<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>antique</genre><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><book-title>GE 10-Guesde-Ingres</book-title><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>ru</lang><keywords>antique</keywords></title-info><document-info><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><program-used>calibre 3.44.0, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date>16.8.2020</date><id>0a2e76fc-99f9-445f-84a7-7c0d8b4929b5</id><version>1.0</version></document-info><publish-info><year>0101</year></publish-info></description><body><section><empty-line/><empty-line/><p>*Titre : *La Grande encyclop�die. 10, Guesde-Ingres / Larousse</p><p>*Auteur : *Larousse</p><p>*�diteur : *Larousse (Paris)</p><p>*Date d'�dition : *1974</p><p>*Type : *monographie imprim�e</p><p>*Langue : * Fran�ais</p><p>*Format : *P. 5697 � 6332 : ill. en noir et en coul. ; 30 cm</p><p>*Format : *application/pdf</p><p>*Droits : *domaine public</p><p>*Identifiant : * ark:/12148/bpt6k1200521j</p><p>*Identifiant : *ISBN 2030009105</p><p>*Source : *Larousse, 2012-129431</p><p>*Relation : *Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb342941967</p><p>*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35113232b</p><p>*Provenance : *bnf.fr</p><p>Le texte affich� comporte un certain nombre d'erreurs.</p><p>En effet, le mode texte de ce document a �t� g�n�r� de fa�on automatique par un programme de reconnaissance optique de caract�res (OCR). Le taux de reconnaissance obtenu pour ce document est de 100 %.</p><p>downloadModeText.vue.download 1 sur 581</p><p><strong>Volume 10</strong></p><p>Cet ouvrage est paru � l�origine aux �ditions Larousse en 1974 ; sa num�risation a �t� r�alis�e avec le soutien du CNL. Cette �dition num�rique a �t� sp�cialement recompos�e par les �ditions Larousse dans le cadre d�une collaboration avec la BnF</p><p>pour la biblioth�que num�rique Gallica.</p><p>downloadModeText.vue.download 2 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5143</p><p>Guesde (Jules)</p><p>Socialiste fran�ais (Paris 1845 - Saint-Mand� 1922).</p><p>Les ann�es</p><p>de formation</p><p>Jules Guesde, de son vrai nom Jules Basile, est le fils d�un directeur d��tablissement libre, homme de droite et catholique pratiquant, p�re de cinq enfants. La vie est difficile. Malgr� un brillant succ�s au baccalaur�at, il n�est pas question de poursuivre des �tudes dans l�enseignement sup�rieur. Le jeune homme devient exp�ditionnaire-traducteur au minist�re de l�Int�rieur (1864).</p><p>Mais le journalisme l�attire. Pour ne pas faire tort au recrutement de l��tablissement que dirige son p�re, il prend le nom de jeune fille de sa m�re, Guesde. En 1869, il est secr�taire de r�daction au Progr�s lib�ral de Toulouse, qu�il abandonne, avec toute la r�daction, lorsque le journal vire vers la droite. Il collabore encore � la Libert� de l�H�rault, o� il r�clame la repr�sentation proportionnelle, et, d�s le 1er juin 1870, aux Droits de l�homme, de Montpellier, dont il devient le directeur et o� il m�ne la lutte contre la guerre � imp�rialiste et dynastique �, ce qui lui vaut d��tre emprisonn�. Hostile � l�armistice, il se rallie � la Commune* et la soutient dans les Droits de l�homme. Poursuivi par le gouvernement de Versailles, il est condamn� en juin 1871 � cinq ans de prison et 4 000 francs d�amende.</p><p>Pour �chapper aux cons�quences</p><p>de la condamnation, il se r�fugie en Suisse, o� il subit l�influence de Bakounine*, et rejoint la section juras-sienne de l�Internationale*. C�est sa phase libertaire.</p><p>Le climat de Gen�ve lui convient mal. Il va en Italie, o� il enseigne et o� il se marie � la fille d�un ancien soldat de Napol�on ; il y fonde la Correspondance franco-italienne et collabore � divers journaux d�extr�me gauche, dont l�Italia nuova et la Pl�be. Sa participation � l�action de l�Internationale entra�ne son expulsion ; entre-temps, il a commenc� � se forger sa propre conception du socialisme. Dans deux �crits compos�s � cette �poque, l�Essai de cat�chisme socialiste et De la propri�t�, il prend ses distances avec l�anarchisme*.</p><p>Apr�s un nouveau s�jour en Suisse, il est autoris� � rentrer en France en 1876.</p><p>Le vulgarisateur</p><p>du marxisme</p><p>Jules Guesde collabore aux Droits de l�homme, au Radical, � la R�volution fran�aise ; en 1877, il lance le premier hebdomadaire socialiste fran-</p><p>�ais, l��galit�, dont la parution sera plusieurs fois interrompue ; en 1880, il publie, avec Beno�t Malon (1841-1893), un quotidien, l��mancipation.</p><p>Condamn� � six mois de prison par la cour d�assises de Moulins pour avoir attaqu� Rothschild, il collabore, � sa sortie, au Citoyen, puis au Cri du peuple de Jules Vall�s* et fonde en 1885 le Socialiste.</p><p>La fr�quentation de jeunes intellectuels l�a convaincu de la pr�cellence du socialisme scientifique et de l�analyse marxiste. Dans ses articles, il va s�en faire le vulgarisateur.</p><p>Son emprisonnement lui donne le</p><p>loisir n�cessaire pour r�diger un Programme du socialisme r�volution-</p><p>naire fran�ais et pr�parer une brochure, Collectivisme et R�volution.</p><p>Au IIIe Congr�s ouvrier socialiste de France, tenu � Marseille en octobre 1879, les guesdistes l�emportent sur les r�formistes. Le but est de � pr�parer la formation d�un grand parti qui puisse, le moment venu, mettre la force au service du droit �. Ce parti sort du congr�s de Marseille sous le nom de F�d�ration du parti des travailleurs socialistes de France. Jules Guesde se rend � Londres au printemps 1880 pour y �laborer avec Marx* un programme pr�-</p><p>cis, qui est adopt� en novembre 1880</p><p>par le congr�s du Havre. Au congr�s de Saint-�tienne (1882), les sympa-thisants de Paul Brousse (1844-1912), partisans de structures f�d�rales, sont �limin�s. La conception centraliste de Guesde l�emporte dans le parti, qui prend alors le nom de parti ouvrier de France (P. O. F.) et d�o� les derniers anarchistes seront �limin�s en 1891.</p><p>Entre 1882 et 1890, Guesde tient plus de douze cents r�unions. Son visage de proph�te asc�tique, son �loquence �pre, sa parole coupante,</p><p>son don des formules frappantes lui assurent un grand ascendant sur les foules ouvri�res. Mais, candidat aux �lections l�gislatives, il est trois fois battu : en ao�t 1881, en octobre 1885</p><p>et en septembre 1889. C�est seulement le 20 ao�t 1893 qu�il est �lu d�put� de Roubaix, d�s le premier tour, par 6 879</p><p>voix contre 6 541 � l�ensemble de ses adversaires, sur 13 852 votants. Il ne sera pas r��lu aux �lections de 1898, battu par l�industriel Motte et �cart� pour quatre ans du palais Bourbon.</p><p>Mais il retrouve son si�ge en 1902, 1906, 1910, 1914 et 1919.</p><p>Les grands th�mes</p><p>de Guesde</p><p>C�est sans doute au cours de la premi�re l�gislature o� il si�ge au Parlement (1893-1898) que Jules Guesde exerce sur l�ensemble du mouvement socialiste le plus grand ascendant.</p><p>Le XIe Congr�s du parti ouvrier de France (Paris, oct. 1893) d�cide que les �lus � la Chambre devront se consid�-</p><p>rer comme l�avant-garde du prol�tariat en marche vers la conqu�te du pouvoir politique et d�fendre en toute circonstance les revendications ouvri�res.</p><p>L�action syndicale n�int�resse Guesde que dans la mesure o� elle permet le rassemblement des masses ouvri�res et l��veil de leur conscience. Il en va de m�me pour l�action coop�rative, tout �tant subordonn�, � ses yeux, � la prise du pouvoir. La solidarit� internationale des prol�taires n�exclut pas le droit et m�me le devoir de d�fendre la nation contre toute agression : � La France attaqu�e n�aurait pas de plus ardents d�fenseurs que les socialistes du parti ouvrier. �</p><p>Guesde r�clame la journ�e de huit heures, condamne les � lois sc�-</p><p>l�rates �, oppose le socialisme � l�anarchie, se risque (20 nov. 1894) � brosser un tableau de la future r�volution collectiviste, oppose (15 et 24 juin 1896) le socialisme ouvrier au catholicisme* social d�Albert de Mun et au lib�ralisme bourgeois de Paul Deschanel.</p><p>Guesde et l�unit�</p><p>socialiste</p><p>Jules Guesde a sans doute cru, � ce moment, qu�il arriverait � grouper dans le parti ouvrier de France tous les militants socialistes dignes de ce nom, et il a vu d�abord en Jaur�s* un de ses lieutenants possibles. En fait, il s�est heurt� � de tr�s vives r�sistances, dues pour une part � son temp�rament autoritaire, d�autre part aux tendances partiellement contradictoires des socialistes fran�ais, dispers�s � ce moment en plusieurs organisations rivales.</p><p>Au moment o� certains esp�raient une r�alisation prochaine de l�unit� par la fusion, la participation d�Alexandre Millerand (1859-1943), socialiste ind�-</p><p>pendant, au cabinet de Waldeck-Rousseau aux c�t�s de Gallifet � l�un des g�n�raux versaillais qui ont r�prim� la Commune � fournit � Jules Guesde un th�me d�opposition � Jaur�s, qui a cautionn� l�exp�rience. Deux congr�s pr�paratoires � l�unit� n�aboutissent qu�� un regroupement partiel. Guesde et �douard Vaillant (1840-1915) cr�ent le Parti socialiste de France (3 nov.</p><p>1901), tandis que Jaur�s fonde le Parti socialiste fran�ais (2-4 mars 1902).</p><p>Sous la pression de l�Internationale socialiste, l�unit� se r�alise cependant apr�s le Congr�s international d�Amsterdam (avr. 1904). Elle se fait sur des positions beaucoup plus proches du guesdisme que du jauressisme, condamnant par exemple le minist�rialisme et obligeant les �lus socialistes � voter contre le budget de l��tat bourgeois. Guesde escomptait peut-�tre que Jaur�s ne se plierait pas � ces obligations et se mettrait en dehors du Parti socialiste unifi�. Mais il les accepte au congr�s de la salle du Globe, � Paris, en avril 1905, bient�t abandonn� par certains de ses lieutenants ; Guesde, � ce moment, para�t avoir gagn� la partie contre Jaur�s.</p><p>De 1905 � 1914</p><p>En fait, il va la perdre. Son �tat de sant� lui rend difficile une action continue. Son autoritarisme �carte de lui quelques-uns de ses amis, s�duits par le prestige de Jaur�s apr�s 1905. Les syndicalistes r�volutionnaires, de leur c�t�, pr�f�rent Jaur�s � Guesde. Si,</p><p>aux �lections de Roubaix, les majorit�s rassembl�es par Jules Guesde vont en augmentant, ses interventions � la Chambre et dans les congr�s sont plus rares et portent moins. Le dernier de ses grands discours au palais Bourbon est prononc� � la suite de la gr�ve des cheminots (oct. 1910), o� il attaque Briand*, ancien d�put� socialiste de la tendance de Jaur�s devenu pr�sident du Conseil, qui a bris� la gr�ve.</p><p>De 1914 � 1922</p><p>Devant la guerre, l�attitude de Guesde est conforme � ce qu�il avait toujours dit : la gr�ve g�n�rale, dans ces circonstances, serait un crime ; elle ne pourrait que profiter � l�ennemi et se retournerait contre le socialisme. Aussi accepte-t-il de devenir ministre d��tat dans le cabinet Viviani, et il le demeurera dans les cabinets suivants jusqu�en d�cembre 1916.</p><p>Devant la r�volution d�Octobre, son jugement est nuanc� : il lui para�t anormal que le socialisme tente de s�instaurer dans un pays de structure arri�r�e et essaie, cependant, de se subordonner l�ensemble du mouvement ouvrier.</p><p>Guesde ne sera donc pas de ceux qui, downloadModeText.vue.download 3 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5144</p><p>au congr�s de Tours (1920), voteront le ralliement � la IIIe Internationale.</p><p>Mais il n�acceptera aucune entreprise contre-r�volutionnaire.</p><p>Originalit� du guesdisme</p><p>Le parti ouvrier de France a �t� le premier parti fran�ais de masse (2 000 ad-h�rents en 1889 ; 10 000 en 1893 ; 17 000 vers 1898), organis� avec ses sections, ses f�d�rations, ses congr�s d�partementaux et nationaux, sa discipline. Introducteur en France de la manifestation du 1er mai en 1890, il se heurte, � partir des derni�res ann�es du si�cle, � la concurrence du syndica-lisme r�volutionnaire, qui, lui, consid�re la prise du pouvoir comme n�cessairement d�cevante. Les jauressiens lui reprochent de vivre repli� sur lui-</p><p>m�me, de ne pas avoir accord� � la lutte pour la lib�ration de Dreyfus l�importance qu�elle m�ritait et d�ajourner au lendemain de la prise du pouvoir tout effort de construction r�volutionnaire.</p><p>� l�heure de sa plus grande in-</p><p>fluence, le guesdisme compte parmi ses adh�rents 60 p. 100 de travailleurs de l�industrie (dont 15 p. 100 du textile, 12 p. 100 de m�tallurgistes), 17 p. 100</p><p>de commer�ants, 7 p. 100 de paysans, petits propri�taires exploitants, souvent vignerons ou horticulteurs.</p><p>G�ographiquement, le guesdisme</p><p>repose :</p><p>1o sur la France du Nord (la conurbation lilloise, le tulle calaisien), le Nord et le Pas-de-Calais repr�sentant la moiti� des effectifs du P. O. F. ;</p><p>2o sur un certain nombre de foyers du Massif central (Montlu�on, Com-mentry, Limoges, Saint-�tienne,</p><p>Roanne), o� l�industrie est � la fois houill�re, m�tallurgique, textile et diverse, avec des prolongements vers Lyon et l�Is�re ;</p><p>3o sur la France m�diterran�enne (Aude, H�rault, Gard, Bouches-du-Rh�ne), o�, paradoxalement, le guesdisme prolonge la tradition d�mocrate socialiste de 1848-1851 ;</p><p>4o sur un certain nombre d��lots (Bordeaux, Troyes).</p><p>Dans le mouvement syndical, c�est la F�d�ration du textile qui a �t� le principal bastion du guesdisme avec Victor Renard.</p><p>Parmi les militants connus qui ont subi l�influence de Jules Guesde il faut citer Alexandre Bracke-Desrous-seaux (1861-1955), Marcel Cachin (1869-1958), Ad�odat Comp�re-Morel (1872-1941), Paul Faure (1878-1960), Jean Lebas (1878-1944), personnages qui, face aux �v�nements post�rieurs � 1914, devaient adopter des positions tr�s diverses.</p><p>G. L.</p><p>F Internationales / Jaur�s (J.) / Socialisme.</p><p>A. Z�va�s, Jules Guesde, 1845-1922 (Ri-vi�re, 1928). / G. Lefranc, le Mouvement socialiste sous la Troisi�me R�publique, 1875-1940</p><p>(Payot, 1963). / C. Willard, le Mouvement socialiste en France (1893-1907). Les guesdistes (�d.</p><p>sociales, 1965).</p><p>Les principales oeuvres de</p><p>J. Guesde</p><p>(avec leur date de</p><p>publication)</p><p>1871 le Livre rouge de la justice rurale.</p><p>1878 Essai de cat�chisme socialiste.</p><p>1879 la Loi des salaires et ses cons�quences ; Collectivisme et R�volution ; le Collectivisme au Coll�ge de France.</p><p>1883 le Programme du parti ouvrier.</p><p>1885 Services publics et socialisme.</p><p>1898 le Socialisme au jour le jour.</p><p>1901 Quatre Ans de lutte de classe � la Chambre (1893-1897) ; �tat politique et morale de classe.</p><p>1911 Questions d�hier et d�aujourd�hui ; En garde ! Contre les contrefa�ons du socialisme et la fausse monnaie des r�formes bourgeoises.</p><p>Guevara (Ernesto,</p><p>dit Che)</p><p>Homme politique argentin (Rosario 1928 - r�gion de Valle Grande, Bolivie, 1967).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Son p�re descendait de notables provinciaux et sa m�re de l�aristocratie de Buenos Aires. Apr�s une enfance provinciale, Ernesto Guevara fait des �tudes de m�decine � l�universit� de Buenos Aires et se passionne pour A. Schweitzer et G&#x101;ndh&#x12B;. En 1951-52, il part avec un ami pour �tudier les communaut�s de l�preux de l�Am�-</p><p>rique du Sud. En moto, ils traversent le Chili et le P�rou, puis, sur un radeau, ils descendent un affluent de l�Amazone. Guevara r�ve alors de devenir un grand m�decin pour aider l�humanit�.</p><p>En 1953, apr�s avoir termin� ses �tudes, il reprend son voyage, interrompu par la guerre civile en Colombie, et rejoint des amis au Guatemala.</p><p>C�est l�, au milieu de jeunes r�volutionnaires venus de tout le continent et attir�s par le r�formisme du colonel Arbenz, qu�il commence � s�int�resser � la politique. Il re�oit alors le surnom de � Che �. Lorsque les �tats-Unis provoquent la contre-r�volution militaire de juin 1954, il part pour le Mexique, o� il va rencontrer les exil�s cubains.</p><p>La r�volution cubaine</p><p>Che Guevara fait la connaissance des fr�res Castro en 1955 et accepte de participer � leur tentative de d�barquement en qualit� de m�decin. Apr�s quelques mois d�entra�nement au</p><p>Mexique, les r�volutionnaires s�embarquent sur le Granma et abordent � Cuba le 2 d�cembre 1956. L��chec initial permet � Guevara de donner sa mesure ; il �crira : � Ces consultations donn�es aux paysans de la Sierra ont transform� ma r�solution spontan�e et quelque peu lyrique en une force sereine et de qualit�. Il n�y a rien comme vivre une r�volution pour faire l��ducation d�un honn�te homme [...]. C�est le peuple qui forme ses chefs. � Fidel Castro dira, de son c�t�, que Guevara �tait aim� de tous et admir� pour son courage extraordinaire, doublement admir� en tant qu��tranger combattant pour Cuba : � S�il avait son talon d�Achille comme gu�rillero, c��tait par exc�s de qualit� agressive, � cause de son absolu m�pris du danger. �</p><p>Le � petit m�decin � devient ainsi le � comandante � de la brillante campagne de Las Villas, qui brise le r�gime de Batista. En 1959, � trente et un ans, le � Che � parvient � la gloire nationale et internationale ; directeur de l�Institut national de la r�forme agraire (I. N. R. A.), pr�sident de la banque nationale et ministre de l�Industrie, il est la conscience de la r�volution cubaine.</p><p>Au cours de ces br�ves ann�es, il fait conna�tre ses id�es � travers quelque trois cents articles, discours, lettres et entrevues accord�es � la presse. Qu�il s�agisse du budget cubain, de la strat�gie r�volutionnaire internationale</p><p>ou de l��levage des b�tes � corne, le style en est pol�mique et pressant ; l�urgence morale de l�action ne permet pas de d�velopper une coh�rence rigoureuse, mais donne l�occasion � l�enthousiasme et � la g�n�rosit� de se manifester.</p><p>� Dans un monde domin� par les</p><p>forces du mal, l�homme nouveau serait engendr� par la r�volution et la lutte sans merci. Si c�est une vraie r�volution, on gagne ou l�on meurt. � Le</p><p>� Che � a opt� pour le marxisme parce que c�est pour lui la mani�re de rendre</p><p>� scientifique � son honn�tet�, sa g�-</p><p>n�rosit� et sa d�cision de combattre, parce que, dans la th�orie et les id�aux marxistes, il trouve ce camarade, incarnation de l�� homme nouveau �, meilleur et plus pur qu�aucun autre.</p><p>Le marxisme, avant d��tre un syst�me de lois �conomiques et sociales, est, � ses yeux, une morale r�volutionnaire g�n�reuse.</p><p>C�est pourquoi Guevara en vient � d�noncer les Sovi�tiques, au nom de l��thique marxiste ; il a �t� auparavant �limin�, � l��t� 1961, par les communistes cubains, qui d�noncent le � gau-chiste � Guevara, coupable d�avoir critiqu� les causes de la crise de production et pr�n� l�industrialisation et la sagesse �conomique. D�une certaine mani�re, il tombe comme Trotski � l�occasion d�un d�bat �conomique semblable.</p><p>Un, deux, beaucoup</p><p>de Vi�t-nam</p><p>Jusqu�en 1965, Guevara est rest� r�volutionnaire cubain � Cuba. � cette date, le Vi�t-nam prend la priorit� dans ses pr�occupations : � Le Vi�t-nam, qui incarne les aspirations, les espoirs du monde des peuples oubli�s, est seul</p><p>[...]. On doit l�accompagner jusqu�� la victoire ou la mort. �</p><p>Renon�ant � ses fonctions cubaines, le � Che � prend cong� de sa famille et de ses camarades, �crivant avec humour et ironie : � Je sens de nouveau les c�tes de Rossinante sous mes talons, me voil� de nouveau sur la route, l��cu au poing [...] essentiellement rien n�a chang�, sauf que je suis plus</p><p>conscient, que mon marxisme est enracin� et nettoy� [...]. Laissez-moi dire, m�me si j�ai l�air ridicule, que le vrai r�volutionnaire est guid� par un grand amour. �</p><p>Alors que les Am�ricains parlent de sa mort, il part en secret pour le Congo et combat durant l�hiver 1965-66 avec les rebelles. D��u, il rentre � Cuba. �</p><p>la fin de l�ann�e, il est en Bolivie pour y cr�er un autre Vi�t-nam.</p><p>Apr�s une pr�paration minutieuse et un d�marrage h�t� par la n�cessit�, le mouvement s�amorce en mars 1967, dans les for�ts du Sud-Est. Malgr� les emb�ches et l�isolement politique, les r�volutionnaires mettent le gouvernement en difficult� et l�obligent � demander l�aide militaire am�ricaine.</p><p>Mais les gu�rilleros doivent ensuite se replier sur la d�fensive. En octobre, le</p><p>� Che � est pris dans une embuscade et ex�cut�.</p><p>J. M.</p><p>F Am�rique latine / Bolivie / Castro / Cuba.</p><p>Che Guevara, Obra revolucionaria (Mexico, 1967 ; trad. fr. OEuvres, Masp�ro, 1968 ; 4 vol.) ; Obras, 1957-1967 (Masp�ro, 1970 ; 2 vol.) ; downloadModeText.vue.download 4 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5145</p><p>Scritti, discorsi e diari di guerriglia, 1959-1967</p><p>(Turin, (1969). / R. Vasquez Diaz, la Bolivie � l�heure du � Che � (trad. de l�espagnol, Masp�ro, 1968). / P. Gavi, Che Guevara (�d. universitaires, 1970). / M. Lowy, la Pens�e de � Che �</p><p>Guevara (Masp�ro, 1970). / J.-J. Nattiez, Che Guevara (Seghers, 1970). / A. Sinclair, Guevara (Londres, 1970 ; trad. fr., Seghers, 1970).</p><p>Guide (le)</p><p>F ACAD�MISME.</p><p>guide d�onde</p><p>Tube m�tallique de section vari�e permettant l�acheminement d�une onde �lectromagn�tique de fr�quence tr�s �lev�e par r�flexion sur les parois internes.</p><p>Aux fr�quences de l�ordre de plusieurs centaines ou milliers de m�gahertz, le c�ble coaxial ne peut plus servir qu�� �tablir des jonctions tr�s courtes, de l�ordre de quelques m�tres ou d�cim�tres, en raison de l�affaiblissement exag�r� des signaux. Le guide d�onde prend alors le relais de la transmission des signaux �lectromagn�-</p><p>tiques de tr�s haute fr�quence.</p><p>L�onde</p><p>�lectromagn�tique</p><p>Sa propagation dans le vide</p><p>Cette onde est constitu�e de deux vibrations vectorielles, perpendiculaires � leur direction de propagation p et perpendiculaires entre elles. Ces deux vibrations sont le champ �lectrique e et le champ magn�tique h. Dans le vide, ces deux champs vibrent en phase, et de leur variation simultan�e r�sulte la propagation de proche en proche d�une modification du milieu, propagation qui se fait de fa�on rectiligne et dans un sens d�pendant de leur orientation relative. Direction et sens sont ceux d�un vecteur p, appel� vecteur de Poynting (fig. 1) et dont la valeur, qui s�exprime en watts, est �gale � la valeur alg�-</p><p>Par rapport � une origine des espaces O et en fonction de l�abscisse z, le long de l�axe de propagation Oz, le champ e (exprim� en volts par m�tre) et le champ h (exprim� en amp�res par m�tre) ont respectivement pour valeur : c �tant la c�l�rit� avec laquelle l�onde se propage et qui est celle du changement d��tat.</p><p>Si le champ e est orient� suivant l�axe Ox et le champ h suivant l�axe Oy d�un tri�dre trirectangle (Oxyz), la propagation se fera suivant le troisi�me axe Oz (fig. 2).</p><p>Les grandeurs e et h ne sont pas in-d�pendantes l�une de l�autre, mais li�es par l�interm�diaire du milieu. Le rapport est une constante Z0 ind�pendante du temps et de l�espace, appel�e imp�dance d�onde et qui s�exprime en ohms :</p><p>Dans le vide, Z0 et c s�expriment en fonction des param�tres �lectrique et magn�tique du milieu, c�est-�-dire (dans le syst�me d�unit�s M. K. S. A.) la permittivit� �lectrique</p><p>et la perm�abilit� magn�tique</p><p>&#x3BC;0 = 4&#x3C0; . 10� 7, par les relations et c0 = 300 000 km/s.</p><p>L�air, milieu mat�riel, se comporte � peu pr�s comme le vide tant que la longueur d�onde ne devient pas trop courte. � partir de la gamme des ondes millim�triques, l�influence des constituants de l�air se manifeste. Encore faut-il que les distances parcourues soient suffisantes pour permettre un affaiblissement perceptible de l�onde.</p><p>Son comportement en pr�sence</p><p>d�un plan conducteur</p><p>� l�int�rieur d�un conducteur parfait, le champ est toujours nul. Une onde �lectromagn�tique qui tombe perpendiculairement ou non sur un plan conducteur parfait &#x3A3; ne peut y p�n�trer.</p><p>Les conditions � la surface de s�paration du milieu conducteur et du milieu ext�rieur (vide ou air) sont telles que le champ �lectrique total ne peut �tre que perpendiculaire au plan &#x3A3; ou nul et que le champ magn�tique total ne peut �tre que tangent au plan &#x3A3; ou nul ; le vecteur ne peut donc �tre que tangent � &#x3A3; ou nul (fig. 3). En un point M, l�onde r�fl�chie, qui prend naissance, donne avec l�onde incidente en ce point une onde totale qui v�rifie les conditions aux limites �nonc�es. Le rayon r�fl�chi pr est, dans le plan d�incidence, mat�rialis� par la normale n en M et le rayon incident pi, et l�angle de r�-</p><p>flexion est �gal � l�angle d�incidence (fig. 4). Il y a, d�autre part, retournement du vecteur e si celui-ci est parall�le au plan &#x3A3; (cas dit de la polarisation horizontale) et conservation du vecteur si celui-ci est parall�le au plan &#x3A3;</p><p>(cas dit de la polarisation verticale)</p><p>[fig. 5]. La r�flexion n�entra�ne pas d�affaiblissement, puisque l�onde ne p�n�tre pas dans le conducteur. Dans le cas d�un conducteur non parfait, l�existence d�une conductivit� non infi-</p><p>nie, donc d�une r�sistance non nulle, entra�ne une p�n�tration plus ou moins grande de l�onde dans le conducteur et, par voie de cons�quence, son affaiblissement. La p�n�tration &#x3B4; caract�rise la profondeur � laquelle l�onde doit parvenir pour que l�amplitude du champ �lectrique, par exemple, soit divis�e par 2,72. Son expression est li�e � la perm�abilit� &#x3BC;, � la conductibilit� &#x393; et � la fr�quence f par la relation Plus la conductibilit� &#x393; est grande, plus la p�n�tration &#x3B4; est petite. � la limite, pour les conducteurs parfaits, la conductibilit� &#x393; est infinie et la p�-</p><p>n�tration &#x3B4; est nulle. Si la fr�quence f augmente, la p�n�tration &#x3B4; diminue.</p><p>Pour un conducteur en cuivre, donc bon conducteur, la p�n�tration n�est que de 1,2 &#x3BC; � 3 000 MHz (&#x3BB; = 10 cm).</p><p>downloadModeText.vue.download 5 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5146</p><p>Son comportement en pr�sence</p><p>d�un plan de s�paration de deux</p><p>di�lectriques</p><p>Un di�lectrique est un milieu mat�riel caract�ris� par des propri�t�s bien d�finies vis-�-vis des ondes �lectromagn�-</p><p>tiques. Les param�tres qui le caract�-</p><p>risent sont la permittivit� �lectrique &#x454;, la perm�abilit� magn�tique &#x3BC;, comme pour le vide, et la conductibilit� &#x393;.</p><p>Les di�lectriques purs comme le vide sont des milieux o� la conductibilit� &#x393;</p><p>est nulle. Ils sont donc parfaitement transparents aux ondes �lectromagn�-</p><p>tiques. Le comportement g�n�ral des ondes �lectromagn�tiques en pr�sence d�un plan de s�paration de deux di�-</p><p>lectriques diff�rents est analogue � celui des ondes lumineuses, et l�on retrouve � cette occasion les fonctions classiques de r�flexion-r�fraction, de r�flexion totale et de polarisation. Dans le cas de di�lectriques purs, il n�y a pas d�affaiblissement lors du changement de milieu, mais seulement d�phasage.</p><p>Sous certaines incidences, dites incidences de Brewster, il peut y avoir blocage de la r�flexion.</p><p>Le guidage des ondes</p><p>Dans un espace compris entre deux plans conducteurs parall�les &#x3A3; et &#x3A3;&#x2032;, l�onde �lectromagn�tique se r�fl�chit sur chaque plan de fa�on telle que les conditions aux limites sur chacun d�eux soient respect�es. Ces conditions entra�nent l�existence d�une relation qui lie l�angle d�incidence &#x3A6; et la distance b entre les plans � la longueur d�onde, et qui est la relation fondamentale des ondes guid�es :</p><p>n �tant un entier positif diff�rent de z�ro.</p><p>En un point P situ� au-dessus d�un plan conducteur &#x3A3;, il existe deux ondes : l�une incidente, pi, aboutissant en un point M1 ; l�autre r�fl�chie, pi, en un point M2. Suivant la position de P, ces deux ondes sont dans des conditions de phase variable. S�il s�agit d�ondes polaris�es horizontalement, en certains points P les champs incident et ei r�fl�chi er peuvent s�opposer et s�annuler (c�est le cas de tous les points M) ; en d�autres points, au contraire, les champs ei et er peuvent s�additionner arithm�tiquement pour donner un champ double. La premi�re cat�gorie de points s�appelle noeuds de vibration pour le champ �lectrique, la seconde ventres de vibration pour ce m�me champ.</p><p>Les noeuds sont donc distribu�s, tout comme les ventres, sur des plans parall�les au plan &#x3A3; et espac�s de la quantit� &#x3BB; �tant la longueur d�onde (fig. 6).</p><p>Si l�on d�sire placer un plan &#x3A3;&#x2032; parall�le au plan &#x3A3;, il est indispensable que dans &#x3A3;&#x2032; r�gnent les m�mes conditions aux limites que dans &#x3A3;. On ne peut donc placer &#x3A3;&#x2032; n�importe o�, mais suivant un des plans nodaux, d�ailleurs quelconque. Si n est le num�ro d�ordre de ce plan � partir de &#x3A3;, la distance b de &#x3A3;&#x2032; � &#x3A3; est</p><p>Cette relation fondamentale d�termine l�ensemble des propri�t�s de base des guides d�onde.</p><p>1o Si le plan &#x3A3;&#x2032; est plac� suivant le plan nodal no 1, la distance b a pour valeur</p><p>Si b est impos� et si l�on fait varier &#x3BB;, l�angle &#x3A6; varie. Pour une valeur de &#x424; = 0, l�onde rebondit orthogonale-ment sur place entre les plans &#x3A3; et &#x3A3;&#x2032; ; il n�y a plus propagation suivant Oz (fig. 7a). On atteint ainsi la longueur d�onde de coupure &#x3BB;c du syst�me de guidage : &#x3BB;c = 2b ; la fr�quence de coupure correspondante est</p><p>o� c est la c�l�rit� de l�onde.</p><p>Pour qu�il y ait propagation, il faut donc &#x3BB; &lt; 2b.</p><p>2o Si la longueur d�onde &#x3BB; diminue, la quantit� cos &#x424; diminue et &#x424; augmente (fig. 7b et 7c). Il devient d�s lors possible de trouver des valeurs de &#x424;, &#x424;1, &#x424;2, &#x424;3, ..., telles que, pour une longueur d�onde &#x3BB; donn�e, on ait</p><p>La m�me onde de longueur &#x3BB; est, d�s lors, achemin�e par des faisceaux de diverses incidences, et le guidage se fait suivant divers r�gimes. Plus la longueur d�onde est petite et plus le nombre de r�gimes est grand (fig. 7d).</p><p>Pour qu�il y ait n r�gimes de propagation possibles, il faut que</p><p>Aucun r�gime n�est possible si n = 0, c�est-�-dire si</p><p>Types de guides d�onde</p><p>Le guide d�onde rectangulaire</p><p>C�est un tuyau � quatre parois conductrices orthogonales, dont deux constituent les plans &#x3A3; et &#x3A3;&#x2032;. Pour une longueur d�onde donn�e, le plus petit �cartement, b, est obtenu pour n = 1</p><p>(r�gime no 1 suivant la direction Oy) ; c�est �videmment le plus �conomique.</p><p>D�autre part, la multiplication des r�gimes abaisse les performances. En cons�quence</p><p>Les m�mes raisonnements appliqu�s aux deux autres parois &#x3A0; et &#x3A0;&#x2032;, perpen-</p><p>diculaires aux parois &#x3A3; et &#x3A3;&#x2032; et �cart�es de a, permettent d��crire</p><p>Or, il n�est pas n�cessaire d�entretenir une r�flexion entre &#x3A0; et &#x3A0;&#x2032;, puisque la propagation est assur�e par le r�gime no 1 entre &#x3A3; et &#x3A3;&#x2032;. L�absence de r�gimes d�oscillation entre &#x3A0; et &#x3A0;&#x2032; (r�gime no 0</p><p>suivant la direction Ox) conduit � �crire Un tel guide d�onde conduit donc la vibration �lectromagn�tique obligatoirement dans la direction Oz du guide sans affaiblissement, si les plans sont des conducteurs parfaits, et en observation rigoureuse des conditions aux limites caract�ris�es par les in�galit�s pr�c�dentes.</p><p>Lorsque le champ �lectrique est dans la section droite du guide, le r�gime est le r�gime TE01 (transversal-�lectrique, r�gime d�oscillation 0 suivant Ox, 1</p><p>suivant Oy) [fig. 8]. Ce r�gime est le r�gime fondamental de base du guide rectangulaire. Si, dans un guide donn�, on diminue la longueur d�onde &#x3BB;, c�est-</p><p>�-dire si l�on augmente la fr�quence, il appara�t des r�gimes tels que TE01, TE02, TE03, etc., correspondant � une multiplicit� de rayons.</p><p>Si le champ magn�tique est situ� dans la section droite, les r�gimes sont du type TM (transversal-magn�tique).</p><p>Le guide � section circulaire</p><p>Bien que g�n�ralement plus simple, le guide circulaire est d��tude bien plus complexe. Cette complexit� est due au fait que l�onde �lectromagn�tique n�est pas de r�volution autour de l�axe de downloadModeText.vue.download 6 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5147</p><p>propagation, alors que le guide � section circulaire l�est. Les champs e et h ne peuvent �tre tous les deux dans la section droite du guide ; donc le vecteur de Poynting ne peut �tre</p><p>axial, et l�onde se propage � l�int�rieur du guide non pas suivant l�axe de celui-ci, mais tout comme dans un guide</p><p>� section rectangulaire, par r�flexions successives sur la paroi circulaire.</p><p>Le c�ble coaxial peut �tre consid�r� comme un guide particulier. La pr�-</p><p>sence d�une �me m�tallique centrale permet aux champs e et h d��tre dans la section droite de la ligne, et l�onde se propage d�s lors suivant l�axe de sym�-</p><p>trie. Le r�gime est alors du type TEM</p><p>(transversal-�lectrique-magn�tique).</p><p>Les guides d�onde r�els</p><p>Le guide rectangulaire est le plus couramment utilis�. Il est constitu� de m�taux tr�s bons conducteurs, polis sur leur face interne (cuivre, laiton, recouvert ou non d�une pellicule d�argent) et prot�g�s par un vernis contre la corrosion. Certains guides sont faits de mat�riaux l�gers (aluminium), recouverts � l�int�rieur d�une pellicule d�un m�tal bon conducteur. Leurs formes (rectangulaire, carr�e, circulaire, elliptique), ainsi que leurs dimensions, varient selon leur mode et leur gamme d�utilisation.</p><p>Les dimensions d�un guide rectangulaire utilis� dans la gamme de fr�-</p><p>quence du r�gime TE01 (de 8 450 � 10 300 MHz) sont les suivantes : largeur de la section a : 10,16 mm ; longueur de la section b : 22,86 mm ; �paisseur des parois e : 1,5 mm env.</p><p>Les dimensions de certains guides peuvent atteindre 20 cm pour les gammes de fr�quence basse (900 MHz : radar, t�l�vision) et descendre jusqu�� quelques millim�tres pour les gammes de fr�quence �lev�e (quelques dizaines de milliers de m�gahertz). Les guides sont fabriqu�s industriellement, par �tirage suivant des longueurs de quelques m�tres, puis taill�s aux dimensions voulues.</p><p>Une r�alisation int�ressante, parce que facilitant la mise en oeuvre, est celle du guide souple, constitu� d�une bande m�tallique enroul�e en spirale ; ce guide donne satisfaction jusqu�� des fr�quences de l�ordre de 10 000 MHz.</p><p>Un autre type de guide flexible, de section elliptique, est form� d�une s�rie</p><p>de brides � pi�ge et de brides plates, afin de pallier les effets de la rupture de continuit� m�tallique entre deux �l�-</p><p>ments adjacents. L�ensemble est maintenu dans une enveloppe en gomme.</p><p>Tout comme une ligne de transmission classique, un guide d�onde a des param�tres de transmission. L�affaiblissement est fonction de la forme de la section, de la nature du conducteur, de la nature du r�gime. En effet, le conducteur utilis� n�est pas �lectriquement parfait ; on peut donc pr�voir des pertes � chaque r�flexion, pertes qui sont d�ailleurs fonction du r�gime et, pour un r�gime d�termin�, de la fr�-</p><p>quence. Enfin, l�affaiblissement d�-</p><p>pend des dimensions et de la forme de la section (fig. 9).</p><p>Le guide d�onde h�lico�dal</p><p>L�affaiblissement de propagation d�une onde TE01 dans un guide circulaire d�cro�t et tend vers 0 quand la fr�quence augmente. Or, � dimensions constantes du guide, l�augmentation de la fr�quence, donc la diminution de la longueur d�onde, a pour effet d�entra�-</p><p>ner l�apparition de r�gimes suppl�mentaires de plus en plus nombreux. Ces r�gimes non seulement ne sont pas n�-</p><p>cessaires pour assurer la propagation, mais sont m�me nuisibles. Il faut donc choisir un compromis entre affaiblissement et importance des r�gimes parasites. Le choix se porte sur un guide de 50 mm de diam�tre travaillant dans la gamme des 35 GHz, soit environ 0,85 mm de longueur d�onde. L�affaiblissement est de l�ordre de 3 dB/km (rapport 2 en puissance), ce qui permet des port�es de 20 km environ.</p><p>La r�alit� est, en fait, assez complexe. La conductibilit� non infinie des parois, le fait que les sections ne sont pas rigoureusement circulaires, les solutions de continuit� �lectrique entre tron�ons successifs du guide rendent le mode TE01 instable et peuvent le transformer en modes sup�rieurs, lesquels, en cr�ant de nouveaux modes TE01 d�-</p><p>phas�s par rapport au mode d�origine et interf�rant avec lui, engendrent des distorsions inacceptables.</p><p>Or, l�exploitation d�une des pro-</p><p>pri�t�s du mode TE01 peut emp�cher la cr�ation et la propagation des modes parasites. Dans un guide circulaire fonctionnant en r�gime TE01, le champ �lectrique est dans la section droite du guide et le champ magn�tique est toujours situ� dans un plan contenant l�axe du guide. La composante axiale de ce champ d�veloppe dans le conducteur des courants de circulation de section droite. Il n�est donc pas n�cessaire de m�nager pour ces courants une conductibilit� axiale de l�enveloppe, mais seulement une conductibilit� circulaire de la section droite. Si on r�alise une enveloppe en enroulant, � spires join-tives, sur un mandrin cylindrique, un fil de cuivre �maill�, donc isolant, on bloque toute possibilit� de cr�ation de courants de surfaces axiaux et l�on interdit ainsi tous les r�gimes pouvant les provoquer. Si la fabrication, qui se fait par longueur de 3 m, est tr�s d�licate, le raccordement des longueurs peut se faire sans pr�cautions sp�ciales.</p><p>Utilisation des guides</p><p>d�onde</p><p>Les guides d�onde de section rectangulaire ou circulaire sont utilis�s d�s l�instant que le transport des ondes fait appara�tre des affaiblissements exag�r�s. Ils sont employ�s conjointement avec d�autres pi�ces. En effet, une ligne de transmission est toujours associ�e � des �quipements localis�s qui permettent de faire subir au signal �lectrique transmis les modifications envisag�es par la technique servie (modulation, amplification, d�tection, changement de fr�quences, affaiblissement, filtrage, etc.). La mise en oeuvre des guides s�accompagne de celle d�organes actifs ou passifs (amplificateurs � ondes progressives, oscillateur � klystron, cavit� r�sonnante, etc.). La ligne de transmission n�est plus un fil m�tallique sur lequel on peut mesurer une intensit� ou un potentiel, mais elle limite aux parois du guide un espace en tout point duquel les ph�nom�nes �lectriques se manifestent par des champs magn�tique et �lectrique.</p><p>Les guides d�onde sont utilis�s dans les techniques de transmission par faisceaux hertziens, dans les gammes hyperfr�quences, dans les techniques</p><p>de d�tection d�obstacles (radar, navigation a�rienne et maritime), dans les techniques de diffusion � grandes puissances et sur ondes tr�s courtes. Les informations transmises, � la fois par l�onde porteuse et par le guide, sont de nature vari�e : signaux t�l�phoniques simples ou multiplex, signaux de t�l�vision, impulsions num�riques, donn�es.</p><p>Le guide d�onde h�lico�dal est mis en oeuvre comme une v�ritable ligne de transmission � grande distance (20 km). C�est, � l�heure actuelle, la ligne de transmission ayant la plus grande capacit� �valu�e en nombre de communications t�l�phoniques. Il a la possibilit� d�en transmettre simultan�ment plusieurs dizaines de milliers ainsi que plusieurs dizaines de programmes de t�l�vision.</p><p>downloadModeText.vue.download 7 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5148</p><p>Ces performances tiennent principalement au fait que, l�onde transmise �tant de fr�quence tr�s �lev�e, sa possibilit� de transmission l�est aussi. De plus, la nature physique de la ligne permet de maintenir avec un affaiblissement tr�s faible l��nergie � l�int�rieur du tube, alors que les proc�d�s classiques de rayonnement d�ondes �lectromagn�tiques entra�nent une dispersion obligatoire dans la propagation en espace libre, donc un affaiblissement consid�rable.</p><p>Enfin, on a r�alis� des guides d�onde qui ont des domaines d�utilisation tr�s particuliers et qui utilisent les propri�-</p><p>t�s de r�flexion totale des ondes �lectromagn�tiques � la surface de s�paration d�un di�lectrique et de l�air. Le r�gime de propagation dans une tige de section circulaire est une association d�un mode TE et d�un mode TM.</p><p>G. D.</p><p>F Courants porteurs (proc�d� de transmission par) / Faisceaux hertziens (proc�d� de transmission par) / T�l�communication.</p><p>Guillaume Ier le</p><p>Conqu�rant</p><p>(Falaise? v. 1027 - Rouen 1087), duc de Normandie (1035-1087) et roi</p><p>d�Angleterre (1066-1087), fils ill�gitime du duc Robert Ier de Normandie et d�une jeune Normande, Ariette, fille d�un peaussier originaire de Falaise.</p><p>La jeunesse</p><p>Guillaume est reconnu comme h�ritier l�gitime du duch� de Normandie par les barons normands r�unis en 1034 � la demande de son p�re, qui part pour un p�lerinage � J�rusalem. Il est plac� sous la tutelle d�un petit-fils de Richard Ier, l��nergique Gilbert de Brionne ; mais celui-ci est assassin� au cours de la r�volte f�odale qui suit l�annonce de la mort, en Anatolie, en juillet 1035, du duc Robert Ier. Guillaume passe sous la tutelle de l�instigateur de ce meurtre : Raoul de Gac�.</p><p>Le duc de Normandie</p><p>Apr�s douze ans d�anarchie sanglante en basse Normandie, p�riode au cours de laquelle Raoul de Gac� renonce � d�fendre le Vexin fran�ais et le ch�-</p><p>teau de Tilli�res-sur-Avre, assi�g� en 1036 par le roi de France, Henri Ier, le jeune duc de Normandie prend en main le gouvernement de sa principaut�. Presque aussit�t il doit faire face � une nouvelle r�volte de ses vassaux de basse Normandie ; cette r�volte est anim�e par Gui de Brionne, fils de Renaud Ier de Bourgogne et petit-fils, par sa m�re, du duc de Normandie Richard II. Craignant que le succ�s de Gui de Brionne n�entra�ne la constitution d�une principaut� normando-bour-guignonne fatale au domaine royal, le roi Henri Ier accorde aussit�t son aide f�odale � son vassal Guillaume le B�tard.</p><p>Vainqueur gr�ce � lui des rebelles au Val-�s-Dunes en 1047, le duc de Normandie confisque une partie des biens des rebelles, tels ceux des vicomtes du Bessin et du Cotentin ; en m�me temps, il contraint un grand nombre d�entre eux � recevoir des garnisons ducales dans leurs ch�teaux ; � tous, enfin, il impose le respect de la paix de Dieu, qu�il proclame � Caen en 1047 avec</p><p>l�aide d�un clerg� dont il choisit avec soin les dignitaires, ne nommant, en particulier � la t�te des monast�res qu�il fonde, que des adeptes de la r�-</p><p>forme clunisienne.</p><p>Ayant ainsi acquis l�appui du Saint-Si�ge, Guillaume affirme sa position parmi les grands f�odaux en �pousant vers 1053 Mathilde, fille du comte de Flandre Baudouin V. En fait, ce mariage n�est que l�un des �l�ments de sa politique dynamique, qui vise � �tendre son autorit� au-del� des fronti�res de la Normandie, dont il transf�re la capitale de Falaise � Caen, o� il fait construire le ch�teau ducal.</p><p>Guillaume dispose d�une arm�e</p><p>nombreuse gr�ce � l�institution de fiefs de haubert en faveur de chevaliers contraints � un service d�ost tr�s strict de quarante jours. Il resserre en outre son alliance avec Henri Ier pour �carter le puissant et dangereux comte d�Anjou, Geoffroi Martel, auquel il reprend Alen�on avant d�occuper Domfront en 1049.</p><p>En 1058, il fait m�me reconna�tre sa suzerainet� par le comte du Maine Herbert II, avant d�annexer sa principaut� en 1062 et de s�y maintenir par la force en 1073 et en 1084. Mais, entre-temps, il est devenu roi d�Angleterre.</p><p>La conqu�te de</p><p>l�Angleterre</p><p>Cousin germain du roi anglo-saxon �douard* le Confesseur, qui l�a bien accueilli en 1051 et qui lui a sans doute offert sa succession en 1065 par l�interm�diaire de l�archev�que de Canterbury, le Normand Robert de Jumi�ges, Guillaume est, en outre, parvenu � se faire pr�ter serment de fid�lit� quelques semaines plus tard par son comp�titeur le chef du parti anglo-saxon, Harold.</p><p>Une temp�te ayant jet� ce dernier sur les c�tes du Ponthieu, le comte du Ponthieu, Gui, l�a livr� au duc de Normandie, qui ne lui a rendu la libert� que contre cette promesse ayant trait sans doute � la succession d��douard.</p><p>Cependant, � la mort d��douard le Confesseur, le 5 janvier 1066, Harold se fait proclamer roi d�Angleterre d�s</p><p>le 6. Guillaume exploite aussit�t, gr�ce � une habile propagande, le parjure de l�earl saxon, parjure qui constitue le th�me central des Gesta Guillelmi ducis de Guillaume de Poitiers et de la tapisserie de Bayeux. Il obtient l�appui du pape Alexandre II, et l�ex-p�dition, partie de Saint-Valery-sur-Somme, d�barque � Pevensey (Sussex) le 29 septembre 1066. Vainqueur le 14 octobre de Harold II � Hastings, Guillaume est couronn� � Westminster le 25 d�cembre.</p><p>Il doit briser en d�cembre 1067 la r�volte du Kent, provoqu�e par la cupi-dit� de ses vassaux, puis en 1068 celles des partisans de Harold II � Exeter et � York, et en 1069 celle des Anglais du Nord, qui reconnaissent comme roi Edgar Atheling (ou Aetheling) avec l�appui des Danois de Svend Estrids-son. Ayant contraint ces derniers � r�embarquer, le roi d�Angleterre pratique dans les comt�s du Humber et de la Tyne une politique de la terre br�l�e qui incite � la soumission le Yorkshire en 1069, le Shropshire en 1070 et qui conduit le roi d��cosse Malcolm III, attaqu� sur son territoire, � renoncer � soutenir Edgar Atheling en 1072.</p><p>La r�organisation</p><p>de l�Angleterre</p><p>et la fin du r�gne</p><p>Imposant � ses troupes une s�v�re discipline, ne conc�dant � ses barons normands que les terres confisqu�es aux seuls partisans d�Harold, tu�s le 14 octobre 1066 ou r�volt�s entre 1066</p><p>et 1072, contraignant les propri�taires attentistes � tenir leurs terres de leur souverain pour prix de leur rachat, Guillaume le Conqu�rant introduit en Angleterre le r�gime seigneurial fran�ais.</p><p>Ce r�gime repose en fait sur le principe, d�j� appliqu� avec succ�s en Normandie, de la dispersion, � travers toute l�Angleterre, des manoirs, dont Guillaume confie en fief l�exploitation � 1 500 seigneurs anglais ou normands, qui en per�oivent les redevances et y rendent la justice. Ainsi, Guillaume peut, tout � la fois, r�tribuer les fid�-</p><p>lit�s anciennes ou nouvelles et b�n�-</p><p>ficier des avantages du syst�me f�odal (services d�ost, d�aide, de conseil, etc.), tout en emp�chant la constitution de puissantes principaut�s territoriales dangereuses pour l�autorit� du roi, qui est devenu, avec 1 422 manoirs, le premier propri�taire foncier d�Angleterre.</p><p>Consign�s en 1086 dans le Domes-</p><p>day Book, ou Livre du Jugement dernier (v. Angleterre), les r�sultats de ce bouleversement territorial traduisent le souci du souverain de traiter sur un pied de compl�te �galit� les tenanciers, qu�ils soient anglais ou normands et qu�il assujettit aux m�mes redevances, tel le danegeld d�un rapport annuel de 20 000 livres. Guillaume le Conqu�-</p><p>rant, qui dispose au total, gr�ce � son domaine, de 50 000 � 60 000 livres de revenus par an, appara�t comme l�un des souverains les plus riches de l�Occident.</p><p>Cela lui permet d�infl�chir dans le sens d�un renforcement du pouvoir royal les institutions anglaises, tout en respectant les traditions locales : maintien de la milice des centaines et des comt�s aupr�s de l�arm�e f�odale normande ; assimilation de la curia regis � l�ancien Witenangemot anglo-saxon ; attribution, � partir de 1075, de l�administration locale dans chaque comt� (shire) � des sheriffs analogues aux vicomtes du duch�. Mais, bien que choisissant ceux-ci exclusivement parmi des Normands, Guillaume ne parvient pas � briser leur tendance � l�h�r�dit� des charges.</p><p>En fait, celle-ci n�est pas encore dangereuse, car il dispose de l�appui de l��glise romaine, qui, elle, lui est re-connaissante de chasser les pr�lats indignes (l�archev�que Mauger � Rouen, l�archev�que Stigand � Canterbury) au profit de moines r�formateurs, qu�il affranchit de la tutelle de l�aristocratie locale : Maurille, abb� de la Trinit� de F�camp ; Lanfranc, abb� italien du Bec-Hellouin, en Normandie. Reconnaissante de cette politique antinico-la�te et antisimoniaque, pr�cis�e par de nombreux conciles (Winchester, 1072 ; Londres, 1075 ; Gloucester, 1080 et 1085), la papaut� renonce � disputer au roi d�Angleterre l�investiture la�que des �v�ques.</p><p>En fait, ne tol�rant d�autre autorit� que la sienne en Angleterre comme en downloadModeText.vue.download 8 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5149</p><p>Normandie, Guillaume jette les bases d�une puissante monarchie mi-continentale, mi-insulaire, que tout oppose � la monarchie cap�tienne, avec laquelle elle engage d�s 1074, sous l�impulsion de Philippe Ier, un conflit multi-s�culaire. Le roi de France accorde son soutien, en 1078, au fils r�volt� du Conqu�rant, Robert Courteheuse, tandis qu�Odon, �v�que de Bayeux et fr�re ut�rin de Guillaume, qui intrigue, lui aussi, est arr�t� et enferm� dans la tour du ch�teau de Rouen de 1082</p><p>� 1087. C�est en ex�cutant un raid de repr�sailles contre la ville fran�aise de Mantes que Guillaume le Conqu�rant meurt le jeudi 9 septembre 1087.</p><p>P. T.</p><p>F Angleterre / Normandie.</p><p>SOURCES. Guillaume de Poitiers,</p><p>Gesta Guillelmi ducis (�d. et trad. par R. Foreville, Les Belles Lettres, 1952).</p><p>F. M. Stenton, William the Conqueror and the Rule of the Normans (Londres, 1908). / R. Francis, William the Conqueror (Londres, 1915). /</p><p>H. Prentout, Histoire de Guillaume le Conqu�-</p><p>rant, t. I : le Duc de Normandie (Ozanne, Caen, 1936). / M. de Bouard, Guillaume le Conqu�-</p><p>rant (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1958 ; 2e �d., 1966). / D. C. Douglas, William the Conqueror, the Norman Impact upon England (Berkeley, 1964). / P. Zumthor, Guillaume le Conqu�rant (Hachette, 1964). / La Conqu�te de l�Angleterre par les Normands (A. Michel, 1968).</p><p>Guillaume Ier</p><p>d�Orange-Nassau</p><p>le Taciturne</p><p>(Dillenburg, comt� de Nassau, 1533 -</p><p>Delft 1584), stathouder de Hollande, de Z�lande et d�Utrecht (1559-1584).</p><p>L�opposition</p><p>Un grand seigneur</p><p>Guillaume de Nassau renonce en 1544</p><p>� ses droits patrimoniaux en Allemagne pour h�riter de son cousin Ren� de Chalon, outre la principaut� d�Orange, les titres et domaines des Nassau situ�s dans les Pays-Bas. Il devient ainsi l�un des premiers membres de la haute noblesse, appel� aux charges publiques les plus �lev�es. D�s 1549, il est admis dans l�entourage de Charles Quint, qui le prend sous sa protection et lui ouvre une brillante carri�re militaire.</p><p>L�opposition politique</p><p>L�abdication de Charles Quint au profit de Philippe II en 1555 marque un tournant dans la vie politique des Pays-Bas. L�offensive absolutiste du souverain, visant � enlever aux grands seigneurs toute participation effective dans les prises de d�cision gouvernementales, suscite l�opposition de la haute noblesse. Devenu membre du Conseil d��tat, chevalier de la Toison d�or et gouverneur de Hollande, le prince d�Orange ne se satisfait pas de charges honorifiques, mais ambitionne d�exercer une influence r�elle sur les affaires d��tat. Ses capacit�s et sa position le d�signent, malgr� son</p><p>peu d�exp�rience, comme le meneur de l�opposition.</p><p>L�opposition religieuse</p><p>Par ailleurs, les progr�s rapides enregistr�s par la R�forme renforcent le courant d�opposition � la politique de pers�cution religieuse. Le calvinisme se r�pand largement dans les masses artisanales prol�taris�es des grands centres urbains et du plat pays avoisinant ; les classes moyennes, inqui�tes de l�avenir �conomique, et la noblesse, appauvrie, sont gagn�es sinon � l�anticl�ricalisme calviniste, du moins � la tol�rance. � partir de 1564, la question religieuse domine enti�rement les d�bats politiques, cristallisant tous les m�contentements. En s�effor�ant vainement de contr�ler les divers courants d�opposition, le prince d�Orange se compromet irr�m�diablement.</p><p>Le gouvernement, dont l�autorit� est min�e par la d�saffection larv�e de la haute noblesse, ne peut pas davantage endiguer les troubles n�s de la r�pression. Au mois d�ao�t 1566, une vague de fureur iconoclaste d�ferle sur les Pays-Bas.</p><p>Le soul�vement</p><p>L��migration (1567-1572)</p><p>D�bord�s par les masses populaires, nobles et bourgeois se rallient en majorit� au pouvoir. Seuls les calvinistes militants se maintiennent dans l�opposition et organisent une r�sistance arm�e, vite r�prim�e. Sollicit� en vain par les r�volt�s, Guillaume ne se d�cide � joindre leurs rangs qu�� l�annonce des mesures de r�pression d�ci-d�es par Philippe II. En choisissant, comme des milliers d�autres, l��migration, il �chappe aux ex�cutions massives qui frappent indistinctement tous les opposants. L�absolutisme royal est introduit par la terreur dans les Pays-Bas. Convaincu de haute trahison, le Taciturne est condamn� par contumace � l�exil perp�tuel et � la confiscation de ses biens.</p><p>Dillenburg devient � partir de 1567</p><p>le foyer de la r�volte. De l� partent les pamphlets, armes de propagande downloadModeText.vue.download 9 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5150</p><p>redoutables ; l� s�organisent les entreprises militaires, toutes infructueuses, financ�es par l�endettement du prince.</p><p>Recherchant l�appui des huguenots, Guillaume participe en France � la troisi�me guerre de Religion ; au contact des r�form�s, son indiff�rence religieuse s�estompe. En 1572, sa grande offensive dans les Pays-Bas se solde par un nouvel �chec, pr�cipit� par la d�saffection des huguenots apr�s la Saint-Barth�lemy. Par contre, les</p><p>� Gueux de la mer � s�emparent de ports hollando-z�landais et, multipliant les coups de main contre les villes, s�assurent une base d�op�ration militaire plac�e sous l�autorit� du prince.</p><p>La d�cision militaire (1572-1576) Contre toute attente, le r�duit hollando-z�landais r�siste victorieusement aux forces espagnoles, tenues en �chec d�abord devant Alkmaar, puis devant Leyde. M�sestimant l�ampleur de la r�-</p><p>volte, menant par ailleurs une politique mondiale qui le conduit � une banqueroute retentissante, Philippe II trahit les limites de sa puissance. Le Taciturne, strat�ge moyen, mais homme d��tat remarquable, se pr�pare � en recueillir le b�n�fice politique.</p><p>La d�cision politique (1576-1579) Le d�c�s inopin� de Luis de Z��iga y Reques�ns (1528-1576), gouverneur g�n�ral des Pays-Bas, et la d�bandade des troupes espagnoles qui s�ensuit cr�ent un vide politique mis � profit par les �tats g�n�raux, qui se r�unissent ill�galement. Sous l�impulsion d�Orange, la paix entre les provinces r�volt�es et les �tats g�n�raux est bient�t conclue, et l�unit� des dix-sept provinces r�tablie. Lorsqu�en 1577 les �tats g�n�raux dictent leurs conditions au successeur de Reques�ns et se soli-darisent ensuite dans la r�volte, Orange semble avoir atteint son but ; le soul�vement g�n�ral des Pays-Bas unis contre l�absolutisme et contre l�intol�-</p><p>rance religieuse.</p><p>La guerre</p><p>d�ind�pendance</p><p>L�unit� d�action ainsi constitu�e r�siste cependant mal au particularisme provincial et au radicalisme calviniste.</p><p>Haec libertatis ergo</p><p>Le sentiment national qui anime le Taciturne n�est gu�re partag� par les �tats g�n�raux, conf�d�ration d��tats imbus de leur autonomie s�culaire. Alors que la libert� politique invoqu�e par le Taciturne s�oppose � l�absolutisme, les �tats, pour leur part, rejettent avant tout la centralisation unificatrice. L�autorit� du prince offre un contrepoids pr�caire aux forces centrifuges qui dominent les �tats g�n�raux.</p><p>Haec religionis ergo</p><p>Soucieux de cimenter l�union entre catholiques et calvinistes, le Taciturne d�fend par ailleurs une politique de libert� religieuse, rapidement compromise par les violences calvinistes.</p><p>Se fondant sur l��l�ment populaire, la minorit� calviniste s�assure partout pour un temps le contr�le des villes.</p><p>Le bouleversement social qu�entra�ne le pros�lytisme calviniste pr�cipite la r�action catholique.</p><p>Les Pays-Bas espagnols</p><p>Impuissant � r�fr�ner le dynamisme calviniste, le Taciturne ne peut, finalement, �viter la rupture, provoqu�e par la polarisation croissante des contradictions. Au clivage religieux se superpose un clivage socio-�conomique et politique. Dans les provinces � forte concentration urbaine, la bourgeoisie calviniste s�assure une influence politique pr�pond�rante ; dans les provinces de l�Est, � pr�dominance agraire, la noblesse catholique se maintient.</p><p>Les provinces wallonnes de l�Est, domin�es par l�aristocratie fonci�re et strat�giquement ind�fendables, se laissent, les premi�res, reconqu�rir.</p><p>Les provinces wallonnes m�ridionales, tr�s expos�es et socialement les plus menac�es par la position pr�caire de</p><p>la noblesse, monnaient leur soumission � l�ob�dience royale : conf�d�ration d�Arras (6 janv. 1579), confirm�e par la paix d�Arras (17 mai), o� une douzaine de provinces et seigneuries m�ridionales se r�concilient avec Philippe II. La menace militaire, loin d�affermir la solidarit� des conf�d�r�s, renforce encore les tendances particu-laristes. La reconqu�te du Brabant et de la Flandre substitue finalement une coupure militaire nord-sud au clivage est-ouest.</p><p>Les Provinces-Unies</p><p>L�offensive diplomatico-militaire espagnole donne au soul�vement un caract�re de guerre d�ind�pendance non pas nationale, mais conf�d�rale.</p><p>Les ouvertures vers la France et les avances faites � Henri duc d�Anjou valent au Taciturne, en 1580, la proscription qui lui co�tera la vie. L�ann�e suivante, les �tats g�n�raux proclament la d�ch�ance de Philippe II au profit d�Anjou. Inefficace, le duc perd rapidement toute popularit� ; un coup de main malheureux contre Anvers le contraint � se retirer en France. Destin� par les �tats de Hollande � prendre la succession d�Anjou comme comte de Hollande, le Taciturne meurt pr�matur�ment en 1584, victime d�un attentat.</p><p>Pater patriae</p><p>�loquent mais secret, ind�cis quoique tenace, le Taciturne reste controvers�.</p><p>S�est-il dress� contre le pouvoir royal avec d�sint�ressement ou par ambition d�mesur�e ? Son id�al politique n��tait-il pas r�actionnaire plut�t que r�volutionnaire ? �tait-il gagn� � la libert� religieuse par esprit de tol�rance ou par indiff�rence ? En d�pit des incertitudes, la signification historique du Taciturne demeure : par son ralliement, il a l�gitim� le soul�vement.</p><p>Si, finalement, la destin�e du prince se confond avec le destin politique des Provinces-Unies, c�est qu�aux moments d�cisifs il s�est toujours identifi� � la r�volte, sans pour autant renoncer � ses id�aux politiques. Quoique fonci�-</p><p>rement tol�rant, le Taciturne se sentait politiquement et m�me religieusement plus proche des calvinistes que de</p><p>l�absolutisme et de la Contre-R�forme.</p><p>Cette double fid�lit� � soi et � la r�volte a �t� consacr�e par l�histoire, qui a fait du Taciturne d�abord le p�re de la patrie conf�d�rale et protestante des Provinces-Unies, puis celui du royaume des Pays-Bas, d�butant par l��ph�m�re r�union du Nord et du Sud sous une dynastie dont il est le fondateur.</p><p>P. J.</p><p>F Hollande / Orange-Nassau / Pays-Bas / Provinces-Unies.</p><p>Correspondance de Guillaume le Taciturne, prince d�Orange, �dit�e par L. P. Gachard (Bruxelles, 1847-1858 ; 6 vol.). / C. V. Wed-gwood, William the Silent (Londres, 1944 ; trad. fr. Guillaume le Taciturne, Payot, 1947).</p><p>/ J. W. Berkelbach van den Sprenkel, Oranje, en de vestiging van de Nederlandse staat (Amsterdam, 1946 ; nouv. �d., 1960). / Y. Cazaux, Guillaume le Taciturne (A. Michel, 1970).</p><p>Guillaume II</p><p>d�Orange-Nassau</p><p>(La Haye 1626 - id. 1650), stathouder de Hollande (1647-1650).</p><p>Le stathoud�rat de Guillaume II</p><p>marque un point culminant dans le conflit s�culaire opposant le parti orangiste au parti r�publicain. Durant toute l�existence des Provinces-Unies s�est pos� le probl�me politique qui �tait � l�origine du soul�vement contre l�Espagne : celui de l��quilibre entre le pouvoir central et le pouvoir r�gional.</p><p>La d�limitation �quivoque des attribu-tions respectives des �tats g�n�raux et des �tats provinciaux, de m�me que la position ambigu� du stathouder ont entretenu un antagonisme symbolis� par l�opposition entre le pensionnaire de Hollande, chef du parti r�publicain, et le stathouder, porte-parole de tous les opposants � l�h�g�monie de la bourgeoisie hollandaise.</p><p>Fr�d�ric-Henri d�Orange-Nassau</p><p>(1584-1647) avait d�j� oeuvr� non sans succ�s au renforcement du stathoud�rat (1625-1647) et us� de son influence au profit de son fils : � partir de 1631, Guillaume fut reconnu successivement comme h�ritier dans toutes les provinces, y compris la Frise,</p><p>fait sans pr�c�dent. Poursuivant une politique �trang�re en accord avec ses pr�occupations dynastiques, Fr�d�ric-Henri s��tait attir� les faveurs de la monarchie fran�aise en favorisant l�alliance franco-hollandaise de 1635. Les marques de consid�ration dont il b�n�-</p><p>ficiait facilit�rent la conclusion d�un mariage princier � la cour d�Angleterre entre Guillaume et la fille de Charles Ier Stuart, Marie (1641).</p><p>R�agissant contre la politique �trang�re du stathouder, le parti r�publicain profita d�abord de la vieillesse de Fr�-</p><p>d�ric-Henri, puis du manque d�exp�-</p><p>rience de Guillaume II pour op�rer au d�triment de la France un rapprochement spectaculaire avec l�Espagne.</p><p>Fr�d�ric-Henri se r�signa aux n�gociations de paix hollando-espagnoles, men�es � bon terme � la veille de sa mort (1647). Guillaume II ne put pas davantage emp�cher la conclusion officielle de la paix en 1648. Nostalgique du trait� de partage des Pays-Bas espagnols conclu en 1635 entre Richelieu et les Provinces-Unies, il assistait avec d�pit � l�aboutissement de la guerre de l�ind�pendance, commenc�e quatre-vingts ans plus t�t.</p><p>Apr�s 1648, aucune des provinces ne remit en cause l�Union scell�e � Utrecht en 1579 pour la dur�e de la guerre contre l�Espagne. Si la conf�-</p><p>d�ration fut un moment �branl�e, c�est � la suite de contradictions opposant la politique dynamique et belliqueuse de Guillaume II � celle, mercantile et pacifique, des �tats de Hollande. � peine la paix sign�e, Guillaume II chercha � renouer avec la France l�alliance visant le d�membrement des Pays-Bas espagnols, dont l�affaiblissement rassurait la Hollande, tandis que le voisinage �ventuel de la France l�inqui�tait. Par downloadModeText.vue.download 10 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5151</p><p>ailleurs, il entendait intervenir aux c�t�s des Stuarts dans la guerre civile anglaise, alors que la Hollande jugeait essentiel � ses int�r�ts commerciaux le maintien de bons rapports avec l�Angleterre r�publicaine de Cromwell.</p><p>L��preuve de force entre le parti orangiste et le parti r�publicain s�engagea en 1650 au sujet de la fixation du taux de d�mobilisation. D�cid� � asseoir son autorit� par l�intimidation, Guillaume II fit arr�ter plusieurs repr�-</p><p>sentants des �tats de Hollande au m�me moment o� un coup d��tat frappait Amsterdam, bastion de l�opposition.</p><p>L�effet de surprise ayant �t� d�jou�, la ville fut assi�g�e. Mais les deux partis, l�un et l�autre enclins � n�gocier un compromis, d�nou�rent la crise au bout de quelques jours. L�issue de cette confrontation restait incertaine.</p><p>Quelques repr�sentants ayant �t� symboliquement �cart�s, la magistrature urbaine hollandaise sauvegardait son autonomie vis-�-vis du stathouder.</p><p>La mort impromptue de Guillaume II provoqua un retournement de la situation. Nul ne sait si les Provinces-Unies auraient connu � leur tour une guerre civile � l�exemple de l�Angleterre ou de la France, ni si une victoire du parti orangiste aurait signifi� la reprise des hostilit�s aux c�t�s de la France contre l�Espagne et l�intervention des Provinces-Unies dans les affaires anglaises. Par contre, la disparition de Guillaume II au moment o� son successeur n��tait pas encore n� assurait pour un temps le r�gne sans partage du parti r�publicain et du grand pensionnaire Jean de Witt.</p><p>P. J.</p><p>F Hollande / Orange-Nassau / Provinces-Unies.</p><p>A. Waddington, la R�publique des Provinces-Unies, la France et les Pays-Bas espagnols de 1630 � 1650 (Alcan, 1895-1897 ; 2 vol.). / G. W. Kernkamp, Prins Willem II (Amsterdam, 1942).</p><p>Guillaume III</p><p>(La Haye 1650 - Kensington 1702), stathouder des Provinces-Unies (1672-1702), roi d�Angleterre, d��cosse et d�Irlande (1689-1702).</p><p>Dans l�ombre de</p><p>Jean de Witt</p><p>Guillaume na�t huit jours apr�s la mort inopin�e de son p�re, le stathouder</p><p>Guillaume II, emport� le 6 novembre 1650 par la petite v�role. Cette disparition jette le d�sarroi dans le parti orangiste, qui vient de triompher des �tats de Hollande. Ceux-ci tirent tout de suite parti de l��v�nement. � leur demande, une assembl�e g�n�rale</p><p>des �tats des sept provinces d�cide de d�clarer chaque province souveraine et de ne pas donner de successeur � Guillaume II dans ses charges de capitaine g�n�ral et de stathouder de cinq provinces. Ainsi triomphent les th�ses r�publicaines favorables � l�h�g�monie de la province de Hollande. Jusqu�en 1672, le grand pensionnaire Jean de Witt* va dominer de sa personnalit� la R�publique n�erlandaise, arriv�e � l�apog�e de sa puissance. De leur c�t�, les orangistes attendront impatiemment, pour reprendre le pouvoir, que le jeune Guillaume III ait atteint l��ge d�homme.</p><p>Prot�g� par son oncle Charles II �</p><p>sa m�re est Marie Stuart, fille a�n�e de Charles Ier �, Guillaume est �duqu� par le plus implacable ennemi de sa famille, Jean de Witt, qui croit ainsi pouvoir neutraliser d�finitivement la remuante dynastie d�Orange. En fait, le grand pensionnaire minimisera toujours la valeur du jeune prince, qui se r�v�le rapidement d�une intelligence pr�coce et aussi, dans un milieu hostile, d�une imp�n�trable froideur.</p><p>Le temps semblant travailler pour lui, Jean de Witt se pr�occupe de consolider le r�gime de 1651 en d�veloppant les libert�s urbaines et en essayant de rendre impossible l�arriv�e au pouvoir de Guillaume. En 1654, � la demande de Cromwell, les �tats de Hollande s�engagent, par l�Acte de � s�clusion �</p><p>ou d�exclusion, � exclure � jamais la maison d�Orange du stathoud�rat de la province ; en 1667, ils votent l�abolition de la charge elle-m�me ; en 1670, l�Acte d�harmonie interdit le cumul des fonctions de capitaine g�n�ral et de stathouder d�une des six autres provinces ; cependant, Guillaume III, qui vient d�avoir vingt ans, devient membre du Conseil d��tat.</p><p>L�invasion des Provinces-Unies par</p><p>les Fran�ais en 1672 renverse toutes ces barri�res. Devant l�imminence du p�ril et sous la pression de l�opinion publique, Jean de Witt laisse les �tats g�n�raux nommer, le 24 f�vrier 1672, Guillaume III capitaine et amiral g�-</p><p>n�ral pour la dur�e de la campagne.</p><p>Bient�t le passage du Rhin par les troupes de Louis XIV (12 juin) et la prise d�Utrecht (20 juin) provoquent un sursaut national. Et, tandis que l�ouverture des digues sauve Amsterdam, les �tats de Z�lande, le 2 juillet, nomment Guillaume stathouder ; le 3, ceux de Hollande en font autant ; le 8, les �tats g�n�raux acceptent le r�tablissement du stathoud�rat et, malgr� l�Acte d�harmonie, nomment Guillaume capitaine g�n�ral et amiral g�n�ral � vie.</p><p>Le 20 ao�t, l�assassinat de Jean et de Cornelis de Witt assure le triomphe des downloadModeText.vue.download 11 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5152</p><p>orangistes. Guillaume re�oit le droit de choisir les membres des conseils de ville et tous les officiers jusqu�au grade de colonel ; en 1675, ses charges de stathouder (de cinq provinces) et de capitaine g�n�ral sont d�clar�es h�r�-</p><p>ditaires. S�appuyant sur le grand pensionnaire Caspar Pagel, un orangiste, il vient � bout de l�opposition r�publicaine et des �meutes foment�es � Haarlem et � Amsterdam.</p><p>Le ma�tre des</p><p>Provinces-Unies</p><p>D�s lors, Guillaume peut se donner enti�rement � son r�le d�animateur de la r�sistance hollandaise face aux Fran-</p><p>�ais. Mieux : champion de l��quilibre europ�en et du protestantisme menac�s par Louis XIV, il organise la r�sistance europ�enne. Avec l�Angleterre</p><p>� longtemps hostile aux ProvincesUnies �, il signe en 1674 une paix s�par�e ; en 1677, il �pouse sa cousine Marie, fille du duc d�York � le futur Jacques II. Parall�lement, il gagne l�appui de l�empereur, de l�Espagne et de plusieurs princes allemands. Si bien qu�� Nim�gue, en 1678, il obtient des conditions inesp�r�es, puisqu�elles maintiennent l�int�grit� du territoire</p><p>n�erlandais.</p><p>Il pousse alors ses avantages contre Louis XIV. Il est l��me de la Ligue d�Augsbourg, origine d�une guerre qui co�tera cher � la r�publique des Provinces-Unies ; cependant, les �tats g�n�raux, inquiets de la politique du nouveau roi d�Angleterre, Jacques II*, acceptent d�aider son gendre Guillaume � passer en Angleterre, d�autant que l�offensive fran�aise sur le Palatinat (oct. 1688) �carte pour la r�publique tout danger imm�diat.</p><p>Guillaume, qui a r�uni 600 vais-</p><p>seaux de transport et 15 000 soldats, d�barque � Torbay le 5 novembre</p><p>1688. Il entre � Exeter, marche sur Salisbury, o� s�est concentr�e l�arm�e royale ; mais celle-ci bat en retraite vers Londres et se d�bande. Jacques II, abandonn� de tous, s�enfuit : il est ar-r�t� � Faversham et ramen� � Londres.</p><p>Guillaume, embarrass�, favorise une seconde fuite en France de son beau-p�re : elle r�ussit.</p><p>� Londres, le prince d�Orange agit avec prudence ; c�est par les lords qu�il se fait confier le gouvernement provisoire du royaume et d�cide l��lection de ce qui va �tre le Parlement Convention. Celui-ci, r�uni � Westminster le 22 janvier 1689, met au point la D�-</p><p>claration des droits (Bill of Rights), qui, apr�s avoir �num�r� les ill�galit�s commises par Jacques II, rappelle les droits respectifs du roi et du Parlement. Le tr�ne �tant d�clar� vacant, Guillaume III d�Orange et Marie II Stuart sont proclam�s conjointement roi et reine d�Angleterre (22 janv.), apr�s avoir accept� la D�claration des droits, que l�Acte de Tol�rance (Tole-ration Act) vient compl�ter le 24 mai.</p><p>Roi d�Angleterre</p><p>Assez facilement accept� en �cosse, Guillaume III doit imposer par la force son autorit� dans l�Irlande jacobite.</p><p>Vainqueur sur la Boyne en juillet 1690, il se consacre d�s lors � la guerre contre Louis XIV. � la paix de Ryswick</p><p>(1697), les Provinces-Unies se voient accorder par la France d�importants avantages commerciaux et le droit de tenir garnison dans quelques places</p><p>fortes des Pays-Bas espagnols voisines de la fronti�re fran�aise (places dites de la Barri�re). Surtout Louis XIV, qui a accueilli les jacobites, accepte de reconna�tre Guillaume III et son �pouse comme souverains d�Angleterre.</p><p>La pr�sence presque permanente du roi sur le continent contribue � �tendre progressivement les droits du Parlement britannique au d�triment de la pr�rogative royale. Apr�s la mort de Marie, sans enfants, en d�cembre 1694, Guillaume r�gne seul. Il doit faire face en 1696 � un complot jacobite et � une grave crise �conomique provoqu�e par la prolongation de la guerre contre la France : cette crise est surmont�e gr�ce � une augmentation du capital de la Banque d�Angleterre, cependant que la paix est sign�e � Ryswick. La mort, en juillet 1700, du dernier fils d�Anne Stuart, h�riti�re d�sign�e de Marie et de Guillaume, pose le probl�me de la succession au tr�ne d�Angleterre : l�Acte de succession (Act of Settlement)</p><p>[10 f�vr. 1701] pr�voit finalement que la Couronne reviendra � la petite-fille de Jacques Ier, la protestante Sophie de Hanovre, et � ses h�ritiers.</p><p>Or, voici que, le 1er f�vrier 1701, Louis XIV a fait enregistrer par le parlement de Paris le maintien des droits de Philippe V d�Espagne � la couronne de France ; en m�me temps, des troupes fran�aises ont pris la place des garnisons hollandaises dans les forteresses de la Barri�re ; le roi s�est fait accorder par son petit-fils le gouvernement de fait dans les forteresses de la Barri�re. De plus, Philippe V octroie aux marchands fran�ais l�asiento, ou monopole de l�introduction des esclaves noirs dans les colonies espagnoles, privil�ge que poss�daient jusque-l� les Hollandais. D�s lors, Guillaume III, appuy� par le grand pensionnaire An-thonie Heinsius, r�ussit facilement � convaincre les �tats g�n�raux des Provinces-Unies de prendre la t�te de la Grande Alliance de La Haye (Empereur, Angleterre, Provinces-Unies), sign�e le 7 septembre 1701. Louis XIV</p><p>ayant r�pliqu� le 16 septembre � jour de la mort de Jacques II � Saint-Germain-en-Laye �, en reconnaissant Jacques III, son fils, comme roi d�Angleterre, Guillaume III et le peuple an-</p><p>glais, ouvertement brav�s, se pr�parent activement � la terrible guerre dite � de la Succession d�Espagne �.</p><p>La mort inopin�e de Guillaume III le 19 mars 1702 � des suites d�une chute de cheval � ne change rien � la d�termination des coalis�s. Mais, si Heinsius poursuit la lutte, l��re du stathoud�rat est close pour longtemps dans les Provinces-Unies, qui vont sortir �puis�es de quarante ans de guerre.</p><p>Quant � l�Angleterre des Hanovre*, elle va passer sans heurts et d�finitivement dans l��re du parlementarisme.</p><p>P. P.</p><p>F Grande-Bretagne / Guillaume II / Hollande</p><p>/ Jacques II / Louis XIV / Orange-Nassau / Provinces-Unies.</p><p>Letters of William III and Louis XIV and their Ministers (Londres, 1848 ; 2 vol.). / Archives ou Correspondance in�dite de la maison d�Orange-Nassau, 1584-1688 (Utrecht, 1857-1862 ; 5 vol.). / Correspondentie van Willem III en van Hans Willem Bentinck (La Haye, 1927-1937 ; 5 vol.). / M. Bowen, William, Prince of Orange, 1650-1673 (Londres, 1928). / N. Ja-pikse, Prins Willem III, de stathouder-koning (Amsterdam, 1930-1933 ; 2 vol.). / W. G�rard, Guillaume III d�Orange, William Rex conqu�-</p><p>rant de l�Angleterre (S. E. P. F. E., 1960). /</p><p>S. B. Baxter, William III (Londres, 1966).</p><p>Guillaume IV,</p><p>roi de Grande-</p><p>Bretagne et</p><p>d�Irlande</p><p>F GRANDE-BRETAGNE ET HA-</p><p>NOVRE (dynastie de).</p><p>Guillaume Ier</p><p>(Berlin 1797 - id. 1888), roi de Prusse (1861-1888) et empereur allemand (1871-1888).</p><p>Deuxi�me fils de Fr�d�ric-</p><p>Guillaume III (1770-1840), roi de Prusse (1797-1840), et de la populaire reine Louise, il participe, enfant, aux humiliations de sa famille et au r�veil de sa nation face � Napol�on. Capitaine en 1813, il accompagne son p�re dans la France envahie ; il re�oit la croix de fer au combat de Bar-sur-Aube. En juin</p><p>1815, il est dans l�arm�e de Bl�cher, qui, avec celle de Wellington, a d�finitivement raison de l�Empire fran�ais.</p><p>Il commande une division en 1820 et la garde royale en 1825. Il �pouse en 1829 Augusta de Saxe-Weimar (1811-1890), princesse aux tendances lib�-</p><p>rales et sympathique aux catholiques, qui, plus tard, incarnera � la Cour le parti antibismarckien. Le couple aura deux enfants : le futur Fr�d�ric III (n� en 1831) et Louise (n�e en 1838), qui �pousera le grand-duc de Bade Fr�d�ric Ier.</p><p>� la mort de son p�re, Fr�d�ric-</p><p>Guillaume III, et lors de l�av�nement de son fr�re Fr�d�ric-Guillaume IV</p><p>(1840), Guillaume re�oit le titre de prince de Prusse. Conservateur en politique, il participe en 1848 � l��crasement dans le sang des r�volutionnaires berlinois (18 mars) ; en 1849, il conduit l�arm�e charg�e d��touffer la r�volution badoise � ce qui lui vaut d�essuyer un attentat �, puis il est nomm� gouverneur militaire de la Rh�nanie-Westphalie. Cinq ans plus tard, il est feld-mar�chal et gouverneur de Mayence.</p><p>Fr�d�ric-Guillaume IV souffrant de troubles mentaux, Guillaume assure la r�gence � partir du 7 octobre 1858 ; le 2 janvier 1861, il devient le roi Guillaume Ier. Il n�a rien d�un Fr�d�-</p><p>ric II, mais, convaincu de la vocation exceptionnelle de l�Allemagne et du r�le privil�gi� de la Prusse � notamment dans l�unit� allemande �, il va s�entourer d�hommes capables d�atteindre ce but.</p><p>En premier lieu, d�cid� � doter la Prusse d�une arm�e efficace, il recourt aux services de von Roon (1803-1879), capable, comme ministre de la Guerre (1859), de la forger. Pour la diriger, il a nomm�, au temps de sa r�gence, le g�n�ral von Moltke* comme chef d��tat-major g�n�ral.</p><p>Cependant, il se heurte au Landtag, qui lui refuse les cr�dits n�cessaires. Il songe � abdiquer, quand il appelle de Paris Bismarck*, qui devient ministre pr�sident de Prusse (sept. 1862) et qui obtient les cr�dits demand�s. D�sormais, l�action de Guillaume Ier et celle de Bismarck seront indissociables,</p><p>malgr� des divergences de caract�re et de vues. On peut m�me dire que la forte personnalit� du futur chancelier estompera celle du roi.</p><p>downloadModeText.vue.download 12 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5153</p><p>Il semble que Guillaume Ier ait �t�, en politique �trang�re, beaucoup moins r�solu que Bismarck, pour qui tous les moyens �taient bons lorsqu�il s�agissait d�atteindre le but : l�unit� allemande r�alis�e autour de la Prusse. Ainsi, apr�s la guerre des Duch�s (1864-65), le roi, impressionn� par le prestige des Habsbourg, h�site � se rendre aux raisons de Bismarck, qui r�ussit, cependant, � provoquer un conflit avec l�Autriche. Mais, apr�s Sadowa (3 juill. 1866), Bismarck, soucieux de m�nager le vaincu, retient difficilement le roi, qui veut op�rer des annexions � ses d�pens.</p><p>En 1870, Guillaume Ier essaie d��viter la guerre avec la France ; il accepte que la candidature de L�opold de Hohenzollern soit retir�e, comme le demande la France, mais, Bismarck ayant tir� parti des d�clarations du roi � l�ambassadeur Benedetti (d�p�che d�Ems), le conflit franco-prussien �clate. Quand Guillaume Ier quitte Berlin pour l�ar-m�e, le 31 juillet 1870, toute la nation est derri�re lui. Le roi assiste de Versailles, o� est le quartier g�n�ral, au si�ge de Paris ; le 18 janvier 1871, il est proclam� empereur d�Allemagne dans la galerie des Glaces. Le 21 mars, il inaugure le Parlement allemand ; le 16 juin, il entre triomphalement � Berlin.</p><p>D�sormais, et malgr� le prestige de la couronne imp�riale, les destin�es de l�Empire sont dans les mains de Bismarck. Guillaume Ier gardera ce dernier � la chancellerie malgr� leurs d�saccords, notamment � propos de la politique ext�rieure et du Kulturkampf. La sant� robuste de l�empereur � malgr� deux attentats en 1878 � lui permettra d�atteindre l�extr�me vieillesse. Il mourra le 9 mars 1888. L��re bismarc-kienne �tait r�volue.</p><p>P. P.</p><p>F Allemagne / Bismarck / Franco-allemande (guerre) / Hohenzollern / Prusse.</p><p>Politische Korrespondenz Kaiser Wilhelms I (Berlin, 1890) ; Kaiser Wilhelms des Grossen Briefe, Reden und Schriften (Berlin, 1905 ; 2 vol.). / E. Marcks, Kaiser Wilhelm I (Leipzig, 1897 ; nouv. �d., 1943). / Y. Schmitz, Guillaume Ier et la Belgique (Plon, 1946).</p><p>Guillaume II</p><p>(ch�teau de Potsdam 1859 - Doorn, Pays-Bas, 1941), roi de Prusse et empereur d�Allemagne (1888-1918).</p><p>Le prince h�ritier</p><p>Fils du prince h�ritier Fr�d�ric (le futur Fr�d�ric III), le prince Fr�-</p><p>d�ric-Guillaume � qui deviendra</p><p>Guillaume II � est beaucoup plus</p><p>� Hohenzollern � que son p�re et go�te cette ambiance de victoire qui caract�rise les ann�es 1870. Si le jeune prince s�entend mal avec son p�re, le kronprinz, il s�oppose plus encore � sa m�re, une Anglaise, Victoria, fille de la reine d�Angleterre, car il entend affirmer son caract�re prussien et rejette tout ce qui peut rappeler l�ascendance anglaise.</p><p>En conflit plus ou moins latent avec ses parents, il souffre aussi d�une infirmit� cong�nitale. D�une naissance difficile, il garde le bras gauche atrophi� et une l�sion de la rotule. Peut-�tre ces infirmit�s sont-elles � l�origine d�un complexe d�inf�riorit�, mais le jeune prince entend le vaincre : il devient bon tireur, bon cavalier.</p><p>Afin de l��loigner de la Cour, ses parents le confient d�abord, avec son fr�re Henri (1862-1929), au gymnase de Kassel ; Fr�d�ric-Guillaume y reste plus de deux ans, fr�quentant ainsi � l��cole les fils de la bourgeoisie. Il est surveill� par le Dr. Georg Hinzpeter (1827-1907), calviniste aust�re, grand admirateur des Hohenzollern, homme pr�occup� par la question sociale et qui lui fait visiter des usines. Apr�s ses examens, en 1877, il re�oit une courte formation militaire avant d�entrer �</p><p>l�universit� de Bonn. Il y m�ne la vie de tous les �tudiants. Il entre dans la</p><p>� Borussia �, vieux corps aristocratique d��tudiants ; sa mentalit� ne change pas. � la fin de ses �tudes universitaires, en 1879, il est plus militariste que jamais.</p><p>Deux ans plus tard, il �pouse la princesse Augusta-Victoria, fille du duc Fr�d�ric d�Augustenburg, � qui Bismarck a enlev� les duch�s danois. Peu intelligente, mais forte de beaucoup d�amour pour son mari et d�un solide bon sens, celle-ci sait tenir sa place � Potsdam, o� s�installent les jeunes �poux.</p><p>Fr�d�ric-Guillaume exerce alors des commandements militaires. Il subit � cette �poque l�influence du g�n�ral Alfred von Waldersee, un ambitieux r�-</p><p>vant de devenir chancelier, et celle du pasteur Adolf Stoecker (1835-1909), ap�tre du christianisme social.</p><p>L�impatience de r�gner du jeune</p><p>prince se trouve combl�e par le mal incurable qui frappe son p�re. Atteint d�un cancer � la gorge, Fr�d�ric III ne r�gne que trois mois environ, de mars � juin 1888. Guillaume II devient donc empereur � l��ge de vingt-neuf ans.</p><p>L�av�nement,</p><p>le caract�re</p><p>Le nouvel empereur ne manque pas de prestance, surtout en uniforme, tenue qu�il affectionne et qui est parfaitement conforme � l�image qu�il entend donner � son peuple : celle d�un ma�tre �nergique, s�r de lui et imbu de son droit. Le kaiser ne manque pas de qualit�s : servi par une excellente m�moire, dou� d�une grande facult� de compr�hension, il s�int�resse � son</p><p>� m�tier de roi �, qu�il exerce avec application. Orateur, il sait trouver le langage direct propre � enthousiasmer les foules, comme les formules exaltant un orgueil allemand, parfois outrancier, mais parfait reflet des sentiments de ses sujets. Il se veut d�pourvu de pr�jug�s ; ennemi de l��tiquette, il entend ouvrir la Cour aussi bien aux repr�sentants de la vieille noblesse qu�aux banquiers, aux industriels, aux armateurs, qu�ils soient protestants, catholiques ou juifs.</p><p>Mais l�empereur est afflig� de graves d�fauts. Impulsif, enclin � la pr�cipitation, vaniteux, orgueilleux, pr�somptueux, il multiplie les maladresses : paroles excessives, fanfaronnade inutiles. Il supporte mal les critiques.</p><p>Versatile, ind�cis derri�re des attitudes th��trales d�homme r�solu, sujet aux sautes d�humeur, affect� par de v�ritables d�pressions, il inqui�te son entourage, qui s�interroge parfois sur son �quilibre. Influen�able, il subit � Potsdam, au Nouveau Palais, son inconfortable r�sidence habituelle, ou sur son yacht, v�ritable � th��tre flottant �, les pressions de son entourage, et d�abord celles des membres de son cabinet : Friedrich Karl von Lucanus (1831-1908), le prudent chef du cabinet civil ; Wilhelm von Hahnke (1833-1912),</p><p>parfait militaire prussien, chef du cabinet militaire. Au centre des intrigues, le mar�chal de la Cour, August, comte d�Eulenburg (1838-1921), tente de se maintenir � sur un parquet glissant �.</p><p>Confident, homme du monde, Philipp, downloadModeText.vue.download 13 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5154</p><p>prince d�Eulenburg (1847-1921), est, quant � lui, jusqu�au scandale de 1907, un homme tr�s �cout� ; plusieurs chanceliers et secr�taires d��tat lui doivent leur nomination.</p><p>Guillaume II, bouc �missaire commode apr�s la d�faite, est fr�quemment charg�, par ses contemporains, comme par une partie de l�historiographie allemande, de la responsabilit� de l��crasement du Reich. Ces accusations sont-elles fond�es ?</p><p>Certes, d�apr�s la Constitution de 1871, Guillaume II commande les</p><p>arm�es, accr�dite les ambassadeurs � l��tranger, promulgue les lois f�d�rales et, avec l�accord du Bundesrat, peut d�clarer la guerre, dissoudre le Reichstag. Le chancelier et donc les secr�-</p><p>taires d��tat ne sont responsables que devant lui. Guillaume II reste roi du plus grand �tat de l�Empire : la Prusse.</p><p>Tr�s imbu de son droit, se consid�-</p><p>rant comme empereur de droit divin, il</p><p>se trouve donc � la t�te d�un r�gime qui lui laisse d�importants pouvoirs. A-t-il su les utiliser ?</p><p>Dans le choix du chancelier, qui assiste le souverain, il se montre soucieux d��carter les personnalit�s marquantes : il entend, avant tout, choisir des hommes dociles, issus de l�arm�e, de l�Administration et non du Reichstag. D�s 1890, il se d�barrasse de Bismarck* et le remplace par un g�n�ral, Georg Leo comte von Caprivi (1831-1899), ancien chef de l�amiraut�, qui a surtout pour m�rite de conna�tre le milieu parlementaire. Quatre ans plus tard, il choisit un vieillard, le prince Chlodwig de Hohenlohe-Schillings-f�rst (1819-1901), catholique, dot� d�une grande exp�rience administrative et diplomatique. En 1900, il le remplace par Bernhard von B�low (1849-1929), diplomate brillant, cultiv�, mais arrogant, vaniteux, souple et manoeuvrier. Croyant avoir trouv� en lui � son Bismarck �, il d�chante et, en 1909, nomme un fonctionnaire prussien fi-d�le, pond�r�, mais h�sitant, Theobald von Bethmann-Hollweg (1856-1921).</p><p>Ainsi, Guillaume II n�a pas su choisir les hommes capables de r�soudre les grands probl�mes int�rieurs, pour lesquels lui-m�me ne manifeste pas grand int�r�t. Le syst�me �lectoral de la Prusse n�est pas modifi� ; l�empereur n�accepte le r�gime parlementaire qu�� la fin de la guerre, sous la pression des �v�nements. La question budg�taire ne trouve pas de solution ; les dettes de l�Empire et de la Prusse augmentent rapidement, notamment en raison des d�-</p><p>penses militaires et navales, sans que le souverain sache imposer � la droite une r�forme fiscale seule capable de remplir la caisse imp�riale. Tout en affirmant sa volont� de ne pas �tre le � roi des gueux �, Guillaume II se contente de compl�ter la l�gislation sociale bis-marckienne, sans, pour autant, r�ussir � endiguer la mont�e de la social-d�-</p><p>mocratie, qui devient le plus important parti � la veille de la guerre (110 si�ges au Reichstag), parce que le r�gime se montre incapable de r�soudre la question sociale. Irrit� par la propagande socialiste, l�opposition � la Weltpolitik, il se d�tourne du prol�tariat pour soutenir l�arm�e, l�Administration, la</p><p>noblesse, la bourgeoisie d�affaires, remparts solides contre la mar�e des</p><p>� rouges �. Fig� dans un conservatisme �troit, il porte donc une part de responsabilit� dans le malaise politique et social qui affecte l�Allemagne � la veille de la guerre.</p><p>La politique ext�rieure</p><p>Mais on veut surtout voir en lui l�un des responsables de cette Premi�re Guerre* mondiale, r�sultat d�une politique ext�rieure ambitieuse. Ce jugement m�rite d��tre nuanc�.</p><p>Il faut d�abord remarquer que, bien qu�attir� par les probl�mes de politique ext�rieure, le kaiser se rallie tr�s souvent � l�opinion de la Wilhelmstrasse, o� il laisse � r�gner � un Friedrich von Holstein (1837-1909), par exemple, jusqu�en 1906. � partir des ann�es 1890, le r�le d�Holstein ne cesse de grandir. Travailleur consciencieux, int�gre, solitaire, ce dernier refuse de devenir secr�taire d��tat, et pourtant il inspire toute la politique de la Wilhelmstrasse. Parfaitement inform� par la correspondance priv�e, que ne manquent pas de lui adresser les diplomates en plus des d�p�ches officielles, il se maintient � la direction des affaires politiques de la Wilhelmstrasse bien que ses id�es ma�tresses � rapprochement avec la Grande-Bretagne, hostilit� envers la Russie � soient en opposition compl�te avec celles du kaiser. �trange situation, surtout lorsqu�on sait que Guillaume II conna�t � peine cette �minence grise.</p><p>Cependant, le kaiser porte une part de responsabilit� dans l�affaiblissement de la position continentale du Reich jusqu�en 1906. Bien que partisan d�un rapprochement avec la Russie, il laisse s��difier une alliance franco-russe qui entame le processus d�encerclement de l�Allemagne. Profitant des difficult�s de la Russie � battue par le Japon et en proie � la r�volution en 1904-05 �, il essaie de d�montrer au tsar Nicolas II l�inefficacit� de l�alliance fran�aise, si bien qu�il obtient son adh�sion � un syst�me germano-russe (Bj�rk�, juill.</p><p>1905). Mais le tsar n�est pas suivi par son gouvernement.</p><p>En encourageant le d�veloppement de la flotte allemande, en appuyant la Weltpolitik, le kaiser ne peut manquer d�irriter la Grande-Bretagne. L�avenir de l�Allemagne �tant, d�apr�s lui, sur l�eau, il soutient fermement la politique de l�amiral Alfred von Tirpitz (1849-1930). Il appuie aussi une expansion commerciale de l�Allemagne dans le monde qui met en question la supr�matie du commerce anglais. Apr�s les paroles encourageant le pr�sident Kruger � la r�sistance devant la pression anglaise (3 janv. 1896), il pr�f�re rechercher les ententes coloniales avec l�Angleterre (1898) et abandonne la cause des Boers pendant la guerre (1899-1902). Mais, toujours m�fiant � l��gard de l�Angleterre, le petit-fils de la reine Victoria et neveu d��douard VII ne fait rien pour faire r�ussir les n�gociations (1898-1901) en vue d�une alliance avec la Grande-Bretagne, qui, en fin de compte, n�aboutissent pas. Le kaiser, pas plus qu�Holstein, ne cro�t � un rapprochement franco-anglais, et la conclusion de l�Entente cordiale est, pour lui, une f�cheuse surprise.</p><p>Guillaume II ne fait rien, non plus, pour �viter un rapprochement franco-italien, susceptible d��branler la solidit� de la Triple-Alliance (ou Triplice)</p><p>[Allemagne, Autriche-Hongrie et</p><p>Italie]. L�accord commercial franco-italien de 1898 est suivi d�un accord colonial, puis du trait� politique secret de 1902 ; certes, � la m�me date, la Triple-Alliance est renouvel�e, mais elle se trouve vid�e d�une partie de sa substance, si bien que le kaiser songe � infliger � l�Italie � une correction salutaire �.</p><p>Les d�ceptions continentales sontelles compens�es par les succ�s de la Weltpolitik ? Tard venue dans la comp�tition coloniale, l�Allemagne entend bien obtenir des zones d�influence. Elle obtient satisfaction en Chine, o� le � trait� � bail � du 3 mars 1898 lui assure une large zone dans la r�gion de Jiaozhou (Kiao-tcheou).</p><p>Lorsqu�en 1900 la r�volte des Boxeurs (ou Boxers) menace les Europ�ens, Guillaume II n�h�site pas � prononcer un violent r�quisitoire contre le p�ril jaune en conseillant aux contingents allemands de l�exp�dition internationale, command�e par le g�n�ral von Walder-</p><p>see : � Montrez l�Allemagne en Chine sous un jour si violent que jamais plus un Chinois n�ose regarder un Allemand en face. �</p><p>Dans l�Empire ottoman, la Welt-</p><p>politik conna�t un succ�s important, auquel le kaiser participe directement. D�abord celui-ci accepte de faire un voyage dans cette r�gion, afin d�appuyer les efforts du baron Adolf Marschall, qui s�efforce d�obtenir du Sultan le droit, pour l�Allemagne, de construire la voie ferr�e Berlin-Bagdad, axe de p�n�tration germanique en Asie Mineure. En 1898, apr�s avoir rencontr� le Sultan � Constantinople, il entre � cheval dans J�rusalem, s�enthousiasme pour l�islam � Damas, au point de se d�clarer l�ami des 300 millions de mahom�tans. Ses efforts et ceux de Marschall ne sont pas vains : la concession de la � Bagdadbahn � � une compagnie allemande est obtenue du Sultan en 1902, et Guillaume II multiplie les pressions sur les milieux financiers du Reich pour qu�ils accordent les concours n�cessaires � cette vaste entreprise. Ces financiers, qui veulent l�aide de capitaux �trangers, n�arrivent pas � vaincre les obstacles politiques que Fran�ais et Anglais dressent contre la participation des march�s financiers de Paris et de Londres.</p><p>En Afrique, le Reich se heurte � l�Angleterre et � la France. En Afrique du Sud, l�infiltration anglaise interdit tout espoir ; en Afrique centrale, les partisans d�un � Mittelafrika � allemand comptent surtout sur un partage des colonies portugaises : leurs espoirs sont d��us, malgr� l�accord secret anglo-allemand de 1898.</p><p>C�est vers le Maroc que l�Allemagne tourne les yeux au d�but du si�cle. Pan-germanistes, milieux coloniaux, grands commer�ants de Hambourg y esp�rent un territoire ou, du moins, un r�gime favorable au commerce allemand. Irrit� de voir la France traiter du Maroc avec l�Italie, la Grande-Bretagne, l�Espagne, en laissant le Reich de c�t�, le kaiser estime avec Holstein qu�il y va du prestige pour des raisons politiques plus qu��conomiques. La conjoncture para�t encourager une �preuve de force avec la France : les �checs russes en</p><p>Extr�me-Orient (guerre russo-japonaise) paralysent Paris, qui ne peut pas compter sur l�alli� russe. Berlin veut frapper un grand coup, et, pour cela, un plan soigneusement pr�par� par la Wilhelmstrasse pr�voit le voyage de Guillaume II au Maroc, o� il devra pr�-</p><p>senter l�Allemagne comme le champion de la souverainet� du sultan. Long � se d�cider, le kaiser finit par d�bar-downloadModeText.vue.download 14 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5155</p><p>quer � Tanger le 31 mars 1905, mais il ne prononce pas les paroles pr�vues ; c�est le charg� d�affaires Richard von K�hlmann qui � fabrique � le fameux discours de Tanger, texte dict� � l�agence Havas, mais jamais prononc� par le kaiser. D�un ton provocant, ce</p><p>� discours � irrite la Wilhelmstrasse, qui y voit, � tort, une nouvelle incar-tade du kaiser. Profitant de l�effet du discours en France, Holstein demande la r�union d�une conf�rence internationale pour r�gler la question marocaine.</p><p>L�Allemagne veut-elle</p><p>la guerre ?</p><p>Les chefs de l�arm�e � poussent �</p><p>� la � guerre pr�ventive �, mais Guillaume II et le chancelier B�low rejettent cette perspective, tout en exer-</p><p>�ant une vive pression sur la France pour obtenir la d�mission de Delcass� et le r�glement du probl�me marocain dans un sens favorable au Reich.</p><p>Cependant, le kaiser s�int�resse plus � la Russie qu�� la France. La conf�-</p><p>rence d�Alg�siras (1906), qui montre que l�Allemagne est isol�e, se termine en d�faite diplomatique pour un Reich qui, d�sormais, fait le complexe de l�encerclement, d�autant plus que l�accord anglo-russe de 1907 permet la naissance de la Triple-Entente.</p><p>Guillaume II devance ou appuie les efforts de la Wilhelmstrasse pour tenter de dissocier cette Triple-Entente. Dans l�affaire de l�� interview �, parue dans le Daily Telegraph le 28 octobre 1908, il se couvre de ridicule en tendant de d�montrer son anglophilie et sa souffrance de ne pas �tre pay� de retour :</p><p>cette initiative malheureuse, que les fonctionnaires de la Wilhelmstrasse n�ont pas su arr�ter, vaut � l�empereur des critiques s�v�res concernant</p><p>� son manque de profondeur �. Le kaiser esp�re toujours un rapprochement germano-russe. Il se montre r�ticent � l��gard de l�Autriche-Hongrie lorsqu�elle annexe la Bosnie-Herz�go-vine (1908), en provoquant ainsi une grave crise austro-russe, mais il appuie finalement B�low, qui soutient Vienne et traite durement la Russie. � la fin de 1910, � Potsdam, il tente, une fois encore, d�amorcer un rapprochement ; s�il ne peut dissocier l�entente anglo-russe, il obtient du moins la signature de l�accord du 19 ao�t 1911, par lequel la Russie s�engage � ne plus mettre d�obstacle � l�ach�vement de la</p><p>� Bagdadbahn �. L�accord franco-allemand du 9 f�vrier 1909 sur le Maroc semble amorcer une d�tente voulue par le kaiser, qui pense qu�il faut � en finir avec ces frictions �. Mais, devant l�impossibilit� de donner une suite pratique � cet accord et en raison des progr�s de la p�n�tration fran�aise, Guillaume II finit par accepter le plan d�Alfred von Kider-len-Waechter, qui pr�pare la grave crise d�Agadir (1911), dont l��volution et la conclusion, par l�accord du 4 novembre 1911, le m�-</p><p>contentent profond�ment. La tension franco-allemande devient de plus en plus vive ; le kaiser en vient � accepter l�id�e d�un conflit permettant de r�gler les � comptes une fois pour toutes �.</p><p>Il ne veut pas saisir les diverses propositions anglaises concernant un arr�t de la course aux armements navals ; il s�irrite des pressions britanniques et reste intransigeant. Apr�s l��chec de la mission de lord Haldane � Berlin en f�vrier 1912 � �chec d� aux exigences allemandes, car Guillaume II veut un v�ritable renversement des alliances pour prix d�un arr�t des constructions navales �, l�empereur donne libre cours � son hostilit� envers la Grande-Bretagne.</p><p>Quelle part Guillaume II prend-il dans les crises balkaniques qui m�nent � la guerre ? En octobre-novembre 1912, lorsque, � la suite de la premi�re guerre balkanique, la Serbie, soutenue par la Russie, lance ses troupes vers</p><p>l�Adriatique, Vienne n�admet pas cette pouss�e : des mesures de mobilisation sont commenc�es en Autriche-Hongrie et en Russie. Guillaume II se montre h�sitant ; il n�est pas dispos� � soutenir Vienne. Mais ses ministres le font changer d�avis : le kaiser promet alors un appui absolu � l�Autriche-Hongrie. Lors de la deuxi�me guerre balkanique, Vienne songe � appuyer la Bulgarie contre la Serbie. Cette fois, le gouvernement allemand refuse son appui ; pour le kaiser, Vienne com-mettrait � une grosse faute � en soutenant la Bulgarie (juill. 1913). Mais, quatre mois plus tard, lors d�une nouvelle menace de conflit austro-serbe, Guillaume II donne un appui absolu aux autorit�s de Vienne : � Je suis pr�t � tirer l��p�e, si c�est n�cessaire. �</p><p>C�est aussi son attitude lors de la crise d�cisive de juillet 1914. D�s le d�but de la crise, il estime que le moment est favorable pour l�Autriche, car il ne pense pas que la Russie intervien-dra en cas de guerre austro-serbe, et, m�me dans cette �ventualit�, il promet son � plein appui �. La r�ponse serbe � l�ultimatum autrichien lui para�t �carter une rupture, mais l�empereur ne fait rien pour emp�cher la d�claration de guerre de Vienne � Belgrade le 28 juillet. Il laisse faire les militaires, qui acceptent, voire recherchent une guerre g�n�rale ; il ne soutient pas le chancelier Bethmann-Hollweg, qui, � l�ultime moment (29-30 juill.), donne des conseils de mod�ration � l�Autriche. Ainsi, depuis la fin de 1913, il est r�sign� � la guerre ; il a d�clar� au roi des Belges, en novembre, qu�elle �tait � n�cessaire et in�vitable �.</p><p>Dans la d�gradation de la situation internationale, depuis 1908 et surtout depuis 1911, Guillaume II a d�abord fait �chouer toute tentative de d�sarme-ment naval : intransigeant sur ce point, il est largement responsable de la tension des relations anglo-allemandes.</p><p>Fanfaron, impulsif, h�sitant, il n�a pas su imposer sa fa�on de voir lorsqu�il mesure les cons�quences d�un appui total � l�Autriche-Hongrie : il s�incline devant les avis de ses ministres, de ses conseillers et, de plus en plus, devant les vues de l��tat-major. D�s lors, la post�rit� accablera ce souverain qui, � tort ou � raison, restera celui qui a</p><p>plong� le monde dans le premier grand conflit de l�histoire.</p><p>La guerre, la chute</p><p>La guerre ne galvanise pas le kaiser, qui para�t incapable d�assumer ses responsabilit�s : c�est particuli�rement net dans ses relations avec l��tat-major. D�s novembre 1914, il se plaint d��tre tenu � l��cart par les militaires, qui n�en font qu�� leur t�te. Pourtant, il limoge Moltke, coupable d�avoir perdu la bataille de la Marne et donc de ne pas avoir su obtenir du plan Schlieffen les r�sultats escompt�s ; il le remplace par Falkenhayn, tr�s critiqu�, m�me au sein de l�arm�e, et le soutient parce qu�il partage avec lui la conviction qu�il faut obtenir une victoire d�cisive � l�ouest.</p><p>Apr�s la d�sastreuse bataille de Verdun et l�entr�e en guerre contre l�Allemagne d�une Roumanie m�nag�e jusque-l� par lui, parce qu�un Hohenzollern y r�gne, il se laisse imposer par une opinion unanime le duo vainqueur � l�est, Hindenburg et son adjoint Ludendorff, qui deviennent, � la t�te de l��tat-major, les v�ritables ma�tres de l�Allemagne. Il c�de �galement en ce qui concerne la flotte. Soucieux de la m�nager, il refuse de l�engager � fond, comme le souhaite Tirpitz (1915) ; tout au plus accepte-t-il une guerre sous-marine plus intense (f�vr. 1916).</p><p>Un an plus tard, il ordonne la</p><p>guerre sous-marine � outrance, malgr� les risques parfaitement expos�s par Bethmann-Hollweg. Il accepte aussi la d�mission de ce chancelier si vivement critiqu� par l��tat-major. Pris entre l��tat-major et le Reichstag, il ne sait pas imposer son arbitrage, ce qui, � partir de 1917, met en question le r�gime. Il en est conscient, mais, croyant encore � la victoire en raison d�une carte de guerre qui reste favorable, il appara�t aux chefs des partis du Reichstag, en juillet 1917, comme sourd et aveugle ; il veut bien la paix, mais une paix victorieuse, donnant � l�Allemagne les buts de guerre arr�t�s depuis 1914.</p><p>Le kaiser, qui ne sait pas d�fendre les chanceliers (Georg Michaelis,</p><p>Georg von Hertling) contre l��tat-major ni imposer avec eux les r�formes int�rieures indispensables et qui a l�impression d��tre men� � par le bout du nez � par Hindenburg, semble compter sur une grande victoire pour arr�ter la d�composition du r�gime. �prouv� par les d�faites d�ao�t 1918, il comprend que l�Allemagne est � bout de forces et qu�il faut terminer la guerre. Mais Wilson n�entend pas traiter avec une Allemagne transform�e en monarchie constitutionnelle � la suite des r�formes du chancelier Max de Bade ; il exige l�abdication de Guillaume II. D�autre part, l�hostilit� contre l�empereur grandit en Allemagne ; les premiers mouvements r�volutionnaires �clatent au d�but de novembre. Comme l�arm�e refuse de marcher sur Berlin, o� la r�-</p><p>publique est proclam�e le 9 novembre, le kaiser abdique et quitte le quartier g�n�ral de Spa pour se r�fugier en Hollande.</p><p>Il est consid�r� comme criminel de guerre, et les Alli�s r�clament son extradition afin de pouvoir le traduire devant un tribunal international. Le gouvernement hollandais refuse de le livrer et �carte l�id�e de le faire transf�rer dans une colonie n�erlandaise. L�ex-kaiser peut alors mener une vie calme dans la maison de Doorn, confiant dans une mis�ricorde divine, qui tiendra compte de sa bonne volont�. Il s�occupe du parc, du jardin et re�oit de nombreux visiteurs allemands ; membres de sa famille, intellectuels, etc. Apr�s la mort de Victoria-Augusta (1921), il �pouse une veuve, la princesse Hermine von Sch�naich-Carolath (1887-1947), n�e princesse von Reuss. Il jouit d�une excellente sant� jusqu�� la fin de sa vie, et c�est une embolie pulmonaire qui l�emporte � l��ge de quatre-vingt-deux ans, le 4 juin 1941.</p><p>R. P.</p><p>F Allemagne / Guerre mondiale (Premi�re) /</p><p>Hohenzollern.</p><p>E. Laloy, la Diplomatie de Guillaume II, 1888-4 ao�t 1914 (Bossard, 1917). / Wilhelm II, downloadModeText.vue.download 15 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5156</p><p>Ereignisse und Gestalten (Berlin, 1922). / E. Ludwig, Kaiser Wilhelm II (Berlin, 1926). / M. Muret, Guillaume II (Fayard, 1940). / E. Eyck, Das pers�nliche Regiment Wilhelms II (Zurich, 1948).</p><p>/ E. Vermeil, l�Allemagne contemporaine, t. I : le R�gne de Guillaume II (Aubier, 1952). /</p><p>P. Renouvin, l�Empire allemand de 1890 � 1918</p><p>(C. D. U., 1953). / E. K. Born, Staat und Sozial-politik seit Bismarcks Sturz, 1890-1914 (Wiesbaden, 1954). / A. S. Jerussalimski, Die Aussen-politik und die Diplomatie des deutschen Imperialismus (Berlin, 1954). / H. G. Zmarzlik, Bethmann-Hollweg als Reichskanzler (D�sseldorf, 1957). / A. Ritthaler, Kaiser Wilhelm II (Berlin, 1958). / H. Stoecker, Deutschland und China im 19. Jahrhundert (Berlin, 1958). / G. A. von M�ller, Regierte der Kaiser? (G�ttingen, 1959).</p><p>/ G. Ritter, Staatskunst und Kriegshandwerk, das Problem des Militarismus in Deutschland (Munich, 1960-1965 ; 4 vol.). / W. Sch�ssler, Kaiser Wilhelm II (G�ttingen, 1962). / J. Willequet, le Congo belge et la Weltpolitik (�d. de l�Universit� libre, Bruxelles, 1962). / W. Conze, Die Zeit Wilhelms II und die Weimarer Republik (T�bingen, 1964). / B. Gebhardt, Handbuch der deutschen Geschichte (Stuttgart, 1964-1967 ; 4 vol.).</p><p>/ W. Markert, Deutsch-russische Beziehungen (Stuttgart, 1964). / I. Geiss, Juli 1914 (Munich, 1965). / Erinnerung des demokratischen Denkens im Wilbelminischen Deutschland (Wiesbaden, 1965). / P. Kielmansegg, Deutschland und der erste Weltkrieg (Francfort, 1968). /</p><p>F. Fischer, Krieg der Illusionen, 1911-1914</p><p>(D�sseldorf, 1969). / R. Poidevin, Relations �conomiques et financi�res entre la France et l�Allemagne de 1898 � 1914 (A. Colin, 1969). /</p><p>P. Guillen, l�Empire allemand, 1871-1918, t. II de l�Histoire de l�Allemagne, sous la dir. de J. Droz (A. Colin, 1970).</p><p>Guillaume de</p><p>Machaut</p><p>Musicien et po�te fran�ais (Machaut, pr�s de Reims, v. 1300 - Reims 1377).</p><p>Musique et rh�torique proposent</p><p>leur double �nigme au lecteur soucieux d�analyser l�oeuvre de notre plus grand po�te du XIVe s. Compositeur lucide et m�thodique, Guillaume de Machaut nous explique dans son Prologue le secret de ses recueils si bien ordonn�s. Les principes formels, associ�s � la th�matique amoureuse, font de son art po�tique une alchimie morale qui, transformant en joie la tristesse humaine, peut se comparer au pouvoir</p><p>magique d�Orph�e ou de David.</p><p>Il est vrai que la science musicale et le talent du versificateur, prolongeant le pouvoir cr�ateur d�une nature abstraite et m�taphysique, permettent � Machaut de d�finir pour plus d�un si�cle les genres lyriques cultiv�s dans les cours princi�res. Discipline harmonieuse du sentiment, le chant prend la forme de motets, de lais, de complaintes, de rondeaux, de virelais et de ballades.</p><p>Le texte y est soumis � des structures complexes, d�terminant les recherches de rythmes et de rimes, dont la vari�t� s�ing�nie � multiplier les ressources d�un vocabulaire limit� par les conventions courtoises. D�j� l�encha�nement des strophes a sa propre logique : on va d�une exposition � une conclusion par une explication. Dans certains genres, le retour du refrain oblige � un ajustement de la sentence � ses diff�rents contextes. Le recours � de petites unit�s m�triques fragmente la phrase selon les pauses que soulignent les rimes : Doulz amis, oy mon compleint</p><p>a toy se pleint</p><p>et compleint</p><p>par deffaut de ton secours</p><p>mes cuers qu�amours si contraint que tiens remeint</p><p>dont mal meint</p><p>ay, quant tu ne me secours.</p><p>Le po�te se sert de la tension entre la logique de la phrase et la m�canique de la strophe pour transfigurer les signes du discours. Les virelais, ou chansons balad�es, sont particuli�rement remarquables � cet �gard. Les lais, grandes oeuvres lyriques plus ambitieuses, varient les formules m�triques en multipliant par 2 ou 4 une combinaison de vers renouvel�e de strophe en strophe, par exemple :</p><p>abba/abba/abba/abba//</p><p>aaab/aaab/aaab/aaab//, etc.</p><p>Ainsi se d�finissent des � tailles nouvelles �, dont Machaut n�a pas invent� les principes, mais dont il pr�cise les styles respectifs pour en faire, au total, un syst�me po�tique � la fois riche, vari� et rigoureux.</p><p>Ce syst�me se superpose parfois �</p><p>celui de la musique. Les manuscrits du po�te nous ont gard�, outre une messe et un canon (� hoquet �), les m�lodies qu�il a lui-m�me compos�es pour plus d�une centaine d�oeuvres po�tiques.</p><p>Ainsi, les chants, notamment les virelais, gr�ce � leur rythme et � leur m�lodie, prennent place dans une �volution du style musical qui aboutira � l�air de cour, au madrigal. Mais un grand nombre de pi�ces sont remarquables par leur technique polyphonique. Sans avoir toutes les audaces de l�Ars* nova, le musicien tire parti des possibilit�s d�association de deux, trois ou quatre voix et instruments. Il ne recherche pas la fioriture, mais travaille � l�ajuste-ment soigneux d�architectures m�lodiques aux niveaux �tages. Les motets et quelques ballades sont � la pointe de cette recherche. Ainsi, sur le support d�un � tenor � emprunt� au chant gr�gorien ou � un air populaire, on s�efforce d��quilibrer la m�lodie plus d�velopp�e du � motet � et celle du</p><p>� triplum �, plus bavard encore, ce qui oblige � chercher un d�nominateur commun, une formule que l�on multiplie selon les �tages. Ici se retrouve la fonction premi�re de la m�trique, qui est d�unir math�matiquement les textes et les m�lodies. Parfois, le contenu m�me de ces chansons refl�te le principe de superposition. Sur le � tenor �</p><p>Fiat voluntas tua, qui r�sume la r�signation chr�tienne, un � motet � formule une loi du sto�cisme amoureux : Qui plus aime plus endure, cependant que le � triplum � raconte les malheurs du po�te amoureux d�une dame sans merci. Mais le contraste entre plusieurs th�mes combin�s n�est qu�un des nombreux aspects de la chanson.</p><p>La musique aggrave l��cart et la tension entre la logique de la phrase et la structure formelle. Les silences y sont soulign�s avec force. Inversement, les m�lismes et les notes tenues font �clater les proportions modestes du texte des rondeaux. Telle premi�re syllabe sera tenue 12 mesures, tandis que l�avant-derni�re du vers � Vo doulx resgars, douce dame, m�a mort � est compt�e 42 temps. Et il arrive que ces m�lismes tombent sur un article.</p><p>Faut-il en conclure que le musicien se moque un peu de ce qu�a dit le po�te ?</p><p>En fait, si la joie cr�atrice l�emporte</p><p>sur le souci de la perception auditive, cela tient au milieu auquel s�adresse le po�te. Il s�agit d�abord d�un petit cercle d�amateurs, d�admirateurs, d�amis qui, group�s autour de la chapelle, participent � l��laboration et � la r�p�tition de l�oeuvre. Ainsi, nulle surprise, nulle d�couverte le jour de l�ex�cution.</p><p>L�oeuvre d�art est faite pour �tre �tu-di�e, non pour s�duire par surprise. De m�me qu�on ne saurait saisir d�un seul coup d�oeil tous les d�tails d�un tableau de l��poque, de m�me il faut analyser la chanson pour l�entendre. C�est donc � travers cette activit� artistique, ces exercices savants et cette asc�se spirituelle qu�un public, m�me princier, peut acc�der au message proprement dit. Celui-ci se pr�sente d�ailleurs avec toutes les apparences de la difficult�.</p><p>Les ressources de la rh�torique, se r�sumant en la d�marche de l�hyperbole, marquent sur la plan formel le principe d�exigence, d�effort, d��lan vers le sublime, que le po�te courtois cherche � �tablir sur le plan des id�es morales. La po�sie est essentiellement louange. Seuls les m�diocres rimeurs de cour la confondent avec la flatterie.</p><p>Il s�agit, dans une perspective aristocratique, d��lever l�homme au-dessus de ses instincts dans le culte de l�honneur, de la loyaut�, de la fid�lit�. Ainsi, l�amour n�est pas qu�un plaisir, c�est une �preuve. Le symbole alchimique du feu illustre ce raffinement du coeur, que l�amant doit � la br�lure prolong�e du d�sir. Ici, encore, Machaut, h�ritier d�une longue tradition courtoise qui remonte aux troubadours, transforme l�h�ritage en doctrine : sa po�sie se veut, en tous les sens du mot, exemplaire. Elle s�adresse � cette g�n�ration de chevaliers qui, de Jean de Boh�me � Jean de Berry, tentent de pr�server leur image id�ale � travers les p�ri-p�ties scabreuses de la longue guerre franco-anglaise. Aux princes, ses protecteurs, Machaut propose une le�on de courage, d�endurance et d�esp�rance.</p><p>Cette le�on est d�velopp�e dans</p><p>les po�mes narratifs. Le th�me en est le conseil ou la consolation, o� nous voyons le po�te assumer pleinement son r�le de secr�taire, de confident politique et amoureux. Cette pr�sence du narrateur est en soi une nouveaut�. Elle donne une unit� dramatique � des dits</p><p>composites, o� la le�on de morale et l�art d�aimer viennent au secours d�un grand personnage, victime de Fortune.</p><p>Elle va fournir encore le th�me original du Voir Dit, o� le vieux ma�tre raconte les conditions dans lesquelles il compose certaines oeuvres lyriques : c�est � la demande d�une jeune admiratrice, bient�t amoureuse, que le po�te, vite tr�s sensible au charme de celle-ci, r�ve et rime � la fois l�extase de l�amour. Il tente alors de vivre cet amour impossible, et il nous en raconte l�histoire et l��chec ; confession authentique, ou du moins vraisemblable.</p><p>Une autre nouveaut� de ces dits</p><p>tient � la place qu�y prennent les r�cits mythologiques. Exemples de beaut� et de vertu, de malheur ou de grandeur, les h�ros de la guerre de Troie, vus � travers Ovide, ou plut�t l�Ovide moralis� du Moyen �ge, sont comme les ornements significatifs d�une esth�-</p><p>tique litt�raire qui sort de l�abstraction du d�bat scolastique, sans encore s�enfermer tout � fait dans la figuration all�gorique. On m�dite sur la fontaine de Narcisse, d�apr�s le Roman de la Rose ; on s�apitoie sur Ariane, M�d�e, H�l�ne, Didon et d�autres femmes illustres. Ainsi, la beaut� courtoise, un peu aust�re, se pare des couleurs antiques, que le temps n�a pas effac�es ou que les humanistes commencent � restaurer. Derri�re l�exemplum moral, l�art red�couvre alors le merveilleux pa�en. Et, s�il fallait r�sumer bri�vement la qualit� d�une po�sie aussi complexe, c�est le mot �merveillement qu�il faudrait employer. � une �poque que nous imaginons trop souvent comme vou�e au d�clin dans toutes ses manifestations, Machaut a su communiquer cet enthousiasme, ce g�n�reux pou-downloadModeText.vue.download 16 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5157</p><p>voir d�admiration et d��tonnement qui d�finissent les vrais po�tes. Gr�ce � la magie du langage po�tique, la nature, l�amour et l�histoire l�gendaire ouvrent � l�imagination leurs tr�sors oubli�s.</p><p>La � Messe Notre-Dame �</p><p>Si les monodies de Machaut trouv�re (lais, complaintes, virelais et ballades) restent peu connues, bien que litt�rateurs et musicologues c�l�brent � l�envi en Machaut l�h�ritier et le dernier des po�tes-musiciens, si ses polyphonies tant profanes que religieuses (rondeaux, virelais, ballades et motets), malgr� une qualit� d��criture et d�inspiration qui les place fort au-dessus de celles de ses contemporains, ont souffert de leur appartenance � l�esth�tique de l�Ars nova (avec tout ce que ce terme sous-entend d�outrances rythmiques et math�matiques), il est une oeuvre qui rallie tous les suffrages et qui assigne � Machaut un r�le tout � fait � part dans l�histoire des formes musicales, c�est cette messe � quatre voix qui doit sa r�putation au fait qu�au XVIIIe s., �poque o� l�on aimait que ce qui �tait ancien se rattach�t � un fait historique, Caylus l�avait, � tort, consid�r�e comme � messe du sacre de Charles V �.</p><p>Cette l�gende tenace a, paradoxalement, fait plus pour sa c�l�brit� que son caract�re v�ritablement exceptionnel.</p><p>C�est en effet la premi�re fois qu�un compositeur prend conscience de l�utilit� d�une conception d�ensemble pour les diff�rentes pi�ces constituant le � propre � de la messe et qu�il les compose comme devant former un tout, ouvrant par l� la voie � des si�cles de production musicale dans le cadre ainsi cr��. Certes, il existe quelques t�moignages ant�rieurs de groupement de ces m�mes pi�ces, comme la messe de Tournai, mais ce ne sont que des ensembles composites d�auteurs diff�rents, d��poques diff�rentes, de styles diff�rents et dont la qualit� fort modeste contribue � faire consid�rer comme plus remarquable encore la Messe Notre-Dame � tel est son v�ritable nom �, dont l�apparition sou-daine et la forme �labor�e font l�oeuvre ma�tresse de tout le XIVe s.</p><p>Alors qu�au si�cle suivant Guillaume Dufay h�sitera encore sur la forme � donner � la messe polyphonique, Machaut, d�s le XIVe s., s�est fix� le sch�ma qui, � une nuance pr�s, sera encore celui de Josquin des Pr�s et de J.-S. Bach. Six pi�ces sont retenues : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei et enfin Ite, missa est. Quatre (la premi�re et les trois derni�res) recourent � la technique du motet isorythmique ; quant au Gloria et au Credo, pi�ces longues � d�bit plus rapide, ce sont des conduits, pi�ces libres, sans emprunt au chant liturgique</p><p>et dans lesquelles les quatre voix, moins individualis�es que dans le motet, suivent un rythme identique.</p><p>La texture chorale est de bout en bout la m�me : quatre voix group�es par paires.</p><p>Les deux voix sup�rieures, le triplum et le motetus, sont m�lismatiques ; les deux voix inf�rieures sont constitu�es de la teneur, toujours �crite en valeurs plus longues, et de la contre-teneur qui imite la d�marche de la teneur et utilise des valeurs du m�me ordre de dur�e. Gr�ce � cette messe, sans doute, se g�n�ralise en musique sacr�e l�usage des quatre voix. L�id�al sonore ainsi r�alis� sera encore celui de l��poque de Dufay.</p><p>Ce qui fait l�unit� entre les diff�rents moments de cette messe, ce n�est pas encore ce th�me unique qui, notamment � l��poque de Josquin des Pr�s, servira de fondement tant au Kyrie, qu�au Sanctus et � l�Agnus, voire au Gloria et au Credo. Pour les pi�ces en forme de motet, Machaut emprunte fort logiquement un th�me liturgique qui correspond : ainsi, c�est le Kyrie Cunctipotens qui sert de teneur au Kyrie polyphonique ; pour le Sanctus et l�Agnus, ce sont les Sanctus et Agnus de la messe gr�gorienne XVII. Il n�est donc pas question d�unit� th�matique. Pourtant, Machaut a su r�aliser une unit� certaine : par le caract�re d�ensemble, bien s�r, mais aussi par l�emploi original de cellules m�-</p><p>lodiques et rythmiques � notamment un bref motif descendant ais�ment perceptible, qui, circulant d�une pi�ce � l�autre, souligne leur d�pendance mutuelle.</p><p>L�usage m�me des teneurs ne laisse pas d��tre remarquable. Alors que les devan-ciers et les contemporains de Machaut tron�onnaient le th�me servant de teneur selon des sch�mas rythmiques arbitraires qui la d�naturaient, la rendaient m�connaissable et la r�duisaient au r�le de proc�d� de composition, Machaut semble retrouver pour le texte liturgique un respect dont les oeuvres de l��poque fournissent peu d�exemples, et par l� il rend � ce qui n��tait que travail de dissection une vie qui s�en �tait �chapp�e et un int�r�t m�lodique renouvel�. Si, dans les trois volets du Kyrie, le d�coupage isorythmique nuit encore quelque peu � la perception de la ligne, dans les autres pi�ces tout se passe comme si Machaut �vitait (ce qui, � cette �poque, n��tait pas un mince m�rite) de</p><p>d�sarticuler le motif gr�gorien.</p><p>B. G.</p><p>D. P.</p><p>OEUVRES. Le Livre du voir dit de Guillaume de Machaut, publ. par P. Paris (Soc. des bi-bliophiles, 1875). / La Prise d�Alexandrie ou Chronique du roi Pierre Ier de Lusignan, publ.</p><p>par M. L. de Mas-Latrie (E. Leroux, 1877).</p><p>/ OEuvres de Guillaume de Machaut, publ.</p><p>par E. Hoepffner (Firmin-Didot, 1908-1921 ; 3 vol.). / Po�sies lyriques, �d. compl�te par V. Chichmaref (Champion, 1909 ; 2 vol.). /</p><p>Musikalische Werke, publ. par F. Ludwig (Leipzig, 1926-1930 ; 2e �d., 1955 ; 4 vol.).</p><p>L. Schrade, Polyphonic Music of the Four-teenth Century (Monaco, 1954-1957 ; 3 vol.). /</p><p>A. Machabey, Guillaume de Machaut, la vie et l�oeuvre musicale (Richard-Masse, 1955 ; 2 vol.).</p><p>/ D. Poirion, le Po�te et le prince. L��volution du lyrisme courtois de Guillaume de Machaut � Charles d�Orl�ans (P. U. F., 1965).</p><p>Jalons biographiques</p><p>1300 naissance.</p><p>1323 au service de Jean de Boh�me comme clerc aum�nier.</p><p>1325 voyage � Prague.</p><p>1327-1329 exp�dition en Sil�sie, en Lituanie et en Pologne.</p><p>1330 notaire et secr�taire du roi de Boh�me.</p><p>1335 renon�ant � divers canonicats, garde celui de Reims. 1340 participe effectivement au chapitre de Reims.</p><p>1349 prudemment enferm� pendant la peste, retrouve avec joie la campagne.</p><p>1350 cit� par Gilles le Muisit comme grand musicien.</p><p>1349-1357 en relation avec Charles de Navarre.</p><p>1360 assiste au d�part de Jean de Berry en captivit�.</p><p>1361 re�oit chez lui le r�gent, Charles de Normandie.</p><p>1363 fr�quente les grands de la Cour �</p><p>Cr�cy-en-Brie.</p><p>1364 sacre de Charles V � Reims.</p><p>1371 a vendu un manuscrit � Jean de Berry, un autre � Am�d�e de Savoie.</p><p>1377 meurt en avril.</p><p>Guillaume</p><p>d�Occam</p><p>Philosophe nominaliste (Occam [ou Ockham], pr�s de Londres, v. 1300 -</p><p>Munich v. 1349).</p><p>Le franciscain Guillaume d�Occam a gard� les surnoms contraires de Vene-rabilis Inceptor et Doctor invincibilis, le premier rappelant peut-�tre qu�il fut maintenu par le chancelier d�Oxford John Lutterell au rang de � d�butant �</p><p>en philosophie pour avoir enseign� des th�ories logiques suspectes, diff�-</p><p>rentes de celles d�Aristote. Il appliqua par la suite ces th�ories � la pr�sence du Christ dans l�eucharistie. Appel� � la cour pontificale d�Avignon pour se justifier, il vit reconna�tre ses positions comme hardies, mais non erron�es.</p><p>� Avignon, Occam prit parti dans le conflit qui opposait alors son ordre et le pape Jean XXII tant sur les constitutions de l�ordre franciscain que sur l��lection imp�riale. Il soutint le g�n�-</p><p>ral des Franciscains, Michel de C�s�ne, dans sa d�fense des � spirituels �, qui pr�tendaient r�former l�ordre franciscain et l��glise en vivant dans une pauvret� absolue et qui �taient combattus par le pape. Tous deux se rang�rent ensuite du c�t� de Louis IV de Bavi�re, qui venait d��tre �lu empereur, contre le candidat du pape, Fr�-</p><p>d�ric d�Autriche, manifestant par l� leur opposition au pouvoir temporel du Saint-Si�ge. Accus�s d�h�r�sie, ils durent bient�t fuir Avignon pour Pise, o� Louis IV de Bavi�re les accueillit (1328).</p><p>downloadModeText.vue.download 17 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5158</p><p>Guillaume d�Occam commen�a alors une carri�re d��crivain eccl�siastique</p><p>et politique. Il r�digea un Compendium errorum Iohannis papae XXIIo (1334-1339) et un Dialogus super dignitate papali et regia (1338-1342). Puis il s��tablit � Munich, o� il entra en relation avec les l�gistes imp�riaux en vue de soutenir la cause de Louis IV</p><p>de Bavi�re et o� il composa une s�rie d�ouvrages politiques antipontificaux.</p><p>Il semble que, lors du chapitre g�n�ral de son ordre en 1348, il se soit r�concili� avec le pape.</p><p>La principale oeuvre philosophique de Guillaume d�Occam, son Commentaire sur les sentences de Pierre Lombard, est l�expos� le plus c�l�bre de la doctrine nominaliste. Il y conteste les</p><p>� universaux �, qui, selon lui, n�ont d�existence que dans l�esprit, non dans la r�alit�. Seul l�individuel concret existe. D�s lors, la science ne saurait pr�tendre � aucune prise sur le r�el ; elle n�est que repr�sentation, assemblage de concepts, de mots (nomina) qui sont de pures conventions. La connaissance ne r�sulte pas, comme dans la philosophie scolastique, d�un jugement de s�paration ou d�abstraction du r�el, aboutissant � reconna�tre des degr�s d��tre, mais d�une intuition qui n�est fond�e sur rien d�autre que sur la position autonome de l�esprit. Ces positions s�accompagnent du risque d�un extr�me agnosticisme : Occam nie les preuves classiques de l�existence de Dieu et le bien-fond� de la distinction entre l�essence de Dieu et les attributs de Dieu. En th�ologie, il est</p><p>� fid�iste �, c�est-�-dire qu�il suspend toute chose, bien plus radicalement encore que son ma�tre Duns* Scot, � la volont� divine. Puisque les universaux n�offrent aucune prise sur le r�el (un des principes de l��cole nominaliste, demeur� sous le nom de rasoir d�Occam, s�exprime ainsi : � Les �tres ne sont pas multipliables sans n�cessit� �</p><p>[Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem]), seule la r�v�lation permet de conna�tre l�ordre de la cr�ation.</p><p>De m�me d�pendent de Dieu seul la pr�destination et la foi des individus.</p><p>Les th�ories d�Occam ne furent</p><p>jamais censur�es par le Saint-Si�ge ; elles le furent seulement par l�universit� de Paris. C�est l�, cependant, que le nominalisme se d�veloppa par la suite et qu�Occam trouva ses plus c�l�bres</p><p>disciples : Jean Buridan, Pierre d�Ailly, Jean Gerson. Par Gabriel Biel, qui distingue rigoureusement la foi et la raison, et qui fut le ma�tre � penser de Luther, le nominalisme d�Occam a pr�-</p><p>par� la voie � la doctrine luth�rienne de la justification par la foi seule, et fut le pr�curseur des empiristes anglais.</p><p>Les positions politico-eccl�siastiques de Guillaume d�Occam ont jou� un r�le important dans le d�veloppement du mouvement conciliaire des XIVe-XVe s. Dans ses Huit Questions � propos de l�autorit� pontificale (1339-1342), Occam r�cuse l�attribution au pape de la plenitudo potestatis, ne lui reconnaissant qu�une fonction spirituelle. Il regarde l��glise comme une f�d�ration d��glises nationales et distingue radicalement le pouvoir religieux du pouvoir s�culier. Il nie l�infaillibilit� du Concile g�n�ral aussi bien que celle du pape et tient qu�en d�finitive c�est � l�Universit� qu�il appartient de trancher les questions importantes, y compris en mati�re de foi. Par ces th�mes, il a pr�par�, principalement en Allemagne, le terrain de la R�forme.</p><p>B.-D. D.</p><p>E. Amann et P. Vignaux, � Occam �, dans le Dictionnaire de th�ologie catholique, t. XI (Letouzey, 1931). / A. Hamman, la Doctrine de l��glise et de l��tat chez Occam (�d. franciscaines, 1942). / E. Gilson, la Philosophie au Moyen �ge (Payot, 1944 ; 4e �d., 1962).</p><p>Guill�n (Nicol�s)</p><p>Po�te cubain (Camag�ey 1902).</p><p>En 1930 paraissait � La Havane, sous le titre de Motifs de son, un savoureux recueil de po�mes sign� Nicol�s Guill�n. Visage � couleur de n�fle �, nez</p><p>� pareil � un noeud de cravate �, l�auteur �tait un mul�tre de vingt-six ans qui avait d�j� eu l�occasion de se faire conna�tre par des articles dans un quotidien havanais o�, soucieux de rendre aux Noirs leur dignit� d�hommes, il pr�nait l��galit� des races. Avec Motifs de son, dans lesquels la veine populaire et la bonne humeur du po�te s�exprimaient par la bouche de ses personnages, des Noirs des quartiers pauvres</p><p>de la capitale, au langage intens�ment color�, et avec Songoro Cosongo, paru l�ann�e suivante, Guill�n entrait de plain-pied dans cette litt�rature dite</p><p>� afro-cubaine �, qui est le reflet du m�tissage ethnique et culturel de l��le.</p><p>Pour �crire ces po�mes, il avait trouv� le rythme qui s�accordait le mieux � son propre rythme int�rieur, celui d�une danse antillaise voisine de la rumba : le son.</p><p>Comme toute la po�sie noire (celle d�un Aim� C�saire par exemple), la po�sie de Guill�n est en effet fonci�-</p><p>rement orale et, de ce fait, �minem-ment communicative. N�e du verbe, elle gagne � �tre dite � haute voix et plus encore si le r�citant est le po�te en personne, car, entre lui et l�auditoire, envo�t� par la m�lodie des phrases, une onde de sympathie ne tarde pas � s��tablir. Souvent r�duits � de simples phon�mes, les mots, chez Guill�n, se r�p�tent � comme dans l�Ulalume de Poe � avec une harcelante insistance qui rappelle le mart�lement du tam-tam. Car c�est une po�sie nourrie de r�-</p><p>miniscences africaines que celle de ce descendant d�esclave noir qui s�interroge : � N�ai-je donc pas un a�eul mandingue, congolais, dahom�en ? �, une po�sie chaude et sensuelle, o� �clate l�� amour des femmes �l�mentaires �</p><p>et que scandent des rythmes venus de l�� Afrique des for�ts humides �. Mais c�est aussi, dans sa savante simplicit�, qui l�apparente souvent � celle d�un Garcia Lorca, une po�sie qui sait se maintenir dans la plus pure tradition hispanique. Il faut avoir une ma�trise exceptionnelle de l�espagnol pour en avoir fait une langue capable de restituer les rumeurs et les sortil�ges de la lointaine Afrique. Comme dit Le Roi Jones : � Un �crivain noir est un magicien noir. �</p><p>Mais si le nom de ce magicien du verbe est aujourd�hui partout respect�, c�est que, bien au-del� du folklore, au-del� de la sensualit� (� ton ventre sait plus que ta t�te et autant que tes cuisses �), au-del� m�me de l�humour, qui ne perd jamais ses droits, entre en jeu un sens aigu de la fraternit� humaine. Nous avons vu le po�te, t�-</p><p>moin des pr�jug�s raciaux dont �taient victimes les Noirs de l��le, proclamer</p><p>tr�s t�t ce que son ami et fr�re de race Langston Hughes nomme l�amour du N�gre. Nous le voyons maintenant, t�moin des criantes injustices que s�cr�tent les r�gimes de dictature qui se succ�dent � Cuba, s�engager dans la po�sie sociale et militante. De po�te cubain, Guill�n devient avec West Indies Ltd (1934) � po�te antillais �, et son inspiration ne va cesser de s��largir et de tendre vers l�universel, d�non-</p><p>�ant l�exploitation de l�homme par l�homme (� on me tue si je ne travaille, et si je travaille on me tue �) et enta-mant le long proc�s de l�imp�rialisme yankee et de � tous ceux qui servent Mr. Babbitt �. La trag�die qui ensan-glante l�Espagne lui inspire en 1937</p><p>un po�me en � quatre angoisses et une esp�rance �, et le d�termine � pr�ciser son engagement politique : il adh�re au parti communiste. Apr�s avoir publi� dix ans plus tard une anthologie de ses oeuvres, il va d�dier � la m�moire du po�te ha�tien Jacques Roumain, mort en 1944, et � celle du leader cubain J�sus Men�ndez, assassin� en 1948 par un officier, deux �l�gies poignantes qui comptent parmi ses plus belles oeuvres.</p><p>Puis avec l�installation de Batista au pouvoir en 1952 commencent pour</p><p>Guill�n de longues ann�es d�exil, de voyages � travers le monde avec, au coeur, la nostalgie de la patrie perdue (� Cuba, palmiers vendus �...). En 1958, il vient de donner un recueil d�impressions de voyage (la Colombe au vol populaire) lorsqu�il apprend la chute de Batista et le succ�s de la r�volution fid�liste. C�est alors la joie du retour, la stup�faction �merveill�e devant les changements op�r�s (� et je me vois, et je me palpe et m�interroge : est-ce possible � ?) et l�enthousiasme devant les conqu�tes du r�gime socialiste. Cet enthousiasme, Guill�n l�exprime en 1964 dans un nouveau recueil intitul� J�ai (� j�ai, voyons un peu, j�ai ce que je devais avoir �), tableau plein de verve de la r�alit� cubaine. Mais, malgr� sa ferveur joyeuse, il reste lucide : il sait que guettent les monstres de la faim (� un animal tout oeil et tout canines �), de la soif, du policier, de la bombe atomique, etc. Symboliquement, il les encage dans le Grand Zoo, qui para�t en 1967. Faut-il s��tonner si la voix chaleureuse du dompteur trouve aujourd�hui tant d��chos aupr�s de tous</p><p>� les parias inconnus, les humili�s, les d�laiss�s, les oubli�s, les va-nu-pieds, les encha�n�s et les transis � du monde entier, et surtout aupr�s de ceux du monde latino-am�ricain.</p><p>J.-P. V.</p><p>C. Couffon, Nicol�s Guill�n (Seghers, 1964).</p><p>Guilleragues</p><p>(Gabriel Joseph</p><p>de Lavergne,</p><p>comte de)</p><p>Diplomate et �crivain fran�ais (Bordeaux 1628 - Constantinople 1685).</p><p>Appartenant � une famille parle-</p><p>mentaire apparent�e aux Montesquieu, Guilleragues fait de fortes �tudes classiques, favoris�es par les traditions familiales. La Fronde* � Bordeaux lui donne l�occasion d�approcher Cond�*</p><p>et Conti. D�j� c�l�bre par son esprit et ses chansons, il remplace Jean-Fran-</p><p>�ois Sarasin (v. 1615-1654) comme secr�taire de Conti (1654). � ce titre, il prot�ge Moli�re*, dont il devient l�ami et le collaborateur occasionnel (Ballet downloadModeText.vue.download 18 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5159</p><p>des Incompatibles, 1655). D�s cette �poque, il se lie avec Mme de Sabl� (1599-1678) et les familiers de celle-ci, comme l�abb� Bourdelot (1610-1685).</p><p>En 1658, il �pouse Anne-Marie de Pon-tac et devient en 1660 premier pr�sident de la cour des aides de Bordeaux.</p><p>En 1669 para�t toute l�oeuvre imprim�e de Guilleragues : les fameuses Lettres portugaises et un recueil de madrigaux et d��pigrammes intitul� les Valentins. Malgr� le myst�re qui a entour� la publication des Lettres portugaises, pr�sent�es par un � libraire artificieux � comme les lettres authentiques d�une religieuse portugaise s�duite et abandonn�e par un officier fran�ais, quelques initi�s en connaissent le v�ritable auteur. Parmi eux doit figurer Louis XIV, puisque, d�s la fin de l�ann�e 1669, le roi s�attache Guilleragues comme � secr�taire</p><p>de la chambre et du cabinet du roi �, charg� d��crire les lettres priv�es et intimes du souverain.</p><p>En 1675, Guilleragues, toujours</p><p>press� par ses besoins financiers, vend sa charge et devient directeur de la Gazette, en collaboration avec Bellinzani.</p><p>� Il est charg�, dit Bayle*, d�en surveiller l�exactitude et le style. � Pendant cette p�riode, Guilleragues fr�quente tout ce que la France comporte de grands hommes : �crivains, comme Racine* et Boileau*, dont il est l�intime ami : hommes et femmes d�esprit et du monde, tels que La Rochefoucauld*, Mme de Maintenon, la marquise de S�-</p><p>vign�*, Mme de Coulanges (1641-1723) et Mme de La Sabli�re (1636-1693), dont il fr�quente assid�ment le salon ; courtisans, comme Colbert* et surtout son fils, le marquis de Seignelay, auquel il est tr�s attach� ; peintres et musiciens, comme Mignard* et Lully*.</p><p>En 1677, Guilleragues est d�sign� comme ambassadeur � Constantinople, o� il arrivera � la fin de novembre 1679, en passant par la vall�e du Rh�ne, Tou-lon et Malte. Son pr�d�cesseur, le marquis de Nointel (1635-1685), apr�s des d�buts brillants, s�est laiss� d�poss�der des honneurs du sofa, qui distinguaient jusque-l� l�ambassadeur de France.</p><p>En outre, les affaires financi�res de l�ambassade et de la communaut� des marchands sont dans un �tat des plus critiques.</p><p>Malgr� les int�r�ts communs entre la France et l�Empire ottoman, les bonnes relations sont troubl�es par la faute des pirates barbaresques, d�Alger et de Tripoli notamment. La canonnade de Chio (1681), dans laquelle des mosqu�es sont touch�es par les boulets de la flotte fran�aise attaquant des pirates tripo-litains, d�clenche la col�re des Turcs et Guilleragues est mis � la prison des Sept Tours. Pourtant, la campagne turque contre l�Empereur en 1683, le remplacement du vizir et les bons rapports de l�ambassadeur avec beaucoup de Turcs influents am�nent une am�-</p><p>lioration des relations. Le 28 octobre 1684, Guilleragues est enfin re�u par le vizir avec les fameux honneurs du sofa, et, le 26 novembre, le Sultan lui-m�me lui accorde une audience solennelle</p><p>avec les plus grands �gards. En m�me temps, de nouvelles capitulations sont accord�es, bien plus favorables que les pr�c�dentes, autant pour la protection des chr�tiens que pour le commerce fran�ais du Levant.</p><p>C�est le couronnement de l�ambassade, l�une des plus honorables depuis le temps de Soliman II et de Fran-</p><p>�ois Ier. H�las ! rentr� � Constantinople, o� il a �t� re�u en triomphe par la colonie fran�aise, et au moment m�me o�, dans son bureau, il se pr�pare � r�diger des d�p�ches au roi annon�ant le succ�s de sa mission, Guilleragues meurt d�une attaque d�apoplexie. Il laisse sa femme et sa fille dans une demi-mi-s�re. La protection de Mme de Maintenon permet pourtant � Mlle de Guilleragues de conclure un mariage d�amour avec le marquis de Villiers d�O et de perp�tuer � la cour de France, jusqu�� un �ge avanc�, le souvenir de l�homme d�esprit qu�avait �t� son p�re.</p><p>Bon administrateur, ambassadeur</p><p>de talent, Guilleragues est aussi un merveilleux �crivain. Que ce soit dans ses oeuvres l�g�res, comme la Chanson du Confiteor ou les Valentins, dans les Lettres portugaises et dans sa correspondance, l�harmonie du style, la sensibilit� la plus d�licate jointe � un humour contenu font de lui l��gal des grands �crivains de son temps.</p><p>Ses Lettres portugaises sont, dans un genre diff�rent, une sorte d��quivalent de B�r�nice, et les lettres priv�es que nous avons conserv�es de lui, � Mme de Sabl�, � Mme de La Sabli�re, � Racine ou � Seignelay, le classent au premier rang des �pistoliers, tout � c�t� de la marquise de S�vign�. La lettre � Racine r�v�le quel critique Guilleragues aurait pu �tre : nul, de son temps, n�a parl� avec plus de p�n�tration de la trag�die racinienne. Celle � Mme de La Sabli�re, d�une extraordinaire spontan�it�, passe sans discontinuer d�un humour d�brid� aux vivacit�s du coeur. � L�oubli me para�t une mort �, y �crit Guilleragues.</p><p>Par une curieuse rencontre, il a fallu exactement trois cents ans d�oubli, apr�s les Lettres portugaises, pour que son nom �merge de l�ombre comme</p><p>celui d�un des �crivains les plus attachants du si�cle de Louis XIV.</p><p>F. D.</p><p>G. J. de Guilleragues, Lettres portugaises, �d. par F. Deloffre (Droz, Gen�ve, 1972).</p><p>Guimar�es Rosa</p><p>(Jo�o)</p><p>Romancier br�silien (Cordisburgo, Minas G�rais, 1908 - Rio de Janeiro, Guanabara, 1967).</p><p>Guimar�es Rosa exer�a la m�decine de 1930 � 1934. � cette date, il entra dans la carri�re diplomatique, qu�il ne devait plus quitter jusqu�� sa mort. Il fut �lu en 1963 � l�Acad�mie br�silienne des lettres, et un pressentiment lui fit retarder la prise de possession de sa chaire ; quand il s�y d�cida finalement, il mourut trois jours apr�s, le 19 novembre 1967.</p><p>En 1934, Guimar�es Rosa re�oit le prix de l�Acad�mie br�silienne des lettres pour des po�mes, Magma, qu�il n�a jamais rendus publics. En 1946 paraissent ses premiers contes, Sagarana (un mot qu�il a form� de saga et d�un suffixe tupi �quivalent de � la mani�re de), qui d�clenchent une querelle litt�raire : il cr�e en effet de nombreux n�ologismes � partir de vocabulaires r�gionaux et dialectaux. Les �ditions successives de Sagarana ont �t� d�ailleurs reprises de mani�re � rendre ce proc�d� plus syst�matique.</p><p>En 1956 para�t l�oeuvre majeure du romancier, Grande sert�o : veredas.</p><p>Euclides da Cunha avait publi� en 1905</p><p>un essai sous le titre d�Os Sert�es, qui r�v�la au Br�sil et au monde la g�ographie physique et humaine d�une grande partie de l�arri�re-pays br�silien au nord de Bahia ; Grande sert�o : veredas en est, quant au titre, une r�plique, suivi d�un synonyme local, veredas,</p><p>� sentiers �, dans les hautes terres de Minas Gerais. Mais Guimar�es Rosa a choisi la fiction, qu�il trouve plus apte � faire comprendre un probl�me qu�une simple documentation ou un reportage m�ticuleux. Son livre est un panorama �pique, lyrique et dramatique d�une humanit� qui survit h�ro�quement, repli�e sur elle-m�me physiquement et mentalement. Un seul narrateur imaginaire (l��crivain n�est que son scribe) r�capitule son existence et celles de plu-</p><p>sieurs compagnons dans la lutte pour la vie au milieu de la nature et de ses semblables. Tout l�epos se fonde sur le langage, qui s��l�ve ici � une forme d�expression qui s�apparente � celle de James Joyce* dans Ulysse : hommes, femmes, enfants, d�mons, amours, espoirs, malheurs, morts, richesses se m�lent et se fondent dans des cr�ations phoniques plastiques, musicales, dissonantes, qui constituent un d�fi permanent � la traduction � qui, cependant, a d�j� �t� faite en plusieurs langues. Guimar�es Rosa a �galement publi� un livre de nouvelles, Corpo de baile (1956), divis� plus tard en trois livres (en 1969). Conteur, il a restaur� le mot archa�que est�ria (pour lui, le portugais est�ria est � hist�ria ce que l�anglais story est � history) : il a ainsi donn� Primeiras est�rias (1962), Tuta-m�ia (Terceiras est�rias, 1967), Estas est�rias (1969 ; posthumes) et Ave, pa-lavra (1970), ce dernier recueil contenant quelques po�mes, des notes de voyages, des r�cits autobiographiques.</p><p>Nombre de ses contes et nouvelles ont d�j� paru aux �tats-Unis, en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne, et il existe des traductions int�grales de Grande sert�o : veredas en espagnol et en allemand.</p><p>A. H.</p><p>Guimard (Hector)</p><p>F ART NOUVEAU.</p><p>Guin�e</p><p>�tat de l�Afrique occidentale.</p><p>La situation</p><p>Le territoire de la r�publique de Guin�e, avec une superficie l�g�rement sup�rieure � la moiti� de celle de la France, figure un vaste croissant partant d�une fa�ade atlantique et se d�veloppant vers l�int�rieur dans l�arri�re-pays des �tats c�tiers de la Sierra Leone et du Lib�ria.</p><p>Situ�e entre les 7e et 13e degr�s de lat. N., la Guin�e occupe une position moyenne au contact du climat subtropical humide dit � subguin�en � (zone foresti�re) et du climat soudanien � sai-</p><p>son s�che marqu�e (zone de la savane).</p><p>Son relief vari� contribue � en faire downloadModeText.vue.download 19 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5160</p><p>une sorte de pays carrefour, point de convergence r�unissant des fractions ou �chantillons de paysages diff�renci�s qui s��tendent dans d�autres parties de l�Afrique occidentale de fa�on uniforme.</p><p>Le d�coupage artificiel des fron-ti�res, h�ritage des hasards de la conqu�te coloniale, a r�uni dans une m�me entit� politique quatre r�gions naturelles nettement individualis�es par leur relief, leur climat, leur population.</p><p>Les r�gions</p><p>La Guin�e maritime ou</p><p>basse Guin�e</p><p>C�est une zone de plaines c�ti�res mar�cageuses, prolong�es par de bas plateaux, brutalement limit�e vers l�in-t�rieur par les plateaux inf�rieurs du Fouta-Djalon.</p><p>D��normes estuaires ou � rias � (les</p><p>� Rivi�res du Sud � des navigateurs d�autrefois) au trac� sinueux (rio Ca-cine, rio Nunez, rio Pongo, Konkour�, Mellacor�e) s�enfoncent profond�ment dans l�int�rieur, remont�s par la mar�e sur 30 km et plus. La mangrove littorale (for�t de pal�tuviers) a �t� partiellement remplac�e par les rizi�res inond�es. Deux indentations rocheuses (cap Verga ; mont Kakoulima et presqu��le du Kaloum, prolong�e par l�archipel de Los) interrompent seules ces plaines mar�cageuses. � l�int�rieur, le socle ancien (granit�s et gneiss au sud, gr�s pr�cambriens et primaires au nord) constitue une surface basse, plus ou moins recouverte de s�diments r�cents ou de d�p�ts d�alt�ration (sables et argiles).</p><p>Le climat subguin�en est chaud et humide : 26-27 �C, avec une faible variation annuelle ; pr�cipitations tr�s abondantes (4 300 mm de pluies � Co-</p><p>nakry), dues � la mousson et presque enti�rement concentr�es dans la saison des pluies, de juin � novembre ; saison s�che marqu�e, mais durant laquelle le degr� hygrom�trique de l�air reste tr�s �lev�. La v�g�tation naturelle (for�t claire s�che, avec des noyaux de for�t dense) a largement disparu devant les cultures (riz, palmiers � huile). L�ethnie dominante est celle des Soussous (ou Sossos), appartenant au groupe mand�, qui tend � assimiler les ethnies r�siduelles du littoral et de la r�gion de Bok�. La basse Guin�e compte environ 900 000 habitants.</p><p>Le Fouta-Djalon ou</p><p>moyenne Guin�e</p><p>C�est une zone � montagneuse � ou, plus exactement, un ensemble de hauts plateaux hach�s de fractures quadran-gulaires limitant des compartiments effondr�s ou guidant le trac� des cours d�eau � en ba�onnette �. Ces plateaux sont constitu�s de gr�s subhorizontaux pr�cambriens et primaires, et, � l�ouest, de schistes gothlandiens donnant des reliefs plus estomp�s. Les altitudes varient entre 500 et 1 500 m. L�impression de relief tient � la brutalit� des d�nivellations, avec des � falaises �</p><p>correspondant souvent � des abrupts de faille. Les nombreuses venues de dol�rites riches en fer ont contribu� � � nourrir � les cuirasses de lat�-</p><p>rite qui coiffent souvent les surfaces sommitales.</p><p>Le climat tropical, avec alternance d�une saison s�che et d�une saison humide (de 1 500 � 2 000 mm de pluies), est att�nu� par l�altitude (saison s�che r�duite � quatre mois ; temp�ratures moyennes plus basses ; minimums</p><p>moyens de janvier tombant � 12 �C � Lab�). Bien arros�, formant un m�le de grandes dimensions, le Fouta-Djalon appara�t comme le � ch�teau d�eau �</p><p>de l�Afrique occidentale (sources de la Gambie, du S�n�gal, du Konkour� ; � sa limite, sources du Niger). La for�t claire s�che originelle ne subsiste plus qu�autour des sources et au pied des escarpements, o� elle est entretenue par l�humidit�. L�abus des cultures extensives et du p�turage, les feux de brousse l�ont remplac�e presque partout par une savane d�grad�e, sou-</p><p>vent avec des sols us�s, en voie de cuirassement.</p><p>Avec 1 300 000 habitants, c�est une zone surpeupl�e : l�ethnie dominante, les Peuls*, y a asservi et assimil� des populations d�agriculteurs ant�rieures ou transplant�es, contribuant � l�usure des sols par la pr�sence simultan�e de l�agriculture extensive (riz pluvial, fonio sur les sols les plus us�s) et de l��levage extensif des bovins (race ndama). La densit� de population arrive � d�passer 50 habitants au kilom�tre carr� dans la r�gion de Lab�, et le Fouta-Djalon alimente depuis l��poque coloniale une importante �migration (vers la basse Guin�e, le S�n�gal).</p><p>La haute Guin�e ou</p><p>plateau mandingue</p><p>C�est une surface d��rosion, ensemble de plateaux relativement bas entaill�s dans le substratum ancien (granit�s, schistes et micaschistes birrimiens), faiblement inclin�s vers le nord-est.</p><p>Le Niger et ses affluents (Tinkisso, Niandan, Milo) y entaillent de larges vall�es bord�es de terrasses. Le climat soudanien se caract�rise par un total pluviom�trique moindre (moins de 1 500 mm de pluies), une saison s�che prolong�e et bien marqu�e (� Siguiri, 10 mm d�eau seulement de d�cembre � mars), o� le souffle de l�harmattan contribue � abaisser le degr� hygrom�-</p><p>trique de l�air, un �cart thermique plus marqu� (maximums d�passant 40 �C</p><p>en mars-avril). La for�t, ravag�e par les feux de brousse, a �t� presque partout remplac�e par la savane arbor�e. La population (840 000 hab.), repr�sent�e presque exclusivement par l�ethnie des Malink�s, est relativement peu nombreuse (vastes zones de densit� inf�rieure � 2 habitants au kilom�tre carr�) et in�galement r�partie (concentr�e dans la vall�e du Niger, avec de gros villages pratiquant la riziculture inond�e).</p><p>La Guin�e foresti�re</p><p>C�est, � l�extr�me sud-est, une r�gion montagneuse, correspondant � la � dorsale guin�enne �, qui n�est pas une cha�ne, mais une succession de cha�-</p><p>nons isol�s grossi�rement parall�les, orient�s N.-S. ou N.-E.-S.-O., s�par�s de seuils qui font communiquer versant nig�rien et versant atlantique. Des gneiss, des granit�s, des schistes m�ta-morphiques se d�tachent des ar�tes de quartzites, qui constituent les points culminants (mont Nimba : 1 854 m).</p><p>Le climat, dont les temp�ratures sont adoucies par l�altitude, est de type sub�quatorial : pluies abondantes (2 700 mm � Macenta), r�parties sur huit ou neuf mois, seul le mois de janvier �tant vraiment sec (9 mm � Macenta). Ainsi s�expliquent la pr�-</p><p>sence d�un couvert forestier (for�t dense humide), aujourd�hui tr�s d�-</p><p>grad� par l�agriculture extensive (riz downloadModeText.vue.download 20 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5161</p><p>pluvial sur br�lis), et la pr�sence du palmier � huile. L��conomie moderne y a introduit le caf�ier. La population (930 000 hab.) se r�partit entre Kissis, Tomas (ou Lomas), Guerz�s (ou Kpel-l�s) et Manons.</p><p>L��conomie</p><p>L�agriculture</p><p>Malgr� l�importance et la vari�t� de ses aptitudes agricoles et l�existence d�un important troupeau de bovins (4,5 millions de t�tes : Fouta-Djalon et plateau mandingue), la Guin�e restait pour l�essentiel, � l��poque coloniale, au stade de l��conomie de subsistance.</p><p>Elle y est demeur�e. La principale culture vivri�re est le riz (surtout riz pluvial, riz inond� dans les polders de basse Guin�e et dans la vall�e du Niger) ; le fonio, c�r�ale pauvre, subsiste au Fouta-Djalon sur les sols les plus us�s ; le manioc, le ma�s sont fournis surtout par les � jardins de case �</p><p>f�minins.</p><p>Les cultures commerciales sont</p><p>�troitement circonscrites : bananes et ananas dans le triangle Boffa-For�ca-riah-Mamou, autour de la voie ferr�e ; caf� en r�gion foresti�re. Le palmier � huile (basse Guin�e et Guin�e fores-</p><p>ti�re), objet de cueillette plus que de culture, permet quelques exportations de palmistes ; les oranges du Fouta-Djalon et la kola de Guin�e foresti�re, comme les bovins du Fouta-Djalon, font l�objet d�exportations mal contr�-</p><p>l�es vers les pays frontaliers (oranges vers le S�n�gal, kola vers le Mali, bovins vers la Sierra Leone). Les exportations agricoles sont en r�gression : la cercosporiose a ravag� les plantations de bananiers � partir de 1956, et la trach�omycose les plantations de caf�iers � partir de 1958. Le d�part des planteurs europ�ens a contribu� � la chute de la production banani�re, tomb�e de pr�s de 100 000 t en 1955 � 64 900 t en 1958 et � 42 200 t en 1967 ; l�ananas, en revanche, progresse (2 900 t export�es en 1958 ; 8 000 t en 1966). Le caf� est tomb� de 15 000 t (record en 1959) � 12 000 t en 1966, du fait surtout de la contrebande vers le Liberia, qui repr�-</p><p>sente � peu pr�s autant que les exportations contr�l�es. Les exportations de palmistes se maintiennent autour de 20 000 t par an.</p><p>Les usines et l�industrie</p><p>Les richesses mini�res sont consid�-</p><p>rables, mais, sauf pour le diamant (nationalis�), elles restent exploit�es par des consortiums de � consommateurs � des pays industriels et apportent peu � la Guin�e. La bauxite de Kassa (�les de Los) et le fer du Kaloum, seuls exploit�s avant 1958, sont �puis�s ou abandonn�s depuis 1966.</p><p>En revanche, la bauxite de Fria, transform�e sur place en alumine, �va-cu�e par une voie ferr�e de 145 km sur Conakry, fournit en valeur les deux tiers des exportations guin�ennes. La compagnie Fria est un consortium international de consommateurs d�alumine domin� par Pechiney-Ugine</p><p>(France) et Olin Mathieson (�tats-Unis). Aux 530 000 t d�alumine (re-pr�sentant 1,5 Mt de bauxite) fournies par Fria, il faut ajouter 1 Mt de bauxite extraites par la firme am�ricaine Har-vey � Tamara (�les de Los), gisement devant �tre relay� en 1972 par celui de Bok� (production initiale pr�vue : de 5 � 6 Mt de bauxite, exploit�es par une soci�t� dont le capital est partag� entre l��tat guin�en et les principaux</p><p>groupes aluminiers internationaux).</p><p>L�exploitation des bauxites de Kindia, de Tougu�, de Dabola et du fer du mont Nimba a fait l�objet d�accords avec divers pays �trangers, mais ne pourra �tre entreprise qu�apr�s l�am�nagement de voies ferr�es d��vacuation.</p><p>C�est sur les ressources de Bok� (65 p. 100 des b�n�fices garantis � l��tat guin�en) que compte la Guin�e pour poursuivre son effort d�industrialisation entrepris dans le cadre des plans triennal (1960-1963) et septennal (1964-1970). L�usine hydro-�lectrique des Grandes Chutes a, depuis 1958, augment� sa puissance de 10 000 � 35 000 kW, et une autre centrale hydro-�lectrique, celle de Kinkon, a �t� construite au Fouta-Djalon par la R�publique populaire de Chine. La production annuelle d��nergie est pass�e de 20 GWh par an en 1958 � 200 GWh en 1967. En revanche, le grand projet du Konkour� (centrale hydro-�lectrique de 3 TWh pour alimenter une industrie d�aluminium) reste en suspens. Une s�rie d�usines ont �t� �difi�es avec le concours des pays socialistes (conserverie de Mamou et combinat du bois de N�Z�r�kor� avec l�U.R. S.S. ; tabacs et allumettes � Conakry et usine de th� de Macenta avec la Chine populaire ; etc.) ou occidentaux (usine textile de Conakry avec la Grande-Bretagne ; ustensiles d�aluminium avec les �tats-Unis ; etc.).</p><p>Le r�seau de routes bitum�es est pass� de 187 km en 1958 � 890 km en 1971, mais l�unique voie ferr�e Conakry-Kankan, voie m�trique, � la limite de l�usure, doit �tre refaite et port�e � �cartement normal.</p><p>La politique �conomique</p><p>et les �changes</p><p>L�orientation suivie en mati�re �conomique par la Guin�e depuis 1960</p><p>vise � consolider son ind�pendance �conomique : cr�ation d�une monnaie guin�enne ind�pendante et non convertible ; nationalisation du commerce ext�rieur et de la plus grande partie du commerce int�rieur, des banques, des assurances, de la quasi-totalit� des industries (les entreprises nouvelles sont des entreprises nationales, ou mixtes dans quelques cas). Cette orientation a</p><p>eu des cons�quences impr�vues (d�veloppement de la contrebande et inflation ; difficult�s d�approvisionnement en produits import�s faute de devises).</p><p>Mais l�aust�rit� qui en r�sulte est surtout sensible pour les Europ�ens et les couches privil�gi�es vivant � l�europ�enne. L��viction du capital colonial a favoris� l�ascension d�une bourgeoisie locale (fonctionnaires, anciens commer�ants) fortement implant�e dans l�appareil de l��tat et dans celui du parti au pouvoir, et qui est fondamentalement hostile � l�orientation anticapitaliste du r�gime.</p><p>Le taux de scolarisation primaire est pass� de 7 p. 100 en 1957-58 � 31 p. 100 en 1965-66. Le nombre des �tablissements secondaires est pass� de 5 � 30 de 1958 � 1967, et la Guin�e dispose de deux instituts polytechniques (ou universit�s) � Conakry et � Kankan. L�alphab�tisation des adultes dans les langues nationales est entreprise depuis 1968.</p><p>Lourdement d�ficitaire en 1958 (importations couvertes � 37 p. 100 par les exportations), la balance commerciale de la Guin�e s�est am�lior�e gr�ce aux exportations d�alumine (couverture � 75 p. 100 en 1966). En revanche, la balance des comptes reste lourdement d�ficitaire (charge des investissements industriels). L�approvisionnement en riz des agglom�rations, en raison de l�insuffisance de la production locale commercialis�e, est assur� � 80 p. 100</p><p>par les �tats-Unis, � 20 p. 100 par la Chine populaire. Le commerce avec la France, jadis largement pr�pond�rant, est r�duit � environ 25 p. 100, le reste du commerce ext�rieur se partageant � parts � peu pr�s �gales entre pays socialistes et pays occidentaux � devises fortes.</p><p>J. S.-C.</p><p>L�histoire</p><p>Un pass� complexe</p><p>Le caract�re h�t�rog�ne de la Guin�e se projette dans son pass�. Le Fouta-Djalon et la Guin�e foresti�re se trouvent � la p�riph�rie du monde mandingue (Malink�s et Bambaras), qui a �t� depuis des mill�naires le principal</p><p>�picentre culturel de l�Ouest africain, mais la haute Guin�e en fait int�gralement partie.</p><p>y La p�riph�rie. Des peuples non mand�s, parlant des langues � classes de la famille m�l (Ouest atlantique), ont �t� progressivement refoul�s par les Soussous dans les mar�cages de la c�te (Landoumans, Nalous, Bagas) ou par les Malink�s dans les franges de la for�t (Kissis). Ce sont toujours des grands riziculteurs. D�autres, comme les Tendas (Koniaguis, Bassaris), se sont isol�s aux confins du S�n�gal dans des savanes ingrates.</p><p>Reculant sous la pression des Malink�s, d�autres peuples, parlant cette fois des langues mand�s, ont p�n�tr� profond�ment en for�t, en direction de la mer (Tomas, Guerz�s, Manons).</p><p>Beaucoup plus proches des Malink�s pour la langue et fortement marqu�s de civilisation soudanaise, les Soussous et leurs fr�res les Dyalonk�s ont, cependant, �vit� le pouvoir du Mali m�di�val en occupant les hautes terres du Fouta-Djalon (ou Fouta-Dyalon), qui leur doit son nom. C�est de l� que les premiers sont descendus pour refouler ou assimiler les c�tiers, tandis que les seconds �taient expuls�s ou asservis par les Peuls au XVIIIe s.</p><p>y Les Malink�s. Depuis le XIIIe s., une partie de la haute Guin�e a certainement appartenu � l�empire du Mali*, dont la capitale, Niani, � l�est de Siguiri, se trouvait sur son territoire et qui contr�lait l�exploitation de l�or du Bour�, destin� au commerce transsaharien. Le commerce � longue distance est, depuis l��poque du Gh&#x101;na*, le monopole de colporteurs musulmans, que l�on appelle Dyoulas sur le haut Niger, Dyakhank�s ou Boundoukas sur la c�te. Ils ont mis tr�s t�t en place un r�seau de pistes commerciales s��tendant jusqu�� la for�t, o� ils allaient chercher des noix de kola, un excitant aussi n�cessaire aux Soudanais que le caf� aux Europ�ens. Ils en ramenaient en outre des esclaves, que les vieux empires ont toujours pris chez les peuples du Sud, downloadModeText.vue.download 21 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5162</p><p>consid�r�s par les Malink�s comme barbares.</p><p>Ce r�seau de colportage n�est pas troubl� quand l�empire du Mali s�effondre � la fin du XVIe s. Le pays est alors partag� entre de nombreuses familles nobles, c�est-�-dire guerri�res, qui ont besoin de ces commer-</p><p>�ants musulmans. N�ayant plus d�unit� politique, la r�gion est parcourue par des invasions peules, dont certaines gagnent le Fouta-Djalon, tandis que d�autres s�assimilent, adoptant la langue mandingue (Ouassoulous).</p><p>Mais le fait essentiel est l�influence du commerce europ�en. Les Portugais ont, en effet, d�couvert la c�te des Rivi�res, jusqu�� la Sierra Leone, en 1461-62. Bien qu�ils n�aient pas cr�� d�installations fixes � terre, les Europ�ens du cap Vert s�y livrent � un trafic intense, qui s�oriente d�s le XVIe s.</p><p>vers la traite des Noirs, tandis que leurs m�tis sont partout pr�sents sur les rivi�res.</p><p>Les gens du haut Niger se trouvent alors attir�s par la c�te, qui n��tait jusque-l� qu�un cul-de-sac. Des Malink�s animistes sont � l�origine de l�invasion des Sumbas, qui gagne vers 1545</p><p>l�ouest du Liberia et la Sierra Leone, dont les structures politiques sont alors fortement transform�es. Les commer-</p><p>�ants ouvrent trois routes vers la mer : l�une � travers le Fouta-Djalon vers la c�te des Rivi�res ; la deuxi�me du haut Niger � la Sierra Leone ; la troisi�me, toujours difficile, du Konyan au Liberia occidental (Robertsport). Au carrefour de ces routes, des pistes de la for�t et de l�axe du Niger grandit bient�t la ville de Kankan, qui devient � la fin du XVIIIe s. la m�tropole �conomique, intellectuelle et religieuse des Dyoulas de l�Ouest.</p><p>Au XVIIIe s., un nouvel Empire mandingue, celui des Bambaras de S�gou, �tend son autorit� jusqu�� Kouroussa, pr�s de Kankan, pour contr�ler ces routes commerciales. Il sera remplac� dans ce r�le, au d�but du XIXe s., par le royaume dyalonk� de Tamba (pr�s</p><p>de Dinguiraye). C�est alors l�apog�e de la traite des Noirs vers l�Am�rique, dont les r�percussions finissent par �tre sensibles sur le haut Niger. Les armes � feu s�y multiplient, changeant les r�gles du jeu politique et militaire, tandis que la population utilise de plus en plus des importations europ�ennes (tissus, quincaillerie). Les Djoulas, qui les diffusent, augmentent en nombre et en importance sociale, tandis que leur isl&#x101;m est r�nov� par les guerres saintes des Peuls. En 1850, El-Hadj Omar, qui vient de fonder Dinguiraye, d�truit Tamba avec l�aide de Kankan et ouvre sa carri�re de conqu�rant. Avec lui se diffuse le tiadjanisme, nouvelle forme militante de l�isl&#x101;m.</p><p>� partir de 1835, pour la pre-</p><p>mi�re fois dans l�Ouest, des Dyoulas prennent les armes pour imposer leur loi aux Malink�s, animistes, parfois pour leur imposer l�isl&#x101;m et toujours pour supprimer les p�ages sur les colporteurs. Le premier de ces conqu�-</p><p>rants est Morioul� Siss� (ou Mori-Oul� Sis�) de M�dina, pr�s de Kankan, et, � partir de 1861, le r�le essentiel sera tenu par l�un de ses anciens soldats, Samory (ou Samori) Tour� (v. 1830-1900), originaire du Konyan. Quoique musulman, celui-ci va prendre au d�part la d�fense des animistes, ses</p><p>� oncles maternels �. Avec un remarquable g�nie militaire et une grande habilet� politique, il conquiert � partir de 1870 un vaste empire le long des routes commerciales qui s�orientent vers le nord depuis le Moyen �ge et vers la mer depuis le XVIe s. Apr�s la prise de Kankan en 1881, il reste seul en sc�ne, tenant toute la haute Guin�e et de vastes r�gions de la for�t de la Sierra Leone, du Liberia, de la C�te-d�Ivoire et du Mali moderne. C�est alors qu�il songe un moment � en faire un �tat musulman et � imposer l�isl&#x101;m � ses sujets, mais les troubles qui en r�sulteront lui feront abandonner cette tentative d�s 1888. Ce nouvel Empire mandingue appara�t ainsi au moment pr�cis o� les Fran�ais se lancent dans la conqu�te imp�rialiste de l�Ouest africain (occupation de Bamako, f�vr.</p><p>1883). Samory essaie de s�entendre avec eux (trait� de Bissandougou, mars 1887), mais il �choue devant le royaume de Sikasso (Mali), d�j� sou-</p><p>tenu par les colonisateurs, qui poussent les sujets du conqu�rant � la r�volte.</p><p>Samory comprend alors qu�il faut se soumettre ou dispara�tre, et il se d�cide pour une lutte qu�il sait sans espoir, mais qu�il pr�pare soigneusement. L�agression d�Archinard ouvre le combat final en avril 1891 : Samory est chass� de haute Guin�e et se retire en C�te-d�Ivoire, o� il sera arr�t� en septembre 1898. D�port� au Gabon, il y mourra en 1900.</p><p>La haute Guin�e, d�abord rattach�e au Soudan fran�ais, colonie militaire, est transf�r�e � la Guin�e � compter du 1er janvier 1900. Les peuples anarchiques de la for�t, surtout les Tomas, r�sisteront encore farouchement aux colonisateurs jusqu�en 1912, parfois soutenus par des agents du Liberia, qui souhaitait annexer la r�gion.</p><p>y Les Peuls. L�histoire des Peuls, qui n�est pas moins complexe, int�-</p><p>resse l�ensemble de l�Ouest africain, o� ce peuple d��leveurs, d�origine incertaine, a trouv� sa langue. Leur sp�cialisation �conomique amenait leur dispersion en petits groupes au sein des paysans noirs, avec lesquels leurs relations n��taient pas toujours bonnes. Leur passage massif � l�isl&#x101;m a marqu� le moment o� ils ont refus� de jouer plus longtemps ce jeu, et ils se sont alors r�v�l�s de grands conqu�rants et de remarquables cr�ateurs d��tats. Quand ils rencontraient un milieu �cologique favorable � l��levage, ils s�y concentraient cependant, finissant par former la majorit� de la population. Tel est le cas du Fouta-Djalon, dont les hauts plateaux salubres ont attir� le b�tail des Peuls d�s le XVe s. Vers 1500, ceux-ci participent � la formation de l�empire d�-</p><p>nyank� de Tengu�la, dont le centre est sur le S�n�gal. Quand cet empire se disloque vers 1660, ils sont de plus en plus nombreux, et ceux qui viennent du Macina, d�j� musulmans, conver-tissent les autres. Ils supportent mal l�autorit� des autochtones dyalonk�s.</p><p>En 1727 commence la guerre sainte, dirig�e par un mystique, Karamokho Alfa. D�s le milieu du si�cle, les Peuls restent les ma�tres, organisant une</p><p>soci�t� musulmane pseudo-f�odale, enti�rement hi�rarchis�e, o� les vaincus, �cras�s et assimil�s, sont m�l�s � des esclaves achet�s au-dehors pour former la masse des cultivateurs dans les rounde, au fond des vall�es. Ils demeurent dans les foulasso, sur les plateaux, et le pays est divis� en missidi, ou paroisses, et diwe (sing. diwal), ou provinces. � la suite de f�roces guerres civiles, la famille de Karamokho Alfa se divise en deux branches : les Alfaya et les Soriya, qui fournissent toutes deux un almami, alternant au pouvoir tous les deux ans. Cette soci�t� est dure, mais elle marque du moins un grand progr�s sur le plan culturel.</p><p>Les sciences coraniques, fond�es sur l�arabe et l��criture en langue poular, sont alors largement diffus�es.</p><p>Au XIXe s., les almamis r�priment, non sans peine, la violente r�volution sociale des Houbbous, et c�est une soci�t� divis�e, affaiblie par de nombreux m�contents, qui affronte la colonisation � la fin du si�cle. Malgr� la mort h�ro�que de l�almami Bokar Biro, elle s�effondre presque sans combat en 1896. Alfa Yaya, qui commande le Lab�, dans le nord du pays, essaye alors de collaborer avec les Fran�ais, mais il est d�pos� et d�port� un peu plus tard (1911).</p><p>La colonisation</p><p>Fr�quent�e par les Portugais d�s le XVe s., cette c�te ne devient notable pour la traite des Noirs qu�au XVIIIe s., sans jamais atteindre � l�importance des pays du golfe de Guin�e.</p><p>En 1787, les Britanniques installent une colonie de Noirs lib�r�s � Freetown, et l�influence de la Sierra Leone va s��tendre � toute la r�gion. Apr�s 1815, alors que la croisi�re britannique donne la chasse aux n�griers, le caract�re difficile des � Rivi�res � en fait l�un des sites pr�f�r�s de la traite clandestine. Celle-ci s��teint seulement en 1861, avec la guerre de S�cession.</p><p>Beaucoup de familles m�tisses apparaissent alors en pays soussou, o� elles jouent un r�le politique consid�rable, bien que le christianisme les distingue des musulmans venus du haut Niger.</p><p>Depuis la fin de la traite, le commerce europ�en est en qu�te de produits l�gitimes, et le riz de basse Guin�e approvisionne la Sierra Leone, qui la domine �conomiquement. Vers le milieu du si�cle appara�t le commerce du S�n�gal, qui favorise la culture de l�arachide. Les postes fran�ais de Bok�, de Boffa et de Benty sont install�s en 1866-67.</p><p>� la fin du si�cle, pendant la pouss�e imp�rialiste, la France s�impose.</p><p>En 1882, les Rivi�res du Sud re�oivent leur autonomie dans le cadre du S�n�-</p><p>gal, et, en 1893, est constitu�e la colonie de la Guin�e fran�aise. Avec Eu-g�ne Ballay (1847-1902), son premier gouverneur, la capitale, Konakry (l�or-thographe Conakry n�appara�t qu�en 1900), s�urbanise et devient un port important, affranchi des servitudes de Freetown. La Guin�e est englob�e dans le gouvernement g�n�ral de l�A.-O. F.</p><p>en 1895 et trouve son assiette territoriale d�finitive en 1900, par l�annexion du haut Niger, pris au Soudan fran�ais, et en 1904, quand l�archipel de Los est c�d� par l�Angleterre � la France.</p><p>Apr�s un d�part prometteur au d�but du XXe s., fond� sur la prosp�rit� �ph�-</p><p>m�re du caoutchouc de cueillette, la Guin�e coloniale ne conna�t qu�un d�veloppement assez lent jusqu�� la Seconde Guerre mondiale. L��quipement du port de Conakry est m�-</p><p>diocre, et le chemin de fer du Niger, qui atteint Kankan d�s 1913, est d�un faible rendement en raison de son parcours montagneux. Les plantations de downloadModeText.vue.download 22 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5163</p><p>bananiers et d�ananas se d�veloppent cependant en basse Guin�e, ainsi que les caf�iers dans la zone foresti�re, dont l��loignement restreindra cependant l�importance. La vie politique est pratiquement inexistante, et la diff�-</p><p>renciation sociale est faible, bien que le chemin de fer et le port cr�ent un noyau de prol�tariat. La hi�rarchie traditionnelle du Fouta-Djalon reste forte, soutenue par l�autorit� fran�aise, qui s�en sert comme instrument de domi-</p><p>nation. Les Peuls montrent pourtant de remarquables aptitudes intellectuelles dans le cadre du syst�me scolaire colonial, ce qui leur permet d�occuper des positions importantes dans la fonction politique. Favoris�s par le voisinage de Conakry, les Soussous leur font, dans une certaine mesure, concurrence, ce qui renforce un vieil antagonisme ethnique, tandis que les Malink�s r�ussissent surtout comme auxiliaires du commerce europ�en.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, l��conomie et, par voie de cons�-</p><p>quence, la soci�t� vont se transformer tr�s vite gr�ce � la mise en valeur des grandes richesses mini�res du pays, � laquelle se consacre de 1948 � 1954 le gouverneur Roland Pr�. L�exploitation du fer (mini�re de Conakry) commence en 1953, et celle de la bauxite en 1958</p><p>(�les de Los).</p><p>La lutte pour la d�colonisation va s�engager assez lentement en Guin�e. Le Rassemblement d�mocratique africain (R. D. A.) y est d�abord peu puissant, �clips� par des groupes de tendance loyaliste qui monopolisent la repr�sentation parlementaire en France. Au d�part, la r�sistance se manifestera surtout dans le cadre des syndicats d�ouvriers ou de fonctionnaires et dans la ville de Conakry, o� de grandes gr�ves prendront un sens politique. C�est l� qu�un syndicaliste malink� � forte personnalit�, S�kou Tour� (n� en 1922), r�ussit � s�imposer comme leader. En 1952, il devient se-cr�taire du parti d�mocrate de Guin�e (affili� au R. D. A.) et donne aussit�t � son action un dynamisme nouveau.</p><p>La lutte vise non seulement le patro-nat colonial, mais aussi la chefferie coutumi�re, jug�e complice des Fran-</p><p>�ais, surtout dans le Fouta-Djalon, o�, pour des raisons en partie ethniques, le parti a du mal � s�imposer. Ce dernier triomphera � Conakry et en pays soussou, puis � Kankan, chez les Malink�s, beaucoup moins nettement en for�t.</p><p>Son chef, qui t�moigne d�un v�ritable pouvoir charismatique, devient maire de Conakry en 1955, d�put� � l�Assembl�e nationale fran�aise l�an-n�e suivante, puis vice-pr�sident du Conseil du gouvernement en 1957,</p><p>selon la formule de la loi-cadre. � ce moment, les opposants sont r�duits au silence, parfois non sans violence. La hi�rarchie du Fouta-Djalon se trouve d�mantel�e.</p><p>Le 28 septembre 1958, seule de</p><p>l�Afrique francophone, la Guin�e vote</p><p>� non � au r�f�rendum, optant ainsi pour l�ind�pendance imm�diate (proclam�e le 2 octobre). Ce geste m�morable inspirera une grande fiert� aux Guin�ens, dont il fonde le sentiment national. Il est certain que ses r�percussions furent consid�rables : cette dissidence emp�cha le maintien de l�ancien Empire fran�ais dans le cadre plus ou moins f�d�ral de la � Communaut� �</p><p>et poussa � une prompte ind�pendance, en d�pit de leurs h�sitation, les �tats de l�Ouest africain.</p><p>Une ind�pendance difficile</p><p>Malgr� sa formation de syndicaliste, S�kou Tour� est beaucoup plus un nationaliste qu�un socialiste, et l�orientation qu�il donne � la r�volution guin�enne vise avant tout � la reconqu�te de la dignit� africaine bafou�e par l��re coloniale. Il en r�sulte une lign�e volontariste, parfois sinueuse et dont les r�sultats seront souvent d�cevants.</p><p>Aucun �tat ne suivant la m�me voie, sauf le Gh&#x101;na et le Mali, avec lesquels une union th�orique et �ph�m�re est bient�t conclue, l�action de ce pana-fricanisme aboutit surtout � isoler la Guin�e de ses voisins. La vigueur et l�originalit� de son mouvement font d�ailleurs na�tre chez ses compatriotes un puissant micronationalisme. Les exigences du d�veloppement qui obs�-</p><p>dent le tiers monde sont, ici, constamment subordonn�es � celles d�une fiert� sourcilleuse.</p><p>Celle-ci est mise � une rude �preuve, la volont� de S�kou Tour� de collaborer avec la France, en d�pit du � non �, s��tant heurt�e � un refus m�prisant, d� en partie aux pressions de la C�te-d�Ivoire. D�s septembre 1958, les fonctionnaires fran�ais sont rappel�s en masse, cr�ant un vide dangereux pour l�Administration guin�enne. Les �tats-Unis se tenant sur l�expectative pour ne pas d�plaire � Paris, c�est vers l�U. R. S. S., les pays de l�Est et la Chine que se tourne alors la Guin�e</p><p>pour obtenir l�aide technique et financi�re n�cessaire. Ce choix est conforme � une volont� d�ind�pendance absolue, autant qu�� une option anti-imp�rialiste, seule digne de l�Afrique selon S�kou Tour�. Mais cette aide n�est pas d�sint�ress�e. La propagande men�e par l�ambassadeur sovi�tique et les encouragements de ce dernier aux �l�ments commer�ants entra�nent son expulsion et l�arrestation de ses amis en d�cembre 1961. Pour garder sa libert� de manoeuvre, S�kou Tour� se rapproche alors de la Chine et surtout des �tats-Unis, qui renoncent � leur r�serve et deviennent d�s 1969 les premiers fournisseurs et les seconds clients de la Guin�e. Cette situation dure jusqu�� la crise provoqu�e en novembre 1970 par l��chec d�un d�barquement d�exil�s guin�ens, arm�s en partie par le Portugal.</p><p>Cette nouvelle orientation n�a pas fait d�vier au niveau des principes la politique internationale, qui reste orient�e par la lutte contre l�imp�rialisme et pour l�Unit� africaine. L�union avec le Gh&#x101;na et le Mali �tant rest�e fictive, la Guin�e a, du moins, particip� activement � l�Organisation de l�unit� africaine, o� elle a soutenu, jusqu�� sa chute, la tendance de Nkrumah, qui a trouv� en 1966 asile � Conakry.</p><p>Malgr� ses mauvaises relations avec ses voisins, elle a aussi particip�, du moins de 1967 � 1970, � l�organisation des �tats riverains du S�n�gal, mais il s�agit l� d�une concertation p�riodique, pauvre en organismes permanents, et non d�une f�d�ration. Par ailleurs, d�s 1963, S�kou Tour� a donn� tout son appui aux gu�rillas antiportugaises de la Guin�e portugaise, qui lui sont en partie redevables de leur remarquable efficacit�. On comprend moins l�appui accord� en 1967 au r�gime croulant de sir Albert Margai en Sierra Leone.</p><p>Peut-�tre est-ce seulement un r�flexe �l�mentaire de solidarit� entre gens en place.</p><p>Cet isolement profond de la Guin�e ind�pendante n�est pas sans rapport avec les difficult�s int�rieures qu�elle n�a jamais r�ussi � surmonter. Son gouvernement ne manque pourtant pas de moyens. Chef d�un parti unique partout pr�sent, le pr�sident S�kou Tour� est</p><p>dot� des plus grands pouvoirs par la Constitution de novembre 1958, et il n�a jamais h�sit� � s�en servir. C�est en fait devant lui que le gouvernement, l�arm�e et l�Administration sont exclusivement responsables.</p><p>Sur le plan �conomique, une politique heurt�e et contradictoire n�a pourtant pas permis d�atteindre les grandes ambitions qu�il s��tait fix�es : une transformation profonde de la so-ci�t� et un d�veloppement �conomique rapide.</p><p>Il en r�sulte un certain m�contentement et une tension constante, qui n�ont trouv� aucun exutoire d�mocratique pour s�exprimer. Les Guin�ens ont alors quitt� en grand nombre leur pays pour s�installer surtout au S�n�gal et en C�te-d�Ivoire. Certains ont commenc� � comploter contre le r�gime, parfois avec l�aide d�agents fran�ais ou portugais, ce qui a encore aggrav� la situation. En raison m�me du mono-lithisme de son pouvoir, le r�gime a �t� secou� par des crises r�p�t�es et violentes : complots, arrestations, attentats, �purations. La plupart des anciens compagnons de S�kou Tour� ont disparu, �cart�s, emprisonn�s, voire ex�cut�s.</p><p>Y. P.</p><p>F Afrique noire / Mali / Malink�s.</p><p>A. Arcin, Histoire de la Guin�e fran�aise (Challamel, 1911). / R. Pr�, l�Avenir de la Guin�e fran�aise (�d. guin�ennes, Conakry, 1951). /</p><p>M. Houis, la Guin�e fran�aise (�d. g�ogr., marit.</p><p>et coloniales, 1953). / F. Gigon, Guin�e, �tat pilote (Plon, 1959). / B. Ameillon, la Guin�e, bilan d�une ind�pendance (Masp�ro, 1964). /</p><p>La R�publique de Guin�e (la Documentation fran�aise, � Notes et �tudes documentaires �, 1965). Y. Person, Une r�volution Dyula (Dakar, 1970 ; 2 vol.). / J. Suret-Canale, la R�publique de Guin�e (�d. sociales, 1971).</p><p>Guin�e</p><p>�quatoriale</p><p>En esp. GUINEA ECUATORIAL, �tat de l�Afrique �quatoriale, sur le golfe de Guin�e ; 28 100 km 2 ; 285 000 hab.</p><p>La situation</p><p>C�est l�ancienne Guin�e espagnole, devenue ind�pendante en 1968, apr�s un r�f�rendum dont le r�sultat a soulign� l�opposition qui existe sur les plans humain et �conomique entre les diff�-</p><p>rentes parties de son territoire. Celui-ci comporte en effet un bloc continental, le R�o Muni (26 017 km2), auquel est adjoint un archipel situ� au sud du cap San Juan, dans l�estuaire ennoy� du r�o Temboni (�les de Corisco, d�Elobey Grande et d�Elobey Chico), et deux �les de dimensions tr�s in�gales, la minuscule Annob�n (18 km 2, 1 400 hab.) et surtout Fernando Poo (2 034 km2).</p><p>y Fernando Poo est form�e par le sommet �merg� d�un grand massif</p><p>volcanique qui s�est �difi� dans le golfe de Biafra, sur la ligne majeure de fracture que jalonnent S�o Tom�, le mont Cameroun et, beaucoup plus loin, le Tibesti. Il culmine � 3 007 m au pic de Santa Isabel, et sa morphologie offre de multiples formes carac-downloadModeText.vue.download 23 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5164</p><p>t�ristiques : caldeiras, lacs de crat�res, coul�es de laves, etc. La vigueur du relief, dress� dans le flux de la mousson, provoque des pluies abondantes, notamment sur le versant m�ridional, o� elles peuvent atteindre 10 m par an. Les zones les moins arros�es en re�oivent encore plus de 2 m. Les temp�ratures moyennes oscillent</p><p>entre 25 et 26 �C, mais s�abaissent en altitude ; l�amplitude annuelle est de 2 ou 3 �C. La v�g�tation foresti�re naturelle a �t� largement r�duite en �tendue par les d�frichages.</p><p>La population de Fernando Poo est relativement dense : 65 000 habitants (32 hab. au km2). Elle comprend environ 15 000 autochtones (les Boubis</p><p>[ou Bubis]), un groupe de 2 000 m�tis (les � Fernandinos �), pour la plupart actifs et riches, quelque 3 000 Europ�ens et plus de 40 000 �trangers, en grande majorit� Nig�rians, venus au titre de salari�s agricoles sous contrat.</p><p>La guerre du Biafra a, en outre, provoqu� l�arriv�e massive de r�fugi�s ibos.</p><p>L�activit� principale est la culture du</p><p>cacaoyer, pratiqu�e dans le sud-ouest et le nord-ouest de l��le, soit dans de petites plantations familiales, soit sur des domaines europ�ens utilisant la main-d�oeuvre immigr�e. La fertilit� du sol et des techniques soign�es permettent d�obtenir des rendements assez �lev�s (plus de 700 kg/ha) ; la production de cacao avait atteint 40 000 t pour l�ensemble du pays en 1966. Fernando Poo cultive aussi le caf�ier, le bananier, un peu de canne � sucre, produit de l�huile de palme et des palmistes en petite quantit�. L��levage des bovins a pu se d�velopper en altitude dans la r�gion de Moka, o� 3 000 b�tes fournissent lait et viande. On y trouve �galement des cultures mara�ch�res.</p><p>La capitale de l��le, Santa Isabel, est aussi la capitale nationale. Situ�e sur la c�te nord, dans un site tourment�, elle compte 20 000 habitants. La seconde agglom�ration est San Carlos, au sud-ouest. Environ 160 km de routes sur un millier sont bitum�s.</p><p>y Le R�o Muni est le fruit d�un d�coupage politique purement artificiel. Le relief est semblable � celui du Gabon septentrional. Dans l�int�rieur, le socle granito-gneissique offre l�aspect d�un plateau vallonn� prolongeant celui du Woleu-N�Tem (Gabon) �</p><p>500-700 m d�altitude : p�n�plaine tr�s ancienne en cours de recreusement.</p><p>Il se rel�ve en bourrelet sur sa bordure occidentale, formant les � monts de Cristal �, et culmine � 1 200 m au mont de la Mitre. Il domine une plaine c�ti�re qui est le prolongement, vers le nord, du bassin s�dimentaire de Libreville. Les cours d�eau comme le Campo, le Ntem, le Benito, le Woleu, le Temboni ont un cours accident� par une s�rie de rapides. Le Benito est navigable dans sa partie aval. La for�t dense couvre la quasi-totalit� du territoire.</p><p>Les premiers habitants (Kombes,</p><p>Benjas, Bujebas) ont �t� refoul�s vers l�ouest par les Fangs, que leurs migrations ont amen�s ici au cours du XIXe s. La population est estim�e � 220 000 habitants (8,5 hab. au km2), dont 10 000 r�sident au chef-lieu, Bata.</p><p>Elle pratique surtout une agriculture vivri�re fond�e sur la technique du br�lis et dont les bases sont le manioc</p><p>et la banane-plantain. Sur la c�te existe une petite p�che artisanale. L�agriculture commerciale porte sur le cacao, le caf�, la banane, l�arachide, surtout dans les r�gions occidentales ; on produit encore un peu d�huile de palme et de palmistes. Mais le R�o Muni est situ� dans l�aire de l�okoum� (Aucou-mea klaineana), essence de d�roulage, et le bois, vendu surtout � l�Espagne et � l�Allemagne f�d�rale, fournit l�essentiel des exportations (400 000 t de grumes).</p><p>La Guin�e �quatoriale a besoin de diversifier ses relations ext�rieures et d�asseoir son �conomie sur des bases plus larges. Elle doit d�velopper une infrastructure encore insuffisante. On compte seulement 1 015 km de routes dans le R�o Muni. Bata est une rade fo-raine dont le trafic de 120 000 t pourrait cro�tre avec la r�alisation du projet de port en eau profonde. On pr�voit aussi l�am�nagement de l�a�roport de Santa Isabel, afin de le rendre accessible aux quadrir�acteurs, et l�installation d�une centrale �lectrique (production actuelle d��lectricit� 10 GWh).</p><p>P. V.</p><p>L�histoire</p><p>Une hispanit� h�sitante :</p><p>Fernando Poo</p><p>L�Espagne a pris pied en Afrique noire par le biais d�un r�glement territorial en Am�rique du Sud : contre une rectification de fronti�re en faveur du Br�sil, le Portugal c�da � l�Espagne les �les d�Annob�n (d�couverte le 1er janvier 1471 par Pedro de Escobar) et de Fernando Poo (d�couverte en 1472 par Fern�o do P�, peupl�e de Boubis venus du Cameroun), avec le droit de commercer sur les c�tes voisines (trait�s de San Ildefonso et du Prado, 1777-78). Et c�est une exp�dition partie de Montevideo qui prit possession des �les en 1778 � pour y faire retour cinq ans plus tard, apr�s avoir subi maintes m�-</p><p>saventures et abandonn� ces �les.</p><p>Fr�quent�e par des n�griers venus directement des Antilles espagnoles, Fernando Poo attira l�attention de la marine anglaise, qui en fit une base de</p><p>sa croisi�re contre la traite : le capitaine Owen fonda en 1827, sous le nom de Port Clarence, la future capitale, Santa Isabel. L�offre d�achat de l��le par l�Angleterre en 1839 suscita un sursaut nationaliste aux Cortes et dans l�opinion, qui aboutit � sa r�occupation par Juan Jos� de Lerena (1843) ; mais celui-ci ne trouva d�autre gouverneur � nommer qu�un Anglais, John Beecroft.</p><p>En 1858 seulement, Fernando Poo prit l�allure d�une colonie espagnole avec l�arriv�e de Carlos Chac�n, qu�accompagnaient des missionnaires j�suites venus remplacer une mission baptiste.</p><p>L��le servit de lieu de d�portation pour condamn�s politiques ; on y installa aussi des esclaves �mancip�s venus de Cuba, sans grand succ�s. La mise en valeur ne commen�a vraiment qu�apr�s 1898, quand l�Espagne eut perdu ses derni�res colonies tropicales pendant la guerre hispano-am�ricaine.</p><p>Le protectorat contest� franco-</p><p>espagnol du R�o Muni</p><p>En 1843, Lerena se rendit dans la petite �le de Corisco, � 24 km de l�embouchure du Muni, o� des �tablissements priv�s espagnols avaient �t� d�truits.</p><p>Le roi de Corisco, Bonkoro, demanda le protectorat espagnol et influen�a dans le m�me sens des chefs bengas du continent. En 1845, une premi�re exp�dition espagnole remonta le Muni, mais les Fran�ais firent reconna�tre leur suzerainet� par des chefs du Muni, de la Mondah et des �les Elobey (1842-1855). Tandis que le naturaliste am�-</p><p>ricain Paul Du Chaillu (1835-1903) parcourait le pays en 1855-1859, les entreprises espagnoles et fran�aises continu�rent � s�enchev�trer. Le litige resta pendant de 1860 jusqu�au trait� de Paris (1900), qui fixa les fronti�res de la Guin�e �quatoriale. Cette p�riode fut marqu�e par l�installation des Fangs dans l�arri�re-pays, par les voyages de Manuel de Iradier (1875-1877 et 1884), d�Amado Ossorio et de Montes de Oca ainsi que par l�installation de postes fran�ais dans le Muni, le Benito et � Bata.</p><p>La p�riode coloniale et</p><p>la marche � l�ind�pendance</p><p>Le d�cret du 11 juillet 1904, organisant les � possessions espagnoles du golfe</p><p>de Guin�e �, les d�finissait comme une � colonie d�exploitation commerciale �. Fernando Poo fut mise en valeur d�abord ; d�importantes plantations de cacaoyers et de caf�iers furent cultiv�es � l�aide d�une main-d�oeuvre en partie venue de Nigeria ; les produits �taient achet�s au-dessus des cours mondiaux par la m�tropole. Au R�o Muni, l�occupation effective ne fut assur�e qu�apr�s 1926 ; l�exploitation de la for�t devint la principale activit� �conomique. L�Inspection du travail (1901) entra en conflit avec le gouverneur g�n�ral, et le d�cret du 29 septembre 1938 confirma la mise en tutelle de la majeure partie de la population.</p><p>Le processus de d�colonisation</p><p>commence paradoxalement par un</p><p>mouvement vers l�assimilation : en 1959, la R�gion �quatoriale d�Espagne (Regi�n ecuadorial de Espa�a) est divis�e en deux provinces, qui �lisent en 1960 des repr�sentants aux Cortes ; le syst�me de l�indig�nat est supprim�.</p><p>En 1963, la tendance est renvers�e : l�autonomie est octroy�e ; on cr�e un ex�cutif et une assembl�e locale, les principaux partis sont le Movimiento de uni�n nacional de Guinea Ecuatorial (M. U. N. G. E.), le Movimiento nacional de liberaci�n de Guinea Ecuatorial (MO. NA. LI. GE.) et l�Idea popular de Guinea Ecuatorial (I. P. G. E.). Le Conseil de gouvernement (juill. 1964) est pr�sid� par Bonifacio Ond� Ed�, leader du M. U. N. G. E., Francisco Macias Nguema, de l�I. P. G. E., ayant la vice-pr�sidence. Une conf�rence constitutionnelle (oct. 1967 - juin 1968) aboutit, malgr� la tendance s�-</p><p>paratiste des Bubis de Fernando Poo, � l��tablissement d�un syst�me pr�sidentiel avec gouvernement central et assembl�e � Santa Isabel, deux gouvernements et conseils provinciaux, et un Conseil de la R�publique pour r�gler les diff�rends. La Constitution est approuv�e le 11 ao�t 1968 avec un tiers d�abstentions. Le 29 septembre, F. Macias est �lu pr�sident de la r�publique de Guin�e �quatoriale, et l�ind�-</p><p>pendance est proclam�e le 12 octobre</p><p>� dans une �troite interd�pendance �conomique avec l�Espagne.</p><p>En 1969, des incidents am�nent</p><p>l��vacuation d�une grande partie des</p><p>r�sidents espagnols, tandis qu�un coup d��tat manqu� permet au pr�sident Macias de se d�barrasser de ses rivaux, Atanasio Ndongo, leader du MO. NA. LI. GE., et B. Ond�, qui sont tu�s. Apr�s la crise, les relations de coop�ration se sont r�tablies avec downloadModeText.vue.download 24 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5165</p><p>l�Espagne ainsi qu�avec le Cameroun voisin.</p><p>J.-C. N.</p><p>F Afrique noire / Empire colonial espagnol /</p><p>Espagne.</p><p>M. Iradier, Africa viajes y trabajos de la Asociaci�n E�skara La Exploradora (Victoria, 1958 ; 2 vol.). / R. von Gersdorff, Angola, portu-giesische Guinea, Sao Tome, und Principe, Kap Verde Inseln, spanische Guinea (Bonn, 1960). /</p><p>M. de Teran, Sintesis geographica de Fernando Po (Madrid, 1962). / M. Miranda Diaz, Espa�a en el continente africano (Madrid, 1963). /</p><p>J. Denis, P. Vennetier et J. Wilmet, l�Afrique centrale et orientale (P. U. F., coll. � Magellan �, 1971).</p><p>Guin�e</p><p>portugaise</p><p>En portug. GUIN� PORTUGUESA, territoire portugais de l�Afrique occidentale.</p><p>La situation</p><p>La Guin�e portugaise (la Guin�e-Bissau des nationalistes africains) est un petit territoire compris entre les r�publiques du S�n�gal et de Guin�e (330 km d�ouest en est ; 193 km du nord au sud).</p><p>C�est un ensemble de plaines et de plateaux peu �lev�s comprenant ; une plaine c�ti�re mar�cageuse d�une largeur moyenne de 50 km ; un bas plateau int�rieur, constitu� au nord du rio Geba par des s�diments d��ge tertiaire (sables et marnes) qui se rattachent au bassin s�dimentaire s�n�galo-maurita-nien et au sud du Geba par une couverture s�dimentaire pr�-cambrienne ou primaire (schistes et gr�s) ; enfin, � l�extr�me sud-est, un fragment de</p><p>plateau plus �lev� (300 m), constitu� de gr�s primaires cuirass�s, prolongement des plateaux inf�rieurs du Fouta-Djalon.</p><p>La c�te est tr�s profond�ment d�coup�e, avec une multitude d��les dont se d�tache, loin au large, l�archipel des Bissagos (ou Bijag�s), et entaill�e par de profondes rias (rio Cacheu ; rio Geba et son affluent le Corubal), o� la mar�e, dont l�amplitude atteint localement 7 m, se fait sentir jusqu�� 100 km de la c�te.</p><p>Le climat littoral est de type subguin�en : chaud avec une faible amplitude annuelle (Bolama : moyenne de mai, 27,5 �C ; moyenne de d�cembre-janvier, 24,4 �C) et humide (de 1 500 � 3 000 mm de pluies par an) avec une saison des pluies bien marqu�e de mai � novembre (pluies de mousson). La mangrove (for�t de pal�tuviers) du littoral se prolonge par une zone foresti�re qui occupe une partie des plateaux. L�int�rieur a un climat �voluant vers le type soudanais (Nova Lamego : 30,1 �C en mai ; 24,3 �C en janvier ; de 1 250 � 2 000 mm de pluies avec une saison s�che bien marqu�e ; v�g�tation de for�t claire ou de savane).</p><p>La Guin�e littorale est occup�e par des populations tr�s diverses, rest�es fid�les � l�animisme, repr�sentant 60 p. 100 de la population sur un tiers du territoire, avec des densit�s d�passant localement 200 habitants au kilom�tre carr� : Floupes et Bayottes (apparent�s aux Diolas de Casamance), Balantes (en expansion : pr�s d�un tiers de la population totale), Mandjaques (avec les groupes apparent�s : Brames, Pepels), Biafades, etc., vivant en communaut�s patriarcales ind�pendantes, sans chefferie structur�e avant la conqu�te coloniale. Ce sont d�excellents agriculteurs, pratiquant la riziculture inond�e intensive. L�int�rieur (plateau du Gabou) est occup� par des Mandings et des Peuls musulmans. La riziculture et l��levage bovin alimentent surtout la consommation locale.</p><p>M�diocrement mise en valeur par les Portugais, la � province de Guin�e � a un bon r�seau routier, mais pas de chemin de fer. Les voies navigables jouent</p><p>un r�le important dans les communications int�rieures. Il n�y a pratiquement pas d�industrie. Une soci�t� de commerce (Companhia Uni�o Fabril -</p><p>CUF) a longtemps dispos� du quasi-monopole du commerce ext�rieur (arachide : de 30 000 � 50 000 t ; de 60 � 65 p. 100 en valeur des exportations ; palmistes : de 20 � 30 p. 100 en valeur des exportations), commerce partiellement aliment� par les livraisons obligatoires des paysans.</p><p>Bissau, la capitale, et Bolama (ancienne capitale jusqu�en 1940) m�-</p><p>ritent seules le nom de villes.</p><p>J. S.-C.</p><p>L�histoire</p><p>D�un imp�rialisme � l�autre</p><p>Le territoire de la Guin�e portugaise a fait partie du domaine mandingue, bien que de nombreuses populations pa�ennes insulaires (Bijagos) ou c�ti�res (Floupes, Mandjaques, Ban-houns, Balantes) aient su conserver quelque autonomie. La supr�matie des Mandings musulmans et de leurs alli�s Biafades du royaume de Guinala fut battue en br�che � partir de 1860 par une insurrection de leurs sujets peuls, sous la conduite d�Alfa Molo et de son fils Moussa. C�est cette h�g�monie peule que les colonisateurs portugais ont, en quelque sorte, pris � leur compte.</p><p>Si cette partie de la c�te de Guin�e fut d�couverte d�s 1446 par Nu�o Trist�o, les premi�res mentions de postes commerciaux portugais (feitorias) au bord des rivi�res c�ti�res ne datent que de 1580 environ. Ces comptoirs �taient en liaison �troite avec les �les du Cap-Vert. Le premier fort portugais � Cacheu date de 1588. Bissau, c�d� en 1607 par le roi de Guinala, menac� par les incursions des Bijagos, fut convoit� par les Fran�ais � la fin du si�cle et ne prit de l�importance qu�au XVIIIe s.</p><p>(forteresse de 1766). La fondation, en 1690, de la Compagnie de Cacheu et du Cap-Vert pour la traite des Noirs montre l�importance �conomique de ces �tablissements. Mais la politique d�acquisitions territoriales ne se pr�-</p><p>cisa, d�ailleurs lentement, qu�au cours du XIXe s. En 1870, un arbitrage du pr�-</p><p>sident am�ricain Grant attribua d�finitivement aux Portugais l��le de Bolama, que leur disputait l�Angleterre.</p><p>La Guin�e portugaise obtint son</p><p>autonomie administrative � l��gard des �les du Cap-Vert en 1879, le chef-lieu �tant Bolama (Bissau depuis 1940. Les fronti�res avec les colonies fran�aises voisines furent fix�es par la convention du 12 mai 1886, par laquelle le Portugal c�dait son ancien pres�dio de Ziguinchor. Mais la prise de contr�le du pays fut tr�s laborieuse. Les r�voltes des diff�rentes ethnies (parfois jumel�es avec des mutineries de garnisons et des insurrections des grumetes, Noirs d�tribalis�s et en principe accultur�s) se renouvel�rent jusqu�aux campagnes d�cisives de Jo�o Teixeira Pinto de 1912 � 1915. C�est alors seulement qu�une certaine mise en valeur agricole put �tre tent�e. Mais l�effort social resta d�risoire ; vers 1950, on comptait 99 p. 100 d�illettr�s, et seulement 0,3 p. 100 de la population noire b�n�ficiait du statut d�� assimil� �.</p><p>Succ�s et limites de la guerre</p><p>r�volutionnaire</p><p>Le P. A. I. G. C., Partido africano para la independ�ncia de Guinea y Cabo Verde (parti africain de l�ind�pendance de la Guin�e et du Cap-Vert), a �t� fond� en 1956 � Bissau, � l�instigation d�Amilcar Cabral, agronome n� en Guin�e de parents cap-verdiens et qui en a �t� jusqu�� sa mort en 1973 le principal animateur. Apr�s la r�pression sanglante de la gr�ve des dockers de Bissau (1959, 50 victimes), le P. A. I. G. C. se replia sur la campagne et pr�para la population rurale, tout en travaillant � la formation de ses cadres, avec l�aide de Conakry, o� fut install� le si�ge du parti.</p><p>Les premi�res actions arm�es, en 1961, furent le fait du Mouvement pour la lib�ration de la Guin�e dite � portugaise de Fran�ois Mendy �, bas� au S�-</p><p>n�gal, mais, d�s 1962, le P. A. I. G. C.</p><p>reprit l�initiative et l�a gard�e depuis.</p><p>En 1963, la gu�rilla �tait g�n�ralis�e. Un Comit� national guin�en fut constitu� sous la pr�sidence de Rafael</p><p>Barbosa (qui fit d�fection en 1969), comprenant sept d�partements, mais sans former un v�ritable gouvernement provisoire du Kinara (nom que doit prendre le pays devenu ind�pendant), peut-�tre pour ne pas pr�juger de la place des �les du Cap-Vert, dont la lib�ration est aussi inscrite au programme du P. A. I. G. C., mais o� le parti n�a pas encore pu passer vraiment � l�action.</p><p>Le P. A. I. G. C. d�clarait contr�ler le tiers du pays en mai 1964 et les deux tiers en novembre 1968. Les troupes portugaises, sous le commandement du gouverneur g�n�ral Antonio Spinola (plus de 30 000 hommes), gardaient la mainmise sur les villes et les voies de communication, mais ne parvenaient pas � s�emparer des places fortes de la r�sistance. La situation reste cependant ind�cise. Les Portugais ont d�velopp� les milices africaines et, avec l�aide de certaines ethnies (les Peuls en particulier), semblent regagner une partie du terrain perdu. L� comme ailleurs, la solution sera politique ; d�s le d�but et � maintes reprises depuis, le P. A. I. G. C. a offert de n�gocier, mais en vain ; le gouvernement portugais identifie sa lutte � une croisade contre le communisme international.</p><p>Cette volont� politique de la m�tropole tient en �chec le mouvement de lib�ration qui, le 26 septembre 1973, a proclam� dans les territoires qu�il contr�le la R�publique de Guin�e-Bissau.</p><p>J.-C. N.</p><p>F Afrique noire / Cap-Vert (�les du) / Empire colonial portugais / Portugal.</p><p>C. J. de Sena Barcelos, Subsidios para a historia de Cabo Verde e Guin� portuguesa (Lisbonne, 1908). / J. Melo Barreto, Historia da Guin�, 1418-1918 (Lisbonne, 1938). / Teixeira da Mota, Guin� portuguesa (Lisbonne, 1954, 2 vol.). / G. Chaliand, Lutte arm�e en Afrique (Masp�ro, 1967 ; 2e �d., 1969). / B. Davidson, The Liberation of Guin�, Aspects of an African downloadModeText.vue.download 25 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5166</p><p>Revolution (Harmondsworth, 1969 ; trad. fr. R�-</p><p>volution en Afrique, la lib�ration de la Guin�e portugaise, �d. du Seuil, 1969). / A. Cabral, Guin�e � portugaise �, le pouvoir des armes (Masp�ro, 1970). / Guin�e et Cap-Vert (Alger, 1970).</p><p>Guises (les)</p><p>F RELIGION (guerres de).</p><p>guitare</p><p>Instrument � cordes pinc�es, � caisse plate munie d�un manche termin� par un chevillier.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Contrairement � ce que pensent</p><p>nombre de ses adeptes, la guitare n�est pas un instrument d�invention r�cente ; comme l��tymologie de son nom l�indique, elle n�est autre qu�une descendante de la c�l�bre cithare de l�Antiquit�. Dans quels lieux, � quelle �poque, entre quelles mains cette cithare a-t-elle �t� pourvue d�un manche ? Ces questions restent encore sans r�ponse.</p><p>D�s le Moyen �ge, nous trouvons</p><p>les premiers documents repr�sentant les anc�tres europ�ens de notre guitare.</p><p>En Espagne, notamment, miniaturistes et sculpteurs reproduisent alors volontiers des instruments � caisse ovale, � fond bomb�, au long manche termin� par un chevillier, mont�s de trois ou quatre cordes en g�n�ral pinc�es avec les doigts. Au XIIIe s., les textes d�signeront des instruments identiques sous le nom de guitares mauresques.</p><p>C�est assez dire leurs origines ! Parall�-</p><p>lement, deux autres types de guitares se d�veloppent : l�un, � fond plat, repr�-</p><p>sent� en France et en Angleterre (mais que l�on trouve aussi en Espagne), la guitare latine ; l�autre, � fond bomb� comme celui d�un petit luth, utilis� en Allemagne et en Italie, la quinterne. Ce n�est qu�au XVIe s. qu�un essai de standardisation se produira, aboutissant � la disparition de cette derni�re.</p><p>Pendant tout le bas Moyen �ge, la guitare joue un r�le non n�gligeable en Europe. � partir du XIIIe s., �crivains et po�tes la mentionnent � maintes reprises. Nous voyons qu�elle est d�j� appr�ci�e par les amateurs, qui s�en servent pour accompagner le chant</p><p>ou faire r�sonner des danses. L��glise elle-m�me l�accepte ; en Allemagne et dans les Flandres, il arrive de voir le saint sacrement traverser les villes au son des violes, des guitares, des psalt�rions...</p><p>La Renaissance va marquer le premier �ge d�or de l�instrument ; il conna�t alors une telle diffusion qu�un auteur peut �crire (v. 1540) : � Tout nostre monde s�est mis � guyterner [...]</p><p>en mani�re que trouverez aujourd�hui plus de guyterneurs en France qu�en Espagne. �</p><p>Toutes les classes de la soci�t� partagent cet engouement, et celui-ci se r�pand dans l�Europe occidentale en-ti�re � � l�exception, cependant, de l�Espagne. � Sit�t lev�, ma guitare je touche �, avoue Ronsard. De son c�t�, Henri VIII d�Angleterre ne laissera pas moins de vingt et une guitares parmi les instruments de sa collection (1547)...</p><p>La guitare latine a alors triomph� de ses rivales. Elle ressemble �troitement � celle que nous utilisons de nos jours : caisse de r�sonance ovale �trangl�e en son milieu, cordes de boyau accroch�es � un cordier fix� sur la table d�harmonie. Quelques diff�rences les s�parent toutefois. Par rapport � la guitare contemporaine, elle se caract�rise ainsi : caisse moins d�velopp�e ; ou�e orn�e d�une rosace ; manche plus court, portant huit frettes de boyau ; chevillier parfois en forme de crosse, termin� par une t�te sculpt�e. Les cordes, enfin, au nombre de sept, sont r�parties en quatre rangs, ou choeurs.</p><p>Les trois rangs graves portent chacun deux cordes ; seul le plus aigu n�en porte qu�une : la chanterelle. L�instrument s�accorde sur le mod�le suivant : sol, do, mi, la.</p><p>Le premier compositeur � publier pour la guitare est un Espagnol, Alonso Mudarra (� 1580) ; il lui destine cinq pi�ces parues en 1546. Un important r�pertoire voit ensuite le jour. Les �diteurs parisiens font, dans ce domaine, figure de pr�curseurs. Entre 1551 et 1555, neuf livres au moins et une m�-</p><p>thode sortent de leurs presses. Con�us par des compositeurs, guitaristes eux-m�mes, tels Adrian Le Roy (v. 1520 -</p><p>v. 1598) et Guillaume Morlaye (v. 1515 - apr. 1560), ils contiennent des transcriptions de chansons � la mode (accompagn�es ou purement</p><p>instrumentales), des danses, quelques pi�ces religieuses (psaumes en particulier) et des fantaisies, propres � mettre en valeur la virtuosit� des interpr�tes.</p><p>D�une �criture musicale tr�s soign�e, ce r�pertoire conna�t une diffusion qui d�passe largement nos fronti�res.</p><p>Apr�s avoir occup� une place de premier plan pendant trente ans environ, la guitare se voit supplant�e par des instruments plus complets (luth, th�orbe, etc.). Afin d�accro�tre ses possibilit�s, un cinqui�me rang de cordes lui est ajout� au grave vers la fin du si�cle.</p><p>L�instrument est alors accord� sur le mod�le de la, r�, sol, si, mi, nouvelle �tape vers notre accord moderne.</p><p>En d�pit de cette innovation, la guitare perd ses titres de noblesse. Refl�-</p><p>tant l�opinion g�n�rale, un th�oricien remarque avec aigreur que les Espagnols s�en � servent avec mille gestes et mouvements du corps [...] crotesques et ridicules � et s�irrite de voir qu�� en France, des courtisans et des dames</p><p>[...], se rendant singes [...], taschent de les imiter �. Les compositeurs, de leur c�t�, ne font rien pour relever son prestige. Les nombreux recueils qu�ils publient contiennent des danses �crites</p><p>� � l�espagnole �, en style rasgueado.</p><p>D��tonnantes hardiesses harmoniques y apparaissent, certes, mais leur valeur musicale reste bien mince.</p><p>Tr�s paradoxalement, un revirement se produit au milieu du si�cle, marquant le point de d�part d�un second �ge d�or de l�instrument. L�exemple vient de la cour de France. Louis XIV, qui, selon Mme de Motteville, � adorait la musique et donnait des concerts de guitare quasi tous les jours �, la remet en honneur.</p><p>Il cr�e une charge de � Ma�tre de guitare du Roy � et fait venir les meilleurs interpr�tes � la Cour. Des recueils de haute qualit� sont publi�s par Francesco Corbetta (1620-1681), Robert de Vis�e (v. 1658-1725), Fran�ois Campion (1685 - v. 1748), Gaspar Sanz (1640-1710). Nombre de pi�ces qu�ils contiennent comptent parmi les sommets de la litt�rature de guitare.</p><p>Le deuxi�me tiers du XVIIIe s. marque de nouveau une certaine d�saffection envers l�instrument, puis, vers 1760, aussi subitement que sous Fran�ois Ier, tout le monde se remet � � guiterner �.</p><p>Un immense r�pertoire de romances, de brunettes, de m�lodies, de sonates, de variations voit le jour, diffus� dans des p�riodiques aux titres prometteurs : Journal de guitare, �trennes chan-tantes, Apr�s-soupers de la Soci�t�.</p><p>Les m�thodes, elles aussi, abondent, assurant (d�j�...) une pratique ais�e en quelques semaines ! C�dant � une recherche de facilit� g�n�rale, l�emploi des cordes doubles dispara�t peu � peu (� partir de 1775). Pour compenser l�appauvrissement qui en r�sulte, une sixi�me corde est ajout�e, au grave.</p><p>L�accord devient alors mi, la, r�, sol, si, mi, tel que nous le pratiquons encore de nos jours.</p><p>Les modifications ne porteront</p><p>plus d�sormais que sur des points de d�tail : caisse progressivement plus volumineuse, ou�e d�pourvue de rosace, frettes de m�tal au nombre d�une vingtaine, chevilles mont�es sur une m�canique pour faciliter l�accord. Vers 1870, entre les mains du c�l�bre facteur Antonio de Torres (1817-1892), la guitare moderne atteint son point de perfection.</p><p>Parall�lement � ces transformations techniques, l�instrument attire les virtuoses. D�s l�aube du XIXe s., de grands noms brillent dans toute l�Europe : ceux des Italiens Ferdinanno Carulli (1770-1841), Matteo Carcassi (1792-1853), Mauro Giuliani (1781-1828), des Espagnols Fernando Sor (1778-1849) et Dionisio Aguado (1784-</p><p>1849), du Fran�ais Napol�on Coste (1806-1883). Tous laissent de nombreuses �tudes, fantaisies, variations (pour guitare seule ou accompagn�e d�un ensemble instrumental) ainsi que des m�thodes, dont certaines restent encore en usage de nos jours. Dans le dernier tiers du si�cle s�affirmera enfin la puissante personnalit� de Francesco T�rrega Eixea (1854-1909).</p><p>Apr�s la mort de celui-ci et en d�pit de remarquables interpr�tes, tel Miguel Llobet (1875-1938), la guitare commence � souffrir d�une crise n�e du</p><p>manque de r�pertoire. � cette �poque, seul parmi les musiciens de talent, Heitor Villa-Lobos (1887-1959) �crit � son intention. Il faudra attendre les ann�es 20 et l�impulsion donn�e par l�illustre Andr�s Segovia (1894) pour que les compositeurs s�int�ressent de nouveau � elle. Ce sont, notamment, Federico Moreno Torroba (1891), Manuel de Falla (1876-1946), Alexandre Tansman (1897) ; Joaqu�n Rodrigo (1902) se place au premier rang des compositeurs pour guitare avec son Concerto de Aranjuez (1939) et sa Fantaisie pour un gentilhomme (1955).</p><p>D�sormais pourvue d�un r�pertoire</p><p>� vivant � � auquel s�ajoutent de nombreuses transcriptions de musique ancienne �, la guitare conna�t un extraordinaire d�veloppement. Ses deux aspects, populaire et classique, s��panouissent. De grands virtuoses, tels Narciso Yepes, la regrett�e Ida Presti, Alexandre Lagoya, Alirio D�az, John Williams, Julian Bream, portent son renom dans le monde entier. De nombreux amateurs en font en outre leur instrument de pr�dilection.</p><p>� c�t� de ces aspects traditionnels, il en est un autre � et non des moindres</p><p>� qui, de nos jours, contribue � la dif-downloadModeText.vue.download 26 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5167</p><p>fusion de la guitare : c�est la musique de vari�t�s, o� les chanteurs et les ensembles instrumentaux lui donnent une place de tout premier plan. Afin de r�pondre aux nouvelles exigences qui en r�sultent, la guitare va se transformer. Sa sonorit� intime, qui s�adapte mal aux exigences des grandes salles et n��merge gu�re d�un groupe d�instruments, devra �tre artificiellement amplifi�e. C�est pour r�pondre � une telle n�cessit� qu�a �t� r�cemment cr��e la guitare �lectrique. Assez paradoxalement, la forme de cette derni�re s�inspire des courbes harmonieuses de la cithare antique, mais elle n�en conserve gu�re que le principe de jeu des cordes pinc�es... La caisse de r�-</p><p>sonance, d��paisseur r�duite, ne peut suffire � amplifier les sons. Des micros</p><p>(un ou deux) sont donc dispos�s sous les cordes, qui seront obligatoirement m�talliques cette fois. Plac�s parall�-</p><p>lement au chevalet, ils transmettent les sons �mis � un ou � plusieurs amplificateurs. Un syst�me de vibrato et des boutons de r�glage vont permettre de modifier non seulement l�intensit� sonore, mais le timbre m�me de l�instrument.</p><p>� la suite de telles adjonctions, la guitare �lectrique ne conserve qu�une lointaine parent� avec la guitare traditionnelle et peut �tre consid�r�e comme un instrument ayant acquis son individualit� propre. Tout comme les musiciens de vari�t�s, les compositeurs</p><p>� classiques � s�en avisent et commencent � prendre conscience des nouvelles possibilit�s qu�elle leur offre.</p><p>Les g�n�rations futures adopte-</p><p>ront-elles cette nouvelle venue ou la guitare � dix cordes r�alis�e � Madrid par le c�l�bre Ramirez, � la demande de Yepes ? Il n�est pas douteux qu�en d�pit de son succ�s actuel l�avenir de la guitare pose un certain nombre de probl�mes. S�ils veulent qu�elle continue � susciter l�attention des compositeurs, les luthiers et les interpr�tes devront rapidement les r�soudre.</p><p>H. C.</p><p>E. Pujol, � la Guitare �, dans Encyclop�die de la musique sous la dir. de A. Lavignac et L. de La Laurencie, 2e partie, t. III (Delagrave, 1927).</p><p>/ H. Charnasse et F. Vernillat, les Instruments � cordes pinc�es (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971).</p><p>Les guitaristes de jazz</p><p>Pour les jeunes Noirs du sud des �tats-Unis, un banjo fait d�une bo�te vide et d�un morceau de manche � balai fut souvent non seulement un premier jouet, mais en m�me temps le premier instrument de musique. Correspondant, semble-t-il, � une tentative de reconstitution d�instruments africains, cet engin aux possibilit�s surtout rythmiques fut utilis� par nombre de musiciens campagnards trop pauvres pour s�acheter une � vraie � guitare. Jusqu�au d�but du XXe s., le banjo sera synonyme de musique populaire et indissociable des</p><p>divertissements prol�tariens : spectacles de minstrels, accompagnement de danses � n�gres �, chansons de cowboys et de paysans, etc. Parall�lement � la promotion sociale des Noirs, qui succ�de � la guerre civile, et aux premiers mouvements des populations rurales vers les villes industrielles du Nord, les musiciens et les chanteurs n�-</p><p>gro-am�ricains ne tardent pas � adopter la guitare, plus perfectionn�e que le banjo et marqu�e par les traditions populaires europ�ennes. La nature de ces instruments et la technique des premiers enregistrements limiteront longtemps le r�le des guitaristes-banjo�stes � une fonction essentiellement rythmique (Johnny Saint-Cyr aupr�s de Louis Armstrong, Bud Scott, Danny Barker, Mancy Cara, Lee Blair, Fred Guy chez Duke Ellington, etc.).</p><p>Du banjo au solo</p><p>Quelques musiciens, cependant, es-saieront de jouer un r�le m�lodique, souvent en s�inspirant du style des chanteurs de blues, pour qui la guitare est polyvalente : m�lodique, dans la mesure o� elle r�pond au chant ou le prolonge ; harmonique et rythmique, car elle est tout l�orchestre-accompagnement dont dispose le chanteur. Au sein de divers contextes, des musiciens comme Eddie Lang, Lonnie Johnson et Teddy Bunn mettront au point un style de solistes.</p><p>�lectricit� et be-bop</p><p>Tournant d�cisif dans l�histoire de la guitare, la d�couverte des proc�d�s d�amplification �lectrique va lib�rer et encourager ces ambitions m�lodiques.</p><p>Les premi�res tentatives du trombo-niste-guitariste Eddie Durham, dans le grand orchestre de Jimmie Lunceford, et de Floyd Smith, chez Andy Kirk, annoncent la disparition de la guitare ordinaire (� s�che � ou � acoustique �) au profit de la guitare �lectriquement amplifi�e. Tandis qu�en Europe Django Reinhardt* oppose en son jeu le style tsigane et les traditions n�gro-am�ricaines, et met au point un discours parfaitement original (Reinhardt n�utili-sera la guitare amplifi�e que vers la fin de sa carri�re), l�univers des guitaristes de jazz va �tre boulevers�, d�abord aux �tats-Unis, par deux �v�nements :</p><p>l�apparition de Charlie Christian et l�av�nement du be-bop. Christian s�at-tachera � d�montrer toutes les possibilit�s de la guitare � �lectrique �, ouvrant la voie aux improvisateurs qui se sont impos�s dans les ann�es 40 et 50.</p><p>Ses disciples constatent que leur instrument peut rivaliser en puissance et en v�locit� avec n�importe quelle voix orchestrale. Les phrases deviennent aussi rapides et complexes que celles des saxophones, les d�veloppements harmoniques sont plus riches et plus subtils, et, plus encore, le perfectionnement des amplificateurs autorise un travail quasi illimit� sur les sonorit�s, notamment dans le registre aigu. Lib�-</p><p>r�e du cadre de la section rythmique, la guitare s�impose comme une voix soliste. D�sormais, chaque nouvelle tendance de la musique n�gro-am�-</p><p>ricaine comprend parmi ses repr�-</p><p>sentants quelques guitaristes remarquables. Alors que Charlie Christian avait �t� associ� aux petites formations de Benny Goodman et aux rencontres de Thelonious Monk et Kenny Clarke, tandis qu�Oscar Moore, Irving Ashby, John Collins, Tiny Grimes et Everett Barksdale contribuent au son des trios King Cole et Art Tatum, � la mode vers 1940, on trouvera : aupr�s de Dizzy Gillespie et de Charlie Parker, les guitaristes Remo Palmieri, Chuck Wayne, Bill de Arango, Mundell Lowe, Herb Ellis, Barney Kessel ; dans l�orchestre de Stan Kenton. Sal Salvador, puis Lau-rindo Almeida ; Billy Bauer aux c�t�s du pianiste et th�oricien Lennie Tris-tano ; Jimmy Raney avec Stan Getz ; Jim Hall avec le clarinettiste Jimmy Giuffre, Bill Evans ou Sonny Rollins ; Kenny Burrell en compagnie de Gillespie, Getz, Kenny Dorham ; le Belge Ren� Thomas avec Chet Baker, puis Sonny Rollins ; Tal Farlow avec Charlie Mingus ; le Hongrois Attila Zoller avec le pianiste Martial Solal ; Joe Pass et Barry Galbraith dans les groupes californiens des ann�es 50... Avec Wes Montgomery, qui appara�t sur la sc�ne du jazz � la fin des ann�es 50, il semble que tout un aspect de l�h�ritage de Charlie Christian commence � s��puiser ; l�harmonie postpark�rienne et la conception traditionnelle de l�instrument semblent avoir fait leur temps.</p><p>Au moment o� le free jazz �branle les conforts et les routines de la musique</p><p>n�gro-am�ricaine, et o� le blues, par le biais du rhythm and blues, et du rock, fait un retour massif dans les divertissements populaires, les guitaristes sont condamn�s, eux aussi, � interroger leur instrument et � renouveler les th�mes et les rythmes musicaux dans un sens nouveau.</p><p>Entre le � rock � et le � free �</p><p>Peu � peu, la guitare dispara�t des orchestres de jazz moderne. Seuls continuent de travailler, au d�but des ann�es 60, les guitaristes qui se contentent de prolonger le discours de Charlie Christian, voire de l�actualiser en s�inspirant de Wes Montgomery (Kenny</p><p>Burrell, Grant Green, George Benson, Ren� Thomas...). En revanche, du c�t� des bluesmen, la guitare est rest�e l�instrument roi. Amplifi�e, elle s�est impos�e dans les orchestres de rhythm and blues, notamment les groupes dirig�s par des organistes (Thornell Schwartz et Quentin Jackson avec Jimmy Smith, Billy Butler avec Bill Doggett, Larry Dale avec Cootie Williams, Bill Jennings avec Jack McDuff), et a �t� adopt�e par les jeunes musiciens de rock and roll. En continuant avec obstination de chercher de nouvelles sonorit�s, ceux-ci ont d�couvert (et Jimi Hendrix fut un pionnier du genre), gr�ce � l�amplification �lectrique, tout un au-del� sonore o� le parti pris de joliesse et d�� harmonie � appara�t d�suet : modulations de l�effet Larsen (jusqu�alors consid�r� comme un � accident � regrettable), distorsions, effets d��cho, etc. Avec Larry Coryell puis John McLaughlin et Sonny Sharrock, ces proc�d�s sont int�gr�s au jazz des ann�es 70. Ainsi, et comme en contrebande, un certain esprit du blues vient nourrir de nouveau le jazz. Cette nouvelle fa�on de travailler le mat�riau sonore refl�te en effet une constante de la musique n�gro-am�ricaine : la � vocalisation �</p><p>du discours instrumental. Simplement, le chant de la guitare est devenu cri.</p><p>P. C.</p><p>Les principaux</p><p>guitaristes de jazz</p><p>Charlie Christian (Dallas 1919 - New York 1942). Il d�couvre la guitare</p><p>en 1937 et, deux ans plus tard, est engag� par Benny Goodman. Vedette de l�orchestre du clarinettiste, il joue aussi avec Lionel Hampton et les musiciens bop qui se r�unissent au Minton�s. Atteint de tuberculose, il meurt � vingt-deux ans. Consid�r� par les uns comme un pionnier du be-bop, par d�autres comme le seul guitariste remarquable � avec Django Reinhardt � de toute l�histoire du jazz, il est, en tout cas, responsable d�une �mancipation d�cisive de la guitare.</p><p>Enregistrements : Solo Flight (avec Goodman, 1941), From Swing to Bop downloadModeText.vue.download 27 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5168</p><p>(jam session au Minton�s, 1941).</p><p>Larry Coryell (Galveston, Texas, 1943). Passionn� de rock et de</p><p>� country music �, il ne d�couvre le jazz que tardivement et re�oit les conseils du guitariste hongrois Gabor Szabo. Les amateurs de jazz re-</p><p>�oivent sa musique, en 1967, au sein du quartette de Gary Burton, comme la premi�re tentative de bouleverser l�univers de la guitare qui soit � la mesure du free jazz. Apr�s avoir jou� ce r�le de d�tonateur essentiel et particip� � de nombreux enregistrements, Coryell, paradoxalement, retourne � des climats plus doux et traditionnels.</p><p>Enregistrements : Elementary Guitar Solo (1966), Communications (avec le Jazz Composers Orchestra, 1969).</p><p>Frederick William, dit � Freddie �</p><p>Green (Charleston 1911). Engag� par Count Basie en 1937, il n�a plus quitt� le pianiste-chef d�orchestre depuis cette date et a d�velopp� la fonction rythmique et d�accompagnement de la guitare � un degr� de perfection et de rigueur exceptionnel. S�il ne joue presque jamais en solo, il est responsable, en revanche, au sein de la section rythmique, du swing � Basie �.</p><p>Enregistrement : The Elder (avec Basie, 1962).</p><p>Jimi Hendrix (Seattle 1945 - Londres 1970). Il apprend la guitare � quinze ans puis accompagne des chanteurs</p><p>de blues et des groupes � pop � tels les Casuals, les Isley Brothers et Little Richard. C�est en Grande-Bretagne qu�il fut d�couvert par le jeune public des Animals, des Rolling Stones et des Who.</p><p>Instrumentiste et chanteur, il forme un trio, d�abord avec deux Anglais (Noel Redding, bassiste, et Mitch Mitchell, batteur), puis avec Billy Cox et Buddy Miles (The Jimi Hendrix Experience).</p><p>Utilisant � fond les possibilit�s de la guitare �lectrique avec l�usage du fee-ding back et de la p�dale wah-wah, il eut une influence d�cisive sur l��volution de la musique � pop � dont il fut aussi un h�ros par la fureur de sa tenue sur sc�ne. Ce voyage au bout des sons, avec une sollicitation exacerb�e des effets d�accrochages �lectroniques (Larsen et glissandos), l�impose comme le guitariste de jazz et de blues le plus original d�s la fin des ann�es 60.</p><p>Enregistrements : Hey Joe, Up from the Skies, Red House (1969-70).</p><p>Salvatore Massaro, dit � Eddie �</p><p>Lang (Philadelphie 1904 - id. 1933).</p><p>Fils d��migrants italiens, il sera surtout c�l�bre pour ses enregistrements en duo avec le violoniste Joe Venuti � la fin des ann�es 20. En 1930, il fait partie de l�orchestre de Paul Whiteman, puis devient l�accompagnateur du chanteur Bing Crosby.</p><p>Virtuose, il annon�ait les grands solistes de la guitare. Ses duos avec Venuti influenc�rent sans doute Django Reinhardt et St�phane Grappelli.</p><p>Enregistrements : Goin� Places (avec Venuti, 1927), Guitar Blues (avec Lonnie Johnson, 1929).</p><p>Wes Montgomery (Indianapolis</p><p>1925 - id. 1968). Apr�s avoir jou� avec Lionel Hampton, il forme avec ses deux fr�res un orchestre : les Mastersounds.</p><p>D�couvert par Cannonball Adderley en 1959, il devient l�un des jazzmen les plus populaires. D�abord influenc� par Charlie Christian, il mit au point un style o� alternaient un phras� lin�aire et des accords en octave. En grattant les cordes avec son pouce, sans m�diator, il obtenait une sonorit� interm�diaire entre celle de la guitare � s�che � et celle de la guitare � �lectrique �.</p><p>Enregistrements : Full House (1962), The Thumps (1966).</p><p>Warren Harding, dit � Sonny � Sharrock (Ossening, New York, 1940).</p><p>Apr�s quelques ann�es d��tudes musicales, th�oriques et pratiques, il s�essaye au bop, puis �coute Omette Coleman et Cecil Taylor. Il rencontre Sun Ra, joue avec Pharoah Sanders, Wayne Shorter et Archie Shepp. Se voulant partisan d�une musique o� la</p><p>� technique � doit s�effacer au profit de l��motion et de l��nergie, il exploite les stridences qu�autorise la guitare �lectrique comme une des seules bases possibles � l�improvisation � free �.</p><p>Enregistrement : Black Woman (1969).</p><p>Guizot (Fran�ois)</p><p>Homme d��tat et �crivain fran�ais (N�mes 1787 - Val-Richer, Calvados, 1874).</p><p>Guizot �tait issu de petite bourgeoisie protestante. Priv� de bonne heure du soutien mat�riel et moral de son p�re � avocat n�mois ex�cut� sous la Terreur �, il put, n�anmoins, poursuivre � Gen�ve de solides �tudes. Il devait garder de ces temps d��preuves une t�nacit� rigide, accentu�e par une aust�re �ducation calviniste, et une hostilit� sans d�faillance � l��gard des revendications politiques susceptibles d�aboutir � une d�mocratie.</p><p>Quelques protections lui ouvrent les salons litt�raires parisiens. Guizot �crit ses premiers ouvrages et publie les Annales de l��ducation en collaboration avec Pauline de Meulan (1773-1827), qu�il �pouse en avril 1812. Fontanes, grand-ma�tre de l�Universit�, cr�e pour lui � la Sorbonne la chaire d�histoire moderne (1812).</p><p>L�activit� politique</p><p>de Guizot sous la</p><p>Restauration*</p><p>La phase doctrinaire</p><p>Le jeune universitaire, alors royaliste convaincu, applaudit au retour des Bourbons. Il devient secr�taire g�n�ral du ministre de l�Int�rieur, l�abb� de Montesquiou (avr. 1814), sur recommandation de son coll�gue � la Sorbonne Royer-Collard. Il s�initie � l�administration, intervient dans la r�daction de la Charte, et les rap-</p><p>ports pr�cis et document�s qu�il fournit sur la situation du royaume sont appr�ci�s du roi. Lors des Cent-Jours, il suit Louis XVIII � Gand, et cette fid�lit� re�oit sa r�compense : le poste de secr�taire g�n�ral au minist�re de la Justice. �ph�m�re fonction d�ailleurs, car Richelieu* le renvoie bient�t, c�dant � la pression de la droite. Le royalisme a en effet �clat�, et Guizot, qui a fait ses premiers pas en politique dans le sillage du prudent abb� de Montesquieu, s�est rang� aux c�t�s des � constitutionnels �. Les ultras ne pardonneront pas de sit�t � ce lib�ral doubl� d�un h�r�tique.</p><p>La Chambre � introuvable � est dissoute le 5 septembre 1816. Guizot a probablement contribu� � peser sur la d�cision royale en r�digeant, � la demande de Decazes*, une note s�v�re � l�adresse du parti ultra. D�ailleurs, ses conceptions politiques se pr�cisent � l�occasion du d�bat engag� sur le fonctionnement des institutions. Dans une brochure intitul�e Du gouvernement repr�sentatif et de l��tat actuel de la France, qui r�pond � De la monarchie selon la Charte, publi�e par Chateaubriand*, alors ultra. Guizot rejette l�id�e d�un parlementarisme � l�anglaise. Pour lui, le roi et les Chambres ne sont nullement trois pouvoirs �quivalents, mais des �l�ments d�un pouvoir unique et souverain. Les ministres n�ont aucun pouvoir personnel ni in-d�pendant. La majorit� parlementaire ne peut ni constituer ni renverser le gouvernement.</p><p>Ce qui, chez certains, n��tait qu�op-portunisme tactique devait se r�v�ler chez Guizot le fondement th�orique d�une conception de l�unit� du pouvoir. Vers 1817, Guizot est l�un des membres influents du groupe des</p><p>� Doctrinaires �, constitu� sous l��gide de Royer-Collard. Conseiller officieux du gouvernement, il r�dige et d�fend les principaux projets minist�riels.</p><p>Dans la tribune doctrinaire, les Archives philosophiques, il exalte, avec rigueur et hauteur de vues, les droits de l�individu et l��galit� civile. Hostile aux forces aveugles de la populace, il entend distinguer n�anmoins le grand �lan lib�rateur de la R�volution, qu�il</p><p>r�habilite d�ailleurs publiquement dans l�expos� des motifs de la loi Gouvion-Saint-Cyr en novembre 1817.</p><p>L�orientation lib�rale du cabinet Decazes s�inspire des conceptions doctrinaires et s�appuie sur leur influence.</p><p>Le corps pr�fectoral est �pur�, et c�est � Guizot que l�on confie, le 6 janvier 1819, la nouvelle Direction des affaires d�partementales et municipales. C�est encore Guizot et ses amis qui pr�parent les lois lib�rales sur la presse. Mais l�assassinat du duc de Berry (1820) met brutalement fin � l�exp�rience de conciliation de la l�gitimit� et de la Charte : Guizot est r�voqu� le 17 juillet 1820.</p><p>Le retour � l�opposition</p><p>(1820-1830)</p><p>Rendu � l�Universit�, Guizot poursuit le combat politique et publie une s�rie de brochures hostiles au nouveau gouvernement. Ce dernier r�plique en fermant son cours � la Sorbonne en octobre 1822, et le grand historien ne retrouvera sa chaire qu�avec Martignac en 1828.</p><p>C�est une p�riode active et f�conde qui s�ouvre alors pour l�universitaire. Il entame la publication de ses ouvrages historiques [Histoire de la r�volution d�Angleterre, 1826-27 ; Histoire de la civilisation en Europe, 1828 ; Histoire de la civilisation en France, 1830), dans lesquels s�exprime sa conception syst�matique d�un sens de l�histoire justificateur de ses th�ories politiques.</p><p>Il ne n�glige pas pour autant la lutte sur le terrain. Il participe � la r�daction du Globe, organe du parti constitutionnel, et appuie les efforts de la soci�t�</p><p>� Aide-toi, le ciel t�aidera �. En janvier 1830, il est envoy� � la Chambre par les �lecteurs de Lisieux et si�ge</p><p>au centre gauche. Signataire du Manifeste des 221, il est r��lu sans difficult� en juin et r�dige le 27 juillet 1830 la protestation de 63 d�put�s contre les Ordonnances. Au cours des Trois Glorieuses, il aide activement au triomphe de la solution orl�aniste et, le 11 ao�t, il est nomm� ministre de l�Int�rieur : il le restera jusqu�en novembre.</p><p>downloadModeText.vue.download 28 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5169</p><p>Guizot sous la</p><p>monarchie de Juillet</p><p>Le temps des crises</p><p>(1830-1839)</p><p>La R�volution est achev�e, et la nouvelle monarchie marque le terme de l��volution commenc�e en 1789. Cette id�e commune � bien des lib�raux de la Restauration est partag�e par Guizot, qui se rallie rapidement � la � R�sistance � et se range d�sormais dans le camp des conservateurs. Guizot appuie vigoureusement la politique de r�pression contre les r�publicains au temps des insurrections et des attentats (1832-1835). Ministre de l�Instruction publique d�octobre 1832 � f�vrier 1836, puis de septembre 1836</p><p>� avril 1837, il fait promulguer la loi sur l�enseignement primaire du 28 juin 1833, par laquelle les pouvoirs publics prennent en charge l�instruction �l�mentaire. Mais la loi Guizot, fruit des conceptions �troites de la classe dominante, est born�e dans ses principes comme dans ses effets. Elle refuse l�obligation, comme contraire � la libert� des familles, limite la gratuit� aux indigents et maintient l�instituteur sous la surveillance �troite des notables civils et religieux.</p><p>Jusqu�en 1840, Guizot participe aux intrigues parlementaires qui voient se faire et se d�faire de fragiles cabinets minist�riels : tant�t chef de la droite contre Thiers* (f�vr.-sept. 1836), tant�t associ� � Mol� avec Thiers et O. Barrot (avr. 1837 - mars 1839). La chute du second cabinet Thiers (mars-oct. 1840) marque la fin des combinaisons et l��chec des tentatives de gouvernement parlementaire. Guizot, alors ambassadeur � Londres, est appel� aux Affaires �trang�res du nouveau cabinet Soult. Ce minist�re, qui appara�t � ses origines comme une solution de rechange temporaire, durera jusqu�� la fin du r�gime. Guizot en assumera la direction de fait jusqu�en septembre 1847 et, � cette date, en aura la pr�sidence nominale.</p><p>Le gouvernement de Guizot</p><p>(oct. 1840 - f�vr. 1848)</p><p>� la diff�rence de ses pr�d�ces-</p><p>seurs, Guizot va b�n�ficier de l�appui constant du souverain, dont les vues sur la plupart des questions s�accordent avec les siennes.</p><p>Le r�gime sera d�sormais un com-</p><p>promis : ni gouvernement personnel, le minist�re �tant responsable devant la Chambre, ni gouvernement parlementaire, le souverain participant activement, trop activement m�me, � la direction politique. De plus, Guizot poss�de un programme bien d�fini, qui s�duit Louis-Philippe : assurer le gouvernement de la � classe moyenne �</p><p>par la consolidation d�un ordre social r�solument conservateur, dont les fondements sont la propri�t� et le syst�me censitaire ; satisfaire les int�r�ts mat�-</p><p>riels de la bourgeoisie par une l�gislation appropri�e ; maintenir la paix � l�ext�rieur en assurant prudemment la rentr�e de la France dans le concert diplomatique europ�en.</p><p>Le d�veloppement �conomique</p><p>du pays s�acc�l�re incontestablement � partir de 1840, et Guizot pratique une politique particuli�rement favorable aux grands int�r�ts priv�s :</p><p>� Enrichissez-vous par le travail et par l��pargne... � L�activit� des milieux d�affaires b�n�ficie d�encouragements officiels et de mesures concr�tes :</p><p>lois sur les concessions de voies ferr�es, march�s fructueux pass�s avec l��tat. La sollicitude du gouvernement est f�rocement s�lective. Pour ne pas heurter les notables protectionnistes, on maintient une l�gislation douani�re malthusienne, mais le monde du travail est totalement abandonn� � son exploitation et � sa mis�re. Personnellement probe, Guizot n�en couvre pas moins les scandaleuses pratiques de l�oligarchie financi�re, qui aboutit � discr�diter son gouvernement et � dresser contre lui une large partie de l�opinion.</p><p>En 1842, Guizot dispose encore � la Chambre d�une majorit� r�duite, qu�il s�acharne � �largir par des m�thodes discutables. Un nombre croissant de fonctionnaires parmi les d�put�s minist�riels assure des scrutins dociles. Le gouvernement intervient ouvertement dans les �lections et, par la technique des � conqu�tes individuelles �, �rige la corruption en syst�me. Fermement convaincu que l�acc�s aux responsabilit�s politiques doit �tre r�serv� � l��lite sociale �clair�e, dont la richesse garantit l�ind�pendance et l�attachement � l�ordre social, Guizot se refuse � modifier le syst�me censitaire. L�opposition, avec autant de t�nacit� que d�insucc�s, multiplie les projets de loi destin�s � accro�tre les incompatibilit�s pour briser les � majorit�s de fonctionnaires � � la Chambre et � �tendre le droit de vote aux citoyens inscrits sur la liste du jury. Mais Guizot tient bien en main sa majorit�, surtout apr�s les �lections victorieuses de 1846. Obstin� et aveugle, il repousse toute modification et bloque tous les projets de r�forme.</p><p>Sur le plan ext�rieur, l�axe de la politique gouvernementale passe par l�Entente cordiale avec l�Angleterre. Il s�agit, dans ce domaine, de manoeuvrer d�licatement. La marge y est �troite : elle impose, en effet, de m�nager � la fois les susceptibilit�s britanniques en M�diterran�e, de tenir compte des sou-bresauts nationalistes de l�opinion publique et de pratiquer une politique de rayonnement national, auquel le tr�ne est particuli�rement sensible. Guizot doit conna�tre une s�rie de d�boires.</p><p>En France, on ne lui pardonne pas les humiliations auxquelles a abouti sa</p><p>tactique conciliatrice (affaire du droit de suite en 1841, affaire Pritchard en 1843-44). Un coup diplomatique auda-cieux, la conclusion des mariages espagnols en 1846, lui ali�ne le gouvernement et l�opinion britanniques.</p><p>Pour compenser la perte de l�alliance anglaise, Guizot se rapproche des puissances conservatrices et veut maintenir le statu quo europ�en devant la flamb�e r�volutionnaire et faire tomber les pr�ventions des monarchies absolutistes contre le � roi des barricades �.</p><p>Louis-Philippe et son ministre, devenus paradoxalement les gardiens d�une nouvelle Sainte-Alliance, n�y gagnent qu�un surcro�t d�impopularit�.</p><p>La d�gradation de la situation int�-</p><p>rieure s�acc�l�re en 1847. La crise �conomique �clate, qui n��pargne pas les milieux bourgeois. Le personnel politique orl�aniste s�avilit dans une cascade de scandales qui �claboussent le tr�ne : ministres pr�varicateurs (affaires Teste et Cubi�res), grands seigneurs assassins (affaires Choiseul-Praslin), dans les deux cas la pairie se distingue. La bloc des adversaires du gouvernement se renforce avec la d�fection des conservateurs-progressistes. Malgr� les avertissements, Guizot s�obstine. Hautain, voire agres-sif, il repousse en bloc les ultimes projets r�formateurs. Un de ses derniers actes � la veille de la r�volution est d��carter un timide amendement, sugg�rant en termes prudents l�adoption</p><p>� de r�formes sages et mod�r�es �.</p><p>Aveuglement fatal. Dans l�impossibilit� de se faire entendre, l�opposition en appelle au pays. C�est la campagne des banquets, � l�origine bourgeoise et pond�r�e, qui d�g�n�re � la suite de l�interdiction de la manifestation du 22 f�vrier 1848. C�est le d�but de la r�volution* de 1848 : Guizot entra�ne Louis-Philippe* dans sa chute.</p><p>downloadModeText.vue.download 29 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5170</p><p>Revenu en France en 1849, Guizot �choue aux �lections du 13 mai � l�Assembl�e l�gislative. Il se consacre d�sormais � son oeuvre historique et �</p><p>la d�fense de sa politique par la publication de ses M�moires pour servir � l�histoire de mon temps et de ses Discours � la Chambre. Ralli� � l�Empire lib�ral, malgr� ses prises de position hostiles � l�intervention en Italie, il soutient le pl�biscite de mai 1870.</p><p>Isol� dans sa retraite normande, il meurt en 1874, apr�s avoir vainement tent� de revenir sur la sc�ne politique � la faveur de la guerre de 1870 et de la crise du r�gime. (Acad. fr., 1836.) J. L. Y.</p><p>F Juillet (monarchie de) / Louis-Philippe Ier / Restauration / R�volution de 1848.</p><p>L. M. de Cormenin, dit Timon, Livre des orateurs (Pagnerre, 1836 ; nouv. �d., 1847). /</p><p>F. Guizot, M�moires pour servir � l�histoire de mon temps (L�vy, 1858-1867 ; 8 vol.) ; M�langes politiques et historiques (L�vy, 1869). / P. Thu-reau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet (Plon, 1884-1892 ; 7 vol.). / C. H. Pouthas, Guizot pendant la Restauration, pr�paration de l�homme d��tat (Plon, 1925). / D. Johnson, Guizot, Aspects of French History, 1787-1874</p><p>(Londres, 1963).</p><p>Gujerat</p><p>�tat du nord-ouest de l�Inde ;</p><p>187 114 km 2 ; 26,7 millions d�habitants. Capit. Ahmad&#x101;b&#x101;d.</p><p>Une unit� historique</p><p>Le Gujerat est un �tat moyen dans le cadre indien par son chiffre de population et sa densit� (voisine de 140).</p><p>Il englobe trois types de r�gions tr�s diff�rents : les p�ninsules de Kutch et de K&#x101;thi&#x101;w&#x101;r � l�ouest, une plaine alluviale au centre, une mince bordure montagneuse � l�est. Mais l�unit� de cet ensemble a �t� fond�e d�s le Ve s.</p><p>par l�implantation des clans Gujar&#x101;s et concr�tis�e par la dynastie de Ch&#x101;lukya. Sous la domination musulmane, � partir d�une conqu�te pr�coce (XIe s.), la r�gion a gard� sa personnalit� et une unit� certaine. Celle-ci fut remise en cause sous la domination britannique, puisque la plaine �tait administr�e directement par les Anglais � partir de Bombay, tandis que les p�ninsules et la bordure montagneuse constituaient plusieurs centaines de</p><p>petits �tats princiers, souvent domin�s par des R&#x101;jp&#x16B;ts.</p><p>Apr�s l�ind�pendance et la suppression des �tats princiers, les liens �conomiques avec Bombay amen�rent � tenter l�exp�rience d�un �tat bilingue Gujar&#x101;t&#x12B;-Mar&#x101;&#x1E6D;h&#x12B;, dont l��chec fut patent d�s 1960, surtout � cause de l�opposition des Marathes. Le Gujerat retrouva alors son autonomie ; son unit� est bien affirm�e par une nette pr�pond�rance de la langue gujar&#x101;t&#x12B; et de l�hindouisme.</p><p>Cependant, il est aussi r�gion d�origine de minorit�s importantes, bien plus par leur r�le �conomique et social que par leurs effectifs (parsis et jaina).</p><p>Un �tat industriel</p><p>Malgr� ses dimensions r�duites, le Gujerat est le troisi�me �tat industriel de l�Inde. Il doit cette place d�abord � ses liens avec Bombay et ensuite, seulement, � des conditions naturelles favorables.</p><p>En effet, lors du � boom � du coton dans les ann�es 1860, c�est � l�initiative de Bombay que furent implant�es la culture de cette fibre sur les sols noirs profonds de la plaine et les usines de traitement de Ahmad&#x101;b&#x101;d. D�autre part, beaucoup de Gujar&#x101;t&#x12B;s entrepre-nants (parsis notamment) �migr�rent � Bombay. Depuis la partition de 1960, leur situation est difficile dans la grande m�tropole, et ils tendent � revenir en terre natale, en y r�investissant leurs capitaux, souvent tr�s importants.</p><p>La pr�sence de grandes �tendues de terres noires � coton (� r�gur �), puis de gisements de sel et de p�trole n�a jou� qu�un r�le secondaire.</p><p>Les p�ninsules et</p><p>les � ranns �</p><p>L�ouest de l��tat est constitu� de deux p�ninsules form�es de laves, partiellement recouvertes de gr�s et de calcaires secondaires et tertiaires, mal rattach�es au continent par de grandes surfaces mar�cageuses, les � ranns �.</p><p>Au nord, le grand Rann de Kutch est un �norme marais de plus de 250 km de</p><p>long sur 100 de large, au nord duquel passe la fronti�re avec le P&#x101;kist&#x101;n. Il s�agit d�un v�ritable d�sert, surface boueuse et sal�e en saison s�che, vaste �tendue d�eau peu profonde pendant la mousson. La p�ninsule de Kutch, plateau bas de laves et de gr�s, ne d�-</p><p>passe gu�re 300 m d�altitude. Le petit Rann de Kutch s�pare le grand Rann du K&#x101;thi&#x101;w&#x101;r. Dans la p�ninsule de K&#x101;thi&#x101;w&#x101;r, les laves dominent nettement. Le pays a �t� assez fortement soulev� par des mouvements r�cents, si bien que la dissection par l��rosion a individualis� des cha�nons parall�les au relief assez heurt�, qui atteignent plus de 600 m. Le contact entre le K&#x101;thi&#x101;w&#x101;r et la plaine est progressif.</p><p>Cependant, la profonde �chancrure du golfe de Cambay s�pare assez nettement le K&#x101;thi&#x101;w&#x101;r du continent.</p><p>L�ensemble porte des sols minces et de faible valeur. De plus, le climat est sec. Les pluies tombent pendant les trois ou quatre mois du maximum de la mousson (mi-juin � la fin de septembre), et les quantit�s totales sont inf�rieures � 400 mm, voire � 300 mm dans le Kutch. � ces conditions d�favorables, il faut ajouter le fait que les �tats princiers ont favoris� le long maintien d�une assez grande propri�t� et de syst�mes de tenure tr�s injustes, qui commencent seulement � dispara�tre par l�effet d�une nouvelle l�gislation agraire.</p><p>Aussi, l�agriculture est-elle peu productive. Elle est fond�e sur l�association de millets (jowar et bajra) et des arachides. Seules les r�gions basses ont quelques cultures de coton et de bl� (en hiver, gr�ce � l�irrigation par puits). Les villes sont install�es sur la p�riph�rie. Quelques-unes ont des industries, fond�es notamment sur le sel (usines de soude � Mithapur, propri�t� du groupe parsi Tata) et le calcaire (cimenterie � J&#x101;mnagar). Au fond du Rann de Kutch, le gouvernement de l�Inde cr�e le port de Kandla, destin� � ravitailler la r�gion de Delhi et � diminuer l�encombrement de Bombay.</p><p>La bordure monta-</p><p>gneuse de l�Est</p><p>Les derniers reliefs des monts Ar&#x101;valli</p><p>et des Gh&#x101;ts occidentaux sont assez artificiellement rattach�s au Gujerat.</p><p>Milieu humide et bois�, ils ont servi de refuge � des populations � tribales �, qui pratiquent une culture � longue jach�re peu productive. Les groupes principaux sont les Bhils et les Dangs.</p><p>La plaine centrale</p><p>Il s�agit de la r�gion la plus vivante et la plus peupl�e du Gujerat. Certes, les districts du Nord, encore secs (pluies inf�rieures � 600 mm), ont une agriculture de transition (millets, arachides, mais aussi une part non n�gligeable de coton). C�est au sud-est de la Sabar-mati et de l�isohy�te 800 mm que commence la puissante �conomie agro-industrielle qui fait la force du Gujerat.</p><p>Les pluies abondantes, la profondeur des sols noirs, la proximit� de Bombay, la position de carrefour (gr�ce aux passages vers l�est offerts par les vall�es de la Narbad&#x101; et de la T&#x101;pti) ont �t� de puissants stimulants � l�activit� �conomique.</p><p>L�agriculture, pratiqu�e par de petits propri�taires appartenant � des castes paysannes dot�es d�esprit d�entreprise, est fond�e sur une rotation millets-coton. Quelques secteurs sp�cialis�s notamment dans les cultures du tabac (r�gion de Kaira), des bananes (r�gion de S&#x16B;rat) viennent apporter des ressources suppl�mentaires.</p><p>Mais la r�gion s�individualise surtout par l�importance de l�industrie.</p><p>Le r�le d�entra�nement a �t� jou� par le textile, fond� sur une longue tradition artisanale (S&#x16B;rat), compl�t�e par les investissements en provenance de Bombay. Les grandes usines sont concentr�es � Ahmad&#x101;b&#x101;d, tandis que les autres villes ont gard� davantage de petits ateliers (S&#x16B;rat, Baroda, Broach notamment). D�autres industries sont apparues comme des auxiliaires du textile (industrie m�canique et chimique) et ont �t� renforc�es r�cemment par des investissements du gouvernement central (raffinerie de p�trole de Baroda, pr�s d�un gisement important � Ankleshwar). La plaine est donc assez fortement urbanis�e. Ahmad&#x101;b&#x101;d, avec 1,7 million d�habitants, est la cin-</p><p>qui�me ville de l�Inde.</p><p>F. D.-D.</p><p>F Inde.</p><p>Gulf Stream</p><p>F ATLANTIQUE (oc�an) ET COU-</p><p>RANTS OC�ANIQUES.</p><p>G�nther (Ignaz)</p><p>Sculpteur allemand (Altmannstein, Haut-Palatinat, 1725 - Munich 1775).</p><p>Avec Joseph Anton Feuchtmayer</p><p>(1696-1770), Franz Ignaz G�nther est assur�ment le grand ma�tre de la sculpture rococo de l�Allemagne du Sud.</p><p>Fils d�un menuisier qui fut son premier professeur et lui inculqua le go�t de la sculpture sur bois, il entre d�s 1743</p><p>dans l�atelier du sculpteur de la cour bavaroise Johann Baptist Straub (1704-1784), � Munich. En 1750, il entreprend un tour de compagnon qui le met en contact avec Paul Egell (1691-1752) � Mannheim, o� il s�initie � la grande sculpture baroque berninienne ; il remporte un prix � l�acad�mie de Vienne et se montre l� sensible � l�art �l�gant et fluide de Georg Raphael Donner downloadModeText.vue.download 30 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5171</p><p>(1693-1741), dont on trouve l��cho dans son oeuvre. Sa carri�re se d�roule en Bavi�re, autour de Munich, o� il se marie en 1757 et s��tablit.</p><p>Il travaille surtout pour les puissantes abbayes du pays et aussi pour les �glises de p�lerinage et de confr�ries.</p><p>Ses chefs-d�oeuvre sont le ma�tre-autel des �glises de Rott am Inn, de Weyarn, de Neustift, pr�s de Freising, de Starn-berg, de Mallersdorf, mais il a aussi laiss� nombre de statues et de groupes en stuc ou en bois volontiers polychrome. Dans le choeur du monast�re b�n�dictin de Rott am Inn, en 1761-62, il dresse de part et d�autre les figures des fondateurs, l�empereur Henri et sa femme Cun�gonde, qui ont droit � leur place au ma�tre-autel, puisqu�ils</p><p>furent canonis�s ; ils sont repr�sent�s en habits de souverains, dans un style plein d�une majest� qui s�impose et avec un contraste int�ressant entre la fougue de l�Empereur, pr�sentant sa maquette, et le recueillement de son �pouse, au port de t�te altier. Les autels lat�raux sont aussi flanqu�s de statues dont l�artiste a �tudi� ing�nieusement le contrepoint. G�nther cr�e des types, mais toujours individualis�s, comme saint Pierre Damien, cardinal, prince de l��glise, exprimant sur son visage sillonn� de rides profondes cette sorte de d�dain pour les choses temporelles qu�on retrouve chez beaucoup de personnages cr��s par l�artiste. Pour les augustins de Weyarn, il a taill� dans le bois une �tonnante Annonciation, o� �clate son habilet� � rompre et � varier les axes de ses compositions : ici, avec la Vierge vue presque de profil, toute en courbes ondoyantes et jeu exquis des mains, fait contraste l�archange arrivant de face, all�gre et imp�rieux dans son vol l�ger qui �carte les plis du manteau, cependant que l�aile gauche commence � se replier. Les baroques sont rarement all�s aussi loin dans l�animation et l�instantan�. Le sculpteur a travaill� aussi � des sujets profanes, et les bas-reliefs du ch�teau de Schleissheim (1763) montrent un style raffin�, non sans souvenirs mani�ristes.</p><p>Son art s�est impos� rapidement par sa puissance et son originalit�. Les attitudes ploy�es de ses personnages, stopp�s dans leur �lan d�enthousiasme et de douleur, ses visages aux yeux curieusement dessin�s en diagonales, avec une paupi�re lourde et tombante, n�appartiennent qu�� lui. Des diverses sources de son art, G�nther a su tirer, par la vigueur de son temp�rament, une oeuvre personnelle et po�tique, parfois un peu stridente, souvent �trange, en tout cas profonde et d�un sentiment religieux intense : elle offre bien la plus haute expression de ce rococo bavarois � l�imagination cr�atrice incomparable.</p><p>De son si�cle, G�nther retient une part d��l�gance et de suavit� dans l�all�-</p><p>gresse de ses anges ; mais ses Vierges de douleur, ses ap�tres, ses P�res de l��glise ont une gravit� int�rieure qui va bien au-del� d�une pose de th��tre.</p><p>Il varie � l�extr�me les attitudes, sinon les expressions, d�livrant le corps de</p><p>la pesanteur mat�rielle, d�ployant et fracassant les draperies avec une virtuosit� n�excluant pas, parfois, certaine saveur paysanne. La Piet� de Nennin-gen (Wurtemberg), de 1774, si tragique et silencieuse, appara�t comme son testament.</p><p>F. S.</p><p>A. Sch�nberger, Ignaz G�nther (Munich, 1954).</p><p>Gupta</p><p>F INDE.</p><p>Gurvitch</p><p>(Georges)</p><p>Sociologue fran�ais (Novorossiisk, Russie, 1894 - Paris 1965).</p><p>Apr�s de brillantes �tudes de philosophie, Georges Gurvitch devient professeur � l�universit� de Tomsk.</p><p>Il participe � la r�volution d�Octobre, au cours de laquelle il conna�t L�nine, puis, � la suite de divergences de vues avec les nouveaux dirigeants de son pays, il s�exile volontairement. Il enseigne � l�universit� de Prague, puis en France, o� il s��tablit d�finitivement et obtient sa naturalisation. Re�u docteur �s lettres en Sorbonne, il occupe divers postes d�enseignement � Bordeaux et � Strasbourg. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se r�fugie aux �tats-Unis, o� il exerce des fonctions au minist�re de la Guerre. De retour en France, il cr�e le Centre d��tudes sociologiques et les Cahiers internationaux de sociologie. En 1949, il est nomm� professeur de sociologie � la Sorbonne. Il fonde ensuite le Laboratoire de sociologie de la connaissance et de la vie morale et l�Association internationale des sociologues de langue fran�aise.</p><p>La sociologie de Georges Gurvitch peut se rattacher � diverses sources d�inspiration : la philosophie de Fichte, la ph�nom�nologie, le bergsonisme, le marxisme, l�anthropologie de Marcel Mauss. Lui-m�me appelait son syst�me un � hyperempirisme r�aliste, pluraliste et relativiste �. Il refusait donc de s�enfermer dans une philosophie unitaire et ferm�e, quelle qu�elle f�t.</p><p>Aussi retenait-il beaucoup d�enseignements de diverses autres sociologies, comme celles de Marx, de Proudhon, de Saint-Simon, de Durkheim, tout en les critiquant s�v�rement dans la mesure o� elles lui semblaient risquer de figer la r�alit� sociale ou d�anticiper avec trop de d�termination sur son �volution future. D�autre part, il r�agissait tr�s vivement contre une certaine tendance de la sociologie empiriste am�-</p><p>ricaine qui paraissait borner son ambition � constater des faits, � mesurer et � d�crire des ph�nom�nes. Selon lui, la sociologie devait se donner pour t�che d�expliquer, et, pour cette raison, il �tait n�cessaire qu�elle op�r�t une jonction entre la pratique et la th�orie, celle-ci, particuli�rement, ne devant jamais �tre n�glig�e.</p><p>L�effort th�orique consid�rable de Georges Gurvitch se manifesta surtout par l�invention d�un appareil conceptuel qui devait lui permettre de saisir sous tous ses aspects et � ses divers niveaux le � ph�nom�ne social total �.</p><p>Par cette derni�re expression, emprunt�e � Marcel Mauss, il voulait d�abord insister sur le danger qu�il y aurait � isoler les �l�ments du contexte global o� ils prennent leur sens, et il voulait d�signer l�objet m�me de la sociologie dans ce qu�il a de mouvant, d�irr�ductible � des structures. Ce qu�il fallait tenter d�expliquer, selon lui, c��tait bien plut�t un incessant flux et reflux de structuration, de d�structuration et de restructuration. La r�alit� sociale est donc par essence dialectique, et la seule m�thode qui convienne � la science charg�e de l��tudier est la m�thode dialectique, qui, dans la pratique, conduit � l��laboration d�un certain nombre de proc�d�s op�ratoires (compl�men-tarit�, implication, polarisation, ambigu�t�, r�ciprocit� des perspectives). Le pluralisme permet de concilier la vocation scientifique de la sociologie avec ces caract�res sp�cifiques de son objet et de ses m�thodes, car c�est pr�cis�-</p><p>ment la multiplicit� des d�terminismes qui permet l�insertion de la libert� dans des ph�nom�nes qui peuvent se situer � tel ou tel niveau de structuration. On peut ainsi parvenir � trouver sinon des lois, du moins des corr�lations fonctionnelles ou des r�gularit�s tendan-cielles entre divers aspects de la r�alit� sociale. � cet �gard, la sociologie de la</p><p>connaissance doit r�v�ler les rapports entre divers types de connaissance et divers contextes sociaux.</p><p>Pour guider la recherche de ces</p><p>corr�lations, il faut quadriller le ph�-</p><p>nom�ne total par des cat�gories. Les unes s��tagent en profondeur et correspondent � des paliers de l�analyse, depuis la surface morphologique la plus visible et depuis les mod�les sociaux jusqu�aux symboles dynamiques et aux conduites novatrices. Les autres concernent les cadres dans lesquels s�inscrit cette r�alit� �tag�e. Ce sont les manifestations de la sociabilit�, qu��tudie la microsociologie, puis les groupements, dont Gurvitch propose une typologie complexe ; ce sont aussi les classes sociales et enfin les soci�t�s globales, archa�ques ou historiques.</p><p>De celles-ci, Gurvitch expose qu�on peut d�crire plusieurs types (th�ocraties, soci�t�s f�odales, capitalisme, socialisme, etc.).</p><p>Georges Gurvitch a montr� com-</p><p>ment cet appareil th�orique pouvait s�appliquer avec succ�s dans diff�-</p><p>rentes branches de la sociologie, qu�il s�agisse de l��tude de la vie morale ou de celle du droit. Il a largement contribu� � perfectionner les m�thodes de la sociologie, en la gardant d�un empirisme excessif et en diversifiant les perspectives.</p><p>Les principaux ouvrages de</p><p>Georges Gurvitch</p><p>Morale th�orique et science des moeurs (Alcan, 1937).</p><p>�l�ments de sociologie juridique (Montaigne, 1940).</p><p>La Vocation actuelle de la sociologie (P. U. F., 1949 ; �dition remani�e, 1963 ; 2 vol.).</p><p>Les Tendances actuelles de la philosophie allemande (Vrin, 1950).</p><p>Trait� de sociologie (P. U. F., 1958-1960 ;</p><p>2 vol.).</p><p>Dialectique et sociologie (Flammarion, 1962).</p><p>D�terminismes sociaux et libert� humaine (P. U. F., �dition remani�e, 1963).</p><p>Les Cadres sociaux de la connaissance (P. U. F., 1966).</p><p>�tudes sur les classes sociales (Gonthier, 1966).</p><p>J. C.</p><p>R. Toulemont, Sociologie et pluralisme dialectique (Nauwelaerts, Louvain, 1955). /</p><p>P. Bosserman, Dialectical Sociology Analysis of French Sociologist Georges Gurvitch (Boston, 1968). / J. Duvignaud, Georges Gurvitch (Se-downloadModeText.vue.download 31 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5172</p><p>ghers, 1969). / G. Balandier, Gurvitch (P. U. F., 1972).</p><p>gustation</p><p>Fonction sensorielle qui permet d�identifier, par certaines de leurs qualit�s chimiques, les substances solubles dans l�eau. (Syn. go�t.)</p><p>Les saveurs fondamentales sont</p><p>l�acide, le sal�, le sucr� et l�amer.</p><p>L�Homme et quelques Mammif�res</p><p>sont �galement capables d�identifier l�eau pure, diff�rente du milieu vecteur habituel des substances sapides, la salive. La saveur des aliments fait intervenir, outre les sensations gustatives, des sensations tactiles, thermiques et surtout olfactives.</p><p>Morphologie des</p><p>organes gustatifs</p><p>La discrimination des propri�t�s chimiques des substances par les ch�-</p><p>mor�cepteurs fait intervenir trois sens distincts : le sens chimique commun, r�parti dans la totalit� des t�guments et</p><p>des muqueuses, et surtout sensible aux stimuli des corps dangereux (comme les vapeurs d�ammoniac), la gustation et l�olfaction, dont le seuil de sensibilit� est bien plus bas que ceux des deux sens pr�c�dents et qui permet l�identification de plusieurs milliers de substances.</p><p>Chez les animaux aquatiques, ces trois sens ont l�eau pour milieu vecteur, et leur identification morphologique est parfois malais�e. On sait, toutefois, reconna�tre les organes gustatifs des organes olfactifs chez quelques Ann�-</p><p>lides et Mollusques ainsi que chez les Poissons. Chez ces derniers, les r�cepteurs peuvent �tre r�partis sur le corps tout entier, et notamment sur les rayons des nageoires ou sur les barbillons (Poisson-Chat). Chez les animaux terrestres, la gustation correspond � la ch�mor�ception des substances hydro-solubles dissoutes, tandis que l�olfaction assure la perception des mol�cules volatiles v�hicul�es par l�air. Chez les Insectes, les organes gustatifs sont situ�s sur les pi�ces buccales ou sur les tarses. Une goutte de solution sucr�e pos�e sur les tarses d�un Papillon provoque le d�roulement de la trompe.</p><p>Chez les Vert�br�s T�trapodes, les bourgeons du go�t sont limit�s � la cavit� buccale : surface linguale, palais et arri�re-gorge.</p><p>Chez tous les Vert�br�s, les bourgeons du go�t ont la m�me forme en tonnelet que les neuromastes de la ligne lat�rale. On y distingue, outre les cellules r�ceptrices proprement dites, termin�es par un paquet de b�tonnets sensoriels group�s au niveau du pore gustatif, des cellules de soutien et des cellules basales capables d�assurer la r�g�n�ration des deux autres cat�gories cellulaires. Les cellules r�ceptrices entrent en contact synaptique avec les arborisations dendritiques des fibres nerveuses gustatives. Ces fibres contribuent, chez les Vert�br�s et chez l�Homme, � la formation de trois nerfs cr�niens : les deux tiers ant�rieurs de la langue sont innerv�s par la branche linguale du facial, qui traverse l�oreille moyenne � formant la corde du tym-pan � et rejoint le ganglion g�nicul� ; le tiers post�rieur de la langue* est</p><p>innerv� par le glossopharyngien et le ganglion p�treux ; enfin, l��piglotte et le pharynx post�rieur sont innerv�s par le vague, ou pneumogastrique, et le ganglion plexiforme. De ces trois ganglions, les fibres gustatives gagnent le faisceau solitaire jusqu�au noyau solitaire, puis suivent le tractus trig�-</p><p>minal jusqu�au noyau ventral m�dial du thalamus. La projection corticale du go�t se situe principalement dans la circonvolution postcentrale, au voisinage imm�diat de la projection somes-th�sique de la face.</p><p>Sur la langue, les bourgeons du go�t sont situ�s sur les parois des diverses papilles linguales. Les papilles cali-ciformes, de grande taille, forment le</p><p>� V � lingual ; elles portent chacune plusieurs centaines de bourgeons. Les papilles fungiformes et foliac�es, plus petites, sont plus uniform�ment r�parties ; seules les papilles filiformes sont d�pourvues de bourgeons gustatifs.</p><p>Physiologie de</p><p>la gustation</p><p>Les saveurs �l�mentaires</p><p>Le mot saveur est entendu ici au sens restreint de � qualit� gustative �. La notion commune de saveur d�un aliment fait intervenir plus l�olfaction que le go�t. L�homme est incapable de reconna�tre une pomme d�une pomme de terre si l�on supprime l�acc�s � l��pith�lium olfactif.</p><p>La saveur acide est li�e � la fonction chimique acide et � la pr�sence d�ions libres H+, mais l�intensit� gustative n�est pas proportionnelle au pH. Ainsi, l�acide ac�tique est plus acide au go�t, � pH �gal, que la plupart des acides mi-n�raux. Les acides amin�s ont souvent un go�t amer ou sucr�.</p><p>La saveur sal�e est celle du sel marin � l��tat pur, mais tous les sels � mot pris en son sens chimique � n�ont pas le go�t sal�.</p><p>La saveur sucr�e appartient aux</p><p>sucres et � certains alcools, mais avec des variations consid�rables d�une esp�ce animale � l�autre ou m�me d�un individu � l�autre. Les isom�res st�riques ont souvent des go�ts diff�-</p><p>rents. Certains sels (ac�tate de plomb) et des mol�cules organiques non gluci-diques (saccharine) ont �galement un go�t sucr�. Les sucres ont souvent un arri�re-go�t amer qui montre la parent� de ces deux saveurs �l�mentaires.</p><p>La saveur am�re appartient � des mol�cules organiques sans parent� structurale �vidente. Les alcalo�des (atropine, quinine, caf�ine, coca�ne, morphine, strychnine...) sont tous amers, mais l�amertume peut �tre masqu�e ou supprim�e par adjonction de sucre.</p><p>Le m�canisme de la gustation</p><p>Comme pour l�olfaction, le m�canisme de la perception gustative est encore mal connu. On admet que le potentiel du r�cepteur a pour cause la dislocation de prot�ines r�ceptrices par les mol�-</p><p>cules gustatibles et l�entr�e massive d�ions Na+. Pour expliquer la discrimination des � saveurs �, on a longtemps postul� l�existence de quatre types de r�cepteurs distincts, un par saveur �l�-</p><p>mentaire. Chez l�Homme, en effet, la sensibilit� gustative est maximale � la pointe de la langue pour les substances sucr�es et sal�es, dans la r�gion post�rieure pour les substances am�res et sur les zones marginales pour les substances acides et sal�es. Mais les enregistrements par micro-�lectrodes, effectu�s sur le nerf lingual, ont montr� que chaque fibre nerveuse, qui innerve partiellement plusieurs bourgeons, r�pond � deux, trois ou quatre saveurs primaires, quoique avec des intensit�s diff�rentes. La discrimination r�sul-terait de la comparaison simultan�e (sommation spatiale) des r�ponses des diverses fibres gustatives.</p><p>R. B.</p><p>Y. Zottermann (sous la dir. de), Olfaction and Taste, t. I : Proceedings of the First International Symposium held at Stockholm (Oxford, 1963). / T. H. Hayashi (sous la dir. de), Olfaction and Taste, t. II : Proceedings of the Second International Symposium held in Tokyo (Oxford, 1967). / G. E. W. Wolstenholme et J. K. Churchill (sous la dir. de), Taste and Smell in Vertebrates.</p><p>A Ciba Foundation Symposium (Londres, 1970).</p><p>Gustave Ier Vasa</p><p>(Lindholm 1496 - Stockholm 1560), roi de Su�de (1523-1560).</p><p>N� dans une famille de gentils-</p><p>hommes d�Uppland, Gustave Eriksson Vasa est �lev� � la Cour des administrateurs de la Su�de d�alors, les Sture, qui gouvern�rent le pays de 1470 � 1520. Le dernier, Sten Svantesson Sture le Jeune, est tu� dans une bataille livr�e au roi de Danemark Christian II, qui, avec l�appui de l�archev�que d�Uppsala, Gustav Eriksson Trolle (1488-1535), s�empare du pays et se fait proclamer roi de Su�de (1520).</p><p>Le massacre des opposants, appel� le bain de sang de Stockholm, soul�ve le pays contre lui. Parmi les victimes se trouve Erik Johansson Vasa, le p�re de downloadModeText.vue.download 32 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5173</p><p>Gustave. Ce dernier, alors prisonnier au Danemark, parvient � s�enfuir et, avec l�aide des bourgeois hans�atiques de L�beck, il gagne son pays et s�emploie � soulever contre l�envahisseur les paysans de la Dal�carlie (1521).</p><p>Avec eux, il assi�ge Stockholm et repousse l�arm�e de l�archev�que Trolle.</p><p>Appuy� par les L�beckois, il r�ussit � s�emparer de Stockholm et � chasser les Danois de Su�de. Le 6 juin 1523, le Riksdag (les �tats) le proclame roi de Su�de.</p><p>La Su�de est alors un royaume d�-</p><p>vast� par l�invasion �trang�re : le pays, affaibli, semble � bout de forces. Il n�y a ni argent, ni arm�e, ni marine. Ce sera l�oeuvre de Gustave Vasa de remettre la Su�de en �tat, t�che aussi importante que l�h�ro�que lib�ration du pays.</p><p>R�aliste et opportuniste, Gustave s�emploie � mener son entreprise de reconstruction � bonne fin. Il s�efforce d�abord de briser la puissance politique et �conomique de l��glise de Su�de.</p><p>Aid�e par les th�ologiens Olaus Petri (Olof Petersson, 1493-1552) et Laurentius Andreae (Lars Andersson, v. 1470-1520), la doctrine de Luther se r�pand, et, insensiblement favoris� par le roi,</p><p>un glissement s�effectue dans le pays du catholicisme au protestantisme.</p><p>Plus concr�tement, Gustave �te</p><p>aux �v�ques tout pouvoir temporel ; il d�cr�te la mainmise de l��tat sur une partie des biens et des d�mes eccl�-</p><p>siastiques pour rem�dier � la situation des finances. Enfin, � l�assembl�e des �tats � V�ster�s en 1527, il fait d�cider que les biens de l��glise reviendront � l��tat, qu�une partie en sera affect�e � l�entretien du clerg�, que les �v�ques remettront au roi leurs ch�teaux forts et qu�ils seront d�sormais nomm�s et confirm�s par le roi. C�est la rupture avec Rome, qui sera consomm�e au concile d��rebro (1529).</p><p>Ces d�cisions ne vont pas sans r�sistances, en particulier celles de l�archev�que de Link�ping, Hans Brask, et du repr�sentant de la noblesse, Ture J�nsson, s�n�chal de Vestrogothie. Pour les briser, le roi doit mettre son abdication dans la balance et en appeler au peuple. Il doit �galement lutter contre les forces de la Contre-R�forme, qui n�entendent pas laisser sans r�sistance la Su�de �chapper au catholicisme ; en 1524, l�amiral danois S�ren Norby s�allie aux partisans des Sture, puis un soul�vement populaire �clate en Dal�carlie.</p><p>En 1532, l�ancien roi de Danemark Christian II, appuy� par son beau-p�re Charles Quint, essaie de reconqu�rir ses royaumes. L�ancien archev�que d�Uppsala, Gustav Trolle, profite du m�contentement des populations priv�es de leurs anciennes c�r�monies religieuses pour fomenter des troubles en Dal�carlie : c�est la � r�volte des cloches � (1532).</p><p>Gustave vient � bout de toutes ces r�bellions et assied sa domination sur le pays. En 1544, il fait d�clarer la couronne h�r�ditaire dans sa famille. Le roi doit ensuite �carter de lui ses premiers soutiens, Laurentius Andreae et Olaus Petri ; il signifie par l� sa volont� de reprendre en main la direction de l��glise nationale.</p><p>Sa politique �trang�re est tout orient�e vers l�affermissement de l�ind�pendance du pays. En 1534-1536, il sou-</p><p>tient le roi du Danemark Christian III contre ses vieux alli�s de L�beck ; il y gagne la suppression des privil�ges �conomiques des Hans�ates en Su�de.</p><p>Ce conflit, appel� guerre du comte, marque le commencement de la d�cadence de la capitale de la Hanse.</p><p>� la fin de son r�gne, Gustave soutient aussi une guerre contre le tsar de Russie Ivan IV le Terrible, qui veut s�emparer de la Finlande et de la Livonie. Le roi su�dois se rend en Finlande, fortifie ses fronti�res et, en 1559, conclut une tr�ve avec la Russie.</p><p>L�oeuvre �conomique et adminis-</p><p>trative de Gustave Vasa est capitale ; elle est � la base de la Su�de moderne.</p><p>L�agriculture prosp�re, et le pays peut exporter du b�tail et des grains. Le commerce est �galement encourag� gr�ce au d�veloppement de la marine, � l�am�lioration des ports, � la r�organisation des corps de m�tiers et � une meilleure exploitation des mines de fer. Le roi modernise aussi la proc�-</p><p>dure judiciaire. L�instruction publique b�n�ficie de la cr�ation de nombreuses �coles.</p><p>La Su�de est ainsi plac�e pour la premi�re fois au rang des grandes puissances, et son alliance est recherch�e, en particulier par Fran�ois Ier, qui conclut un trait� avec Gustave Vasa en 1542.</p><p>Gustave Ier avait �pous� en 1531 Catherine de Saxe-Lauenbourg ; il en eut un fils, Erik. Veuf, il se remaria (1536) avec une Su�doise, Marguerite, de la famille de Leijonhufvud, qui lui donna dix enfants. Malgr� l�opposition des th�ologiens, il �pousa (1552) apr�s la mort de sa deuxi�me femme la ni�ce de celle-ci, Catherine Stenbock.</p><p>Ces deux derni�res alliances contribu�rent � redonner un certain lustre aux grandes familles du pays, qui s�appr�taient � relever la t�te. D�autres mesures furent plus pr�judiciables � la tranquillit� future du royaume ; en effet, si, par son testament, Gustave laissait la couronne � son fils Erik, il donna des duch�s � ses plus jeunes enfants ; Jean eut la Finlande, Magnus l�Ostrogothie et Charles la Suderma-</p><p>nie. Ces dispositions devinrent apr�s sa mort une source de graves discordes entre ses h�ritiers et eurent pour cons�-</p><p>quences de favoriser les ambitions des grandes familles.</p><p>P. R. et P. P.</p><p>F Su�de.</p><p>R. Svanstr�m et C. F. Palmstierna, Histoire de Su�de (trad. du su�dois, Stock, 1944). /</p><p>P. Andersson, Schwedische Geschichte (trad.</p><p>du su�dois, Munich, 1950). / P. Jeannin, Histoire des pays scandinaves (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1956 ; 2e �d., 1965). / S. Lundkvist, Gustave Vasa et l�Europe (en su�dois, Uppsala, 1960).</p><p>Gustave II</p><p>Adolphe</p><p>(Stockholm 1594 - L�tzen 1632), roi de Su�de (1611-1632), fils de Charles IX</p><p>et de Christine de Holstein-Gottorp.</p><p>� la mort de Gustave Ier Vasa en 1560, son fils Erik XIV lui succ�da ; en 1568, il fut d�tr�n� par son fr�re Jean III. � la mort de Jean (1592), le tr�ne revint � Sigismond Ier, son fils, roi de Pologne sous le nom de Sigismond III depuis 1587. Ce dernier, �lev� par sa m�re, Catherine Jagellon, dans la foi catholique, r�vait de ramener la Su�de dans l�ob�issance de Rome. Il ne put jamais �tablir son pouvoir en Su�de. Son oncle le duc Charles de Sudermanie, le dernier fils de Gustave Vasa, souleva le pays contre lui et s�empara du pouvoir ; il devint roi en 1607 (Charles IX).</p><p>D�sirant assurer � son fils Gus-</p><p>tave le pouvoir supr�me, qui revenait h�r�ditairement � son neveu qu�il avait d�tr�n� et � ses descendants, Charles IX prit le plus grand soin de son �ducation. Un pr�cepteur, Johan Skytte (1577-1645), lui enseigna l�histoire, les lettres, la philosophie et les math�matiques. Mais le jeune Gustave b�n�ficia aussi du savoir militaire d�officiers protestants anglais, allemands et fran�ais qui avaient combattu pour les Provinces-Unies contre l�Espagne. �</p><p>l�occasion de la tr�ve de 1609, ceux-ci �taient venus en Su�de, et Gustave avait interrog� ces disciples du plus grand capitaine de l��poque, Maurice</p><p>de Nassau, le fils de Guillaume le Taciturne.</p><p>En 1611, le prince avait �t� pr�sent� aux �tats (le Riksdag) par son p�re, qui mourut peu apr�s : compte tenu de la maturit� du jeune roi, le Riksdag lui confia le pouvoir, bien qu�il n�e�t que dix-sept ans. Gustave sut s�entourer de remarquables personnalit�s pour l�aider dans le gouvernement du pays : il nomma chancelier Axel Oxenstierna (1583-1654).</p><p>Ce qui importe au nouveau roi et ce qui restera la passion de sa vie, c�est la lutte pour sa foi protestante contre un catholicisme redevenu conqu�rant.</p><p>Aussi s�empresse-t-il de liquider le conflit avec le Danemark et la Russie pour continuer le combat sur le front catholique polonais.</p><p>Il signe avec le Danemark, sous la m�diation de l�Angleterre et des Provinces-Unies, la paix de Kn�red en 1613. La Su�de abandonne la province de Finnmark. Le roi renonce aussi au projet assez utopique d�installer son fr�re Charles Philippe sur le tr�ne de Russie, mais il s�arrange pour signer en 1617, � Stolbova, une paix avantageuse, qui donne � la Su�de la Car�lie orientale et l�Ingrie : gr�ce � ces possessions, la Su�de est � m�me de contr�ler la route commerciale la plus importante entre la Moscovie et l�Occident.</p><p>Pour se pr�munir contre les men�es des nobles, partisans de son cousin de Pologne, Gustave associe plus �troitement la noblesse au gouvernement. Il r�forme l�administration des Finances (1618), la justice (1624), la chancellerie (1626). Une ordonnance r�glemente le corps politique que constitue la noblesse. Le roi a le souci de d�velopper la culture dans cette aristocratie : il r�forme et r�organise l�universit� d�Uppsala et met � sa t�te Johan Skytte.</p><p>En m�me temps, il forge l�instrument de ses futures victoires : l�arm�e su�doise. Contrairement � celle des princes allemands, compos�e de mercenaires, cette arm�e est une arm�e nationale, compos�e de paysans su�-</p><p>dois et anim�e d�un id�al commun</p><p>qui s�est fortifi� au cours de luttes pour l�ind�pendance et pour la religion luth�rienne. Le pays consacre les deux tiers de son budget � son arm�e.</p><p>Le soldat est recrut� sur les listes paroissiales, o� un homme sur dix peut �tre enr�l�. Cependant, l�arm�e (au plus 20 000 hommes) repr�sente � peine 1 p. 100 de la population. Les diff�rents corps qui la composent sont constitu�s de recrues d�une m�me pro-downloadModeText.vue.download 33 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5174</p><p>vince, ce qui accentue l�esprit d�unit� et de solidarit� de ses composantes. La noblesse fournit les officiers, promus � l�anciennet�.</p><p>Le moral de cette arm�e est entretenu par des pasteurs, et c�est en chan-tant des psaumes qu�elle va au combat.</p><p>Les jeux, les blasph�mes, l�ivrognerie, la paillardise sont interdits. Une forte discipline qui supprime (th�oriquement) les pillages et les violences est rendue possible gr�ce � une intendance perfectionn�e : approvisionnement et solde r�guli�rement vers�s, habillement solide et pratique (draps et cuirs).</p><p>Si l�armement d�fensif est r�duit, le mousquet all�g� et perfectionn�, les pi�ces d�artillerie sont all�g�es elles aussi : tra�n�es par deux chevaux ou par trois hommes, elles sont r�parties entre les r�giments, m�thode qu�adopteront bient�t toutes les arm�es d�Europe.</p><p>La valeur combative de cette arm�e, le perfectionnement de son mat�riel permettent � Gustave-Adolphe de pratiquer une nouvelle tactique en s�inspirant des enseignements d�un Gascon au service de la Su�de, Jacques (ou Jacob) de La Gardie (1583-1652). La cavalerie devient plus efficace ; l�infanterie peut entretenir un feu continu avec six rangs de tireurs, ce qui permet des feux roulants tr�s puissants. L�unit� de manoeuvre, c�est la brigade, plus petite et surtout plus maniable que les carr�s de l��poque.</p><p>Ce qui est r�volutionnaire dans cette arm�e, c�est son caract�re national. Napol�on ne cachera pas son admiration :</p><p>� Gustave-Adolphe, d�clarera-t-il, �tait anim� des principes d�Alexandre, d�Hannibal et de C�sar. �</p><p>Le roi Sigismond de Pologne, pr�-</p><p>tendant au tr�ne de Su�de, compte sur l�appui de l�empereur Ferdinand II, son beau-fr�re. Gustave-Adolphe, lui, acquiert un pr�cieux alli� : l��lecteur de Brandebourg, dont il �pouse en 1620 la fille, Marie-�l�onore. Puis, en 1621, il marche contre son ennemi avec une arm�e de 24 000 hommes.</p><p>Aux paysans su�dois se sont joints des contingents �cossais, anglais et hollandais. En Livonie, Gustave-Adolphe s�empare de la ville de Riga apr�s un mois de si�ge. Le roi de Pologne, occup� contre les Turcs, demande une tr�ve. Celle-ci expirant en 1625, Gustave-Adolphe entreprend une grande exp�dition. Successivement, toutes les places de la Livonie tombent entre les mains des Su�dois, puis c�est le tour de la Courlande et de la Lituanie. Apr�s la victoire de Wallhof (janv. 1626), la Prusse-Occidentale est occup�e � son tour. Bless� au si�ge de Dantzig en 1627, le roi appara�t comme le champion du protestantisme en Allemagne.</p><p>La guerre de Trente* Ans, qui a</p><p>�clat� en 1618, a favoris� d�abord les catholiques ; les arm�es de l�Empereur command�es par Wallenstein*</p><p>ravagent le nord de l�Empire (Holstein et Mecklembourg) et battent le roi de Danemark Christian IV. Wallenstein songe � lancer une flotte sur la Baltique pour an�antir la Su�de et souhaite que celle-ci reste le plus longtemps possible aux prises avec la Pologne.</p><p>Pour emp�cher la jonction des</p><p>troupes imp�riales et polonaises, Gustave-Adolphe d�bloque le port de Stralsund et, en 1629, signe une tr�ve avec la Pologne : la Su�de y gagne la Livonie, importante source de richesses � cause du produit des douanes des ports baltiques.</p><p>L�ann�e suivante, le roi de Su�de d�barque en Pom�ranie : c�est l�affrontement direct avec l�empereur. C�est � ce moment aussi que se joue le sort du protestantisme dans l�Europe du Nord.</p><p>Gustave-Adolphe obtient des suc-</p><p>c�s �clatants : toute la Pom�ranie est conquise ; Richelieu* s�allie � la Su�de (trait� de B�rwalde, janv. 1631), et lui octroie d�importants subsides ; surtout, l�empereur Ferdinand commet l�erreur de se d�barrasser du brillant Wallenstein ; son successeur Tilly assi�ge Magdeburg, qui s�est d�clar�e pour le roi de Su�de. Cette place situ�e sur l�Elbe a une importance strat�gique consid�-</p><p>rable, puisqu�elle est la cl� de toutes les provinces occidentales de l�Empire, les plus riches. Gustave-Adolphe ne peut la secourir � temps, car l��lecteur de Saxe, Jean-Georges Ier, dont il faut traverser les �tats, lui a refus� le passage.</p><p>Mais Tilly, qui a pris la ville (mai 1631), envahit ensuite les �tats de l��lecteur, qui fait appel au roi de Su�de et s�allie avec lui. � la bataille de Breitenfeld (17 sept. 1631), les Su�dois mettent en d�route les troupes imp�riales de Tilly ; les forces de la Contre-R�forme sont bris�es, et le protestantisme est sauv� en Allemagne.</p><p>Le retentissement de cette victoire est �norme dans toute l�Europe, o� l�on s�interroge sur les desseins du roi de Su�de. Tout, en effet, lui est maintenant possible. Quels sont ses v�ritables projets ? A-t-il l�intention de s�emparer de la couronne imp�riale comme l��lecteur de Saxe et le duc de Weimar l�y poussent ? On ne sait, mais il se met en marche pour le sud par la Franconie. Il prend nombre de places fortes (Erfurt, W�rzburg, Mayence), atteint le Rhin, puis gagne la Bavi�re.</p><p>Au printemps 1632, il entre � Nuremberg, puis, malgr� l�opposition de Tilly, qui y laisse la vie, passe brillamment le Lech et p�n�tre dans l��lectorat. Un an apr�s le terrible sac de Magdeburg par les imp�riaux, Gustave-Adolphe fait son entr�e � Munich, la capitale de la tr�s catholique Bavi�re. L�empereur, aux abois, fait de nouveau appel � Wallenstein et lui donne le commandement de ses troupes : Wallenstein s�adjoint celles de l��lecteur de Bavi�re et s��tablit � Nuremberg pour couper au roi de Su�de la route du nord.</p><p>Gustave-Adolphe l�y rejoint, et, durant deux mois, les deux arm�es</p><p>s�observent. Les Su�dois, ne pouvant enlever le camp retranch� des imp�-</p><p>riaux, reprennent leur progression vers le sud, escomptant que Wallenstein les y poursuivra. Mais celui-ci d�joue leur manoeuvre et se dirige au contraire vers le nord, o� il envahit la Saxe. Le roi, ne pouvant permettre qu�une arm�e ennemie se place entre lui et la Baltique, revient � marches forc�es. Le 6 novembre 1632 a lieu � L�tzen une sanglante bataille. D�abord victorieuse, l�arm�e su�doise plie � l�arriv�e inopin�e de la cavalerie lourde de Pappenheim. C�est en exhortant ses troupes que Gustave-Adolphe est tu�. Sa mort galvanise les siens : Bernard de Saxe-Weimar prend le commandement et</p><p>remporte la victoire sur les imp�riaux, qui perdent 12 000 hommes.</p><p>Si la mort du roi de Su�de fait dispara�tre les grands projets royaux (sa fille unique, Christine, n�a que six ans), ses g�n�raux, Johan Gustafsson Ban�r, Lennart Torstensson, Bernard de Saxe-Weimar, Carl Gustaf Wrangel, Gustaf Horn, resteront en Allemagne, et, gr�ce � eux, la paix de Westphalie pourra �tre sign�e en 1648, au plus grand avantage de la Su�de. Ces trait�s consacreront sa toute-puissance sur la Baltique et la d�signeront comme la protectrice des protestants d�Allemagne : ceux-ci, gr�ce � elle, conserveront dans l�Empire leurs positions politiques et territoriales.</p><p>P. R. et P. P.</p><p>F Su�de / Trente Ans (guerre de).</p><p>J. Paul, Gustav Adolf (Leipzig, 1927-1932 ; 3 vol.). / E. Hornborg, Konung Gustav II Adolf (Helsinki, 1932). / R. Svanstr�m et C. F. Palmstierna, Histoire de Su�de (trad. du su�dois, Stock, 1944).</p><p>Gustave III</p><p>(Stockholm 1746 - id. 1792), roi de Su�de (1771-1792), fils du roi Adolphe-Fr�d�ric et de Louise-Ulrique de Hohenzollern.</p><p>Apr�s la disparition de Charles* XII, la couronne de Su�de �tait pass�e � sa soeur Ulrique-El�onore (de 1719 �</p><p>1720), puis � l��poux de celle-ci, Fr�-</p><p>d�ric Ier de Hesse (de 1720 � 1751).</p><p>Le Riksdag, profitant de la mort de Charles XII, avait impos� au pouvoir royal une Constitution qui consacrait la pr�pond�rance parlementaire.</p><p>Fr�d�ric Ier n�ayant pas d�h�ritiers, le p�re du futur Gustave III, Adolphe-Fr�d�ric, candidat de la Russie, acc�de au pouvoir en 1751. D�consid�r�es par cette ing�rence �trang�re, les factions rivales des � Chapeaux � et des � Bonnets � se disputent le pouvoir avec �pret� durant tout le r�gne d�Adolphe-Fr�d�ric. Ces luttes contribuent � d�-</p><p>tourner les Su�dois du r�gime parlementaire inaugur� en 1719. Telle est la situation lorsque Adolphe-Fr�d�ric meurt en 1771.</p><p>Son fils Gustave apprend cette mort � Paris, o� il est venu demander l�appui de Louis XV pour tenter de r�tablir en Su�de la pr��minence royale. Revenu dans son pays avec des subsides vers�s par la France et avec l�appui du nouvel ambassadeur de Louis XV, le comte de Vergennes*, il va tirer parti d�une situation favorable � ses projets. Les factions sont toujours aux prises, et les nobles, attaqu�s par les autres ordres, esp�rent que le roi consolidera leur pouvoir menac�. En outre, le peuple est las des luttes interminables des partis, et une crise de subsistance aggrave la situation.</p><p>Apr�s avoir essay� vainement de</p><p>r�concilier les factions, Gustave III, en ao�t 1772, se d�cide � un coup d��tat, dont la cause d�cisive semble bien avoir �t� du domaine de la politique �trang�re. En effet, les � Bonnets � au pouvoir projettent une �troite alliance avec la Russie ; or, celle-ci partage au m�me moment avec l�Autriche et la Prusse la malheureuse Pologne, et il semble bien que tel sera aussi le sort d�une Su�de faible et d�chir�e par les partis.</p><p>D�sormais, le roi peut seul convoquer le Riksdag et diriger les finances.</p><p>Il devient le chef supr�me des arm�es.</p><p>downloadModeText.vue.download 34 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5175</p><p>En un mot, c�est le r�tablissement de l�absolutisme en Su�de. Les d�buts de Gustave III furent bons.</p><p>On se trouve alors dans une p�-</p><p>riode d�euphorie �conomique qui permet au roi d�assainir la monnaie en 1777. L�abolition de la torture en 1772, la tol�rance religieuse (� partir de 1781, tous les chr�tiens non conformistes et les juifs peuvent pratiquer librement leur religion) ach�vent de donner au gouvernement de Gustave III une allure de despotisme �clair�.</p><p>Le pivot de sa politique �trang�re demeure l�amiti� de la France, qui, par ses subsides et son appui diplomatique, soutient la Su�de. En 1773 d�j�, par des d�marches � Saint-P�tersbourg, � Berlin et � Copenhague, cette politique a dissuad� ses ennemis de l�attaquer.</p><p>L�Angleterre travaille naturellement � ruiner ce gouvernement francophile en distribuant, elle aussi, son or, mais aux ennemis de Gustave.</p><p>Le grand projet de Gustave III est de s�emparer de la Norv�ge, possession du Danemark (lui-m�me alli� � la Russie). Le roi essaie d�abord de briser l�opposition russe. Pour obtenir le soutien de la France, il vient � Paris en 1784 et signe un accord avec Louis XVI, puis, profitant de la guerre que les Turcs m�nent contre la Russie sur le Danube, il attaque Catherine II en 1788.</p><p>Les combats qui se d�roulent en</p><p>Finlande sont contraires � la Su�de, et la tsarine s�empresse de soutenir une conjuration de s�paratistes finlan-dais qui font appel � la Russie dans la d�claration d�Anjala (ao�t 1788). En soutenant les masses populaires, le roi de Su�de parvient, cependant, � r�tablir la situation en Finlande, pays qui restera longtemps fid�le � la Su�de. Il fait ensuite la guerre aux Danois et aux Russes. Apr�s la victoire navale su�-</p><p>doise de Svensksund, la Russie signe la paix de Varela en 1790, sans gain ni perte pour aucune des deux parties.</p><p>Profitant de la conspiration d�Anjala, Gustave III a, en janvier 1789, renforc� son pouvoir au d�triment de la noblesse</p><p>et en s�appuyant sur les non-privil�-</p><p>gi�s, qui pourront acc�der � la plupart des charges du gouvernement sur un pied d��galit� avec l�aristocratie. C�est l�� Acte d�union et de s�curit� �.</p><p>En 1790, Gustave III para�t triompher de ses ennemis � l�int�rieur et � l�ext�rieur, mais les finances de la Su�de, priv�es des subsides fran�ais, sont gravement compromises. On a recours � de nouveaux imp�ts, qui provoquent malaise et m�contentement dans ce pays o� les id�es de la R�volution fran�aise commencent � se r�pandre. Quant � la noblesse, elle n�a pas pardonn� au roi la perte de ses privil�ges.</p><p>Gustave III, cependant, r�ve d�entreprendre une croisade pour r�tablir Louis XVI dans la pl�nitude de ses droits. Il n�gocie � ce sujet avec les cours d�Europe, mais il s�agit d�un projet inconsistant, la Su�de �tant financi�rement incapable de mettre une arm�e sur pied.</p><p>Le 16 mars 1792, au cours d�un</p><p>bal masqu� � l�Op�ra de Stockholm, un fanatique, le capitaine Jakob Johan Anckarstr�m, abat Gustave III d�un coup de feu. Le roi survivra jusqu�au 29 mars, apr�s avoir dict� ses volont�s. Aucune r�volution ne se produira, et le duc Charles de Sudermanie, fr�re du d�funt, exercera le pouvoir jusqu�en 1796.</p><p>P. R.</p><p>F Su�de.</p><p>L. Bonneville de Marsangy, le Comte de Vergennes. Son ambassade en Su�de, 1771-1774 (Plon, 1898). / R. Svanstr�m et C. F. Palmstierna, Histoire de Su�de (trad. du su�dois, Stock, 1944).</p><p>Guta�</p><p>Nom d�un groupe artistique japonais moderne.</p><p>Ce nom, qui a le sens de � concret �</p><p>ou de � mat�rialisation �, d�signe un groupe d�artistes fond� en 1951 � &#x14C;saka par le peintre abstrait Jir&#x14D; Yoshihara et qui, depuis cette date, s�est signal�</p><p>par des contributions d�une extr�me originalit� aux arts plastiques, con�us comme le ressort d�une intervention esth�tique pouvant prendre place aussi bien dans les espaces naturels qu�au th��tre, dans un esprit voisin de celui du happening*.</p><p>Une � abstraction</p><p>lyrique � sans fronti�res</p><p>Vers 1930, Jir&#x14D; Yoshihara (1905-1972) avait �t� au Japon l�un des pionniers d�un art abstrait soucieux de concilier la rigueur d�un Mondrian avec la spontan�it� d�un Mir�. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux jeunes artistes se regroupent autour de lui, dans son atelier d�Ashiya, pr�s d�&#x14C;saka. � Je suis un artiste qui n�a rien � vous apprendre, mais qui peut tenter d�organiser une activit� collective conditionnant une ambiance propre � la cr�ation artistique �, dit Yoshihara � ses jeunes disciples. Ainsi est fond� le groupe Guta�, qui se reconna�t comme programme : � Essayer de saisir visuellement et directement, en les incarnant dans la mati�re, les aspirations int�rieures des hommes actuels. � Les affinit�s de ce programme avec celles de l�� abstraction lyrique �</p><p>en g�n�ral et de l�� expressionnisme*</p><p>abstrait � en particulier sont �videntes, mais il semble que le groupe Guta� ait pouss� plus loin que ses homologues des �tats-Unis, du Canada et de l�Europe occidentale la fid�lit� � ce que Kandinsky* nommait la n�cessit� int�rieure. Il le doit sans doute � une sorte de discipline mystique d�un type tr�s particulier, qui exalte la manifestation sans contraintes et sans limitations de l�individualit�, mais au b�n�fice d�une � d�couverte de l�unit� originelle de l��tre � (Teruyuki Tsubouchi) et non pas d�une volont� de puissance, comme ce fut le cas pour la plupart des Am�ricains et des Europ�ens. Comme l��crit Sadamasa Motonaga, � Guta� est un groupe d�individus qui s�emparent de toutes les techniques et mati�res possibles, sans se limiter aux deux et aux trois dimensions. Ils emploient du liquide, du solide, du gaz ou encore du son, de l��lectricit� et m�me le temps, pour d�fricher, en tout lieu, toutes les formes possibles du beau dans leur fra�cheur premi�re. � Aussi une m�me</p><p>attitude pr�side-t-elle � une extr�me diversit� de d�marches et � une non moins grande diversit� de formes, dont le seul point commun serait qu�elles se refusent �galement le registre g�om�-</p><p>trique et le registre figuratif. Univers de la tache, de l��claboussure, de la d�-</p><p>chirure, accueillant � toutes les formes de l�automatisme*, aux interventions du hasard comme � celles des forces naturelles, l�art Guta� se d�finit dans un corps-�-corps avec la mati�re, et l�on ne s��tonnera pas de d�couvrir dans les expositions en plein air du groupe (� partir de 1956) sa manifestation peut-</p><p>�tre la plus sp�cifique. Gouaches de 20 m de haut ondulant au vent, ballons et banderoles flottant au-dessus des toits (1960), sacs d�eau color�e tendus entre les arbres (Sadamasa Motonaga, 1956), trous creus�s dans le sol et au fond desquels tremble une lumi�re (Michio Yoshihara, 1956), traces de pas sur une bande de vinyle de 150 m de long dans un bois de pins (Akira Kanayama, 1956) ne se distinguent pas, cependant, des oeuvres con�ues ind�pendamment du paysage : �bats de l�artiste dans une tonne de boue (Kazuo Shiraga, 1956), entassement de 60 kg de pierres peintes (Motonaga, 1956), �mail projet� � l�aide d�un canon sur une immense toile (Sh&#x14D;z&#x14D; Shimamoto, 1956), oeuvres � d�veloppement continu en mousse de savon (Toshio Yoshida, 1957), lampes �lectriques dans un bac de sable (Michio Yoshihara, 1965).</p><p>Produire des</p><p>oeuvres d�art</p><p>N�anmoins, quand bien m�me l��largissement infini des m�diums de la cr�ation plastique serait le trait le plus frappant de l�art Guta�, et en d�pit du fait que de telles manifestations anticipent de beaucoup sur ce qui se donne aujourd�hui pour l�avant-garde en Occident (v. conceptuel [art]), on ne saurait trop souligner qu�� la diff�rence des mouvements actuels le groupe Guta� ne perd pas de vue l�oeuvre d�art ellem�me, au sens le plus traditionnel si l�on veut, puisque tous les membres du groupe sont des peintres et continuent (comme, en d�cembre 1965, galerie Stadler � Paris) � exposer leurs peintures. On serait m�me tent� de consi-</p><p>d�rer que le groupe Guta� a seul tir� la le�on compl�te de l�action painting am�ricaine : le geste cr�ateur qui, avec Pollock* et ses pairs, tendait � d�border de la toile et inspirait (au moins partiellement) le happening, action painting sans peinture, revient ici � la toile apr�s s��tre, en quelque sorte, enrichi, recharg� en tension et en po�sie au contact des forces naturelles ou de l�action th��trale. L�art Guta� l�empor-terait ainsi philosophiquement et pratiquement tant sur l�abstraction lyrique occidentale, impuissante � s�arracher au tableau, que sur l�avant-garde de 1970, incapable de revenir � la peinture. Aussi les affinit�s plus ou moins accidentelles ne doivent-elles pas masquer les divergences fondamentales. Il n�est pas sans int�r�t de noter qu�en 1957 ce furent le critique Michel Tapi�, fondateur de l�� informel �, et le peintre Georges Mathieu*, leader de l�abstraction lyrique, qui d�couvrirent au Japon le groupe Guta� ; mais le</p><p>� th��tre � de Mathieu semble pauvre, compar� au th��tre Guta�. Celui-ci, en effet, appara�t comme le prolongement normal du geste pictural dans la mesure o� ce geste sugg�re une action dramatique, puisqu�il s�ins�re dans la dur�e �motive ; non plus mascarade, comme chez Salvador Dali* ou Mathieu, mais approfondissement sp�cifique. Par exemple, l�oeuvre � parcourir, une surface sem�e d�accidents, propos�e par Shimamoto en 1956 ou l�oeuvre peinte avec ses pieds par Shiraga se balan�ant downloadModeText.vue.download 35 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5176</p><p>au bout d�une corde (festival d�&#x14C;saka, 1958) sont � la fois oeuvre d�art au sens traditionnel (relief ou peinture) et spectacle. Il en va de m�me du labyrinthe-laminoir de Jir&#x14D; Yoshihara (1956) ou du ballon d�Akira Kanayama, qui se gonfle jusqu�� remplir la sc�ne (1957).</p><p>Mais plus frappante encore est l�apparition d�Atsuko Tanaka v�tue d�un costume fait de centaines de lampes �lectriques qui s�allument et s��teignent (1957) : ce n�est pas un d�guisement bizarre, mais l��cho po�tique direct de ses propres toiles, entrelacs de ronds color�s et de fils. Quant � la travers�e</p><p>� la course, par Sabur&#x14D; Murakami, de huit �crans successifs de papier dont la d�chirure sonore est multipli�e par des microphones (1956), elle doit, �videmment, �tre consid�r�e comme une travers�e effective du miroir de la peinture ! Il faut enfin insister sur la diversit� de facture des peintures elles-m�mes, qui vont des raccourcis gestuels de Jir&#x14D; Yoshihara aux �pais tourbillons de mati�re de Shiraga (n� en 1924), des floraisons chromatiques de Motonaga (n� en 1922) aux messages lettristes de Sh&#x16B;ji Mukai (n� en 1939), en passant par les contrastes formels recherch�s par Atsuko Tanaka (n�e en 1932) et par une autre femme du groupe Guta�, Tsuruko Yamazaki.</p><p>J. P.</p><p>Gutenberg</p><p>F IMPRIMERIE.</p><p>Guttif�rales</p><p>Ordre de plantes � fleurs qui rassemble les familles des Guttif�res, des Hyp�-</p><p>ricac�es, des Eucryphiac�es et des Quiinac�es.</p><p>Cet ordre, tr�s proche de celui des Th�ales (v. magnoliales) est caract�-</p><p>ris� par ses feuilles toujours oppos�es, la pr�sence d�un appareil s�cr�teur, de nombreuses �tamines, soud�es, au moins � leur base, par leurs filets en un seul faisceau, et d�un ovaire sup�rieur � placentation axile.</p><p>Hyp�ricac�es</p><p>La famille des Hyp�ricac�es, qui comprend 8 genres et environ 400 esp�ces (3 genres et une vingtaine d�esp�ces en France, presque uniquement des Hypericum [Millepertuis]), vit dans les r�gions temp�r�es et chaudes du globe.</p><p>On y rencontre des arbres (Vismia ; 50 esp�ces en Am�rique et en Afrique), des petits arbustes et des plantes herbac�es (Hypericum est le genre le plus important). Les feuilles de certaines esp�ces, renfermant de nombreuses glandes moins opaques que le paren-chyme, paraissent, par transparence, comme perc�es d�autant de petits trous.</p><p>Les fleurs, jaunes, group�es ordinai-</p><p>rement en cymes, sont du type cinq (Vismia), mais, chez les Millepertuis, les �tamines sont r�unies en trois faisceaux et l�ovaire est � trois loges. De nombreuses esp�ces d�Hypericum sont cultiv�es comme plantes ornementales dans les jardins ; on peut citer H. caly-cinum (Millepertuis � grandes fleurs) du Caucase, H. androsaemum (Toute-Saine, Passecure), plante aromatique � baies rouges, puis noir�tres (on la place parfois dans un genre distinct : Androsaemum), H. elatum, H. hircinum.</p><p>H. perforatum, commun en France et originaire de l�Asie occidentale, d�Europe et de l�Afrique du Nord, devient en Am�rique une mauvaise herbe tr�s envahissante, qui d�truit de grandes surfaces de p�turages. C�est cependant un excellent vuln�raire, et on en extrait une huile rouge�tre d�usage m�dical.</p><p>Guttif�res ou</p><p>Clusiac�es</p><p>La famille des Clusiac�es, tr�s voisine, comprend des plantes ligneuses tropicales. Le genre Clusia (100 esp�ces am�ricaines) renferme surtout des lianes, dont certaines (Figuier maudit,</p><p>� lianes meurtri�res �), gr�ce � leurs racines a�riennes, arrivent parfois � �touffer les arbres qui les portent.</p><p>Le genre Garcinia (dont on compte 200 esp�ces en Afrique et en Asie) donne une gomme-gutte (gomme-gutte de la Tha�lande et de Ceylan) � partir d�un latex jaune recueilli par incisions sur les tiges. Les graines d�autres es-p�ces fournissent une mati�re grasse appr�ci�e (beurre de Kokum), et les fruits rouges et volumineux de Garcinia mangoustan, originaire de l�Inde, ont une saveur exquise. Citons enfin le genre Calophyllum (100 esp�ces aux Antilles, en Asie et en Afrique tropicale), qui fournit des bois pr�cieux (bois de rose, de fer) et donne divers baumes. La petite famille des Eucryphiac�es (2 genres), rapproch�e parfois des Cunoniac�es � cause de la structure de ses vaisseaux, renferme surtout des arbustes r�sineux (Eucryphia) vivant en Australie, en Tasmanie et au Chili ; certaines esp�ces produisent un bois tr�s dur.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Guyane</p><p>�tat d�Am�rique du Sud.</p><p>La Guyane (anc. Guyane britannique), entre 1 et 8� de lat. N., est comprise dans la zone �quatoriale. Son climat, difficile, a retard� son peuplement, puisqu�on ne comptait en 1900</p><p>que 278 000 habitants. Son ind�pendance r�cente n�a pas chang� l�orientation de son �conomie, fond�e sur l�exportation de quelques mati�res premi�res et encore d�pendante de la Grande-Bretagne.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Un vaste plateau inclin� vers l�Atlantique se termine par une plaine �troite dans la r�gion c�ti�re et se rel�ve en une v�ritable cha�ne de montagnes � la fronti�re du Br�sil. La plaine c�ti�re, dont la largeur ne d�passe pas 80 km, est d�coup�e par des lagunes et des fl�ches littorales sableuses, couvertes de pal�tuviers, ou form�e de basses terres dont la v�g�tation de savane offre une transition progressive avec la for�t �quatoriale du plateau. Celui-ci, sur une largeur de 500 km, est constitu� par un soubassement cristallin couvert d�argiles lat�ritiques. Il contient d�importantes richesses min�rales, en particulier de la bauxite et de l�or.</p><p>Les fleuves qui descendent de la partie montagneuse sont coup�s de rapides et de chutes, et ne sont navigables que dans la partie c�ti�re.</p><p>Le climat est caract�ris� par des temp�ratures tr�s constantes, qui oscillent autour de 26 �C. Les pluies, tr�s abondantes, sont apport�es par les aliz�s du nord-est. Il n�y a jamais de v�ritable saison s�che. Le total annuel atteint 2 295 mm � Georgetown. Les montagnes de l�int�rieur sont moins arros�es (1 500 mm).</p><p>M. R.</p><p>L�histoire</p><p>Sir Walter Raleigh visite la Guyane en 1595-96 ; les essais d�implantation britannique face aux Fran�ais et surtout aux Hollandais sont d�abord infructueux. Puis, � partir de 1621,</p><p>la Compagnie des Indes occidentales assure le d�veloppement de la canne � sucre et du coton dans certains territoires. Mais ceux-ci sont �prement disput�s et changent plusieurs fois de mains. Ainsi, en 1781, l�amiral George Rodney se rend ma�tre de l�ensemble des colonies europ�ennes, mais, d�s 1782, les Fran�ais le battent et fondent Longchamps (la future Georgetown) ; en 1783-84, Longchamps devient Sta-broek en devenant hollandaise.</p><p>La mainmise fran�aise sur la Hollande � partir de 1796 a pour r�sultat de rendre les possessions hollandaises aux Anglais, en de�� du Courantyne ; elles sont restitu�es par la paix d�Amiens � la R�publique batave (1802), puis reprises par les Britanniques (1803), qui abolissent la traite des esclaves (1807).</p><p>Finalement, les trait�s de 1814</p><p>laissent aux Pays-Bas le Surinam* et � la France la Guyane* fran�aise. Les Anglais s�installent d�finitivement dans la partie occidentale des Guyanes, avec Georgetown comme capitale. Cependant, des territoires contest�s entre les trois pays seront l�objet d�accords laborieux � la fin du XIXe s. et au d�but du XXe.</p><p>La Guyane britannique b�n�ficie de l�arriv�e de nombreux travailleurs africains et aussi de colons britanniques.</p><p>N�anmoins, jusqu�en 1841, le pays est sans gouvernement propre. Par la suite, une forte immigration viendra de l�Inde. L��conomie guyanaise, fond�e sur la culture de la canne � sucre, reste longtemps m�diocre. La d�couverte de downloadModeText.vue.download 36 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5177</p><p>l�or en 1879 lui donne momentan�ment un coup de fouet.</p><p>Sur le plan politique, les Britanniques ont h�rit� des Hollandais d�une organisation compliqu�e. En 1928, le pays re�oit une Constitution fond�e sur le suffrage restreint et le monoca-m�risme. Divers amendements aboutissent � la Constitution de 1953, qui introduit le suffrage universel, un sys-</p><p>t�me minist�riel et le bicam�risme.</p><p>D�s cette �poque, le conflit �clate entre les planteurs et le parti progressiste populaire, majoritaire aux �lections, dirig� par le docteur Cheddi Jagan et appuy� sur la population originaire de l�Inde, qui repr�sente 50 p. 100 de la population totale. Ce conflit am�ne la puissance poss�dante � maintenir en Guyane d�importantes forces arm�es.</p><p>Cependant, le r�sultat des �lections de 1957 oblige les Britanniques � envisager l�ind�pendance du pays dans le cadre du Commonwealth. Mais l�opposition rencontr�e par Jagan � Premier ministre de 1961 � 1964 � de la part des Noirs (35 p. 100 de la population), men�s par Forbes Burnham, et des Blancs (United Force de Peter d�Agniar) retarde l�heure de l�ind�pendance. Finalement, celle-ci est proclam�e le 26 mai 1966 : la Guyane britannique prend le nom de Guyane. C�est un �tat souverain du Commonwealth dot� d�un Parlement unicam�ral �lu au syst�me proportionnel et d�une Constitution d�mocratique et parlementaire.</p><p>D�abord li� au r�gime monarchique, la Guyane devient, le 22 f�vrier 1970,</p><p>� r�publique coop�rative � au sein du Commonwealth ; le 17 mars suivant, Raymond Arthur Chung est �lu pr�sident de la R�publique par l�Assembl�e nationale.</p><p>P. P.</p><p>La population</p><p>La population noire import�e par la traite au d�but du XIXe s. a �t� renforc�e par l�arriv�e d�immigrants noirs libres � la fin du XIXe s. Au m�me moment, le gouvernement anglais �laborait une politique syst�matique d�immigration, touchant plus particuli�rement les coolies hindous, tandis que des Portugais s�installaient en nombre plus restreint.</p><p>90 p. 100 de la population vivent dans la r�gion c�ti�re ; les for�ts des plateaux et des hautes terres ne sont habit�es que par quelques groupes indiens.</p><p>La vie �conomique</p><p>La for�t, en particulier par ses essences rares, donne lieu � une exploitation importante dans la partie que les rivi�res</p><p>ou les voies de communication rendent accessible. L�agriculture, outre les cultures vivri�res, comprend quelques grandes cultures d�exportation, la plus importante �tant la culture de la canne � sucre, h�rit�e de l��poque coloniale et qui occupe encore pr�s du tiers de l�espace agricole. Il s�agit de grandes propri�t�s appartenant � des Anglais, des N�erlandais ou des Am�ricains.</p><p>Ces plantations, concentr�es dans la plaine c�ti�re, font vivre pr�s de la moiti� de la population. Quelques petites exploitations produisent de la canne � sucre et la vendent aux gros exploitants, qui la traitent dans une quinzaine d�usines. Une partie du sucre obtenu est export�, en particulier vers le Canada. Le sucre repr�sente 35 p. 100 de la valeur des exportations.</p><p>Le riz est cultiv� dans les parties inondables de la plaine c�ti�re. La production est en essor rapide ; d�abord vivri�re, elle assure 5 p. 100 du total des exportations de la Guyane (la moiti� de la r�colte �tant export�e). Le riz est cultiv� sur de petites ou de grandes exploitations, o� travaillent des salari�s peu pay�s. L�insuffisance de l��levage rend n�cessaire l�importation de lait et de viande. On note quelques tentatives de d�veloppement de l��levage bovin dans l�int�rieur, sur les hauts plateaux.</p><p>L�acheminement de la viande jusqu�� Georgetown s�effectue par avion.</p><p>Outre l�industrie alimentaire, repr�-</p><p>sent�e par les sucreries, l�activit� la plus importante est l�exploitation des richesses mini�res et l�exportation de minerais.</p><p>De tr�s importants gisements de</p><p>bauxite sont exploit�s � une centaine de kilom�tres de la mer par des compagnies � capitaux �trangers, essentiellement canadiens et am�ricains. Le minerai, transport� par eau, est trait� � l�usine de Mackenzie, puis dirig� vers le Canada, en particulier vers l�usine g�ante d�Arvida. La bauxite repr�sente un peu plus de 25 p. 100 de la valeur totale des exportations. Le pays compte deux ports (Georgetown et New Amsterdam), mais il y a � peine plus de 100 km de voies ferr�es, 500 km de routes principales et 500 km de routes temporaires ou de pistes. Les rivi�res n��tant navigables que dans la partie</p><p>c�ti�re, l�int�rieur du pays reste tr�s isol�.</p><p>Le commerce ext�rieur est tr�s important. Trois pays monopolisent les exportations, essentiellement de bauxite et de canne � sucre : dans l�ordre, les �tats-Unis, la Grande-Bretagne, puis le Canada. La Guyana importe des produits alimentaires et des produits de biens d�usage et de consommation.</p><p>Les m�mes partenaires se retrouvent au niveau de ces importations, mais la Grande-Bretagne est le plus gros fournisseur. Aux programmes de d�veloppement �labor�s dans le cadre de l�aide de la Grande-Bretagne succ�de depuis 1969 un plan quinquennal qui se voudrait plus autonome et qui repose sur l�intervention d�un organisme financier gouvernemental, la Guyana Credit Corporation, qui tente de provoquer une certaine industrialisation, encore bien pr�caire, du pays.</p><p>M. R.</p><p>R. T. Smith, British Guiana (Londres, 1962).</p><p>Guyane fran�aise</p><p>D�part. fran�ais d�outre-mer, dans le nord-est de l�Am�rique du Sud, entre la Guyane hollandaise (Surinam*) et le Br�sil.</p><p>Occupant une superficie de 91 000 km 2, la Guyane fran�aise compte environ 45 000 habitants. Capit. Cayenne.</p><p>Le milieu naturel</p><p>On peut distinguer deux parties : une partie basse, pays de plaines, et une partie haute de 100 � 600 m, pays de collines. Les plaines se situent le long de la c�te, sur une profondeur d�envi-downloadModeText.vue.download 37 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5178</p><p>ron 30 km. Au-del� apparaissent des cha�nons aux sommets plats, aux flancs abrupts, presque toujours parall�les � la c�te, tels les monts de l�Observatoire, dont l�altitude ne d�passe</p><p>pas 350 m. Par contre, le Massif central guyanais, orient� N.-S., a plus de 600 m d�altitude.</p><p>Les cours d�eau, nombreux, coulent du sud au nord. Les plus importants sont le Maroni, le Mana, l�Approuague et l�Oyapock.</p><p>Le climat est �quatorial ; les temp�-</p><p>ratures varient peu : 25 �C en janvier et 27 �C en octobre ; les amplitudes journali�res sont cependant plus grandes.</p><p>Les pluies, abondantes sur la c�te, diminuent en allant vers l�int�rieur ; les vents sont domin�s par l�aliz� du nord-est. On peut distinguer quatre saisons : une petite saison des pluies de d�cembre � f�vrier, une petite saison s�che de mars � avril, une grande saison des pluies d�avril � juillet et une nouvelle saison s�che d�ao�t � d�cembre. La for�t �quatoriale et la savane se partagent le pays.</p><p>M. R.</p><p>L�histoire</p><p>Ce sont les Espagnols qui abord�rent les premiers en Guyane. Vers 1503, quelques colons s�install�rent � Cayenne. L�attrait du l�gendaire Eldorado, que l�on situait dans ces parages, entre l�Amazone et l�Or�noque, et qui passait pour regorger d�or, explique les explorations faites par Raleigh � la fin du XVIe s. Cet imaginaire Eldorado sera responsable des d�sillusions que la Guyane provoquera chez les premiers colons, qui viendront y chercher une fortune rapide et qui, par d�pit, feront � cette colonie une mauvaise r�putation qui lui sera pr�judiciable.</p><p>Les Fran�ais apparurent en Guyane d�s les premi�res ann�es du XVIIe s.</p><p>Plusieurs essais de colonisation furent tent�s ; ainsi, en 1624, des marchands rouennais install�rent des comptoirs � Sinnamary, mais toutes ces entreprises ne subsist�rent pas longtemps ; toutefois, elles firent de la Guyane la plus ancienne des colonies fran�aises d�outre-mer.</p><p>Durant tout le XVIIe s., des compagnies, plus ou moins �ph�m�res, se form�rent � Rouen ou � Paris pour l�exploitation de la colonie, et la ville</p><p>de Cayenne fut fond�e en 1643. Mais les r�voltes des Indiens maltrait�s par les colons, l�insuffisance des gouverneurs comme Charles Poncet de Br�-</p><p>tigny (� 1645) et la rivalit� anglaise et hollandaise furent les causes principales de la pr�carit� de ces premiers �tablissements.</p><p>C�est Colbert qui entreprit la colonisation syst�matique. En 1663, il fonda la Compagnie de la France �quinoxiale pour exploiter la Guyane. Son directeur, Antoine Lefebvre de La Barre (� 1688), y d�barqua l�ann�e suivante avec une puissante escadre ; toutefois, les guerres continentales de Louis XIV</p><p>eurent leurs r�percussions jusque dans ces lointaines contr�es, et les Fran�ais disput�rent la Guyane aux Anglais et aux Hollandais ; en 1677, enfin, la colonie devint d�finitivement fran�aise.</p><p>Son d�veloppement �conomique</p><p>sera tr�s lent. Dans la premi�re moiti� du XVIIIe s., de bons gouverneurs, les Orvilliers, aid�s par les p�res j�suites, encourag�rent la culture, surtout celle du caf� et du cacao. Les principaux centres agricoles furent Kourou, Oyapock, Roura et R�mire. Mais l�expulsion des J�suites en 1762 fut catastrophique pour le pays ; en effet, les Indiens qu�ils avaient pu r�unir s�enfuirent dans la for�t pour �chapper � la tutelle plus dure des colons.</p><p>Pour rem�dier � cette perte, le duc de Choiseul d�cida, en 1763, d�y exp�-</p><p>dier 12 000 personnes, chiffre �norme et sans proportion avec les d�bouch�s offerts par la Guyane. L�entreprise tourna � la catastrophe. L�exp�dition avait mal �t� pr�par�e avec des chefs incapables ; les �migrants, ramass�s au hasard, se d�courag�rent en ne trouvant � leur arriv�e aucune des facilit�s promises, car le mythique Eldorado �tait toujours dans les esprits. D�ci-m�s par la faim et les �pid�mies, des 12 000 hommes d�barqu�s deux ans auparavant, il n�en restait pas un millier en 1765. Ce d�sastre contribua � accr�diter dans l�esprit public que l�homme blanc ne pouvait pas vivre en Guyane.</p><p>Sous Louis XVI, cependant, de</p><p>bons intendants r�tablirent en Guyane</p><p>une certaine prosp�rit� en assainis-sant l�Administration, en ass�chant les terres et surtout en introduisant la culture des poivriers et des giro-fliers. En 1794, la Convention y abolit l�esclavage, qui fut d�ailleurs r�tabli quelques ann�es plus tard, et en fit un territoire de rel�gation. Billaud-Va-renne, Collot d�Herbois, Pichegru, victimes de la � guillotine s�che �, furent les plus c�l�bres des prisonniers politiques qui y s�journ�rent. En 1809, une flotte anglo-portugaise s�empara de la Guyane, qui ne fut rendue � la France qu�en 1817.</p><p>Au XIXe s., tous les essais de colonisation �chou�rent, et l�abolition de l�esclavage en 1848-49 acheva d�y ruiner toute vie �conomique, en provoquant l�abandon des plantations et des travaux de drainage. L�installation d�un bagne par Napol�on III en 1852</p><p>accentua le c�t� r�pulsif de la Guyane.</p><p>Toutefois, en 1855, on d�couvrait enfin l�or de l�Eldorado. Bien exploit� � partir de 1870, il assura un temps � la Guyane une relative mais artificielle prosp�rit�. L��puisement des gisements au XXe s. laissa le pays d�muni.</p><p>Le bagne, qui re�ut de 1852 � 1939</p><p>plus de 70 000 prisonniers � dont le plus c�l�bre fut le capitaine Dreyfus, enferm� � l��le du Diable �, ne permit pas une bonne exploitation de la colonie. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, l�opinion publique, alert�e par les enqu�tes d�Albert Londres (1884-1932), r�clama la suppression du bagne, qui fut d�cr�t�e en 1938, mais la guerre emp�cha son ex�cution, et ce n�est qu�en 1947 que le bagne cessa d�exister.</p><p>Depuis 1848, les Guyanais avaient le statut de citoyens fran�ais et, en 1877, ils �taient repr�sent�s au Parlement.</p><p>Divis�e en 1930 en deux territoires, la Guyane et l�Inini, la colonie devint en 1946 un d�partement. Actuellement, elle souffre d�un manque de main-d�oeuvre et de la faiblesse du march� commercial. En 1966, la France a construit � Kourou un centre d��tudes spatiales et un champ de tir pour remplacer celui d�Hammaguir, au Sahara.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>La population</p><p>La Guyane comptait pr�s de 30 000 habitants en 1945 et 45 000 en 1970. La population a donc relativement peu augment� malgr� le net exc�dent des naissances sur les d�c�s (le taux de natalit� d�passe 40 p. 1 000 ; le taux de mortalit� avoisine 20 p. 1 000).</p><p>La cause en est le d�part de la quasi-totalit� des anciens for�ats et la forte �migration de l��lite locale. Environ 80 p. 100 de la population vivent sur la c�te, en particulier dans l��le de Cayenne, qui regroupe pr�s de deux tiers du total ; les communes c�ti�res en r�unissent 30 p. 100, et les communes de l�int�rieur 5 p. 100 seulement.</p><p>La population est assez h�t�rog�ne, form�e pour plus de moiti� de m�tis ou de cr�oles avec d�importantes minorit�s europ�enne, noire, indienne, anglaise (originaire de Sainte-Lucie), chinoise. Les Indiens, divis�s en tribus, vivent d�une �conomie fond�e sur la p�che et la chasse.</p><p>Cayenne, la capitale, est la seule ville importante. Avec 4 500 habitants en 1825 (dont 500 Blancs), elle se d�-</p><p>veloppe � partir de 1860 gr�ce � l�abolition de l�esclavage (1848-49), qui lui am�ne de nombreux Noirs, et � la cr�ation du bagne, qui fit d�elle une ville commerciale et administrative. Elle compte 11 400 habitants en 1945 et 25 000 aujourd�hui. Le second centre urbain, Saint-Laurent-du-Maroni, n�a que 5 000 habitants. Son activit� est fond�e sur les scieries et les p�cheries.</p><p>La vie �conomique</p><p>Un quart de la population vit de la culture sur br�lis. La terre est exploit�e de deux � trois ans et porte du manioc, de l�igname, du ma�s, des patates, des l�gumineuses. Le reste des agriculteurs se consacre aux cultures commercialis�es pour alimenter les centres de population (cultures mara�ch�res) ou en vue de l�exportation (bananes, canne � sucre, ananas). Autrefois exportatrice de viande, la Guyane n�a, aujourd�hui, qu�un tr�s maigre cheptel. Les seuls �tablissements industriels sont des scieries et des distilleries (pour la fabrication du tafia). Depuis 1961 existent</p><p>deux usines de surcong�lation du poisson. Depuis 1945, l�artisanat d�art (�b�nistes, orf�vres) occupe un nombre appr�ciable de personnes. L�installation de la base de lancement spatial sur le littoral, entre les embouchures des petits fleuves Kourou et Sinnamary, s�est � surimpos�e � � cette �conomie, ne la modifiant que localement.</p><p>Le commerce int�rieur est inorganis�. Les paysans apportent leurs produits sur le march� ou sont tributaires des transporteurs. Les Chinois ont le monopole du commerce d�alimentation, les Libanais (quelques dizaines) celui de la lingerie et de la confection.</p><p>Le commerce ext�rieur est aux mains de quelques gros commer�ants. La balance commerciale est largement d�ficitaire. Dans les importations, les biens de consommation repr�sentent 65 p. 100 (dont 27 p. 100 pour les aliments).</p><p>La Guyane compte environ 300 km</p><p>de routes, deux ports (Cayenne, dont le trafic est de 100 000 t par an, et Saint-Laurent-du-Maroni), un a�roport.</p><p>M. R.</p><p>downloadModeText.vue.download 38 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5179</p><p>La litt�rature</p><p>V. francophones (litt�ratures).</p><p>C. Robequain, Madagascar et les bases dispers�es de l�Union fran�aise (P. U. F., 1958).</p><p>/ M. Dev�ze, Cayenne, d�port�s et bagnards (Julliard, coll. � Archives �, 1965) ; les Guyanes (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1968). / J. Hurault, la Vie mat�rielle des Noirs r�fugi�s Boni et des Indiens Wayana du Haut-Maroni (ORSTOM, 1965). / La Guyane fran�aise, le pays, ses probl�mes �conomiques (Impr. Laporte, Cayenne, 1967). / P. Dupont-Gonin, la Guyane fran�aise, le pays, les hommes, ses probl�mes, son avenir (Droz, Gen�ve, 1970).</p><p>Guyenne</p><p>Anc. province du sud-ouest de la France.</p><p>Aux origines du duch� de Guyenne</p><p>(1202/1204 - 1259)</p><p>Alt�ration irr�guli�re du vocable</p><p>� Aquitaine �, le nom de Guyenne d�signe pour la premi�re fois dans le trait� franco-anglais de Paris de 1258-59 l�ensemble des fiefs continentaux des Plantagen�ts : Bordelais, territoires gascons entre Garonne et Pyr�n�es, vicomt�s de Limoges, de Turenne, de Ventadour, comt� de P�rigord, augment�s, au trait� d�Amiens du 23 mai 1279, de l�Agenais et de la Sain-tonge, mais d�finitivement amput�s du Quercy en ao�t 1286. Le duch� de Guyenne est constitu� uniquement de pays de langue d�oc ; il est caract�ris� par la permanence du droit romain, par le foisonnement des alleux, par la d�sa-gr�gation du syst�me f�odal et par le maintien de la tradition urbaine. Il est �troitement uni � la Couronne anglaise depuis la mort d�Ali�nor d�Aquitaine en 1204 et surtout depuis la commise des fiefs de Jean sans Terre ordonn�e par la cour de Philippe II Auguste en 1202, commise qui rompt tout lien personnel entre les deux souverains. N�y r�sidant plus qu�exceptionnellement au XIIIe s. (Jean sans Terre en 1214, Henri III en 1242-43 et en 1253-54), les Plantagen�ts confient l�administration du duch� � un s�n�chal de Gascogne, unique � partir de 1224, sinon m�me de 1216. Nomm� et r�voqu� par le duc-roi, ce dernier g�re ses domaines, garde ses ch�teaux, per�oit ses revenus, pr�-</p><p>side le Conseil de Gascogne, aux comp�tences pratiquement illimit�es, et la Cour de Gascogne, juridiction d�appel de toutes les d�cisions rendues par les cours seigneuriales ou communales, ou par celles des quatre r�gions coutumi�res du duch� (Bordeaux, Bazas, Saint-Sever et Dax). Pourtant, il ne peut emp�cher l�anarchie de s�instaurer dans le duch�, faute de moyens militaires et financiers, faute aussi d�un appui constant de son souverain, qui intervient sans cesse dans l�administration de la Guyenne, dont il est pourtant �loign� par dix jours de mer. Pour rem�dier � cette situation, Henri III attribue enfin, en 1243, des gages fixes au s�n�chal de Gascogne et surtout nomme en 1248 � cette fonction, avec pleins pouvoirs pour une p�riode de</p><p>sept ans, son propre beau-fr�re, Simon de Montfort, comte de Leicester. Rappel� en 1253 en raison du m�contentement manifest� par les barons et les villes d�Aquitaine, jaloux de leur autonomie, ce dernier est remplac� par le prince �douard, futur �douard Ier.</p><p>Le duch� de Guyenne</p><p>de 1259 � 1453</p><p>Ne s�journant que six ans dans le duch�, de 1253 � sa mort, en 1307, ce dernier l�administre pourtant directement et avec soin soit de Londres, soit de Bordeaux, ainsi que l�attestent 5 107 actes conserv�s dans les R�les gascons. Pour assurer la d�fense de la Guyenne, dont la commise est prononc�e � quatre reprises par le parlement de Paris, en 1293, en 1324, en 1337 et en 1369, les quatre �douard (Ier, II, III et le Prince Noir) prennent d�importantes mesures d�ordre militaire : nomination, en 1295, d�un amiral de la flotte de Bayonne d�-</p><p>pendant directement du lieutenant du roi ; construction de nombreuses bastides et de ch�teaux. S�inscrivant dans le cadre des deux guerres de Guyenne (1294/1297-1303 et 1324-1327), ces mesures pr�ludent � la guerre de Cent*</p><p>Ans. La Guyenne est la base essentielle de l�action militaire men�e par les Anglais contre les Valois, notamment au temps du Prince Noir �douard (1355-1370) ; longtemps administr�e par ce dernier en tant que � dominus dominii Aquitanie � (1362/63-1370), elle est d�fendue avec acharnement, car, gr�ce � l�archidioc�se de Bordeaux, concurrenc� d�ailleurs par le Haut Pays, elle assure l�essentiel du ravitaillement en vin de l�Angleterre.</p><p>D�vast� par les op�rations militaires (chevauch�es anglaises de 1355 et de 1356, fran�aise de 1442, etc.), d�peupl� par les famines et par les pestes, notamment par celle de 1348, coup� en 1453 (reconqu�te de Bordeaux par Charles VII apr�s la victoire de Castillon) du march� anglais, qui absorbait ses vins, le duch� de Guyenne entre en convalescence. La reconstruction, d�j� entreprise pendant les p�riodes de tr�ve, reprend avec vigueur. Elle est � la fois d�mographique (appel � des immigrants dans l�Entre-deux-Mers, le bas Quercy, etc.), �conomique (subs-</p><p>titution fr�quente de plants de vignes � la c�r�aliculture dans le cadre des contrats de complant ; reprise des exportations de vin � destination de Londres et de Bristol � partir de 1463 et surtout de 1475), artistique (construction de la chartreuse de Villefranche-de-Rouergue), intellectuelle (�coles de Montauban).</p><p>Apanage de Charles de France, fr�re cadet de Louis XI, entre 1469 et 1472, le duch� de Guyenne est �troitement repris en main par la monarchie, qui brise la r�volte de 1548 contre la gabelle. La renaissance intellectuelle et artistique s��panouit alors dans les villes, o� se multiplient les centres d�imprimerie (La R�ole en 1503 ; Bordeaux en 1517 ; Agen en 1526) et o� se cr�ent des institutions culturelles nouvelles, notamment le c�l�bre � coll�ge (bordelais) de Guyenne �, qui forme Michel de Montaigne et Joseph Scaliger (1540-1609), et qui favorise la diffusion du luth�ranisme, � la propagation duquel la cour de Marguerite d�Angoul�me � N�rac, accueillante aux humanistes, a cr�� un climat favorable. Le duch� est victime des guerres de Religion* : il devient l�un des foyers essentiels du parti r�form�, o� lui sont accord�es de nombreuses places de s�ret� d�s 1570.</p><p>Soumise � la suite de l�abjuration d�Henri IV en 1593, la Guyenne est divis�e d�s 1542 entre les deux g�n�-</p><p>ralit�s de Bordeaux et de Montauban (basse et haute Guyenne), dont sont d�-</p><p>tach�es en tout ou en partie celles de La Rochelle en 1594, d�Auch en 1717 et de Bayonne-Pau en 1783. La Guyenne, qui a �t� �conomiquement affaiblie par la Fronde et par la r�vocation de l��dit de Nantes en 1685, conna�t une tr�s grande prosp�rit� au XVIIIe s., notamment gr�ce � la chambre de commerce de Bordeaux, cr��e en 1705 et qui favorise l�exportation des vins et le n�goce de ce port avec les Antilles.</p><p>D�partementalis�e en 1790, entra�n�e dans l�insurrection f�d�raliste apr�s le 2 juin 1793 par les d�put�s brisso-tins (dits � Girondins* �), victime de la Terreur en 1793-94, un moment agit�e en 1796 par un complot anglo-royaliste, elle est envahie en 1814 par Wellington et conna�t les contrecoups de la Terreur blanche, en particulier � Montauban en 1815. Orient�e essentiellement vers les sp�culations agri-</p><p>coles, elle devient en 1918 le centre de la VIIIe r�gion �conomique et en 1961</p><p>celui de la R�gion Aquitaine, dont Bordeaux reste le coeur.</p><p>P. T.</p><p>F Aquitaine / Bordeaux / Cent Ans (guerre de) /</p><p>Gascogne / Gironde / Religion (guerres de).</p><p>M. Gouron, l�Amiraut� de Guyenne depuis le premier amiral anglais jusqu�� la R�volution (Sirey, 1938). / R. Boutruche, la Crise d�une soci�t�. Seigneurs et paysans du Bordelais pendant la guerre de Cent Ans (Les Belles Lettres, 1947) ; Une soci�t� provinciale en lutte contre le r�gime f�odal : l�alleu en Bordelais et en Bazadais du XIe au XVIIIe si�cle (Les Belles Lettres 1947). / C. Dartigue, Histoire de la Guyenne (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1950).</p><p>/ La Guyenne sous les rois d�Angleterre, 1154-1453 (catalogue d�exposition, introduction par Y. Renouard) [Bordeaux, 1952]. / Y. Renouard,</p><p>� les Institutions du duch� d�Aquitaine �, dans Histoire des institutions fran�aises au Moyen �ge, sous la dir. de F. Lot et R. Fawtier, t. I : Institutions seigneuriales (P. U. F., 1957). / C. Hi-gounet (sous la dir. de), Histoire de l�Aquitaine (Privat, Toulouse, 1971). / J.-P. Trabut-Cussac, l�Administration anglaise en Gascogne sous Henry III et �douard Ier, de 1254 � 1307 (Droz, Gen�ve, 1972).</p><p>L�art en Guyenne et</p><p>en Gascogne</p><p>Dans la vaste r�gion du Sud-Ouest que nous consid�rons ici, incluant P�rigord et Quercy, excluant Rouergue*, Languedoc*</p><p>toulousain et B�arn*, la cr�ation artistique est attest�e, comme dans toute cette partie de la France d�s l��poque pal�olithique*, et a produit des chefs-d�oeuvre : peintures de Lascaux et autres grottes de la r�gion de Sarlat ; V�nus de Lespugue, conserv�e au mus�e de l�Homme (Paris) ; Dame de Brassempouy ou Bisons d�argile du Tuc d�Audoubert, conserv�s au mus�e national de Saint-Germain-en-Laye. Le mus�e d�Aquitaine de Bordeaux, les mu-s�es de P�rigueux, des Eyzies, du Mas-d�Azil poss�dent �galement d�importantes collections de gravures pr�historiques sur pierre, os et ivoire.</p><p>Les invasions ont �t� tellement destructrices qu�il ne reste que des ruines de l�architecture romaine, mais les fouilles</p><p>poursuivies en plusieurs sites, notamment � Saint-Bertrand-de-Comminges et � Montcaret, mettent au jour statues et mosa�ques.</p><p>De l��ge roman subsistent des ensembles prestigieux. L�abbaye de Moissac, fond�e au VIIe s. par saint Didier, �v�que de Cahors, affili�e � Cluny en 1047, a compt� jusqu�� 350 moines. Lieu privil�gi� de pri�re, grande exploitation agricole, centre d�accueil pour les p�lerins, elle fut aussi un foyer de vie artistique qui entretenait des �changes constants avec les ateliers toulousains. L�art roman n�a con�u rien de plus grandiose que le portail de Moissac (v. 1115-1120). Le Christ de la parousie, selon la vision fulgurante de l�Apocalypse, roi et juge supr�me, portant la couronne carr�e, v�tu de l�ample tunique imp�riale, le visage imp�n�trable, la main droite lev�e pour b�nir, la gauche pos�e sur le livre de vie, rayonne de majest�. Autour de lui, les animaux qui symbolisent les �vang�listes sont subjugu�s, les ch�rubins en extase et les vieillards couronn�s jubilent. Tympan downloadModeText.vue.download 39 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5180</p><p>th�ologique par excellence, qui offre le spectacle de la gloire de Dieu � l�heure o� s�accomplit l�histoire et invite � l�adoration.</p><p>Les pieds-droits festonn�s supportent les figures de saint Pierre et d�Isa�e, pench�s vers la terre mais saisis par le souffle de l�Esprit. Trois couples de lions et de lionnes dress�s en X, crisp�s, d�inspiration orientale, occupent la face du trumeau, et deux longs personnages aux barbes ondulantes, les c�t�s : J�r�mie, �cras� par les malheurs de J�rusalem ; saint Paul, d�vor� par un feu int�rieur. Sur les bas-c�t�s de l��brasement s�opposent le monde de la gr�ce, �voqu� par des sc�nes de la vie de la Vierge, et celui du p�ch�, repr�sent� par une femme nue qu�un satyre agrippe et que des serpents enlacent et sucent. Et, au bout de la frise, saint Jean le visionnaire, inspirateur de l�ensemble du portail, contemple son Dieu. Toujours � Moissac, la suite des fines colonnes jumel�es du clo�tre (fin du XIe s. - d�but du XIIe s., remani� au XIIIe s.) est interrompue aux angles et au centre par des piliers massifs en marbre qui portent les effigies des ap�tres. Les 73 chapiteaux, o� la nature est repr�sent�e par les trois</p><p>r�gnes et l�histoire du salut par des sc�nes bibliques et la geste des martyrs, constituent un r�pertoire de la sculpture romane.</p><p>La cath�drale Saint-�tienne de Cahors et l�abbatiale Sainte-Marie de Souillac gardent deux autres oeuvres majeures. Le portail nord de Cahors (1135) repr�sente l�Ascension, th�me d�j� trait� � Saint-Ser-nin de Toulouse. Deux anges entourent le Christ glorieux, au visage empreint de tendresse et de paix, qui l�ve les deux mains � la hauteur des �paules pour b�nir et pr�senter l��vangile, que les ap�tres, figur�s en dessous, vont avoir � r�pandre.</p><p>Du portail de Souillac subsistent les repr�-</p><p>sentations d�Os�e et Isa�e, tr�s proches des proph�tes et saints de Moissac. �tonnante de virtuosit� est la figure d�Isa�e : le regard inspir�, le corps souple, drap� en tourbillon dans une longue tunique, il semble s��chapper de la pierre, fr�missant, bondis-sant d�all�gresse. Saint-�tienne de Cahors et Sainte-Marie de Souillac, comme Saint-Front et Saint-�tienne de P�rigueux*, sont vo�t�es de coupoles, formule adapt�e de l�architecture orientale qui cr�e un espace int�rieur d�gag� et lumineux.</p><p>Ces fortes oeuvres n��puisent pas la richesse romane d�une province qui compte plusieurs centaines d��glises des Xe, XIe et XIIe s., comme celles de Bordeaux*, La Sauve, Agen, Valcabr�re, Moirax, Brant�me, Duravel, Carennac, Figeac, Marcil-hac-sur-C�l�, etc., et aussi les clo�tres de Saint-Bertrand-de-Comminges et de Saint-Lizier, les fresques de Saint-Plancard et de Saint-Aventin, la Vierge en bois sculpt� de Saint-Savin (Lavedan), �mouvants t�moignages de la prodigieuse vitalit� d�un art irrigu� de s�ve spirituelle.</p><p>L�art gothique s�est r�pandu en Guyenne et Gascogne pendant la seconde moiti� du XIIIe s. et surtout au XIVe s. � Bordeaux, Bazas, Bayonne*, Auch, des r�alisations d�envergure, inspir�es des cath�drales du Nord, attestent sa vigueur. Bel �difice � trois nefs et d�ambulatoire, sans transept, la cath�-</p><p>drale de Bazas a ses trois portails orn�s de sculptures du XIIIe s. Celle d�Auch, reconstruite � partir de 1489, est une des derni�res grandes oeuvres gothiques, achev�e par une fa�ade Renaissance qu�encadrent deux tours classiques ; ses vitraux � grands personnages, aux tons pourpres, violets, verts et jaunes sont typiques de l�art des verri�res du XVIe s. ; les motifs chr�tiens et</p><p>ceux de la mythologie antique se m�lent dans l�impressionnant ensemble de ses 113 stalles de ch�ne, ex�cut�es de 1520</p><p>� 1551. L�influence du gothique septentrional est manifeste dans bien d�autres �glises, mais le type du gothique m�ridional � nef unique et choeur sans d�ambulatoire a �t� largement reproduit. La cath�-</p><p>drale de Saint-Bertrand-de-Comminges (d�but du XIVe s.) est un large vaisseau sans bas-c�t� termin� par une abside � sept pans. L�influence toulousaine appara�t � Saint-Jacques de Montauban (XIVe-XVe s.), dont la masse de briques roses surmont�e d�un clocher octogonal � fen�tres mitr�es domine le Tarn, et � l��glise-forteresse de Simorre, h�riss�e de cr�neaux. La formule des deux nefs a �t� utilis�e � la basilique Saint-Sauveur de Rocamadour (XIIIe s.) et � l�ancienne cath�drale de Lombez. Enfin, l�art des clo�tres gothiques s�est �panoui � Cahors, Cadouin, Loc-Dieu, La Romieu, Saint-�milion.</p><p>Les ch�teaux du Moyen �ge abondent.</p><p>Leur architecture vigoureuse, parfois alti�re, toujours pleine d�impr�vu, accuse l�originalit� de leurs b�tisseurs et l�individualisme de leurs propri�taires. Ch�teaux du P�rigord, parmi lesquels Beynac, au puissant donjon carr� � l�aplomb d�une falaise qui domine la Dordogne et dont la grand-salle s�orne d�une fresque de la C�ne, et aussi Biron, Bourdeilles, Jumilhac, Laroque ; ch�teaux du Quercy : Castelnau, F�nelon, Mercu�s, Bruniquel, Bonaguil ; de Gascogne : Mauvezin, Lourdes, Montaner, Thermes d�Armagnac, Xaintrailles ; du Bordelais : Villandraut, Roquetaillade, La Br�de.</p><p>L�architecture robuste et svelte du pont Valentr� de Cahors (XIVe s.) allie parfaitement le fonctionnel � l�esth�tique : la beaut� de l�ouvrage r�side dans la ligne d�pouill�e de ses six arches ogivales de 16 m d�ouverture, de ses avant-becs cr�-</p><p>nel�s et de ses trois tours carr�es hautes de 40 m. Les bastides �difi�es du XIIe au XIVe s. rel�vent de l�art de b�tir des villes.</p><p>Presque toutes semblables par leur plan que con�urent des urbanistes conscients des exigences de la vie communale, elles diff�rent par le style des maisons et des couverts. Centr�es sur la place carr�e, de vaste proportion par rapport � la surface construite, qu�entourent des galeries � arcades sous lesquelles s�ouvrent les boutiques, elles ont des rues rectilignes qui aboutissent aux promenades ou bou-</p><p>levards am�nag�s sur l�emplacement de leur enceinte abattue. Ainsi, en Gironde : Cr�on, Sauveterre-de-Guyenne ; en Dordogne : Monpazier, Beaumont-du-P�rigord ; dans le Lot : Montpezat-de-Quercy, Montcabrier ; dans le Lot-et-Garonne : Villeneuve-sur-Lot, Castillonn�s ; dans le Tarn-et-Garonne : Puylaroque ; dans le Gers : Gimont, Saint-Clar.</p><p>La Renaissance a par� de ses gr�ces plusieurs ch�teaux f�odaux, tels Montal, Assier, Aynac, Puyguilhem, Lanquais, Lauzun, Caumont, N�rac. Des demeures urbaines de cette �poque, il reste la maison de La Bo�tie et l�h�tel de Plamon � Sarlat, la maison des Consuls � P�rigueux.</p><p>Encore renaissant avec ses d�mes et ses lanternons, le ch�teau de Hautefort assure la transition avec l�art classique. Le palais �piscopal de Montauban, devenu le mus�e Ingres (oeuvres d�Ingres*, de Bourdelle*, etc.), est une remarquable construction de style Louis XIII, bien que post�rieur � ce r�gne, et la place Nationale, avec ses doubles galeries vo�t�es qui supportent des maisons � trois �tages aux beaux toits d�bordants de tuiles romaines, une parfaite r�alisation de l�art urbain du XVIIe s.</p><p>Mais c�est � Bordeaux que triomphe le grand urbanisme classique du XVIIIe s., qui a aussi remodel� le centre d�Auch. De cette �poque datent d��l�gantes et charmantes demeures du Bordelais, dont certaines portent des noms de crus illustres : la Dame-Blanche, Ch�teau-Lafite, Bey-chevelle. Le Bouilh est l�oeuvre de Victor Louis ; un de ses disciples a construit Ch�teau-Margaux.</p><p>J. P.</p><p>R. Rey, l�Art gothique du midi de la France (H. Laurens, 1933). / R. Crozet, � l�Art en Guyenne �, dans Visages de la Guyenne (Horizons de France, 1953 ; nouv. �d., 1966). /</p><p>M. Vidal, J. Maury et J. Porcher, Quercy roman (Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1959). / C. Fr�-</p><p>gnac, Merveilles des ch�teaux du Languedoc et de Guyenne (Hachette, 1967). / P. de Gorsse,</p><p>� l�Art en Gascogne �, dans Gascogne, B�arn, comt� de Foix (Horizons de France, 1968).</p><p>/ P. Dubourg-Noves, Guyenne romane (Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1969). / M. Durliat et V. All�gre, Pyr�n�es romanes (Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, 1969).</p><p>Guynemer</p><p>(Georges)</p><p>As de la chasse fran�aise (Paris 1894 -</p><p>Poelkapelle, Belgique, 1917).</p><p>Fils d�officier, Georges Guynemer passe son enfance � Compi�gne, o� son p�re s��tait retir�, puis termine ses �tudes au coll�ge Stanislas � Paris, o� il pr�pare en 1914 le concours de Polytechnique. Quand �clate la guerre, il renonce aussit�t � l�X pour s�engager, mais il n�a que dix-neuf ans et sa sant� fragile le fait ajourner deux fois au conseil de r�vision. Gr�ce � son obstination, il r�ussit enfin � se faire admettre le 23 novembre 1914 � l��cole des m�caniciens d�aviation de Pau. Il y obtient sa mutation pour une �cole de pilotage et est brevet� sous le no 853 le 26 avril 1915. Le 8 juin suivant, il est affect� � l�escadrille no 3 de Morane-Saulnier, que commande sur le front de la Ve arm�e en Champagne le capitaine Brocard (1885-1950). Le 19 juillet, Guynemer remporte sa premi�re victoire, d�but d�une �tonnante s�rie de succ�s et d��checs (il sera bless� deux fois et abattu sept fois avant de dispara�tre). Engag� � Verdun aux ordres du commandant de Rose, dont Brocard est devenu l�adjoint, Guynemer est bient�t envoy� sur le front de la Somme. � la fin de juillet 1916, sous-lieutenant depuis six mois, il totalise d�j� 11 victoires en 350 heures de vol ; son � Spad VII �</p><p>ayant capot�, sa popularit� est telle que les fantassins d�coupent la toile de ses ailes, qu�ils conservent en guise de porte-bonheur. Guynemer ne fut pas un technicien du combat a�rien, mais bien plus un virtuose du risque : rarement il se prot�ge des attaques de son adversaire. Avec son avion, qui, pour lui, est � une mitrailleuse volante �, il veut forcer le destin : � Cela fait tellement plaisir aux poilus qui nous guignent d�en bas �, r�pond-il � ceux qui lui reprochent ses imprudences. En 1917, le fameux � groupe des Cigognes �, command� par Heurtaux, o� Guynemer est � la S. P. A. 3, est affect� � la Ire arm�e et bas� � Saint-Pol-sur-Mer.</p><p>Le 25 mai, Guynemer remporte 4 victoires dont deux en une seule minute ; en ao�t, quatre nouvelles en trois jours sur son � Spad XIII � que, comme tous ses avions, il a baptis� Vieux Charles.</p><p>Le 11 septembre, apr�s 600 combats et</p><p>53 victoires homologu�es (environ 80</p><p>probables), alors qu�� vingt-deux ans il est capitaine, officier de la L�gion d�honneur et que sa croix de guerre comporte 21 citations, il dispara�t sur le front d�Ypres au-dessus de Poelkapelle. Son vainqueur, le lieutenant allemand Wissemann, sera abattu le 30 septembre par son camarade Ren� Fonck (1894-1953).</p><p>En raison peut-�tre de sa disparition au combat, c�est Guynemer qui, pour les g�n�rations suivantes, incarnera l�h�ro�sme des jeunes aviateurs fran-</p><p>�ais de la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>Sa derni�re citation est lue chaque ann�e le 11 septembre dans toutes les formations de l�arm�e de l�air. Un de ses avions, longtemps conserv� aux Invalides � Paris, a �t� transport� dans le hall d�entr�e de l��cole de l�Air de Salon, qui a adopt� sa devise : � Faire face �.</p><p>M. F.</p><p>H. Bordeaux, Vie h�ro�que de Guynemer (Plon, 1938 ; nouv. �d., 1967).</p><p>downloadModeText.vue.download 40 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5181</p><p>gymnastique</p><p>Art d�exercer, de fortifier et de d�velopper le corps par un certain nombre d�exercices physiques.</p><p>Histoire</p><p>y Dans le monde antique, que cela soit en �gypte, en Inde ou en Chine, l��ducation physique �tait pratiqu�e, et ses bienfaits reconnus. Contrairement � ce qui a �t� souvent affirm�, la culture physique n�a pas eu la Gr�ce pour berceau, mais la Chine. Bien avant notre �re, le cong-fou, manuel de gymnastique, r�v�lait tout un syst�me d��ducation physique fond� sur la bonne posture du corps et sur la mani�re de bien respirer. Beaucoup plus tard, les Grecs commenc�rent � cultiver la gymnastique, qui, bien audel� du simple exercice physique, acquit une haute valeur spirituelle et un</p><p>sens de discipline collective. Ce sont les Grecs qui ont donn� son nom � la gymnastique : l�adjectif gumnos, nu, d�signait en effet les exercices pratiqu�s le corps nu. Ce sont aussi eux qui construisirent les premiers gymnases. L�apparition des id�es chr�-</p><p>tiennes vit, dans un premier temps, dispara�tre toute pratique sportive. Il fallut attendre la Renaissance pour qu�apparaisse enfin le premier trait� de gymnastique, De arte gymnastica, �crit par Girolamo Mercuriale, un m�decin italien reconnu aujourd�hui comme le pr�curseur de la gymnastique moderne. En France, Rabelais, Montaigne et plus tard Rousseau</p><p>pr�n�rent les bienfaits des exercices corporels. Cependant, c�est l�acrobatie, toujours pratiqu�e par des �quili-bristes et des saltimbanques, au cirque ou � la foire, qui est directement � l�origine des exercices contemporains aux agr�s et au sol. Elle les a marqu�s d�une empreinte profonde.</p><p>y La p�riode qui s��tend de 1800 � 1875 correspond � la naissance des diff�rentes �coles et � l�expansion rapide de la gymnastique proprement dite.</p><p>Parmi les diff�rentes �coles, citons :</p><p>� l��cole allemande, avec le Prussien Friedrich Ludwig Jahn (1778-1852), surnomm� le � p�re de la gymnastique �, car c�est lui qui a rendu cette discipline accessible � un plus grand nombre gr�ce � l�introduction d�un vocabulaire nouveau, et c�est lui aussi qui dessina le cheval, la poutre d��quilibre, la barre fixe et les barres parall�les ;</p><p>� l��cole suisse, fond�e par Phokion Heinrich Clias (1782-1854) [l�inventeur du trap�ze], tr�s proche de l��cole allemande et qui s�enracina profond�-</p><p>ment dans le pays ;</p><p>� l��cole fran�aise, avec le colonel espagnol Fran�ois Amoros (1769-1848), qui, gr�ce � son gymnase de la plaine de Grenelle, propagea ses id�es d�s son arriv�e en France, en 1814, avant de cr�er un institut qui fut la premi�re �bauche de l��cole de Joinville ;</p><p>� l��cole su�doise, avec le docteur Per Henrik Ling (1776-1839), ma�tre et po�te, fondateur de la gymnastique dite</p><p>� rationnelle �, dont l�influence allait �tre combattue plus tard par la m�thode naturelle du Fran�ais Georges H�bert (1875-1957) ;</p><p>� les Sokols, soci�t� nationale tch�-</p><p>coslovaque d��ducation de la jeunesse par la culture physique, fond�e en 1862</p><p>� Prague par Miroslav Tyr� (1832-1884), docteur �s lettres, et son disciple Jind&#x159;ich F�gner (1822-1865).</p><p>y La p�riode qui va de 1875 � 1936</p><p>correspond � l��panouissement des diff�rentes �coles et � leur implantation dans les pays d�Europe occidentale et centrale. En France, la plus ancienne des f�d�rations, l�Union des soci�t�s de gymnastique fran�aise (U. S. G. F.), n�e en 1873, pr�figure la future F�d�ration fran�aise de gymnastique (F. F. G.), qui, en 1949, regroupa les f�d�rations masculine et f�minine. Apr�s 1870 commence la construction des premiers gymnases parisiens. Sur le plan mondial, il faudra attendre 1881 pour voir la cr�ation de la F�d�ration internationale de gymnastique (F. I. G.), tandis que la gymnastique figurait au programme des premiers jeux Olympiques de</p><p>l��re moderne, en 1896, � Ath�nes.</p><p>L�int�r�t suscit� par ces comp�titions a plac� la F. I. G. dans l�obligation d�am�liorer ses r�glements, et, peu � peu, les �preuves athl�tiques ont perdu de leur importance par rapport aux �preuves gymniques proprement dites.</p><p>y La derni�re p�riode commence peu avant la Seconde Guerre mondiale.</p><p>L��volution des comp�titions et des r�glements se poursuit. La gymnastique s��loigne de plus en plus de ses origines, l��ducation physique, pour devenir une v�ritable activit� sportive ayant son caract�re propre. Cette �volution incessante s�explique par la modification des engins utilis�s, l�am�nagement des r�glements techniques, l�influence de quelques champions au g�nie cr�ateur. C�est en 1936</p><p>que la gymnastique affirme de fa�on d�finitive sa personnalit� en se can-tonnant dans des exercices qui ne se retrouvaient dans aucun autre sport.</p><p>De cette ann�e date la codification officielle de la gymnastique moderne.</p><p>Six disciplines ont �t� retenues chez les hommes : les exercices au sol, le cheval-ar�ons, les anneaux, le saut de cheval, les barres parall�les et la barre fixe ; quatre chez les femmes : les exercices au sol, les barres asym�-</p><p>triques, la poutre d��quilibre et le saut de cheval.</p><p>Les diff�rents appareils</p><p>On vient d��num�rer les diff�rents appareils (ou agr�s) tels qu�ils existent encore aujourd�hui et dont l�usage a �t� codifi� pour la derni�re fois lors des jeux Olympiques d�Helsinki en 1952.</p><p>y Exercices au sol. Ils doivent former un ensemble harmonieux et rythmique par l�alternance d��l�ments d�assouplissement et de force, de maintien et d��quilibre ; les exercices au sol doivent durer entre 50 et 70 secondes et s�effectuer sur un tapis carr� de 12 m de c�t� dont les limites ne peuvent �tre d�pass�es.</p><p>y Cheval-ar�ons. L�appareil a �t� raccourci de 1,80 m � 1,60 m afin de permettre plus facilement des mouvements d��lan dans le sens transversal.</p><p>y Anneaux. Suspendus � des c�bles d�acier, ils permettent des mouvements combin�s en �lan, force et maintien.</p><p>y Saut de cheval ou cheval-sautoir.</p><p>Il a �galement �t� raccourci � 1,60 m (hauteur 1,35 m) ; la piste d��lan mesure 18 m au moins et un tremplin d�appel est plac� par le concurrent � l�endroit qui lui semble convenable.</p><p>y Barres parall�les. Deux barres de hauteur identique permettent des exercices d��lan, de voltige ou de force.</p><p>y Barre fixe. Elle n�a subi aucune transformation depuis son origine ; elle permet des mouvements exclusivement d��lan sans aucun arr�t.</p><p>Pour les femmes, deux seulement</p><p>de ces 6 agr�s subsistent : les exercices au sol, qui doivent cependant durer entre 60 et 90 secondes et �tre effectu�s en musique, et le saut de cheval, dont la hauteur a �t� ramen�e</p><p>� 1,10 m et qui se franchit en travers et non plus en longueur. En revanche, 2 autres agr�s font leur apparition : les barres asym�triques (la plus haute est situ�e � 2,30 m, l�autre � 1,50 m) et la poutre d��quilibre (dur�e de 80 � 105 secondes).</p><p>Les r�glements et</p><p>le jugement</p><p>Les grandes comp�titions portent sur un double programme : un programme impos� � chaque engin, dont le but est d�orienter l��volution de la gymnastique et de contr�ler la ma�trise des �l�-</p><p>ments reconnus comme formateurs ; un programme libre, qui permet � chaque gymnaste de r�aliser ce qu�il peut faire de mieux en exploitant ses qualit�s propres et sa personnalit�. C�est la Commission technique internationale qui charge une nation de r�aliser, pour les jeux Olympiques ou les championnats du monde, un encha�nement d�exercices qui devient l�� impos� �.</p><p>Chaque �preuve donne lieu � l�attribution d�une note qui sert � l��tablissement du classement individuel ou par �quipe. Les notes sont donn�es par un jury compos� de 5 membres : 4 juges et 1 juge-arbitre ; ce dernier n�intervient qu�en cas de contestation. Chacun des juges donne une note de 0 � 10 points. Pour obtenir la note d�finitive, on �limine la plus forte et la plus faible et on fait la moyenne des notes interm�diaires.</p><p>Pour noter avec pr�cision des exercices tr�s diff�rents, les juges se r�-</p><p>f�rent � un code de pointage international qui classe toutes les figures en 3 cat�gories : A (difficult� nationale), B (difficult� internationale), C (difficult� mondiale). Pour obtenir la note maximale, un exercice doit comporter au moins 6 figures A, 4 figures B, 1 figure C (2 pour les jeux Olympiques et les championnats du monde) ; 5 points sur 10 sont consacr�s � la valeur de l�exercice : 3,40 points pour sa difficult� et 1,60 point pour ses combinaisons ; les 5 autres points sont consacr�s � la r�alisation de l�exercice, chaque faute d�ex�cution (�cart des jambes, flexion des bras, arr�t, etc.) �tant p�nalis�e selon un bar�me qui va de 0,10 � 1 point. Pour les �preuves f�minines,</p><p>les encha�nements doivent n�cessairement comporter 4 difficult�s B et 2 difficult�s C. La l�g�ret�, la gr�ce, le rythme interviennent tr�s sensiblement dans le jugement, ainsi que l�adaptation � la musique pour ce qui concerne les exercices au sol.</p><p>Les grandes</p><p>comp�titions</p><p>y Les jeux Olympiques. Ils donnent lieu � 2 classements : un classement par nations, et un classement individuel. Les �quipes nationales se composent de 6 gymnastes, qui se downloadModeText.vue.download 41 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5182</p><p>pr�sentent � tous les agr�s, pour les exercices libres et les exercices impos�s. Seules les 5 meilleures notes sont retenues. Le titre olympique est d�cern� au pays qui a obtenu le meilleur total sur l�ensemble des �preuves (12 �preuves masculines, 8 �preuves f�minines). Depuis 1972, les 36 premiers du classement individuel, apr�s les impos�s et les libres, refont des exercices libres � l�issue desquels est d�cern� le titre olympique individuel. Pour ce classement les notes du concours g�n�ral (impos�s et libres) comptent pour une moiti� et les notes des derniers exercices libres pour l�autre moiti�. Il existe ensuite des finales individuelles par agr�s qui r�unissent les 6 gymnastes ayant obtenu les meilleurs totaux � chaque engin.</p><p>y Les championnats du monde.</p><p>Comme les jeux Olympiques, ils ont lieu tous les 4 ans. Ils se d�roulent entre deux jeux Olympiques, dont ils ne sont s�par�s que par 2 ann�es. Les r�glements sont identiques.</p><p>y La Coupe d�Europe. Elle est souvent appel�e, � tort, championnat d�Europe. Elle est n�e en 1955 et se d�roule uniquement sur un programme d�exercices libres. Elle ne comporte qu�un classement individuel, chaque nation ne pouvant engager que 3 gymnastes. Le vainqueur a droit au titre de champion (ou cham-</p><p>pionne) d�Europe. Il existe �galement des finales par sp�cialit�s. La Coupe d�Europe a lieu tous les 2 ans, les ann�es impaires.</p><p>Les grandes puissances</p><p>gymniques</p><p>La gymnastique mondiale est actuellement domin�e par 2 nations : le Japon et l�Union sovi�tique.</p><p>Entre 1950 et 1960, une �tape importante a �t� franchie avec la pr�dominance de l��lan, de la d�contraction, du rel�chement et de la souplesse. Dans les limites de cette gymnastique nouvelle, les Sovi�tiques ont �t� les meilleurs jusqu�en 1960, date � laquelle le Japon leur a ravi le titre olympique, � Rome. Depuis cet �v�nement, les Japonais ont confirm� r�guli�rement leur supr�matie. Le style des Japonais (vitesse, souplesse, brio) s�accorde mieux � la gymnastique actuelle que celui des Sovi�tiques (force, s�rieux). Dans cette perspective, le meilleur gymnaste japonais a �t� Yukio Endo (champion olympique en 1964), l�un des grands novateurs de la gymnastique moderne, qui a eu de beaux successeurs avec Sawao Kat&#x14D; (champion olympique en 1968 et 1972), Kenmotsu, Mitsuo Tsu-kahara et Akinori Nakayama...</p><p>Les Sovi�tiques, qui eurent avec Youri Titov, puis Boris Chakhline, 2</p><p>des plus grands gymnastes de l�histoire, leur trouv�rent un successeur avec Mikha�l Voronine, surprenant champion du monde en 1966 � l��ge de 21 ans ; 3 fois champion d�Europe (1967, 1969, 1971), Voronine n�a cependant jamais confirm� son succ�s sur les Japonais, ce que parviendra peut-�tre � faire Andrianov. Les autres puissances notables sont l�Allemagne de l�Est, la Tch�coslovaquie, les �tats-Unis, la Pologne, la Suisse, l�Allemagne de l�Ouest, la Cor�e, la Roumanie et la Hongrie.</p><p>Chez les f�minines, la supr�matie mondiale appartient � l�U. R. S. S., bien que la Tch�coslovaquie ait eu dans ses rangs l��toile de la gymnastique mondiale de l��poque moderne : Vera &#x10C;aslavska, 3 fois championne olympique et championne du monde.</p><p>Mais l��cole sovi�tique, gr�ce � Larissa Latynina, qui domina la situation entre 1954 et 1958, d�veloppa l�aspect artistique de la gymnastique et donna naissance � de v�ritables ballerines des agr�s dont les �volutions tiennent � la fois de la danse et de l�acrobatie pure. Dans cette lign�e, N. Koutchins-ka�a, Z. Voronina, L. Touristcheva ont �t� les meilleures. La R. D. A. suit la m�me voie que l�U. R. S. S., mais sans l�inqui�ter encore.</p><p>N. C.</p><p>F �ducation physique.</p><p>J. A. Latte, la Gymnastique (Vigot, 1948).</p><p>/ A. Magakian, Gymnastique masculine aux agr�s (Amphora, 1966). / A. Jacquot, Gymnastique moderne (Amphora, 1969).</p><p>On peut �galement consulter les revues men-suelles suivantes : Bulletin de la F�d�ration internationale (Sion [Suisse]) ; le Gymnaste (bulletins de la F�d�ration fran�aise) ; The Modern Gymnast (Santa Monica, Californie).</p><p>Gymnospermes</p><p>Sous-embranchement de plantes �</p><p>fleurs et � graines, g�n�ralement arborescentes, caract�ris�es par leur fruit ouvert et leur f�condation simple, et qui, � bien des �gards, jette un pont entre les Cryptogames vasculaires (Pt�ridophytes) et les Angiospermes.</p><p>G�N�RALIT�S</p><p>Caract�res g�n�raux</p><p>Chez les Gymnospermes, le bois secondaire (homoxyl�) est encore form� de trach�ides et non de vrais vaisseaux comme chez les Angiospermes. Ces trach�ides poss�dent ordinairement, sur les parois radiales, des ornementations, les ar�oles, constitu�es par le d�collement circulaire des parois cellulosiques de la lamelle moyenne pec-tique ; au centre du d�collement, une petite ouverture existe, mais, � cet endroit, la lamelle moyenne est renforc�e (torus). Une analyse microchimique du bois (r�action de M�ule) donne un r�sultat n�gatif, c�est-�-dire une couleur jaun�tre ou brun�tre due � la pr�-</p><p>sence de xyloholosides, alors que chez les Angiospermes la r�action positive,</p><p>une coloration rouge fonc�, est provoqu�e par des mannoholosides. Les stomates ont le plus souvent une structure caract�ristique (haploch�ilique) ; enfin, les tissus s�cr�teurs (canaux et cellules isol�es) produisent surtout des essences et des r�sines.</p><p>Si le cycle de reproduction des</p><p>Gymnospermes et des Angiospermes est identique, la structure des organes et les modalit�s intimes de la f�condation pr�sentent de notables diff�rences.</p><p>Ainsi, chez les Gymnospermes, les organes reproducteurs femelles sont nettement moins sp�cialis�s que chez les Angiospermes ; en effet, on est le plus souvent en pr�sence d�une feuille, parfois assez peu modifi�e ; cette feuille carpellaire n�est pas referm�e sur ellem�me pour former un ovaire clos, et les ovules localis�s sur les bords peuvent ainsi �tre atteints directement par les �l�ments m�les, sans que ces derniers aient � passer, comme chez les Angiospermes, par un organe sp�cialis�, le style, termin� par un stigmate qui collecte les grains de pollen. Dans les ovules de Gymnospermes, le prothalle femelle (�quivalent du sac embryonnaire � 8 cellules des Angiospermes) poss�de comme chez les Cryptogames un grand nombre de cellules constituant un tissu de r�serve (endosperme).</p><p>L�oosph�re des Gymnospermes, homologue de celle des Cryptogames vasculaires, est accompagn�e d�un certain nombre de cellules, et forme avec elles un arch�gone* assez voisin de celui des Cryptogames les plus �volu�s, ce qui n�existe absolument plus chez les Angiospermes.</p><p>Les grains de pollen, � structure assez complexe (ils poss�dent plusieurs cellules), proviennent d�organes reproducteurs m�les facilement comparables aux fleurs simples d�Angiospermes.</p><p>Les ph�nom�nes de la f�condation vont pr�senter chez quelques Gymnospermes primitives (Cycadofilicales, Cycadales, Corda�tales et Ginkgoales, groupe des Natrices) les m�mes caract�ristiques que chez les Cryptogames : des spermatozo�des cili�s se rapprochent du col des arch�gones (�l�ments femelles) en nageant (il y a zo�dogamie). D�autres groupes, les Co-</p><p>nif�rales en particulier, se rapprochent des Angiospermes en ayant une f�condation siphonogame, c�est-�-dire que les anth�rozo�des empruntent un tube pour atteindre les gam�tes femelles.</p><p>Cette f�condation est effectu�e par un seul spermatozo�de chez les Cryptogames vasculaires et chez les Gymnospermes sauf tr�s rares exceptions (une ou deux Conif�rales, peut-�tre certaines Gn�tales), alors qu�elle est normalement double pour les Angiospermes ; de ce fait, les Gymnospermes ne poss�dent pas l�albumen.</p><p>Le Ginkgo</p><p>Arbre gymnosperme d�origine chinoise, remarquable par sa f�condation aquatique.</p><p>Dans le grand ensemble des Gymnospermes, le Ginkgo (Louis Emberger pr�-</p><p>conise : Ginkyo) est le seul repr�sentant actuel des Ginkgoales.</p><p>Celles-ci, connues depuis l��re primaire (Permien inf�rieur), ont eu leur apog�e au Secondaire (Jurassique moyen) avec une vingtaine de genres.</p><p>Le Ginkgo est un arbre dio�que de 40 m de haut, � feuilles caduques (ce qui est tr�s rare pour les Gymnospermes), aplaties, triangulaires, �chancr�es en leur milieu comme pour former deux lobes. �</p><p>l�automne, les feuilles sont d�un jaune dor� intense, ce qui lui aurait fait, dit-on, donner le nom d�� arbre aux quarante �cus �.</p><p>On y distingue deux sortes de rameaux : les longs (auxiblastes) et les courts (m�so-blastes), non caducs. Les organes m�les, localis�s sur les rameaux courts, sont r�duits � un axe sur lequel s�ins�rent des bract�es foliac�es transform�es en �tamines, chacune de ces derni�res comprenant deux sacs polliniques. De nombreuses interpr�-</p><p>tations ont �t� faites de l�organe femelle, certains auteurs le pr�sentant comme une feuille modifi�e alors que, pour les autres, ce serait un axe. La fleur femelle a g�n�ralement deux ovules, et un t�gument prot�ge le nucelle, qui poss�de � son sommet une chambre pollinique non ferm�e et remplie d�un liquide aqueux. Le m�canisme de la f�condation de cette es-p�ce a �t� d�couvert en 1897 par Ikeno et S. Hirase : une fois les grains de pollen dans la chambre pollinique, cette derni�re se referme, puis diverses lyses se produisent, et les spermatozo�des �chapp�s des tubes</p><p>polliniques nagent ; un seul va f�conder l�oosph�re. L�oeuf une fois form�, il se produit un grand nombre de divisions (il y a ainsi parfois jusqu�� 28 noyaux libres), les cloisonnements se faisant apr�s. Le fruit m�r de Ginkgo (drupe) a la taille et la couleur d�une mirabelle.</p><p>downloadModeText.vue.download 42 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5183</p><p>Cette esp�ce a son aire de r�partition naturelle en Chine, mais elle fut d�couverte au Japon en 1690, r�pandue en Angleterre vers 1784 et en France vers 1788. C�est un tr�s bel arbre d�ornement, surtout gr�ce � son feuillage � l�automne.</p><p>Pr�f�rant les terres profondes et fra�ches, il s�accommode cependant tr�s bien des sols pauvres et tr�s calcaires.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Origine ; classification</p><p>Le groupe des Gymnospermes, bien d�fini vers le d�but du XIXe s. par Robert Brown (1827) et par Adolphe Brongniart (1828), est compos� uniquement d�esp�ces ligneuses. Les plus vieux repr�sentants connus datent du D�vonien, mais il n�est pas exclu que le groupe ait exist� avant, puisque les premi�res flores gymnospermiques connues montrent deux phylums tr�s nets, celui des Corda�tales et celui des Pt�ridospermales. L�importance du groupe cro�t r�guli�rement jusqu�au Jurassique, o� l�on recense plus de 20 000 esp�ces, mais d�s le Cr�tac� ce nombre se r�duit de moiti� ; il est d�environ 1 000 � l�heure actuelle.</p><p>Ce petit nombre d�esp�ces, tr�s faible par rapport � celui des Angiospermes (150 000), pr�sente cependant une bien plus grande vari�t� ; certaines Angiospermes d�riveraient peut-�tre de Gymnospermes primitives.</p><p>Aucune classification ne rallie actuellement l�unanimit� des botanistes syst�maticiens. Une des plus r�centes, propos�e par Emberger, fragmente cet ensemble en deux groupes, celui des Pr�phan�rogames (surtout des plantes fossiles) et celui des vraies Gymnospermes. Le premier de ces</p><p>deux groupes se divise lui-m�me en deux : d�une part les Pt�ridospermes, comprenant les Pt�ridospermales, les Caytoniales (toutes deux exclusivement fossiles) et une troisi�me classe, celle des Cycadales, existant depuis le Trias et qui poss�de encore quelques repr�sentants actuellement ; d�autre part les Corda�tes, form�es par deux ordres, celui des Corda�tales, uniquement fossiles, et celui des Ginkgoales.</p><p>Le deuxi�me groupe r�unit, d�apr�s cet auteur, les vraies Gymnospermes, avec deux sous-embranchements, celui des Bennettitales (fossiles) et celui des Conif�res.</p><p>D�autres auteurs ne s�parent pas les groupes les plus primitifs des formes �volu�es et divisent les Gymnospermes en un certain nombre de classes ; trois pour les uns : Cycadophytes, Conif�rophytes et Gn�tophytes ; six pour d�autres : c�est cette derni�re que nous allons adopter ici. Ces six classes sont celles des Pt�ridospermaphytes, des Cycadophytes, des Corda�tophytes, des Ginkgophytes, des Conif�rophytes et des Chlamydospermaphytes. La classe des Pt�ridospermaphytes, ou Cycado-filicin�es, comprend les Lyginopt�-</p><p>rid�es, les M�dullos�es et les Cayto-niac�es, et n�a que des repr�sentants fossiles ; celle des Cycadophytes est divis�e en quatre ordres : Cycadales, Nilssoniales, Pentoxylales et Bennettitales ; un seul, le premier, a encore des esp�ces vivantes. La classe des Corda�-</p><p>tophytes est enti�rement �teinte depuis le Permien ; celle des Ginkgophytes n�a plus qu�un seul repr�sentant actuellement. La classe des Conif�rophytes (v. Conif�res) est compos�e de plusieurs familles ayant un nombre assez important d�esp�ces vivantes. Enfin, la petite classe des Chlamydospermaphytes (v. Gn�tales) r�unit les trois ordres des Eph�drales, des Welwits-chiales et des Gn�tales, qui sont tr�s isol�es syst�matiquement.</p><p>Les Cycadales</p><p>Dans l�ordre des Cycadales, il n�existe plus � l�heure actuelle qu�une seule famille, celle des Cycadac�es, comprenant une dizaine de genres et pr�s de cent esp�ces � feuilles penn�es, dont le port rappelle beaucoup certains palmiers ou des foug�res arbores-</p><p>centes ; quelques esp�ces vivantes ont �t� retrouv�es � l��tat fossile. Leur croissance est extr�mement lente et l�on admet que les Dioons, les Encephalartos hauts de 2 m auraient environ un millier d�ann�es ; mais, � la base de ces tiges, on remarque souvent des bourgeons qui redonnent de nouveaux troncs ; aussi les parties souterraines peuvent-elles atteindre plusieurs milliers d�ann�es. Ces genres manifestent des signes tr�s nets de s�nilit� : ainsi, la formation simultan�e de feuilles et d�organes sexuels arr�te pour plusieurs ann�es la croissance de l�individu ; dans la Nature, ces esp�ces se localisent dans des stations o� elles ne rencontrent que peu de concurrence. Elles vivent les unes en Am�rique tropicale (Mexique, Cuba : Dioon, Ceratozamia, Microcycas, Zamia � 30 esp�ces), les autres soit en Afrique du Sud (Encephalartos � 15 esp�ces ; Stangeria), soit en Australie (Macrozamia � 15 esp�ces ; Bowenia) ; seul le genre Cycas (15 esp�ces) a une large distribution, aussi bien au Japon, en Chine et en Inde qu�en Australie et � Madagascar.</p><p>L�appareil v�g�tatif de ces esp�ces est constitu� par un tronc tr�s sensiblement cylindrique, le plus souvent simple, pouvant atteindre de 10 � 15 m de haut (pour les Macrozamia), surmont� alternativement soit d�une couronne de feuilles assimilatrices grandes et penn�es (parfois bipenn�es : Bowenia), souvent enroul�es en crosse dans le bouton mais d�une autre fa�on que pour les Foug�res, soit de feuilles r�duites � des �cailles laineuses.</p><p>Chez le genre fossile Paleocycas, les limbes �taient entiers. La base du rachis des feuilles mortes donne � la tige une enveloppe protectrice qui atteint parfois plus de dix centim�tres d��paisseur, tr�s rigide et efficace, en particulier contre le feu. Ces tiges ont, au centre, une moelle abondante bourr�e d�amidon. Certaines racines sont envahies par des Algues bleues (Nostocs) qui se localisent dans une assise bien d�-</p><p>termin�e poss�dant des cellules de grande taille.</p><p>Toutes les Cycadac�es sont dio�ques, mais les deux sexes sont souvent en puissance sur le m�me individu et il arrive qu�une plante porte des organes m�les actifs une ann�e alors que, l�ann�e pr�-</p><p>c�dente, le m�me individu avait des organes femelles fonctionnels. Ces organes reproducteurs sont soit terminaux (Cycas</p><p>femelle, Dioon, Ceratozamia), soit lat�raux (Macrozamia, Encephalartos) ; dans le premier cas (Cycas femelle), la croissance peut cependant rester terminale (croissance monopodique), comme cela se produit chez les Foug�res ; mais chez Dioon et Ceratozamia, la croissance se poursuit par un bourgeon lat�ral (croissance sympodique).</p><p>L�appareil reproducteur m�le, un c�ne de taille variable suivant les esp�ces (de 45 cm de long � 2 cm chez le Zamia), est form� de feuilles r�duites � de simples �cailles qui portent � leur face inf�rieure de nombreux sacs polliniques ; ces feuilles pourraient correspondre aux �tamines des Angiospermes. Le pollen qui s�en �chappe est form� de trois cellules, la plus grande devant donner les spermatozo�des et le tube pollinique.</p><p>L�appareil femelle est �galement un c�ne, sauf chez le Cycas ; ces organes peuvent �tre �normes et atteindre 50 kg et plus de 1 m de long. Chez le Cycas, ils sont compos�s de nombreux carpelles, beaucoup plus courts (10 � 15 cm) que les feuilles normales et dont la partie extr�me (distale) est st�rile et compos�e de nombreuses folioles, alors que la partie proxi-male est porteuse (le long du rachis uniquement) d�ovules qui peuvent �tre tr�s gros (jusqu�� 6 ou 7 cm). Chez le Zamia, le c�ne est uniquement form� d��caill�s hautement sp�cialis�es, qui portent � leur face inf�rieure les ovules.</p><p>Le grain de pollen, une fois arriv� au niveau du micropyle, d�veloppe un su-</p><p>�oir, puis un certain nombre de divisions s�op�rent, et deux anth�rozo�des orn�s d�une h�lice cili�e nagent, apr�s que la membrane du tube a �clat�, vers l�arch�-</p><p>gone, un seul p�n�trant dans l�oosph�re et le f�condant. Imm�diatement, de nombreuses divisions s�effectuent, mais un seul embryon, ordinairement � deux cotyl�-</p><p>dons, se d�veloppe.</p><p>De l�ensemble des caract�res des Cycadales, on peut d�duire que cet ordre est d�riv� de Cryptogames vasculaires tr�s primitives et qu�il a ensuite �volu� isol�ment ; il est en effet difficile de rapprocher ce groupe d�aucun autre actuellement vivant.</p><p>La moelle des troncs de certaines es-p�ces qui contiennent d�abondantes r�-</p><p>serves comestibles (amidon) est utilis�e :</p><p>les Hottentots et les Bantous extraient de la moelle de quelques Encephalartos une f�cule avec laquelle ils font du pain (pain des Cafres) ; il en est de m�me pour certains Cycas de l�Inde (C. circinalis), du Japon (C. revoluta), de Cochinchine (C. inermis) ainsi que pour Zamia integrifo-lia des Antilles. Enfin, les graines de Dioon edule sont consomm�es au Mexique.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Utilisation</p><p>Le groupe des Conif�rophytes est de beaucoup le plus utilis� : ses plantes sont d�sign�es dans le langage courant sous le nom de r�sineux.</p><p>Si l�emploi alimentaire est assez faible (f�cules des moelles de Cycadac�es, graines d�esp�ces diverses : Ginkgo, Pin pignon...), il est par contre consid�rable dans l�industrie gr�ce � la production des r�sines ; de nombreuses esp�ces servent comme mati�re premi�re pour la fabrication de p�te � papier et comme bois d�oeuvre, pouvant aller depuis la plus grosse charpente jusqu�� l��b�nisterie la plus fine (c�dre) et m�me la lutherie. Aussi des arbres ont-ils �t� tr�s souvent introduits pour faire des repeuplements dans les terres pauvres (dunes maritimes, montagnes), tant en Europe qu�en Afrique du Sud et en Australie. La dur�e de r�volution de ces peuplements est assez faible, ce qui permet une bonne rentabilit� ; mais, comme ces esp�ces sont tr�s sensibles aux feux, la culture en m�lange de feuillus et de r�sineux est maintenant de plus en plus pr�n�e. Gr�ce � leur port (C�dres, Cycas, Cypr�s, Pins...), � la couleur de leur feuillage (argent�e, dor�e, couleur automnale du Ginkgo...) et � leur taille (diverses esp�ces naines), nombreuses sont les Gymnospermes exotiques qui sont plant�es dans les parcs et les jardins.</p><p>Il ne faut pas oublier qu�une part importante des houilles provient de la fossilisation de for�ts enti�res de Gymnospermes ayant v�cu aux �res primaire et secondaire.</p><p>Avec le groupe des Gymnospermes, on est donc en pr�sence de tout un ensemble d�esp�ces qui permettent d��clairer l��volution du peuplement</p><p>v�g�tal de notre globe, depuis les �res les plus recul�es o� dominaient les Pt�ridophytes (fin de l��re primaire), en passant par l�apog�e des Gymnospermes au Jurassique, jusqu�� l��poque actuelle, o� l�on peut voir dispara�tre ce groupe..., certaines classes n��tant plus repr�sent�es que par une seule esp�ce ! Depuis le Tertiaire dominent les Angiospermes, dont on peut parfois downloadModeText.vue.download 43 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5184</p><p>retrouver l�origine � partir de groupes de Gymnospermes fossiles tels que les Pentoxyl�es et les Caytoniales.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>LES GYMNOSPERMES</p><p>FOSSILES</p><p>Origine</p><p>C�est parmi certaines Filicophytes h�t�rospor�es du D�vonien sup�rieur, rassembl�es dans la classe des Pro-gymnospermopsides, que l�on doit rechercher la souche m�me de l�embranchement des Gymnospermes.</p><p>Ces Filicophytes sont connues dans toutes leurs parties. L�appareil v�g�tatif poss�de un feuillage rappelant celui des Foug�res et d�sign� sous le nom d�Archaeopteris depuis les travaux de J. W. Dawson en 1871. Les pinnules ont des nervures dichotomes, elles sont plus ou moins dent�es ou lacini�es dans leur partie distale. Les frondes sont parfois fertiles sur une �tendue plus ou moins grande : les pinnules se r�duisent alors � leur rachis, portant � la fois des microsporanges et des macrosporanges. C�est une v�ritable Filicophyte h�t�rospor�e, arborescente et par cons�quent relativement �volu�e dans son phylum. Son int�r�t est consid�rable, car l�axe des frondes contient un bois homoxyl� tr�s compact, pourvu de ponctuations ar�ol�es alternes sur la paroi radiale des trach�ides, rappelant ainsi de tr�s pr�s la structure ligneuse homoxyl�e de certains Conif�res actuels. Il s�agit du Callixy-</p><p>lon, bois fossile d�fini isol�ment par M. D. Zalessky en 1911.</p><p>La connexion, faite par C. B. Beck en 1961, est donc une importante d�-</p><p>couverte, car elle semble prouver de fa�on �vidente que la souche des Conif�res date du D�vonien sup�rieur ; elle apporterait ainsi une solution � un probl�me rest� longtemps myst�rieux.</p><p>Toutefois, il est possible qu�un embranchement aussi vari� que celui des Gymnospermes n�ait pas cette seule origine. Cette autre opinion se trouve renforc�e par l�existence de formes interm�diaires d�un autre type, qui laissent peut-�tre supposer une filiation diff�rente, directement � partir des Psilophytes. C�est le cas de l�Archaeos-perma Arnoldii, Pt�ridospermaphyte archa�que, �galement du D�vonien sup�rieur, r�cemment d�couverte (Pet-titt et Beck, 1968), avec une morphologie qui la situe entre les Psilophytes (toujours homospor�es), et notamment l�Heideia corymbosa, et les Pt�ridospermaphytes de plus en plus �volu�es comme Stamnostoma huttonense (D�-</p><p>vonien), puis Tyliosperma orbiculatum (D�vonien), pour aboutir � la forme plus complexe du Lyginopteris oldhamia (D�vonien). Au cours de cette �volution issue d�une forme isospor�e de Psilophyte, on passe d�abord � l�h�t�rosporie, puis progressivement, autour d�un ovule, par condensation des dichotomies terminales (devenues st�riles) de l�anc�tre, � la formation de t�guments protecteurs et d�une cupule renfor�ant encore la protection des organes femelles.</p><p>Dans l��tat actuel de nos connaissances, il semble opportun de s�parer nettement, au sein des Gymnospermes, d�une part les phylums de Pt�ridospermaphytes et de Cycadophytes, tous pourvus de grandes feuilles, et d�autre part les phylums de Conif�rophytes, � petites feuilles.</p><p>On supposait depuis longtemps</p><p>(E. Boureau, 1938, 1941 ; P. Bertrand, 1942) des liens phylog�niques �troits entre les Conif�res actuels et les Foug�res primitives, depuis la d�couverte, dans l�hypocotyle des jeunes plantules de Conif�res, d�arrangements du bois</p><p>primaire rappelant ceux du phyllo-phore de certaines Filicophytes primitives du Pal�ozo�que. Ainsi, le massif ligneux des Clepsydropsis du Carbonif�re inf�rieur est absolument identique � celui de l�hypocotyle du Libocedrus decurrens. Il en est de m�me du faisceau primaire de Pt�ridospermaphytes, Lyginopteris oldhamia et Heteran-gium Grievii. Rappelons que d�autres rapprochements encore plus anciens (G. Chauveaud), rest�s longtemps inexplicables, avaient �t� faits, comme ceux du Cryptomeria japonica (Conif�res) et de Sphenophyllum carbonif�re (Sph�nophytes).</p><p>Pt�ridospermaphytes</p><p>(ou Cycadofilicales)</p><p>Cet embranchement, enti�rement fossile, a exist� du D�vonien sup�rieur au Trias et peut-�tre au Jurassique. Son apog�e date du Carbonif�re sup�rieur et du Permien.</p><p>Les m�gaphylles (grandes feuilles), nettement pt�ridophytiques et filic�ennes, portent des ovules comme les Spermaphytes. Le stade de graine n�est atteint qu�apr�s la dispersion des diaspores, d�o� leur classement dans les Pr�phan�rogames.</p><p>L�appareil conducteur est com-</p><p>parable � celui des Conif�res. Les m�gaphylles, en l�absence d�ovules en connexion, sont d�sign�es par des noms qui ne se r�f�rent qu�� leur forme g�n�rale : Sphenopteris, Neuropteris, Odontopteris, Alethopteris, Mariopte-ris, Glossopteris, etc. On peut classer les Pt�ridospermaphytes en deux principaux groupes : les Lyginopt�rid�es et les M�dullos�es.</p><p>� Lyginopteris oldhamia �</p><p>C�est une plante lianescente enti�-</p><p>rement connue. Les feuilles sont de forme Sphenopteris. Le bois secondaire isol� �tait connu sous le nom de Dadoxylon oldhamia. Le p�tiole est un Rachiopteris et la racine un Kaloxy-lon. Plus tard, les organes femelles (Lagenostoma lomaxi) et les organes m�les sous forme de synanges (Cros-sotheca) ont �t� �galement trouv�s en</p><p>connexion.</p><p>� la p�riph�rie d�une assez grande moelle de la tige, on trouve un cercle de faisceaux primaires m�sarches, plac�s dans le prolongement direct du bois centrip�te de la racine. Une couronne de bois secondaire araucarien entoure ces faisceaux, avec, plus ext�rieurement, un cercle lib�rien. Les faisceaux foliaires m�sarches prolongent dans les feuilles directement ceux de la tige. L�ovule contient un dispositif captateur des �l�ments m�les, le lag�-</p><p>nostome. Le tout est prot�g� par un syst�me t�gumentaire vascularis� dont les tissus sont r�partis en trois couches, lui-m�me entour� ext�rieurement par une cupule vascularis�e, dispos�e en lobes soud�s � leur base et couverts de glandes.</p><p>M�dullos�es</p><p>Ces autres Pt�ridospermaphytes, �galement bien connues, ont pareillement un feuillage filic�en, notamment Neuropteris, Alethopteris ou Odontopteris.</p><p>Le cylindre central n�est pas constitu� par une st�le unique comme pr�c�demment, mais par un nombre quelquefois �lev� de st�les ind�pendantes. La vascularisation des graines de M�dullos�es (d�pourvues de cupules) est diff�-</p><p>downloadModeText.vue.download 44 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5185</p><p>rente et toujours double. Elle affecte le nucelle et les t�guments.</p><p>Caytoniales</p><p>Les repr�sentants de cette famille de Pt�ridospermaphytes ont �t� d�abord d�crits en 1912 par H. H. Thomas dans le Jurassique moyen des c�tes du Yorkshire. Elles existaient peut-�tre dans le Trias, et on les retrouve jusque dans le Cr�tac� sup�rieur et m�me peut-�tre plus tard.</p><p>Le genre Caytonia (trois esp�ces : C. Sewardi, C. Thomasi, C. Nathorsti) est maintenant bien connu. Les feuilles isol�es portent le nom de Sagenopte-ris. Elles ont une nervure m�diane tr�s</p><p>nette ; elles sont p�tiol�es, ovales et ont des nervures secondaires anastomos�es en �ventail. Les organes m�les isol�s sont connus sous le nom de Caytonan-thus et d�Antholithus. Ce sont de petites frondes portant 3 � 6 �tamines nues.</p><p>Les grains de pollen ont deux ailes. Les organes femelles sont �galement de petites frondes. Chaque penne se termine par une fructification globuleuse (de 2</p><p>� 7 mm), plus ou moins p�doncul�e, recourb�e sur elle-m�me, m�nageant une cavit� close pourvue de stigmate, qui fut interpr�t�e � tort comme ovaire d�Angiosperme unicarpelle.</p><p>Cycadophytes</p><p>Les Cycadophytes fossiles contiennent les ordres suivants : Cycadales, Nilssoniales, Pentoxylales, Bennettitales.</p><p>Ils sont abondamment repr�sent�s � l��poque secondaire, que l�on qualifie parfois d�� �re des Cycadophytes �.</p><p>Cycadales</p><p>L�ordre, fond� sur la famille des Cycadac�es, rassemble des plantes dont la r�partition va du Trias sup�rieur � l��poque actuelle. Elles sont en voie de disparition depuis le d�but du Cr�tac�.</p><p>Il faut indiquer avec Harris (1961) que les restes signal�s comme appartenant � la famille des Cycadac�es sont d�attribution douteuse dans la proportion de 90 p. 100.</p><p>Les principales esp�ces d�finies avec certitude sont les suivantes :</p><p>� au Trias, Walkomia Feistmanteli, Moltenia dentata sont des restes de frondes de Zamio�d�e, Androstrobus cycadiformis est un c�ne m�le du Keuper ;</p><p>� au Jurassique, Palaeocycas integer est un reste de fronde accompagn�e de feuille carpellaire ;</p><p>� au Cr�tac�, de nombreuses esp�ces du genre Cycadites d�signent des restes de frondes st�riles ;</p><p>� au Tertiaire, le Cycas fujiana du Pal�oc�ne et de l��oc�ne est voisin de l�actuel Cycas revoluta.</p><p>Nilssoniales</p><p>Elles ont v�cu du Keuper au Cr�tac� sup�rieur. Elles sont connues surtout sous forme de frondes (Nilssonia) et de fa�on moins s�re par des c�nes m�les (Androstrobus) et des organes femelles (Beania).</p><p>Pentoxylales</p><p>L�ordre est fond� sur le Pentoxylon Sahnii, connu dans le Jurassique de l�Inde et de la Nouvelle-Z�lande. L�appareil conducteur, au lieu de former un cylindre ligneux unique, se pr�sente sous l�aspect de 3 � 9 st�les constitu�es chacune par des faisceaux s�par�s de bois primaire, chacun entour� par un cercle ind�pendant de bois secondaire.</p><p>Les frondes isol�es sont diploxyles et portent le nom de Nipaniophyllum Raoi, rappelant �galement le Taeniopteris spathulata. Les appareils reproducteurs femelles portent le nom de Car-coconites compactum, et les organes m�les celui de Sahnia nipaniensis.</p><p>Les Pentoxylales prolongent peut-</p><p>�tre les M�dullos�es du Pal�ozo�que.</p><p>Bennettitales (ou Cycad�o�dales) L�ordre, enti�rement disparu, comprend divers genres connus dans toutes leurs parties (Cycadeoidea, Williamsonia, Wielandia, Williamsoniella).</p><p>Il s�agit de v�g�taux fond�s sur des troncs courts et trapus, de longueur allant de 0,3 � 4 m, couverts de cicatrices foliaires losangiques. Les frondes, que l�on rencontre parfois � la partie sup�-</p><p>rieure de ces troncs, sont penn�es. Le tronc contient un cylindre tr�s compact de trach�ides � ponctuations scalariformes. L�appareil reproducteur des Bennettitales poss�de des fleurs le plus souvent hermaphrodites, parfois unisexu�es. La fleur femelle contient des ovules, chacun �tant port� de fa�on orthotrope par un long p�doncule et s�par� des autres par des �cailles inters�minales st�riles. Les ovules des Bennettitales n�atteignent l��tat de graine qu�apr�s leur dispersion. L�embryon est alors dicotyl�.</p><p>En dehors des genres pr�c�dents, maintenant bien connus, citons des genres de frondes isol�es abondamment repr�sent�s tels que Ptilophyl-</p><p>lum (comparable � celles que portent les Williamsonia), Anomozamites (qui rappelle les frondes des Wielandiella), Taeniopteris vittata (comparable au feuillage des Williamsoniella). Les genres Vardekloeftia et Bennetticarpus sont des genres d�ovules isol�s.</p><p>Les Cycadophytes occupent entre</p><p>les Foug�res � graines (Pt�ridospermaphytes) et les autres Spermaphytes une position interm�diaire. Des premi�res, elles ont gard� certains caract�res filic�ens : caract�re penn� des frondes, vernation circin�e. Des secondes, elles ont l�appareil conducteur, notamment le xyl�me, bien que celui des Bennettitales ait conserv� l�aspect scalariforme des ponctuations ar�ol�es, ce qui est encore un caract�re filic�en ancien.</p><p>De telles ponctuations scalariformes, particuli�rement allong�es, tendent � �voluer davantage et � se fragmenter chez les Cycadales, donnant des ponctuations ar�ol�es isodiam�triques, fr�-</p><p>quentes dans les groupes plus �volu�s.</p><p>D�autre part, en raison de leur structure, les Bennettitales jouent un r�le important dans la filiation des Dicotyl�dones. Leur plan ligneux secondaire, rang� le plus souvent dans le genre de forme Sahnioxylon, rappelle en effet de pr�s celui des Dicotyl�dones homoxyl�es, c�est-�-dire les plus primitives qui soient connues (Tetracentron, Trochodendron, Drimus, Amborella, Sarcandra).</p><p>Toutefois, les Dicotyl�dones n�ont pu provenir directement des Bennettitales, en raison de la structure particuli�re de leur appareil reproducteur.</p><p>Corda�tophytes</p><p>Cet embranchement, fond� sur le</p><p>genre Cordaites, exclusivement fossile, appartient � la flore de l��poque primaire. Certaines formes ont peut-</p><p>�tre persist� dans le Secondaire. Ces plantes sont maintenant bien connues.</p><p>Ce sont de grands arbres hauts de 30 � 40 m, �lanc�s, portant une couronne de feuilles caract�ristiques. Les feuilles sont coriaces, ruban�es, � marges en-ti�res, longues de 25 � 60 cm, larges de 3 � 15 cm, � nervures parall�les renforc�es par un fort tissu de soutien. Les</p><p>stomates sont profond�ment enfonc�s dans la feuille. Le bois secondaire (Cordaioxylon) est homoxyl�, � structure araucario�de, en connexion avec des moelles cloisonn�es caract�ristiques (Artisia).</p><p>Les inflorescences (Cordaianthus) sont unisexu�es et portent des ovules (Cardiocarpus, Cycadinocarpus).</p><p>Les faisceaux nervuraires sont diploxyles, et le xyl�me centrip�te n�est pas repr�sent� dans la tige, alors que, dans un genre plus primitif, Paroxyton, il est continu dans toute la longueur de la plante. On trouve dans le genre Mesoxylon une structure interm�diaire entre ces deux types extr�mes.</p><p>Ginkgophytes</p><p>Par Ginkgophytes, on d�signe un</p><p>groupe de v�g�taux surtout fossiles pr�sentant une affinit� avec l�actuel Ginkgo biloba, unique survivant du groupe.</p><p>Mettant � part certaines formes gin-kgo�des du D�vonien ou du Carboni-f�re (Platyphyllum, Ginkgophytopsis, Enigmophyton), plac�es dans l�ordre des Palaeophyllales, on peut affirmer que le groupe, dont les premiers repr�-</p><p>sentants certains semblent dater du Permien, a eu un d�veloppement assez consid�rable � l��poque secondaire, comme le Phoenocopsis � vaste r�partition, du Trias sup�rieur au Cr�tac� moyen.</p><p>Au Cr�tac� inf�rieur, le groupe</p><p>atteint son apog�e avec de nombreux genres : Culgoweria, Eretmophyllum et Pseudotorellia depuis le Jurassique, et des genres (Stephenophyllum, downloadModeText.vue.download 45 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5186</p><p>Woodwardia, Arctobaiera) qui ne se trouvent localis�s que dans le Cr�tac� inf�rieur. Le groupe des Ginkgoales diminue rapidement au Tertiaire (genre Torellia du Pal�oc�ne-�oc�ne) et est restreint � une seule esp�ce dans la flore vivante. La morphologie foliaire</p><p>se modifie consid�rablement au cours du temps.</p><p>Un genre ancien, Trichopitys, qui provient du Permien inf�rieur de Lo-d�ve, a des feuilles lin�aires dichotomes formant des lani�res �troites, puis le limbe semble devenir toujours plus abondant dans les formes plus r�-</p><p>centes (Czekanoxskia, signal� du Rh�-</p><p>tien au Cr�tac� inf�rieur ; Karkenia, du Cr�tac� inf�rieur).</p><p>Le genre Baiera, aux feuilles divis�es en lobes tr�s distincts et qui a peut-</p><p>�tre un repr�sentant dans le Permien, contient une vingtaine d�esp�ces du Rh�tien au Cr�tac� inf�rieur. D�autres esp�ces aux feuilles plus enti�res, bien que datant du Permien (Saporta ner-vosa du Shanxi [Chan-si], Chine), sont assez proches du Ginkgo biloba actuel.</p><p>Conif�rophytes fossiles</p><p>Les plus anciennes Conif�rophytes fossiles datent du St�phanien. Elles ont �t� l�objet d�une modification �volutive tr�s nette qui a affect� aussi bien l�appareil v�g�tatif que l�appareil reproducteur. Parall�lement � cette �volution morphologique, on peut noter �galement une �volution des exigences �cologiques.</p><p>Les � C�dres � du Cr�tac� avaient des c�nes caducs (Cedrostrobus), alors que le Cedrus actuel perd ses �cailles une � une. Cela montre une physiologie et une �cologie diff�rentes de celles des esp�ces actuelles. Une autre preuve de cette �volution se trouve �galement dans la pr�sence tr�s fr�quente, dans les couches du Jurassique sup�rieur et du Cr�tac� inf�rieur, de bois fossiles aux structures g�n�ralis�es, contenant � la fois des ponctuations abi�tin�ennes et des ponctuations araucariennes. Or, on sait que ces structures appartiennent � des groupes de Pinac�es que le temps g�ologique a depuis longtemps s�par�s.</p><p>�volution de la</p><p>morphologie foliaire des</p><p>Conif�rophytes fossiles</p><p>Les Conif�res du St�phano-Permien et de l��poque secondaire montrent souvent, comme les esp�ces actuelles</p><p>d�Araucariac�es, des feuilles squami-formes fortement resserr�es et plus ou moins imbriqu�es sur les tiges. Elles sont maintenant bien connues et sont d�finies �galement par leurs structures �pidermiques sous les noms d�Ernes-tiodendron, Pagiophyllum, Brachyphyllum, etc.</p><p>En particulier, on a pu d�terminer deux s�ries principales fond�es sur la morphologie foliaire.</p><p>Ces deux s�ries sont les suivantes : 1o Buriandia heterophylla 2 Carpen-tieria frondosa 2 Lebachia laxifolia ; 2o Buriandia heterophylla 2 Agathis alba 2 Araucaria sect. Colymbea 2</p><p>Araucaria sect. Eutacta.</p><p>On voit la situation importante occup�e par le Buriandia du Conif�re sup�-</p><p>rieur et du Permien inf�rieur de l�Inde et d�Am�rique du Sud. Dans cette esp�ce au feuillage tr�s polymorphe, la feuille tr�s aplatie poss�de fr�quemment un limbe abondant rejoignant les petites nervures issues de la triple dichotomie du faisceau unique p�tiolaire.</p><p>Dans certains cas, la nervation est plus simple avec seulement deux dichotomies ou m�me une seule dichotomie.</p><p>Dans cette premi�re s�rie, qui appartient � l�h�misph�re Nord, le Car-pentieria frondosa d�Europe centrale montre seulement deux dichotomies, et le Lebachia laxifolia a des feuilles avec une seule dichotomie et plus souvent une nervure simple. Le genre Lebachia est r�parti en Europe et en Am�rique du Nord.</p><p>Dans la deuxi�me s�rie, qui appartient � l�h�misph�re Sud, on observe une simplification plus grande du dispositif nervuraire de la feuille � la suite d�un � enfoncement � du syst�me t�lomique primitif dans les tissus de la tige. En m�me temps, le nombre des dichotomies se r�duit, et, du syst�me � trois dichotomies, on passe au syst�me trichotome et � la nervure simple.</p><p>Le genre Agathis existe encore</p><p>dans l�Insulinde et le Queensland. Les Araucaria de la section Colymbea se trouvent en Am�rique du Sud, alors que ceux de la section Eutacta existent</p><p>encore en Australie et dans les �les voisines.</p><p>�volution du c�ne</p><p>femelle des</p><p>Conif�rophytes fossiles</p><p>Le c�ne femelle des Conif�res primitifs a �t� particuli�rement �tudi� par R. Florin. Les c�nes du Permien et du M�sozo�que sont form�s par des pi�ces foliaires libres fertiles dispos�es autour d�axes secondaires plac�s � l�aisselle des bract�es. Ces ensembles sont fix�s sur l�axe principal du c�ne. La totalit� du c�ne constitue clairement non une simple fleur comme le c�ne femelle des Cycadophytes, mais une inflorescence, souvent tr�s complexe. Le nombre des pi�ces foliaires fertiles ou st�riles est variable suivant les esp�ces. En voici quelques exemples :</p><p>� Pseudovoltzia libeana, du Permien sup�rieur d�Angleterre et d�Allemagne, et Voltzia, du Trias allemand ; autour de chaque axe secondaire plac� sur l�axe principal, � l�aisselle d�une bract�e, sont fix�es 5 pi�ces foliaires libres dont 3 sont fertiles, c�est-�-dire porteuses d�une graine ;</p><p>� Ulmannia bronnii, du Permien</p><p>d�Angleterre, d�Allemagne et de Russie : sur les 5 pi�ces foliaires plac�es autour des axes secondaires, une seule est fertile ;</p><p>� Schizolepis, du Jurassique d�Allemagne et d�Asie ; les 3 pi�ces foliaires plac�es autour des axes secondaires sont fertiles ;</p><p>� Cheirolepis munsteri, du Jurassique inf�rieur d�Angleterre, de France et d�Allemagne : on trouve pour chaque axe secondaire 6 pi�ces foliaires dont 2</p><p>seulement sont fertiles ;</p><p>� Swedenborgia cryptomerioides,</p><p>du Jurassique inf�rieur d�Allemagne, d�U. R. S. S., de Chine et du Japon ; 5 pi�ces foliaires fertiles sont en rapport avec chaque axe secondaire ;</p><p>� Drepanolepis angustior, du Cr�tac� inf�rieur du Spitzberg : une �caille unique et fertile est fix�e sur chaque axe secondaire.</p><p>Au cours du temps g�ologique, le nombre des feuilles fertiles diminue donc, et la bract�e, bifide dans certaines formes primitives, devient simple dans les formes �volu�es. Cette derni�re simplification de la bract�e s�effectue parall�lement � celle des autres feuilles st�riles.</p><p>Les c�nes de l��poque secondaire permettent d�expliquer nettement la morphologie du c�ne des Conif�res actuels, qui est toujours, comme ses anc�tres de l��poque secondaire, une v�ritable inflorescence. Les anomalies spontan�es de certains c�nes actuels reproduisent d�ailleurs parfois, de fa�on accidentelle, les formes anciennes, avec leurs axes secondaires et leurs pi�ces multiples.</p><p>Chlamydospermaphytes</p><p>Ce groupe, qui renferme trois genres encore vivants : Ephedra, Gnetum, Welwitschia, constitue au point de vue phylog�nique un groupe particuli�rement curieux, plus �volu� que les Conif�res par l�appareil conducteur et qui, par certains caract�res de l�appareil reproducteur, n�est pas sans rappeler �galement les Angiospermes.</p><p>La flore fossile contient quelques rares pollens attribu�s avec plus ou moins de certitude � ce groupe. Les restes s��chelonnent du Permien � l��poque actuelle, mais ils n�ajoutent rien de tr�s pr�cis � nos id�es sur la position phylog�nique de l�embranchement, �tablies plus ais�ment sur la morphologie des esp�ces vivantes.</p><p>Tels sont les embranchements interm�diaires qui marquent les grandes �tapes de l��volution du vaste groupe des Gymnospermes. Issues de certaines Pt�ridophytes h�t�rospor�es du D�vonien, elles ont, durant le Carbonif�re, �volu� parall�lement aux autres formes de Pt�ridophytes moins diff�renci�es. Ces derni�res se sont largement �panouies durant le Primaire et, plus tard, elles ont �t� remplac�es par les Gymnospermes que l�on rencontre aux temps secondaires sur tous les territoires �merg�s. C�est � cette �poque qu�elles ont donn� naissance � de nombreuses esp�ces h�t�roxyl�es,</p><p>notamment aux Angiospermes, caract�ristiques du Tertiaire.</p><p>Une connaissance de ces formes fossiles �tal�es sur plus de 300 millions d�ann�es, les derni�res de l�histoire de la Terre, est essentielle pour comprendre avec certitude la phylog�nie de l�immense sous-r�gne des plantes � lignine.</p><p>E. B.</p><p>A. C. Seward, Fossil Plants (Cambridge, 1898-1919 ; 4 vol.). / W. Zimmerman, Die Phylo-genie der Pflanzen (I�na, 1930). / L. Emberger, les Plantes fossiles dans leurs rapports avec les v�g�taux vivants (Masson, 1944 ; 2e �d., 1968).</p><p>/ H. Gaussen, les Gymnospermes actuelles et fossiles (Lechevallier, 1945 ; nouv. �d. fac. des sciences, Toulouse, 1960). / C. A. Arnold, An Introduction to Paleobotany (New York, 1947).</p><p>/ L. Moret, Manuel de pal�ontologie v�g�tale downloadModeText.vue.download 46 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5187</p><p>(Masson, 1949 ; 3e �d., 1964). / H. N. Andrews, Studies in Palaeobotany (New York, 1961).</p><p>Gymnote</p><p>Poisson T�l�ost�en dulcicole du nord de l�Am�rique du Sud, appel� aussi Anguille �lectrique ou Tremblador, qui capture les proies dont il se nourrit gr�ce � des d�charges �lectriques puissantes. (Ordre des Cypriniformes, sous-ordre des Gymnoto�des.)</p><p>Les Gymnoto�des</p><p>Le Gymnote (Electrophorus electricus) est un Poisson au corps allong� et aplati lat�ralement ; il est d�pourvu de dorsale et de caudale, mais poss�de une anale tr�s longue. Les pectorales sont petites et les pelviennes absentes.</p><p>La peau est nue. H�te des eaux douces d�Am�rique du Sud tropicale, le Gymnote peut atteindre plus d�un m�tre de long. Il se d�place lentement, vers l�avant ou l�arri�re, par ondulation de l�anale, en maintenant g�n�ralement le corps rigide. Il se nourrit d�Insectes, de Vers ou de Crustac�s, mais aussi de Poissons.</p><p>Les organes �lectrog�nes sont form�s par les masses musculaires caudales. Ils occupent en volume la moiti� de la queue, qui repr�sente elle-m�me une importante proportion du corps tout entier. On y distingue l�organe principal, tr�s gros, capable de produire des d�charges de 600 volts qui occasionnent � l�Homme un tremblement musculaire suivi d�un engourdissement douloureux, et deux organes accessoires, le premier dorsal (organe de Sachs) et le second ventral (organe de Hunter) par rapport � l�organe principal. Le premier est utilis� pour �tour-dir et immobiliser les proies ; les deux autres, qui produisent des voltages faibles, de l�ordre du volt ou moins, cr�ent autour de l�animal un champ �lectrique que d�tectent des r�cepteurs sp�cialis�s, les mormyromastes, dont la structure �voque celle des neuromastes de la ligne lat�rale. Tout objet qui modifie le champ �lectrique cr�� par l�animal � obstacle, proie, ennemi, partenaire sexuel � peut ainsi �tre localis� et identifi�.</p><p>L�origine musculaire des organes �lectrog�nes est �vidente chez le Gymnote. L��l�ment de base est l��lectroplaque, et chaque organe �lectrique en comporte plusieurs centaines, empil�es. La diff�rence de potentiel cr��e par chaque �lectroplaque est faible, mais leur disposition en s�rie fait que leurs effets s�ajoutent.</p><p>De la famille des Gymnotid�s, seul Electrophorus a des organes �lectriques. Chez Gymnotus et les Poissons de la famille voisine des Sternarchi-d�s, pr�dateurs aux moeurs souvent omnivores, l�existence d�organes �lectriques est douteuse, mais celle des r�cepteurs sensoriels correspondants est bien �tablie.</p><p>Autres Poissons</p><p>�lectrog�nes</p><p>L�Anguille �lectrique n�est pas le seul Poisson pourvu d�organes �lectrog�nes. Parmi les Poissons marins, citons des Raies � aux organes petits et situ�s dans la queue �, les Torpilles (Torp�dinid�s), dont les organes �lectriques sont les muscles hypo-bran-</p><p>chiaux modifi�s, et Astroscopus, dont les organes proviennent curieusement des muscles moteurs oculaires. Tous vivent sur le fond. Les Raies produisent des courants faibles qu�elles utilisent � des fins de d�tection, tandis que les Torpilles et Astroscopus peuvent produire des d�charges d�une quarantaine de volts.</p><p>Les autres Poissons �lectriques habitent les eaux douces. Parmi ceux qui utilisent ces organes pour d�tecter obstacles et �tres vivants dans les milieux vaseux o� ils vivent, citons les Gymnarches (Gymnarchid�s) et les Mormyres (Mormyrid�s), deux familles du grand ordre primitif des Clup�iformes, vivant en Afrique et notamment dans le Nil. Les d�charges, de faible intensit�, sont produites en permanence � la fr�quence de 1 � 20 par seconde chez le Poisson au repos ; cette fr�quence peut augmenter si l�animal, inquiet, a d�tect� une irr�gularit� dans la distribution du champ �lectrique qu�il cr�e en permanence autour de lui.</p><p>Par contre, le Malapt�rure (Malap-terurus electricus) est un Poisson-Chat d�Afrique tropicale de grande taille (un m�tre ou plus) capable de donner, comme l�Anguille �lectrique, de fortes d�charges, de l�ordre de 350 volts, qui �tourdissent et immobilisent les autres Poissons, dont il se nourrit. L�organe �lectrog�ne n�est pas musculaire. Il est sous-cutan� dans toute la r�gion du tronc et la partie ant�rieure de la queue, et est innerv� par un seul nerf de grande taille issu de la moelle �pini�re.</p><p>R. B.</p><p>F �lectricit� animale.</p><p>A. Fessard, � les Organes �lectriques � dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 2 (Masson, 1958). / N. B. Marshall, The Life of Fishes (Londres, 1965).</p><p>gyn�cologie</p><p>Sp�cialit� m�dicale consacr�e � l��tude de l�organisme de la femme et de son appareil g�nital, du point de vue anatomique, physiologique et pathologique.</p><p>Les documents les plus anciens</p><p>consacr�s � la gyn�cologie sont ceux de l�ancienne �gypte (papyrus m�dicaux, bas-reliefs et statuaire). Les maladies des femmes semblent avoir �t� fr�-</p><p>quentes � cette �poque, �tant donn� la pr�cocit� et la f�condit� des mariages.</p><p>De nombreux papyrus font allusion aux affections gyn�cologiques, avec de nombreuses recettes dans lesquelles la magie tient une place importante. Le grand d�sir des reines �tant d�avoir un descendant m�le, on trouve dans ces papyrus essentiellement des conseils pour vaincre la st�rilit�, et des pri�res pour que les dieux interviennent dans la f�condation.</p><p>Dans la Gr�ce antique, c��taient les femmes qui pr�sidaient aux accouche-ments et traitaient le plus souvent les affections gyn�cologiques. Les sages-femmes �taient honor�es, et Socrate se f�licitait d��tre le fils de Phainaret�, matrone connue et experte. Il semble bien qu�Hippocrate* ait utilis� le sp�-</p><p>culum vaginal. En cas de prolapsus ut�rin, il conseillait la succussion, la malade �tant attach�e sur une �chelle et plac�e la t�te en bas. Les fumigations vaginales, les ovules astringents �taient couramment utilis�s dans les infections gyn�cologiques. La dilatation du col ut�rin au moyen de dilatateurs en plomb ou en �tain �tait pr�conis�e volontiers et suivie de fumigations.</p><p>L�examen d�une femme st�rile comportait la mise en place d�un ovule vaginal odorant le soir. Si, le lendemain matin, les cheveux de la femme exhalaient l�odeur du m�dicament, la st�rilit� �tait curable. Apr�s Hippocrate, H�rophile (n� v. 335 av. J.-C.) d�crivit les organes g�nitaux f�minins, notamment l�ut�rus et sa vascularisation. Il montra la diff�rence de l�aspect du col chez la nullipare et chez la mul-tipare. �rasistrate (� v. 280 av. J.-C.) soutint ensuite, parmi les premiers, que les femmes pouvaient pr�senter des maladies propres � leur sexe, alors qu�auparavant on niait la possibilit� d�une pathologie diff�rente de celle de l�homme.</p><p>� l��poque d�Auguste, Celse d�crivit le traitement des affections com-pliquant un accouchement. Rufus</p><p>d��ph�se (d�but du IIe s.) donna une bonne description des os du bassin, des</p><p>trompes ut�rines et des diff�rentes parties de l�ut�rus, qu�il sut diff�rencier nettement du vagin. Aret� de Cappadoce (vers la fin du Ier s.) eut le m�rite de montrer que les prolapsus ut�rins relevaient d�un rel�chement des ligaments de l�ut�rus et compara judicieu-sement les ligaments larges de l�ut�rus aux voiles d�un navire.</p><p>Dioscoride (fin du Ier s.) �tudia en d�-</p><p>tail, dans son oeuvre pharmacologique, les substances contraceptives, abor-tives, anti-inflammatoires et emm�nagogues. Mais c�est Soranos d��ph�se qui peut �tre consid�r� comme le v�ritable fondateur de la gyn�cologie : il exer�a sous les r�gnes de Trajan et d�Hadrien et �crivit De arte obstetrica morbisque mulierum.</p><p>Galien* estimait que l�ut�rus �tait semblable au scrotum, que les ovaires ressemblaient aux testicules et que les petites l�vres �taient analogue au pr�-</p><p>puce masculin. Il croyait que la Lune contr�lait les p�riodes � lunaires � de la femme.</p><p>Paul d��gine, un des plus grands m�decins byzantins (VIIe s.), tr�s vers� en gyn�cologie, d�crivit la m�le (v. grossesse), les cancers g�nitaux et les fibromes. Il utilisait couramment le sp�culum et fut d�ailleurs le dernier � l�employer. La m�decine arabe, qui succ�da � la m�decine byzantine, le proscrivit en raison de l�interdiction faite aux hommes de pratiquer des examens gyn�cologiques approfondis.</p><p>Avicenne* ne put donc faire faire de grands progr�s � la gyn�cologie. Cependant, la m�decine psychosomatique ne lui �tait pas inconnue, et il montra que la peur et l�appr�hension pouvaient �tre la cause de la st�rilit� ou de l�avortement spontan�.</p><p>Andr� V�sale (1514-1564) observa les corps jaunes de l�ovaire et d�crivit les veines ainsi que les ligaments de l�ut�rus. Gabriel Fallope (1523-1562) observa de fa�on minutieuse les trompes ut�rines. Ambroise Par� (1509-1590) domina la chirurgie et la gyn�cologie. Son ouvrage De la g�n�-</p><p>ration de l�homme (1573) constitue une somme de connaissances in�gal�e pour son �poque.</p><p>Marcello Malpighi (1628-1694) d�crivit la structure � la fois glandulaire et musculaire de l�ut�rus, et le Hollandais Reinier De Graaf (1641-1673) les follicules ovariens. Gaspard Bartholin (1585-1629) d�couvrit les glandes vulvaires qui portent son nom.</p><p>downloadModeText.vue.download 47 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5188</p><p>Lotichius de Francfort (1598-1652) fut vraisemblablement le premier � utiliser le terme de gyn�cologie. J. Van Horne (1621-1670) appela ovaire l�organe nomm� jusque-l� � testicule f�minin �.</p><p>Au XVIIIe s., la gyn�cologie, contrairement � l�obst�trique, ne progressa que tr�s peu. En revanche, au cours du XIXe s., l�acquisition de connaissances nouvelles concernant l�antisepsie, la bact�riologie, l�anesth�sie, l�anatomie microscopique lui permet de prendre un essor consid�rable. C�est en 1809</p><p>que l�Am�ricain Ephraim McDowell (1771-1830) r�ussit pour la premi�re fois l�ablation d�un kyste de l�ovaire pesant 7 kg. En France, Auguste N�-</p><p>laton (1807-1873) pratiqua de nombreuses ablations de l�ovaire. V�ritable fondateur de la gyn�cologie moderne, Joseph R�camier (1774-1852) r�habilita et r�pandit l�usage du sp�culum vaginal, cylindre m�tallique permettant de voir l�int�rieur du vagin. Il introdui-sit le curetage ut�rin, en utilisant une curette � long manche. En Allemagne, Bernhard von Langenbeck (1810-1887) r�alisa le premier une ablation de l�ut�rus par les voies naturelles, pour traiter le cancer de l�ut�rus.</p><p>Jules �mile P�an (1830-1898) pratiqua la premi�re ablation de l�ut�rus par voie abdominale, � Paris, peu apr�s Eug�ne Koeberl� (1828-1915), de</p><p>Strasbourg. Jean-Louis Faure (1863-1944) codifia de nombreuses interventions gyn�cologiques, et Max Hartman (1876-1962) publia de nombreux travaux concernant le cancer ut�rin.</p><p>L��cole germanique compta �gale-</p><p>ment des gyn�cologues remarquables : Karl Schr�der (1838-1887), pr�curseur de la chirurgie gyn�cologique ; Albert</p><p>Neisser (1855-1916), qui d�couvrit le gonocoque et son r�le dans l�infection g�nitale ; Johann Pfannenstiel (1862-1909), qui recommanda l�incision transversale sus-pubienne qui porte encore son nom. En Autriche, Ernst Wertheim (1864-1920) codifia en 1898</p><p>l�hyst�rectomie �largie dans le traitement du cancer du col de l�ut�rus.</p><p>Schiller d�couvrit en 1928 le test indispensable au d�pistage du cancer du col de l�ut�rus au d�but, qui consiste � suspecter toute zone ne se colorant pas en brun acajou apr�s application d�une solution iodo-iodur�e.</p><p>En Angleterre, Robert Lawson Tait (1845-1899), le premier, conseilla l�intervention pr�coce dans la grossesse extra-ut�rine.</p><p>Aux �tats-Unis, Howard Atwood</p><p>Kelly (1858-1943) fut un des plus brillants gyn�cologues, en tant qu�op�-</p><p>rateur. Rubin proposa l�insufflation ut�ro-tubaire, exploration capitale en mati�re de diagnostic de la st�rilit�.</p><p>Emil Novak (1884-1957) classa les tumeurs endocriniennes de l�ovaire et fut consult� par les gyn�cologues du monde entier sur les cas litigieux de coupes histologiques. C�est en 1917</p><p>que Stockardt et George Nicholas Papanicolaou (1883-1962) d�crivirent les modifications cellulaires du cycle vaginal, et en 1941 que G. N. Papanicolaou et H. F. Traut publi�rent leurs premiers travaux concernant le diagnostic du cancer ut�rin par les frottis vaginaux. De tr�s nombreux chercheurs, aussi bien aux �tats-Unis qu�en Europe, devaient imprimer alors � la gyn�cologie une orientation endocrinologique qui repr�sente l�aspect actuel et novateur des recherches en pathologie g�nitale f�minine. Le premier, Louis Prenant (1861-1927) pressentit que le corps jaune ovarien constituait � lui seul une v�ritable glande endocrine.</p><p>Pol Bouin (1870-1962) et Paul-Albert Ancel (1873-1961) mirent en �vidence le ph�nom�ne de la dentelle ut�rine et son rapport avec le corps jaune. Robert Courrier, Edgar Allen et Edward Adebert Doisy d�couvrirent la folliculine. L�Allemand Ludwig Fraenkel prouva que le corps jaune ovarien �tait n�cessaire au maintien de la gestation.</p><p>Jacques Loeb (1859-1924) attacha son nom au test de la transformation d�ci-duale de la muqueuse ut�rine. Selmar Ascheim et Bernhard Zondeck d�montr�rent l�existence d�une hormone gonadotrope particuli�re dans le sang et les urines des femmes enceintes, � l�origine des tests biologiques actuels pour le diagnostic de grossesse. Maurice Harold Friedman, utilisant cette propri�t� gonadotrope des urines, g�-</p><p>n�ralisa en 1931 le test de grossesse en injectant les urines de femmes pr�su-m�es enceintes � une lapine.</p><p>L�histoire de la gyn�cologie actuelle est domin�e par la disparition de l�infection g�nitale. L�av�nement des antibiotiques a en effet fait dispara�tre les infections chroniques d�sesp�rantes de l�ut�rus et des trompes. La gonococcie n�est plus le fl�au qu�elle �tait. Cependant, si l�infection gu�rit et n�attente plus au pronostic vital, elle laisse encore derri�re elle des cicatrices qui continuent � compromettre la fonction de reproduction, et les l�sions � germes banals ou � bacille tuberculeux des trompes demeurent l�une des principales causes de st�rilit�.</p><p>En mati�re de canc�rologie gyn�cologique, les progr�s se font dans deux directions : d�pistage pr�coce du cancer ut�rin par les frottis vaginaux et la colposcopie ; traitement mieux codifi�, associant, � des tactiques op�ratoires nouvelles, la radioth�rapie � haute �nergie et la chimioth�rapie.</p><p>L�endocrinologie a continu� � faire progresser � pas de g�ant la gyn�-</p><p>cologie. Les dosages des hormones ovariennes et hypophysaires sont de plus en plus minutieux. Ils ne sont plus seulement statiques, mais dynamiques, apr�s stimulation artificielle ou freinage. La synth�se industrielle de corps nouveaux a permis de bloquer l�ovulation, pour des raisons th�rapeutiques ou contraceptives (v. contraception), ou au contraire de provoquer une ovulation jusque-l� absente chez une femme st�rile. La g�n�tique, en r�v�lant l�existence d�anomalies chro-mosomiques chez certaines femmes, a permis d�expliquer certains syndromes endocrinologiques et certaines dysplasies de l�ovaire.</p><p>Enfin, des m�thodes d�exploration nouvelles comme l�hyst�rosalpingo-graphie, la biopsie de l�endom�tre, la coelioscopie et les ultra-sons ont permis de faire des diagnostics gyn�cologiques de plus en plus pr�cis.</p><p>Exercice de la</p><p>gyn�cologie</p><p>Un certificat d��tudes sp�ciales en gyn�-</p><p>cologie m�dicale a �t� cr�� en 1955 en France. Les �tudes durent trois ann�es apr�s le doctorat en m�decine, mais la possession de ce certificat ne donne pas la qualification pour pratiquer la gyn�cologie chirurgicale. Cette qualification ne peut �tre obtenue que par les anciens internes titulaires de ville de facult� poss�dant par ailleurs le certificat d��tudes sp�ciales de gyn�cologie.</p><p>Ph. C.</p><p>F Accouchement / G�nital / Grossesse.</p><p>T. Cianfrani, A Short History of Obstetrics and Gynecology (Springfield, Illinois, 1960). /</p><p>M. Dumont et P. Morel, Histoire de l�obst�trique et de la gyn�cologie (Simep, 1968).</p><p>downloadModeText.vue.download 48 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5189</p><p>Haarlem</p><p>V. des Pays-Bas, capit. de la province de Hollande-Septentrio-</p><p>nale ; 170 000 hab. (225 000 pour l�agglom�ration).</p><p>Dans la Hollande de la fin du Moyen �ge et du si�cle d�or, Haarlem �tait c�-</p><p>l�bre pour son industrie textile ; il n�en reste que peu de chose aujourd�hui, et, si le secteur secondaire est bien repr�sent� dans d�autres branches (m�tallurgie l�g�re, arts graphiques, industrie alimentaire), la ville doit une part importante de son activit� � ses fonctions tertiaires. C�est un march� agricole (pour les bulbes en particulier), un centre administratif, un foyer religieux, un centre de commerce et de services. Mais son autonomie fonction-</p><p>nelle et son influence r�gionale sont de plus en plus r�duites par la proximit� d�Amsterdam, qui l�a attir�e dans son orbite ; beaucoup d�habitants de la ville et surtout de sa banlieue r�sidentielle ais�e (Heemstede, Bloemendaal) vont chaque jour travailler dans la capitale nationale. Situ�e dans un cadre naturel agr�able, bien desservie par les voies de communication, riche en t�moignages d�une brillante histoire, Haarlem re�oit chaque ann�e la visite de nombreux touristes.</p><p>J.-C. B.</p><p>L��cole de peinture</p><p>de Haarlem</p><p>Le premier atelier haarlemois connu est celui d�Aelbert Van Ouwater, actif entre 1430 et 1460. Sa seule oeuvre connue avec certitude, la R�surrection de Lazare (Berlin), pr�sente des affinit�s avec l�art de Van Eyck* en Flandre. L��cole de Haarlem se d�tache progressivement de l�emprise flamande avec Geertgen* tot Sint Jans.</p><p>Le Ma�tre du diptyque de Brunswick, anonyme actif � Haarlem vers 1490, est peut-</p><p>�tre identifiable avec Jacob Jansz, qui fut le ma�tre de Jan Mostaert (Haarlem v. 1475 - id. 1555). Celui-ci, peintre de la cour de Marguerite d�Autriche � Malines, restera toujours marqu� par le ton apais� et le raffinement color� de Geertgen. Le conservatisme de son art domine l��cole haarlemoise � l�aube de la Renaissance.</p><p>Au XVIe s., Haarlem s�ouvre aux influences italiennes mani�ristes gr�ce � Maarten Van Heemskerck (Heemskerk 1498 - Haarlem 1574) et � Jan Van Hemessen (Hemiksen v. 1500 - Haarlem apr. 1563). Ce dernier, d�origine flamande, quitta Anvers pour se fixer � Haarlem � la fin de sa carri�re.</p><p>Chez ces deux artistes, le conflit entre leurs ambitions classicisantes inspir�es de mod�les de Michel-Ange et leur temp�rament expressionniste et tourment� est alors caract�ristique de l��cole haarlemoise. Le c�l�bre graveur Hendrick Goltzius (M�hlbracht 1558 - Haarlem 1617) connut l�art de Bartholomeus Spranger, de Paulus Bril, de Titien gr�ce � son voyage en Italie en 1590-91. Il subit aussi l�influence de D�rer. Virtuose incomparable du burin, il affectionne ce mani�risme* outr�, ty-</p><p>pique de l��cole haarlemoise de la fin du XVIe s. Avec Carel Van Mander (Meulebeke 1548 - Amsterdam 1606), peintre et premier historien de la peinture du Nord, et le portraitiste Cornelis Cornelisz, dit Cornelis van Haarlem (Haarlem 1562 - id. 1638), Goltzius fonde une acad�mie mani�riste � Haarlem. Goltzius aborde la peinture apr�s 1600 et trouve un classicisme plus apais�, mais souvent fig�, notamment dans ses nus. Cornelis Cornelisz est l�un des tout premiers peintres de corporations, juste avant Frans Hals.</p><p>C�est dans ce milieu acad�mique ainsi qu�aupr�s des � caravagistes � d�Utrecht*</p><p>que s�est form� Frans Hals*, dont le g�nie domine toute l��cole haarlemoise dans la premi�re moiti� du XVIIe s. La plupart de ses grands tableaux de corporations sont conserv�s au mus�e Frans-Hals de Haarlem, install� depuis 1913 dans les b�timents de l�ancien hospice des vieillards, fond� en 1608, o� l�artiste peignit ses derniers chefs-d�oeuvre (les R�gents et les R�gentes, 1664). Hals forma Jan De Bray (v. 1627 - v. 1697) ainsi que Johannes Cornelis Verspronck (1597-1662), tous deux bons portraitistes. Il eut aussi pour �l�ve son jeune fr�re Dirck (Haarlem 1591 - id.</p><p>1656), qui fut, avec Willem Buytewech (Rotterdam v. 1591 - id. 1624), actif � Haarlem de 1613 � 1617, le cr�ateur de ce genre de tableaux de conversations et de banquets champ�tres qui firent fortune dans les Pays-Bas du Nord. Harmen Hals (1611-1669), le plus connu des fils du ma�tre, a laiss� des sc�nes de genre influenc�es par son p�re et parfois par Brouwer. C�est d�ailleurs, sous l�impulsion de Frans Hals, toute une brillante �cole de peinture de genre* qui se d�veloppe � Haarlem. Judith Leyster (Haarlem 1609 - Heemstede 1660), son mari Jan Miense Molenaar (Haarlem v. 1610 - id. 1668) et surtout Adriaen Van Ostade* animent avec brio et truculence le vaste panorama des moeurs hollandaises.</p><p>Cornelis Bega (Haarlem 1620 - id. 1664) et Cornelis Dusart (Haarlem 1660 - id. 1704), tous deux �l�ves de Van Ostade, utilisent un mode plus galant et raffin�. Philips Wouwerman (Haarlem 1619 - id. 1668) recueille de son c�t� le go�t de la � bam-bochade � et des petits paysages anim�s mis � la mode par Pieter Van Laer (Haarlem 1592? - id. 1642), qui fit carri�re � Rome.</p><p>L�essor de l��cole paysagiste de Haarlem contribua plus encore semble-t-il au</p><p>rayonnement artistique de la ville. Esaias Van de Velde*, qui travailla � Haarlem de 1610 � 1618, puis en 1626, fut avec Salomon Van Ruysdael* et Hercules Seghers*, inscrit � la guilde de Haarlem en 1612, un des pionniers du grand paysagisme pur, cr�ation hollandaise qui triomphe � Haarlem gr�ce � Jan Vermeer de Haarlem (1628-1691) et � Jacob Van Ruysdael*, dont le g�nie pr�romantique sera reconnu par le XIXe s. La peinture de marines na�t d�s la fin du XVIe s. � Haarlem avec Hendrik Vroom (Haarlem 1566 - id. 1640) ; Cornelis Van Wieringen (Haarlem v. 1580 - id. 1633) et Jan Porcellis (Gand 1584 - Zoeterwoude 1632) lui succ�dent.</p><p>Les peintres d�architecture de Haarlem, Pieter Saenredam (Assendelft 1597 - Haarlem 1665) en t�te, imposent la rigueur g�o-m�trique des lignes, un art de silence et de lumi�res tamis�es, aux grands monuments de Haarlem, encore visibles aujourd�hui : l��glise Saint-Bavon (Grote Kerk) et l�h�tel de ville sur la place du Grand March�, la nouvelle �glise (Nieuwe Kerk). Le go�t de l��pure architecturale se retrouve � un degr� moindre dans les vues urbaines de Job Berckheyde (Haarlem 1630 - id. 1693) et de son fr�re Gerrit (Haarlem 1638 - id.</p><p>1698). Cette tendance vers la simplicit� et l�aust�rit� d�essence protestante appara�t aussi dans les natures mortes et les vanit�s de Pieter Claesz (Burgsteinfurt v. 1596/97 -</p><p>Haarlem 1661) ou dans celles de Willem Claesz. Heda (Haarlem v. 1594 - id. 1680), plus pr�cieuses et transparentes. Par contre, Floris Van Schooten, actif � Haarlem entre 1605 et 1655, s�inspire plut�t des mod�les flamands.</p><p>Le d�clin artistique de ces divers genres frappe l��cole haarlemoise � l�aube du XVIIIe s. Haarlem, � l�avant-garde du mani�-</p><p>risme, puis de la formation du style n�erlandais au XVIIe s., ne retrouvera plus son �clat d�alors.</p><p>P. H. P.</p><p>F Pays-Bas.</p><p>habeas corpus [ad</p><p>subjiciendum]</p><p>Expression latine qui signifie : � Que tu aies le corps pour le produire. � Institution anglo-saxonne qui a pour objet de garantir la libert� individuelle en</p><p>rem�diant au danger des arrestations et des d�tentions arbitraires. On peut d�finir le writ d�habeas corpus comme l�ordre adress� par un juge � celui qui d�tient une personne de la lui pr�senter et d�exposer les raisons de sa d�tention ou de son internement.</p><p>Cette institution s�est peu � peu transform�e au cours de l�histoire pour prendre la physionomie qu�elle rev�t essentiellement aujourd�hui, celle downloadModeText.vue.download 49 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5190</p><p>d�un moyen efficace de garantie contre l�arbitraire.</p><p>La Grande-Bretagne n�a pas r�dig�, comme les autres d�mocraties occidentales, de D�claration des droits de l�homme et du citoyen. Au lieu de proclamer dans une formule abstraite le droit � la libert�, le juriste anglais a minutieusement r�glement� la proc�dure d�habeas corpus et a pr�f�r� mettre en place une technique permettant de rendre ce droit effectif et concret.</p><p>Historique</p><p>� l�origine simple instrument de proc�dure p�nale permettant au citoyen arbitrairement d�tenu d�en appeler � un juge ou � un tribunal, l�habeas corpus est devenu un v�ritable moyen de d�fense de la libert� individuelle.</p><p>Apparu vers 1302 sous le r�gne</p><p>d��douard Ier, il fut utilis� au d�but du XIVe s. par les cours royales de justice comme un moyen de proc�dure pour accro�tre leur comp�tence aux d�pens des cours locales. La cour de Westminster et sa division la plus c�l�bre, le � Banc du roi �, utilis�rent ce writ pour assurer leur pouvoir et affermir leur autorit�. Ordre donn� au nom du roi, en vertu de la pr�rogative royale, il �tait interdit de lui d�sob�ir. La cour, par ce moyen, connaissait donc des causes qui, normalement, ne relevaient que des tribunaux inf�rieurs, les cours locales.</p><p>Ce n�est cependant qu�au XVIe s. que</p><p>le writ d�habeas corpus joua le r�le qu�on lui conna�t actuellement. En effet, les cours royales, ayant assur� leur autorit� et assis leur pr�pond�-</p><p>rance sur les cours locales, souhaitaient par ailleurs affirmer leur autonomie � l��gard du pouvoir royal. Retournant cette arme contre le roi lui-m�me, elles prirent l�habitude, en r�action contre les abus du Conseil priv� et de la Chambre �toil�e, de statuer sur la l�galit� des emprisonnements op�r�s par lettres de cachet.</p><p>Le roi Charles Ier fit tout pour se soustraire � ce redoutable contr�le. Il y parvint presque dans l�affaire Darnel, mais le Parlement, en r�action contre l�arbitraire royal, vota la P�tition des droits en 1628, viol�e de nombreuses fois par son successeur Charles II. Le Parlement �dicta l�Habeas Corpus Act en 1679 : essentiel dans l�histoire constitutionnelle de l�Angleterre, cet acte devait devenir une des lois fondamentales du royaume, sorte de rempart � l�abri duquel les libert�s publiques anglaises purent s��panouir sans crainte des exigences de l�ex�cutif et de la ti�deur des juges.</p><p>Compl�t� en 1816, l�habeas corpus, au cours du XIXe s., fut �tendu � d�autres domaines, notamment � des mati�res relevant du droit civil (protection des ali�n�s, garde des enfants, rapports des �poux), mais son r�le reste surtout marquant en droit p�nal et en droit constitutionnel.</p><p>Suspendu � deux reprises du fait des hostilit�s, l�habeas corpus a fait l�objet d�une r�forme en 1960 : l�Administration of Justice Act a apport� des changements importants dans la loi et la pratique, en pr�cisant ses conditions de d�livrance et la proc�dure applicable.</p><p>Proc�dure</p><p>Le juge �tant au centre de la proc�dure d�habeas corpus, une requ�te va lui �tre adress�e par un avocat, la demande �tant �tay�e de motifs raisonnables et accompagn�e d�offres de preuve.</p><p>Toute personne peut faire examiner par ce moyen la l�galit� de son emprisonnement, qu�il soit punitif ou pr�ventif, qu�il �mane d�une autorit� admi-</p><p>nistrative ou d�une juridiction de droit commun ou d�exception. Mais cette proc�dure est l�ultime recours : elle ne peut jouer que si tous les moyens disponibles permettant d�obtenir les m�mes r�sultats ont �t� �puis�s ou se sont r�v�l�s inop�rants.</p><p>Le juge saisi doit d�livrer le writ, qui est de droit. La personne � qui est adress� le writ est tenue de l�ex�cuter et doit fournir une r�ponse claire et sans ambigu�t�. En cas de r�ponse in-tentionnellement fausse, des sanctions s�v�res sont pr�vues. C�est � propos de cette r�ponse (return) qu�intervient l�argumentation qui doit mener soit � la lib�ration soit � la r�incarc�ration de la personne d�tenue. Apr�s sa lib�ration, le d�tenu ne peut �tre poursuivi de nouveau pour les m�mes faits.</p><p>Champ d�application</p><p>Applicable en Grande-Bretagne et g�n�ralement dans tous les pays de Common Law sauf l��cosse, l�habeas corpus a �t� int�gr� dans la Constitution des �tats-Unis d�Am�rique et est reconnu par la loi des �tats comme par le gouvernement f�d�ral, malgr� quelque diversit� dans son application.</p><p>Dans tous les pays anglo-saxons qui l�appliquent, on peut dire que le droit pour tout homme de ne pas �tre emprisonn� sans raison est un droit effectif.</p><p>La France ne conna�t pas d�institution comparable malgr� son attachement � la D�claration universelle des droits de l�homme et du citoyen, qui, dans son article 7, affirme que � nul ne peut �tre arbitrairement arr�t� et d�tenu si ce n�est dans les cas pr�vus par la loi et selon les formes qu�elle a prescrites �. Cependant, un effort particulier a �t� fait par la loi du 17 juillet 1970 dans le sens du renforcement de la protection de la libert� individuelle en mati�re de d�tention provisoire.</p><p>Introduit dans un syst�me de droit �crit comme le n�tre, l�habeas corpus perdrait ses qualit�s essentielles.</p><p>Impr�gn� de sens pratique et propre aux droits anglo-saxons, il prot�ge avec une rare perfection la libert� des citoyens.</p><p>J. L.</p><p>F D�tention / Libert�s publiques.</p><p>B. Deligni�res, le Writ d�� Habeas corpus ad subjiciendum � en droit anglais (Sirey, 1952).</p><p>Les grandes �tapes de la</p><p>protection des libert�s</p><p>individuelles en Angleterre</p><p>Premi�re �tape</p><p>1215 la Grande Charte</p><p>v. 1302 apparition du writ d�habeas corpus 1627 l�affaire Darnel</p><p>Deuxi�me �tape</p><p>1628 la P�tition des droits limite la pr�rogative royale</p><p>1629-1640 renvoi du Parlement par Charles Ier : � la longue tyrannie �</p><p>1649 ex�cution de Charles Ier</p><p>1649-1679 lutte de Charles II pour r�tablir l�absolutisme royal</p><p>1679 l�Habeas Corpus Act</p><p>1689 Bill of Rights</p><p>Troisi�me �tape</p><p>1816 deuxi�me Habeas Corpus Act</p><p>1914-1915 Defence of the Realm Acts 1939 Emergency Powers Defence Act Quatri�me �tape</p><p>1960 Administration of Justice Act habillement</p><p>Ensemble des v�tements et des accessoires qui les accompagnent.</p><p>Du vertugadin �</p><p>la tournure</p><p>Engendr� par la n�cessit� de se prot�-</p><p>ger des intemp�ries, l�habillement ne garda pas longtemps ce caract�re strictement utilitaire. Devenu parure, il prit valeur de signe : l�histoire de son �volution (v. costume) n�est que le reflet des conventions morales ou sociales et du niveau �conomique des soci�t�s dont il est issu. � ce titre, il fait partie int�grante de la culture d�une �poque.</p><p>C�est au nom de la morale, en</p><p>accord avec une certaine vision du christianisme, que l��glise m�di�vale condamna le port de v�tements qu�elle jugeait incompatibles avec la d�cence et, surtout, avec l�image de la femme, inspir�e de celle de la Vierge, qu�elle voulait imposer. L�, comme ailleurs, il fallait pr�venir l�influence du Malin ; les vastes �chancrures largement ouvertes aux flancs des surcots sur une cotte moulante ne pouvaient �tre que les � fen�tres de l�enfer �, et la longue pointe des poulaines que � l�ergot du diable �, difformit� � imagin�e en d�rision de Dieu et de la Sainte �glise �.</p><p>Les chemises brod�es mises en valeur sous la cotte largement d�coup�e, ellem�me recouverte d�un simple manteau, valurent � leurs fabricants les impr�-</p><p>cations du futur cardinal Jacques de Vitry. Les pr�dicateurs rest�rent indiff�rents � la gr�ce ail�e des hennins, tel le fr�re Thomas Couette, cit� par Enguerrand de Monstrelet, qui � blas-moit et diffamoit tr�s fort les femmes de noble lign�e et aultres, de quelque estat qu�elles fussent, portant sur leurs testes haults atours �.</p><p>Insensibles aux foudres de l��glise, les femmes tir�rent parti du v�tement</p><p>au profit de leur silhouette, ce qui explique sans doute la permanence dans le costume f�minin, d�s qu�il se diff�rencie de celui de l�homme, de ce qu�on pourrait appeler la � ligne amphore �, et cela du XIVe s., moment o� la taille commence � se creuser, jusqu�aux ann�es 1920, o� la robe tube de la gar�onne lib�rera la femme de l��tranglement du corset et de l�encombrement de la tournure. Celle-ci repr�sentait l�ultime phase des divers artifices invent�s pour accentuer la ron-deur des hanches, depuis le vertugadin en passant par la robe � paniers et la crinoline, tandis que la basquine, puis downloadModeText.vue.download 50 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5191</p><p>le corps piqu� en pointe et le corps � baleines, anc�tre du corset, faisaient ressortir la finesse de la taille.</p><p>La mode masculine n��tait pas davantage � l�abri des traits de l��glise, qui veillait � lui conserver, selon les canons d�alors, son caract�re viril.</p><p>Ces canons vari�rent avec le temps : alors qu�en 1100 l��glise avait protest� contre l�allongement du costume masculin, signe de mollesse � ses yeux, en 1356 elle s�oppose aux � gens de robe courte �, qui, en d�pit des anath�mes lanc�s contre eux, finissent par l�emporter sur les � gens de robe longue �.</p><p>Le costume servit, �galement, le souci de hi�rarchisation sociale. Codifi� dans ses moindres d�tails, il permit de distinguer le clerc du la�que, le militaire du civil et, de fa�on plus libre mais plus subtile, d��taler aux yeux de tous le rang social. D�s le Moyen �ge, les seigneurs d�cid�rent de faire figurer leurs armoiries sur leurs v�tements et, au fur et � mesure de l��volution de la mode, la somptuosit� des �toffes et la richesse de l�ornementation servirent un luxe ostentatoire. La tentation fut grande d�afficher un rang sup�rieur au sien, et de folles d�penses furent engag�es � cet effet tant � la Cour que dans la bourgeoisie. Le pouvoir royal dut s�interposer pour �viter de tels abus et endiguer le flot des d�penses : l�histoire de la monarchie fran�aise est jalonn�e</p><p>d��dits somptuaires dont le but �tait de r�glementer l�habillement en fonction de la condition sociale, mais qui rest�rent, pour la plupart, lettre morte.</p><p>L��dit somptuaire du 17 d�cembre 1485, sign� par Charles VIII, pr�cise que les draps d�or et de soie sont interdits � tous, les soieries permises aux gentilshommes justifiant d�un revenu d�termin�, et le velours r�serv� aux �cuyers. Les rois �taient les premiers � enfreindre les lois, ce qui am�nera Montaigne � �crire : � Que les rois commencent � quitter ces d�penses...</p><p>nous irons tous apr�z. � Au XVIIe s., sous Louis XIV, on ira jusqu�� fixer la longueur des tra�nes en fonction de la qualit� de celle qui la porte.</p><p>Le souci de hi�rarchie sociale, doubl� de celui de respectabilit�, incitera les femmes de la bonne soci�t� � se d�marquer des courtisanes par certains d�tails vestimentaires : ainsi, le port de la ceinture dor�e fut interdit, au XVe s., aux courtisanes, et, au d�but du XXe s., le sac � main fut plut�t r�serv� aux femmes de moeurs l�g�res, les autres se contentant, alors, d�un simple porte-cartes.</p><p>Les contacts avec l��tranger, entra�n�s par les guerres, contribu�rent � renouveler l�habillement fran�ais : les Anglaises, qui accompagnent les troupes de la guerre de Cent Ans, font d�couvrir aux Fran�aises le corset fendu ; les guerres d�Italie r�v�lent la somptuosit� des soieries et des velours italiens et am�nent les Fran�ais � d�-</p><p>laisser la robe pour le pourpoint serr� � la taille, ce qui ne laisse pas d�inqui�ter Jean Marot :</p><p>De s�accoustrer ainsi qu�une Lucr�ce � la Lombarde ou � la fa�on de Gr�ce Il m�est advis qu�il ne se peut bien faire Honnestement.</p><p>Les �l�gantes du premier Empire feront revivre, avec leurs robes aux longs plis flottants, les tuniques de l�Antiquit� ; on s�habillera � � la russe � en 1817, et, en 1819, on arborera le chapeau � � la Bol�var �.</p><p>La prosp�rit� �conomique favorisa le luxe de l�habillement, qui, en retour, donnait de l�ouvrage aux m�tiers �</p><p>tisser et soutenait l�activit� de tout un artisanat annexe. Aussi Montesquieu et Voltaire reproch�rent-ils aux �dits somptuaires d�avoir frein� l�expansion �conomique ; certains souverains en eurent si bien conscience qu�ils modifi�rent l��nonc� de ces �dits dans un sens plus lib�ral : Philippe le Bel dut renoncer � l��dit promulgu� par son p�re, en 1279, afin de permettre aux riches marchands des Flandres d��couler leurs tissages ; Henri IV autorisa les bourgeois � porter satin et taffetas pour fournir des d�bouch�s aux manufactures nationales, et Richelieu, d�sireux de promouvoir la production dentel-li�re fran�aise, interdit, par les �dits de 1633 et 1634, l�utilisation de dentelles �trang�res ; Louis XIV, � son tour, encouragea la production des dentelles d�Alen�on et de Valenciennes. Le textile fit vivre des provinces enti�res. D�s le Moyen �ge, le tissage de la laine fut une source d�enrichissement pour les Flandres, la Picardie et le Languedoc ; la soie, implant�e en Avignon d�s le XIVe s., se d�veloppa � Lyon � partir du XVe s. Au XVIIIe s., les indiennes, ou tissus de coton imprim�, connurent une telle vogue que l�industrie fran�aise des �toffes � d�cor tiss� ou broch� en obtint la prohibition jusqu�� la fin de l�Ancien R�gime ; les tissus de soie �taient alors somptueux ; Napol�on Ier mettra � l�honneur les produits de l�industrie lyonnaise (satin, moire, velours), et le drap, depuis longtemps d�laiss�, reprendra droit de cit� avec l�av�nement de la redingote, tr�s pris�e au XIXe s., sous l�influence de la mode anglaise.</p><p>Sous le second Empire, l��levage du ver � soie, particuli�rement prosp�re, fut bient�t ruin� par la maladie : c�est de cette �poque que date la d�couverte de la soie artificielle. Ainsi, avant l��re industrielle proprement dite, le textile, � lui seul, constitua un des principaux rouages de la vie �conomique et fut � l�origine de bien des rivalit�s commerciales entre pays, notamment entre la France et l�Angleterre.</p><p>downloadModeText.vue.download 51 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5192</p><p>Modes du temps jadis</p><p>basquine ou vasquine, petit pourpoint en toile forte et rembourr�e, destin� � maintenir le buste et � serrer la taille.</p><p>bliaud, sorte de tunique, de laine ou de soie, d�origine gauloise, port�e par les deux sexes du IXe au XIIIe s.</p><p>braies, pantalon en usage chez les Gaulois.</p><p>busc, lame rigide, de baleine ou d�acier, servant � maintenir la taille.</p><p>chainse, chemise pliss�e de lin, de chanvre ou de soie tombant jusqu�aux pieds et port�e par les deux sexes au XIIe s.</p><p>chausses, culotte couvrant le corps tant�t jusqu�aux genoux (haut-de-chausses), tant�t jusqu�aux pieds (bas-de-chausses).</p><p>cotte, v�tement port� par les deux sexes qui rempla�a le bliaud au d�but du XIIe s. et qui dessinait le buste.</p><p>crinoline, jupon d��toffe de crin, puis armature m�tallique en forme de cage, aplatie devant et gonfl�e en arri�re, qui servaient au second Empire � �largir la jupe.</p><p>hennin, long bonnet pointu port� par les femmes au XVe s. et fait de carton l�ger ou de toile empes�e habill�e de tissu et dont la pointe se prolongeait, parfois, par un long voile.</p><p>pourpoint, v�tement masculin moulant le torse, en usage du XIIIe au XVIIe s.</p><p>robe � paniers, robe garnie int�rieurement de cercles de baleine ou de joncs rattach�s entre eux par des fils ou des rubans et destin�s � faire bouffer cette robe.</p><p>soulier � la poulaine, soulier d�origine polonaise, muni d�une longue pointe, parfois renforc�e d�une armature et rattach�e au mollet par une cha�ne, fort � la mode au XIVe et au XVe s.</p><p>tournure, coussinet que les femmes attachaient sous leur jupe � la hauteur des reins pour la faire bouffer, � la mode de 1880 � 1900.</p><p>vertugadin, bourrelet que les femmes attachaient autour des hanches pour donner plus d�ampleur � la jupe et port�, en France, de Henri II � Louis XIII.</p><p>De la haute couture au pr�t-�-porter</p><p>Qui voudrait s�assurer de l�importance prise par l�habillement de nos jours n�aurait qu�� sortir dans la rue pour recevoir, d�embl�e, le choc multicolore des robes, manteaux et accessoires divers �tal�s sous la lumi�re des projec-teurs et d�bordant presque sur les trot-toirs � travers des vitrines toujours plus grandes. Cette avalanche de v�tements ex�cut�s, pour la plupart, en s�rie ne doit pas faire oublier la couturi�re, dont l�activit� se trouve aujourd�hui r�duite, mais qui n�en a pas moins contribu� par ses recherches � l��volution de la couture. Alors qu�en 1890</p><p>une femme sur dix vivait de ce m�tier, ou n�en comptait plus qu�une vingtaine de mille en 1969. Cette r�gression a vari�, cependant, avec les pays ou les r�gions : couturi�res et tailleurs continuent � tirer l�aiguille dans les pays les plus faiblement industrialis�s (Espagne et Italie m�ridionale). Ailleurs, la couturi�re, tout en se tenant au courant des progr�s technologiques (stages de recyclage), a d�j� op�r� sa reconversion en se sp�cialisant dans la retouche, au service d�une client�le particuli�re ou en travaillant directement pour le pr�t-</p><p>�-porter et pour la haute couture.</p><p>La jeune fille qui entre, � 16 ans et sous contrat, dans un atelier de haute couture (atelier de flou ou atelier tailleur) comme apprentie suivra, pendant 2 ans et tout en travaillant, des cours, organis�s par la chambre syndicale de la haute couture et pay�s par son entreprise, en vue d�obtenir son C. A. P.</p><p>Elle deviendra alors successivement seconde main d�butante (6 mois), seconde main qualifi�e (6 mois), premi�re main d�butante (6 mois) et, enfin, premi�re main qualifi�e. Elle est alors capable d�ex�cuter tous les mo-d�les. On peut se former au m�tier de la couture dans les coll�ges d�enseignement technique et y obtenir un C. A. P.</p><p>ou un B. E. P. (Brevet d��tudes Professionnelles) ou dans certains lyc�es techniques qui d�livrent le B. E. I.</p><p>(Brevet d�Enseignement Industriel).</p><p>�laboration et diffusion</p><p>d�une collection Comment naissent ces mod�les qui sortent des ateliers de haute couture apr�s des heures de travail ?</p><p>La couture cr�ation, tenue de pr�-</p><p>senter deux collections par an pour �tre ainsi homologu�e, rel�ve de l�imagination cr�atrice du couturier et de ses mod�listes. Ces derniers ont assur� le renom de maisons de couture : Marc Bohan chez Dior, Michel Goma chez Patou, G�rard Pipart chez Nina Ricci, J. F. Crahay chez Lanvin. Point n�est besoin pour le couturier de savoir coudre, et son crayon de dessinateur lui est souvent plus utile que l�aiguille, cependant il ne peut ignorer les imp�-</p><p>ratifs techniques. � vrai dire, il n�y a pas de r�gle absolue dans ce domaine : Gr�s coupait elle-m�me ses toiles et les apportait �pingl�es � l�atelier ; Chanel, qui ignorait la coupe autant que le dessin, cr�ait ses mod�les sur mannequin, ainsi d�ailleurs que Madeleine Vionnet. Bien des couturiers, hommes ou femmes, firent leurs premi�res armes dans des ateliers ou chez des tailleurs (M. Vionnet, Gr�s, C. Balenciaga, P. Cardin), alors que d�autres s�orient�rent vers la couture par la voie de l�architecture (Pierre Balmain, Paco Rabanne).</p><p>Le mod�le, d�abord ex�cut� dans</p><p>de la toile � patron par les soins de la premi�re, est ensuite (souvent apr�s de nouvelles retouches) r�alis� dans le tissu choisi � son intention ; il passera alors un nouvel examen sous l�oeil scrutateur du couturier, qui le choisira ou le rejettera.</p><p>La mise en oeuvre d�un mod�le stimule les m�tiers annexes qui collaborent �troitement avec le couturier pour traduire le croquis original avec le maximum de perfection : depuis l�industrie textile, dont les tissages furent parfois ex�cut�s � l�instigation de couturiers (P. Poiret, Gr�s, Chanel), jusqu�� la parurerie, en passant par les m�tiers de la fourrure et du cuir.</p><p>Le renom de la couture est tel qu�un tissu s�lectionn� par un couturier jouit d�une faveur accrue. Certains m�tiers, tributaires de la haute couture, ont �t� victimes des fluctuations de la mode :</p><p>les plumes et les dentelles qui ornaient � profusion les toilettes du d�but du si�cle ne sont plus en faveur ; l�entre-deux-guerres marqua la r�gression des broderies, suivie par la fermeture d�ateliers sp�cialis�s, et celle, plus progressive, des chapeaux entra�na la disparition de modistes c�l�bres (Caroline Reboux, Agn�s, Rose Valois).</p><p>La collection une fois pr�te, il incombe � l�habilleuse d�en prendre soin pendant la dur�e des pr�sentations et de rassembler, � la mani�re d�un r�gisseur de th��tre, tous les accessoires d�une toilette, avant l�entr�e en sc�ne du mannequin qui va donner vie et style au mod�le. Malgr� le renom de certains mannequins qui se sont impos�s dans la profession �</p><p>Praline, Lucky, Bettina, Victoire �, celle-ci offre des perspectives limit�es.</p><p>Au sortir d�un stage de quelques mois dans une �cole professionnelle, deux possibilit�s s�offrent au futur mannequin : entrer comme � mannequin de cabine � dans une maison de couture, dont elle re�oit un salaire mensuel, ou �tre plac�e, par l�interm�diaire d�une agence, comme � mannequin volant �</p><p>aupr�s de maisons de couture, de magazines ou de photographes de mode.</p><p>L��ge limite dans le temps l�activit� de mannequin, mais l�incertitude du lendemain est aussi fonction de la mode.</p><p>On a aim� les mannequins aux formes �panouies jusqu�� l�av�nement de la gar�onne, qui a lanc� le style de la femme maigre ; le mannequin sophistiqu� des ann�es 30, au regard lourd de femme fatale, a fait place, aujourd�hui, � des filles jeunes, d�allure sportive.</p><p>Les go�ts du couturier entrent aussi en jeu. Balenciaga avait une pr�dilection pour les mannequins � � l�arrogance anguleuse �, et Gr�s les choisis-sait pour leur simplicit� �l�gante. En 1924, Patou fit appel � des mannequins am�ricains, femmes particuli�rement grandes. Nous connaissons, actuellement, la vogue des mannequins scandinaves et allemands et nous assistons � l�apparition de mannequins de couleur, originaires d�Asie et d�Afrique.</p><p>Une r�volution s�op�re dans la</p><p>mani�re de pr�senter les collections.</p><p>Courr�ges fut un des premiers � offrir une � collection-spectacle �, formule</p><p>qui tend � se r�pandre et bouleverse l�atmosph�re feutr�e et recueillie des collections. Tout y est fait pour accrocher l�oeil et faire dresser l�oreille : chatoiements des couleurs et gesticulations des mannequins sur fond de musique s�rielle ou de jazz. Il n�est pas jusqu�� la fr�quence rituelle des collections qui ne soit remise en question : Pierre Cardin depuis 1972 pr�sente une seule collection par an, en avril, au lieu des deux, inaugur�es par la chambre syndicale de la haute couture parisienne d�s 1890 pour faciliter la venue des acheteurs am�ricains. Il invoque � ce titre l�absence de saisons vraiment tranch�es, et surtout les capitaux consid�rables investis dans chaque collection. La r�alisation de l�une d�entre elles, compos�e de 100 � 150 mod�les, implique pr�s d�un millier d�heures de travail et un investissement de l�ordre d�un million de francs amortissable en trois mois. � la suite de l�int�r�t accru manifest� par les acheteurs �trangers pour les pr�sentations du pr�t-�-porter, en avril et en octobre, Y. Saint-Laurent a choisi ce calendrier pour pr�senter sa collection de pr�t-�-porter � l�ensemble de la presse et il r�serve aux dates traditionnelles sa collection de quelques mod�les de haute couture � un cercle restreint de journalistes. En 1972, enfin, onze couturiers ont ouvert un stand au Salon du pr�t-�-porter.</p><p>La chambre syndicale, qui date de 1868, s�est fix� pour t�che de pr�server les droits � l�exclusivit� de la couture cr�ation. Depuis 1952, une loi assimile la cr�ation du couturier � la cr�ation artistique, lui accordant ainsi le b�n�fice de la loi sur la propri�t� artistique et litt�raire. La chambre syndicale �tablit le calendrier des collections et donne le feu vert � la presse pour la parution des photos, environ un mois apr�s les collections, de fa�on � permettre la livraison de mod�les exclusifs aux acheteurs. D�positaire d�une certaine image downloadModeText.vue.download 52 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5193</p><p>de marque de haute �l�gance, elle lui reste fid�le et n�admet dans ses rangs que les couturi�res r�pondant � des</p><p>crit�res d�termin�s de la profession.</p><p>Soucieuse de faire respecter la griffe du couturier, elle a r�glement� pour les professionnels les conditions d�acc�s aux pr�sentations des collections et celles qui sont requises pour effectuer des achats. Journalistes et acheteurs sont admis dans les salons de couture sur pr�sentation de la carte d�livr�e par la chambre syndicale, apr�s enqu�te sur l�identit� de l�acheteur et sur sa solvabilit�.</p><p>Les acheteurs travaillent pour le compte de la confection de luxe ou de manufacturiers licenci�s : le mod�le vendu, sous forme de papier-patron, ne pourra �tre reproduit qu�en tissu et vendu uniquement dans les pays repr�-</p><p>sent�s par l�acheteur. Celui-ci peut aussi agir, sans se d�placer, par l�interm�diaire d�un commissionnaire pour le commerce ext�rieur, qui se charge du paiement et de l�exp�dition de la marchandise. Si, lors d�une premi�re visite � une maison de couture, l�acheteur de province n�effectue aucun achat, ainsi qu�il en a le droit, il devra, pour y �tre admis une deuxi�me fois, s�engager alors � l�achat d�au moins une toile. La vente aupr�s de la client�le particuli�re est dirig�e par la directrice du salon, aid�e de ses vendeuses. C�est g�n�ralement une femme du monde dont les relations sont pr�cieuses pour la maison de couture. Soigneusement organis�e et hi�rarchis�e, la haute couture doit sa notori�t� � des mod�les originaux : pour certains, cependant, la copie fait partie de l�espionnage industriel pratiquement in�vitable ; Chanel y voyait la marque d�un hommage � son talent, hommage qui a d�pass� le simple cadre de la copie puisque son influence sur la mode dura pr�s d�un demi-si�cle. Son nom constitue, avec quelques autres, un des jalons importants de l�histoire de la couture.</p><p>Petite histoire de la</p><p>haute couture</p><p>La couture cr�ation est n�e avant la lettre, gr�ce au talent de quelques couturi�res rest�es c�l�bres : Rose Bertin (1744-1813), marchande de modes de Marie-Antoinette, acquit une r�putation europ�enne aupr�s des cours �trang�res, et son atelier compta jusqu�� 30 ouvri�res ; Mme Palmyre habilla</p><p>les �l�gantes de l��poque romantique, et Mme Baudrant se f�t un nom sous Louis-Philippe. Mais c�est � Charles Fr�d�ric Worth (1825-1895) que l�on doit l�apparition de la haute couture au sens moderne du terme. � vrai dire, l�exercice de son activit� co�ncida avec des conditions propices � l��closion de son talent : la prosp�rit� �conomique associ�e � une vie de cour extr�mement brillante lui assur�rent les commandes d�une client�le avide de para�tre et de se faire habiller par le couturier de l�imp�ratrice. Ses robes figurent parmi les plus ch�res jamais vendues en haute couture : 5 000 francs-or de l��poque, soit 1 million de nos francs actuels.</p><p>Les couturiers ne cr�ent pas la</p><p>mode*, mais ils concr�tisent avec des moyens d�expression personnels les divers courants � techniques, sociologiques, artistiques � qui convergent pour lui donner naissance. La vie mondaine, au d�but du si�cle, resta marqu�e du souvenir des fastes imp�-</p><p>riaux : l��l�gance ne pouvait �tre que somptueuse. Les couturiers ant�rieurs � la Premi�re Guerre mondiale (Callot, Doucet, M. Vionnet, Doeuillet, Redfern) rest�rent fid�les � l�image d�une femme liane par�e de dentelles mousseuses, de plumes ondoyantes et de bijoux scintillants. La haute couture n�habillait, alors, que l�aristocratie la plus hupp�e, qui ignorait ses couturiers en dehors du salon d�essayage. La guerre brisera ce cercle ferm� : la haute bourgeoisie et les gloires nouvelles du cin�ma font d�sormais appel aux couturiers ; Nina Ricci habille la bourgeoisie cossue, et Gr�s comprendra si bien l�importance de ce changement qu�elle prendra pour lanceuses de mode des gens du spectacle, qu�elle habillera sous contrat. Aujourd�hui comme hier, la couture b�n�ficie du renom de personnalit�s en vue pour rehausser le prestige de sa griffe. L��largissement de la client�le des maisons de couture au monde du spectacle entra�na parfois la cr�ation par le couturier de costumes de sc�ne. Mais ce fut surtout l�int�r�t manifest� par l�Am�rique, vers 1920, pour les cr�ations fran�aises qui fit prendre conscience � la couture de son importance �conomique et qui l�amena � ouvrir ses portes � un public plus vaste : la production s�organise, les</p><p>collections tiennent compte de la venue des acheteurs �trangers, la presse est admise aux pr�sentations et en rend compte dans ses colonnes. Cette �volution fut b�n�fique � l�expansion de maisons ant�rieures � la Premi�re Guerre mondiale � Doeuillet, Lanvin (fond�e en 1889), Poiret (fond�e en 1910), Chanel (fond�e en 1911), Madeleine Vionnet (fond�e en 1912)</p><p>� et correspondit � l�essor de noms nouveaux : en 1919, Molyneux et Jean Patou ; en 1929, Maggy Rouff ; vers 1930, Schiaparelli et Gr�s (qui d�buta sous le nom d�Alix) ; en 1934, Jacques Heim ; en 1937, Balenciaga ; en 1939, Jacques Fath. Lucien Lelong, Robert Piguet, Paquin et bien d�autres marqu�rent cette �poque. L�effectif d�une maison de couture, vers 1900, se composait d�une vingtaine de personnes, alors que, entre les deux guerres, il atteignit 500 � 600 personnes, et m�me 1 500 chez Patou et Chanel.</p><p>Au lendemain de la Premi�re Guerre mondiale, qui avait sorti la femme de ses salons pour la mettre en contact avec une vie active, dentelles et fal-balas sont p�rim�s. Une rigueur nouvelle marque le costume de ville : Doeuillet, Patou, Molyneux, Balenciaga illustrent une �l�gance discr�te et raffin�e. C�est l��re du bon ton. De ligne plus d�pouill�e, les robes du soir empruntent � l�Orient, sous l�influence de Paul Poiret, le jeu des couleurs et l��clat des lam�s. Une mutation est en cours qui va aboutir � l�av�nement de la � gar�onne �, mais c�est � Chanel que revient l�honneur de donner corps � ce nouveau style de femme : elle remod�le la silhouette en la d�barrassant du corset et rajeunit la femme en raccourcissant ses jupes et... ses cheveux.</p><p>L�� indigence dor�e � qu�elle offre aux riches n�est que l�expression d�une �l�-</p><p>gance faite de simplicit� et d�une couture qui veut descendre dans la rue.</p><p>� quelques exceptions pr�s</p><p>(M. Vionnet ferm�e en 1940), la plupart des maisons de couture continuent leur activit� apr�s la Seconde Guerre mondiale. Des noms nouveaux apparaissent : Carven (1945), P. Balmain (1945), C. Dior (1947), P. Cardin (1949). Dior va conna�tre un d�part foudroyant gr�ce au lancement du</p><p>new-look (v. mode) et � l�appui financier que lui apporte Marcel Boussac.</p><p>Cette alliance entre couture et industrie est le signe avant-coureur de la transformation qui va marquer la haute couture, quelque dix ans plus tard, sous la pouss�e de facteurs �conomiques et sociologiques issus de la guerre : diminution des acheteurs �trangers, sollicit�s par une couture nationale ; perte de la client�le particuli�re li�e au contr�le des changes ; production industrialis�e, mode de vie ax� davantage sur les loisirs que sur les festivit�s et, surtout, importance prise par les jeunes dans la soci�t� de consommation gr�ce � leur pouvoir d�achat nouveau. L��volution de la couture fran�aise se caract�rise, aujourd�hui, par le nombre de contrats qu�elle passe avec l��tranger o� les mod�les sont fabriqu�s sous licence et vendus griff�s.</p><p>Quelques grands</p><p>couturiers</p><p>Pierre Cardin, couturier fran�ais (Sant�Andrea di Barbarana, prov. de Tr�vise, Italie, 1922). D�abord cou-peur chez un tailleur pour hommes, il entre chez Paquin comme mod�liste, puis chez Dior, o� il dirige l�atelier manteaux-tailleurs ; il participe, ainsi, au lancement du new-look. En 1949, il quitte Dior pour ouvrir sa propre maison et il inaugure, en 1954, ses deux boutiques Adam et �ve. La pr�sentation de sa collection � Rome et � New Delhi en 1967 sera suivie de l�ouverture de boutiques � son nom dans ces deux capitales ainsi que dans beaucoup d�autres (New York, Londres, Ath�nes).</p><p>� la suite d�un accord avec les industriels qui produisent en grande s�rie des mod�les � sa griffe, P. Cardin s�est fait un nom dans le pr�t-�-porter de luxe en diffusant � la fois des v�tements et des accessoires ; il a lib�r� la mode masculine de la rigueur britannique, tant par la coupe des v�tements que par le choix des mat�riaux, et il a marqu� la mode f�minine par un style fait de nettet� et d��l�gance. Il est tr�s attach� � la puret� de la ligne. C�est un des rares couturiers oppos�s � la mode du pantalon chez la femme. L�acquisition par P. Cardin du th��tre des Ambassadeurs pour y cr�er l�Espace Pierre</p><p>Cardin (1969) t�moigne de son int�r�t dans le domaine artistique (peinture, musique, design, etc.).</p><p>Gabrielle, dite Coco Chanel, couturi�re fran�aise (Saumur 1883 - Paris 1971). � la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle avait abord� la mode par la cr�ation de chapeaux et, d�s 1914, elle lan�a � Deauville les premiers jerseys, amorce du style qui devait assurer sa c�l�brit� durant les ann�es 20. Elle d�pouilla la femme de ses fanfreluches et de ses diamants et con�ut pour la � gar�onne � les v�tements d�une extr�me simplicit� ponctu�e par la note insolite de bijoux fantaisie dont elle devait assurer le succ�s.</p><p>La maison qu�elle ouvrit rue Cambon fut une des plus importantes de l�entre-deux-guerres (son chiffre d�affaires en 1930 atteignit alors 120 millions de l��poque), et la vogue du jersey fut telle qu�elle fut amen�e � le fabriquer dans sa propre usine, ouverte en 1935. Elle lan�a aussi un parfum connu du monde entier, le � 5 �. Ferm�e pendant la Seconde Guerre mondiale, sa maison de couture rouvrit ses portes en 1954. Chanel resta fid�le � ses � petits tailleurs � qui avaient si longtemps impr�gn� la mode, et, dans les ann�es 60, elle stigmatisa le style de la couture contemporaine, dont les downloadModeText.vue.download 53 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5194</p><p>� excentricit�s � �taient aux antipodes de son extr�me discr�tion. Son nom restera li� � l�histoire de la couture, dont elle a influenc� le cours pendant de nombreuses ann�es.</p><p>Andr� Courr�ges, couturier fran�ais (Pau 1923). Apr�s avoir travaill� onze ans chez Balenciaga, il ouvre sa propre maison de couture en 1961. Sa huiti�me collection, en 1965, fait l�effet d�une bombe : tr�s architectur�es, coup�es en trap�ze dans des tissus secs d�un blanc immacul�, ses robes s�arr�tant � mi-cuisses sur des bottes moulantes inaugurent l��re des � amazones athl�-</p><p>tiques � v�tues de la minijupe dont il fut le promoteur. Courr�ges sera tellement copi� qu�il est oblig� de fermer sa mai-</p><p>son trois mois plus tard. Il rouvre celle-ci en 1967 et pr�sente une collection comportant une s�rie de pr�t-�-porter de luxe. Il perp�tue un style sport o� le collant s�allie au chandail � col roul� sous une robe � jupe courte, et il se montre l�adepte du costume-pantalon.</p><p>Il d�clara au cours d�une interview au journal Elle : � Cr�er, c�est apporter une solution nouvelle � un probl�me actuel. � C�est une fa�on d�affirmer son opposition � toute r�miniscence.</p><p>Christian Dior, couturier fran�ais (Granville 1905 - Montecatini, Italie, 1957). Fils d�industriel, il se destinait � la carri�re diplomatique, mais, la crise de 1930 ayant ruin� sa famille, il ouvre une galerie d�art contemporain. Il devient dessinateur de mode chez Agn�s, la modiste, puis chez Schiaparelli, et travaille comme mod�liste chez Piguet (1938) et chez Lelong (1945). En 1947, soutenu financi�rement par Marcel Boussac, il fonde sa propre maison � Paris. En r�action contre la mode que les restrictions avaient impos�e pendant la guerre, il lance un style tellement impr�vu qu�on le baptise � new-look � : �paules rondes, taille fine et surtout jupe ample et longue, dont le succ�s fut imm�diat. Depuis 1957, date de sa disparition, sa maison a poursuivi son expansion, d�abord sous les aus-pices d�Yves Saint-Laurent, puis sous ceux de Marc Bohan, qui en dessine les collections. Parall�lement � la couture proprement dite, Dior propose des mod�les de lingerie, de chaussures et divers accessoires de la toilette (bijoux, foulards), diffus�s sous licence dans le monde entier. Le pr�t-�-porter fabriqu� dans les usines d�Orl�ans et de Blois est destin� non seulement � la femme, mais aussi � l�enfant et � la jeune fille (Baby Dior et Miss Dior, cr��s en 1967) et � l�homme (Monsieur Dior, 1970). La maison compte quatre filiales dans le monde : New York, Londres, Gen�ve et Lausanne, et une soci�t� de parfums qui diffuse �galement des produits de maquillage.</p><p>Paco Rabanne, couturier espagnol (Pasajes 1934). Architecte, il devint parurier avant de se consacrer � la mode, pour laquelle il exp�rimente des mati�res in�dites : m�tal, plastique, papier. Ses cottes de mailles, ses tu-</p><p>niques � plaques de m�tal tenues par des rivets, ses robes mouvantes faites de sequins en Rhodo�d multicolore, ses fourrures d�coup�es en dentelles abou-tiront � un style original et sophistiqu� dont le caract�re insolite provient de l�alliance des r�miniscences d�un pass� barbare avec l�image d�un monde futur.</p><p>Paco Rabanne se veut le couturier de l�an 2000 et, tant par la mati�re que par les formes, il cherche � rompre avec le pass�. Il conna�t un grand succ�s aux �tats-Unis, au Japon et en Italie. Si sa mode en France ne descend pas dans la rue, elle inspire cependant des tuniques pour le soir.</p><p>Charles Fr�d�ric Worth, couturier fran�ais (Boum, Lincolnshire, 1825 -</p><p>Paris 1895). Employ� dans une maison de soieries parisiennes, il a l�id�e en 1858 de cr�er, chaque saison, des collections de mod�les de couture et de les pr�senter � la client�le sur des mannequins vivants ; en 1860, il ouvre la premi�re maison de couture et devient le couturier de l�imp�ratrice et de la Cour. Il fait �voluer la mode en d�livrant la femme de la crinoline et en �tant le premier � cr�er des mod�les originaux.</p><p>Couture et</p><p>pr�t-�-porter</p><p>La couture ne pouvait ignorer ce bouleversement, au risque de se laisser distancer par un pr�t-�-porter en plein d�veloppement et parfaitement adapt� � ce march�. La haute couture avait d�j� esquiss� un premier pas timide en direction du public avec l�ouverture de boutiques sur rue au lendemain de la guerre. D�s 1948, Pierre Balmain eut l�id�e d�adjoindre aux accessoires qu�il y pr�sentait une petite collection de mod�les moins on�reux que ceux de la grande collection, mais, cependant, toujours ex�cut�s aux mesures de la cliente ; la m�me ann�e, Jacques Fath compose � l�intention du confectionneur am�ricain Joseph Halpert deux collections par an de 20 mod�les chacune, et, en 1955, les ateliers de Jean Dess�s fabriquent des robes en s�ries destin�es � un r�seau commercial. Ces exp�riences, en marge de la couture cr�ation, ne pouvaient laisser pr�sager l��clatement des structures traditionnelles provoqu�, depuis une dizaine</p><p>d�ann�es, par l�alliance de la couture avec un pr�t-�-porter de haut luxe. En m�me temps qu�une production acc�l�-</p><p>r�e, la soci�t� de consommation, dont les besoins s�affinaient, r�clamait une production am�lior�e. C��tait l�, pour la haute couture, l�occasion de jouer une carte ma�tresse : au fil des ans, le pr�t-�-porter allait occuper dans sa production une place de plus en plus consid�rable. Cette �volution fut parfois lente � s�op�rer chez des couturiers dont le renom �tait plus aristocratique, mais elle �tait irr�versible : Patou ouvrit plusieurs boutiques en 1968, et, la m�me ann�e, Jeanne Lanvin, devenue Lanvin, lan�a un pr�t-�-porter masculin et accorda en 1969 une place importante au pr�t-�-porter f�minin dans sa maison de couture. Cette mutation s�effectua surtout sous l�impulsion d�une �quipe de jeunes couturiers de l�apr�s-guerre que n�entravait aucun conformisme : Louis F�raud, Emanuel Ungaro, Pierre Cardin, Andr� Courr�ges, Yves Saint-Laurent, Ted Lapidus, Jean-Louis Scherrer, Paco Rabanne. Leur adh�sion � une couture vulgaris�e � l�intention de la rue ne les a pas emp�ch�s de faire oeuvre de cr�ation. Ils constituent une r�ponse � ceux qui se demandent si la couture cr�ation est en voie de disparition. Pour Pierre Cardin, la haute couture, loin d��tre morte, reste � un laboratoire au service de la rue �, et la confection ne fait que � multiplier � l�id�e de la cr�ation ; pour Courr�ges, � la haute couture est une chose � qui n�emp�che pas</p><p>� de faire de la cr�ation par d�autres moyens �. (Interview sur Europe I en janvier 1969.) D�sormais, nombreuses sont les maisons de couture qui semblent s�orienter vers une double production : celle de quelques mod�les de haut luxe (une cinquantaine chez Saint-Laurent en 1972) destin�s, de par leur prix, � une client�le restreinte et celle, plus importante, d�un pr�t-�-porter de luxe � l�intention d�une client�le �largie. La plupart des couturiers ont cr�� des soci�t�s distinctes pour cette seconde activit�. Loin d��tre antino-miques, ces deux types de production se compl�tent � la fois sur le plan des id�es et sur le plan financier.</p><p>Quel est le mode de production</p><p>et de distribution de ce pr�t-�-porter</p><p>couture ? Il peut �tre ex�cut�, sous la direction des couturiers eux-m�mes, dans des ateliers qui leur appartiennent : Dior a fond� des ateliers en province � cette fin, et Courr�ges, en 1968, a produit son propre pr�t-�-porter, qu�il a class� en deux cat�gories selon les prix, � hyperbole � et � couture future �. Les couturiers font d�ailleurs, souvent, une distinction entre un pr�t-�-porter � boutique � et un pr�t-</p><p>�-porter � couture �, mieux fini mais plus on�reux. Il peut, aussi, �tre r�alis� en dehors de la maison de couture, par des � �diteurs en confection � tels que Mendes ou de bons artisans. Mais, le plus souvent, ce sont des industriels sous licence qui, sous le contr�le de la maison de couture et moyennant des royalties (parfois jusqu�� 10 p. 100</p><p>de l�ensemble des ventes), ont charge de cette collection. Cardin choisit une trentaine de prototypes dans sa</p><p>� grande collection � qu�il fait ainsi reproduire par des industriels. Inversement, il peut accorder sa griffe � certaines fabrications industrielles de qualit�. Il a conclu des accords pour son pr�t-�-porter masculin avec, entre autres, George Bril.</p><p>Si l�industrie b�n�ficie des qualit�s de style de la haute couture, celle-ci tire avantage d�une production rationalis�e et d�un r�seau de distribution beaucoup plus vaste : Courr�ges a normalis� son pr�t-�-porter en fonction de cinq tailles, et, le mod�le fini, il ne reste plus que l�ourlet � r�gler ; de m�me, Lanvin-hommes a adopt� sept tailles, trois longueurs et deux types de conformation (le gros et le maigre). La vulgarisation du pr�t-�-porter couture ne pouvait se faire sans l�interm�diaire d�un vaste r�seau commercial : les boutiques en dehors de la maison m�re se sont multipli�es � Paris, en province et m�me � l��tranger ; des points de vente ont �t� cr��s soit dans le cadre des grands magasins, soit chez des d�positaires fran�ais ou �trangers : L. F�raud disposait, en 1972, de 200 points de vente internationaux. La production fran�aise est largement implant�e, tant en Europe (Allemagne f�d�rale, Italie, Grande-Bretagne, Scandinavie) qu�en Am�rique (�tats-Unis, Canada) et en Asie (Inde). Dior vend � l��tranger 70 p. 100 de ses toiles et patrons ;</p><p>F�raud, 65 p. 100.</p><p>Ce passage du stade artisanal au stade industriel a permis � la couture de d�passer le cadre �troit du v�tement pour s�adonner � une production polyvalente : le couturier habille aujourd�hui l�homme et la femme</p><p>de pied en cap (chemiserie, lingerie, chaussure, maroquinerie, bijoux, etc.). P. Balmain, P. Cardin, C. Dior, H. de Givenchy, Lanvin, G. Laroche, Y. Saint-Laurent font une large place � l�habillement masculin. Au parfum, depuis longtemps jumel� � la haute couture, se sont ajout�s les produits de maquillage ; Dior fut parmi les premiers � lancer son rouge � l�vres, sous le slogan : � Au moins, Dior peut habiller aussi votre sourire. � Ce complexe industriel qu�est devenue la couture, en un peu plus d�un demi-si�cle, ne limite downloadModeText.vue.download 54 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5195</p><p>en rien sa puissance novatrice : Chanel, Dior, Courr�ges, Paco Rabanne sont autant de noms qui correspondent � des tournants d�cisifs de la mode.</p><p>Les grands tailleurs, dont le nombre s��levait � une trentaine avant 1914 et qui n��taient plus, en 1971, qu�une dizaine, �voluent dans le m�me sens que les couturiers : ils ouvrent boutiques sur rue (Larsen), et certains (Francesco Smalto, Cristiani) fabriquent de petites s�ries de pr�t-�-porter de 60 � 80 pi�ces. Toutefois, si la couturi�re en chambre est pass�e au second plan, la couture n�a pas perdu droit de cit� chez le particulier, m�me dans les pays nettement industrialis�s ; en 1970, on a vendu aux �tats-Unis pour trois milliards de dollars de mat�riel destin� � la couture.</p><p>La couture en Europe</p><p>y La couture italienne figure parmi les secteurs les plus importants du commerce ext�rieur italien apr�s le tourisme.</p><p>Les principaux pays acheteurs sont l�Allemagne f�d�rale, les �tats-Unis, la France, la Hollande, la Suisse, la Grande-Bretagne et la Su�de. La haute couture produit �ga-</p><p>lement un pr�t-�-porter de luxe. Parmi les cr�ateurs, il faut citer : Emilio Pucci, Mila Sch�n, Valentino, Antonelli. La mode masculine est illustr�e par Cerruti, Nino Laus, Remo Argenti. Un pr�t-�-porter de luxe est produit par Avolio, Litrico, Bertoli, Wanda Roveda, Jean-Baptiste Caumont, Ottavio Missoni (sp�cialis� dans la maille), Graziella Fontana, etc. Le pr�t-�-porter italien fait appel � des mod�listes �trangers tels que Karl Lagerfeld ou Kenzo.</p><p>y La couture britannique a marqu� la mode avec la minijupe, vulgaris�e par Mary Quant dans le pr�t-�-porter, illustr� aussi par Alice Pollock et Ossie Clark. Parmi les grands couturiers, il faut citer Norman Hartnell et Hardy Amies.</p><p>y L�Espagne voit dans la haute couture une source de d�veloppement. Ses mo-d�les sont classiques, parfaitement finis.</p><p>Elle exporte sa production vers les �tats-Unis (73 p. 100) et fonde des espoirs sur les possibilit�s de march�s futurs en Afrique et en Chine. Son principal couturier est Pertagaz, digne h�ritier de Balenciaga.</p><p>Son pr�t-�-porter de luxe lui a rapport� en 1968 pour 2 500 millions de pesetas.</p><p>y La couture irlandaise est tr�s marqu�e par le folklore chez Clodagh, Mary o�Don-nel, Donald Davies.</p><p>y La couture en Europe septentrionale est illustr�e par Marimekko, Armi Ratia (Finlande), par Margit Brandt, A. Lund Jensen, c�l�bre pour ses tissages (Danemark), et par Anne Modellen, Dranella (Su�de).</p><p>Le pr�t-�-porter de</p><p>grande diffusion</p><p>Le pr�t-�-porter de luxe est venu combler le foss� qui s�parait, avant la guerre, la haute couture d�une confection caract�ris�e par des articles de qualit� tr�s moyenne. Devant les perspectives d�un march� �largi � de nouvelles couches de consommateurs, celle-ci a am�lior� � tel point la qualit� de sa production que le terme de confection tend de plus en plus � se confondre avec celui de pr�t-�-porter.</p><p>La production du pr�t-�-porter fran-</p><p>�ais est li�e en 1971 � des entreprises tr�s diversifi�es : entreprises anonymes travaillant � la fois pour les couturiers</p><p>et pour des cha�nes de distribution ; industriels �galement li�s � la couture, mais diffusant aussi des articles � leur nom ; enfin, entreprises tr�s industrialis�es et ne distribuant qu�une production � leur marque (Indreco, les Fils de Joseph Weil, Robert Weill, Thierry et Sigrand, Renoma, etc.).</p><p>Ces derni�res sont �quip�es de fa�on � sortir des milliers de v�tements par jour, dans de tr�s longues s�ries (de 5</p><p>� 10 000 unit�s). Les stylistes ont jou� un r�le d�terminant dans l�expansion du pr�t-�-porter : ce sont les couturiers de la masse. Le stylisme s�est affirm� dans les ann�es 60 avec E. Khanh, Mich�le Rosier et Christiane Bailly.</p><p>D�j�, en 1955, Denise Fayolle avait cr�� � l�intention du grand public des mod�les de caract�re � des prix raisonnables. Certaines boutiques diffusent � leur nom un pr�t-�-porter de stylistes qu�elles font fabriquer en petites s�-</p><p>ries : Karl Lagerfeld, Tan Giudicelli, Kenzo travaillent pour des boutiques fran�aises ou italiennes, � moins qu�ils n�ouvrent eux-m�mes boutique (Elie Jacobson, Kenzo). Des accords ont �t� sign�s entre stylistes et fabricants : depuis 1969, la Soci�t� fran�aise de pr�t-�-porter ne fabrique plus que des mod�les sign�s par E. Khanh ; enfin, plusieurs stylistes ont fond� leur propre maison : Daniel Hechter a cr�� en 1962</p><p>les �tablissements Hechter et Fils ; la soci�t� Cacharel, cr��e en 1958, distribue � tr�s grande �chelle un pr�t-�-porter de style, ainsi que Gaston Jaunet, sous la marque Get.</p><p>Depuis quelques ann�es, un ph�-</p><p>nom�ne de concentration commence � se dessiner dans cette profession encore tr�s marqu�e par des entreprises moyennes de type familial. De 1960 � 1970, plus du quart des soci�-</p><p>t�s ont disparu � la suite de fusions ou de regroupements dus au March� commun. Le nombre d�entreprises</p><p>est encore tr�s important. Jusqu�ici, les regroupements qui ont eu lieu au niveau du textile (Boussac-Prouvost ; Agache-Willot D. M. C.) n�ont pas eu leur �quivalent dans ce domaine. �</p><p>part quelques grosses firmes, il y a en France tr�s peu d�entreprises vraiment int�gr�es.</p><p>Ces entreprises sont d�j� d�centra-</p><p>lis�es : en plus des ateliers du Nord et de la r�gion lyonnaise, d�autres ont �t� implant�s dans le Centre (entre Nevers et Tours : chemiserie, lingerie), sur la C�te d�Azur (confection f�minine et v�tements de plage) et en Bretagne, o� ils fournissent du travail � une main-d�oeuvre f�minine moins ch�re que dans la r�gion parisienne.</p><p>Cette �volution des structures s�accompagne d�un ph�nom�ne de � d�s-p�cialisation � qui abolit les vari�t�s entre des cat�gories autrefois tr�s cloisonn�es : la distinction entre drapiers (sp�cialis�s dans le costume) et coton-niers (sp�cialis�s dans le v�tement de travail) a disparu ; les fabricants de v�tements de travail ont englob� dans leur production celle des v�tements de loisirs par l�interm�diaire du jean et ils ont d�velopp� certains articles, in�dits pour eux, tels que les cir�s employ�s sur les chantiers. Si la fabrication des v�tements de cuir ou des v�tements de pluie est encore du domaine de la sp�-</p><p>cialisation, il n�en demeure pas moins vrai que la production des entreprises les plus importantes (Weill, Indreco, Thierry et Sigrand) est de plus en plus diversifi�e.</p><p>L�industrialisation pour le pr�t-�-</p><p>porter de grande diffusion est irr�versible : l��volution des modes, toujours plus rapide, exige une production acc�-</p><p>l�r�e. C�est le seul moyen qui permettra de lutter contre une concurrence �trang�re tr�s vive : Pays-Bas (Berghaus), Allemagne f�d�rale (Becker et Ralph), Italie et Grande-Bretagne. L�industrie du pr�t-�-porter britannique a sur la n�tre le privil�ge de s��tre organis�e en grosses unit�s de production apr�s la Premi�re Guerre mondiale : c�est dire que l�Anglais fut acquis � la confection bien avant nous. Actuellement, c�est le groupe Steinberg qui a charge, entre autres, d��diter les cr�ations de Mary Quant. Alors que les exportations fran�aises, dans l�industrie de l�habillement, ont progress� de 30 p. 100 en 1971 par rapport � 1970, les importations n�ont progress� dans le m�me temps que de 25 p. 100. C�est dire que le taux de couverture est satisfaisant.</p><p>Confront� aux besoins nouveaux du march�, l�industriel a d� remettre en question son processus de fabrication.</p><p>Le ph�nom�ne de la mode a pris une telle ampleur que l�industriel risquait de voir sa production d�mod�e avant m�me qu�elle ne soit sortie. La pr�-</p><p>paration d�une collection d�une centaine de mod�les exige un an et il faut commander les tissus trois mois avant leur livraison. Sondages, statistiques, planification pr�sident d�sormais � l��laboration des mod�les con�us, au sein d�un bureau de recherches, par des stylistes. La concertation entre tisseurs et fabricants est devenue imp�rative et a suscit� la cr�ation d�un � Comit� de coordination des industries de la mode � pour le v�tement f�minin et celle du � Modom � pour l�habillement masculin. Les jeunes constituent un march� non n�gligeable : la tranche d��ge comprise entre 15 et 19 ans assure, � elle seule, le sixi�me du chiffre d�affaires global. Comme tout produit industrialis�, la cr�ation d�un mod�le est fonction de sa rentabilit� : son co�t de fabrication doit �tre justifi� par sa conformit� avec la mode et par ses possibilit�s de vente. Les anciens bar�mes de tailles ont �t� revus et unifi�s dans un souci de productivit� industrielle et commerciale. Les tailles normalis�es, �tablies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la C. E. T. I. H.</p><p>et par l�AFNOR, sont, ainsi, progressivement adopt�es par les fabricants ; les perspectives du March� commun ont m�me inspir� la recherche d�une normalisation internationale, mais les diff�rences de conformation des individus d�un pays � l�autre rendent cette codification difficile. Des Salons ont lieu � Paris tous les ans : Salon international du pr�t-�-porter f�minin et Salon international de l�habillement masculin qui pr�sentent une production internationale.</p><p>Mati�res nouvelles et progr�s techniques dans la fabrication ont favoris� le passage du stade artisanal � celui de la grande s�rie. Les textiles*</p><p>chimiques, qu�ils soient artificiels (d�riv�s de la cellulose) ou synth�-</p><p>tiques (d�riv�s des polym�res), ont transform� l�industrie de l�habillement et, plus particuli�rement, la bonneterie. La Fibranne, textile cellulosique apparu en 1935, et le Nylon, premier polyamide apparu en 1938, n��taient que le d�but d�une longue s�rie de</p><p>textiles mis au point apr�s la Seconde Guerre mondiale : Rhovyl (1948), suivis par les fibres acryliques (Orlon, Dralon, Crylor) et les fibres polyester (Tergal). Ils eurent l�avantage de permettre une production nationale lib�-</p><p>r�e de la fluctuation des prix propre aux textiles naturels et contribu�rent � la vulgarisation d�articles d�aspect soyeux (bas, lingerie) qui, en soie naturelle jusqu�alors, �taient r�serv�s � une minorit�. Ils suscit�rent la mise downloadModeText.vue.download 55 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5196</p><p>au point de qualit�s nouvelles (ignifu-gation, imperm�abilisation, proc�d�s antitaches) et furent � l�origine de l�am�lioration des textiles naturels : en 1970, 55 p. 100 de la laine vierge a �t� consomm�e sous forme de m�langes ; et divers moyens ont �t� mis en oeuvre pour rendre la laine infeutrable et irr�-</p><p>tr�cissable. Facilit� d�entretien, diminution du volume et du poids sont les r�sultats les plus marquants apport�s dans l�habillement contemporain par cette transformation dans la mati�re premi�re.</p><p>L�av�nement des textiles synth�-</p><p>tiques a donn� naissance aux non-tiss�s, fabriqu�s � partir de fibres discontinues. Ceux-ci furent utilis�s dans l�habillement par Paco Rabanne en 1967. L��conomie de mati�re qu�ils repr�sentent rend leur prix de revient tr�s comp�titif. Les articles produits �</p><p>bien que lavables � sont d�un usage limit� dans le temps, et le Fran�ais n�est pas encore acquis � l�id�e de jeter ses v�tements aussi rapidement. Les producteurs pensent, cependant, que le march� des non-tiss�s dans sa totalit� atteindra 3 milliards de francs en 1985.</p><p>Le v�tement en plastique moul�,</p><p>apparu en 1969 dans les collections de Paco Rabanne et de Pierre Cardin (la Cardine), permet de produire des v�tements � une cadence industrielle (1 imperm�able � la minute) et, selon Paco Rabanne, c�est la premi�re formule d�un v�tement vraiment isotherme. Le pouvoir isolant des v�tements a d�ailleurs �t� accru, surtout en bonneterie,</p><p>par le proc�d� Foam Back (marque d�pos�e), qui consiste � intercaler une mince couche de mousse �lastom�re entre deux tissus que l�on fait adh�-</p><p>rer entre eux. Si le plastique n�est pas encore entr� dans les moeurs au point de v�tir l�homme de la rue d�une coque color�e, son association avec les tissus en fibres naturelles a �t� b�n�fique : le coton ou le jersey, enduits d�une pellicule de plastique (� base de r�sine), deviennent imperm�ables ou prennent l�aspect du cuir (Ginza).</p><p>L�apparition de ces mati�res pre-mi�res d�origine chimique et la n�cessit� d�acc�l�rer la cadence de production ont engendr� un renouvellement de l��quipement traditionnel au service de la d�coupe, du piquage et du pressage. L��lectronique tend de plus en plus � renforcer une m�canisation d�j� tr�s pouss�e. Le m�trage de tissu n�cessaire � la confection d�une cha�ne de v�tements est d�roul�, au centim�tre pr�s, par la matelasseuse, r�gl�e �lectroniquement. La d�coupe du patron se fait soit avec des ciseaux �lectriques, soit � l�emporte-pi�ce avec un outillage pr�alablement adapt� au patron, ou encore par l�interm�diaire d�une machine �lectronique qui, programm�e, effectue le travail : on peut ainsi couper en une seule op�ration jusqu�� 300 �paisseurs de v�tements. La d�coupe au laser est en application aux �tats-Unis et exp�rimentale en France. Certains calculateurs �lectroniques sont � m�me d�ex�cuter la gradation, la d�coupe des patrons et le piquage d�apr�s un profil pr��tabli. Les machines surjeteuses font jusqu�� 8 000 points par minute ; les machines � coudre sont � m�me de piquer le plastique sous toutes ses formes (mousse, feuille de plastique ou tissu enduit) ; la commande pneumatique s�est g�n�ralis�e aussi bien dans la machine � coudre que dans la presse ; le pressage est applicable aux tissus thermocoll�s. L�assemblage des tissus synth�tiques s�obtient par thermocollage ; un proc�d� d�assemblage des fils de Nylon par ultra-sons est � l��tude.</p><p>Le circuit de distribution est direct du producteur au d�taillant, l�industrie du pr�t-�-porter comportant peu de maisons de gros. Comme le produc-</p><p>teur, le d�taillant est frein� dans ses activit�s, tiraill�, comme lui, par des d�lais de livraison tr�s longs et par la n�cessit� de suivre la mode en perp�tuel changement. Le morcellement de la production ne lui facilite pas la t�che : il l�oblige � conna�tre le style et la qualit� de chaque confectionneur.</p><p>Ces difficult�s incitent le d�taillant � faire des commandes parcellaires et en petites quantit�s, ce qui, par contrecoup, entrave la mise en route de grandes s�ries au niveau de la production. Pour rem�dier � cet �tat de fait, des groupements de d�taillants se sont form�s afin d�effectuer des commandes group�es. � l�image de l��tranger (Allemagne, Grande-Bretagne, Hollande), on assiste en France � l�apparition du discount house au service du d�taillant. L�expansion du commerce de d�tail refl�te son adaptation � une client�le nouvelle, acquise au pr�t-�-</p><p>porter, mieux inform�e qu�autrefois de la mode et nantie d�un pouvoir d�achat plus grand. La sp�cialisation d�une boutique se fait, aujourd�hui, non pas en fonction d�un type d�articles, mais d�un type de client�le. La vitrine d�une boutique rue du Faubourg-Saint-Honor� est fort diff�rente de celle d�une boutique rue de S�vres. Il en est r�sult� un ph�nom�ne de � d�sp�cialisation �</p><p>du commerce traditionnel : une bonneterie vend aujourd�hui des articles de confection l�g�re, la confection f�minine avoisine la confection masculine sur le m�me comptoir, et le magasin de v�tements de sport a �tendu sa collection aux v�tements de loisirs. Les pi�ces s�par�es, nombreuses dans la garde-robe moderne, expliquent la g�-</p><p>n�ralisation de la vente en open-stock.</p><p>La boutique de pr�t-�-porter offre tr�s souvent des accessoires compl�mentaires de la toilette (sacs, bijoux, ceintures, etc.).</p><p>La cliente peut aujourd�hui se perdre dans un d�dale de boutiques, dont le nombre croissant a �t� caract�ristique de ces derni�res ann�es. Le d�cor s�y veut avant tout vivant : mobilit� des �l�ments (placards, panneaux), jeu des mat�riaux (plastique, acier, verre) et souplesse de l��clairage (spots sur travelling). Objet de grande consommation, l�habillement occupe une</p><p>place importante dans les grandes surfaces, r�pondant ainsi aux besoins d�une client�le urbanis�e. Pour ceux qui ne peuvent se d�placer, la vente par correspondance (La Redoute, les Trois Suisses, le Bon March�) est un moyen commode d�� acheter dans son fauteuil �.</p><p>La restructuration de la profession passe par la voie de la concertation entre producteurs et d�taillants pour lutter contre l�individualisme, source de complications, et pour s�organiser contre la concurrence �trang�re : Burton, firme anglaise, dispose d�j� d�un bon r�seau de distribution en France (Paris, Bordeaux, Lille, Strasbourg) ; les Allemands, les Italiens et les Hollandais sont des concurrents s�rieux.</p><p>Classiques ou fantaisie, les articles offerts sur le march� de l�habillement traduisent le souci de confort : la maille occupe une place tr�s importante dans l�habillement f�minin, non seulement dans le domaine traditionnel du pull et du cardigan, mais dans celui de la robe et du pantalon, gr�ce � l�apparition du coup�-cousu. Le tissu reste acquis pour l�instant au manteau. L�habillement masculin sort lui aussi de la rigueur impos�e par la mode depuis le XIXe s.</p><p>Les textiles chimiques, m�l�s ou non � la laine, ont all�g� et assoupli le complet traditionnel. Mais la veste de style blazer ou sport a de plus en plus tendance � se diff�rencier du pantalon ; le pardessus trop engon�ant s�est all�g� et s�est souvent adapt� � la voiture (l�autocoat). L�imperm�able se porte, �galement, de fa�on durable, doubl� de fourrure synth�tique par temps froid.</p><p>Enfin, en 1970, Eural, association qui regroupe les fabricants et les tisseurs de l�Europe des Six, a intensifi� la vente sur le march� des premiers complets en jersey.</p><p>Les achats se font en fonction de l��ge et de la cat�gorie socioprofes-sionnelle. Les d�penses maximales se situent dans la m�me tranche d��ge pour les deux sexes : entre 14 et 20 ans.</p><p>Les achats de v�tements de sport cessent plus t�t chez la femme que chez l�homme. Les classes populaires et les cadres moyens pr�f�rent des articles de type classique (75 p. 100 du</p><p>march�), susceptibles de se d�moder moins vite que les autres et de passer plus inaper�us ; la mode � gadget �</p><p>attire les jeunes ou ceux, plus �g�s, qui veulent para�tre jeunes (5 p. 100</p><p>du march�) ; quant au pr�t-�-porter de luxe, il s�adresse principalement � la client�le des cadres sup�rieurs. Dans les soci�t�s hautement industrialis�es, le prix, ou plus exactement l�abaissement de prix, n�est pas une motivation d�achat majeure. En effet, la place relative des d�penses d�habillement dans le budget d�un m�nage tend � diminuer avec l�accroissement du niveau de vie. En 1968, les d�penses pour le poste de l�habillement ont repr�sent� 10,3 p. 100 du budget annuel d�un m�-</p><p>nage fran�ais, alors qu�elles �taient de 15,20 p. 100 en 1950. La rotation des achats est plus faible en France qu�� l��tranger, notamment en Am�rique : la Fran�aise ach�te un peu plus d�une robe par an, un tailleur tous les 3 ans et un manteau tous les 4 ans ; l�Am�-</p><p>ricaine d�pense six fois plus pour le m�me temps.</p><p>Les exportations du pr�t-�-porter f�minin sont une source de devises appr�ciable : en 1971 elles ont rapport� 848 millions de francs. Elles se font vers les pays du March� commun, avec l�Allemagne en t�te, et avec les �tats-Unis et la Scandinavie.</p><p>Sur le plan des exportations, le pr�t-</p><p>�-porter masculin est en progression : les importations en 1971 ont �t� de 314 millions et les exportations, pour la m�me ann�e, de 375 millions.</p><p>Habillement industrialis�</p><p>mesure industrielle, s�rie de patronnages gradu�s que l�on adapte au client avec un minimum de retouches et qui permet � ce dernier de choisir son v�tement sur �chantillon.</p><p>no iron, terme commercial d�signant des tissus qui n�ont pas besoin d��tre repass�s, � la suite d�un traitement � base de r�sine synth�tique (on dit aussi wash and wear).</p><p>non-tiss�, mat�riau form� par l�amalgame de fibres synth�tiques ou artificielles dis-downloadModeText.vue.download 56 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5197</p><p>continues li�es par un agent m�canique ou chimique.</p><p>pli permanent, pli obtenu de fa�on durable sur un tissu synth�tique ou naturel � partir de l�action d�un produit chimique combin�e � celle de la chaleur (180 �C) et de l�humidit�.</p><p>stylisme, recherche et d�termination des caract�ristiques d�un tissu (coloris, contexture) et de la forme des v�tements conciliant les tendances de la mode et la demande d�une client�le d�finie.</p><p>taille normalis�e, taille homologu�e par l�AFNOR et repr�sentant les mesures moyennes d�un �chantillonnage d�individus types.</p><p>thermocollage, proc�d� d�assemblage ou d�appr�t d�une toile sp�cialement encoll�e sous l�action de la chaleur.</p><p>v�tement moul�, v�tement obtenu par application sur un moule d�un tissu ther-moplastique soumis � de fortes temp�ratures ou par pulv�risation de fibres synth�tiques agglom�r�es par un liant sur le moule.</p><p>Quelques industries</p><p>de l�habillement</p><p>Chapellerie</p><p>Le feutre de laine et le feutre de poil animal (poils de lapin ou de li�vre agglom�r�s) sont les deux qualit�s de feutre destin�es � la chapellerie, chacune correspondant � deux cat�gories de producteurs diff�rents. Ces derniers fabriquent des produits finis : chapeaux de feutre pour hommes ou forme de feutre pour chapeaux de femmes.</p><p>Les deux principaux centres de production se situent � Esp�raza (Aude) surtout pour la laine et � Chazelles (Haute-Loire) pour le poil. � la suite d�un mouvement de concentration, trois groupes d�entreprises assurent la fabrication du feutre. Le feutrage, ou fabrication du feutre, s�op�re en milieu humide : il consiste � projeter les fibres sur un c�ne sous air puis� et en pr�-</p><p>sence d�adjuvants (eau acidul�e, eau</p><p>de savon, �mulsion d�huile, bain de carbonate de sodium), et � comprimer ensuite la masse fibreuse.</p><p>Les transformateurs qui fa�onnent les chapeaux � partir de feutre, de paille ou de tissu sont tr�s dispers�s et sp�cialis�s, chacun dans un type de chapeau (casquettes, k�pis, chapeaux de paille, etc.). Des regroupements ont eu lieu, cependant, afin de promouvoir une action commune pour le lancement de certains mod�les. Illustr�e avant la Seconde Guerre mondiale par Caroline Reboux, Rose Valois, Agn�s, la mode du chapeau a r�gress� depuis lors. Cependant, ces derni�res ann�es, il semble que la jeunesse ait un certain go�t pour des chapeaux inspir�s du pass� (cloche 1925, capeline 1930) ou du folklore (toque � la russe), ou les coiffures simplement cocasses (casquette). Le chapeau traduit, alors, non plus le souci d��l�gance, comme autrefois, mais un penchant pour le d�guisement et pour l�humour.</p><p>Vocabulaire de la</p><p>chapellerie</p><p>calotte, partie du chapeau embo�tant la t�te.</p><p>canotier, chapeau de paille � calotte et bords plats.</p><p>capeline, chapeau de femme � grands bords souples.</p><p>cloche, chapeau de femme � bords rabat-tus, ombrant le visage.</p><p>demi-feutre, nom donn� au feutre compos� de poils d�animaux et de laine.</p><p>d�tirer, d�former un feutre par tension afin de l�adapter � une forme choisie.</p><p>formage, moule plein servant � la fabrication des chapeaux.</p><p>haut-de-forme, chapeau de soie � calotte haute et cylindrique port� par les hommes au XIXe s. et aujourd�hui avec la redingote ou l�habit.</p><p>lustrage, lissage des poils d�un feutre � la vapeur ou avec une �ponge.</p><p>marotte, t�te de femme en bois ou en carton dont se servent les modistes pour essayer les chapeaux.</p><p>melon, chapeau d�homme en feutre rigide, � calotte ronde et bomb�e et � bords relev�s �troits.</p><p>taup�, feutre � poils caract�ris� par son aspect de fourrure.</p><p>toque, coiffure f�minine ou masculine � calotte haute et sans bord.</p><p>Chaussure</p><p>La concentration dans l�industrie de la chaussure fran�aise s�imposait pour lutter contre la concurrence �trang�re, surtout italienne. En 1968, on ne comptait plus que 670 entreprises, alors qu�on en d�nombrait 3 000 en 1950. Le marketing et la pratique du franchising sont utilis�s par certaines entreprises : l�industriel offre certains services au d�taillant qui, en retour, assure l��coulement de sa marchandise. Les exportations se font surtout vers la R. F. A.</p><p>et �galement vers l�U. R. S. S. Depuis dix ans, le march� fran�ais doit tenir compte des articles �trangers : en 1969, les importations italiennes avaient doubl� en 2 ans, et, en l�espace de 10 ans, le nombre de paires de chaussures import�es �tait pass� de 2 � 32 millions !</p><p>Eram est le premier producteur fran-</p><p>�ais en ce domaine. Dans la cr�ation de la chaussure de luxe, il faut citer ; Roger Vivier, D�rer, Charles Jourdan, etc.</p><p>Vocabulaire de la</p><p>chaussure</p><p>botte, chaussure qui gaine le pied et la jambe.</p><p>bottier, artisan qui fabrique des bottes et des chaussures sur mesures et cousues main.</p><p>bottillon, chaussure � tige montant jusqu�au bas du mollet.</p><p>brodequin, chaussure de marche montante et lac�e.</p><p>cambrure, partie m�diane et courb�e de</p><p>la semelle.</p><p>Clarks (marque d�pos�e), chaussure de cuir ou de toile � empeigne montante, imit�e de celles que portaient les soldats britanniques de l�arm�e des Indes.</p><p>contrefort, pi�ce de cuir qui sert � renforcer la partie arri�re d�une chaussure, au-dessus du talon.</p><p>embauchoir, forme de bois ou de plastique munie d�un ressort qui, introduit dans la chaussure, permet de la tendre.</p><p>empeigne, dessus de la chaussure.</p><p>escarpin, soulier d�couvert � semelle tr�s mince, avec ou sans talon.</p><p>espadrille, chaussure � empeigne de toile et semelle de corde.</p><p>mocassin, chaussure basse, sans lacets.</p><p>sandale, chaussure form�e d�une simple semelle retenue par des lani�res.</p><p>tige, partie de la chaussure qui enveloppe la cheville ou la jambe.</p><p>trotteur, se dit d�un type de chaussure de ville � empeigne montante et � talon large et bas.</p><p>Fourrure</p><p>Au sens strict du terme, la fourrure concerne uniquement les v�tements taill�s dans des peaux d�animaux ap-pr�t�es et garnies de leurs poils, d�finition prot�g�e par la Chambre syndicale de la pelleterie pour bien diff�rencier cette production des � tissus imitant downloadModeText.vue.download 57 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5198</p><p>la fourrure �, � base de polyamides ou d�acryliques.</p><p>Les peaux, produits de chasse ou d��levage originaires des quatre coins du monde, sont rassembl�es annuellement aux grandes foires de Leningrad, Londres, Leipzig, Oslo, New York et Montr�al, o� les fourreurs viennent</p><p>s�approvisionner. Les producteurs scandinaves, qui sont parmi les plus importants, se sont group�s en une coop�rative internationale, la SAGA. Ses 16 000 �leveurs assuraient, en 1968, 42 p. 100 de la production ; 95 p. 100</p><p>des ventes alimentent l��tranger (�tats-Unis, Allemagne). D�autre part, les importations en Europe de fourrure originaire de Chine se sont accrues depuis 1967 (chat et chien de Chine).</p><p>Les fourrures pr�cieuses, souvent en voie de disparition, ont suscit� des �levages : �levage du vison (�tats-Unis, Canada, Scandinavie) et du chinchilla (�tats-Unis). Les visons de mutations, produits d��levage, offrent des teintes beaucoup plus vari�es que le vison sauvage : blanc, saphir, tourmaline (beige), noir, etc. On compte aujourd�hui plus de 200 couleurs naturelles de vison d��levage. En 1969, le vison d��levage canadien fournissait � peu pr�s les deux tiers du commerce canadien des fourrures ; plus de 1 500 000 peaux sont vendues dans les diff�rentes foires du monde entier.</p><p>La fourrure fran�aise a connu un �ge d�or au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mais le d�veloppement du pr�t-�-porter et une mode con�ue � l�intention des jeunes ont r�duit le volume de ses affaires. En 10 ans, un tiers des entreprises de confection ou de commerce disparurent de la sc�ne : il en restait 3 250</p><p>en 1967, et les effectifs avaient diminu� de moiti�. Moins rapide que dans le pr�t-�-porter, l�industrialisation n�en est pas moins en cours dans la fourrure. Des techniques simplifi�es dans l�assemblage (coupe au carr�), la mise en oeuvre de peaux jusque-l� n�glig�es (lapin, chat, weasel, etc.) ont provoqu� un abaissement des prix et un �largissement dans l��ventail de la client�le.</p><p>Mais le succ�s r�cent de la fourrure en pr�t-�-porter (3 tailles normalis�es) est surtout l�oeuvre des stylistes (Mich�le Rosier) et de couturiers avant-gardistes (P. Rabanne). Ils ont d�sacralis� le manteau de fourrure : le vison a inspir� des manteaux sport proches du trench-coat, et le singe a � du moins pour un temps � ressuscit� le style habill� des ann�es folles. La fantaisie cr�atrice des novateurs est sans limite : ils ont imit� le tricot en torsadant des bandes de</p><p>fourrure ou en la tricotant en lani�res (P. Rabanne), donn� � des peaux de peu de valeur l�apparence de l�ocelot ou de la panth�re, jou� sur les effets d�opposition entre poils longs et poils ras, recherch� un effet de patchwork en assemblant la fourrure en mosa�que, cultiv� le go�t du cocasse en teignant le lapin en bleu ou en rouge et, comble de l�audace, ils ont m�me retourn� la fourrure pour en imperm�abiliser l�envers ou l�imprimer de motifs d�coratifs souvent somptueux (R�villon).</p><p>La fourrure pr�cieuse continue � faire l�objet d�une cr�ation renouvel�e dans ses formes (R�villon, Chombert, P. Rottenberg, A. Sauzaie, Max Leroy, Kotler, etc.). Les fourrures les plus rares sont toujours le l�opard, le chinchilla, la zibeline, la panth�re et l�ocelot. N�anmoins, toujours avec le souci de toucher une client�le plus large, de grands fourreurs ou de grands couturiers ouvrent des boutiques de pr�t-�-</p><p>porter (R�villon, Dior), amor�ant ainsi dans la fourrure une �volution parall�le � celle de la haute couture.</p><p>La maille</p><p>L�apparition des textiles chimiques a boulevers� � tel point la technique de l�habillement qu�elle a valu � la bonneterie un essor spectaculaire. En France, l�industrie de la maille est en t�te de l�industrie textile par l�importance des effectifs : 1 000 entreprises occupaient en 1969 plus de 100 000 personnes ; la France se situe, en Europe, au deuxi�me rang apr�s l�Allemagne. Cette progression est �vidente dans tous les pays de la Communaut� europ�enne.</p><p>On pr�voit qu�en 1975 la maille constituera 60 p. 100 des tissus d�habillement en Grande-Bretagne et 40 p. 100 en France.</p><p>L�extension des �lastom�res et du jersey a rendu tr�s fluctuante la fronti�re qui s�parait autrefois de la bonneterie des industries aussi nettement tranch�es que la corseterie et la confection. Le pr�t-�-porter de luxe, qu�il soit fran�ais ou italien, accorde une place de choix � la maille (Courr�ges, Ottavio Missoni).</p><p>La gaine et le soutien-gorge en</p><p>mailles de Lycra (aujourd�hui fabriqu�s par les bonnetiers) sont tr�s �loi-</p><p>gn�s du corset balein� et du soutien-gorge � armature. La silhouette y a gagn� en souplesse et en aisance. Si la lingerie de nuit r�v�le parfois une certaine nostalgie des frous-frous d�antan, celle de jour, de plus en plus t�nue et simplifi�e, tend � devenir une seconde peau.</p><p>Ce souci de simplification et d�all�-</p><p>gement se traduit par une association entre diff�rentes pi�ces de lingerie : soutien-gorge incorpor� � la combinaison, jupon-culotte avec une fine bande de Lycra tenant lieu de gaine ; bas se prolongeant en slip (collant) ou collant int�gral se terminant en soutien-gorge.</p><p>La finesse, l��lasticit� et la solidit� des �lastom�res ont, seules, permis la cr�ation de cette panoplie de nouveaut�s.</p><p>La qualit� de ces articles leur assurant une dur�e prolong�e, les fabricants ont suscit� de nouvelles motivations de ventes par des changements de style.</p><p>Un bureau de style et de promotion a �t� ainsi cr�� dans le cadre de la F�d�-</p><p>ration de l�industrie de la bonneterie.</p><p>Les couturiers Pierre Balmain, Pierre Cardin, Ted Lapidus se sont int�ress�s � ce domaine. Il n�est pas jusqu�aux sous-v�tements masculins qui ne soient marqu�s par le style.</p><p>Collants, slips et soutiens-gorge, dont l��lasticit� nouvelle permet d��viter au stade de la fabrication l�op�ration du formage, sont de plus en plus conditionn�s � en vrac �, sous le volume d�un paquet de cigarettes, et distribu�s suivant des r�seaux inhabituels (coiffeurs, parfumerie, etc.).</p><p>Vocabulaire de la maille</p><p>bermuda, culotte � jambes longues et collantes s�arr�tant aux genoux.</p><p>collant, sous-v�tement en voile ou en mousse �lastique associant le slip et les bas en une seule pi�ce.</p><p>combin�, sous-v�tement constitu� d�abord par la r�union de la gaine et du soutien-gorge en une seule pi�ce et qui se prolonge aujourd�hui par l�adjonction du collant.</p><p>coordonn�es, pi�ces de lingerie diverses assorties entre elles.</p><p>coup�-cousu, pi�ce de jersey produite � plat par le m�tier, sans aucune modification de mailles, et que l�on travaille comme un tissu � trame et � cha�ne.</p><p>d�bardeur, v�tement � mailles ou de tissu, largement �chancr� aux emmanchures et � l�encolure, inspir� de celui que portent en g�n�ral les d�bardeurs.</p><p>denier, unit� servant � estimer la finesse des fibres textiles (soie, textiles chimiques) et qui correspond au poids, �valu� en grammes, de 9 000 m de la fibre.</p><p>d�shabill�, v�tement d�int�rieur l�ger et �l�gant.</p><p>fully-fashioned, se dit des pi�ces tricot�es � plat sur le m�tier et comportant d�j� les diminutions n�cessaires � leur assemblage par remmaillage.</p><p>ind�maillable, se dit d�un tissu � mailles dont la contexture est telle qu�une maille cass�e n�entra�ne pas le coulage des autres.</p><p>interlock, tissu � mailles ex�cut� sur m�tier circulaire et qui ne comporte pas d�envers.</p><p>panty, gaine � jambes.</p><p>tee-shirt ou T-shirt, chandail droit, � manches courtes, � encolure ras-du-cou et affectant, pos� � plat, la forme d�un T.</p><p>S. L.</p><p>F Costume / Mode / Textiles.</p><p>R. Thevenin, les Fourrures (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1949). / C. Bertin, Haute-Couture, terre inconnue (Hachette, 1956). /</p><p>L. Jaque, le Savoir-coudre (�d. du Hennin, 1956). / Claude-Salvy, J�ai vu vivre la mode (Fayard, 1960). / M. F. de La Villehuchet, Guide de coupe et couture (le Livre de poche, 1968). /</p><p>J. Esterel, Comment on devient couturier (Verviers, G�rard, 1969).</p><p>habitude</p><p>F INTELLIGENCE.</p><p>Habsbourg</p><p>Dynastie autrichienne.</p><p>Originaire de Suisse occidentale,</p><p>la maison des Habsbourg �largit ses possessions au bassin danubien d�s le XIIIe s. avant de pr�tendre, � la fin du Moyen �ge, � un destin europ�en, voire � la monarchie universelle avec l�empereur Charles Quint. Aussi se heurta-t-elle violemment � la monarchie et � la nation fran�aises ; en d�pit de tentatives de rapprochement �ph�m�res, on trouve rarement, de 1519 � 1918, la France et les Habsbourg dans le m�me camp, qu�il s�agisse de l�Espagne ou de l�Autriche. C�est pourquoi il est encore difficile de parler des Habsbourg sans passion et sans haine. Tant�t les dirigeants de la France leur reprochaient d�encercler le royaume, tant�t l�opinion les accusait de se faire les champions du germanisme, d�autres enfin voyaient en eux les d�fenseurs du catholicisme, de l�obscurantisme et de la r�action. La m�fiance et l�incompr�-</p><p>hension atteignirent leur point culminant au XIXe s., lorsque les historiens lib�raux, de quelque nationalit� qu�ils fussent, pr�t�rent la main aux hommes politiques pour les accuser d�avoir cr�� en Europe une forme d��tat compl�tement �trang�re aux conceptions nationalistes. En effet, les Habsbourg ont toujours �t� indiff�rents � la notion d��tat-nation ; ils ont, par principe, respect� les traditions des diff�rents peuples qui �taient plac�s sous leur autorit�, m�me lorsque, comme dans la p�ninsule Ib�rique, la centralisation e�t downloadModeText.vue.download 58 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5199</p><p>�t� possible ; c�est une des raisons pour lesquelles ils ont n�glig�, en 1815, de faire l�unit� allemande � leur profit.</p><p>Les origines :</p><p>Xe-XIIIe si�cle</p><p>Sans remonter aux origines mythiques (romaines ou troyennes) que leur attribuaient g�n�reusement certains humanistes, on peut admettre que la famille de Habsbourg descendait du duc d�Alsace Ethicon Ier et qu�elle s��tablit, vers l�an 1000, autour du ch�teau de l��pervier (en allem. Habichtsburg), dans le canton d�Argovie. Par une habile politique, les seigneurs f�o-</p><p>daux �tendirent leurs possessions en Suisse al�manique et en Alsace m�ridionale : ils fond�rent, par exemple, le couvent d�Ottmarsheim, dont l��glise fait encore la joie des amateurs d�art roman. En m�me temps, ils se mirent au service de la dynastie imp�riale des Hohenstaufen ; l�empereur Fr�d�ric* II appr�ciait leur aide, mais leur heure de gloire vint pr�cis�ment de la chute des trop ambitieux Staufen. En Allemagne, la crise dynastique ouverte par la mort de Fr�d�ric II se prolongea par une longue p�riode d�anarchie, le Grand Interr�gne, au terme duquel Rodolphe de Habsbourg (1218-1291) fut �lu roi des Romains, en raison m�me de la puissance modeste de sa famille : les Habsbourg avaient alors une base territoriale solide, mais insuffisante pour porter ombrage aux grands feudataires.</p><p>Cette �lection de 1273 devait pourtant repr�senter le point de d�part de la v�ritable fortune des Habsbourg.</p><p>Par la suite, une pieuse l�gende a fait de Rodolphe Ier un prince quasi parfait, en passant sous silence son ambition forcen�e. Certes, le nouveau roi d�Allemagne pr�f�ra renoncer � la couronne imp�riale plut�t que de gaspiller ses ressources et son autorit� dans les chim�res du voyage � Rome (R�merzug) ; � ce prix, il fortifia, en Allemagne, le pouvoir monarchique, qui en avait bien besoin apr�s le Grand Interr�gne. Am�rement critiqu� par Dante et les gibelins italiens, ce comportement fut en revanche appr�ci� par les Allemands. En outre, Rodolphe de Habsbourg n��tait pas d�pourvu d�une pi�t� discr�tement ostentatoire ; il est en particulier � l�origine de la d�votion que tous les Habsbourg ont manifest�e � l��gard du saint sacrement.</p><p>Bien entendu, cette l�gende a �t� soigneusement entretenue pour accr�diter l�image que la maison d�Autriche voulait donner d�elle-m�me : les Habsbourg seraient les d�fenseurs pr�destin�s de la paix, de la justice et de la religion.</p><p>Voil� pour le mythe. Quant � la</p><p>r�alit�, elle est bien plus sordide : Rodolphe Ier profita de sa fonction royale pour s�approprier un vaste domaine dans l�actuelle Autriche (Basse-Autriche, Styrie). Le dernier margrave de</p><p>la dynastie des Babenberg �tant mort sans h�ritier m�le (1246), Rodolphe Ier refusa d�accorder l�investiture au gendre du d�funt, le roi de Boh�me Otakar II P&#x159;emysl, et se r�serva ses provinces autrichiennes pour lui et ses descendants, d�pla�ant ainsi le centre de gravit� de la puissance territoriale des Habsbourg du Rhin vers le Danube.</p><p>Otakar II se r�volta contre son suzerain, mais fut vaincu et tu� � la bataille de D�rnkrut, dans le Marchfeld (ao�t 1278), qui scella le destin de cette partie de l�Europe et fonda une seconde fois la maison des Habsbourg, qui s�identifia si bien avec ses nouveaux domaines qu�elle devint, au XVe s., la maison d�Autriche. D�sormais, les Habsbourg, par ce coup de ma�tre, devenaient les �gaux des grands feudataires de Saxe ou de Bavi�re. C�est pourquoi la maison d�Autriche connut une �clipse partielle au cours du XIVe s. � la mort du fils de Rodolphe, Albert Ier, en 1308, la couronne imp�riale passa � la maison de Luxembourg.</p><p>Cette �clipse temporaire de plus d�un si�cle fut en fait b�n�fique aux Habsbourg, car elle leur permit de s�enraciner dans leurs nouveaux domaines et de les arrondir : en 1363, le Tyrol se pla-</p><p>�ait sous leur autorit� : ils disposaient d�sormais d�un territoire continu allant des Vosges � la fronti�re hongroise et correspondant � l�actuelle R�publique autrichienne. Rodolphe IV (1339-1365), duc d�Autriche de 1358 � 1365, d�veloppa sa capitale. Vienne, dont le r�le comme grand march� international ne cessait de cro�tre. Il commen�a les travaux de la cath�drale Saint-�tienne et, surtout, fonda l�universit�, qui fut ainsi l�une des premi�res d�Europe centrale. Ainsi, les pays h�r�ditaires de langue allemande �taient capables de fournir une base stable aux ambitions internationales de Fr�d�ric III et de ses successeurs, au XVe s.</p><p>La monarchie universelle</p><p>et l�empire de Charles</p><p>Quint (1519-1555)</p><p>La monarchie universelle (c�est-�-dire la domination du monde connu) �tait le but lointain que Fr�d�ric III s��tait fix� pour la maison d�Autriche et qu�il exprima dans sa devise A. E. I. O. U.</p><p>(Austriae est imperare orbi universo.</p><p>[� Il appartient � l�Autriche de r�gner sur tout l�univers. �]). �lu empereur en 1440 � la place de son cousin Albert II, Fr�d�ric III (1415-1493) n�avait rien d�un conqu�rant ; il opposa � l�adver-sit� la patience, la r�signation apparente et la t�nacit�. Il �tait un bien triste continuateur de la maison de Luxembourg (Charles IV, au si�cle pr�c�dent, et Sigismond, mort en 1437). Battu par le roi de Hongrie Mathias Corvin, chass� pour un temps de Vienne, sa capitale, qui aurait pu pr�voir que � le Soleil ne se coucherait jamais � sur les terres de son arri�re-petit-fils, Charles Quint ? Pourtant, � sa mort, en 1493, il pouvait se dire qu�il avait accompli l�essentiel. En effet, en mariant (1477) son fils Maximilien � Marie de Bourgogne, la fille unique du T�m�raire, il scella le destin europ�en de la dynastie ; en recueillant l�h�ritage bourguignon, la maison d�Autriche sortait tout d�un coup de l�espace allemand et danubien pour s�emparer d�une des plus riches contr�es d�Europe, les Pays-Bas. En outre, les Habsbourg allaient se brouiller � mort avec les Valois, qui r�cup�r�rent la Bourgogne, tandis que le reste de l�h�ritage du T�m�raire leur �chappait.</p><p>Bien plus, le processus des unions dynastiques est amorc�, justifiant la formule c�l�bre : Bella gerant alii/Tu, felix Austria, nube. Maximilien r�ussissait en effet � marier son fils Philippe le Beau � l�infante Jeanne la Folle, h�ri-ti�re des Rois Catholiques, tandis que, par le trait� de Vienne de 1515, il pr�-</p><p>parait la mainmise de la maison d�Autriche sur les royaumes de Boh�me et de Hongrie. Sans doute, cette politique matrimoniale fut accompagn�e d�heureux hasards : la mort pr�matur�e de Philippe le Beau (1506), l�incapacit� totale de Jeanne la Folle � exercer le pouvoir en Espagne, la d�couverte du Nouveau Monde, la disparition pr�-</p><p>coce de Louis II Jagellon � la bataille de Moh�cs, en 1526. Toujours est-il qu�une famille princi�re allemande se trouva � la t�te d�un empire mondial sans se livrer � la moindre guerre de conqu�te.</p><p>Certes, Maximilien* Ier (1459-1519), empereur de 1493 � 1519, disputa aux Valois h�ritage bourguignon et pos-</p><p>sessions italiennes (duch� de Milan, royaume des Deux-Siciles), mais jamais aucune province ne tomba sous son autorit� par droit de conqu�te.</p><p>M�me son petit-fils Ferdinand Ier (1503-1564) fut �lu r�guli�rement roi en Boh�me et en Hongrie, apr�s la disparition de Louis II Jagellon ; ainsi, les ordres des deux royaumes ratifi�rent le trait� de Vienne de 1515 pass� entre les deux maisons souveraines ; d�ailleurs, leur nouvelle reine, l��pouse de Ferdinand Ier, �tait une Jagellon. Dans tous les cas, les populations �prouvaient le sentiment que le Habsbourg �tait leur souverain l�gitime et qu�il repr�sentait l�autorit� l�gale, � laquelle il convenait d�ob�ir, puisqu�il �tait l�h�ritier du dernier souverain du pays. Milan ou les Pays-Bas n�avaient pas �t� conquis par un prince � allemand �, mais ob�issaient � l�h�ritier des Sforza ou des ducs de Bourgogne. La nuance est de taille et m�rite d��tre soulign�e. Les principales difficult�s provinrent des aristocrates, qui tent�rent parfois de profiter de la situation pour �largir leurs pouvoirs au d�triment du souverain. Tant que Charles* Quint (1500-1558) fut au pouvoir, aucune nation ne s�imposa aux autres, et ce qu�on appelle l�Empire fut en fait une vaste conf�d�ration.</p><p>C�est pourquoi, fort de l�autorit� que lui conf�rait la l�gitimit� et du prestige que lui apportait la dignit� imp�riale, Charles Quint tenta de gouverner seul les Pays-Bas, l�Espagne, les Indes occidentales, une bonne partie de l�Italie et l�Allemagne, o� il avait r�ussi � se faire �lire Empereur, en 1519, � la mort de son grand-p�re Maximilien Ier. Seule la France, sur le continent, �chappait � son autorit�, puisque, apr�s 1526, son fr�re Ferdinand Ier contr�lait l�Europe centrale et danubienne.</p><p>Pourtant, Charles Quint ne disposa jamais d�un v�ritable gouvernement centralis�. Il n�eut m�me pas de capitale pour l�ensemble de ses �tats ; laissant � chaque pays, � chaque royaume sa propre administration et son propre gouvernement, il s�entoura, quant � lui, de conseillers bourguignons et italiens, qui le suivaient dans ses multiples d�placements. Son r�gne fut une longue suite d��checs, peut-�tre parce qu�il voulait d�fendre des valeurs auxquelles ses contemporains ne</p><p>croyaient plus ; chr�tient�, monarchie universelle. Lui qui se sentait � bourguignon � sans �tre attach� � aucune nationalit� particuli�re, il se heurta aux nationalismes naissants, tant en France qu�en Allemagne ; ses sujets comme ses adversaires lui men�rent la vie dure, et, en d�pit d��clatantes victoires remport�es sur Fran�ois Ier ou ses vassaux allemands, il ne put r�tablir l�unit� politique de la chr�tient�.</p><p>Mais surtout, il assista, impuissant, aux progr�s de la R�forme en Allemagne ; toutes les mesures qu�il put prendre contre Luther d�abord, contre les partisans de ce dernier ensuite �chou�rent downloadModeText.vue.download 59 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5200</p><p>lamentablement ; par la paix d�Augsbourg, il reconnut l�existence de deux confessions chr�tiennes en Allemagne, tandis que l�h�r�sie se propageait aux Pays-Bas et dans toute l�Europe du Nord. Il avait �t� incapable de sauver l�unit� religieuse de la chr�tient�. Profond�ment d��u, il abdiqua pour finir ses jours dans un monast�re castillan, apr�s avoir soigneusement r�gl� sa succession.</p><p>Aveu implicite de renonciation � la monarchie universelle : il partagea le patrimoine des Habsbourg entre son fr�re cadet Ferdinand Ier (1503-1564) et son fils Philippe* II (1527-1598), cr�ant volontairement une branche allemande distincte de la branche espagnole. D�j�, d�s 1522, il avait confi� le gouvernement des pays h�r�ditaires de langue allemande � son fr�re Ferdinand. Apr�s la disparition de Louis II Jagellon et l��lection de Ferdinand aux tr�nes de Boh�me et de Hongrie (1526) naissait la monarchie danubienne, qui, sous le nom d�Autriche-Hongrie, devait se maintenir jusqu�en 1918.</p><p>Ferdinand, espagnol de temp�rament et d��ducation, tenta de mettre au pas ses nouveaux sujets ; il dut bien vite d�chanter ; tout au plus r�ussit-il � cr�er une administration centrale, attach�e � sa personne. Il s�inspirait visiblement du mod�le bourguignon, mais le pouvoir des officiers et des conseils</p><p>qu�il cr�a fut toujours limit� par les privil�ges des pays composant la monarchie, qui conservaient leurs propres gouvernements et leurs assembl�es d��tats. En outre, les royaumes que gouvernait Ferdinand Ier constituaient une mosa�que de peuples, de langues, de cultures et bient�t de religions. Le p�ril turc �tait n�anmoins assez fort pour que la peur, � d�faut d�autre chose, constitu�t un lien entre les provinces autrichiennes, les pays de la couronne de Boh�me et la Hongrie. En abdiquant (1555-56), Charles Quint se d�cida � laisser la couronne imp�riale � son fr�re, qu�il avait d�j� fait �lire roi des Romains (1531) et � qui il avait, depuis longtemps, confi� d�importantes responsabilit�s en Allemagne.</p><p>Tout le reste de ses possessions allait � son fils Philippe II, qui devenait ainsi le souverain le plus puissant d�Europe et qui choisit tr�s vite de s��tablir en Espagne, o� il transf�ra le gouvernement central de son empire. Signe visible de sa pr��minence : il demeurait le grand ma�tre de l�ordre de la Toison d�or.</p><p>L�empire partag�</p><p>(1556-1700)</p><p>En fait, le partage n��tait qu�apparent, car tous les �tats sur lesquels le Soleil ne se couchait jamais (auxquels s�ajout�rent, apr�s 1580, le Portugal et son empire colonial) demeuraient la propri�t� indivise de la famille, dont le chef �tait le roi d�Espagne, qui poss�dait, en outre, les colonies am�ricaines, les provinces italiennes et les Pays-Bas. L�Empereur, en d�pit de son titre prestigieux, apparaissait comme le parent pauvre, voire le subordonn� de son cousin de Madrid.</p><p>C�est d�ailleurs ce dernier qui reprit la politique de Charles Quint, aussi bien � l��gard de la France que vis-</p><p>�-vis des protestants. Quoiqu�il ne f�t pas, officiellement, le chef de la chr�tient�, il se fit, partout, le champion du catholicisme, le vieil esprit de croisade n��tant pas mort, en Espagne, avec la fin de la Reconquista et la prise de Grenade (1492). C�est pourquoi il poursuivit la politique de Charles Quint en Afrique du Nord et, d�une fa�on g�n�rale, contre les Turcs ; c�est gr�ce � la participation espagnole que fut possible la grande victoire</p><p>navale des chr�tiens sur les Ottomans � L�pante (oct. 1571). Mais, en d�pit des ressources que lui procuraient les mines d�argent d�Am�rique, l�Espagne de Philippe II �tait moins redoutable qu�elle n�en avait l�air. Ses forces �taient dispers�es entre la p�ninsule Ib�rique, les Pays-Bas et l�Italie ; l�axe Milan-Bruxelles �tait, pour elle, vital ; soldats, lettres de change, courriers y circulaient lentement. En outre, Philippe II, le � roi prudent �, �tait fort lent � se d�cider. Dans les derni�res ann�es de son r�gne, il dirigea tout son empire � partir de son cabinet de l�Escorial, travailleur infatigable, chef du premier gouvernement bureaucra-tique de l�Europe moderne. � partir de 1568, la r�volte des Pays-Bas ne cessa de fixer son attention et d�absorber une bonne partie des forces de l�Espagne.</p><p>Des motivations religieuses, nationales et �conomiques avaient jou� contre le</p><p>� roi prudent �, qui ne sut pas faire les concessions n�cessaires au moment opportun ; une longue lutte n�aboutit qu�au partage de facto : la partie septentrionale, protestante, conquit son ind�pendance, tandis que la partie m�-</p><p>ridionale, catholique, demeurait sous l�autorit� des Habsbourg.</p><p>M�lant sans cesse d�fense de la religion catholique et int�r�ts dynastiques, Philippe II intervint en France et en Angleterre contre les protestants, soutenant la Ligue comme les catholiques anglais. Il est vrai qu�il faillit parache-ver la politique matrimoniale des Habsbourg et mettre la main sur les deux grands royaumes qui leur �chappaient ; il fut, un temps, l��poux de Marie Tudor, reine d�Angleterre, qui mourut pr�matur�ment en 1558, sans lui laisser d�h�ritiers ; apr�s la mort d�Henri III, il aurait voulu placer sa fille, l�infante Isabelle, sur le tr�ne de France. � sa mort, en 1598, la monarchie d�Espagne demeurait une puissance redoutable, en d�pit de ces �checs relatifs, tandis que la branche allemande connaissait une �clipse momentan�e, faute de moyens et faute de souverains capables.</p><p>Le fils de Ferdinand Ier, Maximilien II (1527-1576), empereur de 1564</p><p>� 1576, �tait lui-m�me favorable aux �glises de la R�forme, qui s�install�rent solidement en Autriche ; vers</p><p>1580, le catholicisme est une confession minoritaire dans les pays de la monarchie danubienne. Quant � la gestion de son successeur Rodolphe II (1552-1612), empereur de 1576 � 1612, elle fut d�sastreuse ; catholique fervent, form� � la cour d�Espagne, il �choua lamentablement dans sa politique de Contre-R�forme. D�pourvu d�autorit�, il s�enferma dans le ch�teau de Prague avec ses astrologues et ses dossiers, se refusant � prendre une d�cision quelconque, sans vouloir non plus d�l�-</p><p>guer ses pouvoirs � l�un de ses fr�res ; vers 1610, le pouvoir �tait dilu� entre plusieurs archiducs, �tablis � Vienne, Graz, Innsbruck, tandis que l�empereur Rodolphe II conservait un semblant d�autorit� sur le royaume de Boh�me, au prix d�une importante concession � la noblesse protestante, la lettre de majest�, accordant la libert� de culte et de substantiels privil�ges aux �glises issues de la R�forme.</p><p>Le salut devait venir finalement d�une branche cadette, issue de Ferdinand Ier, qui avait �tabli son fils cadet � Graz. Comme ni Rodolphe ni son fr�re Mathias (1557-1619), empereur de 1612 � 1619, n�avaient d�h�ritiers, la succession �chut � Ferdinand de Styrie (1578-1637), le roi d�Espagne Philippe II s��tant d�sist� en faveur de son cousin.</p><p>Ferdinand II, empereur de 1619 � 1637, �tait un champion d�cid�, pour ne pas dire fanatique de la Contre-R�-</p><p>forme. Form� par les J�suites, c��tait un mystique, qui se sentait responsable du salut de ses sujets. Il n�entrevoyait, pour les protestants, que deux possibilit�s : la conversion au catholicisme romain ou l�exil. La r�volte mala-droite des �tats de Boh�me lui fournit l�occasion inesp�r�e de supprimer des privil�ges qu�il n�avait confirm�s qu�� contrecoeur. OEuvre de longue haleine, la reconqu�te catholique ne fut achev�e, en Boh�me et en Autriche, que vers 1660. Ferdinand II en profita pour limiter les privil�ges politiques exorbitants des ordres, sans pour autant imposer, comme on l�a dit trop souvent, l�absolutisme. Mais la r�volte des �tats de Boh�me avait relanc� la guerre europ�enne, et l�on vit les deux branches de la maison de Habsbourg �troitement</p><p>unies.</p><p>L�alliance entre Vienne et Madrid se traduisait par une aide financi�re de l�Espagne � l�empereur, toujours d�sargent�, et parfois par un appui militaire r�ciproque, l�Espagne sollicitant fr�quemment l�envoi de contingents, qu�elle r�tribuait, car elle �tait plus riche en num�raire qu�en hommes.</p><p>Mais Richelieu et la diplomatie fran-</p><p>�aise consid�raient alors la monarchie espagnole comme le v�ritable ennemi des int�r�ts fran�ais, l�Empereur n��tant, d�j�, qu�un brillant second.</p><p>C�est d�ailleurs par une d�claration de guerre � l�Espagne, en 1635, que la France marqua son entr�e dans la guerre de Trente Ans. Un des enjeux du conflit �tait pr�cis�ment l�axe de communication de la monarchie espagnole, Bruxelles-Milan ; l�autre consistant, pour la France, � prot�-</p><p>ger ses alli�s protestants, Hollandais, Su�dois et princes allemands. On sait que le conflit tourna � l�avantage de la France ; par les trait�s de Westphalie, Ferdinand III (1608-1657), empereur de 1637 � 1657, dut c�der � Louis XIV</p><p>son patrimoine en Haute-Alsace, tandis qu�il voyait son autorit� dans l�Empire consid�rablement diminu�e. L�Espagne de Philippe IV lutta encore onze ans contre la France, qui triomphera au trait� des Pyr�n�es, en 1659.</p><p>Les Habsbourg, apr�s cette perte de prestige, allaient conna�tre une crise bien plus grave, qui, finalement, leur co�ta la majeure partie des possessions de la branche espagnole. En effet, la politique de mariages consanguins aboutit, � la fin du XVIIe s., � l�extinction de la brandie a�n�e. L�historiographie classique a souvent bl�m� ces alliances matrimoniales ; en fait, les mariages consanguins �taient d�usage fr�quent chez tous les poss�dants, nobles ou roturiers, pour �viter le partage du patrimoine. Cette politique avait pour but de pr�server la puissance et l�unit� de la famille et d��viter les querelles de succession. C��tait faire fi des risques de mortalit� consid�rables, m�me dans downloadModeText.vue.download 60 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5201</p><p>les familles princi�res. Une suite de hasards malheureux fit qu�� la mort de Philippe IV, en 1665, la famille n��tait plus repr�sent�e que par un enfant ch�-</p><p>tif, Charles* II d�Espagne, un jeune prince de sant� d�licate, encore c�liba-taire, l�empereur L�opold Ier et l�infante Marie-Th�r�se, �pouse de Louis XIV.</p><p>La mort de Philippe IV avait ouvert la crise de la succession d�Espagne, qui pr�occupa les chancelleries durant pr�s de quarante ans et aboutit � un conflit europ�en g�n�ralis�.</p><p>Charles II (1661-1700), roi d�Espagne de 1665 � 1700, fut en effet incapable d�avoir des enfants de son mariage avec une princesse allemande, Marie-Anne de Palatinat-Neubourg.</p><p>Entre-temps, L�opold Ier (1640-1705), empereur de 1657 � 1705, avait r�ussi � �lever deux fils, l�archiduc Joseph, qu�il destinait � la couronne imp�riale, et l�archiduc Charles, dont il voulait faire le successeur de son cousin Charles II d�Espagne. Celui-ci pourtant institua son petit-neveu, Philippe, duc d�Anjou, son l�gataire universel, car les Espagnols voulaient sauver � tout prix l�int�grit� de la monarchie ; les Habsbourg de Vienne semblaient incapables de d�fendre par les armes l�in-t�grit� de la succession ; l�Empereur devait, d�une mani�re ou d�une autre, accepter un partage avec les Bourbons.</p><p>Ceux-ci accept�rent le testament de Charles II, mais les puissances maritimes, redoutant l�h�g�monie fran�aise et la mainmise des n�gociants fran�ais sur le march� sud-am�ricain, soutinrent les pr�tentions de l�archiduc Charles, tout � fait l�gitimes dans l�optique de la maison d�Autriche.</p><p>On sait que celui-ci ne parvint pas � se maintenir sur le tr�ne d�Espagne, m�me au prix d�un conflit g�n�ralis�, et qu�il dut finalement c�der la place � Philippe* V, le petit-fils de Louis XIV.</p><p>Malgr� l�appui des Catalans et de s�-</p><p>rieuses d�faites fran�aises, il ne parvint pas � emporter la d�cision apr�s dix an-n�es de guerre ; or, la mort inopin�e de son fr�re Joseph Ier (1678-1711), empereur de 1705 � 1711, reconstituait, � son profit, l�empire de Charles Quint, et les Anglais ne voulaient d�aucune monarchie universelle, que ce f�t au profit des Bourbons ou des Habsbourg.</p><p>Abandonn� par les puissances maritimes, l�archiduc, devenu l�empereur Charles VI (1685-1740), empereur de 1711 � 1740, ne r�ussit qu�� sauver quelques �l�ments de son patrimoine : les Pays-Bas, Milan et Naples. Paix de compromis, certes, mais qui convenait davantage � la France et � la Grande-Bretagne qu�aux int�ress�s eux-</p><p>m�mes, c�est-�-dire aux Habsbourg et � la nation espagnole.</p><p>Quoi qu�il en soit, la maison d�Autriche avait apport� � l�Espagne deux si�cles de gloire, les Habsbourg de Madrid s�identifiant de plus en plus � la nation castillane. D�sormais, la vocation mondiale des Habsbourg �tait termin�e, mais la branche allemande aura encore un r�le � jouer en Europe continentale, en Allemagne, en Italie et dans le bassin danubien, les Pays-Bas ne tenant gu�re de place, au XVIIIe s., dans les pr�occupations du gouvernement de Vienne.</p><p>Apr�s 1715, l�Autriche n�en passe pas moins pour une grande puissance, tant par l��tendue de ses territoires que par l�importance de son arm�e, qui vient de s�illustrer sur tous les champs de bataille de l�Europe et qui a chass�, pour de bon, les Turcs de Hongrie. Malheureusement, la structure de l��tat demeure fragile, de l�avis m�me du prince Eug�ne de Savoie, principal ministre de l�empereur Charles VI.</p><p>Celui-ci ne sut ou ne put proc�der � l�indispensable unification de territoires plus disparates que jamais, alors que la valeur de l�arm�e, apr�s 1730, ne cessait de diminuer. Charles VI pr�-</p><p>para bien mal sa fille unique, l�archiduchesse Marie-Th�r�se* (1717-1780), imp�ratrice de 1740 � 1780, � affronter une nouvelle crise de succession qui, une fois de plus, d�clencha une guerre europ�enne et mit en p�ril l�existence m�me de la monarchie autrichienne.</p><p>Les Habsbourg-Lorraine</p><p>(1740-1918)</p><p>� la mort de Charles VI, en 1740, l�h�-</p><p>riti�re des Habsbourg dut en effet faire face � une impressionnante coalition, dirig�e par la France, qui voulait profiter de l�occasion pour ruiner d�finitivement la puissance autrichienne et</p><p>qui ne fit, en d�finitive, que le jeu de la Prusse. En effet, tandis que les �lecteurs refusaient la couronne imp�riale au mari de l�archiduchesse, Fran�ois de Lorraine, depuis 1737 grand-duc de Toscane, Fr�d�ric II s�emparait de la Sil�sie, qui constitua, ult�rieurement, une des bases de la puissance prussienne.</p><p>� long terme, cette perte fut gravement pr�judiciable � l�Autriche et � l��quilibre des forces en Europe centrale. Quant � la dignit� imp�riale, elle revint au Habsbourg-Lorraine en 1745, � la mort de Charles VII, empereur de 1742 � 1745, de la maison des Wittels-bach et candidat de la France en 1740.</p><p>Une fois la crise surmont�e, le r�gne de Marie-Th�r�se fut l�un des plus brillants qu�ait connus la monarchie autrichienne ; pour la premi�re fois depuis 1526, elle parvenait � donner � ses �tats cette structure centralis�e dont avait r�v� le Prince Eug�ne.</p><p>Tout en respectant langues nationales, cultures particuli�res et privil�ges des ordres, elle tenta d�appuyer le tr�ne sur quatre piliers : fid�lit� � la dynastie, fid�lit� � la religion catholique, une bonne administration, comp�tente, efficace, honn�te et enfin une solide arm�e qui f�t vraiment commune � tous ses peuples et d�vou�e � l��tat.</p><p>Souveraine tr�s aim�e de ses sujets, Marie-Th�r�se fonda v�ritablement une nouvelle dynastie, gr�ce � sa nombreuse descendance en ligne masculine comme en ligne f�minine. La tentative de rapprochement avec la France (le fameux renversement des alliances de 1756) devait tourner court ; elle maria sa fille pr�f�r�e, l�archiduchesse Marie-Antoinette, au futur Louis XVI ; on sait ce qu�il en advint.</p><p>Les Habsbourg devaient se r�v�ler des adversaires irr�ductibles de la R�-</p><p>volution fran�aise, qu�ils combattirent par les armes. Les r�formes hardies de Joseph* II (1741-1790), empereur de 1765 � 1790, avaient montr� jusqu�� quel point les id�es nouvelles �taient inapplicables dans cette mosa�que de pays domin�s par les ordres. Ses tentatives d�unification linguistique avaient tourn� court ; il avait pu seulement r�duire le pouvoir exorbitant</p><p>de l��glise, accorder la libert� de culte et am�liorer la condition juridique des paysans ; noblesse et clerg� serr�rent les rangs derri�re Fran�ois II (1768-1835), empereur de 1792 � 1806, qui r�prima durement la r�volte des jacobins hongrois.</p><p>Une fois achev� l�interm�de de</p><p>Joseph II, les Habsbourg furent in-discutablement les champions de la</p><p>� r�action �. Metternich imposa cette politique � l�Autriche et � l�Europe de 1815 � 1848. La coh�sion de l�Autriche reposait sur des valeurs qui �taient en contradiction formelle avec les principes de la R�volution fran�aise, en particulier l�id�e de l��tat-nation.</p><p>Jusqu�en 1918, les Habsbourg ont oscill� entre l�immobilisme et un r�-</p><p>formisme prudent, adapt� aux n�cessit�s autrichiennes, les peuples de la monarchie se rendant bien compte, jusqu�en 1914, qu�ils avaient int�-</p><p>r�t � rester unis en face de la Russie et de l�Allemagne. Et les Habsbourg ne devaient pas survivre au conflit mondial, qu�un des leurs, l�empereur Fran�ois-Joseph* 1er (1830-1916), empereur de 1848 � 1916, avait impru-demment engag� pour venger la mort de son neveu, l�archiduc Fran�ois-Ferdinand, assassin� � Sarajevo en 1914. L�empereur Charles Ier (1887-1922) renon�a au tr�ne en novembre 1918 ; deux tentatives de restauration en Hongrie devaient �chouer, devant l�hostilit� des Alli�s, des �tats successeurs et du chef de la contre-r�volution hongroise, l�amiral Horthy. Le fils du dernier Empereur, l�archiduc Otto (n� en 1912), vit aujourd�hui exil� en Ba-vi�re, la R�publique autrichienne lui interdisant l�acc�s de son territoire tant qu�il n�aura pas renonc� � toute action politique.</p><p>En d�pit des caract�res tr�s divers des souverains de la maison de Habsbourg, un trait dominant se retrouve n�anmoins chez chacun d�entre eux tout au long de l�histoire : leur tr�s profonde pi�t� et leur attachement au catholicisme, aussi bien en Espagne que dans les pays danubiens. Ces princes, de temp�rament bienveillant, respec-taient volontiers les coutumes, les constitutions, les cultures particuli�res</p><p>de leurs sujets, mais � condition que ceux-ci demeurassent catholiques. Sur ce seul point, ils �taient intransigeants, � la fois par conviction intime et par principe politique. On comprend pourquoi l�historiographie lib�rale ne pouvait avoir beaucoup de sympathie pour une dynastie qui avait con�u sa mission en fonction d�autres valeurs �thiques et politiques : fid�lit� dynastique, supra-nationalit�, cosmopolitisme, catholicisme romain.</p><p>J. B.</p><p>F Allemagne / Autriche / Boh�me / Bourgogne /</p><p>Charles V ou Charles Quint / Charles II d�Espagne</p><p>/ Contre-R�forme / Espagne / Fran�ois-Joseph Ier</p><p>/ Hongrie / Joseph II / Marie-Th�r�se / Maximilien Ier / Philippe II d�Espagne / Saint Empire romain germanique / Succession d�Autriche (guerre de la) / Succession d�Espagne (guerre de la).</p><p>A. Wandruszka, Das Haus Habsburg : die Geschichte einer europ�ischen Dynastie (Vienne, 1956 ; 2e �d., 1959). / A. Coreth, Pie-tas Austriaca (Vienne, 1959). / E. Z�llner, Die Geschichte �sterreichs. Von den Anf�ngen bis zur Gegenwart (Vienne, 1961 ; 3e �d., 1966 ; trad. fr. Histoire de l�Autriche, des origines � nos jours, Horvath, Roanne, 1966). / M. G�oris, les Habsbourg (Rencontre, Lausanne, 1969). /</p><p>downloadModeText.vue.download 61 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5202</p><p>V.-L. Tapi�, Monarchies et peuples du Danube (Fayard, 1969).</p><p>H&#x101;ch�mites ou</p><p>H&#x101;shimides</p><p>Famille quraychite.</p><p>Les H&#x101;ch�mites</p><p>au Hedjaz</p><p>Originaires du Hedjaz, les H&#x101;ch�mites parviennent, � la faveur de la Premi�re Guerre mondiale, � constituer des royaumes en Iraq et en Transjordanie.</p><p>C�est Husayn ibn �Al&#x12B; (v. 1856-1931) et ses fils Fay&#x1E63;al (1883-1933) et Abdullah (ou Abd All&#x101;h, 1882-1951) qui sont les artisans de cette ascension.</p><p>En 1908 &#x1E24;usayn r�ussit � se faire</p><p>nommer par le gouvernement ottoman ch�rif et �mir de La Mecque. Tr�s vite, il �tend sa domination sur le Hedjaz et entreprend m�me de mettre sous sa cape toute la p�ninsule arabique.</p><p>Mais il se heurte � l�opposition du souverain du Nadjd, ibn Sa�&#x16B;d Abd al-</p><p>�Az&#x12B;z (1902-1969), qui vise lui aussi la domination de toute l�Arabie. Pour contrecarrer les ambitions de son rival Saoudite, &#x1E24;usayn s�appuie sur le sultan ottoman, dont il ne conteste pas l�autorit� sur le Hedjaz. Et, puisque conservateur, il reste fid�le � l�Empire ottoman apr�s l�av�nement des jeunes-turcs, qui sont id�ologiquement assez avanc�s.</p><p>Le ch�rif de La Mecque va cepen-</p><p>dant changer d�attitude au d�but de la Premi�re Guerre mondiale. Il exploite le conflit pour consolider sa position au Hedjaz et assurer sa domination sur toute l�Arabie. Il entreprend alors, pour r�aliser ces objectifs, de marchander son appui aux puissances rivales. Il tente d�obtenir des Ottomans des garanties pour que le Hedjaz demeure un �mirat h�r�ditaire et autonome. Parall�lement, il n�gocie avec les Britanniques, qui travaillent alors � soulever les Arabes contre l�Empire ottoman.</p><p>Celui-ci, soucieux d�assurer son autorit� sur toutes ses provinces arabes qui pr�sentent un grand int�r�t strat�gique, ne donne pas satisfaction � l��mir de La Mecque.</p><p>&#x1E24;usayn penche alors dans le camp britannique et entreprend, en rapport avec certaines soci�t�s nationalistes arabes secr�tes, de saper la domination ottomane au Hedjaz, en Palestine, en Syrie et en Iraq, et de regrouper, avec l�aide de la Grande-Bretagne, tous ces pays sous l��gide des H&#x101;ch�mites. Prenant la t�te de la r�volte arabe contre les Ottomans, il proclame en novembre 1916 l�ind�pendance du Hedjaz vis-</p><p>�-vis de la Turquie, et se pr�sente � l�occasion comme le roi de l�Arabie.</p><p>Cependant, � la fin de la guerre, et malgr� l�aide apport�e aux puissances alli�es, le r�ve de &#x1E24;usayn d�assurer sa domination sur toute l�Arabie ne s�est pas concr�tis�. Le ch�rif de La Mecque ne peut pas obtenir l�appui des Britanniques contre ibn Sa�&#x16B;d �Abd al-</p><p>�Az&#x12B;z, qui contr�le alors le Nadjd, le</p><p>&#x1E24;&#x101;s&#x12B; et le &#x1E24;&#x101;�il, et vise l�occupation du Hedjaz. M�me le titre de calife, pris en 1924 � la suite de l�abolition du califat ottoman par Mustafa Kemal, ne le prot�ge pas contre les attaques saou-diennes. Il s�enfuit du Hedjaz, laissant le pouvoir � son fils a�n�, �Al&#x12B;. Ce dernier ne tarde pas � suivre son p�re, lorsque, en d�cembre 1925, ibn Sa�&#x16B;d ach�ve la conqu�te du Hedjaz. Apr�s la perte de son royaume, &#x1E24;usayn s�installe � Chypre et meurt � �Amm&#x101;n en 1931. Son fils �Al&#x12B; passe le reste de sa vie � Bagdad, o� il meurt en 1935.</p><p>Toutefois, les H&#x101;ch�mites ne disparaissent pas de la sc�ne politique apr�s la perte du Hedjaz au profit des Saou-diens. En effet, si la Grande-Bretagne abandonne &#x1E24;usayn, aussi ind�pendant qu�exigeant, elle favorise l�ascension de ses deux fils Fay&#x1E63;al et Abdullah sur les tr�nes de l�Iraq, ancienne province ottomane devenue mandat britannique apr�s la d�faite de la Turquie, et de la Transjordanie, royaume cr�� pour le besoin de la cause. Contrairement � leur p�re, ces derniers, devant leur situation � l�Angleterre, font preuve de fid�lit� et de soumission absolues � cette puissance mandataire, et travaillent leur vie durant � consolider sa position dans la r�gion.</p><p>Les H&#x101;ch�mites en Iraq</p><p>Le premier Fay&#x1E63;al se forge une certaine notori�t� � la faveur de la Premi�re Guerre mondiale, au cours de laquelle il joue un r�le relativement important.</p><p>C�est lui qui commande les troupes arabes qui combattent aux c�t�s des forces alli�es du Moyen-Orient. � ce titre, il est, � la fin de la guerre, admis � n�gocier avec les grandes puissances comme repr�sentant du Hedjaz � la conf�rence de la paix. Fay&#x1E63;al vise alors la couronne de la Syrie et compte sur l�appui britannique pour r�aliser ses ambitions. Mais cette ancienne province ottomane devait revenir, en vertu des accords franco-anglais de 1916, � la R�publique fran�aise.</p><p>C�est en vain que les notables syriens r�unis en congr�s g�n�ral en 1919 refusent le mandat fran�ais et offrent en mars 1920 la couronne de Syrie � Fay&#x1E63;al. Quelques mois plus</p><p>tard, en juillet 1920, les troupes arabes sont battues par l�arm�e fran�aise, et Fay&#x1E63;al est contraint de quitter la Syrie.</p><p>En guise de compensation, il re�oit, le 23 ao�t 1921, la couronne d�Iraq des mains des Britanniques. Ces derniers comptent sur son autorit� pour les aider � contenir les diverses contradictions qui minent alors la soci�t� irakienne et � assurer le gouvernement de ce pays. Fay&#x1E63;al donne satisfaction � la Grande-Bretagne, qui, s�re de ce partenaire id�al, consent � accorder, en 1930, l�ind�pendance de l�Iraq. Mais � la mort de Fay&#x1E63;al, survenue en 1933, son jeune fils Rh&#x101;z&#x12B; ne peut ma�triser la situation et contenir une agitation populaire mettant en cause la pr�sence britannique dans le pays. La mort du roi Rh&#x101;z&#x12B; (1939) dans un accident de voiture, dans des conditions assez myst�rieuses, aggrave une situation d�j� fort critique.</p><p>Son fils Fay&#x1E63;al II, tr�s jeune, ne pouvant pas gouverner, le pouvoir est confi� � son cousin �Abd al-Ilah, qui va diriger � titre de r�gent le pays jusqu�� la majorit� du roi en 1953. Tr�s attach� � la Grande-Bretagne, l��mir �Abd al-Ilah exacerbe le courant nationaliste, qui n�h�site pas, en 1941, � s�appuyer sur les forces de l�Axe pour le renverser et lib�rer le pays des H&#x101;ch�mites.</p><p>R�tablis en mai 1941 par les troupes britanniques, ces derniers sont d�sormais coup�s de la grande majorit� de la population. Aussi vont-ils s�engager davantage avec le bloc occidental pour sauver leur situation en Iraq. En 1955, ils participent avec la Turquie, l�Iran, le P&#x101;kist&#x101;n et la Grande-Bretagne � la constitution du pacte de Bagdad. Consid�r�s comme des tra�tres � la nation arabe, les H&#x101;ch�mites se heurtent alors � l�opposition des nationalistes, encourag�s par Nasser*. Le 14 juillet 1958, un coup d��tat militaire met fin au r�gne des H&#x101;ch�mites. Le roi Fay&#x1E63;al II et l��mir �Abd al-Ilah sont assassin�s, et la r�publique est proclam�e en Iraq.</p><p>Les H&#x101;ch�mites en</p><p>Jordanie</p><p>Cependant, si les branches hedja-ziennes et irakiennes des H&#x101;ch�mites perdent le pouvoir, il n�en est pas de m�me de celle de Jordanie, qui conti-</p><p>nue encore aujourd�hui � gouverner ce petit pays. Son chef de file Abdullah, second fils du ch�rif &#x1E24;usayn, devenu en 1921 �mir de Transjordanie par la volont� de la Grande-Bretagne, se distingue par sa fid�lit� � cette puissance mandataire. Le 22 mars 1946, il est, en vertu d�un trait� sign� avec le gouvernement britannique, proclam� souverain d�un �tat ind�pendant. En r�alit�, le pays reste sous la coupe de l�Angleterre, et la L�gion arabe, fer de lance du r�gime, est m�me command�e par un g�n�ral anglais.</p><p>Cette situation, ajout�e � l�annexion en 1950 d�une bonne partie de la Palestine au royaume h&#x101;ch�mite, devenu alors Jordanie*, et aux contacts entretenus discr�tement avec le gouvernement isra�lien, exacerbe le courant nationaliste et aboutit � l�assassinat du roi Abdullah le 20 juillet 1951. Son fils &#x1E6C;al&#x101;l, malade, n��tant pas en mesure de gouverner, est d�pos� par le Parlement au profit de &#x1E24;usayn, qui n�atteint sa majorit� que le 2 mai 1953 (v. Jordanie).</p><p>M. A.</p><p>F Arabie / Iraq / Jordanie.</p><p>Hadamard</p><p>(Jacques)</p><p>Math�maticien fran�ais (Versailles 1865 - Paris 1963).</p><p>Fils d�un professeur de lettres au lyc�e de Versailles, il se r�v�le de bonne heure dou� d�une intelligence hors de pair. Apr�s avoir remport� au concours g�n�ral les prix de latin et de grec, il se tourne vers les sciences et est, en 1884, re�u premier aux concours d�entr�e � l��cole polytechnique et � l��cole normale sup�rieure.</p><p>Il opte pour cette derni�re. Agr�g� de math�matiques en 1887, il enseigne au lyc�e Buffon de 1890 � 1893. En 1892, il soutient une th�se de doctorat (Essai sur l��tude des fonctions donn�es par leur d�veloppement en s�rie, de Taylor) et obtient, la m�me ann�e, le grand prix des sciences math�matiques.</p><p>De 1893 � 1897, il enseigne � la facult� des sciences de Bordeaux comme charg� de cours, puis comme profes-</p><p>seur de m�canique. Ses �tudes sur les fonctions transcendantes enti�res, d�j� amorc�es dans sa th�se, le conduisent � approfondir les recherches de Bernhard Riemann (1826-1866) sur la r�partition des nombres premiers (1859). Il s�agit d�une question c�l�bre dont les origines se trouvent dans une formule de Leon-downloadModeText.vue.download 62 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5203</p><p>hard Euler (1707-1783) et qu�en 1808</p><p>Adrien-Marie Le Gendre (1752-1833) avait � peu pr�s r�solue d�une fa�on empirique. � la suite de son ma�tre Gustav Lejeune-Dirichlet (1805-1859), Riemann utilisait des s�ries analogues � celle d�Euler, mais en d�duisait une fonction de la variable complexe, la fonction &#x3B6;, dont il �tudiait les diverses propri�t�s. En cherchant � conf�rer plus de rigueur � ces recherches, tentative o� beaucoup avaient �chou�, Hadamard donne en 1896 une d�monstration enfin correcte du th�or�me des nombres premiers : � Le nombre des premiers au plus �gaux � x est asymp-totiquement x : Log x. � La m�me ann�e, et ind�pendamment, Charles de La Vall�e Poussin (1866-1962) obtient le m�me r�sultat.</p><p>En 1897, Hadamard revient � Paris comme ma�tre de conf�rences � la Sorbonne et, comme professeur suppl�ant, enseigne la m�canique analytique et c�leste au Coll�ge de France. Il devait acc�der � cette chaire en 1909, en remplacement de Maurice L�vy</p><p>(1838-1910). Dans l��tude des fonctions transcendantes enti�res, il prend avec �mile Borel (1871-1956) la suite de Henri Poincar� (1854-1912). Il suit avec passion l�oeuvre de Georg Cantor (1845-1918), dont il aime � rappeler qu�elle est une des bases de la science contemporaine. �mile Borel, Henri Lebesgue (1875-1941) et Ren� Baire (1874-1932) travaillent eux aussi sur les id�es cantoriennes, mais une discussion rest�e c�l�bre s��l�ve de 1904</p><p>� 1914 entre ces quatre chercheurs au sujet de l�axiome de Zermelo. Seul des quatre, Hadamard accepte sans restriction cet axiome. L�avenir devait lui donner raison. En 1912, il est charg� de</p><p>la chaire d�analyse � l��cole polytechnique, chaire qu�il conserve jusqu�en 1936, et il succ�de � Henri Poincar� � l�Acad�mie des sciences.</p><p>Il convient de signaler ses recherches sur les �quations diff�rentielles ou aux d�riv�es partielles, dont, jusqu�� la fin de sa vie, il se sent responsable. � plus de quatre-vingt-dix ans, il lit encore tous les m�moires nouveaux sur le sujet et entreprend d��crire un ouvrage sur cette question.</p><p>� la suite de Vito Volterra (1860-1940), il joue un r�le fondamental dans la cr�ation de l�analyse fonctionnelle, o� se sont distingu�s, entre autres, Maurice Fr�chet (n� en 1878) et Paul L�vy (1886-1971), cr�ation qui marque, autant que la th�orie des ensembles, � laquelle elle est �troitement li�e, un renouveau des math�matiques.</p><p>On lui doit l�introduction en France des s�minaires de math�matiques, et celui qu�il anime au Coll�ge de France exerce une influence consid�rable sur la recherche. Toujours int�ress� par les probl�mes de p�dagogie, il donne en 1898 et en 1901 une G�om�trie plane et une G�om�trie dans l�espace, longtemps r��dit�es.</p><p>La Premi�re Guerre mondiale lui</p><p>enl�ve ses deux fils a�n�s. La Seconde l�oblige � se r�fugier aux �tats-Unis, o� il publie un Essai sur la psychologie de l�invention dans le domaine math�matique, riche de remarques passionnantes.</p><p>J. I.</p><p>Hadrien</p><p>En lat. PUBLIUS AELIUS HADRIANUS (Ita-lica 76 - Ba�es 138), empereur romain de 117 � 138.</p><p>Publius Aelius Hadrianus �tait le descendant d�une famille du Picenum install�e en B�tique depuis de nombreuses d�cennies. Il �tait le petit-fils d�une soeur du p�re du futur empereur Trajan et le fils d�un s�nateur, ancien pr�teur. Il dut peu de chose � sa � patrie � espagnole, o� il r�sida peu ; c�est � Rome qu�il accomplit sa formation intellectuelle et qu�il commen�a sa car-</p><p>ri�re. Tr�s t�t orphelin, il eut comme tuteurs son cousin Trajan, qui venait d�acc�der � la pr�ture, et le chevalier Acilius Attianus, qui s�occupa directement de son �ducation ; celle-ci fut orient�e vers les lettres grecques, dont Hadrien resta un fervent adepte toute sa vie (on lui donna plus tard le surnom de Graeculus, le � petit Grec �).</p><p>�l�ve remarquablement dou�, �pris de philosophie, il sera l�un des hommes les plus cultiv�s de son temps. Son �ducation pratique ne fut pas n�glig�e ; Hadrien excellait dans tous les exercices physiques, et la chasse �tait son</p><p>� sport � pr�f�r�.</p><p>Gr�ce � la protection de Trajan, il put aborder la carri�re des honneurs et, d�s 96, devint tribun de l�gion sur le Danube et le Rhin ; il fut questeur en 101 (il prend alors part � la premi�re guerre de Dacie), tribun de la pl�be en 105 (il participe � la seconde guerre de Dacie), pr�teur en 106, gouverneur de Pannonie en 107 et consul suffect en 108 ; la faveur imp�riale, jamais d�-</p><p>mentie, fit de lui un l�gat en Orient en 114 et un gouverneur de Syrie en 117.</p><p>Entre-temps, par l�entremise de Plotine, femme de Trajan, il avait �pous� une petite-ni�ce de l�empereur, Sabine (Vibia Sabina).</p><p>Ces faveurs et le r�le grandissant qu�il jouait aupr�s de l�empereur le d�signaient comme le successeur de Trajan. Mais ce ne fut que sur son lit de mort, en Cilicie, que Trajan adopta Hadrien (8 ao�t 117) ; certains dout�rent de la r�alit� de cette adoption, qui aurait �t� � fabriqu�e � par Plotine.</p><p>Hadrien sut calmer les m�fiances par une lettre au s�nat, le refus des honneurs pour lui-m�me et leur rejet sur l�empereur d�funt. Il mit de longs mois � gagner Rome, passant d�abord par Antioche ; puis il inspecta la fronti�re du Danube, allant m�me jusqu�en Dacie. Avant d�arriver dans la Ville, il avait d� faire ex�cuter quatre consulaires qui avaient complot� contre lui (118).</p><p>Il est vrai que le nouvel empereur affirmait nettement une politique que Trajan avait amorc�e discr�tement et</p><p>qui ne plaisait pas � tous : l�arr�t des conqu�tes, le retour � la paix ; il fit �vacuer les territoires conquis au-del� de l�Euphrate, mais conserva � Rome le contr�le de l�Arabie et de la Dacie. �</p><p>son arriv�e � Rome, en juillet 118, Hadrien dut encore prodiguer des paroles d�apaisement.</p><p>Par sa formation, l�empereur avait une vision tr�s large des r�alit�s, et toute sa politique consista � int�grer toutes les parties de l�empire dans un m�me d�veloppement �conomique et intellectuel, seul capable de r�aliser l�unit� du monde romain pour le bien de tous. Dans cette intention, Hadrien passa une grande partie de son r�gne � parcourir les provinces pour mieux conna�tre les peuples et am�liorer leur sort. Partout, il s�informait, �coutait les dol�ances, rendait la justice, ordon-nait des travaux et pratiquait toutes les r�formes qu�il jugeait n�cessaires.</p><p>Ces voyages, souvent coup�s de longs s�jours, � Ath�nes en particulier, lui permirent de renforcer les d�fenses de l�empire : fixation quasi d�finitive du limes germanique, organisation de routes strat�giques, construction d�un retranchement barrant la Bretagne*</p><p>d�est en ouest (le � mur d�Hadrien �), r�organisation des routes et des postes en Afrique. La d�fense de l�empire n�cessitait une arm�e forte, et Hadrien ne la n�gligea pas ; partout, il inspecta les l�gions (comme � Lamb�se), y r�tablit la discipline et sut les tenir en haleine. Press� par la n�cessit�, et malgr� son d�sir de paix, l�empereur fut oblig� d�agir militairement contre les Sarmates, les Brigantes et surtout les Juifs r�volt�s en 132 � la suite de l�interdiction de certaines de leurs pratiques. Sous la conduite de Bar-Ko-kheba, les Juifs r�sist�rent jusqu�en 135 ; la brutale r�pression aboutit au r�tablissement de la colonie d�Aelia Capitolina, fond�e en 130 � l�emplacement de J�rusalem.</p><p>Ces voyages eurent des cons�-</p><p>quences plus heureuses. L�empereur s�attaqua � une �conomie qui en �tait encore � un stade arri�r� dans de nombreuses r�gions et chercha � am�liorer le sort des paysans pour obtenir une meilleure production. D�s le d�but de son r�gne, il intervint dans l��conomie</p><p>agraire de l��gypte et, par une loi g�n�-</p><p>rale, il permit aux cultivateurs d�acqu�-</p><p>rir des droits sur les terres en friche � condition de les cultiver. En outre, il fit apporter un tr�s grand soin au bornage des terres.</p><p>Pour assurer l�unit� du monde romain et son renouveau, Hadrien s�int�-</p><p>ressa � l�administration de l�empire.</p><p>La tendance dominante poussa � la centralisation ; le conseil du prince fut renforc� dans son r�le et re�ut un noyau de � permanents � choisis par l�empereur, particuli�rement parmi les jurisconsultes. Les constitutions im-p�riales, prises en conseil, form�rent d�sormais l�essentiel de la l�gislation, et une interpr�tation uniforme de la loi fut assur�e par la codification de l��dit du pr�teur (�dit perp�tuel de 131). Les bureaux devinrent les organes les plus efficaces de l�administration ; ils furent dirig�s par des chevaliers, fonctionnaires au service exclusif de l�empereur. L�ordre �questre fut le meilleur appui de l�empereur, et ses membres eurent leur carri�re fix�e dans ses �chelons, r�tributions et titres. Avec leur aide, Hadrien prit un soin tout particulier des finances et de la justice, o� p�n�tr�rent les id�es d�humanit� et de respect de l�individu sous l�influence de la pens�e grecque. Dans l�int�r�t de l��quilibre g�n�ral de l�empire, Hadrien tenta d�arr�ter la d�cadence de l�Italie ; mais les moyens employ�s, l�envoi de curateurs dans les cit�s pour en surveiller les finances et la cr�ation de quatre districts avec des consulaires � leur t�te, enlev�rent � l�Italie une partie de la place juridique privil�gi�e qu�elle avait jusqu�alors. Ces mesures furent assez mal accueillies par les s�nateurs, dont le r�le dans l��tat se trouvait amoindri et le prestige atteint.</p><p>Comme ses pr�d�cesseurs, Hadrien ne n�gligea pas les grands travaux, d�autant qu�il pensait �tre lui-m�me un excellent architecte. � Rome, il fit downloadModeText.vue.download 63 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5204</p><p>�lever son propre mausol�e (l�actuel ch�teau Saint-Ange), la rotonde du</p><p>Panth�on et le temple de V�nus et de Rome aux deux cellae adoss�es. Son action s�exer�a aussi dans les provinces et particuli�rement � Ath�nes ; apr�s avoir fait terminer l�Olympieion, il dota la cit� d�un gymnase et d�une biblioth�que. Mais son oeuvre la plus caract�ristique fut sa villa de Tibur (Tivoli), o� l�ensemble des b�timents et des jardins reproduisait ce qu�il avait le plus admir� durant ses voyages et contenait les plus belles oeuvres d�art.</p><p>L�empereur ne pensa qu�assez tard � sa succession ; il l��tablit sur les bases de l�h�r�dit�. En 136, il adopta L. Ceionius Commodus Verus, sans doute son fils b�tard ; de sant� m�-</p><p>diocre et de moeurs douteuses, ce dernier mourut d�s janvier 138. Hadrien adopta alors Antonin*, son neveu par alliance, � charge pour lui d�adopter le fils de L. Ceionius Commodus Verus, et Marc Aur�le*, un descendant du p�re de Trajan. Antonin, dans la pens�e d�Hadrien, ne devait �tre qu�un interm�diaire avant l�accession au pouvoir des deux jeunes gens.</p><p>Hadrien mourut le 10 juillet 138. Cet intellectuel intelligent, quoique vaniteux et irascible, et attir� par le beau sous toutes ses formes (cf. son attachement pour son favori Antino�s), fut l�une des individualit�s les plus difficiles � cerner de son temps : � varius, multiplex, multiformis �.</p><p>J.-P. M.</p><p>B. d�Orgeval, l�Empereur Hadrien. OEuvre l�gislative et administrative (Domat-Mont-chrestien, 1950). / M. Yourcenar, M�moires d�Hadrien (Plon, 1952). / S. Perowne, Hadrian (Londres, 1960). / Les Empereurs romains d�Espagne (C. N. R. S., 1965).</p><p>hadrons</p><p>F PARTICULES.</p><p>H&#x101;fiz (Chams al-</p><p>D&#x12B;n Mu&#x1E25;ammad)</p><p>En pers. chamsoddin mohammed h&#x101;fez, po�te persan (Chir&#x101;z, F&#x101;rs, v. 1320 - id.</p><p>1389).</p><p>Il ne quitta pratiquement jamais la ville de Chir&#x101;z, qu�il aimait par-des-</p><p>sus tout. Son nom de plume, � &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; �, signifie � celui qui a appris le Coran par coeur �. Une grande partie de son existence fut consacr�e � l�enseignement de l�ex�g�se coranique dans une madrasa de Chir&#x101;z ; mais sa renomm�e de po�te ne tarda pas � �tre grande dans cette ville. Durant sa jeunesse et jusqu�en 1353, Chir&#x101;z �tait gouvern�e par un prince ami des po�tes, Ab&#x16B;</p><p>Is&#x1E25;&#x101;q &#x12A;ndj&#x16B;, qui administrait sa ville plus avec des odes et des madrigaux que par le fer ou le b�ton. � sa chute, l�atmosph�re de la cit� devint pesante, et &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; ne put jamais s�habituer aux mani�res fortes de son successeur, le prince mu&#x1E93;affaride Mub&#x101;riz al-D&#x12B;n, qui, il est vrai, ne r�gna que cinq ans.</p><p>C�est en 1368 que &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; d�cida de r�unir dans un d&#x12B;w&#x101;n un certain nombre de ses po�mes. Ce recueil devint vite c�l�bre au-del� des fronti�res du F&#x101;rs et de l�Iran. Le po�te re�ut des invita-tions au Deccan, � Bagdad, mais jamais il ne put s�habituer � l�id�e de laisser sa terre natale. Peu avant sa mort, on lui pr�te un entretien avec Tamerlan, qui avait �pargn� Chir&#x101;z. Il mourut dans la pauvret� et en disgr�ce, sans avoir pu retrouver un protecteur aussi attentif que le prince de sa jeunesse. Son tombeau dans un jardin de Chir&#x101;z est devenu un lieu de p�lerinage.</p><p>Le d&#x12B;w&#x101;n de &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; est constitu�</p><p>presque exclusivement de rhazal (ou ghazal). Le rhazal existait bien avant &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93;, mais c�est avec lui qu�il atteignit sa perfection. C�est un po�me assez court (de sept � quinze vers) employ� le plus souvent pour les pi�ces lyriques.</p><p>Po�te de cour, &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; sait manier le rhazal pour faire le pan�gyrique des souverains et des grands et leur prodiguer des louanges, sans toutefois s�abaisser ni s�avilir. Il c�l�bre �galement Chir&#x101;z, ses promenades, ses cours d�eau, son charme et son �l�gance. Dans la p�-</p><p>riode troubl�e que connurent le F&#x101;rs et l�Iran pendant sa vie, on pourrait s�attendre � ce que transparaisse l��cho de ses peines et de ses souffrances.</p><p>Apparemment, il n�est question que de vin, d�ivresse, de beaut�, de jeunesse, d�amour, de descriptions bucoliques : la rose, le rossignol, le printemps et bien d�autres tableaux chers � la po�-</p><p>sie persane. Si certaines beaut�s et certaines ivresses que chantent ses</p><p>vers ne repr�sentent rien de plus que ce qu�elles sont, il n�est pas douteux qu�une interpr�tation symbolique, voire mystique, des rhazal de &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; est possible. Des �tudes sur la chronologie des po�mes ont essay� d�en faciliter l�ex�g�se. On est all� jusqu�� penser que si &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; utilise parfois un vocabulaire mystique, c�est pour d�guiser ses r�flexions et se prot�ger contre l�intol�rance du souverain ou de personnalit�s religieuses. Sans vouloir attirer &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; dans l�un ou l�autre camp, dans l�une ou l�autre chapelle, voyons en lui un esprit ind�pendant pour qui seule compte la po�sie : il a su trouver un langage susceptible d��tre compris par chacun selon ses dispositions et selon les �poques, sans jamais donner l�impression d�avoir vieilli. Il est assez frappant que ce po�te, l�un des plus</p><p>� difficiles � de la litt�rature persane, soit aussi le plus populaire. Pour beaucoup, son d&#x12B;w&#x101;n est � livre sacr� �, et c�est avec recueillement qu�il est ouvert et lu, ou r�cit�. &#x1E24;&#x101;fi&#x1E93; est devenu le mage, et ses paroles oracles.</p><p>B. H.</p><p>hafnium</p><p>Corps simple m�tallique.</p><p>D�couverte</p><p>Cet �l�ment ne fut d�couvert qu�en 1923 par le Danois D. Coster et par le Hongrois G. Hevesy en �tudiant des minerais de zirconium. L�application de la loi de Moseley reliant le num�ro atomique aux fr�quences des raies X de la case 72 de la classification p�riodique laiss�e encore vide permit enfin le remplissage de cette case par cet �l�ment. Il avait �t� soup�onn� en 1922 par A. Dauvillier et G. Urbain dans une fraction de produits issus des terres yttriques et appel� par ce dernier</p><p>� celtium �.</p><p>�tat naturel</p><p>Le hafnium se trouve associ� au zirconium dans ses minerais selon une proportion g�n�ralement voisine de 1 p. 1 000 et constitue donc un �l�ment rare, puisque la lithosph�re ne contient d�j� que 2,5.10� 2 p. 100 de zirconium.</p><p>Atome</p><p>Il appartient au groupe IV-A de la classification p�riodique, avec le num�ro atomique 72, et se trouve ainsi dans la m�me colonne que le titane et le zirconium ; il appartient � la troisi�me s�rie de m�taux de transition. Il a pour l��tat fondamental de son atome la structure �lectronique suivante : 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 6, 4d 10, 4f 14, 5s 2, 5p 6, 5d 2, 6s 2. Les �nergies d�ionisation successives sont respectivement 5,5 eV, 14,8 eV, 24,00 eV et 33,8 eV. L�atome a un rayon de 1,45 �, et le cation Hf4+</p><p>0,74 �. Il a une section efficace �lev�e de capture des neutrons, d�o� l�int�r�t de le s�parer du zirconium en vue d�un usage nucl�aire. Le hafnium sert � faire des barres de contr�le dans la marche des piles atomiques.</p><p>Corps simple</p><p>C�est un m�tal de densit� 13,07, qui fond � 2 200 �C. Il a des propri�t�s tr�s voisines de celles du zirconium.</p><p>D�riv�s</p><p>Les d�riv�s �tant tr�s analogues � leurs homologues du zirconium, l�extraction du hafnium contenu dans un d�riv� du zirconium commercial se trouve �tre difficile, et les proc�d�s de s�paration sont divers : on peut utiliser � cet effet une s�paration chromatographique de certains compos�s tels que des complexes hexafluor�s, des oxychlorures ou des oxalates. La s�paration sur gel de silice des chlorures dissous dans le m�thanol ou l�extraction s�lective par solvant d�une solution acide de thio-cyanate sont encore des techniques efficaces de s�paration du hafnium et du zirconium.</p><p>H. B.</p><p>&#x1E24;af&#x1E63;ides</p><p>Dynastie musulmane d�Afrique du</p><p>Nord.</p><p>Les origines</p><p>des &#x1E24;af&#x1E63;ides</p><p>Les &#x1E24;af&#x1E63;ides tirent leur nom du cheikh Ab&#x16B; &#x1E24;af&#x1E63;�Umar, compagnon du mahd&#x12B;</p><p>ibn T&#x16B;mart, p�re de la dynastie almohade. En 1229, un petit-fils d�Ab&#x16B;</p><p>&#x1E24;af&#x1E63;, Ab&#x16B; Zakariyy&#x101;� Ya&#x1E25;y&#x101;, gou-</p><p>verneur d�Ifr&#x12B;qiya, rejette l�ob�dience de Marrakech. Sans rompre avec la doctrine almohade, dont il pr�tend d�fendre la puret�, il constitue une dynastie ind�pendante qui va, jusqu�en 1574, pr�sider � la destin�e de la Berb�rie orientale. Profitant de l�affaiblissement des Almohades, l��mir &#x1E25;af&#x1E63;ide occupe en 1230 Constantine et Bougie et soumet l�ann�e suivante la ville d�Alger et la vall�e du Ch�lif. En 1242, Ab&#x16B; Zakariyy&#x101;� s�empare de Tlemcen, dont l��mir Yarhmur&#x101;san ibn Zayy&#x101;n s�est �galement d�tach� de Marrakech pour fonder en 1235 la dynastie ind�-</p><p>pendante des �Abdalw&#x101;dides. Pour r�cup�rer leur capitale, ces derniers reconnaissent la suzerainet� de l��mir &#x1E25;af&#x1E63;ide. Celui-ci constitue au Maghreb central d�autres petits �tats vassaux en investissant les chefs de certaines tribus du commandement de leur terri-downloadModeText.vue.download 64 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5205</p><p>toire respectif. � sa mort, en 1249, sa souverainet� s��tend jusqu�au Maroc septentrional, et la suzerainet� des &#x1E24;af&#x1E63;ides est accept�e par les Wasrides de Grenade et m�me par les Mar&#x12B;nides, autre dynastie berb�re qui supplante les Almohades au Maroc.</p><p>L�essor des &#x1E24;af&#x1E63;ides</p><p>Cette politique favorise le d�veloppement �conomique de l�Ifr&#x12B;qiya. Les �changes s�intensifient avec les �tats europ�ens. Des trait�s sont conclus avec la Provence, le Languedoc, les r�publiques italiennes, la Sicile et l�Aragon. La plupart de ces contr�es entretiennent des colonies marchandes dans les ports, et notamment � Tunis.</p><p>Des consuls europ�ens charg�s de prot�ger les int�r�ts de leurs nationaux s�installent dans la capitale &#x1E25;af&#x1E63;ide.</p><p>L�Ifr&#x12B;qiya conna�t aussi au d�but du XIIIe s. l�immigration de nombreux Andalous et profite de leurs traditions, notamment en mati�re artisanale et litt�raire. Ainsi, � l�av�nement d�Ab&#x16B;</p><p>�Abd All&#x101;h (1249-1277), fils d�Ab&#x16B;</p><p>Zakariyy&#x101;�, le pays para�t au fa�te de sa puissance. Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h, qui prend en 1253 le titre califien d�am&#x12B;r al-mu�min&#x12B;n et le surnom d�al-Mustan&#x1E63;ir bi-ll&#x101;h, sous lequel il est connu, maintient, malgr� quelques difficult�s, le prestige de la dynastie. Sous son r�gne, l�Ifr&#x12B;qiya est attaqu�e par les crois�s, et ses rapports avec la chr�tient� sont pour un temps d�t�rior�s. Mais la mort de Saint Louis, chef de la croisade, survenue � Carthage le 25 ao�t 1270, facilite la conclusion d�un trait� avec les chr�tiens et l�am�lioration des relations avec les �tats europ�ens.</p><p>La crise de la</p><p>dynastie &#x1E25;af&#x1E63;ide</p><p>Al-Mustan&#x1E63;ir laisse donc un empire assez puissant � son fils al-W&#x101;thiq, qui lui succ�de en 1277. Celui-ci inaugure alors une p�riode de troubles et de scissions qui se prolonge jusqu�en 1318. En 1279, deux ans apr�s son av�-</p><p>nement, al-W&#x101;thiq est d�tr�n� au profit de son oncle Ab&#x16B; Is&#x1E25;&#x101;q (1279-1283).</p><p>D�j� rebelle en 1253, Ab&#x16B; Is&#x1E25;&#x101;q r�ussit � grouper autour de lui, apr�s la mort d�al-Mustan&#x1E63;ir, tous les m�contents d�Ifr&#x12B;qiya. Il jouit aussi de la complicit� des Na&#x1E63;rides de Grenade, des</p><p>�Abdalw&#x101;dides de Tlemcen et surtout de l�appui militaire du roi d�Aragon Pierre III (1276-1285), d�sireux d�in-f�oder l��tat &#x1E25;af&#x1E63;ide pour satisfaire ses ambitions m�diterran�ennes et ses vis�es sur la Sicile angevine. Ma�tre de Bougie en avril 1279, Ab&#x16B; Is&#x1E25;&#x101;q occupe Tunis au mois d�ao�t et y prend le pouvoir.</p><p>Mais le nouveau souverain ne tarde pas � trahir les espoirs de son protecteur Pierre III. Au mois de juin 1282, celui-ci soutient militairement la r�bellion du gouverneur de Constantine, qui se proclame ind�pendant vis-�-vis de Tunis. Ce soutien ne donne pas les r�sultats escompt�s, le roi d�Aragon devant d�barquer en Sicile pour profiter des difficult�s connues alors par les Angevins et satisfaire ses ambitions m�diterran�ennes.</p><p>Ma�tre de la situation, Ab&#x16B; Is&#x1E25;&#x101;q travaille � la consolidation de son r�gime.</p><p>Il entretient de bons rapports avec l�Italie et se rapproche des �Abdalw&#x101;dides</p><p>en donnant une de ses filles au prince h�ritier de Tlemcen. Il doit n�anmoins s�enfuir � Bougie devant un aventurier, Ibn Ab&#x12B; �Um&#x101;ra, qui, appuy� par les Arabes, s�empare de tout le Sud tuni-sien et se proclame calife en 1282. Ab&#x16B;</p><p>Is&#x1E25;&#x101;q est m�me oblig� au printemps 1283 d�abdiquer en faveur de son fils Ab&#x16B; F&#x101;ris. Mais, la m�me ann�e, l�un et l�autre sont ex�cut�s par l�usurpa-teur Ibn Ab&#x12B; �Um&#x101;ra. En 1284, abandonn� par les Arabes, cet aventurier est d�tr�n� au profit d�Ab&#x16B; &#x1E24;af&#x1E63; �Umar, un fr�re d�al-Mustan&#x1E63;ir et d�Ab&#x16B; Is&#x1E25;&#x101;q.</p><p>C�est en vain qu�Ab&#x16B; &#x1E24;af&#x1E63; entre-</p><p>prend de r�tablir l�autorit� des &#x1E24;af&#x1E63;ides sur l�ensemble de l�Ifr&#x12B;qiya. Pendant son r�gne (1284-1295), le royaume est d�sagr�g� sous les coups des chr�-</p><p>tiens, mais surtout des tribus arabes.</p><p>Ab&#x16B; &#x1E24;af&#x1E63; favorise les tribus des Ban&#x16B;</p><p>Sal&#x12B;m, auxquelles il doit son succ�s. Il leur accorde d�innombrables privil�ges sous forme de concessions de terres.</p><p>Cette politique de concessions gratuites, ajout�e aux attaques des chr�-</p><p>tiens et des nomades, entra�ne la d�cadence �conomique du pays. Elle attise au surplus les rivalit�s entre les tribus arabes et favorise ainsi la d�sagr�gation du royaume. Ainsi, Ab&#x16B; Zakariyy&#x101;� II peut, � la faveur de la division des tribus, cr�er � Bougie un royaume rival de celui de Tunis. Il faut attendre la mort d�Ab&#x16B; &#x1E24;af&#x1E63; pour que son successeur, Ab&#x16B; �A&#x1E63;&#x12B;da (1295-1309), c�de, ainsi que le sultan de Bougie Ab&#x16B; al-Ba&#x1E33;&#x101;�, � la pression des cheikhs almohades et accepte que le royaume entier revienne au dernier survivant. Le sort favorise Ab&#x16B; al-Ba&#x1E33;&#x101;�, qui reconstitue pour un temps l�unit� &#x1E25;af&#x1E63;ide (1309-1311).</p><p>Mais il est tr�s vite supplant� par Ibn al-Li&#x1E25;y&#x101;n&#x12B; (1311-1317), sous le r�gne duquel Ab&#x16B; Ya&#x1E25;y&#x101; Ab&#x16B; Bakr, arri�re-petit-fils d�Ab&#x16B; Zakariyy&#x101;�, s�empare de Bougie. Ab&#x16B; Bakr (1318-1346)</p><p>r�tablit � son profit l�unit� &#x1E25;af&#x1E63;ide. Il doit n�anmoins pour la maintenir faire face � de nombreux adversaires. Non contentes de lui opposer des pr�tendants, les tribus arabes (Ban&#x16B; Sal&#x12B;m et Daw&#x101;wida) provoquent l�intervention des �Abdalw&#x101;dides, qui convoitent Bougie. Pour sauver la situation, Ab&#x16B;</p><p>Bakr suscite une contre-intervention des Mar&#x12B;nides sur Tlemcen. Il parvient ainsi � r�tablir son autorit� sur</p><p>son royaume et peut m�me, vers 1335, reprendre Djerba aux chr�tiens. Il restera n�anmoins prisonnier de ses protecteurs Mar&#x12B;nides, dont l�influence ne cessera de s�accro�tre en Ifr&#x12B;qiya.</p><p>� sa mort, en 1346, le sultan mar&#x12B;nide Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan, fort de l�appui des tribus arabes, entreprend la conqu�te du Maghreb oriental. Apr�s avoir occup� Constantine et Bougie, il entre � Tunis en septembre 1347, fait ex�cuter le calife &#x1E25;af&#x1E63;ide et assure sa domination sur tout le Maghreb. Toutefois, tr�s vite, les tribus arabes se retournent contre lui. Battu pr�s de Kairouan le 10 avril 1348, Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan abandonne l�Ifr&#x12B;qiya pour regagner le Maroc (d�c. 1349 - janv. 1350). Son successeur, Ab&#x16B; �In&#x101;n envahit de nouveau le royaume &#x1E25;af&#x1E63;ide. Il exploite les divisions de l�Ifr&#x12B;qiya pour occuper Bougie (1352), puis Constantine, B�ne et Tunis (1357). Cependant Ab&#x16B; �In&#x101;n conna�t le m�me sort qu�Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan.</p><p>Abandonn� par les tribus arabes, il retourne au Maroc, pays qui conna�t alors de grosses difficult�s, du fait que les princes chr�tiens d�Espagne manifestent d�j� des vis�es sur lui.</p><p>La restauration de la</p><p>puissance &#x1E25;af&#x1E63;ide</p><p>Au d�part d�Ab&#x16B; �In&#x101;n, l�Ifr&#x12B;qiya est partag�e entre trois princes &#x1E25;af&#x1E63;ides, install�s respectivement � Tunis, Bougie et Constantine. Celui de Constantine, Ab&#x16B; al-�Abb&#x101;s, parvient, gr�ce � l�appui des Daw&#x101;wida, � s�emparer de Bougie, Dellys, B�ne (1366) et Tunis et � r�tablir une fois de plus l�unit� &#x1E25;af&#x1E63;ide. Bon administrateur, diplomate habile et usant au besoin de la mani�re forte, Ab&#x16B;l-�Abb&#x101;s neutralise les forces centrifuges qui m�nent alors l�Ifr&#x12B;qiya. � sa mort, survenue en 1394, il laisse un royaume assez puissant qui ne tarde pas � �tablir sa suzerainet� sur les autres �tats du Maghreb. Son fils Ab&#x16B; F&#x101;ris (1394-1434), r�put� pour sa bravoure et sa pi�t�, continue son oeuvre, r�duit les quelques principaut�s quasi ind�pendantes et s�empare d�Alger (1410 ou 1411). Il acquiert un immense prestige qui d�passe largement le cadre de son royaume pour s��tendre � Grenade, � F�s, � Tlemcen, � l��gypte, aux villes saintes et m�me aux �tats chr�tiens. � sa mort,</p><p>l�Ifr&#x12B;qiya para�t de nouveau au fa�te de sa puissance. Son petit-fils al-Munta&#x1E63;ir, qui lui succ�de en 1434, meurt au bout de quatorze mois, et le pouvoir revient alors � son fr�re Ab&#x16B; Amr-�Uthm&#x101;n (1435-1488), qui va durant son long r�gne confirmer la puissance &#x1E25;af&#x1E63;ide. Il parvient, apr�s avoir r�duit l�agitation entretenue par son oncle Ab&#x16B; al-&#x1E24;asan dans le Constantinois, � assurer la s�curit� dans l�ensemble de l�Ifr&#x12B;qiya.</p><p>Profond�ment ma�tre de son royaume, il conclut ou renouvelle des trait�s de commerce avec plusieurs �tats chr�-</p><p>tiens et r�affirme l�influence &#x1E25;af&#x1E63;ide sur tout le Maghreb.</p><p>La fin des &#x1E24;af&#x1E63;ides</p><p>Sa mort, survenue en 1488, marque la fin de la puissance &#x1E25;af&#x1E63;ide. L�Ifr&#x12B;qiya entre alors dans une p�riode de d�-</p><p>cadence avant de tomber sous les coups des Espagnols, puis des Turcs.</p><p>Ab&#x16B; Zakariyy&#x101;� Ya&#x1E25;y&#x101;, petit-fils d��Uthm&#x101;n, est tr�s vite us� par les diverses luttes qu�il m�ne contre ceux de ses oncles et fr�res qui lui disputent le pouvoir. Tu� en combattant en 1489, il laisse le pouvoir � son vainqueur, qui ne tarde pas � �tre d�tr�n� par Ab&#x16B;</p><p>Ya&#x1E25;y&#x101; Zakariyy&#x101;�. Enlev� par la peste en 1494, celui-ci laisse le pouvoir � son cousin germain Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h Mu&#x1E25;mmad. Faible de caract�re, � ami des plaisirs �, Ab&#x16B; �Abd All&#x101;h ne peut pas faire face � une situation fort difficile. Min� par les luttes int�rieures, d�sagr�g� par la r�bellion des tribus arabes, son royaume devait succomber sous les coups des Espagnols avant de tomber sous la domination des Turcs.</p><p>Il faut cependant attendre 1574 pour assister � la disparition d�finitive des &#x1E24;af&#x1E63;ides de la sc�ne politique. Apr�s avoir r�gn� pr�s de trois si�cles et demi, et connu des p�riodes d��clat, cette dynastie berb�re s�effondre au profit des Turcs. Durant cette longue p�riode, les &#x1E24;af&#x1E63;ides n�ont pas consid�-</p><p>rablement enrichi la civilisation arabo-musulmane. Ils ont eu n�anmoins le m�rite de la maintenir dans des conditions tr�s difficiles. Ils l�guent aussi � l�humanit� une pens�e originale, gr�ce � un historien de g�nie : Ibn Khald&#x16B;n*</p><p>(1332-1406).</p><p>M. A.</p><p>F Tunisie.</p><p>C. A. Julien, Histoire de l�Afrique du Nord (Payot, 1931 ; 4e �d. revue par C. Courtois et R. Le Tourneau, 1969 ; 2 vol.). / R. Brunschwig, downloadModeText.vue.download 65 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5206</p><p>la Berb�rie orientale sous les Hafsides des origines � la fin du XVe si�cle (Maisonneuve, 1948).</p><p>hagiographie</p><p>F SAINT.</p><p>Hahn (Otto)</p><p>Chimiste et physicien allemand (Francfort-sur-le-Main 1879 - G�ttingen 1968).</p><p>Otto Hahn fait ses �tudes � Marburg et � Munich et soutient en 1901 une th�se de chimie organique � l�universit� de Magdeburg, o� il reste assistant pendant deux ans. On lui fait des propositions int�ressantes pour qu�il entre dans l�industrie chimique, � condition qu�il perfectionne sa connaissance de la langue anglaise. Aussi part-il pour Londres, o� il va travailler aupr�s de sir William Ramsay. Celui-ci lui donnant un travail sur le radium, Hahn s�initie � la physique nucl�aire, et cette derni�re va d�sormais occuper toute son activit�. C�est ainsi qu�en 1905</p><p>il d�couvre, parmi les impuret�s du radium, un isotope radio-actif du thorium. Cette m�me ann�e, il part pour un an de s�jour � Montr�al, o� Ruther-ford* l�accueille dans son laboratoire.</p><p>Il y �tudie les d�viations magn�tiques des particules alpha, tout en poursuivant des recherches chimiques qui l�am�nent � identifier un autre radio-</p><p>�l�ment, isotope de l�actinium.</p><p>De retour en 1906 en Allemagne,</p><p>Otto Hahn va travailler � Berlin au-pr�s du chimiste Emil Fischer (1852-1919) ; il r�ussit encore � isoler deux radio-isotopes, les m�sothoriums 1 et 2, dont il avait deux ans plus t�t pr�vu l�existence pour expliquer la formation du radiothorium.</p><p>En 1907, la physicienne autrichienne Lise Meitner (1878-1968) vient de Vienne � Berlin pour se perfectionner aupr�s de Max Planck*. Comme les probl�mes de radio-activit� lui sont d�j� familiers, elle fait naturellement la connaissance de Hahn, et une collaboration de trente ans va s��tablir entre eux, qui cessera seulement lorsqu�elle sera contrainte, en 1938, de fuir � Stockholm aupr�s de Siegbahn pour �chapper aux pers�cutions nazies. Parmi leurs travaux communs, on peut citer la d�couverte, en 1918, d�un �l�ment nouveau, le protactinium, la mise en �vidence du recul des noyaux �metteurs de rayons alpha, les premi�res s�parations magn�tiques de rayons b�ta, qui permettront de distinguer les �lectrons d�origine nucl�aire et ceux d�origine atomique, enfin l�observation du premier ph�nom�ne d�isom�rie nucl�aire.</p><p>Cependant, en 1912, Hahn �tait</p><p>devenu professeur � l�Institut Kaiser-Wilhelm de Berlin et, en 1928, il en assure la direction.</p><p>Avant le d�part de Lise Meitner, il a pris un nouveau collaborateur, Fritz Strassmann (n� en 1902). � la suite des exp�riences de Fermi*, tous deux sont amen�s � rechercher les �l�ments tran-suraniens qu�on pensait form�s par la capture des neutrons dans l�uranium.</p><p>C�est ainsi que, les premiers, ils formulent en 1939 la th�orie de la fission nucl�aire. Aussi Hahn recevra-t-il, en 1945, le prix Nobel de chimie pour 1944.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, Hahn se consacre � la reconstruction de la Kaiser Wilhelm Gesellschaft � G�ttingen, devenue la Max Planck Gesellschaft, et, � la mort de Planck en 1947, Hahnemann</p><p>(Christian</p><p>Friedrich Samuel)</p><p>il en est nomm� directeur.</p><p>R. T.</p><p>F HOM�OPATHIE.</p><p>Haig (Douglas</p><p>Haig, 1er comte) Mar�chal britannique (�dimbourg</p><p>1861 - Londres 1928).</p><p>Repr�sentant imperturbable des vertus britanniques (Liddell Hart l�appelle</p><p>� la quintessence de la Grande-Bretagne �), Douglas Haig �tait issu d�une tr�s ancienne famille des Lowlands.</p><p>Sorti en 1885 premier de Sandhurst dans la cavalerie, il se fait remarquer par son go�t de l�instruction comme par sa virtuosit� au polo. Il d�couvre � trente-sept ans la r�alit� de la guerre, d�abord au Soudan (1898), puis contre les Boers, o�, de 1899 � 1902, il est chef d��tat-major de la division de cavalerie command�e par French. Nomm� � son retour aide de camp d��douard VII, il conservera d��troites relations avec le roi, comme avec son fils George V, et �pousera en 1905 miss Dorothy Vivian, dame d�honneur de la reine Alexandra.</p><p>Haig se consacre � partir de 1906 � la r�organisation de l�arm�e anglaise : directeur de l�instruction au War Office (1906-1909), il commande en 1912 le camp d�Aldershot, o� s�entra�nent les divisions du corps exp�ditionnaire. De 1909 � 1912, il a �t� chef d��tat-major g�n�ral de l�arm�e des Indes.</p><p>Ao�t 1914... Haig, qu�on appelle Lucky Haig, celui auquel la chance a toujours souri, commande le 1er corps de l�arm�e French et, au cours de la retraite, veille � garder avant tout le contact avec les Fran�ais. Commandant en 1915 la Ire arm�e anglaise, il m�ne en Artois les durs combats de Neuvecha-pelle et de Loos, mais la d�ception caus�e � Londres par leur �chec entra�ne la mise � l��cart de French et, le 19 d�-</p><p>cembre 1915, son remplacement par Haig � la t�te des forces britanniques en France. Pour la premi�re fois, l�Angleterre va adopter la conscription ; apr�s les soldats de m�tier de French puis les volontaires de Kitchener, ce sont des contingents de � mobilis�s �</p><p>que Haig conduira d�sormais � la bataille. En 1916, c�est le demi-succ�s de la Somme, o� il a la faiblesse d�engager inutilement les premiers chars (v. blind�). En 1917, c�est la longue s�rie des attaques des Flandres (celle que les Anglais appellent la campagne de Passchendaele), puis la bataille de</p><p>chars de Cambrai ; durant ces longs mois, Haig prend sportivement � son compte l�agressivit� sur le front occidental et facilite la t�che de P�tain pour � gu�rir � l�arm�e fran�aise un moment d�faillante. Rendu responsable par Lloyd George des lourdes pertes des Flandres, Haig aurait sans doute perdu sa place sans le constant appui du chef d��tat-major imp�rial sir William Robert Robertson et celui du roi George V, qui, le 2 janvier 1918, lui remet son b�ton de mar�chal. La gravit� de la situation interdit toute mutation ; en outre, Haig et P�tain s�entendent � merveille et pr�parent leur mutuel soutien. Toutefois, le coup port� par Ludendorff le 21 mars en Picardie sur la Ve arm�e anglaise exigera des mesures d�une tout autre ampleur et d�abord le commandement unique de Foch*, que Haig r�clamera lui-m�me � son gouvernement. Sous la direction du g�n�ralissime alli�, il m�nera avec intelligence et r�solution les grandes offensives qui, � partir du 8 ao�t, conduiront les arm�es britanniques � la victoire.</p><p>Charg� apr�s la guerre de la reconversion de l�arm�e, il se consacrera en outre � la formation de la l�gion britannique des anciens combattants. Ses papiers personnels, publi�s par son fils en 1952 sous le titre The Private Papers of Douglas Haig (1914-1919) et traduits en fran�ais en 1964 (les Carnets secrets de Douglas Haig), font mieux conna�tre la conduite de cette guerre vue du c�t� anglais, notamment les r�les jou�s par George V, Churchill et Lloyd George, les rapports de Haig avec Foch, P�tain et Pershing ainsi que la conf�rence de Calais o�, en f�vrier 1917, Haig refusa d��tre subordonn� � Nivelle.</p><p>P. D.</p><p>F Guerre mondiale (Premi�re).</p><p>J. Charteris, Field-Marshal Earl Haig (Londres, 1930 ; trad. fr. le Mar�chal Haig, Payot, 1930). / B. H. Liddell Hart, R�putations (Payot, 1931). / A. D. Cooper, Haig (Londres, 1935). / J. Terraine, Douglas Haig, the Educated Soldier (Londres, 1963 ; trad. fr. Douglas Haig, soldat de m�tier, Presses de la Cit�, 1964).</p><p>Hail� S�lassi� Ier (dans la province de Harar 1892), empereur d��thiopie depuis 1930.</p><p>L�empereur Hail� S�lassi� (� Force de la Trinit� �) est n� dans le Harar, dont son p�re, ras Makonnen (1854-1906), �tait le gouverneur. Celui-ci, petit-fils du roi du Choa Sahl� S�lassi�, brillant chef de guerre autant que fin diplomate, �tait l�homme de confiance de son cousin M�n�lik II (1844-1913). Le futur empereur, qui ne s�appelait encore que Tafari Makonnen, commen�a son �ducation sous la direction de son p�re, puis fut confi� aux missionnaires fran�ais de Harar pour apprendre le fran�ais.</p><p>D�s l��ge de quatorze ans, ras</p><p>Makonnen lui a confi� le commandement d�un district de sa province. Revenu � la Cour � la mort du ras (1906), il y poursuit sa formation. En 1909, il obtient le gouvernement de la province du Sidamo, o� il fait preuve de remarquables qualit�s d�administrateur qu�il confirmera un an plus tard lorsqu�il prendra la charge du Harar (1910).</p><p>Son heure vient en 1916 avec la crise dynastique d�clench�e par la conversion � l�isl&#x101;m du prince h�ritier Lidj Iyassou : le 2 septembre 1916, les grands de l�empire proclament imp�-</p><p>ratrice Zaouditou, fille de M�n�lik, et d�signent comme r�gent et h�ritier du tr�ne ras Tafari Makonnen. D�s lors, sa biographie se confond avec l�histoire de l��thiopie*. Il s�efforce de r�organiser le pays, construit des �coles et des downloadModeText.vue.download 66 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5207</p><p>h�pitaux, envoie de jeunes �thiopiens en Europe pour y faire leurs �tudes et devenir les futurs cadres de la nation.</p><p>Lui-m�me saisit toutes les occasions pour se rendre � l��tranger, inaugurant ainsi une politique de diplomatie active qu�il n�a cess� de mener jusqu�� ce jour.</p><p>En 1928, il est proclam� roi (n�gus) et couronn� le 7 octobre 1928. Apr�s</p><p>avoir r�prim� diverses tentatives de soul�vement contre son autorit�, � la mort de Zaouditou, il est reconnu comme empereur (negusa nagast = roi des rois) le 3 avril 1930. Couronn� le 2 novembre 1930, il adopte le nom d�Hail� S�lassi� Ier. Jusqu�� l�invasion italienne (en oct. 1935), il s�efforce de d�velopper le pays et le dote d�une Constitution en 1931.</p><p>La d�faite l�oblige � s�exiler (1936).</p><p>Revenu en vainqueur dans sa capitale en 1941, Hail� S�lassi� se consacre depuis sans rel�che � la reconstruction et � la modernisation de l�empire.</p><p>Doyen des chefs d��tat africains, il joue un r�le important comme leader de l�Afrique nouvelle ; il a r�ussi � faire de sa capitale Addis-Abeba* un important centre de rencontres international et panafricain.</p><p>G. M.</p><p>F Empire colonial italien / �thiopie / Italo-�thiopiennes (guerres).</p><p>C. Sanford, The Lion of Judah Hath Prevai-led (Londres, 1955). / C. Clapham, Haile Selas-sie�s Government (Londres, 1969).</p><p>Hainaut</p><p>R�gion qui s��tend sur l�est du d�partement fran�ais du Nord et dans le sud de la Belgique (o� elle donne son nom � une province dont le chef-lieu est Mons).</p><p>Malgr� les variations de ses limites et sa division actuelle entre la France et la Belgique, le Hainaut poss�de des �l�-</p><p>ments d�unit�, ne serait-ce d�ailleurs que dans la conscience populaire.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Les altitudes s�abaissent du sud-est (Ardennes) vers le nord-ouest. Au sud-est se situe la terminaison de l�Ardenne prolongeant surtout le Condroz : hauteurs ou buttes de gr�s ou de calcaires, vers 200 m, au-dessus de creux schisteux, avec un socle souvent recouvert de sables, de craie ou de limons. Au nord-ouest de l�Ardenne s��tire un synclinal houiller. � l�ouest, le socle descend lentement ; il est, d�abord,</p><p>recouvert de craie marneuse, c�est l�Avesnois, puis cette craie plonge sous la craie blanche du Cambr�sis ; un dernier plongement du socle, et c�est le synclinal houiller du Valenciennois qui se prolonge, en Belgique, par celui de Mons-Borinage. � l�est, le socle descend plus vite et c�est, tout de suite, le synclinal houiller du Centre-Charleroi, d�but du sillon Sambre-Meuse.</p><p>A. G.</p><p>L�histoire</p><p>Peupl� de Nervii (Nerviens), l�actuel Hainaut est incorpor� par les Romains dans la province de Belgique seconde.</p><p>Il est attribu� (peut-�tre) � Louis le Germanique en 837, puis � Charles le Chauve en 839 et enfin � l�empereur Lothaire Ier en 843 ; il est d�s lors un comt� d�Empire � la seule exception de l�Ostrevent (Bouchain, Valenciennes), qui appartient toujours au royaume de Charles le Chauve.</p><p>Le probl�me de l�union</p><p>personnelle avec la Flandre (XIe-XIIIe s.)</p><p>Donn� par Lothaire Ier � son gendre Gilbert (� 846), incorpor� au duch� de la Basse-Lorraine (constitu� en 959), le comt� de Hainaut revient en 1029</p><p>� la descendante de ses fondateurs : Richilde. Celle-ci �pouse en 1055 le futur comte de Flandre, Baudouin VI de Mons (1030-1070) qui devient Baudouin Ier de Hainaut. Purement personnelle, la premi�re union de ces deux principaut�s est rompue par son b�n�-</p><p>ficiaire, qui l�gue le Hainaut � son fils cadet Baudouin II (1056-1098, comte de 1070 � 1098). Elle ne se reconstitue qu�un si�cle plus tard, quand Baudouin V de Hainaut (1150-1195, comte de 1171 � 1195) devient Baudouin VIII de Flandre en 1191 � la mort de son beau-fr�re Philippe d�Alsace. Cet ensemble territorial, qui s�est accru du comt� de Namur au XIIe s., juxtapose de part et d�autre de la fronti�re franco-germanique trois pays d��conomie compl�mentaire : le Hainaut c�r�alier, en voie d�urbanisation et d�industrialisation ; le Namurois, en partie forestier, et la Flandre industrielle (draperie). Illustr�s par la dignit� imp�riale</p><p>octroy�e par les crois�s de Constantinople � Baudouin VI de Hainaut (1171-1205, comte de 1195 � 1205, empereur de Constantinople de 1204 � 1205), b�-</p><p>n�ficiant de l�alliance anglaise pour des raisons �conomiques, de la protection imp�riale pour des raisons vassaliques, les Baudoins inqui�tent les Cap�tiens par leur puissance.</p><p>L�av�nement successif des deux</p><p>filles de Baudouin VI, Jeanne (1188-1244, comtesse de 1205 � 1244) et Marguerite de Flandre (1202-1280, comtesse de 1244 � 1280), permet aux rois de France d�affaiblir la triple dynastie comtale. Le double mariage de Marguerite avec le comte Bou-chard d�Avesnes en 1212 et le comte Guillaume II de Dampierre en 1225, la guerre civile qui s�ensuit entre les enfants des deux lits la disloquent.</p><p>Arbitrant le conflit, Louis IX accorde en 1246 la Flandre aux Dampierre et le Hainaut aux d�Avesnes. D�poss�d� en 1253 par Marguerite de Flandre au profit de Charles d�Anjou, Jean Ier d�Avesnes (1218-1257) se voit restituer son comt� par Louis IX, qui rend le � dit � de P�ronne en 1256. Cet arbitrage, qui est prononc� sous r�serve des droits de l�empereur, d�tache en fait de l�Empire le Hainaut. D�j� contraint de jurer de respecter les lois et les coutumes des villes hennuy�res pour s�assurer de leur fid�lit�, Jean II d�Avesnes (comte de 1257 � 1304) doit alors reconna�tre la suzerainet� de Philippe IV</p><p>le Bel sur l�Ostrevent.</p><p>Le probl�me de l�union</p><p>personnelle avec la Hollande</p><p>(XIVe-XVe s.)</p><p>Mais, � l�heure o� sa principaut� semble s�int�grer au royaume de</p><p>France, l�h�ritage du comt� de Hollande, qui �choit � Jean II en 1300, oriente de nouveau le Hainaut vers l�Empire, aux destin�es duquel l�associent encore plus �troitement l�acquisition en 1323 du comt� de Z�lande par Guillaume Ier (1280-1337, comte de 1304 � 1337) et surtout le mariage avec l�empereur Louis IV de Bavi�re de la petite-fille de Jean II, Marguerite, en 1324. � la mort sans post�rit� de</p><p>son fr�re Guillaume II (1307-1345, comte de 1337 � 1345), Marguerite accepte de tenir en fief de son �poux Hainaut, Hollande et Z�lande jusqu�� ce que son fils Guillaume III lui soit donn� comme successeur. Son refus d�accepter cette solution d�clenche une guerre civile particuli�rement vive en Hollande* entre la m�re et le fils. La mort de Marguerite en 1356, la folie de Guillaume III en 1358, la r�gence (1358-1389), puis le r�gne de son fr�re cadet Albert de Bavi�re (1336-1404, comte de 1389 � 1404) consolident la nouvelle principaut�. Les habitants du Hainaut prennent conscience de leur originalit�, qui s�affirme par les coutumes du pays et par les franchises des villes (Valenciennes, Mons), que des � parlements �, bient�t qualifi�s d��tats, d�fendent � partir du milieu du XIVe s.</p><p>Le Hainaut depuis la perte de</p><p>l�ind�pendance (XVe-XXe s.)</p><p>Par le trait� de Delft du 3 juillet 1428, Jacqueline de Bavi�re (1401-1436), petite-fille d�Albert de Bavi�re, c�de ses �tats � son cousin le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui prend en 1433 le titre de comte de Hainaut.</p><p>Partie int�grante des �tats des Valois-Bourgogne, puis des Habsbourg, qui l�incorporent d�finitivement en 1529</p><p>aux Pays-Bas espagnols, le Hainaut m�ridional seul est restitu� � la France par les trait�s des Pyr�n�es de 1659</p><p>(Le Quesnoy, Landrecies), d�Aix-la-Chapelle de 1668 (Binche, Charleroi) et de Nim�gue de 1678 (Bouchain, Valenciennes). Le Hainaut fran�ais est �rig� en 1678 en intendance de Valenciennes, et rattach� en 1713 au parlement de Douai. Autrichien en 1714, annex� par la France, qui le constitue en d�partement de Jemmappes en 1795, le Hainaut septentrional devient une province n�erlandaise en 1814, puis belge en 1830.</p><p>P. T.</p><p>La population et</p><p>l��conomie</p><p>La population est nombreuse, pr�s de deux millions de personnes, soit une densit� moyenne (extr�mit� sud-est</p><p>exclue) de 350 habitants au kilom�tre carr�. Cette population est de langue fran�aise, fortement urbanis�e et surtout concentr�e dans une bande centrale allant de Valenciennes � Charleroi, avec une digitation le long de la Sambre.</p><p>Le Hainaut est une riche r�gion</p><p>agricole, aux structures et aux paysages vari�s. Le sud-est est essentiellement herbager (plus de 90 p. 100</p><p>de prairies permanentes) et bocager, consacr� � l��levage des bovins, surtout pour le lait. L�habitat est group�, mais les villages s��tirent le long des routes. � l�extr�me sud-est, sur l�Ardenne au sens strict, les massifs forestiers tiennent une grande place. Au sud-ouest, le bocage fait place, tr�s vite, � des champs ouverts, et l�herbe � des cultures de bl� et de betterave � sucre � l��levage se fait � l��table �, et les maisons se groupent en gros villages : c�est le paysage du Cambr�sis.</p><p>Vers le nord, l��volution est plus lente ; c�est une agriculture mixte o� la superficie consacr�e � l��levage n�occupe downloadModeText.vue.download 67 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5208</p><p>que la moiti� de la surface agricole utile (le bl�, 10 � 20 p. 100 ; la betterave � sucre, 2 � 10 p. 100). En allant vers le nord-ouest, on se rapproche du type flamand : multiplicit� des produits, cultures d�rob�es. L�habitat est encore group�, mais en ordre l�che : les maisons s�entourent de jardins et d�herbages.</p><p>Les fronti�res (qui ont vari�) ont jou� un r�le dans l�organisation de l�espace. Le Hainaut est au croisement de deux axes fondamentaux de l�Europe du Nord-Ouest : la route nord-sud des pays bas vers la France et la route ouest-est de la mer du Nord vers Cologne et la Ruhr ; l��toile des voies romaines autour de Bavai* en est la mat�rialisation. Mais, en l�absence d�unit� politique apr�s le r�gne de Louis XIV, la France a joint par voie d�eau Valenciennes � Dunkerque et creus� vers Paris le canal de la Sambre � l�Oise, le canal de Saint-Quentin et</p><p>le canal du Nord. En 1973, le travail est encore loin d��tre achev�, et il n�y a pas de liaison entre l�Escaut et la Sambre, dont la vall�e demeure s�par�e du reste de la r�gion du Nord. Le passage de la fronti�re est toujours difficile. Les Belges ont soign� les liaisons vers le nord : Charleroi est maintenant � l�extr�mit� sud de l�axe ABC</p><p>(Anvers - Bruxelles - Charleroi), mais l�ouest du Hainaut a �t� moins favoris�. Actuellement, les projets d�agrandissement des canaux et les autoroutes (Bruxelles - Paris par Valenciennes et autoroute de Wallonie, partie de l�axe Dunkerque-Ruhr, presque achev�es en 1972) doivent mat�rialiser de nouveau les grands axes : le Hainaut redevient une plaque tournante.</p><p>Vieille r�gion industrielle avec le textile et l�industrie du fer, les deux Hainauts, belge et fran�ais, ont b�n�fi-ci� de la pr�sence de bassins houillers.</p><p>Mais actuellement, la r�cession houill�re s�ajoutant � des probl�mes dans d�autres branches, des reconversions s�imposent.</p><p>En France, le textile est dispers� en quelques centres durement touch�s par la concurrence de Roubaix-Tourcoing.</p><p>La m�tallurgie est n�e dans le sud-est gr�ce au minerai local, aux for�ts et aux eaux courantes ; elle s�est surtout concentr�e sur deux axes : la vall�e de la Sambre, d�Aulnoye � Maubeuge, et celle de l�Escaut, de Denain � Valenciennes. La sid�rurgie s�est �tablie sur la Sambre, au XIXe s., sous l�influence de capitaux belges ; aujourd�hui demeurent le laminage, la grosse chau-dronnerie � c�t� de la c�ramique et du verre ; r�cemment s�est install�e l�industrie automobile. Sur l�Escaut, l�essor industriel du XIXe s. est li� � la houille, exploit�e d�s le XVIIIe s., et � la sid�rurgie, mais l�extraction du charbon doit cesser dans les ann�es 1980, et la sid�rurgie sur l�eau � Dunkerque pourrait �tre une menace (le minerai arrive d�j� par Dunkerque) ; aussi la r�gion entame-t-elle une reconversion : raffinerie de p�trole, usine Chrysler � Bouchain.</p><p>En Belgique se prolonge le bassin houiller fran�ais. Pr�s de la fronti�re, la r�gion de Mons et du Borinage est</p><p>celle o� la r�cession houill�re a cr�� le plus de probl�mes : en 1970, un seul puits subsistait, la houille avait cr�� peu d�industries, la r�gion manque de capitaux, de bonnes voies de circulation sont seulement en construction, la situation d�mographique n�est pas satisfaisante depuis la fin du XIXe s. La r�gion doit se d�senclaver ; des zones industrielles, notamment celle de Ghlin-Baudour, accueillent quelques industries nouvelles (brasserie, verrerie, profil�s d�aluminium, etc.). Les r�gions du Centre (avec la Louvi�re) et de Charleroi extraient encore le sixi�me du charbon belge, fabriquent 2,5 Mt d�acier ; de nombreuses industries s�y dispersent (la chimie [c�est le berceau de Solvay], la verrerie, la poterie). De plus, elles sont � l�extr�-</p><p>mit� de l�axe ABC et au centre de l�axe Sambre-Meuse ; les voies de circulation sont ici plus que satisfaisantes, et la reconversion se fait avec dynamisme, au nord de Charleroi, avec la p�trochimie � F�luy et le d�veloppement de la zone de Manage-Seneffe.</p><p>Le nord du Hainaut est industrialis� de fa�on plus ponctuelle : carri�res, constructions m�caniques, v�tements, industries alimentaires.</p><p>Enfin, il ne faut pas n�gliger le potentiel touristique : la beaut� des bocages, des massifs forestiers (des confins ardennais notamment), la floraison des vestiges d�une haute civilisation (monuments civils, religieux, militaires, mus�es innombrables). Cela compense, en partie, les s�quelles inhospitali�res de l�industrie du XIXe s.</p><p>A. G.</p><p>F Ardenne / Belgique / Bourgogne / Charleroi</p><p>/ Flandre / Hollande / Nord (d�part. du) / Nord (R�gion du) / Pays-Bas / Valenciennes.</p><p>A. Van Gennep, le Folklore de la Flandre et du Hainaut fran�ais (G. P. Maisonneuve, 1935-36 ; 3 vol.). / L. Verriest, Institutions m�di�vales de l�ancien comt� de Hainaut (V. Guenon, Mons, 1946 ; 2 vol.) ; F�odalit� en Hainaut (Du-culot, Gembloux, 1949). / � Le Hainaut belge �</p><p>(num�ro sp�cial de la Revue fran�aise de l��lite europ�enne, 1953). / L. Tr�nard, Histoire des Pays-Bas fran�ais (Privat, Toulouse, 1972).</p><p>Ha�ti (r�publique</p><p>d�)</p><p>�tat des Antilles, qui occupe la partie occidentale de l��le du m�me nom (appel�e aussi �le de Saint-Domingue).</p><p>La situation</p><p>La r�publique s��tend sur 27 750 km 2</p><p>(non compris l��le de la Tortue</p><p>[170 km2], situ�e au large de la c�te septentrionale de la presqu��le du Nord-Ouest, la grande �le de la Gonave</p><p>[660 km2], qui occupe l�entr�e de la baie de Port-au-Prince, ni les autres petites �les situ�es le long des c�tes). Peupl� de pr�s de 5 millions d�habitants, Ha�ti, ind�pendant d�s 1804, se flatte d��tre la premi�re r�publique noire du monde, mais le pays est profond�ment marqu� par la culture fran�aise et son pass� colonial du XVIIIe s. C�est un pays montagneux d�une grande beaut�, dont l��conomie est rest�e essentiellement agricole et qui subit tous les inconv�-</p><p>nients du sous-d�veloppement.</p><p>Le milieu naturel</p><p>y La disposition du relief est sans doute le fait naturel le plus important dans la vie du pays. Du nord au sud se succ�dent cha�nes pliss�es, vall�es et foss�s d�effondrement, qui compartimentent le pays et rendent les communications difficiles. La plaine du Nord, ou plaine du Cap-Ha�tien, plaine alluviale aux sols fertiles, s��tend sur 935 km 2. Elle est domin�e au sud par les sommets calcaires du massif du Nord ; celui-ci culmine � 1 196 m et prolonge la Cordill�re centrale de la r�publique Dominicaine, qui forme l��pine dorsale de l��le. La presqu��le du Nord-Ouest est occup�e par la fosse de Gros-Morne, foss� d�effondrement en bordure de la terminaison du massif du Nord, par les plaines des Moustiques et de l�Arbre (320 km 2) et par le vaste plateau calcaire de Bombardopolis, qui atteint 1 060 m au sud-est.</p><p>Le plateau central est en fait une r�-</p><p>gion d�prim�e qui s��tend entre le massif du Nord et les montagnes Noires, cha�nes calcaires qui occupent le centre du pays et culminent � 1 700 m. Cette cha�ne domine la vall�e de la rivi�re Artibonite, qui prend le territoire de</p><p>la r�publique en �charpe du sud-est au nord-ouest et qui forme sa plus vaste plaine, avec 1 700 km 2. La cha�ne des Matheux (1 600 m d�altitude), prolong�e par les montagnes du Trou d�Eau jusqu�� la fronti�re, borde au nord le golfe de Port-au-Prince et isole le sud du pays des r�gions centrales et septentrionales. La plaine du Cul-de-Sac, ou plaine de Port-au-Prince, est un foss� d�effondrement entre la cha�ne des Matheux et le vigoureux plissement qui s��l�ve au sud d�Ha�ti. Cette plaine se prolonge par la petite plaine littorale de L�ogane pour former un ensemble de 825 km 2.</p><p>Les puissantes cha�nes calcaires de la Selle et de la Hotte atteignent respectivement 2 680 m et 2 347 m sur la bordure m�ridionale du pays, formant un bourrelet impressionnant entre la mer Cara�be et le golfe de la Gonave.</p><p>Quelques petites plaines littorales �chancrent cet ensemble montagneux : plaine des Cayes (360 km2), plaine de Jacmel (90 km2).</p><p>Au total, environ 30 p. 100 de la superficie se trouvent au-dessus de 500 m d�altitude. Par contre, les plaines ne s��tendent que sur 4 800 km 2 (17 p. 100</p><p>de la superficie totale). Compte tenu de la forte densit� de production et de la pr�dominance d�une �conomie de type agricole, le manque de terres cultivables est un probl�me fondamental.</p><p>y Ha�ti poss�de un climat tropi-</p><p>cal maritime pluvieux. La temp�rature s�abaisse avec l�altitude ; vers 1 500 m, les moyennes annuelles sont temp�r�es. De d�cembre � mars, des coups de vent frais peuvent se produire dans la r�gion du Nord et �tre sensibles jusque dans les montagnes du Sud. Dans les r�gions basses, les plaines abrit�es sont beaucoup plus chaudes que les c�tes expos�es � l�aliz�.</p><p>La g�ographie des pluies est �troitement li�e � l�orientation des reliefs.</p><p>Les r�gions montagneuses humides alternent avec les d�pressions s�ches, parfois arides. Les montagnes re-</p><p>�oivent en g�n�ral plus de 1,5 m d�eau par an, sauf sur leur flanc orient� � l�ouest, � l�abri des aliz�s (cas de la</p><p>cha�ne des Matheux, du littoral du plateau de Bombardopolis). Les c�tes du Sud et du Nord sont aussi bien arros�es. Cependant, � l�approche de la fronti�re, la plaine du Nord est plus s�che, un ph�nom�ne d�abri intervenant � cause de la relative proximit� de la cha�ne septentrionale de la r�publique Dominicaine. Dans ces r�gions, le minimum pluviom�trique du car�me (saison s�che) est beaucoup downloadModeText.vue.download 68 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5209</p><p>moins marqu� que dans les foss�s et les plaines abrit�s, o� les hauteurs d�eau descendent souvent au-dessous de 1 000 mm. La vall�e de l�Artibonite, la r�gion d�prim�e de l��tang Saum�tre ont un climat sec. La plaine autour de Port-au-Prince, avec 1 200 mm d�eau par an, est moins s�che, ainsi que celle de L�ogane ; toutes deux b�n�ficient des condensations qui se produisent au contact de la montagne de la Selle.</p><p>Les pluies connaissent des variations interannuelles consid�rables qui aggravent certaines ann�es les conditions moyennes qui r�gnent dans les r�gions les moins arros�es. Sur les reliefs eux-m�mes, la nature fr�quemment calcaire des roches ainsi que la vigueur des pentes, entra�nant la disparition rapide des eaux en surface, peuvent provoquer une v�ritable s�cheresse des sols, d�favorable � la v�g�tation. Les r�gions les mieux dou�es pour l�agriculture, par le relief, connaissent souvent des conditions climatiques s�v�res. Des travaux d�hydraulique agricole deviennent indispensables. Faute de capitaux et des moyens techniques n�cessaires, l�agriculture n�a eu d�autre ressource que de s�installer sur les pentes humides, avec tous les inconv�nients que cela pr�-</p><p>sente. Il faut enfin signaler qu�Ha�ti est durement frapp� par les cyclones.</p><p>y � l��tat naturel, Ha�ti �tait recouvert de for�ts. Le pays a �t� enti�rement d�bois� pour l�agriculture et pour le charbonnage. Le d�boisement des montagnes, provoquant l�acc�l�-</p><p>ration de l��rosion et la disparition des sols, a pris l�allure d�une v�ritable</p><p>catastrophe nationale.</p><p>J.-C. G.</p><p>L�histoire</p><p>Les d�buts</p><p>Ha�ti, c��tait le nom indien de la grande �le vers laquelle cingla Christophe Colomb apr�s avoir touch� pour la premi�re fois terre. Rebaptis�e Hispaniola par les Espagnols, la grande �le leur servit de base pour la conqu�te du continent et elle fut la premi�re terre am�-</p><p>ricaine � souffrir du choc biologique, social et �conomique entre les deux mondes, le pot de terre contre le pot de fer, selon la fable d��sope reprise par un eccl�siastique espagnol. En vingt ans, la population tombait d�un million (estimation basse) � 60 000 habitants.</p><p>Les microbes venus d�Europe, la d�-</p><p>sorganisation du syst�me indig�ne, le travail forc� �taient responsables de l�h�catombe qui provoquait chez Las Casas* la prise de conscience que l�on sait. C�est � sa suggestion que Charles Quint permit l�importation d�esclaves africains, pour sauver les Indiens de la destruction.</p><p>La colonie espagnole, fond�e par Colomb dans le sud-est de l��le, v�g�ta jusqu�au XVIIIe s., tandis que l�ouest de Saint-Domingue passait sous la domination fran�aise. � l�origine de cette partition, il y a l��tonnante et turbu-lente fraternit� des boucaniers et des pirates, les c�l�bres fr�res de la c�te qui, depuis leur �le de la Tortue, mettaient au pillage les Cara�bes.</p><p>En 1697, le trait� de Ryswick, pass� entre la France et l�Espagne, reconnaissait � la premi�re la possession de la partie occidentale de l��le. Les fr�res de la c�te avaient d�j� commenc� � cultiver le cacao, l�indigo, le coton et la canne � sucre et avaient introduit le travail servile, en razziant la Jama�que et en y raflant des milliers d�esclaves noirs. Au XVIIIe s., la Saint-Domingue fran�aise connaissait un prodigieux essor gr�ce � la fertilit� de la terre et � l�importance du march� m�tropolitain.</p><p>Le manque de main-d�oeuvre acc�l�-</p><p>rait la traite des Noirs, dans le cadre du fameux commerce triangulaire</p><p>(France-Afrique-Antilles-France) qui fit la prosp�rit� des ports atlantiques fran�ais. En plus des Noirs, les colons firent travailler les Blancs, les � engag�s �, qui pouvaient se lib�rer au terme d�un contrat de plusieurs ann�es pass�es sur les plantations de sucre et de caf�.</p><p>Les derni�res ann�es du XVIIIe s.</p><p>furent celles d�une folle prosp�rit� ; entre 1783 et 1789, la production de sucre et de caf� doublait ; en 1786, on importait 27 000 esclaves et, en 1787, plus de 40 000. En 1789, plus des deux tiers des 500 000 esclaves �taient n�s en Afrique. La situation des esclaves est bien connue, ainsi que la non-application des Codes noirs, institu�s par le roi pour les prot�ger de la brutalit� de leurs ma�tres. � la veille de la R�volution, l�affaire du planteur Le Jeune, meurtrier de plusieurs de ses esclaves, jetait une lumi�re crue sur la condition servile.</p><p>1789-1804. Les Jacobins noirs</p><p>Soci�t� de castes, puisque l�on trouvait, au-dessus de la masse des esclaves noirs, le petit groupe des affranchis, celui des mul�tres, puis les petits Blancs et enfin l�aristocratie cr�ole, la soci�t� de Saint-Domingue �clata sous le choc de la R�volution fran-</p><p>�aise. Les premiers � bouger furent les 40 000 Blancs et les 30 000 mul�tres : les planteurs, m�contents du syst�me commercial qui les mettait � la merci de la bourgeoisie bordelaise et nan-taise (en 1789, ils �taient endett�s de fa�on consid�rable), se pr�cipit�rent dans la R�volution de 1789, arborant la cocarde rouge et formant la garde nationale. Les mul�tres, pour se d�fendre contre les petits Blancs et les r�volutionnaires, soutinrent l�administration royale. La r�volution � Saint-Domingue fut � la fois la lutte des petits Blancs contre les mul�tres, l�alliance des mul�tres et des aristocrates, la r�-</p><p>volte des cr�oles contre la France, et, au terme de cette lutte de factions, de ces r�volutions en cha�ne qui s�acc�l�-</p><p>r�rent de 1789 � 1791, il y eut le soul�vement des esclaves et une guerre inexpiable de quinze ans qui d�truisit ce qui avait �t� le � jardin des Indes occidentales �.</p><p>Lutte des esclaves contre les ma�tres, lutte des races, lutte des classes, la guerre se complique de l�intervention �trang�re, anglaise et espagnole.</p><p>Elle est men�e par d�anciens esclaves, Toussaint dit l�Ouverture ou Louverture (1743-1803), ancien r�gisseur, homme instruit qui a lu l�abb� Mably, Jean-Jacques Dessalines (av. 1758-1806), Henri Christophe (1767-1820).</p><p>La lutte pour la lib�ration des esclaves est pouss�e aux derniers degr�s de la violence � cause de l�acharnement des colons � ne rien c�der et du va-et-vient des m�tis entre les cr�oles et les Noirs.</p><p>La division entre propri�taires fonciers (mul�tres) et travailleurs (Noirs) ne facilite pas les choses. L�ind�pendance est pay�e fort cher et rendue in�vitable par le r�tablissement de l�esclavage par Bonaparte, alors qu�il a �t� aboli par la Convention. Toussaint, qui a r�ussi � lib�rer les esclaves et � ruiner les tentatives anglo-espagnoles de conqu�te, tombe victime de la trahison de Napol�on en 1802 et mourra en captivit� en France. Ses g�n�raux, Dessalines et Christophe, m�nent alors un combat acharn� contre le corps exp�ditionnaire, command� par le g�n�ral Leclerc, exterminant les Blancs et ra-vageant villes et plantations. En 1804, ce qui reste de l�exp�dition fran�aise abandonne la partie ; Ha�ti est lib�r�e.</p><p>Du d�part des Fran�ais �</p><p>l�intervention am�ricaine :</p><p>un si�cle troubl�</p><p>L�ind�pendance arrach�e, Ha�ti doit se ruiner pour se mettre en �tat de d�fense contre la menace fran�aise. Enfin, on lui promet la paix, � condition de la payer fort cher : le prix des esclaves lib�r�s, dont il faut indemniser les propri�taires. Le premier empire ha�tien, fond� par Dessalines (Jacques Ier de 1804 � 1806), dictature militaire et po-puliste, est insupportable aux mul�tres, et l��le se divise entre un Nord dirig� par l�empereur Henri Ier (Henri Christophe) de 1811 � 1820, et un Sud dirig� par le pr�sident Alexandre P�tion (1770-1818), de 1807 � 1818, qui aide Bol�var en 1815-16, � un moment o� le Libertador est dans une passe difficile.</p><p>L��le est enti�rement unifi�e (le Nord et le Sud ha�tiens en 1820 et l�Orient</p><p>espagnol [Santo Domingo] en 1822) par Jean-Pierre Boyer (1776-1850), successeur de P�tion de 1818 � 1843.</p><p>Cette derni�re p�riode (jusqu�� la s�-</p><p>paration en 1844 de l��le en deux �tats distincts), faste en politique ext�rieure puisqu�en 1825 la France reconna�t l�ind�pendance ha�tienne, ne voit se r�-</p><p>soudre aucun des probl�mes internes et d�bouche en 1842-1846 sur la r�volution lib�rale, radicalis�e en r�volution rurale, impitoyablement �cras�e : c�est la grande jacquerie dite � des piquets �.</p><p>y 1847-1859 : Faustin Soulouque</p><p>(1782-1867), troisi�me et dernier souverain d�Ha�ti (pr�sident de la R�publique en 1847, empereur [Faustin Ier] en 1849), le plus sanglant et le plus paradoxal des dirigeants du XIXe s., instaure le vaudou d��tat pour r�soudre les probl�mes internes, et, s�il ne r�ussit pas � reconqu�rir Saint-Domingue, d�finitivement perdu en 1844, il parvient � sauver la souverainet� ha�tienne menac�e. Ancien esclave, illettr�, il est port� au pouvoir par les mul�tres, qui le m�prisent et le sous-estiment, et adopte une politique anti-mul�tre. D�une certaine mani�re, c�est la revanche des � piquets �, m�me si Soulouque est moins radical que ses partisans et doit �craser en 1851 la r�volte populaire du � Prince Bobo �, qui proclame que � la propri�t� de la terre doit �tre � ceux qui la travaillent �.</p><p>y En janvier 1859, Soulouque est renvers� par Nicolas Fabre Geffrard (1806-1879), mul�tre fonc� qui restaure la r�publique. Le concordat de 1860 avec Rome, la reconnaissance am�ricaine de 1862, le nouveau Code rural consolident le syst�me traditionnel, tandis que le pouvoir doit faire face � l�arm�e espagnole et � la r�bellion du Nord, traditionnellement noir et antimul�tre. Apr�s deux ann�es de lutte, Geffrard se retire (mars 1867) et abandonne la pr�sidence au leader du Nord, Sylvain Salnave (v. 1827-1870). Cela ne met pas fin � la guerre civile, nouvel avatar � dessalinien � et downloadModeText.vue.download 69 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5210</p><p>� piquettiste �, qui se termine en 1870</p><p>par l��crasement des masses rurales.</p><p>y 1870-1910 : c�est l��ge d�or du syst�me traditionnel, marqu� par la domination des mul�tres et la pr�-</p><p>pond�rance fran�aise, culturelle, technique, commerciale et financi�re.</p><p>La France absorbe les deux tiers des exportations ha�tiennes, et le march� financier de Paris est le seul cr�ancier d�Ha�ti. Selon un mot de l��poque,</p><p>� la France, c�est la caisse �.</p><p>L�h�g�monie am�ricaine</p><p>Cuba et Porto Rico sont tomb�s en 1898, Panam� en 1903 ; ce sera bient�t le tour de la r�publique Dominicaine. � C�est aux �tats-Unis que doit revenir l�influence dominante dans les Cara�bes �, �crit Elihu Root, parce que</p><p>� nous devons contr�ler la route vers le canal de Panam� �. Entre 1909 et 1911, les �tats-Unis r�ussissent leur implantation �conomique et financi�re en Ha�ti au d�triment de la France, alli�e pour l�occasion � l�Allemagne. L��tablissement de cette pr�pond�rance am�ricaine a-t-il �t� la cause de l�intervention militaire et de l�ing�rence politique ? On ne peut nier que les int�r�ts priv�s des Am�ricains, m�contents de l�anarchie qui s�installe entre 1910 et 1915, aient pouss� � l�intervention.</p><p>De 1911 � 1915, six pr�sidents</p><p>se succ�dent, trois sont assassin�s et trois renvers�s. On �vite de toucher � un seul cheveu �tranger, et l�on paie scrupuleusement la dette �trang�re. Cela ne suffit point � exorciser l�intervention am�ricaine : en 1914</p><p>et en 1915, le gouvernement am�ricain fait six tentatives pour contr�ler les douanes ha�tiennes et envoie deux missions. Un conflit entre Ha�ti et une compagnie de chemin de fer am�ricaine, aggrav� d�un diff�rend avec la National City Bank, entra�ne le transfert manu militari de 500 000 dollars-or de Ha�ti � New York, � bord d�un bateau de guerre am�ricain. Lorsque, en juillet 1915, l��meute �clate � Port-au-Prince (assassinat du pr�sident Vil-brun Guillaume Sam), les � marines �</p><p>d�barquent. Ils y restent jusqu�en 1934.</p><p>L�occupation am�ricaine Sous la pression, un trait� r�pondant aux voeux am�ricains est sign�. Une nouvelle Constitution, r�dig�e par Franklin D. Roosevelt, permet aux �trangers d�acqu�rir des terres et ratifie les actes de l�occupant militaire. Les</p><p>� marines � organisent un pl�biscite et dissolvent le Congr�s, qui protestait.</p><p>Les Am�ricains contr�lent les finances, les douanes, les forces de l�ordre, la sant�, les travaux publics et l�agriculture. Ils mettent trois ans (1915-1918) � r�duire l�insurrection paysanne des</p><p>� Cacos � de Charlemagne P�rault et de Beno�t Batraville, dans le nord du pays. Pour cela, il leur faut tuer 15 000 rebelles et installer des camps de concentration. � ce prix, l�ordre est assur�, et le pays conna�t une v�ritable am�lioration sanitaire, scolaire et �conomique. Cela se fait en �tablissant des plantations modernes avec des capitaux am�ricains. Au bout du compte, le paysan y perd sa terre et sa dignit� d�homme libre, prot�g�e jusque-l� par le d�sordre politique et le chaos administratif (l�absence de cadastre notamment). Avec le cadastre mis au point par les Am�ricains, le paysan libre devient un squatter sans titre, qui n�a plus qu�� s�embaucher sur les plantations.</p><p>L��tape contemporaine :</p><p>depuis 1934</p><p>En 1934, cons�quence de la politique de � bon voisinage � de Roosevelt, se termine le retrait graduel des � marines �, et la vie politique ha�tienne reprend son cours. L�intervention n�a pu mettre fin aux vieilles pratiques �</p><p>r�gimes autoritaires, coups d��tat militaires, crises r�volutionnaires (1946 et 1957) �, et aujourd�hui Ha�ti continue � d�tenir les tristes records de la mis�re en Am�rique. L�arm�e fait et d�fait les pr�sidents St�nio Vincent, Elie Lescot, Dumarsais Estim� et Paul Magloire. Choisi aussi par l�arm�e, Fran�ois Duvalier (1909-1971) r�ussit � fausser compagnie � ses parrains militaires et mul�tres pour se faire �lire pr�sident en 1957 (pr�sident � vie en 1964) et rester ma�tre absolu d�Ha�ti jusqu�� sa mort : son fils Jean-Claude Duvalier (n� en 1951) lui succ�dera</p><p>alors. R�incarnation de Dessalines et de Soulouque, souverain sans le titre,</p><p>� Papa Doc � met au pas son arm�e en organisant la milice des � tontons ma-coutes �, Noirs recrut�s � la campagne, et se gagne la sympathie des ruraux par son exaltation de la n�gritude et la pers�cution des mul�tres. L�heure de la revanche noire semble avoir sonn�.</p><p>Ne verra-t-on pas le pr�sident Duvalier relancer le culte vaudou et obtenir de Rome la cr�ation d�un haut clerg� noir ? Ne le verra-t-on pas tenir t�te � l�administration Kennedy et triompher de toutes les tentatives faites pour le renverser ? Rien n�est jamais simple en Ha�ti, et il serait bien os� de tourner en ridicule le � pr�sident � vie �. Les historiens d�aujourd�hui ne pr�sentent plus le � roi Christophe � comme un bouffon... Il reste que Duvalier n�a pu r�soudre aucun des grands probl�mes de son peuple.</p><p>J. M.</p><p>La mise en valeur</p><p>Tout au long du XVIIIe s., la colonie fran-</p><p>�aise prend un essor consid�rable et devient l�une des plus prosp�res d�Am�-</p><p>rique. Ce d�veloppement �conomique se fait gr�ce � l�afflux d�une nombreuse population. En 1789, il y aurait eu 571 700 habitants, dont 35 440 Blancs, 26 666 gens de couleur et Noirs libres, et 509 642 esclaves. La soci�t� est strictement hi�rarchis�e. Parmi les esclaves, les peuples de la c�te du B�nin, les Dahom�ens en particulier, sont tr�s nombreux, et, sous leur influence, le culte et les soci�t�s secr�tes vaudou se d�veloppent. Le patois cr�ole sert d�idiome commun. Cette soci�t� porte en elle les germes de sa destruction. Le d�s�quilibre num�rique entre Blancs et esclaves est �norme. Le Cap-Fran�ais, avec 15 000 habitants, est alors l�une des villes les plus riches d�Am�rique : Port-au-Prince, avec 6 000 habitants, est le chef-lieu du Sud.</p><p>De 1789 � 1804, la soci�t� esclavagiste est d�truite par les troubles r�volutionnaires. Au moment de l�ind�pendance, en 1804, le pays est ruin�. Les Blancs ont �t� presque �limin�s, et la downloadModeText.vue.download 70 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5211</p><p>population est tomb�e � 425 000 habitants. Une vive hostilit� oppose les Noirs et les mul�tres (qui ont souvent h�rit� de leurs p�res blancs et forment la nouvelle aristocratie du pays, ins-truite et ma�tresse de l��conomie) et sera l�une des causes de l�instabilit� politique qui va d�sormais r�gner.</p><p>Au moment des troubles de la R�volution, de nombreux esclaves lib�r�s �migrent vers les collines et les montagnes, o� ils d�frichent, sans avoir aucun titre de propri�t�, un petit lopin de terre. Ce mouvement de colonisation des reliefs se poursuivra tout au long des XIXe et XXe s. avec l�augmentation de la population. Dans les plaines, une bonne partie des anciennes</p><p>� habitations � est partag�e par les pr�-</p><p>sidents successifs entre les militaires ou des personnes appartenant � leur client�le. La population s�accro�t de 1 million d�habitants au XIXe s. et atteint 1 450 000 habitants en 1905. La croissance d�mographique et le partage successoral des terres amenuisent progressivement les exploitations.</p><p>Le pays se replie sur lui-m�me, les cultures commerciales reculent au profit des cultures vivri�res. Sans grandes ressources, il s�endette, et, vers la fin du XIXe s., les puissances �trang�res, les �tats-Unis en particulier, interviennent. L�introduction de capitaux �trangers et l�action de l�aristocratie ha�tienne entra�nent la reconstitution de grands domaines se livrant aux cultures commerciales : canne � sucre, sisal, banane, cacao, coton. Mais les progr�s sont tr�s limit�s ; on manque de terres, et la r�sistance des petits paysans aux empi�tements des grands propri�taires est tr�s vive, d�autant que la croissance d�mographique, qui s�acc�l�re au XXe s., accro�t la densit�.</p><p>Il y a 3,5 millions d�habitants en 1960, et la densit� s��l�ve � 126. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, il s�est produit un certain essor qui a dur� jusque vers 1960, mais sans changer beaucoup l��conomie du pays.</p><p>La population et</p><p>l��conomie</p><p>La population avoisine aujourd�hui 5 millions d�habitants (densit� d�passant 180 hab. au km2). La natalit� est tr�s �lev�e, de l�ordre de 40 � 50 p. 1 000.</p><p>La mortalit� a diminu�, en particulier gr�ce � l�action des missions sanitaires internationales ou �trang�res, mais elle demeure encore voisine de 20 p. 1 000</p><p>(la mortalit� infantile est forte). La croissance naturelle est de l�ordre de 2 � 2,5 p. 100 par an. La population est rurale � plus de 80 p. 100. Port-au-Prince, la capitale, se d�veloppe tr�s vite � cause de l�exode rural et doit d�passer 500 000 habitants avec ses banlieues. Faute de moyens financiers, cette belle ville s�est progressivement d�labr�e. C�est la seule grande ville. Le Cap-Ha�tien (25 000 hab.) n�est qu�une cit� d�chue, et les autres agglom�rations ne sont que de grosses bourgades commerciales et administratives.</p><p>La r�partition de la population rurale est li�e aux facteurs naturels et � l�histoire. La population est tr�s dense sur les pentes humides ou am�nag�es.</p><p>Dans les r�gions de l�Est, du plateau central, de la fronti�re, les densit�s sont moins �lev�es. Elles sont tr�s faibles dans les r�gions s�ches et dans les plaines abandonn�es ; 50 p. 100 de la population rurale se concentrent sur 17 p. 100 du territoire.</p><p>Du point de vue ethnique et culturel, la population comprend 95 p. 100</p><p>de Noirs et 5 p. 100 de mul�tres (2 000 Blancs). Bien que la religion officielle soit le catholicisme, le culte vaudou a une importance fondamentale, d�passant largement le cadre religieux. L�alphab�tisation n�est que partielle, moins du tiers des enfants scolarisables fr�quentant une �cole ; aussi, le cr�ole reste-t-il la langue de la masse, alors que le fran�ais n�est gu�re parl� que par une �lite cultiv�e.</p><p>L��conomie est domin�e par une</p><p>agriculture vivri�re archa�que, � laquelle sont associ�es quelques cultures commerciales. Elle a peu chang�</p><p>depuis sa mise en place � la suite de l�effondrement de l��conomie escla-vagiste ; ses conditions se sont m�me aggrav�es, car les exploitations se sont</p><p>morcel�es. Le paysan est en g�n�ral propri�taire de sa terre, mais celle-ci est trop petite et trop morcel�e pour nourrir une famille nombreuse. L�exploitation moyenne a une superficie de 1,1 ha. Sur un petit lopin de terre, le paysan pratique une polyculture sans moyens techniques ; les instruments aratoires sont rudimentaires, et les fa-</p><p>�ons culturales rel�vent du jardinage.</p><p>Les versants ne sont pas am�nag�s, ce qui explique, avec le d�boisement, les ravages de l��rosion.</p><p>Le champ pr�sente un aspect hir-</p><p>sute avec un fouillis indescriptible de plantes vivri�res (racines et tubercules tropicaux, pois, l�gumes, ma�s, arbres fruitiers, bananiers, pieds de canne � sucre, etc.), avec �� et l� des pieds de caf�iers que l�on cultive jusqu�� 1 700 m d�altitude. Le paysan consomme la moyenne partie de sa production et vend le surplus au march� voisin. Les rendements sont tr�s faibles.</p><p>Bien souvent alors, le r�gime alimentaire est insuffisant, et, quand les conditions climatiques sont d�favorables, les paysans peuvent �tre menac�s par la famine. � c�t� des petites exploitations paysannes existent un certain nombre de grandes plantations, en g�n�ral dans les plaines. On compte environ 1 000 propri�t�s de plus de 120 ha, appartenant � l�aristocratie locale. Partag�es entre des m�tayers, elles sont en g�n�ral mal exploit�es et peu productives. Il existe aussi quelques grandes plantations �trang�res. La Haitian American Sugar Company</p><p>exploite un vaste domaine autour de Port-au-Prince et peut produire jusqu�� 70 000 t de sucre. D�autres compagnies cultivent le sisal.</p><p>Dans ce pays au relief ingrat et au climat capricieux, les am�nagements restent disparates et limit�s, faute de capitaux. Le barrage de Peligre, qui permet d�irriguer 30 000 ha dans la vall�e de l�Artibonite sur lesquels de petits paysans organis�s en coop�ratives produisent 10 000 t de riz, est le seul exemple notable d�am�nagement.</p><p>Ha�ti conna�t une crise d�mogra-</p><p>phique et �conomique profonde. Le</p><p>produit int�rieur brut par habitant (assur� pour moiti� par l�agriculture) a diminu� de 1960 � 1970, tombant de 77 � moins de 70 dollars. Le caf�, qui fournit pr�s de 60 p. 100 des exportations, a vu sa production r�gresser, passant de 44 000 t vers 1930 � 25 000 t.</p><p>Celle du sucre est �galement en recul (60 000 t environ, dont la moiti� peut �tre export�e aux �tats-Unis). Le sisal, 25 p. 100 des exportations, est aussi en crise (16 000 t). Le recul des cultures commerciales exportables n�est pas compens� par l�essor des mines ou des industries. Ha�ti poss�de des gisements de bauxite, exploit�s par la Reynolds Company, qui exporte 420 000 t de minerai. Des exportations de concentr�s de cuivre ont commenc� (9 000 t). Le pays manque d��nergie. L��lectricit� est rationn�e (20 kWh par an et par habitant). Les industries sont disparates (occupant 2 p. 100 seulement de la population active) : une cimenterie, des usines de traitement des produits agricoles (la moiti� des ouvriers travaillent dans les fibres), de confection. Beaucoup appartiennent aux Am�ricains.</p><p>R�cemment, ceux-ci ont commenc� � implanter, profitant du faible co�t de la main-d�oeuvre et de l�exemption de taxe, des industries l�g�res plus ou moins li�es au tourisme ou aux loisirs, destin�es � l�exportation. L�artisanat local reste tr�s archa�que. Le tourisme, qui a connu des d�buts encourageants vers 1955, ne peut se d�velopper dans des conditions politiques et avec un environnement d�favorables. Les �quipements collectifs sont d�risoires, les routes d�labr�es. Bien des campagnes habit�es ne sont accessibles qu�� cheval ou � pied. On ne compte qu�une voiture de tourisme pour 700 habitants.</p><p>La valeur du commerce ext�rieur ne d�passe pas 80 millions de dollars. Les capitaux et l�aide �trang�re font d�faut.</p><p>Le niveau de vie est certainement l�un des plus bas d�Am�rique latine. La population n�a m�me plus la ressource d��migrer : la r�publique Dominicaine a ferm� sa fronti�re depuis longtemps, et Cuba ne re�oit plus d�ouvriers agricoles ha�tiens depuis 1958. Seule l��lite cultiv�e, pourvue de dipl�mes, �migr�, ce qui n�est pas l�un des moindres paradoxes de ce pays qui manque de cadres, alors que la masse du peuple est dans la mis�re.</p><p>J.-C. G.</p><p>La litt�rature</p><p>V. francophones (litt�ratures).</p><p>F Antilles / Dominicaine (r�publique).</p><p>J. A. L�ger, Ha�ti, her History and her De-tractors (New York, 1907). / M. J. Herskovits, Life in a Haitian Valley (New York, 1937 ; r��d., 1964). / P. I. R. James, The Black Jacobins : Toussaint-Louverture and the S. Domingo Revolution (New York, 1938 ; trad. fr. les Jacobins noirs, Gallimard, 1949). / R. Bastien, La familia rural haitiana (Mexico, 1951). / F. Duvalier et D. Lorimer, le Probl�me des classes � travers l�histoire d�Ha�ti (Ha�ti, 1959). / A. M�traux, le Vaudou ha�tien (Gallimard, 1959 ; nouv. �d., 1968). / A. C�saire, Toussaint-Louverture, la R�volution fran�aise et le probl�me colonial (Club fr. du livre, 1960 ; nouv. �d., Pr�sence africaine, 1962). / P. Moral, le Paysan ha�tien (Maisonneuve et Larose, 1961). / H. Courlander et R. Bastien, Religion and Politics in Ha�ti (Washington, 1966). / G. Pierre-Charles, l��conomie ha�tienne et sa voie de d�veloppement (Maisonneuve et Larose, 1967). / T. Lepkowski, Ha�ti (La Havane, 1968). / I. B�ghin, W. Foug�re et K. W. King, l�Alimentation et la nutrition en Ha�ti (P. U. F., 1970). / M. Bitter, Ha�ti (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1971).</p><p>&#x1E24;ak&#x12B;m (Tawf&#x12B;q al-)</p><p>Romancier et dramaturge �gyptien (Le Caire 1898).</p><p>N� dans une famille ais�e qui le destinait � la magistrature, Tawf&#x12B;q al-</p><p>&#x1E24;ak&#x12B;m entreprend des �tudes de droit qu�il ach�ve � Paris apr�s 1922. Sa formation fran�aise se confirme � la faveur des six ann�es qu�il passe en France ; ses �tudes juridiques sont downloadModeText.vue.download 71 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5212</p><p>alors loin de l�absorber tout entier, et il s�int�resse avec passion aux mouvements litt�raires et artistiques ; ses lectures le poussent vers le symbolisme, et la d�couverte de Maeterlinck autant que celle de Lenormand le marquent profond�ment. De retour en �gypte,</p><p>en 1928, il est toutefois accapar� par les obligations d�une carri�re dans la magistrature ; heureuse circonstance d�ailleurs, puisque, de ses exp�riences, il tirera deux de ses romans les plus remarqu�s. D�s 1933 s�affirme en litt�rature sa double vocation. Cette ann�e-l�, il donne en effet un roman, l��me retrouv�e, et un drame, les Dormants de la caverne, suivis en 1934 d�une pi�ce de m�me tendance, Sch�h�razade. Al-</p><p>&#x1E24;ak&#x12B;m d�couvre peu � peu un public choisi, qu�il d�concerte et attire tout � la fois. Il c�de bient�t totalement � sa vocation litt�raire, et, s�il se montre parfois soucieux des probl�mes de son temps, il le fait en essayiste, avec un d�tachement un peu hautain, et toujours pr�t � retourner � sa solitude ; cette attitude se manifeste en particulier dans son livre sur le Genre litt�-</p><p>raire (1952). Pour lui, le th��tre et le roman constituent donc de plus en plus ses vrais moyens d�expression. Dans l��me retrouv�e, parue en 1933, il avait rappel�, sous une forme romanc�e, ce que devait �tre le r�veil de la nation �gyptienne. Quatre ans plus tard, dans le Journal d�un substitut de campagne, il d�crit avec humour et avec un pessimisme sans agressivit� la m�diocrit� de la vie rurale et la petitesse de ses mis�res quotidiennes. Avec Pygma-lion (1942) et surtout avec Salomon le magicien (1943), Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m r�ussit � donner au drame symbolique tel qu�il le con�oit une forme qui le rend assimilable au public auquel il s�adresse ; dans cette derni�re pi�ce, en particulier, les th�mes sont emprunt�s au fond oriental et au Coran, en m�me temps que se trouve pos� le probl�me de la toute-puissance d�tenue par un surhomme qui a su dompter certaines forces redoutables et obscures ; dans la seconde �dition de ce drame, en 1948, l�auteur revient dans une postface sur l�angoisse que fait surgir en lui la puissance atomique, �voqu�e sous forme de symbole par le r�gne de Salomon sur les g�nies de la terre. En pr�sentant en 1949 au public �gyptien le th�me d�OEdipe roi, le dramaturge recourt une fois encore � une transposition : la trag�die grecque s�est d�pouill�e de sa sp�cificit�, et, sous le voile transparent du symbole, le public de langue arabe retrouve ses propres angoisses devant le Destin. � partir de cette oeuvre,</p><p>Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m appara�t de plus en plus obs�d� par la menace qui p�se sur le monde contemporain. Sans doute en 1959, dans le volume de souvenirs intitul� Magistrature et art, revient-il encore sur ses exp�riences de magistrat, mais ce n�est l� qu�une pause. Dans le Roi ind�cis (1960 ; titre de la traduction fran�aise : J�ai choisi), le dramaturge philosophe reprend en effet le probl�me qui a hant� Einstein, Oppenheimer et tant d�autres : l�homme, par sa ma�trise grandissante sur la nature, par le progr�s constant qu�il imprime � la science, est en voie de se d�truire s�il ne sauve pas en lui ses valeurs morales et son sens de l�humain. Une attitude identique se retrouve quelques ann�es plus tard dans une pi�ce � th�se : Du pain pour chaque bouche (1963), o� l�auteur tente d�int�resser le public �gyptien au probl�me de la faim dans le monde, en recourant � une forme symbolique volontairement na�ve.</p><p>Chez Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m, le romancier se r�v�le essentiellement non comme un observateur, mais comme un esprit critique qui voit dans ses semblables des �tres dont la m�diocrit� ne saurait justifier ni le sarcasme ni la condamnation ; � cet �gard, il n�est pas sans faire songer � Tchekhov. Dans son th��tre, Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m a �t� diversement jug� et suivi ; son attachement au symbolisme ne pouvait faire de lui un auteur pris� d�un large public ; en revanche, ses admirateurs ont d�couvert en lui l��cho de leurs inqui�tudes et parfois la formulation des probl�mes qui les obs�dent. Son style dramatique volontairement d�pouill� et rebelle au flot de l��loquence a �t� senti comme un trait original et propre � mettre en relief la pens�e ainsi transmise. � la diff�rence de ses contemporains plus jeunes, ce romancier dramaturge n�a point c�d� � la pression du social et du politique ; il s�est refus� du m�me coup � l��vocation d�un r�alisme et � l�obsession de th�mes qui eussent pu lui assurer un public plus large et plus avide d�engagement. Dans la litt�rature contemporaine en langue arabe, Tawf&#x12B;q al-&#x1E24;ak&#x12B;m fait figure d�un penseur �pris � la fois de justice, de mesure et de respect pour l�art.</p><p>R. B.</p><p>Hall (effet)</p><p>Effet d�couvert en 1879 et qui consiste en une modification du champ �lectrique dans un mat�riau sous l�action d�un champ d�induction magn�tique.</p><p>Plus pr�cis�ment, lorsqu�on soumet un m�tal ou un semi-conducteur � un champ �lectrique Ex et � un champ d�induction B perpendiculaires, il appara�t un deuxi�me champ �lectrique Ey normal � B et Ex (fig. 1). Le m�canisme en est le suivant.</p><p>Le champ Ex provoque le passage</p><p>d�un courant d�intensit� I d� � des porteurs de charges que nous supposerons d�un type unique (trou ou �lectron).</p><p>Si q est la charge d�un porteur et v sa vitesse, on a :</p><p>(�, mobilit� du porteur ; densit� de courant ; &#x3B4;, densit� de porteurs), d�o�</p><p>Mais de plus, anim�e de la vitesse la charge q se trouve soumise � la force �lectromagn�tique</p><p>Le sens de cette force ne d�pend que de et de et non du type de porteurs. Ces derniers vont �migrer vers la face EFGH, qui va se charger positivement si les porteurs sont des trous, n�gativement si les porteurs sont des �lectrons, pendant que la face ABCD</p><p>prendra la charge contraire. Il appara�t alors un champ �lectrique suppl�mentaire d�o� une force en</p><p>sens inverse de Les charges s�accumulent sur les faces ABCD et EFGH ; le champ Ey et la force croissent au cours du temps, et on arrive � La r�sultante des forces sur</p><p>les porteurs devient nulle, et ces derniers se d�placent parall�lement � comme en l�absence d�induction</p><p>Angle et</p><p>constante de Hall</p><p>Le champ r�sultant est</p><p>(fig. 2). Il fait un angle &#x3B8;, dit angle de Hall, avec Ex et par suite avec la densit� de courant</p><p>Or,</p><p>et v = � Ex,</p><p>donc Ey = � Ex B,</p><p>d�o�</p><p>Par ailleurs, le champ Ey cr�e une diff�rence de potentiel entre les faces ABCD et EFGH ; soit Uh = VM � VN, dont le signe est positif si les porteurs sont des trous, n�gatif si ce sont des �lectrons.</p><p>Uh = Ey . a = a v B ;</p><p>mais</p><p>d�o�</p><p>downloadModeText.vue.download 72 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5213</p><p>On posera</p><p>et par suite</p><p>La densit� de porteurs de charge dans un m�tal (�lectrons) est de l�ordre de 1022 cm� 3, et dans un semiconducteur de 1016 cm� 3 par exemple. Par suite, Rh et Uh seront beaucoup plus importants pour un semi-conducteur que pour un m�tal.</p><p>Le calcul pr�c�dent suppose que</p><p>tous les porteurs de charge sont dans le m�me �tat �nerg�tique, alors qu�ils</p><p>sont en fait distribu�s suivant une loi statistique. On doit alors �crire d �tant un coefficient de diffusion d�-</p><p>pendant du mat�riau et de la nature des porteurs de charge.</p><p>Mat�riau � deux</p><p>types de porteurs</p><p>Le m�canisme de l�effet Hall est plus complexe quand la conduction se fait � la fois par des trous et des �lectrons.</p><p>Si n et p sont les concentrations respectives en �lectrons et en trous, et �n, �p les mobilit�s correspondantes, on �tablit, en posant</p><p>Rh d�pend donc de B. Dans le cas o� ce dernier est assez faible :</p><p>Applications de</p><p>l�effet Hall</p><p>Analyse d�un semi-conducteur</p><p>On utilise l�effet Hall pour d�terminer le type et la concentration des porteurs majoritaires.</p><p>Le signe de Uh renseigne sur le type.</p><p>&#x3BB; �tant le coefficient de diffusion, par exemple &#x3BB; = 1,15 pour les �lectrons du silicium � 27 �C.</p><p>De plus, de on</p><p>tire par suite, la conducti-</p><p>bilit� &#x3C3; est �gale � q &#x3B4; �.</p><p>Une mesure de la conductibilit� &#x3C3;</p><p>permet de d�duire la mobilit� �.</p><p>Les �chantillons sont de faibles dimensions, par exemple : longueur L = 10 mm ; largeur l = 3 mm ; �paisseur e = 0,8 mm.</p><p>Il faut que la longueur soit, au moins, 3 � 4 fois plus grande que la largeur.</p><p>De tels �chantillons sont souvent difficiles � obtenir ; aussi existe-t-il des variantes utilisant des lames minces (m�thode d�crite par J. Lange) ou des �chantillons de forme quelconque pr�sentant des saign�es (m�thode de</p><p>Van der Pauw), sur lesquels on a plac� quatre points de contact.</p><p>Multiplicateur � effet Hall</p><p>L�induction B est produite par un courant I&#x2032; dans une bobine, et on a B = k I&#x2032;, d�o�</p><p>Uh est proportionnel � I.I&#x2032;, d�o� l�emploi en multiplicateur.</p><p>I&#x2032; peut �tre le courant dans un r�cepteur et I un courant dans un circuit en d�rivation sur le r�cepteur, donc proportionnel � la d. d. p. V aux bornes du r�cepteur</p><p>Uh est proportionnel � la puissance dans le r�cepteur ; on a un wattm�tre.</p><p>Si I = I&#x2032;, il vient Uh = KI 2 ; le multiplicateur devient un amp�rem�tre, etc.</p><p>Moteur asynchrone monophas�</p><p>La cage rotorique du moteur est ferm�e sur un disque semi-conducteur soumis � une induction uniforme B. Ce disque ne pr�sente pas la m�me imp�dance pour les courants dus au champ tournant direct que pour les courants dus au champ tournant inverse. De cette dissym�trie, il r�sulte un couple au d�-</p><p>marrage non nul et un couple maximal sup�rieur � celui du moteur classique.</p><p>Edwin Herbert Hall</p><p>Physicien am�ricain (Gorham, Maine, 1855 - Cambridge, Massachusetts, 1938).</p><p>Auteur de travaux sur les conductibilit�s thermique et �lectrique de l�acier, il est surtout connu par la d�couverte de l�effet qui porte son nom.</p><p>C. T.</p><p>hallucination</p><p>Perception sans objet.</p><p>Il s�agit d�un ph�nom�ne presque toujours pathologique au cours duquel le sujet �prouve une sensation ou une perception alors que les conditions ex-t�rieures objectives normales de cette sensation ou de cette perception ne sont pas r�alis�es.</p><p>Les diverses</p><p>hallucinations</p><p>y Les hallucinations visuelles sont de fausses perceptions visuelles (visions), qui peuvent �tre �l�mentaires (points lumineux, lueurs) ou complexes (figures, sc�nes, images mobiles ou immobiles, color�es ou non) ; ces fausses perceptions peuvent �tre de taille variable, soit grandeur nature, soit lilliputiennes, soit gigantesques.</p><p>y Les hallucinations auditives</p><p>consistent parfois en sons plus ou moins diff�renci�s (sifflet, cloches, sir�ne, bruits divers) et souvent en perceptions acoustico-verbales. Ce sont alors des voix localis�es dans l�espace, f�minines ou masculines, volontiers mena�antes, prof�rant des injures, des critiques ou des commentaires. Les malades ont des attitudes d��coute, dialoguant avec les voix, ou tentent de s�en prot�ger en se bouchant les oreilles.</p><p>y Les hallucinations olfactives (mauvaises odeurs, odeurs �tranges ou ineffables) et les hallucinations gustatives (go�ts insolites) ont surtout une tonalit� affective tr�s vive et un caract�re repr�sentatif.</p><p>y Les hallucinations tactiles ont leur si�ge � la surface de la peau : sensations bizarres de br�lure, de piq�re, de courant �lectrique, sensations de reptation, de contact avec un insecte ou un serpent, sensations de grouillement sous la peau, etc.</p><p>Les hallucinations c�nesth�siques int�ressent la sensibilit� interne du corps (sensations de transformation corporelle, de possession diabolique, de cohabitation avec un animal). Les plus fr�quentes d�entre elles concernent le domaine g�nital : sensation d�orgasme sexuel, d�attouchement, de co�t, de viol � distance. Certaines hallucinations portent sur le sch�ma corporel : illusions de d�placement, de distorsion, voire de disparition d�une partie du corps, de membres fant�mes, de m�tamorphoses d�un segment de membre, des organes g�nitaux ou du visage.</p><p>Certains malades ont de v�ritables hallucinations motrices ou kinesth�siques.</p><p>Leurs muscles des organes phonateurs leur paraissent anim�s de mouvements involontaires et ils d�clarent qu�on les fait parler � distance, malgr� eux, par des appareils compliqu�s.</p><p>y Les hallucinations psychiques sont tr�s particuli�res. C�est la propre pens�e du sujet qui devient le si�ge de ph�nom�nes hallucinatoires : voix int�rieures, transmissions de pens�e, vol de la pens�e, d�vidage automatique de la pens�e, id�es �trang�res o�-parasites. Dans ces cas, le malade a le sentiment qu�on agit de l�ext�-</p><p>rieur sur ses pens�es les plus intimes, qui sont d�voil�es, distordues, m�canis�es. On lui envoie des repr�sentations visuelles et auditives purement int�rieures et mentales. Tous ces ph�-</p><p>nom�nes sont fr�quents dans l�automatisme mental d�crit par Georges Gatian de Cl�rambault (1872-1934).</p><p>La plupart des hallucinations entra�nent la conviction absolue du sujet, qui se trouve dans l�incapacit� de les critiquer. N�anmoins, certaines sont imm�diatement reconnues comme</p><p>pathologiques par l�individu. On parle alors habituellement d�hallucinose (hallucination critiqu�e).</p><p>Circonstances</p><p>d�apparition des</p><p>hallucinations</p><p>y Il existe des hallucinations ou des hallucinoses chez le sujet normal qui surviennent surtout au moment de l�endormissement ou du r�veil (visions hypnagogiques ou hypnopom-</p><p>piques). Il s�agit l� de ph�nom�nes normaux.</p><p>y On conna�t des hallucinations, ou plut�t des hallucinoses, par atteinte des r�cepteurs sensoriels p�riph�-</p><p>riques. Elles n�entra�nent jamais de croyance de la part du malade. Citons les acouph�nes (bourdonnements)</p><p>des atteintes de l�appareil auditif, les illusions c�nesth�siques des amput�s (membre fant�me), les hallucinations visuelles de la r�tine ou du cristallin, chez le sujet �g� notamment.</p><p>y Certaines hallucinations paroxystiques appartiennent au groupe des �pilepsies par l�sion organique c�r�-</p><p>brale. Ces hallucinations, qui sont souvent en fait des hallucinoses � car une fois la crise pass�e, le malade en fait la critique �, ont une valeur loca-lisatrice fondamentale. Elles se rencontrent dans les tumeurs c�r�brales, les accidents vasculaires c�r�braux, certaines atrophies, certaines cicatrices du cerveau, etc. La nature m�me des hallucinations, les signes neurologiques, l��lectro-enc�phalogramme et d�autres examens compl�mentaires neuroradiologiques ou isotopiques complexes permettent de downloadModeText.vue.download 73 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5214</p><p>faire un diagnostic pr�cis de la l�sion responsable.</p><p>y Les hallucinations de type onirique (r�ves) se produisent dans les confu-sions* mentales aigu�s et parfois au cours de l��volution des d�mences*</p><p>atrophiques. On les rencontre surtout dans toutes les psychoses confusion-nelles organiques, toxiques, infectieuses, endocriniennes, traumatiques ou vasculaires. L�exemple le plus frappant de ces hallucinations oniriques est fourni par le delirium tremens alcoolique. Le sujet vit � l��tat �veill� dans une sorte de cauchemar permanent avec des hallucinations surtout visuelles, terrifiantes, dramatiques. Il vit intens�ment son d�lire onirique sans aucune critique, sans aucune distance, fascin� par le d�fil� des images qui l�assaillent. Il est pris de r�actions violentes parfois tr�s dangereuses.</p><p>Un autre exemple de ces hallucinations oniriques est celui des drogues hallucinatoires (hachisch, mescaline, L. S. D., psilocybine, etc.). Les drogues provoquent d�abord des modifications de l�humeur, de l��tat �motionnel avec exaltation euphorique ; surviennent ensuite des troubles des perceptions et un �tat de r�ve �veill� avec des illusions, puis des hallucinations visuelles, corporelles, auditives, olfactives d�une extr�me richesse. En principe, les troubles sont r�gressifs,</p><p>mais, chez certains sujets pr�dispos�s, peut se d�clencher une v�ritable psychose durable et grave qui compromet l��quilibre mental ult�rieur.</p><p>y Les hallucinations les plus fr�-</p><p>quentes appartiennent en fait au domaine des maladies mentales proprement dites, c�est-�-dire sans substratum organique connu. On ne les rencontre jamais dans les n�vroses, � l�exception de l�hyst�rie, o� des malades tr�s mythomanes peuvent</p><p>parfois raconter des pseudo-hallucinations complaisamment livr�es au m�decin. En fait, en mati�re de maladie mentale, l�hallucination est synonyme de psychose et de d�lire.</p><p>Citons d�abord les psychoses d�lirantes aigu�s, ou bouff�es d�lirantes, qui parfois se rapprochent quelque peu de l�onirisme tant les hallucinations sont vives, mobiles et v�cues dans une sorte d��tat psychique voisin de l�hypnose. Bien plus fr�quentes sont les psychoses chroniques : en premier lieu, la schizophr�nie, qui, dans certaines de ses formes, comporte des hallucinations, surtout auditives et c�nesth�siques, un automatisme mental et des th�mes d�lirants, d�cousus, imp�n�trables, bizarres, non syst�matis�s ; en second lieu, les d�lires chroniques, avec parmi eux la psychose hallucinatoire, tellement fr�quente chez la femme d��ge m�r.</p><p>Cette psychose est particuli�rement riche en hallucinations auditives, g�-</p><p>nitales, c�nesth�siques et psychiques, avec automatisme mental. Le d�lire qui sous-tend les hallucinations et s�organise autour d�elles est relativement syst�matis� � th�mes de pers�-</p><p>cution, de possession, d�influence. La conviction est totale et se fonde justement sur les hallucinations. Outre la psychose hallucinatoire chronique et le groupe des d�lires hallucinatoires chroniques id�opathiques, on rencontre des hallucinations dans la paraphr�nie, qui constitue une autre vari�t� de d�lire chronique.</p><p>En revanche, dans les d�lires para-no�aques vrais, les hallucinations sont absentes ou restent au second plan.</p><p>Enfin, des hallucinations ont �t� d�-</p><p>crites � titre assez exceptionnel dans la m�lancolie ou la manie, mais il est</p><p>toujours difficile de distinguer dans ces cas l�illusion, l�interpr�tation de l�hallucination vraie.</p><p>Le traitement des hallucinations d�-</p><p>pend de leurs causes. Dans le cadre des affections psychiatriques, les neurolep-tiques sont remarquablement efficaces pour faire dispara�tre le ph�nom�ne hallucinatoire. Parmi eux, citons des butyroph�nones, la chlorpromazine et ses d�riv�s, le sulpiride, l�azacycconol.</p><p>Les hallucinog�nes</p><p>Ces substances, d�origine v�g�tale ou obtenues par synth�se, sont capables de provoquer des hallucinations. Les produits d�origine v�g�tale sont connus depuis des si�cles et ont �t� le plus souvent utilis�s au cours de rites religieux. C�est ainsi que certains champignons hallucinog�nes sont consomm�s par des indig�nes du Mexique (le psilocybe, qui contient la psilocybine) ou de la Nouvelle-Guin�e (certains bolets).</p><p>La mescaline, substance extraite d�un cactus du Mexique, le peyotl, est �galement hallucinog�ne, provoquant des visions et des r�ves color�s au prix de perturbations psychiques rappelant la schizophr�nie.</p><p>Le chanvre indien, ou hachisch, euphori-sant longtemps employ� en m�decine, est �galement hallucinog�ne, mais il pousse souvent � la violence et est actuellement prohib�.</p><p>Le di�thylamide de l�acide lysergique (L. S. D. 25), d�riv� d�un des constituants de l�ergot* de seigle, a �t� pr�par� vers 1943 par les chimistes suisses A. Stoll et A. Hofmann, ce dernier ayant d�couvert sur lui-m�me les propri�t�s de cette substance, qui permet, avec des doses infimes (le vingti�me de milligramme), de faire des</p><p>� voyages � au pays des r�ves fantastiques.</p><p>Le L. S. D. 25, employ� en psychiatrie et seulement � l�h�pital pour des cas tr�s pr�-</p><p>cis, est rattach� � la l�gislation sur les stup�fiants et il ne peut �tre d�livr� qu�apr�s autorisation minist�rielle.</p><p>G. R.</p><p>H. Faure, les Objets dans la folie, t. I : Hallucinations et r�alit� perceptive (P. U. F., 1965 ;</p><p>2e �d., 1969).</p><p>halog�ne</p><p>Nom donn� par Berzelius � l�un quelconque des �l�ments de la famille du chlore : le fluor*, le chlore*, le brome*, l�iode*, qui peuvent former des sels en se combinant aux m�taux.</p><p>La th�rapeutique utilise les</p><p>halog�nes sous forme de d�riv�s min�-</p><p>raux et de d�riv�s organiques.</p><p>D�riv�s min�raux</p><p>y Le fluor joue un r�le essentiel dans l�assimilation du calcium et la pr�vention de la carie dentaire, d�o� son utilisation dans nombre de den-tifrices et son introduction dans les eaux d�alimentation particuli�rement d�min�ralis�es.</p><p>y Le chlore, sous forme d�hypochlorites fortement oxydants et antiseptiques, a �t� introduit au cours de la Premi�re Guerre mondiale pour l�irrigation des plaies (liquides de Labarraque et de Dakin) et dans la lutte contre les gaz v�sicants (chlorure de chaux). Les chlorates alcalins sont encore utilis�s dans le traitement des angines et des stomatites. L�acide chlorhydrique dilu� est un stimulant de la digestion gastrique ; le chlorure de sodium, �lectrolyte essentiel des liquides de l�organisme, est � la base des liquides isotoniques et hyperto-niques prescrits comme succ�dan�s du plasma sanguin. Toutefois, les propri�t�s des chlorures sont en g�n�-</p><p>ral d�termin�es par l�ion m�tallique de leur mol�cule : calcium (h�mostatique), zinc (antiseptique), mercure (calomel et sublim� corrosif).</p><p>y Le brome, au contraire, poss�de une action s�dative qui lui est propre : d�o� son emploi sous forme de bromures (de sodium, de potassium, de strontium), aujourd�hui d�laiss�s au profit des barbituriques et d�une m�-</p><p>dication neurotrope particuli�rement riche.</p><p>y L�iode, d�couvert en 1811 par</p><p>Bernard Courtois (1777-1838), est utilis� depuis cette �poque comme</p><p>antiseptique sous forme de solutions alcooliques, improprement appel�es teintures ; en solutions aqueuses, elles sont dites � de Lugol �. Ces solutions se montrent �galement r�-</p><p>vulsives, voire v�sicantes, et, � leur usage comme antiseptique externe, on pr�f�re celui de d�riv�s organomer-curiels (mercuresc�ine, merthiolate de sodium). Sous forme topique, les iodures alcalins, associ�s ou non � l�iode, se r�v�lent en outre fondants, r�solutifs et antimycosiques. � l�int�-</p><p>rieur, l�iode se fixe rapidement sur les mol�cules des prot�ines et se trouve rapidement �limin� par l�urine sous forme d�iodure de sodium. L�iode produirait une lymphocytose passag�re qui stimulerait les r�actions de d�fense de l�organisme. Les iodures alcalins sont hypotenseurs ; on les a utilis�s dans le traitement de consolidation de la syphilis.</p><p>L�intoxication par l�iode et ses d�ri-v�s, ou iodisme, se manifeste chez certains sujets pour des doses relativement faibles ; elle se traduit par du coryza, des larmoiements, des plaques rouges sur la peau, de la salivation, de la pha-ryngite, de la toux, de l�oed�me, de la dyspn�e, de l�insomnie et des vertiges (ivresse iodique). Ces manifestations c�dent � l�arr�t du traitement et � l�administration de bicarbonate de sodium.</p><p>D�riv�s organiques</p><p>Les halog�nes sont pr�sents dans de nombreuses mol�cules organiques, soit sous forme acide, soit sous forme d��l�ment d�addition ou de substitution d�un atome monovalent.</p><p>Sous la premi�re forme, ils constituent les fluorhydrates, chlorhydrates, brombydrates, iodhydrates ; ils n�interviennent que pour salifier des mol�-</p><p>cules basiques ; ils n�en modifient pas fondamentalement les propri�t�s, mais peuvent les exalter en raison de la so-lubilit� du sel ainsi form� ; la plupart des alcalo�des et des bases organiques, insolubles, ne sont utilis�s que sous forme de chlorhydrates ou de bromhy-drate soluble (exemple : coca�ne, morphine...). Au contraire, lorsqu�un halog�ne est introduit dans une mol�-</p><p>cule organique, il peut en modifier profond�ment les propri�t�s. Deux cas</p><p>peuvent se pr�senter.</p><p>1. L�halog�ne est introduit dans une petite mol�cule, par exemple un carbure ; les propri�t�s qui lui sont propres se retrouvent dans le d�riv� chlor�, brome ou iod�. Ainsi, le chlore conf�re des propri�t�s anesth�siques downloadModeText.vue.download 74 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5215</p><p>(chloroforme, chlorure d��thyle), le brome des propri�t�s s�datives (bro-moforme) ou lacrymog�nes (bromure de benzyle), l�iode des propri�t�s antiseptiques (iodoforme, iodothymol, aristols). C�est ainsi qu�on a longtemps prescrit comme hypotenseur des solutions d�iodo-peptones, produits d�addition de l�iode sur les polypeptides, o� l�iode �tait � dissimul� � � ses r�actifs habituels et o� il avait perdu toute toxicit�, tout en conservant une partie de son activit� th�rapeutique. � signaler �galement l�action antiseptique interne des d�riv�s iod�s de la quinol�ine.</p><p>2. L�halog�ne est introduit dans une grande mol�cule organique ; il peut alors en modifier plus ou moins les propri�t�s, mais ces modifications sont sans rapport avec ses propri�t�s propres. L�introduction d�un ou de deux atomes de fluor dans la mol�-</p><p>cule cortisonique a donn� des corps plus actifs (fludrocortisone, triamcino-lone) ; la pr�sence ou l�absence d�un atome de chlore dans la mol�cule d�une cycline peut �galement en modifier les propri�t�s.</p><p>R. D.</p><p>halog�n�s</p><p>(d�riv�s)</p><p>Compos�s se d�duisant des hydrocarbures par substitution d�un ou de plusieurs hydrog�nes par un ou plusieurs halog�nes. Tous sont synth�tiques.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>On peut les subdiviser en d�riv�s mono-, bi-, trihalog�n�s, etc.</p><p>Les premiers sont eux-m�mes rang�s en quatre types principaux :</p><p>a) les �thers halohydriques, dans lesquels l�halog�ne est li� � un carbone satur� ;</p><p>b) les halog�no-�thyl�niques, dans lesquels l�halog�ne est li� � un carbone �thyl�nique ;</p><p>c) les halog�no-ac�tyl�niques, dans lesquels l�halog�ne est li� � un carbone ac�tyl�nique ;</p><p>d) les halog�nures ph�nyliques, dans lesquels l�halog�ne est li� � un noyau aromatique.</p><p>Les d�riv�s polyhalog�n�s peuvent cumuler deux ou plusieurs des fonctions ci-dessus �num�r�es, mais �galement porter plusieurs halog�nes sur le m�me carbone. La nomenclature officielle ne distingue ces diverses cat�gories que par le num�rotage.</p><p>Exemples :</p><p>CH2=CH�CH2Cl = chloro-1 pro-</p><p>p�ne-2 (�ther halohydrique) ;</p><p>CH2=CCl�CH3 = chloro-2 prop�ne-1</p><p>(halog�no-�thyl�nique) ;</p><p>CH3�CHCl�CH2Cl = dichloro-1,2</p><p>propane (di�ther halohydrique) ; CH3�CCl2�CH3 = dichloro-2,2</p><p>propane (dihalog�nure g�min�).</p><p>�thers halohydriques</p><p>Ce sont les plus importants. On les obtient g�n�ralement par �th�rification halohydrique des alcools : ROH + HX 2 H2O + RX, r�action</p><p>d�autant plus facile que la classe de l�alcool est plus �lev�e et que l�halog�ne est plus lourd.</p><p>� l�hydracide, on peut substituer PCl5 : ROH + PCl5 2 HCl + OPCl3 + RCl.</p><p>Si l�alcool est secondaire ou tertiaire, ou &#x3B1;-non satur�, on peut �galement employer PCl3 :</p><p>3 (R)3COH + PCl3 2 PO3H3 + 3 (R)</p><p>3CCl.</p><p>PI3 (ou I2 + P) conduit, dans tous les cas, � l��ther iodohydrique :</p><p>3 C2H5OH + P + 3/2 I2 2 PO3H3 + 3</p><p>C2H5I.</p><p>Dans les cas particuliers, l�halog�nation m�nag�e du carbure est une synth�se r�mun�ratrice :</p><p>CH4 + Cl2 2 HCl + CH3Cl ;</p><p>&#x424;�CH3 + Cl2 2 HCl + &#x424;�CH2Cl.</p><p>Mais, en g�n�ral, l�halog�nation est peu s�lective.</p><p>Les �thers halohydriques sont</p><p>des gaz ou des liquides difficilement congelables : le point d��bullition s��l�ve avec la condensation en carbone et avec la masse atomique de l�halog�ne.</p><p>CH3Cl : � 24 �C ; C2H5Cl : + 12 �C ; C2H5Br : + 38 �C ; CH3I : + 43 �C.</p><p>Les �thers fluorhydriques s�ob-</p><p>tiennent g�n�ralement par l��change : RI + AgF 2 AgI + RF.</p><p>Jusqu�en C5, ce sont des gaz.</p><p>Les �thers fluorhydriques, les �thers chlorhydriques et les termes �lev�s des �thers bromhydriques sont moins denses que l�eau ; les �thers iodhydriques sont au contraire tr�s denses : CH3I, d &gt; 2.</p><p>Tous sont � peu pr�s insolubles dans l�eau, mais miscibles aux solvants organiques, bons solvants des huiles.</p><p>Les �thers fluorhydriques sont,</p><p>chimiquement, assez inertes, mais les trois autres sont des agents de synth�se d�int�r�t fondamental ; les �thers iodhydriques sont des plus actifs.</p><p>R�duction</p><p>Tous les �thers halohydriques sont r�-</p><p>ductibles en hydrocarbures :</p><p>RX + H2(2 H) 2 HX + RH.</p><p>Cette r�duction peut �tre catalytique (Pt) ou chimique (HCl + Zn, Na + H2O, etc.).</p><p>L�action des m�taux est multiple.</p><p>Avec le sodium, on n�observe gu�re qu�une duplication :</p><p>2 RI + 2 Na 2 2 NaI + R�R (r�ac-</p><p>tion de Wurtz),</p><p>faiblement concurrenc�e par une</p><p>dismutation :</p><p>2 R�CH2�CH2Br + 2 Na</p><p>2 2 NaBr + R�CH=CH2 + R�</p><p>CH2�CH3.</p><p>Les �thers chlorhydriques forment, avec le lithium, un d�riv� m�tallique : RCl + 2 Li 2 LiCl + RLi.</p><p>Une r�action fondamentale de m�me genre s�observe avec le magn�sium dans l��ther anhydre :</p><p>RX + Mg + 2 (Et)2O 2 RMgX,</p><p>2 (Et)2O (r�action de Grignard).</p><p>Substitutions nucl�ophiles</p><p>L�halog�ne peut �tre remplac� par un reste nucl�ophile : ces r�actions s�observent avec divers hydrures et divers d�riv�s m�talliques ; sch�matiquement :</p><p>RX + H&#x3C1; 2 HX + R�&#x3C1; ;</p><p>RX + M&#x3C1; 2 MX + R�&#x3C1;.</p><p>Mais les r�alisations et les m�canismes r�actionnels varient avec la nature de &#x3C1; ou de M.</p><p>y Hydrures � hydrog�ne mobile. Les hydracides donnent lieu � une r�action d��change : RCl + HI   HCl + RI.</p><p>L�eau hydrolyse, avec retour � l�alcool : RX + HOH   HX + ROH.</p><p>Cette r�action est de type SN1, et peut donner lieu � transposition :</p><p>(CH3)2CH�</p><p>CH2Br + H2O 2 HBr + (CH3)3COH.</p><p>L�ammoniac et les amin�s</p><p>conduisent � la r�action de Hof-</p><p>mann ; avec NH3, le premier stade est : Mais NH3 lib�re l�amin� du sel d�ammonium primaire :</p><p>et l�amin� se comporte comme</p><p>l�ammoniac :</p><p>On arrive ainsi � un m�lange d�amin�s primaire, secondaire et tertiaire, de leurs sels halo�des et de l�halog�nure quaternaire (R)4N+, X�.</p><p>La r�action de Hofmann, de type</p><p>SN2, ne produit pas de transposition.</p><p>Les hydrocarbures aromatiques</p><p>n�agissent qu�en pr�sence de AlCl3</p><p>(r�action de Friedel et Crafts) : De processus SN1 (pour l�halog�-</p><p>nure), elle donne lieu � des</p><p>transpositions :</p><p>&#x424;H + (CH3)2CH�</p><p>CH2Cl 2 HCl + &#x424;�C(CH3)3.</p><p>y D�riv�s m�talliques. Il convient de distinguer les sels alcalins, qui agissent par le processus SN2 (donc sans transposition), et les sels d�argent, qui agissent par le processus SN1 (avec transposition �ventuelle, soit de R, soit de &#x3C1;) ; voici quelques exemples.</p><p>Sels alcalins (SN2) :</p><p>RX + NaR&#x2032; 2 NaX + R�R&#x2032;</p><p>(carbure) ;</p><p>RX + NaOH 2 NaX + R�OH</p><p>(alcool) ;</p><p>RX + NH2Na 2 NaX + R�NH2</p><p>(amine) ;</p><p>RX + R&#x2032;ONa 2 NaX + R�O�R&#x2032;</p><p>(�ther-oxyde) ;</p><p>RX + CH3�CO2Na 2 NaX + CH3�</p><p>COOR (ester) ;</p><p>RX + KCN 2 KX + R�C&#x2261;N</p><p>(nitrile) ;</p><p>RX + SHNa 2 NaX + R�SH (thiol) ; 2 RX + Na2S 2 2 NaX + R�S�R</p><p>(thio�ther) ;</p><p>RX + KNCO 2 KX + R�N=C=O</p><p>(isocyanate) ;</p><p>RX + NaNO2 2 NaX + R�ONO</p><p>(�ther nitreux), etc.</p><p>Sels d�argent (SN1) :</p><p>RX + AgNO2 2 AgX + R�NO2</p><p>(d�riv� nitr�) ;</p><p>CH3�CHCl�CH=CH2 + AgOCO�</p><p>R 2 AgCl + CH3�CH=CH�CH2�</p><p>OCO�R (transposition partielle).</p><p>y �limination �thyl�nique. Sous</p><p>l�influence de r�actifs tr�s fortement basiques [KOH alcoolique,</p><p>(CH3)3COK], les �thers halohy-</p><p>driques, tout au moins secondaires ou tertiaires, sont d�shydrohalog�n�s : R�CH2�CHX�</p><p>CH2�R + KOH 2 H2O + KX + R�</p><p>CH=CH�CH2�R.</p><p>Halog�nures allyliques</p><p>et benzyliques :</p><p>R�CH=CH�CH2X, &#x424;�</p><p>CH2X</p><p>Obtenus g�n�ralement par �th�rification halohydrique des alcools correspondants, ils se pr�parent �gale-downloadModeText.vue.download 75 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5216</p><p>ment par halog�nation de carbures convenables.</p><p>Ces �thers halohydriques sont</p><p>beaucoup plus r�actifs que les �thers</p><p>halohydriques satur�s ; contrairement � ceux-ci, ils se condensent aux organomagn�siens sans catalyseur :</p><p>RMgX + CH2=CH�</p><p>CH2Br 2 MgXBr + R�CH2�</p><p>CH=CH2.</p><p>D�autre part, les substitutions nu-cl�ophiles de type SN1 donnent lieu � transposition partielle :</p><p>D�ailleurs, les compos�s de d�part s��quilibrent facilement.</p><p>Halog�no-�thyl�niques</p><p>Deux pr�parations sont importantes.</p><p>a) Addition d�hydracide aux alcynes : R�C&#x2261;CH + HBr 2 R�CBr=CH2.</p><p>b) D�shydrohalog�nation prudente de deux types de d�riv�s dihalog�n�s : Les halog�no-�thyl�niques ont des propri�t�s physiques voisines de celles de l�halog�nure satur� correspondant ; ils sont, cependant, plus volatils.</p><p>L�halog�ne est assez inerte ; la r�-</p><p>duction reste possible, mais la plupart des substitutions nucl�ophiles disparaissent ; les organomagn�siens ne se forment que dans le t�trahydrofuranne.</p><p>La propri�t� essentielle est une d�shydrohalog�nation sous l�influence des alcalis tr�s forts.</p><p>CH3�CH=CHBr + KOH</p><p>2 KBr + H2O + CH3�C&#x2261;CH.</p><p>Les premiers termes se polym�risent facilement :</p><p>nCH2=CHCl 2 ... CH2�CHCl�</p><p>CH2�CHCl�CH2�CHCl (polychlo-</p><p>rure de vinyle).</p><p>Le polychlorure de vinyle est l�une des moins co�teuses des r�sines</p><p>synth�tiques.</p><p>Halog�no-ac�tyl�niques : R�C&#x2261;CX</p><p>Ils s�obtiennent g�n�ralement par action des halog�nes en milieu alcalin sur les alcynes vrais :</p><p>R�C&#x2261;CH + XOH 2 H2O + R�</p><p>C&#x2261;CX.</p><p>Encore plus inertes que les halog�no-</p><p>�thyl�niques, ils peuvent n�anmoins �tre transform�s en organomagn�siens, mais, sauf pour R�C&#x2261;CI, l�emploi du t�trahydrofuranne est n�cessaire.</p><p>Halog�nures</p><p>ph�nyliques : &#x424;X</p><p>Le chlorobenz�ne se forme dans l�action de PCl5 sur le ph�nol :</p><p>&#x424;OH + PCl5 2 OPCl3 + HCl + &#x424;�Cl.</p><p>Mais on l�obtient plus avantageusement par chloration du benz�ne ; le bromobenz�ne se pr�pare de la m�me fa�on.</p><p>Dihalog�nures g�min�s</p><p>Deux pr�parations dominent : l�addition d�hydracide � un halog�no-�thyl�nique R�CBr=CH�R&#x2032; + HBr 2 R�</p><p>CBr2�CH2�R&#x2032;,</p><p>et l�action des penthalog�nures de phosphore sur les d�riv�s carbonyl�s R�CO�R&#x2032; + PCl3Br2 2 OPCl3 + R�</p><p>CBr2�R&#x2032;.</p><p>Ce sont des liquides plus vola-</p><p>tils que les di�thers halohydriques-&#x3B1;</p><p>isom�res. Tr�s sensibles � la</p><p>d�shydrohalog�nation :</p><p>L�iodobenz�ne r�sulte de l�action de l�acide iodhydrique sur le diazoben-z�ne en pr�sence de poudre de cuivre : Les halog�nures ph�nyliques sont des liquides peu volatils, d�odeur benz�nique et non lacrymog�nes, ce qui les distingue de &#x424;�CH2Cl, par exemple.</p><p>L�halog�ne est encore assez inerte, mais moins que chez les halog�no-</p><p>�thyl�niques. Ils peuvent �tre r�duits et donnent, � temp�rature �lev�e, quelques substitutions nucl�ophiles : (ancienne pr�paration du ph�nol).</p><p>&#x424;Br et &#x424;I, dans l��ther, &#x424;Cl dans le t�trahydrofuranne forment des organomagn�siens.</p><p>Di�thers halohydriques</p><p>Les dihalog�nures-&#x3B1;, homologues les plus g�n�raux du bromure d��thyl�ne CH2Br�CH2Br, se font g�n�ralement par addition des halog�nes aux ol�fines. Ce sont des liquides denses, cristallisant s�ils sont sym�triques ; le bromure d��thyl�ne fond � 10 �C.</p><p>Ils donnent des substitutions nucl�ophiles � condition que le r�actif antagoniste soit peu basique (NH3, H2O, KCN, CH3�CO2Ag, etc.) ; sinon, on observe deux d�shydrohalog�nations successives :</p><p>Les m�taux provoquent le d�part de l�halog�ne.</p><p>R�CHBr�CHBr�</p><p>R&#x2032; + Zn 2 ZnBr2 + R�CH=CH�R&#x2032;.</p><p>Les dihalog�nures-&#x3B2; r�sultent de l�addition d�hydracides � un halog�-</p><p>nure allylique.</p><p>R�CH=CH�CH2Br + HBr 2 R�</p><p>CHBr�CH2�CH2Br.</p><p>Ils sont, plus encore que les</p><p>dihalog�nures-&#x3B1;, sensibles � la</p><p>d�shydrohalog�nation.</p><p>ils ne subissent des substitutions nu-cl�ophiles, d�ailleurs difficiles, que si la mol�cule ne porte pas d�hydrog�ne en &#x3B1; du carbone dihalog�n� :</p><p>&#x424;�CHCl2 + 2 EtONa 2 2 ClNa + &#x424;�</p><p>CH(OEt)2 (ac�tal).</p><p>Trihalog�nures</p><p>trig�min�s</p><p>Seul, dans ce groupe, le chloroforme HCCl3 pr�sente un int�r�t chimique.</p><p>Obtenu de nos jours par chloration photochimique du m�thane, il fut d�-</p><p>couvert dans l�action des hypochlorites sur l��thanol ; celui-ci est oxyd� en ald�hyde, lequel est chlor� en chloral CCl3�CHO.</p><p>Le milieu alcalin coupe le chloral : CCl3�</p><p>CHO + NaOH 2 HCO2Na + CHCl3.</p><p>HCBr3 et HCl3 se pr�parent de la m�me fa�on : action de l�halog�ne, en milieu alcalin, sur un alcool CH3�CHOH�R ou une c�tone</p><p>CH3�CO�R.</p><p>Le chloroforme est un liquide lourd, bouillant � 62 �C. C�est un bon solvant des graisses et des alcalo�des ; il est tr�s peu soluble dans l�eau. Longtemps employ� comme anesth�sique, il est de plus en plus d�laiss�.</p><p>Chimiquement, il est assez inerte ; n�anmoins il peut �tre r�duit en 3 stades jusqu�au m�thane ; la potasse le d�compose principalement selon l��quation</p><p>HCCl3 + 4 KOH 2 3 KCl + 2 H2O +</p><p>HCO2K.</p><p>Avec l��thylate de sodium, il forme, partiellement, l��ther orthoformique HC(OEt)3.</p><p>Il donne 3 fois la r�action de Friedel et Crafts conduisant au triph�nylm�-</p><p>thane HC (&#x424;)3.</p><p>En milieu alcalin, il transforme l�aniline en ph�nylcarbylamine</p><p>dont l�odeur repoussante permet de caract�riser l�un ou l�autre des r�actifs ; enfin, il transforme le ph�nol en ald�hyde salicylique.</p><p>Le t�trachlorure de carbone CCl4</p><p>a �t� examin� parmi les fonctions quadrivalentes.</p><p>Les d�riv�s halog�nes ont donc une</p><p>importance fondamentale en synth�se, importance accrue du fait de la f�condit� des organomagn�siens, dont la pr�paration fait appel � certains d�entre eux.</p><p>C. P.</p><p>Hals (Frans)</p><p>Peintre n�erlandais (Anvers,</p><p>v. 1580/1585 - Haarlem 1666).</p><p>Il existe beaucoup d�anecdotes, mais peu de pr�cisions biographiques sur la vie de Frans Hals, pourtant c�l�bre portraitiste. Sa famille se fixa � Haarlem*</p><p>peu apr�s sa naissance, puisque son fr�re Dirck (peintre lui aussi) y fut baptis� en 1591. Tout ce dont on est s�r, c�est que sa carri�re se d�roula dans cette ville, o� se trouvent aujourd�hui encore la plupart de ses tableaux. �l�ve de Carel Van Mander (1548-1606) vers 1600-1603, Frans ne para�t cependant pas avoir subi une profonde influence de ce ma�tre de haute culture italienne et de style mani�riste. Il n�ira jamais en Italie, selon l�habitude de l��poque, pour achever sa formation. Il s�instruit au contact des gravures de Hendrick Goltzius (1558-1617) et des premiers tableaux de corporation peints par Cornelis van Haarlem (1562-1638), l�un des plus anciens cr�ateurs de Doelenst�ck (ou Schuttersstuk), ou tableaux de milices arm�es.</p><p>Ses premi�res oeuvres connues se situent autour de 1610, date � laquelle il est membre de la gilde de Saint-Luc � Haarlem. Son premier fils, Harmen, qui sera peintre, est baptis� en 1611. Hals aura huit autres enfants d�un second mariage. Il se cantonne exclusivement dans l�art du portrait : l�un de ses premiers portraits, celui de Jacobus Zaf-fius (1611, Haarlem, mus�e Frans Hals) ainsi que celui d�un Homme tenant un cr�ne (Birmingham, Barber Institute) conservent encore une certaine raideur propre aux artistes du XVIe s., comme Cornelis Ketel (1548-1616), Antonio Moro (v. 1519 - v. 1576), Dirck Barentsz (1534-1592). Mais ces deux oeuvres montrent d�j� que Hals a rompu avec le mani�risme et trouv� le r�alisme propre � son g�nie. Dans tous ses portraits, Hals, dont l�acuit� psychologique sera plus tard cruelle,</p><p>downloadModeText.vue.download 76 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5217</p><p>s�en tient encore, avec quelle virtuosit�, � la ressemblance et au naturel.</p><p>De 1620 � 1630, influenc� par les caravagistes d�Utrecht, il peint une grande s�rie de portraits de caract�re : plusieurs Bouffons, le Joyeux Buveur (Amsterdam, Rijksmuseum), la Boh�-</p><p>mienne (Louvre), l�inqui�tante Hille Bobbe, vieille sorci�re au hibou (Berlin). Le caravagisme adapt� � l�esprit septentrional trouve en eux sa plus haute expression r�aliste. L�audace de Hals est au niveau de sa � main � : touches rapides, juxtapos�es, fulgurance et rehauts lumineux sur des fonds de tonalit� bistre ; son pinceau se fait plus vigoureux pour serrer de pr�s le r�el ; cette tendance s�accentue avec les ann�es.</p><p>C�est de 1616 que date la premi�re commande du peintre, le Banquet du corps des archers de Saint-Georges (Haarlem, mus�e Frans Hals), portrait collectif dans la tradition iconogra-phique de Cornelis van Haarlem. Chacun des douze personnages group�s autour de la table est trait� comme un portrait individuel : les visages, tous empreints de jovialit�, ont cependant, chacun, leur caract�re et leur vie propre, et c�est l� que r�side l�innovation de Hals. L�animation g�n�rale, rendue par les attitudes, l�obliquit� des poses, l�a�ration spatiale sont autant d��l�ments d�une esth�tique nouvelle.</p><p>Tous les portraits de Hals, d�s lors, poss�dent le trait caract�ristique surpris dans le mod�le, qui l�individualise et le rend vraiment naturel. Dans le Banquet du corps des archers de Saint-Adrien de 1627 (Haarlem, mus�e Frans Hals) se retrouvent les m�mes caract�res de v�rit�, mais avec une composition o� la volont� d�animation n�exclut pas un certain d�sordre.</p><p>Ce n�est que vers 1630-1635 que Hals r�ussit � simplifier ses compositions : les contours de ses formes se font moins accident�s ; les fonds s�assom-brissent, et, dans les visages, la couleur et le model� se font plus violents.</p><p>La R�union des officiers du corps</p><p>des archers de Saint-Adrien de 1633</p><p>(Haarlem, mus�e Frans Hals), qui se d�tache sur un fond tr�s sombre et un arri�re-plan de paysage tr�s artificiel, est d�une composition plus simple, plus statique, mais toujours aussi captivante par l�expression particuli�re de chacun des quatorze personnages. En 1641, nouvelle commande : les R�gents de l�h�pital Sainte-�lisabeth � Haarlem, tableau d�une tonalit� plus grave, o� les teintes sont r�duites � des blancs purs argent�s et des noirs profonds.</p><p>En 1644, Hals fait partie du Conseil de la gilde de Haarlem ; il peint le portrait de Descartes (Louvre) en 1649 et celui de l�Homme au gant (Londres, National Gallery) en 1655, dans lesquels le r�alisme formel qu�il avait jusqu�alors recherch� fait place � l�expression de l��me. � partir de 1654, sa vie s�assombrit : en 1662, il demande un secours � la municipalit�. �g� de plus de quatre-vingts ans, il peint en 1664 pour l�hospice des vieillards les deux tableaux �mouvants des R�gents et des R�gentes (mus�e Frans Hals, install� dans l�hospice), images path�-</p><p>tiques et lucides de la vieillesse. Ces deux derniers chefs-d�oeuvre de Hals, �tonnants � l��poque par leur expression spontan�e toute moderne, loin des conventions stylistiques d�alors, ne suscit�rent que de pi�tres imitations contemporaines. Ils ne retrouv�rent leur influence novatrice qu�au XIXe s.</p><p>avec Manet et ses successeurs.</p><p>P. H. P.</p><p>N. S. Trivas (sous la dir. de), The Paintings of Frans Hals (New York, 1941). / P. Descargues, Frans Hals (Skira, Gen�ve, 1968). / S. Slive, Frans Hals (New York et Londres, 1971 ; 2 vol.).</p><p>Catalogue d�exposition : Frans Hals (mus�e Frans Hals, Haarlem, 1962).</p><p>halt�rophilie</p><p>Sport des poids et halt�res.</p><p>Son d�veloppement</p><p>Excellent sport de force et de d�veloppement musculaire, l�halt�rophilie eut beaucoup � souffrir jusqu�au XIXe s.</p><p>des troupes de forains, bateleurs, qui s�exhibaient dans les foires ou sur les places publiques en r�alisant des tours</p><p>de force.</p><p>Les d�buts furent laborieux, notamment en France. Vers 1882 naissaient en Allemagne les premi�res associations, avant que se cr�e � Roubaix la F�d�ration athl�tique du Nord, qui devait contr�ler des comp�titions sur les mouvements suivants : le d�velopp�, l�arrach�, l��paul� et jet� � un et � deux bras, le d�viss�, la vol�e d�un bras et le bras tendu. En 1896, l�halt�rophilie figure aux jeux Olympiques d�Ath�nes, mais ni Fran�ais ni Allemands n�y participent, et, aux Jeux de Saint Louis en 1904, les �preuves se d�roulent dans l�indiff�rence compl�te.</p><p>Les premi�res comp�titions de 1903 � 1910 comportent un nombre diff�rent de mouvements, allant jusqu�� 17. Ce n�est qu�en 1913 qu�un bon lutteur et excellent leveur de poids, Jules Rosset, entour� de quelques champions consacr�s, fonde la F�d�ration fran�aise de poids et halt�res. Aid� par le journaliste Frantz Reichel, il fait inscrire l�halt�rophilie aux jeux Olympiques d�Anvers en 1920, comp�tition disput�e par les repr�sentants de quatorze nations, sur des mouvements � d�velopp�, arrach� et �paul� et jet� � deux bras � qui ont constitu� jusqu�en 1972</p><p>les programmes de toutes les �preuves officielles. Le premier championnat d�Europe a lieu en 1930, et la premi�re confrontation mondiale en 1937.</p><p>Le sport de la force a connu de</p><p>grands champions parmi ses pr�curseurs, tel Louis Uni, dit � Apollon �, un colosse de 1,90 m pour 125 kg, n� en 1862. Celui-ci aurait �t� le premier homme � avoir �paul� et jet� l�essieu dit ensuite � d�Apollon �, une �norme barre de pr�s de 5 cm de diam�tre, munie de deux roues de wagons et pesant 162,400 kg. Mais aucune pi�ce officielle ne confirme cet exploit, et</p><p>� Apollon � n�avait, en fait, �paul� et jet� qu�une barre de 120 kg. La v�ritable barre existe toujours au gymnase de la S. A. Montmartroise, � Paris, o� Charles Rigoulot et, apr�s la Seconde Guerre mondiale, les Am�ricains John Davis et Schemansky r�ussirent la performance officielle.</p><p>Records et progression</p><p>Charles Rigoulot fut champion olympique des mi-lourds en 1924 (avant de d�tenir plus d�une centaine de records), en totalisant 322,500 kg aux trois mouvements, chiffre que le champion du monde actuel poids mouche a nettement d�pass�. Il n�y a toutefois aucune mesure de comparaison entre les exploits des � pionniers � et ceux des sp�cialistes actuels. Jusqu�en 1926, les halt�rophiles levaient ou jetaient des barres munies de sph�res volumineuses, � l��quilibre de charge difficile. D�abord en Suisse, puis en France et enfin dans le monde entier, les sph�res furent remplac�es par des barres � disques (on ajoute � la barre des disques de poids diff�rents), beaucoup plus maniables et mont�es sur roulement, qui permirent une nette am�lioration des performances.</p><p>En 1936, � Berlin, l�Allemand</p><p>J. Manger fut champion olympique des lourds avec le total de 410 kg ; en 1948, � Londres, l�Am�ricain John Davis le fut avec 452,550 kg ; en 1956, � Mel-bourne, l�Am�ricain Paul Anderson fut le premier homme � atteindre les 500 kg aux trois mouvements.</p><p>En 1962, aux championnats d�Eu-</p><p>rope � Budapest, le capitaine de l�ar-m�e sovi�tique Iouri Vlassov totalisait 540 kg (177,500 au d�velopp�, 155 � l�arrach� et 207,500 au jet�). En 1967, il c�da sa couronne mondiale � un autre Sovi�tique, Leonid Jabotinski, qui porta le record � 590 kg.</p><p>Puis vint l��re de l�actuel num�ro un de l�halt�rophilie mondiale : Vassili Alexe�ev (137 kg), qui r�alisa 595 kg, puis 600, 620 et enfin 640 kg, et dont les trois records du monde sont de 230 kg au d�velopp�, 180 � l�arrach� et 235,500 au jet�.</p><p>� c�t� de ces magnifiques performances, r�guli�rement contr�l�es et homologu�es, figurent d�autres records, notamment :</p><p>� le record de la plus lourde charge port�e par un homme : c�est Paul Anderson qui a accompli cet exploit le 12 juin 1957 aux �tats-Unis, en portant 272,600 kg sur son dos ;</p><p>� le record du plus grand � soulev� �</p><p>de terre : l�Allemand Guerner, en 1912, a pris une charge de 359 kg et l�a �le-v�e � 1 cm du sol ;</p><p>� le record en flexion de jambes : l�Am�ricain Frenn a r�ussi 350 kg.</p><p>La spectaculaire progression de ce sport est due, depuis la Seconde Guerre mondiale, � la lutte pour les titres et records que se livrent Am�ricains et Sovi�tiques. Le nombre des nations int�ress�es a aussi augment� : une dizaine de pays �taient repr�sent�s en 1930 aux championnats mondiaux,</p><p>plus de 50 aujourd�hui.</p><p>Les Fran�ais champions</p><p>olympiques</p><p>1920 (Anvers) : moyens : Henri Gance, 245 kg ; mi-lourds : Ernest Cadine, 290 kg.</p><p>1924 (Paris) : l�gers : Edmond Decotti-gnies, 277,500 kg ; mi-lourds : Charles Rigoulot, 322,500 kg.</p><p>1928 (Amsterdam) : moyens : Roger Fran-</p><p>�ois, 335 kg.</p><p>1932 (Los Angeles) : plumes : Raymond Su-vigny, 287,500 kg ; l�gers : Ren� Duverger, 325 kg ; mi-lourds : Louis Hostin, 365 kg.</p><p>1936 (Berlin) : mi-lourds : Louis Hostin, 372,500 kg.</p><p>Les mouvements</p><p>reconnus</p><p>La F�d�ration internationale reconna�t les exercices suivants (et homologue les records correspondants) :</p><p>1o arrach� d�un bras � gauche, et le m�me mouvement � droite ;</p><p>2o arrach� � deux bras ;</p><p>3o �paul� et jet� d�un bras � gauche et � droite ;</p><p>4o �paul� et jet� � deux bras.</p><p>downloadModeText.vue.download 77 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5218</p><p>Les championnats nationaux d�Eu-</p><p>rope, du monde et les jeux Olympiques sont aujourd�hui disput�s seulement sur deux mouvements � deux bras : arrach� et �paul� et jet�, et chaque concurrent a droit � trois essais par mouvement.</p><p>Arrach� � deux bras</p><p>La barre sera plac�e horizontalement devant les jambes de l�athl�te. La saisir � deux mains et la tirer d�un seul temps de terre au bout des deux bras tendus verticalement au-dessus de la t�te, soit en se fendant, soit en fl�chissant sur les jambes.</p><p>La barre passera d�un mouvement</p><p>continu, sans arr�t, le long du corps, dont aucune partie autre que les pieds ne peut toucher ou fr�ler le sol pendant l�ex�cution du mouvement.</p><p>�paul� et jet� � deux bras</p><p>La barre sera plac�e horizontalement devant les jambes de l�athl�te.</p><p>La saisir � deux mains et l�amener d�un seul temps, bien net, de terre aux �paules, soit en se fendant, soit en fl�-</p><p>chissant sur les jambes.</p><p>Ramener les pieds � leur position premi�re, c�est-�-dire sur la m�me ligne, ensuite fl�chir sur les jambes et les d�tendre brusquement, ainsi que les bras, de fa�on � amener la barre au bout des bras tendus verticalement.</p><p>Le poids sera maintenu deux se-</p><p>condes avant la position finale.</p><p>� l�occasion des jeux de Munich, la F�d�ration internationale a supprim� le d�velopp� � deux bras, ce qui entra�ne naturellement une chute tr�s sensible des totaux auparavant r�alis�s par les athl�tes.</p><p>Les cat�gories de poids</p><p>Avant 1968, les halt�rophiles �taient class�s en sept cat�gories, de 56 kg � plus de 90 kg, mais, pour ne pas han-</p><p>dicaper les athl�tes tr�s l�gers ou ceux qui, pesant un peu plus de 90 kg, �taient appel�s � rencontrer des colosses de 140 ou 150 kg de poids de corps, deux cat�gories nouvelles ont �t� cr��es.</p><p>Aujourd�hui existent les cat�gories suivantes : mouches (jusqu�� 52 kg), coqs (56 kg), plumes (60 kg), l�gers (67,500), moyens (75 kg), mi-lourds (82,500 kg), lourds-l�gers (90 kg), lourds (110 kg) et super-lourds (plus de 110 kg).</p><p>Actuellement, sur le plan mondial, l�U. R. S. S. domine nettement, surtout dans les cat�gories de lourds, gr�ce � son tr�s grand recrutement. Elle est suivie par les nations de l�Europe de l�Est (Hongrie, Pologne, Bulgarie, Roumanie, Tch�coslovaquie), avec lesquelles elle a de nombreux contacts sportifs.</p><p>Les Am�ricains se maintiennent, tandis que l�on enregistre une nette pouss�e de l�Extr�me-Orient (Japon) et du Moyen-Orient dans les petites cat�gories.</p><p>R. M.</p><p>R. Moyset, Initiation � l�halt�rophilie (Bornemann, 1963). / E. Battista, Sport et musculation (Bornemann, 1966). / Schwerathletik (Comit� nat. des sports, Berlin-Est, 1969).</p><p>On peut consulter �galement l�Halt�rophilie moderne (bulletin mensuel de la F�d�ration fran�aise d�halt�rophilie).</p><p>Hambourg</p><p>En allem. HAMBURG, la plus grande ville d�Allemagne f�d�rale.</p><p>Le d�veloppement</p><p>urbain et portuaire</p><p>Hambourg est aujourd�hui une ville de 1,8 million d�habitants formant un Land propre. Sur le plan �conomique, la ville est le premier port et le centre du commerce ext�rieur de la R. F. A.</p><p>La conqu�te de cette primaut� s�est faite au cours des si�cles, mais a �t� acc�l�r�e par l��volution industrielle de l�Allemagne au XIXe s. L��tablissement le plus ancien est situ� sur une petite d�nivellation sableuse au bord de l�Alster, o� fut �tabli le premier port, bien abrit�. Ce n�est que petit � petit</p><p>que la ville gagna la vall�e de l�Elbe.</p><p>Afin de prot�ger ce site, Charlemagne fit construire une fortification, le Ham-maburg. L�essor ne date que de la fin du XIIe s., lorsque Henri le Lion eut d�truit Bardowik, la voisine et rivale de Hambourg. Le site avait �t� choisi � cause du passage facile de l�Alster par toute une s�rie de routes menant d�ouest en est et du nord au sud. Les premiers am�nagements portuaires datent de la fin du XIIe s.</p><p>Le port se d�veloppa lentement, Philippe Dollinger �crit m�me que Hambourg � fut en quelque sorte l�avant-port de L�beck sur la mer du Nord, du moins jusqu�au XVIe s., au cours duquel le rapport s�inversa progressivement �.</p><p>Malgr� ses liens profonds et anciens avec L�beck, Hambourg garda toujours son individualit�. La ville �tait plus in-t�ress�e au commerce continental avec son arri�re-pays. Tr�s t�t, les activit�s de transformation, anc�tres des activit�s industrielles actuelles, tinrent une place importante. La fabrication de la bi�re faisait la renomm�e de la ville d�s le Moyen �ge. Pour une population de 7 000 habitants, on comptait au XIVe s.</p><p>500 brasseries. La mentalit� hambourgeoise �tait aussi plus ouverte, moins d�termin�e par une activit� pr�dominante, comme ce fut le cas � L�beck.</p><p>downloadModeText.vue.download 78 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5219</p><p>Cela explique, vraisemblablement, que l�histoire de Hambourg pr�sente moins de heurts que celle d�autres villes.</p><p>� l��poque du Blocus continental, le port subit de graves pr�judices. Au trait� de Vienne (1815), Hambourg devient un des trente-neuf �tats souverains de la Conf�d�ration germanique.</p><p>Malgr� toutes les difficult�s dues aux guerres, la bourgeoisie commer�ante, qui d�tient le pouvoir, amorce la reprise. Le vieil esprit hans�atique inspire les responsables.</p><p>La navigation � vapeur cr�e un</p><p>dynamisme nouveau (les voiliers, cependant, resteront nombreux jusqu�en 1870). La sp�cialisation gagne les</p><p>activit�s portuaires ; l�armement se s�pare du commerce. L�augmentation de la taille des navires et leur rench�-</p><p>rissement exigent des capitaux croissants. Bient�t va se poser le probl�me de l�approfondissement du chenal de l�Elbe. La recherche d�un service r�gulier avec les �tats-Unis am�ne quelques commer�ants de Hambourg � fonder en 1847 la c�l�bre HAPAG</p><p>(Hamburg-Amerikanische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft). C�est l��poque de l��migration europ�enne massive vers les �tats-Unis qui commence. Le port de Hambourg sert de port d�embarquement non seulement aux Allemands, mais aussi aux Slaves, aux Autrichiens, aux Hollandais, aux Belges, aux Scandinaves, voire aux Fran�ais.</p><p>L�industrialisation de l�arri�re-pays suscite la cr�ation de nouvelles compagnies : Hambourg S�damerika-</p><p>nische Dampfschiffahrts-Gesellschaft (1871) ; Deutsche Dampfschiffahrts Gesellschaft Kosmos (1871) ; Woer-mann Linie (1885) ; Deutsche Levante Linie (1889) ; Deutsch-Ostafrika Linie (1890). L�extension de ces lignes co�ncide avec le d�veloppement du mouvement colonial, qui, en Allemagne, s�est fait avec un certain retard par rapport aux autres pays.</p><p>La guerre des Duch�s (1864), la</p><p>victoire sur l�Autriche (1866) bouleversent la carte politique de l�Allemagne. Hambourg regarde beaucoup plus vers le grand large que vers le continent. Le rapport des forces l�oblige, cependant, lors de la confrontation Prusse-Autriche, � choisir le camp de la premi�re. Quelques ann�es auparavant, en 1860, une d�cision lourde de cons�quences pour l�avenir du port �tait prise. Les installations traditionnelles �taient devenues insuffisantes. Les autorit�s hambourgeoises d�cid�rent la construction d�un port de mar�e ; la solution �tait heureuse, malgr� les d�penses de creusement des chenaux qu�elle entra�nait, car elle permettait l�acc�s des navires � toute heure de la journ�e. Cette d�cision capitale est � l�origine du port moderne.</p><p>Hambourg entra dans la Conf�d�ration de l�Allemagne du Nord au moment de la dispute entre l�Autriche et la Prusse mais se refusa encore d�adh�rer</p><p>au Zollverein. Il fallut attendre 1881</p><p>pour qu�elle le f�t. L�industrialisation de la Ruhr, le d�veloppement de la Basse-Saxe et surtout l�essor de la r�gion de Berlin, dont Hambourg �tait le premier port, favoris�rent cette d�cision. C�est que Hambourg �tait tiraill�e entre ses int�r�ts d�outre-mer, notamment dans le monde anglo-saxon, et ses int�r�ts panallemands. L�unification de l�Allemagne donnait � Hambourg des chances nouvelles. La bourgeoisie urbaine sut les saisir.</p><p>330 navires de haute mer peuvent s�y ancrer. C�est un port universel, pouvant traiter toutes les marchandises. Le trafic a avoisin� 45 Mt en 1971.</p><p>Le premier centre industriel</p><p>de la R. F. A.</p><p>� la suite de la division de Berlin, Hambourg est devenue le premier</p><p>centre industriel de la R. F. A.</p><p>downloadModeText.vue.download 79 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5220</p><p>L�industrialisation a �t� une n�cessit� apr�s guerre, � la suite de la perte des territoires orientaux. En englobant environ 100 000 migrants quotidiens, la ville compte plus de 300 000 travailleurs. L�industrie occupe donc une place importante. Toutes les branches, sauf les mines et la sid�rurgie, sont repr�sent�es. L�industrie est largement n�e des activit�s portuaires. La p�trochimie, les fonderies de m�taux non ferreux, la chimie, les moulins � huile, les fabriques de graisse (margarine), les industries alimentaires, le travail du caoutchouc sont �troitement li�s aux importations. Les constructions navales arrivent seulement au quatri�me rang, selon le nombre des salari�s, apr�s la construction de machines, l��lectrotechnique et la chimie. Les constructions a�ronautiques, en liaison avec les services de r�vision de la Lufthansa de l�a�roport de Fuhlsb�ttel, ne cessent de progresser, pour se placer parmi les activit�s les plus dynamiques. � vrai dire, le travail industriel repose sur une vieille tradition artisanale du Moyen</p><p>�ge, adapt�e aux techniques nouvelles � partir du XIXe s. Il ne s�est point d�velopp� une mono-industrie si pr�judiciable � d�autres grands ports. C�est la diversit� des activit�s qui a permis � Hambourg de rena�tre apr�s les terribles destructions de 1944-45.</p><p>La place commerciale</p><p>Pr�s de 2 000 entreprises entretiennent des relations ext�rieures � Hambourg.</p><p>En 1970, les entreprises de la ville ont import� pour 20,7 milliards de deutsche Mark de marchandises, soit 19,2 p. 100</p><p>des importations de la R. F. A. Les exportations s��l�vent � 7,8 milliards, soit 6,2 p. 100 des exportations du pays. La structure du commerce � et cela est li� � la situation portuaire � montre que Hambourg joue un r�le plus consid�rable dans le commerce d�outre-mer que dans le commerce europ�en.</p><p>La place financi�re</p><p>La Bourse de Hambourg, la plus ancienne de l�Europe du Nord, est un des �l�ments de prosp�rit� de la ville. Col-lectant les capitaux d�une vaste r�gion, elle a contribu� � des investissements qui servent l��conomie urbaine et r�-</p><p>gionale. Elle s�est d�abord int�ress�e aux marchandises.</p><p>La banque, ici comme dans d�autres villes, est n�e du commerce, et surtout du commerce international. Hambourg compte 110 instituts de cr�dit (banques, caisses du Cr�dit mutuel, caisses d��pargne) ayant leur si�ge social dans la ville. De 1964 � 1969, l��pargne liquide a pass�, pour l�ensemble des instituts de cr�dit de la ville, de 3,7 � 7,2 milliards de deutsche Mark. Par l�, bien des �quipements ou des entreprises peuvent �tre financ�s par des banques ou des instituts locaux qui, connaissant les animateurs ou promoteurs, peuvent leur faire confiance et ainsi soutenir le d�veloppement �conomique de la ville.</p><p>La vie intellectuelle et culturelle Les activit�s maritimes ont entra�n� un cosmopolitisme dont a b�n�fi-ci� l�ensemble de la cit�. Hambourg</p><p>compte un grand nombre de repr�sentations �trang�res accr�dit�es. Environ 60 acad�mies, instituts, s�minaires ou associations s�occupent de relations ou d��tudes des pays d�outremer. Hambourg est sans doute le premier centre pour la presse allemande. Le tirage total de tous les quotidiens approche 6 millions d�exemplaires. Bild imprime 4,4 millions d�exemplaires, Die Welt 290 000. Tous deux appartiennent au konzern Springer. L�ensemble des hebdomadaires a un tirage sup�rieur � 3,5 millions. Plus de 200 biblioth�ques sont diss�min�es sur le territoire urbain.</p><p>Par sa puissance �conomique et son rayonnement culturel, Hambourg devient la m�tropole incontest�e de l�Allemagne du Nord. L�am�lioration des relations entre la R. F. A. et la R. D. A.</p><p>ne peut que profiter � l��conomie urbaine et notamment au port.</p><p>F. R.</p><p>E. Wiskemann, Hamburg und die Welthan-delspolitik von der Anf�ngen bis zur Gegenwart (Berlin, 1929). / Recueils de la soci�t� Jean Bodin, la Ville (Libr. encyclop�dique, Bruxelles, 1954-1956 ; 3 vol.). / M. Caidin, The Night Hamburg Died (New York, 1960 ; trad. fr. la Nuit o� Hambourg br�la, Presses de la Cit�, 1964). /</p><p>P. Dollinger, la Hanse, XIIe-XVIIe si�cle (Aubier, 1964).</p><p>L�histoire de la ville</p><p>Dot� de pouvoirs archi�piscopaux, Ans-chaire (801-865), le premier �v�que, doit �vang�liser les pays slaves (Obodrites) et Scandinaves voisins. La destruction de Hambourg en 845 par les Danois entra�ne, quelque temps apr�s, le rattachement de son si�ge �piscopal � Br�me. Menac�e par les Normands en 880 et en 884, Hambourg ne devient un port actif qu�en 1188, date de la charte de fondation d�une ville neuve par Adolphe III, comte de Holstein.</p><p>En 1216, la cit� archi�piscopale et la ville marchande fusionnent, et, d�s 1300, l�agglom�ration compte 5 000 habitants.</p><p>Victime de la peste noire en 1350, la ville compte pourtant 8 000 habitants vers 1375, gr�ce � une forte immigration rurale. Membre de la Ligue des villes vendes constitu�e entre 1256 et 1364, appar-</p><p>tenant au tiers l�beckois de la Hanse* et accueillant � ce titre � trois reprises le Hansetag entre 1356 et 1480, elle ne participe qu�avec r�ticence � la ligue de Cologne en 1367. En fait, elle recherche la paix, qui lui permet d�exporter d�s le XIIIe s. le seigle du Brandebourg, les c�r�ales des pays de l�Elbe moyenne, le cuivre du Harz (en Flandre, en Angleterre), les toiles de lin westphaliennes et surtout sa propre production de bi�re (aux Pays-Bas), qui couvre en 1369 le tiers de ses exportations maritimes ; en retour, elle ach�te � Amsterdam le hareng hollandais et les produits du Midi : sel, vin et fruits.</p><p>La population atteint 16 000 habitants vers 1450, mais se diff�rencie sociale-downloadModeText.vue.download 80 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5221</p><p>ment en cinq classes de fortunes, selon Heinrich Reincke : les grands marchands et les gros rentiers possesseurs de plus de 5 000 marks ; la bourgeoisie ais�e (de 2 000</p><p>� 5 000 marks) ; la bourgeoisie moyenne (de 600 � 2 000 marks) ; la petite bourgeoisie (de 150 � 600 marks) ; enfin la masse des travailleurs manuels (moins de 150 marks).</p><p>En fait, Hambourg ne participe � la Hanse que pour s�imposer gr�ce � elle sur les march�s �trangers. Menac�e dans ses int�r�ts aux Pays-Bas par la bi�re hollandaise au XVe s., elle s�efforce de conqu�rir � Bergen une partie du march� norv�gien des c�r�ales et de la bi�re avant d�envoyer, au XVIe s., ses marins rapporter d�Islande la morue, dont elle reste le grand march� continental au XVIIe s. D�tentrice de la puissance �conomique et municipale, la bourgeoisie marchande se heurte d�s le XVe s. � une opposition d�mocratique qui l�am�ne � accepter la cr�ation d�une commission des Soixante et qui contribue � son adh�-</p><p>sion � la R�forme en 1529.</p><p>Pour �chapper alors aux crises qui affaiblissent la Hanse, Hambourg conc�de pour dix ans en 1567, puis en 1611 un �tablissement privil�gi� aux Marchands aventuriers. Avec habilet�, elle r�duit sa rivale L�beck � l��tat d�avant-port sur la Baltique, tandis qu�elle-m�me, recueillant, en concurrence avec Amsterdam, l�h�ritage d�Anvers, s�assure une prosp�rit�</p><p>croissante gr�ce � un �quipement tr�s diversifi� : une flotte maritime jaugeant sans doute 7 000 lasts vers 1600 et 14 000</p><p>vers 1650 ; une flotte fluviale qui accro�t son emprise �conomique jusqu�au bassin de l�Oder ; une Bourse cr��e en 1558 ; une Banque fond�e en 1619 ; un droit nouveau, enfin, accordant aux �trangers les libert�s d��tablissement et d�association. D�s lors, c�est la communaut� des marchands internationaux qui anime l��conomie de Hambourg : tels les Italiens et surtout les Portugais, importateurs de sel, de sucre et d��pices (statut de 1617) ; tels les Allemands du Sud, vendeurs du cuivre du Harz et de Boh�me, etc.</p><p>Principal march� c�r�alier de l�Europe du Nord, premier centre d�importation du drap anglais sur le continent, premier centre, enfin, de production et d�exportation de bi�res d�Allemagne du Nord, Hambourg passe de 15 000 habitants vers 1500</p><p>� 20 000 en 1550, � 35 000 vers 1600 et � environ 50 000 vers 1650.</p><p>Hambourg refuse en 1617 le protectorat danois et est reconnue ville imm�diate d�Empire en 1618 par la Chambre imp�-</p><p>riale. Elle est victime de troubles aux XVIe et XVIIe s.</p><p>Centre d�activ� contrebande avec l�Angleterre au temps de la R�volution et de l�Empire, occup�e par les Fran�ais en 1806, annex�e et �rig�e le 13 d�cembre 1810 en chef-lieu du d�partement des Bouches-de-l�Elbe, prise par les Russes le 18 mars 1813, reconquise par Davout, qui ne l��vacue que le 14 mars 1814, Hambourg entre dans la Conf�d�ration germanique en 1815 en tant que ville libre et souveraine. Dot�e d�un S�nat en 1848, elle adh�re � la Conf�-</p><p>d�ration de l�Allemagne du Nord en 1866, puis � l�Empire allemand en 1871.</p><p>Elle est dot�e d�un port franc en 1881. En 1937, elle incorpore Altona, Wandsbek, et Harburg-Wilhelmsburg, mais perd Cuxha-ven. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle est incendi�e au cours de quatre bombardements a�riens entre le 24 juillet et le 3 ao�t 1943 ; elle est occup�e par les Britanniques le 4 mai 1945.</p><p>P. T.</p><p>Hammourabi</p><p>ou HAMMOU-RAPI en akkadien (� le dieu</p><p>Amm est gu�risseur �), sixi�me roi de la Ire dynastie de Babylone (XVIIIe s. av.</p><p>J.-C.).</p><p>Il n�h�rite de son p�re, S�n-moubal-lit, qu�un domaine restreint (quelque 6 000 km2), autour de la grande cit�.</p><p>Aussi pense-t-on qu�il m�ne ses premi�res campagnes (entre 1792 et 1782) comme alli� subordonn� de l�Amorrite Shamshi-Adad Ier, qui dominait alors la haute M�sopotamie. Apr�s la mort de ce grand roi, Hammourabi utilise habilement les coalitions instables nou�es par les souverains m�sopotamiens et laisse ses partenaires �puiser les forces de leurs �tats. Puis, de 1764 � 1754, il d�truit les royaumes voisins (Larsa, Mari, Eshnounna), bat les �lamites et les autres peuples de l�Est et constitue un empire qui comprend toute la basse M�sopotamie et la majeure partie de la haute M�sopotamie.</p><p>Administrateur minutieux, il tente d�enrayer le d�clin qui frappe alors le pays de Sumer, victime des guerres et de la remont�e des sels � travers le sol arable ; et c�est sans doute pour unifier la l�gislation des cit�s du Bas Pays qu�il publie un code, qui est aussi un instrument de propagande royale. Si ce texte, r�dig� en akkadien, n�est pas un code au sens moderne, mais seulement un recueil de d�cisions concernant un nombre limit� de cas, il constitue cependant une source unique pour l��tude de la soci�t�, de l��conomie et de la monarchie dans la M�sopotamie du IIe mill�naire av. J.-C.</p><p>Le code nous fait conna�tre le statut juridique des diff�rentes cat�gories qui composent la soci�t� : l�aw�loum (� homme � par excellence) est le notable ; le moushk�noum (mot d��tymologie incertaine), de modeste condition, d�pend sans doute du Palais ou d�un temple ; le wardoum (esclave) poss�de la personnalit� juridique (il peut gagner de l�argent, tester, �pouser une femme libre). En cas d�offense ou de blessure, les r�parations et les sanctions sont diff�rentes pour les membres de ces trois cat�gories, que le code ne d�finit pas et qui ne doivent pas �tre trop rigides. La promotion sociale, en effet, peut �tre rapide, puisque l�initiative priv�e s�exerce sans restrictions</p><p>dans le domaine de la production et des �changes.</p><p>Mais le Palais et les temples restent les plus grosses unit�s �conomiques du temps, et le roi, se pr�sentant comme le bienfaiteur et le protecteur de son peuple, intervient dans tous les types de rapports que ses sujets peuvent avoir entre eux. En particulier, il assume la responsabilit� de l�entretien et de l�extension du syst�me d�irrigation, pour lesquels il impose des corv�es. Il apaise la tension sociale en obligeant le Palais et les temples � pr�ter � taux bas, en �dictant des statuts plus humains pour le d�biteur, le m�tayer et l�agent de compagnie commerciale, et en lib�-</p><p>rant, au bout de trois ans, le d�biteur insolvable, vendu comme esclave.</p><p>Les moyens d�action du souverain sont quelque peu primitifs. Pour mettre ses terres en valeur, il les divise en lots qu�il conc�de � des fermiers h�r�-</p><p>ditaires ou � ses � serviteurs � (administrateurs, soldats, travailleurs du Palais), pour qui les terres constituent une r�mun�ration ; mais il a beaucoup de mal � les emp�cher � la fois de disposer de leur lot comme d�une propri�t� personnelle et d�abandonner leur service.</p><p>Parmi ce personnel ainsi dot� figure le tamk�roum, qui est en m�me temps banquier et marchand � titre priv� et administrateur des biens royaux, et dont la puissance �conomique et la situation ambigu� ne peuvent que limiter le pouvoir royal. Enfin, lorsque le code fixe le montant des salaires d�un certain nombre de m�tiers et le prix de denr�es courantes, il ne s�agit sans doute, pour Hammourabi, que de se poser en d�fenseur du bon vieux temps : les documents contemporains montrent que le roi laisse pratiquer des taux bien plus �lev�s.</p><p>Beaucoup plus que l�empire �ph�-</p><p>m�re constitu� par Hammourabi dans les derni�res ann�es de sa vie et qui s��croule d�s le r�gne de son successeur, c�est ce code, l�ensemble l�gislatif le plus �tendu et le plus clair de toute la haute Antiquit�, qui a fait la gloire du grand roi amorrite de Babylone, particuli�rement au XXe s.</p><p>Trois extraits du code de</p><p>Hammourabi</p><p>196 Si un homme a crev� l�oeil d�un notable, on lui cr�vera l�oeil.</p><p>198 S�il a crev� l�oeil d�un moushk�noum, il paiera une mine d�argent.</p><p>199 S�il a crev� l�oeil de l�esclave d�un notable, il paiera la moiti� du prix de l�esclave.</p><p>G. L.</p><p>F Assyrie / Babylone.</p><p>C. J. Gadd, Hammurabi and the End of his Dynasty (Cambridge Ancient History, no 32, 1965). / P. Garelli, le Proche-Orient asiatique.</p><p>Des origines aux invasions des Peuples de la mer (P. U. F., coll. � Nouvelle Clio �, 1969).</p><p>Hampton (Lionel)</p><p>Vibraphoniste, pianiste, batteur, chanteur et chef d�orchestre am�ricain (Louisville, Kentucky, 1913).</p><p>Le vibraphone n�est encore qu�un accessoire de la panoplie des per-cussionnistes lorsque Hampton s�en empare pour r�v�ler des dons exceptionnels d�improvisateur dynamique et exub�rant. Tr�s jeune, il joue du tambour dans la fanfare du Chicago Defender. Il est initi� au xylophone par Jimmy Bertrand, puis � la batterie par Snag Jones. En Californie, en 1927, il appartient au groupe des Spike�s Brothers avant d��tre engag� par Paul Howard en 1929. Il joue ensuite au Sebastien�s Cotton Club de Los Angeles et, en 1930, tient la batterie, et d�j� le vibraphone, dans l�ensemble de Les Hite, qui accompagne parfois Louis Armstrong. Toujours en Californie, il �tudie la musique � l�universit� et fait un s�jour chez Charlie Echols avant de diriger un orchestre au Caf� Paradise d�Hollywood en 1936. D�-</p><p>couvert par Benny Goodman, il est la vedette du fameux quartette (1936-1940). � la m�me �poque, il dirige aussi des s�ances d�enregistrement qui r�unissent quelques-uns des meilleurs solistes du moment : les trompettistes Cootie Williams, Ziggy Elman, Harry James et Jonah Jones, les saxophonistes Johnny Hodges, Hershell Evans, Chew Berry, Ben Webster, Coleman Hawkins, Benny Carter et Harry Car-</p><p>ney, le clarinettiste Buster Bailey, le guitariste Charlie Christian, les pianistes Clyde Hart, Jess Stacy et King Cole, les batteurs Gene Krupa, Jo Jones et Cozy Cole.</p><p>En novembre 1940, encourag� par sa femme Gladys et l�impr�sario Joe Glaser, il constitue un grand orchestre, qui, deux ans plus tard, conna�t une grande popularit� avec Flying Home. Il r�unit autour de lui, au fil des ans, des musiciens aussi remarquables que les trompettistes Joe Newman, Ernie Royal, Lamar Wright, Snooky Young, Quincy downloadModeText.vue.download 81 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5222</p><p>Jones, Clifford Brown, Benny Bailey, Eddie Mullens, Wallace Davenport, Art Farmer, Cat Anderson et Kenny Dorham, les saxophonistes Illinois Jacquet, Arnett Cobb, Dexter Gordon, Jerome Richardson, Lucky Thomp-son, Jack McVea, Al Sears, Marshall Royal, Bobby Plater, Eddie Chamblee, Andy McGhee, Jay Peters, Earl Bostic, Johnny Griffin et Charlie Fowlkes, les trombones Al Hayse, Britt Woodman, Bootie Wood, Al Grey, Benny Powell, Jimmy Cleveland et Slide Hampton, le contrebassiste Charlie Mingus, le batteur et danseur Curley Hamner, et les vocalistes Dinah Washington et Sonny Parker. Mention particuli�re pour deux fid�les collaborateurs : le guitariste Billy Mackel et surtout le pianiste-arrangeur Milt Buckner, dont le style en accords group�s (block chords) contribua � renforcer l�effet de choc de certaines pi�ces. � partir de 1953, l�orchestre Hampton visite r�guli�rement l�Europe et �galement le Japon, l�Australie, l�Afrique et le Moyen-Orient. Il subira n�anmoins, vers la fin des ann�es 60, la d�saffection du public pour les grandes formations.</p><p>Hampton se produit d�sormais � la t�te d�un ensemble r�duit � une dizaine de musiciens.</p><p>Personnalit� volcanique � l�imagination intarissable, Hampton est surtout un paraphraseur tr�s v�loce, produisant de foisonnantes gerbes de notes en tempo rapide ou en tempo lent,</p><p>des arabesques lyriques et s�duisantes toujours habilement situ�es au niveau rythmique afin de favoriser le ph�no-m�ne du swing, qui est essentiel dans le pouvoir de charme de sa musique.</p><p>Son grand orchestre est un �crin pour mettre en valeur ses solos. Des riffs simples viennent renforcer l�effet de choc et sollicitent la transe des foules par des proc�d�s incantatoires qui annoncent le � rock and roll � des ann�es 50. Ainsi, Hampton est non seulement l�un des plus brillants parmi les solistes de la g�n�ration du middle jazz, mais aussi l�idole d�un public plus large, ce qui lui autorise de longs s�-</p><p>jours dans les music-halls (l�Olympia de Paris notamment) au m�me titre que les vedettes de la chanson. Au piano, dont il se sert comme d�un vibraphone, ou � la batterie, il se montre toujours explosif, bouillonnant de vitalit� ; il cherche sans cesse � ext�rioriser le trop-plein d�un temp�rament qui sollicite essentiellement le caract�re paroxystique de la musique improvis�e.</p><p>F. T.</p><p>Hamsun (Knut)</p><p>Romancier norv�gien, de son vrai nom KNUT PEDERSEN (Garmostraeet, pr�s de Lom, Gudbrandsdal, 1859 - N�rholm, pr�s de Grimstad, 1952).</p><p>Le 22 f�vrier 1946, l�information suivante parut dans la presse norv�-</p><p>gienne : � L�auteur Knut Hamsun est accus� d�avoir contrevenu au para-graphe 86 (premi�re partie) du Code p�nal (haute trahison). L�accusation comprend l�affiliation au national-socialisme allemand et propagande �tendue et pernicieuse dans la presse au profit du national-socialisme et des Allemands et contre les autorit�s l�gales norv�giennes. � la demande du procureur, Hamsun a subi un examen mental � la clinique psychiatrique de [...]. Les experts sont arriv�s aux conclusions suivantes : 1o Nous ne consid�rons pas que Knut Hamsun souffre de maladie mentale et nous pr�sumons qu�il n�en souffrait pas � l��poque o� ont �t� commis les actes sur lesquels porte l�accusation ; 2o Nous le consid�rons comme une personne appartenant � la cat�-</p><p>gorie des � aveugles moraux � (varig</p><p>svekkede sjelsevner). �</p><p>Hamsun a alors quatre-vingt-sept ans. Il est l�un des plus grands �crivains de la litt�rature norv�gienne de cette premi�re moiti� du si�cle et il a �t� jusqu�� la guerre l�objet de la fiert� nationale ; en 1920, il a re�u le prix Nobel. Homme changeant, impatient, � la sensibilit� fr�missante, mais aussi fid�le � ses origines et � sa ligne de conduite, il est l�individualiste par excellence et avant tout le po�te de l��me, de ses mouvements incons�quents et raisonn�s, de sa puissance d�inspiration, des gouffres insondables de ses secrets. Il ne reniera pas le parti pris philosophico-politique de sa vieillesse et le livre qu�il publiera en 1949, P�</p><p>gjengrodde St�er (Sur des sentiers perdus), prouvera que ses facult�s intellectuelles et mentales sont enti�res : il refusera l�excuse d�irresponsabilit�.</p><p>Son oeuvre montre sa pr�dilection pour une totale subjectivit� de l�individu (le culte des qualit�s sublimes chez l�homme), pr�dilection qui d�-</p><p>bouche sur une voie antilib�rale (dans le domaine politique). Sa passion pour la vie l�am�ne � rejeter la bourgeoisie an�mique, et il ridiculise la d�mocratie et son syst�me politique. En fait, le mot masse n�a pas de sens pour lui ; Hamsun est tout � l�individu, il aime la vitalit�, la vie et les forces fondamentales : l��me et la terre. C�est, comme il l��crit, � la logique subjective de mon sang �. On le dit n�o-romantique.</p><p>Mais il cr�e la notion d�un r�alisme de la pens�e. La � subjectivit� � de son oeuvre rend les personnages particuli�rement vivants. Leur dimension d�passe celle de l�homme. Elle exag�re et, en cela, clarifie le m�canisme et la r�alit� de l��me. Andr� Gide dit � propos du livre le plus � subjectif �</p><p>de Hamsun, la Faim : � Notre culture m�diterran�enne a dress� dans notre esprit des garde-fous dont nous avons le plus grand mal � secouer enfin les barri�res ; et c�est l� ce qui permettait � La Bruy�re d��crire, il y a deux si�cles de cela : � Tout est dit. � Tandis que devant la Faim on est presque en droit de penser que, jusqu�� pr�sent, presque rien n�est dit, au contraire, et que l�homme reste � d�couvrir. �</p><p>Hamsun passe son adolescence dans le Nordland, et la nature sauvage de cette r�gion le marque de fa�on d�finitive : les �t�s clairs du Grand Nord, ses montagnes et ses for�ts illumin�es par la lumi�re limpide du jour automnal se retrouvent �troitement li�s � la vie de l�homme dans son roman Pan. �lev� chez des parents �loign�s, berger, Hamsun apprend, cependant, � aimer les livres, et sa vocation d��crivain na�t tr�s t�t. Apr�s avoir essay� divers m�tiers (ma�tre d��cole, cantonnier, portier, etc.), il se retrouve � Christiana (auj. Oslo), o� il s�essaie � la litt�rature et o� il conna�t une p�riode de mis�re et de faim. Il part alors pour l�Am�-</p><p>rique, o� il restera trois ans � travailleur agricole, conducteur de tramway � Chicago et aussi conf�rencier. � la suite de son s�jour, il fait para�tre en 1889 une critique violente, des �tats-Unis : De la vie intellectuelle de l�Am�-</p><p>rique moderne.</p><p>Hamsun a trente ans quand il pu-</p><p>blie l�ouvrage qui le rend c�l�bre : la Faim (1890). Ce roman nous livre le spectacle d�un homme sans cesse sur le point de mourir de faim. Sa base est autobiographique. Dans une lettre du 8 d�cembre 1888, Hamsun �crit :</p><p>� Lorsque j��tais pauvre, un pain de seigle de 20 �re (centimes) en deux jours �tait un ordinaire normal ; mais cet �t� cela ne se passait pas toujours de fa�on normale ; quelquefois c�en �tait bien fait de moi : j�avais mis au clou tout ce que j�avais, je ne mangeais pas pendant quatre jours et quatre nuits de suite, j��tais assis ici et m�chais des downloadModeText.vue.download 82 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5223</p><p>bouts d�allumettes. � La Faim ne comprend aucune attaque sociale. Hamsun y fait l�apologie du g�nie, d�peint l�abondance de l�imagination dans la mis�re, d�crit le myst�re des r�actions nerveuses et �motionnelles. Le po�te affam� du roman est un �tre asocial qui met en gage son seul gilet pour pouvoir donner de l�argent � un mendiant, qu�il insulte.</p><p>La Faim n�est que le pr�lude d�une</p><p>vaste oeuvre, le roman Myst�res (1892), qui r�v�le de nouveaux traits de caract�re chez son auteur. � travers des personnages de fiction � dont Nagel est le plus attachant : l��tranger dans la vie, le � fou � qui a raison, exalt� et asocial �, Hamsun d�voile son anti-pathie � l��gard de ce qui est �tabli et reconnu : le r�cit est sem� de paradoxes pour ou contre la politique norv�gienne et � propos d�auteurs tels que G. de Maupassant*, L. Tolsto�*, H. Ibsen*, V. Hugo*. De toute sa � logique subjective �, Hamsun s��l�ve contre une litt�rature qui manque d�exub�rance, de g�n�rosit�, de chaleur lyrique. Les romans suivants, le R�dacteur Lynge et Terre nouvelle (1893), qui sont en partie une attaque contre les nouveaux talents d�munis de cette g�n�reuse inspiration, sont �crits dans un style plus r�aliste.</p><p>Le lyrisme de Knut Hamsun se</p><p>d�ploie dans les romans Pan (1894) et Victoria (1898), v�ritables po�mes en prose. Dans Pan, les paysages du Nordland sont v�cus intens�ment ; la vertu de l�homme para�t, avant tout, �tre l�extase devant la nature et l�amour partag�. L��me suit le rythme et le cycle des saisons : � Le ciel �tait partout pur et ouvert ; je fixais cette mer limpide, couch�, c��tait comme si j��tais en face du fond de l�univers, comme si mon coeur battait vivement contre cet unique fond et y �tait � son port d�attache. � Roman d�amour, Pan est, cependant, plus encore un roman sur la fusion intime de l��me et la nature. Victoria est le � roman de l�amour � � amour rendu impossible par les mouvements imp�rieux et incontr�lables du coeur �, un panorama de ses phases innombrables, car l�amour est une force naturelle que l�esprit ne peut dompter, que l��me subit et que le caract�re complique :</p><p>� Oui, qu�est-ce que l�amour ? Un vent qui souffle parmi les roses ? Non, une phosphorescence jaune dans le sang.</p><p>L�amour est une musique infernale qui fait m�me danser les coeurs des vieillards. Il est comme la marguerite qui s�ouvre grandement � la venue de la nuit et il est comme l�an�mone qui se ferme devant un souffle et qui meurt au toucher. Ainsi est l�amour [...]. �</p><p>Il y a aussi, chez Hamsun, le personnage du � vagabond �, de l�homme in-d�pendant, solitaire et errant. Presque tous ses h�ros appartiennent � cette race en marge de la soci�t� et fils de la nature : dans la Faim le poste d�racin�, dans Pan le chasseur nomade, dans Myst�res Nagel, l�homme d�ailleurs et l� � id�e fixe de Dieu �, dans Moine Vendt (1902) l�aventurier, h�ros sans doute � l�image du jeune Hamsun, en r�volte contre un monde �go�ste et pratique. L�oeuvre de l��crivain vieillissant est empreinte d�une vague tristesse.</p><p>Et la Derni�re Joie (1912) marque le passage � un style plus moraliste, plus accusateur. Hamsun s�en prend � la so-ci�t� moderne et � sa demi-culture, � la g�n�ration des parvenus et � la chasse au profit (Enfant de son �poque, 1913 ; la Ville de Segelfoss, 1915). Il loue la vie paysanne et primitive (les Fruits de la terre, 1917). Labourer, produire, vivre en accord avec son milieu naturel, tel est le message de cette �pop�e du d�fricheur Isak. Hamsun ach�tera lui-m�me dans le sud de la Norv�ge un vieux manoir dans lequel il vivra en</p><p>� patriarche � entour� des siens. Mais sa verve litt�raire n�en faiblira pas pour autant. Il �crit parmi d�autres oeuvres une trilogie pleine d�humour (Vagabonds, 1927 ; August, 1930 ; Mais la vie continue, 1933), dont le personnage principal est August, l�aventurier � l��me l�g�re, le faiseur de contes dont l�esprit est hant� par le progr�s moderne. Ce personnage comprend ce que Hamsun d�sapprouve ; il n�en est pas moins l�un des caract�res les plus attachants de cette veine romanesque.</p><p>� travers l�oeuvre de Hamsun vibre une note presque pa�enne. La joie et la volont� de vivre y sont intenses, tandis qu�� chaque instant transpara�t l�angoisse de la mort. Le sentiment de l�ab�me final rend chaque fraction de vie pr�cieuse et cr�e un amour insatiable de toute chose. C�est pourquoi l�esprit de Hamsun s�aventure dans des r�ves sauvages, loin de l�ordinaire et du commun.</p><p>S. C.</p><p>J. Wiehr, Knut Hamsun. His Personality and Outlook upon Life (Northampton, Mass., 1922).</p><p>/ W. A. Berendsohn, Knut Hamsun. Das unb�ndige Ich und die menschliche Gemeinschaft (Munich, 1929). / T. Hamsun, Knut Hamsun.</p><p>Mein Vater (Leipzig, 1940) ; Knut Hamsun (Oslo, 1952). / S. S. Nilson, En �rn i Uvaer (Oslo, 1960).</p><p>Han (�poque)</p><p>Une des plus brillantes p�riodes dynastiques chinoises (206 av. J.-C. - 220</p><p>apr. J.-C.), pendant laquelle se continua l�oeuvre d�unification et d�extension de l�empire entreprise par Qin Shi Huangdi (Ts�in Che Houang-ti) d�s 221 av. J.-C. (V. Chine.)</p><p>L��poque Han est traditionnellement divis�e en Han ant�rieurs et en Han post�rieurs en raison des capitales successives de Chang�an (Tch�ang-ngan), downloadModeText.vue.download 83 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5224</p><p>au Sh&#x103;nxi (Chen-si), et de Luoyang (Lo-yang), au Henan (Ho-nan).</p><p>L�art de la dynastie Han, � ses d�buts, continue sans rupture celui du IIIe s. av.</p><p>J.-C., mais, � partir du r�gne de Han Wudi (Han Wou-ti) [140-87], un tournant d�cisif est marqu�, tant du point de vue historique que du point de vue artistique. La Chine conna�t alors un rayonnement intense, et son influence s��tend bien au-del� de ses fronti�res.</p><p>Des objets de provenances diverses ont �t� trouv�s dans les tombes de la commanderie de Lolang, en Cor�e*, une des pr�fectures les plus �loign�es de la capitale. � la Cour, comme dans les provinces, sont cr��s des ateliers d��tat, sp�cialis�s dans le travail du m�tal, du laque*, du jade, de la soie, etc. La production artisanale augmente consid�rablement pour r�pondre � la demande constante d�une client�le plus vaste et �clectique.</p><p>Actuellement, ce qui nous est parvenu sur cette p�riode reste essentiellement li� aux rites fun�raires. En effet, la s�pulture du d�funt devait reproduire, de fa�on plus ou moins exacte, son habitation terrestre. Deux tombes fouill�es en 1968 dans la r�gion de Baoding (Pao-ting), au Hebei (Ho-</p><p>pei), ont mis au jour un mobilier d�une richesse exceptionnelle. Des bronzes dor�s ou incrust�s d�or et d�argent, des soieries tr�s fines et surtout des � habits mortuaires �, faits de petites pi�ces de jade trou�es et li�es entre elles par des fils d�or, r�v�lent le luxe que pouvait atteindre la tombe d�un personnage de haut rang.</p><p>Dans les s�pultures plus modestes, des maquettes en bois ou en terre cuite, appel�es mingqi (ming-k�i), �voquaient l�entourage du d�funt, ses serviteurs, ses animaux et les ustensiles dont il se servit. Ces objets �taient souvent rehauss�s de peintures ou rev�tus d�une gla�ure plombif�re, color�e en vert au moyen d�oxyde de cuivre, qui rappelait la patine des bronzes et constituait parfois un substitut � meilleur prix. Les maisons � �tages, les fermes, les puits, les greniers � grains, les fourneaux munis de marmites nous donnent des indications pr�cises sur la vie mat�rielle des diff�rentes r�gions de l�empire, tandis que les acrobates, les danseuses ou les dames aux longues robes �vas�es rappellent les modes et les coutumes de la Chine des Han.</p><p>La vaisselle d�usage s�inspire encore des formes des anciens bronzes (hu [hou], ding [ting]...) et de leurs d�cors, mais le r�pertoire s�appauvrit.</p><p>La terre cuite grise et les gla�ures sont fr�quemment employ�es dans le nord, alors qu�au sud du Yangzi (Yang-tseu) les bouteilles hu et les jarres sans col sont trait�es de pr�f�rence en gr�s.</p><p>Cette technique fait alors d�immenses progr�s. De tr�s belles pi�ces, rougies au feu vers la base, portent � la partie sup�rieure une couverte feldspathique brun olive, sous laquelle transpara�t un d�cor incis� d�oiseaux stylis�s. Les d�couvertes r�centes permettent de penser que ces c�ramiques faisaient l�objet d�un commerce national et que certaines �taient fabriqu�es dans les fours du Zhejiang (Tch�-kiang), sur le territoire de l�ancien royaume de Yue.</p><p>Aussi, au terme de proto-porcelaines employ� au d�but du si�cle, pr�f�re-t-on d�sormais, pour ces pi�ces han, celui de proto-Yue ou de proto-c�ladons (l�expression c�ladon de Yue est r�serv�e aux productions post�rieures au IIIe s.).</p><p>En c�ramique, mais aussi en bronze, quelques nouvelles formes se distinguent : le lian (lien), bo�te � fard cylindrique soutenue par trois petits ours accroupis ; la lampe et le br�le-parfum boshan (po-chan), dont le nom et le couvercle conique ajour� �voquent l��le o� r�sidaient les Immortels tao�stes.</p><p>L�influence des croyances tao�stes se manifeste aussi sur les miroirs de bronze, o� des souhaits de long�vit� se m�lent au d�cor d�arabesques et de volutes. Aux environs de notre �re, les animaux, symboles des quatre orients, encadrent la zone centrale et alternent avec des motifs g�om�triques dessi-nant les lettres T, L, V et dont la signification reste controvers�e. Les agrafes et les plaques de ceinture, en bronze �galement, se multiplient et s�ornent de repr�sentations zoomorphes. Les th�mes, comme le combat de fauves, sont emprunt�s � l�art des steppes*.</p><p>Les statues d�animaux en ronde</p><p>bosse, plac�es � l�entr�e du champ fun�raire, frappent par leur majest�.</p><p>Au tombeau du g�n�ral He Qubing</p><p>(Ho K�iu-ping), mort en 117 av. J.-</p><p>C., s��laborent les premiers exemples d�une sculpture monumentale, o� les volumes, trait�s par plans, savent tirer parti de l�aspect massif du granit.</p><p>Devant le tumulus s��l�vent, au</p><p>Shandong (Chan-tong) et au Henan (Ho-nan), des chambrettes destin�es aux offrandes. Les reliefs grav�s sur leurs murs restituent pour nous la d�coration murale des palais. Au Wu-liangzi (Wou-leang-tseu), entre 147 et 167, des sc�nes historiques et l�gendaires, associ�es � des �vocations de la vie quotidienne (chasses, cort�ges de chars, banquets...), se d�tachent, en silhouettes, sur le fond stri� de la pierre.</p><p>Le r�le primordial de la ligne est plus �vident encore dans le travail du pinceau, sur les peintures des tombes (� Luoyang [Lo-yang], fin du Ier s. av. J.-</p><p>C., � Wangdu [Wang-tou], 192 apr. J.-</p><p>C.) et sur une banni�re de soie peinte, exemple unique d�couvert en 1972</p><p>dans une s�pulture (v. 193 av. J.-C.) de Changsha (Tch�ang-cha) au Hunan (Hou-nan). Le trait plus ou moins appuy� traduit le mouvement des corps ou l�expression des visages ; des cou-</p><p>leurs l�g�res sont pos�es � l�int�rieur des contours (tombes de Luoyang, fin du Ier s. av. J.-C.). Solution encore timide au probl�me de la perspective, les sc�nes sont superpos�es, plus rarement dispos�es en diagonales. Les briques estamp�es du Sichuan (Sseu-tch�ouan)</p><p>[Ier-IIe s.] montrent, en revanche, un sens de l�espace : dans la Chasse au bord d�un �tang ou les Mines de sel dans un site montagneux, le paysage s�int�gre aux compositions et commence � �tre dessin� pour lui-m�me.</p><p>F. D.</p><p>F Chine.</p><p>hanche</p><p>Partie du corps qui unit le membre in-f�rieur au bassin*.</p><p>L�armature squelettique de la</p><p>hanche est constitu�e par l�extr�mit� sup�rieure du f�mur, qui s�unit � l�os iliaque pour former l�articulation coxo-f�morale.</p><p>Anatomie</p><p>y L�extr�mit� sup�rieure du f�mur comprend la t�te, le col et les trochanters. La t�te f�morale repr�sente les deux tiers d�une sph�re de 20 � 25 mm de rayon, regardant en haut et en avant, recouverte de cartilage, sauf pr�s de son centre, o� s�ins�re le ligament rond. Le grand trochanter est une saillie quadrilat�re situ�e dans le prolongement du corps du f�mur : sa face externe donne insertion au muscle moyen fessier ; sa face interne est unie dans presque toute son �tendue au col f�moral, sauf en dehors et en arri�re, o� elle re�oit les tendons des muscles obturateurs et jumeaux ; sur ses bords s�ins�rent les muscles pyramidal et petit fessier. Le petit trochanter est une apophyse conique situ�e � l�union du col et de la face interne du corps du f�mur : il donne attache au muscle psoas-iliaque. Les deux trochanters sont r�unis sur les faces ant�rieure et post�rieure du f�mur par deux cr�tes rugueuses, les lignes intertrochant�riennes. Le col du f�mur s��tend de la t�te f�morale aux trochanters et aux lignes intertro-</p><p>chant�riennes : obliquement dirig� en bas et en dehors, son axe forme avec celui de la diaphyse f�morale un angle d�environ 130�.</p><p>y La cavit� cotylo�de de l�os iliaque est � peu pr�s h�misph�rique et comprend une partie articulaire en forme de croissant, dont les deux extr�mi-t�s, ou cornes, limitent en avant et en arri�re l��chancrure ischio-pubienne, et une partie non articulaire, en retrait, l�arri�re-fond. Le bourrelet gl�no�-</p><p>dien est un fibrocartilage enroul� sur le pourtour de la cavit� cotylo�de : c�est un prisme triangulaire incurv� en forme d�anneau qui augmente la profondeur de la cavit� cotylo�de et �galise son rebord irr�gulier. Les surfaces articulaires coxo-f�morales sont maintenues en contact par une capsule articulaire renforc�e par de forts ligaments ; de plus, le ligament rond s��tend � travers la cavit� articulaire de la t�te f�morale � l��chancrure ischio-pubienne.</p><p>y La r�gion inguino-crurale com-</p><p>prend toutes les parties molles de la hanche situ�es en avant du squelette et de l�articulation coxo-f�morale.</p><p>Elle est limit�e par des muscles apparents chez le sujet maigre : en dehors, le tenseur du fascia lata ; en dedans, le moyen adducteur et le droit interne ; au milieu, le muscle couturier, qui limite en bas et en dehors le triangle de Scarpa. Dans ce triangle, le plan sus-apon�vrotique est parcouru par les vaisseaux et les nerfs superficiels, en particulier la veine saph�ne interne, qui, apr�s avoir re�u de nombreuses collat�rales, traverse l�apon�vrose pour se jeter dans la veine f�morale ; autour de cette crosse de la saph�ne sont group�s plusieurs amas ganglionnaires qui drainent les territoires lymphatiques du membre inf�rieur, de la r�gion inguinale et du p�rin�e. Sous l�apon�vrose, devant les muscles moyen adducteur, psoas-iliaque et pectin� cheminent les vaisseaux f�-</p><p>moraux et le nerf crural, qui s��panouit en ses branches terminales ; la gaine des vaisseaux f�moraux, ou canal crural, s�ouvre en haut dans la fosse iliaque par un large orifice, l�anneau crural.</p><p>y La r�gion obturatrice ou ischio-pu-</p><p>bienne est situ�e � la partie sup�rieure de la face interne de la cuisse : elle downloadModeText.vue.download 84 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5225</p><p>r�pond profond�ment au trou ischio-pubien. Occup�e principalement par les muscles adducteurs de la cuisse, elle est travers�e par le nerf obturateur accompagn� de l�art�re et de la veine obturatrices.</p><p>y La r�gion fessi�re occupe la partie post�rieure de la hanche. Elle a comme limites en haut la saillie allong�e de la cr�te iliaque, en bas et en dehors le grand trochanter, et dans sa partie inf�rieure le pli fessier. Le volumineux muscle grand fessier en forme le plan musculaire superficiel ; plus profond�ment se trouvent le moyen fessier et les muscles pelvi-trochant�riens. La r�gion fessi�re est travers�e par plusieurs p�dicules vasculo-nerveux.</p><p>Pathologie traumatique</p><p>Fractures du col du f�mur</p><p>La fracture du col du f�mur est l�une des plus fr�quentes des fractures des membres et la plus grave, car la seule qui pose fr�quemment le probl�me du pronostic vital chez les gens �g�s. Le plus souvent, elle est due � un choc violent sur le trochanter, plus rarement � une chute sur les pieds ou les genoux, mais la fragilit� du col est telle chez le vieillard que la fracture peut succ�der � un traumatisme minime, voire un simple faux pas au cours de la marche. Le diagnostic est facilement fait par l�examen clinique : impotence fonctionnelle, rotation externe et rac-courcissement du membre. Mais c�est l�examen radiologique qui en pr�cise le type exact : fracture cervicale vraie, o� le trait divise le col � sa partie moyenne ou au ras de la t�te (fracture sous-capitale) ; fracture cervico-trochant�-</p><p>rienne, dont le trait si�ge � l�union du col et du massif trochant�rien.</p><p>Le pronostic des fractures du col est conditionn� par deux facteurs dis-</p><p>tincts : le terrain et la vari�t� de la fracture. Chez les sujets �g�s, la fracture du col du f�mur menace la vie non pas tant du fait du choc traumatique que de l�immobilisation au lit ; celle-ci entra�ne chez le vieillard un ralentissement de la vie organique, pr�cipite la s�nilit�, et la mort survient par accident pulmonaire, infection urinaire, embolies ou escarres. Chez le sujet jeune, au contraire, les fractures cervico-trochant�riennes consolident toujours. Par contre, les fractures cervicales vraies (� l�exception des rares fractures en coxa valga) �voluent fatalement, en l�absence de traitement, vers la pseudarthrose, qui peut m�me survenir sur une fracture correctement trait�e.</p><p>Le traitement des fractures du col du f�mur est toujours chirurgical : dans les fractures cervico-trochant�riennes, la contention, apr�s une r�duction en g�n�ral facile, sera assur�e par un clou ou une vis introduits dans le col f�moral et rendus solidaires d�une plaque m�tallique fix�e sur la diaphyse ; la mobilisation sera imm�diate, active et passive, et le lever sans appui tr�s rapidement r�alisable. Les indications th�rapeutiques des fractures cervicales vraies ne sont pas les m�mes selon le terrain. Chez le sujet jeune, il faut essayer d�obtenir une reconstitution anatomique, donc de proc�der � une r�duction parfaite (toujours difficile et demandant souvent une op�ration qui permettra de r�duire sous contr�le de la vue). La surveillance postop�ratoire doit �tre rigoureuse, clinique et radiologique, pour d�celer � temps un d�placement secondaire ou un d�but de n�crose de la t�te. Une greffe osseuse peut parfois permettre la consolidation d�une pseudarthrose d�butante ; bien souvent, il ne reste comme ressource que l�arthroplastie de la hanche, op�-</p><p>ration qui consiste � remplacer la t�te n�cros�e par une proth�se m�tallique.</p><p>Chez le vieillard, l�imp�rieuse n�cessit� de la mobilisation pr�coce fait qu�� l�heure actuelle le traitement de choix des fractures cervicales vraies est l�arthroplastie par proth�se c�phalique (remplacement de la t�te du f�mur), qui doit �tre pr�coce, presque d�urgence.</p><p>Permettant la mobilisation imm�diate et l�appui au bout de quelques jours,</p><p>cette intervention a transform� le pronostic de ces fractures si fr�quentes du sujet �g�.</p><p>Les fractures sous-</p><p>trochant�riennes</p><p>Elles si�gent � la partie sup�rieure de la diaphyse f�morale, en dessous du grand trochanter. Il s�agit le plus souvent de fractures � plusieurs fragments, dues � des chocs violents. M�me en l�absence de traitement, leur �volution se ferait vers la consolidation, �tant donn� la riche vascularisation de la r�gion, mais au prix de cals vicieux toujours graves.</p><p>Le traitement chirurgical (r�duction et ost�osynth�se) a pour objet d��viter ces cals vicieux, tout en permettant une mobilisation rapide.</p><p>Luxations traumatiques</p><p>de la hanche</p><p>Elles sont peu fr�quentes, succ�dant � un traumatisme particuli�rement violent : chute d�une grande hauteur, choc violent sur le genou, la cuisse �tant fl�chie � 90� (passager avant dans un accident d�automobile). Elles s�observent presque exclusivement chez l�adulte jeune, au col f�moral tr�s r�sistant. La r�duction d�urgence s�impose, mais elle est souvent difficile ; le pronostic est toujours � r�server, surtout s�il existe des l�sions associ�es, telle une fracture du sourcil cotylo�dien.</p><p>Luxation cong�nitale</p><p>de la hanche</p><p>V. luxation.</p><p>P. D.</p><p>Pathologie m�dicale</p><p>La coxarthrose</p><p>C�est le r�sultat de la localisation � la hanche du rhumatisme d�g�n�ratif appel� arthrose (v. articulation). La coxarthrose, affection fr�quente en France, est tant�t primitive, c�est-�-dire sans cause d�celable, tant�t (dans plus de la moiti� des cas) secondaire � divers processus pathologiques touchant la hanche. Parmi ceux-ci viennent en t�te les malformations cong�nitales : subluxation et dysplasie de la hanche</p><p>(formes mineures de la luxation* de la hanche), et protrusion ac�tabulaire (t�te f�morale embo�t�e dans un cotyle trop profond). Les autres causes interviennent plus rarement : malformations acquises de la hanche, traumatismes (fracture du cotyle, fracture du col f�moral ou luxation de la t�te f�morale suivies de n�crose), inflammation ou infection ancienne de l�articulation.</p><p>La coxarthrose appara�t en moyenne vers soixante ans et touche plus souvent la femme. Elle est favoris�e par l�ob�-</p><p>sit� et peut �tre associ�e � d�autres localisations de l�arthrose (polyarthrose).</p><p>La douleur, signe r�v�lateur de la maladie, appara�t � la marche, � la station debout ; elle est calm�e par le repos. Son si�ge est la racine de la cuisse, parfois le genou. Elle s�accompagne d�une diminution de la mobilit� de l�articulation, responsable, � plus ou moins long terme, d�une boiterie et d�une limitation de la dur�e de la marche. Seule la radiographie permet de porter avec certitude le diagnostic en relevant les signes les plus pr�coces de l�arthrose : le pincement de l�inter-ligne articulaire et les n�o-formations d�os spongieux appel�s ost�ophytes.</p><p>L��volution de la coxarthrose est habituellement lente. L�aggravation se manifeste par une accentuation des douleurs, puis par l�apparition d�une attitude anormale et irr�ductible de la cuisse et, dans la moiti� des cas environ, par l�atteinte de la seconde hanche.</p><p>Le traitement de la coxarthrose fait appel aux ressources du traitement m�-</p><p>dical, la chirurgie, palliative, s�adres-sant aux formes mal tol�r�es malgr� ce traitement. Il est cependant des formes qui doivent b�n�ficier de la chirurgie correctrice pr�coce : ce sont les coxarthroses secondaires � une dysplasie ou � une subluxation cong�nitale ; downloadModeText.vue.download 85 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5226</p><p>l�intervention (but�e, ost�otomie) corrige le vice architectural responsable et permet ainsi de freiner ou d�arr�ter</p><p>l��volution de l�affection. En dehors de cette circonstance, le traitement est essentiellement m�dical, fond� sur l�hygi�ne de la marche, l�utilisation d�aspirine et d�indom�thacine, la r��-</p><p>ducation par la kin�sith�rapie. En cas d��chec, une intervention chirurgicale tardive � vis�e palliative peut �tre propos�e. Le choix s�op�re entre l�ost�otomie et la mise en place d�une proth�se double cotylo�dienne et f�morale. Le blocage de l�articulation (arthrod�se) est r�serv� � la coxarthrose unilat�rale du sujet jeune.</p><p>La coxite</p><p>C�est le r�sultat de la localisation � l�articulation de la hanche d�un rhumatisme inflammatoire ou infectieux. Elle se r�v�le par des douleurs de la hanche continues ou � recrudescence nocturne, s�accompagnant d�un d�rouillage matinal assez long et �voluant souvent par pouss�e.</p><p>Les coxites infectieuses sont secondaires � une infection soit par un germe banal, soit par le bacille tuberculeux.</p><p>y Dans le premier cas, le germe responsable est souvent un staphylocoque ou un streptocoque provenant d�un foyer infectieux � distance. La douleur et la limitation de la mobilit� de la hanche s�accompagnent de fi�vre. Malgr� le traitement par immobilisation et antibioth�rapie prolong�e, la gu�rison n�est souvent obtenue qu�au prix de s�rieuses s�quelles.</p><p>y La coxite tuberculeuse, appel�e coxalgie, est devenue rare depuis la pratique de la vaccination par le B. C. G. Elle doit �tre suspect�e devant toute hanche douloureuse inex-pliqu�e. Les l�sions radiologiques sont tardives et communes � toutes les coxites. La mise en �vidence du bacille de Koch et des l�gions histologiques tuberculeuses est une �tape capitale qui n�cessite la ponction de l�articulation et la biopsie chirurgicale de la synoviale. Gr�ce � un traitement pr�coce, on peut esp�rer une gu�rison compl�te ou des s�quelles minimes.</p><p>y Les coxites inflammatoires, appel�es coxites rhumatismales, sont le r�sultat de la localisation � la hanche</p><p>d�un rhumatisme inflammatoire chronique. Elles en aggravent consid�rablement le pronostic. Les affections responsables sont essentiellement la polyarthrite rhumato�de et la spondy-larthrite ankylosante (v. rhumatisme).</p><p>L�ost�on�crose aseptique</p><p>de la t�te f�morale</p><p>Autrefois appel�e ost�ochondrite diss�quante de la hanche, cette affection est caract�ris�e anatomiquement par l�apparition d�une n�crose osseuse d�une partie ou de la totalit� de la t�te f�morale, probablement secondaire � une obstruction art�rielle non formellement d�montr�e. Diverses circonstances paraissent favoriser la survenue de cette maladie : traumatismes souvent mod�r�s, utilisation prolong�e de d�riv�s cortisoniques, intoxication alcoolique, affections m�taboliques (goutte, dyslip�mies).</p><p>L�homme, entre trente et soixante ans, est plus souvent touch� que la femme.</p><p>Le diagnostic, suspect� devant la brutalit� d�apparition de la douleur et une mobilit� souvent conserv�e, ne peut �tre affirm� que par les radiographies.</p><p>L��volution est difficile � pr�voir : une stabilisation des l�sions s�observe souvent, justifiant l�abstention chirurgicale au d�but au profit du traitement m�dical, avec suppression de l�appui pendant une dur�e d�environ un an.</p><p>Les dystrophies acquises</p><p>de la hanche</p><p>y L�ost�ochondrite de la hanche, ou maladie de Legg-Perthes-Calv�, parfois encore appel�e coxa plana ou os-t�ochondrose de la hanche, s�observe entre cinq et dix ans, surtout chez le gar�on. Les douleurs de la hanche, progressives et chroniques, s�accompagnent d�anomalies radiologiques avec une densification, puis une fragmentation du noyau d�ossification de la t�te f�morale. Cette affection rare, parfois bilat�rale, r�sulte pour certains d�un d�faut de vascularisation.</p><p>La r�paration des l�sions se fait en un � trois ans apr�s une immobilisation soit au lit, soit par un appareil de d�charge.</p><p>y L��piphysiolyse de la t�te du f�mur est une affection de l�adolescence, parfois appel�e coxa vara de l�adolescent. Elle s�observe surtout chez le gar�on de douze � quinze ans et touche les deux hanches dans un quart des cas. Une alt�ration du cartilage de conjugaison, de cause obscure, est responsable d�un glissement vers le bas et l�arri�re du noyau d�ossification de la t�te f�morale. Abandonn�e � elle-m�me, la maladie laisse des anomalies morphologiques de la hanche (coxa retrorsa), favorisant l�apparition ult�rieure d�une coxarthrose.</p><p>Autres affections de la hanche</p><p>Parmi les plus fr�quentes figure la maladie de Paget* : la coxopathie pa-g�tique, parfois bilat�rale, est souvent peu douloureuse et bien tol�r�e pendant des ann�es ; elle n�cessite exceptionnellement le recours � la chirurgie.</p><p>L�atteinte de la hanche peut �tre secondaire � une affection neurologique (tab�s, syndrome algodystrophique) ou m�tabolique (chondrocalcinose articulaire), ou encore � une maladie de la synoviale (ost�ochondromatose).</p><p>Parmi les affections tumorales</p><p>proches de l�articulation de la hanche et qui simulent l�atteinte de l�articulation viennent en t�te les localisation f�morales et iliaques des cancers visc�raux. La tumeur b�nigne la plus fr�-</p><p>quente est l�ost�ome ost�o�de du col f�moral (v. os).</p><p>Des l�sions des tendons musculaires (muscles fessiers) ou des bourses s�-</p><p>reuses s�parant les plans musculaires peuvent �tre responsables de tendi-nites et de bursites trochant�riennes douloureuses. La gu�rison est obtenue par des infiltrations locales de d�riv�s cortisoniques.</p><p>M. B.</p><p>H. Serre, L. Simon et coll., Pathologie m�dicale de la hanche chez l�adulte (Masson, 1968) handball</p><p>Sport d��quipe se jouant � la main avec un ballon rond.</p><p>D�origine germanique, le handball (� balle � la main �) est un sport r�cent, son v�ritable essor ne datant que de 1958.</p><p>Les r�gles</p><p>y Le mat�riel. Le ballon doit mesurer de 58 � 60 cm de circonf�rence et peser de 425 � 475 g.</p><p>y Les joueurs. Chaque �quipe comprend en jeu sept joueurs : un gardien de but et six joueurs du champ. Douze joueurs (deux gardiens de but et dix joueurs du champ) peuvent �tre utilis�s au cours d�une partie (deux mi-temps de trente minutes s�pa-r�es par dix minutes de repos) qui est dirig�e par deux arbitres. Les changements interviennent sans arr�t de jeu par le centre du terrain.</p><p>y Le jeu. Tout joueur a le droit de lancer, de frapper, de pousser, d�arr�ter ou de saisir le ballon de n�importe quelle mani�re, sauf avec les pieds (except� le gardien de but). Chaque joueur ne peut effectuer plus de trois pas balle en main. En revanche, le dribbling est autoris�. L�enjeu consiste � envoyer le ballon dans le but de l�adversaire.</p><p>L��quipe victorieuse est celle qui a marqu� le plus grand nombre de buts. Le but est refus� si l�attaquant a pris appui dans la surface de but.</p><p>y Les fautes. Les deux arbitres sanctionnent par :</p><p>1o un jet franc toute irr�gularit� ; 2o un jet de coin (corner) l��quipe qui d�-</p><p>fend lorsqu�elle a d�tourn� le ballon der-downloadModeText.vue.download 86 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5227</p><p>ri�re sa ligne de but. Cette r�gle n�est pas applicable au gardien ;</p><p>3o un jet de 7 m (penalty) pour toute faute grave commise par un d�fenseur entre la ligne des 6 m et celle des 9 m ou lorsque le d�fenseur a un pied pos� dans sa propre surface de but (ligne des 6 m) ; 4o une exclusion (2 minutes, 5 minutes, d�finitive) � tout joueur s��tant rendu coupable d�un geste antisportif. Un joueur exclu provisoirement ou d�finitivement ne peut �tre remplac� pendant la dur�e de son expulsion.</p><p>L�historique</p><p>Ce sport, n� vers 1915, est le produit de plusieurs jeux r�gionaux (comme le korfbal n�erlandais, le ballon militaire fran�ais, le h�zen� tch�que et la balle au but allemande) ; il a longtemps cherch� sa voie entre deux formes de jeu (le handball � onze, sport de plein air, et le handball � sept, sport de salle).</p><p>La premi�re est due aux Allemands, et la seconde aux Scandinaves, qui, pour des raisons climatiques, firent une adaptation de la premi�re quelques ann�es plus tard dans leurs salles.</p><p>Sur le plan international, dix ans s�parent le premier match international de handball � onze, jou� en 1925 � Halle (Autriche bat Allemagne : 6-3), de la premi�re confrontation � sept, disput�e en 1935 � Copenhague (Su�de bat Danemark : 18-12).</p><p>Ni les jeux Olympiques de 1936,</p><p>qui r�unirent � Berlin trois pays (Allemagne, Autriche, Suisse) en handball � onze, ni les premiers championnats du monde de handball � sept en 1938, toujours � Berlin, avec quatre participants (Allemagne, Autriche, Su�de, Danemark), ne firent r�ellement � bouger � un sport qui, � l��poque, n��tait gu�re connu en France qu�en Alsace et en Franche-Comt�. En fait, il fallut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir ce sport partir � la conqu�te de l�Europe puis � celle du monde.</p><p>Des deux formes de jeu pratiqu�es jusqu�ici, il n�en reste plus actuellement qu�une seule : le handball � sept ;</p><p>son fr�re a�n�, le handball � onze, s��tant pratiquement �teint � la fin des ann�es 1950.</p><p>Plus de cinquante</p><p>pays affili�s</p><p>Aujourd�hui, plus de cinquante pays, repr�sentant quelque trois millions de joueurs, sont affili�s � l�International Handball Federation (I. H. F.). L�Europe, � elle seule, en compte pr�s de la moiti� (24). Des cinq continents, seule l�Oc�anie n�a pas encore �t� touch�e par ce nouveau sport, qui gagne, en revanche, du terrain en Afrique, o� l�on d�nombre quatorze nations affili�es.</p><p>L�Am�rique se familiarise �galement avec le handball.</p><p>Mais parmi les pays nouvellement conquis, si l�on excepte le Japon (dixi�me puissance mondiale en 1970</p><p>� Paris), parvenu � un excellent degr� de technicit�, aucune autre nation ne peut actuellement pr�tendre rivaliser avec les pays europ�ens.</p><p>L�empreinte des</p><p>pays socialistes</p><p>Comme beaucoup d�autres sports, le handball a suivi, sous l�impulsion des pays de l�Est europ�en, une progression soutenue tant dans le domaine technique et tactique que dans celui de la pr�paration physique. Les facilit�s d�entra�nement dont b�n�ficient les joueurs des pays socialistes (le handball est partout un sport amateur) ont contribu� grandement � son �panouissement, notamment en Roumanie (trois titres mondiaux), en Allemagne de l�Est (vice-champion du monde 1970) et en Yougoslavie. L�Allemagne de l�Ouest, la Su�de et le Danemark, qui sont pourtant les pionniers de ce sport, peinent pour s�opposer � cette forte coalition, qui obtient les m�mes succ�s chez les femmes.</p><p>La cr�ation en 1956-57, par le journal l��quipe, de la Coupe des clubs champions europ�ens de handball � sept a contribu� dans une large mesure � la popularit� de ce jeune sport, qui a obtenu, en 1972, sa cons�cration � l�occasion des jeux Olympiques de Munich (remport�s par la Yougoslavie).</p><p>En France</p><p>En France, le handball n�a cess� de gagner du terrain ces derni�res ann�es.</p><p>Fond�e en 1941, la F�d�ration fran-</p><p>�aise de handball (F. F. H. B.) comptait en 1956 moins de 10 000 joueurs. Aujourd�hui, elle est � la t�te de 80 000 licenci�s. Au total, le handball fran�ais repr�sente une masse de 200 000 pratiquants. Son attraction sur les jeunes lui a d�ailleurs valu de devenir rapidement le deuxi�me sport scolaire, juste derri�re le football.</p><p>Depuis son apparition sur la sc�ne internationale, en 1946 pour le handball � onze (France bat Luxembourg : 10-6) et en 1952 pour le handball � sept (Suisse bat France : 14-6), la France n�est jamais arriv�e vraiment � s�int�-</p><p>grer dans le peloton de t�te des grandes nations. En fait, on peut situer sa valeur entre le quinzi�me et le vingti�me rang dans la hi�rarchie mondiale.</p><p>G. G.</p><p>R. Ricard et J. Pinturault, le Handball � 7</p><p>(Bornemann, 1963 ; nouv. �d., 1967).</p><p>H�ndel (Georg</p><p>Friedrich)</p><p>Compositeur allemand naturalis�</p><p>anglais (Halle 1685 - Londres 1759).</p><p>Son nom s�orthographie aussi HAENDEL, HENDEL ou HANDEL.</p><p>Sa vie et sa carri�re</p><p>Une volont� de r�ussir marque sa famille d�origine sil�sienne. Le grand-p�re est ma�tre chaudronnier ; le p�re, d�abord barbier-chirurgien, est ensuite promu chambellan du duc de Saxe, puis du prince �lecteur de Brandebourg. � soixante et un ans, devenu veuf, il �pouse en 1683 la fille d�un pasteur qui a tout juste d�pass� la trentaine. On lui conna�t des relations avec des organistes et des chefs d�orchestre, dont David Pohle. Pourtant, il est indu-bitable qu�il freine les vell�it�s musicales pr�coces de son fils. Pour l�heure, l�opinion publique n�a pas d�admiration pour les artistes. Par ailleurs, peut-</p><p>�tre dans un souci de voir son enfant</p><p>gravir les �chelons de la dignit�, souhaite-t-il qu�il embrasse une carri�re dans la magistrature.</p><p>Lors d�un voyage avec son p�re,</p><p>Georg Friedrich, �g� de sept ans, se produit � l�orgue. Les auditeurs pr�-</p><p>sents � la cour de Weissenfels ce jour-l�, en l�occurrence le duc de Saxe, le Konzertmeister Johann Beer et le Kapellmeister Johann Philipp Krieger, affirment qu�il faut donner une �ducation musicale s�rieuse � ce gar�on.</p><p>Face au jugement de si hauts dignitaires, l�ancien chirurgien-barbier se voit contraint d�ob�ir. Il inscrit son enfant au gymnase luth�rien de Halle, qui donne un enseignement � la fois g�n�ral et musical. L�, le futur auteur de Water Music rencontre le fils du Kapellmeister de Weissenfels, Johann Gotthilf Krieger, ainsi que Gottfried Kirchhoff, qui suivent, comme lui, l�enseignement dispens�, entre autres, par les trois cantors de la ville. � ceux-l�, il faut ajouter F. Wilhelm Zachow, organiste � la Marienkirche, qui initie v�ritablement Georg Friedrich aux techniques du clavier et de la composition. Par sa haute culture et sa largeur d�esprit, il impressionne son jeune �l�ve. Sa m�thode d�enseignement consiste � faire analyser des oeuvres de tous horizons ; H�ndel nous a laiss� un cahier dat� de 1698, sur lequel il a recopi� des oeuvres de N. A. Strungk, de W. Ebner, de J. Philipp Krieger, de J. Kaspar von Kerll, les vieux ma�tres allemands de la polyphonie � � qui il doit sa science contrapuntique �, mais aussi des copies de partitions de J. J. Froberger et de Zachow. Son p�re �tant mort le 11 f�vrier 1697, il aurait pu se consacrer tout entier � la musique. Faut-il que la volont� du d�funt ait �t� forte pour que le gar�on poursuive ses �tudes et s�inscrive en 1702 � la facult� de droit !</p><p>Malgr� tout, il essaie de concilier ses �tudes universitaires et son amour de la musique. Le 13 mars 1702, il est nomm� organiste int�rimaire � la Dom-kirche. Par ailleurs, il se lie d�amiti� avec G. Ph. Telemann, �tudie les op�-</p><p>ras de Johann Theile et suit les activit�s d�une association de hautbo�stes toute nouvelle. On voit par l� le caract�re toujours en �veil du jeune homme, sa</p><p>passion pour toutes les formes de son art et son endurance exceptionnelle.</p><p>Un autre trait de sa personnalit� se dessine � ce moment : son ambition.</p><p>En effet, H�ndel n�a que dix-huit ans quand il d�cide de quitter Halle pour se rendre � Hambourg. L�, d�une part, il fait plus ample connaissance avec l�op�ra, puisqu�il est violoniste dans le th��tre dirig� par Reinhard Keiser et d�autre part, il peut faire ex�cuter, le 17 f�vrier 1704, la Passion selon saint Jean, son premier oratorio. Il rencontre J. Mattheson qui, encore plus que lui, se distingue par son �rudition.</p><p>C�est avec cet interpr�te, compositeur, po�te et musicographe qu�il se rend � L�beck. S�ils entendent le vieux Dietrich Buxtehude, ils ne posent pas leur candidature � sa succession d�organiste de la Marienkirche, car la condition sine qua non est d��pouser la fille du ma�tre du clavier ! Ils s�en retournent � Hambourg. C�est dans cette ville allemande que notre homme prend contact avec l�Angleterre, en devenant, avec downloadModeText.vue.download 87 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5228</p><p>son compagnon, professeur du fils de l�ambassadeur. C�est l� aussi qu�il montre son int�r�t profond pour les pays ultramontains, puisqu�il compose un op�ra en italien. Almira est pr�sent� le 8 janvier 1705 avec de grands ap-plaudissements, bient�t suivi de Nero (25 f�vr. 1705). La proche faillite de l�op�ra et le go�t de la d�couverte du voyage incitent H�ndel � se rendre en Italie.</p><p>De 1706 � 1710, il sillonne le pays.</p><p>� Florence, on joue � son arriv�e Rodrigo, qu�il vient d�achever. � Rome, au palais du cardinal Pietro Ottoboni, il �change des id�es avec A. Scarlatti, A. Corelli et B. Pasquini ; il en tire un grand profit et assimile si bien le style italien que le succ�s d�Agrippina, en 1709, le fait surnommer Il caro Sas-sone (� le cher Saxon �). Ont pu contribuer � cette ascension les oratorios Il Trionfo del Tempo et La Resurrezione, �labor�s pour le cardinal Ottoboni en 1708, ainsi que sa l�gendaire virtuosit�</p><p>� l�orgue et au clavecin.</p><p>C�est � ce moment que H�ndel d�-</p><p>cide de choisir sa deuxi�me patrie : l�Angleterre. Certes, il fait un d�tour par son pays natal et accepte m�me le poste de directeur de la chapelle de la cour de Hanovre en juin 1710. En d�cembre, il fait un voyage � Londres, compose en quinze jours un op�ra italien, Rinaldo, qui lui vaut un beau succ�s ; il revient � la cour de l��lecteur, y reste un an et finit par s�installer en Grande-Bretagne.</p><p>Quelle motivation profonde a pu</p><p>agir pour qu�il brise le contrat (et l�on devine ce que sous-entendait ce mot � l��poque) lui permettant ce s�jour,</p><p>� � condition qu�il reviendrait dans un d�lai raisonnable � ? Peut-�tre a-t-il vu l� un moyen de r�ussir une carri�re d�auteur dramatique. L�orchestre de la cour de Hanovre, aussi bon soit-il, le cantonne dans la musique instrumentale ; il vient d�achever une s�rie de duos et de concertos. Il a pu aussi �tre sensible � la bienveillance de la reine Anne et au fait qu�une partie des Anglais regrettent de devoir recourir aux Italiens pour combler la place vide laiss�e � l�op�ra apr�s la mort de Purcell (1695). Sans nier la sup�riorit� de la langue italienne, le public, dans l�im-m�diat, se sent plus d�affinit�s avec les Germains. H�las ! pour H�ndel, cet �tat d�esprit variera au cours des ann�es et suivra les fluctuations politiques.</p><p>Pour l�heure, H�ndel s�empresse de satisfaire ses nouvelles amiti�s. Apr�s la composition du Pastor fido (1712), il ob�it � Son Altesse Royale en faisant ex�cuter un Te Deum pour c�l�brer la paix d�Utrecht et une ode pour l�anni-versaire de la reine Anne, qui lui offre 200 livres de rente. Il vit confortable-ment chez lord Burlington, c�toyant l� les �crivains en renom Pope et Swift.</p><p>Apr�s la mort de la duchesse Sophie et de la reine Anne, George de Hanovre est proclam� roi d�Angleterre (1714).</p><p>Quelle sera la r�action de George Ier vis-�-vis de son ancien employ� ind�-</p><p>licat ? Il faut croire que le pardon accord� fut total puisqu�en 1716, un an apr�s l�op�ra Amadigi di Gaula, le roi</p><p>am�ne son compositeur favori � Halle pour un bref s�jour. H�ndel retrouve sa m�re, d�couvre l�orgue tout r�cent de la Liebfrauenkirche, �coute de nombreuses Passions musicales. Lui-m�me reprend le texte d�un camarade d�universit�, qu�il met en musique, la Passion selon B. H. Brockes. Celle-ci est donn�e en 1717 avec Mattheson � la t�te de l�orchestre. Les vingt et une pi�ces qui composent Water Music sont essentiellement des danses qui ont �t� donn�es lors d�une promenade du roi George Ier sur la Tamise cette m�me ann�e.</p><p>En raison de la fermeture de l�Op�ra londonien, H�ndel entre au service du comte de Carnarvon (qui sera appel� � devenir le duc de Chandos). Une fois de plus, notre personnage nous d�route ; il vient de quitter son pays, o� sa gloire va croissante, il apprend que le th��tre lyrique de Londres a clos ses portes, il se rend compte que, pour des motifs politiques, l�Allemand n�est plus adul�, mais il pr�f�re demeurer contre vents et mar�es !</p><p>Les trois ann�es qu�il passe � Cannons, dans le Middlesex, comme</p><p>ma�tre de chapelle du duc sont presque les derni�res o� il vit calme et retir� ; elles n�en sont pas moins fructueuses : les douze Chandos Anthems sont des cantates religieuses pour soli, orgue, orchestre o� les choeurs dominent ; la trag�die pastorale (les Anglais disent masque) de Acis and Galatea, d�apr�s une oeuvre de J. Gay, Esther oratorio qu�il remaniera, ainsi que huit suites de pi�ces pour le clavecin datent de cette �poque.</p><p>Avec le soutien du roi et sous la pression des notables londoniens se fonde une Royal Academy of Music sous la triple direction � r�v�latrice de l�esprit qui anime la capitale � de H�ndel, de Giovanni Battista Bonon-cini (1670-1747) et d�Attilio Ariosti (1666 - v. 1740). Notre compositeur fait un rapide voyage en Allemagne pour trouver des chanteurs italiens.</p><p>Une rencontre avec J.-S. Bach manque de se produire au cours de ce s�jour.</p><p>Le 27 avril 1720, le th��tre de Hay-market pr�sente le Radamisto que H�n-</p><p>del d�die au roi. Jusqu�en 1728, treize autres op�ras se succ�deront. Mais Bo-noncini semble prendre le pas ; Astarto est pour lui un succ�s ; Muzio Scevola, dont on demande au Saxon de faire le troisi�me acte pour comparer son style � celui de l�Italien, confirme cet �tat de fait. En 1723, avec Ottone, l��quilibre para�t se r�tablir entre la popularit� des deux hommes, mais une lutte sans merci s�engage alors entre les chanteurs et surtout les chanteuses Fran-cesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, qui �pousera J. A. Hasse. Ces deux femmes en viennent m�me aux mains lors d�une repr�sentation en pr�sence de la princesse de Galles. De plus, les Anglais manifestent des signes d�hostilit� vis-</p><p>�-vis de George Ier et, par nationalisme, � tous ceux qui viennent d�outre-Rhin.</p><p>D�cidant de rompre d�une mani�re d�finitive avec son pays, H�ndel se fait naturaliser anglais en 1726. Mais le climat passionnel a atteint une telle intensit� qu�apr�s la repr�sentation, au th��tre de Lincoln�s Inn Fields, du Beggar�s Opera (janv. 1728), qui n�est qu�une satire de la Royal Academy, le th��tre lyrique ferme ses portes. H�ndel ne se d�courage pas. D�ailleurs n�a-t-il pas eu le privil�ge d��tre d�-</p><p>sign�, en 1727, pour �crire les quatre Coronation Anthems, ex�cut�s pour le couronnement du roi George II ? Il part pour l�Italie afin de reconstituer une nouvelle troupe, qu�il esp�re diriger avec l�impr�sario Heidegger. Le sort s�acharne de nouveau contre lui.</p><p>Le 18 f�vrier 1729, il apprend � Venise que sa m�re vient d��tre frapp�e de paralysie ; il se rend pr�cipitamment � Halle. C�est en vain que Wilhelm Friedemann Bach l�invite � venir rendre visite � son p�re � Leipzig.</p><p>Mais d�j� notre musicien est de retour en Angleterre, o� il compose les quinze sonates pour la fl�te traversi�re, le violon ou le hautbois et basse continue (op. 1) et les c�l�bres concertos d�orgue, qu�il joue en interm�de � ses oratorios.</p><p>� cette �poque, on lui oppose �</p><p>Londres Johann Adolf Hasse (1699-1783) et Nicola Porpora (1686-1768).</p><p>H�ndel continue � se battre sur le terrain si difficile de l�op�ra italien, mais il lui vient l�id�e d�utiliser des textes anglais. Ezio, puis Sosarme et surtout</p><p>l�oratorio Deborah, dat� de 1733, marquent le revirement. Dans le m�me downloadModeText.vue.download 88 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5229</p><p>temps et de fa�on progressive, H�ndel s�attache � la musique religieuse et � l�oratorio profane, d�laissant le th��tre lyrique ; la compl�te reconversion se situera vers les ann�es 1740. R�fugi� en 1734 au th��tre de Covent Garden, il �crit Terpsichore, ballet destin� � Mlle Sall�, danseuse fran�aise.</p><p>Le 19 f�vrier 1736, on cr�e l�Alexander�s Feast sur une ode de J. Dryden.</p><p>Un an apr�s, H�ndel subit une attaque de paralysie et part faire une cure � Aix-la-Chapelle. Le 20 novembre, il trouve la ressource d��crire le Fune-ral Anthem for Queen Caroline, pour l��pouse de George II, qui l�avait soutenu en toute circonstance.</p><p>Si le public n�appr�cie pas toujours ses compositions, il s�est attach� pourtant � la personnalit� du musicien. On dresse sa statue dans les jardins de Vauxhall, on lui organise un concert.</p><p>En revanche, on boude en 1738 ses deux op�ras Faramondo et Serse, ainsi que Saul et Israel in Egypt.</p><p>Apr�s s��tre tourn� vers des textes de Dryden et de Milton, H�ndel �crit les douze concerti grossi (op. 6), puis ses derniers op�ras : Imeneo et Deida-mia. Du 22 ao�t au 14 septembre 1741, soit en moins d�un mois, il compose sa grande oeuvre : Messiah (le Messie), puis la premi�re version de Samson d�apr�s Milton. Il se rend � Dublin, invit� par le duc de Devonshire, lord lieutenant d�Irlande. Pendant neuf mois, il donne des concerts et pr�sente en avril Messiah, qui pla�t d�embl�e.</p><p>Le retour � Covent Garden lui rappelle que toutes les vieilles querelles ne sont pas �teintes. Cette fois, on lui reproche d�introduire des textes sacr�s</p><p>au th��tre : la partition du Messie n�est pas admise. Malgr� tout, les oeuvres continuent de prolif�rer : Semele d�apr�s W. Congreve en 1744, Hercules l�ann�e suivante.</p><p>Trois grandes fresques sonores de circonstance donneront l�occasion � H�ndel de montrer son attachement � sa patrie d�adoption. En juillet 1745, le petit-fils de Jacques II, Charles �douard, arrive de France. Ce jeune pr�tendant d�barque en �cosse et marche sur Londres. La population reste assez indiff�rente. Qu�importe !</p><p>Le compositeur �crit coup sur coup un hymne pour les enr�l�s volontaires, l�Occasional Oratorio (1746) et surtout Judas Maccabaeus (1747) pour la victoire du duc de Cumberland � Culloden.</p><p>Deux �v�nements importants</p><p>marquent l�ann�e 1749. Les f�tes en l�honneur du trait� d�Aix-la-Chapelle permettent de faire entendre dans le Green Park Music for the Royal Fireworks, pour instruments � vent, partition � laquelle H�ndel ajoutera par la suite une partie de cordes. La fondation de la nouvelle chapelle de l�institution pour les enfants abandonn�s nous vaut Foundling Hospital Anthem.</p><p>L�ann�e m�me o� J.-S. Bach meurt, H�ndel fait un voyage � Halle. Il lui reste neuf ann�es � vivre. S�il compose, interpr�te et dirige ses oeuvres, c�est par un dernier effort de volont�, car, en 1752, il doit subir une op�ration de la cataracte et perd pratiquement l�usage de la vue.</p><p>Il meurt le 14 avril 1759 et, sur sa demande, est inhum� � Westminster.</p><p>Il est symbolique que le buste de cet artiste europ�en ait �t� r�alis� par Rou-billac, un sculpteur fran�ais ami de ce grand g�nie de la musique.</p><p>Sa personnalit�</p><p>Au physique, l�homme appara�t</p><p>comme une force de la nature. � une �poque o� la moyenne d��ge de vie se situe entre vingt-cinq et trente ans, il atteint les soixante-quatorze ans et voyage jusqu�aux derniers jours. Ce go�t du d�placement, dans des condi-</p><p>tions que l�on imagine difficilement, est une constante de son existence. Les motifs de ses s�jours �clairs en Allemagne ou en Italie ne sont pas toujours �vidents, et l�on peut voir l� comme une traduction du besoin de d�penser son �nergie et, cela va de soi, un trait de son caract�re.</p><p>Sa personnalit� demeure d�une</p><p>richesse in�puisable : on peut, en ce sens, parler d�un romantique avant la lettre. Bien avant Beethoven et Mozart, n�est-il pas celui qui a eu l�audace de se lib�rer des contraintes sociales et de tourner les talons � un prince, en l�occurrence George de Hanovre ?</p><p>Romantique, H�ndel l�est aussi par le go�t th��tral et descriptif qui inonde toute sa musique. Il faudra attendre un Liszt pour retrouver une telle conception.</p><p>Ce n�est pas un hasard non plus si les sujets de ses op�ras sont si vari�s : du comique d�Almira jusqu�au monde fantastique d�Orlando, on peut pr�-</p><p>tendre que H�ndel, dans ce milieu anglais, a per�u un art qui inspirera tout le si�cle suivant et dont la base r�side dans le m�lange des genres d�j� port� au plus haut point, en litt�rature, par Shakespeare.</p><p>Pr�s d�un si�cle avant Berlioz, H�ndel poss�de au supr�me degr� le sens de l�orchestre.</p><p>Bach et H�ndel</p><p>Il faut �viter les comparaisons conventionnelles entre Bach et H�ndel, afin d�approfondir les causes de leurs destins �trangers. Tous les deux sont n�s la m�me ann�e en Allemagne. Le premier, issu d�une famille d�artistes, a d�but� tr�s jeune dans la carri�re, bai-gnant dans le monde musical. L�autre, au contraire, plut�t frein� dans sa vocation, a eu une formation de culture g�n�rale plus pouss�e. L�un sait, sur le plan du m�tier, tout ce qui se fait dans les pays riverains et coule dans son moule germanique ce qui peut enrichir sa cr�ation. L�autre se situe � l�oppos� : son unique souci est de n��tre attach� � rien ; il fuit ! Il jongle avec les six langues qu�il poss�de et en oublie m�me</p><p>celle qui l�a berc�. Il conna�t lui aussi</p><p>� mieux que Bach, puisqu�il se rend sur place � les r�pertoires �trangers.</p><p>Comme Jean-S�bastien, il puise dans ce qui l�a frapp�, mais en ne cherchant pas un lien entre les diff�rents styles.</p><p>Tous les deux ont connu des �poques de c�l�brit� et d��chec ; toutefois, H�ndel a, par sa vie m�me, eu une r�putation plus europ�enne. Peut-�tre est-ce l�explication des deux rendez-vous</p><p>� manqu�s � entre les deux hommes et de l�indiff�rence de Georg Friedrich vis-�-vis de son coll�gue. H�ndel n�a pas jug� utile, lui qui n�h�sitait pas � se d�placer, d�aller voir le Cantor � Leipzig.</p><p>Leurs p�les d�int�r�t, s�ils se rencontrent, ne se superposent pas. Il ne fait aucun doute que le Saxon ait voulu downloadModeText.vue.download 89 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5230</p><p>devenir un ma�tre de l�op�ra (alors que Bach n�a jamais �t� tent� par la formule) et qu�il ait �t� hant� par la musique italienne.</p><p>On peut se demander si H�ndel a davantage cherch� � plaire au public que son confr�re. Les tournures de la phrase sont plus �l�gantes, les instruments ne sont pas utilis�s pour eux-m�mes, mais pour fournir des ensembles cha-toyants. Tous les deux composent vite, reprennent parfois des formules qu�ils ont d�j� utilis�es ou puisent leurs m�-</p><p>lodies chez d�autres musiciens.</p><p>� leur mort respective, leur pos-t�rit� s�annonce diff�remment. Bach (� 1750) a quelques �l�ves et quatre enfants qui peuvent diffuser sa musique ; H�ndel (� 1759) n�a pas de fils direct ni spirituel. D�une mani�re inattendue, il arrive le contraire de ce qui �tait pr�-</p><p>visible : les oeuvres du premier, jug�es d�mod�es, sont laiss�es de c�t� �</p><p>m�me par les siens �, alors que celles du second continuent � lui survivre.</p><p>Les Anglais, trop heureux d�avoir un grand compositeur ayant opt� pour leur patrie, se chargent de sa post�rit� par la publication et les concerts.</p><p>Lorsque les Mozart sont invit�s � Londres, le 28 mai 1764, le roi fit jouer � Wolfgang non seulement des pi�ces de Bach (vraisemblablement Johann Christian, fix� � Londres depuis deux ans, ou Carl Philipp Emanuel, son fr�re), mais aussi de K. F. Abel et de H�ndel. Le 28 juin, le petit Wolfgang joue un concerto pour orgue dans un programme comprenant des airs chant�s de H�ndel. Il pr�cise par la suite, le 10 avril 1782, dans une lettre � son p�re : � Je suis en train de me faire une collection de fugues de Bach, aussi bien S�bastien que d�Emanuel et de Friedemann Bach, et puis aussi de celles de H�ndel, et il ne manque plus que celles-l�. � En 1789, il fait des arrangements du Messie.</p><p>En 1794, J. Haydn � qui a d�j�</p><p>connaissance des manuscrits de</p><p>J.-S. Bach � se rend en Angleterre et entend des oratorios d�H�ndel � Westminster. � Il est notre ma�tre � tous �, d�clare-t-il, et il se met � l��criture de deux de ses plus belles oeuvres : les Saisons et la Cr�ation.</p><p>Beethoven, � son tour, lance le</p><p>� Voici la V�rit� � apr�s avoir re�u en 1826 les trente-six volumes publi�s en Grande-Bretagne. Il ajoute au petit Gerhard von Breuning : � Regarde, j�ai re�u ce cadeau [...]. Depuis longtemps je le d�sirais, car H�ndel est le plus grand, le plus solide des compositeurs ; de lui, je puis encore apprendre. �</p><p>Que s�est-il pass� ensuite pour que notre personnage soit �clips� ?</p><p>Des consid�rations d�ordre politique ont d� se m�ler � des conceptions es-th�tiques nouvelles. L�Allemagne du d�but du XIXe s., dans un mouvement nationaliste, rejette les �trangers. H�ndel en fait partie ; bien plus, il est le ren�gat par excellence, celui qui s�est sauv� de sa terre natale, qui n�a pratiquement pas utilis� dans son oeuvre vocale et m�me instrumentale la langue de son pays, celui qui a repouss� jusqu�� son nom (il signe George Fri-deric H�ndel � partir du moment o� il est naturalis� anglais) et repose en Angleterre.</p><p>En 1829, Mendelssohn dirige � Leip-</p><p>zig la Passion selon saint Matthieu de Bach. Le centenaire de la composition de l�oeuvre permet � l�Allemand de renouer avec son pass� musical ; de plus l�homme qui est l�auteur de la partition est l�exemple m�me du bon citoyen. La multiplication des hommages rendus au cantor de Saint-Thomas, d�s cet instant, aboutit � la fondation, par Robert Schumann, en 1850, de la Bach-Gesellschaft et � la publication de 46 volumes de 1851 � 1900. Si Schumann, par ailleurs, d�clare qu�Israel in Egypt est � son id�al d�une oeuvre chorale �, le grand public n�a toujours qu�une connaissance superficielle de l�auteur du Messie.</p><p>Alors que l�Angleterre a cr�� en 1843 la Handel Society, qui tente, avec des moyens limit�s, de faire conna�tre le musicien, l�Allemagne attend les an-n�es 1856 pour inaugurer la Deutsche H�ndel-Gesellschaft. Friedrich Chrysander (1826-1901), qui accomplit un travail louable en r��ditant 94 volumes, reproche � H�ndel sa � trahison � envers la patrie.</p><p>En 1861, Brahms compose des Va-</p><p>riations et fugue sur un th�me de H�ndel. Nietzsche parle de H�ndel comme d�un � bon Europ�en �. Sa c�l�brit� franchit les fronti�res, puisque Liszt et Saint-Sa�ns en font un pr�curseur de la musique descriptive par ses oratorios.</p><p>De nombreux ouvrages sont consa-</p><p>cr�s � H�ndel depuis le d�but du si�cle, en particulier en Allemagne. La Hallische H�ndel-Ausgabe, � partir de 1955, s�applique � une nouvelle �dition de l�oeuvre, pendant que l�Angleterre s�attache � sa diffusion. La France d�couvre � son tour le musicien : une Soci�t� Haendel est fond�e � Paris en 1910 par F. Rangel.</p><p>M. V.</p><p>J. Mainwaring, Memoirs of the Life of the Late G. F. Handel (Londres, 1760 ; trad. fr. Vie de feu G. F. Haendel, Paris, 1778). / C. Bur-ney, Account of the Musical Performances in Commemoration of Handel (Londres, 1785).</p><p>/ V. Schoelcher, The Life of Handel (Boston, 1857). / F. Chrysander, G. Fr. H�ndel (Leipzig, 1858-1867, 3 vol. ; 2e �d., 1919). / F. Volbach, G. F. H�ndel (Berlin, 1898). / R. A. Streatfeild,</p><p>H�ndel (Londres, 1909). / R. Rolland, Haendel (Alcan, 1910 ; 2e �d., A. Michel, 1952). / M. Bre-net, Haendel (Laurens, 1912). / H�ndel-Jahr-buch, �d. par R. Steglitz (Leipzig, 1928, 1933</p><p>et 1955). / E. J. Dent, Handel (Londres, 1934).</p><p>/ F. Ehrlinger, H�ndels Orgelkonzerte (Wurtz-bourg, 1940). / P. Nettl, Georg Friedrich H�ndel (Berlin, 1958). / W. Dean, Handel�s Drama-tic Oratorios and Masques (Londres, 1959). /</p><p>K. Sasse, H�ndel Bibliographie (Leipzig, 1961 ; 2e �d., 1967).</p><p>handicap�</p><p>� Toute personne dont les possibilit�s d�acqu�rir ou de conserver un emploi sont effectivement r�duites du fait d�une insuffisance ou d�une diminution de ses capacit�s physiques ou mentales. � Cette d�finition du handicap�, contenue dans la loi du 23 novembre 1957, est volontairement tr�s g�n�rale, englobant aussi bien ceux qui sont invalides de naissance que ceux qui le sont devenus par maladie ou accident.</p><p>Le but de cette loi, compl�t�e par de nombreux d�crets et arr�t�s, est, en effet, d�apporter � tous les handicap�s des possibilit�s de reclassement professionnel et de r�insertion dans la soci�t�, quelle que soit la cause de leur �tat.</p><p>Causes des handicaps</p><p>Jusqu�� une �poque assez r�cente, les handicap�s �taient plus ou moins bien consid�r�s et, par suite, aid�s selon la cause de leur �tat.</p><p>C�est ainsi que la soci�t�, se jugeant en dette � l��gard des mutil�s de guerre, leur accordait d�s le lendemain de la Premi�re Guerre mondiale des possibilit�s de se soigner, une relative r�paration mat�rielle du pr�judice qu�ils avaient subi, et un droit au reclassement professionnel, selon leurs possibilit�s.</p><p>Les accident�s du travail obtenaient ce droit au reclassement par une loi de 1930, mais il fallut attendre la cr�ation de la S�curit� sociale, en 1945, pour que tous les assur�s sociaux puissent obtenir la garantie de retrouver un emploi en cas d�incapacit� partielle.</p><p>Ces dispositions furent �tendues � tous les infirmes en 1953 par d�cret, mais</p><p>ce n�est que la loi de 1957 qui apporta enfin un statut pr�cis � tous les handicap�s, y compris les infirmes de naissance. Les textes ult�rieurs ainsi que la cr�ation d�un � Comit� sup�rieur pour le reclassement professionnel et social des travailleurs handicap�s � donn�rent � ceux-ci les moyens de reprendre � la fois un emploi et une esp�rance de vivre aussi normalement que possible.</p><p>Si, depuis la fin de la guerre d�Alg�-</p><p>rie, le nombre des handicap�s par faits de guerre ne s�accro�t plus en France, ce sont les accidents* de la route, en forte augmentation, les accidents*</p><p>du travail et les maladies professionnelles qui, chaque ann�e, augmentent le nombre des handicap�s physiques.</p><p>Le nombre des sujets porteurs d�une infirmit� de naissance ou survenue dans l�enfance augmente du fait des progr�s de la m�decine, qui permettent la survie de nombreux handicap�s physiques ou mentaux, qui, autrefois, n�auraient pas v�cu du fait de leur fragilit�. Les aberrations chromoso-miques (v. chromosome et g�n�tique), les maladies m�taboliques ou infectieuses de la m�re, les embryopathies (affections de l�embryon) et les foeto-pathies (affections du foetus), les accidents de l�accouchement (notamment l�anoxie* n�o-natale), les infections virales ou microbiennes de la premi�re enfance sont parmi les causes les plus fr�quentes de ces infirmit�s qui em-p�chent le d�veloppement normal des facult�s de l�enfant.</p><p>Les progr�s de la r�animation et de la chirurgie, sauvant la vie de nombreux accident�s, font qu�un grand nombre de bless�s se retrouvent avec des s�quelles plus ou moins importantes, alors qu�autrefois ils seraient morts de leurs blessures.</p><p>Enfin, on pense g�n�ralement que la concentration urbaine, le bruit, la pollution, le surmenage dans les usines, le rel�chement des liens familiaux sont responsables de nombreuses affections mentales, n�vroses ou psychoses, qui constituent autant de handicaps.</p><p>Les diff�rents handicaps</p><p>Chez l�adulte, il est relativement facile de d�finir un handicap physique et d��valuer ses cons�quences : ainsi, la perte d�usage d�un membre ou son amputation, la perte ou l�alt�ration de la vue ou de l�ou�e, une mutilation de la face ou des maxillaires donnent lieu � des invalidit�s qui peuvent �tre chiffr�es.</p><p>Chez l�enfant, au contraire, et ce d�autant plus qu�il s�agit d�un sujet tr�s jeune, une alt�ration des organes des sens, des fonctions sensitives ou motrices entrave le d�veloppement downloadModeText.vue.download 90 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5231</p><p>normal des fonctions de relations. Les possibilit�s d�apprentissage des gestes et des comportements courants sont tr�s r�duites ou nulles, et l�enfant ne pourra pas acqu�rir un d�veloppement psychique harmonieux.</p><p>Les arri�rations* mentales de tous niveaux et m�me les d�bilit�s* mentales l�g�res constituent, elles aussi, des handicaps, qui s�aggravent avec les ann�es si l�on ne fournit pas � l�enfant d�s le d�but les moyens de pallier ses insuffisances. On aboutit � des handicaps mentaux, souvent compliqu�s de handicaps physiques, car les enfants n�s avec des anomalies psychiques ont souvent des d�ficiences ou des malformations physiques multiples.</p><p>M�me une anomalie caract�rielle</p><p>discr�te peut conduire � un handicap si le sujet ne trouve pas dans sa famille et dans son entourage la compr�hension, l�aide et le soutien qui lui �viteront de devenir un d�sadapt� social.</p><p>Placements et</p><p>r�insertion sociale</p><p>De nombreux organismes publics et priv�s sont sp�cialis�s dans la prise en charge de tels ou tels handicap�s particuliers. Les bless�s de guerre, les infirmes moteurs (paralys�s, poliomy�litiques), les sourds et sourds-muets, les aveugles, les sujets atteints de maladies chroniques (cardiaques, diab�tiques,</p><p>h�mophiles, pulmonaires, etc.) ont des offices, des associations ou des comit�s qui s�occupent de leurs cas.</p><p>Pour les enfants inadapt�s (les d�-</p><p>biles et les arri�r�s mentaux), les �tablissements sont nombreux et re�oivent soit uniquement des arri�r�s profonds, soit des d�biles profonds et moyens, ou encore des d�biles l�gers et moyens (instituts m�dico-p�dagogiques).</p><p>On comprend qu�il est plus facile de traiter en groupes des sujets atteints d�une m�me affection : par exemple, les sourds et malentendants b�n�ficient de moyens audio-visuels appropri�s, les infirmes moteurs d�installations de kin�sith�rapie et de m�canoth�rapie, les d�biles de ma�tres et de moyens p�dagogiques sp�cialis�s.</p><p>Toutefois, les sujets ainsi group�s subissent une sorte de s�gr�gation par rapport � la soci�t� ; or, le but principal des soins qui leurs sont prodigu�s est pr�cis�ment de les r�int�grer dans la soci�t�. On comprend les difficult�s qui peuvent r�sulter des placements les mieux �tudi�s et appropri�s.</p><p>C�est pourquoi les pouvoirs publics ont pr�vu toute une gamme de possibilit�s d�insertion professionnelle des handicap�s, mettant � contribution les familles et leurs associations, les employeurs et les services publics, l�exp�-</p><p>rience ayant prouv� que les efforts des personnes directement ou indirectement concern�es permettaient d�humaniser et de faciliter les contacts et les actions entreprises.</p><p>Celles-ci commencent avec la r�adaptation fonctionnelle proprement dite, qui est du domaine m�dical et qui vise � donner � l�organe ou � l�appareil atteint la meilleure r�cup�ration possible. Ensuite vient la formation professionnelle, en centre sp�cialis� ou en apprentissage, qui permet � l�enfant de s�orienter vers une profession en rapport avec ses possibilit�s et � l�adulte de reprendre son pr�c�dent m�tier, avec une aide technique appropri�e, ou de s�orienter vers une autre profession si la premi�re est devenue impossible.</p><p>Enfin, le travail prot�g�, qui est le but des efforts pr�c�dents, peut s�exercer</p><p>soit dans des centres d�assistance par le travail pour les plus handicap�s, soit dans toute usine, tout atelier ou toute entreprise, ce qui permet au travailleur handicap� de reprendre contact avec les travailleurs normaux et de retrouver, avec la possibilit� de faire un travail profitable, la dignit� et la joie de vivre.</p><p>La loi pr�voit les conditions dans lesquelles le travailleur handicap� peut reprendre son activit� dans l�entreprise qui l�employait pr�c�demment et, pour les grandes entreprises, le nombre de postes qui doivent �tre r�serv�s par priorit� pour le travail prot�g� des diff�rents handicap�s.</p><p>Pr�vention des handicaps</p><p>Lorsque le handicap est un fait, il faut s�y adapter, mais le r�le de la soci�t� est de mettre tout en oeuvre pour supprimer, dans toute la mesure du possible, les causes de handicaps. R�duire le nombre des accidents du travail et des maladies professionnelles est le but de la pr�vention, dont la m�decine du travail est l�instrument dans chaque entreprise, mais qui ne peut �tre efficace que si une coordination des efforts des diff�rents services est faite en ce sens. R�duire le nombre des accidents de la route demande � la fois une parfaite organisation du r�seau routier et des dispositifs de signalisation, une surveillance r�guli�re des v�hicules et surtout une discipline rigoureuse des conducteurs.</p><p>R�duire le nombre des infirmes de naissance et des infirmit�s survenant dans l�enfance est un objectif qui ne peut �tre atteint que par le concours de la g�n�tique m�dicale, de l�obst�trique, de la bonne organisation des materni-t�s, de la m�decine n�o-natale et de la p�diatrie ainsi que par une mise � profit constante des d�couvertes dans les diff�rentes branches de la m�decine qui s�y rapportent. Les organismes de protection maternelle et infantile sont destin�s � appliquer les mesures pr�ventives et � permettre la mise en oeuvre des traitements qui peuvent emp�cher nombre de handicaps de survenir.</p><p>J. B.</p><p>Guide pratique pour les handicap�s physiques et les infirmes mentaux (N�ret, 1942 ; nouv. �d., 1965). / P. Ol�ron, l��ducation des enfants physiquement handicap�s (P. U. F., 1961). / L. Lef�vre, Scolarit� et �ducation des poliomy�litiques ou accident�s (E. S. F., 1966). /</p><p>C. Veil, Handicap et soci�t� (Flammarion, 1968).</p><p>/ M. F. Bloch-Lain�, �tude du probl�me g�n�ral de l�inadaptation des personnes handicap�es (la Documentation fran�aise, 1969). / P. Cadot, Inadaptation et r�adaptation (C. E. D. A. R. R., Saint-Omer-en-Chauss�e, 1969). / J. Courbeyre, les Handicap�s moteurs et leurs probl�mes (Laffont, 1969). / J.-P. Held et E. Pierrot-Deseilli-gny, R��ducation motrice des affections neurologiques (Bailli�re, 1969).</p><p>Hannibal</p><p>G�n�ral carthaginois (247 - Bithynie 183 av. J.-C.).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Fils d�un g�n�ral, Hamilcar Barca (� 229 av. J.-C.), qui combattit brillamment Rome pendant la premi�re guerre punique, Hannibal avait pass� son enfance dans les camps d�Espagne et s��tait distingu� de bonne heure par ses qualit�s d�intelligence et de bravoure.</p><p>Il avait �t� �lev� dans la haine des Romains, traditionnelle dans sa famille. Il est impossible de savoir d�o� vint l�initiative de la grande exp�dition qu�il entreprit contre Rome : �tait-ce le plan de Carthage ? L�id�e venait-elle de son p�re ou de son entourage ? Ou bien �tait-ce un projet purement personnel, impos� � un �tat dont les grands chefs �tablis en Espagne n��taient pas totalement d�pendants ? Autre question : qui prit l�initiative de la guerre ? Hannibal attaqua la petite ville de Sagonte (auj.</p><p>Sagunto, appel�e Murviedro par les Arabes), pr�s de l�Ebre. C��tait violer l�esprit du trait� entre Rome et Carthage. Rome pouvait s�en irriter, mais Hannibal pouvait avoir ainsi cherch� le conflit. On est tent�, en cette mati�re controvers�e, de se rallier � l�opinion de J. Carcopino, attribuant la pleine responsabilit� de la guerre � Hannibal.</p><p>Sagonte tomb�e apr�s un long si�ge (219), la guerre d�clar�e avec Rome, Hannibal prit le parti de gagner l�Italie par la voie de terre. J. Pernoux a pens� trouver l�explication de cette</p><p>entreprise t�m�raire dans l�absence de cartes exactes de la M�diterran�e : le g�n�ral pouvait avoir fait une comparaison erron�e des itin�raires possibles vers Rome.</p><p>La marche vers Rome</p><p>Hannibal emmenait avec lui une</p><p>arm�e h�t�rog�ne, comprenant au d�-</p><p>part Africains et Ib�res, en attendant d�entra�ner ult�rieurement avec lui des peuples entiers. Il aurait quitt� le pays punique avec une centaine de milliers d�hommes et trente-sept �l�phants. Il devait perdre la moiti� de cette arm�e avant de rencontrer les Romains.</p><p>Ceux-ci, en effet, manqu�rent les rendez-vous. Publius Cornelius Scipion*</p><p>arriva trop tard pour arr�ter Hannibal sur l�Ebre. Mais il y eut de rudes combats contre les naturels du nord de l�Espagne. En Gaule, il fallut �viter quelques troupes de Gaulois inquiets et, en particulier, passer le Rh�ne en leur �chappant. L� aussi, les Romains manqu�rent l�occasion : Scipion arriva de Marseille quelques jours plus tard.</p><p>Quel itin�raire Hannibal suivit-il ensuite pour franchir les Alpes ? Toutes les hypoth�ses ont �t� �mises par les historiens. Aujourd�hui, l�itin�raire de l�Is�re et du Mont-Cenis rallie de nombreux suffrages. C��tait, quel que soit le chemin exact, un itin�raire d�-</p><p>tourn�, de nature � surprendre l�adversaire. Mais aussi un itin�raire difficile : l��troitesse des passes, la neige, les embuscades des montagnards... L�ar-m�e apparut en Italie �puis�e, amoindrie, mais elle d�bouchait dans une plaine dont Rome n�avait gu�re pr�vu la d�fense.</p><p>Hannibal fut vainqueur sur les rives du Tessin et de la Tr�bie (218) non sans nouvelles pertes. Il ne lui restait plus qu�un �l�phant. Mais il trouvait dans les Gaulois de Cisalpine, brusquement soulev�s contre Rome, des alli�s qui lui apport�rent un renfort consid�rable. Ceux qui ne se ralli�rent pas furent d�ailleurs rudement trait�s, et le pillage fut fructueux (mines d�or de Verceil, magasins romains). Une arm�e romaine gardait l�Apennin � Arezzo : pour la contourner, Hannibal emp�tra son arm�e dans la plaine inond�e de l�Arno en crue. Ses troupes souffrirent beaucoup, et les b�tes de</p><p>somme se noy�rent en masse. C�est � ce moment qu�une ophtalmie fit perdre downloadModeText.vue.download 91 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5232</p><p>un oeil � Hannibal. Celui-ci alla piller la campagne sous les yeux des Romains, qui ne purent r�sister � la provocation �vidente et se laiss�rent entra�ner, puis massacrer par les Puniques, conduits par un ma�tre de la strat�gie, dans une �troite passe bordant le lac Trasim�ne (217).</p><p>Rome �tait sans d�fense, mais Hannibal ne l�attaqua pas. Il pr�f�ra restaurer son arm�e, remanier ses m�thodes � la lumi�re de ce qu�il avait appris de l�infanterie romaine, piller � l�occasion et attendre peut-�tre la d�fection des Italiens, qui auraient pu, comme les Gaulois, se retourner contre Rome.</p><p>Rien ne se produisit de ce c�t�. Hannibal passa dans le sud de la p�ninsule, tandis que Rome levait de nouvelles l�gions. � Cannes, il r�ussit � d�cimer une arm�e romaine deux fois sup�rieure � la sienne (216). Rome se retrouvait sans d�fense. Pourquoi Hannibal n�a-t-il pas attaqu� Rome et ainsi totalement exploit� sa victoire ? Certains historiens l�excusent et trouvent des raisons : l�attente de renforts esp�-</p><p>r�s de Carthage � Hannibal les atten-dit dix ans ! � le peu d�empressement de l�alli� mac�donien, la difficult�, � cette �poque, de prendre une ville d�assaut, la fid�lit� de l�Italie centrale � Rome, contrairement � l�Italie m�ridionale, qui se ralliait alors massivement � la cause punique.</p><p>Les d�lices de Capoue</p><p>Quoi qu�il en soit, Hannibal laissa d�abord ses troupes s�journer � Capoue, o� elles go�t�rent aux d�lices de la civilisation grecque. Puis vint le jour o� les Romains assi�g�rent Capoue.</p><p>Hannibal chercha � les attirer sur un autre terrain, les battit en plusieurs occasions, prit entre-temps des villes de la c�te (Tarente, H�racl�e, Thurium, M�taponte), mais il n�arriva pas � faire l�cher prise aux assi�geants de Capoue.</p><p>C�est dans le cadre de ces op�rations de diversion qu�il faut situer sa marche sur Rome, en 211.</p><p>Hannibal apparut sous les murs de la ville, campa quelques jours au bord de l�Anio et alla reconna�tre les murailles.</p><p>Une violente ond�e fit tourner court les pr�paratifs d�un combat en rase campagne, et Hannibal n�insista pas. Son apparition devait laisser aux Romains le souvenir d�une terreur l�gendaire, m�l�e d�estime pour l�adversaire. Capoue tomba peu apr�s au pouvoir des Romains, qui trait�rent la ville avec barbarie. Hannibal en fut tr�s affect�, toutes ces op�rations ayant eu pour objet de d�tourner ses adversaires de Capoue.</p><p>La guerre se poursuivit sans but pr�-</p><p>cis, mais non sans ravages : en 210, Hannibal aurait pris et saccag� quatre cents localit�s de l�Italie m�ridionale (car les Italiens se ralliaient de nouveau � Rome). Dans l�ensemble, il perdait pied et se voyait repouss� graduellement vers le Bruttium. Malgr� la fid�lit� chancelante des Latins, en 209, malgr� l�arriv�e tardive des renforts envoy�s par Carthage (Hasdru-bal Barca, puis Magon, fr�res d�Hannibal), il ne put que se maintenir sur un territoire de plus en plus restreint.</p><p>Quand, en 203, Carthage le rappela, � la suite du d�barquement de Scipion en Afrique, il n�occupait plus que Crotone et ses abords imm�diats. C�est alors qu�il fit graver au temple d�Era Laci-nia ses exploits, qu�il pouvait croire achev�s.</p><p>Il quitta donc le Bruttium, non sans l�avoir saccag�, d�barqua en Afrique, rencontra Scipion dans un espoir de n�gociation et engagea la bataille de Zama dans des conditions qui lui �taient d�favorables. Le d�sordre fit le reste, et Carthage fut vaincue (202).</p><p>L�apr�s-guerre</p><p>Hannibal fit accepter les dures proposi-tions de paix de Scipion, puis, devenu suff�te, accomplit d�importantes r�-</p><p>formes dans le gouvernement de Carthage et restaura l�activit� �conomique.</p><p>Son activit� inqui�ta � la fois Rome et ses ennemis politiques. Aussi, en 195,</p><p>il jugea bon de fuir et de se r�fugier � la cour du roi de Syrie, Antiochos III M�gas (223-187 av. J.-C.), dont il devint le conseiller.</p><p>Mais les intrigues de cour, son �chec � la t�te d�une escadre, lors de la bataille navale qui eut lieu � l�embouchure de l�Eurym�don (190), et la paix d�Apam�e (188), qui le contraignit � fuir en Bithynie, o� il rendit de nombreux services au roi Prousias (� v. 182 av. J.-</p><p>C.) et o� il continua � intriguer contre Rome, ont fait de ses vieux jours une p�riode de d�ceptions sans fin : Rome �tait partout victorieuse, et Carthage le traitait en suspect. Menac� d��tre livr� aux Romains, Hannibal s�empoisonna.</p><p>Nous ne connaissons que les actions d�Hannibal et nous nous effor�ons d�en tirer ses intentions, ce qui est difficile.</p><p>Il est certain qu�il fut aussi un grand politique et qu�il a cherch� � recruter des alli�s contre Rome. Il n�a pas r�ussi � former une coalition avec Syracuse et la Mac�doine. Il a guerroy� avec opini�tret� contre Rome, comme en une croisade, m�diocrement soutenu par Carthage.</p><p>Il a �t� servi par sa connaissance de la tactique mac�donienne, l�un des �l�ments de sa culture hell�nique. Il gardait sur son arm�e toute son autorit�, tout son ascendant dans les pires circonstances. Mais peut-�tre m�lait-il, comme l�a observ� C. Jullian, ses qualit�s de r�flexion � l�ent�tement et � l�imagination aventureuse. Il avait aussi certains d�fauts : la cruaut�, le go�t immod�r� du pillage et du butin, la ruse et m�me la perfidie, et Michelet n�a pas eu tellement tort de le consid�-</p><p>rer comme un condottiere.</p><p>R. H.</p><p>F Carthage / Puniques (guerres) / Rome.</p><p>G. P. Baker, Hannibal (New York, 1929 ; trad. fr. Annibal, Payot, 1952). / G. R. De Beer, Alps and Elephants. Hannibal�s March (Londres, 1955 ; trad. fr. Route Annibal, Nilson, 1962). / J. Carcopino, Profils de conqu�-</p><p>rants (Flammarion, 1961). / J. Pernoud, Annibal (Julliard, 1962). / G. Charles-Picard, Hannibal (Hachette, 1967).</p><p>downloadModeText.vue.download 92 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5233</p><p>Hanoi</p><p>Capit. de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam (Vi�t-nam du Nord) ; environ 1 million d�habitants.</p><p>Le r�le politique de Hanoi (ou</p><p>Han�i) remonterait au IIIe s. de notre �re, quand elle aurait �t� capitale du Vi�t-nam sous l�autorit� chinoise (de 111 av. J.-C. � 939, le delta du S�ng Kh�i [fleuve Rouge] fut gouvern� par les Chinois). Cela explique le choix de la position : la ville se trouve � la t�te du delta, ou presque. C�est, en effet, l�g�rement en amont que le � canal des Rapides �, qui est non pas un canal, mais un d�fluent naturel (S�ng Lu�ng), quitte le bras principal du S�ng Kh�i (ou S�ng Nhi Ha) pour rejoindre</p><p>le S�ng Thai Binh et la mer. � une �poque o� les transports s�effectuaient par voie d�eau, cette position permettait, par le bras principal, en d�pit de son r�gime tr�s irr�gulier, de communiquer avec tout le sud du delta et, par le S�ng Lu�ng, avec l�est de ce delta.</p><p>Hanoi commande ainsi tout le delta.</p><p>Par ailleurs, la ville �tait en liaison facile avec la Chine, moins par le haut S�ng Kh�i ou ses affluents, S�ng Da (rivi�re Noire) et S�ng L� (rivi�re Claire), qui ne m�nent nulle part, que par la vall�e du S�ng Luc Nam et le col de la � Porte de Chine �. Par contre, le site est difficile. � l�abri des hautes digues qui, tr�s t�t � l��poque chinoise, enferm�rent le fleuve, la ville est install�e sur la rive droite, dans une zone tr�s basse (le � casier de Ha D�ng �), menac�e par les inondations, � demi amphibie. Aujourd�hui encore, elle est limit�e au nord par le Grand Lac et le lac de Trung Bach, cependant qu�elle encercle le ravissant � Petit Lac �.</p><p>Apr�s que le Vi�t-nam eut secou� l�autorit� chinoise, elle fut choisie en 1010 comme capitale par les premiers rois nationaux. Lors des guerres intestines entre la dynastie des L� et les Nguy�n, elle resta la capitale du Nord.</p><p>�cart�e au profit de Hu� par Gia Long en 1801, elle fut de 1887 � 1945 capi-</p><p>tale de l�Indochine fran�aise.</p><p>Elle comprend un quartier ancien, � l�ouest et au nord du Petit Lac, aux rues pittoresques, et deux quartiers l�gu�s par l��poque coloniale : celui de l�ancienne � Concession � de 1874, au sud du Petit Lac, aux rues parall�les, et celui qui s��tend � l�ouest de la Citadelle (construite au XVIIIe s.).</p><p>Elle a d�abord, comme elle a d�ailleurs toujours eu, un r�le politique, administratif et culturel. Le fait nouveau depuis l�ind�pendance du Vi�t-nam (1954) est qu�elle a �t� dot�e, comme toutes les capitales des pays socialistes, d�importantes industries : industries alimentaires (brasserie), industries textiles (bonneterie), allumettes, pneus de bicyclette et surtout usine de machines-outils (� Can Moi).</p><p>Hanoi est un centre de routes et de voies ferr�es vers le port de Haiphong, Ninh Binh et le Sud, vers Lao Kay et Kunming (K�ouen-ming) en Chine,</p><p>vers Lang Son et Nanning en Chine ; elle poss�de � Gia L�m, sur la rive gauche du fleuve, franchi par le c�l�bre</p><p>� pont Doumer �, routier et ferroviaire, un important a�roport. La ville a �t� s�v�rement touch�e par les bombarde-ments am�ricains pendant la guerre du Vi�t-nam*.</p><p>J. D.</p><p>Hanovre</p><p>En allem. HANNOVER, v. d�Allemagne f�d�rale, capit. du Land de la Basse-Saxe* (ancienne capitale de l��lectorat de Brunswick-Lunebourg et du royaume de Hanovre).</p><p>La situation</p><p>Hanovre, qui compte 520 000 habitants, commande � un Land de plus de 7 millions d�habitants. La situation g�ographique a �t� plus d�terminante que le site dans sa croissance. La ville s�est d�velopp�e, sur les bords de la Leine, � l�extr�mit� nord de la B�rde (zone de loess) et au contact des �tendues de sables de la plaine glaciaire du Nord. La d�pression de Hesse met la B�rde de Hanovre en contact avec les</p><p>pays du Main et du Rhin moyen au sud, avec Br�me, Hambourg et la Scandinavie au nord. La direction ouest-est est marqu�e par la liaison Hollande-Minden-Hanovre-Brunswick-Magdeburg-</p><p>Berlin et Ruhr-Bielefeld-Hanovre, etc.</p><p>La ville est ainsi un des plus grands carrefours de toute l�Allemagne. Le premier �tablissement s�est install� sur la rive haute (droite). La vall�e n�a que 600 m de large � cet endroit, et le passage en est facilit�. L�originalit� de Hanovre tient au fait que, jusqu�au XIXe s., la ville ne poss�dait pas de territoire propre, � l�exception de la surface b�tie. Hanovre n�a jamais �t� une ville renti�re du sol. D�s le d�but, les fonctions commerciales et r�gionales ont pr�valu.</p><p>La construction des chemins de fer entra�ne pour la cit� un v�ritable bouleversement. La premi�re voie construite est la voie est-ouest. Cependant, c�est la direction nord-sud qui est la plus importante. � cause de sa faible pente, la vall�e de la Leine concentre tout le trafic nord-sud. Une seconde impulsion d�cisive vient de la construction du Mittellandkanal, qui atteint Hanovre en 1916, mais qui ne fut praticable jusqu�� Berlin qu�� partir de 1930. La construction d�autoroutes accrut encore le r�le de carrefour. L�autoroute ouest-est fut achev�e d�s 1937, celle de direction nord-sud en 1962.</p><p>� la situation favorable s�ajoute la pr�sence de mati�res premi�res � proximit�. Le gisement houiller du Deister, au sud-ouest, est exploit� d�s le d�but du XIXe s. L�industrie doit beaucoup aux initiatives individuelles du XIXe s.</p><p>La ville grandit en annexant ses environs : la Neustadt (sud-ouest) en 1824, le quartier de la gare centrale en 1847. Elle ne couvrait encore que 157 ha. 1859 voit l�annexion de la Vorstadt, avec ses 2 200 ha, qui com-portait en 1829 14 communes. Entre 1891 et 1907, elle annexe une ceinture rurale de 7 490 ha. La ville de Linden, avec ses 83 000 habitants et ses 2 300 ha, est int�gr�e � son tour en 1920. Hanovre occupe actuellement une superficie de 13 451 ha. Sur cette derni�re vivaient 575 000 habitants en 1962. Depuis cette date, le centre se</p><p>d�peuple d�une mani�re constante. �</p><p>partir de la fin de la d�cennie 1950, on proc�da � l�am�lioration de l�habitat � Linden ainsi que dans un rayon de 3 km autour de la gare centrale. Cette zone perdit 34 000 personnes entre 1961 et 1966, alors que la ceinture ext�rieure, englobant 33 communes, augmenta de 68 000 habitants. Les emplois sont rest�s au centre ; 100 000 sont situ�s dans un rayon de 800 m autour de la gare.</p><p>Les mouvements migratoires pendulaires sont pass�s de 6 200 en 1929 � 120 000 en 1972.</p><p>L�industrie emploie 44 p. 100 de la population active. Sa localisation est influenc�e par les voies de communication. Les rives du Mittellandkanal forment au nord-ouest une zone industrielle continue. � l�ouest, Linden pr�-</p><p>sente des paysages industriels impressionnants (de m�me � W�lfel au sud).</p><p>Par contre, l�est est peu industrialis�.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, le grand �tablissement industriel l�emporte. L�industrie des machines et des v�hicules domine (45 000 salari�s) ; suivent la chimie avec le caoutchouc (32 000), l��lectrotechnique (15 000), les industries alimentaires avec les brasseries (10 000), les industries graphiques (4 500). Quelques grands noms illustrent les activit�s industrielles.</p><p>Bahlsen, dont le si�ge est � Hanovre, emploie plus de 8 000 personnes et est la premi�re biscuiterie de l�Europe continentale. Continental Gummi-Werke (pneus) commande � plus de 27 000 personnes, dans la ville et les environs. Volkswagen, n� � Wolfsburg, glisse de plus en plus vers les grandes villes voisines. Les usines VW de Hanovre emploient plus de 15 000 travailleurs. La Technische Hochschule a jou� un r�le important dans la mise au point des brevets industriels.</p><p>La ville est devenue le grand centre commercial de l�Allemagne du Nord-Est. La proximit� de la fronti�re avec la R. D. A. lui a permis de consolider sa position, en �liminant l�influence de Berlin. Le commerce et les transmissions occupent plus de 70 000 actifs, et les services un peu plus de 80 000. Le r�le bancaire a cr� depuis une dizaine d�ann�es. La foire de Hanovre, une des plus importantes d�Europe, est un</p><p>barom�tre de la sant� �conomique de la R. F. A. Les ports fluviaux ont un trafic de pr�s de 3 Mt. L�a�roport voit passer plus de 1,5 million de passagers.</p><p>La ville se dote d�un m�tro souterrain qui consacre son caract�re de grande m�tropole. Ce m�tro desservira la city, o� la concentration des grandes maisons de commerce est impressionnante.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>Il semble que la fondation d�un bourg Honovere remonte � la fin du XIe s.</p><p>La ville se d�veloppa lentement sur la rive gauche de la Leine, mais son importance �conomique ne fut pas tr�s grande pendant de longues ann�es, malgr� l�appartenance de Hanovre � la Hanse* depuis le XIVe s., et aucun patriciat ne put y na�tre ni s�imposer.</p><p>Ce n�est qu�en devenant, malgr�</p><p>la volont� des habitants, r�sidence princi�re en 1636 que Hanovre se transforma en quelques d�cennies en une ville capitale, gr�ce � la fortune des princes de la maison guelfe, qui devinrent au XVIIe s. des souverains importants et donn�rent au XVIIIe s.</p><p>ses rois � l�Angleterre. D�s le XVIIe s., la ville fut embellie : le parc de Her-renhausen fut cr�� en 1666 ; la r�sidence du Leineschloss fut am�nag�e et agrandie. Au XVIIIe s., p�riode pendant laquelle Hanovre cessa, pour de longs laps de temps, d��tre r�sidence, un ralentissement se marqua dans ce d�veloppement, mais, d�s 1780, les downloadModeText.vue.download 93 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5234</p><p>remparts furent ras�s et remplac�s par de grands boulevards ; depuis, la ville est rest�e fid�le � cette tradition de ville verte, malgr� l�industrialisation qui commen�a vers 1850. Comptant environ 30 000 habitants en 1816, devenue en 1867 ville du royaume de Prusse et ayant perdu son caract�re de capitale, elle groupait environ 230 000 habitants en 1900 et pr�s de 465 000 en 1938. Mais le grand b�tisseur Georg Ludwig Laves (1788-1864)</p><p>l�avait pourvue de grands monuments et de larges perc�es qui lui permirent de surmonter mieux que d�autres la p�riode d�industrialisation et d�urbanisation forcen�es. D�truite � 50 p. 100</p><p>environ au cours de la Seconde Guerre mondiale, la ville fut reconstruite par un digne successeur de Laves, Rudolf Hillebrecht (n� en 1910), et, fait tr�s rare en R. F. A., on profita de la reconstruction pour r�aliser un plan d�urbanisation moderne avec d�importantes art�res ; certains des monuments anciens, restaur�s, purent �tre int�gr�s � la ville moderne.</p><p>Capitale d��tat et si�ge de nom-</p><p>breuses hautes administrations,</p><p>Hanovre est aussi la capitale de la Evangelische Kirche Deutschlands et compte plusieurs hautes �coles, dont la Technische Universit�t (avec une facult� d�horticulture) et la seule acad�mie de m�decine v�t�rinaire de R. F. A. Plusieurs th��tres et orchestres contribuent au rayonnement de la ville natale de l�astronome W. Herschel*, du com�dien August Wilhelm Iffland et de l��crivain F. von Schlegel.</p><p>J.-B. N.</p><p>F Allemagne / Saxe (Basse-).</p><p>Hanovre (dynastie</p><p>de)</p><p>Dynastie qui r�gna en Grande-Bretagne de 1714 � 1917.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>C�est l�Acte de Succession (Act of Settlement), en 1701, qui assura, au moins en principe, la couronne d�Angleterre � la dynastie de Hanovre. La mort du jeune duc de Gloucester, fils de la reine Anne, rendait en effet n�cessaire une telle mesure : Sophie, �lectrice de Hanovre, fille de l��lectrice palatine �lisabeth (fille du roi Jacques Ier et �pouse de l��lecteur Fr�d�ric V), devenait donc l�h�riti�re d�Anne. � la mort de Sophie en 1714 son fils Georges de Brunswick lui succ�da dans ses droits.</p><p>Deux faits doivent, cependant, �tre not�s tout de suite, car ils pes�rent sur une bonne partie de l�histoire de la dy-</p><p>nastie hanovrienne.</p><p>y D�embl�e, cette dynastie s�inscri-vait dans une certaine tradition politique britannique. L�acte de succession �tait, en effet, assorti d�une s�rie de dispositions constitutionnelles, avant tout hostiles � Guillaume III et qui, pour avoir �t� abolies sous le r�gne de Anne, n�en allaient pas moins dans le sens d�une limitation du r�le du roi. En outre, ce furent les</p><p>� whigs � qui assur�rent, le moment venu, l�installation de George Ier sur le tr�ne, alors que les � tories � en-visageaient de faire appel au fils de Jacques II : d�s le d�part, donc, une monarchie � whig �, o� le monarque n�occupait qu�une place r�duite ; situation d�autant mieux accept�e par le premier souverain Hanovre qu�il ne parlait pas l�anglais et qu�il s�int�ressait plus � ses domaines germaniques qu�� son royaume insulaire ;</p><p>y Deuxi�me caract�re, encore accentu� par le complot � tory �, pour redonner la couronne � un Stuart catholique : la monarchie hanovrienne �tait une monarchie protestante. George III n�h�sita pas � se s�parer de son ministre Pitt*, auquel il tenait par-dessus tout, lorsque celui-ci recommanda l��mancipation des catholiques pour compenser l�union avec l�Irlande.</p><p>Cette monarchie protestante �tait comme telle � et en d�pit des apparences � une monarchie nationale anglaise, m�me si le fait ne sera pleinement reconnu qu�avec George III ; au moins l��chec continuel des pr�-</p><p>tendants Stuarts, qui ne trouv�rent jamais de soutien s�rieux qu�en �cosse, d�montre-t-il qu�il n�existait point de comp�titeurs dangereux � la dynastie allemande.</p><p>George Ier, roi</p><p>de 1714 � 1727</p><p>Un pass� allemand marquant</p><p>H�ritier du duch� de Calenberg et de l��v�ch� la�que d�Osnabr�ck, Georges de Brunswick (1660-1727) avait compl�t� ses domaines hanovriens par un fructueux mariage qui lui avait apport� le duch� de Celle. Seul avantage de cette union, au reste : la duchesse Sophie-Doroth�e, ayant eu des faiblesses</p><p>pour le comte Philip Christoph von K�nigsmarck, fut contrainte au divorce (1694) et mourut dans l�isolement (1726). Ce drame ne sembla pas avoir marqu� outre mesure Georges, qui se consola avec force ma�tresses. � partir du jour o�, en 1698, il devint, � la mort de son p�re, �lecteur de Hanovre, il eut cependant des occupations s�rieuses et prit une part active aux conflits de la guerre de la Succession d�Espagne aux c�t�s du duc de Marlborough.</p><p>Il eut ainsi l�occasion de se lier avec les chefs politiques whigs, et sa coloration politique �tait bien pr�cise lorsque la mort de sa m�re, la vieille �lectrice Sophie, et celle de la reine Anne l�amen�rent � r�gner en Angleterre. C��tait alors un homme m�r de cinquante-quatre ans, prudent et assez rus�, mais sans aucune �l�vation d�esprit, entour� de favoris et de ma�tresses allemandes.</p><p>Ses principales pr�occupations furent d�obtenir assez d�argent pour lui et pour ses amis, et la possibilit� de revenir dans le Hanovre chaque fois qu�il lui en prenait l�envie. Et s�il se m�la de politique anglaise, ce fut surtout pour pouvoir, gr�ce � la puissance de son nouveau royaume, arrondir ses possessions allemandes. Pourtant, son titre fut imm�diatement contest� ; d�s 1715, se produisit le premier d�une longue s�rie de soul�vements jacobites.</p><p>Les tentatives de restauration</p><p>jacobites</p><p>Le danger jacobite ne fut, en fait, jamais tr�s s�rieux en Angleterre m�me, o� son catholicisme et une tradition autocratique illustr�e par Charles Ier et Jacques II ne parlait gu�re en faveur de la dynastie Stuart. Il fut au contraire beaucoup plus s�rieux en �cosse, o� les Stuarts b�n�ficiaient de l�appui d�une bonne partie des Highlanders, hostiles � la puissance des Campbell (ducs d�Argyll), qui repr�sentaient dans les hautes terres l� � ordre whig �, et de tous ceux qui, tories ou whigs, presbyt�riens ou �piscopaliens, �taient oppos�s � l�acte d�union de 1707. Les Stuarts, enfin, b�n�ficiaient d�un appui ext�rieur d�importance, celui de la monarchie fran�aise, enchant�e de pouvoir mettre en difficult� la Grande-Bretagne. Mais, en fin de compte, les</p><p>Hanovre finiront par se d�barrasser de ces adversaires. (V. Stuarts.)</p><p>George Ier et le gouvernement de l�Angleterre</p><p>Il est difficile d�attribuer, au roi la responsabilit� de la politique suivie pendant son r�gne par l�Angleterre. Tout au plus a-t-il eu une influence sur le choix des ministres : c�est ainsi que les � whigs � les plus c�l�bres durent abandonner les minist�res au profit d�hommes moins connus, tels Charles Townshend (1674-1738), James Stanhope (1673-1721), Robert Walpole (1676-1745) et Charles Spencer Sun-derland (1674-1722). Mais bient�t se produisit une rupture dans cette �quipe : Stanhope crut qu�en flattant le penchant royal pour la politique allemande il gagnerait un soutien suffisamment assur� pour lui permettre de gouverner l�Angleterre ; l�impopularit� d�une telle politique, l�indignation devant les millions d�pens�s en Allemagne et le scandale de la compagnie de la mer du Sud (South Sea Bubble) en 1720 amen�rent rapidement la fin de cette tentative. L�appui d�un tel roi ne pouvait gu�re servir � un homme politique. Et, avec les d�buts du minist�re Walpole* (1721-1727), ce fut le programme du gouvernement whig qui fut appliqu�, sans que le roi n�interv�nt, sinon pour des d�tails. L�initiative semblait appartenir au cabinet et au Parlement au moment o� mourut George Ier en 1727. Son fils lui succ�da sous le nom de George II.</p><p>George II, roi</p><p>de 1727 � 1760</p><p>Bien que, comme son p�re, George II (1683-1760) soit rest� un Allemand, qui ne parla jamais correctement la langue anglaise, il avait une connaissance de l�Angleterre sup�rieure � celle de George Ier. Cr�� duc de Cambridge d�s 1706, il avait fr�quent� tr�s vite les Anglais, combattant � la bataille d�Oudenaarde en 1708 et faisant fonction de gardien du royaume en 1716, lors du premier voyage de son p�re au Hanovre.</p><p>Mais il s��tait rapidement brouill� avec son p�re et avait pris la t�te de</p><p>l�opposition. Lorsqu�il succ�da � George Ier, on pouvait donc s�attendre � un changement de cabinet. Il n�en fut rien : le favori de George II, sir Spencer Compton (� 1743), se r�v�la incapable, et le roi suivit en fin de compte les conseils de sa femme, Caroline Wilhelmine de Brandebourg-Ansbach (1683-1737) et garda Walpole. Personnellement m�diocre, George II sut toujours s�incliner devant les personnes dont il avait d�cel� la sup�riorit� : d�o� la confiance qu�il accorda � l�intelligente Caroline d�Ansbach (ce qui ne l�emp�cha pas d�avoir de nombreuses ma�tresses) et � Robert Walpole.</p><p>De 1727 � 1742, on peut dire que l�homme qui r�gna sur l�Angleterre fut Walpole : George II se consacra avant tout � ses �conomies (qu�il aimait � downloadModeText.vue.download 94 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5235</p><p>recompter, pi�ce de monnaie par pi�ce de monnaie...) et � de minimes d�tails d�administration ou d��tiquette. Les seuls probl�mes qu�il dut affronter furent ceux que lui pos�rent son fils Fr�d�ric, qui reprit la tradition cr��e par George II lui-m�me lorsqu�il �tait prince de Galles : sous les trois premiers Hanovre, c�est toujours autour du prince de Galles que se regroupa l�opposition. Au reste, Fr�d�ric se r�-</p><p>v�la un individu totalement d�pourvu de capacit�s et ne fut pas un grand danger : ce n�est que plus tard que l�id�al du � roi patriote � d�fendu par le fondateur du nouveau torysme, Bolingbroke (1678-1751), devait se r�v�ler dangereux pour les whigs au pouvoir.</p><p>Aussi, que ce soit avec ou sans Walpole, les whigs rest�rent-ils au pouvoir pendant tout le r�gne de George II.</p><p>Les plus grands �v�nements de cette p�riode, qui vit les d�buts de la r�volution industrielle et ceux de la pr�-</p><p>dication de John Wesley*, �chappent en fait � l�histoire politique int�rieure de l�Angleterre. Par contre, dans le domaine ext�rieur, la longue p�riode de paix que Walpole avait su m�nager prit fin en 1739, lorsque la guerre anglo-espagnole �clata, et surtout en</p><p>1740, lorsque la mort de l�empereur Charles VI entra�na la guerre de la Succession d�Autriche. Ce sont d�ailleurs ces conflits qui provoqu�rent la chute de Walpole, r�put� trop pacifique pour mener vigoureusement les op�rations.</p><p>Au cours de cette guerre, George II conduisit lui-m�me les troupes anglo-hanovriennes � la victoire contre les Fran�ais (Dettingen, 27 juin 1743).</p><p>Un moment, on put penser que l�un des leaders whigs, lord Carteret (1690-1763) [1er comte Granville], allait r�ussir l� o� Stanhope avait �chou� : jouant sur les ambitions et les sentiments hanovriens de George II, il devint, lui aussi, l�homme du roi. Mais, comme son p�re, George II fut incapable de l�aider � se maintenir au pouvoir, et, en 1744, Carteret, violemment attaqu� pour avoir gaspill� en Allemagne l�argent anglais, dut se retirer.</p><p>Les �v�nements qui suivirent (victoire sur le � jeune pr�tendant �</p><p>Charles �douard [1720-1788], trait� d�Aix-la-Chapelle, formation du cabinet Pitt) ne doivent rien � George II : au contraire, celui-ci s�opposa toujours � Pitt, qu�il d�testait pour n�gliger ses int�r�ts en Allemagne et prononcer des discours au-dessus de sa compr�hension ! Les deux seules actions riches en cons�quences de tout son r�gne sont, en fait, li�es � l�Allemagne : c�est lui qui fit venir le Hanovrien H�ndel* en Angleterre et qui fonda l�universit� de G�ttingen. Parmi ses enfants, le plus remarquable fut son troisi�me fils, William Augustus, duc de Cumberland (1721-1765), le vainqueur de Culloden et aussi l�un des plus fervents propaga-teurs des courses de chevaux, dont la mode se r�pandit � l��poque. � la mort de George II, en 1760, c�est son petit-fils, le fils du prince de Galles Fr�d�-</p><p>ric-Louis (1707-1751), qui lui succ�da sous le nom de George III.</p><p>George III, roi</p><p>de 1760 � 1820</p><p>George III (1738-1820) est, sans aucun doute, la personnalit� la plus int�ressante de toute la dynastie hanovrienne.</p><p>�lev� � Leicester House aupr�s de sa m�re, Augusta de Saxe-Gotha, dans une atmosph�re � new tory �, il avait fait du � roi patriote � de Bolingbroke</p><p>son id�al politique : il �tait fermement d�cid� � r�gner. Aussi toute l�histoire de son r�gne se divise-t-elle nettement en deux p�riodes : celle pendant laquelle il r�ussit peu � peu � imposer ses vues et celle pendant laquelle il dut s�incliner devant le Parlement et les partis. Le paradoxe est qu�il ne devint vraiment populaire que pendant cette seconde p�riode...</p><p>Le gouvernement personnel du</p><p>roi (1760-1780)</p><p>D�s son av�nement, George III s�attaqua � Pitt*, qui venait pourtant de mener l�Angleterre � de nombreuses victoires au cours de la guerre de Sept Ans. Mais il lui fallut un an pour provoquer la chute du grand ministre (1761).</p><p>Il fut d�abord incapable de le remplacer : son favori, lord Bute (1713-1792), �tait tr�s impopulaire, � la fois comme ennemi de Pitt et comme �cossais, et il ne put rester que peu de temps au pouvoir (1762-63) ; au moins mit-il fin � la guerre et signa-t-il le trait� de Paris, qui donnait � l�Angleterre le Canada et les terres situ�es entre le Mississippi et les colonies anglaises d�Am�rique, la Floride, tout un groupe d��les des Antilles (dont Grenade), le S�n�gal et Minorque, tandis que la France devait laisser les mains libres � l�Angleterre en Inde. Par la suite, le roi dut, de nouveau, faire appel � des ministres whigs, George Grenville (1763-1765), lord Rockingham (1765-66) et m�me Pitt (devenu lord Chatham), qui forma un grand minist�re o� figuraient des repr�-</p><p>sentants de tous les partis. Mais, � partir de 1770, ce minist�re se transforma en un minist�re North, qui devait durer jusqu�en 1782.</p><p>L�important est que, dans ces minist�res, le roi s�arrangea pour disposer toujours d�un alli� s�r, qui lui rapportait tout ce qui se passait dans les conseils les plus restreints et qui, �ventuellement, pouvait se livrer � un v�ritable travail de sape : Robert Hen-ley Northington (v. 1708-1772) joua ce r�le notamment. La chose devint inutile avec le minist�re de Frederick North (1732-1792) qui, lui-m�me, remplissait cet office d� � oeil du roi �.</p><p>La personnalit� du souverain</p><p>D�cid� � r�gner et � r�gner de mani�re constitutionnelle, George III, accomplit un travail �norme. Chaque jour, il adressait � ses ministres de longues lettres dans lesquelles �taient fix�s les moindres d�tails de leur action.</p><p>Il �tait aussi persuad� de la grandeur de l�Angleterre : il se sentait d�ailleurs profond�ment anglais, et par l� il rompit enti�rement avec le pass� de la dynastie hanovrienne. Il �tait anim� d�un courage moral ind�niable : lorsque des d�cisions contraires � ce qu�il estimait �tre les int�r�ts de la Grande-Bretagne lui furent impos�es, il envisagea s�rieusement d�abdiquer.</p><p>Enfin, l�un des �l�ments qui fit le plus pour lui gagner l�estime et l�affection de son peuple fut la simple dignit� de sa vie : go�t pour la campagne et les travaux agricoles, existence quotidienne tr�s familiale. Bien qu�il e�t un moment envisag� d��pouser lady Sarah Lennox, George III, apr�s son mariage avec Charlotte de Mecklembourg, se montra un mari fid�le et attentionn�.</p><p>Cela dit, George III n��tait pas sans d�fauts. Tout d�abord, pour faire aboutir ses vis�es politiques, il n�h�sita pas � employer les m�mes moyens que ses adversaires : tout comme R. Walpole ou le duc de Newcastle (1693-1768), il eut recours � la corruption sur une grande �chelle. Le trait le plus n�faste de son caract�re �tait une obstination et une certaine �troitesse d�esprit qui, par moments, confinait � la pu�rilit�. C�est ainsi qu�il marqua toujours la plus grande hostilit� au leader des whigs, Charles James Fox (1749-1806), et qu�il s�opposa avec fermet� � toute am�lioration du sort des catholiques, allant m�me jusqu�� renvoyer son fid�le ministre Pitt (le Jeune) pour ce motif.</p><p>Plus s�rieuse enfin fut la maladie qui, l�ayant atteint d�s 1765, ne se r�v�la grave qu�� partir de 1788 : il s�agissait d�une v�ritable folie furieuse, qui obli-geait le souverain � une retraite totale.</p><p>Les bons soins du docteur Willis lui permirent, cependant, � part quelques p�riodes de crises violentes, de continuer � remplir son office : mais, apr�s 1811, sa folie rendit la nomination d�un r�gent n�cessaire.</p><p>L��chec de la politique royale</p><p>(1780-1783)</p><p>Le caract�re du souverain est pour beaucoup dans l��chec que subit sa politique. Ainsi, il est �vident qu�il a tr�s mal compris le probl�me am�ricain.</p><p>Partisan de la fermet� � l��gard des colonies � ingrates �, il n�avait pourtant pas les capacit�s exceptionnelles qui auraient �t� n�cessaires pour organiser des forces britanniques capables � la fois de battre les troupes-am�ricaines et de r�sister � la marine fran�aise.</p><p>L��chec de la Grande-Bretagne, ent�-</p><p>rin� par le trait� de Versailles (1783), qui reconnaissait l�ind�pendance des �tats-Unis et restituait � la France et � l�Espagne un certain nombre de territoires, sonnait le glas de la politique de George III. D�ailleurs, bien d�autres �v�nements avaient montr� la n�cessit� d�un changement : ainsi les violentes �meutes de 1780 � Londres (les Gordon Riots). Surtout, le contr�le qu�exer�ait le roi sur le personnel politique s�att�nuait. D�s 1780, la Chambre des communes votait le texte pr�sent� par John Dunning (1731-1783) : � Le pouvoir de la Couronne a augment�, augmente et devrait �tre r�duit. � En 1782, le roi dut rapidement substituer au minist�re Rockingham un minist�re Shelburne o� figuraient, aux c�t�s des disciples du vieux Pitt (dont William Pitt le Jeune), ses propres amis ; il dut accepter en 1783 la formation d�un minist�re de coalition qui regroupait les tories de North, ulc�r�s d�avoir �t� abandonn�s par le roi, et les whigs de Fox, l�homme politique le plus ha� du souverain.</p><p>La fin du r�gne (1784-1810)</p><p>� partir de 1784, cependant, une sorte d��quilibre fut atteint. George III, ayant surmont� son d�sarroi, avait, gr�ce � des techniques �prouv�es, permis la victoire �lectorale de William Pitt, qui avait pris le pouvoir � la chute du cabinet de coalition, � la fin de 1783, pour le garder jusqu�en 1801 et le retrouver de 1804 � sa mort. La confiance qui existait entre les deux hommes �tait profonde : elle fut encore renforc�e lorsque Pitt s�opposa, lors de la premi�re crise de folie du roi, en 1788, � l�attribution de la r�gence au prince downloadModeText.vue.download 95 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5236</p><p>de Galles, mesure que r�clamaient les whigs men�s par Fox.</p><p>Si c�est � Pitt que revient la responsabilit� des grandes mesures adop-t�es par le gouvernement anglais, George III suivit cependant de tr�s pr�s le cours des �v�nements et, � diverses reprises, influen�a les d�cisions. Il serait donc injuste de minimiser son r�le pendant les ann�es qui furent les plus glorieuses de son r�gne et qui furent aussi celles qui virent sa popularit� s�affirmer. C�est alors que la r�volution industrielle* entra dans une phase nouvelle, avec les innovations technologiques importantes (emploi de la machine � vapeur dans les usines).</p><p>L�Empire s�accrut de fa�on spectaculaire avec les grandes conqu�tes entreprises en Inde et la confiscation des colonies fran�aises, hollandaises et espagnoles pendant les grands conflits de l��poque r�volutionnaire et napol�onienne. En 1800, l�Irlande fut r�unie � l�Angleterre. Mais surtout, seule responsable de l��chec de Bonaparte en �gypte, destructrice de la puissance navale de la France et de l�Espagne (Trafalgar, 1805), artisan de la ruine de l�empire de Napol�on Ier (reconqu�te du Portugal et de l�Espagne, r�le d�terminant de Wellington et des troupes britanniques � Waterloo en 1815), la Grande-Bretagne se posa comme la premi�re puissance du monde, capable de vaincre aussi bien les arm�es imp�-</p><p>riales que le Blocus continental, que l�Empereur avait organis� contre elle.</p><p>Il est vrai que George III ne devait pas conna�tre la victoire. S�il ne mourut qu�en 1820, il �tait fou depuis 1810, et il devint bient�t aveugle. C�est alors le r�gent, le futur George IV, qui remplit l�office royal.</p><p>George IV, r�gent</p><p>de 1811 � 1820,</p><p>roi de 1820 � 1830</p><p>Dans sa jeunesse, alors qu�il n��tait que prince de Galles, le futur George IV</p><p>(1762-1830), fils de George III, parais-</p><p>sait plein de promesses. Tr�s beau, fort intelligent, dou� pour les �tudes, il versa cependant tr�s vite dans la d�-</p><p>bauche. Ses d�penses exag�r�es, son go�t des femmes le rendirent bient�t tr�s impopulaire. Il se brouilla avec son p�re et se lia aux ennemis politiques de ce dernier, c�est-�-dire � Fox et aux whigs. En 1785, il �pousa secr�-</p><p>tement Mrs. Fitzherbert (1756-1837), ce qui ne l�emp�cha pas de contracter un mariage officiel avec Caroline de Brunswick (1768-1821) en 1794...</p><p>Pourtant, la folie de son p�re devait faire de ce personnage douteux un �l�-</p><p>ment important de la vie politique anglaise � partir de 1788. Ce n�est qu�en 1811, cependant, qu�il devint r�gent.</p><p>La r�gence (1811-1820)</p><p>On aurait alors pu s�attendre � un renversement de la situation politique et � un retour au pouvoir des whigs, amis du r�gent. Mais celui-ci, apr�s avoir manifest� quelques vell�it�s de choisir lord Grenville comme Premier ministre, se contenta de demander aux whigs de participer aux minist�res tories, ce qu�ils refus�rent. Les minist�res tories de Spencer Perceval (1809-1812) [il fut assassin� en 1812]</p><p>et de lord Liverpool (1812-1827) se succ�d�rent donc sans difficult�. Le r�gent ne joua d�ailleurs aucun r�le important dans ces ann�es qui virent le triomphe sur Napol�on et la grande vague d��meutes et de m�contentement des ann�es 1815-1820. Tout au plus son impopularit� contribua-t-elle � affaiblir l�action du gouvernement.</p><p>Le r�gne (1820-1830)</p><p>� la mort de George III, en 1820, le r�gent devint le roi George IV. Le nouveau r�gne commen�a fort mal : Caroline de Brunswick, l��pouse du monarque, qui vivait retir�e en Italie depuis 1814, demanda � �tre reconnue reine d�Angleterre. George IV refusa absolument, et le gouvernement dut proposer au Parlement un � bill � pour prononcer le divorce du roi en raison des d�bauches de Caroline ! L�impopularit� de George s�accrut encore, et le gouvernement dut, en fin de compte, retirer le bill... Ce n��tait pas que Caroline de Brunswick ait m�rit� un quel-</p><p>conque soutien : c��tait plut�t qu�une telle accusation �manant d�un d�bauch� aussi notoire que George IV �tait inadmissible ! La mort de Caroline de Brunswick en ao�t 1821 tira le roi de ce mauvais pas.</p><p>Sur le plan politique, le r�gne fut marqu� par un total abandon, de la part du roi, de ses pr�rogatives dans le choix des ministres : George IV accepta en 1822 l�entr�e, dans le minist�re, de George Canning*, qu�il d�testait. En 1827, il accepta m�me d�en faire un Premier ministre : les derniers acquis de George III disparaissaient donc.</p><p>Seuls �l�ments positifs du r�gne : les voyages accomplis en Irlande (1821) et en �cosse (1822), qui furent de gros succ�s populaires et r�v�l�rent que la Grande-Bretagne �tait bien une r�alit�.</p><p>Guillaume IV, roi</p><p>de 1830 � 1837</p><p>George IV ne laissait aucun h�ritier, sa fille Charlotte (mari�e � L�opold de Saxe-Cobourg) �tant morte en 1817. C�est son fr�re Guillaume (1765-1837), duc de Clarence, �poux d�Ad�la�de de Saxe-Meiningen, dont il n�avait eu que des filles, d�ailleurs mortes en bas �ge, qui lui succ�da.</p><p>Ses comp�tences �taient limit�es au domaine maritime (il avait exerc� les fonctions de Grand Amiral jusqu�en 1828), et il ne semble pas avoir �t� d�une intelligence tr�s remarquable : pourtant, sa simplicit� et son honora-bilit�, qui contrastaient heureusement avec le r�gne pr�c�dent, lui assur�rent une certaine popularit�. Il �tait d�ailleurs assez favorable aux r�formes lib�rales.</p><p>Son r�le politique fut tout aussi effac� que celui de son fr�re. En 1832, il refusa cependant � lord Grey (1764-1845), dont le minist�re s�effor�ait de faire passer au Parlement le premier</p><p>� Reform Bill � (destin� � r�former les abus du syst�me �lectoral anglais), la nomination d�une � fourn�e � de la Chambre des lords � ce projet. Le minist�re tomba, mais le bill finit par passer.</p><p>Guillaume IV mourut le 20 juillet 1837 : la couronne passait � sa ni�ce</p><p>Victoria*.</p><p>J.-P. G.</p><p>F Canning (G.) / Empire britannique / Grande-Bretagne / Pitt (W.) / Stuarts (les) / Victoria Ire /</p><p>Walpole (R.) / Windsor.</p><p>W. E. H. Lecky, A History of England in the Eighteenth Century (Londres, 1879-1890 ; 8 vol.). / L. B. Namier, The Structure of Politics at the Accession of George III (Londres, 1929 ; 2 vol.). / E. L. Woodward, The Age of the Reform, 1815-1870 (Oxford, 1938 ; 2e �d., 1960).</p><p>/ B. Williams, The Whig Supremacy, 1714-1760</p><p>(Oxford, 1945 ; 2e �d., 1962). / H. Butterfield, George III, Lord North and the People (Londres, 1949). / R. Pares, King George III and the Politi-cians (Oxford, 1953). / B. Kemp, King and Commons, 1660-1832 (Londres, 1957). / J. S. Wat-son, The Reign of George III, 1760-1815 (Oxford, 1960). / A. Redman, The House of Hanover (New York, 1961).</p><p>Hanovre</p><p>(royaume de)</p><p>Anc. royaume de l�Allemagne du Nord.</p><p>Le Hanovre a �t� l�un des principaux �tats du Saint Empire et, apr�s avoir �t� annex� par la Prusse en 1867, il est devenu de nos jours le noyau de l�important �tat de Basse-Saxe (Niedersachsen). Mais le nom de Hanovre n�appara�t que tardivement, en 1692, quand on prend l�habitude d�appeler l��tat de Brunswick (Braunschweig), devenu alors �lectorat, Kurhanover (Hanovre �lectoral), du nom de la r�sidence de la plus active des lignes de la maison welfe, celle de Celle, dont la r�sidence fut �tablie en 1636 � Hanovre*. C�est sous le nom de Hanovre que l��lectorat devint royaume en 1814, gr�ce au congr�s de Vienne.</p><p>Dans ses fronti�res de 1815</p><p>(38 000 km 2 environ et pr�s de 1,5 million d�habitants), le Hanovre occupe tout l�espace compris entre la basse Elbe et la fronti�re n�erlandaise, � l�exception du duch� d�Oldenburg, ce qui correspond � la majeure partie des bassins inf�rieurs de l�Elbe, de la Weser et de l�Ems. Puissance continentale, mais aussi maritime, le Hanovre se dote alors d�une importante marine de commerce et cherche � ne pas se sou-</p><p>mettre au protectorat �conomique indirect de la Prusse, en retardant jusqu�en 1854 son entr�e dans le Zollverein. Les fronti�res fix�es en 1815 correspondent sans doute � un territoire plus petit que celui du grand Welf Henri le Lion (1129-1195) et plus grand que celui des duch�s de la maison welfe au XVIe s., mais c�est en fait au temps d�Henri le Lion que commence l�histoire du Hanovre (c�est ce que rappellera Leibniz), qui se poursuivra aux si�cles suivants dans l�histoire des principaut�s n�es du d�membrement de l��tat d�Henri, rival malheureux de Fr�d�ric Barberousse.</p><p>Apr�s avoir atteint son apog�e au XIIe s., la maison welfe avait d� se contenter d�un espace r�duit, entre la Weser et l�Elbe, et dont l�axe �tait l�Aller ; l�acc�s � la mer lui avait �t� interdit par Hambourg, Br�me, l�Oldenburg, la Frise orientale et les terres de l��v�que de M�nster et de l�archev�que de Br�me. Plus tard, au XVIIe s., apparaissent les app�tit su�dois et brandebourgeois. Malgr� une situation g�ographiquement favorable au point de jonction entre les hauteurs (dont le Harz) et la grande plaine, le pays de la maison welfe ne peut gu�re prosp�rer, les ressources du sol et du sous-sol restant modestes (le sel et un important centre minier dans le Harz, autour de Clausthal-Zellerfeld) ; les bouches des fleuves et une bonne partie de leurs rives �chappaient � la maison welfe, qui �tait, en outre, tr�s ramifi�e et qui souffrait de fr�quents conflits internes entre les h�ritiers de rameaux venant � s��teindre, ce qui favorisait un �miettement tr�s pouss�, cependant que l��v�ch� de Hildesheim occupait une position centrale entre les trois prin-downloadModeText.vue.download 96 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5237</p><p>cipaux territoires : Celle-L�neburg, Calenberg-G�ttingen et Wolfenb�ttel.</p><p>En 1634 se constitua le duch� de Brunswick-Wolfenb�ttel, qui parvint � maintenir son autonomie jusqu�en 1933 malgr� une histoire agit�e et des ressources tr�s modestes. Les autres territoires de la maison welfe furent</p><p>r�unis, et leur unit� put �tre maintenue jusqu�� ce que commen��t, sous le r�gne d�Ernest Auguste (1679-1698), la v�ritable ascension de l��tat, qui prit le nom de la ville-r�sidence. Non seulement Ernest Auguste put obtenir en 1692 le neuvi�me �lectorat gr�ce � un jeu habile d�alliances avec Vienne et se hisser au niveau de ses rivaux de Dresde et de Berlin, mais aussi il permit par son mariage avec la princesse palatine Sophie, qui �tait une h�riti�re des Stuarts, la mont�e sur le tr�ne d�Angleterre, sous le nom de George Ier, de son fils Georges Louis (acte d��tablissement de 1701, accession au tr�ne en 1714).</p><p>Par cette union strictement personnelle, qui dura jusqu�en 1837, le Hanovre donna � l�Angleterre quelques-uns de ses souverains les plus contest�s, qui, d�ailleurs, ne s�int�ress�rent gu�re � leur domaine continental. Mais le Hanovre devint une porte largement ouverte sur les influences anglaises, aussi bien politiques que confessionnelles ou intellectuelles ; il fut administr� au nom du roi par un gouvernement aristocratique �clair�, dont divers membres furent remarquables ; les ressources furent d�velopp�es, la position politique, devant une Saxe en difficult� et un Brandebourg devenant peu � peu la Prusse, fut consolid�e, et l�universit� de G�ttingen, fond�e en 1737, devint tr�s rapidement la principale universit� protestante des pays germaniques du Saint Empire.</p><p>Diverses acquisitions territoriales �tendirent la domination hanovrienne sur le Lauenbourg (1705), sur Br�me et Verden (c�d�s en 1715 par le Danemark, qui les avait pris � la Su�de), sur Osnabr�ck, enfin (1803). La guerre de Sept Ans, dans laquelle le Hanovre fut, comme l�Angleterre, l�alli� de la Prusse, ne modifia aucunement les fronti�res ; les guerres napol�oniennes valurent par contre au Hanovre un partage qui le fit dispara�tre pour quelques ann�es, le Sud �tant annex� par le royaume de Westphalie, le Nord devenant d�partements fran�ais (1810-1813).</p><p>L�important accroissement qui eut lieu en 1815 transforme l��tat : si le Lauenburg est c�d� au Danemark, le</p><p>Hanovre acquiert la Frise orientale, Hildesheim, le pays de l�Ems, une partie du Eichsfeld. Parmi les habitants se trouve ainsi une importante fraction de catholiques, ce qui modifie la g�ographie confessionnelle d�un pays qui s�affirmait depuis le XVIe s. une citadelle du protestantisme (bien que la R�forme luth�rienne n�ait �t� achev�e qu�en 1580).</p><p>Consid�r� par la Conf�d�ration germanique uniquement comme royaume de Hanovre, et non comme une partie continentale de la Grande-Bretagne, le Hanovre conna�t tout d�abord une histoire int�rieure relativement paisible, marqu�e par la convocation, en 1814, d��tats g�n�raux et par la constitution, en 1819, d�une repr�sentation form�e de deux chambres. Des troubles en 1830 sont suivis par la lib�ration des paysans (1831-1833) et par l�introduction en 1833, d�une Constitution lib�rale.</p><p>Cette �volution, somme toute fort calme, est interrompue en 1837, quand, par suite de diff�rences notables des lois de succession, Victoria, devenue reine d�Angleterre, ne peut, en tant que femme, �tre aussi reine de Hanovre ; c�est son oncle Ernest Auguste qui monte sur le tr�ne. Il abolit la Constitution de 1833, ce qui provoque la protestation de sept professeurs de G�ttingen (die G�ttinger Sieben), finalement d�mis de leurs fonctions. La Constitution de 1840 est un compromis, et, � la diff�rence du duch� de Brunswick, les �v�nements de 1848 ont en Hanovre un tr�s l�ger �cho (la Constitution de 1848</p><p>�tablit la Chambre haute sur le principe non de la noblesse, mais de la propri�t� terrienne).</p><p>Sous le r�gne du roi aveugle</p><p>George V (1851-1866, mort en 1878), les conflits empirent, peut-�tre avec la complicit� de la Prusse, dont les lib�-</p><p>raux J. von Miquel (1828-1901) et R.</p><p>von Bennigsen (1824-1902) sont les partisans. Apr�s une longue p�riode de neutralit�, le Hanovre prend dans le conflit austro-prussien le parti de Vienne ; il capitule le 29 juin 1866 � Langensalza, malgr� une premi�re victoire remport�e le 27 juin. Il est occup�, puis annex� par la Prusse.</p><p>Cette annexion �branle le principe de la l�gitimit� monarchique, sur laquelle s�appuie tout aussi bien la Prusse, et fait entrer dans cet �tat des groupes d�opposition actifs : l��glise luth�rienne refuse d�accepter l�union prussienne ; les catholiques, autour de Windthorst (1812-1891), forment le noyau du Zen-trum ; le parti loyaliste est exasp�r� par la brutalit� de Bismarck, qui n�h�site pas � confisquer la fortune personnelle du roi pour s�en servir comme d�une caisse noire (Welfenfonds, appel� aussi Reptilienfonds, termes pass�s dans le langage politique allemand). Bismarck ne peut imposer son id�e de d�membrer le Hanovre, mais l�administration locale est progressivement adapt�e au mod�le prussien. Le roi meurt � Paris en 1878, sans avoir renonc� � la couronne ; cette renonciation sera faite en 1913, lorsque son petit-fils deviendra duc de Brunswick.</p><p>En 1924, gr�ce � la politique centralisatrice de la SPD, le pl�biscite organis� pour r�gler la question de l�appartenance � la Prusse est un �chec du parti hanovrien ; divers membres soutiennent la tr�s active NSDAP (Na-tionalsozialistische Deutsche ArbeiterPartei). Arriv�e au pouvoir, celle-ci entreprend de donner de nouvelles structures territoriales qui menacent de faire d�finitivement dispara�tre l��tat.</p><p>La d�faite de 1945 permet de reconstituer cet �tat en ao�t 1946 et de le faire entrer en novembre dans le nouvel �tat de Basse-Saxe*.</p><p>J.-B. N.</p><p>E. von Meier, Hannoversche Verfassungs-und Verwaltungsgeschichte (Berlin, 1898-1900 ; 2 vol.). / G. Schnath, Geschichte des Landes Niedersachsen (Francfort, 1962).</p><p>Hanse</p><p>Vocable d�origine germanique, employ� d�j� dans le sens de � suite guerri�re � dans la Bible d�Ulfilas, puis dans celui de � r�union de jeunes filles � (m�gda hose) dans le Beowulf, le mot Hanse d�signe primitivement un groupement d�individus. Reparu au XIIe et au XIIIe s. dans les pays situ�s entre l�Elbe et la Seine, entre la mer du Nord</p><p>et les Alpes, il s�applique alors soit � une taxe pay�e par les marchands, soit � un groupement de marchands associ�s appartenant � une ou plusieurs villes et trafiquant avec des marchands</p><p>� forains �, c�est-�-dire � �trangers �, qui ne participent pas, tout au moins au d�but, � leurs privil�ges.</p><p>Simple � ghilde � unissant � l�origine les marchands d�sireux de s�assurer le monopole de la vente � la halle, la � Hanse parisienne des marchands de l�eau �, qui n�appara�t, en fait, qu�� la fin du XIe s., est un exemple type de Hanse urbaine n�associant, au moins au d�but, que les marchands d�une seule ville : Paris*.</p><p>Un cas particulier de</p><p>Hanse urbaine :</p><p>la Hanse de Londres</p><p>Tr�s nombreuses aux Pays-Bas, en Angleterre et en Allemagne, les Hanses urbaines ont plus g�n�ralement pour dessein d�assurer � leurs membres le monopole du commerce � l��tranger en limitant le nombre de ses b�n�ficiaires et en imposant le versement d�un lourd droit de Hanse aux marchands forains trafiquant dans leur ville.</p><p>La Hanse de Londres, qui est constitu�e sans doute avant 1187, appara�t � cet �gard hors de pair.</p><p>D�nomm�e au XIIe s. Hansa Bru-</p><p>gensis ou, � tort, Hansa Flandrensis, bien qu�elle n�ait jamais compris les villes de Saint-Omer, de Gand, dot�es de Hanses particuli�res, et de Douai, ne pouvant �tre acquise qu�en Angleterre ou � Bruges et pour le seul profit des �chevins de cette derni�re ville, cette Hanse de Londres n�est, en fait, selon Henri Pirenne, qu�� un agrandissement de la Hanse de Bruges ou, plus exactement [qu�] une f�d�ration de gildes urbaines � agr�g�es en trois noyaux constitutifs essentiels : la Hanse de Bruges r�unissant de cinq � sept villes ; la Hanse d�Ypres, en groupant de trois � six ; le groupe wallon, enfin, qui n�en comprend que trois (Tournai, Lille et Orchies). Elle ne r�unit, en fait, que les seuls grands marchands de ces dix-sept villes (quinze selon les statuts latins, douze selon les statuts fran�ais</p><p>post�rieurs � 1241), qui trafiquent en Angleterre et qui animent les foires de Flandre. Elle se pr�sente comme une association de d�fense et de protection mutuelles totalement ind�pendante du comt� de Flandre, mais qui se transforme naturellement en une f�d�ration de villes � caract�re territorial, les �chevinages recrutant essentiellement leurs membres parmi les animateurs du grand commerce itin�rant. Et, lorsque celui-ci devient s�dentaire � la suite du d�clin des foires de Champagne et de l�acquisition par Bruges de l��tape des laines anglaises, � la fin du XIIIe s. et au d�but du XIVe, elle dispara�t.</p><p>Une Hanse interurbaine :</p><p>la Hanse des</p><p>dix-sept villes</p><p>Longtemps confondue avec la Hanse de Londres, dont nous pouvons estimer qu�elle r�unissait un nombre �gal d�agglom�rations marchandes, la Hanse des dix-sept villes r�unit en un puissant cartel interurbain les marchands des Pays-Bas et du nord de la France, ex-downloadModeText.vue.download 97 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5238</p><p>portateurs des c�l�bres �toffes � fran-cig�nes �. Ces marchands commer-</p><p>cialisent ces �toffes en �le-de-France et surtout aux foires de Champagne aupr�s de leurs homologues italiens, par l�interm�diaire desquels ils les diffusent dans l�ensemble du Bassin m�-</p><p>diterran�en. Cette Hanse interurbaine compta � son maximum d�extension au XIIIe s. plus de vingt villes ; elle disparut au XIVe s., victime de la mont�e de Bruges et de l�interdiction faite par Louis X le Hutin � ses membres, en 1315, de se rendre � Bapaume.</p><p>La Hanse teutonique</p><p>La Hanse des marchands</p><p>� Groupement de marchands de l�Allemagne du Nord � destin� � assurer la protection et l�expansion commerciale de ses membres � l��tranger, la Hanse allemande na�t � la fois de la fondation, vers 1158, de L�beck � la jonction de</p><p>la mer du Nord et de la mer Baltique, et de la cr�ation de la � Communaut� des marchands allemands saisonniers de Gotland � au lendemain de la paix de 1161, r�conciliant Allemands et Got-landais. Les Allemands, qui disposent d�s lors d�un comptoir � Visby, juxtapos� � celui des Scandinaves, d�veloppent leur commerce en Scandinavie et surtout le long des rives sud-orientales de la Baltique, o� ils multiplient leurs fondations portuaires au XIIIe s. : Rostock vers 1200-1218 ; Wismar vers 1200-1228 ; Stralsund, �rig� en ville en 1234 ; Greifswald en 1241 ; Dantzig, �rig� en ville en 1238, etc. En m�me temps, ces m�mes marchands remontent les fleuves pour drainer les produits locaux (fourrures, cire) et ceux de l�Orient lointain, qui leur parviennent par les relais de Smolensk et surtout de Novgorod. Ayant sign� un trait� de commerce en 1189 avec le prince Iaroslav, ils fondent dans cette ville un �tablissement commun : le Peterhof, privil�gi� en 1205-1207 par le prince Constantin Vsevolodovitch.</p><p>Les Hans�ates p�n�trent par ail-</p><p>leurs sous le nom d�Esterlins (Oster-lins, marchands venus de l�est) en mer du Nord, o� ils trafiquent � la fois en Norv�ge, en Angleterre, puis aux Pays-Bas ; ils monopolisent d�s le milieu du XIIIe s. le commerce le long d�un axe Novgorod-Reval-L�beck-Hambourg-Bruges-Londres. Transitant d�abord par l�isthme du Holstein, ils affrontent</p><p>apr�s 1250 les risques inh�rents � la circumnavigation du Jylland et gagnent directement Londres, o� les membres de la Hanse de Cologne sont privil�gi�s depuis 1157 et o� ceux de Hambourg et de L�beck se voient reconna�tre par le roi d�Angleterre Henri III le droit de constituer une Hanse particuli�re, respectivement en 1266 et en 1267, dans deux documents o� le mot hansa est appliqu� pour la premi�re fois � des groupements marchands d�Allemagne du Nord (sans doute par analogie avec la � Hanse � flamande de Londres).</p><p>R�concili�es par l�interm�diaire des Westphaliens, qui participent � la fois au trafic rh�nan et au trafic baltique, les trois Hanses fusionnent en 1281 en une</p><p>� Hanse allemande � : Hansa Theu-tonicorum ou Dudesche Hense, dont les membres ont acc�s au Stalhof de Londres (en anglais steelyard), c�est-�-</p><p>dire � un comptoir clos de murs.</p><p>Les marchands allemands p�n�trent alors en Flandre, o� ils se sont fait accorder par la comtesse Marguerite, en 1252 et en 1253, d�importantes garanties judiciaires et commerciales, et ils fondent � Bruges un comptoir.</p><p>Mais, n��tant pas �troitement limit� � un enclos privil�gi� comme � Novgorod (fourrures), � Londres (laines), et � Bergen (poissons), ce nouvel �tablissement assure facilement les liaisons commerciales entre le monde baltique, d�une part, et les mondes atlantique et m�diterran�en, d�autre part. Par son interm�diaire est assur�e l�exportation en Occident des produits essentiellement naturels du Nord et de l�Est europ�ens downloadModeText.vue.download 98 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5239</p><p>(bl�s de Prusse ; fourrures de Scandinavie et de Russie ; bois, goudrons, cire et miel de Livonie et de Russie ; poissons secs d�Islande et de Norv�ge ; harengs sal�s des Pays-Bas ; m�taux de Su�de et de Hongrie [fer, cuivre, etc.) ; bi�re de Hambourg et de Br�me ; toiles de lin hans�ates ; etc.). En contrepartie, le comptoir de Bruges facilite la diffusion dans le monde baltique des produits de l�Occident et du monde m�-</p><p>diterran�en et oriental (�pices venues d�Italie, draperies des Pays-Bas), que les flottes hans�ates vont parfois qu�rir directement dans leurs pays d�origine � partir de 1250 (laines d�Angleterre) ou de 1350 (sel de la baie de Bourgneuf, le Baiensolt, puis de Brouage, sinon de Set�bal ; vins de La Rochelle ou de Gascogne, etc.).</p><p>� c�t� des dizaines d��tablissements marchands et autres factoreries dispers�s le long des c�tes europ�ennes depuis le Portugal jusqu�au golfe de Finlande, les quatre comptoirs de Novgorod, de Bergen, de Londres et de Bruges, appel�s officiellement la</p><p>� Communaut� des marchands de la Hanse... �, constituent le fondement essentiel de la prosp�rit� et de la puissance de la Hanse allemande, qui est rest�e une institution tr�s l�che.</p><p>La Hanse des villes</p><p>Form�e sans doute de villes qui se sont group�es r�gionalement � partir de 1250 en ligues de d�fense (westphalienne, saxonne, wende), la Hanse allemande n�a jamais constitu� ellem�me une ligue de ce type, mais simplement une communaut� �conomique qui, apr�s avoir uni � l�origine uniquement des marchands, a progressivement associ� entre 1250 et 1350 les villes dont ceux-ci �taient originaires.</p><p>Ainsi, la Hanse des marchands a-t-elle achev� de se transformer vers 1350 en une Hanse des villes, dont l�usage des privil�ges est, d�s lors, r�serv� � ceux qui poss�dent le droit de bourgeoisie d�une des villes membres.</p><p>Bien qu�il soit impossible d��tablir une liste exhaustive des villes hans�atiques � une date d�termin�e, on peut estimer � au moins cent vingt-neuf le nombre de celles dont les grands commer�ants ont particip� � ses privil�ges � l��tranger � un moment quelconque du XIVe et du XVe s.</p><p>Les villes sont reconnues membres de la Hanse soit d�s l�origine, vers 1350, soit par admission officielle sur demande, ou encore par intrusion semi-clandestine (cas des petites agglom�-</p><p>rations) ; elles n�en sortent que par exclusion, par d�mission ou, beaucoup plus fr�quemment, par renonciation tacite. N�admettant en son sein qu�un seul prince, le grand ma�tre de l�ordre Teutonique, dont d�pendent �troitement les bourgeois des six principales villes prussiennes, la Hanse en retire un incontestable prestige et une puissance militaire et navale particuli�rement pr�cieuse en cas de guerres, auxquelles elle ne participe qu�� seule fin de maintenir son syst�me �conomique, fond� sur � une situation de monopole consid�r�e comme immuable et l�gitime �</p><p>(Pierre Jeannin). Il en est ainsi lors du conflit avec la Flandre (1351-1360) et surtout lors de la guerre danoise (1361-1370), dont l�issue victorieuse, concr�tis�e par la paix de Stralsund, marque en 1370 l�apog�e de la Hanse, qui se fait c�der les quatre places fortes ou lieux de p�che du Sund : Elseneur downloadModeText.vue.download 99 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5240</p><p>(Helsing�r), Malm�, Skan�r et Fals-terbo, ainsi que les deux tiers des revenus attach�s � leur p�age.</p><p>Faiblesse structurelle et</p><p>difficult�s conjoncturelles</p><p>Contrainte de devenir une puissance politique et militaire internationale, la Communaut� ne dispose pourtant que d�une seule institution qui lui soit propre : le Hansetag. Cette assembl�e g�n�rale de villes membres joue un r�le d�cisif en mati�re diplomatique, militaire, �conomique et judiciaire, puisqu�elle arbitre les conflits entre villes membres. Pourtant, ses r�unions se tiennent sans aucune p�rio-dicit�. D�ailleurs rares sont celles o� sont repr�sent�es les villes des trois</p><p>� tiers �, entre lesquels ses membres sont r�gionalement r�partis. Le Hansetag se tient g�n�ralement � L�beck,</p><p>dont le Conseil de ville joue un r�le essentiel au sein de la Hanse � c�t� des</p><p>� di�tes de tiers � (ou de quartier) et des � di�tes r�gionales �. Il �met ses d�cisions sous forme de � rec�s �, th�oriquement applicables par tous, mais qui ne s�imposent en fait qu�aux villes qui ont envoy� des d�l�gu�s � la Di�te g�n�rale � et encore pas toujours. � Ne pr�sentant aucun des traits caract�ristiques d�un �tat � (Philippe Dollinger), la Hanse doit, en cas de crise grave, se r�soudre � constituer des ligues soumettant leurs membres � des obligations financi�res et militaires tr�s pr�cises. Il en est ainsi de la ligue de Cologne, constitu�e en 1367 contre le Danemark, et des � tohopesate � (se tenir ensemble) du XVe s., dont la plus c�l�bre est celle qui est organis�e par L�beck en 1418, lorsque la pr��minence de cette ville est officiellement reconnue sur la Hanse.</p><p>Cette faiblesse structurelle de la Hanse rend celle-ci plus sensible aux al�as de la conjoncture. Encore capable d�imposer � l�Angleterre la paix d�Utrecht de 1474, la Hanse ne peut pr�tendre traiter �ternellement d��gal � �gal avec les �tats nationaux ou les principaut�s territoriales en voie de constitution tant � l��tranger qu�en Allemagne ; encore moins peut-elle pallier les cons�quences, pour son commerce, de la substitution d�un axe Francfort-Nuremberg-Leipzig-Pozna&#x144; � l�axe Londres-Bruges-L�beck-Reval et celles de l�essor du trafic hollandais, qui s�accentue � l�extr�me fin du XVe s.</p><p>Marqu� par la fermeture des comptoirs de Novgorod en 1494 et de</p><p>Londres en 1598, par la d�faite inflig�e par le Danemark aux L�beckois en 1534-35, par les conqu�tes su�doises autour de la Baltique, le XVIe s. est pour la Hanse une p�riode de d�clin irr�m�-</p><p>diable, les villes membres ne parvenant � participer � la prosp�rit� g�n�rale que dans la mesure o� elles reviennent � un � syst�me de privil�ges partag�s et d��tapes impos�es � reposant sur</p><p>� l�id�e qu�un monopole acquis [peut]</p><p>�tre maintenu par des contraintes juridiques � (Pierre Jeannin). Cruellement atteinte par cette �volution de la conjoncture, la Hanse ne survit pas aux effets de la guerre de Trente Ans,</p><p>puisque l�on date son d�c�s de 1630, ann�e de la conclusion d�une alliance restreinte entre L�beck, Hambourg et Br�me, ou de 1669, ann�e de la r�union de la derni�re di�te hans�atique.</p><p>P. T.</p><p>F Br�me / Bruges / Champagne / Cologne</p><p>/ Commerce international / Flandre / Foire /</p><p>Gda&#x144;sk / Hollande / Londres / L�beck / Novgorod</p><p>/ Paris / Pays-Bas.</p><p>W. Vogel, Kurze Geschichte der Hanse (Halle, 1915). / J. Denuce, la Hanse et les Compagnies commerciales anversoises aux pays baltiques (De Sikkel, Anvers, 1938). / K. Pagel, Die Hanse (Berlin, 1942 ; 4e �d., 1965). / Han-sische Studien (Berlin, 1961). / P. Dollinger, la Hanse, XIIe-XVIIe si�cle (Aubier, 1964). / K. Fritze, Am Wendepunkt der Hanse (Berlin, 1967).</p><p>Han Wou-ti (Han</p><p>Wudi)</p><p>F CHINE.</p><p>Han Yu</p><p>Confucianiste et lettr� chinois du milieu de la dynastie Tang (Tengzhu</p><p>[T�eng-tchou], Henan [Ho-nan], 768 -</p><p>Chang�an [Tch�ang-ngan], 824), grand ma�tre de la prose classique chinoise.</p><p>N� dans une famille simple de</p><p>Nanyang (Henan), il est orphelin tr�s jeune et se consacre avec passion � ses �tudes classiques. � vingt-cinq ans, il est re�u docteur (jinshi [kin-che]) et occupe son premier poste en province.</p><p>� trente-cinq ans, il est nomm� professeur � l�Acad�mie imp�riale (Guozi dian [Kouo-tseu-tien]) et poursuit une honorable carri�re de fonctionnaire qui le m�ne jusqu�� la vice-pr�sidence du minist�re de la Fonction publique. En 819, son c�l�bre pamphlet � propos d�une relique de Bouddha, qui attaque directement l�empereur, lui vaut d��tre envoy� en exil dans le sud de la Chine.</p><p>Il en revient � la mort de l�empereur et meurt � l�apog�e de sa c�l�brit�.</p><p>Chef de file du Mouvement de la</p><p>prose antique (guwen yundong [kouwen yun-tong]), on doit � son dynamisme et � sa pers�v�rance la renaissance de l�essai en prose. Au cours de</p><p>la p�riode pr�c�dente, le style guind�, pr�cieux et finalement obscur � force de recherche de la � prose parall�le �</p><p>(pianwen [p�ien-wen]) avait envahi la litt�rature et �touff� l�inspiration. Han Yu s�inspire des mod�les fournis par l�Antiquit�, principalement les oeuvres des Han et des Royaumes combattants, pour renouveler le style des disserta-tions et des narrations. C�est pourquoi ce nouveau style litt�raire s�appelle prose antique. Simplicit� de la pr�sentation, sobri�t� de l�expression, clart� du style et de la pens�e, telles sont les qualit�s ma�tresses de la r�forme litt�-</p><p>raire de Han Yu.</p><p>La forme pr�f�r�e de Han Yu est</p><p>celle des courts essais : biographies, �pitaphes, �p�tres, rapports, requ�tes, pr�faces... Cette prose n�o-classique, dont Han Yu restera avec son ami Liu Zongyuan (Lieou Tsong-yuan) le plus brillant repr�sentant, sera consid�r�e jusqu�� la fin des Qing (Ts�ing) comme parfaite. Pendant dix si�cles, servant d�exemple � tous les lettr�s, ce style litt�raire est un des piliers de la continuit� de la litt�rature savante chinoise.</p><p>M�me la po�sie de Han Yu se ressent de son amour pour la prose. Malgr� une grande recherche de termes rares, Han Yu transpose dans ses po�mes l�expression logique et didactique de ses essais litt�raires. Il est avec Bo Juyi (Po Kiu-yi) le po�te le plus renomm� de l��re yuanhe (yuan-ho). Par les sujets de ses po�mes, il annonce la po�sie sociale et engag�e des Song.</p><p>Pour lui, le mouvement de la prose antique n�est qu�un moyen d�exprimer une r�forme profonde de la pens�e.</p><p>Han Yu r�fute les th�ories de l�art pour l�art qui avaient cours jusqu�alors et pr�che qu�il n�y a de vraie litt�rature qu�engag�e : pas de litt�rature sans pens�e, pas de bonne litt�rature sans pens�e orthodoxe, pas d�orthodoxie en dehors du confucianisme. Il s��l�ve contre la culture aristocratique, toute vou�e � la recherche du plaisir individuel. Pour lui, l�homme n�a de valeur qu�en tant qu��tre social et se d�finit par sa position dans la hi�rarchie de l��tat, r�plique de la hi�rarchie familiale. Les relations par couple, empereur-sujet, p�re-fils, �poux-�pouse, doivent �tre scrupuleusement respect�es. C�est pourquoi Han Yu lutte</p><p>avec passion contre les philosophies tao�ques et bouddhiques, qui, pr�chant le statut individuel, d�truisent l�ordre social et nient la cellule familiale.</p><p>Fervent partisan de la th�orie confuc�enne selon laquelle la litt�rature est un instrument au service du bon gouvernement, un moyen pour � enseigner � le Dao (Tao), ses oeuvres ont un aspect didactique tr�s prononc�.</p><p>Ses essais les plus c�l�bres, Sur le vrai Dao, Discours sur les ma�tres, � propos d�une relique de Bouddha, Sacrifice au crocodile, Origine de la concussion, sont des apologies du confucianisme.</p><p>Dans son discours Sur la vraie Voie, il fait la distinction entre la Voie (Dao</p><p>[Tao]) des confuc�ens, c�est-�-dire celle des anciens rois et sages qui pratiquaient les vertus d�humanit� et de justice, et la Voie des tao�stes et des bouddhistes, qui m�ne � l�inaction et � l�anarchie. Mais son acharnement � d�voiler ce qu�il consid�re comme des superstitions lui fait parfois perdre le sens des nuances dans l�argumentation.</p><p>D. B.-W.</p><p>Kouo Mojo, K�iu Yuan (Gallimard, 1957). /</p><p>Ch�u Tz�u, The Songs of the South. An Ancient Chinese Anthology (Londres, 1959). / F. T�kei, Naissance de l��l�gie chinoise (trad. du hongrois, Gallimard, 1967).</p><p>Haoussas ou</p><p>Hausas</p><p>Ethnie qui occupe le nord du Nigeria et le sud du Niger (plus de 6 millions de personnes).</p><p>Cette ethnie occupe un pays de savanes peu bois�es vers le nord, mais parcourues par des rivi�res foresti�res dans le sud. C�est une r�gion au climat sec de novembre � mai, auquel succ�de une saison humide. Les migrations et l�activit� �conomique et militaire des Haoussas ont provoqu� des contacts �troits avec les Peuls* qui parcourent la m�me zone : un certain m�tissage des populations en est la cons�quence.</p><p>L�histoire des Haoussas est aussi li�e � une p�n�tration profonde de l�isl&#x101;m.</p><p>Ce ph�nom�ne a suscit� une culture originale, qui conna�t depuis longtemps une urbanisation importante et une vie</p><p>commerciale particuli�rement intense.</p><p>Les capitales des �mirats, comme Sokoto, Zaria, Kano, avaient, il y a plus d�un si�cle, une population de plusieurs dizaines de milliers d�habitants.</p><p>L�ethnie haoussa est en effet organis�e en un certain nombre d��tats dirig�s par une aristocratie peule qui a pris le pouvoir au d�but du XIXe s.</p><p>L�appareil politique central est monopolis� par les lignages nobles, dont les downloadModeText.vue.download 100 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5241</p><p>diff�rentes branches sont souvent en comp�tition. La r�f�rence � la religion musulmane va de pair avec l�existence d�esclaves royaux. Mais l�essentiel de l�appareil politique est fond� sur des liens d�all�geance personnelle justifi�s par des rapports de parent� ou de client�le. Ces �tats sont d�coup�s en un certain nombre d�unit�s territoriales dont le centre est une ville fortifi�e.</p><p>Ces villes sont le symbole � la fois du pouvoir politique, de l�organisation �conomique et sociale et de la religion officielle. C�est l� que se tiennent les grands march�s, o� s��coule la production d�un artisanat tr�s �labor� et tr�s sp�cialis�. C�est l� que sont �rig�es les grandes mosqu�es. L�administration des diff�rentes r�gions de l��tat est assur�e par des chefs d�enclos, qui l�vent les imp�ts, exercent le pouvoir judiciaire et maintiennent l�ordre. Leurs fonctions ne sont pas automatiquement h�r�ditaires.</p><p>Mais l�originalit� de la soci�t� haoussa r�side dans sa stratification sociale complexe et relativement rigide.</p><p>Cette stratification est fond�e sur des groupes fonctionnels et professionnels � la sp�cialisation tr�s pr�cise. Cette production artisanale s�int�gre dans une �conomie internationale o� pr�-</p><p>dominent les �changes commerciaux avec les pays du nord du Sahara. Par ailleurs, les Haoussas ont connu et pratiqu� jusqu�� la fin du XIXe s. un esclavage dans le cadre de la production agricole. Les cultures essentielles sont celles du mil, du ma�s, de l�arachide, du riz et de certains l�gumes (pois). Le</p><p>surplus de cette production est �chang� avec les Peuls, qui fournissent viande, lait et engrais gr�ce � leurs bovins. En effet, les Haoussas pratiquent plut�t l��levage des moutons, des ch�vres et des �nes. Le cheval a une fonction militaire et de prestige. La chasse est peu r�pandue.</p><p>L�organisation familiale a �t� plus ou moins perturb�e par l�intrusion de l�isl&#x101;m. La structure clanique a disparu.</p><p>Le syst�me de parent� est bilin�aire malgr� le syst�me d�appellations unilin�aire. Les villages non musulmans se d�finissent encore par la patrilin�arit� et l�exogamie. La r�sidence est virilo-cale, mais les fr�res mari�s peuvent rester chez leur p�re. Les groupes domestiques (gandu) ont une base agnatique.</p><p>Il existe plusieurs types de mariages, auxquels correspondent des degr�s diff�rents de � clo�trement � des femmes.</p><p>La loi musulmane autorise le mariage avec quatre femmes. Mais celles-ci sont exclues des travaux agricoles et se consacrent � un artisanat domestique.</p><p>La possibilit� du divorce existe. Les femmes devenues ind�pendantes se livrent parfois � la prostitution, qui permet d�acqu�rir et de manifester autonomie financi�re et prestige culturel. Les prostitu�es forment en effet une partie des pr�tresses d�un culte de possession tr�s r�pandu et assez lucratif, le bori.</p><p>Ce culte est essentiellement pratiqu� par les bouchers, les chasseurs, les for-gerons, les chanteurs. On y retrouve un certain nombre de dieux de la religion ant�islamique, et, suivant la maladie ou l�infortune, la poss�d�e incarne tel ou tel dieu. La fonction sociale de ce culte est tr�s importante dans la mesure o� il permet � des groupes consid�r�s comme marginaux ou inf�rieurs d�obtenir une certaine libert� compatible avec l�isl&#x101;m.</p><p>La colonisation britannique, tout en transformant l�ensemble des conditions sociales et �conomiques du Nigeria, a conserv� et utilis� les superstructures politiques et id�ologiques du pays haoussa. La faible scolarisation (� cause de l�isl&#x101;m) a eu comme cons�-</p><p>quence une position subordonn�e des Haoussas dans la configuration des forces administratives et �conomiques du Nigeria ind�pendant. Cette situa-</p><p>tion �tait �videmment en contradiction avec le poids d�mographique et �conomique de l�ethnie et avec la position plus assur�e d�ethnies moins favoris�es sous ce dernier rapport. Ces contradictions expliquent en partie la position des Haoussas dans l�histoire r�cente de leur pays.</p><p>L�histoire des Haoussas</p><p>Agriculteurs, artisans et commer�ants, les Haoussas constitu�rent une s�rie de</p><p>� cit�s-�tats � encore florissants au XIXe s.</p><p>Leur origine est mal connue ; la tradition rattache la cr�ation, avant le XIe s., des sept premiers royaumes (Daoura, Kano, Zaria, Gober, Katsina, Rano et Biram) � une reine noire et � un h�ros berb�re ; plus tard, sept autres �tats � haoussas � auraient �t� fond�s.</p><p>Sous l�influence du Mali* au XIVe s., les cit�s profit�rent des relations du grand empire avec le monde arabe et de leur situation de carrefour des pistes du nord (Tripolitaine, Hoggar, A�r), de l�est (Bornou) et de l�ouest (Tombouctou). Marchands et lettr�s musulmans afflu�rent, et certains souverains se convertirent superficielle-ment d�s le XIVe s.</p><p>Bien que puissantes au XVIe s., Katsina et surtout Kano ne purent unifier leurs rivales et durent accepter la tutelle du Bornou et du Songha�. Aux XVIIe et XVIIIe s., apr�s l��croulement de l�Empire songha�, les pays haoussas, ind�pendants, s�entred�chir�rent. � la fin du XVIIIe s., le Gober paraissait l�emporter, lorsque les �leveurs peuls, infiltr�s depuis longtemps, prirent l�initiative ; profitant de l��lan que leur donnait leur conversion � un isl&#x101;m intransigeant, ceux-ci renvers�rent les monarchies haoussas, affaiblies (1804-1810).</p><p>La domination peule n�entra�na pas la d�cadence des villes marchandes et artisanales. En 1854, Heinrich Barth (1821-1865) consid�re Kano comme la premi�re cit� du Soudan central avec 30 000 habitants permanents, dont, il est vrai, une partie seulement sont haoussas. Centre d��change du sel, du cuivre, des marchandises arabes et europ�ennes venues � travers le Sahara contre le kola et les esclaves, Kano �tait aussi le principal centre de diffusion au Soudan des cotonnades et des articles de cuir locaux.</p><p>Transform�es au XIXe s. en �mirats peuls, les monarchies haoussas �taient auparavant des principaut�s centralis�es autour de villes-capitales puissamment mur�es o� r�sidaient le souverain (sarki) et sa cour.</p><p>Titres et fonctions constituaient un appareil d��tat complexe, o� se distinguaient l�h�ritier pr�somptif (chiroma), la reine m�re et le chef de la cavalerie. Le sarki tirait ses ressources des taxes sur les r�coltes, le b�tail, l�artisanat et les march�s ainsi que de la guerre, pourvoyeuse d�esclaves.</p><p>Au XIXe s., le destin politique des Haoussas se trouva li� � celui des �mirats peuls, pass�s sous protectorat anglais entre 1899</p><p>et 1903. Gr�ce au gouvernement indirect des Anglais, les Haoussas conserv�rent leur originalit�, et, gr�ce � leur vocation marchande, leur langue tend � devenir lingua franca de l�Afrique nig�riane.</p><p>M. M.</p><p>J. C.</p><p>F Niger / Nigeria.</p><p>H. Clapperton, Journal of a Second Expedi-tion into the Interior of Africa (Londres, 1829). /</p><p>H. Barth, Travels and Discoveries in North and Central Africa, 1849-1855 (Londres, 1857-58 ; 5 vol.). / Y. Urvoy, Histoire des populations du Soudan central (Larose, 1936). / M. G. Smith, Government in Zazzau. A Study of Government in the Hausa Chiefdom of Zaria in Northern Nigeria from 1800 to 1950 (Londres, 1960). /</p><p>M. F. Smith, Baba of Karo : a Woman of the Mus-lim Hausa (Londres et New York, 1964 ; trad. fr.</p><p>Baba de Karo, Plon, 1969). / M. Last, The Sokoto Caliphate (New York, 1967).</p><p>happening</p><p>Cette forme de spectacle s�inscrit dans le processus de d�sint�gration du style �vident � tous les niveaux de l�art moderne. Elle constitue la suite logique des proc�d�s innov�s au th��tre par Alfred Jarry, Eric Satie et Antonin Artaud, est issue du surr�alisme comme du dada�sme et proclame l�absurde.</p><p>Il s�agit toujours de traumatiser le spectateur par des effets de choc, de cruaut� et d�insolite afin de mettre en branle sa libre imagination, mais le happening va plus loin en renon�ant �</p><p>toute id�e, � tout message pour devenir la simple int�gration des acteurs aux spectateurs. Cela vise � permettre au groupe ainsi constitu� un d�foulement au sens le plus freudien du terme, et ainsi le happening s�apparente au psy-chodrame. L�abolition des concepts traditionnels de sc�ne, acteurs, spectateurs, intrigue et message, doit bouleverser la relation sujet-objet et, par l�, donner naissance � une forme unique : � R�aliser un happening, c�est cr�er une situation qui ne peut pas se reproduire deux fois � (Salvador Dali).</p><p>On �limine si bien les fronti�res entre l�art et la vie que certains groupes ont</p><p>� jou� � des happenings sans se soucier de pr�venir le public.</p><p>Les experts distinguent soigneu-</p><p>sement l��v�nement, isol� par d�finition (un monsieur en tenue de soir�e et portant un cor de chasse arrive sur la sc�ne. Il s�incline pour saluer, et l�instrument, qui �tait rempli de billes, se vide), du happening, constitu� par</p><p>� une s�rie alogique d��v�nements �</p><p>(Michael Kirby). Le terme � happening � trouva son acception en 1959</p><p>dans le titre d�Allan Kaprow 18 Happenings in 6 Parts. Ensuite, Ben Vautier affirme avoir initi� les Fran�ais en 1962 avec Publik (premi�re manifestation � Paris, � le Th��tre total �), jou� (sic) deux ans plus tard � Paris : Ben restait sur la sc�ne assis, immobile et silencieux, avec derri�re lui un �cri-teau o� on lisait : � Regardez-moi, cela suffit. �</p><p>Les plus conservateurs des happenings comportent une matrice ; ils sont, disent les critiques fran�ais, institutionnalis�s. Ainsi, dans The Marrying Mai-den de Jackson MacLow (The Living Theatre, 1960 et 1961), on joue une pi�ce de th��tre, par exemple Rom�o et Juliette, mais la conduite des acteurs est d�termin�e par des cartes tir�es au hasard de trois jeux et qu�on leur fait passer des coulisses : le paquet du rythme comporte 5 cartes (de tr�s lent � tr�s rapide), le paquet d�intensit� 5</p><p>aussi (de murmures � hurlements), mais le troisi�me paquet, concernant actions et attitudes, est �norme ; il comporte 1 200 cartes d�ordres, allant du surprenant (embrasser pendant trois minutes la personne la plus proche) au bouffon (se gratter dix fois l�oreille gauche), en</p><p>passant, bien entendu, par l�obsc�ne et le r�pugnant. Autre exemple, les Play-girls du Fran�ais Marc�O (th��tre Bo-bino, 1967), o� la technique consiste � laisser aux acteurs le soin d�illustrer un th�me, ici d�mystifier le ph�nom�ne y�-y�. Apr�s un certain nombre de r�-</p><p>p�titions, l�auteur tire de ces tentatives downloadModeText.vue.download 101 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5242</p><p>les �l�ments qui en feront une structure valable encadrant le jeu libre des repr�-</p><p>sentations : � Il ne faut plus �crire des pi�ces sur le papier, mais cr�er directement sur la sc�ne, en d�mystifiant tout le temps. Les critiques ne comprennent g�n�ralement pas qu�il faut, de nos jours, �crire directement sur la sc�ne � (le Soir, Bruxelles, 11 mars 1964). Cette matrice n�est pas n�cessairement un texte ou une structure, car un des fondements du happening, comme celui de la musique pop* ou des diverses activit�s artistiques de la beat generation*, est la baudelairienne correspondance des sensations pouss�e � ses derni�res extr�mit�s : lumi�res spasmodiques et obscurit� totale, bruits insoutenables, odeurs irr�sistibles et m�me agression physique, comme jets de liquides naus�abonds ou salissants (on cite un happening de Jean-Jacques Lebel o� les spectateurs sont contraints au silence parce qu�on leur colle une bande de sparadrap sur la bouche !).</p><p>Dans Eat d�Allan Kaprow (jou� � New York en janvier 1964), les spectateurs, apr�s avoir pay� leur place, s�engagent dans une sorte de labyrinthe o� ils sont soumis � diverses sensations, agressions et �preuves, tout cela culminant, juste avant la sortie, dans l�absorption d�une pomme de terre cuite en robe des champs. La matrice, en ce cas, est donc un environnement sensoriel que l�auteur pr�sente en ces termes : � Une oeuvre con�ue comme un rituel quasi eucharistique fond� sur des contrastes de sym�tries et d�asym�tries des choses physiques, avec le dessein d��tablir un rythme de r�ciprocit� entre le stable et l�instable � (Tulane Drama Review).</p><p>Pour parvenir � identifier acteurs et spectateurs, il faut que ces derniers</p><p>sortent d�eux-m�mes : on semble estimer que l�agression, sous une forme ou sous une autre, peut seule r�ussir � atteindre cet objectif. Si A. Artaud, avec son th��tre de la cruaut�, en fut le proph�te, J.-J. Lebel en est aujourd�hui le pontife avec sa devise � Apprendre � voir neuf � (le Soir, Bruxelles, 28 juill.</p><p>1966). Dans l�une de ses produc-</p><p>tions, les acteurs passent dans la salle, noy�e d�effets violents de vacarme et de lueurs �blouissantes en �clairs, et jettent � la figure des spectateurs des morceaux de sucre � la vol�e en hurlant</p><p>� L. S. D. �. Une des formes faciles de l�agression, tr�s pratiqu�e, consiste � entra�ner l�auditoire dans une activit� ill�gale, par exemple l�attentat � la pudeur, qui fait du spectateur un voyeur et parfois un exhibitionniste ; c�est par une simple conjonction de fr�quence que, dans l�esprit public, la notion de happening entra�ne l�id�e de striptease.</p><p>L�ill�galit�, le souci d��tre en marge expliquent aussi pourquoi les auteurs de happening sont souvent des r�volutionnaires qui citent abondamment Herbert Marcuse et plus pr�cis�ment son livre Eros et Civilisation.</p><p>Dans Meat-Joy de Carole Schnee-</p><p>mann (jou� au Centre des artistes am�-</p><p>ricains de Paris le 29 mai 1964), on voit sur une piste de th��tre en rond un acteur et une actrice en collants faire des danses lascives qui �voquent de plus en plus pr�cis�ment la copulation.</p><p>Lorsque l�extase est cens�e surgir avec des attitudes plastiques renforc�es par divers proc�d�s audio-visuels, un ma-chiniste place entre les mains du couple une poule vivante. Le pauvre volatile est alors tortur�, �cartel�, d�pec�, et les lambeaux sanglants sont lanc�s � toute vol�e parmi les spectateurs. Ce moment marque le d�but de la seconde forme du happening, la plus pure selon les amateurs, car elle est sans matrice ; personne ne sait ce qui va se passer ; toute l�activit�, alors, est non institutionnalis�e. C�est le pand�monium : certains membres du public s�enfuient avec �coeurement, d�autres restent pour crier leur indignation et en viennent aux mains avec les thurif�raires de l�art nouveau, d�autres enfin profitent du d�sarroi g�n�ral pour essayer, avec plus ou moins de succ�s, de violer leurs voisines. Les organisateurs triomphent,</p><p>ayant r�ussi � briser codes, cadres et conventions.</p><p>Il est facile de disserter savamment sur cette � symbolisation du drame du couple �, d��voquer les rapports certains avec les c�r�monies d�hyst�rie collective pratiqu�es sous les noms de macumbas, de candombl�s (Br�sil surtout) et de culte vaudou (Antilles), de rappeler les diverses manifestations de sorcellerie et de satanisme au cours des �ges, de montrer que toujours on se trouve en pr�sence d�une sorte d��me collective qui, d�truisant l�identit�, abolit par l� toute distance entre les individus, etc. Anthropologie, sociologie, psychopathologie fourniront le canevas de cette critique du happening, alors que l�existentialisme (la th�orie du regard et de la relation sujet-objet chez J.-P. Sartre : � Je saisis le regard d�autrui au sein m�me de mon acte, comme solidification et ali�nation de mes possibilit�s � [l��tre et le N�ant] ; J.-P. Sartre a d�ailleurs prononc� � Bonn, le 4 septembre 1966, une conf�-</p><p>rence dans laquelle il parla du happening en termes �logieux), le nouveau roman (et surtout Dans le labyrinthe</p><p>[1959] de Robbe-Grillet [cette parent� est confirm�e avec �clat dans le dernier roman paru, Projet pour une r�volution � New York, 1970]), la toute derni�re nouvelle vague au cin�ma (par exemple le Week-End de J.-L. Godard, 1967) et le th��tre d�avant-garde (certains passages des oeuvres d�Isidore Isou, de S. Beckett et de J. Genet peuvent �tre consid�r�s comme des embryons d�happenings) permettront de donner au ph�nom�ne des r�pondants d�ordre esth�tique. En outre, le caract�re international de ce genre de manifestations (on en a m�me vu dans les pays communistes) et le fait qu�il se situe surtout dans les capitales ou les grandes villes montrent assez qu�il s�agit d�une des multiples retomb�es de l�explosion contemporaine de la civilisation et de la recherche, � travers des manifestations fugitives et spontan�es, des attitudes originelles et fondamentales de l�homme lors de l� � invention � de la soci�t�. J.-J. Lebel �crit : � Cet art nouveau, dans la mesure o� il se veut un effort collectif de sacralisation, ira donc chercher ses structures de base dans les soci�t�s primitives et fut directement</p><p>caus� par un retour aux sources : l�art des sauvages et des fous. �</p><p>Le happening dans les</p><p>arts plastiques</p><p>Si l�on admet comme premier happening en date celui qu�organisa John Cage* en 1952 au Black Mountain College, il faut alors voir dans les happenings l�extension � d�autres sph�res que la musique (et plus particuli�rement le th��tre et la peinture) de la non-diff�renciation entre le � choisi � et l� � accidentel �, entre l�art et la vie. De m�me que Cage appelle de ses voeux la combinaison dans l�oeuvre musicale de sons �labor�s et de sons fortuits, ready made, le th��tre devra accueillir sur le m�me plan mots, gestes et bruits</p><p>� �crits � ou � spontan�s �, la peinture s�ouvrant, elle aussi, simultan�ment et indiff�-</p><p>remment aux objets ou formes cr��s par l�artiste et aux objets ou formes propos�s par l�environnement quotidien ou par le hasard. Or, les happenings furent un mode d�expression tout particuli�rement pris� par les peintres � y compris ceux qui s�en tinrent plus ou moins longtemps au seul happening comme substitut de la peinture : Allan Kaprow, Jean-Jacques Lebel</p><p>�, et d�ailleurs l�int�r�t port� par Cage � la peinture de Rauschenberg*, notamment, est chose bien connue. L�originalit� de ces happenings fut de combiner des �l�ments th��traux (action ou attente de l�action, gestes, paroles, �v�nements) et musicaux aux �l�ments proprement formels, comme si l�ambition de la peinture, � ce moment, avait �t� en quelque mesure le Gesamtkunstwerk (oeuvre d�art totale), r�v� par Richard Wagner et l�Art nouveau.</p><p>Si l�on se reporte � l��poque qui vit l�apparition aux �tats-Unis du ph�nom�ne des happenings, on constate qu�elle est marqu�e principalement par la vogue de l�assemblage*, ce que souligne l�emploi courant du vocable � assemblagistes �</p><p>(assemblagists) pour d�signer les tr�s nombreux artistes qui y ont recours entre 1950 et 1960, en particulier sur la c�te californienne (les combine paintings de Rauschenberg participant du m�me courant).</p><p>R�action ironique au sublime de l�expressionnisme* abstrait, l�assemblage est aussi rappel, non moins ironique, de la r�alit� am�ricaine, sous la forme des rebuts industriels de toute sorte et des objets de bazar.</p><p>Cette double signification se retrouve dans les happenings, que l�on est en droit de tenir pour des assemblages �ph�m�res de gestes, de cris, de formes, de couleurs et d�objets, avec cette diff�rence que le happening, impr�gn� d�humour ou manifestant quelque volont� de d�sacralisation, tourne presque obligatoirement � la c�r�-</p><p>monie, au rite, au th��tre sacr�. Et, plus ou moins, c�est la vie quotidienne qui tend � s�y trouver sacralis�e. On peut penser �galement que la prise de possession de l�espace par le geste de Pollock*, sa toile pos�e � m�me le sol comme s�il ambition-nait d��tendre son emprise au territoire am�ricain, se trouve ici transf�r�e � l�espace urbain. C�est une portion de l�espace urbain qu�embrasse le geste de l�artiste organisateur du happening, en m�me temps qu�une portion du temps (on sait l�importance de la notion de temps dans l�action painting) : deux des plus importants parmi les premiers happenings, en 1959, la Rue de Claes Oldenburg et la Maison de Jim Dine, l�indiquent nettement d�s leur titre.</p><p>Peut-on, � ce moment, admettre, ainsi que le voudrait Marcelin Pleynet, le happening comme � simulacre de l��v�nement que la peinture ne produit pas, du scandale que devrait �tre la peinture ? � Ce n�est possible que dans le cas d�un Kaprow ou d�un Lebel, qui ne peindront plus d�-</p><p>sormais. Au contraire, le happening a jou� pour Oldenburg et Dine, par exemple, un r�le de transition et les a en somme aid�s � se trouver. On dirait qu�il leur a permis de voir clair dans leurs propres intentions et que, du chaos des formes, des gestes et des sons, ils ont su tr�s vite d�gager ce qui composerait leur univers particulier (v. pop�art). Le happening serait-il donc l��cole de peinture id�ale ? En tout cas, s�il avait �t� un � simulacre � de ce que la peinture ne pouvait �tre, une image exhaustive et non peinte de la peinture, il se serait ais�ment substitu� � celle-ci. Or, il n�en est rien, et, aux �tats-Unis du moins, la le�on du happening s�est presque tout enti�re transport�e dans le th��tre �</p><p>encore qu�on puisse voir dans le land art, entre autres (v. conceptuel [art]), une forme amoindrie du happening.</p><p>En Europe, par contre, il semble qu�il en aille autrement et que ce soient la m�ga-lomanie (Joseph Beuys), le sadisme ou le masochisme des peintres qui continuent � perp�tuer le happening, rebaptis� individuellement (� action � pour Beuys) ou col-</p><p>lectivement (� Fluxus � pour Wolf Vostell et Ben). On serait alors tent� d�inscrire le happening europ�en dans le cadre de l�expressionnisme, de sa tradition v�h�mente downloadModeText.vue.download 102 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5243</p><p>et mystique. Mais � vrai dire, de ce fait, l�int�r�t se transporte plut�t de l�oeuvre sur l�artiste � le sch�ma christique fondamental de l�expressionnisme se trouvant ainsi port� au premier plan, assum� charnelle-ment et non plus lyriquement : � ce titre, ce que l�on nomme actuellement le body art (art corporel) peut �tre con�u comme un choc en retour du happening, l�introversion succ�dant � l�extraversion, cris, gestes et formes de l�artiste se substituant aux manifestations de l�environnement urbain. Il faudrait enfin consid�rer la direction particuli�re prise par le happening au Japon avec les manifestations du groupe Guta�* d�s 1955 : mais ici, selon toute vraisemblance, nous sommes en pr�sence du produit moderne d�une culture raffin�e, d�celable du jardin zen au th��tre n&#x14D;.</p><p>J. P.</p><p>P. G.</p><p>H. Marcuse, Eros and Civilization (Boston, 1955 ; trad. fr. �ros et Civilisation, �d. de Minuit, 1963). / Le Happening, num�ro sp�cial de Tulane Drama Review, vol. X (New Orleans, 1965). / M. Kirby, Happenings (Londres, 1965).</p><p>/ J.-J. Lebel, le Happening (Deno�l, 1966). /</p><p>G. Tarrab, le Happening, num�ro sp�cial de la Revue d�histoire du th��tre (1968).</p><p>Harbin</p><p>En chinois HA�ERBIN (HA-EUL-PIN), v. de la Chine septentrionale.</p><p>Simple village de p�cheurs sur les bords du Soungari � la fin du si�cle dernier, Harbin est devenue la capitale de la province du Heilongjiang (Hei-long-kiang), l�une des six plus grandes villes de la Chine (1 800 000 hab. en 1965) et un grand centre industriel moderne.</p><p>Comme la plupart des centres</p><p>urbains de ce � pays neuf � qu�est le Nord-Est chinois (l�ancienne Mand-</p><p>chourie), c�est une � ville-champignon � qui doit son d�veloppement � celui du chemin de fer. C�est � Harbin que s�effectue la jonction de la grande voie ouest-est (Mandchouli-Vladivos-tok), construite par les Russes en 1897, et des voies nord-sud (Harbin-Jilin-Dalian ou Harbin-Kirin-Dairen [cr�ation russe] ; Harbin-Changchun [Tch�ang-tch�ouen] - P�kin [cr�ation japonaise apr�s 1905]), reliant la Mandchourie au reste du territoire chinois.</p><p>Comme le chemin de fer qui l�a fait na�tre, Harbin (ou Kharbine) est une cr�ation urbaine russe dont le noyau actuel a gard� le style architectural et qui compte encore plusieurs dizaines de milliers d�habitants d�origine russe (plus de 100 000 apr�s 1917). Apr�s leur victoire de 1905, les Japonais, qui l�appellent Binjiang (Pin-kiang), en font une grande base militaire, et l�essor urbain, li� � la mise en valeur active de la Mandchourie, va �tre prodigieux : 40 000 habitants en 1911, 380 000 en 1932, 750 000 en 1942. Le d�veloppement r�cent est plus consid�-</p><p>rable encore (1 200 000 hab. en 1953</p><p>et 1 800 000 en 1965), li� au d�veloppement d�un vaste complexe industriel qui compte parmi les plus modernes et les plus puissants du pays.</p><p>Une telle fortune s�explique par la place �minente que tient le Nord-Est dans l��conomie du pays depuis 1949</p><p>(v. Chine) et par la situation de la ville au coeur d�une r�gion particuli�rement riche en mati�res premi�res : vastes terres agricoles fertiles des plaines du Soungari, qui constituent un immense front pionnier ; riches houill�res de Hegang (Ho-kang) et de Shuangyashan (Chouang-ya-chan) � l�est ; plomb, cuivre, fer, tungst�ne des massifs du sud-est.</p><p>Ainsi Harbin est-elle devenue le premier centre d�industries alimentaires de la Chine (minoteries, sucreries, huileries, tabac, etc.) et un des plus grands centres d�industries m�tallurgiques, sp�cialis� dans la fabrication d��quipements �lectriques, de turbines, d�instruments de mesure, etc.</p><p>Toutes ces industries constituent un vaste complexe r�parti entre Har-</p><p>bin m�me et quatre villes satellites : Acheng (A-tch�eng) au sud-ouest, qui traite la production agricole (filatures de lin, brasseries, sucreries), tout comme Zhaodong (Tchao-tong) au nord-ouest (huileries, produits de l��levage) ; Hulan (Hou-lan) au nord, o� dominent les industries m�caniques et textiles ; Binxian (Pin-hien) � l�est (industries alimentaires et �lectriques).</p><p>� Harbin m�me sont implant�es les industries de haute technicit�, parmi lesquelles figurent quelques-unes des plus grandes usines chinoises construites avec l�aide sovi�tique, telles que l�usine de g�n�rateurs �lectriques (10 000 ouvriers), l�usine de roulements � billes (10 000 ouvriers), l�usine de compteurs �lectriques (4 000 ouvriers).</p><p>P. T.</p><p>F Hei-long-kiang.</p><p>Hardy (Thomas)</p><p>�crivain et po�te anglais (Upper Boc-khampton 1840 - Max Gate, pr�s de Dorchester, 1928).</p><p>Thomas Hardy appartient � une</p><p>g�n�ration d��crivains de l��re victo-rienne finissante, dont le pessimisme s�oppose � la satisfaction mat�rialiste de l��poque. Mais l�angoisse qui appara�t chez E. Fitzgerald, J. Thomson, W. H. White ou G. Gissing, Hardy, en la d�tachant des contingences temporelles, l��l�ve � une dimension cos-mique. Parce que t�t il s�est impr�gn� des tragiques grecs. Parce que dans l�atmosph�re particuli�re des landes de son enfance, propices aux manifestations supraterrestres, il a d�couvert la puissance des forces obscures qui p�sent sur l�humanit�. Parce que la science, chez lui, et surtout la nature ont pris la place d�un Dieu condamn� par Darwin, Mill, Huxley ou Spencer.</p><p>Ce Dorsetshire o� il est n�, il l�a parcouru en tous sens, enfant � qui une famille pourtant humble donne le go�t des choses de l�esprit, adolescent qui �crit ses premiers vers � dix-sept ans tout en �tudiant l�architecture, et puis � son retour au pays natal, o� il se marie en 1874. Toute son existence, � l�exception d�une dizaine d�ann�es pass�es � Londres comme architecte, il la vit</p><p>au coeur du � Wessex �, qu�il immortalisera dans ses romans. Apr�s Des-perate Remedies (Rem�des d�sesp�r�s, 1871), o� l�angoisse rev�t des aspects � la W. Collins, il donne Under the Greenwood Tree (Sous la verte feuill�e, 1872). La nature y prend un aspect rustique et charmant. Il y a l� encore place pour le bonheur, dont l�ultime refuge se trouve chez les paysans, les Forestiers, prot�g�s du savoir et de l�ambition.</p><p>Pourtant, cette nature n�est pas celle de Wordsworth, o� l�homme puise un apaisement �merveill�. Si elle a l��pre et prenante beaut� de la for�t des Woo-dlanders (Gens de la lande, 1887), de la plaine de Stonehenge dans Tess of the D�Urbervilles (1891), on s�aper�oit tr�s t�t de la place obs�dante qu�elle occupe, entit� cruelle, mal�fique et om-nipr�sente sur la lande d�Egdon, dans The Return of the Native (le Retour au pays natal, 1878). L�hostilit� environnante est tout ourl�e de co�ncidences et de hasards, le hasard impitoyable et aveugle qui �veille dans l�oeuvre de Hardy des r�sonances grecques et shakespeariennes. L�homme, pris entre la nature et l�espace intersid�ral (Two on a Tower [Un couple sur une tour], 1882), est broy� comme Tess d�Urberville par ce que Hardy � sans doute sous l�influence de Schopenhauer �</p><p>nommera volont� immanente dans The Dynasts, large fresque po�tique �crite de 1903 � 1908. Et, comme s�il n�y suffisait pas pour le malheur de la cr�ature humaine, celle-ci est la proie de forces int�rieures (The Mayor of Casterbridge</p><p>[le Maire de Casterbridge], 1886). Et d�abord de l�instinct sexuel, qui cause la perte de Jude dans le plus significatif, le plus angoissant et le plus sombre de ses romans. Si elle s�efforce souvent � l�intellectualisme, telles Paula de A. Laodicean (1881) et surtout Sue de Jude the Obscure (1896), la femme n�en reste pas moins soumise � sa nature, aussi bien qu�Eustacia du Retour au pays natal et qu�Arabella dans Jude the Obscure. Le r�alisme de Thomas Hardy n�est pas sans rappeler celui des naturalistes fran�ais, comme l�importance du probl�me du sexe, qui r�git imp�rieusement dans son oeuvre les rapports humains � en d�pit des aspirations au savoir et du vernis impos� par la civilisation �, conduit � �voquer D. H. Lawrence. Mais peut-�tre Jude</p><p>the Obscure arrive-t-il trop t�t. Les remous qui accompagnent sa parution, faisant suite aux fortunes diverses de ses autres oeuvres romanesques, d�couragent Hardy. Fatigu�, par ailleurs, des servitudes que lui impose le feuilleton, financi�rement indispensable, apr�s avoir publi� en son temps un recueil de nouvelles au titre �vocateur, Life�s Little Ironies (les Petites Ironies de la vie, 1894), Thomas Hardy revient � la po�sie de ses d�buts. Il n��crira pas moins de neuf cents po�mes, surtout lyriques, de Wessex Poems (1898) jusqu�au volume de Winter Words</p><p>(1928), publi� apr�s sa mort, qui compl�tent la personnalit� du romancier d�un si�cle finissant par celle du po�te du XXe s., qu�il annonce.</p><p>D. S.-F.</p><p>M. Cazamian, le Roman et les id�es en Angleterre. L�influence de la science, 1860-1890</p><p>(Istra, 1923). / C. J. Weber, Hardy of Wessex, his Life and Literary Career (New York, 1940 ; 2e �d., 1965). / E. Blunden, Thomas Hardy (Londres, 1942). / J. G. Southworth, The Poetry of Thomas Hardy (New York, 1947 ; r��d., 1966). / L. de Ridder-Barzin, le Pessimisme de Thomas Hardy (P. U. F., 1948). / G. Wing, Hardy (�dimbourg, 1963).</p><p>Hareng</p><p>Poisson T�l�ost�en marin d�eau temp�-</p><p>r�e froide, qui se rapproche des c�tes pour frayer. Il appartient � la famille des Clup�id�s et au grand ordre primitif des Clup�iformes, dont il constitue le type.</p><p>Les Clup�id�s</p><p>Le Hareng (Clupea harengus) montre la plupart des caract�res primitifs des anciennes subdivisions des Malacop-t�rygiens et des Abdominaux. Les pelviennes sont en position post�rieure downloadModeText.vue.download 103 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5244</p><p>(abdominale), et leur ceinture est libre.</p><p>La caudale est homocerque. Tous les rayons des nageoires sont mous et ramifi�s. Les �cailles sont �lasmo�des,</p><p>de type cyclo�de. Les vert�bres, nombreuses, portent deux paires de c�tes.</p><p>Les myoseptes s�ossifient en ar�tes.</p><p>La vessie natatoire est en relation avec l�oesophage par un canal (type physostome).</p><p>Outre ces caract�res primitifs communs � tout l�ordre, le Hareng, comme les Poissons du sous-ordre des Clup�o�des, a une ligne lat�rale non visible ext�rieurement ; des diverticules de la vessie gazeuse viennent au contact du sac endolymphatique de l�oreille, am�-</p><p>liorant ainsi, vraisemblablement, l�audition. Enfin, comme tous les repr�-</p><p>sentants de la famille des Clup�id�s, le Hareng poss�de un filtre pharyngien, fait de branchict�nies nombreuses et fines, gr�ce auquel il peut retenir les particules alimentaires et le plancton, dont il se nourrit. Cette alimentation microphage a entra�n� la r�gression dentaire, tandis que l�intestin est tr�s long. Le profil ventral du corps est aminci en une car�ne dont les �cailles forment une cr�te en dents de scie ; les �cailles sont caduques ; la caudale est fourchue.</p><p>La famille des Clup�id�s renferme, outre le Hareng, nombre d�esp�ces comestibles et commercialis�es, comme les Aloses et les diverses esp�ces de Sardines*.</p><p>D�veloppement et</p><p>migrations</p><p>Le Hareng est souvent cit� comme un exemple de Poisson migrateur enti�-</p><p>rement marin. L�esp�ce peuple les deux c�t�s de l�oc�an Atlantique, du Spitzberg � l�Espagne � l�est et du Groenland au cap Cod � l�ouest. La migration conduit les individus matures des aires de croissance vers les aires de reproduction, c�est-�-dire du large vers les eaux c�ti�res. Le Hareng pond des oeufs d�mersaux, fix�s sur les fonds rocheux ou sableux ; la ponte a lieu en hiver pour les populations m�-</p><p>ridionales (Manche, mer du Nord ou Baltique), au printemps ou au d�but de l��t� pour les populations plus septentrionales (Islande, Norv�ge, �cosse).</p><p>Apr�s un petit nombre de semaines, l�alevin �cl�t et monte en surface. Il se nourrit de plancton et notamment</p><p>de Cop�podes, mais il est alors incapable de r�sister aux courants qui l�entra�nent. Apr�s un an, il a atteint une dizaine de centim�tres et commence � poursuivre activement des proies plus grosses. Vers l��ge de quatre ans, il atteint 25 cm, devient mature et entreprend alors la migration de retour vers les fray�res en nageant � contre-courant. La dispersion des alevins et des juv�niles, due � l�entra�nement passif par les courants, puis � la poursuite de proies minuscules qu�il faut capturer dans des aires tr�s �tendues, est donc suivie d�un regroupement des g�niteurs dans les eaux c�ti�res.</p><p>Les autres Clup�id�s migrateurs ne suivent pas tous un tel sch�ma. Les Sardines sont �galement marines toute leur vie, mais, � l�inverse des Harengs, elles se reproduisent au large et se rapprochent des c�tes pour leur nutrition ; leur r�partition g�ographique est aussi plus m�ridionale. Les Aloses sont des migrateurs fluvio-marins qui remontent les rivi�res pour s�y reproduire.</p><p>Quelques autres</p><p>Clup�iformes</p><p>Au voisinage imm�diat des Clup�i-d�s se situent les Dussumi�rid�s, qui sont des Clupes sans car�ne ventrale, et les Engraulid�s, ou Anchois. Le sous-ordre des Clup�o�des peut �tre rapproch� des plus primitifs des Clup�iformes, comme : les Tarpons (Elopi-d�s), Poissons p�lagiques d�passant 2 m de long et qui font l�objet d�une p�che sportive ; les Arapaimas (Ost�o-glossid�s), Poissons d�eau douce dont la biologie et la r�partition g�ographique sont voisines de celles des Dip-neustes ; les Mormyres (Mormyrid�s) et les Gymnarches (Gymnarchid�s), Poissons dulcicoles �lectriques qui utilisent leurs d�charges faibles pour explorer les eaux vaseuses o� ils vivent (v. Gymnote).</p><p>R. B.</p><p>L. Bertin et C. Arambourg, � Syst�matique des poissons �, dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958).</p><p>harmonie</p><p>Science des accords*, qui traite de leur formation, de leur disposition et de leur encha�nement.</p><p>On peut dire, d�une fa�on g�n�rale, que l�harmonie se subordonne � la m�lodie ; elle l�interpr�te et l��claire.</p><p>Il serait, certes, abusif de r�duire l�harmonie � un r�le subalterne de coloration, enti�rement li� � l�accompagnement. L�harmonie a un pouvoir �motionnel certain ; elle peut avoir une incidence structurale. Dans la pratique occidentale, toutefois, la notion d�accompagnement n�est gu�re s�parable de la notion de continuum harmonique.</p><p>Lorsque Joan Baez s�accompagne � la guitare, elle forme un continuum harmonique � une s�quence d�accords</p><p>�, tout comme le luthiste �lisab�thain concourait � cr�er un continuum harmonique, sans doute plus finement ouvrag�, sous la voix m�lodique.</p><p>La notion d�harmonie est apparue tr�s tard dans l�histoire de la musique.</p><p>Ce n�est qu�apr�s plusieurs si�cles de polyphonie �crite, fond�e sur le contrepoint, qu�� la conception lin�aire s�est substitu�e en Occident une �coute globale. Celle-ci mettait l�accent non plus sur l�individualit� des voix superpos�es, mais sur l�originalit� des combinaisons de sons obtenues par leur rencontre. Ce sont ces combinaisons qu�on appelle accords.</p><p>Au XVIIIe s., le trait� d�harmonie de J.-Ph. Rameau (1722) propose une th�orie coh�rente des accords et de leurs fonctions. Cette codification rend compte d�un aspect devenu essentiel de l�art musical europ�en ; on s�efforce, d�autre part, � en fonder les pr�misses sur le fait de nature. Les harmoniques naturels � tierce majeure et quinte �</p><p>constituent l�accord parfait majeur et lui donnent un cachet d�authenticit�.</p><p>De l�accord parfait d�coule le mode majeur (ex. 1). Cependant, le mode mineur, qui, dans le syst�me tonal, s�oppose au mode majeur et le compl�te, appara�t comme une cr�ation artificielle, empirique, moins ais�-</p><p>ment justifiable � partir d�un a priori naturaliste.</p><p>Au XVIIe s., la notion d�accord �tait d�j� assez r�pandue pour que se form�t</p><p>une notation abr�g�e, qu�on appelle chiffrage. Dans l��criture de l��poque, la basse continue chiffr�e, d�usage courant, s�int�gre � presque toutes les formes ; clavecinistes et organistes savent la � r�aliser � en une sorte d�improvisation texturale qui constitue un accompagnement de type polyphonique. Cette pratique, qui dispara�t apr�s J.-S. Bach, se retrouve au XXe s., sous une forme voisine, dans les chiffrages qu�utilisent les musiciens de jazz (ex. 2).</p><p>Monteverdi et Gesualdo sont, sans doute, les premiers grands harmonistes de l�histoire. Au XVIIIe s., Rameau, Bach et Mozart ont d�velopp� les virtualit�s du langage harmonique de leur temps. Mais l��ge d�or de l�harmonie est incontestablement le XIXe s. �</p><p>l��poque romantique, on voit l��criture harmonique (� verticale �) supplanter presque compl�tement l��criture contrapuntique (� horizontale �), avec laquelle elle s�alliait en un �quilibre id�al chez J.-S. Bach et dans les principales oeuvres de Beethoven. Apr�s Debussy, le langage harmonique d�-</p><p>cline en m�me temps que le syst�me tonal, auquel il est attach� � encore qu�on puisse parler � juste titre d�une harmonie non tonale en certaines pages de Sch�nberg ou de Berg. En ce sens large, l�harmonie n�est point morte avec la tonalit�.</p><p>Comme le syst�me tonal, le langage harmonique classique-romantique se fonde sur le conflit tension-d�tente. Un accord de septi�me � dissonant � est plus � tendu � qu�un accord de quinte</p><p>� consonant ; de m�me, selon qu�il se pose sur le Ier degr� (tonique), le Ve (dominante), le IVe (sous-dominante) ou tout autre degr� de la gamme, un accord exprime dans le contexte harmonique une tension variable.</p><p>Dans la musique classique, la</p><p>consonance prime la dissonance ; � partir de Wagner, c�est la dissonance qui l�emporte ; celle-ci se complique par l�usage de plus en plus fr�quent du chromatisme, c�est-�-dire de sons additionnels �trangers � la tonalit� (sur douze sons, il y a sept sons appartenant au ton et cinq sons additionnels).</p><p>Ainsi les premi�res mesures de Tristan</p><p>et Isolde constituent un � cas harmonique � c�l�bre (ex. 3).</p><p>downloadModeText.vue.download 104 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5245</p><p>L�harmonie peut exprimer aussi</p><p>bien la stabilit� tonale que le passage d�un ton dans un autre, qu�on appelle modulation (ex. 4). On a m�me parl�, au d�but du si�cle, d�accord polytonal o� se superposeraient (ex. 5) plusieurs tonalit�s ; mais cette interpr�tation reste, sur le plan analytique, discutable.</p><p>Un bon harmoniste se distingue par la rigueur de l��criture, la richesse de l�imagination, le sens du style et la justesse de l�intuition. Cette derni�re qualit�, qui d�termine le choix m�me des accords, pouvait �tre tenue pour mineure � l��poque classique, o� une m�lodie engendrait n�cessairement, semble-t-il, son harmonie � v�ritable �.</p><p>Il n�en est plus de m�me dans la vision pluraliste de la musique moderne. Par exemple, Debussy, dans le Pr�lude � l�apr�s-midi d�un faune, pr�sente le th�me principal de fl�te en plusieurs contextes harmoniques successifs, tous diff�rents.</p><p>L��tude de l�harmonie, qui, selon l�usage acad�mique, pr�c�de celles du contrepoint et de la fugue, concerne en premier lieu la formation des accords et leur chiffrage (ex. 6) ; puis on apprend � les disposer (ex. 7) et � les encha�ner, en tenant compte des obligations des sons fonctionnels qu�ils comportent �ventuellement (ex. 8). La pratique de la r�alisation de la � basse donn�e � tend � fortifier chez l��tudiant la rigueur de la sp�culation et l��l�-</p><p>gance de l��criture, et celle du � chant donn� � � d�velopper son imagination pr�auditive.</p><p>De nombreux p�dagogues ont publi� des trait�s d�harmonie qui pr�tendent fixer, de fa�on plus ou moins arbitraire, un ensemble de r�gles r�gissant l�emploi des accords et des combinaisons particuli�res � l��criture harmonique : retard, p�dale, anticipation, �chap-</p><p>p�e, appoggiature, note de passage, broderie. L��tude des partitions des grands ma�tres classiques et modernes infirme souvent les � lois � �nonc�es par ces auteurs. Il convient, cependant, de citer, � c�t� du trait� de Rameau (1722), celui, �galement historique, de Sch�nberg (1911), dont on attend encore la traduction en fran�ais.</p><p>L�harmonie est un luxe � elle n�est pas essentielle, comme le rythme ou la m�lodie, au fait musical � dont on ne se privera pas sans appauvrir gravement, peut-�tre, l�art musical.</p><p>A. H.</p><p>M. Emmanuel, Histoire de la langue musicale (Laurens, 1951 ; 2 vol.). / E. Cost�re, Lois et styles des harmonies musicales (P. U. F., 1954).</p><p>/ O. Alain, l�Harmonie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965). / J. Chailley, Expliquer l�harmonie (�d. Rencontre, Lausanne, 1967).</p><p>harpe</p><p>Instrument triangulaire, muni de cordes d�in�gales longueurs.</p><p>Cette d�finition correspond � la harpe occidentale, ou harpe angulaire.</p><p>Cependant, il a exist� et il existe encore en Afrique noire une harpe arqu�e, ou arc musical, munie d�une ou de plusieurs cordes. Cet instrument est l�an-c�tre de la harpe : l�arc primitif s��tant sensiblement incurv� pour former un angle.</p><p>D�s le IIIe mill�naire av. J.-C., on trouve des repr�sentations de harpes ar-qu�es sur les sceaux et les plaques vo-tives de la civilisation sum�rienne, puis chez les �gyptiens de la IVe dynastie de l�Ancien Empire (v. 2700 ans av. J.-</p><p>C.). Le volume et le nombre des cordes des harpes �gyptiennes iront croissant, sans que le principe de l�instrument en soit chang�, jusqu�� l��poque sa�te, o� appara�t une harpe angulaire manifestement d�importation assyrienne. Car c�est aux Babyloniens que nous devons la transformation de la structure de la harpe. Ils imagin�rent de fabriquer leurs harpes en deux parties distinctes</p><p>� caisse de r�sonance et joug de fixation � reli�es solidement entre elles.</p><p>Les Syro-Ph�niciens perfectionnent l�instrument en fermant le triangle par</p><p>un montant analogue � la colonne de la harpe actuelle. Cet instrument se propage en Gr�ce et arrive en Europe probablement avec l�installation des Ph�niciens au sud de l�Espagne (1100</p><p>av. J.-C.). Cit�e d�s le VIe s. de notre �re par Fortunat, la harpe ne devient d�un usage courant en Europe occidentale qu�� partir du VIIIe s. Elle conna�t alors un succ�s qui ne s�est pas att�nu�, malgr� de courtes �clipses.</p><p>Le m�me instrument continue � �tre jou� dans les pays celtiques : Bretagne, �cosse, Irlande.</p><p>Le chromatisme naissant de la</p><p>Renaissance fait pr�f�rer � la harpe, grande favorite du Moyen �ge,</p><p>d�autres instruments capables de moduler (luth, claviers, guitare), les cordes de la harpe restant immuablement diatoniques. Des essais de harpes � doubles rang�es de cordes (arpa doppia), puis � triples rang�es, dont Mersenne et Praetorius nous ont laiss� des exemples, tentent de redonner � la harpe une vogue �ph�m�re.</p><p>Apr�s un premier perfectionnement, d� en 1660 � des facteurs tyroliens, qui fixent � la console de la harpe des crochets qui, actionn�s � la main, tiraient la corde en la raccourcissant d�un dix-septi�me environ, un luthier bavarois, Georg Hochbrucker, en 1697, imagine de faire fonctionner ces crochets � l�aide de p�dales plac�es de chaque c�t� du socle de l�instrument. Perfectionn�e de nouveau en 1720, la harpe d�Hochbrucker se r�pandit par toute l�Europe, avant que la harpe d��rard vienne la supplanter.</p><p>Les cordes furent successivement actionn�es par des crochets, puis par des sillets mobiles (b�quilles). C�est le syst�me � � fourchettes �, invent� en 1794 par S�bastien �rard, qui a pr�-</p><p>valu, ainsi que la harpe dite � � double mouvement �, qu�il a pr�sent�e � Londres en 1811.</p><p>Malgr� les recherches de diff�rents facteurs et quelques perfectionnements apport�s � la harpe d��rard, c�est toujours sur ce m�me principe que sont fabriqu�es les harpes actuelles, par �rard (Paris), Obermayer (Munich), L�f-</p><p>fler (Wiesbaden), Lyon &amp; Healy (Chicago), Salvi (G�nes), Rasnoexport (Moscou), Cervenka (Prague).</p><p>Les pays celtiques continuent � utiliser des harpes diatoniques (ou semi-chromatiques) dont les cordes sont raccourcies � l�aide de palets actionn�s � la main. Ces harpes sont fabriqu�es d�une fa�on semi-industrielle � Londres par Smith et par Morley, � Paris par Martin et � T&#x14D;ky&#x14D; par Jujiya et par Yamaha.</p><p>Des essais de harpes chromatiques � cordes crois�es connurent des vies downloadModeText.vue.download 105 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5246</p><p>�ph�m�res. Jean Henri Pape (1845) avait pris un brevet pour une harpe de ce genre qui ne vit jamais le jour. Gustave Lyon, reprenant le m�me principe, sortit en 1896 une harpe qui, selon lui, r�pondait parfaitement aux besoins de la musique. Soutenu par la maison Pleyel (dont Lyon �tait le directeur), ce syst�me ne surv�cut pas � la mort de son inventeur (1936).</p><p>Description de la harpe</p><p>La harpe � double mouvement se compose de 1 415 pi�ces. Elle comporte quatre parties essentielles :</p><p>1o le corps sonore ;</p><p>2o la console, qui re�oit le m�canisme et les chevilles d�accord ;</p><p>3o la colonne, qui r�unit le corps sonore � la console ;</p><p>4o le socle, sur lequel se rejoignent le corps sonore et la colonne.</p><p>Le socle est creux. Il est perc� en sa partie post�rieure de cr�neaux � crans qui permettent d�accrocher les p�dales suivant trois positions diff�rentes ( ,  ,  ).</p><p>Ces p�dales, au nombre de sept, correspondent aux notes de la gamme. Reli�es par des ressorts � sept tringles qui passent � travers la colonne, le mouvement des p�-</p><p>dales se r�percute � travers le m�canisme plac� dans la console.</p><p>Cette console a la forme d�un col de</p><p>cygne. Form�e de plusieurs �paisseurs de sycomore et de cormier dispos�es � fil contrari�, elle est recouverte de deux plaques de cuivre �crouies au marteau. Ces plaques, ainsi que la console, sont perc�es de trous permettant le passage des pivots de la m�canique et des chevilles d�accord.</p><p>La m�canique, plac�e � l�int�rieur de la console, est compos�e de tringles, ou petites bielles d�acier se reliant sur des �querres de cuivre, mont�es elles-m�mes sur des pivots charg�s de supporter les fourchettes. Celles-ci sont constitu�es par deux boutons en saillie, mont�s sur deux disques parall�lement � la face de la console.</p><p>Au b�mol, la corde passe � vide entre les deux fourchettes ; accroch�e au cran interm�diaire, la p�dale imprime au disque inf�rieur une r�volution partielle qui, se r�-</p><p>percutant sur le disque sup�rieur, produit le premier demi-ton ( ). La continuation de ce mouvement, quand on accroche la p�dale au cran inf�rieur, donne le second demi-ton ( ).</p><p>Sept moteurs, plac�s � partir du si4 � l�int�rieur de la console, sont charg�s de r�percuter le mouvement des p�dales � tout le m�canisme.</p><p>Le corps sonore est compos� de trois placages de h�tre, de palissandre ou d��rable, renforc�s � l�int�rieur par une charpente en demi-cerceaux. La table de r�sonance est faite en spruce coll�, press� et s�ch� au four. Elle est perc�e de trous destin�s � recevoir les cordes. La tension de celles-ci sur la table exerce une pression de 2,5 t au diapason la3 = 435 p�riodes. Les cordes de la harpe sont en boyau de mouton de calibres diff�rents, sauf en ce qui concerne les onze derni�res cordes graves, qui sont en maillechort ou en cuivre, fil�es sur acier.</p><p>Les ut sont color�s en rouge, les fa en bleu fonc�. Les harpes modernes poss�dent en g�n�ral quarante-sept cordes. Ces cordes sont fix�es sur la table de r�sonance par des boutons d��b�ne.</p><p>F. V.</p><p>Les grands harpistes</p><p>Si les noms des harpistes de l�Antiquit�, du Moyen �ge ou de la Renaissance nous sont parvenus, ils repr�sentent</p><p>surtout un int�r�t anecdotique. C�est � partir du XVIIIe s., au moment o� la technique de la harpe se d�veloppe, qu�apparaissent les grands virtuoses.</p><p>Les classiques</p><p>Christian Hochbrucker (Tagmersheim 1733? - d�but XIXe s.). Dernier fils de l�inventeur des p�dales, il a compos� des sonates pour harpe seule ou harpe avec accompagnement de violon bien con�ues pour l�instrument et s�illustra � Paris (v. 1769-1789) comme virtuose.</p><p>Johann Baptist Krumpholtz (Zlonice, pr�s de Prague, v. 1745 - Paris 1790).</p><p>Le plus grand virtuose de son temps, il a su associer la harpe aux timbres de diff�rents instruments. � c�t� d�eux, il faut citer : Philippe Jacques Meyer (Strasbourg 1737 - Londres 1819), auteur d�une m�thode ; Fran�ois Petrini (Berlin 1744 - Paris 1819) ; Micha&#x142;</p><p>Kazimierz Ogi&#x144;ski (Varsovie 1731 - id.</p><p>1800), auteur de l�article � Harpe �</p><p>dans l�Encyclop�die de Diderot ; Jean-Baptiste Cardon (Rethel v. 1760 - Saint P�tersbourg 1803) ; Jacques Georges Cousineau (Paris 1760 - id. 1824) ; Fran�ois Joseph Nadermann (Paris 1773 - id. 1835), qui fut le professeur de la classe de harpe cr��e � Paris, au Conservatoire, en 1825.</p><p>Les romantiques</p><p>Fran�ois-Joseph Dizi (Namur 1780 -</p><p>Paris 1840) et Charles Bochsa (Montm�dy 1789 - Sydney 1856). Tous deux sont auteurs d��tudes qui sont toujours au programme de renseignement de la harpe.</p><p>Elias Parish-Alvars (Teignmouth</p><p>1808 - Vienne 1849). Il domine la p�-</p><p>riode romantique de sa forte personnalit�. Ses compositions de pure virtuosit� ont beaucoup contribu� au d�veloppement technique de la harpe.</p><p>Les contemporains</p><p>L��cole fran�aise domine dans la p�-</p><p>riode contemporaine.</p><p>Henriette Reni� (Paris 1875 - id.</p><p>1956). Virtuose et compositeur, elle a fond� une �cole de harpe.</p><p>Marcel Tournier (Paris 1879 - id.</p><p>1951). Il s�est livr� � de nombreuses recherches, enrichissant la palette sonore de l�instrument.</p><p>Carlos Salzedo (Arcachon 1885 - Wa-terville, Maine, 1961). Il a fond� aux �tats-Unis diverses �coles et associations de harpistes, et, avec E. Var�se, l�International Composer�s Guild (1921).</p><p>Marcel Grandjany (Paris 1891),</p><p>Pierre Jamet (Orl�ans 1893), Lily Laskine (Paris 1893) et Nicanor Za-baleta (Saint-S�bastien 1907) se sont fait applaudir dans le monde entier.</p><p>M. Praetorius, Syntagma Musicum (Wolfenb�ttel, 1615-1619, 3 vol. ; r��d., Kassel, 1916-1929, 2 vol.). / M. Mersenne, Harmonie universelle (Paris, 1636 ; r��d., C. N. R. S., 1964, 3 vol.). / M. Pincherle, � la Harpe des origines au commencement du XVIIe si�cle �, et A. Blondel,</p><p>� la Harpe et sa facture �, dans Encyclop�die de la musique sous la dir. de A. Lavignac et L. de La Laurencie (Delagrave, 1925). / A. Schaeffner, Origine des instruments de musique (Payot, 1936). / W. Stauder, Die Harfen und Leiern der Sumerer (Francfort, 1957). / H. Charnass� et F. Vernillat, les Instruments � cordes pinc�es (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971).</p><p>Hartung (Hans)</p><p>Peintre fran�ais d�origine allemande (Leipzig 1904).</p><p>Install� � Paris depuis 1935, il appara�t comme l�incontestable leader en Europe du renouveau de l�abstraction*</p><p>� lyrique �, tel qu�il s�est manifest� au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.</p><p>� Enfant, il ne dessinait ni les arbres ni les bonshommes, mais cherchait � attraper le mouvement de l��clair �, raconte Dominique Aubier. Vraie ou controuv�e, cette anecdote r�sume � merveille la peinture de Hartung en m�me temps qu�elle souligne la nature expressionniste de celle-ci. D�j�, sa premi�re admiration, � quinze ans, va � Rembrandt, dont il tente d� � attraper �</p><p>l�expressivit�. En 1921-22, � Dresde, les exemples d�cisifs lui viennent des impressionnistes allemands Max Slevogt et Lovis Corinth � plus � ges-</p><p>tuels � que leurs mod�les fran�ais</p><p>� ainsi que des expressionnistes Kokoschka* et Nolde*. D�s 1922, dans l�ignorance compl�te de la r�volution accomplie par Kandinsky* une dizaine d�ann�es auparavant, ce gar�on de dix-huit ans peint une s�rie d�encres et d�aquarelles o� il d�couvre d�embl�e sa voie non figurative : les encres, rythm�es par des coups de pinceau dans la lign�e Slevogt-Corinth-Kokoschka, repr�sentent la part motrice, nerveuse, saccad�e ; les aquarelles, domin�es par l�effusion d�une couleur qui tend � la saturation, dans l�esprit de Nolde, font la part du r�ve et de la contemplation.</p><p>Toute la peinture � venir de Hartung s�inscrira entre ces deux p�les : l��clair et les nuages, pourrait-on dire, ou encore le principe masculin et le principe f�minin (l�expression nuages et pluie d�signait traditionnellement l�acte sexuel dans la litt�rature chinoise ancienne). Aussi, bien qu�il ait entendu une conf�rence de Kandinsky en 1925</p><p>� Leipzig, Hartung refuse, l�ann�e suivante, d�entrer au Bauhaus* (o� l�emporte l�abstraction g�om�trique). �</p><p>Dresde, en 1926, l�Exposition internationale d�art lui fait d�couvrir la peinture fran�aise moderne. Le principe structurant du cubisme, dont il prend une meilleure connaissance au cours de plusieurs s�jours � Paris, l�encourage � affirmer l�armature lin�aire du tableau aux d�pens de la p�te. De nombreux voyages en Europe entre 1926 et 1931 pr�c�dent un s�jour de deux ans � Minorque (1932-1934). En 1935, enfin, ne pouvant s�accommoder du r�gime nazi, Hartung d�cide de vivre � Paris.</p><p>� la d�claration de guerre de 1939, il s�engage dans la L�gion �trang�re ; d�mobilis� en 1940, il gagne en 1943</p><p>l�Espagne, o�, incarc�r� sept mois, il est enfin rel�ch� et peut rejoindre la L�gion en Afrique du Nord ; en 1944, bless� au cours de la campagne d�Alsace, il subit l�amputation de la jambe droite. Apr�s six ann�es d�interruption, la peinture reprend enfin ses droits.</p><p>Si c�est apr�s la guerre que Hartung s�impose avec �clat � la t�te de la peinture lyrique parisienne, c�est cependant � son oeuvre ant�rieure qu�il le doit. On peut, en effet, consid�rer qu�il est d�s 1932 en pleine possession de ses moyens, comme suffiraient � en</p><p>faire foi d�admirables toiles de 1934-35-36, dans lesquelles sont mises � contribution les ressources de la tache et de l�arabesque, tout comme l�opposition entre les droites autoritaires et les courbes plus capricieuses. Or, pendant toute cette p�riode, Hartung est seul � �laborer une peinture de ce type.</p><p>Kandinsky n�est pas revenu aux grif-fures et aux taches de sa grande p�riode downloadModeText.vue.download 106 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5247</p><p>lyrique ; quant � Wols*, c�est de 1946</p><p>que date sa conversion au tachisme, et ses entassements f�briles de p�tes diff�rent profond�ment de l�organisation p�remptoire qui se d�c�le jusque dans les toiles les plus libres de Hartung. Il y a du chef d�orchestre chez celui-ci, et sa mani�re de tenir la bride haute � l�effusion, de contr�ler l�automatisme tout en b�n�ficiant (partiellement) de ses pr�sents le distingue �galement de la plupart des expressionnistes* abstraits am�ricains qui, presque tous, manifestent un plus grand abandon. C�est cela qui fait de la peinture de Hartung quelque chose o� la nervosit� et la discipline l�emportent sur l��motion et le d�sordre. Mais il faut reconna�tre que la mani�re dont le dynamisme y est � la fois d�cha�n� et retenu t�moigne d�une s�ret� �tonnante.</p><p>D�une p�riode � l�autre, d�sormais, Hartung joue davantage de l�une ou l�autre de ses ressources (statisme en 1952, souplesse en 1955, virtuosit� en 1958), � moins que ce ne soit d�effets techniques diff�rents (grattages sur des</p><p>� nuages � de peinture fra�che vapori-s�e � partir de 1961, taches en 1966, taches et droites br�ves en 1967...).</p><p>Grand prix de peinture � la Biennale de Venise en 1960, Hartung tient toujours entre ses mains, en 1973, le gouvernement des �clairs.</p><p>J. P.</p><p>R. V. Ginderta�l, Hans Hartung (Tisn�, 1960). / D. Aubier, Hartung (Fall, 1961). / H. Hartung, Werkverzeichnis der Graphic, 1921-1965</p><p>(Braunschweig, 1965). / U. Apollonio, Hans Hartung (Milan, 1966 ; trad. fr., O. D. E. G. E.,</p><p>1967).</p><p>H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d</p><p>Calife �abb&#x101;sside (766-809).</p><p>H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d prend le pouvoir en 786 � l��ge de vingt ans. Le r�gne de ce cinqui�me calife �abb&#x101;sside, personnage l�gendaire des Mille et Une Nuits, incarne aux yeux des Occidentaux l��ge d�or de l�isl&#x101;m. C�est pourtant sous ce r�gne que commence la dislocation de l�Empire islamique. En effet, sans manquer d�intelligence, l�homme est tr�s vite d�pass� par les diverses contradictions qui minent alors le monde musulman.</p><p>Il subit la forte influence de sa m�re, al-Khayzur&#x101;n, et de son secr�taire, Ya&#x1E25;ya ben Kh&#x101;lid al-Bar&#x101;mika (ou al-Barmak). Son p�re, le calife Al-Mahd&#x12B;, lui confie certes en 779-80 et 781-82 le commandement de deux exp�ditions contre les Byzantins avec le concours de vieux g�n�raux, mais H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d est alors trop jeune pour �tre consid�r� comme l�artisan des succ�s remport�s au cours de ces op�rations.</p><p>Al-Mahd&#x12B; le nomme cependant, apr�s ces victoires, gouverneur d�Ifr&#x12B;kiya, d��gypte, de Syrie, d�Arm�nie et d�Azerba�djan. Mais l�administration de toutes ces provinces est en r�alit� dirig�e par Ya&#x1E25;ya al-Bar&#x101;mika.</p><p>En 782, sous l�instigation de sa m�re, dont il est le favori, H&#x101;r&#x16B;n est plac� en second rang dans la succession au tr�ne. Al-Khayzur&#x101;n parvient m�me avec le concours de Ya&#x1E25;ya � convaincre al-Mahd&#x12B; d��carter al-H&#x101;d&#x12B;</p><p>au profit de H&#x101;r&#x16B;n. Al-Mahd&#x12B; meurt en 785, avant de prendre cette d�cision.</p><p>Et H&#x101;d&#x12B;, qui succ�de � son p�re, ne manque pas de maltraiter et d�humilier son fr�re H&#x101;r&#x16B;n, qui, pouss� par sa m�re et par Ya&#x1E25;ya, ne renonce pas � ses pr�tentions au califat.</p><p>La mort d�al-H&#x101;d&#x12B; (786) laisse la voie libre � H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d. Tr�s reconnaissant et manquant d�exp�-</p><p>rience, le jeune calife laisse la r�alit� du pouvoir � Ya&#x1E25;ya al-Bar&#x101;mika, qui constitue, pendant dix-sept ans, avec ses deux fils al-Fa&#x1E0D;l et Dja�far, une v�ritable dynastie barmakide. Mais, en</p><p>803, al-Rach&#x12B;d se retourne contre cette famille persane. Le calife prend alors la situation en main, s�appuyant sur ses maw&#x101;l&#x12B; (musulmans non arabes) et ses eunuques.</p><p>Le r�gne de H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d est</p><p>marqu� par des troubles politiques et sociaux qui touchent tant la partie occidentale que la partie orientale de l�Empire. Manquant d�unit� g�ographique, celui-ci est alors min� par les contradictions ethniques, religieuses, politiques et sociales. Apr�s avoir perdu l�Espagne en 755, les �Abb&#x101;ssides renoncent au Maroc, tomb� en 789 sous le coup des Idr&#x12B;sides, famille d�origine alide. L�Ifr&#x12B;qiya est � son tour confi�e � Ibr&#x101;h&#x12B;m ben al-Arhlab, qui, apr�s avoir r�tabli l�ordre dans cette province, y constitue en 800 une dynastie pratiquement ind�pendante. Les troubles n��pargnent pas non plus les provinces orientales. L��gypte, �cras�e par les imp�ts et tr�s mal administr�e, se r�-</p><p>volte en 788 et en 794-95 ; le pouvoir central doit intervenir �nergiquement pour sauver la situation. En Syrie, rest�e fid�le aux Omeyyades, la situation s�est tellement aggrav�e qu�al-Rach&#x12B;d envoie en 796 Dja�far al-Bar&#x101;mika r�tablir l�ordre dans cette province.</p><p>Au Y�men, la population se r�volte en 795 contre les exactions du gouverneur �abb&#x101;sside. Cette r�volte n�est apais�e qu�en 804, neuf ans apr�s son d�clenchement.</p><p>En plus de ces troubles politiques, al-Rach&#x12B;d doit affronter l�agitation sociale. Le d�veloppement �conomique accuse les oppositions entre les diverses classes de la soci�t� �abb&#x101;sside. De l� la naissance de mouvements qui, sous des formes religieuses � ch&#x12B;�ites ou kh&#x101;ridjites � cachent des rivalit�s �conomiques et sociales. Sous al-Rach&#x12B;d, ces mouvements se manifestent surtout en Perse, terre d��lection des r�voltes sociales. En 792, les ch&#x12B;�ites fomentent une r�volte au Daylam. Apr�s avoir apais� cette r�volte en 793 gr�ce � l�intervention d�al-Fa&#x1E0D;l al-Bar&#x101;mika, al-Rach&#x12B;d se heurte � l�opposition des kh&#x101;ridjites, qui d�clenchent plusieurs soul�vements, dont les plus importants en 794 et en 795. Pour combattre ces mouvements, il se place sur le terrain religieux, d�non�ant au nom de sun-</p><p>nisme (l�isl&#x101;m orthodoxe) les � h�r�-</p><p>sies � ch&#x12B;�ites et kh&#x101;ridjites. Cette attitude lui assure l�adh�sion de l�opinion publique musulmane. C�est pour se r�concilier cette opinion publique qu�il se montre s�v�re vis-�-vis des zind&#x12B;qs (libres penseurs) et m�me des d&#x1E25;imm&#x12B;s (sujets non musulmans de l�Empire), qu�il oblige � porter � Bagdad des v�tements sp�ciaux.</p><p>Son prestige grandit encore plus aux yeux des musulmans gr�ce aux guerres r�p�t�es qu�il m�ne contre Byzance.</p><p>Al-Rach&#x12B;d pense continuer ainsi les traditions de djih&#x101;d (guerre sainte) et gagner la faveur des musulmans, qui consid�rent la lutte contre les � infid�les � comme un des devoirs les plus importants du calife. C�est ainsi qu�il organise p�riodiquement des attaques contre les fronti�res byzantines et participe personnellement � certaines d�entre elles. Il remporte plusieurs victoires, notamment en 797 et en 806, qui aboutissent � des trait�s de paix conclus respectivement avec l�imp�-</p><p>ratrice Ir�ne et l�empereur Nic�phore, auquel il impose des conditions particuli�rement humiliantes, l�obligeant � payer une capitation sur sa personne et celle de son fils. Cependant, l�Empire musulman ne gagne pas de territoires au d�triment de Byzance. Les difficult�s d�approvisionnement et surtout les troubles int�rieurs ne permettent pas � al-Rach&#x12B;d de mener les guerres � leur terme. Au demeurant, le calife ne semble pas particuli�rement d�sirer l�agrandissement d�un empire dont le gouvernement pose d�innombrables probl�mes. C�est pour faire face � l�un d�entre eux qu�il marche en 808, malgr� sa mauvaise sant�, contre les rebelles du Khur&#x101;s&#x101;n � la t�te d�une importante arm�e irakienne. Mais son �tat de sant� empirant, il s�arr�te � &#x1E6C;&#x16B;s (nov. 808). Le 24 mars 809, il meurt � l��ge de quarante-trois ans.</p><p>L�homme est tr�s controvers�. Personnage d�form� par la l�gende, il est tour � tour pr�sent� comme l�un des plus grands califes ou l�un des plus incomp�tents, responsable de surcro�t de la dislocation de l�Empire. Quoi qu�il en soit, son r�gne reste un grand moment de la civilisation musulmane.</p><p>Bagdad est alors le centre politique et</p><p>�conomique du monde, et un haut lieu d�art, de culture et de pens�e. Le prestige de l�Empire est tel que le nom d�al-Rach&#x12B;d est alors connu dans le monde entier.</p><p>M. A.</p><p>F �Abb&#x101;ssides.</p><p>Haryana</p><p>�tat du nord de l�Inde ; 43 175 km 2 : 9 971 000 hab. Cap. Chandigarh*.</p><p>Le Haryana est situ� sur le seuil qui s�pare le bassin du Gange de celui de l�Indus, juste � l�ouest de la capitale f�d�rale, Delhi. C�est l�un des �tats indiens les plus petits et les plus r�cents.</p><p>Une entit� politique</p><p>r�cente</p><p>Le seuil indo-gang�tique a jou� dans toute l�histoire de l�Inde le r�le d�un carrefour, souvent �prement disput� entre des puissances rivales. Trois groupes se sont mis en place dans la r�gion : une importante masse d�hin-douistes ; de nombreux musulmans, dont la pr�sence est li�e au r�le de capitale islamique jou� par Delhi au temps du sultanat, puis de l�Empire moghol ; enfin un peuplement de sikhs, fid�les d�une religion qui r�alise un syncr�-</p><p>tisme entre hindouisme et isl&#x101;m. Ces trois groupes, longtemps m�lang�s, se sont s�par�s depuis l�ind�pendance de l�Inde. D�abord, en 1947, au cours de conflits sanglants, les musulmans se regroup�rent dans le Pendjab pakista-nais, les sikhs et les hindous dans le Pendjab indien. Cette coexistence dura presque vingt ans, mais les sikhs la support�rent d�s l�abord difficilement et demand�rent tr�s t�t un �tat bien � eux (mouvement du Pendj&#x101;b&#x12B; subha).</p><p>Apr�s de longues tergiversations, le gouvernement de l�Inde se r�signa en 1966 � un nouveau partage du Pendjab, dans le cadre de l�Union. Les districts downloadModeText.vue.download 107 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5248</p><p>� pr�dominance sikh forment main-</p><p>tenant un Pendjab r�duit, tandis que les r�gions � pr�dominance hindoue constituent le nouvel �tat de Haryana.</p><p>Une prosp�rit� relative</p><p>fond�e sur l�irrigation</p><p>Le Haryana fait partie des r�gions relativement s�ches � hiver assez marqu� du nord de l�Inde. Le total des pluies oscille en moyenne entre 400 mm dans le Sud et 800 � 900 mm au pied de l�Him&#x101;laya. L�essentiel tombe en �t�, pendant la mousson, mais les pr�cipitations hivernales ne sont pas n�gligeables (de l�ordre de 60 � 80 mm entre novembre et mars). L�hiver est marqu� par des nuits assez froides (moyennes autour de 5 � 10 �C, et il peut geler mod�r�ment dans toutes les stations de la plaine) ; les journ�es restent cependant chaudes, atteignant souvent 20 �C</p><p>et plus.</p><p>Ce climat exclut la culture hivernale du riz, et l��t� ne serait pas assez arros� pour assurer des cultures si des am�nagements consid�rables n�avaient �t� r�alis�s. Le Haryana, comme les r�gions voisines, est irrigu� par des canaux qui lui apportent les eaux des montagnes du Nord. Le canal de l�ouest de la Yamun&#x101; a �t� d�velopp� dans le dernier tiers du XIXe s., et le r�seau a �t� compl�t� dans les ann�es 1950 gr�ce au r�servoir de Bhakra, sur la Sutlej, qui a beaucoup am�lior� la situation des districts du Nord.</p><p>Le syst�me de culture est donc assez efficace. Il est fond� sur la culture estivale de millets, de coton, de canne � sucre (cette derni�re sous irrigation) et surtout sur la culture hivernale du bl� et de l�gumineuses (comme le</p><p>� gram �, pr�cieuse source de pro-t�ines). La culture du bl� profite de la r�duction de l��vaporation avec les temp�ratures assez basses, des petites pluies de l�hiver et des possibilit�s d�irrigation (trois ou quatre arrosages suffisent en g�n�ral). Il y a une diff�-</p><p>rence entre les parties septentrionales et les parties m�ridionales de l��tat.</p><p>Les premi�res re�oivent plus de pluies et sont plus proches de la r�gion arros�e de l�Him&#x101;laya ; l�irrigation y est plus facile. Les secondes, plus s�ches et plus difficiles � irriguer, sont davantage oblig�es d�avoir recours � des</p><p>cultures adapt�es � la s�cheresse, millet en �t�, gram en hiver. D�autre part, les canaux, trop anciens, ne sont pas rev�tus ; beaucoup d�eau s�infiltre dans les sols. Cela oblige les paysans � d�-</p><p>velopper la culture estivale du riz dans les r�gions basses proches des canaux.</p><p>D�autre part, les eaux qui remontent des couches profondes du sol s�y chargent souvent de sels, que l��vaporation fait remonter � la surface, causant de graves soucis aux agriculteurs, qui voient s��tendre les terres st�riles.</p><p>La productivit� de l�agriculture est relativement bonne. C�est en partie un effet des conditions naturelles corrig�es par l�irrigation, mais aussi de la pr�sence d�une paysannerie de moyens propri�taires, dot�e d�un esprit d�entreprise certain.</p><p>Une industrialisation</p><p>non n�gligeable</p><p>Malgr� l�absence de grandes villes industrielles et d�usines tr�s importantes, le Haryana n�est pas d�pourvu d�industries. Les villes et m�me les bourgades ont une multiplicit� de petits ateliers se livrant souvent � des activit�s assez modernes. L�agriculture, bien d�velopp�e, offre un march� important, � la fois parce qu�elle a besoin d��quipements et qu�elle assure � la population un niveau de vie suffisant pour l�achat des produits de consommation.</p><p>De plus, la proximit� des centrales hydro-�lectriques du pi�mont himalayen offre une �nergie suffisante (plus de 2 500 villages sur 3 300 sont �lectrifi�s, proportion remarquable pour l�Inde).</p><p>Les fabrications sont vari�es : transformation des produits agricoles (coton et sucre), mais aussi biens d��quipement (outillage agricole et machines) et produits de consommation durable (bicyclettes, mat�riel �lectrique, etc.).</p><p>Le Haryana n�a pas de tr�s grandes villes. Il doit partager avec le Pendjab la capitale, Chandigarh, et les autres centres ne d�passent pas 100 000 habitants. Il est vrai que la proximit� de Delhi lui assure un bon contact avec les activit�s urbaines.</p><p>F. D.-D.</p><p>&#x1E24;a&#x1E63;an II ou</p><p>Hassan II</p><p>F MAROC.</p><p>Ha�ek (Jaroslav)</p><p>�crivain tch�que (Prague 1883 - Lip-nice 1923).</p><p>N� � Prague de parents peu fortun�s, orphelin � treize ans, adolescent instable et contestataire, Ha�ek ne termine pas ses �tudes et s�adonne tr�s t�t, apr�s quelques stages �ph�m�res dans des emplois m�diocres, � la fr�quentation des milieux anarchistes et boh�mes.</p><p>� vingt ans, il a parcouru l�Autriche-Hongrie, �crit quelques nouvelles et eu de fr�quents d�m�l�s avec la police.</p><p>Mari� � vingt-sept ans, il se montre l� aussi incapable de la moindre stabilit�.</p><p>Deux constantes, cependant, marqueront sa vie : son m�tier de feuilletoniste besogneux et sa haine de l�ordre �tabli, repr�sent� par les capitalistes, les bourgeois, les fonctionnaires, les pr�tres et surtout l�arm�e. Plusieurs centaines de nouvelles humoristiques constituent le bilan de son activit� litt�raire de 1900 � 1914 (le personnage de �vejk appara�t dans plusieurs d�entre elles d�s 1911).</p><p>La guerre, la mobilisation dans</p><p>l�infanterie (1915), la d�sertion au bout de quelques mois, le travail politique � Kiev au sein de la L�gion tch�coslovaque, l�inscription au parti bolchevique (1918), la rentr�e du r�volutionnaire dans la R�publique tch�coslovaque bourgeoise fond�e par Masaryk (1920), voil� les grandes �tapes au cours desquelles devait m�rir le livre qui immortalisera �vejk, sinon Ha�ek : Osudy dobr�ho voj�ka �vejka za Sv&#x115;tov� v�lky (les Aventures du brave soldat �vejk durant la Grande Guerre) [t. I, 1921 ; t. II et III, 1922 ; t. IV, inachev�, 1923], d�abord Dobr&#xFD; voj�k �vejk v zajeti (le Brave soldat �vejk en captivit�, Kiev, 1917). Ha�ek mourut dans sa quaranti�me ann�e, �puis� par la mis�re et le d�r�glement de sa vie.</p><p>La caserne, cinq mois de campagne sur le front russe, la captivit�, tel est l�itin�raire militaire de Ha�ek et de �vejk. L�autocratie oppressive de</p><p>Vienne, sa bureaucratie tracassi�re et inefficace, la bourgeoisie tch�que in-f�od�e au syst�me et, en face d�elles, le petit peuple de Boh�me, courb� mais non vaincu, ob�issant mais rou-blard, tel est le monde de �vejk dans le � civil �. Plus qu�un drame, o� l�on chercherait en vain l�unit� d�action, le roman de Ha�ek est vraiment une suite d�aventures o� sont impliqu�s malgr� eux toutes sortes de personnages ridicules. Au centre, l�impayable figure de �vejk, le h�ros bouffon et bavard, le simulateur, t�moin goguenard d�un g�chis qui voudrait passer pour une �pop�e grandiose.</p><p>L�impact national de cette farce antimilitariste demeure inexplicable pour qui ignore l�histoire des pays tch�ques : trois cents ans de r�sistance passive � la domination germanique dans le peuple, soixante-dix ans d�id�ologie slavophile chez les intellectuels, cinquante ans de participation du jeune capitalisme tch�que au syst�me austro-hongrois, la tenue tr�s discut�e des unit�s tch�ques pendant la guerre, l�attitude neutraliste des chefs de la L�gion tch�coslovaque, prise, en Russie, entre les rouges et les blancs, le souci de respectabilit� bourgeoise des fondateurs de la R�publique tch�coslovaque, tous ces �l�ments, quoique non exprim�s, sont pr�sents � l�arri�re-plan dans le livre de Ha�ek.</p><p>Tous pes�rent dans l�accueil qui lui fut fait ; accueil n�gatif, en g�n�ral, jusqu�en 1948. Ce livre tr�s lu fut jug� scandaleux. Progressivement, �vejk devenait � l��tranger le st�r�otype du peuple tch�que. Les Tch�ques refusaient de se reconna�tre dans ce h�ros vulgaire et sans vertu.</p><p>Le succ�s mondial de �vejk est d� aux qualit�s intrins�ques de l�ouvrage (truculence, franche dr�lerie, d�monstration r�ussie de la force recel�e par l�inertie), mais l�ampleur de ce succ�s est largement imputable aussi au g�nie de E. Piscator, l�inventeur du � th��tre �pique � (adaptation sc�nique de �vejk � Berlin en 1929), et, d�autre part, au soutien que Brecht, pour des raisons autant id�ologiques qu�artistiques, ne cessa d�apporter � �vejk depuis 1928 (t�moin son Schweyk im zweiten Weltkrieg [�vejk durant la Seconde Guerre mondiale], 1944). Ce sont ces</p><p>m�mes raisons id�ologiques qui permirent enfin aux Tch�ques, apr�s 1948, de reconna�tre � leur h�ros mal aim� des qualit�s positives.</p><p>Traduit dans toutes les langues mondiales � partir de 1928, �vejk fut partout et tr�s souvent adapt� au th��tre (en particulier pour la premi�re fois � Prague en 1935 et � Paris en 1968) et au cin�ma.</p><p>Y. M.</p><p>Z. An&#x10D;ik, la Vie de Iaroslav Ha�ek (en tch�que, Prague, 1953). / L. Dobossy, Ha�ek (en hongrois, Budapest, 1963). / P. Peter, Ha�eks Schwejk in Deutschland (Berlin, 1963).</p><p>/ J. F. N. Bradley, la L�gion tch�coslovaque en Russie (Delmas, 1967).</p><p>hassidisme</p><p>Mouvement mystique juif n� au milieu du XVIIIe s. en Pologne.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L�initiateur de ce mouvement fut Is-ra�l Baal Chem Tov (le Ma�tre du bon renom) [1699-1760] ; simple bedeau de synagogue, il sut comprendre les downloadModeText.vue.download 108 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5249</p><p>besoins spirituels de ses coreligion-naires, cruellement pers�cut�s � cette �poque. Tr�s rapidement, le hassidisme se r�pandit dans de nombreuses communaut�s juives : les fid�les trouvaient dans son enseignement la r�ponse aux probl�mes de la vie quotidienne.</p><p>Apr�s la mort du Baal Chem en</p><p>1760, ses disciples d�velopp�rent et diffus�rent son enseignement, qui pro-clamait la certitude que � tout homme peut s�approcher de Dieu �, se fondre en lui par une pi�t� v�cue intens�ment dans la pri�re et dans la joie.</p><p>Le mouvement rencontra de vives</p><p>oppositions, notamment de la part d�un des rabbins les plus c�l�bres du XVIIIe s., le gaon Elie de Vilna (1720-1792). N�anmoins, les partisans du</p><p>hassidisme r�pandirent leur enseignement avec un succ�s grandissant en Ukraine ; les petites maisons de pri�res se multipli�rent rapidement, accueillant des fid�les de plus en plus nombreux, gagn�s par la ferveur simple et joyeuse qui leur �tait pr�ch�e.</p><p>Cependant, d�s 1815, le mouvement perdit son �lan � la faveur de certaines rivalit�s entre rabbins hassidiques, appel�s zadikim ; n�anmoins, plusieurs d�entre eux, r�put�s pour faire des miracles, continuaient � attirer les foules, souvent venues de loin.</p><p>Par la suite, au cours du XIXe s., les adversaires du hassidisme furent accapar�s par la lutte contre certaines tendances r�formistes et la�cisantes du ju-da�sme, tendances que les partisans du hassidisme combattirent � leur tour de toutes leurs forces. De nos jours, dans de nombreux pays, les communaut�s hassidiques coexistent fraternellement aux c�t�s des autres, souvent dans la m�me synagogue. Doctrine essentiellement mystique et sentimentale, le hassidisme remonte en fait � l��poque tr�s lointaine des asmon�ens, au IIe s.</p><p>av. J.-C. Il s�est manifest� � diff�rentes �poques et a donc exist� bien avant la lettre.</p><p>La doctrine hassidique</p><p>Dans la Bible, le terme de &#x1E25;asid, qui a donn� hassidisme, d�signe l�homme qui non seulement r�gle sa conduite d�apr�s le droit et la justice, mais met l�accent sur la charit� d�sint�ress�e et se montre z�l� pour Dieu et sa loi. Le hassidisme moderne plonge ses racines dans la doctrine �sot�rique, notamment dans la cabale* ; il est orient� vers l�action plut�t que vers la contemplation. Sa pr�occupation essentielle est l�homme et sa relation avec Dieu.</p><p>Le service de Dieu et la foi doivent se manifester dans le don total de soi, dans la joie et l�enthousiasme. Le croyant doit avoir la certitude que Dieu est pr�sent autour de lui � tout moment pour le prot�ger. La confiance en Dieu doit �tre inconditionnelle ; l�amour de Dieu doit se traduire dans l�amour pour l�homme : amour qui exige une humi-lit� int�rieure � toute �preuve.</p><p>L��tude de la Torah fait partie du service de Dieu, mais n�a de valeur que par la ferveur (kavanah). La pri�re est la racine du service de Dieu, car prier, c�est s�unir � Dieu (la che�inah) ; chaque lettre de la pri�re correspond � un monde illimit� dans les hauteurs : pour le hassid, la pri�re peut se faire partout : dans les champs, dans la for�t, comme � la maison. La joie est essentielle dans le service de Dieu. � La joie fortifie la raison. � Quand l�homme prie dans la joie, c�est le signe qu�il est tout entier avec Dieu. La tristesse �loigne de Dieu. C�est pourquoi le hassidisme s�opposa aux mortifications et autres formes d�asc�tisme. L�homme peut servir Dieu dans ses actions les plus banales, m�me dans ses actions corporelles, dans le manger, dans le boire, dans l�exercice de sa profession.</p><p>L�organisation</p><p>Si le hassidisme a connu lui-m�me plusieurs tendances parfois divergentes, de nos jours la plus connue et la plus active est repr�sent�e par les disciples du rabbin Chn�our Zalman de Ladi (1745-1813) ; cette organisation s�apparente � celle d�un ordre religieux ; ses membres sont de v�ritables missionnaires de la foi et de la pratique religieuse dans nombre de communaut�s juives aux �tats-Unis et en diff�rents autres pays.</p><p>H. S.</p><p>F H�bra�que (litt�rature) / H�bra�que (musique)</p><p>/ Juda�sme / Juifs.</p><p>G. G. Scholem, les Grands Courants de la mystique juive (en h�breu, J�rusalem, 1941 ; 2e �d., 1946 ; trad. fr., Payot, 1960 ; 3e �d., 1968).</p><p>/ M. Buber, Gog et Magog (en h�breu, J�rusalem, 1943 ; trad. fr., Gallimard, 1959) ; Mo�se (en h�breu, J�rusalem, 1945 ; trad. fr., P. U. F., 1957) ; Die Erz�hlungen des Chassidism (Zurich, 1949 ; trad. fr. les R�cits hassidiques, Plon, 1963). / J. Gutwirth, Vie juive traditionnelle, ethnologie d�une communaut� hassidique (�d.</p><p>de Minuit, 1970). / E. Wiesel, C�l�bration hassidique. Portraits et l�gendes (�d. du Seuil, 1972).</p><p>Hatt�ria</p><p>Vert�br� Reptile de la sous-classe des L�pidosauriens, de l�ordre des Rhynchoc�phales, dont il est le seul repr�-</p><p>sentant actuellement vivant.</p><p>L�Hatt�ria, ou Thuatara (Sphenodon punctatus), ressemble � un L�zard de 20 � 30 cm de long ; il est confin� sur quelques �lots au nord-est de chacune des deux �les principales de la Nouvelle-Z�lande ; ses particularit�s anatomiques en font un animal primitif.</p><p>Anatomie</p><p>Rhynchoc�phale signifie � dont la t�te porte un bec �. Cela �tait vrai de certains des anc�tres de l�Hatt�ria, comme les Rhynchosaures, Reptiles herbivores de grande taille, qui v�curent au Trias et atteignirent jusqu�� 2 m de long.</p><p>Les Rhynchoc�phales sont en effet un groupe d�animaux tr�s anciens, issu, � la fin du Permien, des Eosuchiens et probablement � l�origine de la diversification des Squamates (L�zards et Serpents). Ils ont prosp�r� au Trias, surv�cu au Jurassique, puis disparu sans laisser de traces jusqu�� la fin de l��re tertiaire. La d�couverte de l�Hatt�ria en Nouvelle-Z�lande, en 1831, n�a pas fait sensation, car une �tude succincte l�avait class� dans les L�zards. C�est une vingtaine d�ann�es plus tard que l��tude anatomique de cet animal montra des caract�res primitifs tout � fait</p><p>remarquables : 1o le cr�ne est diapside (pr�sence de deux fosses temporales), comme l��tait celui des Archosauriens de l��re secondaire ; 2o le carr� reste soud� au cr�ne, alors qu�il devient mobile chez les Squamates ; 3o il existe un oeil m�dian, frontal, pourvu d�un cristallin et d�une r�tine en r�gression, mais sans iris ni possibilit� d�accommodation (cet oeil, recouvert par l��piderme, ne � voit � pas, mais est sensible � la lumi�re. On ignore son r�le exact, qui pourrait �tre li� � l�enregistrement des variations de la luminosit� au cours du cycle annuel. Un tel oeil</p><p>� pin�al � n�est pas sp�cial � l�Hatt�ria et se retrouve chez quelques L�zards) ; 4o enfin, le cloaque ressemble � celui des Oiseaux.</p><p>On qualifie souvent l�Hatt�ria de fossile vivant ; il n�a, en effet, pratiquement pas chang� depuis la fin du Trias, soit durant 200 millions d�ann�es. Il doit sa survie � la fois aux mesures prises par les autorit�s n�o-z�landaises pour sa protection dans les �lots o� il subsiste et aux particularit�s de la niche �cologique qu�il occupe. On estime la population actuelle des Hatt�rias � 10 000 individus environ.</p><p>Les femelles mesurent de 20 �</p><p>30 cm ; les m�les, plus grands, peuvent atteindre 60 cm et peser 1 kg.</p><p>Biologie</p><p>Malgr� les rigueurs du climat, qui est temp�r� frais, ces animaux restent actifs toute l�ann�e. Le climat froid explique peut-�tre les lenteurs de la croissance : on estime qu�un Sphenodon n�est sexuellement mature que vers l��ge de vingt ans, et sa long�vit� doit approcher le si�cle, ce qui est consid�rable pour un animal de cette taille.</p><p>On conna�t mal la reproduction de l�Hatt�ria ; l�accouplement a lieu au printemps austral, en octobre, et se fait par simple rapprochement des cloaques. Ce n�est qu�un an plus tard que la femelle pond ses oeufs : il y a donc f�condation diff�r�e. La ponte comporte une douzaine d�oeufs � enveloppe parchemin�e, assez gros (2 cm environ). Les oeufs sont d�pos�s dans un terrier creus� dans le sol, plus ou</p><p>moins profond�ment, et y s�journent quinze mois avant d��clore. C�est l� un temps d�incubation exceptionnellement long, qui m�riterait une �tude pr�cise : malheureusement (mais heureusement pour leur survie), ces Reptiles vivent sur des �lots d�acc�s tr�s difficile. Les essais de survie en captivit� n�ont pas �t� couronn�s de succ�s.</p><p>Les Hatt�rias sont nocturnes et surtout insectivores. Ils vivent dans des terriers, qu�ils creusent eux-m�mes ou qu�ils empruntent � des Oiseaux marins, les P�trels, avec lesquels ils vivent en bonne intelligence. Leur nutrition est l�aboutissement d�une cha�ne alimentaire complexe : les eaux qui baignent la Nouvelle-Z�lande, riches en plancton, nourrissent de nombreux Poissons, dont les P�trels font leur nourriture.</p><p>Ces derniers nichent dans les falaises, qu�ils perforent en tous sens de leurs terriers. Ils accumulent ainsi un guano consid�rable, aux d�pens duquel prosp�rent des nu�es d�Insectes, dont les Hatt�rias, enfin, se nourrissent eux-m�mes. C�est l� un �quilibre fragile, qu�a failli rompre l�introduction de Moutons et de Ch�vres sur ces �les. Il a fallu exterminer ces ruminants pour que l�Hatt�ria soit effectivement prot�g� et puisse prosp�rer, � l�abri de toute concurrence.</p><p>downloadModeText.vue.download 109 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5250</p><p>� l�unique esp�ce actuelle, Sphenodon punctatus, les pal�ontologistes font correspondre l�ordre des Rhynchoc�phales, qui comprend quatre sous-ordres et une dizaine de familles.</p><p>R. B.</p><p>A. Bellairs, The Life of Reptiles (Londres, 1970 ; 2 vol.). / L. Ginsburg, � Reptiles fossiles.</p><p>Rhynchocephalia �, dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIV, fasc. 2 (Masson, 1970). / J. Guib�, � Reptiles actuels. Rhynchocephalia �, dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIV, fasc. 2 (Masson, 1970).</p><p>Hauptmann</p><p>(Gerhart)</p><p>Auteur dramatique allemand (Ober-salzbrunn 1862 - Agnetendorf 1946).</p><p>Il est n� en Sil�sie, dans un h�tel que tenait son p�re ; son grand-p�re �tait tisserand. Sa m�re venait d�une famille pi�tiste. Il commen�a tr�s jeune � faire des vers au lieu de suivre les cours du coll�ge, qu�il abandonna d�s quatorze ans. Il a racont� dans les Aventures de ma jeunesse (Abenteuer einer Jugend) les m�tiers, les lectures, les fugues de ses jeunes ann�es, partag�es entre la violence des passions et un penchant toujours renaissant � la r�verie. L�attrait de la m�ditation et la tentation du monde se combattront en lui sa vie durant.</p><p>Il devint c�l�bre en une soir�e, celle du 20 octobre 1889, o� fut donn� pour la premi�re fois Avant le lever du soleil (Vor Sonnenaufgang). Ce � drame social �, comme dit le sous-titre, a pour cadre une famille de paysans enrichis : deux g�n�rations d�alcooliques avec, faisant exception, une fille �lev�e chez les pi�tistes de Herrnhut. L�ing�nieur Loth, venu �tudier la vie des travailleurs, qui travaillent justement pour les entreprises de la famille, s��prend d�H�l�ne ; mais il renonce � elle quand il voit � quel monde elle est, malgr� elle, attach�e. � la derni�re sc�ne, elle se suicide. Que le jeune Hauptmann ait recueilli la le�on d�Ibsen* ne fait pas de doute, mais il apportait aussi l�exp�rience de sa jeunesse et un ton path�tique, une capacit� �gale � faire parler la brute et l��me la plus d�licate chacune son vrai langage. Drame naturaliste ou, du moins, dont les sc�nes sont tir�es de la vie contemporaine et d�une observation pr�cise. La transformation de la soci�t� par l�industrie, les probl�mes moraux qui en d�coulent, les conflits � d�j� pressentis par Ibsen</p><p>� entre philanthropie et esprit de possession, tout cela fait une pi�ce hautement repr�sentative de son temps.</p><p>Trois ans plus tard, en 1892, les Tisserands (Die Weber) confirmaient la r�putation de Hauptmann par leurs dialogues path�tiques, sombres, criants de v�rit� : la vie des tisserands sil�siens, �voqu�e � partir de la peinture de la r�volte de 1844, �tait montr�e dans</p><p>toute sa duret�, mais aussi la volont� affirm�e de ne pas supporter toujours la mis�re s�culaire.</p><p>En m�me temps, une autre veine,</p><p>plus secr�te, affleurait, celle du conte, de la l�gende avec ses touchantes figures symboliques : dans Hanneles Himmelsfahrt (l�Ascension de Hannele, 1893) aussi bien que dans Und Pippa tanzt (1906), une jeune fille r�-</p><p>veuse et malheureuse, dans un milieu d�grad� ou d�bauch�, incarne l�aspiration vers autre chose, voire vers une transcendance. Avec Die versunkene Glocke (la Cloche au fond des eaux, 1896), le contraste �tait devenu si fort que l�auteur, avec ses pi�ces � naturalistes �, fut accus� de se renier.</p><p>Son talent multiple, son sens instinctif de la vie passaient outre, all�-</p><p>grement, comme le montrent deux</p><p>com�dies : College Crampton (1892) et Der Biberpelz (le Manteau de castor, 1893). La seconde est si r�ussie qu�elle demeure au r�pertoire : les petits-bourgeois de Berlin n�ont jamais �t� mieux repr�sent�s.</p><p>Viennent ensuite des pi�ces historiques comme Florian Geyer (1896) et Rose Bernd (1903), puis un � myst�re �, Der arme Heinrich (le Pauvre Henri, 1902) et, de nouveau, une � tra-gicom�die � noire, Die Ratten (les Rats, 1911). Deux grands romans contrast�s � la mani�re de Nietzsche, car on y retrouve quelque chose comme l�opposition entre l�aspiration apollinienne � l�esprit pur et l�ivresse dionysiaque, confirment que l�auteur puise � des sources diverses et ma�trise tous les registres de l��criture : le premier, le Fou de Dieu Emmanuel Quint (Der Narr in Christo Emanuel Quint), est de 1910 ; le second, l�H�r�tique de Soana (Der Ketzer von Soana), �crit entre 1911 et 1917, a �t� publi� en 1918.</p><p>Prix Nobel de litt�rature en 1912, Hauptmann connut la c�l�brit� mondiale quand l�Allemagne wilhelmienne �tait au fa�te de sa prosp�rit� et de sa puissance.</p><p>La seconde partie de sa carri�re fait de lui une valeur �tablie et reconnue de la r�publique de Weimar. Hauptmann conna�t le Reich hitl�rien un</p><p>peu comme Goethe, du haut de son Olympe, avait jug� la guerre de lib�ration de 1813.</p><p>Il va chercher ses inspirations hors d�Allemagne : d�abord en Gr�ce, d�o� il �tait revenu en 1914 avec l�Arc d�Ulysse (Der Bogen des Odysseus) ; puis au Mexique de la conqu�te espagnole avec le Sauveur blanc (Der weisse Heliand), drame qui retrace la passion du roi Montezuma (1920).</p><p>Il revient � l�histoire allemande : Till Eulenspiegel (1928), Hamlet in Witten-berg (1935), Ulrich von Lichtenstein (1939). La premi�re oeuvre est une �pop�e en vers, la seconde un drame sur Luther, la troisi�me une com�die.</p><p>Plusieurs drames bourgeois paraissent aussi dans les ann�es 30, tel, en 1932, Vor Sonnenuntergang (Avant le coucher du soleil) : ce litre fait pendant � celui de la premi�re pi�ce ; c�est le drame d�un chef d�entreprise vieillissant, combl� et tourment� � la fois par sa passion pour une jeune femme. Les initi�s voulaient y voir une �vocation du second mariage de l�auteur.</p><p>Durant la Seconde Guerre mondiale, Hauptmann s�enferma de plus en plus dans son manoir de Sil�sie, et sa derni�re s�rie de drames, la Trilogie des Atrides, publi�e � partir de 1941, renoue avec les origines du th��tre tragique d�Occident ; les flots de sang et les horreurs guerri�res contemporaines y transparaissent aussi � travers les symboles. La Seconde Guerre mondiale, la tyrannie hitl�rienne qui va bient�t s��crouler en sont la toile de fond.</p><p>Jusqu�� la fin, la destin�e de Gerhart Hauptmann a �t� comme un reflet de celle de son peuple : apr�s les ann�es d�h�sitation durant la r�publique de Weimar, les premi�res ann�es de l�hitl�risme avaient marqu� comme un</p><p>renouveau de vitalit�, vite noy� dans le sang et les d�sastres. Hauptmann �tait pr�s de mourir quand les soldats polonais et russes prirent possession de son domaine de Sil�sie. On lui montra de la consid�ration, et un train sp�cial emmena sa d�pouille mortelle de la Sil�sie, devenue polonaise, vers l��le de Hiddensee, dans la mer Baltique, en juin 1946.</p><p>P. G.</p><p>F. W. J. Heuser, Gerhart Hauptmann (T�bingen, 1961). / R. Michaelis, Der schwarze Zeus, Gerhart Hauptmanns zweiter Weg (Berlin, 1962). / K. G. Knight et F. Norman (sous la dir.</p><p>de), Hauptmann, Centenary Lectures (Londres, 1964). / K. L. Tank, Gerhart Hauptmann (Hambourg, 1968).</p><p>Hauriou (Maurice)</p><p>Juriste fran�ais (Ladiville 1856 - Toulouse 1929).</p><p>Hauriou est � la base, en droit public, d�une oeuvre capitale, par la profondeur des analyses et de la doctrine, la s�ret� du raisonnement, l�ing�niosit� des conceptions, l��clectisme des recherches ; l�influence de son enseignement sera consid�rable.</p><p>Apr�s avoir obtenu son doctorat</p><p>(1879), il est premier au concours d�agr�gation des facult�s de droit en 1883. C�est � Toulouse qu�il enseigne ensuite, comme professeur d�histoire du droit (1883), de droit administratif (1888), puis de droit constitutionnel (de 1920 � sa mort). � dater de 1909, il est en outre doyen de la facult�.</p><p>Tenant de la pr�pond�rance de</p><p>l�esprit sur la forme, Hauriou, contrairement � Duguit*, envisage le droit comme un des r�gulateurs du groupe social, charg� d��quilibrer les multiples tensions auxquelles le groupe est soumis, de fa�on que celui-ci se perp�-</p><p>tue et �volue vers l��panouissement de la civilisation qui lui est propre.</p><p>En sociologue, il analyse la libert� individuelle, comme celle de l��tat*, en termes de pouvoir : l��tat se personnifie, quand il parvient au stade de la libert� politique, avec la participation des citoyens au gouvernement.</p><p>Conscient de la complexit� des donn�es des sciences sociales, il estime que la loi, produit d�une transaction, ne peut �tre qu�imparfaite.</p><p>Il est le premier � pr�senter le droit administratif comme un tout organis� et coh�rent, mais sa contribution la plus originale est sa th�orie de l�ins-</p><p>titution*, qu�il �nonce ainsi : � Une institution est une id�e d�oeuvre ou d�entreprise qui se r�alise et dure juridiquement dans un milieu social ; par la r�alisation de cette id�e, un pouvoir social s�organise qui lui procure des organes ; d�autre part, entre les membres du groupe social int�ress�s � la r�alisation de l�id�e, il se produit des manifestations de communion, dirig�es par les organes du pouvoir et r�gl�es par des proc�dures. �</p><p>Hauriou enrichit profond�ment</p><p>la notion classique de l��tat, en attirant l�attention sur son aspect �conomique : d�j� l��tat moderne appara�t, downloadModeText.vue.download 110 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5251</p><p>qui laisse pr�sager l�interventionnisme �conomique.</p><p>Le r�gime constitutionnel a pour mission essentielle d��tablir dans l��tat un �quilibre entre l�ordre, le pouvoir et les libert�s. L�ordre est lui-m�me � base d�id�es morales, politiques et sociales : il existe des � croyances constitutionnelles �, des � �nergies spirituelles � qui, � la base, autrefois, des institutions, continuent de les vivifier aujourd�hui.</p><p>Hauriou s�oppose au positivisme</p><p>juridique et demeure attach� � la conception classique du droit ; il ne faut pas cultiver la seule pr�occupation d�un ordre juridique purement formel et technique. On ne peut �liminer du droit le soubassement de morale et de justice : juriste et sociologue, Hauriou appara�t, de plus, comme un philosophe du droit et un th�oricien de l��tat bourgeois. Ses oeuvres principales sont les Notes de jurisprudence, parues dans le Recueil Sirey, les Principes de droit public (1909 et 1916), le Pr�cis de droit administratif et de droit public (1891) et le Pr�cis de droit constitutionnel (1923).</p><p>M.-A. L.</p><p>hautbois</p><p>Instrument de musique � vent et � anche double.</p><p>Le hautbois, qui descend de l�aulos antique, est un instrument tr�s ancien connu en Orient, o� il occupait une place traditionnelle dans le th��tre chinois, en Afrique, o� il reste tr�s pris� du monde musulman, et en Occident. Son nom est d�origine fran�aise : les � haulx-bois �, aigus, s�opposaient aux instruments � vent au timbre sourd, les � gros-bois �. D�s le Moyen �ge, on rencontre le hautbois sous divers noms : chalumeau, chalemelle, chale-mie, doucine, dou�aine, bombarde. De toute cette famille n�ont subsist� que le hautbois, le cor anglais (qui n�est pas un � cor �, mais un hautbois alto en fa), le hautbois d�amour, le hautbois-baryton, ou heckelphone, assez inusit�, le basson et le contrebasson, qui sont des hautbois basse et contrebasse.</p><p>Tous ces instruments sont en bois, de perce conique et � anche double. Au cours des si�cles, leur facture s�est sensiblement modifi�e (perce de plus en plus �troite, adjonction de cl�s, usage du plateau perfor�, choix de bois plus durs), mais le hautbois du XVIIe s., plus proche du hautbois moderne et qui passe pour �tre l�oeuvre de Jean Hot-teterre et Michel Philidor, se r�pand en Europe, participe � la symphonie naissante et est bient�t consid�r� comme un soliste de m�me qualit� que le violon et la fl�te. De nos jours, les principaux facteurs sont fran�ais : Rigoutat, Marigaux, Buffet-Crampon, Couesnon, Jard�, et leur production est r�pandue, � quelques exceptions pr�s, dans le monde entier.</p><p>y Le hautbois se compose de trois parties s�embo�tant l�une dans</p><p>l�autre : le pavillon, le corps du haut et le corps du bas. Dans son extr�-</p><p>mit� s�enfonce directement une anche double. Sa longueur est de 60 cm, et l��tendue sonore de presque trois octaves. Le hautbois s��crit en clef de sol et en notes r�elles. Sa sonorit� est homog�ne sur toute son �tendue, mais, si le grave est puissant, l�aigu est assez t�nu. Toutes les nuances sont r�alisables, mais, m�me dans la douceur, le timbre reste p�n�trant.</p><p>Gr�ce � certaines am�liorations tech-</p><p>niques, le hautbois est aujourd�hui d�une grande souplesse, permettant staccato, trilles et traits les plus difficiles. Son coloris et son caract�re expressif en font un instrument chan-tant, pastoral et plaintif (� Sc�ne aux champs � de la Symphonie fantastique, Berlioz), tragique (Carmen, Bizet ;</p><p>� Marche fun�bre � de la 3e symphonie, Beethoven), na�f et tendre (th�me de M�lisande, Debussy) ou �vocateur de musiques orientales. Le hautbois s�associe parfaitement aux autres bois de la famille (fl�te et basson), avec lesquels il constitue le trio d�anches classique, faisant partie aussi du quatuor et du quintette � vents. Son r�pertoire de soliste est tr�s vaste et tr�s riche : Albinoni, Vivaldi, Bach, H�ndel, Telemann, Stamitz, Leclair, Haydn, Mozart, puis Bellini, Milhaud, Fran�aix, Damase, Busser, Golestan, Tomasi, pour ne citer que quelques exemples, ont �crit pour lui.</p><p>y Le cor anglais, plus long (1 m), poss�de un pavillon piriforme, et l�anche se fixe sur un tube de m�tal appel� bocal, qui s�embo�te dans l�extr�mit� du corps de l�instrument. L��tendue est de deux octaves et une quinte ; le cor anglais est un instrument trans-positeur, qui s��crit en clef de sol, mais sonne � la quinte inf�rieure. En soliste, son timbre est nostalgique, chaud, expressif (Manfred, Schumann ; Tristan et Isolde, Wagner ; Nuages, Debussy). � l�orchestre, le cor anglais aurait tendance � �tre facilement �touff�, et son emploi n�cessite quelques pr�cautions.</p><p>y Le hautbois d�amour aurait �t� cr�� en France vers 1720 (?). Il est plus court que le hautbois, mais sa facture et son �tendue sont les m�mes que celles du cor anglais, et du hautbois baryton. Il sonne � la tierce mineure inf�rieure de la note �crite. C�est J.-S. Bach qui lui a donn� tout son prestige (Messe en � si � mineur, Passion selon saint Matthieu, Oratorio de No�l, Magnificat et de nombreuses cantates), mais depuis, mis � part Ravel, Debussy et R. Strauss, peu d�auteurs ont fait appel � lui.</p><p>y Le basson (en allem. Fagott) est fait de deux tuyaux parall�les accoupl�s,</p><p>formant un tube int�rieur de 2,59 m, r�duit, gr�ce � cette disposition, � la longueur ext�rieure de 1,37 m. Il comporte cinq parties, dont quatre sont en bois ; seul le bocal, � l�extr�-</p><p>mit� duquel se fixe l�anche, est en m�tal. L��tendue est de trois octaves et une quinte ; il s��crit en clef de fa et en ut4, en notes r�elles, plus rarement en clef de sol. De nos jours, il est tr�s homog�ne sur toute son �tendue et permet une grande virtuosit� (final du Concerto en � sol �, Ravel), m�me en staccato. Selon ses divers registres, il poss�de des caract�res diff�rents : puissant dans le grave, il fournit de splendides basses � l�ensemble des bois, des cordes ; il peut �tre macabre (� Marche au supplice �</p><p>de la Symphonie fantastique, de Berlioz), humoristique (Pierre et le loup, Prokoficv) ou noble (6e symphonie, Tcha�kovski). Le m�dium reste nostalgique (� Berceuse � de l�Oiseau de feu, Stravinski) ; l�aigu �voque un pass� lointain (le Sacre du printemps, Stravinski).</p><p>y Le contrebasson a 5,93 m de longueur int�rieure, mais, trois fois repli� sur lui-m�me et pos� sur une pique, il a une longueur apparente qui n�est que de 1,60 m. Il sonne � l�octave grave du basson, et son �tendue est de trois octaves.</p><p>En soliste, il est comique ou caricatural (l�Apprenti sorcier, Dukas) dans le grave, mais Ravel l�utilisa dans le suraigu avec bonheur (la Belle et la B�te). Il fournit en outre d�excellentes basses � l�orchestre.</p><p>M.-D. F.</p><p>M. Mersenne, Harmonie universelle (Paris, 1636 ; r��d. C. N. R. S., 1964 ; 3 vol.). / F. A. Ge-vaert, Trait� g�n�ral d�instrumentation (Ge-vaert, Gand, 1863). / H. Bouasse et M. Fouch�, Instruments � vent (Delagrave, 1930 ; 2 vol.). /</p><p>G. Gorgerat, Encyclop�die de la musique pour instruments � vent (Rencontre, Lausanne, 1953 ; 2 vol.). / C. Koechlin, Trait� d�orchestra-tion (Eschig, 1959 ; 3 vol.). / G. Gourdet, les Instruments � vent (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967).</p><p>hauteur</p><p>Qualit� physiologique du son* qui permet de distinguer un son grave d�un son aigu.</p><p>Hauteur et fr�quence,</p><p>sons audibles</p><p>Une exp�rience tr�s simple permet de comprendre � quoi doit �tre associ�e la sensation de hauteur : on serre dans un �tau une extr�mit� d�une lame m�tallique mince, une lame de scie � m�taux par exemple. Si l�on �carte l�autre extr�mit� de sa position d��quilibre et si on la l�che, la lame effectue des oscillations avec une fr�quence (nombre d�oscillations par unit� de temps) assez basse, de l�ordre de 5 cycles par seconde par exemple. On constate en m�me temps que la lame n��met aucun son audible. Si l�on raccourcit progressivement la longueur de la partie vibrante de la lame, on observe que la fr�quence des oscillations augmente et qu�� partir du moment o� cette partie vibrante devient suffisamment courte elle �met un son audible, d�abord grave, puis de plus en plus aigu � mesure qu�on la raccourcit. Cela montre que la sensation de hauteur que donne un son doit �tre associ�e � sa fr�quence, que plus le son est aigu, plus sa fr�quence est grande et, d�autre part, que le son n�est pas audible quand sa fr�quence est trop basse (de tels sons sont appel�s infrasons). Il existe de m�me une limite sup�rieure de fr�quence au-del� de laquelle les sons ne sont plus per�us (ultrasons).</p><p>Les sons audibles ont des fr�quences comprises, pour des personnes jeunes, entre 20 et 20 000 cycles par seconde.</p><p>Avec l��ge, cet intervalle diminue, principalement du c�t� des fr�quences �lev�es.</p><p>Sons de m�me</p><p>hauteur, battements</p><p>Deux sons auront donc la m�me hauteur � ou, comme l�on dit encore, seront � l�unisson � s�ils ont la m�me fr�quence. Appr�cier l�unisson de deux sons que l�on fait entendre l�un apr�s l�autre est �videmment une question de finesse d�oreille. Par contre, si les deux sons sont �mis simultan�ment, l�appr�ciation de l�unisson n�en d�-</p><p>pend plus, gr�ce au ph�nom�ne de bat-</p><p>downloadModeText.vue.download 111 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5252</p><p>tements qu�on peut mettre en �vidence tr�s simplement : si l�on fait r�sonner simultan�ment deux diapasons identiques, rigoureusement � l�unisson, on entend un son dont l�intensit� d�cro�t tr�s r�guli�rement au fur et � mesure que les vibrations des deux diapasons s�amortissent. Mais si l�on surcharge l�g�rement une des branches d�un des diapasons, par exemple en y faisant ad-h�rer une petite boule de cire molle ou de mastic, et que l�on fasse de nouveau r�sonner ensemble les deux diapasons, l�intensit� du son que l�on entendra, bien que d�croissant en moyenne, comme dans le cas pr�c�dent et pour les m�mes raisons, ne se produira cependant pas d�une mani�re r�guli�re, mais subira des pulsations d�intensit� p�riodiques dont la fr�quence est, par exemple, de quelques cycles par seconde. Ce sont ces pulsations qu�on appelle battements.</p><p>On montre que la fr�quence de ces battements est �gale � la valeur absolue de la diff�rence des fr�quences des deux sons que l�on fait entendre simultan�ment. Lorsqu�on se rapproche de l�unisson, les battements se produisent donc � une cadence de plus en plus lente pour dispara�tre quand l�unisson est atteint. Ils donnent donc un moyen tr�s pr�cis d�appr�cier l�unisson. C�est gr�ce aux battements que l�accordeur de pianos met � l�unisson les cordes doubles du m�dium et triples de l�aigu de l�instrument.</p><p>Les battements sont d�ailleurs quelquefois utilis�s pour produire un effet musical : le jeu d�orgue (ou d�harmo-nium) dit � voix c�lestes � est obtenu au moyen de deux jeux de tuyaux (ou d�anches) d�saccord�s de mani�re � moduler le son par des battements � cadence assez rapide (mais r�guli�re sur toute l��tendue du jeu). Un autre jeu d�orgue, l�� unda maris �, est obtenu de la m�me mani�re, mais la cadence des battements est plus lente ; d�o� le nom, qui �voque le roulis. Les battements obtenus en d�saccordant</p><p>irr�guli�rement les cordes multiples permettent de donner � un piano la sonorit� � bastringue � appr�ci�e par certains amateurs.</p><p>Sons de hauteur</p><p>diff�rente, intervalles</p><p>La sensation que l�on �prouve</p><p>lorsqu�on entend deux notes de hauteur diff�rente, soit l�une apr�s l�autre (m�-</p><p>lodie), soit simultan�ment (accord), est qu�elles sont s�par�es par un certain intervalle musical (octave, quinte, etc.). Le caract�re de la m�lodie ou de l�accord subsiste si l�on change toutes les notes de telle sorte que leurs intervalles successifs restent les m�mes.</p><p>On peut montrer tr�s simplement</p><p>(v. accord) que deux sons s�par�s par un intervalle donn� ont des fr�quences dont le rapport est constant, ce rapport �tant caract�ristique dudit intervalle.</p><p>Par exemple, les rapports des fr�-</p><p>quences de deux sons dont l�intervalle est une octave, une quinte, une quarte, une tierce majeure, une tierce mineure naturelles sont respectivement 2, 3/2, 4/3, 5/4, 6/5.</p><p>�chelle de hauteur</p><p>�tablir une �chelle de hauteur est a priori un probl�me d�licat, puisque la hauteur est une sensation et que, bien qu�elle soit li�e � la fr�quence, il serait absurde de l�identifier � la grandeur physique qui lui est associ�e. En effet, partons par exemple d�un son de fr�quence N et prenons les sons aux octaves aigu�s successives de ce son.</p><p>Leurs fr�quences sont, dans l�ordre, 2 N, 4 N, 8 N, 16 N, etc., puisqu�� l�intervalle d�octave est associ� un rapport de fr�quences �gal � 2. Bien �videmment, nous n�avons pas la sensation que la hauteur double � chaque octave, mais bien plut�t qu�� chaque octave on s��l�ve d�un m�me degr� dans l��chelle des hauteurs. Autrement dit, des sons dont les fr�quences varient selon une progression g�om�trique donnent la sensation que leur hauteur varie suivant une progression arithm�tique.</p><p>Une �chelle de hauteur bien adapt�e � nos sensations sera donc telle que la</p><p>hauteur soit une fonction lin�aire du logarithme de la fr�quence et non de la fr�quence elle-m�me :</p><p>H = A + B Log N,</p><p>A �tant une constante qui fixerait la hauteur absolue (� supposer que cela ait un sens) de la m�me mani�re que, dans l��chelle des temp�ratures, on attribue une valeur arbitraire � une temp�rature bien d�finie particuli�re (0 pour la temp�rature de la glace fon-dante dans l��chelle Celsius). En fait, il est bien �vident que, dans une m�lodie ou un accord, l�oreille est plus sensible � la diff�rence des hauteurs des sons qu�� leur hauteur absolue. Deux sons de fr�quence N et N&#x2032; auront des hauteurs H et H&#x2032; dont la diff�rence d�apr�s la relation pr�c�dente. Il est donc beaucoup plus important de</p><p>d�cider quelle valeur choisir pour le facteur B. La sensibilit� de l�oreille aux variations de hauteur aide � faire ce choix : on constate que, si l�on fait entendre deux sons l�un apr�s l�autre, l�oreille n�est capable de sentir qu�ils n�ont pas la m�me hauteur qu�� partir du moment o� le rapport de leurs fr�quences est au moins 1,003. Ce nombre repr�sente �videmment une valeur moyenne pour un grand nombre de sujets dont la finesse d�oreille peut varier de l�un � l�autre. Le bon sens commande donc de choisir le facteur B de telle sorte que la diff�rence de hauteur correspondant � ce rapport particulier de fr�quences soit l�unit� de diff�rence de hauteur. Il ne reste plus qu�� pr�ciser l��chelle logarithmique adopt�e. On prend les logarithmes � base 10 ; d�o�</p><p>1 = B Log10 (1,003),</p><p>qui donne B = 769. La valeur 1,003</p><p>n��tant, comme on l�a signal�, qu�une valeur moyenne, il est pr�f�rable de prendre, par simplicit�, le nombre 1 000, qui est le multiple de 10 le plus voisin. L�unit� de diff�rence de hauteur r�sultant de ce choix s�appelle le savart (en hommage � un acousticien fran�ais du XIXe s.) et est d�sign�e par la lettre grecque &#x3C3;. D�o�</p><p>Par exemple, l�intervalle d�octave</p><p>(N/N&#x2032; = 2, Log10 2 = 0,30103) repr�-</p><p>sente une diff�rence de hauteur de 301 &#x3C3;. Dans la gamme temp�r�e, o� l�octave est divis�e en 12 demi-tons �gaux, chacun d�eux correspond � 301 : 12 &#x2243; 25 &#x3C3;. Le tableau ci-dessous permet de comparer les intervalles temp�r�s aux intervalles naturels. On constate que leurs �carts ne d�passent pas 4 savarts, ce dont l�oreille peut s�accommoder (v. accord).</p><p>�chelle des sons</p><p>utilis�s en musique</p><p>S�il est inutile, comme on l�a vu, de fixer une origine de hauteur, il est, par contre, indispensable de fixer les fr�-</p><p>quences des sons qui correspondent � l��criture musicale. On fait tout d�abord la convention suivante : on num�rote les octaves successives, le changement de num�ro s�effectuant � partir de la note ut. Par convention encore, le la du milieu du piano est dans l�octave portant le num�ro 3 et s��crit la3. La fr�quence de cette note a �t� fix�e � 435 cycles par seconde par un arr�t� minist�riel de 1859. C�est qu�en effet la fr�quence du la3 a subi au cours du temps des fluctuations : au XVIIIe s., le diapason �tait nettement plus bas, comme en t�moignent bon nombre</p><p>d�orgues de cette �poque. Or, plus le diapason est �lev�, plus les cordes des instruments sont tendues et mieux elles sonnent, de sorte que les orchestres � cordes avaient une tendance naturelle � hausser le la pour se faire valoir, sans souci des chanteurs qu�ils devaient parfois accompagner et dont l��tendue vocale ne pouvait varier aussi ais�ment.</p><p>En fait, m�me � l�heure actuelle, le la sur lequel les orchestres s�accordent a une fr�quence de l�ordre de 440 cycles par seconde, donc un peu sup�rieur au downloadModeText.vue.download 112 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5253</p><p>la � minist�riel �. Le tableau ci-dessous donne l��tendue des sons audibles ainsi que celle d�instruments courants.</p><p>P. M.</p><p>F Accord / Audition / Son.</p><p>Haute-Volta</p><p>�tat d�Afrique occidentale.</p><p>Le milieu</p><p>La r�publique de Haute-Volta est le plus petit des �tats int�rieurs de l�Afrique de l�Ouest francophone (480 km du nord au sud, 820 km</p><p>d�ouest en est). Comprise pratiquement entre 10� et 15� de lat. N., elle appartient enti�rement � la zone soudano-sah�lienne tant par le climat que par la v�g�tation et le model� du relief qui y est associ�.</p><p>Morphologiquement, c�est un</p><p>vaste plateau cristallin d�une altitude moyenne d�environ 300 m, ourl� au nord-ouest, au sud-ouest et au sud-est de d�p�ts s�dimentaires, inclin� du nord vers le sud par une s�rie de gradins et drain� par les trois Voltas (Volta Noire, Volta Blanche et Volta Rouge). La partie centrale, une �norme masse granitique (l�anticlinal de L�o) englobant des formations pliss�es birrimiennes, pr�sente, contrastant avec des surfaces monotones, des formes de relief vari�es : larges vall�es, d�mes granitiques, collines birrimiennes cuirass�es ou non, glacis cuirass�s ; les s�diments de couverture marginaux (gr�s primaires ou tertiaires) donnent des fragments de plateaux cuirass�s dominant le massif ancien.</p><p>Le climat est typiquement souda-</p><p>nien, avec alternance d�une saison s�che (d�autant plus longue qu�on va vers le nord) et d�une saison des pluies ; la v�g�tation naturelle (for�t claire s�che) a �t� d�grad�e en savane arbor�e et passe par endroits � la steppe � �pineux (l�extr�me Nord appartient � la zone sah�lienne). Les for�ts-galeries sont infest�es par la mouche ts�-ts�.</p><p>J. S.-C.</p><p>L�histoire</p><p>L�histoire ancienne de la Haute-Volta est celle de son peuplement. Les Mossis et leurs � cousins � Gourmantch�s, venus du Dagomba, au sud, peut-�tre au XIIe s., paraissent avoir �t� les pre-</p><p>miers envahisseurs de l�Est-Volta. Un royaume gourmantch� (Gourma) et</p><p>quatre royaumes mossis se cr��rent autour des Volta sup�rieures : Ten-kodogo, le royaume p�re, Zendoma, Natenga (Ouagadougou), Yatenga.</p><p>Entre le XIIIe s. et le XVIe s., le Natenga et le Yatenga l�emport�rent, mais, tandis que le premier fut un royaume stable et pacifique jusqu�au XIXe s., le second, au contact de ses puissants voisins du Nord (Mali, Songha�, S�gou), fut un royaume belliqueux. D�s 1337, les cavaliers du Yatenga atteignirent Tombouctou et, � la fin du XVe s., ils inqui�t�rent vivement le souverain songha�. Plus tard, au XVIIIe s., le naba, install� � Ouahigouya, dut lutter contre ses anciens alli�s bambaras, qui l�avaient aid� � prendre le pouvoir au Yatenga, vers 1754. Quant au Gourma, � l�est, il s�organisa lentement et fut aussi un royaume � vocation guerri�re. Ces �tats, diff�rents par leur histoire, offrent une tr�s forte parent� de croyances (culte des morts) et d�institutions. Le roi (mogho-naba), descendant des h�ros fondateurs, �tait �lu par un coll�ge de quatre dignitaires (nesomba) et vivait entour� d�une suite de gardes, pages (songhon�), officiers serviles ou libres et nobles privil�gi�s des lignages royaux (nakoms�). Ses ressources pro-venaient des tribus des villages, des cadeaux des marchands et du travail sur son domaine propre. Sa force reposait sur la fid�lit� de ses serviteurs captifs, titulaires de commandements locaux et membres de l�arm�e.</p><p>Dans l�Ouest-Volta, la mise en place des peuples fut plus tardive : des Mand�s (Bobo-Dioulas et Dioula-Ouattaras, Samos, Markas venus de Djenn� par vagues jusqu�au XIXe s.) s�infiltr�rent parmi les Bobos, Bwas et S�noufos tandis que des Gans (au XVIe s. ?), des Tourkas (au XVIIIe s.), des Lobis et des Birifors (XVIIIe et XIXe s.) arrivaient du Gh&#x101;na actuel. La seule tentative d�unification �tatique notable fut celle des Ouattaras du Gwiriko, dont l�origine fut l�entreprise, vers 1715, de Famara Ouattara, fr�re du roi de Kong. Il fit de Bobo-Dioulasso sa capitale et cr�a une dynastie qui rompit avec le royaume de Kong (C�te-d�Ivoire). L�apog�e se situe � la fin du XVIIIe s. Apr�s 1850, les Ouattaras ne purent emp�cher l��man-</p><p>cipation de leurs tributaires, surtout celle des Markas derri�re leur mara-bout Ladyi Mamoudou.</p><p>Cette initiative marka faisait suite au grand r�veil islamique du XVIIIe s.</p><p>en Afrique occidentale. D�j�, au nord, d�autres immigrants, les Peuls musulmans, avaient lanc� la guerre sainte contre les pa�ens, qu�ils avaient vaincus entre 1810 et 1817. Leur nouvel �tat, le Liptako, profita de la situation de carrefour de Dori, mais ne put r�-</p><p>duire l�insubordination des premiers occupants mossis et gourmantch�s, ni emp�cher les raids touaregs.</p><p>Vers 1890, � la veille des interventions de Samory et des Fran�ais, la carte politique de la Haute-Volta est ind�cise, et les h�g�monies traditionnelles sont bien menac�es : querelles dynastiques ; guerres incessantes contre les Samos et les Peuls au Yatenga ; r�duction de la souverainet� du Gourma � quelques villages ; d�composition du royaume ouattara de Bobo-Dioulasso ; faiblesse du Liptako ; de plus, dans le Sud et le Sud-Ouest, razzias continuelles des Zermas depuis 1860, razzias de Kong et razzias des S�noufos du royaume du K�n�dougou (Mali) en 1888, 1891-92. C�est dans ce contexte qu�apparut Samory. D�s 1896, son fils Sarank�nyi Mory arbi-trait les conflits entre Zermas, occupait le Bondoukou (C�te-d�Ivoire) et battait les Anglais � Dokita (Gh&#x101;na).</p><p>Apr�s avoir d�truit Kong, Samory voulut r�duire le royaume ouattara de Bobo-Dioulasso et fit converger trois colonnes sur la ville, qui ne fut sauv�e que par l�intervention fran�aise.</p><p>Celle-ci avait �t� pr�par�e par les explorations de L. G. Binger (1886-1888), F. Crozat (1890) et P. L. Monteil (1890-91). La conqu�te du Soudan, les comp�titions avec l�Allemagne et surtout la Grande-Bretagne acc�l�-</p><p>r�rent les initiatives fran�aises. Elles d�but�rent au nord et � l�est, m�lant actions diplomatiques et militaires.</p><p>D�j�, Monteil avait obtenu un trait� de protectorat du Liptako (mai 1891) et des assurances au Yatenga. D�s janvier 1895, le commandant Decoeur, venu du Nord-Dahomey, signa un trait� avec le roi du Gourma en prenant de vitesse les Allemands. En 1894 et 1895,</p><p>G. M. Destenave, r�sident militaire � Bandiagara, fut sollicit� d�intervenir dans la guerre civile au Yatenga, et le naba accepta le protectorat (mai 1895).</p><p>Cependant, les Britanniques mena-</p><p>�aient de devancer les Fran�ais au Yatenga, o� ils avaient offert une alliance.</p><p>Destenave confia alors une colonne au lieutenant P. Voulet afin de r�tablir l�ordre au Yatenga et d�obliger le naba de Ouagadougou � accepter la tutelle fran�aise ; ce dernier pr�f�ra s�enfuir en C�te-de-l�Or (Gold Coast), ce qui permit � Voulet de le faire destituer et de passer un trait� avec son successeur, solennellement �lu (janv. 1897). Entre-temps, il avait mis le Gourounsi sous protectorat en battant les Zermas (sept.</p><p>1896).</p><p>De 1897 � 1899, des op�rations de d�tail assur�rent l�installation fran�aise en pays mossi. Enfin, au sud-ouest, l�offensive contre Samory amena le commandant P. C. Caudrelier � occuper Bobo-Dioulasso en juin 1898. La convention, sign�e � cette date avec la Grande-Bretagne, puissance occup�e ailleurs, consacra l��tablissement fran�ais, sinon la pacification, puisque les populations bobo et lobi, sans �tat, n��taient pas encore soumises, lorsque �clata la Premi�re Guerre mondiale (1914).</p><p>De 1899 � 1919, la future Haute-</p><p>Volta fut englob�e dans le territoire du Haut-S�n�gal-Niger. Les nabas conserv�rent des pr�rogatives jusqu�en 1904-1905, puis devinrent des ex�cutants r�duits � un r�le honorifique et religieux dans leurs royaumes transform�s en � cercles �. Les autres r�gions furent soumises � l�autorit� directe des administrateurs. Celle-ci se heurta, pendant la Premi�re Guerre mondiale, � une des plus graves r�voltes d�Afrique noire.</p><p>Bwas, Bobos animistes et Markas</p><p>musulmans, encourag�s par la mobilisation des Europ�ens, se soulev�rent contre le recrutement militaire et les exactions qui l�avaient accompagn�.</p><p>La r�volte, partie du cercle de D�dougou, d�borda vite au nord, dans les cercles de San et Bandiagara, et, au sud, en pays lobi. Il fallut plusieurs colonnes pour vaincre la r�sistance acharn�e (d�c. 1915 - sept. 1916).</p><p>En 1919, le Haut-S�n�gal-Niger, consid�r� comme trop vaste, fut scind� : huit cercles constitu�rent la Haute-Volta (mars). Pour cause d��conomie et pour faciliter l��migration souhait�e par l�Office du Niger, celle-ci disparut en 1932, ses cercles �tant distribu�s au Soudan, � la C�te-d�Ivoire et au Niger. Elle ne fut reconstitu�e qu�en 1947. Ces avatars de la naissance de la downloadModeText.vue.download 113 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5254</p><p>nation moderne illustrent bien les difficult�s et l�isolement de ce pays, o� le chemin de fer n�atteignit Ouagadougou qu�en 1954.</p><p>D�s 1946, cependant, un Volta�que, militant �cout� du Rassemblement d�mocratique africain (R. D. A.), Ouezzin Coulibaly, fut �lu d�put�.</p><p>Vice-pr�sident du Conseil local en 1957, il laissa la place � un ancien syndicaliste chr�tien, Maurice Yameogo.</p><p>� la proclamation de la r�publique (1958), celui-ci orienta son pays vers l�adh�sion � la Communaut�, puis au Conseil de l�Entente (C�te-d�Ivoire, Dahomey, Niger) en 1959. En ao�t 1960, la Haute-Volta devint ind�pendante. Mais les graves probl�mes financiers et l�opposition croissante des syndicats, de la jeunesse et de l�arm�e aboutirent � la prise du pouvoir par cette derni�re, sans effusion de sang, en janvier 1966. Le r�gime original o� collaborent militaires (le g�n�ral Sangoul� Lamizana) et civils (G�rard Ouedraogo), mis en place, est parvenu � �viter la banqueroute, mais la Haute-Volta reste, avant tout, le r�servoir de main-d�oeuvre de la C�te-d�Ivoire.</p><p>M. M.</p><p>La population</p><p>Avec plus de 5 millions d�habitants, c�est un pays surpeupl� par rapport � ses ressources (densit� sup�rieure � celle de la riche C�te-d�Ivoire voisine), ce qui explique l�importance de l��migration en C�te-d�Ivoire (600 000 personnes) et au Gh&#x101;na (150 000 per-</p><p>sonnes). La densit� de population atteint 30 � 45 habitants au kilom�tre carr� dans certains secteurs du pays mossi.</p><p>Deux villes d�passent 50 000 habitants (Ouagadougou, 130 000 hab., et Bobo-Dioulasso, 95 000 hab.).</p><p>La carte ethnographique de la Haute-Volta appara�t comme une mosa�que de plus d�une centaine de peuples. De cet ensemble se d�tachent le groupe ethnique mossi (2,5 millions), qui repr�sente � lui seul la moiti� de la population, et les groupes apparent�s gourounsi et gourmantch�. Le Sud-Ouest (autour de Bobo-Dioulasso) est occup� par des peuples appartenant au groupe volta�que (Bobos, S�noufos, Lobis) ou au groupe mand� (Dioulas, Markas, Samos, Boussangas, Bissas) ; au nord, on trouve �galement des Peuls et des Touaregs. L�animisme, gr�ce aux structures � f�odales � des royaumes mossis, s�est maintenu, cependant que les missions catholiques ont implant� le christianisme parmi les � �volu�s � ; en revanche, dans la r�gion de Bobo-Dioulasso, l�isl&#x101;m introduit par les Dioulas tend � l�emporter et gagne, par ailleurs, dans l�ensemble du pays.</p><p>L��conomie</p><p>Sur des sols pauvres, la population subsiste difficilement gr�ce aux ressources d�une agriculture extensive m�diocre (sorgho, mil et cultures associ�es), agriculture de subsistance qui ne laisse gu�re de place aux produits exportables : arachides (10 000 t en 1968-69) ; coton, en progr�s (36 000 t de coton-graine en 1969-70) ; karit�, produit de cueillette (15 000 t en 1967-68). Le b�tail, export� vers la C�te-d�Ivoire et le Gh&#x101;na, repr�sente en valeur pr�s de la moiti� des exportations (jusqu�� 75 p. 100 en 1962). L�huilerie de Bobo-Dioulasso traite une partie de l�arachide, du karit� et des graines de coton ; le coton est trait� par les usines d��grenage de Bobo-Dioulasso, Kou-dougou et Ouagadougou. Quelques</p><p>autres industries de transformation ont �t� cr��es � Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (tannerie, brasserie, montage de cycles, tabacs et allumettes, chaussures), � Kindougou (textile) et � Banfora (sucrerie).</p><p>Les ressources mini�res (gisement</p><p>de mangan�se de Tambao : 13 Mt de r�serves � 54 p. 100 de teneur) demeurent inexploit�es faute de moyens d��vacuation. Le chemin de fer Abi-djan-Niger (517 km de Ouagadougou � la fronti�re ivoirienne) fait de la C�te-d�Ivoire le d�bouch� de la Haute-Volta.</p><p>La m�diocrit� des ressources exportables explique le d�s�quilibre de la balance commerciale, pourtant am�lior�e (importations couvertes � 42,8 p. 100</p><p>en 1969 par les exportations, contre 22,6 p. 100 en 1960) ; les rentr�es invisibles (pensions des anciens militaires et fonctionnaires fran�ais : plus de deux milliards de francs C. F. A. par an ; revenus des �migr�s) ne suffisent pas � �quilibrer la balance des comptes.</p><p>Bien qu�en diminution, la part du commerce ext�rieur fait avec la zone franc demeure pr�pond�rante (plus de 73 p. 100 des importations en 1969 ; la C�te-d�Ivoire est le premier client avec 40 p. 100 des exportations ; la France, le premier fournisseur avec 43 p. 100</p><p>des importations), mais les pays de la Communaut� �conomique europ�enne (moins la France) ont pris place dans ce commerce (10 p. 100 du commerce ext�rieur environ).</p><p>La consommation d��nergie (un</p><p>peu plus de 4 kWh par habitant et par an) est une des plus faibles d�Afrique occidentale ; le taux d�analphab�tisme est proche de 95 p. 100, et le taux de scolarisation atteint � peine 10 p. 100 ; le produit national brut par habitant (49 dollars en 1966) est le plus bas de l�Afrique francophone apr�s celui du Ruanda.</p><p>J. S.-C.</p><p>F Afrique noire / C�te-d�Ivoire / Empire colonial fran�ais / Mossis / Niger / Peuls / S�noufos.</p><p>L. G. Binger, Du Niger ou golfe de Guin�e par le pays de Kong et le Mossi, 1887-1889</p><p>(Hachette, 1891 ; 2 vol.). / P. L. Monteil, De Saint-Louis � Tripoli par le lac Tchad (Alcan, 1895). / M. Delafosse, Haut-S�n�gal, Niger (Larose, 1912 ; 3 vol.). / E. P. Skinner, The Mossi of the Upper Volta. The Political development of a Sudanese People (Stanford, Calif., 1964). /</p><p>M. Izard, Introduction � l�histoire des royaumes Mossi (Coll�ge de France, 1970 ; 2 vol.). /</p><p>H. Deschamps (sous la dir. de), Histoire g�n�-</p><p>rale de l�Afrique noire, t. II : De 1800 � nos jours</p><p>(P. U. F., 1971).</p><p>haut-parleur</p><p>Appareil ayant pour r�le, dans une cha�ne de reproduction �lectro-acoustique, de restituer sous forme acoustique l��nergie �lectrique qui lui est d�livr�e par l��tage de puissance de l�amplification basse fr�quence.</p><p>Cette restitution s�effectue en transformant d�abord l��nergie �lectrique en �nergie m�canique, puis cette �nergie m�canique en �nergie acoustique, par l�interm�diaire d�un dispositif qui d�termine le mouvement vibratoire de l�air ambiant.</p><p>downloadModeText.vue.download 114 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5255</p><p>Apr�s le haut-parleur �lectroma-</p><p>gn�tique � simple armature vibrante en fer doux, ou � armature �quilibr�e (perfectionnement du pr�c�dent), apr�s le haut-parleur �lectrostatique et le haut-parleur pi�zo-�lectrique, � l�heure actuelle, seul est pratiquement utilis� le haut-parleur �lectrodynamique � bobine mobile.</p><p>Principe</p><p>Dans son principe, le haut-parleur �lectrodynamique est une simple application de la loi de Laplace relative aux actions d�un champ magn�tique sur un �l�ment de conducteur travers� par un courant �lectrique.</p><p>Il comprend les �l�ments suivants :</p><p>� un aimant ou �lectro-aimant produisant le champ magn�tique ;</p><p>� une bobine mobile, ou organe moteur proprement dit ;</p><p>� une membrane, ou diaphragme ;</p><p>� des dispositifs de centrage et de suspension qui assurent le guidage des mouvements de la bobine mobile ;</p><p>� un ch�ssis ou montage de l�en-</p><p>semble sur un baffle.</p><p>La source du champ</p><p>magn�tique</p><p>Haut-parleurs � excitation s�par�e</p><p>Les premiers haut-parleurs �lectrodynamiques employaient des �lectro-aimants pour cr�er le champ magn�tique n�cessaire � leur fonctionnement.</p><p>De tels haut-parleurs sont dits � � excitation s�par�e � et n�cessitent une source d��nergie ext�rieure. La puissance d�pens�e pour cr�er et entretenir le champ magn�tique est dissip�e sous forme de chaleur par effet Joule. La r�alisation de l��lectroaimant d�excitation est tr�s simple : comme la bobine mobile se d�place dans un entrefer annulaire, on doit utiliser une pi�ce polaire centrale cylindrique et une plaque de champ concentrique � celle-ci ; le bobinage de l��lectro-aimant, effectu� sur une carcasse en carton bak�lis�, utilise la pi�ce polaire centrale pour noyau.</p><p>Le principal avantage du syst�me est de pouvoir produire un champ magn�-</p><p>tique intense par un �lectroaimant, � condition de consentir � y d�penser une �nergie suffisante. En revanche, l��chauffement des pi�ces polaires am�ne des d�formations par dilatation, conduisant � choisir, par s�curit�, un entrefer plus large qu�il ne serait strictement n�cessaire ; d�o� diminution de l�intensit� du champ magn�tique utilisable.</p><p>Lorsque l�excitation est r�ellement ind�pendante, l��nergie fournie par la source auxiliaire de courant continu est enti�rement convertie en chaleur.</p><p>Haut-parleurs � aimant</p><p>permanent</p><p>Au cours des derni�res ann�es, des progr�s consid�rables ont �t� r�alis�s dans la production des alliages magn�tiques destin�s � la fabrication des aimants.</p><p>Sauf le cas exceptionnel, et d�ailleurs probl�matique, o� l�excitation s�pa-r�e peut se r�v�ler plus �conomique, le haut-parleur �lectrodynamique moderne est, dans la quasi-totalit� des cas, � aimant permanent. De cette fa�on, on diminue l��nergie �lectrique consomm�e tout en �vitant une source de ronflements. Les premiers aimants</p><p>furent fabriqu�s en acier contenant de 6 � 35 p. 100 de cobalt. En raison du prix �lev� de ce m�tal, on se limitait en g�n�ral � une teneur de l�ordre de 9 p. 100, sauf dans les cas sp�ciaux exigeant l�obtention d�un champ ma-gn�tique �lev� avec un aimant peu encombrant.</p><p>La bobine mobile</p><p>Le plus souvent, la bobine mobile d�un haut-parleur �lectrodynamique est constitu�e par un sol�no�de conducteur, enroul� sur une carcasse en carton bak�lis� tr�s mince, car il importe d�en r�duire le poids. Le fil conducteur le plus g�n�ralement utilis� est en cuivre et de section circulaire. Apr�s bobinage, un vernis rend solidaires enroulement et carcasse.</p><p>La membrane</p><p>Les mouvements de la bobine mobile sont communiqu�s � l�air ambiant par un diaphragme, improprement appel� membrane. La forme ainsi que le mode de construction de ce diaphragme jouent un r�le tr�s important sur les propri�t�s acoustiques du haut-parleur, car ils affectent l�intensit� sonore, la gamme des fr�quences reproduites, le volume sonore maximal.</p><p>La plupart des membranes sont r�alis�es sans collage, en p�te � papier moul�e � chaud sur des formes assurant la constance de leurs dimensions. La composition de la p�te � papier servant � la fabrication des membranes est de toute premi�re importance. Le produit doit conserver une grande r�gularit�, car il importe de maintenir les variations de poids des membranes � l�int�rieur de limites aussi faibles que possible.</p><p>Dispositifs de centrage</p><p>et de suspension</p><p>Le fonctionnement correct du haut-parleur exige que les mouvements de l�ensemble bobine-membrane s�effectuent parall�lement � l�axe du noyau.</p><p>Il est donc indispensable de pr�voir certains �l�ments charg�s d�en assurer le guidage.</p><p>Deux dispositifs assument cette fonction.</p><p>y Dispositif de centrage de la bobine mobile. �galement connu sous le nom de spider, ce dispositif a pour but d�emp�cher la bobine mobile d�entrer en contact avec les parois de l�entrefer, sans toutefois g�ner les mouvements utiles. Le spider id�al doit s�opposer � tout mouvement lat�ral de la bobine mobile ; il doit au repos la maintenir au centre de la zone de champ magn�tique uniforme, ne pas exercer une r�sistance au mouvement augmentant avec l�amplitude et ne pas avoir de r�sonance propre.</p><p>y Dispositif de centrage et de suspension de la membrane. La base du c�ne formant le diaphragme est assu-jettie au ch�ssis du haut-parleur par une liaison double, dite � suspension avant � ou � suspension externe �.</p><p>Bien entendu, la suspension externe doit �tre aussi souple qu�il est pos-downloadModeText.vue.download 115 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5256</p><p>sible pour ne g�ner qu�au minimum les d�placements de la membrane.</p><p>J. B.</p><p>F Amplificateur audiofr�quence / Sonorisation</p><p>/ St�r�ophonie.</p><p>Hauts-de-Seine.</p><p>92</p><p>D�part. de la R�gion parisienne, � l�ouest de Paris ; 175 km 2 ;</p><p>1 472 835 hab. Ch.-l. Nanterre*. S.-</p><p>pr�f. Antony.</p><p>Cr�� dans le cadre du nouveau d�-</p><p>coupage administratif de la R�gion parisienne, c�est un des trois d�partements qui jouxtent Paris (appel�s parfois pour cela � de la premi�re couronne �). Il s��tend au nord, de la rive gauche de la Seine au niveau de Saint-Denis � la vall�e de la Bi�vre au sud en une demi-couronne de 35 km de long avec une largeur qui varie de 6 km �</p><p>peine, � la latitude du sud du bois de Boulogne, � 12 km dans l�axe nord-sud de la vall�e de la Bi�vre entre Paris et Antony ; c�est �crire qu�il est le moins �tendu des d�partements de la R�gion (hormis Paris), bien qu�il soit le plus peupl� (Paris �galement exclu) avec une densit� moyenne de 8 400 hab. au kilom�tre carr�. Toutefois (en dehors de Paris), c�est le d�partement de la R�gion dont la population a le moins augment� en valeur relative entre les recensements de 1962 et de 1968</p><p>(6 p. 100 seulement), car il est depuis longtemps le plus urbanis�.</p><p>Son appellation provient du fait qu�il renferme les altitudes les plus �lev�es des environs imm�diats de Paris, dues principalement � la r�sistance de la couche de meuli�re de Beauce : 182 m sur l�autoroute de l�Ouest � Vaucresson, fr�quemment plus de 160 m (mont Val�rien, plateau de Villacoublay) ; le point le plus bas est � 25 m au niveau de la Seine � Rueil-Malmaison. Les Hauts-de-Seine peuvent �tre subdivis�s en quatre secteurs g�ographiques.</p><p>y Les communes limitrophes de</p><p>Paris � l�ouest. Elles sont au nombre de quatre (au total env. 300 000 hab.) et toutes situ�es sur la rive droite de la Seine : Clichy, Levallois-Perret, Neuilly-sur-Seine et, au sud du bois de Boulogne, Boulogne-sur-Seine ou Boulogne-Billancourt. Ce secteur se caract�rise par l�absence de relief, une urbanisation ancienne et totale, une forte densit� de population et d�activit�, surtout industrielle. Neuilly-sur-Seine est toutefois bien moins industrielle et plus bourgeoise que les trois autres communes. Le nord de Boulogne en bordure du bois a des caract�res identiques.</p><p>y La boucle de Gennevilliers (pr�s de 600 000 hab.). Le relief s�y rel�ve vers le sud-est en direction du mont Val�rien (161 m), et les espaces verts publics sont pratiquement absents ; ce secteur pr�sente trois aspects diff�rents :</p><p>� quatre communes (plus de</p><p>200 000 hab.) d�une sorte de deuxi�me couronne de banlieue bordant la Seine sur la rive gauche, anciennement et en-</p><p>ti�rement urbanis�es, dens�ment peupl�es et industrielles : Asni�res-sur-Seine, Courbevoie, Puteaux, Suresnes ;</p><p>� deux communes � la fois vastes, tr�s industrielles, et o� l�espace n�est pas encore totalement utilis� : Gennevilliers au nord et Nanterre � l�ouest.</p><p>Il faut y joindre Villeneuve-la-Garenne (au total 160 000 hab.) ;</p><p>� quatre communes (200 000 hab.) plus r�sidentielles et moins industrielles que les pr�c�dentes et o� l�emporte beaucoup plus nettement l�habitat individuel : Bois-Colombes.</p><p>Colombes, La Garenne-Colombes et, au sud, Rueil-Malmaison, dont la moiti� sud participe davantage de l�aspect suivant.</p><p>y Le sud-ouest est plus �lev� et plus bois�. Il s�agit essentiellement d�un plateau d�axe est-sud-est-ouest-nord-ouest, prolong� dans les Yvelines par le plateau des Alluets et situ� entre la vall�e de la Seine et la vall�e du ru de Gally, affluent de la Mauldre. Ce plateau est diss�qu� sur sa bordure nord par une s�rie de rus affluents de la Seine. Par contre, au sud, il s�ach�ve par un rebord assez rectiligne au-dessus d�une petite d�pression situ�e dans l�axe Paris-Versailles et de la vall�e du ru de Gally. � l�est, � Saint-Cloud, il domine la Seine par un coteau tr�s raide.</p><p>Parcs et bois couvrent encore pr�s de la moiti� de la superficie : en premier lieu, les bois de la Malmaison, de Fausse Repose, le parc de Saint-Cloud, les bois de Meudon et Clamart, puis de nombreux parcs priv�s.</p><p>Il s�agit des huit communes (au</p><p>total 150 000 hab.) de Saint-Cloud, Garches, Vaucresson, Marnes-la-Co-quette, Ville-d�Avray, S�vres, Chaville et Meudon. La densit� de la population est la plus faible de tout le d�partement. L�urbanisation est loin d��tre compl�te. C�est dans l�ensemble une zone de r�sidence ais�e et avec peu d�activit�s industrielles sauf, le long de la Seine, � Meudon et Saint-Cloud.</p><p>y Le sud est plus accident� et plus vari�. On y retrouve, comme au</p><p>nord-ouest, une premi�re couronne</p><p>enti�rement urbanis�e et en partie industrielle compos�e de quatre communes limitrophes de Paris (environ 160 000 hab.) : Issy-les-Moulineaux, Vanves, Malakoff, Montrouge.</p><p>Le reste, de Clamart et Bagneux</p><p>au nord jusqu�� Antony au sud, est constitu� de neuf communes (env.</p><p>300 000 hab.) : Clamart, Ch�tillon, Bagneux, Bourg-la-Reine, Fontenay-aux-Roses, Sceaux, Le Plessis-Robinson, Ch�tenay-Malabry et Antony. Ce sud couvre la moiti� nord du plateau de Villacoublay (maximum 167 m), situ� entre la Seine et la Bi�vre, et surtout les longs versants diss�qu�s dans celui-ci qui descendent vers la Seine au nord et vers la Bi�vre � l�ouest. Au pied du coteau � l�est, une zone est rest�e encore tr�s verdoyante : la Vall�e-aux-Loups, proche du parc de Sceaux.</p><p>L�habitat pavillonnaire domine spatialement dans l�ensemble du d�partement, � l�exception des communes limitrophes de Paris, mais l�habitat collectif r�cent est particuli�rement important � Gennevilliers, Nanterre, Rueil-Malmaison et au sud, dans le triangle Meudon-Bagneux-Antony,</p><p>partout o�, vers 1950, les espaces libres importants n��taient pas rares.</p><p>La localisation des activit�s industrielles, principalement des gros �tablissements, est tout � fait caract�ristique : essentiellement le long de la Seine, sur la rive gauche, d�Issy-les-Moulineaux � Asni�res-sur-Seine et de Gennevilliers � Rueil-Malmaison, � part quelques exceptions, comme les zones industrielles de La Garenne-Colombes, de Rueil-Malmaison et du Plessis-Robinson. Les Hauts-de-Seine sont avant tout le d�partement des industries automobile et a�ronautique et des industries qui travaillent pour elles (pneumatiques, accessoires, etc.).</p><p>L� se trouve la plus grande usine de France : Renault, � Billancourt, avec 35 000 ouvriers. Les grands �quipements se situent surtout dans la boucle de Gennevilliers : port de Gennevilliers et centrale thermique, ainsi que la plupart des chemins de fer, tandis que, en dehors des deux voies ferr�es de Versailles, le sud en est compl�tement d�pourvu (� part la ligne de Sceaux, v�ritable m�tro suburbain).</p><p>La r�partition des �quipements universitaires et scientifiques est � l�inverse de celle des industries. Ils sont beaucoup plus nombreux au sud : facult� de Sceaux et centre de Montrouge, grandes �coles (�cole centrale des arts et manufactures) � Ch�tenay-Malabry, cit� universitaire � Antony, Centre international d��tudes p�dagogiques de S�vres, observatoire de Meudon. L�ouest ne poss�de que l�universit� de Nanterre et les annexes de Clichy et Asni�res-sur-Seine.</p><p>Par contre, en raison de l�op�ration</p><p>� la D�fense �, la plus importante des op�rations d�urbanisme lanc�es depuis la Seconde Guerre mondiale dans la R�gion parisienne, de sa situation dans l�axe de la � Voie triomphale � : Louvre, Champs-�lys�es, Saint-Germain, de la r�alisation du R. E. R., tout le centre de la boucle de Gennevilliers, du pont de Neuilly � Rueil-Malmaison, attire d�j� de nombreux si�ges sociaux et bureaux, et constitue le principal axe de d�veloppement des activit�s tertiaires dans la R�gion parisienne. C�est l� qu�� juste titre, dans la � zone B �</p><p>d�am�nagement de la D�fense, se</p><p>situent, � Nanterre, la pr�fecture des Hauts-de-Seine et l�universit� de Paris-X (Nanterre).</p><p>J. B.</p><p>F Nanterre.</p><p>Ha�y (abb� Ren�</p><p>Just)</p><p>Cristallographe fran�ais (Saint-Just-en-Chauss�e, Oise, 1743 - Paris 1822).</p><p>Il a d�couvert l�anisotropie et l�existence d��l�ments de sym�trie dans les milieux cristallins et �nonc� la loi des macles. Il peut �tre consid�r� comme le cr�ateur de la cristallographie.</p><p>Le p�re de Ren� Just Ha�y et de</p><p>son fr�re cadet Valentin (1745-1822), qui consacrera sa vie � l��ducation des aveugles*, est un humble tisserand.</p><p>Ren� Just attire l�attention d�un prieur d�abbaye qui lui fait donner des le�ons par ses moines. Il est envoy� � Paris, o� il b�n�ficie d�une bourse au coll�ge de</p><p>Navarre. En 1770, il devient r�gent de seconde au coll�ge Cardinal-Lemoine, o� il enseigne le latin. En m�me temps, il re�oit la pr�trise. Il s�int�resse � la botanique ; il entre un jour au cours que Louis Daubenton (1716-1800) donne au jardin des Plantes et, tout aussit�t, est conquis par la min�ralogie.</p><p>Nous tenons de Cuvier le r�cit de la d�couverte qui va lui assurer la c�l�-</p><p>brit�. Alors qu�il examine quelques min�raux chez un de ses amis, il brise, downloadModeText.vue.download 116 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5257</p><p>par maladresse, un cristal prismatique de calcite ; il remarque que la cassure est plane et que l�un des fragments pr�-</p><p>sente une forme rhombo�dale analogue � celle du spath d�Islande. Rentr� dans son cabinet, il attaque au marteau des cristaux de calcaire de formes diverses, et les plus petits �clats sont toujours des rhombo�des. Il en conclut que tous ces cristaux doivent avoir des � mol�-</p><p>cules constituantes � identiques. Il n�h�site pas alors � mettre en pi�ces sa collection ; dans le grenat, il trouve un t�tra�dre ; dans la fluorine, un oc-ta�dre ; dans la pyrite, un cube. C�est ainsi qu�il �nonce la loi fondamentale de la cristallographie � les divers cristaux d�une m�me esp�ce chimique d�rivent d�une forme primitive, sur laquelle ont �t� effectu�es des troncatures �, et qu�il pr�cise � leur sujet la loi des caract�ristiques enti�res, limitant les orientations de ces troncatures.</p><p>Ha�y annonce sa d�couverte �</p><p>Daubenton, qui en fait part � Laplace.</p><p>Celui-ci engage en 1781 l�auteur � la pr�senter � l�Acad�mie des sciences, et cette assembl�e lui offre en 1783</p><p>un si�ge dans la classe de botanique, aucune place n��tant disponible en physique. Il publie les r�sultats de ses recherches dans Essai d�une th�orie sur la structure des cristaux (1781).</p><p>Pr�tre r�fractaire, Ha�y est arr�t� pendant la R�volution, mais ses �l�ves, notamment Geoffroy Saint-Hilaire, le font rapidement lib�rer. La Convention le nomme m�me membre de la com-</p><p>mission des poids et mesures (1793), puis conservateur du cabinet des mines (1794). En 1801, il publie un Trait� de min�ralogie. En 1802, il succ�de � Daubenton au Mus�um d�histoire naturelle, puis il obtient une chaire de min�ralogie � la facult� des sciences de Paris.</p><p>R. T.</p><p>F Cristallographie.</p><p>Un pr�curseur et un</p><p>continuateur d�Ha�y</p><p>Jean-Baptiste Rom� de l�Isle, min�-</p><p>ralogiste fran�ais (Gray 1736 - Paris 1790). Il publia un trait� des poids et mesures des Anciens et un trait� de cristallographie (1772), dans lequel il �non�ait la loi de constance des angles.</p><p>Auguste Bravais, physicien et min�ralogiste fran�ais (Annonay 1811 - Versailles 1863). Il est d�abord lieutenant de vaisseau, puis, en 1846, il devient professeur de physique � l��cole polytechnique, dont il �tait sorti premier de sa promotion. Apr�s avoir �tudi� les ph�nom�nes optiques de l�atmosph�re, il s�int�resse � la cristallographie et il �met en 1849 la c�l�bre hypoth�se selon laquelle les cristaux ont une structure r�ticulaire, qui sera confirm�e en 1912</p><p>gr�ce � Laue. (Acad. des sc., 1854.) Havane (La)</p><p>En esp. LA HABANA, capitale de Cuba.</p><p>La situation</p><p>La ville constitue avec ses banlieues l�agglom�ration urbaine la plus importante des Antilles. Sa population doit avoisiner 2 millions d�habitants (pr�s du quart de la population cubaine).</p><p>Elle concentre une bonne partie de la richesse du pays.</p><p>Install�e sur la rive occidentale du goulet qui relie la baie dite de La Havane � la mer, elle a tir� un b�n�-</p><p>fice consid�rable de sa situation g�ographique en bordure du d�troit de Floride.</p><p>� la fin du XVIe s. et au XVIIe s., elle</p><p>devient la principale place forte espagnole des Antilles. S�y rassemblent d�s 1561, chaque ann�e de juin � ao�t, les galions charg�s de m�taux pr�cieux et de denr�es agricoles de haute valeur venus des ports de la Cara�be et du golfe du Mexique. Cette activit� de port militaire et de port d�escale provoque un afflux de population, le d�veloppement du commerce et des activit�s sp�culatives. Vers 1660, La Havane, enserr�e dans ses fortifications, a pr�s de 10 000 habitants. Elle en a 30 000</p><p>en 1730 et est alors la troisi�me ville d�Am�rique (apr�s Mexico et Lima).</p><p>Au XVIIIe s., environ 200 navires avec 6 000 � 8 000 marins se rassemblent dans son port chaque �t�.</p><p>Les besoins de la navigation en-</p><p>tra�nent le d�veloppement des cultures vivri�res et de l��levage dans les campagnes environnantes. Il s�est constitu� dans la ville une aristocratie qui se taille de vastes domaines � travers l��le et qui th�saurise des richesses consid�rables. Sous son impulsion, gr�ce � l�afflux de techniciens fran�ais et d�esclaves, les cultures de plantation (canne � sucre surtout) se d�veloppent sur les terres fertiles de la moiti� occidentale de Cuba, � la fin du XVIIIe s. et au XIXe s. La Havane commande ainsi le d�veloppement �conomique de l��le.</p><p>En 1791, la ville a 44 337 habitants, 55 000 avec ses environs.</p><p>Au XIXe s., La Havane devient le grand port de commerce de Cuba et la t�te de ligne du r�seau ferr� ; des industries se cr�ent en bordure de la baie � la fin du si�cle. En 1841, elle a 184 548 habitants, soit 17 p. 100 de l��le ; en 1898, 250 000 avec ses banlieues, 16 p. 100 de Cuba. En 1919, la ville seule a 363 506 habitants et 446 848 avec ses banlieues. L�agglom�ration atteint le r�o Almendares, qui s�encaisse profond�ment � 6 km � l�ouest du centre historique. On construit le luxueux quartier du Ve-dado en bordure de la mer. Des quartiers se cr�ent �galement au sud de la baie, et m�me de l�autre c�t�, � l�est.</p><p>En 1943, Gran Habana a 835 670 habitants, soit 18 p. 100 de Cuba. Les campagnes cubaines sont en crise, et la population de la capitale s�accro�t plus vite que celle de l�ensemble du</p><p>pays ; l�exode rural se d�verse sur la ville. Le r�o Almendares a �t� franchi et, au-del�, les quartiers de Miramar et de Marianao se d�veloppent. En 1953, il y a 1 216 000 habitants dans l�agglom�ration, soit 20 p. 100 de Cuba, de nouveaux quartiers se sont cr��s � l�est de la baie ; l�exode rural s�est acc�l�r�.</p><p>� la veille de la r�volution castriste, en 1958, La Havane atteint un d�veloppement exag�r� avec 1 350 000 habitants, et son r�le est consid�rable dans la vie du pays. Son port re�oit pr�s de 90 p. 100 des importations ; elle est devenue le principal centre industriel du pays (raffineries, cimenteries, centrales thermiques, alimentation, v�tements, etc.) ; une zone industrielle s�est cr��e au fond de la baie. La Havane re�oit la majeure partie des touristes et est un centre de loisirs fr�quent� par les Am�ricains, qui dominent le pays. Capitale politique, commerciale, centre des affaires, elle se pare de buildings futuristes dans les derniers temps de la dictature. Orgueil des classes poss�-</p><p>dantes, qui s�y rassemblent en majeure partie, elle concentre la moiti� des m�decins du pays, les trois quarts des voitures et des t�l�phones, en bref une bonne partie des richesses aux d�pens des campagnes appauvries, o� la r�volution na�t. Conquise par les castristes, La Havane a n�anmoins continu� � se d�velopper, l�exode rural se poursuivant alors que de nombreuses personnes appartenant aux classes ais�es prennent le chemin de l��migration. En 1965, il y a plus de 1,7 million d�habitants (982 000 hab. dans la ville seule), soit 22 p. 100 de la population totale.</p><p>Le gouvernement s�efforce de freiner le d�veloppement de cette �norme capitale qui s��tend sur 100 km 2 autour de la baie, en d�centralisant au profit des villes provinciales. Il a cr�� une ceinture agricole (le � cordon � de La Havane) autour de l�agglom�ration, de fa�on � l�int�grer dans le monde rural et � �viter que la ville ne vive en parasite du reste du pays.</p><p>J.-C. G.</p><p>L�histoire</p><p>San Crist�bal de La Habana a �t� fon-</p><p>d�e en 1515 par Diego Vel�zquez et, tout de suite, de par sa proximit� avec le continent, elle a b�n�fici� de la pr�-</p><p>f�rence des colons. Au cours de la longue crise du XVIIe s., alors que l��le, d�peupl�e de sa population primitive, �tait pratiquement livr�e aux pirates, la majorit� des Espagnols vint s�y r�fugier. En 1607, si l��v�ch� reste � Santiago de Cuba, le gouvernement et la capitainerie g�n�rale s�installent � La downloadModeText.vue.download 117 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5258</p><p>Havane, devenue le port le plus important et le premier centre de constructions navales des Antilles.</p><p>Au XVIIIe s., la ville participa � la prosp�rit� sucri�re, s�agrandit et s�embellit. En 1762, elle fut assi�-</p><p>g�e pendant 67 jours par une flotte anglaise de 250 b�timents transportant 14 000 soldats et, faute de secours, elle capitula. Cet �v�nement eut de grandes cons�quences puisque, � partir de l�, les Bourbons d�Espagne lanc�rent leur grand programme de r�formes militaires, administratives, commerciales, pour fortifier l�empire. La Havane �tait une clef strat�gique et commerciale, l�Anvers des Cara�bes.</p><p>Cuba resta espagnole jusqu�en 1898, lorsque la guerre hispano-am�ricaine �clata : le croiseur am�ricain le Maine, envoy� par Washington, explosa accidentellement en rade de La Havane. Ce fut le pr�texte de l�intervention.</p><p>� la fin de la domination de Ma-</p><p>chado, vers 1933. La Havane vit re-na�tre les soci�t�s secr�tes qui, tout au long du XIXe s., avaient oeuvr� contre la domination espagnole, et il y eut des manifestations d��tudiants contre le tyran.</p><p>Entre 1952 et 1958, sous la domination de Batista, La Havane devint la capitale de la prostitution en Am�-</p><p>rique latine, avec une population de 20 000 prostitu�es. Batista et ses amis mirent en place des gangs italo-am�-</p><p>ricains qui firent du jeu une v�ritable industrie nationale : loterie, machines</p><p>� sous, casinos, etc. Le tourisme am�ricain et international fournissait le reste des revenus de cette ville qui croissait de fa�on explosive.</p><p>C�est � La Havane, le 21 novembre 1947, que se r�unit la premi�re conf�-</p><p>rence internationale sur le commerce et l�emploi ; la charte qui fut alors sign�e servit de base � l�Organisation internationale du commerce.</p><p>La Havane fut consid�r�e par les r�volutionnaires avec une grande m�fiance. Est-ce parce qu�elle n�avait pas particip� au combat contre Batista ? Cependant, bien des opposants y �taient morts dans les tourments, et la capitale avait fait un accueil fantastique aux barbudos en janvier 1959. Est-ce parce que la gr�ve insurrectionnelle d�avril 1958 y avait �chou� ? Mais elle avait �chou� partout, et les r�seaux urbains avaient bien travaill�. Les raisons sont plut�t socio-professionnelles : � la m�fiance des castristes descendus de la � sierra �</p><p>vis-�-vis de toutes les villes s�ajoute le grand probl�me l�gu� par Batista.</p><p>Usine � plaisirs, vivant du tourisme, La Havane participe avec enthousiasme au combat pour la moralisation, contre le vice, le jeu et la mendicit�, mais elle est frapp�e �conomiquement dans ses classes moyennes, plus d�velopp�es ici que partout ailleurs. Elle fournit donc proportionnellement le plus de candidats � l��migration vers Miami. En 1968, les derniers commerces priv�s ont �t� nationalis�s � La Havane, qui ressent moins que les campagnes le b�n�fice mat�riel de la r�volution.</p><p>J. M.</p><p>F Cuba.</p><p>J. H. Vald�s, Historia de la isla de Cuba y en especial de La Habana (La Havane, 1964).</p><p>Havre (Le)</p><p>Ch.-l. d�arrond. du d�part. de la Seine-Maritime ; 200 940 hab. (Havrais).</p><p>L�agglom�ration, de Gonfreville-l�Orcher � Sainte-Adresse, en passant par Harfleur, Montivilliers et Rouelles, compte environ 250 000 habitants.</p><p>L�histoire</p><p>Jusqu�� la fin du Moyen �ge, le site du Havre n��tait qu�un vaste marais o� l�on pratiquait l�industrie du sel.</p><p>Une petite chapelle pour les marins, Notre-Dame-de-Gr�ce, donna son</p><p>nom au port que Fran�ois Ier d�cida de construire et qui s�appela d�abord Villefran�oise-de-Gr�ce, puis Le Havre-de-Gr�ce. Il s�agissait de rem�dier � l�insuffisance des autres ports de l�estuaire de la Seine, comme Caudebec ou Harfleur.</p><p>D�s 1517, le roi avait r�solu de faire du Havre le grand port de la c�te oc�ane, car � le lieu de Gr�ce, disait le rapport, �tait le plus propre et le plus ais� de ladite c�te et pays de Caux � faire havre �. Fran�ois Ier vint souvent � Villefran�oise presser les travaux, souvent retard�s par les d�g�ts caus�s par les mar�es.</p><p>Le ma�tre ma�on Michel F�r�</p><p>construisit le port, et un ing�nieur militaire g�nois, Bellarmato, se chargea des fortifications, car Le Havre �tait destin� � devenir le grand port militaire du royaume. Au cours de la guerre men�e par le roi contre l�Angleterre, il rassembla au Havre en 1545 toute sa flotte, celle de l�Oc�an comme celle de la M�diterran�e, en vue d�un d�barquement en Angleterre. Les troupes ravag�rent l��le de Wight et les c�tes anglaises du c�t� de Douvres. Cette descente fut la derni�re de ce genre r�ussie dans la grande �le.</p><p>Dans la seconde partie du XVIe s., Le Havre fut ravag� par la peste d�abord, par les guerres de Religion ensuite. En 1562-63, le port fut occup� quelque temps par les Anglais, appel�s par les protestants, avant d��tre repris par les troupes royales, command�es par le conn�table de Montmorency. Durant le r�gne d�Henri III, la ville devint un fief de la Ligue, tenu par le duc de Villars.</p><p>Richelieu continua l�oeuvre de Fran-</p><p>�ois Ier. Sous son impulsion, le port fut agrandi et empierr�. Plus tard, Colbert demanda � Vauban de le creuser pour permettre l�entr�e des navires de fort tonnage. En 1694, les Anglais, durant la guerre de la ligue d�Augsbourg, ne</p><p>purent s�en emparer.</p><p>Louis XVI, puis Napol�on III pour-suivirent l�am�nagement du port. Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Havre, lib�r� seulement en septembre 1944, fut d�vast� par les bombarde-ments, et son installation portuaire an�antie. Sa reconstruction fut men�e � bien par l�architecte Auguste Perret*.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>Le port</p><p>La ville du Havre ne peut se comprendre sans r�f�rence � son port, le deuxi�me de France apr�s Marseille.</p><p>N�a-t-elle pas �t� fond�e pour �tre un port, en t�te de l�estuaire de la Seine et en ouverture sur la Manche ? Tout en se transformant, cette fonction portuaire n�a pas cess� d�animer la ville et l�agglom�ration. L��volution de celles-ci correspond aux grandes mutations du port. Au commerce colonial, pr�-</p><p>dominant jusqu�au milieu du XIXe s., correspond une petite ville de marins resserr�e derri�re ses remparts autour des vieux bassins du Roi et de la Barre.</p><p>Avec les grandes r�ussites du n�goce international, et notamment le succ�s des Bourses au caf� et au coton entre le second Empire et 1914, la ville �clate et s��tend presque � ses dimensions actuelles, tandis que le port se dote de ses bassins � flot et de son grand bassin de mar�e. Aux ambitions p�troli�res et industrielles de la p�riode contemporaine correspondent l��largissement de l�agglom�ration et le d�veloppement du port vers l�amont dans les terrains de marais situ�s entre Harfleur et Tancarville.</p><p>Actuellement, Le Havre offre un</p><p>outil portuaire d�une remarquable efficacit�. � courte distance, la Manche atteint des profondeurs comprises entre 10 et 20 m. La mar�e, d�une amplitude downloadModeText.vue.download 118 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5259</p><p>de 6 � 8 m, pr�sente la particularit� d�une longue �tale de 2 � 3 heures tr�s favorable aux mouvements de navires.</p><p>De la sorte, et gr�ce aux travaux de dragage effectu�s dans le chenal, Le Havre est accessible � mar�e basse � des unit�s ayant des tirants d�eau de 19-21 m. Sa sp�cialisation dans l�accueil des plus gros navires n�a donc pas cess� de s�affirmer. En outre, Le Havre compl�te l�am�lioration de ses acc�s maritimes par des �quipements de manutention, de d�gagement, ou m�me par l�installation d�usines au ras des quais qui doivent assurer le maximum d�efficacit� dans le d�chargement des marchandises pond�reuses.</p><p>Aussi le trafic du port a-t-il beaucoup chang� depuis le d�but du si�cle. Jadis, c��tait surtout un port de marchandises diverses et souvent co�teuses et un port de passagers transatlantiques. La premi�re activit�, notamment la manutention du coton, du caf�, des cuirs, des bois, occupait une tr�s nombreuse main-d�oeuvre d�ouvriers dockers. La seconde employait un corps important de � navigateurs �, beaucoup originaires de Bretagne, travaillant dans ces palaces flottants qu��taient les paquebots transatlantiques. Ces activit�s n�ont pas disparu, mais elles se sont r�tract�es, cr�ant de d�licats probl�mes sociaux. Un seul grand paquebot de la Compagnie g�n�rale transatlantique, le France, fr�quente toujours les lignes de l�Atlantique Nord. Le Havre a conserv� une place int�ressante dans les importations de bois, de caoutchouc et latex, de caf�, de coton, de fruits frais ainsi que dans les exportations de produits agricoles, de machines et de voitures.</p><p>Mais ses v�ritables sp�cialit�s s�affirment surtout dans les techniques modernes du � roll on-roll off �, dans le d�chargement des marchandises pond�reuses et principalement dans les importations de p�trole brut et de m�thane. Le � roll on-roll off � met en relation directe la route et le rail avec les � car-ferries � en provenance d�Angleterre pour le trafic des conteneurs, tandis que des �quipements sp�ciaux assurent le d�chargement des grands navires � porte-cadres � qui viennent des �tats-Unis. Un poste min�ralier effectue le d�chargement automatique des pond�reux. Surtout, le � roi p�-</p><p>trole � soutient l�essentiel de l�activit�</p><p>du port. Le Havre accueille au sud de son grand bassin de mar�e les p�troliers de 200 000 t, dont les cargaisons sont ensuite achemin�es par ol�oducs vers les raffineries de la Basse-Seine, de la R�gion parisienne et vers celle de Valenciennes.</p><p>Ainsi, le trafic du port a progress� de 10 Mt en 1950, 16 Mt en 1960 � 60 Mt en 1971, en attendant beaucoup plus. Les exportations couvrent environ 8 Mt, alors que les hydrocarbures repr�sentent 80 p. 100 de l�ensemble du trafic.</p><p>L�industrie</p><p>Le Havre s�est industrialis�, parall�lement au d�veloppement du port, � partir de la seconde moiti� du XIXe s. Les vieilles industries havraises traduisent bien dans leur localisation comme dans leurs productions une liaison �troite avec le port. Imm�diatement en arri�re de celui-ci, entre les bassins � flot, le canal de Tancarville et l�estuaire, notamment sur le territoire de l�ancienne commune de Graville, s��tablirent des industries m�tallurgiques orient�es principalement vers la construction, la r�paration ou l��quipement des navires ainsi que des industries alimentaires traitant des produits d�importation.</p><p>Une curiosit� cependant : Le Havre, grand port d�importation du coton, n�a jamais �t� une ville textile. Toutes ces activit�s n�ont pas progress� entre les deux guerres mondiales et ont m�me recul� � partir de 1945-1950, cr�ant un marasme sur le march� de l�emploi. La rel�ve a �t� assur�e � partir de 1960</p><p>par le d�veloppement de nouvelles industries dans la vaste zone du marais d�estuaire qui s��tend entre Graville et Tancarville sur quelque 25 km.</p><p>Actuellement, les industries havraises occupent un peu plus de 40 000 personnes. Elles se r�partissent dans quatre branches principales. La m�tallurgie (pr�s de 20 000 salari�s) occupe la premi�re place pour le nombre d�emplois ; il s�agit d�une m�tallurgie tr�s diff�renci�e qui travaille maintenant moins pour le port lui-m�me que pour la construction et l��quipement d�autres usines, particuli�rement celles qui sont li�es au p�trole, ainsi que pour la fabrication de mat�riel de transport</p><p>(navires, locomotives �lectriques, automobiles) ; avec 5 700 salari�s, l�usine Renault de Sandouville est la plus importante des entreprises havraises. Le raffinage du p�trole, assur� par la grande raffinerie de la Compagnie fran�aise de raffinage � Gonfreville-l�Orcher, la chimie et la p�trochimie comptent moins par le nombre de leurs salari�s (environ 4 000) que par la masse de leurs chiffres d�affaires, par leur caract�re ultra-moderne et leurs techniques tr�s automatis�es, ainsi que par le r�le moteur qu�ils jouent dans l�entra�nement des autres activit�s havraises. Le b�timent (10 000 salari�s) occupe une place de choix � cause de multiples possibilit�s de chantier offertes par les extensions du port, de la ville et des autres industries (industries agricoles et alimentaires, textile et confection, cimenterie).</p><p>L�importance de toutes ces activit�s, les crises et les luttes tr�s difficiles de la p�riode de r�cession allant de 1920</p><p>� 1955-1960 expliquent l�orientation politique de l�agglom�ration havraise, socialement domin�e par le prol�tariat des dockers et des ouvriers d�usine et administr�e par des municipalit�s � majorit� communiste (� l�exception de la petite commune de Sainte-Adresse).</p><p>L�agglom�ration</p><p>L�agglom�ration du Havre cumule bien des particularit�s. Pratiquement, elle est sans pass� puisque les destructions de 1944 ont ray� de la carte les vieux quartiers de Notre-Dame et de Saint-Fran�ois qui remontaient au XVIe s. ; ses plus vieux immeubles datent d�une downloadModeText.vue.download 119 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5260</p><p>centaine d�ann�es ; la vieille abbaye romane de Graville appara�t dans ce contexte comme un exceptionnel joyau, presque pr�historique. Mais cette grande ville, tout enti�re tourn�e vers les activit�s du port et de l�industrie, est aussi sans r�gion ; sa zone d�influence dans le pays de Caux voisin, tr�s vite concurrenc�e par Rouen,</p><p>ne s��tend gu�re au-del� de F�camp et de Lillebonne ; Le Havre, sans universit� et sans �v�ch�, n�est administrativement qu�une sous-pr�fecture. Ville de marins, de n�gociants, d�employ�s de commerce et, de plus en plus, d�ouvriers, c�est le contraire d�une capitale de province. Son essor d�mographique suit avec des crises brutales la marche de ses activit�s : un d�veloppement rapide et anarchique du milieu du XIXe s.</p><p>� la Premi�re Guerre mondiale entra�-</p><p>nant un bond de 50 000 � 170 000 habitants dans l�agglom�ration ; une stagnation relative de 1920 � nos jours, un peu au-dessus de 200 000 habitants ; un nouveau bond attendu pour la fin de ce si�cle, vers les 800 ou 900 000 habitants. La physionomie actuelle de l�agglom�ration traduit toutes ces tensions, que renforcent les contraintes de site et de vigoureux contrastes sociaux.</p><p>L�agglom�ration juxtapose quatre grandes zones principales. La zone portuaire et industrielle s��tend au sud de l�agglom�ration, allong�e depuis l�entr�e du port jusqu�� Tancarville ; elle concentre l�essentiel des emplois dans le secteur secondaire sans comporter d�importants quartiers d�habitation. La ville basse est comprise entre le port et la � C�te �, falaise morte qui s�pare le marais du plateau de Caux ; cette ville basse oppose des quartiers reconstruits � partir de 1945 selon un urbanisme g�om�trique fait de grandes perspectives et d�immeubles collectifs � des quartiers du XIXe s. beaucoup plus confus, qui s�allongent vers l�est en direction de Graville ; ici et l� se trouvent le quartier des affaires entre la Bourse et le boulevard de Strasbourg et ceux du commerce de d�tail autour de la rue de Paris, de la place Thiers et du Rond-Point ; ainsi, il s�agit d�une importante zone d�emplois tertiaires juxtapos�e � des immeubles de r�sidence riche ou ais�e vers l�ouest et � des �lots de plus en plus prol�tariens vers l�est. La ville haute s��tend au nord, au-del� de la</p><p>� C�te � ; exclusivement r�sidentielle, elle donne une impression d�isolement et manifeste dans ses diff�rentes strates la progression d�un habitat ouvrier : aux riches demeures de n�gociants, install�es sur la � C�te � et � Sainte-Adresse au XIXe s., aux multiples petits pavillons construits � Sanvic entre les</p><p>deux guerres s�ajoutent maintenant les grands ensembles collectifs de Cau-criauville, de la Mare-Rouge, du Mont-Gaillard ; cette localisation oblige les travailleurs � des d�placements quotidiens importants en direction du centre de la ville, du port ou de la zone industrielle. Enfin, une quatri�me aire d�extension urbaine tend � prolif�rer, selon un ordre encore l�che, dans la proche vall�e de la L�zarde entre Harfleur et Montivilliers, ainsi qu�autour des communes situ�es sur le plateau de Caux entre la zone industrielle du marais de Seine et la route nationale Le Havre - Rouen.</p><p>Le Havre demain</p><p>Le Havre, stimul� par les appels du large plus que par les pesanteurs terriennes, a toujours v�cu au futur. Les planificateurs attendent des d�veloppements autour de trois th�mes. D�veloppement portuaire, dans deux directions principales : l�am�nagement d�un grand canal maritime pour desservir la zone industrielle du marais, avec une ouverture sur le bassin de mar�e par la construction, en voie d�ach�vement, d�une �cluse g�ante, accessible aux grands min�raliers ; l��dification d�un</p><p>terminal, au large du cap d�Antifer, pour recevoir les p�troliers de 500 000</p><p>� un million de tonnes attendus pour la fin du si�cle. D�veloppement industriel : autour du canal maritime doivent s�installer de grandes usines lourdes, sp�cialement dans les branches de la p�trochimie et de la m�tallurgie. D�-</p><p>veloppement urbain : les acc�s et les relations internes doivent �tre am�lior�s, le centre r�nov�, et l�agglom�ration doit poursuivre son extension sous des formes nouvelles sur le plateau de Caux et, peut-�tre, gr�ce � un nouveau pont en aval de Tancarville, au sud de la Seine, vers Honfleur et Trouville-Deauville. Le Havre prendrait alors la t�te d�une grande agglom�ration de l�estuaire.</p><p>A. F.</p><p>A. E. Bor�ly, Histoire de la ville du Havre et de son ancien gouvernement (Lepelletier, Le Havre, 1880-81 ; 3 vol.) ; Histoire de la ville du Havre de 1789 � nos jours (Lepelletier, Le Havre, 1884-85 ; 2 vol.). / P. Dardel, Navires et marchandises dans les parts de Rouen et du Havre au XVIIIe si�cle (S. E. V. P. E. N., 1963).</p><p>Hawaii</p><p>Archipel am�ricain du Pacifique.</p><p>Situ�es juste au sud du tropique du Cancer, � plus de 3 800 km � l�ouest de la c�te californienne, les Hawaii sont devenues le cinquanti�me �tat</p><p>des �tats-Unis en 1959 (capitale Honolulu*). Pour une superficie de 16 600 km 2, l�archipel comptait, en 1970, 769 900 habitants (y compris 118 000 militaires et membres de leurs familles, soit une densit� de 46 hab. au km2).</p><p>S�allongeant sur plus de 600 km, le long d�une dorsale sous-marine, les Hawaii sont constitu�es d�un chapelet d��les allant de Niihau (190 km 2) et Kauai (1 430 km 2) au nord-ouest jusqu�� Hawaii, de loin la plus vaste (10 400 km2), au sud-est, en passant par Oahu (1 550 km2), Molokai (670 km2), Lanai (360 km2), Maui (1 890 km 2) et Kahoolawe (120 km2).</p><p>Le milieu</p><p>Toutes sont essentiellement volcaniques, quoique parfois bord�es de r�-</p><p>cifs coralliens. Les massifs volcaniques du Nord-Ouest sont anciens et d�j� profond�ment diss�qu�s par l��rosion (Waimea Ca�on � Kauai), tandis que, vers le sud-est, les formes structurales sont beaucoup mieux conserv�es et que subsistent m�me dans l��le d�Hawaii des volcans tr�s actifs (Kilauea, Mauna Loa). Certains, malgr� la douceur des pentes caract�ristiques de ces accumulations de basaltes (� type hawaiien �), atteignent des altitudes consid�rables : 3 100 m pour l�Haleakala (Maui), 4 170 m pour le Mauna Loa et 4 205 m pour le Mauna Kea (Hawaii).</p><p>La pr�sence de ces puissants reliefs fait na�tre de forts contrastes climatiques entre des secteurs � au vent �</p><p>tr�s arros�s (nord-est des �les) et des zones � sous le vent �, abrit�es et ne recevant donc que fort peu de pluies (la majeure partie des Hawaii a une s�cheresse d��t� plus ou moins marqu�e, � l�inverse des climats tropicaux classiques). � quelques kilom�tres de distance, on passe ainsi de stations totalisant 500, 400, voire 300 mm de pr�cipitations par an (c�est-�-dire, avec les temp�ratures moyennes annuelles</p><p>[de 21 � 25 �C], soumises � un climat semi-d�sertique) � des points recevant plusieurs m�tres de pluies, parfois m�me, aux altitudes moyennes, plus de 10 m (mont Waialeale � Kauai). C�est pourquoi, � la vari�t� des formes de re-</p><p>lief s�ajoute une remarquable diversit� d�associations v�g�tales, depuis une brousse � cactac�es dans les zones les plus s�ches jusqu�� des types de for�ts denses, � foug�res arborescentes dans les r�gions tr�s arros�es. De plus, on trouve de vastes � d�serts � de laves correspondant aux �ruptions les plus r�centes dans l��le d�Hawaii et, � tr�s haute altitude, c�est l� qu�ont pu subsister quelques-unes des plantes end�-</p><p>miques de l�archipel.</p><p>C. H. de L.</p><p>L�histoire</p><p>Cook* d�couvre en 1778 l�archipel d�Hawaii, qu�il appelle les �les Sand-wich ; il y est assassin� en 1779. Les 300 000 indig�nes, d�origine polyn�-</p><p>sienne, m�nent alors un genre de vie archa�que. Ils se nourrissent de poissons et de racines de � taro �, vivent en tribus, ignorent la propri�t� priv�e et pratiquent le polyth�isme.</p><p>Hawaii devient tr�s vite une �tape sur la route maritime qui unit l�Am�-</p><p>rique du Nord et la Chine. Les Blancs, qui font escale pour se ravitailler, sont charm�s par l�hospitalit� hawaiienne et la douceur du climat. En contrepartie, ils introduisent les armes � feu qui permettent � Kamehameha Ier (1782-1819) d�unifier l�archipel sous son autorit�.</p><p>Ils apportent aussi la l�pre, la syphilis, le chol�ra et la peste, qui d�ciment la population. Les ovins et les bovins qu�ils offrent contribuent � d�truire la maigre v�g�tation. Les Hawaiiens en viennent � douter de leurs propres valeurs ; le roi interdit en 1819 les principaux rites de la religion traditionnelle.</p><p>La colonisation commence. Venus</p><p>de la Nouvelle-Angleterre, et pr�c�-</p><p>dant les catholiques et les mormons, des missionnaires protestants font conna�tre le christianisme, �laborent une langue �crite, ouvrent des �coles (en 1845, 80 p. 100 des indig�nes savent lire), stigmatisent l�indolence des Hawaiiens. Souvent aussi, ils sont d��nergiques hommes d�affaires qui exploitent le bois de santal (tr�s recherch� en Chine). La famille royale, satis-faite de cette nouvelle source de revenus, entreprend l�exploitation intensive des for�ts et ach�te aux commer�ants</p><p>am�ricains des produits manufactur�s.</p><p>L��conomie de march� remporte son premier triomphe.</p><p>En 1848, les Am�ricains obtiennent l�instauration de la propri�t� priv�e et acqui�rent ainsi de vastes portions downloadModeText.vue.download 120 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5261</p><p>du sol. Le temps des plantations de canne � sucre commence. Les planteurs font appel � une main-d�oeuvre chinoise, puis japonaise. En 1875, le Congr�s de Washington accorde aux sucres hawaiiens l�entr�e libre sur le territoire de l�Union. Le boom d�passe alors toutes les esp�rances : en 10 ans, la production s�accro�t de huit fois, en 20 ans de pr�s de vingt fois. Au sucre s�ajoutent bient�t les ananas et le riz.</p><p>Cet essor �conomique ne profite gu�re aux Hawaiiens. Ils ne sont plus que 71 000 en 1850, et leur nombre ne cesse de diminuer. Hawaii, qui en un si�cle a perdu son �me et son genre de vie, perd son ind�pendance.</p><p>Depuis longtemps, l�archipel �tait l�objet des convoitises. Les Russes en 1815-16, des pirates espagnols en 1818, les Fran�ais � plusieurs reprises entre 1839 et 1851, les Britanniques en 1843 ont essay� d�imposer leur autorit�. Leur �chec tient aux rivalit�s qui les opposent et surtout � la relative proximit� des �tats-Unis. Ceux-ci sont appel�s toujours plus � l�ouest par leur � destin�e manifeste �. Un projet d�annexion �choue avant la guerre de S�cession. En 1875, un trait� de r�ciprocit� limite la souverainet� d�Hawaii au profit des �tats-Unis ; il est renouvel� en 1887, malgr� l�opposition des producteurs de sucre de la Louisiane.</p><p>Mais, en 1890, un nouveau tarif douanier exclut des march�s de l�Union les sucres hawaiiens, au moment o� la reine Liliuokalani (de 1891 � 1893) favorise une r�action antiam�ricaine.</p><p>� Hawaii, des planteurs am�ricains se divisent. Les plus riches ne veulent pas d�une annexion par les �tats-Unis, qui supprimerait l�immigration d�ouvriers japonais sous contrat. Les autres n�h�-</p><p>sitent pas ; � la suite du coup d��tat</p><p>contre la reine, en 1893, ils font appel � l��quipage d�un navire am�ricain, renversent la monarchie et demandent leur rattachement � l�Union.</p><p>Le pr�sident Cleveland n�en veut pas. Hawaii devient alors une r�publique am�ricanis�e. En 1897, le pr�-</p><p>sident McKinley, plus sensible � la nouvelle vague d�imp�rialisme, se d�clare favorable � l�annexion. Il passe outre aux objections du Japon. D�ailleurs, la guerre de Cuba ouvre de nouvelles perspectives : sur la route des Philippines et de la Chine, Hawaii est indispensable. Le Congr�s approuve le 6 juillet 1898. En 1900, Hawaii acc�de au statut de � territoire �.</p><p>Mais il faudra attendre mars 1959</p><p>pour que l�archipel devienne le 50e �tat de l�Union. Pourtant, l�essor �conomique est brillant au XXe s. La population passe de 154 000 habitants en 1900</p><p>� pr�s de 800 000 en 1970. Portugais des A�ores et de Mad�re, Philippins, Blancs et Noirs du continent am�ricain viennent composer avec les Orientaux le plus diversifi� des � melting pots �</p><p>des �tats-Unis ; les � cosmopolites �, issus du m�lange de toutes ces races, forment � eux seuls une cat�gorie particuli�re. Quant aux Hawaiiens, ils ne sont plus que 12 000, soit 1,5 p. 100</p><p>du total.</p><p>La richesse d�Hawaii demeure le</p><p>sucre et les ananas. Mais les d�penses f�d�rales sont une source consid�rable de revenus ; la base militaire de Pearl Harbor, dont l��quipement est autoris� par le Congr�s en 1908, tragiquement bombard�e par les Japonais en 1941, reprend une place primordiale avec l�engagement militaire des �tats-Unis dans les affaires d�Extr�me-Orient.</p><p>Enfin, le tourisme a stimul� l��conomie en cr�ant de nouveaux emplois, mais a contribu� � enlaidir le paysage et � d�truire le charme naturel des �les.</p><p>Honolulu, la capitale, refl�te cette �volution g�n�rale. De 40 000 habitants en 1900, elle est pass�e � pr�s de 320 000 habitants, tandis que, par son taux de criminalit�, elle se situe au huiti�me rang des cit�s am�ricaines.</p><p>A. K.</p><p>La population</p><p>Elle pr�sente des caract�res tr�s originaux. Apr�s une diminution brutale du fait de l�effondrement du nombre des indig�nes (300 000 hab. lors de la d�couverte par Cook en 1778 et 56 897</p><p>en 1872), elle s�est accrue rapidement depuis 1880 : 89 990 habitants en 1890, 255 881 en 1920, 422 770 en 1940, 632 772 en 1960. Cet essor est d� � l�arriv�e de quelque 400 000 immigrants venus de diverses r�gions du globe (principalement Chine, Japon, Cor�e, Philippines. A�ores, Porto Rico...) pour travailler dans les plantations de canne � sucre et accessoirement d�ananas. Nombre d�entre eux quitt�rent Hawaii � l�expiration de leur contrat, mais il en resta un pourcentage suffisant pour faire de l�archipel un exemple �tonnant de soci�t� multira-ciale. Actuellement, m�me en tenant compte des militaires, qui sont � cau-casiens �, c�est-�-dire de souche europ�enne � plus de 80 p. 100, le groupe racial dominant reste celui des Japonais, qui repr�sente 29,3 p. 100 de la population totale, en ne consid�rant que ceux de � race pure �. Les Blancs, venus essentiellement des �tats-Unis, comptent pour 24,2 p. 100, les Philippins pour 7,2 p. 100, les Chinois pour 6,5 p. 100, les Portugais pour 3,2 p. 100..., et les Hawaiiens de pure race polyn�sienne ne font gu�re plus de 1 p. 100. Il est vrai que la race hawaiienne est beaucoup plus largement repr�sent�e dans la cat�gorie des m�tis, fort nombreux : 26,2 p. 100 du total de la population (dont plus de deux tiers ont au moins une goutte de sang polyn�sien). Cela t�moigne du r�le capital des indig�nes dans le processus de m�lange racial. Ils ont fourni aux tr�s nombreux immigrants souvent arriv�s sans famille l��l�ment f�minin qui leur a permis de faire souche dans l�archipel. Il s�est ainsi cr�� un climat favorable � la fusion entre les diff�rents groupes, et le pourcentage des mariages interraciaux n�a cess� de s�accro�tre : 11,5 p. 100 seulement en 1912-1916 ; 22,8 p. 100 en 1930-1940 ; 37,6 p. 100 en 1960-1964.</p><p>La population est tr�s in�galement r�partie dans tout l�archipel. Une �le,</p><p>Oahu, accapare 82,2 p. 100 du total du fait de la pr�sence de la capitale, Honolulu*, ce qui lui conf�re une densit� de 402 habitants au kilom�tre carr�, alors que les autres �les restent peu peupl�es : 61 601 habitants � Hawaii (6 hab. au km2), 45 097 pour l�ensemble Maui - Molokai - Lanai (15 hab. au km2), 28 792 pour Kauai et Niihau (17 hab. au km2).</p><p>Ce d�s�quilibre s�est fortement</p><p>accentu� depuis le d�but du si�cle puisque, en 1900 encore, Oahu ne re-pr�sentait que 38 p. 100 de la population totale de l�archipel.</p><p>L��conomie</p><p>Cette concentration de la population dans l��le d�Oahu est le reflet des profondes transformations de l��conomie hawaiienne et de son expansion spectaculaire. Les grandes plantations de canne � sucre et d�ananas restent encore importantes, mais leur place relative dans l��conomie de l�archipel n�est plus dominante. Les surfaces consacr�es aux productions v�g�tales sont faibles : 131 500 ha, 8 p. 100 de la superficie de l�archipel, alors que de vastes secteurs (32 p. 100 des �les) sont vou�s � l��levage, souvent bien extensif, il est vrai.</p><p>La canne � sucre est de loin la</p><p>plus importante ressource agricole.</p><p>Au total, 24 plantations dans les �les d�Hawaii, de Maui, d�Oahu et de Kauai disposent d�environ 98 000 ha en production enti�rement irrigu�s, sauf sur la c�te nord-ouest de l��le d�Hawaii.</p><p>La r�colte a atteint, en 1969, 11,3 Mt de canne, fournissant 1,2 Mt de sucre brut valant 105 millions de dollars.</p><p>La culture de la canne est aux Hawaii la plus moderne du monde, obtenant des rendements �normes (26,8 t/ha de sucre brut pour un cycle v�g�tatif de deux ans contre 7 t/ha � Porto Rico pour une r�colte annuelle). Il faut 10 heures de travail aux Hawaii pour obtenir une tonne de sucre brut contre plus de 18 heures dans les zones bet-teravi�res et en Floride, et 85 heures � Porto Rico. La m�canisation est pouss�e � l�extr�me, et l�industrie sucri�re n�emploie plus aujourd�hui que 10 830 ouvriers, 5 fois moins qu�au</p><p>lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci jouissent des salaires les plus �lev�s du monde (par journ�e de 8 heures, l�ouvrier agricole touche en effet 23,86 dollars, plus 8,4 dollars d�avantages sociaux, soit plus de 177 F au total). La culture de la canne � sucre tend peu � peu � se concentrer dans les �les autres qu�Oahu, envahie par les lotissements et les complexes touristiques. Le sucre brut produit aux Hawaii est transport� en grande partie dans la plus grosse raffinerie du monde, install�e � Crockett, dans la baie de San Francisco, et propri�t� commune des firmes sucri�res hawaiiennes.</p><p>La culture de l�ananas a longtemps �t� le quasi-monopole de l�archipel.</p><p>Elle occupe encore pr�s de 26 000 ha, r�partis dans les grandes plantations des �les de Lanai, Molokai, Maui et Oahu. Les fruits obtenus sont essentiellement mis en conserve, et pour la plus grande partie � Honolulu (valeur totale des conserves : 125 millions de dollars).</p><p>Les autres cultures ne jouent qu�un r�le tr�s secondaire, aussi bien le caf� de Kona (�le d�Hawaii) que les fleurs et les fruits tropicaux. La culture des papayes et celle des noix de macada-mia a connu cependant ces derni�res ann�es un essor remarquable. Quant � l��levage bovin, presque enti�rement orient� vers le march� local, il est r�parti dans des �tables sp�cialis�es � Oahu pour la production laiti�re et dans de vastes ranches � Molokai, Maui et surtout Hawaii pour les b�tes � viande.</p><p>En dehors des produits agricoles, l�industrie n�a gu�re de base pour se d�velopper, ni de march� accessible, sauf le march� local. Aussi les implantations se sont-elles limit�es � une raffinerie de p�trole (une autre en construction), des usines de ciment et de mat�riaux de construction, des downloadModeText.vue.download 121 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5262</p><p>usines de boissons et de produits ali-</p><p>mentaires, plus quelques ateliers textiles et des manufactures de souvenirs pour touristes.</p><p>Le tourisme est devenu depuis la Seconde Guerre mondiale l�une des ressources fondamentales de l�archipel. Son essor correspond � l�am�lioration des transports a�riens, qui ont supplant� les paquebots, encore utilis�s pour des croisi�res. L�a�roport d�Honolulu et celui, r�cent, d�Hilo (�le d�Hawaii) ont accueilli, en 1970, 1 595 000 visiteurs, presque tous am�-</p><p>ricains, qui, restant en moyenne 11 � 12 jours, ont d�pens�... 594 millions de dollars ! Waikiki demeure le coeur de l�activit� touristique avec pr�s des deux tiers des 27 519 chambres existant dans l�archipel en juin 1970 ; 4 532 nouvelles chambres devaient s�ajouter � ce total dans les derniers mois de 1970...</p><p>Enfin, la remarquable prosp�rit� hawaiienne (revenu par t�te d�habitant : 4 502 dollars par an en 1970, soit plus que la moyenne des �tats-Unis, environ 4 000 dollars) doit beaucoup aux �normes d�penses r�alis�es par le gouvernement f�d�ral pour ses bases militaires (660 millions de dollars en</p><p>1969) et pour ses organismes civils (325 millions de dollars). Les gouvernements, f�d�ral et local, emploient d�ailleurs, en plus des militaires, 71 000 personnes ! C�est dire combien les Hawaii participent aujourd�hui � la civilisation am�ricaine avec la pr�pond�rance �crasante du secteur tertiaire et des activit�s urbaines.</p><p>Par ses liaisons a�riennes et ses liens �conomiques et culturels avec les pays bordiers, Hawaii affirme de plus en plus sa vocation de point de contact au coeur du monde du Pacifique. Cet �largissement des horizons caract�rise aussi les grosses soci�t�s locales comme Dil-lingham, Castle and Cooke, AMFAC, A. and B., qui d�veloppent rapidement leurs investissements en dehors de l�archipel, sur le continent am�ricain, aux Philippines, en Australie...</p><p>C. H. de L.</p><p>F Honolulu / Oc�anie.</p><p>W. Lafeber, The New Empire. An Interpreta-tion of American Expansion, 1860-1898 (Ithaca, N. Y., 1963). / R. A. Smith, The Frontier States.</p><p>Alaska, Hawaii (New York, 1968).</p><p>Hawkins</p><p>(Coleman)</p><p>Saxophoniste am�ricain (Saint Joseph, Missouri, 1904 - New York 1969).</p><p>� Et il me pla�t que le chef-d�oeuvre de Hawkins, qui se trouve �tre aussi l�une des sept ou huit merveilles du jazz, autorise � parler de l��me un peu plus gravement que ne l�eussent permis, sans lui, le titre et m�me la m�lodie de cette chanson sentimentale. Bien loin d�ailleurs que le � and � de Body and Soul sugg�re une distance ou une opposition, il joue (� mon avis) un r�le tr�s actif et profond de conjonction vraiment copulative, et la musique de Hawkins en son meilleur point d��quilibre, comme celle de ses pairs, �noncera toujours le balancement int�rieur de cette indissociable alliance ; elle dira toujours, en recourant implicitement � la copule fondamentale qu�est le verbe �tre : � Body is soul �, ou l�inverse si l�on pr�f�re. � Jacques R�da rendait ainsi hommage (dans Jazz Magazine, juill. 1969) au musicien que l�on surnommait � Bean � (le Haricot) et qui, aujourd�hui encore, est consid�r� comme l�� inventeur � du saxophone t�nor. Mais, avant d�atteindre, en 1939, ce sommet que repr�sente son enregistrement de Body and Soul, Coleman Hawkins avait d�, pendant quelque dix ans, imposer son instrument et son style au sein de grands orchestres aux c�t�s des trompettes, qui, de La Nouvelle-Orl�ans � New York, r�gnaient alors sur le monde du jazz.</p><p>Le t�nor :</p><p>une voie d�j� moderne</p><p>� cinq ans, il avait �tudi� le piano. �</p><p>sept, le violoncelle. Il choisit le saxophone t�nor en 1913. � l�inverse des autres instruments � vent adopt�s par les musiciens noirs am�ricains, ceux qu�avait invent�s le Belge Adolphe Sax n�ont �t� utilis�s que tr�s rarement par les compositeurs europ�ens.</p><p>Consid�r�s, semble-t-il, comme des curiosit�s de lutherie, les saxophones avaient surtout ajout� leurs voix aux fanfares et orchestres de cirque. Aussi Hawkins dut-il moins apprendre une technique que s�en inventer une.</p><p>Mamie Smith, une des chanteuses de blues les plus populaires � l��poque, lui offrira son premier engagement, ce qui pour le jeune saxophoniste constitue d�j� une remarquable r�f�rence, la chanteuse ayant la r�putation de choisir ses accompagnateurs parmi les meil-</p><p>leurs jazzmen. En 1922, elle l�emm�ne � New York, o� il se produit dans les cabarets de Harlem avant d��tre engag� par Fletcher Henderson, pianiste et chef d�un grand orchestre. Hawkins va mettre son travail � l��preuve des autres voix instrumentales. Encore marqu� par les traditions n�o-orl�anaises (notamment le jeu staccato des clarinettistes) et, plus encore, par son souci de rivaliser en puissance avec trompettes et trombones, le saxophoniste pratique d�abord un jeu rudimentaire, v�h�ment, voire brutal. Peu � peu, il s�impose comme une des � vedettes �</p><p>de l�orchestre et, bient�t, comme l�un des musiciens les mieux pay�s. Les premiers enregistrements auxquels il participe dans les ann�es 20 le feront consid�rer, un peu vite semble-t-il, comme le � Louis Armstrong du saxophone �. Du trompettiste, l�on retrouve certes dans le jeu de Hawkins la puissance apparemment � naturelle �, le volume sonore, le d�bit � facile � et cette sorte d�expressionnisme qui n�est en fait, chez les grands jazzmen, que la trace au niveau instrumental du blues vocal. Hawkins restera chez Henderson jusqu�en 1934, ce qui ne l�emp�chera pas � popularit� oblige � d�enregistrer avec d�autres orchestres (les McKinney�s Cotton Pickers et les Mound City Blue Blowers � la fin des ann�es 20), ces s�ances suppl�mentaires �tant pour lui autant d�occasions de travailler de fa�on plus diverse et plus libre. Ce qu�il va d�velopper avec le plus de rigueur, c�est un sens de la construction alors inhabituel dans la musique n�gro-am�ricaine improvis�e.</p><p>Alors qu�un Armstrong appara�t, � la m�me �poque, comme un ma�tre de la paraphrase th�matique, Hawkins �limine peu � peu de son improvisation les r�f�rences explicites � la m�lodie initiale que repr�sente le th�me. Ainsi, il met au point ce qu�Andr� Hodeir appelle la � phrase-chorus �, par opposition � la paraphrase qui n�est qu�em-bellissement de la ligne m�lodique du th�me. Ce n�est qu�� la lumi�re de l�aboutissement que constitue sa version exemplaire de Body and Soul que les premiers indices de ce travail peuvent �tre relev�s dans ses enregistrements de la fin des ann�es 20. Autre innovation, �galement indissociable de cet esprit du blues toujours sous-</p><p>jacent : une fa�on in�dite de jouer en tempo lent.</p><p>Alors que les � slows � (blues ou ballades), pour nombre de musiciens, sont les pi�ges r�v�lateurs de toutes mi�vreries et d�liquescences, Hawkins r�unit en de tels contextes rythmiques-m�lodiques diverses qualit�s (ampleur du vibrato, puissance de la sonorit�, douceur du discours, celle-ci, paradoxalement, semblant �tre le produit des deux premi�res) qui sont, � d�faut d�un mot plus pr�cis et moins d�valu�, ce qu�il faut bien appeler le lyrisme hawkinsien.</p><p>L�homme de tous les jazz</p><p>Les contradictions et les chocs qui font l�histoire du jazz, Hawkins les aura inscrits en son oeuvre. D�o� cette constante dualit�, cette opposition productive : rigueur quasi sch�matique de la construction et lyrisme irr�pressible de l�improvisation. � la fin des ann�es 30, la popularit� de Hawkins d�passe les fronti�res am�ricaines, traverse l�Oc�an. En 1935, il joue � Londres, La Haye, Paris ; il enregistre avec Benny Carter, les Fran�ais Alix Combelle, Andr� Ekyan, Django Reinhardt. En 1939, retour aux �tats-Unis ; Body and Soul, moment privil�gi�, miracle d��quilibre entre les deux ten-downloadModeText.vue.download 122 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5263</p><p>dances du flux hawkinsien et, pour les musiciens de toutes g�n�rations, une le�on qui n�a pas fini d��tre m�dit�e.</p><p>Ind�pendant, curieux, attentif � toutes les musiques, Hawkins, apr�s avoir dirig� un grand orchestre et diverses petites formations, s�int�resse aux travaux des jeunes boppers. Il joue avec Howard McGhee, Dizzy Gillespie,</p><p>Miles Davis, Fats Navarro, Thelonious Monk, Max Roach, Sonny Rollins...</p><p>Jusqu�� sa mort, il continuera de promener son saxophone dans toutes les r�gions du monde et du jazz. Physiquement ou par hommage interpos� (celui, par exemple, que lui rendent, dans les ann�es 70, des musiciens de free jazz comme Archie Shepp), il aura �t� de</p><p>toutes les batailles des musiciens noirs am�ricains.</p><p>P. C.</p><p>Hawks (Howard)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma am�ricain (Goshen, Indiana, 1896).</p><p>Apr�s avoir �t� aviateur puis instructeur dans un camp texan pendant la Premi�re Guerre mondiale, Howard Hawks d�bute dans la profession cin�-</p><p>matographique comme sc�nariste chez Jesse Lasky � la Paramount. Apr�s un court s�jour � la MGM en 1924, il est engag� par William Fox l�ann�e suivante comme r�alisateur (The Road to Glory). Son premier film important est Une fille dans chaque port (A Girl in Every Port, 1928), avec Louise Brooks et Victor McLaglen. Il affronte d�s 1930 des genres tr�s diff�rents (sujets de guerre ; films d�aviation, films policiers, com�dies sophistiqu�es, wes-terns) : la Patrouille de l�aube (The Dawn Patrol, 1930), le Code criminel (The Criminal Code, 1931), Scarface (1932, mais r�alis� en 1930 et bloqu� par la censure), La foule hurle (The Crowd roars, 1932), le Harpon rouge (Tiger Shark, 1932), Apr�s nous le d�luge (Today we live, 1933), Viva Villa (1934, film termin� et sign� par Jack Conway apr�s un diff�rend entre Hawks et Louis B. Mayer), Train de luxe (Twentieth Century, 1934), Ville sans loi (Barbary Coast, 1935), l�Impossible M. B�b� (Bringing up Baby, 1938), Seuls les anges ont des ailes (Only Angels have Wings, 1939), la Dame du vendredi (His Girl Friday, 1939), Sergent York (Sergeant York, 1941), Air Force (1943), le Port de l�angoisse (To have and have not, 1945), le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946), la Rivi�re rouge (Red River, 1948), Allez coucher ailleurs (I was a Male War Bride, 1949), la Captive aux yeux clairs (The Big Sky, 1952), Ch�rie je me sens rajeunir (Monkey Business, 1952), Les hommes pr�f�rent les blondes (Gentlemen pre-fer Blondes, 1953), Rio Bravo (1958), Hatari (1962), El Dorado (1965), Rio Lobo (1970).</p><p>Le h�ros hawksien, qu�il soit pilote</p><p>d�avion, coureur automobile, sh�rif, chasseur, d�tective ou militaire, est celui dont la comp�tence professionnelle tient lieu de morale et presque de religion. Peu enclin � exposer par l�interm�diaire de l�image ses propres th�ories philosophiques ou ses ambitions intellectuelles, Hawks est un r�alisateur � direct � qui sait s�effacer derri�re son sc�nario tout en conduisant son intrigue d�une poigne de fer.</p><p>Pr�nant la noblesse de l�action � et ce jusqu�� la violence �, la grandeur de l�effort, le culte de l�amiti� (cette fraternit� qui ne s�exprime jamais mieux qu�au milieu des dangers et des �preuves, voire des rivalit�s), l�obstination de ceux qui se sont fix� un but et n�ont de cesse de l�atteindre, le ci-n�aste n�en rejette pas pour autant le sentimentalisme et surtout l�humour.</p><p>Par la vari�t� de ses dons, Hawks appara�t comme l�un des repr�sentants les plus s�duisants du cin�ma am�ricain.</p><p>J.-L. P.</p><p>P. Bogdanovitch, The Cinema of Howard Hawks (New York, 1962). / J. C. Missiaen, Howard Hawks (�d. universitaires, 1966).</p><p>/ R. Wood, Howard Hawks (Londres, 1968). /</p><p>J. A. Gili, Howard Hawks (Seghers, 1971).</p><p>Hawthorne</p><p>(Nathaniel)</p><p>�crivain am�ricain (Salem, Massachusetts, 1804 - Plymouth, New Hampshire, 1864).</p><p>Avec la Lettre �carlate (The Scarlet Letter) [1850], Hawthorne n��crit pas seulement l�un des plus grands romans am�ricains. Il ouvre une tradition nouvelle, diff�rente de celle de Fenimore Cooper. Au lieu du roman de l�espace, de la Prairie, c�est le roman du confinement, de la r�clusion. Au lieu de la nature ouverte, une soci�t� ferm�e, o� tout est inavou�, retenu, allusif. La Lettre �carlate est le premier grand roman puritain o� l�oppressante atmosph�re engendre une retenue, une litote presque classique et racinienne. Un tel confinement des passions ne pouvait exister que dans la capitale du puritanisme, � Salem, o� Hawthorne situe l�action et o� il est n� et a v�cu. Son p�re, officier de marine, meurt t�t. Il</p><p>est �lev� par une m�re val�tudinaire qui vit en recluse parmi les souvenirs du pass�, �voquant le proc�s des sorci�res de Salem, qui maudirent, avant de br�ler vives, l�anc�tre des Hawthorne. Tr�s t�t, le pr�sent et le pass� se m�lent chez le jeune Hawthorne, �cras� par le souvenir de � cet a�eul grave et barbu, au noir manteau et au chapeau conique, qui vint aborder en ces parages avec sa Bible et son �p�e et fit grande figure dans la guerre et la paix �. � Lui certes a droit de cit� plus que moi en ces lieux. �</p><p>Obs�d�e de puritanisme, Salem vit encore � l�heure des commandements bibliques. Dans l�introduction � la Lettre �carlate, Hawthorne �voque cette ville sans parure ni divertissement, sans autre distraction que les c�-</p><p>r�monies religieuses et les processions.</p><p>S�il y d�nonce la dictature puritaine d�autrefois, Hawthorne semble aussi la regretter, comparant le glorieux fanatisme de jadis � l�ennui d�une ville moribonde.</p><p>G�nie isol�, terr�, anxieux, Hawthorne est un homme aussi reclus que ses romans : � Quelquefois, �crit-il, il me semble que je suis d�j� dans la tombe, avec juste assez de vie pour avoir conscience du froid qui m�en-gourdit. � Apr�s ses �tudes, il publie anonymement un premier roman, Fans-hawe (1828), puis quelques nouvelles r�unies dans Twice-Told Tales (Contes racont�s deux fois, 1837), qu�Edgar Poe admire. Il travaille comme employ� aux douanes, � Boston, puis � Salem. En 1841, il se joint � la communaut� de Brook Farm, devient l�ami d�Emerson et de Thoreau et, en 1842, �pouse Sophia Peabody. Mais, obs�d� par la culpabilit� humaine, il ne partage pas l�optimisme emersonien des transcendantalistes, et ne croit pas � la bont� de l�homme et de la nature. Dans The Blithedale Romance (1852), il fera une analyse critique de son exp�rience communautaire � Brook Farm.</p><p>Install� � Concord, il publie un second recueil de contes, Mosses from an Old Manse (les Mousses d�une vieille maison, 1846). La Lettre �carlate lui vaut le succ�s et l�amiti� de Melville, qui vient d�achever Moby Dick. Sous les apparences d�un roman sur l�adul-</p><p>t�re, la Lettre �carlate est en fait une trag�die du destin, o� l�amour n�est que le postulat du p�ch� et le pr�-</p><p>texte d�une trag�die plus profonde.</p><p>Dans ce livre confin� dans le remords, Hawthorne fait vivre pendant sept ans sous le m�me toit le mari et l�amant, � l�aff�t l�un de l�autre, tandis que la femme coupable, marqu�e de l�infa-mante lettre A pour � adult�re �, est frapp�e d�ostracisme et chass�e de la cit�. L�honneur enferme les trois personnages dans un huis clos et assume l�oppression puritaine. Hawthorne a trait� son roman en conte m�di�val, comme une enluminure, o� chaque</p><p>objet, chaque geste, chaque couleur est symbolique. Pour certains critiques, ce roman est un apologue chr�tien, d�crivant la r�demption de l��me de la p�cheresse par la souffrance. En fait, c�est plut�t une oeuvre critique o� le p�ch� est une rupture r�volutionnaire qui d�nonce l�oppression morale et exige satisfaction pour l��tre humain.</p><p>Moins qu�un roman de la r�demption, c�est plut�t la lib�ration de la femme que semblent incarner l�h�ro�ne, Hester Prynne, et sa fille Pearl, qui b�n�ficiera de la r�volte de sa m�re : l�enfant du p�ch� fera un riche mariage, quittera la petite ville puritaine et vivra heureuse.</p><p>En 1851, The House of the Seven</p><p>Gables (la Maison aux sept pignons) conna�t aussi le succ�s. Mais rien ne semble sortir Hawthorne de son apathie. Nomm� consul am�ricain � Liverpool, il voyage en Europe (1853-1857), visite l�Italie, o� il trouve l�inspiration de The Marble Faun (le Faune de</p><p>marbre, 1860). Il rentre aux �tats-Unis en 1860 quand �clate la guerre civile.</p><p>Son lib�ralisme lui fait pencher pour le Nord, mais il avoue : � J�approuve cette guerre, mais je ne comprends pas tr�s bien pourquoi on se bat. � Il �crit des essais sur l�Angleterre (Our Old Home, 1863) et meurt dans son lit en 1864, sans se r�veiller, comme s�il rejoignait le monde archa�que de la Lettre �carlate, auquel il appartenait plus qu�� la r�alit�.</p><p>Hawthorne est avant tout un artiste, passionn� du mot juste et de structures romanesques solides. Sous son style de facture classique, il a une �tonnante ma�trise du symbolisme et de l�all�-</p><p>gorie et excelle dans l�allusion et la suggestion de l�implicite. La rigueur de la forme dissimule un pessimisme, une inqui�tude spirituelle hant�e par le probl�me du mal qui pr�figurent les angoisses modernes et expliquent la p�rennit� de son succ�s. Hawthorne, romancier caract�ristique de l�esprit de la Nouvelle-Angleterre, marque le d�but de la tradition litt�raire des</p><p>� visages p�les �, qui s��panouira avec Henry James et T. S. Eliot.</p><p>J. C.</p><p>R. Stewart, Nathaniel Hawthorne (New Haven, 1949 ; nouv. �d., Hamden, 1970). /</p><p>downloadModeText.vue.download 123 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5264</p><p>M. Van Doren, Nathaniel Hawthorne (Londres, 1950). / R. H. Fogle, Hawthorne�s Fiction : The Light and the Dark (Norman, Okla., 1952 ; nouv.</p><p>�d., 1965). / J. Normand, Nathaniel Hawthorne (P. U. F., 1964).</p><p>Haydn (Joseph)</p><p>Compositeur autrichien (Rohrau,</p><p>Basse-Autriche, 1732 - Vienne 1809).</p><p>La vie</p><p>Fils d�un charron de village, second de douze enfants, Joseph Haydn naquit aux confins de l�Autriche et de la Hongrie. � six ans, il alla habiter chez un oncle qui lui apprit quelques rudiments de son futur m�tier. Dou� d�une belle voix de soprano, il fut admis en 1740</p><p>dans la ma�trise de la cath�drale Sankt Stephan de Vienne, alors dirig�e par Georg Reutter, et y resta jusque vers 1749, �poque o�, sa voix ayant mu�, il en fut cong�di�. Des ann�es qui suivirent, nous ignorons presque tout.</p><p>Haydn subsista en donnant des le�ons, en jouant du violon ou de l�orgue. Par l�interm�diaire du po�te M�tastase, il devint vers 1755 �l�ve-factotum du compositeur italien Nicola Antonio Porpora (1686-1768) et �tendit le cercle de ses relations. Pour l�essentiel, il se forma en autodidacte, gr�ce au Gradus ad Parnassum de Fux et aux sonates r�centes de Carl Philipp Ema-</p><p>nuel Bach. En 1759, il entra au service du comte Morzin, de Boh�me. Deux ans plus tard (1er mai 1761), il signait avec le prince Paul Antoine Esterh�zy, le plus riche seigneur de Hongrie, un contrat (souvent cit� comme typique des conditions impos�es au musicien d�ancien r�gime) le nommant vice-ma�tre de chapelle responsable de toute la musique du prince � l�exception du domaine religieux, r�serv� en principe au ma�tre de chapelle Gregor Joseph Werner. Quand Werner mourut (mars 1766), Haydn lui succ�da officiellement. Paul Antoine Esterhazy ayant disparu en mars 1762, c�est son fr�re Nicolas que Haydn servit jusqu�en 1790 : d�abord � Eisenstadt, puis au ch�teau d�Esterh�za, que le prince se fit construire dans la plaine hongroise en prenant comme mod�le Versailles. Cette r�sidence d�passa bient�t en splendeur tout ce qu�on pouvait imaginer. Pendant plus de vingt ans, concerts, op�ras, repr�sentations th��trales (Haydn put voir des pi�ces de Shakespeare), f�tes (ainsi celles qui furent donn�es en septembre 1773</p><p>pour l�imp�ratrice Marie-Th�r�se) et illuminations s�y succ�d�rent sans re-l�che, l��t� surtout, car normalement Esterh�zy et sa suite passaient l�hiver � Vienne. Gr�ce � son amour sinc�re de la musique (il jouait lui-m�me du baryton) et � son caract�re relativement conciliant, Nicolas r�ussit � ne se rendre aux yeux de la post�rit� ni ridicule, comme le conseil municipal de Leipzig avec Bach, ni odieux, comme le prince-archev�que H. Col-loredo avec Mozart. Il ne fit qu�enfermer Haydn dans une sorte de prison dor�e de moins en moins supportable.</p><p>Longtemps, pour ce dernier, la vie se confondit avec l�histoire de ses oeuvres et avec l�accomplissement de multiples t�ches d�ordre artistique et administratif. Il se trouvait � la t�te d�une troupe de chanteurs et d�instrumentistes de tr�s grand talent certes, mais parfois turbulents. P�titions, requ�tes et cas litigieux �taient monnaie courante, et Haydn servait toujours d�interm�-</p><p>diaire entre l�int�ress� et le prince (le c�l�bre �pisode de la symphonie des Adieux [1772], dont d�ailleurs on ne sait au juste en quoi il consista, ne fut qu�un cas parmi d�autres). Il y eut la rixe qui, en novembre 1771, opposa</p><p>dans une taverne d�Eisenstadt le contrebassiste Franz Xavier Marteau au fl�tiste Zacharias Pohl, et au cours de laquelle celui-ci perdit un oeil ; ou encore le scandale provoqu� en 1776, en pleine repr�sentation d�un op�ra de Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), par le t�nor Benedetto Bianchi, qui souleva trois fois avec sa canne la robe de sa partenaire. Haydn �crivit chez les Esterh�zy, et avant 1783-84</p><p>presque toujours pour eux, une soixan-taine de symphonies, une quarantaine de quatuors � cordes, des concertos, des divertimentos et sonates, de la musique religieuse et des op�ras, etc.</p><p>Jusque vers 1775, nous ne savons pratiquement rien de sa vie priv�e et de ses relations avec l�ext�rieur. C�est � son insu que parurent � Paris, en 1764, les premi�res �ditions de ses oeuvres.</p><p>En ao�t 1768, sa maison d�Eisenstadt br�la. La m�me ann�e, il envoya � l�abbaye de Zwettl, en Basse-Autriche, sa cantate Applausus accompagn�e d�une lettre en dix points, pr�cieuse par les renseignements qu�elle contient sur les conditions d�ex�cution au XVIIIe s.</p><p>et sur la conception qu�avait Haydn de son r�le de chef d�orchestre. En mars 1770, il dirigea � Vienne son op�ra Lo Speziale (l�Apothicaire). Les 2 et 4 avril 1775, son oratorio Il Ritorno di Tobia �tait cr�� dans la capitale. Le th��tre imp�rial lui ayant command� un op�ra, il pr�senta en 1776 La Vera Costanza : mais une cabale l�obligea � retirer sa partition, qui ne fut repr�-</p><p>sent�e que trois ans plus tard � Esterh�za. � partir de 1780, la biographie haydnienne appara�t enfin plus charg�e, plus document�e : arriv�e � Esterh�za en 1779 de la chanteuse Luigia Polzelli, ce qui consola tant soit peu Haydn d�un mariage malheureux ; rencontre � Vienne, en 1781 ou peu apr�s, de Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui marqua le d�but d�une relation d�amiti� et d�estime r�ciproques exceptionnelle entre cr�ateurs de ce niveau ; contacts nou�s (une abondante correspondance nous permet de les suivre presque au jour le jour) avec des �diteurs comme Artaria (Vienne), Bland, Forster et Longman &amp; Broderip (Londres), Sieber et Boyer (Paris). En 1785, Haydn avait atteint par la seule diffusion de ses oeuvres une renomm�e europ�enne dont t�moignent notam-</p><p>ment la commande par un chanoine de Cadix des Sept Paroles du Christ, et celle par les Concerts de la loge olympique de Paris des six symphonies dites</p><p>� parisiennes � (no 82-87 de 1785-86), puis bient�t de trois autres (no 90-92 de 1788-89. Il ne composait alors presque plus rien pour Esterh�zy, et passait chez son patron le plus clair de son temps � pr�parer et � diriger des repr�sentations d�op�ras italiens : cent vingt-cinq de dix-sept oeuvres diff�rentes (dont huit nouvelles) pour la seule ann�e 1786 !</p><p>Les s�jours � Vienne se rar�fiaient, la solitude d�Esterh�za devenait toujours plus pesante.</p><p>Dans les lettres qu�en 1789-90 il adressa � son amie viennoise Marianne von Genzinger, Haydn parle de son</p><p>� d�sert �, se plaint de n�avoir � aucune compagnie humaine � et de � toujours devoir �tre esclave �. Le 28 septembre 1790, la mort de Nicolas mit un terme � cette situation. Son fils, le prince Antoine, h�rita de ses titres et biens, mais non de son go�t pour la musique.</p><p>Haydn, toujours ma�tre de chapelle mais sans obligations pr�cises, put enfin accepter les offres de l�impr�-</p><p>sario londonien Salomon : 300 livres sterling pour un op�ra, 300 pour six nouvelles symphonies, 200 pour sa participation � vingt concerts comprenant chacun une premi�re audition de lui, et 200 de garantie pour un concert � son b�n�fice. Cela � condition de faire le voyage de Londres. Le 15 d�cembre 1790, Haydn quitta son pays pour la premi�re fois. La veille, il avait fait ses adieux � Mozart, qui devait mourir pendant son absence. Il resta � Londres de janvier 1791 � juin 1792 et y �crivit, notamment, ses six premi�res symphonies � londoniennes � (no 93-98). Ce s�jour fut un triomphe artistique et personnel d�autant plus remarquable que, dans la capitale britannique, la vie diff�rait fort de celle d�Esterh�za. Apr�s trente ans de demi-solitude, Haydn alla de r�ception en r�ception. Au lieu d�un public convaincu mais restreint, il enthousiasma des salles anonymes et bruyantes. En juillet 1791, l�universit� d�Oxford lui d�cerna le titre de docteur honoris causa ; il fut re�u jusqu�au sein de la famille royale. Tous ces �v�nements, Haydn les nota de fa�on pittoresque sur quatre carnets presque</p><p>int�gralement conserv�s. Sur le chemin du retour, on lui pr�senta � Bad Godesberg le jeune Beethoven, qui le suivit � Vienne et auquel il donna en 1793 des le�ons plus fructueuses qu�on voulut bien le dire. Certes, il n�gligea parfois ses exercices de contrepoint. Mais, dans une lettre au prince-archev�que de Cologne (23 nov. 1793), il parla de lui comme d� � un des futurs grands compositeurs europ�ens �. Surtout, il le mit au contact du g�nie cr�ateur : il existe de la main de Beethoven une copie des esquisses du final de la 99e symphonie, celle qu�en 1793 Haydn composait en vue d�un nouveau voyage � Londres.</p><p>Ce second s�jour (janv. 1794 � ao�t 1795), au cours duquel il mit un terme � sa production symphonique avec les six derni�res � londoniennes � (no 99-104), valut � Haydn les m�mes honneurs et les m�mes avantages financiers que le pr�c�dent. � son retour d�finitif en Autriche, il �tait unanimement consid�r�, m�me dans son pays, comme le plus grand compositeur vivant. Il reprit du service chez les Esterh�zy, mais en r�-</p><p>sidant neuf mois par an � Vienne, l��t� seulement � Eisenstadt. Jusque vers 1803, il fut une figure importante de la soci�t� viennoise, et dirigea tr�s souvent ses oeuvres en public ou en priv�.</p><p>Beethoven participa fr�quemment aux m�mes concerts que lui. Le prince Nicolas II Esterh�zy ne lui demandant qu�une messe par an (six furent �crites de 1796 � 1802), il put composer ce qu�il voulait : concerto pour trompette (1796), hymne autrichien (1797), quatuors � cordes opus 76, 77 et 103</p><p>(dont le dernier inachev�). En outre, il renouvela compl�tement le genre de l�oratorio avec la Cr�ation (1798) et les Saisons (1801). Ces deux partitions</p><p>� la premi�re surtout � retentirent � l��chelle europ�enne ; � ce titre d�j�, elles appartiennent au XIXe s. En 1803, ann�e du dernier s�jour � Eisenstadt, son mauvais �tat de sant� interdit soudain � Haydn toute activit� cr�atrice : cela malgr� des id�es nouvelles qui downloadModeText.vue.download 124 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5265</p><p>se pressaient, mais qu�il ne parvenait plus � mettre en ordre. Un autre grand</p><p>oratorio sur le Jugement dernier resta � l��tat de projet. Sa maison de Gumpendorf, dans un faubourg de Vienne, se transforma en lieu de p�lerinage : Haydn y vit ses biographes Dies et Griesinger, Constanze Mozart et son fils cadet, le po�te A. W. Iffland (1759-1814), Carl Maria von Weber* et, en mai 1808, toute la chapelle Esterh�zy (alors dirig�e par J. N. Hum-mel [1778-1837]), qui vint lui rendre visite par petits groupes � l�occasion d�un concert � Vienne. Les honneurs officiels lui vinrent de Hollande, de Su�de, de Russie, de France surtout. Il parut pour la derni�re fois en public le 27 mars 1808, lors d�une audition de la Cr�ation au cours de laquelle plusieurs musiciens dont Beethoven lui rendirent hommage, et mourut dans sa maison de Gumpendorf le 31 mai 1809, quelques jours apr�s l�occupation de Vienne par Napol�on. En 1820, ses restes furent transf�r�s � Eisenstadt, o� depuis 1954</p><p>seulement ils reposent � la Bergkirche dans un mausol�e �rig� en 1932 par le prince Paul Esterh�zy.</p><p>Johann Michael Haydn</p><p>(Rohrau 1737 - Salzbourg 1806).</p><p>Fr�re cadet de Joseph Haydn, Johann Michael le rejoignit en 1745 � la ma�trise de la cath�drale Sankt Stephan de Vienne, qu�il quitta vers 1754. En 1757, alors que Joseph menait encore une vie incertaine, il fut nomm� ma�tre de chapelle de l�archev�que de Grosswardein en Hongrie (actuellement Oradea en Roumanie).</p><p>Peu avant son d�part, il copia de sa main (5 sept. 1757) la c�l�bre Missa canonica de Fux, t�moignant par l� de son go�t pr�-</p><p>coce pour la musique d��glise et le style s�v�re. Il passa cinq ans � Grosswardein et y composa un bon nombre de partitions instrumentales et religieuses. En 1762, il entra dans la chapelle de Sigismund von Schrattenbach, prince-archev�que de Salzbourg, et acc�da le 14 ao�t 1763 aux postes de Hofmusiker et de Konzertmeister (premier violon). Il succ�da � A. C. Adl-gasser aux orgues de l��glise de la Trinit� (1777), � Mozart au poste d�organiste de la Cour et de la cath�drale (1781), � Leopold Mozart � diverses fonctions enseignantes (1787). Il rendit deux visites � son fr�re, en septembre-octobre 1798 � Vienne, et en septembre-octobre 1801 � Vienne (o� il</p><p>fut re�u par l�imp�ratrice) et � Eisenstadt.</p><p>Le prince Esterh�zy lui offrit la succession de Joseph vieillissant, mais il pr�f�ra ne pas quitter Salzbourg, o� il mourut, trois ans avant Joseph, en laissant inachev� son second Requiem.</p><p>Michael Haydn, tr�s m�connu, ne le c�de en son temps qu�� son fr�re et � Mozart.</p><p>Cultiv�, il s�int�ressa aux classiques latins, aux sciences naturelles, � la m�t�orologie.</p><p>Il reste surtout c�l�bre comme compositeur religieux, mais sa musique orchestrale et de chambre est le plus souvent de toute beaut�, et (par-del� de stup�fiantes ressemblances avec Mozart) tr�s originale et prenante dans sa synth�se d�intellectualisme et de sensualit�. Il y a chez lui une certaine ivresse m�lodique et sonore qui ne put que captiver le futur auteur de Cosi fan tutte. Il �volue, certes, moins que son fr�re et Mozart, mais on peut � son sujet prononcer le mot de g�nie. Plusieurs de ses oeuvres furent faussement attribu�es � Joseph, et sa symphonie en sol de 1783</p><p>passa longtemps pour la 37e (K. 444) de Mozart, qui n�en �crivit que l�introduction lente. Michael Haydn nous laisse une cinquantaine de symphonies (la derni�re est de juillet 1789), des musiques de sc�ne comme celle pour Za�re de Voltaire (1777), l�op�ra Andromeda e Perseo (1787), de la musique de chambre dont des quintettes � cordes (1773) ; des choeurs d�hommes sans accompagnement reconnus comme les premiers du genre (� partir de 1788), une quarantaine de messes (la Leopoldmesse de d�cembre 1805 est sa derni�re partition achev�e) et de nombreux ouvrages religieux allemands ou latins dans le style soit concertant, soit ancien a cappella.</p><p>Son Requiem en ut mineur, termin� en 1771 pour les fun�railles de Sigismund von Schrattenbach, et dont Mozart vingt ans plus tard devait largement s�inspirer, a acquis ces derniers temps une nouvelle c�l�brit�. De m�me pour plusieurs oeuvres instrumentales (symphonie en r� mineur de 1784) ou vocales (Missa hispanica) �di-t�es seulement depuis la Seconde Guerre mondiale.</p><p>Il exista un troisi�me fr�re Haydn, Johann Evangelist (1743-1805), qui passa une vie obscure comme t�nor chez les Esterh�zy.</p><p>L�oeuvre</p><p>Haydn forme, avec ses cadets Mozart</p><p>et Beethoven (mais il surv�cut dix-huit ans � Mozart), la trinit� classique viennoise. Il n�a rien de ce vieillard timide dont l�image nous fut l�gu�e par le XIXe s. Contrairement � Mozart, il se soucia peu des convenances et de la tradition. De son vivant, on lui reprocha violemment d�avilir son art par son humour et ses traits pl�b�iens, bref (le mot est d�Einstein) de travailler en bras de chemise. Il fut le type du cr�ateur original. De 1760 � la fin du si�cle, l�histoire de la musique devint de plus en plus la sienne, et il finit, comme d�j� Monteverdi, par l�orienter pour cent cinquante ans. Il ne cr�a pas le quatuor � cordes, encore moins la symphonie, mais leur donna leurs lettres de noblesse, les porta au plus haut niveau.</p><p>Le premier, il se servit g�nialement de la forme sonate et en exploita, avec une libert� et des ressources in�puisables, toutes les virtualit�s dialectiques, tant sur le plan du travail th�matique que des relations tonales. Comme Mozart, mais � partir de pr�misses autres, et sans toujours cultiver les m�mes genres, il fit du discours musical l�expression d�une action (et non plus d�un simple sentiment) dramatique : un mouvement comme le premier de la symphonie</p><p>� Oxford � (no 92, 1789) condense en moins de dix minutes tout un op�ra en trois actes. Des compositeurs de son temps, Haydn fut celui dont la pens�e, rapide et concentr�e, proc�dant par ellipse et d�essence �pique (d�o� ses triomphes dans le quatuor, la symphonie et l�oratorio), se rapproche le plus d�un des aspects essentiels de la downloadModeText.vue.download 125 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5266</p><p>musique du XXe s. (celui qui est issu des premi�res mesures du quatuor op. 7 de Sch�nberg telles qu�elles furent analys�es par Alban Berg). Stravinski le vit bien, qui estime qu�au XVIIIe s. � Haydn fut le plus conscient du fait qu��tre parfaitement sym�trique signifie �tre parfaitement mort �. Comme celle de Rameau, on ne p�n�tre la musique de Haydn que par elle-m�me, sans argument ext�rieur. Sa carri�re fut longue (un demi-si�cle), elle s��tendit de l�Art</p><p>de la fugue � la Symphonie h�ro�que.</p><p>Haydn, en d�autres termes, v�cut musicalement la fin de l��re baroque, le classicisme et (alors que Beethoven sur ce point reprenait le flambeau) le d�but d�un certain romantisme : celui qui allait mener � Schubert et � Weber ; cela en conservant jusqu�au bout les traces des �tapes parcourues. Les cuivres per-</p><p>�ants, la f�rocit� rythmique, les bonds en avant et les irr�gularit�s formelles de Haydn sont autant de traits (beaucoup plus rares chez Mozart) de son h�ritage baroque et pr�classique. Son probl�me fut d�int�grer ces traits, sans les sacrifier, dans un �quilibre et une coh�rence � grande �chelle. Pour Mozart, ce fut en gros l�inverse. Tous deux y parvinrent d�finitivement vers 1780.</p><p>L��volution de Haydn se divise en p�riodes. En deux par exemple, avec coupure en 1774-75 (fin du Sturm und Drang et transition vers le style classique). Ou alors en sept.</p><p>I. JUSQU�EN 1760 : Haydn reste</p><p>ancr� dans une tradition autrichienne et viennoise issue de Johann Joseph Fux (1660-1741) et d�Antonio Caldara (1670-1736), et se distingue � peine de ses pr�d�cesseurs Georg Christoph Wagenseil ou Georg Reutter, de ses contemporains Florian Leopold Gass-mann (1729-1774) ou Leopold Hof-</p><p>mann (1738-1793) [th�mes initiaux d�int�r�t plus rythmique que m�lodique]. Il �crivit alors de la musique religieuse, dont deux messes br�ves en sol et en fa (1750-1753), des Diver-timenti per il clavicembalo solo (sonates), des concertos (son plus ancien autographe dat� ayant subsist� est celui du concerto pour orgue de 1756), des divertimentos pour combinaisons instrumentales diverses dont une s�rie pour vents compos�e chez Morzin ; en 1757, chez le baron von F�rnberg, les premiers des divertimentos � quatre actuellement group�s comme quatuors � cordes op. 1 et 2 (l�op. 3 n�est pas de lui) ; et une quinzaine de symphonies, courtes et pour la plupart en trois mouvements sans menuet (la 37e de l��dition compl�te existait en 1758).</p><p>II. DE 1761 � 1765 (premi�res ann�es chez les Esterh�zy) : Haydn exp�rimente avec fruit, surtout dans la symphonie. D�s 1761, il r�alise un coup</p><p>de ma�tre avec les no 6 (le Matin), 7</p><p>(le Midi) et 8 (le Soir), brillantes synth�ses de baroque et de classicisme.</p><p>Les suivantes vont dans des directions fort diverses : finals fugu�s des 13e et 40e (1763), m�lodie de choral de la 22e (le Philosophe) [1764], parfum balkanique des 28e et 29e (1765), instruments solistes dans la 13e (1763), la 24e (1764), la 36e et surtout la 31e (Hornsignal) [1765]. La 12e (1763) est la derni�re � ne pas avoir de menuet ; les quatre mouvements deviennent de r�gle. Pour faire briller ses musiciens, Haydn �crivit aussi � cette �poque la plupart de ses concertos. Il y eut aussi l�opera seria Acide (1762) et le premier Te Deum (1764).</p><p>III. DE 1766 � 1774 : surtout � partir de 1771, s��panouit la p�riode romantique (Sturm und Drang), riche en chefs-d�oeuvre que d�aucuns estiment n�avoir jamais �t� d�pass�s. Les recherches concernent essentiellement l�expression et la structure interne des morceaux. La production haydnienne s�approfondit et se diversifie.</p><p>Outre environ vingt-cinq symphonies remarquables par leur richesse et leur vari�t�, nous avons alors plusieurs grandes sonates ; les dix-huit quatuors � cordes op. 9 (v. 1769), op. 17 (1771) et op. 20 (1772), dont trois se terminent par une fugue ; les op�ras La Canterina (1766), Lo Speziale (1768), Le Pesca-trici (1769-70) et surtout L�Infedelt� delusa (1773) ; le Stabat Mater (1767), le troisi�me Salve Regina (1771) et quatre messes : la Missa solemnis in honorem B. V. M. (1766) compos�e pour le sanctuaire de Mariazell et improprement dite Missa sanctae Cae-ciliae, la Grande Messe avec orgue (1768-69), la Missa sancti Nicolai (1772) et une perdue. Cela sans compter (notamment) les cent vingt-six trios pour baryton � l�intention du prince Esterh�zy. La diversit� de tendance de la p�riode pr�c�dente s�int�gre en une unit� sup�rieure, les dimensions ext�-</p><p>rieures s��largissent (symphonie no 42</p><p>de 1771), les progr�s techniques sont consid�rables. Haydn n�utilisa jamais autant le mode mineur, mais toute sa musique t�moigne alors d�un go�t marqu� pour les sonorit�s feutr�es, la m�ditation et la m�lancolie (extraordinaires mouvements lents), les effets �tranges. Dans la 46e symphonie en si</p><p>majeur (1772), le menuet revient au milieu du final (ex. 1) ; dans la 45e (les Adieux) en fa di�se mineur (1772), la seule dans cette tonalit� au XVIIIe s., les instruments pour finir s�en vont les uns apr�s les autres. La 49e (la Passion) en fa mineur (1768), la 44e (Fun�bre) en mi mineur, la 47e en sol (1772), la 51e en si b�mol, la 54e en sol (1774), la 56e en ut et la 64e en la sont aussi parmi les plus grandes jamais �crites. Seule peut leur �tre compar�e, � l��poque, la 29e (K. 201) de Mozart.</p><p>IV. DE 1775 � 1784 : ici s��tend une p�riode m�connue, parfois qualifi�e de galante en raison du r�le nouveau jou� par des m�lodies souples et bien articul�es ou par la variation ornementale : mais ce furent autant de conditions n�cessaires du style classique. Haydn, en outre, ne perdit jamais ses anciennes habitudes ; la magistrale triple fugue terminant la symphonie no 70 (v. 1779) provient tout droit de celles des quatuors op. 20, avec en plus un sens inn� du th��tre. De 1775 (L�Incontro improvviso) � 1783 (Armida), Haydn composa ses sept derniers op�ras italiens pour Esterh�za : autant d��tapes indispensables vers son style instrumental, puis vocal de haute maturit�.</p><p>Ils lui apprirent � mettre sa libert� formelle et ses surprises en tous genres au service de la signification dramatique, � concilier continuit� et articulation, �quilibre d�ensemble et succession d��v�nements. Certes, ce genre est le seul o� Haydn ne se r�alisa pas compl�tement. Mais les sept partitions �voqu�es sont toutes ant�rieures aux Noces de Figaro (1786). Et La Vera Costanza (1776) ou La Fedelt� premiata (1780), en particulier leurs finals d�actes, sont certainement ce qui, dans la production du temps (et les op�-</p><p>ras italiens �taient l�gion), se finales d�actes, sont certainement ce qui, dans la production du temps (et les op�ras italiens �taient l�gions), se rapproche le plus musicalement des Noces ou de Don Giovanni. Dans le domaine de l�op�ra, Haydn joue exceptionnellement, par rapport � Mozart, un simple r�le de pr�curseur. Mais il n�avait pas tort en �crivant � Artaria en mai 1781, � propos de L�Isola disabitata (1779) et de La Fedelt� premiata : � Je vous assure qu�aucune musique semblable n�a</p><p>�t� entendue � Paris, ni m�me � Vienne sans doute. Mon malheur est de vivre � la campagne. � De l�influence de la sc�ne b�n�fici�rent en 1781 les six quatuors op. 33 (les premiers depuis neuf ans) �crits � d�une mani�re tout � fait nouvelle �, ou encore la symphonie no 73 (la Chasse) ; en 1782, trois belles symphonies con�ues pour Londres</p><p>(no 76-78), et dans une certaine mesure la monumentale Messe de Mariazell, une des rares partitions religieuses de l��poque avec Il Ritorno di Tobia et la Missa brevis sancti Joannis de Deo (vers 1775).</p><p>V. DE 1785 � 1790 : c�est l�apog�e du style classique d�fini en tant que d�-</p><p>marche comme un �quilibre longtemps refus� mais finalement accord�, comme une r�solution harmonieuse de forces oppos�es. Mozart avec ses op�ras et ses concertos pour piano, Haydn avec les dix-neuf quatuors op. 42 (1785), 50</p><p>(1787), 54-55 (1789) et 64 (1790) et les onze symphonies (no 82-92) destin�es � Paris alignent les chefs-d�oeuvre. Ils profitent l�un de l�autre et se rendent hommage, mais leurs diff�rences s�accusent. Haydn int�gre de plus en plus dans son langage des th�mes d�aspect populaire, mais, paradoxalement, ce langage en devient plus maniable et savant. Ses id�es sont impr�gn�es d�une �nergie latente et charg�es de conflits dont la r�solution ne sera autre que l�oeuvre elle-m�me, qui donc ne se d�-</p><p>vide plus comme au temps du baroque et du pr�classicisme mais se projette de l�int�rieur, avec comme moteur principal son propre mat�riau (ex. 2). Par l�, Haydn r�volutionna la musique. Les symphonies no 86 en r�, 88 en sol et 92</p><p>(Oxford) en sol, suivies de pr�s par la 85e (la Reine) en si b�mol ou la 87e en la, sont � cet �gard des mod�les insurpassables, et il en va de m�me de tous les quatuors. De cette veine sont encore la sonate (no 59) en mi b�mol d�di�e en 1790 � Marianne von Genzinger, ou les huit nocturnes compos�s la m�me ann�e pour le roi de Naples.</p><p>VI. DE 1791 � 1795 : sous le signe des deux voyages � Londres, Haydn int�gre soudain aux certitudes et � la s�r�nit� grave de 1789-90 des excentri-downloadModeText.vue.download 126 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5267</p><p>cit�s et une veine exp�rimentale dignes de sa jeunesse. Des proc�d�s abandonn�s depuis longtemps r�apparaissent transfigur�s, comme l�utilisation d�instruments solistes (Haydn �crivit � Londres sa seule symphonie concertante) dans un orchestre au demeurant flamboyant, toujours avec trompettes et timbales et annon�ant parfois Bruckner. Nouvelle p�riode d�aventures expressives et techniques donc, d�autant qu�une fois de plus la production haydnienne se diversifie. Nous avons alors, outre les douze symphonies � londoniennes � (no 93-98 et no 99-104) et la concertante (1792), les quatuors op. 71</p><p>et 74 (1793), les trois derni�res sonates pour piano (1794), d�admirables et proph�tiques trios piano-violon-violoncelle, les danses pour la Redoute de Vienne (1792) et beaucoup de musique vocale : l�opera seria Orfeo ed Euri-dice (1791), o� le choeur joue un grand r�le, le choeur l�Orage (1792), des airs de concert dont la Scena di Berenice (1795), aux modulations spectaculaires (ex. 3), et une s�rie de canzonets anglaises frayant la voie aux lieder de Schubert. Faste, virtuosit� et profondeur caract�risent l�ensemble. Toutes les symphonies � londoniennes �</p><p>sont des chefs-d�oeuvre, mais les plus connues comme la 94e (la Surprise) ou la 100e (Militaire) sont encore surpass�es par la 98e (1792), la 99e (1793) et surtout par les trois derni�res, cr��es en 1795 : la 102e en si b�mol, la 103e (les Timbales) en mi b�mol et la 104e (Londres) en r�. Les solutions formelles diff�rent toujours et atteignent souvent le d�veloppement perp�tuel.</p><p>Les plus audacieuses, celles des finals des 101e (l�Horloge) ou 103e (les Timbales), des premiers mouvements des 96e (le Miracle) ou 102e, de l�andante de la 104e (Londres), confirment � quel point confondent structure interne et simples dimensions ext�rieures ceux qui r�p�tent que, de Beethoven, la plus haydnienne des symphonies est la premi�re (1800). La descendance des � londoniennes �, il faut la chercher dans l�H�ro�que (1804), troisi�me symphonie du ma�tre de Bonn.</p><p>VII. DE 1796 � 1803 (ann�e o� il dut poser la plume) : Haydn se surpasse dans le quatuor � cordes et la musique chorale. Les neuf quatuors op. 76 (1797-1799), 77 (1799) et 103</p><p>(1803) innovent encore par rapport aux ultimes symphonies : finals en mineur dans des oeuvres en majeur (op. 76</p><p>no 1 et 3) ; remplacement du menuet par de v�ritables scherzos (op. 76 no 1, op. 77 no 1 et 2) ; intensit� expressive des c�l�bres variations de l�op. 76 no 3</p><p>(l�Empereur), du largo de l�op. 76</p><p>no 5 ; hardiesses tonales, harmoniques, polyphoniques et rythmiques inou�es de l�op. 76 no 6, � la fois musique ex-p�rimentale et chef-d�oeuvre m�connu entre tous, ou de l�op. 77 no 2, qui d�fie les crit�res habituels d�analyse en traitant un mat�riau du XVIIIe s. � la fa�on du XXe. La version oratorio des Sept Paroles du Christ (1796), le second Te Deum (1799-1800), la Missa in tempore belli (1796), la Heiligmesse (1796-97), la Nelsonmesse (1798), la Theresienmesse (1799), la Messe de la Cr�ation (1801) et la Harmoniemesse (1802), surtout la Cr�ation (1798) et les Saisons (1801) offrent sur le plan vocal le pendant haydnien des grands op�ras de Mozart. Les six grandes messes et les deux oratorios se dressent solitaires en leur temps. Le sympho-niste s�y manifeste par l�importance de l�orchestre et l�absence de st�r�otypes.</p><p>Pas d�arias dans les messes, et tr�s peu (dont aucun da capo) dans les oratorios. Sans cesse, solistes vocaux se m�lent ou s�opposent � la masse chorale, un peu � la mani�re d�un concerto grosso baroque, mais � des fins dramatiques saisissantes. Ce sont des chefs-d�oeuvre d�architecture, non de l�ches successions d��pisodes. Leur vitalit� ne nuit en rien � leur port�e spirituelle : on pense souvent � Bach plus qu�� H�ndel. Si les Saisons, suite de quatre cantates hautes en couleur, �voquent Weber et le Wagner du Vaisseau fant�me, c�est bien Tristan qu�annonce le pr�lude de la Cr�ation, page antholo-gique s�il en fut. Performance d�autant plus vertigineuse qu�elle �mane d�un ma�tre confondu, en ses d�buts, avec d�obscurs compositeurs autrichiens du milieu du XVIIIe s., et que cette repr�-</p><p>sentation du chaos originel s�inscrit avec coh�rence, par-del� son c�t� vi-</p><p>sionnaire, dans la pens�e musicale de Haydn.</p><p>M. V.</p><p>C. F. Pohl et H. Botstiber, Joseph Haydn (Berlin, 1875-1882, et Leipzig, 1927 ; 3 vol. ; r��d., Wiesbaden, 1970-71). / H. Jancik, Michael Haydn (Vienne, 1952). / H. C. R. Landon, The Symphonies of Joseph Haydn (Londres, 1955) ; The Collected Correspondence and London Notebooks of Joseph Haydn (Londres, 1959). / K. Geiringer, Joseph Haydn. Der sch�p-ferische Werdegang eines Meisters der Klas-sik (Mayence, 1959) ; Haydn. A Creative Life in Music (Berkeley, 1963 ; nouv. �d., 1968). /</p><p>M. Vignal, Franz-Joseph Haydn (Seghers, 1964). / D. Bartha, Haydn. Briefe und Aufzeich-nungen (Kassel, 1965). / R. Hughes, Haydn (Londres, 1971). / C. Rosen, The Classical Style.</p><p>Haydn, Mozart, Beethoven (Londres, 1971).</p><p>On peut �galement consulter le Haydn-Jahr-buch (Haydn-Yearbook [Vienne, 1962 et suiv. ; 8 vol. parus] et les Haydn Studien (Duisburg et Munich, 1967 et suiv. ; 8 vol. parus).</p><p>Haye (La)</p><p>En n�erl. �S-GRAVENHAGE ou DEN HAAG, v. des Pays-Bas, capit. de la province de Hollande-M�ridionale ; 550 000 hab.</p><p>(700 000 pour l�agglom�ration).</p><p>La situation</p><p>La Haye constitue un des ph�nom�nes les plus curieux de l�histoire et de la g�ographie urbaines europ�ennes : seule agglom�ration importante des Provinces-Unies � ne pas poss�der le statut urbain, elle est devenue le si�ge du gouvernement n�erlandais sans �tre pour autant la capitale officielle des Pays-Bas ; riche en espaces verts, elle comprend de vastes quartiers r�sidentiels aux maisons de un ou deux �tages et offre des conditions de vie qu�on ne s�attendrait gu�re � trouver dans une grande ville. Cit� de fonctionnaires et d�employ�s, elle ne limite pourtant pas son r�le aux activit�s administratives, occupant une place de choix dans la vie �conomique n�erlandaise par ses fonctions de direction et d�organisation et secondairement par un certain d�veloppement industriel r�cent. Les nombreux organismes internationaux qui y ont leur si�ge font que son influence d�passe largement les fronti�res des</p><p>Pays-Bas.</p><p>Agglom�ration encore peu peupl�e au XVIe s., elle devance Delft, Leyde, Haarlem et Utrecht au cours des XVIIe et XVIIIe s. pour figurer au recensement de 1795 comme la troisi�me ville des Pays-Bas, avec une quarantaine de milliers d�habitants. Cons�quence du d�-</p><p>veloppement �conomique n�erlandais et de la mise en place de l�administration d�un �tat moderne, la croissance d�mographique s�acc�l�re apr�s 1860</p><p>(la population quadruple de 1850 � 1913) pour se ralentir � partir du d�but du XXe s. sous l�effet de la suburbani-sation. Celle-ci s�accentuant, le bilan migratoire devient n�gatif dans les an-n�es 1950, annulant peu � peu un cro�t annuel assez faible et amenant depuis une dizaine d�ann�es une diminution de la population communale. Mais le nombre des emplois continuant d�augmenter, ce ph�nom�ne ne fait que traduire l�extension de la banlieue, avec une premi�re couronne d�j� fortement urbanis�e (Rijswijk, Voorburg, Was-senaar) et de nouveaux quartiers o� l�habitat collectif est plus fr�quent, en direction du nord-est et du sud-est surtout (au sud-ouest, on souhaite pr�server autant que possible les terres horti-coles du Westland).</p><p>L�histoire de la ville</p><p>Jusqu�au XIIIe s., La Haye �tait le nom d�un rendez-vous de chasse des comtes de Hollande situ� au milieu des bois. L�empereur germanique Guillaume II de Hollande y b�tit un ch�teau en 1248. Un si�cle plus tard, le comte Albert de Bavi�re d�cida que la Cour de justice de Hollande et de Z�lande y si�gerait. Une ville s��leva autour du ch�teau et conserva l�ancien nom de La Haye.</p><p>Apr�s l�ind�pendance des Provinces-Unies (1579), le prince Maurice de Nassau, fils de Guillaume le Taciturne, qui lutta victorieusement contre les Espagnols, y transf�ra en 1618 le gouvernement avant d�y mourir en 1625. Depuis lors, la ville devint la r�sidence des stathouders ; mais bien avant, d�s le XVIe s., les �tats g�n�raux avaient pris l�habitude de se r�unir dans l�ancien palais des comtes de Hollande, le</p><p>� Binnenhof �. Le 30 janvier 1648, la paix qui reconnaissait d�finitivement l�ind�-</p><p>pendance des Provinces-Unies y fut sign�e</p><p>avec l�Espagne.</p><p>downloadModeText.vue.download 127 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5268</p><p>En 1672, La Haye fut le th��tre du tragique assassinat des fr�res de Witt.</p><p>Apr�s la conqu�te, en 1795, des Provinces-Unies par la France, Napol�on, en 1806, en fit le royaume de Hollande pour son fr�re Louis, qui transf�ra sa capitale � Amsterdam. Mais de 1815 � 1830, � l��poque de l�union avec la Belgique actuelle, La Haye redevint, en alternance avec Bruxelles, le si�ge des �tats g�n�raux.</p><p>Aux XIXe et XXe s., de nombreux congr�s s�y r�unirent (conf�rences de la Paix en 1899 et 1907 ; conf�rences de La Haye en 1929 et 1930). Au cours de la Seconde Guerre mondiale, La Haye fut ravag�e par les Allemands lors de l��dification du mur de l�Atlantique, et par les Alli�s, qui la bombard�rent durant l�hiver 1944-45 afin d�atteindre les rampes de lancement des</p><p>� V1 � et � V2 � qui y �taient install�es.</p><p>P. R.</p><p>Les fonctions</p><p>Avec moins du tiers des emplois, l�industrie est beaucoup plus faiblement repr�sent�e qu�� Amsterdam et � Rotterdam ; il s�agit en majeure partie d�industries l�g�res de grande ville, avec des �tablissements de taille petite ou moyenne (mobilier, confection, brasserie et autres industries alimentaires, imprimerie et �dition), mais aussi d�implantations plus importantes, en g�n�ral post�rieures � 1945, telles que l��lectronique (Philips), la m�tallurgie de transformation, le caoutchouc. Les usines se localisent surtout au sud de la ville, en liaison avec les voies ferr�es et les canaux.</p><p>Le secteur tertiaire joue un r�le capital � La Haye. Le centre-ville, o� voisinent les petites rues commer�antes et les avenues bord�es des immeubles des grands magasins, regroupe l�essentiel des activit�s de desserte locale et r�gionale : un �quipement commercial tr�s complet, les banques, les cin�mas</p><p>et les th��tres... La qualit� de ces services s�explique plus par l�importance de l�agglom�ration et le niveau de vie moyen �lev� de sa population que par l�influence r�gionale de La Haye, dont l�aire, limit�e au sud par la pr�sence de Rotterdam, ne s��tend gu�re que dans un rayon de 15 � 20 km au nord-est et � l�est de la ville. Encore faut-il signaler que, si La Haye est le second foyer culturel des Pays-Bas (musique, danse, th��tre, peinture et sculpture, Biblioth�que royale, �coles sup�-</p><p>rieures sp�cialis�es), elle ne poss�de pas d�universit�.</p><p>En d�finitive, c�est au service de la nation et parfois du monde entier que travaille une grande partie de la population active. Plus de 40 000 fonctionnaires (20 p. 100 des effectifs n�erlandais) se r�partissent entre les minist�res, la direction des Postes et le centre de ch�ques postaux (plus de 15 000 salari�s), le bureau de statistiques, le service du plan, la recherche scientifique... D�autres cadres et employ�s peuplent les bureaux d�une gamme tr�s �tendue d�organismes, d�institutions et d�associations qui ont recherch� dans leur localisation la proximit� de l�administration publique.</p><p>La Haye d�tient moins de si�ges</p><p>sociaux de grandes entreprises industrielles qu�Amsterdam et Rotterdam, mais tout ce qui compte aux Pays-Bas dans le domaine �conomique et social y poss�de au moins des bureaux ou une agence, sinon sa direction nationale : KLM, soci�t�s p�troli�res, compagnies d�assurances, syndicats patronaux et ouvriers. Touring Club et Croix-Rouge n�erlandaise... Sur le plan international, il faut mentionner les ambassades, la Cour internationale de justice, l�Acad�mie de droit international et les nombreux congr�s qui se tiennent dans la cit�. Tout cela, joint � la r�putation culturelle de La Haye (mus�e de Mauritshuis) et � la pr�sence de Scheveningen, apporte � la ville un afflux consid�rable de visiteurs n�erlandais et �trangers, qui y disposent de ressources h�teli�res consid�rables (plus de 20 000 lits).</p><p>La localisation de ces fonctions ne correspond gu�re au sch�ma classique</p><p>du � centre des affaires � des grandes m�tropoles ; si une partie importante de l�administration gouvernementale et des ambassades se sont �tablies dans l�est de la vieille ville, souvent dans des b�timents historiques, les autres organismes se dispersent dans toute l�agglom�ration, o� il n�est pas rare de trouver un grand immeuble de construction r�cente � c�t� de lotissements r�sidentiels ; les destructions de la Seconde Guerre mondiale ont toutefois permis l�apparition, au sud du</p><p>� Bois �, d�un quartier de bureaux dont l��dification n�est pas encore achev�e.</p><p>Ville bourgeoise, tr�s paisible le soir apr�s la brusque animation de la sortie des bureaux, La Haye ne donne pas l�impression d�une cit� laborieuse comme Rotterdam ou d�bordante</p><p>de vie comme Amsterdam. Mais son activit� n�en est pas moins essentielle � l��conomie n�erlandaise et illustre bien le partage des fonctions, caract�-</p><p>ristique du Randstad Holland.</p><p>Scheveningen</p><p>Scheveningen fait partie de la commune de La Haye, l�ensemble formant aujourd�hui une agglom�ration continue alors qu�� l�origine les deux noyaux �taient s�par�s par le cordon dunaire. � un endroit o� celui-ci est moins �lev� s��tait �tabli un village de p�cheurs qui eut beaucoup � souffrir des assauts de la mer jusqu�� la construction de fortes digues � la fin du si�cle dernier. � cette �poque, au nord et un peu � l��cart du port de p�che, se d�veloppe peu � peu le long du rivage un second quartier qui deviendra rapidement la station baln�aire la plus recherch�e des Pays-Bas.</p><p>Encore aujourd�hui, il existe peu de liens entre les deux principales activit�s de Scheveningen : le contraste est frappant entre les modestes maisons de brique des p�cheurs, serr�es pr�s du port, et la majest� un peu vieillotte des � monuments baln�aires � 1900 donnant sur la promenade du bord de mer, o�, pendant la courte saison estivale et certains week-ends, grouille une foule bigarr�e de touristes, parmi lesquels beaucoup d�Allemands, venus d�une traite de Rh�nanie par l�autoroute. D�un c�t� comme de l�autre, la modernisation de l�infrastructure est � l�ordre du jour.</p><p>Le port de p�che, le second des Pays-Bas (apr�s IJmuiden), s�est dot� d�une halle moderne et d�installations de traitement et de conservation du poisson ; d�autre part, les travaux qui s�ach�vent actuellement en am�lioreront sensiblement l�acc�s. Toutefois, le hareng, qui domine tr�s nettement parmi les prises, est un poisson bon march� dont l��coulement offre peu de possibilit�s d�extension.</p><p>Quant � la station baln�aire, elle avait � faire face � un changement de client�le : le passage du � tourisme de classe � au</p><p>� tourisme de masse � ; les estivants ais�s choisissent maintenant d�autres lieux, et, si Scheveningen m�rite de moins en moins sa renomm�e de plage � chic �, elle reste une station ch�re, concurrenc�e par les nouvelles implantations baln�aires de Z�lande et des �les frisonnes notamment.</p><p>Ici, la conversion est difficile et, depuis quelques ann�es, le nombre d�estivants a tendance � stagner, voire � d�cro�tre.</p><p>J.-C. B.</p><p>F Randstad Holland.</p><p>La Haye, centre d�art</p><p>Cit� aristocratique depuis le XIIIe s., la ville prit un lustre tout particulier lors de l�installation du prince Maurice de Nassau, second stathouder. Il fit construire, non loin du Vijver, son palais, �lev� en 1637</p><p>par Pieter Post (1608-1669) sur les plans de Jacob Van Campen (1595-1657). Cette demeure, de style renaissance hollandaise, renferme le mus�e royal des peintures, l�actuel Mauritshuis. Le Binnenhof, palais � vaste cour int�rieure des anciens comtes de Hollande (fond� par Guillaume II de Hollande en 1248), subit maintes transformations et restaurations au cours des si�cles, de m�me que l�h�tel de ville, �lev� entre 1554 et 1556, puis agrandi au XVIIIe s.</p><p>et au d�but du XIXe s. Par contre, la Grote Kerk (Grande �glise), ou �glise Saint-Jacques, a conserv� son style gothique du XIVe s. malgr� les incendies du XVIe et du d�but du XVIIIe s. L�ancien palais royal construit en 1533, qui fut la demeure de la veuve de Guillaume le Taciturne, date dans sa forme actuelle de 1640 ; il n�a pas gard� l�unit� de style de la Huis ten Bosch (la Maison du Bois), construite en 1647. Les principales peintures d�coratives de cet �difice</p><p>furent confi�es � Jordaens*. Gerard Van Honthorst (1590-1656), Jan Lievens (1607-1674), Christiaen Van Couwenbergh (1604-1667) rivalis�rent avec le ma�tre anversois.</p><p>Plus tard, Guillaume II et Guillaume III appel�rent maints artistes des Pays-Bas et cr��rent les pr�cieuses collections de tableaux malheureusement dispers�es au XVIIIe s.</p><p>LES PEINTRES DE LA HAYE</p><p>AU XVIIE SI�CLE</p><p>L�activit� du foyer culturel de La Haye �tait intense, et son actualit� �tait vive en Hollande. Jan Anthonisz. Van Ravesteyn (v. 1570-1657) fut le premier des peintres attitr�s de la cour des princes d�Orange, entre 1610 et 1630. Form� par Michiel Jansz. Van Mierevelt (1567-1641), Van Ravesteyn est cofondateur de la nouvelle confr�rie des peintres de La Haye en 1656. Adriaen Hanneman (v. 1601-1671), le gendre de Van Ravesteyn, connut � Londres l�art de Van Dyck*. Il rentra � La Haye vers 1637 et travailla pour la princesse Marie d�Orange ainsi que pour les �tats de Hollande. Bartholomeus Van der Helst (1613-1670) devint le peintre officiel de la maison d�Orange. Gerard Van Honthorst, peintre �clectique par excellence, fut admir� � La Haye pour ses compositions d�coratives s�inspirant tant de Rubens* que des Carrache*. Il ex�cuta des portraits et de grandes peintures pour les palais princiers de Ryswick, de Honselers-dijk et de Huis ten Bosch.</p><p>Bartholomeus Van Bassen (v. 1590-1652), peintre d�architecture, doyen de la gilde de La Haye en 1627, dirigeait en 1639</p><p>la restauration de l�h�tel de ville. Il eut pour �l�ve Gerard Houckgeest (v. 1600-1661). Parall�lement au grand m�c�nat princier, la bourgeoisie prot�gea nombre de peintres importants : Hercules Seghers (v. 1590 - v. 1640) travailla � La Haye ainsi que Jan Van Goyen*, Abraham Hendricksz.</p><p>Van Beyeren (1620 ou 1621-1690), Paulus Potter (1625-1654) et Pieter de Hoogh*.</p><p>Apr�s cette p�riode de protection princi�re de Maurice de Nassau, de Fr�d�ric-Henri, son successeur, puis de son �pouse Amalia Van Solms, La Haye conserve encore une grande activit� picturale. Pieter Nason (1612-1688/1691) reste le chef de l�ancienne gilde de La Haye jusqu�en 1657. Caspar Netscher (1635 ou 1636-1684) fut un agr�able peintre d�histoire.</p><p>Son fils Constantin (1668-1723) perp�tue</p><p>la mani�re du portrait mondain jusqu�au XVIIIe s. Aert Schouman (1710-1792) et Rachel Ruysch (1664-1750) maintiennent la r�putation artistique de La Haye au XVIIIe s.</p><p>downloadModeText.vue.download 128 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5269</p><p>L��COLE DE LA HAYE AU XIXE SI�CLE</p><p>Vers les ann�es 1870-71, de jeunes peintres se regroup�rent � La Haye, dans le dessein de renouer avec la tradition hollandaise, dont les derniers vestiges avaient disparu � l��poque n�o-classique. Parmi ceux-ci Johannes Bosboom (1817-1891), romantique � ses d�buts et fortement influenc� par Rembrandt* et Emmanuel de Witte (v. 1617-1692), cr�a des int�rieurs d��glise hauts en couleur et en effets de lumi�re. � ce premier r�veil artistique participa Andreas Schelfhout (1787-1870), paysagiste romantique connu pour ses sc�nes hivernales, qui fut le ma�tre de Jongkind*. Jacob Maris (1837-1899) peut �tre consid�r� comme le chef de l��cole de La Haye. Nettement marqu� par le r�alisme de Daumier* et de Courbet*, il s�oriente ensuite vers l�impressionnisme contemporain. Ses fr�res Matthijs Maris (1839-1917), �l�ve de l�acad�mie de La Haye, et Willem Maris (1844-1910) �voluent �galement du romantisme vers le r�alisme ; Hendrik Johannes Weissenbruch (1824-1903), �l�ve de Schelfhout, unit la tradition nationale du paysagisme de Van Goyen � Ruysdael* � l�influence de l��cole de Barbizon*. Hendrik Willem Mesdag (1831-1915) se fixe � La Haye en 1869. Peintre de marines, il appartient aussi � ce groupe r�aliste. Il fit don en 1903 � l��tat n�erlandais de ses riches collections d�art fran�ais et hollandais contemporain, cr�ant ainsi le mus�e Mesdag � La Haye. Anton Mauve (1838-1888) travailla � La Haye et � Laren, o� il fonda une �cole. Vincent Van Gogh*, son cousin, suivit ses le�ons � La Haye en 1882 et 1883. C�est Mauve qui lui r�v�la sans doute l�art de Millet*. Van Gogh �tudia aussi les oeuvres de Jozef Isra�ls (1824-1911), dont le fils, Isa�c Isra�ls (1865-1934), fera �galement partie de l��cole de La Haye. George Hendrik Breitner (1857-1923) fut l�ami de Van Gogh lors de leurs d�buts. Jongkind et Van Gogh connurent ainsi d�embl�e l�avant-garde de l�art fran�ais gr�ce au milieu artistique de La Haye. Willem de Zwart</p><p>(1862-1931), tout comme Breitner son ami, suivit les recherches expressionnistes.</p><p>Jan Toorop (1858-1928) s�oriente vers un symbolisme voisin de celui de Gustave Moreau*, tandis que Willem Adriaan Van Koni-jnenburg (1868-1943) �volue dans un sens plus d�coratif. Ainsi, l��cole de La Haye, au XIXe s. et � l�aube du XXe, tend � r�concilier son grand pass� culturel avec les nouvelles voies de l�art moderne.</p><p>P. H. P.</p><p>G. Colmjon, De Haagse School (La Haye, 1950). / J. de Gruyter, De Haagse School (La Haye, 1968 ; 2 vol.).</p><p>Heath (Edward)</p><p>Homme d��tat britannique (Broads-tairs, Kent, 1916).</p><p>L�ascension politique d�Edward</p><p>Heath correspond, par-del� une remarquable r�ussite personnelle, � l��mergence de courants nouveaux dans le parti conservateur britannique.</p><p>L�homme est d�origine modeste : son p�re �tait un petit entrepreneur dans une station baln�aire du Kent ; lui-m�me fit ses �tudes � l��cole secondaire locale et n�acc�da � l�universit� d�Oxford que gr�ce � une bourse.</p><p>Mobilis� en 1939 dans l�artillerie, Heath se distingue dans la campagne de France et d�Allemagne. � la fin des hostilit�s, il est lieutenant-colonel, apr�s avoir �t� cit� et d�cor�. Il entre alors dans l�administration au minist�re de l�Aviation, puis travaille dans une banque d�affaires. En m�me temps, il est choisi comme candidat conservateur dans une circonscription de la banlieue londonienne : Bexley. Il est �lu d�put� aux �lections de 1950 (et sera constamment r��lu � Bexley depuis).</p><p>Le parti conservateur est alors � la recherche d��l�ments dynamiques capables de lui insuffler un sang neuf.</p><p>Le jeune parlementaire, remarqu� pour son intelligence, son s�rieux, sa pugna-cit�, s��l�ve vite dans la hi�rarchie.</p><p>D�s 1951, il fait partie du minist�re Churchill* comme lord commissioner du Tr�sor. De 1955 � 1959, Heath est charg� d�un poste clef dans l�appareil : devenu whip, il a � faire r�gner la dis-</p><p>cipline dans le parti aux Communes (en fait, c�est le responsable du groupe parlementaire conservateur). En 1959, Harold Macmillan* le prend comme ministre du Travail, puis en 1960 il lui confie les d�licates fonctions, comme lord du sceau priv�, de n�gociateur avec les institutions europ�ennes.</p><p>Heath, Europ�en convaincu, n�go-</p><p>cie � Bruxelles la premi�re tentative d�entr�e de la Grande-Bretagne dans le March� commun, mais il se heurte au veto du g�n�ral de Gaulle (1963).</p><p>Apr�s la d�faite �lectorale de 1964, il succ�de � Alexander F. Douglas-Home comme chef du parti conservateur ; il est donc pendant six ans leader de l�opposition. Il lui faut s�imposer aux militants et aux cadres de son parti ainsi qu�� l�opinion. � force de patience et d�obstination, sans dissimuler ses origines ni c�der au snobisme des cercles conservateurs, il y parvient, dominant sa timidit�, apprenant � parler, � plaire, bien que par temp�rament il pr�f�re les actes aux paroles. Travailleur m�thodique, politicien appliqu� et sinc�re, il profite aux �lections de 1970 de la lassitude de l�opinion � l��gard des travaillistes et l�emporte sur Harold Wilson, son rival trop s�r de lui. Il devient ainsi Premier ministre.</p><p>Depuis que Heath a pris la direction des affaires britanniques (juin 1970), un tournant important s�est produit dans l��volution du pays � un triple point de vue. D�abord, c�est la premi�re fois qu�� la t�te du parti conservateur est port� un repr�sentant de la petite bourgeoisie. Le contraste est saisissant avec tous les pr�d�cesseurs, issus soit des grandes familles aristocratiques (Douglas-Home, Churchill), soit de la haute bourgeoisie d�affaires (Macmillan, N. Chamberlain*), soit des notables de province (A. Eden*, S. Baldwin). Symbole d�un glissement social, sinon d�une d�mocratisation du pays, Heath le pl�b�ien succ�de au patricien Douglas-Home. Il incarne un nouveau type de chef conservateur � l�image des classes moyennes. En second lieu, dans sa politique �conomique et sociale, Heath, qui croit aux vertus de l��conomie de march�, de la libre entreprise et de la concurrence, a voulu relancer la production, res-</p><p>treindre la protection et les subven-tions de l��tat, �liminer les pratiques restrictives des syndicats. En remettant ainsi en cause le Welfare State (l��tat-Providence) b�ti par les travaillistes de 1945 � 1950 et soigneusement gard� par les gouvernements conservateurs de 1951 � 1964, il s�est acquis une r�-</p><p>putation de n�o-conservateur de combat aupr�s d�une partie de l�opinion.</p><p>Enfin, en politique ext�rieure, gr�ce � un rapprochement spectaculaire entre la France et la Grande-Bretagne, Heath a pu faire aboutir ses projets europ�ens. Les n�gociations ouvertes pour l�entr�e de l�Angleterre dans le March� commun au cours de l�ann�e 1971 ont d�bouch� sur un accord, approuv� par le Parlement � l�automne, et abouti � la signature en janvier 1972 du trait� d�adh�sion � la Communaut� �conomique europ�enne : couronnement de dix ans d�efforts, l�Angleterre est d�-</p><p>sormais amarr�e � l�Europe.</p><p>Cependant, les graves probl�mes</p><p>pos�s par les �meutes sanglantes d�Irlande* du Nord et par la crise �conomique et sociale (gr�ve des mineurs) qui s�vit depuis 1972 r�duisent la marge de manoeuvre du Premier</p><p>ministre.</p><p>F. B.</p><p>F Conservateur (parti) / Grande-Bretagne.</p><p>G. Hutchinson, Edward Heath : a Personal and Political Biography (Londres, 1970). /</p><p>M. Laing, Edward Heath Prime Minister : a Biography (Londres, 1972). / A. Roth, Heath and the Heathmen (Londres, 1972).</p><p>H�bert (Jacques)</p><p>R�volutionnaire fran�ais (Alen�on 1757 - Paris 1794).</p><p>En 1790, le P�re Duchesne para�t pour la premi�re fois ; tr�s vite, il va devenir un des journaux les plus lus parmi les masses populaires. Il sera, en 1793, apr�s la mort de Marat*, le principal organe de la presse r�volutionnaire. S�il atteint cette notori�t�, c�est qu�il exprime le mieux les aspirations des sans-culottes.</p><p>La feuille doit cette qualit� �</p><p>l�unique r�dacteur : H�bert. Ce publiciste, bient�t doubl� d�un homme politique, sort des milieux qui firent la R�volution fran�aise. Par sa famille, il touche � la moyenne bourgeoisie, qui fournira la plupart de ses cadres � la sans-culotterie. Une obscure affaire l�ayant contraint � s��loigner d�Alen-</p><p>�on, il partage � partir de 1780 la vie des humbles, c�est-�-dire de ceux qui, � Paris, seront en l�an II les militants des sections.</p><p>De 1790 � 1793, l�importance de</p><p>son action politique comme une partie de son existence nous �chappent. Les sources qui permettraient de combler cette lacune biographique ont disparu dans les incendies de 1871. Mod�r� en 1790, il abandonne l�ann�e suivante le parti de ceux qui veulent un impossible compromis avec l�aristocratie ; il rejoint aux Cordeliers ceux qui cherchent � radicaliser la R�volution bourgeoise.</p><p>Ni terne ni brillante, son action lui vaudra d�occuper le poste de substitut du procureur de la Commune de Paris.</p><p>C�est � l��poque de la Convention que son action va pleinement se d�velopper. Jusqu�en ao�t 1793, il soutient les efforts des Montagnards. Engag�s dans une lutte contre les Girondins, ceux-ci sont soucieux de maintenir l�alliance avec la bourgeoisie ; aussi sacrifient-ils � cette politique les r�-</p><p>clamations des sans-culottes pour un contr�le du commerce. Avec la mort de Marat et la crise de l��t� 93, durant laquelle les probl�mes sociaux et politiques se font plus aigus et plus forte la pouss�e populaire, l�attitude d�H�bert se modifie. Tout en continuant � rester s�par� des � enrag�s �, il se dissocie de la bourgeoisie montagnarde et pousse aux mesures extr�mes.</p><p>� partir de septembre, la volont� d�H�bert de faire d�vier les exigences downloadModeText.vue.download 129 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5270</p><p>terroristes des masses populaires vers le seul plan politique se pr�cise et appara�t clairement lors des journ�es des 4 et 5 septembre 1793, o� les sans-</p><p>culottes contraignent la Convention � � s�engager dans la voie de la Terreur et de l��conomie dirig�e �.</p><p>De septembre 1793 � janvier 1794, H�bert continue � faire pression sur le gouvernement pour l�application de la Terreur. Par l�interm�diaire de son journal, il diffuse les id�es de d�fense populaire contre les tra�tres et exige la r�pression contre Marie-Antoinette, les ci-devant et les f�d�ralistes.</p><p>Il r�clame l��puration des administrations, des comit�s r�volutionnaires et de l�arm�e, o� son journal est exp�di� par les soins du ministre de la Guerre, J.-B. Bouchotte (1754-1840). Il aide le gouvernement r�volutionnaire � se d�-</p><p>barrasser des enrag�s, mais il reprend leur politique de d�christianisation.</p><p>Il attaque d�ailleurs plus le clerg� et l��glise que la religion et il accepte, en d�finitive, le coup d�arr�t donn� par Robespierre* le 6 d�cembre (d�cret sur la libert� des cultes). Le gouvernement r�volutionnaire se renforce et met fin � l�autonomie des sections de Paris ; il limite ainsi les possibilit�s d�action d�H�bert. � la fin de d�cembre et au d�but de janvier, ce dernier doit faire face aux attaques des � indulgents �, et tout particuli�rement de Camille Desmoulins, qui utilise � cette fin son journal, le Vieux Cordelier.</p><p>En vent�se an II (f�vr.-mars 1794), la r�glementation se r�v�le inefficace : le prix du pain s��l�ve tandis que la plupart des salaires des artisans baissent. H�bert utilise le m�contentement populaire. Il s�en sert d�abord dans sa contre-offensive contre les indulgents. En f�vrier, il d�nonce le complot abominable qu�ils m�nent</p><p>� contre les bougres � poil qui ont fait la r�volution du 31 mai � qui chassa les Girondins.</p><p>Mais il ne m�nage pas non plus les membres du gouvernement r�volutionnaire. Il d�nonce l�insuffisance des d�crets de vent�se, que les robespier-ristes ont pris pour affaiblir la col�re populaire. Le 4 mars, stimul� par l�atmosph�re d�insurrection qui r�gne au club des Cordeliers, il renouvelle ses attaques contre les indulgents, mais aussi, en termes � peine voil�s, contre</p><p>Robespierre.</p><p>� Une faction veut an�antir les droits du peuple. Quels sont les moyens de nous en d�livrer ? L�insurrection. � En fait, il n�a pr�vu aucun moyen pour prendre le pouvoir, et les masses populaires, qui d�noncent plus la chert� de la vie que le mod�rantisme de certains des conventionnels, h�sitent � le suivre. Le gouvernement r�volutionnaire passe � l�action, et, dans la nuit du 23 au 24 vent�se, H�bert et les principaux chefs des Cordeliers sont mis en �tat d�arrestation. Ils seront condamn�s � mort et ex�cut�s, comme agents de l��tranger, dix jours plus tard (24 mars).</p><p>H�bert a �t� l�un des meilleurs</p><p>porte-parole de la sans-culotterie. Plus qu�aucun autre, il a su en traduire les angoisses, et d�abord celle du consommateur, qui, en face de la vie ch�re, est pr�t � accuser de contre-r�volution le riche n�gociant.</p><p>� La patrie, foutre, les n�gociants n�en ont point. Tant qu�ils ont cru que la R�volution leur serait utile, ils l�ont soutenue ; ils ont pr�t� la main aux sans-culottes pour d�truire la noblesse et les parlements ; mais c��tait pour se mettre � la place des aristocrates...</p><p>Tous ces jean-foutre nous ont tourn� casaque et ils emploient le vert et le sec pour d�truire la R�publique. �</p><p>Il a aid� la sans-culotterie � exprimer ce qu�elle sentait parfois confus�ment et il a su syst�matiser ses aspirations en un programme coh�rent qu�il a �t� capable de diffuser assez largement.</p><p>� Tandis que d�une main vous tenez la foudre, dira-t-il aux d�put�s montagnards, pour �craser les despotes et leurs vils esclaves, tendez l�autre aux malheureux, assurez du travail � tous les citoyens, accordez des secours aux vieillards et aux infirmes, et pour couronner votre ouvrage, organisez promptement l�instruction publique. �</p><p>Mais faut-il pour cela faire d�H�-</p><p>bert le guide de tout ce monde de l��choppe et de la boutique qui pousse en avant la r�volution bourgeoise ?</p><p>Les recherches les plus r�centes inter-</p><p>disent de confondre sans-culottisme et h�bertisme. Les id�es d�H�bert sur le droit � l�existence, le droit au travail, � l�assistance et � l��ducation sont en fait celles que ces masses populaires en r�volution cr�ent depuis quatre ans sans savoir toujours les formuler. Faire de ce journaliste brillant, qui ne fut qu�un pi�tre homme d�action en politique, le personnage central du mouvement populaire, � c�est lui donner une consistance politique qu�il n�eut pas et fausser la perspective historique �</p><p>(A. Soboul).</p><p>J.-P. B.</p><p>F Convention nationale / Jacobins / R�volution fran�aise.</p><p>� Le P�re Duchesne � d�H�bert, �d. critique par F. Braesch (Sirey, 1938). / A. Soboul, les Sans-Culottes parisiens en l�an II (Clavreuil, 1958) ; � Introduction � � la r��dition du P�re Duchesne (�d. sociales, 1969). / L. Jacob, H�-</p><p>bert, le P�re Duchesne, chef des sans-culottes (Gallimard, 1960).</p><p>h�bra�que</p><p>(litt�rature)</p><p>La litt�rature h�bra�que remonte, avec des p�riodes fastueuses ou m�diocres, � la plus haute antiquit�, sans avoir toujours relev� d�une inspiration religieuse. Mais, avec le si�cle des lu-mi�res, un renversement s�op�re.</p><p>D�j� dans l�Espagne du Xe au XIVe s.</p><p>s��tait d�velopp�e une vaste litt�rature la�que juive. Pendant les ann�es plus sombres des XVIe et XVIIe s., au contraire, ses th�mes furent presque uniquement th�ologiques. La pr�carit� de leurs droits, leur isolement, la haine et le m�pris de leur entourage avaient en effet contraint les juifs � se replier sur eux-m�mes et � approfondir leurs propres litt�ratures rabbiniques et cabalistiques. La po�sie se canton-nait dans les cadres religieux de la liturgie (Piyyoutim), de l��l�gie sacr�e (Qinnot), de la pri�re (Tefill�t). C�est seulement en Hollande et en Italie que prirent naissance, parmi les rescap�s d�Espagne, une litt�rature mondaine et une po�sie semi-la�que avec Joseph Penso et Mo�se Zacuto. Au XVIIIe s., l�image de cette litt�rature se modifie : d�barrass�e de l�influence m�di�vale,</p><p>la litt�rature h�bra�que prend un nouveau visage.</p><p>Renouveau et</p><p>�largissement</p><p>La litt�rature h�bra�que est d�sormais ouverte aux mouvements de moderni-downloadModeText.vue.download 130 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5271</p><p>sation et d��mancipation. Englobant toute la vie juive, elle n�est plus le fait d�un pays particulier. Ses forces cr�atrices se lib�rent dans toute l�Europe, en particulier en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Galicie, en Russie. En outre, � la diff�rence de la litt�rature h�bra�que ancienne, exclusive et imperm�able aux id�es des autres civilisations, grecque ou arabe, elle �largit ses horizons dans une prise de conscience de tous les probl�mes actuels. Cependant, si elle veut quitter le ghetto, elle n�entend pas abandonner le juda�sme.</p><p>Elle est donc autant attach�e � la tradition que sensible � l��volution �conomique, sociale et culturelle qui infl�chit la vie juive.</p><p>C�est en Italie, o� vit le cabaliste et po�te Mosheh Hayyim Luzzatto (1707-1746), que commence cette litt�rature moderne. Ses drames historiques (Histoire de Samson) et all�goriques (la Tour de puissance ; Louange aux justes) sont neufs dans leur forme et leur contenu, mais il n�y a rien l� de sp�cifiquement juif, l�atmosph�re �tant celle de la Renaissance italienne. Quel est le m�rite de Luzzatto ? Il introduit une culture po�tique, une fantaisie cr�atrice, un sens des rythmes, une fra�cheur et une beaut� de langage que la po�sie h�bra�que n�avait plus connus depuis des si�cles.</p><p>Son �l�ve David Franco Mendez,</p><p>d�origine espagnole, n� � Amsterdam (1713-1792), �crit une Athalie imit�e de Racine. Mais l�inspiration po�tique, la plastique des images n��galent pas les qualit�s de Luzzatto.</p><p>Si l�on peut consid�rer ce dernier</p><p>comme le pr�curseur de la litt�rature h�bra�que moderne, il faut cependant synchroniser ces d�buts avec le mouvement de la Haskalah, le mouve-</p><p>ment des lumi�res ; le nationalisme du XVIIIe s., le d�veloppement des sciences trouvent un �cho dans le ghetto italien et parmi les juifs de Lituanie et de Prusse. Le gaon de Vilna lui-m�me juge qu�il faut apprendre la grammaire et d�autres sciences consid�r�es jusque-l� comme superflues, car des lacunes en ces domaines pourraient en entra�ner de bien plus grandes dans la connaissance de l��criture.</p><p>Vers 1770 commencent � para�tre</p><p>des livres de sciences naturelles.</p><p>Ainsi, Baruch Chklovsky �crit des livres d�anatomie, d�hygi�ne, d�astronomie, etc. Yehouda Leib Margaliot s�int�resse dans Lumi�re du monde aux sciences sociales, et dans les Coutumes (1777) � l��thique. Juda Hurwitz quitte Vilna pour aller �tudier la m�decine � Padoue et �crit abondamment sur divers sujets : �thique, philosophie morale, instruction, fraternit�, etc. Un autre Hurwitz, Pinchas, traite dans son Livre de l�Alliance des sciences naturelles et sociales, de la cabale et des id�es philosophiques du XVIIIe s. Il faut remarquer que le mouvement de la Haskalah en Lituanie �tait fond� sur le juda�sme traditionnel et que les sciences la�ques y rest�rent soumises � la discipline religieuse. Il n�en allait pas de m�me en Prusse, o�, sous l�influence de conditions sociales diff�rentes, cr��es par l�assimilation, on avait tendance � abandonner les cercles ferm�s du juda�sme et � se tourner vers la culture europ�enne. La litt�rature h�bra�que se d�tache de l��me du ju-da�sme. La science s��mancipe du lien religieux. L�initiateur du mouvement fut Moses Mendelssohn (1729-1786) dans ses commentaires h�bra�ques sur le Pentateuque. C�est lui aussi qui, alors m�me que la plupart de ses oeuvres ont �t� �crites en allemand, fit germer l�amour de l�h�breu en tant que langue, et son nom est le symbole de toute la Haskalah. Les reproches que lui firent certains maskil�m nationalistes d�une �poque post�rieure ne sont pas enti�rement justifi�s : il n�est pas responsable si la Haskalah allemande a men� parfois vers l�apostasie. Cette</p><p>tendance �tait avant tout le r�sultat de facteurs sociaux et �conomiques.</p><p>Naphtali Herz Wessely (1725-</p><p>1805), ami de Mendelssohn et son collaborateur pour les commentaires du L�vitique, eut �galement une grande influence sur la litt�rature. Il est l�auteur d�une oeuvre philologique sur les synonymes h�breux intitul�e le Jardin ferm�. Il �crit �galement une Mosa�de selon le mod�le de la Messiade de Klopstock, premi�re tentative pour user de la langue h�bra�que comme de n�importe quelle langue europ�enne.</p><p>Il se fait le champion de la Haskalah dans son message aux juifs autrichiens (Paroles de paix et de v�rit�), qui les exhorte � accepter l��dit de tol�rance promulgu� par Joseph II.</p><p>Satire et tradition</p><p>Quand les conservateurs s��lev�rent contre Wessely parut la Lettre de justice, satire anonyme de Saul Berlin o� il ridiculise l�ancienne m�thode d��ducation et les superstitions des rabbins. Ces maskil�m �lev�s dans le ghetto voyaient dans l��ducation qu�ils y avaient re�ue, dans leur isolement et leurs coutumes la seule cause de leur condition d�grad�e. Il manquait � tous, quelles que soient leurs options, un jugement ind�pendant et une critique lucide sur la valeur et le d�veloppement de la culture h�bra�que. Pour eux, le salut ne pouvait venir que de l�imitation aveugle de leur entourage non juif.</p><p>Tel �tait l�esprit du journal Meassef (M�langes), fond� � K�nigsberg en 1784 et auquel particip�rent d�abord Isaac Abraham Euchel (1758-1804), puis Mendelssohn, Wessely, David Friedl�nder (1750-1834), Isaac Satanov. Ce groupe d��crivains entendait faire de l�h�breu une langue apte � v�-</p><p>hiculer l�enseignement moderne europ�en. Mais le progr�s de l�assimilation en Allemagne �tait tel que, lorsque apr�s une �clipse Euchel voulut en 1794 faire revivre Meassef, son entreprise fut sans lendemain, car la plupart des juifs allemands n��taient d�j� plus � m�me de comprendre l�h�breu, et Meassef eut pour successeur Sulamith, journal juif en langue allemande �dit� � Dessau.</p><p>La Haskalah allemande donne encore quelques livres : les travaux philologiques de Lev ben Zeev, le commentaire du Kusari par Isaac Satanov, les oeuvres de Liebermann, puis le centre de la culture passe en Galicie et dans les provinces italiennes de l�Empire autrichien.</p><p>Chalom Jacob Cohen �dite � Vienne, entre 1820 et 1831, douze volumes de Bikkour� ha�ittim (Pr�mices des temps). Il �crit aussi des fables et des po�mes historiques juifs : Plantes d�Orient en terre nordique (1807), un drame all�gorique et didactique, Amal et Tirsa, imit� de Luzzatto, et une �po-p�e biblique, la Lumi�re de David, dans l�esprit de Wessely. Moins rationaliste, il introduit dans son oeuvre sentiments et descriptions, ouvrant ainsi la voie � Mapou*.</p><p>La contribution de Meir Halevi Let-teris (1800-1871) est double : il traduit les classiques europ�ens et �crit des po�mes originaux � le Roucoulement de la colombe, Larmes, la Voix de l�oiseau � pleins de lyrisme et influenc�s par le classique autrichien Franz Grillparzer.</p><p>Dans les p�riodiques Bikkour�</p><p>ha�ittim et Kerem &#x1E25;emed (la Vigne agr�able), on peut lire les monographies sur les savants juifs m�di�vaux de Salomon Yehoudah Rapoport</p><p>(1790-1867).</p><p>Le po�te Samuel David Luzzatto</p><p>(1800-1865) est le premier � retrouver les accents de la po�sie h�bra�que m�di�vale. Dans son oeuvre de publiciste, il lutte contre le rationalisme et met en relief le r�le important des facteurs �motionnels dans l�histoire et la culture ; il montre la grande valeur culturelle des traditions nationales, des coutumes et des rites. Il d�montre la sp�cificit� de la culture h�bra�que, voit dans l�hell�nisme et le juda�sme deux cultures antagonistes irr�ductibles et s��l�ve contre un esprit d�imitation et d�assimilation serviles.</p><p>Avec Na&#x1E25;man Krochmal (1785-</p><p>1840), on arrive � un tournant dans la conception de l�histoire juive. Il est en</p><p>effet le pionnier de la Wissenschaft des Judentums (science du juda�sme). Leopold Zunz (1794-1886) en Allemagne, S. Y. Rapoport en Galicie et S. D. Luzzatto en Italie explorent l�histoire juive, la philosophie et la litt�rature, et, pour la premi�re fois, le Midrash et le Talmud sont regard�s comme des sources.</p><p>La lutte des progressistes contre les forces hassidiques en Galicie cr�e un terrain choisi pour le genre satirique.</p><p>Isaac Erter (1792-1851) le manie avec grand art, et Joseph Perl (1773-1851) �crit son Rouleau cach� dans l�esprit des Epistolae obscurorum virorum (1515).</p><p>Le juda�sme russe apporte sa contribution � ce renouveau litt�raire avec Nevakhovitch.</p><p>Sous l�influence des circonstances, le lien entre juifs orthodoxes et modernistes se distendait dans une certaine mesure.</p><p>Orthodoxie et</p><p>modernisme</p><p>La r�action co�ncide avec l��panouissement du hassidisme, qui se d�fie de la Haskalah, dont les manifestations sont suspect�es d�h�r�sie. Si au temps du gaon de Vilna la propagation des lumi�res n�avait pas provoqu� d�opposition, les oeuvres de ses disciples se trouvaient mises au ban. Ainsi, vers le premier quart du XIXe s., les partisans de la s�cularisation s��taient d�tach�s des masses populaires, et cela avait une influence dans la litt�rature m�me. Les maskil�m russes, sous l�influence de Mendelssohn et du p�riodique Meassef, avaient adopt� non la culture russe mais la culture allemande, et ainsi l��crivain s�par� du peuple, ne pouvant s�identifier � lui, avait donn� toute son attention � la langue, devenue ainsi un but en soi. Cette attitude avait paralys� bien souvent les plus grands talents de l��poque.</p><p>Un changement intervient avec</p><p>Aaron Mordeca� Ginzburg de Kovno (1795-1846). Historien, il combat la downloadModeText.vue.download 131 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5272</p><p>rh�torique et la phras�ologie et essaie d�affiner le go�t. Dans son autobiographie inachev�e, Aviezer, il d�crit sans concession les tristes r�sultats d�une �ducation anormale et des mariages pr�coces.</p><p>Abraham Dov (Ber) Lebensohn,</p><p>connu sous le nom d�Adam Ha-Kohen (1794-1878) de Vilna, �crit un nombre incalculable de po�mes dans un style ampoul� et hyperbolique en l�honneur de la science et de la Haskalah, fille de Dieu : Chants de la langue sainte.</p><p>Ses id�es sont int�ressantes, mais il ne r�ussit pas � faire oeuvre d�artiste.</p><p>Seuls ses po�mes pessimistes, influenc�s peut-�tre par la mort de son fils Mikal Yosef, atteignent � la vraie po�sie. Mikal Yosef Lebensohn (1828-1852), connu sous le nom de � Mikal �, est lui un authentique po�te lyrique. Il est l�auteur des Chants de la fille de Sion (1851), o� l�on trouve des po�mes sur Salomon, Samson, tr�s peu compris de son temps rationaliste. Avec Yehoudah Leib Gordon (1830-1892), tr�s influenc� par sa po�sie, Mikal et son p�re peuvent �tre consid�r�s comme les pionniers de la po�sie h�bra�que moderne.</p><p>Disciple de N. Krochmal et S. Y. Rapoport, Isaac Ber Levinsohn (1788-1860), dans une langue populaire, �crit T�moignage en Isra�l et la Maison de Juda. Il s�attaque � des probl�mes r�els et t�che de donner une image claire de l��thique juive, de la religion, tout en essayant de pr�ner l�amour du travail productif et de la science parmi les juifs russes.</p><p>Vers le milieu du si�cle, on tend � passer d�un sentimentalisme r�veur et romantique � la cr�ation ind�pendante. L�enthousiasme aveugle pour la langue de la Bible s��tend � la vie m�me d�crite dans la Bible. La vie dans le ghetto, �touff�e par les maskil�m, invite � se tourner vers ces temps de grandeur et � les magnifier. C�est l��poque d�Abraham Mapou*. Cette vie ancienne exaltante par�e de mille couleurs devenait pour les �l�ves des Yechivot (�coles talmudiques) symbole de renouveau et de renaissance.</p><p>La Russie elle-m�me se trouvait dans une p�riode de r�formes, qu�Henri Troyat a peinte de nos jours, mais que la litt�rature h�bra�que du temps refl�-</p><p>tait d�j�. La presse h�bra�que est abondante : Ha-Maguid (1857) � Lyck auj.</p><p>E&#x142;k, Ha-Melitz, qui devient quotidien � Saint-P�tersbourg, Ha-Carmel, tous ces journaux font le lien entre la vie quotidienne et la litt�rature. Celle-ci perd son caract�re noble. Des �crivains roturiers apparaissent qui s�approchent du ghetto. Les jeunes s�int�ressent � la vie et � la litt�rature russes, tandis que la Russie, repoussant la culture allemande, se tourne vers le r�alisme sous l�influence de D. I. Pissarev. Cette influence se fait sentir dans les contes de Mendele-Mocher Sefarim (Abramo-vitz*). A. Papierna et d�autres luttent contre les autorit�s reconnues ; Moshe Leib Lilienblum (1843-1910), auteur d�un roman (P�ch� de jeunesse), est le chef de file de cette renaissance nationale. Dans le Chemin de Talmud, il pr�-</p><p>conise une forme socio-�conomique de la vie juive et des pratiques religieuses.</p><p>Il deviendra l�un des leaders du mouvement Hibbat Sion.</p><p>Rubin Asher Braudes (1851-1915)</p><p>est un r�aliste, ses peintures famili�res sont d�une grande fra�cheur et d�une beaut� simple et naturelle : les Vieux et les jeunes, la Religion et la vie (1876), les Deux Extr�mes (1888).</p><p>Yehudah Leib Gordon adopte une attitude tr�s s�v�re envers les pasteurs de son peuple, qu�il rend responsables des aberrations de la vie des juifs russes.</p><p>Tendances nationalistes et r�sistance des orthodoxes mod�r�s s�affrontent dans le journal Ha-Levanon et dans le recueil intitul� la Guerre dans la paix.</p><p>Le plus en vue de ces publicistes �tait Yehiel Michel Pines (1843-1913), devenu par la suite le porte-parole de Hibbat Sion. Il consid�re dans les Enfants de mon esprit la tradition et les moeurs du juda�sme comme l�expression pratique de l�affectivit� intellectuelle juive, et la religion comme la source du vrai sentiment national.</p><p>Mais ses livres n�avaient pas de succ�s aupr�s des jeunes, ni ses id�es. C�est la parole de Gordon qui l�emporte �</p><p>cette �poque et qui est le mot d�ordre de la lutte engag�e : � R�veille-toi mon peuple. Assez dormi. La nuit s�ach�ve et le soleil brille. �</p><p>Beaucoup de livres scientifiques paraissent alors dans toutes les disciplines : Histoire naturelle d�Abramo-vitz, Histoire universelle et G�ographie de la Russie de Kalman Schulman (1819-1899). Ha-&#x1E62;efira, quotidien �dit� � Varsovie par H. Z. Sonimski (1810-1904), popularise ces sciences, de m�me que la collection d�di�e aux sciences naturelles par Hirsch Rabi-nowitch (1832-1882) ; les premiers essais de critique historique paraissent ; il faut citer les oeuvres d�Eleazar Zevi Zweifel (1815-1888) sur le hassidisme*, de Eisik Hirsch Weiss (1815-1905) sur l�histoire de la tradition juive. Zeev Wolf Jawitz (1848-1944) raconte dans une langue biblique les Haggadah du Talmud, Chalom Fried-berg (1838-1902) �crit des r�cits historiques, Abraham Ber Gottlober (1811-1899), en plus de son oeuvre litt�raire et po�tique, devient l�historien du mouvement cara�te, avec Simhah Pinsker et Abraham Firkowitch.</p><p>Un vent nouveau</p><p>� partir des ann�es 70 commence � souffler un vent nouveau. L�influence des radicaux russes se r�percute jusque dans la litt�rature h�bra�que. Yehoudah Leib Lewin dit Yehalal (1845-1925), d�abord po�te de la Haskalah, �crit ensuite des satires sur le temps pr�sent : l�Esclave des esclaves, Savoir r�aliser. Il fait oeuvre de publiciste dans le premier journal socialiste, Ha-Emet, �dit� par Aaron Samuel Liebermann (1848-1880). Apr�s les pogroms des ann�es 80, il adh�rera � Hibbat Sion.</p><p>Des id�es socialistes, nous en trouvons encore chez le po�te Isaac Kaminer (1834-1900), chez Ben Sion Nowakho-vitch, qui, sous le pseudonyme de Morris Wintchewsky, devient ensuite un po�te populaire yiddish. Po�tes et �crivains socialistes se dressaient contre le nationalisme juif, dont le porte-parole �tait le r�dacteur de l�Aube (Hacha-bar), Peretz Smolenskine (1842-1885).</p><p>Dans ses oeuvres : l�Errant (1868), l�Enterrement d�un apostat, le Peuple �ternel, le Temps de planter, il s��l�ve</p><p>contre l�obscurantisme, contre les superstitions hassidiques et, comme ses collaborateurs Gordon et Bernstein, il rend S. Berlin et Mendelssohn responsables de l�assimilation des juifs allemands pouss�e jusqu�� l�apostasie.</p><p>A. B. Gottlober tente de d�fendre Mendelssohn, mais la th�orie nationaliste de P. Smolenskine l�emporte. Sur la formule simple : � Lib�rez l�individu de l�emprise religieuse et accep-tez l�enseignement europ�en �, Smolenskine greffe le probl�me national, qui s�est d�cant� dans la lutte contre l�assimilation.</p><p>Avec ent�tement, il r�p�te que les juifs ne sont pas une secte religieuse, mais un peuple indivisible, alors m�me qu�ils ne poss�dent ni terre ni pays. Ils sont une � nation spirituelle �. L��tape suivante des nationalismes appara�t dans l�Aube avec les articles d�Eliezer Ben Yehoudah (1858-1922), pseudonyme de Perelman, qui suit la pens�e de Moses Hess (1812-1875). Avec</p><p>Hirsch Kalisher (1795-1874), il affirme que la conservation de la nation juive est possible par le simple amour du pays ancestral et de la langue. Il est le premier � avoir introduit dans sa maison l�usage de l�h�breu comme langue quotidienne et il entreprend son grand dictionnaire de la langue h�bra�que.</p><p>Ces id�es sont �tay�es par les �v�nements politiques des ann�es 80 en Russie. La politique r�actionnaire � l��gard des juifs conduisant aux pogroms donne le coup de gr�ce aux id�aux de la Haskalah. La grande d�ception des adeptes de ce mouvement perce dans la litt�rature, qui, � vrai dire, avait pressenti cet aboutissement.</p><p>Nationalisme</p><p>Nous arrivons � la seconde �tape de la litt�rature h�bra�que moderne : son �tape nationale. Le th�oricien en est Moshe Leib Lilienblum (1843-1910), dont la th�se est la suivante : � Nous juifs, nous sommes �trangers. Nulle part on ne nous aime. Si nous ne vou-lons pas p�rir physiquement ou mener une existence amoindrie, il ne nous reste qu�un seul moyen. Faire revivre notre peuple sur la terre de nos a�eux o� nos enfants m�neront une vie na-</p><p>tionale normale. � Ce mouvement est connu sous le nom de Hibbat Sion : Amour de Sion.</p><p>Si dans la presse on traitait principalement des aspects pratiques du pr�sionisme, dans la litt�rature on ressuscitait le pays et son pass� historique. Bien que pass� de la po�sie de la Haskalah � la po�sie nationaliste, Menachem Mendel Dolitsky (1856-1931) ne fut qu�un m�diocre po�te, comme d�ailleurs Naf-tali Herz-Imber (1856-1909), dont le seul m�rite est d�avoir �crit Ha-Tiqvah (l�Esp�rance), devenu l�hymne national isra�lien apr�s avoir �t� le chant du sionisme.</p><p>Un po�te lyrique peu compris, Mordeca� Zvi Maneh (1859-1886), exprime sa nostalgie du pays miraculeux dans Mon id�al. � la pl�iade des po�tes de ce temps appartiennent aussi Aaron Kaminka (1866-1950), Yehoudah Leib Baruch (1874-1953), le jeune Isaac Leib Peretz* (1852-1915), devenu par la suite le grand classique yiddish, et David Frischmann (1859-1922), qui �crit Dans les sentiers du Messie sous la forme d�un po�me populaire. Il �crit �galement des po�mes philosophiques, o� il emploie la m�trique tonique au lieu de la fade m�trique des voyelles en honneur � l��poque de la Haskalah.</p><p>Si, dans les ann�es 60, la jeunesse m�prisait tout ce qui �tait juif, vingt ans plus tard, les maskil�m firent leur mea culpa et commenc�rent � d�fendre la tradition. Tels Saul Pinchas Rabi-nowitch (1845-1910) et Zeev Jawitz downloadModeText.vue.download 132 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5273</p><p>(1847-1924), ce dernier essayant dans son Histoire d�Isra�l de concilier la recherche scientifique et l�immuabilit� de la tradition religieuse ; Eleazar Atlas (1851-1904) va plus loin, pour qui le sionisme est h�r�tique et qui m�ne son combat ultra-conservateur dans Ha-Peles.</p><p>L�int�r�t pour la langue h�bra�que, devenue le rempart de l�id�e nationaliste, stimule la litt�rature. On �dite la</p><p>Moisson, l�Assembl�e d�Isra�l (Kenes-set Israel), Tr�sors de la litt�rature.</p><p>Les quotidiens font leur apparition et favorisent la prose : le Jour, fond� par Y. L. Kantor (1849-1915) ; le Matin, par Nahum Sokolow (1859-1936),</p><p>qui est d�j� un journaliste pleinement europ�en. Au lieu d�une prose tendancieuse, nous trouvons d�j� des essais r�alistes, une peinture des temps.</p><p>Deux g�n�rations d��crivains se c�-</p><p>toient ; parmi les plus anciens, Rubin Asher Braudes (1851-1915), et parmi les plus jeunes, Ezra Goldin (1868-1915), qui �crit aussi en yiddish, Ben Avigdor, pseudonyme d�Abraham</p><p>Leib Schalkovitch (1866-1921), fondateur de la maison d��dition Tushia et d�une biblioth�que de poche. La maison Achiasaf apporte son importante contribution.</p><p>Id�ologie et �criture</p><p>Dans la derni�re d�cennie du si�cle, le mouvement Hibbat Sion donne une base id�ologique au probl�me national.</p><p>Le th�oricien principal en est Asher Ginzberg (1856-1927), connu sous le nom d�Ahad Haam, qui exprime</p><p>ses vues dans � la crois�e des chemins. Il soumet cet amour de la Palestine � une critique r�aliste et affirme qu�avant de parler de la renaissance de � la terre ancestrale � il faut penser � une � renaissance des coeurs �, une renaissance spirituelle et morale de la nation. Pour lui, le peuple juif a une mission. Il est porteur d�un id�al de d�livrance et de justice du monde.</p><p>C�est l�id�al exprim� par les proph�tes.</p><p>Mais le processus in�luctable de l�assimilation et de l��mancipation le met en p�ril, aussi faut-il cr�er en Palestine un centre spirituel capable de r�agir contre les forces n�gatives qui s�exercent dans la Dispersion. Il est adversaire du sionisme politique de Herzl*.</p><p>Ces id�es sont d�velopp�es dans deux p�riodiques dont il est le r�dacteur : Ha-Pard�s et Ha-Shiloah. Toutes les souffrances du peuple juif et sa trag�-</p><p>die nationale re�oivent une expression po�tique tr�s �mouvante et vigoureuse dans les po�mes de Bialik*.</p><p>Mordeca� Zeev Feierberg (1874-</p><p>1899) a peu �crit dans sa courte vie,</p><p>mais ses contes aux titres pleins de lyrisme sont de la couleur de l��poque : les Ombres, Dans le cr�puscule et surtout O� aller ?</p><p>Micah Yosef Berdichevsky (1865-</p><p>1921), connu sous le nom de Bin-Gorion, �crit des r�cits courts et myst�-</p><p>rieux o� des personnages d�un autre monde sont projet�s dans le monde d�aujourd�hui. Il d�crit le d�chirement et les luttes int�rieures de certains juifs de l�intelligentsia et cr�e un n�o-hassidisme romantique.</p><p>Le po�te Sa�l Tchernikhovsky*</p><p>(1875-1943) apporte un courant de joie de vivre et ce courant est neuf.</p><p>Il faudrait �num�rer ici toute une pl�iade de po�tes appel�s � les contemporains de Bialik �. Nommons Jacob Cohen (1881-1960), n�o-romantique qui chante la vie, l�amour et la nature, et fait une synth�se heureuse des valeurs purement juives et des valeurs humaines. Sioniste, il propage dans le mouvement l�h�breu comme langue</p><p>vivante et, de 1927 � 1933, il est professeur de litt�rature h�bra�que � Varsovie, avant de partir en 1934 pour la Palestine.</p><p>Zalman Shneour (1887-1959) est un lyrique d�une grande puissance. Po�te, prosateur et essayiste, il se m�fie de la tradition et frise le blasph�me dans sa mani�re d�en mettre en doute les valeurs �ternelles traditionnelles. Pourtant, il invite le peuple � la vigilance, � l�affirmation de soi pour �tre � m�me de redevenir le champion des valeurs spirituelles. Intern� � Berlin, il se rend � Paris, o� il demeure de 1924 � 1940.</p><p>En 1951, il part pour Isra�l. Parmi ses oeuvres, citons : Au coucher du soleil (1906), Dans les montagnes, Chants et po�mes (1914), les Ponts, les Visions (1924), Pour l�enfant juif (1933). Il �crit en yiddish et traduit lui-m�me en h�breu ses romans.</p><p>Isaac Kazenelson (1886 - mort</p><p>en 1944 � Auschwitz) est un po�te lyrique dont les po�mes chantent surtout l�amour � la mani�re de Heine et une joie de vivre qui contraste avec le marasme des contemporains. Mais cette joie est bris�e par la guerre, et, au temps du ghetto de Varsovie, il</p><p>d�plore les massacres dans son grand po�me de la trag�die juive, le Peuple juif assassin�.</p><p>David Shimonovitz (Shimoni)</p><p>[1886-1956], lui, de nature enclin au pessimisme, subit l�influence de la litt�rature romantique russe, de Pouchkine surtout. En Allemagne, il �tudie la philosophie et les langues s�mitiques.</p><p>Son premier recueil, D�sert, para�t � Varsovie en 1911 ; le second, Temp�te et silence, l�ann�e suivante. En 1921, il s��tablit en Palestine, o� il d�crit dans ses Idylles les peines et les joies des pionniers. Il traduit beaucoup : Ler-montov, Pouchkine, Heine, Tolsto�.</p><p>Jacob Steinberg (1886-1947), apr�s avoir termin� ses �tudes en Suisse, part pour la Palestine en 1914. Il est r�dacteur de l�hebdomadaire Ha-Poel ha tsair... Parmi ses oeuvres, nous citerons : le Livre de la solitude, paru � Varsovie en 1911, et Po�me, paru � Leipzig en 1923.</p><p>Jacob Fichman (1881-1958) est</p><p>po�te, essayiste et critique. Son recueil Tiges para�t en 1911. Il est l�auteur de plusieurs anthologies et r�dacteur de Moledet et de Mahbarot. Mais son vrai domaine est la critique litt�raire. Il a laiss� d�importants travaux et particuli�rement un grand ouvrage sur Bialik.</p><p>� cette g�n�ration appartiennent aussi de nombreux prosateurs, mais il est difficile de caract�riser exactement cette �poque. Certains ont encore �crit en Europe, d�autres n��crivent qu�apr�s leur arriv�e en Palestine, mais leurs sources d�inspiration sont souvent encore leur pays d�origine ; puis les th�mes palestiniens prennent le pas dans leur inspiration, le meilleur exemple �tant Agnon*.</p><p>D�borah Baron (1877-1956) d�peint la bourgade de sa jeunesse en Lituanie, puis elle �crit des contes sur la Palestine � partir de 1911 : Menus Faits, Pour l�instant, et traduit Madame Bovary.</p><p>Asher Barash (1889-1952), arriv� en 1918 en Palestine, �crit notamment : Dans les montagnes (1927), Amour interdit (1939).</p><p>Gershon Schofmann (n� en 1880) est un nouvelliste. Son premier recueil pa-ra�t � Varsovie en 1902. Deux ans plus tard, il quitte la Russie et vit jusqu�en 1938 � Vienne et � Lw�w. Avec Brenner, il r�dige Rv�v�m et Shaleket. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, il est r�dacteur � Ha-Tekoufa. En 1938, il arrive en Palestine. Il traduit Peter Al-tenberg ainsi que Gorki et Tchekhov.</p><p>Dans l�arm�e russe, il avait rencontr� Uri Nissan Gnessine (1879-1913), avec qui il s��tait li� d�amiti�. Celui-ci avait fait ses �tudes avec Brenner dans une yechiva. Il �crivait des po�mes, mais ce sont ses contes aux titres elliptiques qui le firent conna�tre : Ombres de la vie, Dans les jardins, Entre-temps, De c�t�, Avant que, � c�t�. S�il exprime les souffrances individuelles des jeunes, il lui manque la force de crier leur douleur.</p><p>Cette force est l�apanage de son ami Yosef Hayyim Brenner (1881-1921), qui fait �clater son profond d�sespoir.</p><p>Parmi ses oeuvres principales : l�Hiver (1904), Au-del� de la fronti�re (1907), De-ci de-l�, Deuil et �chec. Ses personnages, toujours conscients de leur propre �chec scrutent leur �me. Ce d�sespoir de Brenner n�est pas st�rile, il incite ses lecteurs � une vie nouvelle et cr�atrice. Son oeuvre est l�une des sources de cette �nergie lib�r�e qui a soutenu l�effort pers�v�rant des pionniers cr�ateurs du pays d�Isra�l. Il est mort en 1921, assassin� durant les �meutes arabes.</p><p>Yishaq Dov Berkovitch (1885-1969) est l�excellent traducteur en h�breu de Chalom Aleichem (1859-1916),</p><p>lui-m�me romancier en yiddish et en h�breu.</p><p>Moshe Smilansky (1874-1953),</p><p>connu sous le pseudonyme de Havadja Mousa, �crit des r�cits sur les Arabes.</p><p>Il faut aussi dire un mot de l�histoire de la litt�rature, qu�ont illustr�e Joseph Klausner (1874-1958), Fishel Lachover (1883-1947) et David Frish-man (1865-1922), enfant prodige qui �crivait d�s l��ge de quinze ans et s�est consacr� � la critique litt�raire.</p><p>Une grande part de l�oeuvre litt�-</p><p>raire moderne para�t dans Ha-T�coupa, auquel est li� le nom de son �diteur, Abraham Yosef Stybel (1885-1946).</p><p>La maison d��dition Stybel �dite encore des classiques mondiaux et un p�riodique, Miqlat (l�Abri), dirig� par Y. D. Berkovitch. La presse a jou� un r�le important dans le d�veloppement de la litt�rature, et nous devons citer encore les noms de quelques publicistes de grand m�rite, Rubin Brainin (1862-1939), Leib Lewinski (1887-1910), Marcus Ehrenpreis (1869-</p><p>1951), Osias Thon (1870-1936).</p><p>Les ann�es troubles</p><p>La r�volution russe de 1917 coupe une partie des juifs de la litt�rature h�bra�que, et pourtant certains auteurs demeurent en Union sovi�tique : H. Lensky (1905-1942?), Elisha Rou-dine (1888-1943), Abraham Freimann (1890-1952?), l�auteur du roman 1919.</p><p>Des essais pour �diter des p�riodiques litt�raires furent sans lendemain : le Son des cymbales � Kharkov en 1924, Bereshit � Moscou en 1927, ce der-downloadModeText.vue.download 133 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5274</p><p>nier par Abraham Kariv, qui publia les contes d�Isaak Babel* traduits en h�breu.</p><p>Entre les deux guerres mondiales, la Pologne devient un centre important o� commencent � �crire des auteurs dont la carri�re souvent se poursuivra en Isra�l : Aaron Zeitlin (n� en 1889), Uri Zvi Grinberg (n� en 1894), Matta-tyahou Shoham (Polakiewicz) [1898-1937], dont l�inspiration est biblique, mais qui exprime en m�me temps le conflit supr�me des ann�es troubles qui ont pr�c�d� la Seconde Guerre mondiale.</p><p>D�autres centres brillent un certain temps : Berlin, puis l�Am�rique, o� para�t Ha-Doar, Bitsaron, fond� par Tchernovitz sous le pseudonyme de Rav Tsair, et o� v�cut longtemps Berkovitch, r�dacteur de Ha-Toren (le M�t) et de Miqlat (l�Abri), cer-</p><p>tains �crivains trouvant leur source d�inspiration dans le cadre am�ricain lui-m�me. Ainsi Benjamin Nahum</p><p>Silkiner (1882-1933) �crit un po�me �pique inspir� par les Indiens : Face � la tente de Timoura ; c�est aussi le cas d�Ephraim E. Lisitsky (1885-1962)</p><p>[le Brasier qui s��teint]. Tous deux traduisent Shakespeare.</p><p>Mais en g�n�ral le ph�nom�ne est identique pour l�Am�rique et pour l�Europe orientale. La plupart des �crivains quittent leur pays d�origine et vont en Palestine, o� ils trouvent un milieu naturel pour leur inspiration : milieu qui doit beaucoup � E. Ben Yehouda, restaurateur de la langue h�bra�que.</p><p>Terre retrouv�e,</p><p>nouvelle po�sie</p><p>En Palestine, o� s�est �difi� un comit� (Waad) de la langue h�bra�que, se d�-</p><p>veloppent une presse � la fois politique et litt�raire, un th��tre en h�breu, une instruction publique donn�e �galement en h�breu et, en fait, une civilisation h�bra�que. La po�sie tient la premi�re place.</p><p>A. Shlonsky* (1900-1973), ma�tre de la langue et du rythme ; U. Z. Grinberg, qui, en Pologne, �crivait en yiddish son M�phisto, veut cr�er une po�tique qui soit � la mesure des souffrances des peuples ; Yizhak Lamdam (1900-1954), qui d�peint l�effort des pionniers, dont il est d�ailleurs, comme le dernier effort que m�ne le juda�sme moderne pour son existence m�me ; enfin la po�tesse Rahel (1890-1931), de son nom Rachel Bluwstein, chantre de la vie quotidienne. Aupr�s d�elle, nous pouvons citer : Anda Pinkerfeld-Amir (n�e en 1902), Y. Bat-Miriam (n�e en 1901), Elisheva Jarkow-By-chovsky (1888-1949).</p><p>Cette nouvelle po�sie provoque</p><p>enthousiasme et pol�mique, tandis que se forment de nouveaux courants ; Nathan Alterman (1910-1970), po�te populaire qui commente dans la presse les �v�nements les plus importants de son temps ; Lea Goldberg (1911-1970), qu�inspirent les enfants ; Yehoshoua Rabinow (n� en 1905), po�te de kib-</p><p>bouts ; Binyamin Tene (n� en 1914) ; Moshe Bassock (1907-1969) ; Abraham Braudes, Snimshon Meltzer et S. Shalom (n�s en 1905) ; Ezra Suss-man (n� en 1900) et Alexander Pen (n� en 1906). La plupart du temps, en plus de leurs oeuvres personnelles, tous ces po�tes se sont attach�s � traduire en h�breu les oeuvres importantes de la litt�rature mondiale.</p><p>La prose moderne est plus descriptive, se d�veloppant au fur et � mesure que la vie en Palestine se stabilisait.</p><p>Elle compte de grands noms : Agnon, Brenner, Yehoudah Burla (1886-1969), venu d�une famille de rabbins sephardis de J�rusalem, qui exploite les riches couleurs du milieu oriental et peint les juifs boukhariens, perses, turcs, y�m�nites. Hayyim Hazaz (n� en 1897) parle des juifs d�Ukraine et des juifs y�m�nites. Rabbi Binyamin, pseudonyme de Y. Radlet-Feldman</p><p>(1880-1957), raconte les juifs galiciens dans des romans impr�gn�s d�humour.</p><p>Abraham Abba Kabak (1883-1944)</p><p>s�inspire du personnage de J�sus. Il traduit aussi Loti et Stendhal. Moshe Stavi, ou Stavski (1884-1964), �crit en yiddish et en h�breu sur les animaux.</p><p>Nathan Bistritzki (n� en 1896) donne des pi�ces de th��tre historiques. Eliezer Steinman (n� en 1892), de r�aliste, devient mystique et symbolique sous l�influence de Strindberg. Avigdor Ha-meiri, ou Feuerstein (1890-1970), �crit un roman historique sur la Premi�re Guerre mondiale.</p><p>H�ro�sme et</p><p>foisonnement litt�raire</p><p>Nous voici aux ann�es d�cisives de 1948. C�est l��poque h�ro�que ; le</p><p>� climat du Nord � qui avait domin� longtemps c�de de plus en plus devant la r�alit� palestinienne, puis isra�-</p><p>lienne. C�est le temps du Palmah, de l�immigration ill�gale, des luttes contre le r�gime du mandat. La litt�rature se fait l��cho des �v�nements, devient le creuset d�un peuple qu�elle aide puissamment � se forger une conscience nationale. Parmi les principaux auteurs de cette �tape, citons quelques prosateurs : Yizhar Smilanski (n� en 1916), Moshe Shamir (n� en 1916), Mordeca� Tabib (n� en 1910), d�origine y�mi-</p><p>nite, Y. Bar-Yosef (n� en 1912), Yigal Mosinzon (n� en 1917), Natan Shaham (n� en 1925), et quelques po�tes : Mordeca� Tabenkin (n� en 1917), Hayyim Guri (n� en 1922), Gilad Zerubbavel (n� en 1912).</p><p>Quant � l��poque actuelle, sa richesse est immense. Les maisons d��dition se chiffrent par dizaines, dont plusieurs sont ant�rieures � la cr�ation de l��tat : Schocken, Mosad Bialik, Dvir, etc.</p><p>Les organisations des kibbouts et de la Histadrouth en poss�dent plusieurs ; citons parmi les plus importantes : Sifriyyat poalim, Kibbouts Meouchad, Am Oved, Tarbout wechinouch. Il y a des livres au format de poche et des �ditions populaires ainsi qu�une masse de journaux et de revues litt�raires.</p><p>L�activit� intellectuelle d�Isra�l se d�veloppe dans tous les domaines de la science et de la culture. Dans le domaine de la litt�rature pure, nous citerons seulement quelques noms parmi les plus prometteurs : Natan Yonatan, David Shahar, Aaron Apelfeld, Daliah Ravikovits, David Avidan, Y. Amiha�, Amos Oz et la jeune po�tesse Miriam Rivka Rochman, etc. Une chose est certaine : le peuple des livres, en retrouvant sa terre, ne renie rien de son long pass� culturel.</p><p>N. G.</p><p>F Cabale / Hassidisme / Juda�sme / Sionisme.</p><p>J. Klausner, Geschichte der neuhebr�ischen Literatur (Berlin, 1921) ; Histoire de la litt�-</p><p>rature juive moderne (en h�breu, J�rusalem, 1952). / I. Zinberg, Histoire de la litt�rature yiddish (en yiddish, New York, 1943). / S. Hal-kin, Modern Hebrew Literature (New York, 1950 ; nouv. �d., 1970 ; trad. fr. la Litt�rature h�bra�que moderne, P. U. F., 1958). / A. Ben-Or, Histoire de la litt�rature h�bra�que moderne (en h�breu, Tel-Aviv, 1951). / A. Shaanan, la Litt�rature h�bra�que moderne (en h�breu, Tel-Aviv, 1962). / J. Lichtenbaum, Notre litt�rature moderne (en h�breu, Tel-Aviv, 1963). / D. Pat-terson, The Hebrew Novel in Czarist Russia (�dimbourg, 1964). / F. Lachower, Histoire de la litt�rature h�bra�que moderne (en h�breu, Tel-Aviv, 1966).</p><p>h�bra�que</p><p>(musique)</p><p>La musique h�bra�que est essentielle-</p><p>ment religieuse, et jusqu�� l��poque moderne ses manifestations ont</p><p>presque toujours rev�tu un caract�re liturgique ou paraliturgique. La musique populaire est elle-m�me �troitement associ�e aux traditions religieuses.</p><p>C�est seulement vers la fin du XVIe s.</p><p>que l�on assiste en Europe � l��closion, tr�s limit�e, d�une pratique musicale savante.</p><p>Notre connaissance de la musique juive dans son �volution historique ne repose que sur tr�s peu de documents not�s. Les sources auxquelles il faut recourir sont soit des sources externes (textes qui nous fournissent des indications sur les manifestations de la vie musicale aux diff�rentes �poques, iconographie), soit des documents ethno-musicologiques (tradition orale).</p><p>La Bible, le Talmud, divers textes rabbiniques (notamment les Responsa) contiennent une abondante somme</p><p>d�informations sur la vie musicale dans les diverses communaut�s. Des manifestations musicales sont attest�es par les �crits bibliques d�s avant la royaut� (XIe s. av. J.-C.). Les instruments en usage sont cit�s : la ha&#x1E63;o&#x1E63;erah (trompette), le t�f (tambour), le &#x1E25;al�l (chalumeau), le kinn�r (lyre), le chof&#x101;r (corne de b�lier ou de bouc, etc. La partie musicale du culte au Temple �tait � la charge de certaines familles descendant de la tribu de L�vi, qui formaient une v�ritable caste de musiciens professionnels. � l��poque du roi David, on compte 4 000 l�vites sachant chanter et jouer d�instruments. Au retour de l�exil de Babylone, sous Esdras (Ve s. av. J.-C.), il y a 328 musiciens.</p><p>C�est � cette �poque que sont institu�es la synagogue et la lecture publique de la Bible.</p><p>Apr�s la prise de J�rusalem par Titus, apr�s la destruction du second Temple (70 apr. J.-C.), la synagogue devient le centre de la vie cultuelle et communautaire. Les instruments de musique � � l�exception du chofar � sont exclus de la synagogue. La raison g�n�ralement invoqu�e est le deuil cons�cutif � la destruction du Temple. Mais il semble qu�il y ait eu aussi volont� de ne pas distraire l�attention des fid�les de l�essentiel, c�est-�-dire du texte. D�j� le</p><p>Talmud n�admettait qu�une musique au service du culte. Cette attitude sera aussi celle des autorit�s post-talmudiques au Moyen �ge et au-del�. Ainsi, Ma�monide (1135-1204) �crit dans un Responsum : � Interdiction de toute pratique musicale, sauf pour la pri�re,</p><p>[o� la musique] aide et �veille l��me � la joie et � la tristesse. �</p><p>Le chant synagogal est-il en filiation directe avec celui du Temple ? On ne saurait l�affirmer. Quoi qu�il en soit, le Talmud d�j� fait �tat d�usages locaux divergents, ce qui semble contredire une telle hypoth�se. � la synagogue, downloadModeText.vue.download 134 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5275</p><p>la fonction de l�officiant est assum�e par les diff�rents membres de la communaut�, et ce n�est qu�apr�s l�ach�-</p><p>vement du Talmud (vers 500) qu�appara�t l�emploi du &#x1E25;azz&#x101;n (chantre professionnel).</p><p>La lecture chant�e de la Bible (cantilation) est attest�e d�s l��poque talmudique. L�enseignement en est tout d�abord assur� par des signes chironi-miques, m�thode qui pr�c�de les syst�mes de notation et qui survit jusqu�� nos jours dans quelques rares communaut�s, notamment � Rome.</p><p>Apr�s l�ach�vement du Talmud, on assiste, entre le VIe et le IXe s., � l��laboration des syst�mes de notation des te�am�m, signes qui donnent une expression graphique � la cantilation et qui assument simultan�ment une fonction grammaticale et musicale.</p><p>Ces signes, dont le r�le est essentiellement mn�motechnique, n�indiquent ni les intervalles ni les modes, mais des formules m�lodiques dont le contour d�pend du choix du mode. L�interpr�-</p><p>tation sera donc tr�s diff�rente selon les divers rites, et m�me dans le cadre d�une m�me tradition, selon le texte lu (Pentateuque ou Proph�tes, etc.).</p><p>La cantilation biblique nous est connue par les diverses traditions orales. Mais un document, d�couvert en 1965, permet pour la premi�re fois</p><p>de corroborer les donn�es fournies par l�ethnomusicologie. Il s�agit de la plus ancienne notation d�une cantilation biblique (5 versets de la Bible), de la main d�Abdias, un pros�lyte normand du XIIe s. Cette m�me cantilation, qui appartient au r�pertoire des plus anciennes cantilations synagogales, s�est maintenue jusqu�� nos jours dans la tradition orale de plusieurs communaut�s juives (en Syrie, � Djerba et en Italie notamment).</p><p>Au Moyen �ge, malgr� l�attitude le plus souvent n�gative des autorit�s rabbiniques, on assiste n�anmoins � un d�-</p><p>veloppement de la pratique musicale.</p><p>Selon les communaut�s et les �poques, une interpr�tation plus ou moins stricte sera donn�e aux notions de musique</p><p>� religieuse � et � profane �. Le recours � la musique est fr�quent � l�occasion des f�tes et r�jouissances li�es � une prescription religieuse : circoncision, noces, etc.</p><p>Le chant synagogal �volue gr�ce � l��closion de la po�sie religieuse, le piyyout, et � l�institution du chantre, le &#x1E25;azz&#x101;n. Le piyyout se d�veloppera surtout au Moyen �ge au contact de la culture arabe, notamment en Espagne, puis au XVIe s. dans le centre cabalistique de Safed. Ce genre est introduit � la synagogue, et les m�lodies utilis�es sont emprunt�es soit au r�pertoire traditionnel juif, soit � celui de l�environnement (arabe, espagnol, proven-</p><p>�al, italien, allemand). Cette floraison de piyyout�m ainsi que le d�clin de la connaissance de la langue h�bra�que dans de nombreuses communaut�s</p><p>sont parmi les causes de l�apparition du &#x1E25;azz&#x101;n, chantre attach� � la synagogue, pour l�art duquel on constate un engouement de plus en plus marqu�.</p><p>Ce n�est qu�� partir de la fin du XVIe s. que l�on note l�apparition, dans certaines communaut�s, d�une pratique musicale chorale ou instrumentale dans le cadre de la vie religieuse juive. Cette musique synagogale savante, influenc�e par la culture occidentale, appara�t surtout en Italie du Nord, o� elle est sans doute une cons�quence de l�institution du ghetto. Les musiciens professionnels juifs, dont l�activit� se d�-</p><p>ployait en milieu chr�tien, se sont vus</p><p>emp�ch�s d�exercer leur art � l�ext�-</p><p>rieur de la communaut� et se sont donc tourn�s vers la synagogue. Salomone Rossi (v. 1570 - v. 1628), musicien de la cour de Mantoue, et le rabbin L�on de Mod�ne introduisent l�art choral dans certaines f�tes. En 1622-23, Rossi publie un important recueil de psaumes et de cantiques religieux comportant de 3 � 8 voix. Cette musique savante s�implante dans de nombreux centres du Nord de l�Italie, en Hollande, dans le comtat Venaissin, et se maintient tout au long des XVIIe et XVIIIe s.</p><p>Parall�lement, on assiste � une remarquable expansion du chant sefardi (espagnol) dans les communaut�s</p><p>juives des pays m�diterran�ens.</p><p>En Europe occidentale, l��man-</p><p>cipation et l�assimilation de plus en plus fr�quente de formes musicales emprunt�es � la musique savante</p><p>conduisent � une d�personnalisation de la musique juive. En Europe orientale, on assiste en revanche, d�s le milieu du XVIIIe s., � l��closion d�un nouveau chant religieux populaire, le chant hassidique, qui, bien que tributaire d�influences �trang�res, slaves notamment, pr�sente une personnalit� propre. Le hassidisme, mouvement religieux mystique, r�serve une place importante � la musique. Pour approcher Dieu, il faut atteindre � la joie �, et c�est gr�ce � la m�lodie (le niggoun) que l�on y acc�-</p><p>dera par phases successives.</p><p>� Apercevant un jour un vieillard qui, visiblement, ne comprenait rien � son sermon, Rabbi Zalman Chn�our de Ladi s�approcha de lui et lui dit :</p><p>� Peut-�tre tout ce que je viens de dire n�est-il pas tr�s clair, mais �coute ce que je vais te chanter, et tu sauras comment t�attacher � Dieu �. Et Rabbi Zalman Chn�our se mit � psalmodier une m�lodie sans paroles, et le coeur de chacun sentait dans la musique fr�-</p><p>mir la Torah, vibrer l�amour de Dieu et toute la foi de l�homme. � (Texte hassidique, XIXe s.)</p><p>Cette musique hassidique a eu de nos jours une certaine influence sur les oeuvres de compositeurs juifs, en particulier aux �tats-Unis.</p><p>Avec le regroupement de juifs venus de tous les pays de la Diaspora en Isra�l, on assiste aujourd�hui � l��closion d�une musique savante originale.</p><p>Certains compositeurs isra�liens s�inspirent plus particuli�rement des th�mes et des modes appartenant � la tradition orale des communaut�s orientales.</p><p>S. A.</p><p>A. Z. Idelsohn, Hebr�isch-orientalischer Melodienschatz (J�rusalem, Leipzig et Vienne, 1914-1932 ; 10 vol.). / A. Sendrey, Bibliography of Jewish Music (New York, 1951). / E. Werner, The Sacred Bridge (New York, 1959). / P. Gra-denwitz, Die Musikgeschichte Israels (Kassel, 1961). / I. Adler, la Pratique musicale savante dans quelques communaut�s juives en Europe aux XVIIe et XVIIIe si�cles (Mouton, 1966 ; 2 vol.).</p><p>H�breux</p><p>Peuple de l�Orient ancien.</p><p>� l�aube de l�histoire :</p><p>les traditions patriarcales</p><p>Pour les Isra�lites, leur histoire commence avec Abraham*, l�anc�tre du peuple h�breu. Pour l�historien, le point de d�part de l�histoire ancienne d�Isra�l se place � l��poque o� les H�-</p><p>breux �tablis en Canaan sont devenus une nation. N�anmoins, il est l�gitime de se demander, au nom m�me de l�histoire, d�o� vient ce peuple et comment il s�est form�. � cette question, les H�breux donnaient la r�ponse qu�ils trouvaient dans leurs antiques traditions. Le seul probl�me est de savoir quel cr�dit l�historien peut accorder � ces vieux r�cits.</p><p>La lecture de ces textes appelle deux remarques.</p><p>� Ils sont une histoire populaire qui se pla�t aux anecdotes et aux traits de moeurs pittoresques, sans souci de se rattacher aux grands faits de l�histoire g�n�rale. Les points de rep�re sont les �v�nements majeurs du clan ou de la famille : naissance, mariage, mort.</p><p>� Ils sont aussi et surtout une histoire religieuse. Les faits sont rapport�s moins pour leur valeur historique que pour leur signification th�ologique.</p><p>Deux id�es sous-tendent la r�daction</p><p>de ces r�cits : tout ce qui arrive est l�effet de l�action directe de Dieu ; le peuple d�Isra�l a �t� choisi par Dieu, et ce choix fait du peuple �lu un peuple � part.</p><p>La pr�sentation des anciennes</p><p>traditions</p><p>L�histoire patriarcale s�organise autour de trois grands noms, Abraham, Isaac et Jacob, mais il para�t bien qu�il n�y a que deux cycles de narration, celui d�Abraham et celui de Jacob, qui introduit aux �v�nements de la sortie d��gypte. Isaac ne joue qu�un r�le mineur : son histoire est incluse dans celle de son p�re Abraham et il n�a qu�une seconde place dans les r�cits concernant ses deux fils, Esa� et Jacob.</p><p>Entre 2000 et 1750, des tribus semi-nomades venant du d�sert syro-arabe et de la M�sopotamie p�n�trent en Canaan. L�origine des H�breux est � chercher parmi ces hommes du d�sert.</p><p>Selon la Bible, Abraham, originaire de M�sopotamie, descend par la Syrie en Palestine. Dans cette r�gion, le clan m�ne une vie de pasteurs errants, allant de place en place � la recherche de p�turages pour leurs troupeaux. Les p�r�grinations se situent � la limite des terres cultivables habit�es par les Canan�ens, l� o� les pluies sont suffisantes et les points d�eau assez rapproch�s.</p><p>Apr�s Abraham, son fils Isaac m�ne dans le Sud palestinien une vie plus s�dentaire.</p><p>Le second cycle de la vie des patriarches commence avec l�histoire des deux fils d�Isaac, Jacob et Esa�.</p><p>Jacob est pr�sent� comme un homme astucieux, qui souffle � Esa� son droit d�a�nesse. � travers les d�m�l�s des deux fr�res rivaux, on distingue deux types sociaux : Jacob, le pasteur tranquille qui r�ussit gr�ce � son habilet� ; Esa�, le nomade chasseur, vivant des produits de sa chasse ou, pour compl�ter, du butin enlev� au cours de quelque razzia. Jacob, apr�s avoir repris quelques ann�es la vie nomade en M�sopotamie, au pays des anc�tres de la famille, chez son beau-p�re Laban, retourne dans le Sud palestinien, riche de nombreux troupeaux, de deux</p><p>�pouses et de plusieurs enfants.</p><p>C�est l� que finit l�histoire de Jacob et que commence celle d�un de ses fils, Joseph, qui rattache les cycles patriar-caux � l�autre grand volet des traditions downloadModeText.vue.download 135 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5276</p><p>nationales auquel elle appartient : le s�jour en �gypte.</p><p>Si l�on pense qu�Isra�l quitta</p><p>l��gypte sous la conduite de Mo�se au XIIIe s. av. J.-C. et qu�Abraham a pu vivre vers le milieu du XIXe s., on comprend que les traditions bibliques sur l��poque patriarcale ne peuvent �tre que la sch�matisation d�une histoire qui a d� �tre plus complexe. D�Abraham � la sortie d��gypte, la Bible parle de six g�n�rations. Mais six g�n�rations peuvent recouvrir difficilement six si�cles.</p><p>Histoire ou histoires ?</p><p>Ces r�cits sont-ils de l�histoire ou des histoires ? Le fait qu�ils furent mis en forme � une �poque o� Isra�l �tait devenu une nation et que les auteurs ont vu le pass� en fonction de leurs id�es politiques ou religieuses ne saurait a priori enlever � ces r�cits toute valeur historique. Nul ne contestera que ces vieilles traditions ont charri�, en se transmettant au cours des ann�es, des �l�ments l�gendaires ou mythiques. Le temps est pass� o� un historien qui se voulait s�rieux et d�gag� de � pr�ju-g�s � religieux ne voyait dans ces pages que de � pieuses affabulations o� la geste de l�anc�tre pr�figurait l�histoire du peuple et justifiait ses pr�tentions �.</p><p>Et d�abord, quel est le r�le de la tradition orale ? Si la transmission orale de souvenirs anciens invente et aussi oublie, elle reste cependant fid�le sur certains points. D�ailleurs, assez souvent, ce n�est pas le fait qu�elle invente, mais l�explication du fait ou sa justification. La l�gende ou le mythe ne sont pas n�cessairement une n�gation du fait historique, mais quelquefois un de ses modes d�expression. Il n�est donc pas impossible a priori qu�Isra�l ait</p><p>conserv� dans ses anciennes traditions des souvenirs authentiques de ses origines. Et de fait, on peut constater que, sur de nombreux points, les traditions patriarcales s�accordent avec l�histoire de l�Ancien Orient en cette premi�re partie du IIe mill�naire. Les noms propres des patriarches se retrouvent dans les documents de l�Ouest s�mitique, Mari ou Ras Shamra (Ougarit).</p><p>Et il est important de remarquer que ces noms ne seront jamais plus donn�s dans toute la p�riode de l�Ancien Testament. Ils appartiennent donc � des types de noms connus avant l�apparition des Isra�lites comme peuple et dans les r�gions d�o� la Bible fait venir les patriarches. Les �tymologies populaires donn�es par la Bible (par exemple, Abraham, � p�re d�une multitude �) montrent bien que leur signification primitive n��tait plus comprise.</p><p>Ce qui suppose qu�ils ont �t� transmis par une tradition tr�s ancienne.</p><p>L�anciennet� du fond de ces r�cits est encore confirm�e par l�histoire du milieu de l�Ancien Orient. Les migrations patriarcales ne sont pas sans rapport avec les mouvements des peuples � cette �poque : les vagues amorrites (ou proto-aram�ennes), bient�t suivies par d�autres groupes de b�douins qui cherchent � s�infiltrer dans les r�gions cultiv�es. Les tablettes de Mari nous font conna�tre l�activit� de ces nomades et mentionnent les Habiru et les Benja-minites (Ben&#x113; Yamina), dans lesquels les savants ont cru pouvoir reconna�tre les premiers H�breux.</p><p>On peut aussi �tablir d�int�ressants parall�les entre les coutumes des an-c�tres d�Isra�l et celles que nous font conna�tre les tablettes de Nouzi ou les anciens codes m�sopotamiens du IIe mill�naire, ceux d�Hammourabi*, d�Our-Nammou ou de Lipit-Ishtar.</p><p>Sans doute ne faut-il pas trop abuser de ces rapprochements, car, dans l�interpr�tation d�une d�couverte ar-ch�ologique, il reste toujours une zone d�incertitude. Ils montrent toutefois qu�un certain nombre de traits relatifs aux patriarches s�inscrivent dans le cadre g�n�ral de la vie et des coutumes du Proche-Orient de cette �poque.</p><p>En conclusion, le t�moignage qu�apporte l�arch�ologie confirme dans une grande mesure la pr�sentation biblique des premiers temps de l�histoire d�Is-ra�l. Cela ne veut pas dire qu�il soit possible d��tablir une biographie des patriarches. Mais la vaste documentation acquise permet d�esquisser � grands traits le destin des anc�tres des H�breux.</p><p>Les traditions sur le</p><p>s�jour et la sortie</p><p>d��gypte</p><p>Le s�jour en �gypte est une partie vitale de la plus ancienne tradition d�Isra�l. Mais il faut bien constater qu�il n�y a pas de tradition sur le s�-</p><p>jour en �gypte. Il y a une tradition sur l�entr�e en �gypte � c�est l�histoire de Joseph � et une tradition sur la sortie d��gypte. Entre ces deux �v�nements, Isra�l semble n�avoir conserv� aucun souvenir concernant le temps du s�jour au pays des pharaons.</p><p>L�histoire de Joseph</p><p>Les r�cits qui relatent l�histoire de Joseph sont parmi les plus beaux de la Bible par leur qualit� litt�raire. Joseph, avant-dernier fils de Jacob, vendu par ses fr�res � des caravaniers, devient esclave en �gypte et, gr�ce � sa sagesse, acc�de au rang de premier ministre du pharaon. Oublieux des mauvais traitements pass�s, il fait venir sa famille et l�installe en bordure du delta dans les riches p�turages de Gessen.</p><p>L�essentiel de cette histoire est ordinairement associ� � l�invasion des Hyksos* (XVIIIe s.), qui am�ne en �gypte un afflux d��trangers, surtout des S�mites. Les Hyksos, s�mites eux-m�mes, ne pouvaient que leur faire bon accueil. La fortune de Joseph, quoi qu�il en soit des d�tails, se comprend mieux sous le r�gne de pharaons, originaires d�Asie.</p><p>Bien que ces r�cits aient �t� mis par �crit vers le r�gne de Salomon, il est important de noter la couleur �gyptienne des traditions anciennes qu�ils rapportent. Les d�couvertes arch�ologiques nous font conna�tre le nom de S�mites qui sont parvenus en �gypte �</p><p>de hautes fonctions. Les usages �gyptiens sont aussi parfaitement not�s : les songes et leur interpr�tation, le r�gime foncier �gyptien, l�embaumement de Jacob et sa mise au cercueil, usage, notons-le, absolument �tranger � la Palestine.</p><p>Toutefois, il faut constater que, � lire les textes de pr�s, on ne saisit pas trop bien quelle fonction remplit Joseph : administrateur des biens royaux, ma�tre du palais, premier ministre ?</p><p>Ajoutons que les marchands � qui Joseph est vendu sont dits tant�t Madianites, tant�t Isma�lites. Le pharaon qui prend Joseph � son service n�est pas nomm�, pas plus d�ailleurs que celui de l�Exode, ce qui est d�autant plus �tonnant que l�on conna�t le nom de Putiphar, le premier ma�tre de Joseph, celui de son beau-p�re et de sa femme.</p><p>On n��chappe pas � l�impression que la tradition a v�hicul� des l�gendes et que le r�cit a voulu exalter un grand anc�tre en le faisant le premier personnage d��gypte apr�s le roi.</p><p>Le temps de l�esclavage</p><p>Install�s dans la terre de Gessen, les H�breux du clan de Jacob y m�nent une existence pastorale assez semblable � celle qu�ils ont v�cue en Canaan. Cette terre de Gessen (en h�breu Goshen) est � situer pr�s du W&#x101;d&#x12B; Tumil&#x101;t, � l�ouest du lac Timsah.</p><p>Apr�s un temps difficile � �valuer, quatre si�cles selon la chronologie biblique, la situation change pour les immigrants. Au XVIe s., une r�volte contre les conqu�rants �trangers �clate en Haute-�gypte. Ahmosis, fondateur de la XVIIIe dynastie, chasse les Hyksos d��gypte et les poursuit m�me jusqu�en Palestine.</p><p>Il est facile de comprendre qu�apr�s l�expulsion des envahisseurs d�test�s les �gyptiens aient regard� d�un mauvais oeil les �l�ments �trangers rest�s parmi eux, souvenirs d�une �poque et de ma�tres abhorr�s. � Un nouveau roi, qui n�avait pas connu Joseph, vint au pouvoir en �gypte � (Exode, I, 8).</p><p>L�asservissement progressif auquel sont soumis les H�breux se fait en trois</p><p>�tapes. C�est d�abord la forme assez mod�r�e de la corv�e, ensuite l�ordre du pharaon de supprimer tous les nouveau-n�s m�les ; enfin, l�aggravation des conditions de la corv�e.</p><p>Selon la tradition biblique, les H�-</p><p>breux sont employ�s � la construction de Pithom et de Pi-Rams�s. Et, en fait, les sites fouill�s ont des monuments au nom de Rams�s II, dont l�activit� de b�tisseur a �t� consid�rable, et on pense g�n�ralement que c�est sous son r�gne, vers 1250, qu�il faut situer les �v�nements de l�Exode. Les peintures de Rekhmar� � Th�bes, de peu ant�-</p><p>rieures � l��poque de Rams�s, donnent une id�e du rude labeur de ces serfs d��tat fabriquant et transportant des briques. On con�oit que les H�breux aient aspir� � reprendre leur libert�.</p><p>Mo�se le lib�rateur</p><p>Mo�se* sera l��me de la r�sistance.</p><p>Persuad� qu�il a avec lui un dieu plus puissant que les dieux d��gypte, il r�ussit � convaincre ses fr�res de race et � les amener au prix de mille difficult�s dans les steppes qui s��tendent au sud de la Palestine.</p><p>La tradition post�rieure a transfigur� son histoire. Sa naissance merveilleuse emprunt�e au fonds commun du folklore trouve un parall�le saisissant avec celle de Sargon d�Akkad*, abandonn� lui aussi sur les eaux de l�Euphrate dans une corbeille de joncs enduite de bitume. Mo�se, dont le nom est �gyptien (l��tymologie biblique, � sauv� des eaux �, est populaire), re�oit une �ducation �gyptienne � l�exemple de ces Asiatiques que les pharaons faisaient instruire pour leur confier ensuite des fonctions administratives.</p><p>Conduire les H�breux hors d��gypte n��tait pas chose facile, car l�administration royale �tait peu dispos�e � se d�faire d�une main-d�oeuvre qu�elle avait sur place et � bon march�. Les difficiles tractations entre Mo�se et le pharaon ont subsist� sous la forme du downloadModeText.vue.download 136 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5277</p><p>r�cit des � Dix Plaies d��gypte �, c�est-</p><p>�-dire les fl�aux dont Yahv�, le dieu des H�breux, frappa les �gyptiens pour les forcer � accorder aux Isra�lites la libert� de quitter le pays. Ces calamit�s sont des fl�aux naturels repris par la tradition post�rieure et agenc�s dans une histoire qui utilise tr�s �videmment le folklore �gyptien et oriental.</p><p>Il n�est pas sans int�r�t de constater par exemple que le � fl�au du sang �</p><p>(les eaux rougies par un d�p�t de terre soulev�e par le sirocco) se trouve d�j� dans une tablette sum�rienne. Pour une interpr�tation correcte de ce passage, il faut retenir que le r�cit est une composition litt�raire qui brode sur le th�me populaire de la sup�riorit� du dieu des H�breux sur les dieux des �gyptiens.</p><p>La transcendance de Yahv�, qui dirige le d�roulement des �v�nements afin de d�livrer Isra�l et d�en faire son peuple, est une des id�es ma�tresses qui ont pr�sid� � la formation de l�histoire biblique.</p><p>Le miracle de la mer</p><p>C�est dans cette m�me perspective qu�il faut comprendre l��pisode c�l�bre du passage de la mer Rouge : � Le doigt de Dieu est l� � (Exode, VIII, 15).</p><p>Arriv�e � la � mer des Roseaux �, la colonne des �migrants est attaqu�e par un d�tachement de chars de l�ar-m�e �gyptienne. � cette �poque, les lacs Amers communiquaient avec la mer Rouge par une sorte de chenal � travers une r�gion mar�cageuse. C�est donc l� qu�il faudrait situer la fameuse travers�e. Cet �v�nement pose bien des probl�mes aux historiens, en dehors de sa localisation hypoth�tique. Les r�cits transmis par la tradition ont de toute �vidence le caract�re d�une �pop�e.</p><p>Comme pour les histoires de l�Iliade, il serait hasardeux de vouloir rechercher � tout prix ce qui s�est exactement pass�. � Les fugitifs se sont trouv�s dans une situation d�sesp�r�e et ils ont �t� sauv�s par ce qui leur a paru �tre une intervention miraculeuse de leur dieu � (R. de Vaux). Dans cette bande mar�cageuse, de la pointe des lacs Amers � l�actuel golfe de Suez, le terrain est humide et mouvant, et les chars �gyptiens qui s�y �taient engag�s ont pu s�embourber, rendant toute</p><p>poursuite inefficace. � Et Yahv� enraya les roues des chars �, note le livre de l�Exode (XIV, 25). Peut-�tre. Transform� par la tradition nationale, cet engagement entre la colonne des fugitifs et un d�tachement de l�arm�e que l��gypte entretenait � ses fronti�res a pris l�allure d�une �pop�e nationale et religieuse. Ce r�cit n�est pas une geste des H�breux, mais une geste de Yahv�.</p><p>La p�r�grination au d�sert :</p><p>le Sina�</p><p>D�livr�s du danger d��tre repris par les �gyptiens, les H�breux retrouvent la vie libre de leurs anc�tres. Leur s�jour jusqu�� l�entr�e en Canaan durera, selon la Bible, quarante ans, chiffre symbolique d�signant les ann�es d�une g�n�ration.</p><p>Mais quel fut l�itin�raire des H�-</p><p>breux ? L�itin�raire classique de l�Exode par le sud de la p�ninsule si-na�tique reste sujet � caution, car il est difficile sinon impossible de localiser les divers points du parcours donn� par la Bible. Une chose s�re, c�est que le point de ralliement avant la conqu�te fut l�oasis de Cad�s, � l�extr�me sud de la Palestine.</p><p>De la mer des Roseaux � Cad�s, trois routes sont possibles.</p><p>� Les Isra�lites seraient all�s directement des lacs Amers � Cad�s, traversant en ligne droite le nord de la p�ninsule sina�tique. Ce trajet est � �carter, car il ne peut trouver d�appuis s�rs dans les textes.</p><p>� Ou bien, empruntant la route sud-est qui conduit � l�Arabie du Nord-Ouest vers le golfe d��Aqaba, ils auraient remont� vers Cad�s et le sud de Canaan.</p><p>� Enfin, ils auraient suivi la route traditionnelle par le sud, qui les aurait amen�s � faire compl�tement le tour de la p�ninsule.</p><p>En fait, le trac� de l�itin�raire suivi est li� � la localisation du Sina�. Dans le cycle des traditions concernant le s�jour au d�sert, le s�jour au Sina� est l��v�nement majeur que la Bible place aux origines de l�histoire d�Isra�l.</p><p>C�est l� que Mo�se a re�u la r�v�lation du nom de Yahv� et a conclu le pacte d�alliance entre Isra�l et son Dieu.</p><p>La localisation du Sina� au sud de la p�ninsule ne va pas sans difficult�. Ce sont seulement les premi�res traditions chr�tiennes qui situent le Sina� au djabal M&#x16B;s&#x101;. Et ces traditions ne remontent pas au-del� du Ve s. apr. J.-C. De plus, si cette identification est correcte, cela signifie que les H�breux firent un d�tour long et inutile dans la partie la plus rude de la p�ninsule. Enfin, les partisans de cette tradition, trop vite dite ancienne et v�n�rable, ont quelque mal � localiser les divers points d��tape et � donner le trac� d�un itin�raire.</p><p>Aussi certains auteurs, s�appuyant �galement sur les textes bibliques, proposent-ils de mettre le Sina� � l�est du golfe d��Aqaba. Leurs arguments se fondent surtout sur le fait que la th�ophanie (manifestation de Dieu) du Sina� est d�crite dans un contexte d��ruption volcanique : tonnerre, montagne embras�e, colonne de fum�e et de feu. Or, il n�y a pas de volcan dans le massif du Sina�, mais il y en a eu en activit� � l��poque historique � l�est du golfe d��Aqaba. De plus, certains noms de lieux donn�s par les textes bibliques se retrouvent dans cette r�gion, qui �tait le pays des Madianites. Et la Bible note les contacts �troits de Mo�se avec ces m�mes Madianites.</p><p>Si l�on pense que les traditions bibliques concernant le Sina� sont incertaines et sur le nom de la montagne sainte, puisqu�on l�appelle tant�t Horeb, tant�t Sina�, et sur la localisation nulle part clairement indiqu�e, il faut bien admettre que c�est l� un probl�me qui attend sa solution.</p><p>Apr�s le Sina�, l��tape la plus importante est celle de Cad�s, qui pr�c�de downloadModeText.vue.download 137 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5278</p><p>l�entr�e en Canaan. Le s�jour dans l�oasis de Cad�s marque pour les pas-</p><p>teurs nomades que sont les H�breux un d�but de s�dentarisation. C�est alors qu�apparaissent les premiers �l�ments d�une organisation. Ce groupement de clans qu�unissent des ann�es d�existence commune tend � devenir un</p><p>peuple, auquel vont s�agr�ger d�autres �l�ments nomades comme les Cal�bites et les Q�nites, qui participeront avec les H�breux � la conqu�te de Canaan.</p><p>L�installation en Canaan</p><p>Josu� (entre 1220</p><p>et 1200)</p><p>Le livre de Josu� d�crit la conqu�te de la Palestine comme une oeuvre commune de toutes les tribus sous la conduite de Josu�. Cette pr�sentation simplifie beaucoup la r�alit�, et l�action des divers groupes, couronn�e d�un succ�s in�gal, fut plus �parpill�e, comme en t�moigne le d�but du livre des Juges. Il est certain aussi que l�installation en Canaan ne s�est pas faite seulement par les armes. Une partie du pays n�a pas eu besoin d��tre conquise.</p><p>Dans certains lieux peu habit�s, la p�-</p><p>n�tration a �t� pacifique. Elle a �t� facilit�e aussi par une entente avec certains groupes qui �taient d�origine amorrite, comme les H�breux, et qui en certains cas ont joint leurs forces � celles des envahisseurs.</p><p>C�est ainsi que, dans le Sud, la conqu�te se fait sans violence jusqu�au moment o� les immigrants atteignent la montagne jud�enne, occup�e par les Canan�ens s�dentaires.</p><p>La conqu�te de la Palestine centrale est d�crite dans le livre de Josu� sous la forme d�une chevauch�e militaire marqu�e par quelques actions de grande envergure. L� aussi, il faut mettre des nuances. C�est d�abord le passage du Jourdain, dont le r�cit rappelle beaucoup le passage de la mer Rouge, mais le style n�enl�ve rien � la r�alit� du fait.</p><p>Apr�s la prise de J�richo, d�A� et de B�-</p><p>thel, les H�breux r�ussissent � prendre pied dans la montagne d�Ephra�m. La r�gion o� ils p�n�trent est peu habit�e, et ils s�y �tablissent sans trop de heurts.</p><p>Les Canan�ens install�s dans la plaine, morcel�e en une multitude de cit�s-</p><p>�tats, commencent � s�inqui�ter de la pr�sence de ces �trangers. Cependant, divis�s par leurs rivalit�s int�rieures,</p><p>ils n�arriveront pas � contenir la pouss�e des Isra�lites ni m�me � les emp�-</p><p>cher de s�installer dans le nord du pays.</p><p>En fait, Canan�ens et H�breux cohabi-teront encore longtemps. Les Isra�lites, ma�tres seulement des campagnes et des parties montagneuses du pays, ne sont pas en mesure encore d�affronter dans la plaine les troupes canan�ennes, mieux arm�es et dot�es de chars de guerre. Le travail de conqu�te se poursuivra durant l��poque des Juges et ne se terminera qu�au d�but de la p�riode monarchique avec la prise des derni�res places fortes canan�ennes, J�rusalem et Megiddo.</p><p>Les donn�es arch�ologiques confirment dans l�ensemble les donn�es bibliques, mais l�usage abusif qu�on en a fait soul�ve de graves probl�mes.</p><p>On s�est longtemps acharn� � vouloir apporter la preuve de la destruction de J�richo au XIIIe s. par Josu�. Or, les fouilles montrent que J�richo a �t� d�truite vers 1550 et pauvrement r�occup�e au XIVe s. Rien n�a �t� trouv� qui puisse �tre attribu� au XIIIe s. ; pas la moindre trace des murailles renvers�es au son des fameuses trompettes.</p><p>Si J�richo a �t� prise, et pourquoi le nier, elle n��tait sans doute � cette �poque qu�une petite installation peu ou pas fortifi�e. Il en va de m�me d�A�, d�truite vers 2400 et r�occup�e apr�s 1200 ; un village �tait install� sur ses ruines : son nom signifie d�ailleurs</p><p>� la ruine �. Pour ces deux villes, il para�t clair que le r�cit de leur prise doit �tre ramen� � des proportions plus modestes. Par contre, les fouilles entreprises sur l�emplacement d�autres villes comme Debir, Lakish, Ha�or...</p><p>cadrent bien avec les destructions affirm�es par la Bible. Mais, l� aussi, il serait t�m�raire d�attribuer aux seuls envahisseurs isra�lites les destructions que font appara�tre les fouilles : les luttes �taient fr�quentes entre les cit�s canan�ennes, les conflits nombreux avec les peuples voisins ; et il �tait de bonne guerre de raser la ville conquise.</p><p>La p�riode des Juges</p><p>(v. 1200 � v. 1030)</p><p>Apr�s la mort de Josu�, les Isra�lites s�efforcent d�assurer la place qu�ils ont conquise en Palestine. En butte � l�hos-</p><p>tilit� des Canan�ens et aux incursions d�vastatrices des nomades �tablis de l�autre c�t� du Jourdain � Moabites, Edomites, Ammonites �, les clans isra�lites n�ont pas encore trouv� leur stabilit�. De plus, les rivalit�s entre eux sont nombreuses : on grignote un peu le territoire du voisin quand on ne se fait pas franchement la guerre.</p><p>L�arriv�e des Philistins vient encore aggraver la situation. Depuis le d�but du XIIe s., ces envahisseurs venus des c�tes �g�ennes et cr�toises se sont install�s sur le littoral au sud de Jaffa. Ils occupent la plaine de la Sh�felah et la bande c�ti�re. Fortement organis�s en cinq districts, poss�dant une arm�e bien �quip�e, ils vont �tre jusqu�au temps du roi Sa�l les ennemis les plus dangereux d�Isra�l.</p><p>� cette solide organisation, les H�breux n�opposent qu�une assez flottante conf�d�ration de douze tribus jouissant chacune d�une ind�pendance compl�te. Il n�y a pas de gouvernement central. Le seul lien qui les unit est le culte de Yahv�. L�Arche d�alliance, figuration du tr�ne de Yahv� et signe de la pr�sence divine, �tait v�n�r�e par toutes les tribus au sanctuaire de Silo, en Palestine centrale. Tout autre lien que le lien religieux faisant d�faut, seul un danger pouvait susciter une union passag�re entre les tribus menac�es.</p><p>On voit alors appara�tre des chefs temporaires qui conduisent une guerre de lib�ration et exercent quelque temps leur autorit� sur un groupe de tribus r�unies sous la pression des circonstances. Les plus connus de ces chefs, appel�s � juges �, sont des h�ros locaux dont l�histoire ou la l�gende est rattach�e � diff�rents endroits de la Palestine. L�histoire de G�d�on se situe sur le plateau nord-palestinien, celle de Jepht� en Transjordanie, celle de Samson en Palestine centrale.</p><p>Ces r�cits du livre des Juges se pr�-</p><p>sentent comme une histoire populaire faite de r�cits st�r�otyp�s, encombr�e de traditions anecdotiques et l�gendaires, mais qui refl�te la situation politique et sociale de cette �poque. �</p><p>titre d�exemple, signalons un trait pris dans l�histoire de Samson, en laquelle on trouve tant de traits incontestables</p><p>du folklore ancien. On a longtemps daub� sur le passage connu du livre des Juges (XV, 15 � 17) dans lequel Samson tue mille Philistins avec une m�choire d��ne. Passons sur le mille, qui a une valeur de symbole, mais relevons le fait suivant. On a retrouv� en M�sopotamie des faucilles faites en �l�ments de silex ench�ss�s sur une monture de bitume ou parfois sur une m�choire d�animal. � C�est ainsi que l�on doit se repr�senter vraisemblablement la m�choire d��ne avec laquelle Samson fait un carnage de Philistins � (Andr� Parrot, Assur, 1961).</p><p>� la fin de la p�riode des Juges, le danger philistin se fait plus pressant.</p><p>Les fouilles de Silo montrent que, vers le milieu du XIe s., cette ville a subi une destruction qui confirme la relation de la d�faite d�Isra�l au chapitre IV</p><p>du premier livre de Samuel. C��tait sous la judicature du pr�tre H�li vers 1050. L�Arche d�alliance, palladium des Isra�lites, tombe aux mains de l�ennemi, qui prend le contr�le d�une partie du territoire d�Isra�l et interdit aux vaincus de fabriquer des armes.</p><p>Devant l�ampleur du d�sastre, Samuel tente, sans grand succ�s, d�organiser une r�sistance nationale. C�est la fin de l�institution des Juges.</p><p>La monarchie unitaire</p><p>(v. 1030 - 931)</p><p>Le si�cle d�or d�Isra�l</p><p>Sous la pression d�un p�ril qui tend � devenir chronique, l�unit� nationale s�ach�ve. Les tribus prennent conscience de la n�cessit� d�un chef permanent qui aura pour mission de conduire la guerre de lib�ration. Mais la transition ne se fait pas sans heurts.</p><p>Sa�l et l��chec (v. 1030 - v. 1010) Le premier roi, Sa�l, est au d�but un chef local qui, avec une petite troupe, conduit des op�rations de plus ou moins grande envergure. Ses premiers succ�s lui assurent une autorit� plus grande sur l�ensemble des tribus.</p><p>Il r�side � Gib�a, � 6 km au nord de J�rusalem. Les fouilles faites � cet endroit ont fait appara�tre les restes d�une petite citadelle dont la Bible attribue la construction � Sa�l. En fait, on peut</p><p>penser qu�elle a �t� construite par les Philistins et que Sa�l l�utilisa apr�s la conqu�te de cette ville par Jonathan, son fils.</p><p>L�am�lioration de la situation redonne courage aux tribus, qui entreprennent de d�loger l�ennemi des postes qu�il occupe � l�int�rieur du territoire d�Isra�l. Le nouveau roi r�ussit � lever une arm�e permanente et � grouper autour de lui quelques hommes aux qualit�s guerri�res �prouv�es. Ce cercle comprend, avec Jonathan, fils du roi, son cousin Abner, promu g�n�-</p><p>ral des arm�es des tribus, et le jeune David, chef de la garde royale.</p><p>La fin de l�histoire de Sa�l dans la Bible est surtout l�histoire de l�accession de David au pouvoir. David est originaire de Bethl�em, � 8 km au sud de J�rusalem. Les dons et l�habilet� dont il fait preuve lui valent la confiance du roi. Cependant, ses nombreux succ�s obtenus dans la guerre contre les Philistins finissent par �veiller la jalousie de Sa�l et incitent David � s�enfuir dans la montagne jud�enne.</p><p>Il devient chef de bande, mais, press� par les gens de Sa�l qui le poursuivent, il se r�fugie avec ses hommes chez les Philistins, � qui il offre ses services.</p><p>Ceux-ci l�emploient � prot�ger leurs downloadModeText.vue.download 138 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5279</p><p>fronti�res contre les incursions des nomades Amal�cites.</p><p>Lorsque la guerre reprend entre Sa�l et les Philistins, la situation de David devient d�licate. La d�fiance dont font montre � son �gard les princes philistins le sauve du danger d�avoir � prendre part � la guerre contre ses fr�res de race. L�engagement entre les deux arm�es, isra�lite et philistine, a lieu dans la plaine de Jezra�l (Yizre�el), au mont Gelbo�. Il se termine par un d�sastre. Sa�l, bless� par les archers, se donne la mort. Le r�gne du premier roi d�Isra�l s�ach�ve par un accroissement de la puissance philistine dans le nord du royaume.</p><p>David, b�tisseur d�empire (v. 1010 - v. 970)</p><p>L�unit� nationale, apparemment compromise par la faillite de la premi�re tentative monarchique, se refera en deux temps.</p><p>Les tribus du sud proclament roi David, avec comme capitale H�bron.</p><p>De son c�t�, Abner, g�n�ral de l�arm�e d�Isra�l, prend le commandement des troupes qui restent apr�s la d�b�cle de Gelbo�. Il se r�fugie en Transjordanie et, avec l�appui des tribus du Nord, fait proclamer roi Ishbaal, le seul fils survivant de Sa�l. Ce roi d�un territoire en partie sous la domination des Philistins ne peut avoir qu�une autorit� th�orique. En r�alit�, c�est Abner qui d�tient le pouvoir, et Ishbaal commet l�imprudence de se brouiller avec son puissant � maire du palais �. Assez fin pour se rendre compte que la rivalit� de deux rois en Isra�l ne peut amener qu�� une situation sans issue. Abner engage des tractations avec David. Mais il est assassin� par Joab, g�n�ral de David, qui �limine ainsi un comp�titeur possible. Cet assassinat livre � lui-m�me Ishbaal, bient�t �cart� de la sc�ne politique par le poignard de deux de ses sujets. Rien n�emp�che plus David d�acc�der au pouvoir sur l�ensemble d�Isra�l. � qui d�ailleurs les Isra�-</p><p>lites peuvent-ils confier leur destin�e, sinon au seul homme qui a d�j� fait ses preuves ?</p><p>Les Philistins ne se sont gu�re souci�s de David roi des tribus du Sud, mais, lorsqu�il devient roi du pays tout entier, ils r�agissent. Prenant l�offensive dans la r�gion de Bethl�em, ils campent aux environs de J�rusalem, encore cit� canan�enne. Apr�s une longue lutte, David repousse les envahisseurs et, les poursuivant jusque dans leur pays, brise d�finitivement leur puissance.</p><p>D�livr� du danger le plus pressant, David ach�ve la conqu�te du territoire palestinien, soumettant � son autorit� les cit�s canan�ennes encore ind�pendantes : Megiddo, Beth Sh�an et J�rusalem, dont il fait sa capitale (v. 1000).</p><p>Mais ce royaume, qui peu � peu s�organise, appara�t comme un danger aux nations voisines, qui essayent de</p><p>limiter son expansion. Apr�s une suite de campagnes contre les Ammonites, les �tats aram�ens du Nord et les Edomites, David se trouve � la t�te d�un petit empire qui �tend son protectorat jusqu�au royaume de Damas.</p><p>L�union nationale se r�v�le pourtant fragile. L�unit� n�est qu�apparente, fond�e sur l�autorit� de la personne du roi. David continue � �tre aux yeux de son peuple le roi de Juda et d�Isra�l.</p><p>Cela explique les luttes int�rieures qui vont troubler la fin du r�gne. � la mort du vieux roi, son fils Salomon montera sur le tr�ne au milieu d�intrigues de cour aliment�es par les inimiti�s r�ciproques et tenaces des tribus de Juda et d�Isra�l.</p><p>Salomon le Magnifique</p><p>(v. 970 � 931)</p><p>Salomon recueille de son p�re un immense h�ritage, qu�il conservera � peu pr�s intact. L��tat de David �tait solide, on pouvait se dispenser de nouvelles conqu�tes. La disparition de David avait suscit� chez certains peuples conquis l�espoir de recouvrer leur ind�pendance. Mis � part l��tablissement d�une petite principaut� en Edom et la conqu�te de Damas par un prince aram�en, Salomon r�ussit � garder bien en main l�empire de David.</p><p>Pendant son r�gne, le pays ne conna�t aucune invasion, et lui-m�me n�entreprend aucune guerre. Pour garantir la s�curit� du territoire proprement isra�-</p><p>lite, il �tablit une ligne de forteresses et d�veloppe son arm�e par la cr�ation d�une cavalerie et d�une charrerie. Sa puissance militaire lui sert seulement � appuyer sa diplomatie et � s�assurer des alliances profitables avec l��gypte et la Ph�nicie.</p><p>Il noue avec Hiram, roi de Tyr, des relations commerciales, et, avec son concours, il arme une flotte de commerce. Comme tous les rois de l�Orient, Salomon d�tient le monopole du commerce : c�est un commerce de transit. Il importe de Cilicie des chevaux qu�il revend � l��gypte, o� il ach�te des chars de guerre qu�il exporte en Syrie. Il troque les produits indig�nes, le bl�, l�huile, contre les bois de c�dre du Liban. Des fouilles faites � Asion-</p><p>Gaber (E�yon-Geber), sur le golfe d��Aqaba, on a d�gag� les hauts fourneaux dans lesquels les ouvriers de Salomon fondaient le fer et le cuivre extraits des montagnes d�alentour. C�est dans ce port qu��tait bas�e la flotte que Salomon avait arm�e gr�ce au roi de Tyr et � ses matelots ph�niciens. Les vaisseaux du roi d�Isra�l iront chercher jusque sur la c�te des Somalis l�or et les produits rares de l�Orient.</p><p>L�afflux des richesses que ce commerce apporte est absorb� par le train fastueux que m�ne le roi et par les grandes constructions qu�il entreprend.</p><p>Les fouilles faites � Megiddo donnent une id�e de ces importants travaux : les remparts, le palais et les fameuses</p><p>� �curies � (remani�es sans doute au temps d�Achab). Avec le palais qu�il fait b�tir pour lui-m�me, son ma�tre ouvrage est le Temple de J�rusalem, dont l��dification durera sept ans (v. 969 -</p><p>v. 962) ; l�auteur biblique n�a pas de mots pour d�crire sa magnificence.</p><p>Mais le z�le b�tisseur du roi, son faste de prince oriental font peser sur le peuple un lourd fardeau. Les corv�es sont nombreuses, les imp�ts pesants.</p><p>La situation privil�gi�e des tribus du Sud (elles ont un statut sp�cial et c�est parmi ses membres que se recrutent les fonctionnaires et les personnages de cour) a fait des m�contents dans les tribus du Nord. D�j�, des mouvements de r�volte se dessinent quand Salomon meurt en 931.</p><p>Le royaume d�chir�</p><p>La scission des deux royaumes qui intervient apr�s la mort de Salomon consacre un �tat de fait. L�antagonisme inv�t�r� entre les deux groupes de tribus, renforc� par le favoritisme dont Salomon a fait preuve � l��gard des territoires du Sud, rend in�vitable la rupture. Roboam (931-913), fils de Salomon, devient roi des tribus du Sud, et J�roboam (931-910) r�gne sur celles du Nord. D�sormais, les deux royaumes porteront le nom de royaume de Juda, capitale J�rusalem, et de royaume d�Isra�l, capitale provisoire Tirsa et d�finitive Samarie, � partir du r�gne d�Omri (885-874).</p><p>Cette rupture a des cons�quences</p><p>religieuses. Pour faire pi�ce � J�rusalem, qui �tait avec son Temple centre religieux officiel des Douze Tribus, J�roboam d�Isra�l �l�ve � la dignit� de sanctuaires-nationaux deux villes du Nord, Dan et B�thel. Les taureaux d�or plac�s dans ces lieux sacr�s (le terme de veau d�or employ� par l�auteur biblique est un terme de d�rision) ne sont pas des idoles, mais un signe de la pr�sence de Yahv�. Il n�en reste pas moins qu�ils �voquaient f�cheusement les idoles canan�ennes et tendaient � rapprocher de fa�on regrettable Yahv� et le Baal canan�en. Par ce geste, J�roboam opposait culte � culte, et d�tour-nait de J�rusalem, maintenant capitale du royaume rival, la masse de ses sujets adorateurs de Yahv�.</p><p>Le royaume d�Isra�l (931-721)</p><p>Le trait caract�ristique de la monarchie du royaume du Nord est l�instabilit� politique. Ind�pendamment d�usur-pateurs �ph�m�res, on ne compte pas moins de cinq dynasties pour deux si�cles � peine. En tout, dix-neuf rois.</p><p>Dans une premi�re p�riode, les deux royaumes fr�res d�Isra�l et de Juda gaspillent leur temps et leurs forces � des rivalit�s qui ne font que les affaiblir. Face aux dangers ext�rieurs, ils prennent conscience qu�ils doivent s��pauler pour subsister. Le royaume du Nord devra soutenir de nombreuses guerres contre ses voisins moabites d�au-del� du Jourdain, et surtout contre les Aram�ens de Damas. Pour leur faire �chec, Omri (885-874) se ligue avec le roi de Tyr et le royaume de Juda, et il obtient pour son fils Achab la main de J�zabel, fille du roi ph�nicien.</p><p>Cette alliance aura du point de vue religieux des cons�quences f�cheuses, dont l�Athalie de Racine nous a apport� l��cho.</p><p>Mais le p�ril le plus grave vient de l�Assyrie. Achab (874-853) entre dans une ligue antiassyrienne et se fait battre � Qarqar sur l�Oronte en 854 par le roi Salmanasar (Shoulman-ashar�dou III).</p><p>Une �clipse passag�re de l�Assyrie permet un r�pit momentan�. En 734, T�glatphalasar III (Toukoulti-apil-�s-harra) reprend l�offensive ; il conquiert la Galil�e, dont il d�porte les habitants.</p><p>Le dernier acte de la lutte se joue avec Sargon II, qui, en 722, s�empare de Samarie : l��lite de la population est d�port�e en Assyrie, et des colons m�-</p><p>sopotamiens sont install�s � leur place.</p><p>La chute de Samarie marque la fin du royaume du Nord.</p><p>Le jugement port� par les auteurs bibliques sur les rois d�Isra�l (comme sur ceux de Juda) est avant tout d�ordre religieux. Ils sont bons ou mauvais selon leur attachement � la religion de Yahv�. Dans le royaume du Nord, le yahvisme subit une crise grave du fait de sa juxtaposition avec les cultes canan�ens. Certains rois les ont favoris�s aux d�pens de la religion des p�res, soit par conviction personnelle, soit downloadModeText.vue.download 139 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5280</p><p>par politique. La Bible trace un sombre tableau des rois � impies � Omri ou Achab. De nombreux textes cun�iformes, les fouilles de Samarie ou de Megiddo nous font mieux conna�tre ces rois, qui furent des souverains remarquables dont la puissance en imposait m�me aux rois d�Assyrie. Mais, dans cette crise religieuse, le yahvisme a failli perdre son �me, et on comprend la rancoeur de l�auteur biblique. Pour r�tablir les droits de Yahv�, de grandes voix s��l�vent, celles des proph�tes. La religion de la Bible leur doit l�essentiel de son approfondissement � l��poque des Rois.</p><p>Le royaume de Juda (931-587)</p><p>Jusqu�� la fin du VIIIe s., le royaume de Juda a un r�le assez modeste. Peu d��v�nements marquants : crise religieuse et sociale avec Athalie (841-835) ; prosp�rit� �conomique au</p><p>temps d�Ozias, nomm� aussi Azarias (781-740). Achaz (736-716), dont la Bible condamne la conduite religieuse, compromet l�ind�pendance de son</p><p>royaume en sollicitant l�appui de l�Assyrie contre les entreprises des rois de Damas et d�Isra�l.</p><p>La ruine de Samarie (722) est ressentie comme une dure le�on. Ez�chias</p><p>(716-687), fils d�Achaz, aid� par les proph�tes Isa�e et Mich�e, entreprend une profonde r�forme religieuse, qu�il veut accompagner d�une restauration nationale : tirer Juda de l�orbite assyrienne. Pris entre les rivalit�s de l��gypte et de l�Assyrie, il joue le mauvais cheval, c�est-�-dire l��gypte.</p><p>Sennach�rib (Sin-ah�-�r�ba) d�Assyrie met le si�ge devant J�rusalem (701).</p><p>Ez�chias ne s�en tire qu�en payant un lourd tribut.</p><p>De Josias (640-609) date la grande r�forme consign�e dans le livre du Deut�ronome, mais le roi p�rit en 609</p><p>� la bataille de Megiddo en tentant de s�opposer au passage de l�arm�e �gyptienne allant au secours de l�Assyrie aux prises avec les Babyloniens. En 612, Ninive est d�truite, et, en 606, Na-bopolassar (Nabou-apla-outsour) met fin � l�empire assyrien.</p><p>Babylone* reprend bient�t les vis�es de l�Assyrie sur les �tats vassaux de Syrie et de Palestine. En 598, Nabuchodonosor (Nabou-koudour-outsous II) investit une premi�re fois J�rusalem.</p><p>Joiakim, dit aussi J�chonias (598), roi depuis trois mois, est d�port� � Babylone, avec les principaux notables. Son successeur, S�d�cias (598-587), impos� par Nabuchodonosor, ne sait pas, malgr� les avertissements de J�r�mie le proph�te, r�sister aux partisans de la lutte � outrance, � laquelle l��gypte a promis son appui. Apr�s un long si�ge, J�rusalem tombe aux mains de Nabuchodonosor en ao�t 587. S�d�cias a les yeux crev�s, la ville est mise � sac, le Temple d�truit et l��lite de la population d�port�e � Babylone. Ainsi finit avec le royaume de Juda l�histoire des H�breux. Mais la vie d�Isra�l continue.</p><p>Une nouvelle �poque commence, celle du juda�sme*.</p><p>Au bord des fleuves de</p><p>Babylone (587-538)</p><p>Apr�s 587, il ne reste en Juda qu�une population mis�rable sous l�autorit� de Godolias, ancien ministre de S�d�cias, �tabli par le vainqueur comme gouverneur de Jud�e. Un groupe d�irr�ductibles excit�s l�assassine et massacre avec lui la garnison babylonienne. Par peur des repr�sailles, une partie des Ju-</p><p>d�ens qui restent se r�fugie en �gypte, entra�nant avec eux J�r�mie. Le territoire de Juda est rattach� administrativement � la pr�fecture de Samarie.</p><p>La grande part des d�port�s juifs se trouve en Babylone ; c�est sur eux que repose l�avenir du peuple d�Isra�l. Leur nombre est difficile � �valuer, peut-�tre cinquante mille. Les d�buts furent sans doute difficiles, mais, par la suite, la situation devient meilleure. Peu � peu, les d�port�s s�installent. De son exil d��gypte, J�r�mie leur conseille de b�tir des maisons, et nous voyons Ez�-</p><p>chiel, d�port� en 598, mener une vie assez libre. Ils travaillent, et peu � peu beaucoup arrivent � l�aisance, sinon � la richesse : ils deviennent, comme le confirment certains documents babyloniens, fermiers, propri�taires ou fonctionnaires.</p><p>Leur sentiment religieux s�approfondit et s��pure. La catastrophe nationale fait r�fl�chir. Une intense activit� religieuse et intellectuelle caract�rise cette �poque, qui devient le point de d�part d�une nouvelle restauration nationale : le juda�sme.</p><p>L�Empire n�o-babylonien suc-</p><p>combe sous les coups des Perses. En 539, Cyrus s�empare de Babylone.</p><p>Il inaugure son r�gne par un lib�ralisme religieux et politique qui constituera la marque g�n�rale de l�Empire ach�m�nide*.</p><p>Sous la domination perse</p><p>La restauration de</p><p>J�rusalem (538-333)</p><p>D�s 538, Cyrus prend des mesures en faveur des Juifs. Il leur conc�de, par un �dit, la facult� de retourner � J�rusalem et d�y relever le Temple.</p><p>Un premier convoi de rapatri�s</p><p>prend aussit�t le d�part. Malgr� les ressources dont ils disposent (l�op�-</p><p>ration a �t� financ�e par les communaut�s juives de Babylone), ce premier essai de restauration �choue, � cause du manque de coop�ration des Juifs rest�s dans le pays.</p><p>Au d�but du r�gne de Darios, vers 520, une seconde caravane d�exil�s</p><p>arrive, conduite par Zorobabel, petit-fils de Joiakim, roi de Juda. En cinq ans (520-515), le Second Temple est achev�. Un essai de reconstruction des remparts de J�rusalem au d�but du r�gne d�Artaxerx�s Ier (465-424) tourne court par suite de l�opposition des Samaritains.</p><p>Cependant, en 445, N�h�mie, haut fonctionnaire du roi Artaxerx�s obtient les pleins pouvoirs pour restaurer les remparts. Malgr� les tracasseries dont il est victime de la part des gouverneurs de provinces voisines, il ne met pas plus de cinquante-deux jours pour reb�tir les murs de la cit�. Muni des pouvoirs de gouverneur de la Jud�e, il op�re dans un second temps d�importantes r�formes. C�est de cette �poque que date la rupture avec les Samaritains, qui, amor�ant un schisme religieux, font du mont Garizim leur montagne sainte : au temps d�Alexandre, ils y construiront un temple rival de celui de J�rusalem.</p><p>La r�forme de N�h�mie est conti-</p><p>nu�e et men�e � son terme par Esdras qui, en 428, arrive � J�rusalem avec un nouveau groupe important d�immigrants. Il est certain qu�Esdras a jou� un r�le capital dans la fixation d�finitive de la loi mosa�que, telle que l�actuel livre du Pentateuque l�a recueillie.</p><p>N�h�mie et Esdras ont v�ritablement fond� le juda�sme.</p><p>Des conqu�tes</p><p>d�Alexandre � la</p><p>domination romaine</p><p>(333-63)</p><p>La Palestine se soumet paisiblement en 333 � l�autorit� d�Alexandre* le Grand.</p><p>Apr�s la mort du conqu�rant, en 323, la Syrie et la Palestine sont disput�es entre les Diadoques. Finalement, la Palestine �choit aux Ptol�m�es d��gypte, qui la gouvernent avec mod�ration jusqu�en 198. Tout continue comme au temps des Perses sous l�autorit� du grand pr�tre, chef de la communaut�.</p><p>La victoire d�Antiochos III (223-187) � Panion (198), pr�s des sources du Jourdain, marque l��viction des Ptol�m�es au profit des S�leucides. Au dire de l�historien juif Flavius Jos�phe,</p><p>les Juifs accueillent avec faveur le nouveau ma�tre. Antiochos III leur garantit le droit de vivre conform�ment � leurs lois.</p><p>La situation change brutalement</p><p>avec Antiochos IV Epiphane (175-</p><p>164). Son premier souci en arrivant au pouvoir est d�unifier ses �tats en leur imposant la culture grecque. Mais il n�avait pas compt� sur la t�nacit� juive.</p><p>Certes, au d�but, le roi peut b�n�ficier de l�appui de certains membres de la classe dirigeante qui ont adopt� les moeurs grecques ou qui, par ambition, entrent dans les vues du prince r�gnant.</p><p>Mais vivre � la grecque, pour les Juifs, c�est participer aux rites religieux de l�hell�nisme et par cons�quent abandonner la Loi de Mo�se et le mono-th�isme. Les r�sistances furent nombreuses. Antiochos voulut brusquer les choses. Le d�cret d�Antiochos III qui garantissait la libre observance de la Loi mosa�que est abrog�, et la religion juive proscrite. Le Temple, profan�, est d�di� � Zeus Olympien, et un autel pa�en est �rig� � la place de l�autel o� on offrait les victimes � Yahv�.</p><p>Le signal de la r�volte vint d�un pr�tre de Modin, Mattathias, qui se retire avec ses cinq fils dans les montagnes, o� le rejoignent d�autres rebelles. Un appui particuli�rement appr�ciable leur est fourni par un groupe important de Juifs enti�rement d�vou�s � la Loi. Ce sont les Hasidim, ou Assid�ens, anc�tres possibles des Pharisiens et des Ess�niens. Mattathias meurt en 166 ; son fils, Judas surnomm� le Maccab�e, c�est-�-dire � le marteau �, prend sa place (166-160).</p><p>Trois ans de combats h�ro�ques seront n�cessaires pour r�tablir la libert� religieuse et rendre le Temple au culte de Yahv�.</p><p>Cependant ce n�est que plus tard, sous le gouvernement de Simon (143-134), le dernier fils des Maccab�es, que la Palestine recouvre une ind�pendance de fait.</p><p>Sous le gouvernement des princes Asmon�ens (134-37), la Jud�e passe sous l�orbite de Rome. Du d�but de cette p�riode date la division du ju-da�sme en sectes rivales : les Saddu-c�ens constituent le parti des grands</p><p>pr�tres au pouvoir ; les Pharisiens et les Ess�niens, d�vou�s au culte de la Loi, rejettent toute compromission politique.</p><p>downloadModeText.vue.download 140 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5281</p><p>Sous la domination</p><p>romaine</p><p>La fin de l��tat juif</p><p>(63 av. - 135 apr. J.-C.)</p><p>Le gouvernement d�H�rode, dernier roi d�Isra�l (37 - 4 av. J.-C.), rend � la Palestine son unit� et redonne au Second Temple l��clat de celui de Salomon. �</p><p>sa mort, son royaume est partag� en trois lots qui seront gouvern�s soit par des procurateurs romains, soit par des princes juifs vassaux de Rome. C�est l��poque o� appara�t J�sus* de Naza-reth et o� la religion qui se r�clame de lui gagne l�Empire romain. La fin de J�rusalem en 70, sa destruction par les arm�es de Titus ne sont qu�une nouvelle �tape de la vie d�Isra�l, comme l�avait �t� la destruction de la ville sainte en 587. L��tat juif n�existe plus. Le sursaut de la r�volte de Bar-Kokh�ba (132-135), que les r�centes d�couvertes de la mer Morte* ont fait revivre, est l��pilogue sanglant de l�histoire ancienne d�Isra�l. Pour le peuple juif commence le long voyage dans les si�cles de la nuit et de la dispersion avant que l��toile de David ne brille de nouveau sur la Terre promise.</p><p>I. T.</p><p>F Abraham / Bible / J�rusalem / J�sus / Ju-da�sme / Juifs / Mo�se / Morte (manuscrits de la mer) / Proph�tisme biblique / Testament (Ancien).</p><p>A. Lods, Isra�l, des origines au milieu du VIIIe si�cle (la Renaissance du livre, 1930 ; nouv.</p><p>�d., A. Michel, 1969) ; les Proph�tes d�Isra�l et les d�buts du juda�sme (la Renaissance du livre, 1935 ; 2e �d., A. Michel, 1950). / F. M. Abel, G�ographie de la Palestine (Gabalda, 1933-1938 ; 2 vol. ; 3e �d., 1967) ; Histoire de la Palestine depuis la conqu�te d�Alexandre jusqu�� l�invasion arabe (Gabalda, 1952 ; 2 vol.). / A. G. Barrois, Manuel d�arch�ologie biblique (Picard, 1939-1953 ; 2 vol.). / W. F. Albright, From the Stone Age to Christianity (Baltimore, 1946 ; 2e �d.,</p><p>1957 ; trad. fr. De l��ge de pierre � la chr�tient�, Payot, 1951) ; The Archeology of Palestine (Harmondsworth, 1949 ; nouv. �d., 1954 ; trad. fr.</p><p>l�Arch�ologie de la Palestine, (le Cerf, 1955). / R.</p><p>de Vaux, � Isra�l � dans Dictionnaire de la Bible.</p><p>Suppl�ment, t. IV (Letouzey et An�, 1949) ; les Institutions de l�Ancien Testament (le Cerf, 1958-1960 ; 2e �d., 1961-1967 ; 2 vol.) ; Bible et Orient (le Cerf, 1967) ; Histoire ancienne d�Isra�l, t. I (Gabalda, 1971). / M. Noth, Geschichte Isra�ls (G�ttingen, 1950 ; 6e �d., 1966 ; trad. fr. Histoire d�Isra�l, Payot, 1954 ; r��d., 1971). / S. W. Baron, A Social and Religious History of the Jews, t. I (New York, 1952 ; trad. fr.</p><p>Histoire d�Israel, vie sociale et religieuse, t. I, P. U. F., 1956). / L. H. Grollenberg, Atlas van de Bijbel (Amsterdam, 1954 ; trad. fr. Grand Atlas de la Bible, Sequoia, 1962 ; nouv. �d., 1966). /</p><p>A. Parrot (sous la dir. de), Cahiers d�arch�ologie biblique (Delachaux et Niestl�, 1955-1969 ; 17 vol. parus). / J. Bright, A History of Israel (Philadelphie, 1959). / M. A. Beek, Geschichte Israels, von Abraham bis Bar-Kochba (Stuttgart, 1961). / A. et R. N�her, Histoire biblique du peuple d�Isra�l (A. Maisonneuve, 1962). /</p><p>G. W. Anderson, The History and Religion of Israel (Londres, 1966). / Y. Aharoni, The Land of the Bible (Londres, 1967). / J. Negenmann, Ba-kermat van de Bijbel (Amsterdam, 1968 ; trad.</p><p>fr. Univers de la Bible, Atlas du Proche-Orient biblique, Sequoia, 1971). / A. Negev (sous la dir. de), Dictionnaire arch�ologique de la Bible (en h�breu, J�rusalem, 1970 ; �d. fr., F. Hazan, 1970). / A. Chouraqui, la Vie quotidienne des H�breux au temps de la Bible (Hachette, 1971).</p><p>/ J. Koenig, le Site de al-Jaw dans l�ancien pays de Madian (Geuthner, 1973).</p><p>H�cat�e</p><p>F IONIENS.</p><p>Hegel (Georg</p><p>Wilhelm Friedrich)</p><p>Philosophe allemand (Stuttgart 1770 -</p><p>Berlin 1831).</p><p>La vie</p><p>En 1788, ses �tudes secondaires achev�es, le jeune Hegel quitte sa ville natale pour �tudier la th�ologie � T�-</p><p>bingen. C�est l��poque de premi�res lectures de Kant, de Rousseau et des auteurs qui ont marqu� le mouvement des � lumi�res � (Aufkl�rung), dans l�esprit moraliste et lib�ral duquel Hegel aborde les probl�mes politiques</p><p>alors au centre de ses r�flexions : la tradition veut qu�en 1791, avec ses camarades de chambre H�lderlin* et Schelling*, Hegel ait plant� un arbre de la libert� dans les environs de T�bingen.</p><p>Dipl�m� en th�ologie, il accepte en 1793 � plut�t que de s�engager dans une carri�re pastorale � un poste de pr�cepteur dans une famille de Berne, charge qu�il occupera trois ans. De cette p�riode datent des r�-</p><p>flexions religieuses dont t�moignent divers fragments posthumes � une Vie de J�sus (1795), une Critique de l�id�e de religion positive (1795-96), un po�me, Eleusis � dans lesquels transpara�t une admiration nostalgique pour la culture grecque, sur laquelle se greffent diverses tentatives de concilier hell�nisme et christianisme � partir du rapprochement des personnes de Socrate et du Christ. Des trois ann�es suivantes (1797-1800), qu�il passe � Francfort, o� il a accept� un nouveau pr�ceptorat, datent un essai politique sur la Constitution du W�rtemberg, un fragment sur l�Esprit du christianisme et son syst�me et, premi�re �bauche philosophique, le Fragment de syst�me, en partie perdu.</p><p>L�h�ritage que la mort de son p�re vient de lui laisser lui permet � partir de 1801 de se consacrer enti�rement � son activit� philosophique. Il rejoint Schelling � I�na et y fonde avec lui le Journal critique de philosophie (1802-03), o� para�t son premier �crit publi�, la Diff�rence des syst�mes philosophiques de Fichte et de Schelling, que suivront l�Essence de la critique philosophique, la Philosophie et le sens commun, le Rapport du scepticisme et de la philosophie et Foi et savoir, tandis qu�il donne au Journal litt�raire d�Erlangen des articles sur F. Bouterwek, J. F. C. Werneburg, R. F. W. Gerst�cker, etc. Il soutient en m�me temps, pour acc�der � l�enseignement, une dissertation qui, sous le titre De orbitis planetarum, tente de justifier par une d�duction a priori les lois de Kepler. De cette �poque datent encore trois textes posthumes, un essai sur la Constitution de l�Allemagne, un autre sur le Droit naturel et la Logique d�I�na, cours qu�il professa lorsque sa dissertation lui eut ouvert les portes de</p><p>l�enseignement.</p><p>Apr�s l�adh�sion � la pens�e de</p><p>Fichte*, ces ann�es d�I�na constituent ce que l�on pourrait appeler une p�-</p><p>riode schellingienne, Hegel les passant en quelque sorte sous la tutelle de son ancien camarade de s�minaire, dont il se borne le plus souvent � d�fendre la Naturphilosophie contre les critiques qu�une oeuvre d�j� abondante lui avait suscit�es. Ce sera donc pour lui une mani�re de lib�ration lorsqu�en 1803</p><p>Schelling quittera I�na pour W�rzburg, lib�ration d�o� na�tra la Ph�nom�nologie de l�esprit, qui, achev�e au soir de la bataille d�I�na, para�t en 1807, contemporaine de l��crasement de la Prusse par les arm�es napol�oniennes.</p><p>Apr�s un s�jour � Bamberg, o�</p><p>il s�occupe d�un journal (1807-08), Hegel retrouve l�enseignement avec la direction du gymnase Saint-Gilles, � Nuremberg, qu�il conservera de 1808 � 1816. La mati�re de cet enseignement est publi�e en 1812 dans la Prop�deutique philosophique. De 1812 � 1816</p><p>suivront les trois volumes de la Science de la logique ; entre-temps, il s��tait mari� (1811).</p><p>C�est � Heidelberg, o� il est nomm� en 1816, que commence sa carri�re universitaire proprement dite et qu�il pourra d�velopper plus amplement son syst�me, dont le plan est donn� en 1817 dans l�Encyclop�die des sciences philosophiques. Nomm� � la chaire de Berlin en 1818, il ne quittera plus ce poste, se consacrant au d�veloppement de sa pens�e dans des cours dont le succ�s ne cesse de cro�tre, et, hors des Principes de la philosophie du droit (1821), il ne fera plus rien para�tre que quelques articles dans les Annales de critique scientifique, qu�il fonde en 1827. Son dernier �crit, Sur le Reform bill anglais, est une mise en garde contre le r�formisme lib�ral, inspir�e par les craintes que la r�volution de Juillet avait fait na�tre. Il meurt le 14 novembre 1831, � Berlin, emport� par l��pid�mie de chol�ra.</p><p>L�oeuvre</p><p>� la fin de la vie de Hegel, son enseignement, devenu � peu de chose pr�s</p><p>philosophie officielle de la Prusse, avait atteint un vaste public devant lequel se poursuivait le d�veloppement scolastique et monotone des diff�rentes sections du syst�me. Il fallut la publication posthume des �crits de jeunesse pour r�animer cet �difice impassible que les querelles d�h�ritage entre gauche et droite h�g�liennes n��taient pas parvenues � troubler. Cette seconde jeunesse, en effet, d�chirait la figure du penseur entre deux visages anti-th�tiques, l�un acad�mique et conservateur, l�autre romantique et r�volutionnaire, et bient�t l�oeuvre se voyait assigner, selon les commentateurs, trois centres : les �crits th�ologiques de jeunesse, le syst�me lui-m�me, la Ph�nom�nologie de l�esprit, oeuvre o� s�effectue leur articulation.</p><p>Les premiers �crits (1793-1807)</p><p>Les ann�es de � formation � (Bildung) de Hegel sont marqu�es par de nombreuses lectures, une attention inqui�te aux probl�mes de l��poque et la confrontation constante de ceux-ci avec celles-l�. Trois moments scandent cette p�riode, domin�e par l�exp�rience douloureuse d�une contradiction opposant la culture et la vie de l��poque, exp�rience qui sera retrac�e en des termes encore historiques ou religieux plut�t que proprement philosophiques.</p><p>Hegel semble d�abord adh�rer �</p><p>un rationalisme moralisant h�rit� de l�Aufkl�rung, puis de Kant, mais qui se situe sous l�influence plus directe de Fichte.</p><p>Un revirement se dessine vite, et le moralisme est d�nonc� pour ce qu�il a d�autoritaire et d�abstrait : le devoir, en effet, commande, et il le fait au nom d�une loi qui, issue de la raison, ignore la r�alit�. Au � devoir-�tre � (Sollen), dont le culte d�finira plus tard la � belle �me �, il faut donc opposer cette r�alit� et, contre les g�n�ralit�s formelles et abstraites issues de la raison, se soumettre au fait concret et individuel.</p><p>D�o� les �tudes sur la religion � posi-downloadModeText.vue.download 141 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5282</p><p>tive �, religion n�e d�un �v�nement historique r�el et non pas d�duite par la raison, qui, de ce fait, la r�cuse, virant � la libre pens�e, voire � l�ath�isme. Il y a donc opposition entre exp�rience religieuse et philosophie : � Dieu, dit alors Hegel, ne peut �tre enseign�, ne peut �tre appris, car il est vie et ne peut �tre saisi que par la vie. � Rempla�ant par la spontan�it� de l�amour (le Christ) le l�galisme des rapports de droit et de devoir (Abraham, Kant), plaidant pour l�inconscient contre la r�flexion, Hegel se joint � Schelling et au romantisme dans l�ex�cration de l�Aufkl�rung.</p><p>Mais l�inconscient est exclusion, et bient�t Hegel va pousser sa recherche de la totalit� jusqu�au point o� il devra se s�parer de Schelling. En ce point, qu�il baptise notion, s�op�re, r�alisant l�universel concret, l�union du concept et de la vie. En lui la raison, unie � l�amour, saura enfin accueillir ce que les Aufkl�rer lui avaient fait rejeter : le coeur, la diversit�, les myst�res religieux.</p><p>Si la tentative kantienne puis</p><p>ficht�enne d��chapper au dualisme du sujet et de l�objet �tait louable, elle avorte parce qu�elle consent � le faire au prix de l�abandon d�un de ses termes, l�objet. Mais le d�passement de la philosophie de la subjectivit� en une philosophie de l�identit� n�est pas suffisant : Schelling n��chappe au dualisme que par la confusion de ses termes. Le v�ritable monisme exige au contraire que soient conserv�s les termes anti-nomiques qui, au lieu d�en constituer les impasses, sont maintenant les ressorts de la raison. Ce mouvement o� appara�t le geste dialectique h�g�lien de l�Aufhebung (qui d�passe en conservant) va rendre de nouveau possible la philosophie, en tant que science de cet absolu auquel l�Aufkl�rung (relativiste et sceptique) avait renonc�. Cette philosophie, anim�e par les antinomies, pourra op�rer la r�conciliation de la culture et de la vie, du constat de s�paration desquelles elle �tait sortie.</p><p>Les livres</p><p>y La Ph�nom�nologie de l�esprit</p><p>(Ph�nomenologie des Geistes). Ce premier livre, � la r�daction duquel</p><p>Hegel s�est mis si brusquement qu�il en donnera les chapitres � l�imprimeur, morceau par morceau, au fur et � mesure de leur r�daction, pose plusieurs probl�mes � ses commentateurs, comme il n�a d�ailleurs pas cess� de le faire � son auteur lui-m�me. Quand celui-ci s�est mis au travail, il pensait �crire une � introduction �, qui s�est d�j� transform�e, � la publication, en � premi�re partie du syst�me de la science �. Or, la seconde �dition, pr�par�e par Hegel � la veille de sa mort, supprime cette pr�cision. Entre-temps, en effet, la Ph�nom�nologie de l�esprit �tait devenue une simple rubrique du syst�me (3.1.2.). Mais, dans ce d�placement de l�ext�rieur, puis du seuil � l�int�-</p><p>rieur du syst�me, elle sera amput�e de trois chapitres qu�elle d�velop-pait initialement : rattach�e � l�esprit subjectif, elle abandonnera ceux qui traitaient de l�esprit, de la religion et du savoir absolu, qui seront alors r�-</p><p>partis entre l�esprit objectif et l�esprit absolu. Ces difficult�s que rencontre la localisation de la ph�nom�nologie dans l�ensemble de la pens�e h�g�-</p><p>lienne situent ce qui est sans doute la difficult� majeure de cette derni�re : la conciliation de l�exigence de d�passement continu impliqu�e par une philosophie qui identifie la vie de l�esprit au devenir historique avec l�exigence de cl�ture, dont on ne voit pas comment ce qui se pr�sente comme sys-t�me achev� du savoir absolu pourrait l��viter.</p><p>La Ph�nom�nologie est le r�cit de ce que l�on pourrait appeler la � vocation philosophique � de la conscience ; elle retrace les diff�rentes �tapes d�une �ducation qui la fait passer de l��tat initial de conscience empirique limit�e � la pure sensation � l��tat final de d�tentrice du savoir absolu. �ducation qui permettra � la conscience individuelle de devenir, en tant que conscience de soi, conscience de l�esprit de son temps gr�ce � la m�diation des moments de l�histoire universelle et du monde culturel au sein desquels elle se d�veloppe. �ducation qui de surcro�t aura �t� celle-l� m�me de Hegel, qui, depuis son enfance, est pass� par les d�chirements de la conscience malheureuse, ceux de la belle �me, etc., avant la r�-</p><p>conciliation finale que son propre syst�me r�alise en tant qu�il serait le savoir absolu. Le livre se d�veloppe ainsi sur un triple plan : (a) itin�raire � autobiographique � de son auteur lui-m�me, il se propose (au lecteur) comme (b) un itin�raire type permettant l�accession d�une conscience empirique au savoir absolu, dans la mesure o� (c) il est l�itin�raire de l�esprit objectif lui-m�me dans le cours historique du monde.</p><p>Toutefois, ce dernier plan est encore estomp� : la Ph�nom�nologie d�crit le devenir de la conscience individuelle et ne peut en aucun cas �tre confondue avec une philosophie de l�histoire.</p><p>La conscience est le premier mo-</p><p>ment. Successivement conscience</p><p>sensible, puis perceptive, entendement enfin, elle se caract�rise par une passivit� devant l�objet de qui elle attend la v�rit� : elle croit conna�tre autre chose qu�elle-m�me, mais ne rencontre en fait jamais qu�elle-m�me. Cette identit� de l�objet et du sujet constitue le second moment, la conscience de soi, qui toutefois ne la pose plus sur le mode th�orique mais la vit activement dans la dialectique du d�sir (le besoin qui conduit � l�assimilation de l�objet par le sujet qui s�en nourrit), puis passe � la lutte pour la reconnaissance des consciences de soi individuelles en tant que libres, laquelle aboutit aux rapports de domination et de servitude, et au d�sir d�une conscience de soi universelle. La raison est cet �l�-</p><p>ment o� se r�concilient singulier et universel. D�abord, avec la raison observante, la conscience d�couvre la raison comme r�alit� objective dans le monde, comme chose. Avec la raison active, elle veut comme sujet se retrouver elle-m�me dans l��tre, et conduit au donquichottisme qui esp�re r�aliser les d�sirs de son coeur malgr� l�ordre du monde. L�individualit� r�elle en soi et pour soi, au contraire, ne place pas son but hors du monde (il est bien plut�t de s�y r�aliser en utilisant ses lois au lieu de les d�truire). Cette r�conciliation de la conscience individuelle et de son Autre inaugure la seconde partie de la Ph�nom�nologie ; la seule, remarque J. Hyppolite, � porter effectivement sur</p><p>� l�esprit � au sens h�g�lien du terme, puisque jusqu�ici il n�a encore �t� question que de la conscience. L�esprit</p><p>sera d�abord esprit vrai (objectif) dans la cit� antique, travaill�e par le conflit de deux lois : la loi humaine, ou civile, et la loi divine, ou familiale (cf. Antigone). Conflit qui, accentu� avec le christianisme, aboutira � l�opposition de deux mondes (celui de la foi et celui de la science) jusqu�� ce que la R�volution fran�aise fasse r�gner de nouveau une loi unique : � Le ciel est descendu sur la terre. � Mais l�opposition se d�-</p><p>place et, au lieu d��tre celle de deux lois, devient opposition � l�objectivit� de la loi elle-m�me avec le moralisme de la � belle �me �. Pour elle, l�esprit n�est pas objet, mais sujet, il ne s�incarne donc pas dans l��tat mais dans la religion, en attendant que la Philosophie r�alise avec l�esprit absolu la synth�se de l�esprit objectif et de l�esprit subjectif (v. plus loin : Cours, 3 et 4).</p><p>y La Science de la logique (Wissenschaft der Logik). La Ph�nom�nologie est la science p�dagogique qui trace � la conscience le chemin du savoir absolu, science des moments n�cessaires � la production de la v�rit�.</p><p>La Logique est la science du vrai lui-m�me : non plus gen�se, mais d�veloppement du savoir absolu.</p><p>La logique est la science de l�id�e, et, comme l�id�e est la r�alit� supr�me, la logique tient lieu de ce qu�on d�signait traditionnellement comme m�taphysique. Elle se divise en deux parties : d�une part, la logique objective, qui se subdivise � son tour en logique du concept en tant qu��tre (ontologie) et logique du concept en tant qu�essence (o� l��tre ne se borne plus � simplement �tre, mais appara�t, sans toutefois encore s�appara�tre � soi-m�me) ; d�autre part, la logique subjective, ou logique du concept en tant que concept, c�est-�-dire en tant que sujet.</p><p>Le d�veloppement de la logique</p><p>commence avec l��tre pur : l��tre qui n�est qu��tre et rien d�autre, ne recevant aucune d�termination suppl�mentaire.</p><p>L��tre n�est donc pur qu�� la condition de n��tre rien, en quoi il s�identifie � son contraire, le rien ou n�ant. Toutefois cette identit� reste ind�termin�e tant que n�a pas �t� pos�e, avec le devenir, la diff�rence des termes en question. C�est donc le devenir qui permet �</p><p>l��tre de se d�terminer en une existence particuli�re comme �tre-l� (Dasein), de recevoir une qualit� qui le d�finit et le limite. Mais cette limite est en m�me temps position d�un autre �tre-l�, d�un autre c�t� de la limite, d�une infini-tude... Ainsi se poursuit (jusqu�� la mesure qui l�ach�ve) la th�orie de l��tre.</p><p>L�essence est le produit des op�rations de l�entendement sur l��tre par la m�diation desquelles l�existence trouve un fondement qui permettra � l�essence d�appara�tre, cette apparence (ph�nom�ne) ne s�opposant pas � l�essence, mais au contraire en constituant la r�alisation.</p><p>Imm�diatet� de l��tre et m�diatet� de l�essence sont reprises et concili�es dans le concept, qui est en soi et pour soi : concept subjectif, il correspond � la logique traditionnelle (concept, jugement, syllogisme) ; concept objectif, il �tudie le m�canisme (action externe des objets les uns sur les autres), le chimisme et la t�l�ologie (o� la d�termination externe est remplac�e par l�autod�termination : les objets r�alisent le concept dont ils sont porteurs) ; id�e, enfin (ou v�rit� en et pour soi), il est d�abord vie (id�e objective et imm�diate), puis connaissance (id�e subjective), enfin id�e absolue sur laquelle se referme le cercle de la downloadModeText.vue.download 142 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5283</p><p>logique, car on est revenu � l��tre, mais d�velopp� dans la totalit� de ses moments en une science syst�matique : la logique elle-m�me. Science il est vrai qui n�est encore que celle du concept en et pour soi (du concept � divin �, dit Hegel), dont la philosophie de la nature d�veloppera l�ali�nation dans l�ext�riorit� du monde, et la philosophie de l�esprit son retour en soi avec la r�alisation de l�esprit absolu par l�humanit�.</p><p>REMARQUE : le syst�me h�g�lien</p><p>n�a pas �t� d�velopp� int�gralement.</p><p>Des cinq livres publi�s par Hegel, le premier (Ph�nom�nologie) en est</p><p>l�introduction, les deuxi�me et qua-</p><p>tri�me (Prop�deutique et Encyclop�die</p><p>[Philosophische Prop�deutik et En-zyclop�die der philosophischen Wis-senschaften im Grundrisse]) de simples r�sum�s scolaires, les troisi�me et cinqui�me (Logique et Philosophie du droit) n�en d�veloppant que des secteurs particuliers.</p><p>y Les Principes de la philosophie du droit (Grundlinien der Philosophie des Rechts). Ils d�veloppent, dans la philosophie de l�esprit, la section consacr�e � l�esprit objectif, et se situent donc entre l�esprit subjectif et l�esprit absolu.</p><p>Le d�veloppement de la philosophie de la nature s��tait achev� avec la vie animale, qui fait appara�tre une int�-</p><p>riorit� au sein de l�ext�riorit� naturelle elle-m�me (la nature est l�ali�nation de l�id�e dans l�ext�riorit� mat�rielle).</p><p>Ainsi s�effectue le passage � l�esprit qui, dans son premier moment : l�esprit subjectif (qui n�existe que pour soi), se d�finit successivement comme �me, conscience, puis sujet spirituel. L��me est l�esprit imm�diat soumis aux d�terminations naturelles (g�ographiques, raciales, etc.). L�esprit imm�diat est le</p><p>� sommeil de l�esprit � dont la ph�no-m�nologie d�crit le r�veil � travers les diff�rentes structures de la conscience, alors que la psychologie �tudie les activit�s du sujet qui culminent et s�unifient avec la volont� libre. L�esprit objectif (qui est en soi) appara�t � ce point.</p><p>La pr�face des Principes soutient que le droit est le lieu o� se r�alise l��tre en soi objectif de l�esprit, et que c�est donc l� qu�il faut le rechercher si on d�sire le conna�tre au lieu de le d�passer en r�vant un �tat aussi irr�el que subjectif.</p><p>L�esprit objectif se divise en trois moments : droit abstrait, Moralit�t ou moralit� subjective, Sittlichkeit ou moralit� objective incarn�e dans les coutumes et les pratiques d�un peuple.</p><p>Le droit abstrait correspond � un formalisme juridique comparable � ce que les th�oriciens de l�Aufkl�rung avaient d�velopp� sous le titre du droit naturel. C�est le droit de la personne</p><p>d�finie par ses propri�t�s, donc par ce qui n�est pas elle, ces propri�t�s elles-m�mes �tant garanties par un contrat, par la transformation d�une volont� particuli�re en volont� commune. Mais la volont� particuli�re reste dans sa nature diff�rente de la volont� commune, alors m�me que, dans le contrat, elles co�ncident, et, leur co�ncidence d�pendant de la seule volont� individuelle, la possibilit� de l�injustice (de leur non-co�ncidence) est une implication originelle du formalisme juridique.</p><p>La moralit� subjective est celle du sujet qui ne reconna�t d�autre droit que celui dont il est l�origine. Mais, pour r�aliser ses projets, il doit les exposer � des interf�rences �trang�res qui l�am�neront, n�y retrouvant plus ses intentions, � refuser la responsabilit� de leurs cons�quences. Elle est conduite de la sorte aux antinomies de l�intention et de l�action, des fins et des moyens. Antinomies qui ont leur source dans le caract�re abstrait et vide de la certitude morale, � la seule autorit� subjective de laquelle elle se confie.</p><p>Le premier moment de la moralit� objective est la famille, o� domine l��l�ment naturel (sexualit�) et qui est appel�e � se nier elle-m�me par l��mancipation des enfants. Ceux-ci, devenus � leur tour des individus, entrent dans la soci�t� civile (b�rgerliche Gesellschaft), o� chaque personne poursuit la satisfaction de ses besoins propres dans le cadre de la division du travail. Mais cet atomisme utilitariste est surmont� dans l��tat, qui n�est pourtant pas une limite pour la volont� individuelle, car celle-ci ne se r�alise vraiment qu�en faisant de lui son but substantiel. Entre les �tats ind�pendants, les rapports sont condamn�s � rester ceux de volont�s particuli�res ; en cas de conflit, l�invocation d�un droit international ne saurait �tre qu�un des voeux pieux du moralisme subjectif, leur r�glement reposant en r�alit� sur la d�cision des armes : au � tribunal du monde � qu�est l�histoire, la guerre est en effet pour les nations la seule forme de proc�s, du verdict duquel d�coulera leur contribution � l�histoire universelle. Mais cette violence n�est que la ruse dont la raison</p><p>se sert pour donner dans le monde une r�alit� � l�esprit.</p><p>Les cours</p><p>Ils ont �t� publi�s en quatre s�ries : Vorlesungen �ber die Philosophie der Geschichte (Le�ons sur la philosophie de l�histoire, publi�es en 1837, compl�t�es en 1840) ; Vorlesungen �ber die Aesthetik (Le�ons sur l�esth�tique, 1835-1838) ; Vorlesungen �ber die Geschichte der Philosophie (Le�ons sur l�histoire de la philosophie, 1833-1836) ; Vorlesungen �ber die Philosophie der Religion (Le�ons sur la philosophie de la religion, 1832). Leur contenu peut sommairement se formuler de la fa�on suivante.</p><p>1. Dans l�histoire universelle la raison en tant que volont� libre devient consciente d�elle-m�me. Cette downloadModeText.vue.download 143 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5284</p><p>conscience de soi se r�alise par la m�diation des traces que l�activit� humaine d�pose sur le sol terrestre (oeuvres de l�art, temples des religions...). Est historique tout fait dont l�objectivation en tant que trace se destine � une lecture qui le fera entrer dans la m�moire commune de l�humanit�.</p><p>D�o� la distinction de trois mondes : l�Afrique (o� r�gne encore l��me naturelle, nuit et sommeil de la conscience), l�Asie (Orient : matin de l�histoire), l�Europe (pays de la lumi�re, non pas celle ext�rieure du Soleil, mais la lumi�re int�rieure et active de l�esprit occidental au travail).</p><p>Si l�Afrique est non historique, dans le monde asiatique, l�histoire ne fait encore que na�tre. Lui-m�me se subdivise en trois empires : la Chine et l�Inde (immobiles, elles restent aujourd�hui ce qu�elles �taient il y a des mill�naires) ; la Perse, premier empire historique parce que � premier qui ait disparu � : un peuple qui meurt a plus de valeur historique qu�un peuple qui dure.</p><p>� l�histoire statique des despotismes</p><p>orientaux, dont le caract�re abstrait �crase toute individualit�, le monde europ�en oppose d�abord l�Empire grec, qui a l�individualit� pour principe substantiel et la r�alise dans la d�mocratie. Les individualit�s s��panouiront dans leur diversit� (vari�t� des cit�s, �parpillement g�ographique des �les, etc.), qui, devenue principe de division et de rivalit�s, les livrera � la conqu�te romaine.</p><p>L�Empire romain rassemble sous sa domination universelle tous les peuples particuliers. � l�individu concret succ�de alors la personnalit� juridique. La destruction viendra ici de l�opposition de la subjectivit� et de l��tat qu�intro-duira le christianisme.</p><p>C�est l�Empire germanique qui</p><p>prend pour principe les valeurs chr�-</p><p>tiennes. Il r�alisera dans la R�forme la r�conciliation vivante de la conscience subjective et de la moralit� objective : le protestantisme seul peut assumer le r�le de religion d��tat dans le monde moderne et r�sorber le conflit, propre aux nations latines et � la religion romaine, de l�individu et de la collectivit�.</p><p>2. L�esprit absolu succ�de � l�esprit objectif. Son premier moment est l�art, objet de l�esth�tique. Activit� par laquelle l�homme spiritualise la nature en n�en retenant que le caract�ristique et l�essentiel, l�art r�alise le Beau, qui ne saurait donc exister en dehors de lui. Production d�un esprit que d�finit le pouvoir de r�fl�chir sur ses propres op�rations, l�art est susceptible d�une �tude scientifique. Toutefois, il produit des oeuvres dont la d�finition veut qu�elles rev�tent une apparence sensible (formes, couleurs, sons, etc.) ; il n�est donc que le premier moment de l�esprit absolu, dont le second, la religion, renoncera � l�ext�riorit� sensible de l�oeuvre ; la philosophie (qui en est le troisi�me) retrouvera bien l�objectivit� de l�oeuvre d�art, mais d�pouill�e dans le savoir conceptuel de toute apparence sensible. L�histoire de l�art retrace la domination progressive du spirituel sur l��l�ment sensible et mat�riel, jusqu�� l��limination totale de ce dernier, donc la fin de l�art qui � pour nous, dit effectivement Hegel, est d�sormais chose</p><p>du pass� �. Quand l�oiseau de Minerve prend son vol, quand la philosophie se tourne vers l�art, c�est qu�il a fait son temps : � la pr�sence vivante de l�art son concept a succ�d�.</p><p>L�id�al du Beau se pr�sente successivement comme symbolique, clas-</p><p>sique et romantique. L�art symbolique caract�rise les productions des premi�res �poques historiques (Orient) et t�moigne, en cette enfance, d�une inad�quation, d�un conflit du sens spirituel de l�oeuvre et de son support mat�riel encore �crasant. L�art classique, qui s��panouit dans le monde grec, r�alise l��quilibre parfait de la mat�rialit� et de la spiritualit�, avec l�apoth�ose de la plus spirituelle des formes naturelles : le corps humain. L�art romantique, li� au christianisme, tend vers l��limination de la part sensible, l�amincisse-ment du contenu de l�oeuvre.</p><p>Selon le � poids � de mati�re impliqu� dans sa mise en oeuvre, un art diff�-</p><p>rent dominera chacune de ces p�riodes.</p><p>L�art symbolique par excellence sera ainsi l�architecture, l�art classique la sculpture, et les arts romantiques la peinture, la musique et la po�sie, selon un ordre de mat�rialit� d�croissante (si le son est pur dans la musique, dans la po�sie, devenu langage, il doit d�j� s�accompagner d�un sens, avant de n��tre dans la prose philosophique qu�un simple outil ext�rieur de la pens�e).</p><p>3. L�esth�tique �tait l�aboutissement de l�art, la philosophie de la religion sera celui de la religion. La notion g�-</p><p>n�rale de la religion la d�finit comme une connaissance par laquelle l�homme s��l�ve au-dessus du monde fini auquel se bornent la sensation, la perception et l�entendement : son objet (Dieu) est l�infini. Mais si l�entendement ne l�atteint pas, ce n�est pas qu�il soit inconnaissable, que foi et savoir s�opposent.</p><p>Au contraire, la t�che de la philosophie est de les r�concilier. Entre philosophie et religion, en effet, les diff�rences ne sont que formelles : la religion est destin�e � tous les hommes, alors que la philosophie n�est praticable que par une minorit� ; d�autre part, la religion se contente de se repr�senter Dieu, alors que la philosophie en saisit le</p><p>concept.</p><p>Hegel d�finit les religions d�termin�es par l�inad�quation de l�id�e de Dieu et de la repr�sentation limit�e qu�elles en donnent ; ce sont d�abord les religions de la nature, qui posent Dieu comme un en-soi objectif (f�ti-chisme, tao�sme, brahmanisme...), puis les religions de l�individualit� subjective, qui en font un pur sujet (juda�sme, polyth�isme grec, finalisme romain).</p><p>Seule la religion absolue, la religion r�v�l�e (chr�tienne), offre de Dieu une repr�sentation ad�quate � sa notion (l�Esprit comme sujet en soi et pour soi).</p><p>4. La religion a pour contenu la v�rit� telle qu�elle est pour les hommes ; la philosophie, la v�rit� telle qu�elle est pour elle-m�me. La Ph�nom�nologie en d�crit la progression jusqu�au syst�me du savoir absolu, dans lequel</p><p>� c�est l�id�e �ternelle, existant en et pour soi, qui se manifeste, s�engendre elle-m�me �ternellement et jouit �ternellement de soi comme esprit absolu �.</p><p>D. H.</p><p>G. No�l, la Logique de Hegel (Alcan, 1897).</p><p>/ J. B. Baillie, The Origin and Signifiance of Hegel�s Logic (Londres, 1901). / P. Roques, Hegel, sa vie et ses oeuvres (Alcan, 1912). /</p><p>F. Rosenzweig, Hegel und der Staat (Munich, 1920 ; nouv. �d., 1962). / W. Dilthey, Die Ju-gendgeschichte Hegels (Berlin, 1921). / J. Wahl, le Malheur de la conscience dans la philosophie de Hegel (Rieder, 1929). / �tudes sur Hegel, num�ro sp�cial de la Revue de m�taphysique et de morale (1931). / L. Herr, Choix d��crits, t. II (Rieder, 1932). / H. Marcuse, Hegels Ontologie und die Theorie der Geschichtlichkeit (Francfort, 1932 ; 2e �d., 1968 ; trad. fr. l�Ontologie de Hegel, �d. de Minuit, 1972) ; Reason and Revolution, Hegel and the Rise of Social Theory (Boston, 1941 ; trad. fr. Raison et r�volution, �d. de Minuit, 1968). / J. Hyppolite, Gen�se et structure de la � Ph�nom�nologie de l�esprit �</p><p>(Aubier, 1946 ; 2 vol.) ; Introduction � la philosophie de l�histoire de Hegel (Rivi�re, 1948 ; 2e �d., 1968) ; Logique et existence (P. U. F., 1953) ; �tudes sur Marx et Hegel (Rivi�re, 1955).</p><p>/ A. Koj�ve, Introduction � la lecture de Hegel (Gallimard, 1947). / G. Lukacs, Der junge Hegel (Zurich, 1948 ; 3e �d., in t. VIII des OEuvres compl�tes, Neuwied, 1967). / E. Weil, Hegel et l��tat (Vrin, 1950). / B. Teyss�dre, l�Esth�tique</p><p>de Hegel (P. U. F., 1958). / E. Fleischmann, la Philosophie politique de Hegel (Plon, 1964) ; la Science universelle ou la Logique de Hegel (Plon, 1968). / A. Chapelle, Hegel et la religion (�d. universitaires, 1964-1971 ; 4 vol.). / J.</p><p>d�Hondt, Hegel, philosophe de l�histoire vivante (P. U. F., 1966) ; Hegel (P. U. F., 1967) ; Hegel en son temps, Berlin 1818-1831 (�d. sociales, 1968). / H. F. Fulda, Das Recht der Philosophie in Hegels Philosophie des Rechts (Francfort, 1968). / P.-J. Labarri�re, Structure et mouvement dialectique dans la � Ph�nom�nologie de l�esprit � de Hegel (Aubier, 1968). / P. Bourgeois, la Pens�e politique de Hegel (P. U. F., 1969). / Hegel, num�ro sp�cial de l�Arc (Aix-en-Provence, 1969). / Hegel et la pens�e moderne (P. U. F., 1971). / D. Dubarle et A. Doz, Logique et dialectique (Larousse, 1972). / G. Lebrun, la Patience du concept. Essai sur le discours h�g�-</p><p>lien (Gallimard, 1972).</p><p>h�g�lianisme</p><p>Ensemble des mouvements de pens�e issus du philosophe Hegel.</p><p>Trois questions dominent les d�bats qui prolong�rent la pens�e de Hegel : 1o Comment cette philosophie, qui a pens� l�histoire, subit-elle � son tour l��volution historique ? Peut-on en conserver � la fois le syst�me et la philosophie de l�histoire ? 2o Cette philosophie est-elle conservatrice ou r�volutionnaire ? 3o Est-elle chr�tienne ou ath�e ?</p><p>Les � vieux h�g�liens � ne pens�rent pas que les �v�nements qui suivirent la mort de Hegel infirmaient sa pens�e ; ils y virent plut�t une confirmation les uns de sa lettre m�me, les autres de son esprit entendu en un sens plus ou moins large. Le plus orthodoxe d�entre eux, Karl Rosenkranz (1805-1879), auteur d�une Vie de Hegel (1844), voit ainsi dans l��volution de l�humanit� vers un nivellement technologique et politique une confirmation encourageante des progr�s de l�esprit. Conservant donc, avec le syst�me, la philosophie de l�histoire, il se borne � compl�ter Hegel pour la p�riode qui suit sa mort. Il y a d�j� plus de r�ticences dans les travaux de Rudolf Haym (1821-1901), Kuno Fischer (1824-1907), et Karl Ludwig Michelet (1801-1893), historiens de la philosophie qui, ne retenant de sa pens�e que la philosophie de l�histoire,</p><p>l�utilisent pour rendre compte de cette pens�e elle-m�me : il ne s�agit d�j� plus simplement de le prolonger, mais de l�expliquer.</p><p>Toutefois, si mince que devienne le support de cette fid�lit�, les � vieux h�g�liens � se situent dans la suite de la pens�e h�g�lienne, alors que, d�s le d�but, les � jeunes h�g�liens � adoptent une attitude agressive � son endroit. Ce n�est d�ailleurs pas l� le seul point qui les oppose. � Tout ce qui est rationnel est r�el et tout ce qui est r�el, rationnel �, avait dit Hegel ; de cette formule, les premiers retiennent plus volontiers la seule justification de la r�alit� par la raison (d�o� leur d�signation comme</p><p>� h�g�liens de droite �), les seconds au downloadModeText.vue.download 144 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5285</p><p>contraire (� gauche h�g�lienne �) qu�il faut r�aliser ce que la raison a con�u.</p><p>Ceux-ci ne seront g�n�ralement pas comme les premiers des philosophes traditionnels, mais vivront en rupture d�universit�, voire de soci�t�, m�neront une existence agit�e de gens de lettres (dont Karl L�with [n� en 1897]</p><p>voit en eux les premiers sp�cimens allemands). Leurs �crits s�en ressenti-ront : relevant d�une activit� journalis-tique, il s�agira de pamphlets, de manifestes violents, rench�rissant les uns sur les autres d�intransigeance verbale.</p><p>Ludwig Feuerbach* (1804-1872)</p><p>�crivit, entre autres textes antih�g�-</p><p>liens, une Critique de la philosophie h�g�lienne fond�e sur l�id�e que l�origine de la r�flexion philosophique n�est pas l�absolu, ou Dieu, ou l��tre (comme le pensait Hegel), mais l�homme en tant que r�alit� finie ; la pens�e h�g�-</p><p>lienne manque d�humanit� et de corps : il faut l�incarner. D�o� l�apologie de l�existence sensible, car la sensation consiste dans l�union imm�diate de l�esprit et du corps, ce corps lui-m�me �tant con�u comme �tre sexu� qui ne se suffit pas � lui-m�me, mais implique autrui et l�union avec autrui dans l�amour. Cette double union originaire de l��me avec le corps dans la sensation et de moi avec autrui dans l�amour</p><p>contredit l�autonomie solipsiste de l�esprit profess�e par Hegel.</p><p>Arnold Ruge (1802-1880), directeur des Annales de Halle pour la science et l�art allemands, puis, s��tant exil� � Paris apr�s un s�jour en prison, des Annales franco-allemandes, auxquelles Marx collaborera, retient de Hegel un historicisme radical. Mais la philosophie ne prononce plus un jugement dernier, elle doit au contraire pr�parer un avenir qu�elle aura su pressentir en saisissant dans les masses l�esprit du temps, car c�est la majorit� qui en est d�tentrice et non plus comme chez Hegel une minorit� �clair�e.</p><p>�diteur des oeuvres religieuses de Hegel, Bruno Bauer (1809-1882) soutient que Hegel �tait ath�e (la Trompette du jugement dernier contre l�ath�e et ant�christ Hegel, 1841) et qu�aucune conciliation n�est possible entre philosophie et religion. Refusant toute v�rit� historique aux �vangiles, qu�il attribue au z�le abusif de th�ologiens, il projette une Revue d�ath�isme niant l�immortalit� des �tres finis.</p><p>Il eut droit au respect de Nietzsche, � la diff�rence de David Friedrich Strauss (1808-1874), � qui Nietzsche s�en prendra dans la premi�re de ses Consid�rations inactuelles : la pens�e historique et religieuse de Hegel l�a plus timidement conduit (Vie de J�sus, 1835) � r�duire la religion chr�tienne � un ensemble de mythes n�s de l�imagination populaire et soutenus par elle.</p><p>La pens�e de S�ren Kierkegaard*</p><p>se rattache �galement au courant des jeunes h�g�liens. Dans les Miettes philosophiques, en particulier, il refuse, au nom de l�existence isol�e de l�individu, qui se place devant Dieu, les deux th�mes centraux de l�h�g�lianisme : l�histoire, dont il d�plore qu�elle d�-</p><p>tourne ses contemporains, soucieux du seul esprit du temps, de ce qui est saint et �ternel : le syst�me, o� il voyait une tentative de niveler l�existence en la r�-</p><p>duisant � l�essence. Cette valorisation exclusive de l�individualit� n�est pas sans affinit�s avec le nihilisme anarchiste que Max Stirner professe dans l�Unique et sa propri�t� (1845).</p><p>C�est plus par ce contexte, dans</p><p>lequel elle s�est form�e, que par son contenu m�me que l�on peut rattacher Marx* � la gauche h�g�lienne. Il est en effet le seul qui ait pos� � un niveau vraiment radical la question de l�h�ritage de Hegel, montrant qu�il ne restait plus qu�� en finir avec la philosophie au moyen de la science historique et de l�action politique (Contribution � la critique de la philosophie du droit de Hegel). Mais, davantage qu��</p><p>Hegel lui-m�me, c�est aux � jeunes h�g�liens � qu�il destina ses attaques, critiquant leurs incons�quences, ironi-sant sur l�emphase dont ils entouraient leurs demi-mesures (la Sainte Famille, l�Id�ologie allemande).</p><p>De toute cette agitation intellectuelle ne sortit, au bout de dix ann�es, qu�un oubli � peu pr�s total de Hegel, dont Schopenhauer avait pris la place.</p><p>Mais, bien que celui-ci ait d�clar� que la pens�e h�g�lienne resterait un sujet de honte durable pour la nation allemande, il fut � son tour supplant� par Nietzsche, puis par la ph�nom�nologie mais aussi par un courant n�o-h�g�lien, actif cette fois bien au-del� des fronti�res allemandes.</p><p>En Allemagne, d�abord, ce cou-</p><p>rant sera domin� par Wilhelm Dilthey (1833-1911), auteur de la Jeunesse de Hegel (1905) et dont l�oeuvre enti�re sera marqu�e par l�historicisme, pour lequel il pense devoir rejeter la m�taphysique du syst�me.</p><p>Si, dans les pays anglo-saxons,</p><p>le courant h�g�lien sera d�inspiration essentiellement logicienne et m�taphysique plut�t qu�historicisante (John Ellis McTaggart [1866-1925], J. B. Baillie, Josiah Royce [1855-1916]), en Italie � o�, apr�s Auguste V�ra, B. Croce* sera son repr�sentant le plus en vue �, l�historicisme dominera, appliqu� en particulier � des recherches d�esth�tique et de philosophie politique. Il y eut entre ce courant de la pens�e italienne et le fascisme une affinit� profonde dont l�oeuvre de Giovanni Gentile (1875-1944) porte de nombreux t�moignages.</p><p>Introduit en France par Victor Cousin, Hegel n�y eut d�abord qu�une pr�sence mondaine (dont l��cho se</p><p>retrouve dans les oeuvres de Taine*, Renan*) ou litt�raire (la po�tique de Mallarm� serait n�e d�une lecture de Hegel), les philosophes, n�o-kantiens pour la plupart, restant tr�s hostiles � cette pens�e qui � se r�f�re (selon le mot de L�on Brunschvicg) � un �tat de choses p�rim� depuis le XVIe si�cle �, allusion aux deux griefs majeurs retenus contre Hegel par le rationalisme critique : sa philosophie de la nature et son m�pris pour les math�matiques.</p><p>Il faut attendre Octave Hamelin (1856-1907) pour qu�une pens�e se d�veloppe int�gralement sous le signe de Hegel.</p><p>En 1921, �mile Meyerson (1859-</p><p>1933) admire dans l�oeuvre de Hegel la premi�re tentative d��chapper au st�rile principe d�identit� de la pens�e analytique (De l�explication dans les sciences). Puis vinrent les travaux de Victor Basch (1863-1944) sur la pens�e politique, ceux de Jean Wahl (n� en 1888) sur la conscience malheureuse ; mais c�est avec les cours qu�Alexandre Koj�ve (1900-1968) professa de 1933</p><p>� 1938 � l��cole pratique des hautes �tudes que le n�o-h�g�lianisme fran-</p><p>�ais connut son moment f�cond, que l�on peut caract�riser par la volont� de prendre Hegel � la lettre, en particulier en ce qui concerne la fin de l�histoire, dont Koj�ve dit avoir compris en 1948</p><p>qu�elle �tait � non pas encore � venir, mais d�ores et d�j� un pr�sent �.</p><p>Les prolongements russes de l�h�-</p><p>g�lianisme furent tr�s diff�rents. Pour les nombreux Slaves qui �tudiaient dans les universit�s allemandes (Ivan Vassilievitch Kire�evski [1806-1856], M. Bakounine*, V. G. Belinski*, August Cieszkowski [1814-1894]), cette pens�e alimenta le d�sir d�une occidentalisation de la Russie int�gr�e � l�Europe, d�sir qui l�opposait � la volont� de conserver au monde russe ses traits sp�cifiques, que les slavophiles nour-rissaient dans la lecture de Schelling.</p><p>Progressiste d�s l�origine, ou du moins lib�rale, c�est donc vers l�action historique et politique que la pens�e de Hegel, bient�t renforc�e (Herzen, Plekhanov), puis supplant�e (L�nine) par celle de Marx, engagea ses tenants russes.</p><p>D. H.</p><p>Quelques biographies compl�mentaires</p><p>Bruno Bauer, critique et philosophe allemand (Eisenberg 1809 - Rixdorf, pr�s de Berlin, 1882). Il sembla d�abord poursuivre la conciliation de la philosophie et de la th�ologie par une Critique de la vie de J�sus de Strauss (1835-36). Puis, nomm� professeur � Bonn (1839), il s�orienta de plus en plus vers la n�gation radicale de tout christianisme et devint un des principaux repr�sentants de l��cole h�g�-</p><p>lienne : Critique de l�histoire �vang�lique de l��vangile de saint Jean (Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes, 1840), Critique de l�histoire �vang�lique des Synoptiques (Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker, 1841-42). L�autorit� lui interdit de faire son cours (1842). Il se retira alors � Berlin et rompit avec l��glise de son pays, en publiant Question de la libert� et ma propre affaire (1843). Le gouvernement suisse fit saisir, avant l�impression, son Christianisme d�voil� (Das entdeckte Christentum, 1843). � partir de 1843, il aborda la politique et l�histoire en une longue suite d�ouvrages qui firent l�objet de critiques violentes de Marx et de Engels dans la Sainte Famille (1845).</p><p>De 1850 � 1852, il revient � la critique th�ologique, notamment avec une Histoire des ap�tres (Die Apostelgeschichte, 1850). Apr�s 1870, il se fit un des thurif�raires de Bismarck.</p><p>Ludwig FEUERBACH. V. l�article.</p><p>Arnold Ruge, homme politique allemand (Bergen, �le de R�gen, 1802 -</p><p>Brighton 1880). Affili� � la Burs-chenschaft, emprisonn� � Kolberg (1824-1830), professeur � Halle</p><p>(1832), il publia avec E. T. Echter-myer Hallische Jahrb�cher, organe de la gauche h�g�lienne (1838-1841), puis dut fuir en France et �dita avec Marx Die deutsch-franz�sischen Jahrb�-</p><p>cher (1844), puis le journal Die Reform (1848). D�put� au Parlement de Francfort, il se r�fugia (1849) � Londres, o� il fr�quenta Mazzini et Ledru-Rollin, puis se fixa � Brighton. Ayant approuv� la politique de Bismarck, il fut pensionn� par lui (1877). Outre de nombreux articles de revues, il a laiss� des M�-</p><p>moires : Souvenirs du temps pass� (Aus fr�herer Zeit, 1862-1867).</p><p>Max Stirner, philosophe allemand (Bayreuth 1806 - Berlin 1856). Kaspar Schmidt, dit Max Stirner, �tudia la th�ologie et la philologie � Berlin, Erlangen et K�nigsberg, devint professeur dans un lyc�e, puis dans une �cole de jeunes filles, � Berlin, et devint journa-downloadModeText.vue.download 145 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5286</p><p>liste. Son principal ouvrage, l�Unique et sa propri�t� (Der Einzige und sein Eigen-tum) [1845], d�fend un individualisme anarchiste et libertaire. Stirner �crit :</p><p>� Pour moi, il n�est rien au-dessus de moi [...] ; je d�clare la guerre � tout �tat, f�t-il le plus d�mocratique. � Il est aussi l�auteur d�une Histoire de la r�action (Die Geschichte der Reaktion)</p><p>[1852]. Il mourut dans la mis�re.</p><p>K. Marx et F. Engels, Die heilige Familie (1845 ; trad. fr. la Sainte Famille, �d. sociales, 1972) ; Die deutsche Ideologie (1846 ; trad.</p><p>fr. l�Id�ologie allemande, �d. sociales, 1968).</p><p>/ B. Croce, Saggio sullo Hegel (Bari, 1913).</p><p>/ V. I. L�nine, Cahiers sur la dialectique de Hegel (trad. du russe, Gallimard, 1938 ; nouv.</p><p>�d., 1967). / K. L�with, Von Hegel zu Nietzsche (Zurich, 1941 ; trad. fr. De Hegel � Nietzsche, Gallimard, 1969). / H. de Lubac, le Drame de l�humanisme ath�e (Spes, 1945). / A. Koyr�, �tudes sur l�histoire de la pens�e philosophique en Russie (Vrin, 1950) ; �tudes d�histoire de la pens�e philosophique (A. Colin, 1961). /</p><p>A. Cornu, Karl Marx et Friedrich Engels (P. U. F., 1955-1962 ; 3 vol.). / R. Serreau, Hegel et l�h�g�-</p><p>lianisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 2e �d., 1965). / G. Oldrini, Gli Hegeliani di Napoli (Florence, 1964) ; Il Primo Hegelianismo italiano, O. Mazzoni, S. Cusani, F. de Sanctis, A. Vera (Florence, 1969). / L. Althusser, Pour Marx (Masp�ro, 1965). / D. McLellan, The Young Hegelians and Karl Marx (Londres, 1969 ; trad.</p><p>fr. les Jeunes H�g�liens et Karl Marx, Payot, 1972). / J. d�Hondt, De Hegel � Marx (P. U. F., 1972).</p><p>Heidegger</p><p>(Martin)</p><p>Philosophe allemand (Messkirch,</p><p>Bade, 1889).</p><p>� Chez Heidegger, qui n�est pas un penseur honn�te, mais un habile constructeur et calculateur, d�pourvu de scrupules intellectuels aussi bien que moraux, la philosophie de l�existence a perdu sa sinc�rit� n�gative : elle est devenue un moyen employ� avec dext�rit�, pour passer, d�une philosophie scolastique par laquelle il avait commenc�, � la philosophie nazie. �</p><p>(G. Gurvitch.) Ces lignes donnent le ton et la mesure de l�effet d�aveugle-ment que ses rapports avec le nazisme ont exerc� en retour sur l�oeuvre de Heidegger. Mais il est vrai, comme l�a sugg�r� J. Derrida, que la condamnation politique n�est en la mati�re que l�alibi d�une r�sistance philosophique plus obscure. L�oeuvre de Heidegger, en effet, l�une des plus importantes de notre temps, l�une des rares � �tre de notre temps, demande de son lecteur</p><p>� par son style, par les voies qu�elle ouvre � la pens�e, par les apories ou les questions sur lesquelles elle se tait (Questions : c�est le titre choisi par Heidegger lui-m�me pour la traduction fran�aise de ses opuscules) � une libert� dont des divergences politiques sont un pr�texte opportun pour se dispenser de courir le risque.</p><p>L�attachement de Martin Heideg-</p><p>ger � sa terre natale (la Souabe) est c�l�bre : � Que mon pays natal soit remerci� pour tout ce qu�il m�a donn� et qui m�a soutenu sur une longue route �</p><p>sont les premiers mots d�un discours qu�il pronon�ait en 1955. Heidegger fait ses �tudes � Constance, puis � Fribourg-en-Brisgau, o�, en 1909, il suit � l�universit� des cours de philosophie (Husserl sera son professeur) et de th�ologie. Il publie en 1912 son premier article (le Probl�me de la r�alit� dans la philosophie moderne) et, l�ann�e suivante, obtient le doctorat de philosophie. Il s�engage � la d�claration de guerre, mais des raisons de sant� le font r�former apr�s deux mois.</p><p>Il est alors (1915) nomm� privatdozent � Fribourg, ville qu�apr�s un s�jour � l�universit� de Marburg (1923-1928) il ne quittera plus. Succ�dant d�abord � Husserl comme professeur de philosophie, il y sera nomm� recteur en avril 1933. C�est juste apr�s sa nomination au poste de recteur qu�il adh�re</p><p>officiellement au parti nazi, adh�sion qu�un certain nombre de textes, articles ou discours de soutien au r�gime viendront confirmer dans les mois qui suivent. Mais, d�s 1934, il prend ses distances, d�missionne de son poste de recteur et cessera pratiquement toute publication jusqu�� la fin de la guerre.</p><p>Suspendu de ses fonctions en 1945, il reprend ses cours en 1951 avec le titre de � professeur �m�rite �.</p><p>L��tre, l�existence, l��tant</p><p>Il n�y a pas de philosophie de Heidegger. Le chemin trac� par sa r�flexion essaie au contraire de sortir de la philosophie dans la mesure o� celle-ci, d�termin�e d�s son origine comme m�-</p><p>taphysique, a toujours ramen� au statut et � la forme de l��tant-pr�sent l��tre que tout �tant pr�suppose et le temps que tout pr�sent pr�suppose. La pens�e de Heidegger est moins pens�e d�autre chose que pens�e du destin qui p�se sur la pens�e et l�emp�che, pr�cis�ment, de penser autre chose. Cette transgres-sion de la philosophie est un retour sur ce qui gouverne, du retrait de l�implicite dans lequel il est laiss�, toute philosophie. Elle n�a rien � voir ni avec une critique ni avec une r�futation.</p><p>Ce qui d�finit l�ontologie traditionnelle, c�est l�oubli de la question de l��tre, l�oubli de l��tre comme question. Cet oubli constitue l�histoire de l�ontologie elle-m�me. L�ontologie traditionnelle est lue par Heidegger comme une r�ponse implicite � cette question qu�elle ne posera jamais ; la m�taphysique est donc la question de l��tre en tant qu�elle est �lud�e. La destruction de l�histoire de l�ontologie sera la t�che de l�ontologie fondamentale de Heidegger en tant que retour vers la question de l��tre.</p><p>Or, la question de l��tre elle-m�me, l��tre comme question, c�est ce qui d�finit un �tant particulier, celui dont la structure est constitu�e par l��tre-l� (le Dasein), c�est-�-dire l�homme. En ce sens, l�ontologie fondamentale commence par une analytique de l��trel�. L��tre-l� (l�homme) est un �tant ontologique : la question de l��tre, la diff�rence de l��tre et de l��tant, l��tre</p><p>comme transcendance et le sacrifice de l��tant, c�est cela qui le constitue lui-m�me comme �tant. C�est ce que dit telle formule de Sein und Zeit : � La compr�hension de l��tre est elle-m�me une d�termination d��tre de l��trel� �, ou de la Lettre sur l�humanisme :</p><p>� L�homme est � jet� � par l��tre lui-m�me dans la v�rit� de l��tre. � C�est ce que dit aussi le terme d� � ek-sistence � forg� par Heidegger pour d�finir l��tre-l� de l��tant humain.</p><p>Ce terme est � l�origine de nom-</p><p>breux malentendus sur l�existentialisme* de Heidegger. Si, avec Sartre, l�existentialisme interroge les rapports de l�essence et de l�existence (laquelle pr�c�de l�autre ?), la diff�rence ontico-ontologique (celle de l��tant et de l��tre) est l�axe de la pens�e heideg-g�rienne, et le terme d� � ek-sistence �</p><p>n�est qu�une mani�re de l�approcher.</p><p>Aussi, qu�en lui l�existence pr�c�de l�essence ou la suive, cela ne change rien au fait que l�homme est un �tant ek-sistant, c�est-�-dire un existant qui est � d�intelligence � avec l��tre, qui a une compr�hension pr�ontologique de l��tre. L��tre, en effet, a un sens qu�il est de l�essence de l�homme de comprendre. L��tre est m�me le sens, il est le logos. C�est ce que dit le terme d�onto-logie. La question de l��tre, sur laquelle l�ontologie fondamentale fait retour, est celle du lien de l��tre et du logos. Heidegger rappelle souvent qu�une pens�e de l��tre est en m�me temps une r�flexion sur le langage.</p><p>� Le langage est la maison de l��tre, dit la Lettre sur l�humanisme. Dans son abri habite l�homme. Les penseurs et les po�tes sont ceux qui veillent sur cet abri. �</p><p>Penseurs et po�tes veillent sur le langage, qui est l�abri de l��tre ; � travers lui, ils sont � l��coute de la v�rit� de l��tre : telle est l�ek-sistence authentique. Mais l�homme peut choisir l�inauthenticit�, opter pour l�in-sistence plut�t que pour l�ek-sistence et jauger tout � la mesure de l��tant, vivre dans la dissimulation de l��tre plut�t downloadModeText.vue.download 146 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5287</p><p>que dans sa v�rit�. (Il faut signaler ici, faute de pouvoir faire plus, ce qu�on a appel� le � tournant � de la pens�e hei-degg�rienne, tournant qui interrompt le projet de Sein und Zeit, puisque la seconde partie de l�ouvrage n�a pas �t� publi�e : l�oubli de l��tre n�est pas seulement le fait d�un �tre-l� inauthentique. La dissimulation, le retrait, l�oubli [l�th�] ne sont pas moins essentiels � l��tre que son ouverture, son �claircie</p><p>[al�theia]. La v�rit� de l��tre est en m�me temps non-v�rit�.)</p><p>Il est vrai que la v�rit� de l��tre n�a rien � faire avec ce qu�on entend par certitude ; elle ne garantit la s�curit� d�aucune assurance ; elle est risque et pr�carit�, car elle est le fait d�un �tant fini, inachev� et soucieux. L��tre-l� fait en effet dans l�angoisse l��preuve de ce qui est sa possibilit� la plus propre : la mort. Le retour de la pens�e vers la question matinale de l��tre n�est pas retour vers l��ternel : l��tre, transcendance pure, n�est que le sacrifice de l��tant. � Les fanfares du r�veil, �crit Jean Beaufret, ont d�j� le s�rieux et la d�tresse d�un chant fun�bre. �</p><p>D. H.</p><p>A. De Waelhens, la Philosophie de Martin Heidegger (Nauwelaerts, Louvain, 1942 ; 7e �d., 1971). / E. L�vinas, En d�couvrant l�existence avec Husserl et Heidegger (Vrin, 1949 ; 2e �d., 1967). / W. Biemel, le Concept de monde chez Heidegger (Nauwelaerts et Vrin, 1950). / B. Alle-mann, H�lderlin und Heidegger (Berlin, 1954 ; trad. fr. H�lderlin et Heidegger, P. U. F., 1959).</p><p>/ J. Wahl, Vers la fin de l�ontologie (C. D. U., 1956) ; Heidegger (C. D. U., 1961). / A. Koyr�, �tudes d�histoire de la pens�e philosophique (A. Colin, 1961). / G. Schneeberger, Nachlese zu Heidegger (Berne, 1962). / O. P�ggeler, Der Denkweg Martin Heideggers (Pfullingen, 1963 ; trad. fr. la Pens�e de Martin Heidegger, Aubier, 1967). / P. Trotignon, Heidegger (P. U. F., 1965).</p><p>/ M�langes Jean Beaufret. L�endurance de la pens�e (Plon, 1968). / J. Beaufret, Introduction aux philosophies de l�existence (Deno�l-Gonthier, 1971) ; Dialogue avec Heidegger (�d. de Minuit, 1973 ; 2 vol.). / J.-P. Resweber, la Pens�e de Martin Heidegger (Privat, Toulouse, 1971). /</p><p>R. Sch�rer et A.-L. Keikel, Heidegger (Seghers, 1973).</p><p>Hei-long-kiang</p><p>En pinyin HEILONGJIANG, province de la Chine septentrionale ; 463 600 km 2 ; 21 000 000 d�hab. Capit. Harbin.</p><p>La province occupe plus de</p><p>50 p. 100 du territoire de la Chine du Nord-Est (l�ancienne Mandchourie) et constitue le domaine le plus septentrional de l�espace chinois. Son peuplement relativement r�cent est essentiellement � Han � (Chinois proprement dits), mais l�existence d�une dizaine de � familles minoritaires � atteste le caract�re longtemps marginal de cette Mandchourie septentrionale. Les principales minorit�s officiellement recens�es sont les suivantes : Mandchous (630 000) dans les districts m�ridionaux ; Cor�ens (220 000) riziculteurs des vall�es du Sud-Est ; Hui (Houei)</p><p>[45 000] artisans et commer�ants dans les villes ; Mongols (38 000) �leveurs des marges occidentales ; Dahours (23 000) �leveurs-agriculteurs dans le bassin du Nonni. Il existe encore quelques minorit�s de la famille Toungouse : Olunchun (�leveurs dans les Khingan) ; Owenk (chasseurs et p�cheurs du haut Heilongjiang [nom chinois du fleuve Amour]) ; Hochih (chasseurs et p�cheurs de l�Ossouri).</p><p>Cet immense territoire est constitu� de moyennes montagnes et de vastes plaines se r�partissant en quatre ensembles principaux. Au nord-ouest, le Petit Khingan, massif de roches cristallines d�une altitude moyenne de 600</p><p>� 800 m, s��tire sur plus de 500 km, prolong� � l�extr�mit� nord-ouest de la province par l�Ilkhouri-Aline (Yi-lehulishan), ensemble de collines et de plateaux basaltiques surmont�s de nombreux petits c�nes volcaniques.</p><p>Les massifs de Mandchourie orientale se prolongent au sud-est de la province par deux ensembles principaux, dont les altitudes s�abaissent de 1 200 m � 600 m du sud vers le nord : Zhang-guangcai (Tchang-Kouang-ts�ai) au sud, Wandashan (Wan-ta-chan) au</p><p>nord-est. Les plaines de � Songnun �</p><p>(Song-nouen) [Soungari-Nonni], le plus vaste ensemble de plaines de la Chine du Nord-Est, occupent le centre de la province � une altitude moyenne de 100 � 150 m. La plaine de Sanjiang (San-kiang) [confluence des trois cours</p><p>d�eau, Heilongjiang, Soungari, et Ossouri] forme une vaste d�pression mal drain�e � moins de 50 m d�altitude qui s�ouvre � l�extr�mit� nord-est de la province, entre la retomb�e du Petit Khingan et les Wandashan.</p><p>Province limitrophe de la Sib�rie, le Heilongjiang conna�t un climat extr�-</p><p>mement contrast�. Les hivers sont tr�s longs (6 � 8 mois) et particuli�rement rigoureux. La moyenne de janvier est de � 20 �C dans le massif du Khingan ; l�emb�cle paralyse les fleuves pendant 6 mois et au nord le sol reste constamment gel� en profondeur. L��t� est toutefois tr�s chaud (moyenne de juill., 20 � 24 �C), mais aussi pluvieux (60 � 70 p. 100 des pr�cipitations annuelles, qui sont de 600 mm � l�est, de 400 mm � l�ouest, tombent de juillet � septembre) et assure ainsi une p�riode v�g�tative tr�s favorable � l�agriculture, quoique tr�s courte.</p><p>L�exploitation des for�ts des Wandashan, et surtout du Petit Khingan, et la mise en culture des terres vierges des plaines, activement d�velopp�es depuis 1949, font de la province un immense front pionnier.</p><p>Toute une s�rie de � villes nou-</p><p>velles �, dont la principale est Yichun (Yi-tch�ouen) [300 000 hab.], sont n�es au coeur des massifs forestiers. En 1957, le Heilongjiang produisait pr�s de 30 p. 100 du bois d�oeuvre (m�l�zes, sapins, bouleaux) de l�ensemble de la Chine. On estime � pr�s de 10 millions d�hectares les terres vierges (riches terres noires de prairie) cultivables des plaines de la province, d�sign�es en Chine par � Beidahuang � (Pei-ta-houang) [le Grand D�sert du Nord].</p><p>Plusieurs centaines de grandes fermes d��tat en ont d�j� d�frich� plus de 2 millions d�hectares.</p><p>Toute cette mise en valeur s�effectue par d�importants mouvements d�immigration en provenance de diverses r�gions de la Chine, en particulier de la Chine du Nord. Aussi le Heilongjiang conna�t-il le taux d�accroissement d�mographique le plus �lev� de l�ensemble des provinces chinoises : 11,9 millions d�habitants en 1953, 21</p><p>en 1967. Le soja (20 p. 100 des terres cultiv�es) et le ma�s (21 p. 100) sont les</p><p>principales cultures traditionnelles de la province, tandis que le bl� de printemps et la betterave � sucre (70 p. 100</p><p>de la production chinoise) sont les deux grandes cultures pratiqu�es sur les terres nouvelles.</p><p>La province disposerait des plus importantes r�serves de charbon � coke de l�ensemble de la Chine du Nord-Est.</p><p>Trois bassins principaux, ouverts par les Japonais, puis activement exploit�s apr�s 1950, fournissent l�essentiel de la production : de part et d�autre de la vall�e du bas Soungari, Hegang (Ho-kang) [5 Mt en 1957] et Shuangyashan (Chouang-ya-chan) [2,3 Mt en 1957] ; Jixi (Ki-si) [5,8 Mt en 1957] dans les massifs orientaux. L�or, qui existe en placers dans les alluvions des vall�es affluentes du Heilongjiang, est une ressource c�l�bre, la plus anciennement exploit�e de la province. A�goun est le principal centre de production. En 1958, du p�trole �tait d�couvert dans la r�gion qui s��tend au sud de Tsitsihar, et, en 1967, un millier de puits �taient en production, faisant de Daqing (Ta-k�ing) un des premiers bassins producteurs de la Chine.</p><p>L�urbanisation est ici un ph�nom�ne r�cent, n� de la mise en place du r�seau ferr� par les Russes au d�but du XXe s., et elle a �t� consid�rablement d�velopp�e depuis 1949 (doublement de la population urbaine totale entre 1949 et 1957) par suite de l�industrialisation de la province men�e parall�lement � la mise en valeur agricole. � l�est, Jia-musi (Kia-mou-sseu) [110 000 hab. en 1941 et 250 000 en 1957] est devenue la m�tropole des plaines de Sanjiang, dont elle traite la production agricole.</p><p>Reli�e par voie ferr�e aux bassins houillers de Hegang et Shuangyashan, elle en est le centre d�approvisionnement en produits alimentaires et en mat�riel m�canique. Mudanjiang (Moutan-kiang) [simple bourgade au d�but du si�cle, 252 000 hab. en 1957]</p><p>est le centre urbain des hautes terres orientales. La proximit� de la centrale hydro-�lectrique du Jingpohu (King-p�o-hou) a facilit� un remarquable d�-</p><p>veloppement industriel : � l�importante industrie du bois se sont ajout�s la carbochimie (charbon de Jixi), une usine de pneumatiques (fournissant l�usine</p><p>automobile de Changchun [Tch�ang-tch�ouen]) et tout un ensemble d�industries m�tallurgiques (mat�riel agricole notamment). Tsitsihar (en pinyin Qiqi-haer), m�tropole des plaines occidentales, a connu une �volution remarquable. Place forte au contact de la Mongolie cr��e en 1691, elle devint un actif centre de transports et de commercialisation des produits agricoles avec la construction du chemin de fer au d�but du XXe s. et constitue actuellement avec ses satellites une vaste municipalit� urbaine de 600 000 habitants o� plus de 200 usines nouvelles ont �t� implant�es, et notamment une raffinerie de p�trole et une unit� sid�rurgique (dans la ville satellite de Fula�erji</p><p>[Fou-la-eul-ts�i]).</p><p>Harbin (en pinyin Ha�erbin), capitale de la province (1 800 000 hab. en 1961) au coeur des plaines du Soungari, est une cr�ation russe du d�but du si�cle. Elle est devenue une des grandes villes industrielles de la Chine.</p><p>P. T.</p><p>F Harbin.</p><p>Heine (Heinrich)</p><p>En fran�ais, HENRI HEINE, po�te allemand (D�sseldorf 1797 - Paris 1856).</p><p>� Si j�ai pris les armes, �crivait Heine en 1833 � son ami K. A. Varn-hagen, c�est que j�y ai �t� contraint, il y avait d�j� dans mon berceau la feuille de route o� �tait trac�e ma carri�re. � Il �tait n� en effet dans une famille juive downloadModeText.vue.download 147 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5288</p><p>de D�sseldorf. Les von Geldern, ses anc�tres du c�t� maternel, �taient pourtant install�s l� depuis longtemps et y exer�aient la m�decine ; son p�re y eut un n�goce de velours qui prosp�rait, mais d�j� ses condisciples du coll�ge lui avaient marqu� la diff�rence entre eux et lui.</p><p>Cette � feuille de route � d�pos�e dans son berceau devait noter aussi que</p><p>la Rh�nanie, plus directement rattach�e � la France imp�riale jusqu�en 1814, a �t� r�gie par des lois qui ne faisaient plus de diff�rences entre les confessions et admettaient tous les citoyens � l�exercice de leurs droits. Heine se souvint de ces lois quand il songea � quitter l�Allemagne.</p><p>Les amours du po�te</p><p>Apr�s avoir tent� sa chance dans le commerce, � Hambourg surtout, o� vivait son oncle Salomon, grand homme de banque et protecteur de la famille, le jeune Heine vient faire des �tudes de droit � l�universit� de Bonn � l�automne de 1819. �tudiant patriote, admirateur des h�ros de la guerre de lib�ration, il esp�re, avec toute sa g�n�-</p><p>ration, qu�une Allemagne nouvelle sor-tirait du grand soul�vement lib�rateur de 1813-1815. � Bonn, il rencontre August Wilhelm von Schlegel, professeur � l�universit�, qui s�int�resse aux vers de son �tudiant, l�encourage et le conseille.</p><p>D�j� Heine est le po�te de l�amour sans espoir, depuis qu�il a d� renoncer � gagner le coeur de sa cousine Am�-</p><p>lie, fille de Salomon, qu�il a connue � Hambourg. Ni les camarades, ni le plaisir qu�il prend � �crire, ni les promenades au bord du Rhin ne la lui font oublier ; ni un long voyage � pied du Rhin � G�ttingen, � l�automne de 1820.</p><p>� Berlin m�me, o� il �tudie � partir du printemps de 1821, son coeur est habit� par une seule pens�e, et aucun des po�mes de cette �poque ne lui est tout � fait �tranger.</p><p>Les plus belles pi�ces de l�Inter-mezzo, qui est de 1823, et du Retour (Heimkehr), qui est de l�ann�e suivante, sont des d�clarations de passion sans espoir, des mal�dictions de l�indiff�rence ou des moqueries contre le monde, qui ne s�aper�oit de rien. La Lorelei, la plus touchante cr�ation et le po�me le plus populaire de Heine, �blouit d�abord celui dont elle va faire le malheur.</p><p>Dans la solitude et le d�sespoir, Heine, un des premiers, invoque la mer. Il aimait la mer du Nord, il y est retourn� chaque ann�e, en particulier</p><p>� l��le de Norderney : la Mer du Nord (Die Nordsee) forme la derni�re partie du Livre des chants (Das Buch der Lieder), o� le po�te, en 1827, a rassembl� toute sa production de jeunesse.</p><p>Tableaux de voyages</p><p>C�est le premier volume des Reisebilder (Tableaux de voyages, 1826-27) qui a �tabli la renomm�e de Heine. Il r�unissait les 88 po�mes du Retour, la premi�re partie de la Mer du Nord et, en prose, le Voyage dans le Harz (Die Harzreise). Heine y cr�ait une mani�re de genre nouveau : r�cit actuel, impressionniste, artiste et en m�me temps critique o� la prose et les vers se m�lent � tout moment.</p><p>La suite des Reisebilder (1830-31) allait offrir de beaux exemples de ce genre, qui marie la fantaisie et la v�rit�, dans Tambour Le Grand, o� le po�te a transfigur� ses souvenirs d�enfance, et dans les Bains de Lucques et les autres r�cits � italiens �, rhapsodies � perdre haleine, o� le fantastique sort de la caricature avec autant de libert� que chez E. T. A. Hoffmann*, que Heine venait de rencontrer � Berlin.</p><p>Goethe et Hegel</p><p>�tudiant le droit � Berlin, Heine suivait les cours de Hegel* sur la philosophie de l��tat et fit siens les principes de la dialectique id�aliste de l�histoire. Pour Heine po�te aussi, l�analyse h�g�lienne des rapports entre l�id�e et l��v�nement, l�esprit et le corps sera des r�v�-</p><p>lations. Plus tard, dans ses derni�res ann�es, il prendra ses distances avec passion, mais vingt ann�es durant au moins, l�histoire des hommes appara�t � Heine, disciple de Hegel, comme la manifestation d�une rationalit� id�ale.</p><p>Aussi n�est-il point de plus urgent devoir que de prendre conscience du sens du devenir et d�y contribuer. Le po�te aussi.</p><p>Ainsi, Heine, qui admirait d�abord Goethe comme le ma�tre incontest� de la langue po�tique, s�oppose bient�t � lui. Il le tient pour le grand pr�tre de l�art pour l�art, le � g�nie qui rejette son si�cle � et qui se compla�t dans l�univers serein de la beaut� pure. Mais, dans le temps nouveau qui commence,</p><p>dans l��re des lib�rations, le po�te doit quitter son refuge et combattre pour les libert�s : � La fin de la p�riode artiste est aussi la fin du goeth�anisme</p><p>[...]. Dans une �re d�enthousiasme et d�action nous n�avons plus besoin de lui � (28 f�vr. 1830). Ou encore : � La r�volution fait son entr�e dans la litt�-</p><p>rature [...] et je suis peut-�tre bien le seul repr�sentant de cette r�volution �</p><p>(4 f�vr. 1830).</p><p>Munich et l�Italie</p><p>Mais les Allemands de 1830 sont encore, pour Heine, � un peuple somno-lent �. Les princes y r�gnent sans trop de peine ; les �tudiants de 1813, �loquents et patriotes, se sont �puis�s en discours ; dans un �tat allemand, la vie demeure difficile pour qui est d�origine juive. Heine est fait docteur en droit � G�ttingen en 1825. La m�me ann�e, il se fait baptiser par un pasteur luth�rien et commence � chercher une ville o� s��tablir. La premi�re offre lui vient d�Allemagne du Sud : J. F. Cotta, �diteur � Stuttgart, lui confie la direction d�une revue � Munich. Heine passe � Munich un peu plus de six mois et y suscite l�hostilit� du parti cl�rical ; il essaie en vain d�entrer � l�universit� et va en Italie, aux bains de Lucques, pour l��t� et l�automne de 1828. Il en rapportera les deux derniers tomes des Reisebilder. Ses tableaux d�Italie sont l�inverse d�une relation de voyage : l�auteur se d�place peu, son imagination seule vagabonde, avec une vivacit� juv�nile.</p><p>Il passe l�ann�e 1829 � Berlin et � Potsdam, �crivant et publiant. Il est d�sormais un pol�miste redout� : � Si je retrouve la sant�, je pourrai faire beaucoup de choses, car ma voix, d�-</p><p>sormais, porte loin. Tu vas l�entendre plus d�une fois tonner... � �crit-il � un ami apr�s ses premiers succ�s (9 juin 1827). Mais il n�a point de repos, ne sait o� s�installer et est harcel� par la maladie : la mer du Nord est sa consolation. Ainsi, il �tait � Helgoland, en pleine mer, quand y parvint la nouvelle de la r�volution de juillet 1830.</p><p>D�part pour Paris</p><p>D�j�, en 1826, Heine pense � un s�jour</p><p>ou m�me � un �tablissement � Paris, pour y vivre et surtout y �crire plus librement : � Les Fran�ais sont le peuple �lu de la nouvelle religion ; c�est dans leur langue qu�ont �t� �crits les premiers �vangiles et les dogmes ; Paris est la nouvelle J�rusalem, le Rhin est le Jourdain qui s�pare le pays de la libert� du pays des Philistins. � Heine devait franchir le nouveau Jourdain le 17 mai 1831 et arriver � Paris le 20.</p><p>Heine � Paris</p><p>Il vivra vingt-cinq ans et composera la majeure partie de son oeuvre en prose ainsi que ses derniers cycles de po�mes, en particulier le Romanzero.</p><p>Vite, il y devient une des figures du monde litt�raire et du Boulevard. Il peut affirmer dans Lut�ce (deuxi�me partie, ao�t 1854) : � Jamais un Allemand n�a acquis � un si haut degr� que moi la sympathie des Fran�ais, aussi bien dans le monde litt�raire que dans la haute soci�t�. �</p><p>Parmi les �crivains, Th�ophile</p><p>Gautier est son ami le plus constant, avec G�rard de Nerval, qui traduit ses po�mes ; Balzac l�accueille. C�est dans la Revue des Deux Mondes que Heine publie le plus ; mais on trouve des lettres ou des articles de lui dans une foule de p�riodiques ; il sera longtemps correspondant � Paris de la Gazette d�Augsbourg (Augsb�rger Allgemeine Zeitung).</p><p>Il prend soin cependant de se distinguer du groupe de la Jeune Allemagne, poursuivi en vertu d�une ordonnance f�d�rale de 1835 et qui pourtant comprend plusieurs de ses amis, comme Karl Gutzkow et Heinrich Laube. Il pol�mique m�me contre eux dans le Miroir des Souabes (Der Schwabens-piegel). Plusieurs de ses pi�ces d�actualit� (Zeitgedichte) sont dirig�es contre des po�tes lib�raux comme Georg</p><p>Herwegh ou Franz Dingelstedt. Enfin, il se brouille gravement avec Ludwig B�rne (1786-1837), le meilleur pol�-</p><p>miste lib�ral, comme lui r�fugi� � Paris et qu�il a d�abord admir�. � l�inverse de ce r�publicain aust�re, Heine professe une mani�re de philosophie du plaisir. Il se bat en duel contre un ami de B�rne en septembre 1841 et publie,</p><p>peu apr�s la mort de son ancien ami, un ouvrage satirique, Ludwig B�rne.</p><p>Heine a dit lui-m�me qu�il ne savait pas r�sister au d�mon qui le poussait � d�chirer ses propres amis.</p><p>Saint-simonisme</p><p>et communisme</p><p>Durant ses premi�res ann�es parisiennes, Heine professait la philosophie politique du saint-simonisme, notamment en ce qui est de la � r�habilitation de la chair �. En arrivant � Paris, il a pu assister � la dispersion du groupe saint-simonien et il lui est arriv� l� aussi de railler l��glise nouvelle, mais il n�a cess� de penser que Saint-Simon avait saisi la nature de la soci�t� moderne.</p><p>Il est demeur� en rapport avec certains saint-simoniens pass�s � l�industrie comme Michel Chevalier.</p><p>Apr�s l�industrialisme saint-simonien, Heine a connu aussi les d�buts du mouvement marxiste. En particulier, il toucha de pr�s au groupe qui a downloadModeText.vue.download 148 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5289</p><p>publi�, en 1844, les Annales franco-allemandes. Mais apr�s cette p�riode de vif int�r�t pour les r�voltes ouvri�res et pour le communisme naissant, Heine devait s�en d�tourner, de plus en plus nettement � partir de la r�volution de f�vrier 1848. Un r�gime populaire et r�volutionnaire lui appara�t alors comme mortel pour l�art et le culte de la beaut�.</p><p>Nouvelles po�sies</p><p>� Paris, Henri Heine est devenu po�te galant et politique. Les cycles parisiens de po�sies portent en guise de titre des pr�noms f�minins, apr�s le Nouveau Printemps (Neuer Fr�hling), avant les Romances et les Po�mes actuels (Zeitgedichte), qui s�ouvrent sur un appel � la lutte : � Bats le tambour et n�aie pas peur... � On y trouve aussi une pi�ce fameuse, provoqu�e par l�insurrection des tisserands de Sil�sie en 1844 :</p><p>� Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul de mort. �</p><p>Celle qui �tait devenue Mme Henri Heine aurait pu trouver qu�elle avait peu de place dans les po�mes de son mari, mais elle �tait n�e en Normandie et ne lisait pas l�allemand ; Heine s��tait �pris de sa beaut� et l�appelait quelquefois son � chat sauvage � ; elle demeura aupr�s de lui apr�s 1848 durant les longues ann�es de sa maladie.</p><p>Elle �tait comme le symbole de la rupture avec le monde ancien des amours d�sesp�r�es. Elle alla pourtant � Hambourg, durant le voyage que le po�te y fit � l�automne de 1843. Lui en rapporta un long po�me en 27 chapitres, intitul� Allemagne, conte d�hiver (Deutschland, ein Winterm�rchen). Il y retrouve le ton des Reisebilder, m�lant les souvenirs, la satire, de loin en loin aussi une profession de foi politique.</p><p>France-Allemagne</p><p>Dans le testament d�pos� par Heine le 13 novembre 1851 chez un notaire de Paris, on peut lire : � La grande affaire de ma vie �tait de travailler � l�entente cordiale entre l�Allemagne et la France.</p><p>Je crois avoir bien m�rit� autant de mes compatriotes que des Fran�ais, et les titres que j�ai � leur gratitude sont sans doute le plus pr�cieux legs que j�aie � confier � ma l�gataire universelle. �</p><p>Au d�but, Heine s��tait vivement int�ress� � la peinture et avait publi� le Salon de 1833, o� on sent qu�il a lu Diderot, mais o� il donne une large place � ceux qui ont peint les journ�es de Juillet. En 1834, une librairie de Paris donne la version fran�aise des Reisebilder (Tableaux de voyage) ; � partir du 15 d�cembre, la Revue des Deux Mondes publie une longue �tude, qui fera plus tard un volume : De l�Allemagne depuis Luther (Zur Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland). Apr�s 1840, devenu correspondant parisien de la Gazette d�Augsbourg, il lui donnera les nom-</p><p>breuses chroniques, reprises ensuite dans les deux volumes de Lut�ce (Lute-zia, 1854). Il servait bien de m�diateur entre les deux peuples.</p><p>Retour aux sources</p><p>� partir de 1848, peu apr�s les journ�es de f�vrier, un mal incurable l�enferme chez lui, paralys�. Il a dit dans ses derniers vers toute la douleur de la d�ch�ance. Les pens�es de ses derni�res ann�es ne sont plus pour les luttes politiques ou pour cette mission europ�enne qu�il se donnait.</p><p>Son propre destin et le sens de sa vie le tourmentent : � Le paganisme � la mani�re des Grecs, pour beau et joyeux qu�il soit, ne me suffit plus, depuis que moi-m�me je ne suis plus ni beau ni joyeux. J�ai retrouv� le chemin qui m�ne � Dieu... �</p><p>Ce Dieu auquel il croit de nouveau, et il le redit dans son testament, est le Dieu de la Bible. � Oui, je suis revenu � Dieu, comme le fils prodigue, apr�s avoir longtemps gard� les cochons avec les disciples de Hegel �, �crit-il le 30 septembre 1851, dans la postface au Romanzero, son dernier grand recueil lyrique. Histoires, ballades et romances diversement exotiques s�y</p><p>succ�dent dans les premiers chants, avec encore des attaques contre ses ennemis de jadis pour en arriver au Livre de Lazare, d�un ton bien plus personnel et qui se termine sur une mani�re de confession intitul�e Enfant perdu.</p><p>Les derniers po�mes, apr�s le Romanzero, sont une suite de dialogues avec la mort, et travers�s d�exclamations de la m�me ironie am�re que les anciens chants de l�amour malheureux.</p><p>P. G.</p><p>G. Bianquis, Heine, l�homme et l�oeuvre (Boivin, 1948). / J. Dresch, Heine � Paris (Didier, 1956). / A. Vallentin, Henri Heine (A. Michel, 1956). / H. Kaufmann, Heinrich Heine, geistige Entwicklung und k�nstlerisches Werk (Berlin, 1967). / W. Maier, Leben, Tat und Reflexion, Untersuchungen zu Heinrich Heines Aesthetik (Bonn, 1969).</p><p>Heisenberg</p><p>(Werner Karl)</p><p>Physicien allemand (W�rzburg 1901).</p><p>Fils d�un professeur de grec byzantin � l�universit� de Munich, Werner Heisenberg, apr�s avoir �t� quelque temps mobilis�, fait ses �tudes dans les circonstances difficiles qui suivent la Premi�re Guerre mondiale. Il fr�quente l�universit� de Munich, o� il est l��l�ve de Sommerfeld, puis celle de G�ttingen, o� il devient, en 1923, assistant de physique aupr�s de Max Born. C�est l� qu�il fait la connaissance de N. Bohr*, venu en visite. D�s lors, jusqu�en 1928, date o� il re�oit une chaire de physique � l�universit� de Leipzig, il passe la majeure partie de son temps chez Bohr, � Copenhague ; dans ce laboratoire,</p><p>de nombreux chercheurs, devenus c�l�bres par la suite, font r�gner une extraordinaire activit�.</p><p>En 1942, Heisenberg est nomm�</p><p>professeur � l�universit� de Berlin.</p><p>Alors que la plupart de ses coll�gues ont �migr� aux �tats-Unis, c�est l� que, durant la Seconde Guerre mondiale, il s�occupe, sans chercher d�applications militaires, de r�aliser la production d��nergie nucl�aire. Apr�s avoir �t� fait prisonnier par les Anglais, il est, en 1946, charg� d�une chaire � l�universit� de G�ttingen, puis, � partir de 1955, il enseigne � Munich.</p><p>Les travaux de Heisenberg le si-</p><p>tuent au premier rang des th�oriciens contemporains. Il renouvelle d�abord la th�orie du ferromagn�tisme et d�-</p><p>couvre les formes allotropiques de l�hydrog�ne. Il d�veloppe la m�canique quantique, et l�application qu�il en fait � l�atome l�am�ne � concevoir celui-ci comme un tableau de nombres, d�nu� d�image mat�rielle, mais justiciable du calcul matriciel (1925). C�est � lui qu�on doit, la m�me ann�e, le principe du rejet des ph�nom�nes inob-servables, d�apr�s lequel tout ce qui n�est pas observable par des moyens physiques est n�cessairement d�nu� de signification. Gr�ce � son travail de 1926 sur l�atome d�h�lium, qui lui fait d�couvrir les � forces d��change � entre particules de m�me nature, il r�ussit � en expliquer la stabilit�. Il est surtout connu comme l�auteur des � relations d�incertitude �, qui ont renouvel� tous les concepts de la microm�canique. Ce principe d�incertitude, ou d�ind�termination, li� � l�introduction de la dualit� onde-corpuscule, s�exprime par une relation math�matique montrant que, si l�on cherche � pr�ciser la position d�une particule � un instant donn�, on commet une erreur croissante sur sa quantit� de mouvement, et que, si l�on veut d�terminer son �nergie plus pr�-</p><p>cis�ment, il faut op�rer sur des temps de plus en plus longs. Il s�explique par le fait que les op�rations de mesure introduisent des perturbations de l�ordre de grandeur de ce que l�on cherche � mesurer. Ce principe, d�apr�s lequel la notion m�me de trajectoire perd tout sens � l��chelle atomique, a pouss� � admettre l�interpr�tation probabiliste</p><p>de la m�canique ondulatoire.</p><p>Enfin, en 1932, sit�t apr�s la d�couverte du neutron, Heisenberg est l�auteur de la th�orie admise depuis pour la structure du noyau de l�atome, form� uniquement de protons et de neutrons.</p><p>Tous ces travaux valent � leur auteur le prix Nobel de physique pour 1932. Aujourd�hui, Heisenberg appara�t bien comme l�un des principaux cr�ateurs de la connaissance du monde de la microphysique.</p><p>R. T.</p><p>H. Cuny, Werner Heisenberg et la m�canique quantique (Seghers, 1966). / H. H�rz, Werner Heisenberg und die Philosophie (Berlin, 1966 ; 2e �d., 1968).</p><p>h�lice</p><p>Organe m�canique permettant de transformer l��nergie disponible sur l�arbre d�un moteur en �nergie directement utilisable pour mouvoir un v�hicule � travers un fluide.</p><p>Une h�lice est constitu�e par plusieurs ailes, ou pales, dispos�es r�gu-li�rement autour d�un moyeu qui est fix� � un arbre entra�n� par l�appareil propulsif. En marche avant la face ar-ri�re des pales, ou intrados, s�appuie sur le fluide et exerce une pouss�e sur le v�hicule, tandis que la face avant, ou extrados, est le c�t� en d�pression.</p><p>On distingue essentiellement deux cat�gories d�h�lices : les h�lices marines et les h�lices a�riennes.</p><p>H�lices marines</p><p>Dans l�ensemble propulsif d�un navire, l�h�lice transforme la force d�velopp�e par rotation dans un appareil moteur en une pouss�e longitudinale. Cette pouss�e est transmise au navire par l�interm�diaire d�une but�e sur laquelle vient downloadModeText.vue.download 149 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5290</p><p>s�appuyer la ligne d�arbres reliant l�h�-</p><p>lice � l�appareil moteur.</p><p>Les pales sont habituellement d�finies au moyen de sections trac�es par des cylindres coaxiaux � l�axe de rotation et dans lesquelles on peut prendre comme corde de r�f�rence la droite joignant l�ar�te d�entr�e � l�ar�te de sortie de la pale. Cette corde passe par l�axe de rotation et est normalement la g�n�ratrice d�une surface h�lico�dale s�appuyant sur une h�lice g�om�trique trac�e sur chaque cylindre coaxial.</p><p>Dans une section d�velopp�e, la</p><p>corde de r�f�rence est inclin�e par rapport � une droite perpendiculaire � l�axe de rotation d�un angle &#x3B1; tel que H �tant le pas de cette h�lice � la distance r de l�axe.</p><p>Le pas peut �tre constant ou varier en fonction du rayon. Il est dit � � droite �</p><p>si, pour la marche avant, l�h�lice, vue de l�arri�re, tourne dans le sens d�horloge. Il est dit � � gauche � dans le cas contraire. Le pas peut �tre modifi� en cours de fonctionnement (h�lices � pas variable). Le diam�tre de l�h�lice est celui du cylindre qui limite ext�rieurement les ailes.</p><p>Le meilleur rendement d�une h�lice se situant, toutefois, � une vitesse de rotation g�n�ralement inf�rieure � celle de l�appareil moteur, les moteurs rapides et, a fortiori, les turbines exigent l�interposition de r�ducteurs, compos�s d�un train d�engrenages de diam�tres appropri�s.</p><p>En dehors des navires de mer, l�h�-</p><p>lice est utilis�e pour la propulsion des engins empruntant les voies d�eau in-t�rieures (remorqueurs, automoteurs, pousseurs).</p><p>Historique</p><p>Nombreux ont �t� dans divers pays les chercheurs qui se sont efforc�s de r�aliser un appareil de propulsion dans l�eau d�rivant de la vis d�Archim�de.</p><p>Les premi�res h�lices se pr�sentent, d�ailleurs, sous forme de vis. Sans sous-estimer l�importance de l�apport de ces pr�curseurs, on peut admettre que la premi�re r�ussite d�une h�lice authentique fut, en 1836, celle de l�Anglais</p><p>sir Francis Pettit Smith (1808-1874), qui fit monter sur une embarcation � vapeur un propulseur en bois. En 1839, son Archim�de confirma sa r�ussite en d�passant 9 noeuds. De 1832 � 1836, l�ing�nieur su�dois John Ericsson (1803-1889), devenu plus tard am�ricain, avait poursuivi des exp�riences parall�les. En France, d�s 1832, Fr�d�-</p><p>ric Sauvage (1786-1857) avait pris un brevet pour une h�lice tr�s voisine de celle que Smith allait r�aliser, mais son invention ne vit le jour que lorsqu�il se fut associ� avec Augustin Normand (1792-1871), qui, apr�s l�avoir perfectionn�e, aid� par un homme de haute comp�tence, l�Anglais Barnes (1798-1852), construisit en 1842 le paquebot-poste Napol�on (364 tonneaux), utilis� plus tard comme aviso de la Marine nationale sous le nom de Corse.</p><p>Dot�e d�une h�lice en bronze � pales s�par�es, cette unit� r�alisa une vitesse de 11 noeuds. L�h�lice moderne �tait n�e, marquant un progr�s d�cisif sur les roues � aubes, qui, d�un rendement moindre, encombrantes et fragiles, offraient trop de prise au vent comme aux lames et dont le fonctionnement �tait, de plus, perturb� par fort roulis.</p><p>Les h�lices actuelles</p><p>Elles sont g�n�ralement monoblocs, mais peuvent �tre, aussi, � pales rapport�es sur le moyeu. Les alliages les plus couramment employ�s sont soit des laitons � haute r�sistance, riches en zinc (30 � 40 p. 100) et � tr�s faible teneur en aluminium, soit des cupro-aluminiums, sans zinc, mais avec environ 10 p. 100 d�aluminium. Le nombre des ailes s��chelonne de trois � sept pour les h�lices monoblocs et de trois � quatre pour les h�lices � ailes rapport�es. Les h�lices monoblocs peuvent atteindre des dimensions et un poids consid�rables. Ainsi, celles du paquebot France ont un diam�tre de 5,80 m et p�sent plus de 25 t. Mais, sur certains p�troliers, on en trouve qui d�passent 10 m de diam�tre, leur poids �tant de plusieurs dizaines de tonnes.</p><p>Les h�lices sont mont�es � l�arri�re de la coque, en position propulsive et non tractive. Toutefois, il existe des propulseurs d��trave constitu�s par un moteur entra�nant une h�lice dispos�e dans un tunnel transversal, � l�avant du navire,</p><p>ce qui permet les manoeuvres portuaires sans recours aux remorqueurs.</p><p>H�lices � ailes orientables</p><p>y � pas r�glable. On peut donner aux ailes certaines orientations permettant d�obtenir, pour la vitesse qu�on s�est fix�e, le rendement optimal de l�appareil moteur. Mais ce syst�me impose le stoppage de la ligne d�arbres � chaque changement de position des ailes ; il est cependant int�ressant dans le cas de voyages s�effectuant � des vitesses de croisi�re diff�rentes (voyages de jour et voyages de nuit, par exemple).</p><p>y � pas variable ou r�versible. Un m�canisme complexe permet d�orienter les pales progressivement pour faire varier la vitesse ou inverser la marche du navire sans changement de r�gime de l�appareil moteur.</p><p>H�lices multiples</p><p>Pour diverses raisons et, notamment, pour tenir compte des limites de r�sistance des mat�riaux, il est n�cessaire de ne pas imprimer � une seule ligne d�arbres une trop forte pouss�e. Dans le cas de navires rapides dot�s d�un puissant appareil propulsif (paquebots par exemple), on est donc conduit � r�-</p><p>partir la puissance entre deux ou quatre lignes d�arbres (exceptionnellement trois). Malgr� une perte de rendement, cette formule donne certaines facilit�s : possibilit� d�une allure r�duite avec deux lignes d�arbres au lieu de quatre, pour un rendement optimal de l�appareil moteur, poursuite du voyage avec un ou deux appareils propulsifs en panne, souplesse de manoeuvre en faisant battre en avant les h�lices d�un bord et en arri�re celles de l�autre, etc.</p><p>En marche normale, la rotation en sens inverse de deux h�lices jumelles �vite la dissym�trie de l��coulement des filets d�eau qui, dans le cas de l�h�-</p><p>lice unique, oblige � donner un certain angle � la barre pour compenser leur action transversale. Si deux h�lices jumelles tournent vers l�int�rieur du navire, elles sont supra-convergentes, et, si elles tournent vers l�ext�rieur, elles sont supra-divergentes. Cette derni�re</p><p>disposition assure une meilleure ma-niabilit� et a, g�n�ralement, la faveur des constructeurs.</p><p>Importance du trac� de l�h�lice</p><p>Du trac� de l�h�lice d�pendent son rendement et le risque de vibrations � l�ar-ri�re. Un ph�nom�ne important pour le fonctionnement des h�lices marines est la cavitation. Au-del� d�une certaine vitesse de rotation de l�h�lice, il se forme vers la p�riph�rie des pales un vide dans l��coulement, provoqu� par une d�pression trop importante � l�extrados. Le r�gime de rotation auquel la cavitation prend naissance d�pend de la vitesse du navire. La cavitation entra�ne une baisse de rendement, des vibrations et des d�t�riorations des pales.</p><p>On est parvenu dans une large mesure � l��liminer en limitant l�angle d�attaque et l��paisseur relative des pales. Enfin, la position des h�lices par rapport � la surface libre de l�eau est importante, la cavitation �tant favoris�e par une insuffisante immersion des pales.</p><p>H�lices a�riennes</p><p>Ce sont celles qui sont associ�es aux moteurs � pistons et aux turbopropul-seurs pour la propulsion des avions, ainsi que celles qui sont utilis�es dans les �oliennes. Pour d�finir une pale, il suffit de conna�tre la forme des diff�-</p><p>rentes sections par des plans perpendiculaires � l�axe de la pale. Comme pour un profil d�aile, on peut choisir pour chacune de ces sections une corde de r�f�rence, et l�angle &#x3B1; que fait cette corde avec le plan de l�h�lice est appel� calage de la section. On d�finit alors le pas de cette section comme le pas de l�h�lice g�om�trique de m�me axe que l�h�lice consid�r�e et tangente � la corde de r�f�rence. Pour une section si-tu�e � la distance r de l�axe de rotation, le pas a pour valeur 2 r tg &#x3B1;. Ce pas peut conserver la m�me valeur tout au long de la pale ; on construit cependant des h�lices pour lesquelles il varie en fonction du rayon de la section. Enfin, il existe des h�lices pour lesquelles l�ensemble des pas des sections varie en cours de fonctionnement ; ces h�-</p><p>lices sont dites � � pas variable �.</p><p>Le nombre de pales varie g�n�ra-</p><p>lement de deux � quatre ; cependant, downloadModeText.vue.download 150 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5291</p><p>dans certains cas particuliers, on a r�alis� des h�lices � six pales.</p><p>Les performances des h�lices d�-</p><p>pendent dans une large mesure des param�tres g�om�triques ; c�est notamment le cas du rendement, c�est-�-dire du rapport de l��nergie de propulsion � l��nergie motrice. C�est ainsi que, pour des vitesses par rapport � l�air limit�es, les meilleurs r�sultats sont obtenus avec des pales � profil mince, relativement �troites, c�est-�-dire dont la largeur ne d�passe pas 10 p. 100 du rayon.</p><p>Mais, comme pour les profils d�ailes, les ph�nom�nes a�rodynamiques se modifient au fur et � mesure de l�augmentation de la vitesse, ces modifications commen�ant par affecter les extr�mit�s de pales, puisque c�est l�endroit o� la vitesse est la plus grande.</p><p>Sur une h�lice d�avion, par suite de la composition de la vitesse d�avancement de l�avion et de la vitesse de rotation de l�h�lice, la vitesse du son est atteinte localement bien avant qu�il n�en soit de m�me pour l�aile ; le rendement de l�h�lice diminue alors tr�s vite. Aussi, pour faire voler dans de bonnes conditions des avions � h�lices � de hautes vitesses subsoniques, il a fallu modifier les formes de profils et la forme en plan des pales ; on s�est alors orient� vers des profils laminaires � ma�tre couple recul�, et vers des pales �largies � l�extr�mit�, de telle sorte que l��paisseur relative soit le plus faible possible.</p><p>Sur le plan des dimensions, les</p><p>h�lices d�avion ont g�n�ralement des diam�tres de l�ordre de 2 � 3 m ; cependant, certains avions � d�collage et � atterrissage courts font appel � des h�lices de dimensions beaucoup plus importantes, car elles doivent participer non seulement � la propulsion de l�appareil, mais aussi � sa sustentation lorsque la vitesse d�avancement est faible. Tel est le cas, notamment, du Breguet � 941 �, dont les quatre h�lices ont un diam�tre de 4 m et cou-</p><p>vrent presque la totalit� de l�envergure de l�aile. Enfin, sur certains avions � d�collage et � atterrissage verticaux, les moteurs basculent de 90�, de telle sorte que les h�lices cr�ent une force de sustentation sup�rieure au poids de l�avion et permettent un vol vertical.</p><p>Dans le cas des avions l�gers, mono-moteurs, l�h�lice est � pas fixe et ne fournit un rendement maximal qu�� une seule vitesse de vol. Sur les avions de moyen ou gros tonnage, et en particulier les avions de transport, l�h�lice est � pas variable, la variation de pas pouvant m�me aller jusqu�� inverser le sens de l�effort produit par l�h�lice.</p><p>Il s�exerce alors une force de freinage qui peut �tre utilis�e � l�atterrissage comme appoint au freinage sur les roues ; ce ph�nom�ne est appel� inversion du pas.</p><p>Pour am�liorer le rendement des</p><p>h�lices, on a �t� amen� dans certains cas particuliers � l�envelopper d�un car�nage dont le divergent avant forme diffuseur et le convergent arri�re tuy�re de d�tente. Pour une puissance m�canique donn�e appliqu�e � l�h�lice, la traction est d�autant plus �lev�e que la section du flux d�air en arri�re du car�nage est plus grande ; des sections de flux atteignant pr�s de deux fois la surface du disque balay� par l�h�lice ont d�j� �t� atteintes dans la pratique.</p><p>Parmi les applications des h�lices car�n�es figurent l�avion � d�collage et � atterrissage verticaux exp�rimen-</p><p>tal Bell � XV-22 �, qui en comporte quatre, mont�es aux extr�mit�s de deux ailes en tandem, et l�A�rotrain*, qui, bien qu��tant un v�hicule terrestre, est m� par un propulseur d�avion.</p><p>Enfin rentrent dans la cat�gorie des h�lices a�riennes les �oliennes, qui permettent d�obtenir de l��nergie utilisable � partir du vent. Il s�agit g�n�ralement de roues de grand diam�tre, de l�ordre de quelques dizaines de m�tres, et qui comportent de deux � quatre pales, de forme analogue � celle des pales d�h�lices. On trouve aux �tats-Unis des �oliennes d�veloppant des puissances sup�rieures � 2 500 kW ; leur orientation en fonction de la direction du vent et le r�glage de la puissance s�effectuent automatiquement.</p><p>L�inconv�nient principal des �oliennes tient dans l�irr�gularit� du r�gime des vents, qui implique la m�me irr�gularit� pour la puissance produite.</p><p>H. C. et J. L.</p><p>F A�rodynamique / Avion / D�collage / Propulsion par r�action.</p><p>A. Lamouche, Th�orie du navire (Challamel, 1921). / P. Lorain, l�H�lice propulsive (Dunod, 1923). / S. Drzewiecki, Th�orie g�n�rale de l�h�-</p><p>lice (Gauthier-Villars, 1929). / P. Rebuffet, A�ro-</p><p>dynamique exp�rimentale (B�ranger, 1950).</p><p>/ G. Serane, Cours d�a�rotechnique (Dunod, 1956 ; 3e �d., 1963). / P. Rousseau, Histoire des transports (Fayard, 1961).</p><p>h�licopt�re</p><p>F GIRAVIATION.</p><p>h�liogravure</p><p>Proc�d� industriel d�impression d�riv� de la gravure en creux.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Le principe de l�impression est le m�me : les creux grav�s dans le m�tal sont remplis d�encre, la surface est essuy�e, l�encre restant dans les creux est d�pos�e, par contact direct sous pression, sur le papier � imprimer. La forme d�impression, g�n�ralement un cylindre, plus rarement une plaque, est grav�e chimiquement par morsure � l�acide.</p><p>L�appellation h�liogravure, ou, en abr�g�, h�lio, adopt�e en France, provient de ce qu�� l�origine on se servait de la lumi�re du soleil pour l�insolation de la couche sensible devant fournir la r�serve protectrice lors de la gravure � l�acide. Les Anglo-Saxons ont conserv� l�appellation gravure ; les Allemands disent Tiefdruck.</p><p>Les planches de gravure manuelle en creux, ou taille-douce, sont encr�es et essuy�es manuellement. Sur les machines � imprimer h�lio, ces op�rations sont, bien entendu, m�canis�es. Le cylindre est encr� par barbotage dans un bac ou par projection d�une encre liquide ayant la consistance d�une huile l�g�re et qui ruisselle � sa surface. Pour essuyer cette surface tout en laissant l�encre dans les creux, on y appuie une racle. Cette mince lame d�acier s�appuie sur le sommet des cloisons s�parant les alv�oles grav�s, cloisonnement qui constitue la trame. Si l�on regarde � la loupe une impression h�lio, on aper-</p><p>�oit dans les tons l�gers le quadrillage image de la trame ; celui-ci a disparu dans les tons forts, car l��talement de l�encre a couvert toute la surface. Le support � imprimer, papier, plastique</p><p>ou autre mat�riau, est appuy� contre le cylindre encr� par un rouleau presseur garni de caoutchouc.</p><p>L�inventeur de</p><p>l�h�liogravure</p><p>Karl Klietsch ou Kli&#x10D;</p><p>N� � Arnau (Hostinn�) en Boh�me en 1841, il apprend la gravure, qu�il exerce pendant un certain temps. En 1869, il s�installe � Vienne et y �tablit un atelier o� il utilise pour la gravure de planches de cuivre les proc�d�s photographiques ainsi que les proc�d�s de copie sur m�tal dont commencent � se servir les photograveurs.</p><p>L�invention des trames de photogravure donne apr�s 1885 une nouvelle impulsion � ses recherches. En 1895, s�associant avec les fr�res Storey, imprimeurs anglais � Lancaster, il monte dans cette ville le premier atelier d�impression en h�liogravure avec des machines � cylindres. � ses d�buts, le proc�d� est consid�r� comme co�teux et seulement applicable � des travaux tr�s soign�s. Mais, en 1911, un grand journal allemand, Frankfurter Zeitung, montre des pages imprim�es recto et verso en h�liogravure. Des revues comme l�Illustration � Paris, Illustrated News � Londres suivent son exemple, et des imprimeries existantes ou nouvelles s��quipent pour le nouveau proc�d�. K. Klietsch meurt � Vienne en 1926.</p><p>Confection de la</p><p>forme d�impression</p><p>On grave sur le cylindre des textes et des illustrations. Les textes peuvent �tre obtenus par toutes les techniques de la composition. La composition photographique, qui produit directement les textes sur film, convient particuli�rement. S�il s�agit de composition plomb, on en tire une �preuve sur support transparent, Cellophane par exemple. Les originaux des illustrations sont photographi�s ; on en obtient des n�gatifs, puis des positifs sur film au format d�sir�. L�assemblage des �preuves des textes et des films des illustrations constitue le montage, fait d�apr�s les indications de la mise en pages et les n�cessit�s de l�imposition. On contr�le le montage en tirant une �preuve par copie sur papier Ozalid (c�est le bon � graver).</p><p>Puis on le copie sur un interm�diaire, le papier pigment, ou papier charbon, qui porte une couche sensible de g�latine bichromat�e. Le papier charbon est ensuite appliqu� sur le cylindre de cuivre ; apr�s d�veloppement, il laisse sur celui-ci une r�serve de g�latine tann�e d��paisseur variable, � travers laquelle le cuivre sera grav� plus ou moins creux avec du chlorure ferrique, ou perchlorure de fer (Cl3Fe).</p><p>La gravure des cylindres ou des</p><p>plaques h�lio est longtemps rest�e un travail artisanal. L��tude et la connaissance des nombreux facteurs en jeu ont downloadModeText.vue.download 151 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5292</p><p>permis de la rendre plus pr�cise, plus s�re et de l�automatiser. Parall�lement � la technique conventionnelle, qui utilise le papier charbon comme interm�diaire, d�autres techniques se sont d�velopp�es : suppression du papier charbon par �tendage de la couche sensible sur le cylindre et copie directe du montage ; gravure directe par un outil dont l�enfoncement est command�</p><p>�lectroniquement d�apr�s l�exploration de l�original. La gravure par enl�vement de m�tal sous l�action d�un rayon laser fait l�objet d��tudes.</p><p>Impression</p><p>Une machine � imprimer h�lio comprend essentiellement un m�canisme d�encrage et d�essuyage de la forme, un m�canisme de pression, un dispositif de s�chage et des m�canismes d�alimentation, de passage et de sortie du papier.</p><p>Les machines � feuilles effectuent des impressions soign�es et de luxe : albums, monographies, cartes et</p><p>images, timbres et billets. Les rotatives font des travaux rapides et � long tirage, de bonne qualit� moyenne : p�-</p><p>riodiques, catalogues, impressions pu-blicitaires. Le proc�d� r�pond bien � la tendance qui demande de plus en plus des impressions en couleurs. Les rotatives � grande production impriment des bobines de papier dont la largeur</p><p>atteint et d�passe 2,40 m, � une vitesse d�passant 6 m/s. Elles poss�dent 5, 10</p><p>et m�me 15 �l�ments d�impression, ce qui permet d�imprimer simultan�ment en couleurs les bandes se d�roulant � partir de plusieurs bobines ; les bandes sont assembl�es � la sortie de la machine ; l�ensemble est pli�, formant un magazine pr�t � la vente.</p><p>Les encres d�h�liogravure s�chent par �vaporation. Comme toutes les encres d�imprimerie, elles sont constitu�es par un pigment, ou colorant, un liant, ou vernis d�asphalte, de r�sine naturelle ou synth�tique, et un solvant.</p><p>Le solvant s��vapore dans les s�cheurs de la machine sous l�action combin�e du chauffage et de la ventilation, laissant une pellicule vernis-pigment s�che et dure.</p><p>Les imprim�s peuvent �tre fa�on-</p><p>n�s imm�diatement ou bien la bande est rembobin�e ; elle porte des rep�res permettant son fa�onnage ult�rieur en rep�rage. C�est le cas pour beaucoup d�impressions d�emballages et de conditionnement. C�est le cas �galement pour la pr�-impression : la bande de papier imprim�e en couleurs en h�liogravure sera plus tard imprim�e en noir sur la rotative journal d�un quotidien ; celui-ci se pr�sentera avec une jaquette (ext�rieur) ou un encart (int�-</p><p>rieur) en couleurs.</p><p>L�h�liogravure peut imprimer</p><p>convenablement sur du papier de qualit� moyenne, � condition que sa surface soit lisse et souple. On imprime aussi sur n�importe quel support lisse et plan. Gr�ce � des encres appropri�es, ce proc�d� est largement employ� pour l�impression d�emballages sur tous supports, m�me non absorbants : papiers et cartons, aluminium, Cellophane et ses d�riv�s, plastiques de toutes sortes. Le vernissage est possible sur la m�me machine : on imprime un vernis en couche plus �paisse qu�une encre. L�impression d�encres or et argent, o� les � colorants � sont des particules de bronze ou d�aluminium, donne d�excellents r�sultats.</p><p>downloadModeText.vue.download 152 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5293</p><p>Caract�ristiques d�une</p><p>impression h�lio</p><p>Le montage des textes et des illustrations offre une grande souplesse d�ex�-</p><p>cution, par juxtaposition et m�me par superposition, donc une grande latitude au maquettiste pour sa mise en pages, qui peut �tre tr�s diversifi�e.</p><p>La pellicule d�encre d�pos�e sur le papier est plus ou moins �paisse selon la profondeur des alv�oles, qui va normalement de 1 ou 2 � 35 ou 40 &#x3BC;.</p><p>Comme l�encre liquide s��tale facilement � la surface du papier, l�imprim� a un aspect de model� continu ressemblant assez � celui d�une photographie.</p><p>Comme la pellicule d�encre a une �paisseur variable, donc une intensit� variable, l�imprim� montre l�ensemble des tonalit�s. Les tons fonc�s sont puissants et vigoureux ; les tons clairs peuvent �tre tr�s clairs. L�aspect de l�imprim� est � la fois contrast� et model�. Sur papier appropri�, l�encre s�che est bien brillante. L�impression r�siste au frottement. Mais l�ensemble de la forme d�impression doit �tre tram� pour soutenir la racle, les textes aussi bien que les illustrations. Cela exclut l�emploi des petits caract�res et des d�li�s fins.</p><p>L�impression h�lio sur rotatives est un proc�d� de masse. Les al�as de la gravure des cylindres, qui ont quelque peu frein� son d�veloppement industriel, disparaissent du fait de l�automatisation. L�avenir du proc�d� semble assur�, en particulier dans les deux domaines o� il occupe d�j� une place importante : d�une part magazines et gros catalogues, d�autre part emballages et conditionnement.</p><p>G. B.</p><p>F Composition / Encre / Imposition.</p><p>G. Baudry, H�liogravure et tirage (Institut nat. des ind. et arts graphiques, 1947). / E. Kol-lecker et W. Matuschke (sous la dir. de), Der moderne Druck (Hambourg, 1956 ; 2e �d., 1958).</p><p>/ V. Strauss, The Printing Industry (New York, 1967). / G. Baudry et R. Marange, Comment on imprime (Dunod, 1971).</p><p>h�lioth�rapie</p><p>F PHYSIOTH�RAPIE.</p><p>h�lium</p><p>F GAZ INERTES.</p><p>hell�nistique</p><p>(monde)</p><p>Ensemble des �tats issus de l�empire d�Alexandre le Grand (323-31 av.</p><p>J.-C.).</p><p>La naissance du monde</p><p>hell�nistique</p><p>Alexandre* le Grand mourut en juin 323 av. J.-C. il n�avait pas d�h�ritiers, et les immenses territoires qu�il venait de conqu�rir ne pouvaient encore former un �tat. C�est � des g�n�raux, qui, bien souvent inquiets de son g�nie insatiable, l�avaient suivi � contrecoeur, qu�incombait d�sormais la responsabilit� d��tre ses successeurs (diadoques) ; le monde hell�nistique allait na�tre de leurs insuffisances, de leurs querelles, de leurs victoires.</p><p>Babylone, 323 av. J.-C.</p><p>D�s la mort du roi, les chefs de l�ar-m�e, s�autorisant de la tradition mac�-</p><p>donienne qui donnait aux soldats le droit d�intervenir dans les affaires de l��tat, se r�unirent en conseil.</p><p>Il fallait r�gler avant tout le probl�me de la succession. Les chefs des nobles cavaliers et ceux de la phalange s�oppos�rent : les fantassins ne voulaient pas, en effet, que le fils attendu par Roxane (ou Rh�xane), la princesse bactre qu�Alexandre avait �pous�e en bravant l�opinion de ses troupes, p�t un jour r�gner sur un monde soumis par des Hell�nes ; ils lui pr�f�raient Arrhidaios (Arrhid�e), un imb�cile �pileptique, b�tard de Philippe II. Un compromis fut trouv� : si le fils � na�tre d�Alexandre �tait un gar�on (ce fut le cas d�ailleurs), il partagerait le pouvoir avec Arrhidaios, � qui l�on donna le nom de Philippe III. Il fallut alors am�-</p><p>nager une r�gence avant que les rois Philippe III et Alexandre IV fussent</p><p>capables de gouverner par eux-m�mes.</p><p>On confia � une sorte de triumvirat l�administration de l�empire. Crat�re fut nomm� prostate (tuteur) des rois ; Antipatros garda la Mac�doine, qu�il avait gouvern�e durant l�exp�dition d�Alexandre ; Perdiccas fut charg� de l�Asie. Quant au gouvernement des provinces, on le partagea entre les autres chefs, qui esp�raient bien s�y tailler quelque domaine, m�me si ce devait �tre aux d�pens de l�autorit� centrale. Ptol�m�e Ier S�t�r re�ut l��gypte (o� Cl�om�ne de Naucratis fut son adjoint), Antigonos Monophthalmos l�Anatolie occidentale, Eumen�s de Cardia (l�archiviste d�Alexandre) la Cappadoce et la Paphlagonie (un territoire mal pacifi�, que tenait encore le satrape perse Ariarath�s Ier), et Lysimaque la Thrace.</p><p>Ce r�glement ne pouvait gu�re �tre durable : trop d�ambitions d�j� s��taient fait jour, ainsi que des conceptions nouvelles de l�avenir du royaume, o� seul Eumen�s de Cardia croyait encore � la n�cessit� d�une politique de fusion des races. Des r�voltes eurent lieu ; les Grecs qu�Alexandre avait install�s en Bactriane se soulev�rent de nouveau et ne se soumirent au satrape de M�die qu�apr�s le massacre de la plus grande partie d�entre eux, mais ils eurent la satisfaction de se voir d�sormais administr�s par un satrape grec et non ma-c�donien ; en Gr�ce propre, Ath�nes, enrichie du tr�sor d�Harpale (tr�sorier f�lon d�Alexandre), entra�na les cit�s dans la guerre lamiaque ; elle y perdit, malgr� la valeur de son strat�ge L�os-th�ne, ses lois et D�mosth�ne*, dont les Mac�doniens, vainqueurs, avaient peur encore.</p><p>Triparadisos, 321 av. J.-C.</p><p>Perdiccas avait voulu, apr�s avoir usurp� le titre de tuteur des rois, imposer son autorit� � Ptol�m�e Ier S�t�r (tr�s ind�pendant dans sa riche satra-pie). Il fut assassin�. Ptol�m�e se vit proposer sa succession ; il ne l�accepta point, pr�f�rant se consacrer � la mise en valeur de l��gypte, dont il faisait peu � peu sa propri�t�, et ne voulant pas avoir � affronter ses coll�gues pour obtenir l�empire du monde oriental.</p><p>Une nouvelle r�union des chefs militaires devenait n�cessaire, d�autant que Crat�re, � son tour, venait de mourir. � Triparadisos, en Syrie du Nord, le titre de r�gent fut donn� au vieil Antipatros ; Antigonos le Borgne (Monophthalmos) se vit offrir la � strat�gie � d�Asie (pouvoir illimit� sur les territoires d�Orient) ; S�leucos Ier Nikat�r, un des assassins de Perdiccas, fut install� en Babylonie. L�empire d�Alexandre �tait d�j� moribond ; comment Antipatros serait-il capable de faire respecter depuis la Mac�doine, dont il n��tait jamais sorti, son autorit� par les rois install�s en Asie, riches et puissants ? D�j� l�Orient semblait prendre ses distances, et l�hell�nisme se d�couvrait d�autres capitales. Eumen�s de Cardia, dernier d�positaire des pens�es du conqu�rant et seul fid�le � ses d�sirs, inqui�tait, d�tonnait parmi les g�n�raux : on le mit au ban de l�empire.</p><p>Antigonos</p><p>Monophthalmos</p><p>Antipatros mourut en 319 av. J.-C.</p><p>Cassandre, son fils, malgr� ses volont�s posthumes, r�ussit � s�emparer de la Gr�ce et de la Mac�doine ; il en profita pour faire assassiner les rois Philippe III (317), puis Alexandre IV</p><p>(310-309), qui �taient tomb�s ainsi en son pouvoir. En d�barrassant tous les diadoques du fils de Roxane, il leur �tait tout motif de retenue ; la couronne �tait d�sormais � qui saurait la prendre. Antigonos, aid� de son fils D�m�trios Ier Poliorc�te (336-282 av.</p><p>J.-C.), �tait le plus puissant ; il se noua donc contre lui une vaste coalition de downloadModeText.vue.download 153 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5294</p><p>tous ceux qui avaient peur qu�il ne les devan��t.</p><p>Ptol�m�e, Cassandre, Lysimaque, le ma�tre des d�troits, aid�s de S�leucos, qu�en 316 Antigonos venait de chasser de Babylone, l�oblig�rent � lutter sur deux fronts. En Occident, malgr� son habilet� � �ter � Cassandre l�appui des</p><p>cit�s grecques (il les avait proclam�es libres), Antigonos ne put porter de coups d�cisifs. En Syrie, il fut vaincu, de fa�on inattendue d�ailleurs, par Ptol�m�e � Gaza (S�leucos en profita pour se r�installer en Babylonie). En 311, une paix fut sign�e pour que chacun repr�t souffle.</p><p>La lutte recommen�a au printemps 306. D�m�trios Poliorc�te (� le preneur de villes �) remporta � Salamine de Chypre une �clatante victoire navale sur les Lagides* ; son succ�s permit � Monophthalmos de se proclamer roi et de pr�tendre ainsi � la succession d�Alexandre. En 305-304, Ptol�m�e l�imita, mais il assumait le titre, lui, pour affirmer son droit � r�gner sans ma�tre en �gypte, ce qu�il fit jusqu�en 283 av. J.-C. Cassandre, Lysimaque, S�leucos, � leur tour, furent proclam�s</p><p>� basileis � (rois). La guerre conti-nuait. D�m�trios, roi en Mac�doine (306-287), re�ut de son p�re la responsabilit� de la lutte en Occident ; il se fit accueillir � Ath�nes comme un lib�rateur et sut redonner quelque vigueur � la ligue de Corinthe. Quelque temps, on put croire que, gr�ce � ces succ�s, Antigonos pourrait r�unir sous son autorit� toutes les terres qu�avait poss�d�es Alexandre, mais, au cours de l��t� 301, en Phrygie, � Ipsos, la fortune changea de camp. Le roi mourut sur un champ de bataille, �cras� par Lysimaque et S�leucos. Sa fin marqua le d�but v�ritable de l��poque hell�nistique ; personne ne crut plus, d�sormais, qu�il �tait possible de sauvegarder l�unit� politique des terres conquises par l�hell�nisme ; les alli�s se partag�rent les d�pouilles (le grand b�n�ficiaire semblant �tre S�leucos). Il ne restait plus � chaque survivant qu�� assurer son pouvoir sur son domaine.</p><p>Les ann�es de</p><p>stabilisation (301-276)</p><p>Il fallut encore pr�s de trente ans pour que le monde grec trouv�t un semblant d��quilibre : Ptol�m�e Lagide tenait l��gypte et Cyr�ne, et nul ne fut capable de l�inqui�ter en ses domaines ; il ne voulait pas, n�anmoins, renoncer � ses ambitions sur le sud de la Syrie. En 281, au Couroup�dion, S�leucos dut se d�barrasser de Lysimaque pour s�em-</p><p>parer de l�Asie Mineure ; il passa alors en Europe, o� il fut assassin�, mais son fils Antiochos Ier put recueillir son h�-</p><p>ritage. D�m�trios, lui, apr�s Ipsos, ne perdit pas courage : roi sans royaume, il r�ussit n�anmoins � reprendre pied en Gr�ce, et son fils Antigonos Gonatas put s�emparer de la Mac�doine (apr�s une victoire retentissante sur les Galates � Lysimacheia) et fonder ainsi la troisi�me des grandes dynasties, celle des Antigonides*.</p><p>Ce n��tait pas pour autant la fin des ambitions. Le monde hell�nistique ne connut gu�re la paix ; � l�int�rieur, tel serviteur de roi r�ussissait � fonder, lui aussi, une dynastie (Philetairos de Pergame*, qui fut � l�origine de la fortune des Attalides), tel vassal se rendait in-d�pendant ; sur les fronti�res apparaissaient des ennemis puissants : en deux si�cles, le monde hell�nistique devint une ruine que poss�daient les Romains ou les Parthes. Mais, avant de succomber, il avait su devenir leur ma�tre de civilisation.</p><p>Structures du</p><p>monde hell�nistique</p><p>Le monde hell�nistique est le monde des rois. Ceux-ci exercent sur tous les territoires qu�ils dominent (les empires sont immenses ; les Attalides r�gnent sur 180 000 km 2) un pouvoir absolu, au nom des droits que leur ont donn�s les succ�s d�Alexandre et leurs propres victoires ; droit de la lance, qui les oblige � �tre d�abord chefs d�arm�e.</p><p>Leur fonction est de prot�ger ceux qui se sont soumis � eux, de leur garantir la paix et la prosp�rit� ; ils sont ceux par qui le monde est ce qu�il doit �tre ; ils en sont les � fondateurs � et les � sau-veurs �. Les lois naissant des rois, la nature m�me et la vie d�pendent d�eux.</p><p>Un culte leur est rendu sous des formes diverses ; seule la Mac�doine ne sera pas tent�e de diviniser ses souverains.</p><p>La puissance de ces rois est ainsi quasi infinie, en th�orie du moins, car, si les Lagides administrent leurs possessions comme on peut le faire d�un jardin, gr�ce � une arm�e de fonctionnaires, il est bien difficile aux rois s�leucides et � ceux des autres dynas-</p><p>ties de mobiliser leurs richesses ; leurs agents sont souvent difficiles � surveiller, et leurs d�fections sont fr�quentes ; la distance, l��norme inertie de pays trop vastes ou trop attach�s � leurs traditions font qu�il n�est pas facile � ces rois de r�unir l�immense masse de leurs arm�es, de profiter des immenses possibilit�s que la terre pourrait fournir. Aussi succomberont-ils facilement devant Rome, qui aura moins de peine � vaincre l�Orient quelle n�en eut � abattre Carthage.</p><p>Leurs �tats ne sont pas vraiment unifi�s : ces rois r�gnent sur des communaut�s plus ou moins autonomes plut�t que sur des sujets (des peuples, des temples, des cit�s surtout). Sauf dans l��gypte lagide, en effet, la cit� grecque (ou hell�nis�e) joue un r�le important. Il ne s�agit pas d�un r�le politique : ce n�est plus, sauf Rhodes, un �tat capable de mener une action qui soit � l��chelle du monde nouveau, et il downloadModeText.vue.download 154 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5295</p><p>n�y a que les conf�d�rations en vieille Gr�ce pour lui donner une v�ritable libert� en �change de la perte d�un peu d�autonomie. Le r�le est principalement civilisateur.</p><p>Les monarchies hell�nistiques ne sont plus pourtant une �cole de vertu et de sacrifice. Les qualit�s qui avaient permis aux hoplites de Marathon de vaincre, � Ath�nes de dominer l��g�e ne sont plus sans doute de celles que l�on ambitionne d�imiter. En effet, le plus souvent, les vieilles constitutions n�existent plus, et le peuple, auquel on ne fournit pas les moyens de participer � la vie publique, ne peut acqu�rir le sens des responsabilit�s, le d�sir de servir l��tat. Au contraire, il semble que le fier citoyen, devant la pauvret� qui l��treint (surtout dans la Gr�ce d�Europe, d�sormais � l��cart des grands courants commerciaux, mais aussi en Asie Mineure, o� la guerre provoque mille tourments), a eu un moment � choisir entre deux attitudes �galement fatales � l�esprit civique, entre le d�sir d��tre assist� par des riches qui d�pen-</p><p>sent leur fortune en actes d��verg�tisme (achats de bl� distribu� � prix r�duits, fondations) et la r�volte st�rile, qui ne peut qu�acc�l�rer les interventions de puissances ext�rieures appel�es par le parti des poss�dants inquiets.</p><p>Les cit�s ne sont pas non plus des ma�tres qui assument la responsabilit� de la vie pr�sente et future des citoyens comme l��taient les cit�s classiques, qui faisaient participer ceux-ci � une vie religieuse qu�elles �taient seules � ordonner, avec des sacrifices pour le temps pr�sent et des myst�res donnant (comme � Eleusis) des entr�es dans l�au-del�. D�sormais, le citoyen est invit� souvent � sacrifier pour des dieux, proches sans doute, mais ext�rieurs � sa ville : les rois, qui peuvent supplanter les Olympiens, auxquels on avait fait confiance. Seul, par ailleurs, dans des cit�s qui ne sont parfois plus, d�j�, � l��chelle humaine (Antioche, Alexandrie), il cherche son salut individuellement dans la c�l�bration de cultes �sot�riques (cultes de S�rapis, de Dionysos...), auxquels il participe par l�interm�diaire de soci�t�s plus ou moins secr�tes, plus ou moins interdites, car la cit�, organe totalitaire, sait combien l�individualisme est dangereux.</p><p>Les cit�s ne sont gu�re que des</p><p>municipalit�s, qui collectent au nom d�un roi les imp�ts, servent d�organes qui participent � la concertation n�cessaire avec les pouvoirs centraux, mais la m�diocrit� apparente de leur situation ne doit pas faire oublier combien il est important que la forme politique se soit impos�e jusqu�� l�Indus, que les rois n�aient cess� de favoriser la fondation de cit�s neuves, d�en reconstruire lorsque les abattait quelque tremblement de terre, permettant � la civilisation de la parole de s�implanter partout o� ils r�gn�rent, et que l�on ait pu m�diter tout au bord de l�Inde les maximes de Delphes et discuter sur l�agora des probl�mes d�une communaut� franche.</p><p>Il est bien certain que l�hell�nisme ne touche gu�re qu�une petite partie des populations barbares et que l�Asie, effleur�e par les conqu�tes d�Alexandre et l�administration s�leucide, continua de vivre la vie de ses anc�tres. Pour-</p><p>tant la pr�sence grecque en pays barbare pr�para l�unification du bassin de la M�diterran�e (tout en assurant des liens avec l�Orient), qui sera r�alis�e quand, en 212 apr. J.-C., toutes races et origines confondues, tous les habitants de l�Empire romain, l�h�ritier des empires hell�nistiques, seront devenus des citoyens de Rome.</p><p>Rome et la fin du</p><p>monde hell�nistique</p><p>Rome ne s�occupait gu�re des affaires d�Orient. Il fallut que Philippe V, roi de Mac�doine (221-179 av. J.-C.), la provoqu�t en faisant alliance avec Hannibal* pour qu�elle f�t contrainte � agir.</p><p>Pour emp�cher le roi de passer en Italie, les Romains cherch�rent � lui susciter en Gr�ce m�me des troubles qui pussent l�occuper. En 212 av. J.-</p><p>C., ils s�alli�rent avec les �toliens et les pouss�rent � la guerre. D�s que le risque de jonction entre Philippe V et Hannibal se fut estomp�, ils abandonn�rent toute op�ration, et leurs alli�s, d�laiss�s, cess�rent le combat (206).</p><p>Ils n�en sign�rent pas moins, pour mettre un terme � cette premi�re guerre de Mac�doine (216-205), un trait� de paix qui permettait pour l�avenir toutes sortes de d�veloppements int�-</p><p>ressants, �ventuellement une nouvelle intervention.</p><p>C�est en 200 que le s�nat songea � revenir en Gr�ce ; il fallait, selon lui, prot�ger en Orient les alli�s de Rome (ceux qui avaient contresign� la paix de 205) des ambitions d�vorantes du roi de Mac�doine, mais il fallait surtout trouver � employer g�n�raux et soldats, que la victoire sur Carthage avait rendus � une vie civile qu�ils n�appr�ciaient gu�re. En 198, Titus Quinctius Flamininus (229-174 av. J.-</p><p>C.) prit le commandement des troupes.</p><p>Il remporta (juin 197) la victoire de Cynosc�phales et dicta ses conditions : Philippe V devait abandonner ses possessions en Gr�ce. Flamininus put se vanter ainsi d�avoir assur� la libert� des Hell�nes. Une commission s�nato-riale vint s�en assurer, et, en 196 av. J.-</p><p>C., lors des jeux Isthmiques, Flamininus proclama que le s�nat des Romains</p><p>et le consul Titus Quinctius, ayant vaincu le roi Philippe V et les Mac�-</p><p>doniens, laissaient libres, exempts de garnison et de tributs, et soumis � leurs lois ancestrales, les peuples suivants : les Corinthiens, les Phocidiens, les Locriens, les Eub�ens, les Ach�ens Phtiotes, les Magn�tes, les Thessa-liens et les Perrhaibes ; pour les autres Grecs, la libert� allait de soi. Ainsi, Rome s�imposait comme le patron des Grecs ; elle avait � jamais pris son rang dans le monde des rois, � leur niveau.</p><p>Antiochos III Megas dut bient�t, � son tour, s�incliner devant leur puissance.</p><p>Trop fort pour ne pas inqui�ter Rome (il venait de vaincre l�Iran et de dompter les Lagides), il n�avait pas h�sit� � recevoir � sa cour, � Antioche, Hannibal. En 192, il s�allia aux �toliens, d��us par la politique de Rome en Gr�ce. Rome se dut d�intervenir ; les l�gions pass�rent en Asie sous le commandement de Scipion l�Asiatique, en plein coeur de l�hiver ; elles firent leur jonction avec les troupes d�Eumen�s II, roi de Pergame ; contre une arm�e bien sup�rieure en nombre (qui alignait de surcro�t 64 �l�phants d�Asie), les Romains remport�rent une nette victoire (au d�but de 189 av. J.-C.). Par le trait� d�Apam�e, Antiochos III renon�a � l�Asie Mineure, s�engagea � payer une lourde indemnit�, � livrer ses �l�phants et ses navires. Les alli�s de Rome (Pergame et Rhodes) se partag�rent les d�pouilles. Ce n��tait plus suivre la politique de Flamininus, mais c��tait encore un moyen pour Rome d��chapper aux charges de l�administration directe en confiant � des clients le contr�le des zones arrach�es � ses rivaux.</p><p>Si, durant la guerre antiochique, Philippe V s��tait montr� fid�le aux trait�s, son fils Pers�e (roi de 179 � 168), d�s son av�nement, s�attacha � rendre � la Mac�doine son prestige et sa puissance. Le s�nat ne pouvait l�accepter : en juin 168 av. J.-C., Paul �mile, � Pydna, for�a la victoire ; en un peu plus d�une heure, il d�truisit l�arm�e royale, qui laissait 25 000 morts sur le terrain et 10 000 prisonniers. La monarchie antigonide fut abolie, et le royaume mac�donien, d�membr� en</p><p>quatre r�publiques, fut contraint � la</p><p>� libert� � romaine. En cette ann�e 168, Antiochos IV fut arr�t� par C. Popilius</p><p>Laenas dans son invasion de l��gypte (alors qu�il tenait la victoire, il a suffi au l�gat arriv� devant Alexandrie d��noncer le d�sir de Rome de prot�ger l��gypte pour qu�Antiochos f�t stopp� dans son �lan).</p><p>Mais Rome n��tait pas encore une puissance qui attirait la sympathie. Partout en Gr�ce, depuis qu�apr�s Pydna s��tait tenue une commission s�nato-riale charg�e de r�organiser le pays, s�vissait le gouvernement des riches. Il en �tait de m�me dans les r�publiques mac�doniennes, o� l�on s��tait d�cid� � rouvrir les mines d�argent (dont Rome avait, en 167, interdit l�exploitation pour que le pays ne f�t pas livr� aux ambitions des financiers italiens).</p><p>En 149-148, Andriscos, un aventurier qui se disait fils de Pers�e, r�ussit � s�emparer de la Mac�doine en s�appuyant sur le petit peuple, � la grande inqui�tude des poss�dants, qui virent avec plaisir ses d�faites devant Rome, garante d�une certaine paix sociale : la Mac�doine devint une province romaine (148) li�e � l�Illyrie ; Rome �tait d�sormais directement responsable du destin d�une partie du monde grec.</p><p>Dans le P�loponn�se, certains</p><p>Ach�ens aspiraient � rejeter la tutelle o� Rome les maintenait, quelque profit que p�t en tirer la conf�d�ration. En 146, Critolaos et Diaios, s�appuyant sur le remuant peuple de Corinthe, firent d�cider la guerre ; Rome n��tait pas f�ch�e, d�ailleurs, d�en finir avec la puissance ach�enne, trop fi�re de ses traditions et source de perp�tuelles complications. Lucius Mummius n�eut aucun mal � l��craser. Corinthe paya le prix de ce dernier sursaut d�ind�-</p><p>pendance de la Gr�ce ; elle fut d�truite comme venait de l��tre Carthage ; cet exemple assurait la paix en Gr�ce, devenue de fait, sinon en droit, une possession de Rome.</p><p>En Asie, la politique de Rome n��tait gu�re plus s�duisante. Rhodes fut punie pour avoir voulu s�entremettre entre Rome et Pers�e, et fut ruin�e par la concurrence de D�los, devenue en 166 un port franc. C�est de la bienveillance romaine que les rois de Pergame tenaient leur pouvoir ; le dernier d�entre eux, Attalos III (138-133 av. J.-</p><p>C.), choisit de lui l�guer son royaume, pensant que la force seule des l�gions pourrait y garantir le statu quo social.</p><p>La r�volution qu�il craignait �clata � sa mort, en 133 ; Aristonicos, qui aurait d� lui succ�der, souleva le peuple, les habitants des campagnes surtout, leur faisant esp�rer le bonheur en la downloadModeText.vue.download 155 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5296</p><p>� cit� du soleil �, mais sa d�faite fut rapide. Le royaume de Pergame devint la province romaine d�Asie. C. Grac-chus r�gla la fa�on dont on y percevrait l�imp�t : la d�me fut afferm�e � des publicains, dont les agents mirent vite la province en coupe r�gl�e. Ce fut Mithridate* VI Eupator, roi du Pont* (111-63 av. J.-C.), le dernier grand souverain d�Asie, qui se chargea de rappeler aux Romains que les Grecs n��taient pas pr�ts � tous les esclavages. En 88, il conquit la province d�Asie sans coup f�rir ; les Grecs avaient, � l�annonce de son arriv�e, chass� ou ex�cut� les Italiens r�sidant chez eux. Sur sa lanc�e, il envahit m�me l�Attique. Lucius Cornelius Sulla r�ussit � reprendre Ath�nes et la Gr�ce ; la l�gion conti-nuait d��tre invincible. En 85, pass� en Asie, ce dernier put signer une paix qui renvoyait le roi dans son pays. L�exploitation de la province continua, d�s-honorant la R�publique romaine.</p><p>La conqu�te de l�Orient tout entier n��tait plus qu�une question de temps ; les royaumes �taient si �branl�s qu�il suffisait souvent d�attendre qu�ils s�effondrent d�eux-m�mes.</p><p>Licinius Lucullus et Pomp�e vinrent d�abord � bout de Mithridate, ce qui permit de r�gler d�finitivement le probl�me anatolien. La Syrie tomba aux mains de Pomp�e et devint une province romaine en 64-63 av. J.-C. Les S�leucides n�y r�gnaient plus en fait que dans leur capitale ; le reste de ce qui avait �t� le noyau de leur immense royaume �tait d�chir� entre les ambitions des cit�s, des dynasties indig�nes.</p><p>Les uns et les autres avaient beaucoup plus de respect pour le roi arsacide</p><p>(voisin puissant) que pour leur suzerain. Il convenait donc que le Romain s�install�t pour qu�un pouvoir trop fort ne le f�t avant lui.</p><p>Rome, d�sormais, poss�dait comme provinces la Cilicie, la Bithynie, le Pont, la Syrie, mais Pomp�e avait entour� ces territoires sujets d�une foule d��tats vassaux, ce qui permettait d��conomiser les forces romaines, car ces �tats pouvaient jouer un r�le dans la d�fense des territoires de l�Empire.</p><p>Surtout, cela donnait � Pomp�e une situation peu commune : patron de tant de rois qui lui devaient leur tr�ne, quelle n��tait sa grandeur ! L��gypte*</p><p>de Cl�op�tre* tomba � la bataille d�Actium (31 av. J.-C.).</p><p>Le monde hell�nistique �tait d�sormais tout entier aux mains de Rome, qui n�eut gu�re de peine � y imposer son autorit� et � l�y maintenir. Cette soumission ne fut pourtant pas une rupture avec le pass�, car Rome assuma en fait le pouvoir que les rois exer�aient sans bouleverser les structures et apporta la paix.</p><p>J.-M. B.</p><p>F Alexandre le Grand / Antigonides / Babylone /</p><p>�gypte / Lagides / Pergame / S�leucides.</p><p>M. Holleaux, Rome, la Gr�ce et les monarchies hell�nistiques au IIIe si av. J.-C., 273-205</p><p>(De Boccard, 1921) ; �tudes d��pigraphie et d�histoire grecque (De Boccard, 1938-1957 ; 6 vol.). / W. W. Tarn, Hellenistic Civilization (Londres, 1930 ; trad. fr. la Civilisation hell�-</p><p>nistique, Payot, 1936). / T. Frank et coll., An Economic Survey of Ancient Rome (Baltimore, 1933 ; 4 vol.). / C. Pr�aux, l��conomie royale des Lagides (Office de publicit�, Bruxelles, 1939) ; les Grecs en �gypte d�apr�s les archives de Z�non (Office de publicit�, Bruxelles, 1953). /</p><p>A. H. M. Jones, The Greek City from Alexander to Justinian (Oxford, 1940). / M. Rostovtzeff, The Social and Economic History of the Hellenistic World (Oxford, 1941 ; 3 vol.). / E. Korne-mann, Weltgeschichte des Mittelmeer-Raumes von Philipp II bis Muhammed, t. I (Munich, 1948 ; r��d., 1967). / D. Magie, Roman Rule in Asia Minor (Princeton, 1950 ; 2 vol.). / E. Badian, Foreign Clientelae, 264-70 B. C. (Oxford, 1958) ; Roman Imperialism in the Late Republic (Oxford, 1958 ; 2e �d., 1968). / V. Ehrenberg, The Greek State (Londres, 1960 ; nouv. �d., 1969).</p><p>/ P. Petit, la Civilisation hell�nistique (P. U. F.,</p><p>coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 3e �d., 1967). /</p><p>E. Will, Histoire politique du monde hell�nistique, 323-30 av. J.-C. (Berger-Levrault, 1966).</p><p>/ T. Liebmann-Frankfort, la Fronti�re orientale dans la politique ext�rieure de la R�publique romaine (Palais des acad�mies, Bruxelles, 1969). / P. L�v�que, le Monde hell�nistique (A. Colin, coll. � U 2 �, 1969). / J. Charbonneaux, R. Martin et F. Villard, Gr�ce hell�nistique (Gallimard, 1970). / P. Grimal et coll., la Civilisation hell�nistique et la mont�e de Rome (Bordas, 1971).</p><p>L�art hell�nistique</p><p>L�art hell�nistique est celui des cit�s grecques et celui des royaumes barbares</p><p>� c�est-�-dire de population non grecque</p><p>� conquis par Alexandre � partir de 336</p><p>et gouvern�s apr�s sa mort par ses g�n�-</p><p>raux, les diadoques et leurs successeurs.</p><p>On parle aussi d�art hell�nistique pour des peuples qui, s�ils ne sont pas soumis � des dirigeants grecs, se sont tr�s largement ouverts aux influences artistiques grecques, comme les �trusques et les Carthaginois ou certains peuples orientaux qui ont recouvr� leur ind�pendance. C�est dire que les diff�rences entre l�art hell�nistique et l�art classique du IVe s. av. J.-C. sont d�ordre plus sociologique qu�esth�tique.</p><p>Des sculpteurs comme Lysippe* ou des peintres comme Apelle, qui deviennent les portraitistes attitr�s d�Alexandre, ont commenc� leur carri�re bien avant 336 ; ils ne vont pas modifier leur mani�re � cette date. Leurs recherches, qui sont poursuivies par leurs �l�ves, ont une influence tr�s profonde sur r�volution de la peinture et de la sculpture hell�nistiques. Mais, dor�-</p><p>navant, les commandes sont moins le fait des cit�s, qui, en Gr�ce propre, sont tr�s appauvries, que des souverains d�sireux de donner un grand �clat � leur Cour, de faire de leur capitale un centre artistique dont la renomm�e puisse se comparer � celle des grandes cit�s classiques.</p><p>D�autre part, les nombreux contacts qui s��tablissent entre Grecs et peuples barbares permettent l�enrichissement du r�pertoire grec, qui adopte ainsi certains motifs �gyptiens ou m�sopotamiens et cherche � exprimer dans un vocabulaire artistique grec des th�mes �trangers. Le sarcophage dit � d�Alexandre �, provenant de la n�cropole ph�nicienne de Sidon, vers 305, en offre un tr�s bon exemple : le sculpteur a d�cor� la cuve de sc�nes de bataille et de chasse qui glorifient le</p><p>d�funt suivant la tradition monarchique orientale ; mais ces sc�nes sont compos�es de motifs tous emprunt�s � l�iconographie grecque (mus�e d�Istanbul).</p><p>Le foisonnement de l�art hell�nistique est tel qu�il est difficile d�en retracer compl�tement l��volution, d�autant plus que de nombreuses oeuvres d�art ont disparu et que la date de plusieurs autres est loin d��tre assur�e.</p><p>L�ARCHITECTURE RELIGIEUSE EN</p><p>ASIE MINEURE</p><p>La lib�ration des cit�s grecques d�Asie Mineure par Alexandre amena la construction de grands temples, souvent avec l�aide financi�re du Conqu�rant. � �ph�se, le temple archa�que d�Art�mis, qui avait �t� incendi� au IVe s., est relev� suivant le m�me plan et sur les m�mes dimensions ; mais les proportions des colonnes, le dessin des moulures t�moignent de l��volution de l�ordre ionique, notamment sous l�influence attique. � Pri�ne, o� toute la ville est alors reconstruite suivant un plan orthogonal, sur un contrefort du Mycale, la construction du temple d�Ath�na est confi�e � l�architecte Pyth�os. Celui-ci, qui avait d�j� travaill� au mausol�e d�Halicar-nasse (second� par des sculpteurs tels que Scopas*), est un remarquable th�oricien ; refusant l�ordre dorique, trop rigide pour se plier � ses combinaisons, il r�alise une oeuvre tr�s savante sous sa simplicit� apparente, o� tout est calcul� pour mettre en valeur le volume de la cella qui abrite la statue de culte. Ce temple passait dans l�Antiquit� pour le prototype du temple ionique, et son influence sera consid�-</p><p>rable en Asie. On en retrouve notamment la trace dans le temple d�Apollon � Didymes. Le dieu avait l�, pr�s de Milet, un sanctuaire oraculaire tr�s r�put�, que les Perses avaient mis � sac. On le reb�tit � une �chelle gigantesque � partir de la fin du IVe s. Un immense temple � ciel ouvert, entour� d�une double colonnade ionique, enferme � l�int�rieur un petit b�timent, si�ge de l�oracle. Mais l�heureux rapport des proportions, le jeu harmonieux des moulures et surtout la fantaisie du d�cor v�g�tal, qui fleurit partout, animent cette for�t de pierre. La rigueur du dessin et la perfection du travail du marbre sont en effet au service du naturalisme sous-jacent � la vie religieuse grecque.</p><p>Ces recherches th�oriques furent pour-</p><p>suivies par Hermog�ne, l�architecte auquel on doit le temple d�Art�mis, �lev� vers 155 � Magn�sie du M�andre. Ce temple fut entour�, quelques ann�es apr�s son ach�vement, par une grande cour � colonnades. L�architecture religieuse rejoint ici l�architecture civile, qui aime � enfermer les places dans un cadre de portiques servant � la fois de bureaux, de magasins, de promenoir et d�abri en cas d�intemp�rie.</p><p>C�est alors que se cr�e, dans les grandes cit�s ioniennes, � Ath�nes et m�me dans les cit�s les plus modestes, ce cadre urbain au d�cor scand� de colonnes, qui fut repris par Rome et qui reste associ� dans notre esprit � l�image de la cit� antique.</p><p>UNE CAPITALE ROYALE :</p><p>PERGAME</p><p>Un des plus beaux exemples de ces cit�s est fourni par Pergame, la capitale des Attalides, que les fouilles allemandes du d�but du si�cle nous ont rendue. Ici, les downloadModeText.vue.download 156 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5297</p><p>downloadModeText.vue.download 157 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5298</p><p>architectes ont eu non seulement � pour-voir aux besoins des habitants, mais aussi � illustrer la puissance et la gloire d�une dynastie. Chaque construction est int�ressante en soi. Tout d�abord, le rempart, dont la sobre puissance fait la beaut�, rappelle que les temps hell�nistiques furent travers�s par des guerres continuelles et que les fortifications sont, � travers tout le monde grec, le t�moin essentiel de l��poque. Dans la ville basse, l�agora et les gymnases, grandes cours � colonnades suivant le go�t du temps, sont, avec le th��tre qui �tage ses gradins sur les pentes de la montagne, les principaux lieux o� se r�unissent les citoyens pour leurs affaires et pour leur plaisir. Dominant toute la ville, sur l�acropole, s��l�ve le palais royal, entour� de ses arsenaux et de ses casernes, et aussi des sanctuaires d�di�s aux dieux protecteurs de la cit� et de la dynastie.</p><p>Mais les succ�s guerriers des Attalides</p><p>se manifestent surtout dans le d�cor sculpt� qui anime ce cadre architectural.</p><p>Attalos Ier comm�mora par un ex-voto sa victoire sur les Galates, qui semaient la terreur en Asie Mineure : sur le pourtour de ce monument, aujourd�hui disparu, une s�rie de Gaulois mourant ; au centre, le groupe c�l�bre du Gaulois se suicidant, apr�s avoir tu� sa femme, pour ne pas tomber aux mains des ennemis (copie romaine, Rome, mus�e des Thermes). L�aspect physique de ces Barbares est rendu avec pr�-</p><p>cision : leur armement � glaives larges et courts, boucliers allong�s �, leur nudit� au combat, certains traits anatomiques �</p><p>carrures trapues, chevelures hirsutes �, tout est soigneusement observ�. Mais ce go�t du pittoresque ne nuit pas � la puissance de l�expression, bien au contraire. Le sculpteur a su peindre, par le dramatique des attitudes et le path�tique des visages, tout le d�sarroi de ces guerriers devant la d�faite et la mort. Il y a l�, aux alentours des ann�es 230-220, une recherche du mouvement, un essai de traduire dans le marbre la psychologie des personnages, qui sont caract�ristiques de la sculpture hell�nistique.</p><p>C�est � Pergame aussi que fut r�alis� le plus grand ensemble plastique de la p�-</p><p>riode. Eumen�s II, au sommet de sa puissance, fit �lever vers 180, sur l�acropole, le grand autel de Zeus, dieu dont la dynastie pr�tendait descendre. C��tait, au dire des Anciens, une des sept merveilles du monde. Deux frises d�corent le monument (Berlin, Pergamon-Museum). Envelop-pant sur trois c�t�s le socle sur lequel se dresse l�autel, la premi�re repr�sente une gigantomachie, ou combat des dieux et des G�ants. Le th�me appartient depuis l��poque archa�que au r�pertoire grec, et le ma�tre d�oeuvre a introduit dans sa composition diverses r�miniscences classiques : ainsi, Ath�na a la m�me attitude que sur le fronton ouest du Parth�non. Mais, si elle se rattache au pass� hell�nique, cette frise n�en est pas moins profond�ment novatrice. Le monde des dieux, tout p�n�tr� d�orientalisme, admet � profusion des formes animales et monstrueuses. Et surtout les sculpteurs, en creusant profond�-</p><p>ment les traits des visages, en accentuant le gonflement des musculatures comme la torsion des membres humains et des corps des serpents, atteignent � une expression monumentale plus baroque que classique.</p><p>La seconde frise, qui court sur le mur du</p><p>portique entourant l�autel, raconte les aventures de T�l�phe, petit-fils de Zeus et anc�tre pr�sum� de la dynastie. Le principe du relief est tout � fait diff�rent ; le r�cit est fait de la juxtaposition de petits tableaux ; l�artiste superpose les plans presque � l�infini et joue du paysage et de la lumi�re plus � la mani�re d�un peintre que d�un sculpteur. Chacune des deux frises, en son genre, a exerc� une profonde influence sur la plastique hell�nistique et romaine.</p><p>LA SCULPTURE HELL�NISTIQUE :</p><p>LE PORTRAIT</p><p>Les recherches de l��cole de Pergame ne r�sument pas toute l�histoire de la sculpture hell�nistique. L�importance nouvelle prise par l�individu explique le d�veloppement de l�art du portrait. Certes, on en connaissait d�j� des exemples � l��poque classique. Mais Alexandre et ses principaux g�n�raux lui donnent par leurs commandes une impulsion nouvelle. Nous avons d�j� not� le r�le de Lysippe dans ce domaine. De plus, les rois rendent cet art particuli�rement populaire en faisant figurer leur effigie sur leurs monnaies. Ces petits reliefs sont trait�s avec une ma�trise remarquable, et presque chaque souverain serait � citer ici. Les rois de Bactriane, par exemple, ne sont connus que par leurs monnaies ; l�un d�eux fit frapper � son effigie la plus grosse monnaie d�or connue � cette �poque, qui est conserv�e � Paris. �</p><p>c�t� de cet art presque industriel, le portrait sculpt� se pratique aussi � grande �chelle. Une statue de D�m�trios Ier, roi de Syrie, en bronze, est bien caract�ristique (Rome, mus�e des Thermes) : le souverain, plus grand que nature, est repr�sent� nu, dans une pose et avec une musculature qui conviendraient aussi bien � un h�ros ou � un dieu ; mais la t�te n�a rien d�id�alis�.</p><p>Le mus�e du Louvre poss�de un torse de Mithridate, roi du Pont, qui est sans doute du m�me sculpteur que la V�nus de Milo, sculpt�e vers 100. C�est que la grande statuaire divine n�a pas disparu et qu�elle fait l�objet des m�mes recherches que le portrait. La V�nus reprend ainsi un type divin connu d�s le IVe s., mais le traitement du corps, le jeu des courbes et des volumes montrent l��volution suivie. Le rendu des draperies retient aussi l�attention, comme on peut en juger d�apr�s la Victoire de Samothrace (v. 190), o� le v�tement accompagne et souligne le mouvement du</p><p>corps ; cette oeuvre t�moigne de la vigueur et de l�originalit� de l��cole rhodienne.</p><p>L�ART ALEXANDRIN</p><p>Une autre cour royale a jou� un r�le particulier dans l��volution de l�art hell�nistique : c�est celle des Ptol�m�es � Alexandrie*, o� r�gnaient un luxe et un raffinement extr�mes, notamment dans l�am�nagement des palais et dans les arts mineurs, comme l�orf�vrerie. C�est l� aussi que se sont �labor�es des formes nouvelles, au contact avec le monde �gyptien.</p><p>De plus, capitale des derniers souverains hell�nistiques, Alexandrie a exerc� une influence de tout premier ordre sur l�art romain de la fin de la R�publique et du d�but de l�Empire. Presque rien n�a, malheureusement, surv�cu de la cit� des Ptol�m�es, et nous en sommes r�duits � essayer de la reconstituer � travers quelques descriptions litt�raires et surtout � partir des oeuvres d�inspiration alexandrine. Avant le d�veloppement d�Alexandrie, les palais de Pella et de Vergina, en Mac�doine, montrent, dans leur relative simplicit�, que l�architecture palatiale a emprunt� ses formes aux b�timents civils. La mosa�que est connue (Pella, v. 305), mais elle rel�ve plus du dessin que de la peinture. Si l�on se place maintenant � la fin de la p�riode, il suffit de regarder les villas de D�los*</p><p>et surtout celles de Pomp�i (v. campa-nie romaine) pour voir quels progr�s ont �t� r�alis�s. L�agencement des pi�ces est beaucoup plus souple et plus adroit. Mais, surtout, la d�coration int�rieure est d�s lors le fait de grands artistes.</p><p>L��volution de la peinture est difficile � retracer d�apr�s les copies qui furent effectu�es � Pomp�i. Il n�en appara�t pas moins que les peintres ne se satisfont plus de simples dessins sur un fond uniforme ; leur palette cherche � rendre tous les effets de la couleur, jouant du clair-obscur ; leur science de la perspective permet d��toffer les sc�nes, parfois plac�es dans un paysage naturel. Certaines mosa�ques de D�los (v. 130), qui sont d�ailleurs souvent l�oeuvre de Syriens, t�moignent de ces enrichissements : ainsi le Dionysos sur la panth�re. Les � mosa�ques nilotiques �, tr�s appr�ci�es sous l�Empire, rel�vent de la tradition alexandrine : dans un paysage de marais, de plantes d�eau s��bat tout un peuple d�animaux aquatiques : h�rons, canards, crocodiles, hippopotames...</p><p>Dans les arts mineurs, le r�le d�Alexandrie est �galement essentiel, au point que l�on a parfois confondu toutes les productions hell�nistiques sous le nom d�art alexandrin. Mais, ici encore, nous ne pouvons que constater des influences, faute downloadModeText.vue.download 158 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5299</p><p>d�avoir les oeuvres elles-m�mes sous les yeux.</p><p>RICHESSE DE L�ART HELL�NISTIQUE</p><p>Ces lacunes si consid�rables dans notre documentation expliquent le discr�dit dans lequel on a longtemps tenu l�art hell�nistique, consid�r� comme un art secondaire entre l�apog�e classique et l��panouissement imp�rial. Et il est certes difficile de parler d�un art hell�nistique dans le foisonnement de ses recherches esth�tiques, dans l�interaction de ses diverses �coles, dans la richesse de sa production. Les arch�ologues en sont encore � en inventorier les divers aspects, dont certains ne se sont r�v�l�s que tout r�cemment : c�est le cas de l�art hell�nistique de Bactriane, que les fouilles d�A�-Khanoum (v. Afgh&#x101;nist&#x101;n) commencent � d�couvrir.</p><p>Mais, au-del� de la vari�t� de leurs oeuvres, le grand m�rite des artistes hell�nistiques semble bien �tre d�avoir su traduire dans une forme tr�s moderne les traditions de la Gr�ce des cit�s et d�avoir rendu possible leur adoption par l�Empire romain.</p><p>O. P.</p><p>F Gr�ce / Rome.</p><p>A. W. Lawrence, Later Greek Sculpture (Londres, 1927). / M. Bieber, The Sculpture of the Hellenistic Age (New York, 1954 ; nouv. �d., 1961). / J. Charbonneaux, R. Martin et F. Villard, Gr�ce hell�nistique (Gallimard, 1970). /</p><p>D. Schlumberger, l�Orient hell�nis�. L�art grec et ses h�ritiers dans l�Asie non m�diterran�enne (A. Michel, 1970).</p><p>Helmholtz</p><p>(Hermann Ludwig</p><p>Ferdinand von)</p><p>Physicien et physiologiste allemand</p><p>(Potsdam 1821 - Charlottenburg 1894).</p><p>Son p�re, professeur de lyc�e,</p><p>l��l�ve dans le culte de Fichte ; � sa m�re, d�origine anglaise, il doit le go�t des applications pratiques. Dans son enfance, il fait preuve d�un grand amour de la nature et s�enthousiasme pour les �l�ments de physique qu�on lui enseigne. Lorsqu�il a dix-sept ans, sa famille le place � l��cole de m�decine militaire de Berlin. Devenu docteur, il est affect� en 1842 � un corps de troupes de Potsdam, o� il exerce pendant sept ans. Puis il va professer l�anatomie et la physiologie � K�nigsberg (1849), � Bonn (1855) et � Heidelberg (1858). Enfin, en 1870, il est charg� d�une chaire de physique th�orique � l�universit� de Berlin. En 1892, il sera �lu membre associ� de l�Acad�mie des sciences de Paris.</p><p>Ses travaux sur l�optique, l��lectricit�, l�acoustique et aussi la physiologie ont fait de lui un des grands savants du XIXe s. D�s 1847, il se signale par un m�moire, Sur la conservation de la force, o�, partant de l�impossibilit� du mouvement perp�tuel, il affirme que les ph�nom�nes physiques ne sont que des changements de forme de l��nergie ; il introduit la notion d��nergie potentielle et donne l��nonc� du principe de conservation ; dans le m�me m�moire, il indique aussi la nature oscillante de la d�charge de la bouteille de Leyde. En m�canique, il formule en 1858 les lois fondamentales de la th�orie des tourbillons.</p><p>En 1862, dans sa Th�orie physio-</p><p>logique de la musique, il interpr�te le timbre des sons par l�existence d�harmoniques superpos�s ; il imagine les r�sonateurs qui portent son nom, qui permettent d�identifier ces harmoniques, de faire l�analyse et la synth�se des sons complexes. En �lectricit�, il postule en quelque sorte l�existence de l��lectron, car, pour expliquer les lois de l��lectrolyse, il affirme en 1881</p><p>la n�cessit� d�attribuer � l��lectricit�, comme � la mati�re, une structure granulaire. En optique, il �tudie l�influence de la diffraction sur la limite de r�solution du microscope.</p><p>Dans un autre domaine, c�est � lui</p><p>qu�est due, en 1854, l�id�e de faire appel � la contraction progressive du Soleil pour expliquer l�origine de son �nergie.</p><p>Signalons encore ses travaux physiologiques sur les sensations visuelles et auditives, notamment sa mesure de la vitesse de l�influx nerveux (1850) et son observation directe de la r�tine vivante � l�aide de son ophtalmoscope (1851). Si l�on cite enfin son ouvrage les Fondements de la g�om�trie (1868), dans lequel il met en lumi�re l�aspect empirique de cette science, on voit combien son oeuvre a �t� riche, f�conde et vari�e.</p><p>R. T.</p><p>L. K�nigsberger, Hermann von Helmholtz (Leipzig, 1902-03 ; 2 vol.). / H. Ebert, Hermann von Helmholtz (Stuttgart, 1949).</p><p>H�lobiales</p><p>Ordre de plantes monocotyl�dones herbac�es, le plus souvent aquatiques et d�un type assez primitif.</p><p>Le phylum des H�lobiales, ou Fluviales (13 familles dont l�habitat est plus ou moins aquatique), se compose de plantes poss�dant des types floraux caract�ris�s par d�importantes r�ductions et qui n�ont pas un nombre fixe d�organes reproducteurs. Ces plantes ont une structure vasculaire assez r�-</p><p>duite (nombreuses vacuoles), comme toutes les esp�ces aquatiques, mais aussi assez primitive, puisque l�on trouve bien souvent de simples trach�ides � la place des vrais vaisseaux.</p><p>Butomac�es</p><p>Cette famille comprend six genres et une dizaine d�esp�ces, surtout dans l�h�misph�re Nord. Une seule esp�ce se trouve � l��tat naturel en France : Butomus umbellatus. Les fleurs, isol�es ou group�es en cymes unipares, ont des s�pales et des p�tales bien distincts, et des carpelles � nombreux ovules. Ces plantes herbac�es sont dress�es ou nageantes.</p><p>Alismac�es ou</p><p>Alismatac�es</p><p>La douzaine de genres et la centaine d�esp�ces de cette famille sont r�parties dans les r�gions chaudes et temp�r�es du globe (4 genres et 7 ou 8 esp�ces en France). Cette famille se distingue surtout de celle des Butomac�es par ses carpelles � un seul ovule.</p><p>La Sagittaire est remarquable par son polymorphisme foliaire : les feuilles a�riennes ont la forme de fl�ches triangulaires avec un long p�tiole ; les nageantes ont encore un p�tiole, mais sont ovales, en coeur ; enfin, celles qui sont compl�tement submerg�es sont ruban�es et lin�aires. Citons les Alismas (10 esp�ces), plantes cosmopolites, les Damasonium, les Echinodons (am�ricaines surtout), les Sagittaires (30 esp�ces).</p><p>Hydrocharidac�es</p><p>Ce sont des plantes vivant le plus souvent totalement dans l�eau douce ou sal�e. Les fleurs, solitaires ou en cyme, sont trim�res et poss�dent un p�rianthe � deux verticilles bien distincts. Ces plantes pr�sentent de nombreuses particularit�s biologiques, surtout en ce qui concerne la reproduction. Ainsi, chez les Vallisn�ries, les petites fleurs m�les (plusieurs centaines) se d�tachent de leur inflorescence, �mergent et flottent au fil de l�eau ; elles s��panouissent, et leurs �tamines explosent, projetant le pollen sur les fleurs femelles, qui, longuement p�doncul�es, sont � la surface de l�eau. La f�condation faite, la fleur femelle est de nouveau immerg�e (spi-ralisation du p�doncule), et la maturation du fruit se fait sous l�eau, comme chez la plupart des esp�ces de cette famille. Elodea canadensis, introduite accidentellement en Europe, n�existe dans nos ruisseaux que sous la forme de pieds femelles. Comme genres principaux, il faut citer Elodea, Vallisne-ria, Hydrocharis. Quelques-unes de ces plantes sont employ�es pour d�corer les aquariums, Elodea canadensis pouvant servir � la nourriture du b�tail.</p><p>Potamog�tonac�es</p><p>Cette famille � un seul genre, Pota-mogeton (100 esp�ces), est repr�sent�e en France par plus d�une vingtaine d�esp�ces aquatiques submerg�es ou</p><p>nageantes, dont les fleurs sont group�es en �pis a�riens.</p><p>Zost�rac�es</p><p>Deux genres (Zostera et Phyllospadix) composent cette famille ; les Zost�ra-c�es sont des plantes marines � feuilles lin�aires. Deux esp�ces sont pr�sentes le long des c�tes fran�aises : Z. marina et Z. nana ; elles forment des peuplements serr�s (herbiers) en des stations rarement �merg�es, o� de nombreuses esp�ces animales se reproduisent.</p><p>Posidoniac�es</p><p>C�est une autre petite famille (1 seul genre, 2 esp�ces) qui vit dans les eaux sal�es du Bassin m�diterran�en et de la c�te sud de l�Australie.</p><p>Les feuilles mortes s�agglom�rent en pelotes fibreuses brun�tres de la grosseur d�un oeuf et sont rejet�es sur les c�tes, o� elles peuvent parfois �tre tr�s abondantes.</p><p>Comme familles voisines, il faut citer celle des Apog�tonac�es, tropicales, dont une esp�ce d�Afrique du Sud est fr�quemment cultiv�e, les tubercules �tant riches en amidon, et celle des Scheuchzeriac�es, qui habite les tourbi�res de l�h�misph�re Nord.</p><p>On range souvent dans cette derni�re famille les esp�ces d�une autre famille tr�s voisine, les Juncaginac�es, dont un genre (Triglochin) vit en France dans les marais d�eau douce et saum�tre. La famille des Lilac�ac�es est am�ricaine ; les fleurs ressemblent � celles de certains Scirpus.</p><p>Les trois derni�res familles, Ruppia-c�es, Zannichelliac�es, Najadac�es, sont parfois r�unies dans l�ordre des Najadales. Elles vivent enti�rement submerg�es, et la f�condation est hy-drophile. Le genre Ruppia vit dans les marais d�eau saum�tre. Les Zannichelliac�es, plantes vivaces aquatiques, habitent les eaux douces ou sal�es des r�gions temp�r�es et tropicales. Le genre Najas, cosmopolite, le seul de la downloadModeText.vue.download 159 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5300</p><p>famille des Najadac�es, poss�de environ quarante esp�ces annuelles.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Helsinki</p><p>En su�dois HELSINGFORS, capit. de la Finlande.</p><p>Helsinki est �tablie sur une</p><p>presqu��le � l�entr�e du golfe de Finlande, sur la c�te m�ridionale du pays (r�gion la plus anciennement peupl�e et actuellement la plus active du pays).</p><p>Le climat y est assez rigoureux, avec 4,8 �C de temp�rature moyenne annuelle (� 3,2 �C en f�vrier et 16,4 �C</p><p>en juillet) et cinq mois de l�ann�e avec moins de 0 �C de temp�rature moyenne.</p><p>L�histoire de la ville d�bute au XVIe s. avec la d�cision du roi de Su�de Gustave Vasa de cr�er en Finlande un centre de commerce maritime capable de rivaliser avec Tallin (Revel), en Estonie. Le site primitif, choisi en 1550, fut l�embouchure du Vantaan-joki, � 4 km au nord-est de la ville actuelle : mais il se r�v�la vite inutilisable comme port. En 1640, on prit la d�cision de reb�tir la ville plus au sud, sur son site actuel, le promontoire de Vironniemi. L�essor fut alors rapide. Conquise par les Russes en 1713</p><p>et c�d�e en 1721 au trait� de Nystad (Uusikaupunki), la ville fut reprise en 1742 par les Su�dois, qui la fortifi�rent.</p><p>En 1748, l�amiral Augustin Ehrensv�rd (1710-1772) fit �difier la c�l�bre forteresse de Sveaborg (auj. Suomenlinna, sur l�archipel du m�me nom). Apr�s la cession, en 1809, de la Finlande � la Russie, Helsinki devint la capitale du Grand-Duch� autonome � la place de Turku (�bo) et, en 1819, tous les services gouvernementaux s�y trouv�rent r�unis. L�incendie de Turku en 1827</p><p>entra�na le transfert de l�universit� � Helsinki en 1828.</p><p>En 1830, Helsinki ne comptait que 10 000 habitants. Un comit� d�urbanisme d�cida alors d�en faire une grande et belle ville, et choisit alors comme architecte municipal Johann Carl Ludwig Engel (1778-1840),</p><p>d�origine allemande. Sous ses direc-</p><p>tives furent �difi�s de nombreux monuments : la cath�drale (Storkyrkan) Saint-Nicolas ou � Grande �glise �, l�h�tel de ville, les immeubles de la place du S�nat, qu�orne la statue du tsar Alexandre II, ainsi que l�universit� et sa biblioth�que, riche actuellement d�un million de volumes et de manuscrits.</p><p>En 1914, la ville atteignait</p><p>140 000 habitants. La r�volution de 1917 en Russie et la guerre d�ind�pendance en 1918 amen�rent la lib�ration de la Finlande. Le 16 mai 1918, les troupes victorieuses du g�n�ral Mannerheim firent leur entr�e � Helsinki, devenue capitale d�une nation libre. La ville prit alors un essor nouveau, qui ne fut ralenti que pendant la Seconde Guerre mondiale. L�agglom�ration atteignait 300 000 habitants en 1940 et en comptait 531 000 en 1969. De grandes constructions publiques monumentales furent �difi�es : la gare centrale avec sa tour de 48 m (1919), oeuvre d�Eliel Saarinen (1873-1950), le palais des Expositions (1935), le stade olympique (1938), la poste centrale (1938), devant l�entr�e principale de laquelle se dresse la statue �questre de Mannerheim. �</p><p>l�extr�mit� de la presqu��le d�coup�e, entour�e par les ports, se situe le centre, o� alternent les immeubles de style n�o-classique du XIXe s. et ceux de style moderne du XXe s. Des quartiers r�sidentiels calmes s��tirent vers le nord-ouest, s�par�s par le lac T��l� et le parc olympique d�un secteur urbain industriel et des faubourgs ouvriers qui s��tendent vers le nord-est. Les parcs et les jardins sont nombreux � travers l�agglom�ration.</p><p>Helsinki est le centre administratif et culturel de la Finlande. Les jeux Olympiques firent en 1952 la renomm�e de la ville et marqu�rent le d�but d�un nouvel essor.</p><p>Chef-lieu de la province d�Uusi-</p><p>maa (plus d�un million d�habitants),</p><p>la plus dens�ment peupl�e de Finlande (100 hab. au km2), Helsinki est un grand centre industriel (constructions m�caniques, appareillage �lectrique, chantiers navals, industries chimiques, alimentaires, textiles). Place d�affaires importante avec le si�ge des principales banques, entreprises commerciales et coop�ratives, c�est aussi le premier port de Finlande, avec un trafic de 8,5 Mt en 1969, assurant 20 p. 100 du trafic portuaire national en tonnage et 40 p. 100 en valeur. L�a�roport d�Helsinki-Seutula a assur� en 1969 un trafic de 940 000 passagers, repr�sentant le tiers des voyageurs avec l��tranger et une part tr�s sup�rieure (les quatre cinqui�mes) pour le trafic int�rieur.</p><p>J. G.</p><p>Helv�tius (Claude</p><p>Adrien)</p><p>F MAT�RIALISME.</p><p>h�matie</p><p>Globule rouge du sang.</p><p>� mesure que les moyens d��tude</p><p>progressent, la structure des h�maties appara�t de plus en plus complexe.</p><p>Leur num�ration dans le sang p�ri-ph�rique, qui constitue un examen de laboratoire de pratique courante, mais d�licat � r�aliser, permet le plus souvent d�affirmer que les globules rouges sont normaux ou pathologiques.</p><p>Formes et dimensions</p><p>des h�maties</p><p>Au point de vue morphologique,</p><p>l�h�matie appara�t dans le champ du microscope optique comme un disque biconcave jaune-rose, de diam�tre mesurant environ 7,5 &#x3BC;, de hauteur situ�e entre 2 et 3 &#x3BC;, de surface atteignant 120 &#x3BC;2 et de volume compris entre 80</p><p>et 95 &#x3BC;3 (valeur moyenne 87 &#x3BC;3). Elle comprend un stroma et une membrane qui l�entoure. Elle contient 60 p. 100</p><p>d�eau et divers produits chimiques, dont l�h�moglobine, qui lui conf�re sa coloration ros�e.</p><p>Diverses variations peuvent s�observer dans la taille, la forme et la couleur des h�maties. Si celles-ci sont toutes � peu pr�s de m�me taille � l��tat normal (isocytose), un certain degr� d�anisocytose (diff�rences de tailles) peut �tre consid�r� comme normal.</p><p>Les variations de taille sont indiqu�es par la courbe de Price-Jones, o� l�on distingue, outre les normocytes (normaux), les microcytes (diam�tre inf�-</p><p>rieur � 6 &#x3BC;), les macrocytes (plus de 8 &#x3BC;), les m�galocytes (plus de 12 &#x3BC;) et les gigantocytes (formes �normes de m�galocytes). Les variations de forme, ou po�kilocytose, font d�crire les sph�rocytes (h�maties de volume total normal, avec diam�tre diminu� et �paisseur augment�e), les dr�panocytes (h�maties en forme de faux) et les ovalocytes (diam�tre longitudinal sup�rieur de 2 &#x3BC; au diam�tre transversal). Les variations de couleur permettent de distinguer les h�maties polychromatophiles (dot�es d�un cytoplasme � double affinit� : acidophile et basophile), les cellules cibles, ou target-cells (ayant un aspect en cocarde, � centre color�), les h�maties ponctu�es, basophiles ou azurophiles (avec des granulations basophiles ou acidophiles). Enfin, d�autres vari�t�s d�inclusions sont connues, telles que les corps d�Ehrlich (corpuscules ronds et r�fringents), les corps de Howell-Jolly (corpuscules chromatiniens) et les corps de Cabot (mince ligne en anneau ou en huit, color�e en rouge et parfois lib�r�e de l�h�matie).</p><p>R�le des h�maties</p><p>D�une fa�on g�n�rale, le r�le des globules est de transporter l�oxyg�ne des poumons aux tissus et le gaz carbonique des tissus aux poumons. L�oxyg�ne se combine � l�h�moglobine pour donner l�oxyh�moglobine, tandis que le gaz carbonique se combine pour donner la carboxyh�moglobine. Dans certaines circonstances s�observent des viciations de l�incorporation du fer dans l�h�me par action toxique de certains poisons susceptibles d�entra�ner une m�th�moglobin�mie. Il existe �galement des viciations du m�tabolisme de l�h�moglobine, aboutissant � l��limination de porphyrines anormales et</p><p>connues sous le terme de porphyrie.</p><p>L�h�moglobine</p><p>L�h�moglobine est un pigment t�trapyr-rolique ferreux ou, plus pr�cis�ment, une chromoprot�ine. C�est une grosse mol�-</p><p>cule faite d�une partie purement protidique, la globine, et d�une partie color�e, l�h�me, qui contient du fer � l��tat ferreux. Lorsque ce dernier se trouve � l��tat ferrique, la mol�cule constitu�e est la m�th�moglobine. Au sein de la mol�cule d�h�moglobine existent quatre cha�nes de globine faites de plusieurs acides amin�s et branch�es sur le groupement prosth�-</p><p>tique central que constitue l�h�me. � l��tat normal, il n�existe pas une h�moglobine unique. Plusieurs h�moglobines changeant par la globine et non par l�h�me sont ainsi retrouv�es chez le sujet sain : l�h�moglobine A 1 repr�sente de 97 � 98 p. 100 et l�h�moglobine A 2 de 2 � 3 p. 100, tandis que l�h�moglobine F (h�moglobine foetale), tr�s importante � la naissance, ne se retrouve qu�� l��tat de traces chez l�adulte.</p><p>Cette h�moglobine foetale peut s�observer anormalement chez les sujets atteints de thalass�mie (affection h�r�ditaire du Bassin m�diterran�en). Elle se caract�rise par son alcalinor�sistance lors de l��preuve de d�naturation en milieu alcalin. Les moyens d��tude de l�h�moglobine sont la chromatographie* et surtout l��lectrophor�se*. Le dosage d�h�moglobine se fait par des moyens colorim�triques � l�aide de downloadModeText.vue.download 160 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5301</p><p>l�h�moglobinom�tre classique et, depuis quelques ann�es, par spectrophotom�trie ou par �lectrophotom�trie. Il doit �tre pond�ral ; il varie autour de 15 g pour 100 cm 3</p><p>de sang chez l�homme et autour de 14 g pour 100 cm 3 chez la femme. Le pourcentage �tabli fictivement en colorim�trie est normalement de 100, ce qui correspond � 5 millions de globules rouges par milli-litre de sang. Quant � l��lectrophor�se de l�h�moglobine, elle permet d�appr�cier, selon leurs vitesses de migration, proportionnelles aux charges protidiques, les diff�rentes vari�t�s d�h�moglobine : A, B, C, D, E, F, G, H, I, J... Elle permet �galement de reconna�tre s�il existe une ou deux va-ri�t�s d�h�moglobines anormales (simple</p><p>ou double h�t�rozygotisme) ou encore s�il n�existe que l�h�moglobine anormale pr�dominante (homozygotisme, repr�sentant les cas les plus graves d�h�moglobinopathies en pathologie humaine). Ainsi en est-il des dr�panocytoses homozygotes, correspondant aux an�mies � cellules fal-ciformes (dr�panocytes), caract�ris�es par la forme en faux que prennent les h�maties en cas de s�jour en atmosph�re rar�-</p><p>fi�e en oxyg�ne. Ce ph�nom�ne entra�ne des thromboses au niveau de diff�rents organes (rate, os, poumon), r�alisant un tableau clinique particuli�rement douloureux. Il est ais�ment reproductible au laboratoire, en mettant les h�maties de sujets dr�panocytaires en pr�sence d�un corps r�ducteur supprimant l�oxyg�nation : c�est le test d�Emmel. Ce test est d�ailleurs valable pour d�pister les formes h�t�rozygotes, dont la traduction clinique est beaucoup moins expressive, sauf s�il s�agit de double h�t�rozygotisme, c�est-�-dire d�une association avec une autre h�moglobine anormale.</p><p>On doit �galement appr�cier la teneur en h�moglobine moyenne d�un globule rouge. Elle est de 28 � 30 microgamma et se calcule en divisant le poids d�h�moglobine dans 1 mm 3 de sang par le nombre de globules rouges contenus dans ce m�me globule.</p><p>Autres caract�ristiques</p><p>En marge de ces caract�ristiques g�-</p><p>n�rales des h�maties et sans vouloir empi�ter sur le domaine de la transfusion* sanguine, il convient de rappeler que les groupes sanguins classiques r�pondent � l�existence d��l�ments globulaires, ou agglutinog�nes, et d��l�-</p><p>ments plasmatiques, ou agglutinines.</p><p>Aussi, lorsqu�on met en pr�sence des s�rums et des globules rouges provenant d�individus normaux appartenant � divers groupes du syst�me A. B. O., obtient-on ou non une agglutination, selon que les globules contiennent ou non l�agglutinog�ne oppos� � l�agglutinine du s�rum en pr�sence duquel ils sont mis. La d�termination des groupes sanguins est fond�e sur ces donn�es. Il existe en outre un agglutinog�ne �rythrocytaire particulier, le facteur Rh�sus, contenu dans les h�maties de sujets dits � Rh�sus positifs �. Par opposition, ceux qui n�ont</p><p>pas cet agglutinog�ne sont dits � Rh�-</p><p>sus n�gatifs �. On sait quelle importance a non seulement la d�termination des groupes classiques A, B, O, mais encore celle du facteur Rh�sus. Chez l�individu, chaque syst�me de groupe est d�termin� sur le plan g�n�tique par un locus, groupe de g�ne situ� sur un chromosome*.</p><p>Toujours en marge des caract�ristiques g�n�rales propres aux h�maties, il para�t opportun de fournir la notion de vitesse de s�dimentation globulaire, mesur�e en tube sp�cial de Westerg-ren sur anticoagulant. Les chiffres normaux habituellement admis �tant inf�-</p><p>rieurs � 10 mm � la premi�re heure et 20 mm � la deuxi�me heure. Cette mesure constitue un examen compl�mentaire d�orientation applicable � l��tude de nombreux processus morbides.</p><p>Num�ration des h�maties</p><p>Il y a lieu de consid�rer les chiffres normaux des h�maties obtenus par l�h�mogramme et de conna�tre les tol�rances admises. C�est ainsi que le chiffre des globules rouges par millim�tre cube de sang est estim� � 5 millions � 800 000 chez l�homme, � 4 700 000 � 800 000 chez la femme et � 4 500 000 � 500 000 chez l�enfant, alors que chez le nourrisson les chiffres sont sup�rieurs. Ces chiffres sont pr�-</p><p>cis�s � partir de ceux qui sont lus dans un appareil appel� h�matim�tre, multipli�s par un coefficient tenant compte du taux de dilution dans l�appareil et du volume de la cellule de lecture permettant d�effectuer la num�ration.</p><p>Le compte-globules �lectronique, aujourd�hui de plus en plus utilis�, met � l�abri des erreurs de lecture, mais ne permet pas d��viter les difficult�s de dilution. De m�me intervient dans l�interpr�tation des constances relatives aux h�maties la valeur de l�h�matocrite, d�finie par le volume de globules rouges correspondant � 100 cm 3</p><p>de sang, chiffr� � 47 p. 100 � 7 chez l�homme, � 42 p. 100 � 5 chez la femme et � 45 p. 100 � 5 chez l�enfant.</p><p>� partir de ce chiffre, il est possible de calculer le volume globulaire moyen (rapport entre le volume occup� par les h�maties dans 1 mm 3 de sang total et le nombre d�h�maties contenues dans ce m�me volume) dont il a �t� pr�-</p><p>cis�, ci-dessus, qu�il est compris entre 80 et 95 &#x3BC; 3. Les valeurs sup�rieures t�moignent d�h�maties plus volumineuses, ou macrocytes, et les valeurs inf�rieures d�h�maties moins volumineuses, ou microcytes.</p><p>Plus int�ressante que la classique valeur globulaire est la concentration globulaire moyenne en h�moglobine ; c�est le rapport exprim� en pourcentage entre la teneur globulaire moyenne en h�moglobine et le volume globulaire moyen. Elle est de 34 p. 100 � 2 chez tous les individus.</p><p>Anomalies des h�maties</p><p>La diminution du nombre des globules rouges, ou plut�t du volume de l�organe �rythocytaire (volume total des h�maties), d�finit l�an�mie*. Celle-ci peut �tre li�e soit � une d�perdition de sang brutale ou, au contraire, chronique, s�accompagnant de baisse du fer s�rique, soit � une augmentation de l�h�molyse physiologique, qu�attestent certains �l�ments dits � de r�g�n�ration � (r�toculocytes, dont la num�ration doit �tre exprim�e en valeur absolue plut�t qu�en pourcentage) et certaines modifications telles que l��l�vation de la bilirubine libre non conjugu�e. Parmi ces vari�t�s d�an�mie h�molytique figurent celles qui sont li�es � des toxiques, celles qui sont provoqu�es par transfusions non compatibles (iso-anticorps) ou par incompatibilit� foeto-maternelle, celles qui sont li�es � la pr�sence d�auto-anticorps ainsi que celles qui sont provoqu�es par les malformations globulaires, telle la sph�rocytose, r�alisant la maladie de Minkowski-Chauffard, en r�gle cong�nitale, o� les globules rouges sont pr�matur�ment d�truits en raison de leur diminution de r�sistance aux solutions hypotoniques (celles-ci s�expliquant par l�alt�ration de la forme des h�maties). Il convient de mentionner �galement de nouveau les h�moglobinopathies, qu�il s�agisse de la dr�panocytose ou de la thalass�-</p><p>mie. En ce qui concerne les an�mies h�molytiques d�ordre immunologique par iso- ou auto-anticorps, il est possible de faire la preuve de l�existence d�anticorps antih�matie par les tests de Coombs, direct (globulaire) ou indirect</p><p>(s�rique).</p><p>Par ailleurs, certaines an�mies sont li�es � une insuffisance de production par diminution de l��rythropo��se. Ces an�mies, dites � aplasiques �, peuvent �tre dues � des radiations, � des toxiques (benz�ne), � certains m�dicaments, mais sont parfois consid�r�es comme cryptog�n�tiques (sans cause connue). Il existe enfin des an�mies par carence de facteur de maturation, o� le nombre total de cellules jeunes est particuli�rement important (m�galoblastes de la moelle osseuse) � l�origine de m�galocytes dans le sang p�riph�rique.</p><p>C�est notamment le cas de l�an�mie de Biermer, o� manque le facteur intrins�que et, par voie de cons�quence, la vitamine B12.</p><p>� l�inverse, l�augmentation du</p><p>nombre des globules rouges correspond aux polyglobulies, encore appel�es polycyth�mies, diff�rentes de l�h�moconcentration d�finie par l��l�-</p><p>vation de l�h�matocrite. Les polyglobulies peuvent �tre r�ellement primitives ou plus souvent secondaires � une anoxie ou � une s�cr�tion inappropri�e d��rythropoi�tine.</p><p>M. R.</p><p>F An�mie / Sang / Transfusion.</p><p>h�matologie</p><p>�tude du sang � l��tat normal et pathologique. L�h�matologie a connu au cours des toutes derni�res d�cennies un d�veloppement qui lui vaut une place privil�gi�e parmi ce qu�il est convenu d�appeler les sp�cialit�s m�dicales.</p><p>� partir de l��tude morphologique, pr�cisant l�aspect des cellules sanguines, et d��tudes physiologiques permettant de saisir pour chaque lign�e globulaire leur lieu de production et de destruction, il a �t� possible d�identifier un certain nombre de maladies appel�es h�mopathies, correspondant � des alt�rations de ces m�canismes.</p><p>Parmi les plus anciennement connues figurent les d�ficiences en globules rouges, ou an�mies*. C�est ainsi que Thomas Addison (1793-1860) indi-vidualisa vers 1855 une maladie qui</p><p>porte son nom dans les pays anglo-saxons et celui du Suisse Anton von Biermer (1827-1892) dans le n�tre. Ce dernier, en effet, relata plusieurs observations de cette maladie quelques ann�es plus tard. Ult�rieurement, divers auteurs, dont John Hunter (1728-1793), constat�rent que cette an�mie s�accompagnait souvent de manifestations neurologiques et digestives. Les caract�res h�matologiques proprement dits de l�affection furent ensuite pr�-</p><p>cis�s gr�ce � la pratique syst�matique d�h�mogrammes et surtout de my�logrammes apr�s ponction de la moelle sternale. Mais c�est surtout � la suite des travaux du physiologiste am�ricain George Whipple (n� en 1878), mettant en �vidence chez le chien le r�le capital du foie dans la r�paration des pertes globulaires (1925) et de ceux de downloadModeText.vue.download 161 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5302</p><p>ses compatriotes George Minot (1885-1950) et William Murphy (n� en 1892)</p><p>[1926], aboutissant au traitement de la maladie par ingestion de foie cru, puis par ingestion ou injection d�extraits h�patiques purifi�s, qu�une �tape th�-</p><p>rapeutique d�cisive fut franchie. Vers les m�mes ann�es, William B. Castle proposait en traitement adjuvant un facteur provenant de la muqueuse gastrique. On s�aper�oit donc, � propos de l�exemple fourni par les acquisitions progressives concernant la maladie de Biermer, � quel point l�h�matologie a pu b�n�ficier d�une m�thode de diagnostic pr�cis, l�h�matocytologie, et de donn�es exp�rimentales. L�aboutissement de cette d�marche fut la d�couverte, en 1948, de la vitamine B12, dite � antipernicieuse �, d�abord extraite de foies d�animaux, puis obtenue industriellement � partir de bouillons de cultures de divers Strepto-myces. Ce principe vitaminique est vite apparu comme le facteur fondamental manquant chez les sujets atteints de la maladie de Biermer. Son utilisation th�rapeutique a transform� le pronostic d�une affection autrefois tr�s grave.</p><p>Bien d�autres causes d�an�mies sont par ailleurs reconnues, qui rel�vent</p><p>de th�rapeutiques diverses et dont le diagnostic peut �tre pr�cis� gr�ce � des techniques vari�es. Au cours de certaines an�mies particuli�rement s�v�res, les transfusions de sang frais isogroupe, voire de culots globulaires s�imposent. Elles constituent une arme th�rapeutique particuli�rement utile dans la m�decine moderne et justifient l�implantation de banques de sang dirig�es par des �quipes d�h�mobio-logistes dans les principaux centres hospitaliers.</p><p>� l�inverse, les polyglobulies essentielles ou secondaires, caract�ris�es par un exc�s de globules rouges, ont �t� trait�es par des saign�es avant de faire l�objet, pour certaines d�entre elles, de th�rapeutiques radio-actives. Les travaux d�Henri Vaquez (1860-1936), de William Osler (1849-1919), notamment, ont contribu� � la connaissance de ces affections.</p><p>Les hyperproductions de globules blancs sont connues depuis Rudolf Virchow (1845) sous le nom de leuc�mies, ou cancer du sang. Au d�but du XXe s.</p><p>furent individualis�es les leuc�mies aigu�s et les leuc�mies chroniques, entre lesquelles se situent les formes fronti�res, connues gr�ce � G. Di Gu-glielmo (1886-1961) et � Paul Chevallier (1884-1960). Ces diverses vari�t�s de leuc�mies sont l�objet des principales pr�occupations des h�matologistes et des canc�rologues du monde entier (v. leuc�mie).</p><p>Il est aussi des affections de la moelle osseuse r�alisant � l�extr�me une aplasie de cet organe, portant suivant les cas sur la s�rie blanche, sur la s�rie rouge ou sur les deux s�ries � la fois ainsi que sur les plaquettes. Elles ont �t� particuli�rement �tudi�es par Paul Ehrlich (1854-1915), Georges Hayem (1841-1933) et Werner Schultz (1878-1947).</p><p>Quant aux maladies primitives portant sur les ganglions lymphatiques, elles sont � rapprocher � maints �gards de celles des globules blancs. Thomas Hodgkin (1798-1866) fut le premier, en 1832, � isoler des polyad�nopathies chroniques non tuberculeuses, mais ce sont en fait R. Paultauf (1858-1924)</p><p>et K. Sternberg (1872-1935), qui, en 1897, individualis�rent les caract�res histologiques propres de la lymphogra-nulomatose maligne, appel�e indiff�-</p><p>remment maladie de Hodgkin ou maladie de Paultauf-Sternberg. La situation nosologique de cette maladie, bien qu�encore mal pr�cis�e, tend, actuellement, � �tre mieux d�finie gr�ce � de nombreux travaux portant sur les affections du syst�me r�ticulo-enth�lial et aboutissant au d�membrement de celles-ci. Il est cependant � noter que, d�s 1853, Virchow appelait lympho-sarcomes les tumeurs ganglionnaires malignes (ce vocable �tant aujourd�hui conserv�) et qu�en 1893 H. Kundrat (1845-1893) attirait l�attention sur leur tendance � la g�n�ralisation � tout l�appareil lymphopo��tique. Leurs rapports avec certaines leuc�mies ont �t� prouv�s par de tr�s nombreux travaux exp�rimentaux modernes portant sur la transmission chez l�animal de lympho-sarcomes et de leucoses. On peut ainsi formuler sans exc�s que les premiers sont des cancers des cellules blanches fix�es au niveau des ganglions et les secondes des cancers des globules blancs circulants. D�ailleurs, l�existence de tumeurs solides au cours de leuc�mies vient corroborer ce fait, tel le chlorome, ou cancer vert d�Aran. De m�me est � en rapprocher le my�lome multiple des os*, ou maladie de Kahler, que caract�rise une prolif�ration anormale des plasmocytes.</p><p>L�origine exacte de ces diverses affections malignes reste controvers�e.</p><p>La grande diffusion des agents m�di-camenteux, l�extension des risques dus aux radiations ionisantes semblent �tre au moins des facteurs favorisants.</p><p>L�origine virale des leuc�mies est particuli�rement suspect�e, mais n�a pas encore re�u de confirmation d�finitive.</p><p>Quoi qu�il en soit, les nouvelles possibilit�s th�rapeutiques offertes par la radioth�rapie, par les moutardes azot�es, par les agents alkylants ou par les antim�taboliques, enfin par les cortico�des rehaussent l�int�r�t du d�pistage pr�-</p><p>coce de ces maladies. De plus, on sait que des tentatives de transfusions ou de greffes de moelle osseuse ont �t�, dans certains cas d�aplasies m�dullaires par irradiation, couronn�es de succ�s.</p><p>En ce qui concerne les maladies dites � h�morragipares � (s�accompagnant d�h�morragies), diverses manifestations en sont connues depuis fort longtemps. Ainsi en est-il des purpuras aigus ou chroniques d�crits par plusieurs auteurs (J. L. Sch�nlein [1793-1864], E. H. Henoch [1820-1910], S. Bateman [1824-1904]), pour lesquels on sait aujourd�hui qu�il convient d��liminer un d�ficit qualitatif ou quan-titatif des plaquettes sanguines (travaux initiaux de E. Glanzmann [1887-1959]). Ainsi en est-il �galement de l�h�mophilie, affection g�n�tique dont le traitement rel�ve de l�administration d�un facteur sp�cifique de la coagulation absent dans le sang des sujets atteints.</p><p>Le probl�me des spl�nom�galies</p><p>(grosses rates) a longuement intrigu� les cliniciens s�int�ressant aux maladies du sang en raison des rapports �troits observ�s entre les modifications de la rate et la d�couverte d�une h�mopathie. G. Banti (1852-1925), en Italie, O. Minkowski (1858-1931), en Allemagne, A. Chauffard (1855-1932) et N. Fiessinger (1881-1946), en France, ont int�gr� la spl�nom�galie (grosse rate) � diverses formes de destruction excessive des globules rouges. Ce ph�-</p><p>nom�ne, que l�on appelle h�molyse, a �t� dissoci� en maladie h�molytique cong�nitale et en maladies h�molytiques acquises. La premi�re recouvre les accidents graves d�h�molyse p�rinatale, dont l�explication et le traitement reviennent � Ph. Levine (n� en 1900), � D. O. Weiner (n� en 1908) et � K. Landsteiner (1868-1943) [d�couverte de l�immunisation par le facteur Rh�sus]. De nouvelles applications th�rapeutiques tir�es d�une meilleure connaissance de la date d�apparition des anticorps chez les jeunes m�res permettent, aujourd�hui, de s�opposer au risque d�immunisation ult�rieure.</p><p>On apparente les secondes � divers processus, relevant soit d�intoxications, soit de maladies g�n�rales entra�nant une fragilit� des globules rouges des malades qui en sont atteints. Sont � rapprocher des maladies h�molytiques la fi�vre bilieuse h�moglobinurique des palud�ens et l�h�moglobinurie paroxystique, qui font intervenir respectivement la quinine et l�exposition</p><p>au froid.</p><p>Deux autres groupes d�an�mies</p><p>h�molytiques m�ritent d��tre mentionn�s � part : celui des h�moglobinoses, ou h�moglobinopathies, qui r�unit les anomalies constitutionnelles de l�h�-</p><p>moglobine, et celui des enzymopathies, ou enzymop�nies intra-�rythrocytaires, qui r�unit les cas de fragilit� g�n�tique de l�h�matie. La thalass�mie, la dr�panocytose, le favisme sont les exemples les plus d�monstratifs de ce type d�affection qui est en rapport avec des facteurs ethniques ou familiaux et dont l��tude physico-chimique d�bouche aujourd�hui sur le domaine de la biologie mol�culaire.</p><p>Enfin, dans le domaine immuno-</p><p>pathologique figurent les dysglobulin�mies (anomalies des globulines du plasma sanguin), qu�il s�agisse de la maladie de Bruton (agammaglobulin�-</p><p>mie) ou de la maladie de Waldenstr�m (macroglobulin�mie).</p><p>En conclusion de ce panorama, il semble bien que l�h�matologie constitue l�une des disciplines les plus riches en perspectives th�rapeutiques, car elle comporte encore de nombreux domaines � d�fricher.</p><p>M. R.</p><p>F An�mie / Cardiologie / Chimioth�rapie / Leuc�mie / Os / Pathologie / Sang / Septic�mie / Surr�nal / Transfusion.</p><p>G. Marchal et G. Duhamel, le Sang (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961 ; 2e �d., 1964), /</p><p>B. Dreyfus et coll., Progr�s en h�matologie (Flammarion, 1967). / J. Bernard, J.-P. L�vy et coll., Abr�g� d�h�matologie (Masson, 1971).</p><p>h�matopo��se</p><p>�laboration des cellules sanguines par les organes h�matopo��tiques, qui sont la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques, la rate et le tissu r�ticulo-endoth�lial.</p><p>D�une mani�re g�n�rale, les h�maties, les leucocytes polynucl�aires et les plaquettes naissent de la moelle rouge des os, tandis que les lymphocytes et les monocytes sont form�s dans la rate et les ganglions (les derniers peuvent</p><p>l��tre dans un secteur quelconque du syst�me r�ticulo-endoth�lial).</p><p>La formation des globules rouges s�appelle l��rythropo��se, celle des globules blancs la leucopo��se, et celle des plaquettes, dont le r�le dans la downloadModeText.vue.download 162 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5303</p><p>coagulation est si important, la throm-bocytopo��se. La diff�renciation des lign�es sp�cifiques se fait au stade de la premi�re cellule, d�riv�e d�une cellule r�ticulaire, omnivalente, appel�e h�mohistioblaste. Le premier �l�ment, ou h�mocytoblaste, �volue lui-m�me soit vers le pro�rythroblaste, ou pro-normoblaste, anc�tre de l��tythrocyte, ou normocyte, appel� plus couramment h�matie*, soit vers le my�loblaste, pr�curseur des polynucl�aires neutro-philes, �osinophiles ou basophiles, etc.</p><p>� titre d�exemple, la gen�se des globules rouges peut �tre envisag�e. La cellule originelle, ou pro�rythroblaste (h�matie � noyau), est une cellule tr�s grande, mesurant plus de 20 &#x3BC;, � cytoplasme bleu intense, tr�s riche en acide ribonucl�ique et contenant des nucl�oles qui sont le t�moin d�une cellule jeune. Du pro�rythroblaste � l��rythrocyte, cette gen�se passe par l��rythroblaste basophile, cellule plus petite, d�environ 15 &#x3BC;, d�pourvue de nucl�oles, dont le cytoplasme est toujours bleu, car elle n�a pas encore �labor� d�h�moglobine. Lorsque l�h�moglobine appara�t, l��rythroblaste est dit</p><p>� polychromatophile � et est plus petit que le pr�c�dent. Puis c�est l��rythroblaste acidophile ou encore �osinophile, poss�dant encore un noyau qui va bient�t �clater et quelques granulations. Ces h�maties granuleuses et filamenteuses peuvent passer dans le sang, o� elles prennent le nom de pro-normocytes ou de r�ticulocytes, dont le pourcentage doit �tre inf�rieur � 2 p. 100 des h�maties et augmente en cas d�an�mie par grande h�morragie ou h�molyse. Enfin, on parvient au stade ultime d�h�matie*. Le globule</p><p>rouge ainsi form� vit 120 jours, puis est d�truit.</p><p>En ce qui concerne la lign�e gra-nulocytaire (globules blancs polynucl�aires), elle passe par les stades de my�loblastes, de promy�locytes, de my�locytes et de m�tamy�locytes.</p><p>Quant aux plaquettes, elles pro-</p><p>viennent des m�gacaryoblastes qui se transforment en prom�gacaryocytes, puis en m�gacaryocytes, cellules g�antes de 80 &#x3BC;, qui sont leurs pr�curseurs imm�diats.</p><p>Dans l�ensemble, le temps qui</p><p>s��coule entre l��laboration de la cellule souche diff�renci�e et le lancement dans la circulation de l��l�ment adulte est de trois � cinq jours. La dur�e de vie des cellules sanguines p�riph�-</p><p>riques �tant limit�e, l�h�matopo��se est un ph�nom�ne continu. Si l�on admet que notre corps contient 4,5 litres de sang, dont de 1,5 � 1,8 litre de globules rouges, il s��labore en fonction de la dur�e de vie de ces �l�ments environ 20 cm 3 de globules rouges chaque jour.</p><p>Ainsi, 1/20 de nos h�maties sont produites et d�truites quotidiennement. Le ph�nom�ne qui pr�side � la r�gularit� de l��mission des nouvelles cellules sanguines circulantes en leur assurant un taux quasi constant dans le sang est des plus remarquables. Son m�canisme est encore mal connu. Il est possible qu�un facteur humoral h�matopo��-</p><p>tique soit � l�origine de la r�gulation de l��rythropo��se et que son titre d�pende non seulement du nombre</p><p>d�h�maties circulantes, mais encore du taux d�oxyh�moglobine circulant. Pour la leucopo��se, les facteurs humoraux classiquement all�gu�s (leucopo��-</p><p>tine) semblent plus hypoth�tiques que certains. Quoi qu�il en soit dans ce domaine, des donn�es suppl�mentaires ont �t� apport�es par les m�thodes d�explorations isotopiques, techniques modernes permettant d��tudier la dynamique des cellules sanguines marqu�es par des d�riv�s radio-actifs (tels que le chrome 51).</p><p>D�un point de vue pratique, l�h�ma-topoi�se constitue l�une des questions fondamentales de l�h�matologie*</p><p>moderne. Qu�il suffise, sans entrer</p><p>dans les d�tails morphologiques de chaque �l�ment interm�diaire, ni dans les anciennes querelles d�velopp�es � partir de th�ories unicistes de la m�me cellule souche, d��voquer les facteurs n�cessaires � une h�matopo��se harmonieuse : prot�ines, vitamines, �l�ments min�raux, plus particuli�rement fer et cuivre, sans lesquels le retentissement sur l��laboration des cellules sanguines peut �tre lourd de cons�quence. En pathologie, l�un des grands troubles de l�h�matopo��se est la panmy�lophtisie, qui se traduit par une sid�ration compl�te de la moelle osseuse, entra�nant downloadModeText.vue.download 163 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5304</p><p>la disparition des globules rouges et de tous les leucocytes granuleux ou polynucl�aires.</p><p>M. R.</p><p>F H�matie / Leucocyte / Sang.</p><p>Hemingway</p><p>(Ernest Miller)</p><p>�crivain am�ricain (Oak Park, Illinois, 1899 - Ketchum, Idaho, 1961).</p><p>Le soleil se l�ve aussi (1926), puis l�Adieu aux armes (1929) font rapidement de Hemingway le romancier am�ricain le plus repr�sentatif de la g�n�ration d�apr�s la Premi�re Guerre mondiale, la � g�n�ration perdue �.</p><p>Plus tard, Pour qui sonne le glas (1940) refl�te les probl�mes politiques et la violence engendr�s par la mont�e du fascisme. En 1954, le prix Nobel de litt�rature, en couronnant le Vieil Homme et la mer (1952), consacre la port�e d�une oeuvre qui, sous une inspiration cosmopolite et r�aliste, des allures de roman d�aventures et un style de reporter, cache un esth�tisme subtil et une m�ditation morale, de nature sto�que, sur la condition humaine.</p><p>Un parti pris d�anti-intellectualisme et un certain exhibitionnisme de virilit� ont malheureusement enferm� l�oeuvre et la personnalit� de Hemingway dans une l�gende qui lui nuit. Hemingway a</p><p>mis les techniques d�un art raffin�, tr�s travaill� sous des allures simplistes, au service d�une conception qu�il voulait exag�r�ment sommaire, brutale, voire primitive de la vie. Ses h�ros, qui, dans cette oeuvre qui forme une longue chronique autobiographique, sont toujours lui-m�me, peuvent para�tre st�r�otyp�s. Laconique, individualiste, blas�, mais actif et viril, le h�ros de Hemingway est un �tre bless�, hant� par la mort, mais sto�que et qui cherche une �vasion, presque un divertissement au sens pascalien, dans l�alcool, l�amour, la chasse et la p�che du gros. Ses romans d�action cachent une qu�te, une m�ditation morale presque obsessive.</p><p>Cette ambigu�t� se retrouve dans l�homme. Entre l�homme et l��crivain, entre la l�gende � la Buffalo Bill et le style � la Flaubert, il y a malentendu.</p><p>D�un c�t� il y a Hemingway boxeur, chasseur de fauves, p�cheur de thon, soldat : un homme de six pieds de haut qui pesait cent kilos, chaussait du 45</p><p>et le faisait savoir. De l�autre il y a un clerc � lunettes qui calligraphiait au crayon cinq cents mots par jour au maximum et r�crivait trente-neuf fois la fin de l�Adieu aux armes. On a beaucoup d�crit le voyageur, l�amant, l�afficionado, le soldat en battle-dress pas tr�s r�glementaire. Mais il y a aussi Hemingway artiste, qui veut � �crire une prose si pure qu�elle ne se cor-rompe pas �. Il travaille debout, dans un capharna�m de livres, �crivant au crayon sur une planche � dessin, d�s l�aube. � J��cris, dit-il, jusqu�� ce que j�arrive au point o� j�ai encore du jus et o� je commence � avoir une id�e de la suite. Alors je m�arr�te et j�essaie de vivre jusqu�au lendemain. C�est l�attente jusqu�au lendemain qui est dure � passer. �</p><p>Hemingway est n� dans un milieu</p><p>petit-bourgeois du Middle-West, dans une atmosph�re de rigorisme puritain. Son p�re, m�decin, qui finit par se suicider, cherchait dans la chasse et l�alcool une �vasion � son mariage avec une femme aust�re et castratrice.</p><p>� Les hommes sentimentaux sont si souvent trahis �, �crit Hemingway dans la nouvelle � P�re et Fils �. Lui sera dur. Tr�s t�t, il pr�f�re la compagnie des braconniers, des boxeurs, des</p><p>casse-cou des rod�os � celle des instituteurs de Oak Park School. Dans les nouvelles de Cinquante Mille Dollars (In our Time, 1924), il a romanc� son enfance. Nick Adams, p�chant et chas-sant dans les for�ts du Michigan, initi� � l�amour par une Indienne, assistant avec son p�re � un accouchement, c�est Hemingway enfant, proche du Huck Finn de Mark Twain*. Au sortir du coll�ge, renon�ant � l�universit�, Hemingway entre comme reporter au Star de Kansas City. Journaliste, il apprend �</p><p>� �crire des phrases claires, �viter les adjectifs passe-partout, faire des r�cits int�ressants, des phrases courtes dans un anglais vigoureux et souple �. C�est donc dans le journalisme qu�il apprend ce style sec, rigoureux, ce laconisme de proc�s-verbal et cet art de regarder.</p><p>Ernest Hemingway n�abandonnera jamais le journalisme : il sera reporter en Europe, en Asie et en Orient. Trente-cinq ans de journalisme nourrissent son oeuvre. R�unis par William White dans Hemingway en ligne (By-line, 1967), ses reportages sur Pampelune, Mussolini, la guerre d�Espagne, le d�barquement de Normandie, etc., r�v�lent les liens entre le journalisme et son oeuvre.</p><p>En mai 1918, � dix-huit ans, Hemingway s�engage dans l�arm�e et part pour l�Europe comme pour un match international. La guerre le marque profond�ment, comme Cummings ou Dos Passos. Adolescents, persuad�s de partir pour une croisade juste qui mettrait fin aux guerres et aux injustices, ces Am�ricains d�couvrent une boucherie dirig�e par des g�n�raux incomp�tents et des politiciens ineptes. La faillite de leur id�al les marque � jamais de d�-</p><p>sarroi. Gloire, patrie, honneur, toutes les valeurs sont remises en question.</p><p>Ils reviennent de guerre sceptiques et d�senchant�s, critiquant tout, ne respectant pas des a�n�s qui ont d�clench� ce massacre g�n�ral. La g�n�ration perdue invente le debunking � le</p><p>� d�boulonnage �, comme Hemingway le pratique dans un po�me sur Th�odore Roosevelt dans Three Stories and Ten Poems (1923), son premier recueil publi�. Mais Hemingway fut, de plus, bless�. Le 8 juillet 1918, � Fossalta di Piave, sur le front italien, il fut atteint par un obus de 420 et deux balles de mitrailleuses : � Je me penchais, �crit-</p><p>il dans l�Adieu aux armes, mis ma main sur mon genou et mon genou n��tait plus l�. �</p><p>Cette blessure obs�de l�oeuvre. Tous les h�ros de Hemingway sont bless�s au combat : Nick Adams � la colonne vert�brale ; Henry, dans l�Adieu aux armes, au genou ; le colonel Cantwell � la t�te ; Robert Jordan � la cuisse ; Jack, dans Le soleil se l�ve aussi, est castr�.</p><p>Cette blessure est le traumatisme originel, comme les innombrables accidents survenus � Hemingway lui-m�me sont les lapsus de la mort. La guerre, � l�histoire naturelle des morts �, comme il l�appelle, marque la fin de l�innocence.</p><p>Embarqu� dans la d�b�cle de boue, de sang et d�absurdit�, le lieutenant de l�Adieu aux armes d�nonce l�impos-ture : � J�ai toujours �t� embarrass� par les mots glorieux, sacr�, sacrifice.</p><p>Nous les avions entendus, nous les avions lus sur les proclamations. Mais je n�ai jamais rien vu de sacr� et ce qu�on appelait glorieux n�avait pas de gloire, et les sacrifices ressemblaient aux abat-toirs de Chicago. Les mots abstraits tels que gloire, honneur, courage, sain-tet� �taient ind�cents. �</p><p>Hemingway fait donc s�cession et rejoint ses compatriotes � Montparnasse. Dans Le soleil se l�ve aussi et dans Paris est une f�te (A Moveable Feast, 1964), il a capt� l�esprit de la g�n�ration perdue, cette existence d�soeuvr�e, d�senchant�e, inqui�te.</p><p>Mais lui ne fl�ne pas aux terrasses de Montparnasse. Dans sa mansarde rue du Cardinal-Lemoine, puis au 113, rue Notre-Dame-des-Champs, il travaille dur, raturant inlassablement.</p><p>Guid� d�abord par les conseils de Sherwood Anderson, qu�il a rencontr� au Toronto Star, puis par Gertrude Stein, il s�efforce de donner une repr�sentation aussi pr�cise que possible de la r�alit�. � La plus grande difficult�, dit-il, c��tait de d�crire ce qui s��tait r�ellement pass� au moment de l��v�-</p><p>nement. Quand on �crit pour un journal, on raconte ce qui s�est pass� et, � l�aide d�un proc�d� ou d�un autre, on arrive � communiquer l��motion au lecteur, car l��motion conf�re toujours une certaine v�rit� au r�cit d�un �v�nement du jour. Mais la chose r�elle, la succession mouvante des ph�nom�nes</p><p>qui produit l��motion, cette r�alit� qui serait valable dans un an ou dans dix ans et, avec de la chance et assez de puret� d�expression, pour toujours, j�en �tais encore loin et je m�acharnais � l�atteindre. � � J�essayais, ajoute-t-il, d��crire en commen�ant par les choses les plus simples. �</p><p>C�est alors qu�il met au point son c�l�bre style, glac�, simple, rigoureux, qui note les faits avec une objectivit� de proc�s-verbal. D�abord il remplace les d�veloppements psychologiques par le r�cit de l�action et du comportement � � behaviourisme � � des personnages. Puis il utilise les mots vrais, techniques. Enfin, il tisse un r�seau de correspondances qui cr�e une ambiance climatique ou linguistique. � La prose, �crit-il, n�est pas de la d�coration, c�est de l�architecture. �. Il ne dit donc pas � revolver �, mais � Smith and Wesson 32 �, pas</p><p>� avion �, mais � Junker 88 �. Ce laconisme rejoint la critique morale. Vie et style sont d�mythifi�s ensemble. Et ce style disciplin� est celui de la panique contr�l�e. Puisqu�il faut mourir, autant le faire avec style. Entre l�homme et la mort, il faut mettre le style. La mort, dont la blessure est l�annonciation, est le destin de tous les h�ros de Hemingway. Mais, face � elle, il y a le style, qui est affaire de sto�cisme autant que de rh�torique. Les techniques de style sont, chez Hemingway, de la m�me nature que les techniques de chasse, de p�che, de boxe, de tauromachie ou de strat�gie. Il s�agit � la fois d��vasion et de discipline. Une nouvelle comme</p><p>� la Grande Rivi�re au coeur double �</p><p>est tout enti�re une fiesta de technique.</p><p>Le style de Hemingway n�admet pas plus de chiqu� que celui du torero : il passe au ras des choses comme l�autre au ras des cornes. Il est c�l�bre et tr�s imit�. Mais il n�est pas enti�rement invent�. Il doit quelque chose � Mark Twain et � Stephen Crane, pionniers du r�alisme am�ricain, et � Flaubert, qu�il d�couvrit par l�interm�diaire d�Ezra Pound. Bien qu�il l�ait pastich� dans The Torrents of Spring (1926), il doit aussi � Sherwood Anderson, � Ring downloadModeText.vue.download 164 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5305</p><p>Lardner et � Gertrude Stein. La th�orie de l�� objet corr�latif � de T. S. Eliot explicite assez bien l�essence de l�art de Hemingway : � Le seul moyen d�exprimer une �motion de fa�on artistique, c�est de trouver un ensemble d�objets, une situation, un encha�nement d��v�-</p><p>nements qui seront la formule de cette situation particuli�re, de telle sorte que, quand les faits ext�rieurs sont donn�s, l��motion est imm�diatement �voqu�e. � Ainsi, Hemingway d�crit non pas une �motion, mais le geste et l�objet qui la mat�rialisent et la symbolisent. Ce nouveau roman, qui remplace l�analyse par la vision et met un terme � la litt�rature d�introspection et au romancier omniscient, doit naturellement beaucoup au cin�ma.</p><p>Cette technique n�est pas simplement un autre moyen d�expression. Elle exprime autre chose � Marx et Freud sont pass�s par l� : elle s�efforce de rendre perceptibles les neuf dixi�mes de conscience immerg�e, que la logique ne saurait exprimer. En ce sens, les recherches de Hemingway, si elles aboutissent � des r�sultats diff�rents, ne sont pas sans rapport d�intention avec celles de James Joyce ou de Vir-ginia Woolf, qu�il connaissait bien. Cet art du geste plus que de la r�flexion, cet art du relatif et de l�imm�diat portent une morale de l�ambigu�t� qui s�duisit Sartre et une m�taphysique de l�incertitude qui conquit les existentialistes.</p><p>Cette vision objective, ces gestes sans rime ni raison, ces actions sans commentaires ni projets sont ceux d��tres perdus qui agissent � t�tons dans un univers o� personne ne juge, n�esp�re, ne projette ni ne regrette, parce que rien n�a de sens. L�homme est r�duit � ses faits et gestes, n�a plus ni espoir ni personnalit� ; il ne cherche le combat que par go�t du suicide, sachant que le n�ant � � nada � � triomphera toujours : � winner take nothing �. Le roman de Hemingway est une r�volution de la conscience plus que de la litt�rature et exprime parfaitement le d�sespoir � la fois sto�que et �picurien d�une g�n�ration coinc�e entre deux guerres et qui fit la grande bringue parce qu�elle n�avait pas vraiment gagn� la Grande Guerre.</p><p>Ce rapport entre le style et le sujet est �vident d�s 1926 dans le premier grand roman de Hemingway, Le soleil se l�ve aussi (The Sun also rises), qui porte en �pigraphe la phrase de Gertrude Stein : � Vous �tes tous la g�n�-</p><p>ration perdue. � Dans ce roman � cl�s, Hemingway �voque magistralement la triste bringue des ann�es folles. En ces clochards dor�s de la boh�me internationale, on reconna�t ais�ment les Am�ricains de Paris, Harold Loeb, Donald Ogden Stewart, lady Duff Twis-ten. Mais l�action qui les conduit des caf�s de Paris aux ar�nes de Pampelune ne m�ne nulle part. Ces touristes du d�sarroi tournent en rond dans des passions impuissantes, dont la blessure de guerre est, une fois de plus, le symbole. Mais, avec une verve mortelle et un chic fou, ils vivent dans une agitation passionn�e, et ce chic est leur honneur : � C�est en somme ce que nous avons � la place de Dieu �, conclut admirablement lady Brett.</p><p>En 1927, les nouvelles de Men wit-hout Women (traduit en partie dans Dix Indiens) portent � sa perfection le style elliptique, la narration beha-viouriste et la litote de Hemingway, en particulier dans deux c�l�bres nouvelles, � The Killers � (� les Tueurs �) et � Hills like White Elephants �. En 1929, l�Adieu aux armes (A Farewell to Arms), parfois consid�r� comme le meilleur roman de Hemingway,</p><p>reprend le th�me autobiographique de la guerre, de la blessure et de l�absurdit�. Pris dans la d�b�cle de l�arm�e italienne, las de l�absurdit� militaire, le lieutenant Henry finit par signer � sa paix s�par�e �. Il se r�fugie en territoire neutre, mais pour y voir mourir la femme qu�il aime. Il n�y a pas d�amour heureux chez Hemingway. Dans une nouvelle. � Un endroit propre et bien �clair� �, il explicite cette peur et cette fascination du n�ant : � Notre nada qui �tes au nada, que votre nom soit nada, que votre r�gne soit nada, que votre volont� soit nada comme au nada... � En 1932, Mort dans l�apr�s-midi (Death in the Afternoon) trouve dans la corrida espagnole le symbole de cette conception de la vie et du style. Sous l�� afi-ci�n �, ce reportage sur la tauromachie dissimule une fascination pour la mort brav�e. En 1935, les Vertes Collines</p><p>d�Afrique (The Green Hills of Africa), reportage sur les safaris, trouvent dans la chasse un autre visage de la corrida.</p><p>Mais ces Neiges du Kilimandjaro</p><p>(The Snows of Kilimanjaro) sonnent le glas de la g�n�ration perdue. Harry, l��crivain rat�, le chasseur moribond qui n�atteindra jamais les neiges sa-cr�es du Kilimandjaro, marque un tournant de l�oeuvre de Hemingway.</p><p>Les ann�es folles sont mortes avec le krach �conomique de 1929. La g�n�-</p><p>ration perdue rentre d�exil et s�engage dans la politique. Comme Dos Passos, Caldwell et Steinbeck, Hemingway semble un moment s�duit par le socialisme. En 1935, il fait un grand reportage pour la revue communiste New Masses. En 1937, dans En avoir ou pas (To have and have not), il raconte l�histoire engag�e d�un ch�meur conduit au gangst�risme par la mis�re. Attir� par les � raisins de la col�re �, il semble abjurer son scepticisme, son individualisme d�sesp�r� et d�couvrir la solidarit�. Il part comme correspondant de guerre aupr�s de l�arm�e r�publicaine espagnole, rejoignant Malraux et Ilia Ehrenbourg � Madrid. Une pi�ce de th��tre, Cinqui�me Colonne (The fifth Column, 1938), t�moigne de la profondeur de cet engagement : le h�ros quitte son �gotisme fin de si�cle et sa ma�tresse parce qu�il a compris que la guerre d�Espagne est l�� espoir �. La guerre d�Espagne fascine Hemingway non seulement par sa cruaut�, mais parce qu�elle a un sens : cette lutte de classes men�e avec le fanatisme d�une guerre de religion lui para�t la guerre du peuple contre ses ma�tres, du droit contre la force, de la lumi�re contre l�obscurantisme, de l�espoir contre la r�signation. Le titre de Pour qui sonne le glas (For whom the Bell tolls) souligne cette solidarit�. Il est emprunt� au po�te John Donne : � Nul homme n�est une �le compl�te en soi-m�me ; tout homme est un morceau de continent, une part de tout ; si une parcelle de terrain est emport�e par la mer, l�Europe en est l�s�e. La mort de tout homme me diminue parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi n�envoie donc pas demander pour qui sonne le glas, car il sonne pour toi. �</p><p>Le h�ros Robert Jordan, professeur</p><p>am�ricain, s�engage dans un maquis r�-</p><p>publicain, par id�al antifasciste. Il tue avec la m�me ma�trise que les autres h�ros de Hemingway, mais cette fois par conviction. Il discipline la violence au service d�une cause, et le roman d�aventures semble tourner au roman engag�. L�absurde n�en triomphe</p><p>pas moins finalement. Sous les apparences de l�engagement, le scepticisme sto�que de Hemingway a le dernier mot. Les erreurs des anarchistes, l�incomp�tence de l��tat-major r�publicain, les rivalit�s des chefs des brigades internationales � en particulier Andr� Marty, caricatur� sous le nom de Massart � font de la mort du h�ros un sacrifice inutile. La solidarit� appara�t comme l�ironique camouflage de l�absurde : Robert Jordan meurt pour rien ; l�ironie dramatique est totale. La seule vertu est de mourir convenablement, comme il en donne l�exemple.</p><p>Une fois de plus, le roman est une mise � mort dont la beaut� rach�te l�inutilit�.</p><p>Jordan est un mort en sursis pendant trois jours, et l�amour est sa grande illusion. Le fulgurant amour de Jordan et de Maria, c�est H�lo�se et Ab�lard chez les partisans. L�intensit� de leur passion ne se nourrit pas d�amour, mais de l�impossibilit� de l�amour et de la menace de la mort. L�amour n�existe que dans la splendeur de l�instant, dont l�orgasme lyrique est l�ironique symbole : � Maintenant, maintenant, maintenant, oh ! maintenant, tout de suite ce pr�sent, ce seul pr�sent, pr�sent pardessus tout. Il n�y a pas d�autre pr�sent que toi, pr�sent, et le pr�sent est ton proph�te. Le pr�sent est pour toujours pr�sent. Viens maintenant, pr�sent, car il n�y a pas d�autre pr�sent que maintenant. Oui maintenant, maintenant je t�en prie, maintenant... �</p><p>On consid�re g�n�ralement ce western espagnol en trois jours comme le dernier grand roman de Hemingway.</p><p>Le suivant, Au-del� du fleuve et sous les arbres (Across the River and into the Trees, 1950) semble une parodie de Hemingway par lui-m�me. Un colonel am�ricain revient mourir en Italie, o� il a combattu. En attendant le glas, il se donne une fiesta : boit, chasse, p�che et aime pour la galerie et pour l�honneur. Mais cet ancien combattant parle plus qu�il n�agit. Il dorlote sa mort en</p><p>gondole. Il ne meurt pas : il se laisse glisser. Il y a de l�humour noir et de la parodie dans cette mise � mort d�un demi-solde vieilli. Comme Thomas Mann, Hemingway a choisi Venise</p><p>comme d�cor d�une s�nescence qu�il redoute. Le colonel Cantwell, grognard fatigu�, repr�sente la d�ch�ance, que Hemingway �vitera en se suicidant.</p><p>Le Vieil Homme et la mer (The Old Man and the Sea, 1952) est au contraire une �pure sto�que, qui reprend le th�me trait� vingt ans plus t�t dans l�Invincible. Le vieux p�cheur, qui n�a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours, est semblable au torero vieilli. Les re-quins d�vorent l��norme espadon qu�il prend. Le vieil homme rentre au port avec un plat d�ar�tes. Personne ne sera t�moin de sa victoire, qui est � la fois une d�faite et son unique richesse. Seul avec la mer, il a fait son devoir, parce que cette force morale est sa seule certitude. C�est le dernier roman publi� du vivant de Hemingway.</p><p>�les � la d�rive (Islands in the Stream, 1970) est une oeuvre posthume.</p><p>Hemingway e�t probablement resserr� d�un tiers ce livre un peu bavard et trop � ernesto�que �. Mais ce roman, compos� de trois r�cits distincts, situ�s dans la mer de Cuba, r�sidence favorite de Hemingway, reprend les grands th�mes habituels de la mort, de la lutte downloadModeText.vue.download 165 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5306</p><p>inutile, de l�apprentissage du courage.</p><p>Tr�s autobiographique, il met en sc�ne les �pouses et les enfants de Hemingway, ses chats, son bateau, ses amis cubains. Une fois de plus, le roman d�aventures est en fait une qu�te spirituelle : Hemingway essaie une derni�re fois de d�busquer la baleine blanche qui hante son oeuvre, le monstre sans visage qu�il affronte sans illusion, mais sans peur. Parce qu�il n�y a rien d�autre � faire ici-bas, que de monter en ligne avec ses cannes � p�che, ses fusils, ses copains et son whisky. � Le tout est de durer �, disait Hemingway, ce desperado de l��criture. Il a dur�. Mais, quand les forces ont commenc� � le tra-</p><p>hir, il a devanc� l�appel et s�est suicid� d�une balle dans la t�te. C��tait cela aussi son style. Un style qui durera.</p><p>J. C.</p><p>J. K. M. McCaffery, Hemingway, the Man and his Work (New York, 1950). / J. Atkins, The Art of Hemingway (Londres, 1952). / P. Young, Ernest Hemingway (Londres, 1953 ; nouv. �d., 1965). / Ernest Hemingway, configuration critique, num�ro sp�cial de la Revue des lettres modernes (Minard, 1957). / G. A. Astre, Hemingway par lui-m�me (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1959). / C. Baker, Hemingway, the Writer as Artist (Princeton, 1963) ; Ernest Hemingway, a Life Story (New York, 1969 ; trad. fr.</p><p>Hemingway, histoire d�une vie, Laffont, 1971 ; 2 vol.). / R. Asselineau, Hemingway (Seghers, 1972).</p><p>h�mipl�gie</p><p>Paralysie atteignant une moiti� du corps, la droite ou la gauche.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�usage est de r�server le terme d�h�-</p><p>mipl�gie � celles de ces paralysies qui sont secondaires � une atteinte des neurones moteurs centraux (dont les cellules dites � pyramidales � se trouvent dans la partie du cerveau situ�e pr�s de la scissure de Rolando et dont les fibres descendent vers les neurones moteurs p�riph�riques, situ�s pour la face dans le tronc c�r�bral et pour le reste du corps dans la moelle �pini�re). La l�sion responsable de l�h�mipl�gie si�ge donc sur la � voie pyramidale �, entre la zone motrice de l��corce c�r�brale (zone rolandique), du c�t� oppos� � la paralysie, et la pyramide bulbaire, du m�me c�t� que la paralysie (la voie pyramidale croise en effet la ligne m�diane au niveau de la moiti� inf�rieure du tronc c�r�bral).</p><p>Il arrive que la l�sion si�ge au niveau de cette d�cussation, et c�est alors que l�on peut observer d�un c�t� une h�mi-pl�gie limit�e aux membres sup�rieurs et inf�rieurs, tandis que la face, si elle est paralys�e, l�est non pas en raison d�une atteinte pyramidale, mais en raison d�une atteinte du neurone moteur p�riph�rique : il est r�alis� alors un tableau dit � h�mipl�gie alterne � avec, par exemple, paralysie faciale droite,</p><p>h�mipl�gie du bras et de la cuisse gauches.</p><p>Symptomatologie</p><p>Le d�ficit moteur est d�intensit� variable. Lorsqu�il est �galement r�parti sur les trois segments (face, membre sup�rieur, membre inf�rieur), on parle d�h�mipl�gie proportionnelle. La musculature du tronc peut �tre consid�r�e comme normale dans l�h�mipl�gie.</p><p>Dans la plupart des cas s�associe au d�ficit moteur un �tat spasmodique, ou spasticit�, qui pr�domine aux membres inf�rieurs sur les muscles extenseurs et aux membres sup�rieurs sur les fl�chis-seurs. Cette spasticit� va de pair avec une exag�ration des r�flexes ost�o-tendineux. Le r�flexe cutan� plantaire (provoqu� en grattant la plante du pied) se fait en extension ; c�est le signe de Babinski. Lorsqu�elle est r�cente et s�est install�e brutalement, l�h�mipl�-</p><p>gie est flasque, c�est-�-dire qu�au lieu d�une spasticit� existe une hypotonie (un rel�chement) musculaire.</p><p>Diagnostic</p><p>Reconna�tre une h�mipl�gie ne pr�-</p><p>sente de difficult�s que lorsqu�elle est discr�te (c�est alors une h�mipar�sie) ou qu�existe, quelle que soit son intensit�, un coma profond. Dans ce cas, en effet, la motilit� est abolie globalement, si bien que l�ext�riorisation de l�h�mipl�gie est al�atoire : on observe seulement une asym�trie du tonus ou de la r�activit� motrice aux stimuli douloureux. La mise en �vidence de l�h�mipl�gie aurait pourtant valeur de signes de localisation et, � ce titre, contribuerait au diagnostic �tiologique du coma.</p><p>Causes des h�mipl�gies</p><p>Les h�mipl�gies reconnaissent des causes multiples, encore que la majorit� d�entre elles correspondent � des accidents vasculaires c�r�braux entra�-</p><p>nant un arr�t de l�apport d�oxyg�ne aux cellules c�r�brales, et par suite une l�sion de celles-ci. Il peut s�agir d�une isch�mie, c�est-�-dire une diminution de l�irrigation du cerveau, secondaire � une occlusion art�rielle : embolie venue du coeur ou des vaisseaux du cou, thrombose � in situ �, conjonc-</p><p>tion d�une st�nose vasculaire serr�e et d�une petite embolie ou d�une chute du d�bit circulatoire g�n�ral (chute de la tension art�rielle). De tels accidents, volontiers nocturnes, s�installent rapidement, sans coma, quelquefois par �-coups successifs. Leur �volution est g�n�ralement assez favorable. En cas d�h�morragie c�r�brale, quelle qu�en soit la cause (hypertension art�rielle, malformation vasculaire), l�h�mipl�-</p><p>gie pourtant massive est initialement au second plan derri�re le coma : elle ne r�gressera que tr�s incompl�tement.</p><p>Parmi les autres causes d�h�mipl�gie, il faut citer les traumatismes cr�niens, o� l�h�mipl�gie t�moigne d�un h�matome ou d�une contusion c�r�brale, et les tumeurs c�r�brales, o� l�h�mi-pl�gie se d�veloppe souvent de fa�on progressive et o� elle peut �tre pr�-</p><p>c�d�e d�une �pilepsie localis�e. Plus rarement est en cause un processus infectieux (m�ningite, enc�phalite) ou inflammatoire. Certaines h�mipl�gies sont cong�nitales, t�moignant d�une enc�phalopathie p�rinatale dont la nature exacte est souvent difficile � pr�ciser (souffrance foetale, infection n�o-natale). Les enfants porteurs de telles h�mipl�gies c�r�brales infantiles prennent place dans le cadre dit � des infirmes moteurs c�r�braux � (I. M. C).</p><p>Les probl�mes m�dico-p�dagogiques sont pr��minents ; ils sont d�autant plus facilement r�solus qu�il n�y a pas d��pilepsie associ�e et que le quotient intellectuel est normal ou convenable.</p><p>Traitement</p><p>Il s�adresse � la cause (traitement �tiologique) et aux manifestations de l�h�mipl�gie.</p><p>Le traitement �tiologique</p><p>Il peut apporter une r�gression de l�h�mipl�gie, en pr�venir la r�cidive ou mettre un terme � l��volution d�une l�sion (tumeurs par exemple) qui, in�luctablement, entra�nerait d�autres d�sordres. On lutte contre les troubles vasculaires c�r�braux en r�gularisant la tension art�rielle (v. hypertension) et en facilitant la circulation dans les ar-t�res c�r�brales (vaso-dilatateurs, alcalo�des de l�ergot*). La neurochirurgie permet d�enlever les h�matomes com-</p><p>primant le cerveau apr�s traumatisme ou les tumeurs c�r�brales lorsqu�elles sont extirpables.</p><p>Le traitement de l�h�mipl�gie en soi</p><p>L�h�mipl�gie justifie en effet des mesures palliatives destin�es � assurer la meilleure r�habilitation fonctionnelle du sujet atteint. Son importance est certes un �l�ment capital, mais des d�sordres associ�s peuvent aggraver consid�rablement le pronostic : troubles du langage (h�mipl�gie droite chez les droitiers), troubles de la sensibilit�, troubles du champ visuel.</p><p>Quelquefois existent aussi des troubles vaso-moteurs g�nants (entra�nant des escarres) ou des ph�nom�nes p�riarti-culaires douloureux qui peuvent entraver consid�rablement la r�habilitation fonctionnelle du malade. La kin�sith�-</p><p>rapie, l�ergoth�rapie sont des �l�ments essentiels dans cette r�habilitation, o� une grande part doit �tre faite aussi aux facteurs psychologiques.</p><p>J. E.</p><p>J. Minvielle et B. Vlahovitch, les H�mipl�-</p><p>gies vasculaires (Masson, 1959). / A. Albert, R��ducation neuro-musculaire de l�adulte h�-</p><p>mipl�gique (Masson, 1969).</p><p>H�mipt�res ou</p><p>H�mipt�ro�des</p><p>Super-ordre d�Insectes r�unissant les Punaises, les Cigales, les Pucerons, les Cochenilles, dont les pi�ces buccales sont allong�es en un rostre piqueur et suceur, et qui se nourrissent exclusivement de liquides qu�ils pr�l�vent par piq�re : s�ve des plantes, sang des Vert�br�s, sucs extraits de petites proies.</p><p>On estime � environ cinquante mille le nombre d�esp�ces d�H�mipt�res actuellement recens�es dans le monde ; c�est donc le groupe le plus riche parmi les Insectes � m�tamorphoses progressives. Il se subdivise � peu pr�s �galement en deux ordres : les H�t�ropt�res (Punaises proprement dites, aquatiques ou terrestres), dont les ailes ant�rieures, ou h�m�lytres, sont en partie coriaces, en partie membraneuses, et les Homopt�res (Cigales et Cicadelles, Pucerons,</p><p>Psylles, Aleurodes, Cochenilles), tous v�g�tariens et pourvus d�ailes enti�rement membraneuses. En toute rigueur �tymologique, seuls les H�t�ropt�res devraient �tre appel�s H�mipt�res, et le terme de Rynchotes conviendrait mieux � la d�signation du super-ordre, car, tir� du grec rhunkhos � bec �, il fait allusion au rostre, organe commun � tous ces Insectes, mais l�usage a pr�-</p><p>valu, et le terme de H�mipt�res a supplant� celui de Rynchotes.</p><p>downloadModeText.vue.download 166 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5307</p><p>Le rostre, appareil buccal</p><p>piqueur et suceur</p><p>Les pi�ces buccales des H�mipt�res, extr�mement sp�cialis�es, montrent dans tout le groupe une structure fondamentale identique : un �tui protecteur entourant quatre stylets tr�s fins et capables � la fois de perforer, d�inoculer et d�aspirer. L��tui repr�-</p><p>sente le labium, ou l�vre inf�rieure ; les stylets lat�raux correspondent aux mandibules, et les stylets internes, habituellement accol�s l�un � l�autre, sont des maxilles ; la l�vre sup�rieure, ou labre, peu d�velopp�e, appara�t � la base du rostre comme une courte pi�ce triangulaire.</p><p>L��tui a la forme d�une goutti�re allong�e dont les deux bords se rejoignent et s�appliquent l�un contre l�autre ; il comporte g�n�ralement quatre articles, parfois trois ou m�me deux, ce qui lui assure une certaine mobilit�. En dehors des repas, les stylets sont totalement inclus dans l��tui et ne peuvent �tre observ�s qu�apr�s ouverture de la goutti�re ; tous quatre interviennent quand il s�agit de p�n�-</p><p>trer dans des tissus v�g�taux ou de traverser la cuticule d�un Insecte, ou encore de piquer l��piderme d�un Mammif�re ; par leur extr�mit� tr�s ac�r�e, les stylets mandibulaires, aussit�t suivis par les maxilles, s�insinuent rapidement, en glissant alternative-ment les uns contre les autres, jusqu�� la zone nourrici�re. � cette fonction perforatrice, ils ajoutent la conduction de liquides digestifs et nutritifs ; sur</p><p>leur face mitoyenne, ils poss�dent deux minuscules sillons constituant deux ca-nalicules parall�les, d�� peine un centi�me de millim�tre de diam�tre, l�un pour l�inoculation de la salive, l�autre pour l�absorption des liquides alimentaires ; des muscles situ�s � la base du rostre provoquent l��jection de la salive, qui, en ramollissant les tissus et en produisant leur hydrolyse, favorise la p�n�tration des stylets. L�aspiration du flux nutritif r�sulte �galement de l�action des muscles c�phaliques.</p><p>Au cours de la piq�re, l��tui labial, qui ne p�n�tre pas dans la plaie, diminue de longueur, soit en se coudant, soit en t�lescopant ses articles ; les stylets, qui coulissent librement � l�int�-</p><p>rieur, font sortir leur pointe par l�orifice terminal du labium.</p><p>La longueur et la position du rostre varient quelque peu � l�int�rieur du groupe : court chez des pr�dateurs comme la N�pe ou la Notonecte, il s�allonge chez les buveurs de s�ve, comme les Punaises des bois et des champs ; au repos, il se rabat alors entre les hanches des pattes. Exceptionnellement, les stylets peuvent �tre plus longs que le corps : chez la larve de Chermes viri-danus, ils mesurent cinq fois plus que l�animal lui-m�me, qui, il est vrai, d�-</p><p>passe � peine le demi-millim�tre ; au repos, ils s�enroulent dans une poche ventrale. Le rostre s�ins�re en g�n�ral sous la t�te, mais la prolonge parfois vers l�avant.</p><p>En revanche, chez les Pucerons, les Cochenilles et les formes voisines, le rostre para�t �maner du thorax, entre les pattes, ce qui permet d�expliquer le nom de Sternorhynques, qu�on leur attribue.</p><p>Divers aspects</p><p>de la nutrition</p><p>La plus grande partie des H�mipt�res se nourrit aux d�pens des plantes.</p><p>Beaucoup d�esp�ces sont justement redout�es pour les d�g�ts qu�elles occasionnent dans les cultures, soit directement (pr�l�vement de s�ve, formation de galles), soit indirectement (affaiblissement de la plante qui se laisse envahir par les moisissures,</p><p>transmission de virus responsables de maladies de d�g�n�rescence).</p><p>� c�t� d�esp�ces polyphages, on en conna�t bien d�autres, dont le r�gime alimentaire est strict et qui sont inf�o-d�s � quelques plantes d�termin�es, voire � une seule. Beaucoup d�Aphidid�s (Pucerons) sont dans ce cas ; au cours du cycle saisonnier, ils migrent souvent d�un v�g�tal � un autre : le Puceron lanig�re (Eriosoma lanigerum), d�Am�rique, vit sur l�Orme et sur le Pommier ; une esp�ce de Phyiloxers attaque la Vigne, une autre le Ch�ne ; les Chermes parasitent uniquement des Conif�res. Une sp�cificit� alimentaire semblable se rencontre dans d�autres familles, r�v�lant une sensibilit� chimique dont nous connaissons encore mal les m�canismes. Les Phan�rogames sont, de loin, les plantes les plus visit�es : Ombellif�res, Graminac�es, Crucif�res h�bergent fr�quemment des Punaises qui leur sont propres.</p><p>Quelques formes vivent sur les Foug�res ; les Aradid�s vivent sous les �corces et se nourrissent de Champignons. Les Corixa des �tangs se nourrissent d�Algues filamenteuses.</p><p>D�ordinaire, les Insectes perforent les parties les plus tendres : feuilles, jeunes rameaux, racines ou fruits ; parfois, ils traversent des �corces relativement �paisses jusqu�aux tubes lib�-</p><p>riens, o� circulent de la s�ve �labor�e.</p><p>La dur�e du pr�l�vement compense le faible d�bit du courant alimentaire ; la s�ve ne para�t que partiellement assimil�e par l�Insecte, du moins par les Pucerons, qui rejettent par l�anus des d�jections sucr�es ; certaines Fourmis, tr�s friandes de ce miellat, viennent en solliciter l��mission par un fr�lement d�antennes et pratiquent m�me l��levage des H�mipt�res producteurs ; on a pu �valuer � plus de 10 kg la r�colte de miellat de Pucerons en une saison par une soci�t� de Fourmis rousses de moyenne importance. On imagine ainsi indirectement l�ampleur des pr�-</p><p>l�vements faits sur les plantes par les H�mipt�res. Ajoutons que le d�p�t de miellat sur les feuilles favorise le d�veloppement de moisissures (fumagine).</p><p>Sous l�effet des piq�res r�p�t�es, les v�g�taux subissent diverses d�for-</p><p>mations : les feuilles s�enroulent ou se recroquevillent ; de v�ritables galles apparaissent parfois (Phylloxera sur les racines de Vigne ; Schizoneura ou Te-traneura sur les feuilles d�Orme, etc.).</p><p>Quelques H�mipt�res piquent les</p><p>Vert�br�s et se nourrissent de leur sang.</p><p>L�Homme subit ainsi les attaques de la Punaise des lits (Cimex lectularius) et, en Am�rique du Sud, de Rhodnius prolixus et de Triatoma ; ces derniers sont particuli�rement redout�s, car ils peuvent transmettre un Trypanosome responsable de la maladie de Chagas.</p><p>Les Hirondelles, les Pigeons sont pi-qu�s par divers Cimex, et les Chauves-Souris des r�gions tropicales h�bergent des Polyct�nid�s ectoparasites. Ces esp�ces h�matophages se singularisent par la rapidit� de leurs repas (environ trois minutes chez la Punaise des lits) par l�extensibilit� de leur abdomen, qui gonfle sous l�afflux du sang, et par les je�nes de plusieurs mois qu�elles peuvent supporter.</p><p>Presque toutes les Punaises aquatiques capturent des proies, parfois plus grandes qu�elles : les �normes B�-</p><p>lostomes d�Am�rique attrapent t�tards ou Poissons avec leurs pattes ant�-</p><p>rieures ravisseuses ; en Europe, N�pes, Naucores font de m�me vis-�-vis de larves d�Insectes. Leur salive, tr�s active, hydrolyse les tissus de la proie ; elles aspirent le r�sultat de cette digestion externe. Plusieurs H�t�ropt�res terrestres sont �galement pr�dateurs : Zicrona coerulea s�attaque � diverses chenilles et aux larves du Doryphore ; beaucoup de R�duviid�s chassent des Moucherons et des Moustiques ; Reduvius personatus peut p�n�trer dans les maisons et d�truire les Punaises des lits ; Ptilocerus attire les Fourmis par son odeur et les capture. On signale m�me des Punaises qui se d�placent sur les toiles d�Araign�es sans s�y en-gluer et se nourrissent des proies qui viennent de s�y faire prendre.</p><p>Beaucoup d�H�mipt�res abritent des Levures ou des Bact�ries, soit dans des diverticules de l�intestin, soit dans des cellules sp�ciales (myc�tocytes) li�es au tissu adipeux, soit dans des organes isol�s (myc�tomes). Ces micro-organismes ne se rencontrent gu�re que</p><p>chez les esp�ces monophages ; on suppose qu�ils produisent des vitamines ou des facteurs de croissance dont b�n�ficient leurs h�tes et qu�il s�agit l� d�une symbiose. La transmission des Bact�ries d�une g�n�ration � l�autre est assur�e par des m�canismes vari�s : le plus souvent, l�infestation se produit dans les ovaires de la femelle, au niveau des ovocytes ; dans quelques cas, la femelle d�pose sur les oeufs qu�elle vient de pondre une goutte de liquide riche en Bact�ries.</p><p>Thysanopt�res</p><p>Les Thysanopt�res (ou Thrips) sont de tr�s petits Insectes (longueur de 1 � 3 mm) que l�on peut rapprocher des H�mipt�res � cause de leur rostre muni de stylets piqueurs ; ils ont quatre ailes tr�s �troites, mais frang�es de longues soies. Ils pullulent parfois sur les plantes, dont ils perforent les feuilles et les jeunes pousses, se nourrissant du contenu des cellules superficielles ; quelques-uns causent des dommages notables aux cultures : c�r�ales, Rosier, Poirier, plantes de serre.</p><p>downloadModeText.vue.download 167 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5308</p><p>Les H�mipt�res</p><p>dans leur milieu</p><p>R�pandus sur tout le globe, les H�mipt�res offrent dans les r�gions chaudes le maximum de vari�t�. On les rencontre dans tous les milieux : terrestre, d�eau douce et m�me marin, fait unique chez les Insectes.</p><p>Les H�mipt�res terrestres se trouvent en g�n�ral sur les plantes, qui leur procurent leur nourriture ; en utilisant un f�let-fauchoir pour les plantes basses ou en secouant les rameaux des arbres et des buissons sur un � parapluie japonais �, l�entomologiste est assur� de faire une ample r�colte d�esp�ces ; la capture des formes agiles n�cessite l�usage du filet � papillons. Prairies, haies et bois fournissent la plus riche moisson. La r�partition des esp�ces r�pond � des exigences �cologiques souvent tr�s pr�cises : la � Punaise de</p><p>feu �, ou � Gendarme � (Pyrrhocoris apterus), pullule parfois au pied des arbres et des murs ; Graphosoma, Punaise ray�e de noir et de rouge, affectionne les fleurs des Ombellif�res ; la Cigale Lyristes plebejus fr�quente les Pins ; Alphanus pini se trouve dans les r�gions s�ches, au pied des Bruy�res, alors qu�une forme voisine, Cymus grandicolor, habite les mar�cages. La Punaise des lits, � activit� nocturne, s�-</p><p>journe dans les habitations mal tenues.</p><p>Quelques Punaises vivent au bord des lacs et des rivi�res, courant et sautant avec agilit� : Salda, Pelogonus ; d�autres se rencontrent sur les plantes flottantes, comme Hebrus sur les Lentilles d�eau. Les plus curieux des H�-</p><p>mipt�res dulyaquicoles sont ceux qui se d�placent � la surface de l�eau et ceux qui vivent immerg�s. Parmi les premiers, citons l�Hydrom�tre, qui marche lentement sur l�eau des �tangs et sur les bords, la V�lie, qui court agilement sur les ruisseaux, et les Gerris, qui arpentent par saccades les eaux calmes et sont couramment appel�s Araign�es d�eau ; leurs pattes moyennes et post�-</p><p>rieures reposent sur la surface par leurs longs tarses, munis de poils hydro-fuges. Toutes les Punaises qui vivent dans l�eau conservent une respiration a�rienne et viennent pr�s de la surface renouveler leur provision d�air, certaines en faisant affleurer l�extr�mit� de leur abdomen (Notonecte, Naucore), d�autres gr�ce au tube respiratoire qui prolonge leur corps (N�pe, Ranatre) ; plusieurs nagent rapidement � l�aide de leurs pattes post�rieures, garnies de poils (Notonecte, Corise).</p><p>Le littoral poss�de une faune sp�-</p><p>ciale d�H�mipt�res : les uns vivent sur les dunes, d�autres dans le sable des plages (Cydnus flavicornis) ; dans les fentes des rochers de la zone de balancement des mar�es, on peut d�couvrir AEpophilus. Enfin, un Insecte franchement p�lagique, l�Halobate, se tient sur les Algues flottantes des mers chaudes (Sargasses) et y trouve sa nourriture.</p><p>Il existe quelques</p><p>H�mipt�res utiles</p><p>Certains H�mipt�res, pr�dateurs d�Insectes nuisibles aux cultures, limitent leur pullu-</p><p>lation et sont de pr�cieux agents de lutte biologique. Ainsi, Zicrona coerulea d�truit l�Altise de la Vigne, diverses chenilles et les larves du Doryphore ; Perillus bioculatus attaque efficacement, en Am�rique, les larves du Doryphore.</p><p>Quelques R�duviid�s p�n�trent dans les maisons et y font la chasse � divers h�tes ind�sirables : Reduvius personatus se nourrit de Mouches, de Punaises des lits ; Empi-coris vagabunda attaque les Moustiques et autres petits Dipt�res.</p><p>Les Cochenilles ont � ou ont eu � une certaine importance �conomique, par leurs diverses s�cr�tions : gomme-laque fournie par Tachardia lacca, carmin extrait de Coccus cacti, pourpre tir� de Kermes ilicis.</p><p>Dans certains lacs mexicains, on r�colte les oeufs de Corises, dont les indig�nes font des galettes comestibles. Signalons enfin que, sous l�effet des multiples piq�res d�une Cochenille, un arbuste du Moyen-Orient, du genre Tamaris, donne un produit consomm� localement (manne des H�breux).</p><p>M. D.</p><p>Une incroyable profusion</p><p>de formes et de couleurs</p><p>Des minuscules Pucerons, qui at-</p><p>teignent � peine le millim�tre, aux B�lostomes, cent fois plus longs, les H�mipt�res offrent une vaste gamme de dimensions. L�aspect du corps ne montre pas moins de vari�t� ; tant�t plat (Punaises), tant�t massif (Cigales), tant�t lin�aire (Gerris) ; les ailes au repos s�appliquent sur le dos (Punaises des bois et aquatiques), se disposent en toit (Cicadelles et Cigales) ou restent downloadModeText.vue.download 168 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5309</p><p>verticales (Pucerons) ; elles manquent d�ailleurs chez certains adultes, comme la Punaise des lits ; certaines esp�ces montrent des individus � ailes longues (macropt�res), d�autres � ailes courtes (brachypt�res) et d�autres � ailes tr�s</p><p>r�duites (micropt�res). La nature s�est quelquefois livr�e � des fantaisies morphologiques des plus curieuses, comme les d�coupures lat�rales de Phyllomorpha o� l��norme ampoule c�phalique des Fulgores, ou, mieux encore, les protub�rances insolites des Membracid�s. � cet �ventail de formes s�ajoute souvent une ornementation au dessin original et aux couleurs vives ; il arrive que des individus d�une m�me esp�ce pr�sentent des colorations diff�rentes, ce qui ne facilite pas les d�terminations. On conna�t quelques cas remarquables d�homomorphie et d�homochromie, tels le Flato�de malgache, qui ressemble � une �corce couverte de lichens, et l�Umbonie am�-</p><p>ricaine, qui simule, � s�y m�prendre, une �pine de rosier. Des exemples de mim�tisme sont �galement signal�s, en particulier avec les Fourmis (Alydus, Systellonotus).</p><p>Rassemblements</p><p>et d�placements</p><p>Il n�est pas rare de rencontrer r�unis en grand nombre des individus d�une m�me esp�ce. Ces rassemblements</p><p>peuvent r�sulter de diverses conditions : il s�agit parfois d�Insectes provenant d�une m�me ponte et qui restent sur place apr�s r�clusion (cas de certains Pucerons) ; ailleurs, le groupe r�sulte du choix d�un milieu favorable, anse d�une rivi�re pour les � Araign�es d�eau � (Gerris), tronc d�arbre pour Pyrrhocoris ; des Pucerons, enfin, peuvent se trouver r�unis sur le m�me rameau par des Fourmis �leveuses, qui surveillent leur troupeau avec vigilance. En aucun cas, ces groupements spontan�s ou provoqu�s ne montrent de vie sociale entre leurs membres.</p><p>� part certaines Cochenilles qui, adultes, restent bien fix�es sur la plante h�te, les H�mipt�res se d�placent en marchant, en sautant, en volant, en creusant ou � nous l�avons vu � en nageant. Les six pattes servent pour la marche, sauf chez les Insectes dont les pattes ant�rieures sont ravisseuses.</p><p>Les Cicadelles, les Salid�s, les Psylles bondissent avec rapidit�, et parfois avec force, en d�tendant leurs pattes post�rieures. Les larves des Cigales sont fouisseuses, ainsi que Cydnus des plages, et poss�dent des pattes ant�-</p><p>rieures larges et robustes.</p><p>downloadModeText.vue.download 169 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5310</p><p>Si les Pucerons ail�s peuvent �tre dispers�s passivement par le vent, la plupart des autres H�mipt�res ont un vol actif et soutenu, particuli�rement chez les Cigales et autres Homopt�res : gr�ce � un dispositif d�accrochage basai, les deux ailes d�un m�me c�t� vibrent simultan�ment. Les Punaises aquatiques sortent parfois de l�eau et s�envolent d�un �tang � l�autre ; il leur arrive m�me d�accomplir de v�ritables migrations en groupe, comme on l�a observ� chez les Notonectes.</p><p>Les s�cr�tions</p><p>des H�mipt�res</p><p>L�odeur d�sagr�able et tenace qui �mane de nombreuses Punaises provient de glandes, qui s�ouvrent sous le thorax ; elle semble avoir un r�le protecteur, du moins vis-�-vis des insectivores, dont le jugement olfactif est identique au n�tre. D�ailleurs, quelques esp�ces �mettent une odeur douce, comme Syromastes, qui sent la pomme.</p><p>Les larves de quelques Cercopid�s (Arphrophora, Philcenus) vivent dans un produit �cumeux qu�on rencontre parfois sur les plantes et qu�on appelle crachat de Coucou ; elles le fabriquent en d�gageant de petites bulles d�air dans le liquide visqueux qu�elles rejettent par l�anus.</p><p>Beaucoup d�Homopt�res pro-</p><p>duisent de la cire ; celle-ci couvre le corps d�un feutrage blanch�tre chez le Puceron lanig�re ou bien d�une cuirasse de plaques chez des Cochenilles comme Orthezia ou Lecanium ; elle forme aussi un bouclier qui se soude au support v�g�tal, abritant les larves des Aleurodes ou la ponte des Coche-downloadModeText.vue.download 170 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5311</p><p>nilles ; l�aspect de la s�cr�tion caract�-</p><p>rise souvent les esp�ces et facilite leur d�termination. Une Cochenille d�Asie, Tachardia lacca, pond ses oeufs sur diverses plantes et les entoure d�une sorte de r�sine dont on fait la gomme-laque.</p><p>D�autres esp�ces ont �t� exploit�es pour les mati�res colorantes qu�elles fournissent : Coccus cacti du Mexique (carmin), Kermes ilicis (�carlate).</p><p>Reproduction</p><p>Dans la plupart des cas, les deux sexes sont morphologiquement semblables ou ne diff�rent que par des d�tails.</p><p>Cependant, les m�les des Cigales poss�dent seuls un appareil stridulant ; ailleurs, le dimorphisme s�exprime par le d�veloppement diff�rent des ailes ; la femelle est apt�re et le m�le ail� chez les Coccid�s.</p><p>L�accouplement a lieu par superposition du m�le sur la femelle chez les Punaises aquatiques, chez les Pucerons et chez les Cochenilles ; chez les Punaises terrestres, les deux partenaires se placent bout � bout ; les Cigales et les Cicadelles s�accouplent c�te � c�te. Le m�le de la Punaise des lits ne d�pose pas son sperme dans l�orifice g�nital de la femelle, mais dans une poche (organe de Ribaga) qui s�ouvre entre les segments abdominaux 4 et 5 ; de l�, les spermatozo�des gagnent les ovaires en traversant les tissus ; chez les Anthocorid�s, le m�le introduit son p�nis en un point quelconque de l�abdomen, et les gam�tes rejoignent les ovules directement.</p><p>On conna�t de nombreux cas de par-th�nogen�se. Dans certains, elle est ind�finie (Aleurodes, Aspidiotus) ; dans d�autres, plus nombreux, il y a alternance cyclique entre des g�n�rations de femelles vierges et une g�n�ration bisexu�e (Aphidid�s). La Cochenille Icerya Purchasi, par contre, montre surtout des individus hermaphrodites qui s�autof�condent, mais qui peuvent parfois s�accoupler avec les rares m�les qui apparaissent sporadiquement.</p><p>Les H�mipt�res phytophages pondent leurs oeufs sur les v�g�taux ; les Punaises aquatiques les ins�rent plus ou moins profond�ment dans les tiges ou les feuilles des plantes aquatiques. La ponte est quelquefois d�po-s�e sur le dos d�une femelle de m�me esp�ce (B�lostomes, Phyllomorpha).</p><p>Les Cochenilles laissent souvent leurs oeufs sous un bouclier de cire ; certaines forment un ovisac cireux pour leur ponte et le portent.</p><p>La Punaise des lits ainsi que plusieurs Coccid�s pondent des oeufs dont le d�veloppement est d�j� bien avanc�.</p><p>D�autres H�mipt�res sont franchement vivipares, comme les femelles parth�-</p><p>nog�n�tiques des Pucerons ; quand ils sortent du corps de la m�re, les jeunes peuvent m�me d�j� renfermer des oeufs en d�veloppement !</p><p>Croissance et</p><p>m�tamorphose</p><p>Chez presque tous les H�mipt�res, la jeune larve qui �cl�t ressemble beaucoup � l�adulte, � la taille pr�s ; le d�veloppement est progressif (h�t�ro-m�tabolie), et les fourreaux alaires apparaissent lors des derniers stades. La dur�e de la vie larvaire varie beaucoup d�une esp�ce � l�autre ; elle s��tend m�me sur plusieurs ann�es chez les Cigales et atteint la dur�e record de dix-sept ans chez une Cigale am�ricaine.</p><p>Le nombre de mues est habituellement de quatre ou cinq ; ainsi, Rhodnius subit cinq mues larvaires avant la mue imaginale ; c�est sur cette Punaise h�-</p><p>matophage que Wigglesworth a mis en</p><p>�vidence, par des exp�riences c�l�bres, le d�terminisme humoral de la mue.</p><p>Chez les esp�ces � long�vit� larvaire downloadModeText.vue.download 171 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5312</p><p>�lev�e, le nombre de mues est �videmment plus grand.</p><p>Le d�roulement de la vie larvaire et le passage � l��tat imaginal ne s�accomplissent pas toujours d�une mani�re r�guli�re et continue. Ainsi, les jeunes Cigales, � vie souterraine et adapt�e au fouissage par leurs pattes ant�rieures, donnent des adultes a�riens qui s��battront quelques semaines en plein soleil.</p><p>Ainsi, chez nombre d�Aleurodes et de Cochenilles, un stade mobile succ�de � un stade � pattes r�duites, ou inversement. Bien plus, le d�veloppement se d�roule parfois diff�remment dans les deux sexes : les femelles de Coccid�s ont un d�veloppement progressif, alors que les m�les subissent de v�ritables m�tamorphoses, avec un stade nymphal. Comme les Aleurodes passent de la larve � l�imago en subissant �galement un remaniement tissulaire intense, nous pouvons observer dans le groupe des H�mipt�res toutes les transitions entre l�h�t�rom�tabolie et l�holom�tabolie.</p><p>Les cycles saisonniers</p><p>Les petits Homopt�res que sont les Pucerons montrent plusieurs g�n�rations annuelles, dont la succession suit le rythme des saisons. En g�n�ral, les adultes des deux sexes apparaissent en automne et donnent des oeufs f�cond�s qui passeront l�hiver ; l��closion de ceux-ci au printemps lib�rera des femelles qui, sans f�condation, inaugurent une suite de g�n�rations estivales, toutes parth�nog�n�tiques et vivipares ; en fin de saison, une derni�re g�n�ration de femelles donne des sexu�s. Ce cycle type montre selon les esp�ces, et parfois � l�int�rieur d�une m�me esp�ce, un grand nombre de variations : formes migratrices ail�es et formes s�dentaires d�pourvues d�ailes,</p><p>hibernation des femelles parth�nog�-</p><p>n�tiques en m�me temps que les oeufs f�cond�s, �talement du cycle sur deux ans, migration d�une plante � une autre au cours de l�ann�e, polymorphisme des g�n�rations successives, etc.</p><p>Anciennet� des</p><p>H�mipt�res</p><p>D�couvertes en abondance dans des couches permiennes d�Am�rique,</p><p>d�Australie et d�Europe orientale, des traces d�ailes d�Homopt�res attestent l�anciennet� et l�extension du groupe.</p><p>Les H�t�ropt�res ne sont pas connus avant le Trias et paraissent d�river d�Homopt�res.</p><p>M. D.</p><p>F Cigale / Parth�nogen�se / Puceron / Punaise.</p><p>H. Weber, Biologie der Hemipteren (Berlin, 1930). / A. Villiers, Atlas des h�mipt�res de France (Boub�e, 1945-1947 ; 2 vol.).</p><p>h�mophilie</p><p>Affection h�r�ditaire transmise par les femmes, n�atteignant que les hommes et se traduisant par des h�morragies graves et r�cidivantes.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L�h�mophilie a re�u son nom de Johann Lukas Schoenlein (1793-1864), mais elle est, en r�alit�, de connaissance plus ancienne, puisque au IVe-Ve s. le Talmud de Babylone dispensait du rite de la circoncision les enfants atteints de cette maladie. Le caract�re g�n�tique r�cessif, li� au sexe (v. g�n�-</p><p>tique), explique les aspects h�r�ditaires et familiaux de l�h�mophilie, mais aussi, dans une certaine mesure, les cas sporadiques o� la tare appara�t dans une famille jusque-l� indemne. Sans entrer dans le d�tail du m�canisme d�apparition et de transmission de la maladie, il suffit de rappeler que la femme a deux chromosomes X et l�homme un chromosome X et un chromosome Y plus court. Une portion du chromosome X</p><p>dans le sexe masculin n�a donc pas d�homologue sur le chromosome Y</p><p>correspondant, et c�est sur cette portion impaire que sont situ�s les g�nes</p><p>r�cessifs responsables de l�h�mophilie.</p><p>Si un chromosome X f�minin porte un de ses g�nes, le g�ne homologue normal situ� sur l�autre chromosome X</p><p>sera dominant et emp�chera les effets du g�ne anormal. La femme n�est donc atteinte d�aucun trouble h�morragique, mais est � conductrice �, c�est-�-dire susceptible de transmettre l�affection � ses descendants. La moiti� de ses fils sera h�mophile : celle qui aura re�u le chromosome X portant le g�ne tar�, en l�absence d�homologue dominant.</p><p>Seules les femmes conductrices ma-ri�es � un h�mophile peuvent avoir des filles h�mophiles.</p><p>Signes cliniques</p><p>Le caract�re essentiel des manifestations h�morragiques de l�h�mophilie est d��tre provoqu�es, souvent par un traumatisme minime. L��ge et le mode d�apparition de la maladie sont variables. C�est en g�n�ral au moment des premiers pas ou lors des premi�res ann�es que l�h�mophilie se r�v�le, et ce par des saignements prolong�s ou par des h�matomes. Parfois il s�agit d�h�-</p><p>morragies digestives ou d�h�marthrose (sang dans les articulations). Au cours de l��volution, les h�morragies peuvent �tre ext�rioris�es ou non ext�rioris�es.</p><p>Les h�morragies ext�rioris�es sont les plaies cutan�es parfois postop�ratoires, les �pistaxis (saignements de nez), les h�morragies buccales (surtout � l�occasion d�extractions dentaires).</p><p>Les h�morragies non ext�rioris�es sont les ecchymoses, survenant � l�occasion de chocs minimes, et surtout les h�matomes (�panchements de sang), soit sous-cutan�s, soit intramusculaires ou interstitiels profonds (apr�s injections intramusculaires malencontreuses ou traumatismes divers). Les h�matomes peuvent se compliquer de compres-sions nerveuses ou d�atrophies musculaires. Ils peuvent �galement s�observer au niveau du plancher de la bouche et dans la r�gion r�tro-orbitaire, o� le pronostic est grev� d�un gros risque de c�cit�. De plus, des h�morragies des s�reuses peuvent survenir : �panchements pleuraux ou p�riton�aux, h�morragies c�r�brom�ning�es, avec parfois h�matomes sous-duraux, et surtout h�-</p><p>marthroses, qui sont les manifestations les plus typiques de la maladie. Sans</p><p>�tre sp�cifiques de l�h�mophilie, elles �voquent au plus haut chef une dia-th�se h�morragique. Elles atteignent toutes les articulations, mais avec pr�-</p><p>dilection les genoux, puis les chevilles, les coudes, les hanches et les �paules.</p><p>D�abord simples et � d�but souvent brutal, elles entra�nent une impotence fonctionnelle compl�te. Mais le grand risque est la r�cidive, et la constitution de v�ritables l�sions arthrosiques sur des articulations d�form�es se v�rifie souvent sur les clich�s radiographiques.</p><p>Les s�quelles fonctionnelles peuvent �tre graves au niveau des membres inf�rieurs, aboutissant � l�ankylose, et douloureuses, r�alisant le rhumatisme h�mophilique. Elles tendent � faire des h�mophiles des infirmes plus ou moins s�v�res.</p><p>Parmi les autres manifestations</p><p>de l�affection, signalons la Fi�vre et l�an�mie, cons�quence de la d�perdition sanguine provoqu�e par les h�morragies.</p><p>Au point de vue biologique, il existe essentiellement un d�ficit en facteur antih�mophilique A ou B, dont le stigmate h�matologique �vocateur est d�embl�e l�allongement consid�rable du temps de coagulation*. Le temps de saignement est, au contraire, normal, alors que le test de tol�rance � l�h�parine est constamment allong�. Surtout, la consommation de prothrombine</p><p>est diminu�e. De plus, il est possible de doser sp�cifiquement les facteurs antih�mophiliques.</p><p>Traitement</p><p>Le traitement actuel a deux buts essentiels : assurer la survie des sujets en ma�trisant les accidents h�morragiques et permettre une vie quasi normale en limitant l�impotence fonctionnelle. Gr�ce aux possibilit�s de transfusion modernes, le traitement des grands accidents h�morragiques a acquis une efficacit� remarquable. Le facteur VIII (ou A), et le facteur IX</p><p>(ou B) sont contenus dans le sang frais, mais il est pr�f�rable d�utiliser des fractions vraiment sp�cifiques (IA pour l�h�mophilie A et PPSB pour l�h�mophilie B), sauf en cas de collap-sus hypovol�mique (baisse du volume</p><p>sanguin total). Le renouvellement de l�apport par transfusion est souvent n�cessaire. Lorsque le traitement a �t� assez rapide, les r�sultats en sont volontiers spectaculaires. Sur le plan fonctionnel, le r�le du kin�sith�rapeute est fondamental. � force de douceur, de progressivit� et de t�nacit� dans la r��ducation, on peut obtenir un jeu articulaire suffisant. Il est indispensable �galement de souligner l�importance du traitement pr�ventif chez les h�mophiles et la n�cessit� d�un encadrement psychologique � l��chelon familial, social et professionnel. Les h�mophiles doivent �tre porteurs de cartes attestant leur �tat, qui contre-indique notamment toute injection intramusculaire.</p><p>M. R.</p><p>F Coagulation / G�n�tique / Sang.</p><p>D. Alagille, l�H�mophilie (Bailli�re, 1969).</p><p>/ A. H. Katz, Hemophilia : a Study in Hope and Reality (Springfield, Illinois, 1970).</p><p>h�morragie</p><p>�coulement de sang hors des vaisseaux qui doivent le contenir (h�morragie art�rielle, veineuse ou capillaire). Le sang peut se r�pandre � l�ext�rieur du corps (h�morragie externe) ou s��pancher � l�int�rieur des tissus ou entre les organes (h�morragie interne).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�arr�t de l�h�morragie peut se faire spontan�ment, par la formation d�un caillot qui obture la br�che du vais-downloadModeText.vue.download 172 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5313</p><p>seau : cette h�mostase naturelle est possible gr�ce � un ph�nom�ne physiologique tr�s complexe, la coagulation*.</p><p>Mais le caillot n�assure qu�une h�mostase temporaire, l�h�mostase d�finitive n��tant obtenue que secondairement, par la constitution d�un tissu vasculaire cicatriciel qui, le plus souvent, redonne au vaisseau sa morphologie normale, mais qui peut parfois entra�ner son oblit�ration d�finitive.</p><p>Les cons�quences de l�h�morragie sont tr�s variables selon son importance et sa rapidit�. Nulles dans les petites h�morragies capillaires ou veineuses par exemple, elles peuvent �tre dramatiques dans les h�morragies importantes : c�est le tableau du choc h�morragique, o� le sujet est p�le, refroidi, inerte, la tension art�rielle effondr�e, le pouls petit, rapide, parfois imprenable, la respiration rapide et superficielle ; ce choc h�morragique est rarement pur, car � la spoliation sanguine s�ajoutent souvent d�autres facteurs, en particulier au cours des grands traumatismes. Enfin, il existe des h�morragies apparemment non dramatiques, mais continues, �voluant � bas bruit et finissant par entra�ner une an�mie progressive avec alt�ration de l��tat g�n�ral pouvant r�aliser un v�ritable tableau de � choc chronique �.</p><p>H�morragies externes</p><p>Les h�morragies les plus spectaculaires sont celles des plaies art�rielles : h�-</p><p>morragies ext�rioris�es plus ou moins abondantes suivant la largeur de la plaie cutan�e, la profondeur et l�importance du vaisseau l�s�. Elles sont la cause la plus fr�quente de mort sur le champ de bataille ou dans les grandes catastrophes. Dans un certain nombre de cas, une h�mostase spontan�e peut se faire, mais elle est pr�caire, une h�-</p><p>morragie secondaire mortelle �tant toujours � redouter, au cours du transport par exemple. Le sang art�riel peut aussi se r�pandre sous les t�guments : h�matome diffus ou enkyst� d��volution tr�s variable, de la gu�rison spontan�e � la formation tardive d�un an�vrisme*</p><p>art�rio-veineux.</p><p>Les plaies veineuses sont en g�n�ral de faible gravit� : le type en est la rupture de varice, impressionnante, mais b�nigne. Par contre, les plaies des gros troncs veineux sont gravissimes, non seulement par suite du caract�re massif de l�h�morragie, mais aussi en raison du risque d�embolie gazeuse mortelle (en particulier dans les plaies de la base du cou).</p><p>H�morragies internes</p><p>La symptomatologie des h�morra-</p><p>gies internes est �videmment fonction du si�ge de la l�sion. Une des plus typiques est la rupture de grossesse*</p><p>extra-ut�rine, avec son syndrome de choc h�morragique pur et, � l�examen gyn�cologique, une douleur tr�s vive localis�e au niveau du cul-de-sac de Douglas (entre ut�rus et rectum). Les h�morragies digestives posent des probl�mes diagnostiques et th�rapeutiques difficiles, car leurs causes sont multiples : ulc�res gastro-duod�naux, cancers de l�estomac ou de l�intestin, cirrhose* du foie, au cours desquels l�hypertension dans la veine porte entra�ne la formation de varices oesopha-giennes, dont la rupture provoque des h�morragies dramatiques. Ces h�morragies digestives peuvent se manifester de deux mani�res : vomissement de sang (h�mat�m�se), qui traduit g�n�-</p><p>ralement une l�sion haute, ou h�morragie intestinale, de sang rouge ou noir (meloena).</p><p>Les grandes contusions de l�abdomen posent des probl�mes tr�s particuliers, car, si l�on peut affirmer cliniquement l�existence d�une h�morragie intrap�riton�ale, souvent seule l�intervention exploratrice pourra en pr�ciser l�origine : rupture de la rate, du foie, d�sinsertion m�sent�rique... Tous les organes peuvent �tre le si�ge d�h�morragie : h�mothorax des contusions ou plaies thoraciques, h�mop�ricarde des plaies du coeur. Les h�morragies c�r�-</p><p>brales sont fr�quentes chez le sujet �g�, par rupture d�une art�re ath�romateuse, mais elles peuvent se rencontrer chez le jeune, par exemple par rupture d�un an�vrisme cong�nital.</p><p>Traitement de</p><p>l�h�morragie</p><p>Il est command� par deux imp�ratifs : arr�ter le flux sanguin et reconstituer la masse sanguine. La reconstitution de la masse sanguine, seul traitement du choc h�morragique, est obtenue par la transfusion de sang frais ou conserv� isogroupe. Ce n�est que dans des conditions d�urgence exceptionnelle que l�on peut �tre contraint de perfuser du sang de groupe universel, voire, faute de sang, du plasma sanguin conserv� ou des solut�s � grosses mol�cules, qui, � d�faut d�h�maties, permettent de reconstituer temporairement le volume</p><p>liquidien indispensable au fonctionnement de l�appareil circulatoire.</p><p>L�arr�t de l�h�morragie d�pend de sa nature : dans les plaies art�rielles des membres, le garrot assure une h�-</p><p>mostase provisoire, mais ce n�est qu�un exp�dient qui comporte de graves dangers s�il est maintenu trop longtemps : le vrai traitement est la ligature art�rielle, connue d�s l�Antiquit� et red�couverte par Ambroise Par�. Les h�morragies veineuses des membres c�dent le plus souvent � la simple compression. Les h�morragies internes traumatiques commandent l�intervention d�urgence, mais l�h�mostase peut �tre tr�s difficile � r�aliser, en particulier dans les �clatements du foie, la blessure de la rate imposant toujours la spl�nectomie. Quant aux h�morragies digestives, l�indication op�ratoire doit �tre soigneusement pes�e, car, s�il est possible le plus souvent d�assurer l�h�-</p><p>mostase devant un ulc�re gastro-duod�nal, certaines l�sions sont au-dessus des possibilit�s chirurgicales.</p><p>P. D.</p><p>J.-P. Soulier, Traitement des h�morragies (Flammarion, 1953). / C. Raby, Biologie des h�-</p><p>morragies et thromboses (Masson, 1966).</p><p>Henri I, II, III</p><p>F ALLEMAGNE ET SAINT EMPIRE</p><p>ROMAIN GERMANIQUE.</p><p>Henri IV (empereur)</p><p>F ALLEMAGNE, SACERDOCE ET</p><p>EMPIRE, SAINT EMPIRE ROMAIN</p><p>GERMANIQUE.</p><p>Henri V (empereur)</p><p>F ALLEMAGNE, INVESTITURES</p><p>(querelle des), SAINT EMPIRE ROMAIN</p><p>GERMANIQUE.</p><p>Henri VI (empereur)</p><p>F ALLEMAGNE ET SAINT EMPIRE</p><p>ROMAIN GERMANIQUE.</p><p>Henri VII</p><p>(empereur)</p><p>F ALLEMAGNE ET SAINT EMPIRE</p><p>ROMAIN GERMANIQUE.</p><p>Henri Ier (roi de</p><p>France)</p><p>F CAP�TIENS.</p><p>Henri II</p><p>(Saint-Germain-en-Laye 1519 - Paris 1559), roi de France (1547-1559).</p><p>Fils cadet de Fran�ois Ier et de Claude de France, il ne fut destin� � r�gner qu�apr�s la mort accidentelle de son a�n�, le dauphin Fran�ois (1536) ; aussi ne lui avait-on fait �pouser en 1533 qu�une princesse de m�diocre maison, Catherine* de M�dicis.</p><p>� la mort de son p�re, il renvoie ses ministres et entreprend de gouverner son royaume avec soin el esprit de suite. Alors dans la force de l��ge, il est aim� de la noblesse pour sa bravoure et ses largesses ; il en sera bien servi, et ses conseillers les plus puissants, comme le conn�table de Montmorency ou les Guise, ne feront qu�ex�cuter fid�lement ses volont�s. Apr�s son sacre (juill. 1547), il part visiter les principales provinces de ses �tats pour rem�dier aux abus et se rendre compte par lui-m�me des forces dont il peut disposer pour continuer la lutte contre un Charles Quint plus puissant que jamais, puisqu�il vient de vaincre les protestants allemands � la bataille de M�hlberg (avr. 1547).</p><p>Henri II affirme t�t sa volont� d��tre le ma�tre. � l�int�rieur, il r�prime durement des r�voltes populaires en Guyenne en 1548 ; l�ann�e suivante, par une courte guerre, il oblige l�Angleterre � lui restituer Boulogne, ainsi qu�il en avait �t� d�cid� par un trait� pass� avec Fran�ois Ier. Il va continuer en ces deux domaines la politique de son p�re : faire progresser l�autorit� royale en France et d�fendre le royaume contre la puissance des Habsbourg. L�historien Georges Pages a pu justement �crire : � Jamais peut-�tre rois de France ne furent plus puissants que Fran�ois Ier et Henri II. �</p><p>Par un d�cret de 1547, le roi consacre</p><p>officiellement le r�le et l�importance des secr�taires d��tat, dont le nombre est fix� � quatre : c�est l�embryon de l�institution minist�rielle, syst�me qui favorisera l�absolutisme en se g�n�ralisant dans la seconde moiti� du si�cle.</p><p>downloadModeText.vue.download 173 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5314</p><p>Des offices nouveaux sont aussi cr��s : 61 pr�sidiaux de 9 juges chacun sont institu�s en 1552 ; cette juridiction trouve sa place entre les parlements et les tribunaux de bailliages. Henri II compl�te en outre la r�forme de l�administration des finances entreprise sous le r�gne pr�c�dent, en instituant deux contr�leurs qui ont la charge de surveiller les fonds du Tr�sor.</p><p>La lutte contre Charles Quint reprend en 1552. Apr�s M�hlberg, les princes protestants demandent l�aide du roi de France ; le trait� de Cham-bord de janvier 1552 autorise Henri II � occuper Metz, Toul et Verdun. Le roi se fait le champion d�une politique r�aliste, combattant les huguenots � l�int�-</p><p>rieur et s�alliant avec eux � l�ext�rieur.</p><p>Cette alliance donne les meilleurs r�-</p><p>sultats : Henri II peut occuper sans coup f�rir les Trois-�v�ch�s, qui constituent de remarquables positions strat�giques.</p><p>Charles Quint tente vainement de s�emparer de Metz, bien d�fendue par le duc Fran�ois de Guise en 1552. Il faut remarquer, d�ailleurs, qu�on ne semble pas avoir eu conscience, � l��poque, de l�importance de cette acquisition, car, ce qui semble alors compter, ce sont les affaires d�Italie. La guerre s�y rallume en m�me temps qu�en Allemagne : le duc de Parme Ottavio Farn�se, en butte aux attaques de l�empereur et du pape Jules III, a fait appel au roi de France, dont les arm�es obligent le pape � c�der ; dans cette guerre, Henri II est aid� du Turc et des corsaires barbaresques, dont le c�l�bre Dragut.</p><p>La guerre de Parme est � peine termin�e qu��clate celle de Sienne ; la ville fait appel aux Fran�ais. Le mar�chal Piero Strozzi op�re en Toscane, tandis</p><p>que Biaise de Monluc (1502-1577) est charg� de d�fendre la place. Apr�s des succ�s initiaux, les Fran�ais sont vaincus, et Monluc doit rendre la ville, qui passe sous la domination de Florence, c�est-�-dire de l�Espagne (1555). L�an-n�e suivante, las de combattre, Charles Quint signe avec la France la tr�ve de Vaucelles (f�vr. 1556) ; Henri II conserve la Savoie et le Pi�mont.</p><p>La tr�ve n�est pas de longue dur�e : le pape Paul IV, attaqu� par l�Espagne, engage Henri II dans le conflit (sept.</p><p>1556). Le royaume de Naples est envahi par le duc de Guise pendant que la guerre se rallume sur les fronti�res du nord de la France. Philippe II, le successeur de Charles Quint, dispose, depuis son mariage avec Marie Tudor, de l�alliance anglaise ; il peut ainsi r�unir une arm�e aux Pays-Bas, qu�il confie au duc de Savoie, Emmanuel-Philibert (1528-1580), le plus grand capitaine de son �poque ; celui-ci, le 10 ao�t 1557, remporte la victoire de Saint-Quentin sur Montmorency.</p><p>Cette d�faite est durement ressentie en France : elle met fin � l�exp�dition de Guise, qui est rappel� d�Italie, car on craint l�occupation de la capitale. Mais Philippe II conna�t alors de graves difficult�s financi�res : il ne peut exploiter son succ�s, et la situation se retourne bient�t en faveur de la France. Au nord, Guise s�empare par surprise de Calais (janv. 1558), la derni�re place que les Anglais occupaient en France depuis la guerre de Cent Ans. La prise de Thionville et celle de Dunkerque compl�tent cette victoire.</p><p>Cependant, des deux c�t�s on souhaite la paix, rendue n�cessaire en France par la grave crise financi�re de 1557-1559. Elle est sign�e le 3 avril 1559 au Cateau-Cambr�sis : les belli-g�rants se rendent mutuellement leurs conqu�tes. Henri II met d�finitivement fin au r�ve italien en renon�ant � ses droits sur le Milanais ; au duc de Savoie, il rend ses �tats, mais y conserve les citadelles de Turin, de Pignerol, de Chivasso et de Chieri, mani�re d��tablir la tutelle fran�aise sur le duch� ; en outre, sa soeur, Marguerite de France �pousera Emmanuel-Philibert, duc</p><p>de Savoie. La France recouvre Saint-Quentin, Ham et Le Catelet ; surtout, elle garde Calais et les Trois-�v�ch�s.</p><p>� l��poque, la paix du Cateau-Cam-br�sis fut consid�r�e comme une v�ritable catastrophe, l�Italie �tant, en fait, abandonn�e. Quoi qu�il en soit, elle refl�te bien et le nouveau rapport des forces et les choix politiques nouveaux des deux protagonistes. La France demeure pr�pond�rante au nord-est, Philippe II se d�sint�resse des affaires allemandes et anglaises (il n�est plus rien en Angleterre depuis la mort de Marie Tudor en 1558). L�Espagne ne fait plus sien le r�ve de domination universelle de Charles Quint, et Henri II renonce aux chim�res italiennes. Par contre, Philippe II affirme la pr�pond�-</p><p>rance espagnole en Italie et amorce une politique tourn�e vers l�acquisition de l�h�g�monie en M�diterran�e.</p><p>Mais l��puisement des finances</p><p>royales en France et en Espagne n�est pas la seule cause de l�arr�t de la guerre. Les deux rois d�sirent aussi lutter contre les progr�s de l�h�r�sie dans leurs �tats. Ils y sont fortement incit�s par le pape Paul IV. Il est significatif, en effet, qu�� peine la paix sign�e Henri II proclame l��dit d�Ecouen, dirig� contre les protestants (2 juin downloadModeText.vue.download 174 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5315</p><p>1559), et que Philippe II, en ao�t, l�gi-f�re contre les r�form�s des Pays-Bas.</p><p>Henri II ne peut, pour sa part, mener cette t�che � bien : gri�vement bless� par Gabriel de Montgomery, capitaine de la garde �cossaise, lors du tournoi de la rue Saint-Antoine, donn� pour c�-</p><p>l�brer les mariages arr�t�s au Cateau-Cambr�sis entre Philippe II et �lisabeth de Valois, fille du roi de France, et entre sa soeur Marguerite et le duc de Savoie, il meurt, apr�s de cruelles souffrances, le 10 juillet 1559.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>L. Romier, les Origines politiques des guerres de Religion (Perrin, 1913-14 ; 2 vol.).</p><p>Henri III</p><p>(Fontainebleau 1551 - Paris 1589), roi de France (1574-1589).</p><p>Troisi�me fils d�Henri II et de Catherine de M�dicis, ce prince passa longtemps pour le type m�me du mauvais roi, incapable, cruel et pervers. Des ouvrages plus r�cents, surtout celui de Pierre Champion, malheureusement inachev�, ont essay� de le r�habiliter, m�me d�en faire un prince accompli. Il semble que la r�alit� soit � mi-chemin ; appel� � gouverner la France � une des �poques les plus troubl�es de son histoire, Henri III, malgr� de bonnes intentions, n�eut ni les forces physiques ni les qualit�s d�esprit et de caract�re qui auraient �t� n�cessaires pour mener cette lourde t�che � bien.</p><p>Physiquement, il h�ritait des tares familiales (tuberculose, tumeurs, gale, etc.), et son �quilibre psychique ne valait gu�re mieux. Tr�s � fin de race �, il avait, au dire de Jacques de Thou, � un esprit incompr�hensible, en certaines choses au-dessus de sa dignit�, en d�autres au-dessous m�me de l�enfance �. Ses go�ts eff�min�s, son entourage de � mignons � (Qu�lus, Maugiron, Saint-M�grin, Saint-Luc, Epernon), ses bizarreries � m�me si tous ces traits ont �t� exag�r�s et pouss�s au noir par ses ennemis politiques</p><p>� d�notent � l��vidence un esprit peu �quilibr�.</p><p>Adolescent, Henri commanda en</p><p>tant que duc d�Anjou l�arm�e royale qui battit les huguenots � Jarnac et � Moncontour (1569) ; il y acquit une grande r�putation d�homme de guerre, si grande que les Polonais en firent leur roi. Mais cette r�putation fut surtout le fruit de l�habile propagande de sa m�re, et la victoire de Jarnac est � mettre au compte des excellentes mesures du comte Gaspard de Tavannes.</p><p>�lu roi de Pologne en 1573, Henri n�y passa que quelques mois ; � la mort de son fr�re Charles IX, il ne songea plus qu�� regagner la France.</p><p>Catherine* de M�dicis y avait repris la r�gence et emp�ch� son dernier fils, Fran�ois, duc d�Alen�on (1554-1584),</p><p>favorable aux huguenots, d�usurper la couronne de son a�n�. C�est pourquoi le prince Henri Ier de Cond�, chef des r�form�s, conjura les Polonais de retenir leur roi. Mais Henri s�enfuit de Cra-covie et gagna la France en passant par Vienne et Venise.</p><p>Apr�s son sacre � Reims, il �pousa Louise de Vaud�mont, de la maison de Lorraine (f�vr. 1575). La paix de La Rochelle sign�e en juillet 1573 avec les protestants �tait trop pr�caire pour pouvoir durer longtemps, et les combats, � l�initiative du comte de Damville (le futur Henri Ier de Montmorency), reprirent dans l�Ouest et le Midi. Le roi de Navarre et le duc d�Alen�on rejoignirent les insurg�s. Apr�s la victoire de l�arm�e royale � Dormans (oct.</p><p>1575), command�e par le due Henri de Guise, une troupe allemande d�vasta la Bourgogne et la Champagne, et Henri III se r�signa � la paix. Par l��dit de Beaulieu (6 mai 1576), il d�savouait les massacres de 1572, accordait la compl�te libert� du culte dans tout le royaume, hormis � Paris, ainsi que huit places de s�ret� et des chambres mi-partie dans tous les parlements.</p><p>Jamais les protestants n�avaient encore obtenu de tels avantages ; ceux-ci provoqu�rent la col�re du parti catholique, qui pensa, d�s lors, � se constituer en parti organis� � l�exemple de leurs ennemis. C�est l�origine de la Ligue, dont Henri III, pour la mieux surveiller, se proclama le chef. Politiquement, les ligueurs �taient soutenus par le pape et par l�Espagne, Philippe II craignant que, vainqueurs, les huguenots fran�ais puissent soutenir le parti des � gueux � r�volt�s contre son autorit� dans les Pays-Bas. Des �tudes r�centes ont montr� que le r�le de Madrid dans l�histoire de la Ligue a �t� exag�r� et que l�on a eu tort de consid�rer les masses populaires comme un instrument aveugle entre les mains des d�magogues agissant pour le compte de l�Espagne. La diplomatie n��tait pas au service de la religion : au contraire, elle en contr�lait les querelles au mieux de ses int�r�ts. La clef du probl�me est � Paris dans une analyse, qui n�a pas encore �t� faite, des origines sociales de la Ligue, du r�le qu�y joua une grande partie de la population.</p><p>Aux �tats g�n�raux de Blois (d�c.</p><p>1576 - mars 1577), Henri III, sous la pression des catholiques, d�savoua l��dit de Beaulieu, et ce fut une nouvelle guerre qui tourna � l�avantage du roi. La paix de Bergerac et l��dit de Poitiers (17 sept. 1577) restreignirent ce qui avait �t� accord� un an auparavant : ainsi, le culte n��tait plus autoris� que dans une ville par bailliage.</p><p>C�est � ce moment que le roi fonda l�ordre du Saint-Esprit (1578), dans le sage projet de r�unir les grands de tous les partis par le serment auquel devaient s�engager les chevaliers ; le conflit se r�alluma n�anmoins en 1579, mais pour peu de temps, car la paix de Fleix (26 nov. 1580) y mit fin.</p><p>On assista ensuite � une accalmie, due sans doute aux calamit�s de toutes sortes qui s�abattirent alors sur le royaume (pestes, famines) ; en outre, Fran�ois d�Alen�on, fr�re du roi (devenu duc d�Anjou en 1576), avait emmen� avec lui des trempes combattre les Espagnols aux Pays-Bas. Mais il �choua et revint mourir en France (10 juin 1584). La mort posa le probl�me de la succession, car, Henri III n�ayant pas d�enfants, le seul h�ritier l�gitime se trouvait �tre un Bourbon, le roi Henri de Navarre, un huguenot. Les Guise prirent ce pr�texte pour signer avec le roi d�Espagne le trait� de Joinville (31 d�c. 1584), par lequel le tr�ne �tait r�serv� au cardinal Charles de Bourbon (1523-1590), oncle d�Henri de Navarre ; le roi Philippe II promettait un subside mensuel pour l�entretien des troupes de la Ligue.</p><p>Les Guise trouv�rent un appui efficace dans le peuple parisien, tr�s attach� au culte catholique et fanatis� par ses pr�dicateurs. La Ligue se r�organisa sous la haute main des Guise, devenus tr�s puissants. Henri III crut prudent, comme il l�avait d�j� fait, de s�entendre avec les ligueurs et de traiter avec eux. Devant cette attitude, les protestants reprirent les armes en 1585. Ainsi d�buta le dernier et le plus acharn� de ces conflits religieux.</p><p>En octobre 1587, les troupes royales, command�es par le duc de Joyeuse, furent �cras�es � Coutras par le roi de Navarre. Henri III, qui voulut traiter</p><p>avec les rebelles, se d�consid�ra et devint de plus en plus impopulaire. Le duc de Guise ne cachait plus son ambition de monter sur le tr�ne, et des �rudits complaisants lui fabriquaient une g�n�alogie qui le faisait descendre de Charlemagne.</p><p>La crise finit par �clater en mai 1588. Le roi avait interdit au duc de Guise de se rendre � Paris ; ce dernier ayant pass� outre, il fit venir des troupes dans la capitale, ce qui provoqua la � journ�e des Barricades �</p><p>(12 mai 1588). Le duc n�osa pas faire arr�ter le roi et perdit ainsi l�occasion de s�emparer de la couronne. Humili�, Henri III s�enfuit le lendemain � Chartres, puis � Rouen. Il y signa en juillet l��dit d�Union, qui donnait satisfaction aux ligueurs, puisqu�il �tait destin� � emp�cher tout prince protestant de lui succ�der. Mais l��chec de l�exp�dition de Philippe II contre l�Angleterre (l�Invincible Armada) renfor�a la position d�Henri III qui convoqua les seconds �tats g�n�raux � Blois (sept.</p><p>1588), o� les ligueurs obtinrent la majorit� ; effray�, le roi fit ex�cuter le duc Henri de Guise par sa garde le 23 d�-</p><p>cembre 1588 ; le lendemain, le cardinal Louis de Lorraine, fr�re d�Henri de Guise, subissait le m�me sort.</p><p>En France, ces �v�nements provo-</p><p>qu�rent un soul�vement g�n�ral contre le souverain. Paris se donna au fr�re des victimes, le duc de Mayenne, et la plupart des grandes villes, dont Lyon, Marseille et Toulouse, prirent parti pour la Ligue. Henri III n�eut plus d�autres ressources que de s�allier aux protestants. � l�entrevue de Plessis-lez-Tours le 30 avril 1589, il traita avec le roi de Navarre, puis tous deux vinrent mettre le si�ge devant la capitale. C�est l�, � Saint-Cloud, que, le 1er ao�t, un exalt�, Jacques Cl�ment, poignarda Henri III, qui mourut le lendemain apr�s avoir d�sign� le roi de Navarre comme son successeur l�gitime.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F France / Henri IV / Religion (guerres de) /</p><p>Valois.</p><p>P. Champion, la Jeunesse de Henri III (Grasset, 1942 ; 2 vol.) ; Henri III, roi de Pologne (Grasset, 1943-1951 ; 2 vol.).</p><p>Henri IV</p><p>(Pau 1553 - Paris 1610), roi (Henri III) de Navarre (1562-1610), roi de France (1589-1610).</p><p>La formation,</p><p>le roi de Navarre</p><p>Le fils d�Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et de Jeanne d�Albret na�t au ch�teau de Pau, et aussit�t la l�gende se penche sur son berceau. Tout le monde conna�t le bapt�me avec l�ail et le vin de Juran�on donn� par le grand-downloadModeText.vue.download 175 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5316</p><p>p�re, et pourtant nul prince ne se paya moins de r�ve et n�eut mieux les pieds sur terre que le roi Henri. Ce r�alisme, il le dut � son �ducation, aux tribula-tions de toutes sortes, qui furent son lot quotidien durant pr�s d�un demi-si�cle.</p><p>Ce m�me grand-p�re voulut qu�on</p><p>l��lev�t � � la b�arnaise et non mollement � la fran�aise � ; aussi Henri passa-t-il son enfance et sa prime jeunesse au milieu des paysans b�arnais, v�tu et nourri comme eux, courant � leurs c�t�s et escaladant pieds nus les montagnes du pays.</p><p>Son instruction fut bien moins</p><p>n�glig�e qu�on ne l�a dit. Il traduisit en entier les Commentaires de C�sar.</p><p>Plutarque �tait une de ses lectures favorites. Henri y trouvait, ainsi qu�il le rapporte dans ses lettres, � des maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement des affaires �.</p><p>Mais l�essentiel de sa formation provient de son exp�rience des hommes et des contacts directs qu�il recherchait.</p><p>Par l�, Henri �tait au fait des besoins et des d�sirs des diff�rents groupes sociaux. Roi, il conservera cette habitude ; Jean Richer nous le montre</p><p>� passant le bac de Neuilly, o� il y avait quantit� de paysans, se fourrant aussit�t parmi eux et demandant � l�un une chose, � l�autre une autre �. Des th�ories de gouvernement, il n�a cure ;</p><p>c�est l�empirisme qui dirige ses actes, mais un empirisme ent� sur l�exp�-</p><p>rience quotidienne des r�alit�s de son royaume.</p><p>Roi absolu, Henri IV saura user</p><p>d�habilet� et de souplesse dans l�exercice du pouvoir. En avril 1605, les bourgeois de Paris s��tant r�volt�s � propos de projets de r�duction de rentes sur l�H�tel de Ville, une s�dition arm�e s�ensuivit. Henri IV c�da et se justifia en ces termes aupr�s de ceux qui lui reprochaient son attitude : � L�autorit� ne consiste pas toujours � pousser les choses avec la derni�re hauteur ; il faut regarder le temps, les personnes et le sujet. � Il ne d�daignait pas non plus le d�tail des affaires, pour lequel sa m�moire excellente le favorisait.</p><p>Il �tait aussi rude soldat que bon strat�ge. Il eut comme instructeur Gaspard de Coligny et le c�l�bre capitaine Fran�ois de La Noue (1531-1591). Son courage �tait l�gendaire ; en 1580, durant les guerres religieuses, il se couvrit de gloire au si�ge de Cahors, o� il prit part personnellement � une terrible bataille de rues qui dura cinq jours. En 1595, au si�ge de La F�re, il r�duisit la ville, tenue par les Espagnols, en inon-dant le plat pays d�alentour, et c�est par une v�ritable bataille navale livr�e sous ces murs qu�il s�empara de cette place forte.</p><p>Tr�s t�t, en effet, le m�tier militaire fut sa principale activit�. D�s 1569, � l�assembl�e de La Rochelle, sa m�re, la reine de Navarre Jeanne d�Albret, fervente calviniste, fit de lui le chef du parti protestant. Henri participa � toutes les guerres de Religion et se distingua � la bataille d�Arnay-le-Duc en 1570. � la mort de sa m�re (4 juin 1572), il r�gna seul en Navarre. Son mariage (ao�t 1572) avec Marguerite de Valois (1553-1615), soeur de Charles IX, servit de gage � une de ses nombreuses paix boiteuses qui cl�turaient momentan�ment la lutte entre les protestants et les catholiques.</p><p>Mais, quelques jours apr�s la c�r�-</p><p>monie, le massacre de la Saint-Barth�-</p><p>lemy (24 ao�t 1572) ranima le conflit religieux. Si Henri conserva la vie, il dut abjurer sa foi, se convertir au ca-</p><p>tholicisme et rester prisonnier � la cour de France. Il s�en �chappa en 1576 et redevint aussit�t calviniste et chef du parti protestant.</p><p>L�h�ritier de France</p><p>En 1584, la mort de Fran�ois d�Alen-</p><p>�on, fr�re du roi Henri III, qui n�a pas d�enfants, fait d�Henri de Navarre l�h�-</p><p>ritier du tr�ne de France. Henri III, qui se m�fie des Guise, le reconna�t pour son successeur.</p><p>Le parti catholique, effray� de cette �ventualit�, stimul� par l�ambition des Guise et soutenu par les deniers du roi d�Espagne, organise la Ligue, dont le but ultime est le maintien de la France dans le catholicisme, ce qui, selon l�esprit du temps, est jug� incompatible avec la pr�sence d�un protestant sur le tr�ne.</p><p>Henri III, d�barrass� des Guise, s�allie � Henri de Navarre � l�entrevue de Plessis-lez-Tours et vient avec lui assi�ger Paris, alors aux mains des ligueurs. C�est l� qu�il est assassin�.</p><p>Sa mort (2 ao�t 1589) fait du roi de Navarre un roi de France. Mais il reste � celui-ci � conqu�rir son royaume. �</p><p>Paris, la Ligue lui oppose son oncle, le vieux cardinal Charles de Bourbon.</p><p>Henri IV n�est que le roi des huguenots. Malgr� de brillantes victoires sur le duc de Mayenne � Arques (21 sept.</p><p>1589) et � Ivry (14 mars 1590), Henri ne parvient pas � entrer dans Paris, car Alexandre Farn�se, venu des Pays-Bas, le force � en lever le si�ge.</p><p>Ce sont les erreurs de ses ennemis qui vont lui faciliter la t�che. � Paris, le comit� des Seize fait r�gner la terreur ; les Espagnols, qui ont mis en 1591 une garnison dans la capitale, ne parviennent pas, en 1593, � faire accepter par les Parisiens la candidature au tr�ne de France de l�infante Isabelle, fille de Philippe II. Un tiers parti, celui des � politiques �, se dessine ; un pamphlet, la Satire M�nipp�e, r�pand ses id�es et d�consid�re les ligueurs.</p><p>De son c�t�. Henri comprend qu�il doit faire des concessions. En 1593, il abjure le protestantisme (Saint-Denis, 25 juill.) ; l�ann�e suivante, il peut se faire sacrer � Chartres (27 f�vr.</p><p>1594) et entrer triomphalement � Paris (22 mars).</p><p>Il entreprend ensuite la reconqu�te des provinces encore insurg�es ou aux mains des Espagnols. En 1595, Mayenne est battu � Fontaine-Fran-</p><p>�aise. En 1597, Philippe II, qui vient de perdre Amiens, se r�sout � traiter. La paix de Vervins (2 mai 1598) confirme le trait� du Cateau-Cambr�-</p><p>sis de 1559. On revient ainsi � l��tat de choses ant�rieur aux guerres de Religion.</p><p>Il s�agit, en outre, de pacifier le pays, et c�est alors qu�Henri IV se r�v�le un grand politique et un grand esprit bien en avance sur son temps. Le pays, il est vrai, las des terribles guerres civiles, n�aspire qu�au repos et lui laisse une pleine libert� d�action.</p><p>La pacification, le</p><p>redressement national</p><p>L��dit de Nantes du 13 avril 1598, s�il proclame le catholicisme religion de l��tat, accorde aux protestants la libert� de conscience et de culte, et leur octroie des privil�ges politiques consid�rables (places de s�ret�, garnisons, droit d�assembl�e...). D�j� durant la bataille de Coutras, en 1587, Henri s��tait �cri� : � Plus de sang, ils sont Fran�ais, recevez-les tous � merci. �</p><p>Apr�s 1598, le roi ne songera plus qu�� panser les plaies dues aux longues guerres civiles et � r�organiser l��tat. Hormis une guerre courte avec le duc de Savoie et qui vaut � la France en 1601 (trait� de Lyon) la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex, sa politique �trang�re est r�solument pacifique. Il s�emploie, pr�curseur en cela de Richelieu, � abaisser la maison d�Autriche en s�alliant avec les princes protestants allemands et les Suisses contre les Habsbourg de Vienne et avec la Toscane, Mantoue, Venise et la papaut� contre les Habsbourg de Madrid, possesseurs du Milanais et du royaume de Naples.</p><p>La r�organisation de l�autorit� de l��tat est la t�che primordiale. Henri IV</p><p>gouverne en roi absolu, peu soucieux de m�nager les parlementaires, qu�il m�prise. Une tentative de r�bellion est</p><p>s�v�rement r�prim�e, et son instigateur, Charles de Gontaut, duc de Biron, est ex�cut� (1602). � cette oeuvre de r�organisation, Henri IV applique une m�thode empirique, qui consiste non pas � d�truire les anciennes institutions, mais � s�en servir avec le maximum d�efficacit�. C�est ainsi qu�il faut comprendre l��tablissement, en 1604, de la � paulette �, �dit qui permet aux d�tenteurs d�offices de transmettre ceux-ci � leurs h�ritiers moyennant une taxe annuelle, repr�sentant le soixan-ti�me de leur valeur. Il faut y voir non pas un simple exp�dient financier, mais le dessein de cr�er dans les familles d�officiers une solide tradition de service d��tat.</p><p>En une dizaine d�ann�es, Henri IV</p><p>r�ussit le miracle de refaire du pays ruin� par les guerres une grande puissance �conomique. Il est bien second� par son ministre Sully*, qui s�emploie � r�tablir de saines finances. D�un syst�me fiscal mauvais et injuste, Sully tire le meilleur parti possible.</p><p>D�s 1601, il �quilibre le budget ; pour la premi�re fois depuis longtemps, les recettes sont �valu�es avec pr�cision, les receveurs g�n�raux sont �troitement contr�l�s et doivent verser les surplus qui ne sont pas utilis�s sur place, les d�penses sont pr�vues dans le d�tail. On supprime �galement les exemptions d�imp�ts abusives (lettres de noblesse, usurpations des grands seigneurs).</p><p>Non seulement Sully parvient �</p><p>payer de lourdes dettes � Henri IV a emprunt� des sommes �normes pour mener � bien sa guerre de reconqu�te</p><p>�, mais �galement il r�ussit � faire des �conomies et � constituer d�importantes r�serves. En 1610, il paie 278 millions de dettes et peut mettre � la disposition du roi une �pargne d�une centaine de millions.</p><p>Dans une ordonnance de 1599,</p><p>Henri IV proclame : � La puissance et la richesse des rois et des souverains consistent dans la richesse et le nombre de leurs sujets. � Pour ranimer la vie �conomique, il ordonne la remise du reste des tailles dues jusqu�en 1596.</p><p>L�agriculture est pr�pond�rante dans</p><p>un pays qui compte 90 p. 100 de ruraux et o� l�argent s�investit presque uniquement dans la terre. Pour faciliter le d�veloppement agricole, on encourage le rachat des pr�s communs ali�n�s downloadModeText.vue.download 176 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5317</p><p>� vil prix par les communaut�s paysannes, on interdit la saisie du b�tail et de l�outillage par les cr�anciers, on permet la libre circulation des bl�s et, en 1601, on proscrit la chasse dans les r�coltes, du printemps aux vendanges.</p><p>La charge de ma�tre des eaux et for�ts est cr��e, et les coupes de bois sont interdites dans les for�ts royales.</p><p>Le pouvoir propage le trait� d�agro-nomie d�un gentilhomme du Vivarais, Olivier de Serres (1539-1619). Son Th��tre d�agriculture et mesnage des champs (1600), qui a cinq �ditions en quelques ann�es, s�adresse aux nobles et aux propri�taires exploitants, mais, gr�ce � leur influence sur leurs fermiers, cet enseignement p�n�tre lentement dans les couches inf�rieures de la paysannerie.</p><p>L�ass�chement des terres mar�ca-</p><p>geuses constitue une entreprise originale. Henri IV en charge un Hollandais de Bergen op Zoom, Humphrey Bradley, nomm� ma�tre des Digues en 1599. C�est un technicien, mais aussi un riche capitaliste, qui peut avancer l�argent gr�ce � de petites communaut�s d�ouvriers hollandais ; il va ass�-</p><p>cher le marais poitevin, la Limagne, le marais Vernier, � l�embouchure de la Seine, la Gascogne.</p><p>Les r�sultats de ces efforts ne sont pas douteux, mais, s�ils ont permis d�augmenter le nombre des paysans ais�s, la propri�t� paysanne demeure r�duite et la grande masse des habitants des campagnes reste mis�rable. Le but recherch� par le pouvoir n�est d�ailleurs pas l� ; celui-ci vise avant tout la fixation d�une solide noblesse rurale, mais ce sera un �chec, car, d�s cette �poque, c�est surtout la bourgeoisie qui acquiert les terres.</p><p>La politique mercantiliste L�industrie n�est pas non plus n�glig�e.</p><p>En ce domaine, l�influence qui s�impose est celle de Barth�lemy de Laffemas (1545 - v. 1612), un petit noble du Dauphin�. Il pr�ne un mercantilisme national : c�est, avec un demi-si�cle d�avance, le syst�me qu�adoptera Colbert*. Laffemas veut emp�cher la fuite des m�taux pr�cieux, permettre � la France de se suffire � elle-m�me et de donner du travail � tous ses habitants. En cons�quence, on fait la chasse � l�oisivet�, on lutte contre le vagabondage.</p><p>Henri IV temp�re dans la pratique ce que ce programme avait de trop rigide pour l��poque. Pour rendre nationale l�industrie de la soie, qui occasionnait de grosses sorties de num�raire, il fait planter des m�riers pour le d�veloppement des vers � soie ; c��tait l� une des id�es �mises par Olivier de Serres. La soierie italienne, tiss�e � Lyon, p�riclite � l�avantage de la soierie nationale, produite � Tours.</p><p>Des manufactures, pour lesquelles on fait appel � des ouvriers �trangers, sont install�es dans toute la France (dentelles � Senlis, cuir dans le Poitou, tapisseries aux Gobelins). On souhaite �galement donner des r�glements � toutes les corporations.</p><p>En 1601, un bureau de commerce,</p><p>v�ritable office des inventions, est cr��.</p><p>En m�me temps, une commission s�emploie � rendre les rivi�res navigables et � construire des canaux lat�raux ou de jonction, principalement entre Loire et Seine (canal de Briare), Loire et Sa�ne, Sa�ne et Meuse, Aude et Garonne</p><p>(canal des Deux-Mers). Des ponts sont construits ; les routes sont am�lior�es par des plantations d�arbres sur leurs bordures et m�me par des pavages en certains endroits.</p><p>Henri IV, malgr� Sully, qui y �tait oppos�, soutient au Canada* les efforts de Champlain* et de Pierre de Gua, sieur Des Monts, qui envisagent une nouvelle formule de colonisation, fond�e non sur l�or, mais sur l�agriculture et l��levage. Des paysans manceaux, angevins et normands commencent �</p><p>�migrer vers le Canada.</p><p>Le prestige de la monarchie se trouve renforc� par des constructions tant � Paris qu�en province. Dans la capitale, le Pont-Neuf est �difi�, le Louvre est prolong� par une galerie qui le joint aux Tuileries, la place Royale s��l�ve, l�h�pital Saint-Louis est fond�. La Biblioth�que royale est transport�e de Fontainebleau � Paris, augment�e des manuscrits grecs des M�dicis et ouverte au public. On construit le ch�teau de Saint-Germain-en-Laye, le coll�ge de La Fl�che et on embellit Fontainebleau.</p><p>Dans le domaine religieux, Henri IV</p><p>se montre fervent catholique et favorable � l�adoption des d�crets du concile de Trente, mais l�opposition des gallicans et du parlement emp�che cette mesure. Le roi nomme n�anmoins d�excellents pr�lats, comme Jean-Pierre Camus (1582-1652) � Bel-ley ou S�bastien Zamet (1588-1655) � Langres. Il favorise B�rulle*, essaie d�attirer saint Fran�ois* de Sales et prot�ge les J�suites.</p><p>En 1610, les rouages de l�absolutisme sont en place, et l��conomie est prosp�re. L�absence d�une marine, la mis�re des campagnes sont les lacunes principales de cette oeuvre de redressement, mais celle-ci est fonction d�une forte autorit� � la t�te du pouvoir ; qu�un gouvernement faible comme une r�gence s�y installe, et tout peut �tre remis en cause.</p><p>C�est ce qui arrive lorsque Henri IV, le 14 mai 1610, tombe sous le couteau de Ravaillac. Crime d�un fanatique isol� ou manoeuvr� par les Habsbourg, alors menac�s par la France d�une intervention militaire, complicit� dans l�entourage de la reine ? La question n�a pas �t� �lucid�e.</p><p>Toujours est-il que le meurtre du roi, en laissant le pouvoir � l�incapable Marie de M�dicis (qu�il a �pous�e en 1600), va compromettre s�rieusement l�oeuvre d�Henri IV, causer de nouvelles ruines jusqu�� la magistrale reprise en main des r�nes du gouvernement par Richelieu*.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Bourbons / France / Marie de M�dicis / Religion (guerres de) / Valois.</p><p>P. de Vaissi�re, Henri IV (Fayard, 1928).</p><p>/ M. Reinhard, Henri IV ou la France sauv�e (Hachette, 1943). / R. Mousnier, la V�nalit� des offices sous Henri IV et Louis XIII (Mau-gard, Rouen, 1946 ; 2e �d., P. U. F., 1971) ; l�Assassinat d�Henri IV. 14 mai 1610 (Gallimard, 1964). / M. Andrieux, Henri IV dans ses ann�es pacifiques (Plon, 1954). / F. G�belin, l��poque d�Henri IV et de Louis XIII (P. U. F., 1969). / R.</p><p>de Castries, Henri IV, roi de coeur, roi de France (Larousse, 1970).</p><p>Henri IV (style)</p><p>F LOUIS XIII (styles Henri IV et).</p><p>Henri Ier Beauclerc</p><p>(Roi d�Angleterre et</p><p>duc de Normandie)</p><p>F ANGLETERRE.</p><p>Henri II</p><p>Plantagen�t</p><p>(Le Mans 1133 - Chinon 1189), duc de Normandie (1150-1189), comte</p><p>d�Anjou (1151-1189), duc d�Aqui-</p><p>taine (1152-1189) et roi d�Angleterre (1154-1189).</p><p>Les h�ritages</p><p>Henri Plantagen�t, fils de l�imp�ratrice Mathilde et du comte d�Anjou, Geoffroi V Plantagen�t, est investi du duch� de Normandie* par son p�re d�s 1150.</p><p>Comte d�Anjou, du Maine et de Touraine � la mort de ce dernier, en 1151, et duc de Poitou et d�Aquitaine gr�ce � son mariage avec Ali�nor d�Aquitaine en 1152, le jeune prince devient enfin roi d�Angleterre en 1154, � la mort d�Etienne de Blois, qui a fait de lui son h�ritier en vertu d�un accord conclu en 1153.</p><p>Le personnage</p><p>Henri II r�gne d�s lors sur un immense empire anglo-angevin, s��tendant des fronti�res de l��cosse � celles de l�Espagne, et nul ne para�t plus quali-</p><p>fi� que lui pour mettre fin � l�anarchie anglaise. Fid�le � l�Anjou (il se fera enterrer � Fontevrault), ignorant l�anglais, Henri II � roi fran�ais d�Angleterre � est en effet l�un des plus grands souverains qui aient r�gn� sur ce pays.</p><p>Dot� d�une solide instruction, notamment en mati�re juridique, parlant � la fois le fran�ais et les langues m�ridionales, connaissant le latin, il est tout � la fois un remarquable administrateur, un excellent juriste et un bon chef de guerre.</p><p>L�administrateur</p><p>D�s son av�nement en Angleterre, Henri II proc�de � la r�cup�ration des terres du domaine et des droits r�galiens ali�n�s par son pr�d�cesseur, imposant la destruction des forteresses abusivement construites. Il entreprend �galement de r�organiser le gouvernement du royaume.</p><p>Restreinte aux officiers des services centraux, la Curia regis (cour du roi) en redevient l�organe essentiel. Clercs d�origine normande pour la plupart, tels les chanceliers Thomas Becket (1156-1162), Raoul de Wanneville et Geoffroi, fils b�tard du roi, ou les grands justiciers Richard de Luc� et Renouf de Glanville, ces officiers fid�les sont charg�s par Henri II de diriger les sections sp�cialis�es qui se d�gagent, plus rapidement qu�en France, de la Curia regis, dont l�H�tel, avec ses annexes</p><p>� Chambre du roi et Garde-robe �, reste le coeur.</p><p>Ainsi s�individualisent rapidement la Chancellerie, l��chiquier, que le tr�-</p><p>sorier Richard Fitz-Neel d�double en Cour des comptes (Haut �chiquier) et en Tr�sorerie (Bas �chiquier), enfin la Curia regis, qui se d�veloppe en une cour de justice jouant le r�le d�un tribunal ordinaire pour tout le royaume et dont �manent de nouvelles institu-downloadModeText.vue.download 177 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5318</p><p>tions judiciaires : celle des � juges itin�rants �, qui tiennent r�guli�rement</p><p>� partir de 1176 des sessions solennelles de cour de comt�, �rig�e pour un temps en cour du roi, en voyage ; celle des cinq juristes de la capitalis Curia regis (ou Banc du roi), cr��e en 1178 et qui accompagne souvent le roi en voyage ; celle, enfin, de la Cour des plaids communs, qui, du fait du noma-disme de la pr�c�dente, devient sous la pr�sidence du grand justicier l�organe permanent de la justice royale, si�geant � Westminster.</p><p>Au niveau local, la centaine (hundred) et surtout le comt� sont r�organis�s. Au sein de la premi�re, l�assise de Clarendon de 1166 attribue un important pouvoir de police aux douze legaliores homines. � l�int�rieur du second, l�autorit� d�Henri II se fait directement sentir depuis que l�enqu�te faite par les juges itin�rants en 1170</p><p>a abouti � la destitution en masse des sh�rifs et � leur remplacement par des officiers issus de la classe moyenne, form�s dans la Curia regis et d�positaires localement de tous les pouvoirs royaux, dont ils usent pour affaiblir la noblesse.</p><p>Le l�gislateur</p><p>Juriste sans doute �minent, Henri II promulgue les assises, qui remod�lent la l�gislation de son empire dans le cadre d�une proc�dure et d�une jurisprudence de port�e g�n�rale.</p><p>De caract�re judiciaire, les assises de Clarendon (1166) et de Northampton (1176) abolissent tous les privil�ges assurant l�impunit� aux malfaiteurs.</p><p>Dans le m�me esprit, l�� assise de nouvelle dessaisine � (1166?), l�� assise de mort �, l�� assise d�amnistie � (1176?), l�� assise du dernier pr�sentement �</p><p>substituent syst�matiquement les r�gles de la loi � l�arbitraire des justices f�odales, assurent une justice plus rapide aux plaignants, prot�gent les tenanciers contre toute saisie arbitraire de leur propri�taire, enfin, la � grande assise � (1179) interdit au baronnage d�intenter sans bref royal un proc�s en dessaisine de tenure libre et permet au d�fendeur de refuser le duel judiciaire en acceptant de recourir � la sentence d�un jury de voisins, dont Henri II fait une institution judiciaire r�guli�re.</p><p>De caract�re financier, par contre, l�� assise de la for�t � (1184) soustrait au droit commun, pour les seuls plaisir et profit du souverain, bois, landes, p�tures et m�me terres de culture dans et hors du domaine royal : ainsi, le roi augmente-t-il tr�s consid�rablement les ressources de son domaine, ordinairement afferm�es aux sh�rifs.</p><p>Il les accro�t en outre des revenus de son empire continental ainsi que du produit des nombreux imp�ts indirects (coutumes portuaires et de march�) ou directs qu�il l�ve tr�s fr�quemment sur ses sujets, tel l��cuage, taxe de remplacement du service militaire qu�il per�oit sept fois sur les fiefs des chevaliers. Il dispose ainsi de moyens financiers lui permettant d�entretenir une puissante arm�e : l�� assise des armes � (1181) impose � tous ses sujets nobles et libres la possession d�un �quipement plus ou moins complet.</p><p>Politique continentale</p><p>d�Henri II</p><p>Tenant compte sans doute des particularismes locaux, Henri II applique une m�me politique de centralisation administrative et d�uniformisation institutionnelle � ses possessions continentales, o� il r�side tr�s souvent, notamment en Anjou et en Normandie. Dans cette derni�re principaut�, il superpose notamment des baillis � une vingtaine de vicomtes h�r�ditaires. Cette nouvelle institution, qui d�marque celle des sh�rifs anglais, est confi�e � des s�n�chaux ; elle est �tendue � la Bretagne, apr�s l�installation de Geoffroi, fils d�Henri II, dans ce duch� en 1168. L�Anjou, qui est territorialement moins �tendu, reste administr� par un s�n�chal, �tienne de Tours, qui n�agit que sur ordre direct d�Henri II ; celui-ci fait construire � partir de 1170 une digue continue (la premi�re � turcie � du Val de Loire) de 40 km de long, afin de mettre � l�abri des crues du fleuve la partie orientale de sa vall�e angevine. Par contre, il confie l�administration de l�Aquitaine, vaste, lointaine et ombrageuse, � la reine Ali�nor, sous la tutelle protectrice du comte Patrice de Salisbury, d�ailleurs tu� lors d�une r�volte baron-niale en 1168 ; il charge alors la reine d�assurer � son tour, � partir de 1169, la</p><p>tutelle de son fils Richard, qu�il donne aux Aquitains.</p><p>Ambitions et</p><p>difficult�s d�Henri II</p><p>D�sireux de renforcer l�unit� territoriale de son empire, le roi s�assure d�s 1166 la ma�trise de la Bretagne au nom de son troisi�me fils, Geoffroi, et contraint en 1173 le comte de Toulouse � lui pr�ter un hommage lige. Entre-temps, en 1170, Henri II tente de conqu�rir l�Irlande ; en outre, il neutralise par d�habiles cadeaux les chefs gallois et oblige le roi d��cosse, Guillaume le Lion, � lui pr�ter hommage apr�s la d�faite d�Alnwick en 1173.</p><p>En fait, ces succ�s d�Henri II sont compens�s par de graves difficult�s.</p><p>Les premi�res lui sont suscit�es par l��glise d�Angleterre, dont le primat, Thomas* Becket, archev�que de Canterbury, refuse d�approuver les seize constitutions de Clarendon de 1164, qui pr�tendent assujettir � la justice royale les clercs criminels, imposer aux pr�lats l��lection de leurs pairs dans la chapelle royale et soumettre tout appel en cour de Rome � l�assentiment pr�alable du souverain. Contraint de s�exiler en France, Thomas Becket ne rentre en Angleterre que pour �tre assassin� dans sa cath�drale, par des chevaliers, serviteurs fid�les d�Henri II (29 d�c. 1170) ; pour se r�concilier avec l��glise, le roi sera contraint en 1172 � une douloureuse et humiliante flagellation p�nitentielle � Avranches devant la ch�sse du d�funt.</p><p>Plus graves encore sont les difficult�s n�es de la r�volte de ses fils, sur lesquels il comptait soit pour gouverner en son nom ses diff�rentes possessions continentales (Henri en Normandie, Richard en Aquitaine, Geoffroi en Bretagne), soit pour assurer sa succession pr�ventive (couronnement d�Henri le Jeune en 1170, qui se pose d�s lors en comp�titeur du tr�ne paternel jusqu�� sa mort pr�matur�e en 1183). Si</p><p>Henri II brise d�abord facilement ces r�voltes, telle celle de 1173, � l�issue de laquelle il contraint Henri et Richard � regagner leurs fiefs continentaux apr�s la d�faite de leur alli� le roi d��cosse,</p><p>il n�en est plus de m�me lorsque le jeune roi de France Philippe II Auguste d�cide d�apporter son soutien syst�-</p><p>matique aux princes r�volt�s : Henri le Jeune en 1183, Geoffroi en 1186, Richard en 1188, Richard et Jean sans Terre enfin en 1189. D�sirant reprendre le Vexin normand, qu�Henri II conservait ind�ment depuis 1167 au titre de la dot d�Ad�la�de de France, jeune fianc�e de Richard, dont le roi d�Angleterre avait fait sa ma�tresse, Philippe II Auguste arrache au souverain Plantagen�t la cession d�une partie du Berry et de l�Auvergne ainsi que la promesse du mariage entre Ad�la�de et Richard, auquel les barons devraient pr�ter hommage. Mais deux jours apr�s la signature du trait� d�Azay-le-Rideau (4 juill. 1189), Henri II meurt pr�matur�ment, frapp� au coeur par l�annonce de la trahison de son dernier fils, Jean sans Terre.</p><p>En fait, si l�empire qu�il a fond� ne lui survit pas longtemps, Henri II, par contre, et de mani�re paradoxale, a jou� un r�le essentiel dans le processus d�unification du royaume de France.</p><p>P. T.</p><p>F Angleterre / Anjou / Aquitaine / Bretagne /</p><p>�cosse / Galles (pays de) / Gascogne / Guyenne</p><p>/ Irlande / Louis VII / Maine / Normandie / Philippe II Auguste / Plantagen�t / Thomas Becket /</p><p>Touraine.</p><p>SOURCES. L. Delisle, Recueil des actes de Henri II roi d�Angleterre et duc de Normandie concernant les affaires fran�aises et les affaires de France (Klincksieck, 1910-1920 ; 2 vol.).</p><p>J. H. Ramsay, The Angevin Empire or the Three Reigns of Henry II, Richard II and John, 1154-1216 (Oxford, 1903 ; 8 vol.). / J. Boussard, le Comt� d�Anjou sous Henri Plantagen�t et ses fils, 1151-1204 (Champion, 1938) ; le Gouvernement d�Henri II Plantagen�t (d�Argences, 1956).</p><p>/ R. Foreville, l��glise et la royaut� en Angleterre sous Henri II Plantagen�t, 1154-1189 (Bloud et Gay, 1944).</p><p>Henri III (roi</p><p>d�Angleterre)</p><p>F ANGLETERRE ET PLANTAGEN�T.</p><p>Henri IV, V, VI (rois</p><p>d�Angleterre)</p><p>F ANGLETERRE, CENT ANS (guerre de) ET LANCASTRE.</p><p>Henri VII (roi</p><p>d�Angleterre)</p><p>F ANGLETERRE ET TUDORS.</p><p>Henri VIII</p><p>(Greenwich 1491 - Westminster</p><p>1547), roi d�Angleterre et d�Irlande (1509-1547).</p><p>L�homme</p><p>Lorsque, peu apr�s son mariage avec Catherine d�Aragon, meurt le prince Arthur (1502), fils a�n� du roi Henri VII et de la reine �lisabeth d�York, son fr�re le prince Henri devient l�h�ritier de la couronne d�Angleterre.</p><p>Son �ducation a �t� assez soign�e. Il a �t� entour� par tous les hommes qui avaient le plus contribu� � l�introduction de la Renaissance en Angleterre, downloadModeText.vue.download 178 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5319</p><p>tels Thomas Linacre (qui lui a enseign� la grammaire latine) et �rasme lui-m�me, avec lequel il a correspondu.</p><p>C�est ainsi qu�il se montrera par la suite capable de discuter avec des th�ologiens et qu�il prendra lui-m�me la plume pour d�fendre, en un trait� assez r�ussi, les Sept Sacrements contre Martin Luther (1521). Mais cet homme cultiv� n�est pas un homme d��tude ; il s�adonne aussi aux arts d�agr�ments (c�est un excellent fl�tiste) et surtout aux exercices physiques ; grand chasseur devant l�Eternel, infatigable cavalier, bon lutteur, il fera � cet �gard au moins jeu �gal avec son brillant rival, Fran�ois Ier. Dans sa jeunesse, Henri a grande allure : plus grand que la moyenne, assez fort, le teint clair et les cheveux d�un blond vif, il est toujours magnifiquement v�tu. Plus tard, lorsqu�une ulc�ration de la jambe le forcera � s�aider d�une longue canne, il gardera au moins une grande majest� dans son aspect.</p><p>Prince imposant, il est cependant d�abord agr�able. Pourtant, son charme un peu facile cache un fond de violence, d��go�sme et de froide volont� : tr�s vite, ceux qui l�approcheront sauront que � l�inimiti� du roi signifie la mort �. Et ce dernier trait de caract�re devient de plus en plus �vident � partir de la brouille avec Anne Boleyn.</p><p>Malgr� cette � ambigu�t� �, Henri VIII sera, dans l�ensemble, non seulement un souverain redout�, mais aussi un souverain populaire. Il est vrai qu�apr�s quelques maladresses initiales il saura habilement manier l�opinion publique.</p><p>Henri VIII et Wolsey</p><p>Les d�buts du r�gne d�Henri VIII apparaissent tout d�abord comme la continuation du r�gne pr�c�dent. L�alliance traditionnelle avec l�Espagne est conserv�e, puisque, d�s apr�s son av�-</p><p>nement (1509), le jeune roi a �pous� la veuve de son fr�re, Catherine d�Aragon, de six ans son a�n�e.</p><p>L��quipe dirigeante est maintenue, au moins au niveau sup�rieur (l�archev�que William Warham [v. 1450-1532]</p><p>comme chancelier, l��v�que Richard Foxe [v. 1448-1528] comme garde</p><p>des sceaux et Thomas Howard [1443-1524], comte de Surrey, comme tr�-</p><p>sorier), puisque les agents subalternes d�Henri VII, tr�s impopulaires, disparaissent (ex�cution de Richard Empson et d�Edmund Dudley en 1510).</p><p>D�s 1511, l�Angleterre adh�re � la Sainte Ligue (avec le pape, Venise, l�Espagne et l�Empire), tourn�e contre la France, dont les ambitions italiennes effraient l�Europe. En ao�t 1513, l�ar-m�e anglaise remporte la facile victoire de Guinegatte, suivie de la prise de Th�rouanne et de Tournai. En r�alit�, le plus dur combat s�est d�roul� en Angleterre, puisque la vieille alliance franco-�cossaise a de nouveau jou� et que le roi d��cosse, Jacques IV, a envahi l�Angleterre : � la bataille de Flodden (sept. 1513), Thomas Howard, devenu duc de Norfolk, �crase les �cossais. Jacques IV ayant trouv� la mort pendant le combat, l��cosse devient, pendant la longue r�gence qui suit, un champ clos o� s�affrontent les ambitions fran�aises et anglaises, et cesse</p><p>d��tre dangereuse pour l�Angleterre.</p><p>Toutefois, il n�y a pas grand-chose � gagner � une guerre contre la France.</p><p>D�s 1514, la paix est conclue, et la soeur d�Henri, Marie, �pouse le vieux Louis XII.</p><p>Une politique nouvelle, d�fen-</p><p>due brillamment par Thomas Wolsey (v. 1473-1530), promu � l��piscopat en 1514 et qui est d�j� un v�ritable</p><p>� Premier ministre �, est inaugur�e : l�Angleterre garde une neutralit�, plut�t amicale � l��gard de la France, qui lui permet de jouer le r�le d�arbitre en Europe, o� s�affrontent � partir de 1515</p><p>Fran�ois Ier et Charles Quint. En 1515, la fortune de Wolsey para�t encore mieux assur�e : devenu chancelier, il re�oit le chapeau de cardinal.</p><p>En 1519, Henri VIII joue au candidat au titre imp�rial : mais, l� encore, la vraie rivalit� est entre Charles et Fran�ois. Charles l�ayant emport�, il appara�t que la neutralit� anglaise n�est plus de mise. Bien que le somptueux</p><p>� Camp du Drap d�or �, o� Henri VIII rencontre Fran�ois Ier et fait assaut de munificences avec lui, ait pu �tre interpr�t� comme le pr�lude � une alliance franco-anglaise (1520), c�est en fin de compte du c�t� de l�Empire qu�Henri et son conseiller pench�rent.</p><p>Cette guerre n�apporte rien de plus aux Anglais que l� pr�c�dente. Les exp�ditions de Thomas Howard (1475-1554), le fils du vainqueur de Flodden, et celles de Charles Brandon, duc de Suffolk, en France et en Espagne (1522</p><p>et 1523) sont des �checs, et, en 1525, la paix est conclue. Henri s�attache m�me, pendant un moment, � organiser une arm�e destin�e � lutter contre Charles Quint, mais l�argent lui manque. Il faut dire que les d�penses d�apparat des premi�res ann�es du r�gne et les guerres ont �puis� le Tr�sor, si soigneusement g�r� par Henri VII, et qu�en 1523 Wolsey a d� exiger un �norme subside du Parlement (qui n�est d�ailleurs accord� qu�en partie), alors qu�en 1526 on doit avoir recours � des emprunts plus ou moins forc�s, sans grand succ�s d�ailleurs.</p><p>La situation est donc beaucoup</p><p>moins satisfaisante qu�auparavant, et Wolsey a du mal � se maintenir dans son r�le profitable d�arbitre de l�Europe. Elle est pourtant encore aggrav�e lorsque Henri VIII, malgr� les objurga-tions de son ministre, entreprend de divorcer d�avec la reine Catherine d�Aragon, qui ne lui a pas donn� d�h�ritier.</p><p>La rupture avec la</p><p>papaut� et le divorce</p><p>d�Henri VIII</p><p>Le probl�me des mariages d�Henri VIII va se r�v�ler d�une importance primordiale dans l�histoire de son r�gne. Il y a deux raisons � cela. Tout d�abord, la dynastie Tudor ne s�est �tablie qu�en �liminant impitoyablement tous les nobles apparent�s � la famille royale (ex�cution de Warwick en 1499 sous Henri VII, d�Edmund de la Pole,</p><p>comte de Suffolk, en 1513 et d�Edward Stafford, duc de Buckingham, en 1521 sous Henri VIII). L�impossibilit� pour le roi d�obtenir un h�ritier m�le de son �pouse l�gitime (dont il n�aura qu�une fille, la future Marie Ire*</p><p>Tudor) laisse donc planer la menace d�une grave crise politique, aggrav�e par l�existence d�un fils b�tard du roi, le duc de Richmond (1519-1536). Plus tard, le mariage du souverain avec des jeunes femmes issues de l�aristocratie anglaise, s�il lui permet d�avoir enfin un h�ritier, hausse au niveau de la famille royale des familles telles que les Howard ou les Seymour.</p><p>La seconde raison est d�ordre religieux. Pour que le roi puisse se marier � sa guise, il faut qu�il puisse divorcer.</p><p>Or, il a �t� mari� � Catherine d�Aragon gr�ce � une dispense pontificale, puisqu�elle �tait veuve de son fr�re, le prince Arthur. Ce qu�un pape a fait, un autre peut essayer de le d�faire. Il y a d�ailleurs des pr�c�dents (tel le divorce du roi de France Louis XII). Le malheur pour Henri VIII est qu�� l��poque o� il engage les n�gociations avec Rome sur ce point le pape se trouve pratiquement au pouvoir de Charles Quint, alors ennemi du roi d�Angleterre et surtout neveu de Catherine d�Aragon ! Il n�est donc pas question de donner satisfaction � l�Anglais : les n�gociations tra�nent en longueur.</p><p>Une commission, dont la direction est confi�e � deux l�gats, Lorenzo Cam-</p><p>peggio et Wolsey, met plus de deux ans � se r�unir et est supprim�e apr�s sa premi�re r�union, en 1529.</p><p>S�il veut divorcer d�avec Catherine d�Aragon, Henri doit rompre avec Rome. Deux raisons l�y poussent : la n�cessit�, pour assurer la paix en Angleterre, d�avoir un h�ritier m�le et son amour pour Anne Boleyn, dont il est tomb� amoureux d�s 1527. La t�che n�est d�ailleurs pas insurmontable, tant l�impopularit� de la papaut� est grande et tant le d�sir d�obtenir une autonomie aussi �tendue que possible � l��gard de Rome est grand au sein de l��glise m�me d�Angleterre.</p><p>Dans la partie qu�il engage avec Rome, si Henri ne peut compter sur Wolsey, disgraci� d�s 1529, il a l�appui du Parlement (le � Parlement de la R�forme � si�gera de 1529 � 1536) et celui de la � Convocation � (assembl�e du clerg� anglais), obtenu, il est vrai, par un m�lange savant de flatteries et de menaces. D�s 1531, il re�oit le titre de Protecteur de l��glise d�Angleterre.</p><p>En 1532, il supprime les annates (im-p�ts pay�s � Rome par l��glise d�Angleterre) et, ayant obtenu de l��glise d�Angleterre un divorce en bonne et due forme, �pouse Anne Boleyn en 1533. Mariage d�ailleurs malheureux, puisqu�en ne donnant au roi qu�une fille (la future �lisabeth Ire*) et un fils mort-n� la reine sera incapable de remplir le devoir que lui avait fix� Henri VIII. On profitera de quelques l�g�ret�s de sa part et aussi de son caract�re entier pour la faire ex�cuter en 1536, le roi �tant press� d��pouser sa nouvelle passion Jeanne Seymour.</p><p>En 1534, la rupture avec la papaut� est consomm�e.</p><p>La marche au</p><p>protestantisme</p><p>(1529-1540)</p><p>Pourtant, la volont� de rester fid�le � une sorte de � catholicisme sans pape �</p><p>est tr�s nette : les mesures prises par Henri VIII doivent �tre consid�r�es comme des mesures provisoires, destin�es � servir de monnaie d��change dans une n�gociation avec Rome... qui ne pourra jamais s�ouvrir. C�est ce qui</p><p>explique que nombre de protestants furent br�l�s (par exemple Thomas Bilney). Cependant, sur les conseils de ses nouveaux hommes de confiance, Thomas Cromwell et Thomas Granmer (ce dernier archev�que de Canterbury en 1532), Henri semble avoir envisag� une nouvelle orientation. Sa troisi�me femme, Jeanne Seymour, est d�ailleurs plut�t favorable au protestantisme, et la situation internationale (r�concilia-downloadModeText.vue.download 179 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5320</p><p>tion de Charles Quint et de Fran�ois Ier) ne lui laisse gu�re comme alli�s possibles que les princes protestants de l�Allemagne du Nord.</p><p>En 1534, 1�� Acte de supr�matie �</p><p>fait d�finitivement passer l��glise d�Angleterre sous l�autorit� royale. La r�sistance des catholiques � papistes �</p><p>est bris�e : les moines chartreux de Londres sont ex�cut�s apr�s d�hor-ribles supplices : Thomas* More et l��v�que John Fisher (1469-1535) sont arr�t�s et bient�t d�capit�s. Les � Dix Articles �, promulgu�s en 1536, o� sont sensibles les influences de Hugh Latimer et de Melanchthon, sont pleins de l�esprit r�formateur, sous une forme mod�r�e, il est vrai.</p><p>Pourtant, � partir de 1539, l��volution s�arr�ta ou plut�t devint coh�-</p><p>rente. D�un c�t�, le parti protestant, affaibli par la mort de Jeanne Seymour en 1537 � la naissance du seul fils du roi, �douard (le futur �douard VI*), pousse � une diplomatie plus engag�e du c�t� des princes allemands : son chef-d�oeuvre est le mariage d�Henri avec Anne de Cl�ves en 1540. La suppression des monast�res, men�e � bien par Cromwell, permet en outre au roi et � bon nombre de courtisans de remplir leurs coffres et d�arrondir leurs domaines.</p><p>Pourtant, les partisans du maintien d�une doctrine aussi proche que possible du catholicisme ont des arguments solides � faire valoir. Ainsi, les difficult�s religieuses du royaume ont �t� une g�ne lorsqu�il s�est agi de</p><p>r�primer la r�volte des Fitzgerald en Irlande en 1534. De m�me, l�opposition papiste se r�v�la dangereuse : le</p><p>� P�lerinage de Gr�ce �, en 1536-37, n�a pu �tre arr�t� que par l�habilet� de Thomas Howard (duc de Norfolk depuis 1524), qui a su parlementer avec l�arm�e des � p�lerins � partis du Nord catholique pour aller chercher le roi � Londres et qui s�est d�barrass� tra�treusement des chefs du soul�vement. D�s 1539, d�ailleurs, les � Six Articles �</p><p>marquent un retour en arri�re : ainsi, le c�libat des pr�tres est nettement affirm�, et l�archev�que Cranmer doit promptement renvoyer l�Allemande qu�il vient d��pouser.</p><p>Pourtant, l��chec des protestants va venir de leur derni�re victoire ellem�me : Henri, qui avait �pous� Anne de Cl�ves sur la foi des rapports enthousiastes d�ambassadeur et d�un portrait pour le moins flatteur de Hans Holbein, est profond�ment d��u par sa nouvelle �pouse, laide, vulgaire et grossi�re. Un divorce (par consentement mutuel) met rapidement fin � cette union. Cromwell est ex�cut�, tandis que le roi �pouse Catherine Howard, de cette famille qui, avec Norfolk, dirige le parti des antir�formateurs.</p><p>Les oscillations de</p><p>la fin du r�gne</p><p>Les derni�res ann�es du r�gne sont, � certains �gards, glorieuses. Elles montrent bien, en tout cas, la puissance de la monarchie anglaise, enrichie par les d�pouilles de l��glise : les arm�es anglaises abattent une nouvelle fois l��cosse (bataille de Solway Moss en 1542) et, lorsque la guerre contre la France �clate en 1544, elles se r�v�lent capables de prendre la place forte im-</p><p>portante de Boulogne et de la garder.</p><p>� l�int�rieur, pourtant, ces ann�es sont marqu�es par la lutte des factions aristocratiques : celle des Howard (antiprotestante) d�une part, et celle des Seymour et des Dudley (protestante) d�autre part. Le premier parti est cependant affaibli par l�inconduite de son meilleur atout : la reine Catherine Howard est ex�cut�e en 1542, et la nouvelle �pouse d�Henri VIII, Catherine Parr, est plut�t favorable au protestantisme et, en tout cas, li�e au clan Seymour. Si bien que, lorsque, apr�s le trait� d�Ardres, qui pr�voyait la restitution de Boulogne � la France (1546), le roi Henri VIII entend r�gler les probl�mes int�rieurs, il penche en faveur des Seymour : Norfolk et son fils Henry Howard, comte de Surrey, sont arr�t�s. Celui-ci sera ex�cut� quelques jours avant la mort du roi.</p><p>Cette mort vient interrompre</p><p>l��volution commenc�e, et ce n�est qu�au cours du r�gne suivant, celui d��douard VI, que le protestantisme para�tra triompher en Angleterre.</p><p>J.-P. G.</p><p>F Angleterre / Anglicanisme / Tudor.</p><p>A. F. Pollard, Henry VIII (Londres, 1905 ;</p><p>nouv. �d., 1970). / F. Hackett, Henry VIII (Londres, 1929 ; trad, fr., Payot, 1930, nouv.</p><p>�d., Club du meilleur livre, 1960). / S. T. Bindoff, Tudor England (Harmondsworth, 1950 ; 2e �d., 1959). / P. Hughes, The Reformation of England (Londres, 1951-1954 ; 3 vol.). / J. D. Mac-kie, The Earlier Tudors, 1485-1558 (Oxford, 1952). / G. R. Elton, England under the Tudors (Londres, 1955). / J. Bowle, Henri VIII, a Biography (Londres, 1965). / J. Scarisbrick, Henry VIII (Londres, 1968).</p><p>Henri le</p><p>Navigateur</p><p>Prince portugais (Porto 1394 - Sagres 1460).</p><p>Dom Henrique est le cinqui�me</p><p>fils de Jean Ier le Grand, fondateur de la dynastie d�Aviz*, et de Philippa de Lancastre, dont le nom est traditionnellement associ� aux d�buts de l�expansion portugaise.</p><p>Le Portugal est la premi�re puissance europ�enne qui ait entrepris une politique d�expansion outre-mer de grande envergure. C�est toute une nation qui s�est lanc�e dans l�aventure que devaient couronner le voyage de Vasco de Gama* aux Indes et la colonisation du Br�sil. Cette politique trouve au XVe s.</p><p>des partisans dans toutes les couches de la soci�t�. La noblesse, �cart�e de la vie politique, ruin�e par des d�valuations successives, d�sire des compensations. La bourgeoisie, active et dynamique, a besoin de gomme et de produits tinctoriaux pour l�industrie textile ainsi que de nouveaux territoires pour une �conomie sucri�re en plein essor. Enfin, le pays manque de bl� et surtout d�or. Plus que la recherche des �pices, dont l�int�r�t n�appara�t qu�au milieu du XVe s., ce sont ces mobiles qui ont pouss� les Portugais.</p><p>En 1415, ceux-ci s�emparent</p><p>de Ceuta, et c�est au prince Henri qu��choit l�honneur de hisser la banni�re portugaise sur les murailles de la</p><p>ville. Son nom est intimement associ� � cette premi�re exp�dition outre-mer ; jusqu�en 1460, directement ou indirectement, sa forte personnalit� domine l�histoire de l�expansion portugaise.</p><p>Faut-il faire de ce prince le candidat d�une noblesse qui voulait se tailler des fiefs outre-mer ? La colonisation de Mad�re et des A�ores semblerait confirmer ces vues. Mais l�infant appara�t aussi comme un entrepreneur habile qui s��tait r�serv� une part des prodigieux b�n�fices offerts par le commerce africain. Son fr�re Pierre le Voyageur (dom Pedro, duc de Coim-bra) aurait �t� plut�t le candidat de la bourgeoisie, favorable � une colonisation pacifique et au commerce. Il est significatif que les exp�ditions les plus nombreuses co�ncident avec la r�gence de Pierre (1438-1448). Le r�le que celui-ci a jou� dans ce domaine est quelque peu oubli� ; il est vrai que ses activit�s ont �t� fort dispers�es.</p><p>Voyageur, Pierre a parcouru le monde m�diterran�en ; deuxi�me fils, il a d� assumer un r�le politique que le rang du prince Henri ne lui permettait pas de jouer. Aussi ce dernier a-t-il pu se consacrer enti�rement � l��pop�e marine, et le surnom qui lui a �t� donn� est la juste r�compense du r�le jou�.</p><p>Pourtant, le prince Henri reste plus un homme de guerre qu�un marin : on le trouve en 1437 aux c�t�s de dom Fernando (1402-1443) lors de la tentative malheureuse sur Tanger ; en 1458, il conseille son neveu Alphonse V</p><p>l�Africain lors de l�exp�dition contre Alcazarquivir.</p><p>Mais c�est aux exp�ditions mari-</p><p>times que son nom reste attach�, car il a su r�unir, pr�parer, lancer les flottes qui firent du Portugal la premi�re puissance imp�riale. Quels �taient ses buts ? Religieux et mystiques ? Il a peut-�tre voulu suppl�er une chr�tient� m�diterran�enne d�faillante et une papaut� incapable de mener la croisade contre l�isl&#x101;m. On rejoint l� des mobiles politiques : pendant longtemps, ses capitaines ont eu pour mission de retrouver le Pr�tre-Jean, ce monarque chr�tien l�gendaire qui aurait permis de prendre en tenaille l�islam occidental.</p><p>Les mobiles �conomiques ont s�rement jou� aussi ; peut-�tre aussi la curiosit� scientifique. Quels que soient le ou, plut�t, les buts poursuivis, cet homme d�action a su devenir l�initiateur et le coordinateur d�une politique d�expansion de grande envergure.</p><p>Dans sa r�sidence de Sagres, Henri r�unit une v�ritable acad�mie d�astronomes, de cartographes et de marins exp�riment�s. Les renseignements recueillis sont exploit�s, et de nouvelles exp�ditions soigneusement pr�-</p><p>par�es. L�infant met au service de cette politique ses immenses revenus : les ressources de l�ordre du Christ � les successeurs des Templiers au Portugal</p><p>�, dont il est l�administrateur, puis les b�n�fices, directs ou indirects (vente de licences, quint), tir�s du commerce avec l�Afrique noire.</p><p>On pourra objecter que les deux tiers des exp�ditions-ont �t� faites en dehors de lui, par des particuliers ou par son fr�re Pedro. Mais il faut noter que l�esprit de ces exp�ditions est totalement diff�rent : dans ce dernier cas, on recherche les possibilit�s commerciales de zones d�j� reconnues ; mais c�est aux flottes du prince Henri qu�incombe la rude t�che de d�couvrir des mondes nouveaux. Ses capitaines, portugais comme Gil Eanes, Nuno Trist�o ou downloadModeText.vue.download 180 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5321</p><p>Diogo Gomes, italiens comme Alvise Ca� da M�sto, explorent m�thodique-ment les c�tes africaines. En 1460, quand meurt le prince Henri, ils ont d�j� atteint la Sierra Leone, pr�s de l�actuelle Freetown.</p><p>Certes, beaucoup d�efforts ont �t� perdus, voire gaspill�s, malgr� la grande prudence de l�infant ; mais celui-ci a l�excuse d�avoir tent� l�aventure, alors que nombre de ses compatriotes se sont content�s de suivre ses traces. Trois ans apr�s sa mort, la factorerie qu�il a cr��e � Lagos est transf�r�e � Lisbonne, en attendant que la royaut� elle-m�me prenne l�affaire en main. M�me si l�homme peut pr�ter � la critique, l�ampleur de la t�che ac-</p><p>complie justifie la place que tient dans l�histoire portugaise ce personnage de l�gende.</p><p>J. M.</p><p>F Aviz (dynastie d�) / Empire colonial portugais</p><p>/ Portugal.</p><p>Comemora��es do 5 centen�rio da morte do Infante Dom Henrique (Lisbonne, 1961-1963 ; 4 vol.).</p><p>Henry (Pierre)</p><p>F CONCR�TE (musique).</p><p>Henze (Hans</p><p>Werner)</p><p>Compositeur allemand (G�tersloh</p><p>1926).</p><p>Apr�s avoir, d�s son jeune �ge, travaill� la musique en autodidacte, il est en 1946 l��l�ve de Wolfgang Fortner � Heidelberg et subit la double influence de P. Hindemith et de I. Stravinski.</p><p>La connaissance qu�il fait ensuite des oeuvres de l��cole de Vienne l�incline vers les m�thodes dod�caphoniques, ainsi qu�en t�moigne en 1947 son concerto de violon. L�ann�e suivante, il s�initie aupr�s de Ren� Leibowitz � la technique s�rielle. Directeur du ballet au th��tre de Constance (1948-49), il est ensuite appel� � la t�te du th��tre de Wiesbaden (1950-1953). En 1953, il se fixe � Ischia, en Italie.</p><p>Sa production embrasse tous les</p><p>genres, mais ses ouvrages les plus importants et les plus personnels sont ses oeuvres sc�niques : Boulevard Solitude (1951), op�ra o� un texte parl� d�esprit surr�aliste accompagn� d�un montage de bruits ainsi qu�une musique de jazz voisinant avec des m�lodies inspir�es de Puccini et de Massenet composent, au travers d�une trame dod�caphonique, un ensemble volontairement morbide. L�Idiot (1952), ballet d�apr�s Dosto�evski, rel�ve �galement de cette mani�re composite et expressionniste ; il en est de m�me de l�Interminable Chemin dans la demeure de Natascha Ungeheuer, cr�� � Rome en mai 1971</p><p>et accueilli � Berlin par une temp�te de protestations. Cet op�ra, �crit pour dix-</p><p>sept instrumentistes sur un po�me de l��crivain chilien Gaston Salvatore, se pr�sente comme un manifeste politique qui stigmatise une certaine bourgeoisie se targuant d�id�es r�volutionnaires.</p><p>Dans �l�gie pour de jeunes amants (1961), un orchestre tr�s a�r� (piano, harpe, mandolines et percussion) laisse pleine libert� � la voix de s��panouir en luxuriantes vocalises. L� encore, l�esprit surr�aliste exploite, non sans charme, l�ind�cision entre le s�rieux et l�ironie, entre la fiction et la r�alit�.</p><p>En d�pit d�une production assez in�-</p><p>gale, le talent de m�lodiste et de coloriste de Henze fait de ce musicien l�un des compositeurs actuels les plus jou�s en Allemagne.</p><p>Les oeuvres de Henze</p><p>Cantates</p><p>Apollo et Hyazinthus (1949) ; Cantata della Fiaba Estrema (1965) ; Versuch �ber Schweine (Essai sur les cochons) [1969].</p><p>Orchestre</p><p>6 symphonies (1947-1970) ; 1 concerto pour violon (1947) ; 2 concertos pour piano (1950, 1967) ; Doppio Concerto per oboe, arpa ed archi (1966).</p><p>Op�ras</p><p>Boulevard Solitude (1951) ; K�nig Hirsch (le Roi Cerf) [1956] ; Der Prinz von Homburg (le Prince de Hombourg) [1960] ; Elegie f�r junge Liebende (�l�gie pour de jeunes amants) [1961] ; Der junge Lord (le Jeune Lord) [1965] ; Die Bassariden (1966) ; Natascha Ungeheuer (1971).</p><p>Ballets</p><p>Jack Pudding (1951) ; Labyrinth (1951) ; Der Idiot (1952) ; Undine (1958).</p><p>R. J. et R. S.</p><p>D. de La Motte, Hans Werner Henze (Mayence, 1960).</p><p>h�patite</p><p>Atteinte inflammatoire diffuse de la glande h�patique (le foie).</p><p>L�h�patite se distingue d�embl�e des abc�s*, qui sont des inflammations circonscrites (mais on verra qu�il y a des formes de passage), des affections d�g�n�ratives et notamment des cirrhoses* (mais, l� encore, l��volution vers celles-ci est possible) ou des affections tumorales, b�nignes ou malignes.</p><p>Cette d�finition reste cependant suffisamment g�n�rale, et le terme d�h�-</p><p>patite recouvre un grand nombre d�affections disparates qu�il vaut mieux envisager en fonction de leurs causes connues.</p><p>Dans le langage courant actuel,</p><p>le ternie d�h�patite employ� seul est le plus souvent synonyme d�h�patite virale. En effet, les h�patites � virus ont �t� reconnues, surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, comme</p><p>�tant la forme la plus fr�quente des h�patites. Disons d�embl�e que la plupart � semble-t-il � des h�patites virales donnent lieu � un ict�re* (jaunisse) : elles sont dites � h�patites ict�-</p><p>rig�nes �. Mais un certain nombre (et beaucoup peut-�tre passent-elles inaper�ues) ne s�accompagnent d�aucune jaunisse : elles sont dites � h�patites anict�riques �. Ces h�patites sont, dans les formes habituelles, annonc�es par une courte p�riode de fi�vre, associ�e � quelques manifestations qui peuvent en faire craindre la survenue : fatigue importante, d�go�t alimentaire, douleurs articulaires fugaces, �ruptions urtica-riennes, maux de t�te et saignements de nez ; il y a parfois des douleurs de la r�gion du foie. Au bout de quelques jours, alors que la fi�vre tombe, les urines prennent une teinte acajou, l�oeil devient jaune, et l�ict�re s��tend, plus ou moins intense selon les cas. L�affection dure de 15 � 30 jours ; elle est suivie d�une convalescence marqu�e par une fatigue persistante. Telle est l��volution habituelle de l�ict�re viral, mais il existe de nombreuses variantes : formes o� l�intensit� de l�ict�re et sa dur�e peuvent faire croire � un obstacle sur les voies biliaires ; formes sans jaunisse au contraire, dont le diagnostic peut �tre m�connu si des examens de laboratoire ne sont pas faits en temps opportun : formes graves aboutissant � un tableau de coma h�patique avec</p><p>signes h�morragiques diffus ; formes prolong�es avec apparition de signes inflammatoires intenses et d�une cirrhose, g�n�ralement � gros nodules.</p><p>Ces h�patites � virus rel�vent de deux modes de contamination : le virus � A � est responsable de l�h�patite infectieuse, qui survient par petites �pid�mies, pour lesquelles l�eau joue un r�le de vecteur. Son incubation varie entre 15 jours et 2 mois. Le virus</p><p>� B � est responsable de l�h�patite dite � d�inoculation �, car la maladie survient � la suite de l�injection d�un produit d�riv� de sang humain contamin�. Son incubation se situe entre 60</p><p>et 120 jours en moyenne. L�utilisation de plus en plus r�pandue des transfusions et des injections de d�riv�s sanguins a fait cro�tre consid�rablement le nombre de cas de ces h�patites</p><p>� B �. R�cemment a �t� d�couvert un antig�ne, dit � Australia �, dont on discute encore pour savoir s�il repr�-</p><p>sente le virus de l�h�patite lui-m�me ou s�il est un facteur associ�, t�moin de l�infection virale. Son identification syst�matique dans les centres de transfusion sanguine permet d�esp�rer, en �liminant les sangs atteints, de diminuer beaucoup les risques d�h�patite transfusionnelle.</p><p>� c�t� de ces h�patites virales habituelles, il faut citer des h�patites dues � d�autres virus. La fi�vre jaune, due au virus amarile, s�vit surtout en Afrique et en Am�rique du Sud. La mononu-cl�ose infectieuse (v. leucocyte) s�accompagne souvent d�une h�patite qui reste en g�n�ral sans traduction clinique. L�ornithose et les rickettsioses*</p><p>peuvent entra�ner une h�patite.</p><p>� c�t� de ces h�patites � virus et avec des relations encore floues avec elles, citons des h�patites richement inflammatoires accompagn�es de manifestations auto-immunes. Ce sont les h�patites lupo�des (du lupus [v.</p><p>conjonctif (tissu)]) et l�h�patite chronique active, dont les fronti�res sont douteuses et pour lesquelles se discute le choix th�rapeutique entre les cortico�des et les immunod�presseurs.</p><p>Les h�patites infectieuses non virales sont aujourd�hui assez rares. La</p><p>spiroch�tose ict�ro-h�morragique est le type m�me de l�ict�re infectieux cyclique. Le leptospire responsable, d�abord consid�r� au moment de sa d�-</p><p>couverte, au d�but de ce si�cle, comme l�agent de tous les ict�res infectieux, est en fait une cause rare d�h�patite, qui se voit surtout dans quelques profes-sions expos�es (travailleurs des abat-toirs, �goutiers, etc.). Parmi les microbes habituels, les cocci, entra�nent rarement une h�patite diffuse. Ils sont plut�t responsables de microabc�s, v�ritables localisations secondaires de septicopyoh�mies. Les ana�robies et les germes Gram n�gatif donnent souvent une atteinte h�patique lors des angiocholites (infections ascendantes des voies biliaires [v. bile]) ou au cours d�appendicites gangreneuses ou d�ab-c�s pelviens. Certains germes donnent downloadModeText.vue.download 181 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5322</p><p>lieu � des atteintes bien particuli�res : les h�patites granulomateuses, pour lesquelles la ponction-biopsie de foie*</p><p>est d�un pr�cieux secours. Il peut s�agir de la tuberculose*, de la l�pre*, de la brucellose*. Des h�patites granulomateuses se voient aussi au cours de la sarco�dose ainsi que lors de quelques parasitoses : bilharziose, distomatose, histoplasmose, etc. L�amibe (v. ami-biase), lors de son invasion tissulaire, entra�ne souvent une h�patite diffuse que le traitement peut juguler ; sinon, l��volution se fait vers l�abc�s du foie. Il existe de nombreuses h�patites toxiques : les plus redoutables sont dues au phosphore, � l�apiol (autrefois utilis� comme abortif) et � l�amanite phallo�de. Actuellement, les substances responsables sont plut�t le t�trachlorure de carbone, le t�trachlor�thane, le trichlor�thyl�ne et le D. D. T. � haute dose. De m�me, certains m�dicaments ne sont pas d�nu�s de toxicit� h�patique : soit par toxicit� directe, soit par un m�canisme de sensibilit� indirecte, ou idiosyncrasie. La liste de ces m�-</p><p>dicaments est longue, et la fr�quence des h�patites m�dicamenteuses varie beaucoup pour chacun d�eux. Certaines de ces h�patites sont � pr�dominance de lyse (de destruction) cellulaire ;</p><p>d�autres entra�nent surtout une r�tention biliaire. La majorit� d�entre elles r�gresse parfaitement � l�arr�t du m�dicament incrimin�.</p><p>J.-C. Le P.</p><p>A. Varay et J. Berthelot, les H�patites virales (Masson, 1969).</p><p>Hepworth</p><p>(Barbara)</p><p>Sculpteur anglais (Wakefield 1903).</p><p>Elle s�inscrit � seize ans � la School of Art de Leeds. Elle y rencontre Henry Moore*, de cinq ans son a�n�, et entre avec lui au Royal College of Art, � Londres. En 1924, une bourse lui permet de s�journer en Italie, o� l�attirent surtout l�art roman et l�art �trusque, les fresques de Cimabue, de Giotto et de Masaccio. Barbara Hepworth porte un grand int�r�t � Tari des Cyclades, � l�art grec archa�que, � l�art �gyptien, mais les influences d�terminantes seront celles de Br�ncu�i* et de Arp*, � qui elle rend visite � Paris au cours d�un voyage en 1932. Elle a, entre-temps, �pous� en secondes noces le peintre Ben Nicholson* et partage avec lui le m�me atelier pendant trois ans et demi. Elle rencontre Gabo (v. Pevsner</p><p>[les fr�res]) � Paris, puis en Angleterre et voit beaucoup aussi Moholy-Nagy* et Mondrian*, qui a en 1938-39 un atelier voisin du sien � Hampstead. En 1939, elle s�installe d�finitivement � Saint Ives, en Cornouailles. Apr�s une p�-</p><p>riode tr�s difficile, son oeuvre devient mondialement connu : exposition � Leeds en 1943 ; Biennale de Venise en 1950 ; exposition � la Whitechapel Gallery en 1954 ; grand prix de la Biennale de Sao Paulo en 1959 ; r�trospectives du mus�e Kr�ller-M�ller, aux Pays-Bas, en 1965 et de la Tate Gallery en 1968. Barbara Hepworth re�oit d�importantes commandes, comme Meri-</p><p>dian pour la State House, � Londres, en 1958, Winged Figure d�Oxford Street en 1962 et Single Form pour le si�ge des Nations unies, � New York.</p><p>D�s 1921, elle pratique la taille directe. Elle se perfectionne, au cours de son s�jour en Italie, dans cette technique, qu�avaient pratiqu�e en Angle-</p><p>terre Henri Gaudier-Brzeska et Jacob Epstein. L�absence de maquette lui permet d�ob�ir � toutes les suggestions du mat�riau, d�en utiliser au mieux les possibilit�s, qu�il s�agisse de la pierre</p><p>� alb�tres et marbres, onyx, serpen-tine, st�atite, granit, gr�s, ardoise � ou du bois, dont elle a utilis� d�innombrables essences. Le m�tal fondu ne l�attire d�abord qu��pisodiquement, car elle n�a pas un temp�rament de modeleur, mais il lui permet, � partir de 1957, de donner � que ce soit en cuivre, en laiton, en bronze, voire en aluminium � une dimension monumentale � ses oeuvres.</p><p>La forme humaine, parfois aux limites de l�identifiable, domine l�oeuvre jusqu�en 1934. Elle refait une br�ve apparition, d�une mani�re tr�s stylis�e, dans les ann�es 1945-1949 et reste sous-jacente, � partir de 1953, dans des transpositions abstraites du th�me de la Figure debout. Mais Barbara Hepworth est aussi attir�e par une d�finition g�o-m�trique des volumes, proches, comme chez Br�ncu�i, de certaines formes organiques : oeufs, galets, oiseaux, nids, cocons. Cette tendance aboutit souvent � une scission de l�oeuvre en masses distinctes � deux ou trois, parfois plus �, qui jouent en contrepoint. Il y a enfin chez Barbara Hepworth une attirance pour la g�om�trie stricte des constructivistes : elle a fait partie, en effet, des groupes Cercle et Carr� de Paris et Unit One et Circle de Londres, et dans son oeuvre sont discernables des influences de Mondrian, de Ben Nicholson et surtout de Gabo. De ce dernier, elle reprend l�utilisation des fils tendus, dont le r�seau introduit un �l�ment dynamique en opposition avec le caract�re compact et statique du bloc sculpt�. Mais � ces tendances s�opposent un go�t sensuel du mat�riau et de son �piderme, et surtout l�usage de perforations : depuis le premier essai de 1931, pierre, bois, bronze comportent souvent des ouvertures circulaires ou ovales, �vid�es obliquement, ce qui met en valeur les courbures sensibles des surfaces. � partir de 1937, la pratique de la polychromie accentue ces effets : la zone color�e co�ncide avec la concavit� de ces ouvertures, qui jouent en opposition avec les parties convexes, laiss�es dans leur couleur</p><p>d�origine.</p><p>M. E.</p><p>J. P. Hodin, Barbara Hepworth (�d. du Griffon, Neuch�tel, 1961). / M. Shepherd, Barbara Hepworth (Londres, 1963). / A. Bowness, The Complete Sculpture of Barbara Hepworth, 1960-1969 (Londres, 1971).</p><p>H�raclides</p><p>ou dynastie</p><p>d�H�raclius</p><p>Empereurs de Constantinople</p><p>(610-711).</p><p>Quand H�RACLIUS Ier (v. 575-641, empereur de 610 � 641) succ�de au tyran Phokas (602 � 610), la situation de l�Empire est d�sastreuse : l��conomie et les finances sont ruin�es, le territoire d�pec�, l�arm�e d�compos�e. Les Avars d�vastent impun�ment la p�ninsule balkanique, cependant que leurs sujets slaves prennent en masse possession du plat pays et s�infiltrent jusque dans le P�loponn�se. Les populations autochtones cherchent refuge dans les forteresses du littoral, les r�gions montagneuses et les �les de l�Archipel.</p><p>Durant la premi�re d�cennie du r�gne d�H�raclius, les territoires d�Espagne sont grignot�s ; des exarques d�Italie font d�fection ; les Perses envahissent l�Arm�nie, la Syrie et une bonne partie de l�Asie Mineure ; apr�s un si�ge de trois mois, J�rusalem succombe en 614, et la v�n�rable relique de lia Croix prend le chemin de Ct�siphon.</p><p>Comme en 609, un d�tachement perse vient camper en 615 sur le rivage du Bosphore. L��gypte, grenier � bl� de Constantinople, est conquise en 619, ce qui provoque dans la capitale une famine et une d�valuation mon�taire.</p><p>La situation est si d�sesp�r�e que l�empereur envisage de transporter sa r�sidence � Carthage : il en est emp�-</p><p>ch� par l��nergique patriarche Serge (610-638), qui met � sa disposition les richesses �normes de l��glise.</p><p>La restauration</p><p>de l�Empire</p><p>L�existence m�me de l�Empire �tait en jeu : H�raclius r�solut de le r�g�-</p><p>n�rer en profondeur. Les territoires</p><p>byzantins d�Asie Mineure qui avaient �chapp� � la conqu�te sassanide furent divis�s en grandes circonscriptions militaires, appel�s th�mes, plac�s sous l�autorit� de � strat�ges �, qui avaient le pas sur l�autorit� civile. On y cr�a des biens militaires, dont le propri�taire contractait l�engagement d�un service militaire h�r�ditaire. Cette r�forme, outre qu�elle freinait l�extension de la grande propri�t� fonci�re en �lar-gissant la couche des paysans libres, eut pour effet de favoriser la cr�ation d�une arm�e nationale, dont le besoin �tait d�autant plus imp�rieux que le recrutement des mercenaires grevait lourdement le Tr�sor, sans pour autant assurer la d�fense efficace de l�Empire.</p><p>L�importance accrue de l�Asie Mineure � la suite de la slavisation des provinces europ�ennes imprima � la monarchie son caract�re hell�nique d�finitif : le latin, langue officielle du gouvernement, de l�administration et de l�arm�e, mais que les populations n�entendaient plus, fut abandonn� au profit du grec, qui avait toujours �t� la langue de l��glise ; aux formules ronflantes de la titulature imp�riale fut substitu� le titre de � basileus �, que le peuple employait depuis longtemps.</p><p>La reconqu�te</p><p>Disposant d�un �tat r�nov� et de forces militaires solides, H�raclius prend en main la reconqu�te des territoires perdus. Il conclut la paix avec le kh&#x101;n des Avars (619) et, � la t�te d�une forte arm�e, p�n�tre audacieusement en Arm�nie (622). Les Perses, vaincus, �vacuent le Pont et la Cappadoce. En 623, l�empereur enl�ve Dwin et Nakhitchevan en Arm�nie ; Ganzak (auj. Tabr&#x12B;z), ville sainte des Sassanides, est saccag�e, mais, malgr� de belles victoires, H�raclius ne parvient pas � forcer l�entr�e de la Perse (624-625). Brusquement, la vie m�me de l�Empire est remise en question : en 626, une arm�e perse traverse l�Asie Mineure et campe devant Chalc�doine, cependant que le kh&#x101;n des Avars rassemble une masse �norme de Barbares devant les remparts de la capitale, qui est attaqu�e sur terre et sur mer. En l�absence de l�empereur, le patriarche Serge soutient le moral des assi�g�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 182 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5323</p><p>Cette attaque conjugu�e est finalement repouss�e.</p><p>Profitant de ce succ�s, H�raclius reprend en 627 l�offensive contre la Perse : plusieurs victoires retentissantes provoquent l�effondrement de la puissance sassanide ; Khosr� II est renvers� (628), et le nouveau souverain promet de restituer � l�Empire tous les territoires qui lui avaient appartenu dans le pass� (Arm�nie, M�sopotamie, Syrie, Palestine, �gypte).</p><p>Pour mettre le comble � son</p><p>triomphe, l�empereur se rend � J�rusalem et y �rige (630) la Sainte Croix recouvr�e, geste symbolique, mais qui a surtout pour objectif de redorer son prestige, depuis longtemps terni par son mariage avec sa ni�ce Martine.</p><p>La reconqu�te des provinces orientales n�cessita un changement de politique religieuse : l��gypte, la Syrie et l�Arm�nie �taient monophysites. Depuis le VIe s., les gouvernements balan-</p><p>�aient entre le soutien de l�orthodoxie chalc�donienne, qui les rapprochait de Rome et de l�Occident, mais leur ali�nait l�Orient, et la protection du monophysisme, qui produisait l�effet inverse. Dans un souci plus politique que religieux, H�raclius, avec l�appui du patriarche Serge, chercha un compromis entre les deux tendances et crut le trouver en 638 dans le monoth�lisme (une seule volont� dans le Christ), mais cette concession dogmatique, qui paraissait excessive aux orthodoxes et insuffisante aux monophysites, fut �nergiquement combattue par les deux partis et ne fit qu�aggraver la confusion : l�agitation qui en r�sulta eut pour effet en Orient, depuis longtemps travaill� par des aspirations s�paratistes, de favoriser la conqu�te arabe.</p><p>La conqu�te arabe</p><p>Celle-ci avait commenc� aussit�t apr�s la mort de Mahomet (632), au moment o� la Perse et Byzance sortaient alan-guies d�un conflit �puisant. Le calife</p><p>�Umar Ier (634-644) tire parti de l�es-soufflement de deux empires rivaux : en un temps record, il s�empare de toutes les provinces p�niblement reconquises par les Byzantins ; la Syrie et la Palestine sont enlev�es (636-638), la Perse, la M�sopotamie et l�Arm�nie sont ravag�es (639-40), et la conqu�te de l��gypte allait suivre. H�raclius a remport� une victoire � la Pyrrhos : en brisant l�Empire sassanide il a involontairement fait le lit de l�Empire arabe.</p><p>Apr�s H�raclius</p><p>La mort d�H�raclius Ier, le 11 f�vrier 641, est suivie d�un f�cheux conflit dynastique : l�imp�ratrice Martine, qui s�accrochait au tr�ne, est destitu�e, et le s�nat �lit un petit-fils du d�funt, CONSTANT II (630-668, empereur de 641</p><p>� 668). La mar�e arabe ne conna�t pas d�accalmie : elle d�ferle sur l��gypte, la Cyr�na�que et la Tripolitaine, qui lui ouvrent l�acc�s de l�exarchat de Carthage (641-647). En Orient, les Arabes envahissent l�Arm�nie, p�n�trent en Asie Mineure et s�attaquent m�me aux �les de la mer �g�e : tous les efforts de Byzance pour leur barrer la route se soldent par des �checs. Seule la guerre civile qui secoue l�Empire arabe en 659 apporte aux Grecs quelque r�pit. Constant II le met � profit pour imposer son autorit� aux Slaves de la Mac�doine et redresser la situation dans les provinces occidentales. En 662, Constant transporte sa r�sidence � Syracuse, poste cl� qui lui permet de surveiller l�Italie et l�Afrique du Nord, que menacent les Arabes. Il y meurt assassin� en septembre 668.</p><p>Son fils CONSTANTIN IV (654-685, empereur de 668 � 685) monte sur le tr�ne : son r�gne va �tre marqu� par une lutte d�cisive contre les Arabes, qui, depuis 663, ont repris le combat contre l�Empire sur terre et sur mer.</p><p>De 674 � 678, ces derniers assi�gent p�riodiquement Constantinople, mais leurs attaques �chouent devant le feu gr�geois dont disposent leurs adversaires : l�avance arabe en Orient est d�finitivement bris�e, et l�autorit� imp�riale en retire un immense prestige. La perte quasi d�finitive des provinces monophysites pousse l�empereur � rejeter le monoth�lisme, qui a</p><p>perdu tout int�r�t politique ; au sixi�me concile oecum�nique (680-681), cette doctrine est condamn�e, et ses d�fenseurs sont anath�matis�s : la concorde religieuse affermit le pouvoir-de l��tat.</p><p>Mais un nouveau danger menace au m�me moment le flanc occidental de l�Empire : vers 680, le peuple bulgare, sous la conduite d�Asparuh, s�installe entre le Danube et la cha�ne des Balkans, d�fait des arm�es byzantines et s�assujettit les tribus slaves de M�sie : le jeune royaume bulgare sera, durant trois si�cles, l�adversaire le plus redoutable de Byzance dans la p�ninsule balkanique.</p><p>Mort pr�matur�ment, Constantin est remplac� par son fils JUSTINIEN II (669-711, empereur de 685 � 695 et de 705</p><p>� 711), souverain dou�, mais despote sans retenue. Les bons rapports que l�Empire entretient avec les Arabes permettent � Justinien de renforcer son autorit� sur les Slaves de Mac�doine ; celui-ci proc�de � des transferts massifs de population, notamment slave, dans plusieurs r�gions que des conflits ant�rieurs avaient affaiblies. En 691-92, il commet l�imprudence de rompre avec le califat et d�clenche une guerre interminable. Sous son r�gne, la propri�t� paysanne libre est prot�g�e par des lois, et le syst�me fiscal est am�-</p><p>lior�, mais les exactions des fonctionnaires, qui font preuve d�une rigueur impitoyable, exasp�rent la population.</p><p>M�contente du renforcement de la petite propri�t� fonci�re, l�aristocratie s�agite. Le m�contentement universel</p><p>d�bouche sur une r�volte : en 695, le strat�ge L�once est proclam� empereur (695-698), et Justinien est d�pos�, mutil� et exil� � Cherson.</p><p>L�anarchie</p><p>Sa chute est suivie d�une longue p�-</p><p>riode de d�sordres � l�int�rieur � en vingt ans, six empereurs se succ�dent sur le tr�ne � et de pertes territoriales � l�ext�rieur : toute l�Afrique du Nord tombe aux mains des Arabes. En 705, avec le concours des Bulgares, Justinien II reprend les r�nes du pouvoir, mais sa d�position et son exil Font rendu fou furieux ; il passe son second r�gne � assouvir sa rage de vengeance, sans se pr�occuper des affaires de l��tat.</p><p>En 711, un g�n�ral arm�nien, Philip-pikos Bardanes, est acclam� empereur par la flotte et l�arm�e imp�riales. Justinien II est assassin�, et sa t�te promen�e, au bout d�une pique, dans les rues de Rome et de Ravenne. Comme la dynastie de Justinien cent ans plus t�t, celle d�H�raclius finissait dans le sang et l�anarchie.</p><p>P. G.</p><p>F Byzantin (Empire).</p><p>A. Pernice, L�Imperatore Eraclio. Saggio di</p><p>storia bizantina (Florence, 1905). / G. Ostro-gorsky, Geschichte des byzantinischen Staates (Munich, 1940 ; 2e �d., 1952 ; trad. fr. Histoire de l��tat byzantin, Payot, 1956).</p><p>H�raclite</p><p>F IONIENS.</p><p>h�raldique</p><p>Science du blason, c�est-�-dire des r�gles de composition des armoiries.</p><p>Ce fut l�apanage des h�rauts d�armes, dont une des fonctions �tait d�identifier et de d�signer les chevaliers � la vue de leurs armoiries. On entend aussi par art h�raldique la repr�sentation figur�e des armoiries (par opposition au blason, qui en est la seule description).</p><p>On s�est ing�ni� � trouver des origines lointaines � l�usage des armoiries : au vrai, le fait de d�corer des boucliers est presque aussi ancien que l�usage du bouclier lui-m�me : boucliers d�cor�s d�crits dans Hom�re, boucliers peints des troupes romaines (manuscrit de la Notitia dignitatum).</p><p>Le XIe s. connaissait aussi le bouclier orn�, mais sans que cela impliqu�t une identification des guerriers (tapisserie de Bayeux). Au XIIe s. seulement apparaissent les v�ritables armoiries, permettant de distinguer les combattants.</p><p>Elles se sont multipli�es � l�occasion des croisades, qui en accrurent l�utilit�, en diffus�rent � la fois la vogue et une partie des �l�ments. Les plus anciens blasons se signal�rent par leur simplicit� extr�me, ou par la figuration de quelque b�te vaillante, lion ou aigle, ce qui donne l�occasion de faire un rapprochement a posteriori avec le tot�-</p><p>misme. L��cu fut ainsi � armoy� � de plus en plus fr�quemment, et de fa�on g�n�rale au XIVe s. La figuration �tant � la fois fixe et h�r�ditaire, le blason �tait devenu � la fois un �quivalent graphique du nom, chose tr�s valable en une soci�t� peu lettr�e, et, en quelque mesure, une marque de noblesse. La tradition des d�cors de fantaisie se conserva cependant longtemps (�cus orn�s de pierreries, �cus de tournoi).</p><p>La forme type de l��cu armori� est</p><p>demeur�e le plus souvent celle du bouclier en usage au d�but du XIVe s. : triangulaire et assez court. Son d�cor �tait ou peint ou fait de placages superpos�s. De cette technique d�coule une r�gle classique qui veut que les couleurs (gueules, sinopie, azur, sable) et les m�taux (or et argent) soient alter-downloadModeText.vue.download 183 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5324</p><p>nativement superpos�s. Cela signifie que, sur un fond de couleur, les pi�ces (ou figures ou meubles) doivent �tre de m�tal, et inversement. Le signe d�identification s�est �tendu logiquement � d�autres supports, soit en pr�servant la forme de l��cu, soit en renon�ant � ce cadre ; ainsi, les m�mes symboles se reproduisaient sur les banni�res et pennons, capara�ons, sur les fa�ades des ch�teaux, sur les sceaux enfin. Il en est r�sult� notamment deux cons�-</p><p>quences. D�une part, des ornements ext�rieurs � l��cu, bien que tout autant r�gent�s par les r�gles h�raldiques, se sont mis � prolif�rer : cimiers, casques, couronnes, piliers, supports, manteaux, drapeaux. D�autre part, le d�cor armori� constituant l�essentiel du graphisme des sceaux, les d�tenteurs de ceux-ci, m�me non nobles, en acquirent le</p><p>� droit aux armes � : villes et communaut�s bourgeoises, corporations, haut clerg�. Les figures �volu�rent en cons�quence : les outils d�artisans voisinent d�sormais avec les �p�es et les l�opards.</p><p>L�h�raldique n�en resta pas moins science noble, la science par excellence selon certains. Codifi�e � partir du temps de Philippe Auguste, elle �volua parall�lement � la conception de la chevalerie, sombrant souvent dans les m�mes exc�s. L�usage des armoiries devait respecter les rites de la vie che-valeresque et demeurait li� au caract�re sacr� de l��cu lui-m�me. On en peut prendre pour preuve le sort qui guettait le chevalier indigne. On attachait son �cu au pilori, les officiers d�armes en enlevaient des pi�ces, le marquaient de taches d�infamie, � taillant d�or � la pointe dextre du chef de l��cu du fanfaron, coupant la pointe inf�rieure de</p><p>celui qui avait tu� un prisonnier, peignant un carr� de gueules sur l��cu de qui avait manqu� de parole.</p><p>� partir du XVIe s., la signification des armoiries changea rapidement, les armes � feu rendant tout bouclier inutile. Elles furent d�sormais l�embl�me graphique favori de la noblesse, utilis� comme d�cor et comme preuve d�une appartenance familiale. Elles s�encadr�rent donc plus syst�matiquement dans le cadre limit� d�un �cu, mais d�un �cu de fantaisie, dessin� volontiers en ovale, ou en losange (armes des dames), ou en forme de targe tordue et roul�e sur elle-m�me (Allemagne), ou d�coup� de fa�on baroque (Italie).</p><p>Elles se plac�rent sur tous les objets, comme une marque de propri�t� : coffrets, carrosses, boutons, et donn�rent leurs couleurs aux livr�es des domestiques. Cela n�emp�che pas l�h�raldique de conserver ses r�gles pr�cises, voire de les renforcer.</p><p>La R�volution proscrivit l�usage du blason. Napol�on lui rendit un lustre passager, en le pliant � des r�gles inspir�es par sa propre fantaisie. Mais, surtout, le XIXe s. en fit un objet de d�coration en mati�re de figures : paysages, port�es musicales, objets h�t�roclites, r�bus, etc. Puis, � partir du milieu du XIXe s. et surtout au XXe s., l�int�r�t arch�ologique pour l�ancienne h�raldique a quelque peu limit� ces erre-ments, et donn� naissance � une nouvelle science h�raldique, productrice de nombreux armoriaux, et toujours l�objet de travaux d��rudition.</p><p>R. H.</p><p>G. d�Haucourt et G. Durivault, le Blason (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 5e �d., 1970). / T. Veyrin-Forrer, Pr�cis d�h�raldique (Larousse, 1951). / G. Saffroy, Bibliographie g�n�alogique, h�raldique et nobiliaire de la France (Saffroy, 1968).</p><p>H�rault. 34</p><p>D�part. de la R�gion Languedoc-Roussillon ; 6 113 km 2 ; 591 397 hab. (H�-</p><p>raultais). Ch.-l. Montpellier*. S.-pr�f.</p><p>B�ziers* et Lod�ve.</p><p>Le relief s�ordonne selon une suc-</p><p>cession de gradins entre le Massif central et la M�diterran�e. L�arri�re-pays montagneux d�passe rarement 1 000 m d�altitude, sauf dans le Saint-Ponais, et regroupe un substrat vari� : cristallin dans l�Espinouse, calcaire dans le causse du Larzac et la S�ranne, d�origine volcanique dans l�Escandorgue.</p><p>Les avant-monts (hauteurs du Minervois, collines du Biterrois et plateaux calcaires de la Garrigue) portent une v�g�tation spinescente, basse et clairsem�e, due � la d�gradation de la for�t de ch�nes verts par l�homme. La plaine, �l�ment vital du couloir bas-languedocien, est � peine interrompue par quelques pointements volcaniques ou par les derniers plis du b�ti calcaire (la Gardiole 236 m, mont Saint-Clair, 180 m). Ces piliers rocheux ont favoris� le d�veloppement d�un cordon de sable entre le massif audois de la Clape et le delta du Rh�ne, qui isole une s�rie de lagunes peu profondes communi-quant avec la mer par des graus (�tangs de Vic, de P�rols, de Mauguio).</p><p>Le climat se caract�rise par la douceur des hivers, ce qui n�exclut pas les gel�es, et la chaleur et l�aridit� des �t�s ; les saisons interm�diaires, assez peu marqu�es, sont bien arros�es, l�automne concentrant le maximum de pr�-</p><p>cipitations. La violence des pluies se traduit par des crues tr�s importantes, et les petits fleuves c�tiers, l�H�rault, l�Orb, et m�me le Libron et le Lez, enregistrent alors des d�bits �normes et peuvent causer des d�g�ts importants apr�s des �tiages tr�s marqu�s.</p><p>La r�partition des hommes est tr�s variable dans l�espace, mais traduit en gros les divisions physiques. La montagne, malgr� l�essor actuel des r�sidences secondaires, est toujours affect�e par l�exode rural ; la Garrigue est d�sormais en voie de stabilisation, mais la plaine littorale b�n�ficie d�apports constants avec toutefois une urbanisation in�gale entre le secteur occidental (Biterrois) et la zone S�te-Lunel, ax�e sur l�autoroute vers le couloir rhodanien. Terre d�accueil, l�H�rault a b�n�fici� de l�ancienne descente des montagnards, de l�apport massif des travailleurs espagnols et de l�installation r�cente des rapatri�s d�Afrique du Nord ; mais, d�sormais, � l�opposition</p><p>traditionnelle Nord-Sud s�ajoute un d�s�quilibre Est-Ouest.</p><p>De m�me, l�griculture, longtemps sp�cialis�e dans la monoculture de la vigne, est plus diversifi�e dans le secteur oriental, o� se sont multipli�s les vergers de pommiers et de p�chers, qui alimentent les S. I. C. A. et les conserveries du Lunellois. La � mer de vignes � reste le lot du Biterrois, o� coexistent les petites exploitations familiales et les grands domaines des propri�taires absent�istes. Ce vignoble de masse orient� vers la production de consommation courante (160 000 ha de vigne et plus de 10 Mhl r�colt�s) fait un peu oublier l�existence de vins de qualit�, rouges du Minervois, clairettes de la vall�e de l�H�rault, muscats de Frontignan et Lunel. Malgr� les crises de m�vente, le mythe de la supr�matie du vignoble persiste, alors que la polyculture ancienne n�est plus qu�une survivance dans l�arri�re-pays, o� se maintient l��levage ovin pour la production d�agneaux de boucherie et la fourniture du lait pour les fromageries de Roquefort.</p><p>Les industries traditionnelles ont en grande partie disparu. Les villes textiles du pi�mont montagnard (Lod�ve, Ganges), les centres miniers (Grais-sessac, Le Bousquet-d�Orb) voient se succ�der les fermetures d�usines.</p><p>B�ziers conserve quelques industries li�es au vignoble. Le port de S�te* et Frontignan (11 141 hab.) ont fix� une industrie chimique vari�e (raffinerie de p�trole, soufre, engrais). L�exploitation des bauxites (B�darieux, Ville-veyrac) reste importante. Le plus gros �tablissement industriel se trouve � Montpellier, qui, gr�ce � sa tradition universitaire, a attir� la soci�t� I. B. M.</p><p>(ordinateurs, mat�riel �lectronique).</p><p>En dehors des marais salants et des �levages du bassin de Thau (ostr�iculture et mytiliculture), les ressources fournies par la mer �taient assez r�-</p><p>duites. Mais depuis peu les stations baln�aires (Palavas-les-Flots) et les petits ports de p�che (Valras-Plage) b�n�ficient d�un regain d�int�r�t. En effet, de la Camargue � l�embouchure de l�Aude, les possibilit�s fournies par des kilom�tres de sable �taient</p><p>grandes, et l�am�nagement de nouvelles stations touristiques est en cours.</p><p>L�architecture futuriste de La Grande-Motte, son port enti�rement artificiel drainent d�j� les estivants de l�Europe septentrionale, jusqu�ici peu attir�s par les paysages du Caroux, l�architecture romane de Saint-Guilhem-le-D�sert ou les vieux h�tels de P�zenas.</p><p>L��quipement autoroutier permet</p><p>d�am�liorer la circulation dans un d�partement dont la partie vitale reste avant tout un couloir de transit entre l�Espagne, l�Aquitaine et le couloir rhodanien, futur grand axe europ�en dont la proximit� est d�j� b�n�fique pour l�H�rault oriental.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>F B�ziers / Languedoc-Roussillon / Montpellier</p><p>/ S�te.</p><p>herbe</p><p>F D�SHERBAGE.</p><p>h�r�dit�</p><p>F G�N�TIQUE.</p><p>H�risson</p><p>F INSECTIVORES.</p><p>hermaphrodisme</p><p>Production de gam�tes* m�les et femelles par un m�me individu, qui est dit � hermaphrodite � (Hermaphrodite �tait un personnage mythologique, fils d�Herm�s et d�Aphrodite, dot� des at-downloadModeText.vue.download 184 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5325</p><p>tributs des deux sexes). Tous les individus des esp�ces hermaphrodites sont �quivalents pour la reproduction, tandis qu�en cas de gonochorisme la production des gam�tes m�les et femelles est assur�e par des individus diff�rents, les uns �tant m�les, les autres femelles, et les sexes �tant nettement s�par�s.</p><p>L�hermaphrodisme se rencontre</p><p>dans tous les groupes d��tres vivants.</p><p>L�hermaphrodisme chez</p><p>les M�tazoaires</p><p>D�une fa�on g�n�rale, le gonochorisme est la r�gle chez les animaux les plus �lev�s en organisation (Mammif�res, Oiseaux, Reptiles). L�hermaphrodisme existe toutefois chez quelques Poissons (Serranid�s, Sparid�s, Vai-ron...). On le rencontre chez tous les Tuniciers, quelques �chinodermes, quelques Crustac�s (Cirrip�des,</p><p>Rhizoc�phales, quelques Isopodes et D�capodes), quelques Mollusques Lamellibranches (groupe des Anatina-c�s, famille des Cyr�nid�s, quelques esp�ces d�Hu�tres, de Pecten, de Car-dium), des Mollusques Gastropodes (quelques Prosobranches, Crepidula, tous les Pulmon�s, Opisthobranches et Pt�ropodes), des Mollusques Aplaco-phores, les Bryozoaires, des Ann�lides (quelques Polych�tes, les Oligoch�tes et les Ach�tes), les Myzostomes, Pho-ronis, Protodrilus, les Chaetognathes, quelques N�mathelminthes, des Pla-thelminthes (Turbellari�s, Tr�matodes, Cestodes), quelques esp�ces dans les divers groupes de Coelent�r�s, les Ct�-</p><p>nophores, des Spongiaires.</p><p>Bref, presque tous les embranchements comptent des esp�ces normalement hermaphrodites, le plus souvent dans le milieu marin ou parmi les formes parasites.</p><p>� c�t� de cet hermaphrodisme normal, il existe aussi un hermaphrodisme accidentel chez des individus appartenant � une esp�ce gonochorique.</p><p>Modalit�s de</p><p>l�hermaphrodisme</p><p>normal</p><p>L�hermaphrodisme normal pr�sente trois modalit�s.</p><p>Hermaphrodisme simultan�</p><p>Tous les individus hermaphrodites d�une esp�ce �mettent les deux types de gam�tes � peu pr�s en m�me temps, � chaque p�riode sexuelle et durant toute leur vie. L�hermaphrodisme simultan� existe chez les Tuniciers, les</p><p>Mollusques euthyneures, les Oligoch�tes, les Hirudin�es, les Tr�matodes.</p><p>On distingue plusieurs types d�appareils g�nitaux. Chez les Oligoch�tes, les Hirudin�es, les Tr�matodes, chaque animal poss�de des gonades m�les et femelles distinctes avec des conduits g�nitaux �galement m�les et femelles.</p><p>Les gonades des deux sexes se trouvent souvent dans des segments diff�rents ou � des places diff�rentes.</p><p>Chez d�autres hermaphrodites, l�Es-cargot par exemple (Mollusque Gastropode euthyneure), chaque animal poss�de une seule gonade, nomm�e ovotestis ; elle fonctionne successivement comme un testicule, puis comme un ovaire ; � la spermatogen�se succ�de une ovogen�se.</p><p>Au cours de leur d�veloppement, les Tuniciers pr�sentent les deux dispositifs anatomiques. Chez l�adulte, les deux gonades sont s�par�es et les tractus g�nitaux sont �galement distincts.</p><p>Ces deux gonades proviennent d�un ovotestis qui se d�veloppe au niveau de l�anse digestive. Puis l�ovotestis se coupe en deux parties, la portion dorsale donnera l�ovaire et la partie ventrale se transformera en testicule.</p><p>Les deux phases sexuelles, sper-</p><p>matogen�se et ovogen�se, ne sont pas rigoureusement synchrones. En g�n�-</p><p>ral, la spermatogen�se pr�c�de l�ovogen�se ; l�hermaphrodisme est pro-tandre ; plus rarement, il est protogyne (ovogen�se ant�rieure � la spermatogen�se). Au cours de la spermatogen�se, l�accouplement entre deux hermaphrodites se r�alise ; ils �changent leurs spermatozo�des. Ils se s�parent et l�ovogen�se commence. Ils pondent des oeufs qui sont f�cond�s par les spermatozo�des du conjoint �chang�s lors de l�accouplement.</p><p>La production de gam�tes m�les et femelles par le m�me individu n�implique pas n�cessairement l�autof�condation ; souvent celle-ci est rendue impossible pour des raisons vari�es. Dans l�ensemble, elle est plut�t exceptionnelle ; elle se fait normalement chez les Rhabditis (N�matodes), chez des Crustac�s rhizoc�phales (Sacculine, Peltogaster), chez les T�nias, o� deux</p><p>proglottis de deux r�gions diff�rentes du corps s�accouplent, l�un renfermant des ovaires et l�autre des testicules, et enfin chez quelques Mollusques (Buli-nus, Limn�es).</p><p>Hermaphrodisme successif</p><p>Tous les animaux d�une m�me esp�ce hermaphrodite appartiennent � un sexe diff�rent selon l��ge ; l�animal passe d�un sexe � l�autre ; en g�n�-</p><p>ral, il est m�le lorsqu�il est jeune et femelle lorsqu�il est plus �g�. C�est un hermaphrodisme protandrique. Par exemple, les Hu�tres sont m�les et ensuite elles deviennent femelles.</p><p>Les Crustac�s Isopodes, qui</p><p>comptent de nombreux parasites</p><p>d�autres Crustac�s (Cirrip�des, Mysidac�s, Amphipodes), pr�sentent aussi des cas d�hermaphrodisme protandrique. Chez les Cymotho�des, le m�le se transforme en femelle � l�occasion d�une mue. Chez les �picarides, une larve dite cryptoniscienne, apr�s s��tre fix�e sur son h�te d�finitif, se transforme parfois directement en m�le fonctionnel, qui lui-m�me se transformera en femelle. La phase m�le se prolonge lorsque les m�les sont associ�s � des femelles.</p><p>Un hermaphrodisme successif fonctionnel existe chez la Crevette Lysmata seticauda. Les gonades fonctionnent d�abord comme testicules, et les canaux d�f�rents s�ouvrent dans le dernier segment du thorax ; puis se diff�-</p><p>rencient, � l�extr�mit� ant�rieure, des ovaires fonctionnels, et des oviductes s�ouvrent sur le troisi�me segment du thorax.</p><p>Un cas a �t� particuli�rement bien �tudi�, celui d�un Gastropode Prosobranche, Crepidula fornicata, qui fr�quente les c�tes atlantiques am�-</p><p>ricaines. Les Cr�pidules se fixent sur des coquilles d�Hu�tres, de Moules ou de Bivalves ; elles s�empilent les unes sur les autres en formant une sorte de spirale, les individus les plus jeunes et les plus petits �tant au sommet, les plus �g�s et les plus gros, � la base. L�examen des gonades r�v�le que les Cr�pidules du sommet sont des m�les et que les plus �g�es, � la base, sont des fe-</p><p>melles ; celles qui occupent une place interm�diaire poss�dent des gonades m�les et femelles ; la coexistence des deux types de gonades montre qu�elles passent de l��tat m�le � l��tat femelle.</p><p>Les jeunes Cr�pidules m�les du sommet f�condent les femelles �g�es de la base. Si on maintient isol�e une Cr�-</p><p>pidule jeune, elle devient femelle, la phase m�le est alors tr�s courte. Si de jeunes individus sont plac�s exp�rimentalement au contact des femelles, ils demeurent plus longtemps m�les.</p><p>Si plusieurs m�les sont plac�s les uns sur les autres, la Cr�pidule de la base devient rapidement m�le.</p><p>La fonction sexuelle m�le semble donc li�e � un stimulus provenant tant�t de la femelle, tant�t de l�association des individus. Des facteurs �pig�n�-</p><p>tiques se superposent aux facteurs g�-</p><p>n�tiques dans la d�termination du sexe.</p><p>La Cr�pidule est consid�r�e comme un hermaphrodite �quilibr�, car, dans les conditions normales, le passage du sexe m�le au sexe femelle s�effectue pour tous les individus � une dimension ou � un �ge d�termin�s.</p><p>� c�t� des hermaphrodites �quili-br�s existent des hermaphrodites non �quilibr�s, chez lesquels la dur�e des phases m�le et femelle varie grandement. C�est le cas de la Patella coerulea. Dans cette esp�ce, 8 p. 100 des individus poss�dent un sexe d�termin� d�embl�e ; ce sont de petits m�les et de grosses femelles ; seul le sexe de ces m�les et de ces femelles � primaires �</p><p>est d�termin� g�n�tiquement quels que soient les facteurs intervenant dans la croissance.</p><p>L��toile de mer Asterina gibbosa est un hermaphrodite �quilibr� � Plymouth et non �quilibr� � Naples.</p><p>Chez le Polych�te Ophryotrocha</p><p>puerilis, l�individu jeune ayant moins de 15 segments est toujours m�le. Lors de la croissance, lorsque le nombre de segments passe de 15 � 20, l�individu devient femelle. Si, par amputations successives, un individu conserve moins de 15 segments, il reste m�le. De jeunes m�les maintenus dans un �tat de famine restent ind�finiment m�les.</p><p>Des femelles de plus de 20 segments soumises � la famine s�amaigrissent et deviennent m�les. L��tat m�le peut �tre recouvr� par section d�une femelle de 28-34 segments : le fragment ant�rieur de 2-10 segments redevient m�le. Si des couples de deux m�les sont isol�s et maintenus dans ce sexe, par des amputations ou par la famine, aucun ne se f�minise tant que durent les conditions exp�rimentales. Dans des cultures de couples de deux femelles, on observe assez souvent qu�une femelle mord l�autre femelle et ainsi provoque l��tat m�le du fragment ant�rieur. Ou bien une femelle absorbe toute la nourriture, affame l�autre femelle et ainsi la masculinise. Cette Ann�lide Polych�te t�moigne d�un hermaphrodisme potentiel permanent ; le d�terminisme du sexe para�t bien �tre �pig�n�tique.</p><p>Hermaphrodisme embryonnaire</p><p>ou juv�nile</p><p>Au d�but du d�veloppement, tout Vert�br� est potentiellement hermaphrodite. Au stade indiff�renci�, la glande g�nitale comprend un �pith�lium, un cortex p�riph�rique � potentialit�s femelles et une medulla centrale � potentialit�s m�les. Le jeune embryon downloadModeText.vue.download 185 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5326</p><p>poss�de des �bauches des gonades et des voies g�nitales des deux sexes.</p><p>L�orientation vers un sexe se fera ult�rieurement.</p><p>Beaucoup d�esp�ces animales, dont les adultes sont unisexu�s, manifestent au cours de la diff�renciation sexuelle une tendance � l�hermaphrodisme. Les jeunes myxines (Agnathes, Cyclos-tomes) mesurant moins de 25 cm poss�dent des gonades m�les et femelles bien distinctes ; l�ovaire occupe la r�gion ant�rieure, alors que le testicule s��tend dans la r�gion post�rieure.</p><p>� maturit� sexuelle, les animaux deviennent unisexu�s ; une gonade s�accro�t alors que l�autre r�gresse ; chez la femelle, l�ovaire se d�veloppe et il subsiste � sa base une portion de testicule rudimentaire.</p><p>Poissons. Chez les Anguilles, les faits sont un peu plus compliqu�s. Les civelles (6 � 9 cm) et les anguillettes (9</p><p>� 14 cm) sont bipotentielles ; ensuite, les petites Anguilles (14 � 18 cm) deviennent femelles ; la r�gion corticale de la gonade se d�veloppe et renferme des ovogonies. Apr�s 5 � 8 ans, l�Anguille, qui mesure de 18 � 30 cm, redevient hermaphrodite ; la zone corticale de la gonade renferme des ovogonies, et sa zone m�dullaire des spermatogo-nies. � maturit� sexuelle, au moment de la migration vers la mer, les gonades �voluent alors en gonades m�les ou femelles selon que la zone m�dullaire ou la zone corticale se d�veloppera exclusivement.</p><p>Amphibiens. Les Crapauds poss�-</p><p>dent une gonade vestigiale � potentialit� femelle, l�organe de Bidder, qui coiffe les testicules et les ovaires. Le Crapaud m�le, qui poss�de des testicules et des organes de Bidder, est un hermaphrodite potentiel. La cr�te g�nitale qui donnera naissance � l�organe de Bidder comprend peu ou pas de m�-</p><p>dulla ; ayant beaucoup plus de cortex, ou en ayant uniquement, elle produit un organe � potentialit� femelle ; en arri�re de cette cr�te s��difie la gonade normale, ovaire ou testicule, qui inhibe le d�veloppement de l�organe de Bidder. Si on castre des Crapauds m�les ou femelles, l�organe de Bidder �volue, dans les deux sexes, en un ovaire fonctionnel ; chez le m�le, les voies g�nitales se diff�rencient comme chez la femelle, et le m�le pondra des oeufs ; trois ann�es sont n�cessaires pour obtenir cette ponte. Les m�les sont donc transform�s en femelles fonctionnelles.</p><p>De m�me, chez les femelles castr�es, les organes de Bidder deviennent des ovaires fonctionnels.</p><p>Oiseaux. La plupart des Oiseaux</p><p>femelles poss�dent un ovaire et un oviducte gauches ; � droite, il existe une gonade vestigiale � potentialit� m�le ; ces femelles sont des hermaphrodites potentiels.</p><p>Arthropodes. Des faits analogues s�observent chez divers Arthropodes.</p><p>Chez le Lampyre, les �bauches gonadiques sont semblables jusqu�� la troisi�me mue, et la nature du sexe n�est</p><p>�tablie qu�au d�but de l�intermue pr�nymphale.</p><p>Un ph�nom�ne analogue est fr�-</p><p>quent chez les Crustac�s malacostrac�s. Les cellules germinales sont indiff�renci�es jusqu�� la cinqui�me mue chez Orchestia gammarella. La gonade des jeunes � Puces � de mer (Talitrus saltator) est m�le dans sa r�gion proxi-male et femelle dans sa r�gion distale ; au cours des mues successives, elle se transforme totalement en ovaire chez la femelle, tandis que, chez le m�le, une portion ovarienne non fonctionnelle persiste.</p><p>Chez les Crustac�s D�capodes, les G�bies m�les poss�dent des testicules dont la partie post�rieure pr�sente une structure d�ovaire qui ne m�rit pas.</p><p>Cette bivalence sexuelle du d�but de l�organogen�se para�t �tre un ph�no-m�ne largement r�pandu.</p><p>L�hermaphrodisme</p><p>accidentel</p><p>Dans un groupe o� le gonochorisme est la r�gle, des individus peuvent �tre hermaphrodites. Cet hermaphrodisme spontan�, consid�r� comme une anomalie sexuelle, pr�sente des formes vari�es, correspondant � divers degr�s d�intersexualit�.</p><p>En voici quelques exemples ; les gonades elles-m�mes peuvent �tre hermaphrodites ; des Porcs, des Vaches, des Ch�vres poss�dent des gonades mixtes ayant une structure ovarienne et une structure testiculaire (ovotestis).</p><p>Les gonades sont unisexu�es, mais les tractus g�nitaux sont mixtes ; on a d�-</p><p>crit un jeune cabri chez lequel les testicules sont normaux ainsi que le tractus g�nital, � l�exception des glandes de Cooper, qui font d�faut ; mais en outre, il poss�de un ut�rus � deux cornes, un vagin clos qui se termine en cul-de-sac au voisinage de l�ur�tre.</p><p>Dans l�esp�ce humaine, les cas</p><p>d�intersexualit� sont exceptionnels et rel�vent de la t�ratologie.</p><p>Un inventaire (1960) mentionne</p><p>98 cas d�hermaphrodisme humain signal�s par divers auteurs. Ils se r�par-</p><p>tissaient ainsi : 30 cas poss�daient un testicule d�un c�t�, un ovaire de l�autre, 22 cas avaient un testicule et un ovaire de chaque c�t�, et, dans 46 cas, un testicule et un ovaire se trouvaient d�un seul c�t�. Les tractus g�nitaux correspondants accompagnaient les gonades.</p><p>L�ambivalence des caract�res sexuels se manifeste avec pr�dominance tant�t du sexe masculin, tant�t du sexe f�minin ; tous les interm�diaires sont possibles.</p><p>� c�t� de l�hermaphrodisme vrai</p><p>accidentel, il existe aussi un pseudo-hermaphrodisme, caract�ris� par la pr�sence d�une gonade d�un sexe et du tractus g�nital et des organes g�nitaux externes de l�autre sexe ; il en r�sulte une ambigu�t� sexuelle. Diverses modalit�s de pseudo-hermaphrodisme sont connues : pseudo-hermaphrodisme externe masculin (ovaires avec organes g�nitaux externes m�les), pseudo-hermaphrodisme externe f�minin (testicules avec organes g�nitaux externes f�minins), pseudo-hermaphrodisme interne m�le (testicules avec conduits g�nitaux femelles), pseudo-hermaphrodisme interne f�minin (ovaires avec conduits g�nitaux des deux sexes), etc.</p><p>Le free-martin chez les Bovid�s est encore un exemple bien connu d�hermaphrodisme accidentel. Dans les �levages, on sait bien que, lorsqu�une g�nisse met bas deux veaux jumeaux de sexes diff�rents, la g�nisse est g�n�-</p><p>ralement st�rile alors que le m�le est normal. Ces g�nisses portent le nom de free-martin ; elles rappellent des sujets castr�s pr�cocement, en raison de leur grande taille et de l�absence d�instinct sexuel. L�appareil g�nital femelle est atrophi� ; la vulve et les mamelles sont r�duites. Les organes g�nitaux externes sont femelles avec quelques anomalies.</p><p>Les voies g�nitales pr�sentent un aspect masculin plus ou moins abortif.</p><p>Les dimensions de la gonade varient d�un petit pois � un poing ; ce ne sont jamais de v�ritables ovaires ; des tubes s�minif�res peuvent y appara�tre.</p><p>F. R. Lillie a trouv� l�explication de cet hermaphrodisme accidentel (1916).</p><p>Les Bovid�s poss�dent un placenta cotyl�donaire ; on constate, les foetus mesurant 10 mm, une fusion pr�coce de deux placentas, avec (au niveau des</p><p>cotyl�dons) des anastomoses vasculaires au stade de 19 mm. Il en r�sulte un m�lange des sangs chez les deux jumeaux, et, par suite, des substances s�cr�t�es et v�hicul�es par le sang. La diff�renciation du foetus m�le commence lorsqu�il mesure 25 mm ; celle du foetus femelle est plus tardive. Le foetus m�le �labore des substances embryonnaires qui passeront dans le foetus femelle, inhiberont le d�veloppement ovarien et favoriseront les potentialit�s testiculaires. Sur 39 couples de veaux jumeaux de sexes diff�rents, 33 g�-</p><p>nisses �taient des free-martins plus ou moins intersexu�es, et 6 g�nisses �taient normales. Chez ces derni�res, aucune anastomose vasculaire n�existait � les syst�mes circulatoires des deux foetus ne communiquaient pas, et les substances s�cr�t�es par le foetus m�le n�exer�aient pas d�action sur le foetus femelle.</p><p>Le gynandromorphisme repr�sente</p><p>encore un cas d�hermaphrodisme accidentel. Il correspond � des individus qui comportent une mosa�que de parties, les unes diff�renci�es dans le sens m�le, les autres, dans le sens femelle.</p><p>Il offre deux aspects : aspect bilat�ral lorsque, de part et d�autre du plan de sym�trie, l�une des moiti�s de l�individu est m�le et l�autre moiti� femelle (non seulement la morphologie est in-t�ress�e, mais aussi l�appareil g�nital) ; aspect en mosa�que lorsque les parties m�le et femelle sont dispos�es de fa�on quelconque. Le gynandromorphisme est particuli�rement apparent chez les animaux ayant un dimorphisme sexuel accus�.</p><p>Il affecte des groupes vari�s : Crustac�s (Homard, Langouste), Arachnides, Insectes (Papillons vari�s et notamment le Ver � soie, Orthopt�res, Grillons, Drosophiles, Hym�nopt�res), Poissons (Raie), Oiseaux (Pinson, Bouvreuil, Faisan). Il se manifeste g�n�ralement par des cas sporadiques et disparates.</p><p>Une seule exception, les Vers � soie, chez qui l�anomalie est h�r�ditaire et se transmet selon les lois de Mendel ; ainsi, il est possible d�obtenir � volont� des Vers � soie gynandromorphes en r�alisant des croisements corrects.</p><p>Les greffes de</p><p>R. R. Humphrey</p><p>Peut-on fabriquer des hermaphrodites � partir d�un �tre unisexu� ? R. R. Humphrey, un biologiste am�ricain, a tent� depuis 1927 et r�ussi une exp�rience fort int�ressante. Elle consiste � greffer sur un embryon h�te, une �bauche g�nitale provenant d�un embryon</p><p>donneur.</p><p>Chez un embryon h�te d�Axolotl au stade du bourgeon caudal, Humphrey enl�ve l��bauche gonadique � droite, par exemple. Puis il pr�l�ve chez un embryon donneur, au m�me stade de d�veloppement, un greffon correspondant � l��bauche gonadique droite ; ce downloadModeText.vue.download 186 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5327</p><p>greffon est plac� dans l�embryon h�te � la place de l��bauche pr�c�demment enlev�e. Les deux embryons (h�te et donneur) sont ensuite �lev�s. L��levage de l�embryon donneur permettra de conna�tre le sexe de la gonade qui se d�veloppera normalement et, partant, le sexe du greffon implant�.</p><p>Cette greffe est pratiqu�e sur de nombreux embryons. On constate</p><p>alors que certains animaux poss�dent deux gonades de sexe diff�rent, d�un c�t� un ovaire, de l�autre un testicule. Par exemple, si un greffon m�le est implant� � la place de l��bauche gonadique droite de l�embryon h�te femelle, ce dernier � l��tat adulte poss�dera du c�t� droit un testicule et du c�t� gauche l�ovaire normal. Un hermaphrodite sera r�alis�.</p><p>Cette exp�rience prouve que les</p><p>cellules germinales primordiales sont indiff�renci�es ; elles peuvent �voluer diff�remment selon les conditions offertes par l��bauche gonadique. Si l��bauche gonadique est m�le, elles seront orient�es vers une spermatogen�se ; si l��bauche est femelle, elles le seront vers une ovogen�se.</p><p>Dans l�exp�rience d�crite, sous</p><p>l�influence de l�hormone m�le �labor�e par l��bauche gonadique droite, les cel-</p><p>lules germinales primordiales �migrent dans la r�gion m�dullaire et forment des tubes testiculaires. Parall�lement, sous l�influence de l�hormone femelle �labor�e par l��bauche gonadique gauche, les cellules germinales primordiales se rassemblent dans le cortex, o� s�organisera l�ovogen�se.</p><p>Mais rapidement l�ovaire subit l�influence du greffon m�le, et sa structure se modifie ; si le greffon m�le est retir� lorsque l�h�te est �g� de huit mois, un testicule bien constitu� remplacera l�ovaire, dont la pr�sence �tait cependant normale. Dix mois seront n�cessaires pour la r�alisation de l�inversion sexuelle ; on aura fabriqu� un faux m�le, c�est-�-dire un m�le physiologique � partir d�une femelle g�n�tique.</p><p>Hermaphrodisme et</p><p>gonochorisme</p><p>Hermaphrodisme ou gonochorisme,</p><p>quel est, de ces deux �tats, le plus primitif ? La discussion est toujours ouverte.</p><p>Certains arguments permettent de consid�rer l�hermaphrodisme comme secondaire par rapport au gonochorisme. L�hermaphrodisme affecte les groupes zoologiques les plus �volu�s.</p><p>Ainsi, parmi les Ann�lides, les Polych�tes sont le plus souvent gonochoriques, alors que les Oligoch�tes et les Ach�tes sont hermaphrodites. Une comparaison entre Polych�tes d�une part et Oligoch�tes et Ach�tes d�autre part montre que ces derniers pr�sentent une morphologie plus sp�cialis�e.</p><p>La m�me constatation s�applique</p><p>aux Mollusques. Les Mollusques sont gonochoriques, mais, dans la classe des Gastropodes, les Streptoneures sont gonochoriques, tandis que les Euthyneures et surtout les Pulmon�s, qui sont les plus �volu�s, sont hermaphrodites.</p><p>L�hermaphrodisme s�observe sou-</p><p>vent chez les organismes menant une vie parasitaire (Tr�matodes, Cestodes), qui, par leur mode de vie, sont s�dentaires et fix�s. L��tude de plusieurs populations d�Anodontes (Mollusques bivalves d�eau douce) en Allemagne</p><p>montre que la r�partition des sexes varie avec les biotopes. Dans le port de Mannheim, les sexes sont s�par�s, et leurs fr�quences respectives sont normales. Dans un �tang isol� du fleuve depuis 27 ans, les sexes sont s�par�s, mais les femelles sont plus nombreuses que les m�les ; un autre �tang s�par� depuis 60 ans h�berge des hermaphrodites et un petit nombre de femelles ; enfin, la population d�un troisi�me �tang, dont l�isolement remonte � 300 ans, comprend exclusivement des hermaphrodites. Cette exp�rience naturelle montre que, rapidement, en cas d�isolement �cologique notamment, le gonochorisme peut conduire � un hermaphrodisme non �quilibr�, puis � un hermaphrodisme �quilibr� et stable.</p><p>L�hermaphrodisme</p><p>chez les v�g�taux</p><p>Les faits sont beaucoup plus compliqu�s que chez les animaux en raison de l�alternance des g�n�rations : le gam�tophyte haplo�de, qui donne les gam�tes ; le sporophyte diplo�de, qui produit les spores.</p><p>Chez la plupart des Mousses, les Foug�res isospor�es, les Lycopodia-c�es, le gam�tophyte d�rive d�une spore unique et porte � la fois les an-th�ridies et les arch�gones ; ces plantes sont homothalliques. Chez certains Champignons, quelques Muscin�es, les Pr�les, les gam�tophytes d�rivent de spores diff�rentes ; les uns porteront des anth�ridies, les autres, des arch�-</p><p>gones ; ces plantes sont h�t�rothalliques. Chez Mucor, homothallisme et h�t�rothallisme coexistent.</p><p>Chez les Angiospermes, la fleur</p><p>compl�te comprend des �tamines et un pistil ; il existe deux gam�tophytes distincts, le grain de pollen et le sac embryonnaire ; il y a donc h�t�rothallisme.</p><p>Mais �tamines et pistils se trouvent le plus souvent sur le m�me pied ; la plante diplo�de correspond au sporophyte ; cette plante est homophytique.</p><p>Mais quelques Angiospermes</p><p>(Saules, Peupliers) pr�sentent deux sortes de pieds, les uns donnant les fleurs � �tamines (fleurs m�les), les autres portant les fleurs � pistil (fleurs femelles) ; il existe donc deux sporo-</p><p>phytes diplo�des, et la plante est dite h�t�rophytique. Il peut �galement y avoir coexistence d�homophytisme et d�h�t�rophytisme. Le genre Lychnis (Caryophyllac�es) comprend des es-p�ces mono�ques et dio�ques. L�esp�ce Cannabis sativa (le Chanvre) renferme des vari�t�s mono�ques et dio�ques.</p><p>Chez les plantes polygames, le m�me pied porte des fleurs uni- et bisexu�es.</p><p>Chez les v�g�taux, les termes � hermaphrodisme � et � gonochorisme �</p><p>sont remplac�s par � homophytisme �</p><p>(= monoo�cie) et � h�t�rophytisme �</p><p>(= dio�cie). Alors que, chez les animaux, le gonochorisme pr�domine largement, la situation est inverse chez les plantes ; la plupart d�entre elles sont homothalliques ou homophytiques, ce qui correspond � l�hermaphrodisme animal.</p><p>A. T.</p><p>M. Caullery, Organisme et sexualit� (Doin, 1942 ; 2e �d., 1951). / E. Wolff, les Changements de sexe (Gallimard, 1946). / M. Aron, � la Reproduction sexu�e � dans Biologie, sous la dir. de J. Rostand et A. T�try (Gallimard, � Encyclop�-</p><p>die de la Pl�iade �, 1965). / P. Brien, Biologie de la reproduction animale (Masson, 1966). /</p><p>P. P. Grass� et coll., Pr�cis de biologie g�n�rale (Masson, 1966). / C. Houillon, Introduction � la biologie, t. IV : Sexualit� (Hermann, 1967).</p><p>P. Champagnat, P. Ozenda et L. Baillaud, Pr�cis de biologie v�g�tale, t. III : Croissance, morpho-gen�se, reproduction (Masson, 1969).</p><p>Hermite (Charles)</p><p>Math�maticien fran�ais (Dieuze 1822 -</p><p>Paris 1901).</p><p>Fils de commer�ants, il effectue ses �tudes au coll�ge de Nancy, puis, en seconde et en rh�torique, � Paris, au coll�ge Henri-IV, � une ge�le �. Il pr�-</p><p>pare le concours d�entr�e � l��cole polytechnique au coll�ge Louis-le-Grand, dans la classe de math�matiques sp�-</p><p>ciales de Louis Richard (1795-1849), qui avait eu comme �l�ve, dans la m�me classe, �variste Galois*. Re�u en 1842, il est r�form� au bout d�un an pour claudication cong�nitale. Pendant son court s�jour � l��cole, sur les conseils de Joseph Liouville (1809-1882), il �crit � Carl Jacobi*, alors le</p><p>grand sp�cialiste des fonctions elliptiques. Dans cette premi�re lettre, Hermite �tend aux fonctions ab�liennes les th�or�mes sur la division de l�argument des fonctions elliptiques que Niels Abel* et Jacobi avaient �tablis.</p><p>Son d�part de l��cole polytechnique le met cependant dans une situation difficile. Il n�en poursuit pas moins ses recherches th�oriques. Dans une seconde lettre � Jacobi (1844), il rattache toute la th�orie des fonctions elliptiques � une seule transcendante, due d�ailleurs � son �minent correspondant. Trois ans plus tard, leur correspondance porte sur les formes quadratiques de la th�orie des nombres. Il se lie d�amiti� avec Joseph Bertrand (1822-1900), le futur secr�taire perp�tuel de l�Acad�mie, alors agr�g� � la facult� des sciences, et dont il devait �pouser la soeur en 1848. Dans la n�cessit� de gagner sa vie et dans l�espoir d�entrer � l�universit�, il prend ses grades : baccalaur�ats es lettres et es sciences en 1847, licence es sciences en 1848. Mais, en juillet de cette m�me ann�e, l��cole polytechnique l�appelle comme exami-nateur d�admission, � la suite du d�c�s pr�matur� de Pierre Laurent Wantzel (1814-1848) et, en d�cembre, il devient r�p�titeur d�analyse.</p><p>Hermite, qui introduisait des</p><p>variables continues en th�orie des nombres, d�couvre en 1853, pour les besoins de cette th�orie, les formes hermitiennes, qui se sont r�v�l�es apr�s 1925 indispensables au d�veloppement de la m�canique quantique, et inaugure par ailleurs avec les Anglais Arthur Cayley (1821-1895) et James Joseph Sylvester (1814-1897) la th�orie alg�-</p><p>brique des invariants.</p><p>De 1848 � 1850, il enseigne au Coll�ge de France, � titre provisoire. C�est au cours de cet enseignement qu�il d�finit in abstracto les fonctions elliptiques comme fonctions m�romorphes � double p�riode, en Utilisant pour leur �tude l�int�grale de Cauchy. De 1862 � 1867 ma�tre de conf�rences � l��cole normale sup�rieure, il succ�de, en 1869, � Jean-Marie Constant Duhamel (1797-1872) comme professeur d�analyse � l��cole polytechnique et d�alg�bre sup�rieure � la Sorbonne.</p><p>Dans cette derni�re chaire, son ensei-</p><p>gnement a, pendant pr�s de trente ans, un retentissement consid�rable tant en France qu�� l��tranger.</p><p>downloadModeText.vue.download 187 sur 581</p><p>5328</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>Ses travaux portent sur les par-</p><p>ties les plus abstraites des math�matiques : th�orie des nombres, en particulier �tude des formes quadratiques, fonctions elliptiques, dont il montre les liens �troits avec l�arithm�tique sup�rieure, fonctions modulaires, ab�-</p><p>liennes, alg�briques. Les fonctions modulaires sont le premier exemple des fonctions automorphes o� devait s�illustrer Henri Poincar�*.</p><p>Celle de ses �tudes qui frappa le plus le grand public math�matique est, en 1873, sa d�monstration de la transcendance du nombre e, base des logarithmes n�p�riens.</p><p>Membre de l�Acad�mie des sciences (1856), il n�abandonne sa chaire de la Sorbonne qu�en 1897, et y est remplac� par son gendre, �mile Picard (1856-1941).</p><p>J. I.</p><p>hermitien</p><p>(espace)</p><p>Espace vectoriel, sur le corps C des complexes, dans lequel intervient la m�trique hermitienne.</p><p>Produit scalaire</p><p>hermitien</p><p>Le produit scalaire hermitien de deux vecteurs et d�un espace vectoriel En de dimension n sur le corps C des complexes est le scalaire de C, not� tel que :</p><p>1o la barre indiquant le</p><p>conjugu� ;</p><p>2o</p><p>avec &#x3BB; et &#x3BC; &#x220A; C et et</p><p>3o not� est un nombre positif pour tout</p><p>si et seulement si</p><p>Propri�t�s du produit scalaire</p><p>hermitien</p><p>1o Il n�est pas commutatif, car, en g�n�ral,</p><p>2o Si</p><p>d�apr�s le deuxi�me axiome. D�autre part,</p><p>d�o�</p><p>il en r�sulte que, si &#x3BB; et &#x3BC; &#x220A; C, 3o Le deuxi�me axiome traduit la distributivit� � gauche. De plus,</p><p>ce qui indique la distributivit� � droite ; d�o� la distributivit�. On peut g�n�raliser :</p><p>si &#x3BB;i et &#x3BC;k &#x220A; C, et pour</p><p>i = 1,2 ..., p ; et k = 1,2,..., q.</p><p>Expression analytique du produit hermitien</p><p>Les deux vecteurs et</p><p>�tant rapport�s � la base</p><p>rapport�s � la base</p><p>de l�espace En, en appli-</p><p>quant la distributivit� g�n�ralis�e, on obtient :</p><p>Le produit scalaire hermitien est donc exprim� en fonction des composantes des vecteurs et et des quantit�s Mais il ne faut pas en</p><p>conclure que d�pend de la base</p><p>choisie ; est un scalaire intrin-s�quement li� aux deux vecteurs et</p><p>; est invariant dans tout chan-</p><p>gement de base.</p><p>Norme hermitienne</p><p>d�un vecteur ; base</p><p>orthonorm�e</p><p>On appelle norme de not� le nombre positif</p><p>Si est dit � norme � ou</p><p>� unitaire �. Pour tout vecteur</p><p>il existe un vecteur norm�,</p><p>colin�aire � et de m�me sens.</p><p>Deux vecteurs et de En sont</p><p>orthogonaux si</p><p>Un ensemble de vecteurs est dit � orthonorm� � s�il est form� de vecteurs norm�s deux � deux orthogonaux. Si un tel ensemble forme une base, c�est une base orthonorm�e.</p><p>Si la base est ortho-</p><p>norm�e et seulement dans ce cas, pour Il en</p><p>r�sulte que</p><p>L�expression trouv�e satisfait aux trois axiomes du produit scalaire hermitien.</p><p>Tout espace hermitien poss�de au moins une base orthonorm�e. On peut alors trouver d�autres bases orthonorm�es � l�aide de matrices de changement de base particuli�res. En effet, soit et deux vecteurs de En, de</p><p>matrices</p><p>� une matrice de passage,</p><p>les transform�s de</p><p>et de . La nouvelle base est orthonorm�e si et seulement si</p><p>ut d�signant la transpos�e de u.</p><p>Mais u&#x2032; = Au, d�o� u&#x2032;t = ut At et l��galit�</p><p>devient donc :</p><p>ou</p><p>d�o� la condition n�cessaire et suffisante</p><p>y Matrice unitaire. C�est une matrice carr�e telle que Une</p><p>matrice unitaire conserve la norme puisqu�elle conserve le produit scalaire, donc, en particulier, la carr� scalaire,</p><p>Une matrice unitaire est r�guli�re (son d�terminant est diff�rent de z�ro) et par suite inversible ; l�inverse de la matrice A est At = A� 1.</p><p>Si deux matrices A1 et A2 sont unitaires, il en est de m�me de la matrice A1 A2.</p><p>Si une matrice A est unitaire, la matrice A� 1 = At l�est aussi ; comme I est unitaire, l�ensemble des matrices unitaires d�ordre n est un groupe multiplicatif.</p><p>y Matrice hermitienne. C�est une matrice �gale � son adjointe. La matrice adjointe, not�e A+, d�une matrice donn�e A s�obtient en transposant A et en rempla�ant chaque �l�ment de At par son conjugu� (les deux</p><p>op�rations commutent).</p><p>La matrice H est hermitienne si et seulement si</p><p>H = H+ = Ht.</p><p>Propri�t�s des matrices</p><p>hermitiennes</p><p>Si une matrice H est hermitienne, elle est n�cessairement carr�e ; les �l�-</p><p>ments sym�triques par rapport � la diagonale principale sont conjugu�s ; s�ils sont r�els, ils sont �gaux ; les �l�-</p><p>ments de la diagonale principale sont r�els. Si la matrice H est r�elle, elle est sym�trique.</p><p>y Les valeurs propres d�une matrice hermitienne sont r�elles.</p><p>Soit H une matrice hermitienne,</p><p>un vecteur (de En) propre de H pour la valeur propre s : Hu = su,</p><p>De l��galit� Hu = su, on tire</p><p>u+Hu = u+su = su+u ;</p><p>puis, en prenant les conjugu�s : et, en transposant :</p><p>puisque H+ = H ; d�o� su+u = su+u, ou Mais</p><p>par suite, ou ce qui exprime que s est r�elle.</p><p>y Les vecteurs propres correspondant � deux valeurs propres distinctes et rapport�s � une base orthonorm�e sont orthogonaux.</p><p>En effet, si et sont deux vec-</p><p>teurs propres de H pour les valeurs propres s1 et s2, de matrices</p><p>on a Hu = s1u et Hv = s2v ;</p><p>d�o� v+Hu = s1v+u et u+Hv = s2u+v.</p><p>En prenant les conjugu�s, puis</p><p>les transpos�s des deux membres</p><p>de u+Hv = s2u+v, on obtient</p><p>successivement :</p><p>puisque H = H+ ; en retranchant alors membre � membre les deux �galit�s mais et s2 &#x2260; s1, puisqu�on a</p><p>choisi deux valeurs propres distinctes ; il en r�sulte que</p><p>la base �tant orthonorm�e. Les deux vecteurs et sont donc orthogonaux au sens hermitien.</p><p>y Une matrice hermitienne est dia-gonalisable. De plus, il existe au moins une matrice unitaire U telle que U�1HU soit diagonale.</p><p>Il y a identit�, pour une base donn�e, entre l�espace hermitien r�el et l�espace euclidien r�el. Les matrices hermitiennes sont alors les matrices sym�triques r�elles, et les matrices unitaires sont les matrices orthogonales.</p><p>downloadModeText.vue.download 188 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5329</p><p>Toutes les propri�t�s d�montr�es sur les matrices hermitiennes s�appliquent donc aux matrices sym�triques r�elles.</p><p>Le produit scalaire hermitien devient le produit scalaire que l�on utilise, par exemple, dans R 3.</p><p>E. S.</p><p>F Espace / G�om�trie / Groupe / Matrice /</p><p>Norme / Vectoriel.</p><p>A. Lichnerowicz, Alg�bre et analyse lin�aire (Masson, 1956). / R. Deltheil, Nouveaux �l�-</p><p>ments de math�matiques g�n�rales (Bailli�re, 1958). / A. Warusfel, Dictionnaire raisonn� de math�matiques (�d. du Seuil, 1966). / H. Blanchard et C. Forest, Trait� de math�matiques, t. III (Hachette, 1969). / J. Lelong-Ferrand, J. M. Arnaudi�s, Cours de math�matiques ; t. I : Alg�bre, MP Sp�ciales A&#x2032; A (Dunod, 1971).</p><p>hernie</p><p>Issue d�un organe hors de la cavit� ou il est normalement contenu.</p><p>Une hernie est caract�ris�e par</p><p>l�issue des visc�res abdominaux et pelviens hors de la paroi abdomino-pelvienne, en raison de dispositions anatomiques particuli�res, cong�nitales ou acquises, en dehors de tout traumatisme.</p><p>On n�envisagera pas dans cette �tude les hernies discales (v. vert�bre), les hernies traumatiques, les �ventra-tions postop�ratoires ni les hernies du diaphragme*.</p><p>Les hernies pr�sentent des caract�res g�n�raux communs � tous les types et des caract�res particuliers selon leur position anatomique (hernie inguinale, hernie crurale...).</p><p>Caract�res g�n�raux</p><p>Toute hernie est caract�ris�e par une enveloppe, un contenu et un trajet.</p><p>y L�enveloppe est form�e par le p�ritoine (sac herniaire) et les �l�ments de la paroi repouss�s, distendus, modifi�s par la hernie. Le sac herniaire est toujours distinct du contenu de la hernie : il est de taille et de forme tr�s variables, mais pr�sente toujours une partie r�tr�cie par laquelle il se continue avec le p�ritoine de la cavit� abdominale : c�est le collet.</p><p>y Le contenu herniaire est tr�s variable et d�pend du type de hernie. On y trouve le plus souvent de l��piploon (bourrelet de graisse), une anse de l�intestin gr�le, plus rarement un segment du c�lon. Mais tout peut se voir dans une hernie : appendice, trompe</p><p>ou ovaire, corne v�sicale, rate, ut�-</p><p>rus, etc. Les organes hernies le sont occasionnellement (hernies � r�ductibles �) ou, au contraire, en permanence (hernies � irr�ductibles �).</p><p>y Le trajet d�pend de la nature de la hernie : dans la hernie � cong�nitale �, le sac est un reliquat embryonnaire qui ne se ferme pas � la naissance (canal p�riton�o-vaginal, par exemple, pour la hernie inguino-scrotale). La hernie existe en puissance d�s la naissance, m�me si ce n�est que plus tard qu�un organe s�y engage (hernie de � force �).</p><p>Dans la hernie � acquise �, le trajet se constitue sous influence de la pouss�e abdominale au niveau d�un point faible de la paroi (hernie de � faiblesse �).</p><p>Circonstances d�apparition</p><p>Affection tr�s r�pandue, la hernie est trois fois plus fr�quente chez l�homme que chez la femme ; elle est plus r�pandue chez les travailleurs de force. Elle est favoris�e par les facteurs qui affaiblissent la paroi (grossesses r�p�t�es, ob�sit�, amaigrissement important, vomissements r�p�t�s, constipation).</p><p>La cause d�terminante est toujours un effort.</p><p>�volution</p><p>Une hernie peut rester stationnaire toute une vie. Elle peut grossir lentement, devenir monstrueuse. La r�int�-</p><p>gration chirurgicale dans l�abdomen en est alors tr�s difficile : on dit que la hernie a perdu � droit de cit� � dans l�abdomen. Enfin, elle peut entra�-</p><p>ner des complications graves, dont la plus fr�quente et la plus grave est l��tranglement.</p><p>�tude clinique</p><p>Les signes r�v�lateurs d�une hernie, en dehors de toute complication, sont souvent discrets, voire nuls, en dehors de douleurs apparaissant � l�effort, � la marche.</p><p>L�examen se pratique sur le sujet debout, puis couch�. La hernie se pr�-</p><p>sente sous l�aspect d�une saillie arron-</p><p>die, de taille tr�s variable, de consistance r�nitente ou molle, se continuant dans la paroi abdominale par une portion r�tr�cie, le p�dicule. Cette hernie est r�ductible : avec les doigts, on arrive � refouler la saillie herniaire, � la r�int�grer dans l�abdomen. On peut alors en �tudier le trajet en introduisant le doigt dans l�orifice herniaire.</p><p>Lorsque le malade tousse, la hernie se reproduit et subit une impulsion � chaque secousse de toux.</p><p>�tranglement herniaire</p><p>En l�absence de traitement, la hernie est menac�e d��tranglement : cette complication, la plus grave qui puisse survenir, est caract�ris�e par la constriction serr�e et irr�versible d�une portion d�intestin � l�int�rieur du sac herniaire.</p><p>� l�occasion d�un effort, un segment d�intestin s�engage brutalement dans l�orifice herniaire qui forme dans certains cas un anneau fibreux rigide (hernie crurale, dans l�anneau crural) : une g�ne au retour veineux se produit alors, entra�nant congestion et oed�me de l�anse, qui ne peut plus r�int�grer l�abdomen et qui reste bloqu�e dans le sac herniaire. L�anse �trangl�e est rouge vineux, puis violac�e ; ensuite surviennent des l�sions irr�versibles de sphac�le par isch�mie : anse ecchy-motique, noire, qui va �voluer vers la perforation, responsable de p�ritonite ou d�un phlegmon stercoral.</p><p>Cliniquement, l��tranglement herniaire r�alise une occlusion par stran-gulation, avec coliques abdominales intenses, vomissements, arr�t des mati�res et surtout des gaz, alt�ration de l��tat g�n�ral. C�est une r�gle fondamentale, devant un tel tableau clinique, de palper les orifices herniaires : mais s�il s�agit d�j� d�un �tranglement confirm�, il est pr�f�rable d�en faire le diagnostic d�s le d�but, alors que l�occlusion intestinale n�est pas encore compl�te. Au stade de d�but, la douleur au niveau de la hernie attire l�attention : douleur vive avec coliques, naus�es, malaise qui alertent le malade, connaissant souvent sa hernie ; l�arr�t des gaz est aussi un excellent signe d�alarme associ� � la douleur ; la palpa-</p><p>tion de la zone douloureuse r�v�le une tumeur herniaire dure, tendue, douloureuse, parfois de tr�s petit volume, noy�e dans la graisse. Surtout, cette tumeur est irr�ductible et non impulsive � la toux : la douleur est plus nette au niveau du collet, c�est tout, mais c�est suffisant pour poser d�urgence l�indication op�ratoire.</p><p>Vari�t� topographique</p><p>des hernies</p><p>La hernie inguinale</p><p>C�est la plus fr�quente de toutes les hernies ; elle est form�e par l�issue des visc�res abdominaux dans la r�gion inguinale. Il en existe deux types : la hernie oblique externe [cong�nitale] et la hernie directe [acquise].</p><p>y La hernie inguinale oblique externe sort de l�abdomen en suivant le trajet du canal inguinal creus� dans la paroi (voie de migration du testicule vers le scrotum). Elle s�engage dans le canal p�riton�o-vaginal, rest� perm�able chez certains sujets, alors que normalement ce canal s�oblit�re � la naissance. Cette hernie peut donc se voir chez l�enfant tr�s jeune.</p><p>Cliniquement, la hernie inguinale oblique externe dans sa vari�t� habituelle se pr�sente comme une tum�-</p><p>faction suivant le trajet du canal inguinal, oblique en bas et en dedans, se continuant plus ou moins loin dans la r�gion scrotale, distendant la bourse correspondante.</p><p>Ce type de hernie augmente pro-</p><p>gressivement de volume avec le temps, pouvant devenir irr�ductible. Il est surtout menac� d��tranglement : cet �tranglement rev�t souvent une forme subaigu�.</p><p>La hernie inguinale est rare chez la femme, elle peut se voir chez le nourrisson et chez le jeune enfant, souvent associ�e � une ectopie testiculaire.</p><p>Le traitement de la hernie inguinale oblique externe est la cure chirurgicale, qui n�cessite la dissection et la r�section du sac, puis la r�paration de la paroi. L�utilisation d�un bandage n�est qu�un traitement palliatif, chez</p><p>l�adulte et chez le jeune enfant ; elle est � recommander seulement chez le nourrisson.</p><p>y La hernie inguinale directe est tr�s diff�rente. C�est une hernie de faiblesse qui ne survient que chez l�adulte : elle est due � une distension de la paroi abdominale au niveau d�un point faible (fossette inguinale moyenne).</p><p>C�est une saillie arrondie, situ�e au-dessus et sur les c�t�s de la racine de la verge, simple bombement de la paroi r�ductible ais�ment : le doigt qui refoule la hernie s�enfonce directement dans la paroi abdominale d�avant en arri�re. Cette hernie est souvent bilat�-</p><p>rale. En raison de la largeur du collet, elle n�a aucune tendance � s��trangler.</p><p>downloadModeText.vue.download 189 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5330</p><p>Sa cure chirurgicale consiste surtout � r�parer la paroi : il n�y a pas de sac � r�s�quer la plupart du temps.</p><p>La hernie crurale</p><p>C�est une hernie acquise, de la femme essentiellement : elle sort de l�abdomen dans la cuisse par l�anneau crural, au-dessous de l�arcade crurale. Form�e d�un sac p�riton�al, souvent associ�e � un lipome pr�herniaire, elle contient presque toujours de l��piploon et parfois une anse gr�le.</p><p>Elle survient �lectivement chez la femme peu muscl�e, �g�e, ob�se, ou au contraire ayant maigri r�cemment.</p><p>Cliniquement, la hernie (rurale se r�v�le par des douleurs, des tirail-lements au niveau de la racine de la cuisse. C�est une petite tum�faction si�geant au-dessous du pli de l�aine, en dedans de l�art�re f�morale, r�ductible et impulsive � la toux : en la r�duisant, on constate avec le doigt que son p�dicule s�engage dans l�anneau crural tr�s �troit. Cette hernie est souvent de petit volume, et sa recherche en est d�licate chez l�ob�se.</p><p>Plus que dans n�importe quel type de hernie, l��tranglement menace l��volution ; c�est un accident grave en raison de l��troitesse de l�orifice crural ; les l�sions intestinales sont vite irr�versibles.</p><p>Toute hernie crurale diagnostiqu�e</p><p>� � froid � doit �tre op�r�e pour supprimer ce risque �volutif grave. Toute hernie crurale �trangl�e doit �tre op�-</p><p>r�e d�extr�me urgence.</p><p>La hernie ombilicale</p><p>La hernie ombilicale vient au troisi�me rang des hernies par ordre de fr�-</p><p>quence. Elle se produit � travers l�orifice ombilical distendu.</p><p>Le sac en est constitu� par le p�ritoine, adh�rant � la peau et aux bords de l�anneau ombilical fibreux : dans les hernies volumineuses, des adh�rences multiples entra�nent des cloisonnements, facteurs d��tranglement.</p><p>La hernie ombilicale contient le plus souvent de l��piploon, et par intermittence une portion d�intestin gr�le.</p><p>y Chez l�adulte, la hernie est plus fr�quente chez la femme que chez l�homme ; elle est l�apanage des femmes grasses, ayant fait plusieurs grossesses. Si elle est de petite taille, elle peut entra�ner des manifestations douloureuses vari�es : elle se pr�sente comme une saillie arrondie, d�plissant l�ombilic, r�ductible, parfois noy�e dans la graisse.</p><p>Les hernies volumineuses forment des tumeurs �normes pouvant atteindre le volume d�une t�te d�enfant � dont le rev�tement cutan� est aminci, violac� �, difficilement r�ductibles.</p><p>Ces hernies sont menac�es d��tranglement, �voluant souvent au d�but par pouss�es et r�missions, de complications cutan�es (l�sions ecz�mati-</p><p>formes, ulc�rations, lymphangites).</p><p>y Chez l�enfant, on oppose la petite hernie ombilicale, vraie, si fr�quente chez le nourrisson, ne s��tranglant jamais et susceptible de gu�rir avec le port d�un bandage, � l�omphaloc�le du nouveau-n�, totalement diff�-</p><p>rente : dans cette malfa�on, tr�s rare, la paroi abdominale est remplac�e par une membrane souvent transparente ; cette affection est mortelle en l�absence d�intervention chirurgicale imm�diate. Elle s�accompagne souvent de grandes malformations (cardiaques, en particulier).</p><p>Les hernies de la ligne blanche</p><p>Elles sont bien plus rares : il s�agit surtout de hernie �pigastrique. Petite tum�faction r�ductible si�geant entre l�ombilic et l�apophyse xipho�de, la hernie �pigastrique est constitu�e par de l��piploon, sortant de la cavit� abdominale par un orifice anormalement �largi de la ligne blanche, constitu�e par l�entrecroisement des apon�vroses des muscles de la paroi abdominale (v. abdomen).</p><p>Les hernies rares</p><p>Les hernies ventrales, ou de Spiegel, se produisent au niveau de la paroi ant�-</p><p>rolat�rale de l�abdomen, � la jonction des fibres charnues et apon�vrotiques du muscle transverse, ou � travers un orifice vasculaire.</p><p>Les hernies lombaires sortent de l�abdomen par le triangle de J.-L. Petit.</p><p>Les hernies obturatrices sortent du bassin par le canal obturateur : le diagnostic en est fait � la p�riode d��tranglement au cours d�une intervention pour occlusion.</p><p>Les hernies ischiatiques, fes-</p><p>si�res, p�rin�ales sont tout � fait exceptionnelles.</p><p>Ph. de L.</p><p>F Abdomen / Diaphragme / Vert�bre.</p><p>H�rodote</p><p>En gr. H�RODOTOS, historien grec (Hali-carnasse v. 484 - Thourioi v. 420 av.</p><p>J.-C.).</p><p>N� dans une famille en vue d�Hali-carnasse, point de rencontre de plusieurs civilisations, H�rodote re�oit une �ducation soign�e et est �lev� dans le culte d�Hom�re par son oncle, le po�te Panyasis. Encore adolescent, il est exil� � Samos, � la suite d�une conspiration des siens contre le tyran Lygdamis, vassal des Perses : il est ainsi d�j� hostile � l�influence asiatique et au r�gime de la tyrannie. Rentr� avant 454</p><p>dans sa cit� natale, il songe sans doute � faire oeuvre d�historien. Il quitte sa patrie pour une s�rie de voyages, dont la chronologie et l�importance restent incertaines et qui l�am�nent � visiter la M�die, la Perse, l�Assyrie, l��gypte, le Pont-Euxin, la Gr�ce continentale et la Grande-Gr�ce. Vers 446-445, il se fixe � Ath�nes, o� il se lie avec P�ri-cl�s et Sophocle, et c�de � l�attrait de la litt�rature attique, notamment de la trag�die. Au printemps de 443, il part pour la colonie panhell�nique de Thourioi (sur les c�tes sud de l�actuelle Ca-</p><p>labre). On ne sait s�il revient � Ath�nes et s�il fait de nouveaux voyages : il meurt vers 420, apr�s avoir consacr� les vingt derni�res ann�es de sa vie � la r�daction de ses Histoires.</p><p>Conception de l�histoire</p><p>Cic�ron (De legibus, I, 1) appelle H�-</p><p>rodote le � p�re de l�histoire �. Il occupe, en effet, une place interm�diaire entre les logographes, qui se conten-taient de recueillir des documents, et son successeur imm�diat, Thucydide*, qui, derri�re les faits, veut d�couvrir les causes. D�s le d�but de son ouvrage, il prend soin de nous indiquer sa conception de l�histoire : � H�rodote de Thourioi expose ici ses recherches, pour emp�cher que ce qu�ont fait les hommes, avec le temps, ne s�efface de la m�moire, et que de grands et merveilleux exploits, accomplis tant par les Barbares que par les Grecs, ne cessent d��tre renomm�s ; en particulier, ce qui fut la cause que Grecs et Barbares entr�rent en guerre les uns contre les autres. � L�id�e ma�tresse de l�oeuvre est clairement expos�e : le sujet de son historia (� enqu�te �) est la mise au jour des raisons et des conditions de la lutte de l�Asie contre l�Occident.</p><p>L�objet de cette recherche est totalement neuf. Pour la premi�re fois dans la litt�rature grecque, un �crivain �</p><p>par ailleurs le premier grand prosateur</p><p>� se r�v�le capable de traiter son sujet comme faisant partie d�un ensemble plus vaste. La Gr�ce, imm�diat centre d�int�r�t, n�y constitue qu�une petite partie d�un monde bariol� qui se trouve au contact des terres myst�rieuses de l�Asie. H�rodote �largit la vision de l�Ath�nien de son temps, d�place l�attention de son lecteur sur autre chose que le seul sol grec, et sous-entend que l��volution de l�humanit� est command�e par le conflit de deux civilisations. Cette hauteur de vues est d�j� surprenante ; elle l�est plus encore si l�on songe que l�histoire ainsi �crite est alors �trang�re aux conceptions et � la nature du monde antique : la libre enqu�te du pass� pour �clairer le pr�sent est une activit� plus propre au monde moderne qu�� l�ancien, les Grecs, d�une fa�on g�n�rale, �tant plus pr�occup�s du pr�sent que du pass�.</p><p>Ajoutons qu�ils n�avaient qu�une attirance m�diocre pour les pays �trangers au leur, habit�s par des Barbares, c�est-</p><p>�-dire par des non-Grecs.</p><p>Deux civilisations s�opposent : or, H�rodote c�de � un parti pris, celui de la nette sup�riorit� de la Gr�ce sur l�Asie. Non seulement cette vue n�est pas fausse, mais elle a le m�rite d�introduire une certaine unit� dans l�oeuvre de l�historien. Quel est le point de d�part de son �tude ? Au cours de ses nombreuses p�r�grinations, H�rodote a beaucoup observ�. Ce voyageur curieux de tout sait voir. Il a sillonn� des contr�es mal connues pour pouvoir nourrir son entreprise. En �gypte, il consulte les archives des temples, en Gr�ce m�me il recopie des recueils d�oracles ; partout il visite les monuments, d�chiffre les inscriptions, se passionne pour les moeurs et coutumes, interroge les indig�nes et grave dans sa m�moire les renseignements qu�ils lui fournissent. Cet effort d�information est prodigieux. Mais H�rodote ne col-lectionne pas des faits purement � g�ographiques �, � la fa�on d�H�cat�e de Milet (VIe s. av. J.-C.) : sa curiosit� est ethnographique, c�est-�-dire qu�elle d�passe le plan de la simple description. Sans doute cette information n�est-elle pas toujours s�re : aux yeux d�un moderne, ce qui manque � H�rodote, c�est le contr�le des sources ; il ne se m�fie pas assez de la tradition downloadModeText.vue.download 190 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5331</p><p>orale, accepte trop facilement (par paresse d�esprit, par amour du joli conte, par cr�dulit� ?) des histoires extrava-gantes. Cela ne signifie aucunement qu�il n�est pas impartial, m�me s�il admet la supr�matie grecque. Cela ne veut pas dire non plus qu�il n�est pas sinc�re : Plutarque a �crit un trait� sur sa � malignit� �, mais nous n�avons pas de raisons, quelles que soient ses inexactitudes, de suspecter la loyaut� de l�historien.</p><p>Philosophie et</p><p>psychologie</p><p>Dans ce vaste drame que traitent les Histoires et o� se heurtent deux modes de vie et de pens�e inconciliables, le spectacle des �v�nements humains offre � H�rodote une source de m�ditations. C�est d�ailleurs un mouvement naturel � un �crivain qui consacre sa vie � une oeuvre et qui finalement prend un certain recul pour parvenir � une vision en profondeur du cours des choses. Cette succession d�empires qui s��l�vent sur les ruines des autres, ce bouleversement incessant de ce qui para�t le plus stable renforcent son sentiment de la fragilit� de la condition humaine et celui de la pr�carit� de l�existence. Voil� un th�me sans cesse pr�sent dans la pens�e grecque et qui se traduit chez H�rodote par la conviction qu�une force aux desseins imp�n�-</p><p>trables, le Destin, commande tous nos actes. Elle plie jusqu�aux dieux sous sa loi. Ce Destin jaloux veille � ce que l�homme trop prosp�re soit un jour abattu. Tel est le sens de l��mouvante histoire de Cr�sus (livre premier), car il ne faut compter � heureux aucun homme avant son tr�pas �. La N�m�sis ne se contente pas de ch�tier l�exc�s de bonheur : elle punit l�orgueil, la d�mesure. � Tu vois, dit Artabane � Xerx�s, comme la divinit� frappe de la foudre les animaux qui sont de grande taille sans permettre qu�ils en fassent parade, tandis qu�elle n�en veut nullement aux petits ; tu vois comme elle lance ses traits contre les �difices les plus hauts et les arbres les plus �lev�s ; car la divinit� aime � rabaisser tout ce qui s��l�ve</p><p>[...]. Elle ne tol�re l�orgueil que pour elle-m�me � (VII). D�o� la n�cessit� de la s�phrosyn�, la mod�ration en toutes choses, qui seule permet � l�homme d��chapper � la haine du Destin.</p><p>Cette attitude d�esprit, qu�on retrouve chez les po�tes tragiques, est quelque peu g�nante chez H�rodote, puisqu�il en r�sulte, outre un relatif pessimisme, l�id�e qu�il n�y a ni grands ni petits. Ce nivellement des valeurs condamne l�historien � traiter de la m�me mani�re ce qui pr�sente de l�int�r�t et ce qui est secondaire (� Je parlerai des petites cit�s comme des grandes ce qui �tait grand autrefois est devenu petit ; ce qui est grand aujourd�hui a commenc� par �tre faible ; aussi connaissant les vicissitudes de la</p><p>vie humaine, je mentionnerai les unes comme les autres � [I]). On voudrait qu�il soit plus critique, qu�il s�attarde plus sur l�essentiel (disons ce qui est essentiel pour nous modernes), qu�il hi�rarchise. Mais ce d�sir n�est-il pas vain ? H�rodote aurait-il fait preuve de la m�me absence de pr�jug�s, de la m�me curiosit�, s�il avait d� mettre en relief les �pisodes saillants de l�histoire de son temps et r�duire la part des faits m�diocres en eux-m�mes ?</p><p>Cette tendance � ramener les</p><p>hommes et les �v�nements � un cadre pratiquement uniforme conduit H�rodote � une psychologie qui peut pa-ra�tre souvent fragmentaire. Au heu de chercher � appr�hender le g�nie propre et la personnalit� d�un individu, il vise de pr�f�rence un type commun, propose une v�rit� d�ensemble plut�t qu�une v�rit� particuli�re. C�est dire que nous sommes en pr�sence de personnages conventionnels, chez qui n�apparaissent que des traits g�n�raux.</p><p>Ainsi, les principaux protagonistes des Histoires sont les reflets d�un peuple : Cr�sus est un Lydien, Cyrus un M�de, Xerx�s un Perse, Pausanias un g�n�ral lac�d�monien. La psychologie collective l�emporte sur la psychologie individuelle. Et pourtant, ces �tres vivent �tonnamment devant nous. H�rodote, en effet, proc�de � la fa�on des moralistes : il remarque les d�tails � que ce soit une attitude ou une intonation � et campe un personnage, une silhouette.</p><p>Loin de voir l�encha�nement psychologique des sentiments, loin de r�fl�chir sur les motivations d�un acte, il peint par petites touches des individus et les sch�matise. Comment voyons-nous</p><p>Cr�sus ? Au premier abord, il para�t bien avoir quelque r�alit� � et encore est-il fortement hell�nis� �, mais il devient tr�s vite le h�ros d�un conte moral ; il est l�homme aveugl� par la richesse qui, apr�s l��preuve, apprend � m�priser les biens. H�rodote met en sc�ne un �tre stylis� qui n�existe que pour autant qu�il sert de support � un apologue. L�homme aux prises avec la destin�e, qu�il soit Grec ou Barbare, puissant ou petit, voil� pour l�historien une mati�re in�puisable.</p><p>L�artiste</p><p>Le r�cit d�H�rodote, �crit dans un io-</p><p>nien m�l� d��olismes, progresse avec lenteur et est coup� de digressions, de contes et d�anecdotes. Il ressemble � ce labyrinthe d��gypte dont � les passages � travers les chambres, les circuits � travers les palais, causaient au voyageur mille surprises, alors qu�il passait d�une cour dans des chambres, des chambres dans des galeries, des galeries dans d�autres espaces couverts, et des chambres dans d�autres cours �. Cette allure capricieuse, cette fl�nerie �l�gante qui se compla�t dans la narration d�aventures incidentes donnent un charme tout particulier � l�oeuvre. H�rodote excelle, avec une savante ing�nuit� qui n�exclut pas un demi-sourire, � raconter des histoires plus ou moins l�gendaires. La femme du roi Candaule, Arion sauv� par un dauphin, Rhampsinite descendant aux Enfers pour jouer aux d�s avec D�m�-</p><p>ter, le p�tre Gyg�s devenu roi de Lydie, D�moc�de ou le m�decin malgr� lui, Polycrate et son anneau, l�enfance de Cyrus, la jolie fille de P�onie, le sourire de l�enfant de Labda sont quelques exemples des dizaines de contes qui s�ins�rent souplement dans la trame du r�cit. Quant aux grandes fresques �</p><p>Marathon, Salamine, Plat�es �, elles sont d�une simplicit� charmante, derri�re laquelle transpara�t l��motion de l�historien. Si ces passages n�ont pas l�ampleur dramatique d�Eschyle, ni la sobri�t� de Thucydide, ni la pr�cision de Polybe*, ils ont du moins toute la saveur d�un conte.</p><p>Chez H�rodote, l��loquence est instinctive : ses dialogues sont riches en sentences (est-ce sous l�influence de la po�sie gnomique ?) et sont le v�hicule de fortes consid�rations philosophiques ou historiques, telles les pages o� D�marate expose � Xerx�s le caract�re des Lac�d�moniens (VII), telles l�admirable d�lib�ration de Darios, M�gabyse et Otan�s sur la meilleure forme de gouvernement, ou la consultation des g�n�raux grecs � la veille de Salamine (VIII). Il reste que la gr�ce du discours de l�historien n�est pas accidentelle : comme les po�tes, H�rodote a �crit ses Histoires pour qu�elles soient lues � haute voix et non pas �tu-di�es dans l�intimit� des biblioth�ques.</p><p>L�oeuvre d�H�rodote</p><p>Les Histoires se divisent en neuf livres, auxquels les Alexandrins ont donn� le nom des neuf Muses. H�rodote y expose la fondation, puis les progr�s de la puissance perse (I-V), qui doit mater la r�volte d�Ionie (VI).</p><p>Le conflit de l�Orient et de la Gr�ce aboutit aux d�faites de l�Empire perse (VI-IX).</p><p>y Livre premier, Clio. Histoire de Cr�sus, le premier roi de Lydie, et soumission de son royaume par Cyrus. L�enfance merveilleuse de ce dernier, qui devient ma�tre de la Perse ; ses conqu�tes, sa mort.</p><p>y Livre II, Euterpe. Description et histoire de l��gypte.</p><p>y Livre III, Thalie. Exp�dition de Cam-byse, fils de Cyrus, en �gypte. Sa fin. �pisode de Polycrate, tyran de Samos. Darios monte sur le tr�ne de Perse ; il organise son empire.</p><p>y Livre IV, Melpom�ne. Exp�dition de Darios en Scythie (512) ; description de ce pays. Les conqu�tes du Grand Roi en �gypte. Soumission de la Thrace par les Perses.</p><p>y Livre V, Terpsichore. Aristagoras de Milet soul�ve l�Ionie (499) afin de secouer le joug perse. Ath�nes entre dans la ligue Ionienne.</p><p>y Livre VI, �rato. D�faite de l�Ionie et soumission des lies et des villes de l�Helles-pont. Malheureuse exp�dition de Mardo-nios contre la Gr�ce. Seconde exp�dition des Perses, qui sont vaincus � Marathon (490).</p><p>y Livre VII, Polymnie. Mort de Darios (486). Son fils Xerx�s se pr�pare contre la Gr�ce, puis l�envahit. La r�sistance grecque ; les Thermopyles.</p><p>y Livre VIII, Uranie. Combat naval pr�s d�Art�mision. Salamine (480) : la puissance barbare est bris�e. Retraite de Xerx�s.</p><p>y Livre IX, Calliope. Plat�es (479) et Mycale ; prise de Sestos par les Ath�niens.</p><p>Modernit� d�H�rodote</p><p>Cette mati�re h�t�rog�ne, cette masse �norme d�observations accumul�es pendant une existence exercent leur pleine s�duction gr�ce � la transpo-</p><p>sition de l�art. Les m�rites litt�raires d�H�rodote ne sont pas minces. Il faut m�me r�agir contre son charme enve-loppant pour lire l�oeuvre comme un ouvrage d�histoire, tant cet ensemble tour � tour romanesque, tragique ou merveilleux, parfois teint� d�humour, voire de gaillardise, pousse le lecteur � perdre son sens critique et � se contenter d�une v�rit� souvent approximative.</p><p>Plus encore sommes-nous sensibles au fait que l�historien est constamment ouvert � la vie, qu�il y a chez lui un don de sympathie et de compr�hension pour l�activit� individuelle sous toutes ses formes. Dans ce � miroir promen� le long de la route �, son regard amus�, toujours curieux, jamais amer, s�attarde avec bienveillance sur les exploits et les d�ceptions des hommes. Le plaisir visible qu�il retire de la vari�t� des choses, son enchantement presque juv�nile devant le ph�nom�ne humain ont une force communicative. Ce livre downloadModeText.vue.download 191 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5332</p><p>d�un sage, qui sait �tre frivole, nous touche par sa g�n�reuse vitalit�.</p><p>A. M.-B.</p><p>F Gr�ce / Histoire.</p><p>A. Hauvette, H�rodote, historien des guerres m�diques (Hachette, 1894). / F. Focke, Herodot als Historiker (Stuttgart, 1927). /</p><p>P.-E. Legrand, Introduction, notice pr�liminaire sur la vie et la personnalit� d�H�rodote (Les Belles Lettres, 1932). / K. Wuest, Politisches Denken bei Herodot (Wurzbourg, 1935). /</p><p>J. E. Powell, The History of Herodotus (Cambridge, 1939). / M. Untersteiner, La Lingua di Erodoto (Bari, 1949). / R. Crahay, la Litt�rature oraculaire chez H�rodote (Les Belles Lettres, 1956). / A. de S�lincourt, The World of Herodotus (Londres, 1962 ; trad. fr. l�Univers d�H�rodote, Gallimard, 1966). / H. R. Immerwahr, Form and Thought in Herodotus (Cleveland, 1966). /</p><p>H. F. Bornitz, Herodot-Studien (Berlin, 1968).</p><p>/ J. Lacarri�re, H�rodote et la d�couverte de la terre (Arthaud, 1968).</p><p>h�ros litt�raire</p><p>(le)</p><p>La critique litt�raire d�finit le h�ros comme le personnage principal du r�cit ou du drame sans attacher � cette qualification aucune notion de courage ou de valeur morale.</p><p>L�usage du terme est g�n�ralement limit� aux formes narratives (�pop�e, roman, nouvelle) et dramatiques, � l�exclusion du genre lyrique. L�individualisation du personnage doit �tre telle qu�elle �tablisse une interaction manifeste de l�int�riorit� du sujet et de la r�alit� ext�rieure, qu�elle �quilibre les caract�res imm�diats, personnels, et le rapport avec une r�alit� sociale, historique et humaine. Une pi�ce lyrique peut pr�senter des traits �trangers � sa forme premi�re : s�quence temporelle, action, et substituer au mode d�expression subjectif une structure organique proche de celle du r�cit, dans un cadre limit�. Elle peut aussi prendre l�aspect d�un dialogue dramatique. Dans ces cas, un h�ros est au centre de l�oeuvre : Prufrock est le personnage principal de The Waste Land de T. S. Eliot*.</p><p>Fonction du genre litt�raire et d��l�-</p><p>ments socio-historiques, la conception du h�ros est aussi variable que la mani�re dont est �tablie la co�ncidence du personnage avec l�essence de la r�alit�. Elle doit cependant satisfaire � quelques exigences simples : retenir l�attention et la sympathie du lecteur ou du spectateur par un lien �motionnel qui d�pend de la construction es-th�tique de l�oeuvre et qui ne rappelle pas n�cessairement les conventions sociales et morales du moment ; pr�-</p><p>senter un personnage central nettement d�fini, autrement dit caract�ristique : il doit recevoir un nom propre qui peut avoir une valeur descriptive, et certains traits psychologiques qui constituent une unit�. Les moyens de cette caract�risation sont divers : correspondance �troite de l�acte et de l�int�riorit� du sujet, description directe par l�auteur ou le personnage lui-m�me. Les formes narratives et dramatiques ob�issent au principe de la causalit� ; le h�ros est un moyen d�assurer l�encha�nement des faits et des motifs de l�argument, et de personnifier les liens de cause � effet. La modification du caract�re est ins�parable du changement de la situation dramatique dans le r�cit. La notion</p><p>d�anti-h�ros, ch�re au roman et � la critique contemporaine, ne contredit pas, quant au fond, ces �l�ments sp�cifiques de toute forme narrative et dramatique.</p><p>Le rapport sujet-objet est d�s�quilibr� (tant�t le h�ros semble s�absenter du r�cit � Alain Robbe-Grillet* �, tant�t il para�t faire vivre de sa psych� ce qui lui est ext�rieur � Nathalie Sarraute*</p><p>�), mais le personnage principal subsiste auquel tout est rapport�, f�t-il pur regard ou compl�te passivit�.</p><p>H�ros ou anti-h�ros, l�opposition ne prend de sens que par le pouvoir d�action, plus ou moins grand, du personnage puisque, dans un r�cit ou dans un drame, l�intrigue n�est que l�accomplissement de certains actes par un sujet donn�. Comme l�a indiqu� Northrop Frye, les diff�rents genres litt�raires peuvent �tre class�s suivant le pouvoir d�agir du h�ros ; il n�est de personnage principal que dans la mesure o� il est donn� d�appr�cier son aptitude � accomplir ce qui est attendu, exig� de lui. Ce principe normatif commande sa caract�risation et traduit, au plan litt�raire, les id�es dominantes, dans une soci�t� donn�e, sur la puissance humaine et les limites de son exercice. Dans le mythe, le h�ros est sup�rieur � tout homme, il appartient � l�ordre divin. S�il ne peut �tre tenu pour un personnage litt�raire, il est, cependant, � l�origine de la typologie de l�acteur principal des formes narratives et dramatiques, qui, � la diff�rence du mythe, ne pr�tendent pas � une repr�-</p><p>sentation encyclop�dique du r�el. Dans la l�gende, le conte populaire, le M�rchen et leurs d�riv�s, les lois naturelles sont partiellement ou totalement abolies ; bien qu�il soit d�fini comme un homme, le h�ros d�tient un pouvoir �tranger � l�humanit�. Dans l��pop�e et la trag�die, il est sup�rieur � ses semblables, mais est domin� par l�ordre naturel, social ou surnaturel. Dans le roman et la com�die, il n�est sup�rieur, en pouvoir, ni � ses semblables, ni � l�ordre ext�rieur ; il se confond avec l�humanit� moyenne : c�est pourquoi Henry Fielding* remarquait d�j� que le roman n�avait pas de h�ros. � cet homme sans qualit�s qu�est devenu le personnage principal, suivant la formule de R. von Musil, succ�de l�antih�ros, qui, en stricte d�finition, est</p><p>inf�rieur � ses semblables et donne l�impression d��tre diminu� ou asservi.</p><p>Cette classification permet de d�gager la succession des genres litt�raires et le principe de l��volution du personnage principal dans la litt�rature occidentale. Du pouvoir d�action du h�ros de l��pop�e, qui ordonne le r�el, l�on passe � l�identification stricte de la psych� du personnage � la r�alit� quotidienne, comme dans Ulysses (Ulysse) de James Joyce*, o� l��quivalence du subjectif et de l�objectif fait participer l��tre et le monde d�un principe unique de d�composition ; la d�construction � laquelle proc�de Leopold Bloom, par le discours int�rieur, est l�envers de l�action �quilibr�e du personnage �pique.</p><p>La constitution de l��pop�e et de la trag�die suppose la rupture de l�univers mythique et la conception de l�homme comme �tre historique ; la lente �volution du h�ros litt�raire marque une r�duction croissante du rapport du sujet � la totalit� historique, et, cons�-</p><p>quemment, une identit� individuelle de moins en moins caract�ris�e.</p><p>Le h�ros de l��pop�e agit pour d�-</p><p>couvrir ou r�tablir l�ordre premier ; il �tablit la certitude de la stabilit� face � la naissance et � la mort des individus, � l�apog�e et au d�clin des empires.</p><p>L�Iliade, l�Odyss�e, l��n�ide marquent toutes le retour au point de d�part, alors que le h�ros est apparemment mis en danger. L�agent est le t�moin manifeste de l�union d�une temporalit� cyclique et d�une temporalit� s�quentielle, qui est le voile de la premi�re. Don Qui-chotte, affirmant : � Ami Sancho, il faut que tu saches que je suis n�, par la volont� du ciel, en ce pr�sent �ge de fer, afin d�y faire revivre celui d�or ou le Dor�, comme on a coutume de le nommer... �, souligne la fonction du h�ros �pique, qui est de restituer la l�galit� divine, olympienne. L�homo-logie du monde visible et de l�invisible entra�ne que les caract�res des personnages sont fix�s une fois pour toutes.</p><p>Ulysse sera toujours l�homme aux mille ruses et tenu d�agir suivant cette d�finition ; il ne peut �voluer : Ath�na le rajeunit pour effacer les marques de dix ann�es d�errance. Condamn� � la perfection, dans la mesure m�me o� il participe de la stabilit� de l�univers, le h�ros �pique jouit d�un statut naturel et</p><p>historique privil�gi� qui fait de lui un �tre exemplaire de la co�ncidence de l�ordre humain et de l�ordre divin ; il ne lui est refus� que l�immortalit�. La religion chr�tienne marque la fin de la tradition �pique originelle. Le Paradis perdu (Paradise Lost) de John Milton*</p><p>d�finit l�h�ro�sme comme l�ob�issance, la fid�lit� � Dieu, et l�action comme la cr�ation de l�homme ou du monde par Dieu ; le sujet humain devient passif ou ne peut agir que par la r�volte. Adam, contraint, apr�s la chute, de travailler la terre, est le pr�d�cesseur de Robinson Crusoe. Aussi, dans la L�gende des si�cles de Victor Hugo*, le h�ros est-il l�humanit� consid�r�e comme un tout, puisque l�individu est compl�tement s�par� du monde divin et de la temporalit� cyclique. Le progr�s de l�argument ne se confond pas avec le retour � une stabilit� premi�re, mais avec le dessin d�un futur.</p><p>Le genre tragique appara�t au VIe s.</p><p>av. J.-C. R�cit de la libert� et de la fatalit�, il condamne le h�ros � s�interroger sur la source de ses actions. Pour �tre capable d�une telle question, l�agent doit se consid�rer au moins partiellement autonome par rapport � l�ordre divin, et dou� d�une int�riorit� psychologique propre. Comme il y a toujours discordance entre la d�cision du h�ros et les cons�quences, le rapport de la volont� � l�acte reste probl�matique, et l�identit� personnelle est d�finie par ce qui n�a pas �t� choisi. Innocent coupable, coupable innocent, tel est OEdipe. Le h�ros tragique con�oit les plans humain et divin comme distincts, oppos�s, et cependant ins�parables.</p><p>Il a le sens de la responsabilit� et de son individualit�, mais il ne se suffit pas encore � lui-m�me. Chacun de ses gestes participe du monde invisible.</p><p>Le h�ros tragique des temps modernes reste la victime du destin et condamn� � mourir, mais il a, le plus souvent, une claire conscience de la source de ses actions. Son autonomie est compl�te, m�me s�il se r�f�re � quelque divinit�.</p><p>Il devient l�acteur d�un drame h�ro�que comme chez Corneille*, ou historique comme chez Shakespeare*, ou passionnel. Dans Hamlet et Macbeth, Fortin-bras et Malcolm, les personnages qui �chappent � la mort et sont charg�s de maintenir l�ordre de la cit�, indiquent que l�histoire est un ingr�dient n�ces-</p><p>saire de la r�solution tragique. Trag�die de l�honneur, trag�die de la vengeance, trag�die de la passion, la responsabilit� du sujet se d�finit en termes strictement humains, m�me si elle s�applique � des donn�es religieuses. Les cons�-</p><p>downloadModeText.vue.download 192 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5333</p><p>quences du choix ne r�sultent plus de la co�ncidence ambigu� de l�humain et du divin, mais de l�interaction avec les formes diverses de la vie quotidienne.</p><p>Le h�ros se distingue par son pouvoir de d�cision et par le constat que toute d�cision entra�ne la ruine. Hamlet est un homme perdu d�s qu�il a cess� de d�lib�rer. De Sophocle aux trag�dies modernes, le personnage est affront� au r�sultat de sa volont� et � un ordre qui le d�passe, celui des dieux, celui de l�histoire, celui de la soci�t�, celui de la libert� d�autrui. Au XVIIIe s., la trag�-</p><p>die s�efface devant le drame : le sujet ne se d�finit plus seulement par sa responsabilit�, mais, priv� d�un pouvoir et d�une lucidit� sup�rieurs � la moyenne humaine, il se pr�te � des caract�risations aussi diverses que le personnage romanesque.</p><p>Le h�ros romanesque est un sujet autonome qui n�appartient ni � une totalit� humaine indiff�renci�e ni � un ordre divin. Il est l�individu soumis � sa libert�. Ainsi s�par� de toute organisation qui puisse le d�finir a priori, son identit� se confond avec sa situation spatiale et temporelle, et ses souvenirs.</p><p>Son statut est ins�parable du r�alisme, c�est-�-dire de l�examen des realia, de la vie quotidienne, sans aucun pr�suppos� g�n�ral th�ologique ou m�taphysique. En l�absence de toute d�termination globale, le sujet doit inventer ses fins et se donner une raison d��tre. Pa-nurge, vagabond d�gag� de tous liens sociaux et familiaux, et de tous biens, est notre premier h�ros de roman. Une telle conception du personnage est ins�parable de la R�forme, de l��galitarisme propre au protestantisme, de la morale catholique, qui attache une importance particuli�re aux oeuvres des philosophes tels que Descartes, Hume, Hobbes, qui d�finissent la na-</p><p>ture de l�exp�rience individuelle. Les notions d�action et de n�cessit� disparaissent au profit de celle d�aventure biographique : le h�ros n�est plus un type litt�raire ou historique h�rit� de la tradition, il doit �tre original. Novel, l��quivalent anglais du mot roman, signifie � nouveau �. Au-del� des d�tails des arguments et des actes, le personnage romanesque confronte l�unit� de sa propre conscience � l��tendue du monde, et cherche constamment une ad�quation du sujet et de l�objet. Sa conscience est � la fois trop petite et trop vaste : elle est incapable, � partir de sa perception singuli�re, d��chapper � la multiplicit� du r�el, qui devient peu � peu le sympt�me de l�absorption du sujet par ce qui lui est �tranger, mais, suivant les termes de Hermann Broch, elle aspire toujours � un ordre supraso-cial qui organise la vie quotidienne et d�passe la disparit�. L��tre conna�tra la pl�nitude lorsqu�il aura r�alis� l�accord avec sa soci�t�, qui est celui de l�unit� subjective et de la totalit� du r�el. Cette dualit�, qu�il tente de r�duire au coeur de l�existence quotidienne, permet au h�ros romanesque de d�finir une perspective critique : ce qui est ne peut se s�parer d�un devoir �tre. Tout cadre divin ou th�ologique effac�, l�aventure du sujet est celle de ses contacts avec la soci�t� ; il n�agit que lorsqu�il existe un rapport de r�ciprocit� entre le moi et le r�el. Que ce rapport disparaisse, l�identit� est condamn�e � se d�faire, le personnage voit la r�alit� comme son propre reflet ou il a l�impression d��tre poss�d� par ce qui lui est �tranger. Telle est l�origine de l�anti-h�ros : l��gocentrisme propre au h�ros romanesque (on fit la remarque � propos de Robinson Crusoe, au XVIIIe s.), signe de l��mergence � la conscience individuelle, conduit � la dissolution du moi. Aussi le personnage peut-il �tre celui de la parole anonyme, comme chez Maurice Blanchot, celui de la confusion des consciences, comme chez Marguerite Duras, l�Homme invisible (Invisible Man), suivant le titre de Ralph Ellison. Pour racheter cette disparit�, le mythique reste toujours proche du romanesque, il est le moyen formel de conserver un statut au h�ros.</p><p>L�influence de The Golden Bough (le Rameau d�or), ouvrage d�anthropologie religieuse de James Frazer, sur les</p><p>�crivains anglais et am�ricains apr�s la Premi�re Guerre mondiale, les r�-</p><p>f�rences contemporaines � la l�gende d�OEdipe la confirment. Contraint de vivre dans le quotidien, le h�ros romanesque tente de dominer la disparit� des jours par un ordre r�p�titif. Lointain successeur du personnage �pique, il �prouve que le sujet, �veill� � lui-m�me par l�histoire, ne peut se suffire dans l�histoire. Il partage avec le h�ros tragique l�exp�rience de l�absence apparente de toute rationalit�. Comme le sugg�re le titre du roman de Carlo Levi Cristo si � fermato a Eboli (Le Christ s�est arr�t� � Eboli), le h�ros litt�raire vient � l�existence lorsque tout garant de la stabilit� des �tres et des choses a disparu ; il lui appartient de traiter avec le d�sordre imm�morial, celui de nos cit�s ou de notre humanit�.</p><p>J. B.</p><p>F Litt�rature.</p><p>G. Luk�cs, Die Theorie des Romans (Berlin, 1920 ; nouv. �d., 1963 ; trad. fr. la Th�orie du roman, Gonthier, 1963). / N. Frye, Anatomy of Criticism (Princeton, 1957 ; trad. fr. Anatomie de la critique, Gallimard, 1969). / J. B. Vickery (sous la dir. de), Myth and Literature. Contem-porary Theory and Practice (Reno, 1966).</p><p>herp�s</p><p>Nom m�dical du � bouton de fi�vre �, l�une des plus fr�quentes des derma-toses virales.</p><p>L�herp�s cutan� consiste en un bou-quet de petites v�sicules reposant sur une base �ryth�mateuse (rouge). Leur confluence produit une phlyct�ne (une ampoule), de contour fait de petits cercles juxtapos�s (polycyclique). Leur rupture aboutit apr�s dess�chement � la formation de minces cro�tes brun�tres.</p><p>Le ganglion lymphatique de la r�gion peut �tre augment� de volume pendant quelques jours. Le si�ge de pr�dilection est la face, l�atteinte des doigts est plus rare.</p><p>Les conditions d�apparition sont diverses : maladies infectieuses, choc hormonal (menstruation), traumatismes, vaccinations. L�herp�s est parfois r�cidivant. L�herp�s catam�nial</p><p>(apparaissant aux r�gles) se reproduit parfois des ann�es. L�herp�s peut si�-</p><p>ger aux muqueuses : l�vres, vulve, muqueuse balano-pr�putiale, anus. Chez la femme, l�herp�s vulvaire profus est fait d�ulc�rations confluentes accompagn�es d�oed�me ; il est tr�s douloureux.</p><p>L�ur�trite herp�tique est exceptionnelle, et sa nature virale le plus souvent m�connue. L�herp�s pharyng� (angine herp�tique) d�bute brusquement avec des frissons, une fi�vre �lev�e. Les �rosions sont multiples, confluentes, douloureuses et causent une forte g�ne pour avaler. L�intensit� des signes g�n�raux doit faire rechercher la possibilit� d�une maladie infectieuse qui ext�riorise l�herp�s.</p><p>L�herp�s de la corn�e (k�ratite herp�tique) est tant�t b�nin, tant�t grave, infiltrant, capable de l�ser d�finitivement la corn�e (donc la vue).</p><p>Le virus herp�tique a de 120 �</p><p>150 millimicrons. Inocul� � la corn�e du lapin, il provoque une k�ratite souvent suivie d�une enc�phalite mortelle. Chez l�homme, l�extension � l�enc�phale est au contraire exceptionnelle. Le diagnostic se pose avec : l�ecz�ma (v�sicules plus petites, associ�es � d�autres manifestations), la varicelle (ombilication et �ge diff�rent des v�sicules), l�imp�tigo (v. bulles).</p><p>Sa diff�renciation d�avec le zona*</p><p>peut �tre plus d�licate. Le diagnostic de l�herp�s g�nital est g�n�ralement difficile et cause de fr�quentes erreurs en v�n�r�ologie, en particulier en cas d�herp�s atypiques : herp�s solitaire, herp�s g�ant, herp�s indur�. Il peut �tre n�cessaire de pratiquer un examen � l�ultramicroscope pour affirmer qu�il s�agit bien d�herp�s et non de l�sions syphilitiques (v. chancre et syphilis).</p><p>L�herp�s ne n�cessite qu�un traitement local visant � �viter l�infection secondaire. L�herp�s r�cidivant exige un traitement g�n�ral : vitamine C, vaccinations antivarioliques r�p�t�es 5 fois � 15 jours d�intervalle et surtout vaccin antiherp�tique, plus r�cent.</p><p>A. C.</p><p>A. S. Kaplan, Herpes Simplex and Pseudora-</p><p>bies Viruses (New York, 1969).</p><p>Herrera</p><p>(Francisco)</p><p>Peintre espagnol (S�ville v. 1580? -</p><p>Madrid apr. 1657).</p><p>Herrera le Vieux (� el Viejo �), l�un des � peintres insignes � du si�cle d�or</p><p>� � Soleil l� o� [Francisco] Pacheco n�est qu��toile �, dit Lope de Vega d�s 1630 dans son Laurel de Apolo �, est aussi le plus mal connu des ma�tres de son temps. Et surtout, il est victime �</p><p>comme le fut Ribera* � de l�gendes qui en font un personnage truculent, col�reux et tyrannique, peignant furieusement, � coup de brosses et de balais, terrorisant ses �l�ves, dont aucun ne r�siste � ses rebuffades, et ses enfants, qui fuient la maison paternelle, la fille vers le couvent, le fils vers Rome ; faux-monnayeur � l�occasion, il est absous par Philippe IV, admirateur de son talent. Il est probable que Herrera fut fantasque et difficile � vivre, si l�on en juge par les documents d�archives qui relatent des proc�s, des menaces de contrainte par corps pour le cas o� l�artiste n�ex�cuterait pas ses contrats.</p><p>Mais rien de plus : nous ne connaissons Herrera que par ses oeuvres, dont la fougue et le mouvement l�opposent, il est vrai, au grand style paisible de Roelas* ou de Zurbar�n*.</p><p>N� � S�ville, peut-�tre entre 1580 et 1590, il appara�t pour la premi�re fois en 1610 comme graveur, et en 1617</p><p>comme peintre, avec une Pentec�te (Tol�de, mus�e du Greco) vigoureusement dessin�e, mais encore mani�riste et de tons clairs, tr�s en retard sur les oeuvres de jeunesse de V�lasquez*.</p><p>C�est entre 1625 et 1630 que Herrera s�affirme comme un ma�tre plein de brio et d��clat. Si son Jugement dernier de 1629 (S�ville, San Bernardo) downloadModeText.vue.download 193 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5334</p><p>est d�une violence un peu creuse et n��chappe pas aux formules acad�-</p><p>miques, son vaste Triomphe de saint</p><p>Herm�n�gilde (S�ville, mus�e des Beaux-Arts), � trois zones superpos�es comme dans les tableaux de Roelas, montre un �lan, une chaleur de tons, une libert� d�ex�cution sans pr�c�-</p><p>dent dans la peinture s�villane. Et la s�rie qu�il peint en 1628 pour la nef du coll�ge San Buenaventura, consacr�e � la jeunesse du saint (Zurbar�n traitant concurremment sa vie publique et sa mort) et qui se partage aujourd�hui entre le Prado, le Louvre et peut-�tre le mus�e de Greenville (�tats-Unis), est unique dans la peinture s�villane par l�aisance et le naturel, l�ampleur du style, l��clat de la couleur, la vari�t� et le puissant relief des portraits � ceux-ci atteignent parfois un accent presque caricatural (Profession du saint, Prado)</p><p>�, tandis que l�intensit� de l�expression religieuse, l��clat assourdi des chasubles et des tentures dans un moel-leux demi-jour font de la Communion du saint (Louvre) une des oeuvres majeures de la peinture espagnole.</p><p>Par la suite, Herrera �volue vers un lyrisme de plus en plus baroque, cr�ant une galerie de vieillards barbus, p�nitents ou proph�tes (Saint J�r�me du mus�e de Rouen, 1636), de pontifes imp�rieux (Triomphe de saint Basile, 1639, mus�e de S�ville ; Saint Basile dictant sa doctrine, Louvre), d�un accent �pique qui les fait reconna�tre aussit�t.</p><p>Vers 1640, le peintre semble s�apaiser, traitant des sujets plus intimes (Sainte Famille, mus�e de Bilbao, d�s 1637), s�int�ressant davantage aux effets de lumi�re et au paysage. Un seul des grands panoramas � frises de personnages devant des campagnes bois�es � sur les miracles de Mo�se et du Christ, peints en 1647 pour l�archev�ch� de S�ville, s�est conserv� (Madrid, palais archi�piscopal) : le Miracle des pains et des poissons, dont Murillo s�inspirera plus tard � la Caridad de S�-</p><p>ville. Herrera s�installe alors � Madrid, peignant des th�mes d�intimit� chr�-</p><p>tienne comme ses Saint Joseph (Madrid, mus�e L�zaro Galdiano, 1648, et mus�e de Budapest). Il ne doit pas y vivre bien longtemps : apr�s son testament de 1657, on perd sa trace.</p><p>Ce fougueux cr�ateur de h�ros</p><p>tourment�s, ce magnifique artisan ne</p><p>fut pas moins remarquable � d�apr�s ses contemporains � comme peintre de natures mortes : mais aucune ne nous est parvenue. En revanche, le Prado poss�de, sign�e, une T�te coup�e de martyr noy�e dans la p�nombre, brillant morceau de rh�torique macabre : Herrera fut peut-�tre le cr�ateur de ce genre, qu�illustr�rent, dans la seconde moiti� du si�cle, de nombreux peintres s�villans, Vald�s* Leal en t�te.</p><p>L�a�n� de ses fils, Francisco Herrera le Jeune (� el Mozo �) [S�ville 1622 -</p><p>Madrid 1685], fut �galement peintre et architecte renomm�. Ayant achev� sa formation en Italie, revenu � S�ville vers 1655, il peignit pour la cath�drale des tableaux (le Saint Sacrement ador� par les docteurs, le Triomphe de saint Fran�ois), qui r�v�lent un dynamisme baroque plus th��tral que celui de son p�re, plus sensible aussi � des raffine-ments de couleurs d�grad�es, � des effets de clair-obscur appris peut-�tre des V�nitiens. Apr�s 1660, il se transporta � Madrid ; il y fut l�un des pourvoyeurs les plus f�conds des �glises madril�nes en grands tableaux d�autel (Ascension de saint Herm�n�gilde, Prado) et en fresques, tr�s admir�es, mais dont aucune ne subsiste.</p><p>En 1677, il devient ma�tre d�oeuvre des b�timents royaux. � ce titre, il donne les plans de la nouvelle basilique du Pilar � Saragosse : le sanctuaire, tr�s vaste, aurait �t� � la fois grandiose et pittoresque, avec la for�t des coupolettes sur les chapelles entourant la grande coupole centrale. Mais l�artiste mourut sans l�avoir achev�e, et ses successeurs modifi�rent f�cheusement ses plans.</p><p>P. G.</p><p>Herriot (�douard)</p><p>Homme politique fran�ais (Troyes 1872 - Saint-Genis-Laval, Rh�ne, 1957).</p><p>Ce n�est certes pas l�exercice du pouvoir qui a rendu c�l�bre �douard Herriot : il ne passa que peu de temps au gouvernement. En revanche, son nom s�attache � trois postes qu�il mar-</p><p>qua de sa forte personnalit� : la mairie de Lyon, qu�il occupa un demi-si�cle et o� il se rendait r�guli�rement chaque semaine, la pr�sidence de la Chambre et celle du parti radical, groupement dont il fit entre les deux guerres le pivot de la R�publique.</p><p>�douard Herriot fut avant tout � le pr�sident � ; c�est par centaines que l�on peut compter les soci�t�s, les banquets, les congr�s qu�il pr�sida.</p><p>Pr�sider �tait pour lui un plaisir et il exprimait ce plaisir au cours d�une intervention impatiemment attendue de l�assistance, que la magie du verbe de l�orateur charmait et enthousiasmait tour � tour ; m�nageant savamment ses effets, pointant du doigt, �cartant tel argument d�un ample mouvement du bras, accompagnant son propos de mimiques appropri�es du visage, Herriot traitait avec brio de tous les sujets, faisant jaillir opportun�ment de sa prodigieuse m�moire le fait pr�cis ou la citation indispensable.</p><p>Physiquement, �douard Herriot �tait une force de la nature, mais sa massi-vit� n�allait pas sans gr�ce : une t�te puissante couronn�e de cheveux drus, le regard p�n�trant sous des sourcils �pais, la moustache courte soulignant la bouche charnue.</p><p>Le peuple fran�ais se reconnaissait en lui : d�un app�tit gargantuesque, mais fin gourmet, il appr�ciait la bonne cuisine et les bons vins. Peu soucieux de protocole, la tenue vestimentaire n�glig�e, la pipe � la bouche, il �coutait avec une humeur �gale les requ�tes des humbles et les hommages des notables.</p><p>Herriot se sentait � peuple � : mont� aux honneurs par le travail et non par la fortune, il m�prisait l�argent, qui corrompt, et pratiquait l�honn�tet� en politique. Pour ne pas renier la signature de la France � l��gard des �tats-Unis, il quitta le pouvoir en 1932, et ce geste frappa l�imagination populaire. Il pensait que la culture ne peut �tre l�apanage d�une �lite : ouvrir les arcanes du savoir � tous (�cole unique), d�mocratiser l�enseignement secondaire (gratuit�, 1927), d�velopper l�enseignement technique afin de cr�er un humanisme moderne fond� sur la culture scientifique, et finalement atta-</p><p>cher la jeunesse � la R�publique, tels sont ses soucis au minist�re de l�Instruction publique (1926-1928).</p><p>Herriot s�assimile le � Fran�ais moyen � qui vote radical, le petit propri�taire, l�artisan, le commer�ant soucieux d��galitarisme et m�fiant � l��gard des puissances d�argent. Entre les deux guerres, il appara�t v�ritablement comme l�oracle de la R�publique.</p><p>Pour lui, la d�mocratie est le gouvernement id�al, qui prot�ge les libert�s du citoyen d�finies dans la d�claration de 1789. � cet id�al de libert� s�accroche un id�al de progr�s : la d�mocratie se doit d��tre sociale (mais non socialiste et dirigiste). Enfin, vertu r�publicaine � laquelle il tient par-dessus tout, la la�-</p><p>cit� assure le respect des consciences ; Herriot est la�que avec une pointe de sectarisme (affaire de l�ambassade du Vatican, politique antireligieuse du Cartel), ce qui ne l�emp�che pas d�admirer Pascal et l�humanisme chr�tien et d�entretenir d�excellentes relations avec l��glise de Lyon.</p><p>Il est m�fiant � l��gard de tout bona-partisme. Il s�oppose � Millerand en 1923, aux d�crets-lois de Caillaux en 1926, aux projets autoritaires de Doumergue en 1934.</p><p>� l�instar des Jacobins de 1793, Herriot allie l�amour de la libert� � l�amour de la patrie : la patrie, il la sent dans les paysages chers � son coeur, son village champenois, Lyon, sa ville d�adoption.</p><p>Sa patrie, il veut la prot�ger du danger allemand, et pour cela il se fait, � la S. D. N., le porte-parole de la s�curit� collective, en vain. Alors il rallie l�U. R. S. S. � la France (1925) et s�efforce de maintenir l�amiti� am�ricaine (1932). La Seconde Guerre mondiale sera pour lui une �preuve dont il sortira marqu� physiquement et moralement.</p><p>Redevenu pr�sident de la Chambre (1947), il incarne de nouveau la tradition d�mocratique, et l�on se tourne vers lui comme vers les augures. En 1954, il intervient vigoureusement contre la C. E. D. (Communaut� europ�enne de d�fense), et le projet est repouss�. Cependant, il conna�t peu les nouvelles g�n�rations de parlemen-</p><p>taires, et les conditions politiques ne sont plus les m�mes qu�autrefois. De plus, sa sant� s�alt�re gravement.</p><p>En 1946, son �lection � l�Acad�mie fran�aise lui apporte une immense satisfaction. Son oeuvre litt�raire, son universelle culture justifiaient pleinement cette distinction, couronnement d�une carri�re d�j� bien remplie.</p><p>P. M.</p><p>F Cartel des gauches / Radicalisme / R�publique (IIIe) / R�publique (IVe).</p><p>J. Louis-Ant�riou et J.-J. Baron, �douard Herriot au service de la R�publique (�d. du Dauphin, 1957). / H. Besseige, Herriot parmi nous (Magnard, 1960). / M. Souli�, la Vie politique d��douard Herriot (A. Colin, 1962). / P. O. Lapie, Herriot (Fayard, 1967).</p><p>La carri�re d��douard</p><p>Herriot</p><p>1891-1893 �l�ve � l��cole normale sup�rieure.</p><p>1893 Agr�g� des lettres.</p><p>1896 Professeur au lyc�e Amp�re. Il sera charg� d�un cours � la facult� des lettres de Lyon.</p><p>1904 Docteur �s lettres (th�se sur Madame R�camier et ses amis).</p><p>1905-1955 Maire de Lyon (avec interruption de d�c. 1940 � 1945).</p><p>1910 Conseiller g�n�ral du Rh�ne.</p><p>1912-1919 S�nateur du Rh�ne.</p><p>downloadModeText.vue.download 194 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5335</p><p>d�cembre 1916 - mars 1917 Ministre des Travaux publics, des transports et du ravitaillement (6e cabinet Briand).</p><p>1919-1957 Pr�sident du parti radical (avec interruptions de 1926 � 1931 et de 1936</p><p>� 1945).</p><p>1919-1940 D�put� du Rh�ne.</p><p>1923 Herriot contre Alexandre Millerand (affaire du discours d��vreux, oct. 1923).</p><p>11 mai 1924 Triomphe du Cartel des gauches aux �lections l�gislatives.</p><p>14 juin 1924 Premier cabinet Herriot.</p><p>21 juin 1924 Conf�rence des Chequers (Londres).</p><p>16 juillet - 16 ao�t 1924 Conf�rence de Londres sur la s�curit� collective.</p><p>septembre 1924 Herriot propose la s�curit� collective � la S. D. N. (protocole de Gen�ve).</p><p>octobre 1924 Reconnaissance de</p><p>l�U. R. S. S. par la France.</p><p>10 avril 1925 Chute du cabinet Herriot (le</p><p>� Mur d�argent �). �dition de Dans la for�t normande.</p><p>1925-1928 Herriot pr�sident de la Chambre des d�put�s.</p><p>17 juillet 1926 Herriot contre le projet Caillaux des d�crets-lois.</p><p>19-21 juillet 1926 Deuxi�me cabinet Herriot, qui n�obtient pas la majorit� lors de sa pr�sentation � la Chambre.</p><p>juillet 1926 - novembre 1928 Ministre de l�Instruction publique et des beaux-arts (4e cabinet Poincar�). Il propose le � tronc commun � et la gratuit� de l�enseignement secondaire.</p><p>3 juin - 14 d�cembre 1932 Troisi�me cabinet Herriot. Conf�rence de Lausanne.</p><p>Affaire des dettes am�ricaines.</p><p>1934-1936 Herriot est ministre d��tat des cabinets G. Doumergue, P. E. Flandin, F. Bouisson, P. Laval. Il s�oppose aux projets</p><p>� autoritaires � de Doumergue et conseille Laval dans sa politique �thiopienne.</p><p>4 juin 1936 - 9 juillet 1940 Pr�sident de la Chambre des d�put�s. Le 10 juillet 1940,</p><p>� Vichy, il s�abstient dans le vote des pleins pouvoirs au mar�chal P�tain. �dition de Lyon n�est plus.</p><p>novembre 1942 - ao�t 1944 Herriot est intern� en France.</p><p>septembre 1944 - avril 1945 Herriot est d�port� � Babelsberg (pr�s de Potsdam). Il est lib�r� par l�arm�e rouge.</p><p>1946 Herriot �lu � l�Acad�mie fran�aise au fauteuil de Mgr Baudrillart.</p><p>1947-1955 Pr�sident de l�Assembl�e nationale.</p><p>30 ao�t 1954 Herriot intervient dans le d�bat de la C. E. D., pour faire repousser le projet.</p><p>Herschel</p><p>Famille d�astronomes anglais d�origine allemande.</p><p>Sir WILLIAM (Hanovre 1738 - Slough, Buckinghamshire, 1822), issu d�une famille de musiciens, arrive en Angleterre en 1757 et commence par vivre de sa profession. Organiste � Halifax, il est appel� en 1767 aux fonctions de ma�tre de chapelle � Bath, o� il s�adonne de plus en plus � sa passion de l�astronomie. Les musicologues estiment pourtant qu�il e�t laiss� un nom en tant que compositeur ; son oeuvre comporte dix concertos et des sonates dont l�inspiration et la facture ne seraient pas indignes des fils de Bach, ses contemporains.</p><p>Ne pouvant acqu�rir le t�lescope de Gregory, qui est alors le mod�le le plus r�pandu et dont il r�ve, Herschel entreprend d�en construire un ; mais, devant la difficult� de r�aliser le miroir secondaire, il revient au t�lescope de New-ton, qui n�en comporte pas, et en ex�-</p><p>cute un grand nombre d�exemplaires, dont la vente dans toute l�Europe lui permet de poursuivre ses propres fabrications et d�observer le ciel. Il emploie surtout un excellent � 7 pieds � (d�signation alors en usage et qui se rapporte � la longueur focale, ici un peu plus de 2 m), de 18 pouces d�ouverture.</p><p>Il se consacre alors � un recensement g�n�ral de tous les objets particuliers</p><p>du ciel, d�couvrant, d�crivant et cata-loguant des milliers de n�buleuses.</p><p>Proc�dant � ses c�l�bres � jauges �, qui sont des d�nombrements d��toiles par carr�s d��gale surface dans diverses zones, il chiffre la concentration galac-tique, dont on avait une connaissance quantitative, et amorce ainsi toute l�astronomie stellaire. Au cours de ces observations, il aper�oit, le 13 mars 1781, un objet non ponctuel, constate son mouvement et ajoute pour la premi�re fois une plan�te, Uranus, au syst�me solaire des Anciens. Cette d�couverte lui vaut la charge d�astronome du roi pour 200 livres annuelles ; il se rapproche de Windsor en quittant Bath (ainsi que la musique) pour Slough.</p><p>Il se tourne vers l��tude des �toiles doubles, croyant par des mesures de position d�celer des parallaxes ; il constate au contraire des mouvements relatifs de nature orbitale et cr�e ainsi l�astronomie des �toiles doubles. Il ne n�glige pas cependant le syst�me solaire, reconna�t les calottes polaires de Mars, d�couvre deux satellites de Saturne et deux d�Uranus, d�termine pour les dur�es de rotation de Mars et de l�anneau de Saturne des valeurs tr�s proches de celles qui sont adopt�es actuellement, suit les variations des taches solaires et remarque une relation entre leur importance et les prix du bl� en Angleterre, effet des climats.</p><p>Depuis Slough, il fera des voyages aupr�s des astronomes �trangers, notamment � Paris en 1802. Il ne cessera de perfectionner ses instruments, dont la qualit� continuera de primer aupr�s des usagers.</p><p>CAROLINE LUCRETIA (Hanovre 1750 -</p><p>id. 1848), soeur du pr�c�dent, rejoint son fr�re en 1772 et l�assiste dans tous ses travaux, tenant son registre d�observations, assurant la publication de ses derniers travaux et les poursuivant elle-m�me, car, rentr�e � Hanovre, elle lui survit vingt-six ans. Honor�e de l�amiti� de la famille royale anglaise, elle sera re�ue � la Royal Society et recevra les plus hautes distinctions scientifiques.</p><p>Sir JOHN (Slough, Buckinghamshire, 1792 - Collingwood, Kent, 1871), fils de William, astronome et physicien,</p><p>poursuit l�oeuvre de son p�re, identifiant lui-m�me 525 n�buleuses ; il sera aussi l�un des pionniers de l�astronomie des �toiles doubles, avec des milliers de d�couvertes, dont les premi�res s�ries dans le ciel austral lors d�un s�-</p><p>jour au Cap.</p><p>P. M.</p><p>Hertz (Heinrich</p><p>Rudolf )</p><p>Physicien allemand (Hambourg 1857 -</p><p>Bonn 1894).</p><p>Fils d�un s�nateur, ce grand savant, dont la vie fut si courte et si bien remplie, se pr�pare d�abord � la profession d�architecte ; mais il y renonce en 1878</p><p>pour se consacrer � la recherche scientifique. Helmholtz*, dont il est l��l�ve � l�universit� de Berlin et qui appr�cie ses qualit�s d�exp�rimentateur, se l�attache comme assistant et l�oriente vers l��tude de l��lectrodynamique. Re�u docteur en 1880, il est d�abord ma�tre de conf�rences � l�universit� de Kiel, puis, en 1885, professeur � l��cole technique sup�rieure de Karlsruhe.</p><p>C�est l� qu�il accomplit les travaux qui vont immortaliser son nom. Appel� en 1889 � l�universit� de Bonn pour y remplacer Rudolf Emanuel Clausius (1822-1888), il a � peine le temps de prendre possession de son laboratoire.</p><p>Une douloureuse maladie des os s�empare de lui et le terrasse, �g� seulement de trente-six ans.</p><p>Hertz est devenu c�l�bre par ses travaux sur les ondes �lectromagn�-</p><p>tiques. En 1887, il produit des ondes m�triques gr�ce � son oscillateur et montre qu�elles poss�dent toutes les propri�t�s de la lumi�re : r�flexion et r�fraction, interf�rences, diffraction, polarisation, vitesse de propagation.</p><p>Il utilise les ondes stationnaires pour mesurer leur longueur d�onde. Ces travaux apportent une �clatante confirmation � la th�orie �lectromagn�tique de la lumi�re de Maxwell* ; ils donnent aussi la r�ponse � une question depuis longtemps pos�e, en montrant que les</p><p>� actions � distance � n�existent pas dans la nature. Enfin, c�est d�eux que d�rive directement la radiot�l�graphie.</p><p>La m�me ann�e, Hertz pr�cise le r�le du di�lectrique dans l�induction, en utilisant des oscillations rapides.</p><p>En m�me temps, il d�couvre l�effet photo-�lectrique en remarquant que la formation de l��tincelle est plus facile lorsque l��clateur de son r�sonateur re-</p><p>�oit de la lumi�re ultraviolette. En 1892</p><p>enfin, il observe, avant Philipp Lenard (1862-1947), que les �lectrons peuvent traverser la mati�re, en faisant passer des rayons cathodiques � travers des feuilles minces d�or ou d�aluminium.</p><p>Apr�s sa mort paraissent ses Principes de m�canique (1894), dans lesquels il tente de d�velopper toute la dynamique � partir d�un seul principe fondamental, celui de moindre action.</p><p>Hertz meurt trop t�t pour assister au prodigieux d�veloppement des applications de ses ondes, que l�on a baptis�es hertziennes, et le nom m�me de Hertz sera donn� � l�unit� de fr�quence (le hertz).</p><p>Herzen</p><p>(Aleksandr</p><p>Ivanovitch)</p><p>R. T.</p><p>�crivain russe (Moscou 1812 - Paris 1870).</p><p>Herzen voyait loin, et de loin ; contre l�apathie, l��go�sme et la myopie de la noblesse russe, il a lanc� d�Angle-downloadModeText.vue.download 195 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5336</p><p>terre, o� il vivait exil�, des appels � la r�volution socialiste. Avec Kolokol (la Cloche), son journal de propagande publi� � Londres de 1857 � 1868, il d�non�ait les injustices et la corruption de son pays, au point que le tsar lui-m�me trouvait dans cette revue clandestinement diffus�e en Russie plus de renseignements que dans tous les rapports de son administration. Mais en m�me temps, au nom du r�alisme et de l�honn�tet� intellectuelle, l��crivain se</p><p>d�fiait des faux proph�tes de la libert� et des pr�jug�s de l�id�alisme r�volutionnaire ; et il jugeait s�v�rement tous les syst�mes.</p><p>Au fond, Herzen est une sorte de sceptique qui aurait la foi, de romantique qui croirait � la mentalit� positiviste et scientifique de l�Europe, d�aristocrate d�froqu�, encore impr�gn� du pass�. Son exp�rience humaine et sa confiance dans les forces fra�ches du peuple russe lui inspirent des accents vibrants d��motion ; mais il sait aussi analyser les concepts de d�mocratie et de r�publique, et il manie avec vigueur le fouet de l�ironie. D�o� cette prose vivante et belle de Bylo�e i doumy (Pass� et pens�es, 1852-1868) ou de De l�autre rive, dont l��dition en allemand (1850) pr�c�de de cinq ans l��dition en langue russe, tant�t tendre et spontan�e, tant�t �loquente, tant�t abstraite, mais toujours mouvante.</p><p>Sans doute Herzen doit-il � sa</p><p>double h�r�dit� ce m�lange de tendances contradictoires. Il est le fils naturel d�un noble russe, I. A. Iakovlev, chez lequel sa m�re, allemande, sert d�institutrice. Il re�oit une �ducation tr�s soign�e comme celle d�un fils de gentilhomme et, aupr�s d�un pr�cepteur fran�ais � Jacobin terroriste �, puis d�un s�minariste russe, il d�couvre les deux p�les de sa pens�e.</p><p>Il a treize ans lorsqu�il se lie d�amiti� avec le jeune Nikola� Ogarev (1813-1877), avec qui il partagera toutes ses convictions. Les deux jeunes gens, qui fr�quentent l�universit� de Moscou, fondent un cercle d��tude des id�es socialistes ; mais, en juin 1834, Herzen est arr�t� avec ses camarades et exil� en province en qualit� de fonctionnaire. Apr�s un romantique mariage secret, il revient en 1840 � Moscou, o� il commence � tenir une place de premier plan, gr�ce � une s�rie d�articles sur le progr�s et les sciences naturelles, qu�il publie sous le nom d�Iskander.</p><p>� cette m�me �poque, il s�essaie � la nouvelle et au roman (Soroka-Vr&#x14D;vka, la Pie voleuse [1848] ; Kto vinovat ?, �</p><p>qui la faute ? [1847]), o� il manifeste ses dons d�observation et de finesse psychologique, mettant l�accent sur cette irresponsabilit� des �tres face � l�existence qui fait de la soci�t� un</p><p>corps malade. � qui la faute ? compte plus comme date de l�histoire sociale que comme chef-d�oeuvre litt�raire.</p><p>Le sol natal n�est pas s�r pour les �crivains engag�s dans l�opposition ; Herzen, apr�s avoir touch� un important h�ritage de son p�re et obtenu non sans mal un passeport, quitte la Russie et se rend � Paris, o� il assistera � la r�volution de f�vrier 1848 et o� il �crit les c�l�bres Lettres de l�avenue Mari-gny (1847). Son enthousiasme, son ad-h�sion � la cause socialiste, son int�r�t pour le saint-simonisme lui interdisent d�sormais tout retour en arri�re et le rendent m�me ind�sirable en France, apr�s la victoire de Cavaignac. C�est alors la vie de proscrit, partag�e entre la Suisse, Rome et l�Angleterre, d�o� il m�ne le combat : son arme, la propagande, jouera un grand r�le dans l��volution de la Russie et contribuera � l�abolition du servage. Mais, � partir de 1861, son influence d�cline, d�bord�e par celle des jeunes radicaux.</p><p>Le socialisme que pr�conise Her-</p><p>zen n�est ni une doctrine fig�e ni un programme, mais plut�t une sorte d�intuition historique, un levain qui doit remuer la p�te humaine et d�truire les cellules mortes des soci�t�s capitalistes. Aux th�oriciens du d�terminisme ou de la pr�d�termination de l�histoire, il oppose la � force cr�atrice du devenir � (D. S. Mirsky), et son honn�tet� intellectuelle le prot�ge de tout sectarisme : occidentaliste, Herzen a conserv� son estime pour des slavophiles, chez lesquels il puise sa confiance dans le peuple russe, confiance telle que la communaut� villageoise (obchtchina) devient pour lui la base du socialisme agraire.</p><p>Bien des d�tails, certes, bien des th�ories, bien des interpr�tations historiques apparaissent d�mod�s aujourd�hui et m�me erron�s. Mais cette forme d�interrogation d�sint�ress�e sur l�histoire de l�humanit�, o� l�esp�-</p><p>rance se temp�re d�ironie et s�appuie sur l�analyse, offre une d�marche aussi riche d�int�r�t aujourd�hui qu�au XIXe s. Parlant de l�autobiographie de Herzen, Pass� et pens�es, Tourgueniev avouait : � Sa langue, follement incor-</p><p>recte, me ravit ; c�est de la chair vivante. � De fait, si vari�s de ton soient-ils, tous ces r�cits, diatribes politiques ou confidences, sont des morceaux de</p><p>� chair vivante �.</p><p>S. M.-B.</p><p>O. von Sperber, Die sozialpolitischen Ideen Alexander Herzens (Leipzig, 1894). / R. Labry, Alexandre Ivanovi&#x10D; Herzen (Bossard, 1930). /</p><p>J. El �Sberg, A. I. Herzen (en russe, Moscou, 1951). / M. Malia, Alexander Herzen and the Birth of Russian Socialism, 1812-1855 (Cambridge, Mass., 1961). / E. Reissner, Alexander Herzen in Deutschland (Berlin, 1963).</p><p>downloadModeText.vue.download 196 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5337</p><p>Herzl (Theodor)</p><p>Promoteur du sionisme politique et fondateur de l�Organisation sioniste mondiale en vue de favoriser le retour des Juifs pers�cut�s en Palestine (Budapest 1860 - Edlach, Autriche, 1904).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Herzl fait des �tudes de droit � Vienne (Autriche) mais commence, � partir de 1884, une carri�re litt�raire. Comme correspondant � Paris de la Neue freie Presse de Vienne, de 1891 � 1896, il d�crit dans ses feuilletons (parus en trois volumes � Berlin en 1911) la vie politique fran�aise de cette �poque. Assistant au proc�s du capitaine Dreyfus en 1894, Herzl est profond�ment boulevers� par les manifestations d�antis�-</p><p>mitisme dans cette France dont il a tant admir� l�humanisme et le lib�ralisme.</p><p>Soudain, le probl�me juif se r�v�le � Herzl dans toute son acuit�.</p><p>Il d�veloppe l�id�e que les Juifs doivent renoncer � vivre en Diaspora, acqu�rir leur ind�pendance sur leur propre territoire en vue de fonder un �tat juif, et ce, gr�ce � une charte octroy�e par les nations civilis�es. Apr�s avoir en vain sollicit� des personnalit�s juives, philanthropes et financiers, savants et artistes, Herzl trouve en l��crivain hongrois Max Nordau (1849-</p><p>1923) un des partisans les plus r�solus</p><p>du sionisme politique. Le 24 f�vrier 1896, Herzl publie, en allemand, Der Jadenstaat (l��tat juif) : � La question juive, �crit Herzl, est une question nationale. Pour la r�soudre nous devons en faire une question mondiale qui devra �tre r�solue dans le conseil des nations civilis�es [...]. � � Nous sommes un peuple. � R�clamant pour la nation juive la souverainet� dans un territoire, Herzl pensait alors � la Palestine ou � l�Argentine.</p><p>R�actions favorables</p><p>L�� �tat juif � de Herzl provoque parmi les partisans de l�id�e sioniste une profonde sensation. Ayant �chou� aupr�s des financiers juifs, Herzl se tourne vers le peuple. Apr�s avoir rejoint Vienne, il fonde, de ses propres deniers, le journal Die Welt, dont le premier num�ro para�t le 4 juin 1897, et en fait la tribune du mouvement sioniste.</p><p>Puis Herzl convoque le Ier congr�s sioniste, qui se r�unit � B�le du 29 au 31 ao�t 1897. C�est l� que l�Organisation sioniste mondiale voit le jour et qu�est adopt� le fameux � programme de B�le � ; jusqu�� sa mort, Herzl r�ussira � convoquer six congr�s.</p><p>D�marches</p><p>diplomatiques</p><p>Dans l�intervalle, et malgr� des oppositions de toutes sortes, Herzl continue ses d�marches aupr�s de diff�rents hommes d��tat pour tenter de gagner leur sympathie sinon leur appui pour le sionisme, notamment aupr�s du grand-duc Fr�d�ric Ier de Bade. En 1898, Herzl est re�u en audience par l�empereur d�Allemagne Guillaume II � Constantinople, puis � J�rusalem.</p><p>Quant au sultan Abd�lhamid II, il se montre r�ticent. En ao�t 1903, Herzl est re�u par le ministre russe V. K. Plehve, qui lui promet de soutenir les projets sionistes aupr�s du Sultan. Lors de ce voyage, Herzl re�oit un accueil triomphal, notamment � Vilnious. En 1904, Herzl rencontre le roi Victor-Emmanuel III ainsi que le pape Pie X ; ce dernier se montre tr�s r�serv� � l��gard du probl�me des lieux saints.</p><p>Cependant, d�s le d�but de ses</p><p>d�marches diplomatiques, Herzl</p><p>a fond� de grands espoirs sur la Grande-Bretagne ; il a m�me convoqu� le IVe congr�s sioniste, en 1900, � Londres. Le gouvernement anglais, apr�s avoir �tudi� l��tablissement de colonies juives dans le territoire �gyptien d�El-Arish, dans la p�ninsule du Sina�, propose finalement l�Ouganda.</p><p>Luttes internes</p><p>Cependant, les diff�rentes n�gociations avec le gouvernement anglais provoquent parmi les sionistes une r�sistance d�autant plus r�solue que, depuis 1882, soutenu par le baron Edmond de Rothschild (1845-1934), un groupe d��migrants juifs appel�s � les amants de Sion � (Hoveve Sion) a r�ussi � mettre � ex�cution certains plans de colonisation en Palestine. Herzl cependant reste persuad� qu�il faut obtenir d�abord des garanties politiques aupr�s des grandes nations. En 1902, il publie un roman futuriste intitul� Altneuland ; il y d�crit le retour des Juifs dans la Terre promise, foyer d�une soci�t� �galitaire et d�mocratique. Herzl conclut en proclamant le fameux : � Si vous le voulez, ce ne sera pas un r�ve �, paroles qui sont devenues par la suite la devise du sionisme politique.</p><p>Cependant, les conceptions poli-</p><p>tiques de Herzl continuent � susciter d�ardentes critiques, m�me parmi les sionistes : certains, comme Ahad Haam (pseudonyme d�Asher Ginzberg), pr�-</p><p>conisent un sionisme fond� essentiellement sur la renaissance de la culture juive.</p><p>�pilogue</p><p>�puis� physiquement par tant de luttes, Herzl meurt le 3 juillet 1904 ; il sera enterr� au cimeti�re juif de Vienne � c�t� de son p�re, en attendant d��tre transf�r� en 1949 � J�rusalem sur une hauteur appel�e � Har Herzl � (mont Herzl).</p><p>La doctrine de Herzl avait pris sa source dans la situation pr�caire des Juifs au XIXe s., dans nombre de pays europ�ens. Pour Herzl, la d�tresse juive �tait d�abord d�ordre moral et politique. Il ne pouvait donc y avoir de solution dans la Diaspora, puisque</p><p>les Juifs y �taient une minorit� impuissante. C�est pourquoi Herzl �labora une politique juive nationale permettant aux Juifs pers�cut�s de retrouver sur le sol ancestral l�ind�pendance politique et la souverainet� nationale.</p><p>Cette vision devint r�alit� quand, apr�s la d�cision de l�O. N. U, l��tat d�Isra�l* fut proclam� � J�rusalem le 14 mai 1948, 5 iyyar 5708 selon le calendrier h�bra�que.</p><p>H. S.</p><p>F Isra�l / Juifs / Sionisme.</p><p>A. Bein, Theodor Herzl (Vienne, 1934). /</p><p>I. Cohen, Theodor Herzl, Founder of Political Zionism (New York, 1959). / A. Chouraqui, Theodore Herzl, inventeur de l��tat d�Isra�l (�d.</p><p>du Seuil, 1960).</p><p>H�siode</p><p>F GR�CE [Litt�rature grecque an-</p><p>cienne].</p><p>Hesse</p><p>En allem. HESSEN, �tat (Land) de la R�publique f�d�rale d�Allemagne ; 21 110 km 2 ; 5,3 millions d�habitants.</p><p>La g�ographie</p><p>Le Land r�sulte de la fusion, en 1945, de l�ancien Land de Hesse et de la province prussienne de Hesse-Nassau.</p><p>Administrativement, le Land est</p><p>partag� en trois d�partements (Regie-rungsbezirke) : Kassel (9 200 km 2</p><p>et 1,3 million d�hab.), Darmstadt (6 300 km 2 et 1,75 million d�hab.), Wiesbaden (5 610 km 2 et 2,2 millions d�hab.). La capitale est Wiesbaden et non Francfort, la principale ville.</p><p>Sur le plan g�ographique, la r�gion pr�sente une tr�s grande vari�t� de paysages. En fait, elle manque d�unit� naturelle. Elle comprend une partie des vall�es du Rhin et du Main ainsi qu�un ensemble de vall�es, d�pressions et massifs anciens et volcaniques.</p><p>Les vall�es de la Werra et de la Fulda s�ouvrent vers le nord pour former la Weser ; le Main (avec ses affluents,</p><p>Kinzig et Nidda) et la Latin rejoignent le Rhin. Cela illustre une des originalit�s de ce pays, qui est une des plus importantes zones de passage entre l�Allemagne du Sud et l�Allemagne du Nord. La voie ferr�e Francfort-Kassel-Hanovre et l�autoroute qui suit � peu pr�s le m�me trac� mat�rialisent cette fonction. Par le Regierungsbezirk de Kassel, la Hesse est frontali�re de la R. D. A., ce qui accentue encore le r�le de carrefour.</p><p>Odenwald et Spessart prolongent, au-del� de la d�pression du Kraichgau, la For�t-Noire. Les deux massifs ne sont s�par�s que par la vall�e encaiss�e du Main. Le Hessisches Bergland, ou montagne hessoise, est un ensemble de moyennes montagnes travers�es par deux d�pressions dont l�une passe � l�ouest du Vogelsberg (Westhessische Senke) et l�autre, moins importante, � l�est de ce massif (Osthessische Senke). Trois traits dominants caract�risent ces r�gions. Les �l�ments montagneux gr�seux prolongent les zones semblables de l�Allemagne du Sud. De puissantes venues volcaniques tertiaires encombrent les d�pressions, donnant de v�ritables montagnes</p><p>(Rh�n et Vogelsberg). Enfin, sur le plan tectonique, la pr�dominance de la direction rh�nane est fondamentale.</p><p>La d�pression centrale, constitu�e par la Wetterau et les Hessische Senken, n�est que le prolongement du foss� rh�-</p><p>nan. Le Taunus est un �l�ment du Massif schisteux rh�nan. Le contact avec la d�pression se fait par un gigantesque plan inclin� emprunt� par l�autoroute Francfort-Cologne. Sa masse forme abri contre les vents froids du nord.</p><p>La croissance d�mographique a �t� remarquable, surtout apr�s 1945. En 1939, la population dans le Land actuel ne s��levait qu�� 3,5 millions d�habitants. L�immigration est largement responsable de cet accroissement.</p><p>Jusqu�en 1959, le Land a re�u de l�Est 879 000 expuls�s et 342 000 r�fugi�s.</p><p>L�exc�dent des arriv�es sur les d�parts se monte en moyenne � une quarantaine de milliers de personnes par an.</p><p>downloadModeText.vue.download 197 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5338</p><p>Sur le plan religieux, les protestants constituent approximativement les deux tiers de la population.</p><p>L�agriculture occupe moins de</p><p>8 p. 100 des actifs ; l�industrie, la moiti� ; le commerce, les transports et les communications, 17 p. 100 ; les autres services, le quart. La pr�pond�rance industrielle se r�percute sur la r�partition de la population ; 26 p. 100 des habitants vivant dans les communes de moins de 2 000 habitants, 35 p. 100</p><p>dans celles de 2 000 � 20 000, 11 p. 100</p><p>dans les villes de 20 000 � 100 000 habitants, et 28 p. 100 dans celles de plus de 100 000 habitants.</p><p>Le travail industriel repose sur une vieille tradition. G�ographiquement, l�industrie pr�sente deux aspects.</p><p>Dans les parties montagneuses, elle garde souvent encore un aspect rural.</p><p>Par contre, dans le secteur rh�nan, elle est le fait des grandes villes, des concentrations urbaines. L�industrie de transformation domine : biens d��quipement, machines et v�hicules, produits chimiques, pharmaceutiques et alimentaires. Les villes sont les grands foyers industriels : Francfort*</p><p>(pr�s de 700 000 hab.), Wiesbaden (262 000), Kassel (215 000), Darmstadt (140 000), Offenbach (118 000).</p><p>La r�gion de programme du Main inf�-</p><p>rieur groupe plus de 1,7 million d�habitants recens�s dans le Land et plus de 700 000 emplois industriels. Quelques grandes firmes �mergent : Hoechst (Francfort), Opel (R�sselsheim), Cal-tex (confluent Rhin-Main).</p><p>Le climat favorise les vall�es et d�-</p><p>pressions, o� l�on peut cultiver le tabac et la betterave sucri�re. La r�gion de Francfort (Wetterau et Rheingau) est privil�gi�e. Les 887 mm de pr�cipitations annuelles tombent en 92 jours seulement. Le nombre de jours de gel est limit� � 32 par an. L�agriculture est aux mains de petits et moyens exploitants, g�n�ralement propri�taires. La Wetterau est un v�ritable grenier � c�-</p><p>r�ales, gr�ce � ses sols loessiques. Mais le plus souvent on associe aux c�r�ales les cultures sarcl�es en vue de l��levage bovin laitier. Bergstrasse (versant occidental de l�Odenwald) et Rhein-</p><p>gau sont des r�gions viticoles r�put�es.</p><p>Le Rheingau compte les crus les plus c�l�bres d�Allemagne (R�desheim et Eltville).</p><p>Le tourisme repose sur la vall�e du Rhin, les vignobles et la moyenne montagne. La navigation de plaisance prend de l�importance � partir de Mayence-Wiesbaden. La moyenne montagne est tr�s riche en stations thermales (Bad Schwalbach, Bad</p><p>Homburg, Bad Nauheim dans le Taunus ; Bad Hersfeld dans la vall�e de la Fulda, Bad Sooden dans celle de la Werra, etc.).</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>Le pays, habit� peut-�tre � l��poque romaine par les Chattes, fut d�abord le coin septentrional du limes (entre Lahn et Main). Il est probable qu�� l��poque carolingienne s�y rencontr�rent les influences irlandaises, romaines et aryennes, et que la c�l�bre � �vang�lisation � par saint Boniface* fut un processus plus complexe qu�il n�appara�t.</p><p>Unie pendant de longues ann�es</p><p>�troitement � la Thuringe, la Hesse devint au XIVe s. un landgraviat et connut une histoire faite de partages et de r�unifications successifs, cependant que sur le pourtour et dans les vall�es de la montagne se constituaient de nombreuses principaut�s f�odales (dont la plus c�l�bre fut Nassau) ; les terres d��glise restaient peu �tendues (sauf en ce qui concerne l�abbaye de Fulda, important centre catholique encore de nos jours), mais l�imp�rialisme de l�archev�que de Mayence mena�ait les princes la�ques.</p><p>Apr�s avoir connu une �poque de</p><p>gloire au milieu du XVIe s., au temps d�une premi�re importante r�unification, lorsque Philippe le Magnanime (1504-1567) cherchait une voie moyenne de la R�forme entre luth�ranisme et zwinglianisme et s�opposait aux Habsbourg � la t�te de la ligue de Smalkalde, la Hesse se trouva en 1567</p><p>une fois de plus partag�e en deux �tats ennemis : Hesse-Cassel (Hessen-Kassel) au nord (plut�t r�form�) et Hesse-</p><p>Darmstadt (Hessen-Darmstadt) au sud (plut�t luth�rien). Pendant le XVIIe et le XVIIIe s., les deux �tats s�illustr�rent par une intense vie intellectuelle (universit�s de Giessen et de Marburg) et spirituelle (nombreuses sectes) ainsi que par le d�veloppement de puissantes arm�es, qui fit particuli�rement de la Hesse-Cassel un des grands exportateurs de soldats du Saint Empire (en concurrence vive avec le Wurtemberg et le Palatinat).</p><p>L��poque napol�onienne consolida les deux �tats en leur procurant d�importants gains territoriaux, en donnant la dignit� �lectorale � la Hesse-Cassel et en introduisant les lois fran�aises.</p><p>La p�riode apr�s 1815 fut marqu�e par de nombreux et violents conflits entre les conservateurs (der hessische Zopf) et les lib�raux ou d�mocrates.</p><p>S��tant ralli�s � l�Autriche, les deux �tats pay�rent leur d�faite en 1867 : la Hesse-Cassel devint prussienne et fut incorpor�e � la province de Hesse-Nassau en 1868 ; la Hesse-Darmstadt, appartenant au Zollverein d�s 1828, ne perdit que quelques territoires et garda ses acquisitions rh�nanes de 1815</p><p>(Rheinhessen) ; ce fut jusqu�en 1945 un Freistaat ; � l��poque de Weimar, les deux Hesses, surtout la Hesse-Darmstadt, connurent de vifs affrontements entre la NSDAP (Nationalsozialis-tische Deutsche Arbeiter-Partei) et ses adversaires, mais donn�rent en juillet 1932 une forte majorit� aux nationaux-socialistes (Nationalsozialisten).</p><p>L��tat de Hesse, unifi� en 1945, mais ayant perdu de nombreux territoires au b�n�fice de la Rh�nanie-Palatinat notamment, fut gouvern� depuis 1950 par la SPD et eut en Carl August Zinn (n� en 1901) un chef de gouvernement remarquable ; il fit de cet �tat un bastion de la social-d�mocratie et une sorte de mod�le, mais ne put emp�cher le d�veloppement du gauchisme. Zinn, malade, dut quitter le pouvoir en 1969, et, aux �lections de 1970, la SPD perdit la majorit� absolue. L�avenir para�t ob�r� par le d�s�quilibre entre la zone francfortoise et le reste de l��tat, et par une forte dette publique.</p><p>Les Hessans, d�ailleurs fort divers, eurent pendant longtemps la r�puta-</p><p>tion de � culs-terreux � � la stupidit� proverbiale. Mais, outre les importants centres intellectuels et artistiques de Marburg, Giessen, Darmstadt et Kassel, outre l�action de la Freideutsche Jugend (r�union de 1913 au Hoher Meissner) et des artistes de Darmstadt (Jugendstil), on note que, Goethe mis � part, la Hesse donna � l�Allemagne le physicien Hahn, le musicien Hindemith, les fr�res Grimm, le politicien Liebknecht, les �crivains Grimmels-hausen, Lichtenberg, B�chner. Il est vrai qu�elle produit aussi � Lauterbach une bonne partie des milliers de Gar-tenzwerge ornant pelouses et massifs de R. F. A.</p><p>J.-B. N.</p><p>F Francfort-sur-le-Main.</p><p>J. B. Rady, Geschichte der katholischen Kirche in Hessen (Berlin, 1904). / K. Demandt, Geschichte des Landes Hessen (Darmstadt, 1959). / H. Steitz, Geschichte der evangelischen Kirche in Hessen und in Nassau (Nassau, 1961-1965 ; 3 vol.). / R. Klein (sous la dir. de), Hessen-Lexikon (Francfort, 1965).</p><p>Hesse (Hermann)</p><p>�crivain suisse d�origine allemande (Calw, Wurtemberg, 1877 - Monta-gnola, Tessin, 1962).</p><p>� Mes oeuvres ont �t� �crites sans intention de servir une id�e. Pourtant, si je cherche ce qu�elles pourraient avoir en commun, je d�couvre, r�trospectivement, cela : de Camenzind au Loup de steppes (Der Steppenwolf) et � Josef Knecht, elles peuvent toutes �tre comprises comme une d�fense de l�individu, � l�occasion comme un cri de d�tresse en faveur de cette d�fense.</p><p>L�individu humain est unique ; avec son h�r�dit�, ses possibilit�s, ses dons et ses penchants, il repr�sente une chose si tendre et si fragile qu�elle a besoin d��tre d�fendue. � Cette d�claration tardive, dans une lettre �crite en 1954, ne doit pas faire croire que l�oeuvre de Hesse soit doctrinale ou abstraite ; elle est fonci�rement lyrique, d�un artiste sensible � la fois aux couleurs et aux</p><p>sons, dou� aussi bien pour la peinture, qu�il a pratiqu�e, que pour la musique, du chant des oiseaux � la symphonie des mondes.</p><p>Il �tait Souabe, avec une m�re venue de Suisse ; son p�re avait �t�, dans sa jeunesse, missionnaire protestant aux Indes, avant de venir vivre � Calw, o� naquit le po�te. Hesse �crira, bien plus tard : � La plus belle ville que je connaisse, c�est Calw, petite ville souabe de la For�t-Noire, vieille petite ville au bord de la rivi�re Nagold. � Cet attachement au paysage de son enfance ne devait jamais finir, mais il est li� d�s le d�but, et de la fa�on la plus romantique, � l�aspiration au voyage, au vagabondage plut�t, qui allait devenir un th�me majeur du romancier.</p><p>Enfant, ou presque encore enfant, Hermann Hesse avait fui le s�minaire de Maulbronn, o� son p�re l�avait mis avec l�espoir de faire de lui un pasteur.</p><p>Ce fut sa premi�re r�bellion et sa rupture d�finitive avec les �coles : il devint apprenti libraire et se donna tout seul sa formation litt�raire. � vingt-deux ans, en 1899, il publiait une premi�re plaquette de Chants romantiques (Ro-mantische Lieder).</p><p>Ses deux premiers romans, Peter</p><p>Camenzind en 1904 et l�Orni�re (Unterm Rad) en 1906, sont inspir�s par ses souvenirs de jeunesse. Camenzind est amoureux des cimes et des nuages, downloadModeText.vue.download 198 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5339</p><p>c�est ce libre gar�on de la montagne qui a fait de Hesse un homme c�l�bre.</p><p>Le h�ros de Unterm Rad est plus amer : il se r�volte contre les contraintes de l��cole et de la famille, il �touffe dans les biblioth�ques, et la nostalgie des lointains le consume. En 1915, le vagabond Knulp s�est lib�r� des entraves : il a gard� le sens po�tique des enfants et des simples, il ne fuit pas, comme demain fera le Loup des steppes, mais il chante et gambade, un peu comme le</p><p>� propre-�-rien � d�Eichendorff ; il chemine de ferme en village, pour donner � ceux qui m�nent une vie s�dentaire et</p><p>born�e un peu de nostalgie, un regret de la libert� que lui a conserv�e. Ross-halde (1914) est le nom du domaine o� se joue, entre idylle et trag�die, le drame �touff� de l�incommunicabilit� et du bonheur toujours fuyant.</p><p>D�un voyage aux Indes, Hesse avait rapport� un r�cit publi� en 1913 ; c�est quelques ann�es plus tard, sous l�effet de la Premi�re Guerre mondiale, que la signification de l�Inde devait se r�v�-</p><p>ler � lui. Mais, peu apr�s son retour en Europe, il avait quitt� sa Souabe natale pour s��tablir en Suisse, o� il devait vivre jusqu�� sa mort.</p><p>La Premi�re Guerre mondiale l�a</p><p>horrifi� : en m�me temps que Romain Rolland lan�ait l�appel d�Au-dessus de la m�l�e, Hesse s�adressait � ses compatriotes au nom de Beethoven et de la fraternit� universelle. Unis contre les m�mes ennemis, Hesse et Rolland devaient demeurer amis jusqu�� la veille de la Seconde Guerre mondiale. L�un et l�autre ont esp�r� trouver en Orient et en particulier en Inde une pens�e fid�le � l�esprit d�humanit� dont ils voyaient les peuples d�Europe se d�tourner.</p><p>Apr�s Demian (1919), apr�s un</p><p>path�tique appel � la jeunesse allemande : le Retour de Zarathoustra, en 1919 aussi, au lendemain de la d�faite, le livre de la nouvelle exp�rience, de la nouvelle aventure � la recherche d�une voie que l�Occident n�offre plus s�appelle Siddharta (1922). � C�est la confession d�un homme d�origine et d��ducation chr�tiennes, qui a t�t quitt� l��glise et qui s�est efforc� de comprendre d�autres religions, en premier lieu celles de l�Inde et de la Chine. J�ai cherch� � d�celer ce qui est commun � toutes les confessions, � toutes les formes de pi�t�, ce qui d�passe les diff�rences entre les nations, ce qui peut �tre cru et respect� par tout homme, � quelque race qu�il appartienne. �</p><p>Mais, cinq ans apr�s l�histoire du jeune brahmane de Siddharta, ce sont les arrachements et les d�chirements de la vieille Europe qui reviennent dans le Loup des steppes (Der Steppenwolf, 1927). L�Inde ne lui avait pas apport� la r�ponse � toutes les �nigmes, ni non plus la s�r�nit� ; l�homme qui semblait</p><p>� arriv� � rompt de nouveau avec son pass� et son milieu, s�duit par le vent et le chant de l�horizon.</p><p>Avec le Voyage en Orient (Die</p><p>Morgenlandfahrt), qui ouvre, en 1932, les perspectives apais�es d�une m�ditation intemporelle, on retrouve les sagesses anciennes et les oeuvres d�art, d�Orient comme d�Occident. Les difficiles synth�ses d�une totalit� plus vivante avaient anim� Narcisse et Goldmund (Narziss und Goldmund, 1930), dont les personnages sont, encore une fois, des doubles du po�te lui-m�me, mais o� la mise en forme des exp�-</p><p>riences a �t� pouss�e plus loin. Novice � Mariabronn, Narcisse est saisi d�amiti� pour un jeune �l�ve, Goldmund, qui se croit appel� � la vie monastique.</p><p>Narcisse, miroir r�v�lateur, lui fait appara�tre ce qu�est la vie qui l�attend.</p><p>Goldmund fuit � l�aventure, devient sculpteur, conna�t des dangers, dont, au plus mauvais moment, une intervention de Narcisse, qui incarne la lucidit� et la ma�trise de soi, le sauvera de justesse. Il ram�ne au couvent, qu�il dirige d�sormais, l�artiste d�nu� de tout, qui se met � travailler pour la communaut�.</p><p>Puis l�enivrement de la libert� saisit une fois encore, ce sera la derni�re, Goldmund. Il fuit, mais ne pourra plus aller loin ; bris�, �puis� par l�aventure impossible et par sa propre contradiction, il reviendra mourir � Mariabronn, comme au pays natal celui � qui a fait un long voyage �. Devant son vagabondage toujours recommenc�, qui est la passion des h�ros de Hesse, Goldmund est habit� par le besoin de cr�er. C�est fondamentalement un artiste et cela le rattache � la communaut�, celle de la corporation ou bien celle du couvent, quand il travaille pour elle. Couleur, chaleur, mouvement, nuances d�un instant et froid de l�infini, toutes les ressources sensorielles du style descriptif et narratif de Hesse sont au service de ce personnage, qui tenait au coeur du po�te et qui n�est pas sans traits communs avec le Jean-Christophe de Romain Rolland.</p><p>La plus vaste composition narrative de Hesse est parue en 1943, en deux volumes, sous le titre : Das Glasper-lenspiel (le Jeu des perles de verre.) Le sous-titre dit : Essai de biographie du ma�tre de jeu Josef Knecht, suivi de</p><p>ses �crits posthumes. Sur des th�mes pr�sents depuis longtemps dans son oeuvre, c�est la derni�re m�ditation de l�auteur en forme d�lib�r�ment symbolique, hors du temps et hors de tout contexte romanesque ordinaire puisqu�on n�y rencontre aucune figure de femme. C�est l��tre humain au service de la nature ; s�orienter, deviner, sentir, agir ou essayer d�agir, prendre connaissance et se former, si toutefois la formule peut encore avoir un sens :</p><p>� Cette fois, je n�ai pas voulu explorer le pass� ou bien l�univers intemporel des contes, j�ai �rig� la fiction d�un avenir dat�. � Les traits de cet avenir ne sont ni de l�Occident ni de l�Orient, un empire du Milieu suspendu entre les montagnes, les nuages, les sources et l�innocence des commencements. Ce n�est pourtant pas un Eden, et ce n�est � aucun degr� un monde de l��nergie technique ; c�est un peu une utopie � rebours. C�est, comme le dit le titre le jeu color�, anim�, plein de sens cach�s et de liens mystiques des couleurs et des reflets dont se repaissent les yeux avides.</p><p>Hesse, fix� pr�s de Lugano, dans une</p><p>� maison sur la colline � qu�il appelait parfois son � ermitage �, vivait dans le calme et la r�flexion, avec les joies quotidiennes et inalt�rables de celui pour qui compte la compagnie des fleurs et des oiseaux. Il n�en sortait que rarement, sauf pour quelques amis.</p><p>En 1946, il avait re�u le prix Nobel de litt�rature.</p><p>P. G.</p><p>K. Nadler, Hermann Hesse, Naturliebe, Menschenliebe, Gottesliebe (Leipzig, 1956 ; nouv. �d., 1958). / H. Waibler, Hermann Hesse, eine Bibliographie (Berne, 1962). /</p><p>T. Ziolkowski, The Novels of Hermann Hesse, a Study in Theme and Structure (Princeton, 1965). / B. Zeller, Hermann Hesse (Hambourg, 1967). / E. Beaujon, le M�tier d�homme et son image mythique chez Hermann Hesse (�d. du Mont-Blanc, Gen�ve, 1972).</p><p>h�t�rocycliques</p><p>(noyaux)</p><p>H�t�rocycles plusieurs fois non satur�s et pr�sentant avec les noyaux aromatiques les analogies suivantes : grande</p><p>stabilit� thermique, faible insaturation, r�sistance � l�oxydation, transfert en bloc au cours des r�actions, accolement possible entre eux ou avec des noyaux aromatiques pour former des noyaux h�t�rocycliques condens�s. Il existe toutefois quelques diff�rences.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Th�oriquement, les noyaux h�t�rocycliques les plus simples d�rivent du benz�ne par deux types formels de substitution.</p><p>y L�un des groupes CH du benz�ne y est remplac� par un h�t�roatome trivalent qui, en pratique, ne peut �tre que l�azote ou l�oxyg�ne charg� positivement. On aboutit ainsi � des noyaux hexagonaux repr�sent�s symboliquement par :</p><p>y Deux groupes CH contigus du</p><p>benz�ne sont remplac�s par un h�t�-</p><p>roatome bivalent, d�o� trois noyaux pentagonaux :</p><p>Bien que ces noyaux pentago-</p><p>naux soient, comme le benz�ne ou la pyridine, nettement m�som�res, on conserve g�n�ralement pour les repr�-</p><p>senter les formules � deux doubles liaisons (ci-dessus).</p><p>Dans les noyaux hexagonaux ou pentagonaux, un ou plusieurs des groupes CH restants peuvent �galement faire place � des atomes d�azote. On aboutit ainsi � des noyaux � plusieurs h�t�roatomes, dont voici deux exemples : L�expos� suivant sera limit� aux noyaux � un seul h�t�roatome.</p><p>Pyridine</p><p>La pyridine s�extrait du goudron de houille ; elle est �galement pr�sente dans l�huile d�os (huile de Dippel) ; aucune des synth�ses th�oriques n�a pu devenir pratique. C�est un liquide bouillant � 114 �C, dont les propri�-</p><p>t�s physiques sont tout � fait remarquables. Anhydre, elle dissout tous les compos�s solubles dans le benz�ne ; mais elle est miscible � l�eau en toutes proportions et ne peut en �tre s�par�e que par s�jour sur potasse anhydre. De</p><p>plus, elle dissout, mais difficilement, les sucres simples.</p><p>La pyridine est encore longtemps stable � 800 �C. Elle rappelle le benz�ne par une tr�s grande r�sistance � l�oxydation. Elle s�en distingue par une hydrog�nation plus facile. Celle-ci se downloadModeText.vue.download 199 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5340</p><p>fait toujours en bloc, conduisant � la pip�ridine :</p><p>Mais l�hydrog�nation peut, ici,</p><p>�tre catalytique (Pt) ou chimique (Na + H2O).</p><p>Les substitutions �lectrophiles sont plus difficiles que dans le cas du benz�ne et se font, p�niblement, en position 3 (&#x3B2;) :</p><p>Mais il appara�t deux propri�t�s nouvelles :</p><p>a) une substitution nucl�ophile en &#x3B1;</p><p>(avec un peu de &#x3B3;) :</p><p>b) une faible basicit� de l�azote Cet azote additionne les �thers halohydriques, formant des halog�nures quaternaires que la chaleur isom�rise en halog�nures de pyridinium &#x3B1;-alcoyl�s : AgOH transforme les halog�nures quaternaires en bases quaternaires, oxy-dables en &#x3B1;-pyridones :</p><p>Les fonctions port�es par le carbone en &#x3B2; de l�azote ressemblent aux fonc-</p><p>tions port�es par le noyau benz�nique, mais, port�es par le carbone en &#x3B1; (ou en &#x3B3;), elles sont particuli�res, et c�est ainsi que la pyridine &#x3B3;-hydroxyl�e n�existe pas sous cette forme, mais sous la forme &#x3B3;-pyridone :</p><p>Les cha�nes lat�rales en &#x3B2; ont m�mes propri�t�s qu�en s�rie benz�ique.</p><p>La &#x3B2;-picoline ressemble au tolu�ne.</p><p>Les trois picolines :</p><p>s�oxydent (KMnO4, HNO3) en acides pyridine-carboxyliques correspondants. Mais, dans l�&#x3B1; ou la &#x3B3;-picoline, les H de CH3 ont une mobilit� comparable � celle des hydrog�nes de CH3</p><p>des c�tones m�thyl�es :</p><p>Ion pyrilium</p><p>Les sels de pyrilium se forment dans l�oxydation, en milieu acide, des dic�tones-&#x3B4; :</p><p>Ces sels sont remarquablement cristallis�s ; l�ammoniac les transforme en sels de pyridinium.</p><p>Deux benzopyridines, la quinol�ine et l�isoquinol�ine, et une dibenzopyri-dine, l�acridine, existent dans le goudron de houille :</p><p>� ces h�t�rocycles se rattachent divers alcalo�des et divers colorants.</p><p>G�n�ralit�s sur la</p><p>gen�se des h�t�rocycles</p><p>pentagonaux</p><p>Les trois h�t�rocycles fondamentaux pr�sentent une parent� ; sans qu�il s�agisse de transformations r�mun�ratrices, on peut passer de l�un � l�autre ;</p><p>le furanne et l�ammoniac vers 500 �C</p><p>forment des traces de pyrrole.</p><p>Tous trois sont accessibles � partir des dic�tones-&#x3B3;, le cycle furannique par simple d�shydratation, le cycle thiof�nique sous l�action de P2S5, le cycle pyrrolique sous l�action d�une amin� primaire.</p><p>Tous trois peuvent se pr�parer � partir de l�acide mucique</p><p>La pyrog�nation de l�acide conduit, apr�s d�carboxylation d�un interm�-</p><p>diaire, l�acide furo�que (ou pyromucique), au furanne :</p><p>En pr�sence de sulfure de baryum, on arrive au thiof�ne, et la pyrog�nation du mucate d�ammonium conduit au pyrrole.</p><p>Furanne</p><p>Le furanne est pr�sent dans le goudron de sapin ; on le pr�pare g�n�ralement � partir du furfural (ald�hyde furo�que) oxyd� en acide furo�que qui est d�carboxyl�.</p><p>C�est un liquide d�odeur chloro-</p><p>formique, bouillant � 33 �C et insoluble dans l�eau. Il est thermiquement stable, mais les acides concentr�s le polym�risent rapidement en une r�sine amorphe. Cette sensibilit� aux acides masque la plupart des substitutions �lectrophiles qu�on en pourrait attendre ; celles-ci : halog�nation, nitra-tion, r�action de Friedel et Crafts, n�-</p><p>cessitent des pr�cautions particuli�res.</p><p>Le furanne est nettement moins satur� que le benz�ne ; il peut �tre hydrog�n� chimiquement en dihydrofuranne, et, catalytiquement, en t�trahydrofuranne. Il pr�sente donc, att�nu�es, quelques propri�t�s des di�nes conjugu�s ; en particulier, il s�additionne � l�anhydride mal�ique.</p><p>Il s�oxyde en acide mal�ique, puis en acide oxalique.</p><p>Un d�riv� tr�s important est l�ald�-</p><p>hyde furo�que (ou pyromucique), g�n�-</p><p>ralement appel� furfural :</p><p>Celui-ci r�sulte de l�hydrolyse des � pseudo-celluloses �, appel�es xylanes. Cette hydrolyse lib�re le D-xylose</p><p>que HCl dilu� et bouillant d�shydrate en furfural.</p><p>Le furfural ressemble �troitement au benzald�hyde ; comme lui, il subit la r�action de Cannizzaro, la r�duction duplicative, la benzo�nation, les condensations avec les anilines</p><p>N-bisubstitu�es.</p><p>L�hydrog�nation catalytique le transforme en alcool t�trahydrofurylique, d�s-hydratable en &#x3B1;-dihydropyranne : L�acide furo�que (ou pyromucique) rappelle tout � fait l�acide benzo�que.</p><p>Thiof�ne</p><p>Pr�sent entre 0,5 et 4 p. 100 dans le benz�ne commercial, le thiof�ne en �tait autrefois extrait ; on le pr�pare industriellement par passage de l�ac�-</p><p>tyl�ne � 600 �C sur la pyrite :</p><p>C�est un liquide bouillant � 84 �C et pratiquement ins�parable du benz�ne par voie physique.</p><p>C�est, de tous les h�t�rocycles pentagonaux, celui qui ressemble le plus au benz�ne. Thermiquement stable, il se pr�te facilement aux substitutions �lectrophiles (halog�nation, sulfonation, r�actions de Friedel et Crafts) ; sous cet aspect, il est plus actif que le benz�ne, et la sulfonation s�lective du benz�ne commercial a servi � son extraction.</p><p>Poison des catalyseurs, il ne peut �tre hydrog�n�.</p><p>L�acide nitrique bouillant ouvre le cycle, formant d�une part l�acide mal�ique HOCO�CH=CH�COOH,</p><p>d�autre part l�acide sulfurique.</p><p>Pyrrole</p><p>Le pyrrole est le plus important des noyaux pentagonaux. On l�a longtemps extrait de l�huile de Dippel en utilisant son caract�re l�g�rement acide. C�est un liquide associ� par liaison hydrog�ne, bouillant � 131 �C, et insoluble dans l�eau.</p><p>Un peu moins que le furanne, il est sensible aux acides concentr�s, qui le polym�risent. Il peut, n�anmoins, �tre halog�ne 4 fois sur le noyau, m�me par l�iode.</p><p>Bien qu�azot�, il n�est pas basique, car le doublet non liant de l�azote est engag� dans le sextet aromatique. Par contre, il est l�g�rement acide et fournit, en pr�sence de potasse s�che, un d�riv� potass�.</p><p>downloadModeText.vue.download 200 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5341</p><p>Ce dernier peut �tre alcoyl� :</p><p>� des temp�ratures variables selon</p><p>la nature de R, ces pyrroles N-alcoyl�s se transforment en &#x3B1;-alcoypyrroles : Il y a l� une analogie �troite avec le ph�nol. Le pyrrole d�compose les organomagn�siens, et, par fixation du gaz carbonique sur le d�riv� m�tallique, on aboutit � l�acide pyrrole &#x3B1;-carboxylique :</p><p>Comme le ph�nol, le pyrrole subit la r�action de Reimer et Tiemann :</p><p>Comme le ph�nol, il copule avec les diazo�ques.</p><p>Le pyrrole poss�de quelques pro-</p><p>pri�t�s di�niques ; il peut �tre hydrog�n� au sodium en pyrroline, et, catalytiquement, en pyrrolidine :</p><p>Contrairement au pyrrole, la pyrroline et la pyrrolidine sont des bases assez fortes.</p><p>Les cycles polypyrroliques (prophyrines) constituent les pigments sanguin et chlorophyllien, et l�importance biologique des pyrroles substitu�s est tr�s grande.</p><p>Noyaux pentagonaux</p><p>condens�s</p><p>Le goudron de houille renferme un grand nombre de ces noyaux, par</p><p>exemple figure en bas � gauche.</p><p>La polym�risation de la coumarone engendre une r�sine inalt�rable r�sistant bien aux agents chimiques ; au benzothiof�ne et � l�indole, on doit rattacher d�importants colorants, le thioin-</p><p>digo et l�indigo. Le carbazole forme, avec l�acide oxalique, un colorant bleu, voisin du bleu de diph�nylamine.</p><p>C. P.</p><p>A. R. Katritsky et J. M. Lagowski, Principes de la chimie des compos�s h�t�rocycliques (Gauthier-Villars, 1968).</p><p>Hia Kouei</p><p>En pinyin XIA GUI ; pr�nom de cour-toisie YUYU. Peintre chinois (actif v. 1190-1225).</p><p>Xia Gui est, avec son contempo-</p><p>rain Ma Yuan*, le repr�sentant le plus important de la peinture de paysage � l��poque des Song* du Sud (1127-1276). Il occupa un poste officiel � l�Acad�mie imp�riale sous le r�gne de Ningzong (Ning-tsong, 1195-1224) et m�rita la distinction honorifique de la Ceinture d�or. Ce sont � peu pr�s les seules informations qui nous soient parvenues sur sa vie, car, d�s l��poque Yuan, la pr�f�rence pour un style aux effets moins spectaculaires et moins concert�s frappa d�ostracisme les oeuvres de l��cole � Ma-Xia �</p><p>(� Ma-Hia �).</p><p>Il �tait originaire des environs de Hangzhou (Hang-tcheou), o� la cour imp�riale avait d� se r�fugier en 1127</p><p>sous la pression du Nord. La douceur luxuriante de ce site, diff�rent des paysages s�v�res de la Chine du Nord, la po�sie du lac de l�Ouest et des collines qui l�entourent, le milieu urbain raffin�, tout contribuait � renouveler l�inspiration des artistes et � insuffler un esprit nouveau � l�acad�mie de peinture, re-cr��e � Hangzhou. Cependant, si l�esprit est nouveau, plus lyrique, plus po�-</p><p>tique, la coupure n�est pas totale avec l��poque des Song du Nord. Un peintre comme Li Tang (Li T�ang*), qui fut membre des deux acad�mies de Kaifeng (K�aifong) et de Hangzhou, �tablit le lien entre les deux p�riodes ; il garde encore la vision grandiose des paysagistes des Xe-XIe s. (tel Fan Kuan [Fan K�ouan*]), mais son oeuvre se teinte d�une sensibilit� plus romantique.</p><p>Se r�clamant de Li Tang, Xia Gui reprend sa technique des coups de pin-</p><p>ceau � taill�s � la hache �, mais en les chargeant d�une intensit� plus dramatique. Cette �criture audacieuse, qui deviendra caract�ristique du paysage des Song du Sud, est mise tout enti�re au service d�une peinture d�pouill�e et elliptique. Plus encore que Ma Yuan, Xia Gui simplifie le th�me et la forme.</p><p>Dans ses paysages, les masses rocheuses sont r�duites au minimum, tandis que les nappes de brume deviennent l��l�ment essentiel du fond, autour duquel toute la composition s�organise. Cette conception fragmentaire du paysage trouve son expression la plus parfaite dans la formule du rouleau horizontal. Dans Vue claire et lointaine d�un fleuve dans les montagnes, l�oeil est constamment attir� puis repouss� des zones remplies aux espaces vides.</p><p>N�anmoins, chaque section du rouleau, que le spectateur d�couvre au gr� de sa lecture, constitue un tout coh�rent.</p><p>Le support de papier, et non de soie, met en relief la virtuosit� du pinceau de l�artiste et son g�nie de l�encre. La fermet� de la main appara�t tant dans les surfaces rocheuses, rendues � l�aide de coups secs (� coups de hache �), que dans les d�tails anecdotiques (ponts, pavillons, petits personnages), ou dans les feuillages, travaill�s d�un pinceau effiloch�. Par la seule richesse de ses d�grad�s, le lavis anime l�espace pictural.</p><p>Soutenu par une inspiration sinc�re, Xia Gui garde suffisamment de retenue pour �viter l�artificiel. Ses imitateurs, en revanche, tendront � la prouesse technique et � la mise en formules. Cet art, facile � saisir dans ses caract�res ext�rieurs, connut une vogue consid�-</p><p>rable � l��tranger, au Japon notamment (v. Sessh&#x16B;). L�Occident y a vu l�essence m�me de la peinture chinoise, alors que la critique lettr�e, en Chine, ne lui a jamais accord� qu�une faveur mod�r�e, pr�f�rant des cr�ations � r�-</p><p>sonances plus profondes.</p><p>F. D.</p><p>hibernation</p><p>Aptitude de certains Mammif�res � tomber en l�thargie quand les conditions du milieu dans lequel ils vivent</p><p>deviennent particuli�rement d�favorables, c�est-�-dire en principe pendant l�hiver.</p><p>On rencontre des animaux hiber-</p><p>nants chez les Mammif�res inf�rieurs tels que l�Ornithorynque et l�Echidn�, habitants du sud du continent austra-lien (�tat de Victoria), ainsi que chez des Marsupiaux, mais c�est chez les Mammif�res sup�rieurs qu�il y a le plus grand nombre d�hibernants. On peut citer :</p><p>� dans l�ordre des Rongeurs, les Marmottes, Loirs, L�rots, L�rotins, Spermophiles, Muscardins, Hamsters, Sminthes, �cureuils terrestres nord-am�ricains et Zapodes ;</p><p>� dans l�ordre des Insectivores, les H�rissons et les Tenrecs malgaches ;</p><p>� dans l�ordre des Chiropt�res, les Chauves-Souris.</p><p>Le cas de la Marmotte</p><p>C�est la Marmotte qui offre l�un des meilleurs exemples d�animal hibernant.</p><p>Vers la fin de l��t�, apr�s avoir co-pieusement mang� l�excellente nourriture que lui offrent les hauts alpages : racines, graines de toutes sortes, elle accumule une �paisse couche de graisse dans sa r�gion ventrale, au point que l�on a l�impression que son ventre tra�ne � terre, tant elle est lourde. Cette r�serve peut atteindre de 35 � 40 p. 100 du poids de son corps.</p><p>La Marmotte commence bient�t � couper de l�herbe pour la faire s�cher au soleil. Puis c�est avec sa bouche qu�elle transporte cette herbe bien s�che dans son terrier. Cet excellent mat�riel est destin� � calorifuger l�int�rieur de son refuge hivernal, qui doit en effet �tre � l�abri des variations de la temp�rature ext�rieure.</p><p>L�orifice du terrier, de la grosseur du poing, s�ouvre dans une antichambre qui est un couloir de 2 � 3 m de long, conduisant vers une courte galerie au bout de laquelle se trouve la chambre de repos. Celle-ci, douillettement garnie d�herbe fine et s�che, est assez vaste pour contenir une douzaine d�animaux, quelquefois plus. Sa profondeur, par</p><p>rapport � l�orifice d�entr�e, varie de 2</p><p>downloadModeText.vue.download 201 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5342</p><p>� 3 m et d�pend des temp�ratures minimales des lieux o� sont �tablis ces refuges.</p><p>Lorsque les animaux se sont install�s � l�int�rieur, l�orifice d�acc�s en est soigneusement bouch� avec des pierres, de la terre et du sable, puis cal-feutr� avec de l�herbe s�che. Les animaux vont rester ainsi entass�s les uns contre les autres afin d��viter le plus possible les d�perditions de chaleur.</p><p>Leur sommeil hibernal ne survient pas tout de suite. Les Marmottes vont rester �veill�es pendant encore une � deux semaines. Puis elles s�enroulent en boule, la t�te vers la queue, les plantes des pattes plaqu�es contre les joues. C�est une disposition qui a pour effet de r�duire encore les pertes de calories. Pendant cette p�riode, la Marmotte n�a pas mang�, son tube digestif est vide. Seule la vessie se remplit lentement.</p><p>Le sommeil n�est pas continu chez les Mammif�res hibernants. Au d�but, il est entrecoup� de p�riodes de r�veil, qui vont en s�espa�ant. Vers le milieu du sommeil, les r�veils apparaissent � peu pr�s tous les 21 � 28 jours. La Marmotte en profite alors pour vider sa vessie. Vers la fin de l�hibernation, les r�veils se rapprochent un peu plus.</p><p>Pendant tout l�hiver, le m�tabolisme de l�hibernant est consid�rablement diminu�. L�animal vit � l�extr�me ralenti.</p><p>La consommation d�oxyg�ne atteint le vingti�me de la consommation normale de l��tat de veille. Le nombre de mouvements respiratoires est alors de 2 � 3</p><p>par minute. Les battements cardiaques, de 90 � 130 normalement, tombent � 3</p><p>ou 4 par minute. En outre, le sang de l�hibernant, qui circule avec une lenteur extr�me, risquerait la coagulation si un m�canisme sp�cial ne provoquait pas l�apparition d�h�parine, produit anticoagulant du sang.</p><p>Si on manipule une Marmotte en plein sommeil hibernal, on a une tr�s p�nible sensation de froid. Sa temp�-</p><p>rature interne peut s�abaisser jusqu�� 4 �C sans dommage et suit alors les oscillations de temp�rature de l�int�-</p><p>rieur de son terrier. Mais si une Marmotte se trouve avoir une temp�rature se rapprochant de 1 �C, il y a un m�canisme qui provoque instantan�ment le r�veil de l�animal. Sa temp�rature monte brusquement et � un niveau �lev�. C�est la circulation qui joue � cet instant un grand r�le en assurant le contr�le de la distribution de la chaleur dans l�organisme et lui permet de se r�chauffer tr�s rapidement.</p><p>Bient�t, d�s le printemps, le r�veil survient. Il ne semble pas que celui-ci soit provoqu� par un �puisement des r�serves de graisse corporelle. Chaque fois qu�une Marmotte s��veille, on constate qu�elle est encore tr�s grasse : heureusement pour elle, car elle va pouvoir vivre pendant quelque temps dans un milieu qui lui est hostile et qui n�a aucune ressource alimentaire, surtout en haute montagne.</p><p>Il semble que ce soit l�augmentation de certaines s�cr�tions hormonales (thyro�de et surr�nales) qui jouerait un r�le dans la r�gulation du m�tabolisme de l�animal et qui favoriserait le r�veil printanier.</p><p>Lorsqu�elle arrive au jour, la Marmotte a perdu de 400 � 500 g de son poids initial. Mais c�est peu apr�s cette p�riode que la Marmotte va perdre une tr�s grosse partie de son poids.</p><p>Autres Mammif�res</p><p>hibernants</p><p>D�autres Rongeurs, Loirs, L�rots, Muscardins, sont de parfaits hibernants.</p><p>C�est le Muscardin qui, dans nos pays, a le plus long sommeil : 6 � 7 mois, d�octobre � avril ou mai.</p><p>Le Loir est aussi tr�s connu, il vit dans des trous d�arbre ou des terriers. Mais il accumule des provisions qu�il consomme de temps en temps, lorsqu�il sort de son profond sommeil.</p><p>Un autre rongeur hibernant tr�s connu est l�Hamster d�Europe centrale. Il a une r�putation de pr�voyance l�gen-</p><p>daire. On le chassait autrefois pour le manger ainsi que pour sa fourrure. Sa chasse consistait � faire des travaux de terrassement pour le trouver endormi dans son terrier. Quand on avait en plus la chance de trouver le magasin o� il engrangeait ses provisions d�hiver, c��tait une trentaine de kilogrammes de graines vari�es que l�heureux chasseur pouvait r�cup�rer pour ses volailles !</p><p>Le sommeil de cet animal n�est pas continu, il dort pendant 5 ou 6 jours, puis mange ses provisions et se rendort.</p><p>Nous avons vu que les Mammi-</p><p>f�res hibernants ne dorment pas d�un sommeil continu comme le font les animaux � sang froid (Poissons, Batraciens, Reptiles). Leur sommeil est entrecoup� par de courts r�veils p�-</p><p>riodiques de fr�quence variable : 25</p><p>� 30 jours chez le Loir, 21 � 28 jours chez la Marmotte, un peu plus chez la Chauve-Souris.</p><p>Les Chauves-Souris* (ordre des</p><p>Chiropt�res) hibernent dans des lieux sombres et humides : grottes, cavernes, greniers, souterrains, carri�res o� les variations de temp�rature sont tr�s faibles. Elles sont suspendues aux parois rocheuses par les griffes de leurs pattes post�rieures, la t�te en bas, le corps en extension, envelopp�es dans leurs ailes repli�es autour du corps pour limiter le plus possible les d�perditions caloriques et la dessiccation. Pendant cette l�thargie, leur temp�rature baisse et s��tablit aux environs de 1 � 2 �C</p><p>au-dessus de la temp�rature ambiante.</p><p>Leur fr�quence cardiaque diminue, ainsi que leur circulation sanguine, et la respiration, comme chez tous les hibernants d�ailleurs, se fait en � chey-nestokes � (p�riodes d�apn�e et de respiration avec phases d�amplitude croissantes et d�croissantes). Il y a aussi un ralentissement g�n�ral de toutes les fonctions organiques, la sensibilit� est tr�s fortement diminu�e. Si la temp�-</p><p>rature ambiante atteint 0 �C, il y a une r�action de sauvegarde qui intervient, la Chauve-Souris se r�veille, elle augmente alors son m�tabolisme ainsi que sa fr�quence cardiaque pour maintenir la temp�rature du corps au-dessus de 0 �C. Mais certains chercheurs ont tout de m�me trouv� des Chauves-Souris</p><p>en hibernation avec des temp�ratures n�gatives !</p><p>Si on la d�range pendant son sommeil, il faut une tr�s forte excitation pour provoquer son r�veil. Elle contracte alors ses cuisses, ouvre la gueule, crie, commence � se mouvoir, essaye de mordre. Pendant ce temps sa temp�rature monte brusquement. La Chauve-Souris peut vivre en l�thargie pendant plusieurs jours, aux p�riodes de mauvais temps, quand elle ne peut pas sortir pour trouver sa nourriture, � cause du vent ou de la pluie. Il suffit que sa temp�rature interne tombe au-dessous de 34 �C pour que la l�thargie soit amorc�e.</p><p>Depuis peu, on a observ� des cas d�hibernation chez des Oiseaux : chez le Martinet, l�Oiseau-Mouche, l�En-goulevent. Ce dernier hiberne pendant plusieurs mois en Californie.</p><p>Interpr�tation</p><p>Pour certains biologistes, les hibernants seraient des animaux � caract�res primitifs, interm�diaires entre les animaux � sang froid et les Mammif�res � sang chaud et � temp�rature constante.</p><p>Pour d�autres, au contraire, ce seraient des animaux �volu�s, capables de ma�triser leur possibilit� d�avoir une temp�rature constante et effectuant suivant leurs besoins le r�glage d�un v�ritable � thermostat biologique �</p><p>parfaitement au point.</p><p>Ces deux hypoth�ses peuvent se</p><p>concilier, mais en tout cas les modifications physiologiques et �cologiques des hibernants leur ont permis de s�adapter � certains milieux. La forte proportion d�hibernants dans la faune des petits Mammif�res des r�gions subarctiques montre que ces dispositions ont d� jouer un grand r�le pour le peuplement des zones � climats extr�mes, absolument inhabitables sans cette adaptation physiologique providentielle.</p><p>P. B.</p><p>R. Hainard, Mammif�res sauvages d�Europe, t. II : Pinnip�des, rongeurs, ongul�s, c�-</p><p>tac�s (Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1949 ;</p><p>2e �d., 1962). / P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. XVII : Mammif�res (Masson, 1955 ; 2 vol.). / M. Eisentraut, Aus dem Leben der Flederm�use und Flughunde (I�na, 1957). / M. Fontaine (sous la dir. de), Physiologie (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1969).</p><p>L�hibernation artificielle</p><p>L�hibernation artificielle est un �tat comparable, dans une certaine mesure, � celui des animaux hibernants, mais elle est le r�sultat d�un traitement. Son but est le m�me que celui des animaux hibernants : l�hypom�tabolisme, l��conomie des ressources de l�organisme, dans une p�riode difficile au cours de laquelle l�apport �nerg�tique ext�rieur normal ne peut pas �tre procur�.</p><p>L�Homme ne peut pas se mettre en �tat de vie ralentie par ses propres moyens ; l�hibernation qu�il peut subir n�est donc que le r�sultat d�une th�rapeutique complexe.</p><p>L�objectif global est la pr�servation de l�hom�ostasie, l��quilibre des constances physiologiques. Les m�canismes r�gulateurs impliqu�s ont �t� �tudi�s les uns apr�s les autres, et le r�le de chaque syst�me est maintenant assez bien connu.</p><p>Mais leur efficacit� est limit�e, et par cons�-</p><p>quent les facult�s de r�tablissement de l�hom�ostasie compromise � par exemple par une maladie et/ou une blessure grave</p><p>� ne sont pas infinies. La premi�re id�e venue aux anciens th�rapeutes a �t� d�utiliser les apparentes vertus du froid, mais celui-ci ne s�est montr� de quelque int�-</p><p>r�t que dans la r�frig�ration des membres avant l�amputation.</p><p>y L�hypothermie g�n�rale est tr�s diff�rente ; elle est tr�s utile en chirurgie et particuli�rement en chirurgie majeure, cardiaque notamment, et sous circulation-respiration artificielle. Mais elle n�est exploitable que sous anesth�sie g�n�rale ou apr�s un traitement capable d�annihiler les r�actions de l�organisme au froid, lesquelles suffisent, comme on le sait, � �puiser toutes les ressources.</p><p>y Dans l�hibernation artificielle, la temp�rature corporelle s�abaisse, certes, mais c�est parce que l�hypom�tabolisme diminue la production de chaleur. L�inverse downloadModeText.vue.download 202 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5343</p><p>n�est pas vrai : on ne peut pas refroidir en pla�ant le corps dans un liquide froid par exemple.</p><p>Les th�rapeutiques classiques (le</p><p>� choc � th�rapeutique, par exemple) cherchaient � reculer les limites au-del� desquelles les r�gulations physiologiques deviennent inop�rantes. Parfois, elles agissaient comme les coups de fouet sur un cheval fourbu. Celui-ci succombe souvent dans un dernier effort. Mieux vaut le laisser reposer, le nourrir, soulager sa souffrance.</p><p>H. Laborit a pu �crire, d�apr�s Cannon :</p><p>� L�augmentation artificielle de la puissance des moyens dits � de d�fense physiologique de l�organisme � aboutit � un �chec en cas d�agression grave. � En fait, il ne s�agit plus de r�agir ou d�aider � la r�action, mais, au contraire, de se soumettre, et m�me de forcer la soumission, comme le font les vrais hibernants devant le froid excessif.</p><p>Les premi�re �tudes ont �t� faites sur le choc h�morragique. La saign�e, dans des conditions bien d�finies, am�ne la mort chez les animaux non pr�par�s, alors que, chez ceux � qui la m�me quantit� (proportionnellement � leur poids) est soustraite apr�s mise en hibernation pharmacologique, la survie est la r�gle.</p><p>y L�hibernoth�rapie est l�expression th�-</p><p>rapeutique de l�hibernation artificielle : elle a pour but la gu�rison hors la chirurgie. Les agressions les plus diverses � thermiques, chimiques, microbiennes � en seraient justiciables si les drogues gr�ce auxquelles on provoque la soumission, la lev�e des r�sistances, �taient parfaites. Les chimistes et les pharmacologistes travaillent actuellement sur plusieurs milliers de produits.</p><p>Les indications doivent encore en �tre soigneusement pes�es. Dans un nombre de cas pour le moment limit�, il est possible de ralentir les processus � on�reux � (du moins les mieux connus) de telle mani�re que le sujet devienne incapable de br�ler ses derni�res forces. C�est l�anesth�siologiste qui prend alors � sa charge la responsabilit� de l�entretien des fonctions vitales, en suppl�ant les syst�mes mis en sommeil.</p><p>Tr�s bri�vement, on peut dire qu�il assure</p><p>la ventilation pulmonaire et l�oxyg�nation, qu�il reconstitue une masse sanguine ad�-</p><p>quate, qu�il veille au bon fonctionnement des �monctoires, tout en fournissant le nutriment �nerg�tique, min�ral, vitaminique indispensable en prot�geant les organes expos�s et d�licats tels que les yeux, les t�guments subissant des pressions excessives : talons, r�gion sacr�e, dos, �paules.</p><p>En biologie m�dicale courante, la vie au ralenti, sans modification notable de certaines activit�s primordiales, elles-m�mes assez lentes, permet � un organisme � bout de souffle non seulement de survivre, mais de r�parer les dommages caus�s par les agressions. En extrapolant, on pense que cette m�thode, adapt�e aux circonstances du vol spatial, permettra � des �tres humains (dont la dur�e de vie est normalement trop br�ve, dans la meilleure hypoth�se, pour une exploration des plan�tes lointaines) de ralentir le cours de l�existence, d�arriver au but avant que la s�nescence ait fait son oeuvre et d�accomplir des missions dont nous n�avons encore qu�une id�e tr�s vague.</p><p>L�hibernation, malgr� les progr�s immenses qu�elle a faits et qu�elle a fait faire, est donc loin d��tre simple et fiable. Depuis la premi�re drogue � vis�e antim�tabolique (ou si l�on pr�f�re antiadr�nergique), la chlorpromazine, un tr�s grand nombre de substances tr�s diverses ont �t� mises � contribution. Toutes ont pour premi�re intention de neutraliser l�activit� des ca-t�cholamines (adr�naline, noradr�naline, etc.), qui sont accus�es de donner le coup de fouet aux cellules d�ficientes. Ces cat�-</p><p>cholamines, capables de tirer l�organisme d�une situation dangereuse chaque fois que le travail � fournir n�est pas excessif, peuvent conduire au d�sastre si elles obligent l�organisme � combattre avec l�intensit� coutumi�re de ses processus vitaux, alors que, par exemple, l�oxyg�nation des cellules nobles est d�ficiente (par hypoxie ou an�mie) : c�est ce que l�hibernation tend � �viter.</p><p>J. V.</p><p>H. Laborit, R�action organique � l�agression et choc (Masson, 1952 ; 2e �d., 1955) ; R�sistance et soumission en physiobiologie.</p><p>L�hibernation artificielle (Masson, 1954). /</p><p>H. Laborit, P. Huguenard et coll., Pratique de l�hibernoth�rapie en chirurgie et en m�decine</p><p>(Masson, 1953).</p><p>Hideyoshi</p><p>(Toyotomi)</p><p>G�n�ral et homme d��tat japonais (Na-kamura 1536 - Fushimi 1598).</p><p>L�homme</p><p>Un des meilleurs g�n�raux d�Oda</p><p>Nobunaga, Hideyoshi �tait fils de paysans. De son v�ritable nom Ki-noshita T&#x14D;kichir&#x14D;, il ne prit le nom de Hideyoshi que plus tard, lorsqu�il eut fait ses preuves comme guerrier.</p><p>La famille des Fujiwara l�adopta et lui conf�ra le patronyme de Toyotomi. De petite taille, extr�mement laid, mais d�bordant d�activit� et d�une grande intelligence, il avait r�ussi � se constituer dans l�Est des domaines assez importants. Lorsque, en 1582, Oda Nobunaga, alors au fa�te de sa puissance, fut tra�treusement attaqu� par son g�n�ral Akechi Mitsuhide et fit seppuku (se suicida), Hideyoshi se tourna contre celui-ci et le tua, prenant ipso facto la succession d�Oda Nobunaga apr�s avoir �limin� les autres pr�tendants.</p><p>Il a alors quarante-six ans. N�ayant pas lui-m�me de descendance, il se d�met symboliquement de ses fonctions en faveur de son neveu Hidetsugu, mais continue � gouverner. Son but avou� est d�unifier le Japon sous sa f�rule. Pour ce faire, il distribue des fiefs � ses fid�les, entreprend la conqu�te de l��le de Ky&#x16B;sh&#x16B;, qui �tait pratiquement demeur�e ind�pendante, et attaque le Kant&#x14D; (r�gion de Edo), o� r�gnaient des descendants des shikken H&#x14D;j&#x14D;. � la t�te de 250 000 hommes, il assi�ge la forteresse d�Odawara, qu�il ne r�ussira � forcer que gr�ce � une trahison, et oblige les derniers H&#x14D;j&#x14D; � faire seppuku (1590). Hideyoshi confie alors ces provinces de l�Est � un de ses plus vaillants g�n�raux, Tokugawa Ieyasu. Le Japon tout entier soumis, les grands daimyo (chefs de province) en apparence subjugu�s, Hideyoshi se pr�occupa d�administrer le pays. D�s 1583, il avait ordonn� un recensement g�n�ral des terres. Il cr�e une nouvelle administration civile, compos�e de cinq bugy&#x14D; (sorte de ministres sous les ordres du kampaku Hideyoshi) et une</p><p>administration militaire dirig�e par des inspecteurs g�n�raux (kangun). Il fait confisquer toutes les armes dans les provinces (katanagari, 1588) et se fait construire, avec l�aide de ses vassaux, un puissant ch�teau � &#x14C;saka (v. 1584).</p><p>Le progr�s social</p><p>Gr�ce � sa pr�voyance et au parfait fonctionnement de son administration, la soci�t� japonaise, en mouvement jusque-l� quelque peu anarchique, s�organise. Hideyoshi r�forme le syst�me des imp�ts (qu�il alourdit l�g�rement), fait battre monnaie d�or. Sorti du peuple, Hideyoshi se pr�occupe des besoins de celui-ci : il fait relever les villages d�vast�s par les guerres, r�parer les syst�mes d�irrigation et favorise les �changes en am�liorant le syst�me routier et en combattant vigoureusement le brigandage. L��volution sociale se poursuit : Hideyoshi admet dans son entourage des hommes de petite extraction, mais habiles ; les fonctions militaires et administratives deviennent ouvertes � tous les hommes qui s�en montrent dignes. La coutume du servage, d�j� disparue en fait, est officiellement abolie.</p><p>Le bouddhisme, favoris�, p�n�tre de plus en plus dans le peuple, et lui infuse des id�es �galitaires : l�influence des sectes amidistes et des doctrines de Nichiren est de plus en plus profonde, ce qui donne au peuple le sentiment d�appartenir non plus � une r�gion ou � un seigneur, mais � une nation.</p><p>L�industrie se d�veloppe �galement, n�e de l�artisanat et encourag�e par les besoins militaires. Les armes � feu, les nouveaux armements provoquent la cr�ation de fonderies. Les filatures de soie se modernisent, les march�s se multiplient qui donnent naissance � des villes. Enfin, la marine prend, gr�ce aux exemples portugais, un grand d�veloppement, et les chantiers navals travaillent sans arr�t. Dans les villes, comme � Ky&#x14D;to, l�urbanisme se renouvelle et d�immenses palais s��difient, comme le c�l�bre Jurakudai ou celui de Fushimi (1594). Des cit�s sont cr��es : Nagasaki devient port franc.</p><p>&#x14C;saka est agrandie et fortifi�e. Enfin, de somptueuses f�tes sont ordonn�es, auxquelles est convi� le peuple. Les</p><p>mani�res de vivre elles-m�mes se modifient avec l��l�vation du niveau de vie : le v�tement se simplifie, devient plus sobre, les demeures s�ornent de peintures. L�art �volue vers la somptuosit�, la litt�rature se montre plus sociale et plus virile.</p><p>Hideyoshi et les</p><p>�trangers, la conqu�te</p><p>de la Cor�e</p><p>Entre-temps, un fils, Hideyori, �tait n� � Hideyoshi (1593), presque aussit�t nomm� son successeur. Hidetsugu se rebelle, mais est bient�t vaincu et accul� au suicide avec sa famille (1595).</p><p>Tout d�abord soucieux de se m�nager des appuis dans tous les milieux, le kampaku accueille favorablement les missionnaires chr�tiens, s�entoure de conseillers j�suites. Mais ceux-ci semblant prendre trop d�importance, Hideyoshi se retourne brusquement contre eux, les expulse (1587). Il tol�re cependant les autres chr�tiens.</p><p>Mais, en 1597, les missionnaires de confessions diff�rentes s�opposant, il commence les pers�cutions contre les chr�tiens, car il soup�onne en eux des espions de l�arm�e espagnole bas�e � Manille. Entre-temps, soit d�sir de venger les assauts mongols de 1274 et de 1281, soit pour se d�barrasser d�une soldatesque devenue encombrante, Hideyoshi d�cide (1591) d�envahir la Cor�e et de soumettre l�empire de Chine. Une premi�re tentative se solde par un �chec : en 1592, l�amiral cor�en Li Sun-sin, inventeur des bateaux cuirass�s, an�antit la flotte japonaise, et Hideyoshi est oblig� d��vacuer de Cor�e les 200 000 hommes qu�il y avait envoy�s. Une deuxi�me tentative a lieu en 1597. Apr�s plusieurs mois, de combats acharn�s contre les Cor�ens et les Chinois, Hideyoshi est oblig� de se cantonner dans la d�fensive. Devenu fou, malade, il pr�tend se faire adorer comme divinit� de la guerre, Hachiman. Mais il ne verra pas la retraite de ses troupes de Cor�e : en downloadModeText.vue.download 203 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5344</p><p>septembre 1598, il meurt, terrass� par</p><p>la maladie.</p><p>Son fils (probablement putatif)</p><p>Hideyori lui succ�de � l��ge de cinq ans. Hideyoshi avait pr�vu pour lui un conseil de r�gence, compos� de cinq tair&#x14D; (r�gents) assist�s des cinq bugy&#x14D;, et une tutrice, sa m�re, Yodogimi. Les cinq tair&#x14D;, tous de grands daimy&#x14D;, n�allaient pas tarder � s�affronter les armes � la main afin de ravir le pouvoir au jeune Hideyori. L�un d�entre eux, seigneur du Kant&#x14D;, Tokugawa Ieyasu, apr�s deux ans de lutte, arrivera � vaincre ses rivaux et les g�n�raux revenus de Cor�e (guerre � laquelle il n�avait pas pris part), et � assurer sa su-pr�matie, fondant un nouveau bakufu, celui des Tokugawa.</p><p>L. F.</p><p>F Cor�e / Japon.</p><p>hi�roglyphe</p><p>F �CRITURE ET �GYPTE.</p><p>Hilbert (David)</p><p>Math�maticien et logicien allemand (K�nigsberg 1862 - G�ttingen 1943).</p><p>Issu d�une famille de bonne bourgeoisie, il fait la plus grande partie de ses �tudes dans sa ville natale, avec quelques interm�des � Heidelberg, � Leipzig et � Paris. Durant ces ann�es d��tudes, il se lie d�une �troite amiti� avec Hermann Minkowski (1864-1909), qui fut le professeur de math�-</p><p>matiques d�Albert Einstein*. Apr�s avoir soutenu sa dissertation inaugu-rale en 1885, il est nomm� � K�nigsberg en qualit� de privatdocent (1886-1892), puis comme professeur titulaire (1893-1895). En 1888, il se signale � l�attention du monde scientifique par son travail sur la th�orie des invariants.</p><p>L�abondante litt�rature consacr�e � cette th�orie se caract�rise alors par une masse de calculs d�o� se d�gagent difficilement quelques id�es g�n�rales.</p><p>Lorsque Hilbert �tablit ses th�or�mes g�n�raux en quelques pages, presque sans calculs, la surprise g�n�rale se traduit par l�exclamation de Paul Gordan (1837-1912), le � roi des invariants � :</p><p>� Ce n�est plus des math�matiques, c�est de la th�ologie. � Par ce coup de</p><p>ma�tre, Hilbert am�ne la disparition quasi totale de cette th�orie. Mais, en m�me temps, il pose les bases d�une nouvelle branche de l�alg�bre, la th�orie des id�aux de polyn�mes, qui va, au d�but du XXe s., renouveler la vieille g�om�trie alg�brique et devenir un des piliers de l�alg�bre moderne �difi�e par Emmi Noether (1882-1935) et par Emil Artin (1898-1962). Appel� en 1895 � l�universit� de G�ttingen, Hilbert y reste jusqu�� la fin de sa carri�re, refaisant de cette universit� un des premiers centres math�matiques mondiaux.</p><p>D�s son arriv�e, il commence ses recherches, capitales, sur la th�orie des corps de nombres alg�briques. Le fondateur en �tait Carl Friedrich Gauss*.</p><p>Gustav Lejeune-Dirichlet (1805-1859), Ernst Eduard Kummer (1810-1893), Leopold Kronecker (1823-1891) et Richard Dedekind (1831-1916) s�y sont tour � tour illustr�s. Mais il restait bien des points � �lucider. Hilbert fonde en un tout homog�ne l�ensemble des r�-</p><p>sultats acquis et formule des lois g�n�-</p><p>rales dont il ne peut cependant v�rifier l�exactitude que sur quelques cas particuliers. C�est seulement un quart de si�cle plus tard que les lois qu�il avait �nonc�es furent �tablies dans le cas le plus g�n�ral. En th�orie analytique des nombres, il donne en 1909 la solution g�n�rale du probl�me de Waring : D�-</p><p>terminer le nombre des repr�sentations d�un nombre comme somme de p puissances k positives. Apr�s s��tre montr� grand alg�briste et grand arithm�ticien, Hilbert s�attaque � l�analyse au d�but du XXe s. S�int�ressant au calcul des variations, il y ouvre une voie toute nouvelle, appel�e depuis m�thode directe. Appliquant cette m�me m�thode au c�l�bre probl�me de Dirichlet (trouver une fonction harmonique dans un domaine � partir de ses valeurs sur la fronti�re), il parvient, le premier, � rendre rigoureuse la m�thode esquiss�e par Bernhard Riemann*. Dans ses recherches sur la th�orie des �quations int�grales, o� il prend la suite de Vito Volterra (1860-1940), Henri Poincar�*</p><p>et Ivar Fredholm (1866-1927), il introduit le premier l�espace � une infinit� de dimensions appel� fort justement espace de Hilbert.</p><p>Le grand public math�matique et</p><p>particuli�rement les milieux ensei-</p><p>gnants connaissent surtout David Hilbert par son ouvrage sur les fondements de la g�om�trie, Grundlagen der Geometrie (1899). Issu de tout un courant d�axiomatisation de la g�om�-</p><p>trie qu�il r�sume et clarifie, il contient la premi�re exposition, purement abstraite, totalement axiomatis�e, de la vieille g�om�trie euclidienne. L�ind�-</p><p>pendance des divers axiomes y est solidement �tablie, et leur non-contradiction ramen�e � celle des axiomes de l�arithm�tique. Hilbert s�y r�v�le comme le chef de l��cole axiomatique, � laquelle s�opposeront, en philosophie des math�matiques, les � intuitifs �</p><p>et les � intuitionnistes �. Au congr�s de Paris, en 1900, il pose ou rappelle vingt-trois probl�mes fondamentaux, parmi lesquels celui de la non-contradiction des axiomes de l�arithm�tique et dont presque la moiti� restent encore ouverts.</p><p>Enfin, on doit le consid�rer comme un ferme partisan des th�ories cantoriennes, dont il �crit, en 1930 : � Du paradis que Cantor a cr�� pour nous, nul ne doit pouvoir nous chasser. �</p><p>J. I.</p><p>F Alg�bre / Arithm�tique / Axiomatique (m�-</p><p>thode) / G�om�trie / Logique.</p><p>Him&#x101;laya</p><p>La plus haute cha�ne de montagnes du monde, en Asie, aux confins de l�Inde et de la Chine.</p><p>L�Him&#x101;laya (du sanskrit hima alaya, s�jour des neiges) est constitu� par un arc montagneux, d�une direction g�n�rale nord-ouest - sud-est, d�limit� par le changement d�orientation des cha�nes sur la bordure du plateau ira-nien et en Birmanie. L�arc himalayen mesure 2 800 km de longueur. Sa largeur, variable, atteint 280 km entre la plaine gang�tique et la cha�ne transhimalayenne du Kail&#x101;s.</p><p>G�ologie et relief</p><p>L�histoire g�ologique de l�Him&#x101;laya est tr�s longue. Les mat�riaux s�dimentaires se sont accumul�s dans la mer Himalayenne depuis le Pr�cam-</p><p>brien jusqu�� l��oc�ne sur une �paisseur �valu�e � 108 km ; les mat�riaux pr�cambriens et pal�ozo�ques tiennent une place beaucoup plus importante que les mat�riaux r�cents. Mais l�orogen�se pr�cambrienne a �t� effac�e par l��rosion et n�est d�celable que par des anomalies stratigraphiques. L�orogen�se r�cente, marqu�e dans le relief, comprend les phases suivantes.</p><p>y La phase de Thorung. Au Cr�tac� sup�rieur, une cordill�re se soul�ve sur les confins m�ridionaux de la mer Tib�taine. Elle atteint peut-�tre l�altitude de 1 500 � 2 000 m. Elle d�termine d�finitivement la ligne de partage des eaux entre le versant de la plaine Indo-Gang�tique et celui des hautes vall�es du Zangbo (Tsang-Po) et de l�Indus.</p><p>y La phase des charriages. De la mer Tib�taine, la dalle tib�taine �merge d�finitivement d�s l�Oligoc�ne. Puis d��normes nappes de charriage surgissent au Mioc�ne et se d�versent vers le sud : elles forment l�Him&#x101;laya primitif (Ur-Him&#x101;laya du g�ologue suisse Toni Hagen), qui atteint environ 4 000 m, mais sera d�mantel� au Plioc�ne.</p><p>y Les mouvements postmioc�nes. On admet que des mouvements tangentiels des socles (rapprochement du continent asiatique et du subcontinent indien), ajoutant leurs effets � ceux du diastrophisme local, contribuent � porter l�Him&#x101;laya � son niveau actuel au cours du Plioc�ne et du Pl�istoc�ne. La dalle tib�taine, qui est soulev�e en se disloquant, atteint environ 5 000 m au Plioc�ne. Les Siw&#x101;lik, avant-monts m�ridionaux, constitu�s par les mat�riaux d�tritiques accumul�s dans la mer Gang�tique, se soul�vent au cours du Pl�istoc�ne dans un mouvement qui se poursuit encore.</p><p>Cette orogen�se explique la disposition zonale du relief. Du sud au nord, on rencontre les �l�ments suivants : y Les Siw&#x101;lik ou cha�nes pr�himalayennes, cr�tes �troites et basses, tr�s �rod�es, form�es de gr�s, argiles, sables et conglom�rats, encadrant de larges vall�es appel�es d&#x16B;n. La</p><p>largeur de cette zone varie de 10 � 50 km, et l�altitude de 600 � 1 000 m en g�n�ral.</p><p>y Le Moyen Him&#x101;laya, zone de</p><p>nappes de charriages, au relief escarp�, form�e de mat�riaux anciens divers. Tr�s d�mantel�es, ces montagnes atteignent environ 3 000 m et ne d�passent 4 000 m que dans l�Him&#x101;laya occidental.</p><p>Les nappes se chevauchent dans</p><p>une grande complexit�. On distingue : les nappes inf�rieures (de Nawakot au N�pal, de Krol au Garhw&#x101;l) ; les nappes sup�rieures (de Katmandou au N�pal, du Daling au Sikkim, du Garhwal, de Jutogh dans les pays de la Satlej [Sutlej], du Cachemire).</p><p>y Le Grand Him&#x101;laya, qui appartient au domaine tectonique des nappes, se situe plus ou moins dans la r�gion de leurs racines. Il est l�axe le plus �lev� des cha�nes, d�passant g�n�ralement 6 000 m, avec un certain nombre de sommets au-dessus de 8 000 m.</p><p>y La zone transhimalayenne est form�e de s�diments marins soulev�s � haute altitude. Au Tibet, c�est la struc-downloadModeText.vue.download 204 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5345</p><p>ture de la dalle tib�taine, donnant un haut plateau (entre 4 100 et 4 800 m autour du lac M&#x101;nasarovar), aux val-lonnements monotones ; la cha�ne du Z&#x101;sk&#x101;r (environ 6 000 m) s�accole au Grand Him&#x101;laya ; plus au nord, la cha�ne du Kail&#x101;s (env. 6 000 m) se d�-</p><p>veloppe parall�lement � l�Him&#x101;laya.</p><p>Dans les r�gions occidentales, les hauts plateaux disparaissent, la masse montagneuse du Karakorum (qui</p><p>culmine au K2, 8 611 m, deuxi�me sommet du monde) se trouvant rapproch�e du Grand Him&#x101;laya.</p><p>La ligne principale de partage des eaux ne co�ncide avec les cr�tes du Grand Him&#x101;laya que dans la partie occidentale (� l�ouest de la Satlej et de la Spiti). Ailleurs, elle est form�e par des alignements montagneux transhi-</p><p>malayens, notamment la cha�ne du Ladakh, dont la surrection fut ant�rieure � celle du Grand Him&#x101;laya. Les eaux qui s��coulent au nord de cette ligne se rassemblent dans les deux goutti�res du haut Indus et du Zangbo (Tsang-Po)</p><p>[cours sup�rieur du Brahmapoutre]. Au sud de la ligne de partage, les cours d�eau ne peuvent gagner l�oc�an qu�en traversant l�ensemble des cha�nes himalayennes ; leur trac� �tant ant�rieur au soul�vement de celles-ci, ils se sont enfonc�s dans la masse montagneuse, creusant des gorges �pig�niques gigantesques qui sont une caract�ristique de l�hydrographie himalayenne.</p><p>Le milieu bioclimatique</p><p>Situ�s entre 27� et 35� de lat. N., les pays himalayens (y compris le Karakorum) sont soumis dans leur majeure partie � des conditions tropicales. Mais la position g�ographique introduit de grands contrastes r�gionaux dans cet ensemble, et l��tagement d�termine, dans chaque r�gion, une s�rie climatique allant des conditions tropicales aux conditions de la haute montagne.</p><p>y L�Him&#x101;laya oriental (du N�pal</p><p>oriental � l�Assam) appartient � l�aire la plus humide des pays de mousson (3 160 mm de pr�cipitations � Darj&#x12B;ling, � 2 100 m d�altitude). La saison s�che (hiver) est courte.</p><p>Au-dessous de 1 000 m domine une for�t de s&#x101;l (Shorea robusta), tr�s humide, et, � l�est de 91� de longitude, dans les r�gions o� la saison s�che devient insignifiante, la for�t tropicale dense � Dipterocarpus. L��tage montagnard est caract�ris� par la pr�sence d�une � for�t de brouillard �, toujours verte, qui s��l�ve jusqu�� 3 900 m environ.</p><p>y L�Him&#x101;laya central (du N�pal central au Garhw&#x101;l) appartient � l�aire des pays de mousson � saison s�che marqu�e (1 m de pluies � Ranikhet, vers 1 900 m d�altitude). Une for�t de s&#x101;l � feuilles caduques couvre les basses pentes au-dessous de 1 000 m.</p><p>Un �tage temp�r� chaud (entre 1 000</p><p>et 2 000 m) est caract�ris� par les for�ts de pins ch&#x12B;r (Pinus longifolia) ou de feuillus comme les ch�taigniers</p><p>orientaux (Castanopsis indica). Un �tage froid lui succ�de au-dessus de 2 000 m, avec des arbres � feuilles caduques et, dans la partie sup�rieure, divers conif�res et des bouleaux.</p><p>y L�Him&#x101;laya occidental a un climat plus sec, dans lequel les pluies de mousson s�att�nuent, tandis que pr�dominent des pr�cipitations de caract�re m�diterran�en (hiver et printemps), ce qui donne � la v�g�tation un aspect tr�s diff�rent : for�ts x�rophiles tr�s d�grad�es sur les basses pentes, for�ts de pins bleus (Pinus excelsa) au-dessus de 1 000 m, de c�dres (Cedrus deodora) au-dessus de 2 000 m et enfin de conif�res vari�s et de bouleaux.</p><p>y La zone transhimalayenne, au sol riche, est une r�gion de steppes (Arte-misia maritima, Caragana spinosa), les for�ts ne s�y d�veloppant qu�au-dessus de 3 000 m. L��tage alpin des prairies appara�t, dans la plus grande partie de l�Him&#x101;laya, au-dessus de 3 900 m (3 600 m dans l�Him&#x101;laya occidental). On rencontre les neiges permanentes, plus ou moins haut, aux environs de 5 000 m. Les glaciers descendent peu au-dessous de la limite des neiges permanentes, sauf ceux du Karakorum, aliment�s par des pr�cipitations d�hiver.</p><p>Peuplement et</p><p>civilisation</p><p>Dans la pr�histoire, l�Him&#x101;laya a �t� occup� tardivement, sauf sur les basses terrasses des Siw&#x101;lik (terrasses de la So&#x101;n au Pendjab). C�est seulement au N�olithique que l�on constate l�occupation des hauts plateaux tib�tains, des hautes plaines du N�pal et du Cachemire. Le peuplement semble avoir une triple origine. Du Tibet, d�abord, sont venus des nomades, qui ont �vo-lu� vers une forme de vie s�dentaire adapt�e � la haute montagne ; les populations d�origine tib�taine (comme les Sherpas du massif de l�Everest) vivent g�n�ralement au-dessus de 3 000 m, mais ont occup� parfois des r�gions plus basses en adoptant une �conomie d��tage chaud, tels les Bhoutanais et les New&#x101;rs du bassin de Katmandou.</p><p>De l�Extr�me-Orient, ensuite, sont ve-</p><p>nues diverses populations mongolo�des qui se sont r�pandues depuis l�Assam jusqu�au N�pal, en occupant l��tage chaud au-dessous de 2 500 m. De</p><p>l�Inde sont venues probablement les anciennes populations � peau fonc�e, comme les Doms du Kum&#x101;on ; mais</p><p>ces occupants ont �t� asservis par des immigrants plus tardifs, appartenant � diverses castes hindoues, qui ont occup� le N�pal et l�Him&#x101;laya occidental.</p><p>Enfin des groupes du Moyen-Orient, de race blanche, ont p�n�tr� dans l�Him&#x101;laya occidental.</p><p>Cette diversit� ethnique est la cause fondamentale du partage des pays himalayens entre plusieurs aires de civilisation. Mais il faut aussi tenir compte des facteurs d�isolement : la barri�re glac�e des hautes montagnes en Asie centrale ; la for�t imp�n�trable de l�Assam et celle du terai (tar&#x101;i), qui frange les Siw&#x101;lik de l�Him&#x101;laya central. Les Tib�tains ont impos� leur civilisation, caract�ris�e par un certain type d��conomie, mais aussi par le bouddhisme lama�que, dans toutes les r�gions d��tage froid, depuis le Ladakh jusqu�� l�Him&#x101;laya de l�Assam. Mais le bouddhisme s�est r�pandu dans plusieurs r�gions plus basses, notamment au N�pal ; il domine le Sikkim et le Bhoutan. Les populations d�origine indienne ont fait pr�valoir la culture hindoue, avec la soci�t� organis�e en castes, au N�pal et dans une grande partie de l�Him&#x101;laya occidendal (Kum&#x101;on, Garhw&#x101;l, Him&#x101;chal Pradesh), au-dessous de 2 000 m d�altitude. Cependant l�isl&#x101;m s�est impos� dans les r�gions les plus occidentales de l�Him&#x101;laya (Pendjab, Cachemire) et de la zone transhimalayenne (D&#x101;rdist&#x101;n, Baltist&#x101;n).</p><p>Quant � l�animisme primitif, il ne s�est gu�re maintenu que dans l�aire isol�e de l�Him&#x101;laya assamais.</p><p>Le d�coupage politique ne tient</p><p>aucun compte de la carte ethnique ou culturelle. Le Tibet, en effet, est loin d�englober l�ensemble des populations de race et de culture tib�taines. L�Inde, qui doit ses fronti�res � l�expansion de la puissance britannique, occupe une partie de l�Him&#x101;laya hindou (� l�ouest du N�pal), mais aussi des territoires de culture tib�taine (Ladakh, Lahoul, Spiti), un territoire musulman (Cachemire) et l�aire animiste de l�Assam.</p><p>Des �tats himalayens ont pu conserver soit l�ind�pendance (N�pal), soit une autonomie contr�l�e par l�Inde (Sikkim, Bhoutan). Cette situation fut ou est encore � l�origine de contestations frontali�res : le P&#x101;kist&#x101;n, occupant la plupart des territoires musulmans, n�a pas reconnu l�occupation du Cachemire par l�Inde ; la Chine, qui contr�le le Tibet depuis 1950, ne reconna�t pas la fronti�re appel�e � ligne McMahon �, �tablie par un accord anglo-chinois de 1914 qui n�a jamais �t� ratifi� par le gouvernement chinois.</p><p>L��conomie</p><p>L��tagement joue un r�le capital dans la diff�renciation des types d��conomie.</p><p>C�est vers l�altitude de 2 000-2 500 m que se situe la transition entre deux milieux dont l��cologie et la vie �conomique diff�rent radicalement.</p><p>Au-dessous de ce niveau r�gnent</p><p>des climats temp�r�s chauds, et m�me tropicaux au-dessous de 1 000 m, dans lesquels l�absence d�hiver froid permet de faire deux r�coltes annuelles. C�est l��tage � population dense, o� de gros villages font de l�agriculture sur des versants am�nag�s en terrasse ou sur les hautes plaines du Cachemire et du N�pal. Le riz est la culture dominante d��t� ; mais il est souvent supplant� par le ma�s, qui exige moins d�eau. L�hiver, on peut cultiver des plantes comme le bl�, la pomme de terre. L��levage est peu important, sauf dans quelques tribus pastorales qui transhument � travers l�Him&#x101;laya occidental. Certaines r�gions, toutefois, ont des types d�agriculture particuliers, notamment les oasis des pays arides (D&#x101;rdist&#x101;n, Baltist&#x101;n, Kohist&#x101;n) et l�aire assamaise d�agriculture sur br�lis.</p><p>Au-dessus de 2 500 m, on observe g�n�ralement un certain vide d�mographique et �conomique, correspondant aux cr�tes bois�es du Moyen Him&#x101;laya. C�est au-dessus de 3 000 m, dans l��tage � hiver froid, que s�impose l��conomie de type tib�tain. Les villages sont plus clairsem�s, exploitant de rares terres arables sur les fonds de vall�e. Le climat ne permet qu�une seule r�colte par an : bl�, orge, sar-rasin, pommes de terre, cultures qui</p><p>s��l�vent plus ou moins haut selon les r�gions. Bien que l�orge et la pomme de terre puissent se cultiver jusque vers 4 500 m, l��tage agricole se limite pratiquement � 3 500 m. Au-dessus, s��tend un �tage pastoral : des groupes tib�-</p><p>tains, qui transhument en �t� jusqu�aux approches de 5 000 m, vivent exclusivement d�activit�s pastorales (�levage de moutons, ch�vres, yacks).</p><p>En raison de l�isolement, les villages himalayens pratiquent surtout des cultures vivri�res et vivent en downloadModeText.vue.download 205 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5346</p><p>autarcie. Il y a cependant des courants d��changes continus, soit par portage humain (surtout dans l��tage inf�rieur � 2 500 m), soit par animaux de b�t, mulets, yacks (surtout dans l��tage tib�tain), ou encore en utilisant les troupeaux de ch�vres et de moutons qui font leur transhumance en portant des bissacs. Une grande partie du commerce est assum�e par les paysans eux-m�mes, qui fr�quentent les bazars.</p><p>Aussi la circulation est-elle assez active sur les chemins de montagne.</p><p>Elle s�organise de plus en plus sur des routes modernes, fr�quent�es par les camions et les autobus, qui relient les principaux centres � la plaine Indo-Gang�tique. Ce trafic nouveau s�est d�velopp� au d�triment de l�ancien trafic qui reliait le Tibet aux r�gions du Moyen Him&#x101;laya � travers la Grande Cha�ne, l�occupation du Tibet par la Chine ayant interrompu ces relations traditionnelles.</p><p>Les progr�s de la circulation et du commerce favorisent le d�veloppement des villes. Parmi celles-ci, les plus importantes restent les capitales traditionnelles : Katmandou, capitale du N�pal ; Srinagar, capitale du Cachemire, seul centre industriel important. Plusieurs stations d�altitude, cr��es par les Britanniques, ont ajout� � leur attrait touristique des activit�s commerciales et culturelles ; c�est le cas notamment de Darj&#x12B;ling et de Simla. Mais les villes situ�es au contact de la plaine et de la montagne se d�veloppent plus que les</p><p>bourgades difficilement accessibles de la montagne ; c�est le cas de Hardw&#x101;r, au d�bouch� du Gange, Dehra D&#x16B;n et K&#x101;ngra, dans les vall�es des Siw&#x101;lik.</p><p>La plupart des r�gions restent cependant � l��cart de la vie �conomique moderne (en exceptant les plantations de th� du Bengale, le barrage de Bhakra-Nangal sur la Satlej et quelques centres exportateurs). Ce sont essentiellement les consid�rations strat�giques qui poussent l�Inde, le P&#x101;kist&#x101;n et la Chine � doter les pays himalayens d�un r�seau de communications qu�ils n�avaient jamais eu.</p><p>J. D.</p><p>F Alpinisme / Bhoutan / Cachemire / Chine /</p><p>Inde / N�pal / P&#x101;kist&#x101;n / Sikkim / Tibet.</p><p>S. D. Pant, The Social Economy of Hima-layans, Based on a Survey of the Kumaon Himalayas (Londres, 1935). / C. von F. Haimendorf, The Apa Tanis and their Neighbours (Londres, 1962). / R. N. Saksena, Social Economy of a Po-lyandrous People (Londres, 1962). / G. D. Berre-man, Hindus of the Himalayas (Berkeley, 1963).</p><p>/ J. Dupuis, l�Himalaya (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972). / Recherches g�ologiques dans l�Himalaya du N�pal (C. N. R. S., 1972).</p><p>Hindemith (Paul)</p><p>Compositeur allemand (Hanau 1895 -</p><p>Francfort-sur-le-Main 1963).</p><p>Lorsque le monde musical apprit la mort de Paul Hindemith, survenue � l��ge de soixante-huit ans dans un h�-</p><p>pital de Francfort, le compositeur avait cess� depuis dix ans au moins de jouer un r�le actif et dynamique dans l��volution de la musique vivante. Cette perte de prestige et d�influence s��tait accompagn�e d�une diminution sensible de puissance cr�atrice. Celui qui disparaissait ainsi � deux pas de sa ville natale n��tait plus le ma�tre incontest� de la musique allemande, p�dagogue hors pair, mentor de toute une g�n�ration de compositeurs, restaurateur de la cr�ation musicale dans l�Allemagne chaotique de 1945, mais un homme pr�matur�ment vieilli, amer et aigri dans la conscience d��tre � contre-courant, rejetant avec ent�tement l��volution naturelle du langage musical vers l�abandon de la tonalit�, �volution dont</p><p>il avait pourtant lui-m�me trac� un chapitre important. Ce r�actionnaire mo-rose �tait bien �loign� du jeune-turc qui acc�da � la c�l�brit� la plus tapageuse dans l�Allemagne d�apr�s la d�faite de 1918. Le premier festival de Donaueschingen (1921) avait r�v�l� alors, par son Deuxi�me Quatuor, le talent fond� sur la meilleure formation classique (au conservatoire de Francfort, avec Bernhard Sekles et Arnold Mendelssohn) de ce gar�on aussi habile � jouer de l�alto en virtuose qu�� produire avec une d�concertante facilit� quatuors, sonates, m�lodies ou op�ras d�un surr�alisme piment� d��rotisme un peu scandaleux, le tout dans un esprit violemment antiromantique, d�une objectivit� (Sachlichkeit) voulue. D�s 1927, il enseigna la composition � l��cole sup�rieure de musique de Berlin. Puis son talent avait m�ri, gagn� en �toffe et en profondeur (en lourdeur aussi, parfois !), cependant que, att�nuant ses agressivit�s premi�res, il cherchait � se r�int�grer dans le courant de la tradition musicale germanique. C�est pr�ci-s�ment au moment o� son art renouait avec Brahms, Bruckner et Reger, ses anc�tres musicaux les plus �vidents, que Goebbels l�accusa de � bolchevisme culturel � et le contraignit d�finitivement � l�exil (1937). L�op�ra Mathis der Maler, hommage � cette tradition culturelle allemande dont les nazis se pr�tendaient les champions, dut �tre ainsi cr�� hors d�Allemagne (Zurich, 1938). En 1940, Hindemith s��tablit aux �tats-Unis, o� il s�journa jusqu�en 1953, enseignant aux universit�s Yale et Harvard. Il y forma de nombreux compositeurs am�ricains, avant de devenir le ma�tre des jeunes musiciens allemands � son retour en Europe. Il se fixa alors en Suisse, enseignant � l�universit� de Zurich, mais ne se r�installa jamais dans sa patrie.</p><p>Comportant pr�s de deux cents compositions de tous genres, l�oeuvre de Hindemith est l�une des plus vastes du XXe s. Son activit�, tant de cr�ateur que de p�dagogue et de th�oricien, atteignit � son apog�e entre 1934 et 1946</p><p>environ.</p><p>Dans sa jeunesse, Hindemith fut ouvert � toutes les audaces. Mais il n�avait rien d�un anarchiste et fut parmi les</p><p>premiers champions d�un style n�o-baroque, r�introduisant dans la musique, sous le signe du � retour � Bach �, le culte de l��criture polyphonique et lin�aire et des formes abstraites de la fugue et du concerto grosso, et rejetant le symphonisme romantique. Celui-ci devait graduellement repara�tre dans l�oeuvre de Hindemith, de m�me que le retour � une tonalit� �largie, codifi�e dans le monumental ouvrage th�orique Unterweisung im Tonsatz (1937-1939).</p><p>L�illustration musicale, quelques an-n�es plus tard, en fut le recueil de fugues pour piano intitul� Ludus tonalis (1942), sorte de Clavecin bien temp�r� de notre si�cle. D�s lors, les oeuvres nouvelles se recommand�rent davantage par la facture et la perfection artisanale que par la spontan�it� de l�inspiration qui donnait leur prix aux pages de jeunesse. Le respect du syst�me qu�il s��tait lui-m�me impos� amena m�me Hindemith � r�crire certaines de ses oeuvres anciennes (le cycle de m�lodies Das Marienleben, l�op�ra Cardillac, etc.) pour les mettre en accord avec ses nouvelles th�ories ! Peu appr�ci�e en France, la musique de Hindemith subit aujourd�hui une certaine �clipse m�me dans les pays (Allemagne et �tats-Unis surtout) o� sa vogue avait �t� la plus grande. Le temps op�rera son tri, mais retiendra sans nul doute quelques chefs-d�oeuvre : les op�ras Cardillac et Mathis der Maler (dont Hindemith a extrait une symphonie), le ballet Nobilissima Visione, la symphonie en mi b�mol, certains concertos, tant avec orchestre de chambre (Kammermusi-ken) qu�avec grand orchestre, la Vie de Marie, enfin les meilleurs d�entre les quatuors et sonates.</p><p>Les oeuvres principales de</p><p>Hindemith</p><p>y Th��tre : 10 op�ras (dont Cardillac, 1926 ; Neues vom Tage, 1928-29 ; Mathis der Maler, 1934-35 ; Die Harmonie der Welt, 1957) ; 4 ballets (dont Nobilissima Visione, 1938).</p><p>y OEuvres chorales : Das Unaufh�rliche, oratorio (1931) ; Requiem d�apr�s Walt Whitman (1946) ; Apparebit repentina dies (1947) ; Messe a cappella (1963) ; nombreux choeurs.</p><p>y Orchestre : 8 symphonies (dont Mathis der Maler, 1934 ; Symphonische T�nze, 1937 ; symphonie en mi b�mol, 1940 ; Sin-fonia Serena, 1946 ; Die Harmonie der Welt, 1951) ; Concerto pour orchestre (1925) ; Konzertmusik pour cordes et cuivres (1930) ; Philharmonisches Konzert (1932) ; M�tamorphoses symphoniques de th�mes de Weber (1943).</p><p>y Concertos : pour piano (Kammermusik, 1924 ; les Quatre Temp�raments pour piano et cordes, 1940 ; Concerto, 1945) ; pour violon (Kammermusik, 1925 ; Concerto, 1939) ; pour alto (Kammermusik, 1927 ; Konzertmusik, 1930 ; Der Schwanendreher, 1935) ; pour violoncelle (Kammermusik, 1925 ; Concerto, 1940) ; pour clarinette (1947) ; pour cor (1949) ; pour orgue (Kammermusik, 1927 ; Concerto, 1962), etc.</p><p>y Musique de chambre : sonates pour violon seul, alto seul, violoncelle seul, etc. ; une trentaine de sonates pour tous les instruments � cordes ou � vent avec piano (1918-1955) ; 2 trios � cordes (1924-1933) ; 6 quatuors � cordes (1918-1945) ; Kleine Kammermusik pour quintette � vent (1922) ; quintette avec clarinette (1923) ; septuor (1948) ; octuor (1958).</p><p>y Clavier : 3 sonates pour orgue (1937-1940) ; pour piano : 3 sonates (1936) ; Ludus tonalis (1942) ; sonate pour deux pianos (1942), etc.</p><p>y M�lodies : Das Marienleben (1922-23) ; 13 motets (1941-1960).</p><p>y OEuvres �ducatives : Pl�ner Musiktag (1932), etc.</p><p>y Ouvrages th�oriques : Unterweisung im Tonsatz (2 vol., 1937-1939).</p><p>H. H.</p><p>H. H.</p><p>H. Strobel, Paul Hindemith (Mayence, 1928 ; 3e �d., 1948) ; P. Hindemith, Zeugnis in Bildern (Mayence, 1955) ; P. Hindemith, Kom-ponist in seiner Welt, Weiten und Grenzen (Zurich, 1959). / M. H�rlimann (sous la dir. de), Paul Hindemith, die letzten Jahre (Mayence, 1965). / A. Briner, Paul Hindemith, eine Biographie (Zurich, 1970). / I. Kemp, Hindemith (Londres, 1970).</p><p>Hindenburg</p><p>(Paul von</p><p>downloadModeText.vue.download 206 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5347</p><p>Beneckendorff</p><p>und von)</p><p>Mar�chal et homme politique allemand (Posen 1847 - Neudeck, Prusse-Orientale, 1934).</p><p>H�ritier d�une longue tradition militaire, Hindenburg est �lev� � l��cole des cadets. Second lieutenant d�infanterie � Dantzig en 1866, il est bless� � Sadowa la m�me ann�e, puis se bat � Saint-Privat en 1870 et repr�sente son corps � Versailles lors de la proclamation du IIe Reich le 18 janvier 1871. Membre de l�Acad�mie de</p><p>guerre, puis du grand �tat-major sous les directions successives de Moltke et de Schlieffen, appel� au minist�re de la Guerre par le g�n�ral Verdy du Ver-nois, il est promu g�n�ral de division en 1900. Nomm� en 1903 commandant du 4e corps � Magdeburg, il prend sa retraite en 1911 et se retire � Hanovre.</p><p>Le vainqueur de</p><p>Tannenberg et le chef de</p><p>l�Oberost (1914-1916)</p><p>Rappel� au service le 22 ao�t 1914, Hindenburg remplace au commandement de la VIIIe arm�e le g�n�ral von Prittwitz, battu � Gumbinnen par la Ire arm�e russe du g�n�ral Rennenkampf. Avec l�accord du g�n�ral Ludendorff*, qui lui est donn� comme chef d��tat-major et qui sera d�sormais son � alter ego �, il d�truit la IIe arm�e russe de Samsonov � Tannenberg (26-30 ao�t 1914) et rejette ensuite celle de Rennenkampf au nord du Ni�men (bataille des lacs Mazures [sept.]).</p><p>Transf�r� aussit�t au commandement de la IXe arm�e, cr��e au nord de Cra-covie, il lance, le 26 septembre, une importante offensive, que le grand-duc Nicolas* ne bloque qu�� 20 km de Varsovie le 12 octobre. Contraint alors de reculer de 200 km, il n�a donc sauv� l�Autriche, vaincue � Lemberg (Lvov), qu�en mettant en p�ril en Sil�sie la fronti�re du Reich. Promu mar�chal,</p><p>investi le 1er novembre du haut commandement allemand de l�Est (ou Oberost), �tabli � Posen (Pozna&#x144;), il propose, d�s d�cembre 1914, de transf�rer � l�est l�essentiel du corps de bataille allemand, afin de liquider l�arm�e russe et le front oriental. Devant le refus de Falkenhayn, il doit se contenter de lancer, le 7 f�vrier 1915, l�offensive d�August�w, qui ach�ve de lib�rer la Prusse-Orientale. De nouveau en conflit ouvert avec Falkenhayn lorsque ce dernier d�cide l�offensive limit�e de Gorlice, qui rompt le front russe le 2 mai 1915, il rencontre en vain Guillaume II � Posen le 1er juillet : celui-ci lui refuse toujours les moyens n�cessaires pour an�antir l�arm�e russe. Aussi, quand il re�oit enfin sa libert� d�action, les Russes se sont d�j� ressaisis. En 1916, Hindenburg se contente de repousser les contre-offensives russes, et notamment celle de Broussilov* en Galicie le 4 juin, tandis que Falkenhayn �puise les r�serves allemandes devant Verdun.</p><p>Le chef de la Direction</p><p>supr�me (1916-1919)</p><p>Nomm� commandant en chef le 29 ao�t 1916, Hindenburg, le 6 septembre, impose au g�n�ral autrichien F. Conrad von H�tzendorf la signature de la convention de Pless (Pszczyna), qui conf�re en droit � Guillaume II, en fait � lui-m�me et � son adjoint Ludendorff le commandement en chef des forces de la Quadruplice, ce qui lui permet de liquider l�abc�s roumain (septembred�cembre 1916).</p><p>Apr�s avoir donn� son aval au</p><p>principe de la guerre sous-marine � outrance, appliqu� le 1er f�vrier 1917, Hindenburg adopte d�abord une strat�-</p><p>gie d�fensive � l�ouest. La construction d�une ligne b�tonn�e qui porte son nom permet, en raccourcissant le front fran-</p><p>�ais de 70 km, d�y r�cup�rer des effectifs (mars). Profitant de la r�volution russe, il impose d�abord par l�armistice de Brest-Litovsk (15 d�c. 1917) la cl�-</p><p>ture du front oriental, qui lui permet de transf�rer 700 000 hommes � l�ouest.</p><p>Puis, reportant tout son effort sur le front fran�ais, il tente d�y obtenir une victoire militaire avant l�arriv�e des troupes am�ricaines. Lanc�es � quatre</p><p>reprises par Ludendorff � l�assaut des positions alli�es entre le 21 mars et le 15 juillet 1918, les offensives allemandes sont incapables d�obtenir la d�-</p><p>cision. Tirant les cons�quences de cet �chec (d�s le 5 avril, il �crit : � Amiens demeure aux mains de l�ennemi [...] la grande bataille de France est finie �), Hindenburg se d�clare favorable � une solution n�goci�e lors de la r�union � Spa, le 14 ao�t, du Conseil de la Couronne. Le 29 septembre, il demande � Guillaume II de solliciter la m�diation de Wilson pour la conclusion d�un armistice et lui recommande alors de constituer un minist�re de salut national. Priv� du concours de Ludendorff, remplac� par le g�n�ral W. Groener le 26 octobre, il donne l�ordre � ses troupes de se retirer le 4 novembre sur la ligne Anvers-Meuse, � peine am�na-g�e, et, le 10, il invite par t�l�gramme la d�l�gation allemande � Rethondes � signer l�armistice.</p><p>Le � pr�sident du Reich �</p><p>(1925-1934)</p><p>Mis � la retraite en 1919 apr�s avoir organis� le rapatriement de ses troupes, Hindenburg est l�objet, le 7 f�vrier 1920, d�une demande d�extradition de la part des Alli�s pour avoir contrevenu aux lois de la guerre ; il est innocent� par le tribunal de Leipzig. Le 26 avril 1925, il est �lu pr�sident du Reich avec 14 600 000 voix, gr�ce � l�appui de la droite, qui a suscit� sa candidature pour r�server les possibilit�s d�une restauration monarchique qui aurait �t� compromise par le succ�s de Wilhelm Marx, candidat des weimariens.</p><p>Symbole de la grandeur du Reich, conservateur et monarchiste, homme d�ordre et de tradition, Hindenburg accepte n�anmoins de respecter les r�gles que lui impose une Constitution r�publicaine, � l�esprit de laquelle il fait quelques entorses : autorisation de faire flotter l��tendard commercial de l�Allemagne aux couleurs imp�riales aux c�t�s de celles de la r�publique au si�ge des repr�sentations diplomatiques � l��tranger (mai 1926) ; admission dans la Reichswehr, � titre d�engag� provisoire, le 26 octobre 1926, du prince imp�rial Guillaume de Hohenzollern, fils du Kronprinz. Contribuant</p><p>� sauver l�Allemagne de la catastrophe financi�re en obtenant du pr�sident Hoover le moratoire du 20 juin 1931, il est r��lu le 10 avril 1932 avec 53 p. 100 des voix contre 36,8 p. 100</p><p>� Hitler. Soutenu par les r�publicains (socialistes ou catholiques) hostiles au chef du parti nazi, le chef de l��tat renvoie pointant, d�s le 31 mai, le chancelier Heinrich Br�ning, auquel il doit son �lection, mais � qui il reproche, en tant que propri�taire foncier, un vague projet de r�forme agraire. Fortement influenc� par le g�n�ral Kurt von Schleicher, ami de son fils Oskar, il confie la chancellerie � von Papen, dont la l�g�ret� facilite la mont�e de Hitler vers le pouvoir. Celle-ci ne sera pas plus emp�ch�e par von Schleicher, que le pr�sident appelle � la chancellerie le 2 d�cembre 1932, mais auquel il refuse, le 29 janvier 1933, la dictature temporaire que celui-ci r�clame pour briser le nazisme. R�sign�, le vieux mar�chal abandonne alors la chancellerie � Hitler le 30 janvier. Le destin de l�Allemagne et celui du monde sont d�s lors scell�s. Bien qu�il ait tent� de conserver le contr�le de la Reichswehr, Hindenburg est en fait prisonnier de Hitler. Ayant approuv� le discours de von Papen, qui, vice-chancelier, r�clame, le 18 juin 1934, le retour � un �tat de choses normales, il ne peut emp�cher Hitler de briser les opposants � sa politique lors de la � Nuit des longs couteaux � du 30 juin. Le 2 ao�t, l�illustre vieillard meurt � Neudeck, ce qui permet � Hitler d�exploiter une derni�re fois son prestige en faisant en-sevelir son corps le 7 � Tannenberg et en faisant croire aux Allemands que le chef de l��tat d�funt lui a confi� sa succession par testament, th�se qu�il fait pl�bisciter le 19 ao�t par 88,9 p. 100</p><p>des �lecteurs inscrits.</p><p>P. T.</p><p>F Allemagne / Guerre mondiale (Premi�re) / Hitler (A.) / Weimar (r�publique de).</p><p>E. Ludendorff, Meine Kriegserinnerun-gen (Berlin, 1919). / P. von Hindenburg, Aus meinem Leben (Berlin, 1920 ; trad. fr. Ma vie, Charles-Lavauzelle, 1921). / T. R. Ybarra, Hindenburg, the Man with three Lives (New York, 1932 ; trad. fr. Hindenbourg, Gallimard, 1932). /</p><p>R. Van Wehrt, Tannenberg. Wie Hindenburg die</p><p>Russen schlug (Berlin, 1934 ; trad. fr. Tannenberg, ao�t 1914, Payot, 1935). / E. Ludwig, Hindenburg (Zurich, 1935 ; trad. fr. Hindenburg ou la R�volution manqu�e, Plon, 1935). /</p><p>J. Argueyrolles, le Coup de d�s de Tannenberg (Nouvelle Revue critique, 1937). / A. Dorpalen, Hindenburg and the Weimar Republic (Princeton, 1964). / W. Hubatsch, Hindenburg und der Staat (G�ttingen, 1966).</p><p>hindouisme</p><p>F INDE.</p><p>Hipparque</p><p>F ASTRONOMIE.</p><p>hippisme</p><p>F �QUESTRES (sports).</p><p>Hippocampe</p><p>Poisson T�l�ost�en marin, d�eau temp�r�e chaude ou tropicale, caract�ris� par sa bouche tubulaire, sa carapace t�gumentaire, sa queue pr�hensile, sa position et sa natation verticales avec-la t�te � angle droit, et par le fait que downloadModeText.vue.download 207 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5348</p><p>les m�les poss�dent une poche marsupiale o� sont incub�s les oeufs.</p><p>�volution des</p><p>Syngnathid�s</p><p>L�Hippocampe appartient � la famille des Syngnathid�s, mais n�en constitue pas le type. Les Syngnathes, ou Vip�res de mer, ont le corps allong� et prot�g� de plaques t�gumentaires formant des anneaux successifs. La t�te est dans le prolongement du corps. La bouche, tubulaire, fonctionne par aspiration ; la nourriture est planctonique et se compose surtout de petits Crustac�s ou d�oeufs. Les nageoires montrent une �volution r�gressive avec perte des pelviennes ; l�anale, la caudale et les pectorales peuvent aussi manquer. Dans ce cas, seule la dorsale subsiste et assure les mouvements lents de ces animaux.</p><p>Certaines esp�ces ont une queue pr�-</p><p>hensile : elles l�utilisent soit pour se fixer aux Algues et aux Zost�res au milieu desquelles elles vivent, soit pour s�accrocher au partenaire sexuel lors de l�accouplement. Ce sont toujours les m�les qui assurent l�incubation des oeufs, et, chez les esp�ces � marsupium, l�orifice de l�oviducte de la femelle est situ� � l�extr�mit� d�un organe d�intro-mission, qu�elle introduit dans l�orifice du marsupium du m�le. On peut suivre l��volution de ce dernier chez les Vip�res de mer. Chez les Ent�lures et les N�rophis, le t�gument abdominal est aminci et vascularis� ; les oeufs y sont simplement coll�s ; chez la plupart des esp�ces, cette plage ventrale est bord�e lat�ralement de replis qui ou bien n�assurent aux oeufs qu�une protection lat�rale sans les recouvrir, ou bien les recouvrent enti�rement en se chevauchant m�dianement, ou bien encore s�enroulent et forment deux chambres parall�les distinctes. Chez les Sol�nognathes et les Phyllopt�ryx, les oeufs sont port�s dans un sillon creus� dans la portion la plus ant�-</p><p>rieure de la queue ; l��volution atteint son terme chez les Hippocampes, o� les replis se soudent m�dianement en une poche � ouverture ant�rieure. Lors de la pariade, ce sont les femelles qui courtisent les m�les. Chaque m�le re-</p><p>�oit les oeufs de deux ou trois femelles successives, et l�incubation dure une dizaine de jours ou plus.</p><p>Il existe moins de 200 esp�ces de Syngnathes, dont 25 environ appartiennent au genre Hippocampus. Les c�tes fran�aises abritent H. guttula-tus, qui n�est pas rare � Arcachon et remonte parfois jusqu�� la Bretagne, et H. brevirostris, qu�on ne trouve qu�en M�diterran�e. Les Hippocampes sont des Poissons recherch�s pour les aquariums marins, mais leur �levage est difficile et leur reproduction en captivit� a �t� rarement obtenue. Tous les Syngnathes sont des esp�ces c�ti�res, � l�exception de ceux qu�on trouve en mer des Sargasses, comme Syngnathus pelagicus et Hipporampus ramulus. Le Dragon de mer d�Australie, Phyllop-teryx foliatus, accentue fortement le mim�tisme des repr�sentants de cette famille par la pr�sence d�expansions foliac�es qui le dissimulent au milieu des Algues.</p><p>Familles voisines Les Sol�nostomid�s constituent une famille tr�s proche de celle des Syngnathid�s, avec une bouche tubulaire analogue, mais les nageoires sont pr�sentes, et ce sont les femelles qui incubent les oeufs dans une d�pression que forment les deux pelviennes. Ces deux familles, formant l�ordre des Syngnathiformes, ont deux autres particularit�s en commun : les branchies comportent des filaments branchiaux peu nombreux, mais tr�s d�velopp�s ; on dit que ce sont des branchies � en houppes � ; aussi, pour traduire ce fait, l�ordre a re�u autrefois le nom de Lophobranches. La seconde particularit� est l�absence de glom�rules de Malpighi dans les reins. On la pr�sente parfois comme un caract�re primitif, mais il est plus vraisemblable d�y voir une r�gression.</p><p>Les Aulostomiformes</p><p>On peut placer au voisinage des Syngnathiformes l�ordre des Aulostomiformes, ou � Bouches en fl�te �, qui semble faire transition avec les Gast�rost�iformes, ou �pinoches. Citons parmi cet ordre : les Amphisilid�s, h�tes de l�oc�an Pacifique, qui nagent verticalement, t�te en bas, et ont coutume de se r�fugier entre les piquants des Oursins en cas de danger ; les Macrorhamphosid�s, ou Trompettes de mer, que prot�ge une �pine dorsale de grande taille et dont une esp�ce, Cen-triscus scolopax, vit sur nos c�tes ; enfin les Fistularid�s, ou Fistulaires, remarquables par l�allongement du museau et le filament qui prolonge la caudale. Les Fistulaires vivent autour des r�cifs coralliens, et l�esp�ce la plus grande, Fistularia villosa, peut atteindre 2 m.</p><p>R. B.</p><p>L. Bertin et C. Arambourg, � Syst�matique des Poissons �, dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958).</p><p>Hippocrate</p><p>En gr. HIPPOKRAT�S, le plus grand m�de-</p><p>cin de l�Antiquit� (�le de Cos 460 - Larissa, Thessalie, v. 370 av. J.-C.).</p><p>Hippocrate, souvent d�nomm� � le p�re de la m�decine �, a eu un r�le de premier plan dans l��volution de la science m�dicale. Il naquit d�une famille d�Ascl�piades, qui contribuait au culte d�Ascl�pios et pr�tendait descendre du dieu de la M�decine. Son p�re, H�raclide, fils d�Hippocrate Ier, lui enseigna les donn�es essentielles de la m�decine sacerdotale, notamment les bases indispensables de l�anatomie. Plus tard, Hippocrate quitta son �le natale pour suivre l�enseignement de m�decins la�ques r�put�s, tels Herodicos ou surtout Gorgias. Ayant ainsi acquis un solide bagage et dot� d�une r�putation grandissante d�habile praticien, il devint m�decin itin�rant (p�riodeute), soignant les patients de ville en ville tout en approfondissant ses connaissances en pathologie et en th�rapeutique. Il visita ainsi la Thrace, la Thessalie et atteignit la Mac�doine, o� il discerna chez le roi Perdiccas II, a�eul d�Alexandre, une n�vrose d�origine sentimentale, consid�r�e jusque-l� comme une phtisie, c�est-�-dire � l��poque comme une l�sion organique.</p><p>Suivant la mer Noire, il gagna l�Asie Mineure et revint � Cos, o� il fonda son �cole de m�decine vers l�an 420</p><p>av. J.-C. Bien plus tard, sans que la date exacte nous soit connue, il quitta Cos, o� son enseignement fut poursuivi par son gendre Polybe. Avec deux de ses fils, Thessalos et Dracon, il revint en Thessalie, � Larissa, o� il fonda une nouvelle �cole. C�est l� qu�il mourut, vers 370 av. J.-C. (certains affirment en 377).</p><p>Dans son oeuvre, Hippocrate pr�conise d�associer la construction hypoth�tique � une observation scrupuleuse des faits. Il rejette toute hypoth�se a priori au profit de d�ductions logiques des faits d�exp�rience. Peut-on envisager meilleure introduction � la m�-</p><p>decine exp�rimentale, telle que la reprendra Claude Bernard quelque vingt si�cles plus tard ? Son oeuvre est le fruit � la fois du m�decin, de l�enseignant et du philosophe. Parmi les textes qui lui sont attribu�s, le partage est d�licat entre ceux qui �manent certainement de lui et ceux que r�dig�rent des disciples proches ou encore, longtemps</p><p>apr�s, certains auteurs influenc�s par l�atmosph�re de l�gende qui suivit son passage. Le style des ouvrages n�est pas un crit�re valable, car il varia beaucoup au cours de la longue vie du m�decin. Notons �galement qu�Hippocrate abandonna sa langue natale, le dorien, au profit de l�ionien, infiniment plus nuanc�. L�esprit m�me des textes, renforc� par les t�moignages d�auteurs contemporains, est un meilleur guide de leur authenticit�. Ainsi d�limit�e gr�ce, notamment, aux travaux de Lit-tr�, l�oeuvre attribu�e avec certitude � Hippocrate comprend : Trait� de l�ancienne m�decine, �pid�mies (livres I et III), R�gime des maladies aigu�s, Aphorismes (livres I � VII). Trait� des airs, des eaux et des lieux, Trait� des articulations, Trait� des fractures, Trait� des plaies de la t�te, Trait� des instruments de r�duction, le Serment et la Loi.</p><p>Sont probablement d�Hippocrate la Nature de l�homme et le R�gime des gens en sant�.</p><p>D�autres ouvrages, sans �tre d�Hippocrate lui-m�me, furent vraisemblablement r�dig�s sous son contr�le. Il s�agit du Trait� des humeurs, des autres livres des �pid�mies, de l�Officine du m�decin et de l�Usage des liquides.</p><p>Dans tous ces livres, l�esprit du texte a pour nous plus de valeur que les faits eux-m�mes. Ceux-ci, en effet, sont encore entach�s de grossi�res erreurs, qui ne seront lev�es d�ailleurs qu�apr�s de nombreux si�cles. Ainsi Hippocrate reconna�t-il quatre humeurs principales : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. Pour lui, la bonne sant� r�sulte d�un heureux �quilibre entre ces constituants. C�est l�exc�s ou le d�faut de l�un d�eux qui engendre maladie et mort. De m�me, sa conception du syst�me circulatoire est erron�e, l�air �tant, selon lui, l��lan vital n�cessaire au mouvement du sang, auquel il vient se m�ler... Mais, si toutes ces donn�es restent impr�cises pour l�auteur, on ne peut qu�admirer les r�flexions que lui sugg�re une bonne observation d�influences diverses, telles que l��ge, les saisons et le climat. De ces hypoth�ses d�coulent des pr�ceptes valables concernant l�hygi�ne de vie ou la di�t�-</p><p>tique. Les connaissances anatomiques d�Hippocrate sont limit�es, sauf en os-t�ologie. La chirurgie de l��poque reste ainsi un domaine � peu pr�s inexplor�, � l�exception de quelques tr�panations, pour lesquelles Hippocrate semble avoir con�u un appareil. Pour l�orthop�die, il imagina un banc de bois porteur de treuils destin�s � permettre la downloadModeText.vue.download 208 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5349</p><p>traction et la r�duction des luxations et des fractures.</p><p>Sur le plan d�ontologique, son serment a �t� suffisamment omnivalent pour parvenir jusqu�� nous et rester valable dans ses moindres termes. Ce serment que les nouveaux m�decins prononcent au seuil de leur carri�re met en relief la n�cessaire honn�tet� du praticien, sa reconnaissance de l�enseignement re�u, son engagement � le transmettre aux g�n�rations nouvelles, sans omettre le principe du secret m�dical, qui garde encore aujourd�hui toute sa valeur malgr� les tentatives d��branlement dont il est p�riodiquement l�objet.</p><p>Le tableau de ce chef d��cole exceptionnel serait incomplet si l�on omettait son patriotisme farouche. Tous les faits concordent pour consid�rer comme une l�gende le fait d�avoir d�fendu Ath�nes contre la peste par l�implantation d�immenses b�chers. Par contre, Hippocrate aurait refus� d��tre le m�-</p><p>decin d�Artaxerx�s malgr� les pr�sents somptueux que celui-ci lui offrait pour sa venue � la cour de Perse. Il refusa ces pr�sents � de la part d�un ennemi de sa patrie �. Il est �galement plausible, toujours en raison de ces sentiments, qu�il ait obtenu une alliance de la Thessalie � la veille d�une guerre contre Ath�nes, �vitant ainsi un douloureux combat. Tout cela explique qu�Hippocrate ait b�n�fici� d�s son vivant d�un tr�s grand prestige, qu�il est l�gitime de lui conserver de nos jours en raison des dons pr�monitoires exceptionnels dont il fit preuve.</p><p>La m�decine hippocratique</p><p>L�observation pr�cise des faits, leur description objective, le refus des id�es pr�-</p><p>con�ues et surtout des th�ories �chafau-d�es � partir de vues de l�esprit ont fait la valeur de l�enseignement d�Hippocrate.</p><p>Certains signes ou sympt�mes d�crits par lui restent encore d�une valeur enti�re.</p><p>C�est ainsi que dans le langage m�dical actuel, on emploie toujours des expressions qui rappellent le nom du p�re de la m�decine.</p><p>y Les doigts hippocratiques (qu�on d�signe aussi sous l�expression hippocra-tisme digital) consistent en une d�formation des derni�res phalanges des doigts, en un �paississement de la pulpe et en un ongle convexe en � verre de montre �.</p><p>Cette anomalie aurait une origine circulatoire et se voit surtout chez les insuffisants respiratoires chroniques, mais aussi dans quelques autres maladies, notamment digestives (cirrhoses, polyposes), pour lesquelles le m�canisme de la modification n�appara�t pas clairement.</p><p>y Le faci�s hippocratique est l�aspect que prend le visage dans les heures qui pr�c�dent l�agonie et qu�Hippocrate avait bien d�crit.</p><p>y La succussion hippocratique est le bruit entendu en secouant le thorax d�un sujet ayant un �panchement de liquide et de gaz (hydropneumothorax) et produit par le conflit entre le liquide et l�air : ce signe est toujours valable, mais il n�est plus que rarement observ� de nos jours du fait du recul consid�rable de la tuberculose.</p><p>J.-C. Le P.</p><p>R. Joly, Hippocrate, m�decine grecque (Gallimard, 1964) ; le Niveau de la science hippocratique (Les Belles Lettres, 1966). / M. Martiny, Hippocrate et la m�decine (Fayard, 1964). /</p><p>R. Baccou, Hippocrate (Seghers, 1969).</p><p>Hippopotame</p><p>F PORCINS.</p><p>Hirohito</p><p>(T&#x14D;ky&#x14D; 1901), empereur du Japon</p><p>(1926).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>L�empereur Hirohito est, selon la tradition historique japonaise, le 124e empereur descendant en ligne directe d�Amaterasu &#x14C;mikami, la d�esse</p><p>shint&#x14D; du Soleil. Bien qu�il ait renonc� en 1945 � son appartenance divine et qu�il l�ait annonc� publiquement le 1er janvier 1946, il n�en demeure pas moins, aux yeux de son peuple, comme l�autorit� la plus sacr�e du Japon.</p><p>N� le 29 avril 1901 (ce jour anniver-saire est toujours c�l�br� avec ferveur par le peuple japonais) et nomm� tout d�abord prince Michi no Miya, il eut pour pr�cepteurs le g�n�ral K. M. Nogi (qui se suicida lors des fun�railles de l�empereur Meiji, en 1912, pour ne pas survivre � son ma�tre), puis l�amiral H. T&#x14D;g&#x14D;, le vainqueur, en 1905, des Russes � Tsushima. Il fit ses �tudes � l��cole des Pairs, institut sp�cialement cr�� pour son �ducation. En 1917, il se fian�a � la fille a�n�e du prince im-p�rial Kuni Kuniyoshi, Nagako, qu�il n��pousera que sept ann�es plus tard, en 1924. Entre-temps, le prince h�ritier (son p�re, l�empereur Taish&#x14D;, r�gnant depuis 1912) fit un voyage d��tudes de six mois en Europe (1921), visitant successivement le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas et l�Italie. � son retour au Japon, son p�re �tant malade et ne pouvant plus assurer les charges de l�empire, il fut nomm� r�gent.</p><p>En 1926, l�empereur Taish&#x14D; �tant d�c�d�, Hirohito lui succ�da sur le tr�ne. L�empereur et son �pouse (n�e en 1903) eurent sept enfants, cinq princesses et deux princes. Le prince h�ritier, Akihito (n� le 23 d�cembre 1933), �pousa en 1959 une jeune fille d�origine non noble, Michiko Sh&#x14D;da. Il se rendit de nombreuses fois � l��tranger.</p><p>L�empereur Hirohito, est, en de-</p><p>hors de ses fonctions officielles, un chercheur scientifique sp�cialis� dans l��tude de la biologie marine. Il est l�auteur de deux importantes monographies sur les Hydrozoaires (Hydrozoaires de la famille des Clathro-zonidae, description d�une nouvelle esp�ce et Quelques hydro�des des �les Amakusa) et, avec la collaboration d�autres savants, de huit publications scientifiques.</p><p>En octobre 1971, il se rendit, accompagn� de l�imp�ratrice, en Europe (Belgique, Grande-Bretagne, R�publique f�d�rale d�Allemagne, Danemark,</p><p>Pays-Bas, France et Suisse). Ce fut le premier voyage hors des fronti�res du Japon d�un empereur du pays du Soleil Levant.</p><p>Fonctions imp�riales</p><p>Selon la Constitution actuelle du Japon, l�empereur est le symbole de l��tat et de l�unit� du peuple : il tient sa position de la volont� du peuple, qui a le pouvoir souverain. Il n�a aucun pouvoir au sein du gouvernement et ne peut remplir qu�un certain nombre de fonctions officielles, d�finies par la Constitution : promulgation des lois, d�crets et trait�s, convocation de la Di�te (le Parlement japonais), dissolution de la Chambre des repr�sentants, attestations diverses relatives aux d�-</p><p>cisions des chambres, octroi des distinctions honorifiques, r�ceptions des diplomates �trangers et repr�sentation de l��tat aux c�r�monies officielles...</p><p>Avant 1945, ses pouvoirs �taient th�oriquement plus �tendus : il �tait alors de plein droit souverain absolu, mais, en fait, il ne pouvait que peu de choses, enferm� qu�il �tait dans un cadre �troit impos� par l��tiquette et par un syst�me gouvernemental qui lui liait pratiquement les mains. Aussi fut-il amen�, d�s 1937, � accepter la mainmise japonaise sur la Chine (qui lui �tait pr�sent�e comme une op�ration de police � civilisatrice � par les partis militaires), � d�clarer la guerre aux �tats-Unis en 1941 (quelques heures avant l�attaque sur Pearl Harbor), ceux-ci ayant coup� ses approvisionnements de carburant, et � approuver la guerre � outrance men�e par la caste militaire, �prise de conqu�tes.</p><p>Devant le d�sastre des arm�es et les souffrances de son peuple, il tenta en 1945 des d�marches de paix, qui furent repouss�es, puis, peu apr�s le bombardement atomique de son pays (6 et 9 ao�t 1945), il d�cida, contre l�avis des militaires, d�accepter les conditions de la d�claration de Potsdam. Il se rendit lui-m�me au quartier g�n�ral</p><p>de MacArthur*, demandant � �tre trait� en criminel de guerre afin d��pargner � son peuple d�autres souffrances.</p><p>MacArthur le r�installa sur son tr�ne.</p><p>Dans un c�l�bre � message � la nation �, Hirohito, en la langue archa�que qui est celle de la Cour, d�clarait renier ses origines divines. Il engageait son peuple � � travailler avec �nergie � rehausser sans cesse la gloire de l��tat imp�rial en prenant une part active au progr�s universel �.</p><p>Prenant � la lettre cet ordre imp�rial</p><p>� l�un des rares que l�empereur Hirohito ait eu � �noncer �, le peuple japonais, � force de travail, a r�ussi � faire d�un pays en ruine l�une des premi�res nations du monde.</p><p>L. F.</p><p>F Japon.</p><p>Hiroshige (And&#x14D;)</p><p>Nom d�artiste ichiry&#x16B;sai, le ma�tre incontest� de l�estampe de paysage au Japon (Edo [auj. T&#x14D;ky&#x14D;] 1797 - id.</p><p>1858).</p><p>Si Hokusai* introduit le paysage comme genre ind�pendant dans le</p><p>r�pertoire de l�estampe, Hiroshige lui communique sa sensibilit� profonde.</p><p>Dessinateur remarquable et coloriste subtil, utilisant au mieux les possibilit�s de la xylographie polychrome, il sait faire partager l��motion ressentie devant la nature. Dans ses compositions, mieux que dans celles d�Hokusai, l�homme s�int�gre au site qui l�entoure, trouvant sa juste place dans une vision du paysage qui se veut objective.</p><p>Fils d�un membre de la brigade du feu d�Edo, Hiroshige montre tr�s t�t des dons pour le dessin et la peinture.</p><p>Il abandonne le m�tier de son p�re peu apr�s la mort de celui-ci et, comme la plupart des jeunes artistes attir�s par l��cole ukiyo-e*, cherche � entrer dans l�atelier d�un ma�tre. Toyokuni (1769-1825) le refuse faute de place, mais son fr�re Toyohiro (1774-1829) l�accepte en 1811. Ses premi�res oeuvres ne s��cartent gu�re de la production de downloadModeText.vue.download 209 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5350</p><p>l��poque, mais le talent raffin� et plein de retenue de son ma�tre aura une influence importante sur l��laboration de son style personnel.</p><p>Apr�s la mort de Toyohiro, l�ar-</p><p>tiste, plus libre de suivre ses go�ts, se consacre � des compositions de fleurs et d�oiseaux, genre dans lequel il excellera, et surtout � des �tudes de paysages. Dans ce domaine, son premier chef-d�oeuvre, encore tr�s marqu� par la vision d�Hokusai, est constitu� par les dix estampes des Sites c�l�bres d�Edo (1831 ou 1832), suivies, un an plus tard, des Sites c�l�bres du Japon.</p><p>En ao�t 1832, Hiroshige a l�occasion d�accompagner une mission officielle � la cour imp�riale de Ky&#x14D;to. Au cours de ce voyage, la beaut� des paysages et la vie anim�e de chaque relais lui fournissent le th�me de nombreux croquis.</p><p>L�artiste s�en servira pour composer les planches des Cinquante-Trois �tapes de la route du Tokaido, dont le succ�s est imm�diat. Le public accueille l�ensemble avec un tel enthousiasme que Hiroshige reprendra le m�me sujet dans plus de vingt versions diff�rentes.</p><p>N�anmoins, aucune n��gale la qualit� artistique de la premi�re version, publi�e d�s 1833 par la maison d��dition H&#x14D;ei-d&#x14D;. Le charme po�tique qui baigne chaque �tape de la route r�side essentiellement dans la fa�on de rendre les variations du temps et des saisons.</p><p>Par la d�licatesse du dessin et l�harmonie des couleurs, l�artiste �voque la pluie, la brume, la neige, la lumi�re du matin ou le clair de lune, pour r�v�ler, sous tous ses aspects, la beaut� des sites qu�il avait visit�s en �t�. Les m�mes qualit�s apparaissent, plus raffin�es encore, dans les Huit Vues du lac Biwa (1834), dans la s�rie des Soixante-Neuf</p><p>�tapes de la route de Kiso (1837-1842) et enfin dans l�illustration des Po�mes chinois et japonais (v. 1840).</p><p>Apr�s cette date, Hiroshige, surcharg� de commandes, n�glige davantage sa production et confie � ses �l�ves une part importante du travail. Pourtant, un an avant sa mort, trois grands triptyques sur le th�me Neige, lune et fleurs r�sument, avec la plus heureuse simplicit�, ses recherches pour traduire l�atmosph�re de la nature. L�estampe de paysage arrive ici au terme de son �volution, bien que les disciples du ma�tre, Hiroshige II (1826-1869) et Hiroshige III (� 1894), signent encore quelques belles oeuvres dans le m�me esprit.</p><p>F. D.</p><p>I. Kondo, les 53 Stations du T&#x14D;kaid&#x14D; (en japonais, T&#x14D;ky&#x14D;, 1960 ; trad. fr., Office du livre, Fribourg, 1970). / B. W. Robinson, Hiroshige (New York, 1964 ; trad. fr., G�rard, Verviers, 1964).</p><p>Hiroshima</p><p>V. du Japon, dans l��le de Honsh&#x16B;.</p><p>Hiroshima, sur la mer Int�rieure, � 400 km � l�ouest d�&#x14C;saka, est le plus grand centre de relations et d�industries de la r�gion du Ch&#x16B;goku, entre &#x14C;saka et Fukuoka. La ville na�t en 1594 autour d�un ch�teau f�odal et devient le centre politique d�un des grands fiefs du Japon occidental. En 1889, elle est reli�e � K&#x14D;be par voie ferr�e, et son port est ouvert. Si�ge du haut commandement durant la guerre sino-japonaise</p><p>de 1894-95, la fonction militaire lui est profitable et s��tend � sa voisine Kure.</p><p>En 1940, la ville a 400 000 habitants.</p><p>D�truite par la bombe* nucl�aire du 6 ao�t 1945, elle se rel�ve rapidement (250 000 hab. en 1950 ; pr�s d�un million aujourd�hui pour l�agglom�ration).</p><p>Une immigration consid�rable venue des r�gions montagneuses de l�int�-</p><p>rieur ou des rivages de la mer du Japon alimente sans cesse cette croissance.</p><p>Le site est assez d�favorable : une plaine delta�que �troitement encadr�e de versants raides et s�ouvrant sur une baie mar�cageuse. L�agglom�ration d�borde largement sur les deux rivages, jusque vers Kure au sud-est et vers Miyajima au sud-ouest, et elle remonte le long des �troites vall�es qui convergent ici, par o� passent �galement, au prix de nombreux ouvrages d�art, routes et voies ferr�es. C�est surtout aux d�pens de la mer que la ville s��tend aujourd�hui, comblant peu � peu la baie de vastes atterrissements o� se trouvent l�a�roport, les zones industrielles r�centes et le port.</p><p>Les activit�s sont celles d�une grande capitale r�gionale : administrative, commerciale et bancaire, industrielle surtout. D�nu�e de sources d��nergie et de mati�res premi�res aux environs, la ville doit cet essor � sa situation sur la mer Int�rieure et le long de l�axe industriel de la m�galopolis japonaise.</p><p>La m�tallurgie tient la premi�re place : constructions navales, automobiles (usine T&#x14D;y&#x14D;-K&#x14D;gy&#x14D;). Cette orientation vers l�industrie lourde se perp�tue : cimenteries, industries chimiques ; p�trochimie et aci�rie en projet. Sur la mer, les cultures d�algues et surtout l�ostr�iculture demeurent tr�s importantes, quoique g�n�es par la pollu-tion des eaux. Un grand laboratoire de recherches sur les �levages marins se trouve � Kure.</p><p>Le paysage urbain s�ordonne ainsi autour du centre, enti�rement reconstruit et tr�s moderne, fractionn� de nombreux canaux. Autour du parc de la Paix, au centre de la ville, se trouvent downloadModeText.vue.download 210 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5351</p><p>les vestiges de la catastrophe de 1945 : un c�notaphe en ciment en forme</p><p>d�arche marque le point d�impact de la bombe. Le seul b�timent qui demeure � l��tat de ruine est le d�me de l�ancien Institut de promotion industrielle, qui dresse sa carcasse au bord de la rivi�re.</p><p>Le ch�teau a �t� reconstruit en b�ton, seul t�moin d�un pass� brillant. Sur le port, les zones maritimes industrielles isolent ce centre des horizons d�licats de la mer Int�rieure. Le long des rivages voisins, les banlieues r�sidentielles s��tirent ind�finiment. L�urbanisme demeure tr�s imparfait, et la circulation automobile une source de probl�mes consid�rables. Le nouveau chemin de fer rapide du T&#x14D;kaid&#x14D;-Sany&#x14D;</p><p>atteindra la ville en 1975, la mettant � deux heures d�&#x14C;saka et � cinq heures de T&#x14D;ky&#x14D;.</p><p>J. P.-M.</p><p>F Bombe nucl�aire / Japon.</p><p>hispano-</p><p>am�ricaines</p><p>(litt�ratures)</p><p>Parler de litt�rature hispano-am�ricaine plut�t que de traiter successivement, chacune � sa place alphab�tique, les litt�ratures argentine, bolivienne, colombienne, etc., c�est voir entre elles une parent� profonde, c�est reconna�tre l�existence de l�Am�rique latine.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Sans doute, pour ce qui est des temps pr�colombiens et de l��poque coloniale, un pareil regroupement pouvait �tre envisag�, puisque ces �tats n�existaient pas en tant que tels. Mais on peut se demander s�il n�est pas quelque peu artificiel pour la p�riode qui succ�de � l�ind�pendance, c�est-</p><p>�-dire du d�but du XIXe s. � nos jours.</p><p>Que de diff�rences, en effet : du point de vue de leur situation g�ographique, entre la r�publique Dominicaine et le Chili, par exemple ; du point de vue ethnique entre le P�rou indien et m�tis et l�Argentine blanche ; du point de vue �conomique entre la Bolivie mini�re et l�Uruguay � vocation agricole ;</p><p>du point de vue politique entre Cuba socialiste et le Paraguay en proie � la dictature !</p><p>Commode, parce qu�elle permet de la diff�rencier de l�Am�rique anglo-saxonne, la notion m�me d�Am�rique latine n�est, du reste, pas universellement admise, et l�essayiste p�ruvien Luis Alberto S�nchez (n� en 1900) a raison de poser la question, sous forme de titre d�un de ses ouvrages : L�Am�-</p><p>rique latine existe-t-elle ? (Existe America latina ?). [V. Am�rique latine.]</p><p>Pour la plupart des g�ographes et des �conomistes, cette notion est plut�t artificielle. Ainsi, Pierre Monbeig souligne la � diversit� des milieux naturels et l�extraordinaire vari�t� ethnique �</p><p>de cette partie du Nouveau Monde, et Josu� de Castro va jusqu�� affirmer :</p><p>� Les pays d�Am�rique latine ne se connaissent pas. �</p><p>Sans nier la r�alit� de cet exceptionnel d�nominateur commun qu�est l�espagnol, parl� du R�o Bravo jusqu�� la Terre de Feu (� l�exception du Br�sil), les linguistes, quant � eux, ne manquent pas de rappeler que, dans les Andes, des milliers d�Indiens ne connaissent que le quechua, qu�au Paraguay le gua-rani concurrence le castillan comme langue officielle, que partout abondent les dialectes. C�est ce qui fait �crire � Pierre Chaunu : � L�espagnol vient en surimpression sur un extraordinaire fractionnement linguistique. �</p><p>Unit� de religion ? Certes, l�Am�-</p><p>rique latine est catholique. Mais on ne saurait non plus ignorer les sectes, les syncr�tismes, les survivances de croyances ancestrales, les � idoles derri�re les autels � (Anita Brenner). Ainsi donc, l�Am�rique latine n�existerait pas et la litt�rature hispano-am�ricaine ne serait alors qu�une juxtaposition de litt�ratures d�expression espagnole ?</p><p>De puissants facteurs d�unit� se d�-</p><p>gagent cependant.</p><p>Quiconque a survol� l�espace am�ricain, ses pampas et ses llanos aux horizons infinis, ses Andes vertigineuses, ses hauts plateaux lunaires, l�oc�an toujours recommenc� de ses for�ts vierges, ses villes titanesques, ne peut</p><p>manquer d�avoir retenu une impression g�n�rale : celle de d�mesure, de gigantisme. Il a certainement �t� aussi frapp� par la toute-puissance de la nature, une nature souvent inhospitali�re ou hostile (d�serts, for�ts �touffantes, volcans, s�ismes, etc.), dominante et non domin�e par l�homme comme elle l�est chez nous. Cette emprise de la nature, l�obscure puissance de la terre sauvage, le tellurisme, est un autre trait commun � tout le continent. � L�Am�-</p><p>rique existe en fonction de sa g�ographie, note Luis Alberto S�nchez [...]</p><p>chaque �crivain hispano-am�ricain agit comme un somnambule sous la magie du paysage. �</p><p>Simple � accident au milieu de la pampa, au milieu de la for�t, au milieu des Andes � (Miguel �ngel Asturias*), l�homme appara�t partout marqu� par le m�me combat qu�il m�ne avec la nature pour s�y tailler une place ou pour simplement y survivre.</p><p>Aussi, par-del� les fronti�res nationales, l�homme hispano-am�ricain offre-t-il des traits semblables : � Le gaucho des pampas, le llanero de la savane, le mineur indien de la cordill�re, le r�colteur de caoutchouc de la for�t tropicale, le journalier dans les coupes de bois ou dans les plantations sont, pour l��crivain, le m�me type d�homme rude, primitif, instinctif � et presque toujours exploit� �, facteur d�unit� au sein d�une litt�rature �, �crit l�Uruguayen Alberto Zum Felde..., qui aurait pu ajouter � sa liste le travailleur des grandes m�tropoles et l�habitant des bidonvilles. � Presque toujours exploit� �, tel est en effet le sort de cet homme, qu�apr�s environ trois si�cles de colonie, de r�gimes semi-f�odaux, les abus des grands propri�taires, l�analphab�tisme condamnent, � peu pr�s partout, � la mis�re. Parfois r�si-gn�, avec le sentiment d��tre victime d�une �trange fatalit�, l�homme hispano-am�ricain, � quelque pays qu�il appartienne, conna�t aussi les voies de la r�volte, celles qui doivent conduire au d�veloppement, � la vraie d�mocratie et � une ind�pendance �conomique tant d�sir�e vis-�-vis des �tats-Unis.</p><p>Anim�s par le m�me id�al, par cette communaut� d�aspirations, les pays d�Am�rique latine ont ainsi conscience de leur solidarit�. Et toute une partie</p><p>des lettres hispano-am�ricaines en est l�expression, sous la forme d�un grand cri indign� contre l�exploitation de l�homme par ses semblables, d�un cri de protestation contre l�injustice et les in�galit�s sociales et raciales, d�un �cho des revendications des masses indig�nes.</p><p>Litt�rature de t�moignage, image fid�le du continent qui la voit na�tre, la litt�rature hispano-am�ricaine refl�te ainsi ce double d�fi de l�homme � la nature qui l��crase et � l�homme qui l�opprime, mais aussi cette absence d��quilibre et de raison, � cet �trange d�sordre �motionnel o� vivent les Sud-Am�ricains, si diff�rent de la logique europ�enne � (Mariano Pic�n-Salas), lequel conduit au merveilleux et au baroque. Avec le baroque, nous touchons � la tendance profonde, � abyssale �, comme dit L. A. S�nchez, du monde latino-am�ricain, sa passion de toujours, qui a tant marqu� ses arts et ses lettres, et qui est le trait le plus original de son caract�re. � En Am�rique latine, �crit Alejo Carpentier*, nous avons tous un style baroque. �</p><p>Il faut revenir cependant sur celui des facteurs d�unit� qui reste le plus patent malgr� les r�serves pr�c�demment formul�es : la langue. Pour en mesurer la port�e, il suffit d�imaginer une Europe qui, d�Oslo � Ath�nes, de Lisbonne � Varsovie, parlerait la m�me langue... Tel est exactement le cas de cette Am�rique latine sans fronti�res linguistiques, o�, � La Havane comme � Montevideo, � Mexico comme �</p><p>Quito, le m�me espagnol, � d�infimes variantes pr�s, est parl�, lu, �crit ; d�o� cet air de famille qui plane sur toutes les villes d�Am�rique. Si, malgr� cet atout, les pays d�Am�rique latine s�ignorent encore souvent, c�est que l�Europe continue d�exercer sur cette partie du globe une fascination telle que les regards se portent plut�t vers elle que vers les pays voisins. Mais, de plus en plus, l�Am�rique latine a le sentiment de son originalit�. Les prix</p><p>� Casa de las Am�ricas �, qui sont d�cern�s chaque ann�e, depuis 1960, � des �crivains d�expression espagnole, sans distinction de pays, contribuent � resserrer les liens entre ceux-ci en les faisant se mieux conna�tre. Et il</p><p>n�est pas douteux que l�hommage du monde � des talents universels comme Miguel �ngel Asturias*, Jorge Luis Borges*, Pablo Neruda* ne peut que raffermir la foi des Latino-Am�ricains en eux-m�mes et la confiance de leurs �crivains dans la l�gitimit� de leur dessein. Ce dessein, ce beau souci de tout �crivain hispano-am�ricain d�aujourd�hui, c�est la conqu�te d�un langage sp�cifiquement am�ricain. Assur�ment, il n�est pas question de renier l�espagnol ; il s�agit de le remodeler dans sa syntaxe comme dans son vocabulaire, sous l�influence des langues indig�nes, de celles des immigrants venus de tous les points du globe et des cr�olismes. � Il y a toute une nature qui nous entoure, qui n�avait pas de nom et que nous avons d� nommer �, �crit Miguel �ngel Asturias. Aimant � se comparer � Adam baptisant chaque chose, comme aux premiers jours de la Cr�ation, l��crivain hispano-am�ricain s�est attel� � cette t�che devant l�avenir : � L�Am�rique n�est pas tant une tradition � perp�tuer, dit Octavio Paz*, qu�un avenir � r�aliser. � Or, pour que cette Am�rique soit de plus en plus</p><p>� am�ricaine � et, par contrecoup sans doute, de moins en moins � latine �, il faut que l��crivain, refusant les tenta-tions de l�exotisme, aille vers ce qu�elle a de plus sp�cifique, de plus authentique : l�homme. On doit � l�excellent downloadModeText.vue.download 211 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5352</p><p>essayiste v�n�zu�lien M. Pic�n-Salas (1901-1965) cette phrase : � D�s lors, j�ai pens� que la mission de l��crivain d�Am�rique consistait � exprimer cette �nigme des sangs m�tis [...], �nigme de notre race indo-am�ricaine. �</p><p>Air indien</p><p>Assur�ment, une des grandes originalit�s de l�Am�rique latine tient � son peuplement. Nulle part ailleurs, en effet, ne s�est produit une telle fusion de races et de sangs, pas m�me dans les fameux melting pot des �tats-Unis, o� les croisements entre Indiens et Blancs, en particulier, furent finalement fort rares. En revanche, pouss�s</p><p>par l�ardeur sensuelle de leur temp�rament latin, les Espagnols, Cort�s* en t�te avec sa Malinche, s�empress�rent de s�unir � des Indiennes, le plus souvent prises de force, et le concubinage ouvrit en quelque sorte la voie du m�tissage. Plus tard, les esclaves noirs import�s d�Afrique, puis leurs descendants vinrent rendre plus vari� encore le m�lange des sangs. Mais, si l�Am�-</p><p>rique latine est aujourd�hui m�tisse, l��l�ment autochtone, celui qui constitue encore le fond de la population au Mexique, dans une grande partie de l�Am�rique centrale et dans les Andes notamment, reste l�Indien. C�est justement sur ces territoires que vivaient, avant la Conqu�te, les Indiens* les plus �volu�s du continent, et l�on conserve d�eux une litt�rature qui atteste le haut degr� de civilisation atteint au Mexique par les Azt�ques, en Am�rique centrale par les Mayas et les Quich�s, dans les Andes par les Quechuas. Essentiellement orale, quoique ces peuples aient poss�d� une �criture de type id�ographique, cette litt�rature est parvenue jusqu�� nous gr�ce aux transcriptions en espagnol qu�en firent les autochtones, une fois qu�ils eurent appris l�alphabet latin aupr�s des missionnaires, ou par ces missionnaires eux-m�mes.</p><p>Parmi les plus beaux monuments de la litt�rature pr�colombienne re�ue llis de la sorte figurent les livres magiques de Chilam Balam, en langue maya et, en quiche, le Rabinal-Ach�, drame guerrier accompagn� de danses rituelles, ainsi que le Popol Vuh, livre sacr� sous forme d�un vaste po�me symbolique sur les origines du monde et de l�homme. Bien qu��crit longtemps apr�s la conqu�te, peut-�tre au d�but du XVIIIe s., le tr�s beau drame quechua Ollantay, corn�lien peut-on dire par son sujet (les amours impossibles d�un chef militaire espagnol pour la fille de l�Inca), est dans la meilleure tradition du th��tre de l��poque inca�que, dont il est consid�r� comme le mod�le du genre. Si ces manifestations litt�raires portent la marque de l�occupant espagnol, du fait que leur r�daction est post�rieure � la Conqu�te, pour le fond elles sont un vivant t�moignage de la sensibilit� indienne.</p><p>� Indien au visage taciturne et aux pupilles sans �clat, quelles pens�es</p><p>caches-tu donc derri�re ton �nigma-tique expression ? �, s�interroge le grand po�te p�ruvien Jos� Santos Chocano (1875-1934)... Partout pr�sente, la tristesse de l�Indien est aussi bien dans son mutisme r�sign� que dans ses po�mes et ses chants. Au XVIe s., le fr�re Diego Dur�n (v. 1537-1588) disait d�j� des chants azt�ques qu�ils �taient si tristes que rien que la musique et la danse vous remplissaient de m�lancolie, et aujourd�hui encore, dans les Andes, on peut entendre des complaintes d�sesp�r�es accompagn�es � la quena, la petite fl�te aux accents aigres et d�chirants. � l�origine de cette tristesse, une conception fataliste de la vie : pour l�Indien, le monde est r�gi par des forces magiques et des lois inexorables. L�Indien vivant dans le commerce permanent de la mort, Octavio Paz peut bien affirmer, en parlant de ses compatriotes en particulier : � L�indiff�rence du Mexicain devant la mort se nourrit de son indiff�rence devant la vie. � Il y a, � cet �gard, dans l�art mexicain une tradition du squelette grima�ant et gesticulant qui se perp�tue depuis l��poque pr�-</p><p>colombienne jusqu�� nos jours dans ses manifestations les plus populaires (t�tes de mort en sucre, jouets repr�-</p><p>sentant des orchestres macabres, par exemple). Fataliste, l�Indien �tait donc psychologiquement pr�par�, au moment de la Conqu�te espagnole, � l�id�e d�un effondrement total de son univers, tant chez les Mexicains que chez les Quechuas. Les traditions sa-cr�es, les l�gendes comme celles que recueillent le Popol Vuh ou les livres de Chilam Balam n�annon�aient-elles pas des catastrophes ? Et l�Inca Huayna C�pac (� 1525) n�avait-il pas pr�dit...</p><p>� qu�ensuite arriveraient des gens nouveaux, jusqu�alors inconnus ; qu�ils gagneraient et soumettraient � leur empire tous nos royaumes et encore bien d�autres terres... � ?</p><p>Le temps des</p><p>conquistadores :</p><p>chronique et �pop�e</p><p>Le choc fut pourtant terrible le jour o� ces � gens nouveaux � arriv�rent sur la terre am�ricaine. Plus que des hommes qui s�affrontaient au combat, c��taient deux conceptions de la vie qui</p><p>se heurtaient. D�un c�t�, celle, pessimiste, d��tres conscients d�appartenir � un monde en faillite et sto�quement r�sign�e ; de l�autre, tout l�enthousiasme d�une race d�bordante de vitalit�. L�Espagne entrait alors dans la p�riode la plus glorieuse de son histoire, et ce XVIe s. allait �tre celui des conqu�tes : mat�rielles avec les Cort�s, Pizarro, etc. ; spirituelles avec Ignace de Loyola, sainte Th�r�se d��vila, notamment. D�vor�s par une fringale d�aventure, d�or et d��pi�es, en qu�te de peuples � qui montrer le Crucifix, br�lant de l�optimisme de la Renaissance, les conquistadores �taient bien les fils de cette �poque prodigieuse-ment f�conde. Pour ces hidalgos barbus, ces guerriers bard�s de fer, tout imbib�s des r�cits de chevalerie, alors en si grande vogue dans la P�ninsule, l�Am�rique et ses fabuleux Eldorados allait se pr�senter comme un lieu privil�gi� o� ils pourraient renouveler les exploits d�un Amadis de Gaule � la conqu�te de l��le Ferme. Que la litt�rature hispano-am�ricaine se soit inspir�e � ses d�buts d�un �v�nement d�une aussi grande envergure que la conqu�te de l�Am�rique ne saurait surprendre : elle se pr�sentera sous la forme d�une abondante floraison de chroniques et, illustrant les hauts faits, de quelques �pop�es.</p><p>Sans doute, la plupart des chroniques de la Conqu�te ont-elles du prix plut�t en tant que documents historiques que comme oeuvres litt�raires, leurs auteurs �tant surtout des militaires plus aptes � manier l��p�e que la plume. Certains, cependant, comme Hern�n Cort�s lui-m�me, se montrent d�habiles prosateurs. Ses Lettres (Cartas) � Charles Quint, sont des comptes rendus objectifs, vivants, souvent �l�gants, avec m�me quelques effets de style qui nous rappellent que Cort�s fr�quenta l�universit� de Salamanque. On y remarque avec int�r�t l�admiration sinc�re que leur auteur nourrit pour l�adversaire indien. Il faut dire que les Espagnols, partis avec des id�es toutes faites sur les populations indig�nes du Nouveau Monde, qu�ils pensaient trouver nues et sauvages, comme celles des �les d�couvertes par Colomb*, furent stup�faits et �merveill�s de trouver des civilisations aussi raffin�es que celle des Az-t�ques. Portant aussi bien sur la qualit�</p><p>des constructions que sur la beaut� des jardins ou l�habilet� des artisans mexicains, l�admiration de Cort�s �clate partout. Il est aussi int�ressant de voir dans ces lettres le Capitaine s�interroger sur la validit� de son entreprise et se poser un cas de conscience : comment concilier l�app�tit de conqu�te et la soif de richesse avec la mission �vang�lisatrice ? C�est qu�� l��poque le souvenir des huit si�cles de lutte contre l�infid�le en Espagne est, dans tous les esprits, si vivace que souvent les chroniqueurs se surprendront � �crire Maure � la place de Mexicain, � nommer mosqu�es les temples azt�ques ou incas, et Cort�s lui-m�me ira jusqu�� baptiser Mexico... le � Grand Caire �.</p><p>L�esprit de la Reconquista* baigne celui de la Conqu�te, et, dans leur z�le �vang�lisateur, les Espagnols commet-tront parfois les pires exc�s, persuad�s de trouver en face d�eux de v�ritables supp�ts de Satan. Il faudra la plaidoirie passionn�e de quelques missionnaires, comme le dominicain Bartolom� de Las* Casas, surnomm� l�� ap�tre des Indiens �, pour que l�Europe chr�tienne soit mise au fait des crimes commis outre-Atlantique au nom de l��vangile.</p><p>Un quart de si�cle environ s�est �coul� depuis la derni�re lettre de Cort�s � Charles Quint lorsque l�un des derniers survivants de l��poque h�ro�que, Bernai D�az del Castillo (v. 1492 - v. 1584), va entreprendre d��crire son Historia verdadera de la conquista de la Nueva Espa�a (1568).</p><p>Dans ces pages, c�est toute l�histoire de la conqu�te du Mexique, vue par un ancien combattant nostalgique, qui d�file devant nous. Il n�est texte plus d�bordant de v�rit� : bourr� de d�tails, de petits faits vrais, minutieux presque � l�exc�s � pas un cheval dont on ne nous �pargne la couleur de la robe �, ce r�cit de vieux grognard, qui peut dire : � � Mexico, j�y �tais �, laisse une �tonnante impression de v�cu.</p><p>C�est justement cette impression que n��prouve pas notre v�t�ran � la lecture de l�Historia general de las Indias (1552) de Francisco L�pez de G�mara (v. 1512 - v. 1572), oeuvre brillante d�un humaniste nourri de Salluste et de Cic�ron, mais souvent infid�le et tr�s partiale dans l��loge excessif qui y est fait des m�rites de Cort�s. Si lui,</p><p>Bernai D�az, que les inexactitudes et les partialit�s du texte de G�mara remplissent d�indignation, n�a pas le talent de ce dernier � dont il envie la</p><p>� grande rh�torique � en reconnaissant honn�tement la gaucherie de sa propre plume �, du moins pourra-t-il s�enor-gueillir de laisser � la post�rit� un r�cit parfaitement conforme � la r�alit� et o�, du m�me coup, justice sera rendue � tous ses compagnons d�armes, l�obscure cohorte des sans-grades que la gloire de leur capitaine a �clips�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 212 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5353</p><p>Par la sinc�rit� du t�moignage, par la saveur de la langue, rude et sans appr�t, cette chronique appara�t comme un des premiers chefs-d�oeuvre que la terre am�ricaine a produit.</p><p>En Garcilaso de la Vega, dit el</p><p>Inca (1539-1616), le P�rou, dont la conqu�te suit de dix ans celle du Mexique, honore son premier �crivain.</p><p>Fils d�un conquistador descendant du marquis de Santillane et du po�te Jorge Manrique et d�une princesse indienne, cousine d�Atahualpa, Garcilaso el Inca laissera s�op�rer en lui la symbiose des deux cultures, apparaissant ainsi comme le prototype de l��crivain m�tis. � Cuzco, sa ville natale, il re�oit une �ducation de parfait hidalgo, mais, en m�me temps, fascin� par le monde myst�rieux qui l�entoure, se passionne pour tout ce qui touche � la race vaincue, s�impr�gne des vieilles l�gendes indiennes que lui rapporte sa m�re, dont la plainte (� nous �tions rois et nous voici vassaux �) se gravera dans sa m�moire. En 1561, apr�s la mort de son p�re, il se rend en Espagne : il a alors vingt-deux ans. Apr�s avoir combattu l�infid�le, il se fixe en Andalousie et entre dans les ordres (1600). Traducteur des Dialogues d�amour de L�on l�H�breu, il publie en 1605, ann�e o� para�t la premi�re partie de Don Qui-chotte, La Florida del Inca, r�cit de l�exp�dition de Hernando de Soto en Floride, puis en 1609 son oeuvre ma�-</p><p>tresse, Comentarios reales, o�, se souvenant non sans quelque m�lancolie des l�gendes de son enfance, il retrace</p><p>l�histoire des Incas. La seconde partie, d�di�e � � Notre-Dame, la Tr�s Immacul�e Vierge Marie M�re de Dieu �, pa-ra�t en 1617, un an apr�s sa mort, sous le titre d�Historia general del Per� et traite de la chute de l�Empire inca, � partir de l�arriv�e de Pizarro, avec le m�me luxe de d�tails pittoresques, le m�me m�lange de r�el et de fantaisie, ainsi que dans une langue tout aussi pure et classique que dans la premi�re partie. Jug�s s�ditieux par les Espagnols, en raison de quelques critiques du syst�me colonial et notamment des abus de la censure, les Comentarios reales conna�tront en revanche un grand succ�s dans la France du XVIIIe s., � l��poque du � bon sauvage � : ils inspireront le Rameau des Indes galantes (1735) et surtout J.-F. Marmontel pour son livre les Incas (1777). Quant au lecteur moderne, il saura gr� � Garcilaso el Inca de lui faire d�couvrir une civilisation aujourd�hui disparue et de lui ouvrir ainsi une des pages les plus passionnantes de l�histoire de l�Am�-</p><p>rique, celle de l�empire des Incas.</p><p>Si la Conqu�te eut ses chroniqueurs et ses historiens, elle eut aussi ses po�tes.</p><p>Le fracas des combats, la splendeur des paysages nouvellement d�couverts, l��tranget� des coutumes indig�nes, tout devait contribuer � enflammer les imaginations, m�me des plus rudes soldats, conquis par leur propre conqu�te.</p><p>Certains all�rent jusqu�� se d�couvrir une �me de po�te et, pour chanter l��pop�e de la Conqu�te, �crire en vers �piques. C�est le cas d�Alonso de Ercilla y Z��iga (1533-1594), n� � Madrid la m�me ann�e que Montaigne, au sein d�une famille noble. � vingt et un ans, il a parcouru presque toute l�Europe, lorsque, � la nouvelle du soul�vement des Araucans au Chili, il d�cide, pouss� par son go�t de l�aventure, de s�embarquer pour l�Am�rique. Il s�y distinguera par son intr�pidit� dans la lutte contre les Araucans insoumis. Impressionn� par leur vaillance farouche, leur amour pour leur terre natale et leur haine contre l�envahisseur espagnol, il entreprend d��crire l�histoire de cette guerre : tel est le sujet de La Araucana, long po�me en hend�casyllabes, consid�r� au Chili comme le po�me national. Publi� en plusieurs fois (1569, 1578 et 1589), il p�che, de ce fait, par manque d�unit�. Mais r�dig� en partie</p><p>sur le champ de bataille m�me (� � la main, soit la plume, soit la lance �), il contient des sc�nes d�une vie et d�un r�alisme insurpassables. Ercilla est, en effet, avant tout un peintre de batailles, son sujet favori ; dou� d�un sens prodigieux de la description, il excelle dans les sc�nes de carnage, mais il sait aussi �voquer splendidement la nature sauvage et gigantesque. Il s�attache �galement � brosser le portrait de quelques-uns des h�ros de cette guerre sanglante, notamment Caupolic�n (� 1558), le chef de la r�bellion, sorte de Vercing�torix araucan, et Colocolo (� 1560),</p><p>� Nestor indien � dont les discours furent fort pris�s par Voltaire. Cependant, tous ces personnages, et plus encore les h�ro�nes, n�ont rien de bien typique : lorsqu�ils parlent, on dirait des Romains. C�est qu�Ercilla est si fortement nourri de lettres classiques que partout l�on sent chez lui l�influence de ses mod�les latins, S�n�que, Lucain et Virgile entre autres. La Araucana n�en est pas moins un des plus beaux po�mes �piques de tous les temps, et, � sa publication, son succ�s fut �norme.</p><p>Ce sont les m�mes luttes qu�allait chanter le Chilien Pedro de O�a (1570 -</p><p>v. 1643), fils d�un capitaine espagnol, dans son Arauco domado (1596). Dou� d�un moins grand souffle �pique que son ma�tre Ercilla, O�a a, en revanche, plus de fantaisie, de sensibilit� : son po�me, aux accents moins guerriers, renferme des sc�nes bucoliques. Mais tout est malheureusement g�ch� par un exc�s d�emprunts faits � la mythologie gr�co-latine et le recours aux clich�s et aux images de convention. Versificateur accompli, O�a occupe cependant toujours une place de choix parmi les po�tes �piques du Nouveau Monde.</p><p>Outre O�a, la muse �pique d�Ercilla allait avoir en Am�rique de nombreux fervents. Dans le premier quart du XVIIe s., Bernardo de Balbuena (1568-1627), n� en Espagne, �duqu� au Mexique, �v�que de Porto Rico de 1620 � sa mort, va illustrer cette veine de fa�on particuli�rement brillante dans les quelque 40 000 vers de son Bernardo o la victoria de Ronces-valles (1624) � dont le h�ros est ce l�gendaire Bernardo del Carpio qui aurait tu� Roland �, o� il se r�v�le un</p><p>� Arioste tropical �, et dans son beau po�me intitul� Grandeza mexicana (1604), brillant tableau de Mexico, de ses rues grouillantes de monde, de ses places, de ses jardins, de ses march�s, peints avec un souci tr�s grand du d�-</p><p>tail pittoresque et de la couleur locale.</p><p>Dans ce m�me courant �pique, mais occupant une place un peu � part, figure La Crist�ada (1611) de fr�re Diego de Hojeda (v. 1570-1615), consid�r�e par beaucoup comme le chef-d�oeuvre de l��pop�e sacr�e en langue espagnole et o� se trouvent relat�s les �v�nements saillants de la vie du Christ.</p><p>L��poque coloniale :</p><p>l��ge baroque</p><p>Une fois apais� le tumulte h�ro�que de la Conqu�te et dissip�e la fum�e des mousquets, la vie coloniale s�organise en cette Am�rique d�sormais � latine �.</p><p>Dans le sillage des conquistadores sont arriv�s les missionnaires, franciscains, augustins, dominicains, un peu plus tard j�suites, qui ont aussit�t entrepris la conqu�te spirituelle des territoires soumis. Leur premi�re t�che a �t� de construire �glises et couvents, puis des coll�ges pour y �duquer les fils d�Espagnols et les Indiens, et inculquer � ces derniers les rudiments de la foi. Le 28 octobre 1538, une bulle pontificale �rige en universit� un de ces coll�ges r�cemment fond� � Saint-Domingue par les dominicains : cette universit�, qui re�oit le nom de Saint-Thomas-d�Aquin, est la premi�re d�Am�rique.</p><p>D�s lors, Saint-Domingue, � Ath�nes du Nouveau Monde �, va devenir un foyer de culture extr�mement actif et, trois si�cles durant, rayonner sur les Antilles, au Venezuela et en Colombie.</p><p>Mais les deux grands centres de la vie intellectuelle au XVIIe s. seront les capitales des vice-royaumes de Nouvelle-Espagne et du P�rou, Mexico et Lima, dot�es chacune d�une universit� depuis 1551 et d�une imprimerie depuis 1537</p><p>et 1583 respectivement. Si les f�tes et les divertissements sont � l�honneur � la cour des vice-rois, o� l�aristocratie blanche m�ne une vie brillante et raffin�e, dans tout le corps social, jusqu�au plus bas de l��chelle, on retrouve ce m�me go�t pour les r�jouissances, les f�tes, religieuses ou profanes, pour</p><p>toutes les formes de spectacles. D�s la seconde moiti� du XVIe s., les missionnaires faisaient repr�senter des sc�nes religieuses, des all�gories, des myst�res, accompagn�s de danses, pour la cat�chisation des indig�nes. Au XVIIe s., dans leurs � r�ductions � du Paraguay, les J�suites favoriseront les repr�sentations sc�niques sur des sujets religieux, �galement entrem�l�es de chor�graphie, dans un but �difiant. Il y aura m�me un embryon de th��tre cr�ole, mais celui-ci sera vite concurrenc� par la production p�ninsulaire de Lope de Vega* ou de Calder�n*, qui trouveront bon accueil outre-Atlantique. Quel que soit le genre de spectacle, il t�moi-gnera toujours de cette pr�dilection pour le luxe, la surcharge qui caract�-</p><p>rise le XVIIe s. am�ricain. L�Am�rique latine est, en effet, entr�e dans son �ge baroque*. C�est l��poque des grands retables polychromes ruisselant d�or et grouillant d�angelots replets, des christs enjuponn�s de l��cole de Cuzco, l��poque o� les inspirations ib�rique et autochtone se confondent en un curieux m�lange : Vierges v�tues � l�indienne, anges jouant des maracas sur les portails sculpt�s des �glises. De son c�t�, la vie litt�raire est marqu�e par la vogue extraordinaire de la po�sie. Dans la bonne soci�t� cr�ole, tout est devenu pr�texte � po�mes : f�tes, f�licitations pour un bapt�me, un mariage, etc. � la fin du XVIe s., on d�nombre � Mexico trois cents participants � un concours po�tique et, toujours � Mexico, para�t en 1689 un recueil au titre significatif de ce prurit lyrique, Inundaci�n cast�lida, de soeur Juana, que nous allons retrouver bient�t. En v�rit�, ce qu�on go�te alors dans la po�sie, c�est le plus souvent l�aspect formel, la virtuosit� technique, qui va g�n�ralement jusqu�� l�artifice et � l�acrobatie pure. Po�sie et arts plastiques proc�dent de la m�me inspiration. On comprend que Luis de G�ngora* ait �t� accueilli comme un dieu sur les rivages am�ricains. Certes, de nombreux versificateurs besogneux downloadModeText.vue.download 213 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5354</p><p>ne retiendront de lui que les proc�d�s de style. L�� Apollon andalou �, le</p><p>� Prince de l�obscurit� � trouvera en revanche un admirateur de grand talent en la personne d�un Indien n� dans un village perdu des Andes du P�rou, Juan de Espinosa Medrano, dit el Lunarejo (v. 1632 - v. 1688). Dans son Apolog�-</p><p>tico en favor de don Luis de G�ngora (1662), cet orateur de premier ordre fait montre, outre d�une ma�trise parfaite de la langue �crite, d�une connaissance profonde de l�oeuvre de celui qu�il nomme le � divin D�dale �, sur qui il apportera des vues tout � fait nouvelles. Ce texte remarquable lui vaut d��tre consid�r� comme le premier critique hispano-am�ricain. Pedro de Peralta Barnuevo (1663-1743), son compatriote, est aussi un champion du gongorisme dans son po�me �pique Lima fundada (1732). Erudit au savoir encyclop�dique, il ne d�daignera pas non plus de sacrifier � la mode versifi-catrice : on lui doit un po�me d�di� au vice-roi o� il emploie exclusivement la voyelle a ! L�influence du gongorisme se fera �galement sentir chez un autre �rudit, le polygraphe mexicain Carlos de Sig�enza y G�ngora (1645-1700), neveu du po�te cordouan et auteur du Triunfo part�nico (1683) ; elle se prolongera jusqu�au milieu du XVIIIe s.</p><p>Mais ce si�cle de raffinement et de pr�-</p><p>ciosit� va aussi produire un �crivain d�une tout autre race, Juan del Valle Caviedes (v. 1652 - v. 1695), le grand po�te populaire de Lima. Modeste boutiquier qui sombrera dans l�alcoolisme, celui-ci est, � l�instar de Quevedo*, le peintre impitoyable de la soci�t� de son temps. D�diant son Diente del Parnaso</p><p>� � la Mort, imp�ratrice des m�decins �, ce contemporain de Moli�re s�en prend particuli�rement � la gent m�dicale : la satire, l�ironie, la caricature, si rares dans les lettres hispanoam�ricaines, se donnent ici libre cours.</p><p>Dominent de tr�s haut ce temps</p><p>les deux grandes figures mexicaines de Juan Ruiz de Alarc�n y Mendoza (v. 1581-1639) et de soeur Juana In�s de la Cruz (1651-1695). En fait, bien qu�il soit n� � Mexico et ait �t� form� � l�universit� d� sa ville natale, Ruiz de Alarc�n appartient essentiellement � la litt�rature espagnole, qui, du reste, le revendique parmi les gloires de son Si�cle d�or. C�est en effet dans l�Espagne de Lope de Vega, alors � son z�nith, qu�il produit toute son oeuvre et</p><p>arrive � imposer sa mani�re aux Espagnols, frapp�s par tant de soin apport� dans la construction de ses pi�ces, un tel souci de v�rit� psychologique et de vraisemblance, une telle mesure et une telle discr�tion dans l��tude des conflits moraux. En s�inspirant de sa com�die La verdad sospechosa, Corneille, dans le Menteur, reconna�tra le talent de cet admirable dramaturge que l�on a compar� � T�rence.</p><p>� la diff�rence de Ruiz de Alarc�n, Juana In�s de Asbaje, en religion soeur Juana In�s de la Cruz, restera attach�e � son Mexique colonial. Elle na�t dans un petit village proche de Mexico et montre des dons pr�coces : � trois ans, elle apprend � lire seule, et l�on rapporte qu�� huit ans elle compose un po�me sur le saint sacrement. Admise comme fille d�honneur de la vice-reine, elle s�duit la Cour par son charme et la richesse de ses talents. Sa beaut� lui attire aussi de nombreux admirateurs, mais, � dix-huit ans, elle choisit de prendre le voile. Le couvent des hi�ro-nymites de Mexico, o� elle se retire en 1669, n�a de couvent que le nom : les religieuses y m�nent une vie tr�s libre, voire mondaine, et le parloir tient lieu de salon. Au milieu des quatre mille livres de sa biblioth�que, de ses instruments de musique, de ses appareils scientifiques, cette jeune femme, � la curiosit� universelle, va pouvoir recevoir, �tudier, lire et �crire. Puis, � quarante ans, pouss�e par son confesseur, elle renonce � tout, vend ses livres et se consacre � la p�nitence. � Malade de charit� �, elle meurt la m�me ann�e que notre La Fontaine, en soignant ses soeurs en religion lors d�une �pid�mie de peste. Son oeuvre comprend : des pi�ces de th��tre, com�dies, autos (El divino Narciso, 1689) ; une �tonnante autobiographie-confession (Respuesta a sor Filotea de la Cruz, 1691), o� elle se montre passionn�e d�art, de science, de th�ologie ; surtout de nombreux po�mes profanes ou religieux (Primero sue�o), dans lesquels, malgr� l�influence du go�t baroque de son temps et le conceptisme de Quevedo, elle sait rester simple et spontan�e. Parfois, la</p><p>� dixi�me muse �, qui attribuait son talent � un don divin, retrouve les accents des grands mystiques espagnols.</p><p>Mais ce qu�on admire le plus dans son</p><p>oeuvre, c�est ce m�lange harmonieux de spiritualit� et de sentiment que seul pouvait offrir le g�nie �blouissant de cette Mexicaine � la fois religieuse, intellectuelle et tr�s f�minine.</p><p>Le Si�cle des lumi�res</p><p>Le Si�cle des lumi�res est, pour l�ensemble des lettres de langue espagnole, un si�cle sans �clat. Dans la P�ninsule, la litt�rature est comme � bout de souffle. Dans les colonies d�Am�-</p><p>rique, o� elle suit de tr�s pr�s celle de la m�tropole, elle traverse aussi une p�riode sombre et st�rile. L�influence fran�aise va se faire profond�ment sentir en ce si�cle, qu�inaugure le c�l�bre</p><p>� il n�y a plus de Pyr�n�es � : r�pandu par les encyclop�distes, l�esprit philosophique p�n�tre en Espagne, avec d�ailleurs un certain retard par rapport au reste de l�Europe, avant d�aborder vers 1750 aux rivages am�ricains, o� la � crise de conscience europ�enne �</p><p>trouve ainsi un lointain et tardif �cho.</p><p>L�esprit nouveau favorise l��rudition : de cette �poque datent les premi�res �tudes s�rieuses sur la g�ographie et l�histoire naturelle des pays d�Am�-</p><p>rique. Elles sont l�oeuvre de ceux qui d�tiennent alors la culture, les J�suites, gagn�s par le mouvement scientifique et encyclop�dique du si�cle. Internatio-nalistes convaincus, antimonarchistes, surtout apr�s leur expulsion en 1767</p><p>par Charles III, inquiet et jaloux de leur puissance, les p�res contribueront � faire conna�tre � la bourgeoisie cr�ole, notamment, les th�ories lib�rales qui �branleront les rigides structures coloniales, en pr�lude � l��mancipation.</p><p>Condamn�s � l�exil apr�s la dissolution de la Compagnie, les J�suites vont nourrir leurs �crits du sentiment de leur nostalgie. Ainsi d�Italie, l�un d�eux, le Guat�malt�que Rafael Land�var (1731-1793), chante dans les hexam�tres latins de sa Rusticatio mexicana (1781) les beaut�s de la nature tropicale et les coutumes indig�nes. �vocation �mue, pr�cise et color�e de la lointaine terre natale, ce beau po�me, qui annonce la Silva a la agricultura de la Zona T�rrida d�Andr�s Bello*, �crite aussi en exil, est sans doute la premi�re oeuvre d�un Hispano-Am�ricain o� se trouve exprim�e l�originalit� des paysages du Nouveau Monde et pris en consid�ra-</p><p>tion le sort de l�Indien.</p><p>� cette �poque, l�Europe s�int�resse aussi � l�Indien, mais cet Indien, c�est celui des Indes galantes, � la fois Huron et Inca, � bon sauvage � cher aux philosophes, qui voient en l�Am�rique ce continent o� l�on peut vivre � simplement sous les lois de l�instinct et de la conduite innocente que la Nature nous a imprim�es d�s le berceau � (L. M. La Hontan). Sujet litt�raire (Voltaire se souvient des j�suites du Paraguay dans Candide), l�Am�rique devient un objet d��tude pour les savants qui entreprennent de grandes exp�ditions scientifiques : ainsi La Condamine, Bonpland et surtout le baron Alexander von Humboldt*, auteur du Voyage aux r�gions �quinoxiales du Nouveau Continent (1805-1834). Pris au jeu, les cr�oles se passionnent � leur tour pour les sciences : des soci�t�s savantes, des acad�mies, des observatoires, des mu-s�es d�histoire naturelle sont fond�s.</p><p>D�apr�s A. von Humboldt, � aucune ville du Nouveau Monde ni m�me des �tats-Unis ne poss�dait des �tablissements scientifiques aussi grands et aussi puissants que ceux de la capitale mexicaine �. L�Am�rique latine voit s�illustrer ses premiers savants, tel Francisco Jos� de Caldas (v. 1870-1816), gloire de la Colombie, alors Nouvelle-Grenade. � la fin du si�cle, l�activit� intellectuelle s�intensifie : t�moin ces tr�s nombreux p�riodiques qui apparaissent dans toutes les grandes villes du continent, s�alimentant des id�es fran�aises et attestant la participation de l�Am�rique aux � Lumi�res �. Malgr� les contr�les d�une censure toujours vigilante depuis l�installation du Saint-Office au XVIe s., Rousseau, Voltaire, Diderot, Condillac, Adam Smith, Bentham, Paine p�n�trent en Am�-</p><p>rique espagnole, d�vor�e par une soif intense de lecture : en 1785, El Callao, le port de Lima, re�oit une cargaison de 37 612 volumes ! On lit, sous le manteau, les oeuvres de ces �crivains ; on les commente dans les soci�t�s secr�tes ou les loges ma�onniques ; certaines sont traduites (en 1794, la D�claration des droits de l�homme, par le Colombien Antonio Nari�o [1765-1823]) ; au sein d�une petite �lite d�o� se d�tachent quelques noms comme celui du m�decin �quatorien Francisco Eugenio Santa</p><p>Cruz y Espejo (v. 1747 - v. 1795), fondateur, en 1792, du premier journal de son pays (Primicias de la cultura de Quito), l�id�e d�une prochaine in-d�pendance prend maintenant corps.</p><p>Quelques cr�oles vont m�me chercher en Europe les id�es d�autonomie, tel ce Pablo de Olavide (1725-1803), ami de Diderot et de d�Alembert, qui prit part aux travaux de la Convention. Dans la multitude d�essais, d�articles divers que produit cette �poque agit�e par les premiers soul�vements s�paratistes, l�histoire litt�raire ne retient cependant aucun titre important. On citera n�anmoins, en raison de sa valeur documentaire, un tr�s curieux r�cit de veine picaresque, El Lazarillo de ciegos caminantes (1776), description pleine de verve d�un voyage de Montevideo � Lima, sign�e par Concolorcorvo, pseudonyme d�un certain Calixto Bus-tamante Carlos Inca, qui se disait fils d�une princesse de Cuzco et qui serait en fait Alonso Carri� de la Vandera (v. 1715 - v. 1778).</p><p>downloadModeText.vue.download 214 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5355</p><p>L�ind�pendance</p><p>� Car nous perdrons les Indes, les colonies sont faites pour �tre perdues �, dit le ma�tre de Santiago, de Monther-lant. � la fin du XVIIIe s., les � Indes �</p><p>s�appr�tent � secouer le joug colonial, et la rupture est imminente. D�j�, au cours de ce si�cle, plusieurs soul�vements se sont produits, prodromes des mouvements s�paratistes, comme celui de l�Indien T�pac-Amaru, ex�cut� en 1779. Mais la cruaut� de la r�pression ne fait que rendre plus tendus les rapports entre Am�ricains et Espagnols.</p><p>Ouverts aux id�es r�volutionnaires de 89 et influenc�s par l�exemple des �tats-Unis, nouvellement �mancip�s, les cr�oles vont passer � l�action au moment o� l�Espagne est en pleine crise politique : la guerre d�ind�pendance �clate en 1810 sur les rives de La Plata. Elle se poursuivra jusqu�en 1824, ann�e ou l�arm�e espagnole est d�finitivement mise hors de combat, au P�rou. Lorsque les derni�res troupes p�ninsulaires capituleront, deux ans</p><p>plus tard, l�empire colonial espagnol des Indes (� part Cuba et Porto Rico) aura v�cu. En m�me temps, Bol�var*, le Libertador, verra s��vanouir son grand r�ve d�une conf�d�ration sur le mod�le des �tats-Unis, qui ferait, dit-il, � du Nouveau Monde, une nation de r�publiques �.</p><p>Cette �poque tumultueuse est mar-qu�e par la naissance de tr�s nombreux journaux aux titres �vocateurs : El Despertador Mexicano, El Patriota Venezolano, La Aurora de Chile, etc., tous domin�s par l�exaltation patriotique, pleins d�attaques virulentes contre le despotisme espagnol, d�appels � la libert�, d�expos�s aliment�s par les id�es des encyclop�distes. On retiendra plus particuli�rement le titre de l�un de ces journaux, El Pensador Mexicano, qui servira de pseudonyme � son fondateur. Jos� Joaqu�n Fern�ndez de Lizardi (1776-1827). C�est certainement, en effet, dans l�oeuvre de cet �crivain, pamphl�taire mordant d�s ses d�buts, que se refl�te le mieux l�esprit du temps. Esprit r�formateur nourri de philosophie fran�aise, Lizardi plonge son scalpel au coeur de la soci�t� de son pays dans ses trois romans, qui lui valent d��tre consid�r� comme le premier romancier hispano-am�ricain.</p><p>Le plus connu, El Periquillo Sarniento (1816), qui se situe dans la lign�e picaresque du Gil Blas de Lesage, est un tableau d�bordant de vie et d�humour de Mexico � la veille de l�ind�pendance.</p><p>Disciple de Rousseau, Lizardi critique la mauvaise �ducation des femmes dans La Quijotita y su prima (1818).</p><p>Dans Don Catr�n de la Fachenda</p><p>(1832), il exerce sa verve satirique � peindre un jeune parasite qui pr�f�re d�choir que de travailler.</p><p>Cette m�me verve satirique, ex-</p><p>perte � camper des types cr�oles pittoresques, va se retrouver un peu plus tard, au P�rou, dans les com�dies de moeurs de Felipe Pardo y Aliaga (1806-1868) et de son rival Manuel Ascen-cio Segura (1805-1871), vrai cr�ateur du th��tre populaire p�ruvien. Apr�s Lizardi, Pardo et Segura figurent parmi les meilleurs repr�sentants du � cos-tumbrismo � hispano-am�ricain, genre d�inspiration espagnole dont rel�ve le tableau de moeurs et qui contient en</p><p>germe les �l�ments du r�alisme.</p><p>On ne s��tonnera point que la po�sie au temps des guerres d�ind�pendance soit � peu pr�s uniquement h�ro�que : hymnes nationaux, �pop�es, odes</p><p>sont les genres favoris des po�tes de l��poque. L�un des plus grands, l��quatorien Jos� Joaqu�n Olmedo (1780-1847) est c�l�bre pour son ode La Victoria de Jun�n (1825), o� il chante la gloire de Bol�var dans des vers de coupe classique, mais dont les sonorit�s �clatantes, le lyrisme enflamm� annoncent d�j� le romantisme.</p><p>Avec le Cubain Jos� Mar�a de Heredia y Heredia (1803-1839), parent du po�te fran�ais, la po�sie am�ricaine s�ouvre cette fois largement � la sensibilit� romantique, malgr� son attachement aux formes n�o-classiques.</p><p>Condamn� � l�exil � l��ge de vingt ans pour avoir conspir� en faveur de l�ind�pendance, Heredia verra sa br�ve existence tourment�e par le souvenir de sa terre natale. D�o� ce ton de nostalgie qui baigne les deux grands po�mes sur lesquels repose sa gloire : En el teocalli de Cholula (1820), m�ditation devant des ruines azt�ques, et Oda al Ni�gara, magnifique description d�un paysage qui, trente ans plus t�t, inspira son ma�tre Chateaubriand et que le Cubain �crira l�ann�e de la mort de Byron (1824).</p><p>C�est le m�me sentiment de la nature, le m�me amour de la terre am�ricaine et la m�me volont� d�en c�l�brer les beaut�s qui animent, dans son po�me Silva a la agricultura de la Zona T�rrida (1827), le V�n�zu�lien Bello, troisi�me grande figure de la g�n�ration pr�romantique hispano-am�ricaine et certainement la plus grande par son envergure intellectuelle. Cette tendance � chanter la g�ographie am�ricaine, qui appara�t d�s avant l��mancipation dans l�Oda al Paran� (1801), de l�Argentin Manuel Jos� de Lavard�n (1754-1809), va �tre un des traits caract�ristiques du romantisme dans le Nouveau Monde.</p><p>L��poque romantique</p><p>Tout, au lendemain des guerres de l�ind�pendance, allait favoriser l��panouissement du mouvement roman-</p><p>tique en Am�rique latine. Quoi de plus romantique, d�j�, que cette nature sauvage qui fait les hommes forts et rend les passions violentes, que cette m�lancolie qui baigne les coeurs, plus enclins en ces pays au sentiment qu�� la raison, que ce � d�sordre �motionnel �</p><p>des Hispano-Am�ricains dont nous parlions plus haut ? Dans l�ardeur des luttes pour la libert�, plus d�un h�ros romantique �tait n�, qui, une fois bris� le joug espagnol, allait se convertir � son tour en cacique autonome prompt � imposer son propre joug et sa cruelle h�g�monie. Cette �poque, o� les jeunes nations cherchent leur voie, est surtout marqu�e par la pr�sence de ces caudillos et par les conflits qui opposent leurs esprits, le plus souvent barbares, aux �mes �prises d�id�al, d��ues dans leurs r�ves de progr�s et d�harmonie.</p><p>� Les th�mes du tyran, de la frustration de la libert�, de l�ins�curit� alternent, dans notre po�sie romantique, avec celui de l�amour pour une femme ardente, lointaine et inaccessible, �th�r�e comme la fum�e, comme un soupir, la femme que ces jeunes gens invoquaient avant de partir pour la guerre ou pour la mort � (Mariano Pic�n-Salas, Regreso de tres mundos, 1959).</p><p>L�Argentin Juan Manuel de Rosas</p><p>(1793-1877) est le plus tristement c�-</p><p>l�bre de ces tyrans. Despote barbare dont le cri de guerre aurait pu �tre</p><p>� Mort � l�intelligence ! �, il pers�-</p><p>cuta et mit en fuite tout ce que la jeune R�publique comptait alors d��crivains et d�intellectuels. Ces hommes, qui forment le groupe des � Emigr�s �, ou</p><p>� Proscrits argentins �, sont parmi les meilleurs repr�sentants de la g�n�ration romantique hispano-am�ricaine.</p><p>Esteban Echeverr�a (1805-1851),</p><p>apr�s un s�jour en France, va introduire le mouvement dans son pays avec un recueil de vers, Elvira o la novia del Plata (1832). Si ce recueil eut peu de succ�s, La cautiva (une des compositions de Las rimas, 1837) fut accueillie avec enthousiasme : pour la premi�re fois, un po�te s�inspirait du paysage national (la pampa) et des traditions locales. Jos� M�rmol (1818-1871), po�te et dramaturge influenc� par Byron, doit son renom � un roman, Amalia (1851-1855), le premier �crit en Argentine :</p><p>c�est avant tout un t�moignage plein de v�rit� sur les ann�es sombres de la tyrannie de Rosas. Domingo Faustino Sarmiento* est la tr�s haute figure du groupe des � Proscrits �. Romantique par son temp�rament excessif et violent, il soutint au Chili une m�morable pol�mique contre Andr�s Bello, d�fenseur du classicisme : cette sorte de � querelle d�Hernani � eut lieu en 1842. Trois ans plus tard, celui qui disait avoir du � gaucho � en lui donnait un des chefs-d�oeuvre de la litt�rature argentine, Facundo. Civilizaci�n y barbarie, � la fois biographie d�un caudillo local, histoire des guerres civiles et analyse lucide de la situation de l�Argentine partag�e entre la civilisation et la barbarie. Economiste, �crivain politique et juriste, Juan Bautista Alberdi (1810-1884) fut aussi un interpr�te lucide de la r�alit� nationale. Ses c�l�bres Bases para la organizaci�n politica de la Confederaci�n Argentina (1852) serviront � r�diger la Constitution de 1853.</p><p>Une m�me haine de la dictature,</p><p>incarn�e dans son pays par Gabriel Garc�a Moreno (1821-1875), un</p><p>m�me temp�rament romantique, une vie d�exil rapprochent un peu le tr�s grand �crivain et pol�miste �quatorien Juan Montalvo (1832-1889) des</p><p>� Proscrits �. Disciple des romantiques</p><p>� le nom de Byron le faisait fr�mir, dit-on �, Montalvo se distinguera surtout comme remarquable styliste. Ses Siete tratados, �crits � Paris en 1883, forment un des meilleurs recueils d�essais sur des sujets litt�raires et moraux publi�s en espagnol.</p><p>Du romantisme</p><p>au r�alisme</p><p>L�engouement pour le Moyen �ge,</p><p>dans l�Europe romantique, trouve une sorte de pendant, en Am�rique latine, dans l�int�r�t que portent les �crivains au pass� colonial et surtout � l�Indien, id�alis� et glorifi�. Si l�Atala de Chateaubriand est le mod�le du courant</p><p>� indianiste �, l�influence, plus proche, de Fenimore Cooper* ne laisse pas de se faire sentir. Consid�r� comme la premi�re manifestation de ce courant, le roman Cumand� o un drama entre salvajes (1879), de l��quatorien Juan L�on Mera (1832-1894), est la peinture</p><p>des amours tragiques d�une Indienne et d�un Espagnol. Mais, plus qu�� l�intrigue conventionnelle, la beaut� de ce r�cit tient aux remarquables descriptions de la for�t vierge. Dans Enriquillo (1879-1882), dont le h�ros est un cacique indig�ne, le dominicain downloadModeText.vue.download 215 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5356</p><p>Manuel de Jes�s Galv�n (1834-1910) fait revivre les principaux d�cou-vreurs et conquistadores ainsi que le p�re Las Casas, qui fournit d�ailleurs � l��crivain, par ses �crits, le fond de sa documentation. Un sentiment tout romantique de sympathie pour l�Indien parcourt ce chef-d�oeuvre du roman historique. Avec la P�ruvienne Clo-rinda Matto de Turner (1854-1909), l�indianisme change de ton. Dans son oeuvre ma�tresse, Aves sin nido (1889), l�Indien appara�t comme la victime d�un syst�me d�exploitation brutalement d�nonc� : l�indianisme prend une coloration sociale qui annonce l�� indig�nisme � des ann�es de l�entre-deux-guerres.</p><p>Dominant de haut toute l��poque, Mar�a (1867), du Colombien Jorge Isaacs (1837-1895), est un des sommets de la prose hispano-am�ricaine.</p><p>Touchante idylle romantique ayant pour cadre la lumineuse vall�e du Cauca, ce roman, dans la lign�e de Paul et Virginie et d�Atala, remporta un tr�s vif succ�s et fut abondamment imit�.</p><p>� l�heure o� toutes les jeunes</p><p>femmes d�Am�rique pleuraient la</p><p>mort de Maria, le r�alisme commen-</p><p>�ait � donner ses premiers fruits. D�j�, vingt ans plus t�t, l�introducteur du romantisme en Argentine, Esteban Echeverr�a, offrait dans El matadero (1838), symbole de la cruaut� du tyran Rosas, un tableau d�une extraordinaire vigueur. Au Chili surtout, le grand romancier r�aliste Alberto Blest Gana est, en cette seconde moiti� du XIXe s., en pleine possession de ses moyens.</p><p>Cependant, le romantisme n�est pas mort et brille de ses derniers feux avec</p><p>le V�n�zu�lien Antonio P�rez Bonalde (1846-1892), traducteur de Heine et de Poe, et auteur de vers m�lancoliques, avec l�Uruguayen Juan Zor-rilla de San Mart�n (1855-1931), qui doit la c�l�brit� � son po�me �pique Tabar� (1888), et surtout avec le P�ruvien Ricardo Palma (1833-1919), un des plus grands �crivains de son pays.</p><p>D�abord connu comme dramaturge et po�te d�inspiration romantique, Palma ne trouve sa voie que vers la quarantaine, lorsque, retenant du romantisme son go�t de l�histoire, il entreprend de ressusciter le pass�, depuis les Incas, dans ses c�l�bres Tradiciones perua-nas (1872-1918). Ecrites en une prose pleine d�humour, les Tradiciones forment une collection unique de petits r�cits, d�anecdotes, de tableaux dont la mati�re, emprunt�e � la l�gende et aux vieilles chroniques, a �t� accommod�e et vivifi�e avec un art consomm�.</p><p>Palma se surpassera dans ses peintures de la Lima coloniale, dont se souvien-dra M�rim�e dans le Carrosse du saint sacrement.</p><p>Le genre gauchesque</p><p>Vers les derni�res ann�es du XVIIIe s., surgissent dans les pays de La Plata des po�mes anonymes � comme les</p><p>romances espagnols � d�une incomparable saveur populaire, qui puisent leur th�me dans la vie du gaucho et reproduisent son langage pittoresque.</p><p>Oraux, ces po�mes sont l�oeuvre de chanteurs ambulants (les payadores), qui les improvisent en s�accompagnant de la guitare et les vont colportant, � travers l�immense oc�an herbeux de la pampa, de pulper�a en pulper�a.</p><p>Sorte de rustique � saloon �, la pulper�a conna�t alors une grande animation, surtout lorsque deux payadores s�y rencontrent : une joute po�tique est aussit�t organis�e, et c�est � qui chantera le plus pur cielito, la plus tendre vidalita, le plus m�lancolique triste. Au temps des guerres �mancipa-trices, les �v�nements politiques vont fournir des th�mes neufs � la po�sie gauchesque, qui sort progressivement de l�anonymat et devient �crite. Un des premiers po�tes � cultiver cette veine est l�Uruguayen Bartolom� Hidalgo (1788-1823), auteur de cielitos et de</p><p>� dialogues patriotiques �. Sur l�autre</p><p>rive de La Plata, Hilario Ascasubi (1807-1875), qui fait partie du groupe des � Proscrits �, �crit de f�roces li-belles contre Rosas en dialecte gaucho.</p><p>Mais ce qui le place parmi les grands repr�sentants du genre gauchesque, � c�t� de ses compatriotes Estanislao del Campo et Jos� Hern�ndez, c�est son long po�me Santos Vega o Los mel-lizos de la flor (1872), o� il cr�e le type du payador invincible, et peint, avec un talent descriptif exceptionnel, la vie dans la pampa. L�oeuvre d�Estanislao del Campo (1834-1880) se r�sume</p><p>dans un seul po�me qui a fait sa gloire, Fausto (1866). Ce po�me met en sc�ne un gaucho qui raconte � un autre, dans une langue savoureuse et pleine d�humour, la repr�sentation du Faust de Gounod � laquelle il vient d�assister. En 1872, l�ann�e o� est publi� � Paris le Santos Vega d�Ascasubi, para�t la premi�re partie du Mart�n Fierro de Jos� Hern�ndez (1834-1886), le chef-d oeuvre du genre. � cette date, le gaucho n�est plus celui de l��poque h�ro�que : en butte � toutes les tracasseries de l�Administration civile et militaire, il est devenu une sorte de hors-la-loi. Le beau po�me de Hern�ndez se pr�sente comme un plaidoyer, plein d�humanit�, en sa faveur. Po�me national argentin, le Mart�n Fierro, auquel son auteur donnera une suite en 1879, est aussi, pour ses qualit�s �piques et la richesse de sa langue, un des grands classiques des lettres hispano-am�ricaines. Le genre gauchesque verra sa fortune se prolonger jusqu�au XXe s., non seulement dans le domaine de la po�sie, avec notamment l�Argentin Rafael Obligado (1851-1920), qui res-suscitera la figure l�gendaire du payador de Santos Vega (1885), mais aussi au th��tre et surtout dans les oeuvres romanesques des Argentins Eduardo Guti�rrez (1853-1890) [Juan Moreira, 1879] et Roberto J. Payro (1867-1928)</p><p>[El casamiento de Laucha, 1906], des Uruguayens Eduardo Acevedo D�az</p><p>(1851-1921) [Soledad, 1894] et Javier de Viana (1868-1926) [Gaucha, 1899]</p><p>ainsi que, plus pr�s de nous, des Argentins Alberto Gerchunoff (1884-1950)</p><p>[Los gauchos jud�os, 1910], Benito Lynch (1880-1951) [El ingl�s de los g�esos, 1924] et surtout Ricardo G�i-raldes (1886-1927), dans son chef-d�oeuvre Don Segundo Sombra (1926).</p><p>Le r�alisme</p><p>La production litt�raire de la seconde moiti� du XIXe s. refl�te les divers efforts faits pour d�gager l�originalit� propre du continent am�ricain et de sa culture. Si, dans les pays de La Plata, les gauchesques se tournent vers le folklore et les traditions autochtones, parall�lement de nombreux prosateurs choisissent de d�crire la r�alit� nationale selon les proc�d�s du r�alisme ou du naturalisme, surtout d�origine fran�aise.</p><p>C�est le cas du Chilien Alberto Blest Gana (1830-1920). Comme Balzac, � qui il doit sa vocation litt�raire, il est le peintre de la soci�t� de son pays : son oeuvre est une vaste fresque dont le point de d�part se situe au temps de l�ind�pendance et qui s��tend jusqu�au d�but du XXe s. Elle est � l�origine de tout le mouvement romanesque chilien.</p><p>Aucun �crivain de l��poque n�aura les dons d�observation et le sens de la technique romanesque de Blest Gana.</p><p>Mais le courant r�aliste va s��tendre rapidement. En Colombie, notamment, il rejoindra la tradition du cos-tumbrismo avec Tom�s Carrasquilla (1858-1940) et Jos� Manuel Marroqu�n (1827-1908).</p><p>Le naturalisme, introduit en Argentine par Eugenio Cambac�r�s (1843-1888), aura aussi ses disciples en Am�rique latine. Ainsi, Santa (1903), du Mexicain Federico Gamboa (1864-1939), est une r�plique tardive de la Nana de Zola, comme l�est Sister Carrie, de T. Dreiser.</p><p>Un air nouveau :</p><p>le modernisme</p><p>1880 : dans une Am�rique encore mal remise des dures ann�es de lutte pour son ind�pendance se l�ve une nouvelle g�n�ration d��crivains, tous anim�s d�une m�me volont� de rompre avec la pass�. On croirait entendre chez eux le � � la fin tu es las de ce monde ancien � d�Apollinaire. Ce monde, c�est un monde cloisonn� de nations encore aux mains de dictateurs, un monde que commencent � envahir les</p><p>capitaux �trangers, un monde intellectuellement terne et routinier, o�, � quelques exceptions pr�s, le peintre, l�architecte, l��crivain se contentent d�imiter ce qui se fait en Europe et plus particuli�rement en France. Jamais comme vers 1880 l�influence fran�aise n�a �t� si forte en Am�rique latine.</p><p>C�est l��poque o� Paris attire tous les regards : les lettr�s y vont en p�lerinage pour aiguiser leur esprit ; les parvenus, les fameux � rastaquou�res �, enrichis dans le n�goce du cuir, de bl� ou du guano, y vont dilapider superbe-ment leur fortune. Les � ann�es folles �</p><p>de l�Am�rique latine, qui s��tendent jusqu�� la veille de la Grande Guerre environ, auront leurs �crivains, tels Enrique G�mez Carrillo (1873-1927), le plus � parisien � des Guat�malt�ques, ou encore Alberto Blest Gana, qui, dans son roman Los trasplantados</p><p>[les D�racin�s] (1904), met en sc�ne une famille de Chiliens �tablis � Paris, dont les f�tes et les excentricit�s pr�figurent celles des h�ros de The Sun also rises (Le soleil se l�ve aussi), d�Hemingway... Du d�go�t que cette soci�t� et son prosa�sme inspirent aux jeunes re-pr�sentants de la g�n�ration nouvelle et en r�action contre l�embourgeoisement de la culture, l�acad�misme des n�o-classiques, les outrances des derniers romantiques, le manque de raffinement des r�alistes va na�tre le modernisme,</p><p>� grand mouvement d�enthousiasme et de libert� vers la beaut� �, comme le d�finit le po�te espagnol Juan Ram�n Jim�nez*. Une fois encore, c�est en France qu�il faut chercher les principales sources de ce mouvement : chez Hugo, chez Baudelaire, chez les parnassiens et les symbolistes surtout, qui sont les initiateurs des modernistes � un amour quasi mystique du Beau et au culte de la forme. Mais il faut ajouter d�autres sources ; prenant, avec un downloadModeText.vue.download 216 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5357</p><p>�clectisme magistral, leur bien partout o� ils trouvent ce qui convient � leur sensibilit� affin�e et � leur esprit novateur, les modernistes vont emprunter � l�Antiquit�, aux Espagnols de l��ge baroque, � l�Orient, aux mytholo-</p><p>gies Scandinaves, aux romantiques allemands, contractant �galement une dette envers Poe et Whitman. Aussi est-ce un univers cosmopolite et scintillant qui na�tra sous la plume de ces �crivains, un univers peupl� de dieux, de nymphes, de centaures, de marquises, de mandarins, de mousm�s, v�-</p><p>ritable refuge contre une r�alit� jug�e vulgaire. Enfin, bouleversant la vieille rh�torique castillane, les modernistes seront les r�novateurs de la langue : l�espagnol, fig� depuis G�ngora, va devenir harmonieux, pur et nuanc�, riche en images inattendues, en sonorit�s inou�es. Et c�est ainsi que, pour la premi�re fois, l�Am�rique donnera le ton � la m�re patrie. � une �poque o� celle-ci va perdre ses derni�res colonies (1898), le modernisme, faisant le chemin inverse des conquistadores, conquerra la P�ninsule, o� il sera accueilli par des �crivains de la taille de Juan Ram�n Jim�nez, de Machado*, de Valle Incl�n*..., qui contribueront � lui donner une dimension universelle.</p><p>Le modernisme culminera avec</p><p>Dar�o*, puis s�acheminera vers une inspiration moins �th�r�e et plus am�ricaine.</p><p>La po�sie de</p><p>l�apr�s-guerre</p><p>Lorsque Rub�n Dar�o meurt, en 1916, peu apr�s avoir adress� des vers enflamm�s � la France meurtrie et � Paris,</p><p>� ch�re Lut�ce �, le modernisme ach�ve sa brillante carri�re. L�Am�rique latine va alors entrer dans une �re nouvelle, marqu�e par sa volont� croissante d�ind�pendance culturelle vis-�-vis de l�Europe. La g�n�ration des po�tes de l�apr�s-guerre restera particuli�rement attentive � toutes les tendances venues d�outre-Atlantique et s�en tiendra souvent � des formules qui font �cho � celles d�Europe. Ce sera le temps des</p><p>-ismes : futurisme, dada�sme, surr�alisme, etc., engendrant d�autres -ismes.</p><p>Cette �poque, fertile en revues d�avant-garde � Mart�n Fierro en Argentine, Contempor�neos au Mexique notamment �, en manifestes, en tracts, verra prolif�rer les �coles, les chapelles, les mouvements. Qu�elle soit seulement pr�occup�e d�esth�tique ou qu�elle soit militante, la po�sie nouvelle se voudra surtout libre de toute contrainte pro-</p><p>sodique. Au cours des ann�es, se fera plus apparente cette double direction de la po�sie vers un lyrisme pur ou vers une expression charg�e d�intentions politiques.</p><p>La po�sie f�minine va se tailler une place de choix dans les lettres hispanoam�ricaines du XXe s. Quatre grands noms l�illustrent : l�Uruguayenne Del-mira Agustini (1886-1914), qui chante en des vers tourment�s le d�sir et les insatisfactions de la chair, avant de mourir assassin�e par son mari ; sa compatriote Juana de Ibarbourou (n�e en 1895), �pouse et m�re combl�e, qui, � l�oppos�, c�l�bre le plaisir d�aimer et la joie de vivre ; l�Argentine d�origine suisse Alfonsina Storni (1892-1938), qui, souffrant de la � pauvret� spirituelle du si�cle �, confie � ses vers les contradictions de son �me inqui�te ; enfin et surtout, la Chilienne Gabriela Mistral*, qui, pour la noblesse de son inspiration et son humanisme profond, recevra en 1945 le premier prix Nobel d�cern� � un �crivain hispano-am�ricain. La po�sie f�minine continuera d��tre riche et brillante, notamment en Uruguay (Sara de Ib��ez, n�e en 1910), et au Mexique (Rosario Castellanos, n�e en 1925).</p><p>L�entre-deux-guerres va voir s�illustrer de nombreux talents : Jorge Luis Borges*, chef de l�ultra�sme argentin, mouvement proche du dada�sme, auquel se rallieront � leurs d�buts le grand po�te catholique Francisco Luis Bern�rdez (n� en 1900), Leopoldo Ma-rechal (1900-1970) et bien d�autres ; le Chilien Vicente Huidobro (1893-1948), p�re du cr�ationnisme (� Le premier devoir du po�te est de cr�er, le second est de cr�er, le troisi�me est de cr�er � ; � il faut faire un po�me comme la nature fait un arbre �). Auteur de po�mes en fran�ais (Horizon carr�, 1917), il est l�introducteur dans son pays des techniques d�avant-garde inspir�es d�Apollinaire, des surr�alistes, de Reverdy et de Cocteau, qu�il a connus � Paris. � la m�me g�n�ration appartiennent les Mexicains Jos� Gorostiza (n� en 1901), le plus pur et le plus subtil (Muerte sin fin, 1939), Carlos Pellicer (n� en 1899), coloriste �blouissant, Jaime Torres Bodet (n� en 1902), connaisseur fervent de</p><p>la litt�rature fran�aise, et Xavier Vil-laurrutia (1903-1950), obs�d� par la mort et le th�me du d�doublement de la conscience (Nostalgia de la muerte, 1939-1946). En Equateur, Joge Carrera Andrade (n� en 1903), influenc� � ses d�buts par Francis Jammes, cherche � traduire la po�sie des choses de la terre (Registro del mundo, 1940). � Cuba, Eugenio Florit (n� en 1903), disciple de Juan Ram�n Jim�nez, est d�inspiration purement hispanique. Dominant toute l��poque, deux po�tes auront une ascendance consid�rable sur leurs contemporains : ce sont le P�ruvien C�sar Vallejo*, chantre de toute souffrance, et le Chilien Pablo Neruda*, second laur�at chilien du prix Nobel (1971), aupr�s desquels on peut placer le Mexicain Octavio Paz*.</p><p>La po�sie noire</p><p>Un des chapitres les plus int�ressants de la po�sie hispano-am�ricaine de ce si�cle est celui de la po�sie noire, dite encore � afro-antillaise �, qui est une cr�ation originale de la zone des Cara�bes et dont l�essor correspond � la vogue du � n�grisme � dans le monde occidental (Anthologie n�gre de Cendrars, Voyage au Congo de Gide, Magie noire de Paul Morand, etc.).</p><p>Empruntant ses th�mes et ses rythmes au folklore des Noirs et des mul�tres, nombreux aux Antilles, cette po�sie est puissamment sensuelle, et les mouvements syncop�s des phrases reproduisent ceux des danses africaines : Calab� y bamb�</p><p>Bamb� y calab�.</p><p>El Gran Cocoroco dice : tu-cu-t�.</p><p>La Gran Cocoroca dice : to-co-t� chante le Portoricain Luis Pal�s Matos (1899-1959), l�un des meilleurs repr�-</p><p>sentants de cette veine et l�un des premiers � en avoir exploit� les ressources vers 1925, �poque de la Revue n�gre et de Jos�phine Baker. � la m�me inspiration appartiennent le Cubain Emilio Ballagas (1908-1954), auteur d�une c�l�bre Cuaderno de poes�a negra (1934), et le Dominicain Manuel del Cabral (n� en 1907) ; mais l�un comme</p><p>l�autre �volueront ensuite, au-del� du folklore, vers une po�sie plus classique. De plus en plus engag� dans le lyrisme militant, Nicol�s Guill�n*</p><p>demeure la figure la plus repr�sentative de cette po�sie pleine de chaleur.</p><p>La prose :</p><p>le r�alisme</p><p>Si le XXe s. est le si�cle du roman et du cuento (nouvelle, conte), genre exigeant qui jouit d�une extraordinaire faveur en Am�rique latine, il est aussi le si�cle du r�alisme. Cependant, certains prosateurs, encore sous l�influence du modernisme, vont tourner leurs regards vers l��tranger, notamment vers l�Espagne. C�est le cas de l�Argentin Enrique Rodr�guez Larreta (1875-1961), qui recr�e l��poque de Philippe II dans La gloria de don Ramiro (1908), et de Carlos Reyles (1868-1938), le premier grand romancier uruguayen, avec El embrujo de Sevilla (1922). D�autres romanciers s�int�ressent plus particuli�rement � la psychologie de leurs personnages, comme les Chiliens Pedro Prado (1886-1952) dans Alsino (1920) et Eduardo Barrios (1884-1963) dans El hermano asno (1922), qui met en sc�ne un moine tourment� dans sa chair, et l�Argentin Eduardo Mallea (n� en 1903), soucieux du destin de l�homme (Chaves, 1953). Plus intellectuels, plus raffin�s, plus cosmopolites, d�autres romanciers encore opteront pour le fantastique, comme les deux Argentins Adolfo Bioy Casares (n� en 1914), cr�ateur de mondes imaginaires (La invenci�n de Morel, 1940), et Jorge Luis Borges.</p><p>Mais, dans leur grande majorit�, les romanciers de l�entre-deux-guerres choisiront les voies du r�alisme pour se faire les interpr�tes des probl�mes de leur temps et notamment pour illustrer la double lutte de l�homme contre la nature et de l�homme contre son semblable. Un pr�curseur en ce domaine est le Colombien Jos� Eustasio Rivera (1889-1928), qui, dans son roman La vor�gine (1924), allie ces deux th�mes : la vor�gine, c�est le tourbillon v�g�tal meurtrier, la for�t vierge titanesque et</p><p>� sadique �, l�� enfer vert � ; c�est aussi l�exploitation des p�ons collecteurs de</p><p>latex par les caucheros, les cupides</p><p>� hommes du caoutchouc �. De nombreux romans seront �crits sous l�influence de La vor�gine. Ainsi, la for�t sera encore une ennemie impitoyable dans les r�cits de l�Uruguayen Horacio Quiroga (1879-1937) [Cuentos de la selva, 1918] et du V�n�zu�lien R�mulo Gallegos* (Canaima, 1935). D�autres romanciers, se r�clamant aussi de l�es-th�tique r�aliste, trouveront leur vocation dans le r�gionalisme (Mariano Latorre [1886-1955], Salvador Reyes</p><p>[1899-1970], Chiliens) ou dans la peinture de la vie rurale (Enrique Amorim</p><p>[1900-1960], Uruguayen).</p><p>Dans les pays de forte population indienne, les romanciers, la plupart militants de gauche, d�noncent les injustices sociales dont sont victimes les Indiens. C�est le Bolivien Alcides �rg�edas (1879-1946) qui ouvre brillamment la voie de cette litt�rature</p><p>� indig�niste � avec un chef-d�oeuvre, Raza de bronce (1919). Arme de propagande, le roman vise � alerter les consciences et, pour cela, recherche l�effet, notamment dans la crudit� du langage. L��quatorien Jorge Icaza (n� en 1906) ne recule ni devant les mots ni devant des sc�nes d�une cruaut� atroce dans Huasipungo (1934), roman au-downloadModeText.vue.download 217 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5358</p><p>thentiquement � prol�tarien �, qui aura un grand retentissement dans son pays et � l��tranger. Il est un des meilleurs repr�sentants de ce courant accusateur avec le P�ruvien Ciro Alegr�a (1909-1967), champion de la cause indienne (El mundo es ancho y ajeno, 1941).</p><p>La litt�rature mexicaine occupe une place un peu � part : elle reste surtout tr�s profond�ment marqu�e par le souvenir de la grande r�volution de 1910.</p><p>Celle-ci, nourrie des aspirations de la masse opprim�e, devait susciter une floraison d�oeuvres connues sous le nom de romans de la R�volution. Le chef-d�oeuvre du genre et le premier chronologiquement est Los de abajo (1916), de Mariano Azuela (1873-1952). M�decin militaire des troupes</p><p>de Pancho Villa, l�auteur a assist� �, quelques-uns des �pisodes les plus cruels de la lutte : aussi son roman donne-t-il une �tonnante impression de v�cu. Il fut d�abord jug� antir�volutionnaire : on y trouve en effet exprim� le d�senchantement d�un homme pour qui la R�volution a �t� trahie dans ses id�aux au profit d�une violence injustifiable. Secr�taire de Pancho Villa, Mart�n Luis Guzm�n (n� en 1887) est, avec Azuela, l��crivain le plus significatif de cette litt�rature r�volutionnaire dans ses r�cits hauts en couleur et domin�s par l�action : El �guila y la serpiente (1928), La sombra del caudillo (1929).</p><p>Trente-sept ans apr�s la R�volution, Agust�n Y��ez (n� en 1904), dans Al filo del agua (1947), recr�e admirablement l�atmosph�re d�un village � la veille du drame.</p><p>Autre convulsion, l�atroce guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay donnera aussi naissance � une abondante production romanesque, mais de moindre valeur et de qualit� tr�s in�-</p><p>gale : du c�t� bolivien, citons Aluvi�n de fuego (1935), d��scar Cerruto (n� en 1907), et Sangre de mestizos (1936), d�Augusto C�spedes (n� en 1904).</p><p>T�moignage et</p><p>d�nonciation</p><p>En devenant une litt�rature de t�moignage, la litt�rature va, du m�me coup, d�border le cadre rural pour p�n�trer dans la jungle des villes... et des bidonvilles, avec d�hallucinants romans-reportages sur la mis�re urbaine : individus affam�s, d�chus, crucifi�s, cyniquement exploit�s se pressent aux portes de ces romans d�un r�alisme souvent insoutenable. Le Chilien Joaqu�n Edwards Bello (1886-1968) [El roto, 1920], les Argentins Manuel G�lvez (1882-1962) [Nacha Regules, 1919] et Roberto Arlt (1900-1942), d�inspiration dosto�evskienne (Los siete locos, 1929), sont parmi les premiers grands romanciers de la ville inhumaine.</p><p>Plus pr�s de nous, le roman urbain est illustr� par une cohorte d��crivains de talent dont beaucoup ont �t� touch�s par l�existentialisme et sont influenc�s par les techniques narratives des �crivains anglo-saxons, tels Joyce,</p><p>Dos Passos, Faulkner : l�Uruguayen Juan Carlos Onetti (n� en 1909) [La vida breve, 1950 ; El astillero, 1961], le Chilien Manuel Rojas (n� en 1896)</p><p>[Hijo de ladr�n, 1951], le Colombien Manuel Mej�a Vallejo (n� en 1923) [Al pie de la ciudad, 1956]. Le douloureux probl�me des bidonvilles est abord� par l�Argentin Bernardo Verbitsky (n� en 1909) [Villa Miseria es tambi�n Am�rica, 1957] ainsi que par les P�ruviens Enrique Congrains Mart�n (n� en 1932) [Lima, hora cero, 1958] et Julio Ram�n Ribeyro (n� en 1929) dans son recueil de nouvelles Los gallinazos sin plumas (1955), qui ont pour d�cors les sordides faubourgs de Lima et les plages voisines, souill�es de d�tritus.</p><p>Lima elle-m�me inspire son compatriote Mario Vargas Llosa (n� en 1936) dans un roman d�une rare violence et d�une �criture tr�s moderne, La ciudad y los perros (1962), o� l�individu, en l�occurrence les �l�ves d�un coll�ge militaire, appara�t aussi avili, mais cette fois par des �ducateurs born�s.</p><p>Du t�moignage � la d�nonciation, il n�y a qu�un pas. Ce pas, de nombreux �crivains l�ont franchi. L�objet de leurs plus violentes attaques est l�imp�rialisme yankee, d�j� signal� comme un danger mena�ant par Jos� Marti � la fin du si�cle dernier. � L�Am�rique latine a la forme d�un jambon et l�oncle Sam un bon coup de fourchette �, aurait d�clar�, � l��poque, Theodore Roosevelt. Parmi les romanciers dont l�oeuvre porte la marque de l�antiam�ricanisme, Miguel �ngel Asturias est sans conteste le plus prestigieux.</p><p>Cette m�me United Fruit Company</p><p>dont il fustige le r�gime impitoyable d�exploitation de la main-d�oeuvre dans El Papa verde (1954) se retrouve aussi vis�e par le Costaricien Carlos Luis Fallas (1911-1966) dans Mamita Yunai (1941) : petite maman United, derri�re ce surnom d�risoire, c�est toute la haine pour l�exploitant �tranger qui appara�t. D�autres romanciers s�attaqueront plus sp�cialement aux grandes plaies nationales. Le P�ruvien Jos� Mar�a Arg�edas (1911-1969) revient � l�indig�nisme, montrant le sort lamentable des p�ons dans ses romans, o�, en ethnologue, il fait preuve d�une connaissance parfaite de la mentalit� indig�ne (Los r�os profundos, 1958 ;</p><p>Todas las sangres, 1965). Le Para-guayen Gabriel Casaccia (n� en 1907) d�nonce le r�gne de l�obscurantisme et de la corruption dans son pays (La babosa, 1952), et son compatriote Augusto Roa Bastos (n� en 1917) cherche les voies du salut pour son peuple. Le Mexicain Carlos Fuentes (n� en 1928) prend � partie la bourgeoisie mexicaine issue de la r�volution de 1910 et fl�-</p><p>trit en particulier ce vice typiquement mexicain, disons plut�t latino-am�ricain, le machismo, l�orgueil du m�le, la virilit� exalt�e (La r�gion m�s transparente, 1958 ; La muerte de Artemio Cruz, 1962). Mais Fuentes ne s�arr�te pas au seul t�moignage, � la seule investigation du r�el : il explore aussi les mondes de l�imaginaire et du fantastique (Cantar de ciegos, 1965).</p><p>Parall�lement, pr�occup� de technique comme beaucoup de contemporains, il s�attache aux probl�mes de forme et de langage. Aussi son oeuvre, poursuivant un double objectif de critique sociale et de recherche formelle, est-elle r�-</p><p>v�latrice des tendances actuelles des lettres hispano-am�ricaines, en affinit� de plus en plus �troite avec les grands courants de la litt�rature universelle :</p><p>� Nous sommes les contemporains de tous les hommes � (Octavio Paz).</p><p>Les f�tes de</p><p>l�imagination</p><p>Jamais p�riode ne fut aussi f�conde que ces derni�res ann�es, jamais la litt�rature hispano-am�ricaine ne fut plus dynamique, aussi bien en po�sie qu�en prose � roman, nouvelle, essai. Que de noms m�riteraient d��tre cit�s ! Seul le th��tre peine pour sortir de sa condition de parent pauvre, qui a toujours �t� son lot malgr� la pr�sence de quelques figures exceptionnelles : l�Uruguayen Florencio S�nchez (1875-1910), le Mexicain Rodolfo Usigli (n� en 1905), parmi les meilleurs. L��crivain d�aujourd�hui a des desseins avou�s : l�un deux est de d�truire le langage traditionnel au b�n�fice d�une plus grande libert� dans l��criture. Pour cela, le romancier, en particulier, va chercher ses r�f�rences du c�t� des surr�alistes, de Joyce, � qui il emprunte le mono-logue int�rieur, de Faulkner, pour ce qui est de la technique de la d�sarticulation chronologique. Pass�, pr�sent, futur se m�lent dans Alejandra (1961),</p><p>de l�Argentin Ernesto S�bato (n� en 1911), et dans La casa verde (1965), du P�ruvien Mario Vargas Llosa, d�j� �voqu�. � Incendier le langage � est un des objectifs que signale l�Argentin Julio Cort�zar (n� en 1914), qui vit en France comme plusieurs de ses pairs et se montre attentif aux le�ons du nouveau roman. L�influence du cin�ma est �galement tr�s sensible : c�est ainsi que pour ses descriptions de La Havane des derni�res ann�es du r�gime de Batista, celles des night-clubs, des orchestres typiques, du jeu et de l�alcool, le Cubain Guillermo Cabrera Infante (n� en 1929) proc�de � d�incessants travellings dans son roman foisonnant Tr�s tristes tigres (1964), v�ritable explosion verbale d�o� la prose sort compl�-</p><p>tement d�sarticul�e.</p><p>� cette d�couverte des possibilit�s innombrables du langage s�ajoute celle des ressources de l�imagination : � J�ai d�couvert les f�tes de l�imagination �, dit le Colombien Gabriel Garc�a M�rquez (n� en 1928). Dou� d�un humour tout rabelaisien, il est l�auteur d�un roman, Cien a�os de soledad (1967), qui laisse le lecteur abasourdi par sa verve d�brid�e. Parce que tout est fabuleux dans le village de Macondo, tout y semble possible : la naissance d�un enfant pourvu d�une queue de cochon, des pluies qui tombent sans discontinuer durant � quatre ans, onze mois et deux jours �. On y invente le tapis volant ; on y tente m�me de fixer sur un daguerr�otype l�image de Dieu ! R�ve et r�alit� non seulement se c�toient dans ce r�cit �pique, mais se confondent comme dans la r�alit� m�me de l�Am�rique latine, qui, selon Garc�a M�rquez, est � totalement fantastique �. C�est aussi une atmosph�re d��tranget� qui baigne le roman du Mexicain Juan Rulfo (n� en 1918) Pedro P�ramo (1955), o� est d�crit un village mort peupl� de spectres. De son c�t�, un autre magicien du verbe, le Cubain Jos� Lezama Lima (n� en 1912), s�interrogeant au sujet de son �norme roman Paradiso (1966), admet que le r�alisme est chez lui... surr�aliste. Pour Miguel �ngel Asturias et pour Alejo Carpentier*, le terme qui d�finit le mieux cette tendance dominante des lettres hispano-am�ricaines actuelles est celui de r�alisme magique.</p><p>Avec Julio Cort�zar, la fronti�re entre le r�el et l�imaginaire est imperceptible, l�imagination quelque peu morbide de l��crivain ayant t�t fait de s�emparer de la r�alit� pour cr�er un �trange climat de malaise. Le roman Rayuela, publi� l�ann�e de Pour un nouveau roman, de Robbe-Grillet (1963), est une oeuvre ambitieuse � deux livres imbriqu�s l�un dans l�autre �, qui montre Cort�-</p><p>zar, h�ritier de Borges, �galement tent� par les formules narratives les plus r�-</p><p>downloadModeText.vue.download 218 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5359</p><p>centes ; reprises dans 62-Modelo para armar (1968).</p><p>En 1941, le grand homme de lettres et �rudit mexicain Alfonso Reyes (1889-1959), voyant l�Europe en</p><p>plein d�sarroi (� l�Europe titube et perd le sens �), assurait que la vocation de l�Am�rique (� dernier r�duit humain �) �tait de prendre la rel�ve du vieux continent. Aujourd�hui, dans le domaine litt�raire, l�Am�rique latine a atteint sa majorit� et, � travers la multiplicit� de ses probl�mes humains et politiques, se trouve m�re pour prendre le flambeau. D�sormais la litt�rature, espagnole et universelle, va pouvoir prendre des le�ons dans les lettres hispano-am�ricaines.</p><p>J.-P. V.</p><p>Les grands</p><p>repr�sentants du</p><p>modernisme</p><p>Juli�n del Casal (Cubain ; 1863-</p><p>1893). Mort � trente ans tuberculeux, ce nostalgique r�veur v�cut triste et malheureux, habill� en mandarin, dans son salon de La Havane, d�cor� de japonaiseries, tel un Des Esseintes antillais. Fascin� par la peinture de Gustave Moreau, il subit aussi l�influence de Baudelaire, des parnassiens, des symbolistes et des d�cadents. Sa po�sie, o� il chante la solitude et la douleur, porte la marque de toutes ces influences.</p><p>Jos� Santos Chocano (P�ruvien ; 1875-1934). Contemporain des modernistes, il se rapproche plut�t de Whitman par ses outrances de pens�e et par son verbe torrentiel. Ne proclame-t-il pas d�ailleurs, avec une superbe tropicale : � Whitman a le Nord, moi j�ai le Sud � ? C�l�brant la nature sud-am�ricaine, il se dit le � chantre de l�Am�rique autochtone et sauvage �, et c�est, en effet, dans ses descriptions des fleuves, des for�ts et des volcans qu�il excelle (Alma Am�rica, 1906). Son g�nie est puissant, mais, enfl� de sa propre suffisance, il verse trop souvent dans l�emphase.</p><p>Rub�n DAR�O. V. l�article.</p><p>Salvador D�az Mir�n (Mexicain ;</p><p>1853-1928). D�abord influenc� par Hugo et Byron, ce po�te au temp�-</p><p>rament hargneux et au verbe haut se convertit en 1892 au nouveau credo.</p><p>Ses premiers vers, parfois � r�sonances sociales, �taient sonores jusqu�� l�emphase. Ceux de son recueil Lascas (1901) sont polis jusqu�� une certaine s�cheresse. La perfection formelle y �touffe quelque peu l��motion, pourtant sinc�re.</p><p>Ricardo Jaimes Freyre (Bolivien ; 1868-1933). Diplomate, comme le seront beaucoup de modernistes, brillant versificateur, il est aussi un th�oricien du vers. Dans Castalia b�rbara (1897), il puise son inspiration dans la mythologie scandinave.</p><p>Enrique Gonz�lez Mart�nez (Mexi-</p><p>cain ; 1871-1952). M�decin de province, professeur, puis diplomate, il est l�auteur d�un sonnet m�morable,</p><p>� Tords le cou au cygne au plumage sp�cieux... �, o� il condamne certains aspects superficiels et pr�cieux du modernisme, d�j� ridiculis� par Jos� Asunci�n Silva dans sa Sinfon�a color de fresa con l�che. Au cygne, il oppose le hibou, dont la � pupille mobile [...]</p><p>interpr�te le myst�rieux livre du silence nocturne �. Po�te de l�ineffable, il laisse une oeuvre abondante, noble et aust�re, �crite dans une forme soign�e et savante.</p><p>Manuel Gonz�lez Prada (P�ruvien ;</p><p>1848-1918). Combatif, sarcastique, cet ath�e nourri de philosophie positiviste est un autre grand fourrier du mouvement par sa r�volte m�me contre toute tradition rassie, par son amour de la v�rit�. Excellent prosateur, il introduit des formes oubli�es dans sa po�-</p><p>sie (rondeau, triolet, etc.) et s�efforce d�exprimer � l�intime harmonie entre le rythme des mots et le rythme silencieux des id�es �.</p><p>Manuel Gut�errez N�jera (Mexicain ; 1859-1895). Journaliste � la plume alerte, conteur �l�gant � ses chroniques sont de petits chefs-d�oeuvre �, fondateur de la Revista Azul (1894), tribune du modernisme, c�est un cise-leur de vers, fortement marqu� par ses lectures fran�aises (il r�vait d�� exprimer des id�es fran�aises en vers espagnols �). Sa po�sie, pleine d�une douce m�lancolie, est remarquable par sa musicalit� et sa l�g�ret�.</p><p>Julio Herrera y Reissig (Uruguayen ; 1875-1910). Aristocrate d�chu, autodidacte, il v�cut une existence mis�rable, mais fi�re, composant des po�mes in-compris. Pourtant, de tous les modernistes, celui qui recherchait la � pyro-technie cr�pusculaire des mots � fut le plus grand artificier du verbe : ses vers, ruisselants d�images coruscantes et de m�taphores inattendues, ont d�j� quelque chose de surr�aliste.</p><p>Leopoldo Lugones (Argentin ; 1874-1938). Il est le grand repr�sentant du modernisme dans son pays. Personnalit� d�bordante, esprit curieux de tout, anarchiste, puis socialiste et enfin fasciste, il boira � toutes les sources de la po�sie, mais en restant toujours tel qu�en lui-m�me. Depuis Las monta�as del oro (1897), dans le style de Whitman, jusqu�au Lunario sentimental (1909), fortement inspir� de Laforgue, et aux Odas seculares (1910), o� il se montre �pique et patriote, il offre l�exemple d�une carri�re po�tique en constant renouvellement. Comme prosateur (La guerra gaucha, 1905), il met l�esth�tique moderniste au service du genre gauchesque.</p><p>Jos� Mart� (Cubain ; 1853-1895). Par le poids de sa personnalit�, il se place au premier rang des pr�curseurs du</p><p>modernisme. H�ros de la tardive ind�-</p><p>pendance de son pays � il meurt sous les balles au service de la libert� �, il est � la fois orateur au verbe violent, essayiste, �ducateur, conteur, po�te.</p><p>Ses po�mes (Ismaelillo, 1882 ; Versos sencillos, 1891) renferment d�j� tous les �l�ments caract�ristiques du modernisme : sensibilit�, clart�, �l�gance, musicalit�. Mais Mart� est surtout un grand Hispano-Am�ricain par son</p><p>refus d�une culture d�emprunt (� notre Gr�ce � nous est pr�f�rable � la v�ritable Gr�ce qui n�est pas � nous �) et d�une ing�rence yankee (� l�influence excessive d�un pays sur le commerce de l�autre se transforme en influence politique �). Dans la zone des Cara�bes, un seul homme peut lui �tre compar�, mais en dehors du modernisme, le Portoricain Eugenio Mar�a Hostos (1839-1903), dont le r�ve �tait celui d�une f�d�ration antillaise libre et qui fut le mentor de toute une g�n�ration.</p><p>Amado Nervo (Mexicain ; 1870-</p><p>1919). Ancien s�minariste, diplomate, �me cr�pusculaire que ses recherches mystiques conduiront � la spiritualit� hindoue, il laisse une oeuvre baign�e dans une atmosph�re en demi-teinte, m�lange de religiosit� et de sensualit� diffuse (Elevaci�n, 1917).</p><p>Jos� Enrique Rod� (Uruguayen ;</p><p>1871-1917). Critique et essayiste de vaste culture, il sera le ma�tre � penser de sa g�n�ration, et son essai Ariel (1900) lui vaudra une gloire continentale. D�di� � la jeunesse am�ricaine, Ariel est, sous forme symbolique, une exaltation des valeurs spirituelles de la latinit� oppos�es au mat�rialisme anglo-saxon. � une �poque o� commence � s�affirmer la puissance yankee, la le�on d�id�alisme d�Ariel suscitera l�enthousiasme de l��lite, et Dar�o, en particulier, sera sensible � cette le�on. Tout aussi remarquables par leur style d�une puret� parnassienne, les autres essais de Rod� (Motivos de Proteo, 7909) le consacreront comme le meilleur prosateur du modernisme.</p><p>Jos� Asunci�n Silva (Colombien ; 1865-1896). Mort � trente et un ans d�une balle qu�il se tira au coeur, il connut une jeunesse heureuse et facile.</p><p>� dix-huit ans, il est en Europe, o� il fait la connaissance de Wilde, de Mal-</p><p>larm�, de Verlaine et de D�Annunzio.</p><p>Les malheurs qui s�abattent sur lui vers la fin de sa courte vie ont raison de cette �me sensible � l�exc�s. Un c�l�bre et m�lancolique Nocturno (1894), dont la richesse rythmique annonce Dar�o, compte parmi les plus belles oeuvres de la lyrique espagnole.</p><p>Guillermo Valencia (Colombien ;</p><p>1873-1943). De famille noble comme Jaimes Freyre, ce grand seigneur des lettres, orateur et homme politique, illustre, � c�t� de son infortun� compatriote Silva, le modernisme colombien. Comme Jaimes Freyre aussi, il a le culte de la forme : ses vers, impec-cables, sont ceux d�un des plus parfaits disciples des parnassiens (Ritos, 1898).</p><p>Il a traduit Wilde, D�Annunzio et des po�tes chinois.</p><p>M. Daireaux, Panorama de la litt�rature hispano-am�ricaine (Kra, 1930). / A. Torres-Rio-seco, Nueva historia de la gran literatura ibe-roamericana (Buenos Aires, 1945 ; r��d., 1967).</p><p>/ P. Darmangeat et A. D. Tavares Bastos, Introduction � la po�sie ib�ro-am�ricaine (le Livre du jour, 1947). / L. A. S�nchez, Nueva historia de la literatura hispanoamericana (Asunci�n, 1950). / R. Bazin, Histoire de la litt�rature am�-</p><p>ricaine de langue espagnole (Hachette, 1953).</p><p>/ E. Anderson Imbert, Historia de la literatura hispanoamericana (Mexico, 1954 ; r��d., 1970).</p><p>/ C. V. Aubrun, Histoire des lettres hispanoam�ricaines (A. Colin, 1954). / M. Pic�n Salas, De la Conquista a la Independencia (Mexico, 1954). / A. Zum Felde, La narrativa en Hispanoam�rica (Madrid, 1964). / L. Harss et B. Doh-mann, Portraits et propos (Gallimard, 1970).</p><p>On peut �galement consulter les num�ros sp�-</p><p>ciaux de la revue Europe consacr�s aux litt�ratures du Mexique (1959), de Cuba (1963), de Colombie (1964), du P�rou (1966), du Guatemala (1968), du Paraguay (1970).</p><p>histoire</p><p>Science qui s�attache � retracer l��volution des soci�t�s humaines.</p><p>G�N�RALIT�S</p><p>Depuis l�apparition de l��criture, l�histoire n�est autre que la m�moire de l�humanit�. Gr�ce � elle, la vie de l�humanit� peut �tre reconstitu�e � la fois dans son d�roulement chronologique et dans ses innombrables composantes :</p><p>politiques, �conomiques, sociales, culturelles. Les zones d�ombre s�effacent peu � peu ; les liens qui unissent les diff�rentes g�n�rations dans la cha�ne des temps apparaissent ; les �l�ments explicatifs de leur �volution dans leur double cadre chronologique et spatial sont mis en valeur et discut�s.</p><p>Mat�riaux de l�histoire</p><p>Double objet de la qu�te historique, la r�surrection et l�explication du pass� de l�humanit� n�cessitent la mise en oeuvre de nombreux documents qui downloadModeText.vue.download 219 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5360</p><p>conservent la trace mat�rielle � �crite ou non � du passage de l�homme sur la Terre, de ses activit�s, de son mode et de son genre de vie. Sans eux il est impossible de saisir ses r�actions face � l��v�nement, r�actions qu�il faut pi�-</p><p>ger tant au plan de l�individuel que du collectif en raison de l�insertion �</p><p>volontaire ou non, accept�e ou non �</p><p>de chacun des fils de l�humanit� dans les structures plus ou moins contraignantes d�une soci�t�, d�un �tat, d�une civilisation.</p><p>Parmi ces mat�riaux, il faut au-</p><p>jourd�hui r�server une place importante aux vestiges mat�riels que met au jour l�arch�ologie*. Le champ d�action de cette science ne se limite plus en effet � l��tude des peuples qui ont ignor� l��criture (ceux de la pr�histoire de l�Ancien et du Nouveau Monde) ou de ceux qui n�ont laiss� que de trop rares documents �crits (peuples du Proche-Orient ancien ou du monde gr�co-romain) ; il s�applique aussi � celle des soci�t�s appartenant depuis longtemps � la civilisation de l��criture.</p><p>Recourant de plus en plus fr�quemment � la photographie a�rienne, r�v�-</p><p>latrice des structures agraires et des sites villageois ou urbains apparemment disparus sous le manteau v�g�tal superficiel qui les d�robe maintenant � notre vue, pr�cisant les datations gr�ce � l��tude attentive des ph�no-m�nes g�ographiques (varves), bio-</p><p>g�ographiques (dendrochronologie, palynologie, ph�nologie) et physico-chimiques (thermor�manence, ther-moluminescence, radio-activit�), les historiens peuvent d�sormais �clairer, approfondir, voire renouveler notre connaissance des soci�t�s m�di�vales gr�ce � la prospection de nombreux champs de fouille ouverts. � l�essor de cette arch�ologie m�di�vale se sont attach�s de nombreux historiens fran-</p><p>�ais (Michel de Bo�ard � Caen, Jean-Marie Pesez � Paris) et polonais (J�zef Kostrzewski, Witold Hensel), ces derniers ayant port� principalement leur int�r�t sur les sites de villages ou de centres pr�urbains (Gniezno, Pozna&#x144;, Opole, Biskupin, etc.). Il en r�sulte une meilleure connaissance des biens mobiliers (instruments aratoires, mat�-</p><p>riaux de construction), des pratiques alimentaires (traces de consommation), des pratiques professionnelles (diff�-</p><p>renciation des activit�s � partir de l�outillage et des objets de consommation), des pratiques religieuses (cimeti�res, etc.) et, par contrecoup, une meilleure connaissance du niveau de vie et du degr� d�acculturation des populations concern�es.</p><p>Souvent irrempla�ables pour qui</p><p>veut approfondir la connaissance des civilisations anciennes, les mat�riaux arch�ologiques, m�me plus pr�cis�-</p><p>ment dat�s, n�en restent pas moins secondaires et compl�mentaires des documents �crits, sources fondamentales de la recherche historique. Support�s par la pierre, par la cire ou par le papyrus pendant l�Antiquit�, puis par le parchemin, utilis� en France d�s 677, et enfin par le papier, qui, de Chine, o� il appara�t d�s 105 apr. J.-C., gagne Byzance en 1052 et l�Espagne, o� il est utilis� � J�tiva en 1154, ces textes ne peuvent, bien entendu, �tre �tudi�s avec profit sans une initiation pr�alable. Celle-ci doit, en effet, mettre l�historien � m�me d�en d�chiffrer la graphie, d�en saisir le sens, d�en pr�ciser la date de r�daction. Pour parvenir � de tels r�sultats, il lui faut d�abord recourir aux techniques �prouv�es, mais en voie de renouvellement constant de l��pigraphie*, de la pal�ographie*, de la sigillographie* et de la linguistique*. Mais il lui faut aussi faire appel � celles, plus modernes, des hologrammes (v. holographie) ou de l�ana-</p><p>lyse spectrale ponctuelle par laser*, qui permettent de restituer la forme des caract�res, la nature de leur support et de leur encre, et donc d�en localiser la composition dans le temps et dans l�espace. Ainsi identifi�s, les documents �crits s�offrent � l�analyse de l�historien dans la diversit� de leur origine, de leur nature et de leur contenu. Plus pr�cocement �tudi�s, les documents narratifs nous permettent parfois, � travers le support de l��crit, de saisir les traces, combien difficiles � interpr�ter souvent, de la tradition orale, seule apte, � l�origine des temps historiques, � assurer la transmission de la connaissance de g�n�ration en g�n�ration.</p><p>Illustr�e par les l�gendes antiques, par les sagas* scandinaves, par les �pop�es m�di�vales (Beowulf, Nibelungenlied, la Chanson de Roland), une telle tradition se r�v�le le seul instrument d��tude des mentalit�s des soci�t�s paysannes primitives, qui ne participent g�n�ralement que de mani�re tr�s marginale et surtout tr�s tardive � la civilisation de l��crit. � condition d�en critiquer avec soin le contenu, d�en �liminer les inter-polations savantes, d�en distinguer les composantes dans leur diversit� structurelle et chronologique, composantes dont certaines peuvent s��tre surajou-t�es m�me au XIXe s. en Europe, voire au XXe s. dans d�autres continents au vieux fond mythique primitif.</p><p>Plus importants par leur contenu m�me sont les documents narratifs r�dig�s par les scribes des empires du Proche-Orient antique ou du monde gr�co-romain, par les clercs tant des palais imp�riaux ou royaux que des principaut�s la�ques ou eccl�siastiques du Moyen �ge pour assurer la conservation des faits m�morables v�cus par chaque g�n�ration.</p><p>Aussi ne faut-il pas s��tonner si la plupart d�entre eux sont pr�sent�s dans un ordre purement chronologique. La s�cheresse des annales, qui datent ann�e par ann�e les �v�nements contemporains � partir du VIIIe s. apr. J.-</p><p>C., l�aridit� des g�n�alogies, qui tentent de retracer l�histoire d�une famille, les pr�tentions biographiques des gestes caract�risent de tels documents, au-dessus desquels s��l�vent les chroniques, histoires th�oriquement uni-</p><p>verselles, mais dont l�apport essentiel est g�n�ralement constitu� par la relation des faits v�cus directement par l�auteur, surtout lorsque celui-ci est un homme de science ayant acc�s aux Archives de sa ville, tels le Florentin Giovanni Villani au XIVe s. ou les V�nitiens Antonio Morosini et Marin Sanudo le Jeune au XVe s.</p><p>Les oeuvres des auteurs qui donnent des faits une pr�sentation th�matique ayant pour objet d�en mettre en �vidence le ou les principes explicatifs sont plus �labor�es. � cet �gard, les Grecs ont jou� un r�le d�cisif. M� sans doute essentiellement par une curiosit� sans cesse en �veil, le p�re de l�histoire, H�rodote*, n�en a pas moins souci du cadre g�ographique, souci des � tenants et (des) aboutissants �, que Thucydide* porte � un point de perfection in�gal�e. Cet historien tient compte non seulement des facteurs politiques et diplomatiques, mais aussi des conditions g�ographiques, �conomiques et psychologiques, qui entrent en jeu dans le processus explicatif des faits ; il fait d�embl�e de la Guerre du P�loponn�se un chef-d�oeuvre de coh�rence et de rationalit�, mod�le du genre, auquel � consciemment ou non</p><p>� se r�f�rent pendant des si�cles les historiens de l�Antiquit� d�clinante ou du Moyen �ge naissant. En t�moignent au IVe s. l�Histoire eccl�siastique d�Eu-s�be de C�sar�e, au VIe s. l�Histoire des Goths de Jordan�s, l�Histoire eccl�-</p><p>siastique des Francs de Gr�goire de Tours, au IXe s. l�Histoire des fils de Louis le Pieux de Nithard, etc.</p><p>Fondamentales pour qui veut re-</p><p>construire le pass� � la lumi�re de la raison, les sources narratives n�en restent pas moins toujours marqu�es du sceau de la personnalit� de leur auteur et, par l� m�me, suspectes de partialit�. Aussi, l�historien doit-il soumettre leur contenu � une critique s�v�re, � laquelle il peut proc�der d�autant plus facilement qu�il dispose en plus grande abondance de documents d�histoire dont le caract�re impersonnel est garant m�me de leur impartialit�.</p><p>Il en est ainsi des documents de la pratique financi�re ou �conomique qui recensent � directement ou non � les</p><p>hommes, tels les livres des imp�ts ou des fiefs, les listes de bourgeoisie ou de m�tiers, les matricules universitaires, les registres paroissiaux, les rouleaux des morts ou les obituaires ; il en est de m�me de ceux qui inventorient leurs biens, tels les polyptyques, les cen-siers, les terriers ou les pouill�s, ou de ceux qui pr�cisent la comptabilit� des individus, des soci�t�s marchandes ou des �tats, tels les c�l�bres Pipes Rolls anglais. Exprimant � les rapports juridiques de l�homme vivant en soci�t� �</p><p>(G. Tessier), les textes �manant de l�autorit� publique (lois, d�cisions administratives, d�bats et sentences judiciaires) ou les actes priv�s pass�s soit par-devant notaire, soit sous seing priv� (achats, ventes, donations, testaments) appartiennent �galement � cette cat�gorie de documents d�histoire, dont la conservation est l�objet des soins particuli�rement attentifs des services sp�cialis�s des archives*.</p><p>Compl�t�s par les apports et par les enseignements de ces sciences auxiliaires de l�histoire que sont l�anthro-ponymie, la g�n�alogie, l�h�raldique, la sigillographie et la numismatique, qui permettent de pr�ciser l�origine des individus, le devenir de leurs familles, la situation sociale de chacune d�elles, les moyens d��changes dont elles disposent, ces documents constituent les mat�riaux de travail fondamentaux de l�historien.</p><p>Histoire et historiens</p><p>En fait, face aux documents avec lesquels il se trouve confront�, l�historien r�agit en partie en fonction de son temps et de son milieu, qui le d�terminent, m�me lorsqu�il affirme, au XIXe s., avec l��cole historique allemande, se consacrer � la � science pour la science �. D�j� les �crivains grecs les plus �volu�s ne consid�rent en fait que l�aspect utilitaire de l�histoire, qui a pour eux soit valeur d�exp�rience, soit valeur de documentation, selon Henri Van Effenterre. Des pr�occupations d�ordre didactique orientent �galement l�oeuvre des historiens du Moyen �ge. Pour nombre d�entre eux, downloadModeText.vue.download 220 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5361</p><p>tels les hagiographes ou Joinville*, l�histoire n�est, en effet, qu�un pr�texte � le�ons morales et religieuses � travers la personne d�un h�ros privil�gi� ; pour d�autres, elle n�est qu�un moyen de justifier une politique, que celle-ci soit celle de l�auteur (Villehardouin) ou celle des princes qu�il sert (Froissart). Dans ces conditions, comme le souligne Guy Palmade, � � la fin du XVe s., l�histoire proprement dite est encore � na�tre �. Le souci de Philippe de Commynes* de se d�fier des autres et de lui-m�me contribue alors pourtant � lui faire voir le jour. Mais seuls le scepticisme qui sous-tend le r�alisme de Machiavel* et la qu�te m�thodique du fait exact par Guichardin (Francesco Guicciardini) lui donnent vie.</p><p>Tous deux fondent en effet l�histoire sur une �rudition m�thodique, fille de l�humanisme renaissant, mais peu � peu �clair�e par l�esprit critique qui s��veille � la fin du XVIe s., ainsi que le prouve la parution, en 1566 et en 1599, de deux ouvrages de m�thodologie historique : le Methodus ad facilem histo-riarum cognitionem de Jean Bodin* et l�Histoire des histoires, avec l�id�e de l�histoire accomplie de Lancelot de La Popelini�re. Cette �volution vers plus de rigueur scientifique est menac�e par les pr�jug�s litt�raires et utilitaires des �crivains qui tentent, au XVIIe et au XVIIIe s., de mettre l�histoire au service de leurs pr�occupations apolog�tiques (Bossuet*), partisanes (Saint-Simon*) ou philosophiques (Montesquieu*, Voltaire*) ; elle se poursuit n�anmoins � l�instigation de savants qui veulent nourrir la Contre-R�forme* d�arguments documentaires irr�futables.</p><p>Anim�es d�un z�le �rudit et col-</p><p>lectif qui doit justifier la foi de leurs membres, la Soci�t� de J�sus et la congr�gation des B�n�dictins de Saint-Maur entreprennent d�importantes publications de textes. Parmi elles, il faut citer celle des Acta sanctorum, � laquelle un j�suite de Li�ge, Jean Bolland (1596-1665), et son �quipe, dite</p><p>� des bollandistes �, attachent leur nom depuis 1630, et plus encore, peut-</p><p>�tre, celle des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, �dit�s par dom Jean Mabillon (1632-1707) � partir de</p><p>1668. Cette politique de publications syst�matiques d��ditions critiques est officialis�e et institutionnalis�e en France lors de la cr�ation de l�Acad�-</p><p>mie royale des inscriptions et belles-lettres en 1663 ; elle soumet heureusement le savant � l�autorit� du texte � l�heure m�me o� l�incorporation de la totalit� du continent asiatique � l��coum�ne l�oblige � r�viser sa conception trop europ�o-centrique de l�histoire et sa vision purement biblique de son cadre chronologique.</p><p>L�histoire devient consciente de la profonde diversit� d�un monde aux civilisations nombreuses et contrast�es, et, par cons�quent, du caract�re relatif et non plus absolu de ce que chacune d�elle pr�tend �tre � la � v�rit� et qui n�est que � sa � v�rit� ; elle s�oblige d�sormais � �tudier le pass� dans un esprit de doute m�thodique. Tenant compte des temps et des lieux, celui-ci incite � passer au crible de la critique historique les faits les mieux assur�s, quitte � en confirmer l�exactitude, s�il y a lieu, au vu de documents authentiques correctement interpr�t�s au pr�alable, comme l�enseigne en 1738</p><p>Louis de Beaufort dans sa Dissertation sur l�incertitude des cinq premiers si�cles de l�histoire romaine.</p><p>Descriptive d�abord, critique ensuite, l�histoire devient enfin explicative de l�imm�diat et du pass�, et de l�imm�diat en fonction du pass� lorsque � 1789 � offre � la fois � ses fid�les un incomparable champ d�ex-p�rimentation : celui de l��v�nement en train de s�accomplir et des moyens de mieux appr�cier la port�e r�elle de ceux qui l�ont pr�c�d� gr�ce � la mise � la disposition du public �rudit des archives royales, seigneuriales et ec-cl�siastiques ; la nationalisation de ces derni�res permet, en effet, la cr�ation, par le d�cret du 7 septembre 1790, des Archives nationales, dont Napol�on Ier entend faire le noyau constitutif des Archives de l�Europe, pr�alablement regroup�es � Paris et dont la Restauration cherche � faciliter l�utilisation par la cr�ation, en 1829, de l��cole des chartes, destin�e � former un corps de sp�cialistes aptes � classer et � trier des fonds dont la masse, en accroissement constant, risque de rendre impossible</p><p>la t�che du chercheur.</p><p>Ne renon�ant certes pas � toute</p><p>pr�occupation d�ordre apolog�tique ou partisan � l�heure m�me o� les hommes de quatre-vingt-neuf, de</p><p>quatre-vingt-treize ou de mille huit cent quatre entendent, par son interm�diaire, condamner l�obscurantisme de l�Ancien R�gime, l�histoire trouve paradoxalement, dans cette orientation nouvelle, mati�re � �largir son champ d�action � l��tude de concepts nouveaux : la Nation, exalt�e tant par les auteurs du drame r�volutionnaire que par les romantiques convaincus qu�� travers elle se dessine, ainsi qu�en t�-</p><p>moigne Michelet*, le g�nie fondamentalement diff�rent de chaque peuple ; la Libert�, garante de l�ind�pendance et, par l� m�me, principe explicatif, selon Augustin Thierry (1795-1856), de l�Histoire v�ritable de Jacques Bonhomme, �dit�e en mai 1820 ; la d�mocratie, enfin, dont l�exp�rience am�ricaine, m�dit�e par Alexis de Tocqueville (1805-1859), offre un mod�le institutionnel d�un type nouveau � une Europe politiquement transform�e par la R�volution, mod�le dont l��tude, imm�diatement accessible, permet d��clairer d�un jour nouveau celle des pays antiques ayant connu un r�gime analogue.</p><p>Maintenant d�ailleurs � l�Antiquit� une sorte de primaut� d�honneur, acceptant en outre de r�habiliter le Moyen �ge, consid�r� non plus comme le temps de la barbarie gothique, mais comme celui de la difficile gestation du fait national dans tous les pays europ�ens, l�histoire applique enfin � l��tude des Temps modernes les m�-</p><p>thodes mises au point dans le domaine de la philologie classique. Imitant � cet �gard le grand antiquisant Barthold Georg Niebuhr (1776-1831) auteur d�une importante Histoire romaine publi�e de 1811 � 1832 et qui s�arr�te aux guerres puniques, L�opold von Ranke (1795-1886) utilise entre 1824</p><p>et 1886 une documentation critique, extraite en particulier des Archives de Venise, pour r�diger de nombreux ouvrages consacr�s � l�histoire des principaux pays europ�ens aux XVIe et XVIIe s. Ce savant, qui allie la rigueur de la m�thode � la puret� de la forme,</p><p>peut �tre consid�r� comme le p�re de l�histoire �rudite et critique qui vise � faire revivre les �v�nements pass�s tels qu�ils se sont r�ellement d�roul�s.</p><p>L�histoire renonce d�s lors aux grandes fresques romantiques qui visent � la</p><p>� r�surrection de la vie int�grale �, pour reprendre la belle expression, souvent mal interpr�t�e, de Michelet ; elle devient plus s�v�re, mais aussi plus rigoureuse gr�ce � des savants qui, tels Renan* et surtout N.-D. Fustel de Coulanges (1830-1889), pr�tendent d�celer sa v�rit� objective, sans doute parce que, plus ou moins consciemment influenc�s par Auguste Comte*</p><p>(et le premier beaucoup plus sans doute que le second), l�un et l�autre pensent �lever cette branche du savoir au rang d�une science authentique ayant pour objet la recherche des lois qui pr�sident au d�veloppement social de l�esp�ce humaine.</p><p>N��chappant pas en fait au pi�ge de l�engagement pol�mique qui dresse Fustel de Coulanges contre Theodor Mommsen (1817-1903) apr�s la guerre franco-allemande de 1870-71, qui fait de Taine* un contempteur de la Commune de Paris et d�Ernest Lavisse (1842-1922) le chantre des gloires nationales et, par contrecoup, de la Revanche, l�histoire n�acc�de � l�objectivit� scientifique que par le biais d�une professionnalisation qui lui permet de fixer d�finitivement ses m�thodes � l�extr�me fin du XIXe s.</p><p>M�thodes et �coles</p><p>L��cole dite � positiviste �</p><p>En proc�dant � la publication d�importantes collections de textes, parmi lesquelles il faut citer � partir de 1819</p><p>les Monumenta Germaniae historica et � partir de 1844 la Patrologie latine et la Patrologie grecque de l�abb� Jacques Paul Migne (1800-1875), en inventoriant, en classant et en cotant avec soin les documents d�archives pour en faciliter l�acc�s, les chartistes mettent les historiens professionnels � m�me d�authentifier leurs sources.</p><p>D�sormais, ces derniers peuvent, en effet, les soumettre au crible des critiques � externe � et � interne �, faites dans un esprit de doute m�thodique qui</p><p>les contraint � n�accepter pour vrais que les faits dont ils peuvent v�rifier l�exactitude de mani�re irr�futable.</p><p>Ces m�thodes sont formul�es et</p><p>codifi�es en 1897 par Charles Victor Langlois (1863-1929) et par Charles Seignobos (1854-1942) dans leur</p><p>Introduction aux �tudes historiques ; elles sont enseign�es par les ma�tres de la Sorbonne et appliqu�es avec d�autant plus de rigueur que les chercheurs qui songeraient � prendre quelque libert� � leur �gard seraient imm�diatement et impitoyablement sanctionn�s par les censeurs de la Revue critique ou par ceux de la Revue historique, fond�e en 1876 par Gabriel Monod (1844-1912). Ainsi sont fix�es les r�gles du travail historique, qui, pour l�essentiel, sont encore respect�es dans la seconde moiti� du XXe s., m�me lorsqu�elles sont mises au service d�une nouvelle conception de l�histoire.</p><p>Celle que d�fendent les hommes qui ont formul� en r�gles les m�thodes du travail historique est souvent qualifi�e aujourd�hui de positiviste, par r�f�-</p><p>rence, sans doute partiellement abusive, � la pens�e d�Auguste Comte, dont les historiens semblent bien n�avoir retenu que les mises en garde contre les dangers d�une recherche non soumise au crit�re de la raison. La preuve en est d�ailleurs donn�e indirectement par l�un des ma�tres � penser de la nouvelle �cole historique fran�aise, downloadModeText.vue.download 221 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5362</p><p>Charles Seignobos, dans la lettre tes-tamentaire qu�il r�dige en juin 1941 � l�adresse de Ferdinand Lot, lettre publi�e par les soins de Robert Fawtier dans le num�ro de juillet-septembre 1953 de la Revue historique. Il pr�-</p><p>cise, en effet, que l�histoire est, avec la g�ologie et la pal�ontologie, l�une des trois � sciences descriptives qui cherchent � conna�tre des r�alit�s particuli�res, recherchant comment elles se r�partissent [...] � la fois dans le lieu et la suite du temps ; elle n�est donc pas l�une de ces sciences g�n�rales qui travaillent � d�couvrir des lois, c�est-</p><p>�-dire des successions constantes de ph�nom�nes de m�me esp�ce, faisant abstraction des conditions r�elles du temps et du lieu �, alors que telle est justement la finalit� que lui assigne Auguste Comte.</p><p>En fait extr�mement m�fiants �</p><p>l��gard de toute Geschichtsphilosophie, comme le sont encore aujourd�hui les historiens de m�tier, ainsi que le remarque Henri-Ir�n�e Marrou, les historiens de ce temps ont rejet� formellement le positivisme en tant que philosophie, et il serait par cons�quent plus exact de parler � leur sujet d�� histoire exp�rimentale � pour respecter la terminologie d�un de leurs porte-parole les plus autoris�s, Gabriel Monod.</p><p>Mais restreignant par prudence leur champ d��tude aux seuls faits dont l�exactitude peut �tre �tablie avec certitude, ces savants con�oivent cette histoire exp�rimentale avant tout comme une � histoire politique �, qu�elle soit description des faits retrac�s dans leur d�roulement chronologique ou qu�elle soit analyse des structures institutionnelles, � travers lesquelles Guizot*</p><p>croyait justement apercevoir l�image des soci�t�s qui les avaient s�cr�t�es.</p><p>Ainsi, les progr�s de la m�thodologie historique aboutissent paradoxalement � une sorte de recul en arri�re de la science historique. Cette histoire exp�rimentale renoue par-del� le positivisme et le romantisme avec trois si�cles d��rudition patiente et m�ticuleuse et privil�gie de nouveau l��v�nement sous des formes diverses : militaire, diplomatique, parlementaire, institutionnelle. � Histoire his-torisante �, � histoire �v�nementielle �</p><p>comme diront avec une nuance de m�-</p><p>pris ses d�tracteurs, tel Paul Lacombe, cette histoire exp�rimentale est, en r�alit�, avant tout une histoire empirique d�pendante des documents, dont elle extrait les faits, qu�elle explique uniquement par l�action des individus qui les ont suscit�s, et qui les d�terminent</p><p>� dans un encha�nement �vident et incontest� d�accidents �, ainsi que l�affirment Ch. V. Langlois et Ch. Seignobos. Elle consid�re les transformations sociales comme la simple r�sultante d�une telle action individuelle se r�percutant par mim�tisme sur les masses ;</p><p>elle estime, par ailleurs, que les activit�s �conomiques et culturelles de l�homme sont marginales par rapport � ses activit�s politiques. Cette histoire se pr�sente comme un monde clos sur lui-m�me, refusant tout contact avec les autres sciences de l�homme : g�ographie, �conomie politique, sociologie, etc.</p><p>Mais dans une atmosph�re aussi</p><p>confin�e �touffent tous ceux pour qui l�histoire est aventure et qui ne se r�signent pas � limiter leurs connaissances de l�homme � sa seule dimension politique.</p><p>Vers l�histoire totale</p><p>Convaincu que l�histoire ne peut atteindre pleinement son objectif, qui est la connaissance de l�homme dans la diversit� de ses activit�s pass�es, que par une alliance �troite et des �changes confiants avec les autres sciences de l�homme, qui sont la g�ographie*, l�anthropologie*, la sociologie*, la philosophie*, etc., Henri Berr (1863-1954) fonde en 1900 la Revue de synth�se historique, qui a pour mission de faciliter la diffusion de ses id�es pr�ci-s�es en 1911 dans son essai la Synth�se en histoire. Cette revue doit, en effet, favoriser les contacts entre sp�cialistes de disciplines connexes invit�s � participer conjointement, au lendemain de la Premi�re Guerre mondiale, � la constitution de la Biblioth�que de synth�se historique, qui se donne pour mission d��tudier l��volution de l�humanit� dans des ouvrages de bonne tenue, mais dont le caract�re novateur r�side plus souvent dans les intentions exprim�es par le r�dacteur de l�� Avant-Propos � que dans le contenu lui-m�me !</p><p>Exceptons pourtant quelques livres hors de pair, dont la Terre et l��volution humaine, qui lie la g�ographie � l�histoire et surtout cette admirable �tude de psychologie collective qu�est le Probl�me de l�incroyance au XVIe s., que Lucien Febvre publie respectivement en 1922 et en 1942.</p><p>Ancien collaborateur de la Revue de synth�se historique, cet historien fonde en 1929 avec son ami et coll�gue Marc Bloch* les Annales d�histoire �cono-</p><p>mique et sociale, afin de lutter contre l�histoire �v�nementielle, accus�e de scl�roser la recherche et l�enseignement de l�histoire. Les fondateurs de la nouvelle revue condamnent la soumission totale de l�historien au texte pour lui restituer le droit � l�hypoth�se, c�est-�-dire le droit � la libert� dans le respect strict des r�gles du m�tier ; ils jettent ainsi les fondements d�une histoire qui a pour objet non plus le</p><p>� fait �, mais, pour reprendre l�expression de Marc Bloch � l�homme. Disons mieux les hommes �. � Derri�re les traits sensibles du paysage, les outils et les machines, derri�re les �crits en apparence les plus glac�s, derri�re les institutions, ce sont les hommes que l�histoire veut saisir. Qui n�y parvient pas ne sera jamais, au mieux, qu�un manoeuvre de l��rudition. � (Apologie pour l�histoire.)</p><p>Convaincus que le dessin d�un</p><p>champ, la forme d�un outil, la qualit� d�un acier ont une valeur documentaire au moins �gale � celle d�un �crit et peuvent, tout aussi bien, sinon mieux que lui, �clairer l�historien sur le mode de vie d�un peuple, sur le degr� d�acculturation de ses membres, les chefs de l��cole des Annales exigent une diversification des sources de l�histoire ainsi que le renforcement des liens l�unissant aux autres sciences de l�homme, renforcement d�j� r�clam� avant eux par Henri Berr et par les fondateurs de l�Ann�e sociologique en 1897. Mais, alors que, pour ces derniers, ce renforcement �tait con�u comme devant entra�ner la subordination de l�histoire � la sociologie, consid�r�e par Durkheim* comme seule</p><p>capable d�expliquer le comportement des personnages historiques, Lucien Febvre et Marc Bloch, d�finitivement relay�s en 1956 par Fernand Braudel (n� en 1902), envisagent de la r�aliser au profit de leur science de dilection.</p><p>L�histoire des Annales est d�abord et avant tout une histoire �conomique et sociale qui, renon�ant � polariser l�attention du chercheur sur le � temps bref de l�histoire, celui des biographies et des �v�nements �, recherche dans la � longue dur�e � des ph�nom�nes �conomiques et sociaux les causes profondes de l��volution des soci�t�s et</p><p>des civilisations, � dont la r�alit� nous d�passe, pr�cise avec force Fernand Braudel, parce que la dur�e de leur vie est bien plus longue que la n�tre �.</p><p>Structurale, une telle histoire recourt � la m�thode statistique, � laquelle l�initie un �conomiste sociologue, Fran�ois Simiand (1873-1935), afin de d�terminer dans la longue dur�e l�alternance des phases � A � d�expansion et des phases � B � de restriction, qui conditionnent l��volution �conomique des soci�t�s humaines, dont les conditions de vie sont de plus en plus li�es � l��volution respective des prix et des salaires ainsi qu�� celle du pouvoir d�achat de la monnaie, dont la mesure est devenue l�un des soucis de l�historien au lendemain de la crise �conomique de 1929.</p><p>En m�me temps, ce recours � la</p><p>formulation math�matique comme</p><p>moyen de mieux appr�hender l�histoire �conomique aboutit � la constitution d�une histoire de type conjonctural qualifi�e de quantitative par Jean Marczewski, qui veut faire de cette science une � �conom�trie r�trospective � (Pierre Vilar), c�est-�-dire remplir, selon Fran�ois Furet, pour les si�cles ant�rieurs aux n�tres et sur le mod�le de nos comptabilit�s nationales actuelles, toutes les colonnes d�un tableau imaginaire d�input-out-put.</p><p>En fait, l�impossibilit� o� se trouve presque toujours l�historien d�atteindre des quantit�s absolues quand il s�agit de p�riodes ant�rieures � 1780 incite Pierre Chaunu, fort de l�exp�rience acquise lors de la r�daction de sa th�se S�ville et l�Atlantique (1550-1650), � qualifier d�histoire s�rielle une histoire</p><p>� qui s�int�resse moins au fait individuel [...] qu�� l��l�ment int�grable dans une s�rie homog�ne, susceptible de porter ensuite les proc�d�s math�matiques classiques d�analyse des s�ries, susceptibles, surtout, d��tre raccord�es aux s�ries qu�utilisent couramment les autres sciences de l�homme [...] � et qui installent l�historien dans la diachronie, finalement plus facile � saisir par l�historien que la synchronie, qui supposerait, selon Fernand Braudel,</p><p>� un arr�t instantan�, suspendant toutes les dur�es ; [arr�t] presque absurde en soi ou [...] tr�s factice �.</p><p>L�histoire ne cesse, d�s lors, de d�-</p><p>border hors de son domaine primitif, empruntant � la g�ographie, annexant la nature, se subordonnant la d�mographie pour constituer dans son orbite de nouvelles branches du savoir. Tenant compte des possibilit�s d�action qu�offre � l�action des hommes le milieu naturel, c�est-�-dire les sols, le climat, la v�g�tation, Marc Bloch jette les bases de l�histoire rurale en r�digeant les Caract�res originaux de l�histoire rurale fran�aise. Jouant avec habilet� de la dialectique terre-mer, Fernand Braudel donne ses lettres de noblesse � la � g�ohistoire � en �ditant en 1949 sa th�se la M�diterran�e et le monde m�diterran�en � l��poque de Philippe II, qui int�gre � l�histoire � la fois l�espace et la longue dur�e. Enfin, downloadModeText.vue.download 222 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5363</p><p>en 1967, Emmanuel Le Roy Ladurie annexe la nature � l�histoire en proc�-</p><p>dant � l��tude s�rielle du climat, rendue possible par l�essor de la dendrochronologie aux �tats-Unis et par celui de la ph�nologie, qui r�v�lent l�existence de variations plurid�cennales, voire s�culaires des ph�nom�nes purement m�t�orologiques (temp�ratures, pluies notamment) pouvant influencer finalement le comportement de l�homme en soci�t�, et cela d�autant plus facilement que celui-ci est nombreux.</p><p>Encore faut-il conna�tre quel est ce nombre, quelle est la dimension num�-</p><p>rique de l�homme, � mati�re privil�-</p><p>gi�e � de l�histoire et plus pr�cis�ment de ce type d�histoire s�rielle qu�est l�histoire d�mographique.</p><p>Cette branche du savoir historique s�est d�velopp�e gr�ce � l��tude des registres paroissiaux, � l�absence desquels le m�di�viste suppl�e pour sa p�riode en recourant � des documents fiscaux, � des listes de bouches � nourrir, etc. L��tude d�mographique permet de mieux comprendre le comportement des soci�t�s, dont elle r�v�le les pratiques contraceptives, l�attachement � l�endogamie, les rythmes simples mais</p><p>fondamentaux de la vie tout enti�re, encadr�e entre l��ge du mariage et la mort.</p><p>Par la m�diation de la d�mogra-</p><p>phie, l�histoire �conomique d�bouche donc sur l�histoire des mentalit�s, qui se nourrit des apports de la sociologie, de l�ethnologie, de la psychologie collective, avec l�aide desquelles elle tente de recueillir les moindres signes d�acculturation des masses et de leur comportement religieux, qui se r�v�le notamment par l��tude minutieuse des signatures et des croix appos�es au bas des actes qui marquent la vie du chr�-</p><p>tien (mariages, d�c�s), par celle des inventaires apr�s d�c�s, qui pr�cisent la composition et la valeur du mobilier et qui se r�v�lent particuli�rement pr�-</p><p>cieux lorsqu�ils d�taillent le contenu d�une biblioth�que et permettent, par cons�quent, de d�celer les centres d�in-t�r�t du d�funt.</p><p>Longtemps fille privil�gi�e de l�histoire �v�nementielle, l�histoire politique et institutionnelle ne reste pas insensible � l��volution g�n�rale des sciences historiques. Avec Bernard Guer�e, elle se mue, en effet, en une</p><p>� histoire de l��tat �, dont la puissance administrative, financi�re et militaire appara�t d�sormais comme directement d�termin�e par les ressources �conomiques du pays qui les supporte et par l�adh�sion des diff�rents membres du corps social qui le composent. Et si nous ajoutons que l�histoire diplomatique elle-m�me se transforme sous la direction de Pierre Renouvin en une histoire des relations internationales qui tient compte aussi bien des facteurs �conomiques que des facteurs psychologiques pour expliquer la politique �trang�re des gouvernements, nous saisirons mieux l�importance des transformations de l�histoire depuis un demi-si�cle. Ces derni�res marquent incontestablement le triomphe de l�esprit des Annales ou de quelques puissantes individualit�s qui lui sont en partie ext�rieures, comme Georges Lefebvre (1874-1959), mais qui, comme ses chefs, ont subi l�influence au moins diffuse du marxisme*, qui les a amen�s � privil�gier l��conomie parmi les facteurs explicatifs de l��volution des soci�t�s, sans pour autant adh�rer au</p><p>principe de la lutte des classes.</p><p>En fait, l�heure o� les � Combats pour l�histoire � semblent perdre leur raison d��tre, faute d�adversaires convaincus, l�adh�sion d�un nombre de plus en plus importants de jeunes historiens aux th�ses du mat�rialisme historique ouvre un nouveau conflit entre ceux pour lesquels la soci�t� de l�Ancien R�gime est une soci�t� � ordres et ceux pour lesquels elle est une soci�t� de classes. Commenc�e en fait d�s les ann�es 50, ce d�bat fondamental, qui oppose notamment Roland Mousnier � B. F. Porchnev, ne semble pas devoir bient�t s�apaiser.</p><p>Qu�importe au fond si, � sa faveur, peut �tre maintenue, entre les serviteurs de Clio, cette comp�tition dont le but est de mieux comprendre l�objet fondamental de l�histoire vivante : l�homme enfin appr�hend� dans la totalit� de ses dimensions et dans la diversit� de ses comportements.</p><p>P. T.</p><p>C. V. Langlois et C. Seignobos, Introduction aux �tudes historiques (Hachette, 1897). / C. Seignobos, la M�thode historique appliqu�e aux sciences sociales (Alcan, 1901 ; 2e �d., 1909). / B. Croce, Teoria e storia della storiografia (Bari, 1917, 8e �d., 1963 ; trad. fr.</p><p>Th�orie et histoire de l�historiographie, Droz, Gen�ve, 1968). / E. Collingwood, The Idea of History (Londres, 1932). / H. Berr, l�Histoire traditionnelle et la synth�se historique (Alcan, 1935). / F. Meinecke, Die Entstehung des His-torismus (Berlin, 1936 ; 2e �d., 1946). / R. Aron, Introduction � la philosophie de l�histoire (Gallimard, 1948) ; la Philosophie critique de l�histoire. Essai sur une th�orie allemande de l�histoire (Vrin, 1951 ; nouv. �d., 1969) ; Dimensions de la conscience historique (Plon, 1961).</p><p>/ L. Halphen, Introduction � l�histoire (P. U. F., 1948). / C. Moraz�, Trois Essais sur histoire et culture (A. Colin, 1948). / M. Bloch, Apologie pour l�histoire ou M�tier d�historien (A. Colin, 1949 ; 5e �d., 1964). / L. Febvre, Combats pour l�histoire (A. Colin, 1953 ; 2e �d., 1965) ; Au coeur religieux du XVIe si�cle (Droz, Gen�ve, et S. E. V. P. E. N., 1957) ; Pour une histoire � part enti�re (Droz, Gen�ve, et S. E. V. P. E. N., 1962).</p><p>/ P. Ari�s, le Temps de l�histoire (�d. du Rocher, Monaco, 1954). / H. I. Marrou, De la connaissance historique (�d. du Seuil, 1959 ; 4e �d., 1960) ; Th�ologie de l�histoire (�d. du Seuil,</p><p>1968). / C. Samaran (sous la dir. de), l�Histoire et ses m�thodes (Gallimard, � Encyclop�die de la Pl�iade �, 1961). / J. Ehrard et G. Palmade, l�Histoire (A. Colin, coll. � U �, 1964). / L. E. Hal-kin, Initiation � la critique historique (A. Colin, 1964). / L. Althusser, Pour Marx (Masp�ro, 1965). / J. Glenisson et coll., la Recherche historique en France, de 1940 � 1965 (C. N. R. S., 1965). / J. Marczewski, Introduction � l�histoire quantitative (Droz, Gen�ve, et Minard, 1965). /</p><p>J. Lhomme, �conomie et histoire (Droz, Gen�ve, et Minard, 1967). / H. Van Effenterre, l�Histoire en Gr�ce (A. Colin, coll. � U 2 �, 1967). / J. Bouvier, Histoire �conomique et histoire sociale.</p><p>Recherches sur le capitalisme contemporain (Droz, Gen�ve, et Minard, 1968)./ F. Braudel, �crits sur l�histoire (Flammarion, 1969). /</p><p>R. Delort, Introduction aux sciences auxiliaires de l�histoire (A. Colin, coll. � U �, 1969). / G. Lefebvre, la Naissance de l�historiographie (Flammarion, 1971). / H. Lefebvre, la Fin de l�histoire.</p><p>Epil�gom�nes (�d. de Minuit, 1971). / P. Veyne, Comment on �crit l�histoire, essai d��pist�mologie (�d. du Seuil, 1971). / Histoire et structures, num�ro sp�cial de la revue Annales (A. Colin, 1971).</p><p>HISTOIRE ET</p><p>LITT�RATURE</p><p>Longtemps l�histoire a �t� consid�-</p><p>r�e comme un objet litt�raire, comme une province des belles-lettres ob�issant � des exigences esth�tiques, voire comme un � genre �, au m�me titre que la trag�die ou le roman. Au cours du XIXe s., cons�quence des progr�s de l��rudition et d�un souci de rigueur critique, un renversement s�op�re, qui se confirme au XXe s. : les sollicitations du savoir l�emportent sur les pr�occupations esth�tiques, et l�histoire quitte la litt�rature pour devenir une discipline autonome.</p><p>Il reste que toute une partie de la litt�rature fran�aise, et cela est �galement vrai d�autres litt�ratures nationales, de la latine avec Tacite � la chinoise avec le Chunqiu (Tch�ouen ts�ieou), n�est qu�une longue suite de r�ussites �clantes dues � des �crivains qui ont fait oeuvre d�historiens. Aussit�t une question se pose : faut-il parler d�� �crivains � ou d�� historiens � ?</p><p>Car leur lecture peut se faire � deux niveaux, soit qu�on s�attache � leur valeur proprement historique pour en d�gager la permanence et l�actualit�, soit qu�on se penche, au contraire, sur</p><p>une certaine vibration int�rieure, qui, elle, est d�ordre litt�raire.</p><p>De l�historiographie</p><p>� l�histoire</p><p>L�entr�e de l�histoire dans la litt�rature se produit au XIIe s., quand, � la suite des anciennes annales monastiques et des chroniques universelles �crites en latin, appara�t une historiographie po�-</p><p>tique �crite en langue vulgaire (Wace, Beno�t de Sainte-Maure, Ambroise d��vreux). Ce n�est qu�au d�but du si�cle suivant qu�a lieu une transformation capitale : le r�cit historique en vers s�efface devant la prose, et l�histoire acquiert ainsi sa langue d�finitive gr�ce � ceux qu�on appelle traditionnellement les chroniqueurs.</p><p>Cette apparition de la prose historique n�est pas un fait du hasard, mais correspond au voeu de la conscience collective d�entendre le r�cit des grandes aventures orientales des croisades*. On demande � ceux qui en ont �t� les t�moins oculaires de raconter ce qu�ils ont vu. Leur oeuvre sera donc narrative et �ventuellement pr�texte � des consid�rations morales et psychologiques. En ce sens, elle appartient tout autant � l�histoire (elle veut informer) qu�� la litt�rature (elle est r�cit et manifestation d�une personnalit�).</p><p>Les premiers en date des chro-</p><p>niqueurs sont Robert de Clari (XIIe-XIIIe s.) et Geoffroi de Villehardouin (v. 1150 - v. 1213), qui ont tous deux particip� � la quatri�me croisade. Si Robert de Clari exprime l�opinion de la</p><p>� menue gent � avec pittoresque et na�-</p><p>vet�, Villehardouin fait preuve d�une lucidit� sup�rieure, servie par une expression d�une rare clart�. � vrai dire, cette clart� a pu para�tre suspecte (a-t-il tout dit ?), tendancieuse (n�est-il pas le porte-parole d�un parti ?) : du moins, Villehardouin voit les �v�nements de haut, ne laissant place au d�tail qu�autant que celui-ci �claire l�ensemble.</p><p>Dans cet effort pour dominer son sujet, sans sacrifier la relation narrative, il se r�v�le grand prosateur et pr�curseur de ce qui, au fil des si�cles, deviendra l�histoire. Moins d�un si�cle plus tard, avec Joinville*, la r�flexion c�de en revanche le pas devant la chronique</p><p>anecdotique. On est plus sensible au plaisir litt�raire qu�il procure qu�� la qualit� de son jugement. De m�me, apr�s Jean le Bel (v. 1290-1370), Froissart (1333 ou 1337 - apr. 1400) puise sa mati�re dans la guerre de Cent Ans : interrogeant acteurs et t�moins, il compose une oeuvre brillante, pleine de couleur et de vie, mais indiff�rente aux causes profondes des �v�nements.</p><p>Il faut attendre Commynes* pour qu�� l��nonc� des faits se substitue une vision de moraliste politique qui se veut explicative.</p><p>Inestimable est le t�moignage des chroniqueurs pour la connaissance downloadModeText.vue.download 223 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5364</p><p>d�une �poque. Mais, plus encore, ce qui attire la conscience moderne, c�est la pr�sence de l�homme, qui s�est trouv� plong� dans les �v�nements dont il parle. Et c�est par l� que l�oeuvre de ces chroniqueurs bascule dans la litt�rature.</p><p>Au XVIe s., au contraire, par suite du d�veloppement de l��rudition et d�une plus grande affirmation de l�esprit critique, les historiens humanistes sentent confus�ment que l�histoire est peut-</p><p>�tre un domaine privil�gi�, sans toutefois jamais pouvoir nettement savoir si elle est une discipline avec ses r�gles propres ou un genre litt�raire. � c�t� de l�oeuvre des m�morialistes (Monluc, Brant�me, d�Aubign�*), qui �crivent � leur mani�re l�histoire, surgit un certain nombre de sommes � dues, entre autres, � Jean Bodin* et � Jacques de Thou (1553-1617) � qui, par le fait m�me qu�elles sont r�dig�es en latin, traduisent sans doute cet embarras : l�histoire prend conscience de ses fins, mais ne trouve pas encore son mode d�expression.</p><p>L��ge classique</p><p>Ces incertitudes se dissipent au XVIIe et au XVIIIe s. : l�histoire fait d�sormais partie de la litt�rature. Leurs fronti�res respectives sont impr�cises, et l�une se confond dans l�autre. Fid�le aux</p><p>imp�ratifs qui commandent l�oeuvre classique, l�histoire se plie � deux exigences compl�mentaires : plaire et instruire.</p><p>Elle vise � plaire, c�est-�-dire que, comme la trag�die, elle doit avoir une expression � la hauteur de son objet :</p><p>� Une diction claire, pure, courte et noble �, dira F�nelon. Elle doit aussi respecter l�unit� dramatique : � Il faut dans une histoire, comme dans une pi�ce de th��tre, exposition, noeud et d�nouement � (Voltaire). Mais elle veut �galement instruire : et c�est ainsi qu�au gr� des �poques elle est soit la � sage conseill�re des princes �</p><p>qui se propose une fin apolog�tique (Bossuet*), soit une d�monstration politique (Montesquieu*), soit une arme de pol�mique et de propagande (Voltaire*).</p><p>Reste l�histoire des m�morialistes, qui est moins histoire qu�objet litt�-</p><p>raire. La v�rit� capricieuse de Retz*</p><p>et de Saint-Simon*, leur appr�ciation d�humeur des �v�nements qu�ils ont v�cus font de leurs m�moires le reflet d�une sensibilit� qui affleure � chaque instant, et, � ce titre, ils rel�vent de la litt�rature.</p><p>Le si�cle de l�histoire. Regard sur le pr�sent</p><p>On a appel� le XIXe s. le si�cle de l�histoire : il est le si�cle des grands livres et des grands �crivains. Sans doute, Chateaubriand* est-il � l�origine de cette inflexion du go�t : le G�nie du christianisme pr�pare une nouvelle �cole historique, qui va autant chercher � faire oeuvre d�art qu�� reconqu�rir le pass�.</p><p>On assiste d�ailleurs � un v�ritable envahissement de la litt�rature par l�histoire, comme en t�moigne l�abondance des drames et des romans historiques.</p><p>� Tout prend aujourd�hui la forme de l�histoire : pol�mique, th��tre, roman, po�sie �, constate en 1831</p><p>Chateaubriand. Avant de proposer des faits et une interpr�tation, les historiens ont d�abord conscience d��crire.</p><p>De l�histoire narrative et dramatique d�Augustin Thierry, de l�histoire � philosophique � de Guizot* � la brillante facilit� de Thiers* s�instaure un mode d�expression que r�sume la formule de Barante : � L�art historique, comme</p><p>tous les arts [...]. � Dans la richesse de l�histoire romantique survivent quelques oeuvres : celle de Tocqueville, remarquable de lucidit�, celle d�Edgar Quinet, visionnaire enthousiaste, et celle de Michelet*, surtout, qui est une r�surrection int�grale du pass�. R�surrection : le mot implique la pr�sence attentive, g�n�reuse et sensible d�un �crivain, la vision d�un artiste inspir�.</p><p>Qu�on relise ces lignes de la Pr�face � l�Histoire de France : � Ma vie fut en ce livre : elle a pass� en lui. Il a �t� mon seul �v�nement. Mais cette identit� du livre et de l�auteur n�a-t-elle pas un danger ? L�oeuvre n�est-elle pas color�e des sentiments, du temps, de celui qui l�a faite ? C�est ce qu�on voit toujours.</p><p>Nul portrait si exact, si conforme au mod�le, que l�artiste n�y mette un peu de lui [...] Si c�est l� un d�faut, il nous faut avouer qu�il nous rend bien service. L�historien qui en est d�pourvu, qui entreprend de s�effacer en �crivant, de ne pas �tre, de suivre par derri�re la chronique contemporaine [...] n�est point du tout historien [...]. L�histoire, dans le progr�s du temps, fait l�historien bien plus qu�elle n�est faite par lui.</p><p>Mon livre m�a cr��. C�est moi qui fus son oeuvre. �</p><p>L�histoire est objet de litt�rature parce que c�est un homme qui l��crit.</p><p>Aussi, en d�pit des progr�s de la science, en d�pit de leur volont� d��tre des hommes de science, les historiens de la g�n�ration suivante � Taine*, Renan*, Fustel de Coulanges � resteront avant tout des �crivains, s�il est vrai que ce par quoi ils nous captivent, c�est la manifestation d�une sensibilit� li�e � un pouvoir d�expression.</p><p>Mais, apr�s eux, l�histoire se d�-</p><p>tache d�finitivement de la litt�rature.</p><p>� la fin du XIXe s., l�histoire histori-sante est l�histoire des professeurs ; aujourd�hui, l�histoire est devenue un travail d��quipe o� s�interf�rent toutes les branches du savoir. Histoire sans litt�rature, ou alors la litt�rature est suspecte. On comprend l�anxi�t� d�un Lucien Febvre s�interrogeant sur l�avenir de l�histoire : � L�histoire se fait avec des documents �crits, sans doute.</p><p>Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire sans documents �crits s�il n�en existe point. Avec tout ce</p><p>que l�ing�niosit� de l�historien peut lui permettre d�utiliser pour fabriquer son miel, � d�faut des fleurs usuelles.</p><p>Donc avec des mots. Des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises herbes. Des �clipses de lune et des colliers d�atte-lage. Des expertises de pierres par des g�ologues et des analyses d��p�es en m�tal par les chimistes. D�un mot, avec tout ce qui, �tant � l�homme, d�pend de l�homme, sert � l�homme, exprime l�homme, signifie la pr�sence, l�activit�, les go�ts et les fa�ons d��tre de l�homme. �</p><p>A. M.-B.</p><p>histologie</p><p>�tude microscopique des tissus animaux et v�g�taux et des cellules qui les constituent.</p><p>Discipline voisine de la cytologie, qui �tudie les cellules isol�es, l�histologie �tudie maintenant, comme celle-ci, non seulement la morphologie des tissus, mais leurs constituants chimiques (histochimie) et leurs activit�s biologiques (histophysiologie).</p><p>En biologie, elle apporte des �l�-</p><p>ments fondamentaux � la physiologie, dont elle permet d�interpr�ter les r�sultats ; elle fournit des renseignements essentiels � l�embryologie et � la syst�matique, aussi bien dans le r�gne animal que dans le r�gne v�g�tal.</p><p>En m�decine, l�histologie proprement dite est l�anatomie microscopique : elle permet de conna�tre l��tat normal des tissus et des organes. Les techniques histologiques appliqu�es aux tissus malades constituent l�histopathologie, ou anatomie pathologique microscopique : c�est la base de la pathologie dans toutes les branches de la m�decine.</p><p>Historique</p><p>N�e avec le microscope, l�histologie s�est surtout d�velopp�e � partir de 1830, lorsque sont apparus les premiers instruments d�optique perfectionn�s. Elle a connu un grand essor au milieu du XIXe s. et au d�but du XXe s. Son histoire est d�ailleurs diffi-</p><p>cile � dissocier de celle de l�anatomie pathologique microscopique et de celle de la physiopathologie cellulaire. Les noms de Th. Schwann (1810-1882), de W. von Waldeyer (1836-1921),</p><p>de C. Golgi (1843-1926) et de J. von Gerlach (1820-1896) � l��tranger, de V. Cornil (1837-1908), de L. Prenant (1861-1927), de L. A. Ranvier (1835-1922) et de Ch. Robin (1821-1885) en France ont notamment illustr� cette histoire dans le domaine des structures tissulaires, des divisions et des multiplications cellulaires. L�histologie du syst�me nerveux, particuli�rement d�-</p><p>licate et riche en implications physio-pathologiques, a b�n�fici� plus sp�cialement des travaux de K. F. Burdach (1776-1847), de J. E. Purkinje (1787-1869), de P. E. Flechsig (1847-1929), de S. Ram�n y Cajal (1852-1934), de A. Van Gehuchten (1861-1914), de F. Nissl (1860-1919) et de I. Bertrand (1893-1965).</p><p>Plus r�cemment, l�histophysiolo-</p><p>gie, qui s�est progressivement orient�e dans le sens de l�histochimie gr�ce aux techniques de F. Schiff (1889-1940), de R. D. Hotchkiss (n� en 1911) et de J. F. A. MacManus (n� en 1911), a eu comme promoteur l�Am�ricain R. G. Harrison (1870-1959) et le Fran�ais Alexis Carrel (1873-1944), auxquels ont fait suite les tenants de l��cole fran�aise contemporaine, P. Bouin (1870-1962), et P. Masson (1880-1959). Ces diverses �tapes ont d�coul� de la notion de pathologie cellulaire �nonc�e par R. Virchow en 1855 : Omnis cellula e cellula, et qui a �t� l�une des principales acquisitions de la seconde moiti� du XIXe s.</p><p>Techniques</p><p>histologiques</p><p>L��tude des tissus � l��tat vivant est la plus int�ressante au point de vue biologique, puisqu�elle permet de saisir l��tat normal, mais elle se heurte � de nombreux inconv�nients ; aussi est-on oblig�, pour saisir de nombreux d�tails, de fixer (de coaguler), de couper et de colorer les pr�parations qui seront observ�es au microscope, en s�effor�ant downloadModeText.vue.download 224 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5365</p><p>de les conserver dans un �tat aussi voisin que possible de l��tat vivant.</p><p>Observation et colorations</p><p>� vitales �</p><p>Le proc�d� le plus imm�diat consiste � monter l�objet biologique � observer entre une lame et une lamelle de verre, dans son milieu de vie normal ou dans un milieu synth�tique ayant des propri�t�s identiques (feuille de plante aquatique observ�e dans l�eau, cellules sanguines dans un solut� physiologique). Ce montage, dit � vital �, offre l�avantage de permettre l�observation de cellules en p�riode d�activit�. Malheureusement, on est tout de suite limit�, dans l�immense majorit� des cas, par le faible contraste de la mati�re cellulaire. Dans quelques, cas exceptionnels, des constituants cellulaires naturellement pigment�s sont ais�ment discernables (chloroplastes verts, vacuoles rouges ou bleues des cellules �pidermiques de p�tales de da-hlias, etc.). Mais, la plupart du temps, des moyens artificiels doivent �tre mis en oeuvre pour rendre l�observation possible. On peut modifier les syst�mes optiques utilis�s : l�introduction du contraste de phase, par exemple, repr�sente une am�lioration sensible du microscope courant et am�liore l�observation vitale. L�utilisation de colorants � vitaux � pourrait constituer une bonne solution ; l� encore, les r�sultats ne sont que tr�s partiels, �tant donn� le nombre r�duit de substances utilisables et la difficult� qu�il y a � d�terminer les concentrations convenables, qui varient en fonction des cat�gories cellulaires �tudi�es et de leur �tat physiologique.</p><p>Pr�parations fix�es et color�es</p><p>L�arsenal des substances color�es non vitales est consid�rablement plus vaste, et leur emploi couvre l�immense majorit� des cas, surtout en histologie et en histopathologie m�dicales. Il convient de pr�lever les pi�ces le plus t�t possible apr�s la mort (n�cropsie) ou parfois sur le vivant (biopsie, exp�rimentation sur l�animal). Les pi�ces sont imm�diatement fix�es, puis incluses</p><p>dans une substance qui permettra de faire des coupes, enfin color�es et plac�es entre lame et lamelle pour l�examen au microscope.</p><p>y La fixation. Fixer un organe, un tissu, une cellule, c�est les conserver dans un �tat aussi proche que possible de l��tat vivant (stopper les pullulations microbiennes, s�opposer � l�autolyse des constituants, insolubili-ser les organites ou substances qu�on se propose d��tudier, s�opposer aux modifications de formes et de dimensions), mais c�est aussi pr�parer les structures aux traitements ult�rieurs, en particulier � la r�tention du ou des colorants utilis�s. Les fixateurs employ�s, des m�langes polyvalents la plupart du temps, mais aussi le froid, accompagn� d�une d�shydratation tr�s pouss�e, ou la chaleur, qui coagule les prot�ines, ne sont cependant pas universels. Les plus utilis�s couramment sont l�alcool �thylique � 80�, le for-mol, l�acide picrique, l�acide ac�tique (ces trois derniers �tant r�unis dans le liquide de Bouin). L�acide osmique est d�un emploi plus difficile. Chacun de ces fixateurs a des avantages et des inconv�nients (coagulation plus ou moins brutale du cytoplasme, du noyau ou de leurs constituants), et l�imperfection de la fixation peut avoir pour effet l�apparition d�aspects morphologiques qui n�existent pas</p><p>� in vivo �, les artefacts, qu�il faut savoir d�pister.</p><p>y L�inclusion. Une fois la fixation obtenue dans le liquide appropri�, vient l�inclusion des pi�ces dans une substance choisie demi-dure, paraffine ou r�sine synth�tique, afin de cr�er une consistance homog�ne favorable pour la coupe. La m�thode � la paraffine est la plus couramment employ�e, car de r�alisation rapide, notamment pour les petites pi�ces. On se sert de paraffine fondue � 57 �C, qui se solidifie � la temp�rature du local. Les m�thodes employant des r�sines synth�tiques sont plus longues, mais elles sont les seules applicables aux pi�ces dures (os, cartilage), ainsi que dans le cas de la microscopie �lectronique.</p><p>y Confection des coupes. Lorsque a �t� obtenu un durcissement suffi-</p><p>sant du bloc dans lequel est incluse la pi�ce, on proc�de � la coupe avec un microtome, appareil comportant un porte-bloc qui avance par paliers de 2 � 15 &#x3BC;, pr�sentant � chaque progression le bloc � un rasoir qui effectue la coupe au passage (comme un appareil � couper le jambon). Des microtomes perfectionn�s munis de rasoirs en verre ou en diamant permettent d�obtenir des coupes de 500 � 1 000 � d��paisseur, qui conviennent au passage des �lectrons du microscope �lectronique.</p><p>y Coloration. La coloration s�obtient apr�s d�paraffinage, en plongeant la coupe, coll�e sur une lame de verre, dans des bains colorants dont les constituants ont une affinit� �lective pour tel compartiment cellulaire ou tel constituant, augmentant les contrastes et favorisant l�observation. La coloration trichrome de Masson associe l�h�malun de Masson, qui colore les noyaux en brun noir, le ponceau de xylidine, qui colore le cytoplasme en rouge, et le bleu d�aniline, qui colore les fibres de collag�ne en bleu. Une telle coloration, qui met en valeur les structures du point de vue morphologique, est dite � topographique �. On emploie aussi tr�s souvent en histologie les colorations � l�h�mat�ine-</p><p>�osine et l�h�matoxyline.</p><p>En microscopie �lectronique (o� il n�y a pas de couleurs), il est n�cessaire d�augmenter le contraste aux �lectrons.</p><p>On y parvient au moment de la fixation si le fixateur employ� contient les �l�ments susceptibles de se combiner aux constituants des ultrastructures.</p><p>Sinon, c�est en plongeant les coupes, juste avant l�observation, dans des solutions de m�taux lourds qu�on obtient ce r�sultat.</p><p>Apr�s la coloration, le montage</p><p>consiste enfin � �tendre sur la coupe un milieu isor�fringent avec le verre de la lame porte-objet. On utilise habituellement le baume du Canada.</p><p>Techniques</p><p>histochimiques et</p><p>cytochimiques</p><p>Des m�thodes sp�ciales sont utili-</p><p>s�es pour d�celer certaines substances particuli�res.</p><p>Consid�rons par exemple un proc�d� de d�tection des acides nucl�iques. Des coupes obtenues comme ci-dessus sont immerg�es dans le m�lange colorant de Pappenheim-Unna, associant le vert de m�thyle, qui colore l�acide d�soxyri-bonucl�ique (A. D. N.), et la pyronine, qui colore des acides ribonucl�iques (A. R. N.) : la pyronine colore aussi d�autres substances que l�A. R. N. ; elle est donc sans valeur si elle est employ�e seule. Des pr�parations t�moins sont n�cessaires pour effectuer un test de contr�le (test de Brachet). Elles sont soumises � l�action d�une substance d�truisant sp�cifiquement l�A. R. N., la ribonucl�ase, ou R. N.-ase. Apr�s coloration des deux lots de pr�parations, la coloration par la pyronine doit avoir disparu du jeu de coupes trait�es par la R. N.-ase.</p><p>Histo-autoradiographie</p><p>Cette m�thode associe l�histochimie � l�emploi de radio-�l�ments qui, utilis�s � dose infime et m�me si leur �nergie de rayonnement est faible, peuvent �tre d�tect�s et localis�s avec une pr�cision allant jusqu�� l��chelle des organites.</p><p>La m�thode repose sur l�impression d�une �mulsion photographique mise au contact de la pr�paration microscopique. Les lieux d��mission sont mat�rialis�s par les grains d�argent (r�duction du bromure d�argent en argent m�tallique) form�s au niveau des �l�ments radio-actifs. C�est ainsi qu�on peut localiser les synth�ses d�A. D. N. si l�on fournit aux cellules un pr�curseur sp�cifique, la thymi-dine, marqu� par remplacement de ses atomes d�hydrog�ne par du tritium 3H.</p><p>Cette m�thode permet de suivre des atomes, mais non, en toute rigueur, des mol�cules.</p><p>Histo-enzymologie</p><p>Avec l�histo-enzymologie, l�histochimie atteint pleinement la signification fonctionnelle de la cellule (histophysiologie). Les techniques dont il s�agit, et qu�il est impossible de d�velopper ici, permettent de d�celer non pas une enzyme, mais les signes de l�activit�</p><p>enzymatique. D�emploi tr�s d�licat, chaque proc�d� doit �tre parfaitement bien compris, de fa�on qu�en puissent �tre appr�ci�es les limites.</p><p>Histologie en micro-</p><p>scopie �lectronique</p><p>Si le microscope �lectronique n��quipe encore que quelques laboratoires privil�gi�s, son pouvoir s�parateur est tel qu�on peut obtenir par exemple des microphotographies des structures des fibres collag�nes, des myofibrilles ou des neurofibrilles et de tous les organites des cellules, mitochondries, appareil de Golgi, etc. L��tude histologique des tissus au microscope �lectronique apporte des �l�ments essentiels dans la connaissance des affections r�nales, h�patiques et dans la surveillance de leur �volution.</p><p>R. M. et M. R.</p><p>F Cellule / Enzyme / Microscope �lectronique /</p><p>Radio-activit� / Tissu.</p><p>B. Romeis, Mikroskopische Technik (Munich, 1948). / M. Langeron, Pr�cis de microscopie (Masson, 1949). / L. Lison, Histochimie et cytochimie animales (Gauthier-Villars, 1952 ; 2e �d., 1960). / J. F. Danielli (sous la dir. de), General Cytochemical Methods (New York, 1958-1961 ; 2 vol.). / G. Dubreuil et A. Baudri-mont, Manuel th�orique et pratique d�histologie (Vigot, 1959 ; nouv. �d. par G. Dubreuil et R. Canivenc, 1967, 2 vol.). / A. G. E. Pearse, Histochemistry. Theorical and Applied (Londres, 1961 ; 3e �d., 1969, 2 vol.). / M. S. Burstone, Enzyme Histochemistry and its Application in the Study of Neoplasms (New York-Londres, 1963).</p><p>/ T. S. et C. R. Leeson, Histology (Philadelphie, 1966 ; 2e �d., 1970 ; trad. fr. Histologie (Masson, downloadModeText.vue.download 225 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5366</p><p>1971). / J. Verne, l�Histologie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966). / R. et M. Martoja-Pierson, Initiation aux techniques de l�histologie animale (Masson, 1967).</p><p>histolyse</p><p>F D�DIFF�RENCIATION ET HISTO-</p><p>LYSE.</p><p>Hitchcock (Alfred) Metteur en sc�ne de cin�ma britannique, naturalis� am�ricain (Londres 1899).</p><p>Engag� en 1920 comme r�dacteur</p><p>d�intertitres par la succursale anglaise de la Famous Players Lasky, Alfred Hitchcock devient en 1922 assistant-r�alisateur (de Jack Graham Cutts notamment). En 1925, le producteur Michael Balcon lui offre sa premi�re chance de metteur en sc�ne. The Plea-sure Garden sera tourn� en Allemagne dans les studios munichois et au Tyrol.</p><p>Apr�s quelques autres longs m�trages, qui apparaissent avec le recul du temps comme des oeuvres mineures (The</p><p>Mountain Eagle, 1926 ; The Lodger, 1926 ; Downhill, 1927 ; Easy Virtue, 1927 ; The Ring, 1927 ; The Farmer�s Wife, 1928 ; Champagne, 1928 ; The Manxman, 1929), le talent du futur</p><p>� ma�tre du suspense � �clate dans Chantage (Blackmail, 1929), tourn� en muet, puis postsynchronis� (ce sera le premier film parlant britannique). Le style de Hitchcock est, � cette �poque, tr�s influenc� par l�expressionnisme.</p><p>Mais l��l�gance et le brio de la mise en sc�ne tranchent nettement sur la m�diocrit� des productions courantes.</p><p>Avant d��tre appel� en 1939 aux �tats-Unis par David O. Selznick, Hitchcock signe dans son pays natal plusieurs oeuvres de valeur, dont Juno and the Paycock (1930), Murder (1930), The Skin Game (1931), Rich and Strange (1932), l�Homme qui en savait trop (The Man who knew too much, 1934), les Trente-Neuf Marches (The Thirty-Nine Steps, 1935), Quatre de l�espionnage (The Secret Agent, 1936), Sabotage (1936), Young and Innocent (1937), Une femme dispara�t (The Lady vanishes, 1938), la Taverne de la Jama�que (Jamaica Inn, 1939). En Am�rique, l�� horloger diabolique �</p><p>est tr�s vite ma�tre d�un style qui fera l�admiration du public et des critiques par cet habile dosage de virtuosit� technique et de justesse psychologique.</p><p>Films d�espionnage, films-poursuites, m�lodrames psychanalytiques, huis clos angoissants, � thrillers � vont se succ�der sur les �crans du monde entier pendant plus de trente ans pour le plus</p><p>grand r�gal des amateurs. Tour � tour on essaiera de faire de Hitchcock un amuseur d�sinvolte, un habile d�fricheur d��nigmes, un ma�tre du mys-t�re et du frisson. Certains ex�g�tes en mal d�idoles iront jusqu�� faire de lui un philosophe, voire un m�taphy-sicien. Hitchcock s�est d�fendu de cet exc�s d�honneur : � Inutile de me pr�ter des intentions profondes. Je ne suis nullement int�ress� par le message ou la morale d�un film �, mais en fut probablement secr�tement flatt�. Il est en effet ind�niable que, parmi les cin�astes qui ont abord� le film noir, il est l�un des seuls qui soit parvenu � lui donner une � �me �. Sans perdre jamais de vue les r�gles de la r�ussite commerciale, il exploite un genre dont il n�est pas le moins du monde prisonnier :</p><p>� Si je tournais Cendrillon, les gens ne seraient contents que si je mettais un cadavre dans le carrosse. Pour certains de mes films les spectateurs ne peuvent supporter l�angoisse. Cela m�amuse �norm�ment. Je m�int�resse moins aux histoires qu�� la fa�on de les raconter. �</p><p>Apr�s Rebecca (1940) se succ�d�rent Correspondant 17 (Foreign Correspondent, 1940), Joies matrimoniales (Mr. and Mrs. Smith, 1941), Soup�ons (Suspicion, 1942), Cinqui�me Colonne (Saboteur, 1942), l�Ombre d�un doute (Shadow of a Doubt, 1943), Lifeboat (1943), la Maison du Dr. Edwardes (Spellbound, 1945), les Encha�n�s (Notorious, 1946), le Proc�s Paradine (The Paradine Case, 1947), la Corde (The Rope, 1949), les Amants du Ca-pricorne (Under Capricorn), 1949, le Grand Alibi (Stage Fright, 1950), l�Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train, 1951), la Loi du silence (I Confess, 1952), Le crime �tait presque parfait (Dial M for Murder, 1953), Fe-n�tre sur cour (Rear Window, 1954), la Main au collet (To Catch a Thief, 1955), Mais qui a tu� Harry ? (The Trouble with Harry, 1955), l�Homme qui en savait trop (1956, remake), le Faux Coupable (The Wrong Man, 1957), Sueurs froides (Vertigo, 1958), la Mort aux trousses (North by Nor-thwest, 1959), Psychose (Psycho, 1960), les Oiseaux (The Birds, 1963), Pas de printemps pour Marnie (Marnie, 1964), le Rideau d�chir� (Torn Curtain, 1966), l�Etau (Topaz, 1969), Frenzy (1971). Tous les films de Hitchcock tournent autour d�un secret. Tous</p><p>les personnages incarnent un coupable possible. Le r�alisateur joue avec un art consomm� de la fausse �vidence et de la culpabilit�. Il construit son intrigue avec ruse et intelligence (et parfois un humour qui brise la tension du r�cit sans en amoindrir le suspense) autour de trois personnages types : le coupable, le faux coupable, l�enqu�teur.</p><p>Le spectateur est pris au pi�ge de l�apparence. Ainsi, les oeuvres de Hitchcock sont loin d��tre seulement des �nigmes polici�res. Le talent de l�auteur s�exprime moins par son habilet� � r�soudre un probl�me criminel que par les dimensions psychologiques ou psychanalytiques qu�il pr�te � ses personnages. � Hitchcock est le seul qui sache chaque fois 1o nous surprendre, 2o nous tendre un trousseau de clefs, 3o nous reprendre les clefs une � une pour nous laisser devant cette �vidence : une porte toujours battante au seuil du m�me myst�re � (Andr� S. Labarthe).</p><p>J.-L. P.</p><p>E. Rohmer et C. Chabrol, Hitchcock (�d. universitaires, 1957). / B. Amengual et R. Borde, Hitchcock (Serdoc, Lyon, 1960). / P. Bogda-novich, The Cinema of Alfred Hitchcock (New York, 1962). / H. P. Manz, Alfred Hitchcock (Zurich, 1962). / G. S. Perry, The Films of Alfred Hitchcock (Londres, 1965). / R. Wood, Hitchcock�s Films (Londres, 1965 ; 2e �d., 1969). /</p><p>F. Truffaut, le Cin�ma selon Hitchcock (Laffont, 1966). / J. Douchet, Alfred Hitchcock (l�Herne, 1967). / N. Simsolo, Alfred Hitchcock (Seghers, 1969). / M. Est�ve (sous la dir. de), Alfred Hitchcock (Lettres modernes, 1971).</p><p>Hitler (Adolf )</p><p>Homme d��tat allemand (Braunau,</p><p>Haute-Autriche, 1889 - Berlin 1945).</p><p>Lorsque, le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich, c�est une p�riode nouvelle qui commence pour l�Allemagne. Il est le chef du parti nazi, fond� en 1920, qui ne cache pas son d�sir de lutter contre � le caract�re dissolvant de l�esprit d�mocratique et r�publicain �. Pour beaucoup d�historiens, le national-socialisme* est un mouvement n� avec Hitler et qui dispara�tra avec lui, un accident dans l�histoire d�Allemagne. Cette opinion m�rite d��tre nuanc�e, car le national-</p><p>socialisme, s�il exacerbe des tendances nationalistes et racistes, ne les invente pas. Il y a entre la derni�re p�riode du IIe Reich et le national-socialisme des rapports �troits. Une continuit� de l�imp�rialisme allemand se manifeste de Guillaume II � Hitler en passant par F. Ebert et G. Stresemann.</p><p>Les d�buts</p><p>Hitler n�est pas un Allemand ; ce fils de douanier est un Autrichien, n� le 20 avril 1889 � Braunau, petite ville � la fronti�re austro-allemande. Il fait ses �tudes en Haute-Autriche, en particulier � Linz, et fr�quente le coll�ge moderne (Staatsrealschule) jusqu�en 1905. Il est peu travailleur, et comme il le dit lui-m�me : � J��tudiais ce qui me plaisait ; je sabotais compl�tement ce qui me paraissait sans importance ou ne m�int�ressait pas. �</p><p>Son p�re meurt d�s 1903, mais laisse � sa famille des ressources tr�s convenables, ce qui d�ment tous les documents montrant Hitler dans la mis�re.</p><p>M�me quand il habite un foyer pour hommes, il semble bien que ce soit pour �viter de servir dans l�arm�e des Habsbourg.</p><p>Hitler se rend � Vienne pour en-</p><p>trer � l��cole des beaux-arts, o� il est ajourn�. Il est de m�me �cart� de l��cole d�architecture, mais son s�jour � Vienne le marque profond�ment. Il vit de sa peinture et vend relativement bien ses aquarelles. Ses interm�diaires, ses acheteurs sont juifs, et cela renforce l�antis�mitisme dans lequel il a �t� �lev� par les ma�tres de Linz. Il est, de plus, profond�ment influenc�, pendant toute cette p�riode, par le mouvement social-chr�tien autrichien, anim� par Karl Lueger (1844-1910), et le parti de Georg von Sch�nerer (1842-1921), violemment antis�mite.</p><p>Il lit avec avidit� Georges Sorel, Nietzsche, Schopenhauer. Sa haine s�accro�t contre les juifs, les sociaux-d�mocrates, les syndicats, le parlement et les Habsbourg. Tr�s vite il �tablit un lien entre marxisme, social-d�mocratie, parlementarisme, juda�sme. Il est aussi impressionn� par les structures de l��glise catholique, qui inspireront plus tard l�organisation de son parti.</p><p>Dans ce monde cosmopolite qu�est la</p><p>Vienne des ann�es d�avant guerre, o� cohabitent Allemands, Tch�ques, Polonais, Hongrois, Croates et Italiens, se d�veloppe chez lui un pangermanisme exacerb�. Hitler vitup�re le syst�me des Habsbourg, qui condamne � mort le germanisme � en 10 millions d��tres humains �. D�s ce moment, il se tourne vers l�Allemagne, o� il s�installe en mai 1913. Si court ait-il �t�, le s�jour � Vienne a profond�ment marqu� Hitler, qui y a con�u l�id�e d�une grande nation allemande.</p><p>Pendant pr�s d�un an et demi, Hitler vit � Munich, o� il lit beaucoup, et des ouvrages fort divers, de mani�re souvent superficielle, en autodidacte petit-downloadModeText.vue.download 226 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5367</p><p>bourgeois, sans esprit critique, pr�t � accepter toute id�e qui rejoindrait les siennes propres.</p><p>En ao�t 1914, il s�engage dans</p><p>l�arm�e bavaroise, alors que, quelques mois plus t�t, le r�fractaire qu�il �tait avait �t� d�clar� inapte au service. D�s octobre 1914, il est au front de l�Ouest, o� il se montre brave et remporte plusieurs citations. Il est m�me d�cor� de la croix de fer de premi�re classe, fait tr�s rare pour un simple caporal. Gravement bless� aux yeux par les gaz, il est envoy� en Pom�ranie, o� il apprend la fin de la guerre et la proclamation de la r�publique.</p><p>Il est renvoy� � Munich, o� certains pensent qu�il aurait � vainement essay�, avant la chute des soviets, d�adh�rer au communisme �. En tout cas, il a probablement port� un brassard rouge et transig� jusqu�en 1919 avec les troupes des conseils d�ouvriers et de soldats.</p><p>D�s l�entr�e des troupes l�gales � Munich, il est charg� de d�couvrir ceux qui ont agi en faveur des soviets, puis il est envoy� dans un cours de formation civique antibolchevique. Il devient Bildungsoffizier, commissaire politique d�un r�giment bavarois, et reste dans la Reichswehr jusqu�au 1er avril 1920. Il adh�re en 1919 au parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpar-</p><p>tei), fond� par un ouvrier de Munich, A. Drexler. Il y rejoint un ing�nieur, Gottfried Feder, le premier th�oricien du parti, et le capitaine R�hm, le futur chef des SA. Tr�s vite, Hitler entre au comit� directeur du mouvement, puis en prend la direction et change son nom en � parti national-socialiste des travailleurs allemands � (Nationalso-zialistische Deutsche Arbeiterpartei</p><p>[NSDAP]). De ce groupuscule, qui, en 1919, comptait soixante membres, Hitler fait un v�ritable parti, dont le journal, V�lkischer Beobachter, tire en 1922 � 20 000 exemplaires ; d�abord hebdomadaire, cet organe devient quotidien � partir de 1923. D�s lors, la vie de Hitler ne fait plus qu�un avec celle de son parti.</p><p>D�s 1921, Hitler cr�e un service d�ordre qui deviendra les sections d�assaut, les SA (Sturmabteilung), et associe � son parti des hommes qui prendront bient�t des responsabilit�s importantes : Hermann G�ring, Rudolf Hess, Otto et Gregor Strasser, Alfred Rosenberg, Wilhelm Frick, R�hm et enfin Ludendorff*. Deux tendances apparaissent rapidement : l�une autour des fr�res Strasser est nettement socialiste, hostile au grand capital et veut transformer profond�ment l��conomie allemande ; Alfred Rosenberg, au contraire, qui sera le penseur du parti, est le tenant de la lutte contre le bolchevisme.</p><p>En novembre 1923, Hitler tente � Munich un coup d��tat, qui �choue.</p><p>Arr�t�, il est condamn� � cinq ans de forteresse ; il ne reste que neuf mois � la prison de Landsberg, o� il r�dige Mein Kampf. D�s sa sortie de prison, il r�organise son parti, lui donne un caract�re moins r�volutionnaire, malgr� l�influence de Gregor Strasser, qui, � Berlin, a fond� un journal, l�Arbeiter Zeitung, et d�veloppe son influence sur l��lectorat de l�Allemagne du Nord.</p><p>Il pactise avec les milieux industriels et critique l�anticl�ricalisme et les tendances au paganisme du parti. En 1926, il nomme Goebbels � un tout jeune intellectuel, dynamique, ancien ami des Strasser � Gauleiter � Berlin ; il peut ainsi renforcer son influence en Allemagne du Nord.</p><p>La r�organisation du parti nazi apr�s 1926</p><p>Tout autour du parti, Hitler fonde des associations nombreuses. Les troupes de choc SS (Schutzstaffel) sont institu�es en 1925 ; les Jeunesses hitl�-</p><p>riennes suivent peu apr�s, ainsi que les Associations nationales-socialistes d��tudiants, d�enseignants, de femmes, etc. En m�me temps, il donne une structure tr�s centralis�e au parti, dont les chefs locaux, y compris les chefs de r�gion � Gauleiter �, sont nomm�s directement par lui.</p><p>Jusqu�en 1928, le parti v�g�te ; il n�a, cette ann�e-l�, que 800 000 �lecteurs. Mais le d�veloppement de la crise �conomique et les talents d�organisateur de Hitler lui donnent bient�t toutes ses chances. D�s 1929, il progresse rapidement. En 1930, il compte 6 400 000 �lecteurs et 107 d�put�s ; en juillet 1932, 13 750 000 �lecteurs et 230 d�put�s ; en novembre 1932, 11 750 000 �lecteurs et 196 d�put�s.</p><p>Il est devenu le premier parti d�Allemagne gr�ce � sa d�magogie, � sa violence, gr�ce aussi � sa propagande, qui trouve un large �cho dans l�opinion publique. En 1933, quand il prendra le pouvoir, le parti nazi aura d�j� plus d�un million d�adh�rents, recrut�s dans les classes moyennes, mais aussi dans la classe ouvri�re.</p><p>� Mein Kampf �</p><p>Ce qui frappe durant toute cette p�-</p><p>riode chez Hitler, c�est sa d�magogie et en m�me temps son sens de l�action politique. Tout cela appara�t nettement � la lecture de son oeuvre essentielle, Mein Kampf, compilation � la fois autobiographique et politique dans laquelle il d�finit le national-socialisme. La th�orie en avait �t� expos�e une premi�re fois en f�vrier 1920, de mani�re abr�g�e, dans le programme en vingt-cinq points du parti ouvrier allemand, inspir� par la soci�t� de Thul�, organisation clandestine de l�Ordre germanique, fond�e en 1912</p><p>par un Bavarois, Rudolf von Sebotten-dorff. Le programme avait �t� r�dig� en grande partie par Feder, avec la collaboration de Dietrich Eckart, au-</p><p>teur connu, et d�Alfred Rosenberg. Le r�le de Gottfried Feder fut sans doute essentiel, d�autant qu�� cette �poque celui-ci apparaissait comme un v�ritable th�oricien politique. C�est lui qui forgea cette formule qui eut tant de r�sonance : � Lutte contre l�esclavage capitaliste. � En m�me temps, inspir� par Hitler et par la soci�t� de Thul�, le programme eut d�s le d�but un net caract�re antis�mite.</p><p>La doctrine de Hitler n�offre pas d�originalit� : l�id�e du grand Reich allemand est emprunt�e aux panger-manistes ; celle de la sup�riorit� de la race germanique vient de Gobineau*, de H. S. Chamberlain et de Nietzsche ; l�apologie de la guerre et de la violence, le culte de la force se trouvent d�j� chez E. M. Arndt et Hegel. Mais les id�es de Hitler sont marqu�es par son caract�re passionnel, d� � son temp�rament et � la crise de 1918. Hitler d�signe les juifs comme les responsables de la d�faite : race d�cr�t�e impure, ils cherchent � souiller l�ethnie aryenne et � propager les id�ologies n�fastes : marxisme, internationalisme, individualisme et lib�ralisme. Il faut donc d�barrasser le Reich des juifs, le r�g�n�rer par le sang aryen ; les Allemands seront guid�s par le F�hrerprin-zip. Pour ruiner l�oeuvre du trait� de Versailles, l�Allemagne se constituera un Lebensraum (� espace vital �).</p><p>Hitler, parti de formules utopiques contre l�int�r�t et les trusts pour s�-</p><p>duire la petite bourgeoisie, s�appuie tr�s vite sur les classes dirigeantes. En fait, l�id�ologie nationale-socialiste est inconsistante : tout Mein Kampf est domin� par l�id�e de propagande.</p><p>Il faut impressionner, et ce sera la raison fondamentale de l�installation de Hitler au Berghof, le � nid d�aigle �, sur l�Obersalzberg, pr�s de Berchtes-gaden, des palais hitl�riens colossaux.</p><p>Il faut viser le plus bas possible avec le moins de scrupules possible. Mein Kampf n�est pas un trait� id�ologique : c�est un guide d�action, et Hitler, petit-bourgeois lui-m�me, utilise la peur des petits-bourgeois d��tre prol�taris�s. Il leur promet le pouvoir, et c�est pourquoi il sera suivi. Il est vrai qu�il sera aussi servi par son sens de la propagande, du discours politique � carac-</p><p>t�re souvent hyst�rique, de la mise en sc�ne. Il sera d�ailleurs admirablement �paul� par ses collaborateurs, tels Goebbels ou Albert Speer. Au fur et � mesure que le parti grandira, qu�il aura des chances d�arriver au pouvoir, son programme deviendra de moins en moins social.</p><p>� la t�te du IIIe Reich</p><p>Le 30 janvier 1933, Hitler est appel� � la chancellerie ; il y arrive gr�ce � son sens politique, � sa capacit� d�utiliser les hommes, � son cynisme et � son</p><p>� bluff �. Ceux qui l�ont appel� � la chancellerie, von Papen et les ma�tres de forge de la Ruhr, sont convaincus qu�ils sauront le contr�ler, mais c�est le contraire qui se produira. En 1934, pour garder la direction de l��tat, Hitler trahira son vieil ami R�hm, le chef tar� des SA, qu�il fera assassiner avec plusieurs centaines de personnalit�s au cours de la � Nuit des longs couteaux �, le 30 juin 1934. Il s�acquiert ainsi la reconnaissance de l�arm�e qui l�aide � succ�der sans difficult� au pr�sident du Reich, le mar�chal Hindenburg, apr�s la mort de ce dernier le 2 ao�t 1934.</p><p>C�est par le bluff que Hitler triomphe des Fran�ais, en d�cr�tant en 1935</p><p>le r�tablissement du service militaire obligatoire et en r�occupant en 1936 la rive gauche du Rhin. C�est encore par le bluff qu�il m�ne en 1938 et en 1939</p><p>la politique d�expansion annonc�e dans Mein Kampf. D�s 1925, en effet, Hitler d�clarait qu�il fallait constituer un noyau allemand de 80 � 100 millions d�habitants en occupant tous les territoires qui, � un moment quelconque, avaient �t� allemands. Il insistait d�j� sur le devoir de d�peupler pour emp�-</p><p>cher la prolif�ration des races inf�-</p><p>rieures, slave ou juive.</p><p>Hitler joue un r�le d�terminant dans la politique ext�rieure. Il pousse au rapprochement avec le Saint-Si�ge d�s 1933, avec la Pologne en 1934 et avec la Grande-Bretagne en 1935. Il essaie d�annexer l�Autriche d�s juillet 1934, en laissant ses partisans assassiner le chancelier Dollfuss. En f�vrier 1938, il expose sa politique � ses collaborateurs : il vient de se rapprocher de l�Italie fasciste, qui a �t� un mod�le qu�il a d�pass�. Il organise l�annexion de</p><p>l�Autriche en mars 1938 (Anschluss).</p><p>downloadModeText.vue.download 227 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5368</p><p>En septembre 1938, misant sur la peur de la guerre et l�anticommunisme des Occidentaux, se jouant de Chamberlain � Bad Godesberg et � Berchtesga-den, il pr�pare de mani�re diabolique l�annexion des Sud�tes, qu�il obtient par les accords de Munich (30 sept.).</p><p>D�s lors, tout son effort est tendu vers la guerre.</p><p>Hitler a-t-il �t� ou non un chef de guerre ? Incontestablement, c�est lui qui impose l�arme blind�e � l��tat-major allemand ; c�est lui qui d�cide d�utiliser la Blitzkrieg syst�matiquement.</p><p>De tout cela, Hitler profite, et les succ�s qu�il rencontre contre la Pologne, puis contre la France et dans les Balkans lui donnent peu � peu le sentiment d��tre infaillible et le conduisent aux erreurs qui appara�tront lorsqu�il voudra combattre la Russie. Au m�me moment, sa sant� se d�labre et cet homme de plus en plus violent ne se rend absolument plus compte de la port�e de ses d�cisions ; son autoritarisme s�accentuera encore apr�s le putsch dirig� contre</p><p>lui (20 juillet 1944). Puisque l�Allemagne a �t� battue, le F�hrer estime qu�il vaut mieux la d�truire de mani�re � ne laisser aucune trace de vie. Ainsi transpara�t chez Hitler, � la veille de son suicide dans l�abri b�tonn� de la chancellerie de Berlin, le 30 avril 1945, le m�pris qu�il a de l�Allemagne et des Allemands, que l�Autrichien qu�il est n�a jamais aim�s, mais dont il a voulu se servir et qu�il a conduits au d�sastre.</p><p>F.-G. D.</p><p>F Allemagne / Guerre mondiale (Seconde) / Hindenburg / National-socialisme.</p><p>K. Heiden, Geburt des dritten Reiches, die Geschichte des Nationalsozialismus (Zurich, 1934 ; trad. fr. Histoire du national-socialisme, Stock, 1934) ; Adolf Hitler, das Zeitalter der Verantwortungslosigkeit (Zurich, 1936 ; trad.</p><p>fr., Grasset, 1936). / A. Bullock, Hitler, a Study in Tyranny (Londres, 1952 ; trad. fr., G�rard, Verviers, 1963). / G. Buchheit, Hitler, der Feld-herr (Cologne, 1958 ; trad. fr. Hitler, chef de guerre, Arthaud, 1961). / J. Amsler, Hitler (�d.</p><p>du Seuil, 1961). / W. Maser, Die Fr�hgeschichte der NSDAP. Hitlers Weg bis 1924 (Francfort, 1965 ; trad. fr. Naissance du parti national-socialiste allemand, Fayard, 1967) ; Hitlers Mein Kampf (Munich, 1966 ; trad. fr. � Mein Kampf �</p><p>de Adolf Hitler, Plon, 1968). / H. Picker, Hitlers Tischgespr�che im F�hrerhauptquartier (Stuttgart, 1965 ; trad. fr. Hitler, cet inconnu, Presses de la Cit�, 1969). / F. Heer, Der Glaube des Adolf Hitlers (Munich, 1968 ; trad. fr. Autopsie d�Adolf Hitler, Stock, 1971). / A. Speer, Erinne-</p><p>rungen (Francfort, 1969 ; trad. fr. Au coeur du IIIe Reich, Fayard, 1971). / J. Brosse, Hitler avant Hitler (Fayard, 1972). / J. C. Fest, Hitler (Munich, 1973 ; trad. fr., Gallimard, 1973 ; 2 vol.).</p><p>Hittites</p><p>Peuple qui habitait, du XXe s. au XIIe s.</p><p>av. J.-C., dans la partie orientale du bassin de l�Halys, que l�on nommait alors le Hatti.</p><p>Les origines</p><p>Cette population s�est form�e par la fusion des indig�nes (qui lui ont donn� leur nom, Hatti) et de nouveaux venus � langue indo-europ�enne, dont l�origine et la date d�arriv�e en Anatolie centrale restent inconnues et qui adoptent la civilisation de leurs h�tes. Le nouveau peuple, les Hittites, ou Hatti, est attest� pour la premi�re fois dans les</p><p>� tablettes de Cappadoce �, archives des marchands assyriens install�s en Anatolie centrale depuis la fin du XXe s.</p><p>Il est alors divis� en cit�s-�tats, dont les rois se disputeront longtemps la pr�dominance.</p><p>L�Ancien Royaume</p><p>(XVIIIe s. - XVe s.)</p><p>Les modernes d�signent ainsi la</p><p>p�riode, encore tr�s pauvre en documents indig�nes, o� les Hittites, qui forment maintenant un �tat unique, commencent � f�d�rer, sous la direction de leurs souverains, les royaumes anatoliens voisins et r�alisent hors de l�Anatolie des conqu�tes de courte dur�e. La dynastie qui l�a emport� et a d�truit ses rivales en Hatti s�est finalement install�e � Hattousa (ou Hat-tousha [auj. Bo�azk�y]), un site fortifi� au nord du pays. Ses rois n�h�sitent pas � franchir le Taurus, attir�s par la richesse et le haut niveau de civilisation des royaumes amorrites de la Syrie septentrionale, � qui ils empruntent l��criture cun�iforme pour �crire en akkadien et en n�site (langue indo-europ�enne du Hatti, que les sp�cialistes nomment hittite). Hattousili Ier lutte contre le plus puissant de ces �tats syriens, le Yamhad (dont la capitale est � Alep), qui est d�truit par son successeur, Moursili Ier (v. 1600) ; ce dernier,</p><p>�galement vainqueur des Hourrites qui occupent les confins de l�Anatolie et de la M�sopotamie, va m�me, dans un raid sans lendemain, surprendre Babylone, o� il met fin � la dynastie amorrite (1595).</p><p>Mais Moursili Ier est assassin� peu apr�s, et ce drame est le premier d�une s�rie de crimes commis par des ambitieux, princes ou �poux de princesses, au d�triment de rois, qui sont souvent d�consid�r�s par leurs d�faites. Devant la pouss�e hourrite, les Hittites �vacuent la Syrie septentrionale et la Cilicie ; d�autre part, au nord-est du Hatti, ils ne parviennent pas � arr�ter les incursions du peuple barbare des Kaska (ou Gasga), qui continueront jusqu�� la fin de l��tat hittite. Le d�clin est momentan�ment enray� durant le r�gne de T�libinou (fin du XVIe s.) ; ce souverain a laiss� un long rescrit qui formule ou rappelle les r�gles de la succession h�r�ditaire au tr�ne et les proc�dures concernant les crimes commis par des personnes de la famille royale.</p><p>Le Nouveau Royaume</p><p>(v. 1450 - 1380)</p><p>Au XVe s., le Hatti est compl�tement �clips� par l�empire du Mitanni, qui exerce son influence, par l�interm�-</p><p>diaire de groupes indo-aryens et hourrites, sur un espace qui va du Zagros � la vall�e de l�Oronte. Apr�s 1450, le tr�ne de Hattousa passe � une nouvelle dynastie, qui semble originaire du Kizzouwatna (Kizouvatna), un</p><p>royaume qui correspond � la Cilicie orientale et � la Cataonie, et dont la population, de parler louvite (langue indo-europ�enne r�pandue dans tout le sud de l�Anatolie), a �t� profond�ment influenc�e par les Hourrites. Les personnes de la nouvelle lign�e royale de Hattousa portent des noms hourrites, et c�est � leur av�nement que les rois prennent un nom hittite traditionnel. Ils ne sont pas plus heureux d�abord que leurs pr�d�cesseurs de la fin de l�Ancien Royaume, et, sous Toudhaliya III, le Hatti, trahi par les petits �tats f�d�-</p><p>r�s, de toutes parts envahi par ses voisins anatoliens, semble sur le point de succomber.</p><p>L�Empire hittite</p><p>(v. 1380-1191)</p><p>Le royaume est alors sauv� par un prince qui succ�de bient�t � son p�re sous le nom de Souppilouliouma Ier (v. 1380 - v. 1345). Celui-ci consacre de longues ann�es � lutter contre les Kaska, � �tablir ou � r�tablir la souverainet� de la monarchie hittite sur les petits �tats anatoliens voisins et � tenter de soumettre le grand royaume louvite de l�Arzawa (vers le sud-ouest de l�Anatolie). Mais, dans ces r�gions, le conqu�rant hittite n�obtient que des succ�s temporaires, car sa pr�occupation essentielle reste de mettre la main sur une partie de la Syrie ; il esp�re ainsi participer aux �changes �conomiques et culturels qui font du couloir syrien le pays le plus actif et le plus riche du temps, entrer en rapports r�guliers avec toutes les puissances et se faire reconna�tre une place parmi les grands souverains de l�Orient.</p><p>�tant parvenu � vaincre le roi de Mitanni, Toushratta, Souppilouliouma Ier commence la conqu�te du domaine</p><p>syrien de son adversaire (au nord-est d�une diagonale qui irait d�Ougarit � Kadesh), qu�il ach�ve apr�s l�assassinat du souverain mitannien (v. 1360).</p><p>Le Hittite installe ses fils cadets � Kargamish (Karkemish) et � Alep</p><p>comme rois f�d�r�s, avec mission de contr�ler les souverains indig�nes des autres �tats syriens qu�il a soumis et qui entrent dans le syst�me f�d�ral du Hatti, ainsi que l�h�ritier de Toushratta, Mattiwaza ; ce dernier a d� se contenter de la partie occidentale de la haute M�sopotamie, mais, en d�pit de la protection hittite, ce d�bris du Mitanni finira par �tre totalement absorb� par l�Assyrie au XIIIe s.</p><p>Dans son �lan conqu�rant, Soup-</p><p>pilouliouma Ier avait empi�t� sur le domaine syrien des pharaons, alors que la crise atonienne affaiblissait l��gypte. C�est � cette �poque que la reine d��gypte, veuve de Toutankha-mon, ne voulant pas �pouser un de ses</p><p>� serviteurs � �gyptiens, demande au souverain de Hattousa de lui envoyer un de ses fils pour mari (v. 1352) ; mais le prince hittite est assassin� avant d�atteindre son but, et les heurts entre l��gypte et le Hatti d�g�n�rent en une s�rie de guerres qui vont s��taler sur</p><p>trois quarts de si�cle.</p><p>Apr�s la mort de Souppilou-</p><p>liouma Ier, le fondateur de l�Empire hittite, c�est la r�volte g�n�rale des �tats qu�il y avait incorpor�s ; mais son fils Moursili II (v. 1344 - v. 1310) parvient � r�tablir la situation et fait m�me entrer l�Arzawa dans la f�d�ration qu�il domine. Mouwatalli (v. 1310 - v. 1292), fils a�n� de Moursili II, se consacre essentiellement � la lutte contre les �gyptiens, dont la force militaire se manifeste de nouveau � partir de l�av�-</p><p>nement de la XIXe dynastie (v. 1320) ; et, en 1299, les Hittites et leurs alli�s surprennent l�arm�e de Rams�s* II pr�s de Kadesh : c�est un �chec que le grand pharaon ne parviendra pas � r�parer compl�tement. Mouwatalli a pour successeur un � fils de second rang �, Ourhi-Teshoub, qui prend le nom de Moursili III. Mais, au bout de sept ans, le jeune souverain est d�tr�n� et exil� par son oncle, l�ambitieux Hattousili III (v. 1285 - v. 1265), qui avait d�j� �t� le bras droit de Mouwatalli. Le downloadModeText.vue.download 228 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5369</p><p>nouveau roi, inquiet de l�expansion des Assyriens, qui atteignent maintenant l�Euphrate, conclut avec Rams�s II un trait� (v. 1283) sur la base du statu quo, c�est-�-dire laissant au Hittite un domaine syrien l�g�rement plus �tendu que celui de Souppilouliouma Ier.</p><p>Cette paix sera durable, et le fils de Hattousili, Toudhaliya IV (v. 1265 -</p><p>v. 1235), se pr�occupera seulement des mauvais proc�d�s de l�Assyrie et du pays d�Ahhiyawa. Ce dernier, qui est mentionn� par les Hittites depuis le r�gne de Moursili II, doit �tre un royaume des Ach�ens* de l�Iliade, et dans son roi Attarsiya, qui, dans la seconde moiti� du XIIIe s., provoque des soul�vements dans la partie occidentale de l�Empire hittite, on est tent� de voir Atr�e, roi de Myc�nes et p�re d�Agamemnon. Dans la m�me perspective, le pays de Wilousa, alli� soumis du Hatti depuis le XIVe s. serait celui de Troie, et la campagne men�e par Toudhaliya IV en Assouwa (peut-�tre</p><p>l�Asie, qui fut d�abord une r�gion au nord-ouest de l�Anatolie) serait en relation avec les reliefs hittites sculpt�s sur les rochers du Karabel et du Sipyle dans la r�gion de Smyrne. Toudhaliya IV, qui porte l�Empire � son maximum d�extension, soumet �galement le royaume d�Alashiya (Alasia), qui doit �tre Chypre ou une partie de cette �le.</p><p>Un passage des</p><p>� Annales � de</p><p>Souppilouliouma Ier</p><p>Quand les �gyptiens entendirent parler de l�attaque contre Amqa (dans la Ba-qa�a), ils eurent peur, et comme, de plus, leur seigneur, Piphourouriya, �tait mort, Dahamounzou, qui �tait reine de l��gypte, envoya un messager � mon p�re (Souppilouliouma Ier) ; elle lui a �crit ainsi : � Mon mari est mort. Je n�ai pas de fils. Quant � toi, on dit que tes fils sont nombreux ; si tu me donnes un de tes fils, il deviendra mon mari. Je ne prendrai jamais mon serviteur comme �poux. J�ai peur. � Quand mon p�re eut entendu cela, il convoqua les Grands Hatti en conseil (en leur disant) :</p><p>� Une telle affaire ne s�est pas produite de mon temps. �</p><p>La civilisation hittite</p><p>� l��poque imp�riale</p><p>Si elle continue celle de l�Ancien Royaume, la civilisation des XIVe et XIIIe s. para�t, cependant, davantage marqu�e par le caract�re du cadre politique : un empire f�d�ratif qui r�unit des �tats appartenant � des unit�s culturelles et linguistiques vari�es.</p><p>C�est une civilisation composite, comme peut l��tre celle d�un peuple guerrier qui domine des voisins souvent plus �volu�s que lui et copie les institutions des pays qui sont arriv�s avant lui au stade de l�empire (�gypte, Mitanni, Babylonie).</p><p>En dehors des sources �trang�res, textes provenant de l��gypte, d�Ougarit, d�Assour ou de la Babylonie, nous connaissons la civilisation hittite essentiellement par les fouilles de la capitale, qui ont livr�, entre autres trouvailles, les seules archives connues pour le Hatti. Les dizaines de milliers de tablettes de Hattousa, �crites en cun�iformes, contiennent des annales</p><p>(les moins conventionnelles de tout l�Orient), des trait�s et des serments d�alliance, des lettres d�officiers au roi, des lois et des minutes de proc�s, des cadastres, des rituels. Ces derniers sont r�dig�s en sept langues (hatti du IIIe mill�naire, n�site, louvite, pala�te, hourrite, akkadien, sum�rien), vivantes ou mortes, qui sont celles des peuples dont les dieux sont honor�s � Hattousa. Les textes officiels sur tablettes n�emploient que le n�site ou l�akkadien ; mais, � partir du XVe s., les rois hittites utilisent pour leurs inscriptions monumentales et pour leurs sceaux les hi�roglyphes hittites, une �criture syllabique faite de signes figuratifs, qui est apparue au XVIe s. au Kizzouwatna et qui transcrit un dialecte louvite ; aussi les sp�cialistes en viennent-ils � se demander si le n�site n��tait pas d�s le XIVe s. une langue morte remplac�e dans l�usage courant par le louvite des</p><p>� hi�roglyphes �.</p><p>Qu�il s�agisse de cette derni�re �criture, que l�on commence � peine � d�chiffrer, ou m�me des tablettes cun�iformes de Hattousa, o� le n�site est constell� d�id�ogrammes �nigma-tiques, la compr�hension de ces textes est loin d��tre parfaite, et l�on a encore beaucoup de mal � d�finir l�originalit� des �l�ments de la civilisation hittite.</p><p>C�est le cas, en particulier, pour la soci�t�, surtout connue � travers les deux codes retrouv�s et pour l��tude de laquelle on ne poss�de aucun document priv�. La r�partition des terres para�t s�effectuer essentiellement d�apr�s le principe du � domaine de fonction � : c�est par ce moyen que le roi r�mun�re les services des guerriers (charriers et fantassins) et des gens du palais, qui constituent une aristocratie hi�rarchis�e ; ces personnages et aussi les</p><p>� communaut�s villageoises conc�dent � leur tour aux cultivateurs des terres sur lesquelles p�se l�obligation des corv�es et des redevances. La soci�t� comprend d�autre part des citadins, dont les villes sont administr�es par des conseils d�Anciens, et de nombreux esclaves, qui ont la personnalit� juridique, mais d�pendent d�un ma�tre qui a sur eux le droit de vie et de mort.</p><p>Enfin, au moins � l��poque imp�riale (que l�on conna�t mieux), toute la population est soumise � l�autorit� abso-</p><p>lue, encore assez humaine, du roi, qui, � l�exemple du pharaon, se fait appeler</p><p>� Mon Soleil � depuis le XVe s. et re�oit apr�s sa mort les honneurs divins.</p><p>Il vaut donc mieux ne pas em-</p><p>ployer le vocabulaire de la f�odalit� du Moyen �ge europ�en pour d�crire cette soci�t� et l�organisation de cet Empire, qui, elle aussi, s�apparente aux institutions traditionnelles du monde m�sopotamien. Le Grand Roi du Hatti domine une foule d�autres rois, au domaine d�importance vari�e, qui lui sont li�s par les termes d�un trait� jur� par les deux parties : en �change de sa protection, ces rois d�pendants renoncent � toute diplomatie personnelle, fournissent un contingent � l�arm�e du Hatti et viennent chaque ann�e, � Hattousa, porter le tribut et renouveler les serments qui les engagent � l��gard de leur souverain. Comme nous l�avons vu, les sp�cialistes ne connaissent pas encore tr�s bien la g�ographie politique de l�Anatolie � l��poque hittite et ne savent pas jusqu�o�, dans la direction de l�ouest, s��tendait la domination im-p�riale ; mais, � coup s�r, elle couvrait une aire disproportionn�e � l��tendue et � la population du Hatti, dont les rois avaient d� recourir au syst�me f�d�ral, qui, seul, leur permettait de maintenir leur autorit� aussi loin.</p><p>La structure politique de l�Empire se retrouve dans sa religion, qui honore les dieux des diff�rentes communaut�s politiques suivant les rites locaux et ignore le syncr�tisme. Cependant, les reliefs du sanctuaire rupestre de Yazi-likaya, pr�s de la capitale, montrent un panth�on officiel r�form� et simplifi� sous une influence hourrite � l��poque de Toudhaliya IV : les divinit�s, sous des aspects anthropomorphiques et parfois accompagn�es de leurs animaux symboliques, sont d�sign�es par des noms hourrites ou des id�ogrammes. Dans le Hatti, les principaux rites ne peuvent �tre accomplis que par le roi, qui doit renoncer � diriger son arm�e au moment des grandes f�tes.</p><p>Ces c�r�monies se d�roulent soit dans des sanctuaires de plein air, aux gorges ou aux sources d�aspect remarquable, soit dans des temples, comme les cinq �difices retrouv�s � Hattousa, dont le plus important est d�di� au dieu de l�Orage de Hatti et � la d�esse Soleil</p><p>d�Arinna (une cit� voisine). C�est pour les dieux et pour les souverains que l�art hittite, surtout connu par les trouvailles de Hattousa, a r�alis� ses principales oeuvres : les temples et les sanctuaires, les palais et les fortifications ainsi que les reliefs qui les ornent.</p><p>La richesse de l�Anatolie en pierre et particuli�rement en roches dures d�origine volcanique contribue � l�originalit� de l�architecture, qui les emploie pour les fondations cyclop�ennes et pour les orthostates, sans renoncer aux mat�riaux traditionnels, la brique et le cadre de bois. Outre les orthostates, les salles � colonnes de bois sur base de pierre et les grandes fen�tres partant du sol caract�risent les palais hittites, influenc�s par l�art de la Syrie septentrionale. Les reliefs, g�n�ralement peu marqu�s et frustes, sont souvent lourds et peu esth�tiques, et seul le dieu de l�Orage de la Porte du Roi � Hattousa atteint le grand art. Mais les activit�s traditionnelles de l�Anatolie centrale (glyptique, bronze, c�ramique) manifestent plus d�habilet� et de go�t.</p><p>Faute de bien conna�tre la soci�t�, nous ne savons pas quelle �tait l�importance respective des diff�rentes branches de l��conomie. Les artisans de l�Empire hittite devaient, comme leurs pr�d�cesseurs en ces lieux, se consacrer en grand nombre � l�extraction et au travail des minerais, mais les textes citent seulement ceux qui, au Kizzouwatna, fabriquaient, � peu pr�s seuls de leur temps, du fer aci�r�, un produit pr�cieux dont on tirait des armes, que les rois hittites du XIIIe s. envoyaient en cadeaux aux autres grands souverains. Le Code mentionne des marchands du Hatti circulant dans les divers pays f�d�r�s, mais leur activit� devait �tre limit�e, car on constate que l�Empire hittite n�a pratiquement rien re�u des Myc�niens, dont les comptoirs �taient cependant nombreux sur les c�tes de l�Anatolie et dont les vases arrivaient alors par milliers � Chypre et dans le domaine syrien de l��gypte.</p><p>Sans doute, l��conomie de l�Anatolie centrale est-elle, � l��poque hittite, fond�e essentiellement sur l�agriculture pratiqu�e dans les vall�es profondes, � l�abri des vents qui balaient le plateau ; plus que le commerce, ce sont le butin et le tribut qui sont charg�s de faire af-</p><p>fluer les richesses dans les diff�rentes villes du Hatti.</p><p>La disparition de</p><p>l�Empire hittite</p><p>D�j�, le fils a�n� et successeur de Toudhaliya IV, Arnouwanda III</p><p>(v. 1235 - v. 1210), rencontre des downloadModeText.vue.download 229 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5370</p><p>difficult�s croissantes dans l�ouest de son empire, o� ses ennemis se liguent avec Attarsiya et soul�vent l�Arzawa.</p><p>D�j�, la premi�re vague des Peuples de la mer, ces envahisseurs venus de la zone de l��g�e et comprenant, outre des Ach�ens, des populations anatoliennes, est venue se briser devant les d�fenseurs du Nil (v. 1231). Le r�gne de Souppilouliouma II (v. 1210 - v.</p><p>1191), fr�re cadet du roi pr�c�dent, est mal connu ; il vient de reconqu�rir Alashiya lorsque se produit la catastrophe, qui n�est connue que par une allusion des textes �gyptiens et par le niveau de destruction � Hattousa et dans les autres villes hittites. Une seconde vague de Peuples de la mer, comprenant toute une s�rie d�ethnies anatoliennes, jusque-l� sujettes ou ennemies contenues de l�Empire hittite, fait brusquement dispara�tre cet �tat (v. 1191), avant de s�attaquer � la Syrie et � l��gypte.</p><p>De l�oeuvre des Hittites, il ne survit que des �l�ments de culture, que l�on retrouve, parfois jusqu�au VIIe s. av. J.-</p><p>C., dans de petits royaumes d�Anatolie centrale, de Syrie septentrionale et de haute M�sopotamie. Les Assyriens ayant attribu� � certains d�entre eux le nom de Hatti, les Modernes ont donn� � ces h�ritiers partiels et indirects de la civilisation hittite le nom de N�o-Hittites, qui est, en fait, fort inexact.</p><p>On peut donc constater que l�empire de Hattousa est le seul grand �tat irr�-</p><p>m�diablement d�truit par l�invasion des Peuples de la mer. Cette fin tragique r�-</p><p>v�le une faiblesse li�e � ses structures f�d�rales et � son esprit d�expansion illimit�e. Le peuple hittite s�est �puis�</p><p>� vouloir dominer une r�gion trop vaste pour ses propres effectifs et s�est dilu� au milieu de ses conqu�tes inachev�es.</p><p>Sa construction f�d�rale n�a pas dur� deux si�cles ; il n�a pas eu le temps non plus de terminer la synth�se des cultures qui se rencontraient sur le territoire de son empire ; mais les Hittites ont tout de m�me laiss� leur marque dans l�histoire de l�Orient. S�il est peu scientifique de leur attribuer, comme on le fait souvent, une profonde originalit� mentale et une certaine man-su�tude parce qu�ils �taient des Indo-Europ�ens (par leur langue), il faut reconna�tre que le peuple du Hatti et ses souverains ont des traits d�humanit� et d�objectivit� qui sont bien plus rares dans les autres �tats de l�Orient.</p><p>G. L.</p><p>F Anatolie / Assyrie / Babylone / �gypte / Mitanni / Syrie.</p><p>O. R. Gurney, The Hittites (Londres, 1954 ; nouv. �d., 1962) ; Anatolia, 1750-1600 B. C.</p><p>(Londres, 1962) ; Anatolia, 1600-1380 B. C.</p><p>(Londres, 1966). / A. Goeze, The Struggle for the Domination of Syria. Anatolia from Shuppi-luliumash to the Egyptian War of Murvatallish.</p><p>The Hittites and Syria, 1300-1200 B. C. (Londres, 1965). / P. Garelli, le Proche-Orient asiatique, des origines aux invasions des Peuples de la mer (P. U. F., coll. � Nouvelle Clio �, 1969).</p><p>Hjelmslev (Louis</p><p>Trolle)</p><p>Linguiste danois (Copenhague 1899 -</p><p>id. 1965).</p><p>L. Hjelmslev, fils d�un math�maticien professeur puis recteur de l�universit� de Copenhague, obtient � seize ans un prix pour un m�moire sur les mots compos�s. Son entr�e � l�universit� de Copenhague en 1916, avec sa premi�re inscription aux conf�rences de philologie comparative donn�es par H. Pedersen (1867-1953), marque les d�buts d�une recherche consacr�e en-ti�rement � l��tude linguistique. Form� dans la tradition n�o-grammairienne, Hjelmslev s�int�resse tout particuli�rement � l�oeuvre du grand ma�tre danois R. Rask (1787-1832), l�un des fondateurs de la grammaire compar�e, dont il publiera de nombreux manuscrits</p><p>encore in�dits ; l�oeuvre de Rask sera continu�e et approfondie par V. Thom-sen, (1842-1927), puis par O. Jesper-sen*, qui marque � la fois l�ach�vement d�une certaine mani�re d�envisager les questions linguistiques et l�aperception de formulations nouvelles. C�est dans la perspective de la linguistique historique traditionnelle que s�inscrivent les premi�res recherches de Hjelmslev sur la phon�tique lituanienne (voyages d��tudes en Lituanie en 1921). Elles constituent le sujet de son m�moire (1923), puis de sa th�se : �tudes baltiques (1932). Mais les quelques mois qu�il passa � Paris en contact �troit hague est due � l�initiative de Hjelmslev ; r�ponse aux th�ses d�finies par les structuralistes du Cercle de Prague, elle marque les d�buts d�une collaboration f�conde entre Hjelmslev et Hans Uldall sur les questions de phon�tique et de phonologie. Cela aboutira � la naissance d�une discipline nouvelle : la phon�matique, expos�e dans On the Principles of Phonematics (1935). �</p><p>la fois synth�se et critique des travaux ant�rieurs (tant d�un M. Grammont</p><p>[1866-1946] que d�un N. S. Troubets-ko�*), ces � principes � sont l�affirmation, au niveau du plan de l�expression, de la th�orie plus g�n�rale connue sous le nom de gloss�matique ; les caract�ristiques fondamentales en sont publi�es dans An Outline of Glossema-tics, brochure distribu�e au Congr�s international des linguistes de Copenhague en 1936. En r�alit�, la s�paration de H. Uldall et de L. Hjelmslev (celui-ci quitte en 1937 l�universit� d�Aarhus, o� il enseignait depuis 1934, pour celle de Copenhague, tandis que H. Uldall part pour la Gr�ce au moment de la Seconde Guerre mondiale) fait que c�est essentiellement la th�orie �labor�e par L. Hjelmslev et publi�e en 1943 sous le titre de Prol�gom�nes � une th�orie du langage qui est connue comme l�expression la plus achev�e de la gloss�matique. Cette th�orie se pr�sente sous la forme d�un syst�me d�axiomes r�interpr�tant d�une mani�re univoque les grandes distinctions saussuriennes (langue/parole, synchronie/diachronie, etc.) ; de ces axiomes sont d�duits des th�or�mes par une logique rigoureuse.</p><p>Hjelmslev se propose de construire une</p><p>� alg�bre du langage � qui permettrait r�gissent le syst�me d�une langue (d�un �tat de langue), c�est-�-dire dans une perspective synchronique.</p><p>De nombreux articles, approfondissement de certains aspects de la gloss�-</p><p>matique ou application de cette th�orie � des probl�mes particuliers, sont r�unis dans le recueil Essais linguistiques, publi� en 1959 par les �l�ves et amis de L. Hjelmslev. La plupart avaient �t� �dit�s ant�rieurement dans la revue Acta linguistica, fond�e en 1939 par V. Brondal (1887-1942) et L. Hjelmslev. Cette revue contribua � faire conna�tre les travaux du Cercle de Copenhague, qui firent l�objet, � la fin des ann�es 50, de d�bats passionn�s, alors qu�apparaissait clairement la n�cessit� d�une th�orie g�n�rale du langage, explicitement formul�e et d�passant les principes descriptifs de langues toujours particuli�res. D�s 1943, les Prol�gom�nes r�pondaient � cette exigence th�orique fondamentale ; cependant, fond�s sur un mod�le logique d�identification des cat�gories et sur une combinatoire de ces cat�gories, ils font peu de place � l�activit� cr�atrice dans le langage et se pr�tent � la critique g�n�rale faite aux divers courants structuralistes d��tre une classification du � donn� � linguistique et downloadModeText.vue.download 230 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5371</p><p>non pas une explication du ph�nom�ne linguistique lui-m�me.</p><p>G. P.</p><p>F Linguistique / Structuralisme.</p><p>Hobbes (Thomas)</p><p>Philosophe anglais (Westport, Malmes-bury, 1588 - Hardwick Hall 1679).</p><p>� L�art de l�homme [...] peut faire un animal artificiel [...]. C�est bien un ouvrage de l�art que ce grand L�viathan qu�on appelle chose publique ou �tat (Commonwealth), en latin civitas,</p><p>et qui n�est rien d�autre qu�un homme artificiel, quoique d�une taille beaucoup plus �lev�e et d�une force beaucoup plus grande que l�homme naturel</p><p>[...]. En lui, la souverainet� est une �me artificielle, puisqu�elle donne la vie et le mouvement au corps tout entier [...].</p><p>La r�compense et le ch�timent [...] sont ses nerfs. L�opulence et les richesses de tous les particuliers sont sa force [...].</p><p>Le salut du peuple est sa fonction [...], l��quit� et les lois lui sont une raison et une volont� artificielles. La concorde est sa sant�, la s�dition sa maladie et la guerre civile sa mort [...]. �</p><p>C�est ainsi que Hobbes introduit son livre principal, en commentant le frontispice qui en symbolise le sens : le L�viathan (1651). Les id�es de ce livre marquent un tournant dans l�histoire de la pens�e politique.</p><p>Pour Hobbes, l�homme est un m�canisme en mouvement dont l�objectif est la sensation du plaisir personnel : d�s lors, il est pour tout autre homme un concurrent, et le fort sera abattu d�s l�instant que le faible aura utilis� une ruse inconnue ou aura coalis� d�autres hommes faibles. Tel �tant l��tat de nature, d�o� vient que les hommes vivent en soci�t� ? C�est d�abord parce qu�il existe une crainte de la mort, qui les pousse � pr�f�rer les situations de statu quo de facto entre rivaux ; c�est surtout parce que de tels pactes provisoires entre eux ne seraient que des � mots �</p><p>(words) sans le � glaive � (sword) que tient l��tat. L��tat est l��manation de la crainte des hommes ; ceux-ci, redoutant que renaissent les guerres individuelles incessantes, ont institu� l��tat : � Car, arm� du droit de repr�-</p><p>senter chacun des membres du Commonwealth (civitas, �tat), il d�tient par l� tant de puissance et de force qu�il peut, gr�ce � la terreur qu�il inspire, diriger les volont�s de tous vers la paix � l�int�rieur et l�aide mutuelle contre les ennemis de l�ext�rieur. �</p><p>L�originalit� de Hobbes est de</p><p>rompre avec l�id�e de l�origine divine de la souverainet�, telle que Bodin* l�a affirm�e, et d�introduire une conception du contrat social, o� Dieu n�intervient pas, et de l��tat, o� l��limination de Dieu entra�ne une � d�ification � du rapport de force. Ce qui le conduit �</p><p>une conception absolutiste de l��tat que Hobbes d�finit comme le pouvoir de cr�er ou de casser la loi, avec pour objectif unique de donner aux sujets la s�curit�.</p><p>La forme de l��tat est peu importante aux yeux de Hobbes. � Quand le repr�-</p><p>sentant est un homme, alors l��tat est une monarchie. Quand c�est une assembl�e de tous ceux qui s�unissent, alors c�est une d�mocratie � : le contenu de la souverainet� n�est pas affect� par la forme qu�elle rev�t. Dans tous les cas, le pouvoir ne se divise pas : l�ex�cution est li�e au pouvoir l�gislatif sous peine de dispara�tre.</p><p>La logique du raisonnement a</p><p>entra�n� Hobbes � rejeter le pouvoir mat�riel de l�autorit� religieuse : mais il n�a pas rejet� la religion elle-m�me.</p><p>D. C.</p><p>R. Polin, Politique et philosophie chez Thomas Hobbes (P. U. F., 1952). / T. E. Jessop, Thomas Hobbes (Londres, 1960. / M. C. Goldsmith, Hobbe�s Science of Politics (New York, 1968).</p><p>/ F. S. MacNeilly, The Anatomy of Leviathan (Londres, 1968). / M. Cattaneo et coll., Hobbes Forschungen (Berlin, 1969).</p><p>Quelques rep�res</p><p>biographiques</p><p>1588 Naissance de Thomas, deuxi�me fils de Thomas, vicaire de Westport et Charlton.</p><p>1603 Il entre � Oxford.</p><p>1608 Il en sort pour devenir pr�cepteur du jeune William Cavendish (futur deuxi�me comte de Devonshire).</p><p>1634-1636 Au cours de ses voyages, il fait connaissance avec le P. Mersenne � Paris, avec Galil�e � Florence.</p><p>1640 Son manuscrit The Elements of Law, Natural and Politic circule ; les id�es qu�il contient annoncent d�j� le Leviathan. La condamnation (puis l�ex�cution) du comte de Strafford, et de l�archev�que Land font craindre � Hobbes le s�jour en Angleterre.</p><p>Il part alors pour Paris et rejoint le cercle de Mersenne.</p><p>1642 Publication de De cive (traduction anglaise en 1651).</p><p>1651 Publication de Leviathan, or the Matter, Form and Power of a Commonwealth, Ecclesiastical and Civil. Suspect� par les autorit�s fran�aises, Hobbes juge pr�f�rable de regagner l�Angleterre, bien que peu aim� de la cour de Charles Ier, car son livre passait pour favoriser le pouvoir absolu, mais aussi l�ascension de Cromwell.</p><p>1655 Parution du De corpore.</p><p>1658 Parution du De homine.</p><p>1666-67 La m�fiance de Charles II et un vote de d�fiance du Parlement contre le</p><p>� hobbisme �, assimil� � la libre pens�e et l�ath�isme, faisant fr�ler � Hobbes l�accusation d�h�r�sie passible des pires supplices, le rendent prudent. Il consacre le reste de ses jours � d�aimables versifications qu�il publie (The Travels of Ulysses, 1673), ou � des textes virulents, qu�il garde dans ses tiroirs, tel le Dialogue between a Philosopher and a Student of the Common Laws of England, publi� en 1681.</p><p>H� Chi Minh</p><p>Homme d��tat vietnamien (1890? -</p><p>Hanoi 1969).</p><p>Les exigences d�une vie clandestine et ensuite des opportunit�s politiques font que bien des aspects de la biographie d�H� Chi Minh demeurent inconnus. Ce nom m�me de H� Chi Minh</p><p>lui appartint tardivement, et il usa longtemps de surnoms, parmi lesquels celui de Nguy�n Ai Qu�c (Nguy�n le patriote).</p><p>Est-il n� en 1890 ? La chose est seulement probable. Est-il n� au village de Ki�m Lan, dans le Nord-Annam ?</p><p>Ce n�est pas certain ; son p�re �tait, semble-t-il, un paysan relativement ais�, qui parvint � entrer dans l�administration imp�riale et qui fut licenci� pour avoir manifest� des opinions nationalistes. Le fils re�ut d�abord une bonne instruction au niveau de l�enseignement primaire, mais cet homme, qui finit par conna�tre plusieurs langues, fut essentiellement un autodidacte.</p><p>� une date ant�rieure � la Premi�re Guerre mondiale, il s�expatrie. Cuisi-</p><p>nier � bord d�un paquebot, il d�couvre les ports europ�ens et africains, puis, durant la Premi�re Guerre mondiale, il s�journe quelque temps � Londres. On le retrouve � Paris en 1919, o� il exerce alors le m�tier de retoucheur de photographies. La fin des hostilit�s marque le d�but de sa carri�re politique par une adh�sion au parti socialiste. Au congr�s de Tours de 1920, H� Chi Minh se rallie d�embl�e au communisme, qui met l�accent sur l��mancipation des peuples coloniaux.</p><p>De 1920 � 1940, son existence est heurt�e et vagabonde. Il re�oit une formation politique � l�occasion des cinq s�jours qu�il fait en U. R. S. S. Ensuite, � plusieurs reprises, il assume la mission de propagandiste et de chef r�volutionnaire en Extr�me-Orient. De la fin 1924 � 1927, il recrute et forme en territoire chinois les premiers cadres d�un parti communiste indochinois. Les incidents entre l�U. R. S. S. et la Chine le contraignent � quitter ce pays. En 1928-29, H� Chi Minh reprend, dans la clandestinit�, mais en Tha�lande, la m�me action. En janvier-f�vrier 1930, il pr�side � la cr�ation du parti communiste indochinois (congr�s dit � de Hongkong �). Peu apr�s, la r�bellion de Y�n Bay au Tonkin et celle du Centre-Annam provoquent l�arrestation de divers militants, dont V� Nguy�n Giap et Pham Van Dong. H� Chi Minh, qui est rest� � Hongkong, est d�nonc� � la police anglaise et arr�t� par celle-ci pour men�es subversives. La justice fran�aise r�clame en vain son extradition, et H� Chi Minh est condamn� � six mois de prison par les Britanniques.</p><p>Lib�r�, il vit dans la clandestinit� jusqu�en 1934. � partir de 1938, il revient en Chine � la faveur de la guerre sino-japonaise ; il se trouve aux fronti�res du Tonkin en 1940.</p><p>La mainmise japonaise sur l�Indochine (v. Indochine [guerre d�]) lui fournit l�occasion de pr�parer un soul�vement et de constituer au congr�s de Lian-zhou (Lien-tcheou) [mars 1944] un gouvernement provisoire, o� figurent des nationalistes non communistes. H� Chi Minh n�en a pas moins rencontr� des difficult�s aupr�s des autorit�s chinoises de Chongqing (Tch�ong-</p><p>k�ing), et il a m�me �t� pour un temps incarc�r�. On peut d�ailleurs soup-</p><p>�onner que ces autorit�s souhaitent l��carter d�un futur gouvernement indochinois, afin de tenir celui-ci � leur d�votion. En tout cas, H� Chi Minh obtient l�appui des missions de liaison am�ricaines, qui cherchent � recruter des partisans pour lutter contre les Japonais, mais qui songent aussi � s�attacher le ma�tre probable d�une Indochine d�colonis�e.</p><p>Quoi qu�il en soit, la capitulation japonaise ouvre � H� Chi Minh les portes d�Hanoi, et celui-ci peut y proclamer l�ind�pendance le 2 septembre 1945, apr�s l�abdication de l�empereur Bao Dai. Le gouvernement provisoire, dont les membres non communistes furent �limin�s, met � profit la fin de l�ann�e 1945 et le d�but de 1946 pour implanter dans tout le pays une organisation politico-militaire.</p><p>H� Chi Minh est-il dispos� �</p><p>conclure avec la France un compromis plus ou moins durable ? Estime-t-il, au contraire, qu�une guerre est in�vitable et qu�il faut gagner le temps n�cessaire � sa pr�paration ? La question sera seulement tranch�e lorsque les archives du Vi�t-minh seront accessibles aux downloadModeText.vue.download 231 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5372</p><p>historiens. En tout cas, la minutie avec laquelle est mont� le coup de force du 19 d�cembre 1946 prouve que l�entr�e en guerre a �t� d�cid�e tr�s certainement au cours de l��t� 1946.</p><p>D�s cette �poque, le probl�me du partage du pouvoir s�est vraisemblablement pos� au sein du Vi�t-minh.</p><p>L�autorit� d�H� Chi Minh est-elle rest�e pr�pond�rante ? S�est-il instaur�, au contraire, une direction coll�giale ?</p><p>Il semble bien que les hommes comme Giap et Pham Van Dong ont peu � peu supplant� le leader vieillissant. De fait, le visage que les documents officiels donnent d�H� Chi Minh d�s 1953-54</p><p>est celui d�un personnage entrant dans la l�gende : un vieillard aux traits asc�-</p><p>tiques, accueillant les enfants et dis-</p><p>pensant des conseils de sagesse.</p><p>Il meurt le 3 septembre 1969 dans le palais pr�sidentiel d�Hanoi ; son testament politique, r�dig� le 10 mai de la m�me ann�e, d�nonce les coupables divisions entre les pays socialistes.</p><p>P. R.</p><p>F Indochine fran�aise / Vi�t-nam.</p><p>B. Fall, les Deux Vi�t-nam (Payot, 1967). /</p><p>J. Lacouture, H� Chi Minh �d. du Seuil, 1967).</p><p>/ D. Halberstam, Ho-Chi-Minh, President of the Democratic Republic of Vietnam (Londres, 1971 ; trad. fr. H� Chi-Minh, Buchet-Chastel, 1972). / P. Mus, H� Chi-Minh, le Vietnam, l�Asie (�d. du Seuil, 1971).</p><p>Hodler</p><p>(Ferdinand)</p><p>Peintre suisse (Berne 1853 - Gen�ve 1918).</p><p>Il �tait le fils d�un artisan menuisier, p�re de cinq enfants et qui mourut en 1858, laissant sa famille dans la mis�re.</p><p>La m�re mourut en 1867, apr�s s��tre remari�e avec le peintre d�enseignes Gottfried Sch�pbach. Ce fut celui-ci qui confia Ferdinand Hodler � un paysagiste d�origine bavaroise, Ferdinand Sommer-Collier (1822-1901), sp�cialis� dans la d�coration de coffrets destin�s aux touristes.</p><p>Quittant ce premier ma�tre qui lui avait appris � travailler sous l�influence du paysagiste Fran�ois Diday (1802-1877), Hodler partit pour Gen�ve en 1872. Il �tait occup� � copier, au mus�e Rath, un tableau de Diday quand il fut remarqu� par Barth�lemy Menn (1815-1893), ancien �l�ve d�Ingres et ami de Corot. Professeur � l��cole des beaux-arts, Menn le prit sous sa protection et l�engagea, notamment, � composer selon des rythmes math�matiquement contr�l�s. Hodler dira plus tard : � Ce qu�il y a de plus complet dans la nature, c�est le corps humain, et, dans le corps humain, ce qu�il y a de plus beau, ce sont les rapports avec l�architecture. Plusieurs corps humains inspir�s par une m�me pens�e, une m�me �motion forment un ensemble monumental, d�o� simplement doit se d�ga-</p><p>ger une id�e simple. C�est � exprimer architectoniquement, par ce moyen du corps humain, cette id�e simple que je travaille, et voil� pourquoi je choisis des sujets qui puissent, directement et sans phrases, dire cette pens�e. � Toute l�explication de l�art de Ferdinand Hodler tient dans ces lignes, comme en t�moigne d�j�, en 1875, son �colier � l�attitude hi�ratique, �nergiquement concis quant au dessin et trait� avec une certaine froideur de coloris.</p><p>En 1878, Hodler fait un bref voyage en Espagne et, � Madrid, �tudie sp�-</p><p>cialement V�lasquez. C�est par l�interm�diaire des Espagnols que lui viendra son admiration pour �douard Manet*.</p><p>Si le Lac de Thoune (1882) marque une tendance � l�impressionnisme, le peintre revient bient�t � ses th�mes de pr�dilection, par lesquels il se souvient de ses origines artisanales : c�est, par exemple, Ouvrier au travail (1883) et le Cordonnier (1884). Dans son Cort�ge de lutteurs (1884, mus�e de Zurich), il applique fortement le principe de la verticalit�, de la r�p�tition sur un m�me plan de motifs identiques ; il reconna�t ce principe dans l�art des �gyptiens, qu�il estime sup�rieur � celui des Grecs pour l�expression simultan�e de la forme, du mouvement et de la pens�e. Dans Las de vivre (1887, mus�e de Winterthur), son style, adouci, fait songer � celui de Puvis* de Chavannes. La Nuit (1890, mus�e de Berne) oppose, d�corativement, les tourments et les joies du sommeil. Hodler s�apparente aux pr�rapha�lites* anglais avec l��lu (1894), et mat�rialise d�finitivement sa doctrine du � symbolisme plastique � dans Eurythmie (1895, mus�e de Berne).</p><p>Pour l�Exposition de Gen�ve, en</p><p>1896, il ex�cute une peinture de vastes proportions repr�sentant vingt-deux figures de lansquenets. La Retraite de Marignan (1896-1900, mus�e de Zurich) est son premier tableau d�histoire, qui sera suivi, en 1908, du D�part des volontaires d�I�na (mus�e d�Ulm). La c�l�brit� lui vient lors de l�exposition triomphale, � la S�cession de Vienne, en 1903, de la V�rit�. Hodler sera d�-</p><p>sormais consid�r� par ses compatriotes comme un grand artiste national. En 1913, il remporte � Paris un vif succ�s</p><p>en exposant au Salon d�automne son Unanimit�, massant autour du R�formateur deux groupes sym�triques de personnages qui l�vent identiquement le bras et donnent une saisissante impression de foule (mus�e de Hanovre). Dans l�intervalle de ces grands ouvrages, il faut citer des paysages de plus en plus synth�tiques (la Jungfrau, 1911, mus�e de Berne) ainsi que des portraits �nergiquement sculpt�s. Son B�cheron (v. 1910, mus�e de Berne) confirme et amplifie les caract�res de ses travailleurs de 1883 et de 1884.</p><p>M. G.</p><p>R. Klein, Ferdinand Hodler et les Suisses (Libr. artistique internat., 1910). / W. Russ, Mes souvenirs sur Ferdinand Hodler (l�Arbal�te, Lausanne, 1945).</p><p>Hoffmann</p><p>(Ernst Theodor</p><p>Amadeus)</p><p>Compositeur et �crivain allemand (K�-</p><p>nigsberg, Prusse, 1776 - Berlin 1822).</p><p>Hoffmann,</p><p>juriste et musicien</p><p>Hoffmann, dont les parents �taient divorc�s, fut �lev� � K�nigsberg par ses grands-parents et par un oncle qu�il n�aimait gu�re. Il tenait de lui son troisi�me pr�nom, � Wilhelm �, qu�il �changea plus tard contre celui d�Amadeus, en t�moignage de son admiration pour Mozart. Apr�s des �tudes de droit � K�nigsberg, il commen�a sa carri�re de juriste � Glogau (Glog�w), en Sil�sie, la poursuivit � Berlin et � Posen (Pozna&#x144;), o� il fut assesseur ; ayant fait une s�rie de caricatures de la caste des officiers, il fut mut� d�office � Plock (1802), petite ville de Pologne o� il s�ennuya beaucoup. En 1804, on le nomma conseiller d�administration � Varsovie ; il fut un fonctionnaire consciencieux, qui, pendant ses loisirs, s�adonnait � la litt�rature, plus souvent au dessin et � la peinture, et surtout � la composition musicale. � Varsovie, il fut � la fois compositeur, chef d�orchestre, chanteur et d�corateur de la soci�t� de musique qu�il avait contribu� � cr�er.</p><p>Lorsqu�en 1806 Napol�on s�para la Pologne de la Prusse, Hoffmann, mis � pied, connut une existence difficile.</p><p>Apr�s d�infructueux efforts pour trouver une situation � Berlin, il se rendit � Bamberg (1808), o� il exer�a les fonctions de chef d�orchestre au th��tre, puis de compositeur ; il composa un op�ra, Ondine, d�apr�s La Motte-Fouqu�. Le th��tre ayant fait faillite, il gagna sa vie comme professeur de musique et publia des articles de critique musicale dans une revue sp�cialis�e de Leipzig, Allgemeine musikalische Zeitung ; il fut l�un des premiers � souligner le g�nie de Beethoven.</p><p>C�est � Bamberg qu�Hoffmann</p><p>commen�a � r�diger des contes, dans lesquels on trouve surtout des motifs musicaux (le Chevalier Gluck, 1809 ; Don Juan, 1813). C�est �galement dans cette ville qu�il fit la connaissance de Julia Marc, � qui il donna des le�ons de chant. Il s��prit passionn�ment de sa tr�s jeune �l�ve ; sa m�re lui fit �pouser un n�gociant de Hambourg, vulgaire mais riche, et Hoffmann ne s�en remit jamais tout � fait. Julia Marc a �t� l�inspiratrice de nombre de ses h�ro�nes.</p><p>En 1813, Hoffmann appartint � la troupe d�op�ra de J. Seconda, alternativement � Dresde et � Leipzig. Il se rendit de nouveau � Berlin en 1814 et reprit sa profession de juriste en 1816, ann�e o� il fut nomm� conseiller � la cour d�appel. Une nouvelle �poque commen�a alors pour lui.</p><p>Hoffmann,</p><p>juriste et �crivain</p><p>C�est en effet � Berlin qu�Hoffmann se mit � mener v�ritablement une vie double. Magistrat durant le jour, le soir il s�attablait, joyeux buveur, dans la fameuse cave de Lutter et Wegener ; il y retrouvait ses amis � les fr�res S�-</p><p>rapion �, �crivains comme La Motte-Fouqu�*, Achim von Arnim, Brentano et Chamisso*, acteurs ou m�decins occultistes et magn�tiseurs ; il trouvait encore le temps d��crire. � cette �poque, il publia la plupart de ses r�-</p><p>cits, group�s en recueils.</p><p>Toute l�oeuvre d�Hoffmann est pla-c�e sous le signe de la dualit�. La r�a-</p><p>lit� est chez lui toujours double et par l� m�me inqui�tante. Dans le Chevalier Gluck, par exemple, pr�sent et pass� coexistent ; l�histoire est tr�s pr�ci-s�ment situ�e � Berlin en 1809 ; or, le personnage �trange que rencontre le narrateur est Gluck, mort le 15 novembre 1787 � Vienne. Le lecteur est oblig� d�accepter ce qui, apparemment, est impossible. Ce d�chirement de la r�alit�, qui embrasse �poques et endroits inconciliables, se retrouve dans les principales oeuvres d�Hoffmann et jusque dans le dernier grand conte de 1822, Ma�tre Puce ; l�un des personnages dit : � Vous �tes le seul homme de toute la ville de Francfort qui sache que je suis enterr� dans la vieille �glise downloadModeText.vue.download 232 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5373</p><p>de Delft depuis l�ann�e 1725, et pourtant vous n�avez jamais trahi ce secret � personne. �</p><p>Fantastique et r�alisme</p><p>ou � le principe</p><p>s�rapiontique �</p><p>Le fantastique d�Hoffmann est diff�-</p><p>rent de celui des autres romantiques allemands ; son int�r�t r�side pour une bonne part dans ce qu�on a appel� son r�alisme, qui est � fait nouveau � un r�alisme de citadin. Hoffmann aime � faire surgir l��tonnant au sein d�une r�alit� banale, cr�ant ainsi un sentiment d�ambivalence et d�ambigu�t�. Il expose cette th�orie esth�tique, le principe � s�rapiontique �, au d�but de son recueil des Contes des fr�res S�rapion :</p><p>� Que chacun examine s�il a bien vu ce qu�il a entrepris de proclamer, avant d�oser le faire conna�tre. � La r�alit� qu�il d�crit est donc concr�te ; lorsqu�il ne connaissait pas d�exp�rience le cadre de ses r�cits, il recherchait minutieusement des documents. L�Italie de la Princesse Brambilla est �voqu�e avec une pr�cision qui l�oppose � la vague Italie d�Eichendorff. Les personnages, eux aussi, sont en g�n�ral situ�s ; nous connaissons leur rang et leur profession : ils sont juristes, officiers, acteurs</p><p>ou �tudiants et expriment les choses les plus extraordinaires dans la langue de tous les jours. Cette r�alit� quotidienne est souvent d�crite sur le mode satirique ; le lecteur ne peut approuver les bourgeois de Dresde du Vase d�or, ni ressentir la moindre sympathie pour la duret� et la b�tise du prince Ir�n�e dans le Chat Murr.</p><p>L�homme et le monde</p><p>Si Hoffmann ridiculise parfois la so-ci�t� de son �poque, c�est qu�il en a lui-m�me souffert, comme en t�moigne sa biographie. Mais sa souffrance a des racines plus profondes. Pour lui, semble-t-il, la vie de l�homme est le signe d�autre chose, d�un destin obscur et mena�ant. Pour exprimer cette angoisse m�taphysique, Hoffmann ne craint pas d�utiliser les accessoires du romantisme le plus �chevel�, comme dans les �lixirs du diable, o� se succ�dent des �v�nements incroyables et terrifiants. Cependant, s�il accumule automates, enterr�s vivants, doubles et vampires, c�est en qualit� de symboles.</p><p>Car, derri�re les exp�riences occultes, Hoffmann soup�onne l�emploi de</p><p>moyens naturels ou bien il en donne une interpr�tation toute personnelle. Il ne croit gu�re aux spectres, et, quand son r�cit est atroce, c�est qu�il sacrifie � une mode et se moque de ses lecteurs.</p><p>Ce manich�en, qui voit partout la griffe du diable, croit pourtant au surnaturel, mais � un surnaturel subjectif et non objectif. Les esprits sont inqui�tants non pas parce qu�ils m�nent une existence autonome, mais parce qu�ils vivent en nous. Le myst�re est au coeur de l�homme, et c�est notre personnalit� qui rec�le l�ab�me. Hoffmann a �t� hant� par la crainte de la folie, surtout dans la derni�re partie de sa vie. Pour lui, en effet, l�homme est fait de principes oppos�s, en �quilibre pr�caire.</p><p>C�est pourquoi les r�cits d�Hoffmann d�crivent le plus souvent des �tres en qui cet �quilibre est rompu. Les uns, les Philistins, ne croient qu�� la plati-tude quotidienne ; les autres, les fous et les artistes, ressentent le merveilleux et l��trange cach�s sous la surface des choses. C�est le cas de Kreisler dans les Kreisleriana et dans le Chat Murr ; or, Kreisler est Hoffmann. Le d�chirement peut se produire � l�int�rieur du</p><p>m�me individu ; pour le rendre, Hoffmann a souvent recours � l�ironie et au grotesque, proche en cela de Jean-Paul (J.-P. Richter*).</p><p>Cependant, l��volution de ses</p><p>oeuvres les plus importantes, depuis le Vase d�or jusqu�� Ma�tre Puce, en passant par Petit Zaches et la Princesse Brambilla, montre que l�ironie romantique, fantastique et m�taphysique, c�de peu � peu la place � un humour plus int�rioris�. L�Atlantide que recherchait l��tudiant du Vase d�or peut �tre d�couverte dans la r�alit� m�me, transfigur�e certes par le r�ve, c�est-</p><p>�-dire dans l�art. Le chevalier Gluck disait d�j� que, pour composer, il fallait d�abord passer par la porte d�ivoire qui m�ne au royaume des r�ves, puis sortir de ce royaume.</p><p>Hoffmann</p><p>et la post�rit�</p><p>L�influence d�Hoffmann a �t� tr�s grande. Il a eu un vif succ�s aupr�s de ses contemporains ; il fut longtemps consid�r� � l��tranger comme le re-pr�sentant du romantisme allemand.</p><p>Son art a eu une action durable sur la musique et la litt�rature mondiales. Richard Wagner s�est inspir� de certains de ses motifs pour �crire les livrets de Tannh�user et des Ma�tres chanteurs.</p><p>Schumann a compos� les Kreisleriana.</p><p>Jacques Offenbach rend assez fid�lement les id�es du po�te dans ses Contes d�Hoffmann. Le fantastique d�Hoffmann, qui prend naissance au sein de la r�alit� m�me, a influenc� Nodier et Nerval et conduit tout droit � Baudelaire (qui l�admirait), � Edgar Allan Poe et m�me au Kafka de la M�tamorphose. L�expressionnisme red�couvrit Hoffmann dont l�influence s�exer�a aussi sur les surr�alistes.</p><p>E. H.</p><p>J. Mistler, la Vie d�Hoffmann (Gallimard, 1927) ; Hoffmann le Fantastique (A. Michel, 1950). / J. F. A. Ricci, E. T. A. Hoffmann. L�homme et l�oeuvre (Corti, 1948). / M. Brion, l�Allemagne romantique (A. Michel, 1963 ; 2 vol.). /</p><p>T. Cramer, Das Groteske bei E. T. A. Hoffmann (Munich, 1966). / W. Segebrecht, Autobiographie und Dichtung, eine Studie zum Werk E. T. A. Hoffmanns (Stuttgart, 1967).</p><p>Principaux recueils d�Hoffmann</p><p>1814-15 Phantasiest�cke nach Callots Manier (Fantaisies � la mani�re de Callot), 4 vol.</p><p>1815-16 Die Elexiere des Teufels (les �lixirs du diable), 2 vol.</p><p>1817 Nachtst�cke (Contes nocturnes), 2 vol.</p><p>1819-1821 Die Serapionsbr�der (Contes des fr�res S�rapion), 4 vol.</p><p>1820-1822 Lebensansichten des Katers Murr (le Chat Murr) [fragment], 2 vol. parus.</p><p>Hofmannsthal</p><p>(Hugo von)</p><p>�crivain autrichien (Vienne 1874 - Ro-daun, pr�s de Vienne, 1929).</p><p>Hofmannsthal est le po�te autrichien par excellence, non qu�il ait cherch� ses sujets particuli�rement dans l�histoire nationale comme Grillparzer ou dans une tradition viennoise, mais parce que sa vie et son oeuvre n�ont jamais cess� d��tre li�es au destin de l�Autriche et de sa capitale. Il n�est pourtant pas un po�te politique. D�s le d�but de sa carri�re, il aspirait � l�intemporel, il �tait attir� par les l�gendes et les mythes.</p><p>Mais sa vie et ses aspirations sont demeur�es remarquablement centr�es sur Vienne : il a beaucoup voyag� et il a �t�, entre les deux guerres mondiales, un �minent repr�sentant d�un esprit europ�en qui essayait de se former autour des institutions de la Soci�t� des Nations ; mais il revenait toujours � son point fixe, cette belle maison de Ro-daun, non loin de Vienne, o� il s��tait �tabli au lendemain de son mariage et o� il est mort.</p><p>Encore au coll�ge, il faisait publier en 1891 une � �tude en un acte et en vers � intitul�e Hier (Gestern). D�s le d�but, sa forme d�expression pr�f�r�e a �t� le th��tre po�tique, dans des d�-</p><p>cors raffin�s et sans date, avec des personnages dont on ne sait � quel degr� de r�alit� ils appartiennent, mais qui parlent tous un langage cadenc�, avec des inflexions souples et libres, ryth-</p><p>m�es par la r�verie et le souvenir.</p><p>En 1893, Hofmannsthal �crivait le Fou et la mort (Der Tor und der Tod), pi�ce lyrique faite de m�ditations altern�es et rim�es, qui peut servir d�ouverture � toute l�oeuvre du po�te : le fou n�est pas un insens�, mais plut�t un homme qui a peur de commencer �</p><p>vivre parmi les hommes ; il demeure dans ce que l�auteur appelle, dans un essai intitul� Ad me ipsum (1916), un �tat de pr�existence. �tre isol�, son refuge est le royaume de la beaut�, qui est aussi celui de la gratuit�. Ce fou, qui n�est pas sans ressembler au Tonio Kr�ger de Thomas Mann, revient dans presque toutes les oeuvres de jeunesse, r�unies dans les oeuvres compl�tes sous le titre Po�mes et petits drames (Gedichte und kleine Dramen). Ce qui distingue cette premi�re phase de l�oeuvre est une langue d�une rare musicalit�, qui marie la lucidit� et un voile de symbolisme �vocateur, o� se perdent les contrastes et les tensions. La Mort du Titien (Der Tod des Tizian) et le Petit Th��tre du monde (Das kleine Welt-theater), esp�ce de bref myst�re publi� en 1903, se rattachent � une inspiration du m�me ordre.</p><p>La mort est un personnage sinon toujours pr�sent, du moins qui partout fait sentir sa pr�sence. � Dieu des �mes �, car elle les d�livre de leur prison de chair, elle les ram�ne vers leur principe, qui est hors du monde et en m�me temps le comprend.</p><p>L�artiste seul � � l�inverse du fou �</p><p>accepte enti�rement, et par l� surmonte, la mort. Le vieux Titien, presque centenaire, aime les couleurs changeantes du monde ; il se r�jouit d�avoir donn� une �me aux choses avant de les quitter. Il sait m�me les transformer. Ce dernier trait appara�tra plus nettement dans les oeuvres de la maturit�. Jedermann, pi�ce publi�e en 1911, la plus connue des pi�ces de Hofmannsthal, toujours donn�e avec succ�s sur la sc�ne du festival de Salzbourg, est une autre danse de la mort, moins d�tach�e que celle de la jeunesse, mais �galement loin de la</p><p>� danse macabre � traditionnelle. Dans Ariane � Naxos, dont Hofmannsthal a �crit le livret et Richard Strauss la musique (1912), c�est encore la mort, musicienne ensorcelante, qui r�gle le</p><p>drame.</p><p>Hofmannsthal a eu sa part dans la grande r�surrection hell�nique dans les pays de langue allemande, sur les traces de F. Nietzsche : OEdipe et le downloadModeText.vue.download 233 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5374</p><p>sphinx (1906), �lectre (1908), Ariane � Naxos (1912). Mais les pi�ces les plus connues traitent de sujets plus modernes : ainsi le Chevalier � la rose (Der Rosenkavalier), com�die en trois actes avec une musique de Richard Strauss (1910) et la Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten), op�ra en trois actes, avec une musique de Richard Strauss, dat� de 1916 ; en 1919 paraissait, sous le m�me titre, un r�cit, sorte de longue nouvelle. Une derni�re � com�die lyrique �, Arabella, devait para�tre, avec musique de Richard Strauss, en 1933, apr�s la mort du po�te.</p><p>En 1925, une grande trag�die symbolique, la Tour (Der Turm), avait exprim� la r�action du po�te � un demi-si�cle d�histoire auquel il venait d�assister. La r�ponse de Hofmannsthal �tait, malgr� tout, une confiance dans la vie, une attention redoubl�e � l�enfance, � ce qui ne se laisse pas corrompre.</p><p>L�horizon du dialogue avec la mort s��tait donc beaucoup �largi. L�intemporel �tait devenu aussi bien pass� qu�avenir.</p><p>P. G.</p><p>E. Hederer, Hugo von Hofmannsthal (Francfort, 1960). / E. Coche de La Fert�, Hoff-mansthal (Seghers, 1964). / W. Volke, Hugo von Hofmannsthal (Hambourg, 1967). / G. Picke-rodt, Hofmannsthal Dramen, Kritik ihres histo-rischen Gehalts (Stuttgart, 1968).</p><p>Hogarth (William)</p><p>Peintre et graveur anglais (Londres 1697 - id. 1764).</p><p>Apprenti chez un graveur d�armoi-</p><p>ries jusqu�en 1718, il s�installe � son compte en 1720. Ses talents d�illustrateur et de graveur sont � la base de toute son oeuvre. Il cr�e des gravures satiriques sur les modes du temps, telles que Mascarades et Op�ras, et les nombreuses planches du livre d�Hudi-bras de Samuel Butler, publi�es en 1726, deviendront bien vite populaires.</p><p>En 1724, il rentre dans l�atelier de sir James Thornhill, peintre officiel d�inspiration acad�mique, dont il �pouse la fille en 1729. C�est � cette date qu�il aborde la peinture � l�huile. Ses tableaux, petits portraits de groupes d�inspiration hollandaise, conversation pieces comme l�Assembl�e � Wans-tead House (Philadelphie, Museum of Art) ou l�esquisse de la Famille royale (Dublin), lui valent une grande r�putation. Sa pr�dilection pour l�inspiration th��trale, son choix de compositions sc�niques o� abondent les effets dramatiques sont confirm�s par ses �crits :</p><p>� Je consid�rais les sujets comme le font les auteurs, ma peinture �tait une sc�ne, les hommes et les femmes en �taient les acteurs qui, par les moyens de certains gestes et expressions, expriment un spectacle muet. �</p><p>Dans sa s�rie de six tableaux pour la Carri�re de la prostitu�e (1731), connue seulement par la gravure, et dans celle des huit tableaux pour la Carri�re du rou� (1735, Londres, Soane�s Museum), Hogarth hausse la peinture de moeurs � un niveau sup�-</p><p>rieur, tr�s sp�cifiquement anglais.</p><p>Observateur minutieux, � la fois plein d�humour et d�intentions moralisa-trices, il stigmatise les maux de la soci�t� du XVIIIe s. En 1745, il d�nonce les m�faits des unions d�int�r�t dans la s�rie des six peintures du Mariage � la mode (Londres, National Gallery), empreinte d�une verve saisissante. La s�rie des �lections (quatre toiles de 1755, Soane�s Museum), popularis�e comme les autres par la gravure, laisse pr�sager les caricatures politiques de Daumier*.</p><p>Cependant, Hogarth brigue le titre de peintre de la Cour. Son succ�s allant croissant, il a obtenu en 1736 un acte du Parlement qui reconna�t aux artistes un droit exclusif sur leurs oeuvres durant quatorze ans ; il se garantit ainsi de</p><p>la foule de ses imitateurs. L�ambition le pousse � d�corer � ses frais l�h�pital Saint Bartholomew, dont il a �t� nomm� gouverneur en 1735. Si ses grands sujets religieux ne lui valent pas le succ�s escompt�, sa gloire est rehauss�e par des commandes de portraits, auxquels il se consacre de plus en plus. Le portrait du Captain Thomas (v. 1740, Londres, Thomas Coram Foundation), ceux des Enfants Graham (1742) et de Mrs. Salter (1744) � tous deux � la Tate Gallery � sont des chefs-d�oeuvre o� le style se fait plus vigoureux, l�expression plus spontan�e. La Marchande de crevettes (v. 1745, National Gallery) unit la puissance de l��bauche et le raffinement du coloris, bien loin des premiers tableaux de conversation, souvent froids et minutieux.</p><p>Les derni�res ann�es de la carri�re de Hogarth furent sombres et solitaires.</p><p>En 1753, il fait para�tre son Analyse de la beaut�, destin�e, dit-il, � � fixer les id�es fluctuantes du go�t �. Il d�montre la signification de la ligne sinueuse qui figurait d�j� sur la palette de son Auto-portrait de 1745 (Tate Gallery). Cette</p><p>� ligne de beaut� � traduit selon lui l�expression de la vie dans la peinture.</p><p>Malgr� son accession � la charge de peintre du roi, en 1757, Hogarth restera contest� jusqu�� sa mort. Oubli� par la suite, ce grand � historien social � appara�t aujourd�hui comme le v�ritable p�re de l��cole anglaise de peinture.</p><p>P. H. P.</p><p>A. P. Oppe, The Drawings of William Hogarth (Londres, 1948). / P. J. Quen-nel, Hogarth�s Progress (Londres, 1955). /</p><p>F. Antal, Hogarth and his Place in European Art (Londres, 1962). / J. Burke et C. Caldwell, Hogarth, the Complete Engravings (Londres, 1968 ; trad. fr. Hogarth, gravures, oeuvre complet, Arts et m�tiers graphiques, 1968).</p><p>CATALOGUES D�EXPOSITION : R. B. Beckett, The Paintings of William Hogarth (Londres, 1949). /</p><p>Hogarth (Londres, Tate Gallery, 1972).</p><p>Hohenstaufen ou</p><p>Staufen</p><p>En allem. STAUFER, dynastie</p><p>germanique.</p><p>L�anc�tre le plus lointain semble �tre</p><p>un petit seigneur souabe qui vivait vers le milieu du XIe s., Fr�d�ric de Beuren (von B�ren, du nom de son ch�teau dans le Jura souabe). Avec sa femme, Hildegarde, possessionn�e en Alsace, il fonde en 1904 l�abbaye Sainte-Foy de S�lestat. Son fils Fr�d�ric construit non loin du ch�teau paternel de Beuren le ch�teau de Hohenstaufen, d�o� il tirera son nom : Fr�d�ric de Hohenstaufen. Lors de la lutte entre Henri IV</p><p>et Gr�goire VII (v. Investitures [querelle des]), Fr�d�ric Ier sert fid�lement l�empereur, qui, en 1079, le r�compense en lui inf�odant le duch� de Souabe et qui lui donne en mariage sa fille Agn�s.</p><p>De ce mariage naissent deux fils : l�a�n�, Fr�d�ric, re�oit en 1105, � la mort de son p�re, le duch� de Souabe et sera, d�s lors, appel� Fr�d�ric II, tandis que le cadet, Conrad, re�oit de l�empereur Henri V des fiefs, dont le comt� de Rothenburg, en Franconie.</p><p>Les deux fr�res restent immuablement fid�les � Henri V.</p><p>� la mort de ce dernier, les biens de la famille s��tendent dans le Jura souabe (ch�teaux de Beuren, de Hohenstaufen et de Waiblingen), le pays de Bade (Eppingen), en Alsace (autour de S�lestat et de Haguenau) ainsi qu�en Franconie (ch�teau de Weinsberg) et dans la vall�e du Rhin (r�gion de Spire et Worms). Avant sa mort, Henri V a voulu d�signer comme son successeur son neveu Fr�d�ric, duc de Souabe.</p><p>Il lui a confi� la gestion de ses biens personnels et la garde des insignes royaux ; mais il ne l�a ni associ� � son pouvoir ni fait couronner. Lors de l��lection imp�riale de 1125, les Grands portent leurs suffrages sur le duc de Saxe, Lothaire de Supplinburg, assez heureux de rallier � lui le beau-p�re de Fr�d�ric II, le duc de Bavi�re Henri le Noir, de la grande famille des guelfes. C�est l� le d�but de la fameuse querelle des guelfes* et des gibelins.</p><p>Apr�s s��tre d�abord inclin�, Fr�d�-</p><p>ric II de Hohenstaufen et les seigneurs souabes qui le soutiennent font proclamer roi de Germanie Conrad, fr�re cadet de Fr�d�ric. La querelle entre Lothaire et les Hohenstaufen ne prend fin qu�en 1134.</p><p>� la mort de Lothaire, qui d�signe,</p><p>lui aussi, son successeur �ventuel en la personne de son gendre, le guelfe Henri X le Superbe, duc de Bavi�re et de Saxe, possessionn� par ailleurs en Italie (marche de V�rone, Toscane), les Grands, ennemis d�un pouvoir royal fort, �lisent l�ancien antiroi Conrad de Hohenstaufen le 22 mai 1138. Cette �lection entra�ne un nouveau conflit entre les deux familles : la mort brutale d�Henri le Superbe en 1139 ram�ne la paix. Le fils d�Henri le Superbe, Henri le Lion, garde le duch� de Saxe, mais le roi Conrad attribue la Bavi�re � un Babenberg, Henri II Jasomirgott, qui �pouse en 1142 la veuve d�Henri le Superbe. Le conflit entre les guelfes et les Hohenstaufen semble ainsi r�gl�, mais reste en suspens la question du duch� de Bavi�re, que continue � revendiquer Henri le Lion.</p><p>Conrad III meurt le 15 f�vrier 1152, non sans avoir d�sign� au choix des �lecteurs son neveu Fr�d�ric, duc de Souabe, apparent� par sa m�re, Judith, soeur d�Henri le Superbe, � la famille des guelfes. Fr�d�ric Ier Barberousse est �lu roi de Germanie le 4 mars 1152, apr�s avoir pris des engagements � l��gard d�Henri le Lion quant � la Bavi�re. Le souverain est �pris d�un id�al politique qu�il fait conna�tre d�embl�e dans la lettre qu�il adresse au pape Eug�ne III apr�s son �lection ; restituer toute sa splendeur � la dignit� imp�riale. Semblable programme, pour lequel il se r�clame de Charlemagne, le porte rapidement � un conflit avec le pape, soutenu par les Communes italiennes. Fr�d�ric Ier Barberousse finit par �tre d�fait en Italie et signe la paix avec le pape Alexandre III � Venise en 1177 et avec les villes italiennes � Constance en 1183. Du moins parvient-il � renforcer son pouvoir en Allemagne, o� Henri le Lion se soumet finalement apr�s avoir perdu la Bavi�re.</p><p>downloadModeText.vue.download 234 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5375</p><p>L�oeuvre de Fr�d�ric Ier Barberousse s�effrite entre les mains de son fils Henri VI, � qui il avait fait �pouser l�h�riti�re du tr�ne de Sicile. Henri VI</p><p>aurait voulu restaurer le pouvoir imp�-</p><p>rial en Italie, mais il m�contente gravement la population italienne par l�installation de seigneurs allemands. Son fils Fr�d�ric, le futur Fr�d�ric II, n�est �g� que de trois ans quand il meurt en 1197. Philippe de Souabe, fr�re d�Henri, ne parvient pas � s�imposer et finit assassin� en 1208. Fr�d�ric II*, d�abord prot�g� du pape Innocent III, se fait �lire roi de Germanie en 1212 et couronner empereur en 1220, tout en conservant le tr�ne de Sicile. Un nouveau conflit avec la papaut� est alors in�vitable, qui durera jusqu�� la mort de Fr�d�ric II en 1250. Celui-ci, qui reprend la th�orie de la sup�riorit� imp�-</p><p>riale, porte tous ses efforts sur l�Italie et son royaume de Sicile, mais n�glige l�Allemagne, o� se r�pand l�anarchie.</p><p>Le mirage italien, qui s�duit Henri VI et surtout Fr�d�ric II, ruine ainsi les efforts de Fr�d�ric Ier Barberousse, qui aurait voulu un pouvoir imp�rial fort dans un �tat centralis�.</p><p>La famille des Hohenstaufen conna�t une fin tragique. D�j�, Fr�d�ric II voit se dresser contre lui son fils Henri VII, roi de Germanie, qui reproche � son p�re d�affaiblir la couronne de Germanie. Il le fait emprisonner en 1235 ; Henri meurt en prison en 1242. La mort de Fr�d�ric II marque l�effondrement de la domination des Hohenstaufen tant en Allemagne qu�en Italie. En Allemagne, Conrad IV de Hohenstaufen, autre fils de Fr�d�ric II, est impuissant � s�imposer devant son adversaire Guillaume de Hollande, soutenu par les princes allemands du Nord et les villes de la ligue du Rhin. Il meurt en 1254</p><p>en Italie. Le b�tard de Fr�d�ric II, Manfred, � qui �choit en 1258 le royaume de Sicile, parvient un temps � mater les r�voltes qui �clatent en Italie du Sud et trouve des appuis en Pi�mont et en V�-</p><p>n�tie. Il profite alors de la faiblesse des papes et de la division des villes italiennes o� s�vissent les luttes de partis.</p><p>Le pape Urbain IV, d�origine champe-noise, n�gocie avec Charles Ier* d�Anjou, qu�il investit du royaume de Sicile le 17 juin 1263. Le 26 f�vrier 1266, Charles d�Anjou bat et tue Manfred � B�n�vent. Le jeune duc de Souabe, Conradin, fils du roi Conrad IV, se laisse tenter � l�id�e de reconqu�rir le royaume de Sicile. Il vient en Italie en 1267, mais il est d�fait par Charles</p><p>d�Anjou le 23 ao�t 1268 � Tagliacozzo.</p><p>Apr�s avoir err� quelques semaines, il est livr� � Charles, qui le fait d�capiter � Naples le 29 octobre 1268. Il �tait le dernier descendant direct des Hohenstaufen. En se posant comme h�ritier des Hohenstaufen par son �pouse</p><p>Constance, fille de Manfred, Pierre III d�Aragon arrache � Charles d�Anjou le tr�ne de Sicile en 1282.</p><p>La famille des Hohenstaufen a certes exalt� la grandeur imp�riale � travers la personne de Fr�d�ric Ier Barberousse, mais, par un singulier contraste, ce sont les pr�tentions � l�h�g�monie universelle des grands empereurs Hohenstaufen qui ont men� l�Allemagne et l�Italie � un �tat de d�composition territoriale dont ces deux pays ne devaient plus se relever jusqu�au XIXe s.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Allemagne / Fr�d�ric Ier Barberousse / Fr�d�-</p><p>ric II / Saint Empire romain germanique.</p><p>E. Maschke, Das Geschlecht der Staufer (Munich, 1943). / P. Jundt, les Hohenstaufen (Rencontre, Lausanne, 1969).</p><p>Hohenzollern</p><p>Famille allemande qui a donn� naissance � la dynastie royale de Prusse*.</p><p>Jusqu�en 1701</p><p>La filiation dans cette famille n�est assur�e que jusqu�� Fr�d�ric III, comte de Zollern (� 1201), qui devient bur-grave de Nuremberg � la fin du XIIe s.</p><p>Au XIIIe s., la famille se divise en deux branches principales.</p><p>La branche de Souabe, sans doute l�a�n�e, d�tient des terres allant du haut Danube au Neckar. Ces territoires ne cessent de diminuer du XIIIe au XVe s., avant de conna�tre un accroissement au XVIe s. Mais cette branche, demeur�e catholique, est affaiblie par de nombreuses subdivisions. Si elle n�a pas jou� de r�le important dans l�histoire allemande, certains de ses membres ont occup� de hautes fonctions dans l�Empire et dans l��glise.</p><p>La branche franconienne, protes-</p><p>tante, appara�t en 1191, quand l�empereur confie le comt� de Nuremberg � un membre de cette famille. � partir du XIVe s., elle d�veloppe de mani�re syst�matique sa politique territoriale, et Fr�d�ric V (� 1398) devient prince d�Empire pour sa terre d�Ansbach.</p><p>Mais la fortune de la dynastie est li�e � l�acquisition de l��lectorat de Brandebourg (1415). La Dispositio Achillea assure en 1473 l�indivisibilit� de l��lectorat et r�serve les deux duch�s franconiens d�Ansbach et de Bayreuth aux branches cadettes, clause qui restera en vigueur jusqu�� la fin du XVIIIe s. Ces duch�s passent tr�s t�t � la R�forme, et le margrave Joachim Ernest d�Ansbach (1603-1625) joue un r�le d�cisif dans la cr�ation de l�Union �vang�lique en 1608-1610.</p><p>Au Brandebourg*, les margraves</p><p>pratiquent aux XVe et XVIe s. une politique d�extension territoriale, de reconqu�te de territoires perdus et de centralisation politique aux d�pens des nobles et des villes. Mais leur politique de luxe ruine les finances publiques.</p><p>Ils placent leurs cadets dans le haut clerg� : ainsi, Albert (1490-1545) devient archev�que de Magdeburg (1513) et de Mayence (1514), puis cardinal (1518), et Albert de Brandebourg-Ansbach (1490-1568), grand ma�tre de l�ordre Teutonique (1511). Celui-ci s�cularise en 1525 les terres des chevaliers Teutoniques et cr�e ainsi une nouvelle branche r�gnante en Prusse, dont l�extinction aboutit en 1618 � l�annexion de la Prusse au Brandebourg. La Prusse voit se d�velopper entre 1525 et 1660 le pouvoir des �tats et un luth�ranisme rigide, qui �loigne le duch� de plus en plus de la Pologne catholique voisine pour l�amarrer au protestantisme germanique. L�universit� de K�nigsberg conna�t un grand �clat. Apr�s 1618, malgr� l�union personnelle avec le Brandebourg, la Prusse garde une position particuli�re, due � la force des �tats et � sa d�pendance � l��gard de la Pologne, qui ne sera lev�e qu�en 1660, quand le trait� d�Oliva accorde � la Prusse son ind�-</p><p>pendance, ce qui va entra�ner une r�-</p><p>duction progressive de son autonomie au profit de la centralisation pratiqu�e depuis Berlin.</p><p>Sur le plan religieux, la branche brandebourgeoise se caract�rise par des fluctuations. Alors que Joachim Ier (1484-1535, �lecteur de 1499 � 1535) reste un partisan convaincu de l��glise romaine, son fils Joachim II (1505-1571, �lecteur de 1535 � 1571) se montre tr�s timor� face � la R�forme, avant de devenir apr�s 1555 un luth�-</p><p>rien convaincu, au point que le Brandebourg tend � devenir un satellite de la Saxe. La R�forme permet aussi de substantiels gains territoriaux par la s�cularisation de trois �v�ch�s. Mais Jean Sigismond (1572-1619, �lecteur de 1608 � 1619) embrasse le calvinisme, qu�il essaie en vain d�imposer en Prusse et au Brandebourg, o� il suscite des troubles et ne cr�e que d�infimes minorit�s r�form�es.</p><p>Parall�lement � l�extension vers l�est s�op�re en 1614 une premi�re pouss�e en direction de l�ouest par l�acquisition des duch�s de Cl�ves et de Mark, situ�s sur le Rhin. Durant la guerre de Trente* Ans, les margraves connaissent des situations difficiles et voient la plupart de leurs territoires d�-</p><p>vast�s par les arm�es et les �pid�mies, au point de sentir menac�e l�existence m�me des territoires de la dynastie. Les trait�s de Westphalie (1648) apportent d�importants gains territoriaux : �v�-</p><p>ch�s de Halberstadt et de Minden, Pom�ranie orientale et l�expectative de Magdeburg. Toutefois, malgr� ce brusque accroissement territorial, les Hohenzollern ne sont encore ma�tres que de domaines pauvres, dispers�s, sans lien autre que dynastique et certains difficiles � d�fendre, s��tendant du Rhin au Ni�men.</p><p>Fr�d�ric-Guillaume (1620-1688),</p><p>dit le Grand �lecteur (1640-1688), s�efforce de transformer ces possessions h�t�rog�nes en un grand �tat moderne. Brutal, mais intelligent, laborieux, tenace, c�est un souverain consciencieux qui ne conna�t que la raison d��tat. Il unifie l�administration de ses territoires, institue un gouvernement centralis�, cr�e des imp�ts permanents et constitue une arm�e solide de mercenaires disciplin�s. Pour stimuler la vie �conomique et repeupler les campagnes, il entreprend de grands travaux de bonification et pratique une</p><p>politique d�immigration, accueillant en particulier 20 000 huguenots au lendemain de la r�vocation de l��dit de Nantes. Sa politique ext�rieure est moins heureuse : malgr� une victoire sur les Su�dois � Fehrbellin (1675), qui r�v�le les qualit�s de la jeune arm�e prussienne, il ne peut acqu�rir la Pom�-</p><p>ranie occidentale. � deux reprises, il a tent� d�obtenir la couronne de Pologne.</p><p>Son fils Fr�d�ric III (1657-1713), qui lui succ�de en 1688, tr�s vaniteux, monnaie sa participation aux guerres de la ligue d�Augsbourg et de la Succession d�Espagne contre le titre royal que l�empereur L�opold Ier l�autorise � prendre en Prusse. Fr�d�ric Ier �</p><p>comme roi de Prusse � est solennellement couronn� � K�nigsberg le 18 janvier 1701.</p><p>Les Hohenzollern</p><p>souverains</p><p>Par le couronnement de 1701, la maison des Hohenzollern entre, bien que ce soit par une porte d�rob�e, dans la famille des rois. Il faudra cependant attendre patiemment que le nouveau rang soit reconnu g�n�ralement pour que les Hohenzollern se hissent au ni-downloadModeText.vue.download 235 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5376</p><p>veau des Welfes, qui deviendront rois d�Angleterre, et des Wettin, devenus rois de Pologne. Si, aux yeux de certains, la Prusse peut passer pour une terre germanique, cette r�gion reste hors des fronti�res du Saint Empire.</p><p>Les Hohenzollern savent profiter de la confusion qui s�instaure ainsi, mais ils restent, aux yeux d�un grand nombre, des �trangers dans la mesure o� la Prusse, en tant que concept g�ographique et historique, para�t se situer hors des limites, tr�s floues d�ailleurs, du monde proprement germanique.</p><p>Parall�lement � la ligne principale et</p><p>� royale �, les lignes de Souabe et de Franconie subsistent pendant un laps de temps relativement important, surtout en ce qui concerne les Souabes.</p><p>Deux rameaux de la branche principale</p><p>se maintiennent moins longtemps : celui de Schwedt (jusqu�en 1788) et celui de Sonnenburg (jusqu�en 1744).</p><p>En 1786, la branche principale</p><p>conna�t une crise, car Fr�d�ric II* le Grand meurt sans laisser de descendants, et la couronne passe � son neveu Fr�d�ric-Guillaume II (1744-1797), qui r�gne jusqu�en 1797 (le c�l�bre prince Louis-Ferdinand [1772-1806]</p><p>est un neveu plus jeune). En 1797, Fr�d�ric-Guillaume III (1770-1840) monte sur le tr�ne ; il est le mari de la reine Louise (� 1810), si souvent chant�e, et il pensera �tre le dernier roi de Prusse tant l��tat se trouve menac� par les guerres napol�oniennes. Les acquisitions du XVIIIe s., faites surtout aux d�pens de la Pologne et de l�Autriche, accentuent le caract�re oriental de la Prusse ; il faudra celles de 1803</p><p>(territoires eccl�siastiques) et de 1815</p><p>(terres saxonnes, lusaciennes et rh�-</p><p>nanes) pour modifier en partie cette situation. Les liens de famille nou�s avec les princes welfes, la Su�de, la Hesse, le Mecklembourg ne joueront pas de r�le dans ces acquisitions.</p><p>Fr�d�ric-Guillaume IV (1795-1861) r�gne de 1840 � 1861, et c�est son fr�re Guillaume (Guillaume Ier*) qui lui succ�de : en 1871, il sera le premier empereur d�Allemagne de l�histoire. �</p><p>cette �poque, des liens ont �t� nou�s avec la Saxe-Weimar et la Russie.</p><p>Entre-temps, la branche franconienne s�est �teinte en 1806 ; ses territoires (Ansbach et Bayreuth) sont devenus prussiens d�s 1791. Les princes des branches souabes abdiquent en faveur de la branche prussienne en 1848</p><p>(Sigmaringen) et en 1849 (Hechingen), mais Hechingen ne s��teindra que plus tard (1869), et Sigmaringen se transformera en maison princi�re, puis royale de Roumanie (1866-1947) apr�s avoir failli devenir maison royale d�Espagne en 1870.</p><p>En 1871, pr�s de deux si�cles apr�s le couronnement, les Hohenzollern deviennent maison imp�riale, et l�histoire allemande est �crite d�sormais comme s�il s�agit de l�histoire de la Prusse en g�n�ral, des Hohenzollern en particulier. Mais, d�s 1918, c�est la catastrophe, puis l�abdication ;</p><p>Guillaume II* ne mourra cependant qu�en 1941, et le c�l�bre kronprinz Fr�d�ric-Guillaume qu�en 1951.</p><p>B. V. et J.-B. N.</p><p>F Allemagne / Brandebourg / Prusse.</p><p>L. Mermaz, les Hohenzollern (Rencontre, Lausanne, 1969).</p><p>Hohenzollern de</p><p>Roumanie</p><p>Les quatre souverains de la Roumanie contemporaine (1866-1947).</p><p>Charles Ier ou Carol Ier</p><p>(Sigmaringen 1839 - Sinaia 1914), prince (1866-1881), puis roi de Roumanie (1881-1914). Charles est le second fils du prince Charles de Hohenzollern - Sigmaringen, chef de la branche catholique et sud-allemande de la famille des Hohenzollern*. Sa m�re est la fille du grand-duc de Bade et de St�phanie de Beauharnais. Officier prussien, il sert au cours de la guerre des Duch�s en 1864.</p><p>En 1866, la noblesse des princi-</p><p>paut�s roumaines de Moldavie et</p><p>de Valachie, r�cemment unifi�es, �carte du pouvoir l�hospodar (prince) Alexandre-Jean Cuza (1859-1866), dont la politique r�solument r�formiste lui d�pla�t. � la recherche d�un prince �tranger � plus docile �, elle offre le pouvoir � Philippe, comte de Flandre, fils de L�opold Ier de Belgique, qui se r�cuse. Alors, avec l�assentiment tacite de Napol�on III, elle se tourne vers Charles, qu�un pl�biscite roumain (20 avr. 1866) reconna�t comme prince des Roumains. Charles (Carol) de Roumanie, install� � Bucarest, devra compter avec l�hostilit� ou les r�ticences des Turcs, des Autrichiens et m�me des Russes.</p><p>Muni de pouvoirs importants par</p><p>la Constitution du 11 juillet 1866, il s�efforce de maintenir la balance �gale entre conservateurs et lib�raux ; sa volont� de r�formes se heurte aux privil�ges f�odaux de l�aristocratie dont il est cependant l�expression. Les investissements �trangers se multiplient en</p><p>Roumanie, et, tandis que l�infrastructure du pays se d�veloppe, la paysannerie reste mis�rable (grande r�volte de 1907), et le prol�tariat industriel formule ses premi�res revendications.</p><p>En 1869, Charles �pouse une princesse luth�rienne allemande, Elisabeth de Wied ; durant la guerre franco-allemande (1870-71), les sympathies du peuple roumain pour la France se doublent d�hostilit� � l��gard du � roi prussien �, qui est sur le point d�abdiquer. Mais sa popularit� rena�t quand, en 1877, il d�cide de participer, aux c�t�s de la Russie, � la guerre contre la Turquie. D�s le 9 mai 1877, Charles se d�clare compl�tement ind�pendant de la Porte ; en d�cembre, l�arm�e roumaine participe d�une mani�re d�cisive � la prise de Plevna (auj. Pleven). Le trait� de San Stefano (3 mars 1878) reconna�t une Roumanie ind�pendante et souveraine, mais le congr�s de Berlin (13 juin - 13 juill. 1878), sous la pression du tsar Alexandre II, oblige Charles � �changer la Bessarabie m�-</p><p>ridionale, reprise par le tsar, contre la Dobroudja, peupl�e en majorit� de Bulgares et de Turcs. Le prince, qui se voit reconna�tre l�h�r�dit�, est couronn� roi de Roumanie le 22 mai 1881</p><p>(Charles ou Carol Ier).</p><p>N�ayant pas pardonn� au tsar son attitude � Berlin, Charles Ier s�allie en secret, en 1883, avec l�Allemagne et l�Autriche-Hongrie. Mais le point litigieux et douloureux pour les Roumains reste la Transylvanie*, que la Hongrie a annex�e en 1867. L�hostilit� roumaine � l��gard des Empires centraux s�explique en grande partie par l� ; elle se d�veloppera contre le d�sir du souverain, rest� tr�s attach� � ses origines allemandes.</p><p>La Roumanie participe � la deuxi�me guerre balkanique contre la Bulgarie (1913) ; le trait� de Bucarest (10 ao�t) lui donne la r�gion situ�e au sud de la Dobroudja. Au d�but de la Premi�re Guerre mondiale (1914), la Roumanie, francophile, se d�clare neutre malgr� les accords de 1883. D�courag�, le roi meurt le 10 octobre. Comme il n�a eu qu�une fille, d�c�d�e en 1874, c�est son neveu Ferdinand � le second fils de son fr�re L�opold � qui lui succ�de.</p><p>Ferdinand Ier</p><p>(Sigmaringen 1865 - Sinaia 1927), roi de Roumanie (1914-1927). Adopt� d�s 1889 par son oncle Charles Ier comme h�ritier du tr�ne, Ferdinand �pouse en 1893 la princesse Marie d��dimbourg, qui lui donnera six enfants. Durant les longues ann�es qui pr�c�dent son av�-</p><p>nement, il s�int�resse uniquement aux questions militaires ; il commande en chef l�arm�e roumaine durant la campagne de Bulgarie en 1913.</p><p>Ferdinand acc�de au tr�ne le 11 octobre 1914 ; ses inclinations et son pass� le portent, comme son pr�d�cesseur, vers les Empires centraux, mais la pression de l�opinion roumaine, celle de la reine Marie � anglophile et francophile �, les n�cessit�s diplomatiques et l�espoir d�arracher la Transylvanie aux Hongrois le font, peu � peu, passer dans l�autre camp. En ao�t 1916, la Roumanie entre en guerre aux c�t�s des Alli�s. Ferdinand Ier supporte avec dignit� les rapides revers inflig�s � l�arm�e roumaine par les forces austro-allemandes, bulgares et turques.</p><p>Quand, d�s la fin de 1916, les Allemands occupent Bucarest, le roi, son gouvernement et le reste de son arm�e s�installent en Moldavie, Ia�i �tant la capitale provisoire. De l� ils portent des coups � leurs adversaires : ainsi, en juillet 1917, � M&#x103;r&#x103;�e�ti, quand le g�n�ral Alexandru Averescu sauve la partie non occup�e du pays.</p><p>La victoire des Alli�s permet � Ferdinand de r�aliser le r�ve des Roumains en annexant la Transylvanie et en r�cu-p�rant la Bessarabie et la Bucovine. En 1918, la � Grande Roumanie � est proclam�e ; le 15 octobre 1922, � Alba-Iulia, Ferdinand est couronn� triomphalement roi de tous les Roumains.</p><p>La p�riode cons�cutive � la guerre est consacr�e � la consolidation de la situation de la Grande Roumanie, � l�int�gration des populations des nouveaux territoires (Hongrois notamment), � la mise en place du suffrage universel, et � la poursuite de la r�-</p><p>forme agraire (1921) : le roi est en fait le premier grand propri�taire � amorcer une redistribution des terres. D�autre part, Ferdinand Ier prend une part active</p><p>aux initiatives l�gales destin�es � prot�ger les juifs roumains des effets d�un antis�mitisme souvent virulent.</p><p>Cependant, la question sociale</p><p>� li�e � l�industrialisation du pays</p><p>� commence � se poser avec acuit�, t�moin les grandes gr�ves d�octobre 1920 et la cr�ation du parti communiste roumain en 1921. En politique ext�rieure, Ferdinand Ier pratique avec la France une politique d�amiti� dans le cadre de la Petite-Entente.</p><p>Les derni�res ann�es du roi sont at-trist�es par les d�ceptions caus�es par son fils a�n�, Charles (Carol II), qu�il downloadModeText.vue.download 236 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5377</p><p>doit �carter du tr�ne, en d�cembre 1925, au profit de son petit-fils Michel.</p><p>Charles II ou Carol II</p><p>(Sinaia 1893 - Estoril, Portugal, 1953), roi de Roumanie (1930-1940). Fils a�n� de Ferdinand Ier, il fait ses �tudes militaires � Potsdam ; il entre en Roumanie en 1914. Quatre ans plus tard, il contracte un mariage morganatique avec la fille d�un officier, Zizi Lam-brino : un fils na�tra de ce mariage, qui est dissous. En mars 1921, Charles �pouse H�l�ne, fille du roi Constantin Ier de Gr�ce ; ils ont un fils, Michel, mais leur union est aussi malheureuse que possible, Charles affichant sa liaison avec Magda Lupescu. En 1925, sous la pression du parti lib�ral d�Ion Br&#x103;tianu (1864-1927), le prince doit renoncer � ses droits sur le tr�ne au profit de son fils Michel. Cette exclusion est solennellement ratifi�e le 4 janvier 1926 et confirm�e � la mort du roi Ferdinand (20 juill. 1927). Charles II s�installe en Angleterre, puis en France ; en 1928, la princesse H�l�ne obtient le divorce.</p><p>Le conseil de r�gence instaur� en Roumanie durant la minorit� de Michel se montre tr�s vite impopulaire, au point que les adversaires des lib�-</p><p>raux prennent contact avec Charles, mais celui-ci ne veut pas se contenter d�une place dans le conseil de r�gence</p><p>et, revenu � Bucarest, se d�clare roi le 8 juin 1930 ; la r�conciliation avec H�l�ne se r�v�le impossible ; en 1931, Mme Lupescu rentre � la Cour.</p><p>Apr�s avoir louvoy� entre les partis qui s�entre-d�chirent et laiss� la Garde de Fer se livrer � une sanglante agitation, Charles II, en f�vrier 1938, �tablit sa propre dictature, faisant promulguer une Constitution � caract�re autoritaire. En m�me temps, l�affaiblissement de l�influence fran�aise fait tomber le royaume sous la coupe du Reich hitl�rien, qui trouve en Roumanie le bl�, le ma�s et surtout le p�trole, indispensable � l��conomie de guerre allemande. L�entente germano-sovi�-</p><p>tique (1939) permet � l�U. R. S. S. de saisir la Bessarabie et la Bucovine du Nord (juin 1940). Charles II ne peut rien ou ne veut rien faire contre ces humiliations. Il y a pire : le 30 ao�t 1940, � Vienne, Hitler et Mussolini obligent la Roumanie � rendre � la Hongrie le nord de la Transylvanie. Si bien que Charles, d�s le 6 septembre, doit abdiquer en faveur de Michel et s�exiler. La Roumanie tombe alors sous la coupe du � conduc&#x103;tor � Ion Antonescu</p><p>(1882-1946).</p><p>En juillet 1947, au Br�sil, Charles �pousera Mme Lupescu ; il mourra en exil six ans plus tard.</p><p>Michel Ier</p><p>(Sinaia 1921), roi de Roumanie (1927-1930 et 1940-1947). �cart� du tr�ne par son p�re Carol II le 8 juin 1930, Michel Ier est r�duit au titre de grand vo�vode d�Alba-Iulia. Sa m�re, qui divorce d�avec le roi Charles en 1928, quitte la Roumanie. Redevenu roi le 6 septembre 1940, Michel doit subir la dictature d�Ion Antonescu. Mais, tandis que ce dernier met toutes les forces du pays � la disposition de son alli�e, l�Allemagne hitl�rienne, contre l�U. R. S. S., le jeune roi se taille une grande popularit� comme opposant de fait au r�gime, car il approuve les efforts des chefs d�mocrates Iuliu Maniu et Dinu Br&#x103;tianu pour arracher la Roumanie de la guerre ; il joue un r�le d�cisif dans le coup d��tat du 23 ao�t 1944, marqu� par l�arrestation d�Antonescu. Il forme ensuite un cabinet de coalition et demande un armistice aux</p><p>Alli�s.</p><p>Cependant, l�influence commu-</p><p>niste, pr�pond�rante avec la victoire de l�U. R. S. S., impose le minist�re Petru Groza (6 mars 1945) avant d�acculer Michel Ier � l�abdication (30 d�c.</p><p>1947), pr�lude � la proclamation de la R�publique populaire de Roumanie.</p><p>D�sormais, Michel, qui �pousera en 1948, � Ath�nes, Anne de Bourbon-Parme, vivra en exil.</p><p>P. P.</p><p>F Roumanie.</p><p>Hokkaid&#x14D;</p><p>La plus septentrionale des quatre grandes �les du Japon ; 78 512 km 2 ; 5 184 000 hab. Ch.-l. Sapporo*.</p><p>La densit� de peuplement (66 hab.</p><p>au km 2) est remarquablement faible pour le Japon (280). Hokkaid&#x14D; est une r�gion originale dans l�archipel nippon. Elle se caract�rise d�abord par un milieu naturel peu hospitalier. C�est le domaine du froid. De janvier � mars, aucun point de l��le ne d�passe 0 �C, et l�on observe chaque ann�e un minimum absolu de � 40 �C � Asahigawa, ville de plaine au-dessous du 44e parall�le. La neige int�resse surtout la moiti� occidentale, expos�e � la mousson hivernale, mais, � l�est, la p�riode v�g�tative est r�duite par les brumes estivales, qui marquent la limite de la riziculture japonaise. La mer d�Okhotsk g�le de janvier � mars. Hokkaid&#x14D; est �galement un pays de montagnes ; le centre en est occup� par la calotte volcanique du Daisetsu (2 290 m), qui coiffe la rencontre des arcs du nord-est, de Sakha-line et des Kouriles. Des alignements montagneux prolongent le massif au sud (presqu��le d�Oshima), au sud-est (cap Erimo) et au nord-est (Shiretoko, amorce de la cha�ne des Kouriles). Partout, les volcans marquent le paysage, notamment de lacs nombreux (T&#x14D;ya, Kutcharo, Akan). La for�t donne des paysages de ta�ga et couvre 70 p. 100</p><p>de l��le, tandis que les montagnes renferment la moiti� de la houille japonaise (3 200 Mt), 99 p. 100 du mercure, 100 p. 100 du chrome, 78 p. 100 du gaz naturel, 27 p. 100 du fer et 43 p. 100</p><p>de l�or du pays. Des plaines mal drain�es entourent le Daisetsu au sud-est (Konsen), au sud (Tokachi) et surtout � l�ouest (Ishikari, 130 km de longueur et 40 km de largeur maximale).</p><p>Le morcellement du relief rend partout les communications difficiles.</p><p>Hokkaid&#x14D; est enfin la plus tardivement occup�e des �les japonaises ; elle le fut sous Meiji (1868), lorsque T&#x14D;ky&#x14D; s�inqui�ta de l�avance russe en Extr�me-Orient. Soldats-colons, puis paysans de toutes les r�gions de Honsh&#x16B; furent appel�s et encourag�s financi�rement � �migrer dans l��le, o� les derniers A�nous, qui en formaient le peuplement originel, furent regroup�s en r�serves.</p><p>Sapporo fut fond�e en 1871, et la terre distribu�e en lots r�guliers de 5 ha.</p><p>En 1898, le front pionnier atteignit la mer d�Okhotsk ; il progresse toujours � grands frais, dans le sud-est (Konsen).</p><p>Une emprise originale sur le milieu caract�rise encore l��le. Le peuplement est peu dense, et un pourcentage relativement �lev� de ruraux �migr� vers les villes, o� vivent 40 p. 100 des habitants. Le froid pose ici des probl�mes : la stabulation est n�cessaire, et la silhouette de chaque ferme s�orne d�un silo � fourrage ; le sol ne porte qu�une r�colte annuelle, et le riz est sem� sous serre pour gagner du temps avant le repiquage. Bl�, orge, avoine, ma�s, seigle, haricots, betterave � sucre et fourrage occupent, � c�t� du riz, une place de plus en plus grande vers l�est.</p><p>Ici (Tokachi, Konsen), de grandes compagnies laiti�res (Yukijirushi, Fuji) organisent la production du lait et du fromage.</p><p>L�exploitation de la for�t (70 p. 100</p><p>� l��tat) se fait surtout en hiver. La p�che, activit� la plus ancienne de l��le, occupe 30 000 familles ; six ports (Hakodate, Otaru, Wakkanai, Kushiro, Abashiri, Mombetsu) re�oivent chacun plus de 60 000 t par an. L�extraction de la houille est importante (23 Mt, dont 18 pour la zone de Y&#x16B;bari). � Muroran se trouve une grande aci�rie de 8 Mt de capacit� ; non loin de l�, Tomakomai est la capitale du papier journal, ville �troitement sp�cialis�e, aux mains de la soci�t� &#x14C;ji (7 000 ouvriers). Ebetsu a des fabriques de papier et de pulpe.</p><p>Des industries alimentaires nombreuses compl�tent le panorama de ces activit�s.</p><p>Hokkaid&#x14D; forme ainsi dans l�en-</p><p>semble japonais une r�gion bien d�finie et �conomiquement �quilibr�e. La p�che fait vivre 5 p. 100 de la population ; l�agriculture et l��levage sont ici les plus d�velopp�s du Japon et offrent leurs aspects les plus � occidentaux � : plaines taill�es au cordeau, �levage rationnel, lait et viande. Les sources d��nergie sont nombreuses (houille, gaz, hydro-�lectricit�, encore sous-�quip�e, bien que la production atteigne 7 TWh), et l�industrie se r�-</p><p>partit harmonieusement entre le travail des produits agricoles, du bois et des ressources mini�res. Elle n�occupe, cependant, que 13 p. 100 de la main-d�oeuvre. Un centre unique, Sapporo (1 million d�habitants ; ville au plan en damier, soeur des villes de la Prairie ca-nadienne), y domine une hi�rarchie de centres r�gionaux (Asahigawa, Hakodate, Kushiro, Kitami, Muroran, Obi-hiro) et de march�s locaux de 20 000 � 50 000 habitants, le tout bien reli� par un dense r�seau ferr�. Hokkaid&#x14D; est, en outre, nettement sp�cialis�e parmi les r�gions japonaises.</p><p>Les industries alimentaires</p><p>(33 p. 100 de la production r�gionale), du bois, de la p�te � papier, du fer et du cuivre y tiennent une place plus grande que dans le reste de l�archipel et alimentent de fortes ventes. L��le ach�te du minerai de fer, du charbon � coke, de l�outillage, des phosphates et des textiles. Elle attire aussi des foules durant l��t� � cause de sa fra�cheur relative. Le sud, tr�s urbanis�, s�oppose au nord et � l�est ; il poursuit, apr�s la lacune du T&#x14D;hoku septentrional, la M�galopolis japonaise, dont Sapporo forme ainsi l�ultime jalon au nord.</p><p>� une heure d�avion de T&#x14D;ky&#x14D;, �</p><p>deux heures d�&#x14C;saka, l��le sera reli�e prochainement par un tunnel ferroviaire sous-marin (37 km) au nord de Honsh&#x16B;, et les trains rapides la gagne-downloadModeText.vue.download 237 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5378</p><p>ront, depuis T&#x14D;ky&#x14D;, en six heures vers 1975.</p><p>J. P.-M.</p><p>Hokusai</p><p>Illustrateur de livres, dessinateur d�estampes et peintre japonais (Edo [auj.</p><p>T&#x14D;ky&#x14D;] 1760 - id. 1849).</p><p>La fin du XVIIIe s. marque l�apog�e de l�estampe japonaise sp�cialis�e dans les portraits d�acteurs et de jolies femmes. Gr�ce � Hokusai Katsushika, cet art conna�t une impulsion nouvelle et un essor magnifique dans la repr�-</p><p>sentation de paysages et de sc�nes de la vie populaire.</p><p>Hokusai est n� � Edo, dans un quartier de salines et de jardins mara�chers.</p><p>En contact, d�s sa jeunesse, avec un monde presque campagnard, il gardera toute sa vie des go�ts modestes, un amour des petites gens et de la simplicit� de leurs moeurs.</p><p>Apr�s avoir exerc� plusieurs m�tiers, il entre � dix-huit ans dans l�atelier de Katsukawa Shunsh&#x14D; (1726-1792), un des ma�tres les plus r�put�s de son �poque, et travaille � des estampes �l�-</p><p>gantes et raffin�es sur les sujets courants de l�ukiyo-e*.</p><p>En 1794, le d�saccord avec un col-l�gue l�oblige � quitter l�atelier. Une curiosit� extraordinaire le pousse alors � �tudier, seul, les techniques traditionnelles des �coles Kan&#x14D;* et Tosa*, le style de S&#x14D;tatsu* et de K&#x14D;rin*, l�esth�-</p><p>tique chinoise et les principes de la peinture occidentale. Ses premiers succ�s sont assez tardifs (fin du XVIIIe s. -</p><p>d�but du XIXe s.) et lui viennent d�illustrations de livres : ouvrages populaires � la couverture jaune (les kiby&#x14D;shi), romans ou po�mes humoristiques. En m�me temps, il compose de merveilleux surimonos (estampes de voeux, de faire-part...) et prend, entre autres surnoms, celui de � Fou de dessin �.</p><p>Les oeuvres auxquelles il doit sa plus grande c�l�brit� sont n�anmoins post�-</p><p>rieures � 1810-1820. L�artiste disait :</p><p>� Je suis n� � l��ge de cinquante ans �,</p><p>faisant allusion � la qu�te laborieuse qui avait pr�c�d� l��panouissement de son art. � partir de 1814 commence la publication de la Manga, compos�e de quinze albums, dont les deux derniers sont posthumes. Dans cette sorte d�encyclop�die en images, la s�ret� avec laquelle le pinceau saisit les personnages dans leurs activit�s quotidiennes montre un sens de l�observation et des dons de caricaturiste exceptionnels.</p><p>Parall�lement, le g�nie insatisfait de Hokusai cherche une autre voie. Celle-ci est fournie par le paysage, sujet nouveau dans le domaine de l�ukiyo-e.</p><p>D�j�, vers 1798, l�artiste avait dessin� des estampes de paysages purs, inspir�s des gravures hollandaises. Ses Vues de la baie d�Edo sont rendues par une perspective � l�occidentale (point de vue unique, horizon bas) et un clair-obscur tout � fait �trangers � la tradition japonaise.</p><p>Dans les fameuses s�ries des Trente-Six Vues du mont Fuji, achev�es en 1831, et des Cent Vues du mont Fuji (1834-35), ces enseignements sont parfaitement assimil�s. Ma�tre du rythme, qui anime lignes et surfaces, Hokusai cr�e des compositions hardies, o� la stylisation et les raccourcis engendrent un �tonnant dynamisme. �</p><p>la m�me veine appartiennent encore les estampes des Ponts, des Cascades et les tr�s belles images de fleurs et d�oiseaux.</p><p>Malgr� le d�clin de sa popularit� devant les succ�s consid�rables du jeune Hiroshige, Hokusai garde jusqu�� sa mort, en d�pit de difficult�s mat�-</p><p>rielles, un d�sir de cr�ation passionn�.</p><p>Son oeuvre est immense, souvent in�-</p><p>gale, surtout vers la fin de sa vie, mais d�une prodigieuse diversit�. Contest� dans son pays en raison de sa puissante originalit�, son art a, n�anmoins, influenc� la plupart des artistes de son temps ainsi que tout le courant impressionniste fran�ais.</p><p>F. D.</p><p>I. Kondo, Katsushika Hokusai (T&#x14D;ky&#x14D; et Londres, 1959). / N. Villa, Catalogue de l�exposition Hokusai � la Biblioth�que nationale (Paris,</p><p>1963). / M. Narasaki, The 36 Views of Mt. Fuji (T&#x14D;ky&#x14D;, 1970).</p><p>Holbach (Paul</p><p>Henri Dietrich,</p><p>baron d�)</p><p>F MAT�RIALISME.</p><p>downloadModeText.vue.download 238 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5379</p><p>Holbein (les)</p><p>Famille de peintres allemands des XVe-XVIe s.</p><p>Hans Holbein l�Ancien</p><p>(Augsbourg v. 1465 -</p><p>Issenheim 1524)</p><p>Il a pour fils Ambrosius (v. 1494 -</p><p>v. 1519), qui participe � certains travaux de son p�re et de son fr�re Hans le Jeune, mais dont la carri�re trop br�ve ne peut �tre mise en comparaison avec celle de ce dernier.</p><p>La renomm�e de Holbein l�Ancien</p><p>d�passe le cadre de l��cole de Souabe.</p><p>Dans ses premi�res oeuvres connues, les volets du Retable de Weingarten (cath�drale d�Augsbourg), peint � Ulm en 1493, et l�Autel de saint Afra (1495), dispers� entre le mus�e de B�le et le palais �piscopal d�Eichst�tt, Holbein reste tr�s attach� au style gothique tardif. Les recherches de la Renaissance l�ont fort peu marqu�. On ne sait rien de sa formation, mais on pense qu�il a connu l�oeuvre de Schongauer*, celle de Hans Burgkmair (1473-1531), peut-</p><p>�tre celle de Gr�newald*. On suppose qu�il voyagea en Flandre, car toute son oeuvre est impr�gn�e d�influence flamande. Dans la Passion en douze sc�nes (Donaueschingen), Holbein se souvient des compositions de Van der Weyden* ; cependant, l�expression intense des gestes et des visages, les formes nerveuses et dramatiques sont des traits germaniques qui lui sont propres. Le coloris � base de gris rehauss� de couleurs vives est �galement caract�ristique.</p><p>Holbein l�Ancien r�sida jusqu�en</p><p>1515 � Augsbourg, o� lui furent confi�s de nombreux travaux d��glise, dont le ma�tre-autel des cisterciens de Kaisheim (1502-1504, pinacoth�que de Munich). De 1517 � 1519, il travaille avec son fils Hans � Lucerne, o� ils d�corent la maison Hertenstein (d�truite en 1825). Le ma�tre ne semble pas s�ouvrir davantage au courant moderniste, bien qu�il utilise les motifs du d�cor Renaissance dans ses derni�res oeuvres : l�Autel de sainte Catherine (1512, Augsbourg), l�Autel de saint S�bastien (1516, Munich) et la Fontaine de vie (1519, mus�e national de Lisbonne).</p><p>La meilleure part de son oeuvre, en fait, est constitu�e par ses portraits (B�le, Berlin) et ses �tudes � la mine d�argent tr�s finement cisel�es, que son fils Hans portera � la perfection.</p><p>Hans Holbein le Jeune</p><p>(Augsbourg 1497/98 -</p><p>Londres 1543)</p><p>Il s�installa � B�le vers 1514/15 et connut un rapide succ�s gr�ce � ses dons d�illustrateur et de portraitiste, qui sont � la base de toute son oeuvre. Ses dessins ex�cut�s en marge d�un exemplaire de l��loge de la folie lui valurent la protection d�Erasme, et une amiti� fid�le se noua entre eux. Sa premi�re commande de peintre lui fut pass�e par le bourgmestre de B�le, Jakob Meyer, dont le portrait en compagnie de sa femme date de 1516 (mus�e de B�le).</p><p>Holbein se montre d�s cette �poque un disciple �clair� de l�humanisme de la Renaissance. En 1519, il est admis dans la gilde des peintres de B�le.</p><p>Son classicisme et sa ma�trise s�imposent dans ses grandes compositions religieuses. L�influence d�Altdorfer*, des �l�ments architecturaux emprunt�s � Mantegna* sont r�unis dans son diptyque du Christ et la Vierge de douleur (v. 1521, mus�e de B�le) ou encore dans les volets du Retable de la Passion (1524, mus�e de B�le). Ces emprunts � la Renaissance italienne permettent de croire que l�artiste se rendit en Italie. Le r�alisme objectif de Holbein, la sinc�rit� et la clart� de sa vision l��loignent du sentiment mystique d�un Gr�newald, m�me si la pr�-</p><p>delle du Retable d�Issenheim lui servit</p><p>de mod�le pour son Christ mort (1521, B�le), qui n�offre pas le m�me caract�re tragique.</p><p>En 1521-22, Holbein d�core �</p><p>fresque la grande chambre du Conseil � l�h�tel de ville de B�le ; on n�en poss�de plus que des esquisses, o� le dessin incisif et l��l�gante ordonnance classique caract�risent la pleine maturit� de l�artiste. En 1523, il peint plusieurs portraits d�Erasme. En 1524, il se rend en France : au d�but de l��t� � Lyon, et probablement ensuite � Avignon ; il d�couvre l�art du portrait aux trois crayons � la fa�on des Clouet*, qu�il reprendra plus tard dans ses oeuvres anglaises. Il arrive en Angleterre en 1526</p><p>et est accueilli par Thomas More en sa maison de Chelsea ; il ex�cute le portrait de son h�te (aujourd�hui disparu) et celui de Nicolas Kratzer, astronome du roi Henri VIII (Louvre).</p><p>En 1528, il est de retour � B�le.</p><p>Durant cette seconde p�riode (1528-1532), il s�occupe de travaux d�coratifs, fournissant des mod�les aux orf�vres et armuriers. Cependant, la R�forme, s��tendant partout en Allemagne, atteint � la fureur iconoclaste � B�le. Jakob Meyer, l�ancien bourgmestre, qui avait command� la c�-</p><p>l�bre Vierge du mus�e de Darmstadt, demeure catholique. Holbein travaille d�sormais pour la R�forme autant que pour les catholiques.</p><p>En 1532, il repart pour l�Angle-</p><p>terre, et devient tr�s rapidement le portraitiste attitr� de l�aristocratie et de la Cour. Sa carri�re londonienne est entrecoup�e de plusieurs voyages sur le continent. Sa derni�re p�riode est domin�e par l�art du portrait, bien qu�il se soit beaucoup consacr� � des d�corations, aujourd�hui d�truites mais connues par leurs esquisses, comme celles qu�il ex�cute sur les murs de la salle des f�tes de la Hansa Steelyard ; il compose l� pour les marchands allemands un Triomphe de la Richesse (dessin au mus�e du Louvre) et un Triomphe de la Pauvret�. Holbein allie le classicisme de la ligne � la minutieuse observation du caract�re profond de ses mod�les. Il conf�re un certain hi�ratisme � ses portraits individuels, ceux d�Henri VIII ou celui du sieur de</p><p>Morette (mus�e de Dresde), ainsi qu�� ses portraits de groupe, tel celui des Ambassadeurs (Londres, National Gallery), repr�sent�s dans un int�rieur monumental tr�s caract�ristique de cette derni�re p�riode. L�admirable rendu des �toffes et des perles, la frontalit� toute g�om�trique qui caract�rise alors le style de Holbein firent la c�l�brit� de son portrait d�Anne de Cl�ves, peint sur v�lin coll� sur toile (Louvre).</p><p>Les �tudes pr�paratoires du ma�tre, � la plume ou � la pointe s�che rehauss�es de sanguine et de gouache, conserv�es pour la plupart au ch�teau de Windsor, r�v�lent ce g�nie de portraitiste int�gre qui marquera toute l��cole anglaise jusqu�� l�arriv�e de Van Dyck* � Londres, un si�cle plus tard.</p><p>P. H. P.</p><p>U. Christoffel, Hans Holbein der J�ngere (Berlin, 1924 ; 2e �d., 1950). / H. A. Schmidt, Hans Holbein der J�ngere (B�le, 1945-1948 ; 3 vol.). / N. Lieb et A. Stange, Hans Holbein der �ltere (Munich, 1960). / F. Dvo&#x159;�k, Hans Holbein le Jeune, dessins (trad. du tch�que, Cercle d�art, 1966).</p><p>Holberg (Ludvig,</p><p>baron)</p><p>�crivain danois d�origine norv�gienne (Bergen 1684 - Copenhague 1754).</p><p>� Holberg revient le m�rite d�avoir fa�onn� et ouvert la voie des lettres modernes en son pays. Le temps des lumi�res ayant fait na�tre la volont� d�une �mancipation spirituelle et le d�sir d�une pens�e affranchie de la tutelle de l�orthodoxie impos�e, un authentique classicisme national voit le jour, ainsi qu�une grande litt�rature, dont Holberg est le t�moin. Celui-ci se consacre en outre � l��puration de la langue danoise, alourdie par l�usage exag�r� des vocables �trangers et par une orthographie anarchique, mais, par la faute de ses imprimeurs, qui n�gligent ses r�formes orthographiques, celles-ci n�atteignent pas le public.</p><p>Holberg est surtout connu pour ses co-m�dies, qui sont empreintes d�une forte verve satirique, mi-amus�e, mi-atten-drissante. Il s�attaque en effet � la vie</p><p>litt�raire et universitaire, intol�rante et p�dante ; il d�peint la soci�t� ou fustige un personnage, proc�dant souvent dans une seule pi�ce � la fusion de ces divers �l�ments satiriques. Alors que l�oeuvre de Moli�re est le mod�le dont il s�inspire pour ses com�dies, celle de Montaigne l�attire lorsque, vieillissant, il �crit ses essais. Holberg est donc � la fois auteur de nombreuses satires et de com�dies, historien non n�gligeable (ainsi son Histoire du royaume de Danemark, 1732-1735) et enfin essayiste, philosophe et moraliste dans �pigrammes (1737), Pens�es morales (1744) et le journal monumental �p�tres (1748-1754), o� r�apparaissent les th�mes profonds de ses com�dies et de ses satires. Partout se manifestent son go�t pour la tol�rance, sa volont� de d�masquer l�hypocrisie et cette exigence qui sera pour lui un principe vital : � Connais-toi toi-m�me. �</p><p>Ludvig Holberg est le fils d�un sous-lieutenant de l�arm�e norv�gienne. �</p><p>la fin du XVIIe s., la Norv�ge et le Danemark sont r�unis sous la couronne danoise, et la vie culturelle est commune aux deux pays. Ainsi, Holberg, qui s��tablit � Copenhague d�s 1702, est, par cette double filiation, le fondateur de la litt�rature moderne dano-norv�gienne. En 1704, il acquiert sa licence de th�ologie. Mais ces �tudes lui paraissent st�riles et le rebutent : aussi, passionn� d�histoire, de g�ographie et de droit, il voyage. Il va en Hollande (1704), puis en Angleterre (1706-1708). Plus tard, il obtient une bourse qui le conduit � Amsterdam, � Rome, � Paris, en attendant qu�une chaire devienne vacante � l�universit� de Copenhague. Il professe d�abord une mati�re � ses yeux sans attrait, la m�taphysique (1717) ; en 1720, il est professeur en eloquentia ; enfin, il acc�de � la chaire d�histoire (1730). �</p><p>la fin de sa vie, il sera nomm� � administrateur � de l�universit�. � partir downloadModeText.vue.download 239 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5380</p><p>de 1722, dans une sorte de fi�vre po�-</p><p>tique (poetisk raptus), il compose une</p><p>vaste oeuvre comique pour le th��tre national. Voulant �clairer et habituer l�homme � la tol�rance et � la r�flexion, il comprend que le meilleur moyen d�y parvenir est de faire rire des travers de ce monde. Parmi ses pi�ces les plus c�l�bres citons Den politiske Kan-destober (le Potier politique, 1723), o� abondent les caricatures sur la vie politique. Jeppe paa Bjerget (Jeppe du mont, 1723) est un chef-d�oeuvre : le baron Nilus profite de l�ivresse d�un pauvre h�re (Jeppe), martyris� par sa m�g�re, pour l�installer � sa place : il lui donne l�illusion du pouvoir, pour ensuite le renvoyer � sa condition mi-s�rable. Lorsque Jeppe se trouve � la place du baron, il se conduit comme un parvenu assoiff� du pouvoir. Cette pi�ce n�est peut-�tre pas, comme l�on a pr�tendu, une condamnation de</p><p>l�homme du peuple au pouvoir, mais plut�t l�affirmation que l�opprim� parvenu devient n�cessairement un opprimeur lorsqu�il porte en lui le souvenir d�une contrainte in�branlable et que, inconscient encore de la cause profonde de sa mis�re, il ne peut r�agir qu�en imitant le ma�tre. Ainsi agit Jeppe quand il mesure l��tendue de sa propre frustration. Sa r�plique c�l�bre</p><p>justifiant son penchant � la boisson :</p><p>� Dans le canton, les gens disent que Jeppe boit, mais personne dit pourquoi Jeppe boit �, pourrait �tre appliqu�e non seulement � sa situation familiale, mais aussi � toute la pi�ce. Dans Eras-mus Montanus (1731), l�auteur fait avec une verve caustique le proc�s de l�enseignement universitaire. Nicolai Klimii iter subterraneum (le Voyage souterrain de Niels Klim, 1741), roman de voyage satirique, rappelle le Gulli-ver de Swift : ici, Holberg se permet d�attaquer et d�avancer ses id�es lib�-</p><p>rales de fa�on plus hardie que dans ses com�dies. Il aura marqu� son �poque � un tel point que ses compatriotes parlent du � temps de Holberg �. Il d�veloppa dans son pays l�art de la com�die et de la satire, imposa le genre de l�essai et finalement fixa l�usage de la langue danoise.</p><p>S. C.</p><p>F. Durand, Litt�rature danoise (Aubier, 1967).</p><p>H�lderlin</p><p>(Friedrich)</p><p>Po�te allemand (Lauffen, Wurtemberg, 1770 - T�bingen 1843).</p><p>H�lderlin a laiss� une oeuvre po�-</p><p>tique d�une grande originalit�, dont le destin a �t� particulier. Peu de po�mes ont �t� imprim�s du vivant de l�auteur, demeur� peu connu de ses contemporains. H�lderlin a �t� d�couvert par</p><p>quelques romantiques, et le silence s�est fait de nouveau autour de lui.</p><p>C�est par Friedrich Nietzsche qu�il a �t� vraiment reconnu. L�audience de ses po�mes n�a cess� de grandir depuis.</p><p>� travers les vicissitudes politiques de l�Allemagne, H�lderlin appara�t comme le proph�te d�un nouveau langage et de la po�sie pure.</p><p>Sa vie a �t� � la fois simple et myst�-</p><p>rieuse. Les p�rip�ties en sont connues, mais elles paraissent n��tre que des rep�res de surface ; leur connaissance ne donne gu�re d�indications sur l�itin�raire spirituel du po�te. Cette vie a ressembl� � celle d�un ermite en m�me temps que d�un homme vou� � l�amiti�, alliant la simplicit� et la ferveur, le go�t de la retraite et l�espoir d�agir sur les hommes. H�lderlin parle de sa propre existence comme d�un passage entre deux mondes plus beaux, plus proches du divin : celui de la Gr�ce antique et celui auquel il aspire, le temps du � retour des dieux � dans un Occident mythique.</p><p>Il est n� dans un pays profond�ment luth�rien, au foyer du pi�tisme h�rit� des � p�res souabes �. �lev� par une m�re veuve qui esp�rait faire de lui un pasteur, il �tudia tr�s t�t les langues anciennes. En 1784, il entrait � l��cole conventuelle de Denkendorf ; en y entrant, on signait l�engagement de devenir pasteur � de l�authentique Confession d�Augsbourg �. En 1786, il passa � Maulbronn, o� il resta deux an-n�es. C�est l� qu�il commen�a � �crire, se confiant � la jeune Louise Nast, sa premi�re inspiratrice.</p><p>Premi�res po�sies</p><p>Elles s�inspirent de Klopstock, de Schiller, de l��criture sainte et d�j� aussi d�une sorte de soif d�un bonheur inaccessible : la Nuit, la Vie humaine, l�Immortalit� de l��me disent la grandeur du dessein. H�lderlin chante aussi l�amiti� et l�amour, dans les termes les plus �lev�s. Le culte de l�antique s�exprime dans Mon souhait de chanter les h�ros ou bien dans le Vol de Pindare et la Gr�ce.</p><p>D�j� dans ces premiers vers, c�est l�id�e et l�id�al qui soutiennent l�ins-</p><p>piration ; le monde ext�rieur y est im-m�diatement transfigur�. La po�sie de H�lderlin n�est nulle part descriptive.</p><p>� propos d�un paysage, c�est toujours un pass� ou un avenir qui surgissent.</p><p>Voyageant en juin 1788 au bord du Rhin, H�lderlin est saisi par la � majest� naturelle du Rhin �, th�me qui reviendra dans plusieurs po�mes post�rieurs ; d�j� c�est l�esprit du paysage et le g�nie du fleuve qui retiennent le po�te. Un paysage est ici une �motion, un avenir r�v�, jamais une composition plastique. Ainsi, toujours � propos du Rhin : � Il me semblait que je renaissais � ce spectacle [...] mon esprit prenait son vol vers l�infini [...]. Je ren-trai tout �mu et je remerciai Dieu de pouvoir ressentir tant de choses l� o� des milliers d�hommes passaient indiff�rents. � H�lderlin vient de sentir une pr�sence divine ; plus tard, il divini-sera les forces naturelles, en premier les fleuves.</p><p>Le s�minaire de</p><p>T�bingen</p><p>Au Stift (s�minaire) de T�bingen, o� le jeune po�te entrait en octobre 1788, on formait les pasteurs souabes dans un esprit de stricte orthodoxie ; la po�sie y �tait peu pris�e, et la philosophie du si�cle redout�e. Le duc de Wurtemberg exer�ait un droit de regard sur la conduite des s�minaristes. H�lderlin a pass� l� cinq ann�es d�cisives, aussi bien pour sa po�sie que pour l�orientation de sa vie. Il en est sorti en d�-</p><p>cembre 1793.</p><p>L�amiti�, la po�sie, bient�t la foi dans l�avenir de l�humanit� ont empli pour lui ces ann�es, mais aussi les doutes, le d�chirement, le chagrin de ne pouvoir �tre le pasteur que sa m�re attendait. � partir de 1790, la philosophie de Kant l�occupa, ainsi que la lecture de Leibniz, et surtout il se lia d�amiti� avec le jeune Hegel, entr� au s�minaire la m�me ann�e que lui, et avec Schelling, venu deux ans plus tard. Cette constellation spirituelle devait orienter son destin. Avec Hegel surtout, il poursuivit durant ces ann�es une qu�te passionn�e, au-del� de toute orthodoxie. En f�vrier 1791, il inscri-vait dans le � Livre d�or � de Hegel :</p><p>� La joie et l�amour sont les ailes qui</p><p>portent aux grandes actions � ; Hegel y ajoutait la formule panth�iste � Un et tout �. D�j�, l�Almanach des Muses pour 1792 publiait de H�lderlin un Hymne � la libert� et un Hymne � la d�esse de l�harmonie.</p><p>La R�volution fran�aise</p><p>Au nom des droits de l�homme, les s�minaristes de T�bingen demandaient des r�formes : � Il nous faut donner � notre patrie et au monde la preuve exemplaire que nous ne sommes pas faits pour demeurer les jouets de l�arbitraire. � Dans la guerre qui commen�a en 1792, H�lderlin et ses amis prirent parti pour les Fran�ais. En m�me temps, le po�te exposait � son ami R. Mage-nau le plan d�Hyperion, le roman o� il entreprenait de montrer le combat des Grecs pour leur libert�. Au club politique qui a �t� cr�� au s�minaire, Hegel apparaissait comme � un solide Jacobin �, et H�lderlin � �tait acquis aux m�mes id�es �. � Nos jeunes gens, �crivait en 1793 un des professeurs, sont pour la plupart gagn�s par le vertige de la libert�. � Le 14 juillet 1793, dans une prairie proche de T�bingen, un groupe d��l�ves du Stift a plant� un arbre de la libert� : Hegel, H�lderlin et Schelling �taient l�. Schelling passe m�me pour avoir �crit une version allemande de la Marseillaise.</p><p>Schiller, Souabe, lui aussi et � qui H�lderlin a rendu visite en septembre 1793, n�avait probablement plus � cette date les m�mes espoirs qu�en 1790, mais il demeurait l�auteur de Don Carlos. Apr�s avoir lu cette pi�ce, H�lderlin �crivait � son fr�re, paraphrasant Schiller : � Mon amour va au genre humain [...] aux hommes des si�cles � venir [...]. La libert� viendra et la vertu fleurira au soleil de la libert�, mieux que dans l�atmosph�re glac�e du despotisme. �</p><p>En d�cembre 1793, il quittait T�bingen et se rendait en Thuringe pour y �tre pr�cepteur dans la famille von Kalb. Ses ann�es de voyage commenc�rent ; � I�na, il vit Schiller et Goethe, mais il dut quitter sa place de pr�cepteur. Il en retrouva une autre � Francfort, mais il appara�t bien vite qu�il fuyait le pastorat, qu�il cherchait un bonheur ou bien une mission qui s��va-</p><p>nouissaient devant lui. � Francfort, pourtant, il devait conna�tre la passion.</p><p>downloadModeText.vue.download 240 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5381</p><p>Diotima</p><p>Apr�s avoir entendu Fichte � I�na, H�lderlin �tait revenu aux m�ditations philosophiques ; il les fixa dans des pages fragmentaires, les premi�res consacr�es � la Loi de la libert�. Mais il poursuivait surtout l�id�e de son roman Hyperion, dont la r�daction a �t� transform�e par la rencontre, � Francfort, de la femme � laquelle il devait donner le nom socratique de Diotima.</p><p>Elle s�appelait Susette Gontard, son mari �tait banquier � Francfort, et c�est chez eux que le po�te entra, en janvier 1796, en qualit� de pr�cepteur.</p><p>L�ann�e 1796, le printemps et l��t� 1797 semblent avoir �t� pour H�lderlin comme un temps de r�ve : Diotima r�alisait l�unit� du monde divin et de la r�alit� ; elle venait du monde antique, et � le jour va venir qui placera ton nom, Diotima, � la suite des dieux, aux c�t�s des h�ros, et qui t��galera � eux �. Le po�te est sorti de la solitude et du malheur, la po�sie redevient possible et le dialogue des �mes, sans lequel il ne peut y avoir d�oeuvre d�art.</p><p>La parole jet�e au vent est st�rile, du moins pour le temps pr�sent ; le bonheur de cr�er des mots de beaut� est aussi le bonheur de l�amour. � Francfort H�lderlin ach�ve son roman et tourne autour de la d�esse de l�harmonie, de celle qui �veille l�h�ro�sme, qui dissipe les doutes et qui fait oublier les vains appels du temps pass�.</p><p>Mais, au d�but de 1798, la position du po�te devient difficile dans la maison Gontard. Apr�s un r�pit, H�lderlin est chass� par le ma�tre de maison en septembre. Son voyage recommence, sans but cette fois, puisque le seul but qu�il pourrait avoir serait Diotima.</p><p>� Hyperion � ou</p><p>l�ermite en Gr�ce</p><p>Hyperion, roman par lettres, est la prin-</p><p>cipale oeuvre en prose de H�lderlin, qui a laiss�, par ailleurs, nombre de fragments, mais aucun autre r�cit achev� !</p><p>La premi�re partie, commenc�e d�s les ann�es de T�bingen, para�t en 1797, et la seconde en 1799. L�amiti� com-battante et l�amour y sont ensemble c�l�br�s dans une prose �th�r�e et si remplie de po�sie que le lecteur oublie facilement la trame du roman.</p><p>Dans la premi�re partie, deux jeunes gens grecs, Hyperion et Bellarmin, qui r�vent de lib�rer leur patrie du joug �tranger, �changent de longs po�mes en prose � la gloire de leur pays, dont le rythme est � peine diff�rent de celui des hymnes. Le motif du d�but : � Le sol ch�ri de la patrie m�apporte une fois de plus joie et souffrance �, se poursuit tout au long du livre en une m�ditation continue sur l�amour du sol natal. Ces jeunes Grecs ressemblent beaucoup aux jeunes patriotes du Stift de T�bingen, qui n�avaient pas encore de patrie � aimer.</p><p>Pourtant, la v�ritable h�ro�ne, symbole de la libert� heureuse, c�est, au centre de la seconde partie, Diotima, la fianc�e de l�id�al, qui encourage celui qu�elle aime � aller combattre pour le salut de la patrie. Hyperion prend part au soul�vement national, qui ne peut �tre men� � bout, et le jeune homme, parti pour � vaincre ou mourir �, revient vaincu par l�ennemi trop fort et aussi, peut-�tre surtout, par la d�-</p><p>faillance des siens, prompts au pillage aussi bien qu�au combat. Il se retire de la lutte et retourne � la po�sie.</p><p>Cette Gr�ce po�tique, � la fois antique et contemporaine, pourrait �tre l�Allemagne. Comme Hyperion, H�lderlin avait r�v� d�un destin h�ro�que.</p><p>Lui aussi attendait de son peuple un r�veil patriotique d�o� serait sortie une nation. Et m�me une nation nouvelle et r�volutionnaire, plus belle et plus</p><p>� divine � que les autres. L�id�aliste d��u s�exprime, dans les derni�res pages, en apostrophes am�res quand il � revient en Allemagne � : � Tu y trouves des artisans, mais pas des hommes, des pr�tres, mais pas des hommes, des ma�tres et des valets, des jeunes gens et des gens rassis, mais pas des hommes. � C�est l� l�envers du</p><p>tableau, apr�s la description de la vraie patrie des hommes, la Gr�ce, dont il r�vait comme du mod�le de toutes les patries. On retrouvera cette opposition chez Friedrich Nietzsche, celui qui, le premier, a redonn� H�lderlin aux Allemands, qui l�avaient oubli�. L�imagination cr�atrice de H�lderlin a �t� soulev�e et puis bris�e par ce besoin d�h�ro�sme.</p><p>Pour le po�te, la vie appara�t comme une passion, avec sa grandeur et son renoncement. �lev� � sur les bras des dieux �, H�lderlin n�avait jamais admis du fond du coeur la discipline des hommes et leurs abdications. Dans un pays et en un temps o� l�h�ro�sme lui semblait avoir perdu son sens, aspirant � un bonheur � divin � que d�truit la prose quotidienne, appelant � une r�volution morale et nationale, si radicale qu�elle ne pouvait venir, il a fui son temps et s�est r�fugi� dans l�absolu du dialogue po�tique. Il a donn� � sa plainte comme � son espoir des accents graves et m�lodieux, qui font de ses po�mes les plus belles �l�gies en vers allemands et souvent les plus remplies de myst�re.</p><p>Homburg</p><p>Quand il avait d� quitter Francfort, le po�te avait �t� install� � Homburg, petite r�sidence princi�re du Taunus, par son ami Isaac von Sinclair, qui �tait au service du landgrave de Hesse-Homburg. Il a connu l� des moments d�intense exaltation cr�atrice. Quelques po�mes s�adressent encore � Diotima, avec laquelle il correspond de loin en loin. Surtout il trouve et amplifie les th�mes des grands po�mes � hymnes, odes, �l�gies � de ses ann�es de maturit�, qui s��tendent de 1798 jusque vers 1803.</p><p>Le destin du po�te est une question toujours pr�sente, ainsi que la valeur du verbe po�tique et, plus g�n�ralement, de tout langage personnel. Le po�te appara�t comme un �lu, mais vou� au malheur : ainsi dans Dichterberuf (Vocation du po�te) ; il peut aussi �tre l�a�de aveugle (Der blinde S�nger) qui avance dans la nuit et � qui son chant tient lieu d�esp�rance. �lev� au-dessus du commun, mais promis � succomber</p><p>sous la charge de la destin�e, le po�te a �t� � frapp� par Apollon �. La plainte est son lot, mais aussi l�invective et la proph�tie sont son recours.</p><p>Son temps lui �chappe, car il n�a le droit ni de le flatter ni tout � fait de le maudire et, s�il vient � s�en d�tourner enti�rement, il trahirait le meilleur de lui-m�me. � tous les moments de sa vie po�tique, du moins depuis T�bingen, H�lderlin s�est attach� � l�actualit� et aux grands �v�nements politiques. Le Zeitgeist, l�esprit de son temps, a �t� son inspirateur. En 1798, il faisait des voeux pour le succ�s des arm�es r�publicaines, il magnifiait la Mort pour la patrie et Bonaparte. Apr�s la paix de Lun�ville, en f�vrier 1801, il composa la F�te de la paix (Friedensfeier).</p><p>L�Allemagne</p><p>Le po�te est aussi li� au pays natal, aux collines, aux rivi�res, aux horizons du Wurtemberg qui s�ouvrent sur le lac de Constance et dont l�imagination cr�atrice fait une petite Hellade (Heimat).</p><p>� L�avantage des voyages, �crivait-il � sa m�re en 1787, est de nous faire mieux aimer notre pays natal � ; quand il reviendra de son dernier voyage vers la Souabe, o� il devait finir, il �crivait :</p><p>� Apr�s tant de chocs et d��motions mon �me avait besoin de se reposer quelque temps [...]. Plus je l��tudie, plus je suis captiv� par mon pays natal. �</p><p>Ce sont les grands fleuves qui</p><p>m�nent de la petite � la grande patrie, de la Heimat au Vaterland, en particulier les deux grands fleuves divergents de l�Allemagne du Sud : le Rhin et son affluent le Neckar, qui vont vers l�ouest, et puis, en tout dernier lieu, le Danube, qui emm�ne les r�veries du po�te jusque vers l�Orient.</p><p>Mais, au coeur de l�Europe, au milieu de l�assembl�e des peuples, il y a la patrie allemande :</p><p>O coeur sacr� des peuples, � patrie, Patiente autant que la terre maternelle et muette</p><p>Et m�connue de tous ; pourtant tes</p><p>profondeurs</p><p>Ont donn� aux �trangers le meilleur d�eux-m�mes.</p><p>Le po�me intitul� Hymne de l�Allemand est contemporain d�une ode de Schiller, la Grandeur allemande, qui est � la gloire des po�tes et des penseurs allemands. Le patriotisme de H�lderlin r�vait d�instaurer plut�t une r�publique id�ale et allemande, terre d��lection des vertus politiques et po�-</p><p>tiques, et o� serait devenu possible ce</p><p>� retour des dieux �, qui n�a cess� de le hanter. Dans cette patrie id�ale, vieille comme l�Hellade et nouvelle chaque jour, la vertu r�publicaine et l�enthousiasme dionysiaque auraient anim� la vie publique.</p><p>Le retour des dieux</p><p>Dans des �l�gies comme l�Archipel, le Pain et le Vin, dans ses derniers grands hymnes, comme � la terre m�re,</p><p>l�Unique et surtout Patmos, H�lderlin a d�velopp� en longues m�ditations �l�giaques sa douleur de vivre dans un monde d�o� les dieux s��taient retir�s et son espoir de voir un temps, � la fois ancien et nouveau, � o� les dieux seraient revenus �. �tre po�te, c�est, pour lui, ressentir partout la pr�sence du divin, quelque chose de spirituel au-del� du sensible ; ainsi, le po�te peut donner valeur divine et forme mythique aux forces de la nature.</p><p>Dionysos est le dieu le plus souvent invoqu�, mais le Christ appara�t aussi.</p><p>Il est � un des fils de Dieu �, fr�re par l� d�H�racl�s et de Dionysos, comme eux porteur de salut. Parce qu�il est amour, il est appel� l�Unique et, � la fin du po�me le Pain et le Vin, il est � un g�nie silencieux, de c�leste consolation, qui annonce la fin de l�assembl�e des dieux et puis qui dispara�t �. Est-ce l�annonce que la nouvelle journ�e, la nouvelle assembl�e des dieux, qui doit downloadModeText.vue.download 241 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5382</p><p>se tenir au jardin des Hesp�rides, c�est-</p><p>�-dire en Occident, sera chr�tienne ?</p><p>M�me en dehors de tout dogme positif, le po�te ressent profond�ment le besoin du salut :</p><p>Le Dieu est proche et difficile � saisir Mais o� il y a danger il y a promesse de salut.</p><p>Le po�te garde le droit � l�obs-</p><p>curit�, qui est son privil�ge. Et son appel en est plus saisissant. La religion de H�lderlin est la po�sie, mais il ne peut concevoir que le sentiment religieux soit �tranger � ce m�tier de po�te qu�il appelle � le plus innocent des travaux �.</p><p>La fin du po�te</p><p>Alors qu�il souffrait d�j� depuis quelque temps de ce que ses contemporains appelaient l�hypocondrie, H�lderlin, � la fin de 1801, quitta l�Allemagne pour aller � Bordeaux occuper un poste de pr�cepteur dans la maison d�un n�gociant allemand. Apr�s un assez long voyage, qu�il a relat� dans ses lettres, il ne devait faire � Bordeaux qu�un s�jour de quelques mois. Il quittait la ville en mai 1802, dans un �tat qu�il d�crit ainsi : � L��l�ment violent, le feu du ciel et le silence des hommes</p><p>[...] cela m�a saisi et, comme on le dit des h�ros, je peux dire de moi aussi qu�Apollon m�a frapp�. � Un mois apr�s ce d�part et apr�s un voyage dont on ne sait rien, il reparaissait � Stuttgart, � blanc comme un mort, amaigri, avec de grands yeux creux et le regard �gar�, la barbe et le cheveu longs, v�tu comme un mendiant �. Passant par Francfort, il y aurait appris que Diotima venait de mourir.</p><p>Sinclair, son ami de Homburg, le recueillit et le fit m�me nommer par son landgrave � biblioth�caire de la Cour �. Mais, jacobin et conspirateur, il devait �tre arr�t� en f�vrier 1805 par ordre du duc de Wurtemberg. Cette arrestation, de courte dur�e, frappa vivement H�lderlin, qu�il fallut bient�t envoyer � T�bingen pour y �tre soign�.</p><p>Apr�s un traitement m�dical, le</p><p>po�te malade fut pris en pension par le menuisier Zimmer, chez qui il devait passer trente-six ann�es. Au d�but, il souffrait de fr�quents � paroxysmes � ; puis sa vie devint beaucoup plus</p><p>calme ; il faisait des promenades et griffonnait parfois des vers. La � Tour de H�lderlin �, o� �tait sa chambre, devint un lieu de p�lerinage pour les romantiques. Les po�tes souabes</p><p>entouraient et �coutaient le po�te, se souvenant qu�il avait �crit, quelques ann�es plus t�t : � Ce sont les po�tes qui disent les choses essentielles. �</p><p>En 1826 paraissait chez Cotta, � Stuttgart, la premi�re �dition des Po�sies de H�lderlin.</p><p>P. G.</p><p>M. Heidegger, Erl�uterungen zu H�lderlins Dichtung (Munich, 1951 ; trad. fr. Approches de H�lderlin, Gallimard, 1962). / R. Leonhard et R. Rovini, H�lderlin (Seghers, 1953). / B. Alle-mann, H�lderlin und Heidegger (Zurich, 1954 ; trad. fr. H�lderlin et Heidegger, P. U. F., 1959).</p><p>/ J. Laplanche, H�lderlin et la question du p�re (P. U. F., 1961). / U. Gaier, Der gesetzliche Kalk�l, H�lderlins Dichtungslehre (T�bingen, 1962). / M. Konrad, H�lderlins Philosophie im Grundriss (Bonn, 1967).</p><p>holding</p><p>F CONCENTRATION.</p><p>Hollande</p><p>R�gion occidentale des Pays-Bas*, partag�e en deux provinces : Hollande-Septentrionale et Hollande-M�ridionale. (V. Randstad Holland.)</p><p>Depuis le soul�vement du XVIe s., la Hollande tend � �tre confondue avec l�ensemble de la nation n�erlandaise, dont elle constitue la partie la plus importante.</p><p>Comt� m�di�val tardivement issu</p><p>de la d�sint�gration de l�Empire carolingien et des invasions normandes, la Hollande faisait partie de la Lotharin-gie, royaume annex� d�finitivement � l�Empire germanique en 925. Passant � la fin du Moyen �ge sous la domination des ducs de Bourgogne, puis sous celle des Habsbourg, le comt� devint durant les XVIIe et XVIIIe s. l�une des provinces de la R�publique n�erlandaise. Sous la R�publique batave (1795-1806), la province de Hollande, d�abord d�membr�e, forma finalement un d�partement.</p><p>Subdivis�, l�ancien d�partement pr�ta</p><p>son nom au royaume �rig� en faveur de Louis Bonaparte (1806-1810). L�existence aux Pays-Bas de deux provinces hollandaises, l�une m�ridionale, l�autre septentrionale, prolonge la subdivision d�partementale inaugur�e sous la domination fran�aise.</p><p>Le comt� de Hollande</p><p>L�expansion territoriale</p><p>(Xe-XIIIe s.)</p><p>� la fin du IXe s., le comte Gerulf (� v. 889), anc�tre des comtes de Hollande, substitue en bordure de la mer du Nord son autorit� � celle du dernier chef normand. Ses successeurs s�effor-ceront d�agrandir ce territoire : vers le nord aux d�pens des Frisons, vers l�est au d�triment de la principaut� eccl�-</p><p>siastique d�Utrecht, vers le sud au pr�-</p><p>judice de la Flandre.</p><p>Dans la lutte men�e contre la pr�-</p><p>dominance des princes-�v�ques, le tournant se situe sous Thierry (Dirk) V</p><p>(1061-1091), qui, le premier, aurait revendiqu� formellement le titre de comte de Hollande. Le d�clin d�Utrecht est li� � l�affaiblissement de l�influence imp�riale au cours du XIIe s., symbolis� par le d�p�rissement de la fonction ducale en basse Lorraine. Lorsqu�en 1299</p><p>le comte de Hainaut Jean II d�Avesnes (� 1304) recueille la succession hollandaise ; celle-ci s��tend de la Z�lande � la Frise occidentale.</p><p>Le comt� de Hollande participe</p><p>largement au d�veloppement �conomique de l�Europe des XIIe-XIIIe s. La croissance d�mographique s�accompagne d�un remarquable essor de</p><p>l�agriculture, marqu� par la transition du r�gime domanial au r�gime seigneurial : l�affermage de la r�serve permet la suppression du servage et l�att�nuation des charges, tandis que la monnaie se substitue aux redevances en nature.</p><p>L��mancipation rurale est conditionn�e par la mise en exploitation de terres nouvelles � polders endigu�s et as-s�ch�s ou d�frichements � et par un mouvement d��migration massif vers l�est europ�en.</p><p>Les tendances centralisatrices</p><p>(XIVe-XVIe s.)</p><p>La d�pression des XIVe-XVe s., impitoyable dans les campagnes, �pargne l��conomie commerciale et artisanale hollandaise. L�industrie drapi�re, d�clinante en Flandre et au Brabant, conna�t un nouvel essor en Hollande.</p><p>L�expansion maritime est spectaculaire ; l�importation de sel fran�ais et portugais stimule la p�cherie ; le bl� balte assure le d�veloppement de la brasserie. �vin�ant les Hans�ates, les Hollandais s�approprient � partir du XVe s. le commerce de fret entre la Baltique et l�Atlantique : ce commerce se r�v�le tr�s fructueux.</p><p>� travers les conflits politiques et sociaux qu�entra�ne le d�veloppement �conomique s�op�re un accroissement du pouvoir comtal. Celui-ci s�appuie sur les nobles et annoblis ralli�s au service du prince et sur la bourgeoisie artisanale, tandis que les �tats (r�unis une premi�re fois en 1305) sont domin�s par la noblesse f�odale et par le patriciat urbain. � mesure qu�augmente la d�pendance financi�re du prince vis-�-</p><p>vis des �tats, le conflit entre les privil�gi�s et le pouvoir central s�accentue.</p><p>Chaque succession dynastique difficile provoque une crise ouverte. Les �tats de Hollande en 1362, les �tats g�n�-</p><p>raux en 1477 tentent vainement de renverser le rapport des forces. Par contre, le soul�vement des �tats g�n�raux en 1576 est d�cisif. Mais de la r�volte na�-</p><p>tra l�ind�pendance, non l��quilibre des pouvoirs.</p><p>La province de Hollande</p><p>La souverainet� � l�encan</p><p>Passant d�s 1572 � la r�sistance arm�e, les �tats de Hollande r�pugnent pourtant � se d�clarer ouvertement en �tat de r�bellion. En reconnaissant unilat�ralement Guillaume* le Taciturne, prince d�Orange, comme stathouder de Philippe II d�Espagne, ils entretiennent la fiction loyaliste. Il faudra la proscription du Taciturne pour qu�� leur tour ils proclament en 1581 la d�-</p><p>ch�ance de Philippe II.</p><p>Cette r�ticence trahit la nature v�-</p><p>ritable du soul�vement : loin d��tre dirig� contre le r�gime monarchique,</p><p>ce soul�vement ne met en cause que la politique centralisatrice et intol�rante de Philippe II. Il est d�ailleurs justifi� par un recours � la tradition, m�me si cette r�f�rence � un pass� id�alis� couvre en fait des ambitions politiques r�volutionnaires.</p><p>� partir de 1581, les �tats proposent au plus offrant une souverainet� d�ailleurs strictement d�finie et tr�s limit�e.</p><p>� la suite de deux exp�riences malheureuses, l�une avec le duc d�Anjou, l�autre avec le comte de Leicester, apr�s le double refus de la France et de l�Angleterre, et suite � la mort pr�-</p><p>matur�e du Taciturne, ils se r�signent finalement � une vacance illimit�e de la souverainet�. Sans que le r�gime r�publicain n�ait jamais �t� officiellement proclam�, ce sont eux qui, apr�s 1587, assument la souverainet�.</p><p>Les rouages institutionnels</p><p>La composition des �tats de Hollande refl�te, en l�accentuant, le d�s�quilibre �conomique et d�mographique entre villes et campagne. Bien que la pr�s�ance de la noblesse soit maintenue, celle-ci ne dispose que d�une voix unique, tandis que les dix-huit villes repr�sent�es disposent toutes du droit de vote.</p><p>Dans les villes, le pouvoir est monopolis� par quelques dizaines de r�-</p><p>gents, conseillers municipaux nomm�s downloadModeText.vue.download 242 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5383</p><p>� vie par cooptation. Issus d�un nombre toujours plus restreint de familles patriciennes retir�es des affaires, ceux-ci tendent � former une caste oligarchique. Les bourgmestres et �chevins, qui forment la magistrature urbaine, r�guli�rement renouvel�s, sont choisis parmi les r�gents.</p><p>Chaque ville adjoint � ses d�put�s aux �tats provinciaux un conseiller juridique, le pensionnaire. De m�me, la noblesse y est assist�e par un pensionnaire qui pr�side les d�bats en vertu de la pr�s�ance nobiliaire. Ce pension-</p><p>naire de Hollande pr�side �galement le Coll�ge ex�cutif qui si�ge � La Haye en dehors des quatre sessions annuelles des �tats ; il se trouve �galement � la t�te de la d�putation hollandaise aux �tats g�n�raux, o� il est r�guli�rement �lu grand pensionnaire.</p><p>Le stathoud�rat a �t� maintenu apr�s le d�c�s du Taciturne. Repr�sentant du souverain, le stathouder occupe une position ambigu� : quoique fonctionnaire, nomm� � vie par les �tats, il conserve certaines pr�rogatives monarchiques, tels le droit de gr�ce et un droit d�intervention dans les nominations de la magistrature urbaine ; il exerce par ailleurs le commandement en chef de l�arm�e. Son influence dans la vie politique des Provinces-Unies s�explique non seulement par l�importance et la stabilit� de sa charge, mais surtout par le cumul de ses fonctions dans plusieurs provinces.</p><p>Pensionnaires et stathouders</p><p>La pr�pond�rance des pensionnaires et des stathouders de Hollande dans les Provinces-Unies illustre la sup�riorit� hollandaise. Fix�e en 1616, la quote-part de la Hollande dans les contributions � la g�n�ralit� s��l�ve � 58 p. 100.</p><p>Entre le pensionnaire et le stathouder, l��quilibre du pouvoir reste pr�-</p><p>caire. Le premier est le porte-parole du parti r�publicain, qui entend assurer la pr�dominance de la Hollande dans la conf�d�ration et celle des r�gents en Hollande. Le second regroupe</p><p>dans le parti orangiste les opposants � l�oligarchie patricienne hollandaise.</p><p>Pasteurs intransigeants ou bourgeois exclus de la magistrature, tous sont partisans d�un renforcement du pouvoir central � l�int�rieur d�un �tat f�d�-</p><p>ral, voire monarchique. L�histoire politique des Provinces-Unies se confond avec celle de la Hollande : � chaque pouss�e dynastique du parti orangiste correspond une r�action du parti r�-</p><p>publicain, instaurant une vacance du stathoud�rat.</p><p>Le march� d�Amsterdam</p><p>L��volution �conomique des Pro-</p><p>vinces-Unies se confond �galement avec celle de la province hollandaise, dont le centre de gravit� se trouve � Amsterdam*. Quoique l�essor du port hollandais date du XVe s., l��limination, en 1585, de la concurrence anversoise est d�cisive (� fermeture �</p><p>de l�Escaut). Au XVIIe s., Amsterdam est devenue la m�tropole du commerce mondial : le cours des prix europ�ens est fix� sur le march� d�Amsterdam, point de rencontre de l�offre et de la demande internationales. La Banque d�Amsterdam, fond�e en 1609, g�n�-</p><p>ralise l�usage du virement bancaire et pourvoit aux besoins de liquidit�s.</p><p>Dans la seconde moiti� du XVIIe s., la politique mercantiliste des �tats europ�ens et surtout la concurrence anglaise entament la rentabilit� des op�rations commerciales hollandaises.</p><p>Entrep�t de marchandises, Amsterdam se convertit au XVIIIe s. en march� financier. Les emprunts ext�rieurs des �tats europ�ens convergent vers Amsterdam. Les interventions des financiers hollandais se limitent � l�avance de fonds sur traite.</p><p>L�expansion commerciale et colo-</p><p>niale des provinces maritimes n�erlandaises au XVIIe s. avait fait des Provinces-Unies une grande puissance.</p><p>L�expansion financi�re du XVIIIe s. ne compense pas le recul commercial et colonial, qui rabaisse les Provinces-Unies � un second rang.</p><p>La fin de</p><p>l�Ancien R�gime</p><p>La r�volte de la bourgeoisie hollandaise au XVIe s. survenait dans un �tat en voie de centralisation. Le patriciat urbain a fini par y remplir le r�le tenu ailleurs par la noblesse agraire. Il n�est donc pas �tonnant de voir se d�velopper au XVIIIe s. un parti de patriotes, compos� essentiellement par la bourgeoisie, tenue � l��cart du pouvoir.</p><p>Imbue des Lumi�res, cette bourgeoisie r�volutionnaire se dresse contre les privil�ges de l�oligarchie patricienne, exigeant un �tat centralis� et censitaire.</p><p>L�alliance des r�publicains et des orangistes pousse les patriotes � rechercher l�appui de la France. En 1795, est cr��e, avec l�aide des arm�es fran�aises, la</p><p>R�publique batave. D�sormais, la province de Hollande s�estompe dans un �tat fortement centralis�, mais la perte de son autonomie ne signifie pas la fin de sa pr�dominance.</p><p>P. J.</p><p>F Amsterdam / Empire colonial n�erlandais</p><p>/ Guillaume Ier / Guillaume II / Guillaume III /</p><p>Orange-Nassau / Pays-Bas / Provinces-Unies /</p><p>Randstad Holland.</p><p>G. J. Renier, The Dutch Nation. An Historical Study (Londres, 1944). / A. W. E. Dek, Genealo-gie der graven van Holland (La Haye, 1954).</p><p>holmium</p><p>F TERRES RARES.</p><p>downloadModeText.vue.download 243 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5384</p><p>holographie</p><p>Op�ration qui permet d�enregis-</p><p>trer un signal optique sur une plaque photographique.</p><p>Elle utilise un codage gr�ce auquel l�information est inscrite en deux dimensions spatiales sur un � hologramme � que constitue l��mulsion photosensible apr�s d�veloppement.</p><p>� cet enregistrement correspond un d�codage qui permet de restituer l�information optique qui y a �t� inscrite. Avant de d�crire les principes de l�holographie, il convient de d�finir le signal lumineux que celle-ci permet d�enregistrer.</p><p>Les rayonnements �lectromagn�-</p><p>tiques ont un caract�re vibratoire.</p><p>En chaque point d�un faisceau lumineux existent un champ �lectrique et un champ magn�tique que la th�orie scalaire assimile � des fonctions vibratoires du temps. De plus, l�exp�rience montre que seul le champ �lectrique a une action physiologique sur la r�tine.</p><p>� ce titre, il est g�n�ralement assimil� au champ lumineux responsable de la vision. Son caract�re vibratoire �chappe en premi�re observation, car la fr�quence des vibrations lumineuses</p><p>est extr�mement �lev�e, de l�ordre de 1014 Hz. Aucun d�tecteur n�est assez rapide pour en suivre les variations ; cependant, seule la th�orie vibratoire permet d�interpr�ter correctement les exp�riences d�interf�rence et de diffraction ; le champ lumineux est d�fini en chaque point par son amplitude et par sa phase.</p><p>Dans tout syst�me optique, le rayonnement �mis par la source lumineuse est limit� par un contour appel� pupille (diaphragme de champ mat�rialisable ou pupille de l�oeil). Le plan de cette pupille divise l�espace en deux sous-espaces : le premier, contenant la source, est l�espace objet ; le second, o� se trouve la r�tine ou le d�tecteur photosensible, est l�espace image. Pour ce dernier, le faisceau �mis par la source est limit� par la pupille. Sur celle-ci, le champ lumineux d�finit une r�partition spatiale d�amplitude et de phase vibratoire. Le principe de Huygens-Fresnel affirme alors que cette r�partition est caract�ristique du faisceau lumineux pour l�espace image : si l�on remplace la source par une r�partition spatiale de sources secondaires r�parties sur la pupille de telle fa�on que leurs amplitudes et leurs phases soient synchronis�es avec celles du faisceau incident, on aura restitu�, pour l�espace image, la source initiale. D�un autre point de vue, on peut dire qu�en fixant la r�partition spatiale d�amplitude et de phase sur la pupille on enregistre int�gralement le signal lumineux �mis par l�espace objet.</p><p>C�est cette op�ration tr�s complexe que r�alise l�holographie, au moyen, il est vrai, de sources de lumi�re bien particuli�res, les lasers. Les sources classiques, par exemple les lampes � incandescence, �mettent de la lumi�re dans un d�sordre plus ou moins complet. Chaque atome �met un rayonnement �lectromagn�tique lorsqu�il reprend sa position d��quilibre apr�s avoir �t� bouscul�, mais il n�existe aucune relation entre les �missions de deux atomes voisins ni entre deux �missions d�un m�me atome. Le premier point traduit l�incoh�rence spatiale, et le second l�incoh�rence temporelle. De telles sources �mettent en cons�quence un rayonnement</p><p>dont l�amplitude et la phase sont des fonctions al�atoires de l�espace et du temps. Les vibrations en deux points quelconques du faisceau lumineux sont totalement ind�pendantes.</p><p>On peut, cependant, garder un certain degr� de coh�rence spatiale en diaphragmant la source de fa�on telle que seuls les rayonnements issus de quelques atomes voisins nous parviennent. En deux points du faisceau lumineux �quidistants de la source, les vibrations ne sont plus totalement ind�pendantes. On peut faire l�exp�-</p><p>rience classique des trous d�Young en utilisant comme pupille un �cran opaque perc� de deux trous situ�s � des distances �gales de la source. Dans l�espace image, on observe alors des franges d�interf�rence, de contraste d�autant plus faible que le diaphragme est plus ouvert. � la limite, les franges disparaissent. En ouvrant progressivement le diaphragme, on passe donc de la coh�rence spatiale parfaite, si celui-ci est r�duit � un point source, � l�incoh�rence totale lorsqu�il est grand ouvert.</p><p>L�incoh�rence temporelle traduit par contre l�ind�pendance des vibrations en deux points distincts d�un m�me rayon lumineux. Elle d�pend donc de la longueur des trains d�ondes �mis par les atomes ; on a incoh�rence totale si cette longueur est nulle et coh�rence parfaite si elle est infinie. La th�orie montre que cette � longueur de coh�-</p><p>rence � est li�e � la monochromaticit� du rayonnement ; plus celui-ci est monochromatique, plus les trains d�ondes sont longs, et inversement. Cela est mis en �vidence en observant les anneaux � l�infini donn�s par l�interf�rom�tre de Michelson. Au voisinage de la diff�rence de marche nulle, le contraste est voisin de 1 ; lorsque l�on translate l�un des miroirs, il diminue d�autant plus vite que la coh�rence temporelle est faible. Un moyen simple de l�augmenter est de placer un filtre color� de bande passante tr�s �troite devant la source. Seules nous parviennent les vibrations transmises par le filtre ; les autres sont stopp�es.</p><p>Le laser poss�de un haut degr� de coh�rence spatiale et temporelle. L�ex-</p><p>p�rience des trous d�Young permet d�observer de tr�s belles franges d�interf�rence quelle que soit la position des trous. Sur un interf�rom�tre de Michelson, on r�ussit � observer des anneaux avec des diff�rences de marche de l�ordre de 1 km pour certains lasers, alors que les sources ordinaires les plus monochromatiques ne permettent pas de d�passer quelques centim�tres.</p><p>En cons�quence, le signal �lectromagn�tique �mis par le laser n�est plus une fonction al�atoire de l�espace. Il est alors possible de faire passer une surface non fictive par tous les points �quiphases. L�optique la nomme surface d�onde et en �tudie les d�formations dans les circonstances les plus vari�es. Ainsi, une surface d�onde plane qui traverse une lame � faces parall�les transparente et non homog�ne en ressort bossel�e (fig. 1). La bosse de phase est caract�ristique du d�faut de la lame, mais elle �chappe � l�observation. En effet, l�oeil, ainsi que tous les d�tecteurs photosensibles, n�enregistre que l�amplitude des ondes, et l�information de phase dispara�t. Cependant, les proc�d�s classiques du contraste de phase permettent de la mettre en �vidence en cr�ant une interf�rence entre cette onde bossel�e et un fond coh�-</p><p>rent. Les variations de phase sont ainsi transform�es en variations d�amplitude visibles � l�oeil.</p><p>L�onde issue du laser est plane.</p><p>Lorsqu�elle est r�fl�chie par un objet quelconque, elle est profond�ment modifi�e. On obtient l�onde r�fl�chie � partir de l�onde incidente en menant selon chaque rayon des distances PP&#x2032;</p><p>�gales (fig. 2). La surface d�onde r�-</p><p>fl�chie est donc tr�s compliqu�e, mais caract�ristique du relief de l�objet.</p><p>Les proc�d�s de l�holographie permettent d�enregistrer cette surface d�onde complexe, bien que les d�tecteurs soient sensibles seulement � l�intensit� de la lumi�re, c�est-�-dire au carr� de l�amplitude du champ lumineux. En g�n�ral, l�information contenue dans la phase de l�onde lumineuse dispara�t pour cette raison.</p><p>La photographie ordinaire �tablit une correspondance point par point entre la r�partition d�intensit� dans le plan de mise au point et le plan de la pellicule.</p><p>Elle perd donc toute information de profondeur ou de relief contenue dans la phase. Le codage holographique permet, par contre, de l�enregistrer aussi. La figure 3 montre le sch�ma du montage d�enregistrement. La lu-mi�re issue du laser traverse l�objectif O, puis est s�par�e en deux parties par une lame semi-transparente S. La premi�re �claire l�objet, qui diffuse en direction de la plaque photographique ; la seconde l��claire directement. Sur la plaque se superposent deux ondes : l�� onde objet �, complexe moins caract�ristique de l�objet, et un fond coh�rent d� � l�onde directe, ou � onde porteuse �. Il y a interf�rence, car la diff�rence de phase entre les deux ondes est constante dans le temps en chaque point de la plaque. L��mulsion sensible peut les enregistrer par simple exposition. Apr�s d�veloppement, il existe en chaque point de la plaque un r�seau de franges d�interf�rence, et la phase de l�onde objet est ainsi enregistr�e par comparaison avec une phase de r�f�rence connue.</p><p>downloadModeText.vue.download 244 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5385</p><p>Une telle op�ration est th�oriquement possible avec une source de lumi�re classique ; la seule condition impos�e est la coh�rence entre l�onde objet et l�onde porteuse. Avec une source ordinaire, il faut donc diaphragmer pour augmenter la coh�rence</p><p>spatiale et utiliser un filtre color� tr�s s�lectif pour accro�tre la coh�rence temporelle. N�anmoins, il faut garder des diff�rences de marche entre les deux faisceaux assez faibles, car la finesse des raies d��missions naturelles est loin d��tre aussi grande que celle des lasers. De toute fa�on, les deux dispositions d�crites pr�c�demment se traduisent par une perte consid�rable d��nergie, ce qui rend l�exp�rience tr�s d�licate. En 1948, Dennis Gabor utilisait cette m�thode. Il ne pouvait, de ce fait, enregistrer que des hologrammes d�objets bien r�fl�chissants ou transparents pour ne pas perdre trop de lumi�re. Il fallut attendre l�apparition des lasers � gaz continus en 1962 pour que Emmet Leith et Suris Upatnieks</p><p>rendent sa m�thode op�rationnelle applicable � des objets diffusants.</p><p>Le signal lumineux a donc �t� enregistr� par le codage holographique.</p><p>Une telle op�ration n�a manifestement d�int�r�t que s�il lui correspond un d�codage. En fait, la restitution holographique s�effectue tr�s simplement.</p><p>L�hologramme est remis en place</p><p>apr�s d�veloppement de l��mulsion ; on supprime l�objet et on l��claire seulement par l�onde porteuse, qui prend alors le nom d�onde de r�f�rence. On voit appara�tre l�objet exactement � la position qu�il occupait lors de l�enregistrement, tel un � fant�me � derri�re la plaque photographique. Le d�codage a ainsi �t� r�alis� par diffraction de la lumi�re. Il est donc n�cessaire de revenir sur les principes de la diffraction pour en donner l�explication.</p><p>Consid�rons, pour simplifier, les figures 4 et 5, o� l�on enregistre seulement l�hologramme d�un point lumineux. Les franges d�interf�rence sont circulaires, concentriques, et l��clairement dans le plan de la plaque est de la forme cos 2 x 2, x �tant la distance du centre des franges. Apr�s d�veloppement, l�hologramme pr�sente donc une loi de transparence en �nergie de la forme a + b cos 2 x 2, a et b d�pendant des conditions d��clairage et de d�veloppement. Ainsi, la plaque photographique se pr�sente comme un r�seau de Soret avec un fond continu. Si l�on �claire ce r�seau par une onde de r�f�-</p><p>rence, celui-ci diffracte la lumi�re. La th�orie montre que, outre le faisceau directement transmis par la plaque, on obtient une image r�elle et une image virtuelle. Cette derni�re occupe par rapport � l�hologramme la position exacte qu�occupait le point source S0</p><p>� l�enregistrement. En cons�quence, la restitution holographique donne une image virtuelle situ�e en S0, une image r�elle et un faisceau directement trans-</p><p>mis par le fond continu. Les trois faisceaux sont spatialement s�par�s, ce qui permet d�observer distinctement soit l�image r�elle, soit l�image virtuelle, non perturb�es.</p><p>Si, maintenant, on enregistre non pas un point source, mais un objet diffusant, chaque point de cet objet s�enregistre et se restitue comme pr�-</p><p>c�demment, et l�on obtient encore trois faisceaux. Le premier forme l�image virtuelle de l�objet dans l�espace, � la position qu�il occupait � l�enregistrement ; le deuxi�me en forme une image r�elle ; le troisi�me correspond au faisceau directement transmis par la plaque et n�offre aucun int�r�t. En g�n�ral, on consid�re seulement l�image virtuelle, rigoureusement identique � l�objet, alors que l�image r�elle en diff�re sous plusieurs aspects. D�autre part, les effets d��paisseur dans la g�latine font souvent dispara�tre cette image r�elle, alors que l�efficacit� de diffraction est maximale pour l�image virtuelle.</p><p>L�hologramme est r�alis� sans l�interposition de lentilles entre l�objet et la plaque photographique ; chaque point de l�objet diffuse une onde qui est enregistr�e par l�ensemble de l��mulsion. La correspondance entre l�objet et la plaque est du type point-plan : d�o� le nom holographie (holos signifie en grec � tout entier �, et graphein � �crire �). L�image holographique poss�de donc des propri�t�s sp�cifiques. En premier lieu, elle para�t identique � l�objet r�el : elle poss�de les propri�t�s de profondeur de champ et de parallaxe. En d�pla�ant l�oeil devant l�hologramme, on voit la perspective changer, et certaines parties de l�objet sont visibles sous un angle donn�, mais disparaissent sous un autre angle.</p><p>Chaque partie de l�hologramme permet donc de restituer l�objet en entier sous un angle donn�. Ainsi, la plaque photographique bris�e, chaque morceau permet la reconstruction de tout l�objet si ses dimensions sont sup�rieures au diam�tre de la pupille de l�oeil.</p><p>En faisant varier l�orientation ou la position de l�onde de r�f�rence, on obtient des effets de grandissement.</p><p>Ainsi, si l�on �loigne ou rapproche la source de r�f�rence, l�image restitu�e</p><p>para�t agrandie ou diminu�e. � ce titre, l�hologramme poss�de des propri�t�s analogues � celles des lentilles pour l�objet enregistr� ; un hologramme est un dispositif formateur d�une seule image. Cependant, des aberrations peuvent s�introduire, ce qui limite les effets � de faibles valeurs dans les longueurs d�onde visibles.</p><p>On obtient des effets de grandissement analogues en restituant l�hologramme avec un laser de longueur d�onde diff�rente de celle d�enregistrement. En effet, la restitution se fait aussi en lumi�re monochromatique ; on peut en faire varier la longueur d�onde.</p><p>Ainsi, l�apparition de lasers � rayons X</p><p>permettrait d�enregistrer des hologrammes qui, restitu�s dans le visible, pr�senteraient des images tr�s agrandies. On a calcul� que la restitution � 6 328 � d�enregistrements effectu�s � 1 � permettrait d�atteindre des grandissements de l�ordre de 300 000.</p><p>Il est possible �galement d�imprimer plusieurs hologrammes diff�rents dans l��paisseur de la g�latine sans que ceux-ci se m�langent � la restitution.</p><p>Il y a pour cela plusieurs proc�d�s.</p><p>On peut enregistrer les hologrammes les uns apr�s les autres en changeant l�orientation du faisceau de r�f�rence et les restituer de la m�me fa�on.</p><p>Pour un faisceau de r�f�rence donn�, seule existe l�image correspondant � cette orientation ; les autres images sont �teintes, du fait que l�efficacit� de diffraction de l�hologramme est alors nulle. Comme nous l�avons d�j� mentionn�, celle-ci est, par contre, maximale lorsque l�onde de r�f�rence est confondue avec l�onde porteuse d�enregistrement.</p><p>Une seconde m�thode consiste � inscrire les hologrammes simultan�ment � l�aide de plusieurs faisceaux laser de longueurs d�onde diff�rentes. En utilisant ces m�mes faisceaux � la restitution, on observe plusieurs images color�es superpos�es. On peut m�me alors restituer en lumi�re blanche ; dans le spectre continu, seules les longueurs d�onde ad�quates forment des images superpos�es ; les autres correspondent � une efficacit� de diffraction nulle.</p><p>Un hologramme est enregistr� sur une plaque photographique � grain tr�s fin. Les franges d�interf�rence sont en effet tr�s serr�es, et l�on doit disposer d�une grande r�solution pour les enregistrer. Mais la sensibilit� s�en trouve affaiblie, puisqu�elle varie en sens inverse de la r�solution. Les temps de pose sont longs, et il est n�cessaire d��viter toute cause de d�placement downloadModeText.vue.download 245 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5386</p><p>pendant l�exposition. Les vibrations et les turbulences sont de gros �cueils pour l�exp�rimentation, et des pr�cautions draconiennes sont n�cessaires pour lutter contre les agents ext�rieurs : tables antivibratoires, �crans contre les courants d�air, stabilit� thermique, etc. Cependant, cette grande sensibilit� a �t� mise � profit fructueusement dans les �tudes interf�rom�triques.</p><p>Les m�thodes classiques utilisent les interf�rences de lames minces cr��es entre une pi�ce et un �talon suppos� parfait. Elles n�cessitent des pi�ces bien polies. On met en contact optique l��chantillon et l��talon de r�f�rence.</p><p>Une lame d�air tr�s mince se forme entre les deux. On observe les franges d�interf�rence obtenues, et leur configuration donne l�importance des �carts de conformation par rapport au profil id�al.</p><p>L�holographie permet de s�affranchir du r�f�rentiel �talon donn� par l�onde de r�f�rence. Deux m�thodes sont principalement utilis�es. La premi�re, tr�s d�licate, consiste � prendre l�hologramme de l�objet �talon (par exemple selon le montage de la figure 1). Puis, apr�s d�veloppement, on replace la plaque photographique et l�on substitue � l��talon une r�plique que l�on veut tester. En conservant les deux faisceaux d��clairage, on observe la superposition coh�rente de la r�plique et de l�image holographique de l��talon. Autrement dit, toute diff�rence de conformation se traduit par des franges d�interf�rence. Il n�est pas n�cessaire d�avoir l��talon � sa disposition, son hologramme est suffisant. De plus, les pi�ces ne sont pas n�cessai-</p><p>rement polies, et l�observation se fait en trois dimensions. Cependant, il est tr�s difficile de remettre exactement en place r�plique et hologramme. Ce dispositif est utilis� surtout pour l��tude des vibrations de corps solides. Il n�est, alors, pas n�cessaire de remettre en place l�objet ; on lui impose un �branlement vibratoire, et les franges d�interf�rence dessinent en temps r�el et en trois dimensions les lignes de niveau des ondes stationnaires. Plus utilis�e est la seconde m�thode, dite</p><p>� de double exposition �, plus particuli�rement employ�e pour l��tude et la mesure de contraintes et de d�formations. On prend la photographie holographique de l�objet, puis, apr�s l�avoir perturb�e, on en prend une seconde, sans toucher autrement au montage.</p><p>L��mulsion a donc �t� doublement impressionn�e ; apr�s d�veloppement, on a deux hologrammes superpos�s dans la g�latine ; chacun donne son image � le restitution, et l�on observe ainsi la superposition coh�rente de l�objet non perturb� et de l�objet contraint si, par exemple, une force lui a �t� appliqu�e.</p><p>L�examen des figures d�interf�rence et leur interpr�tation permettent de tirer des conclusions sur la nature des d�formations.</p><p>L�holographie a aussi son application dans les syst�mes optiques de traitement des informations. Ces dispositifs utilisent une propri�t� bien connue de la diffraction : la r�partition d�amplitude dans le plan de l�infini est la transform�e de Fourier de la r�partition d�amplitude dans le plan de la pupille.</p><p>Au foyer d�une lentille �clair�e en faisceau coh�rent parall�le, on observe le spectre de la pupille. Celui-ci est mat�-</p><p>rialisable sur un �cran. On peut le filtrer et le traiter � volont�. Une cha�ne optique de traitement se compose donc d�une lentille, dans la pupille de laquelle on place un signal, d�un plan focal, o� l�on agit directement sur le spectre de ce signal, et d�une seconde lentille, qui donne l�image de la pupille d�entr�e, donc du signal, apr�s traitement. On peut agir point par point sur le spectre, et toute intervention au niveau du plan focal se traduit par une modification de l�image. Ce syst�me, associ� � l�holographie, permet de r�aliser la corr�lation de deux</p><p>signaux. Le premier est plac� dans le plan de la pupille ; dans le plan focal, on place l�� hologramme de Fourier �</p><p>du second. (Un hologramme de Fourier est obtenu en faisceau convergent.</p><p>La porteuse est un point source plac� dans le plan du signal ; on r�alise de la sorte l�hologramme presque ponctuel du second signal.) La th�orie montre alors que l�on obtient dans le plan de l�image la fonction d�autocorr�lation des deux signaux.</p><p>Un tel dispositif trouve son application dans les syst�mes automatiques de lecture et de reconnaissance des formes. Il permet de r�aliser sur un signal de nombreux traitements qui sont tr�s difficiles pour l��lectronique.</p><p>D�autre part, les signaux sont inscrits sur une pellicule photographique ordinaire et apparaissent sous la forme d�une modulation en transparence de celle-ci. Ils ont donc deux dimensions spatiales, alors que le seul param�tre utilis� en �lectronique est le temps.</p><p>L�holographie a h�t� le rajeunissement de l�optique. Les concepts classiques de r�solution et d�imagerie sont de plus en plus remplac�s par ceux de fonction de transfert et de quantit� d�information. L�hologramme peut �tre utilis� non seulement pour enregistrer un signal, mais aussi pour stocker des informations par le biais de l�onde porteuse. Les capacit�s d�enregistrement de telles m�moires holographiques sont importantes. Une �mulsion utilis�e en holographie doit permettre d�enregistrer environ 108 bits d�information* par centim�tre carr� et 1010 bits par centim�tre cube, alors qu�une carte perfor�e d�ordinateur ne contient que 10 bits par centim�tre carr�. Apr�s les applications interf�rom�triques, c�est probablement par ce chemin que l�holographie deviendra op�rationnelle.</p><p>Dennis Gabor</p><p>Physicien britannique d�origine hongroise (Budapest 1900). Il a re�u le prix Nobel de physique en 1971 pour son invention de la m�thode holographique (1948) et son d�-</p><p>veloppement rendu possible d�s l�emploi du laser. Ses autres travaux concernent les lentilles magn�tiques et la th�orie de l�information.</p><p>J.-C. P.</p><p>M. Fran�on, l�Holographie (Masson, 1969). /</p><p>J.-C. Vi�not, P. Smigielski et H. Roger, Holographie optique (Dunod, 1971).</p><p>Holost�ens</p><p>Super-ordre de Poissons osseux Actinopt�rygiens, interm�diaires entre les Chondrost�ens (Esturgeons), plus primitifs et plus anciens, et les T�l�os-t�ens (la majorit� des Poissons osseux actuels), plus �volu�s et phylog�n�tiquement plus r�cents.</p><p>Les Holost�ens comprennent surtout des formes fossiles et sont repr�sent�s par les genres actuels Lepisosteus et Amia, tous deux dulcicoles.</p><p>En fait, les Holost�ens constituent moins un super-ordre des Actinopt�rygiens qu�un moment de l��volution de ce groupe � partir des Pal�onisco�des du D�vonien. Les formes fossiles, interm�diaires entre les Chondrost�ens et les T�l�ost�ens, s�opposent � ce qu�on puisse donner de ce groupe une d�finition pr�cise. Louis Agassiz (1807-1873), en 1834, avait cr��, pour ces Poissons osseux � Pr�t�l�ost�ens �, le terme de Gano�des, � cause de la structure particuli�re de leurs �cailles, recouvertes de � gano�ne �, mais ce terme, qu�on pourrait �galement appliquer aux Brachiopt�rygiens (Polyp-t�res) et aux Crossopt�rygiens, n�est plus employ�.</p><p>Les Holost�ens apparaissent et se diversifient tr�s vite au Trias, ont leur apog�e au Jurassique et survivent quelque peu au Cr�tac� ; les derni�res formes, � l�exception des genres actuels, s��teignent au d�but de l��re tertiaire. Les �cailles sont � gano�des �, �paisses, rhombiques, � fort rev�tement d��mail, comme chez les L�pisost�es, ou plus minces, circulaires et proches du type �lasmo�de (caract�ristique des T�l�ost�ens), comme chez l�Amie.</p><p>Le squelette montre, par rapport � celui des Chondrost�ens, une ossification plus pouss�e, et le maxillaire devient libre : les vert�bres s�ossifient �galement davantage, mais en rappe-</p><p>lant plut�t celles des St�goc�phales (Amphibiens fossiles) que celles des T�l�ost�ens. La nageoire caudale reste h�t�rocerque dans sa structure, mais est souvent homocerque dans sa forme.</p><p>Le L�pisost�e</p><p>Le L�pisost�e (Lepisosteus osseus) est le type de la famille des L�pisost�i-d�s, connue depuis le Cr�tac�. Comme l�Esturgeon, ce Poisson donne une id�e de ce qu��taient les Gano�des, habitants des eaux du d�but de l��re secondaire. Il renferme un nombre important de caract�res archa�ques, dont le plus visible est cette armure d��cailles rhombiques �paisses et contigu�s, qui ont valu son nom au genre ; la mandibule comporte encore sept os distincts, la caudale est h�t�rocerque ; l�intestin comporte, comme celui des Requins, une valvule spirale, r�duite il est vrai ; enfin, la vessie gazeuse a une irrigation de type pulmonaire.</p><p>Les L�pisost�es vivent dans les</p><p>eaux douces d�Am�rique, du Canada � Panam�. Ce sont de redoutables pr�-</p><p>dateurs, comparables aux Brochets et m�me � l�Alligator pour l�esp�ce la plus grande (Lepisosteus tristoechus), downloadModeText.vue.download 246 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5387</p><p>qui peut atteindre 3 m de long ; le corps est allong� ; dorsale et anale sont report�es dans la partie post�rieure du corps, comme chez le Brochet ; c�est l� une disposition qu�on rencontre chez les chasseurs � l�aff�t, capables de fondre tr�s vite sur leurs proies. Le museau forme un bec allong� arm� de dents pointues qui s�engr�nent entre elles d�une m�choire sur l�autre. Ces Poissons montent en surface � intervalles r�guliers pour avaler de l�air. La reproduction a lieu au printemps. Des gros oeufs, coll�s aux pierres, sort un alevin alourdi de son vitellus, qui se fixe aux plantes par une ventouse. On conna�t huit esp�ces de L�pisost�es, dont une vit en Chine.</p><p>L�Amie</p><p>L�Amie (Amia calva) est l�unique es-p�ce de la famille des Amiid�s, connue depuis le Jurassique. Elle a certains des caract�res archa�ques des L�pisost�es, mais montre des acquisitions de type</p><p>� T�l�ost�en �, comme les �cailles de type cyclo�de ou la pr�sence d�un myodome, o� s�ins�rent les muscles moteurs oculaires. L�Amie ressemble d�ailleurs assez � un T�l�ost�en et un examen rapide la classerait au voisinage des Carpes, dont elle a �galement le mode de vie. L�Amie peut toutefois atteindre 50 � 70 cm et se nourrit de proies volumineuses : Grenouilles, �crevisses, Poissons... On la rencontre dans les eaux calmes d�Am�rique du Nord, des Grands Lacs au Texas. Elle monte en surface, � intervalles r�guliers, prendre de l�air, dont elle emplit sa vessie natatoire, capable, comme celle des L�pisost�es, d�assurer des �changes respiratoires. La reproduction a lieu au printemps : les m�les, plus nombreux que les femelles,</p><p>construisent des nids d�herbes dans les hauts fonds. Chaque femelle d�pose, dans plusieurs nids distincts, un grand nombre de petits oeufs, que gardent les m�les. L��closion, apr�s une dizaine de jours, donne des alevins � grosse v�sicule vitelline, pourvus, comme ceux des L�pisost�es, d�une ventouse. Apr�s la r�sorption du sac vitellin, les alevins vivent en essaims, toujours sous la surveillance du m�le, jusqu�� la taille de 4 cm environ.</p><p>Les pal�ontologistes font correspondre aux Holost�ens au moins cinq ordres distincts, comprenant une quinzaine de familles. Trois autres ordres, plus proches des T�l�ost�ens, sont souvent regroup�s dans le super-ordre des Hal�costomes, surtout abondantes � l��re secondaire.</p><p>R. B.</p><p>C. Arambourg et L. Bertin, � Super-ordres des Holost�ens et des Hal�costomes �, dans Trait� de zoologie, sous la dir. de P.-P. Grass�, t. XIII, fasc. 3 (Masson, 1958). / J. P. Lehman,</p><p>� Actinopt�rygiens � dans Trait� de Pal�ontologie, sous la dir. de J. Piveteau, t. IV, vol. 3</p><p>(Masson, 1966).</p><p>Holothurides</p><p>�chinodermes �leuth�rozoaires vivant dans toutes les mers, depuis la zone littorale jusqu�aux abysses.</p><p>On trouve les Holothurides (ou</p><p>Holothuries) enfouies dans le sol ou rampant sur le fond, log�es dans les anfractuosit�s des rochers, dans les �ponges : tr�s rares sont les esp�ces p�lagiques (Pelagothuria) ; celles des grands fonds peuvent nager, parfois � une assez grande distance du sol.</p><p>Elles se distinguent de tous les autres �chinodermes par leurs t�guments mous, d�pourvus le plus souvent de larges plaques calcaires ; on n�y trouve que des formations isol�es, microscopiques, les scl�rites ou spi-cules, d�une infinie vari�t� de formes, �l�ments essentiels pour la d�termination des esp�ces.</p><p>L�Holothuride typique se pr�sente comme une sorte de gros boudin cylindrique. La bouche, entour�e de podia modifi�s en tentacules, s�ouvre � une extr�mit� ; l�anus se trouve � l�oppos�.</p><p>La sym�trie pentaradi�e est indiqu�e par cinq rang�es de podia, allant de la bouche � l�anus, dispos�es selon les radius, s�par�es par de larges interradius nus ou couverts de podia r�partis sans ordre. L�Holothurie se d�place sur une face ventrale, le trivium, faite de trois radius et de deux interradius, la face dorsale, ou bivium, comprenant les deux autres radius et les trois interradius restant.</p><p>La bouche est imm�diatement sui-</p><p>vie d�un gros pharynx entour� d�une couronne de dix pi�ces calcaires, cinq radiaires et cinq interradiaires, r�unies entre elles d�une fa�on assez souple ; de gros muscles longitudinaux, parfois des muscles r�tracteurs, s�ins�rent sur les pi�ces radiaires ; ces muscles servent � la contraction du corps et � la r�traction de la couronne tentaculaire, qui peut ainsi s�invaginer compl�tement � l�int�rieur de la bouche. Le pharynx est reli� par un court oesophage � un estomac peu diff�renci�. L�intestin qui suit est cylindrique, descend droit jusque vers le milieu du corps, remonte en tournant jusqu�au tiers sup�rieur environ et redescend en spirale vers un vaste cloaque qui s�ouvre � l�ext�-</p><p>rieur par un anus muni d�un sphincter.</p><p>Sur toute sa longueur, le tube digestif est attach� � la paroi du corps par des m�sent�res.</p><p>Le syst�me aquif�re est comparable � celui des autres �chinodermes, mais il se complique, sauf chez l�Apodida, de deux longs tubes feuillus, les organes arborescents ou poumons, d�bouchant dans le cloaque ; ils aspirent et rejettent rythmiquement l�eau du milieu ext�-</p><p>rieur ; ce sont des organes respiratoires qui servent �galement � l�excr�tion des produits de d�chets et qui jouent un grand r�le dans la statique de l�animal.</p><p>Des esp�ces d�Aspidochirotida pos-s�dent, attach�s sur la partie sup�rieure du cloaque, de nombreux tubes collants qui, lorsque l�animal est inqui�t�, sont brusquement �ject�s par l�anus, s��tirent consid�rablement (parfois jusqu�� un m�tre de long) et enserrent le pr�dateur dans un r�seau toxique inextricable. Chez les Synaptes, des urnes cili�es, minuscules, fix�es aux m�sent�res ou sur les parois du corps, se chargent de produits d�excr�tion.</p><p>Le t�gument entier des Holothurides est sensible au toucher et � la lumi�re.</p><p>La peau de certains Apodes est couverte de mamelons glandulo-sensitifs.</p><p>Quelques Synaptid�s ont des taches oculaires rouges entre la base des tentacules ; ceux-ci portent, sur leur bord interne, des cupules dont le r�le est d�appr�cier les modifications de l�eau et, peut-�tre, la qualit� des aliments.</p><p>Les organes g�nitaux apparaissent sous forme d�un ou deux paquets de tubes pendant librement dans le coe-lome ; leur canal excr�teur d�bouche � l�ext�rieur par une papille situ�e entre ou sous deux tentacules m�dian-dorsaux. Les oeufs f�cond�s donnent naissance � une larve nageuse, l�auri-cularia, qui se transforme en un petit tonnelet cercl� de cinq bandes cili�es, la doliolaria, puis en une pentactula, d�j� munie de cinq tentacules et d�une paire de podia post�rieurs ; cette derni�re larve tombe sur le fond pour y poursuivre son �volution.</p><p>La majorit� des esp�ces d�eau froide sont incubatrices. Les unes abritent leurs oeufs ou les jeunes dans des</p><p>poches marsupiales ; chez les Psoli-d�s, sous les grandes plaques calcaires imbriqu�es du bivium ; les jeunes de quelques Synaptid�s habitent la cavit� g�n�rale. Parfois, les oeufs sont d�po-s�s par la femelle sur les tentacules du m�le, o� ils sont retenus par une s�cr�-</p><p>tion visqueuse.</p><p>Les Holothurides ne poss�dent pas d�appareil masticateur ; les substances nutritives m�lang�es au s�diment ou en suspension dans l�eau sont captur�es par les tentacules ; ceux-ci p�n�trent un � un dans la bouche qui les suce comme le ferait un enfant de son pouce.</p><p>Le pouvoir de r�g�n�ration est</p><p>moins pouss� et plus localis� que chez les autres �chinodermes. Une Holothuride qui a rejet� ses visc�res reforme rapidement les parties expuls�es. Des Dendrochirotes et des Synaptes se coupent en un ou plusieurs fragments qui r�g�n�rent un animal entier.</p><p>La peau de beaucoup d�Holothu-</p><p>rides renferme une toxine qui semble sp�cifique. Les indig�nes d��les tropicales en font un broyat avec lequel ils anesth�sient les Poissons et autres Crustac�s. Malgr� cette toxicit�, une quarantaine d�esp�ces servent � fabriquer le tr�pang, mets particuli�rement appr�ci� des Chinois pour ses pr�tendues propri�t�s aphrodisiaques.</p><p>Les Holothurides h�bergent de tr�s nombreux parasites et commensaux : Protozoaires cili�s et Diatom�es dans les poumons, Gr�garines dans le coe-lome, Polych�tes et Pycnogonides entre les verrucosit�s dorsales d�Aspidochirotida, Mollusques Gastropodes incrust�s partiellement dans la peau, Cop�podes et Crustac�s dans l�oesophage et le cloaque. Mais le commensal le plus inattendu est un Poisson du genre Carapus (Fierasfer), tr�s mince et �troit, d�environ 15 cm de long, qui vit souvent par couple dans les poumons et l�intestin des grandes esp�ces.</p><p>G. C.</p><p>hom�opathie ou</p><p>homoeopathie</p><p>Doctrine suivant laquelle les symp-</p><p>t�mes pr�sent�s par un malade peuvent �tre trait�s par l�emploi � doses tr�s faibles de drogues d�terminant chez l�homme sain des signes semblables (loi de similitude). [Contr. ALLOPATHIE.]</p><p>Admise et �tudi�e par Hippocrate, l�hom�opathie fut exp�riment�e et mise en oeuvre par Hahnemann.</p><p>downloadModeText.vue.download 247 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5388</p><p>Christian Friedrich Samuel</p><p>Hahnemann, le cr�ateur de</p><p>l�hom�opathie</p><p>(Meissen, Saxe, 1755 - Paris 1843). �tudiant � Leipzig, puis � Vienne, il soutient sa th�se � Erlangen en 1779 sur le sujet : � Consid�-</p><p>rations sur les causes et le traitement des �tats spasmodiques. � Il exerce ensuite � Dessau, � Torgau, � Dresde et � Leipzig (o� il enseigne � partir de 1812) ; en 1821, il est m�decin � la cour ducale d�Anhalt-K�then et, en 1835, il s�installe � Paris, o� il passera les derni�res ann�es de sa vie.</p><p>D�j� sceptique sur les m�thodes de la m�decine officielle, Hahnemann d�couvrit sa voie en lisant une description de l�action du quinquina dans l�oeuvre de William Cullen (m�decin �cossais, 1712-1790). Il d�cida alors d�exp�rimenter lui-m�me les effets du quinquina. Il absorba pendant plusieurs jours de fortes doses de quinquina et constata qu�apparaissaient chez lui les sympt�mes de la fi�vre intermittente.</p><p>Il r�p�ta l�exp�rience sur lui et sur des amis volontaires. Ses r�sultats l�amen�rent � constater que le quinquina qui, � petite dose, d�truit la fi�vre, provoque � forte dose, chez le sujet sain, les apparences de la fi�vre. Encourag�, il poursuivit ses exp�riences avec le mercure, la digitale, la belladone et, devant les r�sultats concor-dants, il en tira la � loi de similitude �, selon laquelle une substance toxique, administr�e � faibles doses, est capable de gu�rir des sympt�mes semblables � ceux qui sont provoqu�s chez des sujets sains par cette m�me substance employ�e � doses plus fortes.</p><p>Hahnemann fut longtemps combattu dans son pays, tant par les m�decins officiels que par les pharmaciens, qui souvent refusaient de pr�parer ses rem�des. Toutefois, ses succ�s de plus en plus nombreux le rendirent c�l�bre.</p><p>Ses oeuvres principales sont : M�moire sur l�empoisonnement par l�arsenic (1786), Organon de l�art de gu�rir (1810), Mati�re m�dicale pure (1811-1821), Doctrine et traitement hom�opathique des maladies chroniques (1828).</p><p>Lois de l�hom�opathie</p><p>La loi de similitude �tablie par Hahnemann fut par la suite confirm�e par de nombreux exemples dans les r�gnes animal et v�g�tal.</p><p>La seconde loi de l�hom�opathie</p><p>concerne l�emploi de doses infinit�-</p><p>simales, obtenues par les proc�d�s de dilution ou de trituration. Ces doses infinit�simales sont la condition d�action des substances employ�es en hom�opathie ; elles sont aussi le garant de leur innocuit�.</p><p>Des travaux r�cents sur l�action d�une dose infinit�simale dans le r�gne v�g�tal ont �t� effectu�s dans le laboratoire du professeur Netien � Lyon.</p><p>Ils ont mis en �vidence l�action d�une quinzi�me dilution CH de sulfate de cuivre sur l��limination du cuivre au cours de la culture de graines de pois intoxiqu�s par cette m�me substance (le cuivre). Une autre exp�rience a montr� qu�une dilution 15 CH de sulfate de cuivre avait un effet inhibiteur sur la respiration des pois intoxiqu�s au cuivre.</p><p>L�enseignement de</p><p>l�hom�opathie</p><p>En France il est donn� � Paris par le Centre hom�opathique de France, l�Institut national hom�opathique et l��cole hom�opathique de l�h�pital Saint-Jacques. En province, l�hom�opathie est enseign�e dans plusieurs grandes villes : Lyon, Bordeaux, Marseille, Clermont-Ferrand, Strasbourg.</p><p>Cet enseignement comprend d�une part des cours d�hom�opathie, d�autre part des</p><p>pr�sentations de malades avec discussion dans des dispensaires hom�opathiques ou � l�h�pital Saint-Jacques � Paris. Il est compl�t� par un enseignement post-universitaire destin� aux m�decins d�sireux de se perfectionner.</p><p>Sur le plan national, la F�d�ration des soci�t�s hom�opathiques fran�aises r�unit les diff�rentes soci�t�s de Paris et de province et organise deux congr�s annuels : soit � Paris, soit en province.</p><p>Sur le plan international, une vingtaine de pays sont repr�sent�s au sein de la Ligue hom�opathique internationale, dont les congr�s ont lieu tous les deux ou trois ans dans un pays diff�rent.</p><p>M. R.</p><p>Les m�dicaments de</p><p>l�hom�opathie</p><p>L�exp�rimentation avec un nombre tr�s important de substances d�origine mi-n�rale, v�g�tale ou animale provoque des sympt�mes dont la liste s�appelle pathog�n�sie.</p><p>Le m�dicament hom�opathique qui</p><p>couvre les signes importants de cette pathog�n�sie chez un malade est appel� le similimum du malade.</p><p>La pr�paration d�un rem�de hom�opathique s�effectue par une dynamisation, c�est-�-dire une dilution avec succession, ou une trituration.</p><p>Dilution</p><p>y La m�thode hahnemannienne</p><p>consiste � diluer, dans 10 ml de solvant, 1 ml d�une teinture alcoolique ; on obtient, apr�s succussion, la premi�re dilution d�cimale (DH) ; on r�-</p><p>p�te l�op�ration en pr�levant 1 ml de cette nouvelle solution et en la diluant dans 10 ml de solvant, pour obtenir la deuxi�me dilution d�cimale et ainsi de suite.</p><p>Pour obtenir une dilution cent�simale (CH), on dilue 1 ml de teinture dans 100 ml de solvant. La suite de l�op�ration est la m�me. Le num�ro de la dilution correspond au nombre d�op�rations effectu�es (par exemple une cinqui�me cent�simale : 5 CH).</p><p>y La m�thode korsakovienne consiste, apr�s avoir rempli un flacon d�termin�, � le vider de son contenu et � utiliser la quantit� de liquide restant sur les parois comme base de la dilution suivante, en remplissant de nouveau le flacon.</p><p>Trituration</p><p>C�est un proc�d� de dispersion du rem�de dans un v�hicule pulv�rulent (lactose).</p><p>Ces pr�parations permettent de</p><p>rendre le m�dicament parfaitement atoxique, ce qui ne veut pas dire qu�il soit inoffensif. Certaines aggravations passag�res ont pu �tre constat�es par suite de mauvais emploi du rem�de ou de fr�quences trop rapproch�es des prises du m�dicament.</p><p>Les m�dicaments peuvent �tre pr�-</p><p>par�s � partir de substances d�origine min�rale, v�g�tale ou animale. Il existe des rem�des plus importants que les autres, appel�s polychrestes, dont la mati�re m�dicale poss�de de nombreux signes concernant plusieurs appareils (cardiaque, pulmonaire, digestif, etc.).</p><p>D�autres, les bioth�rapiques (anciennement � nosodes �), sont des m�dicaments pr�par�s � partir d�une humeur pathologique (sang, urine, pus, expectoration, produits bact�riens) qui ne provient pas du malade lui-m�me, au contraire des isoth�rapiques, qui sont pr�par�s � partir d�une humeur pathologique du malade.</p><p>L�action d�un rem�de hom�opa-</p><p>thique d�pend de sa dilution et de la fr�quence des prises.</p><p>downloadModeText.vue.download 248 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5389</p><p>Maladies trait�es par</p><p>l�hom�opathie</p><p>Si l�hom�opathie peut s�adresser � des sympt�mes fonctionnels (troubles de fonctionnement du foie et de la v�sicule biliaire, troubles du syst�me ner-</p><p>veux sans atteinte organique, insomnie), elle est utilis�e �galement dans de nombreuses affections chroniques, m�me organiques (colibacillose, bron-chite chronique, affections chroniques de l�intestin avec signes radiologiques de colites spasmodiques, asthme, sup-purations chroniques, sinusites, etc.).</p><p>Les affections aigu�s peuvent �tre soign�es avec succ�s uniquement par l�hom�opathie (otites aigu�s, angines, sinusites aigu�s, grippe, abc�s, coque-luche, rougeole et autres maladies d�enfants, zona et affections virales.</p><p>Le m�decin hom�opathe reste juge d�utiliser des th�rapeutiques classiques (antibiotiques, cortico�des) dans les affections graves o� ces th�rapeutiques ont fait leurs preuves (fi�vre typho�de, dipht�rie, affections pulmonaires graves, tuberculose, syphilis, etc.), ce qui n�emp�che nullement la possibilit� d�adjonction d�une th�rapeutique hom�opathique.</p><p>Sur la plan pratique, les m�dicaments hom�opathiques sont rembour-s�s par la S�curit� sociale dans les conditions pr�vues par la loi.</p><p>M. R.</p><p>G. Charette, la Mati�re m�dicale hom�opathique expliqu�e (Le Fran�ois, 1953). /</p><p>L. Vannier, l�Hom�opathie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955 ; 5e �d., 1970) ; les Origines et l�avenir de l�hom�opathie (Doin, 1960). / H. Bernard, Doctrine hom�opathique (Coquemard, Angoul�me, 1966). / D. Demarque, l�Hom�opathie, m�decine de l�exp�rience (Coquemard, Angoul�me, 1968).</p><p>hom�othermie</p><p>Maintien, par certains animaux, d�une temp�rature interne constante et �le-v�e, gr�ce � des m�canismes de r�gulation � soit physiques, soit chimiques</p><p>� dans lesquels le r�le principal est jou� par le syst�me nerveux.</p><p>Parmi les Vert�br�s, les Mammif�res et les Oiseaux sont des hom�othermes dont les temp�ratures oscillent dans d��troites limites (36 � 38,5 �C pour les Mammif�res, 36 � 44,5 �C pour les Oiseaux, selon les esp�ces). Cela les oppose aux animaux dits � po�kilo-</p><p>thermes � (ou � h�t�rothermes �) qui ont une temp�rature variable avec celle du milieu ambiant et sup�rieure seulement de 1 � 1,5 �C � celle-ci.</p><p>Origine de la</p><p>chaleur produite</p><p>Dans le langage populaire, on distingue des animaux � sang froid et des animaux � sang chaud, suivant la sensation de chaleur ou de froid que donne leur contact ou leur manipulation. Mais cette appellation ne touche pas � la diff�rence de fond.</p><p>En effet, un Poisson tr�s actif</p><p>comme le Thon, puissant nageur que l�on rencontre en M�diterran�e et dans beaucoup de mers temp�r�es, peut avoir une temp�rature interne de 10 �C sup�rieure � celle de son milieu, donc voisine de celle d�un Mammif�re. De m�me, un Reptile se chauffant au soleil de l��t� peut avoir une aussi forte temp�rature qu�un hom�otherme.</p><p>Si le m�me animal se trouve plac� � l�ombre, sa temp�rature subit imm�-</p><p>diatement un tr�s fort abaissement.</p><p>Les hom�othermes sont en minorit� sur la Terre, mais ils ont quand m�me jou� un r�le important dans l��volution. De plus, ils jouissent sur les autres animaux d�une �norme sup�riorit� due � la constance de leur temp�rature, qui leur permet d�avoir la m�me activit� pendant toutes les saisons et sous des climats tr�s diff�rents les uns des autres.</p><p>Par contre, les hom�othermes ont une tr�s lourde charge, celle d�avoir � maintenir une temp�rature constante.</p><p>Quand les conditions climatiques deviennent trop p�nibles pour eux, tous les po�kilothermes (tous les Invert�br�s et, parmi les Vert�br�s, les Poissons, Batraciens et Reptiles) se mettent en hibernation* de longue dur�e, d�o� une grande �conomie de nourriture.</p><p>Comme l�organisme animal est</p><p>incapable de cr�er de l��nergie, ce sont les aliments qui leur fournissent cette �nergie, qu�ils transforment eux-m�mes en chaleur.</p><p>Tous les organes de l�hom�otherme ne sont pas � la m�me temp�rature.</p><p>C�est dans le foie que celle-ci atteint son maximum. C�est dans les poumons qu�elle est la plus basse, ainsi qu�au niveau de la peau. Le coeur gauche a une temp�rature inf�rieure � celle du coeur droit, la veine cave une temp�rature inf�rieure � celle de l�aorte.</p><p>Il existe des variations tr�s sensibles suivant les esp�ces. Chez l�Homme, la temp�rature interne oscille aux environs de 37 �C. Chez le Chien, elle est de 38 �C ; chez le Boeuf, de 39,5 �C ; chez le Chat, de 38,5 � 39 �C. Chez les grands Oiseaux, elle s��l�ve � 40-41 �C. Chez les petits Oiseaux, elle est encore plus haute : Roitelet, 42,4 � 42,7 �C ; Rouge-Gorge, 40,4 � 44,6 �C ; Merle, 41 � 45,1 �C ; �pervier, 42 � 44,6 �C.</p><p>L��ge influe �galement sur la temp�-</p><p>rature. Les jeunes sujets ont une temp�-</p><p>rature mal r�gl�e. Elle est mieux r�partie dans les esp�ces o� le jeune peut subvenir d�embl�e � ses besoins. Le poulet, par exemple, ne r�gle bien sa temp�rature qu�� partir du 65-70e jour apr�s l��closion.</p><p>Le travail musculaire provoque de fortes variations de la temp�rature.</p><p>Chacun sait, en effet, qu�avec de violents mouvements musculaires (marche � pied, marche en montagne) on arrive � se r�chauffer rapidement.</p><p>Les s�cr�tions glandulaires �l�vent rapidement la temp�rature du sang veineux par exemple. Le foie et le tube digestif, qui ont des fonctions glandulaires tr�s actives, fournissent beaucoup de chaleur.</p><p>La chaleur interne est variable suivant le moment de la journ�e. Chez l�Homme, elle est minimale (36,5 �C) le matin � 6 heures et elle atteint son maximum (37,2 �C) vers 17 heures.</p><p>Ces chiffres sont encore variables suivant les individus.</p><p>Les principales sources de chaleur sont, tout d�abord, le syst�me musculaire, qui en d�gage 32,3 p. 100, puis le foie, qui est la glande principale, et le tube digestif (17,5 p. 100) ; le coeur, qui est un muscle en continuel fonctionnement, s�inscrit pour 5 p. 100 ;</p><p>les diverses glandes et les reins, pour 5 p. 100 ; les autres organes fournissent � peu pr�s 21,5 p. 100 de la chaleur.</p><p>Cette chaleur se r�partit par conductance dans l�organisme et par convec-tion. Le sang joue un tr�s grand r�le.</p><p>Il transporte, en m�me temps que les �l�ments nutritifs et l�oxyg�ne, des calories aux diff�rents tissus.</p><p>Si l�on place un animal dans un</p><p>appareil sp�cial appel� calorim�tre et qu�on le fait vivre � une temp�rature de 28 �C, sans manger et sans faire aucun mouvement, il passe par une zone de neutralit� thermique. Au-dessous de 28 �C, il d�pense des calories pour se r�chauffer. Au-dessus de 28 �C, il d�pense des calories pour se rafra�chir.</p><p>La r�gulation thermique</p><p>L�hom�otherme est donc capable, automatiquement, de lutter contre le froid et contre la chaleur. La lutte contre le froid provoque une augmentation de la � thermogen�se �. La lutte contre la chaleur provoque une � thermolyse �, suivant l�expression des physiologistes. Le m�canisme de la thermor�-</p><p>gulation est assez complexe.</p><p>Lutte contre le froid</p><p>Lorsque la temp�rature du sang baisse un peu, cette diff�rence se fait sentir sur des neurones d�une zone du dienc�phale tr�s bien d�finie, l�hypo-thalamus. C�est la zone ant�rieure de cette r�gion qui est seule capable de percevoir cette diff�rence. Une thermor�gulation r�flexe se produit alors rapidement, par l�interm�diaire des thermor�cepteurs p�riph�riques (c�est-</p><p>�-dire au niveau de la peau), dont la seule fonction est de percevoir le chaud et le froid. Un influx nerveux p�riph�-</p><p>rique se rend dans une r�gion c�r�-</p><p>brale : les corps opto-stri�s, qui � leur tour envoient un influx nerveux vers les organes. Il y a une thermor�gulation chimique command�e par les m�dullo-surr�nales ainsi que par la thyro�de.</p><p>Elle se met en route pour un abaissement de 0,5 �C. Au niveau des muscles, il se produit un frisson qui a pour but de faire remonter instantan�ment la temp�rature. Un peu plus tard, il se pro-</p><p>duit une vaso-constriction cutan�e qui diminue les pertes de chaleur au niveau de la peau, puis une augmentation de la concentration sanguine. Pour cela, la fonction excr�trice s�acc�l�re, l�urine augmente de volume. Au niveau de la peau, la protection continue � s�op�-</p><p>rer, les poils et les plumes des animaux sont appel�s � renforcer leur action protectrice : les poils se h�rissent sous l�action des muscles horripilateurs, l�air qui se trouve dans la fourrure voit son �paisseur augmenter, et c�est un parfait isolant. Pour la plumage des Oiseaux, il en est �galement ainsi.</p><p>Lutte contre la chaleur</p><p>Pour lutter contre la chaleur, l�animal op�re une diminution de sa thermor�-</p><p>gulation chimique et active la thermolyse par une r�gulation physique. Il se produit alors :</p><p>� une vaso-dilatation cutan�e : le sang afflue vers la peau pour �changer sa temp�rature avec celle du milieu ext�rieur ;</p><p>� une augmentation du volume du</p><p>sang (avec diminution de l�excr�tion urinaire) ;</p><p>� de la sudation, ph�nom�ne �galement r�flexe, qui provient de trois centres nerveux � bulbaire, m�dullaire et hypothalamique � et qui a une grande importance (en effet, l��vaporation de 1 g d�eau absorbe 0,58 kcal) chez le Cheval, le Boeuf, le Porc, qui downloadModeText.vue.download 249 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5390</p><p>ont des glandes sudoripares r�parties sur tout le corps et une fourrure � poil ras. Chez l�Homme aussi, elle est salutaire. Mais les animaux qui n�en poss�dent pas (le Chien et le Lapin) doivent abandonner des calories par une � polypn�e thermique �, acc�l�ration des mouvements respiratoires tr�s forte. Le Chien, qui au repos respire au rythme de 24 mouvements par minute, apr�s une longue course peut atteindre un rythme de 240 mouvements par</p><p>minute. Il en va de m�me chez les Oi-</p><p>seaux, qui peuvent atteindre 300 mouvements par minute.</p><p>Dispositions</p><p>thermor�gulatrices</p><p>permanentes</p><p>Il existe une thermor�gulation � long terme. Les animaux des pays froids s�enveloppent, pour se prot�ger du froid, d�une abondante fourrure. La plupart des animaux vivant dans les pays circumpolaires sont prot�g�s par une couche de graisse plus ou moins abondante (Phoques, Otaries, Baleines franches, Baleines bleues, etc.).</p><p>Il faut signaler aussi un proc�d� de thermor�gulation physique assez curieux d�couvert depuis peu par des physiologistes sur des animaux marins : Baleine, Marsouins, Phoques.</p><p>Ceux-ci sont munis de dispositifs pour �conomiser une grande quantit� de calories. Dans leurs nageoires et dans leur queue, ils poss�dent un syst�me circulatoire � contre-courant. Les ar-t�res majeures entrant dans ces organes p�riph�riques sont suspendues dans des voies veineuses trab�culaires. Le sang art�riel venant de l�int�rieur du corps �change sa chaleur avec celui, plus froid, revenant des veines p�ri-ph�riques, ce qui �vite la dissipation de la chaleur art�rielle vers l�ext�rieur.</p><p>L�extr�mit� des membres reste donc toujours � basse temp�rature, mais cela est sans dommage pour l�animal.</p><p>Un pareil �changeur existe aussi chez les Phoques � la surface du corps, mais la longueur des vaisseaux disponibles pour ces �changeurs est moindre que dans les membres p�riph�riques, et son effet, aussi, moins important.</p><p>Ce dernier syst�me a probablement une utilit� plus grande pour dissiper de la chaleur lorsque ces animaux se trouvent dans des mers chaudes.</p><p>On voit comment l�hom�othermie</p><p>a pu rendre les Mammif�res et les Oiseaux ind�pendants des milieux qu�ils fr�quentent. La quantit� d�animaux hom�othermes qui peuplent les r�gions arctiques � Mammif�res tels que Phoques, Otaries, C�tac�s ; Oiseaux tels que Mouettes, Guillemots, Cormorans, Macareux � ainsi que les</p><p>nombreux Manchots de l�Antarctique prouvent la valeur de cette ind�pendance � l��gard d�un milieu qui nous semble hostile.</p><p>P. B.</p><p>E. Bourli�re, Vie et moeurs des mammif�res (Payot, 1951). / A. Missenard, la Chaleur animale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955). /</p><p>L. A. Maynard et J. K. Loosli, Animal Nutrition (New York, 1956 ; nouv. �d., 1962). / R. Jacquot, H. Le Bars, A. M. Leroy et H. Simonnet, Nutrition animale (Bailli�re, 1960-1964 ; 5 vol.). / M. Fontaine (sous la dir. de), Physiologie (Gallimard,</p><p>� Encycl. de la Pl�iade �, 1969).</p><p>Hom�re</p><p>En gr. HOM�ROS, po�te �pique grec (IXe s. av. J.-C. ?).</p><p>Il est le plus ancien des �crivains grecs dont l�oeuvre nous soit parvenue, et aussi le plus grand. Sa vie nous �chappe presque totalement. Bien que sept villes se fussent disput� l�honneur de lui avoir donn� le jour, il est sans doute Ionien, n� � Smyrne, v�cut � Chios et mourut � Ios, l�une des Cyclades. On le disait aveugle, mais ce d�tail est probablement l�gendaire. �</p><p>quelle �poque a-t-il v�cu ? � Hom�re n�a v�cu que quatre cents ans avant moi �, �crit H�rodote (II, 53), c�est-�-</p><p>dire vers 850, date dont rien n�infirme l�exactitude. Il reste que notre ignorance de la vie du po�te permet d�aborder l�oeuvre sans pr�jug�. Il n�y a rien entre elle et nous, hormis des hypoth�ses. Les textes hom�riques ne valent que par eux-m�mes et par eux seuls.</p><p>La tradition attribue � Hom�re deux po�mes, l�Iliade et l�Odyss�e. On peut admettre que le second est tr�s sensiblement post�rieur au premier, mais il serait vain de vouloir pr�ciser leurs dates de � composition �. Les Anciens donnaient aussi au po�te les Hymnes hom�riques, collection de 34 pi�ces de longueur in�gale, le Margist�s, po�me burlesque aujourd�hui perdu, le Combat des grenouilles et des rats ou Batrachomyomachie, po�me parodique conserv�, et quelques �pigrammes �</p><p>toutes oeuvres qui ne semblent pas appartenir � l�auteur de l�Iliade et de l�Odyss�e.</p><p>La question hom�rique Nulle oeuvre ne fut plus �cout�e et plus lue que celle d�Hom�re. D�s le VIIIe s. av. J.-C.</p><p>se form�rent des groupes d�� hom�rides �, dont les plus connus �taient ceux de Chios, qui se d�claraient descendants du po�te et r�citaient l�Iliade et l�Odyss�e. Ces a�des (� chanteurs �) �taient autant des r�citants que des arrangeurs. Le plus c�l�bre est Kynaethos, auteur probable de l�Hymne � Apollon, qui conte la naissance du dieu. Au second quart du VIIe s., l�oeuvre hom�rique est r�pandue dans tout le monde grec. Aux f�tes des � premi�res � Panath�n�es, Solon d�cida que les rhapsodes ne r�citeraient plus que des chants d�Hom�re. Vers 540, sous le gouvernement de Pisistrate, les textes hom�riques auraient �t� � publi�s �, avec l�obligation de les r�citer en entier aux Grandes Panath�n�es (institu�es en 566).</p><p>Hom�re devint d�s lors le po�te par excellence qui occupa une place capitale dans l��ducation grecque, les enfants apprenant � lire et r�p�ter � haute voix les plus beaux passages de l�Iliade et de l�Odyss�e.</p><p>Autour du texte vont se d�velopper les commentaires. Aux IIIe-IIe s. av. J.-C., les critiques alexandrins (Z�nodote, Aristo-phane de Byzance, Aristarque) publi�rent, � un demi-si�cle de distance, des �ditions scientifiques d�Hom�re, faisant d�ailleurs preuve, dans l��tablissement du texte, d�une prudence plus grande qu�on ne l�a cru. � la m�me �poque apparurent les</p><p>� chorizontes �, ou � s�parateurs �, qui furent les premiers � penser que l�Iliade et l�Odyss�e n��taient pas l�oeuvre d�un m�me po�te, l�Iliade seule devant �tre attribu�e � Hom�re. Toute une tradition d�ex�g�se hom�rique se constitua, continu�e � Pergame par Crat�s de Mallos (IIe s.) et aboutissant bien plus tard � une v�ritable renaissance de ces �tudes (p�riode byzantine : Photios, Tzetz�s, Eustathe).</p><p>D�s la fin du XVIIe s. et le d�but du XVIIIe s., philologues et �rudits pos�rent la question hom�rique, mettant en doute soit l�existence d�Hom�re, soit l�unit� de ses po�mes ou l�authenticit� du texte traditionnel. En 1664, l�abb� d�Aubignac (1604-1676) conclut dans ses Conjonctures acad�miques sur l�Iliade (publi�es en 1715) qu�Hom�re n�avait pas exist� et que l�Iliade n��tait qu�une suite de po�mes diff�rents, r�unis par les rhapsodes. En 1795, l�Allemand Friedrich August Wolf (1759-1824)</p><p>soutint, dans ses Prolegomena ad Home-rum, que l�Iliade et l�Odyss�e n��taient pas l�oeuvre d�un seul po�te, mais de plusieurs aides, et que, d�abord conserv�s par la transmission orale, les textes n�avaient �t� que tardivement fix�s par l��criture. Cette position extr�me est aujourd�hui abandonn�e, l�existence de l��criture � l��poque d�Hom�re �tant attest�e (en 1400 av. J.-C., � l��poque myc�nienne, les Grecs notaient d�j� leur langue par un syst�me de graphie syllabique, le lin�aire B des tablettes de Cnossos et de Pylos).</p><p>Comment se pose actuellement la</p><p>question hom�rique ? Elle est loin d��tre r�solue.</p><p>� Pour les partisans d�un auteur unique, l�Iliade et l�Odyss�e sont l�oeuvre d�un po�te de g�nie qui a invent� le th�me principal (� la Col�re d�Achille �, � le Retour d�Ulysse �). Sur ce noyau central se sont greff�s divers d�veloppements dus � d�adroits arrangeurs vivant � diff�rentes �poques. Selon d�autres, Hom�re est l��crivain qui sut rassembler et organiser entre eux, en y ajoutant lui-m�me, des textes ant�rieurs � lui.</p><p>� Pour les partisans d�une th�se dualiste, l�Iliade et l�Odyss�e ne sont pas l�oeuvre d�un m�me auteur, compte tenu des dis-semblances de ton, de style, d�inspiration qui existent entre les deux po�mes. Mais, pour de nombreux critiques, ces disparit�s ne sont pas telles qu�on ne puisse admettre que le po�te a compos� en premier lieu l�Iliade, ou une partie de l�Iliade, et l�Odyss�e ensuite, dans sa vieillesse.</p><p>Deux oeuvres</p><p>dissemblables</p><p>Divis�es chacune en 24 chants, appel�s rhapsodies par les Anciens et d�si-gn�s par les 24 lettres de leur alphabet, l�Iliade et l�Odyss�e constituent le plus vaste ensemble de la litt�rature grecque (un peu moins de 16 000 vers pour l�Iliade, un peu plus de 12 000 pour l�Odyss�e).</p><p>� la diff�rence de l�Iliade, o� tout para�t important � les �pisodes secondaires ne font jamais oublier le dessin g�n�ral �, il est dans l�Odyss�e nombre de sc�nes sinon gratuites, du moins d�velopp�es avec complaisance</p><p>par le po�te (par exemple les longs r�cits de la T�l�machie, les entretiens chez Eum�e), qui ont plus �t� choisies pour l�int�r�t particulier qu�elles pr�-</p><p>sentaient en elles-m�mes qu�en fonction de l�action.</p><p>Ajoutons que l�un et l�autre po�me sont radicalement dissemblables dans leur conception : alors que l�Iliade est n�e tout enti�re d�une situation morale (la col�re d�Achille), c�est-�-dire de la passion de son h�ros, et que, � la limite, les faits d�coulent de la logique des caract�res, les �v�nements dans l�Odyss�e ne proc�dent pas d�une n�cessit� intime : c�est ainsi que, au cours de ses aventures, Ulysse subit sa destin�e ; il ne la commande pas ; tout lui est impos� et on n�a pas le sentiment qu�en d�pit de son adresse il puisse gouverner � sa guise l�ordre des choses (et, en ce sens, l�imagination cr�atrice est plus grande dans l�Iliade que dans l�Odyss�e). De l�, et Aristote l�avait remarqu�, l�Iliade est plus dramatique que l�Odyss�e, o� � parfois, le bon Hom�re sommeille � (Horace, �p�tre aux Pisons, v. 359), la narration tenant souvent plus de place que l�action.</p><p>D�autre part, si, dans l�Iliade, quel que soit le nombre des �pisodes, la trame du r�cit para�t remarquablement nette, serr�e dans l�espace de quelques jours, les �v�nements, dans l�Odyss�e, s��talent sur une dur�e six fois sup�rieure, sans compter la p�riode de quelque dix downloadModeText.vue.download 250 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5391</p><p>ans au cours de laquelle s��coulent les aventures d�Ulysse (racont�es par le h�ros chez les Ph�aciens). � l�unit� de temps de l�Iliade correspond l�unit� de lieu : tout se passe dans un camp, sous les remparts de Troie. Au contraire, l�Odyss�e offre plusieurs th��tres � l�action (la mer, les �les, la campagne, le palais d�Ulysse), et cette vari�t� est plus apparente que r�elle, plus superficielle que profonde. Faut-il conclure � un affaiblissement de la veine �pique ?</p><p>Disons plut�t que l�Iliade et l�Odyss�e sortent de deux nappes imaginatives de nature diff�rente et que, chez tout lecteur, les deux po�mes touchent des</p><p>zones de conscience qui ne sont pas les m�mes.</p><p>Rep�res historiques et</p><p>g�ographiques</p><p>L��pop�e hom�rique d�crit un monde qui correspond � l�apog�e de la civilisation myc�nienne (entre 1400 et 1300 av. J.-C.).</p><p>La cit� de Troie contre laquelle luttent les chefs grecs est, depuis les campagnes de fouilles de W. D�rpfeld et de C. W. Blegen, identifi�e � la Troie VII a dans la s�rie de</p><p>� villes � qui se superposent sur la butte d�Hissarlik, en Asie Mineure. Quant � l�Odyss�e, Victor B�rard (1864-1931) s�est efforc� de localiser chacune des escales d�Ulysse au cours de son p�riple.</p><p>� l�Iliade � ou</p><p>le culte du h�ros</p><p>Livre haletant dans lequel s�expriment les grandes id�es-forces de la mort, de l�amour, de la guerre, l�Iliade emporte le lecteur dans ses remous et l�arrache � sa qui�tude. La premi�re oeuvre litt�-</p><p>raire grecque est aussi la plus forte, la moins suave qui soit. Elle n�est pas un livre de bonheur et de paix, qui donne l�image rassurante d�un univers bien clos. L��tre se d�bat dans un monde o� se d�cha�nent toutes les pulsions de l�instinct, les plus nobles comme les plus humbles. Les cris et les g�missements alternent avec les chants de tendresse. Les armes qui s�entrechoquent, le sang vers�, les exploits des h�ros ou la peur qui s�empare du corps tout entier rejoignent dans une m�me ampleur les �lans de coeurs qui aiment, le sourire de l�enfant, les gestes �bauch�s, les phrases � demi prononc�es. Eros et Thanatos pr�tent leur souffle � ce long po�me o� s�installent des liens qu�on ne peut d�nouer entre les mouvements issus de l�inconscient � ceux de la haine comme de l�amour, de la brutalit� comme de la d�licatesse, ceux du d�sir de tuer comme ceux du d�sir d�aimer � et les n�cessit�s �l�mentaires de la vie, la soif, la faim, le sommeil et le go�t de la d�pense physique. Voil�, saisie sur le vif, l�humanit�, avec ses rayons et ses ombres, ses contradictions, ses interrogations, l�humanit� peinte � l�heure la plus tragique, et peut-�tre la plus privil�gi�e, celle de la</p><p>guerre, toile de fond, d�cor de flammes et de sang devant lesquels des acteurs, qui sont d�autres nous-m�mes, jouent le jeu de la vie.</p><p>L�Iliade, livre de guerre ? Ar�s est au premier plan. Ce n�est pas un des minces m�rites du po�te que d�avoir imm�diatement compris que la qui�-</p><p>tude est chose rare, et que, au contraire, le combat est quotidien. Cette guerre de Troie est moins le conflit de deux civilisations, la grecque et l�asiatique, que la traduction d�un �tat permanent, la guerre de chaque jour, le plus souvent sournoise, parfois �clatante, celle qu�� toute heure pratiquent les hommes. Ne pensons pas qu�Hom�re choisit une situation extraordinaire, inhabituelle, mais disons plut�t que, par le biais symbolique du combat grec et troyen, il met en �vidence un �tat de fait : l�affrontement perp�tuel de l�homme contre l�homme. Cette intuition d�bouche-t-elle sur une vision d�angoisse et d�effroi ? En fait, le po�te pr�te � la guerre une certaine perfection. C�est-�-dire qu�elle se fait sans haine, au niveau des grandes �mes.</p><p>Elle est justifiable des deux c�t�s : les uns vengent l�honneur de M�n�las, les autres d�fendent leur sol natal. Nulle bassesse, mais un jeu sacr� o� chacun respecte les lois, l�id�al qu�il porte en lui-m�me. Nous sommes en pr�sence d��mes nobles, qui ne savent ni ramper ni tricher. Cette conception du fl�au est peut-�tre illusoire, fruit d�un optimisme que devait d�mentir toute l�Histoire : du moins est-elle l�expression de la volont� d�Hom�re de montrer que l�homme est d�essence sup�rieure, quels que soient ses instincts.</p><p>Le h�ros du po�me est Achille.</p><p>Parmi tant de personnages, dont certains n�existent qu�un instant, intens�ment sa figure se d�tache. Dans les chants m�me o� elle est absente, son ombre plane, obs�de le lecteur.</p><p>Achille, si c�est chez Hom�re l�exaltation de la vigueur physique, de la force des bras qui portent les armes, c�est aussi le courage, la droiture, l��nergie, associ�s � tous les mouvements de l��me, ceux de la col�re, ceux de la douleur comme ceux qui naissent de la piti� et de la pi�t�. Demi-dieu par sa m�re Th�tis, faisant partie, comme dit P�guy, de ceux qui � retirent de</p><p>leur demi-sang cette profondeur, cette gravit�, cette connaissance du destin, cette usag�re exp�rience du sort �</p><p>(Clio), il s��l�ve � une hauteur qui le distingue entre tous. Il aime Patrocle de l�amour le plus pur. La mort de ce dernier est pour lui la perte d�un autre lui-m�me, sa mort � travers l�autre, car elle l�enferme dans la solitude la plus tragique, la plus absurde, celle de ne plus aimer ni d��tre aim�. Leur entente, leur complicit� merveilleuse aboutissaient � faire de l�un et l�autre deux �tres assoiff�s d�absolu. Patrocle mort, Achille n�est-il plus rien ? En fait, Hom�re ne peut d�grader l�image de son h�ros en la rejetant dans l�humanit� moyenne. Achille va �tre l�homme capable de se dominer, non seulement en oubliant ses rancunes, mais en faisant taire sa souffrance. Sa tentation �tait de mettre Troie � feu et � sang, d�abandonner Priam � son chagrin pour ne penser qu�au sien propre : sa plus belle victoire, la victoire de l��tre qui se d�passe, est de permettre au vieux roi troyen de reprendre le corps de son fils. L�Iliade peut d�sormais finir : le farouche, l�inflexible Achille, lui aussi attendu par la mort, une mort librement consentie, annonc�e par Th�tis et par Hector expirant, s�acheminera purifi� vers son destin.</p><p>Au-dessus de la m�l�e, le po�te.</p><p>Hom�re ne prend pas parti : il n�est pas plus du c�t� des Grecs que du c�t� des Troyens. D�ailleurs, Ach�ens et Troyens se ressemblent. Chez les uns et les autres, on trouve le m�me nombre de h�ros, et de la m�me qualit�. Peut-�tre la vision du camp troyen est-elle plus apais�e, plus humaine.</p><p>Les Grecs ont plus de violence. Mais au total les deux adversaires ont en partage d�identiques grandeurs et d�identiques faiblesses. Au-dessus de la m�l�e, aussi, les dieux, bien qu�ils participent � l�action. Ils ont beau favoriser l�un et l�autre camp, se battre, voire �tre bless�s, ils ne font pas partie du monde des combattants. Ce qui leur manque, c�est la possibilit� de mourir, d��tre � expos�s �, et, en un sens, de se parfaire. � C�est de cet emplissement, de cet accomplissement, de cette pl�-</p><p>nitude que les dieux manquent, �crit encore P�guy. Les dieux manquent de ce couronnement qu�est la mort. Et de</p><p>cette cons�cration. � Ils ne risquent rien. Et c�est l� leur limite, s�il est vrai que l�immortalit� emp�che bien des d�passements.</p><p>Telle est l�Iliade : un po�me � la gloire de l�homme, non pas l�homme fig� dans la tranquillit�, dans la paresse des jours heureux, mais un �tre ins�r� dans des r�alit�s qui sont celles de la mort et de l�amour. N�s pour mourir, ces h�ros qui s�appellent Hector, Patrocle, Achille acceptent leur lot et trouvent dans leur destin m�me l�ultime perfection. Ils ont eu le temps de vivre, le temps d�aimer et de faire la guerre. Ils ont �galement appris le renoncement.</p><p>Analyse de � l�Iliade �</p><p>La col�re d�Achille : au cours du si�ge de Troie, Achille, outrag� par Agamemnon, abandonne les Ach�ens. Zeus promet � Th�tis, pour venger le h�ros, de retirer son appui � ces derniers (chant premier). Zeus envoie un songe trompeur � Agamemnon pour le pousser au combat. D�moralisation de l�arm�e grecque. Catalogue des vaisseaux (II). Combat singulier entre M�n�las et P�ris, qui est sauv� par Aphrodite, et apparition d�H�l�ne sur les remparts troyens (III). Revue des troupes par Agamemnon et reprise des hostilit�s (IV). Exploits de Diom�de, qui tue Pandaros, blesse �n�e, puis Aphrodite et Ar�s (V). L�arm�e troyenne plie. Entrevue d�Hector et d�Andromaque (VI). Duel d�Hector et d�Ajax. Tr�ve entre les deux arm�es et ensevelissement des morts (VII). D�faite des Ach�ens, � qui Zeus annonce des maux plus grands encore (VIII).</p><p>L�ambassade � Achille : les chefs grecs font appel au h�ros, qui refuse de pr�ter son concours (IX). Exp�dition nocturne de Diom�de et d�Ulysse dans le camp troyen.</p><p>Mort du Troyen Dolon (X). Exploits d�Agamemnon (XI). Assaut du rempart ach�en d�fendu par Ajax (XII). Bataille pour les vaisseaux (XIII). Le sommeil de Zeus, qu�H�ra endort pour sauver les Ach�ens, arr�te une offensive victorieuse d�Hector (XIV). Hector se pr�pare � incendier les vaisseaux ach�ens. Patrocle va implorer l�assistance d�Achille (XV). Achille pr�te ses armes � Patrocle, qui s�avance trop loin et est tu� par Hector (XVI). Combat pour le corps de Patrocle (XVII). D�sespoir d�Achille. H�pha�stos forge de nouvelles armes au h�ros. Description du bouclier</p><p>(XVIII). Achille accepte de reprendre le combat et se r�concilie avec Agamemnon.</p><p>Pr�diction du cheval Xanthos, qui annonce � Achille son tr�pas prochain (XIX). Zeus laisse aux dieux la libert� de favoriser les Ach�ens ou les Troyens. Exploits d�Achille (XX). Fuite des Troyens et combat d�Achille avec le fleuve Scamandre (XXI). La mort d�Hector (XXII). Jeux fun�bres en l�honneur de Patrocle (XXIII). Priam vient r�clamer � Achille la d�pouille d�Hector et l�obtient.</p><p>� l�Odyss�e � ou</p><p>le roman d�Ulysse</p><p>L�Iliade attire le lecteur vers les hautes cimes de la pens�e et de l��motion, l�arrache � son confort intellectuel, bouscule ses partis pris, ne lui laisse pas de r�pit. La tension perp�tuelle de ses h�ros, en qu�te de d�passement dans un univers de carnage o� s�entrecroisent les chants de l�amour et de downloadModeText.vue.download 251 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5392</p><p>la mort, nous oblige � nous d�passer nous-m�mes. Et, en ce sens, la lecture de l�Iliade n�est pas facile. Avec l�Odyss�e, nous allons vers d�autres fronti�res, d�apparence plus ais�es � franchir. L�oeuvre est bien plus accessible. Elle satisfait spontan�ment notre besoin de romanesque et d�aventures, un certain go�t pour le myst�re et le d�paysement. Nous nous �vadons dans le temps comme dans l�espace, en suivant Ulysse pas � pas dans ses terres lointaines, quand ce n�est pas au pays des morts et � ses plages d�ombre.</p><p>Par ailleurs, les r�alit�s famili�res y sont si nombreuses et si bien vues que nous glissons sans effort comme sans surprise du fantastique au quotidien.</p><p>L�imagination du po�te se d�ployant avec une supr�me aisance � et beaucoup d�habilet� � nous entra�ne sans peine vers des horizons �tranges ou au contraire rassurants, dans lesquels nous trouvons un aliment � nos songes tout autant qu�� notre d�sir du rationnel.</p><p>Curieuse oeuvre que cette Odyss�e...</p><p>Elle touche des zones de la r�flexion � peine consciente, fait appel � des images qui, depuis toujours, hantent</p><p>la sensibilit� individuelle et collective.</p><p>Quelle charge onirique est plus riche que cette invitation � r�ver � la femme qui gouverne les b�tes f�roces, Circ�, � la divinit� amoureuse, Calypso, qui peut �lever le h�ros � l�immortalit�, variation sur le th�me du paradis retrouv�, aux m�chants ogres, tels Polyph�me et les Lestrygons, � la bien-aim�e laiss�e dans son �le perdue parmi les flots, P�n�lope ? Voil� quelques-uns des arch�types qui s�imposent � la pens�e depuis l�origine des temps et que le po�te de l�Odyss�e a spontan�ment mis en avant, puisant dans sa conscience m�me les th�mes qui obs�dent l��tre depuis des mill�naires. Calypso, Circ�, H�l�ne, Nausicaa, Ar�t�, P�n�lope, Eurycl�e, la liste des femmes de l�Odyss�e est longue, sans parler des d�esses : ne s�agit-il que de l�amour humain ?</p><p>Ou faut-il trouver une correspondance avec une id�e plus fondamentale, plus profond�ment enracin�e, celle de la m�re � la m�re aim�e, la m�re bien-faisante �, sur l��paule de laquelle ce voyageur, Ulysse, vient s�appuyer ? Et que dire de ce manich�isme inconscient qui fait que le monde est partag� entre bons et m�chants, et que finalement les enchantements sont dissip�s (Circ�, les Sir�nes), les forces redoutables ch�ti�es (le Cyclope), les mauvais punis (les pr�tendants), autant de victoires dues au courage, � l�astuce, � la force du divin Ulysse.</p><p>Ce h�ros exerce sa pleine s�duction.</p><p>Il est l�homme ing�nieux aux mille ruses qui, par son adresse, sait �chapper aux emb�ches qui se pr�sentent sous chacun de ses pas. Par l� m�me, il est humain, � notre mesure. Ulysse, c�est nous-m�me. Il attire la sympathie par sa facult� de rebondissement, qui est celle que nous aimerions avoir par sa fid�lit� � un id�al, qui est infiniment respectable, par son ouverture d�esprit, aussi bien celle de l�intelligence que celle du coeur. Sans doute, on ne craint pas pour lui ; on sait que, dans toutes les situations p�rilleuses, il se tirera d�affaire. N�est-ce pas intentionnel ?</p><p>Que dire, en effet, de la part du jeu dans cette existence ulyss�enne, dans laquelle un humour imperceptible n�est pas absent ? Ulysse, s�il assume seul son destin � sa protectrice Ath�na</p><p>ne l�aide gu�re �, est l�homme qui soit raconte ses aventures (ainsi chez les Ph�aciens) avec une position de recul, soit les vit r�ellement, mais avec une lenteur qui lui permet autant d��tre acteur que spectateur (ainsi chez Eum�e). Jamais il n�est si totalement concern� que le lecteur n��prouve un plaisir intellectuel � le voir �voluer. Au moment m�me o� il est le plus pr�s de la mort, devant des p�rils sans nombre, on reste sans crainte, et Hom�re para�t sourire. Il y a un d�calage �vident entre l�inextricable difficult� des situations o� se trouve le h�ros et sa fa�on de la r�soudre, qui est celle de la victoire de l�esprit, de l�esprit qui se joue.</p><p>Par l�, l�illusion dramatique est quelque peu dissip�e. Au path�tique guerrier de l�Iliade a succ�d� un roman d�aventures o� la complaisance pour le conte, l�abondance des d�tails familiers, un go�t certain pour les sc�nes de reconnaissance, ce qui signifie sc�nes d�attendrissement, affaiblissent un r�cit dans lequel le h�ros semble peu � engag� �. L�inspiration de l�Odyss�e est moins forte que celle de l�Iliade : elle est malgr� tout plus humaine, ne serait-ce d�ailleurs que par le simple fait que les dieux restent dans l�Olympe. Le vrai surnaturel est absent de l�Odyss�e : la divinit� n�existe que pour le d�cor. Quant au fantastique, exprim� dans tous ces r�cits fabuleux, il a beau peupler nos r�veries, nos d�sirs � demi exprim�s, il n�appelle aucune transcendance. Livre essentiellement humain, et c�est peut-�tre l� sa limite, le po�me est une oeuvre qu�on aime lire et relire pour autant que, par son imagination et son amour de l�insolite, elle sort le lecteur de lui-m�me, tout en lui montrant la victoire du courage et de l��nergie sur les traverses de l�existence.</p><p>Analyse de � l�Odyss�e �</p><p>y La � T�l�machie � (ch. I-IV) : les dieux d�cident le retour d�Ulysse retenu par Calypso. � Ithaque, Ath�na exhorte T�l�-</p><p>maque � agir contre les pr�tendants (I). Assembl�e � Ithaque et d�part de T�l�maque (II). Arriv�e de T�l�maque � Pylos, o� il est accueilli par Nestor, qui ne peut le renseigner sur le sort de son p�re (III). � Sparte, M�n�las raconte ce qu�il sait d�Ulysse � T�-</p><p>l�maque, cependant qu�� Ithaque les pr�-</p><p>tendants dressent une embuscade contre ce dernier (IV).</p><p>y Les � R�cits d�Ulysse � : ob�issant aux dieux, Calypso laisse partir Ulysse sur un radeau. Il fait naufrage en vue de l��le des Ph�aciens (V). Nausicaa, fille du roi Alcinoos, l�y d�couvre et le guide vers la ville des Ph�aciens (VI). Re�u au palais d�Alcinoos, Ulysse raconte son naufrage (VII).</p><p>Festin et jeux en l�honneur du h�ros, qu�Alcinoos presse de narrer ses aventures (VIII). Ulysse dit son d�part de Troie, sa downloadModeText.vue.download 252 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5393</p><p>lutte contre les Kirkones, ses aventures au pays des Lotophages, puis chez le Cyclope (IX). Il poursuit son r�cit : son s�jour dans l��le d�Eole, son arriv�e chez les Lestrygons, puis chez Circ� (X). Il conte son arriv�e au pays des morts (XI). Il termine son r�cit par son retour dans l��le de Circ�, son passage devant les �les des Sir�nes, puis entre Charybde et Scylla, le massacre des boeufs du Soleil, son arriv�e chez Calypso, qui le recueille (XII).</p><p>y La � Vengeance d�Ulysse � : le h�ros, reconduit par un vaisseau ph�acien, aborde � Ithaque (XIII). Habill� en mendiant, il arrive chez le porcher Eum�e, qui lui offre l�hospitalit� (XIV). Retour de T�l�maque � Ithaque. Il se rend chez Eum�e (XV). Reconnaissance d�Ulysse et de T�l�maque. Ils arr�tent des plans contre les pr�tendants (XVI). Ulysse gagne le palais avec Eum�e et n�est reconnu que par son chien Argos (XVII). Le h�ros est insult� par le mendiant Iros et subit les outrages des pr�tendants (XVIII). Entretien d�Ulysse et de P�n�lope, qui ignore qui il est. Le h�ros est reconnu par sa nourrice Eurycl�e (XIX). Festin des pr�tendants qui pressent P�n�lope de choisir l�un d�eux comme �poux (XX). Les pr�tendants essaient en vain de tendre l�arc d�Ulysse, P�n�lope ayant promis d��pouser celui qui serait le vainqueur au tir. Ulysse, malgr� les menaces, prend part au concours et le gagne (XXI). Aid� de T�l�maque, il se fait reconna�tre et massacre les pr�tendants (XXII). Reconnaissance d�Ulysse et de P�n�lope (XXIII). Le h�ros se rend chez son vieux p�re La�rte qui retrouve ses forces d�autrefois. Les vassaux des pr�tendants se r�voltent, mais la paix est r�tablie gr�ce �</p><p>Ath�na (XXIV).</p><p>Hom�re aujourd�hui</p><p>L�Iliade, livre d�asc�se, l�Odyss�e, livre de fuite et d�apaisement. Les hommes de notre �poque retrouvent dans l�Iliade leurs pr�occupations comme leurs inqui�tudes : la mort violente, la guerre, la captivit�, la lutte pour la vie font partie des r�alit�s quotidiennes ; l�Odyss�e apporte la d�tente, le plaisir du jeu et laisse surgir des zones de la conscience humaine situ�es hors du temps. L�un et l�autre livre, si diff�rents et pourtant si proches, sont les admirables t�moignages d�une civilisation qui, malgr� plus de vingt-cinq si�cles, ne se s�pare gu�re de la n�tre.</p><p>Hom�re n��tait certes pas l��crivain aveugle tel que la tradition s�est complu � le repr�senter. Il faut plut�t parler, et c�est une id�e ch�re aux Anciens, de sa c�cit� comme li�e � une divine intuition des choses, � une clair-voyance spirituelle apparent�e au don po�tique. L�homme qui a su enfermer le monde dans le bouclier d�Achille, au chant XVIII de l�Iliade, en donnant le spectacle de l�univers � � La terre et le ciel et la mer, le soleil inlassable et la lune en son plein... � �, de la vie de l�humanit� dans ses travaux et ses jours est autant un po�te qu�un voyant, un visionnaire dont la voix ne cesse de se faire entendre � travers les �ges.</p><p>A. M.-B.</p><p>F �pop�e / Gr�ce / Troie.</p><p>V. B�rard, Introduction � l�Odyss�e (Les Belles-Lettres, 1924-25 ; 3 vol.) ; la R�surrection d�Hom�re (Grasset, 1930 ; 2 vol.). / C. Autran, Hom�re et les origines sacerdotales de l��po-p�e grecque (Deno�l, 1938-1944 ; 3 vol.). /</p><p>S. E. Bassett, The poetry of Homer (Berkeley, 1938). / R. Bespaloff, De l�Iliade (New York, 1943). / G. Gallovotti et A. Ronconi, La Lingua omerica (Bari, 1948). / E. Mireaux, les Po�mes hom�riques et l�histoire grecque (A. Michel, 1949 ; 2 vol.). / F. Robert, Hom�re (P. U. F., 1950). / H. L. Lorimer, Homer and the Monuments (Londres, 1951). / H. T. Wade-Gery, The Poet of the Iliad (Cambridge, 1952). / G. Germain, Gen�se de l�Odyss�e. Le fantastique et le sacr� (P. U. F., 1954) ; Hom�re et la mystique</p><p>des nombres (P. U. F., 1954) ; Hom�re (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1958). / W. B. Stanford, The Ulysses Theme, a Study in the Adap-tability of a Traditional Hero (Londres, 1954 ; 3e �d., 1968). / L. A. Stella, Il poema di Ulisse (Florence, 1955). / F. Buffi�re, les Mythes d�Hom�re et la pens�e grecque (Les Belles-Lettres, 1956). / G. Broccia, La Forma poetica dell� Iliade e la genesi dell� epos omerico (Mes-sine, 1957). / J. L. Myres, Homer and his Critics (Londres, 1958). / E. Delebecque, T�l�maque et la structure de � l�Odyss�e � (Klincksieck, 1959).</p><p>/ L. Moulinier, Quelques hypoth�ses relatives � la g�ographie d�Hom�re dans � l�Odyss�e �</p><p>(Klincksieck, 1959). / D. L. Page, History and the Homeric Iliad (Berkeley, 1959). / F. R. Abra-dos, Introducci�n a Homero (Madrid, 1963). /</p><p>C. Mugler, les Origines de la science grecque chez Hom�re (Klincksieck, 1963). / F. Codino, Introduzione a Omero (Turin, 1965 ; 2e �d., 1968). / L. Graz, le Feu dans l�Iliade et l�Odyss�e (Klincksieck, 1956). / A. Hoeksra, Homeric Modifications of Formulaic Prototypes (Amsterdam, 1965). / G. Bona, Studi sull� Odissea (Turin, 1966). / A. Severyns, les Dieux d�Hom�re (P. U. F., 1966). / H. Mounard, Hom�re (Seghers, 1969).</p><p>Hominiens</p><p>Sous-ordre de Mammif�res qui n�est plus aujourd�hui repr�sent� que par l�esp�ce humaine.</p><p>C�est l�un des quatre sous-ordres constituant l�ordre des Primates, les trois autres �tant les L�muriens, les Tarsiens, les Simiens. Les Hominiens renferment la famille des Or�opith�ci-d�s (avec le genre Oreopithecus) et la famille des Hominid�s, comprenant les genres Australopithecus et Homo.</p><p>Observations</p><p>taxinomiques</p><p>La d�couverte de nombreux �chan-</p><p>tillons, parfois en bon �tat, une meilleure connaissance des fossiles remettent souvent en question les classifications ant�rieures, qui subissent des remaniements profonds.</p><p>Ainsi, les derni�res classifica-</p><p>tions (E. Mayr, 1963 ; B. G. Campbell, 1963), se fondant sur des faits qui incitent � reculer de plus en plus la s�paration de la lign�e humaine du tronc des Primates, reconnaissent la</p><p>n�cessit� de cr�er un sous-ordre nouveau regroupant les Hommes fossiles et actuels.</p><p>Ces novations modifient la famille des Pongid�s. En effet, jusqu�alors, les Simiens renfermaient les Platyrhiniens, ou Singes du Nouveau Monde, et les Catarhiniens, ou Singes de l�Ancien Monde ; ces derniers se subdivi-saient en Cynomorphes et Anthropomorphes ; deux familles constituaient les Anthropomorphes, celle des Hylo-batid�s (Gibbon) et celle des Pongid�s (Orang-Outan, Chimpanz�, Gorille, Homme). L�Homme, retir� des Pongid�s et donc des Simiens, appartient au nouveau sous-ordre des Hominiens.</p><p>Ce changement se justifie parce qu�il est admis que les Hominiens se sont s�par�s depuis fort longtemps des Simiens ; peut-�tre m�me n�ont-ils jamais �t� confondus, les Hominiens prenant naissance � une date encore plus recul�e sur la souche commune des Primates. L�Homme est un authentique Primate, mais ses liens avec les Simiens sont moins �troits qu�on ne l�admettait autrefois.</p><p>La classification des Hominiens est assez confuse, chaque Hominien fossile d�couvert recevant g�n�ralement un nom g�n�rique et sp�cifique sans tenir compte ni des affinit�s ni des r�gles de la nomenclature. Aussi beaucoup de synonymies interviennent-elles.</p><p>Famille des</p><p>Or�opith�cid�s</p><p>Les premiers restes de l�Or�opith�que (Oreopithecus bambolii) furent d�couverts en 1872 par Paul Gervais dans les lignites d��ge vindobonien (Mioc�ne sup�rieur) du mont Bamboli en Toscane. �tudi�s par P. Gervais et Albert Gaudry, ils furent ensuite l�objet d�un travail d�ensemble (1954) du Suisse J. H�rzeler, qui d�couvrait (1958) dans le m�me gisement un nouveau squelette presque entier ; des pr�cisions furent apport�es aux pr�c�dentes descriptions. Parmi les caract�res int�-</p><p>ressants, citons cinq grosses vert�bres lombaires (trois ou quatre chez les Pongid�s) l�g�rement car�n�es (trait primitif), un large bassin ; la morphologie et les articulations des os longs du squelette permettaient une position</p><p>plus ou moins �rig�e et donc une tendance vers la bip�die se dessinait. Mais le bras est plus long que la jambe, ce qui caract�rise la brachiation, donc un mode de vie arboricole.</p><p>Le volume endocr�nien a une valeur moyenne de 400 cm 3 (�lev�e pour un Primate du Mioc�ne). La bri�vet� de la mandibule, la naissance de l�arcade zygomatique au-dessus de la derni�re pr�molaire entra�nent un raccourcis-sement de la face, caract�ristique de l�Homme moderne.</p><p>Les dents pr�sentent un grand int�-</p><p>r�t ; leur grandeur relative, la morphologie et la disposition verticale de la canine, l�absence de diast�me, l�homomorphie des pr�molaires inf�rieures les rapprochent des dents humaines.</p><p>Mais l�importance des canines</p><p>(pointues) et le dimorphisme sexuel qu�elles pr�sentent ne sont pas des traits humains.</p><p>J. H�rzeler classe (1968) l�Or�opith�que dans les Hominiens ; d�ta-ch� pr�cocement du tronc humain, il porte des sp�cialisations particuli�res (redressement du corps, �largissement du bassin, bip�die possible) qui permettent d�en faire le repr�sentant de la famille des Or�opith�cid�s, annoncia-trice de celle des Hominid�s.</p><p>Famille des Hominid�s</p><p>Elle comprend les deux genres Australopithecus et Homo, qui seront envisag�s successivement.</p><p>Genre Australopithecus</p><p>Les Australopith�ques sont connus par d�abondants fossiles (cr�nes, mandibules, dents, membres sup�rieurs et inf�rieurs, r�gions thoraciques, bassins...) d�couverts en Afrique du Sud (et non en Australie comme leur nom pourrait le sugg�rer).</p><p>Le premier cr�ne, celui d�un jeune, fut trouv� pr�s de Taungs par Raymond A. Dart (1924) ; les autres stations sont � Sterkfontein, Kromdraai, Swartkrans, Makapansgat. Des gisements existent aussi en Afrique orientale (Oldoway</p><p>[ou Olduvai], Garusi, Peninj, vall�e de l�Omo) et � Java.</p><p>Les fossiles ont �t� r�colt�s dans des s�diments d��ge quaternaire (Pl�istoc�ne inf�rieur et d�but du Pl�istoc�ne moyen). En Afrique du Sud, ils sont dans des br�ches tr�s dures form�es par des mat�riaux de remplissage de grottes creus�es dans des calcaires dolomitiques.</p><p>downloadModeText.vue.download 253 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5394</p><p>Les uns, de petite taille (1,15 m), appartiennent � l�esp�ce A. africanus ; les autres, plus grands (1,55 m), constituent l�esp�ce A. robustus ; ces derniers sont nettement plus robustes, avec des dents volumineuses et des insertions musculaires tr�s d�velopp�es ; elles n�cessitent la pr�sence sur le cr�ne d�une cr�te osseuse rappelant celle du cr�ne des grands Singes m�les (Gorille, Orang-Outan).</p><p>Tous ont acquis la station droite ; ils pratiquent une locomotion bip�de, ainsi que le r�v�lent une s�rie de caract�res : position presque horizontale du trou occipital, courbures de la colonne vert�brale, puissantes vert�bres lombaires (la 5e faisant saillie), forme �va-s�e du bassin, conformation du pied adapt�e � la marche bip�de.</p><p>Ils pr�sentent un m�lange de caract�res simiens et de caract�res humains.</p><p>Parmi les premiers se trouvent des particularit�s cr�niennes (cr�tes et bourrelets, principalement chez A. robustus) et dentaires (tr�s grosses pr�molaires et molaires, alors que les incisives et canines ont des dimensions normales).</p><p>Les caract�res modernes, ou humains, comprennent la station droite, la structure de la vo�te palatine, la forme parabolique des arcades dentaires, l�absence de diast�me (les dents sont dispos�es r�guli�rement), le dessin bicuspid� de la premi�re pr�molaire inf�rieure et l��largissement vestibulo-lingual de sa couronne. Les membres post�rieurs, relativement courts, sont plus longs que les membres ant�rieurs, qui sont puissants.</p><p>La capacit� cr�nienne oscille de 450 � 500 ou 550 cm 3. Les moulages endocr�niens r�v�lent un changement de la forme du cerveau, qui est long et �troit ; les mesures montrent qu�il y a dolicho-enc�phalie, alors que chez les Anthropo�des il y a brachy-enc�phalie. Le lobe frontal est plus d�velopp�, et la flexure de l�enc�phale est bien marqu�e.</p><p>Les diff�rences entre les deux es-p�ces A. africanus et A. robustus, selon J. T. Robinson (1968), sont r�sum�es dans le tableau ci-dessous.</p><p>Selon Robinson, l�aspect ext�-</p><p>rieur de A. robustus serait plus � go-rillo�de �. Plus tardive, cette esp�ce poss�de des caract�res plus sp�cialis�s.</p><p>Le tableau suivant r�sume les diverses synonymies correspondant aux deux esp�ces, plus le nom de celui qui a d�crit l�esp�ce, la date et le principal gisement.</p><p>AUSTRALOPITHECUS AFRICANUS, R. Dart, 1924 ; Taungs</p><p>= Plesianthropus transvaalensis, R. Broom, 1936 ; Sterkfontein</p><p>= Australopithecus prometheus,</p><p>R. Dart, 1948 ; Makapansgat</p><p>= Meganthropus africanus, H. Weinert, 1950 ; Garusi</p><p>= Homo habilis Leakey, P. V. Tobias et Napier, 1964 ; Oldoway.</p><p>AUSTRALOPITHECUS ROBUSTUS, R. Broom, 1938 ; Kromdraai</p><p>= Meganthropus palaeojavanicus,</p><p>G. H. R. von Koenigswald, 1942 ; Sangiran (Java)</p><p>= Paranthropus crassidens, R. Broom et J. T. Robinson, 1949 ; Swartkrans</p><p>= Zinjanthropus boisei,</p><p>L. S. B. Leakey, 1959 ; Oldoway</p><p>= Paraustralopithecus aethiopicus, C. Arambourg et Y. Coppens, 1967 ; Omo.</p><p>y Industrie. Plusieurs gisements renferment des galets de pierre rendus tranchants par perte d�un �clat sur les deux faces ; ces galets taill�s appartiennent � la pebble culture. Dans les niveaux sup�rieurs, la technique est am�lior�e : on y trouve des bifaces, des coups de poing.</p><p>Les os d�animaux (90 p. 100 d�Anti-lopes) sont aussi utilis�s ; ils ne sont pas simplement bris�s, mais �clat�s, principalement les os longs, selon une technique qui permettait d�en faire des armes. Les Australopith�ques pratiquaient certainement la chasse.</p><p>Genre Homo</p><p>Il comprend trois grands groupes, les Archanthropiens, les Pal�anthropiens et les N�anthropiens ; les deux premiers sont exclusivement fossiles ; les Archanthropiens datent du d�but du Pl�istoc�ne moyen ; les Pal�anthropiens existent du Pl�istoc�ne moyen au d�but du Pl�istoc�ne sup�rieur (W�rmien ancien). Les N�anthropiens sont fossiles et actuels ; ils apparaissent dans la seconde moiti� du Pl�istoc�ne (W�rmien r�cent).</p><p>y Les Archanthropiens. Les Ar-</p><p>chanthropiens furent tout d�abord d�-</p><p>couverts en Extr�me-Orient ; un premier cr�ne humain protoaustralo�de de Wadjack est trouv� � Java en 1889 ; Eug�ne Dubois y r�colte ensuite un fragment de mandibule (1890), puis il d�couvre � Trinil (1891) une calotte cr�nienne et un f�mur montrant des caract�res humains ; il en fait l�Anthropithecus erectus, qui devient en 1894 le Pithecanthropus erectus.</p><p>Les d�couvertes reprendront � Java en 1938 : cr�ne d�un enfant � Mod-jokerto (Homo modjokertensis) et de nouveaux cr�nes de Pithecanthropus.</p><p>Des recherches plus r�centes (1960, 1963, 1965) mettent au jour de nouvelles pi�ces (mandibules, cr�nes) � Java et dans la r�gion de Sangiran ; au total, sept cr�nes de Pith�canthropes sont connus.</p><p>En Chine, l�Allemand Haberer re-</p><p>marque dans la pharmacop�e chinoise une dent qui sera �tudi�e � Munich</p><p>(1903) et qui beaucoup plus tard sera reconnue par Franz Weidenreich</p><p>comme appartenant au Sinanthrope.</p><p>� partir de 1921, d�autres dents sont d�couvertes � Zhoukoudian (Tcheou-k�eou-tien) [42 km au sud-ouest de downloadModeText.vue.download 254 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5395</p><p>P�kin], et, de 1928 � 1937, le m�me gisement fournira les restes de 45 individus. Davidson Black les nomme Sinanthropus pekinensis. D�s 1949, de nouvelles fouilles reprises � Zhoukoudian apportent plusieurs dents, une mandibule (1959). Une mandibule, un cr�ne et des dents d�couverts dans un autre gisement � Lantian (Lan-t�ien)</p><p>[1959, 1963, 1964] sont d�crits sous le nom de Sinanthropus lantianensis.</p><p>De l�Extr�me-Orient, les d�couvertes passent � l�Afrique. Deux Fran�ais, Camille Arambourg et Robert Hoffstetter d�couvrent en 1954 � Ternifine (pr�s de Mascara) trois mandibules, un pari�tal, des dents d�crits comme appartenant � Atlanthropus mauritanicus.</p><p>Ces r�sultats permettaient de situer chronologiquement le Telanthropus capensis (R. Broom, 1949) provenant de Swartkrans et qui paraissait plus �volu� que les Australopith�ques.</p><p>Louis Seymour Bazett Leakey</p><p>(1903-1972) trouvait (1960) en Afrique orientale, � Oldoway, des restes nomm�s Hominid� 9.</p><p>Les trop rares os trouv�s en Isra�l (1959) ne permettent pas d�identification pr�cise.</p><p>Jusqu�� pr�sent, il est impossible d�affirmer que les Archanthropiens v�curent en Europe ; des fossiles humains (mandibule de Mauer, occipital et dents de V�rtessz&#x151;ll&#x151;s en Hongrie), parfois rattach�s aux Archanthropiens, sont vraisemblablement plus r�cents et appartiennent au groupe des Pal�anthropiens.</p><p>Plac�s dans le genre Homo, les Archanthropiens diff�rent suffisamment de l�Homme actuel pour �tre rang�s</p><p>dans une esp�ce diff�rente ; ils correspondent � Homo erectus, et une d�nomination trinominale pr�cisera les fossiles des divers gisements. L�esp�ce globale H. erectus se pr�sente donc ainsi :</p><p>H. erectus erectus = Pithecanthropus erectus, E. Dubois, 1894.</p><p>H. erectus pekinensis = Sinanthropus pekinensis, D. Black, 1927.</p><p>H. erectus lantianensis = Sinanthropus lantianensis, Woo, 1964, 1966.</p><p>H. erectus mauritanicus = Atlanthropus mauritanicus, C. Arambourg et R. Hoffstetter, 1963.</p><p>H. erectus Leakeyi = Hominid� 9, Leakey, 1960.</p><p>H. erectus capensis = Telanthropus capensis, Broom, 1949.</p><p>CARACT�RES PHYSIQUES D�� HOMO</p><p>ERECTUS �. La taille des Archanthropiens oscille entre 1,58 m, d�apr�s les f�murs du Sinanthrope, et 1,78 m d�apr�s ceux du Pith�canthrope. La morphologie des os des membres est tr�s proche de celle des os humains.</p><p>Le cr�ne, allong� et surbaiss�, pr�-</p><p>sente deux �paississements osseux, le torus supra-orbitaire et le torus occipital ; les indices cr�niens correspondent � la dolichoc�phalie. Une car�ne sagit-tale se dessine nettement. L��paisseur des parois cr�niennes, de 10 � 11 mm en moyenne, augmente au niveau</p><p>des superstructures et atteint de 12 � 23 mm.</p><p>La face, orthognathe dans la r�gion sup�rieure, devient prognathe dans la r�gion inf�rieure. Les orbites, vastes, sont s�par�es par la large racine des os nasaux. Les os des pommettes sont saillants. Le maxillaire inf�rieur, assez robuste, pr�sente un dimorphisme sexuel ; sa face ant�rieure porte une l�g�re saillie annon�ant le menton.</p><p>L�arcade dentaire dessine une para-bole assez �troite et longue. La denti-tion est humaine ; les couronnes des pr�molaires et molaires sont basses par rapport � leurs deux autres dimen-</p><p>sions et � la longueur des racines, qui sont tr�s d�velopp�es. Le volume endocr�nien mesure 850 � 950 cm 3 en moyenne ; il est donc sup�rieur � celui des Australopith�ques, mais il n�atteint pas celui de l�Homme actuel. Le lobe frontal, bien d�velopp�, diff�re peu de celui de l�Homme actuel. Le trajet des vaisseaux m�ning�s ressemble assez � celui du n�tre ; cependant, la branche temporale, nettement plus importante, constitue un caract�re primitif. Le cortex c�r�bral se d�veloppe, mais son ach�vement s�effectuera plus tardivement. Les f�murs sont longs et caract�ris�s par la rectitude de la r�gion diaphysaire.</p><p>Les Australopith�ques poss�dent</p><p>de nombreux caract�res plus primitifs que les Archanthropiens : stature plus petite, station �rig�e moins accus�e, volume endocr�nien plus faible, face plus longue ; mais, par quelques traits, ils paraissent plus �volu�s ; la bascule occipitale est bien amorc�e ; l�appareil masticateur montre une sp�cialisation plus accus�e que chez les Archanthropiens. Australopith�ques et Ar-</p><p>chanthropiens n�appartiendraient vraisemblablement pas � la m�me lign�e ; ils se sont d�tach�s � des p�riodes diff�rentes de la lign�e humaine, la s�paration des Australopith�ques ayant pr�-</p><p>c�d� celle des Archanthropiens.</p><p>INDUSTRIE DES ARCHANTHROPIENS. Les industries lithique et osseuse des Archanthropiens marquent un progr�s ; � Oldoway, o� les gisements se superposent, on passe de la pebble culture � des outils du type chell�en-acheu-l�en. Mais surtout, dans la grotte de Zhoukoudian, les d�p�ts renferment des foyers et des lits de cendres mesurant jusqu�� 7 m d��paisseur. Ces d�p�ts renferment des os br�l�s, des pierres noircies, des v�g�taux. Les Archanthropiens utilisaient donc le feu et savaient l�entretenir. Les ossements r�colt�s � Zhoukoudian sont surtout des cr�nes et des mandibules ; les vert�bres, les omoplates, le bassin sont rares ; les cr�nes ont �t� fragment�s selon une certaine technique permettant d�atteindre le cerveau. Certains os n�ont jamais �t� retrouv�s, ce qui permet de supposer que ces cr�nes mutil�s ont �t� transport�s dans la grotte. Ces</p><p>observations posent bien des questions.</p><p>Le Sinanthrope �tait-il un gibier ? Mais de quel chasseur ? Ou le Sinanthrope �tait-il cannibale, un peu � la fa�on des Jivaros, chasseurs de t�tes modernes ?</p><p>y Les Pal�anthropiens. Ils r�unissent tous les fossiles humains qui sont du type de l�Homme de Neandertal (ou de Neanderthal) et qui ont v�cu pendant plus de 100 000 ann�es. Autrefois, ils ont �t� rang�s sous diff�rentes d�nominations : Pr�n�andertaliens, Pr�sapiens... Actuellement, la taxinomie en fait des sous-esp�ces de la grande esp�ce Homo sapiens. L�Homme de</p><p>Neandertal classique se nomme Homo sapiens neanderthalensis.</p><p>Sous le nom d�Homo neanderthalensis, W. King a d�crit (1864) une calotte cr�nienne et quelques os d�j� d�couverts (1856) dans la grotte Feldhofer, situ�e dans un vallon affluent de la D�ssel, � 12 km � l�est de D�sseldorf.</p><p>De nombreux restes de ce type</p><p>furent trouv�s, surtout en Europe occidentale : Belgique (La Naulette, 1865 ; Spy, 1886) ; France (Malarnaud, 1889 ; La Chapelle-aux-Saints, 1908 ; Le Moustier, 1908 ; La Ferrassie, 1909 ; La Quina, 1911) ; Allemagne (Mauer, 1907 ; Ehringsdorf, 1908, 1914...) ; Yougoslavie (Krapina, 1899-1905).</p><p>� partir de 1921, la r�partition de l�Homme de Neandertal s�agrandit notablement par de nouvelles stations : Rhod�sie (cr�ne de Broken Hill, 1921) ; Galil�e (cr�ne de Tabgha, 1925) ; Palestine (squelette du mont Carmel : Tabun [ou Taboun], Skhul, djebel Kafzch, 1929-1931) ; Java (squelettes de Solo et de Ngandong, 1931-1933).</p><p>Il faut encore citer les d�couvertes faites en Tch�coslovaquie (G�novce, 1926-1955), en Italie (Saccopastore, 1929-1935 ; Monte Circeo, 1939) ; en Grande-Bretagne (Swanscombe,</p><p>1935-36) ; en Uzbekistan (1938) ; en Iraq (1953-1960) ; en Chine (1958) ; en Gr�ce (1960) ; au Maroc (1961-62, 1969) ; en Palestine (1966-67 et 1969) et en France (Arcy-sur-Cure, 1949 ; La Chaise, 1949 ; Genay, 1955 ; Regour-dou, 1957).</p><p>La plupart des os proviennent de</p><p>s�diments accumul�s dans des grottes, datant du commencement du Pl�istoc�ne sup�rieur, ou W�rmien ancien.</p><p>Les N�andertaliens devaient se r�fugier dans les grottes afin de se prot�ger du froid. Ils se seraient �teints il y a quelque 35 000 ann�es.</p><p>Aspect physique. Les N�ander-</p><p>taliens sont bien connus, leurs restes sont nombreux. Une magistrale �tude (1911-1918) a �t� faite par Marcel-lin Boule sur l�Homme de La Cha-</p><p>pelle-aux-Saints (Corr�ze). Il repr�-</p><p>sente le type des N�andertaliens dits</p><p>� classiques � d�Europe occidentale et datant du W�rmien ancien. Depuis lors, des travaux vari�s leur ont �t� consacr�s et ont mis en �vidence de l�g�res variations. Il faut leur rattacher les ossements, tr�s fragmentaires et plus anciens, du Pl�istoc�ne moyen : Hommes de Mauer, de Montmaurin, de V�rtessz&#x151;ll&#x151;s, de Steinheim.</p><p>Les N�andertaliens mesuraient</p><p>1,60 m environ. La longueur des</p><p>membres se rapproche de celle de l�Homme actuel ; les os longs sont gros. Le cr�ne se caract�rise par sa grande longueur et sa faible hauteur, le bourrelet sus-orbitaire et le chignon occipital �tant bien accus�s. La face post�rieure du cr�ne pr�sente un contour presque circulaire ; la forme en tente, caract�ristique des Archanthropiens, n�existe plus.</p><p>La face est importante ; l�absence de tout angle entre le malaire et le maxillaire d�termine des pommettes peu saillantes et fuyantes vers l�arri�re. Le maxillaire ne pr�sente pas de d�pression (fosse canine) sous les pommettes.</p><p>Les os du nez sont saillants. La mandibule, puissante, est plus large que longue ; elle porte souvent une trace de menton. La forme de l�arcade dentaire est caract�ristique ; elle est large et bri�vement rectiligne dans la r�gion ant�rieure entre les incisives. Les dents varient selon les divers cr�nes ; les incisives sup�rieures et inf�rieures sont larges ; les canines sont plus petites que celles des Sinanthropes ; pr�molaires et molaires sont souvent interm�diaires entre celles du Sinanthrope et de l�Australopith�que. Les moulages endocr�-</p><p>niens donnent un volume c�phalique de 1 625 cm 3, sup�rieur � celui de</p><p>downloadModeText.vue.download 255 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5396</p><p>l�Homme actuel ; le c�t� gauche pr�-</p><p>sente une l�g�re asym�trie, t�moin d�une lat�ralit�. Les circonvolutions, peu nettes, sont difficiles � interpr�ter.</p><p>Les cr�nes les plus anciens (Steinheim, Swanscombe) ont une capacit� plus faible, 1 100 � 1 300 cm 3. Les N�andertaliens les plus anciens pr�sentent, dans l�ensemble, des caract�res moins accus�s que les N�andertaliens les plus r�cents ; � ces caract�res moins nettement n�andertaliens s�ajoutent des caract�res archa�ques.</p><p>Un fait ressort nettement ; la grande nappe pal�anthropienne n�est pas homog�ne. Afin de bien mettre en �vidence le N�andertalien de type classique, avec ses diverses vari�t�s dans le temps (fossiles les plus anciens) et dans l�espace (fossiles provenant de gisements autres que ceux d�Europe occidentale), quatre sous-esp�ces ont �t� propos�es :</p><p>� Homo sapiens neanderthalensis, groupant tous les N�andertaliens classiques, dont le type est l�Homme de La Chapelle-aux-Saints ;</p><p>� Homo sapiens steinheimsis, r�unissant les fossiles les plus anciens (Pl�istoc�ne moyen) : m�choire de Mauer, mandibule de Montmaurin, cr�nes de Steinheim et de Swanscombe, restes de La Chaise, Le Lazaret, Font�chevade, Ehringsdorf, Saccopastore ;</p><p>� Homo sapiens rhodesiensis, ou</p><p>Homme de Rhod�sie, �tabli sur le cr�ne de Broken Hill ; compar� au N�andertalien classique, le cr�ne est plus long et moins haut ; le bourrelet sus-orbitaire existe ; le volume endocr�nien est de 1 400 cm 3. La face est volumineuse ; les os du squelette, massifs, correspondent � une stature �le-v�e : 1,70 � 1,75 m ;</p><p>� Homo sapiens soloensis, ou Homme de Solo, ou de Ngandonb ; la longueur du cr�ne est grande, mais la</p><p>hauteur est relativement faible ; les parois cr�niennes, fortement �paissies, r�duisent le volume endocr�nien � 1 035-1 225 cm 3 ; la forme du cr�ne est plut�t en tente (caract�re archanthro-pien) que circulaire.</p><p>Les deux derni�res sous-esp�ces</p><p>comprennent des types un peu aberrants avec un m�lange de caract�res archa�ques et modernes ; ils repr�sentent peut-�tre des rameaux lat�raux qui pourraient �tre � l�origine de populations primitives comme les Bochimans ou les Australiens. Les grandes variations pr�sent�es par les Hommes de Palestine permettent de reconna�tre des formes de passage entre le N�andertalien classique et les types plus modernes.</p><p>INDUSTRIE. Les N�andertaliens habitaient encore les grottes ; ils chassaient et utilisaient le feu ; ils fabriquaient des outils de silex plus soign�s, mieux finis ; une meilleure technique donnait un rendement am�lior� ; un d�bitage des �clats plus adroit, une sp�cialisation de la forme mieux adapt�e � son utilisation repr�sentent les traits essentiels d�une am�lioration fort lente (industrie moust�rienne).</p><p>Outre la pierre, ils travaillaient le bois et l�os, et certains objets t�-</p><p>moignent d�un sens esth�tique. Ces diverses techniques n�cessitaient un enseignement et, partant, un langage.</p><p>Ils avaient le culte des morts et pratiquaient des rites fun�raires ; des soins particuliers entouraient les cadavres (aliments, armes, parures et offrandes vari�es).</p><p>y Les N�anthropiens. Les N�anthropiens (Homo sapiens sapiens) apparurent il y a quelque 35 000 ann�es, dans la seconde moiti� du Pl�istoc�ne sup�rieur, ou W�rmien r�cent.</p><p>Les plus anciens de ces Hommes</p><p>sont souvent nomm�s Hommes du</p><p>Pal�olithique sup�rieur. Leurs restes se trouvent en Europe occidentale et centrale, en Asie et en Afrique.</p><p>En France, ils sont particuli�rement bien conserv�s, et les gisements qui les abritaient ont permis d��tablir une stratigraphie pr�cise qui permet de les dater. Deux types sont g�n�ralement</p><p>reconnus, l�Homme de Combe-Capelle et l�Homme de Cro-Magnon ; � eux se rattachent les N�gro�des de Grimaldi et l�Homme de Chancelade, qui en seraient des vari�t�s.</p><p>L�HOMME DE COMBE-CAPELLE. Un squelette masculin fut d�couvert (1909) dans un abri-sous-roche du Roc de Combe-Capelle, pr�s de Montferrand, en Dordogne. Il date du P�rigordien inf�rieur et repr�sente le squelette le plus ancien du Pal�olithique sup�rieur fran�ais.</p><p>Il mesurait 1,63 m ; les proportions des membres sont voisines de celles de l�Homme actuel, encore que les radius et tibias soient nettement plus longs.</p><p>Le cr�ne, ovo�de, pr�sente une r�gion occipitale bien d�velopp�e, mais le front est fuyant, et le menton pas tr�s apparent.</p><p>L�Homme de Combe-Capelle</p><p>pr�sente un m�lange de caract�res archa�ques et modernes. Il rappelle l�Homme de La Chapelle-aux-Saints (N�andertalien classique) par une stature peu �lev�e, un frontal oblique, un menton rectiligne, le parall�lisme des pari�taux, la longueur de la face ; mais il en diff�re par la morphologie du cr�ne, plus long et ovo�de avec une vo�te haute, par l�absence de torus aux arcades sus-orbitaires, par l�allongement des extr�mit�s distales des membres.</p><p>L�HOMME DE CRO-MAGNON. Il est</p><p>connu par plusieurs squelettes d�couverts en 1868 dans un abri-sous-roche le long de la V�z�re, aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne) ; d�autres squelettes furent trouv�s dans les grottes de Grimaldi entre Menton et Vintimille (1870-1902). Le Cro-Magnon date de l�Aurignacien typique.</p><p>La stature est grande : 1,71 � 1,81 m.</p><p>Les os longs sont vigoureux, avec de grosses �piphyses. Longueur et largeur du cr�ne sont importantes, mais la hauteur est faible. En arri�re des fosses temporales se dessine un r�tr�cissement qui fait ressortir le � chignon �</p><p>occipital. Le frontal est presque vertical dans sa portion inf�rieure ; les arcades sourcili�res sont peu marqu�es ; les os</p><p>du nez sont saillants. Les pari�taux, vus par la face post�rieure, convergent vers le bas. La face, large et peu haute, montre des orbites basses et un menton tr�s saillant.</p><p>Ainsi, l�Homme de Cro-Magnon</p><p>pr�sente une morphologie particu-li�re, o� s�associent deux cat�gories de caract�res : 1o des caract�res nouveaux (forme du cr�ne en maison, front bomb� et vertical, menton saillant) ; 2o des caract�res rappelant ceux des N�andertaliens (longueur et faible hauteur de la vo�te cr�nienne, conformation de la r�gion occipitale avec un</p><p>� chignon � marqu�, nez saillant). Pour compl�ter cet aspect particulier, il faut encore noter la stature �lev�e, la face longue et basse, les orbites basses, le nez �troit.</p><p>L�Homme de Combe-Capelle et</p><p>l�Homme de Cro-Magnon pr�sentent une association de caract�res primitifs et modernes qui n�int�ressent pas les m�mes organes. Chez le premier, la hauteur de la vo�te cr�nienne et la r�gion occipitale sont modernes, alors que, chez le second, ce sont les r�gions frontale, pari�tale et faciale. Les caract�res n�andertaliens de l�Homme de Combe-Capelle paraissent �tre moins sp�cialis�s que ceux que pr�-</p><p>sente l�Homme de Cro-Magnon, qui conserve cependant une ressemblance avec le N�andertalien. Cette ressemblance serait imputable, pour certains, � un m�tissage entre Homo sapiens neanderthalensis et Homo sapiens sapiens. La coexistence des deux vari�-</p><p>t�s en diverses r�gions expliquerait la large r�partition de l�Homme de Cro-Magnon. Les Hommes de Combe-Ca-</p><p>pelle et de Cro-Magnon diff�rent trop l�un de l�autre pour qu�une transformation rapide de l�un soit � l�origine de l�autre.</p><p>LES � N�GRO�DES � DE GRIMALDI. Les deux squelettes connus sous le nom de � N�gro�des � de Grimaldi ont �t� trouv�s dans la grotte des Enfants, qui renfermait � des niveaux sup�rieurs d�autres squelettes de Cromagniens.</p><p>Ces deux squelettes appartiennent � une femme d�une quarantaine d�ann�es et � un enfant de treize ans. Le cr�ne poss�de des caract�res rappelant les</p><p>deux types de Combe-Capelle et de Cro-Magnon. Le nez large, le progna-thisme, l�allongement des extr�mit�s distales des membres constituaient les caract�res qui avaient permis une assimilation � la grande race noire. Ces N�gro�des de Grimaldi correspondent � l�industrie aurignacienne typique. Ils proviennent peut-�tre d�un m�tissage entre les Hommes de Combe-Capelle et de Cro-Magnon.</p><p>L�HOMME DE CHANCELADE. Le sque-</p><p>lette d�un homme �g� fut d�couvert (1888) dans un abri-sous-roche � Chancelade (Dordogne) ; une industrie magdal�nienne l�accompagnait.</p><p>L�ensemble des caract�res de ce</p><p>squelette pr�sente des affinit�s nettes avec le type de Combe-Capelle :</p><p>stature moyenne, proportions des membres (allongement des extr�mi-t�s distales), forme du cr�ne (ovo�de, vo�te �lev�e), r�gion occipitale arrondie, pari�taux parall�les, aspect facial (orbite moyenne, forme de l�ouverture nasale). Le nez �troit et saillant, un petit � chignon � appartiennent aux caract�res cromagniens.</p><p>Ce type semble fr�quent au Mag-</p><p>dal�nien et se retrouve dans divers gisements : Sorde-l�Abbaye, Bruniquel (1863-64), Le Roc, Cap Blanc (1911). Une fouille effectu�e en 1959</p><p>dans l�abri Pataud distant de quelques centaines de m�tres du gisement de Cro-Magnon a mis au jour les restes de cinq squelettes, dont un de jeune femme ; ils pr�sentent encore quelques traits n�andertaliens, mais les ressemblances avec le Cromagnien sont plus manifestes : stature assez �lev�e, cr�ne pentagono�de, front vertical, arcades sourcili�res fortes, chignon occipital, face large et basse.</p><p>R�PARTITION DES N�ANTHROPIENS. La France �tant exclue, les principaux gisements sont les suivants.</p><p>downloadModeText.vue.download 256 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5397</p><p>� Tch�coslovaquie : Brno (1872-</p><p>1917), trois cr�nes rappelant plut�t</p><p>Combe-Capelle ; P&#x159;edmost (1880-1928), restes de vingt-sept individus pr�sentant de nombreux caract�res des Cromagniens, quelques traits de Combe-Capelle et des N�andertaliens.</p><p>� Allemagne : � Oberkassel, pr�s de Bonn, deux squelettes, d�couverts en 1914, sont tr�s proches de l�Homme de Chancelade.</p><p>� Asie : la r�gion sup�rieure de la grotte de Zhoukoudian (Tcheou-k�eou-tien) a fourni les restes de plusieurs individus, et notamment trois cr�nes (un homme et deux femmes) ; ils pr�sentent des caract�res du Sinanthrope et des ressemblances avec les Hommes de Cro-Magnon et d�Oberkassel ; la face aplatie annonce les Mongols actuels.</p><p>Les cr�nes provenant de deux autres stations de Chine, Ziyang (Tseu-yang) et Liujiang (Lieou-kiang), ressemblent aux pr�c�dents.</p><p>� Java : les cr�nes humains de Wadjack (est de Java) et ceux de Niah (Sa-rawak) sont g�n�ralement consid�r�s comme des protoaustralo�des.</p><p>� Afrique : les restes assez abondants de l�Homo sapiens sapiens sont d��ge plus r�cent (fin du Pal�olithique sup�-</p><p>rieur et M�solithique) et rappellent les types europ�ens. Plus tardivement, au M�son�olithique, apparaissent des �tres ayant des affinit�s avec les N�-</p><p>gro�des : squelette d�Asselar (nord de la boucle du Niger).</p><p>� Am�rique : dans l��le de Santa Rosa, au large de la Californie, des os br�-</p><p>l�s de Mammouths ont �t� d�couverts ; ils dateraient de 30 000 ans et correspondent � la plus ancienne manifestation humaine.</p><p>INDUSTRIE. Les N�anthropiens vi-</p><p>vaient dans les grottes, les abris-sous-roche afin de se prot�ger du froid. Ils s��clairaient avec des lampes de pierre renfermant des graisses animales. Ils �taient de grands chasseurs ; Rennes, Chevaux, Bisons constituaient les principaux gibiers. Ils p�chaient �galement dans les rivi�res.</p><p>Les industries sont nombreuses, va-ri�es et bien adapt�es � leur utilisation.</p><p>Trois types principaux d�industries ont</p><p>�t� reconnus et caract�risent l�Auri-gnaco-P�rigordien (35000 � 18000 av.</p><p>J.-C.), le Solutr�en (18000 � 15000</p><p>av. J.-C.) et le Magdal�nien (15000 � 9500 av. J.-C.). � la pierre succ�dent d�autres mat�riaux, os, corne, ivoire.</p><p>Les outils comprennent des grattoirs, per�oirs, couteaux, burins, poin�ons, sagaies plus ou moins compliqu�es, b�tons de commandement, propulseurs, harpons, aiguilles � chas, pi�ges de types vari�s. Du Magdal�nien datent les outils les mieux d�cor�s. L�art se d�veloppe d�s l�Aurignacien et prend son essor au Magdal�nien ; des artistes animaliers gravaient sur os, galets, argile, sur les parois des grottes, qui se couvraient aussi de peintures aux ocres rouges, jaunes et noires. Les sculptures qui d�corent les propulseurs, les c�l�bres peintures des grottes de Lascaux, de Niaux, d�Altamira sont l�oeuvre d�artistes �prouv�s. On peut d�s lors parler d�� �coles d�art �. Les N�anthropiens pratiquent des rites fun�raires ; des ensevelissements sont intentionnels ; des objets vari�s, des parures (colliers, bracelets, peignes) accompagnent les morts, qui sont souvent color�s par de l�ocre. Les cultes de l�Ours, du Renne semblaient exister, les restes de ces animaux donnant lieu � des pratiques rituelles.</p><p>Les N�anthropiens manifestent</p><p>donc un psychisme bien sup�rieur � celui des Pal�anthropiens et des Archanthropiens.</p><p>Qu�est-ce qu�un Homme ?</p><p>Il y a cent ans, l�isolement zoologique de l�Homme au sein du r�gne animal �tait suffisant pour que l�on ait pu d�finir l�esp�ce humaine par des caract�res purement anatomiques. Aujourd�hui, la profusion des d�couvertes d�ossements d�origine homi-nienne est telle qu�il est devenu impossible de d�limiter l�� Homme � sur la base d�un caract�re ost�ologique pr�cis. Il est plus raisonnable de d�finir l�Homme par l�une de ses activit�s propres : non pas la taille des outils, dont le caract�re intentionnel peut �tre mis en doute dans les niveaux inf�rieurs de la pebble culture, mais plut�t l�entretien du feu, qui laisse des traces incontestables et a le m�rite du � tout ou rien � ; tel Hominien a su garder le feu, tel autre non. C�est � peu pr�s le fondement</p><p>de l�incorporation d�une esp�ce dans le genre Homo. En tout cas, la c�l�bre d�finition de Linn� ne convient plus : Animal rationale, loquens, erectum, bimane. On conna�t maintenant des Hominiens redress�s et ayant des mains, mais qui n��taient pas des Hommes, et il est tout � fait impossible de savoir s�ils avaient ou non le langage verbal et la raison.</p><p>H. F.</p><p>A. T.</p><p>F Pal�olithique / Pal�ontologie / Pr�histoire.</p><p>M. Boule et H. V. Vallois, les Hommes fossiles. �l�ments de pal�ontologie humaine (Masson, 1946 ; 4e �d., 1952). / J. Piveteau, Primates, pal�ontologie humaine, t. VII du Trait� de pal�ontologie (Masson, 1957) ; l�Origine de l�homme (Hachette, 1962) ; Des premiers vert�br�s � l�homme (A. Michel, 1963) ; � la Gen�se humaine � dans Biologie, sous la dir. de J. Rostand et A. T�try (Gallimard, � Encycl. de la Pl�iade �, 1965). / C. Arambourg et R. Hoffstetter, le Gisement de Ternifine (Masson, 1963). /</p><p>E. Genet-Varcin, � la recherche du primate an-c�tre de l�homme (Boub�e, 1969). / J. Carles, le Premier Homme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1971). / K. P. Oakley, Die Datierung menschlicher Fossilien (Stuttgart, 1971). / H. Cuny, l�Es-p�ce humaine (A. Michel, 1972).</p><p>homochromie</p><p>Aptitude de certains animaux � harmoniser leur couleur avec celle du milieu ambiant, soit en pr�f�rant se poser ou vivre sur un support de m�me teinte (homochromie simple ou passive), soit en changeant de couleur lors de d�placements, par action des radiations lumineuses sur les pigments cutan�s (homochromie changeante ou active), soit encore en absorbant avec la nourriture des substances colorantes qui se r�pandent dans l�organisme (homochromie nutriciale).</p><p>Une place � part doit �tre donn�e aux animaux aquatiques transparents, si fr�quents dans le plancton et les abysses.</p><p>D�s qu�� cette identit� de couleur s�ajoutent des ressemblances avec le milieu concernant la forme, le dessin ou la structure des t�guments, on parle</p><p>d�homotypie (v. aussi mim�tisme).</p><p>Homochromie simple</p><p>Quelques exemples vont nous per-</p><p>mettre de constater la fr�quence de ce ph�nom�ne, qui peut se rencontrer dans des milieux vari�s.</p><p>Herbes et feuillages</p><p>La note dominante est naturellement la couleur verte, et les animaux qui pr�-</p><p>sentent cette couleur sont assez nombreux. Ce sont d�abord des Insectes</p><p>� beaucoup de Chenilles vivant sur les plantes basses sont vertes et peu visibles, de m�me de tr�s nombreuses Sauterelles et Criquets, des Punaises, des Cicadelles, des Pucerons, des Col�-</p><p>opt�res (Cassid�s) �, puis des Araign�es (une dizaine d�esp�ces) et enfin des Vert�br�s. Parmi les Reptiles, citons des L�zards, dont les plus connus sont les Cam�l�ons, puis les Iguanes et les Geckos, les Serpents verts, qui sont nombreux et dont l�homochromie est souvent li�e � une homotypie, leur forme particuli�rement gr�le et allong�e les faisant ressembler curieusement � des tiges ou � des lianes vertes.</p><p>Pour les Amphibiens, l�exemple classique est celui des Rainettes, petites Grenouilles vertes vivant dans les feuillages. Les Oiseaux montrent, eux aussi, de nombreux types d�homochromie, notamment Chrysotis, ou Perro-quet de l�Amazone, les Pigeons verts de la Nouvelle-Guin�e, le Couroucou vert de l�Am�rique du Sud, sans oublier la B�casse, si difficile � apercevoir sur son nid, tant son plumage se confond avec la v�g�tation environnante.</p><p>Terrains</p><p>Un Li�vre tapi au creux d�un sillon est � peu pr�s compl�tement invisible, sa coloration se confondant avec celle des terres labour�es. Il en va de m�me chez certaines races de Rongeurs, notamment parmi les formes am�ricaines : Rats � poches, Souris de Cactus, Rats Kangourous, Spermophiles, dont la robe se rapproche de la couleur du sol (granite clair, laves noires, roches rouge�tres) sur lequel ils sont localis�s.</p><p>Certains Oiseaux pr�sentent aussi une homochromie efficace : les chasseurs</p><p>connaissent la difficult� qu�on �prouve � retrouver sur le terrain une Perdrix bless�e, mais bien plus curieux est le fait pr�sent� par la ponte des Oiseaux.</p><p>Si le nid est bien dissimul� dans un trou de terre, un tronc d�arbre ou s�il est couvert, les oeufs sont g�n�ralement blancs, donc tr�s visibles ; au contraire, les oeufs pondus � terre dans un nid mal dissimul�, et qui se trouvent visibles quand la femelle les quitte, sont pour la plupart soit color�s d�une fa�on uniforme rappelant la teinte des d�bris v�g�taux voisins (B�casse), soit orn�s de taches qui en dissimulent la forme (Vanneau).</p><p>Les exemples les plus remarquables d�homochromie avec le sol se rencontrent chez les Insectes, et notamment dans un groupe d�Acridiens, les OEdipodid�s : une fois leur court vol effectu�, laissant apercevoir selon l�esp�ce des ailes vivement color�es en bleu ou en rouge, ils se posent � terre, o� ils sont tr�s difficiles � retrouver, leur teinte g�n�rale se confondant avec celle du sol.</p><p>D�serts</p><p>D�une fa�on g�n�rale, la teinte du sol est tr�s visible dans les r�gions d�sertiques par suite de l�appauvrissement de la v�g�tation. Or, dans la tr�s grande majorit� des cas, les animaux sauvages du d�sert pr�sentent une couleur jaune fonc�, appel�e couleur isabelle, qui rappelle � merveille la teinte des sables, avec toutes les variantes que ceux-ci pr�sentent entre le jaune p�le et le jaune rouge�tre. On trouve cette teinte aussi bien chez les animaux des d�serts nord-africains et asiatiques que nord-am�ricains. Les Insectes des d�serts offrent par contre downloadModeText.vue.download 257 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5398</p><p>deux cas bien diff�rents : les uns ont la teinte du sable ou de la pierraille ; les autres, au contraire, de coloration noire, ne pr�sentent aucune tendance � l�homochromie.</p><p>On rapproche g�n�ralement de la</p><p>faune des d�serts celle des sables, des dunes littorales et des estuaires ou des bords de rivi�res, qui comporte quelques esp�ces de couleur isabelle.</p><p>Neiges</p><p>La faune des neiges est aussi un exemple d�homochromie. Le Renard blanc, l�Ours polaire, l�Hermine, le Li�vre variable ont en hiver un pelage d�un blanc pur avec seulement quelques taches noires, de m�me que, chez les Oiseaux, la Perdrix blanche, ou Lagop�de. La dur�e du pelage (Li�vre variable) ou du plumage (Lagop�de) d�hiver est variable pour une m�me esp�ce suivant la rigueur du climat (homochromie dite � saisonni�re �).</p><p>Certains animaux gardent leur couleur blanche pendant toute l�ann�e (Ours polaire, Li�vre arctique d�Am�rique, Harfang, ou Hibou des neiges, Faucon du Groenland) et d�autres prennent en �t� une coloration plus fonc�e (Renard arctique, Hermine, Li�vre variable, Lagop�de).</p><p>Fond des eaux</p><p>Les p�cheurs savent que les Poissons qui ont l�habitude de reposer sur les fonds pr�sentent une teinte g�n�rale se rapprochant fortement de celle des fonds. Un Goujon pos� sur le fond sableux d�une rivi�re est presque invisible, une Tanche sur un fond de vase est aussi bien dissimul�e. Bon nombre de Poissons sont plus fonc�s dans les �tangs � fond vaseux que lorsqu�ils habitent les eaux claires. Dans la mer, il en est de m�me, et de nombreux Poissons montrent des teintes variables suivant la couleur du fond. Les Poissons plats (Pleuronectes et Soles) sont ceux qui pr�sentent les plus remarquables adaptations � la couleur du fond sur lequel ils reposent, mais on assiste l� � une homochromie passive combin�e � une homochromie active.</p><p>Homochromie variable</p><p>ou changeante</p><p>Cette homochromie, dite encore</p><p>� active �, est l�apanage des animaux pourvus de cellules pigmentaires sp�-</p><p>ciales, les chromatophores, donc des Vert�br�s inf�rieurs, des Mollusques</p><p>C�phalopodes et des Crustac�s.</p><p>Crustac�s</p><p>Les changements de couleur ne peuvent se pr�senter que chez les esp�ces dont les t�guments sont rest�s � peu pr�s transparents : certains Amphipodes, Isopodes ou D�capodes. L�exemple le plus connu est celui d�une petite Crevette qui vit sur les c�tes de l�Atlantique (Hippolyte varians), que les Anglais appellent la Crevette cam�-</p><p>l�on (Chameleon prawn) pr�cis�ment � cause de son extraordinaire facult� d�adaptation � la couleur des Algues brunes, vertes, rouges ou des Zost�res sur lesquelles elle se trouve. Le m�canisme de l�adaptation chromatique chez les Crustac�s semble �tre enti�rement sous le contr�le d�hormones qui d�terminent un d�placement des granules pigmentaires � bruns, rouges et jaunes � dans les prolongements ramifi�s des chromatophores.</p><p>Batraciens</p><p>Les changements de couleur rapides sont extr�mement fr�quents chez de nombreux Anoures, particuli�rement chez les Grenouilles et les Rainettes ; ils sont soumis � l�influence de nombreux facteurs externes tels que la temp�rature, l�action directe de la lumi�re, des troubles respiratoires ainsi que des stimuli tactiles et visuels. Les Rainettes vertes poss�dent � c�t� de l�homochromie passive une homochromie active puisque, pos�es sur une branche, elles virent au brun fonc�. Les pigments, contenus dans des chromatophores �toil�s, sont de trois sortes (blanc opaque, jaune, brun - noir). Les mouvements d�extension ou de r�traction du pigment jaune ou brun � l�int�rieur du chromatophore sont sous l�influence d�hormones. Les excitations lumineuses sont transmises au cerveau, qui agit sur les cellules � pigments par l�interm�diaire de l�hypophyse ; l�hormone du lobe interm�diaire produit l�extension, celle de la partie tub�rale, la contraction. La couleur verte des Grenouilles est une couleur � physique �, produite par des rayons lumineux qui ont travers� la couche externe jusqu�aux chromatophores � pigment blanc fixe, qui agissent comme des r�flecteurs pour les ondes bleues et</p><p>vertes.</p><p>Reptiles</p><p>Un certain nombre de Sauriens pr�-</p><p>sentent des changements rapides de coloration (Agames, Iguanes, Geckos et Cam�l�ons). Chez les Cam�l�ons*, � l�homochromie passive s�ajoute l�homochromie active, bien connue.</p><p>Les changements de coloration des Reptiles, dus � la rapidit� des d�placements pigmentaires dans leurs chromatophores, sont plut�t des r�actions � des stimulations externes : action de la temp�rature, de la lumi�re, ou � des excitations.</p><p>Poissons</p><p>Un tr�s grand nombre de Poissons pr�-</p><p>sentent des colorations variables, souvent en rapport avec la couleur du fond des eaux o� ils vivent : Poissons de r�cifs de Coraux, Raies, petits Squales et surtout Poissons plats. Ces derniers sont devenus un exemple classique d�adaptation � la couleur du fond : non seulement leur teinte peut aller du blanc au gris blanch�tre, mais elle peut montrer des nuances bleues, vertes, jaunes, orange ou roses. De plus, par le jeu des chromatophores d�termin�s par les impressions visuelles, ils montrent une adaptation remarquable � l�aspect m�me du fond : sur du sable, leur couleur sera uniforme ; sur des graviers, elle pr�sentera une fine granulation ; sur de gros graviers ou des petits cailloux, des taches assez grandes de couleurs diff�rentes se rapprocheront de la teinte irr�guli�re du substrat (homochromie copiante).</p><p>C�phalopodes</p><p>Les Mollusques C�phalopodes</p><p>montrent les plus remarquables</p><p>exemples de colorations variables, tant sous l�influence d�excitations d�origines diverses que comme r�ponse � la coloration du milieu. Le Poulpe (ou la Seiche) se pare de la teinte du fond sur lequel il repose, mais, ce qui surprend le plus, ce sont les changements de couleur dus � une excitation comme la crainte ou la col�re.</p><p>Chez les Poissons, les Reptiles, les</p><p>C�phalopodes, les chromatophores sont, outre l�influence hormonale hypophysaire, gouvern�s par le syst�me nerveux, ce qui permet de comprendre plus facilement la rapidit� du changement de coloration.</p><p>Homochromie passive</p><p>dite � nutriciale �</p><p>Le biologiste fran�ais Cu�not a montr� que certains Mollusques carnassiers du groupe des Gastropodes Nudibranches, vivant sur les �ponges ou des Ascidies colobiales (Botrylles) de couleurs vives dont ils se nourrissent, ont les m�mes couleurs non seulement dans les t�guments, mais dans la masse visc�rale.</p><p>D�autres animaux pr�sentent le m�me ph�nom�ne : un Ver plat (Planaire) plac� sur un Botrylle jaune prend cette couleur en trois jours.</p><p>Animaux p�lagiques</p><p>Un grand nombre d�animaux p�la-</p><p>giques (planctoniques ou abyssaux) sont enti�rement transparents ou l�g�-</p><p>rement teint�s de bleu, et par suite presque invisibles dans l�eau de mer o� ils flottent. Non seulement toutes les larves et petits Crustac�s qui composent le plancton sont dans ce cas, mais aussi un grand nombre d�organismes marins d�assez grande taille tels que les M�duses, les Siphonophores, les Ct�nophores, certains Crustac�s et Tuniciers.</p><p>Il en est de m�me dans les eaux</p><p>souterraines pour certains Crustac�s aveugles (Mysidac�s ou D�capodes), dont les plus anciennement connus sont Palaemonias de la Mammoth cave dans le Kentucky et Troglocaris du Karst dinarique. Leur transparence est si parfaite qu�on ne les aper�oit que par l�ombre port�e sur le fond des mares par le contenu de leur tube digestif.</p><p>Il semble �tabli que l�homochromie sous toutes ses formes prot�ge effectivement les animaux, mais � la condition expresse qu�ils restent rigoureusement immobiles.</p><p>R. H.</p><p>F Mim�tisme.</p><p>L. Cu�not, la Gen�se des esp�ces animales (Alcan, 1920 ; 3e �d., 1932). / P. Vignon, Introduction � la biologie exp�rimentale (Lechevalier, 1930). / H. B. Cott, Adaptive Coloration in Animals (Londres, 1940 ; 2e �d., 1957). / R. Hardouin, le Mim�tisme animal (P. U. F., 1946).</p><p>/ L. Chopard, le Mim�tisme (Payot, 1949). /</p><p>P. Pesson, le Monde des insectes (Horizons de France, 1958). / H. M. Fox et H. G. Vevers, The Nature of Animal Colours (Londres, 1960). / A.</p><p>et E. Klotz, les Insectes vivants du monde (Hachette, 1963).</p><p>homographie ou</p><p>correspondance</p><p>homographique</p><p>Correspondance entre deux variables, alg�brique, rationnelle et du premier degr� par rapport � chacune des variables.</p><p>Toute relation homographique est de la forme</p><p>Axx&#x2032; + Bx + Cx&#x2032; + D = 0.</p><p>Les variables x et x&#x2032; peuvent �tre les abscisses de deux points sur deux axes distincts ou confondus, les coefficients downloadModeText.vue.download 258 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5399</p><p>directeurs de deux droites, les param�tres d�finissant deux points sur une conique, les param�tres de deux plans de deux faisceaux de plans distincts ou confondus, etc.</p><p>Forme r�duite</p><p>de la relation</p><p>Axx&#x2032; + Bx + Cx&#x2032; + D = 0</p><p>1. A = 0. La correspondance est encore d�finie si B.C &#x2260; 0 ; on peut alors calculer l�une des variables en fonction de l�autre, par exemple la</p><p>relation est dite lin�aire.</p><p>2. A &#x2260; 0. La relation</p><p>Axx&#x2032; + Bx + Cx&#x2032; + D = 0 est �quivalente �</p><p>Si BC � AD &#x2260; 0, � toute valeur finie de x diff�rente de correspond une</p><p>valeur finie de x&#x2032; ; � toute valeur finie de x&#x2032; diff�rente de correspond</p><p>une valeur finie de x ; si x&#x2032;</p><p>est infini ; si x est infini.</p><p>Ainsi, � toute valeur finie ou infinie de l�une des variables correspond une valeur finie ou infinie de l�autre et une seule. Si BC � AD = 0, la relation est dite � singuli�re � ou � impropre � ; elle ne d�finit plus une v�ritable correspondance.</p><p>Propri�t� fondamentale</p><p>de la relation</p><p>homographique</p><p>Dans le cas g�n�ral, A &#x2260; 0, la relation Axx&#x2032; + Bx + Cx&#x2032; + D = 0</p><p>permet de calculer l�une des variables en fonction de l�autre, par exemple et la fonction f telle que</p><p>est une fonction homographique qui a toute valeur de x diff�rente de</p><p>associe une valeur de x&#x2032; et une seule.</p><p>Cette fonction homographique est d�ailleurs le produit des transformations suivantes :</p><p>Cette d�composition de f montre</p><p>que la transformation homographique conserve le birapport.</p><p>On appelle le birapport des quatre nombres x1, x2, x3 et x4 la quantit�, not�e (x1,x2,x3,x4), telle que</p><p>Il faut montrer que</p><p>Comme les transformations qui composent f sont du type</p><p>ou il suffit de v�rifier la pro-</p><p>pri�t� pour chacune des trois. La propri�t� est �vidente pour les deux premi�res. Pour la derni�re, la quantit� est transform�e, par en</p><p>Il suffit de simplifier par et de changer de signes les quatre diff�rences qui</p><p>interviennent dans le birapport.</p><p>Cette invariance du birapport de quatre nombres dans toute transformation homographique est fort importante et permet de d�montrer, en particulier, d�int�ressantes propri�t�s sur les coniques et les quadriques par la consid�-</p><p>ration de couples de points, de droites ou de plans se correspondant homographiquement. On peut remarquer, comme premi�re cons�quence de cette invariance, qu�une correspondance homographique est d�termin�e par la donn�e de trois couples de points homologues, Pour</p><p>trouver la relation homographique liant x � x&#x2032;, il suffit en effet d��crire : ce qui traduit l�invariance du birapport.</p><p>Divisions</p><p>homographiques</p><p>Sur deux axes distincts ou confondus, deux points M et M&#x2032; d�crivent deux divisions homographiques si les abscisses respectives de ces points sont li�es par une relation homographique.</p><p>Si l�on d�signe sur ces axes par I et J&#x2032; les points d�abscisses respectives (J&#x2032; n�est pas l�homologue de I), la relation</p><p>s��crit</p><p>Les points I et J&#x2032; sont, chacun sur un axe, l�homologue du point � l�infini sur l�autre axe ; on les appelle les points limites de l�homographie. Si les deux axes sont confondus, il y a deux points, H et K. doubles, r�els ou imaginaires, distincts ou confondus, dont les abscisses sont les racines de l��quation Ax 2 + (B + C)x + D = 0.</p><p>La demi-somme des racines de cette �quation �tant est �gale � la</p><p>demi-somme des abscisses des points limites I et J&#x2032; : il en r�sulte que les seg-</p><p>ments IJ&#x2032; et HK ont m�me milieu Faisceaux</p><p>homographiques</p><p>de droites</p><p>Un faisceau de droites est engendr� par une droite &#x2206; tournant autour d�un point fixe I. Si D et D&#x2032; sont deux positions particuli�res donn�es de &#x2206;, d��quations respectives ux + vy + h = 0 et u&#x2032;x + v&#x2032;y + h&#x2032; = 0, �crites simplement D = 0 et D&#x2032; = 0, toutes les positions de la droite &#x2206; sont repr�sent�es par l��quation g�n�rale D + &#x3BB; D&#x2032; = 0, &#x3BB; �tant un param�tre d�finissant, de fa�on biuni-voque, la droite &#x2206; (par exemple, &#x2206; est d�finie par I et un autre point, ce qui d�finit &#x3BB; ; inversement, la donn�e de &#x3BB;</p><p>d�finit &#x2206;).</p><p>Dans deux plans distincts ou confondus, deux faisceaux de droites, de sommets distincts ou confondus, sont homographiques si les param�tres d�finissant les droites g�n�ratrices des deux faisceaux se correspondent homographiquement. Si le faisceau de sommet I est d�fini par D + &#x3BB; D&#x2032; = 0 et le faisceau de sommet J par X + &#x3BC; X&#x2032; = 0, ces faisceaux sont homographiques si &#x3BB;</p><p>et &#x3BC; sont li�s par la relation</p><p>A &#x3BB; &#x3BC; + B &#x3BB; + C &#x3BC; + D = 0.</p><p>Si les faisceaux sont dans un m�me plan et les points I et J distincts, le point d�intersection M des rayons homologues &#x2206; et Y qui engendrent respectivement les deux faisceaux d�crit une conique passant par I et J. En effet, en axes quelconques, les coordonn�es de M v�rifient les �quations</p><p>D + &#x3BB; D&#x2032; = 0 et X + &#x3BC; X&#x2032; = 0,</p><p>puisque M est sur &#x2206; et sur Y ; on obtient l��quation de l�ensemble d�crit par M, quand &#x2206; et Y varient, en �liminant &#x3BB; et &#x3BC; entre les �quations du syst�me D + &#x3BB; D&#x2032; = 0, X + &#x3BC; X&#x2032; = 0 et</p><p>A &#x3BB; &#x3BC; + B &#x3BB; + C &#x3BC; + D = 0,</p><p>soit</p><p>Construction de</p><p>l�homologue M&#x2032; de M</p><p>dans deux divisions</p><p>homographiques de bases</p><p>diff�rentes</p><p>Les divisions homographiques d�crites par M et M&#x2032;, respectivement sur X et X&#x2032;, sont d�finies par les trois points A, B, C</p><p>et leurs transform�s A&#x2032;, B&#x2032;, C&#x2032;. On obtient le point M&#x2032; en tra�ant la droite D qui, joignant les points d�intersection &#x3B2; de AB&#x2032;</p><p>et A&#x2032;B et &#x3B3; de AC&#x2032; et A&#x2032;C, coupe A&#x2032;M en &#x3BC;. Le point M&#x2032; est l�intersection de X&#x2032; et de A &#x3BC;. En effet, les faisceaux de droites (A&#x2032;B, A&#x2032;C, A&#x2032;&#x3B1;, A&#x2032;M) et (AB&#x2032;, AC&#x2032;, A&#x3B1;, AM&#x2032;) sont des faisceaux homographiques : le birapport des quatre droites de l�un est �gal au birapport des quatre droites de l�autre (birapport de leurs coefficients angulaires), �gal � (&#x3B2;, &#x3B3;, &#x3B1;, &#x3BC;), �gal aussi � (B, C, A, M) ou (B&#x2032;, C&#x2032;, A&#x2032;, M&#x2032;). Le point M&#x2032; est donc bien l�homologue du point M puisque</p><p>(B, C, A, M) = (B&#x2032;, C&#x2032;, A&#x2032;, M&#x2032;).</p><p>La droite D est l�axe d�homographie. En appliquant la construction pr�c�dente au point &#x3C9;, on voit que O est le transform� de &#x3C9; et que O a pour transform� &#x3C9;&#x2032;.</p><p>qui est l��quation d�une conique puisque tous les termes, DX, DX&#x2032;, XD&#x2032;</p><p>et D&#x2032;X&#x2032;, sont du second degr�. Dans le downloadModeText.vue.download 259 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5400</p><p>cas particulier o� IJ serait son propre homologue, la conique est d�g�n�-</p><p>r�e en deux droites : IJ et une droite distincte de IJ, qui est le v�ritable ensemble d�crit par le point M.</p><p>Construction</p><p>du rayon homologue</p><p>d�un rayon donn�</p><p>Les faisceaux homographiques sont donn�s par leurs sommets respectifs I et J, par trois rayons et leurs trois homologues.</p><p>Un cercle (&#x393;) passant par I et J coupe les trois rayons issus de I respectivement en A, B et</p><p>C et leurs homologues issus de J en A&#x2032;, B&#x2032; et C&#x2032;. On conna�t de plus le point M, intersection de (&#x393;) et d�un quatri�me rayon issu de I ; on cherche l�homologue de IM, soit JM&#x2032;.</p><p>Les faisceaux auxiliaires A&#x2032;(A, B, C, M) et A(A&#x2032;, B&#x2032;, C&#x2032;, M&#x2032;) sont respectivement �gaux aux faisceaux I(A, B, C, M) et J(A&#x2032;, B&#x2032;, C&#x2032;, M&#x2032;)</p><p>[propri�t�s des angles inscrits interceptant le m�me arc : ils sont �gaux]. Ils ont donc m�me birapport puisque les faisceaux I(A, B, C, M) et J(A&#x2032;, B&#x2032;, C&#x2032;, M&#x2032;) se correspondent homographiquement. Mais il y a un rayon double, AA&#x2032;, pour les deux faisceaux auxiliaires ; par suite, les rayons homologues se coupent sur une droite (axe d�homographie) qui est d�termin�e par &#x3B2; et &#x3B3;. Cette droite coupe A&#x2032;M en &#x3BC; ; &#x3BC;A coupe le cercle (&#x393;) en M&#x2032;, qui est ainsi d�termin�. Les points M et M&#x2032; sont confondus si &#x3BC; est en L ou en L&#x2032; ; il en est alors de m�me de M et de M&#x2032;.</p><p>Homographie</p><p>sur une conique</p><p>Toute conique propre (non d�g�n�r�e en deux droites) est susceptible d�une repr�sentation param�trique rationnelle �tant un trin�me</p><p>du second degr�, f(t) et g(t) �tant des polyn�mes du second degr� au plus.</p><p>Deux points M et M&#x2032; d�une conique se correspondent homographiquement s�il en est de m�me des param�tres t et t&#x2032; qui les d�finissent. La consid�-</p><p>ration de points ainsi li�s conduit � d�int�ressantes propri�t�s ponctuelles ou tangentielles des coniques comme, par exemple, le th�or�me de Pascal et celui, corr�latif, de Brianchon.</p><p>E. S.</p><p>F Conique / G�om�trie / Involution.</p><p>R. Deltheil et D. Caire, Compl�ments de g�om�trie (Bailli�re, 1951). / G. Cagnac, E. Ramis et J. Commeau, Nouveau Cours de ma-th�matiques sp�ciales (Masson, 1963 ; 4 vol.). /</p><p>A. Blanchard et C. Forest, Trait� de math�matiques (Hachette, 1969). / J. Lelong-Ferraud et J. M. Arnaudi�s, Cours de math�matiques (Dunod, 1972).</p><p>homosexualit�</p><p>F SEXUALIT�.</p><p>Ho-nan</p><p>En pinyin HENAN, province de la</p><p>Chine du Nord : 167 000 km 2 ;</p><p>56 millions d�hab. Capit. Zhengzhou (Tcheng-tcheou).</p><p>C�est une des provinces chinoises les plus peupl�es ; la densit� moyenne des plaines qui en occupent la moiti� orientale d�passe 400 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>On y retrouve les �l�ments des diff�rents grands ensembles de relief qui constituent g�ographiquement la Chine du Nord. Un ensemble de collines de 300 � 400 m d�altitude, tapiss�es de loess, occupe la partie occidentale de la province, domin� par le massif cristallin des Funiushan (Founieou-chan), culminant � 2 400 m et qui, avec les Dabieshan (Ta-pie-chan, qui forment la limite sud-est du Henan), constitue le prolongement oriental de la cha�ne des Qinling (Ts�in-ling).</p><p>Toute la partie orientale appartient � la Grande Plaine de la Chine du Nord, qui s�abaisse progressivement de 100 m � 50 m d�ouest en est et qui est constitu�e par deux ensembles : plaine du fleuve Jaune (Huanghe [Houang-ho]) au nord, plaine de la Huai (Houai) sup�rieure au sud (ou plaine de Huan-ghuai [Houang-houai]). Au sud-ouest s�individualise le bassin de Nanyang (Nan-yang) [50 � 150 m d�altitude], qui couvre 26 000 km 2, bassin de subsidence s��tendant entre les Funiushan et les Dabieshan.</p><p>Gr�ce � l�abri que constituent ses reliefs occidentaux, le Henan conna�t des hivers plus doux que l�ensemble de la Chine du Nord (moyenne de janv.,</p><p>� 1 �C) et des �t�s tr�s chauds (moyenne de juill., 27 �C, mais le r�gime des pr�-</p><p>cipitations n�y est pas diff�rent : 600 � 700 mm en moyenne, avec cependant des variations annuelles de l�ordre de 30 p. 100 et une r�partition tr�s in�gale au cours de l�ann�e (plus de 50 p. 100</p><p>du total tombent en averses violentes au cours des deux seuls mois de juillet et d�ao�t, tandis qu�une longue saison s�che r�gne en hiver et surtout au printemps, p�riode au cours de laquelle un apport d�eau est souvent n�cessaire pour la c�r�aliculture). Ainsi, la ma�-</p><p>trise des eaux est une condition essentielle de la vie agricole, et pas seulement pour l�irrigation, mais d�abord pour mettre ses plaines dens�ment peupl�es � l�abri des gigantesques d�fluviations du Huanghe (Houang-ho), qui rompt p�riodiquement ses digues entre Zhengzhou (Tcheng-tcheou) et Kaifeng (K�ai-fong) [la derni�re grande d�fluviation artificielle, en 1938, a fait une dizaine de millions de sinistr�s].</p><p>De telles catastrophes semblent devoir �tre d�sormais conjur�es. D�s 1949, les digues du fleuve �taient reconstruites ou consolid�es sur plus de 700 km, puis, en 1953, le canal de la � Victoire du peuple �, ouvert entre Zhengzhou et Xinxiang (Sin-hiang), d�rivait une partie des eaux de crue du fleuve Jaune vers la Weihe (Wei-ho), au nord ; enfin, la construction du plus grand barrage chinois, � l�entr�e du fleuve dans la province, devait permettre la ma�trise des plus grandes crues. C�est �galement sur le territoire de cette province qu�ont �t� r�alis�s les premiers grands travaux d�am�nagement de la Huai (Houai) : en 1955, cinq grands barrages-r�servoirs en ma�trisaient les principaux affluents de rive gauche et transformaient les conditions de l�agriculture des plaines m�ridionales du Henan (d�veloppement progressif de la riziculture).</p><p>Les plaines du Henan sont les traditionnelles terres � bl� de la Chine : le bl� occupe plus de la moiti� des terres cultiv�es de l�ensemble de la province, qui fournit plus de 15 p. 100 de la production nationale. Culture d�hiver, le bl� laisse la place en �t� au kaoliang et surtout au soja sur les terroirs inondables et les terres sablonneuses du nord-est, tandis que le coton est la culture d��t� des meilleures terres irrigu�es : r�gions de Xinxiang (Sing-siang), de Luoyang (Lo-yang) et de Nanyang notamment. Un des traits les plus remarquables de l��volution agricole des plaines est le d�veloppement de la riziculture (6 p. 100 des terres cultiv�es en 1957) gr�ce � l�extension des p�rim�tres irrigu�s : vall�es de la Huai et du Huanghe, bassin de Nanyang.</p><p>Les terroirs des collines de l�ouest sont vou�s essentiellement aux c�-</p><p>r�ales secondaires (kaoliang, millet et surtout ma�s [qui y occupe plus de 20 p. 100 des surfaces cultiv�es]) et aux cultures arbustives (pommiers, poiriers, jujubiers, plaqueminiers, noyers, ch�nes pour l��levage du ver � soie, etc.), tandis que les r�gions de Xuchang (Hiu-tch�ang) et de Nanyang font du Henan le premier producteur de tabac de la Chine.</p><p>Riche province agricole, le Henan est, semble-t-il, de toutes les provinces de la Chine du Nord la moins bien pourvue en ressources industrielles : seul le charbon y prend quelque importance, gr�ce aux gisements qui constituent l�extr�mit� m�ridionale du riche bassin houiller du pi�mont des Taihangshan (T�ai-hang-chang) et dont l�essentiel est localis� sur le territoire de la province du Hebei (Ho-pei).</p><p>Les deux principaux centres d�extraction au Henan sont Hebi (Ho-pi) pr�s d�Anyang (Ngan-yang) [charbon �</p><p>coke] et Jiaozuo (Tsiao-tso), plus au sud (pr�s de 4 Mt d�anthracite en 1958).</p><p>Du minerai de fer est �galement extrait pr�s d�Anyang et de Jiaozuo, qui, avec le coke de Hebi, alimente la premi�re unit� sid�rurgique de la province (capacit�, 0,6 Mt d�acier), implant�e en 1960 � Anyang.</p><p>Berceau de la nation chinoise, le Henan vit na�tre les premi�res capitales royales (r�gion d�Anyang) de la dynastie Shang (Chang) [IIe mill�naire], puis devint province imp�riale, coeur de la Chine classique, avec Luoyang (Lo-yang), la brillante capitale des Han, et Kaifeng, capitale des Cinq Dynasties et des Song du Nord. Cet antique foyer de la vie urbaine de la Chine, apr�s une tr�s longue �clipse (provoqu�e par l�invasion mongole au XIIIe s. apr. J.-</p><p>C.), se voit de nouveau valoris� par le d�veloppement du r�seau ferroviaire, qui fait du Henan le carrefour des deux grands axes transchinois (voie nord-sud P�kin-Canton et voie est-ouest du littoral au Xinjiang [Sin-kiang], qui se croisent � Zhengzhou.</p><p>De ce fait, les principales villes de la province ont connu depuis 1949 un renouveau remarquable avec la cr�ation de nouvelles activit�s industrielles et le d�veloppement des activit�s traditionnelles reposant sur le traitement</p><p>des produits agricoles (industries alimentaires et textiles).</p><p>Anyang et Xinxiang au nord du</p><p>Huanghe, Xuchang et Xinyang (Sin-downloadModeText.vue.download 260 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5401</p><p>yang) au sud sont les principaux centres urbains situ�s sur l�axe nord-sud (ligne P�kin-Canton). Anyang (plus de 160 000 hab.) est devenue la base sid�rurgique de la province. Xinxiang (200 000 hab.), reli�e par voie ferr�e au bassin houiller de Jiaozuo, � l�ouest, et t�te de navigation sur le Weihe (Wei-ho) vers Tianjin (T�ien-tsin), est un centre actif de transports qui, en outre, situ� au coeur d�une des grandes r�gions du coton de la province, est devenu une ville textile. L�implantation d�industries textiles et m�caniques est venue renforcer et diversifier les fonctions traditionnelles de Xuchang (grand march� du tabac) et de Xinyang (m�tropole du sud de la province). Sur l�axe est-ouest (ligne du Longhai), Kaifeng (300 000 hab.) est rest� essentiellement un grand centre commercial et artisanal, dot� plus r�cemment de nouvelles activit�s industrielles (mat�riel agricole, usine d�engrais, notamment).</p><p>Luoyang, par contre, est devenue une grande ville industrielle (500 000 hab.) par l�implantation en 1955 de la premi�re usine chinoise de fabrication de tracteurs (15 000 unit�s par an � partir de 1958), d�une des plus importantes usines de roulements � billes du pays (1959). Diverses branches d�activit�s y sont �galement repr�sent�es, et notamment la verrerie, l�industrie textile, la fabrication de mat�riel minier.</p><p>Zhengzhou (100 000 hab. en 1949, environ 800 000 actuellement), qui a remplac� Kaifeng en 1954 comme capitale de la province, doit sa fortune � sa position, au croisement des deux axes ferroviaires. Un complexe industriel a �t� �difi� dans sa banlieue occidentale, o� dominent les industries textiles (filatures de coton) et les industries m�tallurgiques (fabrication de m�tiers � lisser � la plus grande usine chinoise apr�s celle de Shanghai</p><p>[Chang-hai] �, de turbines, de c�bles �lectriques, de machines-outils, de ma-t�riel agricole).</p><p>P. T.</p><p>Honduras</p><p>�tat d�Am�rique centrale ;</p><p>112 000 km 2 ; 2 582 000 hab. Capit.</p><p>Tegucigalpa.</p><p>Au coeur de l�Am�rique centrale, bord� par le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua, le Honduras garde son image de � r�publique banani�re �, soumise � l�exportation d�un produit agricole unique (la moiti� des exportations globales). C�est un pays montagneux, peu peupl� (un peu plus de 20 hab. au km2), dont le niveau de vie reste le plus bas de l�Am�rique centrale.</p><p>Le milieu</p><p>Il est compos� principalement d�une masse montagneuse de roches volcaniques, entaill�e de vall�es profondes qui rendent les communications difficiles. Ces vall�es se dirigent parall�-</p><p>lement vers le nord-est, et le manteau forestier qui recouvre cet ensemble subsiste presque intact dans la portion nord-est du pays, vers la fronti�re nicaraguayenne : il s�agit ici de for�t tropicale dense, compos�e d�arbres � feuilles persistantes. L�int�rieur et le sud du pays correspondent � des secteurs d�altitude ou versants d�bouchant sur le Pacifique : la for�t, souvent compos�e de pins, est d�grad�e, et les sols de pente souvent �rod�s.</p><p>C. B.</p><p>L�histoire</p><p>Cette r�gion m�ridionale de l�Am�-</p><p>rique centrale n�a pas connu de mise en valeur intensive pendant les trois si�cles de l�Empire espagnol. Cort�s*, au terme d�une h�ro�que entreprise, n�y avait trouv� que des vestiges arch�ologiques de la grandeur pass�e des Mayas*, et, en l�absence de richesses min�rales, agricoles ou humaines, les Espagnols s��taient content�s d�un �levage extensif.</p><p>Le Honduras, surtout peupl� de m�tis et de mul�tres, suit en 1821 le destin de l�Am�rique centrale, devenue ind�pendante de Madrid, puis de Mexico apr�s la chute de l�empereur Agust�n de Iturbide en 1824. Uni au Guatemala, au Salvador, au Nicaragua et � Costa Rica dans les �ph�m�res Provinces-Unies de l�Am�rique centrale, il devient ind�pendant lorsque la s�cession guat�malt�que met lin � la conf�d�ration en 1838.</p><p>D�s avant l�ind�pendance de 1821, le Honduras avait �t� menac� au nord et au sud par les entreprises britanniques sur Belize (le Honduras britannique) et sur la c�te de Mosquitie, o� l�Angleterre s�appuyait sur les Indiens Mosquitos (Miskitos), auxquels elle donna une fiction de monarchie. Apr�s avoir tout fait pour ruiner la conf�d�ration, l�Angleterre consolidait sa mainmise sur le royaume de Mosquitie, qui tenait la c�te depuis le cap Honduras jusqu�au r�o San Juan (soit la c�te orientale du Honduras actuel et toute celle du Nicaragua).</p><p>De 1844 � 1848, le v�ritable ma�tre du royaume de Mosquitie fut le consul g�n�ral anglais. L�emprise britannique s�expliquait par l�inqui�tude �prouv�e face � la concurrence grandissante de l�expansionnisme nord-am�ricain.</p><p>En 1846, les �tats-Unis occupent la Californie et entrent en guerre avec le Mexique. La d�couverte de l�or californien rend de l�actualit� � la circulation � travers l�isthme et aux projets de canal interoc�anique. De ce moment, la rivalit� anglo-am�ricaine en Am�rique centrale entre dans une phase aigu�. Finalement, en 1856, les deux puissances parviennent p�niblement � un accord : l�Angleterre conserve Belize ; les �les de la baie du Honduras reviennent � ce pays, et la partie m�ridionale du royaume de Mosquitie devient une r�serve indienne, incorpor�e au Nicaragua, le roi restant chef h�r�ditaire.</p><p>Le Honduras proprement dit conna�t au XIXe s. une histoire politique troubl�e, comme le reste de l�Am�rique centrale, par l�opposition entre lib�-</p><p>raux et conservateurs, tandis que se dessine la solution militaire. L��volution �conomique est beaucoup plus</p><p>lente que dans le Guatemala et le Costa Rica du caf�.</p><p>La fin du XIXe s. et les premi�res d�cennies du XXe s. voient d�filer les gouvernements oligarchiques et les dictatures militaires : l�instabilit� est la r�gle. Une seule nouveaut�, mais elle est d�importance : la r�volution �conomique que repr�sente l�implantation de la United Fruit Company, qui, en m�me temps qu�elle fait du Honduras le type de la � Banana Republic �, bouleverse les structures de la stabilit�.</p><p>D�s 1932, les plantations de bananiers couvrent le tiers de la superficie cultiv�e, et l�on peut dire du Honduras que c�est � le pays du b�tail et des bananes : le b�tail appartient � Car�as, les bananes � la United �. La United Fruit et le dictateur Tiburcio Car�as Andino (n� en 1876) ont en effet partie li�e depuis des ann�es. En 1924, lors des �lections pr�sidentielles, il y a derri�re chaque clan une compagnie banani�re, la Cuyamel derri�re les � rouges �</p><p>de Miguel Paz Baraona (� 1937), la United derri�re Tiburcio Car�as Andino et ses � bleus �. Finalement, le propri�taire de la Cuyamel Fruit Company vendra sa soci�t� � la Un ted, et Car�as parvient au pouvoir. De 1933 � 1949, il gouverne avec une main de fer comme les autres tyrans des Cara�bes.</p><p>Lorsqu�il devient par trop impopulaire, la United l�abandonne � son sort et le remplace par Juan Manuel G�lvez (1887-1955), un avocat qui a travaill� � son service. G�lvez (de 1949 � 1954) sait faire preuve d�ind�pendance, et ce n�est pas un hasard si, avant la fin de sa pr�sidence, la United Fruit doit faire face � la gr�ve, unique dans les annales centre-am�ricaines, des ouvriers de ses plantations. G�lvez n�est cependant pas capable d�emp�cher les pr�paratifs, sur son territoire, de l�exp�dition dirig�e en 1954 par les exil�s guat�malt�ques, la United et les services sp�ciaux am�-</p><p>ricains contre le r�gime r�formiste de Jacobo Arbenz au Guatemala. Ce que les hommes politiques n�avaient pu faire est r�alis� par la nature et par Washington : la maladie des bananiers, une s�rie funeste d�ouragans d�truisent des milliers d�hectares de bananeraies ; d�autre part la compromission fla-grante de la compagnie dans l�affaire</p><p>guat�malt�que conduit le d�partement de la Justice am�ricain � d�cider que la United doit abandonner le contr�le de l�International Railways of Central America et une partie de ses plantations � une compagnie ind�pendante.</p><p>En 1954, il n�est pas possible de trouver un vainqueur aux �lections pr�sidentielles, et le vice-pr�sident se charge d�exp�dier les affaires courantes. Apr�s trois ann�es troubl�es, de nouvelles �lections donnent le pouvoir � Ram�n Villeda Morales (n� en 1909), le candidat lib�ral. Les �lections ont �t� possibles gr�ce � l�intervention de l�arm�e ; six ans plus tard, en 1963, celles qui devaient donner un successeur � Villeda Morales n�ont pas lieu : l�arm�e, command�e par le colonel Osvaldo L�pez Arellano (n� en 1921), renverse le gouvernement d�mocratique, accus� de faire le jeu des communistes.</p><p>En 1965, le coup d��tat est l�galis� par l��lection pr�fabriqu�e du colonel L�pez Arellano � la pr�sidence, et, depuis, le parti national conserve le pouvoir.</p><p>Surpeupl�, dynamique, le Salvador consid�re les � grands espaces honduriens comme relevant de son espace vital �. En 1969, 300 000 Salvadoriens travaillent au Honduras sans que leur statut ait jamais �t� �clairci. Telle est l�origine de la guerre qui met aux prises les deux pays au cours de l��t� 1969. Tout part d�un match de football opposant les �quipes nationales ; rapidement, les forces salvadoriennes ont le dessus dans une guerre aussi sanglante que br�ve. L�intervention des voisins et des �tats-Unis emp�che, seule, le Salvador de r�aliser son r�ve de jonction entre les deux oc�ans.</p><p>downloadModeText.vue.download 261 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5402</p><p>Depuis, le Honduras a quitt� le March� commun centre-am�ricain, dont le fonctionnement lui �tait d�favorable, paralysant ainsi le regroupement �conomique patronn� par les �tats-Unis.</p><p>En mars 1971, Ram�n Cruz est �lu � la pr�sidence de la R�publique, mais le 4 d�cembre 1972 il est renvers� par L�pez Azellano.</p><p>J. M.</p><p>Le peuplement</p><p>Il pr�sente les deux traits caract�ristiques centre-am�ricains : un ensemble de m�tis d�Indiens et d�Espagnols occupe les hautes terres centrales, tandis que la frange septentrionale, dans les basses terres bordant la mer des Antilles, est peupl�e surtout de Noirs traditionnellement anglophones (v. Honduras britannique et Nicaragua). Mais ici, le noyau espagnol est rest� faible, sans ville importante, politiquement coup� au XIXe s. du gros foyer de peuplement salvadorien situ� plus au sud, tandis que, lors du boom bananier du premier tiers du XXe s., la c�te nord a connu une croissance tr�s importante.</p><p>Ce d�s�quilibre p�se sur l�organisation �conomique et politique du pays, qui souffre aussi d�une densit� d�occupation faible en comparaison de celle de son voisin m�ridional.</p><p>Les r�gions</p><p>La c�te cara�be</p><p>L� o� d�bouche chaque vall�e, la plaine c�ti�re alluviale pr�sente une indentation profonde, vaste domaine de sols fertiles sous un climat propice � la culture de la banane. Gr�ce � celle-ci, le secteur nord du pays accueille le quart de la population et fournit une part double des exportations honduriennes. Cette production a d�but� vers 1860, mais son expansion dans les concessions de l�United Fruit Company commence en 1899 ; celle-ci s�installe dans le bassin d�Ul�a-Chamelec�n (deux rivi�res parall�les).</p><p>Plus � l�est se sont implant�es d�autres compagnies de moindre importance comme la Standard Fruit. La croissance continue des bananeraies aboutit en 1930 � une production correspondant au tiers de la production mondiale (la moiti� de celle du monde cara�be).</p><p>Devant la maladie de Panam�, la plupart des bananeraies centre-am�ricaines furent transplant�es de la c�te cara�be � celle du Pacifique. Celles</p><p>d�Ul�a-Chamelec�n furent maintenues gr�ce � l�irrigation des terres, moyen d��liminer le parasite. Bien que sa production banani�re ait baiss� des deux tiers depuis 1930 (1,5 Mt pour le Honduras entier en 1968), cette r�gion reste la premi�re d�Am�rique centrale. Mais, surtout, les infrastructures disponibles ont permis d�asseoir une �conomie r�gionale qui se diversifie. Ici aboutit l�axe de communication en provenance de Comayagua, parcouru par une route qui maintenant atteint le Salvador. Le r�seau ferr� local est le seul du pays ; il aboutit � Puerto Cort�s, qui assure l�essentiel du trafic ext�rieur hondurien. � mesure que diminuait la monoculture de la banane naissaient des �levages bovins intensifs, des cultures de canne � sucre et de palmier � huile.</p><p>La ville de San Pedro Sula, qui domine cette r�gion �conomique majeure du Honduras, a d�pass� 100 000 habitants et poss�de quelques petites industries, travaillant principalement pour le march� local (textiles, etc.). Mais les liaisons avec la capitale et l�ensemble de l��conomie nationale restent faibles, ind�pendamment des diff�rences culturelles et linguistiques avec le reste de la population.</p><p>Le vieux pays hondurien</p><p>La masse montagneuse n�a jamais</p><p>favoris� d�importantes concentrations de populations. Le peuplement indig�ne �tait peu abondant � l�arriv�e des Espagnols ; pr�s de la fronti�re guat�-</p><p>malt�que, le site maya de Cop�n �tait abandonn� depuis deux si�cles � leur arriv�e. Malgr� le faible nombre des immigr�s espagnols, surtout attir�s par les mines, le m�tissage a �t� g�n�ral, sauf dans les zones foresti�res peu p�n�tr�es du nord-est, o� subsistent Sumas, Payas et Mosquitos en petit nombre.</p><p>Le peuplement m�tis s�est dispers� au gr� de ressources fragiles. La base �conomique du pays au cours de la p�riode coloniale et jusqu�� la fin du XIXe s. a �t� l�activit� des mines (argent surtout). Celles-ci ont actuellement une part n�gligeable dans le commerce ex-t�rieur. Essentiellement pour subvenir aux besoins des mineurs s�est instaur�</p><p>d�s le XVIe s. un �levage (bovins, mules) pratiqu� dans de grands domaines : leurs meilleures p�tures se trouvaient dans les bassins qui s�encastrent dans le d�dale des vall�es et des cr�tes. L� se sont install�es les principales cit�s, comme l�ancienne capitale de Comayagua, dans un foss� qui facilite les communications entre le Sud salvadorien et la c�te cara�be.</p><p>Cet �levage bovin traditionnel garde une client�le hors des fronti�res du pays, au Salvador en particulier, o� l�on exporte du b�tail sur pied ; une certaine modernisation gr�ce � des prairies d�embouche (vers le golfe de Fonseca) permet des exportations de viande (au total, 40 000 � 50 000 t�tes de b�tail repr�sentant 12 p. 100 des exportations).</p><p>Li�es � un habitat dispers�, les cultures de subsistance s�accrochent aux terres m�diocres des versants. L� o� les densit�s sont �lev�es, au sud-ouest du pays, s�vit le minifundio : le d�boisement des pin�des et la mise en culture excessive des pentes multiplient les croupes chauves et le ravinement pour de maigres productions de ma�s et de haricots. Mais des progr�s, limit�s, apparaissent dans l�agriculture : le caf� est cultiv� dans le pays d�s 1860, mais devient un produit d�exportation seulement vers 1940. Actuellement, il n�assure gu�re plus du dixi�me des exportations.</p><p>Si le Honduras n�a pas de vastes plaines en bordure du Pacifique, comme ses voisins, pour la culture du coton, celle-ci se pratique cependant (modestement) dans certains bassins intramontagnards, aux mains des grandes haciendas d��levage traditionnel. Enfin, les cultures traditionnelles sont d�velopp�es parfois pour une plus large commercialisation, comme le ma�s, ou le haricot, ou la pomme de terre, d�introduction plus r�cente. La construction de la route m�ridienne qui dessert l�ouest du pays a ainsi stimul� la production agricole, en particulier pour le tabac de la r�gion de Santa Rosa de Cop�n.</p><p>Malgr� ces amorces de croissance �conomique, le Honduras n�a pas rat-</p><p>trap� le revenu par t�te de ses voisins centre-am�ricains. La dispersion du peuplement et des activit�s �conomiques, la faiblesse du march� national d�un pays peu peupl�, au niveau de vie m�diocre, restent des freins � la croissance. L�actuel d�veloppement des transports routiers am�liore les relations int�rieures et avec les pays voisins ; le commerce hondurien avec le reste de l�Am�rique centrale est plus important et s�accro�t plus vite que celui de ses voisins. En plus du b�tail, le Honduras dispose en particulier de bois facile � placer aux Antilles comme au Salvador. Mais le commerce ext�-</p><p>rieur est encore largement domin� par les �tats-Unis, qui absorbent la moiti� downloadModeText.vue.download 262 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5403</p><p>des exportations du Honduras, dont ils fournissent, en �change, une part �gale des importations.</p><p>Tegucigalpa</p><p>La ville refl�te bien le niveau modeste atteint par le Honduras. Ancienne cit� mini�re promue capitale en 1880 par le hasard d�un coup d��tat, situ�e sur des collines au sol rouge �rod�, son plan est capricieux, et ses maisons sans �tages aux toits de tuiles donnent un aspect de bourgade � l�ensemble, malgr� ses dimensions et sa rapide croissance (200 000 hab.). Quelques h�tels, services publics, ambassades �trang�res sont les seuls �difices modernes du centre : que l�on ait accueilli ici la banque d�investissement de l�organisation des �tats centre-am�ricains est plus un espoir qu�un symbole.</p><p>C. B.</p><p>F Am�rique latine / Guatemala / Honduras britannique / Salvador (El).</p><p>L. Mari�as Otero, Honduras (Madrid, 1963).</p><p>Honduras</p><p>britannique</p><p>ou Belize</p><p>Territoire autonome d�Am�rique centrale, d�pendance de la Grande-Bre-</p><p>tagne et membre du Commonwealth, sur la mer des Antilles.</p><p>La situation</p><p>Le Honduras britannique, aujourd�hui appel� BELIZE, repr�sente le reste d�une emprise anglaise qui s�est manifest�e, en liaison avec les Antilles, sur toute la c�te cara�be de l�Am�rique centrale, c�te inhospitali�re qui avait peu attir� les Espagnols. Arriv� principalement par le versant pacifique, ceux-ci atteignirent difficilement par terre ce rivage prot�g� par la for�t dense (par mer, l�acc�s est g�n� par l�abondance des r�cifs de corail et par les secteurs mar�-</p><p>cageux de mangroves).</p><p>Ce � bout du monde � mal reli� � ses deux voisins, le Mexique et le Guatemala, pr�sente un milieu naturel peu attirant. Derri�re les r�cifs ou la c�te � mangrove s��tend un ensemble de terres basses qu�on retrouve tant au Pet�n guat�malt�que qu�au Quintana Roo mexicain. Au nord pr�dominent des terres mar�cageuses ; de profonds estuaires s�enfoncent, prolong�s par les rivi�res parall�les qui p�n�trent vers le sud-ouest. Les interfluves ont des sols lat�riques fragiles d�s qu�on les d�friche. Au sud de Belize, la plaine c�ti�re est plus �troite, relay�e vers l�int�rieur par des collines calcaires qui d�passent rarement 300 m d�altitude.</p><p>L�ensemble de ces terres conna�t un climat chaud sans saison s�che marqu�e, si bien que la for�t dense recouvre la majeure partie du pays. Les ouragans menacent la c�te, dont les �tablissements ont, par exemple, �t� d�truits, comme les plantations honduriennes voisines, par le cyclone Hattie en 1961.</p><p>La population, tr�s peu dense (env.</p><p>120 000 hab. sur pr�s de 23 000 km2), est aussi dispers�e qu�h�t�rog�ne. Elle est form�e en majeure partie de Noirs et de mul�tres, surtout dans le centre du pays, o� ils pratiquent souvent une agriculture de subsistance le long des cours d�eau.</p><p>Dans le Nord et dans les zones frontali�res, des m�tis parlant espagnol constituent le quart de la population.</p><p>Dans la moiti� sud du pays, pr�s de Stann Creek, on rencontre des � Ca-</p><p>ra�bes noirs �, tandis qu�en bordure du Pet�n vivent des Indiens Mayas.</p><p>Enfin, quelques milliers de Menno-nites, venus du Mexique septentrional, ont fond� des colonies dans le nord du pays.</p><p>L�essentiel de la production repose sur l�exploitation de la for�t : le latex de la liane chico zapote est r�colt�. Cette activit� de cueillette du chicle fournit la mati�re premi�re du chewing-gum, export�e vers les �tats-Unis. (Remplac�e depuis peu par une gomme synth�-</p><p>tique, cette production est en d�clin.) Les bois de charpente (pins) sont en partie export�s vers les Antilles.</p><p>Quelques plantations permettent de compl�ter ces exportations : un peu de canne � sucre au nord, des agrumes vers Stann Creek (qui remplacent les bananes exploit�es au d�but du XXe s.), un peu de cacao. R�cemment, des</p><p>cultures de riz ont �t� d�velopp�es dans l�extr�me Sud, mais pour l�alimentation locale.</p><p>La petite ville de Belize, qui accueille le tiers de la population, est une cit� endormie dont le peuplement refl�te la vari�t� du pays. Aux diverses populations d�origine locale s�ajoutent les fonctionnaires britanniques et les commer�ants hindous, chinois et syriens. Capitale du territoire jusqu�en 1970, elle a � ce moment c�d� le titre � Belmopan, ville nouvelle cr��e dans l�int�rieur.</p><p>C. B.</p><p>L�histoire</p><p>La r�gion fait d�abord partie de l�Empire maya, puis subit une invasion de Cara�bes.</p><p>La pr�sence anglaise remonte au</p><p>XVIIe s., lorsque le pirate Peter Wallace y d�barqua en 1638. Des colons britanniques s�y �tablirent pour exploiter les bois, et la colonie servit �galement de base pour la traite des Noirs. L�Espagne revendiqua le territoire, mais, au trait� de Madrid, en 1670, elle reconnut les droits de l�Angleterre.</p><p>En 1850 et en 1856, des accords</p><p>entre les �tats-Unis et la Grande-Bre-</p><p>tagne sanctionn�rent �galement cette situation, et la Grande-Bretagne �rigea en 1862 le pays en colonie. Toutefois, le gouvernement guat�malt�que a toujours r�clam� depuis cette �poque la cession de la colonie britannique, qu�il juge lui appartenir ; ce serait surtout pour lui un moyen de poss�der un d�-</p><p>bouch� sur la mer des Antilles.</p><p>Le d�veloppement �conomique du</p><p>pays et le probl�me de son accession � l�ind�pendance ont domin� toute l�histoire contemporaine. Le 1er janvier 1964, le parti dominant, le P. U. P.</p><p>(People�s United Party), obtint par l�interm�diaire de son leader George Cadle Price (n� en 1919), Premier ministre, l�autonomie interne.</p><p>La promesse de l�ind�pendance</p><p>totale, faite par le gouvernement de Londres en 1965, suscita de vives protestations de la part du Guatemala*.</p><p>Mais la population, en majorit� angli-cane et de langue anglaise, est oppos�e � l�assimilation � un Guatemala catholique et de langue espagnole. Une commission d�arbitrage am�ricaine proposa en 1968 que les deux pays reconnaissent l�ind�pendance du Honduras britannique. Devenu le Belize en juin 1973, le pays continue, cependant, � �tre revendiqu� � la fois par le Guatemala et le Mexique.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>Honegger</p><p>(Arthur)</p><p>Compositeur suisse, rattach� � l��cole fran�aise (Le Havre 1892 - Paris 1955).</p><p>La vie</p><p>Ses parents, protestants zurichois, habitaient Le Havre, o� son p�re �tait fond� de pouvoir d�une maison d�importation de caf�. Le jeune Honegger prend des le�ons de violon et d�couvre l�op�ra et les sonates de Beethoven. Il re�oit des le�ons d�harmonie de l�organiste de Saint-Michel du Havre. R. Ch. Martin, d�s 1905. Apr�s l�audition de deux cantates de Bach, dirig�es par Andr� Caplet, il compose, � quinze ans, un oratorio, le Calvaire. De 1909 � 1911, il �tudie la musique au conservatoire</p><p>de Zurich avec Friedrich Hegar. Rentr� au Havre, il se rend chaque semaine au Conservatoire de Paris pour travailler le violon avec Lucien Capet, le contrepoint et la fugue avec Andr� G�dalge.</p><p>La guerre l�appelle en Suisse dans l�infanterie. Lib�r� en 1915, il retourne au Conservatoire et suit les classes de composition de Charles Widor et de direction d�orchestre de Vincent d�Indy. Il se fixe � Paris, se lie d�amiti� avec Darius Milhaud, fait partie en 1916, autour d�Erik Satie, des � Nouveaux Jeunes �, qui sont � l�origine du � groupe des Six* �, cr�� en 1920.</p><p>� partir de 1916-17, il �crit ses premi�res oeuvres, des m�lodies, le premier quatuor, le Dit des jeux du monde (1918). En 1920, le public lui d�cerne le prix Verley pour sa Pastorale d��t�.</p><p>Commence alors pour le musicien une vie laborieuse de compositeur. Ren� Morax, fondateur du th��tre du Jorat en Suisse, lui commande la musique de sc�ne du Roi David, que Honegger �crit en deux mois (1921). Un franc succ�s l�attend ; il jouit d�une audience internationale, et les commandes affluent : musiques de sc�ne, ballets, op�rettes, musiques de film, qui lui procurent des avantages mat�riels, mais surtout oeuvres plus cons�quentes. Il a la joie de composer la trag�die d�Antigone (1924-1927), sur un texte de Jean Cocteau. � partir de 1930, il aborde la symphonie : la premi�re, command�e pour les cinquante ans du Boston Sym-phony Orchestra ; la seconde (1941), � la demande du chef suisse Paul Sacher, reflet du temps de la guerre, avec l�espoir d�un avenir meilleur gr�ce au choral du dernier mouvement ; la troisi�me (1946), dans laquelle il cherche � �voquer la r�action de l�homme devant le monde moderne qui l��touffe ; la quatri�me (1946), paisible et heureuse, rappelant sa Suisse natale ; la cinqui�me, appel�e Di tre re (1950) en raison de chacun des mouvements qui se termine par un r� � la timbale, demand�e pour c�l�brer la m�moire de Natalia Koussevitski. La collaboration avec Paul Val�ry pour Amphion (1929) et S�miramis (1933) se r�v�le heureuse ; celle qu�il a avec Paul Claudel pour Jeanne d�Arc au b�cher (1935) unit intimement deux artistes qui se downloadModeText.vue.download 263 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5404</p><p>compl�tent. Ils associeront de nouveau leurs talents pour la Danse des morts (1938) et le Soulier de satin (1943), pour lequel le compositeur �crit la musique de sc�ne. Sa derni�re oeuvre, Une cantate de No�l (1953), reprend les �l�-</p><p>ments d�une Passion rest�e inachev�e par le suicide de l�auteur du texte.</p><p>En marge de sa vie de cr�ateur, Honegger, d�s 1924, m�ne une carri�re de chef d�orchestre � Paris et � l��tranger, o� il dirige ses compositions avec beaucoup de succ�s : Europe occidentale, Russie, Pologne, Gr�ce, Am�rique du Sud, �tats-Unis. En 1941-1944, il est critique musical au journal Comoedia et, durant la m�me p�riode, il enseigne la composition � l��cole normale sup�-</p><p>rieure de musique de Paris. Au cours d�un voyage dans les deux Am�riques (1947), il est terrass� par une crise cardiaque. Ses derni�res ann�es seront assombries par la maladie.</p><p>Le musicien</p><p>et son oeuvre</p><p>La personnalit� musicale de Honegger a subi la double influence de ses origines : al�manique et fran�aise. Lui-m�me a dit qu�il devait � la Suisse la tradition protestante et la familiarit� de la Bible, d�o� son admiration pour Bach. � Mon grand mod�le est Jean-S�bastien Bach �, affirme-t-il. Comme pour celui-ci, la cr�ation musicale repr�sente pour lui un acte de foi. De m�me que chez Bach, le message ho-negg�rien se ressent de ce climat religieux. L�id�e du choral alimente une grande partie de son oeuvre, oratorios et musique symphonique, soit qu�il emploie un th�me de la liturgie protestante ou catholique, soit qu�il utilise ses propres th�mes comme une m�lodie de choral : citation plaqu�e sur le contexte symphonique � la fa�on d�un cantus firmus (le th�me de trompette du dernier mouvement de la symphonie pour cordes ou le th�me du Dies irae dans la Danse des morts), soit que cette m�lodie f�conde le discours musical (Pacific 231, qui emprunte � la forme du choral vari�). Honegger cite souvent aussi les textes des Psaumes (le Roi</p><p>David, les Trois Psaumes, Mimaamaquim). � la France, il doit le sens de la construction claire, de l��quilibre, de la sym�trie, de la concision et de l��conomie des moyens, d�une certaine pudeur dans l�effusion. Tout reste bref dans son propos, qui ignore la digression. Il se pla�t � accompagner un th�me cha-leureux d�une instrumentation d�pouill�e, ou, au contraire, la sobri�t� de la voix calme l��panchement orchestral.</p><p>Le Suisse, en dehors de Bach, voue un culte � Beethoven et � Wagner, admire Strauss et Reger, reconna�t l�influence qu�ont exerc�e sur lui Sch�nberg et Stravinski. Le Fran�ais �coute Debussy et Faur�, qui, dit Honegger,</p><p>� ont fait tr�s utilement contrepoids, dans mon esth�tique et ma sensibilit�, aux classiques et � Wagner �.</p><p>� J�attache une grande importance � l�architecture musicale. � En effet, le musicien manifeste son go�t pour les formes rigoureuses : sonate, symphonie, concerto. Il traite un peu ce dernier � la mani�re des pr�classiques, en un style concertant souvent voisin du grosso (Concertino pour piano et orchestre, Concerto da camera). Le soliste ne s�impose pas par une virtuosit� gratuite, mais s�int�gre � la trame symphonique.</p><p>Quoiqu�il laisse des compositions de musique de chambre d�un haut int�r�t et que ses recherches dans le domaine de l�op�ra ne soient pas n�gligeables, la symphonie et surtout l�oratorio semblent �tre l�apport le plus consid�-</p><p>rable de Honegger. Venu tard � la symphonie, ses sonates pour instruments lui servent � �prouver quelques-uns des principes qu�il appliquera ensuite � la sonate d�orchestre : forme tripartite, un andante (il �crit ce mouvement en premier) flanqu� de deux mouvements plus rapides ; interversion des th�mes � la r�exposition dans l�all�gro initial (AB devient BA), ce qui lui conf�re �quilibre, sym�trie et clart�, proc�d� utilis� aussi dans certains mouvements en forme de lied ; emploi de formes strictes, le rondo, la passacaille, le choral vari�.</p><p>� Mon r�ve aurait �t� de ne composer que des op�ras. � Comme pour H�ndel,</p><p>dont les pr�f�rences allaient aussi au drame, les circonstances auront voulu que Honegger laisse le meilleur de lui-m�me dans l�oratorio. Il renoue avec cette forme, assez d�laiss�e de ses contemporains, et la r�nove. Avec elle, il satisfait le � biblique � qu�il est (le Roi David, Judith) et son go�t pour la fresque monumentale (Jeanne d�Arc au b�cher).</p><p>Le premier grand oratorio qu�il</p><p>signe, le Roi David, marque le genre d�un certain nombre de r�gles dont il ne se d�partira plus, tous ses oratorios pr�sentant les m�mes caract�res.</p><p>� la mani�re de H�ndel, le choeur demeure le personnage important, soit qu�il commente ou r�sume l�action, soit qu�il repr�sente la foule en un style vivant et color� qui n�est pas sans rappeler certains choeurs des Passions de Bach. Les choeurs de Jeanne d�Arc au b�cher sont typiques sur ce point : � bouche ferm�e, cris, psalmodies, vocif�rations chant�es ou parl�es, l�effet saisit. Presque toujours homo-rythmique, le choeur se voit souvent confier des chansons populaires. Honegger sait l�utiliser avec beaucoup de science : dans la Danse des morts, un petit choeur psalmodi� de rythme ternaire se superpose � un grand choeur binaire qui chante une ronde reprenant l�air de � Sur le pont d�Avignon �. Le r�cit parl� remplace le r�citatif chant� de l�ancien oratorio. Son r�le se r�v�le capital ; souvent, le r�le principal n�est pas chant�, mais confi� � un r�citant (Jeanne d�Arc, Nicolas de Flue).</p><p>La trag�die musicale d�Antigone</p><p>reste l�une de ses meilleures r�alisations. Le compositeur apporte une solution au probl�me de la d�clamation, qui l�a beaucoup pr�occup�. Lui-m�me s�en explique dans la pr�face de l�ouvrage : � Remplacer le r�citatif par une �criture vocale m�lodique ne consistant pas en tenues sur les notes �lev�es (ce qui rend toujours le texte incompr�hensible) ou en lignes purement instrumentales ; mais au contraire en cherchant une ligne m�lodique cr��e par le mot lui-m�me, par sa plastique propre, destin�e � en accuser les contours et en augmenter le relief.</p><p>Chercher l�accentuation juste principalement dans les consonnes d�attaque</p><p>en opposition � la prosodie conventionnelle qui les traite en anacrouses. �</p><p>La dur�e du texte chant� n�exc�de pas celle du texte r�cit�, d�o� une m�lodie syllabique �voluant dans une tessiture moyenne. L�accent tonique se voit souvent d�plac� afin de mieux projeter le mot et d�intensifier sa signification.</p><p>Les diverses influences subies par le jeune musicien se fondront tr�s t�t en un style empreint d�une personnalit� forte, ind�pendante et ennemie de tout syst�me. Son langage �pre s�exprime � la fois par l�atonalit�, la polytonalit�, le chromatisme, mais ne rejette pas la tonalit�. Honegger attache plus d�importance � la pens�e qu�au vocabulaire choisi pour l�exprimer. Il n��rige jamais en syst�me l�emploi du leitmotiv ou du th�me cyclique, dont il se sert parfois.</p><p>Ceux-ci conf�rent seulement plus de coh�sion � l�ensemble. La rythmique joue un r�le de premier plan, souvent heurt�e, obstin�e ou superposant des rythmes qui se contrarient. Dans Pacific 231, le musicien donne l�impression d�acc�l�ration par la diminution progressive des valeurs rythmiques (de la ronde � la double croche), puis il use du syst�me inverse pour le ralentissement. L��criture contrapuntique, tr�s savante, se meut en une polyphonie complexe, mais a�r�e, dans laquelle les th�mes se renversent, s�inversent ou se superposent.</p><p>Honegger n�attend pas d��crire des symphonies pour montrer ses qualit�s d�orchestrateur. La forme concertante l�attire. Il recherche les effets de contraste en utilisant l�ensemble de la masse sonore ou, le plus souvent, en d�taillant les vents. Il fait un bel usage des cuivres et emploie presque toujours les instruments par groupes.</p><p>� Il me para�t indispensable, pour aller de l�avant, d��tre solidement rattach� � tout ce qui pr�c�de. Il ne faut pas rompre le lien de la tradition musicale. � On a beaucoup parl� du n�o-classicisme et du n�o-romantisme de Honegger. Peut-�tre serait-il plus exact d��voquer un traditionalisme que le compositeur juge essentiel et qu�il modernise par le langage harmonique ainsi que par les pr�occupations qui f�condent son oeuvre : la machine (Pa-</p><p>cific 231), le sport (Rugby) et surtout la condition de l�homme. Le � pessimisme � du musicien a �galement �t� souvent soulign�. Il semble plut�t qu�il ait �num�r� quelques v�rit�s concernant la condition du compositeur et, en jugeant avec le recul, qu�il ait eu la pr�-</p><p>monition des dangers qui mena�aient notre civilisation. Si plusieurs de ses oeuvres refl�tent ses pens�es am�res, il ne faut cependant pas oublier la jeunesse d�autres : le Concertino pour piano, le Concerto de violoncelle, le Chant de joie, la Pastorale d��t�, le Concerto da camera, Une cantate de No�l.</p><p>Les oeuvres de Honegger</p><p>y Piano : Toccata et variations (1916) ; Trois Pi�ces : pr�lude, hommage � Ravel, danse (1919) ; Sept Pi�ces br�ves (1920) ; le Cahier romand (1923) ; Hommage � Albert Roussel (1928) ; Pr�lude, arioso et fughette sur le nom de Bach (1932).</p><p>y Orgue : Fugue, Choral (1917).</p><p>y Musique de chambre : rhapsodie pour 2 fl�tes [ou violons], clavecin [ou alto] et piano (1917) ; Danse de la ch�vre pour fl�te seule (1919) ; Trois Contrepoints pour petite fl�te, hautbois [ou cor anglais], violon, violoncelle (1922) ; 2 sonatines : pour 2 violons (1920) et pour violon et violoncelle (1932) ; 6 sonates : 2 pour 2 violons et piano (1917, 1919) ; 1 pour alto et piano (1920) ; 1 pour violoncelle et piano (1920) ; 1 pour clavecin [ou violoncelle] et piano (1922) ; 1 pour violon seul (1940) ; 3 quatuors � cordes (1917, 1936, 1937).</p><p>downloadModeText.vue.download 264 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5405</p><p>y Musique symphonique : le Chant de Nigamon (1917) ; Pastorale d��t� (1920) ; Horace victorieux (1921) ; Chant de joie (1923) ; 3 po�mes symphoniques : Pacific 231 (1923), Rugby (1928), Mouvement symphonique no 3 (1933) ; 5 symphonies : premi�re symphonie (1930), Symphonie pour cordes (1941), symphonies � liturgique � (1946), Deliciae basilienses (1946), Di tre re (1950) ; Suite archa�que (1951) ; Monopartita (1951). Plusieurs suites d�orchestre tir�es de ses ballets et musiques</p><p>de film.</p><p>y Concertos : Concertino pour piano et orchestre (1924) ; Concerto pour violoncelle et orchestre (1929) ; Concerto da camera pour fl�te, cor anglais et orchestre � cordes (1948).</p><p>y M�lodies : Six Po�mes (extraits d�Alcools d�Apollinaire, 1917) ; Six Po�sies de Jean Cocteau (1923) ; Trois Po�mes de Claudel (1940) ; Trois Psaumes (1941) ; Petit Cours de morale (1941) ; Mimaamaquim (1946).</p><p>y OEuvres lyriques et oratorios : P�ques � New-York (1920) ; le Roi David (1921) ; Judith (1925) ; Antigone (1927) ; Amphion (1929) ; les Aventures du roi Pausole (1930) ; Cris du monde (1931) ; S�miramis (1933) ; Jeanne d�Arc au b�cher (1935) ; l�Aiglon (en collaboration avec Jacques Ibert, 1936) ; les Petites Cardinal (en collaboration avec J. Ibert, 1937) ; la Danse des morts (1938) ; Nicolas de Flue (1940) ; Une cantate de No�l (1935).</p><p>y Ballets : Skating-Rink (1921) ; Sous-marine (1924) ; les Noces d�Amour et de Psych� (1930) ; le Cantique des cantiques (1938) ; l�Appel de la montagne (1943) ; Chota Ros-taveli (en collaboration avec Aleksandr Nikola�evitch Tcherepnine et Tibor Hars�nyi, 1945), etc.</p><p>y Musiques de sc�ne : le Dit des jeux du monde (1918) ; les Mari�s de la tour Eiffel (en collaboration avec les � Six �, 1921) ; Phaedre (1926) ; le Soulier de satin (1943), etc.</p><p>y �crits : Incantations aux fossiles (Lausanne, 1948) ; Je suis compositeur (Paris, 1951).</p><p>Y. de B.</p><p>Roland-Manuel, A. Honegger (S�nart, 1925). / A. George, A. Honegger (Aveline, 1926).</p><p>/ W. Tappolet, Arthur Honegger (La Baconni�re, Neuch�tel, 1939 ; nouv. �d., 1957). / J. Bruyr, Honegger et son oeuvre (Corr�a, 1947). / M. De-lannoy, Honegger (Horay, 1955). / J. Matter, Honegger ou la Qu�te de joie (Foetisch, Lausanne, 1956). / A. Gauthier, Arthur Honegger (E. I. S. E., Lyon, 1957). / M. Landowski, Honegger (�d. du Seuil, 1957). / P. Meylan, Ren� Morax et Arthur Honegger au th��tre du Jorat (�d. du Cervin, Lausanne, 1965). / J. Feschotte, Arthur Honegger (Seghers, 1966).</p><p>Hongkong</p><p>En chinois XIANGGANG (Hiang-kang), colonie britannique en bordure de la Chine (Guangdong [Kouang-tong]) ; 1 034 km 2 ; 4 039 000 hab. Capit.</p><p>Victoria.</p><p>La colonie pr�sente dans les agglom�rations de Victoria et de Kowloon un des plus extraordinaires paysages urbains qui soient au monde. Elle vit �galement dans d�exceptionnelles conditions, important 80 p. 100 de sa nourriture, qui vient en grande partie de la R�publique populaire de Chine, et exportant 90 p. 100 de sa production industrielle.</p><p>Le paysage</p><p>Accroch�e au flanc sud de la R�publique populaire de Chine, la colonie comprend, au nord, une petite p�ninsule, tr�s d�coup�e, la p�ninsule de Kowloon, et de nombreuses �les et �lots, dont la grande �le de Lan Tao, qui est presque vide, et, surtout, face � la p�ninsule, l��le m�me de Hongkong.</p><p>Le paysage est celui de la Chine m�ridionale, un paysage contrast�, accident� de basses montagnes : Victoria Peak, dans l��le de Hongkong, qui domine imm�diatement Victoria, atteint 550 m ; Lan Tao Peak, dans l��le de Lan Tao, 936 m ; Tai Mo Shan, dans la p�ninsule, 958 m. Il n�existe pas de vraie plaine, mais des vall�es largement remont�es par la mar�e et occup�es encore partiellement, � leur d�bouch� dans la mer, par la mangrove. Ces montagnes donnent un relief littoral �miett� : �les et �lots sont tr�s d�coup�s, et la p�ninsule, elle-m�me, est, � l�est, presque coup�e en deux par le Tolo Channel, qui p�n�tre profond�ment � l�int�rieur des terres. Les granit�s ont donn�, sous un climat chaud (minimum de janv., 13,8 �C) et presque constamment humide (2 158 mm de pluies annuelles et seulement trois mois assez secs d�octobre � d�cembre), d��pais sols ferralitiques, de m�diocre valeur, sans nappe phr�atique utilisable : l��le de Hongkong n�a pas d�eau. La for�t originelle a, depuis longtemps, disparu, et, en d�pit des efforts britanniques,</p><p>les montagnes sont surtout couvertes de savanes. Contrairement aux villes chinoises, presque toujours construites en terrain plat, Victoria et Kowloon sont donc en site tr�s accident�, mal-commode mais admirable.</p><p>Le port est excellent : entre la p�ninsule et l��le de Hongkong, le bras de mer fournit sur 42,5 km 2 une rade profonde (Victoria Harbour), que le Victoria Peak abrite bien des redoutables typhons : on y p�n�tre par l�est (Lei U Mun). Il n�y a pas d�arri�re-pays avoisinant, mais la position de ce port, imm�diatement � l�est de l�estuaire de la Pearl River (en chinois Zhujiang</p><p>[Tchou-kiang]), permet, par celui-ci, d�atteindre Canton*, qui fut longtemps le seul port chinois ouvert aux �trangers.</p><p>L�implantation</p><p>La Compagnie anglaise des Indes</p><p>orientales �tait, depuis 1681, install�e dans la ville portugaise de Macao, � l�ouest de l�estuaire de la Pearl River, pr�cis�ment pour commercer avec Canton ; pendant la � guerre de l�Opium �, d�clench�e en 1839, elle se r�fugia dans l��le de Hongkong ; cette �le, � tr�s riche en granite et en eau sal�e �, fut acquise par la Grande-Bretagne en 1842, au trait� de Nankin : elle avait alors environ 5 000 habitants (p�cheurs, carriers, cultivateurs et pirates). En 1860, � la convention de P�kin, l�extr�mit� sud de la p�ninsule, o� se trouve une petite ville fortifi�e, Kowloon, refuge du dernier empereur Song, fut c�d�e �galement � la Grande-Bretagne : la vieille ville de Kowloon a toujours un statut sp�cial. Enfin, en 1898, � la nouvelle convention de P�kin, la plus grande partie de la p�-</p><p>ninsule et 75 �les dont Lan Tao furent lou�es � la Grande-Bretagne pour 99 ans (l�ensemble constituant les New Territories) ; la population �tait ici plus nombreuse, avec des villages fortifi�s et m�me des petites villes peupl�es de Cantonais, et aussi des villages de &#x1E24;akkas (venus du Hunan [Hou-nan]).</p><p>Les fonctions</p><p>De 1842 � 1941, pendant un si�cle, Hongkong fut, � la fois, une base navale</p><p>et un port d�entrep�t : base navale avec une importante garnison (les terrains militaires sont encore nombreux) ; port d�entrep�t gr�ce � ses qualit�s naturelles, � son importance bancaire (The Hongkong and Shanghai Banking Corporation) et � son statut de port franc (Hongkong recevait des marchandises downloadModeText.vue.download 265 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5406</p><p>du monde entier, les stockait et commer�ait avec la Chine [40 p. 100 du trafic en 1938] � bien que Shanghai f�t, � cet �gard, beaucoup mieux plac� et plus actif � et plus encore avec l�Asie du Sud-Est, o� son r�le, concurren�ant celui de Singapour, s��tendait jusqu�au Born�o-Septentrional). Gr�ce aux communaut�s chinoises des mers du Sud, le commerce �tait fort actif, commerce de gros et de d�tail ; par contre, l�industrie �tait r�duite : chantiers navals et industrie cotonni�re, � partir de 1930. La population, grossie par un premier afflux de 500 000 r�fu-gi�s entre 1937 et 1941, atteignait cette derni�re ann�e 1 500 000 habitants. En d�cembre 1941, Hongkong fut prise par les Japonais et, en 1945, n�avait plus que 500 000 habitants, les autres ayant �migr�.</p><p>L�ann�e 1949 fut d�cisive pour Hongkong : la plupart des capitaux chinois, ceux de Shanghai notamment, s�y r�fu-gi�rent et aussi des techniciens, ing�-</p><p>nieurs shanghaiens, qui jou�rent un r�le �conomique d�cisif. Par la suite arriv�rent massivement des r�fugi�s pauvres, fournissant une main-d�oeuvre tr�s bon march�. L�industrialisation de Hongkong en r�sulta. Vinrent ensuite des capitaux chinois de l�Asie du Sud-Est (de Saigon-Cho-Lon par exemple), puis, � partir de 1965 environ, des capitaux japonais et am�ricains (voulant profiter du bon march� de la main-d�oeuvre). De l� ont r�sult� des modifications �conomiques consid�rables.</p><p>La base navale a perdu beaucoup</p><p>de son importance ; cependant, Hongkong sert de point de rel�che � la VIIe flotte am�ricaine. Le port a une importance accrue, mais ses relations</p><p>avec la Chine ont beaucoup diminu�, avec l�embargo, depuis 1951, sur les</p><p>� marchandises strat�giques � � destination de la Chine. Par contre, la Chine fournit, par chemin de fer surtout, la nourriture de Hongkong : la colonie est, ainsi, la grande source de dollars de la R�publique populaire de Chine ; en d�pit d�une agriculture tr�s perfectionn�e dans les New Territories, Hongkong ne produit qu�une infime partie de ses besoins alimentaires. Le port d�entrep�t est rest� tr�s important pour l�Asie du Sud-Est. Le trafic est facilit� par le statut de port franc, sauf pour certains produits (parfums, alcools), et par l�absence de contr�le des changes.</p><p>L�essentiel du trafic portuaire se fait au mouillage : les cargos mouillent en rade et sont d�charg�s par jonques. Les manutentions sont rapides et bon march�, en d�pit de l�apparent archa�sme des moyens. Le stockage b�n�ficie de grandes facilit�s. Hongkong et Singapour sont � la t�te de l�extraordinaire r�seau de commer�ants chinois qui r�gne sur toute l�Asie du Sud-Est. �</p><p>Hongkong, les produits manufactur�s sont meilleur march� que dans leur pays d�origine, les pays producteurs vendant sans taxe � l��tranger et Hongkong �tant port franc.</p><p>Le commerce de d�tail a ainsi une extraordinaire activit� : les rues commer�antes sont des suites de boutiques vendant toutes sortes d�articles, parfois de grande valeur (montres, appareils photographiques ou cam�ras, etc.), export�s ou revendus en partie aux touristes.</p><p>Hongkong est devenue un centre</p><p>industriel important depuis 1955. En 1970, 578 000 actifs travaillaient dans le secteur secondaire. En 1969, Hongkong a export� pour 10,5 milliards de dollars de Hongkong de marchandises (1 HK $ �gale approximativement 1 franc). L�industrie textile, et surtout cotonni�re, a �t� longtemps l�industrie fondamentale, d�autant que Hongkong a pu exporter librement sur le march� britannique, concurren-</p><p>�ant vigoureusement le Lancashire.</p><p>Il y a aujourd�hui d�importantes filatures : 33 usines en 1947, 296 usines et 716 000 broches en 1964. La plupart de ces filatures sont install�es dans des villes satellites toutes neuves : Kwun</p><p>Tong au sud-est de Kowloon et Tsuen Wan au nord-ouest de Kowloon. Elles sont contr�l�es par d�anciens industriels de Shanghai. Le tissage se fait surtout � Victoria : � North Point et Wan Chai, dans des ateliers install�s dans des buildings. Hongkong exporte vers les pays d�velopp�s (Grande-Bretagne, �tats-Unis, Australie, Nouvelle-Z�lande) des tissus tr�s bon march�, et par contre des tissus de qualit� vers l�Asie du Sud-Est. Mais, dans l�industrie du textile, depuis 1964, vient en t�te la confection. Les plus gros acheteurs sont les �tats-Unis, la Grande-Bretagne, l�Allemagne de l�Ouest et la Su�de. L�industrie des postes de radio � transistors date de 1959 : 5 000 appareils �taient produits en 1960, 6 300 000 appareils en 1966. Au d�but, Hongkong recevait des pi�ces d�ta-ch�es import�es et n�effectuait que le montage, op�ration simple ne demandant pas de hautes qualit�s techniques.</p><p>Mais, depuis les investissements am�-</p><p>ricains, japonais et britanniques, les pi�ces sont fabriqu�es � Hongkong.</p><p>Hongkong exporte des appareils � une seule bande d��mission, vendus aux �tats-Unis et en Europe. Une meilleure productivit� a permis une baisse consid�rable des prix. Les chantiers navals sont rest�s fort importants ; ils emploient 7 000 ouvriers. Hongkong a pass� le premier stade industriel, celui de la fabrication d�articles tr�s bon march� utilisant une main-d�oeuvre bon march� sans qualification. Gr�ce � l�achat massif de machines-outils, elle est capable d�sormais de fabriquer des articles de qualit�.</p><p>L�ensemble urbain comprend deux</p><p>organismes essentiels, Victoria et Kowloon, qui se font face de part et d�autre du bras de mer. Les communications entre les deux se font par un remarquable r�seau de ferry-boats, mais un tunnel est actuellement creus� pour faciliter la circulation automobile.</p><p>� Victoria se trouve le centre des affaires (� Victoria City �) avec banques, centre postal, Cour supr�me, consu-lats, si�ges des compagnies a�riennes et des compagnies de navigation, et, imm�diatement � l�est, commence la ville commerciale chinoise, parall�le � la c�te, mais mordant sur les basses pentes de Victoria Peak, gr�ce � des</p><p>ruelles �troites entre des b�timents � �tages, o� se succ�dent les boutiques et leurs enseignes ; la densit� est ici toujours sup�rieure � 1 000 habitants � l�hectare, et parfois � 5 000 habitants � l�hectare, dans des immeubles souvent v�tust�s et malsains ; au-dessus de ce quartier commer�ant, les r�sidences, britanniques notamment, escaladent Victoria Peak. Kowloon a moins de pittoresque : � l�ouest se trouvent le port, avec quais et entrep�ts, puis un grand quartier commer�ant, le plus grand de l�agglom�ration, travers� par Nathan Road ; � l�est, une zone industrielle, le grand a�rodrome de Kai Tak, dont la piste a �t� gagn�e sur la mer par une entreprise fran�aise, et, audel�, la ville satellite tr�s moderne de Kwun Tong (200 usines, 250 hectares downloadModeText.vue.download 266 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5407</p><p>de polders dont 120 � usage industriel, 300 000 hab.).</p><p>Mais la colonie est, pour une grande part, une agglom�ration de r�fugi�s (1 million ?) ; de 1949 � 1959, on a parfois compt� 10 000 nouveaux arrivants par mois. Beaucoup d�entre eux �taient et sont rest�s mis�rables : le ch�mage est consid�rable parmi eux.</p><p>Ces r�fugi�s se sont install�s � Victoria et surtout � Kowloon dans les vides du paysage urbain (� l�exception des terrains militaires), notamment sur les pentes, o� ils ont cr�� d�effroyables bidonvilles (� slums �), menac�s par les incendies et que le gouvernement s�efforce de faire dispara�tre par l��dification de grands ensembles. Le probl�me du logement est grave, d�autant qu�on ne peut gu�re construire qu�en arasant des collines et en gagnant, avec les mat�riaux, des polders sur la mer.</p><p>Au probl�me des transports, largement r�solu, � celui, grave, des logements s�ajoute le probl�me de l�eau, en d�pit de la construction en 1963, par une entreprise fran�aise, d�un grand r�servoir dans l��le de Lan Tao, d�o� l�eau vient par pipe-line.</p><p>Ensemble urbain unique au monde,</p><p>Hongkong conna�t donc nombre de difficult�s, dont son site est largement responsable. Par ailleurs, son avenir politique est incertain.</p><p>J. D.</p><p>S. G. Davis, Hong Kong in its Geographical Setting (Hongkong, 1950). / G. B. Enda-cott, A History of Hong Kong (Oxford, 1958).</p><p>/ E. F. Szczepanik, Economic Growth of Hong Kong (Oxford, 1958). / K. Maeding, Wirts-chaftswachstum und Kulturwandel in Hong Kong (Munich, 1964). / C. S. Liang, Hong Kong.</p><p>A Physical, Economic and Human Geography (Hongkong, 1965) ; Urban Land Use in Hong Kong and Kowloon (Hongkong, 1968).</p><p>Hongrie</p><p>En hongr. magyar nepk&#x151;zt�rsag�g, �tat d�Europe orientale ; 93 000 km 2 ; 10 315 000 hab. (Hongrois). Capit.</p><p>Budapest.</p><p>Le milieu</p><p>La Hongrie occupe le centre et la majeure partie de la plaine panno-nienne, appel�e encore bassin du Danube moyen ou bassin carpatique.</p><p>Pr�s des trois quarts de la superficie sont au-dessous de 200 m, et 2 p. 100</p><p>seulement � plus de 400 m d�altitude.</p><p>Le point culminant, dans le massif de M�tra, atteint seulement 1 015 m. Dans ce pays de plaines, les moindres d�nivellations, les moindres diff�rences p�dologiques provoquent des nuances dans les paysages ; les collines et les montagnes moyennes jouent un r�le �conomique plus important qu�ailleurs.</p><p>Vaste cuvette de subsidence (o� le socle appara�t parfois � des profondeurs de plusieurs kilom�tres) combl�e par des d�p�ts marins et lacustres, tertiaires et quaternaires de plus de 1 000 m d��paisseur, la plaine panno-nienne appara�t plus vari�e qu�un coup d�oeil rapide sur la carte ne le laisse-rait supposer. De m�me, le climat, typiquement continental, introduit de nombreuses variantes. Le total annuel des pr�cipitations, qui atteint un m�tre � l�ouest et sur les montagnes, tombe � moins de 500 mm au sud-est. Les maximums se placent au d�but de l��t�, et les pluies tombent sous la forme de</p><p>violents orages, dont les eaux s��vaporent et s�infiltrent : r�gime pluviom�-</p><p>trique qui favorise la culture du ma�s.</p><p>Les amplitudes thermiques annuelles, de l�ordre de 25 �C, font appara�tre des �t�s tr�s chauds et des hivers rigoureux. L�irr�gularit� annuelle entra�ne des fluctuations dans le rendement des c�r�ales, et, � l�est du Danube au moins, l�irrigation d�appoint, et parfois m�me de n�cessit�, se r�v�le indispensable. Mais la longueur de la p�riode v�g�tative, la chaleur de l��t�, la douceur d�un automne tardif favorisent les cultures c�r�ali�res, le vignoble (la Hongrie est le pays du c�l�bre cru de Tokaj), les fruits m�ridionaux ; des essais de plantes subtropicales ont donn� quelques r�sultats, ainsi les ol�agineux et les fruits (le ricin, quelques figuiers et amandiers, p�chers et abricotiers r�ussissent bien), tandis que le coton est presque abandonn� ; le riz se cantonne sur les sols alcalins.</p><p>Les r�gions</p><p>g�ographiques et</p><p>leur am�nagement</p><p>Les trois �l�ments du relief, plaines, collines, montagnes, se disposent de chaque c�t� du Danube.</p><p>y La Grande Plaine, ou Alf�ld, a �t� essentiellement remblay�e par le Danube, la Tisza et ses affluents qui, jusqu�� une �poque r�cente, ont diva-gu� sur leurs propres alluvions. Ainsi, les plateaux sableux entre Danube et Tisza repr�sentent un ancien c�ne de d�jection du Danube o� se sont form�es des dunes. Le Ny�rs�g est un �norme c�ne alluvial de la Tisza sup�rieure, o� des dunes mouvantes sont s�par�es par de petits bassins mar�cageux. Ils forment tous deux les parties les plus �lev�es et (relativement) les plus s�ches. La Tisza dessine ensuite, au contraire, une vaste plaine alluviale inondable. Son endiguement, l�ass�chement des marais, la constitution de barrages-r�servoirs en amont ont permis de r�duire les dangers des crues. Ses affluents K�r�s et Maros fournissent les eaux n�cessaires � l�irrigation. Des sables, des alluvions fines de nature argileuse, des placages de loess recouvrent les plaines, dont les sols sont de qualit�</p><p>variable : terres noires, sols alcalins, ou solonietz, sols de terrasses plus s�ches. Ainsi s�individualisent des r�gions : la Grande-Coumanie, ou Nagykuns�g, aux vastes exploitations agricoles ; le Hortob�gy, rest� longtemps sauvage, parcouru par</p><p>les troupeaux de chevaux, de porcs, d�oies, constituant encore la puszta (le � d�sert �), actuellement terre de folklore pour les touristes �trangers.</p><p>Enfin, le Danube trace un beau ruban de terrasses dans une plaine inondable couverte de belles for�ts o� les parties tourbeuses, les bras morts, les lacs ass�ch�s et les anciens m�andres sont convertis � la culture ou aux prairies.</p><p>La Grande Plaine forme une des plus belles r�gions agricoles d�Europe en voie de transformation. La p�riode de reconqu�te et de recolonisation, apr�s les d�vastations et le peuplement turc, commenc�e par le d�veloppement des</p><p>� villes agricoles �, la colonisation de paysans magyars et souabes, la dispersion des tanyas s�ach�vent avec l�am�-</p><p>nagement rationnel des paysages : drainage et irrigation gr�ce au Grand Canal de la Tisza ; plantation d�acacias et de peupliers ; extension des labours aux d�pens de m�diocres p�turages ; utilisation des nappes phr�atiques, regroupement des tanyas, cr�ation de</p><p>� villages-centres �, fixation des dunes mouvantes...</p><p>y La Petite Plaine, le Kisalf�ld, re-pr�sente une autre cuvette, situ�e � l�ouest, en Transdanubie, limit�e � l�ouest par les derniers massifs des Alpes orientales, Sopron et K�szeg, combl�e par de multiples c�nes du Danube, qui se divise et re�oit la R�ba, formant de nombreux bras. Quelques lacs, le Fert�, qui s��tend aussi en Autriche (sous le nom de Neusiedl), et des marais attestent encore l�ind�-</p><p>cision du drainage. Quelques buttes volcaniques, les parties sup�rieures des c�nes et les terrasses sup�rieures portent des for�ts partiellement d�frich�es. Sur les sols bruns et les terres noires, la grande culture est possible.</p><p>y La Hongrie des collines occupe la majeure partie de la Transdanubie. Un r�seau hydrographique tr�s dense, affluents de la Drave, du lac</p><p>Balaton et du Danube, a d�coup� une �paisse masse de d�p�ts marins recouverts d�alluvions, de sables et de loess, constituant le pays de Zala � l�ouest, la r�gion de Somogy et de Tolna entre Danube et lac Balaton.</p><p>Celui-ci occupe le fond d�un foss� tectonique dissym�trique sur une longueur de 77 km avec une largeur de 6</p><p>� 14 km, avec, au nord-ouest, un versant relativement abrupt et quelques pointements volcaniques comme la presqu��le de Tihany, et, au sud-est, une rive plate, mar�cageuse, avec de belles plages. Au sud, le massif ancien du Mecsek se dresse � pr�s de 700 m d�altitude, fragment de socle rehauss� ayant gard� une partie de sa couverture s�dimentaire, form�e de plateaux calcaires. On y extrait du charbon cok�fiable et du minerai d�uranium, de la bauxite dans les collines (plus au sud) de Vill�nyi.</p><p>L�ensemble de la Transdanubie,</p><p>couvert de for�ts essart�es, b�n�ficiant d�un climat relativement plus doux, est une r�gion de polyculture et d��levage vari�s. La lutte contre l��rosion des sols, l�assainissement des basses vall�es (Zala, Mez&#x151;f�ld, entre Balaton et Danube, parcouru par le Si� canalis�), l�am�lioration des sols ont contribu� � sa transformation.</p><p>y Les montagnes constituent une dorsale orient�e grossi�rement du sud-ouest au nord-est, travers�e en cluse par le Danube, qui les divise ainsi en deux groupes.</p><p>� l�ouest, les montagnes de Transdanubie se composent de horsts primaires, recouverts de d�p�ts secondaires, d�coup�s par des foss�s de direction transversale, pr�sentant des restes de surfaces d��rosion �tag�es dominant de beaux glacis. Les sommets, tr�s aplanis, se dressent entre 600 et 757 m. Le Bakony est le plus �tendu, form� de plateaux calcaires et dolomitiques, de pointements volcaniques, recouvert d�une for�t dense avec des bassins int�rieurs et des vall�es en culture. S�par� du Bakony par le bassin de M�r, le V�rtes, plus bas, est pr�c�d� des monts de Velence (au sud-est), qui se dressent au-dessus d�un petit lac. On appelle Dunazug un complexe de petits massifs tranch� par</p><p>le Danube : Gerecse et Pilis calcaires, Visegr�d truff� de pointes �ruptives.</p><p>downloadModeText.vue.download 267 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5408</p><p>Ces montagnes moyennes renferment trois types de gisements : des charbons bruns et des lignites tertiaires au fond des bassins ; du mangan�se ; de la bauxite (dont les r�serves s��l�vent � plus de 80 Mt).</p><p>� l�est, les massifs appel�s � septentrionaux � se rattachent d�j� � la zone interne des Carpates. Les altitudes moyennes y sont plus �lev�es ; l��rosion, plus intense, a donn� des formes plus vigoureuses ; les bassins int�rieurs sont plus profonds. L�altitude et la position expliquent la relative fra�-</p><p>cheur des �t�s et l�humidit� du climat, qui entretient les plus belles for�ts de la Hongrie. Les massifs se raccordent � la Grande Plaine par de beaux pi�monts de collines diss�qu�es, de glacis et de terrasses expos�s au sud et qui portent des vergers et des vignobles, dont celui de Tokaj. Il faut distinguer deux types de montagnes : d�une part, des horsts � substratum primaire recouvert d�une �paisse s�rie calcaire donnant de beaux karsts (B�kk et montagne de Borsod) ; d�autre part, les restes du volcanisme �og�ne et surtout plioc�ne, avec �panchements de laves issues de stratovol-cans, formations de tufs, align�es de dykes d�mantel�s par l��rosion. Ainsi s�individualisent les paysages vari�s du B�rzs�ny, du Cserh�t, le Zempl�n, avec ses crat�res laccolitiques. Des bassins et des vall�es profondes d�-</p><p>coupent les massifs : ceux de la rivi�re Ipoly, � la fronti�re slovaque ; ceux du Saj� et du Hern�d, affluents de la Tisza. Ils contiennent des gisements de charbon du Tertiaire, et celui du Saj�, du minerai de fer.</p><p>Ces montagnes moyennes jouent</p><p>donc un r�le majeur dans l��conomie hongroise : elles fournissent le bois, les eaux, les minerais. Elles concentrent, avec le massif du Mecsek, les seuls foyers industriels capables de faire contrepoids � l�excessive centralisation de Budapest.</p><p>A. B.</p><p>L�HISTOIRE DE LA</p><p>HONGRIE</p><p>Des origines �</p><p>saint �tienne</p><p>Les restes de l�homme de</p><p>V�rtessz&#x151;ll&#x151;s, pith�canthropien d�environ 450 000 ann�es, marquent l�apparition humaine dans le bassin des Carpates.</p><p>Les premiers peuples identifi�s</p><p>sont ceux de l��ge du fer : Illyriens et Thraces (v. 500 av. J.-C.), suivis de Scythes et de Celtes. Au d�but du Ier s., les Romains occupent la Transdanubie et la transforment en province sous le nom de Pannonie. Un si�cle plus tard, Trajan fait de la Transylvanie le centre de la nouvelle Dacie. Les Romains abandonnent cette derni�re aux Ostrogoths en 271 et quittent la Pannonie en 409. G�pides et Longobards succ�dent aux Ostrogoths et sont chass�s par les Huns et les Avars, qui y restent jusqu�� l�arriv�e, au IXe s., des Hongrois.</p><p>Les Hongrois appartiennent � la</p><p>branche ougrienne de la famille linguistique finno-ougrienne. Les Ougriens habitaient vers 1000 av. J.-C. au sud du coude de la Volga, s�occupaient d��levage, en particulier de celui du cheval, pratiquaient la poterie, le tissage et l�agriculture � la b�che.</p><p>Au milieu du Ier mill�naire av. J.-</p><p>C., une branche ougrienne, d�tach�e des autres, se trouve en �troit contact avec des tribus bulgaro-turques. Au cours d�une cohabitation de plusieurs si�cles avec leurs dominateurs successifs � Huns, Avars, Onogouro-Bulgares et enfin Khazars �, les Ougriens deviennent des �leveurs nomades, organis�s en tribus, vraisemblablement en fusionnant avec des tribus turques.</p><p>Sept des nouvelles tribus qui appartiennent � l�association tribale ono-gouro-bulgare, appel�e d�sormais tribu des � Magyars �, se lib�rent de l�h�-</p><p>g�monie khazare. Au d�but du IXe s., elles commencent � se fixer et � prati-</p><p>quer l�agriculture. Les chefs des tribus et des clans forment une aristocratie h�r�ditaire et guerri�re. Les Magyars adaptent � leur langue l��criture turque cun�iforme.</p><p>En 889, une attaque des P�tch�n�-</p><p>gues les oblige � quitter les steppes du Pontus et � se transporter sur les terres situ�es entre le Don et le delta du Danube, o� ils entrent en contact avec les Slaves orientaux. On les retrouve alli�s au roi de Germanie, Arnoul, contre la Moravie de Svatopluk (892), puis aux c�t�s de Byzance contre le tsar Sim�on de Bulgarie. Une nouvelle attaque p�tch�n�gue les contraint � traverser les Carpates (896). Au nombre d�environ 400 000, ils sont conduits par Kursz�n et �rp�d, chefs militaires et spirituels de l�association tribale. Ils trouvent dans le bassin danubien (env.</p><p>200 000 km 2) quelque 200 000 habitants, Slaves, Avars, Bulgares, et peut-</p><p>�tre des G�pides.</p><p>L�occupation principale des Hon-</p><p>grois �tablis � l�int�rieur des Carpates reste l��levage, mais la place de l�agriculture et du travail du m�tal s�accro�t.</p><p>Les chefs militaires entreprennent des raids contre la Thuringe, la Bavi�re et la Saxe, puis contre l�Italie, Byzance et la Bourgogne, jusqu�� ce qu�une d�-</p><p>faite, subie � Lechfeld devant Otton Ier*</p><p>(955), et le renforcement du pouvoir byzantin les obligent � se replier.</p><p>Pendant cette p�riode, l�organisation tribale est devenue structure g�ographique, les forteresses des chefs autant de centres administratifs. La famille d��rp�d (� 907) a su conserver le pouvoir central. G�za, dont la prise du pouvoir en 972 co�ncide avec l�arr�t complet des raids, tend � �tablir un pouvoir supr�me sur la classe dominante f�odale. Il organise une suite militaire compos�e essentiellement de cavaliers russes, allemands et italiens. En 973, pr�venant une attaque allemande, il offre son alliance � Otton Ier et demande l�envoi de moines missionnaires ; puis, en 975, il se fait baptiser avec toute sa famille ; il marie ses enfants avec ceux des dynasties voisines. Apr�s sa mort (997), son fils �tienne, �lev� dans la religion chr�tienne, se fait couronner � No�l de l�an 1000 avec une couronne</p><p>envoy�e par le pape.</p><p>Saint �tienne Ier* (de 1000 � 1038) parach�ve l�oeuvre de son p�re. Il d�-</p><p>truit l�organisation tribale et r�prime les r�voltes � pa�ennes �. Il organise au centre et au nord du pays 46 megye (comitats), dont les terres et la population libre, semi-libre et en esclavage passent au moins pour les deux tiers sous le pouvoir royal. Il nomme aux �v�ch�s et appelle de nouveaux missionnaires. Ses lois obligent la population � construire des �glises, � fr�quenter la messe et � subvenir aux besoins du clerg� par une d�me obligatoire. Il assure ainsi l�expansion de la civilisation de l�Europe occidentale.</p><p>Le Moyen �ge</p><p>(XIe-XIVe s.)</p><p>Tout en consolidant le nouveau syst�me social et politique, �tienne Ier d�-</p><p>fend l�ind�pendance de son �tat : il repousse en 1030 l�attaque de l�empereur Conrad II. Apr�s sa mort, les guerres de succession affaiblissent le pays, et l�un de ses successeurs �ph�m�res, Pierre, rend hommage en 1044 � l�empereur Henri III. Toutefois, son rival, Andr� Ier (de 1047 � 1060), apr�s avoir �cras� la r�volte � pa�enne � de Vata, se lib�re de l�emprise imp�riale. Saint Ladislas Ier (de 1077 � 1095) d�fait et repousse les attaques des P�tch�n�gues et des Coumanes, et conquiert la Sla-vonie, la Croatie et les villes dalmates.</p><p>Son successeur, Coloman (de 1095 � 1116), poursuit sa politique d�expansion dans les Balkans.</p><p>Lorsque le petit-fils de saint Ladislas, Manuel Ier Comn�ne, monte sur le tr�ne de Byzance (1143), il essaie d��tendre son influence sur la Hongrie. G�za II (de 1141 � 1162), pour se d�fendre, s�allie � Fr�d�ric II Barberousse, mais Manuel Ier r�ussit � faire monter sur le tr�ne hongrois son neveu, B�la, �lev� � la cour de Constantinople, et � annexer les villes dalmates. Toutefois, B�la III (de 1172 � 1196), ne pouvant acc�der au tr�ne de Byzance, se tourne vers l�ouest ; il gagne l�appui du pape, du clerg� romain et de l�aristocratie hongroise, dont il liquide les rivalit�s int�-</p><p>rieures, reprend la Dalmatie apr�s la mort de Manuel (1180), repousse les</p><p>attaques de Venise et conquiert m�me la Galicie. C�est sous son r�gne que le royaume hongrois atteint son premier apog�e.</p><p>La population du pays augmente</p><p>et atteint environ 2 000 000 d��mes ; l�agriculture, tout en restant peu productive, gagne du terrain, gr�ce, notamment, aux bonifications des marais entreprises avec l�aide de moines fran-</p><p>�ais cisterciens et de pr�montr�s, ainsi que de paysans �trangers (wallons, italiens), qui participent �galement � la diffusion de la viticulture. L�artisanat paysan sert de base � l�artisanat urbain dans les cit�s royales ou �piscopales et dans les chefs-lieux des comitats.</p><p>La structure de la Cour se diff�rencie ; le Conseil royal institu� par Coloman devient stable ; le comes palatinus (� l�origine l�intendant des propri�t�s royales) s�affirme comme le rempla-</p><p>�ant juridique et militaire du souverain.</p><p>L�administration, dont les r�glements sont codifi�s, est dirig�e par la Chancellerie royale. Lorsque le roi se rema-rie avec Marguerite Capet, la soeur de Philippe Auguste, il est l�un des souverains les plus riches d�Europe.</p><p>Le pouvoir royal perd toutefois du terrain, car l�aristocratie, b�n�ficiaire de nombreuses donations, affirme son ind�pendance. Le XIIIe s. voit grandir l�anarchie f�odale. En 1213, � l�occasion d�une campagne du roi Andr� II (de 1205 � 1235), l�une des factions aristocratiques organise un complot et assassine la reine Gertrude. Les im-p�ts extraordinaires, le fermage de la monnaie, des imp�ts, des douanes, des mines suscitent un m�contentement g�-</p><p>n�ral. Le roi doit conc�der une charte, la Bulle d�Or (1222), par laquelle il exon�re la petite noblesse des imp�ts, se reconna�t le devoir de la prot�ger contre l�aristocratie, admet la restric-downloadModeText.vue.download 268 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5409</p><p>tion des privil�ges royaux et m�me le droit de r�sistance au souverain en cas de parjure de celui-ci.</p><p>B�la IV (de 1235 � 1270) s�efforce</p><p>de r�tablir le pouvoir royal, mais son action est interrompue par l�invasion des Mongols (1241-42) au cours de laquelle p�rit la moiti� de la population et dispara�t la quasi-totalit� des villes de l�int�rieur. La Cour est oblig�e de se r�fugier en Dalmatie. Lorsque les Mongols se retirent, le souverain, pour reconstruire la d�fense du pays, doit conc�der de nouvelles donations � l�aristocratie, avec obligation de construire des ch�teaux forts, ce qui contribue � l�accroissement du pouvoir �conomique et militaire des f�odaux.</p><p>Contre ceux-ci, le roi s�appuie sur la petite noblesse, organis�e dans le cadre des comitats, qui envoient deux ou trois d�l�gu�s aux assembl�es l�gislatives royales. � la fin du XIIIe s. se forment la classe des serfs et, dans les villes, celle de la bourgeoisie citadine, r�unissant chacune des �l�ments disparates � l�origine : serviteurs et agriculteurs semi-libres, hospes (�trangers invit�s) et Hongrois �tablis autour des forts seigneuriaux.</p><p>Au cours des r�gnes des derniers rois de la famille d��rp�d, et en particulier pendant les guerres de succession qui suivent la mort d�Andr� III (1301) le morcellement f�odal s�accentue. Certains seigneurs constituent des provinces autonomes, avec leurs propres arm�es et leur monnaie ; ils s�allient avec des souverains �trangers.</p><p>Charles Robert (de 1308 � 1342), de la dynastie des Anjou de Naples, soutenu par les branches pauvres des grandes familles baronales, raffermit le pouvoir central. Il compte moins sur la propri�t� des terres que sur les imp�ts directs et indirects pr�lev�s sur le commerce, encourag� par des privil�ges accord�s � des marchands �trangers et par une r�forme des douanes. La d�couverte de nouvelles mines d�or et la politique de Charles Robert font du florin d�or hongrois l�une des monnaies les plus solides d�Europe. Le roi assure ses fronti�res orientales en conqu�rant la Bosnie (1328), et ses fronti�res occidentales en r�alisant une association tch�co-polono-hongroise (Visegr�d, 1335), dirig�e contre l�expansion des Habsbourg.</p><p>Son fils Louis Ier* le Grand (de 1342</p><p>� 1382) h�rite d�une situation �cono-</p><p>mique, financi�re et politique stable, et de fronti�res assur�es vers le nord et l�ouest. Il poursuit la politique d�expansion vers le sud. Son fr�re, Andr�, mari de Jeanne Ire de Naples, ayant �t� tu� par cette derni�re, Louis entreprend deux campagnes contre elle, mais, en 1352, il doit renoncer au tr�ne de Naples. Il r�alise toutefois l�union de la Hongrie, de la Croatie et de la Dalmatie, et obtient en 1370 la couronne de la Pologne. Il confirme et compl�te la Bulle d�Or, r�glemente la succession nobiliaire, introduit l�imp�t en nature pour les serfs et autorise leur libert� de mouvement.</p><p>� Louis Ier succ�dent sa fille, Marie, puis le mari de celle-ci, Sigismond de Luxembourg (de 1387 � 1437). Au</p><p>d�but de son r�gne, Sigismond essaie de stopper l�avance des Turcs, mais, apr�s la d�faite de Nicopolis (1396), il s�oriente vers l�ouest. En 1410-11, il obtient la couronne imp�riale et, en 1419, celle de la Boh�me, mais il perd la Dalmatie au profit de Venise.</p><p>L�oligarchie aristocratique redevient toute-puissante, acquiert de nouvelles propri�t�s et constitue des ligues baronales rivales. Pour compenser ses pertes, Sigismond favorise l�expansion des villes (lois de 1405). La tension sociale aboutit � un soul�vement massif des paysans de Transylvanie sous la conduite d�Antal Budai Nagy (1437).</p><p>Le brillant XVe si�cle</p><p>et la menace turque</p><p>Apr�s la mort de Sigismond, les factions aristocratiques m�nent une guerre de succession, dont les partisans de Vladislas Ier Jagellon II (de 1440 � 1444) sortent vainqueurs. (V. Jagellons.) Le nouveau roi confirme les droits politiques de la noblesse, formant la base juridique d�une constitution f�odale. Avec l�aide de l�arm�e, organis�e par le plus grand propri�taire du pays, Jean (J�nos) Hunyadi*, Ladislas combat les Turcs et avance jusqu�� Sofia. � Varna, il subit une d�faite et p�rit sur le champ de bataille.</p><p>Hunyadi, �lu r�gent pendant la minorit� de Ladislas (ou Vladislas) V le Posthume (de 1444 � 1457), reprend la guerre contre les Turcs et r�ussit �</p><p>les arr�ter m�me apr�s la conqu�te de Constantinople, notamment � Belgrade en 1456.</p><p>Mais Hunyadi meurt de l��pid�mie qui suit la bataille. Deux ans plus tard, son deuxi�me fils, Mathias, est �lu roi.</p><p>Au cours de la seconde moiti� du XVe s., la Hongrie conna�t un remarquable d�veloppement �conomique, politique et culturel. Sa population atteint 4 millions d�habitants. L�agriculture, l��levage et l�exploitation des mines progressent. Les exportations de cuivre, de b�tail et de vin sont tr�s importantes. Mais l�essentiel des importations est �chang� contre de l�or : deux � trois cent mille florins d�or quittent annuellement le pays en �change de produits manufactur�s. Toutefois, le commerce international est entre les mains de la bourgeoisie des villes de l�Allemagne du Sud, dont les capitaux ont p�n�tr� dans le pays. L�afflux des produits import�s freine l��volution industrielle des villes au niveau de l�artisanat corporatif, concurrenc�, d�autre part, par les artisans des bourgs agraires. Ces derniers se d�tachent de plus en plus des villages et, en devenant les centres de la production et de la commercialisation agricoles, ils constituent une forme particuli�re de la diff�renciation progressive de la paysannerie.</p><p>Mathias* Hunyadi (1458 � 1490),</p><p>appel� aussi Corvin, affermit tr�s rapidement sa position. Il s�appuie politiquement sur la petite noblesse, et �conomiquement sur les villes. Il cr�e une arm�e professionnelle de mercenaires, ind�pendante de l�arm�e f�odale des barons, confie l�organisation juridique et financi�re de la Couronne � des juristes d�origine noble ou bourgeoise et centralise la direction du pays dans sa capitale. Les privil�ges �conomiques des villes sont accompagn�s de droits politiques. Ayant arr�t� les Turcs, Corvin conquiert successivement la Bo-h�me, la Moravie et la Sil�sie. Apr�s une guerre contre l�empereur Fr�d�-</p><p>ric II, il occupe en 1485 Vienne et y transf�re son si�ge � en vue d�obtenir la couronne imp�riale � tout en maintenant � Buda et � Visegr�d la splendeur de sa Cour, qui depuis son</p><p>mariage avec B�atrice d�Aragon est le premier centre humaniste et artistique en dehors de l�Italie.</p><p>Apr�s sa mort, le pouvoir central s��croule. Son successeur, Vladislas II Jagellon III (de 1490 � 1516), tombe rapidement sous la d�pendance des oligarchies, son arm�e, non pay�e, s�effrite, les villes r�gressent, les paysans, qui ont support� les charges financi�res des guerres de Mathias, voient leur condition se d�grader. Lorsque l�archev�que Tam�s Bak�cz organise, avec l�accord du pape, une croisade contre les Turcs, les paysans r�unis dans son arm�e tournent leurs armes contre les seigneurs (1514). L�arm�e paysanne, dirig�e par Gy�rgy D�zsa (v. 1474-1514), obtient d�abord des succ�s, mais elle est d�faite � Temesv�r : ses chefs sont ex�cut�s, et les paysans sont d�-</p><p>sormais priv�s de leur libert� de mouvement. Le pays, affaibli, ne peut r�sister � l�attaque des Turcs, qui, en 1526, d�truisent l�arm�e nobiliaire � Moh�cs.</p><p>Le roi Louis II (de 1516 � 1526) ayant p�ri sans descendance, sa succession divise le pays en deux. L�une des factions �lit Ferdinand de Habsbourg (fr�re de Charles Quint), qui ne pourra r�gner (de 1526 � 1564) que sur les parties nord et ouest du royaume, avec Pozsony (Presbourg) comme capitale. Le parti � national � choisit le plus puissant des oligarques, Jean Z�-</p><p>polya (de 1526 � 1540), qui conserve le Centre et l�Est. Apr�s la mort de ce dernier, le Sultan, pr�textant la protection du nouveau-n� Jean-Sigismond, occupe Buda ainsi que le centre de la plaine danubienne et ne laisse au petit prince que la Transylvanie, laquelle devient en 1556 principaut� ind�pendante, mais payant tribut � la Sublime Porte. La Hongrie restera divis�e pendant plus d�un si�cle.</p><p>L�offensive turque en direction de Vienne (1552) est frein�e par la r�sistance acharn�e des villes fortifi�es. Soliman II �choue devant Eger et meurt � Szigetv�r (1566). Son successeur se r�signe au statu quo par la paix d�An-drinople (1568). L�expansion turque ne reprendra plus avant longtemps.</p><p>� l�abri de la longue ligne de d�fense</p><p>des villes et des ch�teaux fortifi�s, de l�Adriatique � la Tisza, construite et entretenue en partie avec l�aide de l�Empire, se restaure le syst�me f�odal, fond� sur le travail des serfs li�s � la terre. La conjoncture internationale aidant, la Hongrie � royale � d�veloppe ses exportations de b�tail et de vin. Par contre, la bourgeoisie s�affaiblit et perd tout pouvoir politique ; celui-ci est monopolis� par la noblesse.</p><p>La Transylvanie suit une �volution parall�le, mais diff�rente. Constitu�e en principaut� �lective, domin�e par quelques grandes familles, elle accorde une place importante aux villes et maintient la classe des paysans libres, pouvant et devant constituer des unit�s militaires. Gr�ce � des princes de grande valeur, �tienne B�thory (de 1571 � 1576), �tienne Bocskai (de 1604 � 1606) et Gabriel Bethlen (de 1613 � 1629), elle intervient dans l��volution de la Hongrie royale et dans la politique internationale.</p><p>Lors de la guerre de Quinze Ans</p><p>(1591-1606), dirig�e en principe contre les Turcs, mais aboutissant � une terreur militaire de l�arm�e imp�riale et � l�apparition de la Contre-R�forme, Bocskai organise un soul�vement national. La paix de Vienne (1606) garan-downloadModeText.vue.download 269 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5410</p><p>tit l�ind�pendance de la Transylvanie ainsi que le respect de la constitution de la Hongrie royale et accorde la tol�-</p><p>rance religieuse que la Transylvanie a institu�e en 1552.</p><p>L��poque classique :</p><p>la fin de l�ind�pendance</p><p>Lorsque, sous le r�gne de Mathias II (de 1608 � 1618) et de Ferdinand II (de 1618 � 1637), la Contre-R�forme et l�emprise imp�riale reprennent de la vigueur, Bethlen intervient dans la guerre de Trente Ans au c�t� des puissances protestantes. Son successeur, Georges Ier R�k�czi (de 1630 � 1648), continue cette politique, et la paix de Linz (1645) confirme les liber-</p><p>t�s constitutionnelles et religieuses du pays. L��quilibre, difficilement maintenu, se rompt lorsque Georges II R�k�czi (de 1648 � 1660), trop ambitieux, intervient en Pologne et provoque le m�contentement du Sultan.</p><p>L�arm�e turque envahit la Transylvanie et supprime l�ind�pendance de la principaut�.</p><p>La Hongrie royale ayant perdu son appui indispensable face aux Habsbourg, des conflits �clatent entre la Couronne et la noblesse. Les ambitions nationales sont exprim�es par Mikl�s Zr�nyi (1620-1664), po�te et homme de guerre, dont les victoires sur les Turcs ont �t� trahies par la paix de Vasv�r (1664). Apr�s sa mort, P�ter Zr�nyi (ou Petar Zrinski) [1621-1671] et Ferenc Wessel�nyi (1606-1667) �bauchent une conspiration aristocratique sans bases r�elles, mais qui, d�couverte (1671), sert de pr�texte � L�opold Ier (de 1657</p><p>� 1705) pour supprimer la Constitution et la libert� religieuse et pour dissoudre l�arm�e hongroise, qui est remplac�e par des mercenaires �trangers.</p><p>Les nobles pers�cut�s, les mili-</p><p>taires licenci�s et les paysans fuyant leurs charges �crasantes s�organisent en Transylvanie en une arm�e � la t�te de laquelle se place Imre Th�k�ly (1657-1705), aristocrate, qui obtient le soutien politique des Turcs et l�appui financier de Louis XIV. Le soul�vement se d�veloppe de 1678 � 1681 en Transylvanie et dans le nord-est du pays. Le roi doit restaurer le Parlement, l�autonomie nobiliaire, une libert� restreinte des religions protestantes et promulguer une amnistie des rebelles, qui, toutefois, continuent partiellement la r�sistance.</p><p>Le conflit rena�t apr�s la guerre de Lib�ration contre les Turcs, anim�e par la Sainte Ligue, reform�e � l�occasion de l�offensive turque contre Vienne en 1683. Sous la direction de Charles V</p><p>(ou IV) L�opold, duc de Lorraine, Buda est lib�r� en 1686, la Transylvanie en 1687, et la paix de Karlowitz (1699) abolit presque compl�tement les possessions turques.</p><p>L�empereur consid�re les territoires lib�r�s comme des conqu�tes ind�-</p><p>pendantes de la couronne hongroise.</p><p>Il suspend le Parlement, qui ne peut qu�accepter la succession automatique des Habsbourg sur le tr�ne.</p><p>De nouveaux imp�ts indirects sont institu�s, et les terres reconquises sont attribu�es en majorit� � des seigneurs �trangers. Un soul�vement dans les environs de Tokaj (1697) marque le m�contentement des paysans et des nobles. Tous voient comme l�unique chef possible le plus grand propri�-</p><p>taire du pays, Fran�ois II R�k�czi (1676-1735), r�fugi� en Pologne. Une d�l�gation paysanne va le retrouver, et le prince appelle tous les habitants du pays � la d�fense des libert�s nationales. Il promet aux paysans participant � la guerre leur lib�ration du servage. L�afflux des masses, l�aide de Louis XIV (argent, ing�nieurs, officiers) aboutissent � des victoires rapides. En 1704, une grande partie du pays est lib�r�e. R�k�czi est proclam� prince souverain. Apr�s la lib�ration de la Transylvanie, le Parlement r�uni � �nod proclame la d�ch�ance des Habsbourg et l�ind�pendance de la Hongrie (1707).</p><p>Mais la lib�ration promise des serfs tarde en raison de l�opposition nobiliaire, et parce que la guerre a �puis� le pays. L�alliance avec Pierre le Grand et les contacts avec la Prusse surviennent �galement trop tard. Le chef de l�aristocratie, S�ndor K�rolyi (1668-1743), conclut, en 1711, en l�absence de R�k�czi, la paix de Szat-m�r, qui constitue un compromis entre le souverain et les ordres nobiliaires et assure l�amnistie et l�autonomie. Cette paix met fin � la longue lutte d�ind�-</p><p>pendance nobiliaire contre l�absolutisme. R�k�czi et un grand nombre de ses fid�les choisissent l��migration, d�abord en France, puis, apr�s 1717, en Turquie. R�k�czi y meurt en 1735.</p><p>Les Habsbourg</p><p>ma�tres du pays</p><p>Au cours du XVIIIe s., la noblesse se contente de d�fendre ses privil�ges, que le nouveau souverain, Charles III, roi de Hongrie de 1711 � 1740 (empereur Charles VI), leur confirme d�autant plus volontiers qu�il a besoin de faire</p><p>admettre sa succession pour sa fille Marie-Th�r�se. Il obtient, en outre, le droit de lever une arm�e de la paysannerie (1715), puis l�indivisibilit� de la Hongrie et des provinces h�r�ditaires des Habsbourg. Toute initiative de gouvernement et de r�organisation revient � la chancellerie de Vienne, qui y proc�de selon ses propres conceptions et ses propres besoins.</p><p>Le pays est peu habit�. Depuis le XVe s., la population n�a augment� que d�un demi-million d�habitants ; dans la Grande Plaine, r�cemment �vacu�e par les Turcs, la densit� n�atteint souvent que celle du IXe s. Ce sont les Hongrois qui ont subi les pertes les plus graves ; les nationalit�s habitant les r�gions p�riph�riques (Slovaques, Ruth�nes, Allemands et Roumains) ont progress� en chiffres absolus et forment de 30 � 40 p. 100 de la population totale. Le repeuplement poursuivi entre 1720 et 1780 accentue cette tendance en favorisant non seulement l��tablissement des paysans du Nord et de l�Ouest et des Slaves du Sud fuyant l�Empire ottoman, mais, dans le cadre d�une colonisation �tatique, l�implantation de colonies venant des diff�rentes r�gions de l�empire des Habsbourg, voire de Belgique et d�Italie.</p><p>Marie-Th�r�se* (de 1740 � 1780), apr�s avoir recouru aux nobles pour d�fendre sa succession, essaie de les faire participer aux lourdes charges financi�res de ses guerres. Les ordres refusent non seulement les imp�ts des nobles, mais m�me l�augmentation de ceux des serfs. Vienne instaure alors un syst�me douanier (1754) qui coupe la route des exportations hongroises au-del� de l�Autriche et impose ses propres produits manufactur�s, cr�ant et maintenant jusqu�en 1848 une situation coloniale.</p><p>Joseph II* (de 1780 � 1790), en tentant de moderniser et de centraliser son empire, se heurte � une opposition grandissante de la Hongrie. Certes, l��dit de tol�rance de 1781, l�am�lioration du sort des paysans, la promesse de suppression du carcan douanier ainsi que de l�interdiction de fonder des manufactures lui gagnent la sym-</p><p>pathie et l�appui d�une couche intellectuelle d�origine terrienne ou pl�b�ienne favorable aux id�es de la philosophie des lumi�res ; mais l�influence de ces intellectuels ne suffit pas � fl�-</p><p>chir l�opposition nobiliaire. Lorsque Joseph II supprime l�autonomie des comitats, impose la langue allemande comme langue officielle � la place du latin, proc�de � un recensement sans distinction de classes, � l��tablissement d�un cadastre des terres nobiliaires et paysannes et � l��valuation des revenus de chacun, l�opposition se raidit dans une r�sistance passive. La d�faite de la guerre turque de 1788 et les d�veloppements de la R�volution fran-</p><p>�aise contraignent Joseph II � annuler presque toutes ses r�formes.</p><p>L�opold II (de 1790 � 1792) parvient � isoler la noblesse hongroise en atti-sant contre elle la col�re des paysans et des citadins et en appuyant les revendications nationales des Serbes �tablis dans le sud de la Grande Plaine. La di�te de 1790-91 se contente de proclamer le droit de la Hongrie d��tre gouvern�e selon ses propres lois et cou-downloadModeText.vue.download 270 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5411</p><p>tumes et non selon celles des provinces h�r�ditaires.</p><p>La peur de la R�volution fran�aise pousse la noblesse � appuyer pleinement, avec argent et soldats, les interventions de Fran�ois Ier, roi de Hongrie de 1792 � 1835 (empereur Fran�ois II).</p><p>Par contre, les intellectuels, qui ont vu dispara�tre toute r�forme, se rassemblent dans des clubs et les loges des francs-ma�ons et examinent les possibilit�s d�une transformation sociale. Plusieurs centaines d�entre eux conspirent, se regroupant en associations constitu�es sur le mod�le jacobin.</p><p>Ces associations, organis�es par l�abb� Ign�c Martinovics (1755-1795), ont pour premier objectif l�ind�pendance � l��gard de Vienne et la cr�ation d�une soci�t� de type bourgeois. D�couverts en 1794, des conjur�s sont inculp�s ; sept sont ex�cut�s, les autres sont incarc�r�s. Le mouvement, isol�, ne peut</p><p>avoir d��cho imm�diat, d�autant moins que les guerres napol�oniennes cr�ent une conjoncture tr�s favorable aux productions issues des propri�t�s de la noblesse. C�est la fin de cette prosp�-</p><p>rit� qui d�truit l�alliance de la Cour et de la noblesse. Vienne, endett�e, doit �mettre des billets de banque, puis les d�valuer � deux reprises et, lorsque les comitats, l�s�s, refusent les 35 000</p><p>nouveaux soldats n�cessaires pour combattre les r�volutions de Pi�mont et de Naples (1820-21), elle proc�de au recrutement par la force. Les crises des ann�es 20 conduisent la noblesse � d�couvrir qu�un assouplissement de la d�pendance autrichienne ne r�sout pas les probl�mes, car les propri�t�s seigneuriales fond�es sur le travail des serfs sont incapables de produire des marchandises exportables. Tout le syst�me f�odal est mis en accusation dans le Cr�dit (1830), livre du comte Istv�n Sz�chenyi (1791-1860), qui a longuement voyag� en Europe occidentale.</p><p>La di�te de 1832-1836 conna�t d�j� une opposition importante de la noblesse lib�rale et r�formiste, qui, sous la direction de Mikl�s Wessel�nyi (1796-1850), Ferenc K�lcsey (1790-1838) et Ferenc De�k (1803-1876), unit la lutte contre l�Autriche au combat contre le f�odalisme. Au cours des ann�es 40, c�est Lajos Kossuth* qui formule cette aspiration d�une mani�re plus radicale, exigeant l��galit� devant la loi et devant l�imp�t ainsi que la suppression des privil�ges. Ses projets de r�forme �choueront toutefois jusqu�en 1847 devant la r�sistance conjugu�e de la Cour et de l�aristocratie conservative.</p><p>De 1848 � 1918</p><p>La r�volution de f�vrier 1848 en France donne l�exemple. Le peuple de Pest, dirig� par de jeunes intellectuels radicaux, lib�re les prisonniers politiques le 15 mars, fait imprimer son programme en ignorant la censure et exige la r�alisation imm�diate de celui-ci. La Cour c�de d�s le lendemain ; le chef de l�opposition, Lajos Batthy�ny (1806-1849), est nomm� Premier ministre, le Parlement vote des lois antif�odales ainsi que l�union avec la Transylvanie (administr�e depuis 1691 directement par Vienne), et ram�ne les affaires communes avec l�Autriche � la seule</p><p>politique ext�rieure.</p><p>Tous les probl�mes ne sont pas pour autant r�solus. La Cour interpr�te les lois � son avantage, les paysans s�opposent au maintien de quelques privil�ges mineurs et occupent des terres discut�es, obligeant le gouvernement � intervenir par la force. Enfin, les nationalit�s exigent des droits culturels et politiques que le gouvernement hongrois refuse, et la Cour de Vienne en profite pour diriger les mouvements nationaux au profit du conservatisme. Ainsi, elle nomme � la t�te de la Croatie, dont l�autonomie linguistique et politique n�a jamais �t� mise en question par Pest, son fid�le g�n�ral J. Jela&#x10D;i&#x107; (Jellacic), qui organise une arm�e contre les Hongrois.</p><p>En juin, des Serbes, encourag�s par Vienne, amorcent un soul�vement, que les promesses insuffisantes du gouvernement ne suffisent pas � arr�-</p><p>ter. Le Parlement, r�uni en juillet, se voit oblig� de pr�parer la d�fense du pays. Batthy�ny veut �viter l�affrontement arm�, mais Vienne, encourag�e par le reflux des mouvements r�volutionnaires europ�ens, incite Jela&#x10D;i&#x107; � attaquer. Celui-ci passe la fronti�re hongroise le 11 septembre. Batthy�ny d�missionne, et le Parlement cr�e un Comit� national de d�fense, dont la direction est confi�e � Kossuth. L�ar-m�e hongroise r�guli�re et les volontaires recrut�s par Kossuth battent, le 29 septembre 1848, les troupes de Jela&#x10D;i&#x107; et les poursuivent jusqu�� la fronti�re autrichienne, que les officiers hongrois, soucieux de la l�galit�, ne veulent pas franchir. Ils ne le font pas non plus lorsqu�ils y sont invit�s, le 6 octobre, par les insurg�s de Vienne.</p><p>Cette erreur permet � la Cour de regrouper ses forces, de battre les r�volutionnaires autrichiens et d�attaquer en d�cembre en Hongrie. En janvier 1849, Windischgraetz occupe Pest et oblige le Parlement et le gouvernement � se r�fugier � Debrecen.</p><p>Au cours de l�organisation de la d�-</p><p>fense se sont manifest�s les probl�mes dus � la lib�ration incompl�te des paysans et � l�incompr�hension de la majorit� du Parlement � compos�e de propri�taires terriens � � l��gard des</p><p>appels pressants des radicaux et des d�-</p><p>put�s paysans. Les concessions faites aux nationalit�s n�accordent toujours pas l�autonomie territoriale r�clam�e.</p><p>En f�vrier 1849, la d�faite des patriotes para�t imminente. Fran�ois-Joseph* (de 1848 � 1916) promulgue, le 4 mars, une nouvelle constitution im-p�riale, qui centralise, outre l�Arm�e, les Finances, les Affaires �trang�res, les Communications, le Commerce et l��ducation. Le printemps de 1849 voit cependant la situation militaire changer compl�tement : l�arm�e hongroise, conduite par Art�r G�rgey, repousse les troupes imp�riales aux confins du pays ; en Transylvanie, le g�n�ral polonais J�zef Bem d�fait l�arm�e autrichienne, second�e par les Roumains transylvains. Le 14 avril, le Parlement de Debrecen vote la d�ch�ance des Habsbourg et proclame Kossuth pr�sident-gouverneur.</p><p>Fran�ois-Joseph demande alors</p><p>l�aide du tsar Nicolas Ier. L�attaque des troupes russes est fatale. Malgr� la loi sur les nationalit�s du 28 juillet, �labor�e � la suite des discussions avec Nicolaie B&#x103;lcescu, le dirigeant du mouvement national roumain, les Hongrois doivent d�poser les armes devant les Russes le 13 ao�t � Vil�gos.</p><p>La r�pression est dure. Batthy�ny et treize g�n�raux sont ex�cut�s, des milliers d�hommes sont incarc�r�s, des dizaines de milliers d�autres sont enr�l�s de force dans l�arm�e imp�-</p><p>riale. Kossuth et plusieurs centaines d�hommes politiques �migrent. Le pays est d�coup�, mais ni en Croatie, ni en Transylvanie, ni dans la vo�vodie de Serbie les nationalit�s ne re�oivent l�autonomie promise. L�allemand devient la langue officielle, et toutes les provinces sont gouvern�es de Vienne et dirig�es par le ministre de l�Int�rieur Alexander von Bach.</p><p>Certes, les r�formes antif�odales ne sont pas annul�es, mais les im-p�ts �crasants, le manque de cr�dit emp�chent, malgr� une conjoncture agraire favorable, le d�veloppement de l��conomie. Devant l�absence de vie politique, le pays se replie dans la r�sistance passive.</p><p>La d�faite militaire subie par les Habsbourg en Italie (1859), puis le krach financier de l�Empire obligent Vienne � composer. Le � Dipl�me</p><p>d�octobre � (1860), inspir�, en partie, par l�aristocratie conservatrice, r�organise l�Empire dans un esprit f�d�ral, et la Hongrie retourne au syst�me administratif d�avant 1848. Mais la patente de f�vrier 1861 marque un retour � la centralisation, ce qui entra�ne de la part du Parlement hongrois le refus des propositions de la Cour et la poursuite de la r�sistance passive. Ce m�me Parlement commet l�erreur de ne s�occuper ni des probl�mes paysans ni de ceux des nationalit�s. Sa dissolution inaugure de nouvelles ann�es de r�gne absolutiste.</p><p>Lorsqu�en 1865 le roi convoque un nouveau Parlement, il est, ainsi que la noblesse, �puis�e et �touff�e par le manque de cr�dit, dispos� � un Compromis. La d�faite autrichienne de 1866 acc�l�re les discussions, et, en f�vrier 1867, Fran�ois-Joseph nomme un nouveau gouvernement hongrois sous la pr�sidence de Gyula Andr�ssy (1823-1890).</p><p>Le Compromis de 1867 cr�e une</p><p>double monarchie austro-hongroise, avec deux parlements et deux gouvernements. Les affaires communes</p><p>� Arm�e, Affaires �trang�res et les questions financi�res relatives � celles-ci � sont g�r�es par deux d�l�gations de soixante d�put�s. L�union douani�re est renouvelable tous les dix ans.</p><p>Mais l�accord laisse face � face les Hongrois et les nationalit�s. Un Compromis, r�alis� en 1868 avec les Croates, maintient la di�te croate, mais ne leur attribue au niveau de l�ex�cutif que les Affaires int�rieures et judiciaires ainsi que les Cultes et l��ducation ; les Croates ne disposent dans le gouvernement hongrois que d�un por-tefeuille. Une loi sur les nationalit�s de la m�me ann�e confirme, certes, leur �galit� devant la loi et accorde l�emploi des langues nationales au niveau inf�rieur et moyen de l�administration et de l�instruction publique, mais refuse la reconnaissance de leurs entit�s nationales sp�cifiques et ne prend</p><p>pas les dispositions n�cessaires � son ex�cution.</p><p>La consolidation politique due au Compromis austro-hongrois favorise l��volution rapide de l��conomie hongroise. Celle-ci attire les capitaux �trangers, qui d�terminent un syst�me bancaire �tendu, financent en grande partie l�extension du r�seau ferroviaire (2 300 km en 1867, 22 500 km en 1913) et l�installation de l�industrie lourde (41 p. 100 de la production downloadModeText.vue.download 271 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5412</p><p>industrielle en 1913). L�agriculture, dont l��volution s�acc�l�re, sert de base � une industrie alimentaire d�velopp�e. Les terres cultiv�es passent de 10 463 000 ha � 12 967 000 ha ; la production du bl� s�accro�t de moins de 13 Mq de moyenne des ann�es 1870 � 41 Mq de moyenne des ann�es 1910.</p><p>L�industrie alimentaire repr�sente 39 p. 100 et l�industrie l�g�re 20 p. 100</p><p>de la production industrielle. Mais la part de l�industrie dans le revenu national reste faible : 25,2 p. 100, en 1913, contre 62,4 p. 100 pour l�agriculture. La population agraire compose les 64 p. 100 de la population totale (18 264 000 hab.), l�industrie et le commerce faisant vivre 23,3 p. 100 des habitants. Ces chiffres montrent que l��tat agraire de 1867 s�est transform� en un pays agraro-industriel moyennement d�velopp�.</p><p>La vie sociale et politique est caract�ris�e d�abord par l�opposition entre les partisans des aspirations de 1848</p><p>et ceux du Compromis de 1867. Kossuth condamne ce dernier, car il estime que le pays lie son sort � une Autriche d�cadente. Les partisans du Compromis voient leur nombre diminuer dans la noblesse ; par contre, les d�put�s hostiles au Compromis cr�ent une importante organisation de masse dans la Grande Plaine sous la forme des cercles d�mocrates. Lorsque ceux-ci lancent des appels en faveur de la distribution des terres aux paysans, le gouvernement les interdit.</p><p>Le parti lib�ral, n� en 1875 de la fusion du parti de Ferenc De�k (1803-1876) et du parti de centre gauche de K�lm�n Tisza (1830-1902), assure pendant trente ans la direction du pays.</p><p>Tisza lui-m�me reste pr�sident du Conseil de 1875 � 1890. Il doit faire face � la crise agraire due � la concurrence des c�r�ales extra-europ�ennes et � la naissance d�une opposition aristocratique qui critique la politique agraire du gouvernement et qui, pour obtenir des conditions douani�res favorables � ses int�r�ts mais contraires aux capitaux autrichiens, exige le desserre-ment des liens avec Vienne.</p><p>La m�me crise agraire aggrave la situation des paysans, en particulier celle des ouvriers agricoles. Leurs mouvements rencontrent ceux des ouvriers. D�s 1868 se forme une Association ouvri�re g�n�rale, qui organise en 1871 des manifestations de soutien � la Commune* de Paris et subit des pers�cutions polici�res. Le parti social-d�mocrate, fond� en 1890, ranime les luttes salariales et influence l�organisation des paysans. Pour les propri�taires terriens, les mouvements agraires sont les plus dangereux. La r�pression est donc tr�s puissante, et l�importante �migration qui m�ne en Am�rique</p><p>environ un million et demi d�hommes provient dans sa majorit� des milieux ruraux.</p><p>Les �lections de 1905 sont gagn�es par une coalition des partis d�opposition aux slogans nationaux. La Cour nomme d�abord un gouvernement de fonctionnaires, qui, pour gagner l�appui du parti social-d�mocrate, promet le suffrage universel. La coalition, effray�e par cette perspective, renonce � son programme d�ind�pendance et fait accepter par la Cour un gouvernement qui se donne pour t�che d��touffer les mouvements des ouvriers, industriels et agricoles, ainsi que des nationalit�s.</p><p>Quatre ans apr�s, sa place est prise, en 1910, par le Parti national du travail</p><p>� nouvelle version du parti lib�ral �</p><p>dirig� par Istv�n Tisza (1861-1918).</p><p>Le but principal du nouveau gouvernement est le renforcement de l�arm�e.</p><p>La loi pr�sent�e � cet effet se heurte � l�obstruction de l�opposition et � une action extra-parlementaire anim�e par</p><p>les d�put�s de gauche et par de jeunes intellectuels radicaux alli�s avec le parti social-d�mocrate.</p><p>La gr�ve g�n�rale du 23 mai 1912</p><p>mobilise une centaine de milliers d�ouvriers pour une marche sur le Parlement, dont Tisza vient d��tre �lu pr�sident. Celui-ci brise l�obstruction gr�ce � l�intervention de la garde et de la police, qui affrontent les ouvriers dans une lutte de barricades. Au moment critique de l�extension du conflit, le parti social-d�mocrate se d�cide � la retraite. Tisza, qui voit venir la guerre, fait rapidement voter une loi militaire et une loi d�exception.</p><p>Apr�s l�attentat de Sarajevo (28 juin 1914), l��tat-major et les ministres des Affaires communes se prononcent pour une guerre punitive contre la Serbie.</p><p>La d�claration de guerre est retard�e par Tisza (devenu pr�sident du Conseil en juin 1913), qui juge d�favorable le rapport des forces. La d�cision est emport�e par le gouvernement allemand ; le nationalisme l�emporte sur les mouvements antimilitaristes ; m�me apr�s la d�claration de guerre, le parti social-d�mocrate justifiera la lutte.</p><p>La Hongrie</p><p>de 1918 � 1945</p><p>D�s la deuxi�me ann�e de la guerre, les besoins militaires et la d�t�rioration des conditions de production provoquent une crise de l�approvisionnement de la population, aggrav�e par le march� noir et la sp�culation, que ni l�organisation d�une �conomie de guerre ni la r�quisition des produits agraires ne peuvent stopper. Les conditions de vie �tant devenues pr�caires, les ouvriers, les paysans et les classes moyennes manifestent de plus en plus ouvertement leur m�contentement.</p><p>En �t� 1918, l��croulement de la double monarchie appara�t in�vitable et prochain. Les mouvements � la fois sociaux et nationaux des divers peuples de l�Empire austro-hongrois acc�l�rent le processus. Les d�faites de l�automne 1918 donnent le signal. Le 23 octobre, les partis de l�Ind�pendance, social-d�mocrate et radical, constituent un Conseil national, et des officiers sym-</p><p>pathisant avec le parti de l�Ind�pendance forment un Conseil militaire.</p><p>Malgr� la manifestation de masse du 28 octobre, l�archiduc Joseph, repr�-</p><p>sentant du roi Charles, refuse de confier le gouvernement au chef de l�opposition, le comte Mih�ly K�rolyi (1875-1955). De nombreuses institutions et organisations, la majorit� des forces militaires et polici�res acceptent comme gouvernement le Conseil national, qui prend le pouvoir la nuit du 30</p><p>au 31 octobre. La r�publique est proclam�e le 16 novembre, apr�s l�accord conclu � Belgrade entre K�rolyi et le g�n�ral Franchet* d�Esperey. Cet accord prescrit l�occupation des r�gions situ�es au sud de la Drave et au sud de la Transylvanie par les arm�es serbes et roumaines. Au cours du mois de novembre, les troupes tch�ques occupent la Slovaquie.</p><p>La deuxi�me R�publique hongroise se trouve dans une situation difficile.</p><p>L�absence de mati�res premi�res arr�te la production industrielle, les ouvriers se trouvent au ch�mage, les militaires refluant des fronts ne r�ussissent pas � se r�int�grer dans la vie civile. Le m�contentement social s�exprime � travers le parti communiste hongrois, form� le 24 novembre 1918. Le gouvernement est pris entre la pression politique des masses m�contentes et l�activit� renaissante des forces conservatrices. Le 20 f�vrier 1919, une manifestation ouvri�re dirig�e contre le journal du parti social-d�mocrate se transforme en une bataille sanglante.</p><p>Le gouvernement interdit le parti communiste et arr�te ses dirigeants. Le 20 mars, le lieutenant-colonel Vyx, repr�sentant des forces de l�Entente � Budapest, notifie au gouvernement que la ligne de d�marcation en vigueur doit �tre consid�r�e comme fronti�re d�finitive. Le gouvernement, ne voulant pas accepter les responsabilit�s de la situation, d�missionne, et K�rolyi remet le pouvoir aux deux partis ouvriers, social-d�mocrate et communiste, qui fusionnent.</p><p>Le nouveau gouvernement, avec</p><p>l�appui des syndicats ouvriers, proclame la r�publique des Conseils (21 mars 1919), fonde l�arm�e rouge (25 mars), nationalise les industries</p><p>(26 mars) et les propri�t�s terriennes sup�rieures � 100 arpents (env. 60 ha)</p><p>[3 avr.]. La Constitution, promulgu�e le 2 avril, attribue le pouvoir l�gislatif � l�Assembl�e nationale des Conseils compos�e des repr�sentants des</p><p>conseils ouvriers, paysans et militaires, qui constituent les organes locaux de pouvoir et d�administration. L�instance ex�cutive sup�rieure est le Conseil ex�cutif r�volutionnaire des commissaires du peuple, sous la pr�sidence de B�la Kun*.</p><p>La r�publique des Conseils se heurte � des difficult�s ext�rieures et int�-</p><p>rieures. L�arm�e roumaine occupe du 16 avril au 1er mai l�est du pays jusqu�� downloadModeText.vue.download 272 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5413</p><p>la Tisza. L�arm�e tch�coslovaque avance du 27 avril au 9 mai dans le nord jusqu�� la ville mini�re et industrielle de Salg�tarj�n. L�arm�e rouge hongroise, qui en mai compte environ 100 000 soldats, passe � la contre-offensive et repousse les Tch�coslovaques au-del� de Ko�ice, Pre�ov et Bardejov. Mais Georges Clemenceau*, en tant que pr�sident de la conf�rence de la paix de Paris, r�clame en deux t�l�grammes successifs la retraite des troupes hongroises jusqu�� la ligne de d�marcation ; cependant, il promet d�inviter le gouvernement hongrois � la conf�rence et se porte garant de la retraite de l�arm�e roumaine. Le Conseil r�volutionnaire, apr�s d��pres controverses, retire ses troupes le 30 juin, mais, l�arm�e roumaine restant sur place, il se voit dans l�obligation d�attaquer. L�offensive du 20 juillet �choue.</p><p>La d�faite militaire est fatale pour la r�publique des Conseils, qui conna�t �galement des difficult�s int�rieures.</p><p>Les paysans sont d��us, car les terres nationalis�es ne leur sont pas distribu�es et les fonctionnaires maintenus en service obstruent l�administration ; communistes et sociaux-d�mocrates s�opposent � l�int�rieur du gouvernement, plusieurs organisations contrer�volutionnaires locales se constituent</p><p>et, d�s le 5 mai 1919, un contre-gouvernement se forme d�abord � Arad, puis � Szeged, ville occup�e par l�ar-m�e fran�aise.</p><p>Le ministre de la Guerre, le contre-amiral Mikl�s Horthy (1868-1957), entreprend l�organisation d�une arm�e blanche. Les Roumains traversent la Tisza et le Conseil r�volutionnaire d�missionne (1er ao�t 1919), laissant la place � un gouvernement dirig� par des sociaux-d�mocrates. L�arm�e roumaine entre � Budapest (3 ao�t) et occupe le pays jusqu�au Danube au nom de l�Entente, dont la mission politique p�se sur la vie politique hongroise, m�me apr�s l��vacuation d�une partie du pays par les Roumains.</p><p>En moins d�un an, quatre gouvernements se succ�dent, le pouvoir r�el se partageant entre l�arm�e de Horthy et des commandos militaires irr�guliers, dont l�activit� principale est la r�pression antir�volutionnaire. La lutte politique se circonscrit entre les associations radicales de droite et de tendance antis�mite des classes moyennes, d�une part, et les partis traditionnels conservateurs ou mod�r�s d�autre part.</p><p>Les premiers pr�conisent un �tat autocratique. Les autres veulent maintenir le syst�me parlementaire. Le parti des petits propri�taires sort vainqueur des �lections du 25 janvier 1920, sans pouvoir acc�der au gouvernement, domin� par le parti unitaire.</p><p>Horthy est �lu r�gent du � royaume sans roi � de Hongrie, qui rompt officiellement le lien avec l�Autriche (1er mars). La Hongrie signe le trait� de paix de Trianon (4 juin), acceptant la perte de la Slovaquie, de la Ruth�-</p><p>nie, de la Transylvanie, du Banat, du Ba&#x10D;ka, de la Croatie, de Fiume et du Burgenland.</p><p>Le gouvernement de P�l Teleki</p><p>(1879-1941) r�ussit, entre juillet 1920</p><p>et avril 1921, � d�sarmer les commandos paramilitaires, et le Parlement vote une loi de r�forme agraire (7 d�c.) � port�e r�duite et �chelonn�e sur plusieurs ann�es.</p><p>La consolidation politique aboutit gr�ce � Istv�n Bethlen (1874-1947), qui</p><p>unit son parti unitaire � celui des petits propri�taires et constitue ainsi une formation politique massive qui d�tiendra le pouvoir jusqu�en 1944. Lui-m�me dirige le gouvernement d�avril 1921 � ao�t 1931. L�accord conclu fin 1921</p><p>avec le parti social-d�mocrate lui permet de contr�ler et de neutraliser, outre la paysannerie, la classe ouvri�re, sortie affaiblie de la r�publique des Conseils, et cela malgr� le succ�s des lib�raux et des sociaux-d�mocrates aux �lections de 1922.</p><p>En r�ponse � deux tentatives de restauration de Charles IV (Charles Ier d�Autriche) en mars et en octobre 1921, les Habsbourg sont d�finitivement �cart�s du tr�ne en novembre 1921, mais aucun autre roi n�est �lu.</p><p>La r�gence provisoire de Horthy est appel�e � se prolonger.</p><p>Le gouvernement Bethlen r�ussit, avec l�aide d�un emprunt de la Soci�t� des Nations, � consolider l��conomie hongroise, tr�s affaiblie par la guerre, par les remous politiques et par les pertes subies � la suite du trait� de Trianon.</p><p>L��volution �conomique des an-</p><p>n�es 20 est d�cisive pour tout l�entre-deux-guerres. L�activit� principale du pays reste l�agriculture ; les propri�t�s sup�rieures � 100 arpents repr�sentent la moiti� des terres cultiv�es. La part de l�industrie dans le revenu national augmente. Si la majorit� de la population reste paysanne (4,5 millions sur 8,7 millions en 1930), en 1938, on compte 330 000 ouvriers d�usine et 320 000 personnes travaillant dans l�artisanat. Les capitaux industriels sont contr�l�s pour 60 p. 100 par les banques.</p><p>L�apport financier des forces de l�Entente d�finit �galement l�orientation de la politique ext�rieure. Toutefois, le 5 avril 1927, la Hongrie signe un trait� d�amiti� avec l�Italie dans le dessein d�obtenir son appui pour la r�vision du trait� de Trianon, et pour la reconstitution de l�arm�e, qui, � partir du 15 mai 1927, n�est plus sous le contr�le de l�Entente.</p><p>La grande crise �conomique se fait</p><p>sentir en Hongrie � partir de 1930 : la production industrielle r�gresse de 24 p. 100, et le tiers des ouvriers conna�t le ch�mage. Les difficult�s raniment les oppositions politiques et sociales.</p><p>Le parti des petits propri�taires rena�t pour d�fendre les int�r�ts paysans et, lors des �lections de 1931, il devient le plus important parti d�opposition, suivi du parti social-d�mocrate, qui ranime, avec le parti communiste ill�gal, les mouvements ouvriers et les gr�ves.</p><p>En ao�t 1931, Istv�n Bethlen d�missionne ; mais il continue � jouer un r�le important � l�int�rieur du parti unitaire, dont l�aile droite prend le pouvoir en octobre 1932, avec le gouvernement de Gyula G�mb�s (1886-1936), qui essaie d�endiguer les mouvements sociaux et de transformer son parti en un mouvement de masse � tendance totalitaire. Il fait voter une nouvelle loi de r�forme agraire (non r�alis�e), accentue la propagande r�visionniste, continue la politique pro-italienne, favorise la signature du pacte italo-austro-hongrois du 17 mars 1934 et se rapproche enfin de l�Allemagne hitl�rienne.</p><p>G�mb�s se heurte � l�opposition</p><p>conservatrice et antinazie de l�aile gauche de son parti. � sa mort, son successeur K�lm�n Dar�nyi (1886-1939) occupe une position centriste, laquelle est rapidement modifi�e sous la pouss�e des mouvements d�extr�me droite ; ceux-ci, n�s de la propagande nationaliste de G�mb�s et de l�insatisfaction sociale, aggrav�e par la crise �conomique, sont r�unis en 1937 par Ferenc Sz�lasi (1897-1946) dans le parti des Croix-Fl�ch�es.</p><p>Si l��largissement du pouvoir du r�gent Horthy tend � limiter la port�e d�un �ventuel succ�s de l�extr�me droite aux �lections, et si le programme d�industrialisation annonc� � Gy&#x151;r le 5 mars 1938 sert � la fois le r�armement et l�att�nuation des tensions sociales, la loi antis�mite du 8 avril 1938</p><p>est de caract�re nettement fasciste. Les milieux gouvernementaux conservateurs r�ussissent � faire d�missionner Dar�nyi (8 mai 1938) et � imposer B�la Imr�dy (1891-1946), dont la politique tourne rapidement vers la droite sous l�influence de l�Allemagne.</p><p>Imr�dy obtient, lors du d�membrement de la Tch�coslovaquie, la restitution d�une partie de la Slovaquie (D�cision de Vienne du 2 nov. 1938) ; il fait voter la deuxi�me loi antis�-</p><p>mite et signe en f�vrier 1939 le pacte Antikomintern. Au cours du m�me</p><p>mois, l�aile lib�rale de son parti r�ussit � imposer le conservateur et antinazi P�l Teleki, qui fait occuper, en mars, contre la volont� de Hitler, la Ruth�nie et obtient avec l�appui de l�Italie contre l�Allemagne la deuxi�me D�cision de Vienne (30 ao�t 1940), qui restitue � la Hongrie le nord de la Transylvanie. En contrepartie, Teleki doit rejoindre le pacte tripartite germano-italo-japonais (20 nov. 1940). En vue d�inaugurer une politique de compromis, il conclut un trait� d�amiti� avec la Yougoslavie (d�c.), mais l�Allemagne exerce en avril 1941 de tr�s fortes pressions sur la Hongrie pour obtenir sa participation � l�attaque contre Belgrade. Lorsque l�arm�e allemande traverse la Hongrie sans son accord, Teleki se suicide.</p><p>Son successeur, L�szl� B�rdossy</p><p>(1890-1946), participe � l�action militaire allemande, fait occuper la Ba&#x10D;ka et, sans l�accord du Parlement, d�clare la guerre � l�Union sovi�tique (27 juin 1941). Les d�marches pressantes de Ribbentrop et de Keitel obtiennent que la Hongrie envoie sur le front russe, au lieu de 35 000 hommes, 200 000 soldats, ce qui d�passe la capacit� militaire et �conomique du pays.</p><p>B�rdossy doit d�missionner (mars 1942), et le gouvernement de Mikl�s K�llay (1887-1968) a pour objectif de se retirer progressivement de la guerre.</p><p>Il y est pouss� �galement par l�opposition antinazie et antiallemande, qui organise, avec la participation du parti communiste ill�gal et sous la couverture d�un � Comit� comm�mora-</p><p>tif historique �, une manifestation de masse le 15 mars 1942. K�llay, tout en r�primant les mouvements d�opposition, retire, apr�s la d�faite de Voronej (janv. 1943 ; 40 000 morts, 70 000 prisonniers), les troupes hongroises du front et �tablit des contacts secrets avec la Grande-Bretagne en vue d�une paix s�par�e.</p><p>Le 19 mars 1944, l�Allemagne</p><p>occupe la Hongrie et impose le gouvernement de D�me Szt�jay (1883-</p><p>1946), qui l�galise la pers�cution des opposants au r�gime et la d�portation de la moiti� de la population isra�lite.</p><p>downloadModeText.vue.download 273 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5414</p><p>Les organisations d�opposition cr�ent, dans la clandestinit�, le � Front hongrois �, mais la r�sistance organis�e ne parvient pas � une ampleur r�elle.</p><p>Le 24 ao�t, Horthy r�voque Szt�jay et nomme le g�n�ral G�za Lakatos (1890-1970) � la t�te du gouvernement en vue de pr�parer l�armistice. Celui-ci est annonc� par Horthy le 15 octobre ; mais l�arm�e allemande oblige le r�gent � d�missionner et impose les Croix-Fl�-</p><p>ch�es de Sz�lasi, qui prend la t�te de l��tat et instaure un r�gime de terreur sur les territoires qu�il contr�le encore devant l�offensive sovi�tique.</p><p>La R�publique populaire</p><p>En d�cembre 1944, l�arm�e rouge</p><p>encercle Budapest. Le gouvernement de Sz�lasi, qui a �vacu� une partie de l�arm�e et des �quipements industriels et tent�, en vain, de mobiliser la population, s�enfuit en Allemagne.</p><p>Le 22 d�cembre, les partis et les organisations ayant constitu� le Front national hongrois forment � Debrecen un gouvernement provisoire (sous la pr�sidence du g�n�ral B�la D�lnoki Mikl�s [1890-1948]), qui signe le 20 janvier 1945 le nouvel armistice.</p><p>L�Assembl�e nationale provisoire vote le 15 mars une loi de r�forme agraire distribuant � 660 000 paysans environ 1 800 000 ha.</p><p>Lors des �lections de novembre</p><p>1945, le parti des petits propri�taires obtient 57 p. 100 des suffrages, les partis social-d�mocrate et communiste 17 p. 100 chacun, et le parti national paysan 8 p. 100. Le nouveau gouvernement est form� par Zolt�n Tildy (1889-1961), chef du parti majoritaire, avec la participation des autres partis : son but est la reconstruction du pays.</p><p>Le 1er f�vrier 1946, le Parlement proclame la r�publique et �lit Tildy pour pr�sident. Ferenc Nagy (n� en 1903) lui succ�de � la t�te du gouvernement ; mais le parti au gouvernement est affaibli par la d�mission ou l��migration de nombreux dirigeants de l�aile droite.</p><p>Le 10 f�vrier 1947, la Hongrie signe le trait� de paix de Paris, qui r�tablit les fronti�res du trait� de Trianon. Apr�s l�arrestation de plusieurs dirigeants de son parti, accus�s de complot contre le gouvernement et l�Union sovi�-</p><p>tique, Ferenc Nagy d�missionne, au cours d�un voyage officiel en Europe occidentale. Son successeur, Lajos Dinny�s (1901-1961), fait �galement partie des petits propri�taires. Apr�s la stabilisation mon�taire, qui met fin � la plus grand inflation jamais connue, le Parlement vote, le 3 ao�t, un plan de reconstruction de trois ans, destin� � r�tablir le niveau �conomique de 1938.</p><p>Aux �lections du 31 ao�t 1947, les partis de la coalition gouvernementale obtiennent 60,7 p. 100, dont 22 p. 100</p><p>pour le parti communiste. Le 24 octobre, le gouvernement nationalise les banques ; le 23 mars 1948, les usines employant plus de 100 ouvriers ; le 28 d�cembre 1949, les entreprises utilisant plus de 10 employ�s.</p><p>Ayant expuls� plusieurs de ses</p><p>dirigeants, le parti social-d�mocrate forme, en juin 1948, avec le parti communiste, le parti des Travailleurs hongrois, avec M�ty�s R�kosi (1892-1971) comme secr�taire g�n�ral et �rp�d Szakasits (1888-1965) comme pr�sident. Le 16 juin, le Parlement vote la nationalisation des �coles. � la suite de l�arrestation de son gendre, accus� de haute trahison et d�espionnage, Zolt�n Tildy d�missionne (il sera en r�sidence surveill�e jusqu�en 1956). �rp�d Szakasits lui succ�de le 3 ao�t. Le 9 d�-</p><p>cembre, Lajos Dinny�s est remplac� par Istv�n Dobi (1898-1968).</p><p>Au d�but de l�ann�e 1949, la Hongrie participe � la fondation du Comecon*.</p><p>Le 8 f�vrier, le cardinal J�zsef Mindszenty (n� en 1892), primat de Hongrie, accus� de haute trahison, est condamn� � la r�clusion perp�tuelle. Aux �lections du 15 mai, une seule liste est</p><p>pr�sent�e, celle du Front d�ind�pendance populaire, cr�� le 1er f�vrier avec M�ty�s R�kosi comme pr�sident. Elle obtient 96,5 p. 100 des suffrages. Le gouvernement form� le 7 juin et pr�-</p><p>sid� par Istv�n Dobi est celui du Front.</p><p>Un seul parti y participe en tant que tel, le parti des Travailleurs, les ministres non communistes ne repr�sentant pas leurs partis. Le v�ritable chef de l�ex�-</p><p>cutif est M�ty�s R�kosi, vice-pr�sident du Conseil. Sur sa proposition, le Parlement vote le 20 ao�t une nouvelle constitution, sur le mod�le de celle de l�Union sovi�tique.</p><p>Le gouvernement �labore pour</p><p>1950-1954 un plan quinquennal ayant pour but le d�veloppement acc�l�r� de l�industrie, en particulier de l�industrie lourde, et la transformation socialiste de l�agriculture. En effet, la production industrielle augmente jusqu�en 1953</p><p>de 131 p. 100, et le Conseil national des coop�ratives agraires, �tabli le 14 d�cembre 1950, entreprend la collectivisation de la propri�t� paysanne.</p><p>Le 14 ao�t 1952, M�ty�s R�kosi prend officiellement la direction du gouvernement ; Istv�n Dobi devient pr�sident du Conseil pr�sidentiel.</p><p>Apr�s 1945, � la suite de proc�s publics ou secrets, nombre de dirigeants politiques ou id�ologiques sont ex�-</p><p>cut�s ou emprisonn�s, entre autres : L�szl� Rajk (1809-1949), �rp�d</p><p>Szakasits, Istv�n Riesz (1886-1950), Gy�rgy Maros�n (n� en 1908), J�nos K�d�r*, Gyula K�llai (n� en 1910), G�za Losonczy (1915-1958), membres de la direction du parti des Travailleurs, ainsi que l�archev�que J�zsef Gr&#x151;sz (1887-1961).</p><p>En juin 1953, le Comit� central du parti des Travailleurs d�cide de modifier sa politique, r�organise le bureau politique, abolit le poste de secr�taire g�n�ral et propose Imre Nagy (1896-1958) � la t�te du gouvernement. Le Parlement �lit Nagy ; celui-ci annonce dans son programme du 4 juillet le ralentissement du rythme de l�industrialisation, le d�veloppement accentu� de l�agriculture et le respect de la l�galit� socialiste. Ce programme se heurte rapidement aux critiques de R�kosi, mais il est bien accueilli par l�opinion publique et, malgr� les dif-</p><p>ficult�s rencontr�es, il est confirm� en octobre 1954 par le Comit� central, qui, en mars 1955, revient sur sa d�cision, condamne le ralentissement de l�industrialisation et exclut Imre Nagy.</p><p>Celui-ci est remplac� � la t�te du gouvernement par Andr�s Hegedus (n� en 1922) le 21 avril. La politique du d�veloppement de l�agriculture continue.</p><p>Le 14 mai, la Hongrie signe le pacte de Varsovie.</p><p>En 1956, apr�s un temps d�arr�t, la lib�ration et la r�habilitation des dirigeants politiques emprisonn�s sont reprises. La critique de la politique d�entre 1949 et 1953 ainsi que les diff�-</p><p>rends � ce sujet cr�ent une vive tension dans le pays. Au printemps se forme une opposition intellectuelle autour des partisans des id�es d�Imre Nagy.</p><p>Le 18 juillet, le Comit� central du parti des Travailleurs remplace R�kosi par Ern&#x151; Ger&#x151; et acc�l�re lib�rations et r�habilitations ; des fun�railles nationales sont faites � L�szl� Rajk. Les discussions concernant les responsabilit�s et les cons�quences politiques � formuler pour l�avenir s�intensifient.</p><p>Une manifestation d��tudiants, organis�e en relation avec les �v�nements de l�� Octobre polonais �, le 23 octobre 1956, se transforme en une insurrection � laquelle seule l�intervention de l�arm�e sovi�tique mettra fin au cours du mois de novembre.</p><p>Les ann�es qui suivent l�insurrection de 1956 sont marqu�es par la reprise en main de l��conomie par le gouvernement et de la vie politique par le successeur du parti des Travailleurs, le parti socialiste ouvrier hongrois, dont le premier secr�taire est J�nos K�d�r ; celui-ci est �galement chef du gouvernement de 1956 � 1958 et de 1961 � 1965. Ferenc M�nnich (1886-1967) est pr�sident du Conseil entre 1958 et 1961, Gyula K�llai de 1965 � 1967. D�s lors, le gouvernement est pr�sid� par Jen&#x151; Fock (n� en 1916).</p><p>Au cours des ann�es 1959-1961, la collectivisation agraire est men�e � son terme. Des amnisties politiques sont promulgu�es en 1963. Apr�s un plan quinquennal incompl�tement r�alis� et apr�s plusieurs ann�es de pr�paration, un nouveau m�canisme de plani-</p><p>fication et de direction �conomiques entre en vigueur en janvier 1968. Il est compl�t� en 1969 par une loi renfor-</p><p>�ant les syndicats par rapport aux chefs d�entreprise.</p><p>G. R. et P. P.</p><p>F Autriche / B�la 1er / �tienne 1er / Habsbourg /</p><p>Hunyadi / Jagellons / K�d�r (J.) / Kossuth (L.) / Kun (B�la) / Louis 1er / Mathias Corvin / R�volutions de 1848.</p><p>S. Domanovszky, Die Geschichte Ungarns (Munich, 1923). / B. H�man, Geschichte des ungarischen Mittelalters (Berlin, 1940-1943 ; 2 vol.). / D. Kosary, A History of Hungary (New York, 1941). / J. von Farkas, Ungarns Geschichte und Kultur in Dokumenten (Wiesbaden, 1955). /</p><p>G. Mikes, The Hungarian Revolution (Londres, 1957 ; trad. fr. la R�volution hongroise, Gallimard, 1957). / J. Rande, la Vie politique en Hongrie (Budapest, 1960). / T. Schreiber, la Hongrie de 1918 � 1958 (Fond. nat. des sciences politiques, 1960). / H. Bodg�n, Histoire de la Hongrie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966).</p><p>/ Le R�gime et les institutions de la R�publique populaire de Hongrie (Institut de sociologie, Bruxelles, 1968). / V.-L. Tapi�, Monarchies et peuples du Danube (Fayard, 1969).</p><p>Les �v�nements de 1956</p><p>f�vrier XXe Congr�s du parti communiste de l�Union sovi�tique.</p><p>mars R�habilitation publique de L�szl� Rajk et d�autres dirigeants.</p><p>1er juillet Le Comit� central condamne les d�bats du cercle Pet&#x151;fi.</p><p>18 juillet R�kosi est relev� de son poste ; il quitte la Hongrie.</p><p>6 octobre Fun�railles nationales de L�szl� Rajk, manifestation estudiantine apr�s les fun�railles.</p><p>14 octobre Imre Nagy est r�int�gr� dans le parti communiste ; Mih�ly Farkas (1904-1965), responsable supr�me de la police secr�te, est arr�t�.</p><p>19-21 octobre L�� Octobre polonais �.</p><p>23 octobre Manifestations de masses dans les grandes villes, en faveur du retour d�Imre Nagy au pouvoir, d�une d�mocratisation de la vie politique et de l��tablisse-</p><p>ment de rapports �quitables avec l�Union sovi�tique.</p><p>downloadModeText.vue.download 274 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5415</p><p>nuit du 23 au 24 octobre Manifestation devant la maison de la radio et premi�re intervention sovi�tique. Le Comit� central replace Imre Nagy � la t�te du gouvernement.</p><p>24 octobre Les usines sont occup�es par les ouvriers, qui constituent des conseils.</p><p>25 octobre Ern&#x151; Ger&#x151; est remplac� par J�nos K�d�r � la t�te du parti communiste.</p><p>Le Comit� central accepte nombre de revendications des insurg�s, dont la reconnaissance des conseils ouvriers des usines.</p><p>30 octobre Apr�s discussions avec des �missaires sovi�tiques, formation d�un gouvernement avec le concours des partis de la coalition de 1945-1949, qui entreprend des pourparlers sur la retraite des troupes sovi�tiques ; le cardinal Mindszenty est lib�r� par l�arm�e ; l�� Affaire de Suez � d�tourne l�attention internationale de la Hongrie.</p><p>31 octobre De nouvelles troupes sovi�-</p><p>tiques passent la fronti�re ; r�organisation de la direction de l�arm�e hongroise.</p><p>1er novembre Le gouvernement annonce le retrait de la Hongrie du pacte de Varsovie et demande aux Nations unies de garantir la neutralit� du pays ; J�nos K�d�r annonce la r�organisation du parti communiste ; des unit�s sovi�tiques occupent les a�roports et encerclent la capitale.</p><p>2 novembre Le gouvernement pro-</p><p>teste contre les mouvements de troupes sovi�tiques.</p><p>3 novembre Le cardinal Mindszenty se d�clare pour le progr�s social, une so-ci�t� sans classes, un �tat r�gi par la loi et r�clame la libert� du culte et la propri�t� priv�e limit�e par l�int�r�t social ; J�nos K�d�r et d�autres dirigeants communistes prosovi�tiques constituent un contre-gouvernement.</p><p>4 novembre Attaque g�n�rale de l�arm�e</p><p>sovi�tique.</p><p>P. P.</p><p>LA POPULATION</p><p>ET L��CONOMIE</p><p>Les probl�mes</p><p>d�mographiques</p><p>Un probl�me sp�cifiquement hongrois r�side dans l�hypertrophie de la capitale, Budapest*, dont l�agglom�ration concentre environ le cinqui�me de la population du pays. Il s�agit certes d�un h�ritage du XIXe s., lorsque, dans l�Empire austro-hongrois, l��tat hongrois s��tendait sur un domaine plus vaste : la m�tropole commandait � des pays plus �tendus, plus peupl�s, plus vari�s. Comme Vienne, Budapest est rest�e une trop grosse t�te sur un corps r�duit. De plus, la planification centralis�e des ann�es d�apr�s guerre a exag�r� ce d�faut h�rit� du pass�.</p><p>C�est ainsi que Budapest a re�u plus de la moiti� des investissements du pays durant cette p�riode, et la part de la main-d�oeuvre industrielle ne s�est abaiss�e � moins de 50 p. 100 que dans les ann�es 1960. Les efforts de freinage dans la croissance ont donn� quelques r�sultats, mais la capitale concentre la majeure partie de la population active qualifi�e, des cadres et des intellectuels. Quatre autres villes d�passent les 100 000 habitants, mais ne repr�-</p><p>sentent pas 6 p. 100 de la population totale. La r�partition des densit�s de population marque des in�galit�s : les densit�s les plus faibles (60 et moins localement) se situent dans l�interfluve Danube-Tisza, le Hortob�gy, les communes agricoles de la Grande Plaine ou des collines du Somogy ; les densit�s sup�rieures � 100 s��tablissent dans les r�gions industrielles de la dorsale et du Kisalf�ld. Les migrations int�rieures, tr�s intenses, sont cons�cutives � la fin de la collectivisation dans l�agriculture et � l�industrialisation des bassins miniers.</p><p>Le second trait est la lenteur de la croissance de la population totale.</p><p>Ayant d�pass� 10 millions d�habitants en 1961, la Hongrie n�a gagn� qu�un million entre 1939 et 1969, alors que la population avait doubl� de 1869 �</p><p>1939. Les pertes des deux guerres n�expliquent pas enti�rement ce ralentissement : le pays ne s�accro�t que de 0,5 p. 100 par an entre 1910 et 1920, diminue de 0,15 p. 100 entre 1941 et 1949. Aux pertes militaires et civiles r�sultant du long si�ge de Budapest, en 1945, s�ajoutent le transfert des colonies allemandes, l��migration d�une grande partie de la population juive et, apr�s les �v�nements de 1956, une �migration de caract�re politique �valu�e � plus de 200 000 personnes. La diminution tr�s sensible de la natalit� a �t� un facteur important. Les taux du d�but de ce si�cle sont encore ceux d�un pays rural (de 30 � 40 p. 1 000), mais ils s�abaissent d�s la fin de la Premi�re Guerre mondiale et, � la suite d�une br�ve remont�e apr�s 1945, tombent � moins de 20 p. 1 000 apr�s 1955, de 15 apr�s 1960, de 13 en 1962 ; ceux de Budapest, moins �lev�s que le taux de mortalit�, se situent au-dessous de 10 p. 1 000 certaines ann�es ; l�exc�-</p><p>dent national est inf�rieur � 3 p. 1 000</p><p>en 1962 et en 1965. Des mesures nata-listes ont contribu� � am�liorer l�g�-</p><p>rement une situation inqui�tante, mais downloadModeText.vue.download 275 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5416</p><p>la Hongrie reste le pays du Comecon, avec la R. D. A., o� le taux d�exc�dent est de loin l�un des plus faibles.</p><p>En revanche, le niveau de vie, l��tat sanitaire et culturel sont parmi les plus �lev�s : le taux d�analphab�tisme au-dessus de 10 ans est tomb� � moins de 10 p. 100 apr�s la guerre, � moins de 4 p. 100 apr�s 1960. On compte un m�decin pour 600 habitants.</p><p>La population est relativement homog�ne au point de vue religieux (plus de 2 millions de calvinistes et luth�-</p><p>riens, 150 000 isra�lites, 40 000 orthodoxes, le reste est catholique) et linguistique. Les minorit�s ethniques ne repr�sentent que 1,75 p. 100 de la population totale : 50 000 Allemands (contre un demi-million</p><p>avant la guerre), 26 000 Tziganes, 38 000 Serbes et Croates, 16 000 Rou-</p><p>mains, chacun de ces derniers groupes se situant � proximit� des fronti�res du sud et de l�est.</p><p>Politique et structures</p><p>�conomiques</p><p>La Hongrie est consid�r�e depuis une dizaine d�ann�es comme le plus lib�-</p><p>ral des pays du Comecon dans les domaines intellectuel et �conomique. Elle a connu jusqu�� la crise de 1956 un des r�gimes les plus autoritaires et centralis�s. Au cours des premiers plans, triennal de 1947 � 1949, quinquennal de 1950 � 1954, les dirigeants avaient fix� des objectifs trop ambitieux : passer, en un temps tr�s bref et sans s�assurer des moyens indispensables, du stade d�un pays agraire, l�un des greniers � bl� de l�Europe centrale avant la guerre, � un niveau de haute industrialisation, la priorit� �tant donn�e, sur le mod�le de l�U. R. S. S., � l�industrie lourde.</p><p>Ainsi, l�agriculture devait �tre uniquement charg�e d�assurer le ravitaillement des villes. La r�forme de mars 1945 entra�ne le partage des latifundia f�odaux qui couvraient plus du tiers du territoire. Mais la collectivisation acc�l�r�e et contrainte de 1950 � 1953</p><p>ne tient pas compte des conditions g�ographiques et sociologiques des petites exploitations, r�unies de force en coop�ratives. Au milieu de 1953, les trois quarts des terres cultiv�es sont group�es dans le secteur d��tat et le secteur socialiste. Ce mouvement entra�ne une diminution sensible de la production agricole, � tel point qu�un premier mouvement de d�collectivisation s�amorce d�s la fin de 1953.</p><p>En m�me temps, le rythme trop</p><p>�lev� de la croissance de l�industrie lourde s�accompagne d�une hausse des co�ts de production, de ruptures dans les approvisionnements, d�une p�nurie de biens de consommation et d�une baisse du pouvoir d�achat. Des orientations contradictoires (notamment les deux ann�es de la � nouvelle politique �conomique � en 1953-54) ne parviennent pas � redresser une situation dont le caract�re catastrophique provoque l��meute de 1956.</p><p>La seconde p�riode ouvre l��re</p><p>de la � r�forme �conomique � ou du</p><p>� nouveau m�canisme �. La moiti� des surfaces cultiv�es et les deux tiers des coop�ratives retournent au secteur priv� jusqu�en 1957-58. Une nouvelle phase de collectivisation permet le regroupement en coop�ratives plus souples, b�n�ficiant d�avantages de l��tat, laissant une grande libert� aux propri�taires de lopins individuels, aux exploitants sp�cialis�s dans l��levage, la vigne, les cultures fruiti�res et ma-ra�ch�res. Les plans, triennal de 1958</p><p>� 1960, puis quinquennaux de 1961 � 1965 et de 1966 � 1970, font une place plus grande aux industries de consommation, au b�timent et aux transports, au niveau de vie de la population. Ils s�accompagnent d�une plus grande libert� de gestion laiss�e aux entreprises, de formules d�int�ressement des salari�s � la production des entreprises, d�une r�forme des prix, d�une �l�vation de la productivit� et d�une croissance rapide des secteurs modernes de l�industrie : ainsi, le niveau de la production pharmaceutique en 1966 �tait d�j� 14 fois sup�rieur � celui de 1958. La Hongrie a entrepris pour la premi�re fois en 1964 la fabrication de textiles et de caoutchouc synth�tiques et de mati�res plastiques.</p><p>Cette nouvelle politique suppose une plus large ouverture � l�ext�rieur, et � l�int�rieur un effort de d�centralisation et d�am�nagement r�gional. La Hongrie offre dans les pays du Comecon un mod�le de sp�cialisation r�gionale de la production agricole, et une partie du d�veloppement de la Grande Plaine est fond�e sur l�am�nagement rationnel des exploitations. La r�duction de la population agricole autrefois dispers�e en tanyas, la construction de villages-centres, la cr�ation de p�rim�tres d�irrigation � partir du Grand Canal de l�Est, issu du barrage de Tiszal�k, et la cr�ation de fermes exp�rimentales ont permis la constitution de r�gions agricoles d�finies par les syst�mes de culture et d��levage et les co�ts de production. Les grosses villes � population rurale s�industrialisent par un double effet : la transformation sur place des produits agricoles et l�implantation d�une raffinerie et de la p�trochimie dans le bassin de Szeged.</p><p>L�agglom�ration de Budapest a ralenti son expansion industrielle et d�mographique. La politique d�am�-</p><p>nagement du territoire s�efforce de reconvertir les r�gions industrielles traditionnelles fond�es sur le charbon (P�cs et K�ml� au sud, Miskolc au nord ; le Bakony en Transdanubie) et d�implanter des industries modernes dans les villes de province. Ainsi, Sz�kesfeh�rv�r est un gros centre d��lectronique ; Gy&#x151;r, de fabrication de mat�riel roulant ; une centrale nucl�aire est projet�e sur le Danube.</p><p>� la ville cr��e de toutes pi�ces mais d�j� ancienne de Duna�jv�ros, centre sid�rurgique, s�ajoutent des villes nouvelles fond�es sur des activit�s plus vari�es : ainsi Leninv�ros, ville de la chimie et du textile. Les plans tiennent compte du retard pris par les r�gions de collines du Sud-Ouest, les r�gions de sable et de marais de Transdanubie, du vieillissement de l�industrie char-bonni�re, des perspectives offertes par l�am�nagement du Danube et des communications, des nouveaux rapports commerciaux, de la sp�cialisation de la Hongrie dans les industries l�g�res, dans le cadre de la � division internationale � du travail.</p><p>La r�partition</p><p>des productions</p><p>En l�absence ou l�insuffisance d��nergie et de mati�res premi�res, la Hongrie s�est orient�e vers des productions de large consommation, tr�s diversifi�es et r�parties de fa�on harmonieuse sur l�ensemble de son territoire.</p><p>Le d�ficit �nerg�tique</p><p>Le pays manque d��nergie. Ses r�-</p><p>serves de charbon ne d�passent pas 3 000 Mt, dont 80 p. 100 (et une part analogue de la production) sont des charbons bruns et des lignites � faible pouvoir calorifique. L�exploitation en est de moins en moins rentable, dispers�e dans un grand nombre de bassins et de puits, faiblement m�canis�e et d�une productivit� m�diocre. La production �volue d�sormais comme en Europe occidentale. Alors que la Hongrie s�enorgueillissait jusqu�en 1960 d�accro�tre sa production de charbon � un rythme acc�l�r� (quelques millions de</p><p>tonnes avant la guerre, plus de 26 Mt en 1960, mais ne repr�sentant que l��quivalent de 8 � 10 Mt de houille), la production tend � stagner et le nombre de mineurs diminue. Seul le charbon de bonne qualit�, comme celui du Mecsek (bassin de Koml�, qui assure le quart de pouvoir calorifique du pays), est toujours extrait. La majeure partie de downloadModeText.vue.download 276 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5417</p><p>la production des bassins de la dorsale est consomm�e sur place dans des centrales thermiques de grande capacit� (comme � Tatab�nya, V�rpalota) ou sert de mati�re premi�re � la carbochimie, tr�s d�velopp�e au cours des premiers plans. Mais il s�agit l� de secteurs d�industries traditionnelles cr�ant des � pays noirs � qu�on ne souhaite plus �tendre. Le coke doit �tre import� de Pologne et d�U. R. S. S. par voie ferr�e et par le Danube.</p><p>L��lectricit� hydraulique n�assure qu�une part tr�s faible de la production �nerg�tique totale. La premi�re centrale de Tiszal�k assure 2 TWh sur un potentiel hydraulique �valu� � 10 TWh. Mais la construction d�un barrage sur le Danube � Nagymaros, au nord, est toujours � l��tat de projet.</p><p>Le relais �nerg�tique principal doit �tre assur� par les hydrocarbures. Le p�trole, d�j� exploit� avant la guerre dans la plaine de la Drave, est presque �puis�, mais a jailli en plusieurs points de la Grande Plaine, r�cemment aux environs de Szeged. Si la production annuelle doit augmenter, les r�serves prouv�es ne paraissent pas consid�-</p><p>rables. La nouvelle raffinerie implant�e pr�s de Szeged traitera la production locale. Les r�serves de gaz naturel sont plus consid�rables, et la production annuelle doit atteindre 5 ou 6 milliards de m�tres cubes � la fin du plan 1971-1975.</p><p>Ces ressources nationales sont</p><p>compl�t�es par de fortes importations d�U. R. S. S., par le Danube, l�ol�oduc � Amiti� �, dont la capacit� vient</p><p>d��tre doubl�e, et le gazoduc � Fraternit� �. D�j� plus du tiers de la production d��lectricit� provient de la com-bustion d�hydrocarbures. La centrale thermique, doubl�e d�installations de raffinage et de p�trochimie, situ�e au sud de Budapest, � Sz�zhalombatta, a port� sa capacit� de 615 � 1 400 MW, assurant le quart de la production thermique du pays.</p><p>Enfin, la Hongrie est bien int�gr�e � un syst�me centre-europ�en d�interconnexions : elle re�oit le sixi�me du courant consomm� par la ligne de 400 kV venant d�U. R. S. S. par Mou-katchevo, et envisage des �changes avec l�Autriche et la Tch�coslovaquie.</p><p>Minerais et industrie</p><p>m�tallurgique</p><p>De m�me, la Hongrie est assez pauvre en minerais. Elle exploite une faible quantit� de cuivre, de plomb et de zinc ; elle vient au troisi�me rang en Europe, apr�s l�U. R. S. S. et la Roumanie, pour la production de mangan�se (pr�s d��rk�t, dans le Bakony), mais une faible partie de la production est trait�e sur place, le reste �tant export� en U. R. S. S., de m�me que la production, inconnue, mais sans doute r�duite, de minerai d�uranium.</p><p>La production de minerai de fer, localis�e � Rudab�nya, n�est pas n�-</p><p>gligeable. Elle a permis le d�veloppement, d�s le temps des techniques de la fonte au bois, d�une m�tallurgie dans la r�gion de Miskolc et de la vall�e du Saj�. Mais le principal combinat sid�-</p><p>rurgique, � L�nine �, doit importer du minerai ukrainien par voie ferr�e et du coke polonais et tch�que. Le second foyer sid�rurgique a �t� implant�, malgr� maintes difficult�s, sur les bords du Danube, � Duna�jv�ros, exemple unique en Europe centrale de sid�rurgie sur l�eau, minerai, ferrailles et coke �tant import�s par la voie fluviale. Une ville nouvelle de plus de 30 000 habitants s�est d�velopp�e. Mais la production totale d�acier, qui est pass�e de 1 � plus de 3 Mt de 1950 � 1970, n�atteint pas le niveau europ�en et n�emp�che pas la Hongrie d�importer des produits sid�rurgiques.</p><p>La bauxite constitue la principale richesse mini�re du pays. Elle abonde dans les calcaires du Bakony, et son extraction, d�j� commenc�e avant la guerre, acc�l�r�e pendant l�occupation, place le pays au troisi�me rang en Europe. Les mines sont concentr�es dans les r�gions de Ajka et de G�nt. La Hongrie assure donc une bonne production d�alumine, et quatre grosses usines traitent les deux tiers du minerai : Ajka (avec une capacit� de 0,5 Mt), V�rpalota, Alm�sf�zit&#x151; et Mosonma-gyar�v�r, mais l�insuffisance d��nergie �lectrique oblige la Hongrie � exp�-</p><p>dier l�alumine vers les pays voisins, en Slovaquie (&#x17D;iar) ou en U. R. S. S., qui lui renvoie une partie de la production d�aluminium ainsi obtenue. Le probl�me consiste donc � acqu�rir une ind�pendance �nerg�tique et technique dans les industries de l�aluminium, qui downloadModeText.vue.download 277 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5418</p><p>ferait de la Hongrie un grand producteur europ�en : pour une production de bauxite inf�rieure d�environ un tiers � la production de la France, celle d�aluminium n�atteint pas le sixi�me et elle ne s�est accrue que de 16 000 t en l�espace de 10 ans, alors que la production de bauxite a quadrupl� depuis 1950. La grande usine de m�tallurgie de l�aluminium est situ�e � Sz�kesfeh�rv�r.</p><p>Sp�cialisation de la production</p><p>industrielle</p><p>La Hongrie est donc le pays des industries de transformation. Les unes sont traditionnelles (industries du bois, du cuir, minoteries, conserveries, sucreries et distilleries li�es � l�activit� rurale) et se localisent dans toutes les villes, centres de r�gions agricoles, en particulier dans la Grande Plaine, o� les entreprises sont de taille moyenne.</p><p>Les autres activit�s sont li�es au r�le historique de Budapest comme m�tropole et foyer de consommation privil�gi� : textiles, constructions navales sur le Danube, transformation des produits import�s par voie fluviale, papeterie et cellulose, impression et �dition.</p><p>D�autres implantations attestent les progr�s de la Hongrie d�s avant 1940</p><p>pour se placer dans le groupe des �tats moyennement d�velopp�s de l�Europe centrale, fournisseurs de machines et d�outils agricoles aux pays rest�s ruraux du Sud-Est et des Balkans. Budapest est traditionnellement une ville de petites et moyennes entreprises m�tallurgiques gravitant autour du chantier de Csepel.</p><p>Depuis, et dans le cadre de la sp�-</p><p>cialisation des fabrications au sein du Comecon, la Hongrie se sp�cialise dans les productions destin�es � l�exportation dans les pays socialistes voisins ou le tiers monde.</p><p>La m�canique assure plus de</p><p>30 p. 100 de la valeur de la production industrielle globale du pays. En dehors de la production vari�e de la m�tallurgie du fer et de l�aluminium, la Hongrie livre une forte production de machines-outils pour l�industrie mi-ni�re, chimique, textile : tours, roulements � billes. Elle est un des plus gros producteurs du Comecon de mat�riel roulant : usine de motocycles � Eger ; fabrication d�autobus, dans l�entreprise Ikarus � Budapest, d�une capacit� de 7 000 unit�s par an ; locomotives et wagons � Gy&#x151;r (combinat R�ba). Un accord a �t� conclu avec Renault et la firme allemande MAN (auj. int�gr�e dans la MTU) pour la fabrication de moteurs Diesel et de pi�ces pour automobiles. En revanche, contrairement � la Yougoslavie, la Tch�coslovaquie ou la Pologne, la Hongrie n�envisage pas la fabrication ou le montage de voitures de tourisme, se contentant d�en importer des pays du Comecon, d�Italie, d�Allemagne et de France. Debrecen est le centre de la m�canique de pr�cision, en particulier de la production d�instruments m�dicaux.</p><p>Les industries �lectriques et �lectroniques se sont rapidement d�velopp�es.</p><p>Le pays assure la moiti� de la production de t�l�viseurs du Comecon, une partie appr�ciable des r�frig�rateurs, machines � laver, radios, et en g�n�-</p><p>ral de l�appareillage �lectrom�nager.</p><p>L�usine Videoton, � Sz�kesfeh�rv�r, est une des plus importantes pour le mat�riel de t�l�communications.</p><p>L�industrie chimique lourde a engendr� une industrie l�g�re de plus en plus diversifi�e. La carbochimie est concentr�e sur les bassins de charbons bruns, essentiellement autour du gros centre de Tatab�nya, o� s�extrait le tiers de la quantit� de charbon, et dans les montagnes septentrionales. La p�-</p><p>trochimie tend � la remplacer. � partir des ann�es 1960, la Hongrie a fabriqu� pour la premi�re fois des fibres synth�tiques, des mati�res plastiques, des produits pharmaceutiques, des engrais.</p><p>Szeged devient le centre de fabrication des produits azot�s et du caoutchouc.</p><p>Budapest et Debrecen sont les centres de l�industrie pharmaceutique, qui travaille en rapport avec les grands laboratoires suisses, Ciba et Sandoz. Borsod re�oit le gaz naturel de la Grande Plaine et de la Transylvanie, et, avec les nouveaux combinats de Sz�zhalombatta et de Leninv�ros, doit assurer la majeure partie d�une production assez concentr�e. Encore modeste sur le plan europ�en, la chimie des hydrocarbures doit se d�velopper rapidement avec l�importation de gaz.</p><p>Son essor (avec effet d�entra�nement) est le meilleur atout d�une d�-</p><p>centralisation d�un secteur industriel downloadModeText.vue.download 278 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5419</p><p>qui peut n�gliger l�agglom�ration de Budapest, s�implanter en r�gion rurale, employer la main-d�oeuvre en exc�dent et r�duire l�exode rural tout en accrois-sant le niveau de vie local : c�est la politique suivie par le plan 1971-1975.</p><p>Une agriculture diversifi�e</p><p>La Hongrie n�est plus exclusivement un pays c�r�alier aux faibles rendements (moins de 10 q/ha avant 1940) et d��levage extensif. Celui-ci ne subsiste plus dans l�Hortob�gy, o� le maintien de troupeaux de chevaux, de porcs sauvages, d�oies n�a plus qu�un int�r�t folklorique et touristique. Les c�r�ales, bl�, avoine, seigle, orge, qui s��tendaient sur plus de deux millions d�hec-</p><p>tares avant 1940, ont vu leur superficie se r�duire d�un quart. Le bl� n�occupe plus que le cinqui�me de la superficie cultiv�e, le ma�s, le quart, mais les rendements sont sup�rieurs � 20 q/ha. La Hongrie, depuis 1945, a �t� l�g�rement d�ficitaire en c�r�ales panifiables, mais elle a accru, pour les besoins de l��levage, la production de ma�s grain et de ma�s fourrage.</p><p>Les superficies c�r�ali�res ont �t� converties en ol�agineux (tournesol), en nouveaux fourrages, en pommes de terre et en l�gumes de plein champ.</p><p>Enfin, partout o� s�est �tendue l�irrigation (environ 300 000 ha en 1970) se sont d�velopp�es des cultures sp�-</p><p>ciales. Le riz, plante pionni�re sur les sols alcalins, r�gresse. Le coton couvre quelques dizaines de milliers d�hectares dans le Sud. Les l�gumes d��t�, tomates, piments et poivrons, couvrent les �tendues r�cemment d�frich�es sur les sables et les dunes. Les serres pour la production de semences et de fleurs se multiplient dans l�interfluve Danube-Tisza et autour des villes. Le tabac alimente de grosses manufactures. Le vignoble de qualit� (autour de Tokaj, dont les crus sont vari�s) se maintient sur les coteaux, tandis que de nouvelles plantations sur les sables ont accru une production de vins courants de 3 � 5 Mhl, l�U. R. S. S. devenant acheteur de vins dans tous les pays socialistes. Les plantes industrielles se sont int�gr�es dans des assolements trop simples autrefois : la betterave � sucre dans le Kisalf�ld ; les ol�agineux et le tabac dans le Ny�rs�g. Enfin, les vergers, prot�g�s par des �crans forestiers d�acacias, ont conquis des r�gions r�put�es infertiles dans la plaine de la Tisza (le Hortob�gy) et les dunes (le Ny�rs�g devient producteur de pommes de haute qualit�). En m�me temps, l��levage industriel se concentre en fermes g�antes de plusieurs milliers de t�tes de gros b�tail ou de dizaines de milliers de volailles. La production de viande de porc est anciennement r�pandue ; la production de viande de boeuf, d�oeufs et de volailles, de lait et de beurre a sensiblement augment� et permet aujourd�hui des exportations �quilibrant � peu pr�s les importations de produits tropicaux. Toute une industrie nouvelle, li�e aux combinats</p><p>agricoles, s�est d�velopp�e : laiteries et fromageries, conserveries.</p><p>Les rythmes</p><p>de croissance et</p><p>les niveaux de vie</p><p>Le secteur industriel s�est d�velopp� beaucoup plus rapidement que le secteur agricole, comme dans tous les pays du Comecon. L�industrie assure plus de la moiti� du revenu national depuis l�ann�e 1965. Les rythmes de croissance depuis la Seconde Guerre mondiale attestent une �volution relativement satisfaisante si l�on tient compte de la crise de 1953 � 1956</p><p>et de ses cons�quences. Le taux de croissance est voisin en moyenne de 7 p. 100 par an environ de 1956 � 1970.</p><p>Les indices de progression du niveau de vie, par rapport � ceux des autres pays socialistes, t�moignent de la volont� d�accro�tre le volume des biens de consommation et de passer du stade de la quantit� � celui de la qualit�. Le rythme de construction de logements est pass� de 35 000 dans les ann�es 1950 � plus de 60 000 annuellement depuis 1966, dont plus de 40 000 d�origine priv�e. Le taux moyen de motori-sation, une voiture priv�e de tourisme pour moins de 100 habitants, est le plus �lev� des pays socialistes apr�s la R�publique d�mocratique allemande et la Yougoslavie.</p><p>On estime que le revenu national par habitant est pass� de 600 dollars au d�but des ann�es 1960 � pr�s de 1 000 en 1970 ; il se situe donc entre celui de l�Autriche et celui des �tats balkaniques.</p><p>La vocation internationale</p><p>de la Hongrie</p><p>Longtemps consid�r�e comme un petit pays, la Hongrie se distingue par l�exploitation des possibilit�s offertes par ses ressources et son ouverture vers l�ext�rieur, bien marqu�es dans cinq directions.</p><p>Le dynamisme des Hongrois</p><p>� l��tranger</p><p>Il reste des minorit�s hongroises nom-</p><p>breuses dans les �tats voisins : un million et demi en Roumanie, notamment en Transylvanie du Nord, plus d�un demi-million en Yougoslavie (Banat, Vojvodine, qui constitue une � r�gion autonome �, Croatie), presque autant en Slovaquie, plusieurs dizaines de milliers en Autriche.</p><p>Il faut y ajouter les 200 000 �migr�s de 1956 (certains sont revenus au pays natal, mais la plupart se diss�minent en Europe occidentale). L�Am�rique du Nord compte plusieurs millions de descendants de Hongrois, �migr�s au cours du XIXe s. et de la premi�re moiti� du XXe s. Il y aurait, par la naissance, plus de 13 millions de Hongrois � l��tranger (c�est-�-dire plus qu�en Hongrie). Toutes ces communaut�s ont en g�n�ral gard� l�usage de leur langue et de leurs coutumes et entretiennent des rapports familiaux avec les Hongrois de la m�re patrie.</p><p>La Hongrie est le pays socialiste qui, apr�s la Yougoslavie, autorise le plus largement ses ressortissants � voyager � l�ext�-</p><p>rieur : de 300 000 en 1960, le chiffre passe � un million en 1970, la majeure partie se rendant dans les pays voisins.</p><p>Le tourisme</p><p>Il se d�veloppe rapidement malgr� des conditions locales moins favorables qu�en Roumanie ou en Yougoslavie. Le nombre de touristes �trangers passe de 240 000 en 1960 � plus de 3 millions en 1970, la majeure partie venant d�Allemagne orientale, de Pologne et de Tch�coslovaquie, mais plusieurs centaines de milliers de visiteurs apportent des devises fortes d�Europe occidentale. Les uns visitent Budapest, ville d�art et d�histoire, centre de grandes manifestations culturelles et artistiques ; les autres s�journent au bord du Balaton, la � mer hongroise �, reli�e � Budapest par une autoroute. D�autres passent plusieurs jours en transit vers les pays du Midi.</p><p>Le commerce ext�rieur</p><p>Il s�oriente dans des directions de plus en plus vari�es. Sans doute l�U. R. S. S. garde-telle une part importante, environ 35 p. 100, les autres pays du Comecon, 28 p. 100 (au premier rang l�Allemagne orientale). Mais 23 p. 100 sont r�alis�s avec le March� commun (d�abord l�Allemagne occidentale, suivie de pr�s par l�Italie), et 13 p. 100 avec le reste de l�Europe, notamment la Grande-</p><p>Bretagne, l�Autriche, la Suisse, la Su�de, et m�me l�Espagne et la Gr�ce. Enfin, les �changes s�accroissent avec les pays du tiers monde. La valeur totale du commerce ext�rieur est pass�e de 25 p. 100 � plus de 40 p. 100 du revenu national. Le solde est l�g�rement n�gatif ou positif selon les an-n�es. Plus du tiers des ventes se compose des machines et d��quipements ; pr�s du quart, de denr�es agricoles.</p><p>Les transports, int�rieurs</p><p>et internationaux</p><p>Ils sont les instruments d�un commerce ext�rieur diversifi�. Le Danube et la Tisza (plus de 1 400 km navigables) assurent un trafic annuel de l�ordre de 3 Mt. La flotte hongroise occupe la quatri�me place des flottes danubiennes. Budapest est l�un des cinq grands ports fluviaux et le si�ge de la Commission internationale du Danube, et on envisage d�y cr�er un port franc pour les marchandises qui transitent d�amont vers l�aval et vice versa. La Hongrie poss�de une petite flotte maritime exploit�e par la compagnie MAHART, quelques navires de haute mer remontant jusqu�� Budapest depuis le delta du Danube. Elle utilise Trieste et surtout Rijeka (li�e � Budapest par une voie ferr�e rapide, et o� le trafic hongrois de transit repr�sente plus de 1 Mt). Le trafic ferroviaire entre pays du Nord, U. R. S. S.</p><p>et �tats balkaniques est intense. C�est par la fronti�re commune avec l�U. R. S. S. que passent les grandes voies ferr�es, les lignes � haute tension d�interconnexion �lectrique, l�ol�oduc � Amiti� � et le gazoduc</p><p>� Fraternit� �.</p><p>downloadModeText.vue.download 279 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5420</p><p>L�ouverture vers l�Occident</p><p>Elle se marque non seulement dans l�orientation g�ographique du commerce ext�-</p><p>rieur, mais aussi par l�ampleur de l�aide technique et financi�re offerte par de grandes firmes allemandes, italiennes ou fran�aises (Krupp, Fiat, Renault).</p><p>Ainsi, ce sont des soci�t�s fran�aises qui ont contribu� � �quiper des usines d�aluminium, l�entreprise de moteurs Diesel de Gy&#x151;r, le m�tro de Budapest.</p><p>En revanche, la Hongrie commence d�exercer un certain rayonnement dans les pays du tiers monde, par la vente de brevets, des pr�ts, la coop�ration technique.</p><p>Elle se sp�cialise en direction du Moyen-Orient et de l�Asie m�ridionale dans le montage d�usines d�alumine, l��quipement minier, le b�timent, les ouvrages d�hydraulique agricole.</p><p>Ainsi, l�action de la Hongrie dans le monde prend un nouveau visage. Pays d��conomie � ouverte �, elle rappelle, par l�importance accrue des ressources invisibles, notamment le tourisme, la Gr�ce et la Yougoslavie. Par sa position de transit entre nord et sud de l�Europe, par sa d�pendance en �nergie et mati�res premi�res, son absence de mer, mais aussi par la sp�-</p><p>cialisation de sa production l�g�re et de valeur, elle �voque la Suisse. Cette position originale au sein du Comecon peut s�affirmer et se renforcer.</p><p>A. B.</p><p>F Budapest / Comecon / Danube / Europe.</p><p>T. Schreiber, la Hongrie de 1945 � 1955 (la Documentation fran�aise, � Notes et �tudes documentaires �, 1957) ; l��volution politique et �conomique de la Hongrie, 1956-1966 (la Documentation fran�aise, � Notes et �tudes documentaires �, 1966). / P. Kende, Logique de l��conomie centralis�e. Un exemple : la Hongrie (C. D. U., 1964). / M. P�csi et B. S�rfalvi, The Geography of Hungary (Londres, 1964). /</p><p>A. Blanc, P. George et H. Smotkine, les R�publiques socialistes d�Europe centrale (P. U. F., coll. � Magellan �, 1967). / J. Bognar, les Nouveaux M�canismes de l��conomie en Hongrie (�d. du Pavillon, 1969). / La Hongrie, �tudes g�ographiques (Soci�t� languedocienne de g�ographie, 1969). / Statistisches Taschenbuch Ungarns 1970, Budapest (Budapest, 1970). /</p><p>G. Markos, Ungarn, Land, Volk, Wirtschaft in Stichw�rtern (Vienne, 1971).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>HONGROISE</p><p>La litt�rature �crite de langue hongroise ne prend v�ritablement son essor qu�au XVIe s., sous la double influence de la Renaissance, dont le roi Mathias Corvin avait �t� au si�cle pr�c�dent l�un des grands princes, puis de la R�forme.</p><p>Avant cette date, une litt�rature de</p><p>langue latine avait donn� � l�Occident chr�tien des chroniques � dont la fameuse Chronica Hungarorum,</p><p>imprim�e en 1473 �, des hymnes religieuses et des hagiographies, ainsi que l�oeuvre po�tique de Janus Pannonius (J�nos Csezmicei [1434-1472]), qui passa pour l�un des meilleurs po�tes de son temps. Nous savons en outre qu�il existait en langue hongroise une litt�rature de tradition orale, mais longtemps impr�gn�e de chamanisme ; elle semble avoir �t� combattue par l��glise et ne nous est gu�re connue que par le truchement des chroniqueurs.</p><p>C�est donc paradoxalement au mo-</p><p>ment o� le d�sastre de Moh�cs sonne pour le royaume de saint �tienne le glas de l�ind�pendance nationale que la langue hongroise � dont on ne d�cou-vrira qu�� la fin du XVIIIe s. la parent� avec le lapon, le finnois et les autres langues dites depuis lors � finno-ougriennes � � s�affirme dans ses premiers monuments. Forteresse et ghetto de la nation, c�est elle qu�il s�agit d�abord de d�fendre et d�illustrer.</p><p>Jusqu�au XIXe s., le latin se maintient comme langue officielle, et la domination des Habsbourg fait peser sinon jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale du moins jusqu�au � Compromis � de 1867 un danger permanent de germanisation sur le pays. Le souci d��largir leur audience conduira du reste plusieurs auteurs de premier plan � ne pas r�diger leurs �crits en hongrois : au XVIIIe s., c�est en fran�ais que Fran�ois II R�k�czi compose ses M�-</p><p>moires ; plus pr�s de nous, S�ndor Fe-renczi (1873-1933), disciple �minent de Freud, et le philosophe G. Luk�cs ont �crit en allemand l�essentiel de leurs oeuvres.</p><p>Le premier �crivain d�envergure europ�enne, B�lint Balassi (ou Balassa)</p><p>[1554-1594], est � la fois un po�te et un soldat. Grand pourfendeur de Turcs</p><p>� il sera tu� au si�ge d�Esztergom �, il doit se d�fendre contre le m�pris des nobles autrichiens et contre les cabales ourdies par sa propre famille, qui l�accuse d�avoir contract� avec sa cousine un mariage incestueux. Ses po�mes, compos�s pour �tre chant�s, sont empreints d�une sinc�rit�, d�une gr�ce, d�une fra�cheur qui ne seront �gal�es</p><p>que deux si�cles plus tard. Grand patriote et militaire �galement, le comte Mikl�s Zr�nyi (1620-1664) compose � la gloire de son a�eul, h�ros de la lutte contre les Turcs, une �pop�e pleine de vie et de rebondissements, la Zrinyade (1651). En 1590 para�t la traduction int�grale de la Bible de G�sp�r K�roli (1529-1591), dont la langue exercera jusqu�� nos jours une influence consid�rable. Philologue et po�te, Albert Szenczi Moln�r (1574-1634) met en vers les Psaumes en s�inspirant des versions fran�aises de Cl�ment Marot et Th. de B�ze. P�ter Bornemisza (1535-1584), compose ses Sermons et adapte en hongrois l��lectre de Sophocle.</p><p>L�Encyclop�die hongroise de l�humaniste J�nos Ap�czai Csere (1625-1659) prouve aux contemporains que le hongrois n�est pas moins apte que le latin � exprimer les notions les plus vari�es.</p><p>Malgr� le faste dont continuent � s�entourer les princes de Transylvanie, derniers mainteneurs d�un �tat hongrois ind�pendant des Habsbourg et des Turcs, la langue et la litt�rature hongroises entrent pourtant d�j� dans une p�riode de d�cadence qui ne s�ach�vera qu�� la fin du XVIIIe s.</p><p>Seules les chansons des kuruc, soldats devenus partisans de Th�k�ly et de R�k�czi, attestent la permanence de la veine po�tique populaire, cependant que Kelemen Mikes (1690-1761), compagnon d�exil de R�k�czi, conte avec esprit la vie des �migr�s dans ses Lettres de Turquie, publi�es seulement en 1794.</p><p>Le redressement s�amorce avec</p><p>Gy�rgy Bessenyei (1747-1811), jeune officier de la garde hongroise au palais imp�rial de Vienne, qui, abordant presque tous les genres, imite tour � tour les po�mes et les trag�dies de Voltaire, les com�dies de Marivaux, les �crits philosophiques de Pope.</p><p>Gr�ce � lui et � ses amis, les id�es de la R�volution fran�aise s�implantent en Hongrie. � Vos regards attentifs, tournez-les vers Paris �, dira en 1789</p><p>le po�te J�nos Bats�nyi (1763-1845).</p><p>L�influence de la litt�rature fran�aise est �galement sensible dans la po�sie volontiers ronsardisante de S�ndor Kisfaludy (1772-1844). Le charme et la simplicit� de ses Amours de Himfy</p><p>(1801 et 1807), suites de douzains en vers de sept et huit pieds, tranchent avec bonheur sur les versifications � l�antique des D�vid Bar�ti Szab� (1739-1819), Mikl�s R�vai (1749-1807), Benedek Vir�g (1754-1830) et m�me D�niel Berzsenyi (1776-1836).</p><p>Non moins savantes, l��pop�e burlesque de Mih�ly Fazekas (1766-1828) Mathieu le gardeur d�oies (1815) et surtout l�oeuvre inspir�e du po�te vagabond Mih�ly Csokonai Vit�z (1773-1805) joignent � leur perfection formelle la chaleur de la verve populaire.</p><p>Mais cette �poque est avant tout celle du renouvellement de la langue, dont Ferenc Kazinczy (1759-1831) se fait le champion. Le hongrois, na-gu�re truff� de latinismes, en ressort �pur� et consid�rablement enrichi. Sur le plan esth�tique, Kazinczy se fait l�ap�tre d�un classicisme dont il propose Goethe pour mod�le. Parmi ses nombreux disciples, Ferenc K�lcsey (1790-1838) est de nos jours surtout connu pour son Hymne qui, mis en musique par F. Erkel, deviendra plus tard l�hymne national.</p><p>Avec K�roly Kisfaludy (1788-</p><p>1830), fr�re de S�ndor, le go�t romantique triomphe. La premi�re grande oeuvre de cette p�riode est une trag�die, la meilleure peut-�tre de la litt�rature hongroise, le B�nk b�n, dont l�auteur, J�zseph Katona (1791-1830), �tait et demeura pendant de longues ann�es un inconnu. �crite de 1815 � 1820, cette oeuvre toute shakespearienne � B�nk, le h�ros, homme de confiance et loyal sujet du roi Andr� II, y devient l�assassin d�une reine ex�cr�e du peuple et des patriotes � insultait trop au classicisme cher � l��cole de Kazinczy et ne fut pas comprise avant 1845. Elle fut, � partir de cette date, interpr�t�e comme une revendication des libert�s nationales.</p><p>La po�sie est alors domin�e de tr�s haut par Mih�ly V�r�smarty (1800-1855), qui s�impose en 1825 en publiant son �pop�e la Fuite de Zal�n, consacr�e � la conqu�te du pays par les anc�tres des Hongrois. Sa po�sie lyrique le place au tout premier rang des po�tes de son temps et demeure d�une</p><p>grande beaut�. Son Vieux Tzigane a �t� l�objet de nombreuses traductions en fran�ais. Son conte dramatique Cson-gor �s T&#x171;nde (1831) est un des grands classiques du th��tre hongrois.</p><p>La mont�e du romantisme ne sau-</p><p>rait �tre dissoci�e des courants politiques qui agitent la Hongrie apr�s que les monarchies l�ont emport� en Europe. Alors que le comte Sz�chenyi pr�conise des r�formes profondes mais progressives, le bouillant Kossuth, jacobin incorrigible et tribun entra�neur d�hommes, pr�ne un bouleversement total et imm�diat, quelles qu�en puissent �tre les cons�quences.</p><p>Pet&#x151;fi* sera le po�te de cette r�volution qui �clate en effet en 1848, cependant que J. Arany* va incarner avec une s�r�nit� souvent voil�e de m�lancolie une po�sie d�approfondissement et de maturit�. Ces deux �toiles de premi�re grandeur ne doivent pas faire oublier Mih�ly Tompa (1817-1868), prosateur et po�te plein de talent, dont les Contes et l�gendes populaires remportent en 1846 un succ�s consid�rable. La m�me ann�e para�t le premier volume des chansons populaires recueillies � travers le pays par J�nos Erd�lyi (1814-1868). Le roman historique � genre appel� en Hongrie � une grande fortune � est alors repr�sent� par Mikl�s J�sika (1794-1865), chez qui l�ima-downloadModeText.vue.download 280 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5421</p><p>gination de Walter Scott d�bouche parfois sur les imbroglios d�Eug�ne Sue, et surtout par Zsigmond Kem�ny (1814-1875), le � Balzac hongrois �</p><p>(Une famille hongroise pendant la r�-</p><p>volution, 1852 ; Fran�ois II R�k�czi, 1861). Quant aux romans politiques du baron Lor�nd E�tv�s (1848-1919), ils souffrent aujourd�hui des intentions pamphl�taires de leur auteur.</p><p>De l��crasement de la r�volution par l�intervention russe de 1849 au Compromis de 1867, l�absolutisme du jeune Fran�ois-Joseph est durement ressenti par la nation. Pet&#x151;fi mort, Kossuth vaincu et contraint � l�exil, l�exaltation romantique retombe. Arany reste sans</p><p>conteste le plus grand po�te, mais le r�alisme se glisse peu � peu dans la litt�rature comme dans la vie politique, et la prose prend le pas sur la po�sie. M�r J�kai (1825-1904), dont l�imagination n�a d��gale que la f�condit�, exploite avec bonheur toutes les virtualit�s du genre romanesque. Un nabab hongrois (1853), les Pauvres Riches (1860), l�Homme en or (1872), le Roman du si�cle � venir (1872), la Rose jaune (1893) conservent de nos jours encore les faveurs du public. Cette p�riode voit pourtant na�tre une oeuvre isol�e et �trange, la Trag�die de l�homme d�Imre Mad�ch (1823-1864), publi�e en 1861. Ce po�me dramatique, dont on se pla�t en Hongrie � souligner l�uni-versalit� du message, fut sans doute traduit trop tard pour pouvoir toucher le public �tranger, tent� d�y reconna�tre ce qu�il peut tenir pour les poncifs d�un romantisme attard�. Adam, aid� par Lucifer, d�couvre en songe l�avenir de la lign�e humaine en une suite de tableaux qui n�est pas sans rappeler pour nous la L�gende des si�cles (plut�t que Faust, dont la pi�ce de Mad�ch est toujours immanquablement rapproch�e).</p><p>Les derniers tableaux � notamment celui du phalanst�re, consid�r� g�n�-</p><p>ralement comme une satire de l�utilita-risme de l��cole de Manchester � font de Mad�ch un pr�curseur m�connu</p><p>de Huxley et de Zamiatine, et peut-</p><p>�tre aussi le premier dramaturge hongrois de l�absurde. Comme le th��tre de Racine, les trag�dies de Goethe ou le Boris Godounov de Pouchkine, la Trag�die de l�homme est moul�e in-dissolublement dans la beaut� un peu solennelle du vers. Intraduisible, elle n�en a pas moins, pour la conscience culturelle hongroise, force de mythe.</p><p>Apr�s le Compromis de 1867, qui</p><p>r�tablit la Constitution hongroise viol�e par Joseph II � la fin du XVIIIe s.</p><p>et fonde le dualisme austro-hongrois, le r�alisme consolide ses positions, l�influence de Balzac, de Flaubert et bient�t de Zola renfor�ant celle de Dic-kens et de Tourgueniev. S�ndor Br�dy (1863-1924), Lajos Tolnai (1837-1902) et surtout K�lm�n Miksz�th (1847-1910) en sont les chefs de file.</p><p>Souvent teint�s de r�gionalisme, les romans et les r�cits de Miksz�th (le Parapluie de saint Pierre, 1895 ;</p><p>�trange Mariage, 1900) brossent avec humour une fresque haute en couleur de la soci�t� du temps. G�za G�rdonyi (1863-1922) est surtout connu pour son roman historique, les �toiles d�Eger (1901) ; Mon village (1898), tableau de la vie paysanne, et l�Homme invisible (1902), roman de l�incommunicabilit�, attestent la vari�t� de son talent.</p><p>Une phase nouvelle s�ouvre au</p><p>d�but du si�cle avec la publication des Po�mes neufs d�Endre Ady* et la fondation en 1908 de la revue Nyugat (Occident), qui regroupera notamment Ady, Karinthy*, M. Babits et Z. M�ricz*.</p><p>Si l�autorit� exerc�e par le Nyugat sur les lettres hongroises peut �tre compar�e � celle dont jouissait vers la m�me �poque la Nouvelle Revue fran-</p><p>�aise, le r�le de Mih�ly Babits (1883-1941), surtout � partir de 1930, allait y �tre semblable � celui d�Andr� Gide.</p><p>Sa po�sie subtilement concert�e, et dont le tardif Livre de Jonas repr�sente l�aboutissement, ses romans (les Fils de la mort, 1927), ses r�cits (le Fils de Virgile Timar, publi� en fran�ais d�s 1931) savent concilier les exigences et le raffinement du lettr� au scepticisme sans amertume du moraliste. Ses traductions � celle de la Divine Com�die est la plus c�l�bre � sont demeur�es des classiques.</p><p>Romancier naturaliste, Zsigmond</p><p>M�ricz, avec qui Babits partagea la direction du Nyugat, est avant tout un t�moin solide de son temps, qu�il met � nu sans complaisance (Sois bon jusqu�� la mort, 1920 ; Barbares, 1932 ; Un homme heureux, 1935 ; le Roman de ma vie, 1939 : Sandor R�zsa, 1941-42).</p><p>En marge de ce groupe, les romans de Dezs&#x151; Kosztol�nyi (1885-1936), Absolve Domine et N�ron, le po�te sanglant notamment, ont fait conna�tre � l��tranger ce po�te d�licat des Plaintes du pauvre petit enfant. Gyula Kr�dy (1878-1933), boh�me l�gendaire qu�il n�est pas interdit de tenir pour le plus parfait prosateur hongrois, excelle dans le r�cit, � mi-chemin de la nouvelle et du roman. Po�te des tripots et des bouges (la R�compense des femmes, 1920), il r�invente le temps perdu bien plut�t qu�il ne le retrouve (Szinb�d, cycle de</p><p>nouvelles et de romans �crits � partir de 1910 ; la Diligence rouge, 1913).</p><p>Un tr�s grand charme �mane particuli�rement de NN (1919), �vocation de souvenirs d�enfance peut-�tre � demi imaginaires. Kr�dy pourrait �tre compar� � Bounine. Margit Kaffka (1880-1918) demeure aujourd�hui encore la grande dame des lettres hongroises (Couleurs et ann�es, 1912). Ferenc Moln�r (1878-1952), auteur de Liliom, l�une des pi�ces hongroises les plus souvent jou�es � l��tranger, est aussi pour les enfants du monde entier celui d�un excellent roman, les Gar�ons de la rue P�l. N�oublions pas deux po�tes de premier plan : �rp�d T�th (1886-1928), traducteur inspir� de Verlaine, ainsi que le douloureusement musical Gyula Juh�sz (1883-1937).</p><p>La Premi�re Guerre mondiale</p><p>s�ach�ve par le morcellement de l�empire. Le trait� de Trianon inscrit la Hongrie dans des fronti�res qui, loin d�inclure toute la zone linguistique hongroise, ne font qu�ulc�rer le sentiment national. Apr�s l��crasement de la r�publique des Conseils instaur�e par B�la Kun, la dictature � vell�it�s lib�rales du r�gent Horthy ne favorise pas la libert� d�expression. L�ind�pendance, celle des magnats, n�am�liore pas le sort mis�rable de la paysannerie, qui, malgr� la mont�e d�un prol�tariat urbain, demeure la classe la plus nombreuse. � cette conjoncture politico-�conomique correspond dans la vie litt�raire un renforcement du po-pulisme, dont M�ricz et le romancier Dezs&#x151; Szab� (1879-1945), ont d�j� donn� l�exemple. Ceux des pusztas, de G. Illy�s*, s�inscrira dans ce courant, qu�illustrent un grand nombre des po�mes d�Attila J�zsef*. Les autres grands noms de l��poque sont ceux des po�tes L&#x151;rinc Szab� (1900-1957) et Mil�n F�st (n� en 1888) ; de ce dernier on conna�t surtout en France l�Histoire de ma femme (1942). Jen&#x151; Ters�nszky J�zsi (n� en 1882) est l�auteur d�un cycle de romans dont le h�ros, Marci Kakukk, a �t� compar� � Till l�Espi�gle. Jen&#x151; Dsida (1907-1938), originaire de Transylvanie, a laiss� des po�mes qui m�ritent de figurer dans les anthologies les plus exigeantes.</p><p>Depuis le d�but du si�cle, le d�ca-</p><p>lage qui s�para longtemps la litt�rature hongroise des litt�ratures plus occidentales n�a cess� de se r�duire. Paris, o� s�journent tour � tour Ady, A. J�zsef, Illy�s, Tibor D�ry (n� en 1894), Lajos Kass�k (1887-1967) le constructiviste, Radn�ti et tant d�autres, exerce sur plusieurs g�n�rations d��crivains une influence directe et profonde. Le surr�alisme attire un instant certains d�entre eux, notamment Illy�s, ami d��luard et de Breton.</p><p>Il faut �galement noter que les id�es de la psychanalyse s�implantent tr�s t�t dans un pays o� � tous les chemins m�nent � Vienne �. Kr�dy en tire parti dans sa Clef des songes (1920) ; elles colorent les romans de Babits, de Kosztol�nyi et de L�szl� N�meth (n� en 1901) et sont plus d�une fois consciemment orchestr�es dans les vers d�Attila J�zsef.</p><p>L�ombre grandissante de la Seconde Guerre mondiale est per�ue tr�s t�t par un autre tr�s grand po�te, Mikl�s Radn�ti (1909-1944), dont la personnalit� sensible et complexe sait tirer parti de la perfection formelle la plus rigoureuse. Pass� l�anacr�ontisme de ses premiers vers, sa po�sie se transforme en la douloureuse et inqui�te incantation de ce qu�il ressent comme une sorte de p�ch� originel : la mort, lors de sa naissance, de sa m�re et de son fr�re jumeau. Peut-�tre faut-il chercher l� la clef de cette prescience de sa propre mort qui donnera bient�t � sa vie les dimensions d�un destin.</p><p>La guerre venue, il se laisse d�porter dans un camp de travail. En 1944, il est abattu par ses gardiens, des miliciens hongrois, au cours d�une marche forc�e. Nul pourtant ne s��tait voulu plus hongrois que ce disciple juif converti du po�te et pr�tre catholique S�ndor S�k (n� en 1889). Les plus beaux po�mes de Radn�ti furent retrouv�s sur son cadavre apr�s la guerre, dans la fosse commune creus�e par lui-m�me et ses compagnons.</p><p>Apr�s la guerre � et malgr� le coup d�arr�t du stalinisme �, la litt�rature hongroise reste � avec la litt�rature polonaise, � laquelle elle s�apparente depuis toujours par plus d�un trait �</p><p>l�une des plus originales et des plus</p><p>vivantes de l�Europe de l�Est. Le r�le jou� par le cercle Pet&#x151;fi dans les �v�-</p><p>nements de 1956 montre suffisamment que le parti unique n�est pas seul dans le pays. Face au stalinisme � comme nagu�re face au fascisme �, Illy�s, D�ry, P�ter Veres (n� en 1897) et bien s�r le philosophe Gy&#x151;rgy Luk�cs* incarnent les aspirations d�une Hongrie qui r�ve d�j� d�un socialisme � visage humain.</p><p>En d�pit du � regel � cons�cutif � l�intervention sovi�tique, le gouvernement de J�nos K�d�r, par l�amnistie de 1960 qui ouvre en Hongrie une p�riode de prudent mais r�el lib�ralisme, se fait accepter par la majorit� des intellectuels. La Hongrie � avec downloadModeText.vue.download 281 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5422</p><p>une discr�tion que justifie peut-�tre la pr�sence sur son territoire des troupes sovi�tiques � s�ouvre de plus en plus sur l�Occident. Repoussoir efficace, le dogme du r�alisme socialiste rehausse le prestige d�une modernit� qui va parfois jusqu�au formalisme. En po�sie, cette tendance est notamment repr�sent�e par l��blouissant S�ndor We�res (n� en 1913). Istv�n Vas (n� en 1910), Zolt�n Zelk (n� en 1906) et le trop t�t disparu Mih�ly V�ci (1925-1970) sont des po�tes d�un humanisme sinc�re et f�cond. Le lyrisme lapidaire et d�pouill� d�Agn�s Nemes Nagy (n�e en 1922) et de J�nos Pilinszky (n� en 1921) semble placer ces deux auteurs encore jeunes en t�te de leur g�n�ration. Parmi les prosateurs, on conna�t surtout en France les noms de Magda Szab� (n�e en 1917) et de G�za Ottlik (n� en 1912), dont plusieurs romans ont �t� r�cemment traduits, ainsi que celui de J�zsef Lengyel (n� en 1896), qui fut l�un des premiers � relater sa d�-</p><p>portation dans un camp sovi�tique de Sib�rie. Gy&#x151;rgy Moldova (n� en 1934) et Erzc�bet Galg�czi sont des nouvellistes de grand talent. Istv�n Csurka (n� en 1934), Ferenc Karinthy (n� en 1921) et Istv�n �rk�ny (n� en 1912) perp�tuent dans leurs r�cits et dans leurs pi�ces les meilleures traditions de l�esprit budapestois. Le dramaturge</p><p>le plus dou� et le plus f�cond est sans doute Mikl�s Hubay (n� en 1918), dont toute l�oeuvre est destin�e � la sc�ne. �</p><p>noter que les pi�ces de Gyula H�y (n� en 1900), qui n�eut jamais beaucoup de chance dans son propre pays, n�ont commenc� � �tre connues en Hongrie que tardivement.</p><p>� Corps �tranger � l�Europe �, la nation hongroise, derni�re venue de notre continent, ne s�est jamais enti�rement d�livr�e de fantasmes obsidionaux que l�audience injustement limit�e de sa litt�rature semble aujourd�hui encore justifier. Plus que la raret� des traducteurs comp�tents ou que le faible poids politique du pays, la pr��minence sur la prose d�une po�sie qui fait corps avec la langue continue malheureusement � constituer un obstacle majeur � sa diffusion. La litt�rature hongroise se m�rite.</p><p>J.-L. M.</p><p>P. Ruzicska, Storia della letteratura unghe-rese (Milan, 1963). / I. S�ter et O. S�pek, Litt�rature hongroise, litt�rature europ�enne (Budapest, 1966).</p><p>LE CIN�MA HONGROIS</p><p>En juin 1896, un premier spectacle cin�matographique est offert aux habitants de Budapest par un commer�ant avis�, Arnold Sziklai, qui, lors d�un voyage � Paris, avait assist� � la projection des films tourn�s par les op�rateurs Lumi�re et n�avait eu de cesse de rapporter dans ses bagages un appareil semblable � celui qui �tonnait les pro-meneurs du boulevard des Capucines.</p><p>Bient�t, � Budapest, le cin�matographe fit partie des � attractions � de certains caf�s qui jusqu�alors proposaient surtout � leurs clients des r�citals de musique ou des causeries litt�raires.</p><p>En 1898, la premi�re soci�t� cin�matographique hongroise, la Projectograph, est fond�e par M�r Ungerleider, directeur du caf� Velence, et son associ�, J�zsef Neumann. Parall�lement � certaines tentatives artisanales, d�autres initiatives voient le jour : en 1901, B�la Zsitkovszki r�alise la Danse (A t�nc) pour le compte d�une association culturelle et scientifique, la soci�t� Ur�nia. Cependant, l�organisation</p><p>d�une v�ritable industrie du film est longue � s�implanter. Le premier studio (Hunnia) n�est construit qu�� la fin de 1911, et l�un des premiers longs m�trages, les Soeurs (N&#x151;v�rek) d��d�n Uher, n�est pr�sent� au public qu�en 1912. L�ann�e 1912 marque d�ailleurs la v�ritable naissance du film hongrois.</p><p>Quand la Premi�re Guerre mondiale �clate deux ans plus tard le cin�ma a d�finitivement oubli� sa difficile p�-</p><p>riode d�apprentissage. Des compagnies ambitieuses sont n�es � Budapest et � Kolozsv�r (auj. Cluj) en Transylvanie, les journaux ouvrent leurs colonnes aux chroniqueurs cin�matographiques, cinquante-cinq films seront tourn�s en trois ans. Le cin�ma est certes enti�-</p><p>rement tributaire de la litt�rature, mais d�j� certains metteurs en sc�ne s�imposent, comme Mih�ly Kert�sz (qui sera plus tard connu sous le nom de Michael Curtiz) ou comme l�ex-journaliste S�ndor Korda (qui deviendra le c�l�bre producteur Alexander Korda, responsable de la renaissance de l�industrie du cin�ma en Grande-Bretagne). S�ndor Korda est non seulement un habile r�alisateur, mais un organisateur-n�. En 1918, la firme Ph�-</p><p>nix de Mih�ly Kert�sz et la Corvin de S�ndor Korda dominent la production du pays. Certains th�oriciens comme Jen&#x151; T�r�k annoncent B�la Bal�zs en cherchant une d�finition esth�tique du cin�ma. La guerre et les d�sordres qui vont suivre la d�faite allemande entra�nent cependant la Hongrie dans une instabilit� politique peu propice � l��panouissement du cin�ma. Quand B�la Kun prend le pouvoir et impose la r�publique des Conseils, l�industrie du cin�ma, paradoxalement, r�agit tr�s favorablement au nouveau r�gime et � la nationalisation (historiquement, il s�agit de la premi�re nationalisation, puisque ce n�est qu�en ao�t 1919 que le d�cret de L�nine promulguera la nationalisation du cin�ma sovi�tique). Les producteurs virent dans la nationalisation une possibilit� de d�fendre leurs droits vis-�-vis des distributeurs, qui imposaient depuis quelque temps leur loi. Ils s�entraid�rent du mieux qu�ils purent pour �tablir divers organismes, dont un d�partement central cr�� sp�-</p><p>cialement pour l��tude des sc�narios.</p><p>Avec un enthousiasme f�brile, on</p><p>d�cida de r�aliser de nombreux films adapt�s des grandes oeuvres de la litt�rature mondiale progressiste. Les</p><p>� 133 jours � furent trop courts pour mener � bien ces projets ambitieux.</p><p>N�anmoins, 31 longs m�trages furent r�alis�s par S�ndor Korda, B�la Balogh, M�rton Garas, Oszk�r Dam�, Alfr�d De�sy, P�l Acz�l, �d�n Uher, K�roly Lajthay, P�l Sug�r, M�ric Mikl�s P�sztory, Cornelius Hintner, Joseph Stein, B�la Ger&#x151;ffy, Gyula Sz&#x151;reghy, S�ndor Pallos et Dezs&#x151;</p><p>Orb�n. Seul le film de ce dernier Hier a pu �tre retrouv�. Tous les autres ont disparu. La Terreur blanche qui suivit la chute de B�la Kun ruina l�industrie du cin�ma. Fuyant arrestations et pers�cutions, la plupart des r�alisateurs, qui avaient �t� actifs durant la r�publique des Conseils, gagn�rent l��tranger. Les distributeurs r�int�gr�s dans leurs privil�ges tent�rent de sauver les apparences. On r�alisa de 1919 � 1922 pr�s de 86 films d�un assez m�-</p><p>diocre niveau artistique. En 1923, la crise �clate, et ses cons�quences sont imm�diates. Les distributeurs se d�sint�ressent peu � peu du film hongrois, pr�f�rant acheter des films �trangers, lou�s � haut prix aux exploitants. B�la Balogh, auteur de Blanche Colombe dans la cit� noire (Feh�r galambok a fekete v�rosban, 1922), �migr� apr�s avoir cherch� douze mois durant un exploitant pour son film les Enfants de la rue P�l (P�l utcai fi�k). Le plus prometteur des r�alisateurs hongrois de l��poque, P�l Fej�s (Paul Fejos), suit la m�me voie et part pour les �tats-Unis apr�s avoir laiss� inachev� les �toiles d�Eger. La banqueroute est grande. Les firmes ferment leurs portes les unes apr�s les autres. En 1929, le cin�ma hongrois n�existe pratiquement plus.</p><p>L�ann�e suivante, aucun film n�est mis en chantier. La production ne reprend que modestement � partir de 1931. P�l Fej�s revient dans son pays tourner pour le compte d�une compagnie fran-</p><p>�aise Marie l�gende hongroise (1933), mais le film, pourtant remarquable � bien des �gards, ne remporte gu�re de succ�s. Apr�s un nouvel �chec (Temp�tes, 1933), Fej�s se d�courage et �migr� d�finitivement, laissant les �crans hongrois � des artisans sans g�nie qui s��vertuent � imiter le style d�Ernst Lubitsch. Istv�n Sz�kely et</p><p>B�la Ga�l remportent de confortables succ�s avec des com�dies l�g�res.</p><p>Quand la Seconde Guerre mondiale �clate, les � films limonade � (op�rettes tziganes, drames mondains) submergent le march�. Aussi est-ce avec un certain �tonnement qu�on note en 1942</p><p>l�apparition d�une oeuvre plus originale, les Hommes de la montagne (Em-berek a havason), d�un jeune metteur en sc�ne, Istv�n Sz&#x151;ts. Aujourd�hui Sz&#x151;ts, qui n�a pu b�tir l�oeuvre qu�il portait en lui � cause des vicissitudes politiques de son �poque, est consid�r� � juste titre comme le v�ritable p�re du cin�ma hongrois moderne. En 1945, la production tombe � trois films. Les studios sont d�truits. Pendant trois ann�es, les films seront produits par les quatre partis de la coalition gouvernementale.</p><p>Ce n�est qu�en 1947 que se situent certains changements profonds, dont la fin du financement des films par des entreprises priv�es. La m�me ann�e, un film de G�za Radv�nyi, Quelque part en Europe (Valahol Eur�p�ban), attire l�attention internationale sur le cin�ma hongrois. La nationalisation intervient le 21 mars 1948, ann�e qui sera marqu�e par la r�alisation de Un lopin de terre (Talpalatnyi f�ld), de Frigyes B�n.</p><p>L��tincelle, si l�on se place du moins au niveau strictement artistique, sera de courte dur�e. De 1949 � 1953, la Hongrie se stalinise � outrance : c�est l��poque des proc�s politiques, de la guerre froide. L�art sera r�aliste-socialiste ou ne sera pas. Le Jdanov hongrois se nomme J�zsef R�vai. Le sch�-</p><p>matisme id�ologique est absolu. Le h�ros positif seul a droit de cit� sur les �crans. Le r�veil n�a lieu qu�un an apr�s la mort de Staline et la mise � l��cart de R�vai. Liliomfi (1954), de K�roly Makk, et surtout Un petit carrousel de f�te (1955), de Zolt�n F�bri, annoncent une v�ritable renaissance du cin�ma en Hongrie. Renaissance du cin�ma mais aussi naissance de v�ritables auteurs, comme Makk, F�bri, F�lix M�ri�ssy et plus modestement L�szl� Ran�dy.</p><p>Les �v�nements de 1956 ne vont pas enti�rement r�duire � n�ant les tentatives entreprises pour cr�er un cin�ma r�solument moderne, engag� et responsable. Mais la crise morale a des r�per-downloadModeText.vue.download 282 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5423</p><p>cussions ind�niables sur les cin�astes, et les oeuvres tourn�es entre 1957 et 1962 refl�tent d�une mani�re plus ou moins voil�e les angoisses de la � g�-</p><p>n�ration moyenne �, dont la vie a suivi les m�andres tragiques de l�histoire.</p><p>Favoris� par un contexte politique plus lib�ral, le � nouveau cin�ma hongrois �</p><p>commence � s�imposer d�s 1962. La cr�ation du studio B�la Bal�zs, en 1960, permet aux jeunes r�alisateurs d��prouver leur talent en tournant des courts m�trages selon une formule qui se r�v�lera particuli�rement heureuse (d�cision prise en commun des sc�narios � tourner, gestion financi�re de l�entreprise � les fonds leur �tant confi�s par l��tat � assur�e par les membres du studio). En quelques an-n�es, plusieurs metteurs en sc�ne s�imposent, notamment : Mikl�s Jancs�*</p><p>(Cantate, 1963 ; Mon chemin, 1964 ; les Sans-Espoir, 1965 ; Rouges et blancs, 1967 ; Silence et cri, 1968 ; Ah ! �a ira, 1968 ; Sirocco d�hiver, 1969 ; Agnus Dei, 1970 ; Psaume rouge, 1971), Is-tv�n Ga�l (Remous, 1964 ; les Vertes Ann�es, 1965 ; les Faucons, 1969 ; Paysage mort, 1971), Andr�s Kov�cs (Jours glac�s, 1966 ; les Murs, 1968 ; Course de relais, 1970), Ferenc K�sa (les Dix Mille Soleils [Tizezer nap, 1966], Jugement [It�let, 1970]), Istv�n Szab� (l��ge des illusions, 1964 ; P�re, 1966 ; Un film d�amour, 1970), P�ter Bacs�, Imre Gy�ngy�ssy, P�l Zol-nay, Ferenc Kardos, M�rta M�sz�ros, Tam�s R�nyi, S�ndor S�ra (�galement op�rateur), Zsolt K�zdi-Kov�cs, Zolt�n Husz�rik, tandis que les r�alisateurs qui ont d�but� avant 1960 (F�bri, Makk, Ran�dy, M�ri�ssy, R�v�sz)</p><p>continuent � tourner sans qu�il y ait une v�ritable � rupture � entre les deux g�-</p><p>n�rations. Certains d�entre eux signent des oeuvres remarquables, ainsi : Vingt Heures, de Zolt�n F�bri, ou Amour, de K�roly Makk. Le � jeune cin�ma hongrois � a pris le relais du jeune cin�ma polonais et du jeune cin�ma tch�coslovaque, et sa notori�t� internationale ne s�est gu�re d�mentie depuis 1964.</p><p>Malgr� la diversit� des �l�ments qui la composent, on peut n�anmoins</p><p>parler d�une v�ritable �cole cin�matographique hongroise dans la mesure o� les buts recherch�s sont les m�mes : remuer, troubler, d�ranger, inqui�ter le spectateur, le forcer � s�interroger sur le sens g�n�ral de la vie et de l�histoire, d�noncer en m�me temps l�humiliation de l�homme par l�homme et exalter ce qui en lui reste inexpugnable : sa dignit�.</p><p>J.-L. P.</p><p>Quelques grands</p><p>r�alisateurs hongrois</p><p>Zolt�n F�bri (Budapest 1917). Il fut tour � tour com�dien, d�corateur et metteur en sc�ne de th��tre. Son troisi�me long m�trage, Un petit carrousel de f�te (K�rhinta, 1955) fut particuli�rement remarqu� au Festival de Cannes.</p><p>Depuis, il a tourn� notamment le Professeur Hannibal (Hannib�l, tan�r �r, 1956), Anna (�des Anna, 1958), Deux Mi-Temps en enfer (K�t f�lid&#x151; a pokol-ban, 1961), les T�n�bres du jour (Nappali s�t�ts�g, 1963), Vingt Heures (H�sz �ra, 1965), Arri�re-Saison (Ut�szezon, 1966), la Fourmili�re (Hangyaboly, 1971).</p><p>P�l Fej�s (Budapest 1898 - � New York 1963). De 1919 (P�n) � 1923 (les �toiles d�Eger [Egri csillagok]). Fej�s travaille en Hongrie. Il poursuit ensuite une carri�re cosmopolite. Aux �tats-Unis, il signe, apr�s le Dernier Moment (The Last Moment, 1928), film exp�rimental, une oeuvre qui restera l�un des sommets du r�alisme intimiste, Solitude (Lone-some, 1928), puis Broadway (1929) et les versions fran�aise et allemande de The Big House (1930). Il partage ensuite ses activit�s entre la France (Fan-tomas, 1932), la Hongrie (Marie l�gende hongroise [Tavaszi z�por, 1933] et Temp�tes [�t�l a Balaton, 1933]), l�Autriche (Gardez le sourire [Sonnenstrahl, 1934]), l�Allemagne, le Danemark, Madagascar, l�Inde, le Siam et le P�rou.</p><p>Istv�n Ga�l (Salgotarjan 1933). Il est l�un des meilleurs et des plus sensibles r�alisateurs du � nouveau cin�ma hongrois �, auteur de Remous (Sodr�sban, 1964), les Vertes Ann�es (Z�ld�r, 1965), Bapt�me (Keresztel&#x151;, 1967), les Faucons (Magasiskola, 1969), Paysage mort (Holt vid�k, 1971).</p><p>Mikl�s JANCS�. V. l�article.</p><p>Mih�ly Kert�sz. Voir � �TATS-UNIS</p><p>(les grands r�alisateurs [Michael Curtiz]).</p><p>Andr�s Kov�cs (Kide, Roumanie,</p><p>1925). Apr�s avoir dirig� le service des lectures de sc�narios de 1951 � 1957, il aborde la mise en sc�ne en 1960. Principaux films : les Intraitables (Neh�z em-berek, 1964), Jours glac�s (Hideg napok, 1966), les Murs (Falak, 1968), Course de relais (Staf�ta, 1970).</p><p>K�roly Makk (Beretty��jfalu 1925).</p><p>L�un des artisans de la renaissance du cin�ma hongrois en 1954-1958 avec F�bri et M�ri�ssy. Principaux films : Liliomfi (1954), la Maison au pied du roc (H�z a szikl�k alatt, 1958) ; les Obs�d�s (Megsz�llottak, 1961), Amour (Szere-lem, 1970).</p><p>Istv�n Szab� (Budapest 1938). Dipl�-</p><p>m� en 1964, il fut l�un des plus brillants �l�ves du studio B�la Balazs. Il est l�auteur de l��ge des illusions (�lmodo-z�sok kora, 1964), P�re (Apa, 1966), Un film d�amour (Szerelmesfilm, 7970).</p><p>C. B. Levenson, le Jeune Cin�ma hongrois (Serdoc, Lyon, 1966). / I. Nemesk�rty, Word and Image : History of the Hungarian Cinema (Budapest, 1968). / Ungarische Spielfilme (Francfort, 1968). / M. Est�ve (sous la dir. de), le Nouveau Cin�ma hongrois (Lettres modernes, 1970). /</p><p>Cin�ma 72, num�ro sp�cial (no 165, 1972).</p><p>L�art en Hongrie</p><p>Partie int�grante de l�empire de Rome, sous le nom de Pannonie, la Hongrie conserve des vestiges de l�art romain, notamment � Aquincum pr�s de Budapest. Venu de la r�gion de l�Oural, le peuple hongrois pratiquait dans ses longues migrations, depuis le Ve s. av. J.-C., un art tr�s riche de l�orf�vrerie, de style oriental : t�moin le tr�sor d�or de Nagyszentmikl�s, conserv� au Kunsthis-torisches Museum de Vienne.</p><p>MOYEN �GE ET RENAISSANCE</p><p>Apr�s le couronnement du premier roi de Hongrie, saint �tienne, l�art de ce pays s�inscrit r�solument, au XIe s., dans l�aire de la culture occidentale. Pendant les cinq si�cles du Moyen �ge, une brillante civili-</p><p>sation chr�tienne s�est d�velopp�e, malheureusement ravag�e d�abord, en 1241-42, par l�invasion mongole, puis d�truite en majeure partie par l�occupation turque.</p><p>Sauf quelques ruines et vestiges, il n�en subsiste gu�re de monuments que dans les r�gions p�riph�riques, soustraites � l�invasion turque, l�actuelle Slovaquie et la Transylvanie, aujourd�hui unie � la Roumanie.</p><p>L�art roman, florissant pendant trois si�cles, a cr�� d�importantes abbatiales, dont on a une id�e par celles qui subsistent � P�cs, J�k, Zs�mb�k, Gyulafeh�rv�r (auj.</p><p>Alba-Iulia, en Roumanie), �difices � trois nefs, sans transept, avec de massives tours carr�es. Influences d�abord lombarde et bavaroise, ensuite des ordres fran�ais, Cisterciens et Pr�montr�s ; riche d�coration sculpt�e des portails, dont les fouilles d�Esztergom r�v�lent la haute qualit�.</p><p>Des arts d�coratifs, il reste la chape du sacre des rois de Hongrie (1031), en soie brod�e d�or sur fond pourpre, des pi�ces d�orf�vrerie, dont une s�rie de tr�s curieux aquamaniles conserv�s au Mus�e national hongrois de Budapest, des croix en �mail champlev�.</p><p>L�art gothique s�est d�velopp� avec le r�gne de Louis Ier le Grand (1342-1382). Le plus important monument subsistant est la cath�drale de Kassa (auj. Ko�ice, en Tch�-</p><p>coslovaquie), commenc�e vers 1380, avec choeur � d�ambulatoire. L�architecture civile a �difi� des donjons et des ch�teaux forts � Visegr�d et � Di�sgy&#x151;r, des maisons bourgeoises aussi � Sopron et � Buda. La sculpture a produit des oeuvres de haute qualit�, dont les pi�ces capitales sont la grande statue �questre de saint Georges, � Prague, due � Martin et Georges de Kolozsv�r, monumentale pi�ce de bronze marquant une date dans l�art europ�en (1373), le reliquaire en argent dor� de saint Ladislas, � Gy&#x151;r (v. 1400), plusieurs statues en bois polychrome du XVe s., de style ondu-leux et gracieux.</p><p>La peinture gothique, dont le chef-d�oeuvre au XIVe s. est la Chronique illustr�e du miniaturiste Mikl�s Meggyesi, connut une floraison remarquable de 1400</p><p>jusque vers 1550. Elle servait � d�corer les retables, parfois de 10 m de haut (celui du ma�tre-autel de Kassa avait 48 panneaux), particuli�rement nombreux dans les �glises de haute Hongrie. On distingue dans cette r�gion trois �coles successives, celle des cit�s mini�res, celles de Kassa et</p><p>du Szepess�g (en tch�que Spi�). Art influenc� par les r�gions voisines, mais d�une vigueur originale et harmonieuse. Les ma�tres dominants sont Thomas de Kolozsv�r, actif vers 1427, dont le style �lanc� et pur se rattache au gothique international, le Ma�tre raffin� de la Madone � la rose de Kassa (mus�e des Beaux-Arts de Budapest) et, le plus grand, le Ma�tre M. S., dont les six panneaux de l�autel de Selmecb�nya (auj.</p><p>Banska �tiavnica, en Tch�coslovaquie), partag�s entre les mus�es d�Esztergom et de Budapest, attestent l�originalit�, la subtilit� lyrique et surtout le path�tique bouleversant.</p><p>La brillante cour du roi Mathias Corvin (1458-1490), � Budapest, fait succ�der au gothique finissant (somptueux calvaire du roi, en or et mati�res pr�cieuses, au tr�sor d�Esztergom) le style de la Renaissance italienne. Celui-ci s�impose dans les pr�cieux manuscrits � dits � corvinas �</p><p>� de la biblioth�que de ce souverain, qui fut l�une des plus riches du monde.</p><p>M�me influence italienne dans la sculpture (chapelle Bak�cz d�Esztergom, 1507, et Madone B�thory, 1526, Mus�e national hongrois de Budapest) et dans l�architecture, par exemple au ch�teau de Frics (auj.</p><p>Fri&#x10D;ovce, en Tch�coslovaquie). L��change d�artistes entre la Hongrie et l�Italie fut alors constant, et l�on conna�t un peintre hongrois, Michele Pannonio, qui fit carri�re � Ferrare.</p><p>XVIIIE SI�CLE</p><p>La d�faite de Moh�cs, en 1526, arr�ta l�art hongrois pendant pr�s de cent cinquante ans, et l�occupation turque fit des ravages incalculables dans la plaine hongroise.</p><p>Quand le pays fut enfin lib�r�, la reconstruction se fit dans le nouveau style baroque. De nombreuses �glises s��difi�rent, avec des tours � coupoles superpos�es (Sainte-Anne � Buda ; �glise universitaire � Nagyszombat [auj. Trnava, en Tch�coslovaquie] ; �glise des Franciscains � Eger ; �glise des B�n�dictins � Gy&#x151;r, celle-ci avec un int�rieur d�un luxe �clatant). Des palais d�un style classique fort �l�gant s��lev�rent dans tout le pays, � Pozsony (auj. Bratis-lava), Veszpr�m, Esterh�za (auj. Fert&#x151;d), G�d�ll&#x151;, avec colonnades, frontons, balus-trades orn�es de statues. Les sculpteurs vinrent surtout alors de Vienne, tel Georg Rapha�l Donner (1693-1741). Les peintres aussi, bien qu�il y e�t parmi eux quelques Hongrois de talent : le portraitiste �d�m</p><p>M�nyoki (1673-1756), Jakab Bogd�ny (v. 1660-1724), auteur de savoureuses natures mortes. Mais l�urbanisme, surtout, fut alors remarquable, et des villes enti�res ont conserv� d�excellents ensembles du XVIIIe s. : Eger, Sopron, Sz�kesfeh�rv�r, o� la taille de la pierre et l�art du fer forg� pro-downloadModeText.vue.download 283 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5424</p><p>duisirent des chefs-d�oeuvre. Il en fut de m�me des arts d�coratifs, c�ramique, orf�-</p><p>vrerie, tissus, qui continu�rent � se d�velopper dans les classes paysannes. Celles-ci, enrichies au XIXe s., cr��rent jusqu�en plein XXe s. un art populaire (meubles de bois peint, v�tements brod�s, menus objets sculpt�s) qui est l�un des plus riches de toute l�Europe.</p><p>XIXE SI�CLE</p><p>Au d�but du XIXe s., l�architecture fut marqu�e par un n�o-classicisme d�influence italienne : basilique d�Esztergom, la plus vaste de Hongrie, par J�zsef Hild (1789-1867), Mus�e national hongrois de Budapest par Mih�ly Poll�ck (1773-1855). Ensuite, ce fut le go�t pour le n�o-gothique, dont le monument le plus fameux est le Parlement de Budapest, d� � Imre Steindl (1839-1902). La sculpture eut aussi des re-pr�sentants n�o-classiques, comme Istv�n Ferenczy (1792-1856), form� � Rome. La statuaire monumentale et acad�mique, tr�s pris�e comme dans toute l�Europe au XIXe s., fut illustr�e par les oeuvres d�Alajos Str�bl (1856-1926) et de J�nos Fadrusz (1858-1903).</p><p>La peinture a suivi les grands courants du romantisme et du r�alisme europ�ens.</p><p>On y trouve des portraitistes consciencieux qui ont un charme d��poque, Mikl�s Barab�s (1810-1898) ou J�zsef Borsos (1821-1883), des paysagistes �pris de la nature sauvage, K�roly Mark� (1791-1860) ou L�szl� Pa�l (1846-1879), qui travailla � Barbizon. Mais la grande vogue fut pour les peintres d�histoire. Mih�ly Munk�csy (1844-1900) connut une gloire internationale et triompha � Paris. � ses sc�nes</p><p>�vang�liques th��trales, on peut pr�f�rer ses �vocations populaires et ses paysages, d�un r�alisme � la Courbet. En r�action contre l�art d�atelier surgit une �cole de plein air, dont le ma�tre fut P�l Szinyei Merse (1845-1920) [D�jeuner sur l�herbe, 1873, Galerie nationale de Budapest].</p><p>Son exemple fut suivi par un groupe de peintres qui travaill�rent au d�but du XXe s.</p><p>� Nagyb�nya (auj. Baia Mare, en Roumanie) et dont le plus int�ressant fut K�roly Ferenczy (1862-1917).</p><p>XXE SI�CLE</p><p>Apr�s l�influence de Munich, dominante au XIXe s., celle de l��cole de Paris s�imposa.</p><p>Nombre de peintres vinrent y travailler.</p><p>Ainsi, J�zsef Rippl-R�nai (1861-1927) participa au groupe des nabis, cr�ant une oeuvre raffin�e et color�e. � cette tendance se rattachent Istv�n Sz&#x151;nyi (1894-1960) ou Aur�l Bern�th (n� en 1895). C�est au groupe des fauves que se lia B�la Cz�-</p><p>bel (n� en 1883), tandis que le cubisme marqua Vilmos Aba Nov�k (1894-1941).</p><p>La premi�re moiti� du XXe s. connut encore bien des peintres de talent : Endre Domanovszky (n� en 1907), L�szl� Medny�nszky (1852-1919) et surtout Tivadar Csontv�ry Kosztka (1853-1919). Autodidacte, celui-ci, reconnu apr�s sa mort, cr�a de grandes compositions d�esprit na�f, d�un lyrisme et</p><p>d�un collorisme exacerb�s. D�autres furent expressionnistes, comme Gyula Derkovits (1894-1934), d�inspiration ouvri�re, ou J�zsef Egry (1883-1951). Nombre de peintres hongrois ont continu� � venir travailler � Paris, o� ils ont fait de brillantes carri�res, depuis le peintre mondain Philip Alexius L�zsl� de Lombos (1869-1937) ou le dessinateur Marcel Vert�s (1895-1961) jusqu�� plusieurs abstraits, tels Sigismond Kolos-Vary (n� en 1899), Arpad Szenes (n� en 1897) et, le plus c�l�bre, Victor Vasarely*.</p><p>De m�me pour les sculpteurs. Certains s�impos�rent en Hongrie : B�ni Ferenczy (n� en 1890), auteur de figures d�licates, Jen&#x151; Ker�nyi (n� en 1908), r�aliste socialiste ; et d�autres � l��tranger, dans l�extr�me avant-garde : Joseph Cs�ky (1888-1971), L�szl� Moholy-Nagy*, Nicolas Sch�ffer*, cr�ateur du cin�tisme lumineux, Pierre Szekely (n� en 1923).</p><p>Ainsi, comme depuis ses origines, l�art hongrois est � la crois�e de tous les grands courants de la civilisation de l�Europe occidentale.</p><p>R. C.</p><p>L. Gal, l�Architecture religieuse en Hongrie du XIe au XIIIe si�cle (Leroux, 1922). / A. de Hevesy, les Manuscrits de la biblioth�que du roi Mathias Corvin (Soc. fr. de reproduction</p><p>de manuscrits � peintures, 1923). / E. Ybl, la Peinture hongroise (�d. � Pro Arte �, Gen�ve, 1944). / �. G. Pog�ny, la Peinture hongroise au XIXe si�cle (Budapest, 1955). / A. F�l, T. Hofer et K. Csill�ry, l�Art populaire en Hongrie (Budapest, 1959). / Z. D. Feher et �. G. Pog�ny, la Peinture hongroise au XXe si�cle (Budapest, 1960). / D. Pataky, le Dessin hongrois (Budapest, 1960). / D. Dercs�nyi, Monuments de Hongrie (Budapest, 1961). / D. Radocsay, les Primitifs de Hongrie (Budapest, 1964). / A. Kampis, les Beaux-Arts en Hongrie (Budapest, 1966).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION : l�Art de Hongrie du Xe au XXe si�cle (Petit Palais, Paris, 1966).</p><p>downloadModeText.vue.download 284 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5425</p><p>Honolulu</p><p>Principale ville, premier port et capitale de l�archipel des Hawaii.</p><p>Situ�e au sud-est de l��le d�Oahu, la ville elle-m�me comptait 325 000 habitants en 1970, mais l�agglom�ration en r�unit environ 500 000, soit les deux tiers de la population totale de l�archipel.</p><p>L�essor d�Honolulu est li� d�abord � l�existence d�un port en eau profonde susceptible d�accueillir les vaisseaux europ�ens. Waikiki, prot�g�e par son r�cif, constituait la r�sidence du roi lorsqu�il venait � Oahu ; c�est William Brown, capitaine anglais, qui reconnut en 1794 les avantages du site d�Honolulu. � partir de cette date, elle ne cessa de se d�velopper, et, d�s 1821, le roi s�y installa. En 1833, la ville proprement dite comptait 6 000 habitants, plus 3 000 personnes vivant �</p><p>Waikiki et 4 500 dispers�es aux alentours. La population stagna ensuite autour de 14 000 habitants jusqu�en 1878, mais, � partir des ann�es 1880, la ville connut une expansion rapide : pr�s de 30 000 habitants en 1896, 81 820 habitants en 1920, 179 358 en 1940, 294 194 en 1960.</p><p>Cet accroissement spectaculaire</p><p>d�Honolulu tient � son emprise croissante sur toute la vie de l�archipel. La fonction portuaire en a fait le centre commercial fondamental, par lequel transitent en grande partie les marchandises import�es et export�es (trafic total de plus de 10 Mt en 1969 avec les annexes de Pearl Harbor et de Barber�s Point), et o� naquirent et se d�velopp�rent les firmes qui ont pris peu � peu en main les destin�es �conomiques des Hawaii. La fonction politique et administrative n�a fait que se renforcer depuis l�annexion par les �tats-Unis. Le r�le militaire et strat�gique a pris une grande ampleur avec l�implantation de la base de Pearl Harbor, � l�ouest de la ville. La fonction culturelle s�est affirm�e avec la fondation de l�universit� en 1907. En 1960, la cr�ation par le gouvernement f�d�ral d�un centre de rencontre entre l�Est et l�Ouest donna � la ville une vocation � l��chelle du Pacifique tout entier. Enfin, l�av�nement de l�avion a fait d�Honolulu une plaque tournante dans les relations a�riennes (plus de 5 millions de passagers en 1970, dont 2 200 000 pour le trafic int�rieur de l�archipel) et lui a permis de d�velopper � Waikiki l�un des plus grands complexes touristiques du monde, disposant de plus de 16 000 chambres � la fin de 1969. Il est vrai que, situ�e � l�abri de la cha�ne de Koolau, la ville b�n�ficie � la fois d�une tr�s faible pluviosit� (625 mm tombant surtout en hiver), d�un fort ensoleillement et d�une douceur remarquable des temp�ratures (23 �C de moyenne annuelle).</p><p>L�agglom�ration juxtapose donc des paysages urbains assez diff�rents. Le vieux � centre ville � comprend trois parties essentielles : la zone portuaire et industrielle ; le quartier des affaires et de l�administration, r�unissant les si�ges des grandes entreprises et les principaux bureaux des gouvernements</p><p>f�d�ral et local ; enfin, au nord et au nord-est de ce dernier quartier, un important secteur de r�sidence populaire, o� s�entassaient autrefois les immigrants (� Chinatown � d�Honolulu) et o� venaient aussi se distraire les militaires de Pearl Harbor. L�aspect des deux derniers quartiers change rapidement : les vieux buildings, bas, de style quelque peu colonial, qui abritaient notamment les si�ges sociaux des grosses soci�t�s (Big Five) dominant l��conomie hawa�enne, font place � d��normes gratte-ciel qui donnent � Honolulu un quartier des affaires tr�s comparable � celui des villes du continent am�ricain ; quant aux quartiers o� s�enchev�traient autrefois d�innombrables maisons en bois souvent plus ou moins d�labr�es, ils sont actuellement en voie de complet remod�lement ; les immeubles modernes, de taille moyenne, sont vendus ou lou�s par appartements.</p><p>� partir de ce vieux centre, la ville s�est �tendue vers l�ouest, jusqu�aux limites de l��norme base de Pearl Harbor, et le long de l�a�roport international, situ� � environ 8 km du centre.</p><p>L� se juxtaposent quelques secteurs industriels et de nombreux quartiers de r�sidence pour les revenus moyens et faibles ainsi que pour les familles de militaires.</p><p>Vers le nord et le nord-est, le long des vall�es � fond plat qui �chancrent l� versant sud de la cha�ne de Koolau et sur leurs interfluves, de multiples zones de r�sidence ont pu se d�velopper. Au sud-est, la vocation touristique de Waikiki s�est pleinement exprim�e d�s les ann�es 1950, mais c�est surtout � partir de 1960 qu�ont commenc� � pousser les �normes h�tels � gratte-ciel �, dont la prolif�ration menace le site incomparable de la plage, entre le grand port de plaisance d�Alawai � l�ouest et le c�l�bre c�ne volcanique de Diamond Head � l�est.</p><p>Au nord de Waikiki, d�importants quartiers de r�sidence, o� dominent encore les Orientaux, juxtaposent de tr�s nombreuses petites maisons basses et de puissants �lots d�immeubles de 10, 15 ou 20 �tages. L�universit� d�Hawaii occupe un vaste campus � 2 km seulement au nord de Waikiki.</p><p>Plus � l�est encore, de nouveaux quartiers de r�sidence sont n�s au-del� de Diamond Head (riche secteur de Kahala) et le long de la c�te jusqu�� l�extr�mit� orientale de l��le, o� a �t� cr�� l��norme lotissement d�� Hawaii Kai �, � plus de 15 km du centre, dont la r�ussite a �t� rendue possible par la qualit� des liaisons en grande partie autorouti�res avec � Downtown � Honolulu. C�est la cr�ation d�autoroutes traversant la cha�ne de Koolau par des tunnels qui a permis le rapide essor de villes satellites d�Honolulu sur la c�te</p><p>� au vent � de l��le. Enfin, tout � fait � l�oppos�, � l�extr�mit� sud-ouest de l��le, une vaste zone industrielle a �t� cr��e afin d�y regrouper une partie des usines qui encombrent la zone portuaire d�Honolulu (raffinerie de la Standard Oil).</p><p>C. H. de L.</p><p>Honsh&#x16B;</p><p>La plus grande et la plus peupl�e des �les du Japon.</p><p>Couvrant environ 230 500 km 2 et comptant 82,6 millions d�habitants, Honsh&#x16B; s�allonge du nord au sud</p><p>jusque vers T&#x14D;ky&#x14D;, puis du nord-est au sud-ouest sur 1 200 km au total pour une largeur maximale de 250 km.</p><p>Les caract�res g�n�raux sont trait�s � l�article Japon et seule la g�ographie r�gionale est envisag�e ici. Traditionnellement, les Japonais divisent l��le en cinq r�gions, qui sont, du nord au sud : T&#x14D;hoku, Kant&#x14D;, Ch&#x16B;bu, Kinki (ou Kansai), Ch&#x16B;goku. L��volution actuelle tend � substituer � ce d�coupage transversal un clivage longitudinal opposant le rivage du Pacifique, la plaine du Kansai (Ky&#x14D;to-&#x14C;saka) et le rivage nord de la mer Int�rieure aux montagnes centrales et aux r�gions de la mer du Japon. La premi�re de ces zones groupe toutes les grandes cit�s du pays et l�essentiel de ses industries ; la seconde est rest�e largement traditionnelle et rurale. On suivra la nomenclature traditionnelle en signalant ce qui appartient de chaque r�gion � l�une et l�autre de ces zones.</p><p>Le T&#x14D;hoku</p><p>La plus �tir�e en latitude des grandes r�gions japonaises (66 887 km 2 et 10 millions d�habitants) s�allonge sur pr�s de 600 km du nord au sud, et les express mettent dix heures � la traverser. En exceptant Hokkaid&#x14D;, c�est la plus tardivement occup�e, et la faiblesse relative de sa densit� de population (150), ses rudes montagnes, ses hivers longs et aust�res, son isolement rappellent largement le Massif central fran�ais, comme aussi son traditionalisme et la disparit� de ses activit�s, o� l��lan le plus moderne c�toie maint archa�sme. 7 p. 100 de la population active seulement vivent d�activit�s</p><p>� secondaires � contre la moiti� environ de l�agriculture. Le T&#x14D;hoku est, sur tous les plans, une r�gion attard�e.</p><p>Il doit cette situation � son �loignement des grands centres de la vie nationale (T&#x14D;ky&#x14D;, &#x14C;saka), au morcellement intense de son relief et � la rigueur relative de ses hivers. Le climat est en principe temp�r�, la r�gion se situant entre 37 et 41� de lat. N. Toutefois, l�hiver, venteux et n�buleux sur la mer du Japon, recouvre de neige les plaines littorales durant trois ou quatre mois.</p><p>Sur le Pacifique, il est sec et ensoleill�, mais plus froid (moyenne de janvier : de � 2 � 1 �C). L��t� lui-m�me est relativement sec � cause du courant froid de l�Oyashio, et la temp�rature de juillet varie assez pour que la r�colte de riz soit parfois compromise.</p><p>La for�t de feuillus � et de conif�res au-dessus de 1 000 m � tapisse toutes les hauteurs. Celles-ci s�ordonnent en trois bandes longitudinales : monts de Kitakami et d�Abukuma � l�est, massifs granitiques et volcans actifs au centre (Bandai, Za&#x14D;), monts Uetsu � l�ouest, que dominent quelques beaux volcans (Ch&#x14D;kai : 2 230 m). Dans l�intervalle, deux cordons de plaines d�effondrement, au drainage imparfait, abritent l�essentiel des hommes et de leurs activit�s. Les c�tes pacifiques montrent de magnifiques rias et des �lots nombreux (baie de Matsushima) ; au bord de la mer du Japon, de belles plages occupent des secteurs �tendus. L�agriculture constitue encore l�activit� principale de la population et occupe tous les bassins, o� se d�ploient de magnifiques rizi�res. Les champs tiennent une place plus importante qu�ailleurs, sur les ter-</p><p>rasses et les c�nes de d�jection : orge, bl�, haricots ; la patate et le th�, plantes plus m�ridionales, ne s�aventurent gu�re dans la province. De grands travaux de conqu�te du sol ont acquis depuis la Seconde Guerre mondiale la downloadModeText.vue.download 285 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5426</p><p>lagune de Hachir&#x14D;gata (150 km2), pr�s d�Akita, et certains versants, livr�s � l��levage. Partout, l�hiver emp�che une seconde r�colte d�alterner avec le riz.</p><p>Le gros �levage progresse rapidement et remplace celui du cheval (qui sert encore d�animal de trait), traditionnel ici. La culture fruiti�re conna�t un bel essor surtout autour de Hirosaki, dans l�extr�me nord, o� sont les plus beaux vergers de pommiers du Japon, et dans les r�gions m�ridionales de Yamagata (p�chers) et de Fukushima (raisin).</p><p>La p�che se modernise activement � Hachinohe et � Ishinomaki surtout.</p><p>L�industrie se fonde sur des ressources hydro-�lectriques abondantes (un tiers du potentiel national, le sixi�me �quip�) et surtout sur la houille du bassin de J&#x14D;ban (4 Mt), sur le littoral pacifique au sud. Il y a aussi des sables ferrif�res et des pyrites. Kamaishi est le grand centre sid�rurgique de la province. Akita exploite du p�trole pr�s du rivage et au large (250 000 t). Toutefois, l��loignement des grands foyers du Japon central, le manque de capitaux r�gionaux freinent l�industrialisation, et les activit�s de transformation sont surtout de type ancien : meubles, jouets, soieries, produits alimentaires.</p><p>Le morcellement du relief est un autre obstacle ; chaque bassin constituait jadis un domaine f�odal et conserve un fort cloisonnement. Sen-dai, seule, appara�t comme une m�tropole r�gionale et formera bient�t avec ses annexes maritimes de Shiogama et d�Ishinomaki une conurbation d�un million d�habitants. Son rayonnement intellectuel est grand sur toute la province. Les autres villes, Akita, Sakata,</p><p>Aomori, Yamagata, Fukushima, ont une fonction surtout administrative et commerciale. C�est au sud-est que l�urbanisation progresse le plus rapidement ; l� se prolonge, au nord de T&#x14D;ky&#x14D;, la m�galopolis japonaise. La r�gion industrielle de Hitachi (mat�riel �lectrique lourd), le centre atomique de T&#x14D;kaimura, le complexe industriel-portuaire de Kashima marquent l�avance de l�industrie moderne dans la province ; elle se poursuit dans le J&#x14D;ban, o� s��difient activement de nouvelles usines (raffineries de cuivre, cimenteries, zinc, papeteries), et, dans l�int�-</p><p>rieur, autour de la ville d�Utsunomiya.</p><p>Le Kant&#x14D;</p><p>Plus au sud, sur l�oc�an Pacifique, le Kant&#x14D; (ou Kwant&#x14D;) constitue une r�-</p><p>gion (32 110 km 2, pr�s de 30 millions d�habitants) dont l�unit� est nettement marqu�e dans le paysage (relief et climat), mais qui tire cependant son caract�re dominant de la pr�sence de T&#x14D;ky&#x14D;, dont elle n�est, de plus en plus, que l�arri�re-pays. C�est avant tout le plus grand foyer de peuplement du pays. Sa densit� est tr�s voisine du triple de la moyenne nationale, et trois Japonais sur dix vivent sur les 7 000 km 2 de sa plaine, la plus vaste du Japon. Localement, cette densit� atteint des chiffres records : plus de 5 000 habitants au kilom�tre carr� pour la pr�fecture de T&#x14D;ky&#x14D; et plus de 2 000 pour sa voisine de Kanagawa, o� se trouve Yokohama.</p><p>downloadModeText.vue.download 286 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5427</p><p>Cette vaste agglom�ration �tant pr�-</p><p>sent�e ailleurs (T&#x14D;ky&#x14D;*, Yokohama*), on n��tudiera ici que son cadre naturel et rural.</p><p>Le relief est simple : une plaine entour�e d�un amphith��tre de collines passant progressivement � de hautes montagnes au nord-ouest et � l�ouest, o� la silhouette du mont Fuji domine � 100 km l�horizon de la capitale. La plaine elle-m�me comprend des couloirs irrigables qui correspondent aux vall�es, encadr�es de terrasses �tag�es qui en constituent l�essentiel. Elles portent un sol volcanique d�origine �olienne, brun et collant, qui tapisse les diff�rents niveaux de terrasses (20, 35, 50 m). Les montagnes de l�arri�re-pays sont domin�es par quelques volcans (Fuji, Nantai), et leurs sommets forment un arc continu de pr�s de 300 km de long, dont la hauteur varie de 2 000 � 2 500 m. La passe de Shi-rakawa et le littoral du Pacifique, vers le nord, la c�te et le col de Hakone, au sud, forment les seules issues naturelles ; routes et voies ferr�es doivent emprunter de longs tunnels pour gagner les r�gions voisines � l�ouest et au sud-ouest. Le climat est continental, et l�hiver, sec et ensoleill�, est ponctu� de rafales d�un vent glacial, dont les habitations s�abritent dans des bosquets touffus. L��t� est plus chaud et plus humide que dans le T&#x14D;hoku, et les typhons parviennent souvent jusqu�� la baie de T&#x14D;ky&#x14D;. Celle-ci n�est que l�indentation majeure d�un littoral tr�s d�-</p><p>coup�, o� les deux presqu��les de B&#x14D;s&#x14D;</p><p>et de Miura s�avancent loin au large.</p><p>L�occupation rurale du sol suit cette disposition concentrique ; les montagnes ont des modes d�activit� forestiers et touristiques tr�s actifs gr�ce � la pr�sence de T&#x14D;ky&#x14D;, dont elles forment la banlieue de week-end ; de vieux villages y poursuivent, comme sur les collines, des genres de vie traditionnels, et surtout la s�riciculture. D�velopp�e sous Meiji, celle-ci a apport� la prosp�-</p><p>rit� � tout le sud de la r�gion, donnant � ses maisons leur forme caract�ristique � �tage. C�est toutefois la plaine qui concentre l�essentiel de la vie rurale.</p><p>La Tone (322 km) et ses affluents y tracent des rubans inondables, o� les rizi�res se sont d�velopp�es � l�abri de hautes digues. De gros villages, des</p><p>fermes isol�es ou intercalaires pars�-</p><p>ment l�immensit� plate de ses horizons.</p><p>Le m�rier occupe une grande place � l�ouest. Le reste porte des cultures s�ches sur les terrasses, irrigu�es localement par des puits (creus�s d�s l��poque Tokugawa : r�gion de Mu-sashino, � l�ouest de T&#x14D;ky&#x14D;) : bl�, orge dans le nord (brasseries), en alternance avec le riz dans les fonds irrigu�s, avec des l�gumes dans la zone avoisinant T&#x14D;ky&#x14D;, des fleurs et du gazon. Le nord de la province, plus froid, s�oriente nettement vers l��levage (lait et viande).</p><p>Sur la c�te, la p�che est active, surtout au nord de la presqu��le de B&#x14D;s&#x14D;</p><p>(Kuj&#x16B;kurihama), o� la rencontre des deux courants marins (Oyashio et Ku-roshio) multiplie le plancton, et dans le grand port de Misaki, � l�entr�e de la baie. Le semis des villes suit surtout le pourtour de la plaine, et les march�s, � l�entr�e des vall�es, y forment une ceinture r�guli�re. La fonction d��change de ces centres, traditionnelle, se poursuit, bien qu�ils deviennent de plus en plus des banlieues r�sidentielles pour les travailleurs de la m�tropole ou, plus r�cemment, s�industrialisent � leur tour. Apr�s avoir accus� un long d�peuplement, ces pr�fectures voient leur population se stabiliser, et c�est la grande ville qui vient � elles d�sormais.</p><p>Le Ch&#x16B;bu</p><p>C�est la r�gion la plus massive du pays, qui atteint sa largeur maximale (250 km) entre le Pacifique et la mer du Japon. Ici se trouvent encore les plus hautes montagnes, tandis que les plaines garnissent surtout les deux rivages. Le Ch&#x16B;bu groupe 20 millions d�habitants sur 66 779 km 2, mais sa densit� globale (pr�s de 300 hab. au km 2) n�a gu�re de signification et varie largement entre le sud-est, d�une part, le centre et l�ouest, de l�autre. Il faut distinguer ici trois sous-r�gions, trois familles de paysages et d�occupation humaine, qui n�offrent gu�re entre elles que des contrastes.</p><p>Le T&#x14D;kai</p><p>Le T&#x14D;kai est l�ensemble des rivages qui, depuis le sud de T&#x14D;ky&#x14D;, vers Atami, jusqu�� la r�gion de Nagoya bordent au sud-est le Pacifique. Sur</p><p>environ 250 km se poursuit un magnifique adret faisant succ�der des plaines c�ti�res assez courtes et des �perons de collines. La presqu��le d�Izu et la baie d�Ise �chancrent ce littoral et multiplient les expositions. Les c�tes rocheuses y alternent avec des plages qu�interrompt entre Hamamatsu et Toyohashi la grande lagune du lac Hamana. Deux paysages ruraux coexistent ici : les plaines � riz, passant aux cultures mara�ch�res aux approches des nombreuses agglom�rations, et les collines, que couvrent th�iers (surtout vers Shizuoka) et mandariniers plant�s, eux, en terrasses.</p><p>La grande industrie occupe ici un de ses quatre bastions traditionnels : Nagoya*, dont l�agglom�ration, de 3 millions d�habitants environ, englobe toute la plaine de N&#x14D;bi et les bords de la baie d�Ise. La vieille industrie du coton, qui a fait la fortune de la ville, survit �galement � Toyohashi, tandis que non loin de l�, Hamamatsu fabrique 300 000 pianos par an. Toujours en continuant vers le nord-est, le complexe Shizuoka-Shimizu devient, avec le grand port de p�che de Yaizu, l�amorce d�une future agglom�ration millionnaire �tendant ses usines le long de la baie de Suruga. Toutes ces villes forment un long cordon d�usines et de peuplement dense qui comble peu � peu l�intervalle de T&#x14D;ky&#x14D; � Nagoya.</p><p>La fonction essentielle de la r�gion, la plus ancienne du moins, est celle de relation ; succ�dant � la vieille route f�odale du T&#x14D;kaid&#x14D;, qui unissait Edo (T&#x14D;ky&#x14D;) � Ky&#x14D;to et � &#x14C;saka, ont �t� construites une route et une voie ferr�e, et, depuis la Seconde Guerre mondiale, une voie ferr�e ultra-rapide et une autoroute. Enfin, le tourisme (lac Hamana, o� se trouvent de grands �levages d�anguilles, Atami) se d�veloppe rapidement sur ces beaux rivages ensoleill�s. Toutes ces activit�s attirent un nombre croissant de migrants de l�int�-</p><p>rieur et du rivage oppos�. La densit� de peuplement d�passe 600 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>Le Hokuriku</p><p>Des paysages bien diff�rents se succ�-</p><p>dent sur le littoral de la mer du Japon, depuis Niigata, au nord, jusqu�� la baie</p><p>de Wakasa, au nord du lac Biwa. Des plaines bien d�velopp�es, que bordent des cordons de dunes et des lagunes, s�adossent � des collines formant transition avec les Alpes japonaises. C�est l�hiver qui caract�rise avant tout ces rivages, drapant d�une neige �paisse et durable d�pressions et collines. Durant l��t�, la nappe verte, puis jaunissante des rizi�res n�est pas moins uniforme, et c�est l�un des greniers du Japon. Le r�gime de la grande propri�t� a �t� plus vivace ici qu�ailleurs, motiv� par la n�-</p><p>cessit� de grands drainages et entretenu par l�isolement de la r�gion. Les activit�s industrielles sont r�duites, malgr� le p�trole de Niigata et la houille blanche de l�arri�re-pays : raffineries de Niigata et de Toyama, m�tallurgie, industries chimiques fond�es sur le sel marin et le p�trole de Toyama-ko et de Tsuruoka, soieries de Fukui.</p><p>Deux grandes villes se partagent la direction de la r�gion : Niigata au nord (384 000 hab.), � quatre heures de train de T&#x14D;ky&#x14D;, premier port marchand de la mer du Japon, esp�rant beaucoup des relations futures avec l�U. R. S. S. ; et Kanazawa (361 000 hab.), vieille capitale f�d�rale demeur�e davantage fid�le � son pass�. Elle n�est qu�� trois heures et demie d�&#x14C;saka, si bien que chacune des deux m�tropoles nationales se partage, indirectement, la r�gion. La densit� de peuplement d�passe de peu 200 habitants au kilom�tre carr�.</p><p>Le T&#x14D;san</p><p>Entre ces deux r�gions littorales, le T&#x14D;san constitue la r�gion la plus continentale du Japon. Trois paysages y alternent : des hautes montagnes h�-</p><p>riss�es de pics (une vingtaine de sommets ont plus de 3 000 m) et de cr�tes, constituant les monts Hida (Alpes japonaises) ; des montagnes moyennes ouvertes de grandes vall�es rectilignes se dirigeant au nord ou au sud ; enfin des bassins (K&#x14D;fu, Nagano, lac Suwa, Matsumoto, Takayama) �vid�s au coeur de ces reliefs, plaines effondr�es aux rebords nets, au sol caillouteux et plat, au climat continental, froid et sec en hiver (� 600 m d�altitude, le lac Suwa g�le enti�rement de janvier � mars).</p><p>Les rizi�res y gagnent le bas des versants, o� elles s��tagent en larges gradins. Les pommiers (Nagano), la vigne</p><p>ou les p�chers (K&#x14D;fu), le m�rier y diversifient le paysage. Le T&#x14D;san est une grande r�gion de s�riciculture, et les maisons rurales � �tage et balcon sont de formes vari�es. Filature et tissage de la soie y sont les seules activit�s modernes, tandis que l�hydro-�lectricit� (barrage de Kurobe) et le bois d�oeuvre sont les deux richesses de la montagne.</p><p>La densit� de la population est peu �le-v�e (155), mais elle le serait davantage � ne compter que les bassins. Ceux-ci abritent les noeuds de relations : anciennes cit�s f�odales (K&#x14D;fu, Matsumoto) ou religieuse (Nagano), qui ne d�passent gu�re 200 000 habitants.</p><p>Le Kinki (ou Kansai)</p><p>C�est avec le Kant&#x14D; et le T&#x14D;kai une des r�gions cl�s du pays (32 963 km 2, 18 millions d�habitants environ). Elle tire son originalit� autant de l�histoire que de la g�ographie. Pass� la ligne de hauteurs, qui joint la baie de Nagoya � celle de Wakasa, on d�bouche sur un Japon diff�rent : hautes montagnes et larges plaines sont remplac�es par des hauteurs et des d�pressions plus r�duites ; la neige est rare ou absente, et la ti�deur g�n�rale du climat, les downloadModeText.vue.download 287 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5428</p><p>paysages mesur�s, la large coul�e de lumi�re qu�ouvre ici la mer Int�rieure (Seto-naikai) composent un milieu plus accueillant qu�au nord. Le Kinki est le centre historique du Japon � partir duquel l�ensemble de l�archipel a �t� acquis � la civilisation venue du continent. Les anciennes capitales se sont �tablies dans les bassins int�rieurs : plaine de Nara (Yamato), puis celle de Ky&#x14D;to, cette derni�re cit� ayant �t� la r�sidence de la Cour pendant plus de dix si�cles (794-1868).</p><p>La r�gion occupe de fait une situation exceptionnelle, s�ouvrant � l�ext�-</p><p>rieur sur trois mers, � l�int�rieur sur des plaines dispos�es en chapelet et reli�es entre elles : du lac Biwa (le plus vaste lac du Japon : 674 km2), de Ky&#x14D;to, de Nara et d�&#x14C;saka, cette derni�re bordant elle-m�me la mer Int�rieure.</p><p>Deux massifs montagneux limitent ces plaines au nord et au sud : les monts de Tamba, hauteurs moyennes tr�s bois�es, au nord, et la presqu��le de Kii, plus massive, au sud. Alors que les monts de Tamba appartiennent � la zone interne du Japon et n�offrent ainsi que des granites et des s�diments primaires plusieurs fois aplanis et tr�s diss�qu�s, la r�gion de Kii, qui rel�ve de la zone externe, montre de nets alignements structuraux de mat�riaux divers, culminant � 1 915 m. De grandes vall�es s�parent ces �chines suivant les lignes de fracture ou recoupent les directions structurales par des captures (Totsugawa).</p><p>Le climat offre les m�mes moyennes thermiques et pluviom�triques que celui du Kant&#x14D; (Ky&#x14D;to n�est, en latitude, que de 50 km plus m�ridionale que T&#x14D;ky&#x14D;) ; seule la c�te orientale de Kii est tr�s arros�e (3 000 mm localement) et visit�e par les typhons.</p><p>Le climat de Ky&#x14D;to est l�un des plus continentaux du Japon, car la ville est la seule m�tropole qui ne soit pas sur le rivage, tandis qu�� 50 km de l� &#x14C;saka s�enveloppe contin�ment dans un voile de brume, d� largement aux fum�es de ses usines. Sur la mer du Japon, la neige tombe en abondance, alors que le littoral de Kii est exceptionnellement doux. Le milieu naturel offre ainsi un vif contraste entre les deux massifs montagneux, d�une part, de climat plus humide, aux pentes abruptes et tr�s bois�es, tr�s ferm�s sur eux-m�mes, et la plaine axiale, d�autre part, tr�s t�t d�frich�e, aux calmes paysages d�gag�s. Ce contraste se poursuit dans la r�partition du peuplement, et la densit� de la r�gion (proche de 500</p><p>en moyenne, la plus �lev�e du pays apr�s le Kant&#x14D; et pr�s du double de la moyenne nationale) varie grandement entre les massifs, faiblement peupl�s, et la plaine centrale, o� se trouve la seconde conurbation du pays, form�e de Ky&#x14D;to, d�&#x14C;saka et de K&#x14D;be. De m�me s�opposent les genres de vie de ces hauteurs, rest�s fid�les � maint archa�sme, o� l�exploitation foresti�re s�associe � une polyculture largement autoconsommatrice et o� se perp�tue un artisanat ancien (travail du bois, papier, tissage) et rustique, aux modes d�activit� modernes et vari�s de la</p><p>plaine.</p><p>Celle-ci se ramifie pour former</p><p>le bassin du Yamato, que les monts Ikoma (642 m) s�parent de la plaine d�&#x14C;saka. En d�pit de la pouss�e rapide de l�urbanisation, qui s�me d�usines et d�immeubles r�sidentiels tous ces terroirs, la vie rurale se maintient, encourag�e par la proximit� d�un march� de 10 millions de citadins. Occup�es tr�s anciennement, quadrill�es encore des canaux et des digues du vieux syst�me de partage du sol � jori � (VIIe s.), ces campagnes sont couvertes de rizi�res alternant en hiver avec des cultures s�ches. D�innombrables �tangs ont �t� creus�s depuis des si�cles, dont l�eau est l�ch�e au moment du repiquage. De belles maisons rurales se groupent en villages massifs et refl�tent leurs hauts pignons de chaume dans les douves qui les cernent encore parfois. Aux environs de Ky&#x14D;to, mandariniers et surtout th�iers (Uji) couvrent de notables superficies. Aux approches des villes, c�est-�-dire en tous lieux, les cultures mara�ch�res et florales occupent une place consid�rable, sous abri de ma-ti�re plastique g�n�ralement, tandis que l��levage appara�t sur les plateaux voisins, moins d�velopp�, toutefois, que dans la r�gion du Ch&#x16B;goku.</p><p>Les c�tes, rocheuses et d�coup�es, de la r�gion de Kii entretiennent de nombreuses communaut�s de p�cheurs traditionnels et, localement (baie d�Ago), se pr�tent � l��levage des hu�tres per-li�res. Dans la baie de Wakasa (mer du Japon), m�me alternance des activit�s traditionnelles et du tourisme. Sur la baie d�&#x14C;saka, au contraire, l�industrie lourde a conquis presque tout le rivage.</p><p>Une des fonctions essentielles de la r�gion a toujours �t� la circulation. Par le couloir Ky&#x14D;to-&#x14C;saka passent toutes les voies ferr�es et routi�res unissant les rivages nord-ouest (Niigata-Kanazawa) et sud-est (T&#x14D;ky&#x14D;-Nagoya) � l�ouest du pays ; ce grand axe de communication traverse ainsi de part en part la conurbation (v. Ky&#x14D;to, &#x14C;saka, K&#x14D;be).</p><p>Le Ch&#x16B;goku</p><p>Il termine au sud-ouest Honsh&#x16B;. Allong� sur 450 km depuis K&#x14D;be jusqu�au d�troit de Shimonoseki (31 678 km 2,</p><p>7 560 000 hab.), il est form� d�une longue �chine montagneuse, suite de bombements intens�ment diss�qu�s par des vall�es fid�les aux lignes de faille. Le volcanisme est presque absent, et d��paisses couches de calcaire y donnent localement (Yamaguchi) les plus beaux paysages karstiques de l�archipel. Les sommets ne d�passent nulle part 1 500 m. Les bassins sont tr�s rares (Yamaguchi, Tsuyama).</p><p>Alors que le Kinki groupe au</p><p>centre sa population et ses richesses, le Ch&#x16B;goku les concentre au contraire sur sa p�riph�rie. La double exposition au nord vers la mer du Japon et au sud sur la mer Int�rieure divise en effet le Ch&#x16B;goku en deux r�gions longitudinales adoss�es � la cha�ne axiale et dont le contraste est aussi vif que celui qui oppose dans le Ch&#x16B;bu le T&#x14D;kai et le Hokuriku. Ce dernier se poursuit ici par le long rivage du Sanin, d�roulant sur pr�s de 500 km ses courtes plaines et ses falaises morcel�es au large en �les nombreuses. Un isolement presque total, l��miettement en petites communaut�s rurales ou de p�cheurs, tr�s traditionnelles, en font une des r�gions les plus attard�es du Japon. Seule la plaine d�Izumo, un des foyers de peuplement protohistoriques de l�archipel, porte de belles cultures, o� s��gaillent des maisons rurales, chacune dans un bosquet qui la dissimule enti�rement et l�abrite des rafales de la mousson hivernale. La neige visite en effet deux mois par an ce littoral et y emp�che g�n�ralement la seconde r�colte annuelle. Les villes sont des march�s ruraux et des centres administratifs (Tottori, Matsue), et ne d�passent pas 150 000 habitants. Yo-nago a toutefois une grande usine de pulpe.</p><p>Le mot Sanin signifie en japonais</p><p>� ubac � ; c�est par le terme contraire, Sany&#x14D;, qu�on d�signe le versant m�ridional du Ch&#x16B;goku (adret, versant au soleil). C�est ici que se prolonge, depuis le Kant&#x14D;, le T&#x14D;kai, plaine axiale du Kinki, axe vital, industriel et d�mographique du Japon. Son originalit� est d�abord climatique : c�est un adret comparable au T&#x14D;kai, � la diff�rence qu�il est plus chaud en �t�, moins froid en hiver et surtout plus sec � cause du double abri que lui procurent la cha�ne du Ch&#x16B;goku (contre la mousson hiver-</p><p>nale) et Shikoku (contre les pluies estivales et les typhons). Localement, il ne tombe pas un m�tre de pluies, et l�olivier cro�t dans l��le de Sh&#x14D;do. Le Sany&#x14D; forme � cet �gard une r�gion g�ographique homog�ne avec les �les de la mer Int�rieure et le rivage septentrional de Shikoku, qui lui fait face. La c�te est tr�s d�coup�e : presqu��les et �les de granite en boules, h�riss�es de pins et s�ornant localement de belles plages d�sertes, que dominent chicots et d�mes. Il s�agit en effet d�une surface diss�qu�e et ennoy�e, dont les zones basses forment des bassins maritimes �tendus et les seuils des semis intenses d��les et d��lots. La profondeur de la mer ne d�passe gu�re 50 m, mais de violents courants de mar�e la parcourent. Les plaines c�ti�res sont �troites, morcel�es et butent au nord contre la cha�ne axiale.</p><p>Les plus anciennement occup�es du Japon apr�s Ky&#x16B;sh&#x16B;, elles ont connu tr�s t�t le surpeuplement et ont multipli� les moyens d�existence pour y parer. � la riziculture ancienne et intensive, pour laquelle des �tangs ont �t� creus�s, plus nombreux ici qu�en toute autre r�gion, se sont ajout�s les plantes tinctoriales, l�igusa (mati�re premi�re des tatami, les nattes de la maison), la c�ramique, les tissages de coton, tandis qu�une intense �migration, en Mandchourie et en Cor�e, puis dans la r�gion d�&#x14C;saka, soulageait ces campagnes.</p><p>C�est ici une des grandes voies de passage du pays, unissant Ky&#x16B;sh&#x16B;, berceau probable du peuple nippon, au Kinki, centre traditionnel de sa puissance ; routes et voies ferr�es longent ces rivages, que de grands domaines f�odaux se partageaient ; les capitales, Okayama et Hiroshima, constituent les noyaux actuels de l�urbanisation.</p><p>Cette r�gion se voit en effet gagner par une intense immigration, et de grands complexes industriels lanc�s sur la mer viennent partout en doubler la c�te, dont ils accusent sans cesse le contraste avec les montagnes de l�int�-</p><p>rieur et les �les, demeur�es fid�les au pass� et en voie de d�peuplement.</p><p>On peut distinguer ici plusieurs en-</p><p>sembles : � 70 km � l�ouest de K&#x14D;be, Himeji se double sur la mer d�un front de combinats p�trochimiques et d�appontements. � 100 km de l�, une conurbation millionnaire est en train de na�tre ; elle englobera la vieille capitale f�odale d�Okayama, centre commercial, bancaire, administratif et intellectuel, l�ancienne cit� marchande de Kurashiki, devenue le si�ge de la plus grande fabrique de rayonne du pays, et la formidable zone industrielle maritime de Mizushima, o� les grandes downloadModeText.vue.download 288 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5429</p><p>soci�t�s japonaises �difient c�te � c�te, sur de vastes atterrissements, hauts fourneaux et tours de cracking. Pass� le vieux port d�Onomichi, les centres industriels secondaires de Fukuyama, de Mihara et le port militaire de Kure, voici Hiroshima*, deuxi�me agglom�ration millionnaire de ces rivages.</p><p>Au-del�, � Iwakuni, � Tokuyama, � Ube, la mer recule rapidement devant la mar�e des usines qui envahit ses baies. � Ube, un vieux bassin houiller a repris vie dans le cadre de cette nouvelle industrialisation. La prolongation du chemin de fer rapide du T&#x14D;kaid&#x14D;</p><p>jusqu�� Okayama (printemps 1972), puis Hiroshima et Fukuoka ach�vera de faire du Sany&#x14D; le v�ritable prolongement de la m�galopolis T&#x14D;ky&#x14D;-</p><p>&#x14C;saka et r�unira ces deux m�tropoles, en six et trois heures respectivement,</p><p>au grand foyer manufacturier du nord de Ky&#x16B;sh&#x16B;. La mer elle-m�me est le si�ge d�activ�s communaut�s de p�-</p><p>cheurs : toutefois, la prolif�ration des zones industrielles, polluantes, est en train de tuer rapidement toute vie dans ses eaux, et les �levages de poissons (truites) et de crustac�s (crevettes), prosp�res encore aujourd�hui en divers secteurs et qui tendaient � faire de ces eaux un vaste vivier de reproduction pour les mers japonaises, deviennent grandement menac�s.</p><p>Les grands contrastes d��volution signal�s dans chacune des grandes r�gions traditionnelles de Honsh&#x16B;</p><p>(T&#x14D;hoku, Kant&#x14D;, Ch&#x16B;bu, Kinki,</p><p>Ch&#x16B;goku) montrent ainsi fortement le clivage longitudinal de toute l��le en un � endroit � riche et peupl�, et en un � envers � rural et attard�, dont le contraste va croissant. Pour �tre en partie naturel (l�envers est le pays de la neige, l�endroit celui des hivers secs et ensoleill�s), ce contraste est surtout humain, et les raisons historiques et �conomiques ainsi que les modalit�s actuelles sont pr�sent�es � l�article Japon. On retrouverait cette opposition � Ky&#x16B;sh&#x16B;* (entre le nord-ouest et le reste de l��le) et � Hokkaido* (le sud,</p><p>tr�s urbanis�, se diff�rencie grandement du centre et de l�est).</p><p>J. P.-M.</p><p>F Hiroshima / Japon / K&#x14D;be / Ky&#x14D;to / Nagoya /</p><p>&#x14C;saka / T&#x14D;ky&#x14D; / Yokohama.</p><p>Hoogh (Pieter de)</p><p>Peintre n�erlandais (Rotterdam 1629 -</p><p>Amsterdam v. 1684).</p><p>Il commence sa carri�re � Delft*, o� on le trouve inscrit en 1655 � la guilde de Saint-Luc. C�est tr�s probablement dans cette m�me ville qu�il se marie en 1654. Pieter de Hoogh (ou Hooghe, ou Hooch), qui a trois ans de plus que Vermeer*, va subir l�influence de son illustre cadet. Les deux hommes ont un certain nombre de points communs : outre leur amour des vues de Delft, ils aiment � repr�senter de tranquilles int�rieurs hollandais que les rayons filtrant � travers une fen�tre viennent animer.</p><p>En ce si�cle prosp�re, o� le calvinisme �limine les sujets religieux, la peinture hollandaise cherche � traduire les aspirations de la bourgeoisie banqui�re. Si le bourgeois, le syndic ou le prince aiment � se faire repr�senter soit dans leur corporation, soit dans leur maison, au milieu de leur famille, c�est leur entourage, plus qu�eux-m�mes, que Pieter de Hoogh mettra en valeur.</p><p>Chaque d�tail est soigneusement observ� : le luxe des tapisseries, le mobilier cossu, l�argenterie rutilante, autant de marques destin�es � souligner l�importance de la vie intime de ces personnages, leur attachement � ce qu�ils poss�dent.</p><p>C�est avec une pr�cision de g�o-</p><p>m�tre que le peintre construit ses int�-</p><p>rieurs, dont les portes s�ouvrent en en-filade et o� le jeu savant des carrelages produit une perspective d�bouchant sur une cour ou un jardin ; mais ces portes s�ouvrent aussi sur la vie familiale : l� un enfant joue, ailleurs une servante vaque � ses occupations, tandis que la ma�tresse de maison fait de la</p><p>tapisserie. Pourtant ce qui domine plus encore, c�est cette lumi�re qui p�n�tre par une porte ou une fen�tre pour �clairer, parfois � contre-jour, un visage, un geste, ou qui s��tale pour envelopper une sc�ne. Le Cellier (Rijksmuseum, Amsterdam) traduit pleinement ce sens de l�espace et ce jaillissement de la lumi�re qui embellit le logis.</p><p>Il ne manque pas d�exemples (le crin d�un balai, la clef d�une porte) pour t�-</p><p>moigner de la pr�cision r�aliste de Pieter de Hoogh : ainsi dans les diverses Cours de maison hollandaise (National Gallery de Londres et collections particuli�res). Le tableau est con�u comme si le spectateur devait conna�tre l�organisation de la maison jusque dans ses d�tails et surprendre, ainsi un moment de sa vie quotidienne. Si l�artiste a parfois repr�sent� des personnages pittoresques (la Peseuse d�or, Berlin), il s�est le plus souvent attach� � rendre un � instant de vie � de ces logis �tin-celants de propret� ou de ces demeures somptueuses. Les personnages y sont certes pr�sents, mais silencieux et contribuant pour l�essentiel � animer le sujet v�ritable du tableau : la demeure.</p><p>Vers 1662, on retrouve Pieter de Hoogh � Amsterdam, o� il est amen� � fr�quenter un monde un peu diff�rent de celui auquel il se m�lait jusque-l�.</p><p>Ses tableaux deviennent alors une v�ritable mise en sc�ne des mondanit�s qui caract�risent la vie de ces milieux (les Joueurs de cartes, mus�e du Louvre ; le D�part pour la promenade, v. 1668, mus�e des Beaux-Arts, Strasbourg).</p><p>S�il est g�n�ralement �clips� par Vermeer, Pieter de Hoogh demeure n�anmoins un petit ma�tre qui, pour avoir subi comme la plupart de ses contemporains l�empreinte de Rembrandt*, a su donner � la peinture downloadModeText.vue.download 289 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5430</p><p>intimiste un rang qu�elle n�avait pas jusque-l�.</p><p>M. P.</p><p>A. de Rudder, Pieter de Hooch et son oeuvre (Van Oest, Bruxelles, 1914). / W. R. Valentiner, Pieter de Hoogh (Berlin et Leipzig, 1929). /</p><p>F. Van Thienen, Pieter de Hoogh (Amsterdam, 1945 ; 2e �d., 1950).</p><p>Ho-pei</p><p>En pinyin HEBEI, province de la Chine du Nord ; 197 200 km 2 (municipalit� de P�kin exclue) ; 47 000 000 d�hab. Capit.</p><p>Shijiazhuang (Che-kia-tchouang).</p><p>Le milieu</p><p>C�est la plus septentrionale des provinces de la Chine du Nord. La moiti� orientale est constitu�e par l�extension septentrionale, � une altitude moyenne de 50 m, de la Grande Plaine de la Chine du Nord, qui s�ouvre ici sur le golfe de Bohai (Po-hai) et qui est drain�e par le r�seau du Haihe (Hai-ho).</p><p>Un bourrelet montagneux continu, du sud-ouest au nord-est, occupe l�autre moiti� de la province, o� l�on peut distinguer trois ensembles principaux. Au nord-est, le massif de Jibei (Ki-pei) est un ensemble de collines et de moyennes montagnes cristallines (de 1 000 � 1 500 m d�altitude) qui marquent une nette limite entre la Chine du Nord et la Chine du Nord-Est, et dont les cr�tes portent le tron�on oriental de la Grande Muraille. La cha�ne des Yanshan (Yen-chan) [1 500 m], d�orientation E.-O., constitue l��l�ment essentiel de cet ensemble, qui ne laisse � l�est qu�un �troit passage littoral vers la Mandchourie, � Shanhaiguan (Chan-hai-kouan), point de d�part de la Grande Muraille. Au nord-ouest, les massifs de Chang-bei (Tch�ang-pei) [de 1 200 � 1 500 m d�altitude en moyenne] constituent le rebord du plateau mongol, ensemble tr�s complexe et tr�s accident� de blocs cristallins d�nivel�s par le jeu de toute une s�rie de failles d�� orientation sinienne � (N.-E. - S.-O. - O.), et dont la d�pression de Xuanhua (Siuan-houa) [600 m d�altitude] et le massif du Xiaowutaishan (Siao-wou-t�ai-chan)</p><p>[3 491 m, point culminant du bassin inf�rieur du Huanghe (Houang-ho)]</p><p>sont les deux �l�ments les plus remarquables. � l�ouest se dresse � une altitude moyenne de 1 000 m (culminant � 2 000 m) la cha�ne des Taihangs-</p><p>han (T�ai-hang-chan), qui s�allonge sur plus de 500 km du nord au sud et constitue le rebord des plateaux du Sh&#x101;nxi (Chan-si), immense escarpement calcaire dominant la plaine du Hebei, mais dont le franchissement est facilit� par l�existence d�une s�rie de vall�es transversales : ce sont les � huit passes des Taihangshan �, dont la plus importante est celle de Niangziguan (Niang-tseu-kouan), qu�emprunte la voie ferr�e qui relie le Hebei au Sh&#x101;nxi.</p><p>Les conditions climatiques du Hebei sont celles qui caract�risent la Chine du Nord dans son ensemble. � des hivers encore rigoureux (moyenne de janvier</p><p>� 4 �C au sud et � 10 �C au nord) succ�-</p><p>dent des �t�s tr�s chauds (moyenne de juillet 25 �C) dans l�ensemble de la province, �t�s au cours desquels tombent, sous la forme d�averses violentes, de 70 � 75 p. 100 du total annuel (500 � 600 mm) des pr�cipitations, tandis que l�hiver et le printemps connaissent une s�cheresse accus�e.</p><p>Cette concentration consid�rable des pr�cipitations, la destruction mill�naire de la couverture foresti�re des massifs montagneux du pourtour se traduisent par une intense �rosion, qui apporte en �t� une charge �norme au r�seau du Haihe (Hai-ho), dont les crues brutales provoquaient p�riodiquement de graves inondations dans les plaines orientales, tandis qu�� l�inverse les s�-</p><p>cheresses du printemps rendaient tr�s al�atoire la culture du bl� notamment.</p><p>Aussi de gigantesques travaux ont-ils �t� entrepris depuis 1949 pour la ma�-</p><p>trise des eaux dans cette province.</p><p>L�irrigation</p><p>et l��conomie</p><p>De 1951 � 1960, sept grands barrages-r�servoirs �taient r�alis�s pour contr�-</p><p>ler les affluents du Haihe et permettre le d�veloppement des surfaces irrigu�es ; les deux principaux sont le barrage de Guanting (Kouan-t�ing), � 60 km � l�ouest de P�kin (capacit� : 2,2 milliards de m�tres cubes), qui contr�le la rivi�re la plus dangereuse, le Yon-gdinghe (Yong-ting-ho), et permet l�irrigation de la ceinture mara�ch�re de P�kin, et le r�servoir de Miyun (Miyun) [municipalit� de P�kin], � 70 km</p><p>au nord de P�kin (capacit� : 4,1 milliards de m�tres cubes), qui contr�le le Chaobaihe (Tch�ao-pai-ho) et permet l�irrigation de plus de 200 000 ha. De 1963 � 1970, une gigantesque campagne d�am�nagement suscit�e par le pr�sident Mao et mobilisant plusieurs dizaines de millions d�habitants du Hebei aboutissait � la cr�ation de 1 400 r�servoirs de toutes tailles sur le cours sup�rieur des rivi�res, � l��tablissement de 14 grandes digues et au creusement ou � l��largissement de 1 600 km de canaux et de rivi�res dans les plaines orientales et m�ridionales.</p><p>Depuis 1969, des travaux sont engag�s sur les cours moyens et sup�rieurs des quatre affluents septentrionaux du Haihe ; ils doivent aboutir � la ma�trise totale du r�seau hydrographique de cette r�gion.</p><p>Ainsi, en 1970, la province disposerait de plus de 3 millions d�hectares de terres irrigu�es, tandis que la moiti� des terres salines et alcalines du littoral (500 000 ha) a pu �tre r�cup�r�e et mise en culture. Aussi l��conomie agricole du Hebei conna�t-elle une �volution remarquable : la riziculture, qui ne franchissait gu�re jusque-l� la vall�e de la Huai (Houai), conquiert les nouvelles terres littorales, o� le coton est �galement une culture pionni�re ; quant aux vall�es du Daqinghe (Ta-Ts�ing-ho), du Ziyahe (Tseu-ya-ho) et du Weihe (Wei-ho), elles font du Hebei le producteur de plus du quart du coton chinois.</p><p>L�agriculture c�r�ali�re traditionnelle ne permettait gu�re de r�aliser que trois r�coltes tous les deux ans (bl�, ma�s, kaoliang). Le d�veloppement de l�irrigation rend d�sormais possible l�extension de la double r�colte annuelle (bl� d�hiver, ma�s en �t�), et, province habituellement d�ficitaire, le Hebei ne serait plus depuis 1967</p><p>importateur de c�r�ales. Arachides et patates douces au sud, et soja plus au nord sont les autres grandes cultures alimentaires des plaines du Hebei. Les cultures arbustives constituent l�activit� agricole la plus remarquable des districts montagneux, activit� particuli�rement d�velopp�e au cours des quinze derni�res ann�es : noix, ch�taignes, abricots, kakis, jujubes,</p><p>poires, etc., essentiellement sur les basses pentes des Taihangshan et des Yanshan.</p><p>Toutefois, ce sont les ressources industrielles qui sont la grande richesse du cadre montagneux du Hebei, et en particulier les ressources houill�res, r�parties en deux grands bassins principaux (deux autres appartiennent au territoire de la municipalit� de P�kin).</p><p>Le bassin de Kailan (K�ai-lan), sur le piedmont des Yanshan, exploit� d�s la fin du XIXe s., reste un des grands producteurs de charbon en Chine (pr�s de 15 Mt par an). Le bassin de Fengfeng (Fong-fong), sur le piedmont des Taihangshan, activement mis en valeur � partir de 1950, produit plus de 5 Mt de charbon � coke, alimentant les aci�ries du Hebei et du Liaoning (Leao-ning).</p><p>Du minerai de fer est �galement</p><p>exploit� sur le pourtour montagneux de la province et principalement dans le bassin de Longyan (Long-yen), pr�s de Xuanhua, qui dispose d�abondantes r�serves � 50 p. 100 de teneur en m�tal.</p><p>Le sel est une autre grande ressource industrielle du Hebei : les marais salants de la c�te du golfe de Bohai fournissent le quart de la production chinoise de sel.</p><p>Les villes</p><p>Devenu le centre politique de l�Empire chinois avec la dynastie mongole des Yuan (1276), le Hebei est �clips� � partir de 1850 par les provinces du Yangzi (Yang-tseu) � la suite de la p�n�tration occidentale. Ce n�est qu�un si�cle plus tard que l�av�nement du r�gime communiste redonne au Hebei sa pr��minence. Cette mise en valeur r�cente de la province se traduit dans sa g�ographie urbaine. � l�exception de P�kin, les grandes villes du Hebei sont essentiellement le produit de l�industrialisation moderne et se situent � sa p�riph�rie, tout comme les ressources industrielles et les moyens de transport.</p><p>Kalgan (en chinois Zhangjiakou</p><p>[Tchang-kia-k�eou]) [300 000 hab.]</p><p>et Chengde (Tch�eng-t�) [pr�s de 100 000 hab.] sont les principaux centres urbains du nord. Le premier, tout en conservant et d�veloppant ses traditionnelles fonctions d��changes</p><p>avec la Mongolie-Int�rieure, est devenu �galement un centre industriel moderne (industries alimentaires, industries du cuir, constructions de machines). Le second est rest� essentiellement le grand centre de transformation et de distribution de la production agricole du nord de la province.</p><p>Au pied des Taihangshan, sur la</p><p>grande voie ferroviaire P�kin-Canton, se sont d�velopp�s toute une s�rie d�actifs centres industriels. Baoding (Pao-ting), au nord (plus de 200 000 hab.), capitale de la province jusqu�en 1958, est l��quivalent de Chengde pour le Hebei central. Shijiazhuang, important noeud ferroviaire, est une ville champignon : modeste bourgade au d�but du si�cle, elle atteignait 200 000 habitants en 1953 et a quelque 600 000 habitants actuellement ; c�est un des grands centres de l�industrie textile (coton) de la Chine et une importante base m�tallurgique (locomotives Diesel, machines-outils). Plus au sud, � l�emplacement de l�antique capitale du royaume de Zhao (453 av. J.-C.), Han-dan (Han-tan) est un centre d�industrie cotonni�re de toute premi�re impor-downloadModeText.vue.download 290 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5431</p><p>tance (30 000 hab. en 1949, plus de 300 000 actuellement).</p><p>Les trois grandes villes de la bordure orientale de la province sont des cr�ations urbaines contemporaines. Qin-huangdao (Ts�in-houang-tao) [plus de 100 000 hab.] � port ouvert � en 1898, est devenu un grand port min�ralier et un centre m�tallurgique. Tangshan (T�ang-chan) [plus de 800 000 hab.]</p><p>est la m�tropole du bassin de Kailan et une des grandes villes industrielles de la Chine (sid�rurgie, m�tallurgie, centrales thermiques, cimenteries, coton).</p><p>Tianjin (T�ien-tsin), l�une des quatre premi�re villes de la Chine et second port du pays, succ�de en 1958 � Baoding comme capitale de la province et devient au cours de la r�volution culturelle � municipalit� urbaine � plac�e directement sous la juridiction du gouvernement central (comme P�kin</p><p>et Shanghai [Chang-hai*]) ; elle c�de � son tour la fonction de capitale provinciale en 1968 � Shijiazhuang.</p><p>P. T.</p><p>F P�kin / T�ien-tsin.</p><p>Hopis</p><p>F INDIENS, PUEBLOS.</p><p>h�pital</p><p>�tablissement dans lequel on donne momentan�ment aux malades ou aux bless�s les soins qu�exige leur �tat.</p><p>Il existait chez les Grecs et les Romains des locaux destin�s � h�berger les esclaves malades, et les soldats �taient �galement soign�s dans des hospitalia en p�riode d�hostilit�s.</p><p>Les premiers h�tels-Dieu ont �t� construits � J�rusalem, pendant les croisades, et dans les �tats latins du Levant. On peut en faire remonter l�origine au xenodochium de Byzance et au pt�kheion de C�sar�e, en Cappadoce.</p><p>� Paris, l�H�tel-Dieu a �t� fond� vers le milieu du VIIe s., peut-�tre par saint Landri. C��tait un �tablissement d�assistance charitable, comme les lazarets qui se construisaient alors dans tous les pays o� la l�pre �tait apparue avec le retour des crois�s. Au XIIIe s., il y avait plus de 2 000 lazarets en France. Dans l�isl&#x101;m, les soins accord�s aux malades mentaux, soumis � un r�gime relativement humanitaire par rapport aux pays occidentaux, sont une originalit� remarquable.</p><p>Le concile de Vienne (1311-12)</p><p>s�cularisa les �tablissements hospitaliers, tous tenus par des congr�gations religieuses, mais celles-ci continu�rent � r�gir l�h�bergement des malades. Les m�decins visitaient alors rarement les h�pitaux. Ils n�y paraissaient qu�� la pri�re des gardes-malades. Peu � peu, l�h�pital connut une �volution qui le transforma progressivement en �cole pratique de m�decine. Le service des malades est d�s lors dirig� par des m�-</p><p>decins choisis pour leur grande exp�-</p><p>rience, aid�s par des �l�ves et second�s</p><p>par un corps d�infirmiers, puis d�infirmi�res dont ils assurent l�instruction et le perfectionnement. L�humanisation s�op�re � grands pas, en particulier, au XVIIe s., avec Vincent* de Paul et les Filles de la Charit�. Les pouvoirs publics s�int�ressent de plus en plus aux probl�mes de sant�, et, sous le Direc-toire, se g�n�ralise la r�gle qui commet la tutelle des h�pitaux � des commissions administratives pr�sid�es par le maire de la commune.</p><p>Dans le monde entier, l��volution se poursuivra dans le m�me sens, mais avec certaines particularit�s. En Angleterre, les h�pitaux g�n�raux, � caract�re b�n�vole, sont soutenus par les dons et legs (Voluntary) jusqu�� la nationalisation d�ao�t 1948. Aux �tats-Unis r�gne un lib�ralisme total : les plus c�l�bres et les mieux �quip�s des grands h�pitaux sont des h�pitaux priv�s (Mayo clinic) ; des organisations telles que Medicare et Medicaid sont fond�es sur des lois f�d�rales relatives aux soins donn�s aux vieillards et aux indigents.</p><p>En France, � partir du XVIIIe s., les grands �tablissements sont condamn�s, et la reconstruction de l�H�tel-Dieu de Paris est une des cons�quences de cette �volution ; cependant, l��poque contemporaine conna�t un retour aux grands ensembles (Beaujon, Cr�teil, Piti�, Necker, Clamart, Colombes).</p><p>Dans tous les grands h�pitaux des grandes villes, les enseignants des sciences cliniques sont � la fois membres de la Facult� et chefs des services hospitaliers. Ceux-ci sont donc depuis longtemps, mais non exclusivement, le berceau des principaux progr�s accomplis dans l�art de soigner.</p><p>Actuellement, l�obligation de faire porter l�effort budg�taire sur certaines sp�cialit�s en d�veloppement (canc�rologie, cardiologie, h�matologie, rhumatologie, chirurgie cardiaque, orthop�dique, p�diatrique) conduit � une r�partition planifi�e des t�ches et conditionne plusieurs des d�cisions relatives � l�implantation, au type de construction, au cubage d�air moyen, aux moyens d�acc�s (h�licopt�res), aux effectifs du personnel soignant et des �tudiants admis � participer � la vie de</p><p>l�h�pital universitaire, meilleure fa�on pour eux d�acqu�rir une formation compl�te. Le cadre l�gislatif, les proc�-</p><p>dures administratives et les techniques modernes de gestion (ordinateurs) concourent � accro�tre l�efficacit� du syst�me des soins m�dicaux. Les m�thodes statistiques d�analyse des besoins permettent de mesurer l��cart entre la demande et la r�elle n�cessit� des soins, comme aussi de justifier la planification par une �tude objective.</p><p>Jusqu�au milieu du XXe s., dans les trois plus grandes villes de France, les h�pitaux d�pendaient pour la plupart des directions g�n�rales de l�Assistance publique. En province, ils �taient r�gis par des commissions administratives.</p><p>Les h�pitaux priv�s �taient, en r�alit�, de grandes cliniques dot�es d�un statut propre. Depuis la Seconde Guerre mondiale et la mise en place d�un vaste syst�me d�assurances* sociales, de profonds changements s�accomplissent graduellement. L�h�pital et l�universit� sont plus unis que jamais sous la forme de centres hospitalo-universitaires (C. H. U.) ou de centres hospitaliers r�gionaux (C. H. R.) ; des h�pitaux dits</p><p>� de deuxi�me cat�gorie � prennent la place des h�pitaux locaux pour assurer une plus grande uniformit� des soins sur tout le territoire et pour d�centraliser l�enseignement de la m�decine et la recherche m�dicale. Certains �tablissements cr��s par des ordres religieux existent toujours, modernis�s (Angers, Beaune), mais la notion d�assistance, de sauvegarde de la sant� � la charge de l��tat est universellement admise en Europe. Le service public hospitalier (S. P. H.) constitue en France, depuis la r�forme de 1970, la base de la politique de la sant�.</p><p>L�O. M. S. a bien d�fini l�h�pi-</p><p>tal moderne : c�est un �l�ment d�une organisation de caract�re m�dical et social dont la fonction consiste � assurer � la population des soins m�dicaux complets, curatifs et pr�ventifs, et dont les services ext�rieurs irradient jusqu�� la cellule familiale consid�r�e dans son milieu. C�est aussi un centre d�enseignement de la m�decine et de recherche bio-sociale.</p><p>L�implantation et l�architecture de l�h�pital ont �t� reconsid�r�es : au</p><p>lieu d��tre situ� en plein centre urbain, l�h�pital doit �tre construit � l�ext�rieur des villes ; ses dimensions doivent correspondre � des pr�visions sectori-s�es. Les grands �tablissements sont difficiles � g�rer ; les petits sont d�une gestion trop co�teuse. Le nombre de lits moyen dans les grandes villes serait de l�ordre de 500. Les projets pavillonnaires sont abandonn�s, au profit des blocs fonctionnels, h�pitaux g�n�raux ou h�pitaux sp�cialis�s. Le regroupement des activit�s m�dico-chirurgicales est ainsi facilit�, et les remaniements que les progr�s des diverses disciplines commandent peuvent �tre faits sans bouleversement on�reux.</p><p>De m�me, et toujours dans les</p><p>grandes villes, la tendance est � l��loignement des services industriels, dont la proximit� n�est pas souhaitable pour un centre d�hygi�ne toujours menac�e : buanderies, blocs de st�rilisation, ateliers de r�paration ou d�entretien, magasins centraux et m�me pr�paration de la nourriture (technique des restaurants multiples).</p><p>Quelques termes relatifs</p><p>aux �tablissements</p><p>hospitaliers</p><p>clinique, terme qui a plusieurs</p><p>significations.</p><p>y Les signes cliniques sont ceux qui sont observ�s par le m�decin au lit du malade : ils se divisent en signes fonctionnels et en signes organiques, et sont recherch�s par l�interrogatoire, l�inspection, la palpation, l�auscultation. On leur oppose les signes biologiques (chimiques, bact�riologiques, etc.) et les signes radiologiques.</p><p>y L�enseignement clinique est celui qui est prodigu� aux �tudiants en m�decine aupr�s des malades. Il est fait par les chefs de clinique, sous la responsabilit� du professeur de clinique, dans un service dit � de clinique � � clinique chirurgicale, clinique des maladies infectieuses, etc. �, dans les h�pitaux publics (C. H. U.).</p><p>y Une clinique est un �tablissement hospitalier priv� (on dit aussi maison de sant�). Une clinique ouverte est une partie de service d�h�pital ouverte � la client�le priv�e et o� les particuliers peuvent, sous</p><p>certaines conditions, se faire traiter par le praticien de leur choix.</p><p>dispensaire, �tablissement public ou priv�, g�n�ralement � but non lucratif, o� sont faites des consultations et donn�s des soins � des personnes non hospitalis�es.</p><p>hospitalisme, ensemble des troubles psychosomatiques ou physiques cons�cutifs au s�jour � l�h�pital. L�hospitalisme est surtout observ� chez les enfants isol�s de leur famille, notamment lorsqu�il s�agit d�enfants d�ficients ou d�biles. L�anxi�t�, l�agitation ou, au contraire, l�apathie, l�ano-rexie peuvent �tre observ�es. L�humanisation des h�pitaux, les distractions et occu-downloadModeText.vue.download 291 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5432</p><p>pations offertes aux enfants permettent de r�duire les manifestations d�hospitalisme.</p><p>plein temps.</p><p>y M�decin, chirurgien plein temps, praticiens qui consacrent tout leur temps � l�h�pital pour les soins, la recherche, l�enseignement. (Sous certaines conditions, les praticiens plein temps peuvent traiter des malades priv�s � l�h�pital.)</p><p>y Service plein temps, service de m�decine, de chirurgie ou de sp�cialit� fonctionnant matin et soir pour les examens, les diagnostics, les traitements. Les services plein temps permettent de r�duire les du-r�es d�hospitalisation � surtout lorsqu�il s�agit de porter des diagnostics difficiles dans des �tablissements tr�s sp�cialis�s</p><p>� et de traiter un plus grand nombre de malades par une meilleure rotation des lits disponibles.</p><p>policlinique, clinique de ville (le terme s�emploie surtout pour d�signer des dispensaires ouverts aux malades ambulatoires [pouvant se d�placer]).</p><p>polyclinique, clinique o� l�on traite plusieurs sortes d�affection, o� il y a plusieurs consultations de sp�cialistes.</p><p>J. V.</p><p>J. Imbert, les H�pitaux de France (P. U. F.,</p><p>coll. � Que sais-je ? �, 1958 ; 2e �d., 1966) ; l�H�-</p><p>pital fran�ais (P. U. F., 1972). / J. Courquet, l�H�-</p><p>pital aujourd�hui et demain (�d. du Seuil, 1971).</p><p>/ H. Subra, la Gestion �conomique de l�h�pital public (L. G. D. J., 1971). / Guide m�dical hospitalier (Maloine, 15e �d., 1971).</p><p>Le service public</p><p>hospitalier en France</p><p>Depuis la r�forme du 31 d�cembre 1970, un service public hospitalier (S. P. H.), dont l�activit� est coordonn�e avec celle des �tablissements priv�s qui n�en font pas partie, constitue en France la pierre angulaire de la politique de la sant�. Le libre choix du praticien et de l��tablissement de soins reste, il faut le souligner, un des principes fondamentaux de la l�gislation sanitaire fran�aise, l�expression service public devant �tre entendue dans son sens mat�-</p><p>riel et non comme �tablissant un service national de sant�.</p><p>Le S. P. H. a deux missions :</p><p>� d�une part, il assure les examens de diagnostic, le traitement � notamment les soins d�urgence � des malades, des bless�s et des femmes enceintes qui lui sont confi�s ou qui s�adressent � lui ainsi que leur h�bergement �ventuel ;</p><p>� d�autre part, il concourt � l�enseignement m�dical et param�dical, et participe � la recherche m�dicale et pharmaceutique et � l��ducation sanitaire.</p><p>Depuis 1958, dans les villes o� existent des facult�s ou des �coles nationales (aujourd�hui universit�s et unit�s d�enseignement et de recherche m�dicales), ces structures d�enseignement organisent conjointement l�ensemble des services en centres de soins, d�enseignement et de recherche, sous le nom de centres hospitalo-universitaires (C. H. U.), qui distribuent les soins aux malades et assurent les enseignements m�dicaux, param�dicaux et postuniversitaires. Les �tablissements priv�s peuvent collaborer au service public de l�enseignement par voie de convention.</p><p>Ces missions sont assum�es par deux types de gestion.</p><p>y Les �tablissements d�hospitalisation publics. Ils sont d�office int�gr�s au S. P. H. Ce</p><p>sont des �tablissements publics communaux, intercommunaux, d�partementaux ou nationaux jouissant de l�autonomie financi�re et de la personnalit� morale. Ils sont administr�s par un conseil d�administration, qui comprend des �lus locaux, des m�decins et des administrateurs des caisses de S�curit� sociale, et par un directeur, nomm� par le ministre charg� de la Sant� publique. Leur fonctionnement est soumis au contr�le du pr�fet, qui doit, notamment, approuver les d�lib�rations du conseil d�administration. L��quipement du secteur public hospitalier repr�sente en France environ 220 000 lits, soit 66 p. 100</p><p>de la capacit� totale d�hospitalisation.</p><p>y Les �tablissements priv�s. S�il s�agit d��tablissements � but non lucratif, ils sont admis � participer au S. P. H. sur simple demande ; s�il s�agit d��tablissements � but lucratif, il faut que soit sign� entre l��tat et l��tablissement priv� un contrat de concession par lequel l��tablissement priv� s�engage � remplir les missions et � respecter les r�gles du fonctionnement du S. P. H., en contrepartie de quoi l��tat lui garantit le monopole dans sa zone d�action tant que les besoins ne sont pas satisfaits. Une association limit�e des �tablissements priv�s au S. P. H. pour un ou plusieurs objectifs d�termin�s est pr�vue : elle se fait � l�aide d�accords conclus soit avec un �tablissement public d�hospitalisation, soit avec un syndicat interhospitalier.</p><p>Le l�gislateur de 1970 a pr�vu la coordination de l�activit� hospitali�re, c�est-�-dire la r�partition harmonieuse sur l��tendue du territoire des �tablissements d�hospitalisation (qu�ils soient publics ou priv�s, qu�ils fassent ou non partie du S. P. H.) en fonction des besoins � satisfaire. Pour cela, il a pr�vu la confection d�une carte sanitaire arr�t�e par le ministre de la Sant� publique, qui sera l�instrument de base de la politique de coordination et qui devra tenir compte de l�importance et de la qualit� de l��quipement public et priv� existant, de l��volution d�mographique pr�visible et de l��volution des techniques m�dicales pour d�terminer les limites des secteurs et des r�gions sanitaires qui sont les circonscriptions d�organisation du S. P. H. ; dans chaque secteur et dans chaque r�gion, la carte, qui a une port�e imp�rative, pr�voit la nature, l�importance et l�implantation des installations comportant ou non les possibilit�s d�hospitalisation n�cessaires pour r�pondre aux besoins sanitaires de</p><p>la population.</p><p>Aux termes d�un d�cret du 6 d�cembre 1972, les �tablissements assurant le S. P. H.</p><p>sont class�s en :</p><p>� centres hospitaliers, comprenant des centres hospitaliers r�gionaux et des centres hospitaliers g�n�raux ou sp�cialis�s ;</p><p>� centres de convalescence, de cure et de r�adaptation (�ventuellement sp�cialis�s) ;</p><p>� unit�s d�hospitalisation, constituant un h�pital local ou incluses dans un des �tablissements pr�c�demment cit�s.</p><p>Des groupements interhospitaliers (obligatoires) et des syndicats interhospitaliers (facultatifs) assurent le regroupement des �tablissements.</p><p>Les services des centres hospitaliers peuvent se prolonger � domicile sous le contr�le du m�decin traitant. La loi nouvelle pr�voit d�ailleurs une collaboration plus �troite entre les �tablissements d�hospitalisation et les m�decins non hospitaliers.</p><p>En raison de l�importance des d�penses d�hospitalisation (40 p. 100 des prestations de sant� vers�es par les caisses d�assurance maladie), la gestion des h�pitaux fait l�objet actuellement d��tudes approfondies de la part des pouvoirs publics.</p><p>M. C. et P. Z.</p><p>Hopkins (Gerard</p><p>Manley)</p><p>Po�te anglais (Stratford 1844 - Dublin 1889).</p><p>� dix-huit ans, en �crivant � A Vision of the Mermaids � (� Vision de na�ades �) ou � Winter with the Gulf-Stream � (� le Gulf-Stream en hiver �, 1863), Hopkins exprimait d�j� combien il �tait sensible � cette beaut� dont Keats, qu�il admirait, a pu dire qu�elle constitue a joy for ever. Cependant, plong� dans les ferments oxoniens d�id�es religieuses et esth�tiques bien propres � bouleverser une �me juv�-</p><p>nile, il se convertit au catholicisme en 1866 et entre dans la Compagnie de</p><p>J�sus deux ans plus tard, non sans avoir auparavant fait br�ler ses �crits de jeunesse. Ni l�autodaf� ni l�entr�e dans les ordres ne lui apporteront la paix. Tout au long de sa br�ve existence, Hopkins demeurera �cartel� entre � The Fine Delight that Fathers Thought � (1889) et la repr�sentation exigeante et aust�re qu�il se fait de son minist�re. Po�mes, Correspondance, Carnets, Journaux permettent de suivre son douloureux combat en m�me temps qu�ils r�v�lent sa pens�e et son art. La po�sie, pour Hopkins, est la qu�te, d�licate et virile � la fois, pour parvenir � l�essence m�me des choses, ce qu�il nomme</p><p>inscape. Plus profonde se r�v�lera la p�n�tration, plus intense sera l�appr�-</p><p>hension et plus puissante se conservera l�empreinte, l�intress. Aussi les sonnets de 1877 � The Windhover � (� le Faucon �), � Pied Beauty � (� Beaut� piol�e �), � Hurrahing in Harvest �</p><p>ou � The May Magnificat � (1878) et</p><p>� Inversnaid � (1881) constituent-ils une �clatante c�l�bration de la nature dans toutes les formes de sa beaut�.</p><p>Mais ces splendeurs � au demeurant �ph�m�res, comme il l�exprime dans le petit chef-d�oeuvre � Spring and Fall �</p><p>(� Printemps et automne �, 1880) �</p><p>appartiennent � Dieu. On doit s�en d�tacher, il faut lui en faire offrande, aspirer � la � Beaut� supr�me �, la Gr�ce : � The Leaden Echo and the Golden Echo � (� l��cho de plomb et l��cho dor� �, 1882). Car � � quoi sert la beaut� mortelle ? � (� To what serves Mortal Beauty ? �, 1885). D�bat redoutable pour une �me � la sensibilit� exacerb�e, pour une conscience rong�e de scrupules. C�est donc le cri arrach� par de v�ritables tortures morales qui retentit � travers les Sonnets terribles (1885) : � [...] j�ai lutt�, mis�-</p><p>rable, avec (mon Dieu !) mon Dieu. �</p><p>(� Not, I�ll not, Carrion Comfort... �</p><p>[� Non, d�sespoir, non, putride p�-</p><p>ture �]) ; � No worst, there is none �,</p><p>� I wake and feel the Fell of Dark �</p><p>(� R�veil : c�est la toison de l�Obscur... �). Au milieu des � noires heures/</p><p>De nuit [...] � de cette agonie, dont les ondes se propagent plus douloureusement encore dans son corps min� par le surmenage et le regret d�avoir d� quitter l�Angleterre pour l�Irlande (� To seem the Stranger... � [� Para�tre l��tranger... �], 1885), surgit une lueur</p><p>d�esp�rance, � [...] la R�surrection / Ce clairon du coeur ! [...] � (� That Nature is a Heraclitean Fire... � [� Que la nature est un feu h�raclit�en... �], 1888).</p><p>Il passe sur tous ces po�mes un grand souffle lyrique que ne saurait diminuer l��criture � abrupte � et difficile. Hopkins, en effet, bouleverse d�lib�r�ment la langue et la m�trique. Pourquoi tenir � ce qu�un �crit soit � de toutes parts parfaitement clair �, �crivait-il en 1878</p><p>� son ami le � po�te laur�at � Robert Bridges (qui publia en 1918 les Collected Poems d�Hopkins). On pense � Mallarm�, � Joyce ou � Apollinaire.</p><p>En r�action contre le conformisme de l��poque, Hopkins recherche le vocable rare, emprunte son vocabulaire au saxon, voire au terroir. Par ailleurs, il asservit la grammaire � l��crivain et disloque la phrase. Jusqu�aux rythmes qui lui sont particuliers. Ce qu�il appelle sprung rhythm et qui consiste � scander seulement selon les temps forts les syllabes accentu�es. On con�oit qu�un tel auteur apparaisse comme une exception dans l��ge victorien, m�me s�il participe � inconsciemment d�ailleurs � au combat que m�nent chacun downloadModeText.vue.download 292 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5433</p><p>de leur c�t� Lewis Carroll, S. Butler*</p><p>ou R. Browning*. On imagine �galement l�influence que l�oeuvre de ce j�-</p><p>suite, sortie de l�oubli trente ans apr�s sa mort, a pu exercer � tant�t par son accent tragique, tant�t par ses nouveaut�s formelles � sur toute la g�n�-</p><p>ration des po�tes au d�but du XXe s., de W. H. Auden* � Cecil Day Lewis et � Dylan Thomas*.</p><p>D. S.-F.</p><p>W. H. Gardner, Gerard Manley Hopkins (Londres, 1948-49 ; 2 vol.). / A. Heuser, The Shaping Vision of Gerard Manley Hopkins (Londres, 1958). / J. G. Ritz, le Po�te G�rard Manley Hopkins (Didier, 1964).</p><p>Horace</p><p>En lat. QUINTUS HORATIUS FLACCUS, po�te latin (Venusia [auj. Venosa], Apulie, 65 - � 8 av. J.-C.).</p><p>Horace est avec Virgile*, son contemporain et son ami, un des po�tes les plus brillants de l��poque august�enne. Ses oeuvres lyriques (Odes), sa pens�e morale (Satires, �p�tres notamment), son Art po�tique ont exerc� une influence profonde sur le d�veloppement des formes litt�raires et sur le devenir de la civilisation.</p><p>Horace est n� le 8 d�cembre 65 av.</p><p>J.-C. � Venusia, dans une famille de petites gens ; son p�re avait �t� esclave et venait d��tre affranchi. � travers les allusions d�Horace, on l�imaginerait volontiers comptable, intendant, voire agent municipal ; homme de devoir en tout cas, connaissant beaucoup de gens et les observant de son coin avec un d�tachement amus�.</p><p>La famille s��tait de bonne heure transport�e � Rome, o� l�ancien esclave fit tout pour assurer � son fils l��ducation la plus soign�e. Apr�s avoir achev� ses �tudes lib�rales, Horace, qui vient de d�passer la vingtaine, part pour Ath�nes, o� il vivra dans la compagnie de jeunes nobles, tel le fils de Cic�ron, beaucoup plus riches que lui, mais �galement passionn�s de po�sie, de philosophie et de plaisir ; lui-m�me suit avec pr�dilection l�enseignement de l�Acad�mie, la moins dogmatique, la plus scientifique des �coles d�alors.</p><p>Mais, en ces ann�es cruciales pour l�avenir de Rome, les pr�occupations politiques doivent aussi inqui�-</p><p>ter beaucoup la jeunesse et, � la suite du meurtre de C�sar (15 mars 44), elles vont tout emporter. Sans aucune h�sitation, � ce qu�il semble, Horace s�est trouv� du c�t� des r�publicains, c�est-�-dire du s�nat et des conservateurs. Plusieurs facteurs ont pu alors conjuguer leurs effets : les solidarit�s du milieu, o� l�on n�a s�rement aucune tendresse pour l�idole des populares ; un temp�rament positif et le d�go�t de l�ambition ; l�amour de la libert� ; peut-�tre l�emprise personnelle de Bru-tus, qui passe alors quelques mois � Ath�nes. Horace s�enr�le ; il part en Asie pour rassembler la grande arm�e qui doit en finir avec les h�ritiers du dictateur abattu, Octave, Antoine ; il devient tribun militaire avec le com-</p><p>mandement d�une l�gion ; il acc�de � la classe des chevaliers.</p><p>Br�ve �quip�e ; en octobre 42, l�ar-m�e r�publicaine est battue � Philippes.</p><p>Dans un po�me (Odes, II, 7) taill� sur le patron d�une pi�ce d�Archiloque (712 -</p><p>v. 664) et, de ce fait, passablement obscur pour nous, Horace a �voqu� sa participation � la bataille : il fit partie de ceux qui accept�rent de d�poser les armes lorsque tout parut perdu et qui ne refus�rent pas l�amnistie offerte par les vainqueurs.</p><p>Cette bataille de Philippes ouvre la p�riode la plus sombre de la vie d�Horace. Pourtant, revenu � Rome, o� il commence � �crire, celui-ci doit conserver l�appui de ses anciens amis d�Ath�nes. Ses premi�res pi�ces, les �podes, se situent � bien des �gards dans la tradition aristocratique d�un Catulle (v. 87 - v. 54), h�rit�e ellem�me des cercles ou c�nacles de la fin du IIe s. Ce sont des pi�ces con�ues pour l�amusement et la prouesse, mais o� la perfection de la forme est comme d�rision de l�insignifiance ou de l�irr�alit� du sujet : invectives contre un mauvais po�te ou contre une vieille dame insatiable, �pigrammes pr�cieuses, variations fantaisistes sur les sc�nes de magie noire. D�autres po�mes, dans le m�me recueil, sont d�une veine toute diff�rente, telle l��pode XVI, qui date peut-�tre du d�but de 41 et o� l�on retrouve le combattant de la libert�, d��u et amer : tout est fini, il faut renoncer � tout espoir, partir pour le bout du monde. Ou encore l��pode VII, cri d�horreur devant la mont�e de nouvelles haines.</p><p>Les circonstances, la volont� du po�te ont juxtapos� � ces po�mes de protestation v�h�mente des vers o� re-na�t une lumi�re � badinages d�amiti� heureuse, espoir fr�missant d�anxi�t�</p><p>� � l�approche de la bataille d�Actium.</p><p>C�est que, dans les dix ans qui ont suivi son retour, Horace a �volu� : peu � peu il s�est r�sign�, puis ralli� � Octave, devenu � il ne se trompait pas � le meilleur champion des chances qui restaient aux Romains. Une amiti� aussi a contribu� � cette renaissance int�rieure, qui va rendre � Horace la joie de vivre.</p><p>Un des fid�les du prince, M�c�ne, s�est</p><p>int�ress� � lui, et peut-�tre d�abord � l�homme plus qu�au po�te. Grand seigneur sans pr�jug�s, il n�a pas �t� choqu� par la susceptibilit� du partisan, nagu�re un ennemi, aujourd�hui une sorte de d�class�, qui hante des milieux si diff�rents du sien. Horace l�a sans doute amus� et va devenir son ami pour toujours. D�o� les premi�res Satires (v. 35), qui valent surtout par la peinture du petit peuple de Rome ou de ses idoles : chanteurs, danseuses, charla-tans et philosophes de carrefour. C�est un grouillement d�anecdotes, d�allusions, un papillotement permanent du r�cit. Horace a mis son oeuvre sous le patronage du po�te Lucilius (v. 180 -</p><p>v. 102), chevalier romain comme lui et inventeur du genre. Lucilius, effectivement, para�t lui avoir ressembl� par son go�t de la confidence personnelle et de l�auto-ironie, par la libert� de ses jugements ; il prolongeait une tradition de r�alisme, de v�risme populaire qu�il avait reprise dans l�ancienne com�die grecque et qui, apr�s Horace, suscitera P�trone (� 66 apr. J.-C.) et Apul�e. Les rapprochements qu�on a tent� d��tablir entre la satire horatienne et les � diatribes � des pr�dicateurs sto�ciens ou cyniques sont moins convaincants.</p><p>Chez le po�te, c�est le souci du trait authentique et plaisant qui pr�domine ; la morale n�est encore que pr�texte � faire ressortir la diversit� des travers ou des folies des hommes.</p><p>Dans ces peintures un peu crisp�es, sarcastiques, il y a, par moments des zones plus claires : ainsi quand Horace parle de lui-m�me, de la m�tairie que M�c�ne lui a donn�e en Sabine et o� il go�te la paix. On voit aussi qu�il reprend confiance, que, dans une aisance retrouv�e, ses qualit�s d�homme et de po�te le mettent � peu pr�s de plain-pied avec tous. Cette �volution est encore plus sensible dans un second livre de Satires, paru vers 29.</p><p>Ce dut �tre une �trange surprise lorsque, six ans plus tard, Horace donna aux Romains son recueil d�Odes (livres I-III). Ceux qui le connaissaient comme un critique tr�s �veill� et fort enclin � s�amuser de lui-m�me n�ont pas d� lire sans �tonnement les pi�ces d�introduction, de conclusion, o� il se promettait l�acc�s aux plus hauts parvis de la gloire. Pourtant, il avait</p><p>raison, �tant pleinement conscient qu�il venait de recr�er le lyrisme. Et en effet, au temps d�Horace, le grand lyrisme m�ditatif et religieux, celui de Pindare* et des choeurs de la trag�die, �tait mort, avec les solennit�s quasi liturgiques qui lui servaient de cadres. Sous d�autres cieux, il est vrai, et m�me plus anciennement, la Gr�ce avait connu encore un autre lyrisme, bien diff�rent, celui de la chanson �olienne, illustr�e des noms d�Alc�e et de Sappho. En principe, c��tait la chanson � boire avec des strophes courtes, bien dessin�es, telle qu�on peut l�improviser dans un banquet d�amiti� ; le primat revenait � la vivacit�, � la confidence, aux charmes de l�instant. Mais, depuis des si�cles, cette tradition, elle aussi, �tait entr�e en l�thargie, d�shonor�e par les productions d�amateurs sans talent ou par les prouesses r�barbatives de techniciens de la m�trique. Ces deux lyrismes, Horace les ressuscite l�un et l�autre d�un m�me coup et comme l�un dans l�autre : il adopte la forme plus incisive de la chanson �olienne, dont il restreint l�exub�rante et sans doute inutile polym�trie ; il se donne comme forme ma�tresse la strophe ou la stance de quatre vers, unit� particuli�rement adapt�e au d�ploiement des jeux contrast�s du rythme m�trique et du rythme syntaxique. Surtout, dans cette forme comme restructur�e, mais qui reste � la mesure des inflexions d�une voix personnelle, il a cru que les th�mes les plus graves de la m�ditation des hommes pouvaient trouver leur expression. La po�sie lyrique redevient, mais par la m�ditation d�un homme qui, � l�occasion, s�affirmera proph�te ou chantre inspir�, une des �ducatrices possibles de l�humanit�.</p><p>Voil� qui restreindra singuli�rement la part des chansons � boire ou des pi�ces l�g�res, dont on serait d�abord tent� de croire que, si charmantes soient-elles, elles repr�sentent un peu, dans cette po�sie, le pass�. Ce ne serait pas tout � fait vrai, car, l� aussi, Horace a fait oeuvre neuve. Cependant, ce grand lyrisme nouveau, il faut le chercher d�abord dans le cycle des six Odes romaines qui ouvrent le livre III, m�ditation sur les valeurs qui ont fait la grandeur de Rome. Un peu au hasard de la lecture, on trouvera dans</p><p>le livre II, o� pr�domine l�inspiration philosophique, les pi�ces o� le po�te aborde ses th�mes de pr�dilection : l�application � ne pas laisser dissiper le temps, la ma�trise de soi, le souci de l�essentiel.</p><p>La qualit� dominante de l�ensemble du recueil consiste peut-�tre en ceci : Horace a trouv� un ton � il s�agit sans doute d�une certaine distance �tablie entre le po�te et l�objet du po�me �</p><p>qui assure gr�ce, consistance � tout ce downloadModeText.vue.download 293 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5434</p><p>qu�il confie � sa strophe. Non pas un monde de marbre : les attitudes sont pleines de souplesse, et les sentiments souvent ondoyants. On dirait plut�t une luminosit� amicale, un silence s�r et non intimidant, comme si, de fait, l��ternit�, ce paroxysme de pr�sence, �tait toute proche. C�est cette attitude �merveill�e, contemplative en somme, qui a d�concert� les romantiques. Dans cette vision uniform�ment belle, la r�ussite du lyrisme horatien est d�avoir rendu la saveur distincte des moments les plus fugitifs, irrempla�ables, perdus � jamais si un regard n�a su les recueillir. La vie est br�ve, le monde est plein de choses pr�cieuses. Cueille ton aujourd�hui ; il est fleur. Carpe diem.</p><p>L�art d�Horace n�a-t-il �t� que de nous faire voir le monde, notre vie � travers une bu�e lumineuse, analogue � celle qui monte des coupes indulgentes d�une ivresse naissante, sereine, somme toute, m�me quand s�y m�le un grain d�acceptation d�sabus�e ?</p><p>Nous fait-il voir la vie plus belle, mais en nous mentant ? N�a-t-il �t� artiste que pour agencer des mirages ? Ou, au contraire, plut�t qu�il ne f�t en de�� de la r�alit� qui nous obs�de, ne serait-il pas au-del�, au seuil d�une plus consistante r�alit� ? Le m�me probl�me se pose, on le sait, � la lecture des Bucoliques de Virgile. Il est important, pour progresser dans l�intelligence de l�oeuvre, de laisser ouvertes ces deux possibilit�s de lecture.</p><p>Le premier livre des �p�tres, qui</p><p>se construit parall�lement au recueil lyrique, nous montre en tout cas un homme qui, � sa mani�re, prend la vie fort au s�rieux. Formellement, les �p�tres sont des lettres en vers adress�es � des amis ; mais la pr�occupation morale y est partout pr�sente, en sorte que le lecteur se demande souvent s�il s�agit de � vraies � lettres ou si le po�te n�a pas choisi cette forme, souple et plaisante, afin de mettre au clair et pour lui-m�me les t�tonnements d�une recherche personnelle qu�il poursuit pr�sentement � longueur d�ann�es ; dans cette perspective, les �p�tres ne nous apporteraient pas grand-chose pour restituer au jour le jour les �v�nements de la vie d�Horace ; chacune des lettres serait moins adress�e que d�di�e � un apparent destinataire.</p><p>Le probl�me ainsi pos� n�est peut-</p><p>�tre qu�un faux probl�me. Pas plus � Rome qu�en Gr�ce les usages de la vie de soci�t� n�excluent les sujets s�rieux des libres entretiens o� se rejoignent des amis ; le banquet est un des cadres traditionnels de la discussion d�id�es : Horace n�appara�t ni comme un impor-tun ni comme un indiscret quand il m�le des consid�rations morales dans une invitation � d�ner. Les Anciens, d�autre part, ont, beaucoup plus que nous, l�habitude de poursuivre en commun des recherches que nous r�servons, de coutume, au secret d�une m�ditation solitaire : n�oublions jamais Socrate*.</p><p>En revanche, s�ils sont plus libres que nous pour des �changes portant sur le fond, ils sont aussi plus attentifs � ce qu�une certaine tenue leur garde une qualit�. Ils n�aiment gu�re l�abandon, souvent si proche du laisser-aller ; ils pr�f�rent ce qui est fin, aiguis�, exact ; une lettre en vers leur fait plus de plaisir qu�une lettre en prose, et elle n�est pas � leurs yeux, pour autant, un semblant de lettre : l�appr�t ne porte pas atteinte � la sinc�rit� ; il en peut �tre le truchement le plus s�r. Ni la solidarit�, donc, de la pens�e morale, ni l�insistance avec laquelle elle s�affirme, ni les finesses de l�expression, ni l�architecture �tudi�e du plan d�ensemble n�emp�chent que les �p�tres soient de vraies lettres.</p><p>Horace n�est pas de ceux dont l�effort de r�flexion rel�gue dans l�insi-</p><p>gnifiance tout le d�tail de la vie : il �crit rarement sans autre intention que de donner un conseil ou proposer un th�me de m�ditation ; le plus souvent, c�est pour demander ou donner des nouvelles, pour recommander un jeune homme, pour excuser une absence, pour inviter un ami, pour donner ses impressions apr�s une nouvelle lecture d�Hom�re. L�exp�rience quotidienne et la pens�e morale s�entrem�lent �troitement. Nourrie de lectures tr�s diverses, orient�e vers l��clectisme intelligent de l�Acad�mie, la morale d�Horace est essentiellement pratique ; elle prend forme au niveau des �v�nements ; aucun dogmatisme ; aucun souci d��tablir des axiomes universels auxquels rattacher une pratique coh�rente. C�est ce qui explique que l�homme Horace, avec ses � probl�mes �, comme nous dirions, mais aussi avec le d�tail de sa vie, ses souvenirs, ses dons de conteur, intervienne si souvent.</p><p>Le lecteur moderne se demande parfois si cette morale ne manque pas un peu d�horizon, d�id�al et, somme toute, d�efficacit�. Elle semble un effort sans cesse � reprendre � vrai travail de P�n�lope � pour �tablir la vie dans un �tat d��quilibre qui ne nous para�t pas, de soi, extr�mement attrayant. Les conseils n�gatifs, les recettes y tiennent beaucoup de place. Tout serait acquis, semble-t-il, si l�on parvenait � vivre dans l��galit� d�humeur, en se gardant de l�ambition, de l�amour des richesses, de l�envie. Horace nous touche souvent par sa simplicit�, son s�rieux souriant ; il est rest� cependant, lui si vivant, prisonnier des cadres de la morale hell�nistique : r�aliser des vertus, fuir des vices, mettre � profit les exemples d�autrui. Il manquait � cette sagesse d�avoir compris que, pour s�unifier et se consolider, l�homme avait � viser plus loin que lui-m�me. Horace aurait pu trouver cela chez Platon* : il a �t� victime de son aversion pour toute forme syst�matique de la pens�e.</p><p>Le recueil des Odes, le premier livre des �p�tres repr�sentent ce qu�Horace a r�alis� de plus achev�. Po�mes bien diff�rents de ton, mais qui ne sont pas sans rapports ; il se pourrait que la nettet� du regard dans les Odes soit, en quelques moments fulgurants, la</p><p>r�compense, la justification de cette asc�se un peu tatillonne qui emplit les �p�tres. Et, de part et d�autre, c�est un m�me monde de r�alit�s immobiles, ici saisies dans l�intuition esth�tique, l� pr�cautionneusement d�gag�es ou pr�serv�es.</p><p>Pourtant, une nouvelle carri�re va s�ouvrir encore pour notre po�te. En gros, celle de po�te national. Depuis des ann�es, son amiti� avec M�c�ne l�avait introduit dans la proximit� du prince, mais, en r�ponse � des sollicitations qui furent nombreuses, il avait toujours pr�serv� jalousement son in-d�pendance : en 17, on eut l�id�e de lui proposer une mission vraiment in�dite.</p><p>Avec le temps, le souvenir et la menace des guerres civiles reculaient dans le pass�, il devenait raisonnable de croire que, cette fois, une page pouvait �tre tourn�e. Or, il existait � Rome des c�r�-</p><p>monies destin�es � clore une �poque et � en inaugurer une autre qu�on esp�rait meilleure ; on les appelait s�culaires.</p><p>Auguste s�y d�cida pour le d�but de juin 17 et demanda � Horace l�hymne (Carmen saeculare) dont l�ex�cution marquerait le sommet de la f�te. Ce fut un moment important, dans la vie du po�te : il est revenu plusieurs fois sur le bonheur qu�il avait �prouv� en mettant sur les l�vres innocentes de ses cho-ristes (vingt-sept jeunes gens et vingt-sept jeunes filles) les paroles que Rome elle-m�me adresserait aux dieux. Il a d�couvert alors, semble-t-il, l�importance possible de sa po�sie et que la cit� pouvait se reconna�tre en elle. Il a compris, surtout, que le projet fondamental d�Auguste, la paix � r�tablir dans l�univers, la prosp�rit� � ramener, cet id�al d�un bonheur un peu terre � terre, mais apport� � tous et embelli par la proximit� des dieux, c��tait, en somme, son projet � lui. Porte ouverte sur de nouveaux horizons ? Ces th�mes font, en tout cas, la nouveaut� d�un quatri�me livre d�Odes, paru vers 13.</p><p>Il faut sans doute rattacher � ces �changes plus intimes qui s��tablissent entre Horace et le prince la composition de deux tr�s longues �p�tres sur le th��tre. L�une est adress�e � Auguste lui-m�me ; c�est un v�ritable rapport sur la possibilit� de restaurer � Rome un th��tre de qualit� qui puisse, en</p><p>m�me temps, avoir un sens pour tous ; l�autre, d�di�e � Lucius Calpurnius Pison et � ses fils, s�applique surtout � d�finir, dans le cadre d�une esth�tique g�n�rale (d�o� le nom usuel d�Art po�-</p><p>tique), les exigences de l�oeuvre dramatique. Horace est plus affirmatif, plus enthousiaste quand il �crit � ses amis et plus r�serv� sur les chances d�un succ�s quand il s�adresse � Auguste. S�agit-il de deux moments diff�rents de sa pens�e ou ces diff�rences d�pendent-elles surtout de la qualit� de ses correspondants ? Les probl�mes du th��tre ont dans les soci�t�s antiques une importance qui outrepasse la litt�rature ; c�est l� que s�affine, s�exalte, comme dans un creuset, l��me commune de la cit�. On comprend qu�Auguste ait pris la question � coeur. Dans le d�tail, l�Art po�tique est un v�ritable feu d�artifice, cr�pitant de toutes les discussions poursuivies depuis la Po�tique d�Aristote jusqu�aux trait�s les plus r�cents des th�oriciens. Horace a le don de les styliser en formules frappantes ; il y m�le sa gaiet�, son entrain. On sait l�immense retentissement de l�oeuvre, � la Renaissance, dans la formation du classicisme ; aujourd�hui m�me, on ne s�y reportera jamais sans fruit.</p><p>Quand M�c�ne mourut en septembre 8, ses derniers mots � l�empereur furent pour Horace : Horati Flacci ut mei esto memor. Mais, le 27 novembre, un malaise soudain emporta le po�te. Accomplissement myst�rieux d�un voeu exprim� quinze ans plus t�t (Odes, II, 17) ? On d�posa ses restes au mont Esquilin, pr�s du tombeau de M�c�ne.</p><p>J. P.</p><p>W. Wili, Horaz und die augusteische Kultur (B�le, 1948). / E. Fraenkel, Horace (Londres, 1957). / P. Grimal, Horace (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1958) ; Essai sur l�� Art po�tique d�Horace � (S. E. D. E. S., 1968). / J. Perret, Horace (Hatier, 1960). / C. Decker, Das Sp�twerk des Horaz (G�ttingen, 1963). / J.-M. Andr�, M�c�ne, essai de biographie intellectuelle (Les downloadModeText.vue.download 294 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5435</p><p>Belles Lettres, 1968). / D. Gagliardi, Orazio e la</p><p>tradizione neoterica (Naples, 1971).</p><p>horaire de travail</p><p>R�partition dans le temps de la pr�-</p><p>sence des collaborateurs de toute entreprise publique ou priv�e.</p><p>La situation classique</p><p>et ses cons�quences</p><p>L�av�nement de la civilisation industrielle au XXe s. a conduit l�ensemble des pays d�velopp�s � adopter des horaires de travail � peu pr�s identiques, o� l�on recherchait � la fois productivit� dans l�entreprise et synchronisation entre les diff�rents secteurs en relation les uns avec les autres. Les premiers am�nagements consentis par les dirigeants des entreprises, sous la pression des syndicats, ont consist� en une r�duction de la dur�e de travail journali�re (r�duction du nombre d�heures) et annuelle par le paiement de cong�s (d�abord hebdomadaires le dimanche, puis le samedi et annuels de 1 � 4 semaines). D�autres causes intimement li�es au d�veloppement industriel sont venues renforcer l�attention port�e � l�am�nagement des horaires.</p><p>On a calcul� en France que, si les entreprises d�calaient leurs consommations maximales d��nergie �lectrique les unes par rapport aux autres, la soci�t� distributrice, en l�occurrence �lectricit� de France, pourrait r�duire ses co�ts en �quipement suppl�mentaire de 50 p. 100. La concentration urbaine, n�e de l�industrie, a entra�n� des cons�quences n�fastes tant pour les nations que pour les employeurs et les salari�s. Les transports co�tent tr�s cher en �quipements exc�dentaires, en hommes et en mat�riel, pour assurer les pointes, en temps pass�s non productifs, en ins�curit� (accidents de la circulation), en fatigue pour les travailleurs.</p><p>Ces pointes sont tr�s fortement ressenties sur un plan journalier, mais elles existent aussi, surtout en France, sur un plan annuel. Le non-�talement des cong�s provoque un arr�t complet de l��quipement industriel fran�ais pendant un mois, tandis que les �quipements touristiques sont alors satur�s, mais vides le reste du temps.</p><p>Les solutions possibles Pouss�es bien souvent par les pouvoirs publics, les entreprises ont essay� de mettre en oeuvre diff�rentes solutions.</p><p>Journ�e continue</p><p>Vers 1957, en France, les plus � auda-cieux � se sont lanc�s dans la journ�e continue. L�adoption en a �t� assez lente, car elle se heurtait surtout, en dehors de la r�gion parisienne, � une habitude fran�aise tr�s solidement ancr�e, le d�jeuner de midi, soit d�affaires, soit en famille. L� o� elle a �t� introduite avec prudence et apr�s une consultation du personnel, la journ�e continue a vite rencontr� le succ�s. Elle permet, en effet, d��viter les heures de pointe de la circulation et laisse plus de place, en fin d�apr�s-midi, � la vie de famille. Pour l�entreprise, elle entra�ne d�une part une meilleure productivit�, car le rythme de travail est plus soutenu, sans coupure trop importante, et d�autre part une r�duction des frais g�-</p><p>n�raux. Elle suppose un am�nagement des pauses, l�organisation sur place du repas de midi, qui exige des soins tout particuliers � apporter aux locaux r�serv�s � la cantine, ainsi que la mise � disposition, si cela est possible, de cr�ches pour les m�res de famille. Elle peut s�organiser de deux fa�ons : soit par blocage d�horaire (l�entreprise est ouverte seulement de telle heure � telle heure), soit par d�calage d�horaires (travail en �quipe par roulement).</p><p>Blocage des heures de travail</p><p>D�autres pays, notamment les �tats-Unis, ont commenc� � pratiquer un blocage des heures de travail sur moins de jours. Certaines entreprises ont adopt� la semaine de 4 jours de 10 heures. Parfois, les derni�res heures sont pay�es en heures suppl�mentaires. Des compagnies d�assurances sont all�es jusqu�� la semaine de 3 jours de 12 heures. Ces am�nagements entra�nent une r�duction des frais g�n�raux par une augmentation de la capacit� de production, un recrutement plus facile et une notable r�duction de l�absent�isme. Les salari�s qui b�n�ficient de ce syst�me estiment qu�ils � red�couvrent la vie de famille �, disposant de plus de temps</p><p>pour se consacrer � des activit�s de recyclage ou � des passe-temps sportifs et culturels. Ils ont �galement moins de frais de transport. Les d�tracteurs du syst�me objectent la possibilit� pour cette m�thode d��tre n�faste � la sant�.</p><p>Ils craignent �galement que certains s�orientent soit vers la recherche d�un second emploi, soit vers l�ex�cution de travail � noir � (non d�clar�).</p><p>Horaire flottant</p><p>Appel� encore travail � la carte, l�horaire flottant a �t� essay� avec succ�s notamment en Allemagne et en Suisse.</p><p>Les applications les plus faciles sont faites dans les administrations, les transports, les banques, les assurances, les petites entreprises artisanales ou commerciales.</p><p>Le principe de l�horaire flottant est fond� sur la possibilit� pour chacun de fixer ses horaires de d�but et de fin de travail � son gr�, � l�int�rieur d�heures extr�mes, soit � l�avance (par mois, par semaine), soit m�me journali�rement.</p><p>Si la norme journali�re est d�pass�e ou non atteinte, les compensations sont calcul�es et r�gularis�es par semaine, par mois ou par trimestre.</p><p>Dans ce syst�me, l��l�ment pr�pon-d�rant est l�accomplissement effectif de la t�che confi�e et non l�instant pr�-</p><p>cis auquel cette t�che est r�alis�e. Les collaborateurs se sentent responsables de leur travail. Il y a parit� entre tous les travailleurs et partage des responsabilit�s individuelles et collectives.</p><p>Si elles �taient �largies, ces dispositions pourraient r�duire les probl�mes de pointe de circulation. Sur le plan de la sant�, chacun peut adapter son horaire en fonction d�un rythme personnel. La mise en place de l�horaire flottant suppose la r�alisation d�un certain nombre de conditions pr�alables et d�am�nagement, dont les plus importantes sont l�analyse des postes de travail, l�analyse des exceptions � pr�voir (pompiers, standardistes, portiers), la mise en place et le rodage d�appareils de contr�le (horloges), l�ex�cution d��tudes et d�analyses statistiques, etc.</p><p>Enfin, des essais ont �t� faits en France, par r�gions ou par villes, pour d�synchroniser et harmoniser les horaires en</p><p>les r�partissant par grands groupes : industries, b�timents, services publics, commerces, etc. L��volution est malheureusement assez lente, car personne ne veut faire figure de pionnier dans ce domaine.</p><p>F. B.</p><p>F Entreprise / Fabrication / Personnel / Travail.</p><p>horloge</p><p>Machine qui sert � marquer et � sonner les heures. On �tend cette appellation � tout proc�d� qui permet de partager la journ�e (un jour et une nuit) en un nombre variable de parties �gales : 2, 4, 6, 7, 12, 24, � partir d�une origine.</p><p>L�horloge mesure les heures : c�est un horom�tre.</p><p>Principe de</p><p>fonctionnement</p><p>Dans toute horloge existe un organe qui d�coupe le temps et un autre dispositif qui compte les intervalles d�coup�s, afin qu�ils puissent �tre affich�s sur un cadran. L�organe qui d�coupe le temps est le r�sonateur ; le rythme auquel il oscille est sa fr�quence. La seule condition � remplir pour obtenir une mesure correcte est que les oscillations soient isochrones. Le mouvement des aiguilles sur le cadran est produit par un rouage mis en mouvement par un moteur, qui est un poids ou un ressort.</p><p>Dans le rouage, l�une des roues dent�es est li�e directement au moteur ; la derni�re a son mouvement r�gl� par les oscillations du r�sonateur que constitue le pendule r�gulateur. L�organe qui relie le rouage au r�sonateur s�appelle �chappement. Il a le double r�le de faire avancer la derni�re roue du rouage d�une dent � chaque demi-oscillation du pendule et de restituer en m�me temps au pendule l��nergie dissip�e par diverses causes d�amortissement (frottements, variations de temp�rature et de pression atmosph�rique, vibrations du sol), de fa�on � maintenir son amplitude constante. Du point de vue strictement technique, une horloge se compose de trois �l�ments :</p><p>� un r�sonateur, dont les oscillations ou vibrations sont isochrones ;</p><p>� un moteur, qui, actionn� soit par la pesanteur, soit par la force de d�tente d�un ressort, ou encore par l��lectricit�, fournit de l��nergie au r�sonateur et donne le mouvement � l�organe d�affi-chage (aiguilles, cadrans, quanti�me � guichet) ;</p><p>� un �chappement, qui maintient le rouage immobile, ne le laissant �chapper qu�aux instants prescrits par le r�-</p><p>sonateur. Les diverses solutions ing�-</p><p>nieuses au probl�me de l��chappement permettent d�atteindre d�s le XVIIIe s.</p><p>cette pr�cision, qui fait donner alors aux horloges les noms de grands r�gulateurs et de garde-temps.</p><p>� c�t� des horloges m�caniques traditionnelles est n�e en 1840 une horlogerie �lectrique gr�ce aux travaux d�Alexander Bain (1810-1877), de sir Charles Wheatstone (1802-1875) et de Mattha�s Hipp (1813-1893). L�horloge �lectrique est munie de contacts tels qu�elle produit dans un circuit un courant �lectrique de faible dur�e se downloadModeText.vue.download 295 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5436</p><p>r�p�tant, par exemple, toutes les secondes. Le contact est command� par le pendule lui-m�me. Le courant �tabli par le pendule � chaque oscillation est utilis� � l�entretien du mouvement pen-dulaire : on r�alise ainsi des horloges �lectriques dans lesquelles l��chappement est supprim�. Les horloges �lectriques b�n�ficient des d�couvertes de la lampe triode en 1906 par Lee De Forest (1873-1961), du transistor en 1948 par John Bardeen (n� en 1908) et Walter Houser Brattain (n� en 1902), et du micromodule IBM en avril 1964. M�caniques ou �lectriques, les horloges les plus pr�cises mesurent des intervalles de temps de l�ordre de la seconde ou du dixi�me de seconde.</p><p>Si l�on veut partager la seconde en fractions plus petites, il faut employer des oscillateurs � plus courte p�riode.</p><p>Ce sont les oscillateurs � quartz, dont le cristal vibre 8 192 fois par seconde, et des r�sonateurs atomiques, dispositifs dont les indications atteignent un</p><p>ordre de pr�cision de 1.10� 11 seconde : ce qui correspond � une variation d�une seconde en trois mille ans. Les garde-temps atomiques fournissent des rep�res de fr�quence extraordinaire-ment pr�cis, permettant de rectifier les indications des horloges � moteurs synchrones aliment�es par des vibrateurs � quartz pi�zo-�lectrique ; ils ne constituent pas des instruments de mesure du temps � lecture directe, mais ils fournissent la p�riode �talon.</p><p>La premi�re manufacture</p><p>horlog�re du monde</p><p>En 1755, � Gen�ve, un jeune homme de vingt-quatre ans, Jean-Marc Vacheron, qui fabrique des montres depuis son enfance, ouvre une boutique et engage des apprentis, fondant ainsi la plus ancienne entreprise d�horlogerie. D�une habilet� prodigieuse, il r�alise pendant trente ans de v�ritables chefs-d�oeuvre. En 1785, son fils Abraham (1760-1843), qui avait grandi dans le m�tier, lui succ�de, mais, comme son p�re, il est beaucoup plus int�ress� par la perfection de la m�canique horlog�re que par le commerce. Toutefois, et peut-�tre � son grand regret, ses montres se vendent tr�s bien, surtout parmi la noblesse fran�aise. Avec la R�volution, Vacheron perd ses meilleurs clients, et, en 1810, les affaires p�riclitent lorsque Abraham passe la main � son fils Jacques Barth�lemy (1787-1864), qui entreprend alors de longs et p�nibles voyages en Italie, en France, en Allemagne pour rechercher de nouveaux d�bouch�s. En 1819, il s�associe avec Fran�ois Constantin (1788-1854), dont le g�nie commercial inn�, alli� � la ma�trise technique des Vacheron, conf�re � l�entreprise un prestige unique au monde. Comprenant la n�cessit� de maintenir � tout prix une aristocratie de l�horlogerie, il eut l�immense m�rite de ne jamais c�der � la tentation de faire meilleur march� pour vendre davantage : les montres Vacheron commencent � se vendre � New York en 1833, � Rio de Janeiro en 1840, dans les Indes n�erlandaises en 1847, en Inde en 1850. En 1839 entre dans la maison, en qualit� de directeur technique, celui que l�on doit consid�rer comme le p�re de l�industrie horlog�re moderne, Georges Auguste Leschot (1800-1884). Saisissant tout l�int�r�t de l�inter-changeabilit� des diff�rentes pi�ces d�un</p><p>m�canisme que de nombreux artisans � domicile r�alisaient alors par � pi�ces bris�es � et qu�il �tait impossible d�obtenir math�matiquement identiques pour faciliter tant le montage que les r�parations, Leschot d�cide de m�caniser enti�rement la fabrication, mettant lui-m�me au point les outils n�cessaires � la construction de ces machines qui d�sormais rempliront les ateliers de l�entreprise. En 1844, Jacques Barth�lemy laisse la direction de l�affaire � son fils Charles C�sar (1812-1868), alors qu�en 1854 succ�de � Fran�ois Constantin son neveu Jean-Fran�ois Constantin (1829-1900), remplac� lui-m�me en 1868</p><p>par le fils de Charles C�sar, Charles (1846-1870). � la disparition pr�matur�e de ce dernier, sa m�re contracte avec Jean-Fran-</p><p>�ois Constantin une nouvelle association.</p><p>Mais les v�ritables directeurs sont Leschot et deux anciens banquiers, les fr�res Weiss.</p><p>Lorsqu�en 1887 meurt la derni�re h�riti�re du nom, Mme C�sar Vacheron, la maison prend sa raison sociale actuelle : Vacheron et Constantin, et se transforme en soci�t� anonyme.</p><p>Vers le d�but du si�cle, la montre-bracelet commence � se r�pandre, surtout au sein des arm�es engag�es dans la Premi�re Guerre mondiale. La montre de poche reste pourtant la montre � habill�e �. La so-ci�t� Vacheron et Constantin joue un r�le d�cisif dans l�accession de la montre-bracelet au statut de montre �l�gante, par la r�duction progressive du volume du mouvement et, en 1955, lance le mouvement le plus plat du monde (1,64 mm d��paisseur), suivi d�un mouvement automatique extra-plat (2,45 mm). Apr�s la Seconde Guerre mondiale, la soci�t� reconstitue son r�seau de vente international, implant� aujourd�hui dans soixante-quatre pays.</p><p>En 1969, Jacques Ketterer succ�de � son p�re, M. Georges Ketterer, � la t�te de la manufacture. Enfin, en 1972, Vacheron et Constantin est la premi�re entreprise horlog�re � recevoir le dipl�me � Prestige de la France �.</p><p>J. D.</p><p>Classification</p><p>et description</p><p>Horloges naturelles</p><p>Compter mentalement, r�citer des pri�res �talonn�es, fumer un m�me nombre de cigarettes sont des proc�-</p><p>d�s de mesure d�intervalles de temps constants.</p><p>L�activit� rythmique est une des propri�t�s fondamentales de la mati�re vivante. Les rythmes biologiques, ou rythmes � circadiens � (n�ologisme propos� en 1959 par F. Halberg), sont de v�ritables horloges naturelles.</p><p>Horloges de Soleil</p><p>L�observation de la hauteur du Soleil au-dessus de l�horizon ou de la longueur et de la direction de l�ombre, d�une montagne, d�un mur, d�un men-hir, d�un palmier, d�un piquet, d�un talus, d�une marche constitue la base d�une classe d�horloges depuis la plus haute antiquit� : les gnomons et les cadrans au Soleil. Sous l��quateur, en Chald�e, en �gypte, on observe la longueur de l�ombre port�e par un gnomon vertical ; sous les autres latitudes, le style du cadran est dirig� vers le p�le, et c�est la direction de l�ombre port�e qui marque l�heure solaire. On appelle horologia viatoria des cadrans solaires portatifs constitu�s par des disques, des cylindres, des sph�res, des anneaux de voyage qui, convenablement orient�s, permettent la lecture de l�heure. Mais le Soleil ne passe au m�ridien � midi que quatre fois par an. C�est pourtant cette heure solaire qu�on nomme encore aujourd�hui le temps vrai !</p><p>Horloges hydrauliques</p><p>La clepsydre �tait un r�cipient d�o� l�eau s��chappait goutte � goutte et qui se vidait selon des intervalles de temps r�guliers. Connue en �gypte, en Gr�ce, downloadModeText.vue.download 296 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5437</p><p>� Rome, l�horloge � eau sert surtout � r�partir �quitablement le temps accord� aux orateurs de l�accusation et de la d�fense. La Chine et l�isl&#x101;m perfectionnent ces horloges. En 807, le calife �abb&#x101;sside H&#x101;r&#x16B;n al-Rach&#x12B;d envoie � Charlemagne, en son palais d�Aix-la-Chapelle, une horloge � eau,</p><p>� automates. Aux XVIIIe et XIXe s., les clepsydres connaissent encore un tr�s vif succ�s.</p><p>Horloges de mer</p><p>Les horloges de mer, horloges de sable, ampoulettes, sablons et sabliers, se trouvent en belle place dans les inventaires du mobilier royal. Au XIXe s., le sablier est souffl� en verre, en une seule op�ration.</p><p>Horloges m�caniques</p><p>Le principe de la r�it�ration est celui de toute horom�trie : �coulement r�gulier de gouttes d�eau ou de grains de sable, petites chutes r�it�r�es des poids d�une horloge m�canique. La tradition attribue au moine Gerbert d�Aurillac (v. 938-1003), devenu pape sous le nom de Sylvestre II, l�invention de l�horloge � poids avec dispositif automatique de r�gulation de la chute du poids moteur, l��chappement � roue de rencontre. Un balancier circulaire horizontal, nomm� corona freni (la couronne du frein), form� d�un anneau lourd � grande inertie, pivote autour d�un axe vertical qui, aux deux extr�mit�s de sa tige, porte une palette de m�tal. Ces deux palettes viennent, � tour de r�le, bloquer, puis lib�rer la premi�re roue dent�e de l�engrenage. La description scientifique de ce syst�me se trouve dans le manuscrit de Giovanni Dondi (1318-1389).</p><p>En France, un texte de Jean Froissart, Li Orloge amoureus (1368), d�crit un autre frein : le foliot. C�est une lourde barre suspendue horizontalement et r�gl�e au moyen de deux poids mobiles appel�s r�gules. Les oscillations du foliot se ralentissent ou s�acc�l�rent suivant qu�on �loigne ou qu�on rapproche de son centre ces deux poids-curseurs, tandis que, sur la corona freni, il faut placer de petites masses de m�tal ou les enlever pour obtenir soit un ralentissement, soit une acc�l�ration. Le foliot danseur est une invention europ�enne : son application aux horloges d��difice a rendu c�l�bres les monumentales machines horaires de Beauvais (1320), de Milan (1336), de Cluny (1340), de Padoue (1344), de Douvres (1348), de Paris (1350), de G�nes et de Florence (1354), de Strasbourg (1356), etc.</p><p>Les horloges monumentales construites au XIXe s. sont munies de dispositifs oscillants plus pr�cis que le foliot, mais fond�s sur le m�me principe d�isochronisme ; c�est notamment le cas de Big Ben, � Londres (1859), oeuvre d�Edmund Beckett, devenu lord Grimthorpe (1816-1905), de l�horloge de la cath�drale de Strasbourg (1842) par Jean-Baptiste Schwilgu� (1776-1856), ainsi que des horloges de Besan-</p><p>�on (1860) et de Beauvais (1869) par Auguste Lucien V�rit� (1806-1887).</p><p>L�histoire des horloges est divis�e par une coupure : avant Huygens et apr�s Huygens. Avant celui-ci existe une horlogerie munie de syst�mes ra-lentisseurs de la chute du poids ou du d�roulement du ressort, mais non d�un</p><p>� r�gulateur �. Christiaan Huygens*</p><p>cr�e ce r�gulateur sous deux formes : le pendule r�glant pour les horloges (1657) et le ressort spiral pour les montres (1675). La loi de l�isochronisme des oscillations du pendule libre avait �t� d�couverte par Galil�e*, mais jamais appliqu�e. Contrairement au foliot, qu�il faut lancer en accompagnant son mouvement, le pendule change de lui-m�me le sens de son d�placement gr�ce � sa force de rappel. Du jour au lendemain, les horloges sans pendule se sont trouv�es p�rim�es. Des artisans appliquent le pendule de Huygens � des horloges � longue caisse popularis�es sous le qualificatif de comtoises.</p><p>Cependant, les savants recherchent des �chappements nouveaux qui �limine-raient les frottements consid�rables de l��chappement � roue de rencontre.</p><p>L�Anglais Robert Hooke (1635-1703) imagine l��chappement � ancre, qui att�nue les frottements, donne une amplitude moins grande au balancier et exige une force motrice moins importante. George Graham (1673-1751) invente le pendule � mercure : la tige du pendule est en acier, et le poids est constitu� d�un vase de verre rempli de mercure. L�allongement de la tige au chaud est compens� par la dilatation du mercure, qui �l�ve son centre de gravit� et maintient en place celui de l�ensemble. Pour compenser la dilatation du m�tal, John Harrison (1693-1776) construit un pendule � gril bi-m�tallique. En France, Louis Charles Gallande (� 1775) fabrique en 1740 un r�gulateur � �chappement � chevilles</p><p>d�apr�s l�invention de Jean Andr� Lepaute (1720-1787 ou 1789). Le XVIIIe s.</p><p>est l��ge d�or des horloges : pendules de chemin�e, cartels d�applique et r�-</p><p>gulateurs de parquet sont con�us et r�alis�s par Pierre Le Roy (1717-1785), Jean-Baptiste Lepaute (1727-1802), Ferdinand Berthoud (1727-1807),</p><p>Robert Robin (1742-1809) et Antide Janvier (1751-1835). Entre 1770 et 1830, celui-ci cr�e des r�gulateurs battant la demi-seconde. En 1897, le Suisse Charles �douard Guillaume (1861-1938) invente le m�tal invar, qui permet la construction de balanciers stables pour les r�gulateurs d�observatoires. Avec L�on Foucault*, en 1847, et Alfred Cornu (1841-1902), en 1880, l��lectricit� est appliqu�e au r�gulateur pour entra�ner des r�p�teurs : la distribution de l�heure s�effectue � partir d�une horloge m�re.</p><p>Horloges nouvelles</p><p>� tr�s haute pr�cision</p><p>Ces horloges doivent surtout leur nouveaut� � l�invention d�autres dispositifs oscillants que le pendule libre ou le balancier circulaire. Aux oscillations de ceux-ci on a substitu� les vibrations isochrones du diapason, celles du cristal de quartz ou celles de la mol�cule de gaz ammoniac.</p><p>y Horloge � diapason. Un diapason entretenu �lectriquement et maintenu � temp�rature constante d�finit une unit� de temps comprise entre un vingti�me et un milli�me de seconde, avec une pr�cision qui atteint le millioni�me et peut-�tre le dix-millioni�me de seconde.</p><p>y Horloge � quartz pi�zo-�lectrique.</p><p>On obtient des oscillations de p�riode plus courte encore en faisant vibrer un parall�l�pip�de rectangle de quartz � la fa�on dont vibre l�air d�un tuyau sonore. Les oscillations sont entre-nues par la d�formation d�un cristal (dilatation �lectrique) � l�aide d�une lampe � trois �lectrodes. Les oscillateurs permettent de construire des horloges dont la pr�cision est de 10� 8, inf�rieure � une milliseconde par jour.</p><p>y Horloges atomiques et mol�cu-</p><p>laires. Ces horloges particuli�rement s�res sont form�es par des circuits oscillants entretenus (ou cavit�s r�sonnantes) dont la fr�quence est strictement contr�l�e par les ph�nom�nes de transition que pr�sentent aux radiofr�-</p><p>quences les atomes ou les mol�cules de certains corps.</p><p>Un m�me atome peut exister dans</p><p>divers �tats, qui diff�rent en particulier par la quantit� d��nergie E emmagasi-n�e dans l�atome ; mais seules certaines valeurs d��nergie E sont possibles pour un atome donn�. L�atome ne peut effectuer la transition entre deux �tats particuliers correspondant aux �nergies E1 et E2 (E1 &lt; E2) que s�il donne (dans le sens de 2 vers 1) ou s�il re�oit (dans le sens de 1 vers 2) la diff�rence d��nergie E2 � E1. Cet �change d��nergie peut �tre effectu� par l��mission ou l�absorption d�un photon* appartenant � une onde �lectromagn�tique de fr�-</p><p>quence &#x3BD; (h&#x3BD; = E2 � E1) ; c�est la loi de Bohr. La tr�s grande pr�cision avec laquelle sont d�termin�es les valeurs possibles de l��nergie E entra�ne �galement une tr�s grande pr�cision sur les fr�quences &#x3BD; des ondes �lectromagn�tiques capables d��changer de l��nergie avec l�atome. Le ph�nom�ne p�riodique dont on compte les p�riodes dans une horloge atomique n�est pas l�atome lui-m�me, mais une onde �lectromagn�tique capable d�interagir avec l�atome.</p><p>On distingue deux types d�horloges suivant la solution adopt�e pour engendrer cette onde �lectromagn�tique.</p><p>La premi�re solution, qui consiste � faire engendrer l�onde par les atomes eux-m�mes, fait appel au maser.</p><p>downloadModeText.vue.download 297 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5438</p><p>Dans la seconde solution, la plus couramment utilis�e, l�onde �lectromagn�-</p><p>tique est engendr�e par un oscillateur � quartz pi�zo-�lectrique. Un oscillateur � quartz fonctionne g�n�ralement � des fr�quences de quelques m�gahertz, et les fr�quences de transition &#x3BD; utilisables sont de quelques gigahertz. Mais</p><p>les techniques de multiplication et de m�lange de fr�quences permettent de fabriquer la fr�quence &#x3BD; � partir de celle de l�oscillateur � quartz. La stabilit� en fr�quence de l�onde ainsi r�alis�e est celle de l�oscillateur � quartz ; les variations sont inf�rieures au millioni�me Pour obtenir un meilleur</p><p>r�sultat, on utilise l�interaction entre l�onde et les atomes afin de stabiliser sa fr�quence � un degr� sup�rieur : si la fr�quence &#x3BD; de l�onde est exactement �gale � la fr�quence de la transition atomique il se produit</p><p>un �change d��nergie mesurable entre l�onde et les atomes. Si la fr�quence de l�onde s��carte l�g�rement de la fr�-</p><p>quence atomique, l��change d��nergie devient moins important, et l�appareil de mesure en donne l�indication. En modifiant tr�s l�g�rement la fr�quence d�oscillation d�un quartz pi�zo-�lectrique par application entre ses deux faces d�une tension �lectrique continue, on r�alise un dispositif automatique qui corrige la fr�quence du quartz lorsque l�appareil de mesure indique un tr�s l�ger �cart entre la fr�quence de l�onde et la fr�quence atomique.</p><p>La fr�quence de l�onde se trouve ainsi asservie � rester constamment �gale � celle de la transition atomique.</p><p>La premi�re horloge atomique a �t� fabriqu�e en 1951 aux �tats-Unis par Harold Lyons. Elle utilise la transition � la fr�quence &#x3BD; = 23 870,12 MHz entre les deux �tats d��nergies les plus basses de la mol�cule de gaz ammoniac. On envoie l�onde de fr�quence appropri�e � travers un long r�cipient contenant du gaz ammoniac et l�on mesure son intensit�, qui se trouve diminu�e apr�s la travers�e du gaz. Mais cette horloge n�a qu�une pr�cision limit�e.</p><p>Au lieu d�observer la perturbation apport�e � l�onde par l��change d��nergie, on peut, au contraire, observer la perturbation apport�e aux atomes. Tel est le principe du second type d�horloge atomique, mis au point quelques ann�es plus tard � peu pr�s simultan�-</p><p>ment par Louis Essen en Angleterre et par H. Lyons lui-m�me : l�horloge � jet atomique de c�sium. Un jet atomique</p><p>est obtenu en laissant les atomes d�une vapeur p�n�trer dans une enceinte soigneusement vid�e � travers un mince canal. Seuls les atomes dont la vitesse est � peu pr�s parall�le � l�axe du canal peuvent en �merger et p�n�trer dans la grande enceinte vid�e. Ne recontrant plus aucun obstacle, ils continuent des trajectoires rectilignes dans le prolongement du canal. Par rapport � la downloadModeText.vue.download 298 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5439</p><p>vapeur, le jet atomique pr�sente trois avantages :</p><p>1o Pendant leur dur�e de transit, d�une extr�mit� � l�autre du jet atomique, les atomes ne subissent aucune collision ; rien ne vient les perturber, et tous les ph�nom�nes qui les concernent sont d�finis avec une grande pr�cision ; 2o Si l�onde interagissant avec les atomes se propage perpendiculaire-ment au jet, l�incertitude en fr�quence due � l�effet Doppler-Fizeau se trouve annul�e ;</p><p>3o Le jet atomique permet d�observer le comportement des atomes gr�ce � la m�thode d�velopp�e aux �tats-Unis par Isidor Isaac Rabi et dont voici la description.</p><p>L�atome de c�sium, comme la mol�-</p><p>cule d�ammoniac, poss�de deux �tats d��nergies E1 et E2 voisines et tr�s inf�rieures � celles de tous les autres �tats : l��tat fondamental est subdivis� en deux �tats hyperfins. � la diff�rence d��nergie E2 � E1 correspond la fr�quence &#x3BD; voisine de 9 192 MHz.</p><p>D�apr�s la statistique de Ludwig Boltzmann*, les atomes de c�sium qui sortent du r�servoir se trouvent r�partis, � un milli�me pr�s, en nombres presque �gaux entre ces deux �tats.</p><p>Mais ceux-ci diff�rent non seulement par la valeur de l��nergie, mais aussi par leur moment magn�tique, et cette diff�rence permet de s�parer les atomes. On fait passer le jet atomique dans l�entrefer d�un aimant de forme sp�ciale, qui cr�e un champ magn�-</p><p>tique tr�s inhomog�ne, c�est-�-dire</p><p>dont la valeur varie �norm�ment entre deux points voisins. Un tel champ soumet un moment magn�t que atomique � une force qui tendant � le d�placer modifie sa trajectoire ; cette force, que l�on cr�e perpendiculaire � la direction du jet, d�pend de la valeur du moment magn�tique et agit en sens oppos� sur les atomes appartenant respectivement aux �tats 1 et 2, qui d�crivent des trajectoires paraboliques courb�es en sens oppos�s. Aucun atome ne va en ligne droite.</p><p>Le champ magn�tique inhomog�ne</p><p>est, en fait, cr�� par deux aimants identiques, que le jet atomique traverse successivement. Entre ces deux aimants, les atomes sont soumis � l�onde hertzienne de fr�quence &#x3BD;, qui provoque des transitions de l��tat 1 vers l��tat 2</p><p>et r�ciproquement. Les atomes qui effectuent la transition au milieu de leur trajectoire sont d�vi�s en sens oppos�s avant et apr�s la transition. On peut faire en sorte que ces deux d�viations oppos�es se compensent (pour une partie des atomes au moins, dont le vecteur vitesse initiale � la sortie du canal r�pond � certaines conditions), de telle mani�re que les atomes ayant effectu� la transition aboutissent dans le d�tecteur plac� sur l�axe du canal. On re�oit donc des atomes dans le d�tecteur � condition que l�onde hertzienne poss�de la fr�quence exacte qui provoque la transition entre les deux niveaux.</p><p>Pour observer les transitions effectu�es par les atomes, on peut encore utiliser la m�thode de d�tection optique, d�velopp�e initialement en France par Kastler* et Brossel et qui consiste � irradier les atomes avec une onde lumineuse appropri�e. La lumi�re peut aussi �tre utilis�e pour effectuer un pompage* optique, c�est-�-dire une modification de la r�partition des atomes entre les �tats 1 et 2. Cela permet d�effectuer facilement l�observation sur les atomes d�une vapeur et d��viter la technologie d�licate exig�e par les jets atomiques. On construit industriellement en France une horloge � pompage optique utilisant les atomes de rubidium. Les meilleures horloges atomiques actuelles ont une stabilit� de fr�quence voisine de 10� 12, c�est-�-</p><p>dire que leur fr�quence est d�finie avec</p><p>12 chiffres exacts. Si leur stabilit� � tr�s long terme se confirme, elles va-rieront de moins d�une seconde apr�s dix milles ann�es de fonctionnement.</p><p>La pr�cision avec laquelle elles permettent de mesurer le temps est bien sup�rieure � la pr�cision obtenue par les mesures astronomiques.</p><p>La recherche horlog�re</p><p>La perfection des horloges est le domaine des laboratoires nationaux et priv�s : Laboratoire suisse de recherche horlog�re (L. S. R. H.), Centre de recherches collectif de l�industrie horlog�re fran�aise de Besan�on (Ce-tehor), Institut f�r Uhrentechnik und fein Mechanik de Stuttgart, Institut horloger de Moscou. Aux �tats-Unis et au Japon, ce sont les grandes firmes horlog�res priv�es qui poss�dent leurs propres laboratoires de recherches.</p><p>Pour �quiper l�aviation supersonique et les stations de surveillance spatiale, la chronom�trie moderne exige des syst�mes horaires de tr�s haute pr�cision (horloges atomiques de l�Office national d��tudes et de recherches a�rospatiales, � Ch�tillon-sous-Bagneux).</p><p>Une nouvelle unit� de temps est n�e de ces nouvelles horloges. Depuis la XIIIe Conf�rence g�n�rale des poids et mesures (oct. 1967), la d�finition de la seconde n�est plus la 86 400e partie du jour solaire moyen, mais � la dur�e de 9 192 631 770 p�riodes de la radiation correspondant � la transition entre les deux niveaux hyperfins de l��tat fondamental de l�atome de c�sium 133 �.</p><p>J. S. et B. C.</p><p>F Laser et Maser / Photon / Pompage.</p><p>E. von Bassermann-Jordan, Uhren (Berlin, 1914 ; trad. fr. Montres, horloges et pendules, P. U. F., 1964). / Alte Uhren und ihre Meister (Leipzig, 1926). / M. Herrero Garcia, El Reloj en la vida espa�ola (Madrid, 1955). / A. Chapuis et F. Robert-Charrue, Grands Artisans de la chronom�trie (�d. du Griffon, Neuch�tel, 1958). /</p><p>E. Morpurgo, La Mostra degli orologi antichi a Winterthur (Rome, 1959). / H. Rieben, M. Urech et C. Iffland, l�Horlogerie et l�Europe (Univ. de Lausanne, 1960). / S. Fleet, Clocks (Londres, 1961). / Z. Yusuf, Al-Kindi�s Treatise on Watch-making (Bagdad, 1962). / P. Touchet, R. Miot et J. Renaud, M�mento pratique d�horlogerie �lec-</p><p>trique et �lectronique (la G�n�rale Horlog�re, 1965). / S. A. Bedini et F. R. Maddison, Mechani-cal Universe (Philadelphie, 1966). / L. C. Balvay, �volution de l�horlogerie, du cadran solaire � l�horloge atomique (Gauthier-Villars, 1968). /</p><p>J. Cumer, R. Gouillou et J. Zakheim, Synchronisation de stations �loign�es par simple survol (Office national d��tudes et de recherches a�rospatiales, Ch�tillon, 1970).</p><p>Quelques grandes dates</p><p>dans l�histoire de la</p><p>chronom�trie</p><p>IIIe s. av. J.-C. Clepsydres � automates de Philon de Byzance.</p><p>Ier s. apr. J.-C. Automates hydrauliques et pneumatiques de H�ron d�Alexandrie.</p><p>1206 Horloges � eau d��Abd al-�Az&#x12B;z al-Djazar&#x12B;.</p><p>v. 1250 Horloges � automates de Villard de Honnecourt.</p><p>1364 Horloge � foliot et roue de rencontre par Giovanni Dondi (1318-1389).</p><p>1553 Horloge plan�taire modifi�e par Oronce Fine (1494-1555).</p><p>1571-1574 Horloge astronomique monumentale construite � Strasbourg par Isaac Habrecht (1544-1620) sous la direction de Konrad Dasypodius (v. 1530-1600).</p><p>1657 Pendule battant la seconde, r�gulateur des horloges, par Christiaan Huygens*</p><p>(1629-1695).</p><p>1675 Balancier spirale ou � spiral � de Huygens.</p><p>1687 Invention de la r�p�tition dans les montres � sonneries par Edward Booth, dit Barlow (1636-1716).</p><p>1704 Application de rubis et de pierres pr�cieuses (jewels) pour perfectionner la rotation des pivots des roues d�engrenages par Nicolas Fatio de Duillier (1664-1753).</p><p>1710 Horloge marquant les heures in�-</p><p>gales selon la longueur du jour et de la nuit par Pierre Fardoil (� 1789).</p><p>1715 �chappement � ancre � repos de George Graham (1673-1751) ; machine � diviser et � tailler les roues par Pierre</p><p>Fardoil.</p><p>1721 Pendule compens� de George Graham, pour �liminer les effets thermiques sur le r�gulateur.</p><p>1725 �chappement � cylindre de George Graham.</p><p>1726 Pendule � gril bim�tallique de John Harrison (1693-1776).</p><p>1730 �chappement � chevilles d�Amant, horloger � Paris entre 1730 et 1749 ; horloge � garde-temps � (timekeeper) de John Harrison.</p><p>1752 �chappement � d�tente de Pierre Le Roy (1717-1785).</p><p>1753 �chappement � chevilles de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais* et de Jean Andr� Lepaute (1720 - 1787 ou 1789).</p><p>v. 1755 �chappement libre � ancre de Thomas Mudge (1715-1794).</p><p>1759 �chappement � repos, dit � � double virgule �, de Beaumarchais.</p><p>1760 Bilame de Harrison.</p><p>1765 Horloge astronomique donnant l�heure de la mar�e dans 32 ports par Christopher Pinchbeck (1670-1735).</p><p>1766 Chronom�tre de marine de Pierre Le Roy.</p><p>1768 Voyage d�essais des montres marines de Pierre Le Roy, du Havre � Saint-Pierre de Terre-Neuve, � Sal�, � Cadix et � Brest.</p><p>1770 Premi�re montre � remontage automatique, dite � � secousses �, par Abraham Louis Perrelet (1729-1826).</p><p>1775 Compteur ou valet astronomique battant la demi-seconde et sonnant la seconde par Ferdinand Berthoud (1727-1807).</p><p>1780 Cr�ation de la Perp�tuelle, montre � masse oscillante � remontage automatique, par Abraham Louis Breguet (1747-1823).</p><p>1792 Montre d�cimale de Robert Robin (1742-1809).</p><p>1793-1794 Pendule astronomique d�cimale, � seconde, � remontoir et � sonnerie d�cimale, par Robin (avec sonnerie toutes les dix minutes cent�simales).</p><p>1800 R�gulateur battant la demi-seconde, � cadran universel, par Antide Janvier (1751-1835).</p><p>1801 �chappement � tourbillon par Abraham Louis Breguet.</p><p>1839 Pendule de Brocot, dont la suspension du balancier est une lame d�acier rempla�ant le traditionnel fil de soie.</p><p>1842 Horloge astronomique de Strasbourg par Jean-Baptiste Schwilgu� (1776-1856) et ses �l�ves : Albert Ungerer (1813-1879) et Auguste Th�odore Ungerer (1822-1885).</p><p>1847 Horloge marchant sur le courant �lectrique par Jean-Paul Garnier (1801-1869).</p><p>1868 Montre � 20 francs, premi�re montre � bon march� fiable, par Georges Fr�d�ric Roskopf (1813-1889).</p><p>1880 Horloge � remise � l�heure �lectrique d�Antoine Redier (1817-1892).</p><p>1884 Horloge pneumatique, syst�me Eu-g�ne Bourdon.</p><p>1925 Horloge � diapason.</p><p>downloadModeText.vue.download 299 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5440</p><p>1929 Asservissement d�un indicateur de temps � une fr�quence de r�sonance de 100 000 Hz par Warren Alvin Marrison (n� en 1896).</p><p>1931 Montre automatique �tanche de H. Wilsdorf.</p><p>1933 Horloge � quartz oscillant.</p><p>1949-1951 Horloge � ammoniac et horloge au c�sium de l�Am�ricain Harold Lyons (n� en 1913).</p><p>1955 Horloge atomique des Britanniques Louis Essen (n� en 1908) et J. V. L. Parry.</p><p>J. D.</p><p>hormone</p><p>Substance v�hicul�e par le sang vers un organe, dont elle stimule la fonction. Il existe des hormones naturelles, �labor�es par les glandes endocrines, et des hormones pr�par�es par synth�se.</p><p>Ainsi comprise, la notion d�hormone est relativement moderne ; mais, de toute antiquit�, on a instinctivement attribu� aux organes animaux, en particulier aux glandes, des vertus physiologiques et th�rapeutiques, voire magiques. Les rem�des empiriques fond�s sur l�emploi d�animaux ou d�organes animaux sont abondamment d�crits dans les anciennes pharmacop�es</p><p>jusqu�au XVIIIe s. Apr�s une �clipse due � l�apparition de nombreux m�dicaments chimiques d�origine v�g�tale, les extraits d�organes conna�tront vers la fin du XIXe s. une vogue justifi�e, gr�ce aux travaux de Claude Bernard*, de Ch. E. Brown-S�quard, de A. Vulpian, d�Ugo Schiff (1834-1915), en France, de Giulio Vassale (1862-1912) en Italie : c�est le d�but de l�endocrinologie*. Les travaux des physiologistes donneront naissance � l�opoth�rapie, ou organoth�rapie, utilisant des extraits glandulaires d�une puret� relative, puis � l�hormonologie et � l�hormonoth�-</p><p>rapie proprement dites. Ainsi, la premi�re hormone connue, l�adr�naline, est d�cel�e dans la s�cr�tion corticosurr�nale en 1856 (Vulpian), isol�e en 1901 (T. B. Aldrich, J. Takamine), analys�e en 1902 (John Jacob Abel</p><p>[1857-1938]), reproduite par synth�se en 1904 (Henry Drysdale Dakin [1880-1952], Friedrich Stolz). La recherche chimique a conduit d�abord � la reproduction par synth�se d�hormones naturelles d�j� connues, puis � la cr�ation de nouveaux corps, d�riv�s des pr�-</p><p>c�dents et souvent dou�s d�une plus grande activit� th�rapeutique. L�usage est de les appeler hormones de synth�se, bien que le terme d�hormone d�signe primitivement la s�cr�tion interne d�une glande.</p><p>L�opoth�rapie, ou</p><p>organoth�rapie</p><p>D�s le d�but du XXe s., l��volution des</p><p>techniques a conduit � la pr�paration de nombreux extraits glandulaires ; des m�thodes de pr�paration figurent d�j� au codex 1908. Pour la pr�paration, on utilisait des animaux jeunes : veau, mouton, porc, dont les glandes sont en g�n�ral tr�s riches en hormones, en �vitant le boeuf, qui fournit cependant des glandes actives, mais qui est souvent suspect de tuberculose ganglionnaire difficile � d�pister, et le cheval, qu�on abattait trop tard pour cet usage.</p><p>Les glandes sont pr�lev�es sur l�animal aussit�t apr�s l�abattage et d�barrass�es des d�bris de tissus voisins et des graisses. Le plus simple serait de les administrer � l��tat frais, apr�s les avoir finement hach�es et pulp�es ; on obtiendrait ainsi une pr�paration tr�s active, mais, outre qu�elle rebuterait la plupart des malades, celle-ci aurait pour inconv�nient la diversit� de la teneur en principes actifs d�un animal � un autre. Diverses m�thodes ont donc �t� propos�es en vue d�obtenir un m�-</p><p>dicament d�assez bonne conservation et de composition constante et v�rifiable.</p><p>Pour cela, l�organe frais est divis� par hachage et pulpage, puis soumis � des traitements extractifs : mac�rations successives en milieu st�rile dans l�eau chloroform�e, traitements par solvants, �vaporation sous vide � basse temp�-</p><p>rature jusqu�� consistance d�extrait ferme (codex 1908) ou de poudre</p><p>(codex 1937). Ces poudres, de couleur gris�tre � jaune, � odeur de viande, ont une composition relativement constante pour un organe donn�. Au point de vue chimique, leur constitution est tr�s complexe (protides plus ou moins d�grad�s, enzymes, lipides...).</p><p>Des r�actions g�n�rales (dosages de l�humidit�, des cendres, examen microscopique) permettent d�en v�rifier l�identit�. Lorsque les composants des poudres d�organes sont susceptibles d��tre d�truits par les sucs digestifs, l�administration de ces m�dicaments ne peut se faire par la bouche.</p><p>On a alors recours � des solut�s injectables par voie hypodermique ou intramusculaire, obtenus par �puisement des extraits glandulaires par un liquide aqueux convenablement tam-ponn�. La pratique, aujourd�hui courante, de la lyophilisation*, appliqu�e � l�opoth�rapie, conduit � l�obtention de m�dicaments dont l�activit� est</p><p>tr�s comparable � celle de la glande fra�che ; en particulier, les solut�s injectables sont tr�s facilement obtenus, extemporan�ment, par dissolution dans un solvant convenable. Les principales glandes utilis�es en fonction des hormones qu�elles renferment sont l�hypophyse (lobes ant�rieur et post�rieur), le pancr�as (s�cr�tion interne), l�ovaire et le corps jaune, les m�dullo- et corticosurr�nales, le testicule, les glandes thyro�des et parathyro�des.</p><p>Les pr�parations opoth�rapiques</p><p>ont �t� largement prescrites durant la premi�re moiti� du XXe s., pures ou en associations, par voie orale ou parent�rale, pour leur apport en vitamines (foie), en enzymes (en particulier enzymes digestives de leurs s�cr�-</p><p>tions externes) et en hormones. On leur pr�f�re aujourd�hui ces produits eux-m�mes, vitamines, enzymes, hormones, � l��tat de puret�. Toutefois, les extraits thyro�diens, en raison de leur grande activit�, sont encore assez largement utilis�s.</p><p>Hormones</p><p>hypophysaires</p><p>L�hypophyse* est situ�e � la base du cr�ne, dans la selle turcique. Elle est constitu�e par la juxtaposition de l�ant�hypophyse, ou lobe ant�rieur, s�par�e par un lobe interm�diaire de la posthypophyse, ou lobe post�rieur ; ces lobes constituent des entit�s distinctes, et leurs s�cr�tions hormonales sont ind�pendantes les unes des autres.</p><p>Ant�hypophyse</p><p>Les exp�riences r�alis�es sur les animaux � qui on a enlev� l�hypophyse montrent que l�ant�hypophyse tient sous sa d�pendance la croissance, le d�veloppement et le fonctionnement des glandes g�nitales (v. testicule et ovaire), de la corticosurr�nale*, de la glande thyro�de* ainsi que la s�cr�tion lact�e. Les hormones qui pr�sident � ces diverses actions sont des polypeptides (v. protide), de poids mol�culaires variant de 3 500 � 20 000 environ. La plupart d�entre elles sont de constitution encore inconnue, mais on peut les obtenir par des m�thodes extractives.</p><p>y L�hormone somatotrope. Sa carence exp�rimentale entra�ne le nanisme, la cachexie, alors que son surdosage provoque l�acc�l�ration de la croissance chez les jeunes et chez les adultes, l�hypertrophie des os, des organes splanchniques, du cortex surr�nal, de la thyro�de, manifestations rappelant l�acrom�galie.</p><p>y Les hormones gonadotropes, ou</p><p>gonadostimulines (au nombre de 2), dites aussi prolans A et B. La gonadostimuline A ou hormone folliculostimulante (F. S. H. des Anglo-Saxons), obtenue � partir des extraits acides, stimule la maturation ovulaire et folliculaire (pubert� pr�coce, oestrus) chez la femelle et la spermatogen�se chez le m�le. L�oestrone (la s�cr�tion du follicule ovarien) inhibe l�action de la gonadostimuline A et celle de l�hormone somatotrope. La gonadostimuline B, ou hormone lut�inisante (L. H.</p><p>des Anglo-Saxons), obtenue � partir des extraits alcalins, agit sur la formation du corps jaune chez la femelle et sur la glande interstitielle chez le m�le, d�veloppant le testicule et les v�sicules s�minales ; elle est activ�e par la colchicine. Chez les femelles gravides, � c�t� des gonadostimulines hypophysaires, on trouve dans le sang une gonadostimuline s�rique et dans l�urine une gonadotrophine chorionique d�origine placentaire. Un des constituants de cette derni�re, le prolan B, ou gonadostimuline placentaire humaine, poss�de, en tant que prot�ine, des propri�t�s antig�niques qui permettent de la caract�riser et de la doser facilement au cours de la grossesse.</p><p>y L�hormone thyr�otrope. Elle stimule la glande thyro�de, et son action est exalt�e par la colchicine.</p><p>y L�hormone corticotrope, ou corticostimuline. C�est l�A. C. T. H. des Anglo-Saxons (adreno-cortico-tro-phic-hormone), polypeptide de poids mol�culaire voisin de 3 500, relativement stable, surtout en milieu acide ; son action stimulante sur la s�cr�tion de la cortisone (v. st�rol) se traduit par l�augmentation du potassium, de l�azote, de l�acide urique des 11 oxy-et des 17 c�tost�ro�des urinaires, par</p><p>la r�tention du sodium et de l�eau, par une hyperleucocytose avec chute des �osinophiles, par l�apparition d�une hyperglyc�mie et d�une glycosu-rie. La corticostimuline a une action th�rapeutique (anti-inflammatoire, antiallergique) identique � celle des cortico�des, dont elle stimule la production, mais elle ne peut, �videmment, agir qu�en pr�sence d�un cortex surr�nal indemne. Son action est fugace et son utilisation est pratiquement abandonn�e depuis l�introduction des nombreux corticost�ro�des synth�tiques, plus maniables. Son r�le est limit� � celui de stimulant sur-downloadModeText.vue.download 300 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5441</p><p>r�nalien en cas de traitement prolong� par ces derniers.</p><p>y Autres hormones ant�hypophy-</p><p>saires. On trouve, en outre, dans l�hypophyse ant�rieure une hormone lactog�ne qui provoque la s�cr�tion lact�e, m�me chez le m�le, une hormone agissant sur le pancr�as et la production de l�insuline*, une autre agissant sur la glande parathyro�de*</p><p>et secondairement sur le m�tabolisme du calcium et du phosphore.</p><p>Posthypophyse</p><p>Cette glande s�cr�te deux hormones polypeptides form�es de 9 aminoa-cides, qu�on sait reproduire par synth�se. Ce sont l�ocytocine (ou oxyto-cine), qui renforce la contracture des muscles lisses et qu�on utilise pour faciliter l�accouchement � terme, et la vasopressine, vaso-constrictrice et antidiur�tique, qui diminue la s�cr�tion d�eau et augmente la concentration de l�urine en sodium ; elle est, par l�, antagoniste de la corticosurr�nale, qui entra�ne la polyurie d�s que la s�cr�-</p><p>tion de vasopressine est insuffisante.</p><p>Enfin, la r�gion interm�diaire de l�hypophyse s�cr�te l�interm�dine, ou hormone m�lanophore, qui accro�t la vision nocturne par stimulation des cellules pigment�es de la r�tine.</p><p>Hormones ovariennes Chez les mammif�res, l�ovaire est une glande mixte dont la s�cr�tion externe est l�ovule, tandis que la s�cr�tion interne comprend deux groupes d�hormones : les hormones folliculaires ou oestrog�nes et les hormones lut�ales ou progestatives. L�usage de la poudre d�ovaires dans les insuffisances ovariennes est pratiquement abandonn� au profit des hormones qu�elle renferme ou des oestrog�nes de synth�se. Chimiquement, les hormones ovariennes, oestrog�nes ou progestatives, sont des st�ro�des*.</p><p>Associations oestro-</p><p>progestatives</p><p>Si l�usage th�rapeutique d�hormones � faible dose est susceptible de suppl�er pendant un temps limit� � une d�ficience organique, il n�en est pas de m�me de l�emploi des fortes doses que constituent les hormones artificielles, beaucoup plus actives que les hormones naturelles. Un surdosage provoque une r�action organique qui tend � annuler l�action m�dicamenteuse ; ainsi l�usage abusif d�un progestatif peut-il conduire � une hype-roestrog�nie. L�administration d�oestrog�nes pendant la premi�re moiti� du cycle peut bloquer l�ovulation en m�me temps que la s�cr�tion de F. S. H., tandis que l�administration de progest�rones peut bloquer la s�cr�tion de L. H. (gonadostimuline hypophysaire). L�administration d�une association oestrog�ne-progestatif est donc de nature � tendre vers une mise en repos de l�ovaire. De cette th�rapeutique est n� l�usage des contraceptifs oraux, plus connus sous l�appellation impropre de pilules (v. contraception). Pr�sent�s sous forme de comprim�s oraux ou sublinguaux � base d�une association oestrog�ne-progestatif, ces contraceptifs sont administr�s � la dose d�un comprim� par jour du 5e au 26e jour du cycle. Ils provoquent la mise en repos complet des fonctions ovariennes par bloquage des s�cr�tions hormonales de l�hypophyse et de l�ovaire. Quatre jours apr�s la derni�re prise appara�t une h�morragie de privation qui simule des r�gles.</p><p>Les hormones utilis�es dans les contraceptifs sont des produits de synth�se, tr�s actifs � petite dose. Leur usage ne para�t pas comporter de danger majeur ni de risque</p><p>d�atrophie des organes g�nitaux. Il peut toutefois amener quelques inconv�nients (c�phal�es, naus�es, douleurs abdominales, modification de la libido), et il existe quelques contre-indications, dont les principales sont les phl�bites et le diab�te.</p><p>Hormones folliculaires</p><p>ou oestrog�nes</p><p>Elles sont s�cr�t�es par l�ovaire et, pendant la grossesse, par le placenta ainsi que, mais en moins grande quantit�, par la corticosurr�nale et les cellules interstitielles du testicule ; leur production provoqu�e par la gonadostimuline hypophysaire, en particulier par la folliculo-stimuline hypophysaire (F. S. H.), est cyclique, pr�sentant chez la femme deux maximums, vers le 13e ou le 14e jour et le 23e ou 24e jour du cycle menstruel. Les oestrog�nes sont �limin�s par la bile, r�absorb�s par l�intestin, puis conjugu�s par le foie avec l�acide glycuronique et enfin �limin�s par l�urine sous forme de pr�gnandiol.</p><p>Les principales hormones oestro-</p><p>g�nes sont les suivantes.</p><p>y L�oestrone, ou folliculine. Elle a �t� d�abord pr�par�e par extraction de l�urine de femelles gravides ; sa synth�se industrielle a �t� r�alis�e en France par A. Girard et ses collaborateurs, et perfectionn�e par H. P�nau et Van Stock.</p><p>y L�oestradiol, ou dihydrofolliculine.</p><p>Il accompagne l�oestrone dans la s�-</p><p>cr�tion ovarienne ; on peut le pr�parer par h�misynth�se ou synth�se totale ; il a �t� longtemps utilis� sous forme de benzoate en solution huileuse � effet retard.</p><p>y L�oestriol. C�est une hormone oestrog�ne d�couverte en 1930 par Guy Fr�d�ric Marrian (n� en 1904) ; il est d�origine placentaire, mais absent dans l�urine de jument gravide, o� A. Girard et Sandulesco ont signal� trois substances analogues : l��qui-line, l�hippuline et l��quil�ine, qui sont utilis�es en th�rapeutique.</p><p>y Les oestrog�nes de synth�se. De nombreuses substances pr�sentant des propri�t�s oestrog�niques ont �t� syn-</p><p>th�tis�es � la suite des travaux d�Edward Charles Dodds (n� en 1889)</p><p>et ses collaborateurs. Certaines sont analogues aux hormones naturelles en ce qu�on peut les rapporter au noyau des st�ro�des ; d�autres sont de constitution diff�rente. Parmi les st�ro�des citons le di�noestrol (Dodds, 1938), l��thinyloestradiol, le stilboestrol, l�hexoestrol, le benzoestrol ; parmi les autres, le m�thall�nestril, d�riv� de l�acide all�nolique, le chlorotria-nis�ne, ou trianisoestrol, le benzoestrol, le broparoestrol. Les oetrog�nes de synth�se sont actifs par voie orale ; l�administration doit en �tre m�dicalement surveill�e, car l�organisme est incapable, en cas de surdosage, de les �liminer rapidement ou de les inactiver.</p><p>INDICATIONS DES OESTROG�NES. Les oestrog�nes ont un effet stimulant sur la croissance des organes g�nitaux et des glandes mammaires (avec inhibition de la lactation), sur la stratification et la k�ratinisation de la muqueuse vaginale, sur la croissance de l�endom�tre, sur les s�cr�tions vaginales. Ils ont, en outre, un effet anabolisant prot�ique et provoquent la r�tention hydrosaline et azot�e. On les prescrit en cas d�insuffisance ovarienne, d�am�norrh�e, de dysm�norrh�e, de m�trorragie, de vulvo-vaginite, de prurit vulvaire et dans le cancer de la prostate. On les administre en injections parent�rales (hormones naturelles), per os (oestrog�nes de synth�se), en suppositoires, en ovules, en topiques (pommades).</p><p>Hormones lut�ales</p><p>ou progestatives</p><p>Le corps jaune est un organe riche en lipides, succ�dant � l�expulsion d�un follicule de De Graaf d�existence �ph�m�re. Chez la femme, il se forme apr�s l�ovulation et r�gresse jusqu�� la menstruation, sauf en cas de f�condation, o� il persiste jusqu�� l�accouchement. Sa s�cr�tion interne est essentiellement constitu�e par une hormone, la lut�ine, ou progest�rone, qui, antagoniste des oestrog�nes, assure la nidation de l�oeuf et pr�pare la lactation. En th�rapeutique, l�usage de la progest�rone, aujourd�hui pr�par�e par synth�se, a �t� pr�c�d� par celui</p><p>des extraits glandulaires. La progest�-</p><p>rone est un st�ro�de. On lui substitue le plus souvent l�hydroxyprogest�rone, � l��tat de caproate ou d�heptylate, dont l�action � retard � se prolonge pendant plusieurs semaines. Outre la progest�-</p><p>rone, l�industrie fournit des hormones progestatives artificielles, actives par voie buccale ou sublinguale : la didro-gest�rone (isom�re de la progest�rone), l��thist�rone, le nor�thynodrel. La re-laxine est une hormone progestative apparaissant au cours de la gestation ; elle favorise le travail de l�accouchement par l�assouplissement des tissus ; on l�associe souvent � l�ocytocine.</p><p>Hormones testiculaires</p><p>Le testicule comprend deux organes distincts : la glande s�minale, productrice de la s�cr�tion externe des spermatozo�des, et la glande interstitielle, responsable de la s�cr�tion hormonale.</p><p>D�s 1889, Brown-S�quard et, plus tard, d�Arsonval (1891) constatent l�activit� dynamog�ne des extraits testiculaires.</p><p>L�opoth�rapie testiculaire c�de la place � partir de 1930 � la th�rapeutique hormonale apr�s les travaux de T. F. Gal-lagher. Les substances issues du testicule, ou androg�nes, sont au nombre de quatre : l�androst�rone, l�isoandros-t�rone, la d�hydroandrost�rone et la testost�rone, mais seule cette derni�re peut �tre consid�r�e comme la v�ritable hormone m�le. La s�cr�tion des androg�nes est sous la d�pendance de l�hypophyse ant�rieure. Leur structure chimique est d�riv�e du noyau de tous les st�ro�des, ils pr�sentent de grandes analogies avec les corticost�ro�des, avec lesquels ils peuvent interf�rer. La synth�se de la testost�rone, ainsi que celle de la m�thyltestost�rone, a �t� r�alis�e en 1935 par Leopold Ru&#x17E;i&#x10D;ka (n� en 1887) et A. Butenandt (n� en 1903). Ces substances sont prescrites la premi�re par voie parent�rale, la seconde par voie sublinguale dans les d�ficiences sexuelles de l�enfant ou de l�adulte, pour leur action virilisante ou antioestrog�nique, ainsi que dans les asth�nies.</p><p>Hormones anabolisantes</p><p>La testost�rone, hormone de croissance, favorise l�assimilation des protides par r�tention azot�e (effet anabolisant pro-</p><p>t�ique). Cependant, son usage prolong� entra�ne une action masculinisante g�nante chez la femme. La recherche a donc conduit � la synth�se d�hormones artificielles dont l�action androg�ne est r�duite pour une action anabolisante plus marqu�e : oxymest�rone, fluoxymest�rone downloadModeText.vue.download 301 sur 581</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 10</p><p>5442</p><p>(fluor�e en 9), androst�nediol et son d�riv� m�thyl� le m�thandriol, m�thandrost�nolone, norandrost�nolone, nortestost�rone.</p><p>Ces substances sont prescrites par la voie sublinguale ou en injections sous forme</p><p>� retard �.</p><p>Hormones</p><p>surr�naliennes</p><p>Les glandes ou capsules surr�nales comprennent deux organes d�in�gale grosseur coiffant les reins, mais sans rapports fonctionnels avec ces derniers. Chacune d�elles poss�de une zone centrale, ou m�dullo-surr�nale, et une zone externe, ou corticosurr�nale.</p><p>Les s�cr�tions endocrines de ces deux zones sont diff�rentes et ind�pendantes les unes des autres.</p><p>M�dullo-surr�nales</p><p>Les coupes montrent des cellules colo-rables par le chlorure ferrique, g�n�-</p><p>ratrices d�adr�naline* (r�action de Vulpian, 1856). Cette hormone a �t� obtenue � l��tat de puret� d�s 1901 (Takamine) et synth�tis�e peu de temps apr�s (1904, Dakin, Stolz). Premi�re hormone obtenue par synth�se, elle est chimiquement la plus simple : c�est un aminoph�nol soluble dans l�eau, bru-nissant rapidement � la lumi�re par oxydation, surtout en milieu alcalin.</p><p>Elle est sympathomim�tique, vaso-constrictrice, mydriatique (ouvrant la pupille), h�mostatique. La connaissance de sa formule a donn� naissance par analogie � une importante famille de sympathomim�tiques d�sign�s sous le nom d�aminoalcools ou d�aminoph�nols, utilis�s soit pour remonter la pression art�rielle et stimuler le coeur, soit pour dilater les bronches, d�con-gestionner le nez, etc.</p><p>L�adr�naline est principalement prescrite sous forme de solution aqueuse acide � 1 p. 1 000, en injections, en gouttes, en collyres, en topiques.</p><p>Corticosurr�nales</p><p>L�exp�rience montre que la vie est possible apr�s l�ablation de la m�dullo-surr�nale, mais non apr�s celle de la corticosurr�nale. En 1927, Henri Hartmann (1860-1952) obtient la premi�re hormone corticale. Depuis et surtout � partir de la Seconde Guerre mondiale, les hormones corticales ont �t� isol�es, reproduites par synth�se et ont donn� naissance � l�importante s�rie des corticost�ro�des.</p><p>y Cortine naturelle. Isol�e, en 1928</p><p>par Hartmann, d�un extrait aqueux de cortex surr�nal, c�est en r�alit� un m�lange de cortico�des naturels : cortisone, hydrocortisone et aldost�rone.</p><p>y Cortico�des, corticost�ro�des ou cortisoniques. Ces hormones sont des st�ro�des et leurs constitutions chimiques sont tr�s voisines les unes des autres. Bien que connues depuis 1935 (cortisone) et 1936 (hydrocortisone), elles n�ont pu �tre synth�ti-s�es en grand qu�� partir de 1946, en raison de la difficult�</p><empty-line/></section></body><binary id="cover" 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