaler, en Grande-Bretagne, apr�s Walter Crane (1845-1915), Aubrey Beardsley (1872-1898), Frank Brangwyn (1867-1956), Edmund Dulac (1882-1953), Arthur Rackham (1867-1939), en Belgique Georges Lemmen (1865-1916), en</p><p>France Eug�ne Grasset (1845-1917), en Allemagne Peter Behrens (1868-1940), Melchior Lechter (1865-1937), Thomas Theodor Heine (1867-1948), en Italie Alberto Martini (1876-1954), en Russie Ivan Bilibine (1876-1942).</p><p>� la suite de William Morris, qui cr�e en 1890 son c�l�bre Golden Type, Georges Auriol et Grasset � Paris, Ko-loman Moser (1868-1918) � Vienne et surtout Otto Eckmann (1865-1902) � Munich vont r�volutionner la typogra-phie. La reliure est surtout repr�sent�e par le N�erlandais Carel Adolph Lion Cachet (1864-1945) et le Nanc�ien Ren� Wiener (1856-1939). L�affiche*</p><p>Art nouveau, de son c�t�, est d�une somptuosit� et d�une efficacit� rarement atteintes depuis, avec ses ma�tres incontest�s, Mucha et Bradley, et aussi Beardsley, Grasset, G. de Feure, Moser... Enfin, c�est � l�Art nouveau qu�un genre � ses d�buts, la bande*</p><p>dessin�e, doit son chef-d�oeuvre : Little Nemo in Slumberland, de l�Am�ricain Winsor McCay (1889-1934).</p><p>La peinture �lectris�e</p><p>Dans une large mesure, la peinture de l�Art nouveau et la peinture symboliste* se confondent. En effet, l�une et l�autre re�oivent l�h�ritage pr�rapha�-</p><p>lite* et ses th�mes de pr�dilection, l�exaltation (mal�fique ou b�n�fique) de la femme en premier lieu. Mais si la sensibilit� est la m�me, une diff�-</p><p>rence tr�s nette s��tablit au niveau de l�expression, par exemple lorsqu�on compare l�Autrichien Gustav Klimt (1862-1918) au Fran�ais Gustave Moreau (1826-1898). Aux r�flexions sur les mythes du second, les compositions du premier s�opposent comme un cri � une m�ditation. L��lectricit� propre � l�Art nouveau fait que les tableaux qu�il a produits (de m�me que les tapisseries, les vitraux) doivent se lire d�un coup, afin de communiquer leur tension, beaucoup plus qu�ils n�invitent, comme ceux de B�cklin*, de Moreau*</p><p>ou de Puvis de Chavannes (1824-1898),</p><p>� une approche lente et silencieuse. Par l�, ils sont en un sens plus superficiels, mais aussi plus proprement plastiques, la communication s��tablissant gr�ce � l�intensit� de l�arabesque et � la hauteur des tons en aplat. C�est dire � quel point le � synth�tisme � de Gauguin codifie magistralement l�esth�tique Art nouveau. Par cons�quent, on ne s��tonnera pas de trouver parmi les nabis et les peintres de Pont-Aven, tous disciples de Gauguin, maint t�moignage de cette esth�tique, comme Coup de vent sur le Pont-Neuf de Louis An-quetin (1861-1932), les peintures de Maillol, les tapisseries de Paul Ranson (1864-1909), les Fleurs du mal d�Armand S�guin (1869-1903), les gravures sur bois de Vallotton* ou les �tranges peintures-sculptures du Danois Jens Ferdinand Willumsen (1863-1958).</p><p>Mais, Gauguin et Munch* excep-</p><p>t�s, qui le d�bordent en tous sens, les peintres qui incarnent le mieux l�Art nouveau sont : en Angleterre, Walter Crane ; en Suisse, Ferdinand Hodler (1853-1918) ; en Belgique, Fernand Khnopff (1858-1921) ; en Autriche, Gustav Klimt ; en Italie, Giovanni Segantini (1858-1899) ; aux Pays-Bas, Johan Thorn Prikker (1868-1932) et Jan Toorop (1858-1928).</p><p>La sculpture sublim�e</p><p>La sculpture demeure plus traditionnelle de facture, moins docile � se plier aux imp�ratifs de la subjectivit�.</p><p>Et, bien que les grands sculpteurs de l��poque, comme Rodin* ou Medardo Rosso*, n��chappent pas � l�empreinte de l�Art nouveau, on peut se demander si la contribution la plus sp�cifique ne vient pas des d�corateurs ou des fabricants de petits bronzes � bon march�.</p><p>En outre, bon nombre de sculpteurs de la p�riode se situent � mi-chemin du symbolisme et de l�expressionnisme, au point qu�il est difficile de les retenir plut�t d�un c�t� que de l�autre.</p><p>Tel est le cas de l�Allemand Ernst Barlach (1870-1938), du Tch�que</p><p>Franti�ek B�lek (1872-1941), du Fran-</p><p>�ais Georges Lacombe (1868-1916), du Belge Georges Minne (1866-1941), du Finlandais Carl Wilhelm Vallgren (1855-1940), du Norv�gien Gustav Vigeland (1869-1943). Si l�on tentait de d�gager un esprit commun de la di-</p><p>versit� de leurs temp�raments, ce serait plut�t une sublimation des passions et des souffrances humaines qui s�impo-serait. En fait, le plus grand sculpteur de l�Art nouveau est peut-�tre tout simplement Gaud�* ; celui chez qui les formes en trois dimensions se m�tamorphosent le mieux en dynamisme, c�est Hermann Obrist, avec lequel on d�bouche dans une sorte d�abstraction organique.</p><p>Lendemains de</p><p>l�Art nouveau</p><p>En m�me temps que la nervosit� de l�arabesque, bient�t livr�e � sa seule griserie, conduit, au-del� du futurisme, aux rythmes libres de l�abstraction* lyrique, la principale r�action contre l�Art nouveau prend le visage du cubisme* et de ses d�riv�s, l�abstraction g�om�trique et le purisme.</p><p>La courbe devient bient�t aussi criminelle que l�ornement ; pourtant, vers 1925, le style Arts d�co dissimule mal, sous un masque tr�s superficiellement cubiste, de nettes persistances... Et le surr�alisme* commence d�j� � choyer le style le plus d�cri� qui f�t jamais, downloadModeText.vue.download 394 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>931</p><p>qu�un article retentissant de Salvador Dal� dans Minotaure, en 1933, remet au premier plan des pr�occupations es-th�tiques. Les historiens d�art, comme d�ordinaire, suivent. Aujourd�hui, l�art dit � psych�d�lique � et ses posters retrouvent, pour magnifier les idoles de la � pop music �, les accents exacts de l�Art nouveau. Est-ce un simple ph�-</p><p>nom�ne culturel, ou l�art 1900 aurait-il vraiment d�couvert le secret du style jeunesse ?</p><p>J. P.</p><p>&#x25B6; D�coratifs (arts) / Symbolisme.</p><p>B S. Tschudi Madsen, Sources of Art nouveau (Oslo, New York, 1956) ; l�Art nouveau (trad.</p><p>du norv�gien, Hachette, 1967). / H. R. Hitch-cock, Architecture Nineteenth and Twentieth Centuries (Harmondsworth, 1958). / P. Selz et M. Constantine, Art nouveau (New York, 1959).</p><p>/ J. Cassou, E. Langui et N. Pevsner, les Sources du XXe si�cle (�d. des Deux Mondes, 1961). /</p><p>R. Schmutzler, Art Nouveau-Jugendstil (Stuttgart, 1962). / M. Rheims, l�Art 1900 (A. M. G., 1965). / P. Jullian, Esth�tes et magiciens, l�art fin de si�cle (Perrin, 1969). / Pionniers du XXe si�cle, Guimard, Horta, Van de Velde (mus�e des Arts d�coratifs, Paris, 1971). / B. Champi-gneulle, l�Art Nouveau (Somogy, 1972).</p><p>L�architecture de</p><p>l�Art nouveau</p><p>Si l�on ne retenait que l�influence de William Morris (1834-1896) ou de Henry Van de Velde (1863-1957), peintres venus � l�architecture, celle-ci pourrait para�tre sous la d�pendance des arts plastiques.</p><p>Mais, tout en pr�f�rant pour son d�cor, comme les arts appliqu�s, les formes v�-</p><p>g�tales � la r�p�tition des �l�ments classiques ou aux pastiches � de style �, l�architecture profitera davantage de la volont� d�ouverture aux r�alit�s contemporaines, qui est l�un des points de la � doctrine � de l�Art nouveau ; elle fera siennes les conclusions des � rationalistes � du XIXe s., utilisant les techniques r�cemment mises au point pour le fer*, le verre, etc. En rompant d�lib�r�ment avec un art qui ne disposait plus que de formules �puis�es, l�Art nouveau a pr�par� la r�volution architecturale des � ann�es 20 � ; s�il ne la r�alisa pas lui-m�me, c�est parce que l�emploi du b�ton*</p><p>arm� devait remettre tout en question.</p><p>On retient pour la naissance de cette architecture la date de construction de la maison Tassel (1892-93), � Bruxelles*, par Victor Horta (1861-1947) ; mais ne pourrait-on invoquer l�ant�riorit� de certains dessins de Viollet-le-Duc*, la porte monumentale de l�Exposition de 1878 par Gustave Eiffel, la grande salle de l�Auditorium de Chicago* (1886-1889) par Louis Sullivan et Dankmar Adler (1844-1900) ? Ce qui est important, dans la maison de Horta, c�est l�emploi, dans une habitation, du m�tal conjointement avec la pierre, comme cela se pratiquait ant�rieurement dans les immeubles commerciaux : la fa�ade et l�escalier comportent des colonnes et des poutres en fer. Tr�s caract�ristique est le fait que, dans cet escalier, les �l�ments m�talliques du garde-corps, trait�s dans le style v�g�tal, se continuent avec les m�mes formes sur la mosa�que du sol ou de la peinture des murs : la nature de la ma-</p><p>ti�re est n�glig�e. Ces traits se retrouvent � la Maison du peuple (1896-1899, d�truite), au magasin de l�Innovation (1901, d�truit) et dans les nombreux h�tels particuliers de Horta (h�tel Solvay � Bruxelles).</p><p>Presque contemporaine est la r�alisation des stations du m�tro de Vienne* (� partir de 1894), par Otto Wagner (1841-1918). La station de la Karlsplatz est en ferronnerie, avec une cl�ture en plaques de marbre minces, non portantes. Mais une �volution tr�s importante va se dessiner aussi bien chez Wagner que chez ses �l�ves Josef Hoffmann (1870-1956) et Josef Maria Olbrich (1867-1908) : l�architecture se d�pouille � la Caisse d��pargne de Vienne (Wagner, 1904-1906), au palais Sto-clet � Bruxelles (Hoffmann, 1905-1911), � la Maison des artistes de Darmstadt (Olbrich, 1901-1908), o� les formes simples et les surfaces nues annon�aient d�j� la phase suivante de l�architecture, comme Wagner pressentait l�urbanisme contemporain dans ses projets de villes. M�me tendance aux Pays-Bas, qui pourtant ont largement diffus� les formes de l�Art nouveau, notamment par l�ameublement : la Bourse d�Amsterdam (1885-1903) de Hendrik Berlage (1856-1934) est un �difice sans ornements, avouant la brique et la charpente de fer.</p><p>C�est encore par le truchement de l�ameublement que l�Art nouveau p�n�tra en Allemagne, o� Van de Velde pr�senta un salon � l�exposition de 1897 � Dresde ; le style (� Jugendstil �) plut, un exemple marquant en �tait le � Studio Elvira � (Munich 1896-1898, d�truit) par August Endell (1871-1925) ; sur la fa�ade stuqu�e ou � l�int�rieur, en fer et stuc, l�inspiration florale y prenait cet aspect fantastique cher aux dessinateurs de l�Art nouveau.</p><p>William Morris eut deux successeurs, Charles F. Annesley Voysey (1857-1941) et Charles Rennie Mackintosh (1868-1928) ; l�un et l�autre firent des dessins, voire des tissus, dans le style floral, mais Voysey dans ses maisons, Mackintosh � l��cole des beaux-arts de Glasgow* (1897-1909) ne sacrifi�rent � l�Art nouveau que par un certain pittoresque (asym�trie, rupture des lignes), par la recherche d�une expression nouvelle mais associ�e au souci de la fonction.</p><p>En France, l�Art nouveau devint un d�cor de la rue gr�ce aux acc�s du M�tropolitain (� partir de 1898) d�Hector Guimard (1867-</p><p>1942). Celui-ci avait d�j� construit le � Castel B�ranger � (Paris, 1894-1898), dont la fa�ade ne doit rien aux formes classiques et dont la porte, avec sa grille, figure des v�g�taux infl�chis. Mais sous les lianes de fonte des lampadaires du M�tro existe une solide armature de fer, et les �l�ments de balustrade pr�fabriqu�s sont interchangeables ; au Castel B�ranger, les briques de verre forment un mur translucide dans la cage d�escalier : la technique affleure sous le d�cor.</p><p>Jules-Aim� Lavirotte (1864-1929) utilisa les m�mes formes, quelles que fussent la structure et la mati�re, aux immeubles du square Rapp (1901) ou au Ceramic Hotel, avenue de Wagram (1904), � Paris. Plus proches des oeuvres de Guimard �taient, toujours � Paris, les deux magasins aujourd�hui d�truits du � Grand Bazar �, rue de Rennes (Henri Barth�l�my Gutton, 1873-1963), et de la � Samaritaine �, rue de la Monnaie (Frantz Jourdain, 1847-1935).</p><p>Cette derni�re oeuvre (1905), o� s�alliaient le fer forg� ou dor�, la c�ramique, le verre, d�ployait un d�cor �clatant sur une structure parfaitement �tudi�e.</p><p>On int�gre souvent Antonio Gaud�* y Cornet dans l�architecture de l�Art nouveau, mais Gaudi fut un esprit ind�pendant, un empirique qui trouva seul sa voie et qui n�employa jamais le fer. Les portails de la Nativit� � la Sagrada Familia (Barcelone) furent commenc�s en 1891, apr�s le palais G�ell, dont les vues int�rieures �taient publi�es � New York en 1892 ; si l�influence de Gaud� sur l�Art nouveau ne semble pas prouv�e, par contre le style s�en retrouve aux niveaux inf�rieurs des portails, tandis que les parties hautes dressent ces formes d�architecture-sculpture vant�es par Salvador Dal�.</p><p>En conclusion, il semble que les oeuvres les plus importantes soient celles o� le d�cor n�est pas seul en jeu ; il semble aussi que la volont� de rupture qui se manifesta � psychologiquement par rapport au pass�, mat�riellement dans la composition architecturale � puisse �tre consid�r�e comme une r�surgence de l�esprit baroque, que combattra un classicisme re-pr�sent� par l�architecture du b�ton arm�.</p><p>J.-B. A.</p><p>Artaud (Antonin)</p><p>�crivain fran�ais (Marseille 1896 -</p><p>Ivry-sur-Seine 1948).</p><p>� Je me souviens depuis l��ge de huit ans, et m�me avant, m��tre toujours demand� qui j��tais, ce que j��tais et pourquoi vivre, je me souviens � l��ge de six ans dans une maison du boulevard de la Blancarde � Marseille (n� 59</p><p>exactement) m��tre demand� � l�heure du go�ter, pain chocolat qu�une certaine femme d�nomm�e m�re me donnait, m��tre demand� ce que c��tait que d��tre et vivre, ce que c��tait que de se voir respirer et avoir voulu me respirer afin d��prouver le fait de vivre et de voir s�il me convenait et en quoi il me convenait. � Toute l�existence d�Artaud, �tre et �criture, est dans cette fid�lit� � une angoisse originelle. Fils d�un armateur de Marseille et d�une Grecque originaire de Smyrne, il entreprend des �tudes au coll�ge du Sacr�-</p><p>Coeur. Mais, d�s sa seizi�me ann�e, il manifeste des troubles nerveux.</p><p>Apr�s plusieurs s�jours dans des maisons de sant� � Marseille, � Divonne et, en Suisse, � Neuch�tel (1918), il conna�t une p�riode d�apaisement et se consacre au dessin. En 1920, il arrive � Paris, br�lant apparemment d�ambition litt�raire. Il est bient�t le secr�taire de la revue Demain, et se m�le au groupe d�Andr� Breton. La direction du troisi�me num�ro de la R�volution surr�aliste lui est confi�e.</p><p>Mais Artaud doit gagner sa vie, s�il est permis d�user de cette expression en parlant d�un homme dont toute l�existence n�est qu�une tentative d�autodestruction et de purification. Il a fait tr�s t�t la connaissance de Lugn�-Poe : il d�cide de se faire com�dien. Ou plut�t le th��tre s�impose � lui comme un moyen de retrouver une prise sur la r�alit� sociale et humaine, qu�Artaud sent lui �chapper. Lugn�-Poe lui confie un r�le dans les Scrupules de Sgana-relle d�Henri de R�gnier. Remarqu� par G�mier, qui le recommande � Dul-lin, Artaud entre au th��tre de l�Atelier, o� il interpr�te notamment La vie est un songe de Calder�n, la Volupt� de l�honneur de Pirandello, Antigone de Cocteau. Il travaille ensuite quelque temps avec Pito�ff et Jouvet, tout en abordant le cin�ma : ses cr�ations de Marat dans le Napol�on (1926) d�Abel</p><p>Gance, du moine Massieu dans la Passion de Jeanne d�Arc (1926) de Dreyer, de Savonarole dans Lucr�ce Borgia (1935) d�Abel Gance t�moignent, avant m�me qu�il ait �labor� une th�orie du spectacle et de la repr�sentation, d�une saisie imm�diate du divorce entre le langage et la r�alit�, que ses premiers �crits ne traduisent encore qu�imparfaitement. Les po�mes qu�il adresse � la Nouvelle Revue fran�aise, le Tric-trac du ciel, qu�il fait para�tre en 1923, ont en effet � un petit air d�suet d�une litt�rature � la Marie Laurencin... �.</p><p>Mais, paradoxalement, la correspondance qu�il �change avec Jacques Ri-vi�re, et qu�il publiera en 1927, trahit une effrayante lucidit�. Relevant les</p><p>� �tranget�s d�concertantes � de vers en r�alit� satur�s de r�miniscences baudelairiennes, Rivi�re veut cependant rassurer son interlocuteur passionn� : � ... Cette concentration de vos moyens vers un objet po�tique simple ne vous est pas du tout interdite... �</p><p>Un peu de patience, une plus grande sobri�t� d�images, et � vous arriverez � �crire des po�mes parfaitement coh�-</p><p>rents et harmonieux �. Or, la d�couverte d�Artaud est pr�cis�ment l�illusion et la d�rision de la coh�rence et de l�harmonie. Artaud a fait l��preuve de l�effritement de l��tre, du vide mental et physique : � Cet �parpillement de mes po�mes, r�pond-il le 29 janvier 1924 � Jacques Rivi�re, ces vices de forme, ce fl�chissement constant de downloadModeText.vue.download 395 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>932</p><p>ma pens�e, il faut l�attribuer non pas � un manque d�exercice, de possession de l�instrument que je maniais, de d�veloppement intellectuel, mais � un effondrement central de l��me, � une esp�ce d��rosion, essentielle � la fois et fugace, de la pens�e... �</p><p>Ce d�chirement, v�cu au plus profond de la chair, inspire l�Ombilic des Limbes (1925) et le P�se-Nerfs (1925) ; c�est lui qui fait condamner le surr�alisme, pris au pi�ge de la sant� et des apparences : � Que me fait � moi, �crit Artaud d�s 1927, toute la R�volution du monde si je sais demeurer �ternel-</p><p>lement douloureux et mis�rable au sein de mon propre charnier ; ce qui me s�pare des surr�alistes, c�est qu�ils aiment autant la vie que je la m�prise.</p><p>Jouir dans toutes les occasions et par tous les pores, voil� le centre de leurs obsessions. Mais l�asc�tisme ne fait-il pas corps avec la magie v�ritable, m�me la plus sale, m�me la plus</p><p>noire. � Cette magie, c�est pour Artaud l�attrait pour les sciences occultes, la tradition alchimique, les myst�res religieux de l�Orient, l�exploration de l�irrationnel par le r�ve, l�opium, l��rotisme subi (H�liogabale ou l�Anarchiste couronn�, 1934). L�asc�se, c�est l�exp�rience int�rieure du langage, o� le mot perd toute d�termination conceptuelle (� J�appelle po�sie aujourd�hui connaissance de ce destin interne et dynamique de la pens�e �), et qu�Artaud va tenter de projeter en une constellation d�images mat�rielles, en une � po�sie de l�espace �. Artaud, qui n�a rien �tudi� mais qui a tout v�cu, sait que � tout vrai langage est incompr�hensible �. D�o� la n�cessit� de ruser, de cr�er un langage de signes, une expression gestuelle, � pantomime non pervertie �. Beaut� incantatoire des voix, splendeur onirique de la parole, agressivit� des objets : � le Th��tre de la cruaut� � (1932 et 1933) sera convul-sif ; il fera entrer dans l�homme � non seulement le recto mais aussi le verso de l�esprit �. Proclamation passionn�e, reprise dans le Th��tre et son double (1938), et dont l�illustration, envisag�e d�s 1927 lorsque Artaud fonde avec Roger Vitrac et Robert Aron le Th��tre Alfred-Jarry, amorc�e le 6 mai 1935 avec la cr�ation des Cenci, se r�alise dans un unique et atroce flam-boiement (le 13 janvier 1947 dans la salle du Vieux-Colombier) : Antonin Artaud prend le pr�texte d�une conf�-</p><p>rence pour jouer son propre drame.</p><p>Mais, avant, il y a eu la fuite au bout de la nuit : le voyage au Mexique, en 1936, chez les Indiens Tarahumaras, dont toute la vie tourne autour du rite du peyotl ; le s�jour en Irlande, en 1937, qui est d�j� un voyage imaginaire : au retour, d�s sa descente du bateau, Artaud est intern� � l�asile du Havre. Alors commence le calvaire : Sotteville-l�s-Rouen, Ville-�vrard, Sainte-Anne � Paris, Rodez, o� il reste jusqu�en 1946, et o� il subit un traite-</p><p>ment d��lectrochocs (Lettres de Rodez, 1946). Lib�r�, il voit, tandis que le cancer le ronge, monter vers lui une image solitaire, souffrante, son double (Van Gogh, le suicid� de la soci�t�, 1947) :</p><p>� Et il ne s�est pas suicid� dans un coup de folie, dans la transe de n�y pas parvenir, mais au contraire il venait d�y parvenir et de d�couvrir ce qu�il �tait et qui il �tait, lorsque la conscience g�n�rale de la soci�t�, pour le punir de s��tre arrach� � elle, le suicida. �</p><p>J. D.</p><p>&#x25B6; Surr�alisme / Th��tre.</p><p>B A. Breton, Entretiens (Gallimard, 1952).</p><p>/ G. Charbonnier, Essai sur Antonin Artaud (Seghers, 1959). / A. Virmaux, Antonin Artaud et le th��tre (Seghers, 1970). / G. Durozoi, Artaud, l�ali�nation et la folie (Larousse, 1972).</p><p>/ H. Gouhier, Antonin Artaud et l�essence du th��tre (Vrin, 1974).</p><p>art�re</p><p>Vaisseau qui conduit le sang du coeur aux tissus et organes.</p><p>Les art�res se ramifient en vaisseaux de calibre de plus en plus faible, les art�rioles, qui se divisent elles-m�mes en capillaires.</p><p>Le ventricule droit du coeur fournit l�art�re pulmonaire, qui se divise en deux branches, droite et gauche, une pour chaque poumon ; elle y transporte du sang charg� de gaz carbonique et pauvre en oxyg�ne. Le ventricule gauche fournit l�aorte*, la plus grosse art�re du corps, qui conduit le sang oxyg�n� � tous les autres organes.</p><p>Chaque art�re chemine dans une</p><p>gaine de tissu conjonctif, accompagn�e g�n�ralement d�une ou plusieurs veines et d�un nerf. Le diam�tre de l�aorte � son origine est de l�ordre de trois centim�tres, celui d�une art�riole de l�ordre de trois dixi�mes de millim�tre.</p><p>Structure des art�res</p><p>Elle est fonction de leur taille et elle conditionne leurs propri�t�s. On peut toujours distinguer trois couches dans leur paroi.</p><p>1. L�intima (ou endart�re). C�est la couche de cellules qui est au contact m�me du courant sanguin. L�int�grit� de ces cellules est indispensable pour �viter les ph�nom�nes de coagulation (thrombose) dans le vaisseau.</p><p>D�autre part, les cellules sont accol�es entre elles par une sorte de ciment jouant un r�le dans les ph�nom�nes dits � de diap�d�se � (passage de cellules venues du sang � travers la paroi elle-m�me).</p><p>2. L�adventice. C�est la couche la plus p�riph�rique des parois art�rielles.</p><p>Elle contient les nerfs et les vaisseaux (vasa vasorum) permettant d�irriguer la m�dia elle-m�me. Quelle que soit l�ar-t�re, intima et adventice ont toujours la m�me constitution.</p><p>3. La m�dia. Sa structure permet de diff�rencier deux types d�art�res : les art�res musculaires, qui contiennent beaucoup de cellules musculaires, ayant une disposition circulaire, et les art�res �lastiques, qui contiennent des lames ou membranes �lastiques m�l�es � quelques cellules musculaires.</p><p>Physiologie</p><p>des art�res</p><p>Les art�res issues de l�aorte contiennent du sang � rouge �, oxyg�n� au niveau des poumons. Celui-ci, v�hicul� sous une pression qui produit la tension*</p><p>art�rielle, irrigue tous les tissus et organes.</p><p>Pr�s du coeur, les art�res de gros calibre ont une structure �lastique, qui, par son �tirement, amortit l�ond�e sanguine issue de la contraction cardiaque. C�est le cas de l�aorte et de ses branches de division. Les art�res de moyen calibre et les art�rioles ont une structure de type musculaire, qui, downloadModeText.vue.download 396 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>933</p><p>par les modifications de diam�tre de la paroi, proportionne l��coulement du</p><p>sang selon les besoins.</p><p>La vaso-motricit� est la propri�t� exclusive des art�rioles, qui, en s��largissant (vaso-dilatation) ou en se r�-</p><p>tr�cissant (vaso-constriction), jouent un grand r�le dans la r�gulation de la tension art�rielle et de la r�partition du sang.</p><p>y Cas particulier de l�art�re pulmonaire. Issue du ventricule droit, elle transporte le sang veineux (sang bleu), pauvre en oxyg�ne, jusqu�au poumon ; celui-ci re�oit l�oxyg�ne n�cessaire � ses cellules des art�res bronchiques.</p><p>Exploration</p><p>des art�res</p><p>M�thodes cliniques</p><p>Par la palpation, on explore les art�res l� o� elles sont accessibles en posant sur leur trajet la pulpe de l�index et du m�dius accol�s ; on per�oit ainsi leur battement, qui d�finit le pouls art�riel.</p><p>Au membre sup�rieur, le pouls radial est per�u � la partie ant�ro-externe du poignet. Au membre inf�rieur, le pouls f�moral est per�u au pli de l�aine, les pouls p�dieux et tibial post�rieur au pied. Le pouls carotidien est senti dans la r�gion lat�rale du cou. La palpation permet aussi de d�celer dans certains cas un fr�missement, ou thrill, sur le trajet art�riel. Par l�auscultation, � l�aide du st�thoscope, on peut parfois entendre un souffle pathologique.</p><p>M�thodes instrumentales</p><p>y �tude de la pression art�rielle. Les m�thodes directes utilisent l�introduction dans l�art�re d�une sonde reli�e � un manom�tre. Mais on a surtout recours aux m�thodes indirectes par l�interm�diaire d�un brassard pneumatique reli� � un tensiom�tre.</p><p>y Exploration oscillom�trique (oscillom�trie). L�oscillom�tre permet d��tudier l�amplitude des battements de la paroi art�rielle.</p><p>y M�thodes radiologiques. L�art�-</p><p>riographie consiste � visualiser les art�res apr�s injection d�un produit de contraste dans le syst�me vasculaire.</p><p>En 1929, Dos Santos, le premier, par ponction directe de l�aorte, opacifia le r�seau art�riel. Puis des progr�s furent accomplis par l�am�lioration des appareillages et par l�emploi de produits opaques peu agressifs pour l�endoth�lium vasculaire.</p><p>L�opacification de l�aorte, ou aortographie, met en �vidence des l�sions acquises ou cong�nitales (telle la st�-</p><p>nose isthmique). L�opacification des art�res a une grande utilit� dans le diagnostic des ath�roscl�roses oblit�-</p><p>rantes des membres inf�rieurs.</p><p>Maladies des art�res</p><p>(ou art�riopathies)</p><p>Ath�roscl�rose</p><p>Les maladies art�rielles sont domin�es par l�ath�roscl�rose, processus chronique de d�g�n�rescence ; viennent ensuite les embolies art�rielles et les art�rites d�origine infectieuse, plus rares. Tous ces �tats �voluent tr�s souvent vers l�obstruction de la lumi�re art�rielle. L�ath�roscl�rose englobe l�art�rioscl�rose (Lobstein, 1833), terme employ� au d�but dans un sens tr�s g�n�ral pour d�signer tout �paississement de la paroi art�rielle, et l�ath�rome, d�crit ci-dessous.</p><p>L�ath�roscl�rose (Marchand, 1904) est une affection de l�intima des art�res de gros et moyen calibre. L�examen � l�oeil nu montre :</p><p>1. la plaque fibreuse. C�est un �paississement localis� de l�intima, r�alisant une �levure ferme, nacr�e, � surface lisse et brillante, jaune � centre blanch�tre ;</p><p>2. la plaque ath�romateuse, ou ath�-</p><p>rome. Constitu�e par des d�p�ts graisseux, jaun�tres, elle forme une sorte de pustule, �paisse, ferme, de consistence cartilagineuse.</p><p>Ult�rieurement, cette plaque est l�objet de remaniements modifiant son aspect. Il appara�t des calcifications, des h�morragies intrapari�tales, voire des coagulations intravasculaires.</p><p>Au microscope, les l�sions fon-</p><p>damentales de l�art�rioscl�rose sont caract�ristiques : 1� la plaque fibreuse est form�e par la prolif�ration de tissu conjonctif avec dislocation de la tunique moyenne ; 2� les d�p�ts graisseux de l�ath�rome sont constitu�s d�amas de cholest�rol et d�autres substances lipidiques ; ces l�sions sont variables selon leur localisation.</p><p>Sur les grosses art�res comme</p><p>l�aorte, l�ath�roscl�rose est fr�quente, silencieuse, se r�v�lant surtout par ses complications. Sur les art�res de plus petit calibre, comme les art�res visc�rales (coeur, cerveau par exemple), l�ath�roscl�rose entra�ne une r�duction de calibre qui d�termine une mauvaise irrigation (isch�mie) de l�organe int�ress�.</p><p>y L�ath�roscl�rose aortique. Elle est fr�quente � partir de la cinquantaine et r�v�l�e surtout par des anomalies radiologiques (d�roulement aortique).</p><p>On observe �galement :</p><p>� des an�vrismes* ath�romateux int�-</p><p>ressant l�aorte* abdominale ;</p><p>� des syndromes d�oblit�ration si�-</p><p>geant � la partie terminale de l�aorte et r�alisant le syndrome de Leriche, caract�ris� par une mauvaise irrigation des membres inf�rieurs et une impuissance g�nitale. Plus rarement surviennent des l�sions des vaisseaux naissant directement de l�aorte et d�finissant le syndrome de la crosse aortique (maladie des hommes sans pouls).</p><p>y L�ath�roscl�rose coronarienne.</p><p>Elle est de plus en plus fr�quente de nos jours et repr�sente un v�ritable fl�au par la gravit� de son pronostic, r�alisant plusieurs tableaux (v. coronaire et infarctus) : angine de poitrine commune, infarctus myocardique,</p><p>mort subite.</p><p>y L�ath�roscl�rose des art�res c�r�-</p><p>brales. Fr�quente chez les gens �g�s, elle est responsable des ramollisse-ments et des h�morragies c�r�brales, qui entra�nent souvent un coma h�-</p><p>mipl�gique de pronostic grave. Une forme particuli�re est accessible � la chirurgie : c�est la thrombose de la carotide interne.</p><p>y L�ath�roscl�rose des art�res r�-</p><p>nales. Muette par elle-m�me, elle jouerait un r�le dans la gen�se de l�hypertension* art�rielle.</p><p>y L�ath�roscl�rose des art�res p�ri-ph�riques. On la met en �vidence par l�induration de la paroi art�rielle (ar-t�re dite � en tuyau de pipe �), surtout nette sur l�art�re hum�rale au niveau du pli du coude et sur l�art�re temporale (visible � l�oeil nu).</p><p>L�ath�roscl�rose oblit�rante des ar-t�res p�riph�riques int�resse surtout les membres inf�rieurs. Le terme d�� art�-</p><p>rite � souvent employ� est impropre pour d�finir ce syndrome obstructif, car il ne s�agit pas d�une inflammation de la paroi, mais d�un processus chronique de d�g�n�rescence art�rielle. C�est une affection grave, fr�quente surtout chez l�homme d��ge moyen grand fumeur et chez le diab�tique.</p><p>Elle est caract�ris�e par l�apparition d�une claudication intermittente due au membre inf�rieur malade. Cette claudication, bien �tudi�e par Charcot, se traduit par des crampes douloureuses, surtout du mollet : elle appara�t �lectivement � la marche, n�cessitant un ralentissement, voire un arr�t pendant lequel la douleur dispara�t, puis le malade reprend sa marche.</p><p>La certitude du diagnostic est donn�e par l�exploration des art�res du membre malade, montrant une diminution ou une abolition des pulsations et des oscillations art�rielles.</p><p>On peut s�aider d�un examen</p><p>comme l�art�riographie, qui confirme le diagnostic et oriente les indications th�rapeutiques.</p><p>L��volution de cette maladie est variable. La stabilisation est l��ventualit� la plus favorable, lorsque les l�sions anatomiques sont peu importantes et que le traitement est bien appliqu�.</p><p>Toutefois, l�aggravation est fr�quente ; elle est marqu�e par l�apparition d�une gangr�ne du membre malade.</p><p>La gangr�ne due aux oblit�rations art�rielles associe des douleurs spontan�es atroces, une impotence absolue</p><p>� des l�sions cutan�es plus ou moins importantes � type d�escarres noir�tres (gangr�ne s�che). Lorsque la gangr�ne est massive (thrombose art�rielle majeure), elle aboutit en r�gle g�n�rale � une mutilation importante, l�amputation devient n�cessaire.</p><p>� d�faut d�amputation, les tissus mortifi�s s�infectent et provoquent un �tat septic�mique rapidement mortel (gangr�ne humide), comme on en ob-servait apr�s les traumatismes graves, en l�absence d�antibiotiques. Le traitement de l�ath�roscl�rose oblit�rante des membres inf�rieurs comporte des m�thodes m�dicales et des m�thodes chirurgicales.</p><p>M�thodes m�dicales. Avant tout traitement, un certain nombre de pr�cautions s�imposent toujours : r�duction importante des graisses alimentaires, suppression du tabac, traitement �ventuel d�un diab�te.</p><p>De nombreux m�dicaments sont</p><p>utilis�s, tels les vaso-dilatateurs art�-</p><p>riels, les anticoagulants*, les sym-pathicolytiques, les vitamines et les antibiotiques. Le traitement est compl�t� par des cures thermales (Royat, Bains-les-Bains).</p><p>M�thodes chirurgicales. La sym-</p><p>pathectomie consiste � enlever les ganglions sympathiques vasoconstricteurs, d�o� augmentation par vasodilatation art�rielle du d�bit sanguin dans le territoire isch�mi�.</p><p>Les interventions restauratrices comportent :</p><p>� les greffes vasculaires, o� l�on remplace la partie occluse par une greffe veineuse ou plus fr�quemment par une proth�se plastique ;</p><p>downloadModeText.vue.download 397 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>934</p><p>� la thrombo-endart�riectomie, qui consiste � enlever la thrombose, l�intima et une partie de la m�dia.</p><p>� c�t� de l�ath�roscl�rose oblit�-</p><p>rante classique, on d�crit la thrombo-ang�ite de Leo B�rger, affection rare, touchant �lectivement le sujet jeune de sexe masculin et Isra�lite. Son �volution est grave, avec de nombreuses pouss�es douloureuses qui font de ces malades des infirmes vou�s � des amputations r�p�t�es.</p><p>Embolies</p><p>Alors que l�ath�roscl�rose oblit�rante �volue sur un mode chronique et progressif, l�embolie art�rielle constitue une urgence m�dico-chirurgicale.. Il s�agit d�une oblit�ration art�rielle brutale provoqu�e par un embole, qui est le plus souvent un caillot sanguin, plus rarement un corps �tranger.</p><p>Le caillot est form� � distance, au niveau d�un foyer de thrombose qui est le plus souvent situ� � l�int�rieur du coeur (r�tr�cissement mitral), ou dans une veine (phl�bite). Les embolies les plus fr�quentes de la grande circulation sont localis�es aux art�res des membres, aux art�res c�r�brales (h�mi-pl�gie par ramollissement c�r�bral) et autres art�res visc�rales (art�re spl�-</p><p>nique, art�re m�sent�rique). Dans la petite circulation (art�re pulmonaire), les emboles proviennent des veines p�riph�riques, traversent le coeur droit sans rencontrer d�obstacle et vont former une embolie pulmonaire. L�embolie est une affection grave, qui met parfois la vie du malade en danger et qui n�cessite une th�rapeutique imm�diate, m�dicale (anticoagulants, antispasmo-diques) et parfois chirurgicale (ablation de l�embole ou embolectomie).</p><p>Art�rites</p><p>Ce sont au sens propre des inflammations des art�res, entra�nant des ph�-</p><p>nom�nes d�obstruction art�rielle plus ou moins intenses. On peut les observer au cours des maladies infectieuses (septic�mies, fi�vre typho�de, typhus, grippe) sous une forme aigu� (douleur atroce, disparition du pouls, gangr�ne rapide), mais leur fr�quence a beaucoup diminu� depuis l�emploi des antibiotiques.</p><p>La syphilis* provoque �galement</p><p>une atteinte inflammatoire des art�res et, bien que l��volution soit plus lente</p><p>que dans les cas pr�c�dents, il s�agit bien d�une art�rite, mais la tendance � la scl�rose s�installe sans tarder, aboutissant � une art�rioscl�rose pr�coce.</p><p>L�aorte thoracique est le plus souvent touch�e, et avec elle la valvule aortique (aortite syphilitique). Le traitement par la p�nicilline a beaucoup r�duit la fr�-</p><p>quence de ces atteintes.</p><p>Plaies art�rielles</p><p>Elles sont cons�cutives � un traumatisme par armes � feu ou par des objets coupants (coup de couteau), ou encore par �crasement de membre ou �clatement d�organes (grands traumatismes).</p><p>Leur gravit� d�pend du type et du si�ge de la plaie. Leur traitement rel�ve de la chirurgie. Si les tissus irrigu�s par l�art�re atteinte poss�dent d�autres ar-t�res nourrici�res anastomos�es avec la premi�re, on peut ligaturer celle-ci.</p><p>Dans le cas contraire, si l�art�re est seule � irriguer un territoire important, on doit r�tablir sa continuit� par suture, ou par greffe d�un autre vaisseau provenant du sujet lui-m�me (une veine en g�n�ral), ou encore par une proth�se art�rielle en mati�re plastique. Si la continuit� ne peut �tre r�tablie, on est parfois oblig� de faire l�ablation de la zone pr�c�demment irrigu�e par l�ar-t�re (ablation du rein en cas de plaie de l�art�re r�nale non r�parable), ou m�me l�amputation d�un membre (l�sion non r�parable de l�art�re hum�rale).</p><p>J.-L. S.</p><p>B R. Leriche, Physiologie pathologique et chirurgie des art�res (Masson, 1943) ; les Embolies de l�art�re pulmonaire et des art�res des membres. Physiologie pathologique et traitement (Masson, 1947). / K. von Kremer, Chirurgie der Arterien (Stuttgart, 1959).</p><p>/ W. F. Barker, Peripheral Arterial Disease (Philadelphie et Londres, 1966). / J. Ecoif-fier, la Pratique de l�angiographie (Masson, 1966). / W. L. Ashton, Human Atheroma (Londres, 1967). / J. Vollmar, Rekonstructive Chirurgie der Arterien (Stuttgart, 1967). /</p><p>P. Thiroloix, l�Art�rioscl�rose (Laffont, 1975).</p><p>On peut �galement consulter la revue Ath�roscl�rose, publi�e depuis 1952 (Bailli�re).</p><p>arthrite,</p><p>arthritisme</p><p>F ARTICULATION ET RHUMATISME.</p><p>Arthropodes</p><p>Animaux � � pieds articul�s �, c�est-</p><p>�-dire dont les appendices sont constitu�s par un certain nombre d�articles mobiles les uns par rapport aux autres.</p><p>Mais ce n�est l� qu�un caract�re parmi beaucoup d�autres, et les Arthropodes peuvent se d�finir ainsi : M�tazoaires protostomiens � sym�trie bilat�rale, � corps m�tam�ris�, mais � segmentation h�t�ronome aboutissant � la constitution de groupes sp�cialis�s de m�ta-m�res : les tagmes.</p><p>Chaque segment porte typiquement une paire d�appendices pluriarticul�s.</p><p>L�ectoderme s�cr�te une cuticule chitineuse rigide g�n�ralement �paisse ; il y a donc un exosquelette. La pr�sence de ce rev�tement chitineux n�cessite non seulement l�articulation des segments du corps et des articles des appendices mais aussi un d�veloppement entrecoup� de mues (qui, en outre, pr�sente souvent des m�tamorphoses), et qui conduit � l�absence de cils vibratiles, m�me aux stades larvaires. La pr�sence d�une cuticule chitineuse et la m�tam�-</p><p>risation commandent tout le d�veloppement postembryonnaire et la structure des Arthropodes. La musculature est du type stri�, � faisceaux musculaires bien individualis�s. Le syst�me nerveux, ventral par rapport au tube digestif (Hyponeuriens), est construit sur le type � en �chelle � comme chez les Ann�lides. En r�gle g�n�rale, les sexes sont s�par�s. Les Arthropodes (Insectes sociaux notamment) forment le groupe d�Invert�br�s qui pr�sente les facult�s psychiques les plus �lev�es, traduites par un comportement hautement complexe.</p><p>En fait, l�aust�rit� m�me de cette description masque la grande richesse de l�embranchement. C�est ainsi que les appendices peuvent se sp�cialiser dans les usages les plus divers : ramper, marcher, courir, sauter, nager, respirer, capturer, manger, percer, injecter, pondre... Cette plasticit� a certainement largement contribu� � l�extraordinaire � r�ussite � de l�embranchement, qui est connu du Pr�cambrien</p><p>� nos jours (plus d�un demi-milliard d�ann�es). Dans la nature actuelle, les Arthropodes repr�sentent l�un des deux plus hauts � sommets �, l�autre �tant constitu� par les Vert�br�s.</p><p>L�embranchement repr�sente</p><p>un sommet par le nombre : envi-</p><p>ron 80 p. 100 des esp�ces animales actuelles, avec plus d�un million de formes vivantes diff�rentes (dont les dimensions s��chelonnent de 0,1 mm, pour certains Acariens, jusqu�� plus de 3 m pour l�envergure de certains Crabes), qui, gr�ce � d��tonnantes variations, se sont r�pandues partout o� la vie est possible, et m�me l� o� elle semble impossible : sur mer et sur terre, des abysses t�n�breux aux rochers battus de vagues ou de soleil, des p�les � l��quateur, des r�gions les plus s�ches aux plus humides, dans l�air et dans les fleuves, dans les grottes et sur les pics neigeux, dans les sources froides ou chaudes, dans les mares de p�trole m�me, sur les fleurs, les feuilles, les tiges ou les racines de v�g�taux, en surface ou en intimit� du corps d�autres animaux, etc.</p><p>C�est aussi un sommet par la splendeur des couleurs ou des formes � ou leur cocasserie �, un sommet par ses</p><p>� inventions �, qui vont du bouton-pression au couteau pliant, des fanaux de signalisation au camouflage et au schnorchel, des aiguilles � injection aux pinces � mors multiples, des pompes aspirantes et foulantes � pistons et clapets ou � membranes jusqu�� la fermeture � glissi�re...</p><p>C�est enfin un sommet par les pro-bl�mes que les Arthropodes posent � l�Homme.</p><p>Principaux caract�res</p><p>du plan d�organisation</p><p>T�guments</p><p>L�ectoderme est un �pith�lium unis-tratifi�, g�n�ralement d�sign� sous le nom d�� hypoderme �, car il est recouvert d�une cuticule chitineuse (souvent d�cor�e de dessins en relief vari�s et de petites �pines plus ou moins complexes) qu�il a s�cr�t�e.</p><p>La cuticule a, dans son ensemble, une structure h�t�rog�ne o� l�on peut distinguer plusieurs couches superpos�es, notamment une procuticule �paisse, recouverte d�une �picuticule tr�s mince. La procuticule comprend elle-m�me une couche profonde, ou endocuticule, et une couche externe, ou exocuticule, moins �paisse. L�endocuticule est compos�e de chitine dont les cha�nes macromol�culaires sont entour�es d�arthropodine, prot�ine hydrosoluble qui conf�re �lasticit� et souplesse � cette couche, �l�ment essentiel des aires dites � membraneuses � de l�exosquelette. L�exocuticule a m�me structure fondamentale, mais la chitine y est associ�e � une autre prot�ine, la scl�rotine, tr�s dure, �ventuellement impr�gn�e de sels calcaires (Crustac�s, Diplopodes). L�exocuticule se trouve donc essentiellement dans les aires indur�es (= scl�rifi�es) de l�exosquelette, les scl�rites, tandis que les zones membraneuses en sont d�pourvues ou bien n�en poss�dent qu�une couche tr�s mince ou discontinue. La procuticule est travers�e notamment par de tr�s fins pores-canaux (rappelant les canalicules de l�ivoire), occup�s par des prolongements des cellules hypodermiques.</p><p>L��picuticule, tr�s mince (1 � 2 &#x3BC;), ne downloadModeText.vue.download 398 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>935</p><p>contient pas de chitine ; elle comprend essentiellement une couche interne prot�inique (cuticuline) et souvent une couche cireuse externe qui conf�re � la cuticule son imperm�abilit�.</p><p>Articulations</p><p>Le dispositif le plus simple consiste en un repli membraneux l�che plus ou moins accentu�, qui permet des mouvements en tous sens mais peu pr�cis et de puissance limit�e. Un dispositif plus �volu� est r�alis� par la r�duction de la zone membraneuse en un point au niveau duquel les scl�rites sont pratiquement en contact, et le mouvement gagne en puissance tout en restant autoris� dans toutes les directions (rotation). Le perfectionnement maximal en cette voie est r�alis� par l��laboration</p><p>d�une gl�ne et d�un condyle au point o� les deux scl�rites sont en contact (articulation monocondylienne).</p><p>Au lieu d�un seul point de contact, il peut y en avoir deux ; l�efficacit� du mouvement (qui n�est plus possible que dans un seul plan) atteint alors son maximum de puissance et de pr�cision (articulation dicondylienne) ; c�est ce que l�on rencontre, par exemple, dans les pinces de Crustac�s ou les mandibules d�Insectes broyeurs.</p><p>Le m�tam�re arthropodien</p><p>Le segment ou, mieux, le m�tam�re est l�unit� structurale fondamentale du corps des Ann�lides et des Arthropodes. C�est un complexe anatomique p�riodique qui se distingue des complexes voisins semblables � lui, ou pouvant �tre ramen�s � un sch�ma semblable au sien.</p><p>Le m�tam�re arthropodien est b�ti fondamentalement sur le m�me plan que le m�tam�re ann�lidien, mais la pr�sence d�un rev�tement chitineux lui conf�re certains caract�res particuliers. En outre, il comprend un certain nombre de constituants anatomiques qui, d�ailleurs, sont en �troite liaison les uns avec les autres :</p><p>1o un constituant musculaire (myo-m�re), repr�sent� par des faisceaux musculaires longitudinaux dorsaux et ventraux, par des muscles dorso-ventraux et des muscles dorso- et ventro-appendiculaires ;</p><p>2o un constituant t�gumentaire, typiquement d�limit� par des sillons inter-segmentaires qui correspondent th�oriquement aux limites entre les paires successives de sacs coelomiques embryonnaires. C�est au niveau de ces sillons que s�ins�rent les muscles longitudinaux. Il s�ensuit que, pour d��videntes raisons de m�canique fonctionnelle, les membranes dites</p><p>� intersegmentaires � sont obligatoirement situ�es sur le territoire d�un segment et non entre deux segments successifs : il faut distinguer un segment apparent et un segment vrai.</p><p>L�exosquelette d�un m�tam�re arthro-</p><p>podien typique comprend deux scl�-</p><p>rites : une plaque dorsale, ou tergite, et une plaque ventrale, ou sternite, r�unies lat�ralement par une membrane pleurale ;</p><p>3o un constituant nerveux, ou neurom�re. Tr�s important, il est repr�sent� essentiellement par une paire de ganglions nerveux ventraux, reli�s entre eux par une commissure g�n�ralement tr�s courte, et reli�s aux neurom�res contigus par des connexions longitudinales : les connectifs. Outre ces �l�ments centraux, le neurom�re comporte des �l�ments p�riph�riques, les nerfs aff�rents et eff�rents qui, th�oriquement, assurent exclusivement l�innervation de tous les organes et territoires appartenant au m�me m�ta-m�re. Cependant, il existe des anas-downloadModeText.vue.download 399 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>936</p><p>tomoses et des fusions entre nerfs de segments voisins, ainsi que des fibres associatives transneurom�riques.</p><p>Enfin, le neurom�re comporte aussi des �l�ments dits � sympathiques �, dont on tend � penser qu�ils repr�sentent des vestiges de trois cha�nes ganglionnaires � suppl�mentaires � : deux lat�-</p><p>rales et une ventrale, impaire ; 4o un constituant n�phridien, repr�-</p><p>sent� par une paire d�organes excr�-</p><p>teurs, ou n�phridies, faisant communiquer chaque sac coelomique avec l�ext�rieur. Mais, contrairement � ce qui se passe chez les Ann�lides, ces organes ne subsistent que dans certains segments seulement chez les Arthropodes vrais, et encore sont-ils plus ou moins modifi�s (glandes excr�trices, salivaires, voies g�nitales...). Quoi qu�il en soit, ils d�bouchent toujours sur un territoire appendiculaire, plus pr�cis�ment sur le coxa 1 (cf. infra) : ce sont des glandes coxales ;</p><p>5o un constituant appendiculaire : chaque m�tam�re arthropodien poss�de typiquement une paire d�appendices, qui non seulement peuvent prendre des aspects tr�s divers, mais encore peuvent se r�duire, leurs vestiges se</p><p>fusionnant �ventuellement au sternite ou disparaissant compl�tement ;</p><p>6o un constituant vasculaire, repr�sentant les vaisseaux annulaires diss�pi-mentaires des Ann�lides. Mais chez les Trach�ates l�appareil circulatoire n�est pratiquement plus repr�sent� que par le coeur, qui est toujours une partie du vaisseau longitudinal dorsal.</p><p>Le corps d�un animal m�tam�ris� en g�n�ral, d�un Arthropode en particulier, est constitu� par une succession de m�tam�res. Cependant, le premier et le dernier des segments apparents ne sont pas des m�tam�res, car il ne s�y forme pas de sacs coelomiques, donc pas de m�soderme. Le premier de ces pseudo-segments, ou acron, correspond � la</p><p>� t�te � (ou prostomium) des Ann�-</p><p>lides ; sa limite post�ro-ventrale est marqu�e par la bouche. Le pseudo-segment post�rieur, ou telson, porte l�anus � son apex : c�est la portion terminale du corps (pygidium ann�lidien).</p><p>Les tagmes</p><p>Les divers m�tam�res constitutifs des Arthropodes, rarement limit�s par des surfaces simples, se modifient suivant leur situation le long de l�axe du corps, situation qui commande des fonctions diff�rentes. On peut donc distinguer un certain nombre de groupes sp�cialis�s de segments : les tagmes. Ainsi, pour prendre un exemple familier, le corps d�un Insecte comprend trois tagmes : t�te, thorax et abdomen. La t�te r�sulte de la fusion des segments ant�rieurs (6</p><p>ou 7 selon la plupart des auteurs) avec l�acron, mais elle ne montre plus de limites segmentaires. Ses appendices sont les antennes et les pi�ces buccales.</p><p>Le thorax est constitu� de trois segments, bien nets en g�n�ral : ceux des pattes. L�abdomen comporte typiquement 11 segments apodes, le dernier �tant fusionn� avec le telson. En fait, le nombre des m�tam�res constitutifs de l�abdomen est variable (12 chez les Protoures, 6 chez les Collemboles), et le premier segment abdominal peut faire partie du thorax apparent (segment m�diaire des Hym�nopt�res).</p><p>Les tagmes ont une signification profond�ment diff�rente suivant les</p><p>classes et m�me � l�int�rieur des classes.</p><p>Ainsi, chez les Myriapodes, on reconna�t seulement une t�te et un tronc constitu� par un nombre variable de segments (11 � 181), �ventuellement suivis d�un pr�tendu telson qui, en fait, est quelque chose de beaucoup plus complexe.</p><p>Chez les Crustac�s, la t�te, ou c�phalon, peut s�annexer 1 � 3 segments thoraciques, tandis que le thorax, ou p�r�ion (ainsi nomm� parce qu�il porte les pattes marcheuses ou p�r�iopodes), est constitu� par un nombre variable de segments (de 4 � une quarantaine).</p><p>L�abdomen est d�sign� sous le nom de pl�on ; sa constitution est �galement tr�s variable.</p><p>Chez les Arachnides, ce qui cor-</p><p>respond � la t�te est toujours soud� � ce qui correspond fonctionnellement au thorax. Ce c�phalothorax, ou prosome, qui, tout au moins dorsalement, ne montre plus trace de segmentation, porte les ch�lic�res, les p�dipalpes et les pattes. Le reste du corps des Arachnides, constitu� par un nombre variable de segments, est d�sign� sous le nom d�opisthosome. Sa segmentation peut �tre �vidente (Scorpions, Pseudoscorpions, Opilions par exemple) ou totalement effac�e (la quasi-totalit� des Araign�es). Chez les Scorpions, l�opisthosome est subdivis� en un m�sosome large et un m�tasome �troit (queue), dont le dernier anneau apparent (telson) est muni d�un aiguillon venimeux.</p><p>Par contre, chez les Acariens, on ne reconna�t plus qu�un corps globuleux sans trace de segmentation, l�idiosome, porteur d�un rostre, ou gnathosome ; ce gnathosome ne repr�sente en fait que l�individualisation de la r�gion des pi�ces buccales, le reste de la t�te �tant fusionn� avec l�idiosome.</p><p>L�appendice arthropodien</p><p>Les appendices s�ins�rent sur la r�gion pleurale, entre tergite et sternite. Ils se pr�sentent typiquement sous forme d�un tube subdivis� en articles. Chaque article est mobile sur le pr�c�dent gr�ce � une musculature propre issue d�un ou de plusieurs articles pr�c�dents. On rencontre fr�quemment des pseudo-ar-</p><p>ticles qui, bien que mobiles, ne poss�-</p><p>dent pas de musculature propre.</p><p>L�appendice comporte deux sections fondamentales : une r�gion proximale, ou protopodite, qui assure la liaison entre le membre et la paroi du corps, et une r�gion distale, ou t�lopodite.</p><p>y Protopodite. On peut admettre qu�il est fondamentalement constitu� par trois articles : le subcoxa, proximal (pr�coxopodite dans la nomenclature utilis�e pour les Crabes), le coxa 1</p><p>(coxopodite), qui porte �ventuellement l�orifice d�une glande coxale, et le coxa 2 (basipodite). Lorsque le protopodite ne montre qu�un ou deux articles, il s�agit souvent d�une r�duction secondaire par int�gration du subcoxa (et, �ventuellement, du coxa 1) � la paroi pleurale, ce qui assure une assise plus rigide au membre. Chaque article protopodial peut pr�senter une ou plusieurs expansions, du c�t� interne (m�dial) et du c�t� externe (la-t�ral). De telles productions coxales, de forme, de structure et de fonction extr�mement variables, sont connues sous le nom d�endites pour les formations internes, d�exites, ou �pipodites, pour les formations externes. Ces structures peuvent notamment fonctionner comme branchies (exites) ou comme appareil de trituration des aliments (endites d�sign�es alors sous le nom de gnathobases), ou comme pi�ces de l�armature g�nitale, etc.</p><p>y T�lopodite. On peut y distinguer trois sections fondamentales, � savoir, dans le sens proximo-distal, un trochant�ro-f�mur, un tibio-tarse et un transtarse (dactylopodite dans la nomenclature crustac�enne). G�n�ralement, le transtarse mis � part, chacune de ces sections peut se subdiviser en un certain nombre d�articles ou de pseudo-articles. La plupart du temps, le trochant�ro-f�mur est divis� en trochanter (ischiopodite de la nomenclature des Crabes) et f�mur (m�ropodite), mais les choses peuvent aller plus loin encore.</p><p>Le tibio-tarse, s�par� du f�mur par une articulation tr�s importante, le genou, comprend g�n�ralement un</p><p>tibia (carpopodite) et un tarse (propodite), lui-m�me souvent subdivis� en</p><p>pseudo-articles plus ou moins nombreux, surtout chez les formes terrestres. Chez les Arachnides, un second genou existe entre tibia et tarse, ces deux articles pouvant �tre fortement subdivis�s. Le record est d�tenu par la patte ambulatoire des Amblypyges, o� le tibia comprend une vingtaine d��l�-</p><p>ments, le tarse une trentaine.</p><p>Le transtarse (dactylopodite) est typiquement une griffe impaire, li�e � des muscles par un long tendon. Celle-ci peut se rabattre contre le propodite plus ou moins renfl�, formant ainsi une subch�la (dispositif du type couteau pliant), ou constituer le doigt mobile d�une ch�la (ou pince), dont le doigt fixe est une expansion du propodite.</p><p>y Plasticit� de l�appendice. La plasticit� de l�appendice arthropodien est inimaginable : non seulement les pattes peuvent pr�senter des adaptations aux modes de locomotion les plus vari�s, mais elles peuvent encore porter des organes sensoriels ou glandulaires divers, des diff�renciations nombreuses telles que structures stri-dulantes, dispositifs de pr�hension, de filtration, de nettoyage, d�accrochage, etc. Les appendices peuvent se r�duire, n��tre plus d�celables que par des endites comme ceux qui constituent le � sabre � des Sauterelles, ou dispara�tre. Les modifications les plus constantes dans l�embranchement ont trait aux appendices c�phaliques : les antennes, mandibules, m�choires, ch�lic�res ont m�me signification morphologique qu�une patte, malgr� l�infinit� des dispositifs r�alis�s. Chez beaucoup de Crustac�s � c�phalisation accentu�e, on peut suivre certaines des modalit�s de la transformation de l�appendice ambulatoire en pi�ce buccale, notamment lorsque les appendices ant�rieurs du p�r�ion passent au service de la bouche, devenant ainsi les pattes-m�choires, ou maxillip�des.</p><p>Le syst�me nerveux</p><p>y Syst�me nerveux central. Du type</p><p>� en �chelle �, dont les montants sont les connectifs et les barreaux les commissures, il est b�ti sur le m�me plan que chez les Ann�lides et s��tend fondamentalement tout le long de la face</p><p>ventrale du corps. Les divers neurom�res montrent une forte tendance � la concentration, spectaculaire surtout dans le sens longitudinal. Cette concentration se manifeste obligatoirement au niveau de ce tagme tr�s condens� qu�est la t�te : les processus de c�phalisation am�nent les premiers m�tam�res en avant de la bouche</p><p>downloadModeText.vue.download 400 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>937</p><p>primitive (ph�nom�ne d�j� esquiss� chez certaines Ann�lides) ; les neurom�res correspondants fusionnent (foyer c�r�bral de concentration) pour donner le cerveau, situ� au-dessus du pharynx. Chez tous les Arthropodes (sauf quelques Crustac�s inf�rieurs), le cerveau r�sulte de la fusion d�au moins trois paires de ganglions, qui correspondent � trois r�gions c�r�-</p><p>brales plus ou moins distinctes : le protoc�r�bron, qui contient les centres optiques, le deutoc�r�bron, avec les centres antennaires (premi�res antennes des Crustac�s), vestigial chez les Ch�lic�rates (qui ne poss�dent pas d�antennes), le tritoc�r�bron, comprenant les centres de la seconde paire d�antennes des Crustac�s, des ch�-</p><p>lic�res chez les Ch�lic�rates, d�une partie de la l�vre ant�rieure (qui ne repr�sente pas des appendices) chez les autres Arthropodes.</p><p>Un second foyer de concentration (foyer gnathal), absent chez les Ch�-</p><p>lic�rates, affecte les ganglions correspondant aux autres segments c�phalis�s (ceux des pi�ces buccales), qui fusionnent pour constituer une masse sous-oesophagienne, unie au cerveau par des connectifs, l�ensemble formant un collier p�ristomod�al.</p><p>Un foyer thoracique (thoraco-ab-</p><p>dominal chez les Insectes, prosomien postoral chez les Ch�lic�rates) fait sentir son influence sur les ganglions de la r�gion moyenne du corps.</p><p>Enfin, un foyer post�rieur concentre les derniers ganglions de la cha�ne ventrale.</p><p>L�activit� de ces divers foyers est tr�s variable, de m�me que leurs modes d�association, dont le polyphyl�tisme est assez d�routant. Au maximum de concentration, tous les neurom�res de la cha�ne nerveuse sont unis en une masse compacte (Araign�e par exemple), simplement perfor�e pour le passage du pharynx.</p><p>y C�r�bralisation. Les organes sensoriels les plus importants et les plus nombreux sont situ�s dans la r�gion ant�rieure du corps. Leurs nerfs se rendent au cerveau, o�, par voie de cons�quence, les aires associatives prennent une grande importance. Le cerveau acquiert alors la primaut� dans le r�le int�grateur (qui int�resse �galement les stimuli per�us par les autres r�gions du corps). Corr�lativement, les voies et centres asso-ciateurs deviennent tr�s importants et sont bien visibles sur les coupes sous forme de structures complexes (centres optiques, corps central, pont downloadModeText.vue.download 401 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>938</p><p>protoc�r�bral, corps p�doncules, glom�rules, etc.).</p><p>Les glandes � s�cr�tion interne</p><p>L��quipement endocrinien des Arthropodes est tr�s important, et les nombreuses �tudes, tant structurales que physiologiques, dont il a �t� l�objet incitent � la comparaison avec les Vert�br�s. Les syst�mes endocrines jouent un r�le de tout premier plan dans les principaux aspects de la physiologie de l�organisme (croissance, r�g�n�-</p><p>ration, mue, d�terminisme des castes, diff�renciation sexuelle, reproduction, adaptation chromatique...).</p><p>Sur le plan anatomique, les dis-</p><p>positifs sont extr�mement variables (glandes du sinus, organes X et Y, organes postcommissuraux, glandes androg�nes chez les Crustac�s ; corps cardiaques, corps allates, glandes de la mue chez les Insectes ; glandes c�r�brales ou organes de Gabe, corps paraoesophagiens, formations du sinus</p><p>chez les Myriapodes ; organes de Schneider, ganglions axillaires chez les Arachnides), et la plupart peuvent s�interpr�ter comme vestiges de ganglions des cha�nes lat�rales. Leur situation varie �galement, mais ces organes sont toujours li�s au syst�me nerveux et souvent en relation avec des cellules neuros�cr�trices des centres nerveux.</p><p>Comme exemple de fonctionnement</p><p>d�un tel syst�me, on peut citer l�intervention du complexe r�troc�r�bral (corps cardiaques et corps allates) et des glandes de la mue (glandes ventrales, glandes prothoraciques) chez les Insectes, en signalant toutefois que ces organes agissent �galement sur d�autres aspects du m�tabolisme. Tr�s sch�matiquement, on peut dire que des �lots de cellules neuros�cr�trices c�r�brales �laborent un produit (hormone activatrice) comme r�ponse � des stimuli provenant des milieux externe et interne. Ces produits cheminent le long des nerfs desservant les corps cardiaques, o� ils sont stock�s et m�-</p><p>lang�s. Les corps cardiaques, qui sont en liaison �troite avec l�aorte (organes neuroh�maux), lib�rent l�hormone activatrice dans le milieu int�rieur. Cette hormone stimule l�activit� de la glande de la mue (innerv�e par la masse sous-oesophagienne et les deux premiers ganglions thoraciques), qui s�cr�te alors l�ecdysone (hormone de mue), ou tout au moins un pr�curseur de cette hormone qui d�clenche les ph�no-m�nes complexes aboutissant � la mue.</p><p>D�autres glandes endocrines, les corps allates (innerv�s primitivement par la masse sous-oesophagienne, secondairement par l�interm�diaire des corps cardiaques), interviennent en s�cr�tant de la n�ot�nine (hormone juv�nile) ; l�action combin�e de l�ecdysone et de l�hormone juv�nile d�termine une mue larvaire en inhibant la m�tamorphose.</p><p>Si la teneur du milieu en n�ot�nine tombe en dessous d�un certain seuil, l�ecdysone agit pratiquement seule, et la mue est imaginale.</p><p>Les grandes lignes</p><p>de la classification</p><p>Les Pararthropodes : avant de situer les classes d�Arthropodes vrais, il est</p><p>bon de mentionner l�embranchement des Pararthropodes, num�riquement peu important. Il s�agit d�animaux m�-</p><p>tam�ris�s, caract�ris�s notamment par la possession d�une cuticule chitineuse sujette � mues, mais dont les membres ne sont pas des appendices vrais. On place dans ce groupe, certainement tr�s h�t�rog�ne :</p><p>1. les Onychophores (ou P�ripates), formes terrestres � allure d�Ann�lides Polych�tes, vivant dans les r�gions subtropicales de l�h�misph�re sud. Ils pr�sentent un m�lange de caract�res ann�lidiens et arthropodiens ;</p><p>2. les Tardigrades, animaux microscopiques, marins, dul�aquicoles ou sub-terrestres ; ces derniers, vivant dans le film d�eau retenu par les mousses, sont c�l�bres pour leur fa�on de r�sister � la dessiccation : ils se d�shydratent et entrent en �tat d�anabiose (qui peut durer plusieurs ann�es, et leur permet de r�sister � des temp�ratures extr�mes de + 150 � � 272 �C). Le retour � la vie active, par absorption d�eau, est rapide (reviviscence) ;</p><p>3. les Pentastomides (ou Linguatu-lides), qui sont peut-�tre plus proches des Arthropodes ; mais il s�agit de formes aberrantes � d�gradation parasitaire tr�s pouss�e. Ils vivent dans les poumons de Reptiles et d�Oiseaux, ou dans les fosses nasales de Canid�s.</p><p>Les Trilobitomorphes sont des</p><p>formes marines (sauf les Arthropleurides, qui vivaient dans les eaux douces du Carbonif�re sup�rieur) uniquement pal�ozo�ques. Tous leurs appendices sont pratiquement identiques et du type biram�, sauf les antennes (g�n�ralement une seule paire), pr�orales. Pas de mandibules.</p><p>La classe des Trilobites est la plus importante (1 500 esp�ces) et la mieux connue de ce sous-embranchement ; celle des Arthropleurides en est tr�s voisine, tandis que les classes des M�rostomo�des, des Pseudocrustac�s et des Marrellomorphes correspondent � des fossiles pr�sentant des caract�res primitifs appartenant � la fois aux Trilobites, aux Crustac�s et aux M�rostomes.</p><p>Les Ch�lic�rates ne poss�dent qu�une seule paire d�appendices pr�-</p><p>oraux, les ch�lic�res, g�n�ralement pr�hensiles. Il n�y a plus d�antennes et pas de mandibules, pas de t�te distincte, mais un prosome qui porte aussi les pattes ambulatoires. Primitivement marins et � respiration branchiale, les Ch�lic�rates sont actuellement surtout terrestres.</p><p>La classe des M�rostomes, qui renferme des Ch�lic�rates aquatiques (branchies port�es par 5 � 6 paires d�appendices lamelleux du m�sosome), n�est plus repr�sent�e actuellement que par les Xiphosures (Limules), les Aglaspides n�ayant pas d�pass� l�Or-downloadModeText.vue.download 402 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>939</p><p>dovicien et les Gigantostrac�s �tant �teints depuis le Permo-Carbonif�re.</p><p>La classe des Arachnides (50 000 es-p�ces actuelles) renferme la quasi-totalit� des Ch�lic�rates modernes. Il s�agit d�animaux presque uniquement terrestres et � respiration a�rienne.</p><p>Les seuls appendices ais�ment reconnaissables comme tels sont, outre les ch�lic�res, pr�orales, les p�dipalpes et 4 paires de pattes port�es par le prosome. Ce groupe, tr�s polymorphe, pr�sente une forte tendance � la disparition des limites segmentaires et � la fusion des tagmes. Les yeux ne sont jamais du type � � facettes �.</p><p>La classe des Pantopodes (500 es-p�ces actuelles) est constitu�e de tr�s curieux animaux marins, sans organes respiratoires, au corps g�n�ralement tr�s gr�le, d�o� partent 4 paires (parfois 5 ou 6) de pattes le plus souvent d�mesur�es, d�o� le nom de la classe (Pantopodes = � tout en pattes �). Le prosome, prolong� en avant par une trompe, porte typiquement une paire de ch�lic�res, une paire de palpes, une paire de pattes ovig�res et 4 paires de pattes ambulatoires. L�opisthosome, insegment� et tr�s r�duit, est fusionn� au prosome.</p><p>Les Antennates sont caract�ris�s par la possession de 1 ou 2 paires d�antennes et d�une paire de mandibules.</p><p>C�est, de beaucoup, le groupe le plus important et le plus diversifi�.</p><p>La classe des Crustac�s (30 000 es-p�ces) comprend des Arthropodes � deux paires d�antennes (Diantennates), surtout marins ou dul�aquicoles. La respiration, g�n�ralement branchiale, peut �tre cutan�e chez certaines petites formes, ou a�rienne chez des formes terrestres comme les Cloportes. La larve des Crustac�s, tr�s caract�ristique, dot�e de 3 paires d�appendices, est connue sous le nom de nauplius.</p><p>Les deux autres classes d�Antennates ne poss�dent qu�une paire d�antennes (correspondant � la paire ant�rieure des Crustac�s) ; leur appareil respiratoire, caract�ristique, est constitu� par des tubes chitineux tr�s ramifi�s, les trach�es (Trach�ates), qui conduisent l�air en nature � tous les tissus. Ces tubes s�ouvrent � l�ext�rieur par des orifices m�tam�riquement dispos�s, les stigmates. Le syst�me trach�en n�est pas exclusif des branchies (trach�obranchies de certaines larves aquatiques d�Insectes).</p><p>La classe des Myriapodes</p><p>(17 000 esp�ces) est assez h�t�rog�ne.</p><p>Ses repr�sentants poss�dent un corps g�n�ralement tr�s allong� qui, en ar-ri�re de la t�te, comporte un nombre �lev� de segments (jusqu�� 181, bien que, chez les Pauropodes, ce nombre tombe � 11). Il s�ensuit que les pattes sont nombreuses (pas moins de 9 paires � l��tat adulte), d�o� le nom vulgaire de Mille-Pattes. Un curieux caract�re, commun � tous les Myriapodes, est la pr�sence de segments doubles ; cette diplosegmentation peut �tre tr�s apparente, comme chez les Diplopodes, o� chaque segment visible porte typiquement 2 paires de pattes, ou seulement latente.</p><p>La classe des Insectes (un million d�esp�ces) est, de loin, la plus importante de la zoologie : elle repr�sente 90 p. 100 des Arthropodes. Le th�me sur lequel a �t� brod� ce nombre invrai-</p><p>semblable de variations reste bien net : une t�te avec une paire d�antennes et 3 paires de pi�ces buccales, un thorax � 3 segments et 3 paires de pattes, un abdomen apode, typiquement � 11 segments. Les Pt�rygotes, qui sont la tr�s grande majorit� des Insectes, sont les seuls Invert�br�s volants ; ce sont m�me les seuls animaux qui aient acquis la possibilit� de voler sans d�tourner une paire de pattes de sa fonction ambulatoire.</p><p>L��volution des</p><p>Arthropodes</p><p>Anciennet� des Arthropodes</p><p>Les Arthropodes sont extr�mement anciens : ils sont d�j� tr�s diversifi�s d�s le Cambrien, o� les grandes classes (sauf Myriapodes et Insectes) sont repr�sent�es. Les premi�res couches fossilif�res connues renferment des Trilobites ; exclusivement pal�o-zo�ques, ils atteignent leur apog�e au Silurien inf�rieur, pour dispara�tre au Permien. Au Cambrien moyen, ils sont accompagn�s de Trilobitomorphes</p><p>divers, �galement aquatiques, dont les affinit�s sont souvent difficiles � pr�ciser (M�rostomo�des, Pseudocrustac�s et Marrellomorphes). D�autres Trilobitomorphes de grande taille, les Arthropleurides, hantaient les �tangs du Carbonif�re. Les Ch�lic�rates sont connus d�s le Cambrien moyen avec les Aglaspides, assez voisins des Limules actuels. Les Crustac�s vrais sont d�j� repr�sent�s au Cambrien sup�rieur downloadModeText.vue.download 403 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>940</p><p>par des Branchiopodes, et m�me des formes aussi peu � primitives � que les Ostracodes. Les Pararthropodes sont �galement connus d�s le Cambrien moyen (peut-�tre m�me d�s l�Algon-kien) par des esp�ces qui ressemblent beaucoup � nos P�ripates, mais �taient marines.</p><p>Dans les p�riodes post�rieures</p><p>au Cambrien, les groupes d�Arthropodes �voluent et poursuivent leur</p><p>diversification. Certains cependant disparaissent (Trilobitomorphes), tandis que d�autres apparaissent temporairement, comme les Gigantostrac�s (de l�Ordovicien inf�rieur au Carbonif�re), ou d�finitivement, comme les Myriapodes (les premiers Diplopodes connus datent du Silurien sup�rieur) et les Insectes. (Il est curieux de constater que, si l�on a d�couvert des Collemboles d�s le D�vonien, les Insectes plus typiques, tr�s abondants au Permien, ne sont repr�sent�s dans les collections pal�ontologiques qu�� partir du Carbonif�re.) Presque tous les Ch�lic�rates actuels se rencontraient au Carbonif�re (les Scorpions, alors aquatiques, sont apparus au Silurien ; les Pantopodes, les Acariens � formes pourtant tr�s �volu�es � et peut-�tre les Araign�es datent du D�vonien inf�rieur), seuls les Palpigrades et les Pseudoscorpions ne sont connus respectivement que depuis le Jurassique et l�Oligoc�ne inf�rieur.</p><p>Ce m�me Carbonif�re a vu se r�pandre les Chilopodes (Myriapodes) et la plupart des Crustac�s : le D�vonien poss�dait d�j� des Isopodes, tandis que les D�capodes ne sont connus que depuis le Trias, les Amphipodes depuis le Tertiaire.</p><p>Origine et phylog�nie des</p><p>Arthropodes</p><p>L�abondance et la vari�t� des Arthropodes au Cambrien obligent � admettre qu�ils avaient d�j� une longue histoire pr�cambrienne, pratiquement inconnue.</p><p>Embryologistes et anatomistes sont � peu pr�s d�accord pour penser que les Arthropodes ont �volu� vers la fin du Pr�cambrien � partir de formes ann�-</p><p>lidiennes ou, mieux, pr�ann�lidiennes.</p><p>Du plan structural ann�lidien, ils ont conserv� la constitution m�tam�rique (y compris son mode d��tablissement), avec toutes les cons�quences anatomiques qui en d�coulent, mais ils ont d�velopp� quelque chose qui les met � part de toutes les Ann�lides : la cuticule chitineuse, dont nous avons vu qu�elle d�terminait la plupart des caract�res arthropodiens.</p><p>Les Trilobites sont incontestable-</p><p>ment les Arthropodes vrais les plus anciens et les plus primitifs, mais ils sont d�j� tr�s �volu�s au regard de l�arch�-</p><p>type ann�lidien dont ils sont vraisemblablement issus. On peut cependant les placer � la base des Arthropodes en g�n�ral. En effet, ils ne poss�daient qu�une seule paire d�appendices pr�oraux, antenniformes ; la premi�re paire d�appendices postoraux, relativement �loign�e de la bouche, ne pouvait fonctionner comme pi�ces buccales, et les Trilobites �taient n�cessairement microphages, limivores pour la plupart, l�ensemble des bases appendiculaires d�terminant des courants dirig�s vers la bouche. Tous les Arthropodes du Cambrien n�en sont pas rest�s � ce stade : les M�rostomo�des et les Pseudocrustac�s montrent une nette tendance � la c�phalisation des appendices postoraux, qui se rapprochent de la bouche et portent des gnathobases plus ou moins d�velopp�es. On peut penser que, cette � remont�e � s�accentuant, les appendices qui l�ont subie peuvent passer au service de la bouche et �tre utilis�s pour le broyage d�aliments relativement gros ou la capture des proies. La c�phalisation conditionne en effet le passage de la micro- � la macrophagie.</p><p>Ce nouveau mode de nutrition peut �tre r�alis� selon deux voies diff�-</p><p>rentes : ou bien la premi�re paire d�appendices n�o-c�phalis�s pr�oraux devient appareil de contention avec r�gression corr�lative des antennes, la premi�re paire postorale �tant dila-c�ratrice, ou bien la premi�re paire n�oc�phalis�e donne de nouvelles antennes (ou dispara�t), la premi�re paire postorale devenant broyeuse, les suivantes tendant � assurer contention et mastication. La premi�re voie correspond aux Ch�lic�rates, la seconde aux Mandibulates.</p><p>Les rapports phyl�tiques entre les trois classes de Mandibulates sont �galement tr�s difficiles � pr�ciser.</p><p>Si de nombreux auteurs pensent que les Insectes sont issus d�un arch�type crustac�en, d�autres les font provenir d�une souche myriapodienne (chilo-podienne pour les uns, symphylienne pour les autres). Toutefois, il faut noter que les Myriapodes, malgr� des affinit�s �troites, s�opposent aux Insectes</p><p>par leur diplosegmentation plus ou moins nette (dont on retrouverait peut-</p><p>�tre certains indices chez les Crustac�s branchiopodes). Il est possible que la diff�renciation des trois classes de Mandibulates se soit r�alis�e � des moments tr�s voisins, � partir d�un ar-ch�type de plan post-trilobitique, mais encore pr�crustac�en.</p><p>Il est donc bien difficile de tracer, m�me � grands traits, l�� arbre phylog�n�tique � des Arthropodes.</p><p>J. Ch.</p><p>B H. J. Hansen, Studies on Arthropoda (Copenhague, 1921 ; 3 vol.). / A. Lang, Handbuch der Morphologie der wirbellosen Tiere, vol. 4</p><p>(I�na, 1921). / W. K�kenthal, Handbuch der Zoologie, t. 3, vol. 1 (Berlin et Leipzig, 1926-27).</p><p>/ A. Vandel, � G�n�ralit�s sur les Arthropodes �, in Trait� de zoologie sous la dir. de P.-P. Grass�, t. 6 (Masson, 1949). / R. E. Snodgrass, A Text-book of Arthropod Anatomy (Ithaca, 1952). /</p><p>J. Piveteau (sous la dir. de), Trait� de pal�ontologie, t. 3 (Masson, 1953). / R. R. Shrock et W. H. Twenhofel, Principles of Invertebrate Paleontology (New York et Londres, 1953). /</p><p>A. T�try, � Caract�res g�n�raux des Arthropodes �, in Zoologie, t. 2 (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1963). / T. H. Bullock et G. A. Horridge, Structure and Function in the Nervous Systems of Invertebrates (San Francisco et Londres, 1965 ; 2 vol.). / J. E. Treherne, The Neurochemistry of Arthropods (Cambridge, 1966). / W. Etkin et L. I. Gilbert, Metamorphosis (Amsterdam, 1968).</p><p>arthrose</p><p>F ARTICULATION ET RHUMA-</p><p>TISME.</p><p>articulation</p><p>Ensemble des �l�ments par lesquels deux ou plusieurs os s�unissent les uns aux autres.</p><p>La science qui traite de ce sujet s�appelle la syndesmologie, ou plus commun�ment l�arthrologie.</p><p>Anatomie</p><p>L�ancienne classification des articulations, �tablie en fonction des �l�ments constitutifs (ligament, cartilage, mem-downloadModeText.vue.download 404 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>941</p><p>brane), a �t� abandonn�e au profit de la diff�renciation par la fonction, ce qui permet de reconna�tre trois groupes : les articulations immobiles, ou sy-narthroses ; les articulations semi-mobiles, ou amphiarthroses ; les articulations mobiles, ou diarthroses.</p><p>Synarthroses</p><p>Suivant que les deux surfaces articulaires sont r�unies par du cartilage hyalin ou par du tissu fibreux, il s�agit dans le premier cas d�une synchondrose (par exemple synchondrose</p><p>sph�no-occipitale, entre la face post�rieure du corps du sph�no�de et la partie basilaire de l�occipital) et dans le second cas d�une synfibrose, ou suture. Les synfibroses qui se rencontrent au niveau des os du cr�ne se divisent en : suture dent�e, les os s�unissant par engr�nement articulaire h�riss� de dentelures ; suture �cailleuse, dont les surfaces articulaires sont taill�es en bi-seau ; suture harmonique caract�ris�e par des surfaces articulaires rugueuses, sans dentelures.</p><p>Enfin, on donne le nom de schindy-l�se � l�articulation dans laquelle l�une des surfaces articulaires en forme de cr�te s�enclave � la surface oppos�e en forme de rainure (par exemple : l�articulation du vomer avec le sph�no�de, dans les os de la face).</p><p>Amphiarthroses, ou symphyses</p><p>Les surfaces articulaires planes ou concaves, recouvertes de cartilage, sont r�unies par un ligament interosseux fibreux ou fibro-cartilagineux, et par des ligaments p�riph�riques qui recouvrent le pourtour du ligament osseux (symphyse pubienne).</p><p>Parfois, on trouve � la partie centrale du ligament osseux une �bauche de cavit� articulaire. Il s�agit alors d�une diarthro-amphiarthrose.</p><p>Diarthroses</p><p>Elles sont constitu�es par trois types d��l�ments :</p><p>1. des surfaces articulaires lisses, mobiles les unes par rapport aux autres, et s�par�es par une cavit� ;</p><p>2. un syst�me d�union form� par une capsule articulaire et des ligaments ; 3. un syst�me de lubrification sous la d�pendance de la synoviale.</p><p>D�apr�s la configuration articulaire, on distingue six types de diarthroses, un certain nombre de degr�s de libert� ou de facilit�s de mouvement correspondant � chaque type :</p><p>1. l�arthrodie, dans laquelle les surfaces articulaires sont planes (articulation acromio-claviculaire, au mouvement de glissement dans tous les sens, tr�s limit�) ;</p><p>2. la trocho�de, dans laquelle les surfaces sont des segments de cylindre, l�une convexe, l�autre concave (articulations radio-cubitales, aux mouvements de rotation) ;</p><p>3. la trochl�enne, o� l�une des surfaces a la forme d�une poulie (articulation hum�ro-cubitale, aux mouvements de flexion-extension) ;</p><p>4. l�embo�tement r�ciproque, caract�-</p><p>ris� par des surfaces articulaires qui sont concaves dans un sens, convexes dans l�autre, la concavit� de l�une s�opposant � la convexit� de l�autre (articulation carpo-m�tacarpienne du pouce, aux mouvements de flexion et d�extension, d�abduction et d�adduction, de circumduction) ;</p><p>5. la condylienne, dans laquelle les surfaces articulaires sont des segments d�ellipso�de, l�un convexe, l�autre concave (articulation du poignet, articulation temporo-maxillaire, aux mouvements ant�ropost�rieurs, lat�raux et de circumduction) ;</p><p>6. l��narthrose, o� les surfaces articulaires sont des segments de sph�re, l�un convexe, l�autre concave (articulations scapulo-hum�rale, coxo-f�morale, aux mouvements dans toutes les directions).</p><p>y Les surfaces articulaires. Elles</p><p>sont rev�tues de cartilage appel� cartilage articulaire, ou cartilage de rev�-</p><p>tement. Il pr�sente une surface claire, blanche, lisse et polie. Son �paisseur est proportionnelle � la pression support�e par l�unit� de surface solide. Il est souple ; nourri par imbibition, il facilite le glissement, prot�ge la surface osseuse et emp�che l�usure de celle-ci.</p><p>Le m�nisque interarticulaire, ou fibrocartilage, a pour principale fonction de r�tablir la concordance entre les surfaces articulaires qui ne s�adaptent pas exactement. Les faces libres et lisses des m�nisques s�appliquent sur les surfaces articulaires correspondantes ; leur pourtour adh�re � la capsule. Le m�nisque interarticulaire peut diviser compl�tement la cavit� articulaire (articulation temporo-maxillaire) ou r�aliser une cloison incompl�te (articulation du genou).</p><p>Le bourrelet marginal, ou p�riarticulaire, assure une meilleure adaptation des surfaces articulaires (articulation scapulo-hum�rale, coxo-f�morale) ; seule, l�une des deux faces du bourrelet est libre et articulaire, l�autre adh�rant � la surface correspondante.</p><p>y Le syst�me d�union. Il est compos� de deux �l�ments : la capsule et les ligaments.</p><p>La capsule est un manchon fibreux qui s�attache � une distance variable des surfaces articulaires, et qui est d�autant plus large que l�articulation est plus mobile. Elle transforme l�articulation en cavit� close. La face profonde de la capsule est tapiss�e par une membrane synoviale.</p><p>Les ligaments repr�sentent le principal moyen de contention, ce sont eux qui maintiennent les surfaces osseuses en contact, en contribuant, en outre, � limiter l�amplitude des mouvements.</p><p>Ces ligaments peuvent :</p><p>� soit �tre des �paississements de la capsule, si�geant aux endroits o� elle doit pr�senter une plus grande r�sistance (ligament gl�no-hum�ral � la face ant�rieure de l��paule) ;</p><p>� soit �tre intra-articulaires (ligament crois� du genou) ;</p><p>� soit si�ger � distance de la capsule (le ligament trap�zo�de entre la clavicule et l�apophyse coraco�de).</p><p>y La membrane synoviale. Elle</p><p>s�attache au pourtour du rev�tement cartilagineux et tapisse toute la cavit� articulaire, � l�exception des surfaces rev�tues de cartilage. Elle est appliqu�e � la face profonde de la capsule et pr�sente des prolongements saillants dans la cavit� articulaire form�e de tissu conjonctif tr�s vascularis� : ce sont les franges synoviales, dont les fonctions principales sont de remplir les espaces libres qui se produiraient entre les surfaces articulaires dans certains mouvements.</p><p>Cette membrane s�cr�te un liquide incolore, visqueux, filant, la synovie, qui a pour fonction de faciliter le glissement des surfaces articulaires.</p><p>Embryologie ou</p><p>d�veloppement des</p><p>articulations</p><p>� l�origine, les os sont constitu�s par des �bauches cartilagineuses. � leurs extr�mit�s, l� o� les futurs os doivent s�articuler, ces �bauches sont s�par�es l�une de l�autre par une assez grande �paisseur de tissu indiff�rent. Pendant que les points d�ossification envahissent et transforment le cartilage en os, le cartilage restant se renouvelle, s�accro�t et se rapproche de l�os voisin, gr�ce � la transformation en un tissu dit</p><p>� chondrog�ne � de la couche voisine du tissu indiff�rent.</p><p>Les deux os destin�s � s�articuler se rapprochent ainsi progressivement l�un de l�autre, tout en demeurant s�par�s par une couche de tissu indiff�rent, de part et d�autre de laquelle se trouve du tissu chondrog�ne et du cartilage.</p><p>Les deux couches juxtacartilagi-</p><p>neuses de tissu chondrog�ne et la couche moyenne de tissu indiff�rent forment la � zone interm�diaire � (Nicolas). Ce sont les diverses variations subies par ces zones interm�diaires qui</p><p>d�terminent le type de l�articulation future. Mais il est � retenir que le tissu chondrog�ne se transformera toujours et compl�tement en cartilage, tandis que l��bauche cartilagineuse sera totalement envahie par le tissu osseux, � l�exception de la couche qui deviendra le cartilage articulaire.</p><p>La transformation de la totalit� du tissu indiff�rent en tissu chondrog�ne, et donc en cartilage, donnera une synchondrose. Ce sera une synostose si le tissu cartilagineux est envahi par le processus d�ossification.</p><p>La transformation du tissu indif-f�rent en tissu fibreux, puis en ligament interosseux, tendu entre les lames de cartilage, recouvrant les surfaces articulaires, r�alisera une diarthro-amphiarthrose.</p><p>Dans le cas des diarthroses, lorsque les surfaces s�adaptent exactement � la suite de la transformation de la zone interm�diaire en tissu chondrog�ne, il appara�t des vacuoles qui, en se r�unissant, vont constituer la cavit� articulaire.</p><p>Lorsque, dans les diarthroses, il existe un m�nisque, l�accroissement des couches chondrog�nes s�arr�te, et le m�nisque provient du tissu indiff�-</p><p>rent qui s�est organis� en fibrocartilage.</p><p>Enfin, la capsule articulaire et la synoviale proviennent de la transformation du tissu indiff�rent.</p><p>Physiologie</p><p>Les mouvements sont class�s en</p><p>fonction des plans dans lesquels ils s�effectuent.</p><p>Dans un plan frontal (plan paral-l�le au front), on parle d�abduction si le segment de membre s��carte de la ligne m�diane de sym�trie corporelle, et d�adduction si le segment se rapproche de la ligne m�diane.</p><p>Dans un plan sagittal (plan ant�-</p><p>ropost�rieur perpendiculaire au plan downloadModeText.vue.download 405 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>942</p><p>frontal), les d�placements sont class�s en flexion ou en extension.</p><p>Dans plusieurs plans prennent place les mouvements de rotation ainsi que les mouvements compos�s (main sur la t�te).</p><p>Une articulation mobile dans un seul plan est dite � � un degr� de libert� �</p><p>(articulation interphalangienne : flexion-extension). Mobile dans deux plans, elle est dite � � deux degr�s de libert� � (articulation trap�zo-m�tacarpienne du pouce ; flexion-extension, abduction-adduction). Mobile dans tous les plans (l��paule), elle est dite</p><p>� articulation � trois degr�s de libert� �.</p><p>La � position de fonction � correspond � un �tat d��quilibre musculaire et articulaire ; c�est celle qui ne n�cessite aucun effort pour �tre maintenue. Sauf cas particuliers, il est habituel d�immobiliser les articulations (pl�tres) dans la position de fonction.</p><p>M�thodes d�exploration</p><p>articulaire</p><p>L�examen clinique</p><p>Compte tenu des �l�ments donn�s par la connaissance de l�anamn�se (histoire de la maladie), l�examen clinique donne le plus souvent des renseignements d�j� importants.</p><p>Il comporte toujours trois �tapes :</p><p>� l�inspection, qui permet d�appr�cier la position respective des deux �l�-</p><p>ments de l�articulation, la coloration de la peau, son aspect, la disparition �ventuelle des plis articulaires normaux, l�augmentation de volume, partielle ou totale, de l�article ;</p><p>� la palpation, qui permet d�estimer la temp�rature cutan�e, et de rechercher la pr�sence anormale de liquide dans l�articulation (sang, �panchement s�reux ou liquide synovial). Gr�ce � la palpation, on peut �valuer une �ventuelle modification de texture des parties molles, un �paississement de la synoviale ;</p><p>� la recherche des mouvements anormaux, qui doit �tre entreprise compte tenu du nombre de degr�s de libert� de chaque article. La pr�sence de mouvements anormaux, soit que le malade puisse les accomplir lui-m�me, soit qu�ils ne soient constat�s que lors des manoeuvres de force, est un signe tr�s important. Elle t�moigne le plus souvent soit d�une fracture articulaire, soit d�une atteinte de l�appareil capsulo-ligamentaire de contention des surfaces entre elles.</p><p>La ponction</p><p>Elle ne se pratique, bien entendu, que dans la mesure o� l�examen clinique a permis de d�celer la pr�sence d�un �panchement articulaire, sur la nature duquel on d�sire �tre renseign� : hydarthrose (eau), h�marthrose (sang), pyarthrose (pus).</p><p>Cette ponction ram�ne un liquide d�aspect et de coloration variables, qui sera envoy� au laboratoire pour examen cytologique (recherche de globules blancs traduisant la pr�sence de pus, recherche de cellules anormales) et bact�riologique (identification du germe en cause).</p><p>Les radiographies</p><p>Il est habituel de prendre des clich�s des deux articulations sym�triques dans la m�me position, pour permettre une �tude comparative.</p><p>Les incidences habituellement utilis�es sont la face et le profil, mais l�examen peut �tre centr� sur une r�gion particuli�re. Divers artifices peuvent �tre n�cessaires, tels qu�en particulier l�emploi de films courbes pour le genou.</p><p>Il peut �tre int�ressant de prendre des clich�s en r�alisant une �tude dynamique de l�articulation, c�est-�-dire en prenant des radios dans les diff�rentes positions, ou en cherchant � objectiver des mouvements anormaux � l�aide de manoeuvres de force.</p><p>Le radiocin�ma</p><p>Il permet d��tudier le d�placement de</p><p>corps �trangers, par exemple, ou la physiologie articulaire dans certaines positions particuli�res.</p><p>L�arthrographie</p><p>C�est l�opacification de la cavit� articulaire � l�aide d�un produit de contraste, qui peut �tre une solution iod�e, de l�air ou les deux associ�s. Elle est habituellement pratiqu�e au niveau du genou, pour appr�cier l��tat des m�nisques, au niveau de l��paule, pour rechercher une d�chirure de la capsule ; mais elle peut �tre faite pour n�importe quelle articulation.</p><p>L�art�riographie</p><p>C�est l�injection d�une substance de contraste opaque aux rayons X</p><p>dans l�art�re, ou encore le marquage radioactif (injection d�une substance radioactive). L�art�riographie demeure un examen exceptionnel, mais qui se justifie dans l��tude de certaines tumeurs et angiomes.</p><p>Affections cong�nitales</p><p>des articulations</p><p>Des arr�ts ou des vices de d�veloppement peuvent survenir au niveau des articulations, comme de tous les autres tissus.</p><p>La maladie amniotique est une maladie intra-ut�rine qui d�termine, � la naissance, des sillons cong�nitaux si�-</p><p>geant le plus souvent aux extr�mit�s des membres, dont ils alt�rent le d�-</p><p>veloppement osseux et articulaire. Au maximum se trouve r�alis�e la grande aplasie (ou absence de d�veloppement) des membres, qui peut aussi �tre la cons�quence d�un arr�t de d�veloppement de l��bauche.</p><p>La pseudarthrose est une absence partielle du d�veloppement d�un ou de deux os conjoints, qui se rencontre le plus souvent au tiers inf�rieur du tibia ou des deux os de la jambe, rarement au tiers inf�rieur du radius. Le traitement en est difficile et d�cevant.</p><p>L�hypertrophie est constitu�e d�s la naissance et peut �tre totale (int�ressant tout un membre) ou partielle, r�-</p><p>guli�re ou irr�guli�re. Les articulations sont concern�es au m�me titre que les autres tissus.</p><p>L�articulation ballante est une articulation qui pr�sente une laxit� excessive, permettant des d�placements anormaux des surfaces articulaires, des subluxations ou des luxations r�cidivantes. L�affection peut �tre localis�e ou g�n�ralis�e. Elle s�associe souvent � une peau �lastique, des tumeurs mol-lusco�des (syndrome d�Ehler-Danlos).</p><p>La raideur limite l�amplitude du mouvement. La localisation la plus fr�-</p><p>quente est le pied : c�est le pied-bot. Le traitement, � condition d��tre pris d�s le d�but, est maintenant satisfaisant.</p><p>Pathologie chirurgicale</p><p>des articulations</p><p>Les plaies et fractures</p><p>Les plaies articulaires sont toujours graves, car l�articulation s�infecte facilement une fois qu�elle est ouverte, pour donner une arthrite septique aigu�. Une intervention chirurgicale d�urgence (nettoyage, fermeture aseptique) est toujours n�cessaire. Les s�quelles � type de raideur articulaire sont rares en l�absence d�infection.</p><p>Sont consid�r�es comme articu-</p><p>laires toutes les fractures qui atteignent les segments osseux inclus dans le manchon synovio-capsulaire. Elles s�accompagnent toujours d�une h�-</p><p>marthrose (�panchement de sang dans l�articulation) et sont habituellement plus graves que les fractures diaphy-saires. Les localisations les plus fr�-</p><p>quentes sont le poignet (fracture de Pouteau-Colles), la hanche et le genou.</p><p>Le traitement est variable, et peut aller du simple pl�tre au remplacement de la t�te du f�mur par une proth�se m�tallique, en passant par la r�duction orthop�dique et la r�duction sanglante avec ost�osynth�se (utilisation de mat�riel m�tallique pour fixer les fragments).</p><p>Les luxations</p><p>Une luxation est la perte de contact, partielle ou totale, entre les surfaces articulaires. Elle s�accompagne toujours</p><p>de d�g�ts capsulo-ligamentaires d�importance variable, qui en font toute la gravit�. �ventuellement, une fracture peut y �tre associ�e.</p><p>La luxation r�cente survient toujours � la suite d�un traumatisme. Elle s�accompagne d�une impotence fonctionnelle compl�te de la r�gion consid�r�e, avec une d�formation �vidente qui permet de faire ais�ment le diagnostic.</p><p>La r�duction, parfois effectu�e sur les lieux m�mes de l�accident, mais le plus souvent en milieu chirurgical sous anesth�sie g�n�rale, se fait gr�ce � des manoeuvres orthop�diques. Il est rare que la r�duction sanglante soit n�cessaire.</p><p>Un bilan de l��tat ligamentaire, pour juger de la n�cessit� �ventuelle d�une suture, et une immobilisation de quelques jours, pour permettre la cicatrisation des �l�ments capsulo-ligamentaires, sont toujours n�cessaires.</p><p>C�est l��paule qui se luxe le plus souvent dans la vari�t� ant�ro-interne, puis le coude, les doigts, la hanche et le genou ; la luxation d�une vert�bre ou d�un segment vert�bral est toujours grave de cons�quences, en raison des risques de l�sion m�dullaire, facteur de paralysie.</p><p>Les luxations n�glig�es sont des luxations anciennes non r�duites. Leur traitement n�cessite toujours une intervention chirurgicale.</p><p>La luxation r�cidivante r�sulte d�une ou plusieurs luxations traumatiques, lorsque la cicatrisation des �l�ments de contention a �t� d�ficiente. Il peut exister des facteurs pr�disposants (malformation de la t�te hum�rale dite � t�te en hachette �).</p><p>En l�absence d�un traitement, toujours chirurgical, la reproduction des downloadModeText.vue.download 406 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>943</p><p>luxations non seulement est g�nante, mais elle hypoth�que l�avenir en favo-</p><p>risant l�apparition d�une arthrose (d�-</p><p>g�n�ration des �l�ments articulaires).</p><p>La luxation pathologique n�a pas pour cause principale un traumatisme.</p><p>Elle peut se produire lorsque la capsule et les ligaments sont distendus par un �panchement abondant, ou lorsque les surfaces articulaires ont �t� d�truites ou �rod�es par une ost�omy�lite, une tuberculose ou un cancer.</p><p>Les entorses</p><p>C�est ainsi que l�on nomme les �longations (entorses b�nignes) et les ruptures partielles ou totales (entorses graves) des ligaments articulaires, sans perte de contact des surfaces articulaires.</p><p>y Entorse r�cente. Elle se rencontre souvent au niveau de la cheville, particuli�rement chez la femme. Cette impotence, habituellement sym�-</p><p>trique, est alors la cons�quence d�une instabilit� minime entre le tibia et l�astragale ; les ligaments se trouvent �tir�s � l�occasion de traumatismes parfois peu importants. L�entorse r�-</p><p>cente de la cheville est favoris�e par le port de talons hauts.</p><p>Cliniquement, � la suite d�un mouvement en position forc�e, l�articulation du c�t� �tir� se met � gonfler progressivement sur le trajet du ligament, mais souvent la douleur n�appara�t que secondairement (� chaud, pendant l�effort, les signes restent tr�s frustes). Ce n�est que dans les heures qui suivent que se constitue l�impotence fonctionnelle qui va durer plusieurs jours.</p><p>Toute entorse n�cessite un examen m�dical, car il est capital d�appr�cier la continuit� du ligament. En effet, si celle-ci persiste, la mise au repos de l�articulation, sa contention par un bandage �lastique ou m�me par un pl�tre temporaire permettent une cicatrisation rapide et dans de bonnes conditions.</p><p>L�entorse n�glig�e est la source de nombreuses r�cidives et la voie ouverte � l�entorse chronique.</p><p>En cas de rupture du ligament, l�entorse peut �tre soit une d�sinsertion ou un arrachement d�une des extr�mit�s, emportant parfois m�me un fragment osseux (il faut toujours pratiquer une</p><p>radiographie), soit une solution de continuit� de la portion moyenne.</p><p>La traduction clinique en est l�existence de mouvements anormaux de</p><p>lat�ralit� ou ant�ropost�rieurs (pour le genou). En cas de difficult�s diagnostiques rencontr�es pour explorer l�articulation, il peut �tre parfois n�cessaire de faire pr�c�der l�examen de l�injection d�une substance anesth�siante, et de compl�ter celui-ci par la prise de clich�s radiographiques en position forc�e, le b�illement articulaire venant alors confirmer l�atteinte ligamentaire.</p><p>La connaissance de cette derni�re est importante, car les entorses graves n�-</p><p>cessitent un traitement s�rieux : pl�tre pendant au moins trois semaines ; intervention chirurgicale en vue de suture capsulo-ligamentaire.</p><p>� condition d��tre bien trait�es, les entorses ne laissent que peu de s�quelles.</p><p>Si la cheville est le plus souvent concern�e, c�est au niveau du genou que les entorses sont le plus graves, en raison de la n�cessit� absolue d�une bonne stabilit� articulaire pour assurer une marche satisfaisante.</p><p>La l�sion du ligament lat�ral est souvent associ�e � celle d�un ligament crois� (c�est habituellement le ligament lat�ral interne et le ligament crois� an-t�ro-externe) avec possibilit�, en outre, d�atteinte m�niscale. De telles l�sions n�cessitent une intervention chirurgicale rapide en vue de suture. Mais, une fois celle-ci ex�cut�e, un pl�tre de trois semaines au moins sera encore n�cessaire pour assurer la cicatrisation des tissus.</p><p>Toutes les articulations qui ont des ligaments peuvent �tre l�objet d�une entorse. Mais celle-ci se produit avec une particuli�re fr�quence, outre � la cheville et au genou, au poignet, aux petites articulations des doigts et au coude.</p><p>y Entorse chronique. C�est l��volution habituelle de l�entorse n�glig�e, provoquant l�instabilit� articulaire.</p><p>On peut y suppl�er : soit par un</p><p>moyen de contention externe, mais qui est habituellement peu efficace ; soit par une intervention dont l�objet est la r�fection des ligaments par greffe ou transposition tendineuse.</p><p>L�sions des m�nisques</p><p>Elles se rencontrent presque exclusivement au niveau du genou, si l�on excepte l�articulation temporo-maxillaire. Malgr� leur peu d�importance dans la fonction du genou, les m�-</p><p>nisques jouent un r�le capital dans les traumatismes de cette articulation.</p><p>Leur rupture tient � trois facteurs : la mauvaise m�canique articulaire du genou ; le contr�le musculaire incorrect ; les modifications d�g�n�ratives ou les anomalies cong�nitales.</p><p>Ces l�sions se constituent principalement lors des mouvements de flexion-rotation forc�s (chute � skis, placage au rugby, accident de football, etc.).</p><p>Dans les jours qui suivent l�accident initial se constitue progressivement une hydarthrose, avec parfois apparition de ph�nom�nes de � blocage �</p><p>en flexion ou en extension (limitation temporaire de l�amplitude articulaire).</p><p>Ce signe, quand il est net, est caract�ristique de la l�sion m�niscale, et impose une arthrographie gazeuse pour confirmer le diagnostic.</p><p>Malheureusement, il ne lui est souvent pas pr�t� l�attention qu�il n�cessite, et ce n�est que beaucoup plus tard, devant la r�p�tition de ces �pisodes de blocage, que la nature de la l�sion est reconnue. Il n�est alors d�autres solutions que l�intervention chirurgicale. La possibilit� de blocages � tout moment (en nageant, en courant, etc.) non seulement constitue une �p�e de Damocl�s, mais leur r�p�tition favorise l�apparition d�une arthrose d�origine m�canique.</p><p>C�est habituellement le m�nisque interne qui est l�s�. Son ex�r�se doit toujours �tre compl�te. C�est une intervention simple, aux suites banales ; un pl�tre pendant trois semaines est n�cessaire si un ligament lat�ral a d� �tre sectionn�.</p><p>Ossifications intra- et p�riarticulaires</p><p>La pr�sence de corps �trangers intra-articulaires est souvent remarquablement tol�r�e ; elle peut n�anmoins donner des manifestations � type de blocage, telles que l�on en rencontre dans les l�sions m�niscales par exemple. L�origine de ces corps, qui se rencontrent principalement au genou et au coude, est variable. Le plus souvent, il s�agit d�une ost�ochondrite diss�quante (des fragments de cartilage articulaire se d�tachent par suite de la n�crose vasculaire de la zone osseuse sous-jacente) ; parfois de fracture de surfaces articulaires ayant d�tach� des fragments libres ; rarement d�une chondromatose synoviale (formation de fragments cartilagineux aux d�pens de la membrane synoviale).</p><p>En r�alit�, la cause est ignor�e dans plus d�un tiers des cas.</p><p>Les ossifications p�riarticulaires surviennent soit apr�s une intervention (c�est le classique ost�ome du brachial ant�rieur au niveau du coude), soit apr�s un traumatisme responsable d�une h�morragie dans les parties molles.</p><p>Raideurs et ankylose</p><p>La raideur se manifeste par l�impossibilit� douloureuse de mobiliser une articulation. Y sont associ�s en outre d�importants troubles trophiques (gonflement, cyanose et rougeur), t�moins de l�important oed�me des plans p�-</p><p>riarticulaires et osseux (ost�oporose radiologiquement visible). La raideur se rencontre dans les suites de fractures ou d�interventions articulaires, particuli�rement chez les sujets anxieux.</p><p>(C�est un des �l�ments de l�algoneuro-dystrophie post-traumatique.)</p><p>L�ankylose est l�impossibilit� non douloureuse de mouvoir l�articulation, que ce soit activement ou passivement.</p><p>Elle peut �tre osseuse ou fibreuse, en mauvaise ou en bonne position (coude fl�chi � 100� permettant l�accomplissement de certains mouvements).</p><p>Les causes intra-articulaires peuvent �tre : une arthrite infectieuse aigu� ;</p><p>une fracture ou une plaie p�n�trante avec d�g�ts osseux ; une infection chronique (tuberculose, ost�omy�lite).</p><p>Les causes extra-articulaires re-l�vent : de la contracture p�riarticulaire par immobilisation prolong�e ou atteinte articulaire ; de l�infection des parties molles p�riarticulaires ; de l��crasement ou de la lac�ration des parties molles ; d�une contracture d�origine neurologique.</p><p>Le traitement est essentiellement chirurgical (ost�otomie, arthrolyse, arthroplastie), mais il s�agit l� d�interventions particuli�rement d�licates dont les indications demeurent limit�es.</p><p>Les tumeurs articulaires</p><p>Comme tous les tissus, les divers �l�-</p><p>ments constitutifs de l�articulation sont susceptibles de d�velopper des tumeurs b�nignes ou malignes.</p><p>Les tumeurs osseuses (exostoses, ost�omes ou sarcomes) sont plus juxta-articulaire qu�intra-articulaire. Elles seront donc envisag�es avec la pathologie du tissu osseux (v. os).</p><p>La synoviale hypertrophique de la polyarthrite rhumato�de repr�sente une v�ritable tumeur � malignit� locale par son caract�re envahissant et destructif, ce qui justifie la synovectomie.</p><p>Le synovialome, ou cancer de la</p><p>synoviale, est rare, mais grave.</p><p>Les tumeurs de la capsule, des</p><p>�l�ments para-articulaires, du tissu conjonctif, des ligaments sont</p><p>rarissimes.</p><p>A. J.</p><p>downloadModeText.vue.download 407 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>944</p><p>Maladies des</p><p>articulations</p><p>Les affections articulaires, encore appel�es arthropathies, qui appartiennent</p><p>au domaine de la pathologie m�dicale se r�partissent en deux grands groupes : l�arthrose, ou rhumatisme d�g�n�ratif, et les arthrites, qui sont rhumatismales ou infectieuses. � c�t� de ces deux ca-t�gories d�affections articulaires, il y a place pour un certain nombre d�arthropathies de natures diverses et pour les affections des tendons et des bourses s�reuses p�riarticulaires, dont le retentissement sur la fonction articulaire est notable.</p><p>L�arthrose</p><p>C�est un rhumatisme chronique non inflammatoire, frappant g�n�ralement une ou deux articulations telles que les genoux, les hanches, les mains ou les articulations intervert�brales. La diffusion du processus arthrosique est parfois plus grande, r�alisant alors la polyarthrose. La l�sion initiale si�ge au niveau des cartilages ou des fibrocartilages articulaires ; elle pr�c�de les l�sions prolif�ratives du tissu osseux sous-jacent.</p><p>Anatomiquement, la l�sion �l�mentaire de l�arthrose est la fibrillation du cartilage, qui se traduit par l�apparition de fissures le long des fibrilles de la substance fondamentale du cartilage.</p><p>C�est habituellement dans les zones o� frottement et pression sont au maximum que naissent les �rosions du cartilage ; elles pr�c�dent les ulc�rations qui mettent l�os � nu. L�amincissement et la perte d��lasticit� du cartilage qui en r�sultent cr�ent des conditions m�caniques nouvelles et favorisent la constitution de l�sions osseuses : n�o-formations d�os spongieux (ost�ophytes) pr�dominant � la jonction du cartilage et de la synoviale ; densification de l�os sous-jacent aux l�sions cartilagineuses, souvent associ�e � des pertes de substance osseuse (ou g�odes). La synoviale et la capsule articulaire, longtemps normales, ne deviennent scl�reuses qu�apr�s un certain temps d��volution ; les signes histologiques d�inflammation chronique n�y sont qu�inconstants et secondaires. Les raisons des l�sions d�g�n�ratives initiales du cartilage restent inconnues : une diminution du taux des mucopolysaccharides dans la substance fondamentale du cartilage est habituelle, mais sa cause demeure hypoth�tique ;</p><p>on invoque le r�le destructeur d�enzymes prot�olytiques �labor�es par les cellules du cartilage ou par les cellules de la synoviale.</p><p>Bien que le m�canisme intime de</p><p>l�arthrose demeure m�connu, il est habituel de distinguer deux types d�arthrose : l�arthrose primitive, ou maladie arthrosique, et l�arthrose secondaire.</p><p>y La maladie arthrosique. Elle s�observe en r�gle g�n�rale apr�s la quarantaine, plus fr�quemment chez la femme. Diff�rents facteurs ont �t� incrimin�s pour expliquer le vieillissement pr�coce du cartilage articulaire :</p><p>� l�h�r�dit� : une pr�disposition familiale est en effet souvent not�e, et il existe de v�ritables familles d�arthrosiques ;</p><p>� le facteur endocrinien : la fr�quence plus grande de l�arthrose chez la femme apr�s la m�nopause sugg�re l�intervention d�une diminution de la s�cr�tion d�oestrog�nes, hormones qui auraient une action protectrice � l��gard du cartilage articulaire. Mais l�utilisation des oestrog�nes dans le traitement de l�arthrose a toujours �t� d�cevante. Les androg�nes ont une action plus efficace sur la nutrition du cartilage. Le r�le de l�hormone somatotrope hypophysaire ne para�t pas, non plus, d�montr�, malgr� la ressemblance entre les l�sions arthrosiques et celles du rhumatisme acrom�galique ;</p><p>� les facteurs vasculaires, par l�interm�diaire d�un d�faut de vascularisation. Ils ne sont qu�exceptionnellement en cause.</p><p>y L�arthrose secondaire. Elle est li�e � une surcharge fonctionnelle articulaire ou � toute l�sion du cartilage articulaire, quelle qu�en soit la cause. De telles conditions peuvent �tre r�alis�es par une malformation articulaire cong�nitale (subluxation de hanche par exemple), des s�quelles d�une arthrite infectieuse ou rhumatismale, une dystrophie osseuse (maladie de Paget). Le r�le des traumatismes n�est pas n�gligeable, qu�il s�agisse de s�quelles de fractures ou de petits traumatismes r�p�t�s pouvant acc�l�rer le processus normal</p><p>d�usure d�une articulation et aboutir � la constitution d�une arthrose : un tel m�canisme intervient dans certaines arthroses professionnelles, notamment celles des coudes et des �paules survenant chez les ouvriers utilisant les marteaux pneumatiques. L�arthrose peut encore �tre secondaire � un infarctus osseux : cela s�observe en particulier au niveau des hanches et des �paules chez les ouvriers travaillant en caisson.</p><p>Souvent, cependant, la distinction entre l�arthrose primitive et l�arthrose secondaire est malais�e, et les deux facteurs, la maladie arthrosique d�une part, le facteur local d�autre part, sont associ�s.</p><p>Le sympt�me r�v�lateur de l�arthrose est la douleur, ou arthralgie, traduisant la souffrance de l�articulation touch�e.</p><p>Cette douleur, dite � m�canique �, est aggrav�e par le mouvement, plus intense en fin de journ�e : elle est calm�e par le repos, ne r�veillant le malade la nuit que fugitivement, lorsqu�il fait un mouvement. L�articulation ne pr�-</p><p>sente aucun signe d�inflammation et la limitation des mouvements est souvent la seule constatation objective. Des craquements sont parfois per�us � la mobilisation de l�articulation. Il n�y a habituellement pas d��panchement articulaire, et, lorsqu�il existe, l��panchement synovial n�a aucun caract�re inflammatoire. Quelle que soit la localisation, la radiographie met en �vidence les m�mes signes : un pincement de l�interligne articulaire par destruction du cartilage ; une ost�ophytose plus ou moins importante et, dans la zone sous-cartilagineuse, une condensation osseuse parfois creus�e de petites g�odes (cavit�s). Les caract�res de la douleur et les signes radiologiques sont les �l�ments les plus pr�cieux pour �tablir le diagnostic : il n�existe en effet aucun signe biologique sp�cifique de l�arthrose. La vitesse de s�dimentation est normale, ce fait �tant � rapprocher de l�absence de fi�vre et de la parfaite conservation de l��tat g�n�ral. D�une fa�on g�n�rale, l��volution de l�arthrose est chronique, mais sa gravit� est variable. Elle se fait habituellement par pouss�es, parfois provoqu�es par un surmenage, un traumatisme ou le froid.</p><p>Ces pouss�es sont s�par�es par des p�-</p><p>riodes d�accalmie, pendant lesquelles les malades ne sont que mod�r�ment incommod�s. Cependant, douleur et limitation de mouvements finissent souvent par devenir permanentes et aboutissent � une infirmit� s�v�re malgr� l�absence d�ankylose anatomique.</p><p>y Localisations de l�arthrose. L�arthrose a une pr�dilection pour la colonne vert�brale, notamment cervicale et lombaire, o� elle peut atteindre les disques intervert�braux (discarthrose) et les articulations des apophyses de deux vert�bres voisines.</p><p>Pr�s de la moiti� des sujets ayant atteint la quarantaine sont porteurs d�une arthrose cervicale, ou cervicarthrose, visible radiologiquement, pr�dominante � la base de ce segment. L�arthrose n�est cependant douloureuse que chez une minorit�, qui se plaint alors de douleurs cervicales plus ou moins chroniques et d�une g�ne douloureuse � la mobilisation du cou. Des manifestations plus graves s�observent parfois : douleurs vives qui, irradiant dans le bras, l�avant-bras et parfois la main, constituent une n�vralgie cervico-brachiale. Celle-ci peut �tre secondaire � une hernie discale ou � un volumineux ost�ophyte irritant une racine nerveuse cervicale. L�arthrose cervicale peut �tre � l�origine de vertiges, de maux de t�te, de bourdonnements d�oreilles, par irritation du syst�me nerveux sympathique ou par compression de l�art�re vert�brale. Les paralysies par compression de la moelle �pini�re sont par contre exceptionnelles.</p><p>L�arthrose lombaire, ou lombarthrose, peut se manifester par un accident douloureux aigu, ou lumbago, souvent � l�occasion d�un effort de soul�vement. C�est le pr�lude possible � une n�vralgie sciatique qui peut d�ailleurs appara�tre d�embl�e. Plus souvent, la lombarthrose est responsable de douleurs lombaires, ou lombalgies, moins intenses, mais r�cidivantes, d��volution chronique. L�arthrose lombaire peut �tre favoris�e par le travail de force dans certaines professions, par l�existence d�anomalies de la statique de la colonne vert�brale ou d�anomalie cong�nitale de la charni�re</p><p>lombo-sacr�e.</p><p>L�arthrose de la hanche, ou coxarthrose, se r�v�le lors de la marche par des douleurs de l�aine ou de la face externe de la cuisse ou de la fesse, et parfois du genou. La coxarthrose est primitive dans plus de la moiti� des cas, et parfois bilat�rale. Lorsqu�elle est secondaire, elle survient le plus souvent sur une malformation luxante cong�nitale (subluxation ou dysplasie) ; l�int�r�t de ces formes secondaires r�side dans le fait qu�elles sont souvent justiciables d�une chirurgie correctrice pr�coce.</p><p>L��volution de la coxarthrose est en g�n�ral assez lente ; tardivement s�installe une attitude vicieuse qui limite la marche. C�est surtout chez les sujets �g�s que s�observent les formes d��volution rapide.</p><p>L�arthrose du genou, ou gonarth-</p><p>rose, est d�abord localis�e aux surfaces articulaires rotulienne et f�morale. La douleur � la marche, notamment � la descente des escaliers, est un des premiers signes. La gonarthrose est souvent primitive, mais elle peut succ�der downloadModeText.vue.download 408 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>945</p><p>� une l�sion m�niscale, une fracture intra-articulaire ou un trouble statique (genu valgum, genu varum et certaines affections de la hanche).</p><p>L�arthrose de la main �pargne</p><p>le poignet, mais touche l�articulation trap�zo-m�tacarpienne du pouce (rhizarthrose) et les articulations des doigts. Ces derni�res peuvent �tre le si�ge de tum�factions transitoirement douloureuses : ce sont les nodosit�s d�Heberden au niveau des articulations interphalangiennes proximales.</p><p>Les autres localisations de l�arthrose (pied, �paule, articulation sterno-claviculaire, etc.) sont beaucoup plus rares.</p><p>y Traitement de l�arthrose. Les incertitudes concernant la cause de la maladie arthrosique rendent compte de l�inefficacit� relative des m�dications destin�es � modifier le terrain</p><p>arthrosique. Parmi les m�dications qui visent � r�parer les l�sions os-t�o-cartilagineuses, les plus utilis�es sont : le soufre, l�iode, le calcium et le phosphore, les extraits tissulaires (placenta, amnios, os et cartilage).</p><p>L�hormonoth�rapie repose exclusivement sur l�emploi des st�ro�des dits</p><p>� anabolisants �, qui sont essentiellement des st�ro�des androg�nes non ou peu virilisants.</p><p>En dehors du traitement de fond, de nombreuses m�dications destin�es � lutter contre les �pisodes douloureux peuvent �tre propos�es : le chef de file en est l�acide ac�tylsalicylique (aspirine) ; la ph�nylbutazone et ses d�riv�s ou l�indom�thacine sont parfois n�cessaires. Les cortico�des ne sont qu�exceptionnellement indiqu�s, du moins par voie g�n�rale ; par contre, inject�s dans l�articulation, ils calment assez rapidement une pouss�e �volutive. Des d�contracturants peuvent �tre pr�conis�s pour lutter contre une �ventuelle d�fense musculaire, elle-m�me source de douleur.</p><p>Les r�gles d�hygi�ne visent � m�nager l�articulation atteinte en �vitant le surmenage ; une activit� physique r�-</p><p>guli�re est cependant souhaitable pour �viter les inconv�nients de la s�dentarit�. Les conseils de di�t�tique sont indispensables, afin d��liminer toute surcharge pond�rale qui accro�t le travail articulaire.</p><p>La m�canoth�rapie et la physioth�-</p><p>rapie constituent un appoint th�rapeutique non n�gligeable : la chaleur sous toutes ses formes calme les douleurs ; la radioth�rapie � dose anti-inflammatoire est efficace, mais doit �tre mani�e avec prudence ; les massages et la kin�-</p><p>sith�rapie, en dehors des pouss�es �volutives, visent � lutter contre l�atrophie musculaire et � accro�tre la mobilit� articulaire.</p><p>Le traitement thermal et climatique est un compl�ment utile, associant l�action propre des eaux ou des boues � l�effet m�canique des massages, douches et bains. Il doit cependant �tre conduit avec prudence, notamment chez les personnes �g�es.</p><p>Le traitement chirurgical peut �tre pr�ventif ou palliatif. Pr�ventif, son but est la correction, d�s que possible, des malformations articulaires, sources de troubles statiques susceptibles de favoriser dans l�avenir l�apparition de l�arthrose (traitement chirurgical d�une subluxation de hanche). Le traitement chirurgical palliatif tire pour une large part ses indications de l��chec du traitement m�dical ; il n�est gu�re utilis� que pour les grosses articulations : hanche et genou. Il peut �tre indiqu� pour supprimer la douleur par des ost�otomies, des sections musculaires p�riarticulaires, ou consister en une intervention supprimant la mobilit� de l�articulation (arthrod�se). D�autres interventions cherchent � rendre de la mobilit� � une articulation enraidie : ce sont les arthroplasties.</p><p>Les arthrites</p><p>Les arthrites sont des maladies articulaires inflammatoires ou infectieuses dont les l�sions si�gent ou pr�dominent au niveau de la synoviale. Leurs causes sont tr�s nombreuses, mais on peut sch�matiquement distinguer deux</p><p>grands groupes : les arthrites rhumatismales et les arthrites infectieuses.</p><p>y Les arthrites rhumatismales. Ce sont des arthropathies de nature inflammatoire dont la cause est inconnue, la seule notion �tiologique que l�on poss�de � leur sujet �tant que la plupart d�entre elles rel�vent probablement de troubles immunitaires. Au cours de ces affections, plusieurs articulations sont g�n�ralement touch�es (polyarthrite). Les douleurs auxquelles elles donnent lieu sont permanentes ; mal calm�es par le repos, elles comportent m�me parfois une recrudescence nocturne. Elles s�accompagnent d�un enraidissement accus� le matin au r�veil, qui ne s�estompe qu�apr�s un long � d�rouillage �. L�arthrite comporte des signes objectifs t�moignant de l�inflammation : douleur, gonflement, chaleur et parfois rougeur de la jointure. Une hydarthrose est souvent pr�sente. Les signes biologiques (examens de sang et des liquides organiques) sont ceux des rhumatismes* inflammatoires. L�examen radiologique des articulations est n�-</p><p>gatif au cours des premi�res semaines ou des premiers mois de l��volution.</p><p>Ce n�est que progressivement qu�apparaissent une d�min�ralisation des extr�mit�s articulaires et parfois des l�sions destructrices avec pincement de l�interligne articulaire et �rosion du contour articulaire. Anatomiquement, l�atteinte de la synoviale est primitive ; la destruction du cartilage et de l�os, lorsqu�elle existe, est secondaire � l�atteinte de la synoviale. Les l�sions histologiques sont celles d�une synovite, avec une prolif�ration synoviale riche en cellules. L��volution des arthrites rhumatismales s��tend habituellement sur des ann�es ; elles sont souvent invalidantes. Au premier rang se place la polyarthrite rhumato�de, encore parfois appel�e polyarthrite chronique �volutive. Vient ensuite la spondylarthrite ankylosante, ou pelvispondylite rhumatismale. Les autres arthrites rhumatismales sont beaucoup moins fr�quentes, les principales �tant : le rhumatisme psoria-sique ; les arthrites qui accompagnent les maladies dites � du collag�ne* �, appel�es aussi collag�noses, ou mieux connectivites.</p><p>Le traitement des arthrites rhumatismales demeure empirique dans la mesure o� aucun traitement �tiologique pr�cis ne peut leur �tre oppos�.</p><p>Les m�dications symptomatiques font appel aux anti-inflammatoires : aspirine, cortico�des, ph�nylbutazone et ses d�riv�s, indom�thacine. D�autres armes th�rapeutiques sont surtout utilis�es dans le traitement de la polyarthrite rhumato�de. (V. rhumatisme.) Les massages et la kin�sith�rapie sont d�utiles adjuvants. Le traitement local pr�ventif par une synovectomie chirurgicale, chimique ou radioactive (or ou yttrium) ne s�adresse qu�� certaines articulations et doit �tre r�serv� � des cas s�lectionn�s. La constitution, malgr� le traitement, de d�g�ts ost�o-articulaires importants peut �tre l�indication d�une chirurgie r�paratrice ou fonctionnelle.</p><p>Tout au long de l��volution, le retentissement psychologique de ces affections p�nibles et de longue dur�e doit �tre pris en consid�ration.</p><p>y Les arthrites infectieuses. Elles sont dues � une infection d�termin�e. Elles groupent les arthrites infectieuses sep-</p><p>tiques et les arthrites infectieuses aseptiques. Les premi�res rel�vent de la pr�sence dans l�articulation d�esp�ces microbiennes d�celables par l�examen du liquide synovial. Elles peuvent �tre secondaires � une plaie communicant avec l�articulation, � une injection intra-articulaire de m�dicaments, ou encore � la propagation � l�articulation d�une infection de voisinage, notamment de l�os (ost�o-arthrite).</p><p>Elles s�observent �galement au cours d��tats septic�miques : les germes responsables sont nombreux (bacille de Koch, staphylocoque, brucella, streptocoque, etc.). Les antibiotiques, administr�s par voie locale et g�n�-</p><p>rale, constituent la base du traitement.</p><p>Les arthrites infectieuses aseptiques surviennent au cours de maladies infectieuses d�termin�es. Leur pathog�nie demeure incertaine : on invoque une r�action du tissu conjonctif articulaire � une infection � distance, par un m�canisme probablement immunologique. C�est � cette derni�re cat�gorie qu�appartiennent les arthrites du rhumatisme* articulaire aigu.</p><p>Dans d�autres cas, la maladie infectieuse causale est virale : ces arthrites virales peuvent s�observer au cours de la rub�ole, des oreillons, du zona et de l�h�patite �pid�mique. Le syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter, ou oculo-ur�tro-synovite, para�t �galement relever d�une origine virale.</p><p>Il se manifeste, outre une ur�trite et une conjonctivite, par des arthrites et parfois une pelvispondylite.</p><p>Autres arthropathies</p><p>Bien qu�elles offrent souvent quelque ressemblance soit avec l�arthrose, soit avec les arthrites, certaines affections des articulations m�ritent une place � part.</p><p>Les arthropathies dites � m�taboliques � sont li�es � l�action sur l�articulation d�une substance chimique normalement absente, et dont la pr�-</p><p>sence est en relation avec une erreur du m�tabolisme. C�est le cas des arthropathies de la goutte* et de l�alcaptonurie (ou ochronose), affection beaucoup plus rare, d�origine g�n�tique, li�e � la pr�sence d�acide ochronique, ou alcap-tone. On rapproche de ces faits la chon-</p><p>drocalcinose articulaire diffuse, qui simule la goutte, et dont la substance chimique responsable est un pyrophos-phate de calcium.</p><p>D�autres arthropathies sont d�origine nerveuse : elles peuvent �tre secondaires � une maladie de la moelle �pini�re, comme au cours du tab�s et de la syringomy�lie, ou � une atteinte des nerfs p�riph�riques, au cours du diab�te et de la l�pre. Un d�r�glement du syst�me nerveux v�g�tatif est vraisemblablement � l�origine d�une autre arthropathie nerveuse, l�algo-downloadModeText.vue.download 409 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>946</p><p>neuro-dystrophie d�calcifiante, encore appel�e rhumatisme neurotrophique : ce syndrome est plus fr�quent aux membres sup�rieurs, o� il r�alise un enraidissement douloureux de l��paule et des troubles vasomoteurs de la main (syndrome �paule-main). Un facteur traumatique est tr�s souvent retrouv� � l�origine de ce syndrome.</p><p>Les arthropathies des maladies du sang et de la moelle osseuse peuvent se rencontrer au cours de l�h�mophilie, les arthropathies �tant li�es aux saignements r�p�t�s qui se font dans l�articulation.</p><p>Il est encore des arthropathies</p><p>dites � paran�oplasiques �, li�es � la pr�sence d�une tumeur, non pas articulaire, mais situ�e � distance dans l�organisme. Le type en est l�ost�o-arthropathie hypertrophiante pneu-mique, ou maladie de Pierre Marie, caract�ris�e par des arthrites des grosses articulations, un hippocratisme digital (d�formation de l�extr�mit� des doigts avec bombement des ongles), des</p><p>modifications radiologiques avec une prolif�ration du p�rioste le long des os longs des membres. Bien que l�affection puisse �tre secondaire � des maladies b�nignes (dilatation des bronches, suppuration pulmonaire ou pleurale), elle appara�t g�n�ralement au cours d�un cancer bronchique.</p><p>Les affections des tendons et des</p><p>bourses s�reuses p�riarticulaires y La p�riarthrite, affection de</p><p>l�adulte, est un syndrome douloureux et enraidissant secondaire � une atteinte d�g�n�rative, parfois inflammatoire, int�ressant essentiellement les tendons et les bourses s�reuses. L�articulation proprement dite est habituellement indemne, du moins � la p�riode initiale. La localisation la plus fr�quente est celle de l��paule : la p�riarthrite scapulo-hu-m�rale est responsable de douleurs de l��paule, d�intensit� souvent mo-d�r�e, mais tenaces, accentu�es par les mouvements, parfois aigu�s avec recrudescence nocturne. La gu�rison, habituelle en quelques semaines, est favoris�e par les infiltrations locales de cortico�des. Toutefois, l��volution peut se faire vers le blocage de l��paule par r�traction de la capsule articulaire, blocage qui ne c�de que tr�s lentement � la r��ducation kin�-</p><p>sith�rapique. La p�riarthrite scapulo-hum�rale est parfois secondaire � un traumatisme, � une affection thoracique, � une h�mipl�gie, � une insuffisance coronarienne ou � certains traitements m�dicamenteux prolong�s.</p><p>Mais, dans la majorit� des cas, aucune cause n�est retrouv�e, et on invoque alors comme facteurs d�clenchants le froid ou un surmenage de l�articulation de l��paule, notamment dans certaines professions.</p><p>y Les tendons des muscles peuvent �galement �tre � l�origine de douleurs du fait de leur l�sion � l�endroit de leur insertion osseuse, � proximit� d�une articulation. Ces tendinites d�insertion rel�vent habituellement d�un surmenage fonctionnel. Ainsi des douleurs de la face interne du coude (�picondy-lalgies) sont fr�quentes chez les sujets exer�ant certains m�tiers (ma�on, chauffeur de poids lourds, m�canicien) ou pratiquant certains sports : l�escrime, le golf, et surtout le tennis (� tennis-elbow � des auteurs anglais).</p><p>Les injections locales de cortico�des repr�sentent l�essentiel du traitement.</p><p>Chirurgie des</p><p>articulations</p><p>L�arthrotomie, ou ouverture de l�articu-</p><p>lation, n�est qu�une voie d�abord en vue de l�accomplissement d�un geste salvateur (ablation de corps �tranger, d�un m�nisque, reconstitution d�une surface articulaire).</p><p>L�arthroplastie est une intervention destin�e � r�tablir la fonction articulaire.</p><p>Diff�rents proc�d�s ont �t� d�crits en vue de l�interposition de peau ou d�autres substances entre les surfaces articulaires pour �viter une nouvelle ankylose. Ces types d�intervention conservent des indications tr�s limit�es. Aussi s�oriente-t-on actuellement vers l�utilisation d�articulations proth�tiques, dont la plus courante est la proth�se totale de hanche. Les deux �l�-</p><p>ments de cette articulation, cotyle et t�te f�morale, sont en m�tal ou en plastique, et sont scell�s � l�aide de r�sine polym�ris�e aux os voisins. Les r�sultats encourageants laissent supposer qu�il s�agit l� d�un proc�d� appel� � se d�velopper.</p><p>L�arthrod�se provoque le blocage d�finitif et volontaire de l�articulation en favorisant la formation d�un pont osseux entre les deux segments articulaires. Elle n�cessite toujours une immobilisation de plusieurs mois, mais c�est la solution de solidit�, de s�curit�, et c�est parfois le seul moyen de supprimer la douleur.</p><p>La synovectomie est principalement pratiqu�e dans les polyarthrites rhumato�des au niveau du genou, des doigts et du poignet, mais aussi dans certaines fibroses articulaires ; elle a pour but de retirer tout le tissu synovial et la capsule articulaire. Au prix d�une r��ducation suivie et active, et gr�ce � une bonne indication, ses r�sultats sont satisfaisants.</p><p>M. B.</p><p>&#x25B6; Rhumatisme.</p><p>B R. Watson-Jones, Fractures and Joint Injuries (Londres, 1952 ; trad. fr. Fractures et l�sions articulaires traumatiques (Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1957). / S. de S�ze, A. Ryc-kewaert et M. Ma�tre, l��paule en pratique rhumatologique (Masson, 1959). / J. A. Key et H. Earle Conwell, Management of Fractures, Dislocations and Sprains (Saint Louis, 1961). /</p><p>H. von Rigst, Luxations Manuel. Spezielle Frak-turen und Luxationslehre. Ein kurzes Handbuch in f�nf B�nden (Stuttgart, 1964). / A. Rycker-vaert, Os et articulations (Flammarion, 1971).</p><p>artifices</p><p>Objets renfermant une ou plusieurs compositions pyrotechniques, avec �ventuellement une petite quantit� d�explosif propulsif ou d�explosif d�-</p><p>tonant, dont la mise en oeuvre produit un effet d�termin� : sonore, lumineux, m�canique, thermique, chimique, etc.</p><p>Pendant longtemps, les artifices furent utilis�s � des fins militaires ou pour des divertissements ; au XIXe s.</p><p>apparurent des artifices � emplois agricoles et industriels qui, depuis, se sont consid�rablement d�velopp�s.</p><p>Artifices de</p><p>r�jouissances</p><p>Les p�tards sont constitu�s par un �tui en carton, r�treint � ses extr�mit�s, dont l�une est pourvue d�une m�che pour l�allumage, et charg� avec de la poudre noire qui explose d�s qu�elle est atteinte par la flamme ; le bruit sec qui se produit alors est d� � l�onde de choc lanc�e dans l�air par les gaz sous pression, issus de la poudre.</p><p>Les serpenteaux, analogues aux p�-</p><p>tards, produisent un sifflement plus ou moins prolong�, parce que la poudre qu�ils renferment est moins vive que celle des p�tards, et est moins confin�e dans son enveloppe.</p><p>Les feux de Bengale se consument avec une flamme blanche ou color�e.</p><p>Les chandelles romaines sont des tubes garnis de poudre et de petits agglom�rats de composition pyrotechnique appel�s �toiles, qui sont projet�s successivement au cours du fonctionnement de l�artifice.</p><p>Les cierges merveilleux sont constitu�s par une tige m�tallique enduite d�une composition facile � enflammer et dont la combustion projette des gerbes d��tincelles blanches.</p><p>Les lances sont des tubes en carton ou en bois remplis d�une composition pyrotechnique, et qui servent � constituer des artifices mobiles, tels que les pastilles, les soleils et les girandoles, ou des d�cors, sortes de grands dessins</p><p>repr�sentant un sujet donn�.</p><p>Les fus�es d�artifices, ou fus�es volantes, sont des engins tubulaires autopropuls�s par une charge de poudre comprim�e ; leur partie sup�rieure, ou chapiteau, renferme une charge d��clatement qui disperse soit des �toiles, soit d�autres petits artifices retombant en pluie ; les retards dans l�allumage des artifices secondaires sont obtenus au moyen de conduits sp�ciaux appel�s espolettes ; pour assurer la r�gularit� de la trajectoire, les fus�es sont pourvues � l�arri�re d�une baguette.</p><p>Les artifices de th��tre servent � imiter, sur la sc�ne, l��clair, le tonnerre ou les �ruptions volcaniques.</p><p>Une famille d�artificiers :</p><p>les Ruggieri</p><p>Les cinq fr�res Ruggieri : Pietro, Francesco, Antonio, Petronio, Gaetano, naquirent � Bologne au d�but du XVIIIe s. �l�ves d�un des artificiers qui exer�ait son art en Italie, ils vinrent � Paris en 1730. S��tant rendus c�l�bres, ils furent charg�s par Louis XV, en 1739, d�organiser des divertissements pour</p><p>� son bon peuple �. Petronio prit en main la direction de cette entreprise et imagina de monter dans les jardins de Tivoli des spectacles inspir�s de la com�die italienne, avec op�ra et ballets, se terminant la nuit tomb�e par un petit feu d�artifice. En 1766, Louis XV fit don aux fr�res Ruggieri du ch�-</p><p>teau des Porcherons, situ� dans le quartier Saint-Georges, o� se d�roulaient des spectacles de haute qualit� r�serv�s � la noblesse et � la bourgeoisie.</p><p>Gaetano Ruggieri, qui avait quitt� Paris pour Londres, fut artificier du roi George II et devint c�l�bre par le grand feu d�artifice tir�, en 1749, dans le parc de Saint James, au cours duquel une sc�ne repr�-</p><p>sentait l�embrasement d�un � grand palais classique � dessin� par Servandoni, tandis qu�un orchestre jouait la Fireworks Music compos�e par H�ndel.</p><p>Petronio, auquel Louis XV d�cerna des lettres de grande naturalisation et le titre de gentilhomme de la Chambre, mourut en 1794. Il eut quatre filles et deux fils : Michel, mort en 1849, et Claude, mort en 1841, qui furent tous deux artificiers de Napol�on Ier et de Louis XVIII ; Michel laissa</p><p>un fils, Fran�ois (1796-1862), qui fut artificier du vice-roi d��gypte (1856). Le fils de Claude, D�sir�-Eug�ne (1817-1885), fut artificier de Napol�on III et membre de la Commission scientifique de la D�fense nationale. Il dirigea la manufacture qui porte son nom.</p><p>downloadModeText.vue.download 410 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>947</p><p>Constitution</p><p>d�un feu d�artifice</p><p>Depuis le XVIe s., il a �t� d�usage de tirer des artifices au cours des grandes f�tes ; un feu d�artifice classique commence par des tirs d�artifice sonores, qui forment l�annonce, continue par divers coups de feu avec des bombes d�artifice et des fus�es, entrecoup�s d�interm�des divers ; � la fin, apr�s un ou plusieurs bouquets, c�est-�-dire des tirs simultan�s d�assez nombreuses bombes, on proc�de � l�embrasement d�un grand d�cor.</p><p>Artifices de signalisation</p><p>Ils produisent un effet lumineux ou un effet sonore.</p><p>Les torches de signalisation br�lent pendant une dur�e qui peut atteindre dix minutes, avec une flamme g�n�ralement rouge.</p><p>Les fus�es de signaux sont la combinaison avec une fus�e d�un engin analogue comportant une espolette qui allume le signal quand la fus�e a atteint son point culminant ; certains signaux lanc�s par fus�e sont ensuite largu�s, suspendus � un parachute.</p><p>Les feux Coston, employ�s par</p><p>la Marine, transmettent un message simple selon un code appropri�, en faisant br�ler successivement deux ou trois feux color�s dans un ordre d�termin�.</p><p>Les cartouches Very, tir�es en l�air avec un pistolet sp�cial, br�lent dans la partie haute de leur trajectoire en �mettant une tra�n�e de fum�e color�e</p><p>(rousse, bleue, violette, etc.).</p><p>Les p�tards pour signal d�arr�t des chemins de fer, toujours plac�s par deux � un certain intervalle, sont simplement pos�s sur le rail et �mettent un bruit fort quand les roues d�un v�hicule les �crasent.</p><p>Artifices militaires</p><p>Les plus importants sont ceux qui servent � l�amor�age de munitions, dont certaines comprennent toute une succession d�artifices (amorce, tube fusant, dispositifs � retard, relais, renfor�ateurs, etc.) appel�e cha�ne pyrotechnique, qui aboutit � la charge principale de l�engin. Le G�nie emploie des allumeurs � traction et, pour les destructions d�ouvrages, des artifices de tir (amorces, cordeaux d�tonants) semblables � ceux qu�utilisent les car-riers et les mineurs.</p><p>Artifices agricoles</p><p>Ils servent � produire soit des fum�es ti�des pour la protection des arbres fruitiers contre le gel, soit des gaz toxiques qui tuent, dans leurs terriers, les renards ou autres animaux nuisibles ; ils servent aussi � �mettre des fum�es ou des a�rosols insecticides, et � �loigner, par le bruit, des animaux causant des d�g�ts.</p><p>Les fus�es paragr�les comprennent, outre la charge propulsive habituelle, une charge d��clatement qui �tait, jusque vers 1910, de la poudre noire, remplac�e depuis par un explosif chlorate ou tout autre explosif. Son explosion emp�che la gr�le de se former, d�une part en faisant cesser, par l�ionisation des fum�es de l�explosion, la surfusion de l�eau dans les nuages g�n�rateurs de gr�le, d�autre part en disloquant les tourbillons dans lesquels la gr�le se nourrit. Chaque ann�e, dans le Beaujolais, on utilise un nombre consid�rable de fus�es paragr�les.</p><p>Artifices industriels</p><p>Ils sont tr�s vari�s et de toutes sortes.</p><p>Un des premiers, qui joue encore un r�le important dans les travaux de</p><p>minage, est la m�che lente, dite aussi</p><p>� m�che de s�ret� �, pour mineur, ou enfin cordeau Bickford, du nom du mineur de Cornouailles qui l�inventa en 1831. Elle est constitu�e par une �me de poudre noire en grains fins, contenue dans une gaine de coton tress�, puis enduite de goudron pour la rendre imperm�able ; un tron�on de cette m�che �tant allum� � un bout, l��me de poudre d�flagre � la vitesse tr�s r�guli�re d�un m�tre en quatre-vingt-dix secondes, et crache un petit jet de flamme � l�autre extr�mit�.</p><p>Les rivets explosifs, g�n�ralement en alliage d�aluminium, ont une tige downloadModeText.vue.download 411 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>948</p><p>creuse renfermant entre 20 et 300 mg d�une composition pyrotechnique ; ils sont mis en oeuvre au moyen d�une sorte de pistolet qui maintient le rivet en place, tandis que la charge est amorc�e : la tige du rivet gonfle, ce qui assure le serrage des deux pi�ces � assembler.</p><p>Les cartouches pour pistolets de scellement sont de petits tubes de quelques millim�tres de long, comprenant une charge propulsive et une minuscule charge creuse ; ils servent � forer des trous r�guliers, peu profonds, dans le b�ton ou la ma�onnerie.</p><p>Dans les rupteurs de c�bles ou de tiges, une charge de poudre projette violemment une pi�ce m�tallique � ar�te vive contre la tige ou le c�ble � couper, qui est ainsi sectionn� presque instantan�ment.</p><p>Les chandelles g�n�ratrices de gaz fonctionnent en d�gageant une certaine quantit� d�un gaz d�termin� ; les chandelles � oxyg�ne, dont l�amor�age est obtenu par le choc d�un percuteur agissant lors de l�enl�vement d�une gou-pille, sont employ�es � bord des avions volant � haute altitude pour procurer aux passagers, dans le cas de baisse accidentelle et soudaine de la pression, une centaine de litres d�oxyg�ne pur, gr�ce auquel ils peuvent respirer</p><p>pendant le temps n�cessaire � l�avion pour descendre � basse altitude. Les chandelles � anhydride sulfureux sont utilis�es pour la d�ratisation des cales de navires.</p><p>Le ruban pyrotechnique, dont le</p><p>fonctionnement produit une temp�-</p><p>rature de 250 �C pendant une dizaine de secondes, sert � vulcaniser, in situ, le n�opr�ne en ruban avec lequel on confectionne des joints d��tanch�it�.</p><p>Les artifices chauffants, tels que les plaques de composition chauffante, sont employ�s dans la construction m�-</p><p>tallique pour soumettre � un traitement thermique des appareils de grande dimension, qu�il serait tr�s difficile ou impossible de traiter dans un four.</p><p>Parmi les autres artifices industriels figurent les cartouches pour le lancement des pistons des gros moteurs Diesel, les engins qui fournissent aux avions, au moment de leur envol, une pouss�e suppl�mentaire, les charges pour perforation des chemises m�talliques des puits de p�trole, les artifices qui d�clenchent le fonctionnement d�extincteurs d�incendie plac�s � poste fixe, enfin les artifices (d�tonateurs, cordeaux, etc.) servant � l�amor�age et au tir des chargements de trous de mine.</p><p>Artifices domestiques</p><p>En premier lieu figurent les allumettes* ; mais on doit citer aussi les petits pots fumig�nes servant � neutraliser les moustiques dans les habitations, et les artifices dits � antivols �, plac�s sur une automobile ou � la porte d�un poulailler.</p><p>L. M.</p><p>&#x25B6; Poudre / Pyrotechnie.</p><p>B A. Lotz, Das Feuerwerk (Leipzig, 1940). /</p><p>A. St. H. Brock, A History of Fireworks (Londres, 1949).</p><p>artillerie</p><p>Ensemble des mat�riels de guerre comprenant les bouches � feu, les munitions, les v�hicules charg�s de leur traction ou de leur transport, ainsi que</p><p>du transport du personnel affect� � leur service.</p><p>Initialement, le terme n�est pas li� � l�emploi de la poudre. On le rencontre d�s l��poque des croisades pour d�signer des machines de guerre ou des armes lourdes de toutes cat�gories (n�-</p><p>vrobalistiques, incendiaires, contondantes, etc.). Ces armes, connues depuis la plus haute antiquit�, ressor-tissaient � l�emploi de la force ou � celui de la ruse. Au Moyen �ge, le premier groupe comprenait le b�lier, la baliste, la catapulte, puis la bombarde. Le deuxi�me, imagin� et r�alis� sur place, avait re�u le nom d�engins. Ceux qui les inventaient et en dirigeaient le service �taient nomm�s � engeigneurs � ; ils sont les anc�tres des officiers du g�nie*. Ces engeigneurs, comme le personnel charg� du service des armes du premier groupe, appartenaient au corps de l�artillerie, qui ne constituait alors qu�une sp�cialit� de l�infanterie.</p><p>Vocabulaire</p><p>artillerie d�assaut, nom donn� en 1917</p><p>par le g�n�ral Estienne aux premiers chars de combat. (V. blind�.)</p><p>artillerie de campagne, celle qui est charg�e de l�appui des autres armes dans la bataille terrestre.</p><p>artillerie guid�e, celle qui est dot�e de missiles sol-sol ou sol-air.</p><p>artillerie lourde, celle qui comprend des canons de gros calibre (155 mm et au-dessus).</p><p>artillerie lourde sur voie ferr�e (A. L. V. F.), celle qui �tait dot�e d�un aff�t muni de bogies lui permettant de circuler sur voie ferr�e.</p><p>artillerie de montagne, celle, de petit et de moyen calibre, dont les mat�riels sont fractionnables en fardeaux susceptibles d��tre port�s � dos de mulet.</p><p>artillerie nucl�aire, celle qui est dot�e de projectiles nucl�aires.</p><p>artillerie tract�e, celle dont les pi�ces sont tir�es par des v�hicules � moteur.</p><p>artillerie de tranch�e, nom donn�, pendant la Premi�re Guerre mondiale, aux ma-t�riels � tir courbe utilis�s dans la guerre de tranch�e.</p><p>syst�me d�artillerie, ensemble de mat�-</p><p>riels de calibres divers, construits � la m�me �poque suivant les m�mes principes et poss�dant des caract�ristiques de fabrication voisines (le syst�me de Bange).</p><p>Apparition de la poudre</p><p>et des premiers canons</p><p>Les m�langes grossiers de soufre, de charbon et de salp�tre �taient connus dans l�Antiquit�. Perfectionn�s, ils conduiront � l�invention de la poudre*, utilis�e soit pour porter le feu chez l�ennemi (avec transport par des moyens classiques : fl�ches, boulets), soit pour constituer des engins d�nomm�s fus�es (par bourrage dans des tubes). Celles-ci pouvaient �tre des tubes fixes, souvent termin�s en t�te d�animaux crachant le feu devant eux (d�o� leur nom de bouche � feu), ou des tubes mobiles se d�pla�ant sous l�action de la poudre et transportant ainsi le feu. (V. autopropuls�.)</p><p>Les progr�s accomplis tant par les Arabes que par les Italiens amen�rent ces derniers � construire des tubes de m�tal courts, ferm�s � une extr�mit� et lan�ant soit un boulet ou une fl�che courte, soit un artifice incendiaire ou explosif. Cet engin �tait la bombarde, anc�tre du canon. Pour la premi�re fois en 1350 des canons figur�rent ainsi dans l�armement de Paris, et en l�espace de quarante ans toutes les villes de downloadModeText.vue.download 412 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>949</p><p>France engag�rent de fortes d�penses pour se doter de ce nouveau mat�riel, dont les projectiles �taient en g�n�ral des carreaux, c�est-�-dire de grosses fl�ches tr�s courtes.</p><p>Premi�re organisation de</p><p>l�artillerie (XVe-XVIe s.)</p><p>Lorsqu�en temps de guerre on avait besoin du service de l�artillerie, on faisait appel aux ma�tres artillers et engeigneurs, sortes d�entrepreneurs priv�s qui louaient � forfait le mat�-</p><p>riel et le personnel sp�cialis�. Ainsi se form�rent des corporations de ma�tres ouvriers (bombardiers et canonniers), qui, quand ils faisaient campagne, �taient aux ordres des mar�chaux de France et du grand ma�tre des arbal�triers, le plus souvent par l�interm�diaire d�un ma�tre de l�Artillerie, nomm� d�abord de fa�on temporaire.</p><p>En 1527, le ma�tre g�n�ral de l�Artillerie, cr�� par Louis XI en 1479, devient � grand ma�tre � et prend le pas sur celui des arbal�triers, qui dispara�t en 1543. Mais cette charge n�est pas militaire, et il n�existe encore aucune distinction entre l�artillerie de si�ge, l�artillerie de bataille et l�artillerie portative, c�est-�-dire entre l��norme veu-glaire, la couleuvrine ou l�escopette.</p><p>Les anciennes machines de guerre et les fus�es disparaissent pour faire place � une profusion de canons de toutes sortes et de tous mod�les.</p><p>La militarisation</p><p>de l�artillerie et</p><p>l�oeuvre de Louvois</p><p>Au d�but du XVIIe s., le roi de Su�de Gustave II Adolphe tenta le premier de moderniser l�artillerie, alors surtout orient�e sur la guerre de si�ge, pour la rendre capable d�appuyer les troupes sur le champ de bataille. Ainsi il engagea la Su�de dans la fabrication de mat�riel l�ger poss�dant une certaine mobilit� tactique.</p><p>En France, cette �volution fut suivie, et l�on commen�a � adopter les canons sur aff�ts � roulants � de 4, 8, 12 et 24 livres. La modification la plus importante fut toutefois l�int�gration de l�artillerie dans l�arm�e, afin de l�adapter de fa�on permanente � son emploi militaire. Ce fut l�oeuvre de Louvois*, appuy� dans ce domaine de fa�on</p><p>d�cisive par Louis XIV, qui comprit toute la valeur de cette arme encore nouvelle. Les corporations de ma�tres ouvriers canonniers furent supprim�es. En 1671 fut cr�� le r�giment des</p><p>fusiliers du roi, charg� de la garde de l�artillerie. Son personnel, en majeure partie compos� d�ouvriers du bois ou du fer, est l�anc�tre des techniciens du futur service de l�artillerie. En 1684, on constitua le premier v�ritable r�giment d�artillerie, le royal-bombardier, charg� du service des canons. L�arme de l�artillerie �tait cr��e, et ses unit�s �tablies � Strasbourg, Metz, Douai et La F�re, o� fonctionnaient d�j� des �coles techniques.</p><p>Naissance de l�artillerie</p><p>moderne (1715-1850)</p><p>Plus que toute autre arme, l�artillerie, qui d�sormais constitue partout un �l�-</p><p>ment essentiel des arm�es, allait b�n�-</p><p>ficier du progr�s technique du XVIIIe s.</p><p>H�ritant d�un mat�riel nombreux</p><p>(7 000 bouches � feu en 1715) mais encore singuli�rement disparate, Valli�re, nomm� premier inspecteur g�n�-</p><p>ral de l�artillerie, provoqua par une ordonnance royale de 1732 la r�duction � cinq des mod�les r�glementaires des bouches � feu. Les canons de 24, 16, 12, 8 et 4 livres �taient plus l�gers et plus courts que les pr�c�dents, et mieux �quilibr�s sur des aff�ts � roues.</p><p>� ces types de mat�riel, il ajouta un obusier de 8 pouces de diam�tre, deux mod�les de mortiers (8 et 12 pouces) et un pierrier de 15 pouces. Pour pallier le nombre insuffisant des canons l�gers, on utilisa un exp�dient consistant � donner � chaque bataillon d�infanterie un canon tr�s l�ger appel� rostaing.</p><p>Pendant la guerre de Sept Ans, on aboutit du c�t� fran�ais � un syst�me comportant des pi�ces l�g�res mais peu efficaces, diss�min�es et difficiles � approvisionner, tandis que l�artillerie de gros calibre, paralys�e par son immobilit�, �tait inutile si l�ennemi ne se pr�sentait pas dans son champ de tir.</p><p>Au contraire, Fr�d�ric II, passionn� de manoeuvres, avait r�organis� son artillerie sous le signe de la l�g�ret� et de la mobilit�, en cr�ant m�me des batteries dans lesquelles tout le personnel �tait � cheval.</p><p>Le syst�me Gribeauval</p><p>Les le�ons de la guerre de Sept Ans</p><p>ne furent pas perdues en France, gr�ce � l�intelligence et � l��nergie de Gribeauval. Pour am�liorer le syst�me Valli�re, il fit raccourcir et all�ger les pi�ces, adopter le caisson, munir de hausse les bouches � feu et g�n�raliser l�emploi des gargousses et des cartouches � boulet ensabot�. Distinguant nettement l�artillerie de campagne (canons de 4, 8 et 12 livres, obusier de 6 pouces), de l�artillerie de si�ge ou de place (canons de 8, 12, 16 et 24 livres, obusier de 8 pouces), le syst�me Gribeauval �quipa les arm�es fran�aises downloadModeText.vue.download 413 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>950</p><p>durant toutes les guerres de la R�volution et de l�Empire.</p><p>Jean-Baptiste Vaquette</p><p>de Gribeauval, premier</p><p>inspecteur g�n�ral</p><p>de l�artillerie</p><p>Celui qui allait faire de l�artillerie fran�aise la premi�re d�Europe �tait n� � Amiens en 1715.</p><p>Incorpor� au Royal Artillerie en 1732, il conna�t, apr�s un d�but de carri�re obscur, une destin�e fort mouvement�e. Au moment o� s�vit la querelle entre les</p><p>� rouges �, partisans du syst�me Valli�re (� plus une pi�ce est lourde, plus on y met de poudre, plus grande est sa port�e �), et les � bleus �, qui militent pour la mobilit� et la l�g�ret� des canons, Gribeauval est envoy� par le ministre Ren� de Voyer d�Argenson �tudier en Prusse les progr�s de l�artillerie. En 1757, il passe au service de l�Autriche et s�illustre pendant la guerre de Sept Ans dans la d�fense de Schweid-nitz contre les Prussiens. Rentr� en France en 1763, il est nomm� par Choiseul premier inspecteur g�n�ral de l�artillerie en 1764. C�est alors qu�il donne toute sa mesure et cr�e le syst�me d�artillerie auquel il laissera son nom, et qui est d�fini par l�ordonnance du 13 ao�t 1765. Sa mise en oeuvre sera laborieuse, car les partisans de Valli�re, soutenus par le ministre Montey-nard, s�y oppos�rent par tous les moyens, amenant m�me Gribeauval � se retirer en 1771 dans sa terre de Beauvel. Il fallut les</p><p>instances des mar�chaux de Broglie et de Soubise pour que, � l�appel du ministre Saint-Germain, il accepte en 1776 de reprendre sa charge de premier inspecteur g�n�ral, qu�il conservera jusqu�� sa mort, en 1789. � Le caract�re de Gribeauval, �crit le marquis de S�gur, �tait digne de son g�nie... Une fermet� noble lui faisait soutenir avec tranquillit� les revers et les contrari�t�s. �</p><p>Militarisation des conducteurs</p><p>Les effectifs de l�artillerie avaient �t� fix�s par un d�cret de 1790 � 7 r�giments de canonniers, 6 r�giments de mineurs et 10 compagnies d�ouvriers, soit 9 000 hommes en temps de paix, 15 600 en temps de guerre. Son organisation pr�sentait pourtant encore une grande lacune : c��taient en effet des charretiers de r�quisition ou des entrepreneurs de transport qui avaient la charge de tra�ner les pi�ces d�artillerie.</p><p>D�s que les balles sifflaient, ils avan�aient avec une extr�me prudence, sinon plus du tout, et c��taient les malheureux canonniers qui s�atte-laient � la bricole pour faire le reste du chemin au combat � la place des chevaux absents. En 1800, Bonaparte, pour rem�dier � cette situation, d�cida de remplacer les charretiers par des soldats formant un nouveau corps, appel� le train d�artillerie. La qualit� de ses mat�riels permit � l�Empereur de rechercher avec son artillerie des effets de masse : � Wagram (1809), c�est la grande batterie de cent pi�ces command�e par Lauriston qui emporta la d�cision. Mais les port�es sont encore limit�es : 500 � 800 m en tir � ri-cochet ; 1 500 � 2 000 m en tir courbe, plus impr�cis et moins efficace.</p><p>1829, cr�ation de la batterie</p><p>Les compagnies d�artillerie � 4 ou 6 pi�ces et les compagnies du train charg�es de leur transport n��taient r�unies que de fa�on temporaire pour le service en campagne. Pour simplifier le commandement de l�ensemble,</p><p>le comte Sylvain Charles Val�e (1773-1846), inspecteur g�n�ral, d�cida en 1829 de r�unir sous les ordres d�un seul capitaine, en une unit� organique appel�e batterie, les servants de six canons et le personnel conduisant leurs attelages. Cette r�forme, qui cr�ait l��l�-</p><p>ment de base de l�artillerie moderne, mettait un terme au lent et tr�s pragmatique d�veloppement de l�arme, inaugur�e par Louvois cent cinquante ans plus t�t.</p><p>Les grandes �coles de</p><p>l�artillerie fran�aise</p><p>� la veille de la R�volution, sept �coles, sises � Auxonne, Douai, La F�re, Grenoble, Metz, Strasbourg et Valence, forment les officiers d�artillerie. L�anc�tre de l�actuelle �cole d�application est cr��e � Ch�lons-sur-Marne en 1791 : Laplace y enseigna. En 1802, les �coles d�artillerie et du g�nie fusionnent � Metz, o� elles resteront jusqu�� leur implantation, en 1872, � Fontainebleau. C�est l� que s�affirmera la grande renomm�e de cette �cole, fille de Polytechnique, qui formera toute une lign�e d�artilleurs c�l�bres, parmi lesquels les mar�chaux Maunoury, Fayolle et Foch.</p><p>Repli�e en 1940 � N�mes, elle y est dissoute en 1942, et rouvre ses portes trois ans plus tard en Allemagne, � Idar-Oberstein, o� elle b�n�ficie du vaste champ de tir de Baumholder. En 1953, elle est r�install�e</p><p>� Ch�lons-sur-Marne, sa � garnison d�origine �, � proximit� des grands camps de la Champagne. H�riti�re de l��cole cr��e � Versailles en 1884 pour la formation des sous-lieutenants issus des sous-officiers, une �cole militaire de l�artillerie a fonctionn� � Poitiers de 1929 � 1940.</p><p>downloadModeText.vue.download 414 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>951</p><p>1850-1914 :</p><p>perfectionnements</p><p>techniques et</p><p>fabrications en s�rie</p><p>� partir de 1840 s�acc�l�rent les d�-</p><p>couvertes scientifiques, que de jeunes officiers comme Antoine Treuille de Beaulieu et Fran�ois Tamisier appliquent � l�artillerie. Son efficacit� va �tre singuli�rement accrue par l�apparition des tubes ray�s et l�emploi de projectiles oblongs pouvant �tre munis de fus�es � d�tonateurs, percu-tantes ou fusantes. C�est en Prusse que ces progr�s sont d�abord r�alis�s. En 1870, l�artillerie prussienne est �quip�e de canons en acier de 6 et 9 cm, dont le tube ray� est dot� d�une culasse se chargeant par l�arri�re. Tirant � 3 500 m des projectiles de 4 et 6 kg, ses canons sont tr�s sup�rieurs aux pi�ces fran�aises de 4 et de 12 en bronze, d�une port�e moindre, et qui se char-geaient par la bouche. Quant aux obus fran�ais, ils �taient munis de fus�es � d�tonateurs, mais, dans un dessein de simplification, celles-ci ne pouvaient �tre r�gl�es que pour les deux distances de 1 500 et 2 800 m. � cette date, les Fran�ais avaient toutefois con�u un mat�riel nouveau, le canon � balle de Reffye, qui, mal connu, fut tr�s mal employ� (sauf � Gravelotte, 1870), mais demeure l�anc�tre de la mitrailleuse*. Apr�s la d�faite de 1870-1871, la France adopte � son tour le tube ray� en acier et la culasse. De 1877 � 1881, un syst�me complet d�artillerie est mis</p><p>au point par le colonel Charles Ragon de Bange : il comprend une gamme de canons de montagne, de campagne, de si�ge et de c�te dont les calibres s��tagent de 80 � 270 mm.</p><p>Poudre B, m�linite, canon de 75</p><p>Dans le sillage du renouveau qui caract�rise l�arm�e fran�aise � la fin du si�cle s�inscrivent deux inventions, celle de la poudre B sans fum�e mise au point par Paul Vieille en 1884 et surtout celle de la m�linite (due � Eug�ne Turpin en 1885). Cette derni�re, en multipliant la puissance des projectiles dans la proportion de 1 � 25 va accro�tre de fa�on consid�rable l�efficacit� du feu de l�artillerie ; elle entra�nera notamment une modification assez profonde de la fortification*. Mais la r�volution la plus importante est celle qui donne � l�artillerie fran�aise un canon de campagne d�un type absolument nouveau, le 75</p><p>mod�le 1897 : gr�ce � la mise au point d�un lien �lastique entre le tube et l�af-f�t, il permet en effet une rapidit� de tir et une mobilit� inconnues jusqu�alors.</p><p>Synth�se la plus parfaite des progr�s de la technique, le 75 sera un mat�riel remarquable, que les Allemands cher-cheront � imiter sans pouvoir l��galer.</p><p>L�artillerie dans l�arm�e de 1914</p><p>B�n�ficiant d�un recrutement de haute valeur � elle est la � fille pr�f�r�e �</p><p>de l��cole polytechnique �, l�artillerie joue au d�but du si�cle un r�le consid�rable dans l�arm�e, o� elle s�affirme autant dans le domaine de la recherche technique que dans celui des r�alisations. La Revue de l�artillerie, cr��e en 1872, constitue un centre d��change et d�information de grande qualit�. La tactique d�emploi, �labor�e dans les c�l�bres cours de tir de Poitiers et de Mailly, ainsi que dans les �coles (Fontainebleau), s�appuie de fa�on syst�-</p><p>matique sur l�efficacit� du tir du 75</p><p>sur objectif � vue directe entre 3 000</p><p>et 5 000 m. Elle s�inscrit � merveille dans le cadre de la doctrine offensive affirm�e par un artilleur, le g�n�ral Foch, qui commande l��cole de guerre de 1907 � 1911. En 1910, le colonel Estienne, un autre artilleur, d�couvre toutes les possibilit�s d�observation</p><p>que l�a�roplane apporte � l�artillerie, et demande � qu�il entre dans son armement normal �. N�anmoins, l�engouement pour le 75 est tel que l�on pense qu�il peut accomplir toutes les missions du combat. � partir de 1902, il �quipe les r�giments de campagne (ils seront 62 en 1914), � l��chelon de la division (9 batteries) comme � celui du corps d�arm�e (12 batteries). Aussi les �tudes sur l�artillerie lourde men�es par le colonel Rimailho n�aboutissent-elles qu�� la mise au point du canon de 155 CTR, dont une centaine de pi�ces seulement seront r�alis�es en 1914.</p><p>Tout autre est la situation de l�artillerie allemande, qui fonde son action offensive sur la puissance de feu des pi�ces lourdes de 105 et de 150 � tir courbe dont elle a dot� divisions et corps d�arm�es, r�servant l�attaque des positions fortifi�es � des obusiers de 210 et � quelques mortiers de 305 (de type autrichien) et de 420 Krupp.</p><p>Le Service de l�artillerie</p><p>Une des r�formes fondamentales de l�ar-m�e fran�aise apr�s sa d�faite de 1870</p><p>fut la cr�ation, par la loi du 16 mars 1882, des � services � charg�s de pourvoir aux besoins g�n�raux des troupes. Parmi eux, le Service de l�artillerie occupa une place �minente. En dehors des �tudes techniques, au b�n�fice direct de l�arme, il eut pour mission d�assurer pour l�ensemble de l�arm�e la fabrication et la distribution de tous les mat�riels d�armement ainsi que de leurs munitions. Il avait alors la haute main sur les arsenaux et disposait d�unit�s et de personnels sp�cialis�s (ouvriers d�artillerie, contr�leurs d�armes, ma�tres armuriers, etc.). Jusqu�en 1914 la quasi-totalit� des fabrications s�effectuait dans ses arsenaux.</p><p>Seul le caract�re massif des besoins du front l�obligera, � partir de 1915, � traiter avec l�industrie priv�e. On con�oit que l�importance acquise par ce Service, qui exer�ait un pouvoir quasi absolu sur tous les armements fran�ais, am�nera son �clatement. Ses missions seront r�parties entre le Service des fabrications d�armement*</p><p>(1935), les Services du mat�riel* (1940), des transmissions* et des essences* (1942).</p><p>La Premi�re</p><p>Guerre mondiale</p><p>� Quand l�infanterie s�use, affirmait</p><p>d�s 1883 le g�n�ral allemand R�diger von der Goltz, l�artillerie passe au premier plan. � Telle fut bien, d�s la fin de 1914, la situation de tous les bellig�rants. Elle entra�na un d�veloppement spectaculaire de l�artillerie, tant dans le domaine quantitatif, qui en fit le plus gros client de la guerre industrielle, que dans le domaine qualitatif, o� ses m�thodes de tir et ses mat�riels connurent de remarquables perfectionnements. Cette �volution s�op�re sous le signe de la puissance : d�s 1916, � Verdun et sur la Somme, l�artillerie lourde, o� les Fran�ais cherchent � rattraper leur retard, devient d�terminante dans la bataille. On l�emploie en concentrations massives, et les d�lais qu�impose l�acheminement des trains de munitions conditionnent le rythme des grandes offensives. Le r�glage des tirs est confi� � une aviation d�observation, et leur pr�paration topographique b�n�ficie, gr�ce aux groupes de canevas de tir du g�n�ral Bourgeois, de plans directeurs � tr�s grande �chelle (1/5 000). On assiste, sous la conduite du colonel Pagezy, � la naissance de l�artillerie antia�rienne, tandis que la guerre de position d�veloppe une gamme innombrable de mortiers de tranch�e (les crapouillots). L�efficacit� du feu est accrue, � partir de 1916, par l�emploi de l�obus � gaz, dont Ludendorff cherchera � faire l�instrument tactique de la d�cision lors de ses offensives de 1918. Dans le domaine de l�artillerie lourde, les Allemands conservent leur avance et disposent alors de 7 900 pi�ces lourdes, contre 7 000 � l�ensemble des Alli�s. Ceux-ci, au contraire, ont mis l�accent sur la mobilit� du feu. C�est de l�artillerie d�assaut, cr��e en France par le g�n�ral Estienne, que na�tra l�arme blind�e*.</p><p>D�s 1916 commence la motorisation de l�artillerie avec la cr�ation des batteries de 75 port�es sur camions ; � c�t� du d�veloppement de l�artillerie lourde sur voie ferr�e appara�t celui de l�artillerie sur chenilles, de l�artillerie lourde tract�e, qui compte 260 batteries et 14 000 v�hicules en 1918, et qui conduit � repenser tout le probl�me de la mobilit� en fonction du moteur.</p><p>Ce prodigieux essor se traduit sur le plan des effectifs, et l�arm�e fran�aise, qui comptait 430 000 artilleurs en 1914</p><p>(soit 16 p. 100 de ses combattants), en d�nombrera 758 000 (soit 26 p. 100) en 1918, ann�e pendant laquelle la consommation de munitions de tous calibres d�passera 300 000 obus par jour.</p><p>L�entre -deux-guerres</p><p>Au lendemain de leur victoire, les Alli�s, et singuli�rement la France, se downloadModeText.vue.download 415 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>952</p><p>trouvaient � la t�te d�un immense parc d�artillerie, situation peu propice � son renouvellement. Aussi les progr�s r�alis�s entre les deux guerres furent-ils modestes. Alors que dans les arm�es �trang�res s�affirme la primaut� de l�obusier, la France seule fait exception. Malgr� sa port�e insuffisante et les d�fauts inh�rents au tir tendu, le 75, consacr� par la victoire, demeure intouchable. On s�effor�a toutefois de moderniser les mat�riels lourds, en utilisant notamment les aff�ts � fl�che ouvrante, qui permettaient une nette augmentation du champ de tir horizontal. Ainsi fut cr�� le 105 L 1936 ; mais le seul mat�riel r�ellement nouveau fut le canon antichar (en France, le 47 mm mod�le 1937), qui se r�v�la une arme excellente, fabriqu�e trop tardivement.</p><p>L�am�lioration la plus nette fut acquise dans le domaine de la mobilit� ; certaines unit�s furent munies de tracteurs � chenilles ou � roues, et m�me d�aff�ts chenilles. L�amplitude des d�placements de l�artillerie motoris�e atteignit 100 � 120 km par jour, progr�s consid�rable sur la traction hippomobile, qui demeurait malheureusement largement majoritaire dans l�artillerie fran�aise de 1939.</p><p>On con�oit que, dans ces condi-</p><p>tions, l�organisation de l�artillerie ait tr�s peu �volu� entre les deux guerres.</p><p>En Allemagne, les divisions disposeront en 1939 de 44 obusiers de 100 et de 150, et de 16 canons longs de 77</p><p>et de 100 mm. En France, l�artillerie divisionnaire (36 pi�ces de 75, 24 de 105 ou de 155, 8 pi�ces antichars de 47) demeure charg�e de l�appui direct</p><p>des troupes, abandonnant � l�artillerie de corps (48 pi�ces de 105 L ou de 155) les missions de contrebatterie et les objectifs �loign�s. Le dynamisme de l�arme et de ses cadres est encore entier, et s�efforce de suppl�er l�insuffisance technique d�un mat�riel encore tr�s nombreux.</p><p>La Seconde</p><p>Guerre mondiale</p><p>Alors que l��tat-major allemand fonde la r�ussite de son entreprise sur la puissance et la mobilit� de ses forces, il ne trouve en face de lui que des arm�es dont le mat�riel et l�organisation sont l�h�ritage direct de la guerre de position des ann�es 1915-1917. Cette situation explique les terribles d�boires de l�artillerie fran�aise en mai-juin 1940, qu�il faut attribuer avant tout au manque de mobilit� de ses batteries, trop souvent paralys�es par les h�catombes de chevaux effectu�es par les stukas. Le conflit marqua la fin de la traction hippomobile, remplac�e chez tous les bellig�rants par des batteries tract�es ou par des canons sur aff�t automoteur. La rapide d�sorganisation de l�artillerie fran�aise en 1940 avait souvent conduit les pi�ces de campagne � effectuer des tirs antichars ou anti-personnel par batteries isol�es, et certains avaient alors pens� que l�emploi en masse de l�artillerie allait devenir p�rim�. La suite des op�rations devait prouver le contraire, notamment sur le front russe, o� les Sovi�tiques, gr�ce � la cr�ation de divisions d�artillerie (canons et obusiers de 122 et 152 mm), r�alis�rent de v�ritables barrages massifs de feu qui bris�rent fr�quemment les assauts de la Wehrmacht. � partir de 1943 appara�t le mat�riel am�ricain, qui dominera peu � peu dans le camp alli� et �quipera notamment la Ire arm�e et la 2e D. B. fran�aises. Le syst�me d�artillerie am�ricain, tr�s homog�ne, comprenait des obusiers de 105, HM 2 et HM 7, et de 155, HM 1, tract�s ou automoteurs, compl�t�s par des canons de 155 Gun et par des mat�-</p><p>riels antichars et antia�riens bien adapt�s aux n�cessit�s de l��poque. D�une port�e suffisante (11 km pour le 105) et d�une pr�cision remarquable, les obusiers ne laissaient pratiquement aucun angle mort � l�abri de leurs feux. La</p><p>doctrine d�emploi avait peu �volu� et restait proche de celle qui �tait profess�e en France avant 1939 ; mais elle s�appuyait sur un mat�riel beaucoup mieux adapt� en raison de sa mobilit� et aussi d�un remarquable syst�me de transmissions. Fantassins ou chars purent ainsi b�n�ficier de d�tachements d�artillerie de liaison et d�observation aupr�s de leurs �l�ments les plus avanc�s (32 postes radio par groupe en 1945</p><p>contre 7 en 1939).</p><p>En ce qui concerne l�artillerie de campagne, la Seconde Guerre mondiale avait apport� plus de perfectionnements que de bouleversements par rapport � sa devanci�re de 1918. Les quelques nouveaut�s apparues concernaient notamment l�emploi des canons* sans recul et surtout celui des projectiles autopropuls�s*, mat�riels rustiques capables d�une tr�s grande puissance de feu. Enfin, l�artillerie alli�e obtenait ce qu�elle avait maintes fois r�clam� depuis 1918, � savoir sa propre aviation d�observation. Dot�e d�appareils particuli�rement maniables (piper-cub), celle-ci facilitera d�autant plus les r�glages qu�elle pouvait compter sur une sup�riorit� a�rienne qui ne cessera de s�affirmer jusqu�� la fin de la guerre.</p><p>L�artillerie depuis 1945</p><p>Dans les ann�es qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l�artillerie</p><p>� classique � semble avoir atteint un plafond dans son perfectionnement.</p><p>Son action s�int�gre �troitement dans la manoeuvre des feux terrestres et a�-</p><p>riens, mais elle reste caract�ris�e par la profondeur, la puissance et la permanence de ses possibilit�s.</p><p>L�artillerie divisionnaire semble alors stabilis�e � trois groupes d�obusiers de 105, tract�s, et un ou deux groupes de 155, appuy�s par deux avions d�observation. S�il s�agit de divisions blind�es, les 105 sont �videmment automoteurs.</p><p>C�est dans ce cadre que se r�organise l�artillerie fran�aise, d�abord avec du mat�riel am�ricain, puis avec le ma-t�riel national assez remarquable qui est r�alis� � partir de 1950 : obusiers de 105 et de 155 mod�le 1950, obu-</p><p>siers automoteurs de 105 sur ch�ssis de char AMX, ult�rieurement canons de 155 automouvants, obusiers adapt�s aux troupes a�roport�es, canons sans recul de 75 et de 105 mm, engins mul-titubes, etc. L�articulation de l�arme avait atteint le maximum de souplesse : chaque commandant d�artillerie pouvait en effet distribuer tout ou partie de ses moyens aux �chelons subordonn�s, et les reprendre en main dans le minimum de temps. � cette souplesse d�emploi permise par la qualit� des transmissions s�ajoutait l�aisance de la mise en oeuvre, due � la qualit� excellente de mat�riels sans cesse perfectionn�s depuis 1914. Les recherches continuaient notamment pour les</p><p>mat�riels a�roport�s de petit calibre parachutables avec leur personnel. Ces mat�riels �taient encore d�compos�s en plusieurs fardeaux, et il fallait reconstituer l�obusier apr�s l�arriv�e de ses �l�ments au sol...</p><p>L�artillerie dans le cadre</p><p>de la guerre nucl�aire</p><p>L�apparition, � partir de 1953-1955, des armes atomiques tactiques allait bouleverser cette relative stabilisation de la longue histoire de l�artillerie. En mai 1953, l�arm�e am�ricaine ex�cu-tait au Nevada le premier tir par canon d�un projectile muni d�une charge nucl�aire de 20 kt. D�un calibre de 280 mm, port� par trucks, le canon atomique tirait � 32 km soit un obus atomique de 450 kg, soit un projectile de type classique de 360 kg. Ce canon sera suivi d�autres mod�les � tels l�obusier automoteur de 203 mm M 108 et le canon de 175 mm � et surtout de la g�n�ralisation de l�emploi par l�artillerie de roquettes et de missiles susceptibles eux aussi d��tre �quip�s d�ogives atomiques.</p><p>La roquette la plus courante, qui arme les divisions fran�aises depuis leur r�organisation en 1959, est la roquette am�ricaine Honest John (d�une port�e de 4 � 40 km), qui doit faire place rapidement au missile tactique sol-sol � Pluton �, dont la port�e pr�-</p><p>vue est de 120 km.</p><p>Ainsi le feu nucl�aire tactique, susceptible de renverser brutalement le</p><p>rapport des forces en pr�sence, devient l��l�ment essentiel de la manoeuvre d�ensemble des armes. L�emploi de ces projectiles atomiques, qui augmentent singuli�rement l�ampleur et la profondeur du champ de bataille, n�cessite une recherche de plus en plus lointaine du renseignement. Aux proc�d�s classiques utilis�s pour fouiller le terrain sur une profondeur d�une dizaine de kilom�tres, se sont ajout�s des moyens modernes permettant de pousser des reconnaissances jusqu�� plus de 100 km � l�int�rieur du dispositif adverse. � cet effet, � c�t� des radars d�artillerie sol-sol, dont les port�es ne d�passent pas l�horizon visible, on a mis au point des missiles de reconnaissance (tel l�engin fran�ais R 20) munis de la t�l�vision et d�appareils photographiques destin�s � effectuer des incursions programm�es sur une profondeur pouvant atteindre 150 km.</p><p>Une telle r�volution devait se traduire au niveau de l�organisation de l�artillerie. Elle affecte directement le r�le de l�artillerie divisionnaire, qui est devenue non seulement le plus petit �chelon de mise en oeuvre des feux nucl�aires, mais aussi l��chelon le plus �lev� � employer encore le feu des projectiles classiques.</p><p>En raison notamment du ph�nom�ne de l�escalade, qui fait que l�emploi des feux nucl�aires demeure toujours �troitement li� aux d�cisions prises par les �chelons les plus �lev�s du commandement, l�artillerie classique conserve en de nombreux cas une valeur essentielle au combat. Sa souplesse, sa mobilit� (ses pi�ces sont aujourd�hui toutes mont�es sur aff�t automoteur), la pr�-</p><p>cision de son tir et la permanence de ses feux font qu�elle demeure un �l�-</p><p>ment indispensable dans la conduite de la bataille terrestre. Toutefois, en raison de la puissance de feu unitaire de l�artillerie nucl�aire, la densit� de l�artillerie classique a consid�rablement diminu�, et n�a plus rien de com-downloadModeText.vue.download 416 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>953</p><p>parable avec celle que connurent les</p><p>deux guerres mondiales.</p><p>A. D. et R. S.</p><p>&#x25B6; Arme / Canon / Missile / Nucl�aire / Tir.</p><p>B I. Fav�, �tude sur le pass� et l�avenir de l�artillerie (Dumaine, 1862-1863 ; 2 vol.). /</p><p>G�n�ral Challeat, l�Artillerie de terre en France pendant un si�cle, 1816-1910 (Charles-La-vauzelle, 1935 ; 2 vol.). / A. Duvignac, Motorisation de l�artillerie (Berger-Levrault, 1938). / Les Canons. Histoire illustr�e de l�artillerie (Edita, Lausanne, 1971).</p><p>artillerie navale</p><p>Ensemble des canons utilis�s par la Marine � bord des b�timents de guerre.</p><p>Reine des batailles sur mer jusqu�� l�apparition des torpilles et des missiles, l�artillerie navale ne comporte plus aujourd�hui que des canons antia-</p><p>�riens de faible et moyen calibre.</p><p>Les origines</p><p>L�emploi de l�artillerie sur mer remonte au milieu du XIVe s., sans que l�on puisse dater avec grande pr�cision l�apparition des canons � bord des vaisseaux. Les premiers canons embarqu�s �taient d�ailleurs des pi�ces de petit calibre. Il faut attendre le d�but du XVIe s. pour voir mentionner dans les textes de l��poque de grosses bouches � feu � bord des grandes nefs. C�est ainsi que la Charente en portait quatorze en 1512. En France, les premi�res pi�ces d�artillerie sp�cialement con�ues pour la Marine ont �t� command�es par Richelieu en 1624 au fondeur Gentillot.</p><p>Ce sont des canons en bronze de belle facture : il subsiste encore aujourd�hui quelques exemplaires des canons de cette �poque en bon �tat de conservation et qui pr�sentent une r�elle valeur artistique.</p><p>Du canon de bronze au</p><p>canon de fer (XVIIe-XVIIIe s.)</p><p>Au XVIIe s., les quatre puissances qui se disputent l�empire des mers � l�Espagne, l�Angleterre, la Hollande et la France � mettent � la mer de grandes et belles escadres, dont l�armement exige de nombreux canons.</p><p>En France, apr�s l�arriv�e de Colbert au minist�re de la Marine en 1661, l�artillerie navale, ind�pendante du grand ma�tre de l�artillerie depuis Richelieu, va s��quiper en vue d�importantes op�-</p><p>rations. Le parc d�artillerie de la Marine de Colbert et de son fils Jean-Baptiste de Seignelay comptera de 6 000</p><p>� 8 000 canons, nombre consid�rable, qui s�explique quand on sait que l�amiral de Tourville commandait � la mer, en 1693, une flotte de 93 vaisseaux portant chacun de 50 � 100 bouches � feu.</p><p>Durant le XVIIIe s., toutes les marines remplacent progressivement les canons de bronze par des canons de fonte de fer, qui co�tent cinq fois moins cher. Ces derniers, qui donn�rent lieu d�abord � de graves m�comptes, finiront par s�imposer d�finitivement, et les mod�les �labor�s entre 1750 et 1780 ne changeront gu�re jusqu�au milieu du XIXe s. Puis les progr�s de la m�tallurgie, entre 1800 et 1850, feront appara�tre, sous le second Empire, un mat�riel voisin de la perfection, au moment o� les performances de l�artillerie ray�e d�classeront peu � peu les canons lisses, arriv�s � leur apog�e. Avec l�acier fondu, l�artillerie navale entre dans son troisi�me �ge, celui des mo-d�les ray�s � grande puissance. Apr�s avoir domin� les mers pendant les deux guerres mondiales, ils devront s�effacer devant les missiles, qui prennent leur rel�ve � partir de 1950, et dont l�emploi est aujourd�hui entr� dans la pratique courante.</p><p>Les mat�riels et</p><p>les calibres</p><p>� l�origine, le calibre d�un canon est d�fini par le poids du projectile qu�il peut tirer. Un canon de 36 tire un boulet sph�rique massif de fonte de 36 livres (soit un peu moins de 18 kg).</p><p>� partir de 1661, il existe sept calibres r�glementaires dans la Marine, qui sont par ordre d�croissant le 36</p><p>(diam�tre int�rieur de 174 mm), le 24 (151 mm), le 18 (138 mm), le 12</p><p>(120 mm), le 8 (105 mm), le 6 (95 mm) et le 4 (83 mm). Pour les petits calibres</p><p>� 8, 6 et 4 �, il existe un mod�le long et un mod�le court. Le poids d�un canon s�obtient en multipliant le poids</p><p>du boulet par un coefficient voisin de 250. Cette r�gle est approximative. En effet, les proc�d�s de fabrication sont empiriques, et les mod�les de cette �poque ne pr�sentent pas encore une r�gularit� conforme aux r�glements en vigueur. En fait, chaque fondeur d�terminait lui-m�me les �paisseurs en respectant le calibre, et il faudra attendre la fin du XVIIIe s. pour avoir des s�ries de canons identiques.</p><p>Ces mat�riels sont manoeuvres �</p><p>bras. Il faut 14 hommes pour servir un canon de 36, qui, aff�t compris, p�se plus de 4 tonnes. Cela explique les effectifs �lev�s des vaisseaux de l��poque : un cent-dix-canons comptait 1 100 hommes d��quipage. Les approvisionnements en munitions �taient consid�rables, en moyenne 50 coups par pi�ce, ce qui, pour un vaisseau de 100 canons, repr�sentait 5 000 boulets et 30 tonnes de poudre. Aux boulets ordinaires s�ajoutaient les boulets ram�s (deux demi-boulets r�unis par une cha�ne), les boulets rouges (boulets chauff�s au rouge dans la forge du bord), tir�s avec une bourre sp�ciale en varech interpos�e entre la poudre et le projectile, les anges � deux t�tes (deux demi-boulets r�unis par une barre rigide), les bo�tes � mitraille, constitu�es par de grosses balles sph�riques pour neutraliser le personnel � d�couvert sur les ponts.</p><p>La � nouvelle artillerie �</p><p>Au d�but du XIXe s. apparaissent la caronade et le canon obusier. La caronade, canon court et l�ger, tire sans beaucoup de pr�cision une bo�te � mitraille de faible port�e. Sa carri�re sur mer sera courte, et, vers 1840, elle est consid�r�e comme inefficace.</p><p>Le canon obusier, mis au point par le colonel Paixhans (1783-1854), s�imposera tr�s lentement, mais sa redoutable efficacit� en fera le p�re des canons modernes. Il tire en effet un projectile creux rempli de poudre, qui explose apr�s avoir frapp� le but.</p><p>Le canon Paixhans marque une mu-</p><p>tation dans l��volution de l�artillerie navale. Le calibre de 220 mm permet d��tudier les probl�mes de la grosse</p><p>artillerie et leurs r�percussions dans la construction navale. Les effets des obus sur les coques en bois sont tels qu�il faut envisager de les prot�ger par une cuirasse. Pour les vaisseaux de l��poque 1840, le cuirassement impo-sait de tripler leur d�placement. Du m�me coup, la voile n��tait plus adapt�e, d�o� la n�cessit� de la propulsion et l�appel � la vapeur. Le r�sultat de ces conceptions nouvelles fut un b�timent construit en bois et fer par Stanislas Dupuy de L�me, et lanc� en 1859 : la fr�gate cuirass�e Gloire, premier navire de combat prot�g� des Temps modernes ; il �tait arm� de 6 canons de 240 mm et de 2 de 164 mm. Au</p><p>canon de 24 cm, qui p�se 14 t, succ�de le canon de 27 cm, qui p�se 21 t. Sous le second Empire, on arrive � fondre des pi�ces de 38 t. Ces nouveaux canons sont ray�s et se chargent par la culasse apr�s que les syst�mes de fermeture de Martin von Wahrendorff et Giovanni Cavalli ont �t� mis au point.</p><p>Toutefois, ces mat�riels en fonte, cercl�s ou frett�s d�acier, ne sont pas encore assez r�sistants pour adopter de grandes vitesses initiales, et les port�es efficaces des projectiles ne d�passent gu�re 2 000 m. Pour am�liorer ces performances, il faut attendre les mat�riels en acier.</p><p>L�artillerie en acier</p><p>Elle voit le jour � la fin du XIXe s, � peu pr�s simultan�ment en France (canons Petin et Gaudet), en Allemagne (canon Krupp) et en Angleterre (canons Armstrong et Whitworth).</p><p>Avec l�acier fondu, la r�sistance des pi�ces � l��clatement devient suffisante pour supporter l�emploi de poudres plus puissantes, donnant des vitesses initiales plus �lev�es. Ces nouveaux mod�les vont se g�n�raliser et se diff�rencier suivant les usages auxquels ils sont destin�s. Dans toutes les marines, cette �volution s�effectuera parall�lement, tandis que la disparition des m�tures conduisait � disposer les canons en r�duits cuirass�s, puis sous tourelles blind�es. Au vaisseau de ligne de 2 500 t succ�de le cuirass�*, qui passera de 8 000 � 45 000 t entre 1870 et 1944, et qui arme trois sortes de canons :</p><p>1. L�artillerie principale, compos�e de pi�ces susceptibles de tirer de 15 000 � 30 000 m. Les calibres sont pratiquement les m�mes dans tous les pays : 280 mm, 305 mm, 340 mm, 380 mm</p><p>et 406 mm. Les projectiles passent de 300 kg pour le 280 � 550 kg pour 340, et � une tonne pour le 406. Les Japonais utiliseront m�me le 457 mm � bord de leurs supercuirass�s de 70 000 t pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette artillerie est �videmment tr�s co�teuse, et sa mise au point exige de gros moyens dans les domaines techniques de la fabrication et de l�utilisation ; 2. L�artillerie secondaire, dont les calibres s��tagent de 100 � 152 mm, et qui tire de 8 � 15 coups par minute, ce qui entra�ne une d�pense de munitions r�duisant la dur�e du tir � quelques minutes de feu. Cette artillerie est destin�e � la d�fense contre les attaques des b�timents l�gers ;</p><p>3. L�artillerie antia�rienne, qui est devenue n�cessaire pour d�fendre les b�timents contre des avions torpilleurs et bombardiers. Elle est caract�ris�e par l�emploi des petits et moyens calibres (entre 37 et 100 mm). Ces mat�-</p><p>riels, enti�rement automatis�s, ont des cadences de tir tr�s �lev�es (100 coups par minute). Les derniers mod�les mis au point sont associ�s � des radars de r�glage d�artillerie � poursuite automatique, envoyant les �l�ments de calcul � des ordinateurs. Les canons downloadModeText.vue.download 417 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>954</p><p>de marine sont mont�s sous tourelles pour les moyens et gros calibres, sur aff�ts l�gers munis de masques pour les petits calibres. Les tourelles sont manoeuvr�es �lectriquement, et toutes les op�rations de chargement et de pointage se font � l�aide d�auxiliaires �lectriques.</p><p>Aff�ts et batteries :</p><p>disposition des canons �</p><p>bord des vaisseaux</p><p>L�aff�t marin est une sorte de caisse en bois d�orme ou de ch�ne, mont�e sur quatre roulettes, o� le canon repose sur ses tourillons tenus dans des logements en fer forg�, encastr�s dans les c�t�s de la caisse. � bord, il est tenu par trois palans : deux sur les c�t�s et un sur l�arri�re. Les palans de c�t� sont amarr�s � droite et � gauche de l�embrasure pratiqu�e dans la muraille du vaisseau, et que l�on appelle le sabord. Un gros cordage, la brague, amarr� sur les c�t�s du sabord et passant � travers les flasques de l�aff�t, limite le recul au d�part du coup.</p><p>Sur les nefs, � la fin du Moyen �ge, les canons sont dispos�s sur les ch�teaux avant et arri�re. Avec l�invention du sabord, ils sont r�partis en batterie le long des flancs du navire. Un vaisseau comporte deux ou trois batteries, sans compter les canons du pont, qui constituent une batterie suppl�-</p><p>mentaire. Pour des raisons d��quilibre, les gros canons arment la batterie basse, et les petits canons les ponts, les batteries interm�diaires recevant des canons de moyen calibre. � partir de 1820, dans la marine fran�aise, les calibres sont unifi�s, et le canon de 30 livres remplace tous les autres. Il en existe quatre mod�les de poids d�croissant, les plus lourds �tant r�serv�s � la batterie basse.</p><p>A. L.</p><p>&#x25B6; Armement / Cuirass� / Marine / Tir.</p><p>B Denoix et J. Muracciole, Historique de l�artillerie de la Marine (in � M�morial de l�artillerie fran�aise �, 1963-1964).</p><p>artisanat</p><p>M�tier de celui (artisan) qui, pour son compte personnel, ex�cute seul ou � l�aide de quelques compagnons et apprentis un travail manuel, et qui se charge g�n�ralement lui-m�me d�en commercialiser le produit. Ensemble des artisans.</p><p>La situation de l�artisanat contraste avec celle des autres secteurs de l�activit� �conomique : l�artisan a un comportement psycho-sociologique �troitement li� au mode d�exercice, en qualit� de chef d�entreprise, d�une activit� �conomique g�n�ralement manuelle.</p><p>En premier lieu, il peut utiliser un petit</p><p>�quipement, mais son travail repr�sente la part essentielle dans la cr�ation des objets qu�il fabrique. En second lieu, ce travail est un travail d�ex�cution, ce qui le distingue de l�entrepreneur, qui assure une fonction de direction, et de l�artiste, dont l�oeuvre est une cr�ation.</p><p>En troisi�me lieu, le travail fourni est un travail qualifi�, marqu� d�habilet� et de connaissances professionnelles.</p><p>L�essentiel du travail artisanal est donc constitu� par le � m�tier �, compos� d�aptitudes d�autant plus diverses et d�autant moins sp�cialis�es que le d�veloppement �conomique est plus faible. C�est en effet dans les r�gions peu d�velopp�es que l�on peut rencontrer de larges polyvalences. Enfin, cet homme de m�tier, propri�taire de son fonds et de son exploitation, est un chef d�entreprise, ce qui le distingue des travailleurs � domicile ou des ouvriers d�usine. Il peut travailler seul ou avec quelques membres de sa famille, ou m�me avec des ouvriers (toujours en nombre restreint), avec lesquels il est constamment en contact personnel, ce qui engendre une communaut� de pens�e et un attachement au m�tier.</p><p>La place des artisans</p><p>dans la population active</p><p>En 1965, la France �tait au sein du March� commun le pays o� le pourcentage des travailleurs artisanaux par rapport � la population active �tait le plus faible : 7,3 contre 16,1 pour l�Allemagne f�d�rale, 11,8 pour la Belgique, 18,6 pour le Luxembourg, 11,4</p><p>pour les Pays-Bas et 14,5 pour l�Italie.</p><p>La population active artisanale est de l�ordre de 10 p. 100 de la population active totale ; au 31 d�cembre 1970, on d�nombrait quelque 755 000 artisans, la population active artisanale totale s��levant � 2 075 000 personnes (� cette date, 41,7 p. 100 des artisans travaillaient seuls et 58,3 p. 100 employaient de la main-d�oeuvre). Les artisans �taient environ 770 000 en 1972</p><p>et 785 000 en 1974 : leur nombre est donc relativement stable.</p><p>L�importance num�rique des arti-</p><p>sans est en d�clin dans le Nord, la Champagne, le Limousin et en accroissement en Alsace, dans le Languedoc, en Provence et dans la r�gion pari-</p><p>sienne. L�alimentation, le b�timent et la r�paration regroupent plus des deux tiers de l�ensemble de la population active artisanale : en 1973, dans le secteur du b�timent, on comptait environ 220 000 entreprises artisanales de moins de 5 salari�s. Le chiffre d�affaires total de l�artisanat, de l�ordre de 100 milliards de francs en 1972, s��levait � 200 milliards en 1974.</p><p>Qu�est-ce</p><p>qu�un artisan ?</p><p>Il existe deux d�finitions l�gales de l�artisan :</p><p>y Est obligatoirement immatricul� au r�-</p><p>pertoire des m�tiers le chef d�entreprise</p><p>� n�employant pas plus de cinq salari�s, qui a une activit� de production, de transformation, de r�paration ou de prestations de services, � l�exclusion des entreprises agricoles ou de p�che, des entreprises de commission, d�agence, de bureau d�affaires, de celles qui se limitent � la vente ou � la location de choses achet�es en l��tat, ou dont les prestations ont un caract�re sp�-</p><p>cifiquement intellectuel � (le conjoint du chef d�entreprise, ses ascendants, descendants, collat�raux ou alli�s, de m�me que trois apprentis ou handicap�s physiques ou d�biles mentaux n�entrent pas en ligne de compte).</p><p>Est artisan en son m�tier l�artisan qui justifie d�une certaine qualification et prend personnellement part � l�ex�cution du travail.</p><p>Est ma�tre artisan en son m�tier l�artisan qui justifie d�une habilet� technique et d�une qualification sup�rieure dans son m�tier, ainsi que d�une culture professionnelle attest�e par la possession du brevet de ma�trise (ou d�un dipl�me �quivalent)</p><p>[d�cret du 1er mars 1962].</p><p>y B�n�ficie seul d�exon�rations fiscales l�artisan qui se fait aider uniquement par son conjoint, ses p�re et m�re, ses descendants, un compagnon et un apprenti (article 184</p><p>du Code g�n�ral des imp�ts).</p><p>Les perspectives</p><p>de l�artisanat</p><p>L�id�e r�pandue de consid�rer l�artisa-</p><p>nat comme un reliquat du pass� vient de son histoire prestigieuse, et notamment du caract�re original et remarquable de son organisation et de son insertion dans la soci�t� depuis le Moyen �ge jusqu�� la r�volution industrielle sous la forme des corporations*, auxquelles on a fr�quemment attribu� un r�le de frein � l�industrialisation, �galement de l�absorption et de la transformation de m�tiers artisanaux par la grande industrie, de la disparition spectaculaire, due au progr�s technique, de nombreux m�tiers (mar�chaux-ferrants, sabotiers, bourreliers-selliers, charrons), et de l�impossibilit� pour l�entreprise artisanale, par d�finition, de donner lieu � cette diff�renciation des fonctions dont on a fait souvent l�un des crit�res de la rationalit� et de la modernit�.</p><p>En r�alit�, l��volution �conomique contemporaine lui ouvre des perspectives nouvelles. En effet, le progr�s technique, qui rend d�suets certains m�tiers, en suscite sans cesse de nouveaux, s�exer�ant dans un cadre artisanal (photographie, proth�se dentaire, petits m�tiers de l��lectricit� et de l��lectronique). L�am�lioration du niveau de vie et la transformation du genre de vie depuis le d�but du si�cle donnent une impulsion nouvelle � un artisanat traditionnel : m�tiers de l�alimentation, des soins corporels, artistiques. Mais, surtout, la grande industrie se r�v�le avoir de plus en plus recours � des petites entreprises, avec lesquelles elle sous-traite.</p><p>Trois voies sont ouvertes � l�artisanat. D�abord, le d�veloppement de l�automobile, de la t�l�vision, de l��quipement �lectrom�nager et du confort domestique ont suscit� d��normes besoins d�entretien et de r�parations ; en quelque sorte, l�� artisanat de service � en vient � assurer, dans le sillage de la grande industrie, le service apr�s-vente. Ensuite, l��l�-</p><p>vation g�n�rale du niveau de vie et des revenus, le ph�nom�ne d�urbanisation inclinent les individus � souhaiter des services ou des produits de plus en plus personnalis�s, ce qui donne une chance � un artisanat d�art et de cr�ation, fixant lui-m�me une main-d�oeuvre jeune. Enfin, � la rigidit� de la grande industrie, l�artisanat oppose sa capacit�</p><p>d�adaptation � des besoins d�termin�s et sa souplesse de fabrication face � un besoin industriel pr�cis. C�est l�artisanat de production et de transformation, li� parfois � la grande industrie par des contrats de sous-traitance et lui fournissant des biens interm�diaires ou des mod�les hautement sp�cialis�s. Mais, pour profiter de ces possibilit�s, les artisans doivent se former et s�informer sur les derni�res techniques, et s�initier � la gestion et � la vente.</p><p>Il faut noter enfin les aides publiques � l�artisanat : les artisans souhaitant s�installer dans une r�gion rurale ou en zones urbaines nouvelles ou r�nov�es pourront b�n�ficier de primes d�installation. (D�cret du 29 ao�t 1975.) La d�fense</p><p>professionnelle et</p><p>les organisations</p><p>Les menaces pesant en permanence non pas sur l�artisanat en g�n�ral mais sur chaque type d�artisanat en particulier expliquent la sensibilit� p�riodique de ce secteur aux actions directes ou extr�mistes. Les d�buts de l�organisation artisanale remontent en France au lendemain de la Premi�re Guerre mondiale. Le m�me effort patient qui a conduit � la cr�ation de chambres de downloadModeText.vue.download 418 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>955</p><p>m�tiers (1925) et � la constitution de syndicats (il existe aujourd�hui quatre conf�d�rations, la Conf�d�ration nationale de l�artisanat et des m�tiers, la Conf�d�ration g�n�rale de l�artisanat fran�ais, la Conf�d�ration de l�artisanat et des petites entreprises du b�timent, enfin la Conf�d�ration nationale des artisans ruraux, auxquelles il convient d�ajouter le Centre des jeunes artisans) a permis une adaptation progressive aux imp�ratifs de la soci�t� industrielle (l�gislation, formation, probl�mes difficiles du cr�dit, voire recherche). Les coop�ratives pour l�achat, la vente, l�utilisation en commun du mat�riel, etc., sont moins d�velopp�es en France que dans d�autres pays europ�ens, notamment la Scandinavie.</p><p>L�artisanat en dehors des pays occidentaux</p><p>Dans les pays en voie de d�veloppement, o� l�artisanat assure l�essentiel de la production et occupe une importante main-d�oeuvre, on assiste � des processus comparables � ceux qui accompagn�rent l�industrialisation occidentale. D�importants secteurs artisanaux qui furent prosp�res et parfois exportateurs (cotonnades de l�Inde et soie de Chine) ont p�riclit�, concurrenc�s par la production industrielle �trang�re, les grandes entreprises nationales ou le progr�s technique. L�exemple japonais montre cependant que l�industrialisation peut aller de pair avec l�essor de l�artisanat sp�cialis�.</p><p>De nombreux gouvernements orga-</p><p>nisent l�assistance technique artisanale et incitent � la formation de coop�ratives pour r�pondre au d�fi lanc� par la rationalit� industrielle. Certains emplois relatifs � l�approvisionnement, au cr�dit et aux d�bouch�s sont incompatibles avec cette rationalit�.</p><p>B. M. et G. R.</p><p>&#x25B6; Professionnelle (organisation).</p><p>B J. Robert, l�Artisanat et le secteur des m�-</p><p>tiers (A. Colin et Bourrelier, 1966).</p><p>Artois</p><p>R�gion du nord de la France.</p><p>G�ographie</p><p>Le terme d�signe g�ographiquement un bombement orient� N.-O. - S.-E., de la fosse du Boulonnais, sur les bords de laquelle il culmine � un peu plus de 200 m, � Arras, o� il s�abaisse � un peu moins de 100 m (seuil de Bapaume).</p><p>Vers le sud, les altitudes s�abaissent mais restent voisines de 120-140 m.</p><p>Par contre, vers le nord, la pente est plus abrupte ; une d�pression, dont l�altitude est inf�rieure � 30 m, longe l�Artois de Calais � Lens, en passant par Saint-Omer. C�est la limite entre le Bassin parisien et le bassin de la mer du Nord qui introduit, de part et d�autre, des modes diff�rents d�occu-</p><p>pation du sol. La craie donne un paysage vallonn�, o� des vall�es s�ches voisinent avec des vall�es aux eaux rapides. Elle est recouverte, � l�est, de plusieurs m�tres de limons qui c�dent la place, � l�ouest, � des argiles m�l�es de silex (le � bief �), moins propices � l�agriculture.</p><p>Cette diff�rence est importante, car l�Artois, au sens strict, est essentiellement rural. Les champs n�y sont pas enclos ; l�habitat est group� en villages. Le sud-est est plus fertile, plus proche aussi de l�axe de circulation du seuil de Bapaume ; la densit� y est de l�ordre de 40 ; on y cultive le bl�, la betterave � sucre ; Saint-Pol-sur-Ter-noise est un centre actif ; l�extr�me est se polarise sur Arras. Le nord-ouest s�oriente davantage vers l��levage, la densit� descend au-dessous de 40, et l�am�nagement de l�espace y pose des probl�mes d�licats : c�est la partie la plus vide de la r�gion du Nord.</p><p>L�Artois est la limite sud des r�gions dens�ment peupl�es de l�Europe du Nord-Ouest. C�est un contact de civilisations et un lieu de batailles. Cette hauteur reste isol�e ; on ne la franchit gu�re qu�aux extr�mit�s, surtout � l�est : le seuil de Bapaume laissait passer la route des Flandres vers l�Italie, l�autoroute du Nord l�emprunte aujourd�hui.</p><p>A. G.</p><p>L�histoire</p><p>La contr�e tire son nom du pagus Atrebatensis, qui fit partie de la Gaule Belgique avant l�intervention de C�sar, puis de la province de Belgique au temps d�Auguste. Constituant alors la civitas Atrebatum, elle est incorpor�e au IIIe s. apr. J.-C. � la Belgique Seconde, province du dioc�se des Gaules. Occup� peut-�tre d�s 430 par les Francs, partie int�grante de la Neustrie m�rovingienne, puis carolingienne, �prouv� par les invasions normandes (fin du IXe s.), le pays des Atr�bates entre alors dans le comt� de Flandre et ne conquiert son autonomie qu�� la fin du XIIe s., le comte de Flandre, Philippe d�Alsace, l�ayant donn� en dot � sa ni�ce Isabelle, �pouse du jeune</p><p>Philippe II Auguste (1180). Possession personnelle de la souveraine, l�Artois devient celle du prince royal Louis lorsque sa m�re meurt en 1190.</p><p>C�d� au roi de France par le comte Baudouin IX de Flandre (trait� de P�ronne, 2 janv. 1200), l�Artois est finalement incorpor� au domaine royal lors de l�av�nement de Louis VIII, en 1223. Mais, en vertu du testament de ce souverain (juin 1225), Louis IX</p><p>le constitue en apanage en faveur de son fr�re Robert, qui en prend possession en juin 1237, avec le titre comtal.</p><p>Rest� � l��cart des crises franco-flamandes et anglo-flamandes, l�Artois est gouvern� par les descendants de Robert Ier jusqu�en 1382. Le probl�me de la succession se pose pourtant avec acuit� sur le plan juridique au d�but du XIVe s., en raison de la coutume d�Artois, qui ignore le droit de repr�sentation. Aussi les femmes sont-elles amen�es � gouverner le comt� entre 1302</p><p>et 1382, non sans que l�av�nement de la premi�re d�entre elles, Mahaut d�Artois (1302-1329), ait �t� contest� par son propre neveu Robert.</p><p>Victime des d�buts de la guerre</p><p>de Cent* Ans, l�Artois entre dans les biens de la maison de Flandre en 1382, lorsque Louis de M�le l�h�rite de sa m�re, la comtesse Marguerite de France (1361-1382). Deux ans plus tard, le d�c�s de Louis livre l�Artois au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, �poux de sa fille et unique h�riti�re, Marguerite de Dampierre. Bien des Habsbourg (1477-1482), puis des Valois (trait� d�Arras, 1482), restitu� par Charles VIII � la maison d�Autriche (trait� de Senlis, 1493), l�Artois rel�ve toutefois de la suzerainet� fran�aise jusqu�� la conclusion du trait� de Madrid, qui le c�de en toute propri�t� aux Habsbourg (1526).</p><p>Le pays est dot� par Charles Quint d�un parlement particulier, le conseil souverain d�Artois (2 mai 1530). Il est occup� en partie (1640), puis en totalit� par les troupes fran�aises (1677) ; il est donc restitu� officiellement � la France par les trait�s des Pyr�n�es (1659) et de Nim�gue (1678). Si l�Artois conserve ses �tats et son Conseil souverain, il est administr� d�Amiens jusqu�en 1754, puis de Lille (g�n�ralit�</p><p>de Flandre). En 1790, il forme l�essentiel du d�partement du Pas-de-Calais.</p><p>Devenu purement honorifique, le titre comtal est port� pour la derni�re fois par le futur Charles X entre 1757 et 1824.</p><p>P. T.</p><p>Les hauts lieux</p><p>de l�Artois</p><p>Pour ses visiteurs, l�Artois �voque le souvenir des terribles combats livr�s sur son sol au cours de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>Sauv� de justesse de l�occupation allemande, Arras resta durant plus de trente mois sur la ligne de feu. C�est au nord de la ville, de part et d�autre de la route de B�thune, que la bataille fut le plus acharn�e, pour la possession des cr�tes de Notre-Dame-de-Lorette et de Vimy, qui dominent la plaine de Lens, o� commence le bassin houiller, que les Allemands voulaient � tout prix contr�ler. En 1915, deux offensives y furent conduites, l�une en mai par les fantassins de P�tain, de Maistre et de Balfourier, l�autre le 25 septembre sous la direction de Foch. Elles se heurt�rent � la puissance des organisations d�fensives allemandes sur les deux lignes Carency, Ablain-Saint-Nazaire, Lorette et Souchez, la Targette, Neuville-Saint-Vaast, Th�lus.</p><p>En avril 1917, l�affaire �tait reprise par les Britanniques conduits par Haig, avec deux arm�es (Horne et Allenby), de part et d�autre d�Arras, entre Souchez et Croisilles.</p><p>C�est dans cette offensive, qui d�gagera enfin Arras en ruine, que se distingueront les 4 divisions canadiennes (Currie, Burstal, Lusset, Watron) : elles enl�veront Given-chy, Bailleul, Monchy-le-Preux et surtout la cr�te de Vimy, o� se dresse aujourd�hui le monument �lev� en souvenir de leur victoire. La r�gion sud du front de l�Artois, entre Arras et Croisilles, conna�tra encore de durs moments lors des offensives allemandes de mars 1918, et ce n�est qu�� la fin du mois d�ao�t qu�elle sera d�finitivement lib�r�e du cauchemar des bombardements et de la guerre.</p><p>P. D.</p><p>L�art en Artois</p><p>Zone de conflits arm�s � toutes les</p><p>�poques, l�Artois ne conserve que de rares monuments, et la plupart tr�s restaur�s, si ce n�est m�me enti�rement restitu�s.</p><p>Rares sont les vestiges de l��poque romane. La grande �glise de Lillers, construite pour la plus grande partie au cours de la premi�re moiti� du XIIe s., n�a pas de vo�tes, ce qui est typique d�une r�gion demeur�e longtemps</p><p>fid�le aux charpentes apparentes ou plafonn�es des �difices carolingiens, qui permettaient d�avoir des vaisseaux larges et directement �clair�s par des fen�tres hautes ; le d�ambulatoire, au contraire, est une disposition nouvellement import�e dans la r�gion. �</p><p>Guarbecque, le clocher de crois�e, un des plus beaux du Nord, est encore de forme romane et en harmonie avec la nef et le choeur, en partie du XIIe s. Mais, � la vo�te qu�il surmonte, apparaissent des crois�es d�ogives primitives.</p><p>downloadModeText.vue.download 419 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>956</p><p>Le style gothique a �t� particuli�-</p><p>rement f�cond en Artois ; il manque toutefois des jalons essentiels : la cath�drale de Th�rouanne, d�truite avec toute la ville en 1553 par ordre de Charles Quint, et surtout la cath�-</p><p>drale d�Arras*. Le plus important �difice conserv� est Notre-Dame de Saint-Omer, au choeur et au transept du XIIIe s., � la nef des XIVe et XVe s., qui abrite plusieurs tombeaux et dalles fun�raires int�ressants ; sa tour romane fut rhabill�e, de 1473 � 1521, dans un style proche de celui de la tour de Saint-Bertin. Celle-ci, avant de s��crouler en 1947, �tait le dernier reste de la c�l�bre abbaye du VIIe s., qui fut � l�origine de la ville de Saint-Omer et avait �t� reconstruite � l��poque gothique ; c�est de son tr�sor que provient le pied de croix dit � de saint Bertin �, c�l�bre ouvrage mosan de la fin du XIIe s. conserv� au mus�e de la ville.</p><p>L�Artois est rest� longtemps fid�le � l�art gothique, comme en t�moignent la coll�giale Saint-Pierre � Aire-sur-la Lys, commenc�e en 1492 et termin�e seulement au milieu du XVIIIe s., et</p><p>l��glise Saint-Martin � Auxi-le-Ch�-</p><p>teau, aux vo�tes d�une grande richesse (d�but du XVIe s.). Certaines �glises illustrent le type de l��glise-halle, � trois nefs �gales en hauteur comme en largeur.</p><p>Les �difices civils conserv�s sont encore plus rares que les �glises.</p><p>Parmi les ch�teaux, celui d�Olhain a de bonnes parties du XVe s. ; les autres ont subi des remaniements, ou il n�en subsiste plus rien, comme c�est le cas pour les � merveilles � et � surprises � du parc et du ch�teau de plaisance de Hes-din (fin XIIIe - d�but XVe s.). Typiques de la r�gion et t�moignant de ses liens �troits avec les Flandres sont les h�tels de ville et leurs beffrois, mais ils ont particuli�rement souffert dans les r�-</p><p>cents conflits : l�ensemble d�Arras a �t� reconstruit apr�s la Premi�re Guerre mondiale ; le beffroi de B�thune, qui remonte � 1388 pour la partie basse et 1437 pour l��tage d�fensif, a �galement �t� tr�s restaur�. Au XVIe s. appara�t une caract�ristique de l�architecture civile art�sienne, l�association de la brique et de la pierre. Le charmant bailliage ou</p><p>� corps de garde � d�Aire-sur-la-Lys en donne un exemple � la fin du si�cle.</p><p>Quelques beaux ensembles clas-</p><p>siques du XVIIIe s. sont � signaler, l�h�-</p><p>tel de ville d�Aire-sur-la-Lys et surtout un certain nombre d��difices religieux : ruines de l��glise augustine de Mont-Saint-�loi, b�timents de l�abbaye cis-tercienne de Cercamp, abbaye b�n�dictine de Saint-Vaast � Arras.</p><p>Les maisons anciennes sont rares, d�cim�es par les guerres successives : les meilleurs exemples se trouvent � B�thune, Aire-sur-la-Lys et surtout Arras.</p><p>M. E.</p><p>&#x25B6; Arras / Flandre / Nord (r�gion du) / Pas-de-Calais (d�partement du).</p><p>B A. Mabille de Poncheville, Histoire d�Artois (Boivin, 1935). / J. Dhondt, les Origines de la Flandre et de l�Artois (Impr. Nicolas, Arras, 1944). / Commission des Monuments historiques du Pas-de-Calais, Histoire des territoires ayant form� le d�partement du Pas-de-Calais (Brunet, Arras, 1949). / J. Lestocquoy, Histoire</p><p>de la Flandre et de l�Artois (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 2e �d., 1966) ; la Vie religieuse d�une province : le dioc�se d�Arras (Brunet, Arras, 1949). / A. Perpillou, L Machu, P. Mau-rois, A. Mabille de Poncheville et L. Bocquet, Visages de la Flandre et de l�Artois (Horizons de France, 1949). / P. H�liot, les �glises du Moyen �ge dans le Pas-de-Calais (Impr. centrale de l�Artois, Arras, 1954). / P. Pierrard, Flandre, Artois, Picardie (Arthaud, 1970). / L. Tr�nard, Histoire des Pays-Bas fran�ais (Privat, Toulouse, 1972-1974 ; 2 vol.).</p><p>Asam (les fr�res)</p><p>Artistes allemands : COSMAS DAMIAN, peintre et architecte (Benediktbeuern 1686 - Munich 1739) ; EGID QUIRIN, sculpteur et stucateur (Tegernsee 1692 - Mannheim 1750).</p><p>Les deux fr�res, originaires de la Ba-vi�re m�ridionale, avaient pour p�re un peintre fresquiste, HANS GEORG (1649-1711), qui les forma au m�tier. En 1712-13, on les trouve l�un et l�autre � Rome. Cosmas Damian y est l��l�ve de l�un des Ghezzi, mais il se forme sans doute lui-m�me au contact des oeuvres d�Andrea Pozzo (vo�te illusionniste de l��glise Sant�Ignazio) et peut-�tre de Rubens. Il remporte en 1713 un prix de l�acad�mie de Saint-Luc et retourne en Bavi�re � l�automne de la m�me ann�e.</p><p>Egid Quirin, revenu � son tour d�Italie, travaille jusqu�en 1716 chez le sculpteur stucateur Andreas II Faistenberger (1647-1736).</p><p>La premi�re des commandes capi-</p><p>tales qu�obtient Cosmas Damian est la d�coration � fresque de la vaste �glise de l�abbaye b�n�dictine de Weingarten. Le march� est pass� en 1718. Le r�sultat sera admirable tant pour les plafonds des trav�es de la nef que pour la coupole du choeur, dont les architectures feintes culminent vers l�ouverture circulaire, �galement feinte, d�o� semblent descendre les nuages et les anges. Des effets analogues sont obtenus � l��glise Sankt Jakob d�Innsbruck (1722-23) et � Einsiedeln (1724-1726) en Suisse. � Freising, il s�agissait de la</p><p>� baroquisation � de la cath�drale, et les deux fr�res y ont proc�d� avec un sens merveilleux de l�illusion. � l�abbaye b�n�dictine de Weltenburg (sur le Danube), o�, par exception, Cosmas</p><p>Damian est qualifi� d�� architecte � par les documents, le plafond de l��glise a �t� con�u tout diff�remment de ceux de Weingarten. Ici, point d�architectures feintes : une peinture d�un seul tenant, formant un ovale bord� par une forte moulure. Derri�re l�autel principal, dans une niche �clair�e par la lumi�re naturelle, entre des colonnes torses, chevauche, en un savant contre-jour, un saint Georges en armure d�Egid Quirin (v. 1721). Dans l��glise de l�ancienne abbaye de Rohr, une oeuvre non moins th��trale est le ma�tre-autel du m�me artiste, constitu� par le tombeau vide de la Vierge qu�entourent avec �merveillement les Ap�tres, tandis que Marie plane au-dessus avec le groupe des anges qui l�emportent... Une autre �glise, famili�re et merveilleuse, o� les deux fr�res ont collabor�, est celle d�Osterhofen (v. 1731-1733).</p><p>L�ouvrage, cependant, o� les fr�res Asam ont probablement mis tout</p><p>leur art et tout leur coeur est l��glise Saint-Jean-N�pomuc�ne de Munich</p><p>(v. 1733), que l�on nomme souvent</p><p>� Asamkirche � et qu�ils ont �lev�e � leurs frais. Des rochers artificiels qui mordent sur le trottoir la rattachent � leur propre maison. Peut-�tre, en voulant trop bien faire, ont-ils fini par surcharger la d�coration, surtout en ce qui concerne la partie statuaire, dont les conditions d��clairage naturel accentuent l�exaltation. Sans doute est-ce vers le m�me temps qu�ils ont �difi� � Ingolstadt la salle de Santa Maria Victoria, dont le plafond, tr�s long, a �t� construit sur deux points de vue. Ici encore, le foisonnement des stucs, dessin�s avec beaucoup de verve, donne une certaine confusion � l�ensemble.</p><p>Les Asam ont ex�cut� des oeuvres la�ques, mais qui, dans l�ensemble, n��galent pas leur production religieuse. Il en existe cependant de fort brillantes au ch�teau de Mannheim (1729-30) et au ch�teau d�Alteglofs-tein, pr�s de Ratisbonne (1730) ; d�autres, aujourd�hui d�truites, se trouvaient au ch�teau de Bruchsal.</p><p>Mais Cosmas Damian n�avait pas pu y d�ployer ses qualit�s d�illusionniste, cette rare facult� qu�il avait de lier les architectures � la peinture, d�effacer les limites entre la peinture et les stucs. Les deux fr�res sont parmi les</p><p>meilleurs repr�sentants du baroque en Allemagne du Sud.</p><p>P. d. C.</p><p>B E. Hanfstaengl, Die Br�der Cosmas Damian und Egid Quirin Asam (Munich, 1955).</p><p>ascenseur</p><p>Installation permettant de transporter des personnes dans une cabine se d�-</p><p>pla�ant entre des guides verticaux ou faiblement inclin�s sur la verticale.</p><p>Constitution</p><p>Tout ascenseur comprend la cabine, le treuil de levage avec sa poulie et le contrepoids.</p><p>La cabine est constitu�e par deux cadres en profil�s, appel�s arcade, par le socle de la plate-forme, par les parois et par le toit. Ses dimensions varient avec le nombre des personnes, c�est-</p><p>�-dire avec la charge utile. Pour 2, 4</p><p>et 10 personnes, les charges utiles sont respectivement de 150, 300 et 750 kg, et les surfaces �gales � 0,53, 0,93 et 2,07 m 2. La hauteur minimale est de 1,90 m. Le contrepoids, en gueuses de fonte de 25 � 120 kg, doit �quilibrer le poids mort, augment� de la demi-charge utile. Les c�bles sont des torons h�lico�daux form�s de fils d�acier extra-souples, r�sistant � 150 hectobars ; ils sont en g�n�ral calcul�s avec un coefficient de s�curit� minimal de 7 par rapport � la charge totale, poids mort compris. Aussi, les risques de rupture sont-ils quasi nuls. Le point d�licat consiste dans la bonne adh�rence, sans patinage, sur la poulie ; le c�ble ne doit donc comporter aucun � mou �. Le treuil comprend un r�ducteur, un frein, un moteur et une poulie d�adh�rence, le tout mont� sur un b�ti ind�formable.</p><p>Le moteur est sp�cial, en raison de ses conditions de service : freinages courts et d�marrages rapides. Le bloc d�alimentation du moteur comprend un ou deux transformateurs et un redresseur de courant. Les ascenseurs doivent �tre munis d�amortisseurs, soit � ressorts, soit hydrauliques, en fond de cuvette.</p><p>Les portes sont � commande manuelle (battantes, coulissantes ou extensibles) ou � commande automatique. Les</p><p>organes d�arr�t aux �tages sont, suivant les constructeurs, plac�s dans la gaine ou dans la machinerie. Jusqu�� 0,80 m/s de vitesse, l�ascenseur classique est muni d�un interrupteur appel� basculeur. Au-dessus de 0,80 m/s, l�organe d�arr�t est g�n�ralement un distributeur, ou s�lecteur.</p><p>downloadModeText.vue.download 420 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>957</p><p>Dispositions</p><p>de s�curit�</p><p>Elles sont de deux ordres : celles qui assurent la protection des personnes contre les accidents et celles qui assurent la protection contre l�incendie.</p><p>Protection contre les accidents</p><p>La gaine (ou cage) d�ascenseur est exclusivement r�serv�e � la cabine et au contrepoids. Elle doit �tre close sur toute sa hauteur et r�sistante. Si la paroi interne est lisse et si la vitesse maximale est de 0,50 m/s, la porte de cabine est supprim�e. Au-del�, et obligatoirement au-dessus de 1 m/s, la cabine doit comporter une porte, qui, aux arr�ts, fait vis-�-vis � la porte pa-li�re ; les portes de cabine sont munies de serrures pouvant comporter diverses s�curit�s. En outre, les cabines doivent �tre munies d�un parachute, dont l�objet est de limiter la survitesse automatiquement. Enfin, la protection rel�ve d�autres dispositifs tels que trappe de secours, bouton d�arr�t en cabine, son-nerie d�appel, cl� de d�verrouillage de la porte, sans oublier l��clairage de la cabine et des abords de la gaine d�ascenseur.</p><p>Protection contre l�incendie</p><p>Le r�le contre l�incendie des portes pa-li�res et des parois de la cage est appr�-</p><p>ci� en fonction de leur r�sistance m�canique, de leur isolation thermique, de leur �tanch�it� aux flammes et de l�absence d��mission de gaz inflammables ou toxiques sous l�effet de la chaleur.</p><p>Normalement, les portes pali�res ne sont pas pr�munies contre le rayonnement calorifique. Mais il est essentiel</p><p>qu�elles r�sistent un temps suffisant au feu pour que les flammes et la fum�e ne puissent p�n�trer dans la gaine et ressortir aux autres niveaux. Dans une gaine d�ascenseur, pratiquement rien n�est combustible ; mais celle-ci, en traversant les divers �tages, constitue une chemin�e d�appel d�air, sauf si l�on prend sp�cialement des dispositions particuli�res. Aussi convient-il de faire une distinction entre les gaines formant ou non une chemin�e d�appel d�air. Le but de la protection est double : 1o permettre le fonctionnement de l�ascenseur durant un temps minimal ; 2o �viter que le feu ne se propage, par la cage, d�un �tage � l�autre.</p><p>Si la gaine peut former chemi-</p><p>n�e, les parois de la cage doivent �tre pleines et de r�sistance coupe-feu d�un quart d�heure au moins, ainsi que les portes pali�res, qui, en outre, doivent �tre pare-flammes d�une demi-heure au moins ; de plus, une ouverture de ventilation doit exister entre le haut de la cage et l�ext�rieur du b�timent.</p><p>Des dispositions sp�ciales doivent �tre prises contre les risques d�incendie et de panique dans les �tablissements recevant du public. Enfin, dans les immeubles de grande hauteur (plus de 50 m pour les immeubles � usage d�habitation), les parois des cages d�ascenseur et les dispositifs de communication entre cages et �tages doivent �tre coupe-feu de degr� deux heures ; aux paliers d��tage, les portes coupe-feu de deux heures sont � fermeture automatique en cas d�incendie.</p><p>M. D.</p><p>B N. J. McGuinness et coll., Mechanical and Electrical Equipment for Buildings (New York, 1955 ; 4e �d., 1964). / G. Texier, Ascenseurs et monte-charge : notions sur les appareils, leur installation, leur emploi (Eyrolles, 1957 ; 3e �d., 1965). / R. S. Philipps, Electrics Lifts (Londres, 1966). / G. R. Strakosch, Vertical Transporta-tion ; Elevators and Escalators (New York, 1967). / L. J. Sesia, Ascenseurs et monte-charge (�d. du Moniteur des Travaux publics et du B�timent, 1970).</p><p>Ascomyc�tes</p><p>Classe de Champignons sup�rieurs caract�ris�s par le fait que les spores sexuelles haplo�des, ou ascospores, prennent naissance � l�int�rieur d�un r�ceptacle de forme globuleuse, cylindrique ou en massue, l�asque.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Chez les H�miascomyc�tes (Protoascomyc�tes), les asques naissent isol�ment aux d�pens des articles du myc�lium et restent nus ; chez les Euascomyc�tes, ils sont prot�g�s par un appareil de fructification, ou ascocarpe, plus ou moins globuleux (p�rith�ce) ou en forme de coupe (apoth�cie). Au cours de leur phase v�g�tative, les Ascomyc�tes se multiplient fr�quemment au moyen de spores asexuelles, form�es par simple fragmentation ou par bourgeonnement du thalle, ou produites par des appareils conidiens plus ou moins complexes.</p><p>Chez certains Ascomyc�tes, la reproduction v�g�tative est pr�pond�rante, parfois m�me exclusive ; les formes conidiennes devenues autonomes sont rattach�es � la classe des Fungi imperfecti (Deut�romyc�tes).</p><p>Les Ascomyc�tes constituent la</p><p>classe la plus nombreuse parmi les Eumyc�tes ; on en d�crit environ 45 000 esp�ces, dont un peu plus du tiers seulement, appartenant � 1 800 genres, sont reconnues avec certitude. Leur habitat est g�n�ralement terrestre, � l�exception d�un petit groupe d�Ascomyc�tes marins. Un</p><p>grand nombre d�esp�ces sont parasites de plantes sup�rieures, quelques-unes des animaux, y compris l�Homme ; mais la plupart d�entre elles sont des saprophytes stricts ou facultatifs, fr�-</p><p>quemment inf�od�s aux d�bris v�g�-</p><p>taux. Enfin, la plupart des Champignons qui, en association symbiotique avec des Algues, constituent les Lichens sont des Ascomyc�tes.</p><p>H�miascomyc�tes</p><p>Ils ont une structure simple, filamen-teuse ou cellulaire et sont toujours d�pourvus d�ascocarpes. Leurs repr�-</p><p>sentants les plus caract�ristiques sont les Levures (Saccharomyc�tac�es), dont l�appareil v�g�tatif est constitu� de cellules uninucl��es, le plus souvent</p><p>individualis�es, qui se multiplient par bourgeonnement ; la fusion de deux cellules v�g�tatives conduit � une li-gn�e diplo�de, dont chaque cellule peut se transformer directement en asque � quatre ou huit ascospores. Chez les Endomyc�tales, le thalle, filamenteux et cloisonn�, se multiplie par bourgeonnement ou par fragmentation ; le zygote, qui se transformera en asque, r�sulte de la fusion des diverticules de deux articles voisins du thalle. L�ordre des Taphrinales est r�duit au seul genre Taphrina, dont toutes les esp�ces sont parasites de v�g�taux (T. deformans, agent de la cloque du p�cher) : les asques sont ici dispos�s en une couche plus ou moins homog�ne � la surface de l�h�te.</p><p>Euascomyc�tes</p><p>Ce groupe, extr�mement vaste, pr�-</p><p>sente des types d�organisation vari�s, qui vont de la moisissure microscopique � phase conidienne dominante (Penicillium) aux Champignons charnus tels que les Pezizes ou les Truffes.</p><p>Les Euascomyc�tes sont terrestres ou aquatiques, saprophytes du sol, du bois ou d�autres mat�riaux, coprophiles ou phytophages, parasites de v�g�taux ou d�animaux. Tous ont un thalle filamenteux ; ils produisent leurs asques dans des ascocarpes parfois hautement diff�renci�s, dont les caract�res fondent les divers syst�mes de classification propos�s.</p><p>Origine et structure des asques</p><p>L�asque r�sulte de la transformation d�un zygote o� sont associ�s deux noyaux haplo�des provenant d��l�-</p><p>ments d�un m�me thalle (homothallie) ou de thalles diff�rents (h�t�rothallie).</p><p>Un caract�re commun � tous les Euas-downloadModeText.vue.download 421 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>958</p><p>comyc�tes est l�existence d�une phase interm�diaire entre la cytogamie et la caryogamie. Dans l�oogone f�cond�, les noyaux ne se conjuguent pas im-m�diatement, mais se multiplient c�te</p><p>� c�te ; l�oeuf prolif�re en formant des bourgeons plurinucl��s, puis des hyphes ascog�nes, files de cellules � deux noyaux appari�s (cellules � dica-ryons) ; la caryogamie se produit � l�extr�mit� de chacune de ces hyphes, de sorte qu�un oogone donne g�n�ralement naissance � plusieurs asques. La gen�se de l�asque � partir d�une cellule ascog�ne est, dans le cas typique, de type dangeardien (conjugaison en crochet) ; la caryogamie, suivie imm�-</p><p>diatement de la m�iose et g�n�ralement d�une mitose suppl�mentaire, conduit � la formation de huit noyaux haplo�des, qui sont � l�origine de huit ascospores.</p><p>La paroi de l�asque m�r est form�e de deux tuniques, qui peuvent �tre bien distinctes et se s�parer � maturit� (asques bituniqu�s) ou rester �troitement accol�es (asques unituniqu�s).</p><p>Les ascospores sont lib�r�es � la faveur d�un pore ou d�un opercule qui s�ouvre au sommet de l�asque, ou par d�chirure de sa paroi, ou par sa dissolution progressive. Ces caract�res de l�asque sont pris en consid�ration pour �tablir les coupures syst�matiques.</p><p>Organisation des ascocarpes</p><p>L�appareil fructif�re des Euascomyc�tes est sch�matiquement constitu� par une enveloppe pseudo-parenchy-mateuse qui d�limite une cavit� o� s�abritent les asques, entrem�l�s ou non de filaments st�riles (paraphyses ou pseudo-paraphyses). Trois types morphologiques ont d�abord conduit � d�finir trois groupes principaux d�Ascomyc�tes.</p><p>Le cl�istoth�ce, conceptacle globuleux � paroi mince, compl�tement clos et ind�hiscent, parfois r�duit � un feutrage de filaments, caract�rise les Plectomyc�tes. Le p�rith�ce, � paroi g�n�ralement plus ferme, s�ouvre au sommet par un ostiole ; il d�finit le vaste groupe des Pyr�nomyc�tes.</p><p>L�apoth�cie s�ouvre largement � maturit�, en forme de coupe garnie dune couche r�guli�re d�asques et de paraphyses ; elle caract�rise les Discomyc�tes. Les travaux ult�rieurs ont montr� que ces groupes morphologiques sont h�t�rog�nes et r�unissent artificiellement des organismes sans affinit�s</p><p>r�elles. Actuellement, on r�serve le nom de p�rith�ces � des conceptacles pourvus d�une paroi propre, form�e par des filaments recouvrants issus du pied de l�ascogone ; les asques accompagn�s de paraphyses y sont dispo-s�s en une couche concave r�guli�re, analogue � l�hym�nium des Discomyc�tes ; une partie des Pyr�nomyc�tes (Hypocr�ales et Sphaeriales) sont ainsi qualifi�s d�ascohym�niaux. Chez les ascoloculaires, qui regroupent les Py-r�nomyc�tes morphologiquement tr�s diversifi�s, l�organe de fructification pr�existe � la formation des asques ; c�est un stroma plus ou moins �troitement d�limit�, creus� de cavit�s contenant chacune un asque ou un bouquet d�asques.</p><p>Classification des Euascomyc�tes Pratiquement, l�organog�nie de beaucoup d�Ascomyc�tes est encore imparfaitement connue, et les coupures syst�matiques propos�es restent sujettes � r�vision. La plupart des auteurs s�accordent toutefois � reconna�tre cinq groupes fondamentaux.</p><p>Les Plectomyc�tes sont caract�ris�s par leurs ascocarpes compl�tement clos, o� les asques sont r�partis irr�-</p><p>guli�rement. � l�ordre des Eurotiales appartiennent les moisissures les plus connues, surtout sous leur forme conidienne (Penicillium, Aspergillus), et largement exploit�es pour leurs propri�t�s antibiotiques* ou leur pouvoir fermentaire. On y rencontre �galement les Dermatophytes, agents de teignes ou de mycoses superficielles. Les Erysiphales sont des parasites obligatoires de v�g�taux, responsables des</p><p>� blancs �, ou o�diums (Uncinula neca-tor, agent de l�o�dium de la Vigne).</p><p>Les Loculoascomyc�tes sont r�partis en plusieurs ordres selon la disposition des asques, isol�s ou group�s dans les locules d�un stroma, et le d�veloppement plus ou moins important des tissus stromatiques ; chez les Pl�osporales, le stroma fertile, r�duit � une mince enveloppe, d�limite un conceptacle qui ressemble � un v�ritable p�rith�ce. � ce groupe appartiennent des parasites des plantes cultiv�es : les Venturia (agents de tavelures des arbres fruitiers), les Leptosphaeria</p><p>et Ophiobolus (pi�tins des c�r�ales), Guignardia Bidwelli (black-rot de la Vigne), les Mycosphaerella, etc.</p><p>Les Pyr�nomyc�tes proprement dits, ascohym�niaux, comportent des es-p�ces � p�rith�ces charnus, de couleur claire (Nectria, agents des chancres des arbres fruitiers ; Hypomyces, parasites de Basidiomyc�tes), ou minces et fonc�s : Sordaric�es coprophiles, Cha-tomium saprophytes sur des substrats cellulosiques. Chez les Xylariales, les p�rith�ces sont enfonc�s dans des stromas globuleux ou dress�s. Ces stromas sont charnus chez les Clavicipitales, repr�sent�es par Epichloe typhina, parasite des Graminac�es, Claviceps purpurea, ou ergot du Seigle, les Cor-dyceps, parasites d�insectes.</p><p>Les Discomyc�tes ont un appareil fructif�re (apoth�cie) largement ouvert, tapiss� par une palissade r�guli�re d�asques et de paraphyses. Les H�lo-tiales comportent des esp�ces de petite taille, saprophytes ou parasites (genre Sclerotinia). Aux Pezizales appartiennent des Champignons charnus, souvent de grande taille, dont quelques-uns sont d�excellents comestibles ; les Pezizes ont une forme de coupe plus ou moins r�guli�re, sessile ou p�dicell�e ; chez les Helvelles et surtout les Morilles, l�hym�nium fertile s�accro�t consid�rablement et constitue un chapeau pliss� et contourn�. Aux Discomyc�tes sont rattach�es les Tub�rales (Truffes), dont la structure est profond�ment modifi�e par l�habitat souterrain.</p><p>Les Laboulb�niomyc�tes, de posi-</p><p>tion syst�matique incertaine, ont un appareil v�g�tatif tr�s r�duit, et leur mode de reproduction rappelle celui des Algues rouges. Ils vivent en parasites sur les t�guments d�insectes terrestres ou aquatiques.</p><p>J. N.</p><p>B L. R. et C. Tulasne, Selecta fungorum car-pologia, t. II (Klincksieck, 1863). / J. A. Nann-feldt, Studien �ber die Morphologie und Sys-tematic der nichtlichenisierten inoperculaten Discomyceten (Uppsala, 1932). / G. S. Luttrell, Taxonomy of the Pyrenomycete (Columbia, Missouri, 1951). / J. A. von Arx et E. M�ller, Die Gattungen der Amerosporen Pyrenomyceten</p><p>(Berne, 1954) ; Die Gattungen der didymospo-ren Pyrenomyceten (Berne, 1962). / M. Chade-faud et L. Emberger, Trait� de botanique, t. I : les V�g�taux non vasculaires (Masson, 1960). /</p><p>R. W. G. Dennis, British Ascomycetes (Stuttgart, 1968).</p><p>asepsie et</p><p>antisepsie</p><p>Moyens de lutte contre l�infection op�ratoire.</p><p>Historique</p><p>C�est en 1867 que para�t le premier m�-</p><p>moire du chirurgien J. Lister d�Edim-downloadModeText.vue.download 422 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>959</p><p>bourg sur la m�thode antiseptique.</p><p>D�rivant des d�couvertes de Pasteur sur les Bact�ries, cette m�thode vise � tuer les germes infectieux � l�aide de produits chimiques ; celui que pr�-</p><p>conisait Lister �tait l�eau ph�niqu�e.</p><p>Bient�t, Lucas-Championni�re introduit en France la m�thode antiseptique de Lister.</p><p>F�lix Terrier se fait initier par �mile Roux, �l�ve de Pasteur, aux m�thodes bact�riologiques. Il comprend qu�essayer de d�truire in situ les germes ne suffit pas et qu�il est n�cessaire d�utiliser des instruments non souill�s, d�pourvus de tout germe par une st�rilisation pr�alable : � Il faut, dit-il, faire p�n�trer l�esprit bact�riologique dans les salles d�op�rations. � En 1889, il peut faire installer dans son service de l�h�pital Bichat le premier autoclave chirurgical. L�asepsie est n�e, et la chirurgie moderne avec elle. �douard Qu�nu pr�conise le port de gants de caoutchouc st�rilis�s pour pratiquer les op�rations.</p><p>Toutes ces innovations ne furent pas accept�es facilement � il suffit de consulter les bulletins de la Soci�t� de chirurgie de l��poque pour voir quelles discussions passionn�es elles suscit�rent ; elles s�impos�rent n�anmoins rapidement.</p><p>L�antisepsie</p><p>Premi�re en date des m�thodes de lutte contre les germes en chirurgie, l�antisepsie utilise des produits chimiques.</p><p>Ce furent d�abord des antiseptiques*</p><p>forts : acide ph�nique, sublim�, iode, utilis�s en application locale. Mais l�exp�rience montra qu�ils obtenaient rarement la st�rilisation des plaies, et cela pour de nombreuses raisons : l�antiseptique agit en surface, alors que la pullulation microbienne envahit l��paisseur des tissus ; son pouvoir bact�ricide dispara�t plus ou moins au contact des s�cr�tions de la plaie (pus, action des enzymes) ; enfin et surtout, l�antiseptique irrite et alt�re les cellules, les leucocytes en particulier, per-turbant ainsi le processus de d�fense locale qu�il est cens� aider.</p><p>Aussi emploie-t-on les antiseptiques faibles, moins nocifs. Le chlore, � doses faibles, est le meilleur d�entre eux : on l�utilise sous la forme de solution de Dakin (solution d�hypochlorite de sodium neutralis�e).</p><p>D�autres m�thodes ont �t� recom-</p><p>mand�es : la vaccination* locale, la bact�rioth�rapie (le bact�riophage d�H�relle, virus filtrant, parasite des microbes), enfin les sulfamides* et surtout les antibiotiques*.</p><p>L�asepsie ou</p><p>m�thode aseptique</p><p>C�est l�ensemble des mesures pr�ventives destin�es � �viter la contamination des plaies, et en particulier des plaies qui r�sultent d�une intervention chirurgicale.</p><p>La salle d�op�ration</p><p>Ses murs ne devraient pr�senter aucune asp�rit� capable de retenir la poussi�re. L�air devrait y �tre conditionn� et st�rilis�, l�air vici� �tant renouvel� toutes les minutes par un air humide et bact�riologiquement st�rile, et cela en hyperpression, pour que les fuites se fassent vers l�ext�rieur. Ces conditions ne sont pas encore r�alis�es dans toutes nos salles d�op�ration, alors qu�elles le sont d�j� dans l�industrie pharmaceutique, et les laboratoires sp�ciaux,</p><p>o� existent d�s maintenant de vastes locaux � sans germes ni poussi�res �.</p><p>La salle d�op�ration fait partie du bloc op�ratoire, qui comprend en outre le vestiaire, les bureaux d�infirmi�res et de m�decins, la salle d�anesth�sie et de r�animation, la salle de st�rilisation.</p><p>Ces locaux doivent �tre con�us de telle sorte que celui qui y entre laisse � la porte la plus grande partie des causes d�infection qu�il porte avec lui : v�tements, bas, chaussures. Pour ce faire, le vestiaire doit pr�c�der la salle d�op�-</p><p>ration et y �tre reli� par un syst�me de sas, des v�tements st�riles pouvant �tre rev�tus entre deux sas.</p><p>Le chirurgien et ses aides</p><p>Rev�tus de pantalons, de blouses et de bottes st�riles, le nez et la bouche prot�g�s par un masque efficace, les cheveux recouverts d�une calotte, ils proc�dent � l�aseptisation des mains et des avant-bras, brossage au savon, insistant sur les ongles, qui doivent �tre courts, sur les commissures des doigts.</p><p>Apr�s rin�age � l�eau st�rilis�e, nouveau rin�age � l�alcool. � ce moment, les op�rateurs endossent une blouse st�rilis�e � l�autoclave, puis mettent des gants st�rilis�s.</p><p>La st�rilisation</p><p>Elle peut �tre effectu�e par la chaleur humide ou par la chaleur s�che. Le mat�riel doit �tre port� � une temp�-</p><p>rature d�termin�e pendant le temps n�cessaire � la destruction des germes.</p><p>En th�orie, les microbes sporul�s, qui sont les plus r�sistants, exigent une temp�rature de 120 �C maintenue un quart d�heure. En pratique, la chaleur ne p�n�tre pas toujours d��gale fa�on dans l�int�rieur des bo�tes ; il faut donc attendre une temp�rature plus forte et la maintenir plus longtemps que la th�orie ne le demande.</p><p>La st�rilisation par la chaleur humide se fait soit par �bullition de l�eau, proc�d� employ� dans les pays germaniques, mais qui n�cessite l�usage imm�diat des instruments ainsi st�rilis�s, soit dans les autoclaves, appareils o� circule sous pression la vapeur d�eau et dont le type est l�autoclave de</p><p>Chamberland. Les premiers autoclaves �taient verticaux ; maintenant, ils sont en g�n�ral horizontaux.</p><p>La st�rilisation par la chaleur s�che se fait dans des �tuves dites � de Poupinel �, chauff�es au gaz ou � l��lectricit� pendant trois quarts d�heure � 140-150 �C. Elle est moins s�re que la m�thode pr�c�dente ; elle ne peut, en tout cas, assurer que la st�rilisation des instruments : verrerie, seringues, cupules, aiguilles, qui ne craignent pas ces hautes temp�ratures.</p><p>La sup�riorit� de l�autoclave sur tous les autres moyens de st�rilisation est depuis longtemps d�montr�e.</p><p>Si l�on y recourt pour le linge et les compresses, on pr�f�re souvent l��tuve s�che de Poupinel pour la st�rilisation des instruments. Il est cependant possible de st�riliser ceux-ci � l�autoclave.</p><p>Dans les deux cas, on v�rifie que la chaleur a bien atteint la partie centrale des objets par des � t�moins �, petits tubes de verre contenant un r�actif qui change de couleur � une temp�rature connue.</p><p>� Les instruments apr�s usage sont bross�s un � un sous un jet d�eau courante. Ils sont ensuite bouillis dans l�eau de cristaux (carbonate de sodium), pass�s dans le savon liquide (pour pr�server les articulations), enfin rang�s dans les bo�tes m�talliques, o� ils sont recouverts d�une solution borat�e (eau distill�e, 1 000 g ; borate de soude, 10 g). Ces bo�tes sont mises � l�autoclave et chauff�es � 134 �C pendant une demi-heure. � (E. Qu�nu.) Les casaques, les gants, les compresses, les fils de ligature sont �galement st�rilis�s � 134 �C pendant une demi-heure � l�autoclave. Il en est de m�me des gants de caoutchouc, des drains, des sondes, des brosses � ongles.</p><p>L�eau avec laquelle est effectu� le brossage des mains a subi une temp�rature de 134 �C pendant une heure.</p><p>Ainsi, un certain nombre de facteurs peuvent jouer dans la contamination de la plaie op�ratoire : depuis le contact des mains des op�rateurs, des instru-</p><p>ments, des compresses, des champs, du mat�riel de ligature, bien qu�ils soient en principe st�riles.</p><p>L�air ambiant de la salle d�op�ration peut �galement �tre une cause de souillure. On a m�me propos�, la respiration du personnel �tant assur�e par un scaphandre autonome reli� � l�ext�-</p><p>rieur, de r�aliser une atmosph�re de la salle d�op�ration en hyperpression constitu�e exclusivement par un m�-</p><p>lange de gaz inertes et antiseptiques.</p><p>On y viendra peut-�tre.</p><p>L�id�e est naturellement venue</p><p>d�aseptiser la plaie op�ratoire ellem�me, et, pour ce faire, les liquides antiseptiques, puis les sulfamides et enfin les antibiotiques ont �t� pr�conis�s � titre pr�ventif. La question a �t� trait�e en d�tail par Henri Rouvillois et Jean Van-de-Casteele dans un rapport au Congr�s fran�ais de chirurgie de 1961. On y montre qu�en favorisant la s�lection des souches microbiennes les plus pathog�nes, l�antibioth�rapie</p><p>� pr�ventive � a abouti � augmenter le nombre d�infections postop�ratoires.</p><p>Son emploi change l�allure de l�infection postop�ratoire plus qu�elle ne la pr�vient ; il est m�me probable que certaines infections graves, telles des septic�mies, ou septicopy�mies, sont � mettre au passif de cette m�thode.</p><p>La conclusion est que les antibiotiques doivent �tre r�serv�s au traitement de l�infection d�clar�e et, en connaissance de cause, apr�s �tude du germe et de l�antibiogramme, et non pas � la pr�vention.</p><p>J. P.</p><p>Les grands noms</p><p>de l�asepsie et</p><p>de l�antisepsie</p><p>Joseph Lister, chirurgien anglais (Up-ton, Essex, 1827 - Walmer, Kent, 1912).</p><p>Il enseigna � Glasgow, puis � �dimbourg et � Londres, et montra le pouvoir bact�ricide de certains produits chimiques en chirurgie, cr�ant ainsi la m�thode antiseptique.</p><p>Just Lucas-Championni�re, chirur-</p><p>gien fran�ais (Saint-L�onard, Oise, 1843-Paris 1913). Il rendit visite � Lister � �dimbourg (1869) et introduisit en France la m�thode antiseptique ; il recommanda les antiseptiques faibles.</p><p>Louis F�lix Terrier, chirurgien fran-</p><p>�ais (Paris 1837 - id. 1908). Successive-downloadModeText.vue.download 423 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>960</p><p>ment v�t�rinaire, docteur en m�decine, chirurgien des h�pitaux de Paris et professeur de clinique chirurgicale, il fut l�ap�tre de la m�thode aseptique et introduisit en chirurgie la st�rilisation du mat�riel op�ratoire � l�autoclave.</p><p>B E. W. Perkins, Aseptic Technique for Opera-ting Room Personnel (Philadelphie et Londres, 1964). / K. H. Wallh�usser et H. Schmidt, Ste-rilisation, Desinfektion, Konservierung, Che-motherapie. Verfahren, Wirkstoffe, Pr�fungs-methoden (Stuttgart, 1967).</p><p>Asie</p><p>Une des cinq parties du monde.</p><p>y L�Asie est le plus grand des continents. Couvrant 44 millions de kilom�tres carr�s, elle s��tire sur 75� de latitude et 164� de longitude. Les limites sont nettes au nord (oc�an Arctique), � l�est (oc�an Pacifique) et au sud (oc�an Indien). � l�ouest, la limite symbolis�e par l�Oural et la Caspienne est plus conventionnelle que g�ographique (l�Europe est en fait une p�ninsule de l�Asie) ; la limite avec l�Afrique (mer Rouge) est bien artificielle aussi.</p><p>Trois grands domaines climatiques s�individualisent. La Sib�rie poss�de un climat continental, avec des hivers tr�s froids et longs ; les �t�s sont courts, mais assez chauds. Les amplitudes sont �normes : les temp�ratures � Verkho�ansk ont oscill� entre � 69 �C</p><p>et + 32 �C. Les pr�cipitations r�duites sont surtout estivales. La distribution de la v�g�tation est zonale, et, du nord au sud, se succ�dent la toundra, au</p><p>sous-sol gel� en permanence, la ta�ga, immense for�t de conif�res, la steppe de graminac�es sur les riches sols noirs du tchernoziom.</p><p>L�Asie centrale sovi�tique et</p><p>chinoise a des climats arides, � fortes variations thermiques. L�amplitude annuelle peut atteindre 90 �C (de � 50 �C</p><p>en hiver � + 40 �C en �t�) au Kazakhs-tan, o� la faiblesse des pr�cipitations explique la pr�sence d�une steppe tr�s ouverte ou m�me du d�sert. Dans le downloadModeText.vue.download 424 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>961</p><p>Xinjiang (Sin-kiang), la Dzoungarie re�oit moins de 100 mm de pluie par an, le centre de la cuvette du Tarim est occup� par le d�sert de Takla-makan.</p><p>L�altitude explique les froides temp�ratures du Tibet, encore sec. Li�s � la permanence des hautes pressions subtropicales, des climats d�sertiques chauds r�gnent de la p�ninsule d�Arabie � la basse vall�e de l�Indus (Sind).</p><p>Les pr�cipitations ne d�passent qu�exceptionnellement 250 mm. Entre l�Arabie et l�Asie centrale, d�sertiques, la Turquie, l�Iran et la majeure partie de l�Afgh&#x101;nist&#x101;n doivent la s�cheresse de leur climat � l�aridit� de l��t� (l�hiver downloadModeText.vue.download 425 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>962</p><p>apportant quelques pr�cipitations, surtout sur les bordures montagneuses des plateaux).</p><p>Enfin, un climat � �t�s chauds et humides, tropicaux, r�gne sur l�Asie m�ridionale et extr�me-orientale de l��quateur au-del� de 40� N. ; c�est la cons�quence de la mousson. (V. Asie de la mousson.) La latitude retrouve son importance en hiver, expliquant des diff�rences thermiques accus�es.</p><p>y L�Asie est le plus �lev� des conti-</p><p>nents, avec une altitude moyenne approchant 1 000 m, et elle poss�de le plus haut sommet du globe (mont Everest ou Chomolungma, 8 880 m).</p><p>Mais la surface de la mer Morte est � pr�s de 400 m au-dessous du niveau de la mer et le fond du lac Ba�kal �</p><p>� 1 300 m. C�est � l�est du continent, plus pr�cis�ment � l�est des archipels japonais et philippins, que se localisent les plus profondes fosses sous-marines.</p><p>Le trait fondamental du relief est l�opposition entre de grandes surfaces planes form�es de plaines ou de lourds plateaux (Sib�rie occidentale et centrale, Asie centrale, Arabie et Deccan, Chine du Nord et du Nord-Est) peu accident�s et de hautes cha�nes montagneuses allong�es, au relief vigoureux, courant du Taurus � la Nouvelle-Guin�e (en passant par le Zagros, l�Hind&#x16B;</p><p>K&#x16B;ch et l�Him&#x101;laya notamment).</p><p>y L�Asie est le plus peupl� des</p><p>continents ; elle repr�sente pr�s de 60 p. 100 de la population mondiale, c�est-�-dire pr�s de 2,5 milliards d��tres humains. La grande majorit� de cette population appartient � l�Asie m�ridionale et extr�me-orientale, � l�� Asie de la mousson �. Les densit�s d�passent 175 habitants au kilom�tre carr� en Inde, 160 en Chine orientale, 280 au Japon, 550 � Java ; masses purement rurales ou presque, sauf au Japon, et presque toujours en voie d�accroissement rapide. La Sib�rie, l�Asie centrale sovi�tique et chinoise, la haute Asie (Tibet) et l�Asie du Sud-Ouest sont au contraire peu peupl�es.</p><p>L�Asie a certes d��normes potentialit�s �conomiques. L�Asie occidentale poss�de les plus grandes r�serves mondiales de p�trole ; la Sib�rie est un � scandale min�ralogique �. L�Asie sovi�tique et la Chine sont d�j� de grandes puissances industrielles, et le Japon est la troisi�me puissance �conomique du monde, mais � le poids de l�Asie � est d�abord celui des masses downloadModeText.vue.download 426 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>963</p><p>humaines, hautement civilis�es, de l�� Asie de la mousson �.</p><p>J. D.</p><p>&#x25B6; Asie de la mousson / Moyen-Orient / Articles consacr�s aux diff�rents �tats de l�Asie.</p><p>B L. D. Stamp, Asia, a Regional and Economic Geography (Londres, 1944 ; nouv. �d., 1957). /</p><p>P. Gourou, l�Asie (Hachette, 1953). / P. Pfeffer, l�Asie (Hachette, 1970).</p><p>Asie centrale</p><p>(art de l�)</p><p>Art ancien de l�Asie centrale sovi�-</p><p>tique et du Xinjiang (Sin-kiang, anc.</p><p>Turkestan chinois).</p><p>Entre la Chine et l�Iran, dans une r�gion de bassins s�par�s par de hautes cha�nes de montagnes orient�es E.-</p><p>O., s�est d�velopp� au sein de petits royaumes, durant le Ier mill�naire de notre �re, un ensemble de civilisations s�dentaires brillantes. Quoique le jeu des influences politiques, commerciales et religieuses ait introduit dans ces pays, suivant les �poques, des apports venus de l�Inde, de la Chine et de l�Iran, les arts qui s�y �panouirent n�en sont pas moins originaux.</p><p>Les r�gions consid�r�es com-</p><p>prennent une partie de l�actuelle Asie centrale sovi�tique (Sogdiane, Ferghana, Kh&#x101;rezm pr�islamiques) et l�ouest de la province chinoise du Xinjiang (Sin-kiang), soit le bassin du Tarim. Ces pays �taient travers�s par la � route de la soie �, lien principal par terre entre l�Orient et l�Occident pendant des si�cles. Ils �taient aussi le point de d�part des chemins se dirigeant vers le nord et la Sib�rie du Sud. Avec les marchands vinrent des moines, des p�lerins, des artisans, transportant d�un bout � l�autre de l�Asie des produits commerciaux, des id�es religieuses ou philosophiques, mais aussi des syst�mes de constructions, des techniques, des th�mes d�coratifs tr�s vari�s.</p><p>L�Asie centrale</p><p>sovi�tique</p><p>D�s la fin du Ve s. av. J.-C., on construisit des villes fortifi�es en m�me temps que se d�veloppait l�irrigation. Les</p><p>villes ont des plans rectangulaires r�-</p><p>guliers ; plus tard, les �l�ments architecturaux rel�vent de l�art hell�nistique (Nisa, r�gion d�Achkhabad). � partir de la fin du IIe s. av. J.-C., ces r�gions d�pendirent du grand Empire ku&#x1E63;&#x101;n&#x101;, qui dominait aussi l�Inde du Nord ; les villes continu�rent � se d�velopper. De cette p�riode datent le village fortifi� de Khaltchayan (� l�est de Termez) et Toprakkale (Kh&#x101;rezm), dont l�enceinte contenait un palais aux salles orn�es de monumentales statues d�argile et de fresques. En m�me temps commen�a l�installation du bouddhisme, comme le prouve le monast�re rupestre d�gag� � Kara-Tepe (r�gion de Termez).</p><p>Entre le d�clin des Kouchans, au d�but du IVe s., et la conqu�te arabe, au cours du VIIIe, le pays connut une grande prosp�rit�. La documentation est consid�rable, et elle a encore augment� depuis trente ans. On a ainsi d�couvert un art aristocratique refl�-</p><p>tant le go�t raffin� d�une soci�t� de type f�odal, qui pratiquait des religions diverses. Deux importantes d�couvertes relevant du bouddhisme ont eu lieu durant la derni�re d�cennie : Ak-Bechim (r�gion de Termez) et Adjina-Tepe (� l�est de Kourgan-Tioube).</p><p>Ces deux monast�res, entour�s d�une enceinte, contenaient des sculptures d�argile peinte repr�sentant les figures traditionnelles du panth�on et un grand Bouddha couch�, long de 12 m, oeuvres qui semblent faire �cho aux sculpteurs de l��cole � gr�co-bouddhique �. Les constructions la�ques sont surtout des</p><p>� fermes-ch�teaux � fortifi�es. Les murs des salles d�apparat y sont orn�s de fresques qui montrent des banquets aux convives v�tus de riches tuniques et levant des coupes, comme � B�l�-</p><p>lyk-Tepe (au nord de Termez), ou des sc�nes de combat � dos d��l�phant contre des animaux fantastiques et des f�lins, comme � Varakhcha (r�gion de Boukhara). L�ensemble le plus important est la ville de Piandjikent (� 60 km � l�est de Samarkand), fond�e au IVe s.</p><p>et � son apog�e au VIIe s. Les fresques d�corant maisons et palais illustrent la richesse des habitants, dont les nombreux t�moins de la vie mat�rielle mis au jour ne sont qu�un p�le reflet. Les peintures illustrent des sc�nes de la vie (lutte, jeu, concert, chasse, banquet...)</p><p>sur des fonds bleu lapis ou rouge pomp�ien. Les sculptures sur bois pr�sentent des personnages aux corps allong�s, aux gestes �l�gants.</p><p>Le Turkestan chinois</p><p>C�est � partir du d�but de notre �re que la civilisation n�e dans les oasis de la � route de la soie � est la mieux connue, et cela gr�ce aux d�couvertes des diverses missions europ�ennes depuis la fin du XIXe s. L�art refl�te les grandes tendances historiques. Au d�but, ce sont les influences indiennes et les courants plus occidentaux venus par le truchement du G&#x101;ndh&#x101;ra* qui dominent ; puis, � la suite de la conqu�te des Tang (T�ang) au VIIe s., la Chine, toujours pr�sente, devient pr�pond�-</p><p>rante. En m�me temps, les apports de l�Iran restent toujours sensibles, m�me apr�s la chute des Sassanides. Un �l�-</p><p>ment apporte une sorte d�unit� � cet immense territoire : la pr��minence du bouddhisme, qui, sans jamais faire figure de religion d��tat, fut la religion qui r�unit le plus d�adeptes et se maintint le plus longtemps. L�architecture qui nous est parvenue est surtout constitu�e par des monast�res et des lieux de culte bouddhiques. Ils sont tr�s souvent install�s dans des vall�es �troites ; aussi la paroi des falaises est-elle creus�e de grottes formant autant de cellules ou de chapelles. Les sculptures qui ornaient celles-ci sont surtout des grands ensembles de personnages d�argile peinte et dor�e. Elles manifestent l�influence du G&#x101;ndh&#x101;ra et de l�Inde dans les costumes, les parures, les attitudes, quoique les visages, larges et pleins, soient de type centre-asiatique. Les hauts-reliefs des monast�res de Tumshuq (r�gion de Maralbachi, IVe-VIIe s.) comptent parmi les plus beaux. C�est dans la peinture que les variations locales sont le plus sensibles ; mais on y rencontre partout le m�me go�t pour la repr�sentation humaine, atteignant parfois au portrait. Le nombre des oeuvres suppose l�emploi de poncifs, dont certains ont downloadModeText.vue.download 427 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>964</p><p>�t� retrouv�s ; la r�p�tition des th�mes s�accentuera avec le temps, encore renforc�e par l��volution du bouddhisme.</p><p>Les sites les plus anciens se trouvent sur la route du Sud. Mir&#x101;n est celui o� les influences occidentales sont le plus marqu�es dans les th�mes et la technique (IIIe s. ?). Les personnages, aux courts cheveux boucl�s, y sont v�tus de draperies � plis souples. Le style d�velopp� aux IVe et Ve s. dans la r�gion de Khotan accueillit, lui aussi, largement les influences �trang�res, en particulier iraniennes. Les Khotanais, qui peignaient � fresque ou sur des planchettes de bois, avaient le go�t de la g�om�trisation et de la frontalit� associ� � un grand sens du mouvement. La production des sites de la route du Nord s�est poursuivie plus tard que dans le Sud, et l�importante �tape de Koutcha se d�-</p><p>tache avec force ; le groupe des grottes de Kyzyl en forme le plus beau fleuron.</p><p>Les oeuvres les plus anciennes datent du milieu du Ve s., et l�activit� des artistes se poursuit jusqu�en 750 environ. Le style est fortement influenc� par l�Inde, les formes et les couleurs d�abord tr�s harmonieuses ; � partir de 650 (?), le dessin se stylise, et une pr�dilection pour des bleus et des verts souvent criards appara�t. Les peintures d�autres centres comme Tumshuq ou Qarachahr refl�tent le rayonnement de l��cole de Koutcha. Le bassin de Tourfan, au nord-est du Tarim, est le dernier de ces royaumes. Les manifestations artistiques y rel�vent non seulement du bouddhisme, mais aussi du manich�isme et du nestorianisme. Il s�y ajoute une influence chinoise qui se manifesta tr�s t�t et qui fut profonde.</p><p>Les fresques, mais aussi les peintures sur soie et sur papier, et les objets d�-</p><p>couverts dans les tombes (� Astana en particulier) en t�moignent. Quand les Turcs Ou�gours install�rent leur capitale � Qotcho (auj. Kara Khoja) vers 840, on vit se cr�er un style nouveau au dessin tr�s sobre, avec un go�t pour les couleurs violentes, le vert �meraude et surtout le rouge. Les fresques sont souvent des oeuvres de s�rie, mais les moines et les donateurs sont repr�sent�s avec un souci d�individualisation et de v�rit� qui en fait des documents</p><p>ethniques et arch�ologiques.</p><p>M. M.</p><p>&#x25B6; Chine / Inde / Iran / Ouzb�kistan / Samarkand.</p><p>B M. Bussagli, la Peinture de l�Asie centrale (Skira, 1963). / D. T. Rice, Ancient Arts of Central Asia (Londres, 1965). / A. Belenitsky, Asie centrale (Nagel, 1968).</p><p>Asie de la</p><p>mousson</p><p>Partie de l�Asie, du P&#x101;kist&#x101;n occidental au Japon, atteinte par la mousson*.</p><p>L�Asie m�ridionale (sous-conti-</p><p>nent indien et Asie du Sud-Est) et extr�me-orientale (Chine orientale, Taiwan [T�ai-wan], Japon, Cor�e) est l�� Asie peupl�e � (environ 2 milliards d�hommes), avec deux �tats g�ants : la Chine (800 millions d�hab.) et l�Union indienne (600 millions). Deux autres �tats d�passent 100 millions d�habitants : l�Indon�sie et le Japon. Sept pays d�passent ou approchent 40 millions d�habitants : le Bangla Desh, le P&#x101;kist&#x101;n, la Cor�e, les Philippines, la Tha�lande, le Vi�t-nam et la Birmanie.</p><p>Pour une grande part, cette concentration est la cons�quence de la mousson.</p><p>La mousson</p><p>L�Asie m�ridionale et extr�me-orientale est humide : les pluies sont presque partout sup�rieures � 500 mm ; une moiti� du sous-continent indien, toute la Chine du Sud-Est, la p�ninsule indochinoise, l�Insulinde, Taiwan et le Japon re�oivent plus de 1 000 mm de pluies, souvent plus de 1 500 mm. Sauf de rares exceptions, il s�agit de pluies d��t�. Ainsi, toute une immense r�gion, depuis l�Indus jusqu�� Hokkaid&#x14D;, sur 75� de longitude, depuis Singapour jusqu�� l�Amour, sur 55� de latitude, re�oit des pluies d��t� abondantes (de mai ou juin � octobre ou novembre).</p><p>Cet �t� pluvieux est chaud : g�n�ralement plus de 25 �C. Il est donc tropical.</p><p>Cette partie du monde a non pas des</p><p>� climats de mousson �, mais des climats � �t�s tropicaux, m�me sous des latitudes non tropicales. Certes, partout dans le monde, les fa�ades orientales</p><p>des continents ne pr�sentent pas la zonation classique des fa�ades occidentales, mais nulle part l�� anomalie � n�a pareille extension ni telle importance qu�en Asie.</p><p>Une grande partie de cette Asie, en effet, est situ�e entre 15 et 30� N., latitudes qui, ailleurs dans le monde et sauf exceptions, sont d�sertiques. Les deltas du Gange et du fleuve Rouge, o� les pluies d��t� d�passent 1 600 mm, sont situ�s � la latitude de Port-�tienne, en Mauritanie ; le delta du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang), o� les pluies, surtout d��t�, d�passent 1 000 mm, est � la latitude du Grand Erg occidental saharien ; la plaine du Gange, qui re�oit de 600 � 1 200 mm de pluies, s��tend � la latitude du d�sert des Nuf&#x16B;d, en Arabie, ou du d�sert de Basse-Californie, au Mexique. Sur plus de 70�</p><p>de longitude, les d�serts subtropicaux disparaissent. La vie devient possible.</p><p>Les deltas du Gange, du fleuve Rouge, du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang), la plaine du Gange sont des fourmili�res humaines o� la densit� d�passe 500 habitants au kilom�tre carr�, voire 1 000, et ce � la latitude d�immensit�s vides (Sahara, Arabie, etc.).</p><p>Les faits sont certes de moindre importance pour les r�gions situ�es de part et d�autre de l��quateur, qui ont des climats �quatoriaux (pluies constantes) ou tropicaux (pluies de mai � novembre dans l�h�misph�re Nord et de novembre � mai dans l�h�misph�re Sud) normaux � ces latitudes, et Born�o n�est pas tellement plus peupl�e que l�Amazonie ou la cuvette congolaise.</p><p>Mais ces r�gions tropicales ou �quatoriales asiatiques ont re�u l�impact des grandes civilisations n�es dans la zone temp�r�e, contrairement aux r�gions tropicales et �quatoriales africaines.</p><p>Les faits semblent aussi de moindre importance aux latitudes temp�r�es, en Chine ou au Japon. Mais l�absence du d�sert aux latitudes subtropicales a permis aux influences tropicales de gagner ces latitudes. Elle a favoris� la remont�e loin vers le nord d�esp�ces v�g�tales tropicales. De l� r�sulte l�exceptionnelle richesse de la for�t</p><p>� p�n�tropicale � en Chine du Sud-Est et au Japon m�ridional. Le camphrier</p><p>(jusqu�� 32� N.), le cam�lia, les lauriers, les bambous viennent se m�ler aux ch�nes verts et aux pins, parmi lianes et m�me �piphytes. De bien plus grande cons�quence, cependant, a �t� la diffusion du riz tr�s haut dans le Nord, gr�ce � la chaleur et aux pluies de l��t�. Cette c�r�ale est sans doute originaire de l�Asie tropicale (Inde, Asie du Sud-Est). Elle a gagn� tr�s t�t les zones temp�r�es (Chine du Yangzijiang [Yang-tseu-kiang], plaines de Cor�e et du Japon). Certes, elle n�y est pas parfaitement � son aise : les pluies d��t� ne sont pas tout � fait suffisantes, et l�irrigation est n�cessaire. Mais les conqu�tes gastronomiques du riz d�j� r�alis�es en Chine orientale lors du creusement du Grand Canal (605-616), destin� au transport du riz � la cour de Luoyang (Lo-yang), ont �t� suivies des conqu�tes du paddy, cultiv� aujourd�hui jusque sur le Heilongjiang (Hei-long-kiang) et dans Hokkaid&#x14D;. En Chine, en Cor�e et au Japon, le riz est l�aliment noble. Des influences civilisatrices tropicales se sont aussi manifest�es : la maison japonaise sur pilotis est originaire de l�Asie tropicale.</p><p>Il est de coutume de parler de</p><p>� moussons � et de distinguer une mousson d��t� et une mousson d�hiver, diam�tralement oppos�es dans leur direction, l�une du secteur sud (g�n�-</p><p>ralement S.-O.), l�autre du secteur nord (g�n�ralement N.-E.) ; pour beaucoup, le ph�nom�ne de � mousson � est pr�-</p><p>cis�ment l�opposition saisonni�re des vents. Celle-ci est connue de longue date des navigateurs, arabes, puis europ�ens, pour qui elle �tait d�importance primordiale au temps de la marine � voile. Mais, pour les masses paysannes asiatiques, il n�y a qu�une vraie mousson, celle d��t�, celle qui apporte la downloadModeText.vue.download 428 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>965</p><p>pluie et permet la vie. On peut donc parler d�Asie de la mousson. Cette Asie de la mousson ne correspond pas aux limites politiques : elle ne s��tend pas � la Chine occidentale (Mongolie-Int�-</p><p>rieure, Xinjiang [Sin-kiang], Tibet) ni � la R�publique populaire de Mongolie,</p><p>qui sont d�sertiques.</p><p>La mousson est due � ce que la circulation atmosph�rique est perturb�e en Asie m�ridionale et orientale par un fait g�ographique, l��norme masse du continent asiatique.</p><p>La mousson est provoqu�e par un</p><p>appel d�air du continent asiatique sur-chauff� : la chaleur, li�e � la continentalit�, cr�e des basses pressions sur l�Inde du Nord-Ouest et l�Asie centrale chinoise. Ces basses pressions, d�origine thermique, donc g�ographique, attirent (ph�nom�ne de mousson) par-del� l��quateur les aliz�s austraux originaires des hautes pressions subtropicales de l�oc�an Indien et d�Australie ; ceux-ci sont d�vi�s sur leur droite en franchissant l��quateur et prennent le plus souvent une direction S.-O. -</p><p>N.-E. ; direction absolument oppos�e � ce que sont ailleurs les aliz�s bor�aux (N.-E. - S.-O.). L�air tropical de l�aliz� est originellement sec, mais il pousse devant lui l�air �quatorial (Em) ascendant dont il provoque d�ailleurs, en partie, l�ascendance et auquel, devenu instable au-dessus des mers chaudes, il se m�lange ; ou, ce qui revient au m�me, il pousse, en s�y m�langeant jusqu�� de hautes latitudes, l�air �quatorial de la zone intertropicale de convergence (ZIC) ; une �norme masse d�air �quatorial (Em), chaud et potentiellement tr�s humide, dont l��paisseur peut atteindre 5 000 � 8 000 m, envahit l�Asie m�ridionale et extr�me-orientale jusqu�� 45� N. et m�me au-del�. Toutes sortes de facteurs peuvent, d�s lors, provoquer des pluies : ascendances locales dues � la thermoconvection ou aux modalit�s de la circulation en altitude, intervention de � d�pressions � temp�r�es d�ouest (en Chine et au Japon) et surtout ascendances brutales provoqu�es par le relief quand il est perpendiculaire au flux de mousson.</p><p>Le � sous-continent � indien est un monde � peu pr�s clos par la barri�re montagneuse qui l�enferme au nord : il a sa propre � mousson �, et le relief joue un r�le d�terminant dans la r�partition des pluies. Au contraire, l�Asie du Sud-Est, la Chine orientale et le Japon subissent l�effet de ph�nom�nes qui leur sont ext�rieurs : l�appel d�air vient ici de l�Asie centrale, et l�air</p><p>vient d�Australie (pour la plus grande part) ; en Asie du Sud-Est, le relief joue un r�le d�terminant dans la pluviosit�.</p><p>Ce r�le est bien moindre en Chine ou au Japon, o� interviennent des ph�no-m�nes temp�r�s (d�pressions de front polaire).</p><p>Les typhons</p><p>Cependant, outre la mousson, un autre ph�nom�ne tropical affecte certaines c�tes de la r�gion (rivages du golfe du Bengale, des mers de Chine et du Japon) : les typhons, g�n�rateurs de pluies tr�s abondantes. Les typhons sont des d�pressions barom�triques tr�s creuses, qui attirent des vents tr�s violents, des pluies diluviennes et un raz de mar�e. Ils se d�placent surtout en septembre et en octobre, de l��quateur vers le nord-ouest, puis obliquent vers le nord-est et m�me le sud-est.</p><p>Le Japon est le pays du monde o� les typhons sont les plus violents.</p><p>L�hiver</p><p>Dans ces pays qu�uniformise l��t�, l�hiver est un premier facteur de diff�-</p><p>renciation. En cette saison, la latitude joue pleinement son r�le, et il y a des pays tropicaux (sans hiver thermique) et des pays temp�r�s (avec hiver thermique). L�hiver est extr�mement froid en Chine du Nord-Est, froid en Chine du Nord, frais en Chine du Sud, dans les plaines de l�Indus et la haute plaine du Gange, chaud aux latitudes tropicales et �quatoriales. Dans l�ensemble, l�Asie extr�me-orientale a un hiver anormalement rigoureux pour sa latitude.</p><p>En hiver r�gne partout sur l�Asie m�ridionale et extr�me-orientale un flux du secteur nord, mais il ne devrait pas partout �tre appel� mousson. Le froid, d� � la continentalit�, cr�e de tr�s hautes pressions sur la Sib�rie orientale (1 035 mb). Ces hautes pressions, d�origine thermique, envoient (ph�nom�ne de mousson) vers le sud un air froid et sec, de direction N.-E. -</p><p>S.-O. ou N.-O. - S.-E. Cet air marque tr�s fortement l�hiver de la Chine et du Japon. L�hiver est tr�s froid � P�kin (� 4,4 �C), plus froid encore dans le Nord-Est et froid � Shanghai (Chang-</p><p>hai). Il est sec dans le Nord-Est et le Nord, et assez pluvieux sur la Chine m�ridionale. L�anticyclone sib�rien donne normalement des temps anticycloniques calmes et froids sur la Chine du Nord-Est et du Nord jusque vers le 35� N. ; plus au sud, il cr�e (ph�-</p><p>nom�ne de tourbillon) ou, au moins, renforce les d�pressions cycloniques d�ouest, qui circulent sur la Chine centrale et m�ridionale. Devenu instable sur la mer du Japon, relativement chaude sur sa rive japonaise � cause du Kuroshio, il provoque sur cette derni�re d��normes chutes de neige (6 m).</p><p>Cet air polaire (Pc) parviendrait en fin d�hiver (f�vr.-mars) jusqu�au golfe du Tonkin, o� il provoquerait les pluies fines continues du crachin. Tout � fait exceptionnellement, il provoquerait de petites pluies fines beaucoup plus au sud. Mais il est peu probable qu�il p�n�tre plus avant, vers le sud, en Asie du Sud-Est. Celle-ci est, de d�cembre � f�vrier, sous l�influence d�un flux d�air du secteur nord, sec et frais, mais non pas froid, qui donne la</p><p>� saison fra�che � : ciels clairs et lumineux. Vraisemblablement originaire d�anticyclones subtropicaux (peut-�tre renforc�s par l�air polaire de la mousson), ce flux d�air est donc un aliz�. Le vent mod�r� et agr�able qui souffle � la m�me �poque sur l�Inde est un vent du nord, sec et frais (Delhi : 15 �C en janvier), originaire d�une haute pression autochtone qui se tient normalement sur le nord-ouest du sous-continent, donc � une latitude subtropicale : ce vent est un aliz�. Il se fait sentir jusqu�� la fin de f�vrier. Le Pendjab, cependant, a quelques pluies de d�cembre � f�vrier (66 mm � Lahore) : elles sont dues au passage de d�pressions d�ouest peu actives, quand l�anticyclone a une position m�ridionale.</p><p>Le relief</p><p>S�opposent tr�s fortement des plaines alluviales tr�s basses et tr�s plates et des r�gions hautes. Celles-ci comportent des zones de relief relativement calme, o� dominent les plateaux (socles et � pseudo-socles �), et des zones de relief tr�s vigoureux (cha�nes tertiaires).</p><p>Les � plateaux �</p><p>Le Deccan est un ensemble de plateaux : plateau de Mysore au sud (600 m), dominant le plateau de</p><p>Tamiln&#x101;d (300 m) et la � plaine � de Coromandel (moins de 75 m) ; plateau du Teling&#x101;na, au centre (500 m) ; Chot&#x101; N&#x101;gpur au nord-est ; plateau Marathe et plateau M&#x101;lw&#x101; au nord-ouest.</p><p>L�ensemble est inclin� d�ouest en est, et les Gh&#x101;ts occidentaux, orient�s N.-</p><p>S., sont le relief le plus vigoureux, perpendiculaire au flux de mousson ; ils culminent au sud, en hauts blocs � sommets plats, N&#x12B;lgiri (2 635 m) et Anamalai-Palni (2 695 m) ; les plus grands fleuves (Mah&#x101;nadi, God&#x101;vari, K&#x101;viri) coulent d�ouest en est. � l�est, les Gh&#x101;ts orientaux, orient�s N.-E. - S.-</p><p>O., sont plus bas et morcel�s (Dewodi Mounda, cha�nes de Cuddapah, Gh&#x101;ts du Tamiln&#x101;d). Au nord enfin, les cr�tes �troites des Ar&#x101;valli prolongent le Deccan jusqu�� Delhi. � l�exception des plateaux Marathe et M&#x101;lw&#x101;, nappes horizontales de basaltes cr�tac�s, les plateaux du Deccan sont des � p�n�-</p><p>plaines � inselbergs �, glacis presque nivel�s, parsem�s de buttes aux flancs abrupts. Les monts Cuddapah et les Ar&#x101;valli sont des cr�tes appalachiennes de quartzites, vestiges modestes de cha�nes cambriennes. Les autres montagnes sont dues � des failles : au nord de 16� N., les Gh&#x101;ts occidentaux sont un escarpement de faille ; plus au sud, ils sont des horsts comme les Gh&#x101;ts orientaux. Poss�dant toutes les formes de relief typiques d�un socle tropical, le Deccan est une des plus vieilles terres du monde, o� dominent les gneiss arch�ens.</p><p>L�Asie du Sud-Est est fragment�e : p�ninsule indochinoise, p�ninsule malaise, Born�o. Mais ces r�gions reposent sur une vaste plate-forme sous-marine, la plus grande du monde, la plate-forme de la Sonde : un l�ger soul�vement (moins de 75 m) cr�erait un vaste ensemble de relief calme, �tendu � l�est jusqu�� la mer de Sulawesi ou de C�l�bes (� 5 500 m) et dominant � l�ouest par l�escarpement de 1 000 m du plateau Chan les plaines de l�Irrawaddy. Le relief est plus vigoureux cependant que celui du Deccan. Les principales lignes de relief sont m�ridiennes, donc presque</p><p>perpendiculaires au flux de mousson : escarpement du plateau Chan, Tenas-serim, cha�nes malaises dispos�es en �chelons, monts d�Annam (et non</p><p>� Cordill�re annamitique �), cha�nes du nord de la Tha�lande et du Laos septentrional, Dong praya yen ; les cha�nes du Vi�t-nam du Nord (au sud du fleuve Rouge) sont orient�es N.-O. - S.-E., ainsi que l�ensemble des monts du sud du Cambodge. Ce n�est plus un socle.</p><p>Les terrains sont plus vari�s, et les calcaires permiens donnent d�extraordinaires karsts � pitons. Des orogen�ses secondaires, de plus en plus r�centes de l�int�rieur vers l�ext�rieur, ont affect� l�ensemble ; mais, sauf exception (Vi�t-nam du Nord), les plis ont �t� lourds, accompagn�s de mont�es de batholites et d��ruptions volcaniques.</p><p>Enfin, les cha�nes, tr�s us�es, sont en partie enfouies sous leurs propres d�-</p><p>bris, une couverture de gr�s roses �tant rest�e presque horizontale. L�ensemble est consolid�, et le relief est d� surtout � des failles tertiaires. Nous avons pro-downloadModeText.vue.download 429 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>966</p><p>pos� l�appellation de � pseudo-socle de la Sonde �.</p><p>Le relief de la Chine du Sud-Est est orient� S.-O. - N.-E. ; il comprend un gradin occidental (Yunnan [Yun-nan], bassin du Sichuan [Sseu-tch�ouan], Guizhou [Kouei-tcheou], Guangxi</p><p>[Kouang-si]), une vaste zone d�prim�e centrale (vall�es du Xiang [Siang]</p><p>et du Gan [Kan]), un gradin oriental (Wuyishan [Wou-yi-chan, 1 675 m]</p><p>et Daiyunshan [Tai-yun-chan]). Mais l�ensemble est confus, constitu� surtout de basses montagnes et coup� par les Nanling (Nan-ling), d�orientation O.-E. La Chine du Sud-Est est aussi un � pseudo-socle �, massif et consolid�, o� les plissements, y compris les derniers, cr�tac�s, ne jouent qu�un r�le modeste dans le relief ; ceux-ci ont �t� lourds, de type � pacifique �, accompagn�s d�intrusions granitiques et d��ruptions de rhyolites ; ils sont en partie recouverts d�une couche de gr�s �oc�nes rouges rest�e subhorizontale</p><p>ou affect�e d�ondulations. Les traits essentiels du relief, par exemple les Wuyishan (Wou-yi-chan), sont dus � des failles tertiaires.</p><p>La cha�ne des Qinlingshan (Ts�inling-chan), orient�e O.-E., s�pare cette r�gion, de relief confus, mais mouvement�, des plateaux et plaines de la Chine septentrionale, blocs horizontaux, les uns soulev�s, les autres affaiss�s, s�par�s par des escarpements orient�s S.-O. - N.-E. Le gradin occidental comprend les plateaux du Sh&#x103;nxi (Chen-si) et du Gansu (Kan-sou), en partie enfouis sous une couche de loess �paisse (parfois de 200 m), les monts du Sh&#x101;nxi (Chan-si) et le Grand Khinghan ; le foss� central est occup� par la Grande Plaine et la plaine du Nord-Est ; le gradin oriental comprend les massifs du Shandong (Chan-tong), du Liaodong (Leao-tong) et du Chang-baishan (Tch�ang-pai-chan).</p><p>La Chine du Nord et du Nord-Est est un socle pr�cambrien ; les terrains cristallins de ce socle sont en tr�s grande partie masqu�s par une couverture s�-</p><p>dimentaire subhorizontale, de terrains primaires et secondaires tr�s vari�s, notamment des calcaires et des terrains houillers. Les grandes lignes du relief sont des escarpements de failles tr�s r�centes, et les mouvements verticaux ne sont pas termin�s.</p><p>La p�ninsule cor�enne est dis-</p><p>sym�trique : les hautes montagnes (K&#x16D;mgang San) dessinent � l�est une ligne convexe grossi�rement N.-S. et dominent imm�diatement de fortes profondeurs marines, tandis que les versants en pente douce, vers l�ouest, sont suivis par les principaux fleuves (Han, Kum). La p�ninsule est, pour sa plus grande part, un socle pr�cambrien et, pour partie, un � pseudo-socle �</p><p>semblable � celui de la Chine du Sud-Est. Les failles d�terminent l�essentiel du relief.</p><p>Les cha�nes r�centes et</p><p>les arcs volcaniques</p><p>Socles et pseudo-socles sont enrob�s par de hautes cha�nes de montagnes et des arcs volcaniques. � l�ouest, le</p><p>sous-continent indien est ferm� par les cha�nes Baloutches, cha�nes tertiaires � peu pr�s perpendiculaires � l�Him&#x101;laya. Celui-ci est la plus haute cha�ne du monde : quarante sommets d�passent 7 000 m ; sur pr�s de 3 000 km, il n�y a pas de passe notable.</p><p>L�Him&#x101;laya est cependant travers� presque de part en part par les gorges de l�Indus et du Brahmapoutre. La cha�ne, grossi�rement O.-E., est convexe vers le sud : le socle du Deccan affleure aux deux extr�mit�s (Kirana Hills et col-downloadModeText.vue.download 430 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>967</p><p>lines de Shillong), s�effa�ant au centre.</p><p>Elle est dissym�trique, tombant brutalement sur les plaines indo-gang�tiques (moins de 300 m) et s�abaissant plus lentement vers le Tibet (les fonds de vall�e sont ici � 4 000 m).</p><p>L�Him&#x101;laya est constitu� d�arcs</p><p>parall�les, particuli�rement bien dessin�s � l�ouest, o� se succ�dent du nord au sud : Karakoram, sillon de l�Indus, Grand Him&#x101;laya (8 000 m), vall�e de Srinagar, Moyen Him&#x101;laya (5 000 m), ligne de bassins des Duns (Duars), Siw&#x101;lik (de 1 000 � 2 000 m).</p><p>Des terrains s�dimentaires et cristallins, accumul�s sur d��normes �paisseurs, ont �t� ploy�s en g�anticlinaux de plus en plus r�cents du nord vers le sud. Le Karakoram est un pli de fond cr�tac�. Le Grand et le Moyen Him&#x101;laya r�sultent d�une orogen�se oligoc�ne complexe : nappes de charriage ou, plus probablement, mouvements verticaux en sens oppos�s (P. Bordet). Les Siw&#x101;lik sont des plis simples, tr�s r�cents (plioc�nes ou pl�istoc�nes), affectant des molasses tertiaires. L�Him&#x101;laya et le Tibet ont �t� soulev�s depuis le milieu du Quaternaire, et ce soul�vement ne serait pas termin�.</p><p>Les arcs de l�Insulinde. L�Him&#x101;laya se prolonge � l�est par l�Arakan Yoma et le Pegu Yoma, qui lui sont perpendiculaires et donc orient�s N.-S., puis par les guirlandes montagneuses (plus de 3 000 m tr�s souvent), encore mal</p><p>consolid�es, de l�Insulinde : celles-ci surplombent, au sud et � l�est, de grandes fosses marines qui atteignent</p><p>� 7 450 m au sud de Java et � 10 000 m � l�est des Philippines. Le relief est tr�s r�cent ; des failles quaternaires ont jou� un r�le d�terminant. La distinction de deux arcs, immenses g�anticlinaux, est classique : un arc � externe �</p><p>non volcanique (Arakan Yoma, Nias, Timor, C�ram, Sulawesi oriental) et un arc � interne � volcanique (Pegu Yoma, Sumatra, Java, Moluques, Philippines), qui est le plus proche de l�Asie, tandis que l�arc � externe � borde les grandes fosses marines. Celui-ci r�sulte de plissements oligoc�nes et mioc�nes tr�s compliqu�s (nappes de charriage), et l�arc � interne � de plissements mioc�nes et pliopl�istoc�nes ; ce dernier est surtout la plus grande zone de volcanisme r�cent du monde.</p><p>Taiwan (T�ai-wan) est beaucoup plus �lev�e que le continent (4 300 m) ; la cha�ne principale m�ridienne est toute proche de la c�te Est, et, de ce fait, le relief est dissym�trique. Cette �le peut �tre consid�r�e comme l�extr�me prolongement des arcs de l�Insulinde : elle a connu des plissements oligoc�nes, des �ruptions volcaniques quaternaires et surtout des failles tr�s r�centes. Le relief est mal consolid� (tremblements de terre).</p><p>Taiwan se prolonge par l�arc des Ry&#x16B;ky&#x16B;, puis par l�arc japonais (qui, lui-m�me, se raccorde � l�arc de Sakhaline et � l�arc des Kouriles). Des failles r�centes, tertiaires et quaternaires, jouent le r�le fondamental. Un axe longitudinal majeur, la � ligne m�diane de dislocation �, s�pare zone externe, face au Pacifique, et zone interne, face � l�Asie. Il est coup� au coeur de Honsh&#x16B;, l� o� l�arc japonais se recourbe presque � angle droit (de S.-O. - N.-E., sa direction devient S.-N.), par un grand foss� tectonique, la Fossa Magna ; le bord oriental de ce foss� est masqu� par des volcans r�cents, mais le bord occidental, la grande faille Itoigawa-Shizuoka, est la limite des Alpes japonaises, zone la plus �lev�e du pays. D�une fa�on g�n�rale, le Japon est un jeu de blocs affaiss�s (lac Biwa) et soulev�s (Alpes japonaises). La zone interne sud et la zone externe nord sont des portions de</p><p>socle (pr�triasique) ; la zone externe sud est une portion de pseudo-socle o� apparaissent les traces de plis cr�tac�s ; la zone interne nord et tout Hokkaid&#x14D;</p><p>sont constitu�s de terrains tertiaires pliss�s.</p><p>Les plaines</p><p>Les plaines concentrent, quoique in�-</p><p>galement, les densit�s humaines, et c�est l� que les grandes civilisations se sont d�abord �panouies.</p><p>Ces plaines de l�Asie de la mousson sont toutes des plaines alluviales, donc tr�s plates. Il n�y a pratiquement pas de plaines s�dimentaires. Et les plaines d��rosion (p�n�plaines ou p�diplaines au niveau de la mer), non recouvertes d�alluvions r�centes, sont rares. Il existe deux grands ensembles : les plaines indo-gang�tiques, les plaines du Nord et du Nord-Est chinois.</p><p>Les plaines indo-gang�tiques couvrent 3 000 km de l�Indus au Brahmapoutre, et la ligne de partage des eaux entre les deux fleuves est � 277 m d�altitude. Cet ensemble comprend deux deltas et deux plaines. Les deltas de l�Indus et de la Padma (Gange et Brahmapoutre) sont tr�s bas et ont une hydrographie complexe et ind�cise ; il y a moins de trois si�cles que le Gange s�est d�plac� vers l�est pour rejoindre le Brahmapoutre. Mais le climat oppose tr�s fortement un delta de l�Indus d�sertique et un delta de la Padma tr�s arros�, sous la menace des typhons et des raz de mar�e, aux estuaires encombr�s par la mangrove � pal�tuviers (Sundarbans). Les plaines du Pendjab (ou des cinq rivi�res : Jhelum, Chen&#x101;b, R&#x101;vi, Be&#x101;s, Sutlej) et du Gange sont un peu plus vari�es. Au pied des Siw&#x101;lik s��tend un piedmont d�tritique de gra-viers plus ou moins grossiers (Bha-bar) ; en plaine m�me, les rivi�res sont s�par�es par les � do&#x101;bs �, ou terres hautes d�alluvions anciennes (bhangar), le plus souvent tr�s fertiles (terres dumat), parfois st�rilis�es par des concr�tions calcaires ou des sels ; le do&#x101;b le plus c�l�bre s�pare le Gange de la Jamna, son grand affluent de rive droite. Enfin, les lits majeurs des fleuves sont des plaines basses d�alluvions r�centes (Khadar), sableuses</p><p>en amont, argileuses en aval, o� les rivi�res divaguent, d�bordant fr�quemment. Mais, ici encore, les diff�rences essentielles sont dues au climat, sec au Pendjab, de plus en plus humide vers l�est. Les dunes du d�sert de Thar envahissent la zone de partage des eaux, et les Ar&#x101;valli atteignent Delhi : finalement, les deux plaines communiquent par un couloir assez �troit, qui fut le champ de bataille de l�Inde (Th&#x101;nesar, 1191 et 1192 ; P&#x101;nip&#x101;t, 1526 et 1761).</p><p>En Chine, la Plaine du Nord-Est</p><p>et la Grande Plaine sont plus nettement s�par�es. L�une et l�autre sont essentiellement des plaines alluviales dans des foss�s tectoniques. Mais la Plaine du Nord-Est est complexe, car l�affaissement y a �t� in�gal, beaucoup plus marqu� au sud qu�au nord et surtout au centre. La Grande Plaine (390 000 km 2) est un foss� tectonique en voie de remblaiement par les alluvions loessiques du Huanghe (Houang-ho) : les alluvions quaternaires ont de 800 � 1 000 m d��paisseur. Cette plaine m�rite d��tre appel�e la � plaine du Huanghe � : construite par ce fleuve, le plus brutal et le plus charg� d�alluvions de tous les fleuves du monde, elle est perp�tuellement sous la menace de ses terribles inondations. Le fleuve est depuis longtemps endigu�, mais il alluvionne dans le fond de son lit, qui s�exhausse. Tout au long de l�histoire, le fleuve Jaune n�a cess� de d�placer son lit de part et d�autre de la presqu��le du Shandong (Chan-tong), balayant chaque fois la Grande Plaine sur 800 km !</p><p>En dehors de ces grands ensembles, les plaines, plus petites, sont des plaines c�ti�res et des deltas. Toutefois, le Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) a construit, outre son delta tr�s bas, tr�s plat, en grande partie lacustre (lac Taihu [T�ai-hou]), un chapelet de petites plaines au Anhui (Ngan-houei) et surtout, avec son affluent le Han, les plaines du Hubei (Hou-pei), en grande partie lacustres et menac�es, elles aussi, par l�inondation. La plupart des deltas orientaux du Deccan sont sans doute des p�diplaines � inselbergs masqu�es par une faible �paisseur d�alluvions ; ils sont � ou �taient �</p><p>menac�s par les caprices des fleuves</p><p>qui les ont construits, et en particulier le delta de la Mah&#x101;nadi. Les plaines et les deltas de la p�ninsule indochinoise, sauf le delta de l�Irrawaddy, qui s�est install� dans un profond sillon tertiaire, sont aussi des p�diplaines � inselbergs incompl�tement et in�galement masqu�es par les alluvions : celles-ci, apport�es par des fleuves qui ont travers� de vastes r�gions calcaires, sont g�n�-</p><p>ralement fertiles. L�immense plaine orientale de Sumatra est une plaine alluviale typique, amphibie dans ses parties c�ti�res, de m�diocre fertilit�, semble-t-il ; les plaines littorales de Java, beaucoup plus �troites, toutes au nord de l��le, sauf une, sont de fertilit� in�gale ; la plus riche est le delta commun du Solo et du Brantas � l�est. Les Philippines n�ont qu�une plaine importante, la plaine centrale de Lu�on.</p><p>Taiwan (T�ai-wan) a une grande plaine littorale sur sa face occidentale. Quant au Japon, ses plaines, petites et morcel�es, ont ce caract�re unique d��tre, pour une tr�s grande part, constitu�es d�alluvions anciennes (diluvium), formant de magnifiques terrasses qui peuvent atteindre 200 m de haut, souvent saupoudr�es de cendres volcaniques, mais peu fertiles et ne conve-nant pas � la culture du riz. Les plaines basses, d�alluvions r�centes, sont parcourues de fleuves courts, rapides et brutaux, aux lits immenses, qu�il a fallu endiguer.</p><p>Peuples et</p><p>civilisations</p><p>De tr�s grandes civilisations se sont �panouies dans les plaines. Les premi�res civilisations sont apparues en pays temp�r�s, dans les plaines de l�Indus (Mohenjo-Daro, Harapp&#x101; vers 3300 av. J.-C.) et dans la vall�e du Huanghe (Houang-ho), aux lisi�res de la Grande Plaine (dynastie Xia [Hia]</p><p>au d�but du IIe mill�naire av. J.-C.).</p><p>Les villes de l�Indus ont �t� d�truites entre 2000 et 1000, probablement par les Aryens, peuples blancs, de langue indo-europ�enne (sanskrit), qui se transmettaient oralement les Veda (recueils d�hymnes et de formulaires), o� downloadModeText.vue.download 431 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>968</p><p>apparaissent d�j� les grands dieux du panth�on hindou (Vishnu, &#x15A;iva Brahman) ; les Veda ont �t� �crits au IVe s.</p><p>en �criture aram�enne. Au VIe s., les Upanishad d�finissent, dans le cadre du v�disme, le dogme de la r�incarnation, ou transmigration, sur lequel repose toute la pens�e du monde indien et du monde � indianis� �, c�est-�-dire de quelque 600 millions d��tres humains. L�� &#x101;tman �, � la fois � esprit �</p><p>et � souffle vital �, est �ternel ; � la mort, il se r�incarne sous une autre apparence. La m�ditation de &#x15A;&#x101;kyamuni (Ve s.), � partir de cette croyance en la r�incarnation, aboutit au bouddhisme. En r�action, sans doute, contre le bouddhisme, contre son ath�isme et son �galitarisme apparaissent au IIIe s.</p><p>av. J.-C. les grandes �pop�es hindoues, le R&#x101;m&#x101;ya&#x1E47;a et le Mah&#x101;bh&#x101;rata ; le premier chante les avatars de Vishnu et est la source essentielle des th�mes litt�raires et artistiques dans tout le monde indien et indianis� ; le second donne dans un de ses chants, la Bhagavad-G&#x12B;ta, une origine religieuse aux � varna �, c�est-�-dire � la hi�rarchie des castes : l�appartenance � une des quatre varna (brahmanes, kshatriya, vaisya, s&#x16B;dra) ou l�exclusion de ces varna (intouchables) est la cons�quence, pour chaque individu, de son � Karman � et la r�compense ou la punition de ses vie pass�es.</p><p>Une �ph�m�re conqu�te grecque</p><p>des plaines de l�Indus aboutit, par contrecoup, � la cr�ation du premier Empire indien, l�Empire maurya (capitale P&#x101;&#x1E6D;aliputra, l�actuelle Pa&#x1E6D;n&#x101;, dans la vall�e moyenne du Gange) : avant de se convertir au bouddhisme, A&#x15B;oka (273-236) conquiert le Deccan jusqu�au Penner, ne laissant ind�pendants, au sud, que les premiers �tats tamouls. D�autres dynasties puissantes, mais �ph�m�res, se succ�dent ensuite jusqu�au VIIIe s. de notre �re dans les plaines indo-gang�tiques : les &#x15A;unga, les Gupta (capitale Kanauj, dans le Grand Do&#x101;b, IVe-Ve s.), les Harsha (VIIe s.). L�apport de l�Inde du Sud dans cette gen�se de la civilisation indienne ne nous est pas connu ; il fut sans doute consid�rable, et l�Inde du Sud eut de grandes dynasties : les Andhra (IIe s. av. J.-C. - IIe s. apr. J.-C.), les</p><p>Pallava (fin du IIIe s. - VIIIe s.). Par son interm�diaire, en partie, hindouisme et bouddhisme, th�mes litt�raires et artistiques, conceptions politiques, sans parler de maintes techniques (attelage), gagnent l�Asie du Sud-Est, o� pr�tres, moines, marchands provoquent la cr�ation de royaumes � indianis�s �</p><p>(� Inde-Ext�rieure �) : Fou-nan (Cambodge m�ridional, IIe-VIe s.), anc�tre du grand royaume khmer d�Angkor (Cambodge occidental, IXe-XIIIe s.), Champa (c�te d�Annam, IIe-XIVe s.) ; royaumes d�Anur&#x101;dhapura (Ve s.) � Ceylan, royaume M�n de Pegu (Basse-Birmanie, Ve s.), royaume M�n de Dv&#x101;ravati (Tha�lande), premier royaume de</p><p>Mataram (Java central, VIIIe-XIe s.), thalassocratie de Shr&#x12B;vijaya (Sumatra, VIIe-XIVe s.).</p><p>La civilisation chinoise est n�e aux confins des plateaux de loess (vall�es du Huanghe [Houang-ho] et du Wei) et de la Grande Plaine (dynasties Shang</p><p>[Chang] � Anyang [Ngan-yang] et</p><p>Zhou [Tcheou] � Luoyang [Lo-yang]).</p><p>C�est au Shandong (Chan-tong) qu�est n� Confucius (VIe s. av. J.-C.), dont la sagesse pragmatique, beaucoup plus que le mysticisme tao�ste, a model� l��me chinoise ; cette sagesse (et le culte des anc�tres) entra�ne le respect de l�ordre �tabli et ne va pas sans un certain conservatisme ; elle est d�nu�e de toute pr�occupation m�taphysique.</p><p>L�unit� fut r�alis�e pour la pre-mi�re fois par les Qin (Ts�in) de Xi�an (Si-ngan) [221-206 av. J.-C.] dans la vall�e du Wei, affluent du Huanghe (Houang-ho), au coeur des plateaux de loess du Sh&#x103;nxi (Chen-si) : les plaines du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) furent alors effectivement occup�es, un grand r�seau d�irrigation construit sur le Min, au Sichuan (Sseu-tch�ouan), la Chine du Sud-Est et le Vi�t-nam du Nord conquis, tandis qu��tait �difi�e la Grande Muraille. C�est � ce moment qu�apparaissent les doctrines politiques qui feront la force de la Chine ; c�est surtout alors qu�est mise au point l��criture chinoise, �criture symbolique aux caract�res pictographiques.</p><p>La civilisation chinoise, ses conceptions politiques (r�le de l�empereur), sociales et philosophiques (confucia-nisme) gagn�rent le Vi�t-nam (occup�</p><p>pendant treize si�cles) et aussi la Cor�e (conquise sous la dynastie Han, dont le principal effort s�est port� vers l�ouest, vers l�Asie centrale, la � route de la soie �) et, plus tard, au VIIe s., le Japon.</p><p>Ce rayonnement chinois fut � son apog�e sous la tr�s grande dynastie bouddhiste Tang (T�ang) [capitale Luoyang (Lo-yang), 618-907], o� la Chine du Sud est effectivement colonis�e et qui est l��ge d�or de la po�sie chinoise. Les premi�res dynasties japonaises de Nara et de Ky&#x14D;to en subissent fortement l�influence (VIIe-IXe s.).</p><p>Ainsi, deux influences, issues toutes deux des latitudes temp�r�es, avaient, sans difficult�s majeures, gagn� les zones tropicales et se partageaient l�Asie de la mousson. Cependant, celle-ci a failli conna�tre, ce qui e�t �t� de grande importance, une unit� de pens�e : celle du bouddhisme.</p><p>La r�flexion du Bouddha historique, &#x15A;&#x101;kyamuni, est au d�part une m�ditation sur la douleur : mis�re et souffrance sont sans doute tr�s anciennes dans l�Inde. Mais la douleur devient insoutenable dans le cadre des r�incarnations : elle aussi est �ternelle ; l�origine de la douleur est l�attachement � la vie ; pour supprimer la douleur, il faut supprimer l�attachement � la vie.</p><p>Se d�tacher du moi et du monde permet d�atteindre le � nirv&#x101;&#x1E47;a �. &#x15A;&#x101;kyamuni, lui-m�me, est rest� un moraliste. Par la suite, les premiers et les plus c�l�bres de ses disciples (�cole du mah&#x101;y&#x101;na, dite � du grand v�hicule �, de langue sanskrite) ont �volu� vers un id�alisme m�taphysique absolu et, d�autre part, vers le culte de tous ceux qui ont atteint le nirv&#x101;&#x1E47;a, les bodhisattva, intercesseurs que l�on invoque. Par r�action, � partir du IIIe s. av. J.-C., des penseurs cinghalais, de langue p&#x101;lie (�cole du therav&#x101;da, dite � h&#x12B;nay&#x101;na � ou � du petit v�hicule �), proclam�rent que le Bouddha seul avait atteint le nirv&#x101;&#x1E47;a, renonc�rent � toute sp�culation m�taphysique et d�finirent une morale pratique.</p><p>Le bouddhisme du grand v�hicule</p><p>b�n�ficie dans l�Inde des conqu�tes d�Asoka (273-236), qui se convertit. Du IIe s. av. J.-C. au VIe s. apr. J.-</p><p>C., le m�me bouddhisme s��panouit</p><p>au Gandh&#x101;ra (�tat gr�co-indien qui s��tend de l�Afgh&#x101;nist&#x101;n au Pendjab et o�, sur des mod�les grecs, le Bouddha est repr�sent� pour la premi�re fois).</p><p>Les grandes dynasties Gupta et Harsha sont (au moins partiellement) bouddhistes, comme le sont les universit�s (N&#x101;land&#x101;) au Bih&#x101;r et les oeuvres d�art : fresques des grottes d�Aja&#x1E47;&#x1E6D;&#x101;, temples d�Amar&#x101;vat&#x12B; (Andhra), art classique gupta, art des Galla du Gujer&#x101;t ; sont bouddhistes �galement, du moins partiellement, le Mataram (temple du B&#x101;r&#x101;budur dans le Java central vers 850) et, � son apog�e, apr�s une longue p�riode hindouiste, le royaume khmer sous Jayavarman VII (fin du XIIe s.), constructeur du Bayon.</p><p>Au-del� de l�Hind&#x16B; K&#x16B;ch, par les oasis du Xinjiang (Sin-kiang) et l�antique � route de la soie �, le bouddhisme atteint la Chine ; la premi�re communaut� y date de 148 ; les Wei se convertissent au Ve s. (sanctuaires rupestres de Longmen [Long-men] et de Yungang [Yun-kang], Ve et VIe s.) ; la grande dynastie T�ang est bouddhiste (618-907) ; sont bouddhistes la dynastie cor�enne de Ko-ry&#x14F; (918-1392) et les premi�res dynasties japonaises (temples d�H&#x14D;ry&#x16B;ji [fin du VIe s.], de Nara [VIIe s.], de Ky&#x14D;to [du IXe s.]). �</p><p>l�heure o� les p�lerins chinois Fa Xian (Fa Hien), Xuan Zang (Hiuan Tsang) allaient en Inde chercher l�enseignement du Bienheureux, on e�t pu croire que l�Asie de la mousson tout enti�re �tait devenue bouddhiste.</p><p>Cependant, au moment o� le bouddhisme semble triompher (Ve-Xe s.), sa position en Inde m�me est d�j� tr�s fortement menac�e. Ses conqu�tes n�ont sans doute �t� qu�apparentes : la soci�t� indienne est rest�e hindouiste dans son fond et a r�agi vigoureusement aux conceptions �galitaires du bouddhisme ; il n�est pas certain que les monarques gupta aient �t� bouddhistes. Les conqu�tes bouddhiques, en tout cas, ont �t� partielles : les �tats du Deccan sont hindouistes (Pallava, puis Chola, Xe-XIIIe s.), ainsi que les monuments de Mah&#x101;balipuram (VIIe s.), d�Ellor&#x101; et d�Elephanta (VIIIe-IXe s.), et la plaine du Gange dans sa partie occidentale l�est peut-�tre aussi. Ce sont les R&#x101;jp&#x16B;ts hindouistes qui s�opposent,</p><p>aux XIe et XIIe s., aux Turcs musulmans et sont vaincus � Th&#x101;nesar par Mu&#x1E25;ammad de Ghor (1192). La victoire musulmane a sans doute port� le coup de gr�ce au bouddhisme dans l�Inde, l� o� il �tait rest� le plus fort, dans la vall�e moyenne du Gange : les communaut�s de moines bouddhistes �taient particuli�rement vuln�rables.</p><p>Les musulmans dominent d�sormais l�Inde jusqu�au milieu du XVIIIe s. ; les grands monuments de Delhi et d�&#x100;gra (T&#x101;dj Mahall) sont musulmans.</p><p>L�isl&#x101;m s�implante fortement dans les plaines de l�Indus. Mais ce serait volontairement par haine de l�hindouisme et de sa hi�rarchie des castes que les Bengalis bouddhistes, en majorit�, se seraient convertis � l�isl&#x101;m.</p><p>� Java, le bouddhisme du grand</p><p>v�hicule a sans doute d�clin� d�s le XIe s. Les royaumes de Singasari et de Majapahit (Java oriental � partir du XIIIe s.) sont hindouistes ; ce dernier sera vaincu par les musulmans vers 1520. Au XVIe s., l�Indon�sie enti�re est musulmane, sauf l��le de Bali, o� se maintiennent les cultes hindouistes.</p><p>En Asie centrale, les musulmans se sont empar�s des oasis du Turkestan et du Xinjiang (Sin-kiang), o� des populations turques se substituent aux autochtones aryens : le bouddhisme chinois est priv� de ses sources indiennes. Une downloadModeText.vue.download 432 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>969</p><p>r�action nationale fait, sous les Song, triompher en Chine un n�o-confucia-nisme (XIIe s.). Le bouddhisme du grand v�hicule, en Chine et au Vi�t-nam, se maintient dans quelques monast�res et survit, sous une forme tr�s ab�tardie, dans le syncr�tisme religieux populaire, conjointement avec la morale confuc�enne, le culte des anc�tres, des superstitions animistes, la croyance aux g�nies et quelques traces de mystique tao�ste : la tendance populaire est la d�ification du Bouddha. Au Japon, le shinto�sme, qui est surtout un culte national de la nature, r�duit l�influence bouddhiste aux monast�res (bouddhisme zen en particulier) : toutefois,</p><p>les Japonais, s�ils pratiquent le shinto�sme, fr�quentent aussi les temples bouddhistes. Enfin, le bouddhisme du grand v�hicule et l�hindouisme ont c�d� la place, � partir du XIIIe s., au bouddhisme du petit v�hicule ou du Sud (therav&#x101;da), originaire de Ceylan, de la Birmanie, de la Tha�lande, du Cambodge et du Laos, o� il impr�gne profond�ment la vie des peuples, y compris leur vie quotidienne.</p><p>L�Asie de la mousson est ainsi divis�e en deux mondes : le monde sinis�, qui est pragmatique, et le monde indianis�, qui est religieux. Le premier est beaucoup plus homog�ne que le second.</p><p>Le monde chinois</p><p>et sinis�</p><p>L�Extr�me-Orient a une certaine homog�n�it� ethnique : les populations mongolo�des, claires, aux pommettes saillantes et aux yeux brid�s, y sont presque seules ; les minorit�s ethniques se r�duisent � quelques milliers de Blancs (A�nous) dans Hokkaid&#x14D;</p><p>et � quelques milliers de � bruns � � Taiwan (T�ai-wan).</p><p>En R�publique populaire de Chine, certes, il y a des minorit�s ethno-linguistiques : outre celles qui peuplent l�Asie centrale (Tib�tains, Ou�gours, Mongols), il y a toutes celles de la Chine m�ridionale. En outre, il y a plusieurs langues chinoises ou han, mono-syllabiques et � toniques �. La langue officielle, dite � langue mandarine �, parl�e par la grande majorit� de la population, est la langue du Nord. Dans le Sud existent d�autres langues han : les dialectes du Fujian (Fou-kien), le hakka et surtout le cantonais. Cette diversit� serait un obstacle consid�-</p><p>rable � l�unit� nationale si tous les Han n�employaient la m�me �criture. Celle-ci pr�sente l�inconv�nient d�exiger un long apprentissage et d��tre peu apte � l�expression scientifique moderne ; une �criture romane a �t� cr��e, mais sa diffusion exige l�unit� linguistique.</p><p>Une seule langue est parl�e en</p><p>Cor�e, langue agglutinante transcrite en �criture chinoise ou dans une �criture alphab�tique d�riv�e du sanskrit.</p><p>Les Japonais forment, eu �gard � leur nombre, le peuple le plus homog�ne du monde. Ce peuple de 100 millions d�individus a, en d�pit de quelques diff�rences dialectales, la m�me langue, le m�me costume traditionnel et, en d�pit des diff�rences consid�rables de latitude, la m�me maison, construite sur pilotis, enti�rement v�g�tale, particuli�rement inadapt�e aux froids hivernaux.</p><p>Dans les montagnes vietnamiennes vivent nombre de minorit�s ethniques : mongolo�des au nord (Tha�s et Miaos), brunes au sud (dites � proto-indochinoises �). Mais les Vietnamiens sont seuls dans les plaines ; leur langue, longtemps transcrite en caract�res chinois, l�est aujourd�hui par une �criture alphab�tique romane (qu�c-ngu).</p><p>Ils habitent, � l�imitation des Chinois, des maisons � terre mal adapt�e au climat tropical. Ils ne connaissent qu�une grande f�te (le Tet), qui est le nouvel an chinois. Il faut toutefois signaler qu�il y a des diff�rences linguistiques assez sensibles entre le Nord et le Sud du Vi�t-nam et, �galement, que des influences indiennes transmises par les Khmers (attelage � deux t�tes) sont sensibles dans le Sud.</p><p>Il y a une grande unit� culturelle du monde sinis�, due � l��criture. Il y a aussi une grande unit� de civilisation mat�rielle, que symbolisent riz, th� et m�rier. Cependant, ces plantes ne sont pas celles de la Chine du Nord, berceau de cette civilisation ; la grande culture alimentaire y est celle des millets, du sorgho (Sorgum ; en chinois, gaoliang</p><p>[kao-leang]) et du petit mil (Pennisetum) ; la culture du th�ier y est impossible, et, si l��levage du ver � soie fut peut-�tre mis au point au Shandong (Chan-tong), le ver n�y �tait pas nourri de feuilles de m�rier. Riz, th�, soie sont donc apparus tardivement dans la civilisation chinoise. Cependant, le riz est, depuis des si�cles d�j�, la nourriture noble. Le th� est partout la boisson coutumi�re. Les Chinois distinguent de v�ritables � crus � de th� ; ils m�langent des feuilles de vari�t�s diverses et des feuilles d�autres arbres pour obtenir un produit particuli�rement d�licat ; au Japon, la pr�paration de l�infusion est un art raffin�, qui est au coeur m�me de</p><p>la vie de relations. Le mot th� serait un mot fouki�nais ; la culture du th�ier et la pr�paration du th� sont originaires de la Chine, au sud du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang). � La s�riciculture est le chef-d�oeuvre de la civilisation agricole de l�Extr�me-Orient �</p><p>(P. Gourou). Les m�riers sont sem�s ou plant�s par rang�es parall�les, soit en plaines basses faiblement inond�es, car le m�rier peut supporter plusieurs jours de faible inondation (r�gion du lac Taihu [T�ai-hou], en Chine), soit en plaines hautes (terrasses pl�istoc�nes), ou sur les bas versants ; on compte plusieurs cueillettes par an. Les vers sont �lev�s dans une pi�ce sp�ciale de l�habitation.</p><p>Les pays sinis�s ne sont pas v�g�-</p><p>tariens. Il n�y a pas d�interdit sur la consommation de la viande ou du poisson ; ni le m�tier de p�cheur ni celui de boucher ne sont d�shonorants. Les diverses et renomm�es cuisines chinoises sont � base de viande et de poisson. Les plats japonais les plus typiques sont le sushi et le sachimi, o� le poisson est consomm� cru. Le Japonais est le plus grand consommateur de poisson du monde (pr�s de 60 kg par personne et par an) : il conna�t � une v�ritable civilisation de la mer forg�e au cours des si�cles � (F. Doumenge). La p�che chinoise caract�ristique, compl�t�e par la pisciculture, est la p�che en eau douce. Le petit b�tail est important traditionnellement en Chine du Sud et au Vi�t-nam. Certaines r�gions sont m�me sp�cialis�es dans l��levage du porc, telle la haute vall�e du Qiantang (Ts�ien-t�ang) autour de Jinhua (Kin-houa) dans le Zhejiang (Tch�-kiang).</p><p>Les Chinois ont mis au point un proc�d� tr�s original de conserve des oeufs de cane (oeufs couv�s). L��levage du petit b�tail, jusqu�alors peu important au Japon, y conna�t aujourd�hui un d�-</p><p>veloppement remarquable. Traditionnellement, les Extr�me-Orientaux ne consommaient pas de lait.</p><p>L�agriculture des pays sinis�s, et notamment la riziculture, est un jardinage. Du fait d�un fort peuplement rural ancien, l�exploitation est tr�s petite : elle �tait de 50 ares en Chine du Sud-Est avant 1949 ; elle est de 1,1 ha au Japon. Chaque exploitation</p><p>�tant divis�e en nombreuses parcelles, la parcelle n�est, le plus souvent, qu�un jardin. L�homme n�emploie gu�re le travail animal (les rizi�res sont des campagnes sans animaux) ; le buffle ou le boeuf, attel� au collier d��paule, tire l�araire et la herse ; mais, en Chine du Sud ou au Vi�t-nam, il ne travaillait gu�re que 50 � 60 jours par an, et, en 1939, la moiti� des fermes japonaises n�avait pas d�animal de travail, en d�pit de l�importance du cheval dans le nord du Japon. La plus grande partie du travail �tait faite de main d�homme : labour � la houe ou � la b�che, repiquage, moisson � la faucille et aussi transports (fl�au d��paule ou brouette). Cette faible utilisation de l�animal n�est pas un trait de civilisation (Chinois et Japonais ont eu des cavaleries c�l�bres), mais la cons�quence d�une trop forte densit� de population rurale : l�animal, pour sa nourriture, ferait concurrence � l�homme. L�importance du travail humain est donc consid�rable : on estimait � 400 journ�es de travail la culture d�un hectare de rizi�re � double r�colte au Vi�t-nam du Nord.</p><p>Rien de tel n�existe en Chine septentrionale, o� chevaux, mulets et boeufs sont attel�s tant pour les labours que pour les transports : le berceau de la civilisation chinoise diff�re ici encore de l�ensemble du monde sinis�.</p><p>La riziculture extr�me-orientale suppose normalement la double r�colte annuelle sur le m�me sol. C�est la double r�colte du riz dans les plaines d�Annam et du Vi�t-nam septentrional, et dans la Chine m�ridionale. (Cette double r�colte, favoris�e par le gouvernement, atteint aujourd�hui les provinces chinoises plus septentrionales du Hubei [Hou-pei] et du Hunan [Hou-nan].) Ce sont surtout les cultures (apr�s la moisson du riz, en hiver donc), des patates douces, du ma�s, des l�gumes (Chine m�ridionale), du bl� ou de l�orge (Chine du Yangzi [Yang-tseu], Cor�e m�ridionale, plaines japonaises du Sud).</p><p>Cette riziculture suppose la ma�trise de l�eau. Celle-ci consiste d�abord dans la protection des rizi�res contre l�inondation. Les fleuves ont de tr�s fortes crues, parfois au printemps, toujours en �t�. La crue du Yangzijiang (Yang-</p><p>tseu-kiang) peut atteindre une ampleur extraordinaire (93 000 m3/s � Datong</p><p>[Ta-t�ong] en 1954), mais est assez r�guli�re ; celle du Xijiang (Si-kiang), consid�rable (59 000 m3/s � Wuzhou</p><p>[Wou-tcheou]), est plus brutale. Pires encore sont les crues des fleuves co-r�ens (Han, K&#x16D;m), des fleuves japonais, des fleuves du Vi�t-nam du Nord (le S�ng K�i [fleuve Rouge] peut monter de 11 m en 24 heures � Hanoi, et ces pointes sont impr�visibles). En �t� donc, saison normale de culture du riz, les plaines seraient inond�es.</p><p>Fleuves et rivi�res principales ont donc �t� enferm�s par des digues, technique employ�e depuis longtemps par les Chinois dans la Grande Plaine downloadModeText.vue.download 433 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>970</p><p>pour prot�ger la terre du Huanghe (Houang-ho).</p><p>L�endiguement n�est pas sans inconv�nient : jusqu�au d�veloppement du pompage �lectrique, l�eau �tait inutilisable. Or, l�irrigation est indispensable dans les plaines du Yangzi (Yang-tseu) et dans les plaines japonaises, o� les pluies sont insuffisantes ; elle est tr�s utile dans le delta du Xijiang (Si-kiang) et au Vi�t-nam du Nord, o� les pluies d��t� sont souvent irr�guli�res, et elle y est indispensable pour la culture d�hiver, qui est en g�n�ral une seconde r�-</p><p>colte de riz. Jusqu�� l��poque contemporaine, cependant, il n�y avait point de grand r�seau d�irrigation � l�exception du r�seau du Min dans la plaine de Chengdu (Tch�eng-tou), au Sichuan (Sseu-tch�ouan) [IIIe s. av. J.-C.]. Dans ces conditions, l�irrigation �tait, et est encore, l�oeuvre de l�ing�niosit� paysanne. La diffusion des pompes �lectriques ou des pompes � moteur au Japon et, plus r�cemment, en Chine et au Vi�t-nam du Nord est, � cet �gard, un progr�s consid�rable.</p><p>Une agriculture aussi intensive suppose l�apport d�engrais : les sols sont assez pauvres chimiquement et surtout �puis�s par deux mille ans de culture sans jach�re ni assolement. Or, du fait de l�endiguement, les alluvions</p><p>tr�s abondantes que transportent les fleuves (0,400 kg/m 3 pour le Xijiang</p><p>[Si-kiang], 1 kg/m 3 pour le Yang-tseu) et qui pourraient renouveler les sols vont se perdre en mer (celles du Yangzi [Yang-tseu] construisent l��le de Chongming [Tch�ong-ming], celles du fleuve Rouge les lais de mer de Phat Diem) ou s�accumulent dans le fond du lit (de l� la technique chinoise du curage des fleuves, des rivi�res ou des canaux pour en retirer la boue, qui est �tal�e sur les rizi�res). Par ailleurs, traditionnellement, on utilise, faute de fumier animal, l�engrais humain et syst�matiquement l�engrais vert : Astra-gulus sinensis (une sorte de tr�fle) en Chine et l�azolla au Vi�t-nam du Nord.</p><p>Depuis la fin du XIXe s., cependant, les Japonais gavent leurs sols d�engrais chimiques, dont ils sont un des plus grands consommateurs mondiaux ;</p><p>les Cor�ens, depuis peu, tendent � les imiter.</p><p>Dans ces conditions, les rendements sont �lev�s : avant 1939, ils atteignaient d�j� 3 t de paddy � l�hectare en Chine.</p><p>Ils sont sup�rieurs � 4 t en moyenne au Japon, d�passant fr�quemment 6 t.</p><p>Le monde indien</p><p>et indianis�</p><p>Le monde indianis� est un monde religieux divis� entre isl&#x101;m, hindouisme et bouddhisme ; il y a en outre des minorit�s chr�tiennes, et les Philippines sont catholiques. La � partition �</p><p>du monde indien en ao�t 1947 et la cr�ation du P&#x101;kist&#x101;n ont �t� dues � la volont� des musulmans de ne pas vivre dans un �tat hindou. Le Bengale et le Pendjab ont �t� partag�s en deux, et, avant l�ind�pendance du Bangla Desh, 1 700 km s�paraient les deux r�gions formant le P&#x101;kist&#x101;n. L�isl&#x101;m r�gne sur le P&#x101;kist&#x101;n, le Bangla Desh, la Malaisie et l�Indon�sie.</p><p>En d�pit de l�existence d�impor-</p><p>tantes minorit�s religieuses et du fait que l�Union indienne est, en principe, un �tat la�c, 86 p. 100 des Indiens sont hindouistes, et leur ferveur religieuse est grande. Pour ce panth�isme, la vie est, gr�ce � la r�incarnation, �ternelle ; elle peut se r�incarner dans un animal, et il n�y a donc pas de diff�rence fondamentale entre l�homme et l�animal ;</p><p>il est donc interdit de tuer les animaux : telle est la doctrine de l�ahims&#x101;. L�hindouiste strict, et plus particuli�rement le brahmane, ne mange ni viande, ni oeuf, ni poisson : les m�tiers de boucher, d��quarrisseur, de tanneur, de cordonnier, de p�cheur ne sont pratiqu�s que par des intouchables ou des non-hindous. Il est difficile de ne pas attribuer aux pr�ceptes religieux la faible importance de la p�che et du petit b�tail. L�Union indienne tout enti�re p�che environ 1 Mt de poisson, ce qui repr�sente 2 kg de poisson par personne et par an : p�cheurs en mer et consommateurs sont, pour la plupart, musulmans ou chr�tiens. On estime � quatre oeufs par an la consommation individuelle (les volailles sont peu nombreuses), � six millions le nombre des porcs, propri�t� des plus mis�-</p><p>rables intouchables, � 40 millions celui des moutons, �lev�s pour la laine ; � 60 millions celui des ch�vres, dont la viande est consomm�e par la plupart des Indiens, quand ils le peuvent, mais non par les brahmanes. La viande de boeuf n�est jamais consomm�e.</p><p>L��norme troupeau bovin (160 millions de t�tes) et bubalin (50 millions de t�tes) est un instrument de travail.</p><p>Le lait, toutefois, est consomm�, en particulier le lait de bufflesse, surtout sous forme de beurre fondu (gh&#x12B;) ; mais ce lait, aliment essentiel des castes �le-v�es (brahmanes), est assez cher.</p><p>Le syst�me des castes repose sur une sp�cialisation socio-professionnelle h�r�ditaire : la soci�t� indienne est divis�e en quelque deux mille cellules �tanches, endogamiques, les j&#x101;ti.</p><p>R�cemment encore, chaque caste avait sa sp�cialit�, souvent �troite et toujours exclusive (jardiniers, potiers, porteurs d�eau, grilleurs de pain). Le village indien �tait une cellule �conomique autarcique. Ce syst�me des j&#x101;ti est en d�cadence. De nombreux artisans ont disparu (les tisserands en coton notamment) � la suite de l�invasion des articles manufactur�s � la p�riode britannique ; leurs castes pratiquent l�agriculture, aggravant ainsi la surpo-pulation des campagnes. Mais c�est la religion qui, aux yeux des hindous, justifie la hi�rarchie des castes group�es pour la plupart en quatre � varna �, les trois varna nobles � celle des brah-</p><p>manes (� l�origine, caste de pr�tres), celle des k&#x1E63;atriya (guerriers), celle des vaisya � et la grande varna des s&#x16B;dra (laborieux), de loin la plus importante num�riquement. En dehors de ces quatre varna sont les castes intouchables, charg�es des besognes impures (tanneurs) et humiliantes (vidangeurs, blanchisseurs). Les brahmanes continuent � dominer la soci�t� indienne : b�n�ficiant d�une longue tradition d��tude, ils ont accapar� les emplois tertiaires des villes et tendent � constituer une caste de fonctionnaires, de � clerks �. Et surtout, malgr� la Constitution, 50 millions de parias demeurent, impurs et intouchables, m�me s�ils sont riches.</p><p>Le bouddhisme du petit v�hicule, enfin, impr�gne la vie de Ceylan, de la Birmanie, de la Tha�lande, du Laos et du Cambodge. Il est souvent associ� � maint culte animiste : celui des nat (Birmanie), des phi (Tha�lande) ou des neakta (Cambodge). Mais la ferveur religieuse est toujours forte : elle se manifeste par la multiplicit� des monast�res et le grand nombre des moines.</p><p>Ces derniers ont une vie aust�re : ils ne font pas de voeux perp�tuels (la plupart sont des la�cs qui font une retraite) ; ils n�officient pas, mais leur pr�sence est indispensable aux mariages et aux incin�rations ; ils travaillent peu de leurs mains, mais, traditionnellement, ils enseignent aux jeunes gar�ons : de ce fait, la population masculine est alphab�te ; par contre, une part notable de la population adulte masculine ne participe pas � la production �conomique. Le monast�re est le centre de la vie du village. Le bouddhisme interdit de tuer les �tres vivants. Cependant, s�ils ne consomment pas de lait, Birmans, Tha�s ou Cambodgiens mangent de la viande (poulet et porcs surtout) ou du poisson. Mais cela n�est possible que gr�ce � la pr�sence de minorit�s non bouddhistes ou �trang�res : les bouchers sont musulmans, et les charcutiers chinois. � Ceylan, la p�che maritime est l�oeuvre de Cinghalais chr�tiens et, en Tha�lande, de musulmans (Malais) ou de Chinois.</p><p>L��levage du petit b�tail, y compris les volailles, est peu important et pratiqu� aussi en partie par des �trangers.</p><p>Le renoncement bouddhique n�incite</p><p>pas aux efforts cr�ateurs. Il en r�sulte des inaptitudes � la vie �conomique moderne et le r�le important jou� par les minorit�s �trang�res. Par contre, une impression de douceur �mane, li�e en partie � la morale bouddhique de d�tachement et de compassion. � des peuples souvent belliqueux, le bouddhisme aura apport� un id�al pacifique.</p><p>L�Asie bouddhiste est l�� Asie heureuse � (J. Delvert).</p><p>Le monde indianis� est tr�s divers par ses populations. Tout d�abord, il comprend de nombreuses populations qui n�ont pas subi l�influence indienne, ni une autre influence civilisatrice �vo-lu�e (celle de l�Espagne catholique aux Philippines) : ce sont des N�gri-tos (Semangs de Malaisie, A�tas des Philippines) et surtout les populations class�es sous le vocable de � tribes �</p><p>dans le monde indien, de � proto-indochinoises � et de � proto-malaises �</p><p>en Asie du Sud-Est. Ces derni�res sont brunes et parlent des langues malayo-polyn�siennes, tr�s diverses d�ailleurs : Dayaks (Born�o), Bataks (Sumatra), Igorots (Philippines).</p><p>Parmi les � tribes � de l�Inde, certaines sont brunes ou noires (Sant&#x101;l&#x12B;s, Bhils, Ghonds) et de langue mound&#x101;r&#x12B;</p><p>(proche du m�n-khmer ?), d�autres sont mongolo�des et de langues tib�to-mongoles : N&#x101;g&#x101;s, Chakmas et Marnas (Chittagong Hill Tracts). On trouve des mongolo�des non indianis�s dans les montagnes de Birmanie (Chins, Kachins, Karens), de Tha�lande et du Laos (Miaos).</p><p>Des populations brunes, dites � deut�ro-malaises �, de langues malayo-polyn�siennes, indianis�es et islamis�es, peuplent la Malaysia (� c�t� de fortes minorit�s chinoises et indiennes) et l�Indon�sie (Javanais, Madourais, Soundanais, Atjehs, Minangkabaus, Bougis, Malais proprement dits, etc.) ; les langues sont diverses, et les alphabets sont arabe, indien et, pour la langue � malaise � (Bahasa Indonesia), latin. Des populations identiques, tr�s diverses �galement, christianis�es de longue date, peuplent les plaines des Philippines (Cebuyans, Tagals). Des downloadModeText.vue.download 434 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>971</p><p>populations brunes, de langue m&#x14D;n-khmer, indianis�es et bouddhistes, peuplent le Cambodge (Cambodgiens).</p><p>Des populations mongolo�des,</p><p>claires, indianis�es, habitent les plaines de la p�ninsule indochinoise (� l�exception du Vi�t-nam, de civilisation chinoise) : Birmans (de langue tib�to-birmane), Chans, Tha�landais et Laotiens (de langue tha�e). Ces populations, tard venues, ont re�u l�essentiel de leur civilisation des royaumes m�ri-dionaux qu�elles ont vaincus.</p><p>Toute l�Inde m�ridionale est peupl�e de Dravidiens : peuples sombres, noirs, sans caract�re n�gro�de, parlant le tamoul, le malay&#x101;lam, le kannara et le telugu. L�Inde septentrionale a une population ethniquement tr�s m�tiss�e, o� la pr�dominance d��l�ments sombres diminue vers le nord-ouest, franchement blanc (Pendj&#x101;b&#x12B;s). Toute l�Inde septentrionale parle des langues indo-europ�ennes. Le partage du continent indien ayant �t� fait pour des raisons religieuses, les probl�mes linguistiques ne sont nullement r�gl�s.</p><p>Le monde indien n�est pas, sur le plan mat�riel, aussi uniforme que le monde chinois. Le cheptel est d�abord un instrument de travail. Bovins ou bubalins sont attel�s par deux au joug de garrot pour tirer l�araire ou le char, technique des plus m�diocres. De l� l�existence d��normes troupeaux de gros b�tail, en Inde surtout. Chaque famille paysanne voulant avoir son attelage (et, en Inde, si possible, une vache ou une bufflesse pour le lait), il en r�sulte que, plus la population paysanne est nombreuse, plus les animaux sont nombreux ; situation paradoxale, car les animaux sont sous-employ�s, les exploitations �tant tr�s petites (en Inde, un attelage travaille souvent 1 ha ou moins, alors qu�il pourrait travailler 4 ha), et, d�autre part, ils sont sous-aliment�s, les � p�turages � ayant disparu au profit des terres de culture.</p><p>Ce cercle vicieux aboutit � une situation alarmante en Inde et s�rieuse en d�autres pays. Le monde indien n�a pas su �viter la concurrence de l�homme et de l�animal, contrairement au monde</p><p>chinois, � l�exception, toutefois, de Java, o� le travail se fait le plus souvent � bras d�homme et o� le cheptel est peu nombreux.</p><p>Le sous-continent indien, � c�t� d�une civilisation fond�e sur le riz, a une civilisation des millets (sorgho ou jowar, millet Pennisetum ou bajra, �leusine ou ragi) associ�s � divers pois et � des ol�agineux, et une civilisation du bl�. Les millets, culture d��t�, ou khar&#x12B;f, occupent 34 millions d�ha.</p><p>Les plaines de l�Indus (Pendjab) et la haute plaine du Gange, en particulier le do&#x101;b entre Jamna et Gange, ont une civilisation mat�rielle fond�e sur le bl�, bl� dur le plus souvent, associ�, comme dans le monde m�diterran�en, � l�orge et aux pois chiches (gram), le tout repr�sentant 28 millions d�hectares. Pendj&#x101;b&#x12B;s et Indiens mangent des galettes de bl�, ou chap&#x101;ti. Ces pays sont trop secs pour le riz, sauf exception, mais, d�s le mois d�avril, l��t� est trop chaud pour le bl�. Celui-ci est donc, comme l�orge, une culture d�hiver (rabi). Mais l�hiver est ici presque absolument sec ; les pluies cycloniques d�hiver (60 mm � Lahore ; 44 mm � Delhi) sont parfaitement insuffisantes pour assurer la r�colte. Par contre, les pluies de la mousson ne profitent qu�� des cultures ici secondaires (jowar).</p><p>On est donc en pr�sence d�une culture principale paradoxale, absolument en contre-saison, qui exige soit des techniques particuli�res (il y a trente ans, dans le do&#x101;b, les terres �taient labour�es en juin et laiss�es ainsi pendant toute la dur�e de la mousson, le semis du bl� n�intervenant qu�en octobre), soit l�irrigation, pratique co�teuse, alors que les pluies d��t� sont sous-utilis�es. � l�irrigation traditionnelle par puits s�est largement substitu�e l�irrigation moderne par puits tubulaires et l�irrigation par canaux : ces plaines b�n�ficient du plus grand et du plus beau r�seau d�irrigation du monde, am�nag� par les Anglais pour le coton et pour le bl�. Il n�en reste pas moins que la culture du bl�, culture d�hiver pluvieux dans un pays � hiver sec, est paradoxale : il s�agit d�un fait de civilisation ; le bl� a �t� apport� ici par les Aryens.</p><p>La riziculture pr�sente une certaine diversit�. Tout d�abord subsiste, dans de vastes zones montagneuses, l�agriculture caract�ristique des pays tropicaux, la culture sur br�lis. Elle est pratiqu�e dans la partie nord-est, humide et foresti�re, du Deccan (pays Bastar, Chot&#x101; N&#x101;gpur), dans le sud-ouest de Ceylan et dans toutes les montagnes de l�Asie du Sud-Est ; elle a, au contraire, � peu pr�s disparu dans le monde chinois (sauf des montagnes du Vi�tnam). Les caract�ristiques essentielles sont le d�frichement par le feu et la longue jach�re.</p><p>Plusieurs types de rizi�res peuvent �tre distingu�s, traduisant des types de riziculture, en d�pit de l�uniformit� apparente des paysages. Le plus souvent, la riziculture est peu intensive : la rizi�re ne re�oit que l�eau des pluies et ne porte qu�une seule r�colte, qui suit �troitement le rythme des pluies. Les engrais ne sont pas utilis�s, ni m�me le fumier. Le travail est r�duit : de 60 � 70 journ�es de travail par hectare. Les rendements sont faibles (de 1 � 2 t/ha).</p><p>Ce type de riziculture est pratiqu� le plus souvent en petites propri�t�s familiales, vivant presque en autoconsommation. Mais il peut aussi �tre le fait d�exploitations plus grandes (4 ha et parfois plus), dans le cadre de grandes propri�t�s et en vue d�une culture commerciale : ainsi dans le delta de l�Irrawaddy (basse Birmanie), dans la plaine de Bangkok (Tha�lande), dans celle de Battambang (Cambodge) et dans le delta du M�kong (Vi�t-nam du Sud). La population est peu nombreuse ; ces r�gions ont �t� colonis�es (ou reconquises) � la fin du XIXe s. ; les terres sont abondantes et g�n�ralement fertiles. De gros exc�dents de riz sont faciles � obtenir. Les techniques sont extensives pour �conomiser la main-d�oeuvre. Le labour est parfois remplac� par un simple hersage ; le paddy est sem� directement. Les tracteurs ont fait leur apparition. En g�n�ral, la ma�trise de l�eau n�est pas assur�e. Surtout, ces r�gions sont domin�es par une �conomie sp�culative et la grande propri�t� (r�cemment abolie en Birmanie).</p><p>La plupart des paysans sont ou �taient des tenanciers.</p><p>La riziculture peut �galement �tre extensive dans des r�gions tr�s peupl�es, et, dans ce cas, des probl�mes dramatiques se posent : ainsi en Inde, dans la plaine et le delta du Gange (Bih&#x101;r, Bengale). Les rendements ne d�passent pas une tonne � l�hectare ; 84 p. 100</p><p>des terres bengalies ne portent qu�une r�colte (soit de riz normal � aman �, soit de riz h�tif � aus �, r�colt� avant les typhons de septembre-octobre) ; les engrais ne sont pas utilis�s, ni m�me le fumier, qui sert de combustible ; des canaux ont �t� creus�s, mais ils n�ont qu�un r�le d�appoint r�duit (70 p. 100</p><p>des rizi�res ne re�oivent que l�eau des pluies) et sont � sec en saison s�che. Le Bih&#x101;r et le Bengale sont sous la menace constante des inondations. Les paysans, soumis, de plus, pendant longtemps � la domination des zam&#x12B;nd&#x101;r&#x12B;, sont tr�s mis�rables.</p><p>Enfin, il existe une riziculture intensive, comparable par ses techniques et ses r�sultats � la riziculture chinoise.</p><p>Telles sont la riziculture telugu (deltas de la God&#x101;vari et de la Kistn&#x101;) et la riziculture tamoule. L�irrigation est ici tr�s ancienne et tr�s originale.</p><p>En pays tamoul, au moins, elle �tait indispensable, car les pluies sont inf�-</p><p>rieures � 1 000 mm et trop resserr�es en trois mois (octobre-d�cembre) ; si le Tamiln&#x101;d est sec de juin � octobre, la K&#x101;viri est abondamment pourvue en eau par les pluies de mousson � sa source, dans les Gh&#x101;ts occidentaux, de l� l�id�e d�utiliser son eau pour commencer plus t�t les travaux agricoles, faire une r�colte en octobre et une autre en janvier : le grand � Anicut �, barrage-d�versoir sur la K&#x101;viri, date du IIe s. Des r�servoirs (tanks) ont �t� am�nag�s d�s le VIe s. par les Pallavas, qui recueillent l�eau de ruissellement et l�eau des rivi�res plus modestes : ils permettent de prolonger la p�riode de culture, parfois d�arriver � la culture continue.</p><p>La plaine de Chiangmai (Tha�lande), quelques vall�es du bassin de Manda-lay, les plaines de Bali, de Java central et oriental pratiquent une riziculture intensive gr�ce � l�irrigation qui permet la culture continue.</p><p>Enfin, le monde indien a subi l�im-</p><p>pact de la colonisation europ�enne.</p><p>Celle-ci, aux XIXe et XXe s., s�est traduite par l�apparition de cultures commerciales (caf�, th�, h�v�a) et la cr�ation des plantations. Les cultures commerciales peuvent �tre pratiqu�es dans le cadre de petites exploitations (en faire-valoir direct), souvent conquises par br�lis sur la for�t ; � small holdings �</p><p>ou � farms � aux arbres serr�s et souvent m�lang�s jouent un r�le �conomique essentiel, notamment pour la production du caoutchouc (Indon�sie, Tha�lande, Malaysia, o� les � small holdings � couvrent 600 000 ha). Les cultures commerciales peuvent aussi �tre pratiqu�es par de petits tenanciers dans le cadre de grandes propri�t�s (canne � sucre, tabac, cocotiers aux Philippines).</p><p>Mais l�Asie m�ridionale, surtout l�Asie du Sud-Est, est par excellence le domaine des plantations (estates), c�est-�-dire de grands domaines en faire-valoir direct, appartenant souvent � de puissantes soci�t�s. Celles-ci se sont g�n�ralement install�es dans des zones foresti�res vides et malsaines.</p><p>Elles n�ont pu �tre constitu�es qu�avec un apport de main-d�oeuvre �trang�re (tamoule en Malaisie et � Ceylan, java-naise � Sumatra), ce qui soul�ve certains probl�mes. La plantation emploie des techniques quasi industrielles, hautement perfectionn�es, scientifiques, pour augmenter les rendements et diminuer les frais. Elle pr�sente un pay-downloadModeText.vue.download 435 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>972</p><p>sage g�om�trique : alignement d�arbres ou d�arbustes s�lectionn�s ; arbres d�ombre au-dessus des th�iers ; plantes de couverture (mimosa invisa) entre les rangs d�h�v�as ; villages aux maisons toutes semblables ; usine de traitement.</p><p>� ce grand facteur d�unit� qu�est la mousson s�opposent, dans cette vaste r�gion du monde, nombre de facteurs de diversit� : nature de l�hiver qui distingue une zone tropicale d�une zone temp�r�e, relief tr�s diversifi�, civilisations issues de l�Inde ou de la Chine. Il s�y ajoute le tr�s in�gal impact de l�in-</p><p>fluence occidentale et notamment de la colonisation, qui n�a touch� que l�Asie tropicale, ainsi que l�in�galit� consid�rable des densit�s de population dans un monde si lourd par son poids d�mographique. La densit� moyenne atteint ou d�passe 150 habitants au kilom�tre carr� en Chine orientale, en Inde et � Ceylan. Elle est sup�rieure � 200 au Japon et au Bangla Desh. Par contre, l�Asie du Sud-Est, entre ces �normes masses, est moins peupl�e : au kilom�tre carr�, la Tha�lande a seulement 60 habitants, la Birmanie 36, le Cambodge 33, la Malaysia 30, le Laos 10, l�Indon�sie 50 (mais Java en a aujourd�hui plus de 500). Les probl�mes sont, bien entendu, divers selon les diff�rences de densit�.</p><p>La plupart des �tats sont encore essentiellement agricoles et ruraux : 70 p. 100 de la population vivent dans les campagnes, de l�agriculture, sauf � Singapour, au Japon (15 p. 100), en Malaysia (60 p. 100), aux Philippines.</p><p>Quand la population est dense, il y a surpeuplement des campagnes et existence de villes o� r�gnent ch�mage et sous-emploi. L�industrie, cependant, se d�veloppe � peu pr�s partout, entra�-</p><p>nant une urbanisation � vraie � : en Chine, en Union indienne, au P&#x101;kist&#x101;n, en Tha�lande, aux Philippines, � Taiwan (T�a�-wan), en Cor�e (au nord et surtout au sud), � Hongkong surtout.</p><p>Enfin, le Japon est la troisi�me puissance industrielle du monde.</p><p>J. D.</p><p>B C. Robequain, le Monde malais (Payot, 1946). / J. Delvert, G�ographie de l�Asie du Sud-Est (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967).</p><p>/ J. Dupuis, l�Asie m�ridionale (P. U. F., coll.</p><p>� Magellan �, 1969).</p><p>Asie du Sud-Est</p><p>(musique de l�)</p><p>Ensemble ethnomusical groupant les pays situ�s au sud de la Chine et � l�est de l�Inde : Birmanie, Tha�lande, Laos, Cambodge, Vi�t-nam, Malaisie, Indon�sie, Philippines. Musicalement, cette r�gion � moins le Vi�t-nam, qui se rattache par sa tradition musicale au monde de civilisation chinoise � pr�-</p><p>sente un certain nombre de caract�res</p><p>communs, mais se subdivise n�anmoins en deux grandes familles.</p><p>Caract�res communs</p><p>1. Ce sont des pays hindouis�s pour ce qui concerne la mythologie, les croyances, l��criture, les th�mes des</p><p>� th��tres d�ombres � et des drames dans�s ; mais, sur le plan musical, l�influence de l�Inde est n�gligeable.</p><p>2. Les instruments de musique sont, pour la plupart, � sons fixes, � � percussion m�lodique � : xylophones, m�tal-lophones, jeux de gongs, de timbales de cuivre.</p><p>3. Ces instruments ne se jouent pas en solo, mais forment des ensembles organis�s comportant de nombreux ex�cutants.</p><p>4. De ce fait, la musique instrumentale, voire orchestrale, prend le pas sur la musique vocale dans la tradition savante.</p><p>5. Les �chelles th�oriques ne peuvent �tre reconstitu�es ni par la r�sonance, ni par le cycle des quintes, ni par l�adjonction des t�tracordes, mais s�expliquent par le principe d��galisation : th�oriquement, l�octave se divise en sept intervalles �quidistants dans le groupe tha�-khmer et en cinq intervalles �quidistants en Indon�sie (slendro).</p><p>Particularit�s</p><p>Deux familles se distinguent l�une de l�autre par des particularit�s concernant leurs instruments de musique et leur langage musical :</p><p>� la famille tha�-khm�re (Tha�lande, Cambodge, Laos, Birmanie) ;</p><p>� la famille malayo-indon�sienne (Malaysia, Indon�sie, Philippines).</p><p>Du point de vue instrumental</p><p>Le jeu de dix-sept gongs pos�s sur montant circulaire, appel� khong wong en Tha�lande et au Laos, kong thom au Cambodge et ky waing en Birmanie, se retrouve sur les bas-reliefs d�Angkor, mais n�est pas en usage dans les pays de la famille malayo-indon�sienne, o� l�on rencontre le jeu de cinq, sept</p><p>ou huit gongs pos�s sur un montant rectangulaire : bonang en Indon�sie, kulingtan aux Philippines. Ce n�est pas seulement la forme du montant ou le nombre de gongs qui sont les seuls caract�res diff�rentiels. Les ensembles instrumentaux p�i phat du groupe tha�-</p><p>khmer n�ont rien de semblable avec les gamelans d�Indon�sie. L�orchestre p�i phat (pin peat au Cambodge) se compose en g�n�ral d�un instrument m�lodique, le hautbois, de deux xylophones, de deux jeux de dix-sept gongs et de deux tambours. L�orchestre mo-hori comporte plusieurs instruments � cordes et se rencontre en Tha�lande et au Cambodge. Le gamelan indon�-</p><p>sien se compose d�un grand nombre d�instruments � sons fixes, surtout en m�tal : instruments donnant le th�me m�lodique ; instrument jouant un contre-chant ; instruments � paraphra-sants �, qui permettent une variation et une ornementation de la m�lodie ; instruments � colotomiques �, qui marquent la ponctuation de la phrase musicale ; instruments � agogiques �, qui indiquent le tempo et soulignent le rythme.</p><p>Bien entendu, il existe aussi des instruments communs � tous les pays de l�Asie du Sud-Est, comme le xylophone (ranad en Tha�lande, roneat au Cambodge, ronat au Laos, gambang-kayer en Indon�sie, gabbang aux Philippines). D�autres instruments de facture diff�rente appartiennent au m�me type : hautbois (pinai en Tha�lande, sralay au Cambodge, hne en Birmanie, sarinai ou sarunai en Malaisie et en Indon�sie), vi�le � deux cordes, semblable � la vi�le chinoise (tro chh� au Cambodge, so-i au Laos), vi�le � pique � deux cordes (rebab en Indon�sie et en Malaisie), vi�le � pique � trois cordes (tro khmer au Cambodge).</p><p>Les tambours ont des formes va-</p><p>ri�es : tambour � une peau sur poterie au Cambodge, paire de tambours � deux peaux frapp�es � l�aide des baguettes en Tha�lande, au Cambodge et au Laos, paire de tambours longs � deux peaux frapp�es � main nue � Bali.</p><p>Signalons l�existence de certains instruments particuliers � un ou deux pays de cette r�gion : saugn, harpe en forme</p><p>de pirogue (Birmanie) ; tchapey, luth � manche long, et sadev, monocorde (Cambodge) ; kh�ne, orgue � bouche � tuyaux parall�les (Laos) ; djelempung, cithare � treize cordes doubles (Indon�sie) ; kudyapi, luth � deux cordes en forme de pirogue (Philippines).</p><p>Du point de vue</p><p>du langage musical</p><p>Le groupe tha�-khmer, plus proche de la Chine, utilise de pr�f�rence l��chelle � structure pentatonique semblable � l��chelle kong (Chine) : approximativement do, r�, mi, sol, la, ou � l��chelle tche (Chine) : approximativement sol, la, do, r�, mi. Mais l��chelle th�orique de base en usage dans cette r�gion est plut�t celle qui est obtenue par la division de l�octave en sept intervalles �gaux :</p><p>Selon Phra Chen Duriyanga et</p><p>David Morton, on n�utilise le 4e degr� que pour une � modulation � � nous dirions une � m�tabole � � et le 7e degr� � titre de note de passage.</p><p>L��chelle la plus commun�ment utilis�e en Tha�lande par les musiciens traditionnels est la pentatonique 1, 2, 3, 5, 6, 8, avec une tierce sensiblement �gale � la tierce neutre. Au Cambodge et au Laos, d�autres �chelles pentatoniques avec deux degr�s auxiliaires utilis�es comme notes ornementales ou notes de passage sont fr�quentes. Les exemples de m�taboles sont nombreux.</p><p>(La m�tabole est un passage d�un type d��chelle � un autre avec ou sans retour au premier.) En Indon�sie, � Java surtout, l��chelle slendro se compose de cinq degr�s presque �quidistants : Le slendro a un caract�re masculin et grave, et non f�minin et doux comme le p�log :</p><p>Le p�log se rapprocherait de</p><p>l��chelle � sept intervalles �quidistants. Du reste, les �chelles en usage � Bali et � Sunda sont d�un type encore diff�rent.</p><p>Les musiciens de la famille</p><p>tha�khm�re ne semblent pas avoir pris en consid�ration la notion de � mode �</p><p>comme les musiciens indon�siens, lorsque ceux-ci parlent de patet.</p><p>Les divers genres Il existe dans tous ces pays une musique populaire qui accompagne les faits et gestes de tous les jours. Cette musique, le plus souvent vocale, est ex�cut�e par les travailleurs, paysans, p�cheurs ou artisans. Des minorit�s ethniques conservent les vestiges d�une musique originale, qui varie d�une r�-</p><p>downloadModeText.vue.download 436 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>973</p><p>gion � l�autre, quelquefois d�un groupe humain � un autre.</p><p>La musique de tradition savante</p><p>comporte la musique de cour, la musique des temples, la musique rituelle et la musique de divertissement, qui accompagne les drames dans�s ou</p><p>les � th��tres d�ombres �. Sous l�influence des musiciens occidentaux qui dirigeaient les orchestres de cour en Tha�lande et au Cambodge, les xylophones et les jeux de gongs ont �t� accord�s selon la gamme temp�r�e, et la couleur particuli�re des pi�ces de musique a chang�. Les dirigeants politiques ont donn� le ton aux jeunes musiciens en s�int�ressant � la musique occidentale. Une nouvelle musique hybride fortement accultur�e tend de plus en plus � se substituer � la musique originelle.</p><p>T. V. K.</p><p>B J. Kunst, De Toonkunst van Java (La Haye, 1934 ; 2e �d., Music in Java, its History, its Theory, and its Technique, 1949 ; 2 vol.). / Phra Chen Duriyanga, Siamese Music in Theory and Practice as Compared with that of the West, and a Description of the Pi-Phat Band (Bangkok, 1948). / M. Hood, The Nuclear Theme as a Determinant of Patet in Javanese Music (Amsterdam, 1954). / A. Dani�lou, la Musique du Cambodge et du Laos (A. Maisonneuve, 1959). / J. Maceda, Music of the Magindanao in the Philippines (Ph. D. dissertation, U. C. L. A., 1963 ; 2 vol.). / D. Morton, Traditional Instrumental Music of Thailand (Ph. D. dissertation, U. C. L. A., 1964 ; 2 vol.). / Musique khm�re (Phnom Penh, 1969).</p><p>Asie du Sud-Est (Organisation du</p><p>trait� de l�)</p><p>ou O. T. A. S. E. Alliance d�fensive conclue � Manille le 8 septembre 1954</p><p>et dont les membres se sont engag�s � coop�rer pour accro�tre leur d�veloppement et pr�server l�ind�pendance des nations libres de cette zone.</p><p>Historique</p><p>Les accords de Gen�ve de 1954, qui mirent fin � la guerre d�Indochine au lendemain de Di�n Bi�n Phu, consacr�rent le d�sengagement de la France dans le Sud-Est asiatique. Pour faire face � la menace chinoise, les �tats-Unis, qui n�avaient pas sign� les accords de Gen�ve, s�efforc�rent d�organiser en Asie une alliance semblable au pacte de l�Atlantique Nord. Mais cette alliance visait � rassembler des nations aux int�r�ts divergents et dont la souverainet� �tait encore souvent mal assur�e. Malgr� les r�ticences de certains �tats et le refus de l�Inde et de l�Indon�sie, les n�gociations aboutirent � la signature du pacte de Manille par huit pays : Australie, France, Nouvelle-Z�lande, P&#x101;kist&#x101;n, Philippines, Tha�lande, Royaume-Uni et �tats-Unis.</p><p>Objectifs et</p><p>structures de l�alliance</p><p>Les objectifs du pacte sont d�finis dans ses articles 2 et 3, aux termes desquels il est pr�cis� que les membres, � en d�veloppant leurs propres ressources et en s�aidant mutuellement, main-tiendront et accro�tront leur capacit� individuelle et collective de r�sister � une attaque arm�e et de pr�venir et combattre toutes les activit�s subversives dirig�es de l�ext�rieur contre leur int�grit� territoriale et leur stabilit� politique �. Ils s�engagent � coop�rer</p><p>� pour poursuivre le d�veloppement des mesures �conomiques propres � favoriser le progr�s �conomique et le bien-�tre social �.</p><p>La zone du trait� englobe � l�ensemble de la r�gion de l�Asie du Sud-Est, y compris tous les territoires des parties asiatiques, ainsi que l�ensemble</p><p>de la r�gion du Pacifique Ouest situ�e au sud du parall�le 21� 30&#x2032; de latitude N. � (excluant Formose et Hongkong). En outre, un protocole annexe place les territoires du Cambodge, du Laos et du Vi�t-nam du Sud sous la protection de l�O. T. A. S. E.</p><p>L�alliance adopta des structures inspir�es de celles de l�O. T. A. N., mais assurant une souplesse plus grande et un engagement moins imm�diat. Son si�ge fut fix� � Bangkok en Tha�lande.</p><p>Au sommet, le Conseil de l�alliance, constitu� par les ministres des Affaires �trang�res des pays membres et se r�unissant chaque ann�e, fixe la ligne politique g�n�rale de l�alliance. Il est assist� sur le plan civil par le Comit� des repr�sentants du Conseil, comprenant les ambassadeurs des pays membres rassembl�s chaque mois � Bangkok de fa�on � assurer une consultation quasi permanente et � superviser les travaux de l�organisation, et sur le plan militaire par le Comit� des conseillers militaires nomm�s par chaque nation, charg� d�analyser deux fois par an les implications militaires des r�cents �v�nements et de fixer les directives relatives � l��tablissement des plans de d�fense commune.</p><p>Deux organismes, l�un civil, le</p><p>Groupe permanent de travail, l�autre militaire, le Bureau permanent des �tudes militaires, suivent l��volution des diff�rents probl�mes de leur ressort, effectuent les �tudes approfondies n�cessaires au fonctionnement des comit�s directeurs et �tablissent les plans d�action. Des comit�s d�experts et de sp�cialistes sont charg�s de traiter certains probl�mes particuliers tels que : la s�curit�, l�information, l��conomie, la subversion, la cartographie, etc.</p><p>Enfin, un secr�taire g�n�ral, directeur des services permanents, coordonne l�action des diff�rents organismes de l�alliance.</p><p>R�alisations et �volution</p><p>de l�O. T A. S. E.</p><p>Les activit�s de l�alliance se sont traduites :</p><p>� en mati�re de coop�ration �cono-</p><p>mique, technique et culturelle, par la r�union de conf�rences r�gionales sur des questions d�int�r�t mutuel, par l�octroi de bourses d��tudes dans les diff�rents pays du pacte et par la cr�ation d�organismes tels que l�Institut asiatique de technologie (Tha�lande), des centres d�apprentissage, des �coles d�enseignement technique militaire, des laboratoires de recherche m�dicale, etc. ;</p><p>� en mati�re de d�fense, par la participation des forces de certains pays membres � la d�fense du Vi�t-nam du Sud et de la Tha�lande, et par l�ex�cution de manoeuvres interarm�es destin�es � assurer une coordination plus �troite des forces arm�es.</p><p>Ces r�sultats ne doivent pas dissimuler les tensions qui n�ont pas tard� � se manifester entre les signataires du pacte. L�engagement militaire croissant des �tats-Unis au Vi�t-nam du Sud a fait craindre � leurs alli�s d��tre entra�n�s dans un conflit g�n�ralis�. La France, qui avait vu dans le pacte un moyen de pr�server son influence et ses int�r�ts dans le Sud-Est asiatique, a particip� � toutes les activit�s de l�alliance jusqu�en 1965 ; depuis lors, en opposition avec la politique de force men�e par les �tats-Unis au Vi�t-nam, elle a pris ses distances avec l�Organisation et n�assiste plus aux r�unions du Conseil, mais maintient sa contribution financi�re. Le P&#x101;kist&#x101;n, partisan d�une solution politique en Indochine et d��u de l�attitude des �tats-Unis dans son conflit avec l�Inde, est en d�saccord avec l�intervention arm�e au Vi�t-nam et se montre plus attach� � son appartenance au CENTO (ex-pacte de Bagdad). La nouvelle orientation de l�Indon�sie rassure la Nouvelle-Z�lande et l�Australie, mais le d�sengagement de la Grande-Bretagne en Malaisie et � Singapour (qu�elle �vacue en 1969) renforce l�isolement de ces deux nations blanches face au monde jaune et accro�t leurs responsabilit�s dans la zone du trait�.</p><p>Au d�but des ann�es 70, l�avenir de l�O. T. A. S. E. apparaissait incertain.</p><p>Le d�part du P&#x101;kist&#x101;n apr�s la formation du Bangladesh en 1972, les h�sitations de la politique am�ricaine pr�-</p><p>ludant au d�sengagement d�finitif au</p><p>Vi�t-nam en 1973 remettaient en cause le principe m�me du pacte de Manille.</p><p>Aussi, apr�s la mainmise des Khmers downloadModeText.vue.download 437 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>974</p><p>rouges sur le Cambodge et compte tenu de l��volution de la situation internationale dans l�Asie du Sud-Est, les membres de l�O. T. A. S. E., r�unis � New York en septembre 1975, d�cidaient-ils de dissoudre cette alliance.</p><p>B. de B.</p><p>A&#x15B;oka ou</p><p>Dharm&#x101;&#x15B;oka</p><p>(292-236 av. J.-C.), un des plus grands souverains de l�Inde, qui r�gna de 273</p><p>� 236 selon la chronologie le plus souvent adopt�e.</p><p>� ... Aim� des dieux, le Grand,</p><p>le pieux, le Roi-moine, le nouveau Constantin � : autant de surnoms qui, attribu�s au troisi�me souverain de la dynastie Maurya, t�moignent de la place unique tenue par A&#x15B;oka au regard de l�histoire.</p><p>Plusieurs �l�ments ont contribu� � son prestige : avoir �t� l�un des rares (avant les Britanniques) � contr�ler pratiquement toute l�Inde, exception faite de l�extr�mit� m�ridionale du Deccan ; avoir r�alis� une synth�se entre la morale et la politique, entre l�enseignement du Bouddha et celui de Kautilya (le Machiavel indien, auteur d�un trait� de science politique, l�Artha&#x15B;&#x101;stra).</p><p>Le souverain temporel</p><p>et traditionnel</p><p>Jusqu�� la conqu�te du Kalinga (actuel Orissa), en 261, le r�gne d�A&#x15B;oka n�est caract�ristique que par l��tendue de son empire, dont il h�ritait d�ailleurs pour sa quasi-totalit�.</p><p>L�h�ritage imp�rial</p><p>De son grand-p�re Candragupta</p><p>ou Chandragupta (le Sandrakottos</p><p>des historiens grecs) et de son p�re, Bindus&#x101;ra, A&#x15B;oka tenait un empire comprenant l�Afgh&#x101;nist&#x101;n, le Sind et le Cachemire actuels, la totalit� de l�Inde proprement dite, sauf l�Assam et les �tats tamouls du Sud. Le seul accroissement territorial qu�il r�alisa fut la conqu�te du Kalinga, �v�nement lourd de cons�quences.</p><p>N� � P&#x101;&#x1E6D;aliputra, le futur souverain re�ut une �ducation soign�e pendant environ dix ans. Puis il fit son apprentissage comme vice-roi, d�abord � Ujjain, puis � Taxila. Ainsi, A&#x15B;oka semble avoir b�n�fici� d�une bonne pr�paration � l�exercice du pouvoir su-pr�me. Il faut ajouter, pour compl�ter le personnage, qu�� sa sensibilit� naturelle s�ajoutait une certaine influence du ja�nisme, secte particuli�rement scrupuleuse quant au respect de la vie sous toutes ses formes.</p><p>� la mort de Bindus&#x101;ra (274/273 av.</p><p>J.-C.), A&#x15B;oka, l�un de ses fils cadets, l�gitimement parlant, n��tait pas le mieux plac� pour lui succ�der, mais la comp�tence dont il avait fait preuve comme vice-roi (upar&#x101;ja) et l�appui d�un ministre, R&#x101;dhagupta, lui permirent de s�imposer.</p><p>Le r�gne personnel et traditionnel d�A&#x15B;oka</p><p>Pendant la p�riode pr�bouddhiste, l�action du souverain s�ordonna autour de deux grands th�mes : la poursuite de l�oeuvre conqu�rante de ses anc�tres, l�institution de meilleures relations entre gouvernants et gouvern�s.</p><p>En 261 av. J.-C., la conqu�te du Kalinga se r�v�la �tre un v�ritable point d�inflexion historique. Cette exp�dition, effectu�e pour affirmer ou pour affermir l�autorit� des Maurya sur la r�gion, entra�na un changement radical dans la mentalit� du souverain, transformant le conqu�rant traditionnel en un ap�tre de la fraternit� universelle, �coeur� par les cruaut�s que ses conqu�tes avaient d�clench�es.</p><p>A&#x15B;oka, pour am�liorer les relations avec ses sujets, perfectionna l�administration ; il �tablit une rotation p�riodique dans l�exercice des plus hautes</p><p>charges, de fa�on que tout fonctionnaire connaisse mieux les diff�rents rouages de l�organisation de l�empire.</p><p>De plus, il promut une plus grande moralit� : il cr�a des dharmamah&#x101;matras, fonctionnaires analogues aux censeurs de la Rome ancienne.</p><p>Le souverain spirituel</p><p>A&#x15B;oka semble bien, finalement, avoir �t� le seul souverain qui ait r�alis�, ne f�t-ce que momentan�ment, le vieil id�al de la papaut� m�di�vale : la souverainet� temporelle et spirituelle r�unies en une seule personne. C�est bien l� le caract�re sp�cifique du souverain indien : la guerre du Kalinga et ses horreurs entra�n�rent chez lui une irr�versible conversion morale. Qu�on ne voie pas l�, toutefois, une sorte d�illumination ou de g�n�ration spontan�e ; bien avant cette guerre, A&#x15B;oka semble avoir �t� pr�occup� de la finalit� morale de l�univers. En l�occurrence, le Kalinga a plut�t jou� un r�le de r�v�lateur. Quoi qu�il en soit, � partir de ce moment, l�empereur s�effor�a de r�pandre la connaissance et la pratique des divers id�aux bouddhistes, agissant pour cela en tant que souverain et en tant que chef religieux.</p><p>Comme souverain</p><p>Il �l�ve le principe d�ahi&#x1E43;s&#x101; (en fait, la non-violence) � la hauteur d�une institution imp�riale ; il apporte tout son soin � la justice, d�sirant avant tout le triomphe du droit (dharma) sur la force (danda) ; il s�attache aux plus humbles d�tails mat�riels, t�moin l�attention qu�il porte au mieux-�tre des p�lerins et des voyageurs le long des routes, y faisant planter des arbres ou �difier des auberges.</p><p>Surtout, comme le fait justement remarquer l�historien indien K. M. Pa-nikkar, il comprend l�importance d�une propagande de bon aloi employ�e</p><p>� des fins morales : d�o� ces fameux �dits grav�s sur des piliers monolithiques ou sur des rocs et qui sont une source unique de renseignements tant sur l�Inde du IIIe s. av. J.-C. que sur les conceptions morales et philosophiques de l�empereur.</p><p>Comme chef religieux Bouddhiste mais non sectaire, religieux mais tol�rant, A&#x15B;oka joua un r�le d�cisif dans le d�veloppement, l�organisation et la r�forme du bouddhisme : c�est, semble-t-il, sous son r�gne que se tint � P&#x101;&#x1E6D;aliputra le troisi�me concile bouddhiste, qui, outre une r�forme interne de l�ordre (peut-�tre trop g�t� par les lib�rables de l�empereur ?), d�cida, avec la b�n�diction d�A&#x15B;oka, d�envoyer des missionnaires, qui, de Ceylan au Cachemire, du Mah&#x101;r&#x101;shtra � l�est de l�Inde, firent de la secte qu��tait encore le bouddhisme une</p><p>� religion � d�envergure universelle.</p><p>D�s la fin du IIIe s., le bouddhisme �tait bien connu en �gypte, et notamment � Alexandrie.</p><p>Il semble d�ailleurs qu�A&#x15B;oka joua un r�le notable dans la transformation acc�l�r�e du bouddhisme, qui, de simple conception philosophique de la vie, tendit de plus en plus � devenir une religion et qui fit du Bouddha un dieu.</p><p>Importance historique</p><p>d�Asoka</p><p>� ... Tous les hommes sont mes enfants... Il n�y a pas de devoir plus �lev� que le bien de l�humanit� tout enti�re... � Ils ne sont gu�re nombreux les hommes d��tat qui peuvent se vanter d�avoir pr�ch� par la parole et l�exemple une conception morale d�une telle hauteur !</p><p>Promoteur acharn� de l�ahi&#x1E43;s�, soucieux du mieux-�tre des plus humbles, A&#x15B;oka fut fondamentalement religieux, mais tol�rant envers les autres religions ; n�y a-t-il pas entre lui, p�re de l�Inde antique, et G&#x101;ndh&#x12B;, p�re de l�Inde actuelle, une �tonnante permanence dans la croyance en certaines conceptions morales ?</p><p>La grandeur d�A&#x15B;oka est d�avoir transcend� la simple puissance temporelle (� cet �gard, d�ailleurs, l�Empire maurya �tait sans rival) et tent� une approche morale du gouvernement de l�Empire qui lui aurait permis d��tre le � Souverain juste � (Dham-miko Dhammar&#x101;ja) tant pr�n� par la tradition bouddhique.</p><p>J. K.</p><p>&#x25B6; Bouddhisme / Inde / Maurya.</p><p>B L. de La Vall�e-Poussin, l�Inde au temps des Mauryas et des Barbares, Grecs, Scythes, Parthes et Yue-Tchi (E. de Boccard, 1930). /</p><p>S. S. Bhattacharya, A�okan Epigraphes (Calcutta, 1952). / B. G. Gokhale, A�oka Maurya (New York, 1966).</p><p>asphyxie</p><p>Ensemble des troubles provoqu�s par l�arr�t de la respiration.</p><p>Longtemps, ce mot a �t� employ�</p><p>dans le sens que nous donnons au mot syncope (cessation des battements du coeur) et, �tymologiquement, il veut bien dire � absence de pouls �. D�tourn�e de son sens primitif, l�asphyxie est aujourd�hui la cons�quence de l�arr�t de la respiration et de l�arr�t du coeur. En r�alit�, seule l�interpr�tation est chang�e, le r�sultat restant la</p><p>� mort c�r�brale � par manque d�oxyg�ne (sans manque de sang) et exc�s d�acide carbonique. Ces deux �l�ments peuvent se trouver isol�ment dans les �tats dits � d�anoxie* � et � d�hypercapnie �. Il est �vident que l�arr�t respiratoire produit les deux.</p><p>Tous les �tats qui emp�chent les �changes gazeux respiratoires peuvent provoquer l�asphyxie : la submersion, la strangulation, la suffocation et aussi le confinement. Mais l�inhalation de gaz non respirables (azote, hydrog�ne, protoxyde d�azote) ou de gaz d�l�t�res (oxydes de carbone, sulfures gazeux) ne donne pas de v�ritable asphyxie.</p><p>Il s�agit alors d�anoxie : tant que les mouvements respiratoires s�exercent, le gaz carbonique peut encore s��chapper. Dans les cas o� le gaz carbonique serait retenu dans l�organisme par un autre effet, il y aurait hypercarbie, c�est-�-dire que ce gaz ne pourrait pas s��chapper, m�me si les mouvements respiratoires �taient entretenus artificiellement.</p><p>downloadModeText.vue.download 438 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>975</p><p>L�analyse des gaz du sang confirme quantitativement ces notions : dans l�asphyxie vraie, l�h�moglobine est d�satur�e et l�anhydride carbonique en exc�s ; dans l�anoxie pure, le taux d�anhydride carbonique peut �tre faible. Dans l�hypercarbie, l�oxyg�ne peut �tre pr�sent dans le sang � un taux relativement �lev�.</p><p>Le dosage de ces m�mes corps dans l�air alv�olaire du poumon est aussi significatif. La pression partielle de l�oxyg�ne est basse dans l�asphyxie, alors que le taux de CO2 est �lev�, comme celui des autres occupants naturels de l�alv�ole : azote et vapeur d�eau. Dans l�anoxie pure, la pression partielle du gaz carbonique est peu augment�e et peut m�me �tre diminu�e. Dans l�hypercapnie seule, la concentration de l�air alv�olaire en gaz carbonique est plusieurs fois celle que l�on trouve habituellement, mais l�oxyg�ne n�y manque pas.</p><p>L�asphyxie se termine toujours,</p><p>quand elle n�est pas corrig�e � temps, par l�arr�t des mouvements respiratoires spontan�s (syncope respiratoire), suivi, apr�s un temps tr�s variable, de l�arr�t cardiaque (syncope circulatoire), qui t�moigne de l��puisement du myocarde, pourtant relativement bien adapt� � une vie � ana�robie � de courte dur�e. De ces consid�rations d�rivent les principes th�rapeutiques sur lesquels se fondent les mesures de sauvetage modernes.</p><p>1. Le temps de survie du coeur �tant ind�termin� a priori, tout doit �tre, dans tous les cas, m�me apparemment d�sesp�r�s, mis en oeuvre pour assurer la correction de l�asphyxie.</p><p>2. La vie ana�robie du coeur est consid�rablement facilit�e par la correction de l�acidose. D�o� les indications des th�rapeutiques alcalines (s�rum bicarbonat�) concomitantes des gestes de r�animation physique (massage cardiaque et respiration* artificielle). [V.</p><p>r�animation.]</p><p>Malheureusement, le cerveau n�a pas les m�mes facult�s de survie pr�caire que le coeur, et un certain nombre d�asphyxi�s � r�cup�r�s � restent affect�s pour la vie de troubles nerveux plus ou</p><p>moins graves, li�s � la d�vitalisation de secteurs tr�s divers de l�enc�phale.</p><p>Asphyxie des</p><p>nouveau-n�s</p><p>Elle affecte deux formes bien diff�rentes suivant que l�asphyxie survient avant la naissance ou juste apr�s. Dans la premi�re, l�accident asphyxique a pour origine une interruption prolong�e du passage de l�oxyg�ne maternel au sang foetal (anomalie du placenta ou du cordon). Si le d�lai entre cet accident et la naissance est trop long, l�enfant na�t bleu, flasque, en �tat de mort apparente. Les chances de succ�s du traitement sont faibles. Dans la seconde, l�accident a pour cause l�obstruction de la respiration (quel que soit son m�canisme) apr�s une naissance normale. L�enfant devient bleu, mais, � l�instant de l�expulsion, il �tait rose et tonique. Trait�e imm�diatement, cette asphyxie est, dans l�immense majorit� des cas, rapidement lev�e, sans s�quelle d�aucune sorte.</p><p>J.-C. Le P.</p><p>Assam</p><p>R�gion de l�Inde.</p><p>Marche orientale de l�Inde, l�Assam correspond approximativement � l�ancienne K&#x101;mar&#x16B;pa. Son nom actuel viendrait du sanskrit Asama (incomparable) et lui aurait �t� donn� par la dynastie Ahom (XIIIe-XIXe s.). Il s�agit d�une zone de brassage ethnique, culturel et religieux qui donne � cette r�gion, aujourd�hui encore, une physionomie particuli�re.</p><p>L�extr�mit� nord-est du monde</p><p>indien pr�sente une certaine unit� du point de vue physique. Une plaine en cul-de-sac, suivie par le Brahmapoutre, est encadr�e par une bordure montagneuse continue. L�ensemble a un climat humide. Du point de vue administratif, cependant, l�ensemble est fragment�, et l�Assam proprement dit n�en constitue qu�une partie. C�est l�histoire du peuplement qui explique cette situation.</p><p>Les Britanniques ont p�n�tr� en</p><p>Assam dans les ann�es 1820-1830, � la suite de guerres contre la Birmanie.</p><p>Le d�sir d�assurer la s�curit� de leur conqu�te les amena � prendre progressivement le contr�le des montagnes bordi�res, jusqu�� la ligne des cr�tes.</p><p>Les montagnes ainsi englob�es dans l�empire des Indes �taient peupl�es de populations non hindoues, tandis que les plaines, mar�cageuses et bois�es, �taient tr�s faiblement occup�es. Un double mouvement de migration vers ces terres vides eut alors lieu : arriv�e de main-d�oeuvre sur les plantations de th�, qui furent cr��es vers le milieu du XIXe s. ; colonisation syst�matique par des paysans venus de la plaine du Gange. Les arrivants s�install�rent surtout dans la plaine et le pi�mont.</p><p>Actuellement, l��tat d�Assam correspond essentiellement aux r�gions peupl�es par les immigrants indiens.</p><p>Les non-hindous des montagnes du Sud ont obtenu, non sans luttes, la cr�ation d��tats autonomes dans le cadre de l�Union indienne : Nagaland, territoire de Manipur, Meghalaya (au sud du Brahmapoutre). L�Him&#x101;laya, du fait de son importance strat�gique, garde une administration originale, dans le cadre de l�Agence de la fronti�re du Nord-Est (auj. Arunachal Pradesh).</p><p>Les r�gions</p><p>g�ographiques</p><p>Les bordures montagneuses</p><p>Elles constituent un monde isol�, bois�, tr�s arros� par les pluies apport�es par la mousson, qui s�engouffre dans le � cul-de-sac � assamais.</p><p>Au sud-est, les montagnes � assamo-birmanes � se pr�sentent en cr�tes align�es parall�les, dont certaines atteignent jusqu�� 4 000 m. Au sud et au sud-ouest se localise une unit� assez diff�rente, le � plateau de Shillong �, ou � plateau de Meghalaya �. Il s�agit d�un dernier fragment du socle ancien qui constitue l�essentiel de l�Inde p�-</p><p>ninsulaire, assez fortement relev� au Tertiaire. L�ensemble a un relief assez adouci, avec quelques grands escarpements. Les altitudes ne d�passent gu�re 1 800 m. Ces reliefs sont directement expos�s aux souffles de la mousson, dont l�installation est par ailleurs pr�-</p><p>coce. Aussi les quantit�s de pluies</p><p>recueillies sont-elles �normes. Sur le flanc m�ridional de ce plateau, la station de Cherrapunji re�oit en moyenne 12 m de pluies dans l�ann�e, ce qui constitue un record mondial. Au nord, l�Assam est bord� par la terminaison orientale de l�Him&#x101;laya. La cha�ne s��l�ve jusqu�� plus de 7 000 m dans l�extr�me Nord.</p><p>Toutes ces montagnes sont tr�s</p><p>humides, mais elles pr�sentent un vaste �ventail de climats en raison de l�importance des d�nivellations. L��tagement de la v�g�tation traduit cette vari�t� climatique. Dans l�Him&#x101;laya, diff�rents types de for�ts tropicales se rencontrent jusqu�� 1 500 m. Puis, les feuillus temp�r�s, comme le ch�ne, atteignent un peu plus de 2 000 m, et la for�t de conif�res environ 3 300 m.</p><p>Les populations des montagnes sont tr�s vari�es, mais elles pr�sentent une forte originalit� par rapport � celles des plaines. Elles sont, du point de vue ethnique, social et religieux, assez �trang�res au monde indien. Elles appartiennent aux groupes tib�to-mongol (Him&#x101;laya) ou m�n-khmer (cha�nes pr�birmanes). Les bouddhistes sont nombreux dans l�Him&#x101;laya, tandis que des animistes sont install�s dans les montagnes du Sud et du Sud-Est. Parmi ces derniers, les conversions au christianisme ont �t� fr�quentes, notamment chez les Nagas. L�organisation sociale, complexe et vari�e, repose sur la tribu et non sur la caste.</p><p>Enfin, les techniques agricoles apparentent davantage la r�gion aux montagnes de la p�ninsule indochinoise qu�� la plaine d�Assam et au reste de l�Inde. La culture itin�rante est tr�s r�pandue. La v�g�tation naturelle est coup�e � la fin de la saison des pluies, puis les branches et les souches sont incendi�es � la fin de la saison s�che.</p><p>Un champ temporaire est ainsi cr��, qui porte le nom local de jhum. Il est cultiv� pendant deux ou trois ans, puis laiss� en jach�re pendant sept � dix ans ; apr�s quoi, le cycle recommence.</p><p>L�humidit� du climat permet de cultiver sans irrigation du riz de montagne, des millets, du coton, du ma�s. Beaucoup de communaut�s ne compl�tent l��ventail de leurs productions que par</p><p>la chasse, le b�cheronnage et la r�colte de la laque. Les populations les moins isol�es, comme celles du plateau de Shillong, font un commerce actif de coton, de laque et de bois. Certaines r�gions ont �t� plus soigneusement am�nag�es et pr�sentent des rizi�res de fond de vall�e, o� l�alimentation en eau par la pluie est compl�t�e par un syst�me d�irrigation avec canalisations en bambous. Cette agriculture plus savante est le fait de certains groupes seulement, comme les Nagas ou les Khosis du plateau de Shillong.</p><p>Bien qu�elles soient peu peupl�es, ces montagnes peuvent porter des densit�s assez fortes dans les aires d�implantation des groupes les plus actifs et les plus organis�s (une quarantaine d�habitants au kilom�tre carr� chez les Garos du plateau de Shillong, par exemple). De plus, le d�sir des Anglais d�installer leur gouvernement dans un milieu climatique agr�able fait que la ville la plus importante de la r�gion downloadModeText.vue.download 439 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>976</p><p>(Shillong, 102 000 hab.) se trouve dans la montagne, � plus de 1 500 m.</p><p>Le coeur de l�Assam :</p><p>la plaine et les pi�monts</p><p>La plaine d�Assam, drain�e par le Brahmapoutre, a 600 km de long et environ 100 km de large. En bordure de la montagne, les rivi�res himalayennes ont construit des c�nes de pi�mont, sur lesquels sont install�es les plantations de th�. Au pied des c�nes, une ligne de sources donne naissance � une bande mar�cageuse, connue sous le nom de Duars. Puis des terrasses plus s�ches constituent l�essentiel de la surface de la plaine. Cependant, en bordure des fleuves, les plaines d�inondation sont une seconde zone humide, avec de nombreux lacs et bras morts, les Bhils.</p><p>Il y a donc une tr�s grande vari�t� de possibilit�s naturelles.</p><p>Le climat est un facteur d�unification. La saison s�che hivernale est courte, puisque cinq mois seulement</p><p>re�oivent moins de 50 mm (de novembre � mars). Comme la latitude est assez �lev�e, les temp�ratures sont relativement fra�ches (de 22 � 24 �C</p><p>le jour et de 11 � 12 �C la nuit). Les pluies abondantes commencent d�s le mois d�avril et se prolongent jusqu�en octobre. Il en r�sulte surtout des totaux impressionnants pour des stations de plaine : 2 800 mm au fond du � cul-de-sac � (� Dibrugarh), et encore 1 800 mm au centre de la plaine (� Tezpur). Ensuite, le d�but pr�coce des pluies emp�che l�Assam de conna�tre le paroxysme thermique de mai-juin, si net ailleurs en Inde. C�est juillet le mois le plus chaud, avec, en moyenne, 32 �C le jour et 25 �C la nuit.</p><p>Les averses violentes ont caus� de fr�quentes inondations le long des cours d�eau et ont entretenu une v�g�-</p><p>tation abondante, que l�homme n�a d�-</p><p>frich�e que tard. Aujourd�hui encore, il reste des for�ts �tendues, o� vivent de nombreuses b�tes sauvages : tigres, �l�phants, rhinoc�ros.</p><p>Cette r�gion a �t� colonis�e assez r�cemment, � la fois � cause de son isolement par rapport aux grandes vagues de migration qui ont peupl� l�Inde et de la difficult� du d�frichement. Dans les r�gions basses s�est install�e une petite paysannerie qui a re�u des allocations de terres. Les propri�taires-exploitants dominent de ce fait, mais les superficies cultiv�es sont petites, car les immigrants arrivaient sans grands moyens et ne pouvaient cultiver que des �tendues r�duites (62 p. 100 des exploitations ont moins de 2 ha). Ces paysans sont avant tout des rizicul-teurs, du fait de l�humidit� du climat et de l�origine des migrants (venant surtout de la plaine du Gange). Les Bengalis cultivent aussi le jute.</p><p>Les plantations de th� ont �t� install�es par des compagnies britanniques d�s la conqu�te, au cours d�une phase de sp�culation effr�n�e accompagn�e de v�ritables d�portations de main-d�oeuvre. Elles sont encore importantes, puisque 800 � 1 000 entreprises produisent environ la moiti� du th� indien. Le capital britannique reste pr�pond�rant, malgr� une certaine tendance � l�indianisation.</p><p>L�Assam a encore de vastes perspectives de d�veloppement. Les</p><p>industries de traitement du bois commencent � appara�tre � l�initiative du gouvernement, et l�exploitation du p�trole se d�veloppe. Une raffinerie a �t� construite � Digboi. Mais il reste des probl�mes difficiles � r�soudre.</p><p>D�une part, les crues dangereuses du Brahmapoutre ont frein� les investissements, puisqu�on est r�ticent � entreprendre des installations qui risquent constamment d��tre emport�es. Aussi les ouvrages d�irrigation sont-ils rares et la culture de saison s�che est-elle peu d�velopp�e. D�autre part, l�Assam est tr�s mal reli� au reste de l�Inde, notamment � la m�tropole dont il d�pend, Calcutta. Le dessin des fronti�res du Bangla Desh interdit en effet l�usage de la voie fluviale et oblige � avoir recours au transport ferroviaire, au prix d�un long d�tour. Les co�ts de transport sont lourdement grev�s. � bien des �gards, donc, l�Assam reste une r�gion marginale du monde indien.</p><p>F. D.-D.</p><p>Les grandes lignes</p><p>de l�histoire politique</p><p>Les premiers occupants semblent avoir �t� des peuples sino-tib�tains partis des r�gions du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) et du Huanghe (Houang-ho) � partir du IIe mill�naire avant notre �re.</p><p>D�o� installation des Bo&#x1E0D;os, Abors, Akas, Daflas, Miris et Mishmis dans des r�gions peut-�tre occup�es par quelques tribus dravidiennes.</p><p>La constitution de l�Assam en un v�ritable �tat ind�pendant sera, entre 1200 et 1800, l�oeuvre des Ahoms, tribu chane qui s��tablit d�finitivement dans le pays en 1228. Sous cette dynastie, l�Assam se caract�rise par sa stabilisation culturelle et linguistique, par sa r�-</p><p>sistance victorieuse aux agressions musulmanes et par l��tablissement, avant la � Pax britannica �, d�une v�ritable</p><p>� Pax ahom �, qui favorisera la fusion des diff�rentes tribus en une soci�t� � dominantes hindouiste et brahmanique.</p><p>Apr�s une r�sistance victorieuse (1661-1663) contre M&#x12B;r Djumla, g�n�-</p><p>ral d�Awrangz&#x12B;b (Aurangzeb), la dy-</p><p>nastie conna�t son apog�e entre 1680</p><p>et 1720, soit, pratiquement, durant le r�gne de Rudra Si&#x1E43;ha, ou Singh, que certains ont appel� le Shiv&#x101;j&#x12B; de l�Assam, soulignant ainsi son action d�terminante contre l�h�g�monie mongole.</p><p>Mais, apr�s lui, le pouvoir ahom entre en d�cadence. Les invasions birmanes (1816-1824) entra�n�rent l�annexion de l�Assam par les Britanniques (1826).</p><p>Depuis l�accession � l�ind�pendance, en 1947, l�ambivalence des peuples de l�Assam (opposition entre les habitants de la vall�e du Brahmapoutre et les tribus des montagnes) s�est manifest�e par l�action de forces centrifuges � tendances s�paratistes, et ce sur le double plan de l�opposition parlementaire (parti tribal intitul� � Conf�rence des chefs de la montagne �) et de l�action militaire de type gu�rilla pour obtenir la cr�ation d��tats autonomes. Ainsi, le Nagaland a �t� cr�� par le gouvernement central en 1962, mais les extr�-</p><p>mistes nagas trouvent les attributions du nouvel �tat trop restrictives.</p><p>L�int�gration politique de l�Assam au reste de l�Inde s�est heurt�e autrefois � deux obstacles : l��loignement des grands centres de d�cision de la politique indienne (Delhi, &#x100;gr&#x101;, B�nar�s, Vijayanagar) et la non-int�gration � l�Empire moghol. De nos jours, le probl�me politique se pose diff�remment ; outre l�action d�sint�grante � au niveau de l��tat � des groupes tribaux, la position strat�gique de l�Assam par rapport � la Chine fait de cet �tat l�objet de tous les soins du gouvernement central, ce qui lui conf�re une situation particuli�re.</p><p>Dans les domaines culturel et �conomique, le processus d�int�gration a �t� plus efficace. D�s le XVIe s., deux grands po�tes, M&#x101;dhva-Deva et surtout Sankara-Deva, contribu�rent � transformer une r�gion initialement animiste en une contr�e � pr�pond�rance hindouiste.</p><p>Apr�s la grande famine du Guje-</p><p>rat (1630-1632), la carence en main-d�oeuvre entra�na un d�placement des activit�s textiles vers le Coromandel, le Bengale et l�Assam. L�essor des plantations de th� se fit d�abord sur l�initia-</p><p>tive du gouverneur lord William Henry Cavendish Bentinck (1833-1835) ; en 1840 �tait fond�e l�Assam Tea Company Limited, v�ritable � greffe �conomique � faisant entrer l�Assam, par le biais de l�agriculture commerciale, downloadModeText.vue.download 440 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>977</p><p>au sein de la Communaut� �conomique indienne, dans le cadre des Indes britanniques. L�int�gration �conomique s�est en grande partie r�alis�e par le fait de la domination britannique, v�ritable � rouleau compresseur � par rapport aux particularismes r�gionaux.</p><p>De nos jours, le probl�me se pose surtout au niveau des communaut�s tribales montagnardes, hostiles � toute int�gration, dans laquelle elles ne voient qu�ali�nation. Cette hostilit� a conduit le gouvernement de New Delhi � cr�er, en avril 1970, un nouvel �tat autonome : le Meghalaya, qui groupe les r�gions tribales de l��tat frontalier de l�Assam.</p><p>J. K.</p><p>assemblage</p><p>Dans la construction en bois, �l�ment composite r�sultant de la jonction de diverses pi�ces formant un ensemble (cadre de porte ou de fen�tre, ossature de meuble, ferme de charpente, etc.) afin d�en assurer la liaison et la solidarit�.</p><p>Charpente traditionnelle</p><p>Certains assemblages font appel � des techniques tr�s anciennes transmises par le compagnonnage, exigeant l�ex�-</p><p>cution, souvent � la main, d�entailles, de coupes, de tenons, de mortaises, qui doivent �tre r�alis�s par des ouvriers habiles, form�s � l��cole du trait de charpente. Les assemblages les plus courants sont les assemblages � tenon et mortaise, droits ou biais, � enfourchement, � embr�vement, � mi-bois ; ils peuvent �tre simples ou multiples et int�resser des pi�ces massives ou jumel�es (mois�es). La coupe � embr�-</p><p>vement a pour but d�emp�cher le glissement relatif de pi�ces obliques l�une par rapport � l�autre. Les assemblages de pi�ces bout � bout, ou entures, sont aussi ex�cut�s � mi-bois, � queue d�aronde, � tenon et mortaise, � sifflet, � trait de Jupiter, � enfourchement, par moises, etc. Tous ces assemblages font intervenir les r�sistances propres du bois, notamment � la compression ; comme les entailles r�duisent les sections, les assemblages exigent des pi�ces de fort �quarrissage, caract�ristiques des charpentes traditionnelles des maisons anciennes, dites � � pans de bois �, des constructions rurales ou des �glises, des ch�teaux et des b�timents historiques.</p><p>Menuiserie</p><p>Les m�mes conceptions, plus ou moins modifi�es, ont �t� reprises dans la menuiserie et dans l��b�nisterie par les anciens artisans ; elles ont ensuite �t� adapt�es et perfectionn�es pour �tre r�abs�es au moyen des machines (tenonneuses, mortaiseuses, raineuses, etc.) dans les entreprises industrielles.</p><p>Ces assemblages combinent aussi</p><p>coupes, entailles, mortaises de mani�re � permettre l�embo�tement des pi�ces et leur maintien. On trouve �galement des assemblages � rainures et languettes, parfois � fausses languettes, pour les panneaux ou les lames de parquet, ainsi que par tourillons ou par pigeons pour certains cadres et ossatures. Dans certains cas, notamment l��b�nisterie et la tabletterie, interviennent des questions d�aspect et d�esth�tique qui font r�aliser des assemblages n�apparaissant pas en surface, pour permettre ensuite le placage et la finition (coupes plates, fausses coupes, etc.). De toute fa�on, la menuiserie ou l��b�nisterie demande moins de r�sistances m�caniques que la charpente, mais plus de finesse et d�exactitude dans l�ex�cution.</p><p>Assemblages modernes</p><p>Dans la charpente moderne, � moyenne ou � grande port�e, calcul�e suivant les r�gles de la r�sistance des mat�riaux, on pr�f�re utiliser d�autres modes d�assemblage, capables de r�sister aux efforts impos�s et permettant de r�aliser les noeuds plus ou moins com-</p><p>pliqu�s de la charpente triangul�e. Les assemblages clou�s, rigides et ind�formables, et les assemblages boulonn�s sont les plus courants ; parfois, ils sont renforc�s par des organes d�assemblage (anneaux, crampons, plaques dent�es, connecteurs, etc.) qui, sous de faibles dimensions, en augmentent sensiblement les r�sistances. Les assemblages � goussets en contre-plaqu� ou m�talliques (plaques clou�es, plaques dent�es, etc.) sont �galement utilis�s dans la construction des fer-mettes industrialis�es et des charpentes triangul�es. De tr�s nombreux types de connecteurs ou de plaques-goussets dent�es ou � aiguilles existent sur le march�, couverts par des brevets. Ces types d�assemblage ont permis de g�-</p><p>n�raliser le calcul statique des fermes et d�industrialiser la fabrication. Le collage, gr�ce aux colles modernes r�sistant � l�eau et � l�humidit�, est un nouveau mode d�assemblage tr�s utilis� aussi bien en menuiserie qu�en charpente. En menuiserie, il sert soit au renforcement d�assemblages de type traditionnel, soit dans l�aboutage, ou jointage bout � bout des pi�ces (entures multiples ou joint Scarf r�alis�s au moyen de machines sp�ciales). En charpente, il a connu un nouvel essor avec l�apparition de la charpente lamell�e coll�e (compos�e de planches minces, ou lamelles, joint�es et coll�es � plat, � fils parall�les). Si un collage est bien ex�cut�, il ne doit c�der que par la rupture du bois adjacent et non par celle du joint lui-m�me.</p><p>J. C.</p><p>B F. Kollmann, Technologie des Holzes und der Holzwerkstoffe (Berlin, 1951-1955 ; 2 vol.).</p><p>/ F. X. Brochard, Bois et charpentes en bois (Eyrolles, 1960). / Y. Gasc et R. Delporte, les downloadModeText.vue.download 441 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>978</p><p>Charpentes en bois (Eyrolles, 1961). / C. Riol-lot, Menuiserie du b�timent (Dunod, 1967).</p><p>/ F. X. Brochard et J. C. Reggiani, les Proc�-</p><p>d�s d�assemblage dans la charpente en bois (Centre technique du bois, 1968).</p><p>assemblage</p><p>R�union de mat�riaux de nature diff�-</p><p>rente au sein d�une m�me oeuvre artistique � deux ou trois dimensions.</p><p>En tant que d�marche cr�atrice, l�assemblage occupe dans l�art contemporain une place de tout premier plan.</p><p>L�exposition du Museum of Modern Art de New York, en 1961, intitul�e The Art of Assemblage, a r�sum� une bonne partie des plus extr�mes tentatives accomplies au cours d�un demi-si�cle en vue de renouveler la conception de l�acte cr�ateur.</p><p>Techniques de</p><p>l�assemblage</p><p>accumulation. Dans une boite transparente est enferm�e une grande quantit� d�objets identiques, neufs ou usag�s (Arman) [v. nouveau r�alisme*].</p><p>assemblage. Lorsqu�il n�est pas utilis� �</p><p>comme ici � pour d�signer l�ensemble des solutions plastiques impliquant l�usage de mat�riaux h�t�rog�nes, ce terme est limit� aux oeuvres � trois dimensions, c�est-�-dire � tout ce qui se situe entre le collage et l�environnement.</p><p>cadavre exquis. Ce jeu surr�aliste, qui se pratique tant au moyen de r�criture que du dessin, est une application particuli�re de la notion de collage. Il s�agit de composer � plusieurs une phrase ou un dessin dans un ordre donn�, aucun des participants n��tant inform� de l�apport des autres.</p><p>collage*. Ce terme tend parfois (cf. le critique Herta Wescher) � se substituer � celui d�assemblage pour d�signer l�ensemble des solutions plastiques obtenues � partir de mat�riaux h�t�rog�nes. Le plus souvent, il s�applique aux oeuvres � deux dimensions. Mais tout un courant de l�art contemporain, � la suite des surr�alistes, s�en sert pour signaler ce qui d�borde, gr�ce au conflit n� de la mise en pr�sence d��l�ments discordants, les pr�occupations strictement plastiques.</p><p>combine-painting. Peinture � laquelle sont fix�s, associ�s, divers �l�ments tels que morceaux de bois ou de tissu, ferrailles, animaux empaill�s, meubles, etc.</p><p>(Rauschenberg*).</p><p>d�collage. Il s�agit de pr�lever, sur les murs et les palissades, les affiches plus ou moins ab�m�es par les intemp�ries et les passants, et de les pr�senter telles quelles, ou peu s�en faut (affiches lac�r�es, lac�r� anonyme, etc.).</p><p>d�coupage ou papiers d�coup�s.</p><p>OEuvres dans lesquelles le mat�riau de base est du papier de couleur aux formes nettement d�coup�es (� l�aide de ciseaux, par exemple), coll� ensuite sur un fond uni (Matisse*).</p><p>environnement*. Disposition par un artiste, dans un espace r�el (galerie, atelier, place publique, etc.), d��l�ments-ou d�objets, fabriqu�s par lui ou non, visant � constituer un tout. Ind�pendamment des formes et des couleurs, il peut �tre fait appel aux �clairages, au son, � la projection d�images fixes ou cin�matographiques, etc.</p><p>happening*. Introduction, dans un environnement, de la notion de dur�e par le d�roulement d�une action, parfois symbolique, parfois volontairement obscure ou m�me non signifiante. Le public est quelquefois convi� � y participer.</p><p>mixed media. Expression indiquant que des mat�riaux diff�rents ont �t� m�l�s, des moyens divers utilis�s dans l��laboration d�une oeuvre, qu�il s�agisse d�un objet ou d�un environnement.</p><p>objet. Marque la diff�rence avec une sculpture en ce sens que l�essentiel n�y est pas le probl�me de la troisi�me dimension.</p><p>Aussi les objets, quels que soient les mat�-</p><p>riaux employ�s, sont-ils g�n�ralement produits par des peintres.</p><p>objet surr�aliste. Forme d�assemblage par laquelle les surr�alistes ont tent� de produire une �motion particuli�re, d�ordre fr�quemment �rotique, ou, de fa�on plus g�n�rale, un d�paysement des �l�ments mis � contribution, objets trouv�s le plus souvent.</p><p>objet trouv�. Le surr�alisme*, et Andr� Breton* en particulier, a insist� sur le rapport qui s��tablit entre l�objet trouv� par hasard et celui qui le trouve. Ce rapport a pu �tre identifi� ou m�me substitu� �</p><p>l�acte cr�ateur proprement dit.</p><p>papiers coll�s. Technique utilis�e par le cubisme*, consistant � introduire dans le tableau un morceau de papier (portant une impression, un dessin, etc.) ou un fragment de journal en lieu et place d�une surface peinte. La peinture abstraite en a g�n�ralis� l�emploi.</p><p>peinture variable. Des �l�ments aimant�s peuvent �tre d�plac�s � la surface du tableau au gr� du spectateur (le Su�dois Oyvind Fahlstr�m).</p><p>photomontage. Les dada�stes berlinois assembl�rent dans une intention expressive et parfois satirique des fragments de photographies. Le proc�d� sera ensuite repris en U. R. S. S., notamment par Aleksandr Rodtchenko. Il conna�tra un peu partout une fortune particuli�re dans l�affiche et dans la publicit�.</p><p>po�me-objet. Il s�agit ici de consid�rer l��criture po�tique comme un �l�ment plastique, au m�me titre que d�autres avec lesquels elle entre en composition.</p><p>ready-made. Les objets manufactur�s auxquels Marcel Duchamp* donna ce nom, en les � sacrant � oeuvres d�art, ne sont, � proprement parler, des assemblages que lorsqu�ils sont aid�s, c�est-�-dire lorsque l�artiste y ajoute quelque chose de son cru, si r�duite que soit son intervention. Mais les ready-mades ont eu des r�percussions consid�rables sur l�assemblage en g�n�ral, de l�objet surr�aliste au happening.</p><p>tableau-pi�ge. Ici, des objets familiers sont � pi�g�s � dans la disposition o� ils se trouvent � un moment donn� : par exemple, la vaisselle, les couverts et les d�bris de nourriture � l�issue d�un repas ; ils sont coll�s � leur support, et le tout est accroch� sur un mur comme un tableau (Daniel Spoerri).</p><p>Des papiers coll�s</p><p>cubistes aux happenings</p><p>� premi�re vue, il n�y a pas de commune mesure entre les papiers coll�s de Braque et de Picasso, d�une part, et les happenings de la derni�re d�cennie, d�autre part. Dans l�espace qui les s�pare, cependant, se ht la continuit� de l�histoire de l�assemblage et</p><p>m�me sa fatalit�. Cette histoire, en effet, est celle de l�introduction dans l�oeuvre d�art d��l�ments ext�rieurs pr�existants : tout d�abord, peut-�tre, des croquis de l�artiste lui-m�me, qu�il int�gre � un nouveau tableau par paresse, par d�sir de couper court � un d�veloppement ; puis le morceau de papier d�emballage, ou de journal, qui occupe pour l�oeil la surface � peindre avant d�en usurper d�finitivement la fonction ; ensuite les objets et les substances, qui, au lieu de se voir �voqu�s par la peinture � l�huile, le pl�tre ou le bronze, tiennent leur propre r�le dans la composition ; enfin l�artiste qui, du fait de la pr�sence physique d�un environnement avec lequel sa cr�ation plastique tend � se confondre, est contraint de se produire lui-m�me, de pr�f�rence en action, sur le th��tre de son activit� artistique. Entre-temps, c�est simplement la part prise dans l�oeuvre d�art par les �l�ments extra-artistiques qui s�est enfl�e jusqu�� ne plus laisser aucune place � la peinture ni � la sculpture, telles du moins qu�elles �taient con�ues auparavant.</p><p>R�alisme et irr�alisme</p><p>Il semblerait que, ce faisant, ce soit une sorte de r�alisme �l�mentaire qui l�emporte, puisque les choses elles-m�mes tendent � se substituer � leur repr�sentation par les techniques traditionnelles. De quoi certains ont conclu un peu trop vite que l�art et la vie commen�aient � se confondre, et que, de ce fait, le premier �tait appel� � une prompte �limination. C��tait m�conna�tre la signification fondamentale de l�activit� artistique que d�oublier son pouvoir permanent de m�tamorphose.</p><p>Ou bien il faudrait admettre que l�intrusion du journal dans le tableau de Picasso ou du ticket de tramway dans celui de Schwitters aurait signifi� la disparition de la peinture au profit de la presse quotidienne ou des transports en commun ! Au contraire, les papiers coll�s eux-m�mes, dont les historiens du cubisme affirment qu�ils furent pour Braque et Picasso un moyen de se rapprocher de la r�alit� quotidienne, allaient presque aussit�t engendrer les cons�quences les plus irrationnelles avec Dada et le surr�alisme. Il semble que ce soit � cause de l�ambigu�t�</p><p>fondamentale du proc�d� ; l��l�ment ext�rieur introduit dans l�oeuvre d�art n�ob�it que partiellement � la volont� de l�artiste qui lui assigne un r�le pr�-</p><p>cis. Il est � la fois cela et autre chose.</p><p>D�bordant l�intention esth�tique par sa richesse de significations, l�assemblage permet � la cr�ation artistique de passer du stade de l�oeuvre ferm�e, enti�rement contr�l�e par son auteur, au stade de l�oeuvre ouverte, o� les interpr�tations ne s�excluent pas les unes les autres.</p><p>H�t�rog�n�it�</p><p>et homog�n�it�</p><p>Encore faut-il reconna�tre que les artistes n�ont pas toujours voulu s�accommoder de cette situation. En gros, on distingue deux tendances parmi ceux qui eurent (ou ont aujourd�hui) recours aux solutions de l�assemblage : ceux qui ne voulurent pas abdiquer leur mission souveraine et pr�tendirent plier � leurs desseins les formules employ�es (Braque et Dubuffet* en seraient de bons exemples) ; ceux qui, en revanche, ont tout esp�r� du bon vouloir de ces esclaves �quivoques (Picasso et Max Ernst). Chez les premiers, les �l�ments �trangers s�assujettissent � une homog�n�it� tellement contraignante qu�ils y perdent peut-�tre le plus clair de leur charme, et jusqu�� leur �tranget� m�me. Chez les autres, la multiplicit� interne des �l�-</p><p>ments maintient une sorte de tension, qui se v�rifie d�ailleurs m�me lorsque les oeuvres ne proc�dent pas directement de l�assemblage : la vitalit� de la peinture de Picasso et de Max Ernst, si contraire � son figement caract�-</p><p>ristique chez Braque et Dubuffet, n�a sans doute pas d�autre secret... L�h�t�-</p><p>rog�n�it� de principe de l�assemblage serait ainsi garante du dynamisme de la cr�ation.</p><p>J. P.</p><p>&#x25B6; Collage / Environnement / Happening.</p><p>B L. Aragon, la Peinture au d�fi (Corti, 1930) ; les Collages (Herrmann, 1965). / W. C. Seitz, The Art of Assemblage (New York, 1961). / H. Janis downloadModeText.vue.download 442 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>979</p><p>et R. Blesh, Collage (New York et Philadelphie, 1962). / H. Wescher, Collages (Cologne, 1968).</p><p>Chronologie succincte</p><p>de l�assemblage</p><p>1912 En avril, Umberto Boccioni (v. futurisme) publie le Manifeste technique de la sculpture futuriste, v�ritable charte de l�assemblage, qui se r�f�re � des constructions de l�ann�e pr�c�dente, perdues depuis.</p><p>L��t�, � Sorgues, Braque* compose les premiers papiers coll�s. En octobre (?), premier collage, d� � Picasso*, qui, peu apr�s, fabrique ses premi�res constructions en ma-t�riaux divers (carton, bois, etc.), comme, au m�me moment, Archipenko*.</p><p>1914 Apr�s avoir vu ces constructions, Tatline* cr�e ses reliefs et contre-reliefs, d�o� na�tra le constructivisme. Duchamp invente ses premiers ready-mades (roue de bicyclette, �gouttoir � bouteilles). Le collage conduit Malevitch* au supr�matisme.</p><p>1915 Du cubisme et du futurisme (complexes plastiques de Giacomo Balla et Fortu-nato Depero), l�assemblage s��tend aux futurs animateurs de Dada : Arp* et Picabia*.</p><p>1916 Au cabaret Voltaire, � Zurich, premi�res manifestations dada*, anc�tres des happenings.</p><p>1919 Les dada�stes allemands cr�ent de nouvelles formules d�assemblage : photomontage � Berlin, Merzbau et Merzbild a Hanovre (Schwitters*), collage pr�surr�aliste � Cologne (Max Ernst*).</p><p>1920 Le constructivisme russe pr�conise l�emploi de mat�riaux divers dans la sculpture (feuilles de m�tal, bois, plastiques).</p><p>1924 Le surr�alisme entra�ne le d�veloppement d�une peinture irrationnelle qui emprunte au collage certains de ses effets.</p><p>1927 Julio Gonz�lez* ouvre de nouvelles possibilit�s � l�assemblage en sculpture par l�emploi syst�matique de la soudure.</p><p>1930 Premiers objets surr�alistes (Gia-cometti, Dal�, Breton) et po�mes-objets.</p><p>1932 Premiers mobiles de Calder*, munis</p><p>de moteurs. Premi�res � bo�tes � de Joseph Cornell.</p><p>1935 Enrico Prampolini, avec ses Polima-terici, emploie des mat�riaux divers dans la tradition du futurisme.</p><p>1938 L�Exposition internationale du surr�alisme, � Paris, constitue le premier environnement important cr�� � des fins po�tiques (sous la direction de Breton et Duchamp).</p><p>1942 L�Exposition internationale du surr�alisme, � New York, est le premier environnement (con�u par Duchamp) r�alis� aux �tats-Unis.</p><p>1952 Le sculpteur Ettore Colla reprend la sculpture soud�e au point o� Julio Gonz�lez l�avait laiss�e.</p><p>1953 Premiers combine-paintings de Rauschenberg. L�influence du compositeur John Cage*, dont l�esth�tique est fond�e sur le collage, est d�cisive � partir de cette date sur l�art aux �tats-Unis.</p><p>1955 Le groupe japonais Guta� pr�sente les premiers happenings. La sculpture soud�e se d�veloppe avec force en Europe et aux �tats-Unis.</p><p>1958 Premiers happenings new-yorkais.</p><p>1960 Le nouveau r�alisme (tableaux-pi�ges, accumulations, affiches lac�r�es).</p><p>Tinguely* : Hommage � New York (assemblage qui s�autod�truit). Aux �tats-Unis, l�esprit du pop�art* proc�de directement de l�assemblage.</p><p>1965 En Californie, le � funk* art � use de mat�riaux nouveaux et color�s dans la composition d�oeuvres d�lirantes.</p><p>1966 L�� arte povera � (v. conceptuel [art]) recourt aux mat�riaux sans valeur et sans �clat pour ses environnements.</p><p>1968 � Process art � aux �tats-Unis (Richard Serra, Robert Morris).</p><p>assembl�e</p><p>R�union priv�e de personnes d�termin�es convoqu�es en vue de d�lib�rer ou d��noncer un avis sur des probl�mes d�ordre priv�, professionnel ou public.</p><p>L�assembl�e � ayant soit un pouvoir d�lib�ratif, soit au moins un pouvoir consultatif � existe dans tout groupe social. Dans les nations modernes, un Parlement, ou Congr�s, compos� d�une ou plusieurs assembl�es, joue un r�le plus ou moins grand dans le gouvernement (entendu au sens large). Dans les associations*, les syndicats* professionnels, les syndicats de copropri�-</p><p>taires, les soci�t�s mutualistes, les so-ci�t�s* civiles et commerciales de tous ordres, il appartient � une assembl�e g�n�rale de d�lib�rer r�guli�rement sur les orientations et la gestion du groupement ; la loi impose parfois la tenue d�une assembl�e g�n�rale ordinaire par an. En principe, tous les membres du groupe int�ress� participent aux assembl�es ; c�est notamment le cas des so-ci�t�s et de nombreuses associations.</p><p>Cependant, certaines soci�t�s anonymes subordonnent �ventuellement l�acc�s de leurs assembl�es g�n�-</p><p>rales ordinaires � la possession d�un nombre d�termin� d�actions. Lorsque la dispersion g�ographique ou l�importance num�rique du groupe ne permet pas la r�union simultan�e de tous ses membres, les statuts (la Constitution lorsqu�il s�agit de la nation elle-m�me) pr�voient qu�en application du principe de repr�sentativit� seul un certain nombre d�entre eux constitueront l�assembl�e et pr�cisent les modalit�s de leur d�signation. Dans les partis politiques, les assembl�es portent le nom de congr�s.</p><p>La loi a pr�vu la r�union des</p><p>membres des tribunaux et cours en assembl�es g�n�rales pour des d�lib�rations notamment d�ordre disciplinaire.</p><p>Elle a �galement pr�vu la r�union d�assembl�es de cr�anciers lorsqu�un commer�ant a d�pos� son bilan.</p><p>Les conseils consultatifs cr��s par les pouvoirs publics, les conseils d�administration des soci�t�s et les comit�s directeurs des associations et des syndicats constituent �galement des assembl�es. Les r�gles de fonctionnement des assembl�es sont pr�vues, suivant les cas, par la Constitution, par la loi ou le r�glement, par les statuts et/ou le r�glement int�rieur du groupe social</p><p>int�ress�. Ces textes pr�cisent la composition et le mode de nomination du bureau de l�assembl�e, qui comprend au moins un pr�sident, charg� de diriger les d�bats, et un secr�taire, dont la mission est de r�diger le proc�s-verbal de la s�ance. Ce proc�s-verbal contient les d�cisions prises par l�assembl�e et, �ventuellement, un compte rendu plus ou moins d�taill� des d�bats qui ont pr�c�d� leur adoption ; il comporte parfois la liste nominative des pr�sents, et, dans certains cas, cette liste doit �tre �marg�e par ceux-ci.</p><p>L�ordre du jour de l�assembl�e �</p><p>c�est la liste des questions qui doivent faire l�objet d�une d�lib�ration � est communiqu� par avance aux membres de l�assembl�e ; g�n�ralement, il est joint � leur convocation. Le plus souvent, l�assembl�e peut modifier cet ordre du jour.</p><p>Certaines d�lib�rations d�une assembl�e ne sont valables que si la pr�sence d�un nombre minimal de</p><p>membres � dit � quorum � � a �t� constat�e par le bureau avant le vote ; lorsque le quorum (il peut en avoir �t� fix� de diff�rents suivant la nature de la d�lib�ration) n�est pas atteint, l�assembl�e remettra le vote � une s�ance ult�rieure : l�assembl�e g�n�-</p><p>rale se s�pare, les dirigeants du groupe int�ress� convoquant alors une seconde assembl�e g�n�rale extraordinaire, qui, cette fois, a g�n�ralement la possibilit� de d�lib�rer valablement quel que soit le nombre des pr�sents. Dans beaucoup d�assembl�es g�n�rales, les personnes convoqu�es qui ne peuvent ou ne d�sirent �tre pr�sentes en personne peuvent r�diger et signer un pouvoir, remis � un participant.</p><p>La proc�dure parlementaire est</p><p>souvent adopt�e au cours des d�bats des assembl�es g�n�rales, surtout en mati�re de syndicats ou de partis politiques.</p><p>R. M.</p><p>&#x25B6; Parlement.</p><p>asservissement</p><p>ou syst�me</p><p>asservi</p><p>Syst�me automatique dont le fonctionnement est r�gi par l��cart de son comportement actuel par rapport � son comportement d�sir�.</p><p>Dans le cas d�une grandeur asservie unique, le principe d�asservissement consiste essentiellement � agir sur cette grandeur en fonction de l��cart entre sa valeur actuelle, r�sultant d�une mesure, et sa valeur d�sir�e ou prescrite.</p><p>Selon que cette derni�re est constante ou variable dans le temps, on parle de syst�me � r�gulation ou de servom�canisme. Le pilotage d�un navire � cap constant fait appel � une boucle d�asservissement dans laquelle intervient un op�rateur humain. Le pilote d�tecte, au moyen de son compas, l��cart entre le cap d�sir� et le cap actuel, et r�gle en cons�quence l�angle de braquage du gouvernail ; celui-ci agit sur le cap du navire, et la boucle d�asservissement se trouve ainsi ferm�e. L�ensemble se comporte comme un syst�me de z�ro, le pilote s�effor�ant � tout instant d�annuler autant que possible l�erreur de cap, en d�pit des perturbations subies par le navire de la part de la mer et du vent. De m�me, en cas de changement downloadModeText.vue.download 443 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>980</p><p>de cap, le pilote s�efforce d�annuler le plus rapidement possible l��cart entre le cap du navire et le nouveau cap demand�. Ce sch�ma fonctionnel reste valable si le pilote humain est remplac� par un pilote automatique, dans lequel l�erreur de cap est mesur�e au moyen d�un compas magn�tique ou gyrosco-pique. Le pilote automatique agit sur le gouvernail par l�interm�diaire d�un syst�me de commande �lectrique ou hydraulique comportant toujours une amplification de puissance.</p><p>Modes d�action</p><p>Le syst�me ci-dessus ne fonctionne correctement que si l�action du pilote sur le gouvernail est correcte. Pour mettre en �vidence les divers modes d�action, on peut consid�rer un probl�me voisin, celui de la conduite d�une voiture auto-</p><p>mobile qui doit suivre une ligne trac�e sur le sol. Supposons d�abord que la trajectoire se compose de portions rectilignes et que le conducteur donne � son volant un angle de braquage proportionnel � l��cart lat�ral de son v�hicule par rapport � la ligne (action proportionnelle, ou P). Au passage d�un coude de la trajectoire id�ale, l�angle de braquage des roues ne s�annule en changeant de signe que lors du franchissement de la ligne, et le v�hicule oscille de part et d�autre de la ligne (oscillation auto-entretenue, ou auto-oscillation). En fait, par suite du temps de r�action du conducteur, le changement du sens de courbure de la trajectoire ne se produira qu�apr�s le franchissement de la ligne, de sorte que les oscillations pr�sentent une amplitude croissante.</p><p>Pour obtenir un fonctionnement stable, il faut, au contraire, inverser le sens du braquage avant l�annulation de l��cart.</p><p>Pour cela, le conducteur doit tenir compte, non seulement de son �cart la-t�ral par rapport � la ligne de r�f�rence, mais encore de la vitesse avec laquelle il s�en rapproche ou s�en �loigne, c�est-</p><p>�-dire de la d�riv�e de l��cart par rapport au temps (action proportionnelle et par d�rivation, ou PD). Cette vitesse lui est donn�e par l�angle que fait son v�hicule avec la ligne de r�f�rence. En ajoutant � l��cart une fraction convenable de sa d�riv�e, on obtient une grandeur qui s�annule en changeant de signe avant l��cart lui-m�me ; le braquage des roues doit �tre proportionnel � cette grandeur composite.</p><p>Si la trajectoire comporte une partie circulaire, avec la loi de commande PD, un �cart non nul est n�cessaire pour produire le braquage des roues requis par la courbe. Pour annuler cet �cart permanent, il suffit d�introduire dans la loi de commande un terme proportionnel aux valeurs cumul�es de l��cart, c�est-�-dire � son int�grale par rapport au temps (action proportionnelle, par d�rivation et par int�gration, ou PID).</p><p>L�angle de braquage prend alors une valeur proportionnelle � l�int�grale de l��cart. Le choix du mode d�action � adopter d�pend des propri�t�s dynamiques du syst�me r�gl�. On utilise couramment les actions P, PD, PI (action proportionnelle et par int�gration),</p><p>I (action par int�gration) et PID.</p><p>Th�orie temporelle</p><p>des syst�mes asservis</p><p>La th�orie math�matique des asservissements peut �tre pr�sent�e en utilisant comme variable soit le temps, soit la fr�quence.</p><p>Une boucle d�asservissement est</p><p>toujours constitu�e par un r�gulateur, ou syst�me de commande R, et par un processus asservi ou syst�me r�gl� P, x d�signant la grandeur d�entr�e, de commande ou de r�f�rence, y la grandeur asservie, r�gl�e ou de sortie, &#x3B5; = x � y l��cart ou erreur et u la grandeur r�glante ou correctrice. Si le r�gulateur est du type PID, son fonctionnement est d�crit par une �quation de la forme</p><p>soit encore, en d�rivant par rapport au temps,</p><p>Si l�on repr�sente par p le symbole de la diff�renciation, on a</p><p>Le rapport symbolique</p><p>est appel� transmittance ou fonction de transfert du r�gulateur.</p><p>On d�finit de m�me la transmittance du processus P. De nombreux processus ont pour transmittance l�inverse d�un polyn�me en p, par exemple pour un processus du troisi�me ordre : En rempla�ant &#x3B5; par (x � y), les deux transmittances (1) et (2) permettent d��crire</p><p>soit encore</p><p>D�o�, enfin, la transmittance globale ou en boucle ferm�e</p><p>Ce syst�me est stable si et seulement si toutes les racines du polyn�me du d�nominateur, appel� polyn�me caract�ristique, ont des parties r�elles n�gatives. Mais il faut encore que ces parties r�elles soient suffisamment n�-</p><p>gatives pour que le syst�me poss�de un amortissement convenable.</p><p>Le crit�re de Naslin permet d�im-</p><p>poser aux coefficients du polyn�me caract�ristique des conditions suffi-downloadModeText.vue.download 444 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>981</p><p>santes pour qu�il en soit ainsi. Pour un polyn�me</p><p>a0 + a1p + a2p 2 + ... + anpn,</p><p>ce crit�re consiste � imposer aux divers rapports</p><p>appel�s rapports caract�ristiques, d��tre sup�rieurs ou �gaux � une certaine valeur &#x3B1;, de l�ordre de 2. Ainsi, en �galant � 2 les trois rapports caract�ristiques du d�nominateur de la transmittance (3), il vient</p><p>On peut ainsi calculer les valeurs des trois param�tres A, B et C de la loi de commande, connaissant les coefficients a, b, c, d de la transmittance du processus.</p><p>Analyse harmonique</p><p>des syst�mes asservis</p><p>Le point de vue de l�analyse harmonique est plus subtil. Consid�rons de nouveau la boucle d�asservissement d�finie plus haut. Si cette boucle est en r�gime d�auto-oscillation sinuso�dale avec x = 0, on a &#x3B5; = � y, c�est-�-dire que y et &#x3B5; oscillent � la m�me fr�quence et avec la m�me amplitude, mais en opposition de phase. D�o� l�id�e d��tudier les propri�t�s de la boucle d�asservissement en r�gime permanent sinuso�dal (analyse harmonique). Si l�on excite par un signal u sinuso�dal de fr�quence f le processus de transmittance P (p), le signal de sortie y est sinuso�dal de m�me fr�quence f, mais son amplitude est diff�rente de celle de u et, de plus, il est d�cal�, g�n�ralement en retard, par rapport � u ; on peut ainsi d�finir entre u et y un rapport d�amplitude, souvent appel� gain, et un d�phasage, qui varient tous deux avec la fr�quence f. Math�matiquement, le gain et le d�phasage sont respectivement �gaux au module et � l�argument de la fonction P (j&#x3C9;), appel�e transmittance isochrone, que l�on obtient �</p><p>partir de P(p) en faisant p = j&#x3C9;, avec &#x3C9; = 2&#x3C0;f et j2 = � 1. On peut ainsi tracer une courbe de gain et une courbe de phase qui donnent respectivement les variations du gain et du d�phasage en fonction de f ou de &#x3C9;. On notera que ces courbes peuvent �galement �tre trac�es exp�rimentalement, point par point, en mesurant le gain et le d�phasage � diverses fr�quences. On d�finit de m�me la transmittance isochrone R(j&#x3C9;) du r�gulateur.</p><p>Dans la boucle d�asservissement</p><p>pr�cit�e, le gain et le d�phasage subis par un signal sinuso�dal faisant le tour de la boucle sont donn�s par la transmittance R(p)P(p), appel�e transmittance en boucle ouverte, avec p = j&#x3C9;.</p><p>Or, en r�gime d�oscillation auto-entretenue, le gain et le d�phasage autour de la boucle sont �gaux respectivement � l�unit� et � � 180�. Si la boucle ouverte est stable, on peut en d�duire que la boucle ferm�e l�est aussi, mais � condition que le d�phasage de la boucle ouverte soit inf�rieur � 180�, en valeur absolue, � la fr�quence pour laquelle le d�phasage autour de la boucle est �gal � l�unit�. Cet �nonc� constitue l��nonc� simplifi� du c�l�bre crit�re de Nyquist.</p><p>Il permet, lui aussi, de d�terminer les param�tres du r�gulateur, connaissant ceux du processus conduit.</p><p>Extensions de</p><p>l�analyse harmonique</p><p>Ces deux th�ories concernent les syst�mes lin�aires qui jouissent des deux propri�t�s de superposition et de proportionnalit� des causes et des effets : l�effet de plusieurs causes agissant simultan�ment sur un syst�me lin�aire s�obtient en superposant les effets de ces m�mes causes agissant s�par�ment.</p><p>L�analyse harmonique a pu �tre g�n�-</p><p>ralis�e � l��tude de certains types de syst�mes non lin�aires dits filtr�s, dans lesquels on peut n�gliger les effets des harmoniques engendr�s par un effet non lin�aire tel que l�action d�un relais, la saturation d�un amplificateur ou un jeu m�canique. Le gain et le d�phasage autour de la boucle sont alors fonction non seulement de la fr�quence mais encore de l�amplitude. S�il existe une ou plusieurs paires de valeurs de la</p><p>fr�quence et de l�amplitude pour lesquelles le gain et le d�phasage autour de la boucle sont respectivement �gaux � l�unit� et � � 180�, ces paires d�finissent des r�gimes d�auto-oscillation appel�s oscillations limites, qui, pour �tre observables, doivent encore �tre stables ou convergents.</p><p>L�analyse harmonique a �galement pu �tre �tendue de mani�re � prendre en consid�ration les signaux et les perturbations agissant r�ellement en service sur le syst�me �tudi�. Ces signaux et perturbations ne peuvent g�n�ralement �tre caract�ris�s que par leurs propri�t�s statistiques, et en particulier par leur densit� spectrale, exprimant l��nergie qu�ils contiennent aux diverses fr�quences. Connaissant les densit�s spectrales et la transmittance du syst�me r�gl�, la th�orie du filtrage optimal de Wiener-Newton permet de calculer la transmittance du r�gulateur qui minimalise la moyenne quadratique de l��cart, compte tenu des contraintes constitu�es par les valeurs maximales admissibles des vitesses, des acc�l�rations, de l��nergie disponible au niveau des actionneurs, etc. Le r�gulateur optimal concilie le mieux les deux d�sirs contradictoires de rendre la boucle d�asservissement aussi sensible que possible vis-�-vis des signaux utiles et aussi insensible que possible vis-�-vis des signaux parasites (bruits) et des perturbations ext�rieures. Cette th�orie constitue l�application principale de la dynamique statistique aux syst�mes asservis.</p><p>Syst�mes asservis</p><p>adaptatifs</p><p>Enfin, dans les syst�mes asservis adaptatifs, les param�tres de r�gulation ou de commande ne sont pas constants, mais sont r�gl�s automatiquement selon les propri�t�s fluctuantes du syst�me r�gl� et des signaux auxquels celui-ci est soumis. Ce processus d�autor�glage donne aux syst�mes asservis adaptatifs une facult� d�adaptabilit� analogue � celle que l�on rencontre dans les syst�mes conduits par un op�-</p><p>rateur humain. L�organe de conduite de ces syst�mes, qui n�en sont qu�� leurs d�buts, sera de plus en plus fr�-</p><p>quemment constitu� par un ordinateur</p><p>de conduite, seul capable de proc�der rapidement � l�analyse p�riodique des mesures effectu�es sur le syst�me r�gl� et sur son environnement de mani�re � �laborer la loi de commande.</p><p>P. N.</p><p>&#x25B6; Automatique / Automatisation.</p><p>B W. Oppelt, Kleines Handbuch technischer Regelvorg�nge (Weinheim, 1954 ; 4e �d., 1964).</p><p>/ D. P. Eckman, Automatic Process Control (New York, 1958 ; trad. fr. R�gulation automatique industrielle, Dunod, 1963). / P. Naslin, Technologie et calcul pratique des syst�mes asservis (Dunod, 1958 ; 3e �d., 1968) ; Introduction � la commande optimale (Dunod, 1966) ; Th�orie de la commande et conduite optimale (Dunod, 1969). / J. G. Truxal, Control Engineer�s Hond-book (New York, 1958). / J. C. Gille, P. Decaulne et M. Pelegrin, Th�orie et calcul des asservisse-ments lin�aires (Dunod, 1959 ; 4e �d., 1967). /</p><p>R. C. Dorf, Modern Control Systems (Reading, Mass., 1967).</p><p>assimilation</p><p>Ensemble des processus fonctionnels gr�ce auxquels une unit� biologique, cellule ou organisme, transforme en ses propres constituants les substances nutritives �trang�res provenant du milieu ext�rieur.</p><p>Cette propri�t� de synth�se sp�cifique de mati�re, essentiellement organique, semblable � elle-m�me, est caract�ristique de la vie. L�assimilation s�explique par les r�actions d�incompatibilit� g�n�ralement d�clench�es par les corps �trangers.</p><p>Modalit�s de</p><p>l�assimilation</p><p>L�assimilation comporte successivement : la p�n�tration dans la cellule des downloadModeText.vue.download 445 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>982</p><p>composants du milieu ext�rieur, apr�s leur r�duction �ventuelle en formes utilisables (v. absorption), et leur transformation en constituants sp�cifiques par les processus de synth�se de l�ana-</p><p>bolisme cellulaire (v. m�tabolisme).</p><p>Outre ces besoins mat�riels, d�ordre chimique, la cellule manifeste des besoins �nerg�tiques, en particulier dans le cadre des m�canismes de synth�se, qui n�cessitent beaucoup d��nergie.</p><p>L�assimilation concerne donc simultan�ment des transformations chimiques et des transformations �nerg�tiques.</p><p>Alors que les compos�s min�raux sont � bas potentiel �nerg�tique, les compos�s organiques sont au contraire � potentiel �lev�. L�utilisation, par la cellule vivante, des mat�riaux �trangers que lui pr�sente son environnement rel�ve essentiellement de ses aptitudes � utiliser l��nergie disponible dans le milieu.</p><p>L�ensemble des conditions de l�assimilation permet de grouper les �tres vivants en deux grandes classes : 1o les autotrophes, qui ont la propri�t� de synth�tiser leurs constituants organiques � partir de constituants exclusivement min�raux ;</p><p>2o les h�t�rotrophes, qui n�ont pas cette propri�t� et utilisent des constituants organiques pr�form�s, dont ceux des autotrophes, dont ils d�pendent fatale-ment pour leur nutrition.</p><p>Au sens strict sont autotrophes les cellules, ind�pendantes ou int�gr�es � un organisme, qui synth�tisent leurs compos�s organiques � partir des compos�s min�raux. Par extension sont autotrophes les organismes pluricellulaires qui sont �quip�s de cellules autotrophes au service de l�ensemble. Alors que divers �tres unicellulaires et la majorit� des v�g�taux pluricellulaires sont autotrophes, les animaux dans leur totalit� et certains v�g�taux, comme les Champignons, sont h�t�rotrophes.</p><p>Bien que posant des probl�mes</p><p>chimiques et �nerg�tiques beaucoup moins complexes, l�assimilation mi-n�rale � fin min�rale n�est pas moins importante que l�assimilation � fin organique pour l�organisme vivant (v.</p><p>nutrition). Cependant, � l�exception de certaines structures min�rales complexes et sp�cifiques, comme celle du tissu osseux, les min�raux absorb�s sous forme simple (anions et cations</p><p>de petite dimension) se trouvent dans les cellules �galement sous des formes simples et non sp�cifiques, solubles ou li�es ; aussi �tudierons-nous seulement l�assimilation � fin organique.</p><p>Certaines cellules, h�t�rotrophes pour le carbone (C), sont capables de fixer l�azote (N) sur un squelette carbon�, transformant le N min�ral en N</p><p>organique, c�est-�-dire en N amin�, ou NH2. De fa�on sch�matique, on englobe sous le nom d�assimilation carbon�e l��laboration des glucides, des lipides et des prot�ines, et sous le nom d�assimilation azot�e l��laboration des seules prot�ines. Les sp�cificit�s de constitution et de structure sont beaucoup plus strictes pour les mol�-</p><p>cules prot�iques que pour les mol�-</p><p>cules glucidiques et lipidiques. Citons cependant, � titre d�exemple, l�amidon, typique des cellules v�g�tales, et le glycog�ne, typique des cellules animales. (V. r�serves.)</p><p>Les autotrophes convertissent le C et le N min�raux en C et en N organiques, alors que les h�t�rotrophes retransforment le C et le N organiques en C et en N organiques d�agencement diff�rent.</p><p>Du carbone min�ral au</p><p>carbone organique</p><p>Une grande partie des cellules autotrophes tirent l��nergie n�cessaire � la conversion du C min�ral (CO2) en C</p><p>organique de l��nergie des radiations lumineuses �mises par le soleil. L�assimilation est alors photosynth�tique ou chlorophyllienne (v. photosynth�se).</p><p>Certaines cellules autotrophes tirent leur �nergie de r�actions chimiques d�oxydation portant sur des compos�s min�raux. L�assimilation est alors chimiosynth�tique.</p><p>Les premiers produits de l�assimilation du C sont des compos�s glucidiques simples (oses). En d�rivent ult�rieurement les glucides complexes, les acides gras et les lipides, les acides amin�s et les prot�ines. Dans ce dernier cas s�y ajoute donc l�assimilation du N.</p><p>L��laboration du C organique par chimiosynth�se est le privil�ge de certaines Bact�ries, dont les plus re-</p><p>marquables sont les Bact�ries de la nitrification : Nitrosomonas et Nitro-sobacter. Les r�actions d�oxydation g�n�ratrices d��nergie portant successivement sur NH4 (nitrosation) et NO2H (nitratation), leur importance d�coule en fait de leur participation au cycle d�assimilation du N. Le bilan en C organique des Bact�ries chimiosynth�tiques est n�gligeable devant le bilan des photosynth�tiques.</p><p>Du carbone organique</p><p>au carbone organique</p><p>Alors que, par sa forme gazeuse diffusible, le CO2 de l�atmosph�re est � la disposition ais�e des autotrophes immobiles que sont les v�g�taux pluricellulaires, il n�en est pas de m�me pour le C organique, qui est essentiellement sous forme solide fix�e. Aussi les animaux, mobiles et actifs, sont-ils les plus aptes � utiliser en h�t�rotrophes le C organique pr�existant.</p><p>Les cellules h�t�rotrophes doivent d�grader, � des stades divers, les mol�-</p><p>cules organiques qu�elles absorbent, puis r�assembler de fa�on sp�cifique ces produits simplifi�s afin de construire leurs propres mol�cules organiques. Les mol�cules simples r�sultant de la d�gradation des divers compos�s carbon�s sont au carrefour des r�utilisations cellulaires pour les synth�ses aussi bien des prot�ines que des glucides et des lipides.</p><p>(V. m�tabolisme.)</p><p>De l�azote min�ral �</p><p>l�azote organique</p><p>Ce sont les formes non oxyg�n�es : N2</p><p>mol�culaire de l�atmosph�re et NH3</p><p>des sels ammoniacaux, qui sont directement converties, par des syst�mes distincts, en N organique. Les formes oxyd�es sont �galement utilis�es, mais indirectement apr�s r�duction jusqu�au stade NH3. Les micro-organismes et les cellules v�g�tales sont seules capables d�assimiler le N min�ral. H�t�rotrophes pour le C, les animaux le sont aussi pour le N.</p><p>De l�azote atmosph�rique � l�azote organique</p><p>Malgr� son abondance et sa disponibilit�, l�assimilation du N2 de l�atmosph�re est le privil�ge de quelques esp�ces seulement de Bact�ries. Les unes sont libres, comme Azotobac-ter a�robie et Clostridium ana�robie. Les autres sont fixes et symbiotiques, comme Pavetta des feuilles de certaines plantes indiennes et surtout comme Rhizobium (ou Bacillus radicicola) des racines des L�gumineuses. Signalons, outre les Bact�ries, quelques Champignons inf�rieurs, libres ou symbiotiques. L��nergie n�cessaire aux synth�ses provient de l�oxydation des glucides, qui ont ainsi un r�le double : �nerg�tique et chimique en tant que source du squelette carbon�, accepteur du groupe amin� NH2. Les prot�ines r�sultent de l�association des acides amin�s selon des agencements sp�cifiques.</p><p>De l�azote ammoniacal � l�azote</p><p>organique</p><p>Les unicellulaires et les cellules v�g�tales, dans leur ensemble, sont capables de transformer NH3 min�ral en NH2 organique. Le groupe amin� est fix� sur des accepteurs carbon�s sp�cifiques : d�une part, un acide insa-tur�, l�acide fumarique ; d�autre part, deux acides c�toniques, l�acide oxa-loac�tique et l�acide c�toglutarique.</p><p>On obtient les deux premiers acides amin�s, l�acide aspartique et l�acide glutamique, d�o� d�rivent les autres par transfert du groupe amin�, ou transamination.</p><p>D�un point de vue quantitatif, on peut estimer � pr�s de 2 milliards de tonnes le N min�ral transform� en N</p><p>organique par an.</p><p>De l�azote organique � l�azote</p><p>organique</p><p>�tant donn� que les prot�ines d�une cellule ou d�un organisme donn� sont downloadModeText.vue.download 446 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>983</p><p>sp�cifiques et diff�rentes des prot�ines d�un autre organisme, le N organique subit des remaniements assurant cette sp�cificit�. C�est au sein de chaque cellule et selon ses besoins structuraux que se d�roulent les conversions �ventuelles d�un acide amin� en un autre par transamination et l�assemblage des divers acides amin�s en mol�cules de prot�ines. (V. m�tabolisme.)</p><p>Ces r�actions, ainsi que l�importance des constituants glucidiques et lipidiques dont l�oxydation est � l�origine de l��nergie n�cessaire aux synth�ses, illustrent les interrelations multiples entre assimilation azot�e et assimilation carbon�e.</p><p>D�terminisme de la</p><p>sp�cificit� des synth�ses</p><p>Par le jeu incessant de l��laboration et de la destruction des compos�s organiques, ces compos�s subissent un renouvellement constant, auquel n��chappent pas d�ailleurs les compos�s min�raux. Dans la biosph�re, les �l�ments C, H, O et N sont en �tat de flux permanent, plus ou moins rapide, au sein des divers compos�s cellulaires.</p><p>On peut se demander quel est</p><p>le d�terminisme orientant sp�cifiquement les synth�ses de mati�re vivante. �tant donn� que les acides nucl�iques (ADN) sont le support potentiel de tous les caract�res h�r�-</p><p>ditaires, ils sont les facteurs premiers de cette sp�cificit�. Si la s�quence ADN # ARN # prot�ines met bien</p><p>en �vidence la sp�cificit� des prot�ines, elle n�explique pas � premi�re vue celle des glucides et des lipides.</p><p>Toutes les synth�ses biologiques</p><p>en jeu dans le ph�nom�ne de l�assimilation �tant dirig�es par les enzymes, catalyseurs sp�cifiques, et les enzymes �tant de nature prot�ique, les diverses sp�cificit�s d�orientation rel�vent cependant toutes de la sp�-</p><p>cificit� des prot�ines cod�es par les acides nucl�iques.</p><p>M. P.</p><p>assises</p><p>F JUDICIAIRE (organisation).</p><p>assistance</p><p>technique</p><p>Mise � la disposition d�agents �conomiques, d�institutions ou de pays des comp�tences scientifiques et techniques leur permettant d�entreprendre des projets qui favorisent leur progr�s �conomique. (Ce terme n�est g�n�ralement employ� que pour d�signer un aspect de l�aide aux pays sous-d�velopp�s.)</p><p>Cette forme d�aide doit �tre distingu�e de l�assistance culturelle (lutte contre l�analphab�tisme) et de l�assistance financi�re, avec lesquelles elle se confond souvent, d�autant qu�elle leur est fr�quemment li�e dans la pratique.</p><p>L�assistance technique est parfois nomm�e coop�ration technique � afin d��viter toute interpr�tation p�jorative du mot assistance �, mais cette formule contient la notion d��change et a donc un sens plus restrictif.</p><p>L�assistance technique est n�e</p><p>de l�initiative de l�Organisation des Nations unies, d�sireuse d�apporter aux pays sous-d�velopp�s un rem�de appropri� au manque de cadres et de travailleurs qualifi�s, qui entravait tout effort de progr�s. L�O. N. U. fut bient�t suivie en ce domaine par diverses organisations et par des pays industrialis�s, agissant en leur nom propre. De cette prolif�ration des sources d�assistance technique r�sulte actuellement un r�seau enchev�tr� de programmes et de</p><p>projets organis�s selon des modalit�s diff�rentes.</p><p>Ces modalit�s peuvent �tre regrou-p�es sous trois formes principales, souvent utilis�es simultan�ment : 1o l�envoi d�experts ou de personnel d�encadrement dans le pays assist� ; 2o la formation sp�cialis�e de ses ressortissants ; 3o la fourniture de services administratifs et de mat�riel �ducatif ou exp�rimental. Les experts accomplissent plusieurs sortes de missions : ils �tudient un probl�me dans son contexte pour formuler des recommandations concernant les d�cisions � prendre ; ils effectuent la mise en place d�une politique d�j� arr�t�e ou d�une institution nouvelle (fr�quemment, ils assurent alors la formation du personnel national destin� � leur succ�der) ; enfin, ils remplissent la fonction de conseil dans un organisme d�j� �tabli.</p><p>Les diverses formes de l�assistance technique sont employ�es soit dans le cadre d�un programme portant sur plusieurs ann�es et visant � la mise en valeur de l�ensemble des ressources d�un pays ou d�un groupe de pays, soit pour r�aliser un projet sp�cifique, peu �tendu dans le temps, ne concernant qu�un secteur limit� ou une r�gion de l��tat assist�.</p><p>Parmi les organismes intergouvernementaux pratiquant l�assistance technique, l�O. N. U. et ses institutions sp�-</p><p>cialis�es jouent un r�le pr�pond�rant.</p><p>D�s 1948, l�Assembl�e g�n�rale des Nations unies a d�fini les principes de l�action de l�Organisation dans le cadre du � programme ordinaire d�assistance technique �. Ce programme, d�pendant du secr�tariat g�n�ral, portait essentiellement sur l�envoi d�experts et de fonctionnaires internationaux ayant des t�ches administratives. Parall�lement, des programmes ordinaires semblables �taient mis en oeuvre dans la plupart des institutions sp�cialis�es : O. M. S., Unesco et O. I. T. En 1950 fut mis en place le � programme �largi d�assistance technique � [P. E. A. T.], au sein duquel coop�raient l�O. N. U. et ses institutions sp�cialis�es, auxquelles vinrent s�adjoindre la B. I. R. D. et le F. M. I. En 1966, le P. E. A. T. fut int�-</p><p>gr� dans le � programme des Nations unies pour le d�veloppement � avec</p><p>le Fonds sp�cial, cr�� en 1958, qui a pour objet des op�rations de pr�investissement (�tudes �conomiques, cr�ation d�instituts de recherche, ex�cution de projets pilotes) dont il finance une partie.</p><p>Les autres organisations intergouvernementales, consacrant une part de leurs activit�s et de leurs ressources � l�assistance technique, ont une zone d�int�r�t g�ographique plus restreinte que celle de l�O. N. U. Ainsi, la C. E. E.</p><p>(ind�pendamment de l�action de ses membres) procure aux �tats africains et malgaches associ�s une assistance technique r�glement�e par la Convention de Yaound�. Par des accords particuliers, elle joue aussi un r�le en cette mati�re vis-�-vis d��tats tiers. L�Organisation des �tats am�ricains, pour le continent am�ricain, et l�Organisation de l�unit� africaine, pour l�Afrique, fournissent � leurs membres des services d�assistance technique. Des orga-downloadModeText.vue.download 447 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>984</p><p>nismes internationaux, n�assurant eux-m�mes que peu ou pas d�assistance, coordonnent les initiatives de leurs membres : l�O. C. D. E., par le Comit� d�aide au d�veloppement ; le Comecon, pour les d�mocraties populaires ; le plan de Colombo, qui concerne l�Asie du Sud et du Sud-Est.</p><p>Les pays industrialis�s dispensent une part de leur aide au tiers monde sous forme d�assistance technique. Les �tats-Unis y consacrent en moyenne un peu plus de 10 p. 100 de leur budget d�aide ; la France, depuis 1964, y affecte 40 p. 100 ; la Grande-Bretagne et l�Allemagne lui r�servent chacune environ 20 p. 100. Les autres �tats occidentaux s�int�ressent aussi � cette forme d�aide. L�U. R. S. S., les pays du Comecon et la Chine envoient surtout des techniciens. Il faut �galement mentionner l�assistance technique de source non gouvernementale, fournie par des organisations sans but lucratif, qui se sont partiellement regroup�es en un Conseil international des agences b�n�voles.</p><p>L�assistance technique n�cessite des pr�alables pour �tre efficace : les dispensateurs doivent choisir un personnel comp�tent, mais surtout capable d�adaptation ; les b�n�ficiaires doivent mettre en oeuvre une planification ou au moins structurer leur administration et leur �conomie. � l��chelle mondiale se posent deux probl�mes essentiels : influence politique et assistance vont trop souvent de pair pour que cette derni�re n�en subisse pas le contrecoup ; les besoins en assistance d�passent largement les ressources qui y sont affect�es.</p><p>L�avenir de l�assistance technique appara�t donc uniquement tributaire des efforts qui seront faits en sa faveur (efforts d�adaptation, d��largissement, de coordination, sinon d�organisation mondiale), car l�assistance n�aura atteint son but que quand elle sera devenue inutile.</p><p>T. M.</p><p>&#x25B6; Colonialisme / Coop�ration / D�veloppement.</p><p>B M. E. Opler, les Probl�mes sociaux de l�assistance technique (Unesco, 1954). / M. Do-mergue, l�Assistance technique (O. C. D. E., 1961). / F. Luchaire, l�Aide aux pays sous-d�-</p><p>velopp�s (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966 ; 2e �d., 1967).</p><p>association</p><p>Convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun d�une fa�on permanente leurs connaissances ou leur activit� dans un but autre que de partager des b�n�fices.</p><p>La libert� d�association</p><p>Le d�veloppement des associations s�est heurt�, tout au long de l�histoire, � l�action des �tats, qui redoutaient la puissance de ces groupements et craignaient la mainmorte (accumulation dans les mains de personnes morales de biens qui, ne circulant pas, ne payent pas d�imp�ts). Ils s�efforc�rent donc de limiter l�ind�pendance et la puissance des associations en les soumettant � un r�gime de contr�le et en leur refusant</p><p>la personnalit� morale, m�me lorsque celle-ci sera d�finitivement reconnue aux soci�t�s, ou en la subordonnant � un acte formel des pouvoirs publics (exemples : l�� incorporation � de certaines associations en Angleterre ; la reconnaissance d�utilit� publique en France au d�but du XXe s.). Aujourd�hui encore, la capacit� des associations est g�n�ralement plus limit�e que celle des soci�t�s. Ainsi, d�s le monde romain, o� elles exist�rent en grand nombre, les associations, apr�s avoir connu un r�gime de libert�, furent soumises au contr�le des empereurs. Puis � � l�exception des gildes de l��poque franque</p><p>� il fallut attendre le Moyen �ge pour voir r�appara�tre, � c�t� de tr�s nombreuses associations religieuses, des corporations de m�tiers, compagnonnages, associations politiques, soci�-</p><p>t�s secr�tes et groupements divers. Le foisonnement ne fut pas sans exc�s et rencontra bient�t l�opposition des pouvoirs publics. En France, la libert� d�association fut �cart�e d�s le r�gne de Louis XI ; en Angleterre, o� ce principe resta toujours admis, il fut peu � peu vid� de son sens par de tr�s nombreuses exceptions. Seuls les �tats-Unis, par r�action contre l�exemple anglais, admirent d�s leur ind�pendance la libert� d�association. En France, si l�on excepte de br�ves exp�riences de libert� lors des r�volutions de 1789 et de 1848, et l�existence de certains statuts favorables comme celui des syndicats* (1884) ou des soci�t�s de secours mutuels (1898), le r�gime fut jusqu�en 1901 celui institu� par le Code p�nal (1810), qui soumettait la constitution de toute association de plus de vingt personnes � une autorisation � toujours r�vocable � du gouvernement.</p><p>Ce n�est qu�avec le vote de la loi du 1er juillet 1901 que fut r�ellement reconnue la libert� d�association.</p><p>Les divers types</p><p>L�association est d�abord un contrat ; elle est donc r�gie, quant � sa validit�, par les principes g�n�raux du droit des contrats, son but devant en outre �tre permanent (la dur�e d�une association peut m�me �tre illimit�e) et non lucratif. L�association peut �tre dot�e d�une capacit� juridique, qui s�appr�cie diff�remment selon le type adopt� par les</p><p>fondateurs.</p><p>La loi du 1er juillet 1901 divise, en effet, les associations en trois groupes : 1o l�association non d�clar�e, qui se constitue par le seul consentement des adh�rents, sans condition de forme, mais est d�pourvue de toute personnalit� et de toute capacit� juridique. Son activit� est donc tr�s r�duite, faute de moyens ; 2o l�association d�clar�e, qui est rendue publique par une d�claration � la pr�fecture du lieu de son si�ge et par une insertion au Journal officiel ; elle jouit alors de la personnalit� juridique, elle a donc un nom et un patrimoine, elle peut contracter et ester en justice ; sa capacit� reste cependant limit�e, elle ne peut poss�der d�autres immeubles que ceux � strictement n�cessaires � l�accomplissement de son but �, elle ne peut recevoir � titre gratuit, except� les subventions des collectivit�s publiques, mais elle devra alors se soumettre � leur contr�le ; dons et legs lui sont refus�s (sauf r�gimes de faveur) ; 3o l�association reconnue d�utilit� publique par un d�cret en la forme de r�glement d�administration publique. L�association doit poursuivre un but pr�sentant un int�r�t pour la collectivit� et avoir exerc� une activit� effective comme association d�clar�e. Elle peut acqu�rir � titre gratuit, mais se trouve plac�e sous la tutelle de l�Administration.</p><p>Les associations peuvent en outre former des unions ou f�d�rations, qui sont elles-m�mes des associations.</p><p>Le l�gislateur a fait deux entorses au libre droit d�association en ce qui concerne : 1o les congr�gations (associations particuli�res entre personnes physiques qui mettent en commun leur activit� et leurs connaissances d�une mani�re permanente en vue d�une</p><p>oeuvre d�termin�e se rattachant � une id�e religieuse), qui ne peuvent obtenir la personnalit� juridique qu�au moyen d�une reconnaissance l�gale r�sultant d�un d�cret rendu en Conseil d��tat ; 2o les associations �trang�res, dont la constitution est soumise � l�autorisation pr�alable du ministre de l�Int�rieur.</p><p>Le fonctionnement</p><p>Il est librement organis� par les statuts, qui d�terminent quels sont les organes de d�lib�rations et d�administration (g�n�ralement assembl�e � conseil �</p><p>bureau) et les rapports de l�association avec ses membres. Il n�est pas interdit � l�association de r�aliser des b�n�-</p><p>fices au cours de son fonctionnement, � condition qu�ils ne soient jamais distribu�s � ses membres (les b�n�fices r�alis�s peuvent b�n�ficier d�un r�gime fiscal de faveur).</p><p>La dissolution des associations peut �tre statutaire, volontaire ou prononc�e par justice. La d�volution des biens se fait alors, conform�ment aux statuts ou aux d�cisions de l�assembl�e g�n�rale, g�n�ralement � des associations poursuivant un but analogue, et les associ�s ne peuvent exercer que la reprise de leurs apports. La dissolution peut �tre aussi d�cid�e par les pouvoirs publics (par exemple pour activit� illicite), qui r�gleront alors la liquidation des biens.</p><p>L�importance actuelle</p><p>des associations</p><p>Elle est consid�rable dans la plupart des pays du monde occidental, qui admettent et appliquent le principe de la libert� d�association, consacr� notamment par la D�claration internationale des droits de l�homme. Dans les autres pays, la constitution d�une association est g�n�ralement subordonn�e � l�autorisation pr�alable des pouvoirs publics.</p><p>Le d�veloppement est cependant</p><p>en partie dissimul�, � l��chelle internationale, par la disparit� des crit�res employ�s pour d�finir l�association. Ce crit�re est, pour la plupart des droits europ�ens (fran�ais, belge, italien, espagnol), le but non lucratif du groupement ; il est principalement, pour le droit allemand, le statut choisi par les cr�ateurs du groupement. La disparit� est plus grande encore dans le droit anglo-saxon, o�, � c�t� de l�institution originale du � trust�e �, on trouve un grand nombre d�associations (qui sont quelquefois des collectivit�s publiques) relevant soit de r�glementations particuli�res, soit d�un r�gime semblable � celui des soci�t�s.</p><p>En France, malgr� un nombre croissant de r�gimes sp�ciaux et une ter-</p><p>minologie variable et confuse (compagnie, groupement, ligue, cercle et m�me soci�t�), subsiste toujours un statut g�n�ral : celui de 1901. Il est downloadModeText.vue.download 448 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>985</p><p>ainsi plus ais� de constater que les associations s�inscrivent dans tous les domaines de l�activit� humaine : charit� et bienfaisance (cr�ches, hos-pices, protection des animaux, don du sang), culture, sciences, litt�rature, arts (cercles, acad�mies, syndicats d�initiative), sports, �ducation (par exemple l�Alliance fran�aise), politique (partis, clubs), professions (on trouve en ce domaine soit des syndicats, soit des associations).</p><p>Les utilisations du r�gime de 1901</p><p>sont donc multiples. Toutes les activit�s licites exclusives de profits peuvent faire l�objet d�une association ; les pouvoirs publics eux-m�mes y ont recours, soit en imposant cette forme juridique � certains groupements consid�r�s comme utiles � la soci�t� (par exemple les associations familiales), soit en utilisant directement ce r�gime pour assurer une gestion plus souple d�activit�s d�int�r�t g�n�ral. En juillet 1971, le Conseil constitutionnel a censur� un projet de loi tendant � substituer � la libert� (pr�vue par la loi de 1901) de cr�ation des associations un r�gime de contr�le pr�alable.</p><p>Association syndicale</p><p>de propri�taires</p><p>Groupement de propri�taires ayant des int�r�ts immobiliers communs, relatifs soit � la d�fense, soit � l�assainissement, soit � l�entretien et � la mise en valeur de leurs propri�t�s. Ces associations sont de trois sortes : libres (consentement unanime des propri�taires aux travaux), autoris�es (consentement d�une majorit� de propri�-</p><p>taires) ou forc�es (consentement d�une minorit�). Toutes les associations syndicales ont la personnalit� juridique. Mais, tandis que les associations syndicales libres sont des groupements purement priv�s, les associations syndicales autoris�es ou forc�es</p><p>sont des �tablissements publics jouissant des pr�rogatives de la puissance publique (notamment du droit d�expropriation dans certains cas).</p><p>M. B.</p><p>&#x25B6; Soci�t� / Syndical.</p><p>B R. Brichet, les Associations de la loi de 1901</p><p>(Libr. techniques, 1947) ; Associations et syndicats (Libr. techniques, 1963). / G. Liet Veaux, les Associations syndicales de propri�taires (Sirey, 1947). / C. Ozanam, Associations. Syndicats. Fondations (Sirey, 1957 ; 4e �d., 1964).</p><p>/ H. A. J. Ford, Unincorporated Non-Profit Associations. Their Property and their Liability (Oxford, 1959). / R. Chauveau, Constitution et fonctionnement des associations et syndicats (Delmas, 1960). / G. Burdeau, les Libert�s publiques (L. G. D. J., 1961). / H. Holebe, Non-Profit Corporations and Associations (New York, 1965). / A. Meister, Vers une sociologie des associations (�d. ouvri�res, 1972).</p><p>association</p><p>statistique</p><p>Liaison apparente que l�on constate entre deux ou plusieurs caract�res observ�s chez les individus ou unit�s statistiques d�un m�me groupe.</p><p>Le terme association est g�n�ralement utilis� lorsqu�il s�agit de caract�res qualitatifs, ou attributs, pouvant prendre diverses modalit�s. Lorsqu�il s�agit de caract�res mesurables, on parle de corr�lation*. En pr�sence d�un groupe d�observations, deux probl�mes se posent au statisticien : 1. Comment caract�riser num�riquement l�association apparente constat�e entre les caract�res observ�s ?</p><p>2. Dans quelle mesure, avec quel degr� de confiance peut-on dire que cette association apparente, constat�e sur un groupe de n individus, caract�rise une association r�elle dans la population dont provient cet �chantillon (test de l�association) ?</p><p>Un cas particuli�rement simple est celui o� l�on consid�re simplement deux caract�res, A et B, et, pour chacun d�eux, deux modalit�s mutuellement exclusives A1 et A2, B1 et B2. Si</p><p>l�on d�signe par a, b, c, d les effectifs observ�s correspondant aux diff�rentes combinaisons de ces modalit�s, l�ensemble des r�sultats se pr�sentera sous la forme d�un tableau appel� tableau de contingence :</p><p>Le crit�re d�ind�pendance sera d�-</p><p>fini par des conditions telles que : Celles-ci peuvent aussi s��crire dans les lignes, et elles conduisent toutes � des conditions de la forme</p><p>exprimant que, dans le groupe observ�, la proportion des individus poss�dant simultan�ment les caract�res A1 et B1</p><p>est �gale au produit des proportions de ceux qui poss�dent le caract�re A1 et de ceux qui poss�dent le caract�re B1.</p><p>Si l�on a</p><p>les deux caract�res A1 et B1 sont positivement associ�s, ou simplement associ�s ; si l�on a</p><p>ces deux caract�res sont n�gativement associ�s. Du point de vue statistique, deux caract�res A1 et B1 ne sont donc consid�r�s comme associ�s que s�ils apparaissent simultan�ment, chez un m�me individu, un nombre de fois plus grand que celui que l�on aurait pu esp�-</p><p>rer dans le cas de leur ind�pendance, telle qu�elle a �t� d�finie ci-dessus.</p><p>Mesure de l�association</p><p>Elle peut �tre d�finie par un coefficient assujetti aux conditions d��tre nul en cas d�ind�pendance, �gal � � 1 en cas d�association compl�te (positive ou n�gative), compris entre � 1 et + 1 dans les cas interm�diaires. Parmi les divers coefficients propos�s, le coefficient d�association de Yule :</p><p>est tr�s employ�.</p><p>Test de l�hypoth�se</p><p>d�ind�pendance</p><p>Si, dans une population, on pr�l�ve un �chantillon de n individus sur lesquels on observe la pr�sence des modalit�s des caract�res A et B, et si, dans cette population, ces deux caract�res sont ind�pendants, on constate cependant,</p><p>en g�n�ral, que les effectifs a, b, c, d figurant dans les cases du tableau de contingence ne sont pas �gaux aux effectifs th�oriques</p><p>correspondant � l�hypoth�se</p><p>d�ind�pendance.</p><p>Karl Pearson (1857-1936) a propos� de prendre comme indice du d�saccord global entre l�observation et l�hypoth�se d�ind�pendance la quantit� Pourvu qu�aucun des effectifs th�oriques ne soit tr�s petit, cette quantit� suit une loi de probabilit� dite � loi de &#x3C7;2 � � un degr� de libert�, et qui est tabul�e : pour une valeur trouv�e &#x3C7;02, la table donne la probabilit� P pour que &#x3C7;2 &gt; &#x3C7;02 si l�hypoth�se d�ind�pendance est v�rifi�e. Si cette probabilit� est in-f�rieure � un seuil fix� � l�avance, par exemple 0,05, on sera conduit � rejeter l�hypoth�se d�ind�pendance, avec une probabilit� P = 0,05 de rejeter une hypoth�se cependant exacte.</p><p>Une m�thode plus pr�cise, consistant � calculer la probabilit� totale d�un d�saccord global, avec l�hypoth�se d�ind�pendance, �gal ou sup�rieur � celui constat�, a �t� propos�e par sir Ronald Aylmer Fisher (1890-1962).</p><p>C�est ainsi que, si l�effectif observ� a de la case (A1, B1) est inf�rieur � sa valeur th�orique &#x3B1;, on calcule, � partir des marges du tableau, la probabilit� totale pour que l�effectif de cette case puisse prendre les valeurs 0, 1, ... a. Si cette probabilit� est faible, on rejette l�hypoth�se de l�ind�pendance. La m�thode fond�e sur la loi de &#x3C7;2 ne tient compte que de la valeur absolue des �carts a � q, tandis que la m�thode de Fisher tient compte du sens des �carts.</p><p>Le tableau de contingence pr�c�-</p><p>demment d�fini peut �tre g�n�ralis� au cas o� chacun des deux caract�res (A, B) pr�sente plus de deux modalit�s. Si A1 ... Ai ... Ak et B1 ... Bj ... Bh sont les diverses modalit�s possibles, l�observation conduit alors � un tableau contenant k � h cases.</p><p>L�association est encore test�e en fonction des contingences des diff�-</p><p>rentes cases du tableau, c�est-�-dire des diff�rences entre les effectifs observ�s</p><p>nij et les effectifs th�oriques qui correspondraient � l�hypoth�se de l�ind�pendance. La quantit�</p><p>suit encore une loi de &#x3C7; 2, mais avec (h � 1) � (k � 1) degr�s de libert� (nombre des cases du tableau qui pourraient �tre remplies arbitrairement, compte tenu des effectifs marginaux).</p><p>Association partielle</p><p>Dans ce qui pr�c�de, on a consid�r� l�association entre deux caract�res A et B, ind�pendamment de toute information relative aux modalit�s d�un autre caract�re C. Si une telle information est disponible, il conviendra d�exami-downloadModeText.vue.download 449 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>986</p><p>ner l�association entre A et B dans une sous-population correspondant � une modalit� particuli�re du caract�re C, de mani�re � mettre en �vidence l�effet �ventuel de cette modalit�. C�est ainsi que, �tudiant l�h�r�dit� de la couleur des yeux (clairs ou fonc�s) entre enfants (A), parents (B) et grands-parents (C), sir Francis Galton (1822-1911) a �t� amen� � conclure au caract�re ancestral de cette h�r�dit�, ind�pendamment de l�h�r�dit� directe entre C et B, et entre B et A.</p><p>E. M.</p><p>assolement</p><p>R�partition, sur la surface agricole utile d�une exploitation, des diff�rentes cultures principales qui y sont pratiqu�es. L�ensemble des parcelles occup�es, au cours d�une ann�e, par chacune des cultures forme une � sole �.</p><p>Les � cultures d�rob�es � qui s�intercalent entre deux cultures principales pour fournir une production suppl�-</p><p>mentaire ou pour servir d�engrais verts sont mentionn�es dans l�assolement.</p><p>La rotation est la succession des cultures et leur retour dans le temps sur une m�me parcelle.</p><p>Choix de l�assolement L�exploitant tient compte des revenus qu�il peut attendre des cultures entreprises, des propri�t�s de son sol et du climat, de ses possibilit�s mat�rielles (b�timents, machines, main-d�oeuvre), des animaux qu�il a � nourrir et m�me de ses comp�tences techniques. La place faite � chacune des sp�culations d�pend de l�analyse des temps de travaux confront�s au nombre de jours habituellement disponibles, pour les diverses p�riodes de l�ann�e, en fonction des possibilit�s de travail. De nombreuses cultures permettent d��taler les travaux. Les risques climatiques ou biologiques se trouvent diminu�s, ainsi que les dangers de fluctuation des cours ou des d�bouch�s. Les techniques de programmation lin�aire peuvent aider au choix du meilleur assolement.</p><p>N�anmoins, la tendance actuelle</p><p>va vers une simplification des assolements autour de cultures bien adapt�es au terroir. � l�extr�me, on en arrive � la monoculture. Les revenus peuvent s�en trouver accrus. Les exploitations sont plus faciles � g�rer. Les investissements y sont moindres. L�exploitant lui-m�me s�y r�v�le meilleur technicien.</p><p>N�cessit�</p><p>d�une rotation</p><p>Les maladies et les parasites em-p�chent la r�p�tition excessive de certaines cultures sensibles sur les m�mes parcelles (pi�tin, rhizoctone, etc.).</p><p>La structure du sol peut �tre am�lior�e par certaines cultures (en raison du chevelu des gramin�es fourrag�res ou de certaines l�gumineuses, ou en raison des masses importantes de d�bris v�g�-</p><p>taux). Elle peut se trouver d�grad�e par d�autres (par l�affinement excessif du sol au moment du binage des plantes sarcl�es ou par le compactage du sol par les roues de tracteur � la r�colte).</p><p>M�me apr�s la g�n�ralisation de</p><p>l�emploi des herbicides, on attache de l�importance aux cultures nettoyantes ou �touffantes. Le maintien sur un sol des m�mes cultures peut d�velopper des mauvaises herbes sp�cifiques</p><p>(liseron, gesse et ronce dans le cas du ma�s).</p><p>Les possibilit�s d�apport d�engrais min�raux permettent de compenser les exportations des cultures pr�c�dentes.</p><p>Mais il convient d�en tenir compte (par exemple appauvrissement en phosphore et en potasse apr�s une prairie artificielle ou temporaire), comme de l�enrichissement en azote apr�s des l�gumineuses.</p><p>M�me pour les cultures qui se suc-c�dent le mieux � elles-m�mes (orge, ma�s, riz), il est utile d�interrompre de temps en temps la monoculture. Pour les cultures les plus sensibles aux parasites, on conseille : 5 ans entre deux luzernes, 6 ans entre plantes � bulbes, 5 ans entre colzas, 4 ans entre petits pois.</p><p>Historique</p><p>Les soci�t�s primitives faisaient alterner une ou plusieurs cultures successives avec une p�riode de non culture (retour en friches, en for�ts ou en p�turages). Par la suite apparurent des assolements du type � jach�re-bl� �.</p><p>Le remplacement de la jach�re par une plante sarcl�e et l�introduction des prairies artificielles dans l�assolement furent les grandes tendances des XVIIIe et XIXe s. On obtint ainsi des rotations du type biennal � plantes sarcl�es -</p><p>bl� �, ou triennal � plantes sarcl�es -</p><p>bl� - c�r�ales secondaires �, ou m�me quadriennal � plantes sarcl�es - bl� -</p><p>prairies artificielles - c�r�ales secondaires �, rotations parfois combin�es pour donner des assolements complexes obligeant � des rotations de 12</p><p>� 18 ans. Actuellement, les rotations se simplifient en raison des exigences de l�accroissement du revenu, et deviennent plus souples par suite des progr�s techniques accomplis.</p><p>E. D.</p><p>B P. Chazal, Assolement moderne (le Journal de la France agricole, 1958). / P. Cordonnier, Plan d�assolement et de fertilisation (Impr.</p><p>Samaceta, 1961).</p><p>assurance</p><p>Op�ration dans laquelle sont en pr�-</p><p>sence plusieurs personnes : l�une, appel�e assureur, prend en charge un ensemble de risques et les compense suivant les lois de la statistique ; les autres, appel�es assur�s, lui versent une r�mun�ration, dite prime, en vue de se faire garantir, en �change, une prestation, pour elles-m�mes ou pour des tiers, au cas o� survient un risque d�termin�.</p><p>Historique et</p><p>fonction de l�assurance</p><p>Si l�on excepte les formes rudimentaires, pratiqu�es dans l�Antiquit� et au Moyen �ge au sein de certaines corporations, et l�institution originale du pr�t maritime, ce n�est qu�avec la Renaissance qu�appara�t une v�ritable assurance. Mais celle-ci ne se rencontre alors que dans le commerce maritime, seul domaine des grandes entreprises de l��poque. Il faut attendre le d�but du XVIIIe s. pour assister au premier d�veloppement d�une assurance terrestre (Angleterre, �tats de l�Allemagne du Nord, France). L�assurance reste alors cantonn�e � la garantie des risques d�incendie, risques que l�on savait pouvoir �tre catastrophiques, depuis qu�en 1666 13 000 maisons dans 400 rues et downloadModeText.vue.download 450 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>987</p><p>sur 175 ha avaient �t� d�truites dans l�incendie de Londres.</p><p>En France, le r�le de l�assurance demeure tr�s secondaire, son d�veloppement �tant d�ailleurs frein� par la R�volution. Au XIXe s., � l�imitation de l�Angleterre, les progr�s se font plus rapides : de nouvelles compagnies se fondent (en particulier dans le domaine de l�assurance sur la vie), et de nouvelles branches d�assurances apparaissent : assurances de chevaux et de voitures, contre les bris de glaces, les accidents. Cette derni�re conna�tra en France un remarquable essor lorsque la loi de 1898 �dictera la responsabilit� patronale dans les cas d�accident* du travail. Le XXe s. voit se transformer tous les domaines de</p><p>l�activit� humaine ; le machinisme se d�veloppe, de nouveaux moyens de transport apparaissent, la population se concentre toujours davantage dans les villes ; les risques s�accroissent, et les responsabilit�s sont, dans le m�me temps, rendues de plus en plus lourdes par la loi et la jurisprudence. L�assurance se retrouve alors dans toutes les entreprises humaines, dont elle va permettre l�essor en leur garantissant la s�curit�. Elle joue d�sormais un r�le capital dans la vie de chaque jour et ne cesse de se d�velopper (notamment dans le domaine des assurances de responsabilit�, qui sont devenues souvent obligatoires) et de se diversifier (assurances contre la mortalit� du b�tail, la gr�le, les bris de machines, le vol ; assurances a�riennes, assurances cr�dit, etc.). L�am�lioration du niveau de vie et l��tablissement de statistiques pr�-</p><p>cises ouvrent de nouvelles perspectives � l�assurance sur la vie.</p><p>L�assurance est � l�origine le produit d�une vertu, la pr�voyance, et son premier but est de donner la s�curit� aux individus ; cependant, son int�r�t collectif n�est pas moindre. Par les garanties qu�elle offre, non seulement elle permet un d�veloppement plus s�r et plus rapide des entreprises humaines, mais elle a �galement une action pr�-</p><p>ventive sur l��conomie, car les assureurs participent � son am�lioration (emploi, financement des investissements, constructions immobili�res, etc.). En outre, elle est devenue un moyen de cr�dit. D�une part, l�assurance cr�dit favorise les relations commerciales, et en particulier les exportations ; d�autre part, l�assurance vie permet � l�assur� de disposer de possibilit�s de mise en gage ou d�avance sur police ainsi que de garantir son cr�ancier d�un risque de d�c�s impr�vu. Elle renforce �galement, gr�ce aux assurances contre l�incendie et le d�g�t des eaux, la valeur de l�hypoth�que et de toutes les s�ret�s.</p><p>L��tat lui-m�me a utilis� la technique de l�assurance pour op�rer, gr�ce aux assurances sociales (v. art.</p><p>sp�cial), un partage de risques ainsi qu�une tentative de redistribution des revenus � l��chelle du pays.</p><p>Petit vocabulaire de l�assurance</p><p>actuaire, personne utilisant le calcul des probabilit�s en vue de l��laboration des �l�ments utiles � la gestion d�une compagnie d�assurance, particuli�rement dans la branche � vie �.</p><p>agent g�n�ral, personne physique repr�-</p><p>sentant une ou plusieurs compagnies d�assurance en vertu d�un trait� de nomination. Il est le mandataire d�une ou de plusieurs compagnies d�assurance.</p><p>avenant, �crit constatant une ou plusieurs modifications apport�es � une police d�assurance.</p><p>courtier, commer�ant ind�pendant, apporteur d�affaires aux compagnies, mandataire de l�assur�.</p><p>franchise, montant forfaitaire � la charge de l�assur� lors d�un sinistre.</p><p>inspecteur, repr�sentant de la compagnie, charg� d�assurer le fonctionnement du r�-</p><p>seau d�agents.</p><p>lettre de couverture, �crit constatant l�acceptation d�un risque par un assureur.</p><p>police, document constatant l�existence et les conditions du contrat d�assurance.</p><p>prime, somme pay�e par l�assur� � l�assureur en contrepartie de la garantie de son risque. C�est le prix de la s�curit�.</p><p>risque, �v�nement dommageable qui peut se produire dans le futur, incertain ou d�un terme ind�termin�, ne d�pendant pas exclusivement de la volont� de l�assur�.</p><p>sinistre, survenance d�un risque.</p><p>Techniques</p><p>de l�assurance</p><p>Afin de pouvoir garantir les assur�s et de pouvoir garantir � lui-m�me la continuation de son activit�, il est n�cessaire que l�assureur proc�de avec m�thode dans la s�lection de ses risques. Pour ce faire, il dispose de deux proc�d�s.</p><p>La compensation des risques par la mutualit�</p><p>L�assurance est une op�ration qui consiste � mettre en commun les</p><p>risques des personnes qui souscrivent le contrat en vue d�indemniser les victimes des sinistres pouvant survenir du fait de l�une d�entre elles, et cela au moyen des sommes mises en commun et d�nomm�es primes.</p><p>Afin d��tre certain qu�aucun risque ne vienne d�s�quilibrer le syst�me, l�assureur doit s�efforcer de grouper les risques entre eux, selon certains crit�res. Pour ce faire, il dispose de statistiques le mettant en mesure de calculer une probabilit� de survenance du sinistre. Cette probabilit� pourra �tre �tendue � tous les risques de m�me nature, du fait du grand nombre d��v�-</p><p>downloadModeText.vue.download 451 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>988</p><p>nements � partir desquels elle a �t� calcul�e et de l�utilisation de la loi des grands nombres. Mais, pour que cette probabilit� de survenance ait un sens, il faut que les risques soient al�atoires.</p><p>Les risques doivent �tre homog�nes pour qu�ils puissent se compenser sans que se manifestent des �carts tr�s importants par rapport aux statistiques qui ont servi de base � l��tablissement du tarif.</p><p>Le prix de la s�curit� fournie par le contrat d�assurance est fix� par l�assureur en fonction des �l�ments suivants : a) la fr�quence des sinistres et leur montant moyen ; b) la valeur assur�e ; c) la dur�e de l�assurance (pour l�assurance contre l�incendie industriel en particulier) ; d) le taux d�int�r�t impos� pour l�assurance sur la vie.</p><p>Ayant d�termin� le montant de la prime pure, c�est-�-dire la prime correspondant statistiquement au risque, l�assureur effectue le chargement de la prime en lui ajoutant les frais inh�rents</p><p>� la gestion de la police (frais d�acquisition, frais d�encaissement, frais de gestion, imp�ts).</p><p>Si le risque, tout en �tant assurable, pr�sente une certaine distorsion par rapport aux autres risques, il fera l�objet d�une surprime, afin de permettre � l�assureur de couvrir le suppl�ment de risque.</p><p>Finalement, les deux aspects de la mutualit� apparaissent : les assur�s mettent leurs risques en commun afin de pouvoir compenser les al�as, et ils paient pour cela le prix de la s�curit�.</p><p>Cependant, l�assureur, qui conna�t son risque moyen, se d�fend contre les �carts qui pourraient appara�tre entre les pr�visions et la r�alit� au moyen de la r�assurance.</p><p>La r�assurance</p><p>C�est une op�ration par laquelle un organisme d�assurance (c�dant) c�de une partie de ses primes � une autre compagnie (cessionnaire ou r�assureur) en contrepartie de la couverture d�une partie des sinistres. Le r�assureur peut se r�assurer lui-m�me pour tout ou partie de ses risques en r�assurance en s�adressant � une autre entreprise ou � un groupe d�entreprises ; en effet, la r�assurance peut �tre r�p�t�e autant de fois que cela est n�cessaire (on parlera alors de r�troc�dant et de r�trocessionnaire).</p><p>Les trait�s de r�assurance peuvent �tre de formes diverses : a) le trait� en quote-part ou en participation permet � l�assureur de se d�charger d�une partie fixe de ses risques ; b) le trait� en exc�-</p><p>dent de sommes, par lequel l�assureur c�de au r�assureur une part variable de certains de ses risques, compte tenu de leur valeur et de leur gravit� et conform�ment au trait� de r�assurance ; c) le trait� en exc�dent de sinistres met la part des sinistres qui d�passe un certain montant � la charge du r�assureur ; d) le trait� en exc�dent de pertes (stop loss) pr�voit que le r�assureur intervient seulement quand le rapport</p><p>� sinistres � sur � primes � d�passe un certain montant.</p><p>Pour se garantir par la r�assurance,</p><p>la compagnie c�dante se vide d�une partie de sa substance. Pour pallier cet inconv�nient, des accords de r�ciprocit� peuvent se nouer entre assureurs et r�assureurs.</p><p>La coassurance</p><p>Dans la coassurance � technique utilis�e pour les gros risques et les risques industriels �, chaque assureur prend une fraction de la prime et aura � sa charge un montant correspondant des sinistres. Dans ce cas, l�assur�, qui conna�t l�ensemble de ses assureurs, doit donner son accord. Cette technique est tr�s utilis�e par les Lloyd�s de Londres ainsi que, d�une mani�re g�n�-</p><p>rale, dans les branches � aviation � et</p><p>� transport �.</p><p>Le contrat d�assurance</p><p>Simplement mentionn� par le Code civil, le contrat d�assurance a �t� r�glement�, mais en mati�re maritime seulement, par les articles 332 � 396 du Code de commerce. L�assurance terrestre s�est donc d�velopp�e au XIXe s.</p><p>et au d�but du XXe s. sous un r�gime de compl�te libert�. La loi du 13 juillet 1930, en r�glementant de fa�on imp�rative la quasi-totalit� du contrat d�assurance, a grandement concouru au d�veloppement de l�assurance terrestre en France. De l�application de cette loi �taient exclues les assurances sociales, les assurances contre les accidents du travail, les assurances maritimes et fluviales ainsi que les op�rations de capitalisation, les assurances cr�dit � tr�s peu d�velopp�es � l��poque � et les r�assurances o� existe une �galit� de situation. Les textes relatifs � l�assurance ont �t� codifi�s par le d�cret du 16 juillet 1976, sous le nom de � Code des assurances �.</p><p>Les assurances de dommages et</p><p>les assurances de personnes</p><p>Les assurances de dommages ont pour objet la r�paration d�un pr�judice subi par l�assur�, soit directement, en raison de la disparition totale ou partielle d�un bien qui faisait partie de son patrimoine (ce sont alors des � assurances de choses �), soit indirectement, en raison de l�obligation o� il peut se</p><p>trouver de r�parer le dommage subi par un tiers de son fait (ce sont alors des � assurances de responsabilit� �).</p><p>Tr�s souvent, la m�me police couvre � la fois la r�paration d�un dommage et les cons�quences d�une responsabilit� (par exemple, l�assurance multirisque du foyer, les assurances automobiles tous risques).</p><p>Les assurances de personnes garantissent la personne de l�assur� contre les risques qui la menacent dans son existence, son int�grit�, sa sant� ou sa vigueur. Elles comportent aussi des prestations ind�pendantes du dommage pouvant r�sulter de la r�alisation du risque couvert. On distingue principalement les assurances contre les accidents corporels, les assurances sur la vie, les assurances contre la maladie.</p><p>L�assurance sur la vie conna�t un essor allant en s�amplifiant, dans la mesure o� : 1o les assureurs proposent des contrats de mieux en mieux index�s sur le co�t de la vie (assurance s�appuyant sur des actions de S. I. C. A. V. ou de soci�t�s civiles immobili�res) ; 2o les souscripteurs ne cherchent plus uniquement la s�curit�, mais un moyen de placer leur �pargne ; 3o les assurances collectives sont en forte progression.</p><p>L�assurance sur la vie humaine (assurance en cas de d�c�s, assurance en cas de vie, assurance mixte) repr�sente en France 21 p. 100 des primes totales encaiss�es par les assureurs, contre 62 p. 100 aux �tats-Unis. Un effort a �t� fait par les soci�t�s nationales et les soci�t�s anonymes pour attirer les titulaires de petits et moyens revenus vers l�assurance sur la vie humaine, par la cr�ation de la branche populaire, qui porte en principe sur des capitaux d�un montant modeste ; dans ce type d�assurance, les primes peuvent �tre pay�es de fa�on fractionn�e pendant l�ann�e.</p><p>La nature du contrat d�assurance Le contrat d�assurance est un contrat synallagmatique, � titre on�reux et de dur�e d�termin�e. Juridiquement, chaque contrat a un caract�re al�atoire, bien qu��conomiquement, et pour des risques bien connus, au niveau de l�assureur, le hasard n�existe pas gr�ce aux m�thodes statistiques qui permettent le</p><p>calcul de la compensation des risques.</p><p>La conclusion et la validit�</p><p>du contrat d�assurance</p><p>Le contrat se conclut au moment de la signature de la police, qui constate l�accord des parties. La prise d�effet du contrat a lieu en principe au jour de cette signature, mais elle peut �tre soit avanc�e par la remise � l�assur� d�une note de couverture qui engage l�assureur, soit retard�e � une date fix�e dans la police, soit encore subordonn�e au paiement de la premi�re prime.</p><p>La validit� du contrat d�assurance est subordonn�e aux conditions habituelles applicables � tous les contrats, mais il est en outre n�cessaire que le risque puisse valablement �tre couvert par une assurance. La loi de 1930</p><p>permet � toute personne de se garantir contre les cons�quences de sa propre faute, de la faute de ses pr�pos�s et m�me de la faute des tiers en ce qui concerne les dommages caus�s aux personnes et aux biens, mais elle interdit la couverture des cons�quences des faits provoqu�s intentionnellement par l�assur�.</p><p>Le contrat d�assurance, �tant complexe, de longue dur�e et appel� quelquefois � profiter aux tiers, n�cessite un �crit. N�importe quel �crit peut �tre utilis� ; si des formes de preuve telles que l�aveu ou le serment sont admissibles, la preuve par t�moins est totalement prohib�e.</p><p>La police d�assurance constitue</p><p>le proc�d� de preuve par excellence.</p><p>C�est un acte imprim� pour sa plus grande part, les clauses qu�il comporte devant toutefois �tre communiqu�es pr�alablement � l�autorit� de contr�le.</p><p>Aux clauses imprim�es dites � conditions g�n�rales � sont ajout�es, pour chaque contrat, des � clauses particuli�res �, qui l�emportent sur les conditions g�n�rales en cas de contradiction.</p><p>La loi de 1930 a impos� certaines conditions de forme protectrices des int�r�ts de l�assur� (par exemple, les clauses relatives aux d�ch�ances et � la dur�e des contrats doivent �tre mentionn�es en caract�res tr�s apparents) et prescrit un certain nombre de mentions</p><p>obligatoires pour toutes les polices.</p><p>En cas de modification, l�ave-</p><p>nant s�ajoute � la police pour servir de preuve au contrat. Cependant, la preuve d�une modification peut �tre apport�e par n�importe quel �crit (est ainsi consid�r�e comme accept�e la proposition de modification faite par l�assur� au moyen d�une lettre recom-downloadModeText.vue.download 452 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>989</p><p>mand�e si l�assureur n�y a pas oppos� un refus dans les dix jours de sa r�ception, sauf, cependant, en mati�re d�assurance sur la vie).</p><p>Les obligations de l�assur�</p><p>Les obligations de l�assur� sont triples : payer les primes � leur �ch�ance, d�-</p><p>clarer exactement et avec pr�cision le risque et ses modifications, d�clarer le sinistre �ventuel en temps voulu.</p><p>La prime doit �tre pay�e dans les dix jours de son �ch�ance. Pass� ce d�lai, l�assureur peut en poursuivre le recouvrement en justice (sauf pour les primes d�assurance sur la vie). Ind�pendamment de ce droit, l�assureur peut adresser � l�assur� une lettre recommand�e de mise en demeure. La garantie ne peut �tre suspendue que trente jours apr�s l�envoi de cette lettre.</p><p>En cas de non-paiement, l�assureur a la facult� de r�silier le contrat, mais la prime impay�e reste due.</p><p>L�assureur n�a pas d�action pour exiger le paiement de la prime ; la seule sanction du d�faut de paiement est, apr�s mise en demeure de l�assur�, la r�siliation de l�assurance ou, dans les contrats � provision math�matique notable, la r�duction de ses effets.</p><p>(L�assur� peut �galement � racheter son contrat �, c�est-�-dire exiger le versement imm�diat de la provision math�matique disponible.)</p><p>L�appr�ciation exacte du risque</p><p>�tant indispensable � l�assureur pour qu�il puisse le couvrir �quitablement</p><p>et y appliquer le tarif, l�assur� doit, lors de la formation du contrat, proc�der � des d�clarations exactes et compl�tes ; il doit �galement, en cours de contrat (sauf dans le cas de l�assurance sur la vie), informer son assureur de toutes les aggravations du risque, l�assureur pouvant alors soit r�silier le contrat, soit proposer un nouveau taux de prime. Les fausses d�clarations entra�nent la nullit� du contrat sans restitution de prime et le non-paiement du sinistre �ventuel si la mauvaise foi de l�assur� est prouv�e. Lorsque cette mauvaise foi n�est pas prouv�e, il y a r�siliation du contrat ou continuation avec un nouveau taux et, �ventuellement, r�duction de l�indemnit� si un sinistre est survenu avant que l�assureur ait eu connaissance de l�inexactitude de la d�claration ou de l�aggravation du risque.</p><p>Lorsqu�un sinistre se produit, l�assur� dispose de cinq jours � compter du moment o� il en a eu connaissance pour en faire la d�claration � l�assureur. Pass� ce d�lai, il peut y avoir d�ch�ance, mais celle-ci ne peut pas, dans les assurances de responsabilit�, �tre oppos�e � la victime, et l�assureur devra l�indemniser ; cependant, il disposera alors d�un recours contre l�assur�, mais supportera seul les cons�-</p><p>quences de l�insolvabilit� �ventuelle de celui-ci.</p><p>Les obligations de l�assureur</p><p>Lors de la r�alisation du sinistre, l�assureur est tenu de verser une indemnit� dont le montant est d�termin� � l�avance ou d�pend de la perte subie, sans jamais pouvoir �tre sup�rieur a cette perte (m�me en cas de surassu-rance) dans les assurances de dommages (n�anmoins, les assurances de choses [incendie] comportent de plus en plus souvent une clause dite � de valeur � neuf �).</p><p>L�indemnit� peut �tre inf�rieure � la perte lorsque la somme pour laquelle l�assur� s�est fait couvrir est inf�rieure � la valeur au jour du sinistre du bien assur�. C�est l�application de la r�gle proportionnelle redout�e par les assur�s, qui omettent fr�quemment de r�a-</p><p>juster la valeur d�clar�e de leur risque pendant la dur�e du contrat. Certaines clauses permettent d��viter cette r�gle proportionnelle : indexation ou d�finition du risque sans valeur d�clar�e.</p><p>Dans les assurances de dommages, l�indemnit� tombe dans le patrimoine de l�assur� ; mais les s�ret�s, grevant �ventuellement la chose sinistr�e, sont transf�r�es de plein droit sur l�indemnit� due, les cr�anciers privil�gi�s �tant, � cet effet, dot�s d�une action directe contre l�assureur.</p><p>Le tiers qui a subi un pr�judice du fait de l�assur� dispose �galement d�une action directe contre l�assureur.</p><p>Cette protection est d�ordre public et fait na�tre un droit propre au profit de la victime d�s l�instant o� le dommage s�est produit.</p><p>Dans les assurances en cas de d�c�s, le capital est d� au b�n�ficiaire d�si-gn� par l�assur� ; si celui-ci n�en a pas d�sign�, il entre dans la succession du d�funt.</p><p>L�assureur qui a pay� l�indemnit� est</p><p>� sauf dans l�assurance sur la vie �</p><p>subrog�, jusqu�� concurrence de cette indemnit�, dans les droits et actions de l�assur� contre les tiers qui, par leur fait, ont caus� le dommage ayant donn� lieu au versement de l�indemnit�.</p><p>La transmission de l�assurance</p><p>Pour les assurances de dommages, on peut distinguer deux cas : a) le d�c�s de l�assur� (le contrat d�assurance se transmet automatiquement � l�h�ritier devenu propri�taire) ; b) l�ali�nation de la chose assur�e (l�assurance continue de plein droit au profit de l�acqu�reur ; cependant, il est loisible � l�assureur ou � l�acqu�reur de r�silier le contrat).</p><p>Une exception � cette r�gle a �t� apport�e par la loi du 27 f�vrier 1958 dans le domaine des v�hicules terrestres � moteur : l�assurance relative au v�hicule ali�n� est de plein droit suspendue � partir du lendemain 0 heure du jour de l�ali�nation. Le contrat d�assurance ainsi suspendu peut �tre soit report� sur une autre voiture de l�assur� avec l�accord de l�assureur, soit r�sili� par cha-</p><p>cune des parties moyennant un pr�avis de dix jours. Pass� un d�lai de six mois � compter de l�ali�nation, la r�siliation intervient de plein droit.</p><p>Dans les assurances sur la vie, le capital assur�, constituant une cr�ance contre l�assureur, peut �tre transmis � titre gratuit ou on�reux. La transmission par voie d�endossement � ordre de la police est possible.</p><p>La dur�e du contrat d�assurance</p><p>La dur�e du contrat est librement fix�e par les parties. Mais la l�gislation est encore intervenue en ce domaine pour prot�ger les assur�s, en prescrivant, pour les contrats � dur�e d�termin�e renouvel�s par tacite reconduction, la limitation � une ann�e de la nouvelle dur�e du contrat et, pour les contrats � dur�e ind�termin�e, une facult� de r�siliation au bout d�une p�riode de temps plus courte (3 ans, puis r�siliation annuelle). Toutefois, l�assur� peut exiger downloadModeText.vue.download 453 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>990</p><p>une facult� de r�siliation annuelle avec seulement un pr�avis d�un mois.</p><p>Les assurances a�riennes</p><p>Les assurances a�riennes sont soumises, d�apr�s l�opinion dominante, au r�gime de 1930 ; mais, en raison des risques particuliers � la navigation a�rienne, il est impossible � un transporteur a�rien de garantir sa responsabilit� de fa�on illimit�e.</p><p>Les risques a�riens sont fort divers. On peut distinguer les risques courus par les a�ronefs, les risques courus par les personnes et les choses se trouvant � terre, et les risques de dommages pour les personnes et les marchandises transport�es � bord des a�ronefs.</p><p>Un probl�me particulier se pose dans le cadre de l�assurance de dommages aux personnes transport�es, o�, � c�t� de l�assurance individuelle, qui peut toujours �tre souscrite par un passager, existe une assurance dite � automatique �, souscrite habituellement par le transporteur</p><p>a�rien afin de garantir aux passagers et � leurs familles le versement d�une somme forfaitaire.</p><p>La limite de responsabilit� est indiqu�e sur le billet. Elle est, pour les grandes compagnies fran�aises et europ�ennes, de 300 000 francs environ par voyageur.</p><p>Les soci�t�s d�assurance</p><p>du secteur concurrentiel</p><p>Dans presque tous les pays d��conomie capitaliste, on rencontre � la fois des soci�t�s anonymes (parmi lesquelles, parfois, les soci�t�s nationalis�es) et des mutuelles.</p><p>Les dispositions de la l�gislation qui r�git les compagnies d�assurance se retrouvent souvent ; elles comportent fr�quemment des syst�mes, plus ou moins souples, de contr�le par l��tat.</p><p>Le 14 juin 1938, le gouvernement fran�ais a pris un d�cret-loi relatif � l�unification du contr�le de l��tat sur les entreprises d�assurance. Le 30 d�-</p><p>cembre 1938, un d�cret r�glementait la constitution des soci�t�s d�assurance et leur fonctionnement.</p><p>Ce d�cret, qui est souvent mis � jour, constitue la charte des compagnies. Il constitue la partie la plus importante du livre III du Code des assurances.</p><p>Le d�cret du 30 d�cembre 1938 pr�-</p><p>voit que les op�rations d�assurance peuvent �tre effectu�es par des soci�t�s ayant un des statuts juridiques d�finis ci-apr�s (le droit fran�ais ne permet pas aux personnes physiques d��tre assureurs).</p><p>Les soci�t�s nationales sont des soci�t�s anonymes dont la loi de nationalisation du 25 avril 1946 a transf�r� les actions ou la propri�t� � l��tat.</p><p>Elles �taient trente-quatre � l�origine (les plus importantes de la profession), mais, depuis 1968, elles ont �t� regroup�es en quatre.</p><p>y l�Union des assurances de Paris (U. A. P.) : S�quanaise Capitalisation, S�quanaise I. A. R. D., S�quanaise Vie, Union I. A. R. D., Union Vie, Urbaine Capitalisation, Urbaine I. A. R. D., Urbaine Vie ;</p><p>y le groupe des assurances nationales (fusion du Soleil, Aigle, etc.), Nationale Vie, Nationale, Caisse fraternelle de capitalisation, Nationale I. A. R. D. ;</p><p>y le groupe des assurances g�n�-</p><p>rales : Assurances g�n�rales de</p><p>France, Assurances g�n�rales Vie, Ph�nix I. A. R. D., Ph�nix Vie.</p><p>y les Mutuelles g�n�rales fran�aises Accidents et Vie.</p><p>Les soci�t�s priv�es sont assujetties au droit commun des soci�t�s.</p><p>Une tendance � la concentration et � la conclusion d�accords de coop�ration technique s�est accentu�e depuis 1967.</p><p>Les quatre principaux groupes sont : y le holding constitu� par le regroupement du groupe de Paris (la Paternelle I. A. R. D., la Paternelle Vie, la Pr�voyance I. A. R. D., la Pr�voyance Vie, la Minerve) ;</p><p>y le groupe Abeille-Paix (Victoire)</p><p>[Abeille I. G. A. R. D., Abeille Vie, �pargne de France, Abeille internationale, Paix A. I. R. D., Paix Vie, Paix belge, Paix du Canada] ;</p><p>y le groupe Drouot : la Confiance, l�Industrielle du Nord, le Patrimoine, la Vie nouvelle, la Compagnie g�n�-</p><p>rale d�assurances ;</p><p>y le groupe Vie : le Monde Vie, le Monde I. A. R. D., le Nord Vie, le Nord I. A. R. D., la Fortune, l�Europe, le Groupement fran�ais d�assurances (G. F. A.).</p><p>Certaines assurances �trang�res ont des filiales en France, notamment en mati�re de r�assurance.</p><p>Les soci�t�s � forme mutuelle sont des associations dont le fonctionnement et les modalit�s de constitution sont minutieusement d�crits. Les assu-downloadModeText.vue.download 454 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>991</p><p>r�s (appel�s soci�taires) � mettent ensemble leurs risques afin de les couvrir mutuellement �. Ces soci�t�s doivent justifier d�un fonds d��tablissement suffisant ainsi que d�un nombre d�ad-h�rents �gal ou sup�rieur � un chiffre minimal. Elles s�adressent � l�ensemble du march�, certaines d�entre elles recrutant et r�mun�rant des interm�diaires. Leur but est de procurer de la s�curit� au prix de revient : de ce fait, s�il y a un exc�dent, il doit �tre distribu� aux soci�taires ; s�il y a une insuffisance, elle doit �tre couverte par ces derniers. Cependant, en fait, les cotisations des soci�t�s � forme mutuelle sont fixes ou variables.</p><p>Les mutuelles proprement dites</p><p>regroupent soit des personnes d�une m�me profession (mutuelle du b�timent par exemple), soit des personnes d�une m�me r�gion. Elles ne peuvent pas utiliser d�interm�diaires, elles doivent r�partir int�gralement les ex-c�dents ainsi que les pertes et elles ne peuvent pas prendre de risques en r�assurance. Ces r�gles sont telles qu�elles limitent fortement la croissance des mutuelles : craignant que, de ce fait, celles-ci ne puissent jamais atteindre une taille susceptible de leur permettre d�obtenir des prix de revient concurrentiels, les pouvoirs publics les ont</p><p>autoris�es � se grouper en unions ayant pour objet la r�assurance des mutuelles adh�rentes.</p><p>Les mutuelles agricoles, ou mu-</p><p>tuelles 1900, sont des mutuelles ayant re�u un statut particulier (loi du 4 juillet 1900), qui les fait b�n�ficier d�exemptions fiscales. Leur fonctionnement se caract�rise par une r�assurance � deux degr�s (sur le plan r�gional et sur le plan national).</p><p>Les soci�t�s � forme tontini�re ont pour objet l�assurance sur la vie. Elles groupent leurs adh�rents dans des associations qui r�partissent les fonds du groupement entre les survivants dans les associations en cas de vie et aux h�ritiers dans les associations en cas de d�c�s.</p><p>Les fonds de garantie</p><p>I. Fonds de garantie automobile. Institu� par la loi du 31 d�cembre 1951, il groupe toutes les entreprises d�assurance et a pour objet l�indemnisation des victimes des accidents de la circulation dont le responsable est inconnu ou insolvable. La ou les victimes � qui doivent �tre de nationalit� fran�aise ou ressortissant de la C. E. E. ou d�un pays ayant pass� une convention de r�ciprocit� avec la France � ne doivent pas avoir la garde du v�hicule ou appartenir � la famille de celui qui a cette garde.</p><p>Le Fonds est aliment� par des pr�l�vements sur les primes d�assurance automobile (1,5 p. 100 du montant de celles-ci) et par les amendes inflig�es aux conducteurs qui ont �t� condamn�s soit pour avoir provoqu� un accident alors qu�ils n��taient pas assur�s, soit, plus simplement, pour ne pas s��tre assur�s.</p><p>II. Fonds de garantie des accidents de chasse. Il a �t� cr�� sur le m�me sch�ma que le pr�c�dent.</p><p>III. Fonds commun des accidents* du travail agricole. R�gi par le d�cret du 30 d�cembre 1957 et g�r� par la Caisse des d�p�ts et consignations, il est charg� de payer aux victimes des accidents du travail agricole survenus dans la m�tropole les indemnit�s leur revenant lorsque ni l�exploitant d�biteur ni la soci�t� d�assurance ou le syndicat de garantie ne s�en sont acquitt�s ; il exerce ensuite contre ceux-</p><p>ci les recours l�gaux. Son financement est assur� par des contributions sur les primes de l�assurance contre les accidents du travail agricole et sur les capitaux repr�sentatifs des rentes vers�es par les employeurs non assur�s.</p><p>IV. Fonds commun des accidents* du travail. R�gi par le d�cret du 18 juin 1960</p><p>et g�r� par la Caisse nationale de s�curit� sociale, il verse des prestations � certaines victimes d�accidents du travail non agricole survenus avant 1947 ; ses ressources sont fournies par la Caisse nationale de S�curit� sociale, et les employeurs peuvent s�auto-assurer en partie ou en totalit�.</p><p>Les assurances dans</p><p>les pays socialistes</p><p>Malgr� les structures tr�s diff�rentes de l��conomie dans les pays socialistes, l�assurance n�y joue pas moins un r�le important en tant qu�institution de l��tat, qui d�tient le monopole des assurances et g�re les fonds recueillis.</p><p>La transformation de l�assurance dans les pays socialistes s�est effectu�e en deux �tapes : la nationalisation des compagnies d�assurance, puis l�institution d�un monopole de l��tat sur les assurances par l�interm�diaire d�un organisme, qui peut �tre soit une institution d��tat ind�pendante, tels la Gosstrakh en U. R. S. S., l�Administra&#x163;ia Asigur&#x103;rilor de Stat (ADAS) en Roumanie, le Pa&#x144;stwowy Zak&#x142;ad Ubezpiecze&#x144; (PZU) en Pologne ou le Jugoslovenska Zajednica Osiguranja en Yougoslavie, soit une personne morale autonome, tel le Deutsche Versicherungs-Anstalt en R�publique d�-</p><p>mocratique allemande.</p><p>Tous ces organismes ont en commun le fait d��tre rattach�s ou contr�l�s par le minist�re des Finances et de d�tenir le monopole des assurances (si l�on excepte quelques mutuelles de faible importance).</p><p>Par contre, des organismes distincts et jouissant d�une autonomie g�n�ralement plus grande prennent en charge les contrats de r�assurance (par exemple le Deutsch Auslands- und R�ckversi-cherungs-A. G. [DARAG] en R�publique d�mocratique allemande ou la Warta en Pologne).</p><p>On peut enfin noter un d�veloppement important de l�assurance sur la vie</p><p>et surtout des assurances obligatoires (en particulier dans les domaines de l�agriculture, des transports et de la protection des biens de l��tat ou de ceux des entreprises collectives). La Hongrie fait seule exception, car les risques relatifs aux biens des entreprises publiques, �tant � la charge du budget national, sont inassurables.</p><p>Deux tendances se font actuellement jour : d�veloppement des assurances volontaires (depuis 1960 a �t� cr��e en U. R. S. S.</p><p>l�assurance facultative de la propri�t� immobili�re priv�e) et d�centralisation dans l�organisation de l�assurance (particuli�rement en Yougoslavie).</p><p>Les soci�t�s d�assurance</p><p>� statuts particuliers</p><p>La Caisse nationale de pr�voyance (C. N. P.), qui r�sulte de la fusion, en 1959, de diverses caisses nationales d�assurance en cas de d�c�s, de retraite, pour la vieillesse et d�assurance en cas d�accidents, fonctionne sous la garantie de l��tat, sa gestion �tant confi�e � la Caisse des d�p�ts et consignations (v. banque).</p><p>La Caisse a essentiellement pour activit� la branche de l�assurance sur la vie : dans les op�rations de ce type sa part repr�sente en effet un peu moins de 15 p. 100.</p><p>La Caisse centrale de r�assurance, �tablissement public � caract�re commercial, cr�� par la loi du 25 avril 1946, recevait une fraction des risques c�d�s en r�assurance (2 p. 100) en vue de permettre l��tablissement d�une statistique de l�activit� des compagnies.</p><p>Ses op�rations b�n�ficiaient de la garantie de l��tat pour ce qui �tait de la fraction obligatoire.</p><p>Le portefeuille de r�assurance a permis de cr�er une soci�t� de r�assurance importante. Quant � la Caisse centrale de r�assurance, elle r�assure pour le compte de l��tat des risques de gr�ve, de guerre, d��meute, etc., et g�re certains fonds, comme celui des calamit�s agricoles.</p><p>La Compagnie fran�aise d�assu-</p><p>rance pour le commerce ext�rieur (C. O. F. A. C. E.). Voir le d�veloppement sur l�� assurance cr�dit �.</p><p>Le contr�le des assurances</p><p>Les provisions</p><p>Capital social et fonds d��tablissement ne servent pas a priori � couvrir les risques : en effet, par application du principe de mutualit�, ce sont les primes qui doivent le faire ; l�assureur doit donc mettre en provision ce qui lui reste des primes apr�s la d�falcation du chargement. Le l�gislateur, afin de prot�ger les assur�s, a r�glement� la constitution de ces r�serves, appel�es provisions techniques. On distingue : a) les provisions pour sinistres � payer ; b) les provisions pour risques en cours, destin�es � couvrir ces risques ; c) les provisions math�matiques, qui repr�-</p><p>sentent la valeur des engagements de la soci�t� en ce qui concerne les assurances sur la vie (les r�serves math�-</p><p>matiques sont dues � l�assur� par la soci�t� � condition qu�il y ait plus de trois ans de versements. L�assur� peut d�ailleurs racheter ses provisions, obtenir des avances sur sa police ou mettre celle-ci en gage) ; d) les r�serves de capitalisation, qui visent � parer � la d�pr�ciation des valeurs d�actif.</p><p>La contrepartie, � l�actif, des provisions est constitu�e par les placements, qui peuvent �tre de toutes sortes : immeubles, valeurs mobili�res, pr�ts. Mais, afin de pouvoir faire face aux engagements de la soci�t�, ces placements doivent r�pondre � des exigences de liquidit�, de s�curit� et de rentabilit�. Le d�cret de d�cembre 1938 mentionne donc la fa�on dont doit �tre effectu�e la r�partition des placements (obligations, pr�ts, actions, immeubles, avec certaines limites d�admission par rapport � l�ensemble ; les titres �mis par une m�me soci�t� ne peuvent figurer pour plus de 5 p. 100</p><p>du montant des actifs et les placements en immeubles ne peuvent d�passer 40 p. 100, ni 10 p. 100 sur un m�me immeuble).</p><p>Pour v�rifier l�application de ces r�gles, l��tat a institu� une proc�dure de contr�le.</p><p>Le contr�le de l��tat</p><p>Le contr�le des entreprises d�assurance est confi� � la Direction des assurances du minist�re des Finances et des Affaires �conomiques. Les entreprises d�assurance peuvent toujours intenter un recours contre les d�cisions de la Direction devant les tribunaux.</p><p>L�Administration doit prendre</p><p>conseil aupr�s du Conseil national des assurances, compos� de repr�sentants du minist�re des Finances, de personnalit�s de la profession, de repr�sentants des assur�s et du personnel des soci�t�s d�assurance ainsi que d�un professeur de facult� de droit. Cet organisme pr�sente � l�Administration toute �tude ou mesure n�cessaire � l�organisation de la profession.</p><p>downloadModeText.vue.download 455 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>992</p><p>Le contr�le des entreprises d�assurance porte :</p><p>y sur les constitutions : toute entreprise d�assurance, pour �tre en mesure de souscrire des contrats, doit avoir re�u l�agr�ment du minist�re des Finances, agr�ment uniquement technique pour les soci�t�s fran�aises, auquel s�ajoute un agr�ment politique pour les soci�t�s �trang�res (sauf celles de la C. E. E.) ;</p><p>y sur leur fonctionnement : les soci�-</p><p>t�s d�assurance sont tenues de fournir tous les ans une s�rie d��tats jus-tificatifs de leurs activit�s (primes, sinistres, placements, primes c�d�es en r�assurance) ;</p><p>y sur les liquidations : si l�Adminis-</p><p>tration se rend compte qu�une soci�t� d�assurance ne pr�sente plus la solvabilit� voulue, elle peut prescrire des mesures de sauvegarde, et m�me retirer l�agr�ment.</p><p>Les assur�s ont alors un privil�ge g�n�ral sur l�actif de la soci�t� en liquidation.</p><p>L��cole nationale</p><p>d�assurances</p><p>Cr��e en 1946 par le Conseil national des assurances, l��cole nationale d�assurances a pour missions, d�une part, de former les techniciens, le personnel et les agents d�assurances, et, d�autre part, de coordonner les diff�rents enseignements dispens�s en mati�re d�assurance.</p><p>L��cole comporte un Centre des hautes �tudes de l�assurance, qui dispense � en deux ans � un enseignement destin� � former les cadres sup�rieurs et les dirigeants des compagnies. Le recrutement se fait sur titres ou sur concours.</p><p>L��cole dispense �galement un cycle d�enseignement normal � d�une dur�e de huit mois � destin� � former les employ�s et les agents d�assurance. Une section forme des producteurs, et une autre des administratifs.</p><p>L�ensemble des deux cycles constitue un institut du Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>L��cole donne des cours de perfectionnement pour les inspecteurs des compagnies.</p><p>Les principales</p><p>compagnies �trang�res</p><p>Aux �tats-Unis, on trouve de tr�s grosses compagnies, comme l�Aetna Casualty and Surety Co., l�American Foreign Insurance, la Metropolitan Life Insurance Co., la New York Insurance Co. Beaucoup de compagnies d�assurance am�ricaines ont �t� rachet�es par des groupes financiers ayant la structure de conglom�rat.</p><p>La Grande-Bretagne, patrie de l�assurance moderne, conna�t, � c�t� des Lloyd�s, des grandes compagnies, comme la Commercial Union, Guardian Royal Exchange, Prudential, etc.</p><p>Les principales compagnies suisses sont la Zurich, la Winterthur Accident, la B�loise Incendie et la Compagnie suisse d�assurances g�n�rales.</p><p>L�Allemagne f�d�rale vient en</p><p>bonne place sur le march�, et en particulier pour la r�assurance avec des compagnies, comme l�Allianz, la</p><p>Nordstern ou la Munchener.</p><p>Le Lloyd�s</p><p>L�histoire du Lloyd�s est indissolublement li�e � l�assurance maritime. C�est dans la taverne d�Edward Lloyd que se constitua de fa�on informelle une Bourse d�assurance en 1688. Des courtiers de l�assurance maritime proposaient des risques qui �taient souscrits par des n�gociants et des banquiers. Par la suite, les assureurs ainsi r�unis form�rent un conseil, dont le pr�sident le plus connu fut John Julius Angers-tein. Sous sa pr�sidence, le Lloyd�s �migra au Royal Exchange, qui �tait une Bourse d�assurance constitu�e en 1571. Le premier � Lloyd�s Act �, constatant l�existence officielle du Lloyd�s, date de 1871. Un autre</p><p>� Lloyd�s Act � (1911) leur reconna�t la possibilit� de faire d�autres assurances que de l�assurance maritime.</p><p>Le Lloyd�s est donc une Bourse d�assurance dont les membres sont r�partis en quatre associations : Lloyd�s Aviation Underwriters� Association, Lloyd�s Motor Underwriters� Ass., Lloyd�s Underwriters�</p><p>Ass., Lloyd�s Underwriters� Non-Marine Ass.</p><p>Le Lloyd�s comprend des brokers (courtiers) r�unis au sein d�une association (Lloyd�s Brokers� Ass.) et des underwriters (souscripteurs). Brokers et underwriters ne sont accept�s qu�apr�s de nombreuses formalit�s.</p><p>Le Lloyd�s est actuellement le groupe le plus puissant d�assurance. On lui doit la cr�ation de nombreuses couvertures de risques, comme l�assurance contre les pertes de b�n�fices, les assurances de bijoux et de nouvelles formes de trait�s de r�assurance.</p><p>R�le �conomique de l�assurance</p><p>L�assurance fran�aise repr�sentait vers 1970 3,7 p. 100 du revenu national et 2,9 p. 100 du produit national brut (60 p. 100 �taient redistribu�s aux agents �conomiques sous forme de r�glements de sinistres). Son taux de d�veloppement �tait 2,5 fois celui du produit national. Le haut niveau d�activit� de cette industrie est le fait des pays fortement industrialis�s (�tats-Unis : 3,2 p. 100 du revenu national et 2,9 p. 100 du produit national ; R. F. A. : 4,2 et 3,2, � la m�me �poque).</p><p>Assurance et d�veloppement</p><p>�conomique</p><p>Du fait de la mutualisation des risques, l�assurance permet de transformer l�al�a en co�t et en co�t relativement r�duit. Elle constitue ainsi un encouragement � l�investissement. Par ailleurs, activit� tertiaire, elle est cr�atrice d�emplois, et ce malgr� l�essor de l��lectronique dans cette branche de l�activit� �conomique. En outre, elle est cr�atrice d��pargne ; en effet, les primes pay�es (consid�r�es comme de la consommation par l�assur�, sauf en assurance sur la vie) sont mises en r�serve par les compagnies. Les placements sont ensuite effectu�s sur les diff�rents march�s de capitaux.</p><p>L�assurance cr�dit</p><p>L�assurance cr�dit garantit l�assur� contre l�insolvabilit� de ses d�biteurs � terme.</p><p>Elle ne concerne que des dettes r�sultant d�op�rations commerciales. Le partage du risque entre l�assureur et l�assur� est � la base m�me de l�assurance cr�dit, et il est pratiquement consacr� par toutes les polices (pourcentages de couverture variant entre 70 et 95 p. 100 selon les d�biteurs et la dur�e du contrat). L�assurance cr�dit, de cr�ation r�cente, n�est pas r�gie par la loi du 13 juillet 1930.</p><p>Elle est utilis�e quelquefois pour le commerce int�rieur, mais son domaine d��lection est surtout le commerce ext�rieur.</p><p>Elle est accord�e, en France, par la Compagnie fran�aise d�assurance pour le commerce ext�rieur (C. O. F. A. C. E.), qui a le</p><p>monopole de l�assurance cr�dit � l�importation et � l�exportation. Cet organisme a �t� cr��, en m�me temps que la � Banque fran�aise pour le commerce ext�rieur �, par la loi du 2 d�cembre 1945 et le d�cret du 1er juin 1946, leur institution paraissant n�-</p><p>cessaire du fait de la situation �conomique apr�s la fin de la Seconde Guerre mondiale.</p><p>La C. O. F. A. C. E. agit pour le compte de l��tat quand elle assure contre les risques politiques, catastrophiques ou mon�taires des op�rations commerciales � long terme d�importation ou d�exportation. Elle agit comme une compagnie ordinaire d�assurance en ce qui concerne les risques commerciaux provenant d�op�rations � court terme.</p><p>Les op�rations � moyen et � long terme sont garanties par une police contre les risques politiques et catastrophiques, contre les risques de transfert, les risques de pertes cons�cutives � l�interruption d�un downloadModeText.vue.download 456 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>993</p><p>march�, les risques de changes. Toutes ces garanties peuvent �tre accord�es � la fois ou seulement certaines d�entre elles.</p><p>Pour les op�rations � court terme, la C. O. F. A. C. E. accorde des polices globales (polices revolving), qui sont conclues non pas op�ration par op�ration, comme pour le long et le moyen terme, mais pour une dur�e ind�termin�e et sur tout le chiffre d�affaires � l�exportation d�une entreprise donn�e.</p><p>Pour favoriser le commerce ext�rieur, la C. O. F. A. C. E. accorde des polices d�assurance foire et d�assurance prospection : dans ce cas, il y a sinistre lorsque le chiffre d�affaires r�alis� lors de ces op�rations n�est pas suffisant pour amortir les frais engag�s pour la foire ou lors de la prospection.</p><p>Assurance et activit� financi�re Le montant total des actifs des soci�-</p><p>t�s d�assurance se montait en France � 59,5 milliards de francs en 1970. Leur influence sur les march�s financiers se fait sentir, quand on sait que 68 p. 100</p><p>de ces actifs sont plac�s en valeurs mobili�res ; 17,5 p. 100 sont plac�s en immeubles, le reste �tant repr�sent� par des pr�ts et des liquidit�s. On comprend par l� l��norme importance que pr�sentent les � clients institutionnels �</p><p>pour les march�s boursiers fran�ais.</p><p>Cette structure n�est pas la m�me dans les pays �trangers : aux �tats-Unis, par exemple, les valeurs mobili�res (actions et obligations, ainsi que rentes d��tat) repr�sentent 53 p. 100, les hypoth�ques 35 p. 100, les immeubles 3 p. 100 et les autres placements 9 p. 100.</p><p>Cette structure peut �tre expliqu�e � la fois par les fortes fluctuations des bourses am�ricaines, par la bonne organisation du march� des cr�ances hypoth�caires et par la faible rentabilit� des immeubles.</p><p>Importance internationale</p><p>de l�assurance</p><p>Finalement, il faut remarquer que l�activit� de l�assurance est tr�s internationale et contribue aux mouvements de capitaux. En effet, le jeu de la r�assurance et la politique de dispersion des risques am�nent les compagnies � des �changes nombreux (en France, sur 3,3 milliards de francs de chiffre d�affaires en r�assurance, la moiti� va � des r�assureurs �trangers).</p><p>M. B.</p><p>&#x25B6; Accident / Responsabilit�.</p><p>B H. Galbrun, Th�orie math�matique de l�assurance maladie (Gauthier-Villars, 1934). /</p><p>M. Fauque, les Assurances (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1942 ; 7e �d., 1971). / J. Dubourdieu, Th�orie math�matique des assurances (Gauthier-Villars, 1951). / Compagnie suisse de r�assurances, les March�s de l�assurance dans le monde (Zurich, 1964). / M. Picard et A. Besson, les Assurances terrestres en droit fran�ais (L. G. D. J., 1964 ; 3e �d., 1970). / R. Barthe, Dictionnaire de l�assurance et de la r�assurance (Annales de l�id�e latine, 1965). / M. Pigot (sous la dir. de), les Assurances (Deno�l, 1970).</p><p>On peut �galement consulter L�gislation g�n�rale concernant l�assurance, publication annuelle du journal interassurances l�Argus.</p><p>assurances</p><p>sociales</p><p>Syst�me d�assurance g�n�ralement obligatoire, constitu� dans un cadre interprofessionnel en vue de garantir les travailleurs et les membres de leur famille � charge contre les risques d�ordre physiologique.</p><p>Dans les pays d��conomie lib�rale, l�homme subit, pratiquement isol�, les �v�nements physiologiques susceptibles de l�emp�cher de tirer les ressources n�cessaires � sa subsistance de l�exercice d�une profession (maladie, invalidit�, vieillesse) et m�me de lui imposer des charges exceptionnelles (frais de maladie ou d�accouchement) ; toutefois, il dispose des techniques de la mutualit� (apparues d�s la plus haute antiquit�) et de l�assurance (d�origine plus r�cente). L�industrialisation de l�Europe occidentale au XVIIIe et surtout au XIXe s. s�effectue en Angleterre, puis en France dans le cadre de r�gimes pratiquant un lib�ralisme politique particuli�rement hostile � toutes les contraintes �tatiques ; les salaires des ouvriers, recrut�s dans une classe paysanne nombreuse et pauvre, sont bas, et les p�riodes de ch�mage sont fr�quentes. Il en r�sulte un �tat de mis�re qui ne permet gu�re aux travailleurs de pratiquer la pr�voyance, que l�ins�curit� de leurs revenus rendrait n�anmoins si n�cessaire. Pendant longtemps, la charit� et l�assistance ont eu un r�le important, qu�elles ont jou� dans une partie seulement des cas o� une intervention ext�rieure e�t �t� souhaitable et qu�elles poursuivent d�ailleurs malgr� l�existence de l�gislations de protection sociale assez d�velopp�es.</p><p>C�est en Prusse que le l�gislateur, en 1845, a permis aux communes</p><p>d�imposer aux apprentis et aux travailleurs pauvres d�adh�rer � un fonds de maladie ; en 1854, il devient possible d��tendre cette obligation � l�ensemble des travailleurs. Avec le progr�s des id�es socialistes et chr�tiennes sociales se forme l�id�e d�une assurance sociale obligatoire reposant non plus sur la solidarit� des habitants d�une commune ou d�une corporation (la suppression autoritaire des corporations</p><p>prussiennes en 1869 s�accompagne du maintien des caisses maladie), mais sur une solidarit� interprofessionnelle.</p><p>En 1883. Bismarck oblige les ouvriers de l�industrie � adh�rer � une caisse d�assurance sociale pour la maladie, qui tire ses ressources d�une cotisation sur les salaires, dont les deux tiers sont pr�lev�s sur la paie des travailleurs, le dernier tiers �tant � la charge des employeurs (cette obligation sera progressivement �tendue aux travailleurs � domicile en 1900, aux ouvriers agricoles, aux domestiques et aux artistes dramatiques en 1911, aux employ�s de commerce en 1913). L�ann�e suivante, les entreprises industrielles doivent couvrir leurs salari�s contre les accidents* du travail dans le cadre d�une assurance sociale, dont ils assurent seuls le financement. La plupart des autres pays qui organisent un tel syst�me de garantie n�adoptent pas le proc�d� de l�assurance sociale, mais recourent soit au proc�d� de la responsabilit� d�lictuelle de l�employeur avec assurance facultative, soit au proc�d� de l�assurance obligatoire dans le cadre relativement �troit de l�assurance de droit commun. En 1889, les ouvriers de l�industrie allemande qui gagnent moins de 1 000 marks par an sont affili�s obligatoirement � l�assurance invalidit�-vieillesse, dont le financement est r�parti par moiti� entre le travailleur et l�employeur, l��tat garantissant, lors de la liquidation de la pension, une subvention annuelle fixe de 50 marks.</p><p>En 1911 est institu�e une assurance d�c�s-survivant en faveur des veufs et veuves invalides ainsi que des orphelins de moins de quinze ans, alors que l�assurance invalidit�-vieillesse est �largie � tous les ouvriers et employ�s.</p><p>En 1901, le Luxembourg et les Pays-Bas adoptent le syst�me allemand ; l�Autriche, elle, avait mis sur pied l�assurance maladie en 1888. En 1911, la Norv�ge adopte l�assurance maladie ; en 1912, la Russie tsariste fait sien le syst�me d�assurances sociales allemandes, mais l�application n�en commence que pendant la Premi�re Guerre mondiale. En Grande-Bretagne, en 1911, les risques maladie et invalidit� sont pris en charge par une assurance nationale, de m�me que le ch�mage ; mais les prestations restent faibles</p><p>pour ne pas dispenser les individus d�un effort personnel de pr�voyance dans le cadre des soci�t�s de secours mutuels et de l�assurance populaire sur la vie. En 1913, la Su�de institue une assurance invalidit�-vieillesse pour l�ensemble de la population et non plus seulement pour les seuls salari�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 457 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>994</p><p>Dans divers pays, les gouvernements reculent devant le principe de l�obligation. Ils tentent une exp�rience qui sera plus ou moins vite abandonn�e et qu�on qualifie de � libert� subsi-di�e �. Il s�agit d�une assurance sociale facultative avec encouragement � l�adh�sion par l�octroi de subventions de l��tat : Danemark, Su�de (pour la maladie en 1891), Belgique (1900), etc. L�exemple belge met en lumi�re les vices du syst�me : 300 000 salari�s (sur 1 600 000) et 300 000 non-salari�s b�n�ficient seuls de la participation de l��tat ; les employeurs �tant exon�r�s de toute cotisation pour leur personnel, les prestations sont insuffisantes.</p><p>La France, elle, se signale par un retard d�autant plus curieux que le financement tripartite (assur�-employeur-�tat) d�une assurance obligatoire semble bien avoir �t� l�oeuvre de ses administrateurs. En effet, le r�glement royal du 23 septembre 1673 avait ordonn� d�effectuer une retenue sur les soldes des �quipages de la marine royale en vue de la construction d�h�-</p><p>tels pour les invalides � Rochefort et � Toulon ; en 1689, Seignelay abandonna le projet, mais conserva la cotisation, qui constituait l�un des �l�ments du financement d�une pension d�invalidit� pour les marins de l��tat. En 1709, Pontchartrain �tendit le b�n�fice de cette � demi-solde � aux marins bless�s au service des n�gociants et armateurs du royaume. La Caisse des invalides de la marine, financ�e par une triple cotisation (marin-employeur-�tat), prit vite de l�importance et devint un v�ritable organisme d�assurance invalidit�-</p><p>vieillesse obligatoire, qui s�ouvrit en 1823 aux marins p�cheurs.</p><p>Il est vrai que la mise en place de la l�gislation fran�aise d�assistance s��tend de 1893 (dix ans apr�s l�assurance maladie de Bismarck) � 1913. En 1898, la mutualit� est encourag�e et, en 1910, est vot�e la loi sur les retraites ouvri�res et paysannes (R. O. P.), qui pose le principe d�une assurance vieillesse obligatoire financ�e par des cotisations des salari�s et de leurs employeurs avec intervention ult�rieure d�une participation de l��tat. Discut�e par les salari�s autant que par les employeurs et sabot�e par les tribunaux, la loi ne conna�tra qu�une application relative au d�but de la Seconde Guerre mondiale (40 p. 100 seulement des effectifs pr�vus). Cependant, en 1928</p><p>est adopt� un syst�me d�assurances sociales (maladie-maternit�-invalidit� et vieillesse) inspir� des assurances allemandes du XIXe s. Mais c�est un syst�me amoindri qui entre en application en 1930 en faveur des salari�s les moins pay�s ; le caract�re interprofessionnel qui oppose l�assurance sociale � l�assurance de droit commun (dont le caract�re international appara�t dans le cadre de la r�assurance) n�est pas compl�tement adopt�, du fait qu�un r�gime sp�cial � � cadre corporatif � est pr�vu pour l�agriculture.</p><p>Dans cette m�me entre-deux-</p><p>guerres, les assurances sociales obligatoires apparaissent ou s�am�liorent d�ailleurs dans presque toute l�Europe (les lois tch�coslovaques qui se d�veloppent entre 1919 et 1929 apparaissent souvent � l�observateur comme particuli�rement favorables aux assur�s) et en Am�rique latine (Chili, 1925 ; P�rou, 1936 ; Br�sil, 1933-1936), aux �tats-Unis (Social Security Act, 1935) et en Australie (1938).</p><p>Le passage d�un syst�me d�assu-</p><p>rances sociales au syst�me de la s�curit� sociale, qui caract�rise la p�riode suivant la Seconde Guerre mondiale, para�t avoir �t� amorc� par deux l�gislations : celle qui s�est d�velopp�e en U. R. S. S. de 1917 � 1933, o� � les assurances sociales ne constituent que l�un des cha�nons d�un syst�me politique, �conomique et administratif d�ensemble �, et celle qui a �t� adopt�e en 1938 par la Nouvelle-Z�lande, dont certaines caract�ristiques sont encore</p><p>aujourd�hui consid�r�es comme pouvant servir de mod�le � la plupart des l�gislations nationales.</p><p>Alors que l�assurance sociale �tait caract�ris�e par une volont� de solidarit� interprofessionnelle, la s�curit� sociale correspond au d�sir d�une solidarit� nationale ; dans la mesure o� cette derni�re joue en faveur non seulement des salari�s les plus d�favoris�s, mais de toute la population active ou m�me de toute la population du pays, des probl�mes de financement nouveaux se posent, qui s�apparentent � ceux que doivent r�soudre les autorit�s financi�res en mati�re de r�partition des charges budg�taires.</p><p>R. M.</p><p>&#x25B6; Accident du travail / Aide sociale / Assurance /</p><p>D�c�s / Familiale (politique) / Invalidit� / Maladie</p><p>/ Maternit� / Sant� / S�curit� sociale / Transferts sociaux / Vieillesse.</p><p>Assyrie</p><p>Royaume m�sopotamien issu de la cit�-</p><p>�tat d�Assour, qui portait elle-m�me le nom de son dieu. L��tat assyrien, qui constitue un empire � plusieurs reprises et en particulier du IXe au VIIe s., dispara�t en 612 av. J.-C.</p><p>HISTOIRE</p><p>La cit�-�tat d�Assour</p><p>et les empires</p><p>m�sopotamiens au</p><p>IIIe mill�naire</p><p>Nous ignorons � peu pr�s tout des origines de la ville d�Assour, car les fondations creus�es pour les monuments des IIe et Ier mill�naires ont fait dispara�tre l�essentiel des couches anciennes. Mais nous devinons que son d�veloppement a �t� facilit� par la valeur d�fensive de son site, un promontoire escarp� sur la rive droite du Tigre.</p><p>Cet essor est certainement li� � celui du commerce, qui, de la basse M�sopotamie, remonte la vall�e pour atteindre les pays riches en m�taux du Zagros septentrional, du Kurdist&#x101;n turc et de l�Anatolie. L�activit� d��tape et d�entrep�t doit �tre de bonne heure plus importante en ce lieu que l�agriculture :</p><p>les campagnes voisines, qui, en notre XXe s., ne re�oivent plus que 200 mm de pr�cipitations par an, ne pouvaient, dans l�Antiquit�, compter sur l�eau du fleuve, au lit trop encaiss�, et, faute d�irrigation, elles se sont content�es de l��levage semi-nomade et de quelques maigres cultures s�ches.</p><p>Dans la phase la plus ancienne</p><p>qu�on y ait reconnue (vers le milieu du IIIe mill�naire), Assour comporte deux centres d�attraction : le temple d�Assour, le dieu local, qui usurpera peu � peu les attributs et les fonctions des grandes divinit�s m�sopotamiennes, en se pr�sentant � la fois comme un dieu guerrier et comme une personnification de la V�g�tation et de la Fertilit� ; le temple d�Ishtar, d�esse s�mitique de la F�condit� et des Combats. La fouille de ce second �difice et quelques trouvailles isol�es permettent de suivre les rapports de la cit� avec le monde ext�rieur. Si le plan du lieu saint indique un culte indig�ne, ses statuettes d�orants et sa d�coration vers le XXIVe s.</p><p>r�v�lent l�appartenance � la civilisation de la basse M�sopotamie. Lorsqu�une dynastie s�mitique constitue l�empire d�Akkad (v. 2325), les habitants de la ville du Tigre reconnaissent la souverainet� de ces rois du bas pays, qui parlent la m�me langue qu�eux. Saccag�e sans doute par les Barbares Gouti du Zagros, au moment o� le pouvoir akkadien s�effondre (v. 2200), Assour redevient un petit �tat ind�pendant.</p><p>Elle est ensuite incorpor�e au nouvel Empire m�sopotamien fond� par la IIIe dynastie d�Our (v. 2133-2025).</p><p>Puis, lorsque la puissance des rois d�Our c�de devant la pouss�e des Amorrites (S�mites venus de l�ouest), elle manifeste son ind�pendance recouvr�e en se ceignant d�un mur.</p><p>L�historien dispose aussi, pour reconstituer le lointain pass� d�Assour, de la fameuse liste royale confectionn�e par les scribes assyriens d�sireux de glorifier leur pays et leur derni�re dynastie nationale. En t�te de ce document, souvent obscur et tendancieux, viennent � dix-sept rois ayant habit� sous la tente � : il ne s�agit pas d�une vraie dynastie, puisque aucun rapport de filiation n�est indiqu� dans cette partie de la liste. On a suppos� que ces</p><p>personnages, difficiles � placer dans le temps, �taient des chefs de guerre �lus ; l�esprit de cette institution aurait surv�cu dans celle des �ponymes du royaume assyrien (le roi, � son av�nement, puis chacun des grands officiers de la cour donnent successivement leur nom � une ann�e du r�gne). Le s�jour des premiers ma�tres de la ville sous la tente montrerait la parent� entre les pasteurs de la steppe et les citadins, les uns et les autres parlant l�akkadien et adorant le dieu Assour.</p><p>Assour m�tropole</p><p>commerciale</p><p>(XXe s. - XVIIIe s.)</p><p>La liste royale �num�re ensuite neuf rois � noms amorrites, dont nous savons par ailleurs qu�ils ont r�gn�, apr�s la chute de la IIIe dynastie d�Our, sans doute � Terqa (Tirqa), sur l�Euphrate moyen. Cette lign�e royale n�est cit�e que parce que le dixi�me de ces princes va dominer Assour.</p><p>Apr�s ces neuf rois amorrites, la liste royale indique une dynastie parall�le de vicaires (du dieu � le titre royal dans la ville du Tigre sera longtemps r�serv� � Assour). Ces princes, dont les premiers semblent contemporains de la chute de l�empire d�Our, portent des noms akkadiens (le dialecte assyrien �tant un parler akkadien de type archa�que) ; ils ont, eux, r�ellement r�gn� dans la cit� du Tigre.</p><p>Certains d�entre eux ont pr�sid� � l�essor commercial de leur �tat, dont un aspect, probablement le plus important, a �t� r�v�l� par les fameuses tablettes de Cappadoce (lettres, contrats et pi�ces de comptabilit� r�dig�s en assyrien et retrouv�s par dizaines de milliers � Kanesh, en Anatolie centrale). � Assour, comme dans le reste de la M�sopotamie, les progr�s du downloadModeText.vue.download 458 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>995</p><p>commerce s�affirment, alors que les marchands ach�vent de se lib�rer de la tutelle des temples, dont ils avaient �t� autrefois les agents. Les commer�ants</p><p>assyriens profitent aussi de la faiblesse politique du palais, qui constitue une unit� �conomique de m�me type que le temple, mais de taille plus r�duite.</p><p>L�autorit� du vicaire est limit�e par la municipalit� d�Assour, qui est entre les mains d�une aristocratie d��ponymes, et le souverain semble surtout occup� � placer, comme ses sujets, ses capitaux dans le fructueux trafic avec l�Anatolie. Les marchands assyriens apportent en Cappadoce l��tain, qu�ils se procurent sans doute en Iran et qui permet la fabrication de bronze dans le district du Taurus, riche en cuivre ; de plus, ils ont obtenu des princes d�Anatolie centrale le monopole de la vente du cuivre local raffin� et ils placent en Cappadoce les tissus de qualit� fabriqu�s en M�sopotamie ; enfin, ils pr�tent � int�r�t aux princes indig�nes et � leurs sujets. Les Assyriens peuvent ainsi ramener dans leur patrie des quantit�s appr�ciables de bronze fabriqu� dans la r�gion du Taurus, d�argent et d�or extraits en Anatolie.</p><p>Comme les princes anatoliens</p><p>trouvent toujours insuffisante leur part des b�n�fices r�alis�s dans l�exploitation des gisements m�talliques de leur pays, les marchands assyriens, pour leur r�sister, se sont group�s, dans chaque grande cit� anatolienne, en chambres de commerce (k�roum), qui d�pendent du k�roum central, situ� � Kanesh ; ce dernier, qui arbitre les conflits entre commer�ants et leur impose des r�glements, re�oit ses instructions de la municipalit� d�Assour.</p><p>Cependant, la colonie assyrienne de Cappadoce n�a pas toujours pu r�sister � l�hostilit� des rois des cit�s-�tats d�Anatolie centrale et de leurs sujets.</p><p>Les fouilles de Kanesh montrent que le faubourg o� les marchands se sont group�s est occup� par eux dans une premi�re p�riode qui va de 1920 � 1850</p><p>environ et se termine par une destruction g�n�rale ; puis, apr�s une absence assez longue, la colonie assyrienne de Kanesh se reconstitue et reprend ses activit�s (v. 1800-1740), avant de dispara�tre dans un nouvel incendie, qui est d� probablement � une attaque des indig�nes, mais qui co�ncide avec une crise int�rieure de l��tat d�Assour.</p><p>La dynastie de Shamshi-Adad Ier � Assour (XIXe - XVIIIe s.)</p><p>La lign�e princi�re � noms akkadiens qui r�gnait � Assour est victime de l�instabilit� politique qui s�vit en M�-</p><p>sopotamie depuis la chute de la IIIe dynastie d�Our : de nouvelles bandes d�Amorrites ne cessent d�affluer au pays des Deux-Fleuves, et leurs chefs d�y fonder de nouveaux royaumes. Bon nombre des princes m�sopotamiens du temps entreprennent de constituer un empire � partir de la ville dont ils sont rois, mais ils n�aboutissent au mieux qu�� des dominations �ph�m�res.</p><p>Assour tombe entre les mains du plus brillant des aventuriers de cette �poque troubl�e, Shamshi-Adad Ier (v. 1816-1783). Ce cadet de la dynastie amorrite de Terqa d�tr�ne le vicaire d�Assour et se constitue un vaste royaume de haute M�sopotamie, qui s��tend du Bal&#x12B;kh (Bal�hou) et de l�Euphrate moyen au pi�mont du Zagros central. Assour n�est qu�une des grandes villes de cet �tat composite, dont le souverain r�-</p><p>side de pr�f�rence au coeur de ses possessions, � Shoubat-Enlil. Dans la cit� du Tigre, Shamshi-Adad Ier se dit � roi de l�univers �, � vicaire d�Assour �,</p><p>� lieutenant d�Enlil � (le grand dieu de la basse M�sopotamie) : le conqu�rant amorrite pr�tend en effet � la domination sur la basse M�sopotamie, dont la civilisation, plus raffin�e, p�n�tre de nouveau avec intensit� � Assour au cours de ce r�gne.</p><p>L�empire de Shamshi-Adad Ier ne</p><p>suivit pas � son fondateur : son fils a�n�, Ishm�-Dagan Ier (v. 1783-1743) ne garde finalement que la cit�-�tat d�Assour. Le long r�gne de cet Amorrite � nom assyrien, qui, comme son p�re, se dit roi, est fort mal connu : a-t-il �t� chass� d�Assour par Hammourabi de Babylone ou, au contraire, a-t-il �t� r�tabli dans sa cit� par le Babylonien ?</p><p>Apr�s lui, la liste royale place un certain nombre d�usurpateurs, et la colonie des marchands assyriens dispara�t de Kanesh (v. 1740).</p><p>Les temps obscurs et les</p><p>dominations �trang�res �</p><p>Assour (XVIIIe - XIVe s.)</p><p>Si, pour cette �poque, la liste royale h�site entre plusieurs s�ries de souverains, c�est qu�il y a sans doute dans les bourgades proches des princes se r�clamant �galement du dieu Assour et en rivalit� avec le vicaire de la grande ville, dont la domination est r�duite au voisinage imm�diat. Mais, � partir de SHOU-Ninoua (Kidin-Ninoua) [v.</p><p>1606-1592], les diff�rentes versions de la liste royale sont de nouveau d�accord : le morcellement de l��tat a cess�, et, chose rare dans l�histoire, les descendants de ce prince, d�authentiques Assyriens, r�gneront � Assour pendant un mill�naire (jusqu�� la fin du VIIe s.).</p><p>La situation s�am�liore un moment pour cette dynastie : les inscriptions de souverains d�Assour, inconnues apr�s Shamshi-Adad Ier, reparaissent au XVIe s., puis, apr�s une nouvelle interruption, � la fin du XVe s. C�est sans doute dans les p�riodes muettes que les vicaires de la cit� du Tigre subissent des dominations �trang�res : celle des rois kassites de Babylone, qui reste bien difficile � situer dans le temps, et celle, plus certaine (v. 1475-1375), des souverains du Mitanni, ou Hanigalbat, comme disent les Assyriens pour cet downloadModeText.vue.download 459 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>996</p><p>empire des XVe - XIVe s., qui s��tend du Zagros � la M�diterran�e.</p><p>Le premier Empire</p><p>assyrien (XIVe - XIe s.)</p><p>La situation est brusquement retourn�e par Assour-ouballith Ier (1366-1330), qui sait exploiter la crise interne du Mitanni ; rejetant les pr�tentions des souverains kassite et mitannien � la souverainet� sur Assour, il prend le titre de roi, qui sera d�sormais port� par tous ses successeurs en Assyrie.</p><p>Au Hanigalbat, maintenant cantonn� en haute M�sopotamie, il soutient et domine une lign�e de rois locaux install�s � l�ouest du Tigre ; ces rois s�opposent � une autre branche de la famille r�gnante du Mitanni, qui, sous la tutelle du grand roi hittite, garde le pays � l�est de la grande boucle de l�Euphrate. � la faveur de ses interven-</p><p>tions au Hanigalbat, l�Assyrien annexe Ninive et les districts voisins situ�s � l�est du Tigre, commen�ant ainsi la conqu�te du � triangle assyrien � (entre le Tigre et le Z&#x101;b sup�rieur) et dont la population �tait jusque-l� hourrite. Attir� par Babylone, dont la civilisation a un grand prestige chez les Assyriens, Assour-ouballith Ier marie sa fille au roi kassite, ce qui lui permet d�intervenir ensuite dans la succession royale de Babylonie. Mais cette politique hardie provoque une guerre qui tra�nera pendant deux si�cles entre Assyriens et Babyloniens, et qui s�explique peut-</p><p>�tre aussi par le d�sir des deux �tats de contr�ler la route commerciale qui longe le pied du Zagros et les mines de ce district.</p><p>Les profits et les cons�quences des victoires d�Assour-ouballith Ier sont tels que la mentalit� assyrienne en est transform�e : sous la direction de la noblesse, qui tire de gros revenus de l�administration des pays conquis, les fid�les d�Assour se vouent d�sormais � la guerre, qui �tend la domination de leur dieu ; mais, comme les succ�s assyriens ont inqui�t� les grandes puissances voisines � les royaumes babylonien et hittite �, qui tentent de leur opposer des coalitions, et comme les fid�les d�Assour se heurtent de plus en plus souvent � des Barbares (montagnards du Zagros, pasteurs aram�ens du d�sert de Syrie), la guerre men�e par les arm�es assyriennes prend un caract�re impitoyable : d�portations, mutilations, supplices sont des moyens de r�pression dont les souverains se vantent froidement.</p><p>Adad-nir�ri Ier (1308-1276) porte son principal effort contre le Hanigalbat, qu�il tente d�annexer, et avance sa fronti�re jusqu�� la grande boucle de l�Euphrate. Mais l��limination d�finitive de la dynastie de l�ancien Mitanni ne se produit que sous Shoulm�n-ashar�dou Ier (forme vulgaire : Salmanasar)</p><p>[1276-1246], qui ach�ve �galement la conqu�te du � triangle assyrien �. Ces annexions incorporent au domaine assyrien une nombreuse population hourrite, vou�e � la s�mitisation spontan�e.</p><p>Cet empire ne suffit pas � Toukoulti-Ninourta Ier (1246-1209), qui r�ussit</p><p>un moment � en doubler l��tendue.</p><p>Apr�s avoir conquis les pays du Tigre sup�rieur, il s�avance dans la cuvette du lac de Van ; plus tard, attaqu� par le roi kassite Kashtiliash IV, il le bat et le fait prisonnier, puis il s�empare de Babylone, o� il se proclame roi.</p><p>L�heureux conqu�rant se montre aussi actif en Assyrie : il remplace � Assour le culte d�Ishtar, la grande d�esse, par celui d�Assour�tou, �pouse du grand dieu local, et, � l�exemple de son p�re, Shoulm�n-ashar�dou Ier, qui avait fond� une r�sidence royale � Kalhou (auj. Nimroud), il en cr�e une, K�r-Toukoulti-Ninourta, pr�s d�Assour.</p><p>Les tablettes ramen�es de Babylone conquise s�ajoutent aux copies r�alis�es sous le r�gne pr�c�dent pour renforcer l�influence de la culture babylonienne. Depuis le renouveau politique du XIVe s., les scribes et les pr�tres assyriens s��taient mis avec une ardeur nouvelle � l��cole de leurs confr�res de Babylonie. L�originalit� nationale se manifeste cependant dans leurs r�alisations : inscriptions historiques, chroniques, po�mes �piques consacr�s aux victoires sur les rois kassites ; culte de Mardouk, le dieu de Babylone.</p><p>Le r�gne de Toukoulti-Ninourta Ier se termine fort mal : les Babyloniens se soul�vent et r�tablissent un roi kassite ; puis la noblesse de cour assyrienne se r�volte sous la direction du prince h�ritier, et le roi est assassin�. Ses h�ritiers se disputent le tr�ne ; l�Assyrie tombe un temps sous le contr�le de Babylone ; des Barbares venus d�Anatolie, les Moushki et les Kaska, s�installent sur le Tigre sup�rieur, et les Aram�ens viennent piller les plaines de haute M�-</p><p>sopotamie. Mais, d�s qu�ils le peuvent, les rois d�Assyrie reprennent leur querelle avec la Babylonie.</p><p>B�n�ficiant sans doute d�un r�pit dans les attaques de certains des peuples errants, Toukoulti-apil-�sharra Ier (forme vulgaire : T�glat-phalasar) [1115-1077] se lance dans de vastes exp�ditions. Au nord, il expulse ou soumet les Moushki, les Kaska et les autres habitants de la haute vall�e du Tigre : puis il parcourt la cuvette du lac de Van et va planter sa st�le pr�s de l�actuelle Malazgirt, sur l�Euphrate</p><p>sup�rieur � plus loin qu�aucun des rois assyriens. Vers l�ouest, le conqu�-</p><p>rant soumet momentan�ment une partie des N�o-Hittites et les Ph�niciens, dont les cit�s lui paient prudemment le tribut. Mais l�Assyrien ne r�alise aucune annexion en dehors de la haute M�sopotamie et consacre davantage de temps (vingt-huit campagnes) � poursuivre les Aram�ens, dont il br�le les villages sur le moyen Euphrate et dans le d�sert de Syrie.</p><p>L�Empire assyrien</p><p>submerg� par les</p><p>Aram�ens (XIe - Xe s.)</p><p>Le r�gne de Toukoulti-apil-�sharra Ier se termine par des troubles int�rieurs, qui ne cesseront plus durant le XIe s.</p><p>Les rois paient ainsi le prix de d�faites in�vitables : l�Assyrie perd son empire de haute M�sopotamie et est r�duite � la vall�e du Tigre moyen. Elle est alors v�ritablement cern�e par les Aram�ens : les moins dangereux sont encore les soldats en garnison dans les cit�s de l�ancien Hanigalbat, qui ont toutes maintenant un roi aram�en ; plus sauvages, les pasteurs, qui ne cessent d�affluer du d�sert de Syrie et ne rencontrent plus gu�re de r�sistance dans le royaume babylonien, que d�autres Aram�ens ont d�j� colonis�, parcourent les steppes au sud et � l�est de l�Assyrie, depuis l�Euphrate moyen jusqu�au pied du Zagros septentrional. Les campagnes assyriennes sont d�peupl�es par les Barbares, qui pillent, massacrent ou vendent les populations, et les villes, sans cesse menac�es par leurs brusques attaques, souffrent de la famine.</p><p>La reprise des</p><p>exp�ditions de pillage</p><p>(Xe - IXe s.)</p><p>Le second Empire</p><p>assyrien (IXe - VIIe s.)</p><p>Il est difficile d�expliquer le sursaut national qui ranime l�Assyrie � partir de la fin du Xe s. Peut-�tre ce ph�no-m�ne est-il d� � l�ach�vement de la s�dentarisation des Aram�ens dans la partie septentrionale de la haute M�sopotamie, dont le sol portait plus normalement des cultures qu�une steppe pastorale, et au morcellement, en une foule de cit�s-�tats, des adversaires du royaume assyrien, morcellement qui a</p><p>pu encourager ce dernier � reprendre l�offensive.</p><p>Les textes, puis, � partir du IXe s., les reliefs des palais nous font conna�tre l��quipement militaire assyrien et son �volution. Compos�e de paysans recrut�s par les grands propri�taires sur leurs domaines, l�arm�e assyrienne acquiert une r�elle valeur technique avec l�habitude des longues campagnes annuelles.</p><p>La troupe de choc est longtemps</p><p>celle des chars, qui portent chacun un conducteur, un archer et le porte-bouclier qui les prot�ge. Elle ouvre � travers les rangs ennemis le chemin aux archers et piquiers de l�infanterie assyrienne. Un r�le capital est jou� par le g�nie, qui permet aux chars de traverser les montagnes et les fleuves, et emploie contre les villes assi�g�es les b�liers, les tours roulantes et les sapes.</p><p>Cette arm�e, fort mobile pour</p><p>l��poque, va, chaque ann�e, extorquer le tribut � un certain nombre de cit�s �trang�res ; si elle n�op�re pas l�ann�e suivante dans le m�me secteur, les villes, qui avaient feint la soumission par prudence, refusent d�exp�dier un nouveau tribut ; elles sont alors consid�r�es comme rebelles au dieu Assour, et tout est permis contre leurs habitants. Cependant, les rois d�Assyrie n�annexent que lentement les cit�s vaincues et en commen�ant par les plus proches du coeur de leur �tat. Mais ils �tablissent fort loin des colonies d�Assyriens charg�es de garder les gu�s de l�Euphrate et des points strat�giques dans les montagnes au nord et � l�est de la M�sopotamie.</p><p>� cette �poque, la guerre, qui permet la perception du tribut, devient une n�cessit� vitale pour l��conomie assyrienne, qui se procure ainsi � bon compte les denr�es �trang�res qu�elle aurait du mal � acheter avec ses m�diocres productions. Bient�t, les d�portations permettront d�introduire des techniques nouvelles dans les cit�s d�Assyrie et fourniront la main-d�oeuvre des grands travaux. Les profits de la guerre am�nent en effet l�essor des constructions, et l�abondance nouvelle des inscriptions trac�es sur les murs ou plac�es dans les fondations, puis la constitution de nouvelles col-</p><p>lections de tablettes dans les palais font que l��poque � n�o-assyrienne �</p><p>(IXe-VIIe s.) est la seule de l�histoire de l�Assyrie dont on connaisse bien la vie mat�rielle, les croyances et les institutions.</p><p>La religion et l��tat restent domin�s par Assour, dieu de la ville sainte et maintenant de tout le royaume ; il downloadModeText.vue.download 460 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>997</p><p>est rarement repr�sent� (sous forme de l��p�e symbolique ou du disque ail� d�inspiration �gyptienne, d�o� �merge parfois le buste du dieu), mais continuellement invoqu� dans les textes.</p><p>Son grand pr�tre est le roi, th�oriquement choisi par le clerg� dans la famille sacr�e de SHOU-Ninoua ; et, lors de son intronisation, o� il re�oit un nom charg� de puissance religieuse (par exemple Assour-ouballith : � Assour a fait revivre �), les pr�tres ne cessent de lui r�p�ter � Assour est roi � (par excellence). Les reliefs qui repr�sentent le souverain terrestre sous l�aspect conventionnel du type ethnique nord-s�mitique (corps grand et lourd, visage dur et massif, aux l�vres charnues et au nez recourb�) ne lui donnent jamais le moindre trait personnel. D�ailleurs, cet �tre symbolique voit, semble-t-il, sa puissance politique limit�e par l�aristocratie de ses grands officiers, personnages puissants qui d�tiennent les charges minist�rielles, gouvernent de vastes provinces et jouent sans doute aussi un r�le dans le choix des rois. Cependant, dans la longue s�rie des souverains assyriens, �mergent des personnalit�s de conqu�rants heureux, qui ont d� contribuer puissamment � l�essor de leur �tat.</p><p>C�est Assour-d�n II (932-912) qui, le premier, reprend l�offensive, apr�s avoir r�organis� la charrerie ; il r�tablit la domination assyrienne sur les districts des vall�es du Tigre moyen et du Z&#x101;b sup�rieur, qui �taient infest�s d�Aram�ens depuis un si�cle. Ses successeurs imm�diats conqui�rent les cantons montagneux au nord et � l�est du bassin du Tigre, et soumettent au</p><p>tribut les cit�s-�tats des Aram�ens du Kurdist&#x101;n turc et du bassin du Kh&#x101;b&#x16B;r.</p><p>Mais les grandes op�rations militaires ne commencent qu�avec Assour-n�tsir-apli II (appel� � tort Assour-Nasirpal)</p><p>[883-859]. Ce dernier consacre bon nombre de campagnes � soumettre la bordure montagneuse de la M�sopotamie depuis la haute Diy&#x101;l&#x101; jusqu�aux sources occidentales du Tigre ; d�autres exp�ditions sont men�es contre les Aram�ens, encore mal fix�s, de l�Euphrate moyen. Mais l�Assyrien trouve plus de butin dans la vall�e du Kh&#x101;b&#x16B;r et surtout dans le pays de l�Occident, o� il renoue avec la tradition de ses lointains pr�d�cesseurs. Ayant oblig� le B�t-Adini aram�en (capit. Tilbarsip) et le royaume n�o-hittite de Kargamish (Karkemish) � lui livrer les gu�s de la grande boucle de l�Euphrate, il p�n�tre apr�s 877 dans le couloir syrien, dont il ran�onne les �tats et particuli�rement les cit�s ph�niciennes (Tyr, Sidon, Byblos, Arwad [Arados]). Ces succ�s sont c�l�br�s par les inscriptions que le conqu�rant multiplie dans ses r�sidences : Imgour-Enlil (Balawat), qu�il fonde pr�s de Ninive, et Kalhou, qu�il reconstruit sur un plan plus vaste.</p><p>Son fils et successeur, Shoulm�n-ashar�dou III (Salmanasar) [859-824], reprend les m�mes exp�ditions : dans le Zagros, o� il rencontre, � partir de 843, des nouveaux venus de langue indo-europ�enne, les M�des et les Perses ; dans le bassin du Tigre sup�rieur et la cuvette du lac de Van, o� les agressions assyriennes ont provoqu� la formation d�un �tat puissant, l�Ourarthou. Mais, surtout, ce roi entreprend de rendre r�guli�re la lev�e du tribut dans cette riche Syrie, o� son p�re n�avait fait que passer. D�s 859, il franchit l�Euphrate et se heurte aux royaumes n�o-hittites ; pour assurer ses arri�res, il annexe le B�t-Adini (857). Une nouvelle exp�dition (854) �choue (bataille de Qarqar) devant Hamat (auj. &#x1E24;am&#x101;), d�fendue par une coalition qui est dirig�e par le souverain aram�en de Damas et qui comprend douze rois, dont le Pharaon.</p><p>L�Assyrien revient bien des fois en Syrie ; il obtient � chaque fois le tribut d�une foule de roitelets et m�me, en 842, celui de Damas, mais le temps de sa domination se limite � celui du s�jour des troupes assyriennes. Il n�est</p><p>pas beaucoup plus heureux en Cilicie et en Cappadoce (royaume de Tabal), o� il dispute � d�autres N�o-Hittites le contr�le des fameuses mines du Taurus.</p><p>La crise interne de</p><p>l�Assyrie (826-746)</p><p>L�expansion de l�Assyrie est bris�e par une guerre civile qui serait, d�apr�s G. Goossens, d�origine sociale : Assour-d�n-apli, fils a�n� de Shoulm�n-ashar�dou III et qui se r�volte contre son p�re en 828, se serait appuy� sur la petite noblesse du vieux pays assyrien, jalouse de l�aristocratie de cour, qui ac-caparait les grands offices et les profits de la guerre et de l�administration des pays soumis. La r�volte est �cras�e en 823 seulement par le fr�re du r�volt�, Shamshi-Adad V (824-810). Celui-ci doit faire des concessions � la grande noblesse, qui l�a soutenu : les gouverneurs et les grands officiers deviennent inamovibles. Malgr� l��nergie de Shamshi-Adad V, l�affaiblissement du pouvoir royal et le morcellement de l�autorit� diminuent la puissance de l�Assyrie, dont les troupes ne font plus r�guli�rement campagne. Son fils Adad-nir�ri III (810-782) peut encore aller humilier le roi de Damas, bloqu� dans sa capitale (805), mais, apr�s lui, c�est une succession de souverains sans relief, que les grands officiers du temps oublient de nommer dans leurs inscriptions. La pouss�e de l�Ourarthou, qui tend � prendre la place de l�Assyrie dans le Nord syrien, est contenue � grand-peine dans la haute vall�e du Tigre ; � plusieurs reprises, des r�voltes �clatent dans les villes d�Assyrie.</p><p>L�empire du Proche-</p><p>Orient (VIIIe - VIIe s.)</p><p>Un nouveau soul�vement am�ne sur le tr�ne Toukoulti-apil-�sharra III (746-727), le T�glat-phalasar de la Bible, qui r�tablit rapidement la situation dans le royaume d�Assour. La multiplication des charges auliques et le morcellement des provinces affaiblissent la haute noblesse en �largissant ses rangs.</p><p>Tenant sans doute compte du m�contentement que la conscription suscitait dans une Assyrie �puis�e par la guerre incessante, les rois de ce pays recrute-</p><p>ront d�sormais leur infanterie chez les prisonniers de guerre et n�utiliseront plus les Assyriens que dans les troupes d��lite : le g�nie, la charrerie, la cavalerie ; les chars ne servent plus qu�� transporter les troupes, car la force de choc est maintenant constitu�e par les cavaliers, les Assyriens ayant appris � monter � cheval au contact des M�des, chez qui ils vont r�guli�rement razzier des montures. Enfin, la cour d�Assyrie pratique d�sormais une politique ext�-</p><p>rieure suivie : intervention syst�matique dans les querelles dynastiques et les guerres locales, annexions et d�portations de plus en plus fr�quentes pour r�pondre aux r�voltes.</p><p>Dans ces conditions, Toukoulti-</p><p>apil-�sharra III r�cup�re rapidement les positions avanc�es de la domination assyrienne au si�cle pr�c�dent et les d�passe amplement. � la suite de ses campagnes dans le Zagros, il re�oit le tribut des M�des de tout le nord de l�Iran. En 743, il bat une coalition des rois de la Syrie septentrionale et du Taurus, sans doute anim�e par le roi d�Ourarthou, Sardouri, qui doit renoncer � la pr�pond�rance qu�il exer�ait dans ces r�gions ; en 735, l�Ourarth�en est m�me assi�g� dans sa capitale, Toushpa (au sud-est du lac de Van), par les Assyriens, qui ont reconquis tout le bassin du Tigre sup�rieur. Mais la r�sistance au roi d�Assyrie se maintient en Cappadoce et dans le couloir syrien : il faut trois campagnes pour prendre Arpad, capitale d�un royaume aram�en de la r�gion d�Alep (740) ; une coalition de princes syriens est battue en 738, puis, de 734 � 732, l�Assyrien, sans doute pour d�jouer les intrigues de l��gypte, occupe la Palestine et la Transjordanie, et d�truit le royaume aram�en de Damas.</p><p>Enfin, Toukoulti-apil-�sharra III se laisse tenter par la faiblesse de la Babylonie, o� les usurpateurs se succ�dent rapidement et dont le territoire est en fait divis� entre les chefs des tribus aram�ennes. Il rompt alors avec la politique prudente de ses pr�d�cesseurs, qui tant�t avaient battu les rois de Babylone et s��taient content�s d�annexer une ou deux bourgades, tant�t �taient venus soutenir un pr�tendant de leur choix et, apr�s avoir ch�ti� quelques</p><p>tribus de pasteurs, s��taient pr�sent�s en p�lerins dans les villes saintes de basse M�sopotamie. Ayant affaire en Babylonie � un usurpateur d�cri�, l�Assyrien le capture et se fait proclamer roi � Babylone sous le nom de r�gne de Poulou, indiquant ainsi qu�il entend maintenir l�existence propre du royaume du Sud, mais la domination assyrienne s�y heurtera toujours aux r�ticences des citadins et aux r�voltes des tribus aram�ennes, qui trouvent un asile dans les marais des basses vall�es et du Pays de la mer. Cette union personnelle des deux �tats se maintient sous le fils a�n� du grand conqu�rant, Shoulm�n-ashar�dou V (Salmanasar)</p><p>[727-722], dont la campagne la plus notable aboutit � la prise de Samarie (722), capitale du royaume d�Isra�l.</p><p>Victime d�une r�volte de la ville d�Assour, dont il avait supprim� les franchises, ce roi est remplac� par son fr�re, Sargon II (Sharrou-k�n en assyrien) [722-705], qui a h�rit� de toute l��nergie de son p�re. Mais, d�sormais, les ennemis de l�Assyrie se pr�tent volontiers main-forte, et l��tendue de l�empire entrave l�exp�dition des renforts. Profitant de la crise de succession, la Syrie se soul�ve et Babylone se donne pour roi l�Aram�en Mardouk-apal-iddin II, le M�rodach-baladan de la Bible, qui, avec l�aide des �lamites, arr�te l�arm�e assyrienne (720). Renon�ant momentan�ment � la Babylonie, Sargon se retourne contre la Syrie : la coalition dirig�e par le roi aram�en de Hamat est �cras�e � Qarqar, sur l�Oronte (720) ; le roi de Gaza et un g�n�ral �gyptien sont battus � Raphia (auj. Rafa) [720], mais les intrigues des pharaons am�nent de nouvelles exp�ditions assyriennes en Palestine. La lutte contre les N�o-Hittites, qui sont longtemps appuy�s par Rous�, roi d�Ourarthou, et par Mita, roi de Moushki (sans doute le Phrygien Midas), est aussi downloadModeText.vue.download 461 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>998</p><p>difficile : Sargon annexe peu � peu la Cilicie et les r�gions du Taurus et de l�Anti-Taurus, mais ne parvient pas � soumettre totalement la Cappadoce.</p><p>Par contre, son arm�e porte un coup terrible � Rous�, qui lui disputait la tutelle des Mann�ens (peuple situ� au sud du lac de Rez&#x101;ye) ; apr�s la d�vastation de son royaume (714), l�Ourarth�en se suicide, et ses successeurs se garderont d�inqui�ter l�Assyrie. Enfin, en 710, Sargon trouve le temps pour attaquer la Babylonie : Mardouk-apal-iddin II s�enfuit, et l�Assyrien se fait proclamer roi dans la ville de Mardouk. Sa domination est alors reconnue dans la majeure partie de l�Asie occidentale : le roi de Dilmoun (�le Bahre�n) et ceux de Chypre lui envoient le tribut. Mais � peine le conqu�rant a-t-il inaugur� sa ville de royaut�, Dour-Sharrouk�n (auj. Khursab&#x101;d ou Khorsabad), au nord de Ninive, qu�il doit repartir en Cappadoce, o� il est tu� lors d�un combat (705).</p><p>Son fils et successeur, Sin-ah�-�r�ba (705-680), le Sennach�rib de la Bible, manifeste le m�me caract�re �nergique et cruel. Son av�nement est �galement pour les Babyloniens l�occasion de reprendre leur ind�pendance. Sin-ah�-</p><p>�r�ba, qui entre � Babylone apr�s avoir battu les �lamites et les Aram�ens (703), juge plus prudent de confier le tr�ne de la grande ville � un Aram�en qui a �t� otage chez les Assyriens, puis, apr�s une nouvelle r�volte (700), au prince h�ritier d�Assyrie. En 694, le roi d��lam capture le roi assyrien de Babylone et le fait ex�cuter ; il faut � Sin-ah�-�r�ba cinq ans de luttes ind�-</p><p>cises pour triompher de ses ennemis.</p><p>Aussi, apr�s avoir pris Babylone (689), celui-ci fait raser la ville et ses temples, sacril�ge qui rend les Assyriens odieux en basse M�sopotamie et divise m�me la cour d�Assyrie. Les autres r�voltes survenues durant son r�gne � dans le Zagros, en Ph�nicie et en Palestine</p><p>� co�tent moins de peine � Sin-ah�-</p><p>�r�ba, qui peut ainsi consacrer quelques ann�es aux grands travaux de Ninive, sa r�sidence.</p><p>Le destructeur de Babylone est</p><p>assassin� dans un temple par deux de ses fils ; une guerre de succession s�ensuit, termin�e par l�accession au tr�ne d�Assour-ah-iddin (680-669), l�Assa-rhaddon (Asarhaddon) de la Bible, un prince bien diff�rent de son p�re, Sin-ah�-�r�ba. Le nouveau roi, par ailleurs vaillant � la guerre mais de sant� fra-</p><p>gile et de temp�rament anxieux, tourment� par les p�rils aux fronti�res, ne cesse de consulter les dieux et emploie des rites extraordinaires pour conjurer les pr�sages d�favorables. Port� au pouvoir par une coterie assyrienne qui pr�ne l�indulgence � l��gard des Babyloniens, il fait reb�tir les temples de la ville de Mardouk pour r�parer le sacril�ge de son p�re, dont la fin tragique le hante. Assour-ah-iddin s�efforce �galement de pratiquer une politique conciliante � l��gard des chefs m�des, car la domination assyrienne a d� reculer dans le Zagros devant de nouveaux venus barbares : les Cimm�riens, qui vont ensuite glisser vers l�Anatolie, et les Scythes, qui sont �tablis � demeure dans le royaume des Mann�ens.</p><p>Mais la grande pens�e du r�gne est la conqu�te de l��gypte, destin�e � mettre fin aux intrigues du pharaon �thiopien, qui pousse � la r�volte les cit�s ph�-</p><p>niciennes, dont l��conomie est li�e � celle de la vall�e du Nil. Assour-ah-iddin d�truit Sidon (677) et donne une partie de son territoire au roi de Tyr, qui n�en fait pas moins d�fection au moment o� l�arm�e assyrienne r�ussit � p�n�trer dans le Delta (671) : le pharaon �thiopien est rejet� en Nubie, et la domination de l�Assyrie est �tendue � toute l��gypte, morcel�e en petits royaumes sujets. Mais Assour-ah-iddin meurt au moment de reprendre les op�-</p><p>rations dans ce pays, o�, sans doute, la r�bellion avait suivi le retour du roi.</p><p>Le d�funt souverain avait partag� ses �tats de fa�on curieuse entre ses deux fils : l�a�n�, Shamash-shoum-ouk�n, re-</p><p>�oit Babylone et le pays d�Akkad avec le titre de roi, mais sous le contr�le de son cadet, Assour-b�n-apli (669 - v.</p><p>627), dit aussi Assourbanipal, qui est roi d�Assyrie et ma�tre de l�empire. Ce dernier, plus encore que son p�re, diff�re du type traditionnel du monarque assyrien : Assour-b�n-apli se glorifie d��tre un lettr� en akkadien et en sum�-</p><p>rien, et, s�journant la plupart du temps � Ninive, il confie ses troupes � ses grands officiers. En �gypte, l�arm�e assyrienne, rappel�e deux fois pour soutenir les petits rois sujets de Ninive contre le retour offensif du pharaon �thiopien, finit par saccager Th�bes (v. 663), qui soutenait ce dernier. En 651, Shamash-shoum-ouk�n, �touffant</p><p>dans son �tat minuscule, lance contre son fr�re une coalition o� il a rassembl� Babyloniens, Aram�ens du Pays de la mer, Arabes, �lamites, citadins de Syrie, �gyptiens, montagnards du Zagros, mais, mal secouru, il succombe en 648. La cour de Ninive ch�tie les alli�s du r�volt�, et particuli�rement l��lam, qui, depuis Sargon II, a soutenu les rebelles de Babylonie. Assour-ah-iddin, profitant du morcellement du peuple �lamite en plusieurs royaumes, avait jou� d�j� des rivalit�s des princes, qu�il appuyait tour � tour ; Assour-b�n-apli, qui avait continu� cette politique, constate finalement que chaque �lamite acc�dant au tr�ne se comporte en ennemi de l�Assyrie, et il d�cide d�en finir : une arm�e assyrienne saccage de fond en comble Suse, les villes voisines et leurs campagnes (v. 646).</p><p>L�unification du Proche-</p><p>Orient (VIIe s. av. J.-C.)</p><p>Les constructions de Ninive aussi bien que la destruction de Th�bes et de Suse am�nent g�n�ralement l�historien � consid�rer que l�Empire assyrien atteint son apog�e au milieu du r�gne d�Assour-b�n-apli. Mais l��tendue formidable de cet �tat fait que le peuple assyrien, d�cim� par les guerres, n�y repr�sente plus qu�une infime minorit�, menac�e d�absorption. Les d�portations, destin�es � d�truire l�esprit de r�sistance local ou national, ont affaibli la plupart des peuples vaincus, mais, en dispersant les innombrables Aram�ens, elles ont r�pandu leur langue � travers l�Orient. Comme ce parler s��crit en signes alphab�tiques faciles � lire, la cour de Ninive elle-m�me emploie, � c�t� des scribes traditionnels, transcri-vant avec un roseau taill� l�assyrien en signes cun�iformes, des scribes �crivant en aram�en sur du papyrus ou du parchemin avec un pinceau � encre.</p><p>Les hommes du temps deviennent tr�s rares qui peuvent utiliser la fameuse</p><p>� biblioth�que d�Assourbanipal �, collection de copies de textes religieux, astrologiques, scientifiques et litt�raires �crits en sum�rien ou en akkadien et occupant plus de 5 000 des tablettes � cun�iformes retrouv�es au palais de Ninive et au temple voisin de Nabou, le dieu babylonien de l��cri-</p><p>ture. Depuis longtemps, en effet, les Assyriens se tournaient de pr�f�rence vers les dieux prestigieux de la basse M�sopotamie ; au VIIe s., toute l�Asie occidentale pratique l�astrol�trie, culte des astres assimil�s aux grands dieux m�sopotamiens, Nabou et Mardouk de Babylone, Shamash de Sippar et Sin d�Our, � c�t� d�Assour et d�Ishtar, divinit�s officielles de l�empire. Dans le domaine assyrien, en Ourarthou, en Iran, en Phrygie et jusqu�en Gr�ce et en �trurie, on subit l�influence d�un style artistique commun, qui rassemble les th�mes de la propagande des rois assyriens, les diff�rentes illustrations des mythes de Sumer, les techniques des Syriens, qui, � partir du IXe s., ont d�cor� des ivoires de motifs �gyptiani-sants pour les souverains de Kalhou et de Ninive, et sculpt� des reliefs inspir�s du mod�le assyrien pour les palais des roitelets aram�ens et n�o-hittites.</p><p>Les r�alisations des rois d�Assyrie au VIIe s. sont splendides et parfois novatrices : ils utilisent la pierre pour l�aqueduc de Ninive ; ils fondent des parcs botaniques, faisant ainsi conna�tre des plantes pr�cieuses downloadModeText.vue.download 462 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>999</p><p>comme le coton ; l�arriv�e, pour la premi�re fois, des soieries de Chine au Proche-Orient montre �galement l�accroissement des �changes avec le reste de l�Asie. Mais, dans ce monde cosmopolite qu�est l�Empire assyrien, l�esprit national, qui en est le ciment, n�est plus repr�sent� que par la petite aristocratie guerri�re des adorateurs d�Assour.</p><p>La fin de l�Assyrie</p><p>Ce petit groupe, avide de gloire et de butin, a us� son peuple � une t�che surhumaine. Non content de dominer la plaine m�sopotamienne, facilement parcourue par sa charrerie et sa cavalerie, il s�est souci� en m�me temps de la d�fendre pr�ventivement contre les envahisseurs fam�liques : Aram�ens des marais, Arabes du grand d�sert, Barbares divers venus de l�Anatolie et de l�Iran ; il a alors affront� des milieux</p><p>physiques franchement hostiles et surtout il a escalad� le Taurus, l�Anti-Taurus et le Zagros, des cha�nes puissantes d�passant 4 000 m, mais dangereusement proches du coeur de l�Assyrie ; il a voulu d�fendre les revenus qu�il tirait du couloir syrien et il a pouss� pour cela jusqu�� Th�bes, � 2 500 km de Ninive.</p><p>Ces folles exp�ditions sont sui-</p><p>vies d�un recul rapide qui occupe la seconde moiti� du r�gne d�Assourb�n-apli, p�riode de crise o� les documents sont rares. L�arm�e assyrienne ne peut emp�cher l��gypte de se lib�-</p><p>rer sous Psamm�tik Ier, roi de Sa�s, le petit royaume de Juda de saisir une partie de l�ancien territoire d�Isra�l.</p><p>La cour de Ninive se pr�occupe sans doute davantage alors de la menace qui vient de l�est : les M�des et les Scythes, auxiliaires indociles, puis ennemis d�clar�s, ont d� attaquer l�empire � cette �poque. Les deux fils d�Assourb�n-apli succ�dent l�un apr�s l�autre � leur p�re ; le second, Sin-shar-ish-koun (623-612), est attaqu� par l�Aram�en Nabou-apla-outsour, qui s�est fait proclamer roi � Babylone. Bient�t, les M�des viennent � la rescousse des Babyloniens : les villes assyriennes succombent � Assour en 614, Ninive en 612 �, et les restes de l�arm�e se r�fugient � Harr�n sous un nouveau roi, Assour-ouballith II (� partir de 612) ; mais les derniers soldats assyriens ne peuvent tenir l� jusqu�� l�arriv�e des secours envoy�s par le pharaon, qui a chang� de camp, et s�enfuient en Ourarthou (609).</p><p>Il ne reste � l�emplacement des cit�s fameuses que des tells de cendres et de briques. L�histoire des Assyriens se termine par un d�sastre total, en attendant le ch�timent que la post�rit� lointaine infligera � la m�moire du peuple disparu : on oubliera son sentiment religieux profond, le go�t de ses scribes pour la litt�rature et les sciences, et on ne retiendra que les proclamations orgueilleuses o� ses souverains �num�-</p><p>raient complaisamment leurs atrocit�s.</p><p>G. L.</p><p>&#x25B6; Akkad / Anatolie / Babylone / M�sopotamie.</p><p>B G. R. Driver et J. C. Miles, The Assyrian Laws (Oxford, 1935). / A. Parrot, Arch�ologie m�sopotamienne (A. Michel, 1946-1953 ; 2 vol.) ; Assur (Gallimard, 1961 ; nouv. �d., 1969). /</p><p>G. Goossens, � Asie occidentale �, dans Histoire universelle, tome I (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1956). / R. Borger, � Einleitung in die assyrischen K�nigsinschriften � dans Handbuch der Orientalistik, tome I (Leyde, 1961).</p><p>/ M. Vieyra, les Assyriens (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1961). / P. Garelli, les Assyriens en Cappadoce (Maisonneuve, 1963) ; l�Assyrio-logie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964 ; 2e �d., 1972) ; le Proche-Orient asiatique (P. U. F., coll.</p><p>� Nouvelle Clio �, 1969). / J. Laesse, People of Ancient Assyria (Londres, 1963). / C. J. Gadd, Assyria and Babylon c. 1370-1300 B. C. (� Cambridge Ancient History �, no 42, 1965). / D. J. Wi-seman, Assyria and Babylonia c. 1200-1000</p><p>B. C. (� Cambridge Ancient History �, no 41, 1965). / J. M. Munn-Rankin, Assyrian Military Power 1300-1200 B.C. (� Cambridge Ancient History �, no 49, 1967). / J. Deshayes, les Civilisations de l�Orient ancien (Arthaud, 1969).</p><p>L�ARCH�OLOGIE</p><p>ASSYRIENNE</p><p>C�est par les tells du � triangle assyrien � que d�buta au milieu du XIXe s.</p><p>la red�couverte du monde orien-</p><p>tal antique. Les sites de Ninive, de Khursab&#x101;d et de Nimroud furent</p><p>explor�s par les Fran�ais P. E. Botta, V. Place, F. Fresnel et J. Oppert, les Anglais A. H. Layard, H. C. Rawlinson, W. K. Loftus et G. Smith. Les Allemands, dirig�s par W. Andrae, explor�rent de fa�on approfondie le site d�Assour de 1903 � 1914. Le chantier de Ninive fut rouvert de 1927 � 1932</p><p>par les Anglais, et, entre 1928 et 1935, l�Oriental Institute de Chicago reprit l��tude de Khursab&#x101;d. En 1949, et pour une quinzaine d�ann�es, le fouilleur anglais M. E. L. Mallowan a recommenc� l�exploration de l�antique Nimroud.</p><p>Enfin, dans le d�sert, tell al-Rimah est en cours d��tude sous la direction de D. Oates. Le Service des antiquit�s d�Iraq, outre diverses fouilles, a entrepris des travaux de restauration.</p><p>Assour</p><p>Les longues ann�es de fouille sur ce site ont permis de tracer le plan de la ville avec ses deux enceintes et son</p><p>quai construit le long du Tigre. Des monuments d�gag�s, il faut retenir les palais : l�ancien (d�but du IIe mill�-</p><p>naire), qui resta en usage malgr� des transformations importantes jusqu�� la fin du m�me mill�naire ; le nouveau, qui fut �difi� plus � l�ouest par Toukoulti-Ninourta Ier (1246-1209), tandis que l�ancien se muait en n�cropole royale, o� cinq sarcophages de pierre ont �t� retrouv�s. Les monuments religieux furent encore plus importants. La grande ziggourat de la ville, d�di�e d�abord � Enlil, puis � Assour, se dressait entre le palais et le temple d�Assour. Le sanctuaire double d�Anou et Adad comportait deux ziggourats, l�une pour le dieu de l�Orage Adad, l�autre pour Anou, dieu du Ciel.</p><p>Le temple double de Sin et Shamash ainsi que le temple d�Ishtar ont un plan de type sum�rien (trois nefs parall�les avec entr�e sur le long c�t�) qui se distingue du type assyrien (une cella pr�-</p><p>c�d�e d�une ante-cella dans l�axe de la porte) et qui connut en deux mille ans d�existence de multiples avatars : enfin, le B�t Akitou du dieu Assour, o� se d�-</p><p>roulaient les festivit�s du nouvel an, se dressait � l�ext�rieur de l�enceinte.</p><p>Ninive</p><p>L�occupation du site remonte au</p><p>VIe mill�naire. Son histoire reste obscure jusqu�� la construction d�un palais par Toukoulti-apil-�sharra Ier (T�glatphalasar Ier) [1115-1077]. Ce n�est cependant qu�au VIIe s. que la ville devint un grand centre avec la construction du palais de Sin-ah�-�r�ba (Sennach�-</p><p>rib) [705-680], orn� de bas-reliefs de premi�re importance. Assour-b�n-apli (Assourbanipal) r�utilisa ce palais et en construisit un autre, lui aussi pourvu de beaux orthostates sculpt�s et d�une biblioth�que de 5 000 textes, dont l�apport fut consid�rable pour l�assy-riologie. Deux temples, l�un d�di� � Nabou et l�autre � Ishtar, ont �t� identifi�s. D�importants travaux d�art, dont il reste les piliers de l�aqueduc de Dje-rwan, furent r�alis�s pour alimenter la ville en eau.</p><p>Nimroud (anc. Kalhou)</p><p>C�est un site exclusivement assyrien.</p><p>Fond�e au XIIIe s. par Shoulm�n-asha-</p><p>r�dou Ier (Salmanasar Ier), peupl�e de Babyloniens d�port�s, la cit� de Kalhou devint au IXe s. la capitale de l�empire par la volont� d�Assour-n�tsir-apli II (Assour-Nasirpal II). Au moins six palais et plus de quatre temples occup�rent l�acropole de la cit�, domin�e par une ziggourat d�di�e � Ninourta.</p><p>En outre, un immense palais-arsenal fut �difi� par Shoulm�n-ashar�dou III (Salmanasar III) [859-824] � l�ext�-</p><p>rieur de l�acropole, dans l�angle sud-est de l�enceinte ; partiellement fouill�, il se distingue des autres palais par l�importance des ateliers et des maga-downloadModeText.vue.download 463 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1000</p><p>sins d�pendant de l�arsenal. Parmi les importantes d�couvertes de Nimroud, il faut signaler un lot d�ivoires sculpt�s d�origine ph�nicienne et syrienne.</p><p>Khursab&#x101;d</p><p>C�est un cas exceptionnel : situ�e un peu au nord de Ninive, � proximit� du Tigre, la ville fut fond�e par Sargon II vers 717, sous le nom de Dour-Sharrouk�n, pour �tre sa capitale, puis fut abandonn�e apr�s sa mort en 705. Son existence �ph�m�re n��te cependant rien � la majest� des restes et met en �vidence, bien au contraire, la puissance temporelle des souverains assyriens, capables d��riger en un temps record un ensemble aussi monumental. Une enceinte de trac� � peu pr�s trap�zo�dal enfermait la ville, avec au nord-ouest la citadelle et au sud un second palais d�importance moindre.</p><p>La citadelle comporte sur une terrasse le palais royal et, au nord-ouest, une ziggourat et un complexe sacr� o� six divinit�s �taient ador�es. En contrebas s��tendaient un autre sanctuaire sur terrasse, d�di� � Nabou et reli� au palais de Sargon par un acc�s direct compos� d�un pont de pierre en encorbellement, ainsi qu�un groupe de r�sidences secondaires dont les destinataires sont inconnus, sauf pour l�une d�entre elles, destin�e au fr�re de Sargon.</p><p>Aspects de l�art</p><p>Les Assyriens furent de grands b�tisseurs, et il n�est d�ailleurs pas exclu que le go�t immod�r� des souverains pour les constructions palatiales ait jou�, par l�absorption continuelle des forces vives, un r�le important dans l��croulement brutal de l�Empire assyrien.</p><p>Cette architecture ne pouvait atteindre � l�effet recherch� que par l�adjonction d�un d�cor. En effet, le mat�riau de base, la brique crue, de couleur grise et terne, ne peut donner naissance qu�� des �difices de forme parall�l�pip�-</p><p>dique simple. L�effet esth�tique obtenu pouvait ne pas manquer de force, mais il convenait d��gayer l�ensemble et de masquer le gros oeuvre par un d�cor plaqu�, destin� � faire des temples et des palais un sujet d��merveillement.</p><p>Vraisemblablement, des boiseries et des tentures couvraient les murs int�-</p><p>rieurs des salles, mais rien n�en a �t� retrouv�. En revanche, d�autres modes de d�cor nous permettent de juger l�art assyrien. Ce sont, tout d�abord, des peintures murales : les fouilles du XXe s. ont prouv� que les Assyriens ont largement pratiqu� cette technique, h�rit�e des peuples de l�Euphrate ; des �l�ments en ont �t� retrouv�s en particulier � Khursab&#x101;d (R�sidence K), � Nimroud et � Assour, mais le plus bel ensemble provient d�un palais assyrien fort �loign� cependant de l�Assyrie proprement dite, puisqu�il est situ� � Til Barsip, sur le haut Euphrate. Cent trente m�tres de murs ainsi d�cor�s y ont �t� retrouv�s ; des copies ont pu �tre lev�es, mais les fragments conserv�s sont rares. Pour les fa�ades, un autre effet de polychromie pouvait �tre obtenu par l�utilisation de briques �maill�es ; celles-ci ajoutaient une grande vari�t� de couleurs aux jeux de lumi�re, d�une beaut� sobre, mais parfois tr�s s�che, obtenus par l�alternance de redans et de saillants (fa�ade des temples � Khursab&#x101;d).</p><p>Les Assyriens firent d�autre part usage d�une technique dont l�origine doit �tre cherch�e en Syrie du Nord et dans le pays hittite : ce sont les orthostates sculpt�s (grandes dalles dress�es � la base des murs comme un simple d�cor plaqu�), que l�on retrouve dans des cours et dans certaines salles.</p><p>L��ge d�or de cet art, qui donna au</p><p>g�nie assyrien l�occasion de se d�velopper le plus librement, se situe entre le IXe et le VIIe s. Certes, l� comme dans tous les arts assyriens, la spontan�it� et la simple humanit� font souvent d�faut.</p><p>Mais il est toute une s�rie de reliefs</p><p>� provenant de Ninive en particulier</p><p>� o� une libert� de conception et de composition, un sens des attitudes et le go�t de la description ont converg� pour donner des oeuvres d�un grand in-t�r�t plastique : telles sont les repr�sentations des chasses d�Assourbanipal.</p><p>La statuaire, en revanche, n�obtint jamais de r�sultats comparables : les artistes n�ont pas su se d�gager de la mati�re pour donner un souffle d�humanit� � l�effigie repr�sent�e, et l�aspect �crasant des lions ou des taureaux androc�phales, ail�s ou non, au r�le de gardiens de portes, ne provoque pas une admiration sans m�lange. Dans d�autres domaines, des r�ussites certaines virent le jour : la glyptique, les portes de bronze de Balawat, de petites sculptures animali�res en ronde bosse sont l� pour l�attester. Il n�en reste pas moins que l�art assyrien appara�t dans son ensemble comme fig� par les r�gles strictes d�une �cole officielle, domin� par la volont� de glorifier le souverain et trop enclin � rechercher un simple effet de puissance.</p><p>J. C. M.</p><p>B A. Parrot, Arch�ologie m�sopotamienne (A. Michel, 1946-1953 ; 2 vol.) ; Assur (Gallimard, 1961). / J. Deshayes, les Civilisations de l�Orient ancien (Arthaud, 1969).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>ASSYRO-BABYLONIENNE</p><p>Une lente red�couverte</p><p>Il n�y a gu�re plus d�un si�cle, on ignorait � peu pr�s tout de la litt�rature assyro-babylonienne. On ne savait d�ailleurs que fort peu de chose sur l�histoire des peuples qui, dans l�Antiquit�, avaient habit� les r�gions du Tigre et de l�Euphrate. Les villes d�alors, b�ties en briques d�argile, n��taient plus que des tas de terres �boul�es, ne laissant gu�re subsister de ruines ou de vestiges reconnaissables.</p><p>On �crivait aussi sur l�argile, le plus souvent sur des tablettes d�argile lav�e et p�trie, qui, une fois inscrites au moyen d�un calame de roseau, �taient s�ch�es au grand air ou, plus rarement, cuites au four. Mais, alors que l�argile �tait un fragile mat�riau de construction, elle allait se r�v�ler un solide et durable support pour l��criture. Enfouie, elle r�sistait � presque tous les agents de destruction ; inondations ou incendies �taient sans effet sur elle.</p><p>Aussi �tait-ce par centaines de milliers que les documents �crits laiss�s par ces peuples subsistaient, intacts ou cass�s, au profond des d�combres accumul�s.</p><p>Jusqu�au d�but du XIXe s., et avant que des fouilles syst�matiques ne ra-menassent au jour ces innombrables t�moignages du pass�, seuls de rares briques ou cylindres inscrits trouv�s en surface ou quelques inscriptions rupestres avaient attir� l�attention des voyageurs et des savants. Mais le souvenir des langues qui y �taient �crites �tait oubli� depuis longtemps et perdu le secret de ces signes, que l�on devait appeler cun�iformes et dans lesquels certains sceptiques refusaient m�me de voir une �criture.</p><p>L�Antiquit� classique ne nous avait transmis sur les � lettres assyriennes �, dont parlent entre autres H�rodote et Strabon, que des indications tr�s vagues, qui ne furent d�aucune utilit� pour leur d�chiffrement. Mais on put entreprendre celui-ci gr�ce � l�existence d�inscriptions trilingues, relev�es � B�histoun ou � Pers�polis. Le m�me texte y �tait r�dig� en vieux perse, en �lamite et en babylonien. Les trois �critures �taient cun�iformes, mais diff�rentes et �galement inconnues. La version vieux perse c�da la premi�re, en raison d�une �criture plus simple et des rapports de la langue avec le persan. L��criture �lamite, plus compliqu�e (111 signes au lieu de 37), r�sista plus longtemps. La plus difficile fut la babylonienne.</p><p>Son d�chiffrement dura plus de cinquante ans. Ce fut tr�s lentement, en prenant appui au d�part sur la lecture de quelques noms royaux heureusement reconnus, que les d�chiffreurs vinrent � bout de l�extraordinaire com-</p><p>plexit� d�un syst�me graphique qui, accumulant les difficult�s, �tait � la fois syllabique et id�ographique, o� chacun de ses tr�s nombreux signes pouvait avoir plusieurs valeurs, et o� une m�me valeur pouvait �tre indiff�remment rendue par plusieurs signes, alors que certains d�entre eux, d�terminatifs ou compl�ments phon�tiques, �taient, � la lecture, parfaitement superflus.</p><p>downloadModeText.vue.download 464 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1001</p><p>La difficult� s�aggravait du fait que l�on ignorait la langue que cachait cette �criture. Lors m�me qu�on commen�a � supposer qu�elle pouvait �tre un idiome s�mitique apparent� � l�h�breu ou � l�arabe, il ne manqua pas de bons esprits, dont le grand Renan lui-m�me en 1859, pour le contester �prement.</p><p>En 1875, il �tait encore des historiens pour affirmer que l�impr�cision de la graphie cun�iforme condamnait l�usage des sources assyriennes.</p><p>Un pas d�cisif, pourtant, avait �t� franchi en 1857, lorsque, sous l��gide de la Soci�t� asiatique de Londres, il fut demand� � quatre savants, H. Fox Talbot, Henry C. Rawlinson, Edward Hincks et Jules Oppert, de traduire s�par�ment une m�me inscription d�un roi assyrien. La confrontation des r�-</p><p>sultats se r�v�la concluante : les traductions concordaient tant pour le sens g�n�ral que pour le d�tail de chaque mot.</p><p>D�s lors, les progr�s furent constants et rapides, cependant qu�affluaient des documents nouveaux exhum�s dans les fouilles.</p><p>La litt�rature assyro-babylonienne proprement dite commence vers 2330</p><p>avant notre �re, lorsque le roi s�mite Sargon d�Akkad s�empara du pouvoir politique que les Sum�riens d�tenaient dans le pays depuis de longs si�cles d�j�. Les scribes, alors, se mirent aussi � �crire dans la langue des nouveaux ma�tres, l�akkadien, rameau oriental</p><p>� et le plus ancien � des langues s�mitiques. Divis� par la suite en deux dialectes, l�assyrien et le babylonien,</p><p>pendant plus de dix-sept si�cles, il allait donner naissance � une abondante litt�rature et devenir la grande langue de culture du monde civilis� d�alors.</p><p>Vie quotidienne et</p><p>crainte de l�avenir</p><p>Si l�on prend le terme de litt�rature dans son sens le plus large, deux faits frappent d�s l�abord.</p><p>L�un est la masse consid�rable des documents �crits qui nous sont parvenus. Elle est sans commune mesure avec ce qu�ont pu nous laisser les autres civilisations du Proche-Orient ancien. Outre la biblioth�que encyclop�dique du roi Assourbanipal, bien d�autres ensembles, d�ailleurs de toutes les �poques � archives royales ou particuli�res, biblioth�ques de temples ou de palais �, ont �t� retrouv�s dans de nombreuses villes anciennes de la M�-</p><p>sopotamie, et m�me en dehors de ses fronti�res : en �gypte, en Anatolie, en Syrie et en Palestine.</p><p>De ces textes innombrables, la diversit� n�est pas moins remarquable.</p><p>Il n�est presque aucun domaine de la culture, aucun aspect de la civilisation qui n�y soit abondamment repr�sent�.</p><p>La masse la plus importante en</p><p>est constitu�e par une extraordinaire floraison de textes �conomiques et juridiques. Les premiers, qui vont de simples bulletins de salaires ou de livraisons, par exemple, � des pi�ces complexes des administrations centrales, pour aussi modestes qu�ils soient, n�en fournissent pas moins des renseignements pr�cis et directs sur la soci�t� du temps.</p><p>Quant aux documents juridiques, ils sont l�expression fid�le d�une soci�t� �minemment formaliste et rigoureuse dans ses cadres familiaux et dans ses rapports avec la terre. Des contrats de toute nature nous font conna�tre, avec une ampleur plus ou moins grande suivant les �poques, le droit des personnes et le r�gime des biens. Ont �t� �galement retrouv�s des recueils de lois, de r�glements ou d�ordonnances. Parmi eux, le code de Hammourabi (1792-1750), avec ses 282 paragraphes, son</p><p>introduction et son �pilogue de haute tenue, passe ajuste titre pour le monument l�gislatif le plus c�l�bre de l�Antiquit� orientale. Sa d�couverte, en 1902, marque une date importante dans l�histoire du droit, et c�est incontestablement par les sources cun�iformes que nous remontons le plus haut dans la connaissance des droits antiques.</p><p>Dans l�immense prolif�ration de ces textes de la vie quotidienne, il faut �galement inclure la riche documentation que fournissent les lettres, plus libres, plus vivantes, plus diverses aussi de ton, de forme, d�importance et qui jalonnent, avec des �clairages vifs et diff�rents, toute l�histoire de la M�sopotamie : billets familiers, missives royales, correspondance diplomatique, lettres de marchands, de pr�tres, de m�decins, de courtisans, de g�n�raux, de femmes aussi.</p><p>Aux pr�occupations journali�res, on doit �galement rattacher l�essentiel de la litt�rature ominale (traitant des pr�sages), tant la crainte de l�avenir et le d�sir d�en pr�voir les dangers n�ont cess� de hanter l�esprit de ces Anciens.</p><p>� cette recherche inqui�te et jamais satisfaite, nous devons toute une s�rie de grands ouvrages, groupant et classant, suivant leur nature, des s�ries d�observations et de pr�sages.</p><p>On tient souvent l�astrologie* pour la forme la plus caract�ristique de la divination babylonienne, car les mages chald�ens furent c�l�bres dans l�Antiquit� classique. Leur grande somme, intitul�e d�apr�s ses premiers mots, Lorsque Anou, Enlil..., r�partissait en quatre livres les pr�sages qu�ils tiraient de l�aspect et du mouvement des astres, de leurs rapports entre eux, des ph�no-m�nes c�lestes et des intemp�ries. Les pr�dictions, de port�e le plus souvent collective, int�ressaient le pays tout entier : les moissons, les troupeaux, les crues, la guerre ou la paix et le destin du roi.</p><p>Quelle que f�t pourtant la vogue de cette divination, elle le c�dait en anciennet�, en dignit� aussi, � l�harus-picine, dont le grand trait� canonique, consacr� � l�observation du foie et des entrailles d�animaux sacrifi�s � cet effet, comportait de nombreux livres,</p><p>divis�s eux-m�mes en chapitres. Il ne groupait pas moins de dix mille observations donnant mati�re � pr�dictions et assorties parfois de commentaires.</p><p>Plus de cent tablettes composaient un autre grand recueil divinatoire, dont le titre �tait Si une ville est b�tie sur la hauteur. Ce recueil �num�rait un nombre consid�rable d�observations les plus diverses, portant sur les mille et un incidents de la vie journali�re et sur le comportement, normal ou �trange, des animaux familiers.</p><p>Bien d�autres formes de la divination, par les naissances anormales ou les r�ves, par exemple, avaient fait �galement l�objet d�une abondante litt�rature sp�cialis�e. Pour st�riles qu�aient �t� en d�finitive ces voies de la connaissance, elles ne sauraient, cependant, ne serait-ce que par l�observation aigu� du r�el et le souci constant d�une exacte description, �tre �trang�res � l�histoire de la litt�rature comme � celle de la science. � plus forte raison en est-il de m�me de tous les ouvrages, pens�s, m�ris et soigneusement compos�s en s�ries ordonn�es de tablettes, que ces peuples nous ont laiss�s sur la m�decine, la philologie, les math�matiques et les autres domaines du savoir de ce temps.</p><p>Avec le domaine religieux, si nous ne quittons pas la vie de tous les jours, nous abordons une d�finition plus exigeante du mot litt�rature. Qu�il s�agisse de la d�votion proprement dite ou de la magie, officielle et protectrice, des pr�tres exorcistes, le rythme de la phrase, la sonorit� des mots, le path�-</p><p>tique de l�invocation constituaient en effet des �l�ments d�efficience majeure dans la pri�re, l�incantation et m�me le rituel.</p><p>C�est ici l�occasion de mettre en lumi�re une notion capitale de toute la litt�rature assyro-babylonienne, celle de la vertu du verbe. Parler ou �crire ne sont jamais des actes indiff�rents ou gratuits, car le mot est synonyme de cr�ation ou d�existence. La parole ou l��crit portent en eux une virtualit� qui ne demande qu�� s�exprimer et qui est toujours sentie comme telle. Il en r�sulte une recherche, consciente ou</p><p>inconsciente, de l�effet litt�raire, par lequel les mots acqui�rent plus de force et, partant, une plus s�re efficacit�.</p><p>En fait, il n�est gu�re d�oeuvres litt�-</p><p>raires, en M�sopotamie ancienne, qui ne cherchent � obtenir quelque chose en faveur de celui qui la compose, la r�cite ou la copie. En revanche, on se m�fiera de l��crit, qu�un tiers peut utiliser � son profit. Aussi existe-t-il des textes dont la diffusion est interdite et la lecture r�serv�e aux seuls initi�s.</p><p>De m�me, jusqu�� la fin de l�histoire m�sopotamienne, une partie de la connaissance continuera-t-elle � faire l�objet d�une transmission orale, plus facilement contr�l�e.</p><p>Quoi qu�il en soit et pour en revenir aux textes religieux, il nous est parvenu un nombre consid�rable de pri�res, d�hymnes, de chants, de lamentations adress�s aux dieux et aux d�esses, d�incantations aussi et de rituels magiques, dont usaient les exorcistes pour lutter contre les d�mons et les sortil�ges. Certaines de ces pri�res ou de ces oraisons, fort belles, maintes fois recopi�es au cours des �ges, nous introduisent d�j� dans le domaine des grandes oeuvres litt�raires.</p><p>L�� �pop�e de</p><p>Gilgamesh �</p><p>La plus connue de celles-ci, la plus repr�sentative du g�nie m�sopotamien, est sans doute l��pop�e de Gilgamesh.</p><p>Son h�ros est un tr�s ancien roi d�Ourouk, � demi l�gendaire. Autour de ce personnage s��tait probablement cr��e, dans la soci�t� sum�rienne de la fin du IIIe mill�naire, une tradition po�tique qui, d�abord orale, donna naissance, quelques si�cles plus tard, � un cycle de po�mes en langue sum�rienne.</p><p>Les po�tes akkadiens post�rieurs en tir�rent une �pop�e qui, sous la forme la plus compl�te que nous lui connaissions, comportait douze chants.</p><p>Les six premiers d�veloppent un</p><p>grand th�me h�ro�que. Pour mettre un frein � la fougue tyrannique du roi Gilgamesh, les dieux ont fait na�tre dans le downloadModeText.vue.download 465 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1002</p><p>d�sert un �tre sauvage et fort, Enkidou, qui, peu � peu initi� � la civilisation, le rejoint dans Ourouk. D�abord rivaux, les deux hommes deviennent amis et partent r�aliser ensemble prouesses sur prouesses. Ils triomphent du g�ant Houmbaba, gardien de la For�t des c�dres, tuent des lions, ma�trisent et immolent le Taureau c�leste, envoy� sur terre par la d�esse Ishtar, irrit�e contre Gilgamesh, qui a repouss� ses avances. D�inspiration toute diff�rente sont les six autres chants. Les deux h�ros, gris�s par leurs succ�s, ne se sont pas aper�us qu�ils sont tomb�s dans la d�mesure et qu�ils encourent le ch�-</p><p>timent divin. Enkidou meurt dans les bras de son ami, qui, d�sesp�r�, prend soudain conscience de la pr�carit� de la vie humaine. Par peur de la mort, il va par le monde cherchant le secret de la vie �ternelle. Au terme d�un �puisant voyage, il parvient aupr�s du seul homme auquel les dieux aient accord� l�immortalit�, Outanapishtim, le survivant du D�luge. Mais les possibilit�s qui sont r�v�l�es � Gilgamesh lui �chappent en d�finitive. Il reviendra finalement dans Ourouk, les mains vides, et y attendra avec r�signation le jour o�, � son tour, il descendra chez les morts, dont l��me �voqu�e d�Enkidou lui r�v�le, dans le dernier chant du po�me, la vie que ceux-ci m�nent sous la terre.</p><p>L��pop�e de Gilgamesh n�est pas</p><p>seulement une oeuvre ma�tresse de la litt�rature assyro-babylonienne. Elle peut servir � mettre en lumi�re, et d�une fa�on remarquable, les aspects essentiels de cette litt�rature.</p><p>Ses sources sum�riennes d�abord, puis le parti qu�elle en a tir� illustrent l�importance que, dans presque tous les domaines, la coexistence avec les Su-m�riens et l�h�ritage que ceux-ci laiss�rent eurent pour la pens�e babylonienne et pour son expression litt�raire.</p><p>Elle illustre aussi les p�riodes f�condes de son histoire litt�raire.</p><p>L��pop�e connut en effet des am�nagements successifs. Deux tablettes au moins d�une version ancienne remontent au temps de la premi�re dynastie babylonienne, que, dans l�histoire des</p><p>lettres, on peut appeler le si�cle de Hammourabi. Ce fut une p�riode de f�conde cr�ation litt�raire, servie par une langue dans toute la pl�nitude alors de sa perfection classique.</p><p>D�autres exemplaires attestent</p><p>qu�une nouvelle r�daction en fut faite aux temps qu�on appelle kassites (XIIIe, XIIe s.). La Babylonie connut effectivement alors, apr�s une assez longue �clipse, un ind�niable renouveau intellectuel. Sans qu�elle e�t la richesse et la spontan�it� cr�atrices de l��ge pr�c�dent, et non sans avoir produit quelques oeuvres de valeur, elle fut surtout une p�riode de compilation, de mise en ordre, de � canonisation � des grandes traditions ant�rieures.</p><p>L��pop�e de Gilgamesh t�moigne</p><p>aussi de l�intense travail de recherche, de collation et de copie auquel se li-vr�rent les scribes d�Assourbanipal (VIIe s.), lors de la constitution de sa biblioth�que. C�est de celle-ci, en effet, que nous est parvenu l�essentiel de ce que nous connaissons du po�me. Les versions qu�en firent ces lettr�s assyriens rest�rent d�ailleurs par la suite</p><p>� classiques � et elles furent copi�es et recopi�es par les g�n�rations successives de scribes, comme des dupli-cata plus tardifs nous en apportent la preuve.</p><p>Du rayonnement que connut la</p><p>culture babylonienne dans le monde d�alors, l��pop�e de Gilgamesh peut �galement t�moigner. Des copies, en effet, et des traductions en furent faites dans les pays �trangers. Certaines ont �t� retrouv�es dans la capitale des Hittites, et une de ses tablettes a �t� d�couverte � J�richo, en Palestine.</p><p>D�autres oeuvres po�tiques corrobore-raient ces t�moignages pour ce qui est de l��gypte, de la Syrie ancienne et de l��lam.</p><p>Il est enfin un probl�me important concernant la litt�rature assyro-babylonienne, qui se trouve tout particuli�-</p><p>rement �voqu� par un des �pisodes de l��pop�e. La onzi�me tablette contient un r�cit du D�luge qui pr�sente d�assez �tonnantes ressemblances avec la relation biblique. La constatation qu�on en fit nourrit en son temps la controverse,</p><p>souvent passionn�e, que suscita parmi les biblistes la d�couverte des sources cun�iformes.</p><p>Les uns ne voulurent voir dans cette litt�rature retrouv�e que l�illustration, l�arri�re-plan du Livre sacr�. D�autres, au contraire, frapp�s par l�ant�riorit� des t�moignages babyloniens, cherch�rent � expliquer par un � panbaby-lonisme � militant bon nombre de donn�es de l�Ancien Testament (Gen�se, paradis, D�luge, patriarches, r�flexion sapientiale) ou autres. Pour r�volues que soient aujourd�hui ces querelles ou ces pr�tentions, elles n�en contribu�rent pas moins � une connaissance plus exacte du milieu culturel et religieux du Proche-Orient ancien.</p><p>Les grandes</p><p>inqui�tudes humaines</p><p>Ces r�flexions g�n�rales peuvent nous permettre de commenter plus bri�vement les autres mythes et �pop�es, qui pr�sentent d�ailleurs quelques grands th�mes communs.</p><p>Celui du D�luge universel se re-</p><p>trouvait, par exemple, dans un autre important po�me ancien, le Mythe d�Atrahasis, dont s��taient inspir�s les r�dacteurs du Gilgamesh et qui traitait aussi de la cr�ation de l�homme. Ce mythe de la Gen�se avait trouv�, quant � lui, sa principale expression dans un po�me, en sept chants, inspir� par le clerg� de Babylone et r�dig�, vers la fin du IIe mill�naire, dans une langue litt�raire particuli�re, � recherches archa�santes. Ce � po�me babylonien de la Cr�ation � s�ouvrait sur l��vocation du Chaos primitif, immense masse liquide, d�o� naquirent des g�n�rations successives de dieux. Entre les plus anciennes, attach�es � l�immobilit�, au silence et � l�obscurit� de l�univers primordial, et les plus r�centes, aspirant au mouvement, au bruit et � la lumi�re, le conflit �tait in�vitable. Apr�s plusieurs p�rip�ties, la victoire revint au champion des jeunes dieux, Mardouk, le dieu de Babylone, qui, triomphant, cr�a l�univers ordonn� et, � partir de l�argile et du sang d�un dieu sacrifi�, imagina la cr�ation de l�homme. Tous les dieux du panth�on reconnurent alors sa supr�matie.</p><p>D�autres mythes illustrent d�autres pr�occupations religieuses. L�un conte comment l�oiseau des temp�tes Anzou r�ussit, pour un temps, � s�emparer de tous les pouvoirs divins, jusqu�� ce que le dieu Ninourta, l�ayant vaincu, parv�nt � r�tablir dans l�univers l�harmonie des normes perturb�es. De</p><p>cette m�ditation �pique sur la toute-puissance divine, on peut rapprocher une autre composition po�tique, qui a pour protagoniste le dieu de la Peste Era. Sous l�affabulation mythique, le po�te s�interroge en fait sur les rapports entre l�essence de la divinit� et l�aspect visible de son image, ainsi que sur l�inexplicable incertitude de la protection divine. Cette oeuvre, en cinq chants et �crite � l��poque kassite, a en effet pour toile de fond une p�riode trouble de l�histoire de Babylone, qui manqua p�rir, malgr� son caract�re de ville sainte de Mardouk.</p><p>C�est au contraire � la Mort et aux Enfers que sont consacr�es deux autres oeuvres c�l�bres, dont l�une, la Descente d�Ishtar aux Enfers, est un des classiques, tr�s t�t connu, de l�assyrio-logie. La d�esse de l�Amour ayant �t� retenue sous terre par sa soeur Eresh-kigal, toute procr�ation s�arr�ta dans le monde. La vie f�conde ne reprit que lorsque Ishtar recouvra sa libert�, en livrant � sa place son jeune amant Tam-mouz, un des dieux de la Fertilit�. Un autre mythe, de pr�s de cinq cents vers, raconte comment Nergal, qui si�geait jadis dans le ciel et dans la lumi�re, fut contraint d�aller partager avec Ereshki-gal, son �pouse et sa soeur, le peu enviable privil�ge de r�gner sur les morts.</p><p>D�autres oeuvres po�tiques �voquent le r�ve des hommes de monter dans les cieux et d��chapper � la mort. Telle fut l�aventure, finalement d�cevante, qu�un po�te attribue � l�ancien Sage Adapa, qui, pour avoir �t� contraint de briser les ailes du Vent du sud, fut cit� au tribunal du Roi des dieux. De ce voyage c�leste, il e�t pu rapporter la vie �ternelle si le dieu de la Sagesse ne l�e�t fait, � son insu, refuser l�offre voil�e qui lui en fut faite. Plus �toff� en ses cinq tablettes, le Mythe d�Etana relate le vol de ce roi l�gendaire sur les ailes d�un aigle et, plusieurs portes des cieux franchies, son retour p�rilleux</p><p>sur la Terre, avec la � plante d�enfan-tement �, qui lui permit d�obtenir sans doute le fils qu�il souhaitait.</p><p>Po�mes moraux</p><p>Aux �ternelles questions que l�homme se pose sur son destin, les Babyloniens avaient consacr�, outre ces mythes, des oeuvres de caract�re moral. Celles-ci, d�s leur d�couverte, ont particuli�rement int�ress� les ex�g�tes bibliques, en raison des rapports qu�ils leur trouvaient avec les parties sapientiales de l��criture.</p><p>L�un de ces po�mes moraux, le Juste souffrant, a d��troites similitudes avec le Job biblique. C�est un monologue, en quatre tablettes, dans lequel un personnage, nagu�re honor�, se lamente sur ses infortunes imm�rit�es. Alors qu�il fut toujours juste et pieux, sombr� dans la mis�re et abandonn� de tous, il souffre de mille maux. La mis�ricorde de Dieu lui fera finalement retrouver cr�dit, fortune et sant�, mais sans plus de raisons apparemment que n�en avait eues sa d�ch�ance.</p><p>La m�me notion de la transcendance des voies de Dieu est reprise, sous forme de dialogue, dans une oeuvre forte et belle, qu�on a pu appeler la Th�odic�e babylonienne. Deux amis lettr�s y discutent, en strophes altern�es, sur la condition humaine et sur la part de Dieu dans le bonheur et le malheur des hommes.</p><p>downloadModeText.vue.download 466 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1003</p><p>Ce genre litt�raire du dialogue est inspir� d�anciennes traditions sum�-</p><p>riennes, o�, dans des � d�bats � contradictoires, des animaux et des personnages symboliques disputaient de leurs m�rites respectifs. La fable babylonienne, en faisant dialoguer entre eux le Tamaris et le Palmier, le Cheval et le Boeuf ou le Renard, le Loup et le Chien, s�en inspirait directement. Mais, dans la Th�odic�e, cette tradition trouvait une tout autre dimension et une tout autre r�sonance.</p><p>Dialogue �thique, �galement, un autre po�me, dont le titre pourrait �tre le Ma�tre et son serviteur. Dans chacune des strophes, le ma�tre appelle son valet et lui dit ce qu�il va faire, et le valet d�applaudir. Mais, le ma�tre aussit�t se r�cusant, l�homme d�veloppe pour s�abstenir d�aussi bonnes raisons que celles qu�il avait donn�es pour agir. � quoi bon vivre alors ? La conclusion n�est pas claire : profession de pessimisme, satire sociale, petite com�die de moeurs, sayn�te sans pr�-</p><p>tention. On en discute encore.</p><p>� propos de ces dialogues, on songe � une �tonnante lacune de la litt�rature assyro-babylonienne. Le � jeu � ne va pas au-del� de deux personnages, et encore y devrait-on moins parler de dialogues que de monologues altern�s, hormis, peut-�tre, le Ma�tre et son serviteur, qui, par la vivacit� de ses reparties, sugg�re un rudiment de mise en sc�ne. Au-del�, nous n�avons rien qui pourrait attester l�existence d�un th��tre babylonien. Autres lacunes, la po�sie amoureuse, qui fleurit pourtant si richement en d�autres milieux s�mitiques, et le genre, d�ordinaire abondant, des contes, dont, pour l�instant, le seul t�moignage est celui, r�cemment retrouv�, de ce Pauvre Homme de Nippour, qui, par trois fois, sut tirer plaisante vengeance de la cupidit� du maire de sa ville.</p><p>D�un point de vue g�n�ral, il est �galement � noter que la plupart des oeuvres dont nous venons de parler sont babyloniennes ou d�origine babylonienne. Ce n�est pas que l�Assyrie se soit d�sint�ress�e des productions de l�esprit, mais, dans presque tous les domaines, la Babylonie a �t� l�initia-trice � la culture. L�Assyrie a souvent recherch�, parfois subi, non sans irritation, son influence intellectuelle. La langue qu��crivaient ses lettr�s n��tait qu�exceptionnellement le dialecte national, plus couramment un babylonien standard et cultiv�. C�est en puisant dans les � librairies � des villes babyloniennes que les rois assyriens enrichirent les tr�sors de leurs propres biblioth�ques, par voie de guerre et de butin, comme Toukoulti-Ninourta Ier (1246-1209), par recherches, collations ou copies pacifiques, comme au temps</p><p>d�Assourbanipal (669-627).</p><p>L�Assyrie et</p><p>le g�nie de l�histoire</p><p>Il est pourtant un domaine dans lequel les Assyriens d�velopp�rent, sinon invent�rent, une tradition nationale, celui de la litt�rature historique. Certes, les Babyloniens eurent aussi la curiosit� de l�histoire, et c�est chez eux, mais � l�extr�me fin de leur civilisation, que l�on trouve, dans de grandes Chroniques, ce qui, en M�sopotamie ancienne, se rapproche le plus de notre conception de l�histoire. Mais, auparavant, ils n�avaient gu�re produit que des documents historiographiques, des histoires �difiantes et de br�ves s�ries discontinues d��v�nements marquants.</p><p>De bonne heure, au contraire, la tradition assyrienne d�buta par des textes comm�moratifs de construction de temples ou de palais, dans lesquels les rois en vinrent � mentionner leur activit� guerri�re. Cette partie de l�inscription, d�abord br�ve et accessoire, ne tarda pas, sous une influence hourrite ou hittite peut-�tre, � prendre une importance de plus en plus grande entre la titulature glorieuse du monarque et le rappel, souvent tr�s abr�g�, d�une construction ou d�une restauration d��difice. Ce genre trouva son apog�e dans les inscriptions officielles, annales, fastes, histoires militaires ou lettres � Dieu des grands conqu�rants de la dynastie des Sargonides. Ainsi, l��dition de 636 des Annales d�Assourbanipal ne comporte pas moins de 1 300 lignes, dont une soixantaine seulement comm�morent la reconstruction d�un palais.</p><p>On aurait tort cependant de croire que les th�mes guerriers fussent les seuls o� se complaisaient ces textes.</p><p>Outre que la d�votion du roi et son ob�issance aux dieux y sont constamment exalt�es, on y trouve aussi, par exemple, des reflets de cette curiosit� � l��gard de la nature, qui est un des traits de l��me assyrienne. Il n�est pas rare que le r�cit d�une exp�dition s�attarde sur la beaut� sauvage des lieux travers�s et note parfois quelque particularit� des peuples rencontr�s. Quoi qu�il en soit, l�ampleur que prirent au VIIe s. ces inscriptions officielles des rois d�Assy-</p><p>rie en fait un chapitre important de la litt�rature assyro-babylonienne.</p><p>R. L.</p><p>B B. Meissner, Babylonien und Assyrien (Heidelberg, 1920-1925 ; 2 vol.). / D. D. Lucken-bill, Ancient Records of Assyria and Babylonia (Chicago, 1926-1927 ; 2 vol.). / E. Dhorme, la Litt�rature babylonienne et assyrienne (P. U. F., 1937). / J. B. Pritchard (sous la dir. de), Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament (Princeton, 1950 ; 3e �d., 1969). /</p><p>H. A. Brongers, De Literatuur der Babyloni�rs en Assyri�rs (La Haye, 1951). / A. Falkenstein et W. von Soden, Sumerische und akkadische Hymnen und Gebete (Stuttgart, 1953). / P. Garelli (sous la dir. de), Gilgamesh et sa l�gende (Klincksieck, 1960). / W. G. Lambert (sous la dir.</p><p>de), Babylonian Wisdom Literature (Londres, 1960) ; Atra-Hasis, the Babylonian Story of the Flood (Londres, 1969). / A. L. Oppenheim, Ancient Mesopotamia (Chicago, 1964) ; Letters from Mesopotamia (Chicago, 1967). / R. Labat, les Grands Textes de la pens�e babylonienne (Fayard-Deno�l, 1969).</p><p>astate</p><p>F RADIO-�L�MENTS.</p><p>Ast�rides</p><p>Animaux marins du groupe des �chinodermes, g�n�ralement en forme</p><p>d��toile � cinq branches. (Syn. AST�-</p><p>RIES, �TOILES DE MER.)</p><p>Morphologie</p><p>Les Ast�rides sont des �chinodermes �leuth�rozoaires, c�est-�-dire libres, que l�on trouve dans toutes les mers, � toutes les profondeurs. Leur sym�-</p><p>trie pentaradiaire est mise en �vidence, dans la plupart des cas, par cinq bras dispos�s r�guli�rement autour d�un disque central renfermant les organes essentiels de l�animal. Cependant, le nombre des bras peut �tre inf�rieur � cinq ou d�passer la quarantaine chez des esp�ces exotiques ou abyssales.</p><p>Les proportions varient � l�extr�me d�une esp�ce � l�autre. La face dorsale des bras et du disque est nue ou couverte de granules, de longs piquants, de tr�s petits piquants group�s en paxilles ou d��normes tubercules. Parfois, des p�dicellaires se trouvent sur les faces</p><p>ventrale et dorsale.</p><p>Mais, quels que soient leur aspect ou leur ornementation, toutes les Ast�ries sont construites sur le m�me plan. L��toile de mer typique est form�e d�une partie centrale disco�de, le corps, d�o� rayonnent cinq bras.</p><p>L�animal rampe sur sa face ventrale, aplatie, sa face dorsale �tant plus ou moins bomb�e. Le centre de la face ventrale porte une membrane p�risto-mienne o� s�ouvre la bouche ; celle-ci est munie d�un sphincter et entour�e de piquants jouant un r�le protecteur et aidant � l�ingestion des proies. De cette ouverture partent cinq goutti�res allant jusqu�� l�extr�mit� des bras ; chaque goutti�re est pav�e de plaques ambulacraires perc�es poulie passage d�un canal faisant communiquer chacun des tubes ambulacraires, ou podia, avec une v�sicule contractile qui commande sa turgescence ou sa r�traction ; les podia s�alignent en deux ou quatre rangs dans chaque goutti�re. Des plaques adambulacraires bordent les deux c�t�s des sillons et portent chacune plusieurs petits piquants mobiles.</p><p>Des plaques inframarginales et supra-marginales bordent les bras.</p><p>Le squelette dorsal du disque est form� th�oriquement d�une plaque centro-dorsale, de plaques primaires polygonales, radiaires et interradiaires, entre lesquelles s�ins�rent de nombreuses petites plaques. L�ensemble forme un pavage g�om�trique sur le disque et des alignements longitudinaux sur les bras ; un t�gument d��paisseur variable les recouvre, portant des piquants ou des tubercules, isol�s ou group�s ; les plaques sont aussi parfois s�par�es par des espaces membraneux o� l�on remarque de petits tubes en doigt de gant, les papules, organes respiratoires et excr�teurs. Des p�dicellaires sont situ�s entre les piquants, � leur base ou en divers endroits du corps ; ce sont des organes de d�fense et de nettoyage.</p><p>L�organisation interne</p><p>Elle est assez simple. De la bouche part un large et court oesophage qui d�-</p><p>bouche dans un vaste estomac dont la base porte dix appendices glandulaires.</p><p>Un tr�s court intestin, suivi d�un rectum, d�bouche parfois au-dehors par un minuscule anus dorsal.</p><p>Les Ast�ries ne poss�dent pas d�appareil circulatoire proprement dit ; le liquide h�mal est contenu dans des lacunes. Le syst�me nerveux, complexe, comporte trois syst�mes : un syst�me superficiel ou ectoneural, sensitivo-moteur, fait d�un anneau nerveux buccal �mettant cinq rubans nerveux, un syst�me hyponeural et un syst�me entoneural. Quant � l�appareil aquif�re, il pr�sente des particularit�s int�ressantes : un anneau oral qui �met cinq canaux radiaires occupant le fond des goutti�res brachiales et alimentant les divers podia, et d�o� pendent cinq downloadModeText.vue.download 467 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1004</p><p>grosses v�sicules interradiaires, dites</p><p>� de Poli �, jouant un r�le �quilibrateur du syst�me ambulacraire en se gonflant et en se vidant, permettant ainsi la r�-</p><p>traction ou la turgescence des podia ; dans chaque radius se trouvent deux petites masses irr�guli�res, les corps de Tiedemann, � fonction hormonale.</p><p>L�appareil aquif�re est reli� au milieu ext�rieur par un canal hydrophore d�-</p><p>bouchant sur la face dorsale par l�interm�diaire d�une plaque madr�porique cribl�e de trous.</p><p>Reproduction</p><p>Les Ast�rides ont les sexes s�par�s, et la reproduction peut se faire de diff�rentes fa�ons. Le plus souvent, les oeufs sont pondus dans la mer et f�cond�s au hasard par les spermatozo�des �mis par les m�les. Les formes larvaires sont d�abord une larve nageuse cili�e, la Bipinnaria, qui se transforme en Brachiolaria ; celle-ci, � la suite de changements compliqu�s, se m�tamorphose en �toile de mer parfaitement constitu�e.</p><p>Quelques Ast�ries, comme Asterina gibbosa de nos c�tes, pondent de gros oeufs rouge�tres coll�s c�te � c�te sur le substrat par leur enveloppe g�latineuse. Les oeufs donnent naissance non</p><p>pas � une larve nageuse mais � une larve qui rampe sur le fond ; la petite Ast�rie se forme, tandis que l�organe larvaire subit une atrophie progressive.</p><p>Chez de nombreuses Ast�ries des</p><p>mers froides, les jeunes se d�veloppent sur le corps m�me de la m�re, soit dans une cavit� incubatrice du dos, soit fix�s � la face ventrale ou dans une partie de l�estomac.</p><p>Enfin, par suite de leur pouvoir de r�-</p><p>g�n�ration, les Ast�ries se reproduisent souvent par voie asexu�e. L�animal se coupe en deux, comme Coscinasterias tenuispina, ou se s�pare d�un ou de plusieurs de ses bras ; chaque partie r�g�-</p><p>n�re une �toile normale. Chez les Linc-kia, chaque bras autotomis� �met des bourgeons, puis un disque se forme ; l�animal passe alors par une forme typique, dite � en com�te �.</p><p>�cologie</p><p>et distribution</p><p>Les �toiles de mer habitent aussi bien la zone intertidale que les grandes profondeurs, sur ou sous les roches, les Algues, ou plus ou moins enfonc�es dans le sable ou la vase. Elles se d�placent au moyen de leurs podia ; ceux qui sont pourvus d�une ventouse permettent � l�animal de se hisser sur une surface unie verticale. Lors de leurs d�placements, la plupart des Ast�ries dressent leurs bras, dont l�extr�mit� porte, sous forme d�une petite tache rouge, un oeil rudimentaire nomm� ocelle.</p><p>Elles sont carnivores, s�accom-</p><p>modant de toutes sortes d�aliments, morts ou vivants. Des esp�ces pr�datrices, comme Asterias rubens, font d��normes ravages dans les bancs d�Hu�tres et de Moules. D�pourvue d�anus, cette esp�ce a une fa�on extraordinaire de se nourrir : elle fait jaillir son estomac par la bouche en le retournant comme un gant, l�applique sur sa proie, dig�re celle-ci ext�rieurement en absorbant les �l�ments nutritifs � travers la paroi gastrique, enfin rentre son organe digestif en lui rendant sa disposition de repos. Marthasterias glacialis s�attaque aux gros Oursins. D�autres Ast�ries, comme Astropecten, avalent</p><p>les Mollusques en entier et rejettent ensuite par la bouche les coquilles vides.</p><p>L�esp�ce tropicale Acanthaster Planci ravage actuellement des surfaces consid�rables de r�cifs coralliens en broutant les parties molles des Madr�-</p><p>pores, laissant � nu le polypier.</p><p>G. Ch.</p><p>B L. Cu�not et C. Dawydoff, � Embranchement des �chinodermes � in Trait� de zoologie sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XI (Masson, 1948).</p><p>/ G. Cherbonnier, les �chinodermes (Les Beaux Livres, 1955). / L. H. Hyman, The Invertebrates, t. IV : Echinodermata, the Coelomate Bilateria (New York, 1955).</p><p>asthme</p><p>Maladie g�n�rale qui se manifeste par une g�ne respiratoire, ou dyspn�e.</p><p>Cette dyspn�e a son si�ge dans les bronches, mais elle ne repr�sente que l�expression bronchique pr�dominante d�un d�s�quilibre neurov�g�tatif et vaso-moteur.</p><p>L�asthme fut isol� du groupe confus des dyspn�es paroxystiques � la fin du XIXe s. Il s�agit d�une maladie tr�s r�pandue. On estime que l�asthme touche en France 5 p. 100 de la population totale. C�est avant vingt ans que plus de la moiti� des cas se d�clarent, et cette donn�e a un int�r�t clinique, car les troubles respiratoires diff�rent selon l��ge du malade. Cette vari�t� d�aspects prouve que l�on est en pr�-</p><p>sence avant tout d�une maladie r�actionnelle. N�anmoins, sur la nature m�me de la maladie, deux conceptions s�affrontent : celle qui tend � faire de l�asthme un syndrome relevant de causes vari�es, allergiques au premier chef, et celle qui tend � en faire une maladie constitutionnelle li�e � une dystonie neurov�g�tative d�origine dienc�phalique, ext�rioris�e par des facteurs multiples, notamment allergiques.</p><p>Les formes cliniques</p><p>Les aspects cliniques de la maladie asthmatique sont des plus vari�s. Mais sous cette vari�t� apparente se cache une trame pathologique identique dans la plupart des cas, repr�sent�e par des</p><p>troubles bronchiques (il s�agit d�hypers�cr�tion et de bronchospasme) et par des manifestations associ�es au niveau de l�arbre respiratoire ou d�autres secteurs de l�organisme.</p><p>L�asthme � dyspn�e paroxystique</p><p>Il est caract�ris� par un acc�s de ralentissement (bradypn�e) expiratoire.</p><p>Apr�s quelques prodromes variables (troubles nerveux ou digestifs, malaise g�n�ral ou toux), le d�but est apparemment brutal, volontiers nocturne. La dyspn�e atteint rapidement son maximum, g�nant consid�rablement le malade, qui, assis, le thorax dilat�, la respiration sifflante, les veines jugulaires gonfl�es, a � soif d�air �. La phase de bradypn�e expiratoire dure de quelques minutes � une heure au plus, termin�e par des quintes de toux p�nibles, amenant difficilement une expectoration perl�e et gluante, faite de petits cra-chats pelotonn�s. Ensuite le malade retrouve g�n�ralement son calme et se rendort. Durant un tel acc�s, l�examen clinique se doit d��tre prompt. En effet, le malade, en proie � une angoisse respiratoire certaine, se trouve dans un �tat proche de l�asphyxie. On constate que le thorax se bloque en inspiration forc�e, que le rythme respiratoire est ralenti et invers�. � une inspiration hum�e suit une expiration bruyante et prolong�e. L�existence de sifflements entendus � distance pendant ce temps respiratoire est un �l�ment essentiel du diagnostic. L�auscultation confirme ces downloadModeText.vue.download 468 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1005</p><p>donn�es. L�absence de douleurs et le maintien de la tension art�rielle sont �galement � noter. Sous l�effet du traitement, l��volution de la crise tourne court le plus souvent. Cependant, le traitement ne met pas � l�abri de r�cidives rapproch�es, et, dans un certain nombre de cas, l�acc�s se renouvelle de fa�on cyclique. Pendant une huitaine de jours et dans les m�mes circonstances, l�acc�s dyspn�ique r�appara�t.</p><p>Ainsi est r�alis� ce qu�il est convenu d�appeler l�attaque d�asthme. Puis les acc�s viennent � s�espacer, diminuant</p><p>de dur�e et d�intensit�. Une p�riode d�accalmie peut durer plusieurs mois jusqu�� l�acc�s suivant. Il est � noter qu�entre leurs attaques d�asthme bien des asthmatiques sont capables de soutenir des efforts physiques importants.</p><p>L�asthme � dyspn�e continue</p><p>Il se rencontre essentiellement chez les sujets �g�s. Il est parfois la cons�-</p><p>quence �volutive de la forme pr�c�-</p><p>dente, crises et attaques se rapprochant de plus en plus, et aboutissant � un tableau d�emphys�me avec dyspn�e continue. Celle-ci subit certes l�influence de chocs �motifs, d�agressions allergiques ou de d�sordres endocriniens qui d�terminent de petits acc�s paroxystiques, mais son caract�re permanent la diff�rencie de la forme pr�c�dente. Cette dyspn�e expiratoire est le plus souvent � type de polypn�e (respiration rapide) et s�accompagne de troubles s�cr�toires qui deviennent rapidement pr�pond�rants. On est en pr�sence du classique asthme catar-rhal avec expectoration abondante, de l�ordre de 300 millilitres par jour, visqueuse, filante, faite de mucus translucide en l�absence d�infection surajout�e. Un certain degr� d�acc�l�ration du coeur (tachycardie) n�est pas rare dans cette forme.</p><p>L��tat de mal asthmatique</p><p>Cette forme constitue une v�ritable urgence m�dicale. Ce n�est, en fait, que l�exag�ration d�un acc�s paroxystique qui s�intensifie et se prolonge. Un tel �tat de mal s�ins�re, pour la plupart des cas, dans l��volution d�un asthme connu, mais il peut �tre parfois inaugural de la maladie asthmatique. Quoi qu�il en soit, il se caract�rise par une dyspn�e des plus intenses, � type de polypn�e, avec tirage. Le patient, en proie � une angoisse p�nible, semble pr�s d�asphyxier. Une expectoration plus ou moins abondante ach�ve de caract�riser ce tableau. L�examen clinique permet de constater une tachycardie importante et une h�patom�galie t�moignant de la d�faillance du coeur droit. Un �tat de mal asthmatique met en jeu le pronostic vital ; c�est pourquoi le traitement doit en �tre imm�-</p><p>diat. Il convient de souligner d�embl�e</p><p>le r�le n�faste, dans le d�clenchement des �tats de mal, de l�abus de sympathomim�tiques (l�adr�naline, l��ph�-</p><p>drine) ou de l�utilisation intempestive d�antibiotiques � allergisants � tels que la p�nicilline. Dans cette derni�re �ventualit�, il s�agit d�un �tat de mal f�brile.</p><p>Autres formes</p><p>y Quelques autres formes cliniques m�ritent d��tre mentionn�es.</p><p>Les asthmes dits � larv�s � se traduisent par une respiration sifflante nocturne et une toux diurne avec ou sans expectoration.</p><p>Les asthmes f�briles, outre ceux que nous avons cit�s pr�c�demment, s�observent essentiellement chez l�enfant ; ils peuvent entra�ner des erreurs de diagnostic et des retards de traitement.</p><p>Les asthmes d�effort sont � rapprocher des crises d�urticaire d�clench�es dans les m�mes conditions. La pathog�nie est mal connue, mais l�int�r�t de telles formes vient de la confusion possible avec des dyspn�es d�origine cardiaque.</p><p>Les asthmes tardifs, d�butant sur un mode dyspn�ique continu, sont rapidement � invalidants � et posent souvent de difficiles probl�mes th�rapeutiques.</p><p>y Enfin, certaines formes insolites peuvent s�observer : elles se manifestent par de petites h�moptysies lors des p�riodes menstruelles chez la femme jeune.</p><p>Examens</p><p>compl�mentaires</p><p>L�expectoration des asthmatiques contient presque toujours des �osinophiles en grande quantit� et leurs produits de d�gradation, sous forme de cristaux dits � de Charcot-Leyden �.</p><p>Dans le sang, l��osinophilie est �galement accrue, mais de fa�on plus mod�-</p><p>r�e. Le degr� d��osinophilie sanguine permet d�augurer, dans une certaine mesure, de la gravit� d�un �tat asthmatique, mais cet �l�ment pronostique est en r�alit� infid�le.</p><p>Les images radiologiques observ�es t�moignent de la distension thoracique qui s�exerce dans tous les sens : �largissement de face et de profil, le coeur paraissant petit, en � goutte �.</p><p>On note �galement l�abaissement du diaphragme et l�horizontalit� des arcs costaux. Par ailleurs, la bronchogra-phie lipiodol�e fournit des images dites � en arbres d�hiver �. Elle montre surtout que les grosses bronches sont int�ress�es, selon un mode de r�tr�-</p><p>cissement (st�nose) ou de dilatation ou selon les deux modes � la fois.</p><p>Ces modifications de calibre rendent compte des d�sordres neurov�g�tatifs qui sont � l�origine de la maladie. Ces m�mes �l�ments peuvent �tre pr�cis�s</p><p>� de visu � par l�examen bronchoscopique, qui permet en outre d�appr�cier l��tat s�cr�tatoire local. En dehors de ces examens permettant de juger l��tat asthmatique en soi, il importe de rechercher chez tout asthmatique diverses manifestations apparent�es touchant l�appareil respiratoire sup�-</p><p>rieur (coryza saisonnier, sinusite), la peau (urticaire, ecz�ma) ou les visc�res (gastrites, dyskin�sie biliaire).</p><p>Ces manifestations peuvent survenir au m�me moment qu�une crise d�asthme, alterner avec elle ou la pr�c�der de peu.</p><p>Il semble bien qu�elles proc�dent du m�me d�sordre neurov�g�tatif.</p><p>Enfin, pour pr�ciser le retentissement fonctionnel, il est n�cessaire de pratiquer des �preuves respiratoires sous modificateurs pharmacodynamiques, qui requi�rent cependant une certaine prudence. Ainsi, la part qui revient dans les d�sordres ventilatoires au facteur spasmodique (toujours curable) et aux l�sions bronchiques d�j� constitu�es (le plus souvent irr�-</p><p>versibles) peut-elle �tre tranch�e.</p><p>L��volution</p><p>de la maladie</p><p>Elle est des plus variables. Certains asthmatiques feront des crises toute leur vie, d�autres gu�riront � l�issue des premi�res crises. Cependant, dans 50 p. 100 des cas environ, apr�s des r�missions plus ou moins prolong�es, l�asthme s�aggrave. En vieillissant, la plupart des asthmatiques voient leurs crises changer de physionomie, car leur</p><p>aptitude r�actionnelle se modifie. Les risques d�infection bronchique additionn�e se majorent, et bien souvent s�installe une dyspn�e permanente.</p><p>Parmi les complications � redouter, il convient d�isoler, outre la survenue d�ictus laryng� (perte de connaissance), celles de pleuropneumopathies aigu�s, de pleur�sies � �osinophiles, de pneumothorax spontan�s et surtout d�infections bronchiques entra�nant une obstruction permanente, ellem�me source d�emphys�me. L�insuffisance cardiaque peut �tre le terme d�une telle �volution.</p><p>Diagnostic et recherche</p><p>des causes</p><p>Pour parvenir au diagnostic d�asthme, il faut �liminer un certain nombre d�affections � dyspn�isantes �. En cas de crise, le diagnostic est ais�. Il est plus difficile dans les formes � dyspn�e continue, qu�il convient de distinguer d�autres pneumopathies ou de dyspn�es d�origine cardiaque.</p><p>Mais c�est sur le double plan de la physiopathog�nie et de l��tiologie que se posent les probl�mes les plus d�licats.</p><p>Sur le plan physiopathog�nique,</p><p>il semble bien que l�obstruction des bronchioles soit seule responsable de la dyspn�e. Trois facteurs interviennent dans le d�terminisme de cette obstruction : un oed�me des muqueuses, une augmentation de la s�cr�tion bronchique et des d�sordres vaso-moteurs provenant d�un d�r�glement du syst�me neurov�g�tatif.</p><p>Sur le plan �tiologique, on retient certes une � aptitude asthmog�ne �</p><p>qui correspond � une pr�disposition et qui se traduit par l�existence d�une parent� morbide et par des �quivalents de l�asthme retrouv�s � l�interrogatoire des patients. Mais il faut que sur ce terrain surviennent des �l�ments r�v�lateurs, stimuli que l�on qualifie d�allergiques, pour provoquer l�asthme. Des facteurs psycho-�motionnels, endocriniens, infectieux, voire barom�triques peuvent s�ajouter aux pr�c�dents ou m�me agir seuls. Quant aux �pines irri-tatives, elles semblent plut�t appartenir</p><p>� la maladie asthmatique qu�en �tre la cause. De ces donn�es �tiologiques d�coule la n�cessit� d�une enqu�te allergologique tr�s soigneuse, car les allerg�nes (v. allergie) pouvant �tre incrimin�s sont extr�mement divers.</p><p>Parmi les plus importants citons les pneumallerg�nes (pollen), les allerg�nes alimentaires, m�dicamenteux, chimiques, infectieux ou parasitaires.</p><p>Les auto-allergies sont discut�es.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, l�allergie est assez difficile � identifier, et souvent, par ailleurs, on se trouve en pr�sence d�allergies multiples. Ce probl�me est particuli�rement grave lorsque se greffe une composante professionnelle.</p><p>Les allergies qui prennent la forme de crises d�asthme d�termin�es par des substances manipul�es pendant l�exercice de la profession sont de plus en plus nombreuses. Des gammes de tests allergologiques �tendues permettent parfois d��tablir une relation pr�cise de cause � effet et d�envisager des cures de d�sensibilisation.</p><p>downloadModeText.vue.download 469 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1006</p><p>Le traitement de l�asthme</p><p>Il passe par deux �tapes essentielles : d�une part une phase d�urgence,</p><p>d�autre part une phase de th�rapeutique �tiologique ou, � d�faut, de th�rapeutique de fond.</p><p>Le traitement de la crise d�asthme Il repose sur des m�dications symptomatiques, les unes connues de longue date (th�ophylline et ses d�riv�s par voie rectale ou, au besoin, par voie intraveineuse), les autres de connaissance plus r�cente (antihistaminiques, cortico�des). Les sympathomim�tiques (�ph�drine, aleudrine, isopr�naline) ne devraient �tre employ�s par voie g�-</p><p>n�rale ou locale (a�rosols) qu�en cas d��chec des m�dications pr�c�dentes, toujours avec mod�ration et en �vitant leur r�p�tition.</p><p>Le traitement de l��tat de mal</p><p>asthmatique</p><p>Il n�cessite plusieurs mesures : saign�e abondante de 300 � 400 millilitres, injection intraveineuse imm�diate d�un d�riv� soluble th�ophyllinique et mise en route d�une perfusion en goutte � goutte de s�rum contenant de la proca�ne � 1 p. 100 et des cortico�des sous forme, plus souvent, d�h�misuccinate d�hydrocortisone. La corticoth�rapie per os est habituellement compl�mentaire.</p><p>Dans les cas rebelles, on a recours aux m�thodes pr�c�dentes en association avec une pyr�toth�rapie (fi�vre artificielle) � base, par exemple, d�injections intramusculaires d�huile soufr�e.</p><p>Enfin, il faut signaler que, dans les �tats asthmatiques s�accompagnant d�expectoration purulente, une antibioth�rapie polyvalente, � l�exclusion de la p�nicilline, trop souvent � aller-gisante �, doit �tre associ�e syst�matiquement et qu�en cas d�insuffisance cardiaque mena�ante l�utilisation de diur�tiques est salutaire. Quant � l�oxyg�noth�rapie, elle est r�serv�e aux crises avec cyanose importante. Le meilleur mode d�administration est discontinu sous masque.</p><p>Il reste � mentionner quelques petits moyens pratiques, souvent efficaces : l�isolement du milieu environnant, l�emploi de cigarettes � base de datura ou d�eucalyptol. Dans tous les cas, il faut �viter la morphine, les gangliopl�-</p><p>giques et les barbituriques, en raison des risques d�apn�e que de telles th�rapeutiques font courir au malade.</p><p>En dehors des acc�s, le traitement � vis�e �tiologique s�impose. On peut sch�matiquement distinguer les d�sensibilisations sp�cifiques et les d�sensibilisations non sp�cifiques.</p><p>Les d�sensibilisations non sp�cifiques reposent depuis longtemps d�j� sur l�autoh�moth�rapie, associ�e aux injections d�hyposulfite de soude ou de magn�sie, ou encore de solution de peptone de cas�ine. Le but de cette m�thode est de provoquer des petits chocs, qui semblent assez efficaces dans certaines formes d�asthmes juv�-</p><p>niles � dyspn�e intermittente. Des tentatives d�administration de gammaglo-</p><p>bulines ont �t� �galement entreprises.</p><p>Les d�sensibilisations sp�cifiques se sont multipli�es ces derni�res ann�es.</p><p>Il s�agit d�une m�thode n�cessitant une grande prudence dans le maniement des doses et l�espacement des injections. Cela �tant, les r�sultats peuvent �tre remarquables pour certaines allergies (pollinoses), o�, d�ailleurs, toute suppression de l�allerg�ne en cause serait impossible. Mais, dans beaucoup d�autres cas, les r�sultats sont d�cevants, et il est pr�f�rable d�adopter des mesures prophylactiques telles que changement de literie, restrictions alimentaires, modifications des conditions de travail. Le traitement de la cause � ou des causes � consiste �galement � tenter de modifier le terrain si particulier de l�asthmatique : � c�t� de la prescription de s�datifs nervins, il est surtout indispensable d��tablir des contacts confiants entre le m�decin et le malade.</p><p>Le probl�me du maintien d�une corticoth�rapie au long cours se pose avec acuit� dans certaines formes d�asthme, notamment dans l�asthme � dyspn�e continue. Cette corticoth�rapie doit r�pondre aux besoins exacts du malade, besoins �minemment variables d�un sujet � l�autre. Elle doit �tre strictement surveill�e. Sels de potassium, st�ro�des* anabolisants et r�gime mo-d�r�ment sal� doivent �tre syst�matiquement adjoints. Les contre-indications habituelles de cette th�rapeutique ne doivent, en aucun cas, �tre oubli�es.</p><p>Que les cortico�des soient utilis�s ou non, le contexte clinique peut amener � prendre certaines mesures th�rapeutiques particuli�res. Tels sont les cas d�asthme survenant lors de la grossesse, qui peuvent requ�rir, du moins au d�but, une cure br�ve de progest�rone. Chez l�enfant, les s�jours en altitude (coll�ges de montagne) constituent l�id�al en mati�re de traitement de fond, malheureusement non encore r�alisable dans tous les cas. Aussi bien les cures thermales conservent-elles de l�int�r�t (La Bourboule pour les enfants, Le Mont-Dore et Saint-Honor�-les-Bains pour les adultes), principalement dans les cas d�asthme non exsudatifs.</p><p>M. R.</p><p>B H. Junon, l�Asthme dans l�enfance (Masson, 1958). / R. Pautrizel et G. Cabanieu, l�Allergie dans l�asthme (Expansion scientifique fran�aise, 1958). / A. Jacquelin, l�Asthme (�d.</p><p>� Heures de France �, 1959). / M. L. Hirt (sous la dir. de), Psychological and Allergic Aspects of Asthma (Springfield, Illinois, 1965). / J. M. Petit, Physiopathologie de la dyspn�e chez l�asthmatique (Maloine, 1966). / B. N. Halpern et coll., Asthme (Hermann, 1969).</p><p>astigmatisme</p><p>F VISION.</p><p>astrologie</p><p>� l�origine, �tude de la correspondance pr�sum�e entre le mouvement apparent des astres et les ph�nom�nes terrestres.</p><p>Par extension, synth�se des correspondances universelles.</p><p>Qu�est-ce que</p><p>l�astrologie ?</p><p>Au cours des si�cles, l�homme a pris conscience de l�unit� de l�Univers.</p><p>� Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut �. ont dit les Anciens.</p><p>L�exp�rience physique contempo-</p><p>raine prouve que la loi de gravitation des astres est comparable � la loi de giration des composants de l�atome.</p><p>Il est d�s lors tentant de penser que la correspondance va plus loin encore.</p><p>Ce ne sont pas seulement des mouvements sym�triques et synchrones qui apparaissent � chaque instant en haut et en bas. L�image du ciel, stopp�e � un instant particulier au-dessus d�un point du sol terrestre, n�est-elle pas, comme vue dans un miroir, la repr�sentation de chaque �tre ou objet dont la vie ind�-</p><p>pendante commence ou se transforme au moment et au lieu consid�r�s ? Peu importe le sens relatif des rotations per�ues : seul compte le clich� saisi par l�objectif de l�esprit. C�est ainsi que s�exprime l�hypoth�se astrologique.</p><p>Une question vient naturellement � l�esprit : dans le syst�me qui nous englobe, quelle est la nature, quel est le r�le du temps ? Est-il une r�alit� physique qui vient justifier la sensation subjective de succession ? Est-il un</p><p>facteur math�matique de caract�re absolu ? La question est d�autant plus opportune que l�astrologie fait �tat d��l�-</p><p>ments li�s � un tel param�tre. Comment donner un sens aux mots pass�, pr�sent et futur ? Les travaux des physiciens nous ont appris que le temps n�est pas un � invariant �. Il se comporte comme une quatri�me dimension �pisodique de l�espace. Sans un rep�rage spatial peut-on parler d�un �coulement de particules successives ? Notre possibilit� d�analyse n�intervient que dans la mesure o� notre dur�e non dimensionnelle (l�Univers en expansion de notre vie int�rieure) se confronte avec le volume de l�Univers ext�rieur, lui-m�me en expansion. Alors surgissent, de part et d�autre, des rythmes qui s�opposent ou s�exaltent, donnant naissance � une apparence de continuit� num�rique, cette donn�e mobile �tant relative au sens math�matique du mot : le mouvement du Temps n�a pas la m�me mesure pour deux observateurs en d�placement l�un par rapport � l�autre.</p><p>Un � Aujourd�hui � sans dimensions, se dilatant cependant � la mani�re des galaxies, puis devenant une continuit� successive rapport�e � un axe, d�s sa projection dans l�espace, telle pourrait �tre une d�finition (imparfaite) de ce que nous nommons le temps. Cette id�e d�routante aide � imaginer comment, toutes choses �tant li�es, une carte c�leste peut contenir statiquement la repr�sentation de toutes les virtualit�s d�un �tre amor�ant un �tat nouveau, puis en fournir le sch�ma dynamique.</p><p>La simultan�it� entre les positions astrales et les structures d�un sujet du microcosme n�entra�nent pas, ipso facto, une prise de position concernant les principes g�n�raux tels que mat�rialisme ou spiritualisme, d�terminisme ou libre arbitre, causalit� entre ph�nom�nes jumel�s ou simple valeur</p><p>� indiciale �. Enfin, la nature du lien entre ph�nom�nes d�en haut et ph�no-m�nes d�en bas n�a pas d�incidence sur l�efficacit� de l�enqu�te astrologique.</p><p>Celle-ci peut donc �tre men�e sans pr�-</p><p>alable physique, m�canique, math�matique ou philosophique.</p><p>Glossaire</p><p>astrologique</p><p>ascendant ou horoscope, point de l��cliptique plac� � l�orient de la carte c�leste, montrant le signe zodiacal qui se � l�ve � et constituant l�origine de la 1re maison.</p><p>aspect, �cart angulaire entre deux corps c�lestes ou entre un corps c�leste et une cuspide de maison.</p><p>astrologie horaire, �tude, pour un moment et un lieu donn�s, des chances favorables ou d�favorables d�une action d�termin�e ; recherche du moment le plus downloadModeText.vue.download 470 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1007</p><p>opportun pour entreprendre une action ; identification, sur le vu d�une carte c�leste, d�un fait inconnu de l�op�rateur.</p><p>astrologie judiciaire, �tude des qualit�s et d�fauts de l�esprit et du corps � partir de la structure d�une carte dress�e pour le lieu et l�heure o� le sujet prend vie ind�pendante ; comparaison de deux cartes pour juger des possibilit�s de collaboration ou d�union de deux natifs.</p><p>astrologie mondiale, �tude des �v�nements collectifs � partir de l�examen de configurations cycliques ou � partir de cartes natales de dirigeants politiques ou de th�mes de nations ou de r�gimes.</p><p>conjonction, �cart angulaire nul en longitude zodiacale entre deux facteurs c�lestes. (Si plusieurs astres sont en conjonction, la configuration prend le nom d�amas.)</p><p>cuspide, axe passant par le point origine de chaque maison.</p><p>direction, �valuation de d�placements angulaires de plan�tes ou de cuspides (en g�n�ral purement math�matiques, donc fictifs) en vue de d�terminer les dates d��v�nements � venir.</p><p>�cliptique, grand cercle parcouru par le Soleil dans son mouvement apparent et dont le plan est inclin� par rapport au plan de l��quateur c�leste.</p><p>fond du ciel, lieu o� le plan du m�ridien</p><p>coupe l��cliptique en son point le plus bas ; cuspide de la 4e maison.</p><p>horoscope, ascendant du th�me ; par extension, ensemble de la carte c�leste ; parfois, mais � tort, jugement qui en d�coule.</p><p>maison ou domification, chacun des douze secteurs en lesquels est divis�e la carte c�leste, � partir de l�ascendant, et d�-</p><p>finissant une zone d�action des influences.</p><p>(Les maisons ont des �tendues in�gales sur l��cliptique. Selon la th�orie des � maisons d�riv�es � se manifesteraient des significations secondaires.)</p><p>milieu du ciel, cuspide de la 10e maison ; point de rencontre du m�ridien et de l��cliptique. (C�est le lieu le plus �lev� de la course solaire apparente [Soleil � midi].) naissance, moment exact o� un �tre, un cycle ou un objet prend son origine ind�pendante.</p><p>noeud lunaire, chacun des points de l��cliptique travers�s par l�orbite lunaire.</p><p>(Ces lieux sont anim�s d�un mouvement apparent r�trograde par rapport au sens des longitudes zodiacales croissantes, faisant varier le lieu zodiacal des �clipses.) point gamma ou point vernal, lieu zodiacal du Soleil � l��quinoxe de printemps.</p><p>Origine du signe du B�lier.</p><p>pr�cession des �quinoxes, mouvement r�trograde du point vernal, d�environ 50 secondes angulaires par an, qui d�place l�orientation du zodiaque solaire de 30�</p><p>tous les 2 160 ans environ.</p><p>raisonnement d�analogie, raisonnement reposant sur le sens des correspondances universelles. (Il cherche � coordonner des ph�nom�nes et des notions en apparence disparates.)</p><p>raisonnement d�identit�, raisonnement reposant sur le principe que deux choses identiques � une troisi�me sont identiques entre elles.</p><p>th�me ou carte c�leste, figure correspondant � des coordonn�es pr�cises (longitude et latitude terrestres, et heure) et montrant les positions zodiacales des corps c�lestes et des axes de maisons pour le lieu et le moment indiqu�s.</p><p>th�me cyclique, th�me d�une conjonction importante de plan�tes.</p><p>th�me d��clipse, th�me d�une conjonction ou opposition Lune-Soleil se produisant sur la ligne des noeuds lunaires (�clipse de Soleil et �clipse de Lune, respectivement).</p><p>th�me de lunaison, th�me d�une conjonction Lune-Soleil (Nouvelle Lune).</p><p>th�me radical, th�me de la naissance.</p><p>th�me de r�volution, th�me du retour solaire � la longitude zodiacale occup�e � la naissance.</p><p>transit, passage r�el d�un corps c�leste sur un lieu important du th�me natal, par conjonction ou par aspect. (L��tude des transits sert au pronostic des �v�nements, au m�me titre que les directions, les r�volutions, les th�mes cycliques, etc.) zodiaque, bande situ�e de part et d�autre de l��cliptique, dans laquelle s�effectuent les mouvements apparents des plan�tes et divis�e en douze signes portant les noms de constellations qui ne se trouvent plus contenues dans leurs cases d�origine en raison de la pr�cession des �quinoxes.</p><p>(Tout se passe comme si la signification des signes zodiacaux tirait sa valeur � indiciale � du r�le saisonnier des signes et non de leur rattachement th�orique � un groupe d��toiles.)</p><p>A. S.</p><p>Historique</p><p>Les premi�res manifestations connues de l�astrologie dans notre monde m�diterran�en datent du VIIe s. avant notre �re, en M�sopotamie. Les th�mes ne sont pas encore individualis�s, ne comportant ni ascendants ni maisons. En Ionie naissent des doctrines math�matiques et philosophiques, dues notamment � Thal�s (VIIe s. - VIe s.), � Pythagore, � H�raclite et � Hippocrate (v.</p><p>460 - v. 377) et qui pr�parent l�apparition de l�astrologie m�diterran�enne.</p><p>En d�finissant les mouvements des plan�tes autour d�elles-m�mes et autour du Soleil, les pythagoriciens montrent combien l�unit� du monde est peu tributaire de la diff�rence entre la r�alit� et la perception relative de ces rotations, prouvant de fa�on p�remptoire</p><p>que le concept astrologique ne repose pas, comme le disent ses d�tracteurs, sur une conception inexacte de l�Univers (Terre immobile et plan�tes tournant autour d�elle). On trouve trace d�une p�n�tration de l�influence m�sopotamienne en Ionie par la pr�sence de B�rose (v. 330 av. J.-C. - �?) aupr�s de l��cole d�Hippocrate. Au Ier s. av. J.-</p><p>C., les Grecs utilisent la domification pour individualiser les th�mes, cr�ant de toutes pi�ces l�astrologie judiciaire.</p><p>Aux colons d�Ionie succ�dent Marcus Manilius (d�but du Ier s. apr. J.-C.), Claude Ptol�m�e (v. 90 - � v. 168), Julius Firmicus Maternus (IVe s.), sans oublier l�empereur Septime S�v�re, grand protecteur des sciences, inspirateur de la construction � Rome du Septizonium, palais de l�astrologie. De m�me, le calife �abb&#x101;sside �Abd All&#x101;h al-Ma�m&#x16B;n (786-833) cr�e � Bagdad une acad�mie astrologique, s�entoure d�illustres astrologues persans, arabes et juifs, et tente de disputer � l�empereur de Byzance la collaboration de L�on le Math�maticien. Pr�s d�al-Ma�m&#x16B;n vivent notamment le m�decin arabe Ab&#x16B; Ma�char (IXe s.), connu sous le nom d�Albumasar, surnomm� � le Prince des astrologues �, et son ma�tre, Ab&#x16B; Y&#x16B;suf Ya�q&#x16B;b ibn Is&#x1E25;&#x101;q al-Kind&#x12B;</p><p>(� v. 873), venu de Jud�e. C�est Albumasar qui annon�a le premier la R�-</p><p>volution fran�aise de 1789, avant les pr�dictions du cardinal Pierre d�Ailly (1350-1420), l�gat d�Avignon, chancelier de l�Universit� de Paris, et celles de Nostradamus.</p><p>Louis XI (1423-1483) se montre</p><p>un protecteur des recherches astrologiques, mais dans un but peut-�tre plus int�ress�. Vers 1460, une chaire d�astrologie est cr��e � l�universit� de Cracovie. D�s 1470, son influence est tr�s grande en Europe centrale. Parmi les astrologues form�s � Cracovie figurent le ma�tre de Nicolas Copernic, l�astronome Albert Brudzewski (1445-1497), et Copernic* lui-m�me. Bon nombre d�entre eux se fixent aupr�s de rois, de grands seigneurs, de papes, tandis que les ouvrages et les calendriers polonais se r�pandent en Allemagne.</p><p>Vers la m�me �poque, en Allemagne, Johann M�ller, plus connu sous le nom</p><p>de Regiomontanus (1436-1476), auteur d�un trait� de trigonom�trie, cr�e un syst�me de domification encore utilis� aujourd�hui, en concurrence avec celui de Placidus de Tittis (1603 - �?). En Suisse, Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse (1493-1541), m�decin, occultiste, se consacre � l�astrologie m�dicale, comme l�avait fait au XIIIe s. le m�decin catalan Arnaud de Villeneuve (v. 1235-1313), ami de Raymond Lulle (1233 ou 1235-1315).</p><p>Cette branche de l�astrologie judiciaire, consacr�e au jugement des d�fauts du corps, s�est d�ailleurs prolong�e jusqu�� nos jours, notamment avec le docteur Henri Hunwald (1908-1961), commentateur de Paracelse et praticien de la m�decine astrologique. Michel de Nostre-Dame, dit Nostradamus (1503-1566), originaire de Saint-R�my-de-Provence, est � la fois astrologue, voyant et m�decin. Ses pr�dictions sont contenues dans ses c�l�bres et myst�-</p><p>rieuses Centuries astrologiques (1555).</p><p>Par son ascendance s�mitique, il eut certainement acc�s � des traditions juives de grande valeur, qu�il n�a point divulgu�es. Assez curieusement, � la m�me �poque, se manifeste en Annam un astrologue, Nguy�n Binh Khi�m (1491-1585), connu �galement sous le nom de Trang Trinh, auteur de po�mes proph�tiques qui permettent de le comparer � Nostradamus. Au Schleswig-Holstein, dont il est le gouverneur apr�s son p�re, na�t et travaille le grand astrologue Henri de Rantzau (1526-1598), c�l�bre aussi par ses ouvrages historiques et l�appui qu�il donne aux sciences et aux arts. Johannes Kepler*</p><p>donne une expression particuli�re � la conception de l�unit� du monde, souligne les correspondances musicales downloadModeText.vue.download 471 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1008</p><p>des rythmes plan�taires et d�couvre les valeurs rythmiques des aspects.</p><p>Jean-Baptiste Morin, originaire de Villefranche-sur-Sa�ne (1583-1656), peut �tre consid�r� comme l�un des chefs de file de l�astrologie moderne en raison de ses travaux sur l�interpr�tation de th�mes. Enfin, Henri de Boulainvilliers (1658-1722), historien,</p><p>philosophe et astrologue, �crit de nombreux livres, encore consult�s de nos jours. Un ralentissement des travaux marque la p�riode allant du milieu du XVIIIe s. au milieu du XIXe. Toutefois, le philosophe et math�maticien polonais Joseph Marie Hoene Wronski (1778-1853), sans avoir �t� un astrologue proprement dit, redonne vie au c�l�bre ternaire d�H�raclite et est, � travers les travaux de Charles Henry et de Francis Warrain, l�inspirateur du colonel Eug�ne Caslant (1865-1940).</p><p>Proc�d�s modernes</p><p>de l�astrologie</p><p>L�op�ration de base de tout travail astrologique est le calcul d�une carte c�leste. L�intersection du plan de l��cliptique et du plan de l�horizon d�finit l�ascendant (point oriental du th�me) et le descendant (point occidental du th�me). Le milieu du ciel et le fond du ciel sont d�termin�s par les intersections de l��cliptique et du m�ridien. Les maisons interm�diaires sont calcul�es suivant des m�thodes diverses. Les plan�tes sont ensuite plac�es dans la figure selon les donn�es des �ph�m�rides. Le th�me radical est �rig� pour le lieu exact (longitude et latitude terrestres) et l�heure exacte de la naissance. La pr�cision de celle-ci conditionne l�exactitude des positions de l�ascendant et du milieu du ciel, ainsi que les valeurs des longitudes zodiacales des plan�tes du Soleil et de la Lune. Une erreur de l�ordre de quinze minutes peut fausser nombre d��l�ments d�appr�ciation, en particulier la structure des cartes de r�volution solaire. Bien souvent, l�astrologue doit proc�der � la rectification de l�heure indiqu�e par le natif ou l��tat civil. Les proc�d�s de rectification sont nombreux. Le plus logique consiste � prendre le probl�me � l�envers :</p><p>� rectifier les coordonn�es d�un th�me de pr�visions, tel que la r�volution solaire, pour situer le pr�sage d�un fait biographique connu � sa vraie date ;</p><p>� modifier par cons�quent les �l�-</p><p>ments horaires du th�me de pr�vision ;</p><p>� reporter enfin sur la carte natale la correction qui en r�sulte.</p><p>Il est bon de r�p�ter l�op�ration si</p><p>cela est possible au moyen d�autres faits connus et de faire une moyenne des corrections obtenues. En effet, l�exp�rience prouve qu�il existe une sorte de coefficient d�inertie du sujet, donc un temps de r�ponse aux influences.</p><p>Le calcul de toutes les cartes c�lestes s�effectue � l�aide d��ph�m�rides et de tables de maisons. La carte obtenue et v�rifi�e doit faire l�objet d�une interpr�tation qui, comportant une analyse et une synth�se, tient compte de la r�partition et de l��quilibre des plan�tes dans les quadrants, de la place des cuspides dans les signes et de celle des plan�tes en maisons et en signes, de l�influence des aspects et enfin de l�examen �ventuel d�autres �l�ments d�appr�ciation. L�interpr�tation d�pend beaucoup de l�exp�rience de l�op�rateur et de ses facult�s de diagnostic, celles-ci �tant en rapport direct avec la rapidit� de sa m�moire, son sens d�observation et de comparaison, et parfois son intuition. � ce stade de l�op�ration, l�erreur est une possibilit�, au m�me titre qu�elle est admise et naturelle dans les sciences et les techniques appliqu�es au domaine de la vie, dont les r�alit�s ne peuvent �tre enferm�es dans un contour math�-</p><p>matique rigoureux. Cependant, � une figure natale exacte correspond une signification statique assez s�re pour que le jugement formul� sur le sujet soit utilisable avec un coefficient de certitude �lev�. Une certaine r�serve s�impose au stade des pronostics. La nature des �v�nements � pr�voir peut �tre annonc�e avec une probabilit� qui n�est pas illusoire, mais l�appr�ciation des dates est certainement beaucoup moins s�re. Nostradamus avait, de sa propre main, inscrit sur les �ph�m�rides qui �taient ses instruments de travail, en regard de la date du 2 juillet 1566, � ici ma mort est proche �. Le pr�sage fut confirm� par les faits. En revanche, Jean-Baptiste Morin chercha la date de sa mort dans une carte de r�volution solaire et annon�a que sa vie prendrait fin le 25 mai 1649. Mais il ne mourut que sept ans plus tard, le 5 novembre 1656, et, dans son ouvrage Astrologia gallica (1661), il ne cacha pas cette erreur. Jean Hieroz (n� en 1889), qui a traduit et comment� l�oeuvre de Morin, souligne cette honn�tet� scientifique et</p><p>attribue l�inexactitude du pronostic � la non-application fortuite, par Morin, de r�gles qu�il avait lui-m�me formul�es. Aussi, dans l��tude des m�thodes serait-il extr�mement utile de consacrer un chapitre � l�examen des causes d�erreur. De grands enseignements pourraient en �tre tir�s. De m�me, il faut consid�rer avec beaucoup de r�-</p><p>serves une tendance, n�e en France et dans d�autres pays, qui veut analyser les influences astrales en balayant au pr�alable l�astrologie traditionnelle.</p><p>Ces novateurs veulent instaurer une connaissance reposant sur la statistique et l�observation, et abrit�e par les barri�res du raisonnement d�identit�.</p><p>Quant au groupe des � Cahiers astrologiques � d�Alexandre Volguine (n� en 1903), il cherche, depuis 1938, � tirer de la tradition tout ce qui peut donner naissance � un renouveau, � �carter les efforts st�riles ou int�ress�s et enfin � cr�er une liaison de recherches avec la tr�s puissante et tr�s riche astrologie am�ricaine. Ce groupe a d�ailleurs r��dit� les grands classiques de l�astrologie en traductions comment�es. Il y a aussi l�effort individuel de quelques astrologues qui, sans rien rejeter des legs du pass�, souhaitent approfondir l��tude des ph�nom�nes cycliques (conjonctions importantes), ainsi que celle des rythmes num�riques de la nature, dans une optique pythagori-cienne. Enfin, il faut noter trois courants d�id�es issus des travaux r�alis�s par des scientifiques de la fin du XIXe s. : Paul Choisnard (1867-1940), qui s�appuya beaucoup sur la statistique, et dont on retrouve l�esprit chez l�Allemand Herbert von Kl�ckler et le Fran�ais Jean-Gaston Verdier (n� en 1886) ; Eug�ne Caslant, qui s�est inspir� des travaux du math�maticien et philosophe polonais Hoene Wronski, r�novateur de la loi ternaire d�H�raclite, pour promouvoir l�emploi, en astrologie, du seul raisonnement analogique ; enfin Eudes Picard (1867-1932), auteur de suggestions sur le sens et l�interpr�tation des maisons.</p><p>A. S.</p><p>B P. Flambart, l�Influence astrale (Libr. du Panth�on, 1902) ; Langage astral (Chacornac, 1902) ; Preuves et bases de l�astrologie scientifique (Chacornac, 1908). / Fomalhaut,</p><p>Manuel d�astrologie sph�rique et judiciaire (Vigot, 1933). / E. Picard, Astrologie judiciaire (Leymarie, 1933). / A. Volguine, l�Astrologie lunaire (Cahiers astrologiques, Nice, 1937) ; la Technique des r�volutions solaires (Cahiers astrologiques, Nice, 1946) ; Journal d�un astrologue (Niclaus, 1957) ; le Ma�tre de nativit� (�d. traditionnelles, 1970). / K. E. Krafft, Trait� d�astrobiologie (A. Legrand, 1939). / J. Hieroz, l�Astrologie selon J.-B. Morin de Villefranche (Cahiers astrologiques, Nice, 1941) ; Manilius et la tradition astrologique (Cahiers astrologiques, Nice, 1942). / H. de Boulainvilliers, Trait� d�astrologie � 1717 (�d. du nouvel humanisme, Garches, 1947). / H. de Rantzau, Trait� des jugements des th�mes g�n�thliaques</p><p>� 1657 (Cahiers astrologiques, Nice, 1947). /</p><p>J. Sadoul et M. Gauquelin, l�Astrologie (Deno�l, 1972). / A. Barbault, Connaissance de l�astrologie (�d. du Seuil, 1974).</p><p>astronautique</p><p>Science qui a pour objet l��tude et la r�alisation de la navigation interplan�taire.</p><p>Les d�buts</p><p>L�astronautique commence par une longue p�riode pendant laquelle se m�lent �troitement le r�ve, la po�sie et downloadModeText.vue.download 472 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1009</p><p>la litt�rature, sans que la technique ait alors une place bien importante. Pourtant, durant toute cette p�riode, la Lune est toujours au premier plan du r�ve.</p><p>Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), dans son Histoire comique des �tats et Empires de la Lune (1657) et dans son Histoire comique des �tats et Empires du Soleil (1662), imagine les moyens les plus vari�s � et notamment la fus�e � pour conqu�rir les espaces interplan�taires. L��crivain fran�ais Jules Verne (1828-1905) [De la Terre � la Lune, 1865 ; Autour de la Lune, 1870] ainsi que le romancier anglais Herbert George Wells (1866-1946) [les Premiers Hommes dans la Lune, 1901] entretiennent l�id�e astronautique dans l�esprit de leurs contemporains. Les �tudes th�oriques et m�me les premi�res exp�rimentations se mul-</p><p>tiplient, tant en France et en Allemagne qu�en U. R. S. S. et aux �tats-Unis, avec Robert Esnault-Pelterie, Hermann Oberth, Konstantine E. Tsiolkovski et Robert Hutchings Goddard.</p><p>Durant la Seconde Guerre mondiale, les recherches et r�alisations militaires allemandes au centre de Peenem�nde, notamment la mise au point de la fus�e de repr�sailles � V2 �, constituent les premiers balbutiements pratiques de l�astronautique. C�est, en effet, � partir de cette fus�e � V2 � que toutes les r�alisations, tant am�ricaines que so-vi�tiques, commencent � �tre �tudi�es et exp�riment�es apr�s les hostilit�s.</p><p>L��volution brusque de la technologie ouvre de nouveaux horizons et les ouvrages th�oriques sur les satellites artificiels se multiplient (Arthur C. Clarke</p><p>[1945], Ernest Esclangon [1947-1948]</p><p>et R. Engel [1949]), tandis qu�en 1950</p><p>se d�roule � Paris le premier Congr�s international d�astronautique.</p><p>Bien que, d�s 1948, l�id�e d�un programme de lancement de satellite artificiel ait �t� propos�e aux �tats-Unis par James V. Forrestal, ce n�est que le 29 juillet 1955 que ce pays affirme officiellement son intention de proc�der � un lancement de satellite artificiel de la Terre pendant l�ann�e g�ophysique internationale 1957-1958. Quarante-huit heures plus tard, la m�me annonce est faite par l�U. R. S. S.</p><p>C�est � ce moment pr�cis que d�bute l�histoire de l�astronautique. � Spoutnik 1 �, premier satellite artificiel de la Terre, est alors lanc� par les Russes le 4 octobre 1957. Boule de 83,6 kg et d�une soixantaine de centim�tres de diam�tre, ce satellite restera sur orbite jusqu�au 4 janvier 1958. Le deuxi�me satellite, � Spoutnik 2 �, est beaucoup plus gros : il p�se 508,3 kg. Lanc� le 3 novembre 1957, il emporte � son bord une petite chienne.</p><p>Les Am�ricains suivent rapidement avec le lancement d�� Explorer 1 �</p><p>le 31 janvier 1958. C�est le plus petit satellite (14 kg), mais il permet d�ex-p�rimenter avec succ�s la miniaturisation, qui sera si utile dans la suite des programmes spatiaux. Technique inconnue quelques mois auparavant,</p><p>l�astronautique va aller tr�s rapidement dans la voie des r�alisations, et, en moins de dix-huit mois, dix satellites russes et am�ricains seront lanc�s dans l�espace. Le 28 f�vrier 1959, les Am�ricains r�ussissent un tr�s grand exploit avec le premier satellite mis sur orbite polaire : � Discoverer 1 �.</p><p>Mais d�j� des buts plus lointains sont assign�s aux recherches astronautiques. La Lune commence � attirer.</p><p>Le 2 janvier 1959, � Lunik 1 � manque son but ; transform� en plan�to�de artificiel, il tourne autour du Soleil en quinze mois environ avec un p�rih�-</p><p>lie situ� � 146 400 000 km. Le 3 mars, aux �tats-Unis, une fus�e � Juno II �</p><p>lance le plan�to�de � Pioneer 4 � (6 kg contre 1 450 � � Luna 1 �). La s�rie des</p><p>� Lunik � continue � accro�tre l�avance de l�astronautique sovi�tique. Le 13 septembre 1959, � 22 h 2 mn 24 s,</p><p>� Luna 2 � s��crase sur la Lune. Pour la premi�re fois un mobile terrestre atteint un autre corps c�leste. Le 6 octobre, � Luna 3 � passe � 6 200 km de la surface lunaire et prend les premi�res photographies de la face cach�e de la Lune. Le 27 octobre, repassant � proximit� de la Terre, il les retransmet. Le 11 juin 1960, les Am�ricains �tablissent le record de t�l�communication � grande distance en maintenant le contact radio avec � Pioneer 5 �</p><p>jusqu�� une trentaine de millions de kilom�tres.</p><p>Les lancements de satellites se multiplient, mais, d�sormais, ils s�orientent vers la conqu�te de l�espace par l�homme. Le premier stade est la r�cu-p�ration des satellites, pour pr�parer les moyens de retour des astronautes sur la Terre. Le 12 ao�t 1960, les Am�ricains font pour la premi�re fois revenir sur notre globe un satellite : la capsule � Discoverer 13 �. Une semaine plus tard, les Russes r�cup�rent</p><p>� Spoutnik 5 �, qui avait emmen� deux chiens dans l�espace. La course entre les �tats-Unis et l�U. R. S. S. tourne une fois encore au b�n�fice des Russes.</p><p>Le premier astronaute � �tre satellis� est un Sovi�tique : Iouri Alexe�evitch Gagarine. C�est le 12 avril 1961. Les Am�ricains font effectuer un vol balistique � Alan B. Shepard le 5 mai, un autre � Virgil I. Grissom le 21 juillet, puis satellisent le premier astro-</p><p>naute, John H. Glenn Jr., le 20 f�vrier 1962. Un v�ritable match oppose</p><p>alors Russes et Am�ricains. En juillet 1969, ceux-ci permettent aux premiers hommes de poser le pied sur la Lune.</p><p>Les grands pr�curseurs</p><p>de l�astronautique</p><p>Wernher von Braun, ing�nieur am�-</p><p>ricain d�origine allemande (Wirsitz 1912). Assistant du professeur allemand Hermann Oberth, il est nomm�, en 1932, adjoint de Walter Dornberger, qui dirige la station exp�rimentale de Kummersdorf. Directeur technique du centre de Peenem�nde en 1937, il parvient, en 1942, � faire voler le prototype du � V2 �, qui devient op�rationnel en 1944. En 1945, il arrive aux �tats-Unis et dirige, � White Sands (Nouveau-Mexique), les essais de lancement � haute altitude des fus�es � V2 � captur�es en Allemagne. En 1950, avec 120 de ses coll�gues de Peenem�nde, il est au Redstone Arsenal de Huntsville (Alabama) comme directeur civil du plan de recherches et de d�veloppement sur les fus�es. La m�me ann�e, il re�oit la nationalit� am�ricaine avec 80 de ses collaborateurs. En 1960, le pr�sident Kennedy mute de nouveau l��quipe de Wernher von Braun de l�Army Ballistic Missile Agency � la NASA, o� elle est responsable du d�veloppement et du lancement des grands v�hicules spatiaux. En 1972, von Braun quitte la NASA.</p><p>Robert Esnault-Pelterie, ing�nieur fran�ais (Paris 1881 - Nice 1957).</p><p>D�abord attir� par la t�l�graphie sans fil et l�automobile, il se tourne rapidement vers l�aviation et invente le manche � balai. En 1908, il s�oriente �galement vers l�astronautique, et, le 15 novembre 1912, il pr�sente � la Soci�t� fran�aise de physique une premi�re conf�rence dont le th�me est Consid�rations sur les r�sultats d�un all�-</p><p>gement ind�fini des moteurs. Le 8 juin 1927, il fait � la Soci�t� astronomique de France une communication intitul�e l�Exploration par fus�es de la tr�s haute atmosph�re et la possibilit� des voyages interplan�taires. En 1930, il publie son c�l�bre livre l�Astronautique. Avec le g�n�ral Ferri�, il est l�un des premiers � pr�coniser l�utilisation de l��ner-</p><p>gie nucl�aire pour la propulsion des vaisseaux interplan�taires. (Acad. des sciences, 1936.)</p><p>Robert Hutchings Goddard, ing�nieur et physicien am�ricain (Worcester, Massachusetts, 1882 - Baltimore, 1945).</p><p>D�s 1909, il s�int�resse au probl�me des moteurs-fus�es � poudre et en d�-</p><p>veloppe l��tude jusqu�en 1920. Saisissant ensuite l�int�r�t du moteur-fus�e � combustibles liquides, il consacre ses �tudes � cette technique, et, en 1926, il parvient � lancer la premi�re fus�e de ce type : le propulseur fonctionne � l�oxyg�ne liquide et au p�trole. En 1919, il fait para�tre son c�l�bre livre M�thodes pour atteindre les altitudes ex-tr�mes. Dans le cours de ses recherches ult�rieures, il r�alise notamment la stabilisation automatique de la trajectoire de ses fus�es au moyen de gyroscopes et lance une fus�e qui atteint 2 750 m.</p><p>Pendant la Seconde Guerre mondiale, il contribue � la mise au point d�engins guid�s pour la Marine am�ricaine, et, en 1945, il est nomm� au comit� directeur de l�American Rocket Society.</p><p>Hermann Oberth, ing�nieur et physicien allemand (Hermannstadt [auj.</p><p>Sibiu, Roumanie] 1894). Il se rend c�-</p><p>l�bre par sa th�se de doctorat publi�e en 1923 sur les Fus�es vers l�espace interplan�taire. Il passe �galement aux r�alisations pratiques en construisant une fus�e � propergols liquides. En 1928, il collabore au film de Fritz Lang Une femme dans la Lune, et publie un second ouvrage consacr� � l�astronautique en 1929. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, son ancien assistant Wernher von Braun lui demande de venir se joindre � l��quipe de chercheurs allemands constitu�e par l�arm�e am�ricaine aux �tats-Unis.</p><p>Konstantine Edouardovitch Tsiolkovski, savant et inventeur russe (Ijevskoe 1857 - Kaluga 1935). D�s l��ge de quinze ans, il se passionne pour les probl�mes du vol. En 1887, sa premi�re publication est consacr�e � l��tude th�orique d�un dirigeable m�tallique, et, en 1903, il con�oit un engin propuls� par un moteur-fus�e � combustibles liquides. Pendant 25 ans, il �tudie ce principe, tout en �laborant plusieurs projets de fus�es, sugg�rant d�j� l�uti-</p><p>lisation de l�hydrog�ne, de l�oxyg�ne et des hydrocarbures comme propergols. On lui doit �galement le principe de direction � partir d�une surface de contr�le plac�e directement dans le jet des gaz d��chappement, qui est utilis� par les Allemands pour l�arme de repr�sailles � V2 �. Dans de nombreux articles traitant de la th�orie math�matique des vols de fus�es et des voyages dans l�espace, il d�montre la possibilit� des voyages interplan�taires et de l�installation de stations satellites.</p><p>Les grandes �tapes</p><p>de la conqu�te de la Lune</p><p>Dans le programme am�ricain, la</p><p>conqu�te de l�espace par les hommes se confond avec le programme lunaire. D�s le 29 juillet 1960, date de l�annonce officielle par la NASA du projet � Apollo � destin� � aboutir � downloadModeText.vue.download 473 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1010</p><p>la conqu�te de la Lune par l�homme, tous les efforts spatiaux ont �t� plus ou moins orient�s vers ce but. Trois programmes, repr�sentant trois �tapes, se sont alors succ�d� : � Mercury �, � Gemini � et enfin � Apollo �.</p><p>Le programme � Mercury �</p><p>Premi�re �tape de la conqu�te spatiale am�ricaine sur le plan humain, il mit en oeuvre des capsules spatiales mo-noplaces, qui �taient destin�es � permettre de r�soudre certains probl�mes fondamentaux concernant la vie de l�homme dans l�espace, notamment la mani�re dont il pourrait r�sister tant � l��tat d�apesanteur qu�aux fortes acc�-</p><p>l�rations, au moment du d�part et au moment du retour dans les couches denses de l�atmosph�re. �tape d�cisive dans le domaine de la science appliqu�e, l�ensemble des six lancements du programme � Mercury � a prouv� que</p><p>l�homme pouvait vivre dans l�espace et qu�il pouvait aussi y accro�tre ses connaissances.</p><p>Le programme � Gemini �</p><p>Il a constitu� la deuxi�me �tape de la NASA pour la conqu�te de l�espace par l�homme. L�un des buts de ces vols emportant deux hommes dans l�espace �tait l��tude des possibilit�s de manoeuvre tant de la cabine spatiale que des astronautes � l�ext�rieur de celle-ci. Ce programme devait �galement permettre d�accro�tre les connaissances concernant la m�canique c�leste et la navigation spatiale. Ce programme, qui s�est d�roul� du 23 mars 1965 au 15 novembre 1966, comporta un total de dix missions, qui furent chacune un succ�s absolu. Un certain nombre de records furent enregistr�s au cours de ces vols : la plus longue dur�e de vol (sup�rieure � 14 jours), les premi�res �volutions de l�homme dans l�espace en dehors d�une capsule spatiale, le premier rendez-vous spatial par deux vaisseaux manoeuvrant pour se trouver proches l�un de l�autre, et surtout le premier arrimage de deux satellites entre eux, annon�ant la possibilit� de r�alisation de stations orbitales. �tape par �tape furent acquises toutes les connaissances n�cessaires pour le lancement du programme � Apollo � et la conqu�te de la Lune.</p><p>Le programme � Apollo �</p><p>Il a pour but essentiel de permettre � des hommes de se poser sur la Lune et d�en revenir en toute s�curit�. Le 29 juillet 1960, pour la premi�re fois, il est fait mention de ce programme pour la conqu�te lunaire par la NASA, et, le 25 mai 1961, le pr�sident J. F. Kennedy pr�sente, au Congr�s am�ricain, un plan d�acc�l�ration des programmes spatiaux ayant pour but de permettre � un homme d�atteindre la Lune avant la fin de la d�cennie. Les �tudes du lanceur sont aussit�t entreprises sur le programme � Saturne �, qui a d�j� commenc� fin 1958, mais dont l�importance doit �tre consid�rablement accrue pour tenir compte des nouveaux besoins : on aboutit ainsi � � Saturne V �. Le programme � Apollo � est downloadModeText.vue.download 474 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1011</p><p>d�une importance consid�rable sur le plan de la participation de l�industrie am�ricaine, puisque au moment de la plus grande activit�, en 1966, il int�ressait directement 20 000 soci�t�s et plus de 350 000 personnes.</p><p>Le d�roulement</p><p>d�une mission lunaire</p><p>Lancement</p><p>Sur l�aire de lancement, � l�instant z�ro du compte � rebours, les cinq moteurs-fus�es du premier �tage de</p><p>� Saturne V �, d�veloppant 3 400 t de pouss�e, soul�vent l�ensemble du lanceur, qui p�se 2 900 t. Apr�s deux minutes et demie de fonctionnement, la combustion des moteurs-fus�es de ce premier �tage est termin�e. L�altitude atteinte est d�environ 65 km et la vitesse de 8 700 km/h. Le deuxi�me �tage, d�veloppant 510 t de pouss�e, entre en fonctionnement pour une dur�e de 6 minutes. Vers 185 km d�altitude, alors que la vitesse de l�engin est de l�ordre de 25 000 km/h, le troisi�me �tage est mis � feu une premi�re fois pendant 2 minutes et place l�attelage lunaire sur une orbite pratiquement circulaire autour de la Terre, � environ 185 km de la surface terrestre, ce qui correspond � une vitesse de 26 500 km/h. L�ensemble reste sur cette orbite durant deux ou trois r�volutions, de mani�re � tester une derni�re fois les divers sous-ensembles.</p><p>Injection sur orbite de transfert Une remise en marche du moteur-fus�e du troisi�me �tage est n�cessaire pour faire passer le v�hicule spatial sur une orbite plus excentrique dirig�e vers la Lune, dite � orbite de transfert �. Le choix parmi les nombreuses trajectoires possibles �tant pr�alablement d�termin�, c�est � partir du compartiment des instruments du troisi�me �tage que sont calcul�s l�instant pr�cis de l�allumage et la dur�e exacte de la combustion, de mani�re � se placer sur la trajectoire voulue. En principe, le</p><p>choix se porte sur une trajectoire � retour libre, quoique ce ne f�t pas le cas pour � Apollo 12 �, c�est-�-dire que, en cas d��chec � l�approche de la Lune, le retour vers la Terre est assur� pour le v�hicule spatial sans modification orbitale par r�allumage du propulseur.</p><p>Apr�s cinq minutes et demie de propulsion, l�altitude est de 300 km, et la vitesse d�environ 29 000 km/h.</p><p>Voyage Terre-Lune</p><p>La s�paration du troisi�me �tage ne sera effectu�e que plus tard, lorsque le module lunaire aura �t� amarr� � la pointe avant du module de commande, c�est-�-dire de la capsule � Apollo �</p><p>proprement dite. Apr�s l��jection des panneaux de protection du module lunaire, les modules de service et de commande se s�parent de l�ensemble constitu� par le troisi�me �tage</p><p>� Apollo �, auquel reste provisoirement attach� le module lunaire. Les modules de service et de commande s��loignent de ce dernier ensemble d�environ 15 � 20 m�tres et effectuent une manoeuvre de rotation de 180�, de mani�re que le module de commande se trouve face au module lunaire, auquel il va �tre amarr�. Apr�s cet amarrage, le troisi�me �tage � Apollo � est d�finitivement abandonn�, et l�attelage lunaire commence son voyage vers la Lune.</p><p>Si, en cours de route, une correction de trajectoire est n�cessaire, elle peut �tre effectu�e par les fus�es de stabilisation du module de service pour les faibles �volutions, ou par le propulseur principal du m�me module pour les modifications importantes. Lorsque la trajectoire est correcte, le vaisseau spatial est anim� d�un mouvement de rotation sur lui-m�me d�environ deux tours par heure pour uniformiser l��chauffement</p><p>d� � l�effet du Soleil. Pendant toute la dur�e du voyage, des informations biologiques et physiologiques concernant downloadModeText.vue.download 475 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1012</p><p>les astronautes sont envoy�es en permanence vers le sol.</p><p>Mise sur orbite lunaire</p><p>Cette op�ration est r�alis�e par une manoeuvre connue sous le nom de</p><p>transfert orbital. Elle est effectu�e par un ralentissement provoqu� par une double mise � feu du propulseur du module de service : la premi�re place l�ensemble sur une orbite elliptique et la seconde ram�ne l�orbite � une forme quasi circulaire. C�est de la Terre que sont d�termin�s les param�tres g�n�-</p><p>raux de fonctionnement qui sont introduits dans les calculateurs de bord du service de commande, et ce sont ceux-ci qui d�clenchent automatiquement la mise � feu au moment opportun. L�orbite est alors plac�e � environ 110 km de la Lune.</p><p>Les modules de commande et de</p><p>service d�une part, le module lunaire d�autre part, toujours arrim�s ensemble, �voluent sur orbite lunaire. On peut localiser leur position avec une extr�me pr�cision et d�terminer les param�tres de propulsion du module lunaire, compte tenu du site d�atterrissage pr�vu. Ces mesures effectu�es, les deux membres de l��quipage prennent place dans le module lunaire, dont ils v�rifient le bon fonctionnement des installations. Quelques minutes avant la s�paration, les calculateurs de guidage sont mis en route, et le train d�atterrissage est d�ploy�.</p><p>Descente du module lunaire</p><p>D�s que le syst�me d�arrimage entre les deux ensembles est d�verrouill�, le syst�me de contr�le d�attitude par r�action du module lunaire �loigne ce dernier d�une faible distance des modules de commande et de service,</p><p>puis oriente le module lunaire de mani�re que le pilote du module de commande puisse inspecter le train d�atterrissage. Un second allumage du propulseur du module lunaire �loigne alors les deux vaisseaux devenus ind�-</p><p>pendants et autonomes. La descente vers la Lune s�effectue sur une orbite elliptique jusqu�� une distance d�environ 1 500 m de la surface lunaire, au voisinage du site d�atterrissage. � ce moment, le module lunaire est frein� sur sa trajectoire. L�approche finale commence � une distance de 2 700 m par une manoeuvre destin�e � placer le point de l�atterrissage en vue des astronautes. La combustion de la fus�e de freinage est automatiquement contr�-</p><p>l�e jusqu�� 150 m d�altitude. Vers 20 m d�altitude, le module lunaire est r�orient� et descend ensuite verticalement � la vitesse de 90 cm/s. Le propulseur-fus�e de descente est automatiquement stopp� d�s que les sondes plac�es � l�extr�mit� des pieds du train d�atterrissage ont pris contact avec le sol lunaire. La descente se poursuit dans les derniers centim�tres par la seule attraction lunaire et est ralentie par le jeu des amortisseurs du train. La premi�re t�che des astronautes est alors d�effectuer une v�rification compl�te des appareillages, de mani�re � pouvoir repartir � tout instant.</p><p>D�collage du module lunaire</p><p>Au moment de la mise � feu du propulseur, le module lunaire se s�pare en deux parties : la partie inf�rieure reste sur le sol lunaire, tandis que la partie sup�rieure est plac�e sur une orbite elliptique. Une manoeuvre de propulsion permet ensuite de placer le module lunaire sur une orbite circulaire voisine de celle sur laquelle stationnent les modules de service et de commande. Les manoeuvres d�approche vers ces modules sont command�es simultan�ment par le calculateur de bord et � partir du sol. Ces manoeuvres s�effectuent par de tr�s courtes p�riodes de combustion.</p><p>Le d�collage du module lunaire et les manoeuvres de rendez-vous et d�arrimage avec les modules de commande et de service demandent environ trois heures pour leur ex�cution.</p><p>Retour vers la Terre Lorsque les astronautes ont rejoint le module de commande � l�aide du sas qui l�unit au module lunaire, ce dernier est �ject�. Le propulseur principal du module de service est alors allum� durant deux minutes et demie pour accro�tre la vitesse de l�ensemble des deux modules et les replacer sur une orbite de transfert vers la Terre. Cette manoeuvre d�licate doit �tre effectu�e derri�re la Lune, en l�absence de toute communication avec la Terre. Ces communications ne sont r�tablies que vingt minutes apr�s la fin de la combustion. Le retour vers les couches denses de l�atmosph�re n�cessite de 80 � 110 heures. La vitesse commence par d�cro�tre en raison de l�attraction lunaire, puis cro�t progressivement au fur et � mesure que la Terre se rapproche. Au moment de l�entr�e dans l�atmosph�re, la vitesse est de l�ordre de 40 000 km/h. Peu de temps avant d�aborder les premi�res couches atmosph�riques, le module de service est �ject�. Les syst�mes de propulsion des deux modules sont mis simultan�ment en marche, de mani�re � �viter toute collision ult�rieure entre eux. La capsule � Apollo � est alors orient�e de mani�re � prendre la bonne inclinaison pour p�n�trer dans l�atmosph�re, o� la temp�rature superficielle du bouclier thermique est port�e � 2 800 �C, tandis que la temp�rature int�rieure reste inf�rieure � 27 �C et que la d�c�l�ration ressentie par les astronautes d�-</p><p>passe l�g�rement 5 g. Les conditions tr�s particuli�res de la rentr�e sont d�termin�es par les ordinateurs du sol, qui commandent les �ventuelles corrections de trajectoire et d�orientation. Le premier ralentissement</p><p>effectu� par l�atmosph�re est ensuite compl�t� par le d�ploiement de deux parachutes de freinage, apr�s �jection du bouclier thermique. Assurant un ralentissement jusqu�� 200 km/h, ils sont utilis�s jusqu�� l�altitude de 3 200 m. C�est alors que sont d�ploy�s les trois parachutes principaux de 27 m de diam�tre, qui assurent la fin de la descente jusqu�au contact avec l�eau � une vitesse de 35 km/h. Sept vols lunaires ont eu lieu d�� Apollo 11 �</p><p>� � Apollo 17 �, dont seul celui d�� Apollo 13 � n�a pu �tre men� � bien. Lors des trois derni�res missions, les cosmonautes disposaient sur le sol lunaire d�un v�hicule autopropuls� et d�une foreuse �lectrique qui a servi � pr�lever des �chantillons du sol. La downloadModeText.vue.download 476 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1013</p><p>derni�re mission, � Apollo 17 �, s�est termin�e le 19 d�cembre 1972.</p><p>L��quipage</p><p>de la conqu�te de la Lune</p><p>Chef de la mission</p><p>Neil A. Armstrong, astronaute am�ricain (Wapakoneta [Ohio] 1930). Seul civil de l�exp�dition, il est le premier homme � avoir pos� le pied sur la Lune. Ancien pilote, avec 4 000 heures de vol, il participe � la mise au point de l�avion-fus�e exp�rimental � X-15 �, avec lequel il atteint l�altitude de 60 km et la vitesse de 6 450 km/h.</p><p>En septembre 1962, il est choisi comme astronaute par la NASA. Rempla�ant pour le vol � Gemini 5 �, il devient pilote de � Gemini 8 � en mars 1966, et r�ussit au cours de cette mission le premier arrimage entre deux v�hicules spatiaux. Il est ensuite rempla�ant pour le vol � Gemini 11 �.</p><p>Copilote du module lunaire</p><p>Edwin E. Aldrin Jr., astronaute et officier am�ricain (Montclair [New Jersey] 1930 -</p><p>San Francisco 1975). Il est l�auteur d�une th�se sur les m�thodes de guidage pour les rendez-vous orbitaux des v�hicules habit�s. Il a 3 500 heures de vol et participe aux missions d�essais du v�hicule exp�-</p><p>rimental d�atterrissage lunaire. Entr� � la NASA comme astronaute en octobre 1963, il est rempla�ant pour le vol � Gemini 9 �</p><p>et participe � � Gemini 12 � en novembre 1966, mission au cours de laquelle il r�ussit une sortie dans l�espace de cinq heures et demie.</p><p>Pilote du module de commande</p><p>Michael Collins, astronaute et officier am�ricain (Rome 1930). Ancien pilote, avec 4 000 heures de vol � son actif, choisi comme astronaute en octobre 1963, il est rempla�ant pour la mission � Gemini 3 �.</p><p>Il pilote ensuite � Gemini 10 � et r�ussit deux sorties dans l�espace. Au cours de la mission � Apollo 11 �, il est le seul homme de l��quipe � ne pas avoir march� sur la Lune, oblig� de rester aux commandes des modules de service et de manoeuvre qui gravitaient sur une orbite lunaire.</p><p>L�avenir de</p><p>l�astronautique</p><p>Les objectifs � moyen ou � long terme sont constitu�s par l�envoi d�hommes vers les plan�tes du syst�me solaire, mais, auparavant, les stations-laboratoires satellis�es, dans lesquelles prendront place plusieurs dizaines d�hommes, seront mises sur orbite. Les Russes et les Am�ricains y travaillent.</p><p>Une premi�re exp�rience am�ricaine a permis � trois hommes de rester de longues p�riodes dans l�espace et de se livrer � des observations astronomiques gr�ce � un laboratoire sp�cialement am�nag� : l�Apollo Telescope Mount. La station, baptis�e � Skylab �, avait une longueur de 36 m et offrait un</p><p>volume utile de 316 m 3. Outre l�ATM, elle comprenait : l�Orbital Workshop, laboratoire orbital servant aux travaux de laboratoire et � l�h�bergement des cosmonautes ; l�Airlock Module, module � sas pour les sorties dans l�espace ; le Multiple Dacking Adapter, tron�on cylindrique permettant l�arrimage de deux cabines � Apollo � ; le Command Service Module, cabine de pilotage et d��quipements. Cette station a �t� mise sur orbite � l�aide d�une fus�e � Saturn 5 � amput�e de son troisi�me �tage, l�altitude de l�orbite �tant de 435 km. Les cosmonautes, au nombre de trois, �taient ensuite amen�s � bord du Command Service Module, qui �tait lanc� par une fus�e</p><p>� Saturn 1 B �.</p><p>De leur c�t�, les Sovi�tiques, avec leur programme de vaisseaux cosmiques de type � Soyouz � et � Sa-liout �, visent � une tr�s profonde �tude de l�espace entourant la Terre gr�ce � la cr�ation de stations orbitales habit�es. Pour aboutir � ce r�sultat, les � Soyouz � actuels sont capables d�accomplir des �volutions pilot�es dans l�espace et de se rapprocher d�autres engins. Ils accomplissent ainsi des recherches portant sur les points suivants :</p><p>� �tude de la Terre et de son atmosph�re, afin de mieux r�soudre les probl�mes de radiophysique, de g�ophysique et de navigation spatiale ;</p><p>� �tude des probl�mes concernant l�utilisation � des fins pratiques des conditions qui r�gnent dans l�espace entourant la Terre (vide, apesanteur, radiations, etc.) ;</p><p>� �tude du Soleil, des �toiles ainsi que des plan�tes et de leurs satellites.</p><p>Toutes ces �tudes pr�sentent une grande importance pour la cr�ation dans l�avenir de stations scientifiques orbitales. Celles-ci seront compos�es de plusieurs parties autonomes, transport�es s�par�ment sur orbite et assembl�es dans l�espace. On peut envisager la cr�ation de tels laboratoires pouvant accueillir une centaine de savants. La conqu�te des autres plan�tes du syst�me solaire passe par deux �tapes pr�liminaires. La premi�re est la</p><p>continuation des exp�riences lunaires par l��tablissement de bases permanentes sur la surface de la Lune. Tous les moyens d�installation ou d�exploration, les �quipements individuels et les moyens de locomotion seront ainsi test�s directement dans l�ambiance spatiale r�elle. La seconde �tape pr�liminaire est l�envoi de sondes automatiques vers les plan�tes qui doivent �tre ult�rieurement explor�es par l�homme ou sur celles-ci. Cette �tape, en ce qui concerne Mars et V�nus, a comport� deux phases principales : mise en orbite de sondes autour des plan�tes et atterrissage en douceur de capsules sur le sol des plan�tes. Ces sondes et capsules ont ainsi permis de recueillir un tr�s grand nombre de renseignements qu�il est impossible d�acqu�rir � partir de la Terre. Ainsi, les photographies retransmises par les sondes am�ricaines � Mariner � ont permis de mieux conna�tre le relief existant sur Mars, tandis que les sondes sovi�tiques</p><p>� V�nus � ont permis d�avoir une premi�re indication sur la composition de l�atmosph�re de la plan�te du m�me nom et sur les conditions de pression et de temp�rature qui y r�gnent.</p><p>Les premi�res missions vers Mars devaient �tre tent�es vers 1980. En tout �tat de cause, il est n�cessaire de tenir compte de la position astronomique relative de la plan�te par rapport � la Terre. En novembre 1981, les conditions pourraient �tre favorables pour envisager un vol vers la plan�te Mars, qui durerait pr�s de deux ans.</p><p>Un programme plus ambitieux pourrait ensuite mettre � profit l�alignement exceptionnel des plan�tes sup�rieures qui doit se produire entre 1976 et 1980.</p><p>Un tel trajet, pour une sonde spatiale capable d�atteindre Neptune, demande-rait une dizaine d�ann�es.</p><p>Les principales</p><p>bases de lancement</p><p>du monde</p><p>La premi�re grande base d�essais de fus�es du monde a �t� mise en service en mai 1937 � Peenem�nde en Allemagne. Il ne s�agissait pas encore d�une base astronautique, mais elle en poss�dait toutes les caract�ristiques. Toutes les bases de lancement doivent �tre plac�es dans des lieux</p><p>d�sertiques, et poss�der des axes de tir au-dessus de l�oc�an ou de r�gions � faible population. Les tirs des lanceurs spatiaux doivent aussi �tre dirig�s vers l�est, pour profiter au maximum de la composante de la rotation terrestre. Le tir vers l�ouest peut entra�ner une diminution de 50 p. 100 de la charge utile. En outre, la latitude du lieu de lancement d�termine les limites des orbites sur lesquelles peuvent �tre plac�s des satellites. Seules les bases proches de l��quateur peuvent injecter des satellites dans n�importe quel plan passant par le centre de la Terre. En tout autre lieu, le plan orbital fait au minimum avec le plan de l��quateur un angle �gal � la latitude du lieu de lancement.</p><p>y Cap Kennedy (�tats-Unis). Le plus grand et le plus important centre spatial au monde, il est situ� par 28,5� de latitude nord et occupe l��le de Merritt en Floride.</p><p>La d�cision de la cr�ation de ce centre a �t� prise par le pr�sident Harry S. Truman le 11 mai 1949, pour des essais de fus�es militaires. Il fut ensuite attribu� � la NASA et devint le centre spatial John F. Kennedy.</p><p>� partir de ce centre furent lanc�s tous les satellites habit�s am�ricains, jusques et y compris les lancements � Apollo �. Deux autres centres am�ricains importants existent � Vandenberg et Wallops Island.</p><p>y Ba�konour (U. R. S. S.). Cette base est situ�e � 370 km au nord-est de Tiouratam, par 45,63� de latitude nord. Son emplacement exact n�a �t� r�v�l� qu�en 1961 par les Sovi�tiques, mais il avait �t� calcul� par les Occidentaux, d�s 1957, au moment du lancement des premiers � Spoutnik �. �</p><p>partir de ce centre ont �t� effectu�s tous les lancements des cosmonautes russes, ainsi que ceux des sondes spatiales et des satellites de t�l�communications. Deux autres bases sovi�tiques sont install�es � Kapoustine Iar et � Plesetsk, cette derni�re base �tant plus sp�cialement utilis�e pour les lancements de satellites m�t�orologiques et militaires.</p><p>y Kourou (France). Connue sous le nom de Centre national d��tudes spatiales de la Guyane, cette base a �t� �tablie � la suite de l�abandon, le 1er juillet 1967, du centre saharien de Colomb-B�char, d�o� furent lanc�s les premiers satellites artificiels fran�ais au moyen de la fus�e � Diamant �. Ce centre est situ� � une cinquantaine de kilom�tres de Cayenne. Il s��tend le long de la c�te sur</p><p>60 km, avec une profondeur de 20 km. Situ� par 5,25� de latitude nord, il poss�de donc une position quasi �quatoriale, ce qui lui conf�re un tr�s grand int�r�t international.</p><p>Il sera utilis� pour toutes les exp�riences spatiales fran�aises, ainsi que pour celles des organismes europ�ens.</p><p>J. P.</p><p>&#x25B6; A�ronautique et a�rospatiale (industrie) /</p><p>A�rospatiale (m�decine) / Fus�e / Lune / Satellite.</p><p>B R. Esnault-Pelterie, l�Exploration par fus�es de la tr�s haute atmosph�re et la possibilit� des voyages interplan�taires (Gauthier-Villars, 1928) ; l�Astronautique (Impr. A. Lahure, 1930).</p><p>/ E. Esclangon, La vie serait-elle possible � bord de satellites artificiels de la Terre ou de projectiles astronautiques ? (Gauthier-Villars, 1950). /</p><p>L. Laming, l�Astronautique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1950 ; 3e �d., 1971). / A. C. Clarke, l�Exploration de l�espace (Deno�l, 1953). /</p><p>W. Dornberger, l�Arme secr�te de Peenem�nde (Arthaud, 1954). / H. Oberth, les Hommes dans l�espace (Amiot-Dumont, 1955). / A. Kosmode-mianski, Tsiolkovski, fondateur de la th�orie du moteur � r�action (�d. de Moscou, 1958). /</p><p>R. May, 40 000 Kilom�tres � l�heure (Flammarion, 1958). / Y. Sourine, Mon dossier Spoutnik (France-Empire, 1958). / H. S. Scifert (sous la dir. de), Space Technology (New York, 1959). /</p><p>G. S. Titov, 700 000 Kilom�tres dans le cosmos (�d. fr. r�unis, 1962). / T. de Galiana, Dictionnaire de l�astronautique (Larousse, 1964) ; � la conqu�te de l�espace (le Livre de poche, 1967). /</p><p>E. Klee et O. Merk, les Pionniers de l�espace, des V2 � Cap Canaveral (A. Michel, 1964). / H. Moureu et M. Y. Bernard, Astronautique et recherche spatiale (Dunod, 1964). / W. von Braun, Space Frontier (New York, 1967). / A. Ducrocq, Demain l�espace (Julliard, 1967) ; l�Homme sur la Lune (Julliard, 1969). / H. O. Ruppe, Introduction to Astronautics (New York, 1967). / W.</p><p>von Braun et F. I. Ordway, Histoire mondiale de l�astronautique (Larousse-Paris-Match, 1968).</p><p>downloadModeText.vue.download 477 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1014</p><p>/ A. Ducrocq (sous la dir. de), Destination Lune (Cahiers de l�Espace, 1968). / F. de Closets, l�Espace, terre des hommes (Stock et Tchou, 1969).</p><p>/ J. Tiziou, � l�assaut de la Lune (Stock et Tchou, 1969). / H. Cuny, l�Aventure cosmique. Bilans et promesses de l�astronautique (�d. fr. r�unis, 1971). / C. N. Martin, la Conqu�te spatiale (Bor-</p><p>das, 1972). / P. de La Cotardi�re, la D�couverte du cosmos (Eyrolles, 1975).</p><p>astronomie</p><p>Science ayant pour objet l��tude de l�Univers qui nous entoure � avec ses astres de toutes sortes, ses plan�tes, ses com�tes, ses �toiles, ses m�t�orites, sa mati�re interstellaire, ses galaxies et sa mati�re intergalactique �, et cherchant � d�terminer la constitution de ceux-ci, leurs positions relatives, les lois de leurs mouvements (apparents ou r�els), ainsi que les lois de leur �volution, aussi bien dans le pass� que dans l�avenir.</p><p>C�est sans aucun doute la science la plus ancienne, et celle qui a le plus puissamment contribu� � l��volution de la pens�e humaine. N�e des besoins de la vie quotidienne (mesure du temps, agriculture, navigation) et des craintes de l�homme primitif devant les grands ph�nom�nes naturels, elle est rest�e associ�e aux superstitions astrologiques jusqu�au d�but des Temps modernes.</p><p>Histoire de</p><p>l�astronomie</p><p>La pr�histoire</p><p>Les premiers vestiges de l�astronomie sont constitu�s par des poteries vieilles de 6 000 ans, d�couvertes dans la r�-</p><p>gion du haut Tigre, contemporaines de la d�couverte du m�tal, et sur lesquelles sont peintes des repr�sentations du Soleil et des �toiles.</p><p>L�astronomie en �gypte et</p><p>en Gr�ce</p><p>L�astronomie prend sa v�ritable expression au grand si�cle de la Gr�ce, vers l�an 400 av. J.-C. Platon (428-348/347) et Eudoxe de Cnide (v.</p><p>406 - v. 355) font de longs s�jours en �gypte pour consulter les observations accumul�es depuis plusieurs centaines d�ann�es. Aristarque de Samos (310-230) imagine un syst�me analogue � celui que Nicolas Copernic pr�ci-sera vingt si�cles plus tard. Il n�est gu�re suivi par ses contemporains, et le syst�me qui pr�vaut est celui des sph�res concentriques tournant autour de la Terre, constituant une �tape de</p><p>la pens�e humaine qui se continuera jusqu�apr�s le Moyen �ge. Enfin, �ratosth�ne (v. 284 - v. 192) mesure le diam�tre de la Terre.</p><p>La Renaissance</p><p>Cette �poque voit particuli�rement les travaux de Copernic (1473-1543), de Tycho Brahe (1546-1601) et de Johannes Kepler (1571-1630), relatifs aux mouvements des astres du syst�me solaire. On aboutit ainsi aux lois de Kepler (1609 et 1619), qui, plus tard, serviront de base � Isaac Newton (1642-1727) pour la d�couverte de l�attraction universelle (1683).</p><p>Pendant cette m�me p�riode, l�astronomie instrumentale prend son essor avec Galileo Galilei, dit Galil�e (1564-1642). On peut alors observer, avec un plus grand nombre de d�tails, certaines particularit�s de l�Univers en utilisant des lunettes de plus en plus puissantes et perfectionn�es : observations en 1572 et en 1604 de deux supernovae, observations de montagnes sur la Lune comme sur la Terre, d�couvertes de taches du Soleil, etc.</p><p>La p�riode newtonienne</p><p>Au cours de cette �poque, qui commence avec les immortels travaux de Newton, on assiste � des progr�s consid�rables dans l��tude du syst�me solaire et des astres qui le constituent.</p><p>Cette p�riode se continue jusqu�� nos jours, et les r�sultats obtenus seront ult�rieurement appliqu�s � l��tude du d�placement des �toiles au sein de la Galaxie. On aboutit ainsi � l��tude du mouvement de la Lune, qui, jusqu�au d�but du XXe s., est r�put� � faire le d�sespoir des astronomes �. Les travaux de Charles Delaunay (1816-1872) et de l�astronome am�ricain Ernest Brown (1866-1938) parviennent � �lucider compl�tement les particularit�s de ce mouvement, dont ils font ressortir pas moins de 1 475 � in�galit�s �.</p><p>Les tables de Brown, dont il a suffi de pr�ciser les valeurs num�riques de quelques constantes d�int�gration, ont fait de la Lune l�astre r�gulateur de la mesure du temps, qui est un �l�ment essentiel de l�astronomie. Les premi�res mesures �taient fond�es sur le mouvement de rotation de la Terre,</p><p>qui a permis de d�finir un temps dit</p><p>� universel �. Lorsque des irr�gularit�s furent d�cel�es dans ce mouvement, on a adopt� comme �talon la dur�e de r�volution de la Terre autour du Soleil (ann�e tropique), et l�on a alors d�fini un temps dit � des �ph�m�rides �. Sa correction gr�ce � des observations lunaires permit alors d�aboutir � un temps uniforme. On a �galement d�fini un temps atomique, fond� sur la dur�e de certaines transitions atomiques, relatives notamment � l�atome de c�sium.</p><p>D�autre part, on peut r�soudre avec une tr�s grande pr�cision, au moyen des horloges atomiques, les probl�mes de chronom�trie, sans pouvoir s�attaquer, comme dans le cas des ph�nom�nes astronomiques, aux probl�mes de chronologie qui permettent de remonter tr�s loin dans le pass� de l�Univers.</p><p>Au cours de cette longue p�riode se sont notamment illustr�s Alexis Clairaut (1713-1765), Jean Le Rond d�Alembert (1717-1783), Louis de Lagrange (1736-1813), F�lix Tisserand (1845-1896), Henri Poincar� (1854-1912), si l�on se limite aux plus c�l�bres astronomes de cette �poque, mais le plus important est, sans aucun conteste, le marquis Pierre-Simon de Laplace (1749-1827).</p><p>La naissance de l�astrophysique</p><p>Au milieu du XIXe s. na�t l�astrophysique, c�est-�-dire l�application � l�Univers des principales th�ories de la physique, et en particulier de la spectroscopie, bient�t remplac�e par la spectrographie, qui, gr�ce � la plaque photographique, permet de conserver les r�sultats des observations faites et d�ex�cuter sur ces documents des mesures de plus en plus fines. Les cons�quences en sont consid�rables pour am�liorer nos connaissances sur la nature et la composition des astres.</p><p>D�autre part, la d�couverte de l�effet Doppler-Fizeau permet d��tudier les mouvements apparents ou r�els des astres dans l�espace, et d�acc�der ainsi � la dynamique de l�Univers.</p><p>L�astronomie des</p><p>Temps modernes</p><p>Au XXe s., l�emploi de la photographie</p><p>en astronomie prend une importance de plus en plus grande. L��tude approfondie des �mulsions photographiques autorise des progr�s consid�rables. Le premier d�entre eux correspond � des possibilit�s beaucoup plus grandes d�isoler les radiations lumineuses re-</p><p>�ues des �toiles. L�emploi de plaques sensibilis�es � l�infrarouge, c�est-</p><p>�-dire jusque vers des radiations de l�ordre de 0,8 �, permet d�atteindre des �toiles tr�s faibles, invisibles jusqu�alors. D�autre part, en utilisant des �mulsions refroidies jusque vers</p><p>� 80 �C, on arrive � r�ussir des photographies en couleurs qui fournissent des renseignements d�un int�r�t consid�rable sur la constitution de l�Univers.</p><p>On peut ainsi obtenir des repr�sentations particuli�rement caract�ristiques des noyaux des galaxies et y d�couvrir l�existence d�une partie centrale que les proc�d�s ant�rieurs ne permettaient pas de discerner, parce que l�on �tait oblig� jusqu�alors de surexposer les clich�s : la partie centrale de la galaxie �tudi�e se trouvait alors noy�e dans un magma o� il �tait impossible de rien distinguer. Pendant cette m�me p�riode, les instruments d�observation deviennent de plus en plus puissants.</p><p>Les diam�tres des miroirs des t�lescopes atteignent 1,50 m et 2,50 m, puis 5 m (mont Palomar). En revanche, les objectifs des lunettes astronomiques ne d�passent gu�re 0,90 m. La grande lunette de l�observatoire de Meudon a un diam�tre de 0,83 m, celle de l�observatoire de Nice, de 0,76 m. Elles ne sont d�pass�es que par deux lunettes am�-</p><p>ricaines dont les diam�tres respectifs sont de 1,02 et de 0,91 m. La limitation des diam�tres des lunettes provient de la difficult� d�obtenir des blocs optiques constituant des objectifs � deux verres de dimensions et de pouvoir s�parateur � grandes performances.</p><p>L�av�nement de la</p><p>radio-astronomie</p><p>Cette p�riode d�bute avec l�introduction des m�thodes de la radio-astronomie, c�est-�-dire de l�observation des astres sur des longueurs d�onde tr�s diff�rentes de celles de l�optique classique : longueurs d�onde centim�triques, d�cim�triques, m�triques</p><p>et m�me d�cam�triques. La difficult� vient alors de l�interpr�tation des r�sultats obtenus, qui se pr�sentent simplement sous la forme d�un enregistrement graphique des intensit�s observ�es. Un exemple caract�ristique est fourni par les observations faites sur le disque solaire : la densit� �lectronique varie r�guli�rement, mais consid�rablement suivant la position de la couche r�fl�-</p><p>chissante � la surface du Soleil, et cette densit� �lectronique d�finit la longueur d�onde du rayonnement �mis. Comme on est ma�tre de la longueur d�onde sur laquelle on re�oit, on peut diff�rencier les couches du Soleil d�o� provient le rayonnement re�u. Si l�on dispose d�un r�cepteur permettant de � balayer � les diff�rentes longueurs d�onde possibles, on peut reconstituer le trajet d�une cause perturbatrice qui, en provenance du noyau central du Soleil, parcourt les couches concentriques. Les diff�-</p><p>rentes sortes de rayonnement solaire et leurs perturbations, appel�es � sursauts �, ont pu �tre ainsi connues de fa�on tr�s satisfaisante. D�autre part, les tr�s grandes dimensions que l�on downloadModeText.vue.download 478 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1015</p><p>peut r�aliser avec les radiot�lescopes (jusqu�� 75 m de diam�tre) et l�emploi d�observations interf�rom�triques (alignement de tr�s nombreux radiot�lescopes de moyennes dimensions) ont permis d�am�liorer consid�rablement le pouvoir s�parateur de ces instruments, qui est en principe inversement proportionnel � la longueur d�onde observ�e. Pour certaines observations, on a m�me pu associer deux radiot�-</p><p>lescopes situ�s � plus de 100 km l�un de l�autre.</p><p>Le proche avenir</p><p>Celui-ci s�inscrit avec les observations astronomiques faites en dehors des limites de l�atmosph�re terrestre, dans des observatoires orbitaux permanents.</p><p>En effet, le plus gros obstacle dans ce domaine est l�absorption atmosph�-</p><p>rique, absorption globale et absorption s�lective (avec modification des longueurs d�onde). De m�me, il faudra</p><p>�liminer l�absorption galactique qui est loin d��tre n�gligeable.</p><p>Astrom�trie</p><p>C�est la partie de l�astronomie qui �tudie les astres et leurs mouvements (plus particuli�rement leurs mouvements apparents), c�est-�-dire les variations de leurs coordonn�es, dans des syst�mes �troitement rattach�s aux donn�es des points d�observation terrestres.</p><p>L�outil math�matique le plus fr�-</p><p>quemment utilis� est la trigonom�trie sph�rique, qui ne fait intervenir que de mani�re exceptionnelle les distances des astres, utilisant seulement leurs projections sur une sph�re de rayon ind�termin�, ainsi que leurs mouvements, dans diff�rents syst�mes de coordonn�es (un syst�me de coordonn�es est d�fini par un plan de r�f�rence, une direction prise dans ce plan, un sens positif de rotation pour cette direction et l�arc polaire correspondant � ce plan).</p><p>y L�astronomie de position a pour objet de d�terminer les coordonn�es des �toiles sur la sph�re c�leste � partir d�observatoires terrestres de positions connues. Par une application caract�ristique de la m�thode des approximations successives, on peut �galement d�terminer les coordonn�es g�ographiques de points terrestres non connus, en partant d�observations faites sur un certain nombre d��toiles dont les coordonn�es c�lestes ont �t� d�termin�es par des observations ant�rieures : c�est le probl�me de la navigation astronomique et de l�astronomie g�od�sique.</p><p>y La d�termination d�un temps astronomique uniforme, ainsi que sa diffusion aussi large que possible sur tous les points du globe terrestre, est un probl�me essentiel de l�astrom�trie.</p><p>Cette diffusion s�effectue de nos jours par voies radiot�l�graphiques. La conservation du temps ainsi diffus� pendant un temps plus ou moins long est assur�e par des horloges astronomiques, dont les mod�les les plus r�-</p><p>cents sont constitu�s par des horloges atomiques.</p><p>L��tude des diverses variations dans la valeur des coordonn�es apparentes des �toiles permet de pr�ciser un certain nombre de ph�nom�nes impor-</p><p>tants. Ce sont :</p><p>� la r�fraction, qui est introduite par l�atmosph�re terrestre ;</p><p>� les aberrations de la lumi�re, qui sont introduites par les d�placements dans l�espace de l�observateur terrestre ;</p><p>� les ph�nom�nes de pr�cession et de nutation (ce dernier �tant particuli�-</p><p>rement complexe), qui correspondent aux d�placements dans l�espace des plans fondamentaux ;</p><p>� les ph�nom�nes de parallaxes stellaires (toujours inf�rieurs � une seconde), dus au fait que les dimensions de l�orbite terrestre ne sont pas absolument n�gligeables par rapport aux distances des �toiles les plus proches.</p><p>y L��tude des astres du syst�me solaire (notamment des plan�tes) permet de pr�ciser les lois de la m�canique c�leste, dont la connaissance a atteint de nos jours un tr�s haut degr� de perfection. Les donn�es actuelles ne permettent plus d�ignorer les th�ories de la relativit� g�n�rale, qui ne consid�re la loi de l�attraction universelle de Newton que comme une loi de premi�re approximation.</p><p>y Les masses d�un nombre �lev�</p><p>d��toiles se trouvent d�termin�es lorsque ces �toiles appartiennent � un syst�me d��toiles doubles (ou multiples). Cette d�termination s�effectue gr�ce � l��tude des mouvements orbitaux de ces �toiles par rapport � leur centre commun de masses.</p><p>y L��tude des �l�ments d�une rotation galactique a �t� rendue possible par la d�termination des distances d�un nombre de plus en plus �lev� d��toiles.</p><p>Astrophysique</p><p>Les d�couvertes et les progr�s de la physique contemporaine ont permis de remarquables progr�s dans notre</p><p>connaissance de l�Univers. Les principales donn�es utilis�es concernent : l�emploi g�n�ralis� de la photographie ; l�analyse spectrale des �toiles ; la photom�trie stellaire ; la radio-astronomie.</p><p>Photographie stellaire</p><p>Elle a essentiellement profit� des progr�s r�alis�s :</p><p>� dans la mise en oeuvre d��mulsions dont on conna�t bien de nos jours les zones de sensibilit� maximale et les diverses caract�ristiques ;</p><p>� dans l�utilisation de filtres color�s et d��crans gr�ce auxquels on peut s�lectionner les radiations re�ues ;</p><p>� dans l�emploi des photographies en couleurs qui donnent des indications sur les temp�ratures des objets c�lestes photographi�s, et qui peuvent �tre obtenues avec des poses bien moindres ;</p><p>� dans la possibilit� d�obtenir une grande finesse de d�tails gr�ce � des poses de tr�s longues dur�es, rendues possibles du fait que les instruments, install�s sur des appareils � monture �quatoriale, peuvent suivre les �toiles, entra�n�es dans le mouvement diurne.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, l�emploi</p><p>syst�matique de documents photographiques permet aux astronomes de travailler sur des documents durables et non plus sur des observations visuelles fugitives.</p><p>Analyse spectrale</p><p>La photographie d�objets c�lestes au travers de prismes tr�s dispersifs ou de r�seaux permet de distinguer pour un m�me corps deux sortes de spectres.</p><p>1. Lorsque aucun corps ne vient s�interposer entre la source �mettrice et la plaque photographique, on obtient le spectre d��mission, ensemble de raies brillantes caract�ristiques du corps consid�r�.</p><p>2. Lorsque les rayons lumineux ont d� traverser soit l�atmosph�re gazeuse de l��toile elle-m�me, soit l�atmosph�re terrestre, on observe le spectre d�absorption, qui est l�ensemble des caract�ristiques de l�atmosph�re travers�e.</p><p>Ces raies correspondent exactement aux m�mes longueurs d�onde que les raies du spectre d��mission de ce m�me corps.</p><p>Les spectres enregistr�s sont diff�-</p><p>rents si le corps consid�r� est plus ou moins ionis�, c�est-�-dire si les atomes de ce corps ont perdu (pour des causes diverses) un ou plusieurs des �lectrons qui entourent le noyau. On a dans le premier cas un spectre d�arc et dans le second cas des spectres d��tincelle, en principe tr�s diff�rents, qui peuvent �tre d�ordre I, II, III, etc. On dit que l�on obtient par exemple le spectre de Fe I, Fe II, Fe III, etc. Au prix d�une analyse qui reste tr�s compliqu�e, on aboutit � des r�sultats pr�cis concernant l��tat dans lequel se trouvent les atomes de tel ou tel corps identifi� dans l�atmosph�re d�une �toile d�termin�e. Il y a le plus souvent coexistence des deux sortes de spectres venus se superposer au spectre continu, d� � la partie centrale tr�s chaude de l��toile, qui �met un spectre aux couleurs de l�arc-en-ciel. Lorsque la temp�rature n�est pas suffisante pour que le gaz soit � l��tat atomique, il reste � l��tat mol�-</p><p>culaire : il y a en ce cas formation d�un spectre de bandes, et non plus de raies.</p><p>On voit appara�tre des cannelures, qui, �tudi�es avec des dispersions suffisantes, peuvent �tre r�solues en une multitude de raies quasiment jointives.</p><p>L��tude des spectres des diff�rentes �toiles permet d��tablir leur classification spectrale. Le crit�re essentiel de cette classification est, � premi�re vue, la temp�rature des atmosph�res stellaires. Le v�ritable crit�re est en r�alit� le degr� d�ionisation des atomes ou de dissociation des mol�cules, caract�res dans lesquels la temp�rature joue un r�le important, mais non exclusif. En s�en tenant aux classes les plus importantes, on range les �toiles dans sept cat�gories principales repr�sent�es par les lettres O, B, A, F, G, K, M, chacun de ces types spectraux �tant lui-m�me subdivis� en dix sous-types num�rot�s de 0 � 9. C�est ainsi qu�au type spectral B9 fait imm�diatement suite le type A0. En gros, les temp�ratures superficielles des �toiles O sont de l�ordre de 25 000 K, et celles des �toiles M</p><p>de l�ordre de 2 500 K. Les �toiles de type O et B sont des �toiles bleues. De</p><p>A0 � F5, on a des �toiles blanches ; de F5 � K0 des �toiles jaunes ; de K0 � M9</p><p>des �toiles rouges.</p><p>y L�effet Doppler-Fizeau correspond � un d�placement des raies observ�es, tant dans un spectre d��mission que dans un spectre d�absorption, par rapport � leurs positions normales, le d�calage &#x394;&#x3BB; de la longueur d�onde &#x3BB;</p><p>�tant proportionnel � cette longueur d�onde. Ce d�calage, qui implique un d�placement radial de l�objet observ� downloadModeText.vue.download 479 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1016</p><p>par rapport � l�observateur, est caract�ris� par la relation</p><p>Vr �tant la vitesse radiale de l�objet vis� par rapport � l�observateur terrestre et c la vitesse de la lumi�re dans le vide. La mesure des d�calages relatifs</p><p>permet ainsi de d�terminer Vr, composante radiale du mouvement dans l�espace de l�astre �tudi� par rapport � l�observateur terrestre, lui-m�me mobile dans l�espace. Cet �l�ment est essentiel pour l��tude de la dynamique des �toiles � l�int�rieur de la Galaxie.</p><p>y D�autres effets sont observables sous forme de d�calage des raies dans les spectres stellaires :</p><p>� l�effet Zeeman, qui renseigne sur le champ magn�tique r�gnant dans une atmosph�re stellaire ;</p><p>� l�effet Compton, qui tient compte des chocs entre �lectrons et photons ;</p><p>� l�effet Einstein, qui tient compte de la masse centrale de l��toile, conform�-</p><p>ment aux conclusions de la relativit� g�n�ralis�e, et qui reste pratiquement insensible pour les �toiles normales.</p><p>L�analyse spectrale est une question extr�mement complexe qui reste du domaine d�astronomes sp�cialis�s et tr�s confirm�s. Mais le nombre des renseignements qu�elle peut fournir est consid�rable. Cette �tude est favoris�e par l�emploi d�instruments auxiliaires sp�ciaux, parmi lesquels on doit citer :</p><p>� la cellule � multiplicateur d��lectrons, qui est utilis�e dans d�autres domaines de la physique ;</p><p>� la cam�ra �lectronique d�Andr� Lal-lemand (n� en 1904), qui, rempla�ant l�optique habituelle par une optique �lectronique beaucoup plus sensible, permet de diminuer consid�rablement les temps de pose.</p><p>L�un et l�autre de ces instruments utilise la substitution des �lectrons aux photons, par effet photo-�lectrique ; lorsqu�un corps, se pr�sentant sous forme d�une couche tr�s mince, est frapp� par un flux de photons, des �lectrons sont arrach�s � la couche r�cep-trice en nombre l�g�rement sup�rieur � celui des photons incidents. Ces �lectrons, �tant des corpuscules charg�s en �lectricit�, peuvent �tre attir�s, focalis�s, et acqu�rir une grande �nergie, ce qui n��tait pas le cas des photons.</p><p>Photom�trie stellaire</p><p>Elle est effectu�e de nos jours presque exclusivement sur plaques photographiques pr�alablement �talonn�es, ce qui suppose �videmment un petit nombre de d�terminations absolues effectu�es avec un photom�tre classique.</p><p>Moyennant une technique d�licate, elle permet de mesurer avec une tr�s grande pr�cision l�intensit� des radiations re-</p><p>�ues d�une �toile.</p><p>Radioastronomie</p><p>L�observation des astres sur des longueurs d�onde centim�triques, d�cim�-</p><p>triques, m�triques et m�me d�cam�-</p><p>triques, alors que les radiations visibles ne d�passent pas 0,5 �, permet d�explorer l�Univers dans des conditions tout � fait diff�rentes de celles qui sont utilis�es en optique. Les enregistrements graphiques re�us, toujours difficiles � interpr�ter, n�cessitent l�emploi de r�cepteurs de grandes dimensions, car le pouvoir s�parateur de ces instruments reste, comme en optique, inversement proportionnel aux longueurs d�onde des radiations observ�es. En balayant tr�s rapidement avec l�appareil r�cepteur toute une gamme de longueurs d�onde, on a pu mettre en �vidence la progression de perturbations,</p><p>ou sursauts, � travers les diff�rentes couches de l�atmosph�re solaire, ainsi que l�existence d��toiles ayant des �missions radio-�lectriques consid�-</p><p>rables alors que l�aspect optique reste tr�s faible (quasars), et �galement celle d�astres �mettant des radiations � une cadence tr�s r�guli�re (pulsars).</p><p>Mat�riel astronomique</p><p>Les principaux instruments d�optique utilis�s en astronomie sont :</p><p>� soit des collecteurs de lumi�re (lunettes ou t�lescopes), install�s sur une monture �quatoriale, c�est-�-dire tournant autour d�un axe parall�le � l�axe du monde, et entra�n�s par un mouvement d�horlogerie tr�s pr�cis avec une vitesse de un tour en 24 heures sid�-</p><p>rales, pour que l�image d�une �toile, amen�e au centre du champ de l�instrument, y reste malgr� le mouvement diurne ;</p><p>� soit des analyseurs de lumi�re (photom�tres, spectrographes, polarim�tres, etc.) consid�r�s comme des accessoires des grands instruments.</p><p>Les diff�rents types de montures �quatoriales, utilis�s aussi bien pour les lunettes que pour les t�lescopes, ont pour objet de r�duire dans toute la mesure du possible les porte-�-faux et les flexions qui sont in�vitables, �tant donn� la non-verticalit� de l�axe principal. Un instrument �quatorial est en principe un instrument d�observatoire, exigeant une installation fixe (pilier en ma�onnerie). Il est utilis� essentiellement pour effectuer des mesures diff�-</p><p>rentielles sur des �toiles apparaissant simultan�ment dans le champ. On emploie pour les instruments de faibles et moyennes dimensions la monture allemande, qui exige l�emploi d�un contrepoids de masse variable et, sym�triquement, celui d�une table d�observation permettant l�installation d�instruments auxiliaires (spectrographe, prisme-objectif, chambres photographiques suppl�mentaires, etc.). Pour les grands instruments, il existe plusieurs autres sortes de montures �quatoriales :</p><p>� la monture dite � en berceau �, qui est utilis�e en particulier pour le grand</p><p>t�lescope de 2,54 m du mont Wilson ;</p><p>� la monture dite � anglaise �, employ�e en particulier pour l�instrument de l�observatoire de Paris, destin� � l�observation photographique de la carte du ciel ;</p><p>� la monture dite � en crapaud �, utilis�e en particulier pour le t�lescope de 1,50 m du mont Wilson.</p><p>Pour les observations sur le Soleil, dont le mouvement apparent ne suit pas exactement les lois du mouvement diurne, on utilise un t�lescope fixe � axe g�n�ralement vertical (tour solaire). Les images sont transmises dans le sous-sol par l�interm�diaire d�un coe-lostat � double miroir install� � la partie sup�rieure de la tour : les positions relatives des deux miroirs varient avec la d�clinaison du Soleil, qui change d�un jour � l�autre.</p><p>Les lunettes astronomiques ont des diam�tres sensiblement inf�rieurs � ceux des t�lescopes, � cause de la difficult� de construire des objectifs � deux verres ayant les qualit�s optiques n�cessaires. La plus grande lunette astronomique est celle de l�observatoire de Williams Bay, dans le Wisconsin (diam�tre de 1,02 m et distance focale de 19,30 m). Celle de l�observatoire de Meudon, r�cemment transform�e, a un objectif de 0,83 m de diam�tre et une distance focale de 16,34 m.</p><p>Qu�il s�agisse de lunettes ou de t�lescopes, les champs de ces instruments sont tr�s faibles, de l�ordre de quelques minutes d�arc. Pour obtenir des clich�s � grand champ, on utilise un certain type de r�flecteur, le r�flecteur de Schmidt, qui se compose d�un miroir sph�rique et d�un diaphragme plac� en son centre de courbure. Pour corriger l�aberration de sph�ricit�, on place � la hauteur du diaphragme une lame de verre dont l��paisseur varie du centre au bord. Cette �paisseur est calcul�e de telle mani�re que le chemin optique � travers cette lame compense l�aberration de sph�ricit� au prix d�une l�g�re aberration chromatique.</p><p>On arrive ainsi � des champs de 12�</p><p>� 17�. Les grands observatoires sont tous munis d�au moins un r�flecteur de Schmidt, qui compl�te les instru-</p><p>ments plus puissants mais � champ tr�s faible. Un progr�s r�cent a permis de r�aliser des lames correctrices qui donnent, au prix d�une d�formation suppl�mentaire, des images planes au lieu d�images courbes.</p><p>Dans le domaine de la radio-as-</p><p>tronomie, le collecteur de radiation est constitu� par une portion de parabolo�de, g�n�ralement de grandes dimensions, recouverte d�un treillage m�tallique serr�. Les radiations �lectromagn�tiques re�ues sont concen-tr�es au foyer de ce parabolo�de, o� se trouve un �l�ment d�antenne rectiligne du type � dip�le �, dont les dimensions d�terminent la longueur d�onde de la radiation re�ue. Cet �l�ment d�antenne est plac� longitudinalement suivant l�axe du parabolo�de.</p><p>Le pouvoir s�parateur des instruments utilis�s en radio-astronomie d�pendant du diam�tre de la portion de parabolo�de et des longueurs d�onde utilis�es, on aura obligatoirement des appareils de tr�s grandes dimensions.</p><p>Le radiot�lescope de Jodrell Bank, pr�s de Manchester (Grande-Bretagne), n�a pas moins de 76 m de diam�tre. Un autre radiot�lescope de dimensions �quivalentes est en service � Parkes, pr�s de Sydney. Plusieurs radiot�lescopes de 25 m existent � Dwingeloo (Pays-Bas), � l�universit� de Michigan (�tats-Unis), au Naval Observatory de Washington, etc. La plupart de ces grands radiot�lescopes sont mobiles par rapport � un axe parall�le � l�axe du monde, ce qui pose de tr�s d�licats probl�mes d��quilibrage, parfois difficiles � r�soudre.</p><p>La presque totalit� des observatoires astronomiques est install�e dans l�h�-</p><p>misph�re Nord, � l�exception de deux observatoires anglais, l�un en Afrique du Sud (Zeekoegat) et le second en Australie (Parkes), et d�un observatoire am�ricain au Chili (Morado). Or, un grand nombre de constellations et de n�buleuses particuli�rement int�ressantes sont situ�es dans l�h�misph�re austral, en particulier les Nuages de Magellan, qui constituent les deux galaxies les plus proches de notre Galaxie. Plusieurs pays europ�ens (Allemagne de l�Ouest, France, Belgique, Pays-Bas et Su�de) on d�cid� le 5 oc-</p><p>downloadModeText.vue.download 480 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1017</p><p>tobre 1962 de cr�er en commun dans l�h�misph�re Sud un puissant observatoire europ�en, d�sign� par le sigle E. S. O. (European Southern Observatory). Apr�s une prospection extr�mement minutieuse en Afrique du Sud et au Chili, le choix s�est port� sur un site situ� entre l�oc�an Pacifique et la haute cha�ne des Andes, � 600 km au nord de Santiago du Chili, au lieu dit La Silla, � 2 400 m d�altitude.</p><p>L�astronomie spatiale</p><p>Depuis le d�but des ann�es 60, gr�ce au d�veloppement de l�astronautique, l�astronomie est entr�e dans une �re nouvelle.</p><p>D�une part, il est devenu possible, � l�aide de sondes automatiques, de photographier et d��tudier les astres du syst�me solaire dans des conditions bien meilleures que depuis les observatoires terrestres.</p><p>Outre la Lune, V�nus (depuis 1962), Mars (depuis 1965), Jupiter (depuis 1973) et Mercure (depuis 1974) ont d�j� �t� survol�es � faible distance par des engins spatiaux ; mieux, des clich�s et des donn�es physico-chimiques ont �t� recueillis sur le sol m�me des deux plan�tes les plus proches, V�nus et Mars.</p><p>D�autre part, des engins plac�s en orbite autour de la Terre elle-m�me apportent d�sormais une contribution majeure � la connaissance de l�Univers.</p><p>� la diff�rence des radiations lumineuses et des ondes radio�lectriques, ni les rayons gamma, ni les rayons X, ni la majeure partie des rayonnements ultraviolet et infrarouge d�origine cosmique ne peuvent �tre capt�s de fa�on satisfaisante � la surface de la Terre, par suite de l�absorption et des �missions parasites dues aux mol�cules de l�atmosph�re. � partir de 30 km d�altitude, niveau atteint par les ballons-sondes, la totalit� de l�infrarouge et les radiations ultraviolettes de longueur d�onde sup�-</p><p>rieures � 1 900 � peuvent �tre re�us ; � partir de 100 km, altitude accessible par les fus�es, l�ouverture du domaine spectral se prolonge jusqu�� 1 000 �. Mais ce n�est</p><p>qu�au-del� de 300 km que l�ensemble des rayonnements �lectromagn�tiques �mis dans l�Univers peuvent �tre parfaitement capt�s. Aussi de nouvelles branches de l�astronomie ont-elles vu le jour depuis l�av�nement des satellites artificiels.</p><p>Gamma-astronomie et astronomie X</p><p>Le d�veloppement de l�astronautique a notamment permis l�essor de la gamma-astronomie, ayant pour objet l��tude des sources c�lestes de rayonnement gamma, et de l�astronomie X, qui s�int�resse aux astres �metteurs de rayonnement X.</p><p>Malgr� leur nom de gamma-t�lescopes et de t�lescopes X, les instruments utilis�s dans ces nouveaux domaines de l�astronomie n�offrent gu�re de ressemblance avec les t�lescopes classiques. Les t�lescopes X</p><p>sont en fait des d�tecteurs, construits sur le m�me principe que les compteurs de Geiger, dont le champ d�exploration est r�gl� par un collimateur m�canique. Ce champ peut atteindre 10� si l�on d�sire �tudier une r�gion du ciel, mais peut �tre r�duit � quelques minutes si l�on souhaite plut�t localiser une source. Quelque peu diff�rents, mais relevant d�une technologie voisine, les gamma-t�lescopes ont g�n�-</p><p>ralement pour �l�ment essentiel un dispositif (chambre � �tincelles) dans lequel les photons gamma sont mat�rialis�s en paires d��lectrons.</p><p>C�est en 1961, gr�ce au satellite am�-</p><p>ricain � Explorer 11 �, qu�ont �t� d�tect�es les premi�res sources cosmiques de rayonnement gamma. La d�couverte de l�importante �mission gamma du centre de la Galaxie, l�identification de sources p�riodiques de rayonnement gamma, et la mise en �vidence, depuis 1967, en diverses r�gions du ciel, de � bouff�es � tr�s intenses de rayons gamma dont l�origine reste encore myst�rieuse, figurent parmi les r�sultats les plus importants d�j� obtenus en gamma-astronomie.</p><p>Bien que la d�couverte de la premi�re source c�leste de rayons X (en dehors du Soleil) remonte � 1962, ce n�est qu�en 1970</p><p>qu�a d�but�, avec le satellite am�ricain</p><p>� SAS-1 � (ou � Uhuru �), l��tude syst�matique du ciel dans la bande du spectre correspondant aux rayons X. Depuis lors, quelque 200 sources X ont �t� recens�es, correspondant � des objets extr�mement</p><p>chauds qui sont le si�ge de ph�nom�nes violents dont la nature reste parfois controvers�e. La plupart de ces sources se situent � l�int�rieur de notre Galaxie : certaines d�entre elles sont associ�es � des vestiges de supernovae ; les autres sont regard�es comme des �toiles doubles serr�es dont l�une des composantes, massive et pourtant dot�e d�un champ gravitation-nel tr�s intense, arrache de la mati�re � sa compagne.</p><p>Astronomie ultraviolette</p><p>Une autre branche de l�astronomie doit �galement son essor aux engins spatiaux : celle dont le domaine spectral d��tude est l�ultraviolet, rayonnement interm�diaire entre la lumi�re visible et les rayons X.</p><p>Les instruments qu�elle utilise, souvent appel�s � t�lescopes ultraviolets �, sont des t�lescopes dont l�optique a �t� rendue sensible aux radiations ultraviolettes, associ�s � des spectrophotom�tres ou � des photomultiplicateurs op�rant aux longueurs d�ondes comprises entre 3 900 et 900 � environ. D�s 1962, les radiations invisibles �mises par le Soleil, et notamment son rayonnement ultraviolet, ont fait l�objet d�une analyse syst�matique � partir de satellites sp�cialis�s, tels les observatoires solaires orbitaux (OSO) am�ricains. Mais c�est avec l�observatoire astronomique orbital � OAO-2 �, lanc� en 1968, qu�a v�ritablement commenc� l��tude du Ciel dans l�ultraviolet. Celle-ci permet notamment de recueillir des donn�es pr�cieuses sur les �toiles chaudes et sur le milieu interstellaire. On lui doit �galement, dans le syst�me solaire, la mise en �vidence d�une vaste enveloppe d�hydrog�ne autour de certaines com�tes.</p><p>Les stations orbitales sovi�tiques Sa-liout, depuis 1971, et le Skylab am�ricain, en 1973-1974, ont fourni aux astronomes une moisson d�informations nouvelles.</p><p>Mais ce n�est qu�un d�but, et l�astronomie spatiale est appel�e � conna�tre un grand d�veloppement au cours de la prochaine d�cennie, en particulier gr�ce � la navette spatiale am�ricaine qui mettra en orbite autour de la Terre, outre de nombreux satellites, le laboratoire europ�en Spacelab, et un t�lescope de 2,4 m d�ouverture dont les performances, compte tenu de l�altitude � laquelle il op�rera, seront largement sup�rieures � celles des plus puissants instruments bas�s au sol.</p><p>P. de La C.</p><p>P. T.</p><p>Deux grands</p><p>astronomes de</p><p>l�antiquit�</p><p>Hipparque, astronome grec du IIe s. av.</p><p>J.-C. Originaire de Nic�e en Bithynie, il doit �tre consid�r� comme l�un des fondateurs de la science astronomique.</p><p>La plupart de ses observations sont faites � Rhodes et � Alexandrie entre 161 et 127. Il mesure la dur�e des r�volutions de la Lune, l�excentricit� de son orbite et l�inclinaison de cette orbite sur le plan de l��cliptique. Il calcule l�excentricit� de l�orbite et l�apog�e du Soleil, dont il fixe la position de la ligne des apsides. Il explique de m�me l�in�galit� des saisons, c�est-�-dire des intervalles entre les �quinoxes et les solstices. Enfin, il �tablit un catalogue de 1 025 �toiles dont il fixe les positions et, en comparant ces positions avec celles connues pr�c�demment, il d�couvre la pr�cession des �quinoxes.</p><p>Claude Ptol�m�e, astronome grec du IIe s. apr. J.-C. (probablem. Ptol�ma�s Hermiu v. 90 - Canope v. 168). Par ses observations faites � Alexandrie entre 127 et 151, il compl�te l�oeuvre d�Hipparque, notamment son catalogue d��toiles, qui, traduit en 827</p><p>par al-Ma�m&#x16B;n, calife de Bagdad, est publi� sous le nom d�Almageste. Les magnitudes des �toiles sont alors �va-lu�es � l�oeil nu et catalogu�es de 1 � 6 (soit 5 intervalles), ce qui permet par la suite d��tablir la loi fondamentale, dite � lois de Pogson �, d�finissant les magnitudes stellaires. Enfin, il calcule les distances des principales plan�tes.</p><p>&#x25B6; Brahe (Tycho) / Ciel / Constellation / Coordonn�es (syst�mes de) / Copernic / Galaxies / Kepler</p><p>/ Laplace / M�canique c�leste / Pulsar / Quasar /</p><p>Radioastronomie / Univers.</p><p>B V. A. Ambartsumyan (sous la dir. de), Theo-rical Astrophysics (Oxford, 1958). / J. C. Pecker et E. Schatzman, Astrophysique g�n�rale (Masson, 1959). / P. Couderc, Histoire de l�astronomie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1960).</p><p>/ E. Schatzman (sous la dir. de), l�Astronomie (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �,</p><p>1962). / P. Muller, Dictionnaire de l�astronomie (Larousse, 1966). / P. Gu�rin et coll., Plan�tes et satellites (Larousse, 1967). / J. C. Pecker (sous la dir. de), la Nouvelle Astronomie, science de l�Univers (Hachette, 1971). / S. Groueff et J.-P. Cartier, l�Homme et le cosmos (Larousse et Paris-Match, 1975).</p><p>astronomie</p><p>g�od�sique</p><p>de position</p><p>Branche de l�astronomie qui a pour objet la d�termination des coordonn�es terrestres (latitude*, longitude*) d�une station, � partir d�observations faites sur des astres, dont les coordonn�es c�-</p><p>lestes (ascension* droite, d�clinaison*) sont elles-m�mes connues. (On d�termine g�n�ralement aussi l�orientation de cette station terrestre, en observant l�azimut* d�un second point terrestre sur l�horizon de la station.)</p><p>Les trois coordonn�es d�un point peuvent �tre d�termin�es de mani�re s�par�e ou simultan�ment. On peut op�rer par des observations m�ridiennes, circumm�ridiennes ou extra-m�ridiennes. Les coordonn�es des astres sont elles-m�mes d�termin�es en partant de coordonn�es terrestres connues par un certain nombre d�observations. En fait, il n�y a l� qu�une application, tr�s caract�ristique d�ailleurs, de la m�thode g�n�rale des approximations successives. En une premi�re s�rie d�op�rations, on d�termine, par des observations combin�es, et le cas �ch�ant crois�es, en tout cas en nombre surabondant, un syst�me coh�-</p><p>rent comprenant les coordonn�es d�un petit nombre d�observatoires terrestres et d�un nombre limit� d��toiles dites</p><p>� fondamentales �. Le catalogue actuel des �toiles fondamentales utilis� pour les besoins de l�astronomie g�od�sique de position comprend 1 453 �toiles, dont les coordonn�es, r�duites au jour et � l�instant de l�observation, sont publi�es chaque ann�e (position de 10 en 10 jours). Pour les besoins plus g�n�-</p><p>raux de l�astronomie, on utilise, depuis le 1er janvier 1962, le Vierter Funda-mentalkatalog (en abr�g� FK4) publi� par l�Astronomisches Recheninstitut de Heidelberg, qui comprend plusieurs milliers d��toiles dont les positions sont donn�es � la date du 1er janvier</p><p>1930 et dont les coordonn�es r�duites au jour de l�observation doivent �tre chaque fois calcul�es par l�utilisateur d�apr�s les donn�es propres � chaque �toile. Pour ce qui est des coordonn�es des observatoires, l��l�ment le plus d�-</p><p>licat � d�terminer est la longitude, �l�-</p><p>ment qui ne peut �tre connu que par un emploi syst�matique et coordonn� de signaux horaires radiot�l�graphiques.</p><p>downloadModeText.vue.download 481 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1018</p><p>Plusieurs op�rations internationales, dont la derni�re a eu lieu � propos de l�ann�e g�ophysique internationale (1957-1958), ont permis de d�finir un r�seau coh�rent et mondial d�une cinquantaine de longitudes fondamentales. Ces donn�es sont utilis�es pour la d�termination permanente et continue du temps universel (Bureau international de l�heure, dont le centre est � l�observatoire de Paris).</p><p>y La latitude &#x3C6; d�un lieu, �tant par d�finition la hauteur du p�le au-dessus de l�horizon, se d�termine de la fa�on la plus simple, en mesurant la distance z�nithale &#x3B6;m � son passage au m�ridien d�une �toile de d�clinaison connue &#x3B4;. � condition de compter &#x3B6;</p><p>m</p><p>positivement au sud du z�nith et n�gativement au nord, on aura :</p><p>� pour un passage sup�rieur</p><p>&#x3C6; = &#x3B4; + &#x3B6;m ;</p><p>� pour un passage inf�rieur</p><p>&#x3C6; = (180 � &#x3B4;) + &#x3B6;m.</p><p>Les observations peuvent �tre faites au th�odolite ou au cercle m�ridien.</p><p>y La longitude d�un lieu, par rapport � un m�ridien origine qui, par convention, est tr�s proche de celui de la lunette m�ridienne de l�observatoire de Greenwich, se d�termine au moyen de deux op�rations distinctes :</p><p>1o la d�termination de l�heure sid�rale</p><p>locale du lieu � l�instant de l�observation. Au moment du passage au m�ridien d�une �toile d�ascension droite &#x3B1;, l�horloge sid�rale locale doit marquer l�heure Hs = &#x3B1;. Si elle donne une indication diff�rente T&#x2032;, la correction de la pendule locale Cpl, aura pour valeur Cpl = &#x3B1; � T&#x2032; ;</p><p>2o la d�termination de l�heure sid�-</p><p>rale, au m�me instant, au m�ridien de Greenwich. La correction Cpg de cette m�me pendule par rapport au m�ridien de Greenwich est connue gr�ce � des r�ceptions de signaux horaires radiot�-</p><p>l�graphiques, et la diff�rence de longitudes &#x394;&#x3BB; a pour valeur</p><p>&#x394;&#x3BB; = Cpl � Cpg.</p><p>Ces deux quantit�s doivent �tre</p><p>rapport�es, par des corrections appropri�es (marche de la pendule), au m�me instant physique. Les observations sont faites soit au th�odolite, soit � l�instrument des passages, dont le plan d�observation doit �tre mis dans le m�ridien. Elles comportent toujours une correction r�siduelle de r�duction au m�ridien. Une fois cette correction effectu�e, on dispose de tous les �l�ments n�cessaires pour d�terminer l�azimut A d�une direction terrestre, en passant g�n�ralement par l�interm�diaire d�une mire m�ridienne et d�observations horizontales faites ult�-</p><p>rieurement au th�odolite. On peut aussi d�terminer simultan�ment l�heure locale et la latitude, en notant l�heure si-d�rale Hs marqu�e par la pendule locale � laquelle une �toile de coordonn�es connues atteint une distance z�nithale &#x3B6;, que l�on mesure. L�azimut A de cette observation est suppos� approximativement connu, par exemple � l�aide d�une boussole. On arr�te une valeur approch�e &#x3C6;0 de la latitude cherch�e &#x3C6;</p><p>[&#x3C6; = &#x3C6;0 + d&#x3C6;] et une valeur approch�e de la correction de pendule qui permet de d�finir l�heure lue approch�e Hs0[Hs = Hs0 + dHs].</p><p>On calcule ensuite la valeur &#x3B6;0 qui correspondrait aux �l�ments approch�s adopt�s, et l�on constate un l�ger �cart d&#x3B6;, entre la valeur calcul�e &#x3B6;0 et celle observ�e &#x3B6;. Une formule classique</p><p>de trigonom�trie sph�rique permet d��crire</p><p>d&#x3B6; = cos A d&#x3C6; + 15 cos &#x3C6;0 sin A dHs, �quation qui comporte deux inconnues d&#x3C6; et dHs. Cette relation est l��quation mise sous forme normale d�une droite d�azimut passant � la</p><p>distance d&#x3B6;, du centre d�un syst�me de coordonn�es rectangulaires planes, gradu�es en d&#x3C6; et en 15 cos &#x3C6;0 dH. Si l�on observe une seconde �toile dans des conditions analogues, on aura une deuxi�me droite, les deux droites se coupant en un point I ayant pour coordonn�es rectangulaires graphiques d&#x3C6; et 15 cos &#x3C6;0 dHs, ce qui r�sout le probl�me.</p><p>En navigation, on fait couramment des observations de hauteur r�alis�es au sextant. � terre, on pr�f�re avoir un instrument cal� pour observer des hauteurs �gales. Le plus utilis� de ces instruments est l�astrolabe � prisme, qui permet d�observer � une distance z�nithale constante approximativement connue, laquelle reste erron�e d�une erreur d&#x3B6; constante. Les droites de hauteur sont alors toutes d�cal�es, par rapport au point d�intersection id�al, d�une quantit� constante d&#x3B6;. Comme on peut observer autant d��toiles qu�on le veut, l�interpr�tation sur graphique revient � d�terminer par t�tonnements le centre d�un cercle de rayon non exactement connu, mais qui tangente au mieux toutes les droites de hauteur.</p><p>La m�thode est susceptible d�une tr�s grande pr�cision et d�une tr�s grande souplesse d�emploi.</p><p>Les d�viations relatives</p><p>de la verticale</p><p>D�terminer par des observations astronomiques la latitude et la longitude d�un lieu revient � rep�rer dans l�espace la position de la verticale de ce lieu, fournie par le niveau de l�instrument de mesure par rapport aux �l�ments fixes (ou quasi fixes) de l�univers, notamment la ligne des p�les.</p><p>L�angle form� par la verticale et la ligne des p�les est la colatitude du lieu, soit 90 � &#x3C6;. Le plan de ces deux droites constitue le plan m�ridien du lieu. L�angle dans l�espace entre ce plan et un plan similaire pris pour origine (Greenwich) d�finit la dif-</p><p>f�rence de longitude des deux lieux. Tous ces �l�ments d�pendent de la direction de la verticale fournie par le niveau. Or, cette verticale elle-m�me est directement influenc�e par le relief (externe et interne) de la r�gion o� se trouve le point consid�r�. Par le proc�d� des triangulations, la g�od�sie d�termine de proche en proche des latitudes &#x3C6; et des longitudes &#x3BB;, calcul�es sur une surface de r�f�rence constitu�e par un ellipso�de de r�volution faiblement aplati dit � ellipso�de de r�f�rence �, � partir des valeurs de ces coordonn�es adopt�es pour l�un des points de cette triangulation, ou point fondamental. Ces deux sortes de coordonn�es ne peuvent pas �tre identiques, m�me si l�on a adopt� pour coordonn�es du point fondamental les r�sultats directement fournis par l�astronomie. Il faudrait pour cela qu�en tout point la normale � l�ellipso�de de r�f�rence conventionnel soit confondue avec la verticale physique du lieu. L��cart entre ces deux sortes de coordonn�es correspond � l�angle de ces deux droites. Il est appel� d�-</p><p>viation relative de la verticale &#x3B8;. La composante nord-sud de ce petit angle est �gale � la diff�rence &#x3BE; entre les deux valeurs de la latitude astronomique et g�od�sique.</p><p>La composante est-ouest &#x3B7; est �gale � la diff�rence entre les deux valeurs de la longitude multipli�e par cos &#x3C6;. Les relations fondamentales sont donc :</p><p>&#x3C6;g�od. � &#x3C6;astr. = &#x3BE; ;</p><p>cos (&#x3BB;astr. � &#x3BB;g�od. = &#x3B7;.</p><p>Les d�viations relatives de la verticale peuvent �tre assez importantes. La plus grande discordance constat�e l�a �t� en 1948 � l��le de la R�union : elle atteint 3 minutes cent�simales pour deux points situ�s � 70 km l�un de l�autre sur les rivages nord et sud de l��le (soit une discordance de 3 km sur les positions g�ographiques relatives). En France m�tropolitaine, cette discordance ne d�passe pas 20 secondes cent�simales (soit 200 m).</p><p>P. T.</p><p>B G. Gougenheim, Emploi de l�astrolabe � prisme (Impr. nat., 1936). / P. Tardi et G. Lacla-v�re, Trait� de g�od�sie (Gauthier-Villars, 1951-1954 ; 3 vol.). / B. Decaux, la Mesure pr�cise du temps en fonction des exigences de la science (Masson, 1959). / E. Guyot, Histoire de la d�ter-downloadModeText.vue.download 482 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1019</p><p>mination de l�heure (Chambre suisse de l�horlogerie, La Chaux-de-Fonds, 1969).</p><p>Asturias</p><p>(Miguel �ngel)</p><p>�crivain et diplomate guat�malt�que (Guatemala 1899 - Madrid 1974).</p><p>Vers les ann�es 30, on pouvait rencontrer � Paris, dans le Quartier latin qu�il habitait ou � Montparnasse avec ses amis surr�alistes, un jeune avocat guat�malt�que au visage de dieu maya, Miguel �ngel Asturias, fils d�un descendant d�Espagnol et d�une Indienne.</p><p>� cette �poque, il a d�j� soutenu au Guatemala une th�se de doctorat sur le Probl�me social de l�Indien. Envoy� en Europe en 1923 par son p�re, magistrat, pour y �tudier le droit international, il s�arr�te � Londres d�abord, puis s�installe � Paris, o� il va suivre en Sorbonne des cours sur les civilisations d�Am�rique centrale. Mis en �veil par ces �tudes et se souvenant des l�gendes indiennes que lui contait sa m�re dans sa petite enfance, il entreprend d��crire son premier livre, o� il recr�e avec un luxe d�images �blouissantes les mythes de son pays : L�gendes du Guatemala.</p><p>Publi� � Madrid en 1930, le livre est traduit en fran�ais et communiqu� � Paul Val�ry, qui, vivement impressionn� par ces � histoires-songes-po�mes �, accepte de pr�facer l��dition fran�aise. Puis, recevant le jeune �crivain, il r�ussit � le convaincre de retourner dans sa patrie : � Vous ris-quez de devenir ici, � Paris, un simple imitateur... � C�est dans ce m�me Paris que, trente-cinq ans plus tard, devenu ambassadeur du Guatemala en France, Asturias apprendra que l�Acad�mie su�doise lui a d�cern� le prix Nobel de litt�rature pour 1967. Entre ces deux dates se placent une carri�re bien remplie de diplomate, de longues ann�es d�exil, d�innombrables conf�rences et, parall�lement, une oeuvre d�une singuli�re intensit�.</p><p>S�il a abord�, non sans bonheur, la po�sie (Messages indiens, 1958 ;</p><p>Claire Veill�e de printemps, 1965) et le th��tre, Asturias est avant tout connu pour ses romans. Le premier, Monsieur le Pr�sident, publi� en 1946, lui donna la notori�t�, mais la peinture qu�il y fait des horreurs d�un r�gime autoritaire de type latino-am�ricain lui valut bien des d�boires, et notamment une incarc�ration en Argentine en 1962. Marqu� durant toute sa jeunesse par la dictature invisible mais implacable de Manuel Estrada Cabrera, qui r�gna par la terreur au Guatemala de 1898 � 1920, Asturias laisse dans ce livre parler ses souvenirs avec un accent path�tique de v�rit�, mais que transpose son exub�rante imagination po�tique, car chez lui r�alisme et magie se c�toient et interf�rent sans cesse. Ce m�me � r�alisme magique � se retrouve dans Homme de ma�s (1949), o� les paysans indiens, pour qui le ma�s est la c�r�ale sacr�e, se trouvent aux prises avec leurs ma�tres avides de profit, et dans la trilogie l�Ouragan (1950), le Pape vert (1954), les Yeux des enterr�s (1960), cri de protestation contre l�exploitation abusive des travailleurs dans les immenses bananeraies des basses terres du Guatemala, propri�t� des grandes compagnies fruiti�res yankees. Ici la clameur justici�re se double d�une tentative d�sesp�r�e pour sauver l��me indig�ne des agressions de la civilisation moderne.</p><p>Nettement politique dans ses nouvelles de Week-end au Guatemala</p><p>(1956), relatant d�une mani�re saisissante le coup de force de juin 1954 et la chute du pr�sident J. Arbenz, victime de ses tentatives r�formistes, l�inspiration d�Asturias redevient plus essentiellement lyrique et se teinte parfois m�me d�un humour un peu rabelaisien dans ses oeuvres r�centes (la Flaque du mendiant, 1961 ; Une certaine mul�-</p><p>tresse, 1963 ; Torotumbo, 1966 ; le Miroir de Lida Sal, 1967 ; le Larron qui ne croyait pas au ciel, 1969 ; Trois des quatre soleils, 1971), qui entra�nent le lecteur, au milieu d�une explosion volcanique d�images incandescentes, vers un monde peupl� de pr�sences magiques sorties, semble-t-il, des vieilles l�gendes pr�colombiennes ou des bas-reliefs des temples mayas. Et dans cet univers d�lirant, aux couleurs violentes et aux senteurs capiteuses comme</p><p>celles de la nature tropicale dont il est la transposition po�tique, l�irrationnel fait sans cesse irruption : les plantes parlent, les squelettes marchent, et les plus insolites transmutations s�op�rent, comme cette jeune fille qui devient cerf-volant, cette femme termiti�re et cet homme qui se m�tamorphose en tamanoir.</p><p>Si, par sa lutte constante contre la dictature et contre l�imp�rialisme nord-am�ricain, par ses g�n�reuses plaidoi-ries en faveur de ses fr�res de race, les Indiens, ces �ternels humili�s, Asturias doit �tre consid�r� comme un �crivain engag�, ou, selon une nuance du romancier, � responsable � � et c�est � ce titre qu�il re�ut en 1966 le prix L�nine de la paix �, par la puissance de son souffle et la fertilit� de son imagination il hausse le t�moignage au niveau de l�oeuvre d�art, et se situe ainsi parmi les grands noms de cette litt�rature hispano-am�ricaine d�aujourd�hui, dont Asturias lui-m�me nous donne la meilleure d�finition : � une litt�rature sociale po�tis�e �.</p><p>J.-P. V.</p><p>B A. J. Castelpoggi, Miguel Angel Asturias (Buenos Aires, 1961). / G. Bellini, La Narra-tiva di Miguel Angel Asturias (Milan, 1965).</p><p>/ E. Dethorey, Miguel Angel Asturias, premio Nobel de literatura 1967 (Stockholm, 1967).</p><p>/ C. Couffon, Miguel Angel Asturias (Seghers, 1970).</p><p>Asturies</p><p>En esp. ASTURIAS, r�gion du nord-ouest de l�Espagne, correspondant � la province d�Oviedo ; 10 565 km 2 ; 1 046 000 hab. (Asturiens).</p><p>La g�ographie</p><p>C�est une r�gion montagneuse, enclav�e dans la cordill�re Cantabrique, vigoureux bourrelet allong� de l�ouest � l�est, entre la Meseta et la mer. Il s�agit d�une masse compacte, pliss�e au Primaire et soulev�e en un jeu de blocs faill�s au Tertiaire, d�o� la remarquable continuit� de son axe, que l�on ne franchit ais�ment qu�au Puerto de Pajares (1 364 m), et qui culmine � l�est � 2 665 m dans le pittoresque</p><p>massif des Picos de Europa, fortement karstifi� et cisel� par des glaciers quaternaires. Au pied de ces hauts reliefs, profond�ment ravin�s, s�allonge la d�-</p><p>pression d�Oviedo, bloc effondr� que s�parent de la mer des sierras littorales entaill�es sur leur flanc nord par des plates-formes d�abrasion marine, les rasas, �tag�es entre 5 et 300 m et incis�es par d��troites rias.</p><p>Ce relief abrupt au voisinage de la mer explique la forte humidit� de l�air et l�abondance des pr�cipitations, presque partout sup�rieures � 1 000 mm. Le climat est de type oc�anique avec des hivers doux et pluvieux et des �t�s ti�des et moins humides, bien qu�aucun mois ne soit sec. Les Asturies sont donc un pays vert : la for�t, o� dominent les ch�nes, les h�tres et les ch�taigniers, drape les pentes jusqu�� 1 900 m, o� elle c�de la place � un �tage alpin. Mais cette for�t est tr�s d�grad�e aux �tages inf�-</p><p>rieurs, o� la lande l�a supplant�e et o� downloadModeText.vue.download 483 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1020</p><p>l�homme a replant� des bois de pins et d�eucalyptus.</p><p>Les Asturies sont par excellence une terre d��levage. Les bovins, de races locales et depuis peu de races hollandaises et suisses, sont �lev�s pour la viande et secondairement pour le lait.</p><p>Dans la partie occidentale, ils continuent � fr�quenter les p�turages d�altitude, o� viennent aussi transhumer des ovins de la Meseta. Mais, ailleurs, le troupeau est nourri toute l�ann�e dans les prairies des r�gions littorales. Les cultures (ma�s et pomme de terre essentiellement) occupent � peine le dixi�me de la surface et sont m�me de plus en plus consacr�es � l��levage (luzerne).</p><p>Dans la r�gion c�ti�re orientale, les prairies sont plant�es de pommiers destin�s principalement � la production de cidre. La terre est divis�e en petites propri�t�s �parpill�es en de minuscules parcelles, sur lesquelles on pratique la polyculture. Sur le littoral, la p�che est une ressource compl�mentaire de faible valeur.</p><p>Les fortes densit�s de population s�expliquent avant tout par l�importance des activit�s industrielles, qui occupent plus de la moiti� de la population active. Les industries sont n�es du charbon, dont les gisements sont localis�s dans les vall�es du r�o Nal�n et de ses affluents, le Caudal et l�Aller.</p><p>La production est de l�ordre de 8 Mt.</p><p>L�exploitation, souvent difficile, est en g�n�ral peu rentable. Une r�cente politique de rationalisation des mines a entra�n� la fermeture de nombreux puits. Le ch�mage s�est ajout� aux difficiles conditions de travail et de vie des mineurs, et les conflits sociaux se sont aggrav�s.</p><p>Le charbon est en partie consomm� sur place dans les usines sid�rurgiques de Mieres et de La Felguera, ainsi que dans les industries chimiques, qui se sont diversifi�es depuis peu (engrais).</p><p>Il est aussi export� en partie par les ports de Gij�n et Avil�s, par lesquels le fer est import�. Des industries consommatrices de houille s�y sont fix�es : verrerie, c�ramique, sid�rurgie et construction navale � Gij�n, qui dispose de son propre bassin houiller � La Camocha, et dont le port de Musel est en expansion ; verrerie, fonderie de zinc, fabrique d�aluminium et la plus puissante aci�rie d�Espagne � Avil�s.</p><p>Oviedo (154 000 hab.), ancienne</p><p>capitale du royaume des Asturies, occupe une position de carrefour en plein coeur du foyer industriel, auquel elle doit son essor. Fortement industrialis�e (fabrique d�armes et d�explosifs), elle est avant tout une place commerciale, un centre bancaire et financier, et dot�e de fonctions administratives et intellectuelles.</p><p>L�expansion de la</p><p>sid�rurgie</p><p>En 1950, l��tat a charg� l�Institut national de l�industrie (I. N. I.) de fonder une entreprise sid�rurgique nationale, l�ENSIDESA, pour monter � Avil�s une puissante aci�rie dans le but de satisfaire les besoins espagnols et de briser le monopole de la sid�-</p><p>rurgie espagnole. En 1967, elle a produit 1 171 000 t d�acier, 1 227 000 t de fonte</p><p>et 1 475 000 t de lamin�s. Son d�veloppement risque d��tre entrav� par l�insuffisance du port.</p><p>En 1961, trois soci�t�s asturiennes (Mi�res, Duro Felguera et Santa B�rbara) se sont regroup�es dans l�UNINSA pour cr�er � Veri�a, pr�s de Gij�n, un train de laminage moderne. Elles ont obtenu le soutien financier de l��tat et de Krupp pour monter, � Veri�a �galement, une usine sid�rurgique d�une capacit� de 2,5 Mt de fonte par an, entr�e en service apr�s 1970, apr�s la modernisation du port de Musel permettant d�accueillir des min�raliers de 60 000 t.</p><p>R. L.</p><p>L�histoire</p><p>L�Antiquit�</p><p>Les Asturies �taient peupl�es d�s l��poque pal�olithique (peintures des grottes d�Altamira). Le pays antique des Astures �tait plus �tendu que les Asturies actuelles. On distinguait les Astures transmontani, ou Lucenses, vivant dans la r�gion du Lucus Asturum (Oviedo), for�t sacr�e o� se c�l�braient les rites d�une religion pr�romaine, et, s�par�s d�eux par la cordill�re Cantabrique, les Astures Augustani, �tablis dans la r�gion d�Astorga et de Le�n. Ce n�est d�ailleurs que sous Auguste que les populations du versant nord firent leur soumission, apr�s une longue guerre entreprise en 29 av. J.-C. Les r�voltes se succ�d�rent et le pays fut pacifi�. Les agglom�rations les plus notables �taient Asturica Augusta (Astorga) et Legio septima gemina (Le�n), toutes deux camps l�gionnaires. Le pays des Transmontani ne semble pas avoir �t� jamais r�ellement romanis�, mais l�Asturie dans son ensemble, qui faisait partie de l�Espagne Cit�rieure, et qui �tait renomm�e pour ses chevaux et ses cavaliers, fournit des troupes auxiliaires � l�arm�e romaine : l��pigraphie signale leur pr�sence en divers points de l�Empire. Elles ont contribu� � la diffusion des religions orientales et du christianisme : l�arch�ologie r�-</p><p>v�le qu�Astorga fut un foyer de gnos-ticisme. Les priscillianistes s�y manifest�rent eux aussi avec ardeur � la fin du IVe s.</p><p>L�Asturie forme avec la Galice � dater d�Auguste, � l�int�rieur de la province, un dioc�se s�par�, gouvern� par un l�gat qui commande deux l�gions.</p><p>Sous Caracalla, ce dioc�se devient une province, l�Hispania Nova Cite-rior, dans laquelle l�Asturie forme un conventus juridicus. � dater de Diocl�tien, l�Asturia et Gallaecia est l�une des provinces du dioc�se d�Espagne.</p><p>Elle devient consulaire par la suite.</p><p>L��poque barbare</p><p>Lors des invasions barbares, le nord-ouest de l�Espagne est occup� par les Su�ves, qui ne semblent pas s��tre risqu�s chez les Transmontani. Les Wisigoths leur succ�dent et occupent progressivement le pays, s��tablissant au sud d�Astorga vers 573. Le roi Sisebut (612-621) envoie une arm�e pour pacifier les Astures en r�bellion, et Suintila (621-631) doit encore en d�coudre avec eux. Toutefois, il bat monnaie � Astorga. En 673, Wamba doit r�tablir l�ordre chez les Astures en m�me temps que chez les Cantabres.</p><p>De cette �poque datent les trois seules inscriptions chr�tiennes de la r�gion : leur raret� est un signe de l�arri�ration de la contr�e. Le pays des Lucenses est aussi r�fractaire au christianisme qu�� la romanisation. Les �v�ques d�Astorga participent aux conciles de l��glise wisigothique, mais le si�ge �piscopal n�est pas occup� de fa�on certaine avant le IXe s. Quant � la vall�e du Boera, au nord d�Astorga, elle donne au VIIe s. le spectacle d�une v�ritable Th�ba�de occidentale. Saint Fructueux, futur m�tropolitain de Braga, a fond� plusieurs monast�res, auxquels il a donn� une r�gle originale o� l�on a pu voir l��cho de celle des premiers asc�tes priscillianistes de la r�gion.</p><p>Le royaume des Asturies</p><p>En quelques ann�es, au d�but du VIIIe s., les musulmans ont envahi l�ensemble de la p�ninsule Ib�rique. La tradition l�gendaire veut que quelques nobles wisigoths, r�fugi�s dans les montagnes asturiennes sous le commandement de l�un d�eux, P�lage (Pelayo), aient remport� sur les musulmans une grande victoire � Covadonga, en 718. Il semble qu�en r�alit� P�lage ait �t� un petit noble local, et qu�il ait dirig� la</p><p>r�sistance asturienne aux envahisseurs arabes, se conformant ainsi � la tradition d�ind�pendance farouche du pays.</p><p>Les sources arabes pr�tendent que les rebelles furent massacr�s en foule.</p><p>Toujours est-il que P�lage s��tablit � Cangas de On�s et r�gne sur quelques Asturiens jusqu�� sa mort, en 737. Tel est le d�but de ce royaume dit des Asturies. Le gendre de P�lage, Alphonse Ier (739-757), r�ussit � chasser d�Astorga les musulmans qui s�y trouvent, aid� dans son op�ration par les discordes entre ennemis. Il �tend son autorit� sur la Galice, l��lava, la Rioja, et tient la voie romaine du Portugal aux Pyr�-</p><p>n�es. Au-del�, la future Castille constitue une marche d�sertique dont chr�-</p><p>tiens et musulmans se rendent ma�tres � tour de r�le. Une p�riode d�accalmie suit ; des unions mixtes s�op�rent : les rois Silo (774-783) et Mauregat (783-789) naissent de m�res musulmanes.</p><p>La guerre sainte reprend � la fin du si�cle. Alphonse II (791-842) combat activement ses adversaires, qui attaquent � chaque printemps. On sait qu�un raid le m�ne en 798 jusqu�� Lisbonne, et qu�il s�allie � Charlemagne.</p><p>Les autres �v�nements rapport�s � son r�gne semblent appartenir � la l�-</p><p>gende. Ramire Ier (842-850) repousse les Normands, qui ont d�barqu� en Galice. Ordo�o Ier (850-866) r�occupe Astorga et entreprend le repeuplement de la r�gion, qui est confi�e au comte du Bierzo. Cette conqu�te est d�finitivement assur�e par Alphonse III (866-910) ; ce dernier doit se d�fendre, au coeur des Asturies, contre la r�bellion de son fr�re Bermude, qui s�est proclam� ind�pendant � Astorga et s�est alli� aux Arabes ; il doit aussi r�primer une r�volte de ses sujets galiciens, qu�il envoie repeupler la r�gion situ�e entre Douro et Mi�o. On b�tit ou reb�-</p><p>tit alors des places fortes, surtout en Castille : Burgos, Simancas, Zamora, Toro.</p><p>Reconqu�te et reconstruction</p><p>La capitale change fr�quemment, et son d�placement trahit les lents progr�s des rois asturiens : de Cangas, elle passe � Pravia sous Silo, � Oviedo sous Alphonse II, � Le�n sous Ordo�o II (914-924). On ne parle plus d�sormais du royaume des Asturies, mais</p><p>du royaume de Le�n. En fait, le roi des Asturies se dit rex, sans pr�ciser le nom du pays qu�il gouverne : il est plus le souverain des chr�tiens qui r�sistent aux Arabes que celui des Asturiens, et sa domination s��tend de la Galice au Pays basque sur des peuples qui se juxtaposent sans fusionner, et qui ont pour trait d�union la guerre contre les Arabes, guerre qui consiste en grands downloadModeText.vue.download 484 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1021</p><p>raids effectu�s � la belle saison, les algarades.</p><p>Les rois s�appliquent � relever</p><p>l��glise des ruines de la guerre : des �v�ch�s sont cr��s (Oviedo) ou restaur�s (Astorga). Les monast�res, eux aussi d�truits, sont reconstruits, mais le renouveau du monachisme ne se manifeste pleinement qu�au Xe s. (Astorga, Bierzo).</p><p>L�architecture est florissante, en particulier sous le r�gne de Ramire Ier. Les biblioth�ques sont reconstitu�es, mais la litt�rature du temps se limite � des chroniques : celle d�Albelda, r�dig�e � la fin du IXe s., et celle dite � de Sam-piro �, �v�que d�Astorga.</p><p>Les rois asturiens ont entrepris aussi de repeupler le versant sud de la cordill�re Cantabrique, o� se fixent des immigrants mozarabes. Ceux-ci contribuent � la renaissance de la vie �conomique et des march�s urbains.</p><p>N�anmoins, l�activit� se partage entre l�agriculture et la vie militaire, et l�absence de frappe mon�taire asturienne t�moigne de la faiblesse des �changes.</p><p>Les Asturies suivent ult�rieurement le sort du royaume de Le�n, puis, � dater du XIIIe s., celui de la Castille.</p><p>Une principaut� des Asturies est cr��e en 1388 par Jean Ier de Castille au profit de son fils Henri, et le titre de prince des Asturies est attribu� aux h�ritiers du tr�ne de Castille, puis d�Espagne.</p><p>En 1808, c�est des Asturies que part le mouvement insurrectionnel contre l�occupation fran�aise.</p><p>R. G.-P.</p><p>L�art</p><p>L�art asturien demeure une �nigme historique, tant en ce qui concerne le myst�re de ses origines que sa signification profonde. On conna�t mal l�art de l��poque o� la cour, encore nomade, �voluait entre Cangas de On�s et Pravia, mais, d�s le r�gne d�Alphonse II, l�architecture asturienne appara�t constitu�e et pourvue d�une originalit� qui la distingue nettement de l�architecture wisigothique*.</p><p>Le roi voulant faire de sa capitale Oviedo une nouvelle Tol�de, il la para d��glises et de palais accord�s � ce dessein. Pu groupe �piscopal subsiste une chapelle � deux �tages, destin�e � abriter le riche tr�sor de reliques apport� de Tol�de. Avec ses deux nefs superpos�es, cette Camara Santa reproduit un type de mausol�e antique qui avait �t� imit� � l��poque pal�ochr�tienne* dans de nombreux martyriums. Si le palais royal a disparu, on trouve, � l�entr�e de la ville, un autre t�moignage de cette activit� architecturale, la basilique de San Jul�an de los Prados, ou � Santul-lano �. Elle se caract�rise par l�existence d�un grand transept continu et tr�s �lev�, v�ritable vaisseau autonome, ainsi que par un d�cor de fresques, qui couvrait � l�origine la totalit� des murs int�rieurs. Ces peintures sont d�un int�-</p><p>r�t exceptionnel. D�riv�es � coup s�r de mod�les antiques et rattach�es au m�c�nat royal, elles constituent un ensemble d�architectures en trompe l�oeil � signification symbolique.</p><p>Dans l�ensemble, la premi�re p�-</p><p>riode de l�art asturien manifeste donc une rupture avec le pass� wisigothique proche et une volont� de retour aux traditions pal�ochr�tiennes, ph�no-m�ne qu�on observe au m�me moment dans l�Empire carolingien (v. art carolingien).</p><p>� l��poque suivante, celle du roi Ramire Ier, appara�t un architecte de g�nie, d�origine �trang�re ou du moins</p><p>form� � l�ext�rieur du royaume. Que ce soit � Santa Mar�a de Naranco, palais-belv�d�re � deux �tages �lev� dans la banlieue d�Oviedo, ou dans l��glise voisine, malheureusement tronqu�e, de San Miguel de Lillo, ou encore � Santa Cristina de Lena, petit sanctuaire b�ti � trente kilom�tres au sud de la capitale, on retrouve les m�mes innovations hardies. La plus �vidente concerne l�extension de la vo�te � l�ensemble des constructions, mais on retiendra aussi une r�flexion sur les pouss�es qui conduisit � adopter un syst�me logique et coh�rent de supports, avec doubleaux, pilastres int�rieurs et contreforts ext�rieurs. De cet esprit, d�j� roman, proc�de �galement l�id�e d�incorporer au cadre architectural un d�cor sculpt� dans lequel r�appara�t m�me la figure humaine.</p><p>Mais il s�agit d�une entreprise avort�e. � la fin du royaume asturien, on revient commun�ment aux mod�les de l��poque d�Alphonse II. Simultan�-</p><p>ment, le d�cor se laisse envahir par les formes et l�esprit mozarabes. On expliquera ce ph�nom�ne par la fermeture � l�Europe et un repli sur la p�ninsule. En sorte que les Asturies, apr�s avoir fait pressentir le grand art de l�Occident, n�auront aucune part aux exp�riences qui en pr�c�deront imm�diatement la naissance.</p><p>M. D.</p><p>B L. Barrau-Dihigo, Recherches sur l�histoire politique du royaume asturien (Arrault, Tours, 1921). / R. Menendez Pidal (sous la dir. de), Historia de Espa�a, t. V et VI (Madrid, 1935-1958 ; 2 vol.). / H. Schlunk, Arte asturiano, t. II de Ars Hispaniae (Madrid, 1947). / H. Schlunk et M. Berenguer, La Pintura mural asturiana de los siglos IX y X (Madrid, 1957). / J. Puig I Cada-falch, l�Art wisigothique et ses survivances (F.</p><p>de Nob�le, 1961). / A. C. Floriano, Estudios de historia de Asturias. El territorio y la monarqu�a en la alta edad media (Madrid, 1962). / Symposium sobre la cultura asturiana de la alta edad media (Oviedo, 1964). / A. Bonet Correa, L�Arte preromanico asturiano (Barcelone, 1967).</p><p>downloadModeText.vue.download 485 sur 561</p><p>downloadModeText.vue.download 486 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1023</p><p>Asunci�n</p><p>En fran�. ASSOMPTION, capitale du Paraguay ; 430 000 hab.</p><p>La ville d�Asunci�n, fond�e le</p><p>15 ao�t 1537 (d�o� son nom), fut une des premi�res cr�ations des Espagnols dans leur recherche d�une route allant du R�o de La Plata � la cordill�re des Andes et � ses mines d�or et d�argent.</p><p>Situ�e sur le fleuve Paraguay, cette �tape devint bient�t la capitale d�une province au sein des colonies espagnoles de l�Am�rique latine. Elle resta la capitale de l��tat du Paraguay apr�s la proclamation de l�ind�pendance (1811).</p><p>Malgr� les faiblesses de l��co-</p><p>nomie paraguayenne, la population d�Asunci�n est dans une phase de croissance rapide. La ville ne comptait que 24 000 habitants en 1886, 110 000</p><p>en 1936, 204 000 en 1950 ; l�agglom�ration en abrite aujourd�hui pr�s de 500 000, soit environ un quart de la population totale du pays. Cet accroissement est d� autant � un fort exc�-</p><p>dent des naissances sur les d�c�s dans la population urbaine elle-m�me qu�� une migration de nombreux habitants du reste du pays vers la capitale. Aussi les emplois sont-ils insuffisants pour donner du travail � toute la population en �ge de travailler.</p><p>Asunci�n est, pourtant, le seul v�ritable centre industriel du Paraguay, et concentre les trois quarts de la production du pays. Les troupeaux du Chaco s�y rassemblent pour y �tre abattus ; la viande y est congel�e dans de grands frigorifiques (install�s avec l�aide de capitaux de Grande-Bretagne et des �tats-Unis), ou mise en conserves.</p><p>Quelques fabriques de meubles utilisent le bois des for�ts paraguayennes.</p><p>Malgr� la faiblesse de la population du pays et la pr�carit� de son niveau de vie, la ville poss�de enfin quelques industries de biens d�usage et de consommation : tissages de coton et de laine, confection, fabriques de chaussures et objets en cuir, industries alimentaires, etc.</p><p>Cependant Asunci�n est, avant tout, une ville tertiaire, o� se concentrent non seulement la tr�s grande majorit� des emplois administratifs du pays, mais aussi toutes les professions lib�-</p><p>rales et une grande partie des commer�ants. C�est l�, enfin, que vivent les gens riches du pays et, en particulier, les grands propri�taires des terres d��levage du Chaco, qui d�pensent dans la capitale le revenu des dizaines de milliers d�hectares qu�ils poss�dent.</p><p>Aussi la ville renferme-t-elle des quartiers de somptueuses villas, en particulier dans la zone r�cemment construite, � l�est de la ville traditionnelle. Celle-ci a conserv� son plan en damier et ses grandes places ; la plupart des minist�res et des services y utilisent soit les anciennes maisons sans �tage, soit des immeubles plus r�cents, mais peu �lev�s. Seul l�h�tel � Guarani �, qui appartient � une cha�ne am�ricaine, forme contraste, sur la place centrale, en dressant ses treize �tages. Sur les bords du Paraguay alternent les usines, les ateliers et les quartiers pauvres.</p><p>� d�faut de pont pour franchir la ri-vi�re, des bacs permettent aux voitures de passer de l�autre c�t� et d�emprunter la seule route qui traverse le Chaco. La capitale est mieux reli�e avec la partie est du pays, plus peupl�e, soit par des routes, dont une, tr�s moderne, assure la liaison avec le Br�sil gr�ce au pont sur le Paran�, soit par l�unique voie ferr�e du pays, qui unit Asunci�n � Encar-naci�n, deuxi�me ville du Paraguay, et � l�Argentine.</p><p>M. R.</p><p>Athanase (saint)</p><p>�v�que d�Alexandrie, P�re de l��glise grecque (Alexandrie v. 295 - id. 373).</p><p>L�atmosph�re religieuse</p><p>En 328, Athanase succ�de � l��v�que Alexandre. Depuis quelques ann�es d�j�, le pr�tre Arius* provoque, par son enseignement qui s�attaque au dogme de la Trinit�, de grands remous dans le monde chr�tien. Refusant au P�re et au Fils l�identit� de nature, il r�duit</p><p>le Christ au rang de Dieu secondaire.</p><p>Trois cent dix-huit �v�ques r�unis en concile � Nic�e en 325 ont condamn� sans �quivoque les id�es d�Arius.</p><p>Mais la d�cision conciliaire n�a pas �t� accept�e par tous, et les discussions reprennent au lendemain du concile.</p><p>Une profonde d�sunion s�est install�e dans l��glise et dans l�Empire du fait de l�arianisme. L�empereur Constantin voit d�un tr�s mauvais oeil ces disputes th�ologiques, qu�il comprend d�ailleurs assez mal. Dans l��glise d��tat institu�e par lui, la paix religieuse est un �l�ment n�cessaire pour maintenir l�unit� de l�Empire.</p><p>Dans la tourmente</p><p>arienne</p><p>Face aux ariens et � la politique de Constantin et de ses successeurs, Athanase va se poser en d�fenseur aussi intransigeant de la foi de Nic�e que r�tif aux concessions et aux compromissions que voudrait imposer la politique opportuniste et changeante des ma�tres de l�Empire. � la fois en butte aux attaques ariennes et aux pressions imp�riales, il recevra des coups tr�s durs. Sur quarante-cinq an-n�es d��piscopat, il en passera pr�s de dix-huit en exil.</p><p>Diverses circonstances, dont Athanase tirera avantage, contribueront � faire triompher ses id�es. Et d�abord son exil � Rome (339-346). L�Occident n�appr�cie gu�re les sp�culations grecques : le latin, langue moins souple et moins nuanc�e que le grec, a du mal � traduire et � assimiler les subtilit�s orientales. La clart� et la pr�cision des id�es que l�on retrouve tout au long des oeuvres d�Athanase lui valent l�adh�sion et la protection du monde latin.</p><p>Un facteur politique intervient</p><p>aussi : avec le partage de l�Empire � la mort de Constantin, la politique religieuse perd son unit�. Chaque empereur appuie la doctrine qui pr�vaut dans le territoire soumis � son autorit�.</p><p>� l�Orient arien s�oppose alors l�Occident latin partisan de Nic�e. � deux reprises, en 337 et en 346, l�empereur d�Orient Constance sera contraint par son puissant fr�re Constant d�Occident</p><p>� rappeler d�exil l��v�que d�Alexandrie. La mort de Constant (350) fait perdre � Athanase un puissant protecteur. Mais l�opposition de Constance et de ses successeurs (Jovien except�) devra compter avec la faveur populaire dont jouit le patriarche d��gypte.</p><p>D�j�, en 337, le comp�titeur arien au si�ge d�Alexandrie avait d� recourir aux soldats du pr�fet imp�rial pour prendre possession des �glises et venir � bout de la r�sistance des Alexandrins.</p><p>En 356, la m�me sc�ne se reproduit : l��v�que arien est ignor� des fid�les, qui font la gr�ve des offices, et l�intrus c�l�bre dans des �glises vides. En 366, l�empereur Valens, qu�inqui�te la r�-</p><p>bellion de l�usurpateur Procope, doit, pour s�assurer la faveur des �gyptiens, rappeler Athanase de son cinqui�me et dernier exil.</p><p>L��v�que et</p><p>le th�ologien</p><p>Ses contemporains ont soutenu et admir� dans Athanase non pas un philosophe chr�tien mais un chef d��glise, un pasteur qui d�fend au p�ril de sa vie une foi plac�e par lui non dans le domaine de la sp�culation, mais dans celui de l�existence. Athanase se soucie peu de la forme ; on lui reprochera une certaine n�gligence et un manque d�ordre dans l�arrangement de ses id�es, mais c�est un controversiste-n� : ses d�monstrations sont vigoureuses, son style est clair et sobre, sa connaissance de l��criture profonde.</p><p>Il faut mentionner, parmi ses principales oeuvres : le Discours et l�Apologie contre les ariens, l�Apologie � Constance, l�Apologie pour sa fuite, et divers Commentaires sur l��criture.</p><p>Enfin, et dans un domaine diff�rent, la Vie de saint Antoine aura pour la diffusion de l�id�al monastique une influence consid�rable.</p><p>I. T.</p><p>&#x25B6; Arius / Chr�tiennes (litt�ratures).</p><p>B X. Le Bachelet, � Athanase �, in Dictionnaire de th�ologie catholique, t. I, 2e partie (Letouzey, 1909). / F. Lauchert, Leben des heiligen Athanasius des Grossen (Cologne, 1911). / G. Bardy, Saint Athanase (Gabalda, 1914) ; � Athanase �, in Dictionnaire d�histoire et de g�ographie eccl�siastiques (Letouzey, 1930). / M. Constan-tinid�s, Athanase le Grand et son temps (en grec, Ath�nes, 1937). / H. F. von Campenhau-sen, Griechische Kirchenv�ter (Stuttgart, 1955 ; trad. fr. les P�res grecs, �d. de l�Orante, 1963). /</p><p>P. T. Camelot, � Athanasius der Grosse �, dans le Lexikon f�r Theologie und Kirche (Fribourg-en-Brisgau, 1957). / C. Kannengiesser, Politique et th�ologie chez Athanase d�Alexandrie (Beauchesne, 1974).</p><p>Chronologie de</p><p>la vie d�Athanase</p><p>8 juin 328. Athanase �v�que d�Alexandrie.</p><p>11 juill. 335 - 22 nov. 337. Premier exil sous Constantin, � Tr�ves.</p><p>16 avr. 339 - 21 oct. 346. Deuxi�me exil sous Constance, � Rome.</p><p>346-356. Dix ann�es d�accalmie.</p><p>9 f�vr. 356 - 21 f�vr. 362. Troisi�me exil d�Athanase sous Constance, au d�sert d��gypte.</p><p>24 oct. 362 - 5 sept. 363. Quatri�me exil sous Julien, au d�sert d��gypte.</p><p>5 oct. 365 - 31 janv. 366. Cinqui�me exil sous Valens, dans les environs d�Alexandrie.</p><p>366-373. Sept ann�es de paix.</p><p>downloadModeText.vue.download 487 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1024</p><p>2 mai 373. Mort d�Athanase � Alexandrie.</p><p>Ath�nes</p><p>En gr. ATH�NA (ATH�NAI), capit. de la Gr�ce.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Ath�nes s��tend dans la plaine d�Attique, drain�e par le C�phise (Kifiss�s) et son affluent l�Iliss�s. Situ�e � l��cart des r�gions les mieux dou�es du pays, auxquelles elle n�a �t� reli�e que tardivement, Ath�nes occupe le centre g�ographique de la Gr�ce. Elle n�avait encore que 30 000 habitants au milieu du XIXe s., mais elle est devenue aujourd�hui l��l�ment moteur d�une agglom�ration qui compte plus de 2,5 millions d�habitants, soit plus du quart de la population et de la moiti� des citadins de la Gr�ce.</p><p>La plaine d�Attique, bien ouverte au sud, est prot�g�e des coups de froid par les massifs montagneux de l�Hymette (1 026 m) � l�est, du Pent�lique (1 109 m) et du P�rnis (1 413 m) au nord et au nord-ouest. � travers l�Aigh�leo, qui prolonge le P�rnis en direction du sud, le col de Dhafni permet d�atteindre ais�ment la plaine d��leusis, qui reste �troitement associ�e aux activit�s de l�Attique. Au nord-est, un seuil abaiss� entre l�Hymette et le Pent�lique ouvre sur la M�sog�e, o� les activit�s agricoles �voluent rapidement au contact de la ville, dont le voisinage transforme les villages les plus proches (mouvements quotidiens de la population, essaimage d�industries, multiplication des r�sidences secondaires).</p><p>La plaine d�Attique, ensoleill�e, bien �goutt�e, accident�e de quelques buttes rocheuses, parmi lesquelles l�Acropole a fix� un des premiers sites urbains, �tait, sur 30 km du sud au nord, propice aux b�tisseurs ; sa fa�ade maritime, large de 20 km, est une c�te basse ou un seul secteur rocheux correspondant � la colline du Pir�e pr�sente des anfractuosit�s qui ont fix� un port devenu</p><p>trop �troit, et qui cherche de nouveaux sites dans la baie d��leusis, au-del� du d�troit de Salamine.</p><p>Le d�veloppement de l�agglom�ra-</p><p>tion fut rapide : d�passant 200 000 habitants vers 1900, Ath�nes atteignait le million avant 1940, gr�ce notamment � l�installation de r�fugi�s grecs d�Asie Mineure, contraints de quitter leur pays � la suite du d�sastre militaire de 1922. De 1951 � 1961, la capitale a absorb� les deux tiers de la croissance d�mographique nationale. L�agglom�ration a dig�r� les campagnes d�Attique et s��tend sur 400 km 2 ; la densit� atteint jusqu�� 5 000 habitants au kilom�tre carr� dans les quartiers du centre. L�agglom�ration continue de s��tirer suivant les voies de desserte principales et de s��taler dans les vides qui subsistent entre elles suivant un rythme rapide, que soutient l�accroissement de la population urbaine.</p><p>Le tissu urbain est donc fort disparate. Entre les vieux noyaux, o� l�on rep�re les traces des anciens villages tass�s sur eux-m�mes, et les quartiers organis�s, b�tis surtout entre les deux guerres mondiales mais aussi apr�s la seconde pour accueillir le flot des r�fugi�s, s��tale dans le d�sordre, n�e d�initiatives priv�es et disparates, la mar�e des constructions individuelles.</p><p>Ces derni�res, souvent �lev�es � la h�te et en fraude, milliers de petits cubes blancs � la mesure d�une famille, ne sont pas toujours desservies par la voirie et les adductions d�eau et d��lectricit�. Mais ce type d�urbanisation est beaucoup plus fr�quent que la r�alisation de programmes d�habitations collectives � loyers mod�r�s.</p><p>Les progr�s de la ville font ainsi dispara�tre de l�Attique les derniers t�moins de l�agriculture m�diterran�enne, qui reposait sur la trilogie classique du bl�, de la vigne et de l�olivier, et s�associait � l��levage transhumant des brebis. Les lotissements effacent la trame des terroirs � champs en lani�res qui accompagnent en g�n�ral les villages de plaine � population d�origine albanaise. L�hiver ram�ne cependant encore sur les marges de l�agglom�-</p><p>ration plusieurs dizaines de troupeaux</p><p>de moutons des montagnes de Gr�ce centrale, qui trouvent dans la ville un march� assur� pour leur production de lait et de yaourt.</p><p>Une ville aux</p><p>aspects vari�s</p><p>Le centre d�Ath�nes, enti�rement re-dessin� au XIXe s. par des architectes originaires d�Europe occidentale, correspond � un triangle dont la base, domin�e au sud par l�Acropole, est jalonn�e par la rue Ermo�, du C�ramique � la place S�ndaghma (place de la Constitution), et dont le sommet est marqu� par la place Om�nia. Les diverses fonctions urbaines s�y trouvent rassembl�es et y entretiennent une animation constante : banques, poste centrale, administrations et services minist�riels, commerces (h�tellerie et grands magasins) se groupent pr�s d�Om�nia ; les halles centrales, les officines et les entrep�ts consacr�s au commerce de demi-gros, les ateliers de r�paration se tiennent au voisinage des deux gares de chemin de fer et de la rue Athin�s ; les boutiques de luxe sont particuli�rement denses dans le quartier Kolon�ki, � l�est, que surplombe la colline du Lycabette.</p><p>Le quartier Om�nia, desservi par la principale station du m�tro qui relie le Pir�e � Kifissi�, et o� aboutissent presque toutes les lignes d�autobus interurbaines du pays, est le point de convergence et de transit des banlieu-sards et des provinciaux : tavernes, h�tels, boutiques de toutes sortes y attendent leurs habitu�s. � l�oppos�, plusieurs grands h�tels de classe internationale ont contribu� � faire du quar-downloadModeText.vue.download 488 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1025</p><p>tier S�ndaghma le carrefour principal des relations avec l�ext�rieur. De l�un � l�autre, la foule des touristes �trangers croise celle des provinciaux attir�s par leurs affaires ou leurs loisirs.</p><p>Sous l�Acropole, le vieux quartier de Pl�ka occupe l�emplacement de la ville antique et conserve la trace de la bour-</p><p>gade m�diterran�enne d�avant 1830 ; transformant son r�le sans en r�duire le pittoresque, les emprises touristiques (restaurants, bo�tes de nuit) s�y sont multipli�es. � l�oppos�, les quartiers de voies en damier de Pat�ssia et de la place Amerik�s, proches du Mus�e national et du Polytekhn�on, sont habit�s par les professions lib�rales et les n�gociants. Le mouvement d�sordonn� de densification des surfaces b�ties, qui int�resse toute l�agglom�ration, fait que la hauteur des immeubles s�y �l�ve r�guli�rement, mais la proportion des surfaces des bureaux et des commerces y est plus faible que dans le centre. �</p><p>proximit� du Palais royal et de la petite place Kolon�ki, des r�sidences plus co�teuses regroupent dans le voisinage des ambassades la grande bourgeoisie, le personnel politique et l�intelligentsia ath�nienne.</p><p>� partir de S�ndaghma, le long</p><p>de l�avenue Vassil�ssis Sof�as, qui m�ne aux banlieues r�sidentielles de Psikhik� et de Kifissi�, et suivant l�avenue Amal�as, amorce des axes qui conduisent au littoral r�sidentiel et touristique (Vieux et Nouveau Phal�re</p><p>[N�o et Palai� F�liro], Ghlyf�dha et, au-del�, tout le long de la route en corniche du cap Sounion), se multiplient les grands h�tels modernes (Hilton), les agences de compagnies a�riennes, les bureaux d�affaires et les si�ges d�entreprises parfois internationales, dont le champ d�action s��tend fr�-</p><p>quemment au Proche-Orient.</p><p>Le Pir�e, second p�le de l�agglom�-</p><p>ration, est � la fois le premier port du pays (12 Mt de marchandises embarqu�es et surtout d�barqu�es) et son premier foyer industriel : il constitue un centre ouvrier et commercial dont l�activit� a contribu� � grossir les banlieues, qui comptent aujourd�hui plus de la moiti� (56 p. 100) de la population de l�agglom�ration contre 10 p. 100 au Pir�e et 34 p. 100 � la municipalit� d�Ath�nes.</p><p>L�agglom�ration ath�nienne est aujourd�hui continue depuis le pi�mont du Pent�lique jusqu�au littoral. Mais la surface du sol est in�galement occup�e. De vastes espaces p�riph�riques et incultes qui ne portent encore aucune construction appartiennent d�j� aux</p><p>citadins ou � de futurs citadins, qui s�y sont rendus propri�taires de menues parcelles ; restent vides pareillement diverses emprises monastiques, les champs de manoeuvre de la caserne de blind�s de Ghoudh� au pied de l�Hymette, etc. Et dans la ville elle-m�me subsistent des lacunes : anciennes carri�res d�argile de la basse terrasse du Kifiss�s, terrains vagues rendus impropres � l�habitation par les usines voisines dans le secteur d��ghios Io�nnis R�ndis. Il faut y ajouter, au coeur de la ville, les enclaves arch�ologiques de l�Acropole, de l�Agora antique et de la colline de Fil�pappos, dont la pr�sence compense � peine la raret� des espaces verts.</p><p>En d�pit de l�extension rapidement prise par le p�rim�tre construit, ce n�est que depuis 1960 que quelques grands axes �quip�s pour la circulation rapide ont �t� am�nag�s. Il s�agit, d�une part, d�un syst�me de voies de d�gagement qui s��cartent du triangle central � partir de ses sommets de S�ndaghma et d�Om�nia, et, d�autre part, de voies express trac�es du nord au sud en direction du littoral, et qui suivent le cours de l�Iliss�s � l�est et du Kifiss�s � l�ouest, dont les lits, devenus depuis longtemps de v�ritables �gouts, ont �t� couverts � cette occasion. Ces grandes voies urbaines s�articulent sur les amorces des deux autoroutes de Thessalonique et de P�tras, qui p�n�trent en Attique par le nord et par l�ouest respectivement. Malgr� les am�liorations ainsi apport�es � l�infrastructure des transports, et bien que la journ�e de travail soit continue pour bon nombre d�entre eux, les Ath�niens doivent consacrer beaucoup de temps aux trajets du domicile au lieu de travail ; la majorit� emprunte pour ce faire l�unique ligne de m�tro ou les services d�autobus.</p><p>L�histoire</p><p>de la ville</p><p>Ath�nes n��tait � l��poque ach�enne qu�une bourgade. Son isolement la sauva quand les envahisseurs doriens firent mourir Myc�nes et Tirynthe. C�est durant les � si�cles obscurs � qui suivirent les invasions que se produisit l�unification de l�Attique jusqu�alors divis�e en une multitude</p><p>d��tats : la l�gende voulut y voir la main du roi d�Ath�nes Th�s�e. En tout cas, chaque ann�e les f�tes des panath�n�es c�l�-</p><p>braient le souvenir de l�acte qui sut faire un �tat homog�ne de communaut�s rivales.</p><p>Le territoire group� autour de la m�-</p><p>tropole est � l��chelle de la cit� grecque exceptionnellement vaste (2 600 km 2</p><p>environ), mais il est pauvre. En effet, les montagnes occupent plus d�un tiers de la superficie du pays, le littoral est pratiquement impropre � la culture, seules sont v�ritablement fertiles les petites plaines de la M�sog�e. Aussi, tout au long de son histoire, Ath�nes dut-elle importer des c�r�ales qu�elle �changeait contre de l�huile, du vin, des produits industriels.</p><p>Fort heureusement, le sous-sol �tait plus exploitable, de nombreuses carri�res produisaient du marbre, on trouvait au Laurion du plomb argentif�re. Par ailleurs, la c�te d�coup�e favorisait la navigation et la p�che.</p><p>Malgr� ces insuffisances, ou peut-�tre � cause d�elles puisqu�elles pouss�rent les Ath�niens � s�ouvrir au monde ext�rieur, Ath�nes va prendre du poids dans la vie internationale ; d�s le VIIe s. av. J.-C., sa flotte �tait consid�r�e. N�anmoins, il fallut attendre l��poque de Pisistrate* pour que la cit� devienne, apr�s �tre pass�e par une p�riode de crises sociales et politiques que ni Dracon ni Solon* ne purent apaiser de fa�on d�finitive, une v�ritable puissance et un centre de rayonnement intellectuel.</p><p>Clisth�ne* en 507 av. J.-C. instaura la d�-</p><p>mocratie, organisa l�Attique pour que nul ne puisse contrecarrer ses progr�s ; c��tait donner � Ath�nes des institutions qui, am�lior�es au Ve s. par les efforts d�Ephial-t�s et surtout de P�ricl�s*, devaient faire d�elle l��tat le plus influent de Gr�ce.</p><p>Profitant du prestige acquis durant les guerres m�diques*, Ath�nes avait pu construire au cours du Ve s. av. J.-C. un empire, source d�une prosp�rit� qui suscita haines et jalousies. Ses rivaux Spartiates finirent, au cours de la guerre dite</p><p>� du P�loponn�se � (431-404 av. J.-C.), par l��craser et lui imposer le gouvernement oligarchique des � Trente �.</p><p>Ath�nes sut tr�s vite se reprendre : d�s 403 av. J.-C., Thrasybule r�tablissait la d�mocratie ; en 399 av. J.-C., la cit� mon-</p><p>trait, par la mort de Socrate*, qu�elle voulait que les lois r�gnent de nouveau sur les esprits et sur les �mes. Mais si elle r�ussit � secouer le joug de Sparte, � reconstruire un empire, si sa civilisation resta brillante et raffin�e, la politique devint le jeu des factions, D�mosth�ne* ne put donner � la cit� assez de coeur pour qu�elle se lance � fond dans la lutte contre Philippe*, le roi de Mac�doine, d�sireux d�abattre les grandes puissances pour r�aliser � son profit l�unit� des Grecs. Aussi fut-elle, avec ses alli�s, vaincue � Ch�ron�e (338 av. J.-C.) et tenue ainsi de se soumettre � la politique d�finie par Philippe, puis, apr�s qu�elle eut tent� de secouer le joug, par Alexandre*</p><p>le Grand.</p><p>La cit� n�en mourut point : Alexandre, qui n�avait pas h�sit� � raser Th�bes, ne toucha pas � la plus c�l�bre, la plus belle des cit�s ; sa d�mocratie ne fut pas renvers�e, mais, quoique puissante encore, elle ne pouvait se targuer d��tre vraiment ind�-</p><p>pendante. Elle perdit D�mosth�ne, devenu le symbole de ses libert�s, les riches prirent le pouvoir, une nouvelle Constitution rempla�ant les � lois antiques �.</p><p>downloadModeText.vue.download 489 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1026</p><p>Durant l��poque hell�nistique, la ville perdit toute influence v�ritable sur le plan politique (n�anmoins, on la craignait encore) ; en revanche, elle resta le centre de la culture hell�ne, les philosophes s�y rassemblaient, les rois la couvraient d�honneurs. La conqu�te romaine, apr�s 168, ne modifia pas cette situation ; l��lite des Romains cultiv�s v�n�rait une ville qui n�avait plus d�ambitions (un sursaut de nationalisme lui fit pourtant embrasser avec chaleur le parti de Mithridate*, et Sulla en 86 av. J.-C. dut en faire le si�ge avant de pouvoir d�truire � jamais ses arsenaux et ses murailles) : elle demeurait dans le monde antique l��cole de la philosophie ; elle �tait le centre de la sagesse grecque.</p><p>Aussi n�est-il pas �tonnant que, lors de son passage en 49, saint Paul n�ait pu, malgr� son habilet�, s�duire � cette Gr�ce polie, la m�re des philosophes et des orateurs �.</p><p>Ath�nes partagea les tribulations de la d�cadence romaine. Sous Gallien, Goths et H�rules l�occup�rent et la saccag�rent ;</p><p>mais, en 396, Alaric, superstitieux, n�osa pas l�attaquer.</p><p>Le triomphe d�finitif du christianisme dans l�Empire contribua � la d�cadence de la cit� des dieux. En 393, les jeux Olympiques �taient interdits par Th�odose Ier ; mais, en partie sous l�influence de Julien l�Apostat et des n�o-platoniciens, Ath�nes resta longtemps encore un p�le de r�sistance du paganisme. Cependant, en 529, ses �coles �taient ferm�es par Justinien ; peu � peu ses temples furent transform�s en �glises. Ath�nes �tait alors compl�tement �clips�e par Constantinople, qu�on embellit en la d�pouillant.</p><p>En 857, Ath�nes devint le si�ge d�un archev�ch�, dont la cath�drale � d�di�e � la Vierge � fut install�e dans le Parth�non.</p><p>� partir du XIe s., de nombreux monast�res s�y fond�rent : Ath�nes allait �tre, face � Rome, l�un des bastions de l�orthodoxie.</p><p>Apr�s la prise de Constantinople par les Francs, en 1204, la ville devint la capitale du duch� latin d�Ath�nes, qui se maintint jusqu�en 1456 apr�s �tre pass� des mains des Fran�ais en celles des Catalans, d�ailleurs plus ou moins vassaux de Venise.</p><p>Prise par Mehmed II en 1456, Ath�nes re�ut des Turcs quelques privil�ges, ce qui n�emp�cha pas que le Parth�non f�t transform� en mosqu�e et l��rechth�ion en harem pour le gouverneur turc.</p><p>Aux XVIe et XVIIe s., Ath�nes n��tait plus qu�une bourgade de 8 000 � 10 000 habitants. En 1678, la ville se r�veilla avec Micha�l Linbonos, dont la r�volte fut durement r�prim�e par les Turcs. Afin de mieux r�sister aux V�nitiens de Morosini, les Turcs ravag�rent l�Acropole et transform�rent le Parth�non en poudri�re : une bombe v�nitienne, en y �clatant, endommagea gravement le monument (1687).</p><p>Ath�nes fut naturellement au coeur de la guerre d�ind�pendance grecque. De 1821</p><p>� 1826, la ville est libre de Turcs, qui ont �t� chass�s ; mais, apr�s la chute de Misso-longhi, Rechid Pacha met le si�ge devant l�Acropole, que d�fendent Ioannis Gouras et Charles Nicolas Fabvier. Ath�nes tombe aux mains des Turcs, qui se maintiennent dans l�Acropole jusqu�en 1833. L�ann�e suivante, Ath�nes est d�sign�e comme capitale du royaume ind�pendant de Gr�ce : son histoire se confond d�sormais avec</p><p>l�histoire souvent tragique du jeune �tat.</p><p>J.-M. B.</p><p>Origine et</p><p>activit� des Ath�niens</p><p>Pr�s de 60 p. 100 des habitants de l�agglom�ration sont n�s en province. Depuis 1951, l�exc�dent naturel n�assure que le quart de la croissance de l�agglom�ration : alors que le taux de mortalit� est proche de la moyenne nationale (7,5 p. 1 000), le taux de natalit� est plus faible (16 � 17 p. 1 000) ; l�exc�-</p><p>dent naturel est voisin de 17 000 unit�s par an. Mais l�immigration apporte environ 50 000 habitants de plus chaque ann�e : deux sur trois viennent de la campagne, les autres sont originaires des villes de province ou y ont s�journ� momentan�ment ; ces pr�l�vements de la capitale sur la population provinciale sont in�galement r�partis dans le pays (P�loponn�se d�abord, puis Gr�ce centrale, �les de l��g�e, Cr�te). Les nouveaux arrivants se regroupent parfois selon leur lieu d�origine : ainsi les gens des �les sont plus nombreux au Pir�e ; mais ils sont en g�n�ral tr�s mobiles, cherchant souvent � leur arriv�e les lieux de r�sidence les moins co�teux et manoeuvrant ensuite pour se rapprocher du lieu de leur travail.</p><p>Le ressort des flux migratoires qui aboutissent � Ath�nes r�side moins dans les mutations d�une agriculture qui �chappe � la concentration fonci�re et reste peu m�canis�e que dans le volume des emplois offerts par la capitale elle-m�me. Dans l�agglom�-</p><p>ration, o� 38 p. 100 de la population sont actifs, les ch�meurs ne sont pas plus nombreux parmi les immigrants que parmi les citadins ; � cela tient sans doute le fait qu�Ath�nes est une des rares grandes villes du monde m�diterran�en qui ignorent les bidonvilles.</p><p>Au courant r�gulier des immigrants s�ajoutent les mouvements quotidiens des travailleurs qui r�sident dans les communes ext�rieures : ils contribuent � animer toute la r�gion qui s��tend de l��le d��gine � Sk�la Oropo�, sur le canal d�Eub�e, et de M�gare au cap Sounion, et o� les �tablissements industriels sont trop rares pour retenir sur place la main-d�oeuvre d�origine rurale</p><p>disponible.</p><p>Mais cette concentration des</p><p>hommes est, au premier abord, paradoxale : les deux centrales thermiques du Pir�e fournissent plus du quart de l��lectricit� du pays sans suffire � alimenter la r�gion urbaine, et les industries de transformation occupent un tiers des actifs sans qu�Ath�nes soit une agglom�ration industrielle. Les grands �tablissements y sont rares.</p><p>Huit seulement, dont quatre sont des ateliers militaires, emploient plus de mille salari�s. Parmi les autres entreprises il faut citer : les manufactures de cigarettes Papastr�tos et Ker�nis, au Pir�e, dont la m�canisation provoque une baisse continue des effectifs ; l�usine d�engrais du Pir�e ; les chantiers navals de l�armateur Niarchos � Skaramang�s, sur la baie d��leusis, qui rassemble les industries lourdes et souvent salissantes (raffinerie de p�trole, cimenteries, mat�riaux de construction, aci�ries, constructions m�caniques).</p><p>L�essentiel de la production se disperse donc entre des ateliers o� la productivit� est faible, l�emploi instable et les r�mun�rations m�diocres : la plupart sont localis�s suivant l�axe de la plaine d�Attique, de N�a Ion�a (textile) � �ghios Io�nnis R�ndis (m�canique), Nouveau Phal�re (bois, mat�riaux de construction), Dhrapets�na et P�rama.</p><p>Parmi les nouvelles cr�ations industrielles, les plus importantes tendent � s��carter de l�agglom�ration. Certaines (industries chimiques, tricotages) se sont fix�es au Laurion, � proximit� du cap Sounion, dans une petite ville mini�re (plomb argentif�re) en perte de vitesse. D�autres (textiles, assemblage d�autobus) s��gr�nent le long de la route de Corinthe � Megh�lo P�fko, M�gare, etc. Une grappe de petites usines (bois, c�ramique, mat�riaux de construction, c�bles �lectriques) s�est plus r�cemment fix�e � Skhimat�rion, au kilom�tre 60 de la grande route moderne de Thessalonique, au point pr�cis o� leur �loignement de la capitale leur donnait droit aux aides � la d�centralisation industrielle.</p><p>Les entreprises du b�timent, elles aussi de petite taille, mais soutenues par un vif courant de sp�culation im-</p><p>mobili�re, occupent dans l�agglom�-</p><p>ration environ 8 p. 100 de la population active, repr�sentant deux tiers des effectifs de cette branche dans tout le pays ; leur activit� explique les carri�res des montagnes et des collines de l�Attique, l�activit� des chantiers de d�molition et de reconstruction dans l�agglom�ration.</p><p>Cependant, les activit�s de service sont d�terminantes : 10 p. 100 des travailleurs rel�vent des transports, 17 p. 100 du commerce, 30 p. 100</p><p>des administrations et des secteurs connexes. Car Ath�nes exerce � la fois les r�les de capitale �conomique et politique. Le Pir�e est le point d�en-tr�e des trois quarts des marchandises import�es par mer ; il accueille avec l�a�roport d�Ath�nes plus de la moiti� des voyageurs qui visitent la Gr�ce en consacrant � la ville, � l�Attique et � ses abords la majeure partie de leur s�jour. Ces trafics contribuent � entretenir dans l�agglom�ration l�essentiel de la capacit� h�teli�re de la Gr�ce, et � y fixer presque toutes les entreprises maritimes et touristiques, les si�ges sociaux de la plupart des entreprises commerciales et industrielles, toutes les banques et toutes les compagnies d�assurances.</p><p>L��miettement des entreprises et la dispersion des emplois se retrouvent dans le secteur des services et celui du commerce, comme dans les industries. Une multitude de boutiques et de tavernes prolif�rent et entretiennent difficilement une main-d�oeuvre � la limite du sous-emploi. Ath�nes ne compte pas plus d�une demi-douzaine de grands magasins de type traditionnel, et les supermarch�s modernes n�y sont apparus que depuis 1965 ; les succursales se multiplient aujourd�hui � la fois dans le triangle central de la ville et sur ses acc�s principaux, pour tenir compte des progr�s du parc automobile ; mais ces nouveaut�s n�introduisent qu�une nuance discr�te dans un univers commercial o� les relations quotidiennes entre le marchand et ses clients gardent toute leur importance, tant il est vrai que la majorit� des Ath�-</p><p>niens ne sont que des villageois fra�-</p><p>chement d�racin�s.</p><p>La centralisation des pouvoirs administratifs et politiques fait d�Ath�nes l�unique centre de d�cision du pays : le tiers des fonctionnaires y sont r�unis.</p><p>Le maintien d�un minist�re de la Gr�ce du Nord, cr�� � Thessalonique en 1913</p><p>apr�s l�annexion d�une partie de la Mac�doine, et la cr�ation de centres de d�veloppement r�gional en province n�emp�chent pas la capitale de r�gler toutes les affaires du pays. L�am�lioration des communications (t�l�phone, lignes a�riennes, route nationale Ath�nes-Thessalonique) a facilit� les essais de d�concentration industrielle, mais n�a provoqu� aucune r�gionalisa-tion des pouvoirs de d�cision.</p><p>Dans tous les domaines de la vie �conomique, sociale, culturelle et politique, la Gr�ce enti�re tend � s�identifier avec Ath�nes. Pour les visiteurs �trangers, la densit� des sites historiques et l�importance des mus�es ont downloadModeText.vue.download 490 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1027</p><p>contribu� � faire de l�Attique l�image id�ale de la Gr�ce. Pour beaucoup de provinciaux, Ath�nes r�sume toutes les aspirations � la promotion sociale.</p><p>La capitale enrichie</p><p>d�un pays pauvre</p><p>Ath�nes est surtout un centre de consommation disproportionn� par rapport � la Gr�ce. L�agglom�ration fixe la majorit� des investissements, re�oit une partie des aides �trang�res, utilise la moiti� de l��lectricit� produite, compte plus du tiers des automobiles en service, 85 p. 100 des m�decins sp�cialistes et la moiti� de la capacit� hospitali�re. Les deux tiers des �tudiants s�y rassemblent � l�universit� et dans quelques �tablissements d�enseignement sup�rieur sp�cialis�s (Polytekhn�on, �tudes commerciales, Sciences politiques) ; les trois quarts des imp�ts du pays y sont per�us. Le produit national brut s�y �l�ve � plus de 900 dollars par t�te, contre 600 environ dans l�ensemble de la Gr�ce et 380 dans les r�gions les plus pauvres (Thrace, �pire).</p><p>Une semblable distorsion pose le probl�me des rapports entre cette �norme capitale et le petit pays dont elle tire une partie de sa substance.</p><p>Ath�nes, nombreuse, affair�e, opu-lente, n�est qu�une fa�ade qui dissimule la r�alit� de la Gr�ce. La croissance de l�agglom�ration ath�nienne continue de se faire aux d�pens du reste du territoire national ; le co�t de son entretien et de son d�veloppement diminue les chances de succ�s de toutes les exp�riences entreprises pour le d�veloppement r�gional. Or, plusieurs pr�visions �tudi�es permettent de supposer que la croissance de la ville se poursuivra � un rythme plus rapide que celui du reste de la Gr�ce, poussant l�agglom�ration � d�border hors de l�Attique pour s��tendre en direction de la plaine de B�otie, le long des routes qui m�nent vers le nord suivant un mod�le d��coum�nopolis dont les urbanistes d�aujourd�hui essaient d�imaginer quelles seront la silhouette et les lignes de force dans un d�lai de vingt-cinq ans.</p><p>P.-Y. P.</p><p>L�art et l�arch�ologie</p><p>De Pisistrate � P�ricl�s</p><p>C�est avec Pisistrate que commence la � grande � histoire artistique d�Ath�nes. Les vestiges des civilisations ant�rieures furent alors attribu�s � des h�ros mythologiques et � des peuples l�gendaires : P�lasges, C�-</p><p>crops, �rechth�e, Th�s�e. L�arch�ologie va plus loin que la fable, et nous savons que, plusieurs mill�naires avant qu�on y ait ador� H�pha�stos, les arts du feu �taient pratiqu�s dans le secteur du C�ramique.</p><p>Pisistrate, quand il entreprit de restaurer et d�embellir l�Acropole, o� il avait �tabli sa r�sidence, y trouvait des temples en tuf polychrome, d�di�s � des cultes primitifs. On en a conserv� quelques d�bris, notamment la pi�ce dite � fronton de l�Olivier �, maquette d�un temple double d�Ath�na et d��rechth�e. L��difice principal �tait le temple de cent pieds consacr� � Ath�na, l�H�catomp�don, datant de</p><p>Solon. Il fut pourvu d�une colonnade dorique et orn� de m�topes et de frontons racontant les exploits d�H�racl�s.</p><p>Autour du sanctuaire furent r�partis des serviteurs et des servantes de la d�esse, des sacrificateurs, des porteurs et porteuses d�offrandes. Apr�s les destructions de l�arm�e perse, ce qui subsistait de cette statuaire fut pieusement enseveli. Retrouv�es il y a un si�cle encore rev�tues de leurs vives couleurs, ces pi�ces (Couroi athl�tiques, Cor�s aux drap�s ioniens, au sourire hi�ratique, monstres myst�rieux) ont �t� une r�v�lation �blouissante. Parmi les autres travaux de Pisistrate et de ses fils, il faut mentionner les portiques de l�Agora � au centre de laquelle un autel de la Piti� marquait le point de d�part des chemins de l�Attique � et la construction d�un temple colossal � Zeus Olympien. Les tambours en tuf de cet �difice rest� inachev� furent incorpor�s au mur de Th�mistocle, o� ils sont encore. Des Pisistratides date aussi le premier �tat du th��tre de Dionysos, � l�origine simple enclos o� dansaient les choeurs.</p><p>Apr�s la chute des tyrans, un groupe de bronze repr�sentant les tyrannicides fut dress� pr�s de l�Acropole : il devait �tre emport� � Suse par Xerx�s. On pr�-</p><p>para la construction d�un grand temple � Ath�na, pour lequel il fallut �largir par des sout�nements la plate-forme rocheuse de l�Acropole. Par ailleurs, la cit� dut se consacrer surtout � l�architecture militaire : mur de Th�mistocle, Longs Murs, forteresses d��leuth�res et de Phyl�. Tout fut emport�, ruin� ou d�truit par l�arm�e de Xerx�s.</p><p>Trente ans apr�s Salamine, la paix enfin assur�e, P�ricl�s con�ut un vaste programme pour renouveler les lieux consacr�s de toute l�Attique. (� La Gr�ce, disait-il, doit �tre le mod�le du monde, et Ath�nes celui de la Gr�ce. �) Il en confia la r�alisation � Phidias*, qui aurait auparavant travaill� pour le sanctuaire de Plat�es en B�otie. Ce programme ne put �tre ex�cut� qu�en partie, et, apr�s le Th�s�ion, seul le Parth�non � qui en �tait � vrai dire la pi�ce ma�tresse � fut achev� du vivant de P�ricl�s. Le Th�s�ion est, de tous les temples doriques d��poque classique, celui qui nous est parvenu</p><p>dans le meilleur �tat. Situ� dans la ville basse, au-dessus de l�Agora, il �tait consacr� � H�pha�stos, mais sa d�coration illustrait les exploits du h�ros local Th�s�e.</p><p>Les monuments de l�Acropole.</p><p>y Le Parth�non. Le Parth�non est un temple dorique, de dimensions moyennes (70 sur 31 m), entour� de 46 colonnes. Construit par les architectes Ictinos et Callicrat�s sous la direction de Phidias, il diff�re un peu du canon dorique traditionnel par une largeur relative plus grande, un moindre �crasement des chapiteaux, un galbage des f�ts, une certaine courbure du stylobate qui donnent une impression de parfait �quilibre.</p><p>Il r�alise l�harmonie des deux grands styles dorique et ionien. � l�int�rieur, un mur divisait l��difice en deux salles in�gales qui ouvraient, l�une � l�est et l�autre � l�ouest, par une porte monumentale. Dans celle de l�ouest et la plus grande, la cella, o� une colonnade m�nageait un d�ambulatoire, se dressait l�effigie d�Ath�na, oeuvre de Phidias (l�autel de la d�esse �tait � l�ext�rieur, au bas des degr�s). Devant la statue � faite de rev�tements d�or et d�ivoire sur un b�ti de bois �, un plan d�eau entretenant l�humidit� qu�exige l�ivoire refl�tait l�image divine ; haute d�environ 15 m, celle-ci atteignait par le sommet du casque le toit de l��difice. L�autre salle contenait des tr�sors et des troph�es, sur lesquels veillaient des jeunes filles</p><p>� r�elles ou en effigies ; de l� son nom de chambre des vierges (parthe-n�n), qui devint celui de l��difice tout entier.</p><p>Les m�topes, les frontons et la frise int�rieure du temple �taient orn�s de sculptures peintes en ocre, en rouge et en bleu, prot�g�es par un enduit � la cire et compl�t�es par des accessoires de bronze. Les m�topes �taient en haut relief. Elles montraient des sc�nes guerri�res : combats de Th�s�e contre les Centaures et les Amazones, chute de Troie, lutte des Dieux et des G�ants.</p><p>Sur les frontons, de grandes figures en ronde bosse repr�sentaient la naissance et le triomphe d�Ath�na. � l�est, H�pha�stos fendait d�un coup de hache</p><p>la t�te de Zeus, d�o� la Vierge divine sortait tout arm�e. R�partis de part et d�autre, couch�s, assis, debout, �pousant l�espace triangulaire, les dieux regardaient na�tre la Raison. Dans un angle disparaissait le char de la Nuit.</p><p>Dans l�autre surgissaient les chevaux du Soleil. Sur le fronton oppos�, on voyait s�affronter Ath�na et Pos�idon, la lance contre le trident. Ce duel, dont devait d�pendre le sort d�Ath�nes, avait pour t�moins des personnages symbolisant les forces et les beaut�s de la nature attique : collines, sources, rivi�res, arcs-en-ciel.</p><p>Les bas-reliefs de la frise, derri�re la colonnade, d�roulaient le cort�ge des Panath�n�es, par lequel tous les quatre ans la cit� enti�re, gravissant la Voie sa-cr�e, allait remettre � la d�esse un voile neuf. La procession s�ordonnait sous le fronton ouest et se divisait, comme les demi-choeurs des trag�dies, sur chacun des longs c�t�s. Elle se reformait sous le fronton est, o� l�attendaient le grand pr�tre et la pr�tresse entour�s d�Ath�na et des dieux protecteurs des arts. Ce cort�ge, long de 160 m, comptait plus de 350 figures : ouvri�res, magistrats, sacrificateurs, cavaliers, musiciens, porteurs et porteuses d�offrandes.</p><p>Ath�nes a �t� relativement �par-</p><p>gn�e par les s�ismes qui ont d�vast� presque toute la Gr�ce : c�est par les hommes que le Parth�non, au cours des �ges, � �t� ruin�. Au Ve s., quand le christianisme fut impos� par Th�odose, la statue d�Ath�na disparut, emport�e � Constantinople, et le temple fut transform� en �glise, non sans de graves mutilations. Sous les Turcs, le Parth�non devint mosqu�e, puis magasin � poudre, ce qui causa sa destruction quand l�arm�e du doge Francesco Morosini vint mettre le si�ge devant l�Acropole : le toit, la moiti� du mur ext�rieur, pr�s de la moiti� des colonnes et tout un fronton saut�rent. Un si�cle plus tard, lord Elgin, l�ambassadeur britannique, ayant fait d�poser certaines pi�ces des frontons, de la frise et des m�topes, cette op�ration, mal conduite, entra�na la chute de nombreux �l�ments.</p><p>Sur les 92 m�topes, il en subsiste 18</p><p>� peu pr�s lisibles, dont 16 au British Museum, 1 au Louvre et 1 en place.</p><p>Du fronton ouest, il reste en place des t�tes de chevaux dans les deux angles.</p><p>Quelques personnages mutil�s sont au British Museum. Sur le fronton, un groupe ruin� est encore visible.</p><p>De la frise, il reste en place les plaques de l�ouest, malheureusement downloadModeText.vue.download 491 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1028</p><p>menac�es par la pollution de l�air ; parmi les autres, 3 sont au mus�e de l�Acropole, 1 au Louvre et le reste au British Museum. Ce sont ces sculptures de la frise, d�une incomparable beaut�, qui sont le mieux conserv�es.</p><p>Le Parth�non, temple des Victoires, c�l�brait certes la gloire militaire d�Ath�nes et son triomphe sur l�Asie, mais il pr�tendait aussi symboliser la victoire de l�humain sur le bestial, de l�ordre sur le chaos, de l�intelligence sur la d�mesure, de la libert� sur la contrainte. Il signifie l�aboutissement de l��volution politique et religieuse d�Ath�nes, o� bient�t devaient s�ouvrir l�Acad�mie et le Lyc�e.</p><p>La sensibilit� moderne est sans doute d�concert�e par l�esclavage et par l�anthropomorphisme qui d�parent la d�mocratie et la philosophie religieuse dans l�Ath�nes de P�ricl�s. Cependant, l�art du Parth�non � art engag� s�il en fut � exprime une id�ologie qui est l�une des sources fondamentales dont pr�tend s�inspirer la civilisation occidentale.</p><p>y Les Propyl�es. Ces portes monumentales (con�ues par l�architecte Mn�sicl�s) commandent l�entr�e de l�Acropole par sa pente accessible du versant ouest. Ce sont des parvis majestueux de 60 m de fa�ade sur 30 m de profondeur, o� les processions pouvaient se recueillir et s�ordonner.</p><p>L��difice, qui ne fut jamais compl�-</p><p>tement achev�, comportait au centre un vaste b�timent amphiprostyle soutenu � l�int�rieur par une colonnade ionique entre deux portiques de six colonnes doriques. Sur le flanc nord, une aile en retour, la Pinacoth�que,</p><p>dominait le rocher. L�aile oppos�e, pour ne pas empi�ter sur des emplacements consacr�s � d�autres cultes, se r�duisait � une fa�ade. M�topes et frontons �taient sans ornements.</p><p>Entre les Propyl�es et le Parth�non se dressait une grande statue de bronze d�Ath�na combattante (Promachos).</p><p>y Temple d�Ath�na Nik�, dit � de la Victoire apt�re �. Ce petit �difice est situ� sur un saillant du rocher, � c�t� des Propyl�es, o�, d�s le VIe s., un sanctuaire avait �t� d�di� � Ath�na Nik� (l�Ath�na des Victoires), dont la statue, simple xoanon, fut appel�e apt�re par diff�rence avec les Victoires ail�es traditionnelles. Le temple construit par Callicrat�s, de pur style ionique, consiste en une cella unique de 4 m de c�t�, cantonn�e sur ses deux fa�ades d�un portique de quatre colonnes. Plus qu�� sa frise, consacr�e aux guerres m�diques, la c�l�-</p><p>brit� de son d�cor sculpt� tenait � la balustrade qui l�entourait du c�t� du rocher � pic. Longue de 32 m et haute de 1 m, elle repr�sentait des Victoires se rendant au sacrifice : la procession se d�roulait en relief vigoureux au-dessus de la Voie sacr�e menant aux Propyl�es. Plusieurs de ces plaques de marbre ont �t� retrouv�es ; bien que tr�s mutil�es, elles r�v�lent un art attique d�une �l�gance toute particuli�re : art � la fois hardi et chaste, qui sous des tissus presque transparents voile et montre la nudit�.</p><p>y L��rechth�ion. C�est plusieurs ann�es apr�s la mort de P�ricl�s que Nicias fit relever les ruines de l�ancien sanctuaire d��rechth�e. On n�op�rait pas en table rase : il fallait respecter la place rituelle de cultes h�t�roclites et obscurs. C�est l� que Pos�idon et Ath�na s��taient affront�s, qu�avait surgi l�olivier sacr�, que le trident du dieu avait fait jaillir une source.</p><p>Des cellae � des niveaux diff�rents devaient �tre englob�es dans une unit� architecturale r�unissant l�idole antique d�Ath�na, le Serpent sacr�, le tombeau de C�crops. L�architecte Philocl�s r�alisa un monument complexe dont la disposition n�a pu �tre d�chiffr�e avec certitude. Il comporte deux portiques ioniques, souvent co-pi�s, et celui, plus c�l�bre encore, des</p><p>Caryatides, porteuses de corbeilles dont la t�te charmante et robuste soutient l�architrave.</p><p>Monuments divers.</p><p>La liste serait longue des monuments notables de l�Ath�nes du Ve s. av. J.-C. : les textes signalent des sanctuaires d�-</p><p>di�s � presque tous les dieux, mais ils ont laiss� peu de vestiges. Les collines c�l�bres qui font face � l�Acropole, la Pnyx, le Mouseion, l�Ar�opage, n�ont pas �t� couronn�es de monuments</p><p>civils ou religieux de quelque importance. Quant � l�habitat priv�, il �tait sans luxe.</p><p>y Le C�ramique. C�est � la sortie de la ville qu��taient les cimeti�res, dont le plus c�l�bre sur la voie d��leusis, qui traversait le faubourg du C�ramique.</p><p>La plupart des Ath�niens importants eurent l� leur tombeau. Les fouilles qui s�y poursuivent depuis un si�cle ont mis au jour d�infinies richesses (vases de l��poque g�om�trique,</p><p>st�les fun�raires, etc.). Quelques monuments ont �t� remont�s in situ, tels les spectaculaires G�ants d��poque romaine.</p><p>De P�ricl�s � Byzance</p><p>Apr�s P�ricl�s, la cit�, appauvrie par les guerres, n�eut pas les moyens d�achever son oeuvre. De riches protecteurs des arts (chor�ges) se firent �lever des monuments votifs, tels celui de Thrasyllos contre le mur de l�Acropole et celui de Lysicrate (dit � Lanterne de D�mosth�ne �) dans l�antique rue des Tr�pieds. Ath�nes, dont le rayonnement persista pendant plusieurs si�cles, ne cessa de � s�embellir �, mais aucun de ses monuments post�rieurs au IVe s.</p><p>av. J.-C. n�a d�importance majeure pour l�histoire de l�art. La domination mac�donienne fut pour Ath�nes la grande �poque des � �verg�tes � (bien-faiteurs), au premier rang desquels il faut citer deux rois de Pergame, Eu-men�s et Attalos. On doit au premier le portique qui porte son nom, vaste d�ambulatoire qui conduit au th��tre de Dionysos. Attalos, un peu plus tard, r�nova l�Agora et l�entoura d�autres portiques somptueux.</p><p>Le respect que lui vou�rent les Romains n�alla pas pour Ath�nes sans inconv�nient. Elle fut l�objet d�un vaste pillage, tandis que s�y �levaient des b�tisses bien peu conformes au programme de P�ricl�s, tels la statue �questre g�ante d�Agrippa devant les Propyl�es, la � tour des vents �, l�escalier colossal de l�Acropole, le Temple de Rome � c�t� du Parth�non, les ornements du th��tre de Dionysos, etc.</p><p>Hadrien, qu�on nommait plaisamment</p><p>� Graeculus �, cr�a toute une ville nouvelle, la � Ville d�Hadrien � � c�t� de la � Ville de Th�s�e �, construisit un forum � la romaine et acheva en marbre et en style corinthien le temple colossal de Zeus (Olympieion) commenc� sous Pisistrate. Un �verg�te, H�rode Atticus, construisit l�Od�on qui porte encore son nom. Un autre, C. Julius Antiochos Philopappos, se fit �lever un gigantesque mausol�e sur le Mouseion.</p><p>Le voyageur Pausanias a laiss� une description de la ville telle qu�elle �tait sous les Antonins. C��tait un d�dale o�, � chaque pas, autels, ex-voto, effigies, tombeaux, st�les, inscriptions c�l�braient les dieux, les h�ros, les hommes de la l�gende, de la grande et de la petite histoire, depuis C�crops jusqu�� l�empereur r�gnant.</p><p>Ath�nes byzantine, franque et</p><p>turque</p><p>Avec le transfert de la capitale de l�Empire � Constantinople commen�a le d�-</p><p>clin d�Ath�nes, qui perdit son rang de m�tropole de l�hell�nisme. Dans l�Empire byzantin, elle ne fut plus qu�une bourgade. Les invasions barbares des IIIe et IVe s. ruin�rent enti�rement la ville basse. Le christianisme ferma les �coles philosophiques et interdit les cultes. Dans les temples brutalement modifi�s, Ath�na et Th�s�e furent remplac�s par la Panagia Theotokos et par saint Georges. Aucune grande basilique ne fut construite ; on n��difia que des chapelles et de modestes monast�res, parmi lesquels il faut citer les �glises des Saints-Th�odores, de la Kapnikar�a, de la Petite-M�tropole, qui sont aujourd�hui la parure charmante du centre de la ville. Au pied de l�Hymette, le monast�re de Kaisariani est un bon exemplaire du style byzantin du Xe s. Quant � celui de Dhafni, sur le</p><p>chemin d��leusis, il montre des mo-sa�ques qui sont parmi les plus belles de l�art byzantin*.</p><p>Quand les dues francs s�install�rent sur l�Acropole, ils la d�figur�rent sans piti� et mirent ses monuments � tous les usages. Les Turcs � leur tour la couvrirent de minarets, de fortifications, de downloadModeText.vue.download 492 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1029</p><p>baraquements. Lorsque Chateaubriand la visita en 1806, Ath�nes �tait un pauvre village peupl� surtout d�Albanais. Dans le Parth�non �ventr� �tait install�e une petite mosqu�e ; le temple de la Victoire apt�re avait �t� d�moli par les Turcs, et ses �l�ments incorpor�s dans un bastion ; une tour de guet construite par les Francs dominait la Voie sacr�e. Parmi les marbres �pars, des b�tisses de toute nature couvraient l�Acropole, dont l�acc�s �tait barr� par des ouvrages militaires.</p><p>Depuis l�ind�pendance</p><p>Lorsque la capitale du petit �tat qu��tait le nouveau royaume fut transf�r�e de Nauplie � Ath�nes, celle-ci, ravag�e par la guerre d�Ind�pendance, ne comptait qu�une centaine d�habitants. Le trac� en damier de la nouvelle ville suivit un plan ax� sur une voie centrale nord-sud partant du C�ramique. Il ne s�y construisit rien de tr�s notable (monuments de style n�o-grec ou � munichois �) : son histoire artistique est celle de la d�couverte, de la pr�servation, de la restauration et de la mise en valeur de ses gloires. D�s 1837</p><p>fut fond�e la Soci�t� grecque d�arch�ologie, bient�t suivie des �coles arch�ologiques �trang�res et de l��phorie des antiquit�s. Dans le champ de d�-</p><p>combres et l�amas confus de b�tisses qu��tait devenue l�Ath�nes antique, les travaux arch�ologiques �taient difficiles. Que faire dispara�tre ? Jusqu�o� restituer ? Les travaux ont �t� effectu�s avec un go�t, une mod�ration, une honn�tet� dont on conna�t peu d�exemples.</p><p>Depuis une quinzaine d�ann�es, de nouveaux am�nagements ont facilit� la compr�hension et la vision des monu-</p><p>ments. Le Mouseion, nagu�re encore inaccessible et d�sol�, a �t� rebois� et am�nag� en belv�d�re, d�o� la vue embrasse tout le groupe de l�Acropole.</p><p>Le Th�s�ion a �t� d�gag� et entour� de jardins ; l�Agora a �t� d�blay�e, et l�un des vastes portiques (ou � stoa �) d�Attalos reconstruit dans son �tat primitif. Le trac� de la Voie sacr�e a �t� r�tabli. Le Lycabette, qui domine toute la ville et dont le panorama s��tend jusqu�� Salamine, est sillonn� de sen-tiers faciles. Quant aux sites byzantins, ils ont �t� restaur�s avec une grande pi�t�. Un spectacle � son et lumi�re �</p><p>raconte l�histoire d�Ath�nes aux spectateurs r�unis sur la Pnyx.</p><p>Mus�es d�Ath�nes</p><p>En plus du Mus�e national, le plus riche du monde en antiquit�s grecques, deux mus�es sont sp�cialement consacr�s aux objets recueillis � Ath�nes : celui de l�Acropole et celui de l�Agora.</p><p>Le mus�e de l�Acropole est un b�timent dissimul� dans un angle du mur antique, pr�s du Parth�non. Il contient les pi�ces provenant des monuments et des fouilles de l�Acropole. Elles sont toutes c�l�bres : sculptures archa�ques de l�H�catomp�don, Cor�s, athl�tes, hi�rodoules, plaques de la frise du Parth�non, Victoires de la balustrade de la Victoire apt�re, st�le d�Ath�na s�appuyant sur sa lance, etc. Ces pi�ces donnent un aper�u saisissant de l��volution de l�art ath�nien vers la vie et la v�rit�.</p><p>Le mus�e de l�Agora a �t� am�nag� dans le vaste portique d�Attale (Attalos) reconstruit sur l�Agora. Il contient des objets provenant de l�Agora et du C�ramique (lequel poss�de �galement un petit mus�e), poteries, outils, ustensiles, objets votifs, st�les, statues, etc. Ces collections d�une grande richesse documentaire et artistique illustrent l�histoire d�Ath�nes depuis le n�olithique jusqu�� l��poque turque.</p><p>Par ailleurs, le Mus�e byzantin offre une belle pr�sentation de sculptures remontant jusqu�� l��poque pal�ochr�tienne, d�objets des arts mineurs et d�ic�nes.</p><p>A. S.</p><p>B W. Judeich, Topographie von Athen (Mu-</p><p>nich, 1885 ; 2e �d., 1931). / G. Foug�res, Ath�nes (Laurens, 1912). / M. Collignon, le Parth�non (Hachette, 1914). / N. Balanos, les Monuments de l�Acropole (Massin et L�vy, 1938). / I. C. Thal-lon Hill, The Ancient City of Athens (Londres, 1958). / L. et R. Matton, Ath�nes et ses monuments (Klincksieck, 1964). / J. Des Gagniers, l�Acropole d�Ath�nes (Hazan, 1971).</p><p>Constructions,</p><p>destructions,</p><p>transformations des</p><p>principaux monuments</p><p>d�Ath�nes</p><p>Av. J.-C.</p><p>�poque mythologique. Palais myc�nien sur l�Acropole.</p><p>vers 600 Premier H�catomp�don.</p><p>vers 550 Travaux de Pisistrate : colonnades doriques de l�H�catomp�don, statues ioniennes, mise en chantier du temple d�Ath�na sur l�Acropole et de celui de Zeus dans la ville basse.</p><p>480 Destructions de l�arm�e perse.</p><p>479 Construction du mur de Th�mistocle.</p><p>457 Ach�vement des Longs Murs</p><p>(d�Ath�nes � la mer).</p><p>450-440 Construction du temple</p><p>d�H�pha�stos, dit � Th�s�ion �.</p><p>447-432 Construction du Parth�non.</p><p>438 Commencement des Propyl�es.</p><p>vers 420-405 Construction du temple d�Ath�na Nik�, dit � de la Victoire apt�re �.</p><p>Construction de l��rechth�ion.</p><p>404 Destruction des Longs Murs par les Lac�d�moniens.</p><p>170 Construction du portique d�Eum�ne.</p><p>130 Construction du portique d�Attale.</p><p>86 Pillage de Sulla.</p><p>15 �rection de la statue �questre d�Agrippa devant les Propyl�es.</p><p>Apr. J.-C.</p><p>120-130 Grandes constructions d�Hadrien : Olympieion, biblioth�que, Agora, aqueducs, enceinte urbaine, etc.</p><p>267 Les Barbares ravagent Ath�nes pour la premi�re fois.</p><p>396 Nouvelle invasion barbare. Les Goths d�Alaric d�vastent surtout la ville basse.</p><p>529 Le Parth�non est transform� en �glise.</p><p>de 1000 � 1075 Construction de chapelles et monast�res byzantins � Ath�nes, Kaisariani, Dhafni.</p><p>1466 Le Parth�non transform� en</p><p>mosqu�e.</p><p>1645 Explosion des Propyl�es.</p><p>1687 Le Parth�non, devenu magasin � poudre, est bombard� et subit des d�g�ts irr�parables.</p><p>1802 Lord Thomas Bruce Elgin fait d�poser de nombreuses pi�ces des monuments de l�Acropole. Elles sont transport�es � Londres.</p><p>1835 Rel�vement du temple de la Victoire apt�re.</p><p>1846 Cr�ation de l��cole fran�aise d�Ath�nes et d�gagement de l�Od�on d�H�rode Atticus.</p><p>1852 D�couverte de la porte de l�enceinte romaine par l�arch�ologue Charles Beul� (1826-1874).</p><p>1860 D�couverte par l�arch�ologue Pa-naghiotis Kavvadhias (1869-1928) de la statuaire archa�que dans les remblais du Parth�non.D�gagement du th��tre de Dionysos.</p><p>1866 Cr�ation de l��cole anglaise d�Ath�nes.</p><p>1874 Cr�ation de l��cole allemande d�Ath�nes.</p><p>1876 D�molition de la tour franque.</p><p>1882 Cr�ation de l��cole am�ricaine.</p><p>1895 L��verg�te Ghe�rghios Averof (1818-1899) fait restaurer en marbre le stade, o� se tiendront les premiers jeux Olympiques</p><p>modernes.</p><p>1898 Cr�ation de l��cole austro-hongroise.</p><p>1900 Rel�vement de l��rechth�ion.</p><p>1907 Rel�vement des Propyl�es.</p><p>1909 Cr�ation de l��cole italienne.</p><p>1930 Ach�vement du rel�vement de la colonnade nord du Parth�non, sous la direction de l�architecte Balanos.</p><p>1958 Reconstruction compl�te du portique d�Attale par l��cole am�ricaine et l��phorie des antiquit�s.</p><p>LA CIT� ANTIQUE ET</p><p>L�EMPIRE ATH�NIEN</p><p>Ath�nes occupe une place privil�gi�e dans le coeur des Grecs de l�Antiquit�, et dans celui de tous les hommes cultiv�s. Elle le doit � sa constitution d�mocratique, qui, garantissant � tous les citoyens l��galit� et la libert�, y avait rendu la vie plus agr�able qu�ailleurs et plus f�conde.</p><p>La cit� et ses habitants</p><p>y Les citoyens : 40 000 environ au milieu du Ve s. Pour �tre citoyen (loi de 451), il faut �tre n� de p�re et m�re ath�niens, unis en mariage l�gitime. La qualit� de citoyen est reconnue quand le p�re d�un enfant l�a pr�sent� � la cit�, par l�interm�diaire des assembl�es locales : la plus importante de ces formalit�s est l�inscription sur les registres du d�me (circonscription locale) de l�adolescent au moment o� il atteint ses dix-huit ans ; l�assembl�e du d�me vote pour d�cider s�il y a lieu de l�inscrire ou, sa naissance �tant entach�e de suspicion, de le rejeter. � partir de ce moment, le jeune homme est citoyen de plein droit, mais ne jouira de ses privil�ges qu�apr�s son service militaire (l��ph�bie).</p><p>On peut devenir citoyen par naturalisation, mais il faut obtenir un d�cret de l�assembl�e du peuple, qui ne l�accorde que rarement ; P�ricl�s* aura toutes les peines du monde � faire l�gitimer le fils qu�il eut d�Aspasie, une Mil�sienne, apr�s avoir perdu les enfants n�s de sa femme ath�nienne. C�est en effet que les cit�s grecques en g�n�ral, Ath�nes en particulier, sont tr�s jalouses de leur droit de cit�.</p><p>Jouissant des m�mes droits, les citoyens ne sont pas astreints aux m�mes devoirs : les plus pauvres (th�tes) sont exempts d�imp�ts et n�ont comme obligation militaire que celle de servir comme rameurs ; les plus riches (pentacosiomedimnes, chevaliers) sont lourdement impos�s et sont soumis � des charges militaires plus absorbantes (ils doivent nourrir un cheval et le monter � la guerre ; particuli�rement riches, ils peuvent �tre soumis � la tri�rarchie, c�est-�-dire qu�ils doivent faire construire � leurs frais une tri�re et la commander au combat) ; quant aux gens des classes moyennes (zeugites), ils payent parfois l�imp�t et servent comme hoplites en fournissant eux-m�mes leur �quipement.</p><p>Les citoyens sont peu nombreux parmi les habitants de l�Attique, la d�mocratie est en fait une oligarchie qui peut sembler pesante aux esclaves et aux m�t�ques.</p><p>y Les m�t�ques : 40 000 environ. Ce sont des �trangers de naissance libre, domici-li�s � Ath�nes, et qui peuvent y exercer leur activit�. Ils sont li�s � la cit� : ainsi ils payent l�imp�t auquel serait soumis un Ath�nien poss�dant leur fortune, plus une l�g�re capitation (cette taxe n�est que symbolique, mais le fait de ne pas la payer serait consid�r� comme une tentative frau-duleuse pour s�assimiler aux citoyens) ; ils downloadModeText.vue.download 493 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1030</p><p>remplissent de m�me les obligations militaires auxquelles sont astreints les citoyens dans l�arm�e de terre ou la marine.</p><p>N�anmoins, ils n�ont aucun droit politique. Ils sont consid�r�s comme des mineurs, puisqu�ils doivent avoir un patron (prostate), qui d�ailleurs n�intervient gu�re dans leurs affaires. Ils sont prot�g�s par la justice ath�nienne, mais, en cas de meurtre commis sur la personne d�un m�t�que, le coupable ne risque pas la peine de mort, mais l�exil seulement. Ils n�ont pas le droit d��pouser une Ath�nienne (isogamie), et, s�ils le font, sont vendus comme esclaves.</p><p>Ils ont le droit de propri�t� mobili�re, mais pas celui de propri�t� fonci�re (enktesis). Pourtant, l�assembl�e peut, pour les</p><p>remercier de services rendus, leur donner des droits qui leur manquent (enktesis, isogamie), les dispenser du paiement de l�imp�t sp�cial aux m�t�ques (par l�isot�-</p><p>lie) et m�me les naturaliser.</p><p>Ath�nes fut beaucoup mieux dispo-s�e envers les m�t�ques que la plupart des villes grecques. Ce n�est que justice, car ce sont eux qui font la richesse de la cit� (ils sont ouvriers, industriels, commer-</p><p>�ants, banquiers) et la fortune du port du Pir�e. Elle doit une bonne part de sa gloire aux artistes, philosophes �trangers qui vinrent s�installer en Attique. Mais la r�alit� grecque interdisait qu�on aille plus loin qu�elle le fit dans le lib�ralisme.</p><p>y Les esclaves : 150 000 ? 400 000 ? Ils �taient nombreux ; on alla jusqu�� penser qu�ils auraient d� l��tre plus pour que les citoyens, lib�r�s enti�rement des soucis mat�riels et de la n�cessit� de travailler, pussent exercer v�ritablement leurs droits civiques, et que la d�mocratie p�t fonctionner.</p><p>Il y eut peu de r�voltes d�esclaves � Ath�nes, seuls les mineurs du Laurion, qui extrayaient du sol le plomb argentif�re, pens�rent � rompre leurs fers. N�anmoins, leur condition �tait sombre, car ils n�avaient que tr�s peu d�espoir de retrouver (c��taient souvent des prisonniers de guerre) la libert� : l�Ath�nien n�affran-chissait pas beaucoup, l�affranchi risquait d��tre revendu s�il ne pouvait respecter les clauses du contrat, ran�on de sa libert�.</p><p>Certains purent faire fortune, tr�s peu.</p><p>Le peuple poss�de</p><p>le pouvoir l�gislatif</p><p>Tout citoyen a le devoir de participer en personne (une fois par semaine environ) aux r�unions de l�eccl�-</p><p>sia, l�� assembl�e du peuple �, qui gouverne la cit�. Tous ceux qui le peuvent (il est parfois difficile � certains de perdre une journ�e de travail ou de venir du fin fond de l�Attique) viennent, en toute �galit�, trancher les probl�mes qui se posent � l��tat, sur la Pnyx, hauteur attenant � la colline des Muses. On avait construit l� un vaste h�micycle o� auraient pu s�installer 18 000 personnes (en fait, l�assembl�e en r�unissait rarement 6 000).</p><p>Pr�c�d�e de sacrifices qui mettent le travail de l�eccl�sia sous la protection divine, l�assembl�e traite des diff�rents points de son ordre du jour. Sur un signe du pr�sident de s�ance, le h�raut lit au peuple le rapport qu�a r�dig� sur chacune des questions pendantes le conseil (ou boul�) charg� de pr�parer la s�ance. Le peuple vote pour savoir s�il y a lieu de discuter le rapport ou s�il l�accepte tel quel ; en g�n�ral, la discussion s�ouvre. Tout citoyen peut y prendre part (sauf s�il se trouve sous le coup d�une poursuite p�nale), argumenter, proposer des amendements, des contre-projets en toute libert� : marchant de long en large sur la tribune, face au cadran solaire que l�on a fini par installer, il parle, membre du peuple souverain, au nom de la cit� ; le caract�re sacr� de son acte est soulign� par le fait qu�il porte sur le front la couronne de myrthe. Libert� ne pouvant aller sans responsabilit�, l�orateur peut �tre attaqu� en justice s�il propose des solutions ill�gales ; aussi ne prennent la parole que ceux qui se sont pr�pa-r�s � la vie publique ; en fait, chacun peut devenir expert en art politique, les assembl�es locales nombreuses et importantes lui permettant d�acqu�rir aux moindres frais l�exp�rience des affaires. � la fin de la discussion, l�assembl�e vote, en g�n�ral � main lev�e (sauf dans certains scrutins particuli�-</p><p>rement solennels).</p><p>L�assembl�e dispose de pouvoirs</p><p>illimit�s : elle discute et contr�le toute la vie du pays. Elle re�oit les ambassadeurs, d�signe ceux que l�on enverra en mission � l��tranger, d�cide de la guerre ou de la paix, surveille les g�-</p><p>n�raux, vote les cr�dits militaires et contr�le ainsi le budget. En mati�re de politique int�rieure, elle a l�initiative des d�crets ou des lois.</p><p>Durant la moyenne partie du Ve s.</p><p>av. J.-C., sa sagesse est tr�s grande : le peuple s�interdit d�aller contre les lois existantes ; l�orateur qui propose une loi nouvelle, le pr�sident qui accepte de la faire discuter s�exposent, si elle est en contradiction avec une loi pr�-</p><p>c�dente, � une accusation en ill�galit� (graph� paranom�n), que peut intenter tout citoyen (la peine encourue peut �tre la mort). Cette institution explique la mod�ration et le s�rieux de l�assem-</p><p>bl�e, et la stabilit� du r�gime.</p><p>Le peuple exerce aussi</p><p>le pouvoir judiciaire</p><p>L�assembl�e du peuple juge. La plus spectaculaire des proc�dures qu�elle utilise est l�ostracisme, qui, depuis l��poque de Clisth�ne, exilait pour dix ans le citoyen coupable d��tre trop puissant. Mais, en g�n�ral, m�me dans les affaires de haute trahison (eisang�lie), elle renvoie l�accus� devant un tribunal.</p><p>Cela n�implique pas que le peuple se soit dessaisi de l�administration de la justice. Il n�existe pas en effet de corps de magistrats ind�pendants par rapport � lui, poss�dant des int�r�ts propres ou une mentalit� particuli�re : tout citoyen de plus de trente ans, jouissant de la pl�nitude de ses droits civiques, peut �tre, s�il le d�sire, juge au sein du tribunal unique, de 6 000 membres, l�h�li�e.</p><p>(Les 6 000 membres sont rarement r�unis, le tribunal est divis� en sections qui jugent chacune d�une affaire diff�rente ; ce n�est que dans les cas particuli�rement importants que l�on groupe plusieurs sections.) Sa comp�-</p><p>tence est illimit�e en mati�re civile, fiscale, politique m�me. Son pouvoir ne s�arr�te qu�aux fronti�res du sacr� : quand le sang d�un crime a souill� le sol de la cit�, ce sont de v�n�rables institutions, dont l�ar�opage (qu��phialt�s a d�pouill� de ses autres pouvoirs), qui s�occupent, en punissant le criminel, d�apaiser les dieux.</p><p>Pour que chacun puisse �tre h�liaste sans trop de sacrifices, les juges sont r�tribu�s ; le misthos, indemnit� qui leur est allou�e, correspond au salaire d�une demi-journ�e de travail. Malheureusement, cela ne peut suffire � inciter un paysan � venir perdre son temps � la ville (il a m�me fallu instituer des juges itin�rants pour rendre la justice dans les d�mes de l�Attique), et les gens riches ne sont pas int�ress�s par cette t�che absorbante. La justice � Ath�nes est donc laiss�e entre les mains des plus pauvres d�entre les citoyens ; les riches auront � en souffrir, d�autant que les confiscations, les amendes servent � alimenter le fonds sur lequel on paye le misthos. Comme les juges n�ont aucune connaissance juridique, il est</p><p>moins important d�argumenter que de s�duire.</p><p>Ces d�fauts graves de la justice ath�nienne �taient la ran�on de la souverainet� populaire, mais au moins, � Ath�nes, ne pouvait-on corrompre � prix d�argent le tribunal.</p><p>Le peuple garde la haute</p><p>main sur l�ex�cutif</p><p>Pour que soient mises en oeuvre les d�cisions du peuple, il faut dans l��tat des structures permanentes. Il n�y a pas de fonctionnaires au sens o� nous l�entendons aujourd�hui, il n�y a pas de gens qui puissent, par leur permanence � la t�te d�un service, s�imposer au pouvoir politique et faire pr�-</p><p>valoir leurs vues. N�existent que des magistrats, �lus aussi bien pour les plus petites fonctions (police des march�s, surveillance des arsenaux) que pour les plus importantes.</p><p>Les grandes magistratures sont</p><p>l�archontat et la strat�gie. L�archontat n�est plus � l��poque classique qu�une survivance : les archontes n�ont de fonctions que judiciaires et religieuses (qu�ils soient en activit� ou que, anciens archontes, ils fassent partie de l�ar�opage). Les dix strat�ges, � l�origine g�n�raux au service de l��tat, ont profit� de l�affaiblissement progressif de l�archontat. Depuis les guerres m�diques, ce sont eux qui contr�lent la politique militaire de la cit�, partant la politique ext�rieure et financi�re : les grands hommes de la vie politique du Ve s. av. J.-C. furent des strat�ges, Th�mistocle, Aristide, P�ricl�s surtout, qui, durant les quinze ans o� il remplit cette fonction, fut le ma�tre des destin�es d�Ath�nes.</p><p>Malgr� les apparences, les magistrats sont faibles devant le peuple : ce sont des ministres, et non des ma�tres.</p><p>Ils sont �lus pour un an ; pour une fonction sont nomm�s plusieurs coll�gues ; non r��ligibles (sauf les strat�ges), ils ne peuvent s�installer dans leurs pr�rogatives, prendre de l�importance ; dix fois par an, ils sont soumis � un vote de confiance (si la confiance leur est refus�e, ils doivent quitter aussit�t leur charge ; c�est en g�n�ral pour eux le d�but d�un proc�s, o� ils seront lour-</p><p>dement condamn�s), et n�importe quel citoyen peut, � n�importe quel moment, entamer contre eux un proc�s de haute trahison. Avant qu�ils n�entrent en charge, le peuple les � examine �</p><p>et voit s�ils sont dignes de l�honneur qu�on leur fait ; � leur sortie de charge, ils doivent rendre leurs comptes devant lui : quand le quitus financier leur a �t� accord� (s�il ne l�est pas, ils sont condamn�s par l�h�li�e), il est institu� une commission d�euthynes charg�s de recueillir sur la place publique toute plainte que pourrait avoir � formuler quelque citoyen que ce soit.</p><p>On a pu parler de � v�ritable tyrannie � du peuple � l��gard des magis-downloadModeText.vue.download 494 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1031</p><p>trats (quand, bien s�r, l�assembl�e ne se laissait pas s�duire par l��loquence d�un politicien adul� : P�ricl�s* eut son heure, Cl�on aurait pu se permettre beaucoup), tyrannie qui n��pargnait personne, ni le strat�ge ni le v�rificateur des poids et mesures, et qui s�ac-compagnait souvent d�un total manque de respect � leur �gard (ne devaient-ils pas tout au peuple, ne serait-on pas � leur place l�ann�e suivante ?). X�nophon a pu faire dire � un Ath�nien :</p><p>� Les cit�s en usent avec les magistrats comme moi avec mes domestiques. Je veux que mes serviteurs me fournissent tout ce qu�il me faut en abondance et qu�ils ne touchent � rien ; les cit�s entendent que les magistrats leur procurent le plus d�avantages possible et qu�ils s�abstiennent de toucher � quoi que ce soit. � �cras�s par leurs responsabilit�s, les menaces de proc�s, les magistrats ne prennent aucune initiative : Nicias pr�f�ra perdre son arm�e en Sicile plut�t que de risquer d��tre accus� devant le peuple � son retour.</p><p>Par ailleurs, le peu de dur�e de leurs fonctions rend possibles les changements subits de politique, quand le peuple versatile �lit strat�ges alternativement deux rivaux qui prennent plaisir � saboter l�oeuvre de leur pr�d�cesseur (Alcibiade* et Nicias).</p><p>Ce syst�me de souverainet� popu-</p><p>laire totale, exerc�e directement, servait la libert� du citoyen, mais l�action de l��tat pouvait s�en trouver g�n�e.</p><p>Or, Ath�nes est au Ve s. une cit� puissante et respect�e, sa politique est en g�n�ral coh�rente et sage. C�est que Clisth�ne* l�avait dot�e d�une assembl�e o� l�on r�fl�chissait et pr�parait le travail du peuple pour le rendre f�-</p><p>cond : la boul�, qui permit � Ath�nes d�atteindre � la grandeur que chacun des citoyens souhaitait pour elle.</p><p>La boul�, ou conseil,</p><p>mod�rateur des</p><p>institutions</p><p>Consid�r�s comme des magistrats</p><p>sup�rieurs aux autres (qui ne sont que les agents de l�assembl�e), ses 500 membres (d�sign�s par tirage au sort) ont re�u du peuple une v�ritable d�l�gation de pouvoirs, comme le prouve l�emploi dans chacun des d�-</p><p>crets de la cit� de la formule : � Il a plu au conseil et au peuple de ... �</p><p>L�influence du conseil dans la vie politique est tr�s grande. Comme il si�ge chaque jour, il est en quelque sorte l�agent permanent de l��tat, et c�est avec lui qu�entrent en rapport les �tats �trangers. Aucune d�cision de l�eccl�sia ne peut �tre prise sans qu�il ait r�dig� un projet de r�solution (ou probouleuma) ; il peut aussi prendre de son propre chef les d�crets d�application � la suite de telle ou telle d�cision de l�assembl�e, ceux qui r�glent telle affaire trop mince pour �tre soumise � celle-ci. C�est le conseil qui, mieux que le peuple, peut surveiller les magistrats tant civils que militaires (c�est devant lui qu�ils sont soumis � la docimasie</p><p>[examen] et qu�ils rendent, dix fois par an, leurs comptes), et qui par cons�-</p><p>quent a la haute main sur les finances de l��tat, les travaux publics, l�approvisionnement, la flotte, les cultes. Il veille sur toutes les activit�s de la cit� en d�signant pour chaque t�che de multiples commissions permanentes ou temporaires.</p><p>Il a bien s�r pour exercer ces fonctions sans entrave un certain droit de coercition : son pouvoir judiciaire, � l�origine illimit�, s�est quelque peu affaibli au profit du peuple jugeant �</p><p>l�h�li�e, mais toutes les affaires politiques soumises au jugement de l�ec-cl�sia passent d�abord par lui. Par ailleurs, l�importance de son r�le dans le domaine financier fait qu�on lui r�serve certaines affaires fiscales. En outre, comme il est le seul organisme d��tat si�geant en permanence, c�est devant lui que se traite tout ce qui rel�ve du flagrant d�lit.</p><p>Le conseil est divis� en dix sections de cinquante membres, ou prytanies, qui, durant un dixi�me de l�ann�e (intervalle de temps appel� aussi prytanie), remplissent � tour de r�le les fonctions de commission permanente de la boul�. Les prytanes (qui �lisent chaque jour parmi eux un �pistate, ou pr�sident, d�tenant les sceaux publics, les clefs des temples o� sont d�pos�s les tr�sors de l��tat) r�glent les affaires courantes, re�oivent magistrats ou citoyens avant de les introduire devant le conseil ou l�eccl�sia, dirigent les forces de police. Mais leur r�le est surtout de constituer le bureau de l�assembl�e du peuple ; ils doivent y faire respecter la l�galit� malgr� les caprices et les col�res d�une foule parfois surexcit�e (cela ne va pas toujours sans risques ; ainsi Socrate sera le seul prytane � ne pas avoir peur de rejeter les d�cisions de la foule lors d�un vote ill�gal dans l�affaire des Arginuses) ; leurs responsabilit�s sont grandes, et d�une certaine fa�on ils sont les ma�tres de l�assembl�e : le peuple se veut souverain, mais il sait bien que respecter les d�cisions du bureau est le seul moyen pour lui de travailler de fa�on efficace ; il en est tellement s�r que le prytane coupable d�avoir laiss� l�assembl�e faire des b�-</p><p>tises est condamn� par elle quand elle a repris ses sens !</p><p>Ainsi les pouvoirs de la boul� �taient grands. Son recrutement n��tait pas le m�me que celui de l�eccl�sia et de l�h�li�e : ne venaient au conseil que des citoyens tr�s honorables (on les soumettait � la docimasie) et riches (ils pouvaient se permettre de vivre un an sans travailler pour se consacrer � une t�che bien prenante). Il put y avoir conflit entre elle et le peuple ; sa mod�-</p><p>ration la conduisit m�me � favoriser l�oligarchie (vers la fin de la guerre du P�loponn�se). Son r�le fut alors</p><p>contest�, mais, quand sa puissance eut �t� battue en br�che par les d�magogues, la cit� entra en d�cadence.</p><p>�volution des institutions</p><p>au IVe s. av. J.-C.</p><p>Pour Ath�nes, le IVe s. av. J.-C. est une p�riode difficile ; la guerre du P�loponn�se et les exp�ditions men�es sur le sol m�me de l�Attique ont d�truit la classe moyenne des petits paysans, creus� un foss� entre les riches et les pauvres ; ceux-ci, en particulier, perdent le respect de l��tat, qui n�a pas su les prot�ger alors qu�il a permis � d�autres de faire fortune. L�assembl�e est d�sert�e. Aussi commence-t-on � r�tribuer ceux qui assistent aux s�ances : les citoyens remplissent-ils alors un devoir, ou exercent-ils un privil�ge dont ils doivent tirer profit ? En tout cas l�eccl�sia perd de son s�rieux.</p><p>On paie mal ses imp�ts, et l�on pr�-</p><p>f�re recourir aux mercenaires que de s�astreindre aux fatigues de l�entra�nement militaire. Les hommes politiques jouent des convoitises de la foule sans souci de la grandeur de la cit� (ainsi l�on d�pense pour le th��tre ce qui devrait �tre utilis� pour l�arm�e). Ils se disputent pour faire carri�re ; � c�t� d�un D�mosth�ne* ou d�un Lycurgue, combien de � chiens du peuple � dont l�invective et la mise � bas de toute politique constructive sont la principale activit� ? Les tribunaux relaient d�ailleurs assez souvent l�eccl�sia pour juger des querelles entre des rivaux qui s�accusent de trahison, de corruption, d�ill�galit� ; en revanche, il n�est aucun progr�s qui ne suscite des d�bats fort �loign�s du droit civil ; les citoyens qui ont � r�gler un litige s�adressent souvent � des arbitres priv�s, preuve que l��tat ne sait plus remplir son r�le.</p><p>Le d�sir de libert� est tel chez tous les citoyens qu�ils refusent la moindre entrave. Les freins constitutionnels destin�s � conserver le r�gime, comme l�eisang�lie ou l�accusation en ill�galit�, sont peu � peu n�glig�s ; on voudrait parfois, en cr�ant des commissions, voler au secours des lois, mais le plus souvent en vain. Quant � la boul�, si elle poss�de des pouvoirs �tendus pour reconstruire l�empire d�Ath�nes, elle a perdu les droits qu�elle avait</p><p>en mati�re de politique int�rieure : l�assembl�e peut l�gif�rer sans que le conseil ait r�fl�chi ou propos� un projet. On ne respecte plus l�esprit des institutions.</p><p>La cit� pourtant ne sombrera pas, il y a toujours en elle une �tonnante facult� de redressement. En cas de crise, elle est capable de faire taire les inimiti�s qui l�affaiblissent. Elle saura ainsi trouver la gloire en r�sistant � Philippe, braver le vainqueur en demandant � D�mosth�ne de prononcer l��loge aux morts de la guerre : cela sauvera son honneur � d�faut d�autre chose.</p><p>L�Empire ath�nien</p><p>Si excellentes qu�aient �t� les institutions d�Ath�nes, elles ne pouvaient � elles seules faire de la cit� attique la ville la plus prestigieuse du monde grec : son empire fit aussi sa grandeur.</p><p>Ligue de D�los</p><p>Au cours des guerres m�diques*, les cit�s grecques s��taient unies sous l�h�-</p><p>g�monie de Sparte pour lutter contre les Perses. D��ues par les Spartiates, elles se d�cid�rent � demander aux Ath�niens, dont la victoire � Salamine les avait galvanis�es, de prendre la t�te d�une nouvelle ligue de d�fense, qui groupa tr�s vite la plupart des �les de l��g�e et de la c�te asiatique. Elle �tait dirig�e par un conseil, ou synode, qui se r�unissait � D�los. Les � Ath�niens et leurs alli�s � d�cidaient � la majorit� de la politique commune, Ath�nes ayant la responsabilit� de l�ex�cution des d�cisions. L�arme de la ligue �tait sa flotte, ce qui explique que les rapports entre les associ�s aient vite �volu�.</p><p>En effet, il �tait pr�vu que chaque cit� contribuerait de son mieux � l�effort de guerre. Les petites cit�s ne pouvaient fournir de navires ; aussi leur demanda-t-on de verser � la caisse des fonds qui serviraient � armer des tri�res (Aristide, surnomm� � le Juste � � cette occasion, calcula ce qui devait �tre pay� par chacune). Par ailleurs, bien des alli�s pr�f�r�rent verser de l�argent plut�t que de combattre, m�me s�ils en avaient la possibilit� mat�rielle. La flotte de la coalition cessa vite ainsi</p><p>d��tre f�d�rale, elle fut enti�rement downloadModeText.vue.download 495 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1032</p><p>ath�nienne, mais les alli�s en faisaient les frais.</p><p>Les Perses une fois vaincus et les buts de la ligue semblant atteints, certains voulurent s�en retirer, mais Ath�nes imposa le retour des s�paratistes. L�empire naquit alors de ce que les alli�s avaient renonc� � se battre en personne contre l�ennemi perse, de ce qu�Ath�nes refusait de perdre la puissance dont l�avait investie la ligue de D�los.</p><p>Formation du premier Empire</p><p>ath�nien</p><p>Naxos fut la premi�re des cit�s � quitter l�alliance et � �tre forc�e d�y revenir.</p><p>Elle n�y retrouva pas la place qu�elle y avait occup�e : elle n��tait plus li�e qu�� Ath�nes, son vainqueur, et non plus � la ligue ; au lieu de poss�der une flotte mise � la disposition de ses alli�s, elle devrait payer un tribut � Ath�nes.</p><p>Dans cette affaire, Ath�nes pouvait pr�tendre agir au nom de la ligue et dans son int�r�t, Naxos repentie trouvait d�ailleurs dans l�Empire une place semblable � celle de beaucoup d�autres qui, volontairement, eux, avaient pr�-</p><p>f�r� combattre les M�des en finan�ant la puissance ath�nienne.</p><p>C�est lors de la r�volte de Tha-</p><p>sos que les ambitions d�Ath�nes se d�voilent : quand l��le est prise par Cimon*, Ath�nes r�clame cette fois le versement d�une indemnit� de guerre ainsi que l�abandon des territoires que l��le poss�dait sur le continent, et o� elle compte � son tour s�installer. Dans une op�ration men�e sous le couvert de la ligue, Ath�nes a en fait cherch� son int�r�t personnel, les alli�s n�en tirent aucun profit. Bient�t, seules conserve-ront le statut qu�elles avaient dans la ligue de D�los des cit�s comme Chios, Mytil�ne, qui continu�rent encore un certain temps � fournir volontairement des vaisseaux � Ath�nes, gardant ainsi</p><p>le privil�ge de l�� autonomie � dans ce qui �tait devenu un empire.</p><p>Le sort de chacune des cit�s d�-</p><p>pendait des termes de la capitulation qu�elle avait sign�e avec Ath�nes.</p><p>Mais chacune �tait vassale du peuple ath�nien, elle avait jur� d�ob�ir � ses volont�s contre promesse de sa protection. Cette vassalit� �tait consid�r�e par Ath�nes comme une juste punition quand elle avait trahi (ou comme une pr�caution n�cessaire), mais elle n�h�-</p><p>sita pas � incorporer � son empire des cit�s qui n�avaient jamais fait partie de la ligue de D�los, et sur lesquelles elle n�avait aucun droit, sinon celui du plus fort : Karystos en Eub�e, �gine, M�los furent annex�es, le cynisme manifest� au cours de cette derni�re entreprise fit scandale, mais Ath�nes n�en avait cure.</p><p>Organisation de l�Empire</p><p>L�Empire ne conserve pas les institutions de la ligue, le syn�drion n�existe plus : les cit�s ayant, au fur et � mesure que se ratifiaient les trait�s in�-</p><p>gaux, jur� ob�issance � Ath�nes, c�est l�eccl�sia qui l�gif�re pour l�ensemble de l�Empire. D�ailleurs, d�s 454, avait �t� rapport� � Ath�nes le tr�sor f�d�ral, jusqu�alors d�pos� sous la protection de l�Apollon d�lien.</p><p>Non contente de diriger sans</p><p>contr�le la politique d�ensemble de son empire, Ath�nes s�immisce de plus en plus dans la vie int�rieure des cit�s. �</p><p>�rythr�es, d�s 465 av. J.-C., elle envoie une garnison et des surveillants (�pis-copoi) charg�s de r�diger pour la ville une nouvelle constitution et d�en v�rifier le fonctionnement. Par la suite, elle cr�era des commissions pour enqu�ter sur l��tat d�esprit des habitants, mettant parfois � la t�te de telle ou telle cit� peu s�re des magistrats qu�elle d�l�gue sp�cialement.</p><p>Sur le plan judiciaire, les cit�s perdent aussi leur ind�pendance.</p><p>Leurs tribunaux cessent d��tre pleinement souverains, sauf quand il s�agit de causes tr�s minces, et les plaideurs ne peuvent �chapper au voyage vers Ath�nes, o� l�h�li�e statuera : ils seront jug�s selon le droit attique, apr�s avoir</p><p>plaid� en dialecte attique devant un tribunal qu�ils finiront par ha�r comme l�instrument de leur suj�tion.</p><p>Les obligations financi�res aux-</p><p>quelles sont astreintes les cit�s sont sinon tr�s lourdes, du moins fort humiliantes : les sommes qu�elles versent ne sont plus une contribution aux d�-</p><p>penses communes, mais un tribut qui peut servir, par exemple, � financer les grands travaux entrepris par P�ri-cl�s. Le montant en est calcul� par la boul�, qui impose des amendes � tout mauvais payeur, amendes qu�un strat�ge peut venir encaisser, appuy� par l�escadre. (C�est pour la commodit� de la perception qu�Ath�nes groupa en cinq districts les cit�s de son empire, cessant ainsi de consid�rer la cit� comme l�unit� territoriale de base dans le monde qu�elle dominait, et rompant avec toute tradition politique.) Ce qu�elles ne peuvent supporter, c�est qu�� ces humiliations s�ajoute la venue dans leur territoire de colons ath�niens (les cl�rouques).</p><p>Le commerce</p><p>d�Ath�nes</p><p>� cause de la difficult� des communications terrestres, c�est par mer que se fait en Gr�ce le grand commerce, celui des emporoi (marchands). Bien que la flotte de guerre ath�nienne ait purg� la mer de ses pirates, on prend soin de suivre les c�tes au plus pr�s pour pouvoir tirer le soir les bateaux � l�abri, ou bien l�on va d��le en �le pour �viter de passer la nuit en mer. Les vaisseaux appel�s ronds, par opposition aux navires de guerre, naviguent en g�n�-</p><p>ral � la voile, mais l�absence d�un gouvernail efficace limite leur tonnage (ils ne jaugent gu�re plus de 350 ou 400 tonneaux).</p><p>Ath�nes exporte son vin, ses huiles, son miel, du marbre, des produits industriels (c�ramique, m�tallurgie) ; en retour, lui arrive le bl� n�cessaire � son approvisionnement : l�Attique ne produisant pas assez pour nourrir ses habitants, le commerce est s�v�rement r�glement� ; les halles du Pir�e doivent conserver en permanence de quoi nourrir la cit� et l�arm�e, on surveille les n�gociants pour �viter la consti-downloadModeText.vue.download 496 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1033</p><p>tution de stocks (les exp�ditions de Sicile et d��gypte peuvent s�expliquer d�une certaine fa�on par le d�sir de contr�ler les pays producteurs de c�r�ales, l�int�r�t port� par Ath�nes aux d�troits par celui de s�assurer le passage des routes menant au fertile pays de la mer Noire). D�autre part, venant de toute la M�diterran�e orientale, arrivent, pour �tre ensuite redistribu�es, toutes sortes de marchandises � Ath�nes, qui, gr�ce � sa puissance, a pu devenir un centre de commerce r�put� pour la valeur de sa monnaie, la s�v�rit� de ses magistrats charg�s de surveiller l�honn�tet� des transactions.</p><p>C�est au port du Pir�e que se traitent les affaires ; les vaisseaux sont � l�abri dans la rade de Kantharos, les entrep�ts en sont proches ainsi que la bourse. Dans une ville moderne, dessin�e au Ve s. sur un plan orthogonal, se presse une population de citoyens parfois pauvres ou remuants, mais entreprenants, et de m�t�ques qui, banquiers ou trafiquants, sont, comme les citoyens, attach�s � la grandeur d�Ath�nes, qui fait leur richesse.</p><p>Les cl�rouquies</p><p>Les cl�rouquies ne sont pas des colonies au sens o� l�entendent les Grecs, c�est-�-dire des villes fond�es outremer par des immigrants venus de telle ou telle cit�, mais dont les habitants perdent par leur d�part leur citoyennet� d�origine. Ce sont des �tablissements � l��tranger de citoyens ath�niens qui gardent tous les droits et devoirs de leurs compatriotes rest�s en m�tropole.</p><p>Les cl�rouquies sont donc des � prolongements de la cit� �. La colonisation ath�nienne est d�j� une colonisation de type moderne.</p><p>Ces cl�rouquies sont install�es</p><p>d�abord sur les franges des pays barbares, en des points d�o� sont expuls�s les habitants originels (� Lemnos, � Imbros, par exemple), puis, quand les Ath�niens se m�fi�rent de leurs alli�s (ainsi � Potid�e), dans les territoires peupl�s de Grecs (en Eub�e en particulier). Ath�nes envoya outremer 10 000 cl�rouques environ ; les cit�s alli�es firent ainsi des sacrifices</p><p>immenses, d�autant qu�au pr�judice financier pouvait s�associer, comme � Mytil�ne, la honte de servir d�sormais de fermiers � des Ath�niens qui, sans cultiver la terre, restant cantonn�s dans les cit�s qu�ils venaient de vaincre, touchaient les revenus du lot qui leur avait �t� attribu� (ou cl�ros).</p><p>Que les Ath�niens aient install� de telles cl�rouquies malgr� les haines que cela suscitait aide � comprendre ce qu�est l�imp�rialisme ath�nien.</p><p>C�est essentiellement un profit imm�-</p><p>diat que le peuple entendait tirer de sa puissance : les cl�rouques sont des Ath�niens pauvres, l�attribution d�un lot de terre les fait entrer dans la classe moyenne. On con�oit qu�une eccl�sia form�e en majeure partie de gens du peuple n�ait jamais rechign� devant l�effort de guerre : la fortune �tait au bout (et la gloire de la cit�). De m�me, l�Empire favorisait le commerce du Pir�e (d�autant plus qu�Ath�nes avait su se r�server quelques monopoles fructueux), mais cela touchait sans doute moins les citoyens (seul le probl�me des approvisionnements les int�ressait vraiment), et les m�t�ques n�avaient pas voix au chapitre.</p><p>C�est en fait la d�mocratie qui d�veloppa les sentiments imp�rialistes. Le d�sir qu�avait le peuple de s�enrichir et de faire que ses privil�ges lui rapportent le rendit �go�ste, parfois m�me sauvage, quand ses int�r�ts lui semblaient �tre en cause. Mais il fit s�accumuler les haines, et l�Empire finit par �clater.</p><p>La marine de guerre</p><p>ath�nienne</p><p>Gr�ce � Th�mistocle*, la flotte de guerre ath�nienne est devenue, au d�but du Ve s., la plus importante de l��g�e : � l��poque de Salamine, elle comptait � peu pr�s 200 vaisseaux ; au d�but de la guerre du P�loponn�se, environ 400.</p><p>Elle est compos�e de navires effil�s (50 m�tres sur 7), un peu hauts sur la mer, mais construits de fa�on � pouvoir �tre facilement hal�s sur le sable des plages (si le bord est en sapin, la quille est en solide ch�ne) ; ils poss�dent un m�t � voile car-</p><p>r�e, mais au combat ils sont mus par trois rangs de rames (d�o� leur nom de tri�res) actionn�es par une chiourme de 170 rameurs (recrut�s parmi les plus pauvres citoyens) ; on trouve aussi � bord des officiers (le commandant, ou tri�rarque, s�est vu impos� par l��tat la charge financi�re de l�armement), pilotes, quartiers-ma�tres (charg�s de mener la nage), gabiers (charg�s de la manoeuvre des voiles), soldats (dix hoplites charg�s d�intervenir en cas d�abordage) : en tout, l��quipage est de 200 hommes.</p><p>La flotte ath�nienne, tr�s entra�n�e, est bien sup�rieure � ses rivales au combat. Sa tactique savante et d�licate �vite d�utiliser le combat apr�s abordage ; les tri�res tentent de couler les vaisseaux ennemis en fracassant leurs bords � l�aide d�un �peron qui prolonge leur coque, ou bien de les immobiliser en brisant leurs rames, manoeuvre que l�on r�ussit en se laissant glisser le long de la coque adverse, apr�s avoir au pr�alable rentr� ses propres rames.</p><p>Le port d�attache de la marine ath�nienne est le Pir�e, fortifi� et reli� � la cit� m�me par les � Longs Murs � que fit construire P�ricl�s. Chacune des trois rades, orient�es diff�remment, met � son service ses loges � vaisseaux, ses ateliers et ses arsenaux.</p><p>La seconde Conf�d�ration</p><p>ath�nienne</p><p>Quand elle commen�a � se remettre de sa d�faite dans la guerre du P�loponn�se, alors que Sparte �tait ha�e par les cit�s qu�elle avait � son tour asservies, il parut � Ath�nes qu�il �tait temps de reconstruire sa puissance.</p><p>D�anciens alli�s lui revinrent. Il fallut les unir : en 377 av. J.-C. naquit la seconde conf�d�ration, qui n��tait plus qu�une simple ligue d�assistance mutuelle ; comme le montre le d�cret dit</p><p>� d�Aristot�l�s �, on fit en sorte d��viter tout ce qui pourrait laisser croire de la part d�Ath�nes � une nouvelle tentative d�annexer des cit�s autonomes, on veilla � ne pas aller contre les clauses de la paix du Roi. D�lib�raient et d�cidaient sur chaque question commune l�eccl�sia, au nom d�Ath�nes, et un syn�drion compos� des repr�sentants de toutes les cit�s alli�es (il si�gerait � Ath�nes, mais ne comprendrait pas de repr�sentants ath�niens). La boul�</p><p>devait faire la liaison entre les deux assembl�es, �gales en pr�rogatives.</p><p>Quant aux finances, elles �taient aliment�es non par un � tribut � comme au Ve s. av. J.-C., mais par des � contributions � ; ce changement de terme plaisait.</p><p>En fait, ce syst�me ne donna pas les r�sultats escompt�s. L��galit� des cit�s grandes ou petites dans le syn�drion permettait � Ath�nes de faire pr�valoir ses vues en coalisant les petits, qu�elle tenait bien en main. Par ailleurs, les conf�d�r�s ne poss�daient, puisque Ath�nes �tait investie du commandement des forces arm�es, aucun droit de regard sur l�ex�cutif de la ligue, ce qui laissait beaucoup de latitude aux Ath�niens. En cas de conflit, aucune proc�dure de conciliation n��tant pr�-</p><p>vue, c��tait l�eccl�sia qui l�emportait.</p><p>Tr�s vite, le syn�drion n�eut plus rien � faire, l�assembl�e l�gif�rait de nouveau pour l�ensemble des territoires qu�elle contr�lait. Ath�nes passa encore pour ne pas savoir respecter l�autonomie des alli�s, car elle ne put se d�sint�resser de leur politique int�rieure. D�autre part, les contributions, all�g�es par rapport � l�ancien tribut, devaient �tre exig�es avec une plus grande rigueur, cela favorisa les injustices. Les riches Ath�niens pr�taient � des taux usu-raires aux cit�s alli�es pour qu�elles puissent s�acquitter de leur contribution. Quant aux pauvres, ils vot�rent l�installation de cl�rouquies � Samos.</p><p>Pill�s par tous, craignant de voir repara�tre la colonisation, les conf�d�-</p><p>r�s ne song�rent plus qu�� se s�parer d�Ath�nes, d�autant plus qu�elle se laissait entra�ner dans les m�andres d�une politique continentale : en 357</p><p>av. J.-C., s�re d�avoir l�appui de plusieurs villes du littoral asiatique, Chios refusa de payer ce qu�elle devait � la conf�d�ration. La guerre des Alli�s suivit. Elle fut br�ve ; en 355 av. J.-C.</p><p>ne restaient de l�Empire que l�Eub�e, peu s�re, quelques �les de l��g�e septentrionale et quelques ports de Thrace, ainsi que Lemnos, Imbros, Skyros et Samos, ses cl�rouquies.</p><p>L��chec d�Ath�nes de nouveau �tait patent ; elle n�avait pu b�tir de fa�on durable une puissance qui s�impos�t au</p><p>monde grec ou plut�t m�diterran�en, puisqu�elle tenta de prendre pied en �gypte, en Sicile, et que peut-�tre certains de ses dirigeants avaient pens� � Carthage. Il faudra attendre l��poque hell�nistique pour qu�une cit� r�alise ce qu�avait d�sir� son a�n�e : Rhodes*, dont on voit poindre l�ambition lors de la guerre des Alli�s. L�empire d�Ath�nes sut servir les int�r�ts de la Gr�ce. Il lui donna la paix sur mer en en chassant les pirates, rendit plus s�res les marches de l�hell�nisme en prot�geant les comptoirs lointains des incursions barbares, facilitant ainsi un ravitaillement jusqu�alors probl�-</p><p>matique et le commerce sous toutes ses formes (imposant en particulier sa monnaie aux cit�s sujettes). Mais surtout l�Empire permit de r�pandre partout la culture ath�nienne, de faire aimer sa litt�rature, ses arts et son dialecte, qui devint la langue commune des Hell�nes, par l�interm�diaire de tous les commer�ants qui venaient faire affaire en Attique, participer aux sacrifices, aux processions, aux f�tes du th��tre. Ath�nes n�aurait pas tant s�duit les hommes si elle n�avait pas eu l�ambition de s�imposer au monde.</p><p>J.-M. B.</p><p>&#x25B6; Alcibiade / Cimon / Clisth�ne / Gr�ce / Gr�ce d�Asie / M�diques (guerres) / P�ricl�s / Pisistrate /</p><p>Solon / Sparte / Th�bes.</p><p>B P. Cloch�, la Civilisation ath�nienne (A. Colin, 1927 ; 5e �d., 1956) ; le Si�cle de P�ri-cl�s (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 4e �d., 1963) ; la D�mocratie ath�nienne (P. U. F., 1951). / A. Ferrabino, L�Impero ateniese (Turin, 1927). / G. Glotz, la Cit� grecque (La Renaissance du Livre, coll. � �vol. de l�humanit� �, 1928 ; r��d. Albin Michel, 1968). / V. Martin, la Vie internationale dans la Gr�ce des cit�s (VIe-IVe s. av. J.-C.) [institut de hautes �tudes internat., Gen�ve, 1940]. / J. de Romilly, Thucydide et l�imp�rialisme ath�nien (Les Belles Lettres, 1947). / C. Moss�, la Fin de la d�mocratie ath�-</p><p>nienne (P. U. F., 1962) ; Histoire d�une d�mocratie : Ath�nes (�d. du Seuil, 1971). / Aristote, la Constitution d�Ath�nes (Les Belles Lettres, 1963). / V. Ehrenberg, Polis und Imperium, Beitr�ge zur alten Geschichte (Stuttgart, 1965).</p><p>/ S. Accame, L�Imperialismo ateniese all� inizio downloadModeText.vue.download 497 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1034</p><p>del secolo IV A.C. e la crisi della polis (Naples, 1966).</p><p>Les grandes dates</p><p>de l�histoire ancienne</p><p>479 Fin des guerres m�diques*. Victoire d�finitive des Grecs du continent sur les Perses (Plat�es) ; la ligue panhell�nique porte la guerre en Asie ; les �les grecques se r�voltent contre les Perses.</p><p>478 Ath�nes s�empare de Lesbos.L�amiral spartiate Pausanias, chef des op�rations maritimes au nom de la ligue, se d�consid�re par ses intrigues ; il n�est personne � Sparte qui puisse lui succ�der.</p><p>477 Chios, Samos, Lesbos offrent � Ath�nes (aur�ol�e de ses victoires maritimes) le commandement de leur escadre.</p><p>Aristide pr�te les serments garantissant l�alliance.</p><p>476 Le nombre des cit�s qui veulent s�allier � Ath�nes grandit.Au printemps, Ath�nes r�unit � D�los l�assembl�e constitutive d�une ligue de cit�s destin�e � combattre les Perses.</p><p>475 Cimon* s�empare d��ion, puis de Sk�ros. Comme l�avait fait Miltiade � Lemnos et � Imbros, il y installe des cl�rouques apr�s en avoir chass� les habitants (non-Grecs).</p><p>472-471 Cimon force la cit� de Carystos, en Eub�e, � entrer dans la conf�d�ration.</p><p>469 Naxos, qui voulait quitter la ligue, est contrainte d�y rester : � Ce fut la premi�re ville alli�e qu�asservirent les Ath�niens ; par la suite, beaucoup d�autres eurent un sort identique � (Thuc., I, 98).</p><p>468 Cimon �crase une arm�e perse � la bataille de l�Eurym�don. La mer �g�e n�a plus � craindre les entreprises des M�des.</p><p>Les villes de Lycie et la Carie entrent dans la mouvance d�Ath�nes.</p><p>465 Thasos veut quitter la conf�d�ration ; Ath�nes met le si�ge devant la ville.</p><p>463 Capitulation de Thasos ; Ath�nes exige une lourde indemnit�, prend pied sur les territoires de la P�r�e thasienne.</p><p>462-454 Les Ath�niens d�barquent en �gypte pour y combattre les Perses et accro�tre la puissance grecque.</p><p>454 Victoire compl�te des Perses en �gypte. Le tr�sor de la conf�d�ration est transport� de D�los � Ath�nes.</p><p>454-449 Mouvements s�paratistes r�prim�s s�v�rement par Ath�nes. La guerre avec les Perses se poursuit.</p><p>449-448 Trait� entre Ath�nes et le Roi, qui met fin � l��tat de guerre : il ne fera plus entrer sa flotte en �g�e ; le peuple ath�-</p><p>nien, lui, ne devra plus �tendre ses possessions d�Asie.</p><p>446 En juin, l�Eub�e se r�volte, ainsi que M�gare, pouss�e par Sparte. P�ricl�s*</p><p>fait face et r�ussit � r�tablir la situation en Eub�e. Il signe avec Sparte une paix de trente ans : chacune des deux cit�s rivales reconna�t la ligue constitu�e par l�autre, s�interdit de recevoir dans la sienne les villes qui trahiraient l�autre ; elles se r�servent toute libert� d�action en terrain neutre.P�ricl�s envisage de r�unir � Ath�nes un congr�s panhell�nique o� l�on discuterait des probl�mes int�ressant tous les Grecs.</p><p>443 Fondation de Thourioi (en Sicile) par des contingents venus de toute la Gr�ce � l�appel de P�ricl�s.</p><p>441-439 Graves troubles dans l�Empire.</p><p>438 Au prix d�un gros effort financier, Ath�nes r�tablit la situation, sauf en Carie (le district carien dispara�t, les villes de la r�gion rest�es fid�les sont adjointes au district ionien).</p><p>438-433 L�Empire est a son apog�e.</p><p>431 D�buts de la guerre du P�loponn�se, qui � fut bien la plus grande crise qui �mut la Gr�ce et une fraction du monde barbare �, parce que � les deux groupes (celui des Ath�niens et celui des P�loponn�siens) �taient [...] dans le plein �panouissement de toutes leurs forces � (Thuc., I, 1).</p><p>428 Mytil�ne fait d�fection ; la r�volte est mat�e. La guerre se poursuit entre Sparte et Ath�nes.</p><p>422-421 La paix est sign�e (paix de Nicias) entre les deux rivales.</p><p>421 Ath�nes s�est faite plus aimable avec les alli�s qui lui �taient rest�s fid�les. Elle impose n�anmoins l�unit� mon�taire.</p><p>418 Entre Sparte et Ath�nes, la guerre reprend ; au mois d�ao�t, les Ath�niens sont �cras�s � Mantin�e.</p><p>416 Ath�nes s�attaque � M�los ; apr�s une r�sistance d�sesp�r�e, la ville capitule, les hommes sont massacr�s, femmes et enfants sont vendus comme esclaves.</p><p>415-413 Exp�dition de Sicile ; elle se termine par un d�sastre : Ath�nes perd enti�rement son arm�e et sa flotte (3 000 hommes et 9 000 matelots, 160 tri�res, sans compter les contingents des cit�s).</p><p>412 R�volte de Chios et des cit�s d�Ionie ; elles ont l�appui des Spartiates, conseill�s par Alcibiade (Sparte signe alors un trait� avec les Perses). L�Empire est � l�agonie. Les Ath�niens organisent � Samos une base d�op�rations � la faveur d�une r�volution sanglante.</p><p>411 Troubles politiques � Ath�nes, o� s��tait install�e l�oligarchie des Quatre Cents. L�Eub�e se r�volte ; c�est un d�-</p><p>sastre, car le bl� du Pont-Euxin, principale source d�approvisionnement d�Ath�nes, ne lui parvient plus. Le r�gime nouveau s�effondre.</p><p>410 La flotte des alli�s de Sparte est �cras�e par Alcibiade, rentr� dans sa patrie (bataille de Cyzique). Ath�nes, �puis�e, demande la paix, mais elle refuse d�abandonner l�Asie Mineure et la Thrace, ainsi que l�Hellespont et l�Eub�e.</p><p>410-405 La situation devient terrible, m�me les victoires co�tent d�sormais trop cher : aux Arginuses, la flotte ath�nienne victorieuse ne peut sauver 2 000 hommes tomb�s � la mer ; les strat�ges sont condamn�s au m�pris de la l�galit� par l�eccl�sia surexcit�e ; Ath�nes a perdu le meilleur de ses amiraux.</p><p>405 La flotte Spartiate, command�e par Lysandre, �crase les Ath�niens � la bataille de l�Aigos-Potamos. Il n�y a plus d�Empire ath�nien : certains citoyens qui r�sidaient</p><p>dans la cit� sont massacr�s, les autres regagnent la ville.</p><p>404 Ath�nes capitule.</p><p>404-396 Sombre p�riode de soumission � Sparte.</p><p>394 L�Ath�nien Conon, le vaincu de l�Aigos-Potamos, pass� au service de la Perse, �crase la flotte Spartiate � Cnide ; les cit�s d�Asie se lib�rent du joug que Sparte, � son tour, leur avait impos�. Conon revient � Ath�nes, l�Empire rena�t : Lemnos, Imbros, Sk�ros, puis Rhodes et Cos et les Cyclades.</p><p>Le Roi s�inqui�te, Sparte aussi.</p><p>386 Sparte s�entend avec les Perses, en ratifiant la � paix du Roi �. (� Le roi Artaxerx�s consid�re comme juste que les villes d�Asie, ainsi que les �les de Cla-zom�nes et de Chypre lui appartiennent, et que les autres cit�s grecques, petites et grandes, restent autonomes, � l�exception de Lemnos, d�Imbros et de Sk�ros, qui seront, comme par le pass�, possessions d�Ath�nes. Si quelque �tat se refuse � cette paix, je lui ferai la guerre, de concert avec ceux qui l�acceptent, sur terre et sur mer, avec mes vaisseaux et mes tr�sors. �) 386-379 Les Spartiates, au nom du principe de l�autonomie, affirm� par la paix du Roi, font se dissoudre toutes les ligues, f�d�rations, etc., qui liaient entre elles les cit�s. Mais, appuy�s par les Perses, ils organisent solidement leur propre empire.</p><p>378 Sparte est ha�e pour son h�g�monie ; les cit�s aspirent � la r�volte. Chios, Byzance, Lesbos se tournent vers Ath�nes.</p><p>377 La seconde Conf�d�ration ath�nienne prend forme : les adh�sions affluent apr�s le vote du d�cret d�Aristot�l�s.</p><p>377-367 P�riode d�h�g�monie th�baine.</p><p>L�empire maritime d�Ath�nes n�en continue pas moins � se renforcer.</p><p>366-365 Timoth�e, brillant strat�ge ath�-</p><p>nien, obtient du Roi la reconnaissance de l�influence d�Ath�nes sur la mer. Il s�empare de Samos, qui n�avait pas voulu faire acte d�all�geance, prend Lesbos, T�n�dos, Byzance.</p><p>365-364 2 000 Ath�niens partent pour Samos fonder une cl�rouquie. Une autre est cr��e � Lesbos, une autre sera consti-</p><p>tu�e en 361 � Potid�e.</p><p>364 Le Th�bain �paminondas lance une op�ration maritime, l�Empire est �branl� : Rhodes, Chios, Byzance font d�fection pour peu de temps.</p><p>362 � Mantin�e meurent �paminondas et le dynamisme de Th�bes ; Ath�nes a trop de difficult�s pour en profiter.</p><p>357 Mausole, dynaste de Carie, pousse Rhodes, Chios, Byzance � s�unir contre Ath�nes. Quand les Ath�niens, pour combattre Philippe de Mac�doine, qui attaque leurs possessions du nord, demandent � leurs alli�s un nouvel effort financier, ils se r�voltent.</p><p>355 L�Empire n�existe plus.La guerre continuelle entre cit�s les a toutes abattues.</p><p>Sparte, Th�bes, Ath�nes ne peuvent plus faire obstacle � la nouvelle puissance qui grandit au nord de la Gr�ce : la Mac�doine de Philippe, puis d�Alexandre le Grand.</p><p>ath�rome,</p><p>ath�roscl�rose</p><p>F ART�RE.</p><p>athl�tisme</p><p>Sport qui groupe les gestes les plus naturels, la marche, la course, les sauts, les lancers, et qui permet � l�homme d�affronter ses semblables et d��valuer ses progr�s � l�aide des unit�s de mesure, de temps et de distance.</p><p>Historique</p><p>On a tendance � fixer, comme d�but des comp�titions, les premiers jeux qui se d�roul�rent � Olympie en 776 av.</p><p>J.-C. En r�alit�, on pratiquait l�athl�-</p><p>tisme bien avant cette date en Asie et en �gypte, comme nous pouvons le constater sur certains bas-reliefs. D�s le XIXe s. avant notre �re, les Irlandais avaient cr�� les � Tailtean Games �, o� figuraient le saut en hauteur et un lancer : le � roth cleas �, sorte de marteau constitu� par un essieu au bout duquel �tait fix�e une roue. Vers la m�me �poque, les Cr�tois pratiquaient sauts, lancers et courses. Dans le P�loponn�se, les manifestations prirent un caract�re religieux. Les jeux Olympiques</p><p>�taient d�di�s � Zeus. Ils se d�roul�rent tous les quatre ans jusqu�en 392, date � laquelle ils furent interdits par un �dit de l�empereur romain Th�odose.</p><p>Puis ce fut la longue nuit. La premi�re performance � laquelle on puisse pr�ter attention remonte � 1740. Cette ann�e-l�, un certain Thomas Carlisle parcourut 17,300 km dans l�heure.</p><p>On note encore qu�en 1787 F. Wal-pole couvrit le mile (1 609,35 m) en 4 mn 30 s. Mais il fallut attendre le XIXe s. pour assister � l��closion de l�athl�tisme moderne.</p><p>C�est en 1837 que fut organis�e pour la premi�re fois, � Rugby, en Angleterre, la � crick-run �, une course de 20 km qui devait devenir classique.</p><p>Dans le m�me temps, l�athl�tisme professionnel prenait une avance consid�rable. En 1863, un Indien am�ricain, Louis Bennett, surnomm�</p><p>� Pied de Cerf �, r�alisait 18,589 km dans l�heure. Des performances remarquables �taient accomplies sur le mile.</p><p>downloadModeText.vue.download 498 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1035</p><p>En 1865, Walter Lay et William Richard terminaient ex aequo, sur la piste du Royal Oak � Manchester, devant 25 000 spectateurs, en 4 mn 17 s 1/4. �</p><p>la fin du si�cle, le record sur la distance �tait d�tenu par W. G. George en 4 mn 12 s 3/4.</p><p>C�est � partir de 1864, � l�occasion de la rencontre Oxford-Cambridge, que l�athl�tisme amateur prend le visage que nous lui connaissons. Le plus c�l�bre club de Grande-Bretagne, le</p><p>� London Athletic Club � (fond� d�s 1863 sous le nom de Mincing Lane Athletic Club), est cr��, les premiers championnats d�Angleterre sont organis�s (1866).</p><p>Aux �tats-Unis, les championnats nationaux furent institu�s en 1876.</p><p>Le mouvement gagna le continent</p><p>par la France. Vers 1880, des �coliers disputaient leurs comp�titions dans la</p><p>salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare et, en 1882, les �l�ves des lyc�es Condorcet et Rollin cr��rent le</p><p>� Racing-Club de France �, un des plus anciens clubs d�athl�tisme d�Europe continentale.</p><p>Les jeux Olympiques, r�nov�s par le baron Pierre de Coubertin (1863-1937), et dont les premiers furent c�l�-</p><p>br�s en 1896 � Ath�nes, ont grandement contribu� au d�veloppement de l�athl�tisme mondial.</p><p>L�athl�tisme moderne est n� en Angleterre, c�est pourquoi on commen�a � courir sur les distances anglaises.</p><p>On prit comme �talon le mile</p><p>(1 609,35 m), d�o� on tira les autres distances :</p><p>� le 1/8 de mile : 220 yards</p><p>(201,17 m) ;</p><p>� le 1/4 de mile : 440 yards</p><p>(402,34 m) ;</p><p>� le 1/2 mile : 880 yards (804,67 m) ;</p><p>� au-dessus du mile se situaient les 3 miles (4 828,05 m), les</p><p>6 miles (9 656,10 m), les 10 miles (16,0935 km).</p><p>Cependant, on n�utilisa pas le 1/16</p><p>de mile (110 yards) pour l��preuve de vitesse pure, mais le 100 yards (91,44 m).</p><p>Aujourd�hui, seuls la Grande-Bretagne, l�Australie, l�Afrique du Sud, l�Irlande, la Nouvelle-Z�lande, le Canada, les �tats-Unis �valuent encore les distances en yards. Le syst�me m�trique est de plus en plus g�n�ralis� et employ�, notamment aux jeux Olympiques.</p><p>Les plus grandes</p><p>comp�titions</p><p>Au temps de la Gr�ce antique interve-naient en plus des jeux Olympiques, � intervalles r�guliers, les jeux Corinthiens, les jeux Ath�niens, les jeux de Sparte, etc.</p><p>Si les jeux Olympiques modernes, dont les premiers ont �t� c�l�br�s � Ath�nes en 1896, demeurent la plus grande mani-</p><p>festation mondiale d�athl�tisme, il existe d�autres comp�titions o� l�athl�tisme est �galement le sport principal.</p><p>y Les jeux de l�Empire britannique et du Commonwealth (aujourd�hui jeux du Commonwealth britannique). Ils r�unissent toutes les nations du Commonwealth.</p><p>Ils ont eu lieu � Hamilton (Canada) en 1930, � Londres en 1934, � Sydney (Australie) en 1938, � Auckland (Nouvelle-Z�lande) en 1950, � Vancouver (Canada) en 1954, � Cardiff (pays de Galles) en 1958, � Perth (Australie) en 1962, � Kingston (Ja-ma�que) en 1966 et � �dimbourg (�cosse) en 1970.</p><p>y Les jeux Panam�ricains</p><p>Ils r�unissent les nations d�Am�rique du Nord et d�Am�rique du Sud.</p><p>Ils ont eu lieu � Buenos Aires (Argentine) en 1951, � Mexico (Mexique) en 1955, � Chicago (�.-U.) en 1959, � S�o Paulo (Br�-</p><p>sil) en 1963, � Winnipeg (Canada) en 1967, � Cali (Colombie) en 1971 et � S�o Paulo (Br�sil) en 1975.</p><p>y Les jeux Asiatiques</p><p>Ils r�unissent toutes les nations d�Asie, � l�exception de l�Union sovi�tique, consid�r�e comme un pays europ�en par la F�d�ration internationale. Ils ont eu lieu � New Delhi (Inde) en 1951, � Manille (Philippines) en 1954, � T&#x14D;ky&#x14D; (Japon) en 1958, � Djakarta (Indon�sie) en 1962, � Bangkok (Tha�lande) en 1966 et en 1970 et � T�h�-</p><p>ran (Iran) en 1974.</p><p>y Les jeux Africains</p><p>Ils r�unissent toutes les nations d�Afrique.</p><p>Ils ont eu lieu pour la premi�re fois � Braz-zaville en 1965.</p><p>y Les jeux M�diterran�ens</p><p>Ils r�unissent toutes les nations riveraines de la M�diterran�e.</p><p>Les premiers eurent lieu en 1951 � Alexandrie.</p><p>Parmi les comp�titions r�serv�es uniquement � l�athl�tisme, il faut noter : y Les championnats d�Europe</p><p>Organis�s dans un premier temps tous les quatre ans, ils ont d�sormais un intervalle</p><p>de deux ans.</p><p>Ils ont eu lieu � Turin (Italie) en 1934, � Paris en 1938, � Oslo (Norv�ge) en 1946, � Bruxelles (Belgique) en 1950, � Berne (Suisse) en 1954, � Stockholm (Su�de) en 1958, � Belgrade (Yougoslavie) en 1962, � Budapest (Hongrie) en 1966, � Ath�nes (Gr�ce) en 1969, � Helsinki (Finlande) en 1971 et � Rome (Italie) en 1974.</p><p>En Europe a �t� cr��e une �preuve r�-</p><p>serv�e aux �quipes nationales : la coupe d�Europe.</p><p>La premi�re finale a eu lieu en 1965 � Stuttgart (Allemagne) pour les hommes, � Kassel (Allemagne) pour les femmes.</p><p>Elle se d�roula en 1967 � Kiev, en 1970 � Stockholm, en 1973 � �dimbourg et en 1975 � Nice.</p><p>Les courses plates</p><p>Courses de vitesse</p><p>Ces courses sont disput�es en couloirs.</p><p>(Sur la piste sont trac�es des lignes blanches parall�les distantes entre elles de 1,22 m ; chaque coureur a donc devant lui un ruban de piste dans lequel il doit �voluer.) Empi�ter sur le couloir int�rieur entra�ne la disqualification imm�diate.</p><p>Le 60 m�tres (couru surtout en salle) et le 100 m�tres ou le 100 yards sont toujours disput�s en ligne droite.</p><p>Le 200 m�tres doit comporter obligatoirement un virage complet. Dans ce cas, des d�calages sont adopt�s d�un couloir � l�autre, en raison du rayon de la courbe, afin que chaque concurrent accomplisse la m�me distance.</p><p>Aux �tats-Unis, on court encore</p><p>des 200 m�tres en ligne droite. C�est pourquoi il existe officiellement deux records distincts sur la distance. Il faut compter une diff�rence de 3 � 4 dixi�mes de seconde entre les deux courses.</p><p>Courses de vitesse prolong�e</p><p>Le 400 m�tres est couru n�cessairement sur un tour de piste. � l�origine, cette �preuve �tait disput�e en ligne.</p><p>On d�cida qu�elle aurait lieu en couloirs, � la suite d�un incident survenu aux jeux Olympiques de 1908 � Londres. La finale mettait en pr�sence trois Am�ricains et un Anglais. Les athl�tes d�outre-Atlantique, pratiquant la course d��quipe, g�n�rent le Britannique, afin de permettre � l�un des leurs de s��chapper et de l�emporter.</p><p>La faute ayant �t� jug�e flagrante, il fut d�cid� que l��preuve serait recourue en couloirs � la fin des Jeux. Les Am�ricains ne se pr�sent�rent pas, et le Britannique Wyndham Halswelle gagna seul.</p><p>Pour le 800 m�tres, les cent premiers m�tres seulement sont disput�s en couloirs avec d�calage, afin d��viter les bousculades dans le premier virage.</p><p>Demi-fond et demi-fond prolong�</p><p>En plus des courses classiques</p><p>(1 500 m, 5 000 et 10 000 m), on dispute aussi parfois des �preuves sur 1 000 m, 2 000 m, 3 000 m, 20 000 m, et sur l�heure. Elles sont organis�es, la plupart du temps dans le but de tenter un record.</p><p>Le marathon</p><p>C�est un membre de l�Institut de France, Michel Br�al, qui eut l�id�e du marathon, la seule course de fond r�guli�rement organis�e. Elle comm�-</p><p>more l�exploit du soldat de Miltiade, qui expira d��puisement en arrivant � Ath�nes apr�s avoir annonc� la victoire sur les Perses.</p><p>La longueur de l��preuve a �t� fix�e � 42,195 km. Elle ne repr�sente pas la distance de Marathon � Ath�nes, mais celle qui s�pare le ch�teau de Windsor du stade de White City, � Londres (parcours du marathon des jeux de 1908).</p><p>Les relais</p><p>Les coureurs d�une m�me �quipe se transmettent un b�ton cylindrique de 30 cm de long, appel� t�moin. Cette transmission doit s�effectuer dans une zone de 20 m limit�e par deux lignes trac�es sur le sol. La premi�re est si-tu�e 10 m avant le point de la distance downloadModeText.vue.download 499 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1036</p><p>� parcourir, la seconde 10 m apr�s. Le coureur qui re�oit le t�moin peut ainsi s��lancer et �tre rattrap� dans la zone autoris�e alors qu�il atteint sa pleine vitesse. Tout se passe donc comme s�il n�y avait pas le moindre �-coup. L�art de la transmission du t�moin exige de longues s�ances d�entra�nement pour parvenir � la perfection.</p><p>Le 4 � 100 m�tres se court en-</p><p>ti�rement en couloirs ; dans le</p><p>4 � 200 m�tres, les deux premiers parcours sont disput�s en couloirs ; dans le 4 � 400 m�tres, le premier parcours et les 100 premiers m�tres du second seulement.</p><p>D�part et arriv�e</p><p>Pour le d�part, trois commandements sont donn�s par le starter :</p><p>� � � vos marques. �</p><p>� � Pr�ts ? �</p><p>� Coup de pistolet.</p><p>Le starter lib�re les coureurs � l�aide d�un pistolet, et les rappelle par un deuxi�me coup rapide, s�il juge qu�il y a eu irr�gularit�.</p><p>Tout athl�te provoquant deux faux d�-</p><p>parts est mis hors course.</p><p>Depuis 1934, les coureurs peuvent employer les cales de d�part, ou � starting blocks �, fix�es sur la piste. Les pieds du coureur accroupi prennent appui sur deux plans inclin�s. Celui-ci obtient ainsi une pouss�e parfaite au moment o� il s��lance.</p><p>On a calcul� que l�utilisation de ces cales octroyait un gain de 0,033 s. On ne s�en sert que jusqu�au 800 m.</p><p>Avant l�apparition de ces instruments, l�athl�te creusait lui-m�me deux traces dans la cendr�e, � l�aide d�une pelle, ce qui est impossible de nos jours avec les pistes en mati�re synth�tique (Tartan, Rubcor ou autres).</p><p>L�arriv�e est mat�rialis�e sur le sol par une ligne droite trac�e perpendiculairement � la piste. Un fil de laine est tendu �</p><p>1,20 m du sol.</p><p>Le vainqueur est celui dont une partie quelconque du torse atteint en premier la ligne d�arriv�e. La t�te ou l�un des membres ne compte pas.</p><p>La marche</p><p>La marche figure au programme</p><p>des �preuves d�athl�tisme des jeux Olympiques.</p><p>A priori, elle semble �tre l�exercice le plus naturel qui soit. Pourtant, la marche athl�tique, utilis�e dans les comp�titions, est rigoureusement r�glement�e. C�est</p><p>� une progression ex�cut�e pas � pas et d�une fa�on telle qu�un contact ininterrompu soit maintenu avec le sol �.</p><p>Elle est dite � marche en extension �. Elle entra�ne un d�hanchement assez athl�-</p><p>tique. Il arrive souvent que les sp�cialistes, voulant augmenter l�allure, soient tent�s, sans s�en rendre compte, de se rapprocher de la course. Il est parfois difficile, m�me pour un juge, de se prononcer sur l�irr�gularit� de la marche.</p><p>Ces �preuves ont leur v�ritable raison d��tre sur des distances sup�rieures au marathon (42,195 km), limite de la course. Le 50 kilom�tres a �t� adopt� aux jeux Olympiques en 1932. Il existe des �preuves de grand fond : Strasbourg-Paris, qui d�passe 500 km. En 1953, Gilbert Roger a couvert les 515 km du parcours en 66 h 50 mn, soit � la moyenne de pr�s de 8 km � l�heure.</p><p>Le cross-country</p><p>Le cross-country, ou course � travers la campagne, se pratique en hiver. Il est r�-</p><p>serv� surtout aux coureurs de demi-fond et de fond.</p><p>Les uns s�y adonnent sans beaucoup d�ambition, l�utilisant comme un moyen pratique de pr�paration en vue des comp�titions d��t� ; les autres essaient de briller dans les championnats nationaux, et surtout dans le � cross des Nations �, �preuve annuelle, v�ritable championnat d�Europe officieux. Au d�but, cette comp�-</p><p>tition opposait uniquement les quatre pays britanniques (Angleterre, pays de Galles, �cosse et Irlande). La France fut admise � y participer � partir de 1907. Aujourd�hui, le</p><p>nombre des pays n�est pas limit�.</p><p>Le cross-country figura un temps au programme des jeux Olympiques (en 1912, 1920 et 1924) ; on le supprima � la suite d�accidents graves dus � la chaleur. Les courses importantes ont lieu le plus souvent sur des hippodromes. Les Anglais ont une autre conception de ces �preuves.</p><p>Celles-ci sont trac�es � travers champs et bois, sans que soient retir�s les obstacles naturels de toutes sortes qui peuvent s�y trouver. �preuves de masse, les courses de cross-country permettent parfois de d�couvrir des talents nouveaux. Elles servent en tout cas la propagande pour l�athl�tisme.</p><p>Les courses d�obstacles</p><p>Le 3 000 m�tres steeple peut �tre consid�r� comme une �preuve de demi-fond.</p><p>Les sp�cialistes se recrutent d�ailleurs parmi les coureurs de 1 500 m�tres et de 5 000 m�tres. Tous ne r�ussissent d�ailleurs pas. Le franchissement des obstacles, provoquant un changement de rythme, en d�courage beaucoup.</p><p>Les coureurs ont � enjamber 28 fois une barri�re de 0,914 m et 7 fois une fosse emplie d�eau de 3,66 m de large et 0,76 m de profondeur, situ�e au pied d�un mur qui la pr�c�de, haut lui-m�me de 0,914 m et sur lequel les coureurs peuvent prendre appui. C�est la rivi�re.</p><p>Sur 110 m�tres, 200 m�tres et</p><p>400 m�tres haies, le nombre des obstacles est de 10. Leur hauteur et la longueur des intervalles varient selon la distance.</p><p>Sur 110 m�tres haies, couru en ligne droite, les obstacles mesurent 1,067 m.</p><p>La premi�re haie est situ�e 13,72 m apr�s le d�part, et 14,02 m s�parent la derni�re de l�arriv�e. Les intervalles entre chaque haie sont de 9,14 m.</p><p>Avant d�aborder la premi�re, les sp�-</p><p>cialistes comptent 7 � 9 foul�es, et 3</p><p>entre les autres. Le renversement des haies n�entra�ne pas la disqualification du coureur. Ces haies sont m�talliques et p�sent 10 kg. Jusqu�en 1932, elles �taient en bois ; un coureur qui en avait culbut� plus de 3 n��tait pas class�.</p><p>Au 200 m�tres haies, les obstacles mesurent 0,76 m ; 18,29 m s�parent le</p><p>d�part de la premi�re haie, et 17,10 m la derni�re de l�arriv�e. Les intervalles sont de 18,29 m. Au 400 m�tres haies, les obstacles mesurent 0,914 m ; 45 m s�parent le d�part de la premi�re haie, et 40 m la derni�re de l�arriv�e. Les intervalles sont de 35 m. Les coureurs adoptent le rythme de 17, 15 ou 13 foul�es entre les obstacles.</p><p>Les concours</p><p>Les sauts</p><p>y Hauteur. Il s�agit de franchir une latte de bois de forme triangulaire ne pesant pas plus de 2 kg et reposant sur des taquets mobiles se faisant face, et fix�s � des montants �loign�s de 3,66 m au moins et de 4,02 m au plus.</p><p>Le terrain comprend, avant le plan vertical constitu� par la barre et les montants, une zone o� le sauteur peut prendre son �lan sous tous les angles selon sa convenance, et, apr�s le plan vertical, une aire de r�ception sur�le-v�e et garnie de mati�res souples, plastiques, pour amortir la chute.</p><p>Les concurrents ont droit � trois essais � chacune des hauteurs propos�es.</p><p>Ils sont �limin�s lorsqu�ils manquent trois essais cons�cutifs. Chaque fois qu�un concurrent d�passe d�une ma-ni�re ou d�une autre le plan vertical d�fini il y a essai.</p><p>En cas d��galit�, la victoire revient � l�athl�te qui a effectu� le moins d�essais � la hauteur pr�c�dente. Si les concurrents ne peuvent �tre d�partag�s ainsi, on donne l�avantage � celui qui a manqu� le moins de sauts sur l�ensemble de la comp�tition. Si l��galit� subsiste toujours, on a recours au barrage.</p><p>Le style de cette sp�cialit� est en perp�tuelle �volution. Il a permis des am�liorations notables dans les performances, selon que le r�glement permettait d�aborder la barre avec la t�te en premier ou exigeait qu�elle soit tout d�abord attaqu�e par un membre inf�rieur.</p><p>Il y eut tout d�abord les styles o� le sauteur se trouvait en position assise au</p><p>moment du franchissement de la barre : ciseau simple, double ciseau, retournement � l�int�rieur.</p><p>Puis les styles o� le sauteur franchis-sait la barre, le corps parall�le � celle-ci : rouleau californien ou costal, rouleau ventral. On pratique aujourd�hui les sauts plongeants. Le Su�dois Bengt Nilsson perfectionna le premier le rouleau ventral, qui fut encore am�lior� par les Sovi�tiques.</p><p>Aux jeux Olympiques de Mexico,</p><p>en 1968, on vit appara�tre le � Fosbury flop �, illustr� par l�Am�ricain Richard Fosbury, qui enleva le titre olympique avec 2,24 m. Le sauteur attaque la barre avec la nuque en premier, et se trouve sur le dos au moment du passage.</p><p>En 1957, les Sovi�tiques avaient imagin� pour le pied d�appel une semelle en caoutchouc tr�s �paisse, constituant une esp�ce de petit tremplin. Depuis, le r�glement a limit� � 12,5 mm l��paisseur des semelles.</p><p>y Longueur. Apr�s avoir couru le plus vite possible sur une piste d��lan de 1,22 m de large et de 40 m de long, le sauteur prend son impulsion sur une planche de 20 cm situ�e � un m�tre au moins en avant de la fosse de r�ception, emplie de sable, o� il retombe. � l�extr�mit� de la planche, on fa�onne � la main une esp�ce de petit rebord, en Plasticine, qui permet de se rendre compte si la chaussure de l�athl�te a laiss� une marque ou non. Dans le premier cas on dit que le sauteur a � mordu �, et le saut est d�clar� nul. Chaque concurrent a droit � trois essais. Les huit meilleurs class�s apr�s ces trois essais sont retenus pour trois essais suppl�mentaires.</p><p>Les 8 m furent d�pass�s pour la</p><p>premi�re fois en 1935 par le Noir am�ricain Jesse Owens (8,13 m). Les hommes rapides sont avantag�s dans ce concours, qui est le plus naturel de tous.</p><p>Aux Jeux de Mexico, un autre Noir am�ricain, Robert Beamon, r�alisa au premier essai une performance qui le porta bien au-dessus du record d�alors : 8,90 m contre 8,35 m. En un seul bond il fit progresser le record de 55 cm,</p><p>alors que celui-ci ne s��tait am�lior� que de 22 cm en 33 ans.</p><p>y Perche. Le d�roulement du</p><p>concours est le m�me que pour le saut en hauteur, la piste d��lan �tant identique � celle du saut en longueur. Elle downloadModeText.vue.download 500 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1037</p><p>se termine par un butoir de bois, ou bac d�appel, dans lequel les concurrents � piquent � leur perche.</p><p>La mati�re, la longueur et le poids des perches ne sont pas r�glement�s, ce qui a permis des am�liorations consid�rables.</p><p>Jusqu�en 1900, elles �taient en</p><p>sapin, fr�ne ou ch�taignier. D�un diam�tre assez grand, elles �taient peu faciles � manier. Ensuite se g�n�ralisa la perche en bambou. C�est avec un engin de ce genre que l�Am�ricain Cornelius Warmerdam, sans doute le meilleur sp�cialiste que le monde ait connu, s��leva � 4,77 m en 1942. D�s 1943, on vit appara�tre des perches plus l�g�res en aluminium, mais c�est en 1948 que la perche su�doise en acier rempla�a d�finitivement la perche en bambou.</p><p>En 1962, on assista � une grande r�volution avec la perche en fibre de verre. Celle-ci, d�une flexibilit� �tonnante, projette le sauteur vers des sommets que l�on croyait inaccessibles.</p><p>Elle a rendu courants des sauts de 5 m et boulevers� la technique de ce concours, devenu tr�s acrobatique.</p><p>La fosse de r�ception, garnie de mousse de Nylon, a �t� consid�rablement sur�lev�e pour �viter les accidents.</p><p>Bien que le sauteur ait franchi la barre, le saut n�est pas valable si la perche du concurrent retombe dans la fosse de r�ception. La r�gle du jeu est de la repousser vers la piste d��lan, o� un juge la rattrape.</p><p>y Triple saut. On utilise le m�me r�glement, la m�me piste d��lan et la</p><p>m�me fosse de r�ception que pour le saut en longueur. La planche d�appel est simplement situ�e � 11 m au moins de cette derni�re. Apr�s avoir pris son �lan, le concurrent doit retomber obligatoirement sur son pied d�appel.</p><p>Ce premier saut est donc effectu� � cloche-pied, le deuxi�me bond est une sorte de pas pour pr�parer le troisi�me qui s�apparente � un saut en longueur normal.</p><p>Les lancers</p><p>y Poids. Le poids est une sph�re en bronze, en cuivre ou en fonte de 7,257 kg. L��lan est pris � l�int�rieur d�un cercle de 2,135 m de diam�tre, mat�rialis� par un cerceau de fer. La surface ainsi d�limit�e est ciment�e.</p><p>Du c�t� de la direction du lancer est plac� un butoir de bois de 10 cm de haut et de 1,22 m de long. Si le pied du lanceur prend simplement appui sur le butoir, le jet est d�clar� nul.</p><p>Le poids partant de l��paule est projet� d�une seule main, en �tendant le bras. Quand le jet est accompli, le concurrent doit sortir du cercle par la moiti� arri�re, apr�s que l�engin a touch� le sol. L�angle de lancer est de 65�. Chaque concurrent a droit � trois essais, les huit meilleurs sont retenus pour trois essais suppl�mentaires. En cas d��galit�, les concurrents sont d�-</p><p>partag�s par le deuxi�me meilleur jet, ou le troisi�me s�il y a lieu.</p><p>y Disque. Le disque est un engin de forme circulaire, bord� d�une jante en m�tal. Il p�se 2 kg et mesure 21,9 cm � 22 cm de diam�tre. Son �paisseur au centre est de 44 mm � 46 mm ; � 6 mm du bord, elle est de 12 mm.</p><p>Le concurrent prend son �lan en</p><p>accomplissant un mouvement rapide de rotation dans un cercle de 2,50 m de diam�tre, entour� d�une cage protectrice qui se trouve � 4,125 m du centre et qui laisse une ouverture de 8,23 m de large ; l�angle de lancer est de 90�.</p><p>y Marteau. Le marteau est constitu� par un boulet semblable au poids, reli� � une poign�e par un c�ble en fil d�acier de 3 mm d��paisseur.</p><p>L�ensemble, qui ne doit pas d�passer</p><p>1,22 m de long, p�se 7,257 kg.</p><p>On lance le marteau � l�int�rieur d�un cercle de 2,135 m de diam�tre, en virevoltant comme une toupie, tandis qu�on fait tournoyer le marteau au-dessus de sa t�te. Comme au disque, une cage protectrice entoure le cercle de lancer. L�angle de lancer est de 60�.</p><p>y Javelot. C�est le seul lancer o� l��lan n�est pas pris dans un cercle.</p><p>L�aire de lancer est constitu�e par un couloir de 30 � 36,50 m de long et de 4 m de large, termin� par un arc de cercle qu�en aucun cas le lanceur ne peut d�passer.</p><p>Le javelot est en bois, en alliage l�ger ou en m�tal. Il mesure 2,60 m et p�se 800 g. La distance entre la pointe et le centre de gravit� peut varier de 0,80 m � 1,10 m, ce qui a une influence sur sa tenue dans l�air. Un bandage de corde, situ� aux environs du centre de gravit�, sert de poign�e, par laquelle le javelot est tenu. Il doit �tre lanc� pointe en avant par-dessus l��paule, un peu comme on lance une pierre, dans un angle horizontal de 29�. La pointe doit toucher le sol en premier, sinon le jet n�est pas valable.</p><p>Les Espagnols avaient imagin� un mode de lancement consistant � tourner sur soi-m�me comme pour le disque.</p><p>Le javelot allait plus loin, mais pr�sentait un danger, car on pouvait difficilement en contr�ler la direction. Ce style ne fut jamais adopt� officiellement.</p><p>R. M.</p><p>B G. Meyer, l�Athl�tisme (La Table Ronde, 1966). / A. Gardien et coll., l�Athl�tisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972).</p><p>Quelques grands</p><p>champions �trangers</p><p>Ronald Clarke (Melbourne 1937).</p><p>Comme Z�topek, ce champion aus-</p><p>tralien a r�volutionn� les courses de demi-fond et de fond en faisant progresser les records dans des proportions extraordinaires : de 18 s 4/10</p><p>pour le 5 000 m�tres ; de 38 s 8/10</p><p>pour le 10 000 m�tres. Malheureux aux jeux Olympiques � T&#x14D;ky&#x14D; et � Mexico,</p><p>Ron Clarke se console en r�alisant un peu partout dans le monde des performances de tout premier ordre. Peu rapide au sprint, il conna�t des d�faites contre Jazy et Keino, mais, incomparable homme de train, il augmente sans cesse son rythme, ce qui l�am�ne, le 10 juillet 1965 � Londres, � couvrir les 3 miles en 12 mn 52 s 4/10. Quatre jours plus tard, � Oslo, il court le 10 000 m�tres en 27 mn 39 s 4/10. Aucun homme avant lui n��tait descendu au-dessous des 28 mn sur la distance.</p><p>La m�me ann�e, � Geelong, il parcourt 20,231 km dans l�heure, et, le 5 juillet 1966, � Stockholm, il est chronom�tr� en 13 mn 16 s 6/10 au 5 000 m�tres.</p><p>Herbert Elliott (Perth 1938). Cet Australien aux moyens physiques remarquables (1,80 m pour 72 kg) est pass� dans le monde de l�athl�tisme un peu comme une �toile filante, en y laissant cependant son empreinte. L�essentiel de sa pr�paration consistait � escalader au sprint des dunes de sable dans les environs de Melbourne. Au cours d�une tourn�e en Europe, en 1958, il courut dix fois le mile en moins de 4 mn, et porta les records du 1 500 m�tres � 3 mn 36 s et du mile � 3 mn 54 s 5/10.</p><p>En 1960, aux Jeux de Rome, apr�s une course magistrale, il remporta le 1 500 m�tres en 3 mn 35 s 6/10. Puis il abandonna la comp�tition.</p><p>Gunder H�gg (K�larne, dans le J�mt-land, 1918). Il est regrettable que ce coureur su�dois n�ait pas pu exprimer son talent � l�occasion des jeux Olympiques. La guerre l�en a emp�ch�. Sa p�riode de forme se situe, en effet, entre les ann�es 1940 et 1945. Gr�ce � l�opposition qu�il trouva dans son pays, en la personne d�Arne Andersson, Gunder H�gg (qui avait mis en pratique le syst�me de l�entra�nement en pleine nature) devait faire progresser s�rieusement tous les records du 1 500 m�tres au 5 000 m�tres. Il obtint le premier le 10 septembre 1941. Il gagna un 1 500 m�tres en 3 mn 47 s 6/10, am�-</p><p>liorant de 2/10 de seconde le record du monde de Jack Lovelock. Sa grande ann�e fut 1942. Il s�attribua, en effet, 7 records du monde : 1 500 m�tres en 3 mn 45 s 8/10 ; mile en 4 mn 4 s 6/10 ; 2 000 m�tres en 5 mn 11 s 8/10 ; 3 000 m�tres en 8 mn 1 s 2/10 ;</p><p>2 miles en 8 mn 47 s 8/10 ; 3 miles en 13 mn 32 s 4/10 ; 5 000 m�tres en 13 mn 58 s 2/10. Sur cette derni�re distance, bien qu�� son coup d�essai, il devenait le premier coureur qui r�alisait moins de 14 mn. Il devait faire mieux en 1944 sur le 1 500 m�tres (3 mn 43 s) et en 1946 sur le mile (4 mn 1 s 4/10).</p><p>Sa carri�re s�arr�ta l�. Accus� de pro-fessionnalisme avec quelques autres vedettes de son pays, il fut disqualifi�.</p><p>Rudolf Harbig (Dresde 1913 - � 1944).</p><p>Il ouvrit la voie du progr�s, surtout sur le 800 m�tres. Venu du cross-country, il acquit, sous la direction de Waldemar Gerschler, une d�contraction peu pratiqu�e � l��poque et un contr�le musculaire parfait. L�entra�nement fractionn� lui permit d�am�liorer consid�rablement sa vitesse. Sa grande ann�e fut 1939. Le 15 juillet, � Milan, se pla�ant dans la foul�e de son grand rival, l�Italien Mario Lanzi, il le d�bordait dans la ligne droite et, avec 1 mn 46 s 6/10, faisait faire un bond de plus de 2 s au record du 800 m�tres. Un mois plus tard, � Francfort, sur 400 m�tres, toujours contre Lanzi, Harbig r�p�tait la m�me course, et, avec 46 s, donnait � l�Europe son premier record du monde sur 400 m�tres. Harbig disparaissait en 1944, au cours d�un combat sur le front de l�Est.</p><p>Vladimir P. Kuts (Aleksino, Ukraine, 1927). Ce marin sovi�tique devait �tre le successeur de Z�topek. Solide (1,72 m pour 72 kg), il accomplissait comme son a�n� ses courses en t�te, sans s�occuper de ses adversaires.</p><p>Il imprimait souvent de meurtriers coups d�acc�l�ration qui �liminaient ses concurrents les plus dangereux.</p><p>En 1956, aux jeux Olympiques de Melbourne, il enlevait le 5 000 m�tres en 13 mn 39 s 6/10 et le 10 000 m�tres en 28 mn 45 s 6/10. Souffrant de l�estomac, il se retira de la comp�tition en 1958. Il d�tenait � l��poque les records du monde du 5 000 m�tres en 13 mn 35 s et du 10 000 m�tres en 28 mn 30 s 4/10.</p><p>Paavo Nurmi (Turku, Finlande, 1897 -</p><p>Helsinki 1973). Il a laiss� le souvenir d�une figure myst�rieuse et �nigmatique. Il r�gna de 1920 � 1930 sur les courses, allant du 1 500 m�tres � l�heure. Il d�tint, au cours de sa carri�re, 29 records du monde et glana</p><p>6 m�dailles d�or au cours des jeux Olympiques de 1920, 1924 et 1928. Il �tait �conome de ses efforts et n�am�-</p><p>liorait ses records que de ce qu�il fallait. Pour cela, il contr�lait son allure � l�aide d�un chronom�tre qu�il consul-tait au cours de ses tentatives. Il porta downloadModeText.vue.download 501 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1038</p><p>les records du monde � : 3 mn 52 s 6/10</p><p>pour le 1 500 m�tres ; 4 mn 10 s 4/10</p><p>pour le mile ; 8 mn 20 s 4/10 pour le 3 000 m�tres ; 14 mn 28 s 2/10 pour le 5 000 m�tres ; 30 mn 6 s 2/10 pour le 10 000 m�tres ; 19,210 km pour l�heure. Sa carri�re fut interrompue � la suite d�une accusation d�� amateu-risme marron �. Il fut radi� par la F�-</p><p>d�ration internationale en 1932, alors que les Finlandais l�avaient engag� dans la course du marathon.</p><p>Jesse Owens (Decatur, Alabama,</p><p>1914). C��tait un admirable athl�te noir de 1,85 m pour 77 kg. Sprinter remarquable, il alliait l��l�gance � la puissance, l�aisance � la noblesse du geste. Il d�buta � l��ge de 15 ans, et se fit tout de suite remarquer par sa vitesse et ses dons de sauteur. En-tr� � l�universit� d�Ohio, il connut une extraordinaire r�ussite le 25 mai 1935 � Ann Arbor (Michigan), o�, en 2 h 20, il s�appropria cinq records du monde et en �gala un sixi�me, celui du 100 yards, en 9 s 4/10. Il s�attribua ceux du 200 m�tres et du 220 yards en ligne droite en 20 s 3/10, ceux du 200 m�tres et du 220 yards haies en 22 s 6/10 et celui du saut en longueur, avec 8,13 m.</p><p>Mais sa plus grande gloire il devait la conna�tre l�ann�e suivante aux Jeux de Berlin, o� il gagna le 100 m�tres en 10 s 3/10 (auparavant, il avait port� le record du monde � 10 s 2/10), le 200 m�tres en 20 s 7/10, le saut en longueur avec 8,06 m et le relais 4 � 100 m�tres en 39 s 8/10. Peu apr�s, il passa professionnel, alors qu�il �tait loin d�avoir termin� sa progression.</p><p>Peter Snell (Opunake, prov. de Tara-naki, 1938). Ce solide athl�te n�o-z�landais (1,83 m, 80 kg) se pr�senta</p><p>aux jeux Olympiques de Rome en 1960</p><p>apr�s avoir mis � son actif une bonne performance, certes (1 mn 49 s 2/10 sur 880 yards), mais de l� � le consid�rer comme un des favoris du 800 m�tres, il y avait un foss� que personne n�avait os� franchir, d�autant plus que le recordman du monde, le Belge Roger Moens (1 mn 45 s 7/10), �tait en excellente forme. Snell causa une surprise en s�imposant devant son adversaire en 1 mn 46 s 3/10. En 1962, le 27 janvier, il am�liora de 1/10 de seconde, sur une piste en herbe de 352 m, le record du monde du mile d�Herbert Elliott, en 3 mn 54 s 4/10. Une semaine plus tard, il portait le record du monde du 800 m�tres � 1 mn 44 s 3/10, et celui du 880 yards � 1 mn 45 s 1/10. Il obtenait le couronnement de sa carri�re aux Jeux de T&#x14D;ky&#x14D; en 1964, en s�adjugeant le 800 m�tres et le 1 500 m�tres.</p><p>Emil Z�topek (Prague 1922). Ce Tch�-</p><p>coslovaque grima�ant en course a eu une influence consid�rable sur l��volution de l�entra�nement. Il y consacrait plusieurs heures par jour. Son r�gne s��tend de 1948 � 1954. Ses succ�s le conduisirent au grade de colonel dans l�arm�e. En 1948, aux Jeux de Londres, il enlevait le 10 000 m�tres avant de se faire battre par le Belge Gaston Reiff sur le 5 000 m�tres. En 1951, le 29 septembre � Star� Boles-lav, il d�passait les 20 km dans l�heure (exactement 20,052 km). En 1952, aux jeux Olympiques d�Helsinki, il connaissait le triomphe en s�attribuant le 10 000 m�tres en 29 mn 17 s, le 5 000 m�tres en 14 mn 6 s 6/10</p><p>et le marathon en 2 h 23 mn 3 s. En 1954, il am�liorait encore deux records du monde, celui du 5 000 m�tres en 13 mn 57 s 2/10 et celui du</p><p>10 000 m�tres en 28 mn 54 s 2/10, avant de s�effacer devant son jeune rival so-vi�tique, Vladimir Kuts.</p><p>Quelques grands</p><p>champions fran�ais</p><p>Jean Bouin (Marseille 1888 - � au champ d�honneur 1914). Il fut le premier grand coureur fran�ais, une sorte de pr�curseur. Il �tablit en 1911 le premier record du monde du 10 000 m�tres en 30 mn 58 s 8/10. En 1912, aux</p><p>Jeux de Stockholm, il fut battu d�une poitrine, sur le 5 000 m�tres, par le Finlandais Hannes Kolehmainen, en downloadModeText.vue.download 502 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1039</p><p>14 mn 36 s 8/10, apr�s une course m�morable. En 1913, il s�attribua le record de l�heure � Stockholm en couvrant 19,021 km, performance qui ne sera am�lior�e que quinze ans plus tard par Nurmi. Il obtint �galement trois victoires cons�cutives dans le � cross des Nations �.</p><p>Michel Jazy (Oignies, Pas-de-Calais, 1936). Il ne redonna pas � la France le record du monde du 1 500 m�tres, mais il d�tint n�anmoins cinq records du monde, et le record d�Europe du 1 500 m�tres en 3 mn 36 s 3/10. Il ne fut pas champion olympique, mais il enleva deux titres de champion d�Europe : celui du 1 500 m�tres � Belgrade en 1962, et celui du 5 000 m�tres � Budapest en 1966. Athl�te dynamique, Michel Jazy fut � l�origine du renouveau du demi-fond fran�ais. Il s�imposa pour la premi�re fois aux Jeux de Rome en 1960, terminant deuxi�me du 1 500 m�tres derri�re Elliott. Il d�tint les records du monde du mile en 3 mn 53 s 6/10, du 2 000 m�tres en 4 mn 56 s 2/10, du 3 000 m�tres en 7 mn 49 s, des 2 miles en 8 mn 22 s 6/10, ainsi que du relais 4 � 1 500 m�tres. Il battit en 1965, � Helsinki, apr�s une course fantastique, Clarke et Keino sur le 5 000 m�tres en 13 mn 27 s 6/10.</p><p>Jules Ladoum�gue (Bordeaux 1906 -</p><p>Paris 1973). Il devait marquer son �poque comme l�avait fait juste avant lui Nurmi. Admirablement b�ti pour la course � pied (1,74 m pour 62 kg, avec un buste court et de longues jambes), il poss�dait une foul�e �tir�e, a�rienne, �l�gante, qui enthousiasmait les foules. Il ne fut pourtant pas champion olympique, se laissant surprendre � Amsterdam en 1928 par le Finlandais Harri Larva sur le 1 500 m�tres, mais il d�tint six records du monde : 1 000 m�tres en 2 mn 23 s 6/10 ; 3/4</p><p>de mile (1 207 m) en 3 mn 0 s 6/10 ; 1 500 m�tres en 3 mn 49 s 2/10 ; le</p><p>mile en 4 mn 9 s 2/10 ; 2 000 yards en 4 mn 52 s ; 2 000 m�tres en</p><p>5 mn 21 s 8/10. Ladoum�gue s�imposait comme l�indiscutable favori du 1 500 m�tres des Jeux de Los Angeles en 1932, quand il fut accus� d�� ama-teurisme marron � et disqualifi� au printemps de la m�me ann�e.</p><p>Alain Mimoun (Le T�lagh, Alg�rie, 1921). Il fut le second d�Emil Z�topek de 1946 � 1956. Il termina en effet derri�re le Tch�coslovaque, deuxi�me du 10 000 m�tres des Jeux de Londres en 1948, deuxi�me du 5 000 m�tres et du 10 000 m�tres des Jeux d�Helsinki en 1952. Il obtint son heure de gloire et sa revanche � pr�s de trente-six ans aux Jeux de Melbourne, en 1956, en s�attribuant le marathon. Coureur aux cuisses muscl�es, � la foul�e courte et �conomique, Mimoun a laiss� le souvenir d�un athl�te courageux, obstin� et pers�v�rant. En 1970, � cinquante ans, il participait encore au championnat de France de cross-country et s�y classait dans les vingt premiers.</p><p>Athos (mont)</p><p>Montagne de Gr�ce.</p><p>La � Sainte Montagne �</p><p>Au nord de la Gr�ce, la presqu��le de Chalcidique avance trois appendices dans la mer �g�e : l�appendice oriental (60 km de long sur 10 km de large) culmine � son extr�mit� dans le mont Athos (2 033 m). Il y a l� un cap difficile � doubler, que Xerx�s voulut s�parer, par un canal, de la terre ferme.</p><p>La majeure partie de cette langue de terre est faite de collines rev�tues de la for�t m�diterran�enne originelle ; sur le littoral surtout ont �t� �difi�s de hauts monast�res fortifi�s, dont les b�-</p><p>timents encadrent une cour o� se dresse le katholikon, l��glise principale, rouge comme le sang des martyrs (� Donne ton sang et re�ois l�Esprit �, disent les moines).</p><p>Au sud, � la retomb�e du haut massif de calcaire (et de marbre) blanc, c�est le � d�sert � rocailleux, o� se cachent les ermites, jusque dans les excava-</p><p>tions presque inaccessibles des falaises marines.</p><p>Au sommet du mont est �difi�e une chapelle de la Transfiguration, o� l�on allume, le 6 ao�t, un immense feu.</p><p>R�publique de moines,</p><p>� Jardin de la Vierge �</p><p>La � Sainte Montagne � est la der-ni�re de ces colonies monastiques que l�Orient chr�tien a multipli�es de l��gypte � l�Asie Mineure. C�est une r�publique de moines, autonome sous le protectorat politique de la Gr�ce et la haute juridiction canonique du patriarcat de Constantinople. Cette r�publique conf�d�rale est � l�image de l��glise orthodoxe : les repr�sentants de vingt grands monast�res quasi souverains forment, dans la petite ville de Karya�, la � sainte communaut� �, qui d�signe chaque ann�e un comit� ex�cutif de quatre membres.</p><p>Cet �tat purement masculin, ou plut�t � Jardin de la Vierge �, est interdit � toute autre pr�sence f�minine, afin que l��ros s�int�riorise et que l�homme naisse � l��ternit�.</p><p>Le monachisme athonite</p><p>Le monachisme athonite est purement contemplatif. Mais la contemplation, toujours unie au travail manuel le plus humble, est con�ue comme la forme supr�me de l�action. Elle prot�ge le monde et pr�pare sa transfiguration.</p><p>Certains moines deviennent des � p�res spirituels � au service des hommes.</p><p>Les types de vie</p><p>monastique</p><p>Il en existe trois, avec progression possible de l�un � l�autre.</p><p>� Dans les monast�res � idiorrythmiques �, chaque moine suit � son propre rythme � et vit � part. Seuls les principaux offices sont c�l�br�s en commun.</p><p>� Dans les monast�res � c�nobi-</p><p>tiques � (communautaires), l�accent est mis sur la vie commune, l�ob�issance, la psalmodie, les tr�s longs of-</p><p>fices, souvent nocturnes. Il n�y a pas de � r�gle � proprement dite, mais des downloadModeText.vue.download 503 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1040</p><p>indications et des exemples qui varient avec chaque communaut�.</p><p>� La voie � h�sychaste � (du gr.</p><p>h�sykhia, � silence � de l�union avec Dieu) est pratiqu�e par des ermites et par de petits groupes de disciples autour d�un ma�tre spirituel librement choisi. L�h�sychasme est une m�thode rigoureuse, qui utilise l�invocation du Nom de J�sus sur les grands rythmes corporels, permet d�unifier l�intelligence et le � coeur �, et transforme le moine en stavrophore (� porteur de l�Esprit �), ressuscit� d�s ici-bas par les � �nergies divines � qui rayonnent du Christ transfigur� (� lumi�re thaborique �).</p><p>L�Athos,</p><p>coeur de l�orthodoxie</p><p>Depuis ses origines (ce sont les �dits de Constantin Monomaque, au milieu du XIe s., qui en constitu�rent la charte), le monachisme athonite a assur� un minist�re d�unit� et d�universalit�, devenant le centre spirituel d�une orthodoxie qui s�organisait en �glises presque ind�pendantes. Tous les pays orthodoxes envoyaient sur la Sainte Montagne moines et p�lerins ; tous ac-cueillaient des missionnaires athonites.</p><p>Les B�n�dictins eurent un monast�re � l�Athos jusqu�au XIIIe s. Au XIXe s.</p><p>et jusqu�en 1914, l�afflux des moines russes fut immense.</p><p>Les renouveaux qui ont sauv�</p><p>l��glise orthodoxe, l�un autour de 1300, l�autre autour de 1800, sont tous deux partis de l�Athos. Au XIVe s., saint Gr�goire Palamas r�alise une grandiose synth�se, ins�parablement th�ologique et mystique. � la fin du XVIIIe s., saint Nicod�me l�Hagiorite (du gr. �ghion oros, � sainte montagne �) rassemble une vaste anthologie de textes spirituels, la Philocalie (mot � mot :</p><p>� amour de la beaut� �). L�un et l�autre</p><p>ont port� t�moignage d�une exp�rience spirituelle capable de r�nover l��glise et d�illuminer la culture (comme on peut l�observer aussi bien dans la � renaissance � des Pal�ologues que dans l�oeuvre d�un Dosto�evski).</p><p>Les monast�res</p><p>Megh�stis L�vras, Vatopedh�ou, Iv�ron, Khiliandhar�ou, Dhionyss�ou, Koutlou-mouss�ou, Pandokr�toros, Xiropot�mou, Zoghr�fou, Dhokhiar�ou, Karak�llou, Filo-th�ou, S�monos P�tras, Agh�ou P�ulou, Stavronik�ta, Xenof�ndos, Ghrighor�ou, Esfighm�nou, Agh�ou Pandele�monos, Konstamon�tou.</p><p>La crise actuelle</p><p>Les r�volutions du XXe s. ont tari le recrutement slave et roumain, et cet affaiblissement num�rique se traduit par des ph�nom�nes de scl�rose et parfois de d�moralisation.</p><p>Mais la crise est aussi psychosociale, par inadaptation croissante d�un monachisme li� � une soci�t� agraire et traditionnelle. L�Athos, menac�, r�agit trop souvent par la m�fiance et le refus devant le monde contemporain.</p><p>Pourtant, quelques monast�res grecs connaissent un renouveau, et la tradition h�sychaste persiste au � d�sert �.</p><p>Un des plus grands spirituels orthodoxes du XXe s. fut un moine athonite, le starets Sylvain, mort en 1938 en priant pour le salut universel.</p><p>En 1963, les f�tes du mill�naire ont rassembl� sur la Sainte Montagne, autour du patriarche oecum�nique Ath�-</p><p>nagoras Ier, les patriarches ou les repr�-</p><p>sentants au plus haut niveau de toute l�orthodoxie. Des liens ont �t� renou�s entre les monast�res non grecs et leurs �glises, et celles-ci, depuis, ont pu envoyer quelques moines : renouveau timide, malgr� les obstacles politiques, d�un service d�universalit�.</p><p>O. C.</p><p>L�art</p><p>La communaut� monastique du mont Athos a accumul� depuis des si�cles</p><p>des tr�sors artistiques inestimables, dans le domaine de l�architecture, mais surtout de la peinture et des arts mineurs. Malgr� les ravages du temps, un grand nombre de ces tr�sors ont �t� conserv�s, particuli�rement pour certaines p�riodes. Beaucoup restent encore inconnus.</p><p>Architecture</p><p>Les b�timents monastiques se pr�sentent comme de petites forteresses et sont situ�s dans un paysage grandiose.</p><p>Ils sont entour�s de hautes murailles flanqu�es de tours-donjons et munies d�entr�es fortifi�es. Le katholikon, �glise principale, et le r�fectoire sont au centre d�une cour sur laquelle donnent, adoss�s contre le mur d�enceinte, les corps des cellules, avec portiques � l��tage, et les annexes. Dans la cour se trouve la phiale, �dicule circulaire � coupole reposant sur des colonnettes. L�arsenal, avec une tour fortifi�e, est en dehors de l�enceinte.</p><p>Cet aspect est modifi� par des constructions plus r�centes (XVIIe s.), qui d�terminent une orientation des b�timents vers l�ext�rieur, avec fen�tres et balcons au-dessus des murailles, et qui les font ressembler aux constructions civiles contemporaines de Mac�doine.</p><p>Des portails classiques ont �t� parfois ajout�s aux XIXe et XXe s., tandis que s��levaient les grands b�timents et les �glises des couvents russes.</p><p>D�pendances des monast�res souverains, les skites se pr�sentent sous la forme soit de monast�res (Saint-Andr�</p><p>[russe] � Karya� ; Prodhr�mou [roumain]), soit d�agglom�rations monastiques villageoises ayant un centre commun avec place publique, kyriak�n (katholikon), r�fectoire, h�tellerie.</p><p>D�autres annexes des monast�res sont constitu�es par les cellules, ou kathis-mata (hameaux monastiques isol�s), et les ermitages.</p><p>Des �difices les plus anciens, il ne reste que le Prot�ton, �glise principale de la communaut� � Karya� (chef-lieu de la r�publique monastique), de forme basilicale (IXe s.), et les katholika de L�vras (v. 1000), de Vatopedh�ou (XIe s.) et d�Iv�ron (1000), ainsi que des fragments sculpt�s. Les autres �di-</p><p>fices sont du XIIIe s. (Khiliandhar�ou), du XVIe s. et m�me du XXe s. La plupart des katholika appartiennent � un type sp�cial athonite (d�origine thessaloni-cienne) d��glise en croix inscrite avec adjonction d�une salle, la liti (entre naos et narthex), et d�absides lat�rales.</p><p>Le tout est surmont� d�une coupole centrale et d�un ensemble de calottes, de petites coupoles et de vo�tes. La d�coration ext�rieure est obtenue par le jeu des �l�ments constructifs, par la peinture rouge ou encore par un d�cor de c�ramique et de fa�ence. � l�int�-</p><p>rieur des plus anciens �difices existent de beaux dallages de marbre et de mosa�que, ainsi que des placages de marbre et, plus tard, de fa�ence sur les murs.</p><p>Rien ne nous est conserv� de la</p><p>d�coration figur�e des �glises et des ensembles monastiques avant les</p><p>XIe-XIIe s.</p><p>Les mosa�ques</p><p>Au monast�re de Vatopedh�ou, deux panneaux du XIe s., un du XIIe s. et deux compositions (Annonciation et Saint Nicolas) des XIIIe-XIVe s., au Xenof�ndos, deux panneaux (Saint Georges et Saint Dhim�trios) de l��poque des Pal�ologues sont tout ce qui subsiste.</p><p>Les fresques</p><p>Il reste quelques fragments du XIIe s.</p><p>� Vatopedh�ou et � Ravdho�khou.</p><p>Mais c�est surtout l��poque des Pal�ologues qui est bien repr�sent�e : au XIIIe s. par les peintures de deux chapelles � Khiliandhar�ou et surtout au XIVe s., �poque de grande activit�. Trois ensembles du d�but de ce XIVe s. nous sont conserv�s : les peintures du Prot�-</p><p>ton � Karya�, qui sont l�oeuvre, selon la tradition, du grand peintre de Thessalonique Manou�l Pans�linos et qui ont �t� r�cemment restaur�es (r�alisme, mouvement, v�rit� intime, fra�cheur de couleurs) ; les fresques du katholikon de Khiliandhar�ou (serbe) du temps de Miloutine (1300), repeintes et pas encore restaur�es (figures �l�gantes et �lanc�es) ; celles de Vatopedh�ou, dont une petite partie reste intacte. Il existe encore quelques restes au Pan-downloadModeText.vue.download 504 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1041</p><p>dokr�toros, et des fragments � L�vras.</p><p>Ces peintures du XIVe s. comptent parmi les meilleures r�alisations de l�art des Pal�ologues rattach�es au centre de Thessalonique.</p><p>Le XVIe si�cle marque profond�ment la peinture du mont Athos avec l�affirmation de l��cole dite � cr�toise �</p><p>(d�apr�s le lieu d�origine de la plupart des peintres). Cette �cole continue la peinture des Pal�ologues, mais sans la m�me recherche d��l�gance : elle est plus sobre et r�serv�e, plus asc�tique, �quilibr�e et adapt�e � l�architecture, avec des formes nettement model�es.</p><p>Elle est assez ouverte aux influences occidentales. Dans les conditions sp�-</p><p>ciales de l�Athos, avec les grandes surfaces � d�corer, l��lan cr�ateur des peintres cr�tois s�est exerc� sous l�influence, aussi, des grands ensembles laiss�s par le XIVe s. On peut donc parler d�un art cr�tois-athonite. Cependant, comme aux �poques pr�c�dentes, l�Athos n�est pas un centre artistique autonome, mais un lieu de passage, un lieu de rencontre des artistes. Le mont Athos conserve seize grands ensembles de l��cole cr�toise, dat�s de 1535 � 1560. Le moine Th�ophane, son chef de file, d�cora le katholikon de L�vras (1535) et le katholikon de Stavronik�ta (1546), un autre Th�ophane le narthex de Xenof�ndos (1563), Zorzi le katholikon de Dhionyss�ou (1547), Antoine celui de Xenof�ndos (1544). Fr�ngos Katell�nos, le seul qui ne f�t pas Cr�-</p><p>tois, d�cora � L�vras la chapelle Saint-Nicolas (1560), y pratiquant un art proche des Cr�tois.</p><p>D�autres ensembles imitant l�art de Th�ophane ont �t� peints au XVIIe s.</p><p>et pendant une partie du XVIIIe. Mais vers le d�but du XVIIIe s. se dessine un mouvement de retour vers les mo-d�les anciens, dont le repr�sentant le plus connu, et non le plus dou�, est Dhion�ssios de Fourn� (1670-1746), auteur d�un fameux Guide de la peinture. Plusieurs fresques de cette �poque nous sont conserv�es dans des chapelles et des annexes. Les peintres ne viennent plus de Cr�te, mais d��pire</p><p>et de Mac�doine notamment. Apr�s le milieu du XVIIIe s., la peinture athonite porte l�empreinte du baroque populaire et na�f qui, souvent, n�est pas sans qualit� (par exemple, le peintre bulgare Zaharij Zograf [1810-1853], qui peint vers 1850 l�exonarthex de L�vras).</p><p>Les autres richesses artistiques Les ic�nes (du XIVe au XXe s.) suivent les m�mes tendances et sont dues aux m�mes auteurs. Les tr�sors, �glises et chapelles renferment de nombreux objets de luxe (calices des VIIIe-Xe s., ivoires, rev�tements d�ic�nes, broderies), dons des empereurs de Byzance, des princes serbes et roumains, des tsars de Russie. Les biblioth�ques gardent des manuscrits anciens (du VIIIe au XVe s.), souvent illustr�s, des chryso-bulles et des livres rares. Les meubles de bois sculpt�s (iconostases, tr�nes, stalles, lustres, etc.) sont, pour la plupart, du XVIIIe s. Enfin, des gravures populaires ont �t� produites au mont Athos pendant les XVIIIe et XIXe s.</p><p>M. G.</p><p>B H. Brockhaus, Die Kunst in den Athos Kl�stern (Leipzig, 1891 ; 2e �d., 1924). / N. P. Kon-dakov, Monuments de l�art chr�tien de l�Athos (en russe, Saint-P�tersbourg, 1902). / G. Smyr-nakis, la Sainte Montagne (en grec, Ath�nes, 1903). / G. Millet, Monuments de l�Athos (E. Leroux, 1927). / F. D�lger, M�nchsland Athos (Munich, 1943). / J. Lacarri�re, Mont Athos, montagne sainte (Seghers, 1955) ; l��t� grec (Plon, 1976). / J. Decareaux, Une R�publique de moines (Fayard, 1956). / D. Th�oklitos, Entre la terre et le ciel, le monachisme hagio-rite (en grec, Ath�nes, 1956). / � L�Athos et le monachisme orthodoxe �, num�ro sp�cial de Contacts (1960). / P. Sherrard, Athos, the Moun-tain of Silence (Londres, 1960). / J. Bi�s, Mont Athos (Itin�raires) [A. Michel, 1963]. / Le Mill�naire du mont Athos (963-1963). / �tudes et m�langes (Monast�re de Ch�vetogne, 1964 ; 2 vol.). / P. Lemerle et coll., Actes de Lavra, t. I : Des origines � 1204 (Lethielleux, 1971).</p><p>Atlantique</p><p>(oc�an)</p><p>Oc�an de l�h�misph�re occidental, s�parant l�Am�rique (� l�ouest) de l�Eurafrique (� l�est). C�est, au point de vue de l��tendue, la seconde masse</p><p>oc�anique, mais c�est la premi�re pour l�intensit� du trafic.</p><p>Le fuseau atlantique</p><p>Dans les r�gions bor�ales, les masses continentales sont tr�s rapproch�es et r�unies par des seuils isolant l�oc�an Arctique � la fa�on d�une � m�diterran�e �. Les �les sont nombreuses et �tendues, et les mers bordi�res sont de vastes plates-formes r�cemment envahies par la mer (par exemple en Europe de l�Ouest). Aussi, les changements de contours furent-ils tr�s marqu�s lors des fluctuations du niveau marin au cours des p�riodes g�ologiques r�centes.</p><p>Aux latitudes subtropicales et tropicales, l�Atlantique pr�sente un remarquable �largissement, accompagn� de vastes semis d�archipels volcaniques (A�ores, Canaries, pour les plus importants), rev�tant � l�ouest la forme d�arcs insulaires enfermant des mers bordi�res, larges et profondes (� m�diterran�e am�ricaine �).</p><p>� la hauteur de l��quateur, une torsion affecte en un mouvement parall�le les deux rives, au point qu�elles semblent pouvoir s�embo�ter. � cause de la massivet� des continents riverains, il n�y a pas de mers bordi�res, et les �les ne sont que des rochers perdus.</p><p>L�Atlantique austral est caract�-</p><p>ris� par un �largissement caus� par le brusque ach�vement de l�Afrique et l��longation de l�Am�rique. Les plates-formes sont plus larges, parfois d�mesur�es, comme devant l�Argentine, o� les Falkland sont prolong�es par un arc insulaire boucl� enfermant la � m�diterran�e australe �.</p><p>Les cons�quences d�une telle disposition sont nombreuses, notamment pour l��change des masses oc�aniques et atmosph�riques. N��tant pas bord� par de hautes montagnes, mais �largi � d�mesure par de grandes mers bordi�res, l�Atlantique draine un domaine continental quatre fois sup�rieur � celui qui alimente le Pacifique et l�oc�an Indien. Il est donc l�un des grands collecteurs de l�eau de la plan�te et joue un r�le consid�rable dans l��tablissement</p><p>de l��quilibre hydrologique mondial, qui ne peut �tre maintenu sans une exportation d�eau atlantique.</p><p>La cuvette atlantique</p><p>L�Atlantique se distingue des autres oc�ans par la simplicit� d�un ordonnancement disposant masses continentales et bassins sym�triquement par rapport � une cr�te m�diane.</p><p>LES PR�CONTINENTS PEUVENT �TRE</p><p>R�PARTIS EN TROIS CAT�GORIES.</p><p>Des marges �troites bordent les grands boucliers arctique, africain ou sud-am�ricain. Les structures constituant ces socles sont fossilis�es sous une couverture s�dimentaire parfois �paisse, comme dans le golfe de Guin�e (devant le Niger, les terrains se sont accumul�s sur plus de 10 km depuis le Cr�tac�) ou devant l�Amazone. Elles ont �t� ensuite largement flexur�es (c�tes africaines), fissur�es (par exemple, bordure du Groenland, Labrador, Norv�ge) ou faill�es (Portugal), voire d�croch�es par de grandes fractures volcanis�es (au large du Cameroun). Aussi, l��troit lis�r� des plates-formes est-il bord� par des pentes abruptes, profond�ment entaill�es par des ca�ons, dont certains paraissent avoir eu leurs t�tes remodel�es par des processus fluviatiles ; naissant � proximit� des c�tes, ces ca�ons sont parcourus par des courants d�eau trouble apport�e par les crues fluviales ou les d�rives littorales. Les plateaux continentaux bordant le Groenland et la Scandinavie ont �t� surcreus�s par des �missaires des inlandsis quaternaires (fjords).</p><p>Les marges les plus �tendues se</p><p>trouvent au large des pays de La Plata et de la Patagonie, de l�Am�rique du Nord (du cap Hatteras � Terre-Neuve) et de l�Europe. Les assises g�ologiques constituant les bassins s�dimentaires se prolongent sous la mer en de vastes ensembles monoclinaux parfois aplanis et subitement affect�s de failles et de glissements � la hauteur de la pente et du glacis pr�continental : localement, comme dans le cas du plateau de Blake (au large du sud des �tats-Unis), ce sont de v�ritables marches</p><p>d�escalier ou des blocs bascul�s s�pa-r�s du continent (banc Porcupine, au large de l�Irlande). La mer du Nord, la mer Celte, la Baltique correspondent � des cuvettes de subsidence anciennes, o� l��paisseur des terrains d�passe plusieurs milliers de m�tres ; elles semblent en relation avec un �tirement du socle hercynien ayant engendr� un jeu de failles longitudinales.</p><p>Les plates-formes du nord de l�Europe et de l�Am�rique ont �t� occup�es par des glaciers qui ont laiss� des vestiges sous forme d�ombilics de surcreu-sement ou de collines morainiques.</p><p>Fr�quemment subsistent des traces d��mersions quaternaires, comme</p><p>d�anciens rivages ou des vall�es parfois combl�es : par les formes et par les d�p�ts, on a pu reconstituer les anciens cours quaternaires du Rhin, de la Severn et de la Seine. Les ca�ons, en partie d�origine tectonique, partiellement remodel�s au Quaternaire, semblent actuellement inactifs.</p><p>Les marges � m�diterran�ennes �</p><p>(golfe du Mexique, mers des Antilles et de la Scotia) offrent des traits distincts � cause de leur insertion dans le domaine de l�orogen�se alpine. Les arcs insulaires des Antilles et des Falkland (constitu�s de terrains s�dimentaires tr�s d�form�s, affect�s par le volcanisme et secou�s de s�ismes) encadrent des plaines sous-marines labour�es de sillons �troits (par exemple, la fosse des Ca�mans [7 680 m], dans la mer des Antilles). Les parties externes des arcs sont soulign�es par des fosses oc�aniques profondes (Porto Rico, Sandwich du Sud). Le golfe du Mexique est la plus originale de ces mers et est constitu� par un entassement consid�-</p><p>rable de s�diments accumul�s, depuis le Jurassique au moins, lors d�une downloadModeText.vue.download 505 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1042</p><p>subsidence qui a ploy� le soubassement hercynien � plus de 15 km de profondeur sous le centre du golfe et la plateforme texane. Il est encadr� d�immenses plates-formes calcaires cern�es par des talus abrupts (escarpements de</p><p>Campeche, de Sigsbee et de l�ouest de la Floride) interrompus � l�ouest et au nord par d��paisses accumulations s�-</p><p>dimentaires, dont la plus importante est le c�ne alluvial du Mississippi, d��ge essentiellement pl�istoc�ne.</p><p>y La dorsale m�dio-atlantique. C�est une �norme boursouflure, d�couverte, il y a plus d�un si�cle, lors de la pose des premiers c�bles t�l�phoniques et occupant le tiers m�dian de l�Oc�an.</p><p>Au point de vue topographique, c�est une cha�ne montagneuse, �l�ment essentiel du relief terrestre, et dont on a reconnu la continuit� entre les p�les.</p><p>Localement, elle est interrompue par d��troites brisures en forme de d�crochements, soulign�es par de profondes d�pressions, comme la fosse de la Romanche (7 758 m), encore balay�es par des courants notables � 5 000 m.</p><p>Ces brisures isolent des tron�ons remarquables, comme les dorsales Mohn et de Reykjanes, de part et d�autre de l�Islande.</p><p>Dans la confusion de ces reliefs vigoureux et heurt�s, on distingue : a) une zone de cr�tes, dont les sommets varient entre 1 500 et 3 000 m, les plus hautes portant des �les comme l�Islande ou les A�ores. Sur une grande partie de son parcours, l�axe de la dorsale est creus� par une � vall�e � m�diane, parfois double ou triple, dont la forme n�est pas sans �voquer une fissure tectonique. Les aspects de cette d�pression peuvent �tre tr�s divers, puisque son plancher est d�nivel� de quelques centaines de m�tres � plus de 2 km sous le niveau des cr�tes. Les versants sont souvent abrupts et rocheux. La largeur de la zone de cr�tes varie entre 25 et 30 km ;</p><p>b) des contreforts, qui sont form�s de petits cha�nons adjacents, d�altitude d�croissante vers les bordures, parfois �tag�s en deux ou trois gradins, souvent entaill�s par de v�ritables bassins montagnards aux dimensions r�duites.</p><p>La r�gularit� topographique de ces petites plaines semble provenir d�apports s�dimentaires r�cents (pl�istoc�nes) et p�lagiques (absence de s�diments</p><p>continentaux), dont l��paisseur cro�t vers les plaines abyssales.</p><p>Au point de vue g�ologique, la dorsale est constitu�e de basaltes. Mais, alors que les �les et certains d�mes sous-marins sont model�s dans des basaltes � olivine, la cha�ne a �t� �difi�e par l�accumulation d�un basalte sp�-</p><p>cifique dit � thol�itique �, vacuolaire, mis en place par des effusions sous-marines, comme en t�moignent les tr�s curieuses formes en coussins, dues � un refroidissement brutal sous l�eau.</p><p>En certains secteurs, l�empilement de laves est tel qu�il parvient � combler et � faire dispara�tre la vall�e axiale, comme au sud de l�Islande. Ces �panchements seraient responsables du dessin altern� des anomalies magn�tiques dispos�es parall�lement aux cr�tes.</p><p>Parfois incorpor�s � des s�diments d��paisseur variable, ils constituent la</p><p>� couche 2 �.</p><p>Mais la dorsale n�est pas qu�un</p><p>�panchement, elle est �galement un ph�nom�ne tectonique. D�abord parce qu�elle correspond � une remont�e des assises profondes de l��corce terrestre : les basaltes reposent sur un substratum qui serait constitu� d�une p�ridotite � serpentinis�e � formant la</p><p>� couche 3 � (ou oc�anique, la vitesse du son y �tant �gale � 6,7 � 0,3 km/s).</p><p>Elle est soutenue par un grand bombement du manteau sup�rieur</p><p>(v = 8,1 � 0,3 km/s). Dans la zone de cr�tes, on a constat� la pr�sence d�une assise interm�diaire (v = 7,1 � 7,6 km/s) remontant au travers du manteau et de la couche 3. Mais, de plus, les d�crochements qui affectent la dorsale sont interpr�t�s comme des failles vivantes appartenant � de grandes zones de fractures z�brant le fond de l�Atlantique.</p><p>Toute la zone de cr�tes est secou�e de s�ismes aux foyers peu profonds, signes d�une instabilit� propre aux r�gions terrestres en cours d��volution.</p><p>Les sp�cialistes ne sont pas parvenus � un accord quant � l�origine de la cha�ne sous-marine. Divers auteurs estiment que l�Atlantique est n� de mouvements verticaux engendr�s par une ascendance de convection amenant des injections de magmas profonds vers la surface, sous l�emplacement de</p><p>l�axe de la dorsale, correspondant � un gigantesque bombement de la cro�te terrestre. � l�autre extr�mit� du syst�me de convection se produirait une descente de la cro�te contre les arcs insulaires am�ricains ou les blocs pr�-</p><p>continentaux. Mais, pour d�autres chercheurs, la vall�e axiale est la cicatrice d�une ouverture progressive du fond de l�Oc�an, chaque b�illement ayant donn� lieu � de nouvelles �missions de laves repoussant les coul�es ant�rieures vers les marges. L��largissement progressif de la dorsale, mat�rialis� par les rubans des anomalies magn�tiques, suppose donc une expansion de tout l�Atlantique et un �cart�lement des continents, initialement soud�s. La d�rive ne semble pas avoir connu un mouvement continu : aux endroits s�-</p><p>parant des r�gions de vitesses d�expansion diff�rentes, la dorsale est d�bo�t�e par des � failles de transformation �, o� l�on enregistre les secousses telluriques les plus violentes. Les reconstitutions de l�assemblage continental initial comme les �tapes de la disjonction ne sont pas encore arr�t�es. On admet que la vitesse d�expansion des fonds de downloadModeText.vue.download 506 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1043</p><p>l�Atlantique varie autour de quelques centim�tres par an.</p><p>y Les bassins. De part et d�autre de la dorsale existe une double cha�ne de d�pressions, subdivis�es en bassins par des seuils. On y distingue trois parties.</p><p>Pr�s des continents, les portions les plus planes sont les plaines abyssales, parfois reli�es entre elles par des passes (par exemple, la passe Theta, entre les plaines abyssales de Gascogne et d�Ib�rie, et la passe de la Vema, entre les plaines Hatteras et Nares). Elles sont remblay�es par des d�p�ts parfois grossiers, associ�s � des mollusques d�eau peu profonde, apport�s par des courants de turbidit�.</p><p>Par leur �paisseur, ces � turbidites �</p><p>masquent les in�galit�s ant�rieures du soubassement.</p><p>La p�riph�rie des plaines abyssales est faite de reliefs montueux, sans orientation pr�dominante, o� les s�diments �pais paraissent avoir �t� d�form�s lors de l�expansion des dorsales.</p><p>Parfois, ces reliefs sont h�riss�s de c�nes, comme les montagnes Kelvin et Corner dans le bassin nord-am�ricain. Seul le bassin argentin para�t avoir �t� �pargn� par ces d�formations tectoniques.</p><p>Les seuils sont des hauts-fonds en forme de segments unissant les dorsales aux pr�continents. Ils servent de limites naturelles aux bassins et appartiennent � plusieurs cat�gories.</p><p>a) Certains sont en r�alit� le prolongement des structures continentales, qui sont orn�es d�apophyses ; c�est le cas du seuil de Terre-Neuve.</p><p>b) D�autres sont de nature volcanique, comme les seuils de S�o Roque et du Cap, et h�riss�s de pitons, dont les sommets atteignent parfois seulement quelques dizaines de m�tres sous la surface de la mer, comme ceux qui sont situ�s au large du Portugal et du Maroc. Plusieurs �difices volcaniques sont construits sur le prolongement naturel des failles de transformation affectant la dorsale.</p><p>c) Enfin, d�autres seuils sont des barri�res massives apparemment form�es d�anciens lambeaux de continents isol�s par des fractures : c�est le cas des seuils des F�ro�, du cap Vert, du Rio Grande ou de Walvis. Le volcanisme y est depuis longtemps inactif, et la s�ismicit� faible.</p><p>Les bassins et les seuils</p><p>Mis � part les deux � m�diterran�es �</p><p>(M�diterran�e et mer des Cara�bes avec le golfe du Mexique), dont l�origine est diff�-</p><p>rente, les bassins proprement oc�aniques peuvent �tre r�partis en deux ensembles.</p><p>Les bassins occidentaux</p><p>y bassin du Groenland (3 830 m), entre les seuils de Nansen (fosse du Fram, 5 335 m) et du Groenland (d�troit du Danemark, environ 1 000 m) ;</p><p>y bassin Labrador-Terre-Neuve (5 819 m), entre les seuils Groenland-Canada et Labrador-Terre-Neuve ; la partie centrale est occup�e par une plaine abyssale prolong�e par un ca�on ;</p><p>y bassin nord-am�ricain, form� de trois grandes plaines abyssales (Sohm, 6 794 m ; Hatteras, 6 399 m ; Nares, 6 995 m) communiquant par des passes (passe Vema), dispos�es autour du seuil des Bermudes, prolong� par les montagnes Kelvin (878 m) et Corner (1 148 m) ; la ride des Bahamas s�pare la plaine de Nares de la fosse de Porto Rico (9 209 m) ;</p><p>y bassin des Guyanes, constitu� de deux plaines abyssales (de Demerara, 5 443 m ; du Ceara, 6 399 m) s�par�es par l�accumulation sous-marine �difi�e par l�Amazone et le seuil de Bel�m (677 m) ;</p><p>y bassin du Br�sil, situ� entre les seuils de S�o Roque (�le de Fernando de Noronha et atoll das Rocas) et du Rio Grande ; les plaines abyssales de Recife (6 164 m) et de Martin Vaz (6 027 m) sont s�par�es par une cr�te �troite portant les �les de Trinidad et de Martin Vaz (Br�sil) ;</p><p>y bassin argentin, tr�s large, occup� � l�ouest par une �troite plaine abyssale (6 212 m) ; au sud, la ride des Falkland isole la fosse des Sandwich du Sud (8 264 m) ; y bassin atlantico-antarctique, en partie occup� par la plaine abyssale de Weddell.</p><p>(V. Antarctique.)</p><p>Les bassins orientaux</p><p>y bassin de Scandinavie, avec la plaine abyssale de Norv�ge, limit� au sud par le seuil F�ro�-Islande, prolong� vers le sud par une suite de bancs, dont les bancs Porcupine et Rockall ;</p><p>y bassin ouest-europ�en, compos�, au nord, de trois plaines (Porcupine, plus de 5 000 m ; de Gascogne, 5 365 m ; ib�-</p><p>rique, 5 708 m) reli�es par des passes (passe Theta) et, au sud du banc de Galice (565 m), par une cha�ne de petites plaines (du Tage, 5 402 m ; Horseshoe, 5 633 m ; Seine, 4 603 m) isol�es par des hauts-fonds (bancs : Jos�phine, 150 m ; Gorringe, 33 m ; Amp�re, 40 m ; Seine, 183 m) prolongeant vers l�est le seuil portant Mad�re ;</p><p>y bassin ouest-africain, avec les plaines abyssales de Mad�re (6 578 m) et du Cap-Vert ; pass� le seuil du Cap-Vert, les plaines de Gambie (5 300 m) et de Sierra Leone (6 040 m), qui entourent le seuil de Sierra Leone (1 109 m) ;</p><p>y bassin de Guin�e (5 222 m), limit� � l�est par le seuil du m�me nom (2 247 m) ; y bassin d�Angola, au nord du seuil de Walvis (892 m) ;</p><p>y bassin du Cap (5 220 m), jusqu�au seuil du m�me nom (banc Schmidt-Ott, 1 555 m), qui le s�pare du bassin Agulhas, qui appartient � l�oc�an Indien.</p><p>L�eau et la vie atlantiques</p><p>L�eau dans l�oc�an Atlantique est soumise � deux influences dynamiques principales.</p><p>L�une est astronomique. C�est une attraction engendrant une onde de mar�e dont le rythme est semi-diurne (sur la fa�ade europ�enne) ou mixte � pr�dominance semi-diurne (sur les fa�ades nord-am�ricaine et argentine). L�onde semi-diurne l�emporte donc, car l�Atlantique, trop profond et trop �troit, ne tol�re pas une oscillation quotidienne. Seuls les golfes du Mexique et de Finlande connaissent une mar�e diurne. Dans l�h�misph�re austral, l�onde de mar�e progresse vers le nord tout en augmentant graduellement d�amplitude, dont le maximum est atteint au passage de l��tranglement �quatorial. Pass�e dans notre h�misph�re, l�onde adopte un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d�une montre. Dans les mers bordi�res comme celles de l�Europe du Nord-Ouest, elle devient progressive et se r�sout en petits circuits de circulation autonome.</p><p>L�autre influence est atmosph�rique.</p><p>� partir des masses anticycloniques (une pour chaque h�misph�re), qui oscillent autour d�une position moyenne selon les saisons, les vents soufflent vers les r�gions de basses pressions, constitu�es d�une part par les cellules �quatoriales ou les aliz�s, affluant le long du front intertropical, d�autre part par les zones subpolaires, occup�es par</p><p>un front o� naissent et circulent des trains de d�pressions activement creus�es. Si les cellules de hautes pressions entretiennent un climat sec, parfois brumeux, car fortement �vaporatoire, les r�gions � d�pressionnaires � sont au contraire pluvieuses (plus de 2 m de pluies dans les latitudes �quatoriales) et fortement perturb�es, surtout dans l�h�misph�re Sud. Tout le syst�me m�-</p><p>t�orologique ainsi d�crit subit un balancement saisonnier dont l�amplitude est plus grande dans l�Atlantique Nord, beaucoup plus � continentalis� �.</p><p>y Les masses d�eau. Les nuances r�-</p><p>gionales du bilan thermique de l�eau de surface ne sont pas directement transcrites dans les caract�ristiques des masses d�eau atlantiques � cause de l�importance des �changes tant verticaux qu�horizontaux.</p><p>Au point de vue thermique, on consid�re que l�Atlantique Nord est le plus chaud, car il est moins ouvert � la p�n�tration des eaux polaires et plus</p><p>� continentalis� � ; mais il doit surtout son avantage � l�arriv�e des eaux de l�h�misph�re Sud, d�tourn�es vers le nord par le cap S�o Roque. L�Atlantique conna�t donc, � cause de sa forme, un important transfert �nerg�-</p><p>tique en faveur de l�h�misph�re bor�al.</p><p>En outre, un contraste est-ouest vient encore compliquer la disposition zonale des masses d�eau : aux latitudes hautes et moyennes, la temp�rature est plus basse le long des c�tes am�ricaines, soumises � l�influence de courants venus des p�les. C�est l�inverse qui se produit aux latitudes tropicales downloadModeText.vue.download 507 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1044</p><p>et subtropicales, o� les courants frais et les mouvements d�ascendance</p><p>(upwelling) pr�dominent sur la fa�ade africaine. Si l�on met � part les r�gions c�ti�res, o� l�oscillation thermique annuelle est tr�s forte, on distinguera pour la haute mer les masses d�eau suivantes, class�es selon la valeur de l�amplitude : les eaux froides, o� les variations sont les plus faibles, car la fonte de la glace de mer vient consom-</p><p>mer le surcro�t de la radiation estivale ; les eaux tropicales, les plus chaudes, mais qui ne connaissent qu�une amplitude restreinte, � l�image de celle de l�air ; les eaux temp�r�es, qui subissent les plus grands �carts saisonniers.</p><p>Ces deux derni�res masses d�eau, �paisses d�environ 400 m, sont superpos�es aux eaux froides, qui occupent tout le reste du lit oc�anique : le contact est exprim� en surface par un front hydrologique (dit � polaire �) et en profondeur par une couche de saut (ou thermocline).</p><p>L�Atlantique est le plus sal� des oc�ans (37,5 p. 1 000). C�est l� un trait essentiel de l�oc�anographie mondiale qui peut para�tre paradoxal si l�on compare sa capacit� restreinte et l�extension des r�gions drain�es. Une telle anomalie s�explique par l�arriv�e d�eau m�diterran�enne � forte salinit� et par le fait que l�eau puis�e par l��vaporation est export�e au-del� des limites des bassins fluviaux affluents. Sauf pour les plates-formes situ�es devant les grands fleuves, les variations de la salinit� de surface demeurent faibles.</p><p>C�est dans les r�gions anticycloniques soumises � une forte �vaporation que l�on rencontre les eaux les plus sal�es.</p><p>Par contre, les pluies et les abondants apports fluviaux de la zone �quatoriale favorisent la formation d�une eau peu sal�e (moins de 35 p. 1 000). Un second minimum, beaucoup plus marqu�, appara�t dans les moyennes et hautes latitudes, o� l��vaporation est faible et les pr�cipitations copieuses (dans le bassin polaire, la salinit� peut descendre tr�s en dessous de 30 p. 1 000).</p><p>En profondeur, les eaux ont des salinit�s faibles et constantes (entre 34,6 et 34,9 p. 1 000), identiques � celles des zones froides, dont elles proviennent.</p><p>y Les courants. Les caract�ristiques des masses d�eau traduisent leur d�-</p><p>placement vers les basses latitudes le long de l�Afrique et un mouvement en sens inverse en bordure de l�Am�-</p><p>rique. Une telle circulation, directement calqu�e sur celle des vents et influenc�e localement par la forme du vase oc�anique et par l�augmentation de l�effet de la force de Coriolis</p><p>avec la latitude, adopte une disposition simple autour de deux cellules, dont la plus importante est situ�e dans notre h�misph�re : une masse d�eau chaude � grande vitesse est pouss�e vers l�Europe par les vents d�ouest (Gulf Stream, d�rive nord-atlantique), d�o� une partie des eaux revient vers les tropiques, puis de nouveau vers l�ouest sous l�impulsion des aliz�s.</p><p>Les deux cellules atlantiques sont s�par�es par un contre-courant �quatorial dirig� vers l�est.</p><p>En haute mer, ce sch�ma d�ensemble ne peut �tre perturb� par les courants de mar�e, qui sont encore faibles, puisque l�onde y a une amplitude inf�-</p><p>rieure � 1 m et m�me � 0,20 m devant le Br�sil du Sud et Porto Rico. Par contre, ces courants dominent sur les marges pr�continentales, principalement dans les d�troits, derri�re les �les et dans le fond des grandes baies.</p><p>L�Atlantique est perturb� par des temp�tes de deux types. Les unes sont engendr�es dans les r�gions subpolaires, dans le lit des d�pressions migrant vers l�est ; les plus fortes sont celles de l�h�misph�re Sud, dont les houles se propagent jusque dans le golfe de Guin�e. Les autres temp�tes se d�veloppent en fin d��t� devant les c�tes nord-am�ricaines, lors des passages des ouragans.</p><p>En profondeur, la circulation est conditionn�e par l�enfoncement des eaux denses (arctiques et antarctiques) au contact des fronts hydrologiques polaires. Il en r�sulte une stratification de masses d�eau progressant en des directions oppos�es. Certaines viennent du sud. C�est d�abord l�eau antarctique interm�diaire, lourde, car froide, qui chemine sous les eaux temp�r�es, puis tropicales jusque vers 20� N. C�est ensuite l�eau antarctique de fond, lourde, car sal�e, form�e en mer de Weddell, dont la plus grande part emprunte les bassins occidentaux jusqu�au sud de Terre-Neuve ; elle p�n�tre dans l�Atlantique oriental � la faveur des br�ches de la dorsale, comme la fosse de la Romanche. Une branche secondaire s��coulant vers l�Afrique australe voit sa progression bloqu�e par la dorsale de Walvis. En sens inverse</p><p>s��coule l�eau arctique de fond, refroidie lors des rudes hivers de la mer de Norv�ge et qui d�borde au-dessus du seuil �cosse-Groenland pour lentement se r�pandre jusqu�� l�Antarctide.</p><p>Au sud du Groenland, l�eau arctique interm�diaire vient se glisser vers 2 000-3 000 m sous son homologue antarctique ; pass� 40� S., elle remonte vers la surface et est alors d�nomm�e</p><p>� eau antarctique circumpolaire �.</p><p>Compar� aux autres oc�ans, o� les migrations profondes demeurent toujours embryonnaires, l�Atlantique se caract�rise par un actif �change en latitude. Cette originalit� a une double cause : il est le seul oc�an o� les eaux arctiques ont largement acc�s ; il pr�-</p><p>sente la particularit� unique de voir affluer vers l�h�misph�re Nord des downloadModeText.vue.download 508 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1045</p><p>eaux australes provoquant un mouvement compensatoire profond dirig� vers le sud. En cons�quence, les eaux profondes sont plus riches en oxyg�ne et en produits nutritifs. Si un tel processus de renouvellement n�est pas �gal pour tous les bassins atlantiques, puisqu�on a signal� des r�gions o� les eaux demeurent confin�es (comme dans la fosse de Cariaco, au nord du Venezuela), cela n�affecte en rien l�ampleur d�une circulation qui conf�re � l�Atlantique un r�le essentiel dans la balance hydrologique de l�oc�an mondial.</p><p>y La vie atlantique. C�est dans les eaux superficielles, et particuli�rement celles des plates-formes continentales, que les ph�nom�nes vitaux connaissent leur plus grand d�veloppement, gr�ce � la p�n�tration des radiations solaires (permettant la fonction chlorophyllienne) et � l�arriv�e de substances n�cessaires � la vie. Pour certaines r�gions de l�Atlantique, comme au large de la Norv�ge, on a pu mettre en relation la richesse de la p�che et le total des pr�cipitations, la chute des particules entra�-</p><p>n�es vers la mer �tant ralentie par la stratification favorable des eaux.</p><p>La vie aquatique rev�t deux formes essentielles : ce sont d�une part des champs d�algues, qui peuvent vivre jusqu�� plusieurs dizaines de m�tres (50 m dans la Manche, mais plus</p><p>de 180 m dans les eaux plus claires, comme celles de la M�diterran�e) ; d�autre part, du plancton forme de v�ritables prairies flottantes, tr�s abondantes dans les eaux froides, au voisinage des fronts polaires. Les poissons p�lagiques qui fr�quentent ces eaux sont soumis � des migrations conditionn�es par la densit� planctonique et les multiples nuances dans la r�partition des temp�ratures.</p><p>Toutefois, les r�serves alimentaires de surface s��puisent vite : aussi, les r�gions de l�Atlantique o� la production organique primaire est le plus importante sont celles o� les eaux froides profondes (de fond ou interm�diaires), plus riches en oxyg�ne, en nitrates et en phosphates, peuvent remonter vers la surface et y entretenir une �closion planctonique permanente ou saisonni�re. Les aires marines soumises au brassage par convection thermique (comme dans les moyennes latitudes), � l�upwelling (courants des Canaries ou de Benguela) ou aux ph�nom�nes de divergences (�quatoriales et antarctiques) constituent des zones de p�che activement prospect�es.</p><p>Largement brass�es, les plates-</p><p>formes de l�Atlantique sont recouvertes de s�diments d�tritiques terrig�nes (en partie quaternaires), compl�t�s par des apports actuels remani�s par les houles et les courants. Mais, en dessous de 200 m, les fonds sont aliment�s par une pluie continuelle de particules terrig�nes ou planctoniques.</p><p>Parmi les premi�res, il convient de signaler les sables transport�s par les aliz�s, puis par les courants jusqu�� la dorsale, ou les produits volcaniques, donnant des boues sp�ciales, comme dans les parages des grands archipels (les Canaries, les A�ores ou les �les du Cap-Vert).</p><p>Les tests d�organismes p�lagiques tomb�s sur le fond constituent des boues biog�nes, regroup�es en deux cat�gories. Les unes sont calcaires, essentiellement repr�sent�es par des</p><p>boues � globig�rines abondantes dans l�Atlantique oriental ; les boues � pt�-</p><p>ropodes sont rares. Les autres boues sont siliceuses, faites de tests de diatom�es, dont l�extension est restreinte � une zone virtuellement continue dans les r�gions temp�r�es australes. Dans les bassins occidentaux, plus profonds et parcourus par des eaux polaires, les tests calcaires sont dissous avant d�atteindre le fond et forment une boue brun�tre connue sous le nom d�argile rouge.</p><p>Au pied des pr�continents, les s�diments terrig�nes remis en suspension par des �boulements, des secousses telluriques ou des apports turbides de grands fleuves sont entra�n�s par des courants de boue et d�pos�s en lits alternant avec des d�p�ts p�lagiques : ce sont les turbidites.</p><p>L�Atlantique offre un int�r�t humain consid�rable. Son riche plancton permet une p�che active, dont les prises repr�sentent la moiti� de toutes celles qui sont effectu�es dans les mers du globe. En grande partie localis�es dans les eaux pr�continentales, les grandes zones de p�che se r�partissent comme suit : Atlantique du Nord-Est, 48 p. 100 ; mers bordant l�Am�rique du Nord, 26 p. 100 ; Atlantique oriental, 15 p. 100 ; Atlantique austral, 11 p. 100. Mais l�oc�an Atlantique unit surtout des civilisations ayant entre elles des affinit�s qui tiennent � une histoire commune (coloniale pour partie) et � l�interp�n�tration croissante des relations et des syst�mes �conomiques et sociaux.</p><p>Dans l�Atlantique Nord, bord� de r�gions tr�s peupl�es et industrialis�es, s�est donc �tablie la plus intense circulation maritime et a�rienne du monde � partir d�un tr�s dense r�seau de ports et d�a�rodromes. Sur ce grand axe de l��conomie mondiale viennent se greffer d�autres routes, entre autres celles qui proviennent de r�gions tropicales alimentant en produits agricoles et miniers les grands foyers industriels de l�h�misph�re Nord. Ce trafic, qui repr�-</p><p>sente 70 p. 100 des �changes mondiaux maritimes, b�n�ficie de conditions extr�mement favorables : �quipement et capacit� des flottes maritimes et</p><p>a�riennes, extension des cha�nes de radionavigation, perfectionnement du r�seau de t�l�communications (c�bles t�l�phoniques, satellites artificiels), installation d�un r�seau de surveillance et de pr�visions m�t�orologiques assurant la s�curit� des routes.</p><p>La surveillance</p><p>de l�Atlantique</p><p>La connaissance du comportement de l�Atlantique et de son atmosph�re est n�-</p><p>cessaire pour assurer la s�curit� des routes maritimes et a�riennes. Sur l�Atlantique, les observations sont recueillies par : y les services hydrographiques des pays riverains, dont le plus actif est l�United States Coast Guard and Geodetic Survey (U S C G S), qui s�occupe d�oc�anographie physique (houles, glaces), m�dicale (pollution, mar�e noire) et m�me militaire ;</p><p>y l�Organisation m�t�orologique mondiale (O. M. M.), qui fournit aux navigateurs la pr�diction des types de temps et des �tats de la mer.</p><p>Traditionnellement, les donn�es n�cessaires sont recueillies � l�aide de navires.</p><p>Pour sa part, l�U S C G S en poss�de 400, dont une partie est affect�e � la Patrouille des glaces (Ice Patrol), charg�e de la surveillance des icebergs dans l�Atlantique du Nord-Ouest. L�O. M. M. utilise les services de plusieurs centaines de navires s�lectionn�s et g�re le fonctionnement des N. M. S. (navires m�t�orologiques stationnaires), qui croisent en permanence autour de neuf positions remarquables de l�Atlantique Nord (points A, B, C, D, E, I, J, K et M).</p><p>Il n�en existe pas dans l�h�misph�re Sud : seuls les garde-c�tes am�ricains y effectuent quelques stations de longue dur�e.</p><p>La suppression de N. M. S. en 1975 est le signe d�un profond changement dans les m�thodes oc�anographiques. Pour les eaux c�ti�res, on a mouill� des bateaux-feux (comme en Baltique ou en mer du Nord) et, plus r�cemment, des plates-formes (comme au large des �tats-Unis, o� douze sont pr�vues). Mais de nombreux renseignements compl�mentaires sont fournis par des avions : 150 sont affect�s par l�U S C G S � l��tude des glaces et � leur d�rive. L�Oceanographic Air Survey Unit</p><p>est une escadrille sp�cialement organis�e pour la recherche oc�anographique et notamment pour mesurer la temp�rature des eaux, � l�aide d�un thermom�tre downloadModeText.vue.download 509 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1046</p><p>infrarouge. L�United States Oceanographic Office publie � l�intention des navigateurs un bulletin mensuel, The Gulf Stream, qui donne la position du courant au d�but et � la fin de chaque mois, et les trac�s moyens au cours de cette p�riode. Dans les r�gions tropicales, l�escadrille des � chasseurs de cyclones � est charg�e de surveiller le dynamisme et le d�placement des ouragans ; c�est � elle que furent confi�es les diverses tentatives faites au large des Grandes Antilles pour r�duire par ensemencement l�instabilit� des cyclones. De plus en plus, on a recours aux satellites artificiels, dont le r�seau sera compl�t� par celui de bou�es automatiques. Toutes les donn�es sur l�Atlantique sont transmises au Centre oc�anographique de Washington, qui en assure l�archivage sous forme d�enregistrements magn�tiques.</p><p>Les r�gions atlantiques</p><p>Mis � part les r�gions �tudi�es avec les oc�ans arctique et austral, l�Atlantique, au sens strict, se partage en deux grandes zones g�ographiques.</p><p>L�Atlantique tropical</p><p>y A. Les r�gions arides. Les secteurs orientaux situ�s entre les �les Canaries et du Cap-Vert et au nord-ouest de l�Afrique australe forment des r�gions oc�aniques profond�ment originales � plus d�un titre.</p><p>Fait �trange � ces latitudes, ces r�gions sont occup�es par des eaux temp�r�es (mais qui sont consid�-</p><p>r�es comme froides sous ce climat, puisque leur temp�rature oscille entre</p><p>16 et 20 �C), anim�es par des courants (des Canaries et de Benguela) dirig�s vers les basses latitudes. En raison de l�importance de l�apport radiatif et de la limitation normale de l��vaporation au-dessus des eaux froides, le bilan thermique superficiel est positif. Mais la mince couche de surface ne parvient pas � se mettre en �quilibre thermique avec l�air, car elle est export�e � mesure par l�aliz� (du nord-est ou du sud-est) vers des r�gions plus tropicales. Elle est remplac�e par une eau plus froide venue des horizons imm�diatement sous-jacents : c�est l�upwelling. En apparence, toute l��nergie thermique est consomm�e en vain ; mais, comme, en fait, l�eau est entra�n�e vers l��quateur, il s�agit d�un transfert diff�r�.</p><p>Le transport r�alis� par les courants des Canaries et de Benguela (estim� � 16 millions de m3/s chacun) varie en de grandes proportions selon l�intensit� des vents, qui font varier les vitesses et les directions. Dans l�h�misph�re austral, la remont�e des eaux vers la surface semble plus r�guli�re, car elle est tr�s largement conditionn�e par la pr�-</p><p>sence du seuil de Walvis, qui contraint l�eau antarctique interm�diaire � se rapprocher de la surface.</p><p>L�affleurement des eaux plus</p><p>fra�ches sous un climat tropical a de nombreuses cons�quences. � leur</p><p>contact, la masse d�air se refroidit et, devenue plus lourde � la base, se stabilise : une inversion thermique d�altitude se forme, rendant toute convection difficile, sinon impossible. Les cumulus sont atrophi�s, car leur d�veloppement en altitude est bloqu�. En outre, l�air refroidi ne peut emmagasiner qu�une tr�s faible humidit�, qui se manifeste seulement sous la forme de vapeur, c�est-�-dire de brouillards.</p><p>Il s�agit donc de r�gions arides, prolongements oc�aniques des d�serts du Sahara et du Namib. Pendant l��t�, l�aliz� est le plus constant et est parcouru par des � ondes d�est � qui apportent loin en mer l�air torride et les sables du d�sert. Le reste de l�ann�e parviennent des perturbations d�riv�es des fronts polaires ou intertropicaux : l�air, anim� d�une ascendance forc�e sur les reliefs insulaires, y entretient la formation d�une couronne de nuages et</p><p>de pluies au-dessus de 1 000-1 500 m.</p><p>Parfois, ces irruptions provoquent de brutales pluies d�orage et des temp�tes aux effets aussi brefs que destructeurs.</p><p>La limite �quatoriale de ces r�gions conna�t un d�placement saisonnier. Au cours de l��t� bor�al, les eaux m�ridionales du courant des Canaries sont recouvertes par des eaux guin�ennes qui peuvent remonter jusqu�au cap Blanc : plus chaudes, elles sont responsables de la formation d�une petite saison humide au large de la Mauritanie du Sud, alors que l�aridit� s�vit dans les parages des Canaries. En hiver, l�inverse se produit, alors que les eaux froides (et la s�cheresse) descendent jusqu�aux �les Bissagos (Guin�e portugaise).</p><p>Les eaux froides et troubles interdisent la prolif�ration des coraux ; par contre, la force de l�upwelling a pour cons�quence une abondance en produits nutritifs et une extraordinaire richesse planctonique. Les poissons y pullulent et sont activement consomm�s par des hordes d�oiseaux de mer, qui viennent d�poser leurs fientes dans les lagunes c�ti�res (par exemple, le littoral du Namib). La p�che du thon et le chalutage, initialement pratiqu�s sur les bancs de Mauritanie (bancs d�Ar-guin entre autres) par des �quipages venus de la M�diterran�e ou du golfe de Gascogne, sont en partie assur�s � pr�sent par des flottilles locales. Les p�cheurs de l�Afrique du Sud, qui ne venaient au large du Namib que pour d�abondantes r�coltes de langoustes, downloadModeText.vue.download 510 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1047</p><p>diversifient de plus en plus leurs p�ches (sardine, maquereau) gr�ce � l�installation d�usines � Walvis Bay. La richesse de ces eaux attire chaque saison davantage les grands navires : cong�lateurs sovi�tiques, espagnols, italiens et surtout japonais ; les grandes compagnies nippones ont r�cemment bas� leurs flottilles de palangriers, de thoniers et de chalutiers par l�arri�re � Las Palmas (Grande Canarie), qui tend � devenir un des grands ports de la p�che atlantique. � terme, l�ancien petit artisanat</p><p>local est condamn� ; d�o� la tendance commune aux �tats riverains de reporter tr�s au large la limite des eaux territoriales afin de prot�ger la productivit� des fonds. Les ports tardivement cr��s (lors des grandes d�couvertes et de l�exploitation de l�Am�rique latine) sont devenus de grandes escales maritimes et a�riennes.</p><p>y B. Les calmes tropicaux. Ce sont deux r�gions en forme de trap�ze, celle de l�h�misph�re austral (avec les �les Ascension et Sainte-H�l�ne) �tant la plus vaste, puisqu�elle atteint presque l��quateur.</p><p>Elles se situent sur les marges tropicales des anticyclones, d�o� parviennent les aliz�s faibles, mais constants. Les anticyclones assurent la r�gularit� des types de temps qu�expriment la constance du ciel bleu, la savoureuse ti�deur de l�air et l�apaisement des houles. Cette tranquillit� est parfois troubl�e par le passage de cyclones (qui se forment entre 10� et 20� N.) ou d�ondes de d�pressions se d�pla�ant vers l�ouest, mais il ne s�agit que de br�ves perturbations.</p><p>La direction de l�aliz� explique la formation des deux courants appel�s nord-�quatorial et sud-�quatorial, dirig�s vers l�ouest. Ils ne sont pas sym�triques par rapport � l��quateur : pendant l�hiver (bor�al), ils se situent respectivement vers 15� N. et � la hauteur de l��quateur ; en �t�, tout le syst�me de courant est l�g�rement d�plac� vers le nord. Si le courant nord-�quatorial est parfaitement zonal, on constate pour celui du sud un vaste mouvement d��talement des eaux vers la pointe nord-est du Br�sil.</p><p>Les pluies sont rares, mais le climat n�est pas aride ; la chaleur de l�air entretient une intense �vaporation et un accroissement de la salinit�. La chaleur des eaux de surface, la faiblesse des contrastes saisonniers sont autant de facteurs contraires � un �change convectif avec les eaux plus profondes : comme le renouvellement en sels nutritifs est frein�, les r�gions des calmes tropicaux sont de v�ritables d�-</p><p>serts biologiques. La p�che y est donc</p><p>pratiquement inconnue.</p><p>Toutefois, la r�gularit� des vents a de tout temps favoris� les travers�es transoc�aniques, surtout depuis les grandes d�couvertes : la route des galions allait des Canaries vers Carthag�ne ou l�isthme de Panam�, tandis qu�au sud cinglaient les voiliers des n�griers venus du Congo ou de l�Angola. Sainte-H�l�ne et Ascension, d�couvertes par Jo�o da Nova en 1502, s�v�rement bord�es par de hautes falaises battues par de longues houles, n�ont plus l�importance qu�elles avaient � l��poque de la marine � voile.</p><p>Elles sont faiblement peupl�es (5 000</p><p>et 1 500 hab. respectivement), et le commerce y est en d�clin : les seules visites r�guli�res sont celles des tortues de mer, qui, chaque �t�, viennent d�poser leurs oeufs dans les sables chauds des gr�ves �troites.</p><p>y C. Les marges occidentales. Toute la r�gion comprise entre la Floride et 20� S., o� abord�rent les premiers d�couvreurs, constitue un domaine � part, � cause de la complexit� des fonds et de la touffeur du climat. Ce dernier est plus chaud, car la r�gion, soumise � une forte radiation, est baign�e par le flux de l�air venu de la face de l�anticyclone �pargn� par les coul�es polaires. Les temp�ratures sont toujours fortes tout au long de l�ann�e (amplitude insignifiante) : seules les brises de terre et de mer parviennent � rendre agr�ables certains rivages ; lorsqu�elles cessent, la chaleur devient vite accablante et le climat plus humide, puisque l�air y parvient apr�s un tr�s long parcours oc�anique, au cours duquel il est devenu plus instable. Les pluies sont alors copieuses, surtout sur les reliefs des �les et les rivages tourn�s vers l�est (�les � au vent �). Les eaux chaudes qui viennent de l�est connaissent deux types de circulation :</p><p>a) Le domaine guyano-br�silien n�a pas les eaux les plus chaudes et les plus sal�es, car les pluies (aux r�gimes complexes et vari�s) y sont abondantes et les d�bits des fleuves volumineux.</p><p>Le courant sud-�quatorial se partage en deux branches de part et d�autre du cap S�o Roque. Vers le sud, c�est le cou-</p><p>rant du Br�sil, lent (de 0,50 � 1 m/s) et peu �pais (de 100 � 200 m). Vers le nord, c�est le courant des Guyanes, dont la temp�rature est pratiquement constante (26 �C en f�vrier et 28 �C en novembre), mais o� la salinit� varie entre 35 et 36,5 p. 1 000, notamment lorsque son cours emprunte la plateforme continentale, o� les eaux sont dessal�es par les apports de l�Amazone.</p><p>downloadModeText.vue.download 511 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1048</p><p>Les eaux sont troubles au printemps et en �t�, surtout au large des Guyanes.</p><p>La concentration en sels nutritifs et en plancton est faible, sauf au voisinage des parties agit�es de la plate-forme et dans les baies vigoureusement parcourues par des courants alternant selon les saisons. Aussi, dans l�ensemble, la p�che est limit�e, archa�que ou artisanale. Les vases, transport�es souvent tr�s loin, jouent un grand r�le dans la s�dimentation de la plate-forme et la construction d�immenses plaines alluviales, mar�cageuses et inondables, ceintur�es par des cordons dunaires ou des lev�es littorales successives colonis�es par les pal�tuviers. Les ports sont rares, car leur construction se heurte � de difficiles probl�mes de drainage.</p><p>b) Le domaine de la � m�diterran�e am�ricaine � (mer des Antilles et golfe du Mexique) est beaucoup plus compliqu�, � cause du morcellement des terres entre les deux parties du Nouveau Monde. Ce sont des mers bor-di�res ceintur�es d�arcs insulaires et o� l�on observe tous les sympt�mes de la vie profonde de l��corce terrestre : �ruptions sous-marines, s�ismes au voisinage des fosses. Ce sont des mers presque ferm�es (les mar�es y sont faibles, sauf dans les � canales �</p><p>unissant les divers bassins), des mers � seuils. La progression des eaux polaires en profondeur (sur le fond, eaux arctiques couvertes par les eaux antarctiques interm�diaires, toutes deux peu sal�es) est soumise � de s�v�res limitations : ces eaux ne peuvent franchir les seuils successifs que lorsqu�elles y acqui�rent une densit� suffisante pour p�n�trer par � cascading �. On</p><p>constate donc un ralentissement des eaux et m�me un confinement dans les parties les plus profondes de la mer des Antilles : dans le bassin de Cariaco (1 390 m), isol� par un seuil de 150 m, persistent � certaines p�riodes des conditions ana�robies, c�est-�-dire que l�oxyg�ne dissous y est remplac� par de l�hydrog�ne sulfur�. En surface, les eaux p�n�trent par les d�troits situ�s au sud des Petites Antilles o� s�engouffrent 26 millions de m�tres cubes d�eau par seconde venant du courant des Guyanes, mais surtout du courant nord-�quatorial. L��coulement se fait vers l�ouest sous l�impulsion des vents dominants, avec des acc�-</p><p>l�rations au passage des d�troits (par exemple, dans le � canal � de Yucat�n) ou des �panouissements dans les bassins, o� les courants affectent la forme de tourbillons, dont certains manifestent une relative permanence (comme ceux du golfe du Mexique).</p><p>L�eau chaude (20 �C) et sal�e (de 36,5</p><p>� 37 p. 1 000) est couverte par l�eau dessal�e sous l�effet des apports fluviatiles (notamment le Mississippi). Partout, la salinit� de la couche de surface varie saisonni�rement selon l�intensit� des pluies ou la force des vents, qui, au voisinage des c�tes, favorisent la remont�e des niveaux plus sal�s.</p><p>C�est sur les eaux tr�s chaudes que sont engendr�s ou r�g�n�r�s en �t� les cyclones, qui, selon un classique parcours hyperbolique, se dirigent vers la c�te sud des �tats-Unis, provoquant sur leur passage des pluies torrentielles et des ondes destructrices ravageant les c�tes basses. Le golfe du Mexique appara�t comme un v�ritable r�servoir de chaleur, o� l�eau s�accumule, puis s��chappe par le courant de Floride (d�bit estim� � 26 millions de m3/s).</p><p>Sur les immenses plates-formes bordant les d�troits (bancs de Campeche, des Bahamas), le brassage des eaux offre des conditions propices au d�veloppement des organismes calcaires, comme les coraux, dont les d�bris jouent un r�le essentiel dans la morphos�dimentologie des fonds marins. C�est dans ces parages que se d�veloppe une tr�s active p�che des crustac�s. Plus au large et particuli�rement dans les sec-</p><p>teurs d�upwelling (par exemple, devant le Venezuela), la p�che de la sardine et le chalutage de la crevette sont pratiqu�s. L�exploitation des ressources de la mer est tr�s r�cente, car celles-ci furent ignor�es des Espagnols, qui domin�rent ces eaux pendant plusieurs si�cles. Les c�tes basses, sem�es de lagunes au r�gime hydrologique calqu� sur celui des pluies ou de marais originellement infest�s de fi�vres, �taient des milieux d�autant plus hostiles � l�occupation humaine que leurs abords �taient rendus instables par l�intensit� de l�accumulation delta�que et dangereux par les ravages p�riodiques des cyclones. Seuls d�actifs travaux de drainage et d�assainissement et l�instauration d�une grande politique d�acc�s portuaires ont permis le d�veloppement de l��conomie. Les trois grands ports de p�che de Cameron, d�Empire (Louisiane) et de Pas-cagoula (Mississippi) sont alors devenus les tout premiers des �tats-Unis : depuis la Seconde Guerre mondiale, la valeur de leurs prises (surtout dans le golfe du Mexique) a d�cupl�, le total repr�sentant plus du quart de la p�che aux �tats-Unis. Cet essor se manifeste dans la rivalit� opposant Am�ricains et Japonais, ces derniers ayant �tabli des bases de cong�lation � Porto Rico, � Ha�ti et � Cuba. Le p�trole, en partie puis� sur la plate-forme texane, raffin� en des usines g�antes et export� par des ports ultra-modernes (Mexique, Texas), demeure l��l�ment essentiel du commerce maritime r�gional.</p><p>y D. La r�gion �quatoriale. Elle correspond � la partie centrale de l�Atlantique, o� se r�alise la jonction des aliz�s, dont la convergence entra�ne l�ascendance des masses d�air �quatorial. Ces vents s�affrontent le long d�un front sinueux, parfois parcouru par des ondes venant de l�est ; mais, le plus souvent, ils aboutissent � des cellules de basses pressions (doldrums) o� soufflent des vents d�ouest. Partout, les vents sont faibles, et, jadis, downloadModeText.vue.download 512 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1049</p><p>les voiliers pouvaient y rester immobilis�s pendant des semaines.</p><p>L�originalit� hydrologique de la r�gion �quatoriale est l�existence d�un contre-courant portant vers l�est et appel� dans sa partie terminale, pr�s des c�tes africaines, courant de Guin�e.</p><p>Parmi les interpr�tations couramment invoqu�es (en plus de l�existence des vents d�ouest), signalons la r�flexion des courants �quatoriaux contre les c�tes am�ricaines, la formation d�une surface isobarique en pente vers l�est par suite de l�accumulation de l�eau pouss�e par les aliz�s, la diff�rence d�apport entre les deux h�misph�res, engendrant un vide relatif sous l�effet du d�tournement des eaux australes vers le courant des Guyanes.</p><p>Ce courant zonal est encastr� entre deux divergences situ�es sous les marges des courants nord- et sud-</p><p>�quatoriaux, et qui se signalent sur les coupes par la remont�e de la thermocline et un abaissement de la temp�-</p><p>rature de surface. Sous la divergence sud-�quatoriale, on a pu mettre en �vidence l�existence d�un sous-courant dit � de Lomonossov �, coulant vers l�est jusqu�� des profondeurs qui n�exc�dent pas 150 m. Ce sous-courant est lent (entre 0,70 et 1,10 m/s) et sinueux (grands m�andres au voisinage de l��quateur). Le contre-courant �quatorial a donc l�aspect d�un front o� se rencontrent les eaux mont�es dans les deux divergences. Sa vitesse varie entre 1 et 2 km/h, mais c�est au cours de l��t� bor�al qu�il est le plus rapide et le mieux individualis� ; il se situe alors entre 15� et 5� N., et principalement � l�est de 50� O. En hiver, d�port� vers le sud (entre 7� et 3� N.), il est plus lent et surtout d�velopp� � l�est de 25� O.</p><p>La faiblesse de la salinit� r�sulte de l�abondance des pluies et de la m�diocrit� de l��vaporation dans un air satur� et peu agit�. Il est normal que les eaux dessal�es connaissent leur plus grande extension au cours de la saison des pluies et des crues : c�est ce que l�on constate notamment devant les c�tes africaines, o� l�on peut suivre en mer le parcours des eaux sortant des grands fleuves comme le Congo (la salinit� tombe alors � 20 p. 1 000 devant les</p><p>c�tes gabonaises). Pendant les saisons interm�diaires, plus fra�ches, le l�ger accroissement de la salinit� est partiellement en relation avec des remont�es d�eau profonde au large du Gabon, de la C�te-d�Ivoire et du Gh&#x101;na.</p><p>Les produits nutritifs apport�s par les divergences se rassemblent dans l�axe du contre-courant, porteur d�un abondant plancton. La richesse en poissons est traditionnellement exploit�e par de petites collectivit�s de p�cheurs travaillant � bord de pirogues, comme les Fantis du Gh&#x101;na, qui vont p�cher la sardinelle en effectuant des campagnes lointaines, qui les am�nent jusqu�au nord de la Sierra Leone ou au large de l�Angola. Plus r�cemment sont apparus dans le golfe de Guin�e de grands navires-usines qui se livrent � la p�che du thon � partir des bases frigorifiques �tablies � Dakar, � Freetown, � Abi-djan et � Pointe-Noire. De m�me, de grandes flottilles sovi�tiques viennent pour y pratiquer un actif chalutage.</p><p>Chaque �tat riverain s�efforce, avec des fortunes diverses, de moderniser la p�che artisanale et de lancer de grands thoniers et chalutiers.</p><p>L�Atlantique temp�r�</p><p>y A. Les r�gions subtropicales. Si-tu�es entre les latitudes 30� et 40� N.</p><p>et S., elles assurent la transition entre les milieux tropicaux et temp�r�s, comme l�exprime l�alternance des masses d�air et des saisons. En �t� (bor�al), dans la partie orientale, prot�g�e par le centre de l�anticyclone des A�ores, ne parviennent que des vents ti�des et peu humides, tandis que dans l�ouest p�n�trent les influences pluvieuses tropicales. En hiver, les hautes pressions de l�est se retirent, se morcellent ou m�me disparaissent pour laisser le champ libre � une circulation atmosph�rique m�ridienne accompagn�e d�un renforcement des vents et d�un accroissement de la pluviosit�, comme au large des c�tes portugaises ; dans l�ouest se produit une reconstitution des hautes pressions dans le prolongement de celles de l�Am�rique du Nord, par arriv�e d�air polaire : les vents venant du nord apportent un air ti�de et instable (passage sur le Gulf Stream) ainsi que des</p><p>pluies abondantes, comme aux Bermudes. Dans l�h�misph�re Sud, on constate une oscillation similaire de la dorsale de hautes pressions.</p><p>L�amplitude thermique est donc plus accus�e qu�aux latitudes tropicales, mais une douceur printani�re y r�gne cependant une grande partie de l�ann�e (aux A�ores, la temp�rature moyenne annuelle est de 18 �C ; aux Bermudes, plus ouvertes aux influences tropicales, elle est de 21 �C). La nuance subtropicale du climat appara�t �galement dans la raret� des cyclones et des d�pressions n�es sur le front polaire, la parcimonie des pluies (moins de 500 mm par an au point E), sauf sur les reliefs insulaires, la bonne visibilit�, l�ennuagement restreint, l�absence de brouillards et le bleu profond des eaux, que ne troublent point les nuages de plancton. Ce caract�re �quivoque se retrouve dans les paysages insulaires, associant plantes temp�r�es et tropicales.</p><p>Comme la perte thermique par</p><p>rayonnement est faible et l��vaporation moyenne, les eaux ont un bilan positif et sont superficiellement ti�des et sa-l�es (de 36 � 37 p. 1 000). Leur circulation t�moigne �galement de la confrontation entre les influences polaires et les influences tropicales sous la forme d�un vaste mouvement tourbillonnaire dessin� de part et d�autre du front hydrologique subtropical, install� au contact des eaux chaudes et temp�r�es.</p><p>Deux types de r�gions apparaissent : sur les marges orientales (r�gions des A�ores, de Mad�re et du Cap) et sur les marges occidentales (r�gion des Bermudes).</p><p>Dans le premier type, les eaux, en expansion vers l�est sous la pouss�e des vents d�ouest, sont affect�es, au contact de l�Eurafrique, d�un mouvement de retour vers le sud aboutissant � faire dispara�tre le front subtropical : ce sont les courants du Portugal et du Maroc, r�guliers (moins de 1 km/h), compliqu�s dans le d�tail par l�intervention de deux ph�nom�nes :</p><p>1� Au passage devant le golfe de Cadix, les eaux sont sollicit�es par l�appel de la M�diterran�e, qui attire les couches superficielles franchissant</p><p>le d�troit de Gibraltar ; en �change, des eaux m�diterran�ennes plus lourdes p�n�trent dans l�Atlantique en profondeur et s�y �talent largement en �ventail. � la fin de l�hiver, quand l��vaporation est r�duite en M�diterran�e, le courant vers l�ouest est le plus important ; � la fin de l��t�, l�apport compensatoire venant de l�ouest l�emporte. Ce syst�me d��changes saisonniers peut �tre nuanc� par l�intervention de la mar�e (encore sensible dans le golfe de Cadix), du vent et des ondes internes ; 2� Au voisinage des c�tes, les eaux sont relativement plus fra�ches (13-14 �C au large du Portugal et 15-16 �C</p><p>dans les eaux marocaines), car elles sont repouss�es par des vents de terre.</p><p>Au large du Maroc, cet upwelling est le plus intense en �t� (p�riode s�che), avec formations de brouillards et rafra�chissement de l�air.</p><p>downloadModeText.vue.download 513 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1050</p><p>Une relation �troite existe entre l�abondance des prises de germon et la nettet� de cet upwelling : les eaux ib�riques et marocaines connaissent depuis plusieurs d�cennies un tr�s remarquable essor de la p�che gr�ce � l�activit� des Portugais et des Espagnols. Sur les c�tes du Maroc, l�abondance de la sardine a permis l�implantation de p�cheries et de conserveries importantes � Safi et � Agadir. Au large du Cap, le ca�on sous-marin favorise la remont�e des eaux et l��tablissement d�un fructueux secteur de p�che (notamment des crustac�s), fr�quent� par les navires du Cap, de Saint He-lena Bay, de Saldanha Bay et de Hout Bay pour le compte de grandes soci�-</p><p>t�s exportatrices. La fonction d�escale du Cap ne cesse de grandir ; celle des A�ores et de Mad�re a connu un relatif d�clin avec la disparition des grands voiliers et l�abandon de la route traditionnelle des Indes. Ces �les ne sont utilis�es comme escale a�rienne qu�en hiver.</p><p>Dans la r�gion des Bermudes, les eaux sont mues par un grand mouvement tourbillonnaire centr� sur la mer des Sargasses, caract�ris�e par</p><p>ses eaux chaudes (24 �C) et sal�es (plus de 37 p. 1 000). Cette mer tire son nom du rassemblement anormal d�algues brunes proches des fucus : certaines sont fix�es sur des fonds rocheux, d�autres forment des radeaux flottants soutenus par des v�sicules remplies d�air ; entra�n�es par le vent, elles s�amassent en longues tra�nes, qui finissent par s��chouer en d��pais coussins dor�s au voisinage des c�tes, o� l�enchev�trement des tiges g�ne la progression des navires et a fait craindre l��chouage aux compagnons de Colomb.</p><p>Ce milieu insubmersible qui brise les houles est biologiquement original, car il offre un habitat � la fois planctonique et benthique. Poissons, crapauds, crustac�s, mollusques aux �tranges formes d�algues y vivent en commensaux. Sur les c�tes des Bermudes se trouvent curieusement associ�s la mangrove, des atolls construits par les coraux, les vermets ou les serpuliens.</p><p>Si les p�cheurs sont rares, l�archipel est devenu un grand centre touristique et commercial.</p><p>y B. Les marges occidentales. Celles de l�h�misph�re Nord sont occup�es par un grand syst�me hydrologique ax� sur le Gulf Stream, qui s��coule en bordure du continent am�ricain depuis le d�troit de Floride jusqu�au seuil de Terre-Neuve. C�est un courant rapide et puissant (le second du monde), �tabli � la fa�on d�un front mettant en contact les eaux, ti�des et sal�es, du centre de l�Atlantique et les eaux, plus fra�ches et moins sal�es, form�es en bordure du continent. Il est donc remarquablement exprim� par un tr�s fort gradient de temp�rature et de salinit�. Son trac� est complexe, car il est soumis � des changements, p�riodiques ou non, tant en vitesse qu�en direction, prenant parfois l�aspect de v�ritables embard�es. Dans le d�tail, il se r�v�le de plus en plus sinueux vers l�aval, o� il se d�compose en filets ondulants et accol�s, voire en tourbillons presque autonomes.</p><p>Volumineuse masse d�eau chaude</p><p>transport�e sous des latitudes plus froides, le Gulf Stream est l�objet</p><p>d�une intense �vaporation, assurant un important transfert �nerg�tique aux masses d�air qui le surmontent. Au large de la Floride, le r�chauffement � la base permet la r�g�n�ration des cyclones tropicaux en marche vers le continent. Au sud de Terre-Neuve, l�antagonisme des masses d�air continentales et maritimes assure l�intensit� d�une frontogen�se dont les cons�-</p><p>quences sont grandes pour le climat de tout l�Atlantique Nord. Enfin, le Gulf Stream est une efficace barri�re contre les glaces qui d�rivent dans le courant du Labrador et sont une constante menace pour la circulation maritime.</p><p>Domaine form� par l�affrontement et le brassage de plusieurs masses d�eau fortement contrast�es, le Gulf Stream est une active zone de p�che, et singuli�rement la r�gion des grands bancs de Terre-Neuve, c�l�bre par sa richesse planctonique et l�abondance des poissons d�eau froide ou temp�r�e.</p><p>Parmi les premiers, la morue vient en t�te ; c�est d�ailleurs son abondance qui a attir� tr�s t�t les p�cheurs europ�ens en ces parages aux printemps rigoureux et toujours brumeux, et suscit� les premi�res fondations coloniales.</p><p>Les ph�nom�nes observ�s dans l�h�-</p><p>misph�re austral sont d�une ampleur plus r�duite. On y retrouve cependant la m�me convergence d�eaux venues des tropiques (dans le prolongement du courant du Br�sil) et d�rivant du courant circumpolaire (courant des Falkland). Avec les eaux septentrionales arrivent des masses d�air instables et pluvieuses. Le plancton y est pauvre et le poisson rare, comme au large du Br�sil. Mais toute la r�gion m�ridionale est occup�e par une des plus vastes plates-formes du monde, o� les courants de mar�e acqui�rent une grande importance : au sud de 40�, l�amplitude moyenne du marnage d�passe 4 m, et, au voisinage de Gallegos (Patagonie), on enregistre l�une des plus fortes mar�es du globe (18 m). Sur le R�o de La Plata, l�onde, parfois d�mesur�ment gonfl�e par des vents de sud-est, peut provoquer une inondation marine sur les rives de l�estuaire. Dans les secteurs o� s�affrontent eaux chaudes et eaux froides se produit un notable enrichissement en poissons, notamment</p><p>au large de la Patagonie, o� la p�che a connu un grand d�veloppement avec les grands chalutiers espagnols et italiens. Mar del Plata est devenu un port de p�che en plein essor.</p><p>y C. Les r�gions des vents d�ouest.</p><p>Elles peuvent �tre r�parties en deux grands ensembles.</p><p>a) La haute mer est affect�e par les vents circulant sur les fa�ades polaires des anticyclones. Dans l�h�misph�re Sud, il s�agit d�une zone �troite (entre 40� et 50�), o� les vents, constamment violents, participent � l�impulsion du grand courant circumpolaire et � l��tablissement d�une mer forte, o� la houle se propage sans obstacle. Dans notre h�misph�re, le rythme saisonnier est beaucoup plus accus� ; en hiver, la fr�-</p><p>quence des passages cycloniques entretient l�agitation de la mer, un ennuagement permanent, un temps pluvieux et parfois neigeux ; l��t�, pr�c�d� par un l�ger fl�chissement des pluies, am�ne un relatif apaisement des houles lors de la remont�e, d�ailleurs �ph�m�re, de la dorsale anticyclonique. Il s�agit de r�gions humides et fra�ches, mais o� le climat est plus rigoureux dans l�h�-</p><p>misph�re Sud qu�au large de l�Europe, o� s�effectue un transfert d�eau ti�de jusqu�au nord du cercle polaire. C�est la d�rive nord-atlantique, n�e de l��talement vers le nord-est des eaux issues du Gulf Stream. Son mouvement est rendu plus complexe par la formation de divergences locales, de tourbillons, de contre-courants, de branches individuelles, dont la plus importante franchit le seuil �cosse-F�ro�, au-del� duquel elle porte le nom de courant de Norv�ge.</p><p>Pour la plus grande partie de l�ann�e, les pr�cipitations (en partie neigeuses) exc�dent l��vaporation : la salinit� se situe donc en dessous de la moyenne atlantique, comme au large de la Norv�ge, o� se forme une eau superficielle, aliment�e par les fusions des neiges scandinaves. Migrant en des aires g�ographiques parfaitement d�limit�es, le hareng et la morue, esp�ces d�eau fra�che et peu sal�e, sont couramment p�ch�s au large de la Norv�ge et de l��cosse.</p><p>downloadModeText.vue.download 514 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1051</p><p>b) Les mers bordi�res diff�rent sensiblement du pr�c�dent ensemble sous l�effet des conditions g�ographiques locales. Le r�gime des courants y est diversifi� � l�extr�me en raison de l�instabilit� des types de temps. Lorsque les conditions sont favorables, comme devant les c�tes basses, les temp�tes peuvent produire de brutales sur�l�vations du niveau de la mer, provoquant la rupture des digues prot�geant polders et marais (golfe de Gascogne, mer du Nord et Baltique). Contre les c�tes �lev�es, on assiste fr�quemment � un renforcement des gradients isobariques et � une acc�l�ration des vents, comme devant le cap Finisterre ou les c�tes �cossaises. Les mers bordant l�Europe sont d�autant plus dures que les courants de mar�e voient leur r�le accru en raison de la faiblesse des profondeurs, de l�importance des seuils et de l��troitesse des d�troits ; la navigation y est souvent difficile, parfois dangereuse. L�apport d�eau douce provoque un tr�s sensible fl�chissement de la salinit�, surtout en Baltique, qui fonctionne comme un immense estuaire.</p><p>Dans ces mers agit�es, le remaniement des fonds et le constant apport de sels min�raux entretiennent un riche plancton. Parmi les plus poissonneuses de l�Atlantique, elles sont le lien naturel entre des r�gions industrielles et des ports qui comptent parmi les plus actifs du monde.</p><p>y D. Les r�gions subpolaires. Elles forment d��troites zones allong�es le long des fronts hydrologiques polaires, o� convergent les eaux peu sal�es et froides, parfois porteuses de glaces d�rivantes (comme au large du Groenland, mais surtout dans l�oc�an austral), et les eaux, plus ti�des, des latitudes temp�r�es. Dans l�h�misph�re Nord, le contact est tr�s net, mais sa continuit� est difficile � suivre, car il est tr�s sinueux, d�compos� en tourbillons, comme celui qui int�resse le courant d�Irminger, qui s�enroule presque sur lui-m�me au contact du courant sud-groenlandais. L��change qui s�effectue au voisinage des fronts polaires est intense, notamment sous</p><p>la forme d�un prolongement des eaux interm�diaires (arctiques et antarctiques) sous les eaux temp�r�es. En dessous, les eaux de fond (arctiques et antarctiques), partiellement form�es par refroidissement local, migrent vers les latitudes temp�r�es : dans l�h�misph�re Nord, ce d�placement n�est possible qu�en franchissant le seuil Groenland-Islande-�cosse � la faveur de courants exceptionnels produits par les temp�tes.</p><p>Les temp�tes sont particuli�rement fr�quentes dans ces parages du front polaire, o� les d�pressions cycloniques sont tr�s actives. Ce sont des r�gions au climat rigoureux et humide, avec de la pluie et de la neige en hiver, et d��pais brouillards en �t�. Les eaux froides apportent un abondant phytoplancton ; de plus, les brassages qui se produisent au voisinage de la convergence provoquent un enrichissement des eaux de surface en sels min�raux, alimentant un plancton particuli�rement abondant au d�but du printemps et � la fin de l��t�, surtout dans les r�gions de hauts-fonds qui entourent l�Islande. Traditionnellement, la p�che de la morue et des esp�ces voisines frayant dans les eaux froides (aiglefin, merlan, fl�tan) est pratiqu�e de janvier � mai. Depuis quelques d�cennies, la p�che du hareng d�Islande a pris autant d�importance, principalement pendant l��t�.</p><p>On consid�re que pr�s de 20 p. 100</p><p>des p�ches europ�ennes se pratiquent dans les eaux islandaises. Mais, par suite de la surexploitation des fonds et du d�placement des bancs les plus riches vers le large, les autorit�s islandaises tendent � reculer les limites des eaux territoriales et sont en butte � de constantes difficult�s avec les gouvernements europ�ens int�ress�s.</p><p>J.-R. V.</p><p>B G. Schott, Geographie des atlantischen Ozeans (Hambourg, 1926). / E. Le Danois, l�Atlantique, histoire et vie d�un oc�an (A. Michel, 1938). / Deutsches hydrographisches Institut, Handbuch des atlantischen Ozeans, t. I : Nordatlantischer Ozean (Hambourg, 1952). /</p><p>U. S. Navy, Marine Climatic Atlas of the World, t. I : North Atlantic Ocean (Washington, 1955) ; t. II : South Atlantic Ocean (Washington, 1958).</p><p>/ A. Guilcher et J. Beaujeu-Garnier, l�Europe du</p><p>Nord et du Nord-Ouest (P. U. F., 1958). / A. Guilcher, Pr�cis d�hydrologie marine et continentale (Masson, 1965). / R. W. Fairbridge (sous downloadModeText.vue.download 515 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1052</p><p>la dir. de), The Encyclopedia of Oceanography (New York, 1966).</p><p>Les mers bordi�res</p><p>de l�Europe</p><p>MER CELTE</p><p>Partie de la plate-forme allant de l�Irlande � la Bretagne, elle a une topographie monotone, sauf au sud (grands bancs de sable de la Grande et de la Petite Sole, fosse d�Ouessant). Pour le rythme hydrologique saisonnier, l�hiver a une structure thermohaline homog�ne, produite par le brassage des temp�tes et la descente de l�eau, alourdie par refroidissement. En �t� s�op�re une stratification par formation d�une eau superficielle ti�de (16 �C) et peu sal�e. Les courants de mar�e sont pr�dominants dans les r�gions internes (le jusant, morphologiquement le plus actif, entra�ne les sables vers le sud). Dans la partie externe, les grandes houles d�ouest interviennent efficacement dans le model� des bancs sableux. Les eaux et les fonds, brass�s et remani�s, sont riches ; la p�che est tr�s active (maquereau, chalutage, crustac�s sur les fonds rocheux c�tiers). Un grand port p�trolier est am�nag� � Bantry Bay (Irlande).</p><p>GOLFE DE GASCOGNE</p><p>Il est bord� � l�est et au sud par une plateforme qui va se r�tr�cissant vers l�Espagne, o� les fonds sont tr�s heurt�s. Le centre et l�ouest du golfe sont occup�s par une plaine abyssale remarquablement plate, h�riss�e de d�mes (banc Biscay, d�mes Cantabria et Gascogne). L�influence des eaux atlantiques est grande. L�onde de mar�e venue du sud-ouest y est d�amplitude restreinte (parfois contrari�e par l�action des houles) ; les parties internes des plates-formes sont parcourues par des courants rapides (remaniement des s�diments, d�p�t des fractions fines dans</p><p>le fond des baies et plus au large [Grande Vasi�re]). Le courant g�n�ral, lent, dans le sens des aiguilles d�une montre, se r�sout en veines isol�es par des poches d�eau plus froide form�es au voisinage des c�tes par refroidissement ou upwelling. Le contact thermique (concentration du plancton et des poissons [germon, sardine, merlu]) est fr�quemment estomp� lors du passage des d�pressions cycloniques ; rendue al�atoire, la p�che saisonni�re (et artisanale) est en recul. Seul le chalutage se maintient, non sans difficult�. Les grands ports (Concar-neau, Lorient, La Rochelle, Pasajes et Vigo) se tournent vers la p�che lointaine.</p><p>MANCHE ET MER D�IRLANDE</p><p>De longs couloirs � fond plat sont surmont�s par de rares bancs de sable en cr�tes �troites ; la partie m�diane est partiellement occup�e par un sillon profond (Hurd Deep de la Manche). Les masses d�eau y conservent des caract�ristiques tr�s atlantiques : salinit� de 35 p. 1 000, sauf pr�s des c�tes ; temp�rature de 16-17 �C en �t� et de 8-9 �C en hiver. La mar�e y a une importance exceptionnelle. L�amplitude augmente surtout sur les rives sud et est, o� les marnages sont plus forts et plus pr�coces ; les courants deviennent violents, de dessin complexe par la formation de tourbillons et d�anomalies qui int�ressent directement la vie des ports (Southampton et Le Havre b�n�ficient d�une prolongation anormale de la haute mer, ou � tenue du plein �). La Manche et la mer d�Irlande sont des mers instables et turbulentes, qui ont une structure homotherme, m�me en �t�. La force des courants explique l�importance des fonds graveleux, caillouteux et rocheux. La p�che est peu abondante. Le trafic maritime y est intense.</p><p>MER DU NORD</p><p>V. l�article.</p><p>MER BALTIQUE</p><p>C�est une mer continentale, r�cemment d�gag�e par la fusion des inlandsis et form�e par une s�rie de bassins (maximum : 459 m dans la fosse Ouest-Gotland) s�pa-r�s par des seuils portant des hauts-fonds et des �les. Le relief est surtout structural, remodel� lors des glaciations. La mar�e est faible ou masqu�e par des oscillations de niveau d�origine climatique (seiches,</p><p>ondes de temp�tes). Les apports d�eau douce sont importants. Comme la perte par �vaporation est �gale ou sup�rieure aux pr�cipitations, le bilan hydrologique est positif et la salinit� faible, en surface et dans l�Est (d�troits danois : 10 p. 1 000 ; golfe de Botnie : 5 p. 1 000). La variation annuelle de la salinit� (maximum en f�-</p><p>vrier ; minimum en mai avec la fonte des neiges et des glaces) est l�inverse de celle des r�gimes fluviaux. On note une forte oscillation des temp�ratures : �t� 16 �C (sud), 12 �C (en Botnie) ; en hiver, la banquise est fr�quente au voisinage des c�tes et dans le Nord. La circulation est affect�e par des changements rapides selon les vents ; elle suit dans l�ensemble un mouvement senestre avec un courant de d�charge le long des c�tes scandinaves (d�bit maximal au printemps), compens� en profondeur par la p�n�tration d�eau plus sal�e le long des c�tes m�ridionales. La pr�sence de seuils entrave le renouvellement des eaux, le remaniement des fonds et la migration des faunes ; ces seuils favorisent la stratification thermohaline pendant une grande partie de l�ann�e. La stabilit� explique l�appauvrissement des flores et des faunes ainsi que la r�duction de l�action morphologique des houles et des courants : au-dessous de 10 � 20 m, les fractions fines s�accumulent dans le fond des cuvettes, o� pr�dominent les vases. La Baltique est peu poissonneuse.</p><p>La formation de</p><p>l�Atlantique</p><p>Selon les partisans de la th�orie de l�expansion des fonds oc�aniques, les anomalies magn�tiques, dispos�es en rubans parall�les � la cr�te de la dorsale, sont les traces de son ancienne activit� magmatique et orog�nique. Elles ont �t� num�rot�es de 1 � 32 depuis la r�gion des cr�tes jusqu�� la bordure. Certaines ont fait l�objet de pr�l�vements (dragages ou forages de la campagne JOIDES [Joint Oceanographic Institutions for Deep Earth Sampling]) et de datations : les anomalies sont alors utilis�es comme rep�res chronologiques, servant � la reconstitution de l�emplacement respectif des blocs continentaux � une p�riode donn�e. Trois �pisodes sont caract�ristiques.</p><p>PREMIER �PISODE</p><p>Le mouvement d�ouverture, qui a com-</p><p>menc� tr�s t�t (au Trias, semble-t-il), s�accompagne de la formation de grandes fractures et d�un enfoncement lent de quelques cuvettes annexes, o� se d�posent les s�diments (comme dans la M�diterran�e am�ricaine). L�expansion est surtout importante au Cr�tac� inf�rieur et moyen, lors de l�approfondissement des bassins de l�Atlantique central et austral.</p><p>� la fin de l��pisode, l�Afrique se trouve d�cal�e vers l�est par rapport au bloc europ�en, qui est rest� soud� � l�Am�rique et au Groenland.</p><p>DEUXI�ME �PISODE</p><p>Une ouverture s�esquisse sur l�emplacement de l�actuelle mer du Labrador, puis se reporte au nord de la ligne Terre-Neuve - golfe de Gascogne sur le trac� de la dorsale. Celle-ci, dont la limite externe est marqu�e par l�anomalie 32, s��difie (les roches les plus anciennes sont dat�es du Ma�strichtien). La d�rive de l�Europe vers l�est provoque un cisaillement � son contact avec l�Afrique et des mouvements g�ologiques qui sont tr�s complexes dans le domaine de la T�thys.</p><p>TROISI�ME �PISODE</p><p>La mise en place des continents s�effectue au cours du N�og�ne, puis le mouvement d�expansion se ralentit et s�arr�te, car le bloc am�ricain rencontre les fonds du Pacifique (chevauchement), tandis que l�Afrique septentrionale entre en contact avec l�Europe (orogen�se alpine). Les mouvements finals ne sont que des r�ajuste-ments lents et de faible ampleur.</p><p>Atlantique Nord</p><p>(trait� de l�)</p><p>Pacte sign� � Washington le 4 avril 1949 par douze �tats occidentaux et qui est � la fois une alliance d�fensive et un cadre de coop�ration politique et �conomique. Aux premiers signataires, Belgique, Canada, Danemark, �tats-Unis, France, Grande-Bretagne, Islande, Italie, Luxembourg, Norv�ge, Pays-Bas et Portugal, se join-dront en 1952 la Gr�ce et la Turquie, puis en 1955 la R�publique f�d�rale d�Allemagne.</p><p>L�Alliance atlantique est n�e de la crainte qu�ont �prouv�e les pays occidentaux de voir l�U. R. S. S. poursuivre</p><p>vers l�ouest la politique d�expansion inaugur�e � la fin de la Seconde Guerre mondiale. � l�issue du conflit et en ex�cution des accords de Yalta, la Russie sovi�tique porte ses arm�es � 120 km du Rhin et contr�le tous les pays de l�Est europ�en. Tandis que les Alli�s occidentaux acc�l�rent la downloadModeText.vue.download 516 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1053</p><p>d�mobilisation de leurs unit�s, elle maintient sur pied de guerre la totalit� de ses forces. Malgr� l�opposition des �tats-Unis et de la Grande-Bretagne, elle intervient directement ou indirectement en Gr�ce, en Turquie et en Iran, et paralyse le Conseil de s�curit� par l�usage syst�matique de son droit de veto. Latente depuis juin 1945, la tension entre l�Est et l�Ouest s�accro�t encore en 1947 : en mars, le pr�sident Truman inaugure une politique d�aide � la Gr�ce et � la Turquie ; en juin, l�U. R. S. S. contraint la Pologne et la Tch�coslovaquie � refuser l�aide �conomique qui leur �tait offerte dans le cadre de l�aide � l�Europe ; en septembre, elle cr�e le Kominform, charg� d�� orienter � les �tats � satellites �, o� des gouvernements communistes viennent d��tre install�s � Varsovie, � Berlin, � Budapest, � Sofia, � Bucarest et � Tirana ; l�agitation sociale, anim�e par les partis communistes locaux, se d�veloppe, notamment en France et en Italie ; enfin, en f�vrier 1948, avec le</p><p>� coup de Prague �, la Tch�coslovaquie devient une d�mocratie populaire.</p><p>Devant ces menaces, le 17 mars</p><p>1948, par le trait� de Bruxelles, la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni se promettent � aide et assistance � en cas d�agression � par tous les moyens en leur pouvoir, militaires et autres �.</p><p>Trois mois plus tard, le 24 juin, les Sovi�tiques r�pliquent par le blocus de Berlin, qui devait durer trois cent vingt-trois jours. D�j�, aux �tats-Unis, l�id�e d�une alliance militaire avec les Europ�ens a pris corps, afin de contenir � l�ouest l�expansion sovi�tique. Le</p><p>11 juin 1948, le vote par le Congr�s de la � r�solution Arthur Vandenberg �</p><p>l�ve l�obstacle constitutionnel qui s�y oppose. En septembre, les partenaires du trait� de Bruxelles mettent sur pied une organisation de d�fense de l�Europe occidentale, dont le Comit� militaire, pr�sid� par le mar�chal Montgomery, s�installe � Fontainebleau. Mais la faiblesse de ses forces est manifeste : l�Europe des � Cinq � ne peut se d�fendre seule sans l�aide am�ricaine, dont l�armement atomique est indispensable pour �quilibrer la sup�riorit� militaire sovi�tique. D�s octobre, l�accord sur un projet de trait� est r�alis� entre les � Cinq � de Bruxelles, les �tats-Unis et le Canada. En mars 1949, le Danemark, l�Islande, l�Italie, la Norv�ge et le Portugal sont invit�s � y adh�rer. Sign� un mois plus tard, le trait� entre en vigueur le 24 ao�t 1949.</p><p>Principes et objectifs</p><p>du pacte atlantique</p><p>L�Alliance se veut strictement d�fensive et respectueuse des principes de la Charte des Nations unies comme des pr�rogatives du Conseil de s�curit�.</p><p>Elle est fond�e sur la solidarit� de ses partenaires et leur obligation de participer � la d�fense commune. Les signataires affirment qu�ils s�efforceront d�harmoniser leurs politiques et leurs �conomies afin de maintenir et d�accro�tre leur capacit� de r�sistance � une agression. Ils s�engagent � se consulter en cas de menace, toute attaque arm�e contre l�un d�entre eux �tant consid�r�e comme dirig�e contre tous. Le champ g�ographique de l�Alliance est limit� au territoire et aux zones d�occupation des �tats membres, en Europe et en Am�rique du Nord, ainsi qu�aux �les, navires et a�ronefs relevant de leur juridiction et se trouvant en Atlantique au nord du tropique du Cancer.</p><p>Le trait� n�a pas de dur�e d�finie ; chaque membre pourra en demander la r�vision au bout de dix ans ou le d�noncer au bout de vingt ans. En r�sum�, le trait� de Washington �tablit un syst�me de s�curit� collective, mais ne postule aucune ali�nation de souverainet� au profit de l�Alliance, o� les d�cisions ne peuvent �tre prises qu�� l�unanimit�.</p><p>Les structures de l�O. T. A. N.</p><p>Le trait� laissait au Conseil le soin de cr�er les organismes qui constitueront ce que l�on appelle l�Organisation du trait� de l�Atlantique Nord (O. T. A. N.). Sa mise sur pied, qui dura trois ans, aboutit, apr�s la conf�-</p><p>rence de Lisbonne (1952), � une structure complexe, qui ne subit de modifications notables qu�apr�s le retrait de la France de l�Organisation en 1966. Au sommet, le Conseil de l�Atlantique Nord est l�organe de direction politique. Constitu� par les repr�sentants des quinze gouvernements alli�s, il r�unit leurs ministres deux ou trois fois par an, mais si�ge en permanence downloadModeText.vue.download 517 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1054</p><p>� Bruxelles au niveau des ambassadeurs � repr�sentants permanents �.</p><p>Depuis 1966, les probl�mes de d�fense sont trait�s par le Comit� des plans de d�fense, qui se r�unit � quatorze au m�me niveau que le Conseil. Un secr�-</p><p>taire g�n�ral permanent, pr�sidant � la fois le Conseil et le Comit�, coordonne l�action des organismes civils et militaires de l�Alliance.</p><p>Les premiers comprennent les nombreux comit�s cr��s pour �tudier les probl�mes politiques, �conomiques, nucl�aires, de t�l�communication, d�infrastructure, etc., mais ce sont ses structures militaires qui constituent la v�ritable originalit� de l�Alliance.</p><p>Pour la premi�re fois, il est cr��, d�s le temps de paix, des commandements int�gr�s, dot�s d��tats-majors interal-li�s, connaissant les moyens dont ils disposeraient en cas de conflit et dont ils peuvent pr�parer les plans d�emploi.</p><p>Pour la premi�re fois aussi a �t� r�alis� en temps de paix tout un syst�me collectif d�infrastructure et de logistique.</p><p>Le Comit� militaire, subordonn� au Comit� des plans de d�fense, est la plus haute autorit� militaire de l�O. T. A. N.</p><p>Compos� des repr�sentants des chefs d��tat-major des treize pays participant � la structure int�gr�e de l�O. T. A. N.,</p><p>il si�ge en permanence � Bruxelles et deux ou trois fois par an au niveau des chefs d��tat-major. La France y demeure repr�sent�e par une mission de liaison.</p><p>La zone de d�fense de l�O. T. A. N.</p><p>est r�partie entre trois principaux commandements int�gr�s :</p><p>� le commandement supr�me alli�</p><p>en Europe (Supreme Allied Commander Europe [SACEUR]), dont le Q. G.</p><p>(Supreme Headquarters Allied Powers Europe [SHAPE]), install� en 1951 � Rocquencourt (France), a �t� transf�r� en 1967 � Casteau, pr�s de Mons (Belgique) ;</p><p>� le commandement supr�me alli� de l�Atlantique (Supreme Allied Commander Atlantic [SACLANT]), install� � Norfolk (aux �tats-Unis) ;</p><p>� le commandement alli� de la</p><p>Manche (Commander-in-Chief Chan-</p><p>nel and Southern North Sea [CIN-</p><p>CHAN]), dont le Q. G. est � Nor-</p><p>thwood (Grande-Bretagne).</p><p>S�y ajoute le groupe strat�gique r�gional Canada - �tats-Unis.</p><p>L��volution de l�Alliance</p><p>Crainte de l�expansion sovi�tique, n�cessit� de l�aide am�ricaine, souci de pr�server la souverainet� des �tats membres (notamment dans le domaine nucl�aire), difficult� d�isoler les probl�mes de l�O. T. A. N. de ceux qui int�ressent le reste du monde, tels sont les facteurs qui ont domin� l��volution de l�Alliance depuis 1949.</p><p>y La p�riode de 1949 � 1956 est marqu�e par le monopole nucl�aire des �tats-Unis, qui conf�re � ces derniers une sorte d�invuln�rabilit� � l�attaque de tout adversaire et un r�le d�terminant � l��gard de leurs alli�s.</p><p>Cependant, l�inf�riorit� militaire des partenaires europ�ens, le petit nombre des armes atomiques am�ricaines am�nent l�alliance � adopter d�abord un plan de d�fense � hauteur du Rhin, appuy�, en cas d�agression, par des repr�sailles nucl�aires massives dont le d�clenchement rel�ve de l�autorit� exclusive du pr�sident</p><p>des �tats-Unis. La guerre de Cor�e (1950), rendant plus manifeste la pression communiste, acc�l�re la mise sur pied de l�organisation militaire atlantique et am�ne la cr�ation, le 2 avril 1951, d�un commandement int�gr� en Europe (SACEUR), dont le premier titulaire est le g�n�ral Eisenhower. En outre, le Conseil, r�uni � Lisbonne en f�vrier 1952, adopte un plan d�accroissement des forces et approuve le principe d�un r�armement de l�Allemagne de l�Ouest au sein d�une Communaut� europ�enne de d�fense (C. E. D.). L��chec de la C. E. D., en 1954, aboutit � l�int�gration de la nouvelle arm�e allemande dans le syst�me militaire atlantique.</p><p>En m�me temps, pour donner satisfaction au nouveau partenaire allemand, l�O. T. A. N. adopte un nouveau</p><p>concept de d�fense � sur l�avant � au plus pr�s du � rideau de fer �, tout en conservant le principe des repr�sailles massives. L�U. R. S. S. r�plique par la signature, le 14 mai 1955, du pacte de Varsovie*, groupant sous son �gide les d�mocraties populaires de l�Europe orientale.</p><p>y � partir de 1956-57, du fait du d�veloppement de la puissance nucl�aire sovi�tique, le monopole atomique des �tats-Unis fait place � un �tat d��quilibre entre les deux blocs ; au m�me moment, le perfectionnement des</p><p>missiles balistiques et surtout l�apparition de l�arme thermonucl�aire donnent aux �tats-Unis, comme �</p><p>l�U. R. S. S., une capacit� d�an�antissement mutuel vidant de son sens toute notion de sup�riorit� et conduisant de fa�on pragmatique au principe de la � coexistence pacifique �. Cette mutation mettant en cause la valeur de la protection assur�e par les �tats-Unis � leurs partenaires, certains commencent � douter de la d�termination de leur protecteur � s�engager pour garantir leur propre d�fense et pensent que les suj�tions politiques et militaires dont elle s�accompagne doivent �tre r�vis�es.</p><p>C�est dans ces conditions qu�en</p><p>1958 le g�n�ral de Gaulle, revenu au pouvoir, propose � Eisenhower l�institution d�un triumvirat avec Londres, charg� de la conception et de la mise en</p><p>oeuvre de la strat�gie nucl�aire au sein de l�Alliance. Ne rencontrant aucun �cho, la France d�cide d�acc�l�rer la r�alisation de son armement nucl�aire et d�interdire sur son sol le d�p�t d�engins atomiques am�ricains.</p><p>La conception am�ricaine est pr�-</p><p>cis�e en 1962 par Robert McNamara, secr�taire � la D�fense, qui d�finit la doctrine dite de la riposte gradu�e et confirme que les �tats-Unis entendent rester seuls juges de l��valuation de la menace adverse et ne risquer leur propre � suicide � nucl�aire que pour des int�r�ts qu�ils estimeraient vitaux.</p><p>En r�ponse, la France, devenue puissance nucl�aire, d�cide de retirer des commandements navals int�gr�s de l�O. T. A. N. ses forces de M�diterran�e (1962), puis de l�Atlantique (1963). Pour tenter d�apaiser leurs partenaires, les Am�ricains proposent en 1963, avec l�accord des Britanniques, un projet de force nucl�aire multila-t�rale, qui sera finalement abandonn� pour des raisons techniques et surtout politiques.</p><p>y 1966 : la crise de l�Alliance. Constatant cet �chec, les membres europ�ens de l�Alliance mettent leurs espoirs dans une r�forme qui �largirait le champ du trait� � l��chelle mondiale et d�passerait le domaine militaire.</p><p>Peu confiante dans la r�alisation de cette r�forme, la France d�cide, le 7 mars 1966, tout en demeurant membre de l�Alliance, de d�noncer son adh�sion � l�organisation militaire atlantique et de demander le retrait de son territoire de tous les organismes de l�O. T. A. N. Les quatorze autres membres rejettent aussit�t la discrimination �tablie par la France entre l�Alliance et l�organisation militaire ; mais aucune rupture ne se produit.</p><p>La France continue de participer au Conseil, demeure repr�sent�e aupr�s du Comit� militaire et du SHAPE par une mission militaire et admet le principe d�une coop�ration avec les unit�s alli�es de ses forces restant stationn�es en Allemagne en vertu d�accords bilat�raux.</p><p>y Le 31 mars 1967, le quartier g�n�-</p><p>ral du SHAPE est transf�r� en Belgique, et, en octobre, le Conseil, le</p><p>Secr�taire g�n�ral et le Comit� militaire occupent leur nouveau si�ge � Bruxelles. En d�cembre, le Conseil, r�uni en Comit� des plans de d�fense (c�est-�-dire sans la France), adopte un nouveau concept strat�gique bas� sur la riposte gradu�e, auquel la France s��tait toujours oppos�e. � la session de 1968, � Reykjavik (Islande), le Conseil met l�accent sur la n�cessit� de maintenir une puissance militaire susceptible de d�courager l�agression, mais aussi de poursuivre une politique de d�tente, notamment en �tablissant des propositions de r�duction �quilibr�e des forces de l�Ouest et de l�Est.</p><p>y L�invasion de la Tch�coslovaquie par les forces du pacte de Varsovie*</p><p>en ao�t 1968 renforce la coh�sion de l�Alliance, de nouveau menac�e en 1969 par les n�gociations SALT sur le d�sarmement* et en 1973 par l�absence de consultations entre Washington et ses alli�s � l�occasion de la guerre isra�lo-arabe. L�O. T. A. N.</p><p>r�ussit cependant, en 1969, � cr�er en M�diterran�e une force navale alli�e d�urgence et � poursuivre la r�alisation, de la Norv�ge � la Turquie, du syst�me int�gr� de surveillance a�rienne* Nadge. La n�cessit� d�une d�fense commune est r�affirm�e le 25 juin 1974 � Bruxelles, o� tous les membres de l�Alliance recon-downloadModeText.vue.download 518 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1055</p><p>naissent le r�le particulier des forces nucl�aires anglaises et fran�aises. En 1974, � la suite de la crise de Chypre, la Gr�ce, tout en restant dans l�Alliance, se retire de son organisation militaire. En 1975, la menace de la Turquie de fermer chez elle les bases am�ricaines, l��volution politique du Portugal, l��ventuelle participation de communistes au gouvernement italien et la tension gr�co-turque, notamment, n�emp�chent pas la r�union � Oslo, en mai 1976, du Conseil atlantique, qui met fin au conflit anglo-islandais sur les zones de p�che. Au m�me moment, au cours d�un voyage aux �tats-Unis, le pr�sident Giscard d�Estaing rappelle la position de la</p><p>France : refus de toute int�gration militaire, mais contribution � l�efficacit� de l�Alliance.</p><p>B. de B.</p><p>&#x25B6; D�fense / Europe / Strat�gie / Varsovie (pacte de).</p><p>B C. Delmas, l�Alliance atlantique (Payot, 1962). / A. Beaufre, l�O. T. A. N. et l�Europe (Calmann-L�vy, 1966).</p><p>atmosph�re</p><p>R�gion proche de l�environnement terrestre.</p><p>Introduction g�n�rale</p><p>Il y a une trentaine d�ann�es, on d�fi-nissait l�atmosph�re comme le milieu gazeux entourant la Terre. Cette d�finition pouvait pr�ter � quelques critiques : pr�sence possible de suspensions liquides ou solides dans ce milieu ; impr�cision sur les limites, th�oriquement ind�finies, � lui donner, � moins que, plus ou moins arbitrairement, un degr� de t�nuit� limite ne soit fix�. Aujourd�hui, avec le d�veloppement de nos connaissances sur l�environnement terrestre, le probl�me est autre : nous pouvons consid�rer tout cet environnement comme formant</p><p>l�atmosph�re de la Terre ; cette d�finition a l�avantage de pouvoir �tre g�n�-</p><p>ralis�e � d�autres plan�tes : atmosph�re de Mars, de V�nus, etc.</p><p>Cependant, cette mani�re de faire ne para�t pas r�pondre d�une fa�on toujours satisfaisante au cas sp�cifique de la Terre. Cela est le fait des interactions complexes qui se manifestent entre les diff�rentes r�gions de l�environnement terrestre (intervenant par leurs propri�-</p><p>t�s m�caniques, physiques, chimiques, biologiques, etc.) et les autres facteurs fondamentaux caract�ristiques de notre globe.</p><p>Pour cette raison, il para�t justifi� d�adopter, conjointement au point de vue plan�taire et g�ophysique, une autre fa�on plus concr�te de comprendre le terme d�atmosph�re, en lui donnant le sens usuel qu�il a en m�t�orologie, en climatologie et m�me en astronautique. Cela revient � donner le</p><p>pas aux propri�t�s m�caniques et thermiques les plus usuelles sur d�autres propri�t�s (�lectriques, magn�tiques, cosmiques, etc.) moins directement coupl�es � notre vie sur le sol terrestre.</p><p>Cette d�finition restrictive est bien celle qui, en astronautique, permet de proposer une s�paration entre les r�-</p><p>gions appartenant en propre � l�atmosph�re terrestre et celles qui rel�vent de l�espace. Elle a �t� �galement suivie �</p><p>avec fixation, de plus, d�une altitude limite conventionnelle de 80 km, chiffre d�ailleurs discutable d�un point de vue scientifique � par la plupart des instances juridiques, qui se sont efforc�es de distinguer entre ces deux domaines, que l�on d�sirerait �tre juridiquement distincts : l�espace n��tant pas suppos� �tre aussi directement coupl� que l�atmosph�re terrestre � une portion d�termin�e du sol de notre globe.</p><p>Sans entrer plus avant dans l�examen de ces distinctions subtiles, qui, du point de vue scientifique, n�ont aucune raison d��tre rigides (on sait que m�me la m�t�orologie classique ne cesse de s�int�resser � ce qui se passe � des altitudes de plus en plus �lev�es), nous allons revenir, avec le sens g�ophysique du terme, � notre conception initiale, ce qui aura l�avantage de nous donner une vue d�ensemble sur tout l�environnement terrestre.</p><p>G�ophysique</p><p>environnement terrestre</p><p>vue d�ensemble</p><p>Plong� dans l�espace interplan�taire, soumis � l�action permanente du vent solaire, le globe terrestre s�y est cr�� une cavit� gr�ce � l�action protectrice de son champ magn�tique. Cette cavit�, beaucoup plus vaste que la Terre elle-m�me, tr�s allong�e � et peut-�tre ouverte � du c�t� oppos� au Soleil, est consid�r�e actuellement comme nous donnant une repr�sentation valable de l�environnement terrestre. Cela ne veut pas dire que l�on puisse trouver une fronti�re rigide s�parant tout ce qui appartient � notre plan�te de tout ce qui ne lui appartiendrait pas. Il s�agit essentiellement en cela d�une fronti�re d�ordre g�ophysique, jouant un r�le envers un ensemble de ph�nom�nes bien d�termin�s. Le point essentiel est</p><p>ici que le plasma transport� par le vent solaire ne p�n�tre pas de fa�on usuelle � l�int�rieur de la cavit�, mais glisse en g�n�ral le long de ses parois pour la contourner. Il en r�sulte qu�un certain nombre de param�tres, tels que les densit�s et les �nergies de plasmas, les �nergies et la composition spectrale des rayonnements, les valeurs et les directions des champs �lectriques et ma-gn�tiques, etc., subissent une discontinuit� de part et d�autre de cette paroi.</p><p>Les cons�quences pratiques de ces faits � notamment en astronautique</p><p>� sont encore difficiles � �valuer avec certitude, mais, m�me si un astronaute ne se rend pas forc�ment compte de la travers�e d�une telle fronti�re, cela ne veut pas dire qu�il soit physiologique-ment insensible aux changements des conditions d�environnement (notamment des taux de radiation) que cette travers�e peut amener.</p><p>Quoi qu�il en soit, du point de vue g�ophysique, on peut, partant de la notion de cette cavit�, �num�rer les r�-</p><p>gions principales que l�on a �t� amen� � y distinguer. On trouve ainsi, allant de l�ext�rieur vers le sol, les surfaces limitrophes, les couches et les domaines suivants.</p><p>La fronti�re externe, appel�e magn�-</p><p>topause, a une forme tr�s dissym�trique c�t� jour et c�t� nuit. Du c�t� jour, sa face ant�rieure � approximativement h�misph�rique et situ�e � une dizaine de rayons terrestres du sol � n�est pas au contact direct du vent solaire, dont elle est s�par�e par une couche transitoire turbulente de quelques cen-downloadModeText.vue.download 519 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1056</p><p>taines de kilom�tres d��paisseur, appel�e magn�togaine, limit�e elle-m�me vers l�avant (c�t� Soleil) par une onde de choc stationnaire. Du c�t� nuit, la magn�topause est moins marqu�e et s�allonge suivant plusieurs dizaines de rayons terrestres (peut-�tre plus d�une centaine) suivant la queue de la ma-gn�tosph�re*. Cette derni�re remplit la</p><p>plus grande partie du volume de l�environnement terrestre (cela aussi bien du c�t� Soleil que du c�t� oppos�) tant que l�on ne descend pas � une altitude inf�rieure � un millier de kilom�tres.</p><p>(Exosph�re est un terme peu pr�cis, recouvrant partiellement la signification du pr�c�dent et souvent employ� pour d�signer les m�mes domaines spatiaux.) � la base de la magn�tosph�re, on rencontre, �tag�es entre des altitudes allant de 800 � 80 ou 60 km environ, les diverses couches ionis�es, dont l�ensemble forme l�ionosph�re*. Puis vient l�atmosph�re au sens restreint, dans laquelle on distingue habituellement la haute et la basse atmosph�re.</p><p>Pour adopter ces structures, on a tenu compte des r�sultats, progressivement assembl�s, d�une mise en oeuvre tr�s complexe, permettant d�atteindre les param�tres suivants : pression, temp�rature, densit�, composition chimique, �tats mol�culaire, �lectrique (degr� de dissociation en ions) et ma-gn�tique. M�me � une altitude d�termin�e, un grand nombre de ces param�tres interviennent et leurs valeurs sont en g�n�ral coupl�es entre elles.</p><p>De plus, elles sont susceptibles de varier consid�rablement avec l�heure de la journ�e, l��poque, les conditions d�activit� solaire, etc. Les difficult�s de mesure sont grandes d�s que l�on d�passe en altitude quelques dizaines de kilom�tres, en d�pit des moyens importants maintenant � notre disposition pour effectuer ces mesures : ballons (dont certains peuvent d�passer 60 ou 70 km) et parfois avions, fus�es, satellites (au-dessus de 200 km environ).</p><p>Les mesures directes les plus difficiles se placent entre 70 et 200 km, domaine des fus�es, dont les dur�es d�utilisation sont �ph�m�res. Certaines mesures peuvent �tre faites par des moyens indirects : radiosondages, �tude de la lumi�re diffus�e par des faisceaux optiques, etc.</p><p>� chacun des param�tres choisis, on peut essayer de faire correspondre une � coupe en altitude � et, dans les cas les plus favorables, un � mod�le de structure �. �tant donn� la vari�t� de ces param�tres, tout se passe comme si un certain nombre de ces mod�les �taient superpos�s en permanence,</p><p>chacun d�eux n�int�ressant qu�une branche d�termin�e de la physique de l�atmosph�re. Cependant, en dehors de probl�mes tr�s sp�cifiques, on a avantage � garder une vue synth�tique de l�ensemble de ces coupes. La premi�re grande classification que nous avons donn�e plus haut, bien qu�elle soit ax�e principalement sur des propri�t�s caract�ristiques des plasmas astrophysiques, atteint � cette valeur synth�tique, car � aux distances d�j� consid�rables o� elle s�applique � ces propri�t�s jouent un r�le primordial.</p><p>Les param�tres de densit�, de pression et de temp�rature jouent aussi un r�le important dans l�ionosph�re et la magn�tosph�re, mais sous une forme quelque peu diff�rente de leur forme habituelle (car non macroscopique).</p><p>Au contraire, dans la basse et la haute atmosph�re, la r�partition en altitude des densit�s, des pressions et des temp�ratures (ainsi que celle des directions de vent) est primordiale.</p><p>E. S.</p><p>L�atmosph�re terrestre, partie de l�environnement terrestre qui se situe conventionnellement jusqu�� 80 km, est l�enveloppe gazeuse de notre globe ; elle contribue avec la lithosph�re et l�hydrosph�re � la constitution du milieu dans lequel se fixe la vie.</p><p>L�atmosph�re terrestre sera envisag�e dans son �tat instantan� (structure), ses mouvements et son intervention sur les aspects majeurs du climat. Les deux derniers points, qui sont d�velopp�s dans d�autres articles (v. anticyclone, circulation, climat), ne seront pr�sent�s ici que sommairement.</p><p>La structure de</p><p>l�atmosph�re terrestre</p><p>Dans le plan vertical</p><p>y La composition de l�atmosph�re varie avec l�altitude. Dans les basses couches, on rencontre, en volume, environ 78 p. 100 d�azote et 21 p. 100</p><p>d�oxyg�ne, et, en poids, 75 et</p><p>23 p. 100, ce qui repr�sente la presque totalit� du m�lange. Le r�le essentiel dans les ph�nom�nes du temps revient cependant, � ce niveau, � d�autres gaz : vapeur d�eau, presque enti�rement contenue sous 5 km d�altitude</p><p>et g�n�ratrice des manifestations de l�humidit� ; gaz carbonique, dont l�action, combin�e � celle de la vapeur d�eau, tend � emp�cher la terre de se refroidir, par arr�t des rayons infrarouges que celle-ci �met vers l�espace (effet de serre). L�atmosph�re inf�rieure comprend �galement de l�argon, du n�on, de l�h�lium, de l�hydrog�ne, du krypton, du x�non et du radon. Elle renferme aussi des particules solides (poussi�res, fum�es, cendres, sels, corps chimiques, mi-croorganismes). Les plus petites de ces particules constituent des noyaux de condensation et jouent par exemple un r�le essentiel dans la formation des brouillards au-dessus des villes.</p><p>Si l�on en exclut ces �l�ments solides et la vapeur d�eau, la composition ainsi d�finie se retrouve sensiblement identique, au moins jusqu�� une vingtaine de kilom�tres d�altitude. Audel�, l�ozone prend une importance croissante (couche de densit� maximale vers 25 km). Ce gaz, qui absorbe presque tous les ultraviolets �mis par le Soleil, constitue une enveloppe protectrice sans laquelle toute vie serait d�truite � la surface du globe.</p><p>y L�atmosph�re comporte en deu-</p><p>xi�me lieu une stratification des densit�s et des pressions. Les 5 premiers kilom�tres renferment la moiti� de la masse atmosph�rique, les 30 premiers les neuf dixi�mes ; au-dessus de 60 km, il n�en reste plus que la milli�me partie. La pression atmosph�rique �tant le poids de la colonne d�air qui surmonte l�unit� de surface (le cm 2) au lieu d�observation (par exemple, le niveau de la mer), il est clair qu�elle d�cro�t avec l�altitude, mais de moins en moins vite, par tranches d��gale �paisseur, au fur et � mesure que l�on s��l�ve, car elle diminue du poids de la partie de la colonne d�air laiss�e au-dessous.</p><p>Cette d�croissance avec l�altitude est, en atmosph�re standard, de 357 mm de mercure entre le niveau de la mer et 5 000 m (atmosph�re dense), de 205 mm entre 5 000 et 10 000 m (atmosph�re moins dense), de 108,3 mm entre 10 000 et 15 000 m (atmosph�re rar�fi�e), etc. (au niveau de la mer, la pression normale �quivaut au poids d�une colonne de 760 mm de mercure</p><p>appliqu�e sur 1 cm 2 [ce qui correspond � 1 015 mb]).</p><p>y L�atmosph�re pr�sente en troi-</p><p>si�me lieu des variations verticales de temp�ratures. Celles-ci ne sont pas syst�matiquement en diminution.</p><p>La temp�rature varie irr�guli�rement dans les 1 000 � 3 000 premiers m�tres. Lorsque, malgr� l�accroissement de l�altitude, elle augmente, on parle d�inversion thermique (fig. 1).</p><p>On rencontre fr�quemment ce ph�-</p><p>nom�ne dans les basses couches, au contact d�un sol froid. Au-dessus et jusqu�� 6 ou 8 km (p�les), 12 km (latitudes temp�r�es) et 17 km (r�gions �quatoriales), la temp�rature d�cro�t sans cesse (de 1 �C par 100 m en air sec et de 0,5 �C en air humide ; des m�langes d�air donnent fr�quemment un gradient thermique moyen proche de 0,6 �C). La limite d�altitude (de 6</p><p>ou 12 � 17 km) � partir de laquelle la temp�rature cesse de d�cro�tre est la tropopause (fig. 2). De 40 � 60 km, l�accroissement intervient m�me. Il peut �tre consid�rable (couche chaude de Paul Queney) du fait de l�absorption des ultraviolets par l�ozone. Au-dessus de 60 km et jusqu�� environ 80 km, la temp�rature d�cro�t pour cro�tre ensuite de nouveau. Il en r�-</p><p>sulte un d�coupage de l�atmosph�re, dont les �l�ments principaux sont les suivants. Entre le niveau de la mer et la tropopause se situe la troposph�re (atmosph�re dense [fig. 2]). Ses 3 premiers kilom�tres offrent la � couche turbulente � des m�t�orologistes, et le reste l�� atmosph�re libre � (fig. 3).</p><p>Par-del� la tropopause, on peut diviser l�atmosph�re selon deux conceptions, qui se rejoignent finalement (fig. 4). Pour la premi�re (P. Queney), au-del� de la troposph�re (et de la tropopause), il y a la stratosph�re, qui se divise en stratosph�re inf�rieure, en stratosph�re moyenne (niveau de la � couche chaude �) et downloadModeText.vue.download 520 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1057</p><p>en stratosph�re sup�rieure. Au-dessus de la stratosph�re, c�est-�-dire �</p><p>partir de 80 km, se situe l�ionosph�re (ou haute atmosph�re). La seconde division (Hermann Flohn), qui syst�-</p><p>matise la notion de contacts entre les couches successives, distingue, par-del� la troposph�re et la tropopause, la stratosph�re (qui se termine par la stratopause), puis la m�sosph�re et l�ionosph�re, s�par�es par la m�so-pause. La troposph�re est le si�ge des mouvements verticaux et horizontaux qui rendent compte du temps et du climat. Cependant, l� encore intervient une stratification g�n�rale. Dans la troposph�re inf�rieure, les tourbillons cycloniques et anticycloniques (v. cyclone et anticyclone), plus ou moins circulaires, pr�dominent. Dans la troposph�re sup�rieure et la stratosph�re inf�rieure, on a plut�t affaire � des flux non tourbillonnaires, mais affect�s de d�formations en ondulations � grands rayons de courbure (Hermann Flohn).</p><p>Dans le plan horizontal</p><p>La structure horizontale de l�atmosph�re dans les basses couches (les dispositions d�altitude �tant plus directement impliqu�es dans la � circulation �) n�cessite de partir d�une r�partition zonale.</p><p>y Le cloisonnement thermique zonal s�appuie sur la r�partition des grandes masses d�air et des fronts (fig. 5). Ces dispositions globales r�sultent des bilans radiatifs du Soleil (froid des p�les, chaleur des tropiques). Elles s�abstraient du substratum g�ographique, qui intervient cependant dans le d�tail. C�est ainsi que l�air polaire maritime est plus humide que l�air polaire continental, en m�me temps que plus frais en �t� et plus chaud en hiver. Il existe de m�me un air tropical maritime (humide et relativement frais) et un air tropical continental (sec et chaud). Entre ces masses d�air s�insinuent des fronts secondaires m�ridiens (fig. 6).</p><p>y Le cloisonnement zonal des pressions (v. anticyclone). Dans les basses couches de l�atmosph�re, on rencontre en permanence (dans l�h�misph�re Nord par exemple) de hautes pressions polaires, de basses pres-</p><p>sions subpolaires (d�pressions d�Islande et des Al�outiennes), de hautes pressions subtropicales (anticyclones des Hawaii, des A�ores, du Sahara, ce dernier plus ou moins d�jet� en altitude, etc.) et de basses pressions �quatoriales. � cela s�ajoutent, en situation azonale, des centres de pressions saisonniers (anticyclones hivernaux de Sib�rie et du Canada, remplac�s par des pressions faibles ou moyennes en �t�).</p><p>y Le cloisonnement zonal de l�humidit�. Les r�gions polaires sont s�ches.</p><p>Les latitudes temp�r�es, lieu habituel d�intervention du front polaire, constituent un domaine de pluviosit� saisonni�re et globalement soutenue, tandis que les latitudes subtropicales voient dominer (climats m�diterran�ens) ou triompher (d�serts chauds) la s�cheresse. Les latitudes tropicales et �quatoriales, enfin, sont des r�gions pluvieuses.</p><p>Le cloisonnement horizontal de</p><p>l�atmosph�re aux bas niveaux rejoint la climatologie zonale, car temp�rature, pressions et degr�s d�humidit� se combinent selon les latitudes pour donner les climats* zonaux : polaires (froids, secs et � hautes pressions), temp�r�s (� dispositions variables du triple point de vue des temp�ratures, des pressions et de l�humidit�), subtropicaux (secs, chauds et � hautes pressions) et intertropicaux (plus ou moins humides, chauds et g�n�ralement d�pressionnaires). Sur ce canevas se surimposent les alt�rations azonales. Or, les climats zonaux (et accessoirement azonaux) ont pour support les syst�mes de pressions et les flux qui en sont issus.</p><p>Les mouvements de</p><p>l�atmosph�re terrestre</p><p>Les faits</p><p>y Dans les basses couches, les vents s�organisent en fonction des grands centres d�action. Des hautes pressions polaires partent des flux qui viennent � la rencontre des vents d�ouest s��coulant sur les faces polaires des anticyclones subtropicaux. L�affrontement de ces masses d�air, aux lati-</p><p>tudes temp�r�es, impose les fronts polaires des deux h�misph�res.</p><p>Les anticyclones subtropicaux</p><p>contr�lent en outre les vents d�est aliz�ens, dont l�affrontement fournit la zone intertropicale de convergence (fig. 5). Lorsqu�un aliz� p�n�tre profond�ment dans l�h�misph�re oppos�, il repousse loin vers le p�le de cet h�misph�re la � zone � en question et constitue une mousson d��t� (fig. 7).</p><p>y En altitude, dans chaque h�mis-ph�re, une circulation d�ouest s�organise autour d�un calme polaire � caract�re d�pressionnaire qui surmonte l�anticyclone de surface. L�anneau circumpolaire des vents d�ouest est le plus souvent limit� par deux zones d�acc�l�ration : � l�int�rieur, du c�t� des calmes polaires, on rel�ve le courant-jet arctique (ou antarctique), li� au front arctique (ou antarctique) ; � l�ext�rieur, du c�t� des latitudes subtropicales, se trouvent les courants-jets polaire (li� au front polaire) et subtropical. Par-del� ce dernier courant, limite externe de la circulation d�ouest d�altitude, on passe aux anticyclones qui coiffent les hautes pressions subtropicales de bas niveaux, puis � une bande �troite de vents d�est �quatoriaux (v. anticyclone).</p><p>Les liens syst�matiques �tablis entre le niveau de la mer et l�altitude (� partir de 5 km en moyenne) sont simplement pressentis ici. Ils seront examin�s plus en d�tail � l�article circulation.</p><p>downloadModeText.vue.download 521 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1058</p><p>Le moteur</p><p>En premi�re approximation, ce sont les anticyclones polaires et subtropicaux qui, dans les basses couches de l�atmosph�re, dominent le temps... et les climats. La nature, au moins partiellement thermique, des hautes pressions polaires pelliculaires (elles ne se maintiennent pas en altitude) est acquise. Elle s�explique par la m�diocrit� des radiations solaires aux tr�s hautes latitudes. Le probl�me essentiel</p><p>du moteur de la circulation g�n�rale est donc celui des anticyclones subtropicaux. La vieille th�orie de la chemin�e �quatoriale s�attachait � expliquer ces anticyclones sur la base d�un vaste mouvement de convection d�clench� par une ascendance �quatoriale d�origine thermique et corr�lative de la subsidence cr�atrice des hautes pressions aux tropiques. Les travaux cons�cutifs aux observations faites pendant et depuis la Seconde Guerre mondiale ont amen� � substituer � ce moteur �quatorial pr�sum� un moteur polaire ; celui-ci se manifestant principalement par l�interm�diaire du courant-jet subtropical (bord ext�rieur de la circulation circumpolaire h�misph�rique). Il semble que cette derni�re solution, tr�s solidement �tay�e, n�exclue pas toute intervention d�origine intertropicale.</p><p>Le r�le climatique de</p><p>l�atmosph�re terrestre</p><p>L�atmosph�re est le milieu o� se d�-</p><p>ploient les manifestations du temps et du climat. Mais elle n�est pas qu�un support. Elle participe en effet � la mise en place des �l�ments du climat.</p><p>Elle le fait en collaboration avec les facteurs g�ographiques (allure et r�-</p><p>partition des reliefs, des terres et des mers), les facteurs cosmiques (radiation solaire) et aussi les facteurs plan�taires, qui s�ajoutent � elle-m�me (forme sph�rique de la Terre et mouvements qui entra�nent cette derni�re).</p><p>Par son �paisseur, sa densit� et sa composition (en particulier pr�sence de vapeur d�eau), elle contribue � la r�-</p><p>partition latitudinale des temp�ratures � la surface du globe. L�enveloppe gazeuse participe, en toute saison, � la mise en place des zones de froid aux hautes latitudes et des zones de chaleur aux latitudes sub- et intertropicales. C�est qu�en moyenne le parcours dans l�atmosph�re des rayons qui atteignent les basses latitudes est le plus court. Il s�ensuit qu�il est le moins susceptible d�imposer (par r�flexion et absorption) des pertes calorifiques aux rayons atteignant le sol (qui redistribue une partie de la chaleur qu�il re�oit � l�air situ� � son contact). Les rayons arrivant aux p�les subissent � l�inverse le barrage d�une atmosph�re longuement travers�e (parcours tr�s oblique)</p><p>avant l�impact ; ils sont donc tr�s affaiblis thermiquement parlant. Quant au froid d�altitude, il est d� � la rar�-</p><p>faction atmosph�rique (faible densit� d�un air qui ne peut ainsi se r�chauffer, m�me sous intense radiation solaire).</p><p>Il convient de dire aussi que, par ses mouvements, l�atmosph�re participe � la mise en place des aspects de l�humidit� (la courbure anticyclonique d�un flux � l�horizontale et le mouvement de subsidence de l�air provoquent la s�cheresse ; la courbure cyclonique et l�ascendance apportent de l�humidit�, des nuages, voire de la pluie).</p><p>L�atmosph�re, dont les m�canismes suscitent et dont les �tats expriment les temps et les climats, constitue finalement, en combinaison avec le sol et les eaux, le milieu g�ographique naturel par excellence.</p><p>Charles Fabry, physicien fran�ais (Marseille 1867 - Paris 1945), professeur � la facult� des sciences de Paris. Ses travaux se rapportent � l�optique et particuli�rement � la spectroscopie. Cr�ateur d�un interf�ro-m�tre, il �tablit un syst�me international de longueurs d�onde. En 1913, il d�couvrit l�ozone de la haute atmosph�re. (Acad. des sc., 1927.)</p><p>L�on Teisserenc de Bort, m�t�orologiste fran�ais (Paris 1855 - Cannes 1913). Directeur de l�observatoire de m�t�orologie de Trappes, il d�veloppa les observations par ballons-sondes et, en 1899, il d�couvrit la stratosph�re. (Acad. des sc., 1910.) Le r�le de l�atmosph�re</p><p>dans le transport</p><p>des �tres vivants</p><p>L�air contient, outre des spores et des grains de pollen, toute une faune diverse et vari�e, dont les repr�sentants sont constamment recrut�s � la surface de la terre. Ce recrutement se fait par les courants ascensionnels, par les vents, par les forts courants d�air qui apparaissent autour d�un centre d�orage et, dans certaines r�-</p><p>gions, par les tornades et les typhons.</p><p>Ce � plancton a�rien � peut �tre transport� � des distances consid�rables et retomber sur la terre tr�s loin du point d�origine : par exemple, la rouille de la</p><p>tige du bl�, dont les spores ont �t� ainsi transport�s en Grande-Bretagne � partir de l�Afrique du Nord et de la Russie.</p><p>La mati�re biologique v�hicul�e par l�air peut �tre class�e en trois cat�gories principales suivant la taille.</p><p>y Les grandes formes ayant une longueur de un d�cim�tre � quelques millim�tres. Elles ne sont g�n�ralement transport�es par le vent que dans les r�gions o� il y a des typhons et des ouragans, formant un tourbillon capable d�aspirer l�eau. Par ce moyen, des Poissons, des Invert�br�s et des petites plantes isol�es font un voyage occasionnel � travers les airs. Ces � pluies �</p><p>de Poissons ont �t� tr�s souvent signal�es, et des hommes de science en ont �t� t�-</p><p>moins (Inde, Am�rique, France, Hollande, Grande-Bretagne).</p><p>y Les petites formes variant de</p><p>quelques millim�tres � un dixi�me de millim�tre. Ces petits organismes ont des possibilit�s consid�rables de distribution gr�ce aux courants de convection et aux vents � des altitudes mod�r�es.</p><p>Au Spitzberg, apr�s un coup de vent du sud, les champs de neige et les glaciers du Nord-Est ont �t� parsem�s d�Insectes vari�s (80 p. 100 encore vivants), principalement des Pucerons, dont, notamment, Dilachnus piceae, parasite du Sapin ; or, la r�gion la plus proche o� pousse le Sapin est la presqu��le de Kola, � environ 1 400 km. Mais il est le plus souvent difficile aux animaux ainsi transport�s de s�adapter � un nouvel environnement.</p><p>y Les formes de taille microscopique inf�rieure au dixi�me de millim�tre.</p><p>Des multitudes de micro-organismes sont constamment entra�n�s dans l�air.</p><p>Ils sont tr�s r�sistants aux facteurs d�favorables rencontr�s dans l�espace. S�il est hermaphrodite ou parth�nog�n�tique, un seul individu parvenu dans un milieu appropri� peut donner naissance � une descendance. La r�sistance des micro-organismes � une basse temp�rature, � une basse pression et � la s�cheresse est sup�rieure � celle des organismes de plus grande taille, mais ils sont plus sensibles aux radiations, sp�cialement au rayonnement ultraviolet, qui semble entraver leur propagation.</p><p>y Transport a�rien � la surface du sol.</p><p>Des organismes peuvent �tre tra�n�s ou roul�s par le vent lorsque la nature du sol s�y pr�te. La neige forme un support particuli�rement favorable. Le nombre des</p><p>� coureurs de neige � est grand parmi les plantes alpines et scandinaves.</p><p>Dans les r�gions sableuses (steppes et d�serts, dunes des c�tes marines), de nombreuses plantes sont roul�es avec leurs fruits par le vent ; on les nomme coureurs de steppes, telles les esp�ces Salsola et Crambe. Parfois, ce ne sont que des fructifications ou des fruits accroch�s les uns aux autres qui sont transport�s. Certains Lichens du genre Lecanora sont ainsi d�-</p><p>nomm�s Lichens migrateurs.</p><p>De nombreux Insectes sont entra�n�s r�guli�rement par les vents ascendants depuis les vall�es jusque dans la zone alpine. Sur les sommets peu �lev�s et par temps chaud, ils peuvent soit continuer � se d�placer, soit former des rassemble-ments massifs. C�est le cas du Capricorne Oxynurius cursor, que l�on rencontre bien au-dessus des limites de la for�t. Si le vent les conduit � haute altitude par temps froid, ils entrent en catalepsie et tombent sur le sol, tels l�H�mipt�re Gastrodes gros-sipes et les Pucerons du genre Mindarus, provenant de l��tage bois� ; ils sont alors la proie des Carnassiers alpins (Nebria et Parodiellus obliquus).</p><p>Dans le cas o� les Insectes emport�s par le vent tombent � la surface de l�eau, ils peuvent �tre transport�s par celle-ci et d�pos�s finalement sur une rive. Maints exemples de cette diss�mination dite downloadModeText.vue.download 522 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1059</p><p>� an�mo-hydrochorique � ont pu �tre observ�s au bord des lacs de haute montagne, sur les rives des lacs d�eau douce de basses r�gions (lac �ri� ou lac de Neusiedl) ainsi que sur des rivages marins.</p><p>La diss�mination par le vent ou l�eau ou les deux r�unis repr�sente un apport souvent tr�s important de nourriture organique pour le monde animal autochtone, particuli�rement en haute montagne ;</p><p>d�autre part, la diss�mination passive peut amener certaines esp�ces � coloniser de nouvelles r�gions.</p><p>R. H.</p><p>L�action de l�atmosph�re</p><p>sur les �tres vivants</p><p>C�est vraisemblablement � partir des gaz de l�atmosph�re (m�thane, gaz carbonique, vapeur d�eau) dont �tait entour�e notre plan�te au cours des premiers �ges que la mati�re organique complexe a d� appara�tre avec la formation des premi�res macromol�cules de prot�ines. C�est aussi probablement gr�ce � l��nergie transmise par l�atmosph�re (radiations) qu�� partir de ces macroprot�ines les virus ont pu se former. Ces derniers semblent bien �tre, dans l��tat de nos connaissances, le stade initial de la vie, car ce sont eux qui ont le m�tabolisme et la physiologie les plus simples.</p><p>Mais, actuellement encore, l�atmosph�re joue un r�le d�cisif pour les �tres vivants. En premier lieu, elle leur apporte l��nergie lumineuse, n�cessaire � la photosynth�se ; les gaz (oxyg�ne et gaz carbonique) de l�atmosph�re sont pr�lev�s directement par les plantes et ont un r�le primordial dans le m�tabolisme de ces derniers : les synth�ses v�g�tales d�passent quantitativement de beaucoup toutes les productions des plus grosses industries r�unies. L�eau provenant de l�atmosph�re, directement ou indirectement, est un des constituants fondamentaux de la mati�re vivante (75 p. 100 pour les plantes enti�res et 85 p. 100 pour le cytoplasme). Les vents influent sur la forme des v�g�taux et jouent un r�le important dans le transport des semences et des pollens ; la pollinisation an�mophile peut se produire � des centaines de kilom�tres et parfois m�me en abondance (pluies de soufre, en r�alit� d�p�ts de pollens de palmiers ou de pins).</p><p>Par suite des interactions des diff�rents facteurs physiques de l�atmosph�re, les climats se sont diversifi�s au cours des �poques g�ologiques � la surface du globe et ont eu ainsi une action consid�rable sur la r�partition des faunes et des flores. En effet, certains auteurs pensent que l��closion de l�exub�rante flore houill�re serait due en partie � une teneur en gaz carbonique �lev�e dans certaines r�gions de notre plan�te � cette �poque, jointe d�ail-</p><p>leurs � une forte humidit� et � une temp�-</p><p>rature voisine de celles des r�gions �quatoriales. D�autre part, c�est le rythme des grandes glaciations qui, beaucoup plus pr�s de nous, a conditionn� le peuplement animal et v�g�tal de toutes les r�gions du globe.</p><p>Les conditions physiques qui se manifestent sur les divers continents (variations de la dur�e du jour, des temp�ratures, des pr�cipitations) d�finissent les climats r�gionaux locaux et les microclimats, permettant � telle ou telle bioc�nose de s�installer. Par son existence m�me, une bioc�nose peut de plus modifier les conditions �cologiques primitives et ainsi cr�er de nouveaux microclimats et m�me des climats r�gionaux : il pleut davantage sur une for�t que sur les plaines avoisinantes ; les v�g�taux purifient l�air gr�ce au ph�no-m�ne de photosynth�se.</p><p>Enfin, l�atmosph�re joue le r�le de filtre en arr�tant certaines radiations solaires n�fastes aussi bien pour le sol que pour les �tres vivants. On voit ainsi l�interd�-</p><p>pendance �troite qui existe entre les �tres vivants et l�atmosph�re ; cet ensemble, y compris le sol, qui, lui aussi, participe activement � cette vie, s�appelle la biosph�re*.</p><p>J.-M. T.</p><p>Les illustrations 1 � 7 sont r�alis�es d�apr�s les maquettes de l�auteur.</p><p>P. P.</p><p>&#x25B6; Anticyclone / Circulation / Climat / Cyclone.</p><p>B E. Vassy, Physique de l�atmosph�re (Gauthier-Villars, 1956-1966 ; 3 vol.). / R. A. Craig (sous la dir. de), The Upper Atmosphere (Londres, 1965). / H. Riehl, Introduction to the Atmosphere (New York, 1965). / G. Israel, Introduction � la physique du milieu spatial (Centre national d��tudes spatiales, 1968). / F. Durand-Dast�s, G�ographie des airs (P. U. F., coll. � Magellan �, 1969).</p><p>atome</p><p>Plus petite partie d�un �l�ment chimique qui puisse entrer en combinaison.</p><p>Origines de</p><p>la notion d�atome</p><p>Lucr�ce rapporte, dans son De natura</p><p>rerum, l�essentiel des th�ories des philosophes grecs Leucippe, D�mocrite et �picure : ces philosophes affirment que toute mati�re est constitu�e d�un assemblage d�atomes, particules non perceptibles par nos sens en raison de leur petitesse, ins�cables, de formes et de propri�t�s vari�es, et dont d�pendent les propri�t�s de la mati�re ; ces atomes sont en perp�tuel mouvement au sein du vide, et ce mouvement est � l�origine des transformations de la mati�re.</p><p>L�atomistique tombe cependant rapidement dans l�oubli : elle est repouss�e par Platon, qui reprend les id�es d�Emp�docle des quatre �l�ments �</p><p>feu, air, eau, terre �, constitutifs de la mati�re � l�aide des forces de l�Amour et de la Haine ; cette th�orie est adopt�e par Aristote, qui ajoute un cinqui�me �l�ment, l��ther, et introduit la notion de transmutation. Suit alors une longue p�riode, s��tendant jusqu�au XVIe s. et pendant laquelle, par application de la th�orie d�Aristote plus ou moins remani�e, se poursuit la vaine recherche de la � pierre philosophale � ; c�est la p�riode de l�alchimie*. Peu � peu, cependant, la recherche chimique se d�-</p><p>gage du myst�re et reprend pour guide l�exp�rience. C�est aux XVIIe et XVIIIe s.</p><p>la d�couverte de nombreux corps, dont l�oxyg�ne. Et c�est aussi l��poque o� Lavoisier* fournit l�interpr�tation correcte des ph�nom�nes de combustion et introduit en chimie l�emploi syst�-</p><p>matique de la balance ; accordant la priorit� aux mesures de masses et de proportions, il ouvre ainsi une �re nouvelle de la chimie.</p><p>Dans cette nouvelle voie s�engagent aussit�t de nombreux chimistes, tels Richter et Prout. Mais il appartenait � Dalton* de fournir une interpr�tation g�n�rale des proportions d�finies dans lesquelles sont form�s les compos�s, en exposant d�s 1803 sa th�orie atomique. � vrai dire, la notion de structure corpusculaire de la mati�re, ressurgie des id�es anciennes, s��tait de nouveau r�pandue dans la science depuis le XVIIe s., mais cette notion demeurait dans le domaine qualitatif ; Dalton donna � la th�orie une orientation d�cisive en attribuant � chaque atome, en m�me temps qu�une repr�-</p><p>sentation symbolique, un poids d�termin� en valeur relative ; l� est l�ori-</p><p>gine des poids atomiques des divers �l�ments, dont Dalton publia d�s 1805</p><p>un premier tableau, qui n�a cess� par la suite de s��tendre et de s�am�liorer.</p><p>Les atomes des �l�ments s�unissant en mol�cules pour former les compos�s, la loi des proportions d�finies trouvait une interpr�tation simple et lumineuse ; Dalton y joignit sa loi des proportions multiples, largement v�rifi�e depuis.</p><p>Par la suite, les notions d�atome et de mol�cule n�ont cess� de s�affermir et de se pr�ciser, et nombreuses sont les d�couvertes physiques ou chimiques qui ont, directement ou non, apport� leur contribution � la th�orie atomique et mol�culaire. Citons en particulier la th�orie cin�tique des gaz, d�velopp�e au cours du XIXe s. par Boltzmann*, Maxwell*, Clausius* et d�autres, en partant de l�hypoth�se que les gaz sont form�s de mol�cules tr�s petites, tr�s nombreuses, anim�es de mouvements incessants et d�sordonn�s : les lois exp�rimentales de compressibilit�, de dilatation, de diffusion, de viscosit�, etc., sont bien interpr�t�es dans cette th�orie.</p><p>La classification p�riodique des �l�-</p><p>ments, propos�e en 1869 par le Russe Mendele�ev*, vint couronner les efforts des chimistes et, en m�me temps, leur sugg�rer que toute la mati�re de l�Univers pouvait bien �tre constitu�e � l�aide d�une centaine seulement d�atomes diff�rents. Bien avant cela, il est vrai, l�Anglais William Prout avait �mis l�hypoth�se que les atomes des divers �l�ments �taient form�s � partir du seul atome d�hydrog�ne, les poids atomiques des divers �l�ments �tant en effet le plus souvent des multiples entiers de celui de l�hydrog�ne. Bien que simple et s�duisante, cette hypoth�se audacieuse avait d� �tre abandonn�e ; mais on peut dire actuellement que, d�une certaine mani�re, elle se trouve confirm�e. (V. noyau.)</p><p>Ainsi, � la fin du si�cle dernier, on pouvait admettre qu�une grande majorit� de physiciens et de chimistes �taient, plus ou moins ouvertement, acquis � l�atomisme, et certains pouvaient penser qu�on avait atteint dans ce domaine, avec les atomes ins�-</p><p>cables, les limites de la connaissance.</p><p>Et pourtant...</p><p>L��tude de la d�charge �lectrique dans les gaz rar�fi�s, la d�couverte des rayons cathodiques et celle de la radio-activit�, ainsi que l��tude des rayonnements �mis par les corps radioactifs ne tard�rent pas � imposer l�id�e de la complexit� de l�atome et de son noyau ; disposant de moyens de plus en plus puissants pour diss�quer l�atome, les physiciens ont, depuis le d�but du pr�sent si�cle, accumul� les d�couvertes et les r�sultats ; actuellement, si quelques points demeurent encore obscurs, il est cependant possible de donner de l�atome une description assez d�taill�e.</p><p>Le nombre d�Avogadro</p><p>Puisque toute mati�re est constitu�e d�atomes, une question vient imm�diatement � l�esprit : quel est le nombre de ces atomes pr�sents dans un poids donn� d�un corps ? Ce nombre est ordinairement tr�s grand, puisqu�un �chantillon de mati�re appara�t � nos sens comme continu, m�me sous les plus forts grossissements des microscopes optiques. Pour r�pondre � la question pos�e, la connaissance du nombre N, dit � nombre d�Avogadro �, est fondamentale. Le nom d�Avogadro* est associ� au nombre N en reconnaissance pour l�hypoth�se g�niale avanc�e en 1811 par ce physicien. Dans les m�mes conditions de temp�rature et de pression, des volumes �gaux de tous les gaz downloadModeText.vue.download 523 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1060</p><p>renferment le m�me nombre de mol�-</p><p>cules. Cette hypoth�se, bien que reprise et appuy�e par Amp�re, n�eut, pendant un demi-si�cle environ, aucun succ�s aupr�s des chimistes ; ceux-ci ne com-prirent pas qu�elle permettait, par l��tablissement d�une distinction fondamentale entre atome et mol�cule d�un corps simple, de lever les difficult�s que la th�orie atomique de Dalton ren-contrait dans l�interpr�tation des lois volum�triques de Gay-Lussac*. C�est seulement en 1860 que Cannizzaro r�ussit � faire adopter ces vues ; une fois comprise, l�hypoth�se d�Avoga-</p><p>dro fut d�une grande utilit� pour l��tablissement de la notation chimique.</p><p>Remarquons que, si l�on prend arbitrairement 16 pour poids atomique de l�oxyg�ne, 32 est son poids mol�culaire, puisque la mol�cule d�oxyg�ne est diatomique ; or, une masse de 32 g d�oxyg�ne gazeux occupe, � 0 �C</p><p>et sous 1 atmosph�re, un volume de 22,4 litres (tr�s sensiblement) ; l�exp�-</p><p>rience montre que ce m�me volume est occup�, dans les m�mes conditions, par 28 g d�azote ou par 2 g d�hydrog�ne, ou encore par 71 g de chlore, dont les mol�cules sont �galement diatomiques, ou par 40 g d�argon, dont la mol�-</p><p>cule est monoatomique, etc. Si l�on applique � ces observations l�hypoth�se d�Avogadro, il en r�sulte imm�-</p><p>diatement que les poids atomiques de l�azote, de l�hydrog�ne, du chlore et de l�argon sont respectivement 14, 1, 35,5</p><p>et 40 ; ce sont des poids proportionnels aux poids r�els des atomes de ces corps ; le coefficient de proportionnalit� commun � tous est par exemple le nombre d�atomes d�oxyg�ne pr�sents dans 16 g de ce corps ou encore le nombre de mol�cules d�oxyg�ne pr�-</p><p>sentes dans 32 g, c�est-�-dire dans ce qu�on appelle une mole (ou mol�cule-gramme) d�oxyg�ne. Ce nombre est le nombre d�Avogadro.</p><p>Cette notion une fois comprise, le probl�me s�est pos� de la d�termination du nombre d�Avogadro. Il s�agit en somme de peser un atome (ou</p><p>une mol�cule) d�un corps, oxyg�ne par exemple ; cela n�est pas possible directement, mais, par contre, il suffit de mesurer une propri�t� pour laquelle chaque atome (ou chaque mol�cule) intervient par sa masse et de fa�on connue. De telles propri�t�s sont nombreuses et appartiennent � des domaines vari�s. Citons : les ph�no-m�nes d��lectrolyse ; les ph�nom�nes de transport dans la th�orie cin�tique des gaz, par exemple, leur viscosit� qui concerne le transport de la quantit� de mouvement des mol�cules ; le mouvement brownien, dont l��tude sugg�ra � Jean Perrin* que certaines propri�-</p><p>t�s des particules microscopiques en suspension dans un fluide �taient les m�mes que celles qui �taient assign�es aux mol�cules d�un gaz par la th�orie cin�tique. Cette constatation amena ce</p><p>physicien � �tudier l��quilibre de s�dimentation de grains de gomme-gutte, sph�riques, de diam�tre uniforme et d�ailleurs tr�s petit, en suspension dans un liquide. La th�orie cin�tique appliqu�e � cet �quilibre, en consid�rant les grains de gomme-gutte comme des mol�cules g�antes, montre qu�il ob�it � la relation</p><p>n1 et n2 sont les nombres de particules dans des volumes �gaux du liquide s�par�s par la hauteur verticale h ; ils peuvent �tre d�termin�s par des observations faites � l�aide d�un microscope ; (&#x3C1; � &#x3C1;l)g est le poids volumique apparent de la gomme-gutte dans le liquide de suspension ; r est le rayon des grains. Jean Perrin trouva pour N, par application de cette formule, la valeur 6,5.1023. Les exp�riences de comptage des grains sont difficiles, et leur pr�cision ne peut �tre que m�diocre ; l�accord satisfaisant de la valeur de N</p><p>ainsi trouv�e avec celles qui sont fournies par d�autres m�thodes fut consid�r� � juste titre comme une preuve de la r�alit� des mol�cules ainsi que du bien-fond� de la th�orie cin�tique des gaz. Citons encore, parmi les m�-</p><p>thodes qui ont fourni une valeur de N : l��tude des produits de transformations radioactives ; l�emploi de la formule de lord Rayleigh relative � la diffusion de la lumi�re par les mol�cules de l�air atmosph�rique ; la diffraction des rayons X par un cristal ; cette derni�re m�thode, particuli�rement pr�cise, a donn� � N la valeur, actuellement admise, de 6,0224.1023 pour la mole d�finie sur la base de 12C = 12,000..., N �tant donc par exemple le nombre de mol�cules pr�sentes dans une masse 2.15,999 4 = 31,998 8 g d�oxyg�ne naturel. L�inverse du nombre N fournit la valeur en grammes de l�u.m.a. (unit� de masse atomique) 1,660 5.10� 24 g ; la masse de l�atome d�un �l�ment est alors obtenue, exprim�e en grammes, en multipliant l�u.m.a. par le nombre correspondant � l��l�ment dans le tableau des � poids atomiques � ; on trouve ainsi, par exemple, que la masse de l�atome d�hydrog�ne est 1,673 7.10-24 g ; il s�agit l� cependant d�une valeur moyenne, � cause de la pr�sence des isotopes* dans l�hydrog�ne naturel.</p><p>L��lectron</p><p>L��lectricit� fut d�abord consid�r�e comme une sorte de fluide, mais les travaux de Faraday* sur l��lectrolyse montr�rent que l��lectricit� �tait associ�e en quantit� d�finie � la mati�re dans des ions, anions et cations. Faraday croyait que tous les ions ont en valeur absolue la m�me charge �lectrique, et de cette th�orie dite � des �quivalents � r�sultaient des formules telles que HO pour l�eau ; cependant, les efforts patients des chimistes montr�rent que ce syst�me des �quivalents ne pouvait �tre maintenu ; l�hypoth�se d�Avogadro contribua puissamment � l�abandon du syst�me des �quivalents pour celui, actuel, des poids atomiques. On se rendit compte alors que les ions, suivant leur nature mat�rielle, pouvaient porter une charge �gale, en valeur absolue, � celle de l�ion hydrog�ne, ou une charge double, triple...</p><p>de celle-ci ; l�Irlandais George Stoney (1826-1911) sugg�ra qu�il devait exister une charge �lectrique ind�pendante de la mati�re qui la porte, et c�est lui qui proposa de donner � cette unit� de charge le nom d��lectron. � la suite de la d�couverte des rayons cathodiques, l��tude de leurs propri�t�s amena Jean Perrin � consid�rer ces rayons comme des particules charg�es d��lectricit� n�-</p><p>gative ; J. J. Thomson* d�termina pour ces particules, en mesurant leur d�viation par des champs �lectrique et ma-gn�tique, le rapport e/m de leur charge � leur masse et le trouva �gal, en valeur absolue, � la 1/1 836 partie de celui qui est relatif � l�ion hydrog�ne. Tout cela sugg�rait l�existence d�une particule de charge �gale et oppos�e � celle de l�ion hydrog�ne, et de masse 1 836 fois plus faible. La charge de l�ion hydrog�ne est d�termin�e par �lectrolyse et donn�e par le rapport F/N du faraday, qui vaut 96 485 coulombs, au nombre d�Avogadro N = 6,022 4.1023 : e = 1,6021.10-19 C ; c�est, en valeur absolue, la charge de l��lectron, qui peut �tre d�termin�e par d�autres m�thodes, toutes concordantes ; en particulier, l�Am�ricain Millikan* montra de fa�on directe que toute charge �lectrique observable �tait un multiple entier d�une charge �l�-</p><p>mentaire, pour laquelle il trouva aussi la valeur e = 1,6.10� 19 C. Le rapport e/m de la charge � la masse de l��lectron ayant �t� trouv� �gal � 1,758 8.1011 C/</p><p>kg, la masse m de l��lectron vaut donc 9,109 1.10� 31 kg ; il s�agit l� de</p><p>la masse au repos de l��lectron, car, lorsque l��lectron est en mouvement rapide, il y a lieu d�apporter � ce r�sultat la correction de relativit�.</p><p>Divers ph�nom�nes, et en particulier l��tude d�taill�e des spectres d��mission des atomes, conduisent � admettre que l��lectron tourne sur lui-m�me, � la fa�on d�une toupie ; l��lectron poss�de de ce fait un moment cin�tique dit � de spin �, auquel la th�orie quantique attribue les deux seules valeurs h �tant la constante de Planck ; � chacune de ces valeurs on fait correspondre un nombre quantique dit � de spin s �, attach� � l��lectron et dont la valeur, ou est li�e au sens de</p><p>rotation. Cette rotation conduit aussi � attribuer � l��lectron, assimilable � un petit aimant, un moment magn�tique.</p><p>L��lectron est un constituant fondamental des atomes ; les �lectrons, gravitant autour des noyaux, contribuent, pour une large part, � donner � la mati�re son aspect, ses propri�t�s et sa diversit�. L��lectron est aussi l�un des produits de la d�sint�gration de certains noyaux d�atomes radio-actifs, dont il constitue le rayonnement &#x3B2;�.</p><p>Structure de l�atome</p><p>La d�couverte de la radio-activit�, l��tude des rayonnements et des particules �mis par la mati�re ayant prouv�, d�s la fin du si�cle dernier, la complexit� de l�atome, le probl�me fut ainsi pos� de la d�termination de la composition interne et de la structure des atomes. Le mod�le d�abord pr�sent� fut celui de J. J. Thomson : ce physicien imaginait une sph�re dans laquelle existait une distribution uniforme de charges positives r�parties en une sorte de nuage ; dans ce nuage �voluaient des �lectrons ponctuels en nombre tel que l�ensemble f�t neutre. La force qui sollicitait ces �lectrons �tant ici centrip�te et de module proportionnel � la distance au centre, ceux-ci pouvaient effectuer des oscillations harmoniques, dans lesquelles Thomson voyait l�origine des spectres d��mission des �l�ments ; la confrontation avec les donn�es exp�rimentales permettait d��valuer un ordre</p><p>de grandeur du diam�tre de l�atome : 10� 10 m, soit 1 � dans le cas de l�hydrog�ne. Le mod�le de Thomson ne devait cependant pas r�sister au verdict de l�exp�rience : lord Rutherford eut en effet, en 1909, l�id�e de soumettre de minces feuilles m�talliques au bombardement de particules &#x3B1;, c�est-�-dire de noyaux d�h�lium anim�s de vitesses de l�ordre de 10 000 km/s, �mises par un fragment de polonium ; alors que le mod�le atomique de Thomson permet-downloadModeText.vue.download 524 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1061</p><p>tait de pr�voir seulement de tr�s petites d�viations de ces particules � la travers�e de la feuille, Rutherford observa avec stup�faction une proportion non n�gligeable de d�viations importantes et m�me que certaines particules &#x3B1;</p><p>�taient renvoy�es vers l�arri�re ! Cela impliquait une collision � d�ailleurs tr�s rare � de la particule &#x3B1; avec une particule positive de masse relativement �lev�e et de dimensions tr�s petites. Ainsi naquit dans l�esprit de Rutherford l�id�e du mod�le d�atome dit � plan�taire �, � cause de l�analogie que celui-ci offre avec le syst�me solaire. L�atome est constitu� : d�une part, d�un noyau positif tr�s petit, dans lequel est concentr�e la charge positive de l�atome et la presque totalit� de sa masse ; d�autre part, d��lectrons gravitant autour du noyau � des distances tr�s grandes par rapport aux dimensions des particules ; l�ensemble est �videmment �lectriquement neutre.</p><p>L��tude quantitative des d�viations des rayons &#x3B1; � ceux-ci provoquaient, apr�s contact avec la feuille m�tallique, la luminescence ponctuelle d�un �cran au sulfure de zinc � permet en particulier une estimation des dimensions du noyau : 10� 14 � 10� 15 m, c�est-</p><p>�-dire environ la dix-milli�me partie de la dimension de l�atome ; l�aspect �minemment lacunaire de la mati�re est un des r�sultats les plus saisissants de ces exp�riences, demeur�es c�l�bres ; il est classique de dire que, si, par un grossissement convenable de l�atome d�hydrog�ne, ses dimensions devenaient �gales � celles du globe terrestre, le noyau, ici le proton, situ�</p><p>au centre, aurait un diam�tre de 760 m seulement, alors que l�unique �lectron qui l�accompagne graviterait sur une orbite de 6 400 km de rayon ! Il est �galement classique de faire remarquer l�extraordinaire densit� qu�aurait la mati�re si tous ses atomes � s�effon-draient � jusqu�au contact des noyaux : environ 10 millions de tonnes par centim�tre cube pour l�hydrog�ne !</p><p>Rutherford �tablit la th�orie de la diffusion des rayons &#x3B1; par les atomes du m�tal, dans l�hypoth�se d�une structure plan�taire de ces atomes ; la v�rification par l�exp�rience fut excellente et permit, en outre, de d�terminer avec une bonne pr�cision la charge du noyau de l�atome m�tallique, soit Ze, e �tant la valeur absolue de la charge de l��lectron ; le nombre entier Z, caract�ristique de l�atome, est appel� le nombre atomique de cet atome ; il a fait, post�rieurement aux exp�riences de Rutherford, l�objet de d�terminations plus pr�cises.</p><p>Le mod�le plan�taire de Rutherford pr�sentait cependant le grave d�faut de ne pas �tre stable : le mouvement, elliptique ou circulaire, des �lectrons autour du noyau est un mouvement � acc�l�-</p><p>ration centrale ; or, les lois de l��lectromagn�tisme impliquent qu�une</p><p>charge �lectrique dont le mouvement comporte une acc�l�ration doit rayonner de l��nergie ; l��lectron rayonne donc, perd progressivement son �nergie et finalement tombe sur le noyau, ce que d�ment �videmment l�exp�-</p><p>rience. Autre difficult� : la fr�quence du rayonnement �mis par l��lectron dans son mouvement spiral� autour du noyau cro�trait de fa�on continue, ce qui est en contradiction avec le fait que les spectres d��mission des atomes sont constitu�s de raies fines, dont chacune correspond � une longueur d�onde bien d�termin�e ; ainsi, dans le domaine visible, le spectre d��mission de l�atome d�hydrog�ne ne comporte que quatre raies, de longueurs d�onde de 0,656, 0,486, 0,434, 0,410 &#x3BC;.</p><p>C�est le Danois Niels Bohr* qui, en 1913, proposa un mod�le d�atome plan�taire modifi� pour �chapper aux contradictions pr�c�dentes ; l�atome de Bohr pr�sente deux caract�ristiques fondamentales.</p><p>1. Seules sont � permises � � l��lectron certaines orbites, plus pr�cis�ment celles pour lesquelles son moment cin�tique est un multiple entier de la quantit� h/2&#x3C0;, h �tant la constante de Planck ; pour une orbite circulaire permise, de rayon rn, on a donc mvrn = nh/2&#x3C0;, avec n entier positif.</p><p>2. L��lectron ne rayonne pas d��nergie aussi longtemps qu�il reste sur l�une des orbites permises.</p><p>Ces deux caract�res fondamentaux sont en contradiction �vidente avec les lois de la m�canique et de la physique classiques ; sur l�une quelconque des orbites permises, l��nergie totale de l��lectron, en partie potentielle du fait de l�attraction du noyau, en partie cin�-</p><p>tique du fait de la vitesse de rotation, garde une valeur constante, mais qui d�pend, comme on le verra plus loin, de l�orbite consid�r�e ; la premi�re restriction introduite par Bohr revient donc � affirmer que l��nergie de l��lectron dans l�atome ne peut pas varier de fa�on continue, mais peut seulement �prouver, si l��lectron passe d�une orbite � une autre, une s�rie de variations d�termin�es et finies. On reconna�t l� une condition de quanta : les niveaux d��nergie de l��lectron dans l�atome sont quantifi�s. D�s lors, l�origine du spectre d��mission de l�atome devient �vidente : en sautant d�une orbite � une autre de plus basse �nergie, l��lectron doit �mettre un quantum d��nergie, et celui-ci appara�t sous forme d�un rayonnement �lectromagn�tique de courte dur�e, dont la fr�quence n est impos�e par la relation</p><p>Wn1 � Wn2 = h&#x3BD;.</p><p>Le cas de l�atome d�hydrog�ne est particuli�rement simple et convaincant : le rayon rn d�une orbite circulaire de rang n de l��lectron de masse m ob�it � la relation mvrn = nh/2&#x3C0; (1) ; mais aussi, v �tant la vitesse de l��lectron sur son orbite, qu�il parcourt sous l�action de la force centrip�te</p><p>qui est l�expression de son �nergie ci-n�tique ; l��limination de v entre (1) et (2) fournit les valeurs des rayons des orbites permises :</p><p>ces valeurs sont entre elles comme les carr�s des entiers successifs, c�est-�-</p><p>dire comme 1, 4, 9, 16... ; le remplacement par valeurs num�riques fournit, pour n = 1, le rayon de la plus petite orbite : r1 = 0,53 �, valeur tout � fait vraisemblable. Par ailleurs, plac� dans le champ des forces �lectrostatiques exerc�es par le noyau, l��lectron situ� � la distance rn du noyau a une �nergie potentielle</p><p>son �nergie totale est donc</p><p>(elle est n�gative, ce qui correspond au fait qu�il faudrait, pour passer de l��tat actuel � celui o� �lectron et noyau seraient immobiles l�un par rapport � l�autre et infiniment �loign�s l�un de l�autre, fournir � l�atome un travail positif � W ). Le remplacement de r nn</p><p>par sa valeur nous donne</p><p>on retrouve sur cette expression la quantification des niveaux d��nergie dans l�atome ; le nombre n, qui peut prendre toutes les valeurs enti�res positives, caract�rise chaque orbite permise � l��lectron ainsi que le niveau d��nergie attach� � chaque orbite ; n est dit</p><p>� nombre quantique � de l��lectron. Le niveau de plus basse �nergie, donc de plus grande stabilit�, correspond � la plus petite valeur de n : donc n = 1. �</p><p>partir de cet �tat, dit � fondamental �, l��lectron peut cependant occuper une orbite de rang n1 plus �lev� s�il re�oit, par exemple par excitation �lectrique dans le tube de Pl�cker, l��nergie correspondant � ce passage ; mais l�atome est moins stable dans cet �tat excit� et tend � revenir sur une orbite de rang in-f�rieur n2 &lt; n1 ; il �met un rayonnement �lectromagn�tique, un photon, dont la fr�quence &#x3BD; est donn�e par</p><p>Le tr�s grand succ�s que connut la th�orie de Bohr pour l�atome d�hydrog�ne tient principalement � cette expression : c�est en effet en 1885 que Balmer avait propos�, pour repr�senter les neuf raies alors connues du spectre d��mission de l�hydrog�ne, la formule d�duite de l�exp�rience</p><p>&#x3BD; = cR (1/4 � 1/m2),</p><p>avec pour m les valeurs enti�res 3, 4,</p><p>..., 11 ; c est la vitesse de la lumi�re dans le vide et R, constante dite � de Rydberg �, est �gale � 1,097.107 m� 1.</p><p>La formule de Bohr retrouve ces r�sultats, car</p><p>on obtient la formule de Balmer en faisant n2 = 2 ; mais la formule de Bohr est plus g�n�rale et pr�voit d�autres s�ries de raies : dans l�ultraviolet en faisant n2 = 1 ; dans l�infrarouge en faisant n2 = 3, ou 4, ou 5... L�existence de ces s�ries de raies a �t� confirm�e par l�exp�rience.</p><p>La th�orie de Bohr, par l�exactitude de ses pr�visions pour l�atome d�hydrog�ne, a apport� une preuve suppl�-</p><p>mentaire �clatante du bien-fond� de la notion de quantification ; cependant, dans sa forme initiale, elle ne permit pas de pr�voir de fa�on aussi satisfaisante les spectres des atomes renfermant plusieurs �lectrons. Sommerfeld, consid�rant le cas plus g�n�ral d�orbites elliptiques et introduisant deux nombres quantiques suppl�mentaires, le premier dit � azimutal l �</p><p>et le second dit � magn�tique m �, am�liora les pr�visions relatives aux atomes l�gers et fournit une interpr�-</p><p>tation de l�effet Zeeman ; toutefois, la th�orie resta inapplicable aux atomes plus lourds. La th�orie de Bohr-Sommerfeld contient en elle-m�me une contradiction : d�une part, elle s�appuie sur les principes de la m�canique classique ; d�autre part, elle limite de fa�on arbitraire, au moyen d�une condition de quanta, les mouvements pr�vus. L��chec final de cette th�orie a convaincu les physiciens qu�il n��tait pas possible, pour d�crire le compor-downloadModeText.vue.download 525 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1062</p><p>tement des particules dans l�atome, d�associer aux conditions de quanta les principes de la m�canique classique et qu�il fallait inventer pour cela une nouvelle m�canique. Celle-ci prit naissance et se d�veloppa, � partir de 1924, par les travaux de Louis de Broglie*, de Heisenberg*, de Schr�dinger*, de</p><p>Pauli* et de Dirac, c�est la m�canique ondulatoire, qui s�est substitu�e � la th�orie des quanta.</p><p>Structure de l�atome, dans</p><p>l�esprit de la m�canique</p><p>ondulatoire</p><p>� l�origine de la m�canique ondulatoire, on trouve une hypoth�se, �mise par Louis de Broglie en 1924. � toute particule mat�rielle en mouvement, telle qu��lectron, proton, neutron, etc., on doit, pour une explication compl�te du comportement de cette particule, lui associer une onde, dont la longueur est donn�e par la relation &#x3BB; = h/mv ; h est la constante des quanta, m la masse de la particule et v sa vitesse ; mv = p est sa quantit� de mouvement ou son impulsion. Cette hypoth�se traduit une analogie avec les ph�nom�nes lumineux : si les interf�rences et la diffraction de la lumi�re s�expliquent en consid�rant la lumi�re comme le r�sultat de la propagation d�un mouvement vibratoire de fr�quence &#x3BD;, de longueur d�onde &#x3BB; = c/&#x3BD;, par contre d�autres ph�no-m�nes lumineux tels que l�effet photo�lectrique et le rayonnement du corps noir ne peuvent pas recevoir d�interpr�tation correcte dans la th�orie ondulatoire, mais seulement si on admet, suivant une hypoth�se due � Einstein*</p><p>(1905), que la lumi�re est constitu�e de corpuscules, les photons, dont l��nergie est proportionnelle � la fr�quence W = h&#x3BD;. L�impulsion du photon �tant p = W/c, on a bien</p><p>p = h&#x3BD;/c = h/&#x3BB;.</p><p>C�est cette expression de l�impulsion (p = h/&#x3BB;) que de Broglie a �tendue aux particules mat�rielles. Une premi�re et �clatante confirmation exp�rimentale a �t� apport�e � cette hypoth�se par Davisson et Germer d�s 1927 : lorsqu�un pinceau d��lectrons monocin�tiques frappe normalement une face d�un cristal de nickel, des �lectrons sont r�-</p><p>fl�chis dans toutes les directions, mais on observe un maximum tr�s net de la r�flexion dans certaines directions, par exemple � &#x3B8; = 50� de la normale pour des �lectrons dont l��nergie cin�tique est EC = 54 eV ; cet angle est celui que l�on observerait dans la diffraction sur le m�me cristal de rayons X de longueur d�onde de 1,65 �, alors que la</p><p>relation de De Broglie fournit pour des �lectrons de 54 eV la longueur d�onde associ�e de 1,67 �. L�accord des exp�-</p><p>riences de Davisson et Germer avec l�hypoth�se de De Broglie est donc excellent, d�autant plus qu�il se maintient quand on fait varier divers facteurs, telle l��nergie cin�tique des �lectrons.</p><p>De nombreuses autres exp�riences ont �t� faites, qui ont apport� autant de v�rifications ; certaines ont port� sur la diffraction d�autres particules, des neutrons par exemple. Actuellement, les diffractions �lectroniques et neu-troniques sont couramment utilis�es, en particulier pour des �tudes de structures, cristallines et mol�culaires.</p><p>En ce qui concerne la description de l�atome, on peut remarquer que l�hypoth�se de De Broglie permet une interpr�tation satisfaisante de la condition introduite par Bohr pour d�finir les orbites permises � l��lectron dans son mouvement autour du noyau : cette condition peut en effet, pour une orbite circulaire, s��crire 2&#x3C0;rn = nh/mv, c�est-�-dire, en faisant intervenir la longueur d�onde associ�e � l��lectron, 2&#x3C0;rn = n&#x3BB; ; la longueur de l�orbite doit �tre un multiple entier de la longueur d�onde associ�e : c�est en fait une condition de r�sonance, condition pour que l�onde associ�e ne se d�truise pas par interf�rences.</p><p>Cependant et malgr� cet appui qu�apporte � la th�orie de Bohr la conception ondulatoire des particules mat�-</p><p>rielles, c�est dans une direction toute diff�rente que s�est orient�e, � partir de 1925, la description de l�atome ; c�est en effet � cette date que Heisenberg* �non�a son fameux � principe d�incertitude �. Ce principe affirme qu�il n�est pas possible d�accro�tre audel� de toute limite la pr�cision des mesures simultan�es de la position et de la vitesse d�un �lectron ; tout accroissement dans la pr�cision avec laquelle on d�termine par exemple la position est obtenu au d�triment de la pr�cision sur la connaissance de la vitesse, et inversement. Plus pr�cis�-</p><p>ment, l��nonc� math�matique du principe d�incertitude est o� &#x394;x</p><p>est l�incertitude sur la coordonn�e x, c�est-�-dire sur la position, &#x394;p l�incertitude sur l�impulsion et h la constante</p><p>de Planck. Ce principe heurte �videmment les conceptions classiques sur la connaissance du mouvement, d�apr�s lesquelles il est concevable que, tout en am�liorant la connaissance de la trajectoire d�une particule au point que cette trajectoire puisse �tre assimil�e � une ligne parfaitement connue, on puisse am�liorer en m�me temps la connaissance de la vitesse de la particule sur sa trajectoire ; c�est ainsi, en tout cas, que l�on con�oit classiquement la connaissance du mouvement des astres, des plan�tes, des satellites. � l��chelle atomique, il n�en va plus de m�me : pour que l�on puisse d�terminer la position de la particule, de l��lectron par exemple, il faut que celle-ci manifeste sa pr�sence par l��mission ou la r��mission d�un signal, pratiquement une onde �lectromagn�tique diffract�e de longueur d�onde &#x3BB; ; or, d�une part, l�emploi de cette onde diffract�e pour fixer la position de l��lectron entra�ne une incertitude &#x394;x sur cette position, que l�exemple du microscope optique montre n��tre jamais inf�rieure � &#x3BB;/2, et, d�autre part, comme l�impulsion h/&#x3BB;</p><p>du photon diffract� est n�cessairement emprunt�e � l�impulsion p de l��lectron et que l�orientation du photon est totalement inconnue, la mesure de position de l��lectron entra�ne une modification al�atoire de son impulsion entre les valeurs p � h/&#x3BB; et p + h/&#x3BB; ; l�incertitude sur la mesure de l�impulsion sera donc 2 h/&#x3BB;, et l�on aura bien dans ce cas En ce qui concerne la description de l�atome, le principe d�incertitude entra�ne une cons�quence importante : il est vain de vouloir assigner aux �lectrons gravitant autour du noyau des trajectoires lin�iques sur lesquelles la vitesse de ces �lectrons serait � chaque instant parfaitement connue. Prenons par exemple l�atome d�hydrog�ne</p><p>de Bohr, dans lequel l��lectron parcourt la plus petite orbite circulaire, de rayon r1 = 0,53 �, avec la vitesse v1 = h/2&#x3C0;r1m, c�est-�-dire avec l�impulsion p = h/2&#x3C0;r1 ; une incertitude relative de 1/100 sur la d�termination de cette impulsion, c�est-�-dire &#x394;p = 10� 2 h/2&#x3C0;r1, entra�ne, d�apr�s le principe de Heisenberg, une incertitude minimale sur la position de l��lectron sur son orbite :</p><p>&#x394;x = h/&#x394;p = 200&#x3C0;r1 = 628 r1 ; l�incertitude sur la position de l��lectron atteint plus de 600 fois le rayon de l�orbite ! C�est dire que la notion d�orbite perd toute signification. C�est un des caract�res fondamentaux de la m�canique ondulatoire de ne pas chercher une localisation pr�cise de l��lectron dans son mouvement autour du noyau ; le renseignement que nous fournit cette m�canique sur la position de l��lectron peut para�tre bien mince, puisqu�il se borne � l�indication, pour chaque �l�ment de volume de l�espace, de la � probabilit� de pr�sence � de cet �lectron ; cette probabilit� est un nombre compris entre 0 et 1, 0 corres-pr�sence certaine de l��lectron dans le volume consid�r� ; une probabilit� de 0,1, par exemple, signifie qu�une exp�rience qui permet de montrer la pr�sence de l��lectron dans ce volume donnera une fois sur dix en moyenne un r�sultat positif.</p><p>Cette probabilit� de pr�sence de l��lectron, consid�r�e comme une fonction des coordonn�es, est obtenue par la r�solution de l��quation fondamentale de la m�canique ondulatoire, dite</p><p>� �quation de Schr�dinger �, adapt�e au probl�me particulier envisag�. Cette �quation joue en m�canique ondulatoire un r�le comparable � celui que joue en m�canique classique l��quation cependant, compte tenu</p><p>de la dualit� onde-corpuscule affirm�e par de Broglie, l��quation propos�e en 1927 par Schr�dinger est une �quation d�onde, qui s�apparente dans sa forme aux �quations de propagation des ondes en m�canique classique : c�est</p><p>une �quation aux d�riv�es partielles du second ordre. Elle s��crit</p><p>avec</p><p>quant � U, c�est l��nergie potentielle de l��lectron. La solution g�n�rale de cette �quation est une fonction, de caract�re ondulatoire, des coordonn�es d�espace et de temps, et d�nomm�e fonction d�onde. Cette fonction, not�e &#x3A8; et ordinairement complexe, c�est-�-</p><p>dire renfermant le symbole</p><p>, n�a par elle-m�me aucune signification physique ; mais le carr� de son module, |&#x3A8;| 2, est proportionnel � la probabilit� de pr�sence de l��lectron en chaque r�gion de l�espace. Dans un certain nombre de cas, et en particulier quand il s�agit du comportement d�un �lectron dans l�atome, U n�est pas fonction du temps, mais seulement de la position de l��lectron ; on montre alors que &#x3A8; est de la forme &#x3A8;(x,y,z,t) = &#x3C8;(x,y,z) � &#x3A6;(t). Il en r�sulte dans l��quation de Schr�dinger une s�paration des variables d�espace et de temps ; il en r�sulte aussi, en particu-downloadModeText.vue.download 526 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1063</p><p>lier, que la fonction &#x3C8;(x,y,z) est solution de l��quation</p><p>dans laquelle E est l��nergie totale de l��lectron ; il en r�sulte enfin, &#x3A6;(t)</p><p>�tant alors de la forme que |&#x3A8;| 2 = |&#x3C8;| 2 et que, par suite, la probabilit� de pr�sence de l��lectron peut �tre calcul�e � partir de &#x3C8;. Soit alors dv un �l�ment de volume infiniment petit entourant le point de coordonn�es x, y, z ; la probabilit� de trouver l��lectron dans cet �l�ment de volume est proportionnelle � |&#x3C8;| 2, mais aussi � dv, donc de la forme k|&#x3C8;|2dv ; si, maintenant, on fait la somme, �tendue � tout l�espace, des probabilit�s de pr�sences �l�mentaires, on doit �videmment trouver 1, puisque l��lectron est forc�ment quelque part.</p><p>L��quation de Schr�dinger en &#x3C8; �tant une �quation lin�aire par rapport � &#x3C8; et � ses d�riv�es partielles, la fonction &#x3C8;, solution de cette �quation, n�est d�finie qu�� une constante multiplicative pr�s ; on peut d�s lors la choisir pour que &#x222B; |&#x3C8;|2dv, �tendue � tout l�espace, soit �gale � l�unit� ; on dit alors de la fonction &#x3C8; ainsi choisie qu�elle est normalis�e. S�il en est ainsi, |&#x3C8;|2dv est la probabilit� de trouver l��lectron dans le volume dv ; on dit de |&#x3C8;| 2 qu�il repr�sente la densit� de probabilit� de pr�sence de l��lectron au point de coordonn�es x, y, z ; c�est naturellement de fa�on g�n�rale une fonction de ces coordonn�es. Bien entendu, la solution &#x3C8; doit satisfaire, ainsi que ses d�ri-v�es, � certaines conditions g�n�rales de continuit� et, en outre, dans chaque probl�me particulier, � certaines conditions aux limites.</p><p>Il est alors remarquable de constater que, dans chaque cas, la recherche des solutions &#x3C8; physiquement acceptables, c�est-�-dire qui doivent satisfaire � l�ensemble des conditions pr�c�dentes, introduit, de fa�on logique et n�cessaire, un ou plusieurs nombres, dont chacun ne peut, pour que la solution soit acceptable, que prendre certaines valeurs enti�res ; ainsi, les solutions &#x3C8;</p><p>de l��quation de Schr�dinger forment une suite discr�te (et non pas continue), comme sont �galement discr�tes les valeurs de l��nergie E correspondant aux diverses solutions. Cela est un caract�re extr�mement important de l��quation de Schr�dinger et, avec elle, de la m�canique ondulatoire : elle ne fait appel, de fa�on explicite, � aucun principe de quantification, et, cependant, une telle quantification r�-</p><p>sulte math�matiquement des solutions auxquelles elle conduit. Ces nombres entiers, dont d�pend toute solution de l��quation de Schr�dinger, sont dits</p><p>� nombres quantiques � ; ils jouent un r�le tr�s important, en particulier dans la description de l�atome.</p><p>L��quation de Schr�dinger trouve une application importante dans</p><p>l��tude de la structure des atomes ; cependant, cette �quation ne peut �tre r�solue compl�tement et de fa�on rigoureuse que dans le cas le plus simple, celui de l�atome d�hydrog�ne ; dans tous les autres cas, la difficult� math�matique est telle que l�on est contraint de faire appel � des m�thodes d�approximations.</p><p>Atome d�hydrog�ne</p><p>Il ne comporte qu�un �lectron, qui gravite autour d�un noyau constitu� d�un proton, dont la charge, positive, est �gale en valeur absolue � celle de l��lectron et dont la masse, 1,672 5.10-27 kg, est 1 836 fois plus grande que celle de l��lectron ; on peut donc, avec une bonne approximation � d�ailleurs nullement indispensable �, supposer le noyau immobile. L��nergie potentielle de l��lectron est due � l�attraction �lectrostatique exerc�e sur lui par le noyau ; elle vaut U = � e2/4&#x3C0;&#x3B5;0r, en fonction de la distance r de l��lectron au noyau. L��quation de Schr�dinger peut donc �tre facilement explicit�e ; toutefois, sa r�solution s�effectue, comme il est normal, apr�s transformation en coordonn�es polaires de l�espace (r,&#x3B8;,&#x3C6;) [fig. 1] ; une s�paration des variables permet alors de donner les solutions sous la forme</p><p>&#x3C8;(r,&#x3B8;,&#x3C6;) = R(r) . &#x398;(&#x3B8;) . &#x3A6;(&#x3C6;).</p><p>Trois nombres quantiques sont introduits par la recherche de ces solutions : on les d�signe par les lettres n, l et m ; n �tant le nombre quantique radial ou principal, l le nombre quantique secondaire ou azimutal et m le nombre quantique magn�tique. Ils sont entiers (l et m peuvent �tre nuls), mais leurs valeurs ne sont pas quelconques ; plus pr�cis�-</p><p>ment, n peut prendre toutes les valeurs enti�res positives (1, 2, etc.), mais les valeurs que peut prendre l sont subordonn�es � la valeur de n ; l peut prendre</p><p>les valeurs 0, 1, 2, ... n � 1. Quant � m, enfin, les valeurs qu�il peut prendre sont subordonn�es � celles de l ; ce sont � l, � l + 1, ..., 0, 1, ..., l � 1, l.</p><p>Un ensemble de valeurs de n, l et m d�finit compl�tement une fonction &#x3C8;</p><p>ou, comme on dit �galement, une orbitale ; une grande vari�t� d�orbitales est donc en principe offerte � l��lectron.</p><p>Pour faciliter le langage, certains symboles, certaines locutions sont utilis�s ; c�est ainsi que la valeur de n pr�cise la couche � laquelle appartient l�orbitale ; les diverses couches sont souvent d�si-gn�es par les lettres K, L, M... ; � n = 1</p><p>correspond la couche K, etc. � chaque valeur de n correspondent autant de sous-couches qu�il y a de valeurs possibles pour l ; l�usage s�est �tabli de d�signer chaque sous-couche par une lettre : s correspond � l = 0, p � l = 1, d � l = 2, f � l = 3, ..., lettres qui sont les initiales de qualificatifs attribu�s � certaines s�ries de raies spectrales.</p><p>Dans chacune de ces sous-couches, le nombre d�orbitales est �gal au nombre de valeurs possibles pour m ; on obtient ainsi le tableau en bas � droite: Chacune des fonctions &#x3C8; d�pend en principe des variables r, &#x3B8; et &#x3C6; ; cependant, les fonctions &#x3C8;s, pour lesquelles l = 0, m = 0, ne d�pendent que de r ; voici par exemple l�expression de la fonction &#x3C8;1s :</p><p>avec dont la valeur num�-</p><p>rique est 0,53 � ; les autres fonctions &#x3C8; sont d�expression plus compliqu�e.</p><p>� chaque solution &#x3C8; correspond une valeur de l��nergie totale E de l��lectron ; cependant, dans le cas de l�atome d�hydrog�ne, le calcul montre que E</p><p>d�pend seulement du nombre quantique principal n et que l�on a</p><p>il est d�usage d�exprimer en �lectrons-volts l��nergie d�une particule, ce qui donne ici, tous calculs faits,</p><p>On exprime cette ind�pendance de E</p><p>vis-�-vis des nombres quantiques l et m en disant que les divers �tats qui correspondent � une m�me valeur de n sont d�g�n�r�s. En fait, la rotation de l��lectron sur lui-m�me, qui introduit, on l�a vu, le spin de l��lectron, entra�ne, pour un niveau donn�, 1s par exemple, une tr�s l�g�re variation d��nergie suivant le sens de rotation. Il est int�ressant de constater que l�expression de E fournie par la m�canique ondulatoire est la m�me que celle que l�on d�duit de la th�orie de Bohr ; mais la quantification de l��nergie E appara�t en m�canique ondulatoire comme une cons�quence naturelle des principes fondamentaux, alors que, dans la th�orie de Bohr, elle d�coulait d�une hypoth�se arbitraire.</p><p>Que connaissons-nous du comportement de l��lectron dans un �tat donn�, 1s par exemple, en dehors de la valeur de son �nergie ? La fonction &#x3C8; relative � cet �tat nous permet de calculer, pour tout point de l�espace, la densit� de probabilit� de pr�sence de l��lectron ; elle est donn�e, on l�a vu, par la valeur de |&#x3C8;| 2 :</p><p>elle est une fonction constamment d�croissante de la distance r de l��lectron au noyau (fig. 2). Toutefois, il est ici plus suggestif de calculer la densit� de probabilit� de pr�sence de l��lectron � la distance r, abstraction faite de l�orientation ; c�est &#x3B4; = dP/dr, dP �tant la probabilit� de trouver l��lectron dans downloadModeText.vue.download 527 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1064</p><p>le volume dv = 4&#x3C0;r2dr, situ� entre les sph�res de rayons r et r + dr :</p><p>dP = |&#x3C8;|2dv = |&#x3C8;|2.4&#x3C0;r2dr ;</p><p>d�o�</p><p>&#x3B4;1s s�annule pour r = 0 et pour r infini ; un calcul facile montre que &#x3B4;1s passe par un maximum pour r = a = 0,53 �</p><p>(fig. 3). Il est remarquable que l�on retrouve ici la valeur du rayon de l�orbite circulaire de rang K de l�atome de Bohr, mais toutefois avec une signification profond�ment diff�rente : la pr�sence de l��lectron plus pr�s ou plus loin du noyau n�est pas exclue ; elle est seulement moins probable.</p><p>On nomme �tat fondamental de</p><p>l�atome d�hydrog�ne celui pour lequel l��lectron occupe l�orbitale de plus basse �nergie, soit 1s ; c�est l��tat le plus stable, � partir duquel, pour arracher l��lectron de l�atome, il faut fournir une �nergie au moins �gale � 13,58 eV ; c�est l��nergie d�ionisation de l�atome d�hydrog�ne. Si l��nergie fournie � l�atome est inf�rieure � cette valeur, l��lectron ne quittera pas l�atome, mais pourra � momentan�-</p><p>ment � occuper une orbitale de rang plus �lev� que 1s, correspondant � une �nergie E plus grande et � une moindre stabilit� ; l�atome d�hydrog�ne est alors dans un �tat excit�, essentiellement provisoire ; il reviendra � l��tat fondamental en �mettant un rayonnement.</p><p>En particulier, les quatre orbitales de la couche n = 2 correspondent � la m�me valeur de l��nergie E2 = � 3,4 eV ; la transition qui ram�ne, � partir de l�, l��lectron dans l��tat fondamental li-b�re donc E2 � E1 = 10,18 eV ; il lui correspond un rayonnement dont la fr�quence &#x3BD; = E2 � E1/h correspond � la longueur d�onde &#x3BB; = 0,122 &#x3BC; ; c�est effectivement la premi�re raie de la s�rie de Lyman, enti�rement situ�e dans l�ultraviolet.</p><p>Repr�sentation des orbitales de</p><p>l�atome d�hydrog�ne</p><p>Dans la th�orie de Bohr, la repr�sentation des orbites permises � l��lectron ne pr�sentait aucune difficult�, puisqu�il suffisait de tracer les lignes circulaires centr�es sur le noyau, dont le rayon �tait donn� par la th�orie ; l�addition faite par Sommerfeld conduisait � ajouter aux courbes pr�c�dentes des ellipses dont un foyer est au centre du noyau de l�atome, ellipses en nombre d�ailleurs limit� : z�ro pour n = 1, une pour n = 2, etc. En m�canique ondu-</p><p>latoire, il n�en est plus de m�me : le principe d�incertitude enl�ve toute signification pr�cise � la notion d�orbite, et l��quation de Schr�dinger ne fournit que des orbitales, qui nous renseignent seulement sur la probabilit� de trouver l��lectron en un point de l�espace ; il devient d�s lors beaucoup plus difficile de donner une repr�sentation imag�e de la fa�on dont se comporte l��lectron.</p><p>Dans l��quation de Schr�dinger, la s�-</p><p>paration des variables r, &#x3B8; et &#x3C6; ayant fourni des orbitales d��quation</p><p>&#x3C8; = R(r).&#x398;(&#x3B8;).&#x3A6;(&#x3C6;),</p><p>on peut d�abord, pour chacune d�elles, repr�senter, en fonction de la distance r au noyau, soit la fonction R(r) ellem�me, soit la fonction &#x3B4; = r2.R2(r), de distribution radiale de probabilit� ; cette derni�re courbe, d�j� trac�e ici pour l�orbitale 1s, montre, avec des maximums dont le nombre et l�importance varie avec n, que l��lectron reste en moyenne d�autant plus �loign� du noyau que le nombre quantique n est plus grand. On peut ensuite repr�senter la partie angulaire de l�orbitale, ou encore son carr�, qui est pour l�orbitale consid�r�e la fonction de distribution angulaire de probabilit�. On porte � partir de l�origine, dans la direction faisant l�angle &#x3B8; avec l�axe de sym�-</p><p>trie, la valeur correspondante de cette fonction ; celle-ci �tant constante pour les orbitales s, qui ne d�pendent que de r, la courbe m�ridienne est alors un cercle centr� sur l�origine ; mais, pour une orbitale 2 p, la courbe m�ridienne est form�e de deux lobes sym�triques par rapport � l�origine (fig. 4), ce qui montre que la probabilit� de pr�sence de l��lectron d�pend ici fortement, pour r donn�, de la direction. Il est important de noter, cependant, que la direction de plus grande probabilit� reste parfaitement ind�termin�e dans l�atome tant que celui-ci, isol�, n�est soumis � aucune action ext�rieure ; par contre, d�s qu�une telle action se manifeste, approche d�un autre atome ou excitation par un champ magn�-</p><p>tique par exemple, cette action d�termine l�orientation des orbitales ; cette remarque joue un r�le important dans l��tude des liaisons chimiques.</p><p>On peut enfin tracer dans un plan</p><p>m�ridien les courbes |&#x3C8;| 2 = constante, cot�es par exemple de 1 � 0, c�est-�-</p><p>dire par rapport � la valeur maximale de |&#x3C8;| 2 ; dans le cas des orbitales s, qui ne d�pendent que de r, on obtient des circonf�rences centr�es sur le noyau ; pour les autres orbitales, la forme est plus compliqu�e, comme le montre la figure relative � une orbitale 2 p. En chaque point d�une de ces courbes, la densit� de probabilit� est la m�me, et elle d�cro�t d�une courbe � la suivante qui l�entoure ; on peut, d�s lors, rendre la repr�sentation plus sensible en ombrant en chaque point, proportionnellement � la valeur de |&#x3C8;| 2 en ce point, c�est-�-dire en r�alisant un nuage d�autant plus dense que la probabilit� d�y trouver l��lectron est plus forte ; c�est le nuage �lectronique, qui se dilue et devient invisible dans les r�gions o�</p><p>|&#x3C8;| 2 est presque nul, en particulier � grande distance du noyau.</p><p>Structure �lectronique</p><p>des atomes autres</p><p>que l�hydrog�ne</p><p>Gravitant autour d�un noyau de</p><p>charge positive + Ze, chacun de ces atomes comporte Z �lectrons ; Z, dit</p><p>� nombre � ou � num�ro atomique �</p><p>de l�atome, �gal � 1 pour l�hydrog�ne, cro�t par valeurs enti�res successives depuis Z = 2 pour l�h�lium jusqu�� Z = 92 pour l�uranium, du moins en ce qui concerne les atomes naturels ; au-del�, des atomes ont �t� artificiellement cr��s, dont le nombre atomique va de Z = 93 pour le neptunium jusqu�� Z = 103 pour le lawrencium, et la liste n�est certainement pas close.</p><p>Dans chaque atome, les Z �lectrons, qui, accompagnant le noyau, assurent la neutralit� �lectrique de l�atome, ne constituent pas une foule d�sordonn�e : chaque �lectron occupe sinon une place, du moins un � �tat � d�termin�, et l�atome, dans son ensemble, poss�de de ce fait une certaine structure ; le probl�me est celui de sa d�termination pour l�atome dans son �tat fondamental, c�est-�-dire lorsqu�il n�est soumis � aucune sollicitation ext�rieure ; et c�est aussi celui des variations �prouv�es par cette structure fondamentale sous l�effet d�actions ext�rieures, telles que choc avec un autre atome ou action d�un rayonnement, actions qui placent</p><p>l�atome, momentan�ment, dans un �tat excit�.</p><p>Comme pour l�atome d�hydrog�ne,</p><p>c�est l��quation de Schr�dinger qui doit, en principe, fournir la solution, sous la forme de fonctions d�onde &#x3C8;, dont chacune est maintenant, de m�me que &#x394;&#x3C8;, fonction des coordonn�es des Z �lectrons ; E est l��nergie totale et U la somme des �nergies potentielles des �lectrons, somme qui comprend maintenant des termes provenant des actions mutuelles des �lectrons pris deux � deux. Cela suffit pour montrer que l��quation se complique d�s les plus petites valeurs de Z &gt; 1, � tel point qu�il n�est plus possible d�en d�terminer les solutions exactes ; il est donc n�cessaire, avant de r�soudre, de consentir � certaines approximations.</p><p>Approximation de l�atome</p><p>hydrog�no�de</p><p>On appelle ion hydrog�no�de un ion form� d�un noyau de charge + Ze, autour duquel gravite un seul �lectron ; il en est ainsi de l�atome d�h�-</p><p>lium une fois ionis� He+, de l�atome de lithium deux fois ionis� Li2+, etc.</p><p>La d�termination des orbitales de ces ions hydrog�no�des se fait au moyen d�une �quation de Schr�dinger en tout point semblable � celle qui d�finit les orbitales de l�atome d�hydrog�ne, � cela pr�s que, la charge du noyau �tant</p><p>+ Ze, l��nergie potentielle de l��lectron est maintenant</p><p>U = � Ze2/4&#x3C0;&#x3B5;0r ;</p><p>on retrouve donc le m�me nombre et la m�me distribution d�orbitales que downloadModeText.vue.download 528 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1065</p><p>dans l�atome d�hydrog�ne ; l��nergie de l��lectron ayant ici pour expression L��tude exp�rimentale, en particulier celle des spectres d��mission de ces ions, apporte � ce qui pr�c�de une confirmation pr�cise. On appelle approximation de l�atome hydrog�-</p><p>no�de celle qui consiste, dans le cas</p><p>de l�atome d�h�lium par exemple, � n�gliger les actions mutuelles de ses deux �lectrons. Dans ces conditions, les fonctions d�onde des �lectrons sont celles des ions hydrog�no�des ; il en est de m�me pour l�expression de l��nergie E dans les diff�rents niveaux. Si l�on admet que, dans l��tat fondamental de l�atome He, les deux �lectrons sont dans le niveau 1 s, l�expression pr�c�dente de E fournit pour l��nergie d�ionisation la valeur 4.13,6 = 54,4 eV ; mais si l�on admet-tait dans l��tat fondamental un �lectron 1 s et un �lectron 2 s, l��nergie d�ionisation serait celle qui correspondrait au niveau 2 s, c�est-�-dire 13,6 eV ; l�exp�rience fournit une valeur interm�diaire : 24,6 eV ; on est donc fond� � placer les deux �lectrons au niveau 1 s, compte tenu de ce que la r�pulsion �lectronique, que l�on a n�glig�e, ne peut que diminuer l��nergie d�ionisation. Enfin, l��tude exp�rimentale des propri�t�s magn�tiques de l�atome He montre que le moment de spin r�sultant est nul, donc que les deux �lectrons ont des spins oppos�s : et De</p><p>m�me, l�application de l�approximation hydrog�no�de � l�atome Li, qui renferme trois �lectrons, ainsi que les r�sultats exp�rimentaux le concernant conduisent � admettre qu�il comporte dans l��tat fondamental deux �lectrons 1 s de spins oppos�s, le troisi�me �tant sur le niveau 2 s.</p><p>Un principe tr�s important, le principe d�exclusion de Pauli, apporte, en g�n�ralisant les r�sultats pr�c�dents, une aide tr�s efficace � la d�termination de la structure �lectronique des atomes ; il peut s��noncer ainsi : Dans un atome, deux �lectrons quelconques diff�rent l�un de l�autre par la valeur d�au moins un nombre quantique. Rappelons que, pour un �lectron dans un atome, n d�finit la couche et l la sous-couche ; m est le nombre quantique magn�tique et s le nombre de spin ; les quatre nombres n, l, m et s d�finissent l�� �tat � de l��lectron dans l�atome ; le principe d�exclusion dit que, d�un �lectron � l�autre, l�un au moins de ces quatre nombres �prouve une variation.</p><p>Une cons�quence imm�diate et</p><p>tr�s importante de ce principe est la suivante : le nombre de spins ne pouvant prendre que les deux valeurs</p><p>et deux �lectrons au maximum peuvent avoir dans l�atome les m�mes valeurs de n, l et m ; or, � des valeurs d�termin�es de ces trois nombres correspond une orbitale ; celle-ci ne peut donc pas �tre � occup�e � par plus de deux �lectrons ; une orbitale �tant donn�e, trois cas peuvent se pr�senter : 1� l�orbitale peut �tre vide ; 2� elle peut �tre incompl�tement occup�e par un seul �lectron, qui est alors dit � c�libataire � ; 3� elle peut �tre compl�tement occup�e, par deux �lectrons, dont les spins sont alors oppos�s ; on dit que ces �lectrons sont appari�s. Il est d�usage, pour une vue d�ensemble de la structure �lectronique d�un atome, de sch�matiser chaque orbitale en une case quantique et de grouper les cases par sous-couches, en se limitant toutefois aux sous-couches compl�tement ou partiellement occup�es ; dans une case, chaque �lectron est figur� par une fl�che, orient�e vers le haut, par exemple, si vers le bas si</p><p>On peut �galement pr�ciser la</p><p>structure �lectronique d�un atome en faisant usage des symboles 1 s, 2 s, 2 p, etc., pour d�signer les sous-couches et en faisant suivre chaque symbole du nombre d��lectrons effectivement pr�-</p><p>sents dans la sous-couche, ce nombre �tant plac� en exposant ; on a ainsi pour H, He et Li</p><p>une telle repr�sentation constitue pour un atome sa formule �lectronique.</p><p>Pour �tablir la formule �lectronique d�un atome, relative � son �tat fondamental, il faut d�abord conna�tre le nombre total d��lectrons qui gravitent autour du noyau : c�est le nombre atomique Z de l�atome ; celui-ci peut �tre fourni par application de la loi de Moseley : cette loi relie la fr�quence &#x3BD;</p><p>d�une raie d��mission X de l�atome � son nombre atomique ; par exemple, pour la raie K&#x3B1;, la relation est c �tant la vitesse de la lumi�re et R</p><p>la constante de Rydberg. Il faut aussi conna�tre les cases quantiques qui sont occup�es, compl�tement ou partiellement, par les �lectrons de l�atome ; on admet naturellement pour cela que les �lectrons se placent, dans l��tat fondamental, aux niveaux de plus</p><p>basse �nergie, c�est-�-dire qui correspondent au maximum de stabilit�. Il faut donc savoir pour chaque atome quel est l�ordre croissant des �nergies dans les diff�rents niveaux. La r�solution de l��quation de Schr�dinger devrait, en principe, fournir la r�ponse � cette question ; l�emploi de m�thodes d�approximation plus �labor�es que celle de l�atome hydrog�no�de permet au moins de constater que, dans les atomes autres que l�hydrog�ne, l��nergie des niveaux est fonction des nombres quantiques n et l, et que, dans chaque couche, l�ordre des �nergies croissantes est l�ordre des niveaux s, p, d, f ... ; par ailleurs, pour un niveau s par exemple, l��nergie cro�t avec n, et il en est de m�me pour les autres niveaux. Tout cela ne suffit cependant pas pour d�terminer de fa�on pr�cise l�ordre des niveaux relativement � l��nergie ; cet ordre n�est d�ailleurs pas le m�me pour toutes les valeurs de Z ; lorsque la charge du noyau augmente, l�attraction plus grande exerc�e par celui-ci entra�ne un abaissement g�n�ral des niveaux d��nergie des �lectrons ; mais cet abaissement n�est pas le m�me pour tous les niveaux, au point que des chevauchements se produisent pour certaines valeurs de Z ; c�est ainsi que le niveau 3 d, inf�rieur pour les grandes valeurs de Z au niveau 4 s, lui est sup�-</p><p>rieur pour des valeurs assez faibles : dans l�atome de calcium, pour lequel Z = 20, le niveau 4 s est compl�tement occup�, alors que le niveau 3 d est vide ; celui-ci ne commence � s�emplir qu�avec l��l�ment suivant, le scandium Sc, pour lequel Z = 21. On comprend d�s lors que soient intervenues, � c�t� de l��quation de Schr�dinger, d�autres consid�rations pour fixer de fa�on pr�cise la structure �lectronique des atomes, dont, entre autres, la p�riodicit� reconnue des propri�t�s chimiques des �l�ments* et l��tude d�taill�e, souvent difficile, des spectres* des atomes.</p><p>Le tableau ci-contre donne, pour les diff�rents atomes rang�s dans l�ordre des nombres atomiques croissants, la r�partition des �lectrons entre les diff�-</p><p>rents niveaux.</p><p>Apr�s le niveau 1 s, complet avec l�h�lium, s��difient successivement le niveau 2 s avec le lithium et le b�ryllium ; le niveau 2 p du bore au</p><p>n�on ; le niveau 3 s avec le sodium et le magn�sium ; le niveau 3 p avec six �l�ments, de l�aluminium � l�argon ; le niveau 4 s avec le potassium et le calcium ; puis seulement, avec les dix �l�ments qui suivent, c�est-�-</p><p>dire du scandium au zinc, le niveau 3 d (avec, toutefois, des irr�gularit�s pour le chrome et le cuivre), lequel, tout en appartenant � la couche M, est, pour ces atomes, d��nergie sup�-</p><p>rieure au niveau 4 s. Apr�s l��dification du niveau 4 p, la m�me anomalie se rencontre pour les niveaux 5 s et 4 d, puis, plus loin encore, pour les niveaux 6 s, 4 f et 5 d, qui s��difient dans cet ordre et avant les niveaux 6 p et 7 s ; il semble enfin qu�avec les derniers �l�ments naturels et les atomes artificiels connus s��difient le niveau 6 d partiellement, puis le niveau 5 f ; mais la structure de ces derniers atomes est encore discut�e.</p><p>La formule �lectronique d�un atome se d�duit du tableau pr�c�dent ; par exemple, on a pour le silicium 1 s 2, 2 s 2, 2 p 6, 3 s 2, 3 p2 ; toutefois, pour repr�senter la distribution des �lectrons dans le niveau incomplet 3 p, les indications pr�c�dentes ne suffisent pas ; on doit alors faire appel � la r�gle de l�Allemand Friedrich Hund : si une sous-couche n�est que partiellement remplie, les �lectrons s�y disposent de fa�on � occuper le maximum d�orbitales. Ainsi, on a pour le silicium : On a de m�me pour le phosphore : et pour le soufre :</p><p>Le tableau pr�c�dent fait appara�tre, avec une p�riodicit� qui varie du d�but � la fin, le retour de structures externes analogues pour des �l�ments que leur �tude chimique conduit d�ailleurs � rapprocher ; cela constitue la preuve que les propri�t�s chimiques d�un atome concernent les �lectrons de la couche la plus ext�rieure, en quelque sorte l��corce de l�atome et particuli�-</p><p>downloadModeText.vue.download 529 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1066</p><p>rement la derni�re sous-couche occup�e, partiellement ou compl�tement, renfermant les �lectrons dits � de valence �.</p><p>R. D.</p><p>Les grands sp�cialistes</p><p>de l�atome</p><p>Amedeo AVOGADRO, Niels BOHR,</p><p>Louis de BROGLIE, John DALTON,</p><p>Werner HEISENBERG, Dmitri MEN-</p><p>DELE�EV. V. les articles.</p><p>Henry Gwyn-Jeffreys Moseley, physicien anglais (Weymouth 1887 - Galli-poli 1915). En 1913, il trouva une relation simple entre le spectre de rayons X</p><p>d�un �l�ment chimique et son nombre atomique. C�est l�interpr�tation des travaux de Moseley qui permit ult�rieurement de donner � la classification p�riodique des �l�ments chimiques sa forme d�finitive.</p><p>Wolfgang PAULI, Jean PERRIN. V. les articles.</p><p>William Prout, chimiste et m�decin anglais (Horton 1785 - Londres 1850). En 1815, il supposa que tous les �l�ments chimiques �taient form�s d�hydrog�ne condens�.</p><p>Ernest, lord RUTHERFORD of Nelson.</p><p>V. l�article.</p><p>Erwin SCHR�DINGER. V. l�article.</p><p>Arnold Sommerfeld, physicien et</p><p>math�maticien allemand (K�nigsberg 1868 - Munich 1951). Il d�veloppa la th�orie des �lectrons libres dans les</p><p>m�taux (1928) et, appliquant d�s 1915</p><p>� l�atome la m�canique relativiste conjointement � la th�orie des quanta, il expliqua la structure fine des raies spectrales. Il introduisit les orbites elliptiques dans la notion d�atome.</p><p>Sir Joseph John THOMSON. V.</p><p>l�article.</p><p>B W. J. Moore, Physical Chemistry (Englewood Cliffs, New Jersey, 1950 ; 3e �d., 1962 ; trad. fr.</p><p>Chimie physique, Dunod, 1957 ; 2e �d., 1965). /</p><p>R. L. Sproull, Modern Physics (New York, 1956 ; 2e �d., 1963 ; trad. fr. �l�ments de physique moderne, Masson, 1967). / M. Y. Bernard, Initiation � la m�canique quantique (Hachette, 1960). /</p><p>P. Fleury et J.-P. Mathieu, Physique g�n�rale et exp�rimentale, t. V : Lumi�re ; t. VIII : Atomes, mol�cules, noyaux (Eyrolles, 1963). / G. Ems-chwiller, la Chimie physique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1968). / B. L. Cohen, le Coeur de l�atome (Dunod, 1970). / A. Julg, Atomes et liaisons (A. Colin, coll. � U �, 1970).</p><p>/ Colloque international, la Th�orie de la structure atomique (C. N. R. S., 1971).</p><p>atonale (musique)</p><p>Musique qui n�ob�it plus aux lois du syst�me tonal classique. Le terme d�atonal a parfois pr�t� � confusion : c�est ainsi que, parlant de la gamme par tons entiers chez Debussy, Camille Saint-Sa�ns la consid�rait comme atonale... Dans ce cas-l�, toute la musique modale serait atonale.</p><p>Actuellement, dans la pratique cou-</p><p>rante, le mot atonal ou l�expression suspension tonale d�signent la syntaxe musicale pratiqu�e pendant une p�-</p><p>riode de transition par les musiciens de l��cole de Vienne (Sch�nberg*, Berg*</p><p>et Webern*), �criture dans laquelle le chromatisme a envahi l�harmonie et le contrepoint de telle fa�on que les rencontres et les successions de sons deviennent inanalysables selon les normes du syst�me tonal.</p><p>Le processus historique d�implantation et de d�veloppement de l�atonalit� � la fin du XIXe s. et au d�but du XXe a pass� par les phases suivantes : en premier lieu, extension du chromatisme dans un cadre encore tonal (ph�nom�ne illustr� par l��volution se produisant entre le langage chromatique de Wagner � Tristan � et celui des pre-mi�res oeuvres de Sch�nberg) ; en deuxi�me lieu, suspension de la tonalit� et installation d�une atonalit� anarchique o� les douze sons de la gamme chromatique sont totalement libres (�poque du Pierrot lunaire chez Sch�nberg) ; en troisi�me lieu, organisation du pr�-</p><p>c�dent univers anarchique en un do-d�caphonisme rationnel (cet �l�ment rationnel et organisateur, appliqu� aux douze sons de la gamme chromatique, sera la m�thode s�rielle*, appliqu�e par Sch�nberg et ses disciples � partir de 1923). Si l�atonalit� ainsi comprise s�est install�e historiquement avec les oeuvres de Sch�nberg � partir de 1909, on trouve cependant des passages compl�tement atonaux d�s 1900 chez le compositeur Charles Ives*.</p><p>Les notations pr�c�dentes correspondent au sens rigoureux et �troit que l�on donne au mot atonal. Mais on peut concevoir d�autres formes d�atonalit� : par exemple, le langage r�sultant de l�emploi des micro-intervalles (quarts de ton et autres), comme chez le Tch�que Alois H�ba, et le langage provenant de l�emploi de mat�riaux sonores non traditionnels (musique concr�te*, musique �lectronique*).</p><p>Depuis le d�but du XXe s., l�esprit atonal fait largement tache d�huile : il a downloadModeText.vue.download 530 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1067</p><p>d�termin� la naissance d�une nouvelle fa�on d��couter la musique et a m�me sensiblement influenc� les musiques qui veulent rester tonales.</p><p>C. R.</p><p>Atrides (les)</p><p>Famille maudite de la mythologie hell�nique, condamn�e � l�inceste, � l�adult�re, au parricide, � l�assassinat.</p><p>La cruaut� du destin s�acharne</p><p>dramatiquement sur chacun de ses membres, et des haines inexpiables rejaillissent de g�n�ration en g�n�ration. Fr�res ennemis, Atr�e et Thyeste luttent jusqu�� la mort pour le tr�ne de Myc�nes, chacun imaginant les projets les plus horribles pour se d�-</p><p>faire de l�autre. Des deux fils d�Atr�e, Agamemnon et M�n�las, le premier est assassin� par le meurtrier d�Atr�e, �gisthe, fils de Thyeste et amant de Clytemnestre ; Oreste tue cette derni�re pour venger Agamemnon, son p�re, et est poursuivi par les divinit�s infernales jusqu�au jour o� les dieux lui accordent le repos, ramenant ainsi la paix chez les Atrides.</p><p>Les variations</p><p>de la l�gende</p><p>D�Hom�re aux po�tes tragiques grecs, l�histoire des Atrides �volue. Les traits essentiels de la l�gende sont d�j� fix�s dans l�Odyss�e : � Myc�nes, profitant de l�absence d�Agamemnon, parti pour Troie, �gisthe �pouse Clytemnestre ; lorsque le roi revient, �gisthe le fait assassiner avec la complicit� de la reine ; sept ans plus tard, Oreste tue l�usurpateur. Apr�s Hom�re se fait jour l�id�e d�une h�r�dit� criminelle dans les familles d�Agamemnon et de Clytemnestre : celle-ci est repr�sent�e non plus comme une instigatrice du crime, mais comme la seule meurtri�re d�Agamemnon, soit qu�elle veuille venger sa fille Iphig�nie, soit qu�elle ait �t� pouss�e par �gisthe. L�Orestie d�Eschyle apportera peu d��l�ments nouveaux au r�cit proprement dit, si ce n�est qu�une divinit� hostile aux Atrides fait payer � Agamemnon, par le bras de Clytemnestre, ses erreurs et ses fautes ; Oreste</p><p>parricide est poursuivi par les �rinyes, qui finissent par s�apaiser.</p><p>Po�sie et v�rit�</p><p>On voudrait pouvoir d�couvrir derri�re la l�gende des Atrides une r�alit� historique sous-jacente au mythe. Atr�e, Thyeste, Agamemnon, Clytemnestre et �gisthe ont-ils exist� ou sont-ils des cr�ations de la po�sie transmises de si�cle en si�cle ? Le probl�me se pose surtout pour Agamemnon. Le tr�s ancien � Catalogue des vaisseaux � (l�Iliade, II), qui remonte pour l�essentiel � l��poque myc�nienne, donne son nom.</p><p>Roi de Myc�nes, dont l�apog�e se situe aux XIVe-XVe s. av. J.-C., Agamemnon est pour Hom�re le chef dont tous les h�ros reconnaissent l�autorit�. N�y aurait-il pas eu au XIIIe s. un roi v�ritable et appartenant � l�histoire qui aurait pris la t�te d�une vaste exp�dition en Asie Mineure ? Cette guerre de Troie n�est pas le fruit de l�imagination d�un po�te de g�nie, quatre ou cinq si�cles plus tard : l�Agamemnon d�Hom�re s�identifie bien � un conqu�rant myc�-</p><p>nien dont on ne peut mettre en doute l�existence.</p><p>A. M.-B.</p><p>atrophie</p><p>Au sens strict, �tat r�sultant d�une absence de nourriture. Par extension, on entend par ce terme les modifications, dans le sens de la diminution, de la richesse structurale, du poids, des fonctions d�un organe ou d�un tissu, quelle qu�en soit la cause.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L�atrophie est parfois totale, mais elle est beaucoup plus souvent partielle et se confond alors avec l�hypotro-phie. Pour qu�un tissu vivant � et � plus forte raison un organe entier �</p><p>conserve ses possibilit�s d�accroissement et de renouvellement pour un grand nombre de ses cellules ainsi qu�une capacit� fonctionnelle correcte, li�e au nombre suffisant et au bon �quipement enzymatique de ses cellules, il faut que soient rassembl�s les �l�ments d�une bonne � tro-</p><p>phicit� �, c�est-�-dire, d�une part, un apport �nerg�tique suffisant par une vascularisation correcte et, d�autre part, un stimulus d�origine nerveuse, surtout pour les tissus affectant notre vie de relation. Si un enfant est bless� au niveau d�une cuisse et que se cr�e une communication anormale entre l�art�re et la veine f�morales, on verra, en l�absence de traitement chirurgical, le membre atteint grandir moins vite que le membre sain.</p><p>En effet, une partie du sang passant directement de l�art�re dans la veine, la portion sous-jacente du membre ne b�n�ficiera que d�un d�bit art�riel r�duit, avec un d�ficit en oxyg�ne et en substances �nerg�tiques. Cela est un exemple d�atrophie par d�faut de vascularisation. Si un enfant du m�me �ge est atteint de poliomy�lite avec paralysie d�un membre inf�rieur, on verra �galement, au cours des mois et ann�es suivants, ce membre paralys� grandir moins vite que le membre indemne. Ici, ce n�est pas le syst�me art�riel qui est en cause, mais le syst�me nerveux. Nos tissus ont besoin, pour acqu�rir ou garder leur forme et leur vitalit� normales, � la fois d�une nutrition correcte, que leur apportent les vaisseaux, et d�une innervation intacte, sans laquelle il n�est pas de bon �tat � trophique �. Chez l�homme, certaines atrophies sont normales au cours de l��volution du corps dans l�embryon, qui a, quel que soit le sexe futur, une �bauche d�appareil g�nital constitu� par deux formations, dites</p><p>� corps de Wolff � et � canaux de Muller � : au cours de la diff�renciation des sexes, on verra les corps de Wolff s�atrophier chez la fille, alors que, chez le gar�on, l�atrophie portera sur les canaux de Muller.</p><p>Plus tard, chez le nourrisson, on assistera � l�involution, c�est-�-dire � l��volution r�gressive vers l�atrophie, du thymus. Chez la femme,</p><p>apr�s la m�nopause, ovaires et ut�rus �voluent vers l�atrophie. Cependant, chez l�adulte, l�atrophie de certains tissus ou organes pourra �tre tant�t la cons�quence d�une maladie, tant�t, au contraire, la cause d�une affection. Par exemple, l�atrophie du nerf optique avec d�coloration de la papille � l�examen du fond de l�oeil sera la cons�-</p><p>quence d�une intoxication alcoolo-ta-bagique chronique. Inversement, une atrophie de la glande thyro�de* pourra �tre responsable d�un myxoed�me de l�adulte. � ce propos signalons que l�atrophie doit �tre distingu�e de l�ag�n�sie, d�une part, c�est-�-dire de l�absence compl�te et cong�nitale d�un organe (comme ce peut �tre le cas pour la thyro�de, le myxoed�me, �tant alors cong�nital, se d�voilant chez le nouveau-n�), et de l�aplasie, d�autre part, c�est-�-dire de l�absence ou de l�arr�t de d�veloppement d�un organe, dont il existe cependant une �bauche. Par opposition, l�atrophie se trouve ainsi individualis�e par downloadModeText.vue.download 531 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1068</p><p>son caract�re r�gressif (elle touche un organe pr�c�demment normal).</p><p>Elle peut toucher un grand nombre de tissus : sur le plan neurologique existent, � c�t� de l�atrophie optique, d�j� cit�e, des atrophies c�r�brales, infantiles ou de l�adulte. La peau peut �tre atteinte avec soit une atrophie compl�te, pure, soit une po�kiloder-mie, o� s�associent atrophie, dilatations capillaires et pigmentation. Les tissus glandulaires peuvent �voluer vers l�atrophie : glandes endocrines (thyro�de, d�j� cit�e, surr�nales, etc.), muqueuses (notamment gastrique,</p><p>dans l�an�mie* de Biermer).</p><p>Les m�canismes responsables de</p><p>ces atrophies sont divers et incompl�-</p><p>tement �lucid�s. Un trouble neurologique peut en �tre responsable (nous l�avons cit� �galement). Une influence endocrinienne est possible (on l�a vu pour l�appareil g�nital f�minin au moment de la m�nopause). Des infections prolong�es ou r�p�t�es peuvent �tre source d�atrophie (muqueuse nasale, muqueuse de l�intestin gr�le). Enfin, on a pu invoquer des m�canismes</p><p>d�auto-immunisation, expliquant</p><p>l�existence d�anticorps contre nos propres tissus, qui �volueraient alors vers l�atrophie.</p><p>Atrophies apr�s</p><p>les traumatismes</p><p>L�exemple, cit� plus haut, de communication entre veine et art�re est particuli�rement frappant, mais il existe souvent apr�s des accidents, m�me moins graves, des ph�nom�nes atro-phiques. On peut les rapporter � la section (suivie de cicatrisation, mais sans r�tablissement de la perm�abilit�) de tout petits vaisseaux ou encore de nerfs. Un autre mode d�atrophie r�sulte de l�absence de fonctionnement prolong� d�un organe, notamment d�un muscle ou d�un groupe de muscles.</p><p>C�est le cas des muscles immobilis�s dans un pl�tre apr�s une fracture, qui</p><p>s�atrophient de ne pas servir, ou de muscles entrav�s dans leur fonction par une ankylose articulaire ou par les douleurs d�une arthrite ; la diminution de force aggrave l�impotence due � l�atteinte articulaire, l�articulation se bloque encore plus et un cercle vicieux s�instaure en l�absence d�une r��ducation correcte.</p><p>J.-C. L. P.</p><p>�A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r (Far&#x12B;d al-</p><p>Din)</p><p>Po�te persan (Nich&#x101;p&#x16B;r, Khur&#x101;s&#x101;n, v. 1150 - id. v. 1220, probablement lors des massacres mongols).</p><p>Sa vie fut consacr�e au m�tier de droguiste et de m�decin (� �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r � signifie � celui qui manipule les essences m�dicinales �) ainsi qu�� la po�sie.</p><p>M�me si, dans la pr�face de son</p><p>M�morial des saints, �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r se refuse � �tre compt� au nombre des soufis, son oeuvre n�en appartient pas moins au grand courant de mystique qui se r�pand dans la litt�rature persane depuis le XIe s. et qui atteindra son apog�e apr�s l�invasion mongole au XIIIe s.</p><p>avec Djal&#x101;l al-D&#x12B;n R&#x16B;m&#x12B;. Conteur par excellence, �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r ma�trise l��pop�e (masnavi), et ses r�cits, conduits avec rigueur, sont interrompus ici et l� par de courtes anecdotes ind�pendantes.</p><p>Le Colloque des oiseaux est peut-�tre l�oeuvre qui r�sume le mieux � la fois l�art du conteur et le monde spirituel du mystique. Sous la conduite de la huppe, les oiseaux partent � la recherche du souverain qu�ils viennent d��lire : le S&#x12B;murgh (oiseau fabuleux que l�on trouve d�j� dans les mythes et les l�gendes de l�Iran pr�islamique). En r�alit�, un grand nombre de ces � p�lerins � ne r�sisteront pas aux fatigues et aux emb�ches du difficile p�riple.</p><p>Au cours de la travers�e des sept vall�es (�tapes ou moments du p�lerinage mystique), beaucoup d�entre eux se</p><p>lassent ou p�rissent. Apr�s bien des p�rip�ties, seuls trente oiseaux (s&#x12B;-</p><p>murgh), bless�s, meurtris, parviennent jusqu�� la cour du roi. Alors qu�ils se penchent sur le miroir de la divinit�, quelle n�est pas leur stupeur de constater que l�image renvoy�e, celle des � s&#x12B;-murgh �, n�est autre que celle du S&#x12B;murgh : ayant parcouru les diff�rentes �tapes de purification, ils ont atteint leur but, qui est l�annihilation de soi et la d�couverte de leur identification avec le S&#x12B;murgh. L��me du p�lerin, d�pouill�e de ses attributs, non seulement devient apte � percevoir la divinit�, mais, habit�e par celle-ci, ne fait plus qu�un avec elle.</p><p>Dans le Livre des afflictions, �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r d�crit la longue p�r�grination d�une �me mystique � la recherche, elle aussi, de cette � nature parfaite �, condition de la r�alisation de soi. Au cours de quarante �tapes ou stations, l��me entre en conversation avec les �tres du monde physique et du monde mythique, mais chacun d�eux s�av�re incapable de la mettre sur le chemin de la v�rit�. Seul le proph�te Muhammad lui montre la voie de la lib�ration en la faisant p�n�trer dans la mer de l��me qui la conduit � Dieu.</p><p>Le Livre divin est une suite de dialogues entre un roi et ses six fils, auxquels il a demand� quels �taient leurs voeux les plus chers. Devant leurs d�-</p><p>sirs de puissance (l�un veut conqu�rir la fille du roi des f�es, le deuxi�me l�art de la magie, le troisi�me l�anneau de Salomon, le quatri�me l�eau de la vie, le cinqui�me la coupe de Djamch&#x12B;d et le dernier le myst�re de l�alchimie), le roi les met en garde contre la vanit� de leurs convoitises et leur pr�che la r�signation, le d�pouillement de soi, la purification.</p><p>�A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r n�est pas un moraliste : il ne pr�tend pas r�soudre la complexit� de l�existence humaine. Dans cette p�riode tr�s troubl�e de l�histoire de la Perse, alors que le p�ril mongol imminent s�actualise f�rocement � la fin de la vie du po�te, il est permis de penser que si un esprit comme celui d��A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r se tourne vers la vie mystique et la recherche du sens profond et �so-t�rique de l�isl&#x101;m, c�est que la religion</p><p>se pr�sente pour lui plus comme une source d�inspiration spirituelle que comme une loi morale. Dans un monde qui s��croule, tout se passe comme si le po�te dirigeait sa confiance plut�t vers l�effort personnel de relation avec la divinit� que vers une interpr�tation formaliste de la loi religieuse.</p><p>Les oeuvres d��A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r</p><p>Un divan lyrique, une �pop�e romanesque, le Livre de Khosr� ; une s�rie d��pop�es mystiques, parmi lesquelles le Colloque des oiseaux, le Livre divin, le Livre des afflictions, le Livre des pr�ceptes ; un recueil de quatrains, le Livre des s�lections ; un ouvrage de prose, le M�morial des saints (biographie de soixante-douze ma�tres mystiques).</p><p>B. H.</p><p>B A. I. Silvestre de Sacy, Pend-Nameh ou le Livre des conseils (Debure fr., 1819). / J. H. Gar-cin de Tassy, Mantic Uttair ou le Langage des oiseaux, po�me de philosophie religieuse publi� en persan par Farid-uddin �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r (B. Duprat, 1857). / R. A. Nicholson, Memoirs of the Saints (Londres-Leyde, 1905-1907 ; 2 vol.). / F. Rou-hani, Ilahi-name. Die Gespr�che des K�nigs mit seinen sechs S�hnen. Eine mystische Dichtung (Istanbul, 1940) ; le Livre divin (Albin Michel, 1961). / H. Ritter, Das Meer der Seele. Mensch, Welt und Gott in den Geschichten des Faridud-din �A&#x1E6D;&#x1E6D;&#x101;r (Leyde, 1955). / A. J. Arberry, Muslim Saints and Mystics. Episodes from the Tadhki-rat al Auliya (Memorial of the Saints) [Londres, 1966].</p><p>atterrissage</p><p>Action pour un a�ronef de prendre contact avec le sol. L�atterrissage constitue la derni�re phase du vol. Il est pr�c�d� de la phase d�approche, destin�e � amener l�appareil de sa vitesse et de son altitude de croisi�re � une position proche de la piste d�atterrissage et sur une trajectoire convenable pour se poser.</p><p>y L�atterrissage d�un avion s�effectue face au vent ou avec une faible composante de vent traversier. Au point de vue a�rodynamique, c�est un d�crochage au ras du sol. Avec un planeur pur en descente, la manoeuvre consiste � diminuer progressivement</p><p>la pente de descente (c�est l�arrondi), puis, l�appareil �tant � quelques centim�tres du sol, � donner un certain cabr�, qui entra�ne une perte de portance brusque. L�appareil s�enfonce et doit toucher le sol juste avant l�abatt�e. Pour un avion, ces op�rations sont compl�t�es par une r�duction du r�gime du moteur, afin de diminuer progressivement la vitesse au cours de l�arrondi.</p><p>y L�atterrissage d�un h�licopt�re s�effectue en conservant un r�gime du moteur important et en r�duisant le pas du rotor principal. Au moment du contact avec le sol, le pas est invers�, afin de plaquer l�h�licopt�re contre la plate-forme d�atterrissage.</p><p>Le train d�atterrissage</p><p>Il est constitu� par l�ensemble des �quipements associ�s aux roues pour faciliter le d�collage et l�atterrissage d�un avion. Plus pr�occup�s de d�coller que d�atterrir, les premiers constructeurs d�avions ne con�urent les trains d�atterrissage que pour assurer un roulement relativement doux et sans r�sistance au moment du d�collage.</p><p>Ceux-ci se r�v�laient souvent inadapt�s � leur fonction d�atterrisseurs, ce qui entra�nait de multiples bris d�appareils lors du retour au sol. Avec le d�veloppement des performances, le train d�atterrissage �volua vers une forme fonctionnelle. �quip� primitivement de patins, il fut ensuite constitu� par des roues � bandages pneumatiques fix�es sous les ailes et reli�es au ch�ssis par des amortisseurs. Une b�quille, puis une roulette, plac�e sous l�extr�-</p><p>downloadModeText.vue.download 532 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1069</p><p>mit� arri�re du fuselage, assuraient l��quilibre sur trois points. Jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale, les roues �taient prolong�es vers l�avant par des skis pour �viter les capotages, auxquels les avions de l��poque, centr�s trop vers l�arri�re, �taient extr�mement sujets.</p><p>Le train d�atterrissage fut ensuite</p><p>car�n� pour diminuer sa r�sistance ; cependant, jusque vers 1935, il resta fixe. La solution du train d�atterrissage escamotable en vol dans le fuselage ou la voilure �tait alors consid�r�e comme une solution lourde et peu s�re.</p><p>L��volution des performances obligea les constructeurs � rechercher des formules d�escamotage, que l��volution technologique facilita, et, en 1939, tous les avions modernes disposaient de trains rentrants, mais la roulette de queue demeurait. En 1945 apparut le train tricycle, qui se g�n�ralisa ensuite. Il se compose de deux roues, ou de deux trains de roues, plac�es sous les ailes, mais en arri�re du centre de gravit�, et d�une roue mont�e sur une b�quille en avant du fuselage. Ainsi, au moment de l�atterrissage, l�avion reste dans une position horizontale. Sur certains avions tr�s rapides, on a �galement exp�riment� le train monotrace, compos� de roues situ�es dans l�axe du fuselage avec des balancines l�g�res plac�es en bouts d�ailes. La manoeuvre du train d�atterrissage est assur�e par des dispositifs hydrauliques command�s par des syst�mes �lectrom�caniques et �lectroniques. Les roues sont dot�es de pneumatiques de grosse section et � haute r�sistance, qui doivent �tre chang�s fr�quemment en raison de l�usure importante qu�ils subissent � chaque atterrissage. Pour les atterrissages sur des terrains sommairement pr�par�s, on utilise aussi des pneumatiques � basse pression ou des patins d�atterrissage. Certains avions peuvent aussi �tre �quip�s de skis, de flotteurs ou d�hydroskis.</p><p>La r�duction des</p><p>longueurs d�atterrissage</p><p>En raison de leur faible charge alaire et des profils a�rodynamiques utilis�s, les premiers avions pouvaient se sustenter � quelques dizaines de kilom�tres � l�heure. � partir de 1930, ces vitesses minimales de sustentation augment�-</p><p>rent consid�rablement, accroissant en m�me temps les distances n�cessaires � l�atterrissage. C�est alors que furent mis au point des dispositifs d�hyper-sustentation. Le premier � �tre r�alis� et construit en s�rie fut l�aile � fente Handley-Page. Parall�lement, les techniques de freinage, dont les premi�res datent de 1920 environ, connurent un</p><p>d�veloppement important. Au d�but, les freins �taient directement d�riv�s de ceux qui �taient utilis�s en automobile. Ils furent ensuite remplac�s par les freins diff�rentiels, command�s directement � partir du palonnier. L�inversion du sens de rotation des h�lices pour compl�ter l�action des freins fut exp�riment�e pour la premi�re fois en 1924 par la soci�t� italienne Isotta-Fraschini, d�apr�s une id�e du colonel Bongiovani. Elle fut �galement exp�-</p><p>riment�e en France, notamment par De Dion. Ces recherches furent sans lendemain. L�apparition de l�h�lice � pas variable permit d�aboutir � une formule viable. L�inversion de traction s�effectue alors par inversion du pas.</p><p>D�s que l�appareil a touch� le sol et commence � rouler, le pas des h�lices est invers� et les moteurs sont remis � plein r�gime. Le freinage est tr�s efficace et poss�de l�avantage, par rapport aux freins sur roues, de ne d�pendre en aucune fa�on de l��tat de surface de la piste d�atterrissage.</p><p>Pour les avions �quip�s de turbo-r�acteurs est apparu un dispositif nouveau, le parachute-frein. �ject� au moment de la prise de contact avec le sol, il s�ouvre sous l�action du vent relatif.</p><p>Son efficacit� diminuant proportionnellement avec la vitesse de roulement, il n�exclut donc pas l�utilisation des freins sur roues. En revanche, il stabilise la trajectoire au sol de l�avion.</p><p>Cette technique est tr�s couramment utilis�e pour les appareils de combat ; cependant, pour les avions commerciaux de tonnage important, elle est inutilisable en raison des dimensions trop importantes qui seraient exig�es pour le parachute-frein. Pour ces appareils, des syst�mes d�inversion de pouss�e pour les r�acteurs ont �t� mis au point. Ils utilisent des organes mobiles ou des jets fluides capables d�intercepter le flux de gaz chauds � la sortie de la tuy�re et de le renvoyer vers l�avant de mani�re � inverser le sens de la pouss�e. Ces dispositifs sont utilis�s de la m�me mani�re que l�inversion de pas. Ils poss�dent une efficacit� comparable. Techniquement, ils sont mieux adapt�s aux appareils lourds qu�aux appareils l�gers ; cependant, les bir�acteurs d�affaires en sont couramment dot�s. L�inversion du sens</p><p>de rotation des h�lices ou du sens de la pouss�e est appel�e reverse.</p><p>Le probl�me de la r�duction des distances d�atterrissage a influ� non seulement sur les �quipements sp�cifiques, mais aussi sur l�ensemble de la conception des avions. La possibilit� d�utiliser des terrains courts est devenue une n�cessit� aussi bien militaire que civile : en cas d�hostilit�, elle assure une meilleure dispersion des forces ; en temps de paix, elle permet de r�soudre, en particulier, le probl�me des liaisons de ville � ville ou celui des transports sur de courtes �tapes. Ainsi sont n�s les avions � d�collage et atterrissage courts (ADAC) et les avions � d�collage et atterrissage verticaux (ADAV).</p><p>Les premiers utilisent globalement tous les syst�mes de ralentissement qui viennent d��tre �voqu�s, � l�exception des parachutes-freins, incompatibles avec leurs faibles vitesses d�atterrissage. Certains d�entre eux, comme le</p><p>� Breguet 941 �, utilisent le vent de leurs h�lices pour souffler l�ensemble de la surface de la voilure, cr�ant ainsi une vitesse a�rodynamique simul�e sur la surface portante principale.</p><p>Cela permet de diminuer la vitesse par rapport au sol tout en conservant une importante force de sustentation et un contr�le correct de l�appareil. Les seconds en sont encore au stade exp�-</p><p>rimental. Un seul appareil a atteint un niveau op�rationnel : l�avion d�appui tactique britannique � Harrier �. Il utilise un syst�me complexe de d�viation du jet du r�acteur. Pour le d�collage, la pouss�e est dirig�e vers le bas. Les tuy�res, orientables, basculent ensuite progressivement vers l�arri�re pour assurer le vol horizontal � grande vitesse. Pour l�atterrissage, le m�me processus est effectu� en sens inverse.</p><p>D�autres syst�mes ont �galement �t� exp�riment�s : ailes pivotantes, rotors escamotables, r�acteurs orientables et r�acteurs de sustentation.</p><p>L�atterrissage par</p><p>mauvaise visibilit�</p><p>Ind�pendamment du probl�me de la longueur des pistes et de la vitesse d�atterrissage, un autre probl�me fondamental conna�t actuellement ses premi�res solutions pratiques apr�s</p><p>plus d�un demi-si�cle de recherches : l�atterrissage tous temps. Les premiers travaux concernant ce domaine datent de 1903 et furent r�alis�s au Canada.</p><p>Owens et Hard essay�rent alors un syst�me de guidage utilisant le rayonnement �lectromagn�tique d�un c�ble travers� par un courant alternatif. Pour guider un avion dans toutes les conditions atmosph�riques, on a fait appel jusqu�ici au seul rayonnement �lectromagn�tique. Deux syst�mes sont couramment utilis�s.</p><p>y Le GCA (Ground Control Ap-</p><p>proach), essentiellement utilis� par les militaires, est une technique radar. Un op�rateur situ� au sol compare la trajectoire suivie par l�avion � celle qu�il devrait suivre. Par radio, il envoie au pilote les instructions pour corriger son approche. Le GCA ne permet de prendre en charge qu�un seul avion � la fois et n�cessite en outre un tr�s grand entra�nement du contr�leur radar et du pilote.</p><p>y Les dispositifs mat�rialisant une trajectoire tridimensionnelle se subdivisent en trois cat�gories : l�ILS (Instrument Landing System), le syst�me � faisceau battant et le CP ILS (Corre-lation Protected ILS).</p><p>Les ILS classiques utilisent le modelage de faisceaux VHF et UHF fixes pour d�finir une trajectoire de descente qui conduit � l�entr�e de la piste.</p><p>downloadModeText.vue.download 533 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1070</p><p>Les syst�mes � faisceau battant sont des balises op�rant sur des fr�quences radar �mettant un faisceau � balayage sectoriel cod� selon l�angle d��mission. Ces syst�mes, qui pr�sentent le double avantage de poss�der de faibles dimensions et de pouvoir effectuer des approches sous n�importe quel angle, sont surtout utilis�s par les militaires.</p><p>Les CP ILS en sont encore au stade exp�rimental. Il s�agit de syst�mes de navigation hyperbolique de pr�cision couvrant la zone d�approche et d�atterrissage.</p><p>Outre ces diff�rents mat�riels, d�autres solutions ont �t� propos�es, utilisant des lasers ou les rayonnements d�isotopes radio-actifs.</p><p>Les syst�mes d�atterrissage automatique actuellement en service sont le prolongement naturel des pilotes automatiques. Ils permettent d�effectuer, sur des terrains �quip�s d��metteurs ILS, toutes les op�rations d�approche, d�alignement avec la piste, d�arrondi, de correction de la d�rive due au vent traversier et de prise de contact avec la piste. Jusqu�� une altitude d�environ 50 m, les faisceaux ILS sont utilis�s comme r�f�rence principale. Ensuite, des radio-altim�tres prennent la rel�ve et permettent d�effectuer l�arrondi et la prise de contact avec le sol. D�s cet instant, l�appareil repasse sous le contr�le du pilote, mais des syst�mes contr�lant toutes les manoeuvres au sol jusqu�� l�arr�t de l�avion sur l�aire de stationnement sont � l��tude. Les performances des syst�mes d�atterrissage automatique et leurs conditions d�utilisation sont strictement r�glement�es.</p><p>En particulier, des crit�res de s�curit� de fonctionnement extr�mement s�-</p><p>v�res ont �t� �dict�s. Ainsi, les dispositifs enti�rement automatiques doivent garantir un taux de pannes inf�rieur � une pour dix millions d�atterrissages, avant d��tre homologu�s pour pouvoir �tre utilis�s par visibilit� nulle.</p><p>J. P.</p><p>&#x25B6; A�roport / Avion / H�lice / Navigation / Pilotage / Vol.</p><p>Attila</p><p>(v. 395 - entre Tisza et K�ros en 453), roi des Huns (434-453).</p><p>Si Attila est paradoxalement l�un des souverains barbares les plus c�l�bres et les plus m�connus de l�histoire, la faute en revient d�abord � ceux qui l�ont repr�sent� sous les traits de l�un des chefs de guerre les plus cruels de tous les temps, celui dont on disait que l�herbe ne repoussait plus l� o� le sol avait �t� foul� par son cheval. En fait, si cette description contient une certaine part de v�rit�, elle est bien</p><p>loin de recouvrir toute la r�alit� du personnage, qu�un contact direct avec les �crivains contemporains de langue grecque (Priscos, Histoire de l�Empire byzantin et d�Attila) ou presque contemporains de langue latine (Jordan�s, De origine actibusque Geta-rum) nous permet de mieux conna�tre.</p><p>Parmi ces sources, la plus pr�cieuse est sans aucun doute l�oeuvre de Priscos, puisque ce dernier s�est entretenu personnellement avec le chef des Huns.</p><p>Cet auteur nous a d�ailleurs laiss� de son h�te un portrait c�l�bre et de sa r�sidence, situ�e peut-�tre � l��poque en Valachie, une description qui, l�un et l�autre, soulignent que les moeurs de cet homme et de son peuple �taient moins rudes et primitives que certains ont bien voulu le faire croire. Situ� au centre d�une vaste enceinte palissad�e et couronn�e de tours enserrant le village de bois qui tient lieu de capitale aux Huns, le palais d�Attila appara�t en effet comme une riche demeure aux boiseries sculpt�es avec art et au sol recouvert de magnifiques tapis de laine. La magnificence des v�tements, rehauss�s de broderies aux couleurs tr�s vives, la splendeur de la vaisselle, en or et en argent, la beaut� des armes, richement serties de pierres pr�cieuses, tout traduit dans cette demeure un go�t du faste qui ne vise qu�� rehausser le prestige et l�autorit� d�un homme dont Priscos reconna�t, par ailleurs, qu�il se distingue non seulement par sa simplicit�, mais aussi par un sens politique tr�s avis�, qui l�am�ne � consid�rer la connaissance du goth, du latin et m�me du grec comme des instruments essentiels de sa diplomatie. Aussi, faute de les poss�der lui-m�me, Attila s�entoure-t-il de secr�taires originaires de l�orient comme de l�occident de l�Empire et donc susceptibles de s�entretenir dans ces langues avec les repr�sentants des peuples et des �tats voisins. � ces qualit�s de politique et de diplomate, il joint celles d�un homme de guerre habile, courageux, voire cruel si n�cessaire. En outre, il a pour lui la chance, car il acc�de au pouvoir au moment o� la puissance hunnique l�emporte sur celle de tous les autres peuples barbares implant�s en Europe gr�ce aux larges assises territoriales dont l�ont dot� en Europe centrale Mundzuk, Roua et Oktar, qui sont respectivement le p�re et les oncles d�Attila.</p><p>Apr�s quelques ann�es de r�gne conjoint avec son fr�re Bl�da, qu�il �limine en 445, il poursuit seul la politique d�expansion qu�il a entreprise d�s son av�nement. Cette politique, qui vise d�ailleurs moins � conqu�rir le terrain qu�� y pr�lever le maximum de butin, il la m�ne avec prudence. Ayant assur� ses arri�res en obtenant d�Aetius la cession de la Pannonie occidentale en 439, il s�en prend d�abord uniquement � l�empire d�Orient, auquel il veut imposer sa suzerainet� ainsi que le doublement du tribut annuel de 350 livres d�or que Th�odose II versait � ses pr�-</p><p>d�cesseurs depuis 432. Pour aboutir � ses fins, il envahit chaque ann�e les territoires balkaniques situ�s au sud du Danube. Second� par les Ostrogoths, les G�pides, les H�rules et les Skires, c�est-�-dire par les peuples barbares qui reconnaissent la puissance pr��minente des Huns, il fait ravager par ses troupes les plus importantes villes de cette partie de l�empire : Naissus, Vi-minacium, Singidunum, Sirmium, etc.</p><p>Aussi contraint-il � deux reprises son adversaire � n�gocier : d�abord en 447, quand il l�oblige � lui verser d�sormais un tribut annuel ; ensuite en 448-449, quand il re�oit Priscos en ambassade et qu�il finit par accepter d��vacuer les territoires romains situ�s au sud du Danube et d�orienter d�sormais sa politique expansionniste vers l�empire d�Occident, � l�int�rieur duquel sa diplomatie lui a d�j� m�nag� de nombreux alli�s. Au premier rang de ceux-ci, il faut citer les Bagaudes gaulois et leur chef Eudoxe, les Francs, dont un clan aspire � l�empire pour son chef, les Vandales, qui auraient peut-�tre sollicit� son appui contre les Goths (?), et surtout la princesse Honoria, qui lui offre sa main pour se venger de la mort de son amant Eug�ne, tu� par ordre de son fr�re, l�empereur Valentinien III.</p><p>Deux raids marquent alors cette</p><p>derni�re �tape de la vie d�Attila. La premi�re d�bute avec l�ann�e 451. Remontant en plein hiver le Danube et le Rhin, Attila p�n�tre dans l�empire � la hauteur de Mayence. Ravageant la Belgique, incendiant Metz le 7 avril, assi�geant peut-�tre Orl�ans, d�fendue par le roi Alain Sangiban et par saint Aignan, il est finalement mis en �chec par Aetius au � Campus Mauriacus �</p><p>(les c�l�bres champs Catalauniques) le 20 juin. S��tant repli� en Pannonie, il y pr�pare un nouveau raid, qui d�ferle cette fois sur l�Italie du Nord, dont les grandes villes tombent toutes entre ses mains. � la derni�re minute, pourtant, Turin et, sans doute, Rome sont sauv�es par les n�gociations qu�il engage pr�s de Mantoue avec le pape L�on Ier le Grand et avec les repr�sentants de l�empereur : le consulaire Avienus et le pr�fet du pr�toire Trigetius. Recevant un tribut et la promesse de la main d�Honoria, Attila peut se retirer en emportant le butin mat�riel et humain (les habitants d�Aquil�e) pris dans la p�ninsule, peut-�tre fort heureux de sauver son arm�e de la famine et de l��pid�mie dont elle para�t souffrir, et de porter ses forces sur le Danube, o� le nouvel empereur d�Orient, Marcien, refusant de verser le tribut, menace le coeur de ses possessions. Le conflit, pourtant, n��clate pas avant la mort d�Attila, qui aurait succomb� d�une h�morragie nasale au soir de ses noces avec la blonde Germaine Ildico. Cette derni�re fut-elle l�instrument volontaire ou non de cette disparition brutale, parfois attribu�e � Aetius ? Nous l�ignorons. Il reste que la mort d�Attila entre la Tisza et le K�r�s scelle le destin de son empire, auquel les rivalit�s de ses fils et les r�voltes des peuples satellites portent le coup final.</p><p>La bataille dite � des</p><p>champs Catalauniques �</p><p>Longtemps localis� pr�s de Ch�lons-sur-Marne, le site de cette bataille est aujourd�hui fix� au lieu dit � Campus Mauriacus � (Moirey, devenu Dierrey-Saint-Julien), c�est-�-dire � 20 km � l�ouest de Troyes, l� o� les Huns furent rattrap�s par leurs adversaires. La rencontre elle-m�me n�a sans doute jamais eu l�importance historique que les historiens, trop fid�les au r�cit de Jordan�s, lui attribuaient jadis, les forces d�Attila n�ayant tr�s certainement subi qu�un demi-�chec face aux arm�es coalis�es du Romain Aetius (Francs, Burgondes, Gaulois armoricains) et du Wisigoth Tho-rismond, fils de Th�odoric Ier. D�ailleurs, les Huns purent regagner sans difficult� la Pannonie.</p><p>P. T.</p><p>&#x25B6; Barbares / Huns.</p><p>B E. A. Thompson, A History of Attila and the Huns (Oxford, 1948). / F. Altheim, Attila und die Hunnen (Baden-Baden, 1952 ; trad. fr. Attila et les Huns, Payot, 1952). / L. Hambis, Attila et les Huns (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972).</p><p>attitude</p><p>En psychologie, disposition de l�individu qui oriente ses comportements et l�am�ne � adopter des conduites similaires dans diff�rentes circonstances.</p><p>Ce n�est donc pas une entit� im-</p><p>m�diatement accessible ; il n�est pas possible de l��tudier par l�observation directe, mais seulement de l�inf�rer, downloadModeText.vue.download 534 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1071</p><p>ou de la construire, � partir de l�observation de diff�rents comportements.</p><p>C�est donc une variable interm�diaire ou une variable latente.</p><p>Par exemple, on dira d�un individu qu�il a une attitude conservatrice si, lorsqu�il est amen� � effectuer un choix dans le domaine politique, et peut-�tre aussi dans d�autres domaines, il opte le plus souvent pour l��ventualit� traditionnelle, la moins novatrice. Parler d�une attitude conservatrice, c�est affirmer l�existence d�une coh�rence entre des comportements et aussi que cette coh�rence peut varier d�un individu � l�autre.</p><p>Le concept d�attitude est principalement employ� en psychologie sociale, mais il peut �galement �tre utilis� dans d�autres domaines : dans l��tude de la perception ou de l�intelligence, par exemple, on pourra parler d�une attitude analytique ou synth�tique.</p><p>La mesure des attitudes</p><p>On ne s�int�resse le plus souvent qu�aux cas o� l�attitude permet d�ordonner des individus, c�est-�-dire ceux que l�on peut classer selon qu�ils sont plus ou moins favorables � un certain objet ou qu�ils ont plus ou moins ten-</p><p>dance � adopter un certain type de comportement. L�instrument qui permet de constituer cet ordre s�appelle une �chelle d�attitude (en anglais, attitude scale) et se pr�sente le plus souvent sous la forme d�un questionnaire, les r�ponses � ces questions �tant ensuite utilis�es en les combinant de diverses mani�res pour classer les individus qui les ont donn�es.</p><p>Le point de d�part de la construction d�une �chelle d�attitude est le plus souvent informel : � partir de suppositions sugg�r�es par des recherches ant�rieures, on fait l�hypoth�se qu�une certaine attitude � existe �.</p><p>On passe alors en revue tous les indicateurs �l�mentaires qu�on peut imaginer et qui sont susceptibles de susciter des r�actions significatives du point de vue de l�objet de notre �tude. Le plus souvent, il s�agira de questions portant sur des pr�f�rences, des opinions, des habitudes ou des intentions. Elles sont en g�n�ral formul�es de telle sorte que la personne interrog�e n�ait le choix qu�entre un petit nombre de r�ponses, parfois entre deux seulement. Cela suppose �videmment que ces questions aient �t� formul�es avec beaucoup de soin, pour qu�il n�y ait aucune ambigu�t�, ni dans le sens de la question elle-m�me, ni dans celui de la r�ponse.</p><p>On dispose de cette fa�on, pour</p><p>chaque individu, de la liste de ses r�-</p><p>ponses, ce qu�on appelle son patron de r�ponses (en anglais, pattern).</p><p>C�est l�analyse de la coh�rence interne de ces patrons qui nous indiquera si, effectivement, cela a un sens d�ordonner les individus interrog�s selon qu�ils sont plus ou moins favorables � l�objet �tudi� : si oui, l�ensemble des questions (l��chelle) constituera un instrument permettant de les ordonner effectivement.</p><p>Pour voir les principes utilis�s dans une telle analyse, nous partirons d�un exemple tr�s simple : admettons que nous ayons pos� simplement deux</p><p>questions, que nous supposons se rapporter toutes deux au m�me domaine.</p><p>Par exemple, si nous voulons �tudier l�attitude conservatrice dont nous avons parl�, il s�agirait de questions portant sur des situations diff�rentes, mais qui</p><p>peuvent, toutes deux, donner lieu soit � des r�ponses qu�on juge � traditionnelles �, soit � des r�ponses jug�es</p><p>� modernes � ou � progressistes �.</p><p>Pour fixer les id�es, supposons encore qu�une des questions porte sur une situation explicitement politique (Q 1) et l�autre sur un aspect du mode de vie (Q 2). Si, � chaque question, deux r�-</p><p>ponses seulement sont possibles, l�une</p><p>� conservatrice � (+), l�autre � non conservatrice � (�), nous pouvons, au moyen de ce petit questionnaire, d�finir quatre groupes de personnes, caract�ris�s par des r�ponses diff�rentes : 1� ceux qui ont donn� deux r�ponses conservatrices (+ +) ; 2� ceux qui ont r�pondu de fa�on conservatrice � la premi�re question et non conservatrice � la seconde (+ �) ; 3� ceux qui ont donn� les r�ponses inverses (� +) ; 4� ceux qui ont donn� deux r�ponses non conservatrices (� �).</p><p>Le probl�me qui se pose est d�ordonner ces quatre groupes. Il est �vident que le groupe + + est le plus conservateur, que le groupe � � est le moins conservateur et que les deux autres sont interm�diaires. Une premi�re mani�re de proc�der consiste � s�en tenir l� et � consid�rer qu�on n�a qu�un seul groupe interm�diaire, confondant les r�ponses</p><p>+ � et � +. Mais cela suppose, premi�-</p><p>rement, qu�il est effectivement l�gitime de combiner ainsi des r�ponses et, deuxi�mement, que les deux questions ont bien le m�me poids. Or, ces deux conditions ne sont pas n�cessairement remplies ; il faut les v�rifier.</p><p>Supposons que nous trouvions</p><p>autant de personnes dans chacun</p><p>des quatre groupes. Cela signifierait qu�une position conservatrice en politique ne s�accompagne pas n�cessairement d�une position de m�me type dans l�autre domaine consid�r�.</p><p>D�apr�s notre d�finition, on ne pourrait donc pas parler d�une attitude conservatrice g�n�rale, et il serait inutile de chercher � construire une �chelle qui la mesurerait.</p><p>Consid�rons maintenant un autre</p><p>cas, particuli�rement int�ressant, celui qui est fourni par les situations o� un des deux patrons de r�ponses interm�-</p><p>diaires (soit + �, soit � +) est absent :</p><p>personne n�a donn� cet ensemble de r�-</p><p>ponses. Il n�y a plus aucune ambigu�t�.</p><p>De tels cas, o� ne sont repr�sent�s que les patrons qu�on peut ordonner sans difficult� et sans hypoth�ses suppl�-</p><p>mentaires, peuvent se retrouver avec un nombre quelconque de questions.</p><p>Lorsqu�on pose quatre questions, l��chelle comprendra les patrons suivants :</p><p>Lorsque cet ordre est possible, c�est-</p><p>�-dire si l�on n�a pas trop de combinaisons du type � + � + ou � � + +, on a ce qu�on appelle une �chelle hi�-</p><p>rarchique (ou �chelle de Guttman, du nom du psychologue qui, en 1939, a, le premier, attir� l�attention sur cette structure et sur l�int�r�t de son utilisation dans les sciences humaines). Elle pr�sente les propri�t�s suivantes :</p><p>� Il est possible d�ordonner les patrons de telle sorte que chacun ait toutes ses r�ponses identiques ou � sup�rieures �</p><p>aux r�ponses correspondantes des patrons qui le suivent ;</p><p>� Tous les individus plac�s dans le m�me groupe et au m�me niveau de l��chelle ont donn� les m�mes r�ponses ;</p><p>� Les questions sont �galement ordonn�es de telle sorte que celui qui a donn� une r�ponse � favorable � � la question n a aussi donn� des r�ponses favorables aux n � 1 questions pr�c�dentes.</p><p>Pour choisir des questions dont on peut s�attendre � ce qu�elles jouissent de ces propri�t�s, on peut s�appuyer surtout sur la troisi�me, qui traduit une relation logique entre les questions ; par exemple, un individu qui d�clare qu�il ne modifierait en rien ses habitudes d�achat d�un certain produit si son prix augmentait de 20 p. 100 r�-</p><p>pondra n�cessairement qu�il ne chan-gera pas non plus si l�augmentation n�est que de 10 p. 100. On aura bien, avec ces deux questions, une �chelle hi�rarchique. Toutefois, une �chelle de m�me type peut s�observer entre des questions qui ne sont pas li�es de fa�on aussi stricte.</p><p>On peut affirmer qu�il existe une</p><p>attitude � l��gard d�un objet s�il est possible d�ordonner les individus du plus favorable au moins favorable, en d�autres termes, si chaque individu peut �tre repr�sent� par un point de l�axe et si chaque question, qui repr�-</p><p>sente un certain niveau de l�attitude, peut l��tre �galement. On obtiendra une �chelle hi�rarchique si chaque sujet donne la r�ponse favorable aux questions qui expriment une position moins � forte � que la sienne (fig. 1).</p><p>On voit que, dans ces conditions, seuls trois patrons de r�ponses sur quatre sont possibles, et ils d�finissent bien une �chelle.</p><p>On pourrait ne pas avoir d��chelle hi�rarchique dans deux cas : premi�-</p><p>rement, lorsque le domaine d�fini par les questions n�est pas � unidimensionnel �, c�est-�-dire lorsque les r�ponses aux diff�rentes questions sont donn�es ind�pendamment les unes des autres ; deuxi�mement, lorsqu�une opinion est refus�e aussi bien par des individus ayant une attitude tr�s favorable ou tr�s d�favorable.</p><p>Il arrive qu�on n�ait pas une �chelle hi�rarchique, mais que les diff�rentes r�ponses pr�sentent quand m�me une certaine coh�rence. On admet alors l�existence d�une relation probabiliste entre l�attitude sous-jacente et la r�-</p><p>ponse � chaque question (fig. 2).</p><p>Sous des formes diverses et avec des degr�s de rigueur diff�rents, cette id�e se retrouve dans les techniques de Likert et de Lazarsfeld. Il s�agit apr�s avoir observ� les fr�quences des com-downloadModeText.vue.download 535 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1072</p><p>binaisons de r�ponses et en avoir inf�r� leurs probabilit�s, de remonter � l�attitude sous-jacente.</p><p>Des consid�rations de ce type justifient d�autres m�thodes, qui consistent � attribuer un poids � chaque r�ponse, selon qu�elle exprime un niveau plus ou moins �lev� de l�attitude, et � caract�riser chaque individu par la somme</p><p>de ses poids. On admet ainsi qu�il y a compensation possible entre r�ponses, une r�ponse favorable pouvant �tre compens�e par une r�ponse d�favorable, pour nous permettre de conclure � un niveau global moyen.</p><p>L�intensit� de l�attitude</p><p>Le langage courant confond parfois une attitude extr�me et une attitude convaincue, ferme. On a l�impression que ceux qui ont une position extr�me, dans quelque domaine que ce soit, tiennent plus fermement � leur position que ceux qui ont une position moyenne.</p><p>Cela am�ne � distinguer l�attitude ellem�me, selon laquelle s�ordonnent les individus du plus favorable au moins favorable, et l�intensit� de l�attitude qui traduit le degr� de conviction avec lequel on affirme sa position, quelle que soit celle-ci. L�hypoth�se la plus couramment admise, qui est celle du sens commun, c�est que la relation entre les deux est la suivante (fig. 3).</p><p>On suppose donc que ceux qui ont une attitude moyenne sont �galement peu � intenses �. Effectivement, cela semble vrai dans le domaine des attitudes politiques : ce sont ceux qui adoptent des positions extr�mes qui les affirment le plus, qui s�informent le plus, qui militent le plus. N�anmoins, on peut trouver dans certains cas une affirmation tr�s ferme et convaincue de positions moyennes, neutres ou interm�diaires.</p><p>Attitudes et opinions</p><p>Les sondages* d�opinion publique, qui constituent le plus souvent des enqu�tes tr�s rapides, saisissent rarement ce que nous avons appel� les attitudes. En effet, les opinions recueillies, en r�ponse � des questions simples, constituent plut�t la � mati�re premi�re � des analyses que nous avons sommairement d�crites. On �tudie rarement leur coh�rence et leur valeur symptomatique. Les �tudes d�opinion cherchent � saisir les r�actions d�une population � un moment donn�, sans avoir le plus souvent la possibilit� de saisir des m�canismes qui ont abouti � cette opinion, ce qui n�est pas leur but. Or, ces opinions peuvent �tre le</p><p>produit de processus tr�s divers, et des personnes peuvent affirmer, � un moment donn�, des opinions identiques pour des raisons qui sont tr�s diverses.</p><p>Ce sont pr�cis�ment certains aspects de ces processus qu�on cherche � saisir par l��tude des attitudes.</p><p>Les attitudes politiques</p><p>Il est courant de classer les positions politiques, que ce soient celles d�individus, d�organisations ou de journaux, en opposant la gauche � la droite, avec tous les interm�diaires possibles. Une enqu�te de Michelat et Thomas (1966) effectu�e aupr�s d��tudiants a montr� que les r�-</p><p>ponses � un tr�s grand nombre de questions peuvent �tre en effet repr�sent�es de cette fa�on. De m�me, une �tude plus ancienne, men�e aux �tats-Unis, a mis en �vidence l�existence d�une dimension � l�une des extr�mit�s de laquelle se situerait ce que les auteurs ont appel� la personnalit� autoritaire, caract�ris�e par des niveaux �lev�s de racisme, d�ethno-centrisme, d�attitudes favorables � des gouvernements dictatoriaux, le refus de l�ambigu�t�, le go�t et l�acceptation du pouvoir, la conviction qu�il existe un bien et un mal clairement d�finis. Les diff�rents individus se situeraient plus ou moins loin de cette personnalit� extr�me. On voit que cette dimension recouvre assez bien certaines conceptions de la dimension gauche-droite.</p><p>Mais on a souvent refus� cette vue uni-dimensionnelle des attitudes politiques en lui reprochant sa trop grande simplicit�.</p><p>Une �tude de Deutsch, Lindon et Weill, en France, a montr� l�existence d�un groupe num�riquement important, que ces auteurs ont appel� le marais, et qui se situerait en dehors de l�opposition classique gauche-droite. Ce sont des � mod�r�s �, se caract�risant surtout par l�absence de convictions, une certaine indiff�rence, une information faible.</p><p>Eysenck, en Grande-Bretagne, a d�gag�, par analyse factorielle, deux dimensions sous-jacentes aux diverses positions politiques. La premi�re, qu�il appelle radicalisme (au sens anglais) - conservatisme, co�ncide assez bien avec la dimension gauche-droite. Mais il montre aussi l�importance d�une seconde dimension, qui oppose, selon les termes qu�il emploie, les</p><p>� tough-minded � aux � tender-minded �</p><p>(approximativement, les � durs � et les</p><p>� mous �), ce qui recouvre � peu pr�s l�opposition tol�rant-autoritaire. C�est selon cette dimension que se distingueraient socialistes et communistes, plus que sur la dimension radicalisme-conservatisme.</p><p>Attitudes et</p><p>comportements</p><p>Les contraintes pratiques am�nent presque toujours � inf�rer des attitudes � partir de r�ponses verbales. On peut se demander dans quelle mesure les attitudes ainsi saisies d�terminent effectivement le comportement*. Les diff�rentes �tudes men�es � ce propos ont montr� que la relation �tait souvent assez floue, des contradictions manifestes pouvant appara�tre dans certaines circonstances.</p><p>Il ne faut pas oublier que l�attitude n�est pas le seul d�terminant du comportement. Il est �vident que d�autres attitudes, des contraintes diverses jouent aussi un r�le, qui peut �tre essentiel. C�est pour cela qu�il est toujours illusoire de pr�tendre inf�rer une attitude � partir de l�observation d�un comportement unique.</p><p>B. M.</p><p>B T. W. Adorno et coll., The Authoritarian Personality (New York, 1950 ; nouv. �d., 1969).</p><p>/ H. J. Eysenck, The Psychology of Politics (Londres, 1954). / B. Matalon, l�Analyse hi�-</p><p>rarchique (Mouton et Gauthier-Villars, 1965).</p><p>/ E. Deutsch, D. Lindon et P. Weill, les Familles politiques en France (�d. de Minuit, 1966). /</p><p>M. Jamoda et N. Warren, Attitudes (Londres, 1966). / A. Lancelot, les Attitudes politiques (P. U. F., 1969).</p><p>Aube. 10</p><p>D�part. de la R�gion Champagne-Ardenne ; 6 002 km 2 ; 284 823 hab. (Au-bois). Ch.-l. Troyes. S.-pr�f. Bar-sur-Aube et Nogent-sur-Seine.</p><p>L�Aube correspond approxima-</p><p>tivement � la Champagne m�ridio-</p><p>nale, que dominait Troyes. L�axe du d�partement est form� par la vall�e de la Seine, entre Mussy-sur-Seine et Nogent-sur-Seine, n�glig�e par la navigation fluviale et � l��cart des grandes routes rayonnant de Paris.</p><p>Cependant, une voie ferr�e internationale (Paris-B�le) longe la vall�e ; par ailleurs, l�Aube se trouve sur l�un des trajets menant du nord et de Grande-Bretagne vers le sud-est, et sur la liaison entre pays de la Loire et pays du Rhin, axes qui se croisent � Troyes.</p><p>Elle poss�de un important centre d�in-terconnexion des r�seaux �lectriques (Creney-pr�s-Troyes).</p><p>La vall�e de la Seine est bien marqu�e dans le paysage : elle y introduit un ruban de verdure o� serpente le fleuve, au cours ind�cis, dans un lit mar�cageux plant� de peupliers. Elle a concentr� la plupart des citadins et des industries : hormis l�agglom�ration troyenne (130 000 hab.), elle compte la deuxi�me ville de l�Aube, Romilly-sur-Seine (17 573 hab.), centre ouvrier qui s�est d�velopp� depuis un si�cle gr�ce aux ateliers de chemin de fer, � la bonneterie et, plus r�cemment, � l��lectrom�nager, ainsi que Nogent-sur-Seine (4 682 hab.), centre agricole qui s�industrialise mod�r�ment ; � l�amont, Bar-sur-Seine (3 430 hab.) et Mussy-sur-Seine (1 682 hab.) travaillent le bois et les m�taux.</p><p>La vall�e parall�le de l�Aube a un r�le plus modeste, bien que le d�partement en poss�de tout le cours inf�rieur, de Clairvaux � Marcilly. Si plusieurs petites villes et de nombreux villages la jalonnent, ils ne communiquent gu�re entre eux. Les villes les plus actives sont : Bar-sur-Aube (7 422 hab.), sous-pr�fecture vivante, o� l�industrie, surtout m�tallurgique, est en expansion ; Brienne (4 145 hab.), o� le jeune Bonaparte fit des �tudes ; Arcis-sur-Aube (3 439 hab.), centre agricole actif, qui s�est vu r�cemment doter d�une importante sucrerie.</p><p>Ces deux axes sont perpendiculaires au dessin g�n�ral des petites r�gions de l�Aube. En effet, les affleurements des couches s�dimentaires du Bassin parisien sont � l�origine des distinctions r�gionales, tant leur r�le est essentiel dans la vari�t� des reliefs, des sols et de la mise en valeur.</p><p>La contr�e principale par son activit� et son dynamisme est la Cham-</p><p>pagne crayeuse, qui prend en �charpe le d�partement depuis Nogent en</p><p>s��panouissant vers le nord. C�est un pays de grande culture, o� dominent les c�r�ales, qui alternent avec la betterave et la luzerne. Le paysage est nu, car les bois de pins plant�s au si�cle dernier sont de plus en plus d�frich�s.</p><p>Les densit�s sont tr�s faibles, parfois moins de 10 habitants au kilom�tre carr� ; la culture est totalement m�canis�e dans des exploitations souvent sup�rieures � 100 ha. La craie nourrie d�engrais chimiques donne de bons rendements. � l�ouest, cette r�gion est domin�e par le plateau de Brie, dont l�Aube n�a qu�une petite partie, le canton de Villenauxe-la-Grande, o� r�gne aussi la grande culture.</p><p>La moiti� sud-est du d�partement est plus vari�e, plus bois�e, plus accident�e et plus humide (750 mm de pluies par an contre 600 � 650 en plaine).</p><p>Tout d�abord, dans le prolongement de la Champagne crayeuse, mais au sud-ouest de la Seine, des cassures ont sur�lev� un bloc de terrains plus r�sis-downloadModeText.vue.download 536 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1073</p><p>tants, qui forme le petit massif de la for�t d�Othe, couvert d�argile � silex, tr�s bois�, peu cultiv�, mais recherch� par les estivants.</p><p>� l�est d�une ligne Troyes-Vitry-le-Fran�ois (Marne), les altitudes s�abaissent d�abord, gr�ce � l��videment des marnes : la Champagne s�che domine par un talus tr�s adouci la plaine de Champagne humide, pays d�herbages et d��levage. Celle-ci est complexe : l�extr�mit� nord appartient au Der, pays de bois et d��tangs ; deux autres massifs forestiers s��talent respectivement au sud de l�Aube (for�t d�Orient) et de la Seine (for�t d�Aumont) : le premier est devenu un centre de tourisme gr�ce � la cr�ation d�un vaste lac de 2 300 ha (205 millions de m3), dont le but principal est la r�gularisation des d�bits de la Seine � Paris.</p><p>Tout au sud, un pays herbager produit des fromages r�put�s (chaource, ervy-le-ch�tel). Enfin, � proximit� des val-</p><p>l�es transversales, une agriculture plus intensive (l�gumes, un quart des chou-croutes fran�aises � Brienne-Vallenti-gny) et quelques usines, surtout m�tallurgiques, renforcent le peuplement.</p><p>Plus � l�est encore s��l�vent progressivement des plateaux calcaires accident�s. Leur revers est surtout cultiv� en c�r�ales. Les restes d�un vignoble tr�s morcel� s�accrochent aux pentes les mieux expos�es et produisent le dixi�me du champagne, de plus en plus sous l�emprise de Reims et d��pernay.</p><p>Les friches et les bois occupent de vastes surfaces. De vieilles traditions ont maintenu des fabrications de qualit�, comme la verrerie de Bayel.</p><p>Dans l�ensemble, l�Aube a tr�s peu de ressources naturelles en dehors de ses 130 000 ha de bois : des carri�res et un petit gisement de p�trole � Saint-Martin-de-Bossenay. C�est un assez bon d�partement agricole, o� la valeur de la production provient pour moiti� des c�r�ales et pour un quart seulement des animaux. Mais le seul produit de la bonneterie est pr�s de deux fois sup�-</p><p>rieur au total de la production agricole.</p><p>La bonneterie, qui occupe pr�s de la moiti� des salari�s de l�industrie, re-pr�sente le quart de la production fran-</p><p>�aise. Elle s�est fortement concentr�e, r�duisant des trois quarts le nombre de ses �tablissements depuis quinze ans ; elle s�efforce de se moderniser et a cr�� � Troyes un centre de productivit� et un centre de recherche. Mais elle doit essaimer � l�ext�rieur, parce que la main-d�oeuvre manque. L�Aube n�a que de faibles exc�dents d�mographiques annuels (0,5 p. 100), et sa population vieillit. La main-d�oeuvre f�minine y tient une place rarement atteinte en France. Quelques industries nouvelles se sont �tablies gr�ce � la proximit� de Paris et ont sans doute contribu� � renforcer un mouvement migratoire devenu l�g�rement positif : l�Aube vient enfin de d�passer le maximum de population qu�elle avait atteint en 1851.</p><p>R. B.</p><p>&#x25B6; Champagne-Ardenne / Troyes.</p><p>Aubign�</p><p>(Th�odore</p><p>Agrippa d�)</p><p>�crivain fran�ais (pr�s de Pons, Saintonge, 1552 - Gen�ve 1630).</p><p>Dans un pays ensanglant� par les guerres et en proie � un d�lire d�vas-tateur, � une heure o� chacun va jusqu�au bout de ses convictions religieuses, un homme se dresse et, d�laissant les armes, prend le temps d��crire quelques-uns des plus beaux vers de la langue fran�aise. Agrippa d�Aubign�, militant casqu� et bott� � la foi fervente, surgit au milieu des champs de bataille et livre avec les Tragiques le message br�lant de sa po�sie. Ce huguenot de petite noblesse a vu, � l��ge de sept ans, les � chefs pleins d�honneur � des pendus d�Amboise.</p><p>L�adulte aura beau s�enflammer d�une passion malheureuse pour Diane Sal-viati, la ni�ce de la Cassandre de Ron-sard, et lui d�dier les cent sonnets de l�H�catombe � Diane, il n�oubliera pas ce souvenir d�enfant, et sa haine pour ceux qui forcent les consciences et qui massacrent se nourrira des spectacles d�horreur qu�il aura sous les yeux.</p><p>Quand, en 1577, il con�oit le dessein des Tragiques, il pourra trouver dans cette pitoyable vision du royaume d�chir� un aliment � son inspiration.</p><p>De l� un torrent d�invectives contre les ennemis de sa religion, torrent qui sent</p><p>� la poudre, la m�che et le soufre � ; de l� une verve satirique �tonnante par ses cris d�injure et ses anath�mes.</p><p>Publi�s en 1616, les Tragiques comportent sept livres. Le mouvement d�ensemble est grandiose et pr�cis.</p><p>Le premier livre, Mis�res, est un long cri de r�volte devant les horreurs de la guerre civile. D�Aubign� s�attaque ensuite aux princes et aux courtisans responsables des maux qui accablent le pays (Princes), puis fait le proc�s de la justice et des juges dans une vaste fresque satirique (Chambre dor�e). Au livre IV, Dieu est t�moin du martyre des protestants (Feux). Les Fers d�crivent les combats et les massacres des guerres de Religion. Mais les pers�cuteurs et les bourreaux seront punis, tout comme ont �t� ch�ti�s les criminels depuis l�origine des temps (Vengeances).</p><p>Le jugement dernier apportera aux damn�s des supplices sans fin et aux</p><p>�lus une f�licit� �ternelle (Jugement).</p><p>D�Aubign� s�exprime comme Juv�nal et Amos lorsqu�il fustige Catherine de M�dicis, Henri III, les pourvoyeurs de l�Inquisition, Ferdinand, Isabelle, le pape Sixte et combien d�autres, qu�il cloue au pilori dans une sorte d�enthousiasme cruel. Une fois ses adversaires an�antis, le po�te ouvre la voie � de c�lestes visions. Apr�s la dimension universelle et mythique qu�il donne � la peinture d�abominations purement locales et contemporaines, son inspiration s��pure et laisse la place � la contemplation. La chronique, le combat doctrinal s�effacent devant le souffle extatique et mystique. Au partisan succ�de le chantre de l��ternit�, l�homme qui sonde, dans une gravit� et une majest� quasi intemporelles, � la fois les fins de l�Histoire et les myst�res de la Cr�ation.</p><p>Si la partie de son oeuvre o� il se montre boulevers� par le scandale de son si�cle est peut-�tre la plus caduque, encore que, dans son exaltation sacr�e, il trouve d�admirables accents, celle o� il sait rev�tir sa th�ologie de tout un luxe d�images reste saisissante. La vision apocalyptique, le trait fulgurant, l�amplification hallucinante viennent spontan�ment et r�v�lent une fraternit� cosmique entre l�homme et la nature : Ici un arbre sent des bras de sa racine Grouiller un chef vivant, sortir une poitrine ;</p><p>L� l�eau trouble bouillonne, et puis s��parpillant</p><p>Sent en soi des cheveux et un chef s��veillant.</p><p>Comme un nageur venant du profond de son plonge,</p><p>Tous sortent de la mort comme l�on sort d�un songe.</p><p>(Jugement, 671-676.)</p><p>Par sa puissance, d�Aubign� an-</p><p>nonce Hugo. Et ce n�est pas par hasard si la premi�re �dition des Tragiques est sign�e L. B. D. D., � le bouc du d�-</p><p>sert �. Comme un proph�te inspir�, il lance pour l��ternit� le chant passionn� de ses vers. Dans ce grand po�me, la somme d�exp�rience, de foi, de piti�,</p><p>de solidarit� insurrectionnelle avec les victimes d�bouche sur l�illumination eschatologique.</p><p>D�Aubign�,</p><p>po�te baroque</p><p>La tension int�rieure qui anime</p><p>l�oeuvre de d�Aubign� fait de celui-ci un repr�sentant typique du baroque. Il en pr�sente les qualit�s comme les d�-</p><p>fauts : une imagination vive � laquelle on peut reprocher une certaine h�te qui engendre r�p�titions et lourdeurs.</p><p>Il d�veloppe ses th�mes dans une accumulation d�images g�n�ralement obs�dantes et dans un �lan souvent d�sordonn�. Le mouvement y gagne au d�triment de la stabilit�. Il vise � l�effet par une surabondance de m�taphores et de comparaisons (� Vos yeux sont des charbons qui embrasent et fument /</p><p>Vos dents sont des cailloux qui en grin-</p><p>�ant s�allument �), il a le go�t de l�allit�ration (� Terre qui sur ton dos porte � peine nos peines �, � Il fuit d�effroi transi, troubl�, tremblant et bl�me �) et du raccourci frappant (� La mort morte ne peut nous tuer, nous saisir �), il aime l�antith�se (� Encore faut-il Seigneur, O Seigneur qui donnas / Un courage sans peur � la peur de Jonas �) et l�adjectif (� Du soleil cramoisi qui bizarre se couche �), tout en faisant preuve d�un r�alisme th��tral (� Ses cheveux vers le ciel h�riss�s en furie / Le grin-cement de dents en sa bouche fl�trie</p><p>/ L�oeil sourcillant de peur d�couvrait son ennui �).</p><p>La violence m�me dont il use, son volontaire manque de mesure lui font une place � part dans la litt�rature baroque.</p><p>Une esp�rance trahie</p><p>Compagnon incorruptible d�Henri IV, d�Aubign� n�avait d�pos� l��p�e que pour mettre sa plume au service de son parti et de sa religion. Si sa v�h�-</p><p>mence et son ironie nourrissent encore son pamphlet contre les abjurations des protestants (Confession catholique du sieur de Sancy) et sa peinture de la frivolit� de la Cour (Aventures du baron de Foeneste, 1617), il s�efforce � l�impartialit� dans son Histoire universelle depuis 1550 jusqu�en 1601 (1616-1620). � pr�s de soixante-dix ans, il</p><p>est compromis dans la conspiration contre le duc de Luynes. Il abandonne ses terres et les fureurs romantiques de son oeuvre confidentielle (le Printemps) pour se r�fugier � Gen�ve. Il y vivra assez pour se remarier et voir la ruine du parti protestant : plus que la prise de La Rochelle le touchent les d�sordres de son fils Constant, qui tue sa premi�re femme et renie sa religion.</p><p>La fille de cet enfant portera un coup downloadModeText.vue.download 537 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1074</p><p>d�finitif � l�oeuvre de foi de son grand-p�re, par la part qu�elle prendra � la r�vocation de l��dit de Nantes : ce sera Mme de Maintenon.</p><p>A. M.-B.</p><p>&#x25B6; Baroque / �pop�e / France.</p><p>B A. Garnier, Agrippa d�Aubign� et le parti protestant (Fischbacher, 1928 ; 3 vol.). / J. Plat-tard, Une figure de premier plan de nos lettres de la Renaissance : Agrippa d�Aubign� (Boivin, 1931). / A. Lebois, la Fortune litt�raire des � Tragiques � d�Aubign� (Lettres modernes, 1957). /</p><p>J. Galzy, Agrippa d�Aubign� (Gallimard, 1965).</p><p>/ J. Rousselot, Agrippa d�Aubign� (Seghers, 1966).</p><p>Auch</p><p>F GERS.</p><p>Auckland</p><p>Principale ville et premier port de la Nouvelle-Z�lande ; 650 000 hab. (pr�s du quart de la population totale de l��tat).</p><p>Au moment de l�installation de</p><p>l�Angleterre en Nouvelle-Z�lande, la r�gion d�Auckland est peupl�e par les Maoris, venus de Polyn�sie. En 1840, le capitaine William Hobson remarque la baie abrit�e de Waitemata, ach�te aux Maoris 1 200 ha et, sur la rive sud, fonde la ville � laquelle il donne le nom du lord de l�Amiraut�, George Eden, comte Auckland. Le d�veloppement de la nouvelle agglom�ra-</p><p>tion est rapide : la population atteint</p><p>7 000 habitants d�s 1851 et, malgr� le transfert du si�ge de la capitale de la colonie � Wellington en 1865, l�essor d�Auckland se poursuit apr�s la fin des guerres maories (1869). Auckland est un port d�escale important sur les routes du Pacifique, un centre d�exportation des produits agricoles de l��le du Nord et un entrep�t pour le reste de la Nouvelle-Z�lande, en d�pit de sa situation excentrique ; le trafic de redistribution se fait par cabotage. La population d�passe 100 000 habitants � la veille de la Premi�re Guerre mondiale. Gr�ce � ses fonctions de place de commerce internationale et � son importance croissante comme centre industriel, Auckland est la ville n�o-z�landaise qui s�est le plus rapidement d�velopp�e depuis un demi-si�cle.</p><p>La ville actuelle est tr�s �tal�e, comme toutes les villes d�Australasie.</p><p>La complexit� de sa structure s�explique d�abord par son site. Auckland a �t� fond�e � l�endroit o� l��le du Nord est le plus �troite, entre les deux baies ramifi�es de Waitemata et de Manukau : il y a un v�ritable enchev�trement de la terre et de la mer. De plus, les terrasses sur lesquelles la ville s�est �tal�e sont parsem�es de petits c�nes volcaniques aux pentes raides (le plus haut, le mont Eden, a 195 m), qui ont �t� pour la plupart transform�s en jardins publics. Il n�y a pas � Auckland de � ceinture verte �, mais de nombreux parcs d��tendue limit�e. � la complexit� du site s�est ajout� le morcellement administratif, l�aire urbaine �tant divis�e entre la City d�Auckland (160 000 hab.) et trente-deux Boroughs et County Towns.</p><p>Le coeur de la cit�, le Central Business District, correspond � la ville primitive et s�allonge du nord au sud, de part et d�autre de l�art�re centrale de Queen Street. Pendant la journ�e, les deux cinqui�mes de la population active de l�agglom�ration viennent y travailler, dans les bureaux, les grands magasins, et la circulation y est difficile. La nuit, apr�s la fermeture des cin�mas et lieux de spectacle, c�est le calme : la population r�sidente diminue chaque ann�e. De l�autre c�t� d�Albert Park se dresse l�universit�.</p><p>C�est en bordure de la baie de Waitemata que se trouvent la plupart des installations portuaires ; la baie de Manukau est tr�s peu utilis�e. Les mouvements de passagers ont beaucoup diminu� depuis le d�veloppement de l�aviation (un a�roport international a �t� install� � Mangere, au sud de la ville). Le trafic commercial du port d�passe 4 Mt. Les exportations des produits agricoles (produits laitiers, laine, viande, etc.) repr�sentent un tonnage inf�rieur aux entr�es des combustibles, des produits de consommation et des mati�res premi�res n�-</p><p>cessaires aux industries du nord de la Nouvelle-Z�lande.</p><p>Auckland est en effet le principal centre industriel du pays. Dans la zone urbaine, plus de 2 300 usines occupent quelque 80 000 personnes, dont un tiers de femmes. La valeur ajout�e de la production repr�sente le tiers de celle de toute l�industrie n�o-z�landaise. Les usines se localisent surtout sur les bords de Waitemata Harbour (raffinerie de sucre de Chelsea, construction navale de Devonport), et dans les quartiers de New Lynn (textile, c�ramique) et de Mount Roskill (bois), � l�ouest de la ville, de Penrose, au sud (caoutchouc, verreries), et du Tamaki, � l�est (constructions m�caniques). Sur une ramification de Manukau Harbour, � Glenbrook, une usine sid�rurgique est en voie d�ach�vement.</p><p>Les quartiers de r�sidence sont tr�s largement �tal�s : ils sont constitu�s de villas individuelles entour�es de jardins. Sur les 125 000 logements de l�agglom�ration, on compte 85 p. 100</p><p>de maisons particuli�res. � l�ouest de la City, les faubourgs ont souvent des habitations assez denses (Grey Lynn), tandis qu�� l�est on trouve des quartiers de belles villas, avec jardins exotiques et vue sur la baie de Waitemata. Situ�e � 36� 5 de latitude S., Auckland est une ville au climat humide, mais agr�able, tr�s doux en hiver et aux chaleurs estivales temp�r�es par la pr�sence de l�oc�an. Ses baies constituent de magnifiques plans d�eau pour le yachting, et de belles plages s��tendent � proximit� de la ville, en particulier au nord de celle-ci (Hibiscus Coast). Le d�veloppement des quartiers de r�sidence</p><p>sur la rive nord de Waitemata Harbour a rendu n�cessaire la construction d�un grand pont de 1 km de long � travers la baie ; ce Harbour Bridge achev� en 1959, a son tablier � 43 m au-dessus de l�eau.</p><p>Auckland est la ville la plus dynamique et la plus cosmopolite de la Nouvelle-Z�lande. C�est aussi l�agglom�ration o� le groupe maori est le plus important : il repr�sente environ 35 000 personnes, soit pr�s de 6 p. 100</p><p>de la population totale. Il s�y ajoute une vingtaine de milliers de Polyn�-</p><p>siens venus depuis la derni�re guerre de leurs archipels surpeupl�s (Samoa Cook, Tonga).</p><p>A. H. de L.</p><p>Aude. 11</p><p>D�part. de la R�gion Languedoc-</p><p>Roussillon ; 6 232 km 2 ; 272 366 hab.</p><p>(Audois). Ch.-l. Carcassonne. S.-pr�f.</p><p>Limoux et Narbonne.</p><p>L�Aude assure la transition entre le Midi m�diterran�en et le Bassin aquitain par sa double appartenance au vignoble de masse du bas Languedoc et au secteur de polyculture qui caract�rise les marges du Lauragais ; le reste du territoire, par son �conomie de type montagnard, se rattache au Massif central ou aux Pyr�n�es. Le relief et la r�partition des densit�s humaines permettent de d�finir plusieurs grands ensembles.</p><p>Les Corbi�res forment un quadri-</p><p>lat�re de hautes terres inscrites entre les vall�es de l�Agly et de l�Aude sur la moiti� du d�partement. Elles s�ordonnent autour du massif primaire du Mouthoumet, d�Alet � Durban-Corbi�res, et de ses enveloppes calcaires du Jurassique et du Cr�tac�. L�ensemble est isol� entre les deux voies de circulation p�riph�riques, vers le Bassin aquitain par la vall�e de l�Aude et vers la plaine du Roussillon par le pas de Salses (ou Salces). La v�g�tation x�rophile, typiquement m�diterran�enne, laisse peu � peu vers l�ouest la place au domaine du ch�ne � feuilles caduques. Les densit�s varient entre 5</p><p>et 20 habitants au kilom�tre carr� selon</p><p>les communes.</p><p>Au nord et au sud de l�Aude, deux zones montagnardes sont tout aussi vides : le rebord m�ridional de la Montagne Noire, malgr� la pr�sence du secteur minier du Cabard�s ; le pays de Sault et le Raz�s, � l�ouest d�une verticale Limoux-Quillan. La for�t et les herbages gagnent ces moyennes montagnes, qui deviennent peu � peu des zones de loisir pour les citadins.</p><p>Les confins du Lauragais appar-</p><p>tiennent d�j� au monde aquitain par la dispersion de la population rurale et leur �conomie agraire, fond�e sur la polyculture, mais restent en �troite liaison avec le bas Languedoc gr�ce aux voies de communication : rail, nationale 113, canal du Midi. En effet, en dehors du secteur situ� � l�amont de Limoux et surtout du bassin de Quillan (d�fil�s de Saint-Georges et de Pierre-Lys), la vall�e de l�Aude regroupe les densit�s humaines les plus fortes sur la grande zone de passage entre le littoral m�diterran�en, Toulouse et Bordeaux.</p><p>Du Narbonnais au Carcass�s et au Lauragais, les villes du vignoble jalonnent l�axe du vieil isthme gaulois par le seuil de Naurouze.</p><p>Mais deux villes seulement comptent plus de 30 000 habitants : Carcassonne et Narbonne. La premi�re, � l�ombre de sa cit� m�di�vale, constitue une �tape touristique ; la seconde, fi�re de son pass� de capitale romaine, souffre de la proximit� de B�ziers, mais esp�re retrouver un regain d�activit� gr�ce � la mise en valeur du littoral. Castelnau-dary (10 847 hab.) est un march� qui vit au rythme des campagnes du Lauragais ; Limoux (11 713 hab.) est un centre viticole � dont la r�putation repose sur la production de la � blanquette �, vin blanc mousseux �, comme L�zignan-Corbi�res (7 431 hab.), qui commercialise les vins rouges des Corbi�res et du Minervois. Les noms de Quillan et d�Esp�raza restent li�s � la fabrication des chapeaux, puis des panneaux de downloadModeText.vue.download 538 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1075</p><p>bois agglom�r�s. De part et d�autre de Port-la-Nouvelle, dont le trafic annuel atteint 1 Mt, deux stations touristiques nouvelles sont en cours d�am�nagement � Gruissan et Leucate-Barcar�s.</p><p>Le d�partement n�a pas gagn�</p><p>10 000 habitants entre 1962 et 1968 et il en a perdu un nombre presque �gal entre 1968 et 1975. La mont�e de la population a �t� r�guli�re durant tout le XIXe s., mais cette population baisse r�guli�rement ensuite jusqu�en 1946</p><p>pour se stabiliser vers 1950 et enregistrer une reprise vers 1960 avant le recul r�cent. Le dynamisme biologique �tant quasiment nul pour une population vieillie, les gains sont dus au seul bilan migratoire, mais l�Aude est le moins dynamique des d�partements du littoral languedocien. La progression enregistr�e s�effectue au b�n�fice du couloir audois, qui pourrait prolonger vers l�ouest l�axe urbain en cours d��laboration entre la c�te languedocienne et la vall�e du Rh�ne.</p><p>Malgr� ces d�s�quilibres, l��conomie audoise repose sur des productions de qualit�. Les 110 000 hectares du vignoble de masse ne doivent point faire oublier les crus renomm�s (Corbi�res, Minervois...), la production fruiti�re et c�r�ali�re. Les industries de la haute vall�e de l�Aude comptent des �tablissements dynamiques : chaussures � Limoux, panneaux de rev�tement Formica � Quillan. L�am�nagement du littoral, enfin, valorise le vieux village de p�cheurs de Gruissan, dont le futur port abritera un millier de bateaux de plaisance, ainsi que le site remarquable du massif de la Clape, en cours de reboisement, et les plages sableuses bordant l��tang de Leucate aux confins des Pyr�n�es-Orientales. L�Aude joue d�sormais la carte du tourisme sur son littoral ensoleill� et son arri�re-pays charg� d�histoire.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>&#x25B6; Carcassonne / Languedoc / Narbonne.</p><p>Auden</p><p>(Wystan Hugh)</p><p>�crivain anglais, naturalis� am�ricain (York 1907 - Vienne 1973).</p><p>Les premi�res oeuvres de jeunesse d�Auden, Poems (1930) et The Orators (1932), re�oivent d�s leur parution un accueil tr�s favorable d�une partie de l��lite intellectuelle anglaise. Elles s�duisent par leurs symboles, la puissance des images, des rythmes et les raffinements de l��criture. Mais c�est peut-�tre plus encore � pour obscur et confus qu�il puisse para�tre souvent au lecteur d�aujourd�hui �, leur contenu politique qui re�oit l�adh�sion d��crivains comme MacNeice, Spender ou Day Lewis. L�Angleterre se trouve alors en pleine p�riode de r�cession �conomique, le ch�mage s�vit, le capitalisme semble � bout de souffle et la paix appara�t menac�e par la pouss�e d�id�ologies totalitaires oppos�es. Certains alors, comme Auden, r�vent de changer radicalement un monde dont les structures ne satisfont pas plus leur coeur que leur raison. C�est ainsi que tout naturellement aux yeux de la critique se trouve constitu� l�� Auden group �, dont l�existence faisait d�ailleurs dire � Day Lewis : � Nous ne savions pas que nous formions un mouvement avant que les critiques ne le disent. � Pourtant, quoique le po�te se sente en parfaite communaut� de pens�e avec ces esprits avides d�� ouverture sociale �, il ne peut demeurer longtemps l�homme d�une chapelle. Il aspire � une large audience et esp�re l�obtenir par le th��tre (Paid on Both Sides : A Charade, 1930 ; The Dance of Death, 1933). Non un th��tre d��vasion, mais, � la mani�re de Brecht, dont il subit profond�ment l�influence, un th��tre d�enseignement et de formation politique des masses. Seul ou en collaboration, surtout avec Isherwood, Auden cherche � � faire appara�tre l�urgence de l�action et la clart� de sa nature �. Cette pr�occupation didactique ne semble pas contradictoire dans son esprit avec les subtilit�s de la pens�e et les effets d�un brillant virtuose dans les formes et les styles les plus diff�rents (The Dog beneath the Skin, 1935).</p><p>Ses pi�ces se diff�rencient encore du th��tre brechtien par une certaine l�g�-</p><p>ret� du ton dans la satire, la part plus importante des choeurs et des chants, qui les rendent proches de la com�-</p><p>die musicale. Bon musicien, auteur de livrets d�op�ras et d�un oratorio, Auden prend place parmi les ma�tres</p><p>modernes de l�� art song � et du � popular song � (For the Time Being. A Christmas Oratorio, 1944 ; The Rake�s Progress, 1948).</p><p>Po�te, dramaturge, compositeur,</p><p>Auden est �galement critique litt�raire, et son recueil d�essais The Dyer�s Hand (1963) r�v�le sa remarquable aptitude � traiter d�un sujet litt�raire en le proje-tant sur le plan de la discussion morale et religieuse. Toujours pr�occup� des probl�mes philosophiques, il poursuit son approche de la v�rit� recherch�e d�abord � travers l�influence de Marx et de Freud. Par un long cheminement au cours duquel il rencontre Kierkegaard et Niebuhr, il aboutira � l�acceptation de l�attitude chr�tienne (The Sea and the Mirror, 1942-1944 ; The Age of Anxiety : A Baroque Eclogue, 1947 ; Nones, 1951 ; The Shield of Achilles, 1955 ; About the House, 1966 ; City without Walls, 1970). On ne peut pas pour autant affirmer, malgr� The Epi-logue (1940), qu�il soit parvenu au terme de sa qu�te, comme en t�moigne Homage to Clio, paru en 1960. L�oeuvre po�tique tout enti�re d�Auden traduit la perp�tuelle curiosit� d�esprit de ce magicien du verbe, dont l��blouissante technique est mise au service de ses th�mes favoris : l�art et la r�alit�, l�homme et son destin, l�inhumanit� du monde moderne.</p><p>Naturalis� am�ricain, Auden n�en demeure pas moins un �crivain sp�cifiquement anglais ; il s�ins�re dans la lign�e des Dryden, des Coleridge, des Byron, et son influence sur la jeune litt�rature rejoint celle de Yeats ou celle d�Eliot.</p><p>D. S.-F.</p><p>B M. K. Spears, The Poetry of W. H. Auden : the Disenchanted Island (New York, 1963). /</p><p>B. Everett, Auden (Londres, 1964). / J. G. Blair, The Poetic Art of W. H. Auden (Princeton, 1965).</p><p>Audiberti</p><p>(Jacques)</p><p>�crivain fran�ais (Antibes 1899 - Paris 1965).</p><p>Antibes 1912 : un enfant de treize ans d�vale les rochers de la Garoupe, en</p><p>criant son admiration pour les pierres, la lumi�re, les dieux grecs. Dans cette ville, o�, au beau temps de Rome, le jeune mime Septentrion, mort � douze ans, � dansa et sut plaire �, un po�te est n�. � Je n�ai jamais quitt� Antibes... �, �crira Audiberti en 1944. De fait, An-tipolis, la ville de soleil et de pierre, restera au coeur de son oeuvre. Images d�cisives de l�enfance : son grand-p�re ma�on, qui lui raconte de vieilles histoires populaires ; son p�re, � plein du sel de la violence � ; les longues heures d�ennui du coll�ge catholique ; la po�-</p><p>sie de Hugo, dont il go�te la � pl�-</p><p>nitude artisanale et pl�b�ienne � ; la saveur du parler proven�al.</p><p>En 1930, Valery Larbaud s�enthousiasme � la lecture de son premier recueil, l�Empire et la Trappe. En 1935, Audiberti re�oit le prix Mallarm� et, deux ans plus tard, pour l�Amp�lour, le prix de la Premi�re Pi�ce. D�j� la Nouvelle Revue fran�aise lui a ouvert ses colonnes, mais c�est � l��cart d�un monde litt�raire engag� et tapageur qu�il se livre � une ivresse de dissonances et d�harmoniques, � sa fantaisie baroque (Race des hommes, 1937 ; Des tonnes de semence, 1941 ; Rempart, 1953 ; Ange aux entrailles, 1964). Ses premiers romans m�lent l�ampleur oratoire et la verve populaire, le lyrisme attendri et le r�alisme picaresque (Abraxas, 1938 ; Urujac, 1941), puis oscillent entre la d�nonciation douloureuse du sordide et du grotesque quotidiens et la volont� de reconstruire un �tre lib�r� de toute hypocrisie (la N�, 1944 ; Monorail, 1947 ; Talent, 1947 ; Marie Dubois, 1952 ; la Poup�e, 1956 ; Infanticide pr�conis�, 1958 ; les Tombeaux ferment mal, 1963).</p><p>Mais le po�te et le romancier c�dent bient�t le pas � l�homme de th��tre. La cr�ation de Quoat-Quoat en 1946 par la compagnie du Myrmidon qu�animent Andr� Reybaz et Catherine Toth ne marque pas seulement le commencement de l�avant-garde (l�expression est discutable), mais surtout un tournant dans la carri�re d�Audiberti. En 1947, Le mal court remporte un v�ritable triomphe aupr�s d�un public limit� mais enthousiaste, gr�ce � la mise en sc�ne de Georges Vitaly. L�avant-garde se met en route presque aussit�t</p><p>avec la Cantatrice chauve d�Eug�ne Ionesco. On voit alors se dessiner une d�marcation tr�s nette entre ceux qui, comme Audiberti, restent fid�les � la f�te du verbe po�tique et ceux qui, poussant � la limite la d�composition de l�action, du personnage, du langage, op�rent une mise en question radicale des donn�es traditionnelles du th��tre et de la condition humaine. Si Audiberti occupe une place marginale dans l�histoire du th��tre nouveau, c�est justement par sa fid�lit� au verbe po�tique (fortement marqu� par le surr�alisme), et parce que, quelle que soit la nouveaut� de sa dramaturgie, il ne remet pas fondamentalement en cause les bases �tablies de la pi�ce de th��tre.</p><p>Une pi�ce d�Audiberti se pr�sente toujours comme une action situ�e � la limite de l�histoire et de la l�gende, dont le relatif herm�tisme est d� � l�alchimie verbale et � la parabole, qui peu � peu l�investit et lui donne son prolongement dans la sensibilit� du spectateur.</p><p>Le po�te, qui fait corps avec le dramaturge, tend � dominer celui-ci. Cette primaut� du langage fait la richesse et la limite de ce th��tre. Nous avons parl� de f�te. En effet, peu d�auteurs font na�tre pareille jubilation chez leurs partisans les plus chaleureux. On ne downloadModeText.vue.download 539 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1076</p><p>fait pas la fine bouche avec Audiberti.</p><p>On le d�vore avec gourmandise ou on le rejette avec d�go�t, comme le public de la Com�die-Fran�aise lorsqu�on tenta de lui imposer la Fourmi dans le corps, en 1962. � la fois baroque et fantastique, ce jeu verbal d�Audiberti prend une amplitude comique et fr�le la profondeur m�taphysique sans le moindre soup�on de c�r�bralisme.</p><p>Au lieu de flirter avec les id�es, il fait</p><p>l�amour avec les mots, et c�est l� le vertige qu�il procure, souvent qualifi� de dionysiaque. Alors Audiberti nous fait co�ncider avec son intuition fondamentale, l�omnipr�sence du mal, sa force de prolif�ration et de transmission, l��chec de la r�demption. Le paradoxe est que cette pr�sence du mal relie l�homme, par-del� les donn�es historiques de la civilisation chr�tienne, � une primordiale et joyeuse bestialit� qui fait de l�existence une f�te noire.</p><p>Mais Audiberti est guett� par la surcharge et la surabondance. Encourag� par ses admirateurs, il a rarement su jusqu�o� il pouvait aller trop loin. Son th��tre est par excellence un th��tre de longueurs et de redondances comme le th��tre en libert� de Victor Hugo, auquel on n�a pas manqu� de le comparer. Voil� pourquoi sans doute l�intelligentsia �trang�re, qui a si vite reconnu l�importance du th��tre d�Ionesco, de Beckett, de Genet, est rest�e longtemps r�ticente devant cette oeuvre qui perd � la traduction l�essentiel de ses vertus. Dou� d�une p�rilleuse facilit�, las de se voir emprisonn� dans les succ�s confidentiels du th��tre pauvre, Audiberti a consenti plusieurs fois � lib�rer</p><p>une verve quelque peu boulevardi�re qui lui �tait naturelle pour atteindre le grand public (l�Effet Glapion, 1959 ; la Logeuse, 1960). Mais il eut la joie de voir sa plus belle pi�ce, la plus authentiquement profonde, Cavalier seul (1963), mont�e avec une intelligence rare par un animateur de la jeune g�n�-</p><p>ration, Marcel Mar�chal. Vivre, c�est d�abord faire vivre les mots. C�est l� le message ultime qu�Audiberti, dans Dimanche m�attend (1965), trace</p><p>quelques jours avant sa mort : � Ma mission ? Rafra�chir par l�expression po�tique le monde cr��, le replonger dans son principe. Il retourne � son origine. Il repasse dans le bain initial.</p><p>Po�te, je cr�e, je renomme. �</p><p>A. S.</p><p>B M. Giroud, Audiberti (�d. universitaires, 1967).</p><p>audiom�trie</p><p>Mesure de l�audition.</p><p>Elle permet de d�terminer l�importance du d�ficit auditif et de pr�ciser le type de la surdit�, qui conditionne les possibilit�s th�rapeutiques et proth�-</p><p>tiques. Dans sa forme actuelle quantitative, elle n�a �t� possible qu�avec les d�veloppements de l��lectronique : g�n�rateurs et amplificateurs de courants de basse fr�quence, fr�quencem�tres, ponts de mesure, etc. Elle a �t� pr�c�d�e par l�acoum�trie.</p><p>L�audiom�trie permet d�obtenir un document chiffr� que l�on peut conserver : l�audiogramme. Le mat�riel se compose d�un audiom�tre et n�cessite</p><p>une pi�ce totalement isol�e du bruit ou une cabine insonore.</p><p>L�audiom�tre est un g�n�rateur de basse fr�quence fournissant sur courant alternatif de fr�quence variable.</p><p>La majorit� des appareils actuels donne les fr�quences en octave de la s�rie des ut : 228 (ut 3), 256 (ut 4), etc., jusqu�� 8 192 (ut 8). L�intensit� se mesure en d�cibels ; le d�cibel est une unit� physiologique : c�est la plus petite variation d�intensit� perceptible par l�oreille humaine pour la fr�quence 1 024. Les appareils sont g�n�ralement corrig�s de telle sorte que le 0 repr�-</p><p>sente le seuil d�intensit� normalement per�u et d�termin� � partir de l�audition moyenne d�une s�rie de sujets normaux. Ainsi on peut lire directement sur le cadran la perte auditive d�un sujet par rapport � ce seuil (c�est l�audiom�trie tonale liminaire), et ensuite la reporter sur un graphique, ou audiogramme, pour chacune des fr�quences �tudi�es. L��tude est faite en audition a�rienne avec des �couteurs, et en audition osseuse au moyen d�un vibrateur.</p><p>Un assourdissement de l�autre oreille est parfois n�cessaire. On peut aussi �tudier le comportement de l�oreille pour des intensit�s tr�s sup�rieures aux valeurs minimales ainsi d�termin�es.</p><p>C�est l�audiom�trie supraliminaire.</p><p>Cette �tude permet une localisation plus pr�cise de l�atteinte auditive.</p><p>L�audiom�trie automatique d�crite par Bekesy en 1947 �limine un certain nombre de facteurs subjectifs et permet une �tude comparative des sons continus et discontinus, d�un grand int�r�t diagnostique.</p><p>L�audiom�trie vocale permet de d�-</p><p>terminer le pourcentage de mots compris choisis sur listes types, pour une intensit� donn�e. Cette intensit� est r�gl�e par un potentiom�tre. On peut ainsi tester l�intelligibilit� des sons et non pas seulement leur perception.</p><p>L�int�r�t social d�une telle �preuve est �vident.</p><p>Chez l�enfant, les probl�mes d�-</p><p>pendent de l��ge, mais il est du plus grand int�r�t de d�pister rapidement une surdit�, afin de mettre en oeuvre une r��ducation pr�coce. La d�termi-</p><p>nation de l��ge mental doit �tre faite tout d�abord. Avant un an, il n�est gu�re possible d�objectiver la surdit�, encore moins, bien s�r, de la chiffrer.</p><p>On s�attachera � pr�ciser les r�actions de l�enfant aux bruits significatifs : biberons qui se choquent, portes, etc. De un � deux ans, on �tudie la r�action aux ordres simples : l��tude psychogalva-nique repose sur la variation de r�sistance �lectrique des t�guments au gr� des stimuli sensoriels auditifs. Cette m�thode est difficile, et les erreurs nombreuses. La m�thode du r�flexe d�orientation conditionn�e (R. O. C.) peut �tre utilis�e entre un et trois ans.</p><p>L�enfant, pr�alablement conditionn� � un couple son-image, r�agit ensuite � la perception du son en dehors de l�apparition de l�image ; les sources sonores sont plac�es de part et d�autre de lui, et surmont�es d�une niche o� apparaissent, quelques secondes apr�s le stimulus sonore, des images amu-santes. Apr�s conditionnement, l�enfant tourne la t�te du c�t� o� le son est �mis. On peut, en faisant varier l�intensit� du son, obtenir un audiogramme valable. Une autre m�thode fond�e sur le conditionnement n�cessite une coop�ration plus grande de l�enfant, puisqu�il doit appuyer sur un bouton, lorsqu�il entend le son, pour faire appara�tre l�image (peep show). � partir de quatre ans environ, il est possible d�utiliser les m�thodes de l�adulte.</p><p>L�audiom�trie permet encore chez l�adulte et chez l�enfant de contr�ler le r�sultat obtenu avec une proth�se auditive. Certaines �preuves permettent de d�pister les simulateurs dans les</p><p>expertises.</p><p>L�acoum�trie</p><p>C�est, en quelque sorte, l��tude qualitative de la fonction auditive. Elle fut longtemps la seule possible et conserve un grand int�r�t pour la localisation de l�atteinte auditive, mais ne permet pas de la chiffrer. On utilise le diapason et la montre : c�est l�acoum�trie instrumentale. L��tude de la perception de la voix correspond � l�acoum�trie vocale. Le diapason permet d��tudier l�audition par voie a�rienne. On note le temps pendant lequel un diapason est per�u, et on le compare au c�t� oppos� et � l�oreille de l�op�rateur. L�audition par voie osseuse se recherche en pla�ant un diapason sur la masto�de et sur le sommet du cr�ne. En comparant les r�sultats obtenus, on d�termine le type de surdit� et, dans une certaine mesure, son degr�.</p><p>La montre �talonn�e permet l��tude des sons aigus.</p><p>L�acoum�trie vocale d�termine la distance � laquelle le sujet per�oit la voix basse ou chuchot�e (normalement 6 m) ; la voix haute n�est utilis�e que pour les cas de sur-downloadModeText.vue.download 540 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1077</p><p>dit� importante. Cette �tude permet une appr�ciation grossi�re de la g�ne sociale.</p><p>J. T.</p><p>&#x25B6; Audition / Surdit�.</p><p>audition</p><p>Connaissance de l�univers sonore qui nous entoure, apport�e par les organes de l�ou�e.</p><p>Les organes auditifs existent pratiquement dans toute l��chelle animale, mais c�est chez les Mammif�res et surtout chez l�Homme qu�ils atteignent le plus grand perfectionnement.</p><p>Les sons qui peuvent �tre per�us par l�oreille sont diff�rents selon les es-p�ces animales. L�oreille humaine per-</p><p>�oit les sons dont les fr�quences sont comprises entre 20 et 20 000 Hz. Au-dessous de 20 Hz, la sensation auditive fait place � une sensation de pulsation.</p><p>Chez les animaux, l�audition s��tend souvent au-del� de 20 000 Hz, c�est-�-</p><p>dire dans la zone des ultrasons.</p><p>Les stimulations sonores, capt�es par l�oreille, sont transmises par le tympan et les osselets � l�oreille interne, o� elles sont analys�es. Ainsi, dans l�audition, deux groupes de ph�-</p><p>nom�nes peuvent �tre consid�r�s : des ph�nom�nes m�caniques relatifs � la transmission des vibrations acoustiques jusqu�� l�oreille interne, et des ph�nom�nes neurologiques concernant la propagation des influx nerveux vers le cortex. Ils aboutissent au ph�nom�ne final : la perception auditive.</p><p>Les ph�nom�nes</p><p>m�caniques</p><p>La transmission des vibrations � l�oreille interne se fait par l�interm�-</p><p>diaire de l�oreille externe et de l�oreille moyenne. Le pavillon, par sa forme et sa mobilit� chez l�animal, permet de capter les sons et facilite la localisation des sources sonores. Le conduit auditif externe pr�sente une r�sonance qui amplifie certaines fr�quences. L��nergie sonore est transmise favorablement du milieu a�rien aux liquides de l�oreille interne gr�ce � l�augmentation de pression qui r�sulte de l�action du tympan et de la cha�ne des osselets. Des petits</p><p>muscles, qui s�attachent aux osselets, modifient leur mobilit� au cours de leurs contractions. Ils peuvent, dans une certaine mesure, prot�ger contre les sons trop intenses. Les vibrations de la membrane tympanique et des osselets se transmettent ainsi � la platine de l��trier. Les mouvements de celle-ci provoquent des variations de pression du liquide p�rilymphatique (v. oreille) et des autres structures de la cochl�e.</p><p>En raison des caract�ristiques m�caniques des membranes cochl�aires, les vibrations se r�partissent en diff�rents endroits selon les fr�quences. Les mouvements qui en r�sultent agissent sur les cellules sensorielles de l�organe de Corti, o� se produisent les processus qui aboutissent � l�excitation des fibres du nerf auditif.</p><p>Les ph�nom�nes</p><p>neurologiques</p><p>Les influx nerveux naissent au niveau des fines terminaisons r�parties autour des cellules cili�es de l�organe de Corti. � cet endroit se situent des processus de transduction et de codage qui transforment le message acoustique en un ensemble d�influx nerveux, constitu�s par de petites impulsions �lectriques qui se transmettent, par le nerf auditif, jusqu�aux centres c�r�braux de l�audition.</p><p>L�analyse des sons</p><p>dans l�oreille</p><p>Les vibrations sonores, qui sont transmises par la cha�ne des osselets, subissent une analyse � l�int�rieur de la cochl�e (ou lima�on), gr�ce � des processus m�caniques qui r�alisent une localisation des vibrations le long de la membrane basilaire selon leur fr�-</p><p>quence. Sch�matiquement, la cochl�e est analogue � un tube rempli de liquide (v. oreille) p�rilymphatique. Au milieu, une double cloison d�limite le labyrinthe membraneux rempli d�endo-lymphe. Il prend ici le nom de rampe cochl�aire (que l�on appelle aussi cloison cochl�aire), et joue un r�le essentiel, car il contient l�organe r�cepteur auditif, ou organe de Corti. Ce dernier repose sur la membrane basilaire tout le long de la spirale du tube cochl�aire.</p><p>Cette membrane, qui est la plus rigide, d�termine en grande partie les propri�-</p><p>t�s vibratoires de l�ensemble.</p><p>Lorsqu�une vibration sonore p�n�tre dans la cochl�e, gr�ce au mouvement de l��trier, le liquide p�rilymphatique transmet cette vibration aux diff�rentes parties de la rampe cochl�aire. Celle-ci pr�sente des propri�t�s m�caniques variables selon les endroits et des r�sonances pour les diff�rentes fr�quences.</p><p>Il en r�sulte que les fr�quences basses font vibrer la membrane basilaire sur toute la longueur du tube cochl�aire, mais avec une amplitude plus grande vers le sommet. Lorsque la fr�quence s��l�ve progressivement, le maximum d�amplitude se d�place vers la base de la cochl�e (du c�t� de l��trier). Les parties apicales vibrent alors avec des retards de plus en plus grands, puis cessent de vibrer. Au cours de ces mouvements, l�ensemble de la rampe cochl�aire para�t donc anim�e par une onde vibratoire qui se propagerait de la base vers le sommet (onde progressive). La cochl�e se comporte donc comme un filtre peu s�lectif.</p><p>La localisation des fr�quences explique que certaines l�sions cochl�aires peuvent entra�ner une surdit� pour une bande �troite de fr�quences. Corr�-</p><p>lativement, un point donn� ne vibre pas pour une seule fr�quence, mais pour une bande �troite dite � bande critique �.</p><p>downloadModeText.vue.download 541 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1078</p><p>Au cours des mouvements de la</p><p>membrane basilaire, les cellules de l�organe de Corti, ou cellules cili�es, sont d�plac�es et d�form�es. Elles sont aussi tiraill�es, � leur p�le apical, par la membrane tectoriale. Les d�formations ainsi produites provoquent des ph�no-m�nes �lectriques, dont le plus important est le potentiel microphonique, qui reproduit fid�lement la forme de l�onde sonore, comme dans un microphone.</p><p>Ces ph�nom�nes m�caniques et �lectriques d�clenchent l�excitation des fibres du nerf auditif r�parties autour des cellules cili�es.</p><p>Cette excitation aboutit � l��mission d�influx nerveux (potentiels d�action), qui se propagent d�abord dans le tronc du nerf auditif, et ensuite, apr�s diff�-</p><p>rents relais, dans les centres c�r�braux et dans le cortex. Chaque fibre est excit�e par une bande de fr�quences qui d�pend de l�endroit de la cochl�e d�o� elle est issue. Ces fibres sont d�ailleurs rang�es selon les fr�quences qu�elles transmettent.</p><p>On remarque que le signal sonore produit dans l�oreille d�abord des ph�nom�nes analogiques (le potentiel microphonique en particulier). Ensuite apparaissent les influx nerveux, qui sont en fait des impulsions �lectriques comparables � des signaux binaires.</p><p>Les informations auditives se trouvent donc traduites dans le message nerveux sous une forme cod�e.</p><p>La transmission des</p><p>informations auditives</p><p>dans les centres nerveux</p><p>et les th�ories de</p><p>l�audition</p><p>Les influx nerveux (potentiels d�action) se propagent dans le nerf auditif et, apr�s des relais (synapses) dans diff�rents noyaux, atteignent le cortex auditif (v. nerveux [syst�me]). Les th�ories de l�audition s�efforcent d�expliquer comment les informations sont transmises dans les voies nerveuses et comment elles sont interpr�t�es dans les centres pour donner naissance aux diverses sensations auditives. Depuis fort longtemps, des th�ories ont �t� propos�es pour expliquer la discrimination des divers aspects des stimuli sonores.</p><p>Un des probl�mes qui a suscit� le plus de travaux est le m�canisme de la discrimination des fr�quences. D�apr�s la th�orie de la r�sonance de Hermann von Helmholtz (1863), chaque point de la membrane basilaire entrait en r�sonance pour une fr�quence particuli�re et constituait le r�cepteur sp�cifique d�une seule fr�quence. Les travaux modernes ont confirm� le ph�nom�ne de la localisation, mais celle-ci est moins �troite que ne le supposait Helmholtz, en particulier pour les basses fr�-</p><p>quences. � l�encontre de la th�orie de la localisation, on peut citer les th�ories</p><p>dites � t�l�phoniques � (William Rutherford [1886]), qui envisageaient que la membrane basilaire vibre dans son ensemble de la m�me mani�re, comme une membrane de r�cepteur t�l�phonique. Dans ce cas, il n�y aurait pas d�analyse, et les fr�quences des sons seraient reconnues par le rythme des influx nerveux, qui correspondraient � la fr�quence du son. D�autres th�ories, comme celle d�Ernest G. Wever (1949), tiennent compte � la fois du rythme des influx et de la localisation.</p><p>�tant donn� que les influx nerveux ne peuvent d�passer 1 000 par seconde, seules les basses fr�quences pourraient suivre la fr�quence du son. Cependant, les fibres peuvent fonctionner de ma-ni�re altern�e, l�une �mettant un influx alors que la voisine est au repos, de sorte que l�ensemble des fibres pourrait transmettre des cadences, peut-�tre jusqu�� 4 000 par seconde (principe de la vol�e, de Wever). Le ph�nom�ne de la localisation ayant �t� prouv�, on tend � admettre actuellement que la hauteur des sons d�pend du rythme des influx pour les basses fr�quences, et de la localisation dans la cochl�e pour les fr�quences �lev�es.</p><p>L��tude des influx dans les voies et les centres nerveux confirme l�existence de ces deux m�canismes : la localisation, qui se traduit par la sp�-</p><p>cificit� des neurones pour certaines fr�-</p><p>quences, et leur disposition ordonn�e dans les centres selon leur fr�quence sp�cifique. Cet arrangement, d�sign� sous le nom de tonotopie, a �t� retrouv� dans tous les centres, et particuli�rement au niveau du cortex.</p><p>En ce qui concerne l�intensit� des sons, elle serait repr�sent�e dans le nerf auditif par le nombre d�influx transmis pendant l�unit� de temps. La sensation d�intensit� peut d�pendre aussi d�autres m�canismes. En effet, il existe des fibres stimul�es par des sons faibles et d�autres seulement par des sons forts. Cela expliquerait la grande marge de fonctionnement des r�cepteurs auditifs dans l��chelle des intensit�s.</p><p>La sensation auditive</p><p>La sensation auditive comporte pour</p><p>l�homme de nombreuses nuances, que l�on peut d�signer sous le terme de qualit�s sonores et qui d�pendent des caract�ristiques physiques du son.</p><p>Ainsi, on pourra d�crire, pour les signaux sonores, une intensit�, une hauteur, une brillance, etc.</p><p>La sensation d�intensit�, ou intensit� sonore subjective, appel�e encore sonie, d�pend de la pression acoustique. Au niveau du seuil humain, la pression sonore est de 10� 5 Pa � 1 000 Hz, mais l�oreille peut percevoir des sons dont la pression acoustique atteint 109 Pa, ce qui, en valeur absolue, repr�sente une marge d�intensit� �norme, d�o� l�int�r�t de mesurer les pressions acoustiques en unit� logarithmique, le d�cibel (dB). Cette unit� se d�finit ainsi : si la pression s�accro�t de P0 � P1, l�intensit� du son sera accrue d�un nombre de d�cibels �gal � 20 fois le logarithme de la fraction Dans ce syst�me de mesure, il faut toujours une pression de r�f�rence P0, qui est souvent le seuil humain � 1 000 Hz, soit 10� 5 Pa.</p><p>La sensibilit� de l�oreille humaine varie selon la fr�quence. Elle est la plus grande aux environs de 1 000 Hz, et diminue vers les fr�quences basses et les fr�quences �lev�es. Pour les intensit�s tr�s �lev�es, on atteint une limite au-del� de laquelle la sensation devient inconfortable, puis douloureuse. Dans la zone des fr�quences moyennes, le champ auditif s��tend sur une �chelle d�environ 120 dB.</p><p>Il est plus difficile d��valuer les sensations auditives autres que celles que l�on d�termine au seuil. Cependant, par des m�thodes de comparaison, on peut d�crire, dans le champ auditif, des lignes isosoniques qui repr�sentent la m�me sensation subjective d�intensit� pour les diff�rentes fr�quences. On remarque que les fr�quences extr�mes du champ auditif n�cessitent une intensit� physique plus grande pour donner la m�me sensation d�intensit�. Chaque ligne isosonique correspond donc � la m�me sensation d�intensit�, et celle-ci se mesure par une unit� appel�e phone.</p><p>Le nombre de phones pour une ligne</p><p>isosonique est donn� par le nombre de d�cibels mesurant un son de 1 000 Hz dont l�intensit� est jug�e �quivalente.</p><p>Pour les sons complexes, on re-</p><p>marque que l�intensit� sonore subjective d�pend, en partie, du nombre de fr�quences qui composent le son et de leurs intensit�s respectives, et aussi d�autres facteurs assez compliqu�s. La d�termination de la sonie que peut provoquer un son complexe n�cessite par cons�quent des m�thodes particuli�res (v. bruits).</p><p>downloadModeText.vue.download 542 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1079</p><p>La finesse de discrimination sonore de l�oreille d�pend non seulement de sa sensibilit� en valeur absolue, mais aussi de sa capacit� de percevoir les variations d�intensit�. Cette capacit� se mesure par le seuil diff�rentiel d�intensit�, qui est la plus petite diff�rence qui puisse �tre per�ue (&#x394;I). On consid�re �galement un seuil diff�rentiel relatif, qui correspond au rapport &#x394;I �tant la plus petite diff�rence perceptible et I0</p><p>l�intensit� au d�part. Le seuil diff�rentiel relatif est constant, tout au moins dans certaines limites. Cette constance du seuil diff�rentiel relatif est une loi classique de psychophysiologie, dite</p><p>� loi de Bouguer-Weber � (du nom du math�maticien fran�ais Pierre Bouguer [1698-1758] et du physiologiste allemand Ernst Heinrich Weber [1795-1878]), qui se v�rifie donc pour l�audition. Pour des raisons math�matiques, elle permet de conclure que la sensation d�intensit� varie comme le logarithme de l�intensit�, ce qui correspond � une autre loi psychophysiologique �nonc�e par Gustav Theodor Fechner (1801-1887) et dite � loi de Fechner �.</p><p>La validit� de cette loi apporte une justification de l�emploi des unit�s logarithmiques (d�cibels) pour mesurer l�intensit� sonore.</p><p>La sensation de hauteur, ou tonie, d�pend principalement de la fr�quence, mais aussi un peu de l�intensit�. Selon la fr�quence, les sons seront qualifi�s</p><p>de graves ou d�aigus. Dans certaines limites, la capacit� de discrimination est assez constante. Par exemple, � partir de 1 000 Hz et au-dessus, le seuil diff�rentiel relatif de fr�quence est de 3 p. 100 si l�intensit� est de 80 dB au-dessus du seuil. Les lois de Bouguer-Weber et de Fechner s�appliquent donc (au moins approximativement) pour la hauteur. Cela explique que, lorsque la fr�quence s�accro�t selon une progression 1, 22, 23, ..., la sensation d�accroissement de hauteur varie comme 1, 2, 3,</p><p>... Toutefois, cela n�est pas v�rifi� pour toutes les fr�quences.</p><p>Il faut remarquer que, si la capacit� de discriminer une diff�rence de fr�-</p><p>quence est assez grande, l�oreille est beaucoup moins capable de reconna�tre une fr�quence pr�sent�e isol�ment (ou�e absolue).</p><p>Le timbre est une sensation com-</p><p>plexe qui d�pend des fr�quences contenues dans un son. C�est gr�ce au timbre que l�on reconna�t les divers instruments de musique et la personnalit� d�une voix humaine.</p><p>L�audition binaurale et</p><p>l�orientation auditive</p><p>L�existence de deux oreilles plac�es sym�triquement par rapport � l�axe du corps joue un r�le important pour la physiologie auditive. L�avantage offert par l�utilisation des deux oreilles, par rapport � une seule, est faible sur le plan de l�intensit�. Il procure un abaissement du seuil de 3 dB seulement.</p><p>Aux intensit�s moyennes, le gain est un peu plus grand (6 dB). Cela explique qu�une surdit� unilat�rale ne diminue pratiquement pas la sensibilit� globale.</p><p>Par contre, l�audition binaurale joue un grand r�le dans l�orientation auditive et l�exploration du champ acoustique. Cela para�t �tre expliqu� par la disposition des voies auditives.</p><p>En effet, les fibres qui proviennent de chaque oreille se dirigent en majorit� vers le cortex du c�t� oppos�, mais un certain nombre se dirigent du m�me c�t�, de sorte que certains centres re�oivent des influx des deux oreilles.</p><p>Cette convergence d�influx provenant des deux oreilles permet l�int�gration</p><p>des informations sonores des deux c�t�s et, si les sons ne sont pas trop diff�rents, la cr�ation d�une image sonore unique. Cette image peut pr�senter un certain relief. Ce m�canisme est � la base des proc�d�s de reproductions st�r�ophoniques.</p><p>La possibilit� de discerner la position de la source sonore d�coule des diff�rences des sons qui parviennent � chacune des deux oreilles, selon l�orientation de la t�te par rapport � la source. L�oreille la plus proche re�oit, en effet, une intensit� plus grande que l�oreille la plus �loign�e.</p><p>D�autre part, les sons parviennent � l�oreille la plus proche avant d�atteindre l�autre oreille. Si le stimulus est un son pur continu, celui-ci est alors en avance de phase de ce c�t�. On admet que, pour les basses fr�quences, ce seraient les diff�rences de temps (ou de phase) qui joueraient un r�le important, alors que, pour les fr�quences �lev�es, ce seraient les diff�rences d�intensit�.</p><p>Ces deux facteurs permettent une d�termination tr�s pr�cise de l�angle de la direction de la source avec le plan m�dian du corps. La capacit� de discrimination peut atteindre 0,1�. Cette facult� a �t� utilis�e dans des dispositifs de rep�rage des avions par le son.</p><p>Il faut noter, toutefois, qu�il est possible de localiser les sources sonores avec une seule oreille, probablement d�apr�s les variations de l�intensit� re�ue en fonction de la position. La pr�cision est beaucoup moins grande qu�avec les m�canismes binauraux.</p><p>Les anomalies et</p><p>perturbations de</p><p>l�audition</p><p>En dehors des l�sions qui entra�nent des surdit�s*, l�audition peut �tre perturb�e dans diff�rentes conditions.</p><p>Par exemple, la perception d�un</p><p>son est diminu�e en pr�sence d�autres sons, en particulier des bruits. C�est le ph�nom�ne de masquage, tr�s fr�quent dans la vie courante.</p><p>Dans certaines conditions, c�est la</p><p>qualit� de la sensation qui est alt�r�e, par exemple en hauteur ou en intensit�.</p><p>Cette anomalie constitue la paracousie.</p><p>Dans certains cas, la sensation, pour un m�me son, est diff�rente pour les deux oreilles. C�est la diplacousie.</p><p>L�oreille saine fournit une sensation correcte, mais celle de l�autre oreille est anormale. Fr�quemment, c�est la hauteur qui est chang�e. La diff�rence est souvent d�un demi-ton. Elle atteint parfois une octave.</p><p>Lorsque le son est tr�s intense, des distorsions se produisent dans les vibrations cochl�aires, celles-ci entra�-</p><p>nant la production de sons subjectifs, qui n�existent pas dans le stimulus.</p><p>Dans d�autres cas, des sons subjectifs surviennent dans l�oreille, m�me en l�absence de stimulus sonore. On les appelle des acouph�nes. Ce sont des bourdonnements, tintements, sifflements, etc. Ils t�moignent en g�n�ral de la pr�sence d�une l�sion de l�appareil auditif.</p><p>� la suite d�une exposition � un son assez intense, on observe d�abord une adaptation, qui se traduit par une diminution de la sensibilit� de l�oreille.</p><p>Si le son est tr�s intense et prolong�, il survient une fatigue auditive, qui persiste un certain temps apr�s la cessation du stimulus. Elle peut d�ailleurs devenir irr�versible et constituer un traumatisme acoustique.</p><p>downloadModeText.vue.download 543 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1080</p><p>L�audition dans</p><p>la s�rie animale</p><p>Chez les animaux les plus primitifs, on trouve des organes sensibles aux vibrations m�caniques, mais il est difficile d�affirmer qu�ils puissent permettre des sensations tonales comparables � celles des Vert�br�s sup�rieurs.</p><p>Chez les Insectes, il existe une bonne sensibilit� aux vibrations sonores et une certaine discrimination des fr�-</p><p>quences. Les organes r�cepteurs sont de deux types : poils sensibles (sen-silles) et organes tympaniques (ou organes chordotonaux). Les cils (sen-silles) se trouvent tr�s largement distribu�s sur la surface du corps (Chenilles, Criquets, Sauterelles). Ils paraissent jouer le r�le de r�cepteurs de vibrations plut�t que de v�ritables organes auditifs. Les organes chordotonaux existent chez certaines familles d�Or-thopt�res, H�mipt�res, L�pidopt�res, et sont situ�s soit sur le thorax ou l�abdomen, soit dans les pattes ant�rieures.</p><p>Ils comportent deux tympans qui enferment une cavit� remplie d�air, au milieu de laquelle se trouve une fibre nerveuse sensible.</p><p>Il semble que la gamme de fr�-</p><p>quences � laquelle peuvent r�pondre les organes tympaniques est tr�s �tendue, et qu�elle se situe entre 500 et 50 000 Hz (Sauterelles, Papillons).</p><p>Il existerait d�ailleurs une sensibilit� accrue pour les fr�quences qui constituent les signaux d�appel de ces Insectes*, chez qui les signaux sonores apparaissent d�ailleurs tr�s importants dans la vie de relation. Un exemple curieux est donn� par les Papillons, qui d�tectent les cris de haute fr�quence des Chauves-Souris, et peuvent ainsi �viter d��tre captur�s.</p><p>Chez les Poissons, il existe un organe labyrinthique qui comporte une partie sensible aux variations d��quilibre (saccule et utricule) et une partie auditive, la lagena, qui repr�sente une cochl�e rudimentaire. De plus, les Poissons poss�dent un organe sensible aux variations de pression aquatique, constitu� par la ligne lat�rale. Celle-ci est form�e d�un tube situ� dans l��piderme tout le long de la paroi lat�-</p><p>rale du corps et dans la cavit� duquel se trouvent des organes r�cepteurs.</p><p>Mais il est probable que ces structures servent � d�tecter les remous de l�eau plut�t que les vibrations sonores, et � permettre une sorte de sondage des obstacles. Chez les Poissons cartilagineux, la lagena ne semble pas avoir un r�le important, mais chez les Poissons osseux l�audition est plus d�velopp�e et a pu �tre mise en �vidence par des m�thodes utilisant les r�flexes</p><p>conditionn�s. Chez ces Poissons, les sons qui se propagent dans l�eau sont re�us par l�interm�diaire de la vessie natatoire, qui sert de r�cepteur et de r�sonateur. Chez certaines esp�ces, les vibrations de cette derni�re sont ensuite transmises � l�oreille interne gr�ce � de petits osselets, les osselets de Weber. Le Poisson rouge (Caras-sius auratus) peut entendre des sons dans une gamme comprise entre 200 et 4 000 Hz. La lagena semble �tre indispensable pour l�audition.</p><p>Un certain nombre d�exp�riences</p><p>prouvent d�ailleurs que de nombreux Poissons �mettent des sons. Ceux-ci proviennent quelquefois de la bouche, mais, chez certains, c�est la vessie natatoire qui peut produire des vibrations gr�ce aux muscles qui l�entourent et qui se contractent rythmiquement. Il est probable que les sons �mis interviennent dans la vie de relation de ces animaux.</p><p>Chez les Amphibiens, la lagena est plus d�velopp�e que chez les Poissons. Chez les Anoures (Grenouilles), il existe un tympan et une oreille moyenne avec des osselets. Celle-ci permet la transmission des vibrations a�riennes aux liquides de l�oreille interne. La sensibilit� auditive chez la Grenouille se situe entre 50 et 10 000 Hz.</p><p>Chez les Reptiles, la lagena prend la structure d�une v�ritable cochl�e, bien qu�elle ne soit pas enroul�e. Les Reptiles autres que les Serpents ont une oreille moyenne et un osselet, la columelle, qui sert � transmettre les vibrations � l�oreille interne. Chez les Serpents, la columelle est connect�e � l�os carr� de la m�choire. Cette disposition leur permet de mieux percevoir les vibrations transmises par le sol.</p><p>Chez les Oiseaux, la structure de l�oreille est assez semblable � celle des Reptiles, mais la discrimination auditive est meilleure. Des exp�riences utilisant les r�flexes conditionn�s ont montr� que le Perroquet entendait dans la gamme de 40 � 14 000 Hz.</p><p>La sensibilit� aux basses fr�quences semble ne pas d�pendre uniquement de l�oreille, les Oiseaux poss�dant en</p><p>effet un organe r�cepteur de vibrations, l�organe de Herbst, situ� au niveau du tibia. Chez les Oiseaux, la sensibilit� auditive est tr�s d�velopp�e, et cela semble en rapport avec leur possibilit� de chanter. De plus, leur syst�me nerveux, comme chez les Mammif�res, permet une confrontation des messages qui parviennent aux deux oreilles, ce qui permet une orientation et une analyse compl�tes du champ auditif.</p><p>Chez les Mammif�res, il existe une certaine similitude dans les organes auditifs, bien que certaines structures pr�-</p><p>sentent des d�veloppements variables.</p><p>C�est le cas, en particulier, du pavillon de l�oreille. En g�n�ral, les �l�ments de l�oreille moyenne et la cochl�e sont situ�s dans une cavit� osseuse, la bulle tympanique, sauf chez les Primates, o� l�oreille est enferm�e dans la masse de l�os du rocher. La bulle tympanique pr�sente des d�veloppements variables.</p><p>downloadModeText.vue.download 544 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1081</p><p>Elle peut �tre tr�s d�velopp�e chez certains animaux vivant dans des zones d�sertiques (exemple : Gerboise).</p><p>Chez les Mammif�res marins, et en particulier chez les C�tac�s, il existe une structure sp�ciale des organes auditifs. D�abord, ceux-ci sont isol�s acoustiquement des autres parties du corps par un os poreux contenant des cavit�s a�riennes et du mucus. D�autre part, le levier form� par les osselets constitue un syst�me favorable � la transmission des vibrations du milieu aquatique aux liquides de l�oreille interne.</p><p>Certains C�tac�s (Dauphins) pos-</p><p>s�dent un syst�me d��cholocation*</p><p>utilisant des signaux ultrasonores. Ils semblent aussi �mettre des signaux tr�s vari�s, que l�on a pu comparer � une sorte de langage. L��cholocation est mieux connue encore chez les Chauves-Souris*.</p><p>Les voies auditives</p><p>analogues � une ligne</p><p>t�l�graphique</p><p>Ernest G. Wever et Charles W. Bray ont d�couvert en 1933, aux �tats-Unis, le potentiel microphonique cochl�aire, auquel on donne encore souvent le nom de ph�-</p><p>nom�ne de Wever et Bray. Ce ph�nom�ne �lectrique, que l�on enregistre assez facilement avec une �lectrode en contact avec la cochl�e, avait suscit� un grand int�r�t, car il reproduisait ce qui se passait � l�int�rieur de l�oreille. Certains avaient pens� qu�il repr�sentait le message qui parvenait au cerveau. La r�alit�, qui a �t� d�montr�e ensuite par Hallowell Davis et d�autres �lec-trophysiologistes, est plus complexe. Le potentiel microphonique reste n�anmoins un t�moin assez fid�le des vibrations intra-cochl�aires, et est tr�s souvent �tudi� dans les recherches. Cette d�couverte a �t� un point de d�part dans l�exploration �lectro-physiologique des organes auditifs. Par la suite, de nombreux sp�cialistes, utilisant les possibilit�s de l��lectronique moderne, ont abord� ces probl�mes, principalement aux �tats-Unis, et ont approfondi les m�canismes de l�analyse des sons et du codage des informations dans les centres.</p><p>Des donn�es importantes ont �t� obtenues par l�exploration des voies et des centres nerveux au moyen de micro-�lectrodes, qui enregistrent l�activit� d�une seule cellule � la fois. Il est possible ainsi de reconna�tre la nature des signaux qui sont transmis dans les diff�rentes cellules.</p><p>Ceux-ci (potentiels d�action) sont analogues � des signaux t�l�graphiques trans-mettant des messages sous une forme cod�e. La th�orie des t�l�communications a permis d�en comprendre certains aspects. Cependant, au bout de la ligne (au cortex ?), il y a le d�codage et l�interpr�tation, la prise de conscience, etc. Tous ces probl�mes sont du plus haut int�r�t, mais restent encore obscurs.</p><p>J.-P. L. G.</p><p>Les grands sp�cialistes</p><p>de l�audition</p><p>Georg von Bekesy, physicien am�ricain d�origine hongroise (Budapest 1899 -</p><p>Honolulu 1972). Apr�s des �tudes aux universit�s de Berne et de Budapest, il devient ing�nieur des t�l�communications. Des recherches sur les appareils t�l�phoniques le conduisent � s�occu-</p><p>per du m�canisme de l�audition. Il poursuit ses travaux, d�abord en Hongrie, puis en Allemagne, en Su�de et aux �tats-Unis. Il est le premier qui ait r�ussi, gr�ce � des proc�d�s techniques tr�s �labor�s, � observer les vibrations � l�int�rieur de la cochl�e et � d�crire le processus exact de la localisation des fr�quences. Il a �tudi� la plupart des structures de l�oreille et pr�cis� leurs propri�t�s physiques dans tous les d�tails, expliquant ainsi de nombreux ph�nom�nes auditifs (m�canismes de l�oreille moyenne, conduction osseuse).</p><p>Les r�sultats de ses travaux concernent non seulement la science fondamentale, mais aussi des applications pratiques, soit en acoustique architecturale, soit en clinique, o� il a invent� un audiom�tre automatique, qui porte son nom.</p><p>Il a re�u le prix Nobel de m�decine en 1961. Depuis quelques ann�es, il s�occupe du m�canisme de la sensation d�un point de vue plus psychologique.</p><p>Dans ce domaine encore, il a introduit des vues tr�s originales. Les plus importants de ses travaux se trouvent r�unis dans Experiments in Hearing (1960).</p><p>Joseph Guichard Duverney, savant fran�ais (Feurs 1648 - Paris 1730). Il fut m�decin et professeur d�anatomie � Paris et m�decin du roi Louis XIV. On lui doit la premi�re description exacte de la structure de l�oreille interne.</p><p>Sur la base de ses observations, naturellement incompl�tes en raison des faibles moyens techniques de l��poque, il put donner une th�orie raisonnable du fonctionnement de l�oreille. Il est curieux de remarquer que beaucoup des erreurs qu�il fit dans ses interpr�tations comportaient l�intuition de la v�rit�, telle qu�elle fut d�couverte plusieurs si�cles apr�s. Par exemple, il reconnut la membrane basilaire, mais pensait que son r�le �tait accessoire.</p><p>Cependant, il �mit l�opinion que la forme de la lame spirale osseuse qui se r�tr�cit progressivement vers le sommet de la cochl�e pr�sentait des r�sonances pour les diverses fr�quences.</p><p>Son intuition lui avait fait pressentir la plupart des donn�es qui furent ensuite reprises par de nombreux chercheurs.</p><p>Son principal ouvrage est le Trait� de l�organe de l�ou�e (1683).</p><p>B G. von Bekesy et W. Rosenblith, � The Me-</p><p>chanical Properties of the Ear � in Handbook of Experimental Psychology, sous la dir. de S. S. Stevens (New York, 1951). / H. Davis, � Psy-chophysiology of Hearing and Deafness � in Handbook of Experimental Psychology, sous la dir. de S. S. Stevens (New York, 1951). / A. Gri-benski, l�Audition (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1951 ; 3e �d., 1969). / I. J. Hirsh, The Measurement of Hearing (New York, Toronto, Londres, 1952 ; trad. fr. la Mesure de l�audition, P. U. F., 1956). / E. Baumgardt, les Sensations chez l�animal (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 2e �d., 1967). / R. Chocholle, le Bruit (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1960 ; 3e �d., 1964).</p><p>Audran (les)</p><p>Famille d�artistes parisiens, d�origine lyonnaise (XVIIe et XVIIIe s.).</p><p>Les Audran apparaissent, �tablis graveurs � Lyon, au d�but du XVIIe s. Ils comptent plusieurs ma�tres dont le plus renomm�, GERMAIN, lui-m�me praticien habile, eut un fils, G�RARD AUDRAN</p><p>(1640-1703), le r�novateur de la gravure en taille-douce. Ses pr�d�cesseurs travaillaient au burin ; seuls Jacques Callot* et Jean Pesne (1623-1700) avaient fait de l�eau-forte sur vernis dur un usage original. Les graveurs fameux, Robert Nanteuil notamment (1623-1678), gravaient � la pointe, exprimant le model� par des tailles librement trac�es. Le grand artiste vivait encore lorsque Audran fut rappel� de Rome, o� il travaillait depuis 1666. Le Brun*, en 1672, le fit loger aux Gobelins, investir de la charge de graveur ordinaire du roi et charger de reproduire les amples compositions de ses Batailles d�Alexandre.</p><p>Audran pr�para ses planches � l�eau-forte, pour les reprendre et les finir au burin ; ce dernier proc�d�, employ� seul, e�t exig� des ann�es de travail.</p><p>Audran venait d�affranchir la gravure d�une discipline �troite et limitative, conjurant la tendance au mani�risme des virtuoses du burin. En 1674, l�Acad�mie royale sanctionnait la r�ussite du ma�tre en l�appelant � elle, pour l��lire conseiller en 1681, la plus �minente dignit� qui s�offr�t aux graveurs. On a de lui quelque 285 estampes d�apr�s les Italiens (Rapha�l) et les Fran�ais (Le Brun, Poussin, Le Sueur, Mignard, etc.).</p><p>G�rard Audran avait deux fr�res.</p><p>CLAUDE II (1639-1684), l�un des auxiliaires de Le Brun, est l�auteur d�un grand tableau peint pour l��glise des Chartreux, la Multiplication des pains ; l�autre, GERMAIN, graveur, eut pour fils CLAUDE III (1657-1734), qui donnera son dernier lustre � cette lign�e d�artistes.</p><p>Se trouvant � Paris en 1692, il y obtient la ma�trise et, d�s 1696, est au service de la Couronne. Il va, dans le domaine de la d�coration g�n�rale, exercer une influence �gale � celle dont G�rard, son oncle, avait fait b�n�ficier la gravure.</p><p>La derni�re �dition de la Description de Paris de Germain Brice fournit d�int�ressantes pr�cisions sur l�oeuvre de Claude III, dont les peintures de murs et de plafonds ont malheureusement disparu : � Claude Audran, y lit-on, est regard� avec justice comme un des premiers dessinateurs qui aient jamais paru pour les arabesques et les grotesques. Ce sont des compositions d�ornements l�gers et agr�ablement distribu�s qui �taient en usage chez les Anciens et qui ont �t� renouvel�s par le fameux Rapha�l*. Ils sont devenus fort en vogue et on en orne les lambris et les plafonds des plus petites pi�ces. �</p><p>C�est � l�ex�cution de ces motifs exigeant gr�ce, l�g�ret� et s�ret� de main qu�Audran employa son jeune �l�ve, Antoine Watteau*. Les cr�ations de Claude III sont � l�origine du style du XVIIIe s., lib�r� de la pompe et de l�im-pavidit� classiques.</p><p>On doit au ma�tre les � alentours �</p><p>des Porti�res des dieux, compos�s de 1699 � 1711 pour les Gobelins ; en 1708, il se montre pleinement neuf dans l�admirable tenture des Mois grotesques. L�ann�e suivante, il des-downloadModeText.vue.download 545 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1082</p><p>sinera les � cartons � des vitraux de la chapelle de Versailles. Son g�nie s�est encore manifest� par une curieuse invention, celle des tontisses. Le proc�d� consistait � saupoudrer de particules de laines teintes les plages fra�-</p><p>chement encoll�es d�une composition, simulant ainsi la tapisserie de lisse. En</p><p>son Trait� de la gravure sur bois, le fabricant de papiers peints Jean-Michel Papillon (1698-1776) date d�� environ 1712 ou 1716 � l�invention d�Audran, connue, rappelle-t-il, � par les ornements grotesques et d�licats sur lesquels Watteau a form� les siens [...] ; ils repr�sentent de comiques repas de singes et de guenons habill�s en toutes sortes de fa�ons �.</p><p>Ces ouvrages, toutefois, n��taient pas durables ; les mus�es n�en ont pu recueillir aucun. Ce n�en est pas moins par ce proc�d� que l�Angleterre a produit les tentures bleues qui furent en vogue au milieu du XVIIIe s.</p><p>G. J.</p><p>&#x25B6; Estampe / Tapisserie.</p><p>B G. Duplessis, les Audran (Libr. d�art, 1892). /</p><p>G. �kerlund, Audranstudien (Stockholm, 1942).</p><p>Augsbourg</p><p>En Allem. AUGSBURG, v. d�Allemagne occidentale (Bavi�re) ; 213 000 hab.</p><p>Install�e au confluent de la Wertach et du Lech, la ville est un important centre industriel. Les fabrications de machines, de v�hicules, de mat�riels �lectriques et �lectroniques, de produits chimiques et alimentaires sont les principales activit�s.</p><p>Augsbourg, quoique situ�e en Ba-</p><p>vi�re, est la plus grande ville de parler souabe apr�s Stuttgart ; elle est d�ailleurs le chef-lieu du Regierungsbe-zirk de Souabe. L�essor foudroyant de Munich a sans doute ralenti son d�veloppement. La proximit� des Alpes, la situation sur une voie ferr�e et une autoroute importantes (ind�pendamment de l�existence d��tablissements sup�rieurs) donnent � Augsbourg une chance nouvelle.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>De fondation peut-�tre celtique et s�-</p><p>rement romaine (�poque d�Auguste), Augsbourg (en lat. Augusta Vindeli-corum) a gard� une forme elliptique, allong�e selon un axe nord-sud, celui</p><p>de la Maximilianstrasse, l�antique via Claudia Augusta, mais son d�veloppement actuel se fait vers l�est et l�ouest.</p><p>Pendant toute l��poque romaine et m�di�vale, Augsbourg (ville importante sinon capitale de la Rh�tie, puis �v�ch� quasi autonome [VIe s.], bien que d�pendant de jure d�abord du patriarcat d�Aquil�e puis de l�archev�-</p><p>ch� de Mayence) a �t� une ville commer�ante dont la fortune �tait li�e � la prosp�rit� des mines d�argent et de cuivre du Tyrol et � la voie commerciale transalpine.</p><p>Au XIe s., la fondation d�une cit� marchande qui entra rapidement en conflit avec son suzerain �piscopal marqua le d�but de la � commune � d�Augsbourg, favoris�e par l�empereur (1316, ville d�Empire). Les bonnes relations avec l�empereur se d�velopp�rent � l��poque de Maximilien puis de Charles Quint ; l��lection de ce dernier fut financ�e par les Welser, grande entreprise familiale d�Augsbourg, rivale de la maison des Fugger. Si les moulins, les forges et les tissages avaient fait la fortune d�Augsbourg m�di�vale, la cit� devint au XVIe s. un des centres financiers de l�Europe, en relation avec l�Est (Cracovie et Slovaquie, mines de cuivre de la famille Thurz�) et l�Extr�me-Occident (installation des Welser au Venezuela).</p><p>L�essor �conomique fut facilit� par la tol�rance confessionnelle (parit�) et l�appui imp�rial, n�cessaire d�ailleurs pour prot�ger la cit� contre les app�-</p><p>tits bavarois. Si, au XVe s., une jeune patricienne, Agn�s Bernauer, avait �t� noy�e comme sorci�re � cause de ses amours avec un prince bavarois, les Fugger purent au XVIe s. faire des mariages princiers.</p><p>La richesse favorisa tout naturellement une vie artistique tr�s active et une position politique de choix : de nombreuses di�tes d�Empire laiss�rent une trace importante, la Confession d�Augsbourg de 1530 et la paix d�Augsbourg de 1555. De cette �poque date une conscience propre fort vive, � tendances traditionalistes et paterna-listes (b�guinage de la Fuggerei, 1519).</p><p>La d�cadence commen�a d�s les</p><p>premi�res ann�es du XVIIe s. (faillite</p><p>des Welser en 1614), et s�accentua au cours de la guerre de Trente Ans.</p><p>La cit� ne retrouva quelque prosp�rit� qu�au milieu du XVIIIe s., avec l�impression sur tissus. Annex�e en 1806 par la Bavi�re, et son �v�ch� �tant devenu en 1817 suffragant de celui de Munich-Freising (ce qui favorisa le d�veloppement du catholicisme, auquel appartiennent aujourd�hui environ 75 p. 100</p><p>de la population), Augsbourg trouva dans le d�veloppement des tissages, de l�imprimerie et surtout des industries m�caniques des forces neuves ; diverses usines cr��es alors constitu�rent en 1898 la puissante Maschinenfabrik Augsburg-N�rnberg (MAN). De cette �poque date aussi un r�seau priv� de voies ferr�es industrielles d�environ 100 km, fonctionnant encore. � ces industries, le XXe si�cle ajouta l�a�ronautique (Messerschmitt).</p><p>Augsbourg fut la ville du journal de Cotta, l�Augsburgische Allgemeine Zeitung, la ville o� v�curent l��conomiste Friedrich List, l�ing�nieur Rudolf Diesel, l��crivain B. Brecht ; elle a effac� aujourd�hui les graves blessures de la Seconde Guerre mondiale et a gard� son ancien noyau tout en continuant � s��tendre. Apr�s avoir perdu au profit de Munich sa pr��minence financi�re (Bourse ferm�e en 1934), Augsbourg doit maintenir co�te que co�te ses activit�s industrielles, mais reste n�anmoins dans l�ombre de la capitale bavaroise.</p><p>J. B. N.</p><p>&#x25B6; Allemagne / Bavi�re / Fugger.</p><p>B B. Riehl, Augsburg (Leipzig, 1903). / M. Har-tig, Augsburgs Kunst (Augsbourg, 1922). /</p><p>O. Sch�rer, Augsburg (Augsbourg, 1934). /</p><p>N. Lieb, Die Fugger und die Kunst (Munich, 1952-1958 ; 2 vol.). / C. Bauer et coll., Augusta, 955-1955, Forschungen und Studien (Munich, 1955). / W. Zorn, Augsburg, Geschichte einer deutschen Stadt (Munich, 1955). / L. Wegele, Augsburg (Augsbourg, 1956). / T. Breuer, Die Stadt Augsburg (Munich, 1958).</p><p>Augsbourg,</p><p>ville d�art</p><p>Vers le milieu du XVIe s., alors que son enceinte l�entourait encore, la cit� avait</p><p>la configuration d�une agglom�ration oblongue, ou ville haute, flanqu�e, en contrebas vers l�est, d�un faubourg, ou ville basse, die Jakobervorstadt (le faubourg Saint-Jacques). Cet aspect se retrouve dans le plan actuel. Le grand axe de la ville haute est constitu� par une perc�e nord-sud (Maximilianstrasse et Karolinenstrasse) qui relie les principaux centres religieux et commerciaux de la cit� : la place de la cath�drale, la Ludwigsplatz, o� se dressent l�h�tel de ville et la tour Perlach, symbole de la ville en quelque sorte, et les deux �glises d�di�es � saint Ulrich.</p><p>De la cit� romaine, rien n�a subsist�.</p><p>Elle englobait l�emplacement actuel de la cath�drale, qui, consacr�e en 1065, fut compl�tement transform�e aux XIVe et XVe s.</p><p>en une �glise gothique � cinq nefs. Celle-ci abrite les Sc�nes de la vie de la Vierge peintes par Holbein l�Ancien, mais poss�de surtout des ouvrages insignes par leur anciennet� et leur qualit� : les portes de bronze du XIe s., form�es de panneaux ind�-</p><p>pendants aux motifs d�inspiration antique, et plusieurs vitraux des Proph�tes, du XIe et du XIIe s., dont la couleur n�a probablement jamais �t� �gal�e dans toute la vitrerie germanique.</p><p>On trouve le souvenir des Fugger avant tout � l��glise Sainte-Anne, o� Jakob Fugger, dit le Riche, fit �tablir de 1509 � 1518</p><p>par le sculpteur Adolf Daucher (v. 1460 - v.</p><p>1524) la chapelle fun�raire de sa famille.</p><p>Cet ensemble marque l�entr�e de la Renaissance � Augsbourg et comporte, outre les tombeaux m�mes, dont l�ornementation est fortement marqu�e par celle de Venise, un groupe sculpt� monumental du Christ debout, soutenu par la Vierge et le disciple bien-aim�. Cependant, la meilleure r�ussite de Jakob le Riche fut la � Fuggerei �, cit� �tablie dans la ville basse pour des</p><p>� journaliers, ouvriers et bourgeois pieux et pauvres � ; elle comprend, suivant un plan en damier, cinquante-trois maisons � un seul �tage, encore habit�es et d�un go�t parfait. Quant aux deux peintres qui incarnent le mieux la Renaissance augs-bourgeoise, Holbein* l�Ancien et Burgk-mair (1473-1531), ils sont largement repr�-</p><p>sent�s � la Staatsgalerie, notamment par les tableaux des sept basiliques de Rome.</p><p>� la fin de la Renaissance, l�axe de la ville haute se ponctue de fontaines monumentales dues � des artistes n�erlandais : celle</p><p>d�Auguste, dont la margelle supporte de souples figures de nymphes, est l�oeuvre d�Hubert Gerhard (v. 1545-1620) ; celles de Mercure et d�Hercule sont dues � Adriaen de Vries (v. 1546-1626) ; les unes et les autres restent dans la tradition de Giam-bologna. Augsbourg a alors le privil�ge d�un architecte municipal de haute valeur, Elias Holl (1573-1646), qui, form� par un voyage en Italie et surtout par les livres d�architecture, n�ignore rien de l�art ultra-montain mais garde une personnalit� singuli�re. Son chef-d�oeuvre, un peu froid, est l�h�tel de ville (1615-1620) � nombreuses et hautes fen�tres superpos�es, couronn� d�un fronton. D�autres �difices de sa ma-ni�re sont l�arsenal (1602-1607), dont la fa�ade porte un superbe saint Michel en bronze de Gerhard, la boucherie (1606-1609), la chancellerie et l�h�pital. Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont d�truit la c�l�bre � salle dor�e �</p><p>de l�h�tel de ville, imposante mais lourde, due � Matthias Kager.</p><p>Aujourd�hui, le visiteur ne manque point d��tre frapp� par l�aspect classique, presque italianisant du vieil Augsbourg, d� sans doute � l�absence de relief des fa�ades et � la largeur des rues principales.</p><p>P. D. C.</p><p>Auguste</p><p>En lat. CAIUS IULIUS CAESAR OCTAVIANUS</p><p>AUGUSTUS, empereur romain (Rome</p><p>downloadModeText.vue.download 546 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1083</p><p>23 sept. 63 av. J.-C. - Nola 19 ao�t 14</p><p>apr. J.-C.).</p><p>La jeunesse</p><p>d�Octave</p><p>Du c�t� paternel, Octave appartenait � une famille honorable de Velitrae (auj.</p><p>Velletri), dans le Latium, mais qui n��tait ni patricienne ni anciennement noble. Son arri�re-grand-p�re et son grand-p�re faisaient partie de l�ordre �questre et avaient fait carri�re dans des fonctions subalternes. Son p�re avait �t� le premier � p�n�trer dans la noblesse s�natoriale par les �chelons</p><p>du cursus honorum : apr�s avoir rempli la pr�ture, il avait �t� gouverneur de Mac�doine, charge qu�il accomplit � la satisfaction de tous. Comme compensation � cette m�diocre notori�t�, Octave connut l�aisance, sinon la richesse, ce qui permit, plus tard, de le calomnier en tant que fils de changeur. Du c�t� de sa m�re, Atia, il �tait, en revanche, li� aux plus grandes familles de Rome.</p><p>Atia �tait la fille de M. Atius Balbus, d�ancienne famille s�natoriale apparent�e au grand Pomp�e, et de Julie, une des soeurs de Jules C�sar. �tre le petit-neveu du dictateur fut la chance du jeune Octave.</p><p>Il fut �lev� � Velitrae, o� il perdit son p�re � l��ge de quatre ans. Quoique remari�e � L. Marcius Philippus, sa m�re suivit de pr�s son �ducation, d�autant plus que sa faible constitution, prompte � succomber aux atteintes de la maladie, lui donnait de multiples craintes. Il fut un �l�ve dou� et attentif, que ce soit en rh�torique, dont M. Epi-dius lui inculqua les �l�ments, ou dans les lettres et la pens�e grecques, que lui enseign�rent des ma�tres impr�gn�s de sto�cisme, Apollodore de Pergame, Arius d�Alexandrie, Ath�nodore de Tarse.</p><p>C�est en grande partie cette intelligence ouverte qui, tr�s t�t, attira sur lui l�attention de son grand-oncle Jules C�sar. D�s l��ge de douze ans, il eut � prononcer, devant le peuple assembl�, l��loge de sa grand-m�re lors de ses fun�railles ; ce fut son premier r�le public. � quatorze ans, il rev�tit la toge virile. Les distinctions n�allaient plus, d�sormais, manquer au jeune Octave.</p><p>En 48, il p�n�tra dans le coll�ge des pontifes, que pr�sidait Jules C�sar en tant que grand pontife. En 47, durant l�absence de C�sar de Rome, il exer�a les fonctions de pr�fet de la ville. Mais le dictateur aurait aussi voulu lui faire prendre une part active � ses succ�s militaires ; malheureusement, la sant� d�Octave ne lui permit pas de se rendre en Afrique, ce qui n�emp�cha pas son grand-oncle de lui faire accorder les dona militaria et la participation � la c�r�monie du triomphe en 46. L�ann�e suivante, atteint d�une grave maladie, il ne put rejoindre C�sar en Espagne qu�une fois termin�e la campagne d�ci-</p><p>sive de Munda.</p><p>Tout le d�signait d�j� comme l�h�ritier de C�sar, mais ce dernier voulait qu�il confirm�t son �ducation intellectuelle et militaire. Il l�envoya en Gr�ce, � Apollonia, achever ses �tudes et surveiller les pr�paratifs de l�arm�e, que C�sar avait dans l�id�e de lancer bient�t contre les Parthes. C�est l� que, � la fin du mois de mars 44, le jeune Octave re�ut la terrible nouvelle ; l�homme qu�il admirait et respectait tant avait �t� assassin� en pleine curie.</p><p>La lente mont�e</p><p>au pouvoir</p><p>Octave n�a pas encore dix-neuf ans, et il lui faut choisir la meilleure voie pour assurer son destin. Il aurait pu alors abandonner toute ambition, mais le spectacle offert par Rome depuis sa prime enfance lui a montr� que le pouvoir appartient � ceux qui font preuve de t�nacit� et d�audace. Sachant combien la situation est difficile � Rome pour les meurtriers de C�sar, mais comprenant surtout que son absence laisse la place libre � Antoine (n� en 83</p><p>av. J.-C.), alors consul, qui se pose en vengeur de C�sar, il d�cide de rentrer en Italie. D�barquant � Lupiae, pr�s de Brindes (auj. Brindisi), � la fin du mois d�avril, il y apprend que, par son testament, C�sar fait de lui son h�ritier et son fils en l�adoptant. Par ce moyen, Octave est d�sign� comme le successeur du dictateur assassin� ; il ne peut plus reculer devant son destin, malgr� les objurgations de sa m�re et de son beau-p�re. Il n�h�site pas � se rendre � Rome, o� il arrive, comme un simple particulier, au d�but du mois de mai.</p><p>Il pr�tend ne venir r�clamer que l�h�ritage de son p�re ; tout, dans son attitude modeste, semble le confirmer. Mais il met Antoine dans un cruel embarras ; accorder au jeune Octave ce qu�il demande revient � lui donner le pouvoir. Toute l�action d�Antoine consiste � emp�cher les comices curiates de reconna�tre l�adoption d�Octave par C�sar ; sans cette reconnaissance, Octave ne pouvait l�galement �tre consid�r� comme le fils de C�sar.</p><p>La position d�Octave est difficile, mais Antoine n�ose pas l�attaquer de front, car le jeune homme poss�de</p><p>un grand rayonnement moral d� � sa pi�t� envers C�sar ; en juillet, il pr�-</p><p>side les jeux en l�honneur de la victoire de C�sar ; l� appara�t une com�te en qui le peuple croit reconna�tre l��me m�me du mort. Octave laisse m�rir la situation politique qui voit, peu � peu, se dresser face � face, au grand jour d�-</p><p>sormais, les s�nateurs qui soutiennent les assassins de C�sar, Brutus et Cassius, et Antoine, qui puise sa force dans la pl�be romaine.</p><p>Le 1er ao�t 44, la rupture est consomm�e. Octave saisit l�occasion qui s�offre � lui ; � son appel, les v�t�rans de son p�re se regroupent autour de lui ; un accord avec le s�nat (Cic�ron en particulier) lui fait accorder l�imperium et le droit de dire son avis parmi les anciens consuls. Le 21 avril 43, l�arm�e s�natoriale bat Antoine devant Mod�ne ; mais les deux consuls, Hir-tius et Pansa, ont �t� tu�s. Le triomphe du s�nat est �ph�m�re, car Octave r�clame le consulat pour lui-m�me. Il est d�sormais en position de force, car les l�gions victorieuses d�Antoine lui sont enti�rement d�vou�es ; le s�nat ne lui offre que la pr�ture ; il marche sur Rome et, le 19 ao�t, il se fait nommer consul (bien qu�il n�ait rempli aucune des charges de la carri�re des honneurs) avec comme coll�gue son cousin Q. Pedius. Il est le ma�tre de Rome ; il r�voque l�amnistie pour les meurtriers de C�sar et, surtout, il oblige les comices � r�gulariser son adoption. Il devient alors C. Julius Caesar Octavia-nus, Octavien. Mais il n�aimera jamais �tre appel� ainsi ; d�ailleurs, pour tous, n�est-il pas d�j� C�sar ?</p><p>Il lui faut alors accomplir ce qui lui tient tant � coeur, venger la mort de C�sar. Une seule solution lui semble possible dans ce dessein : s�entendre provisoirement avec Antoine et le grand pontife L�pide (Aemilius Lepi-dus), qui avaient regroup� 17 l�gions en Occident. L�entente est scell�e � Bologne ; il en r�sulte la cr�ation d�un triumvirat constituant pour cinq ans (tresviri rei publicae constituendae).</p><p>Mais Octave sait combien les lois peuvent apporter de surcro�t � la puissance des hommes ; aussi, avec l�accord de ses coll�gues, fait-il confirmer cette entente par un vote populaire ; la</p><p>lex Titia du 27 novembre 43 leur donne des pouvoirs quasi illimit�s.</p><p>Les triumvirs se partagent le gouvernement des provinces d�Occident ; L�pide a la Narbonnaise et l�Espagne, Antoine la Gaule Chevelue et la Cisalpine, Octave l�Afrique et la Sicile.</p><p>C�est sur cette puissance discr�tionnaire pour � organiser les pouvoirs publics � qu�Octave �tablit les bases de sa future puissance.</p><p>Cette entente fait sombrer les derniers espoirs des r�publicains, contre qui les triumvirs se retournent. Trois cents s�nateurs et deux mille chevaliers sont proscrits ; la terreur et le meurtre emplissent Rome ; Cic�ron est assassin�. Tous les magistrats et les s�nateurs doivent jurer de respecter les actes de C�sar. Octave prend militairement le contr�le de l�Afrique, mais il laisse la Sicile occup�e par les r�publicains de Sextus Pomp�e, le fils du grand Pomp�e. Puis Antoine et Octave regroupent leurs troupes, et, avec 19 l�gions, d�barquent en Gr�ce, o� se trouvent Brutus et Cassius avec des forces �gales. Le choc d�cisif a lieu en deux temps, pr�s de Philippes ; dans un premier moment, Octave voit son camp enlev� par Brutus, mais, sur l�autre aile, Antoine r�tablit la situation contre Cassius, qui se suicide. Le 23 octobre 42, Antoine force la victoire ; Brutus se tue. Le r�le d�Octave a �t� m�diocre dans le combat, il n�en est que plus cruel dans la victoire.</p><p>La bataille de Philippes marque le d�clin et l��limination progressive de L�pide ; il doit donner la Narbonnaise � Antoine et l�Espagne � Octave. Il re�oit l�Afrique en compensation. Antoine se rend en Orient, source in�puisable d�or et de richesses ; Octave revient en Italie, o� il distribue des terres � ses v�t�rans en expropriant sans piti� de nombreux petits paysans.</p><p>Octave face � Antoine</p><p>Les r�publicains ont �t� �limin�s, mais deux hommes, avec des ambitions immenses et semblables, restent face � face. Le conflit est d�sormais in�vitable. C�est par l�interm�diaire d�un fr�re d�Antoine, Lucius, et de</p><p>la femme d�Antoine, Fulvie, que les premiers heurts se produisent ; ils profitent du m�contentement d� � la crise financi�re et �conomique pour soulever les l�gions de Gaule ; mais les lieutenants d�Octave les bloquent dans P�rouse, et les obligent � capituler. Antoine accourt � leur secours et fait le blocus de Brindes par terre et par mer. Cependant, les v�t�rans des deux arm�es ne veulent pas d�une guerre fratricide ; en octobre 40, une entrevue se termine par la � paix de Brindes �. L�pide ne conserve plus que l�Afrique ; en r�alit�, Antoine devient le ma�tre de l�Orient et Octave celui de l�Occident. Ce dernier a compris quels atouts immenses (militaires et surtout psychologiques) il conserve en se downloadModeText.vue.download 547 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1084</p><p>maintenant en Occident et en rel�guant son rival en Orient. La rivalit� n��clate pas encore au grand jour puisque, pour sceller cette � paix �, Antoine �pouse Octavie, la soeur d�Octave, alors veuve et enceinte de Caius Claudius Marcellus. Pour rendre �vident leur accord, les deux triumvirs font ensemble une entr�e triomphale dans Rome.</p><p>C�est � ce moment qu�Octave d�cide de mettre en application le plan qu�il a peu � peu �labor�. Il lui faut s�assurer le contr�le total de l�Occident, et y forger un instrument de combat terrestre et naval capable de s�opposer aux ar-m�es d�Antoine. Apr�s le d�part d�Antoine (sept. 39), il entreprend d��liminer Sextus Pomp�e, � qui la Sicile a �t� laiss�e par le trait� de Mis�ne, mais qui continue, malgr� les accords, � contr�-</p><p>ler les routes maritimes, et peut � tout instant affamer Rome. Gr�ce � l�aide intelligente et comp�tente d�Agrippa, il poss�de bient�t une flotte qui lui permet de contr�ler le d�troit de Messine ; mais, par prudence, et apr�s un �chec de d�barquement en Sicile, il demande une aide navale � Antoine. Celui-ci se rend en Italie avec de telles forces qu�un conflit semble pr�t � �clater entre les deux hommes ; l�entremise d�Octavie permet une entente � Tarente</p><p>en 37 ; Antoine fournit des navires � Octave ; ce dernier laisse 20 000 soldats pour la guerre d�Orient. Ils en profitent pour renouveler pour cinq ans le triumvirat, qui �tait l�galement arriv� � expiration le 1er janvier 37.</p><p>Le 3 septembre 36, � Nauloque,</p><p>dans un combat naval, Sextus Pom-p�e est battu ; venu d�Afrique, L�pide d�barque en Sicile et en prend possession. Cette mainmise est un danger pour les buts qu�Octave s�est assign�s.</p><p>Quand L�pide veut garder la Sicile, il la lui refuse et passe avec ses troupes dans l��le ; L�pide est abandonn� par ses l�gions et doit s�incliner ; il perd le titre de triumvir et toutes ses possessions. Octave tient d�sormais l�Occident tout entier. Le 13 novembre 36, il fait une entr�e triomphale dans Rome.</p><p>Avec une habilet� politique consomm�e, il r�alise alors l�unit� morale de cette moiti� du monde romain autour de sa personne. Il se pr�sente d�j� en conciliateur et en homme respectueux de la tradition. Il fait br�ler les actes concernant la guerre civile, il abolit le tribut et supprime le banditisme en Italie par des mesures rigoureuses, il distribue des terres vacantes en Campanie � ses v�t�rans, il fait reprendre les grands travaux � Rome. Il entreprend enfin quelques exp�ditions destin�es � stabiliser la situation dans certaines provinces fronti�res comme l�Illyrie et la Dalmatie, o� il fonde des colonies.</p><p>Tr�s rapidement, l�opinion lui fournit l�appui dont il a besoin ; de plus, les assembl�es populaires et le s�nat sont sous son contr�le et lui accordent toujours ce qu�il demande. C�est ainsi qu�il re�oit la puissance tribunicienne � vie et le droit comme C�sar, de porter la couronne de laurier des triompha-teurs. La lutte peut s�engager.</p><p>D�s 35, Octave r�clame le renvoi de Cl�op�tre, qui, aupr�s d�Antoine, a supplant� Octavie ; Antoine refuse. En r�plique, ce dernier demande le r�tablissement de l�ancienne Constitution ; la manoeuvre est habile, car elle peut d�tacher d�Octave les nostalgiques de la r�publique. Mais l�opinion, en Occident, soutient Octave ; c�est la rupture, qui est marqu�e par un �change de pamphlets violents. Chacun pr�pare d�j� la guerre. En 32, Octave brusque</p><p>les choses ; sous la menace de ses soldats, il oblige les consuls et les s�nateurs partisans d�Antoine � s�enfuir. Il ordonne au s�nat de sommer Antoine de rentrer � Rome et d�y d�poser son imperium � l�expiration du triumvirat (probablement le 31 d�c. 32). Alors Antoine r�pudie Octavie ; le geste est symbolique, puisque Octavie est � Rome ; il n�en est pas moins significatif. Pour franchir le pas d�cisif et s�allier totalement l�Occident, Octave fait ouvrir le testament d�Antoine, conserv� chez les Vestales ; sa lecture prouve qu�Antoine fait de C�sarion le downloadModeText.vue.download 548 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1085</p><p>v�ritable h�ritier de C�sar, confirme les concessions territoriales faites � Cl�op�tre et demande � �tre enterr� � Alexandrie. La col�re est g�n�rale dans Rome ; Octave se pr�sente, d�s lors, comme le garant des traditions et des vertus du pass� face au repr�sentant de l�Orient, qui semble vouloir abandonner Rome et transf�rer le centre de l�Empire en �gypte. Le s�nat abroge les pouvoirs triumviraux d�Antoine (ce qu�il ne reconna�t pas) et lui enl�ve le consulat, dont il doit �tre charg� en 31. Il n�y a plus qu�un triumvir ; en effet, Octave n�a pas abdiqu� ses pouvoirs discr�tionnaires ; le d�lai de cinq ans est pass�, mais les pouvoirs ne peuvent pas expirer avant une renonciation officielle et avant que la mission d�organiser les pouvoirs publics ne soit atteinte ; durant toute la p�riode 31-28, c�est avec ses pouvoirs de triumvir qu�Octave agit (bien qu�il ne se serve plus du titre dans ses titulatures par affectation � r�publicaine �).</p><p>Alors qu�il en a la possibilit� mat�-</p><p>rielle, Antoine ne veut pas d�barquer en Italie. Il laisse passer l�hiver, qu�Octave met � profit pour parfaire sa pr�-</p><p>paration. Au printemps 31, ce dernier prend l�offensive depuis Brindes ; il s�empare des �les de Corcyre (auj. Corfou) et de Leucade, puis des villes de Patras et de Corinthe. Cl�op�tre pousse Antoine � livrer combat sur mer ; la flotte d�Octave, command�e par Agrippa, lui semblait moins puissante.</p><p>Le combat a lieu le 2 septembre 31 au sortir du golfe d�Ambracie (auj. golfe d��rta), sous le promontoire d�Actium.</p><p>Au milieu de la lutte, de nombreux navires d�Antoine font d�fection et rejoignent les lignes des partisans d�Octave. Cl�op�tre s�enfuit et Antoine la suit. Les restes de leurs flottes rentrent dans le golfe et capitulent avec les l�-</p><p>gions. La victoire est d�cisive, un seul combat a suffi. Sans attendre, Octave r�organise l�Orient ; dans l��t� 30, il se trouve devant Alexandrie, o� Antoine et Cl�op�tre pr�f�rent la mort � l�humiliation. L��gypte devient province romaine. Octave ne revient � Rome que dans l��t� 29 ; il y c�l�bre trois triomphes �clatants. Le sort du monde romain est entre ses mains.</p><p>Les pouvoirs d�Auguste</p><p>L�habilet� d�Octave sera de conserver sa position pr��minente en assurant un retour aux formes r�guli�res. Durant l�ann�e 28, il d�cide que les pouvoirs d�exception viendront � expiration � la fin de l�ann�e. Le 13 janvier 27, lors d�une s�ance solennelle du s�nat, Octave vient rendre compte de son action et abdiquer de tous les pouvoirs judiciaires qu�il d�tient. Il a lui-m�me d�clar� avoir rendu � � la d�cision du s�nat et du peuple romain l��tat qui �tait en son pouvoir �. Les apparences pr�sentent d�sormais Octave comme un homme � qui des pouvoirs ont �t� l�galement donn�s ; c�est le retour � la norme. Mais ces pouvoirs sont bien diff�rents de ceux des anciens magistrats de la R�publique. En effet, d�s 28, Octave avait �t� proclam� princeps senatus, c�est-�-dire le premier des s�nateurs ; en 27, il est seulement princeps. Ce n�est pas � proprement parler un titre, mais un qualificatif assez r�pandu pour d�signer les personnages politiquement importants ; de plus, le mot a �t� mis � l�honneur par Cic�ron. La notion est floue, mais elle jouit d�un grand prestige populaire (le peuple a appel� Octave princeps d�s son retour d�Actium). Par la magie de ce nom, Octave est moralement au-dessus des autres Romains, et est le garant du respect des droits de chacun de ses concitoyens.</p><p>Mais ce ne peut �tre suffisant ; le</p><p>s�nat lui d�cerne le surnom d�Augustus, qui entoure celui qui le porte de ferveur religieuse ; c�est lui donner la primaut� dans la possession des auspices et rappeler qu�il est un nouveau fondateur de Rome � l�exemple de Romulus, premier augure de la ville.</p><p>Auguste est ainsi envelopp� de tout le prestige sacr� d�un fondateur. Il re�oit le droit d�orner sa maison de lauriers et de porter, de fa�on permanente, la couronne civique, qui souligne l�id�e que Rome lui doit sa libert� retrouv�e.</p><p>C�est cet aspect qui lui donne son auc-toritas (Auguste emploie lui-m�me le mot dans ses Res gestae, son � testament �, r�sum� de son oeuvre qu�il a l�gu� � la post�rit�), qui se pr�sente comme une autorit� morale sup�rieure � celle de tous les autres Romains.</p><p>Mais cette � autorit� � ne reste pas sur le plan moral ; elle peut avoir des effets juridiques et elle permet d�exercer un contr�le sur les affaires publiques. Elle est d�autant plus forte que ses contours sont impossibles � tracer avec pr�cision. Par elle, Auguste a la possibilit� d�intervenir dans les domaines les plus divers et de trancher souverainement.</p><p>Parall�lement � cette notion impalpable, Auguste peut proclamer qu�il n�a pas de comp�tence l�gale (potestas) sup�rieure � celle de ses coll�gues magistrats. C�est exact, puisque Auguste reste consul (avec un coll�gue chaque ann�e) de 31 � 23 ; il re�oit aussi du s�nat un imperium proconsulaire sur les provinces fronti�res, ou qui ne sont pas encore pacifi�es ; il poss�de ainsi la haute main sur les arm�es stationn�es dans ces provinces, appel�es maintenant � imp�riales �, et qui sont gouvern�es par des s�nateurs d�pendant directement de lui, les l�gats. Les autres provinces (les plus anciennes) sont dites � s�natoriales �, et leurs gouverneurs ne d�pendent, th�oriquement, que du s�nat.</p><p>Le r�gime, pourtant, n�en reste pas � ce stade d��quilibre. En 23, un complot est d�couvert ; il regroupe de hauts personnages de l�entourage d�Auguste.</p><p>Celui-ci en est profond�ment affect� ; il est oblig� d��loigner certains de ses amis les plus chers (dont M�c�ne). De plus, il tombe malade et pense qu�il va mourir. En m�me temps, une crise �co-</p><p>nomique �branle l�Italie. Nombreux sont les citoyens � r�clamer un renforcement des pouvoirs du prince, jusqu�� la dictature s�il le faut.</p><p>Les d�cisions prises par Auguste in-fl�chissent alors le principat vers l�absolutisme monarchique. En premier lieu, il d�pose le consulat le 11 juillet 23 ; c�est marquer l�abandon pour lui-m�me des magistratures traditionnelles. Mais il rev�t imm�diatement d�autres pouvoirs. Le s�nat lui accorde un imperium proconsulaire sup�rieur � celui de tous les autres magistrats, � vie et en dehors de toute magistrature ; il a d�sormais le droit de lever des troupes et d�intervenir partout dans l�empire.</p><p>C�est aussi un renforcement de la mystique imp�riale ; dor�navant, Auguste, par l�interm�diaire de ses g�n�raux, est toujours victorieux et tire le b�n�fice de la victoire, m�me s�il n�est pas pr�-</p><p>sent au combat.</p><p>La d�cision la plus importante est prise le 1er juillet de la m�me ann�e ; Auguste se fait de nouveau attribuer la puissance tribunicienne, qui lui sera d�sormais renouvel�e tous les ans, et qui permettra, dans les titulatures, de compter les ann�es de r�gne. C�est lui donner les pouvoirs des anciens tribuns de la pl�be ; c�est absorber dans une m�me personne les pouvoirs ex�cutifs et le droit de contr�le que poss�dent les tribuns. Auguste, d�s lors, d�tient les rouages vitaux de l��tat ; le princeps peut l�galement convoquer et pr�sider le s�nat et les comices, et leur soumettre des projets de loi. Par cet interm�diaire, Auguste peut accomplir son oeuvre l�gislatrice et r�formatrice.</p><p>Apr�s cette date, Auguste refuse toutes les charges r�publicaines que le s�nat ou le peuple veulent lui donner ; il n�en a plus besoin et elles peuvent, tout au contraire, �tre un obstacle � sa puissance (en particulier la censure � vie et la dictature). Cependant, en 19, il accepte le pouvoir consulaire viager. Il re�oit aussi la curatelle des lois et des moeurs, mais il ne s�en sert pas directement, alors que cette fonction comporte des pr�rogatives consid�rables (dont le droit de proc�der au recensement).</p><p>Auguste a ainsi cr�� un r�gime nou-</p><p>veau, mais un r�gime qui ne s�est pas imm�diatement affirm�. Le princeps n�a pas voulu ex�cuter ses r�formes avec brutalit� ; il a infl�chi ce qui formait le substrat de l��tat en se servant des plus vieilles fonctions de la res publica, mais en leur donnant un aspect nouveau non choquant pour ses contemporains. Il n�y a pas, de ce fait, de concept unitaire du pouvoir imp�-</p><p>rial ; Auguste poss�de un pouvoir qui n�est pas une entit� institutionnelle, mais est le regroupement de diverses pr�rogatives, les unes juridiques, les autres religieuses. Il est � la fois magistrat et chef religieux par l�interm�-</p><p>diaire du titre de grand pontife qui lui est donn� en 12 av. J.-C., � la mort de L�pide.</p><p>Auguste r�organise</p><p>la cit�</p><p>Apr�s la p�riode des guerres civiles, il faut recr�er une soci�t� ordonn�e o� chacun ait une place et un rang d�finis qui permettent � tous de faire montre de leurs qualit�s.</p><p>D�sormais, chaque classe sociale est nettement d�finie. Dans le s�nat qu�Octave avait trouv� � son retour � Rome, apr�s Actium, il y avait de nombreux magistrats qui n�avaient d� leur place qu�� leurs intrigues, leur influence ou leurs moeurs, et non � leurs qualit�s propres et � leur � dignit� �. D�s 28, Octave, appuy� dans son action par les conseils �clair�s d�Agrippa, r�visa la liste des s�nateurs et en exclut les plus tar�s. Mais, surtout, il fit des s�nateurs les composants d�un ordre officiel. Il d�cida qu�il n�y aurait plus que 600 s�-</p><p>nateurs et que ne pourraient acc�der � l�assembl�e que les personnes poss�dant au moins, comme fortune personnelle, un million de sesterces. La somme �tait assez peu �lev�e, mais elle permettait de garantir la tenue du rang. D�ailleurs, chaque fois qu�il le jugea bon, Auguste donna l�argent n�-</p><p>cessaire � ceux qu�il voulait voir dans le s�nat et qui ne poss�daient pas le cens (en particulier de vieilles familles patriciennes financi�rement d�chues).</p><p>L�entr�e du s�nat est toujours r�serv�e aux magistrats qui ont rempli les pre-downloadModeText.vue.download 549 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1086</p><p>mi�res charges de la carri�re des honneurs ; mais, l� aussi, Auguste exerce son contr�le, puisqu�il a le droit de proposer des candidats aux charges officielles et que le candidat du prince est s�r d��tre �lu.</p><p>Auguste ne se contenta pas de d�finir une �lite dans la soci�t� romaine ; il organisa avec minutie un second ordre dans l��tat, l�ordre �questre. Les chevaliers existaient depuis longtemps ; ils avaient jou� un r�le politique important � partir du IIe s. av. J.-C. Or, leurs contours �taient mal d�finis, certains �tant tr�s proches du genre de vie des s�nateurs. D�sormais ils ne vivent plus que de la possession du sol, et, pour faire partie de l�ordre, il faut poss�der au moins 400 000 sesterces de capital.</p><p>Mais le choix des chevaliers est r�serv� � l�empereur. L�ordre devient une p�pi-ni�re de hauts fonctionnaires, qui ne se distinguent de l�ordre s�natorial que par l�inf�riorit� relative de leurs fonctions et de leurs responsabilit�s.</p><p>Cette soci�t� est donc hi�rarchis�e, mais elle est aussi tr�s souple, car n�importe quel citoyen peut, s�il a le cens et l�aval du prince, entrer dans l�ordre �questre, y faire une partie de sa carri�re, puis acc�der aux fonctions de rang s�natorial. Toutes les ambitions sont permises, � condition d�accepter le nouvel �tat de choses.</p><p>Ces deux ordres n��taient ouverts qu�aux citoyens romains. Auguste rendit plus strictes les conditions d�acc�s � la citoyennet�. � la fin de son r�gne, l�accroissement du nombre des citoyens n�a �t� que de 900 000 unit�s (4 947 000 citoyens en 14 apr. J.-C.).</p><p>Cette faible augmentation est due au sentiment profond chez Auguste que le droit de cit� est une dignit� qui ne peut �tre accord�e que comme r�compense. Ce fut le moyen de rallier � Rome les notables locaux et de h�ter la romanisation des provinces, ainsi que de montrer leur loyaut�. En revanche, les masses barbares ne pouvaient plus esp�rer acc�der en bloc � la citoyennet� romaine.</p><p>Une autre source de l�acc�s au droit de cit� �tait l�affranchissement des esclaves. Sous la r�publique, tout esclave affranchi par un citoyen devenait citoyen. Auguste se contenta de limiter dans sa port�e r�elle ce tr�s ancien principe de droit. Plusieurs lois, �dict�es � l�instigation du prince, limit�rent d�abord l�affranchissement par testament (responsable des affranchissements massifs), puis oblig�rent les citoyens qui voulaient lib�rer leurs esclaves � le faire dans les formes l�gales et solennelles pour que les affranchis puissent recevoir le droit de cit�. De plus, elles emp�ch�rent toute une cat�-</p><p>gorie d�affranchis (ceux qui avaient �t� condamn�s avant leur lib�ration) de passer dans la cat�gorie des citoyens de plein droit.</p><p>Auguste a ainsi cr�� une pyramide sociale dans le cadre d�une citoyennet� mieux d�finie. Mais ce n��tait pas pour figer la soci�t� ; tout au contraire, les promotions prirent le caract�re de r�compenses l�gitimes. L�empereur a suscit� un rythme d��volution r�gulier dans une soci�t� hi�rarchis�e.</p><p>Cet �quilibre retrouv� ne pouvait �tre fond� que sur une restauration des moeurs, qui avaient connu dans les tourmentes int�rieures un affaiblissement et un abaissement consid�rables.</p><p>Auguste exigea d�abord une bonne tenue g�n�rale dans les manifestations publiques, religieuses en particulier. La</p><p>� gravit� � romaine devait �tre ressentie par tous ; les citoyens se virent oblig�s de para�tre en toge au spectacle ; chacun y eut sa place selon son rang (les s�nateurs occupaient les premiers bancs) et tout d�sordre fut exclu (les femmes furent rel�gu�es dans les rangs sup�rieurs, qui leur �taient strictement r�serv�s). Ce n��tait encore que peu de chose. La r�forme des moeurs reposa en fait sur deux points : le retour aux traditions antiques et la restauration du groupe familial.</p><p>Le retour aux traditions antiques n�est que le reflet d�un courant g�n�-</p><p>ral du temps dans une opinion lass�e des turpitudes et du manque d��quilibre d�une soci�t� perp�tuellement � la recherche du plaisir et de la richesse.</p><p>Le retour sur le pass� est marqu� par la</p><p>critique du luxe, que l�on trouve chez un po�te comme Horace, et qu�Auguste traduit dans sa vie de tous les jours par la simplicit� de sa maison, de son habillement, de ses go�ts, par une fruga-lit� qui passe pour �tre celle du � vieux Romain �. L�effet ne fut pas totalement convaincant, mais le luxe se fit, pendant quelque temps, moins provocant.</p><p>Il en fut de m�me quand Auguste voulut remettre en honneur les anciennes vertus militaires ; l�empereur, pourtant lui-m�me m�diocre soldat, fit du service militaire une condition n�cessaire pour acc�der aux magistratures. La restauration souhait�e par Auguste devait aussi passer par le retour � une juste appr�ciation des valeurs de la terre, qui avaient fait la puissance de Rome ; le travail de la terre �tait le r�ceptacle des anciennes vertus de Rome. Virgile sut utiliser et r�pandre ce th�me ; la reconstitution morale de la cit� devait passer par cette id�ologie de la terre.</p><p>De plus, ce fut un moyen pour Auguste de faire admettre les dons de terre, en Italie, � ses v�t�rans.</p><p>Auguste attribuait une importance capitale � la restauration de la cellule familiale. Plusieurs lois, prises sur proposition de l�empereur lui-m�me, limit�rent les h�ritages des c�libataires (les femmes furent m�me soumises � un imp�t sp�cial) ; les citoyens avaient le devoir non seulement de se marier, mais aussi d�avoir des enfants ; des avantages pouvaient �tre accord�s aux p�res de famille. De plus, Auguste porta le fer dans une des plaies purulentes de la soci�t� de son �poque, l�adult�re, qui se pratiquait sans g�ne dans l�aristocratie (le prince lui-m�me l�avait pratiqu� au temps de sa jeunesse) ; d�sormais, la rel�gation dans les �les et la confiscation des biens attendaient les coupables.</p><p>Auguste rel�ve</p><p>la religion</p><p>La divinisation post mortem de son p�re par l��lan populaire avait fait comprendre � Octave combien le sentiment religieux pouvait servir sa politique.</p><p>D�ailleurs, sa carri�re est jalonn�e par son accession aux sacerdoces les plus importants ; d�s 48, C�sar l�avait fait entrer dans le coll�ge des pontifes ;</p><p>entre 42 et 40, il est augure, puis, avant 35, il p�n�tre dans le coll�ge des Quin-decemviri sacris faciundis. Entre 24</p><p>et 16, il fait partie de tous les autres grands coll�ges : �pulon, f�tial, fr�re arvale en particulier. Enfin, en 12 av. J.-</p><p>C., il devient grand pontife. Il est ainsi le chef de la religion traditionnelle et le garant des plus anciens cultes de la cit�. C�est le couronnement de l�aspect sacr� de sa personne, mais l�empereur n�en avait pas eu besoin pour r�aliser ses principales r�formes religieuses ; l�aura sacr�e que lui avait conf�r�e le titre d�Augustus lui avait permis de tout entreprendre dans ce domaine ; de plus, depuis 29, ne poss�dait-il pas le droit de cr�er tous les pr�tres, et m�me d�en nommer en surnombre ?</p><p>Son oeuvre religieuse est marqu�e par l�affirmation de son traditionalisme. Celui-ci transpara�t dans son attachement au r�tablissement des coll�ges les plus v�n�rables : Auguste rend vie aux f�tiaux et aux saliens ; il soutient de ses subventions les fr�res arvales. Il fait reprendre les plus vieux rites interrompus depuis plusieurs an-n�es, comme la course des luperques autour du Palatin, comme la fermeture du temple de Janus, marque de la paix revenue, comme les f�ries latines en l�honneur du Jupiter des monts Al-bains. Cette attitude se traduit aussi par la construction de temples dans Rome ; Auguste a pu se vanter d�avoir restaur� quatre-vingts temples dans la ville ; c��tait, pour lui, la preuve mat�rielle �clatante de la place pr��minente qu�il donnait aux dieux. Ce c�t� � traditionaliste � a sa contrepartie dans une tendance antiorientale prononc�e ; elle est due, en tr�s grande partie, � la lutte contre Antoine, qui, nouveau Dionysos, avait voulu symboliser le triomphe de l�Orient. D�s 28, les chapelles priv�es des divinit�s �gyptiennes Isis et S�rapis sont supprim�es ; le culte de Cyb�le est ensuite transform� en culte romain par la suppression des rites orientaux. Enfin, Auguste montra toujours une certaine m�fiance � l��gard du dieu des Juifs.</p><p>En suivant cette politique, il peut sembler qu�Auguste veuille restreindre Rome au cercle de ses anciennes divinit�s. Mais il fait un choix parmi les</p><p>dieux ; son choix est personnel, mais souvent dict� par des n�cessit�s politiques. C�est pourquoi il est possible de parler de divinit�s proprement</p><p>� august�ennes �.</p><p>L�empereur met en valeur, pour</p><p>des raisons avant tout dynastiques, les cultes de Mars et de V�nus, invoqu�s sous les noms de Venus Genitrix (la M�re) et de Mars Ultor (le Vengeur).</p><p>Ils proclament tous deux l�immortalit� de C�sar puisqu�ils passent pour �tre les anc�tres de la famille des Iulii, et donc d�Auguste lui-m�me. Pr�s du vieux Forum r�publicain s��lev�rent bient�t les temples de ces deux divinit�s � familiales �. Le temple de Mars, vengeur de la mort de C�sar (Octave l�a promis au dieu en 42, � la veille de la bataille de Philippes), devient rapidement le m�morial des gloires militaires de Rome ; on y d�pose les ornements triomphaux, et le s�nat peut s�y r�unir pour d�cider de la guerre.</p><p>Mais, � cette �poque, un dieu prend la premi�re place ; c�est le protecteur personnel d�Auguste, Apollon. Ce choix reste peu clair ; il s�explique peut-�tre parce qu�Apollon �tait le dieu protecteur de sa famille (Octave ne passait-il pas pour �tre n� de la visite qu�Apollon, sous la forme d�un serpent, fit � sa m�re ?) ; et, sans doute, surtout parce que, du haut du promontoire d�Actium, Apollon avait pr�sid� � la victoire d�cisive d�Auguste sur Antoine. Le princeps lui fit construire le plus grand temple de Rome, sur le downloadModeText.vue.download 550 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1087</p><p>Palatin, pr�s de sa demeure. Les c�r�-</p><p>monies en l�honneur d�Apollon furent le point culminant des jeux s�culaires de 17 av. J.-C ; il a redonn� pour une nouvelle p�riode de cent dix ans toutes les forces de la jeunesse � Rome ; il est devenu le garant de l�harmonie de l�univers, de la paix et des temps heureux qui attendaient les Romains. Cet</p><p>� apollinisme � s�accompagna d�une perte de prestige de la triade capito-line ; le temple de Jupiter, Junon et Minerve perdit le privil�ge de conserver</p><p>les Livres sibyllins, qui furent transf�-</p><p>r�s dans le temple d�Apollon.</p><p>Cependant, l�action d�Auguste ne trouva pas l� son terme. Tout son r�gne fut marqu� par des essais de valorisation sacr�e de sa personne. Certains aspects de son action religieuse accentu�rent l�aura que le titre d�Augustus lui avait d�j� donn�e. C�est ainsi que, devenu grand pontife, il n�alla pas, comme il �tait naturel, habiter la Regia, sur le Forum. Mais il rendit publique une partie de sa demeure, qui se trouvait sur le Palatin, � c�t� du temple d�Apollon ; il y fit construire un autel de Vesta. C�est d�sormais dans son domaine que se trouvait le centre de la religion officielle romaine.</p><p>Comme tout homme, Auguste pos-</p><p>s�dait un genius, cette puissance in-discernable qui assurait � chaque �tre son rayonnement vital. Tr�s vite, les Romains prirent l�habitude de l�invoquer et de pr�ter serment sur lui. Ce genius fut aussi associ� au culte des lares de carrefour qui �taient v�n�r�s par la pl�be. C��tait, mystiquement, donner plus de force au g�nie de l�empereur, et augmenter sa puissance d�j� surhumaine.</p><p>Cette sacralisation �tait �videmment accentu�e par sa filiation avec son p�re divinis�, le Divin Jules, � qui un temple avait �t� �lev� sur le Forum d�s 29. Cependant, il ne faudrait pas croire qu�Auguste �tait, de ce fait, consid�r� comme un dieu ; on ne lui rendait pas un culte vraiment personnel ; d�ailleurs le prince ne permit des temples � son nom que si ces �difices �taient d�di�s � � Rome et Auguste �, c�est-�-dire � la d�esse Rome et � son repr�sentant sur terre Auguste, qui n��tait qu�un homme. Dans ce domaine, il se pr�-</p><p>senta toujours comme respectueux de la tradition, et son attitude fut parfaitement comprise en Italie et en Occident.</p><p>Il n�en fut pas de m�me en Orient, o� l�habitude �tait de diviniser un homme de son vivant, et o� s��lev�rent tr�s vite des temples en l�honneur du dieu Auguste.</p><p>Ce sont l� les premi�res formes du culte imp�rial. Auguste sut les contenir, de son vivant, dans des limites presque purement romaines. Elles sont,</p><p>en tout cas, l�expression des croyances personnelles du princeps, de sa politique de prudence religieuse et de sa r�ponse au renouveau g�n�ral du sentiment religieux.</p><p>Auguste organise</p><p>l�Empire dans la paix</p><p>Le d�sir d�ordre que nous voyons dans toute la politique d�Auguste se traduit par une administration r�guli�re et qui veut �tre satisfaisante pour tous.</p><p>L�empereur prend seul les d�cisions, mais il sait s�entourer des hommes les plus comp�tents dans leur domaine ; c�est ainsi que se forme peu � peu un v�ritable conseil imp�rial, mais sans existence l�gale, ni composition fixe.</p><p>D�s 27 av. J.-C., les r�gles essentielles de l�administration des provinces ont �t� pos�es ; les anciennes provinces, pacifi�es, sont laiss�es au gouvernement du s�nat (ainsi l�Asie et l�Afrique) ; les gouverneurs portent le titre de proconsul et ne peuvent commander de troupes. Les autres provinces sont dites � imp�riales �, et elles n�cessitent la pr�sence de troupes (ainsi la Syrie, la Gaule, l�Espagne).</p><p>Les gouverneurs en sont des l�gats propr�teurs, choisis par l�empereur lui-m�me dans l�ordre s�natorial, sauf le pr�fet d��gypte, qui est pris dans l�ordre �questre, car Auguste interdit � tout s�nateur de p�n�trer dans cette province sans son autorisation. Les petites provinces, mal connues, peu d�velopp�es, sont aussi gouvern�es par des magistrats de rang �questre, les procurateurs.</p><p>Cette r�forme laisse enti�rement dans les mains de l�empereur la direction de l�Empire. Certes, les proconsuls sont d�sign�s par le s�nat, mais, en r�alit�, ils n��chappent pas au contr�le imp�rial. Quant aux l�gats et aux procurateurs, ce sont des fonctionnaires que le prince d�place comme il l�entend ; ils re�oivent un traitement fixe et ne peuvent agir qu�avec l�accord de l�empereur. C�est une garantie pour le pouvoir central, mais c�est aussi une assurance pour les provinciaux, qui, en cas de conflit avec leur gouverneur, peuvent toujours faire appel au princeps.</p><p>L�administration financi�re rend encore plus �vident le caract�re absolu du pouvoir d�Auguste. Il fait remettre � jour le cadastre g�n�ral de l�Empire, ce qui permet de faire une grande carte du monde, mais aussi de remanier les imp�ts, qui continuent � �tre afferm�s ; cependant, le contr�le effectu� par les fonctionnaires imp�riaux est de plus en plus strict. Dor�navant, il y a distinction entre le tr�sor du s�nat, l�Aerarium, form� des revenus de Rome, de l�Italie et des provinces s�natoriales, et le fiscus, tr�sor de l�empereur, aliment� par les revenus des provinces imp�riales. En r�alit�, les s�nateurs � la t�te de l�Aerarium sont des hommes de confiance de l�empereur, et les passages de fond d�une caisse � l�autre ne sont pas rares. De plus, dans toutes les provinces s�natoriales, l�empereur est pr�sent dans le domaine financier par l�interm�diaire d�un procurateur.</p><p>La subordination du s�nat est presque totale ; d�ailleurs, en 15 av. J.-C., Auguste se r�serve la frappe de l�or et de l�argent, et ne laisse au s�nat que la frappe des monnaies de bronze.</p><p>Cette puissance de l�empereur est accentu�e par le fait qu�il est le ma�tre des arm�es. � partir d�Auguste, l�ar-m�e est permanente, et le service est de longue dur�e (vingt ans), si bien que, si les citoyens forment toujours les l�gions, ce sont pour la plupart des volontaires. Les chevaliers fournissent les officiers sup�rieurs, mais le commandement est donn� dans chaque</p><p>l�gion � un l�gat de l�gion, d�l�gu� de l�empereur, et que ce dernier peut nommer ou destituer selon sa volont�. Cette arm�e, compl�t�e par deux flottes, l�une � Mis�ne, l�autre � Ravenne, est puissante, mais peu nombreuse relativement � l�immensit� de l�Empire : 350 000 hommes avec les corps auxiliaires, les cohortes pr�toriennes de Rome et les contingents alli�s.</p><p>L�arm�e n�est pas pour Auguste un instrument de conqu�te. Sa politique ext�rieure est fondamentalement pacifique. Trois fois au cours de son r�gne il ferme le temple de Janus en signe de paix retrouv�e. Mais l�Empire est loin d��tre achev� ; de nombreuses r�gions sont encore mal contr�l�es par les Ro-</p><p>mains ; sur les fronti�res existent un grand nombre de royaumes, ou principaut�s � prot�g�es � : en Orient, les royaumes de Jud�e et de Commag�ne, les principaut�s de Palmyre, d��m�se ; en Asie Mineure, les royaumes de Galatie, de Cappadoce, de Paphlagonie ; en Afrique, le royaume de Mauritanie. Auguste agit avec beaucoup de prudence ; il les laisse subsister, ne les transformant en provinces romaines que dans les cas de disparition du roi ou de force majeure ; c�est ainsi que, en 25 av. J.-C., Amyntas, le roi de Galatie, meurt ; le territoire devient province ; la Jud�e a le m�me sort en 6 apr.</p><p>J.-C. En revanche, Auguste refait de la Mauritanie un royaume, qu�il confie � Juba II, homme profond�ment p�n�tr� de culture gr�co-latine.</p><p>L�empereur doit pourtant se r�-</p><p>soudre parfois � intervenir pour r�tablir le calme � l�int�rieur de certains territoires qui, par leur instabilit�, risquent de menacer l��quilibre de l�Empire tout entier. C�est le cas de 27 � 25 av. J.-C., o� il dirige lui-m�me les op�rations en Espagne ; les combats contre les Astures et les Cantabres durent jusqu�en 19, date � laquelle le territoire est r�organis�. Il en est de m�me pour la conqu�te des hautes vall�es des Alpes, en 26, et pour la formation de la province des Alpes-Maritimes, en 14.</p><p>Cependant, les plus graves dangers devaient venir des fronti�res mal stabilis�es et menac�es par les Barbares.</p><p>downloadModeText.vue.download 551 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1088</p><p>En Orient, profitant des difficult�s int�-</p><p>rieures des Arsacides, Auguste r�ussit � s�entendre avec le roi parthe Phraa-t�s IV, qui, en 20 av. J.-C., doit rendre les enseignes prises aux Romains en 53 av. J.-C. Les difficult�s en Occident sont plus grandes ; plusieurs campagnes, men�es par Tib�re, Agrippa et Germanicus, permettent de soumettre, le long du Danube, les Bastarnes et les M�siens, puis les Pannoniens. De nouvelles provinces viennent s�ajouter � l�Empire : la M�sie en 6 apr. J.-C., la Pannonie en 10. Il en est de m�me</p><p>dans les Alpes du Nord, o� sont cr��s le Norique et la Rh�tie.</p><p>Cette politique ne prend jamais un caract�re offensif et agressif ; gr�ce � elle, Auguste peut donner � l�Empire des fronti�res solides. Cependant, le cas de la Germanie est plus complexe.</p><p>� cause du danger pr�sent� par des populations belliqueuses, � cause du d�sir de succ�s militaires �clatants de Drusus et de Tib�re, parce qu�on croit la Germanie riche pays agricole et qu�Auguste voit dans l�Albis (l�Elbe) une meilleure fronti�re que le Rhin, une exp�dition offensive est pr�pa-r�e. Apr�s des campagnes men�es par Drusus (15 av. J.-C.), Tib�re parvient � l�Elbe en 5 apr. J.-C., malgr� les Sicambres et les Chattes. Mais l�administration maladroite et pr�somptueuse de P. Quintilius Varus exasp�re les Germains, qui trouvent un chef dans un officier de l�arm�e romaine, le Ch�rusque Arminius. En septembre 9</p><p>apr. J.-C., trois l�gions sont an�anties dans la for�t de Teutoburg ; Varus y p�rit. Auguste d�cide d�abandonner la Germanie ; la fronti�re est de nouveau fix�e au Rhin, bien fortifi�. C�est le seul v�ritable insucc�s de l�empereur, mais il est strat�giquement grave.</p><p>L�utilisation de la diplomatie, la prudence, qui permettent � l�Empire de s�assurer des fronti�res solides, instaurent la paix dans le monde, aussi bien en Occident qu�en Orient, o� la guerre r�gnait depuis des d�cennies.</p><p>Cette paix permet aux courants commerciaux de se r�tablir, surtout vers Rome, le principal client. Dor�navant, l�unit� du monde romain est profond�ment ressentie par tous les habitants de l�Empire ; elle assure le d�veloppement d�une civilisation commune qui s�impose � tous ; la romanisation est rapide. C�est le d�but d�un �ge nouveau, d� � l�intelligence politique d�Auguste.</p><p>Auguste remod�le</p><p>Rome</p><p>Le princeps avait compris qu�un empire aussi puissant que le sien devait avoir une capitale qui f�t la plus belle cit� du monde. Tel n��tait pas le cas ;</p><p>la population �tait trop nombreuse et mal r�partie ; elle vivait agglom�r�e au centre dans un d�sordre grandissant ; il y avait peu de place pour construire, car beaucoup de terrains �taient occup�s par des jardins, par les maisons des grandes familles, par les constructions publiques. La pl�be s�entassait dans des immeubles de plusieurs �tages, dans la plus totale anarchie. Rome ne ressemblait pas � ces villes ordonn�es que l�Orient offrait aux regards �blouis des Romains, Alexandrie et Pergame.</p><p>C�sar avait d�j� pens� d�tourner le cours du Tibre au nord du Janicule, et lotir le champ de Mars. Auguste fut plus modeste et plus prudent, � son habitude. Il annexa � Rome les faubourgs, et r�partit la ville en 14 r�gions administratives, divis�es elles-m�mes en quartiers. Il fit aussi percer la liaison Forum-champ de Mars ; mais la situation de la pl�be n�en fut pas am�lior�e, puisque le champ de Mars fut r�serv� aux constructions publiques.</p><p>Sous la R�publique, l�administration de la ville d�pendait des magistrats traditionnels (�diles, tribuns de la pl�be, consuls), qui n�avaient que des fonctions provisoires. Auguste se garda bien de toucher � leurs pr�rogatives ; mais, parall�lement, il cr�a une s�rie de fonctionnaires et de coll�ges, toujours progressivement et prudemment. L�alimentation en eau posait de tr�s graves probl�mes ; il n�y avait que quatre aqueducs m�diocres ; Auguste chargea Agrippa de reconsid�rer la question en tant que � curateur des eaux � ; il fit construire deux nouveaux aqueducs et de nombreuses fontaines et citernes. �</p><p>sa mort, Auguste fit de cette administration un rouage de l��tat avec un personnel nombreux et permanent.</p><p>Les incendies �taient une menace permanente pour la ville � cause de l�entassement des immeubles ; apr�s l�incendie d�sastreux de 7 av. J.-C., Auguste cr�a un corps de vigiles, v�ritable corps de police, avec un pr�fet des vigiles d�ordre �questre � sa t�te.</p><p>Le ravitaillement de Rome fut donn� � des curateurs, puis, plus tard, � un pr�fet de l�annone d�ordre �questre, concentrant en ses mains toutes les op�rations n�cessaires. Enfin, l�empe-</p><p>reur donna des pouvoirs de police plus �tendus, quoique toujours provisoires, � un pr�fet de la ville.</p><p>Ces r�formes transform�rent totalement l�administration g�n�rale. Dor�-</p><p>navant, l�empereur lui-m�me assure les nominations et retire les charges de ces pr�fets et de ces curateurs quand il le veut. Il a cr�� ce corps de fonctionnaires sans v�ritable plan d�ensemble, par touches successives, mais son action a engag� d�finitivement l�avenir.</p><p>Ce renforcement de l�administration urbaine s�accompagna d�une transformation monumentale de la ville selon les directives de l�empereur lui-m�me.</p><p>Certaines constructions n�eurent pour objet que d�exalter ses victoires ; ainsi les deux arcs de triomphe qui s��le-v�rent sur le Forum. D�autres affirm�rent l�id�e dynastique ; d�s 28 av.</p><p>J.-C., Auguste fit commencer l��dification, sur le champ de Mars, du mausol�e qui devait contenir ses restes et ceux des membres de sa famille ; mais, surtout, il d�cida de construire son propre forum, qui fut le plus vaste ensemble monumental de son �poque ; le Forum d�Auguste se pr�sentait comme une grande enceinte close de murs l�isolant de l�ext�rieur, et domin�e par le temple de Mars Ultor ; � l�int�rieur, sur le pourtour, avaient �t� plac�es les statues des principaux g�n�raux victorieux dans l�histoire de Rome.</p><p>Si Auguste pensa � sa propre gloire, il n�en n�gligea pas pour autant les constructions de d�lassement n�cessaires � une pl�be nombreuse, indis-ciplin�e, parfois dangereuse. Il fit �difier le th��tre de Marcellus, et il laissa Cornelius Balbus �lever le sien sur le champ de Mars. Pour les courses de chars, si en vogue qu�elles donnaient lieu � des paris, il fit restaurer le Circus Maximus ; pour les combats de gladia-teurs et les chasses, il poussa Statilius Taurus � �lever dans Rome le premier amphith��tre de pierre. Il ordonna la construction, sur le Janicule, d�une naumachie dans laquelle se d�roul�rent des combats navals. Il permit � Agrippa d��difier, encore sur le champ de Mars, les premiers thermes monumentaux de la ville ; dans les principaux quartiers du centre s��lev�rent des places entour�es de colonnades et parsem�es de jar-</p><p>dins, les portiques, lieux favorables � la promenade et � la discussion.</p><p>Auguste r�alisa cette oeuvre par go�t personnel (il aimait l�ambiance du cirque), mais aussi en politique habile qui favorise les inclinations de la pl�be downloadModeText.vue.download 552 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1089</p><p>pour �viter d�avoir � faire face � sa turbulence. Le visage de Rome en fut transform�.</p><p>Auguste et les difficult�s</p><p>de sa succession</p><p>Dans un r�gime qui �tait cens� utiliser les institutions de la r�publique en ce qu�elles avaient de meilleur, il ne pouvait �tre question pour Auguste de d�signer ouvertement un successeur comme dans une simple monarchie.</p><p>Cependant, le princeps ne voulait pas que sa mort f�t la fin de ce qu�il avait r�ussi � cr�er, d�une certaine forme efficace du pouvoir.</p><p>Auguste ne put aborder franchement le probl�me ; aussi posa-t-il en principe de d�signer, de son vivant, � l�attention du s�nat et du peuple, celui qu�il d�sirait avoir comme successeur. Cette d�signation n��tait pas directe et, en droit, elle n�engageait personne. Il est vrai que les choses auraient pu �tre plus simples si l�empereur avait eu un fils.</p><p>D�s 25 av. J.-C., il choisit son neveu (le fils de sa soeur Octavie), le jeune M. Claudius Marcellus ; il le maria � sa fille Julie. Mais, dans le m�me temps, il avait donn� des pouvoirs �tendus � Agrippa en Orient, le pla�ant d�j� dans une position pr��minente. � la mort de Marcellus, en 23, la question resta en suspens quelque temps. Puis Auguste mit au premier plan Agrippa, � qui il fit �pouser Julie, et � qui il fit conf�rer la puissance tribunicienne et l�imperium proconsulaire. Agrippa �tait �troitement associ� � Auguste. De son mariage avec Julie naquirent deux fils, Caius et Lucius ; en 17, Auguste accomplit l�acte d�cisif qui explique toute la politique successorale ; il</p><p>adopta ses petits-fils, qui devinrent ainsi ses propres fils et prirent les noms de Caius C�sar et de Lucius C�sar ; c��tait d�signer ses successeurs.</p><p>Agrippa voyait son r�le r�duit � celui d�interm�diaire en attendant la majorit� de ses enfants, qui �taient aussi ceux du prince. Le principe essentiel �tait �nonc� clairement ; le successeur de l�empereur ne pouvait qu��tre un membre de sa famille, marqu�e par les dieux pour gouverner Rome dans la paix. Tout au long de l�Empire, les Romains se rattach�rent � cette id�e fondamentale.</p><p>En 12 av. J.-C., Agrippa mourut.</p><p>L�empereur fit appel aux fils que sa femme, Livie, avait eus d�un premier mariage, Drusus et Tib�re. Ce dernier �pousa Julie. Mais Drusus mourut en 9</p><p>av. J.-C., et Tib�re, peu aim� du prince, s�exila volontairement � Rhodes. Caius et Lucius avaient grandi ; les honneurs s�accumulaient sur eux (consuls � vingt ans, princes de la jeunesse, responsabilit�s militaires). Malheureusement pour Auguste, Lucius mourut en 2 apr.</p><p>J.-C., et Caius en 4. Ces d�c�s affect�rent profond�ment l�empereur, qui avait plac� tous ses espoirs en eux.</p><p>Tout �tait � refaire.</p><p>Auguste adopta alors le fils posthume d�Agrippa, appel�, de ce fait, Agrippa Postumus ; mais il pr�sentait des sympt�mes de d�bilit� mentale.</p><p>Il adopta en m�me temps Tib�re, et pour plus de pr�cautions, l�obligea � adopter Germanicus, le fils de son fr�re Drusus. Tib�re devait conserver la puissance tribunicienne et l�imperium proconsulaire jusqu�� la mort d�Auguste, guerroyant l� o� les n�cessit�s le demandaient. En 7, Auguste r�voqua l�adoption d�Agrippa Postumus.</p><p>Rien ne pouvait plus emp�cher Tib�re de devenir empereur. Le 19 ao�t 14, � soixante-dix-sept ans, Auguste meurt � Nola, en Campanie. Dans son testament, il instituait Livie et Tib�re comme h�ritiers de premier rang. Ti-b�re refusa le pouvoir, y renon�a provisoirement (comme Octave en 27) ; mais le s�nat et le peuple lui donn�rent l�investiture.</p><p>Conclusion</p><p>Le r�gne d�Auguste est une �tape d�-</p><p>cisive dans l�histoire de Rome. D�cisive parce que l�empereur a su �tablir la paix � l�int�rieur, parce que chacun est d�livr� des angoisses du lendemain.</p><p>D�cisive parce qu�Auguste a su �viter l��cueil qu�aurait constitu� la cr�ation d�un nouveau r�gime ; son adresse politique et son intelligente vision de l�avenir lui ont permis d�infl�chir insensiblement, mais sans retour possible en arri�re, les vieilles institutions de la r�publique ; il a su cr�er sans supprimer ; un peuple dont le respect pour le pass� ne s��tait jamais d�menti ne pouvait qu�appr�cier. D�cisive parce qu�il a su rendre leur stabilit� � la soci�t� et � la religion ; l�ordre moral qu�il a voulu cr�er n�a pas eu toute la r�sonance possible, mais il a heureusement tranch� sur les abus des d�cennies pr�c�dentes.</p><p>D�cisive parce que la ville s�est transform�e et que l��lan a �t� donn� pour de nouveaux am�nagements. D�cisive enfin parce que l�Empire a trouv� ses limites naturelles.</p><p>Un monument exprime � l��vidence ces r�ussites : l�Ara Pacis. Cet autel de la Paix, construction monumentale consacr�e sur le champ de Mars en 9</p><p>av. J.-C., rassemble dans ses reliefs tout l�ordre et toute la qui�tude qu�Auguste a voulu cr�er : la Terre nourrici�re avec Romulus et Remus allait�s par la Louve sous la protection de Mars, �n�e et les p�nates de Troie sur le sol italien, le long cort�ge de la famille imp�riale et celui des s�nateurs, en corps, venus affirmer leur foi dans la protection des dieux sur Rome par l�entremise d�Auguste.</p><p>Auguste a su utiliser les tendances psychologiques et les inclinations mentales de ses concitoyens. Comment ne pas �tre �tonn� devant les remarquables co�ncidences entre les id�es exprim�es par toutes les �coles litt�raires et la politique voulue par le prince ? � tel point qu�il semble que les �crivains n�ont �t� que des propagandistes. En r�alit�, si Virgile et Tite-Live remettent en honneur la tradition, donnent en exemple les vertus des anc�tres, exaltent Rome et ses fondateurs, si Horace et Ovide participent par leurs oeuvres au renouveau religieux, c�est par pure conviction et sans que M�c�ne, qui aimait �</p><p>s�en entourer, ait eu � les pousser dans cette voie. Le prince a su comprendre et saisir les forces complexes et spontan�es qui animaient son �poque, et dont la r�union fit le � si�cle d�Auguste �.</p><p>Et pourtant Auguste ne fut pas un homme heureux. Il avait souffert de n��tre qu�un m�diocre soldat et de ne devoir ses victoires qu�� ses loyaux compagnons. Il souffrit toute sa vie de graves maux physiques qui le conduisirent parfois au seuil de la mort. Il eut tout le temps la hantise de ne pouvoir accomplir une oeuvre, qu�il ne jugea jamais suffisamment affirm�e. Ses derni�res ann�es furent empreintes de tristesse, car il vit dispara�tre tous ceux qu�il aimait, et aucun enfant n��gayait plus sa modeste maison du Palatin ; sa tristesse �tait accentu�e par les �carts de conduite de sa fille Julie, qu�il fut oblig� de rel�guer dans l��le de Panda-taria. Sa seule consolation fut d�avoir aupr�s de lui, jusqu�au dernier jour, sa femme Livie, qu�il avait �pous�e en 38</p><p>et qu�il aima profond�ment pour sa discr�tion et sa fid�lit�.</p><p>J.-P. M.</p><p>&#x25B6; C�sar / Cl�op�tre / Rome.</p><p>B T. R. Holmes, The Architect of the Roman Empire (Oxford, 1928-1931 ; 2 vol.). / M. Ham-mond, The Augustan Principate (Cambridge, 1933). / L. Homo, Auguste (Payot, 1935). /</p><p>R. Syme, The Roman Revolution (Oxford, 1939 ; trad. fr. la R�volution romaine, Gallimard, 1967). / J. Charbonneaux, l�Art au si�cle d�Auguste (�d. Clairefontaine, 1948). / M. A. Levi, Il Tempo di Augusto (Florence, 1951). / P. Grimal, le Si�cle d�Auguste (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955 ; 4e �d., 1968). / P. Grenade, Essai sur les origines du principat (de Boccard, 1961).</p><p>/ B. Parsi, D�signation et investiture de l�empereur romain (Ier-IIe si�cle apr. J.-C.) [Sirey, 1963].</p><p>/ R. Etienne, le Si�cle d�Auguste (A. Colin, coll.</p><p>� U2 �, 1971).</p><p>Auguste (les)</p><p>Famille d�orf�vres parisiens du XVIIIe s.</p><p>ROBERT JOSEPH Auguste, n� en 1725, avait � pris ses commencements � sous Fran�ois Thomas Germain* ; il re�ut ses lettres de ma�trise en 1757. La rocaille se d�modait, et Auguste fut des</p><p>premiers � retourner au formalisme classique : on l�avait oubli�, il apparut comme une nouveaut�. Mme de Pompa-dour commandait au novateur une sa-li�re de seize mille livres, qui fut l�une des premi�res r�alisations du style</p><p>� � la grecque �. L�ambassadeur de Su�de � Paris, le comte Gustave Philip Creutz, faisait ex�cuter par Auguste, vers 1770, les deux � terrines � et les pi�ces de service du ch�teau royal de Stockholm, orn�es de plaquettes d�or cisel� qu�on attribue � Pajou*. C�est encore Auguste qui, pour le sacre de Louis XVI, ex�cutera la couronne et les pi�ces d�orf�vrerie composant la downloadModeText.vue.download 553 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1090</p><p>� chapelle � de Reims. En 1784, il assu-rera la succession de Jacques Roettiers, graveur g�n�ral des monnaies, et en 1788 recevra l�investiture de la ferme g�n�rale des affinages de Paris, Lyon et Tr�voux. Il mourut au Louvre, o� il avait son logement, autour de 1795.</p><p>Robert Joseph laissait un fils, HENRI, n� en 1759, qui postula la ma�trise en 1785 et se montra d�embl�e novateur, tant sur le plan du style que sur celui de la technique. L�orf�vrerie commen-</p><p>�ait � transgresser le principe initial du travail au marteau : �ludant les difficult�s de la r�treinte, elle adoptait le coulage en moule, � r�par� � au ciselet.</p><p>Henri Auguste, entrant dans la carri�re, y trouvait �tablie cette conception commode qui, pourtant, faisait de l�or-f�vre un fabricant. Recevant, d�s son accession � la ma�trise, d�importantes commandes, il les traita dans le go�t s�v�re et monumental que le formalisme � Empire � codifiera, t�moin sa soupi�re d�argent de 1789, dont celle qu�offrira la Ville de Paris � Napol�on, � l�occasion de son sacre, appara�t comme une r�plique.</p><p>Auguste appliqua d�lib�r�ment les techniques nouvelles. Il fut le premier � poser � froid, par �crous et vis, les</p><p>� accompagnements � des pi�ces : anses, versoirs et becs. Ces proc�d�s permettaient des amplifications dimensionnelles auxquelles ne pouvait son-</p><p>ger l�orf�vre de tradition. Il put, de la sorte, r�aliser des ouvrages tels que la toilette de l�imp�ratrice et la garniture d�autel qu�offrit Napol�on � l��glise de Saint-Denis en 1806. L�effet g�n�ral en est solennel, mais les ornements appliqu�s sur le corps des pi�ces apparaissent comme �trangers.</p><p>La soci�t� n�en approuvait pas</p><p>moins la volont� de renouvellement dont t�moignaient ces orf�vreries, qui manifestaient dans leur domaine la r�novation industrielle que stimulaient l�Empereur et son entourage. Auguste, � l�exposition de 1806, pr�senta des ouvrages fa�onn�s par estampage. Au travail du marteau, voire au coulage en moule, il substituait l�emboutissage par le � mouton �, c�est-�-dire au moyen d�une presse m�canique. Bient�t, il adoptera le tour au pied. L�orf�vrerie n�est plus un art, mais un m�tier, qu�Auguste, par ses talents m�mes, a contribu� � d�tourner de ses traditions.</p><p>Le ma�tre s��teignit peu apr�s 1816.</p><p>G. J.</p><p>&#x25B6; Argenterie / Orf�vrerie.</p><p>Augustin (saint)</p><p>�v�que d�Hippone, P�re de l��glise latine (Tagaste [auj. Souk-Ahras] 354 -</p><p>Hippone 430).</p><p>Cet homme, � la fois philosophe, th�ologien, pasteur et, pourrait-on dire, po�te, est plac� � l�un des � seuils �</p><p>les plus �tonnants de l�histoire des hommes. Derri�re lui : la Rome antique, le monde ancien, pa�en encore sous le manteau chr�tien. En 380, alors qu�Augustin a vingt-six ans, Th�odose, que Gratien vient d�associer � l�Empire, �dicte, � Thessalonique, que tous les peuples � lui soumis doivent � se rallier � la foi transmise aux Romains par l�ap�tre Pierre �. Mais, la m�me ann�e, Th�odose doit abandonner la Pannonie aux Ostrogoths et �tablir les Wisigoths au sud du Danube ; en 392, Eug�ne usurpe le pouvoir imp�-</p><p>rial, mais c�est avec l�appui des soldats germains. En 397, les Wisigoths sont dans l�Illyricum, ces m�mes Wisigoths qui, en 410, s�emparent de Rome, alors</p><p>que les Vandales passent en Espagne et de l� en Afrique. Augustin mourant les entendra battre les murs assi�g�s de sa ville �piscopale.</p><p>La vie d�Augustin s��coule ainsi au rythme des catastrophes, mais l�esp�-</p><p>rance chr�tienne, unie � une vue tr�s haute de l�histoire, lui permet de voir grandir, au-del� de l�imm�diat d�sesp�r�, un monde nouveau vou� � une vocation surnaturelle. La conscience, chez Augustin, du drame pr�sent et de l�exaltation future de l�humanit� se retrouve dans l�admirable Cit� de Dieu, qui demeure, selon l�expression d�Henri Marrou, � le trait� fondamental de la th�ologie chr�tienne de l�Histoire �.</p><p>La vie de saint Augustin</p><p>Le temps du d�sordre</p><p>C�est dans une petite ville de Numidie que na�t Augustin, le 13 novembre 354. Ce Romain d�Afrique appartient � l�une de ces familles provinciales qui, en 212, ont obtenu le droit de cit� � la suite d�un �dit lib�rateur de Caracalla. Romain, Augustin le sera tout entier par sa formation et sa tournure d�esprit ; l�Afrique, ce sera surtout la v�n�rable �glise d�Afrique, portion la plus vivante de l��glise romaine. Son p�re, Patricius, est un petit fonctionnaire de la classe des curiales qui fait d��normes sacrifices pour assurer � son fils une position sociale sup�rieure � la sienne. La formation intellectuelle d�Augustin � � Madaure puis � Carthage � est essentiellement latine ; sous la plume du docteur de l��glise, plus tard, les r�f�rences aux meilleurs �crivains latins seront spontan�es et continuelles.</p><p>Par ailleurs, si le jeune Augustin assimile parfaitement les m�thodes et le processus de la rh�torique, il fr�-</p><p>quente, un peu en autodidacte, mais avec passion, les philosophes latins, et aussi les grecs, dans le texte latin il est vrai ; car Augustin n�a pas �t� un hell�niste, et c�est probablement le d�faut d�assimilation directe de la culture et de la patrologie grecques qui a fait une partie de l�originalit� de la pens�e augustinienne.</p><p>Le p�re d�Augustin est pa�en ; sa m�re, Monique, est chr�tienne. Inscrit parmi les cat�chum�nes d�s le d�but de son existence, il ne re�oit pas le bapt�me : il en est tr�s souvent ainsi dans la primitive �glise. On songe � le baptiser quand, vers sa douzi�me ann�e, une maladie grave met ses jours en p�ril ; puis on n�en parle plus. Lui-m�me ne se presse pas ; mal surveill� par ses parents, livr� � lui-m�me sous l�ardent ciel d�Afrique, Augustin semble avoir �t� emport� tr�s jeune par l�ardeur des passions ; les aventures sensuelles ont certainement �t� nombreuses dans sa vie, � Carthage notamment, o� ce bel �tudiant aura un fils, Ad�odat (n� en 372), d�une jeune ma�tresse � qui il restera li� durant quatorze ans.</p><p>Cependant, les liens charnels</p><p>laissent intacte chez Augustin la qu�te de la v�rit�. Il est vrai qu�une formation religieuse insuffisante et les orages de la vie sentimentale brouil-leront longtemps les pistes de cet itin�raire. C�est la m�ditation ardente de l�Hortensius de Cic�ron qui entretient en lui un d�sir que, d�abord, la lecture de la Bible n�assouvit pas ; l��criture sainte semble � Augustin ne pouvoir satisfaire que les esprits simples et born�s. Hant�, comme beaucoup, par le probl�me du mal, il est gagn� par le manich�isme, qui lui appara�t comme une forme sup�rieure du christianisme.</p><p>Ses �tudes termin�es, le jeune rh�-</p><p>toricien ouvre � Tagaste, � l�automne de 373, une �cole de grammaire. La vie dans sa ville natale lui est tout de suite intol�rable : son p�re est mort chr�tien ; sa m�re le poursuit de ses objurgations � briser avec le d�sordre et le manich�isme ; un ami cher lui est enlev� par la mort. D�s 374, Augustin s�installe � Carthage et y enseigne la rh�torique : il y reste neuf ans, d��u semble-t-il par son enseignement et se d�tachant lentement de la doctrine manich�enne.</p><p>Vers la conversion</p><p>Des relations lui permettent d��tablir sa chaire d��loquence � Rome (383), puis � Milan (384), o� le suit sa m�re, et o� il devient orateur officiel. C�est � Milan que la gr�ce l�attend ; mais il</p><p>faudra deux ans de lutte pour qu�elle puisse s�engouffrer dans cette �me inqui�te. Des conversations qu�il a eues, � la veille de son d�part pour l�Italie, downloadModeText.vue.download 554 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1091</p><p>avec le grand homme des manich�ens, Fauste de Mil�ve, l�ont un peu plus �loign� de la doctrine de Man�s. La lecture, � Milan, de Platon et surtout de Plotin et de Porphyre le projette au coeur de la philosophie n�o-platonicienne, dont le christianisme milanais est impr�gn� ; c�est � la fois, dans l��me d�Augustin, un �merveillement et un d�blaiement auxquels concourt la pr�dication de l��v�que de Milan, Ambroise*. Le monde spirituel, le monde des myst�res s�ouvre aux yeux d�Augustin.</p><p>Tandis que l��vangile lui r�v�le les deux grandes v�rit�s inconnues des platoniciens � le Christ sauveur et la gr�ce qui donne la victoire �, les pri�res de Monique et des entretiens avec le futur successeur d�Ambroise, Simplicianus, qui lui raconte la conversion d�un c�l�bre rh�teur n�o-platonicien, pr�parent la voie � la gr�ce. Celle-ci terrasse Augustin, en ao�t 386, dans le jardin de sa maison de Milan, o� il m�dite pr�s de son ami Alypius. Une voix d�enfant lui dit : � Tolle ! lege ! �</p><p>Il ouvre alors le livre des �p�tres de saint Paul qui, depuis quelque temps, lui sont devenues famili�res, et il tombe sur le chapitre XIII de l��p�tre aux Romains : � Ayons, comme il sied en plein jour, une conduite d�cente ; ni ripailles, ni ivresse, ni d�bauche, ni luxure... Rev�tez au contraire le Seigneur J�sus-Christ... �</p><p>Quelques semaines plus tard, Au-</p><p>gustin, renon�ant � sa chaire, se retire, avec sa m�re et quelques amis, dans la propri�t� d�un coll�gue, � Cassiciacum pr�s de Milan. Il y vit dans une retraite pr�paratoire au bapt�me. Il est baptis� durant la vigile pascale (24-25 avr.) de l�ann�e 387, en m�me temps que son fils Ad�odat et qu�Alypius.</p><p>� Cassiciacum, Augustin �crit ses</p><p>Dialogues (Contra academicos, De beata vita...), �chos de d�licieux entretiens entre amis, auxquels Monique participe. En m�me temps se fortifie, chez Augustin et ceux qu�on peut d�j� appeler ses disciples, le d�sir de se retirer du monde. � l�automne 387, Augustin est sur le point de s�embarquer � Ostie quand Monique meurt.</p><p>Cet �v�nement retient le n�ophyte plusieurs mois � Rome : il y emploie son �loquence � r�futer le manich�isme. En septembre 388, il part pour l�Afrique et, apr�s un bref s�jour � Carthage, se rend dans sa ville natale.</p><p>La conversion d�Augustin va naturellement s��panouir et porter fruit dans le renoncement total aux biens terrestres, dans la pratique des conseils �vang�liques, bref dans ce qu�on est convenu d�appeler la vie religieuse.</p><p>Augustin vend tout ce qu�il poss�de et en donne le prix aux pauvres ; ensuite, il se retire dans sa propri�t� de Tagaste, d�j� ali�n�e, pour y vivre en commun dans la pauvret�, la pri�re et la m�ditation. De cette �poque (388-391) datent plusieurs entretiens (De magistro, De vera religione...) inclus dans le Liber LXXXIII quaestionum.</p><p>En 389, le fils d�Augustin, Ad�odat, meurt.</p><p>� Hippone :</p><p>le pr�tre, l��v�que</p><p>Ayant �t� oblig� de se rendre � Hippone, Augustin est reconnu par les fid�les alors qu�il prie � l��glise : ils demandent � l��v�que Val�re qu�il l��l�ve au sacerdoce ; malgr� ses larmes, Augustin est ordonn� pr�tre. � ses yeux, le sacerdoce n�est qu�un moyen nouveau de mener la vie religieuse avec plus de ferveur. Son �v�que, Val�re, lui permet de s�installer dans les d�pendances de l��glise, o� des disciples se groupent autour de lui.</p><p>La personnalit� d�Augustin devait n�cessairement rayonner hors de son</p><p>� monast�re �. Alors que, traditionnellement, la pr�dication, en Afrique, �tait r�serv�e � l��v�que, Augustin se la voit confier, ce qui lui attire des jalousies ; en 393, au cours d�un concile r�unissant � Hippone les �v�ques de Numi-</p><p>die, il prend la parole (discours De fide et symbolo). En m�me temps, Augustin lutte contre certains abus (banquets dans les chapelles des martyrs) et contre les manich�ens, tel Fortunat, l�un de leurs docteurs.</p><p>En 395, le vieil �v�que d�Hippone fait d�Augustin son coadjuteur et lui donne la cons�cration �piscopale. Un an plus tard, Val�re �tant mort, Augustin le remplace sur un si�ge qu�il allait occuper durant trente-quatre ans.</p><p>L��v�que Augustin reste, dans sa vie priv�e, un religieux ; son palais se transforme en monast�re, o� vivent, avec lui, des clercs qui s�engagent � mener une existence de pauvret� et � observer la r�gle commune fond�e sur le d�pouillement : ces hommes, que l�on peut d�j� appeler des augustins, seront presque tous des fondateurs de monast�res et des �v�ques qui enrichi-ront spirituellement l�Afrique du Nord.</p><p>Augustin donne lui-m�me l�exemple de l�aust�rit� : sa charit� le pousse � vendre les vases sacr�s pour racheter les captifs.</p><p>Ce religieux est avant tout un pasteur. En d�pit d�une existence surcharg�e et d�une sant� d�licate, il est un infatigable pr�dicateur et cat�chiste.</p><p>Au XVIIe s., les mauristes �tabliront le texte de pr�s de 400 sermons authentiques d�Augustin ; l��poque contemporaine r�v�lera bien d�autres oeuvres pastorales de l��v�que d�Hippone. Son action verbale se double d�un apostolat �pistolaire qui le met en contact avec ce que le monde romain et chr�tien comptait de plus insigne : de Paulin de Nola � saint J�r�me en passant par les papes et les empereurs.</p><p>Juge et administrateur, voyageur et n�gociateur � une �poque o� s�op�re d�j�, lentement, la m�tamorphose de l�Empire romain unitaire en soci�t� semi-f�odale, Augustin le contemplatif prend encore le temps d��clairer les �mes �gar�es ou h�sitantes dans une oeuvre �crite dont Possidius se deman-dait s�il serait jamais possible de la lire tout enti�re. Manich�ens, donatistes, p�lagiens sont au premier rang des adversaires qu�il combat, mais ses �crits ne sont pas seulement pol�miques,</p><p>leur connaissance est indispensable � quiconque veut faire le point de la th�ologie, de l�ex�g�se, de la pastorale au Ve s., particuli�rement dans cette vivante Afrique chr�tienne dont tant de conciles furent anim�s par l��v�que d�Hippone.</p><p>Le docteur de l��glise</p><p>Des docteurs et des chefs manich�ens qui subissent les coups de la dogmatique et de l�apolog�tique augustinienne, il faut citer : F�lix, � �lu �</p><p>manich�en, qu�Augustin confond en conf�rence publique ; Faustus, Secun-dinus et, apr�s 415, toute une s�rie d�astrologues et de priscillianistes fatalistes.</p><p>Contre les donatistes, la lutte est plus dure, parce que se situant sur un terrain plus sp�cifiquement africain.</p><p>En 312, les �v�ques de Numidie ont d�pos� ill�galement l��v�que de Carthage, C�cilien, sous pr�texte qu�il a �t� consacr� par un traditor (un �v�que ren�gat). � l��v�que intrus, Majorin, succ�de Donat.</p><p>Au regard du pontife romain, il</p><p>s�agit d�un v�ritable schisme, et terriblement dangereux pour l�unit� chr�-</p><p>tienne, puisqu�en 330 un synode du parti donatiste rassemble 270 �v�ques.</p><p>Comme les anciens � rebaptisants �, les donatistes font d�pendre la validit� des sacrements de la foi et m�me de la puret� morale du ministre ; comme les novatiens, ils excluent de l��glise les p�cheurs. Vient renforcer cette h�r�-</p><p>sie un mouvement nationaliste africain dont les tenants s�appuient sur le pauvre peuple berb�re des campagnes non romanis�es, � qui on oppose</p><p>l�exemple du luxe des � occupants �</p><p>romains.</p><p>En 391, alors qu�Augustin vient</p><p>de s�installer � Hippone, une guerre impitoyable oppose en Afrique deux groupes d��v�ques donatistes. Augustin, en vue de r�tablir l�unit� en Afrique, obtient du synode d�Hippone de 393 que les mesures eccl�siastiques prises contre les donatistes soient adoucies ; m�me esprit de conciliation au 5e concile de Carthage (401), dont les P�res demandent au pape Anastase</p><p>d�autoriser les enfants donatistes � la cl�ricature.</p><p>L��v�que d�Hippone, dans ces an-</p><p>n�es, publie, � l�usage des schismatiques, son curieux Psaume alphab�-</p><p>tique, r�dig� en latin populaire et en vers rythm�s.</p><p>Il semble que les chefs donatistes aient r�pondu � cette attitude apaisante d�une mani�re injurieuse. Press� par deux �v�ques africains � dont Evo-dius, ami d�Augustin �, l�empereur Honorius ordonne d�enlever leurs �glises aux donatistes : ils r�sistent, mais un certain nombre se convertissent. Tout en approuvant la rigueur des lois, Augustin invite constamment ses adversaires au colloque. Enfin, un �dit imp�rial du 14 octobre 410</p><p>ordonne une conf�rence entre �v�ques catholiques et donatistes. Cette r�union a lieu � Carthage, du 1er au 8 juin 411 : 286 �v�ques catholiques et 279 �v�ques donatistes y participent.</p><p>Augustin domine le d�bat et, apr�s avoir prouv� l�inanit� des positions donatistes du point de vue historique et scripturaire, triomphe.</p><p>La l�gislation antidonatiste n�en reste pas moins en vigueur : Augustin y oppose son esprit de mod�ration.</p><p>Cependant, le donatisme d�cro�t peu � peu : l�invasion des Vandales lui portera le dernier coup.</p><p>Mais d�j� la lutte contre les p�lagiens sollicite le z�le d�Augustin. Influenc� par un disciple de Th�odore de Mop-sueste, le moine breton P�lage, install� � Rome vers 400, attaque le dogme de la gr�ce ; apr�s 410, fuyant Alaric*, il d�barque en Afrique avec son disciple Celestius. P�lage quitte bient�t la r�gion ; Celestius s�installe � Carthage o�, en 412, un concile condamne six de ses propositions. Ayant refus� de se r�tracter, Celestius est excommuni�.</p><p>Augustin r�fute les doctrines p�lagiennes, mais sans nommer P�lage, qu�il veut m�nager. Cependant, ayant downloadModeText.vue.download 555 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1092</p><p>appris qu�un concile r�uni � Diospolis (Lydda) en 415 a admis P�lage dans la communion catholique, Augustin fait adresser au pape Innocent Ier une longue lettre synodale qui demande une condamnation de la doctrine p�lagienne. P�lage, asc�te universellement respect� et entour� d�habiles dialecticiens, est un moraliste surtout soucieux de progr�s spirituel, ce qui l�a amen� � exalter le libre arbitre de l�homme et � minimiser fortement le r�le de l�intervention de Dieu, de la pr�destination, de la gr�ce dans l��conomie du salut. �</p><p>quoi Augustin, inlassablement, oppo-sera l�enseignement de saint Paul et la tradition de l�enseignement eccl�siastique sur la mis�re de l�homme abandonn� � ses seules forces.</p><p>Innocent Ier loue les �v�ques africains antip�lagiens ; mais P�lage adresse au successeur d�Innocent, Zosime (417-418), un libellus fidei qui trompe le pape : celui-ci reproche aux P�res d�Afrique leur pr�cipitation, et exige qu�on envoie � Rome les accusateurs de P�lage.</p><p>Les �v�ques d�Afrique, r�unis en concile en 417 et 418, supplient Zosime de maintenir la d�cision d�Innocent et r�digent, en neuf canons, une condamnation du p�lagianisme, � laquelle le pape finit par acquiescer, et qu�il appuie dans une lettre circulaire.</p><p>Durant cette p�riode difficile, le r�le d�Augustin est d�terminant : les principaux documents africains sont r�dig�s ou inspir�s par lui.</p><p>downloadModeText.vue.download 556 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1093</p><p>La Tractoria du pape porte un rude coup au p�lagianisme, qui r�siste cependant longtemps encore. En Apulie, l��v�que Julien refuse avec 17 �v�ques de signer l�acte pontifical. Ils sont d�pos�s et bannis ; Julien n�en continue pas moins � attaquer Augustin, qui publie contre lui divers trait�s antip�lagiens. Dans le m�me temps, l��v�que d�Hippone obtient la r�tractation d�un moine p�lagien de Gaule, Leporius.</p><p>Cependant, les formules d�Augustin</p><p>� rendues plus lapidaires par la pol�-</p><p>mique � troublent des catholiques qui trouvent que le grand docteur africain minimise par trop la libert� humaine au profit de la gr�ce. Dans le midi de la Gaule notamment, plusieurs pr�tres et moines � dont le c�l�bre Cassien, abb� de Saint-Victor de Marseille �, ne pouvant admettre la gratuit� absolue de la pr�destination, cherchent une voie moyenne entre Augustin et P�lage : selon eux, la bonne volont� de l�homme pr�c�de et donc demande la gr�ce, que Dieu accorde en r�compense. Augustin lutte contre ce semi-p�lagianisme en montrant comment les d�sirs de salut sont eux-m�mes dus � la gr�ce de Dieu, qui reste ma�tre de la pr�destination de l�homme.</p><p>Cette longue lutte contre P�lage et ceux qui s�inspir�rent de sa doctrine a eu une influence capitale sur la mise au point de la th�ologie augustinienne du p�ch� originel et de la gr�ce, ainsi que de la morale augustinienne de la concu-piscence. L�augustinisme du XVIIe s.</p><p>retiendra trop souvent, de l�enseignement antip�lagien de saint Augustin, la dure image de la pr�destination, alors que l�enseignement de l��v�que d�Hippone est environn� d�une zone suffisante d�ind�termination pour que sa doctrine nous paraisse, en fait, beaucoup plus humaine.</p><p>Un rayonnement universel</p><p>Selon la belle expression d�Henri Marrou : � philosophe de l�essence � contre les manich�ens, � docteur de l��glise �</p><p>contre les donatistes, � champion de la gr�ce � contre les p�lagiens, saint Augustin fut aussi le � th�ologien de l�histoire � contre les pa�ens. Sa Cit� de Dieu pr�figure et alimentera tout un courant chr�tien de l�histoire, dont Bossuet, dans son Discours sur l�histoire universelle, est l�un des plus illustres repr�sentants.</p><p>Comme Val�re l�avait fait � son profit en 395, Augustin, vieilli et voulant �viter � Hippone les troubles d�une �lection apr�s sa mort, fait acclamer comme son auxiliaire et futur successeur le diacre Heraclius (426). Mais les derni�res ann�es du vieil �v�que sont troubl�es par la querelle entre l�imp�-</p><p>ratrice Placidie et le comte Boniface, et surtout par la d�vastation de l�Afrique par les Vandales. D�s le d�but du si�ge � qui devait durer dix-huit mois</p><p>� Augustin s��teint, le 28 ao�t 430.</p><p>Son corps est d�pos� dans la basilique Saint-�tienne ; chass�s par les Vandales, Fulgence et d�autres �v�ques d�Afrique l�emportent avec eux en Sardaigne (486). Cette derni�re �le ayant �t� occup�e par les Sarrasins, les reliques de saint Augustin sont rachet�es par les Lombards, qui les font d�poser en l��glise Saint-Pierre de Pavie. On les y aurait retrouv�es en 1695. Sur les ruines d�Hippone a �t� �lev�e, de 1881</p><p>� 1900, une basilique en l�honneur de saint Augustin.</p><p>Les familles religieuses qui</p><p>se r�clament de la � r�gle �</p><p>de saint Augustin</p><p>Augustin, qui avait vu se d�velopper � Milan des formes de monachisme, introduisit la vie monastique dans l�Afrique romaine. L�exemple qu�il donna lui-m�me � Tagaste et � Hippone fut imit� en de nombreux dioc�ses africains. Parall�lement, son influence contribua � augmenter le nombre de jeunes filles et de veuves vou�es au Seigneur. C�est pour elles qu�il �crivit, en 423, la Lettre qu�on a assez improprement appel�e r�gle de saint Augustin. Car l��v�que d�Hippone n�eut jamais l�intention de l�gif�rer en la mati�re, encore moins de fonder un ordre ; il a simplement trac� une ligne de conduite g�n�rale, discr�te et lib�rale, pouvant �tre</p><p>suivie aussi bien par des hommes que par des femmes, et dont l�essentiel consiste dans un id�al de d�sappropriation. On ne peut m�me pas affirmer que les � monast�res � africains se soient tous inspir�s de la fameuse Lettre. Il n�en reste pas moins que l�autorit� d�Augustin a �t� pr�pond�rante sur l�orientation du monachisme africain et occidental.</p><p>La r�gle de saint Augustin, c�est-�-dire sa Lettre enrichie de textes augustiniens et d�autres dont il est difficile d��tablir la ge-n�se et de suivre l�histoire, fut utilis�e par de nombreux auteurs de r�gles anciennes (de Saint-Victor, d�Arrouaise). C�est � partir du XIe s. que cette r�gle connut une fortune nouvelle. On trouva alors qu�elle s�adap-tait tr�s bien � une forme sp�cifique de la vie religieuse des temps f�odaux : les chanoines r�guliers. Parmi les communaut�s de chanoines subsistant actuellement, on doit citer : les chanoines r�guliers de Saint-Augustin, les chanoines r�guliers du Latran, les chanoines hospitaliers du Grand-Saint-Bernard, les Pr�montr�s. C�est � saint Augustin que saint Dominique demanda d�abord l�inspiration de sa r�gle, quitte � y ajouter des constitutions compl�mentaires importantes.</p><p>� peu pr�s en m�me temps que les chanoines r�guliers se multipli�rent les ermites, qui s�inspir�rent aussi de la r�gle augustinienne. En 1254, le pape Alexandre IV</p><p>les regroupa en un seul ordre dit � ermites de Saint-Augustin �, ou simplement Augustins, qui compt�rent jusqu�� 2 000 couvents au XIVe s. et connurent diverses r�formes, notamment celle des r�collets (XVIe s.). En 1567, le pape Pie V les mit au nombre des ordres mendiants, � la suite des carmes : c�est � cet ordre qu�appar-tint Luther. Actuellement, les Augustins comptent environ 6 000 religieux r�partis en trois branches : ermites de Saint-Augustin, r�collets de Saint-Augustin, ermites d�chauss�s.</p><p>Depuis la fin du XIIIe s., un grand nombre de familles religieuses ayant eu � choisir entre les quatre grandes r�gles approuv�es ont adopt� la r�gle de saint Augustin.</p><p>Les plus importantes sont : les Trinitaires, les Merc�daires, les Servites, les Camilliens, les Hi�ronymites. Parmi les congr�gations r�centes, il faut citer les Assomptionnistes ou Augustins de l�Assomption.</p><p>La plupart des ordres et des congr�gations</p><p>d�hommes se r�clamant de saint Augustin ont ou ont eu leur �quivalent f�minin.</p><p>Il existe encore plusieurs communaut�s de chanoinesses de Saint-Augustin, dont beaucoup ont �t� regroup�es en une f�-</p><p>d�ration (dite � de Malestroit �). Quant � l�appellation d�Augustines, elle est g�n�-</p><p>ralement r�serv�e aux religieuses hospitali�res, desservant les h�tels-Dieu ; il existe de nombreuses communaut�s dioc�saines d�Augustines (une vingtaine en France).</p><p>L�oeuvre de saint Augustin</p><p>L�oeuvre de saint Augustin est profond�ment enracin�e dans l��criture sainte : on y a relev� 13 276 citations de l�Ancien Testament et 29 540 du Nouveau. Encore ne s�agit-il que des rappels formels du texte sacr� : il serait impossible de comptabiliser les r�miniscences bibliques plus ou moins conscientes de l�auteur. D�autre part, la pens�e d�Augustin est essentiellement paulinienne.</p><p>Cette oeuvre immense est tr�s va-ri�e. Que ce soit en des notes rapides ou dans des dissertations de plusieurs milliers de pages, Augustin adapte sa pens�e aux sujets les plus divers, aux interlocuteurs les plus dissemblables : rh�teurs raffin�s, philosophes subtils ou humbles paysans des faubourgs d�Hippone. Ce sp�culatif est d�une sensibilit� extr�me. Sa langue n�est pas d�cadente : elle est classique et pourtant vivante. Le latin d�Augustin sera, pour l��glise d�Occident, un instrument d�une grande efficacit�.</p><p>P. P.</p><p>&#x25B6; Afrique romaine / Chr�tiennes (litt�ratures) /</p><p>Jans�nisme / Thomisme.</p><p>B E. Gilson, Introduction � l��tude de saint Augustin (Vrin, 1943) ; Philosophie et incarnation selon saint Augustin (Vrin, 1947). / H. I. Marrou, Saint Augustin et la fin de la culture antique (de Boccard, 1949-1950 ; 2 vol.) ; Saint Augustin et l�augustinisme (�d. du Seuil, 1955). / J. Ratzin-ger, Volk und Haus Gottes in Augustinus Lehre von der Kirche (Munich, 1954). / J. Guitton, Actualit� de saint Augustin (Grasset, 1955). /</p><p>G. Garilli, Aspetti della filosofia giuridica, politica e sociale di S. Agostino (Milan, 1957).</p><p>/ G. Bonner, St. Augustine of Hippo, Life and Controversies (Londres, 1963). / H. de Lubac,</p><p>Augustinisme et th�ologie moderne (Aubier, 1965). / L. Verbeijen, la R�gle de saint Augustin (�tudes augustiniennes, 1967 ; 2 vol.). /</p><p>J.-C. Fraisse, Saint Augustin (P. U. F., 1968). /</p><p>A. Mandouze, Saint Augustin, l�aventure de la raison et de la gr�ce (�tudes augustiniennes, 1968). / O. Perler, les Voyages de saint Augustin (�tudes augustiniennes, 1969). / A. A. Sage, la Vie religieuse selon saint Augustin (�tudes augustiniennes, 1972).</p><p>L�augustinisme</p><p>LA DOCTRINE DE SAINT AUGUSTIN</p><p>On chercherait en vain, dans l�oeuvre de saint Augustin, une synth�se doctrinale rigoureuse. Cela tient au fait que l�effort du docteur d�Hippone est anim� moins par la curiosit� du vrai que par l�app�tit de Dieu, bien supr�me ; poss�der est pour lui plus important que voir. Augustin a toujours reproch� aux platoniciens leur orgueil.</p><p>Pour lui, la Trinit� n�est plus la Triade platonicienne avec ses hypostases satisfaisantes pour l�esprit ; c�est la patrie entrevue, o� l�Esprit n�est plus seulement V�rit� mais Charit�, et vers laquelle conduit le Verbe incarn�.</p><p>Chez Augustin, la recherche sp�culative est toujours int�gr�e dans une recherche humaine ; la science est toujours soumise � la sagesse ; bref, Augustin est moins un th�ologien et un philosophe qu�un spirituel.</p><p>Et, cependant, on a pu dire tr�s justement que c�est par Augustin que le platonisme est entr� dans la th�ologie chr�tienne, comme ce sera par saint Thomas d�Aquin qu�y entrera l�aristot�-</p><p>lisme. Converti, n�ayant gard� que de m�diocres souvenirs du paganisme et du manich�isme, l��v�que d�Hippone n�a vu, en dehors de la foi et de l��panouissement dans les vertus th�ologales, que mis�re et d�sespoir. Pour lui, l�humilit� est une disposition essentielle sur la voie du salut ; cette humilit� s�en remet tout naturellement � la gr�ce du Christ pour triompher du p�ch� toujours mena�ant.</p><p>D�o� la lutte men�e par Augustin contre le p�lagianisme, forme de sto�cisme chr�-</p><p>tien qui r�duisait la gr�ce � n��tre qu�une force humaine et le christianisme � n��tre qu�une morale, alors que, pour Augustin, c��tait essentiellement un myst�re. Cette lutte contre les p�lagiens l�amena parfois � donner � la doctrine de la pr�destination</p><p>une forme abrupte qui pouvait faire croire que celui qu�on a appel� le � docteur de la charit� � mettait parfois en cause la bont� de Dieu.</p><p>downloadModeText.vue.download 557 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1094</p><p>L�AUGUSTINISME DANS L�HISTOIRE</p><p>Jusqu�� l�av�nement du thomisme, saint Augustin fut le grand ma�tre de la pens�e chr�tienne en Occident. Cependant, les controverses n�es durant l�existence du grand docteur africain ne s�apais�rent pas aussit�t apr�s sa mort. Si son autorit� �tait g�n�ralement reconnue d�s la fin du Ve s., les semi-p�lagiens, particuli�rement nombreux dans les milieux monastiques de L�rins et de Marseille, prolong�rent durant pr�s d�un si�cle la querelle sur la gr�ce. Finalement, la condamnation du semi-p�lagianisme et du pr�destinationisme au concile d�Orange de 529 fit triompher ce qu�on a appel� un � augustinisme mod�r� �.</p><p>Chez tous les P�res et les �crivains ec-cl�siastiques du haut Moyen �ge, de saint Gr�goire le Grand � Alcuin en passant par saint Isidore et B�de le V�n�rable, et m�me saint Bernard, l�influence augustinienne a �t� pr�pond�rante. L�augustinisme �tait alors caract�ris� essentiellement, selon le P. Mandonnet, par l�absence d�une distinction formelle entre les domaines de la philosophie et de la th�ologie, par la pr��-</p><p>minence de la notion de bien sur celle du vrai, de la volont� sur l�intelligence. Par ailleurs se fortifia un augustinisme politique</p><p>� inspir� notamment par la Cit� de Dieu</p><p>�, tendance � absorber le droit naturel de l��tat dans le droit surnaturel de l��glise ; c�est dans cette perspective que prend tout son sens l�onction royale ou imp�riale impos�e par les papes ; l�action conjugu�e du thomisme et du droit romain r�nov� r�tablit par la suite des distinctions dont l��glise constantinienne et augustinienne avait perdu la notion.</p><p>Le thomisme, pour s�imposer, au XIIIe s., eut � triompher, surtout, de l�augustinisme ; quand le franciscain John Peckham reprochait aux scolastiques (1285) leur rationalisme, leur aristot�lisme excessif, leur d�dain des P�res, c�est en r�f�rence � saint</p><p>Augustin, qu�il regrettait de voir oubli�.</p><p>En fait l�augustinisme th�ologique et philosophique fut peu � peu absorb� par le thomisme, qui compl�ta et nuan�a la doctrine du docteur africain ; les religieux de Saint-Augustin eux-m�mes se mirent � l��cole de saint Thomas. D�sormais, comme le dit le P. Rotureau, � toute tentative de fid�lit� � saint Augustin dirig�e contre saint Thomas aboutira � une perversion de l�augustinisme �. Ce sera, au XVIe s., le pr�destinationisme rigide des protestants ; encore que la Renaissance, la R�forme et la Contre-R�forme aient puissamment aid� � d�poussi�rer l�oeuvre de saint Augustin et � par opposition � une scolastique scl�ros�e � � revivifier d�augustinisme la spiritualit� et la mystique modernes.</p><p>L�influence de saint Augustin fut �norme sur le XVIIe s., fran�ais surtout. Ce qu�on appelle l��cole fran�aise de spiritualit� � pour qui J�sus-Christ est le foyer animateur de toute vie spirituelle � s�est d�velopp� dans l�ombre d�Augustin.</p><p>L�augustinisme a plus d�un point commun avec le cart�sianisme ; � propos de la philosophie de Malebranche, on a pu parler d�un v�ritable � augustinisme cart�sien �</p><p>se d�veloppant au sein de l�Oratoire. C�est le XVIIe s. aussi qui vit se renouveler, avec le ba�anisme et le jans�nisme, les vieilles querelles du pr�destinationisme, et s�affronter les deux interpr�tations, radicale ou mitig�e, des th�ories antip�lagiennes sur la gr�ce. �videmment, le XVIIIe s. prit, dans ce domaine aussi, le contre-pied du XVIIe s. Inversement, la spiritualit� du XIXe s., plus haute, plus humaine que celle des si�cles pr�c�dents, s�alimenta � l�augustinisme le plus substantiel. Et puis il y eut des philosophes chr�tiens � Alphonse Gratry, L�on Oll�-Laprune, Maurice Blondel... � dont la parent� d�esprit t�moigne de l�influence rest�e grande de l��minent docteur africain.</p><p>Aunis, Saintonge</p><p>et Angoumois</p><p>Ensemble de provinces fran�aises, entre Poitou et Gironde, pr�sentant une unit� quant � leur pass� artistique.</p><p>Les centres respectifs en sont La Rochelle*, Saintes* et Angoul�me*.</p><p>Une civilisation s�installe ici d�s</p><p>l��poque solutr�enne (animaux sculpt�s dans le calcaire du Roc de Sers, au mus�e de Saint-Germain-en-Laye).</p><p>Au N�olithique appartient un premier monument militaire : le camp de Peu-Richard, sur un �peron barr� par deux enceintes concentriques.</p><p>L�empreinte romaine sera forte.</p><p>Dans le bois des Bouchauds de-</p><p>meurent les ruines d�un th��tre qui pouvait accueillir 9 000 spectateurs ; Saintes, noeud routier de premier ordre, conserve les restes d�une partie de ses importants monuments. Les invasions wisigothiques ont laiss� des centaines de s�pultures (fibules, colliers, ceinturons, bijoux d�orf�vrerie cloisonn�e aux d�cors fantastiques du tr�sor de Herp�s).</p><p>Apr�s l�an 1000, sous la suzerainet� brillante des comtes de Poitou et des ducs d�Aquitaine, l�Angoumois et la Saintonge se couvrent d��glises romanes. Les carri�res du Cr�tac� fournissaient un mat�riau excellent, qui se pr�tait particuli�rement bien au ciseau du sculpteur. G�rard II, �v�que d�Angoul�me de 1101 � 1135, reconstruit sa cath�drale ; la nef unique, large et claire, est couverte de 4 coupoles sur pendentifs, comme � Cahors et � P�rigueux. Ce type import� de Dordogne en Angoumois est fr�quent le long de la Charente. Mais un autre type d��l�-</p><p>vation int�rieure, en Saintonge surtout, s�inspire de l��cole poitevine : nef vo�-</p><p>t�e en berceau, contrebut�e par deux bas-c�t�s presque aussi �lev�s, compris sous la m�me toiture (�glise-halle).</p><p>En fait, l�originalit� de la province r�side surtout dans la d�coration des fa�ades. La plus grandiose est celle d�Angoul�me, avec ses �tages d�arcatures superpos�es abritant des statues.</p><p>Aulnay, Saintes, Surg�res offrent un grand luxe d�ornementation sculpt�e.</p><p>Discr�te dans les tympans, celle-ci se multiplie sur les claveaux des vous-sures, m�me dans les plus simples �glises de villages (Rioux, R�taud, Chadenac). Un th�me familier est la psychomachie : lutte des vertus et des vices. Tr�s particuli�res aussi sont les lanternes des morts, au pied desquelles un autel permettait de dire la messe en</p><p>plein air (Saint-Pierre-d�Ol�ron, Cel-lefrouin, Fenioux). La peinture murale est illustr�e par les combats de crois�s de Cressac.</p><p>Le style gothique, accept� avec</p><p>r�ticence, sera loin d�avoir la m�me f�condit�, � part quelques beaux clochers flamboyants. L�art religieux perd sa s�ve, la construction civile prend le relais. D�j�, au XIIe s., les donjons rectangulaires de Broue, Pons, La Rochefoucauld ne manquaient pas de grandeur. Aux XIVe et XVe s., La Rochelle construit les trois tours qui barrent l�acc�s de son port.</p><p>� la fin du XVe s. et � la Renaissance, les ch�teaux s��difient ou se renouvellent selon la mode des bords de Loire. Brillante �poque pour la province : Fran�ois Ier n�a-t-il pas �t� �lev� � la cour de Cognac avec sa soeur Marguerite d�Angoul�me, princesse des lettres ? Autour du donjon roman de La Rochefoucauld, une cour int�rieure d�veloppe avec noblesse trois �tages de galeries � l�italienne (1520 � 1535).</p><p>Dampierre-sur-Boutonne (milieu du XVIe s.) offre deux �tages de loggias ; un extraordinaire plafond � compartiments y est d�cor� d�hi�roglyphes et d�embl�mes �nigmatiques. Jardins et miroirs d�eau font la parure de La Roche-Courbon. La m�me richesse</p><p>se retrouve dans les constructions urbaines de La Rochelle : h�tel de ville (1544), maison de Diane de Poitiers (1555), o� l�interpr�tation des ordres antiques est faite avec beaucoup d��l�-</p><p>gance. Au m�me moment, Bernard Pa-downloadModeText.vue.download 558 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1095</p><p>lissy* retrouve � Saintes le secret des c�ramiques les plus singuli�res.</p><p>Le si�ge fameux de La Rochelle,</p><p>entrepris par Richelieu en 1627-28, met en �vidence l�importance strat�-</p><p>gique du littoral. Sous Louis XIII et sous Louis XIV, ces pr�occupations d�fensives vont amener la cr�ation de plusieurs ouvrages militaires. Le phare de Cordouan passait d�j� pour la � hui-</p><p>ti�me merveille du monde � ; Brouage, construit de 1630 � 1640 par Pierre d�Argencourt (1575-1655), est le plus beau sp�cimen d�architecture bastion-n�e avant Vauban. La m�me id�e pr�-</p><p>side � la fortification de Rochefort, n� de toutes pi�ces entre 1665 et 1669 sur les plans du chevalier Louis Nicolas de Clerville (� 1677), et de Fran�ois Blondel (1618-1686) pour l�arsenal.</p><p>Les collaborateurs de Vauban* sont charg�s de prot�ger la c�te : Fran�ois Ferry (� 1701) reconstruit l�enceinte de La Rochelle, son h�pital et le fort du Chapus, rigoureux dans sa g�o-m�trie. Le ma�tre se r�serve les chantiers des �les : Saint-Martin-de-R�, Le Ch�teau-d�Ol�ron.</p><p>Derri�re ce solide front de mer, la construction pacifique peut reprendre au XVIIIe s. Elle est d�abord religieuse : en dehors des initiatives des J�suites, les deux entreprises majeures seront les nouveaux b�timents (seconde moiti� du si�cle) de l�abbaye b�n�dictine de Saint-Jean-d�Ang�ly, fond�e au IXe s., et la cath�drale de La Rochelle, oeuvre des Gabriel*.</p><p>Elle est ensuite civile : La Rochelle vit une p�riode faste, beaucoup plus downloadModeText.vue.download 559 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1096</p><p>que l�Angoumois. Le palais de justice et l�h�tel de la Bourse expriment la distinction du go�t Louis XVI ; de nombreux h�tels particuliers rivalisent avec les r�sidences bordelaises. � la campagne, les ch�teaux de Buzay, de Plassac (oeuvre de Victor Louis [1731 -</p><p>v. 1811]), t�moignent d�un raffinement qui ne r�sistera pas � la R�volution et � l�Empire.</p><p>Les seules figures qui �mergent au XIXe s. sont celles du peintre orientaliste Eug�ne Fromentin (1820-1876) et de Chass�riau*, n� � Saint-Domingue d�une m�re rochelaise. La reconstruction de Royan, apr�s les combats de 1944-45, a permis � l�architecte Guillaume Gillet (n� en 1912) de dessi-</p><p>ner une �glise qui marque dans l�esth�-</p><p>tique contemporaine.</p><p>F. E.</p><p>&#x25B6; Guyenne et Gascogne / Poitou.</p><p>B L. Papy, H. Enjalbert, F. de Vaux de Foletier, H. Talvart, M.-L. Saravas et P. Moisy, Visages de l�Aunis, de la Saintonge et de l�Angoumois (Horizons de France, 1952). / C. Connou�, les �glises de Saintonge (R. Delavaud, Saintes, 1959-1961 ; 5 vol.). / L. Papy, Aunis et Saintonge (Arthaud, Grenoble, 1961). / C. Daras, Angoumois roman (Zodiaque ; La Pierre-qui-Vire, 1962). / F. Eygun, Arts des pays d�Ouest (Arthaud, 1966). / J.-M. Deveau, Histoire de l�Aunis et de la Saintonge (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1974).</p><p>Jalons historiques</p><p>507 : apr�s Vouill�, Clovis int�gre l�Aunis et la Saintonge au royaume franc.</p><p>XIIe s. : ces provinces passent progressivement dans la mouvance anglaise.</p><p>1371-1375 : elles font d�finitivement retour � la France, ainsi que l�Angoumois.</p><p>XVIe s. : elles constituent un fief de la puissance protestante en France.</p><p>1628 : la prise de La Rochelle par Richelieu marque le d�but de l�emprise totale de la royaut� sur ces provinces.</p><p>Aur�lien</p><p>En lat. LUCIUS DOMITIUS AURELIANUS (v.</p><p>214-275), empereur romain de 270 � 275.</p><p>Le pourfendeur</p><p>des Barbares</p><p>N� soit pr�s de Sirmium, en Pannonie, soit en M�sie, il �tait le fils d�un colon d�Illyrie et d�une pr�tresse du Soleil. Officier, il �tait admir� pour son courage : on l�appelait Main � l��p�e (Manus ad ferrum). Des chansons de soldats c�l�braient ses succ�s. Sa s�v�-</p><p>rit� �tait famili�re aux soldats : � Tiens le soldat, disait-il, que personne ne vole un poulet, un mouton, une grappe... �</p><p>En 240, il �tait aux prises avec les Francs dans la r�gion de Mayence.</p><p>Il battit les Goths en 257-258, et de nouveau en 269, o� il en fit un grand carnage dans les montagnes de l�Hae-mus (Balkan). � la mort de l�empereur Claude II le Gothique, il fut port� au pouvoir par ses soldats, alors que le s�nat d�signait le fr�re de Claude, Quintillus. Celui-ci ne tarda pas � mourir : on raconta qu�il s��tait ouvert les veines pour laisser la place � un homme de plus grande valeur que lui (270).</p><p>En m�me temps que la pourpre, Au-r�lien acqu�rait un empire menac� de toutes parts par les envahisseurs. Sit�t proclam�, il fit part de ses intentions r�-</p><p>solues : � J�ai de l�or pour mes amis et du fer pour mes ennemis. � Il partit en guerre contre les Juthunges, groupe de tribus germaniques qui d�ferlaient dans la Cisalpine, o� elles atteignaient V�-</p><p>rone. Il les prit � revers et les contraignit � n�gocier.</p><p>Peu apr�s, les Vandales envahirent la Pannonie ; Aur�lien leur coupa les vivres en ramenant le b�tail et les r�coltes dans les villes fortifi�es.</p><p>Les Vandales livr�rent des otages et fournirent des cavaliers auxiliaires � l�arm�e romaine. D�autres Barbares, les Alamans, apparurent � leur tour en Italie. Aur�lien tenta, mais en vain, de les prendre � revers, et les troupes romaines, attaqu�es par surprise pr�s de Plaisance, furent battues. La nouvelle de la d�faite sema la panique en Italie. On consulta les livres Sibyllins, on c�l�bra une procession expiatoire autour de la ville de Rome, on fit des sacrifices. Les Barbares, qui s��taient �parpill�s et n�avaient pas su exploiter leur avantage, furent battus � Fano et � Pavie (271).</p><p>La bataille de Plaisance eut comme cons�quence la construction d�un rempart pour prot�ger Rome ; une nouvelle ligne de fortifications, englobant la totalit� de l�agglom�ration, fut �difi�e en peu d�ann�es. Avec 19 km de longueur, 8 � 16 m de hauteur, c�est la plus importante enceinte fortifi�e de l�Empire romain.</p><p>L�unificateur de l�Empire</p><p>Les plus m�morables campagnes du</p><p>r�gne furent dirig�es contre le royaume de Palmyre. Cet �tat vassal avait �tendu son territoire et ses pr�tentions aux d�pens de l�Empire. Ses souverains, Vaballath et Z�nobie, s��taient mis � frapper des monnaies o� ils se qualifiaient d�Augustus et d�Augusta.</p><p>Aur�lien partit en campagne en 271. Il battit les Goths en Dacie, et tua leur roi Cannabas. La ville de Tyane ferma ses portes devant lui, mais elle �chappa au pillage par �gard pour la m�moire du thaumaturge local Apollonios.</p><p>� Antioche, Aur�lien trancha avec sagesse le diff�rend qui opposait l�h�-</p><p>r�siarque Paul de Samosate � son successeur orthodoxe au si�ge �piscopal, Domnus. Apr�s des combats � Daphn� et pr�s d��m�se, et une difficile travers�e du d�sert, Palmyre fut prise sans peine. La reine Z�nobie, captur�e, accusa ses conseillers de l�avoir pouss�e � la r�volte contre Rome. Parmi ceux-ci, qui furent ex�cut�s, figurait le rh�-</p><p>teur Longin (273). Quelques mois plus tard, Palmyre se r�voltait de nouveau, et Alexandrie suivait son exemple.</p><p>L�empereur revint � marches forc�es, entra sans combat dans Palmyre, qu�il laissa saccager par les soldats : la ville ne s�en releva jamais.</p><p>Le dernier adversaire, l�empereur des Gaules Tetricus, pr�f�ra renoncer � la lutte, malgr� l�importance de ses troupes (Ch�lons, 273 ou 274). La Gaule ne capitula pas aussi vite que son empereur : il fallut ch�tier Tr�ves et Lyon, puis expulser les Barbares, qui avaient profit� des circonstances pour se r�pandre partout.</p><p>Aur�lien laissa la vie � Tetricus et � Z�nobie. Mieux : Tetricus se vit attribuer de hautes fonctions, et Z�nobie put couler des jours paisibles dans une villa de Tivoli, apr�s que tous deux eurent figur� au triomphe imp�rial de 274.</p><p>Les finances de l�Empire �taient renflou�es par le butin. La r�ussite des campagnes militaires assurait l�autorit� imp�riale et surtout le retour � l�unit� : l�Empire avait �t� en effet partag� en trois �l�ments, dont Palmyre et les Gaules, qui, luttant de leur c�t� contre des ennemis plus lointains, avaient</p><p>laiss� aux empereurs l�gitimes toute libert� d�action face aux Barbares du nord.</p><p>Le Soleil et</p><p>l�empereur-dieu</p><p>La politique int�rieure eut aussi le caract�re d�une restauration de l�auto-downloadModeText.vue.download 560 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1097</p><p>rit� : elle prolongeait le travail d�j� accompli par l�empereur Gallien.</p><p>Aur�lien restreignit les fonctions s�natoriales : des praesides de rang �questre furent de plus en plus souvent mis � la t�te des provinces, � la place des l�gats s�natoriaux. L�Italie semblait d�sormais assimil�e aux provinces, et c�est du r�gne d�Aur�-</p><p>lien que date l�usage d�en confier les r�gions � des correctores. La Dacie fut en grande partie �vacu�e, car sa d�fense se r�v�lait difficile. Pour m�-</p><p>nager la vanit� romaine, son nom fut attribu� � deux provinces situ�es au sud du Danube.</p><p>On croit pouvoir faire remonter � ce r�gne l�obligation impos�e aux villageois d�exploiter les terres abandonn�es, ce qui annonce le Bas-Empire.</p><p>La population de Rome b�n�ficia par contre de distributions gratuites �tendues : le pain rempla�a le bl�, la viande</p><p>de porc et le sel s�y ajout�rent, et l�empereur aurait projet� des plantations de vigne afin d�assurer une distribution de vin. En attendant, on vendait du vin � prix r�duit sous les portiques du temple du Soleil.</p><p>Ce temple du Soleil, dont l�emplacement exact est inconnu, fut �difi� par Aur�lien � son retour de Palmyre, et orn� des d�pouilles de l�Orient vaincu. Le culte �tait assur� par des pontifes de rang s�natorial. Pour Au-r�lien, le Soleil �tait le dieu supr�me, et son culte pouvait devenir une forme de culte officiel ; Aur�lien, empereur par la volont� divine, figure sur des monnaies recevant des mains du Soleil le globe qui symbolise le monde.</p><p>Il fut m�me le premier empereur � �tre salu� de son vivant du titre de dieu, dominus et deus, le premier aussi � se montrer en public la t�te ceinte d�un diad�me.</p><p>Aur�lien p�rit au bout de cinq ann�es de r�gne, assassin� � l�instigation d�un de ses secr�taires, pr�s de Byzance, alors que l�arm�e marchait contre les Perses (275).</p><p>R. H.</p><p>B L. Homo, Essai sur le r�gne de l�empereur Aur�lien (Fontemoing, 1904). / E. Will, Une fi-</p><p>gure du culte solaire d�Aur�lien, Jupiter consul vel consulens (Geuthner, 1960).</p><p>Aurillac</p><p>F CANTAL.</p><p>Auroch</p><p>F BOVID�S.</p><p>aurore polaire</p><p>F ORAGE MAGN�TIQUE.</p><p>auscultation</p><p>M�thode de diagnostic qui comporte l��tude des bruits normaux ou anormaux ayant leur si�ge principalement dans la cage thoracique, mais aussi dans l�abdomen ou au niveau du cr�ne, ou encore des vaisseaux.</p><p>C�est � Laennec* (De l�auscul-</p><p>tation m�diate, 1819) qu�est due la d�couverte de l�auscultation, qu�il sut int�grer d�embl�e dans la connaissance des maladies, en rapportant les bruits entendus aux l�sions correspondantes des organes. Il lui suffit de trois ans pour en �tablir l�essentiel de la s�m�iologie. La d�couverte de l�auscultation marqua la fin de l�empirisme m�dical ; en effet, si l�on songe � l�ampleur de l�inventaire des signes auscultatoires, fait par Laennec et son �cole, � la pr�-</p><p>cision de leurs descriptions, � la valeur encore actuelle de leur signification, il n�est pas exag�r� d�affirmer que cette m�thode ouvrit une nouvelle �re � la m�decine.</p><p>Auscultation</p><p>des poumons</p><p>En tant que proc�d� d�exploration physique du poumon, l�auscultation donne des renseignements appr�ciables. Cet examen doit �tre m�thodique et sym�-</p><p>trique, comparant les deux c�t�s du thorax. Il peut se faire � l�oreille nue, par l�interm�diaire d�un linge pos� sur la r�gion � examiner � c�est l�auscultation imm�diate � ou, plus fr�-</p><p>quemment, gr�ce au st�thoscope : c�est l�auscultation m�diate. Le caract�re</p><p>des bruits respiratoires doit �tre pr�cis� ainsi que leur modification � chacun des deux temps inspiratoire et expiratoire, de m�me que le retentissement de la voix ou de la toux.</p><p>Bruits normaux</p><p>Les bruits respiratoires normaux r�sultent des vibrations, dans l�arbre respiratoire, de la colonne d�air mis en mouvement par l�inspiration et l�expiration. Il s�agit de deux bruits distincts : l�un, bruit respiratoire pulmonaire, ou murmure v�sicatoire, indique la p�n�tration de l�air dans le tissu pulmonaire ; l�autre, bruit respiratoire bronchique, est celui que l�inspiration et l�expiration font entendre dans le larynx, la trach�e, les grosses bronches.</p><p>Bruits anormaux</p><p>L�intensit� et la qualit� de ces bruits d�pendent de l�importance du d�bit respiratoire et surtout de leurs modifications pathologiques. Celles-ci sont de trois ordres.</p><p>y En premier lieu, des alt�rations provoquent une respiration anormale : il peut s�agir d�anomalies d�intensit� (respiration forte ou respiration faible), dues � divers processus pathologiques, d�anomalies de rythme (modification de la fr�quence ou de la dur�e relative des deux temps, telle par exemple l�expiration prolong�e de l�emphys�me), d�anomalies de tonalit� (sous forme de respiration dite � grave �</p><p>ou � aigu� �), enfin d�anomalies de timbre, qui constituent essentiellement la respiration rude � pr�dominance inspiratoire, �voquant le d�but d�une congestion pulmonaire.</p><p>y En second lieu figure la substitution de souffles au murmure respiratoire. Il ne s�agit pas de bruits surajout�s, mais du souffle laryngo-trach�al physiologique anormalement transmis par une cause pathologique.</p><p>Parmi les principaux souffles pathologiques, il convient de citer : le souffle tubaire, transmis par un poumon condens� (c�est le plus intense des souffles, et son intensit� est plus forte pendant l�inspiration ; il caract�-</p><p>rise la pneumonie) ; le souffle pleural (c�est un souffle doux, lointain, s�entendant surtout � l�expiration et dans les petits �panchements pleuraux ; il dispara�t en cas de gros �panchements) ; le souffle caverneux (c�est un souffle per�u aux deux temps, mais � pr�dominance inspiratoire et de tonalit� tr�s grave), qui n�appara�t qu�en cas de cavit� communiquant avec les bronches ; plus la caverne est vaste, plus le timbre devient amphorique ; enfin le souffle amphorique (caract�ris� essentiellement par un timbre m�tallique et une faible intensit�) ; il s�observe notamment dans les</p><p>pneumothorax.</p><p>y En troisi�me et dernier lieu doit �tre envisag�e l�apparition de bruits adventices. Il en est ainsi des frottements secs et humides, dus � la pr�sence de fausses membranes �</p><p>la surface des feuillets de la pl�vre et appartenant aux pleur�sies. De m�me, les r�les peuvent �tre secs ou humides. Les premiers sont des r�les ronflants, ou sibilants (rencontr�s dans l�asthme), les seconds sont des r�les cr�pitants (compar�s par Laennec � aux bruits du sel que l�on fait cr�piter � une chaleur douce dans une bassine �), �clatant sous l�oreille en fin d�inspiration et observ�s principalement lors des pneumopathies aigu�s, et des r�les sous-cr�pitants, per�us aux deux temps de la respiration, t�moins de bronchopneu-</p><p>mopathies. Tels sont les principaux �l�ments qui peuvent �tre appr�ci�s par l�auscultation pulmonaire. Il est � noter que celle-ci, jointe � la percussion, permet de reconna�tre dans les hydropneumothorax la succussion</p><p>hippocratique (bruit entendu � l�auscultation en secouant le malade).</p><p>Auscultation du coeur</p><p>L�auscultation cardiaque permet de reconna�tre les bruits normaux : premier bruit maximal � la pointe, suivi du petit silence, ou systole, deuxi�me bruit maximal � la base, suivi du grand silence, ou diastole. Elle d�c�le �galement les anomalies d�intensit� (par exemple assourdissement des bruits au cours de p�ricardites, ou son �clatant et m�tallique du deuxi�me bruit �</p><p>la base [appel� clangor]), de timbre et de rythme. Le d�doublement des bruits est surtout le fait du deuxi�me bruit du coeur (claquements des valvules de l�aorte et de l�art�re pulmonaire, qui doivent se faire ensemble).</p><p>Les bruits surajout�s consistent en frottement p�ricardique, en bruit de galop, signe d�insuffisance cardiaque, en roulement diastolique, traduisant un r�tr�cissement mitral, et en souffle systolique ou diastolique, t�moin d�insuffisance mitrale ou aortique. Les bruits normaux ou anormaux peuvent �tre enregistr�s sur bandes de papier (pho-downloadModeText.vue.download 561 sur 561</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 2</p><p>1098</p><p>nocardiogramme), l�enregistrement se d�roulant simultan�ment avec celui de l��lectrocardiogramme. Les anomalies cardiaques sont les plus int�ressantes � �tudier par ce proc�d�.</p><p>Les bruits du coeur du foetus sont auscult�s � travers la paroi abdominale de la m�re, gr�ce � un st�thoscope rigide.</p><p>Auscultation</p><p>des vaisseaux</p><p>Il reste � mentionner l�auscultation des vaisseaux p�riph�riques, int�ressante en cas d�an�vrismes art�riels ou art�-</p><p>rio-veineux et de thrombose des gros vaisseaux (carotide), l�auscultation de l�abdomen, permettant parfois d�entendre des souffles d�origine tumorale ou an�vrismale, enfin l�auscultation du</p><p>cr�ne, percevant le souffle de certains an�vrismes cirso�des.</p><p>M. R.</p><p>Les initiateurs de</p><p>l�auscultation</p><p>Gaspard Laurent Bayle, clinicien et anatomo-pathologiste fran�ais (Vernet, Provence, 1774 - � 1816).</p><p>Contemporain de Laennec, il fut le premier � pratiquer l�auscultation du coeur en vue d�en diagnostiquer les maladies ; c�est toutefois dans le domaine des maladies pulmonaires qu�il fit le plus progresser les connaissances m�dicales, en publiant en 1810 ses Recherches sur la phtisie galopante.</p><p>Ren� LAENNEC, v. l�article.</p><p>Austen (Jane)</p><p>�crivain anglais (Steventon 1775 -</p><p>Winchester 1817).</p><p>Au fond de son Hampshire natal,</p><p>qu�elle n�a jamais quitt� sauf pour un s�jour de quelques ann�es � Bath, cette provinciale pr�sente un cas � part parmi les �crivains du XIXe s. La science de l�avant-derni�re des huit enfants du recteur de Steventon se borne aux seuls auteurs anglais qu�il sied de conna�tre � une personne bien �lev�e. Elle m�ne une vie de petite bourgeoise campagnarde, insouciante au milieu de sa famille, qu�elle adore. Les mille petits riens d�une vie quotidienne tranquille l�occupent largement, et ses principaux soucis semblent plut�t �tre les r�unions mondaines, les bals de Basingstoke, la ville voisine, que l��tude ou la connaissance du monde et de son histoire.</p><p>Pourtant, c�est cette m�me jeune fille qui, � vingt et un ans, produit l�un</p><p>des chefs-d�oeuvre de la litt�rature anglaise : Pride and Prejudice (Orgueil et Pr�jug�, 1813). Ce livre donne toute la mesure de son art, son univers et sa technique. Comme Walter Scott et les premiers autres romanciers de l��re victorienne, Jane Austen se rattache � la tradition du XVIIIe s., mais alors que, chez Scott, c�est la forme, avec ses romans � �pisodes, qui rappelle Fielding, Smollett ou Sterne, miss Austen s�apparente � eux par le fond : elle est une moraliste et peint la r�alit� � la lueur de la raison. Par ailleurs, si le monde romanesque de Scott renferme une multitude bouillonnante, s�il appara�t � la mesure de l�histoire, celui de Jane Austen, strictement limit�, appartient, lui, � l�esp�ce domestique. Il n�y a rien de dramatique, de mouvement� dans Orgueil et Pr�jug�. Pas de personnages et de figurants en foule. Tout se passe dans le cercle �troit de la famille : relations entre parents et enfants, rapports de voisinage, observ�s avec une lucidit� psychologique impitoyable.</p><p>�crivain en dehors du courant</p><p>romantique naissant, miss Austen ne conna�tra de son vivant qu�un succ�s modeste plus ou moins �clips� par celui de Walter Scott, qui pourtant, un des premiers, saura lui rendre justice : � Cette jeune fille a un talent pour d�crire les difficult�s, les sentiments, les personnages de la vie quotidienne...</p><p>cette touche exquise m�est refus�e. �</p><p>Au moment o� la premi�re g�n�ration romantique des � lakistes � lance avec Wordsworth son hymne passionn� � la Nature, Jane Austen ignore le lyrisme au b�n�fice du r�alisme. Elle r�ussit la performance de cr�er un personnage de jeune fille, Elizabeth Bennet, sensible et attachant, sans s�attendrir pour ainsi dire jamais. Au moment o� Scott illustre brillamment l�art de la � romance �, on ne trouve dans Orgueil et Pr�jug� ni aventures h�ro�ques, ni chevauch�es, ni exploits dans ce halo d�ir-r�el que donne un cadre gothique, mais seulement une vision des personnages de l�int�rieur. Jane Austen appartient � la race classique dans une �poque illustr�e par Byron, Scott, Wordsworth, Shelley ou Keats. Guid�e par un souci conscient d�unit�, de perfection technique et de psychologie, elle ne retient l��v�nement qu�autant qu�il renforce</p><p>le th�me central. De narration pure et simple de la vie des h�ros, le roman devient alors une interpr�tation, mais son attitude au cours du d�veloppement demeure �minemment critique, quoiqu�elle n�intervienne jamais personnellement. Elle juge ses h�ros en fonction d�un syst�me de valeurs agr�� par la seule raison. Sensiblerie, senti-mentalit� ne sont pour elle que mati�re � satire, et l�humour qui baigne son oeuvre est empreint d�un certain scepticisme, que n�e�t pas d�savou� un La Fontaine. Malgr� l�intervalle � dont on conna�t mal le motif � qui s�pare sa premi�re oeuvre (The Watsons, 1804, publi�s en 1871) des autres romans (Raison et Sensibilit�, 1811 ; Mansfield Park, 1814 ; Emma, 1815 ; Persuasion, 1818 ; Northanger Abbey, 1818), on observe une continuit� remarquable de son art et de ses id�es : sa technique demeure toujours aussi serr�e, plus que jamais l�ironie y sert de v�hicule � ses jugements moraux, qui apparaissent de plus en plus lucides et de moins en moins tendres. Charlotte Bront� d�noncera d�ailleurs en des termes tr�s durs l�absence de passion dans l�oeuvre de Jane Austen. Premi�re d�une lign�e dont la filiation extr�me produira Henry James, Jane Austen appartient � cette famille de romanciers qui, selon l�expression de Robert Liddell, �crit du</p><p>� roman � l��tat pur �.</p><p>D. S.-F.</p><p>B K. et P. Rague, Jane Austen (Bloud et Gay, 1914). / R. W. Chapman, Jane Austen : Facts and Problems (Oxford, 1948). / I. Simon, Formes du roman anglais de Dickens � Joyce (Li�ge, 1949). / S. T. Warner, Jane Austen, 1775-1817</p><p>(Londres, 1951). / W. E. Allen, The English Novel (Harmondsworth, 1958). / B. C. Southam (sous la dir. de), Jane Austen, the Critical Heritage (Londres et New York, 1968). / J. Natanson, Jane Austen (P. U. F., 1976).</p><empty-line/></section></body><binary id="cover" 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